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1749, 04-05, 06, vol. 1-2
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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1749 .
IGIT
UT
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARRCIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi
à
A VIS.
LAM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
" ADRESSE générale duMercure eft
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
* des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adrefes à M:
'de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRAN
ASTOR , LENOX ARD
TILDEN FOUNDATIONS
1905
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers. & en Profe.
DISCOURS prononcé à l'ouverture des
Audiences d'après , la Saint Martin de
l'année derniere , par M. Dauphin
d'Alinghen , Confeiller du Roi , Lieute
nant Général de Boulogne -fur- Mer.
M
Effieurs , nous ne pouvions nous
flater d'un évenement plus heureux
, que celui qui vient de terminer
les Campagnes de notre
glorieux Monarque.Quand tout alloit plier
fous fes loix , il interrompt le cours de fes
victoires , pour donner la paix à fes pen-
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
ples. Il juge plus digne de fa grandeur ,
d'épargner le fang d'un feul de fes fujets
que de détruire mille ennemis , & l'heureux
titre de Pacificateur lui paroît plus
Aateur que celui de Vainqueur & de Conquérant.
France , à ces traits , reconnois ton
Maître , & fi l'éclat de fes victoires te le fait
admirer comme Héros , apprends de fa
bonté & de fa clémence , à l'aimer auffi
comme Pere.
C'eft fous ce dernier titre , Meffieurs
que je me propofe de célébrer aujourd'hui
ce grand Roi , & fi mes foibles talens me
fourniffent peu de reffources pour traiter
un fi beau fujet , je trouverai du moins
dans mon coeur un fond de fentimens
capable de me foûtenir dans cette entreprife.
De toutes les qualités qu'un Roi peut
apporter fur le Trône , il n'en eft point
de plus propre à faire le bonheur de fes
fujets , & à lui concilier leur amour , que
la bonté. C'eſt par cette vertu principalement
que les Rois font l'image de l'Etre
fuprême , dont la puiffance n'éclate que
pour faire du bien , & pour répandre fes
bienfaits fur tout ce qui refpire.
Or fi jamais Prince fit briller cette vertu ,
c'eft fans contredit notre Monarque. Soit
AVRIL. 1749.
3
qu'on le confidére dans fes actions d'éclar
foit qu'on l'examine dans fa vie privée
tout refpire dans fa perfonne le caractére
de la bonté la plus aimable.
Le Ciel l'a partagé de l'heureux avantage
de fe montrer toujours grand , fans
ceffer d'être homme , & ce fond d'humanité
eft comme l'ame de fes actions, même les
plus héroïques.
Eft-il Vainqueur à Fontenoy ? A- t'il
couvert nos campagnes d'ennemis taillés
en piéces ? Il conduit lui-même l'Héritier
du Trône fur le champ de bataille , & à la
vûe d'un fi terrible fpectacle : Apprenez ,
lui dit-il , monfils , à n'entreprendre jamais
là guerre que dans la plus preſſante néceſ
fite.
Combien de Princes fe feroient livrés à
toute l'intempérance de leur joie , & furtout
dans l'yvreffe d'une premiere victoire
? Mais non. Ce grand Roi en profite
pour modérer dans un jeune Héros trop
d'ardeur pour la gloire , & pour jetter dans
fon coeur les premieres femences du bon
heur des peuples , en lui infpirant des fentimens
pacifiques,
Un Prince , fi moderé dans la victoire ,
ne pouvoit manquer d'être compatifſant ,
même pour fes ennemis .
C'est à vous de le dire , fiers & braves
A iij
MERCURE DE FRANCE
guerriers , que
, que le fort des armes fit tomber
entre fes mains. Vit- on quelque difference
entre vous , & les propres fujets du Vainqueur
? N'éprouvâtes -vous pas de fa bonté
les mêmes foins pour vos bleffés , les mê
mes attentions pour vos malades ? Vous
fut- il permis de vous appercevoir que vous
étiez prifonniers de guerre ? Quelle diffe
rence entre notre Maître , & ces Princes
aveuglés par la victoire , qui abufent d'un
fragile avantage , pour faire fentir à l'ennemi
vaincu les difgraces de la captivité !
Les befoins preffans de l'Etat obligentils
ce Prince de lever des impôts fur les
peuples ? Il ne les ordonne qu'à regret , &
en fe faifant violence . Il écoute avec bonte
les repréſentations d'une Cour augufte
Toujours attentive à la gloire du Trône , en
veillant fur les intérêts du peuple.
Vit-on jamais fous aucun Regne les récompenfes
plus fréquentes , les gratifications
plus abondantes & plus multiplices
Jamais Monarque fit-il paroître plus de
compaffion pour les malheureux , & plus
de foin pour prévenir ou foulager leurs
miféres Que j'aime à le fuivre , Meffieurs ,
dans ces triftes refuges de l'humanité , où
il va vifiter les bleffés & les malades ! Que
j'aime à le voir s'intéreffer lui- même aux
befoins des hôtes infortunés de ces lieux de
fouffrance & de douleur !
VRIL. 1749. 7
De quels prodiges de valeur le foldat
n'eft il point capable fous un Roi fi tendre,
fi compatiffant
Mémorable journée de Laufelt ! J'en attefte
cette opiniâtreté de courage , ces efforts
prefque incroyables , dont tu feras à
jamais l'époque. Une force , fupérieure à
la valeur même , fembloit animer nos
combattans . L'ennemi confus , défefperé ,
la regardoit lui-même comme furnaturelle,
& cette force , Meffieurs , quelle étoit-elle ,
fi ce n'eft l'amour de nos troupes pour
leur Maître ?
Mais fi nous aimons ce bon Roi , de
quel amour lui-même ne nous honore- t'il
point Vient-il vifiter cette Ville ? La
joie qu'il reffent de fe voir au milieu d'un
peuple qui n'a de bouche que pour le
louer , qui n'a des yeux que pour le voir
cette joie , dis-je , le retient parmi vous
au-delà du tems qu'il s'étoit preferit. 11
vous donne un jour entier , pour vous témoigner
fa fatisfaction & fa tendreffe.
Eft-il au milieu du peuple de Merz ?
Son coeur ne peut tenir contre les acclamations
qu'il entend de toutes parts . Vive
mon peuple , répond-il aux cris de vive le
Roi , dont les airs retentiffent ; effufion de
coeur , d'autant plus flateufe pour fon peu-
Σ
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
ple , qu'elle le met en égalité de fentimens
vis-à vis de nous.
Une maladie fubite & dangereuse nous
fait craindre pour les jours. Il n'a de regret
à la vie , que parce qu'une voix fecrette
l'affûre , qu'il n'auroit vêcu que pour notre
bonheur.
Qui auroit pû douter , ô Grand Roi ,
de la vérité de cet oracle ? N'eft-ce point
votre amour pour vos peuples , qui vous
fit quitter votre armée de Flandres , &
braver les chaleurs d'une faifon brûlante
pour voler au fecours des habitans d'Alface
?
Le Ciel ne permit point qu'un motif fi
noble devînt la fource de nos malheurs.
La main du Tout- Puiffant vous rend à nos
voeux , & nous vous témoignons , à notre
tour , par les empreffemens de la joie la
plus tendre , quelles ont été nos craintes
& nos allarmes.
C'eft dans une circonftance fi touchante ,
qu'il s'éleva comme une voix publique
de l'épanchement de tous les coeurs. Ce
n'eft plus au Monarque , que s'adreffent
toutes les marques de joie , toutes les acclamations
, tous les voeux ; c'eft à LOUIS
LE BIEN - AI ME' , titre au-deffus de
tout éloge , & qui annonce le meilleur ,
* ..
AVRIL:
1749.
tomme le plus grand de tous les Princes
Car , s'il eft vrai que la Royauté doive
être l'image du gouvernement paternel ,
pouvions- nous caractérifer notre Maître
par un furnom plus honorable , que celui
qui nous donne l'idée d'un véritable Pere ?
Quel Prince mérita mieux un fi beau
titre , à n'en juger que par les traits , dont
je viens de vous donner une foible ébauche
?
Mais quels nouveaux fujets d'admiration
ne vous offrirois - je point encore dans
les vertus privées de ce Prince ?
Vous le verriez , dans l'intérieur de fon
Palais, également grand, également refpectable
par ce même caractére de douceur.Jamais
le moindre trouble , le moindre nuage ,
n'altére la ferenité de fon vifage. C'eſt une
voix unanime parmi les Officiers de fa Maifon
, que jamais il n'y eut un fibon Maître .
Le joug du fervice leur eftinconnu , par les
charmes qu'ils trouvent près de fa perfonne
; un air toujours humain. , toujours
bienfaiſant , ſemble leur exprimer qu'il
partage leurs peines , & c'eft comme à regret
qu'ils fentent expirer le tems de le fervir
.
Vous verriez dans le fein de fa
propre
famille le plus tendre de tous les peres ,
vivant avec le Prince & les Princeffes , fes
A v
to MERCURE DE FRANCE.
enfans , dans les pures délices de l'homme
privé ; formant lui-même dans leur coeur
ces fentimens de grandeur & d'élevation , ſi
dignes de leur augufte naiffance ; leur apprenant
à être fages , équitables , humains ,
modérés , en un mot femblables à luimême
; ne leur montrant fon autorité >
qu'en leur prouvant fa tendreffe ; ne leur
faifant fentir d'autre contrainte , que celle
que donne la joie de vivre avec ce qu'on
aime.
Il manqueroit un trait effentiel au portrait
de ce grand Prince , fi j'oubliois de
vous le faire voir auffi bon ami que vous
l'avez vû bon Maître & bon Pere. Oui ,
l'amitié , ce doux lien de la vie , cette
vertu fi rare fur le Trône , n'eft point un
fentiment inconnu pour lui. Que ce trait
fait honneur à un Monarque , fi vous confidérez
, Meffieurs , par quelles loix l'amitié
fe gouverne ! Elle n'eft ni flateufe ni
rampante ; elle n'envifage ni le rang , ni
l'autorité , ni la naiffance ; elle rend fes
hommages au feul mérite , & ne s'attache
qu'à la perfonne ; elle ne fe plaît que dans
Fégalité , elle eft ennemie de toute contrainte
; elle exige enfin autant qu'elle
donne. Un Prince qui aime , & qui veut
être aimé , eft donc celui qui fçait oublier
le titre de Maître , pour ne plus fe montre
A VRIL. 1749. IL
qu'ami . Qu'il eft grand , qu'il eft généreux
, qu'il eft beau de defcendre ainfi t
Que c'est bien connoître le prix des coeurs ,
& le doux plaifir qui eft attaché à s'en faire
aimer !
Non , ce n'eft point par un préjugé
aveugle , que notre amour lui a donné le
titre glorieux de BIEN - AIME'.
On nous regardera parmi les autres peuples
, fi l'on veut , pour une Nation idolâtre
de fes Souverains. Ici , la flaterie
n'a aucune part ; ce titre a pris naiſſance
dans nos coeurs , & les propres vertus du
Roi l'y ont fait naître.
Mais les Nations étrangeres elles- mêmes
n'admirent- elles point & la douceur & la
fageffe de fon Regne ? Interrogez l'Angleterre
entiere. De quels éloges ne l'a - t'elle
point comblé à la premiere nouvelle de la
fufpenfion d'armes ? Londres & fes habitans
ne pouvoient fe laffer de publier fes
louanges . Ils oublioient leur propre Monarque
, pour célébrer la grandeur du nôtre
.
N'en doutons pas , Meffieurs , c'eft de
ce fond d'humanité que l'on a vû éclore
ce grand évenement , cet évenement f
long-tems defiré , & qui rejouit aujour
d'hui toute l'Europe.
BRA vj
2 MERCURE DE FRANCE.
Dans quelles circonftances ce grand
Roi vient-il de donner la paix ? Dans le
plus haut point de fa gloire. A la veille
de fe voir maître de toutes les Places des
Pays-Bas , & de fubjuguer la Hollande
entiere. Dans un tems où toutes les troupes
ne refpiroient que la victoire , & où
la terreur & l'épouvante fembloient avoir
vaincu d'avance fes ennemis . Quelle magnanimité
n'eft pas néceffaire pour obtenir
de foi tant de retenue ? Sentons , Meffieurs,
tout notre bonheur , & jouiffons - en d'une
maniere , qui faffe voir que nous en fommes
dignes. Ne ceffons d'adreffer , nos
voeux au Ciel pour la profperité & la
confervation d'un Prince , auffi modefte
dans fes triomphes , qu'il a paru grand à la
tête de fes armées.
(
AVRIL. 1749. 13
E
FRAGMENT
A M. de ***,
Mporté par l'effor où ma verve fe livre ,
Cher ami , montre- moi la route qu'il faut fuivre .
Dans ces chemins étroits que je ne connois pas ,
D'un Poëte incertain daigne guider les pas ,
Et far le Mont facré , d'une main bienfaiſante ,
Conduis ma Mufe, encor timide & chancelante.
Irai- je fur la Scéne , à l'aide d'un Acteur ,
Faire rire peut-être aux dépens de l'Auteur à
Faudra- t'il , de Vénus célébrant la magie ,
Dans les accens plaintifs d'une fade élégie ,
D'une Héroïne en l'air plaindre le trifte fort ;
Et vouloir la chercher dans les bras de la mort ?
Non? Je ne pûs jamais fouffrir en mon langage
De ces mots doucereux l'infipide étalage ,
Et je préfererois , à ce ton languiffant ,
De l'enroué Brebeuf ( a ) le frivole clinquant.
C'est toutefois ce goût qui regne fur la Scéne
Des traits de Cupidon on arme Melpomene ;
Ċéfar ( b ) , de fes lauriers loin d'être couronné ,
( a ) Poëte François qui a traduit la Pharfale de
Lucain , & qui , à ce qu'on prétend , a encheri fur
l'enflure defes vers .
(b) Dans la Mort de Pompée.
14 MERCURE DE FRANCE
De myrtes & de fleurs eft mollement orné.
Veux-je voir ce Héros qui mit l'Afie en cendre ,
Ce Prince belliqueux , ce fougueux Alexandre (a),
Pour qui la gloire & Mars avoient ſeuls des appas
?
Les yeux de Cléophile ont arrêté fes pás .
L'univers ne pouvoit fuffire à fon courage ;
Jele vois dans les fers d'un indigne efclavage ,
'Aux genoux d'une femme abaiffer fa grandeur ;
Et pour prix de fes faits ne vouloir que fon coeur.
Heureux , fi fur les pas des Maîtres de la Grèce ,
Nos Auteurs de la Scéne exiloient la tendreffe!
Nous pourrions à ces jeux , devenus floriffans ,
Délaffer fans fadeur nos efprits languiffans.
Qu'eft devenu ce tems , où le peuple d'Attique
Voyoit avec plaifir fon Théatre tragique
Des plus chaftes attraits modeftement vêtu ,
Et jufques fous le mafque admiroit la vertu ?
Cet heureux tems n'eft plus : un goût trop déplorable
Sur la Scéne n'admet qu'un amour méprifable ( ) .
( a ) L'Alexandre de M. Racine. On peut répondre
que c'est une de fes premieres piéces.
(b ) Il eft dommage que ce trait de cenfure ne paroiffe
pas aujourd'hui des plus juftes. La Mérope de
M. de Voltaire , où il n'y a point d'amour , & tout
recemment a Tragédie de Catilina , nous ont prouvé
que les François pouvoient s'en paffer,
AVRÌ L.. 1749. IS
Mais , quoi donc : Efpérons. Le François eft
leger ;
Il ne fe dément point , & fon goût doit changer:
Le chemin eft ouvert : imitons Juvenat
Infenfé , laiffe -là ce métier trop fatal.
De fon tems on pouvoir , en fon humeur auſtére ,
Rire aux dépens des fots , fi communs fur la terre ;
Taxer du nom de fat, un homme qui l'étoit ,
Et dire enfin , tout haut , tout ce que l'on penfoit.
Trop de mal aujourd'hui fuivroit cette franchiſe ;
La fagefle dès Loix ne nous l'a point permife ,
Et tout Approbateur , fans doute avec raiſon ,
Au bas d'un trait malin n'a jamais mis fon nom.
Pourquoi , d'ailleurs , vouloir exciter la vengeance
?
Ne s'acquiert- on un nom que para edifance ?
Cet injufte talent doit- il être permis ,
Si donnant des lecteurs , il ôte des amis ?
Ne point médire ! O Ciel ! ... que faire donc :
Que faire ?
S'accoûtumer à tout , endurer , & fe taire.
Verum nequeo dormire..:
16 MERCURE DE FRANCE.
Q
REFLEXIONS.
Ue de biens dont nous ignorons le
prix, parce que nous n'en avons jamais
été privés !
Du premier coup d'oeil , on hait l'orgueilleux
: du fecond , on le plaint .
Ce qui nous rend fi hardis à envier l'état
d'autrui , c'eft l'affùrance de n'être pas
pris au mot.
Il eft des louanges fauffes & pourtant
utiles. De ce nombre font celles qui nous
impofent la loi de les mériter.
Quelques perfonnes ont tort avec efprit
; d'autres cat fottement raifon..
Lacht , dit - on , la fanté de l'ame ;
l'efpérance en eft donc la convalefcence.
Le plus brillant génie fent amortir ſon
feu dans l'adverfité ; mais ce que l'ame ,
abattue par le malheur , perd du côté de
l'imagination , elle le regagne du côté de
la réflexion.
Il eft des chofes qui encouragent & découragent
à la fois ; ce font les ouvrages
des grands hommes.
Que je plains
une ame tendre & délicate
, placée avec des ames dures & grof-
Geres ! Il me femble voir un corps mince.
AVRIL 1749 17
& délié , qui rifque à tout moment d'être
froiffé par les corps épais qui l'environnent.
Si vous voulez fçavoir quel degré d'eftime
vous devez accorder à une vertu ;
commencez par connoître l'efprit de celui
qui la poffede .
BASTON. A Dieppe , ce 24. Février...
AURYNGUOVANÝAUAUAQIANGLADY JURY
VERS
une Demoiselle , fur fa convalescence.
O
Vous , dont l'efprit & le coeur
Sont , à mon gré , le plus bel appanage !
La mort , qui des égards ne connoît point l'uſage,
A donc voulu fur vous déployer fa rigueur.
L'amour n'a pu fouffrir que la parque cruelle
Ravît à fon empire une Nymphe fibelle.
Aux pieds de Jupiter ce Dieu court tout en pleurs;
Secondé de fa mere , il lui peint fes douleurs .
De latendre Vénus les invincibles charmes ,
De fon fils défolé les éloquentes larmes ,
Changerent du Deftin les ordres rigoureux.
Et pour vous & pour nous , quel changement
heureux !
Vivez , mais fongez bien que vous devez la vie
18 MERCURE DE FRANCE.
Aux foins empreffés de l'Amour ;
Eet enfant dont les pleurs vous ont fi bien fervie ;
Doit être payé de retour .
Par le même.
LETTRE à M. le Chevalier *** à
Poccafion de la mort de M. le Comte
de *** . Par M. Porquet.
J'Ai vû mettre hier en terre M. le Com
te de *** , qui a été emporté au bout
de fept jours d'une fluxion de poitrine.
Cette funebre cérémonie , mon cher ami ,
m'a plongé dans des idées qui m'occupent,
& dont je veux vous faire part.
On entend parler à toute heure de gens
qui viennent de terminer leur carrière ;
nous les voyons même conduire tous les
jours dans leur trifte & derniere demeure ,
fans en être frappés. Il faut que ce foit des
perfonnes qui nous touchent par quelque
endroit,pour y faire une attention férieufe
& profonde. J'ai été furpris plus d'une fois
de cette indifference , non moins étrange
qu'ordinaire par rapport à un objet auffi
effrayant pour l'humanité . D'où peut venir
en effet cette fécurité mal entendue ,
qui femble nous promettre, l'affranchiffe
.
AVRIL 1749.. 19
"
ment d'une loi qui ne fouftre aucune exception
? Je penfe , mon cher ami , qu'en
difcourant avec vous fur cette matiere ,
je vous ai déja expofé de vive voix une
partie de ce que vous allez lire ; mais
qu'importe que je me répete ici ? Ces fortes
de réflexions font conformes à l'état
préfent de mon ame , & pourquoi n'auriez-
vous pas la complaifance de vous y
livrer un moment avec moi ? Vous n'êtes
mon ami que pour cela , cela , & d'ailleurs tout
ce qui eft marqué au coin de la fagefle &
de la vérité, ne peut manquer de vous plaire.
Doué des graces de l'efprit , vous en
avez auffi la folidité , qualités oppofées en
apparence , & même qu'une erreur affez
commune , ou plutôt qu'une baffe & maligne
jaloufie des talens reconnus a prétendu
long-tems être incompatibles , mais
qui néanmoins fe trouvent réunies plus
fouvent qu'on ne croit , principalement
dans ce fiècle-ci , qu'on peut dire être le
triomphe de l'exacte raiſon & dè la Philo →
fophie , ainfi que des agrémens , de la fineffe
& du goût.
Il eft certain qu'une infinité de caufes
concourent à rendre l'homme diſtrait à
l'égard de ce qui l'intereffe , & qui devroit
l'occuper le plus . Surtout une horreur fecretre
& naturelle détourne la vûe de fon
20 MERCURE DE FRANCE.
>
efprit loin de ce moment affreux , où cet
Univers , & tout ce qui peut y attacher ſes
affections , s'évanouira à fes regards comme
un vain fonge & comme une légère
fumée , & où il découvrira en même-tems
un nouvel ordre de chofes qu'il craint
ou du moins qu'il ne connoît pas. D'un
autre côté l'emportement de fes paffions ,
& le tourbillon continuel de ces puerilités
qu'on nomme affaires férieures , l'agitent
& le tourmentent fans relâche .
Dans le cours de ces diffipations & dans
l'ardeur de cette efpece de phrénéfie , quel
moyen qu'il fe recueille , & qu'il puiffe
jouir de ce calme & de cette liberté d'ame ,
néceffaires pour fonger que tout ce qui l'environne
, périra un jour , & que lui -même
finira dans peu ; pour y réflechir , dis- je ,
non pas de cette maniere inappliquée &
fuperficielle , avec laquelle il n'eft point
rare que les moins fages y réflechiffent ,
mais avec cette activité & cette force de
penfée, qui mettant l'objet médité , comme
fous nos yeux, en faifit , en pénetre , en ap ?
profondit toutes les parties & toutes les
fuites ?
Une autre raifon que je développerai
plus particulierement , parce qu'elle eft
peut - être moins connue , ne contribue pas
peu à nous entretenir dans l'oubli de ce
AVRIL. 1749 .
Terme fatal , vers lequel chaque pas que
nous faifons , nous conduit malgré nous.
Quelque grande que foit la multitude
des hommes qui difparoiffent de deffus la
furface de la terre , & en général des êtres
qui font détruits à tous les inftans , la
fcéne du monde demeure toujours remplie
, & nous n'y appercevons jamais de
vuide fenfible. La Nature ne fait point de
pertes qu'elle ne répare auffi -tôt , & le
fpectacle qu'elle nous offre , s'il change
fouvent , de la maniere dont il fe renouvelle
, paroît du moins à peu près toujours
le même . Tel eft le principe de l'illufion
qui diminue à nos yeux les effets fanglans
& terribles de la mort , je dirois preſque
qui nous fait croire qu'on ne meurt point ,
à moins , comme je l'ai obfervé , que
nous perdions nos proches ou nos amis.
Car alors la fphere étroite , dans laquelle
nous fommes renfermés , & dans laquelle
nous vivons avec eux , compofant en quel
que maniere un petit univers à part , aucune
de fes parties ne peut manquer , que
fon abfence ne foit remarquée ; ce qui
eft très-different par rapport à la communauté
générale des hommes. Après les batailles
de Ramillies, d'Hocgftet, ou telle autre
, s'appercevoit- on que les promenades ,
les places publiques, les Spectacles , fuffent
22 MERCURE DE FRANCE .
moins fréquentés ? Non , Paris ne paroiffoit
pas moins peuplé qu'auparavant , &
tout y alloit à peu près de-même. Mais je
fuppofe que le nombre des habitans de
cette grande Ville, du Royaume , du monde
entier , fi vous voulez , fûr déterminé
& qu'il n'y eût point de nouvelles reproductions
, de quelle terreur ne feroit- on
pas agité en voyant périr fi rapidement
& tomber , pour ainfi dire , à fes pieds le-
Genre humain ? L'image de la mort nous
feroit fans ceffe préfente , & nous ne verrions
qu'elle.
C'eft ce qui arriveroit fans doute à plufieurs
perfonnes de même fexe , qui ayant
fait naufrage , aborderoient , à l'aide de
quelques debris , dans une Ifle déferte ,
d'où elles ne pourroient fortir & où cependant
elles trouveroient de quoi pourvoir
aux befoins de la vie. Je m'imagine
qu'elles mourroient toutes autant de fois
qu'une d'elles viendroit à mourir , & diminueroit
par conféquent leur petite fociété
.
Il eſt pourtant vrai , mon cher ami , que
ce qui nous raffûre aujourd'hui, n'eft point
du tout un motif raifonnable.
En effet la naiffance des hommes , deſtinés
à remplacer ceux qui vivent à préfent,
n'empêchera point la fin prochaine de
A V RI L. 1749 .
28
ceux- ci : au contraire elle la leur annonce,
puifqu'elle leur annonce des fucceffeurs.
Je fuis , &c .
1
Voulez-vous du Public mériter les amours?
Sans cefle en vos écrits variez vos diſcours.
Defpreaux.
洗洗洗洗洗淡淡說洗洗洗洗浩
VERS , par le même.
A Mademoiſelle *** ; fur le deffein qu'elle
avoit de fe retirer du monde.
I
Ris , je n'ai plus rien à dire
Au projet que vous méditez ;
C'est la vertu qui vous l'inſpire ,
Car en tout vous la confultez .
Je ne veux , en ami fidéle ,
Que vous avertir d'un danger ,
Où bien-tôt , par excès de zéle ;
Vous-même allez vous engager.
Ce petit Dieu , des Dieux le maître g
L'Amour , choqué de vos mépris ,
Doit vous forcer à comparoître
Devant le Sénat de Cypris.
24 MERCURE DE FRANCE.
Là , fes yeux tout baignés de larmes ,
Il vous demandera pourquoi ,
Infenfible à fes plus doux charmes ,
Yous bravez fon culte & fa loi,
Sur vous , dira- t'il en colere ,
Je n'ai donc verfé mes bienfaits ,
Que pour vous voir , loin de Ciyhere ;
Les enfevelir à jamais !
* Sur votre ſein , fur votre bouche ,
En vain j'ai femé ces tréfors ,
Qui dans le coeur le plus farouche
Portent mes feux & mes tranfports.
Ces yeux , que j'animai moi-même ,
Font fentir en vain mon pouvoir ;
Quelle eft votre injuftice extrême !
Il faudra donc ne les plus voir
Cette taille noble & legere ;
Que Pallas pourroit envier ;
Cet air d'innocente bergere ,
Que je puis feul apprécier..
De tant d'heureux dons l'affemblage ;
Né pour le monde , le fuira !
Ah
AVRIL. 1749 .
25
Ah ! faites en plutôt l'uſage ·
Qu'un amant vous enfeignera:
Pour foi feul on n'eft point aimable
Trop charmante Iris , apprenez
Qu'envers moi vous êtes comptable
Des biens que je vous ai donnés .
Par un vain fcrupule aſſervie ,
Vous ne pensez pas que de moi
Tenant vos charmes & la vie ,
Vous m'en devez le doux emploi ,
Ma gloire doit être la vôtre.
Laiffez-moi conduire vos pas ;
Au profit de l'un & de l'autre
Exercez vos divins appas.
Quel trifte préjugé s'oppoſe
'A l'ardeur des tendres defirs !
La fleur de l'âge eft une roſe ,
Qui ſe fane fans les plaiſirs.
Tandis que vos ans vous fecondent
Faites donc un choix délicat.
L'Amour & vos yeux en répondent ;
Vous ne fçauriez aimer d'ingrat.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Iris , figurez -vous entendre
Cupidon qui vous parle ainfi
Contre une éloquence fi tendre
Aurez- vous le coeur endurci ?
Il n'eft point de fage réplique
Aux leçons de cet immortel ;
Les Juges de la République
Vous condamneront fans appel
Dans cet augufte Aréopage
On traite mal une Beauté ;
Qui fuit l'amoureux esclavage ,
Par indolence ou par fierté .
Sa politique ne pardonne
Jamais un pareil attentat ,
Et quelque excufe que l'on donne
C'est toujours un crime d'Etat.
La Raifon plaidera ma cauſe ,
Me direz-vous .... Ah ! la Raiſon ,
Lorfque l'Amour veut quelque choſe ;
Auroit beau jeu de dire non.
AVRIL. 1749. 27
VERS
A Madame Genty , pour le premier jour de
l'année. Par M. Chaponnel , fon petit-fils ,
en troifiéme au Collège d'Harcour
EN ce jour , où chacun fe pique d'éloquence ;
Je voudrois bien vous faire un compliment ;
Mais , Maman , le plus beau , pour un eſprit qui
.penſe ,
Qu'eft- il auprès du ſentiment ?
Refpect , amour , reconnoiffance ,
Voilà tout ce que je vous doi ,
Et c'eft auffi le feul hommage
Qui foit digne de vous & dépende de moi.
Je ne puis donc , Maman , vous offrir davantage
Agréez ce tribut ; fon prix eft la candeur .
S'il eft mal exprimé , du moins il eft fincére.
A mon âge on ſçait mal farder fon caractére ,
Et la langue est toujours l'interpréte du coeur,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
-
EXTRAIT d'un Projet dans lequel on
Je propofe de conferver à l'Etat un Corps
de vieilles troupes , en formant des Colonies
de deux cens Réformés , pauvres & volontaires
, auxquels on pourroit donner des
terres incultes, à mettre en valeur, fans que
le Roi y contribue , ni le Peuples même
pas
la Nobleffe , le Clergé , le Tiers - Etat , les
Fermiers Généraux , ni les Partifans. Pap
M. François Carré.
(
U Ne trop funcfte expérience n'a
que
trop fouvent démontré qu'une réforme
dans les troupes , lorfqu'elle eft faite
, fur tout à la fuite d'une guerre qui a
duré plufieurs années , a des fuites toujours
très à craindre pour les Réformés &
les autres Citoyens. Les premiers fe trouvent
fouvent dans l'impoffibilité de pouvoir
fubvenir aux befoins de la vie , faute de fçavoir
quelque métier; & les autres fouffrent
ordinairement de la dure néceffité où ceuxlà
font fouvent obligés de fe porter. De-là
il arrive qu'une partie des licenciés eft
dans l'obligation de s'expatrier , de paffer
chez l'étranger qui peut avoir befoin de
foldats ; l'autre , moins animée de cette
noble ardeur , fe laiffe aller à la licence
AVRIL. 1745. 19
qu'elle a contractée pendant la guerre , &
à laquelle elle donne une entiere carriere,
n'étant plus retenue par la fageffe qui la
contenoit, même dans ces tems de trouble.
Un Citoyen qui travailleroit à préveair
ces triftes fuites , qui tâcheroit de conferver
à l'Etat tous les fujets , qui empê
cheroit la fortie des uns & la licence des
autres , & qui trouveroit le moyen de
procurer ces avantages fans être dans l'obligation
d'impofer de nouvelles taxes , de
rien tirer même de celles qui fubfiftent ,
ne pourroit fans doute qu'efperer le fuffrage
du Public , la protection du Prince
fous le Regne duquel nous avons le bon
heur de vivre , & dont toutes les vûes font
dans les tems mêmes où il eft néceffaire de
facrifier des fujets , d'en conferver autant
qu'il eft poffible. Je ne fçais fa je puis dire
que j'ai trouvé ce moyen fi utile & fi néceffaire
; mais le projet que j'ai imaginé , le
plan d'arrangement que je me fuis fait ,
me donne cette douce efpérance , & flate
d'autant plus mon zéle , qu'il n'a été formé
que par la feule ambition que j'ai d'être
utile à ma Patrie.
Voici ce projet très abregé & dénué par
conféquent des détails où il eft néceffaire
d'entrer pour prévenir tous inconvéniens ,
& fubvenir à tous les befoins qu'une telle
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
entreprife demande ; détails que je n'ai
pas manqué de faire avec le plus de précifon
qu'il m'a été poffible dans l'écrit que
je garde , & que je fouhaiterois pouvoir
donner en entier , fi la voye que j'ai choifie
pour le faire connoître au Public ,
pouvoit le permettre.
Je propofe donc d'établir des Villages
compofés de deux cens réformés , dans les
Provinces Maritimes où il y a des terres
incultes , en commençant par les bords de
la mer, & en continuant par les grands.
chemins .
A ce feul énoncé, mon projet a fans dou
te de quoi prévenir contre lui ; on fent
d'abord que des
gens dénués de tout , tant
du côté corporel que du fpirituel , demandent
qu'on les prévienne fur ces
deux points . Non- feulement il faut leurdonner
de quoi vivre & s'habiller , mais .
il faut les loger, ou les mettre en état de fe
faire des logemens , en leur fourniſſant
tout ce qui eft néceffaire ; on fent que
comme fouvent les établiffemens formés
ne peuvent fe foutenir long- tems , fi on
n'y maintient pas une police reglée , qu'il
eft néceffaire d'établir des Juges pour le
corporel , & des autres pour le fpirituel ,
qui ayent infpection fur ces Villages & qui
puiffent lesconduire , y entretenir la paix,
AVRIL. 1749. 3F
Autant qu'il eft poffible , & empêcher les
défordres que l'ignorance trop grande de
fes devoirs entraîne toujours avec elle.
On conçoit aifément que ces nouveaux
établiſſemens feront autant de Mines , qui
enrichiront le Royaume par la multiplication
des denrées qui attireront les matieres
de nos voisins , ne pouvant s'en paſſer.
Ce feront autant de fortifications qui mettront
l'Etat à couvert des incurfions des
voiſins , jaloux de fa gloire. Ce feront autant
de pépinieres , qui multiplieront les
matelots , les laboureurs , les foldats , les
ouvriers , qui font ordinairement fleurir
le commerce. Ce fera de plus un Corps de
vieux foldats aguerris ( qui ne coûtera rien
à l'Etat que lorfqu'il fera commandé pour
le fervice ) tout armé , tout diſcipliné, &
prêt à marcher au premier ordre.
Je n'ai point cherché à me cacher toutes
les difficultés , je me les fuis au contraire
multipliées le plus que j'ai pû , afin de ne
rien laiffer en arriere. Je fuis même entré
dans de grands détails , & je crois avoir
prévû à tous. J'ai trouvé le moyen de faire
fubfifter les réformés depuis le moment
qu'ils feront privés de la paye du
Roi, jufques à ce qu'ils puiffent tirer de
leur travail de quoi le faire , jufques à ce
que les terres qui auront été concédées à
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
pres
chacun d'eux , puiffent les payer de leur
travail. J'ai fçû trouver les matériaux proà
leurs logemens , en attendant que
les Villages qu'ils doivent occuper foienz
bâtis. J'ai même étendu mes vûes jufques
fur les malades , les vieillards , les enfans
orphelins , les incurables & les veuves , &
j'ai trouvé les moyens d'établir dans tous
ces Villages un Hôpital fourni de tout ,
foit pour les uftenciles néceffaires aux be
foins journaliers de la vie , foit pour ceux
de la Médecine.
On s'apperçoit fans doute à ce court
énoncé, que j'ai vû toutes les difficultés de
l'exécution de mon projet , & qu'elles
font d'autant plus grandes , que je propo-
1e , comme je l'ai dit , de le remplir , fans
que l'Etat & qu'aucun Corps de l'Etat en
fouffre , puifque.j'ai , par deffus tout ce que
je viens d'avancer , fçu trouver des fonds
qui rentreront pendant le terme d'un mois
environ , plus qu'il n'en faudra pour former
les établiſſemens que je propofe , &
ces mêmes fonds deviendront , à l'inftant
de l'exécution que je donne pour le bien
du Royaume , un bénéfice pour Sa Majefté
, fans . celui que lui rapporteront
certainement ces établiffemens dans la
fuite . J'ofe même dire que l'utilité que
ces Villages pourroient produire au bour:
AVRIL
1749. 33
de quelques années , ne feroit pas petite,
& qu'elle feroit d'autant plus conſidérable
, que l'on conferveroit davantage
de fujets , qu'il y auroit plus de terres fertilifées
; deux points principaux fur lefquels
toute bonne & faine politique me
paroît devoir être fondée.
S'il arrivoit que l'intérêt particulier fit
naître des difficultés ( que l'Auteur a preffenties
, mais qu'il n'a pas jugé à propos
de rédiger ) qui s'oppofaffent à l'exécution
d'un plan dont l'extrême importance
fe manifefte à tout bon Citoyen , il s'offre
de les lever toutes , les moyens acceptés
, fi on veut lui faire l'honneur de l'en--
tendre. Lorfque l'on n'agit que pour le
bien général , que l'on eft animé d'un vrai
zéle , on trouve des moyens de conciliation,
qui ne ſe préfentent pas à tous points
de vûes..
A Paris le 12 Décembre 1748.
34 MERCURE DE FRANCE:
LA PAI X.
P.OEM E..
Uoi ! verrast on toujours la difcorde & lá
guerre
QUoi ! verraston
Tourmenter les mortels , & ravager la terre ,
Et toujours les humains , fecondant leurs fureurs .
Se font-ils un plaifir de leurs propres malheurs ? :
Barbares , quel démon , ennemi de vos vies ,
'A ,pour votre ruine , armévos mains impies ?
Le Ciel vous a-t'il donc accordé trop de jours 2
Par quelle frenefie en abreger le cours ?
Ils ne m'écoutent pas. L'inexorable haine
Dans les feux , dans le fang , au meurtre les entraîne
,
Et , la rage enflammant leurs coupables tranſports,
Ils n'offrent , en tous lieux , que ravage & que
morts.
Du milieu des clameurs , du trouble , des allarmes,.
Près d'un fleuve de fang , parmi des monceaux
d'armes ,
Dans ces champs tout couverts de corps & de dés
bris , <
Quelle ombre fe préſente , & glace mes eſprits a
Son front eft obfcurci de foucis & de crainte ; ,
AVRIL.. 35 1749.
La pâleur de la mort fur fon vifage eft peinte ;
Sa robe déchirée eft teinte de fon fang ;
Mille homicides traits lui déchirent le flanc .
1
Dans ce trifte appareil , confternée , abattue ,
Je la vois fuccomber fous le mal qui la tue ,
Et levant vers le Ciel fes yeux mouillés de pleurs ;
O Dieu , dit-elle , ô toi , témoin de mes douleurs,.
Verras- tu , fans pitié , l'excès de mes allarmes ,
Et m'as- tu condamnée à d'éternelles larmes
Voi mon état affreux , & mes cruels enfans ,
Dans leur fang , dans le mien, à l'envi triomphans,
L'un l'autre s'extiter à déchirer leur mere.
Ne fuis-je plus , pour toi , cette fille fi chére ,
Que ,d'un foin paternel , tu protégeas toujours ;
Cette Europe , long-tems tes plus chéres amours ??
C'eſt chez moi , tu le fçais , que tu trouves encore
Un culte fans mêlange , un culte qui t'honore.
Ah! quand pourrai-je enfin , dans une heureufe
paix ,
Te l'offrir , & jouir du fruit de tes bienfaits ?:
Là , l'Europe qui voit redoubler le carnage ,
Interrompt fon difcours , & voile fonviſage ,
Fuit de funeftes lieur , & loin de tant d'horreurs ,
Dans des antres profonds va pleurer fes malheurs.
Trifte Europe ! ton Dieu , touché de ta mifére ,
Entend , du haut des Cieux , tes voeux & ta prierei ·
Fais trêve à tes foupirs ; il veut à fes rigueurs
BVI
36 MERCURE DE FRANCE..
Faire enfin faccéder fes plus grandes faveurs .
Il appelle la Paix , cette fille adorable ,.
De fon Trône facré compagné infeparable :
L'Europe , lui dit- il , m'a touché par fes pleurs .
Et je veux aujourd'hui terminer les douleurs.
Ses enfans ont contr'elle allumé ma colére , ¸¸
Mais je les vois encor avec un oeil de perè.
Ecoute-moi , ma fille. Entre les plus grands Rois
Qui gouvernent l'Europe , & lui donnent des loix,
en eft un , ſurtout , qui regne dans la France ;
Un Roi , de ſes ſujets la plus chére efperance ,
Leur invincible appui , leur gloire , & tour à tour,
De vingt peuples , au loin , la terreur , ou l'amour
Va le trouver pour toi fa tendreffe eft extrême ;
Ma fille , annonce- lui ma volonté ſuprême.
Que , lui- même , il s'arrête au fort de fes exploits ,
Et pour toi , s'il le faut , qu'il céde de fes droits .
Je le veux pars. Soumiſe à ſon Dieu qui l'envoie,
Sur un char lumineux , la Paix- monte avec joie ;
Le front ceint de lauriers , l'olive dans fes mains
La divine douceur regne en fes yeux ferains.
L'abondance la fuit , fa compagne fidelle :
Les Arts , & les Plaifirs font rangés autour d'elle ..
2
Le char vole : les Cieux reprennent leur ażur ,
Le calme.reparoît , & l'air devient plus pur ;
De la fille du Ciel tout reffent la venue,
AVRIL.
37 1749.
Et lés coeurs font remplis d'une joie inconnue.
Elle.apperçoit de loin ces pompeux bâtimens. ,
De la main du Génie éternels monumens ;
Ces parcs délicieux , que l'Art & la Nature ,
'A l'envi l'un de l'autre , ont ornés fans mefure
Elle deftend enfin fur ces bords enchantés,
Ces fortunés climats , par Louis habités . "
'Aur ſpectacle charmant , qui par tout fe déploye
L'es Arts , de tout côté , font éclater leur joye ;.
S'admirent , en voyant dans ces vaſtes jardins ,
Gent chefs - d'oeuvre divers , ouvrages de leurs
mains.
Cependant , près du Roi la Paix vient de pa
roître ,
Et par fes feuls attraits s'eft bientôt fait con
noître :
Elle approche . Grand Roi , lui dit- elle , il eft tems
Que tu bornes le cours de tes faits éclatans.
Tant de remparts forcés , tant de Villes conquiſes,
Tes glorieux combats , des Provinces ſoumiſes ,
Tout prouve ta valeur , & tes fameux lauriers
Tant admis pour jamais au Temple des Guer
riers..
Une gloire fans doute , & plas douce , & plus
belle ,
A de plus nobles foins aujourd'hui te rappelle38
MERCURE DE FRANCE.
De l'Europe , Grand Roi , daigne combler les
voeux .
Que la Paix foit un don de ton coeur généreux.
Ce n'eft point dans la guerre , au ſein de la vic÷
toire ,
Que réfide , crois- moi , la véritable gioire :
Protéger les humains , veiller à leur bonheur ,
Voilà quelle eft des Rois la folide grandeur..
A ces mots prononcés d'une mod . fte audace ,
'Au-devant de la Paix le Roi court , il l'embraffe
Délices des humains , dit- it , aimable Paix ,
O toi , l'unique objet de mes plus doux fouhaits .
Faut-il , en ta faveur que ta bouche me preffe
Ne fçais- tu pas pour toi jufqu'où va ma tendreffe
?
Dans l'horreur des combats , le tumulte & l'ef
froi ,
Hélas ! je ne cherchois , je ne voulois que toi..
Va : de mes ennemis , par tes céleftes flammes ,
Défarme le couroux ; triomphe de leurs ames
Arrache le bandeau qui leur couvre les yeux ;
Leur haine finira , s'ils me connoiffent mieux..
Enfin
pour établir ton regne & ton empire ,
Que faut- il ? Parle ; à tout je fuis prêt à foufcrite
La Paix vole , elle a vû les rivaux de Louis ;
De furpriſe & de joie ils fe fentent faifis
Un invincible attrait vers la paix les entraîne ,
AVRIL. 391 1749
Ils quittent leur vengeance , ils dépouillent leu
haine ,
Rougiffent de l'érreur qui les avoit trompés ;
Des vertus de 'Louis ils demeurent frappés ;
Ne connoiffent dans lui , qu'un Roi digne qu'on
"l'aime ,
Un Roi doux , moderé , qui , ſe domptant lui
même ,
Veut bien facrifier au repos des humains
Tous les lauriers offerts à fes vaillantes mains ..
Dans le fond des enfers la Difcorde eft plongée ,
Et de fon joug affreux l'Europe dégagée ,
Dans les tranfports de joie , exalte par des cris
Et le nom de la Paix , & le nom de Louis
40 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗選選洗洗洗洗洗:洗洗
REFLEXION fur le Problême d' Arith
·métique , expofe page 72 du Mercure
de Janvier 1749.
M
Onfieur Faiguet nous a fait appetcevoir
dans le Mercure de Janvier
dernier , un phenoméne dans les ouvrages
du fameux Barême ; c'eſt un problême que
ce célébre Arithméticien s'eft propofé à
réfoudre , dont il a lui-même dicté les
termes , & qu'il n'a cependant point en
tendu.
Voici le problême .
Un homme mourant laiffe fa femme
enceinte , & cent mille francs de fon chef.
Il ordonne par fon teftament , que fi elle
accouche d'un garçon , l'enfant aura les
trois cinquièmes de la fomme , & la mere
les deux cinquiémes, & que fi elle accou--
che d'une fille ; l'enfant aura les trois feptiémes
, & la mere les quatre feptiémes.
Il arrive que cette veuve accouche à la
fois d'une fille & d'un garçon. Sçavoir ,
combien chacun doit avoir de ladite fom.
me de cent mille francs , en confervant
toujours la proportion de la mere aux enfans.
Pour réfoudre cette queftion , M. Bar
4
AVRIL. 1749. 41
reme divife ladite fomme de cent mille
fivres en treize parties égales , dont il
donne trois à la fille , quatre à la mere
& fix au fils , au moyen de quoi la part
de la fille eft de
celle de la mere, de 30769
23076 I. 18 L. 5 d .
4 7
& celle du garçon, de 46153
16 11
n'eft
100000.
13
نا
-
لتا
13
M. Faiguet trouve que cette folution
pas exacte , & qu'elle eft injufte à
Fégard de la fille & de la. mere , en ce que
Ja portion du fils eft trop forte , & du
double de celle de fa foeur , & par conféquent
de beaucoup au-deffus de la differ
rence qui fe trouve entre trois feptiémes &
trois cinquièmes , qui n'eft pas tout - àfait
du tiers . Pour rectifier cette erreurs,
M. Faiguet croit qu'il faut divifer lefdits
cent mille francs en 53 parties , dont il
en affigne quinze à la fille , dix -fept à la
.mere , & vingt-un au fils , & opérant
en conféquence , il décide que la fille doit
avoir
la mere ,
& le fils ,
28301 l . 17 f. 8 d .
$ 3 32075 9 55
39622 12 2
100000.
42 MERCURE DE FRANCE.
C'eft avec raifon que M. Faiguet à re
levé la faute du célébre Barême ; il eft certain
que ce dernier n'a pas entendu fa propofition
, car out a - t'il trouvé que le Tefsateur
avoit intention , que fon bien fût
partagé par treiziémes ? Mais M. Faiguet
l'a- t'il mieux entendue , en le partageant
en cinquante -troifiémes ? Il me paroît que
fa folution n'eft pas plus fondée que la
premiere .
En effet , de quoi s'agit- il dans le problême
? D'exécuter les dernieres volontés
d'un Teftateur , qui n'efperant avoir de fa
femme , qu'il laiffe groffe , qu'un héritier ,
dont il ignore quel fera le fexe , ne fait de
fon bien , montant à cent mille francs.
qu'un feul lot , & ordonne que fi c'eft un
mâle , il gardera les trois cinquièmes de la
fomme , c'eft à-dire ,
& en cédera deux à fa mere ,
qui font
&
que
60000 1.
40000 I
100000 1.
fi c'eft une fille , elle ne retiendra
que les trois feptiémes de la fomme , c'eſt- '
à- dire ,
& laiffera prendre à fa
mere les 4 autres fep
428571.2 f. 10 d .
rémes montans , à
57142 17 14
100000
AVRIL. 1749
43
Au lieu d'un feul héritier la veuve en
met deux au monde , garçon & fille , évenement
que le Teftateur n'a aucunement
prévû , & auquel il faut pourvoir pour
lui , & dans le même efprit , dans lequel
il eft à préfumer qu'il y auroit pourvû luimême.
Or eft-il à croire , que fi ce Teftateur
eût affez vêcu pour voit le double fruit de
Paccouchement de fa femme , il fe fût
avifé de faire des calculs imaginaires , pour
trouver dans l'Arithmétique des nombres
qui pûffent le partager par cinquiémes &
par feptiémes ,pout rectifier fon teftament,.
& affigner la part qu'il voudroit laiffer
à fa femme , & à chacun de Tes enfans ?
Non fans doute , mais de deux chofes
Pune.
Ou , portant toutes fes affections du
aôté de fon fils , comme l'héritier de fon
nom & le foutien de la famille , il auroit
ordonné que fur ladite fomme de cent
mille livres , total de fa fucceffion , fondit
fils prendroit celle de foixante mille
livres , comme la lui affigne le teftament ,
& que les quarante mille livres reftans
feroient partagés par feptiémes entre la
fille & la mere , en forte que la fille , ne
fe réfervant que les trois feptiémes de la
44 MERCURE DE FRANCE
dite fomme de quarante mille livres
montant à
laifferoit à fa mere les
171421.17.f.i.d.
quatre autres feptiémes
de ladite fomme ,
failans 22857 2 10
40000.
Ou bien , plus judicieux à l'égard de fa
famille , il auroit fait deux lots égaux de
fon bien , de cinquante mille francs chacun
, l'un pour fon fils , & l'autre pour fa
fille , & auroit ordonné que le fils cédât
les deux cinquièmes de fon lot à fa mere ,
& s'en refervât les trois autres , & que la
fille cédât pareillement à fa mere les qua
tre feptiémes du fien , & ne s'en refervât
que trois feptiémes. Ce dernier arrangement
eft celui qu'il me paroît qu'on doit
fuivre dans la folution du problême propofé
; car dans le doute , le fentiment le
plus égal & le plus judicieux eft celui que
l'on doit fuivre , & ce dernier l'eft infiniment
plus que le précédent , qui eft d'une
extrême rigueur. Ainfi j'eftime conformément
à la derniere difpofition , que dans le
cas propofé , la fille doit avoir pour trois fepA
V R I L. 1749. 45
rémes de 50000. 1 . 214281.116.5 d. –
le fils pour trois cinquiémes
de 50000 l . 30000.
Et la mere pour quatre
feptiémes dans les
50000 l.faiſant le lot de
la fille 28571 1.8 f.od.
& pour deux cinquiéme
dans les 50000 l . du
lot du fils , 20000.
total 485711. S. 6
fomme moyenne entre
celle
de 57142 l. 17 f. 1 d.
qu'elle avoit à prétendre
, fi elle n'eût ea
qu'une fille , & celle de
40000 l . qui lui feroit
feulement revenue , fi
elle n'eût eu qu'un gar-
51428 11 5
COD , Ci
48571 8 6
100000 ,
46 MERCURE DE FRANCE .
S
* X* XX*3X+ 3X+: +3XXXX
FABLE
Le Renard , l'Ours , & le Baudet.
C'Eft de tout tems que la craffe ignorance
A des debats avec le vrai fçavoir ;
( On la connoît à fes airs d'importance )
Mais ce dernier la range à fon devoir ..
Ses traits perçans , dont fon orgueil s'offenfe
Lui font par tout redouter fon pouvoir.
Maître Baudet , contre toute juftice ,
Vouloit primer fur tous les animaux ;
Aucuns étoient , qui pétris de malice ,
Etoient pour lui de terribles rivaux.
Peu leur falloit pour exciter leur ire ,
Et n'étoit pas aifé de les réduire .
Souffriroient- ils qu'un chétif animal
Que la faveur a tiré de la boue ,
Et que le fort a placé dans fa roue ;
Vînt avec eux trancher du Général ?
On en voit bien , dans le fiécle où nous fommes?
Agir ainfi , même parmi les hommes:
Le Baudet donc fit faire un beau matin
Forte défenfe en toute la Grurie ,
Aux animaux , d'aller dans la Prairie
Un certain jour y brouter le fainfoin
AVRIL.
47 1749.
» F'irai , dit- il , par droit de préference ;
Et fi quelqu'un paffe mon ordonnance ,
» Je ſçaurai bien l'en punir comme il faut.
1l prétendoit que toute l'affiſtance ,
Sans répliquer , fouſcrivît de plein faut ,
Mais le Renard , méprifant fa menace
S'en fut brouter. Le Baudet avocaffe.
Quel attentat ! il tombe de fon haut .
On dit qu'il fit une affreuſe grimace,
Et fut hué parmi la populace.
Alors confus , Pimbécile clabaud
Dreffe une plainte , & préfente requêté
A fignor l'Ours . 11 jure par fa tête ,
Que du Renard l'indomptable fierté
Sera punie avec ſevérité.
Devant le Juge on appointe la cauſe ,
Et le Baudet à plaider ſe diſpoſe ;
Un accident furvint & Kempêcha :
Le pauvre diable étoit , dit- on , malade
Il eut recours au chien , fon camarade ,
Et celui-ci volontiers s'en chargea
L'Ours eut bientôt décidé cette affaire ;
Et condamné le Renard aux dépens ;
Mais , par malheur ,il n'étoit de ces gens
Qui ,chez leur Juge , armés de beaux préfens
Vont acheter un arrêt mercenaire :
Pour ce micmac que la haine fit faire ,
>
48 MERCURE DE FRANCE.
Il appella pardevant l'Eléphant ,
Juge fevére , équitable & prudent';
Et fçut prouver avec tant d'évidence ,
Qu'ils avoient tort , qu'il étoit innocent
Et que le feul plaifir de la vengeance
Avoit armé les fiers accufateurs ,
Que , pour punir leur altiere infolence ;
On les chaffa comme infames voleurs .
Par M. V. D. L. M. D. F. de Rofnai ;
en Champagne.
2222222222
V
LETTRE
Ecrite à Madame la Comteffe *** ;
Ous dites , Madame , que nul objer
naturel n'a plus de charmes qu'un
arbre en fleurs ou en fruits , & vous avez
bien raifon. Vous êtes auffi étonnée de ce
que les grands Peintres ne les repréfentent
jamais avec cette parure , ce qui pourroit
faire croire qu'ils font plus beaux fans
elle , & vous m'ordonnez à ce fujet , de
vous développer les raifons que peuvent
avoir les Maîtres de Art , de les traiter
avec tant de dédain. Si cette queſtion
m'étoit faite par une perfonne qui eût .
moins de connoiffance & de goût , je lui
répondrois
AVRIL. 1749. 43
A
répondrois, qu'à la vérité la nature eft l'objet
de la peinture , mais que tout ce qu'elle
offre , n'eft pas pour cela à imiter . Souvent
des effets de lumieres , occafionnés fur les
ndages au moment que le Soleil va fe repofer
entre les bras de Thétis , quoiqu'admirables
dans la nature , détonneroient dans
un tableau , dont l'harmonie & l'accord
font toute la beauté . Mais qui fçait mieux
tout cela que vous , Madame ? Voici donc
les idées que mon foible génie m'a fournies
à ce fujet. Les Peintres , fi fouvent comparés
aux Poëtes , s'efforcent de juftifier
cette comparaifon , dont leur petite vanité
n'eft , je vous l'affûre , pas peu flatée . Les
derniers font dans l'ufage de fupprimer
mille évenemens , quoique liés àleur fujet,
& les reléguent dans les couliffes ou derriere
le Théatre , perfuadés que le vrai
n'eft pas indiftinctement propre à la repréfentation.
Les Peintres font de même , &
quand ils peignent un arbre fruitier , ils
nous laiffent à penfer , ou qu'alors le prinzems
renaît , ou que l'automne eft paflé .
Je pourrois bien m'embrouiller ici un peu.
Je penfe donc , pour parler clairement ,
que les Maîtres de l'Art préferent la réalité
à la figure . Pourriez-vous , Madame ,
les trouver de mauvais goût ? N'y auroit-il
pas auffi un peu de prudence dans leur
C
so MERCURE DE FRANCE,
A
conduite ? Nous ne fommes plus au tems
de ces Grecs , dont le pinceau', rival de la
nature , trompoit les hommes & les animaux.
Nos François l'ont bien fenti .
Qu'ont- ils fait ? Ils font devenus moins
ambitieux . Perfonne ne s'y feroit trompé
& dans leurs tableaux les fruits ou les
fleurs auroient plutôt paru des taches que
des agrémens . Ces êtres inanimés ont
donc perdu un de leurs priviléges , & je
ne vois que les arbres du jardin des Hefpérides
qui l'ayent confervé. Cette parure',
fans laquelle il eft défendu de les peindre ,
je la compare aux ajuftemens des Dames,
Parées des attraits de Vénus , elles s'étudient
chaque jour à les rendre plus piquans.
Les modes & les pierreries font les
moyens que l'Art leur offre. Elles en profitent.
Cela eft à merveille : un Toqué, un
la Tour qui les peignent , écartent , éloignent
ces ornemens empruntés . Tantôt
c'eft une Flore , une Hebé, qui.fort de leur
pinceau ; tantôt une Cerès : le plus fouvent
un fimple négligé releve ces graces touchantes
qui vont au coeur , & le forcent à
fe rendre . Les Dames s'en plaignent- elles ?
Je vous le demande , Madame. Les arbres
auroient donc mauvaiſe grace de fe plaindre
d'un ufage , auquel le beau fexe eft
forcé d'applaudir. Vous me répondrez ,
AVRIL. 1749:
Fans doute , que la perte d'une chofe
étrangère coûte moins que celle d'une
chofe naturelle. J'en conviens. Mais en
réflechiffant fur l'attachement des Dames
la pour parure , pourroit-on difconvenir
qu'elles l'ont en quelque forte naturalifée ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
CANAVACICƏHDUDHAYAYAYAYA
ODE
Bella magnus , Pace major Ludovicus.
Q
Uæ me volentem blanda per
Pindi rapit vis ? Jam videor pios
Subire lucos , jam benigno
Lumine Pieridum beari ,
arduum
Coeptis , Camoenæ , grandibus impares
Juvate cantus : magnanimum feram
In aftra Regem , totus ultrò
Quem dominum fibi pofcat orbis,
*3*+
At vana demens numina quid moror !
Sat una virtus me tua vivido
Succendit igni ; tu benignum
Unus eris , Lodoice , numen .
Cij
5 MERCURE DE FRANCE.
Qualis per auras impavidus Jovis.
Ales fuperbo provocat impetu
Ventos , & imbelles potenti
Imperio domitat volucres.
炒菜
Ni prona pennis alituum cohors
Regem falutet fupplicibus fuum :
Jam frendet horrendum , & minaces
Exacuit metuendus iras.
Tùm molle roftro perfequitur genus ,
Totoque pellens æthere , fervidus
Premit fugaces , & decoram
Sanguineo ciet ungue cædem,
Talis fremendo fulmine Lodoix
Jurata Regum foedera diffipat ,
Belloque gentes quot laceffit ,
Tot varia accumulat trophaa.
Ductore tanto ,jure , fuperbiunt
Galli feroces , & varios amant
Tentare cafus , nobilefque
Morte volunt peperiffe lauros .
****
AVRIL
53 1749.
Hinc parta genti gloria Gallicæ ,
Et alta multis nomina vatibus
Cantata , Furnæ , Ganda , Montis,
Oppida jam cecidêre centum,
Vobis triumphos , Francigenæ , novos-
Campus Lopheltes.en parat : acrius
Inftate , & immenfam feretis ,
Indomito licet hofte , laudem >
Auditis : & jàm martia defides-
Cantu minaci buccina`militum
Accendit iras : ad cruentam
Denfæ equitum , ped itumque pugnam
**
Ruunt cohortes : ftat Leo Belgicus ,
Pardufque contrà , Bant aquila truces
Junctis & und Gallicano
Viribus imperio ruinam
Certam minantur , diraque funera g
Fruftra fed hoftes fulmineos manu
Enfes corufcant , fruftra ubique
Mortiferos jaculantur ignes..
C iij
54 MERCURE DE FRANCE
Invictus unus , nec metuens mori ,
Quem fola ducit gloria Principis ,
Gallus per armatas cohortes
Sternit iter , cuneofque rumpit.
At quis tot inter millia pulvere
Sordet decoro , atque agminibus præít
Gallorum , & ingentes catervas
Per medios rapit unus hoftes ?
Martem ne credam , an Mauritium , dedit
Portare fulmen cui Lodoix fuum
Quas ille ftrages , quàm cruentas
Ore, oculis , animifque fpargit !
Quâ nempè victor ferreus aſpici
Flammata torquet lumina , digidit
Hofti pavorem , dùm viriles
Franciadis animos miniſtrat.
Torrentis inftar , nil rapidum valer
Tardare curfum : nec mora ; dum loquor ,
Gallos fubactus fulminantes
Attonitis Mofa fenfit undis
AVRIL.
1749. 53
Hollandiæ ingens , firma que concidit
Jamfracta , verſo cardine , janua
Pallete , Batavi , alta vobis
Vulnera Mauritius minatur.
At ſcena rerum quæ nova panditur ?
Belli procellas quis placido Deus
Vultu ferenavit , dieſque
Pacificus revehit quietos ?
**
Europa Martis tota furoribus
Dudum in ruinam concita propriam ,
Ruebat in cædem , & recentes
Materiem dabat ufque Gallis
Lauros metendi , at fanguine militum
Lauros madentes fpernere fortior ,
Totum fecundâ Ludovicus
Pace beat generofus orbem .
炒菜
Tot verfa certo monia fulmine ,
Tuâque fractos tot populos manu ,
Rex magne , venturos in annos
Hiftoriæ monumenta ducent.
**
C
iiij
3 MERCURE DE FRANCE
Quin & timendi gloria nominis
Vires eundo colliget arduas , -
Pennâque victrici per omnes
Clara feret tua facta terras.
**
Præfentis alto , fed proprio gregi
Infixa pacis gaudia pectore ,
Et laudem , & æternos tuorun
Conciliant , Lodoice , amores,
Quid Marte poffes , fcilicet extera
Senfêre gentes, nos melius bonâ
Quid pace : cuncta laude major
Francigenis celebrandus Heros..
Tantis beatam muneribus folum
Relinque ferus , Rex bone , Galliæ
Vive in falutem , & Parca , flecti
Jam docilis , vereatur annos..
AVRIL.
57
.
1749.
De
DESCRIPTION de la nouvelle Place
de Mars , à bâtir au Carrefour & Porte
de Buffy , fur les plans & élevations du Śr
Vital de Langrené , le pere , Architecte ,
préfentés au Roi à Versailles le 26 Septem-.
bre. 1747 , fuivant lefdits plans , éle
vations & modéle en relief, qu'il en a faits :
depuis , dans le courant de l'année 1748 ..
Line donner au
E Sieur de Langrené ne s'eft déter
miné à donner la préference au car--
refour & potte de Buffy , à tous autres
lieux à lui connus , pour l'emplacement :
de cette belle & magnifique Place ,..
qu'après en avoir reconnu tous les avantages
, tant pour l'économie que pour les :
agrémens naturels qui s'y trouvent , & les :
differens points de vûe qui , par le fécours :
de l'Art , feront voir de plufieurs côtés ,,
& de très-loin , la Statue équestre d'un
Roi chéri de fes Sujets , qui en doit faire :
l'unique objet , & qu'après avoir levé
exactement la plus grande partie des au--
tres emplacemens propofés pour cette
Place , par beaucoup d'Architectes , à qui
lé carrefour des rues de Buffy , Mazarine ;,
Dauphine , Saint André des Arcs , & de la
Comédie , avoit jufqu'ici échappé , an-
.
Gyv
JS MERCURE DE FRANCE.
quel ledit Sieur de Langrené s'eft toujours
fixé depuis 1744 , qu'il a travaillé volontairement
à differens projets , fur tous les
autres emplacemens , qui ne flatent point:
comme le fufdit carrefour.
Defcription de la Place , telle que le Sieur de
Langrenéfe propofe de la conftruire.
Cette nouvelle Place , qui doit être éle
vée à la gloire de Louis XV. au carrefourde
Buffy , fera de forme octogone , ou à
huit pans réguliers , de chacun cent cinquante
pieds de large d'angle en angle ,.
fon diamétre au rez de terre de face en
face , fur trois cens foixante pieds , & ſon ·
enceinte dans oeuvre de douze cens pieds.
Cette Place fera décorée , en- devant au
rez de chauffée , de fix belles arcades , de
neuf pieds d'ouverture dans oeuvre , éle
vées en pierre de taille de Saint Leu.
Les pilliers, qui les partageront , auront
huit pieds de large , & dix - huit pouces d'épailleur.
Au- devant de chaque pillier ſeront
doubles colonnes d'Ordre Dorique
accouplées & engagées dans chaque pillierd'un
tiers de leur diamétre. Les bazes de
ces colonnes feront Attiques , & dans le
gorgerin du chapiteau il y aura trois fleurs .
de Lys ; lefdites colonnes accouplées fur un
feul foc de pierre dure , de deux pieds &
AVRIL. 1749.
59
demi de hauteur , ce qui formera une trèsbelle
colonade. L'entablement qui couronnera
lefdites colonnes , fera compoſé
d'une architrave , frize & corniches , laquelle
frize fera ornée de triglifs & metobles
, qui feront autant de bas reliefs repréfentans
differens attributs de guerre , de
victoire , & de paix , & autres à la gloire
du Roi.
Ledit entablement qui regnera en face
de chaque pan , dans tout le pourtour de
ladite Place au même plein-pied , ne fera
interrompu feulement dans quatre pans ,
que par un magnifique portique dans le
milieu de chacun , qui termineront , les
ans l'entrée des rues qui rendent à ladite
Place , les autres , les principales entrées
des bâtimens, les plus confidérables qui or
neront cette Place. Er dans les quatre
autres pans , à chaque encoignure d'autres
rues , ou principales entrées , fera élevé un
groupe de quatre colonnes Corinthiennes ,
pofées fur un feul foc & piédeftal , &
couronnées d'un entablement iſolé , fur lequel
feront placés des ftatues & trophées
d'armes , & autres fujets convenables ci
après expliqués.
L'entablement qui doit couronner la
fufdite colonade & former l'enceinte
de la Place , fera orné au-deffus d'une ba-
>
€ vj
60 MERCURE DEFRANCE.
luftrade de pierres de taille de hauteur con
venable , dont les baluftres feront interrompus
à l'aplomb defdites colonnes , par
des piédeftaux de pierre , dans le devant
defquels feront des bas-reliefs , qui alternativement
repréfenteront le chiffre du
Roi par deux LL. entrelaffées dans un cartouche,
entourées artiftement de branches
d'olivier , couronnées de laurier , ce qui
fera allufion au Roi , au milieu de la Vic--
toire & de la Paix
Et au- deffus defdits piédeftaux , pour
terminer cette magnifique colonade ex
térieure , fera fur chacun des piédeftaux
un groupe de petits génies qui rer
préfenteront les jeux , les plaifirs , l'abon
dance & autres.. fujets relatifs à la
paix..
,
Quant aux portiques qui feront à l'ene
trée de chaque rue , ils formeront des arcs
de-Triomphe des plus magnifiques , qui
auront quarante- huit pieds de face , fur
une hauteur proportionnée. Dans l'ouver--
rure de l'arcade ou paffage public dans chaque
rue, qui aura vingt pieds de large, ornés
d'un impofte & archivol à la clef de ladite
arcade , fera une tête avec les attributs qui
férant connoître les rues fuivant leur hori
zon , la premiere pour le point du jour » ,
la deuxième pour le milieu du
jour , la
AVRIL 17491
troifiéme , le foir , & la quatrième une
tête de Diane , comme préfidant à la nuit...
Aux deux côtés de chacune arcade , ou
entrée publique , feront élevées deux gran¹
des colonnes d'ordre Corinthien , canne
lées & ifolées avec pilaftres , engagées des
deux tiers dans le corps duditArc- de- triom
phe; le tout élevé fur des piédeftaux qui
poferont fur un feul foc de deux pieds
& demi de hauteur . Sur les faces defdits
piédeftaux feront fculptées en bas - reliefs
des devifes allégoriques à la gloire du
Roi.
Entre chaque efpace defdites colonnes
à hauteur du couronnement ou corniches
des piédeftaux , fera des deux côtés une
niche cintrée fur fon plan & élevation ,
dans lesquelles feront des ftatues de pierres
de Tonnerre plus hautes que nature : en
tout il y en aura hait , dont l'une fera là
Science les trois Vertus Théologales ,
fçavoir, la Foi , l'Espérance & la Charité ;
avec les Vertus Cardinales , fçavoir , la
Juftice , la Prudence , la Force & lá Tempérance,
toutes ornées de leurs attributs.
›
Au - deffus defdites niches , à chaque Arcde-
triomphe , doivent régner unimpofte fur
toute la face , & en retour & l'aplomb des
niches des paneaux en ravallement , dans
2 MERCURE DE FRANCE
efquels des bas-reliefs repréfenteront les
Villes & Places conquifes par le Roi .
L'entablement qui couronnera toute laface
de chaque portique ou Arc de triomphe
fufdit , n'aura d'autre ornement que
fon architrave , frife & corniche , dans la→
quelle corniche il n'y aura que des modillons
& mufles en forme de gargot.
Au- deffus dudit entablement fera un piédeſtal
cintré fur fon plan & élevation ,
ifolé & faifant face fur la Place , & le tout
enrichi de quelques faisceaux d'armes
cuiraffes , cafques & autres attributs de
guerre.
Sur led . piédeſtal feront élevés plufieurs
drapeaux , étendarts , guidons , lances , bou
cliers, timballes , trompettes , corcelets &
autres trophées. Au milieu de chaque piédeftal
, feront élevées les Armes de France
dans un cartouche d'un goût fingulier ,
couronnées de la Couronne Royale , artif
tement foutenue fur des branches de laurier
& d'olivier , pour faire connoître que
Louis XV. au milieu de la victoire , ne dé
fire
que la Paix pour le bien de fes fujets .
Sur les huit groupes de colonnes d'or
dre Corinthien fufdit , qui doivent être
à chaque encoignure des rues ou autres en
rées ptincipales qui donneront fur cetta
AVRIL 1749. 63
Place , feront pofées les quatre Saifons
fçavoir , du côté du Levant , fur un des
groupes, le Printems & l'Eté ; fur l'autre &
aux deux autres vis- à- vis , tirans au Nord ,
l'Automne & l'Hyver ; & fur les quatre
autres qui doivent le regarder d'un côté
de la Place à l'autre ,feront pofées les qua
tre parties du monde , fçavoir , du Levant
au Midi , l'Europe & l'Ae , & du Midi
au Couchant, fur l'un , l'Afrique , & fur
Fautre , l'Amérique .
•
La colonade fufdite d'Ordre Dorique ,
qui doit former l'enceinte de cette grande
& magnifique Place , donnera au rez- dechauffée
une galerie couverte dans tout le
pourtour de quatorze pieds de large , &
au- deffus une terraffe de plus de quinze
pieds , non compris la baluftrade.
Cette galerie couverte , outre la com
modité publique qu'elle donnera à tous
les
gens de pied, pourra en tout tems.
fervir de promenade,ce qui fera d'un grand
agrément , étant décorée à droite & à gauche
de pilaftres Doriques , engagés des
deux tiers dans l'épaiffeur des murs élevés
fur un fimple foc de dix-huit pouces de-
Haut,couronnés d'une corniche architravée,.
au- deffus de laquelle prendront les naiffances
d'une très-belle voûte d'arête ,,
dont les arêtes & arefdoubleaux feront de
64 MERCURE DE FRANCE.
pierre de taille , & le refte en brique par
compartiment.
A l'aplomb des principales élévations
uniformes, qui doivent décorer cette Place ,
fous ladite galerie & d'aplomb fur la terraffe,
feront, entre chaque pilaftre alternati
vement , des arcades & petites portes quarrées
, dont partie defdites arcades fervira
d'entrées aux Hôtels & autres Bâtimens
principaux qui donneront fur la Pla
ce , & les petites portes pour les maiſons
Bourgeoifes qui fe pourront trouver avoir
leurs entrées fur cette Place.
Les fufdites élévations ne feront point
confufes d'ornemens , feulement bâties de
très-belles pierres de S. Leu , fans aucune
tache , élevées fur une premiere affife de
pierre dure de Montfouris , de deux pieds
& demi de hauteur , le tout proprement :
taillé. Les croifées n'auront que de fimples
bandeaux , & au milieu de la bande ou
couverte en forme de clef , fera fculptée
une tête ou agraphe , qui aura attributs ,
comme fuite des autres ornemens qui embelliront
cette Place :
Par rapport aux terraffes qui feront recouvertes
de dales ou tablettes de pierre
dure à joints recouverts , maftiqués dans les
joints , chaque croifée au premier étage ,
aura de hauteur , fous couvertes , douze
AVRIL. 1749.
૬
pieds, & quatre pieds & demi de large, &
deviendra porte-croifée, pour entrer fur les
terrafles.Celles du deuxième étage au- deffus
qui feront féparées d'un impofte , qui re- .
gnera le long des faces de chaque pan , fe-
Lont bombées, & n'auront que dix pieds de
hauteur ,fur quatre & demi de large , avec
fimples bandeaux & clefs , comme cr-delfas.
Lefdites croifées du fecond étage feront
ornées de . très-beaux balcons de fer ,
d'un grand deffein , & bien executé . Lefd
façades étant reculées de la fufdite colonade
de quinze pieds de chaque côté , par
rapport à la galerie qui eft entre, donneront
à la hauteur des terraffes à cette Place un
diametre de trois cens -quatre - vingt - dix
pieds , lefquelles façades feront toutes tér❤
minées par une aftragale en forme d'archi
trave avec frife & corniches , dont la der
niere aſſiſe ſera de pierre dure , regnant
à la même hauteur dans les huit pans , fur
laquelle corniche il y aura- dans tout le
pourtour de la Place une plinte de vingt
pouces de hauteur ,, fur pareille largeur
dans l'épaiffeur de laquelle il fera taillé un
canal de largeur, profondeur & pente,fuffi
Lantes pourl'écoulement des eaux pluviales
des couverts , qui auront leur chute par
des conduits de huit pouces au moins de
diamérre , pratiqués dans l'épaiffeur des
#6 MERCURE DE FRANCE.
murs. Dans les angles de chaque pan& arr
gles joignant les arcs de triomphe ou encoi
gnures des rues , l'enceinte & pourtour de
cette Place étant ainfi décoré tout en pierre
de taille bien travaillée & pofée proprement
par affife égale , fe terminera par une
couverture en ardoifes & manfarde , dont
les brifées ou faitages feront revêtus
de tables de plomb , & les lucarnes qui feront
placées à hauteur du deffus de ladite
plinte ou canal des eaux pluviales & à
plomb fur chaque croifée , feront de charpente
d'un très - beau deffein , revêtues en
plomb , ce qui terminera l'enceinte de cette
Place , au milieu de laquelle fera élevée
la Statue Equeftre de Louis XV, fur un
Très-beau piédeftal , dont la magnificence
& les accompagnemens font la fuite de
cette defcription , accompagnée des Arts &
des Sciences , dont il s'eft rendu le Pro-
#ecteur.
Ces lucarnes feront exécutées furyant
le deffein approuvé , aux frais des
Particuliers qui feront l'acquifition des
emplacemens qui auront leur vûe fur
la Place de Mars , ainfi que la couverture
des bâtimens , qui fera à la manfarde
couverte en ardoife , les brifées &
faîtages revêtus de plomb & à même hauseur
fur le devant , pour faire une uniforAVRIL.
1749. 67
me dans toute ladite Place , dont il n'y aura
que les façades de la colonade , jufques-
& compris la baluftrade de vingt - deux ,
pieds en tout de hauteur , & les grandes
façades , jufques & compris la plinte ou
canal des eaux pluviales , de cinquante
quatre pieds de hauteur en tout, bâties en
pierre de taille , avec l'Architecture &
pierre faillante pour la Sculpture , qui feront
faites aux frais & dépens de la Ville ,
ainfi que les voûtes en terre qui feront
fous la gallerie , & les voûtes d'arêtes des
terraffes que la Ville fera auffi faire à fes
frais.
Le furplus regardant le corps intérieur
de chaque bâtiment , fe fera aux frais &
dépens des acquéreurs des emplacemens
qui feront obligés de s'affujettir feulement
pour la façade extérieure de la Place de
Mars , à l'uniforme d'icelle , tant pour les
ucarnes, fculpture , que pour les couverts,
la Ville fe propofant par ce moyen d'en ufer
ainſi qu'elle a fait , quand on a bâti, la
Place des Conquêtes ou de Louis le Grand..
Les murs d'élévation de ces grandes &
principales façades fufdites feront de differentes
épailleurs jufqu'à leur couronne
ment , fçavoir , depuis le rez- de- terre juſ
qu'au premier étage , reglé à hauteur du
plein-pied de la terraffe , de deux pieds &
88 MERCURE DE FRANCE .
demi d'épaiffeur , réduits à deux pieds juf
qu'au fecond , & à vingt pouces juſqu'à
Pentablement.
Quant à la dépenfe que cette principale
conftruction , qui doit former ce grand
& fuperbe Monument , occafionnera pour
la faire fuivant qu'il eft dit ci - deffus , il
eft facile de voir par les états , eftimations
d'acquifition & devis de conftruction ,
que ledit Sieur de Langrené a faits &
remis à M.le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris, le 27 Novembre 1748 ; à
M.de Tournehem, Contrôleur Général des
Bâtimens , Arts & Manufactures Royales ,
le 9 Décembre ; à M.de Bernage ,Prévôt des
Marchands , & à M. Dille. , Infpecteur du
Palais . & Jardin des Tuilleries le 7
dudit mois de Décembre ; que le tout ,
non compris les embelliffemens qui - doivent
en faire toute la beauté & magniffcence
ci-après expliquée , ne coûtera que
quatre millions neuf cens cinquante - cinq
mille cinq cens cinquante-huit livres , ce
qu'il offre.de prouver fenfiblement avec
tout le détail poffible.
Defeription des Sujets qui doivent décorer
le milieu de la nouvelle Place de Mars.
L'éclat & la magnificence que la Statue
Equeftre de Louis XV. donnera à cette
AVRIL. 1749 : 69
Douvelle Place , quand elle y fera élevée ,
effacera tout ce que l'Art pourroit imagi
ner de plus beau & de plus pompeux. Le Sr
de Langrené eft le premier qui ait propofé
cette Place au carrefour de Buffy , & il a fait
voir fes Deffeins à plufieurs Seigneurs , de
qui il vouloit mériter l'appui & la protection
à cette occafion depuis les années 1745
& 46; ayant montré fes projets dans le
tems à M. le Marquis de Beauffremont
Lieutenant Général des Armées du Roi ; à
M. le Duc de Saint Aignan, à M. le Duc de
Beauvilliers , & à d'autres Seigneurs , qui
furent flatés de ce projet , dans lequel il
s'eft moins étendu pour la quantité d'ornemens
, que dans le foin d'y placer de convenance
toutes les vertus dont ce Monarque
eft doué , & y mettre à propos les
Sciences & les Arts , dont ce grand Roi
s'eft rendu le Protecteur , accompagnés
d'attribues qui puiffent faire connoître à
la Poftérité , que le bruit de fes rares qualités
s'eft répandu dans toute l'étendue de
l'Univers.
Premierement le piédeftal qui fera au
milieu de cette Place , fur lequel doit être
placée la Statue Equeftre de ce Monarque ,
fera de forme quarrée parfaite , tronquée
fur les quatre angles , élevé fur cinq marches
ou gradins de marbre ; la baze ſur la70
MERCURE DE FRANCE.
quelle pofera le piédeftal , fera de quatre
pieds de hauteur, d'un different marbre que
les gradins. Cette bafe aura quatre angles
faillans & quatre faces bombées fur fon
plan ; elle excedera le piédeſtal fur fes quatre
faces , de trois pieds , pour y pouvoir
placer les ornemens convenables, & de plus
de fix pieds fur chaque angle pour y placer
des ftatues de bronze , qui repréfenteront
la Victoire , la Paix , la Science & l'Abondance
, toutes de hauteur proportionnée ,
affifes & ornées de leurs attributs . Les qua
tre faces dudit piédeftal feront revêtues
d'un très-beau marbre , & fur la face de
devant feront placées les Armes de France
dans un Ecuffon , que deux Anges en
pied foutiendront , le tout de bronze
doré en plein.
Er fur la face de derriere , dans un autre
Ecuffon , fera le Chiffre du Roi , orné
de trophées de bronze doré . Aux deux
côtés ou flancs dudit piédeſtal , dans des
magnifiques cadres de bronze doré , il y
aura des infcriptions en lettres d'or , fur
un fond de marbre blanc , à la gloire de
ce grand Roi .
Defcription du Grillage qui doitformer l'enceinte
qui renfermera le piédeſtal .
Le Grillage que ledit Sr de Langrené fe
AVRIL. 1749. 78
propofe de faire regner à l'entour de ce
magnifique piédeſtal , à l'imitation de celui
de la Place Royale , ayant été condamné
de quelques perfonnes qui ont vû les
plans , par rapport à l'étendue de fon
enceinte , quoiqu'il laiffe un paffage
des arcades audit grillage de foixante &
quatre pieds de large , & que celui de la
Place Royale n'en ait que trente-huit
il s'eft contenté de ne le marquer que
fur le plan & non fur le modéle en relief,
pour fatisfaire le goût du public, qui igno
rant les beautés & utilités que ledit Sr de
Langrené prétend retirer de ce grillage ,
& d'en faire ici la defcription , perfuadé.
que l'on pourra opiner en fa faveur ; mais
comme il arrive fouvent des chofes qui ne
Aatent pas fur les deffeings & qui font
bien dans l'exécution , en voici le détail.
Le magnifique piédeftal qui fe doit éle
ver au milieu de cette nouvelle Place dans
Paris , pour lailler à la Poftérité un éternel
monument qui immortalife un Roi ·
magnanime & chéri de fes fujets , faivant
les plans & deffeings dudit Sr de Langrené,
fera entouré d'un grillage de fer d'un deffeing
parfait, exécuté par les meilleurs ouvriers
, dont chaque barreau montant formera
une lance ou pique avec un gland
12 MERCURE DE FRANCE.
doré au- deffous de la pointe , lefquelles
lances ou barreaux -feront retenus en ref
pect à distance égale , de fix pouces en fix
pouces , par une aftragale ou bande de fer,
qui regnera le long de chaque pan , à hauteur
convenable , proprement profilée.
Ce grillage fera pofé fur un appui de
pierre dure , proprement taillée , faifant
corps & arriere- corps en forme de piédeftaux
pour pofer les pilaftres de fer qui feront
d'Ordre Ionique , qui doivent , à difrance
convenable , décorer ce grillage.
Les faces de cette hauteur d'appui de
pierre dure,& celles des piédeftaux , feront
revêtues par compartimens de paneaux
de different marbre incrufté dans la
pierre.
Ce grillage fera à l'entour du piedeſtal
ane très-grande & très- fpacieufe enceinte
à huit pans égaux, au milieu de cette Place,
laquelle enceinte fera décorée de huit piéces
de gazon d'égale grandeur , dans le milieu
defquelles fera fait de chacun un rond
fablé , qui ne fera interrompu que par
une très-belle & grande fleur de Lys , découpée
en gazon , ce qui fera un fort beau
boulingrin , entrecoupé d'allées fablées ,
dans lefquelles on entrera par huit portes
de fer , chacune de huit pieds d'ouverture ,
Couronnées d'un ornement , auffi de fer
ou
A V RIL. 1749.
73
où feront à quatre portes oppofées & en
face des rues , les Armes du Roi , chacune
d'un different deffeing, & aux quatre autres
portes des pans oppofés , à l'une les Armes
de M. le Duc de Gefvres , Gouverneur de
Paris ; celles de M. de Tournehem , Directeur
Général des Bâtimens , Académies
des Arts & Manufactures Royales ; celles de
M. de Bernage , Prévôt des Marchands
& celles de la Ville .
Cette enceinte , à huit pans parallèles à
la colonade , laiffera un paffage public de
ladite colonade au grillage dans tout le
pourtour de la Place , de foixante quatre
pieds de large , pour les caroffes & voituxes
publiques , outre lefdites galleries formées
par la colonade , pour la commodité
des perfonnes de pied.-
Chaque angle des pans dudit grillage
fera coupé en cintre , & formera huit
efpeces de tours creufes de vingt pieds de
diamétre , dans chacune defquelles fera
un grand baffin , en forme de cuvette , de
deux pieds & demi de hauteur , de marbre
très bien taillé & d'un beau deffeing , au
milieu defquelles cuvettes il fera élevé une
efpece de foc ou piédeſtal d'un goût fingulier
& de convenance , fur lequel feront
pofées de très- belles ftatues,plus hautes que
nature , accompagnées de leurs attributs
D
74 MERCURE DE FRANCE.
qui feront de marbre , de plomb ou de
bronze , dont quatre des fufdites ftatues ,
dans quatre tours oppofées , repréfenteront
la Seine , le Rhône , la Loire & la Ga
ronne ( ce font les quatre Fleuves qui paffent
dans le Royaume ) nonchalanament
appuyées fur des urnes panchées , defquelles
fortira de l'eau abondamment , qui
tombera en forme de torrent dans chaque
baffin.
Aux quatre autres angles ou tours creufes
, oppofés dans de femblables cuvettes
fur de très beaux piédeftaux de marbre ,
feront quatre autres grandes ftatues des
qualités fufdites , qui repréfenteront -l'Architecture
, la Peinture , la Sculpture &
l'Aftronomie , ornées de leurs attributs .
Tous fujets qui feront voir fans ceffe ce
grand Monarque au milieu des Arts & des
Sciences , dont il s'eft rendu le Protecteur,
ainfi que de tous ceux qui poffedent fuivant
leurs états les vertus, dont ce grand
Prince eft doué, & qui l'environnent dans
ce fuperbe monument que les. Parifiens
defirent élever dans le plus bel emplacement
de Paris , pour laiffer à la Poftérité
un éternel fouvenir des grandeurs
de ce Monarque & de l'amitié de fes Sujets
pour lui.
Outre la magnificence que ces fuperbes
AVRIL. T749:
75
>
fontaines donneront à cette Place , il en
faut remarquer l'utilité , en retenant dans
les cuvettes l'écoulement de leurs eaux
qui en s'épanchant par deffus les bords ,
en forme de nappes , dans les grandes cha
leurs de l'été , laveront & rafraîchiront
de toutes parts cette Place , outre que dans
les incendies , lefdites eaux retenues fe
ront d'un grand fecours , ce qui donnera
tout enſemble l'utile & l'agréable , fans
en être aucunement inconmodé , prenant
leur cours , après avoir fait leurs effets
d'utilité ou d'agrément , par des canaux
en terre qui les conduiront dans l'inftant
à la riviere ou dans les égouts les plus prochains
, qui ferviront encore à laver &
nettoyer lefdits égouts publics, qui fe trouveront
dans le voisinage de cette Place.
Les fufdits barreaux & grillages, qui fermeront
le milieu de l'enceinte de cette
Place, ne feront interrompus àchaque pan,
que par les entrées fufdites , & que par de
très-beaux & forts pilaftres de fer d'Ordre
Ionique , de huit pieds en huit pieds ,
fur lefquels il fera placé en hyver de
groffes & très belles lanternes à trois lu
mieres chacune ., fans préjudice des lanter .
nes qui feront fous la gallerie , vis-à vis les
arcades. En été , à la place defdites groffes
lanternes , il y fera placé de très beaux
Dij
76 MERCURE DE FRANCE:
vafes de bronze , dans lesquels feront des
Lauriers nains , taillés en boules.
Comme l'a déja dit le Sr de Langrené,
il ne croit point d'emplacement plus con
venable pour élever ce fuperbe Edifice de
cette façon , que le Carrefour & Porte de
Buffy , regardant ce lieu comme l'entrée
principale du plus beau & plus grand Quartier
de Paris , qui a fait de tout tems , & fur
tout aujourd'hui , la principale demeure
de la plus grande partie de la Nobleffe du
Royaume ; la route affez ordinaire des
pompeufes Entrées de tous les Ambaffadeurs
qui viennent des Cours Etrangeres
, & quidemeurent fouvent dans ce quartier
, ainfi qu'une grande quantité de Seigneurs
étrangers qui defirent de voir ce
grand Roi, & que fes magnificences attirent
en France. Quartier , dis - je , qui n'a , s'il
le faut dire , d'autre paffage & iffue que ce
Carrefour , qui conduira du Pont-Neuf à
ladite Place , & de-là , par une nouvelle
rue , au Palais d'Orléans , dit Luxembourg,
l'une des plus belles Maifons Royales &
des plus régulieres dans fon genre de fimplicité
, qu'il y ait dans le Royaume , &
dans cinq autres très -belles & longues rues
qui viennent y rendre , ce qui ne fe trouve
point fi avantageufement dans tous autres
emplacemens qui deviendrojent beaucoup
plus difpendieux & moins agréables.
AVRIL 1749: 11
when :De ha n
LA SYMPATHIE .
Ur.
CANTATE..
Sur les rives du Doubs, dans un lieu ſolitaires
Confacré par Minerve à la Vertu févere ,
La Bergere Daphné couloit fes heureux jours
Sous les ailes de la prudence ,
Et goûtoit les douceurs que prodigue à l'enfance
Un âge ignoré des Amours .
Le fortuné Mirthil , guidé par Finnocence,
Partageoit les plaifirs , & calmoit fes ennuis.
Sans crainte & fans chagrins ils étoient réuniss
Craignez , enfans , craignez cet âge ,
Où le plus affreux esclavage
Viendra troubler de fi beaux jouts
L'heureux calme eft votre partage;
Ah ! puiffe- t'il durer.toujours !
D'un fort fi doux goûtez les charmes
Vivez contens dans les plaiſirs ;~
Ils ne vous coûtent point de larmes ;
La paix vous fuit , & fans allarmes
Vous ofez former des defirs.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Craignez , enfans , craignez cet âge
Où le plus affreux esclavage
Viendra troubler de fi beaux jours
L'heureux calme eft votre partage ;
Ah ! puiffe-t'il durer toujours !
Dans des jeux innocens ils marquent leur adreffe
L'Amour entend leurs cris & leurs chants d'alle
greffe ;
Son coeur en eft frappé , mille tranfports jaloux
S'élevent dans fon ame , y portent la trifteffe ,
Et cauſent bien -tôt fon courroux ; ·
Dans ces lieux auffi tôt il vent qu'on le révére..
Pour affärer fes coups , enflammé de colere ,
Arrachant fon bandeau , de la voix & des yeux.
Il guide , en frémiffant , la fléche meurtriere.
Qui va percer ce couple heureux .
Dans la paix , douteuſe eft ta gloire ;.
Je veux te combattre à mon tour ;
Tu ne dois pas chanter victoire ,
Si tu n'as pas vaincu l'Amour..
Je regne fur ce qui refpire ;
Tout gémit , tout céde à ma voix
Couple rebelle à mon empire , ·
Crois- tu donc feul braver mes loix >
AVRIL 19 1749:
Dans la paix , douteufe eft ta gloire ;
Je veux te combattre à mon tour ;
Tu ne dois pas chanter victoire ,
Si tu n'as pas vaincu l'Amour.
Il dit , le trait part , & merveille !
La paix fuit , de Daphné le beau coeur.eft bleffé ;
De Mirthil l'amour naît , & la crainte s'éveille ..
Il voit le trait qui l'a percé ,
Il Farrache , & bientôt ſa bleſſure eft pareilles
Ce feul inftant change leur fort ;
Daphné fent dans fon ame un trouble qu'elle
ignore.
Mirthil rougit ; fon coeur qu'un feu fecret devore,
Exhale en ces mots fon tranſport.
Sans nous , l'Amour eft fans puiffance ;
Si l'on céde , il donne la mort ;
Mais pour abattre fon effort ,
Etouffons -le dans fa naiflance.
Vivez , refpirez , Univers ;
Méprilez un pouvoir frivole ;
Rappellez la paix qui s'envole
En brifant yos indignes fers.
Sans nous , l'Amour oft fans puiffance ;
Dilj
fo MERCURE DE FRANCE!
Si l'on céde , il donne la mort ;
Mais pour abattre fon effort ,
Etouffons-le dans fa naiffance.
En parlant , il s'éloigne ; une fombre retraite
Aux yeux de l'Univers va cacher fa défaite.
Il cherche la paix , il s'égare ,
Il'fuit l'Amour , & ce Dieu fuit fes
Il rit des maux qu'il le prépare ,
pas ;
Cent fois le jour ; ce Dieu lui dit tout bas
Tu differes ma gloire ,
Mais pour chanter victoire
Дра
Au retour je t'attends.
Berger , qui par la fuite-
As crû que l'on m'évite ,
Me fuiras- tu long- tems.
Tu differes ma gloire ,
Mais pour chanter victoire
Au retour je t'attends.
Sourd à fa voix , déja Mirthil croit qu'il oublie
L'objet qui le tint enchaîné ;
Il laiffe errer fes yeux ; que vois je O Sympatie
De loin il apperçoit Daphne' ;
AVRIL.
81. 1749 .
Sa bleffure fe rouvre, & fon ame eſt émue ;
Il chancélle , il fe rend, & s'écrie à fa vûe :
Quels charmes ! mes yeux
font ouverts
Trop heureux de porter tes fers ;
Chere Daphné , je ſuis parjure.
Quand tu combats fans ton bandeau ,.
'Amour , que ton triomphe eſt beau !
Dans mon coeur ta victoire eft fûre.
Daphné ! mes yeux font ouverts
Toujours je chérirai tes fers ;
Et ne ferai jamais parjure .
Annette de l'Orme *****.
A Besançon le 12 Février 1749.
LA C.OMETE.
CANTATILLE NOUVELLE
Mife en Mufique par M.......
Récitatif
D Es Pantins oubliés j'apperçois le tombeaut-
Un Aftré éclatant & plus beau
S'éleve far notre hémiſphere ;
Dv
Sa MERCURE DEFRANCE
Dans les rapides mouvemens
Rien n'égale fa gloire , & Paris le préfere
A mille autres amuſemens.
AIR.
Quel eft ici ton empire ;
'Aimable nouveauté !
Tout ce qui refpire ,
De tes appas eft enchanté
Ton regne feroit- il l'image
De notre légereté?
Nous te rendrions moins hommage
Si nous avions plus de fidélité.
Quel eftici ton empire , & c.
Récitatif.
Pour un nouveau fpectacle on a levé la toile. »
La Cométe brillante a commencé fon cours ,
Mais peut- être bientôt quelque nouvelle Etoile
Eclipfera de fi beaux jours.
AIR
A la Rofe mourante -
Succéde l'Amaranthe ,
Que fuivront d'autres fleurs
Nous aimerions moins Flare,
Si fa main ne faifoit éclore
Que les mêmes couleurs.
AVRIL. *1749. 83
'Ainfi notre ame légere
Vole de défirs en défirs ;
La mode la plus paffagere
Amufe le plus nos loisirs.
*****
Triomphez, Cométe adorable ;
Mais faites bien- tôt place à des objets plus doux 7
Un amuſement durable
N'eft point un plaifir pour nous.
A la Rofe , & c.
LE RHINOCEROS.
CANTATILLE NOUVELLE
Mife en Mufique par M. ***..
Récitatif
DEs ténébreux déferts de l'Afrique ſauvage ,
Le fier Rhinocéros , amené dans Paris ,
Raffemble au tour de lui , fur ce charmant rivage,
Autant de fpectateurs que les jeux & ris.
AIR
Plaifirs , volez fur nos traces;
Quelque forme que vous preniez ,
Vous aurez toujours des graces ,
Pourvû que vous nous amufiez.
D vji
84 MERCURE DE FRANCE
Que d'une figure agréable
On ne vante plus les attraits ;
Ce phénoméne rend croyable-
Le triomphe de tous les traits .
Plaifirs , volez , &c.
Récitatif.
Mais que vois je ? ... Quel eft le défir curieux
De ces jeunes Beautés qui viennent en ces lieux
Ont-elles oublié , ces belles imprudentes ,
Qu'autrefois le Maître des Dieux ,,
Pour toucher les indifferentes ,
Sous mille formes différentes ,
Eut l'art de déguiſer ſes feux ?
AIR.
L'amour n'eft jamais fans miftere
Sous les traits d'un monftre odieux ,
Le malin Enfant de Cythere
Peut le dérober à nos yeux...
Son pouvoir eft inévitable ;
Comment défendre fon coeur ?
Moins on le craint , ce doux vainqueur,
Et plus il eft redoutable.
L'amour n'est jamais , &c.
AVRIL 1749:
LETTRE
De M. Morand , Médecin de la Faculté
de Paris , de l'Académie Royale des
·Sciences de Madrid , à M. le Comte de
Loff, le fils , dans laquelle il lui communique
l'obfervation qu'il a faite , que les Rats ›
font fujets à la pierre.
M
Onfieur , j'ai tâché de répondre à
l'honneur que vous avez bien
voulu me faire , d'être en commerce de
Lettres avec moi , en vous informant exactement
de tout ce que j'ai crû pouvoir
vous êtré agréable en matiere de Sciences :
c'eft au goût naturel que vous avez pour
elles , que je dois le plaifir de vous con
noître , & ce n'a pas été pour moi un médiocre
éguillon dans les travaux qui ont
rapport à ma profeffion . :
Vous fçavez , Monfieur , qu'il y a déja
du tems , que j'ai paffé à l'étude de cette
partie de la Médecine , qui eft la moins
agréable , je veux dire la Pathologie ..
Lorfqu'on eft occupé de l'Anatomie ,
Padmiration , qui réfulte du fpectacle de
nos refforts , diſtrait l'efprit des dégoûts ,
attachés aux travaux anatomiques , & des
4
MERCURE DEFRANCE:
frayeurs , qui pourroient s'emparer de l'imagination
étonnée de la fragilité de nos
organes de plus l'Anatomie comparée
offre un remédé à la répugnance , que l'on
peut avoir de décompofer le corps humain.
Mais la Pathologie (je ne parle pas de
cette Théorie , qui malgré toutes les utilités
, peut être la caufe de mille erreurs , )
cette Pathologie , qu'on apprend dans les
Livres de la nature , je veux dire , les ma
lades mêmes , quel eft l'homme qui puiffe
y trouver de l'agrément ? N'avons- nous
pas affez de nos miféres & de nos maladies,
fans être encore témoins de celles des
autres ? Et n'eft-il pas bien pardonnable de
détourner quelquefois les yeux d'un fpectacle
fi trifte: C'est dans ce deffein , que
fouvent je cherche dans les animaux à pénétrer
les caufes phyfiques des maladies
qui affligent les hommes ; c'eftun délaffement
pour moi d'examiner , pourquoi cerrains
animaux font fujets à certaines mala
dies , comme les chiens en général à la
rage , les épagneuls & les chiens courans ,
les
perroquets , les alouettes & les oifeaux
de complexion chaude , au mal caduc , &
aux apoftumes ; les oifeaux en cage , au
mal de croupion , le roffignol à la goutte
Ja linotte à la phtifie , & c . Non , les raile
AVRIL 1749. 87
léries des ignorans , ou des efprits dédaigneux
, ne feront jamais capables de
m'empêcher d'exercer quelquefois ma curiofité
fur ces objets , quand je croirai en
pouvoir tirer quelque chofe d'utile par
L'Analogie.
L'obfervation , dont je vous fais part
aujourd'hui , Monfieur , eft de ce genre ;
elle regarde une maladie , à laquelle font
fujets les rats , & qu'on ne fçavoit pas leur
, pour ainfi dire , particuliere. Voici être ,
le fait.
Examinant les parties de la génération
far un tar ,je fentis , en paffant le doigt fur
la tunique veloutée de la veffie , quelques
petites afperités. Pour les obferver plus à
mon aife , & plus attentivement , je retournai
cette veffie , & la fis deffécher ;
alors j'apperçus diftinctement des petits
corps brillans , affez durs , que je reconnus
être des fables .
Voulant vérifier fi cela étoit ordinaire ,
ou non, à ces fortes d'animaux, je reconnus.
1º. Que cette maladie eft commune aux
rats , qui commencent à devenir vieux ,
autant que j'ai pû en juger par
juger par la couleur
du poil , & la groffeur de ceux que j'en
ai trouvé attaqués , lefquels étoient longs
d'environ cinq à fix pouces entre la tête &
la queue.
88 MERCURE DEFRANCE.
2°. Que les femelles y font moins fujerrès
que les mâles.
ร
3.Que fur vingt il y en a près de la moitié
, qui out , ou la pierre , ou quelqu'au
tre maladie dans les voies urinaires
comme vous allez le voir par l'énume
ration que je vous en donnerai , après :
que je vous aurai dit un mot de la compo
fition de ces pierres , qui eft fort fingu
liere,
Elles fe forment bien differemment que
dans les autres animaux , chez qui un
noyau , à peu près rond , fert pour l'ordinaire
de baze à ces concretions , qui affectent
tant de formes , & autour defquelles
s'amaffe infenfiblement un nombre infini
de couches .
.
Pour ce qui regarde leur forme , j'en ai
trouvé d'ovales & de cubiques ; leur compofition
eft la même dans l'origine , &
dans la fuite ; elles ne préfentent à la vûe
d'autre difference , qu'un brillant extérieur ,
qui n'existe point dans celles qui ont une
figure ovale.
Intérieurement, elles paroiffent partagées
dans leur milieu , par un feuillet
quarré , très- mince , qui dans celles qui
confervent la figure cubique , vient excéder
un peu les côtés , de maniere qu'il
forme au milieu de quatre faces , un filet
•
AVRIL: 1749. 85
qui fe remarque aifément par le brillant
qu'il jette. C'est ce feuillet , que je ne puis
mieux comparer qu'à une petite lame de
Talc , qui paroît fervir de noyau , & fur
chaque face duquel fe font ammoncelés
des graviers , d'une forme à peu près longue
, & qui ont d'abord un brillant , qui
Le perd par le frottement , à mefure que
Ia pierre commence à devenir groffe.
J'en ai trouvé deux dans un mâle , fur
lefquelles cette compofition fe voit trèsdiftinctement;
dans un autre , j'en ai trouvé
jufqu'à douze , qui fembloient avoir
eû la forme d'un cube , dont les tranchans
érojent ufés , & qui avoient prefqu'entierement
perdu à l'extérieur ce brillant qui
fe remarque fur les deux dont je viens de
parler ; ce que j'attribue au frottement
car en ayant caffé quelques-unes , elles
Haifoient encore appercevoir des petits
points brillans , & le feuillet qui les partageoit
en deux.
De ces douze , il y en avoit neufde la
groffeur d'une femence de coriandre , &
Frois autres beaucoup plus petites , mais
ayant la même forme .
Dans un autre mâle , j'en ai trouvé deux
petites , où il n'y a que le feuillet dont j'ar
parlé , couvert foulement de petits grains ,
femblables à des criftaux , & qui font
go MERCURE DE FRANCE:
clair-femés , qu'on apperçoit prefqu'en
entier les deux faces de la lame qui fert
de noyau
.
Voilà toutes celles que j'ai trouvé de
cette forme les autres ne different que par
l'extérieut , qui paroît un amas de grains ,
affez ronds , d'une couleur blanchâtre , &
durs.
Dans un mâle , dont la veffie ne paroiffoit
pas avoir augmenté de volume , comme
celle qui contenoit les pierres que je
viens de décrire , j'ai trouvé une pierre de
la groffeur d'un grain de chanvre , & applatie
des deux côtés , avec une autre plus
petite , ovale , & fort aigue par les extré
mités toutes deux très-inégales , auffibien
qu'une troifiéme , encore plus petite
que la précédente , & d'une forme fphéri
que .
>
Une femelle qui paroiffoit très-vieille
avoit la veffie d'un volume fort conſidérable
; j'y ai trouvé , outre plufieurs loges ,
& plufieurs fongus , une urine extrême- .
ment bourbeufe , remplie de graviers , &
même de pierres affez confidérables , mais
toutes fort molles , excepté une , affez fem
blable à un Pignon d'Inde , hériffée de petites
aiguilles difpofées en tout fens , lef
quelles paroiffent être les angles de petites :
pierres cubiques, ammoncelées les unes fur
AVRIL 1749. 91
les autres , dont quelques-unes font fimplement
colées fur le corps de cette groffe,
qui eft très - remarquable par le brillant
que répandent toutes ces petites parcelles
qui font la plupart d'un noir clair , entremêlées
cependant de quelques graviers ,
dont la couleur eft blanche.
Une autre femelle avoit la veffie bien
ample & très-mince , laquelle , entre plufieurs
pierres , en contenoir une de la groffeur
d'un grain de froment , & très - raboreufe
; fes reins étoient ulcerés en plufieurs
endroits , & la cavité du baffinet remplie
de
pus & de fable. En général les rats ont
très-fouvent les reins malades , ulcerés , &
confidérablement augmentés de volume ,
furtout lorfqu'ils n'ont pas la pierre dans
la veffie , & qu'ils deviennent vieux .
J'ai trouvé entr'autres une femelle
dont les deux reins étoient augmentés de
plus du double. Il n'y avoit plus que la
membrane fournie par le péritoine , qui
empêchoit que le pus ne s'épanchât dans le
ventre ; elle étoit fort diftendue , & formoit
des poches féparées , fort confidérables
.
Dans une femblable cellule , qui étoit
dans le rein d'une autre femelle , au-deffusde
la capſule atrabilaire , étoient ramaffés
en peloton quatre vers , inégalement lat
2 MERCURE DE FRANCE;
ges dans leur étendue , rayés tranfverfale
ment , dont un avoit quatre pouces & une
ligne , un autre deux pouces & trois lignes
de long.
Les deux reins étoient d'ailleurs ulcérés
en plufieurs endroits , & pleins de fable
& de gravier. Dans le troifiéme dont j'ai
parlé , outre deux petites pierres , j'ai trouvé
engagé dans le col de la veffieun corps
à peu près femblable à un grain de riz ,
& pour la couleur , & pour la forme ; it
étoit d'une confiftence cartilagineufe , &
ne m'a pas paru tenir à la tunique interne
l'ayant mis à l'air , il s'eft racorni , comme
il arrive à tous les cartilages , & lorfqu'il
a été bien defféché , il s'y eft formé deux
petits points , de couleur & de confiftence
offeufe.
Voilà , Monfieur , l'obfervation dont je
voulois vous faire part ; je fouhaiterois
fort vous en envoyer qui fuffent plus inté
reffantes ce n'eft pas que celle- ci foit
auffi dépourvûe d'utilité qu'on pourroit
l'imaginer , puifqu'elle vient à l'appui des
raifonnemens , par lefquels on tâche d'expliquer
la formation de la pierre , &
qu'elle y ajoute quelques probabilités , ce
qui fera aifé à fentir , lorfqu'on fe rappel-
Fera les caufes procathartiques de cette ma
ladie , & qu'on les trouvera raffemblées,
AVRIL.
93 1749.
dans les rats , à qui l'obfervation montre
qu'elle eft pour ainfi dire particuliere.
Perfonne ne doute que la principale caufe
de la pierre ne fe trouve dans les principes
élementaires de l'urine , puifqu'elle
eft prefqu'entierement formée d'un fel fixe
& volatil , qui abonde dans ce fluide &
dont le volume & la quantité font fouvent
trop confidérables , pour ' paffer aifément
par les conduits très- déliés
par
que forment
les mammelons , & qu'elle eft de plus compofée
de particules terreftres & tartareufes ,
qui s'uniffent enſemble , au moyen d'une
matiere huileufe & vifqueufe , que l'on
trouvé aufli dans l'urine.
Quant à la formation , ou a l'intromiffion
de ces particules falines & huileufes
dans le fang , & delà dans l'urine , qui en
eft féparée , il paroît établi qu'on l'attribue
dans l'homme .
1 ° . A un ufage immoderé des liqueurs
fortes , qui abondent en fels , dont le
fang fe furcharge.
2º. A la foibleffe d'eftomach , qui caufe
néceffairement des crudités , des indigeftions
, defquelles il réfulte un chyle glai
reux , dont les fels font mal brifés.
3 °. A l'ufage des mets groffiers , chargés
de fucs vifqueux , d'où il arrive que
les pauvres gens , qui ufent pour l'ordi
24 MERCURE DE FRANCE .
naire de nourriture moins bonne , comme
de fromage , de poiffons fecs , & autres de
cette efpéce , font plus fujets à la pierre.
4°. A une vie fédentaire & oifive , qui
retrécit les paffages urinaires , & qui donne
la raifon pour laquelle les gens de Cabinet
font fouvent attaqués de cette maladie
, à laquelle peut difpofer la fituation
du corps , lorfqu'on eft affis , laquelle par
le relâchement des mufcles du bas ventre ,
prive les vifcéres contenus dans cette capacité
, d'une compreffion néceffaire pour
donner du ton aux vaiffeaux , & par la facilite
la ftafe des liqueurs , & fpécialement
de la lymphe faline qui traverfe les reins.
pas
Après l'expofition des caufes les plus
ordinaires qui engendrent le calcul , il ne
fera difficile de convenir , qu'excepté
l'ufage des liqueurs fortes , toutes les autres
caufes fe trouvent réunies dans les rats,
& d'abord :
Les crudités & les indigeftions peuvent
être regardées comme très-fréquentes à ces
animaux , fi l'on fait attention que leur
ventricule eft extrêmement foible , & fi
foible , qu'on ne peut le fouffler un peu ,
qu'il ne fe déchire en plufieurs endroits ;
c'eft une expérience facile à faire , & que
j'ai faite plufieurs fois . D'ailleurs les rats
font très-voraces , ce qui eft prouvé par les
AVRIL 95 1749
morceaux confidérables d'alimens , dont
on leur trouve ordinairement l'eftomach
rempli , & diftendu à outrance .
L'ufage des mauvaiſes nourritures n'a
befoin d'être prouvé ; on fçait que pas
les alimens , dont ils vivent ordinairement ,
ne font propres qu'à relâcher l'eftomach ,
comme de la graiffe , de la chandelle , du
lard , du fromage , ou font de difficile digeftion
, comme des noix , des matieres
pierreufes & tartareufes , du plâtre , du
bois , du papier , des étoffes , &c.
De plus , ils font peu ufage , ou du
moins ils font rarement à portée d'ufer de
boiffons , capables par leur qualité délayante
d'empêcher la combinaiſon des
fels ; détremper les matieres vifqueufes ,
& rendre le chyle plus fluide & les fels
fuffisamment brifés ; la plupart du tems ils
boivent leur urine , qui eft fort chargée de
principes , propres à engendrer la pierre.
Il.n'eft pas befoin de s'arrêter à prouver
le défaut d'exercice , qui en aidant la circulation
, attenueroit & divifêroit les humeurs
, & fortifieroit les parties .
Perfonne n'ignore , qu'excepté le tems
que les rats trottent , ce qui eft fort rare ,
ils font ramaffés fans remuer en aucune
façon. Quiconque a vû l'attitude d'un rat
on d'une fouris dans l'inaction , doit juger
6 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle fait fur les vifcéres de l'abdomen .
préciſement le même effet que celle d'un
homme qui eft affis , vû le relâchement des
muſcles abdominaux.
Les rats ont de plus deux caufes éloignées
de cette maladie , lefquelles ne font
qu'accidentelles dans les autres animaux ;
J'une fe trouve dans les reins , dont la ſubſ
tance eft extrêmement mollaffe ; l'autre
dans leur urine, qui eft, comme dans toutes
les perfonnes attaquées de la pierre
c'eft-à dire , vifqueufe & chargée de parties
groffieres , & qui me porte à croire ,
que fouvent leur pierre fe forme originairement
dans leur veffie , fans que les reins
foient affectés auparavant. Pour cela il
fuffit que les parties folides de l'ine
foient fituées, de maniere qu'elles s'approchent
les unes des autres , & qu'elles ne
puiffent être emportées par le flot d'urine
qui furvient , ce qui fera qu'elles s'uniront
au moyen de leur pouvoir attractif , ſurtout
, fi l'urine eft trop vifqueufe , & furchargée
de principes falins & terreftres, car
fi elle refte un certain tems avant que d'être
évacuée , ces principes tomberont , & fe
repoferont au fond
par leur
propre poids
& s'attireront mutuellement par la tenacité
de leurs parties .
Au refte j'ai trouvé quelquefois dans ces
animaux
AVRIL. 1749. 97
animaux des graviers noirs , qui , comme
l'on fçait, fortent des reins avec cette cous
leur , mais je n'ai jamais trouvé qu'une
pierre noire dont je vous ai parlé .
J'ai communiqué cette Obfervation à
une fociété d'amis , qui liés enſemble autant
par l'efprit que par le coeur , s'affemblent
pour s'entretenir de matieres de Science
& de Belles Lettres , non pour fe critiquer,
ou pour fe féliciter mutuellement , mais.
pour le former le goût , fans que la divifion
des opinions puiffe occafionner celle
des coeurs.
J'ai fait , dans une de leurs affemblées ,
l'ouverture des rats , qui m'ont fourni les
matériaux de cette Differtation ; ils ont été
témoins de tout ce que j'ai l'honneur de
vous dire , & quand j'aurai , Monfieur ,
celui de vous revoir à Paris , je vous montrerai
un bon nombre de cette nouvelle efpéce
de Bezoard. J'ai l'honneur , &c.
>
98 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION de ces vers du dernier
Acte de la Tragédie de Catilina.
Dieux! après tant d'exploits , dignes de mon courage,
Il ne meresteraqu'une inutile rage , &c.
P Roh fuperi ! qui caftra puer ferrata fecutus
Firmavi teneros rapidis fucceffibus annos ;
Qui toties casus pariter contemptor , & ævi ,
Eripui lauros hoftili fanguine ademptas ;
Ille ego, qui tot digna viro , Catilina, peregi ,
Cujus fplendida lux faniæ , partique triumphi.
Vincunt optati fulgentia præmia regni ;
Ecce mihi mifero fuperabit inutilis ira ?
Si quando heu vel mentis inops , animive
fuiffem ,
Effet & hæc forfan crudeli ignofcere fato
Afpera conditio. Quid tandem hæc inclyta facrum
Extimuit violaffe manus ? quid liquit inaufum e
Dum ftarent æratæ acies , milefque Catonis
Impius , emiffo me perdere Marte furebat.
Quid non hoc fumans invifo fanguine ferrun
Edidit ( O ! utinam famofà cæde teperet
AVRIL.
1749. 94
CONSULIS , aut MAGNI figiffet vilia C1 v1
Pectora ) erat tali victoria cæde paranda !
Sed quid inexpertum in tanto difcrimine pugna
Arduus omifi ? Certâ fi morte periret
Futile par hominum : jam vincunt ; en ego vincor
O tanto fortuna virum quæfita labore !
Non tua laus animos , nunquam , te judice , mer
ces
Digna fecuta viros : cellos tua fcandere montes
Fulmina amant , humiles tua currere gratia valles
Sordeat impurâ Laurus mavortia dextrâ ,
Derivata tuâ ! quando plebeia diferti
Militis obliquo ferpit per tempora ramo;
Quando mihi meritas Deafurtipis improba palmas
Ergone fatales victus fpectare triumphos
Suftincam , pulfufve folo decedere avito?
Dum ferro , dum luce fruar , dum totus in imo
Spirat corde furor... Non te, non , Roma , Catoni
Afpiciam fervite pio , quæ magna Magiftros
Pofcis , Roma , viros ; & noftris debita fatis.
Contrahe , Roma , caput ; lugubres indue vultus."
En tibi funefto Catilinam agnofce cadentem
Funere , quem fruftra nimis invida perdere certant
E ij
100 Too MERCURE
DE FRANCE.
Numina , ridentem jufti fera tela tonantis.
Quem coelo regnare putat mens plumbea vulgi,
Roma , time : tuque , ô Lux SPECTATISSIMA
Patrum ;
Profuge quò non fint Catilinæ plena furentis
Omnia , quò non fint placandi fanguine manes.
Profuge nunc morior fuperis infenfus & orbi.
:
Tantum , Jule , precor , fi quid tua numina
poffunt ;
Aude proftratos per libertatis honores
Aternâ redimire caput regale coronâ ;
Aude uno indocilem difperdere fulmine gentem.
Hoc Catilina rogat moriens , fi Cæfaris ufque
Arbitrio fua fata fluant mortalibus , unum
Hoc erit iratos præfens compefcere maneş,
D... de Montegris , è Collegio Mar
shiano , die fextâ Martis.
2
AVRIL. 1749. 101
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine.
'Ai lû en fon tems , Monfieur , avec
beaucoup de fatisfaction , dans le Mercure
du mois de Février 1748 , la découverte
curieufe & utile , faire par M. de
Réaumur » Sur les moyens de faire éclore
» des poulets & des oifeaux domestiques
» de toutes les autres efpéces, en toute fai-
"fon , & en telle quantité qu'on voudra ,
dans des couches de fumier.
Perfonne n'ignore le grand nombre de
découvertes , que ce célébre Académicien
a faites dans l'Hiftoire naturelle , & qu'il
perfectionne tous les jours par fes nouvel
les expériences . Ses ouvrages font égale
ment dans les mains des Sçavans & des
ignorans & , tout le monde lui rend éga
lement juftice.
Nous attendons avec empreffement
l'exécution de la promeffe qu'il a faite , de
nous indiquer les moyens d'engrailfer la
volaille , en peu de tems & à peu de frais .
Il y a long- tems que l'on avoit propofé
ce fujet.
E iij
02 MERCURE DE FRANCE.
:
M. Bon , ancien Premier Préfident de
la Chambre des Comptes , & Cour des
Aides de Montpellier , & Affocié Corref
pondant Honoraire de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , avoit
donné un moyen de rendre utiles les marrons
d'Inde , en leur ôtant leur amertume
par une leffive , & il indique la façon de
la préparer il prétend que ces marrons
ainfi leffivés , font très- propres , non-feulement
pour engraiffer toutes fortes de
volailles , mais qu'ils peuvent encore fervir
de nourriture & d'engrais pour les cochons
, les boeufs , les vaches , & autres
animaux , mais il ne paroît pas que jufqu'ici
l'expérience ait répondu aux promeffes
de M. Bon. Il feroit cependant
bien à fouhaiter que l'on pût employer à
quelque chofe ces marrons d'Inde , qui
font aujourd'hui fi communs en France ,
& dont jufqu'à préfent on n'a pû faire
d'autre ufage , que pour en multiplier l'efpéce.
On avoit auffi effayé de faire de la poudre
à poudrer avec ces marrons ; on a voulu
encore en faire des bougies , mais toutes
ces expériences n'ont pû réuffir.
On peut voir la Differtation de M. Bon ,
pour rendre utiles les marrons d'Inde
elle cft imprimée dans le Mercure du mois
AVRIL. 1749. 103
de Mai 1724 , page 903 , & dans le Journal
de Verdun du mois d'Août de la même
année , page 86.
Comme il s'agit de l'utilité publique ,
j'efpére , Monfieur , que vous voudrez
bien faire inferer ce Mémoire dans le Mercure
de France , afin de faire reffouvenir
M. de Réaumur de fa promeffe.
J'ai l'honneur d'être , &c .
J. B. D.
LE RETOUR DU PRINTEMS.
J E chante , en l'aimable faifon
Où la terre fe renouvelle ,
Non , du verd rajeuni le riant horifon ,
Ou l'écho répétant les fons de Philomele ;
Non. , Progné dans les airs volant à tire d'aile ,
Ni Flore de fa main émaillant le gazon , ´
Ni le jeune Zéphir , qui fur l'onde fe joue ,
Gliffant légèrement entre les joncs naiſſans.
A des fujets , pour moi bien plus intéreſſans ,
Ma mufe aujourd'hui fe dévoue.
Je chante l'utile, retour
Du bienfaisant pere du jour,
Vers les climats glacés de l'ourfe.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Je chante fes rayons , qui moins obliquement
Tombent fur nous du Firmament
Et deviennent enfin mon heureuſe reffource
Contre un rude & facheux hyver ,
Qui , fans fin prolongeant fa courſe
Réduisoit triftement mon foyer au bois verd,
Pour me garantir de la biſe
Dont je me fentois pénétré ,
Envain fur mes tiſons j'exhalois à repriſe
L'air dans mon fouffet concentré :
Quel en étoit le fruit ? Une épaiffe fumée
Qu'un peu de flamme , éteinte auffi -tôt qu'al
1 umée , 1
Laiffoit en tourbillons dans ma chambre échappers
Mes yeux , vous pourriez le redire ;
Combien de fois , hélas ! en venant vous frapper ;
A-t'elle fufpendu les accens de ma lyre ,
Dont j'interrompois les accords ,
Pour effuyer les pleurs que vous verfiez alors !
Combien de fois encor une toux fatiguante,
Qu'excitoit l'âcreté de fes fels ennemis ,
A- t'elle, fous mes doigts fur ma lyre remis ,
< Rendu la corde vacillante ,
Et formé des tons déplacés ?
Mais oublions nos maux paffés.
C'est une nuit obfcure & fombre ,
Qui par l'épaiffeur de fon ombre
AVRIL. 105 1749 .
Nous en fait mieux fentir le prix de la clarté.
Déja vers fes palais d'Eté ,
Le Soleil rapproché , chaque jour s'achemine
Un air plus temperé dans ma chambre domine ,
Et mon fouflet , envain tant de fois agité ,
Tant de fois fatigué d'un effort inutile ,
Remis à fon crochet , comme en un lieu d'azile.
Jouit pour lui , pour moi , du repos fouhaité.
Mon fang , devenu plus Auide ,
Ranime mes efprits engourdis par le froid :
Je les fens qui déja , dans ma tête à l'étroit,
Prennent l'effor d'un trait rapide ;
Ils courent les jardins , vifitent les vergers ,
Contemplant fous leurs pas legers
Les miracles divers que la nature enfante ,
Pendant l'hyver , fans vie , au printems , renail
fante.
L'Eté , développant les fels les plus actifs ,
Va nous donner les fruits hâtifs .
Il guidera , mais d'une main plus lente,
L'écoulement des fucs deftinés à nourrir
Les fruits que la tardive Automne
Comme un fleuron de fa couronne
Seule entre les faifons a le droit de mûrir.
Connoiflez-en le prix , & rendez vos hommages
A ce rare fleuron , digne préfent des Dieux ,
Heureux côteaux de Reims ! Vos vins délicieu
E v
rod MERCURE DE FRANCE.
-
De nos goûts réunis lui doivent les fuffrages .
Nous lui devons auffi ces folâtres images ,
>
Qu'à nos yeux fafcinés peint la mouffe du vin ;
Ces ris , ces beaux enfans , qui d'un regard ferain
Dérident le front des plus fages ,
En leur mettant le verre en main ,
Et du plus fombre ennui diffipent les nuages.
Par M. Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres de Caën.
DISSERTATION fur le fens d'un
paffage de l'Art Poëtique d'Horace.
A G... le premier Mars 1749.
Joyous fais ez de prendre
E vous fuis très-obligé , Monfieur , du
foin que vous continuez de prendre
de faire paffer dans ma folitude les Journaux
Littéraires . Ils rempliffent agréablement
, & prefque toujours utilement quelques-
uns des momens vuides , que me laiffent
des, occupations plus importantes . Le
dernier que vous m'avez envoyé , m'a
rappellé des idées que j'avois depuis longtems
; je n'ai pû réſiſter à la tentation de
les mettre fur le papier. Je vous les envoye,
& je vous laiſſe le maître d'en faire tel ufage
que vous voudrez. Vous m'allez dire ,
AVRIL. 1749. 107
qu'il ne convient pas à notre état de s'oc
cuper de vers & de piéces de Théatre.
Gardez- moi donc l'Anonyme , & me pardonnez
cette faute. Il ne m'arrivera pas
fouvent de choisir de pareils délaffemens.
La démangeaifon d'écrire n'eft pas ma
paffion favorite , & je ne crains pas que
mes rechûses laffent votre indulgence .
J'ai lû avec plaifir , dans le Journal des
Sçavans du mois dernier , l'extrait du troifiéme
volume du Cours des Belles - Lettres
diftribué par exercices. L'Auteur y donne
F'explication de ces fameux préceptes
d'Horace.
Aut famam fequere , aut fibi convenientia finge
Scriptor , &c.
Et fur tout du paffage , difficile eft propriè
communia dicere. Le Journal fait de cette
interprétation un éloge qui ne m'a pas
paru trop fort. Dire qu'elle eft préfentée
d'une maniere qui la rend très-probable ,
ce n'eft pas affûrement faire grace à l'Auteur
.
י
Vous fçavez , Monfieur , combien le
paffage , dont il s'agit , a donné d'exercice
aux Interprêtes . Tous l'entendent de la
matiere , de l'argument , & pour parler en
termes de l'Art , de la Fable du Poëme
Mais les uns , & c'eſt le plus grand nom
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
bre , veulent que le mot communia. fignifie
les fujets nouveaux , dont perfonne
ne s'eft encore faifi , & qui , difent - ils ,
appartiennent au premier occupant : en
un mot , les fujets que le Poëte peut inventer
, comme Homere a inventé l'Iliade
& l'Odiffée , fujers qu'il s'eft appropriés ,
& qui lui appartenant , ne peuvent plus
être appellés des fujets communs.
Quelques Interprêtes prétendent aut
contraire , que par le mot communia , on
doit entendre ces fujets connus , vulgaires ,
à la portée de tout le monde , qu'on peut
puifer dans les Poëfies d'Homére , & dans
les autres fources de la Fable , ou dans
P'Hiſtoire : à la difference des fujets que le
Poëte imagine ; dont il eft , pour ainfi dire ,
le créateur , & qui par conféquent lui appartiennent
en propre.
Le Pere Jouvency femble avoir craint
de choisir entre ces deux explications , qui
ont autrefois donné lieu à un combat fingulier
entre un Cavalier & un Erudit ,
qui ne fembloient pas devoir jamais fe
rencontrer dans la même carriere. Quelque
opinion qu'on embraffe , il n'en eft
pas plus aifé de rendre raifon de la penfée
d'Horace. D'un côté , pourquoi auroit il
trouvé fi difficile au Poëte , qui fe faifis
d'un fujet nouveau , de le traiter d'une
A VRIL. 1749. 109
maniere qui lui foit propre & particuliere ?
Ne femble- t'il pas au contraire , que parce
que la matiere eft neuve , de quelque façon
qu'on la traite , on ne courra pas rifque
de fe rencontrer avec perfonne , &
qu'ainfi il ne peut être vrai dans ce fens ,
que difficile fit propriè communia dicere ?
S'agil de la difficulté de connoître la
vraie façon de traiter fon fujet , & de la
faivre ? N'eft elle pas dépendante des circonftances
, dont l'imagination de l'Auteur
affortit à fon gré le fujet qu'il invente,
& s'il donne l'être à fa Fable , ne lui don
ne-t'il pas auffi la maniere d'être?
D'un autre côté , ft le fujet du Poëme eft
connu , s'il eft vulgaire , & tiré de la Fable
ou de l'Hiftoire , la maniere dont il doit
être traité , la maniere propre & particuliere
qui lui convient , eft fixée ; elle cft
toute trouvée. Pourquoi donc feroit- il
fi difficile au Poëte de la fuivre ? Les
amours d'Uliffe & de Calipfo , par exem
ple , ne doivent pas reffembler à celles
d'Enée & de Didon. Mais eft-il poflible
au Poëte de s'y méprendre , & ne lui eft- il
pas aifé de choisir les traits propres & particuliers
, mais très connus , qui conviennent
à chacun de ces fujets ?
Ainfi tout oppofées que foient les deux
explications , Tune m'embarraffe autant
fro MERCURE DE FRANCE.
que l'autre , dès que je veux les appliquer
à la difficulté qu'Horace releve ici : car
il faut faire attention qu'il ne s'agit pas en
général de la difficulté du fujet , tel qu'il
foit , hiftorique , ou fabuleux , réel ou inventé.
Horace ne dit pas fimplement, diffi
cile eft communia dicere , mais propriè dicere.
Si donc c'eft le fujet qu'il a en vue , la difficulté
dont il parle doit être de le traiter
d'une maniere qui foit propre & particu
liere , ou au fujer même , ou au Poëte qui
l'a choifi . Je ne crois pas qu'il s'agiffe du
Poëte. Tout Auteur a fon ton , fon ftyle ,
fa façon de penfer & d'exprimer ce qu'il
penfe , & pour parler comme les Peintres ,
fa maniere. Il lui eft auffi aifé de la fuivre,
que difficile de s'en écarter. Il me femble
qu'Horace n'a pû trouver de la difficulté ,
qu'à traiter chaque fujet de la maniere
qui lui eft propre , & j'ai autant de peine
a concevoir cette difficulté plus grande
pour le Poëte , qui eft le maître abfolu de
fa matiere , puifqu'elle eft toute entiere de
fon invention , & qu'il peut la traiter à
fon gré , que pour celui qui s'attache à un
fujet connu , qui , pour la maniere de le
traiter , a un guide fûr dans la Fable , ou
dans l'Hiftoire , & à qui Horace enfeigne
te fecret de fuivre ce guide , fans ceffer
d'être original.
AVRIL. 1749. ITT
D'ailleurs , Monfieur , je ne comprends
pas bien, comment les Interprêtes , qui fuivent
l'opinion commune , peuvent entendre
par le mot communia un fujet nouveau
, & qui n'eft pas puifé dans les ou--
vrages des anciens , puifqu'il eft évident
que par ceux -ci publica materies , qui fuivent
dans Horace trois vers plus bas , on
ne peut entendre qu'un fujet tiré de l'Iliade
, ou de quelque autre fource ſembla
ble .
Difficile eft propriè communia dicere , tuque
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quàm fiproferres ignora , indictaque primus.
Publica materies privati juris erit , fi
Nec circa vilem patulumque moraberis orbem ,
·Nec verbum verbo curabis reddere fidus.
Interpres , & c.
Horace oppofe propriè à communia
comme privati juris à publica materies. ŢI
emprunte toutes ces expreffions des Jurif
confultes , & chez eux les chofes communes
& les chofes publiques font également
celles , dont aucun particulier n'a la proprieté
, & dont l'ufage eft libre à tous.
Ainfi , s'il falloit penfer que dans le premier
vers , Horace parle du fujet , ou de la
matiere du Poëme , comme dans le qua
112 MERCURE DE FRANCE.
triéme , je crois qu'il faudroit entendre
par communia , ce qu'il entend par publica
materies , un fujet connu , & tiré de l'Iliade
, ce qui n'eft pas l'opinion ordinaire
des Interprêtes.
Mais eft il bien fûr que dans le premier
vers Horace parle du fujet comme dans le
quatriéme ? Il me femble que l'Auteur du
Cours des Belles Lettres rapporte le mot communia
, non à l'argument , mais aux perfonnages
du Poëme , & je crois qu'il a rai
fon , car dans tout ce qui précede , Horace
n'a encore fait mention que des caractéres.
Il y a , dit-il , bien de la difference entre
les difcours d'un efclave & ceux d'un Héros.
Prenez garde fi celui que vous met
tez fur la fcéne eft un vieillard, en qui l'age
ait mûri les paffions , ou un jeune homme
, chez qui elles foient encore dans toute
leur fougue ; fi c'est une Dame d'un rang
diftingué , ou une fuivante ; un Märchand
qui ait couru le monde , ou un campa
guard qui n'ait jamais perdu de vûe le
champ qu'il cultive ; un habitant de la Colchide
, ou un Affirien ; un homme élevé à
Thebes ou à Argos . Ecrivain , continuetil
, fuivez ce qu'on penfe communément
de ceux que vous introduifez fur le théatre
, ou fi vous inventez un perfonnage
nouveau , donncz- lui des mours afforties
AVRIL. 1749 . ZI
1
& convenables à fon caractére. S'agit- il
d'Achille , ce Guerrier fi vanté ? Qu'il foit
ardent , colere , inexorable , &c. Que Médée
ſoit inhumaine & indomptable , &c ,
Si vous produifez fur la fcéne un Héros
inconnu , fi vous ofez créer un perſonnage
nouveau , qu'il fe montre jufqu'au bout
tel qu'il aura paru d'abord , & que fon ca
ractére ne fe démente point. Voilà , ce
me femble , l'entreprife qu'Horace trouve
difficile .
Si quid inexpertum fcenæ committis , & audes
Perfonam formare novam , fervetur ad imum
Qualis ab incoepto procefferit , & fibi conftet's
Difficile eft propriè communia dicere.
Il ne s'agit jufques-là que des perfonnages
& des caractéres & non de la matiere
du Poëme . Je n'ai pas diffimulé qu'immédiatement
après , Horace parle du fujet,
mais il ne faut pas beaucoup paraphrafer
la tranfition , pour la rendre très- naturelle ,
Je vous confeille , continue- t'il, de choisir
vos Héros dans l'Iliade. Vous me direz
que ce Poëme ne vous fournira que des fujets
connus de tout le monde , des fujets
ufés , & où , réduit à glaner après les anciens
, vous n'aurez rien à dire de vousmême.
Je réponds que ces fujets connus
1
114 MERCURE DE FRANCE.
Vous pouvez vous les rendre propres, pour
vû que maître de votre matiere , vous ne
vous renfermiez pas dans un cercle de lieux
communs & de penfées devenues triviales
* , & que vous ne vous attachiez pas à
rendre mot pour mot les traits que vous
imiterez d'Homere.
Vous me demanderez peut- être , M. fi la
penſée d'Horace eft moins obfcure , fi l'interprétation
en devient moins arbitraire ,
en admettant que dans le paffage difficile
eft , &c. il s'agit encore des caractéres du
Poëme , & non de fon fujet. Oui , M. en
le fuppofant ainsi , les grands doutes me
femblent diffipés , l'explication commune
me paroît la feule qu'on puiffe admettre
& j'accorde alors volontiers à M. Dacier ,
que l'autre n'a plus rien que d'abfurde.
Achille , Médée , Orefte , ont des caracté
res certains , fixes , invariables. Horace
vient de nous le dire , & n'a pas pû penfer
qu'il fût infiniment difficile de rendre des
caractéres fi connus, de la maniere qui leur
eft propre & perfonnelle . C'eft des caractéres
de pure imagination , & auxquels le
vers,
On ne prétend pas traduire ici exactement ce
Nec circa vilem patulumque moraberis orbem
qui demanderoit feul une Differtation
AVRIL. 1749 115
Poëte eft obligé de conferver une conftante
uniformité, qu'Horace vient de parler ;
ce font ceux-là qu'il trouve difficile de
rendre propres & particuliers aux perfonnages
à qui le Poëte les attribue , parce que
ce font des généralités qu'il faut perfona-
-lifer . Paffez-moi cette expreffion.
- Vous concevez bien par-là , M. que j'ap
plaudis beaucoup à la traduction de l'Aureur
du Cours des Belles Lettres. Difficile eft
propriè communia dicere. Il eft bien diffi
cile de donner des traits propres & individuels
à ce qui n'a rien que de générique. Voilà
, felon moi , rendre fidelement & auffi
littéralement qu'il étoit poffible , les paroles
d'Horace , y mais l'exactitude même
de la traduction fair que le fens qu'elle
préfente , a quelque chofe de l'obfcurité de
f'original. If reſte à fçavoir pourquoi Horace
trouve fi difficile de ramener le géné
rique à l'individuel ..
Ecoutons là- deffus l'Auteur du Cours des
Belles Lettres . » Il eft difficile de donner un
»caractére individuel à ce qui n'a rien que
» de générique.Comment donner à l'hom-
» me A ou B un caractére qui lui foit pro-
» pre ? Le connoît- on ? Dès que vous dites
>> que c'eft un homme , je conçois qu'il a les
>> parties effentielles de l'homme , que c'eft
un animal doué de raifon , communia , ce
16 MERCURE DE FRANCE:
"
ي د
qui eft commun à tous les individus de
l'efpece , mais n'ayant jamais exifté , ni
» dans la Fable , ni dans l'Hiftoire , il n'a
» aucun caractére propre par où je puiffe
» le diftinguer de la maffe commune. Dif
» ficile eft propriè dicere . Qu'on me nomme
»Néron , Achille ; auffi -tôt je vois , nonfeulement
les qualités qui leur font com-
» munes , mais leurs qualités caractériſtiques
& perfonnelles , la cruauté & lạ vàleur.
Si au contraire on eût nommé, il y
deux cens ans , Tartuffe , on auroit dit
» c'eſt un homme , mais n'annonçant rien
de
propre à caractériſer la perfonne , on
» l'eût regardé comme un être imaginaire
» & qui n'a point de forme propre. Qu'on
» le nomme aujourd'hui , depuis que Mo-
» liere lui a donné une existence poëtique
fur fon Théatre , il a un caractére indi-
» viduel . On dit , Tartuffe eft un homme
» hypocrite , de même qu'on dit , Néron eft
» un homme cruel.
و ر
Tout cela me paroît vrai , jufte , bien
reflechi ; je vous avoue pourtant , M. que
je ne fçais pas fi l'existence poëtique que
Moliere a donnée à Tartuffe , empêche aujourd'hui
qu'on ne le regarde comme un
être imaginaire , mais je ne ferai pas
l'Auteur une chicane , qui , fans détruire
le fond de fa penfée , ne ferviroit à rien
AVRIL. 1749. 117
pour faire entendre la mienne . Que je fois
au Théatre , ou que je life Moliere , Tartuffe
ceffe d'être pour moi dans ce moment
un être imaginaire ; je le réaliſe alors dans
mon imagination , mais ce qui m'arrive eſt
auffi arrivé à tous les fpectateurs à la premiere
répréſentation de cette Comédie ,
å celle des Tragédies de Zaïre & d'Alzire,
& arrivera toujours à celle de toutes les
Piéces d'invention ,
D'ailleurs la valeur dans Achille ne me
paroît pas plus former un caractére individuel
, que la cruauté , celui de Néron . Que
j'attribue à quelqu'un les fentimens les
plus barbares , ceux qui m'écouteront , ne
devineront pas fi je parle de Néron , plutôt
que de Mahomet II , de Pierre , Roi de
Caftille , du Baron des Adrêts , ou de quelqu'autre
monftre de ce genre -là , tous trèscruels
, mais qui , à cela près , ne fe reffembloient
en rien. Ainfi , par des traits qui
peignent en général la cruauté , je ne caractériſe
aucun individu , & quoiqu'il ſoir
vrai que dès qu'on me nomme Néron qu
Achille , je fçais qu'on me va parler d'un
Prince cruel ou d'un vaillant guerrier , &
qu'au contraire en me nommant l'homme
Á ou l'homme B , on ne m'annonce rien
encore de propre à caractérifer leur perfonne
; j'ai peine à concevoir que la gé118,
MERCURE DE FRANCE.
néralité , où leur nom les laiffe , augmente
la difficulté de leur donner un caractére
individuel.
Je vous l'avouerai donc , M. quoique
j'eftime infiniment les réflexions de l'Auteur
du Cours des Belles Lettres , elles ne
me fuffifent pas pour bien entrer dans le
fens d'Horace ; fi j'en refte là , je ne vois
pas encore trop clairement pourquoi il eft
plus difficile aux Poëtes tragiques de peindre
un Héros purement imaginaire , qu'un
Prince qui a réellement exifté , ou dont la
Fable nous a accoûtumés à fuppofer l'existence.
Pourquoi , par exemple, les carac
téres de Zaïre & d'Orofmane ont dû plus.
coûter à M. de Voltaire , que ceux d'Hérode
& de Marianne ; pourquoi devoit-il
être plus facile de rendre fidelement ceux
de Cicerón & de Tullie , que d'imaginer
ceux de Monteze & d'Alzire ? Au contraire
, il me paroît que le Poëte , qui met fur
la fcéne un Héros connu , eft gêné par la
néceffité de fuivre les idées que fon nom.
réveille infailliblement dans l'efprit des
Spectateurs , au lieu que s'il y met un Hé
ros imaginaire , il peut choifir le caractére
qui convient aux avantures qu'il lui prête,
& frapper le fpectateur par tous les traits
qu'il croit propres à l'émouvoir. Les Peintres
qui ne font que des tableaux , ont une
AVRIL. 1749. 119
difficulté de moins que ceux qui font des
portraits, par l'exacte & génante imitation
de l'original , qu'il faut rendre trait pour
trait. Nos Poëtes ne font pas toujours plus
heureux que nos Peintres, à attraper cette
reffemblance.
Ainfi la penfée d'Horace paroît toujours
obfcure. Oferai-je , pour achever de l'éclaircir,
rifquer des réflexions que j'ai faites
il y a long-tems fur ce paffage ; elles
ne contredifent point directement l'An
teur du Cours des Belles Lettres , elles font
même exactement conformes à la maniere
dont il traduit le vers Difficile eft , &c. &
n'ôtent rien au mérite de fon explication,
Si en le fuivant, je fais un pas plus que lui,
c'eſt lui qui m'enhardit à le faire en pu-,
blic , c'eft fon fyftême qui me fait augurer
que le mien n'eft pas fans fondement , &
fi vous jugez à propos , M. de lui faire
connoître , par la voye du Mercure ou par
quelque autre , des idées qui vont tant
foit peu plus loin que les fiennes , je vous
prie de ne point lui laiffer ignorer que
mon deffein, en les mettant au jour, eft de
les foumettre à fa cenfure , auffi bien qu'à
la vôtre , & que je n'appellerai point du
jugement que vous ou lui en porterez.
Il n'y a point d'homme qui n'ait fon
caractére , & à qui il ne foit tellement
120 MERCURE DE FRANCE.
propre, tellement perfonnel & fi réellement
diftingué de celui de tous les autres hommes
, qu'il n'eft pas poffible d'en trouver
deux qui fe reffemblent parfaitement. Cette
variété infinie ne provient pas feulement
d'une vertu éclatante ou d'un vice
dominant ; la valeur dans Achille , la eruauté
dans Néron. D'autres ont eu dans les
fiécles paffés , ont dans le nôtre, & auront
à l'avenir les mêmes vertus ou les mêmes
vices qui exercent le pinceau du Poëte
dans quelque fujet que ce foit : ainſi ces
généralités ne fuffifent jamais pour peindre
qui que ce foit d'une maniere achevée
& reffemblante.
Cela eft vrai dans tous les genres. Alexandre
, Charlemagne & Tamerlan , one
été des Héros conquérans ; pourroit - on
fans ridicule les peindre des mêmes couleurs
? Saint Louis , Louis XII . & Louis
XV . ont aimé leurs peuples , en ont été
adorés , & one mérité de l'être . Qu'on réuniffe
autant de traits qu'on voudra, qui leur
conviennent à tous trois , cette peinture
fera celle d'un de ces Rois qui font nés
pour le bonheur du monde , mais pour
achever de peindre Saint Louis , Louis XII .
ou Louis XV , il faudra y joindre féparé
ment d'autres traits finguliers , néceffaires
dans le portrait de l'un, & qui ne pourront
trouver
AVRIL.
1749.
121
trouver place dans celui de l'autre. Le
Connétable de Bourbon & le Chevalier '
Bayard étoient de vaillans guerriers ,
l'Abbé Suger & le Cardinal de Richelieu ,
d'excellens Miniftres mais le premier ne reffembloit
guéres plus au fecond qu'aux deux
autres , & le Cardinal ne differoit guérés
moins de l'Abbé que du Connétable ou du
Chevalier. Les grands hommes peuvent
même s'approcher de beaucoup plus près ,
fans fe reflembler ; & Maurice , le fameux
Maurice , ne fe retrouveroit pas exactement
dans un portrait qui feroit ' fidélement
celui du Vicomte de Turenne.
Ne feroit- ce pas- là le fondement des leçons
d'Horace ? Le caractére que le Poëte
doit donner à chacun de fes Héros , lui
doit être tellement propre , tellement particulier
qu'on n'y reconnoiffe que lui . Il
ne fuffit pas pour cela , de bien exprimer
une qualité dominante ; la valeur , s'il eft
queftion d'Achille ; la cruauté , s'il s'agit
de Néron . On ne les diftingueroit par -là
d'aucun de ceux qui ont été vaillans ou
cruels. A peine le courage , vertu dont l'idée
fe réveille au feul nom d'Achille , entre-
t'elle dans le portrait qu'Horace veut
qu'on faffe du fils de Thétis * . Pour for-
* Impiger , iracundus , inexorabilis , acer ,
Jura neget fibi nata , nihil non arroget armis,
F
122 MERCURE DE FRANCE
mer fon caractére diftinctif , il faut y raffembler
tous les traits qui fui conviennent,
& y faire entrer non-feulement toutes les
qualités bonnes & mauvaifes , attribuées à
cet ancien Héros , mais le degré dans le
quel il a plû à Homere de les lui attribuer.
Ce n'eft que du mêlange des vertus &
des vices , des talens & des défauts , des
grandes actions & des foibleffes ; ce n'eft
que,de l'union de toutes les qualités bon-.
nes ou mauvaiſes du coeur & de l'efprit , &
même de leurs differentes teintes , que peut
fortir l'idée caractéristique de tous ceux
pour ou contre qui le Poëte veut intéreffer ;
idée qu'il doit au Public , & de laquelle
dépend en partie le fuccès du Poëme. Ce
caractére et tout formé dans les fujets ,
connus ; c'eft la faute du Pcëte,s'il le man
par exemple que, & fi il ne fçait pas diftinguer
l'efpece de grandeur d'ame qu'il
doit peindre dans Achille , de celle qu'il
doit peindre dans Agamemnon, ou dans
Enée , & même dans Diomede ou dans
Hector. Les couleurs font préparées , il
n'a plus qu'à les mettre en oeuvre . Si Racine
n'en eût point ajoûté d'étrangeres à
celles que
lui fourniffoient les anciens , on
ne lui eût pas reproché d'avoir défiguré le
caractére d'Hyppolite , en le faifant foupirer
pour Aricie, paffion auffi inutile à l'acAVRIL.
1749.
123
tion principale , que celle de la fille de Ci
ceron pour Catilina , & auffi contraire au
précepte d'Horace, famam fequere.
Ceux qui dellinent pour nos tapifferies
les arbres de nos campagnes & les fleurs de
nos jardins , peuvent imiter la nature ; elle
leur offre des modéles ; s'ils ne réuffiffent
pas ,
c'eft leur faute , mais quand on y vent
des arbres de l'Amérique & des fleurs de
là Chine , l'ouvrier qui ne peut plus copier
la nature , & qui cherche à la deviner , les
remplit de peintures qui ne reffemblent à
rien qui ait jamais exifté. Je fens tout ce
qu'il faudroit rabattre de cette comparai .
fon, pour l'appliquer au Poëte qui fait agir
ou parler des perfonnages réels , & à celui
qui ne met en action que des êtres poëtiques
dont il est le créateur. Cependant le
dernier , comme nos ouvriers en tapilferie,
doit , en raiſonnant fur les originaux qu'il
connoît , en imaginer d'autres dont il n'a
point de modéles. Dès qu'il crée , tour
doit venir de fon fond ; les originaux qu'il
a fous les yeux ne peuvent le guider que
pour dégroffir l'ouvrage ; ils lui fourniffent
le générique , mais c'eft à lui à inventer
l'individuel, & à y mettre l'harmonie.Pour
les traits marqués & caractéristiques qui
font les principaux & les plus difficiles , il
eſt abandonné à lui-même ; il faut qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
deffine fes figures de génie, & qu'il imagine,
pour chacune d'elles, des attitudes propres ,
mais convenables , des contours diftinctifs ,
mais naturels ; qu'il ait l'art d'éviter l'imitation
fervile des modéles trop connus , que
la nature lui fournit dans l'Hiftoire & dans
la Fable, & cependant qu'il n'oublie jamais
que le fard de l'art ne peut fuppléer-au défaut
des traits de la nature.
S'il invente un fujet dont le héros foit un
grand Général d'armée , il faut qu'il lui donne
de l'amour pour la gloire , de la valeur , de
l'activité, de la prudence , de la fermeté , un
génie fécond en reffources , & même , fuivant
les circonftances, de l'amour pour laPatrie,
du défintéreffement, & c. comme l'Hif
toire en donne à Scipion , à Bertrand du
Guefclin , & à tant d'autres ; mais il faut auffi
que mêlant les couleurs avec art , il peigne
dans fon Héros toutes les qualités qu'ont eu
les Scipions , les du Guefclins & les autres
Guerriers, dont le caractére approchoit de
celui du fien , fans faire du fien un Héros
qui reffemble d'une maniere trop marquée .
à aucun de ceux qui font connus par la Fable
ou par l'Hiftoire .
Ce n'eft pas affez d'avoir peint le Géné
ral , il faut peindre l'homme , ce qui de
mande un nouveau choix de paffions , de
vertus ou de vices , de bonnes ou de mauAVRIL.
1749. 125
•
vaifes qualités , qui fouvent n'ont en apparence
aucun rapport entre elles , & qu'il
faut pourtant fçavoir allier , car les couleurs
du tableau doivent être tellement
nuées , que tout faffe un enfemble où tout
foit d'accord & à fa place ; c'eft par où Horace
commence fes préceptes ..
Scriptor .
· Sibi convenientia finge ,
Cet enſemble eſt tout fait dans les fujets
réels , ou qu'on regarde comme tels ; les
qualités les plus oppofées s'y marient fans
effort. Catilina étoit avide & diffipateur.
Alieni appotens , fui profufus . Louis XI . vouloit
la guerre , & la craignoit; la commençoit
brufquement dans le tems même qu'il
cherchoit à l'éviter & le fouhaitoit ; négocioit
la paix en ſe ménageant des occafions
de la rompre : ainfi des autres. Mais dans
les fujets que le Poëte invente, le propre ,
le perfonnel de chaque caractére eft fon
ouvrage , & ne peut réfulter que de l'union
harmonique qu'il fçait donner aux qualités
indépendantes , & fouvent contraires,
qu'il attribue à chacun de ceux qu'il introduit
dans fon Poëme . L'homme , en tout
tems different de lui- même , eft ſouvent
tout à la fois méchant & vertueux , tendre
& cruel ; mais on réuffit rarement à
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
peindre ce contrafte dans un fujet imaginaire
ou obfcur , auffi heureuſement que
l'Auteur de Rhadamifte.
Je foupçonne , M. que c'est le caractére
compofé & pourtant individuel , qu'Horace
trouve difficile à exprimer dans les
fujets inventés . Parlez , dit-il, fuivant l'opinion
qu'on a communément de ceux que
vous mettez au théatre , famam fequere
fi Vous y mettez des Héros de votre invention
, qu'il n'y ait rien que de naturel
& de vrai-femblable dans leur caractére ,
fibi convenientia finge ; qu'ils gardent ce ca
ractére diftinctif juſqu'à la fin , fervetur
ad imum. Le précepte que je vous donne
n'eft pas facile à fuivre: c'eft pourquoi je
vous confeille de choifir vos Héros dans
l'Iliade. Prenez Agamemnon , Uliffe ou
Achille ; ce n'eft pas que vous ne puiffiez
imaginer aisément un Prince ambitieux ,
un fage , un vaillant homme , mais ces
traits font vagues & trop généraux , communia
; vous devez diftinguer votre Héros
par un caractére plus décidé, & qui lui foit
propre , proprie dicere , & vous éprouverez
qu'il eft difficile d'inventer & de foutenir
jufqu'à la fin du Poëme un caractére neuf
dont l'Hiftoire & la Fable ne vous fourniffent
que l'efquiffe , parce que loin de
pouvoir copier trait pour trait les grands
•
AVRIL. 1749. 127
modéles que vous y trouverez , dès que vous
voulez être Auteur d'un caractére nouveau
& original , il ne doit plus être imité de
vos modéles dont vous ne pouvez tirer
que ce qu'ils ont de générique , communia.
L'ambitieux que vous imaginerez ne doit
pas dans le détail des traits teffembler à
Agamemnon ; votre fage ne doit pas être
an Uliffe , ni votre guerrier un Achille.
Il faut former de génie,pour chacun de vos
perfonnages,un caractére qui lui convienne
& qui ne convienne qu'à lui feul , propriè
dicere , & il eft bien difficile de donner
des traits propres & individuels à ce
qui n'a rien que de générique , difficile eft
propriè communia dicere.
Vous voyez , M. combien mon explication
approche de celle de l'Auteur du Cours
des Belles Lettres ; j'adopte fa traduction
mais j'ai peine à croire que la difficulté
qu'Horace releve dans les perfonnages
d'invention , confiſte à donner à un Héros
imaginaire , à l'homme A ou B , quelques
qualités vagues , comme la valeur ou la
cruauté. Je crois qu'elle confifte à donner
à ce vaillant homme ou à ce Prince cruel,
que l'imagination du Poete a créé , ce caractére
diftinétif que la valeur feule ne
peut donner à l'un, ni la cruauté à l'autre.
J'avoue qu'en fuppofant l'exiftence de
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
l'homme A ou de l'homme B , perfonne ne
les connoît ; que tout ce qu'on en conçoit ,
c'eft qu'ils ont les parties effentielles de
l'homme, & que ce font des animaux doués
de raifon , comme tous les autres individus
de leur efpece , & c'eft par là qu'il me paroît
que le Poëte peut aifément leur donner
tout ce qui peut convenir à la nature
humaine , attribuer à fon gré & fans la
moindre difficulté , à l'un de la cruauté ou
de la clémence , à l'autre de la lâcheté ou
du courage. Mais Horace fuppofe , ce me
femble , que ces qualités font trop génériques
, ces traits trop peu marqués pour
tirer l'homme A ou l'homme B de la maffe
commune. Ne pas aller plus loin , ce fe-.
roit les y laiffer confondus , finon avec tous
les hommes , du moins avec tous ceux qui
ont eu les vices ou les vertus qu'on leur attribue
. Pour leur donner une exiſtence
même poëtique , il leur faut un caractére
propre & qui leur foit perfonnel ; ce caractére
diftinctif exige du détail , & c'eſt , à
mon fens , dans ce détail, que confifte toute
la difficulté .
Le détail eft le point foible des caracté
res de la création du Poëte , c'eft par où ils
donnent prefque toujours prife à la critique.
Tartuffe dont parle notre Auteur ,
l'immortel Tartuffe n'y a point échappé ;
>
AVRIL.
129 ·
1749 .
on n'a pas prétendu , & on ne pouvoit pas
prétendre que Moliere n'eût pas réufli à
faire , d'un être imaginaire qu'il lui avoit
plû de nommer Tartuffe,.un homme hypocrite
& même un homme abominable * ;
mais on a foutenu que les traits de détail
n'étoient pas fibi convenientia , qu'un fourbe
auffi adroit que Tartuffe ne choififfoit
pas un pere de famille pour en faire fa
duppe , qu'il craignoit les droits ineffaçables
de la ligne directe & les retours infail
libles de l'amour paternel ; qu'il trouvoit
plus facile & plus fûr d'entreprendre de
dépouiller des collatéraux ; qu'il étoit trop
maître de lui- même pour travailler à féduire
la femme de fon bienfaicteur, le jour
même qu'il devoit époufer la fille.
Les meilleures pieces fourniffent des
exemples pareils de la difficulté qu'il y a
de créer un caractére perfonnel , qui foit
tout à la fois neuf & naturel . A ne confidérer
dans la Comédie du Joueur le caractére
de Valere que du côté de fa paffion
dominante , je ne fçais fi le Théatre François
a rien de plus parfait , mais on y trouvera
des taches , fi on l'examine comme le
caractére particulier d'un jeune homme
que la paffion du jeu n'empêche pas d'être
Voilà , je vous l'avoue , un abominable hom ,
me. Tartuffe, Act . 4. Scéne 6.
F
130 MERCURE DE FRANCE
touché des attraits d'une jeune & belleperfonne
dont il eft aimé. Valere eft affez:
tendre pour s'écrier , après avoir fait fa.
paix avec Angélique :
Eft- il dans l'Univers un mortel plus heureux !)
Elle me rend fon coeur , elle comble mes voeux.ɔ
Je fuis tout tranfporté . Vois , confidere , admire ,
Angélique m'a fait ce généreux préfent..
Et cependant quelques momens après il
répond à fon valet , qui fe réjouit de leur
racommodement : .
A te dire le vrais je n'en-fuis point fâché .
Comment accorder des tranfports fi vifs
avec une indifference fi marquée? Regnard
s'en tire mal . Il n'eft ni vrai-femblable ni .
naturel , que la bourfe de Valere , plus ou
moins garnie , influe jufqu'à ce point fur
les fentimens de fon coeur ; qu'il foit auffi
tendre , quand elle eft vuide , que glacé ,
quand elle eft pleine.Pour montrer que chez
lui la paffion dominante étoit celle du jeu ,
ne fuffifoit-il pas qu'elle fit en tout tems plus
d'impreffionfur lui que fon amour? Falloitiliqu'il
fût tantôt fort épris & tantôt pref
que infenfible ? Et qu'on pût lui dire :
Quand vous êtes fans fonds, vous êtes amoureux,
Et quand l'argent renaît, votre tendreffe expire..
2
A VRI L.. 131 1749.
Votre bourſe eft , Monfieur , puifqu'il faut vous
le dire ,
Un Thermometre sûr , tantôt bas , tantôt haur ,
Marquant de votre coeur ou le froid ou le chaud.
Caractére qui n'eft point dans la nature.
J'en dis autant de celui du Diftrait du
même Auteur. Ce caractére , trop fervilement
copie fur celui du Diftrait de la
Bruyere , eft fi chargé qu'il eft impoffible
d'y retrouver un
... Fort honnête homme , à fés devoirs auftere ,
Exact & bon ami , généreux , doux , fincére ,
Aimant ..... fa Maîtreffe en Héros.
De tous les traits de ce portrait , le feul
qui convienne à Léandre ; paroît être celui-
ci .
On dit qu'il eft diftrait , mais moi , je le tiens fou .
Je fçais que le Théatre fouffre l'outré ·
jufqu'à certain point , mais il ne faut pas
abufer de cette permiffion .
Ainfi Moliere & Regnard ont aifément
fait de trois animaux doués de raifón , des
hommes A. B. C. auxquels leurs vers ont
donné l'être , un hypocrite , un joueur , un
homme diftrait ; ils ont très-bien peint la
noirceur de l'hypocrifie , la fureur de la
paffion du jeu , le ridicule dés diftractions ,
2
1
F vj .
132 MERCURE DE FRANCE.
communia , mais je doute qu'ils ayent auffi
bien réuffi dans les caractéres perfonnels
& diftinctifs, que le premier donne à Tartuffe
, & le fecond à Valere & à Léandre ;
tant il eft vrai que difficile eft proprié communia
dicere .
Les perfonnages que le Poëte invente
ne doivent jamais s'écarter durai -femblables
les perfonnages réels en font quelquefois
difpenfés. On s'eft mocqué avec raifon
de certain Roman , dont le Héros fe
défendoit feul contre toute une armée.
Qu'il s'agiffe d'Horatius Cocles ou du Chevalier
Bayard , on ne fera plus choqué
d'entendre dire qu'ils ont foutenu feuls à
la tête d'un Pont l'effort d'une troupe trèsnombreuſe
; la vérité biftorique fuppléra
alors au défaut de la vrai - femblance , qui
partout ailleurs eft le feul vrai théatral. }
2
Je crois connoître , plufieurs autres avantages
des perfonnages réels fur ceux que
le Poëte imagine ; mais il eft tems , M. de
finir une Lettre qui n'eft déja que trop
longue , & qui vous ennuyera à coup fûr ,
puifqu'elle commence à m'ennuyer. Vous
en ferez tout ce qu'il vous plaira ; donnezja
an Public , fi vous croyez qu'elle en vaut
la peine. Approuvez mes idées , ou cenfurez-
les fuivant que vous les trouverez ſolides
ou frivoles ; corrigez , retranchez ,
AVRIL. 1749. 133
ajoutez tout ce que vous jugerez à propos,
à
jettez ma Lettre au feu fi elle ne vous paroît
pas digne de voir le jour , je confens
à tout : quelque parti que vous preniez ,
je vous proteſte très-fincérement que je ferai
également perfuadé que vous m'aurez
rendu un très- bon office , & que je croirai
vous en devoir la même reconnoiffance .
J'ai l'honneur d'être , &c.
S.. E.. L...
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mars , font Fiacre ,
Rhinoceros , marmite , Blaife , & foyer. On
trouve dans le premier Logogryphe Rhin ,
Rhône , or ,
Héros , ciron , Chiron , Sion
Corfe , Chine , chien , Hieron , ferin , Heron ,
Ino , écho , rofe , riche , Noé , nocher , corne,
hier , foir , coin , nôce , fec , cor , forcier. On
trouve dans le fecond Marie , rat , mite ,
Marte , mari , ami , Maire , Mirte , Maître,
rimė¸mat , mitre , arme , mât , rame¸re , mi¸
air , mer. On trouve dans le troifiéme
bal , Sale , Baile, aife , Lis , la , fi. On trouve
dans le quatrième foye , foi , Roi,
1
134 MERCURE DE FRANCE.
.
ENIGM E..
Pour réaffir dans l'art de me faire chercher ,
Sous des traits empruntés j'aurois dû me cacher.
Mon exiſtence bien connue
Peut me trahir au fimple échantillon ::
Lecteur , tes yeux font la revûë
De mes fupôts , rangés en bataillon .
De plus de vingt enfans on veut que je fois mere..
Le deftin leur forma different caractére ; :
Aucun ne fé reffemble , ils ont le même emploi ,,
Et dans un ordre méthodique ,
Au gré de mes befoins , affervis fous ma loi ,,
A les régénérer fans ceffe je m'appliqué.
Religion , talens , Beaux Arts ,.
Par mon fecours , brillent de toutes parts ,
Mais tel le livre à moi , dont l'audace eft punie ::
Ileft fous mes drapeaux de périlleux hazards ,
Moi-même je deviens , & profcrite , & bannie ,
St , d'un fiel trop amer facile à m'enyvrer ,
De celui qui m'infpire adoptant la manie , ·2
Jole braver les grands qu'il cherche à déchirer..
Qu'un efprit téméraire , impie , -
Dans fon délire & fes accès ,
Me fafle arborer l'héréfie ,.
AVRIL.. 3335% 1749.
De ce forfait digne fuccès ,
Ce que j'ai fçû produire , en fidéle complice ,
Bft foudroyé , périt dans un honteux fupplice .
Par M. Allain , de Tours.
LOGOGRYP HE..
Compofé de huit pieds , je plais à mainte belle ,,
Qui pour le réjouir m'accable de cent coups;
L'invifible élément partage ma quérellé ,
Et l'oreille aime mon courroux.
Te dirai - je , Lecteur , pour me faire connoître ,.
Qu'on peut trouver en moi le plus beau des oi
feaux ;
L'image d'un petit-maître ; -
Un tems ; une Déeffe ; un fleuve ; un Dieu cham -
pêtre ;
Un infecte volant un chemin fur les eaux
Un terme de Grammaire ; un Miſantrope infigne ;
Le commencement d'une ligne ; :
L'appui de Poliphême ; un point de l'horiſon;;;
Les armes des Titans ; celles dont Gédéon
Défir , fans coup ferir , une Nation impie ; ,
Un aliment commun , le foutien de la vie ,
Le factotum du corps humain ;
Ce que je fais huit fois dans une game;;
0%
136 MERCURE DE FRANCE.
Certain eftafier mafculin
Qui peut dans un combat devenir une dame ;
Un homme rare ; un homme en racourci ,
Edipe eût déviné fans tous ces fignes- ci ?
B.... de Lyon. ......
AUTRE.
S Ans mon fecours , que l'on verroitde gens
Mourir de faim , & vivre en fainéans !
Si d'un côté je parois être utile ,
De l'autre auffi je fais bien du fracas.
Combien voit- on de familles à bas !
De leur malheur , je fuis premier mobile.
Neufpieds , Lecteur , font l'appui de mon corps ;
Divife -les ; après quelques efforts ,
Tu trouveras un titre refpectable ,
Auquel eft joint le fouverain pouvoir
Un élement : un métal trop aimable ,
Qui trompe l'homme & l'arrache au devoir ;
Une fubſtance : un inftrument de chaffe :
Ce que fur mer apprehende un vaiffeau :
Ce que produit la peur , une époque ; un oiſeau
Un ouvrage d'infecte , ouvrage qui furpaffe
Ce que l'art des humains peut fournir de plus
beau.
En ces deux mots , Leeteur ; un ton de la mufi“
que :
余宗宗:
VELLI
DES BE
DESNOUT
Paris , ch
, àla C
tion &Pe
ne de me
t en recev
borerun
gen
chéedele
esd'être CO
Il s'eftre
,& dans
luftre
am
quil a
prife
hams,dont
Après
s'êtrep
Apollon,
qu'ilac
trousfelon
les
Recoutera
plus
qu
AVRIL. 1749.
137
Un péché.... C'eft affez : il eft tems qu'on m'explique
.
Par M. Viniant de Rofnai , en Champagne.
宗宗宗宗:宗宗宗:柴柴柴柴柴
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
,
DES NOUVELLES , par M. Robbé. A
Paris chez Prault , fils , Quai de
Conty , à la Charité , 1749. Avec Approbation
& Permiffion . Une Dame , qui
fatisfaite de mériter des éloges , ne veut
point en recevoir , a preffe M. Robbé
d'abjurer un genre de Poëfie , auquel elle
étoit fâchée de le voir employer des talens,
dignes d'être confacrés à de plus nobles
ufages. Il s'eft rendu à de fi fages remontrances
, & dans une Ode qu'il adreffe à
cette illuftre amie , il annonce la réfolution
qu'il a priſe de ne fe permettre que
des chants , dont la vertu n'ait point à rougir.
Après s'être plaint des caprices de fon
Apollon , qu'il accufe de ne pas le fervir
toujours felon fes voeux , il déclare qu'il
n'écoutera plus que les infpirations de la
138 MERCURE DE FRANCE.
Mufe , qui lui fait tenter une nouvelle
carriere , & il s'écrie :
... Comme un autre Promethée ,
Volons-lui ce feu radieux ,
Que fon ame , fi bien dotée
Sçait partager avec les Dieux.
Prenons , en nous moulant für elle
Cette éloquence naturelle ,
Et ce bon goût affaifonné ,
Qui négligeant la pompe vaine
Sçait narrer avec la Fontaine
Et dicter avec Sévigné.
**
Déja foigneufe de ma gloire ,
Je l'entends , qui fur mes rivaux
M'excite à tenter la victoire
Par de plus louables travaux.
Six luftres ont mâri ta tête
Dit-elle.. Par quelle ceuvre honnête
T'a-t'on vú t'immortalifer
Le Ciel t'a donné ce génie ,
Qu'à tant de rimeurs il dénie.
Est-ce donc pour en abuſer è
Il continue dans deux ftrophes fuivantes
, de faire parler ainfi fa nouvelle Muſe :
AVRIL. 139 1749.
N'impoſeras-tu pas filence
A tous ces reproches fanglans ,
Qui te font taxer d'impuiffance
Par l'effain des demi talens ?
Oui , difent- ils , fon vers docile
Brille dans ce genre facile
Auquel feul il peut fe vouer.
Mais que , comme nous intrépide ,
Il hazarde un vol plus rapide ,
Et vous le verrez échouer .
Tente de nobles réuffites ;
Fais voir à tous , que ton eſprit
Peut franchir les vaines limites
Du cercle étroit où l'on t'infcrit.
Prouve-leur que ce divin germe ,
Que le Génie en foi renferme ,
Pouvoit percer à Fontenoy ;
Que c'eft faute de ce Génie ,
Qu'ils ont puifé l'ignominie
Au fein de la gloire du Roi,
Nous paffons à regret plufieurs autres
ftrophes très -belles. Voici celle qui termine
cette premiere Ode , & dans laquelle
M. Robbé promet de fe conformer à des
avis , dont il fent la jufteffe & l'utilité.
Oui , c'en eft fait , ſage Minerve R -
140 MERCURE DE FRANCE.
Epris , comme toi , du vrai beau ,
C'est à la flamme de ta verve
Que j'épurerai mon flambeau .
Dans ma courfe rien ne m'arrête .
J'oferai tenter la conquête
Du vafte Empire Mexicain ,
Si fecondant mon efperance ,
Tu m'es ce que fut à Terence
Le Triomphateur Africain .
A la fuite de cette Ode , l'Auteur en a
fait imprimer deux autres , adreffées , l'une
à M. Deftours , fon Médecin , qui l'a guéri
d'une maladie dangereufe ; l'autre à M.
B ***. fur la diftinction du corps & de
l'ame. Peut-être ne regne- t'il pas dans ces
deux Piéces le même agrément & lamême
variété que dans la premiere , mais on retrouve
par tout la même richeſſe de rimes
& la même force de pinceau..
Pour que le jufte tribut de louanges ,
que nous payons à M. Robbé , ne foit pas
fufpect de flaterie , nous critiquerons avec
notre franchiſe ordinaire ces expreffions ,
Nous autres enfans du Permeffe ,
Volons- lui ce feu radieux
Que fon amefi bien dotée ,
AVRI L. 1749. 141
En nous moulant ſur elle ,
Fut-il jamais fur le Parnaffe
Une plus preffante menace
Du bon goût tout prêt à tomber
J'oferai tenter la conquête
Du vafte Empire Mexicain .
Les unes , trop communes , ne s'accor
dent pas avec la majefté de l'Ode. La pénultiéme
ne rend pas l'idée du Poëte . Dans
la derniere , le mot tenter n'eft pas le terme
propre , & il femble que celui de chanter
feroit plus convenablė.
Que M. Robbé nous permette auffi de
remarquer , que le défaut de fufpenfion
du fens à la fin du quatrain , rend vicieufe
cette ftrophe de l'Ode à M. Deftours.
A l'aide du Microſcope ,
Obfervant fon réſervoir
A travers fon enveloppe ;
Pecquetfit appercevoir
Ce Balfamique fluide
Que pompe le coeur avide ,
Qui promt à le fublimer ,
Lui communique l'effence
Du fang qu'en notre ſubſtance
Il va bientôt transformer.
142 MERCURE DE FRANCE.
PANEGYRIQUE de Louis XV. Sixième
Edition , 1749 .
Il feroit fuperflu de nous étendre fur un
ouvrage qui a eu un fuccès fi grand & G
mérité. Nous avertirons feulement qu'à
la tête de la cinquiéme Edition étoit la
Lettre d'un Préfident , felon l'avis duquel
le Panégyrique de Louis XV. eft fort audeffus
de celui de Louis XIV , par Peliffon,
& que cette Lettre ne fe trouve point dans,
la nouvelle Edition qu'on donne au Public.
Dans l'Edition précédente , M. de
Voltaire avoit répondu à quelques critiques
faites par les Auteurs du Journal de Trévoux.
Dans l'Edition nouvelle , on a réimprimé
cette réponſe . Le Journal que nous
venons de citer , cenfuroit avec juftice la
derniere phrafe de ce Portrait du Roi de
Sardaigne.UnMonarque qui veille à lagarde
des barrieres que la nature éleva entre la France
& l'Italie , & qui femble , du haut des Alpes
, pouvoir déterminer la fortune. Hfe décla
roit contre nous , après avoir autrefois vaincu
avec nous, on avoit à redouter enlui un Politique
& un Guerriers un Prince qui fçavoit
bien choifir fes Miniftres & fes Généraux ,
qui pouvoit fe paffer d'eux, (gránd Général
lui-même grand Miniftre. ) M. de Voltaire
a changé ainfi cette phrafe , un Prince
qui fçavoit bien choisir fes Miniftres & fes
C.
ع ب ر م
AVRIL $ 749. 143
Généraux , & qui pouvoit combattre & gonvernerfans
eux ,files grands talens peuvent
Se paffer de confeil. A notre tour , nous
prendrons la liberté de dire que la feconde
leçon laiffe encore quelque chofe à defirer.
Les Miniftres étant placés avant les
Généraux , il falloit que le mot gouverner
précédât le mot combattre. Il nous femble
auffi , que dans le dernier membre l'imparfait
figureroit mieux que le préfent , &
qu'au lieu de peuvent , l'Auteur auroit dû
fubftituer pouvoient.De-même nous croyons,
qu'il n'auroit point mal fait de profiter de
la remarque du Journaliſte fur cette phra
fe. On propofoit la retraite , le Roi regardoit
fes guerriers, ils vainquirent. L'examen.
des autres critiques nous meneroit trop
loin. Il en eft quelques- unes qui peuvent
être également attaquées & défendues par .
de bonnes raifons . Il en eft d'autres , con
tre lefquels M. de Voltaire nous paroît
avoir droit de le récrier. Dans ce nombre
nous mettons les deux reproches , que le
Cenfeur lui a faits d'avoir prodigué les
antithefes , & trop ménagé les tranfitions.,
En relifant ce Panégyrique , nous nous
appercevons d'une faute , que nous n'at
tribuonis qu'à l'Imprimeur . Elle eft à la page
16. Ainfi un Prince , un feul homme peut ,
par fon exemple , rendre meilleurs fes fujers
144 MERCURE DE FRANCE
fes ennemis ( même . ) Ce dernier mot
étant là pour ipfos , doit fe décliner .
XERXES . Tragédie. Par M. de Crebillon ,
de l'Académie Françoife. A Paris , chez
Prault , fils , 1749. Avec Approbation &
Privilége.
Cette Tragédie , & par fon propre mérite
, & par le rang que fon illuftre Auteur
tient au Parnaffe , étoit bien digne d'occuper
la premiere place dans nos Nouvelles
Litteraires. Nous nous contenterons aujourd'hui
de l'annoncer.
MEROPE Tragédie . Par M. Clement.
Chez le même Libraire . M. Clement prie
les Libraires Etrangers , & ceux de Province
, qui voudront avoir des exemplaires
de cette Tragédie , de s'adreffer directement
à lui. Il demeure rue de Guenegaud
, chez Ringard , Baigneur. Dans u
autre Mercure , nous parlerons de cette
nouvelle Tragédie.
RECUEIL des Oraifons funebres , pronon.
cées par M. Maboul , ancien Evêque d'Alet.
Un volume in - 1 2. A Paris , chez Vincent
, Imprimeur- Libraire , rue S. Severin.
ABREGE' de l'Hiftoire Générale de Languedoc
, en 6 volumes in- 12 , par Dom Vaiffet.
te , qui a donné ci-devant la grande Hiftoire
de la même Province en 5 volumes
in-folio. A Paris , chez le même Libraire .
On
:
AVRIL. 1749. 149
.
On a joint à cet Abregé la Carte du Languedoc
, par M. Buache , de l'Académic
Royale des Sciences .
TRAITE' de la Structure du Coeur , de
fon action & de fes maladies . Par M. Se-
Médecin Confultant du Roi . 2 vol.
in-4° . avec dix-fept Planches .
nac ,
Le nom de l'Auteur eft unun garant bien
fuffifant de la bonté de l'ouvrage .
LETTRE d'un Académicien de Province à
Meffieurs de l'Académie Françoife.
Nous n'indiquons aux Lecteurs cet Ecrit
fcandaleux , que comme un exemple de
l'emportement & du délire des Ecrivains
, guidés par
l'intérêt
ou par la
tialité.
د
par-
AVIS fur la conduite d'un jeune homme
, par M. le M. D..... A Vitry , chez
Jean François Jobart
Libraire , fur la
Place , vis- à- vis l'Eglife Notre- Dame , &
fe trouve à Paris , chez Deffaint & Saillant,
rue Saint Jean-de- Beauvais, & Nyon ,
fils , Quai des Auguftins , 1748. Brochure,
petit in- 8° . de 102 pages .
ODE fur les Préliminaires de la Paix.
A Nantes , de l'Imprimerie d'Antoine.
Marie , haute grande rue , 1748. Bro-,
chure in- 12 . de onze pages.
Nyon , fils , Libraire , Quai des Auguf-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
tins , du côté du Pont Saint Michel ,
l'Occafion , va mettre fous preffe la Rhétorique
du Prédicateur , traduite du Latin
d'Auguftin Valerio , Evêque de Verone ,
& Cardinal , compofée par les foins de
Saint Charles Borromée , pour être enfeignée
aux jeunes Clercs dans les Seminaires.
Cette Traduction eft de M. Dinouart,
Vicaire du Fauxbourg Saint Honoré d'Amiens
.
On a imprimé à Montauban un Avis
qui a pour titre Projet de Soufcription ,
contenant une découverte utile & avantageufe
, ou un moyen propre à augmenter les
biens & les revenus de chaque Particulier.
La fonfcription eft de 25 f. feulement.
On pourra foufcrire à Montauban , chez le
Sieur Teulieres , Imprimeur-Libraire
Place de la grande Horloge . L'ouvrage fe
délivrera affez à tems pour faire des plantations
l'année 1749 , auffi-bien que pour
tirer avantage de celles qui fe trouvent
toutes faites par la nature.
OBSERVATIONS fur la pratique des accouchemens
naturels , contre nature , &
monftrueux , avec une méthode très-facile
pour fecourir les femmes en toutes fortes
d'accouchemens fans fe fervir de crochets
, ni d'aucun autre inftrument que de
,
}
AVRIL. 1749. 147
la main feule , & un Traité des principales
maladies qui arrivent ordinairement aux
femmes . Par M. Cofme Viardel , Chirurgien
à Paris , avec des remarques qui fervent
d'éclairciffement & de fupplément à
l'ouvrage , ornées de figures en taille douce
, à Paris , chez d'Houry , pere , Imprimeur-
Libraire de M. le Duc d'Orleans
rue de la vieille Bouclerie , 1748 , in- 8 °.
de 344 pages , fans la Table des Chapitres
& l'Avis de l'Editeur , planches détachées
16 .
LETTRE du P. Alexandre Xavier Panel,
Prêtre de la Compagnie de Jefus, Précepteur
des Infants d'Eſpagne , & Garde du
Cabinet des Médailles de Sa Majefté Catholique
, fur les Médailles qui marquent
la onzième année de l'Empereur Trébonien
Galle , la treiziéme & la quatorzićme
année de la Colonie de Viminacium
fous Emilien , & enfin la onzième année
de Valerien , le pere. A Zurich , chez Gafpard
Fuesflin , 1748. in-4°. de 116 pages .
L'ouvrage eft en Latin.
SECONDE EDITION des Difcours - de
Maxime de Tyr , par M. Jean Davife ,
Principal du College de la Reine à Cambridge
, imprimée à Londres , aux frais de
la Societé , établie pour le progrès des Let-
G ij
148 MERCURE DE FRANCE .
tres , 1749 , in- 4° . Le prix eft de 14
fchellings. L'ouvrage eft auffi en Latin .
EXPERIENCES fur l'Electricité avec
quelques conjectures fur lá caufe de fes
effets , par M. Fallatert , Profeffeur en Philofophic
expérimentale , & en Mathématiques
, des Sociétés Royales de Londres
& de Montpellier , & de l'Académie de
P'Inftitut de Bologne . Volume in-8 ° . de
304 pages . A Geneve , 1748 , chez Barillot
&fils .
MEMOIRES CRITIQUES , pour fervir
d'éclairciffement fur divers points de l'Hif
toire ancienne de la Suiffe , & fur les Monumens
d'antiquité qui la concernent ,
avec une nouvelle Carte de la Suiffe , par
M. Loys de Bochat , Lieutenant Ballival de
Laufanne. A Laufanne , chez Marc- Michel
Boufquet & Compagnie , 1747. Deux voluines
in- 4 ° . Le premier dé 588 pages , fans
l'Epître Dédicatoire & la Préface.
HISTOIRE ABREGE'E de la vie & du culte
de Saint Bonaventure , de l'Ordre des
Freres Mineurs , Cardinal , Evêque d'Albano
, Docteur de l'Eglife , & Patron de
la Ville de Lyon , écrite par un Religieux
Cordelier , in - 8 °. de 213 pages. A Lyon ,
chez la veuve de la Roche &fils , & lesfreres
Duplain , rue Merciere , 1747.
AVRIL. Ï 749. 149
REFLEXIONS fur la Mufique ancienne
& moderne , & fon application à la guérifon
des maladies . On y a joint un ellai
fur la queftion , en quoi confifte la difference
entre les Mufiques ancienne & moderne.
A Londres , chez Coopers , 1749 ,
in-8°.
LETTRE à une Dame , concernant l'édu
cation des jeunes filles . Quatrième édition ,
dans la même Ville , chez Bathurst , 1749 ,
in- 8'.
LA MEDECINE primitive , ou méthode
facile & naturelle de guérir plufieurs maladies.
Dans la même Ville , chez Trye ,
1749 , in-8°..
RECHERCHES CRITIQUES fur les opinions
& la conduite des anciens Philofophes
, relativement à la nature de l'ame ,
& leur méthode fur cette double doctrine ,
par M. Warburthon. Dans la même Ville ,
chez Davis , 1749 , in- 8 ° .
EXAMEN des témoins de la Réfurrection
de Notre- Seigneur Jefus Chrift , dans lequel
on difcute , non- feulement les objections
de M. Walfton , mais encore ce que
lui & d'autres Ecrivains ont publié en differens
ouvrages.
SUITE du même ouvrage , contenant
une réponſe aux objections du dernier pa-
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
pier , intitulé , la Refurrection de Jefus-
Chrift , examinée par un Philofophe. Dans la
même Ville , chez J. Davidfon , 1749.
TRAITE' des Hernies ou Defcentes ,
divifé en deux parties , dont la premierė
comprend une inftruction familiere &
aifée , pour les perfonnes affligées de Hernies
; une explication anatomique des
parties qu'il faut connoître pour entendre
la matiere , la defcription , les cauſes , &
les fymptômes des differentes Hernies ; &
la feconde traite des Hernies avec adhé-
& des Hernies avec étranglement.
>
Par Georges Arnaud, Chirurgien , dans la
même Ville , 1749 , in- 8 °. On prépare à
Paris une édition de cet ouvrage en
François. Ces fix derniers ouvrages font en
Anglois.
HISTOIRE de Catilina , tirée de Plutar
que , de Ciceron , de Dion , de Sallufte ,
& des autres Hiftoriens de l'antiquité ,
avec cet Epigraphe , Continuò fontes ultrix
accineta flagello , Tifiphone quatit infultans.
Virg. Æneid. lib. VI. Se débite à Amfterdam
, 1749 , in- 12 , & fe trouve à Paris ,
chez Durand , Libraire , rue Saint Jacques,
au Griffon & à Saint Landry.
VIRGILIUS Collatione Scriptorum Grácorum
illuftratus opera & induftria Fulvii Urs
AVRIL. 1749. 151
fini. Editioni , ad exemplar Plantini renovate
, accefferunt Lud. Gafp. Valckenarii ',
1º. Epiftola ad Matthiam Ræverum , Jurifconfultum
, 2º . Iliadis Homeri liber XX1í.
cum fcholiis Porphyrii & aliorum nunc primum
editis , 3 ° . Differtatio depræftantiffimo
codice Leidenfi , & de fcholiis in Homerum
ineditis , Leovardiæ , ex officina , Guil, Coulon
, 1747 , in- 8 °.
COLUTHI Raptus Helena. Recenfuit ad
fidem Codicum M. ac varias lectiones & notas
adjecit Joan. Daniel à Lennep , & c .
Leovardiæ, ex eadem Officina , 1747 , in - 8 ° .
Outre les diverfes leçons , & les remarques
dont l'Auteur a enrichi l'édition
qu'il donne de Coluthus , il a ajouté à la
fin un recueil confidérable d'animadverfions
fur des endroits difficiles de divers
Auteurs anciens , d'Héfiode , d'Orphée ,
d'Ariſtophane
, d'Elien , d'Alciphron ,
&c.
PETRI VAN MUSSCHENBROEK
Inftitutiones Logica , præcipuè comprehendentes
ariem argumentandi , confcripta in
ufum ftudiofe juventutis . A Leyde , 1748 ,
in-8°.
EJUSDEM AUCTORIS Inftitutiones Phyfica,
confcripta in eofdem ufus , 1748 , in- 8 ° . dans
la même Ville.
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
TRAITE' HISTORIQUE des eaux & bains
de Plombieres , de Bourbonne , de Luxeuil,
& de Beins , par le R. P. Dom . Calmet ,
Abbé de Sénones , à Nancy , chez le Seure ,
Imprimeur ordinaire du Roi , 1748. Volume
in 8° . avec figures , & fe trouve à
Paris chez Debure , l'aîné , Quai des
Auguftins , à l'Image Saint Paul .
و
OBSERVATIONS fur la cure radicale de
plufieurs polypes de la matrice , de la gorge
& du nez , operées par de nouveaux
moyens inventés par M. Levret , Maître
en Chirurgie , &c. A Paris , chez Delaguette
, Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , rue Saint Jacques , à l'Olivier
, 1749 , in- 8 ° . Avec figures.
LES CONQUESTES du Roi , couronnées
par la Paix. Odes , à Paris , chez Morel
le jeune , Libraire au Palais , au grand
Cyrus , 1749. Brochure in- 8 ° . de 38 pages.
LETTRES de divers Auteurs fur le projet
d'une Place devant la colonade du Louvre,
pour y mettre la Statue équeftre du Roi.
Brochure in 8°. de 33 pages , 1749 .
LES AMUSEMENS des Fées , en deux parties
. A Neufchatel , ſe trouvent à Paris ,
chez Jacques Cloufier ; Libraire , rue Saint
Jacques , à l'Ecu de France , 1748.
AVRIL. 1749. 153
LE TEMPLE de l'Hymen , fonge de M.
de***. à Madame de **** . Prix 24 fols,
chez le même , 1749. ;
LES DELASSEMENS de la bonne Com
pagnie . Prix 24 fols chez le même
1749 .
>
L'AMUSEMENT des Beaux Efprits . Prix
24 fols , chez le même , 1748 .
Ceux qui voudront encore foufcrire
pour le voyage d'Egypte de M. Norden ,
feront encore à tems de le faire , jufqu'au '
mois de Mai pour tout délai. Les planches
font actuellement tout- à- fait gravées , &
l'édition en François , qui eft dirigée par
M. Roche de Partenay , Auteur de la derniere
Hiftoire de Dannemarck , eft fi avancée
, que le Livre fera rendu public à la fin
de cette année. Les Soufcriptions fe feront
chez Mariette & Briaffon , Libraires , rue
Saint Jacques.
LETTRE contenant la Defcription &
l'Hiftoire Naturelle du Rhinocéros , à M.
*** . Membre de la Société Royale de
Londres. Brochure in 8° . fe trouve à Paris,
chez hibout , Imprimeur du Roi , Place
de Cambray.
#
TRAITE' de la perfection de Rétat Ecclefiaftique
, divifé en trois parties , par
un Directeur de Séminaire. Deux volumes
G v
114 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. A Lyon , & fe vend à Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , & ,
chez Quillau , fils , même rue , vis- à- vis ,
celle des Mathurins.
PRINCIPES généraux & raiſonnés de la
Grammaire Françoife , avec des . obfervations
fur l'ortographe , les accents , la
ponctuation & la prononciation , & un
abregé des régles de la verfification Françoife
, dédiés à M. le Duc de Chartres ,
par M. Reftaut , Avocat au Parlement &
aux Confeils du Roi . Cinquième édition ,
revûe , corrigée , & confidérablement
angmentée. Volume in- 12 . Prix 3 liv .
relié. A Paris , chez Lottin , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , à la Vérité.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES fur les ,
huit Béatitudes , par demandes & par réponfes
, tirées des Saints Peres de l'Eglife ,
& en particulier de Saint Auguftin , avec
des prières & des inftructions fur chaque
inftruction . A Paris , chez Lottin & But-"
tar , Libraires , rue Saint Jacques , à la
Vérité.
ESSAI fur l'Hiftoire de la France équi-,
noxiale , & c. par Pierre Barrere . Un volume
in-12 , fe trouve à Paris , chez la
venv: Pijet , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Jacques
- AVRIL. 1749.
155
SERMONS ET HOMELIES fur le Carême ,
par M. Jerôme de Paris , ancien Grand
Vicaire & Official de Nevers. Trois volumes.
A Paris , chez Nyon , fils , Quai
des Auguſtins.
LES VIES de Solon & de Publicola , extraites
de Plutarque , & retouchées fur
tous les anciens Ecrivains de la Gréce &
de Rome , avec une comparaifon nouvelle,
& des remarques critiques fur plufieurs
points d'Hiftoire , in- 12 . A Paris , chez
Barrois , Quai des Auguftins.
HISTOIRE de Louis XIV. depuis la
mort du Cardinal Mazarin en 1661 , juf
qu'à la Paix de Nimegue en 1678 , par M.
Peliffon , de l'Académie Françoife , in- 12 .
trois volumes. A Paris , chez Rollin , fils ,
Quai des Auguftins , à Saint Athanafe &
au Palmier.
TABLE Générale & Chronologique des
Ordonnances , Edits , Déclarations du Roi,
& Arrêts du Confeil , concernant les Priviléges
& fonctions des Tréforiers Généraux
de France . Un volume in - 4 . fe trouve
à Orleans , & à Paris , chez J. B. Defpil
ly , fils , Libraire , rue Saint Jacques , visà-
vis la rue du Plâtre .
L'ATLAS RUSSIEN , en 21 Cartes , imprimé
à Pétersbourg , avec l'explication en
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE.
François & en Latin , in-folio , forme d'Atlas.
A Paris , chez Briaffon , rue Saint Jacques.
COMMENTARII Academie Petropolitana,
in-4°. Petropoli. Tomes IX. & X. chez le
même.
WEIBRECHT Syndefmologia , feu de ligamentis
corporis humani , in-4° . Petropoli ,
chez le même.
FLORA SIBERICA , in - 4°. fig. Petropoli ,
chez le même.
AMMANNI Icones Stirpium rariorum ,
in-4°. Petropoli , chez le même.
BAYERI Hiftoria Oshroena & Edeffena ,
in-4° . Petropoli , chez le même,
BUXBAUMII Centuria Plantarum minus cognitarum
, in-4° . Cinq volumes. Fig . Idem
pars quintafeparatim , chez le même.
GRAFFTII experimenta , in- 8 ° . chez le
même.
MEDITATIONS fur la vie & la doctrine
de Notre-Seigneur , avec les inftructions
néceffaires pour les bien faire . A Paris ,
chez J. B. Langlois , Libraire , rue Saint
Jacques , près la fontaine Saint Severin ,
à la Couronne d'or.
ELEVATION à Jefus- Chrift Notre- Seigneur
, fur fa Paffion & fa mort , contenant
des réflexions de piété fur ces myftéAVRIL
1749 . 157
res , pour fervir de fujets de méditation:
durant le Carême , & les Vendredis de
l'année , par un Prêtre de l'Oratoire de Jefus,
revûe , corrigée & augmentée , chez le
même.
OEUVRES de Moliere . Nouvelle édition ,
in- 12 . huit volumes de joli & petit format
, & avec de très- élégantes figures. A
Paris , chez Ganeau , rue Saint Severin
aux Armes de Dombes & à Saint Louis.
RECUEIL des OEuvres de M. Boffuet. Seconde
édition , in-4° . Les tomes 4 , 5,6,
7,8,9, pour les Soufcripteurs , à Paris ,
chez J. B. Coignard , & A. Boudet , rue
Saint Jacques.
LA SAINTE BIBLE , en Latin & en François
, avec des notes littérales , critiques
& hiftoriques , des préfaces & des differtations
, tirées du Commentaire de Dom
Auguftin Calmet , Abbé de Senones , de
M. l'Abbé de Vence, & des Auteurs les plus
célébres , pour faciliter l'intelligence de
l'Ecriture Sainte . Ouvrage enrichi de Cartes
Géographiques & de figures , in- 4° .
Les tomes 4,5,6 , pour les Soufcripteurs,
à Paris , chez les Libraires chez qui on a
foufcrit.
LES CONFERENCES du Diocéfe de Lodéve
, in 12. Quatre volumes. A Paris ,
15S MERCURE DE FRANCE.
chez Coignard , Boudet , le Mercier , Deffaint
& Saillant.
DISSERTATION fur l'utilité de la foye
des Araignées , en Latin & en François ,
à laquelle on a joint l'Analyfe Chymique
de cette foye , avec quelques autres Piéces
qui ont été faites à ce fujet par M. Bon ,
Confeiller d'Etat , & Premier Préfident
Honoraire en la Cour des Comptes , Aides
& Finances de Montpellier. A Avignon ,
chez François Girard , Place Saint Didier ,
1748 , in- 8°. de 111 pages.
ENTRETIENS fur la caufe de l'inclinaifon
des orbites des Planetres , où l'on ré
pond à la queftion propofée par l'Acadé
mie Royale des Sciences pour le fujer du
Prix des années 1732 & 1734 , par M.
Bouguer , de la même Académie. Seconde
édition , dans laquelle on a faifi l'occafion
d'examiner quelle eft l'étendue du Méchanifme
, ou des loix de Phyfique. A Paris ,
chez Charles- Antoine Jombert Libraire
du Roi , &c. Quai des Auguftins , 1748.
Un volume in- 4° . de 140 pages , avec deux
planches de figures.
,
CONSULTATIONS CHOIS IES de plufieurs
Médecins célébres de Montpellier , fur des
maladies aigues & chroniques. A Paris ,
chez Durand , rue Saint Jacques , à Saint
AVRIL
. 1749. 159
Landry & au Griffon ; Piffet , fils , Quai
des Auguftins , à la Sageffe , 1748 , in-12.
Premier Tome de 480 pages , le fecond
de 455 , le troifiéme de 460 , & le quatriéme
de 473.
par fes
MEMOIRES
pour fervir à l'éloge de Jean.
de Pins , Evêque de Rieux , célébre
Ambaffades
, avec un Recueil de plufieurs
de fes Lettres , & c. A Avignon , chez
Chabrier , &c. in- 12 . de 200 pages.
LE HUITIE ME TOME de l'Hiftoire géné
rale d'Allemagne
, par le P. Barre , Chanoine
Régulier de Sainte Geneviève
, & Chancelier
de l'Univerfité
de Paris. Premiere
Partie , & c. in-4° . A Paris , chez
Delefpine & Heriffant , rue Saint Jacques. CATALOGUE
de differentes
Bibliothé-
Liques
, avec le prix marqué fur chaque
vre. A Londres , in- 8 ° . de 307 pages:
Paftoris
JOANNIS ERNESTI JUNGH
Zutphanienfis
, Elogia in auguftos natales Sereniffimi
ac Celfiffimi Belgarum Principis
Guillelmi Quinti , nati die 8 Mart . 1748 ,
in-4°. A Zutphen , en Gueldres , chez A.
Jan. Van Hoorn.
J. CH. STRUCHMEYER
Nova
Lingua Grace Rudimenta , in- 8 °. Chez le
même .
TRAITE' de Chirurgie , auquel on a
ajoûté l'explication d'une nouvelle plaque
160 MERCURE DE FRANCE.
pour panfer les trépanés , par M. Bellofte
Chirurgien de l'Hôpital du Roi en Italie
in-8° . A Leyde , chez Jean Van Kerchem.
PRINCIPES de la Géométrie pratique &
de l'Architecture Militaire , par Conrad
Zumbac de Coetsfeld , Médecin , Lecteur
en Mathématiques dans l'Univerfité de
Leyde , & c. in- 8 ° . dans la même Ville ,
chez Gerard Portvliet .
TRAITE ' pour prouver que depuis l'établiffement
des Fiefs , le Comté de Hollande
a toujours été un Fief de l'Empire jufqu'au
tems de Philippe II , dernier Comte
de Hollande ,,par Gerard Van Loon , in-8°.
dans la même Ville , chez Pierre Vander
Eyb.
LETTRES DANOISES , ou Relation des
voyages d'un Prince de l'Afie , nommé .
Menoza , aux Indes , en Portugal , en Efpagne
, en Italie , en France , en Angleterre
, en Hollande , en Allemagne , en Dannemarck
, non- feulement pour voir ce que
chaque Pays a de particulier , mais fingu
lierement pour chercher de véritables
Chrétiens qu'il a fort peu trouvés , in - 8 °.
dans la même Ville , chez Abraham Honboop.
par
SERMON Abraham Oosterlands , pour.
prouver que la Maiſon d'Orange eft la vi .
gne des Provinces - Unies , in- 4°. A Rotterdam
, chez Paul Topyn.
AVRIL. 1749. 161
LES BEAUX JOURS de la République qui
reviennent , quoiqu'accablée de malheurs,
par l'élevation du Prince d'Orange au Stathoudérat
, & la naiffance du jeune Prince ,
par Jean Boshoop , dans la même Ville ,
in- 4 ° . chez Jooft Vander Laan.
TROIS SERMONS , fçavoir , 1 °. l'attente
des Provinces- Unies fi long-tems défirée ,
accomplie par la naiffance du jeune Prince
Guillaume V. 2 ° . le Jubilé de la Paix de
Munfter , 5. l'efpoir & la crainte qui fuſpend
l'efprit des habitans des Provinces-
Unies , par Joachim Maubachius , &c. A
Dordrecht ; chez Jean Van Braam , in-4°.
.
JOURS DE JOYE tant defirés des Provinces-
Unies , à l'occafion de l'élevation du
Prince au Stathoudérat héréditaire de la
Province d'Overyffel , &c . A Amsterdam ,
chez Adrien Wor, fans mention de format.
On trouve chez le même , le Traité des
Eaux Minérales de Cleves , par Jean Henri
Schutte , Médecin , qui a découvert la vertu
de ces Eaux , in - 8 ° .
Toutes les Poëfies qui ont été compofées
fur la mort de Samuel Coenrand de
Bruyne. A Amfterdam , chez Jacques Lovering
, in-4° .
PETIT ATLAS de poche de la Province
d'Utrecht , d'une partie de la Gueldre &
du Brabant Hollandois en 44 Cartes, in-8°.
152 MERCURE DE FRANCE .
très- petit , dans la même Ville , chez Reinier
& Jofué Ottens .
On trouve chez les mêmes, la Repréſen
tation Géométrique de l'Eclipfe du Soleil du
25 Juillet 1748 , par Simon Panfer , Mathématicien
& Aftronomie à Embden .
JACQUES HOFFMAN , Libraire à Amfterdam
, a fous prefle une Hiftoire des Provinces-
Unies , en cinq volumes , grand in- 8 °.
ISAAC TIRION débite dans la même
Ville le feptiéme Tome de l'état préfent
des Provinces Unies , premiere partie ,
in-8°.
GERARD BORSTIUS débite dans la même
Ville un Livre in- S ° . intitulé : Wilhelmi
Koolhaas Differtationes Grammatica Sacra ,
quibus analogia temporum & modorum Hebraa
Lingua investigatur & illuftratur.
DECRETA pro Studiorum directione unanimiter
patta in cætu Provinciali Carmelitarum
Vafconie anni 1748 , roborata Reverendiffimi
Patris Generalis confirmatione die
19 Junii 1748. munita Regia autoritatis diplomate
die 1 Septembris 1748. Brochure
in-4° . de dix pages . A Bordeaux.
REFLEXIONS fur la divinité de la Religion
& contre le Déifme , par M. l'Abbé
Cazalez , Docteur de Toulouſe. A Paris ,
chez Jean- Baptifte Langlois , rue S. Jacques
, in-18 , de 164 pages.
AVRIL . 1749. 163
ALMANACH très- curieux fur la connoiffance
des Diamans , pour l'année 1749 .
A Paris , chez Lefclapart , pere & fils , rue
S. André des Arcs , & Quai de Conty.
LES ADIEUX à la mélancolie , Cantate
à voix feule avec Symphonie , gravée par
M. de Montgaultier. Prix 36 fols . A Paris ,
chez Mad . Boivin , rue S. Honoré , à la
Regle d'or , M. le Clerc , rue du Roule à
la Croix d'or ; & Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique Royale .
VIII RECUEIL de Menuets nouveaux ,
François & Italiens , tels qu'ils fe danſent
au Bal de l'Opera , gravés par Mlle Bertin,
fe trouve à Paris , chez Mad . Boivin , rue-
S. Honoré , & à Lion , chez M. de Bretonne,
rue Merciere .
L'AMANT VAINQUEUR , Cantatille à
voix feule & Symphonie , dédiée au Roi de
Pologne, Duc de Lorraine & de Bar , par M.
de la Pierre , Sur-Intendant de la Mufique
de la Chapelle & Chambre de S. M. le Roi
de Pologne , gravée par Mlle Hue, fe trouve
à Paris , chez Mad. Boivin , rue Saint
Honoré ; M. le Clerc , rue du Roule ; Mlle
Caftagnery , rue des Prouvaires , & M. Ballard
, fils , rue S. Jean de Beauvais.
L'INCONSTANCE ,Cantatille à voix feule &
Symphonie , dédiée au même Prince , par
le même Auteur , fe trouve chez les mêmes.
164 MERCURE DE FRANCE .
PREMIER LIVRE de Sonates à Violon
feul & Baffe , dédié à M. le Marquis de
Caraman , Colonel de Dragons , par M.
Franche , Premier Violon de la Comédie
Françoife , gravé par Mlle Bertin , chez les
mêmes.
La célebre Bibliothèque de M. l'Abbé de
Rothelin fera vendue en détail à Paris le
14 Avril 1749 , en l'Hôtel de Rothelin ,
rue des Saints Peres .
PRIX w
Propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1750.
'Académie Royale de Chirurgie pro-
L pofe pour le Prix de l'année 1750 , de
déterminer le caractére des Tumeurs fcrophuleufes
, leurs efpeces , leurs fignes & leur cure.
Ceux qui travailleront fur ce fujet , s'attacheront
, furtout , à appuyer leur doctrine
fur des faits & fur les obfervations des
meilleurs Praticiens .
L'Académie , qui n'a en vûe que l'avancement
de la Chirurgie , n'adopte que les
connoiffances qui peuvent conduire fûrement
dans la pratique ; elle rejette toutes
opinions, toutes explications purement ingénieufes
, & tous raifonnemens qui ne
A VRÍL.
165
1749.
font fondés que fur des conjectures ou fur
des vraisemblances.
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de soo liv . conformément au legs de
M. de la Peyronie ; elle fera donnée à celui
qui , au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fujet propofé.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
font priés de les écrire en Latin ou en François
, & d'avoir attention qu'ils foient,
fort lifibles .
Ils mettront à leurs Mémoires une marque
diftinctive , comme fentence , devife,
paraphe ou fignature , & cette marque fera
couverte d'un papier collé ou cacheté , qui
ne fera levé qu'en cas que la Piéce ait rem
porté le Prix.
Ils auront foin d'adreffer leurs ouvrages
francs de port à M. Quefnay , Secretaire de
l'Académie de Chirurgie , ou à M. Hevin ,
Secretaire pour les Correfpondances , ou
les leur feront remettre entre les mains .
Toutes perfonnes , de quelque qualité &
pays qu'elles foient , pourront afpirer au
Prix , on n'excepte que les Membres de
l'Académie.
· Le Prix fera délivré à l'Auteur même ou
au porteur d'une procuration de fa part ,
l'un ou l'autre repréfentant la marque diftinctive
& une copie nette du Mémoire.
166 MERCURE DE FRANCE.
Les ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier
Février 1750 inclufivement , & l'Académie,
à fon Affemblée publique de la même
année , qui fe tiendra le Mardi d'après la
Fête de la Trinité , proclamera la Piéce
qui aura remporté le Prix .
REFLEXIONS
Sur le Programme concernant l'Hiftoire Naturelle
, Générale , & Particuliere , avec
la defcription du Cabinet du Roi , par
Meffieurs de l'Académie des Sciences.
'Exécution du projet d'une Hiftoire
L Naurelle générale , tel que le propofent
Meffieurs de l'Académie des Sciences , eft
d'autant plus defirable , qu'il a été regardé
jufqu'à préfent au-deffus des forces d'un
particulier , & qu'il ne faut pas moins
qu'une auffi éclairée Académie que celle qui
l'entreprend , foutenue de la protection
d'un grand Miniftre , & aidée des libéralités
du Roi, pour en attendre la réuffite.
Nous ne manquons point d'Auteurs qui
ont travaillé féparément fur les matieres qui
peuvent entrer dans une Hiftoire Naturelle .
Les Bauhins , les Chifius , les Dulechans
les Tourneforts , rempliroient parfaitement
tout ce qui concerne les végétaux . Les Gef
AVRIL. 1749. ·´ 167
ners, les Aldrovandis, les Rondelets & les
Jonftons , ce qui regarderoit les animaux
en général , & M. de Reaumur pour le
particulier des Infectes , furpafferoit tout
ce que l'on peut defirer fur cet article . Les
Longins, les Bonamis, Lachmans, &c. rempliroient
l'article des pierres figurées , des
pétrifications & des minéraux . Les Subifius
& les Duclos , celui des Eaux minérales
pour la connoiffance des principes qui entrent
dans leur compofition.
Il ne feroit pas impoffible , dis- je , de
faire un corps d'Hiftoire Naturelle , en réuniffant
tous ces travaux épars , mais cet
ouvrage, avec l'apparence de généralité, &
quoique formé fur ceux de beaucoup d'excellens
ouvriers , feroit toujours bien audeffous
de celui dont il s'agit , car outre
qu'il doit embraffer tout l'Univers, & qu'il
nous raprochera ce qui fe trouve de rare
dans les terres connues , mais hors de por
tée , il nous fera part de la plus précieuſe
collection contenue dans le cabinet du Roi,
J'obferverai pourtant que tout précieux
que feroit cet ouvrage , compofé fur tant
d'autres qui ont mérité l'approbation &
l'eftime du public , ce ne feroit toujours
qu'un ouvrage de pure curiofité , puifqu'il
y manqueroit la partie qui peut joindre
I'u tile au délectable ; j'entends cette partie
i
168 MERCURE DE FRANCE.
pour
qui feule peut nous fournir les connoiffances
néceffaires découvrir les moyens,
finon d'allonger nos jours , du moins
d'adoucir les maux qui les traverfent , &
c'eft cette précieufe partie que le Programme
de l'Hiftoire Naturelle propoſée ne
fait pas efperer .
Or il feroit dommage qu'un fi précieux.
ouvrage fortît imparfait des mains des Auteurs,
capables de le porter à la plus haute
perfection .
Projet qui ne peut s'exécuter qu'autant
que l'on prendra connoiffance de la qualité
de l'air de chaque climat , n'étant pas
difficile de prouver que c'eft cet élément
qui forme les tempéramens , comme les
tempéramens forment les caractéres , les
moeurs , les inclinations & tout . de fuite
les maladies attachées aux climats.
Nous trouvons la preuve de ce que j'avance,
dans la judicieuſe remarque que fair
Larrey dans fon Hiftoire d'Angleterre , en
parlant des caractéres & des tempéramens
des Anglois . Je fuis furpris , dit- il , qu'après
tant de changemens arrivés dans cette
Ifle , tant de peuples de differentes
Nations s'y foient établies , & n'ayent rien
changé aux moeurs & aux tempéramens
des habitans de cette Ifle , où je trouve
une parfaite conformité entre ceux d'aujourd'hui
AVRIL. 1749. 169
jourd'hui & les anciens Bretons .
Depuis Tacite , les Allemands n'ont
point changé ; il les dépeint blonds ,
grands , de taille robufte , incapables de
grand travail , tels enfin qu'ils font encore
aujourd'hui , & qu'on les voit en Alface.
On trouve encore dans le peuple d'Auvergne
le caractére dur des Gaulois , qui l'ont
précedé de plufieurs fiécles .
Ce n'est pas feulement fur les hommes
que l'air exerce fon empire ; nous remarquons
fes effets , non moins frappans , fur
les animaux tranfportés
d'un climat à l'autre.
Les chevaux d'Eſpagne & les Barbes ,
mis dans les haras Suilles , deviennent
,
après peu de générations
, abfolument
méconnoiffables
. Ces têtes déchargées
deviennent
groffes & quarrées ; les jambes
fines , groffes & chargées de poil ; enfin
de legers ils deviennent
péfans & dourdiers
, plus propres à la charette qu'au
manége.
il n'eft pas jufques aux plantes , tirées
d'un climat pour être tranfportées dans
un autre , que l'air ne dénature.
>
S'il ne reste aucun doute que l'air ne
forme les tempéramens les caractéres
, les moeurs , les inclinations &
tout de fuite les maladies les plus ordinaires
, il eft donc de la derniere im-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
portance d'indiquer les moyens de découvrir
la qualité de l'air de chaque climat
dont on fait l'hiftoire, ce à quoi l'on ne
fçauroit parvenir qu'en connoiffant la pofition
, c'est-à-dire au moyen d'une exacte
topographie du lieu, qui montre les montagnes
qui le dominent , les étangs , les marais
, s'il y en a , les rivieres qui l'arrosent,
les forêts qui le couvrent , pour pouvoic
juger de la qualité & de la quantité des
vapeurs & des exhalaifons qui s'en élevent,
& qui , fe mêlant dans la maffe de l'air ,
l'altérent de differente maniere.
Si à la connoiffance de la nature de l'air
on veut ajoûter celle de la qualité des alimens
dont on s'y nourrit , on n'aura pas be
foin d'autre recherche pour juger des tempéramens
, des caractéres , des moeurs &
de la nature des maladies endémiques &
des remédes pour les combattre.
Je prévois que l'on me dira , & on aura
raifon , que les Auteurs avec toute leur
fagacité & leur zéle ne fçauroient fatisfaire
à ce deffein , fans fe porter au-delà
des mers pour parcourir toutes les terres
découvertes , à quoi la vie de plufieurs
hommes ne fuffiroit pas.
Si le projet eft trop vafte pour être praticable
, on pourroit au moins en faciliter
l'exécution pour ce qui nous intéreffe le
AVRIL. 1749. 171
plus ; j'entends en fe bornant à la France
, laiffant aux autres Nations le foin de
fe comporter comme elles jugeroient à
propos.
Que fi l'on trouve encore trop de diffi- .
culté à fe tranfporter dans chaqueProvince
du Royaume, & à y faire le féjour néceſſaire
, pour pouvoir y prendre toutes les connoiffances
fuffifantes , n'a-t'on pas aujourd'hui
, dans prefque toutes , des Académies
formées , que l'on pourroit engager à y
faire toutes les recherches néceffaires pour
remplir cette idée , dont elles donneroient
communication à l'Académie des Sciences,
pour les affortir à fon travail.
Il n'eft pas même qu'il n'y ait quelque
Médecin , qui pour fa propre fatisfaction
ait déja travaillé à acquérir ces connoiffances
, & qui ne fe fît un plaifir de les communiquer
, s'il en étoit requis , regardant
comme un devoir, de concourir à l'exécu
tion d'un fi grand projet ; peut- être même
s'en trouveroit- il qui auroient fait l'Hiftoire
Naturelle de leur Province.
Je répete que cette partie d'une Hiftoire
Naturelle eft trop intéreffante
pour être
négligée , fans laquelle j'ofe dire que ce
grand & magnifique ouvrage ne fera un
ouvrage que de pure curiofité, tandis qu'en
y joignant cette partie , l'utile & le délec-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE
.
table s'y trouveront , de forte qu'il méritera
qu'on lui applique la louange ,
Omne tulit punctum, qui mifcuit utile dulci.
LETTRE écrite à M *** , Aſtronome,
de l'Académie Royale des Sciences.
M
Onfieur , l'intérêt qu'ont naturellement
les habiles gens , comme vous,
de favorifer l'invention de nouveaux Inftrumens
qui peuvent étendre nos connoiffances
, me fait efperer que vous ne trouverez
pas mauvais que je vous adreffe ces
lignes . Un habile homme de ma connoiffance
, nommé M. Megard , du Canton de
Berne , s'étant appliqué pendant plus de
vingt ans aux recherches fur l'Optique &
les Télescopes à réflexion , eft enfin parvenu
à en imaginer une nouvelle forte
dont les effets doivent furpaffer confidérablement
ceux des Télefcopes Newtoniens
& Grégoriens , qui font en ufage actuellement
, & il en a compofé une Theorie
avec les démonftrations néceffaires , dont
il me communiqua quelque chofe en 1737 ,
pour en faire part fubfide filentii , à feu M.
Bernoulli , qui en approuva fort les idées .
Le défaut d'ouvriers habiles , & plufieurs
autres obftacles , ont été cauſe que la choſe
AVRIL. 1749. 173
en eſt reſtée là , & ce n'eft que depuis environ
un an, que l'Auteur , cédant à mes inftances
réiterées , s'eft enfin déterminé à publier
fa découverte , lorfqu'il fçaura le cas
que feront les habiles gens , & les Juges
compétens en fait d'Aftronomie Nautique,
de fon Teleſcope par rapport à la détermi
nation des longitudes fur mer , afin qu'il
puiffe tirer quelque partie d'une invention
qui lui a coûté tant de tems & tant de
peines.
La premiere forte de Télefcopes abregés
de M. Megard , car il en a deux fortes fort
differentes, pour augmenter deux cens fois,
n'auroit de longueur entre le grand & petit
miroir , que neuf pouces , pendant que
le Grégosien a ordinairement entre fes
deux miroirs une diftance d'environ fix
pieds & demi , de façon que la longueur
du premier ne feroit qu'un huitiéme ou un
neuviéme de la longueur du fecond , au
moins quant au corps du Télefcope , car
pour la queue , qui eft derriere le grand
miroir , il faudroit lui donner à peu près
la même longueur que dans le Grégorien ,
pour pouvoir appliquer commodément
l'oeil à l'oculaire. Quant à l'ouverture , elle
feroit de fix pouces , comme dans celui de
Newton , pour amplifier deux cens fois ,
de forte que la longueur du corps de l'inſ-
H iij
174 MERCURE DEFRANCE.
trument ne feroit que de trois deuxièmes
de l'ouverture. Voici maintenant comment
l'Auteur penfe que ce Télefcope
pourroit être d'une très-grande utilité fur
mer. Il fuppofe qu'un Teleſcope qui amplifie
so fois le diamétre apparent de l'objet
, eft plus que fuffifant pour obferver les
Satellites de Jupiter . Réduifant donc l'amplification
de 200 à 50 , ou au quart , il réduiroit
auffi au quart toutes les dimenſions
de fon Télescope , ce qui donneroit un Té
lefcope de la longueur d'environ deux
pouces & un quart , avec un pouce & demi
d'ouverture , affez fort pourtant pour
découvrir les Satellites de Jupiter ; il lui
femble qu'une piéce fi courte & fi maniable
pourroit être attachée fimplement à la
tête, & ainfi être dirigée vers l'objet, com
me l'oeil nud, fans le fecours des mains , &
par conféquent fans être fujette à ces trem
blemens fenfibles qui empêchent de pou
voir fixer affez jufte les longs Télescopes
fur l'objet , lorfqu'on les employe fur mer,
On ne doit pas craindre de raifonner fur
une pure chimere , indépendamment des
démonftrations qui ne fçauroient tromper,
lorfqu'on y fait entrer toutes les condi
tions. Les effais que M. Mégard a déja faits
en petit , ne laiffent plus lieu de douter
d'un fuccès entier , dès qu'il ofera confier
AVRIL. 1749. 175
une defcription détaillée de fon ſecret à
des ouvriers plus exercés que lui dans l'arc
de bien polir les miroirs. Je dois -même
vous dire , Monfieur , que je crois qu'on
vient d'en faire des effais en Angleterre ,
car y ayant envoyé , il y a environ un an ,
deux copies d'une lettre de M. Mégard
fur les effets de fes Télefcopes , où il
entre dans un affez grand détail pour avoir
le jugement des connoiffeurs , je n'ai point
eu de réponſe , M.Robins, mon correfpondant,
étant tombé malade , mais au lieu de
réponſe on me mande depuis peu , qu'un
des plus fameux faifeurs de Télescopes de
Londres , à qui cette lettre avoit été communiquée
exprès fur mes ordres , étoit occupé
actuellement à fabriquer une nouvelle
forte de Télescope abregé , & on ajoute
que s'il
peut réuffir en grand , comme il
avoit déja réuffi en petit , il fe flatoit de faire
des Télescopes , qui avec quatre pieds,
de longueur , feroient le même effet que le
grand Grégorien de douze pieds , dreffé à
I'Hôtel de Marlbouroug. F'ai toutes fortes
de raifons pour foupçonner que le contenu
de la lettre de M. Mégard aura mis ces
Meffieurs fur les voyes,puifque fix mois auparavant
, lorfque je fus en Angleterre , ils,
n'avoient pas la moindre notion de perfec
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE :
tionner les Télescopes en les accourciffant,
mais au contraire en les allongeant , M.
Short ayant été occupé dans ce tems à établir
fon grand Gégorien de douze pieds
que tout le monde regardoit comme le non
plus ultra en fait de Télefcopes. J'approfondirai
ceci davantage ,avant que de porter
un jugement définitif. Mais ce que je puis
vous affûrer , & ce que vous ne ferez peutêtre
pas fâché de fçavoir, M..c'eftqu'on n'a
pås porté en Angleterre les Télefcopes au
point de perfection où ils peuvent être
pouffés , pas même en confervant la forme
qu'on leur a donnée jufqu'ici.Un ouvrier ,
établi dans notre petite Ville de Franquer,
les fait incomparablement meilleurs que
ne les font les Anglois ; j'en ai comparé un
grand nombre, tant Newtoniens que Gré
goriens , & j'ai toujours trouvé , auffi- bien
que tous les autres connoiffeurs , que ceux
de notre ouvrier l'emportoient de beaucoup
fur ceux d'Angleterre , tant pour la
clarté que pour la netteté de l'image. De
puis qu'il s'eft fait connoître dans ce pays,
perfonne ne veut de ceux d'Angleterre ,
d'autant plus qu'il les fait à un tiers meil
leur marché. Si jamais vous aviez beſoin
d'un Télescope de fix à huit pieds , qu'il
fait excellemment bien , je vous offre mes
AVRIL.
177 1749.
fervices par rapport à la commiffion
vous affûrant d'avance que vous en ferez
très- content . Je fuis , & c.
Sam. Koenig , Profeffeur en Philofophie
& Géométrie fublime..
A Franquer le 23 Février 1749.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
M
avec Onfieur , la noble la noble impartialité
laquelle vous vous prêtez aux difputes
littéraires, m'a fait ofer vous adreffer
une réponse à une Lettre inferée dans le
Mercure dernier , page 67. Si elle pouvoit
trouver place dans le Mercure prochain ,
vous obligeriez infiniment celui qui eft
avec refpect , votre , &c.
L. M. A.
""
REPONSE à l'Auteur d'une Lettre inferée
dans le Mercure de Mars 1749, page 67..
M
Onfieur, j'ai lu votre Lettre au fu
jet de votre ouvrage fur une nou
velle Grammaire Latine ; comme vous laif--
fez au Public à décider fi vous avez réuffi ,
je prends aujourd'hui la liberté de vous
adreffer ce petit mot de réplique.
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
Ce plan que vous tracez , Monfieur ,
pour nous procurer une Méthode claire ,
facile & agréable , a effectivement toutes
les qualités néceffaires pour remplir vos
intentions ; auffi l'ai-je examinée avec plaifir
, mais plus j'avançois , plus je le reconnoilfois,
de façon que le petit monitum, par
lequel vous avez fini votre Lettre , m'a totalement
ouvert les yeux . J'ai néanmoins
admiré la bonne foi avec laquelle vous
avez bien voulu nous avertir que vous avez
beaucoup profité des excellentes réflexions
du fçavant M. Vallart dans fon Livre intitulé
Parabola Evangelica ; je crois que vous
pouviez dire , fans rifquer de bleffer la vérité
, que vous avez entierement profité de
toutfon ouvrage , car je ne vois aucune difference
entre le vôtre & le fien , à moins que
vous ne difiez que chez vous la difference
eft , que vos remarques font à côté de vos
exemples , & que chez M.Vallart, les fignnes
fe trouvent dans fa Méthode . A la vé
rité elle fe vend féparément, mais pouvant
fe réunir dans le même volume , elle remplit
votre plan , & ne vous laiffe rien de
neufdans toutes vos idées. Il étoit , ce me
femble, de votre interêt ( puifque vous fai
tes mention de M. Vallart ) de caractériſer
la difference de votre ouvrage d'avec le
fien . J'ai l'honneur d'être , & c.
AVRIL 1749. 179
Planches Anatomiques.
" E des sciences , du 8. Janvier 1741 ,
Xtrait des Regiftres de l'Académie
*
»par M. Dortoux de Mairan , Secretaire
» perpétuel de l'Académie , qui après .
avoir examiné quelque ouvrage de gra-
» vure , par le moyen de trois planches
repréfentant des fujets avec leurs couleurs
naturelles , & ayant fait leur rapport
en l'Académie , elle auroit jugé
qu'il étoit important de conferver cet
Art , parce qu'il peut être d'une grande
» utilité pour l'Anatomie , la Botanique &
l'Hiftoire naturelle , ces fortes d'Eſtam-
»pes pouvant tenir lieu de ce qui feroit
» exécuté au pinceau.
30
Ce fut lors de l'enregistrement au Parlement
, des Lettres & Patentes accordées
par Sa Majesté au Sieur le Blond , que
l'Académie des Sciences donna cet avis ,
fur l'efperance que donnoit le Blond de
mettre au jour un cours d'Anatomie , comme
il avoit propofé auparavant en Angleterre
, & qu'il avoit effectivement commencé
fous les yeux de feu M. Hunot ,
Profeffeur Royal , & pour lequel il donnoit
des billets de foufcription : mais foit
le défaut de fon fyftême à trois planches ,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ou la mort qui le prévint , ce cours a reſté
réduit à une feule pièce qui repréfentoit
une partie des inteftins. Ses héritiers &
fes éleves ne l'ont pas pû continuer , en
forte que les Soufcripteurs ont été exposés
à perdre leurs avances.
Le Sieur Gautier , Auteur d'un autre
fyftême à quatre planches primitives , vient
de remplir les vûes favorables de l'Académie
pour cet Art , & de donner au Public
la premiere partie de fon cours , qui eft la
Myologie complette en vingt planches de
grandeur naturelle , d'après les démonſtrations
de feu M .. Duverney , & il a eu
l'honneur de préfenter avec M.. Tarin ,.
Démonftrateur de la Charité , à l'affemblée
de la même Académie , les , originaux
des cinq dernieres planches de l'Anatomie
de la tête , qu'il a promis , peints .
& deffinés par lui , d'après les fujets diffe
qués & démontrés par M. Tarin . Mef
fieurs de l'Académie leur ont fait l'honneur
de nommer à cette affemblée , pour
Commiffaires examinateurs de la fuite de
ces planches , M. Vinflou , Profeffeur
Royal , & M.Morand , Membres de l'Acadé
mie,
Le Sieur Gautier recevra les Soufcripteurs
pour la préfente foufcription , ju
qu'à la find'Avril prefent mois,auquel tems
ARIL
. 1749.
délivra ces cinq , planches avec leurs.
explicaons en Latin & en François, par M..
Tari & annoncera la quatriéme & dernier
foufcription de cet ouvrage pour
Aatomie de la poitrine , du bas ventre ,
as parties de la génération des deux fexes,
& de tout ce qui reftera à démontrer dans.
l'Anatomie.
Le Public pourra fe plaindre du retard
de trois mois qu'il y a eu à cette distribution
, mais la mort imprévûë de M
Duverney , arrivée dans le tems de la premiere
annonce , & l'ouvrage confidérable ,
que l'on verra dans les cinq nouvelles préces
, en font la caufe .
L'adreffe du Sieur Gautier , Graveur die
Roi, eft rue de la Harpe , après la rue Pou
pée..
ESTAMPE NOUVELLE.
97
E Sieur Feffard , Graveur , demeurant rue de
la Harpe , vis- à-vis la rue Serpente débite :
une Eftampe nouvelle, repréfentant un buffet d'or
gue , compofé par le Sicur Laurent , Architecte
pour la Parole de Saint Sulpice . Ce buffet eft :
d'une invention toute nouvelle . Les tuyaux n'incommodent
point la décoration , le fon ne fe perd
point , il fera même augmenté. Ce qui n'a pas :
saufé peu de peine , ayant de plus à conferver la
tribune , fur laquelle il faut placer plus de trois
782 MERCURE DE FANCE.
mille tuyaux , des fouflets , un orchre . Tout fe
trouve d'accord , foit pour couronn gracieufement
les colonnes , foit pour la comption du
tout , qui paroît immenfe par l'étendue dia perf
pective En un mot , le Sieur Laurent rien
oublié pour remplir les grandes idées de Mancien
Curé , & pour répondre à fon zéle & à fa
gnificence. C'eft à la follicitation des plus habil
connoiffeurs , que M. l'ancien Curé a fait graver
cette Eftampe avant l'exécution , afin d'engager à
la fuivre , en cas d'accident.
1a-
Cette Eftampe , du deffeing du Sieur Laurent,
nous donne lieu d'inferer ici une Lettre écrite
fon fujet.
Lettre de M. l'Abbé...à un de fes amis.
- Parmi le nombre de projets préfentés au ſujet
de la ftatue équestre que la Ville fe propofe d'élever
à S. M. le Sr Laurent, Architecte, s'eft diftingué
parmi les confreres . Il a eu l'avantage de produire
& de préfenter à M. de Tournehem douze emplacemens
differens , moins à charge à l'Etat les uns
que les autres ; de ces douze emplacemens , il en
a choifi fept dont il a détaillé & diftribué les plans.
Pour mieux faire connoître avec combien d'intelligence
ces plans font compofés , le Sieur Laurent
a réuni dans fes compofitions dix efpéces de bâti
mens differens ; fçavoir , des Eglifes Paroiffiales ,
des Monacales , des Conventuelles , un Hôtel-de-
Ville , un Palais , un Théâtre , une Bourfe , des
Fontaines publiques , des Hôtels particuliers & des
Bâtimens ordinaires. Les diftributions qui fe ren
contrent font des plus commodes & des plus aifées.
Le tout eft compofé dans un nouveau goût ,
qui eft propre au Sieur Laurent , & qui vife toujours
au grand & au noble.
AVRIL 1749. 183
La derniere compofition qu'il vient de faire , eft
un huitiéme deffeing , mis fur une échelle , plus
grande que celle des compofitions qu'il a préfentées
, & qui prouvent que fes compofitions ne
perdent point en changeant de grandeur , & que
par conféquent l'exécution en deviendra heureuſe,
ce qui prouve la vérité & la beauté de fes belles
proportions.
*
Ce dernier projet eft placé à la porte de Buffi
formé dans un quarré de cent toifes ; le premier à
prendre depuis le carrefour de la Foire , jufqu'à la
rue du Colombier , ouvert par la Foire , la rue des
Boucheries , la rue du Four & la rue Sainte Marguerite.
Le fecond carrefour , & côté en retour
commenceroit à la rue du Colombier juſqu'à la
rue Guenegaud , dégagé à l'un des bouts par la rue
du Colombier & la rue neuve , donnant dans la
rue des Marais. Ce côté feroit ouvert dans le milieu
par la rue de Seine, élargie à l'entrée , & percée
à fon extrêmité , par la démolition du pavillon des
Quatre-Nations.
Le troifiéme carrefour feroit ouvert par les rues,
Mazarine , Guenegaud & d'Anjou , ayant pour
étendue de fon côté , en retour , l'efpace entre la
rue Guenegaud & le carrefour de la rue de la
Comédie.
Le quatrième enfin , à prendre depuis la rue de
la Comédie , jufqu'au carrefour de la Foire. Le
dernier carrefour , appellé le carrefour de la Comédie
, auroit pour iffue les rues Dauphine , de
Saint André , de la Comédie , & des mauvais Gar ?
fons. Ce dernier côté feroit diviſé en deux parties
égales par la rue de Tournon , prolongée depuis
la porte de la Foire , jufqu'à la Place , & enfilant
La rue de Seine , jufqu'au Pavillon de l'Infante.
Les deux grandes faces à droite & à gauche
184 MERCURE DE FRANCE.
occupées par le Palais Abbatial , & l'autre par des
Hôtels particuliers , auroient des périftiles en ar
cade , & une colonade au premier étage , les deux
périftiles ouverts au rez de chauffée & au premier
étage.
Les deux autres faces en retour auroient deux
périftiles en arcade , & feroient ouverts au rez de
chauffée feulement,
Ce dernier projet , comme tous ceux que le
Sieur Laurent apréfentés, font décorés fimplement
d'un piédeftal avec des refends pour l'étage du rez
de chauffée , & d'un grand Ordre pour les étagesfupérieurs
, le tout couronné par une balustrade.
Dans le projet,auquel le Sr Laurent s'étoit le plus
attaché , il avoit en vûe de terminer gracieuſement
le plus beau jardin de l'Europe , & d'un lieu des plus
incominodes par le mauvais tems , en faire la plus
majeftueufe Place qui foit dans le monde entier.
En un mot , tous les efforts du Sieur Laurent
ont tendu à être agréables à fon Prince, & à ména
ger la fortune des Sujets de Sa Majefté. La defcrip
tion de cette Place eft , à mon avis , une des plus.
belles qui ait paru.
Permettez moi de finir par cette réflexion . Il
feroit à fouhaiter pour tous les connoiffeurs , que
toutes les compofitions qui ont été faites pour la
Place , fuffent expofées dans la gallerie du Carrache
aux Thuilleries , ou dans quelque autre endroit
, car outre l'émulation que cela exciteroit ,
Meffieurs de l'Académie ne feroient point fachés
de fe trouver dans la compagnie de perfonnes qui
veulent les imiter. De plus , leur modeftie & leur
capacité n'en feroient point bleffées , puifque ce
feroit ajouter un nouveau luftre à leurs compofi
tions , que de leur mettre en parallele des ouvrages,
qui peut- être ne leur font point inférieurs..
AVRIL. 1749. 189
DESCRIPTION du Temple de la
Paix , élevé par les ordres du Magiftrat
de la Ville de Lille, pour les réjouiffances
de la Paix.
Architecture,
Et Ouvrage préfente un Temple confacré
à la Paix , comme le marque
l'Infcription pofée fur la Frife . Il eft compofé
de trois parties , lesunes fur les autres.
La plus confidérable , eft celle du milieu
c'eft le corps du Temple : la feconde en
eft le foubaffement , & la troifiéme le cou-
Lonnement. Tout cet Edifice a foixante &
douze pieds dans fa plus grande élevag
tion.
Le corps du Temple a trente pieds de
diamétre , fur autant de hauteur , la corniche
comprife. 11 eft foûrenu de huit colomnes
de l'ordre Ionique , qui avec les
impoftes & les archivoltes forment qua
tre Portiques de douze pieds de largeur ,
fur vingt- cinq & demi de hauteur , & quatre
autres Portiques larges de fix pieds ,
fur quinze de hauteur. Cette partie- eft
terminée par une balustrade qui regne tout
autour de la corniche.
Les colomnes, les pilaftres & la frife de
186 MERCURE DE FRANCE .
l'entablement , font d'Agathe feinte ; les
bazes , les chapitaux & les ornemens , de
bronze ; l'architrave , la corniche & la
balustrade , de marbre blanc ; les piédeftaux
des Statues, de verd d'Emeraude, & toutes
les Statues & Figures , de marbre de Génes.
Le foubaffement eft de figure circulaire
& a foixante pieds de diamètre fur fix.de
hauteur. Il eft couronné d'une balustrade
coupée par quatre grands efcaliers , flan
qués chacun de deux piliers quarrés , defti
nés à porter des vafes de feu.
Toute cette partie eft feinte de pierres
cuftiques.
Le couronnement , pofé fur un focle de
douze pieds de diamètre , eft compofé de
huit confoles , qui fupportent un Globe
coupé à l'horifon , fur lequel eft pofée la
Statue de Mercure . A peu de diftance au
deffus , on voit un Soleil artificiel .
·
Toutes les pièces de cette troifiéme
partie font feintes de marbre blanc de dif
ferentes fortes .
Ornemens.
La Statue du Dieu , chez les Romains
devoit être placée au milieu du Temple .
C'eft la place qu'on donne à la Paix dans
celui- ci. On voit cette Divinité Poëtique,.
AVRIL. 1749. 187
defcendant du Ciel affife fur un nuage.
Elle tient de la main droite un Rameau
d'Olive , & au bras gauche une Corne d'abondance.
Un jufte mêlange d'agrémens
& de majefté , lui concilie l'amour & le
refpect des Peuples .
Ce Groupe de fculpture eft pofé fur un
piédeftal , dont la face principale eft ornée
d'une Infcription à la gloire du Roi , &
les trois autres faces font décorées de devifes
à la louange de la Reine , de Monfei.
gneur, & de la Famille Royale .
De la clef des archivoltes des petits por
tiques , pendent quatre emblêmes en forme
de boucliers votifs , dont les figures
tirées de la Fable expriment autant d'au
guftes qualités du Monarque Victorieux &
Pacificateur. Ces qualités font fa valeur
dans la guerre , fa modération dans la victoire
, fa prudence dans le rétabliffement
de la République de Génes , & fon équité
dans le Traité de Paix. Les Infcriptions
qui appliquent au Roi le fujet des emblêmes
, voltigent fur les courbes des archivoltes
, d'où pendent les boucliers votifs ,
& s'étendent pour le fens aux Infcriptions
particulieres des deux devifes qui fuivent
chaque emblême , & qui en font comme
les branches. Ces devifes font peintes fur
les piédeftaux des colomnes .
188 MERCURE DE FRANCE.
Dans le milieu de ces mêmes portiques
font placées fur leurs focles quatre Figures
de fculpture , affifes , repréfentant dans le
goût antique la Valeur , la Clémençe , la
Prudence & la Juftice , qui font les vertus
du Roi , figurées par les emblèmes .
L'amour du Roi envers fes peuples fait
le fujet de quatre autres emblèmes , dont
les Figures prifes de la Fable expriment
les principaux avantages que Sa Majesté
procure à tous les Ordres de l'Etat . Ces
ayantages font le Commerce de Mer , les
Arts & les Sciences , l'Agriculture , & les
douceurs de la Paix fous un Regne glorieux.
Ces emblêmes , accompagnés chacun
de deux devifes , font attachés fur
les panneaux du foubaffement , lefquels
font anffi ornés de guirlandes , de laurier
& d'olive , avec les Armes de France.
La partie fupérieure du Temple reçoit
auffi divers ornemens . Les quatre grandes
faces font décorées de Figures , repréfentant
les fruits de la Paix , qui font la tranquillité
, la concorde , l'abondance & la felicité,
caractérisées par leurs attributs.
La Rénommée du Roi , objet principal
de cette partie , eft repréfentée fous la figure
de Mercure . Ce Dieu , tenant fon caducée
d'une main & un étendart de l'autre,
femble prendre fon effor pour aller puAVRIL.
1749. 189
blier par tout le monde la Paix , que notre
Augufte Monarque vient d'accorder à
l'Europe. C'est ce qui fait le fujet d'un
neuviéme emblême , dont l'Infcription
voltige fur le Globe . On a peint deux devifes
fur l'étendatt de Mercure , dont la
derniere , auffi-bien que tout l'ouvrage ,
eft un témoignage public & fincére de la
vive reconnoiffance , & du refpect trèsprofond
de la Ville de Lille , envers la
Perfonne facrée de Sa Majesté.
Inferiptions , emblêmes & devifes.
La fonction de confacrer un Temple
appartenoit , dans l'ancienne Rome , au
Sénat avec l'intervention des Tribuns du
Peuple. Les noms des Magiftrats étoient
gravés aux frontifpices des Temples qu'ils
avoient dédiés. Cette dédicace étoit chez
eux une cérémonie de Religion : mais ce
n'en eft ici qu'une fiction .
Infcription du Frontifpice.
PACI ÆTERNÆ S. P. Q. I.
C'est- à-dire , que
que le Magiftrat & le
Peuple de la Ville de Lille , ont confacré
ce Temple à la Paix .
Infcription du piédestal de la Paix.
LUDOVICO XV. REGI .
Forti , fapienti , Belgico , victis triplici
pralio Hungaris , Britannis , Batavis , afferto
fociorum jure , medio victoria curfu
190 MERCURE DE FRANCE .
Provinciis fuis publica felicitati donatis
Europa Pacatori partum orbis amorem gratu-
Latur S. P. Q. 1.
C'eſt-à- dire :
A la gloire de LOUIS XV. Roi ,
Plein de valeur & de fageffe , Conquerant
des Pays-Bas , trois fois vainqueur
des Hongrois , des Anglois , des Hollandois
, Pacificateur de l'Europe , défenfeur
des droits de fes Alliés , objet de l'amour
des peuples , pour avoir préferé , dans le
cours de fes victoires , la felicité publique
à la conſervation de ſes conquêtes .
Devifes placées fur les trois autres faces du
piédeftal de la Paix.
Premiere devife.
REGINA RELIGIOSISSIMA. La piété de
la Reine. Figure. Un encenfoir d'où s'exhalent
des parfums. Mot tiré de Silius Italicus
, Livre XII. v. 727. PACEM TERRIS
COLOQUE REPONIT . De la Terre & des
Cieux j'appaiſe le couroux .
Seconde devife.
SERENISSIMO DELPHINO PATRIÆ VIRTUTIS
AMULO . La valeur de Monfeigneur.
Figure. Un jeune Lion à la fuite d'un plus
grand. Mot tiré de la buitiéme Epitre des
Héroïdes d'Ovide. ANIMOSUS IMAGINE
PATRIS. L'exemple de fon Pere enflamme
foncourage.
AVRIL 1749 . 897
Troifiéme devife.
FAMILIA AUGUSTA. La Famille Royale.
Figure.Plufients Fleurs de Lys dans un parterre
, éclairé des rayons du Soleil . Mot :
SPLENDEMUS AB UNO. C'eft d'un feul que
nous vient un fi brillant éclat .
Premiere Infcription & emblème.
REGI IN BELLIS FORTISSIMO . La valeur
du Roi dans la guerre.
Figure. Hercule chargé des marques
de fes victoires
. Mot : EXUVIAS
DECORAT
VICTOR
. La main qui les enleve , honore
ces dépouilles
.
Premiere devife.
•
VICTORIARUM IMPETU. La rapidité des
Conquêtes du Roi. Figure, Le Soleil chaffant
les brouillards. Mot ; VINCIT DUM
RESPICIT. Par un de fes regards il les a
diffipés.
Seconde devife.
HOSTIBUS Ultra fines BATAVORUM
PULSIS. L'étendue des Conquêtes du Roi .
Figure. Le Soleil levant , offufquant les
Altres. Mot : UNI CESSERE OMNES. A
difparoître il les a tous forcés.
Seconde Infcription & emblême.
REGI IN VICTORIA CLEMENTISSIMO.
La modération du Roi dans la victoire .
Figure. Enée tend les bras au jeune Laufus
, qu'il vient de percer dans une bataille,
191 MERCURE DEFRANCE.
lui rend fes armes , & le renvoye pour
être réani après la mort aux cendres de fes
Ancêtres. Voyez le dixième Livre de l'Eneide
v. 810. & fuivans .
Mot : TERRORI SUCCEDIT AMOR. 11
fçut fe faire craindre , il fçait fe faire
aimer.
Premiere devise.
CLEMENTIA PUGNARUM SOCIA . La
clémence du Roi dans les combats .
Figure . Un Lion fur des animaux qu'il a
renverfés. Mot tiré des Triftes d'Ovide
Livre III. Elégie s .
SATIS EST PROSTRASSE . Je les ai terraffés
, c'eft affez pour ma gloire .
Seconde devife.
CAPTIVIS PRÆCLARE HABITIS . La
bonté du Roi envers fes ennemis après la
victoire.
Figure. Le Soleil qui dore de fes rayons
des nuages qu'il a écartés . Mot : ET VICTIS
ADDIT HONOREM . Il donne de l'éclat
à ceux qu'il a vaincus.
Trafiéme Infcription & emblème.
REGI GENUENSIS LIBERTATIS VINDICI
PRUDENTISSIMO. La prudence du Roi dans
le rétabliffement de la République de
Génes.
Figure.
AVRIL. 1749. 193
Figure. Perfée délivre Androméde :
Voyez les Métamorphofes d'Ovide , Livre IV.
Fable 18 .
Mot : VI ET CONSILIO . La Prudence &
la Force ont agi de concert.
Premiere devife.
AUXILIORUM CELERITATE. Le Roi
de envoye prompts fecours à Gênes , fous
Le commandement général de M. le Duc de
Boufflers , Gouverneur de la Flandre , & de
la Ville de Lille.
Figure. Un grand arbre foûtenant une
vigne , dont quelques branches font encore
pendantes. Mot : REPARAT LABENTIS
HONOREM. Je répare fa chûte , & lui rends
fa grandeur .
Seconde devife.
PROMISSI CONSTANTIA . La conftance
du Roi à défendre fes Alliés.
Figure. Un grand laurier , auquel plufiéurs
arbriffeaux font attachés. Les Poëtes
difent que le Laurier n'eft jamais frappé de la
foudre.
Mot :PROTEGIT ET FULCIT. Je les mets
à l'abri des coups & des dangers.
Quatrieme Infcription & emblême.
REGI IN COMPONENDA PACE AQUISSIMO.
L'équité du Roi dans le Traité de
Paix .
Figure. Jupiter , dans le Confeil des
I
194 MERCURE DE FRANCE,
Dieux , balance les deftinées des Troyens
& des Rutules. Voyez le douzième Livre de
l'Eneide. v. 725.
Mot : ME QUOQUE FATA REGUNT . Quel
que grand que je fois , j'ai des loix à garder.
Premiere devife.
SAPIENTIA CONCILIATRICE. L'Europe
pacifiée par la fageffe du Roi .
Figure. La boulfole tournée vers l'Etoile
polaire. Mot : EX HAC PARTE QUIES,
Je lui dois mon repos .
Seconde devife.
JUSTITIA PRESIDE . La juftice du Roi
dans les articles de la Paix .
Figure . Le Soleil marquant les heures fur
divers cadrans . Mot : OMNIBUS EX ÆQUO ,
Par un jufte partage il fait à tous la Loi.
Cinquième Infcription & emblême.
REGI NAVALIS COMMERCII STUDIOSISSIMO.
Le zéle du Roi à faire refleurir le
Commerce de mer.
Figure. Neptune fur fon ehar appaiſe
d'un coup de trident les agitations de la
mer , & favorife le Commerce . Mot , pris
de l'Eneide . Livre I. v . 158. Sic CUNCTUS
PELAGI CECIDIT FRAGOR . C'en eft fait
de ces flots la fureur eft calmée .
Premiere devife.
NAVIGATIONIS SECURITATE . Le Roi
affûre la Navigation,
AVRIL, 1749. 195
Figure. La conftellation de Caftor & de
Pollux paroiffant fur une mer encore agie
tée , où l'on voit des Vaiffeaux. Mot :
CERTA SALUS. Ne craiguez plus ; les flots
font appaifés.
Seconde devife.
MERCATORUM PATROCINIO.
facilite le Commerce.
Le Roi
Figure. Un Phare. Mot : MONSTRAT
TER , TUTUMQUE FACIT . Tout à la fois il
montre , il affûre la route.
Sixième Infeription & emblême.
REGI PATRONO BONARUM ARTIUM
LIBERALI. La liberalité du Roi , envers les
Sçavans & les Artiſtes .
;
Figure, Minerve , fous la figure de Mentor
, fait fleurir les Sciences & les Arts ,
utiles à la fociété. On voit autour d'elle
plufieurs Génies : les uns mefurent un
Globe , & traçent des lignes les autres
éprouvent la force du lévier , & remuent
des machines pour la conftruction d'un
Temple. Mot : REGNI COMMODO
ORNAMENTO . J'accrois de mes Sujets la
richeffe & la gloire.
Premiere devife.
ET
ARTIUM TUTELÀ. Le Roi protége les
Manufactures.
Figure . Le Roi des Abeilles à la tête
d'un ellain. Mot pris du cinquiéme Livre de
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
•
P'Eneide. v. 640. FACES ANIMUMQUE
MINISTRAT. Il éclaire , il anime.
Seconde devife.
SCIENTIARUM PROGRESSU . Le Roi envoye
, vers les Pôles , des Sçavans qui font
de nouvelles découvertes ,
Figure. La Toifon d'or des Argonautes,
Mot pris de Silius Italicus , Livre XV. v.
629. DECORA EXTREMO QUÆSITA SUB
AXE. Des cliniats reculés il tire auffi fa
gloire.
Septiéme Infcription & emblème.
REGI PROVIDO AGRICULTURA SERVA
TORI . La prévoyance du Roi à favorifer
la culture des Terres.
Figure. Mars ordonne aux Thraces de
changer leurs lances & leurs épées en inftrumens
du labourage, Mot : NOVUM
DECUS ADDIDIT ARMIS . A vos armes ,
Guerriers , je donne un nouveau luftre.
Premiere devife.
SPE FELICITATIS PUBLICÆ . Le Roi ramene
la felicité publique.
Figure. Une hirondelle , volant fur des
campagnes couvertes de neige , au com→
mencement du printems . Mot tiré des Métamorphofes
d'Ovide , Livre X. Fable 1 ,
FELIX ATTULIT OMEN . D'un heureux avenir
j'annonce les beaux jours.
AVRIL. 1749.
197
Seconde devife.
FAME SUBLEVATA. Le Roi pourvoit à
la nourriture de fes peuples dans les tems
de difette.
Figure. Un Cygne dans les airs , portant
à manger à fes petits fur les bords d'un
étang deffeché. Mot pris du cinquième Livre
de l'Eneide V. 334. NON ILLE OBLITUS
AMORUM. Objets de mon amour , vous
l'êtes de mes foins.
Huitiéme Infcriptiom & emblême .
REGI PACE CONFECTA MAXIMO . La
gloire du Roi durant la Paix .
Figure. Apollon eft repréfenté la tête
rayonnante , & affis fur un Globe femé de
fleurs de Lys. Il tient fa lyre de la main
gauche , & de la droite un gouvernail dont
le manche eft orné de branches d'olivier .
Mot : ORBIS MIRACULO ET AMORI . Il est
de l'univers le miracle & l'amour.
Premiere devife.
VICTORIA PACIFERA . Le Roi n'a defiré
de vaincre , que pour nous procurer la
Paix.
Figure. Le Soleil diffipant une groffe
nuée percée d'éclairs. Mot : NoN MIHI ,
SED VOBIS. Mon travail eft pour vous ;
goûtez-en tous les fruits.
Seconde devife.
PACE PROVINCIIS PRALATA, Le Roi
I iij
168 MERCURE DE FRANCE.
préfere à fes Conquêtes la gloire d'avoir
donné la Paix.
Figure. Le Soleil dans un Ciel ferein .
Mot : SPLENDOR MIHI SUFFICIT UNUS . Je
me borne à la gloire , & ne veux rien de
plus.
Neuviéme Infcription & embleme.
REGI PACIFICATIONIS FAMA CELEBERRIMO
. La Rénommée du Roi..
Figure. Mercure publie par tout le monde
la Paix que le Roi , dans le cours de
Les victoires , vient d'accorder à l'Europe .
Mot tiré des Métamorphofes d'Ovide , Livre
VI. Fable 3. MAGNUM SERMONIBUS
OCCUPAT ORBEM. Dans l'un & l'autre
monde on s'entretient de lui.
C
Les deux devifes furvantes , avec leurs
Inferiptions , font peintes fur l'Etendart de
Mercure.
Premiere Infcription & devife.
REGI VIRTUTE ET POTENTIA METUENDO.
La valeur & la puiffance du Roi.
Figure Un Lion en fon repos . Mot
VEL SIC TIMETUR. Quoi qu'il foit en répos,
on le redoute encore .
Seconde Infcription & devife.
REGI LOCUPLETATORI SUO , INSULA
La Ville de Lille reconnoît que fa fplen
Ideur vient de fon attachement au Roi.
AVRIL. 1749. 199
Figure. Un Lys expofé au Soleil. Cette
fleur fait feule les Armes de la Ville. Mot :
SPLENDOR AB OBSEQUIO. Dans mon attachement
je trouve ma grandeur.
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique a continué,juſde
la Tragédie de Medée & Jafon , & jufqu'au
21 , celles du Ballet de Platée , deux Ouvrages
qui , quoique d'efpeces fort differentes , ont cependant
fait alternativement les plaifirs des Spectateurs.
On a donné pour la Capitation des Acteurs
trois repréfentations du Prologue & du dernier
Acte des Fêtes de l'Hymen , auxquels on a joint
P'Acte charmant de Zelindor. La Demoifelle
Puvigné a danfé le Caprice de M. Rebel , avec
les applaudiffemens auxquels elle eft accoûtumée .
Des Pantomimes ont éré exécutées par la Demoifelle
Lani , dont on connoît la légereté & la
précifion , & qui a été parfaitement fecondée par
Je Sieur ...
Les Comédiens Italiens , à la clôture de leur
Théâtre ont fait un compliment d'un genre abfolument
neuf. Ce n'eft point un fimple Dialogue
, tel que plufieurs autres qu'ils ont récités
ou chantés en de pareilles occafions . C'eft une
efpece de Comédie en trois Scénes , dont les perfonnages
font Thalie l'Italienne , la Critique ,
& un Spectateur que tout ennuye . M. Roy eſt
Auteur de cet Ouvrage ingénieux . Nous allons
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
copier le morceau tout entier. En retrancher quel
que partie , ce feroit faire tort à nos Lecteurs.
SCENE I.
THALIE. Ayant en main une Marotefor
mée du Mafque & du Chapeau d'Arlequin.
LA CRITIQUE.
Thalie.
O Cara Signora , c'eſt vous ,
Vous , dont le goût fi fin , les lumieres ſi vives
Le coup d'oeil pénetrant , les raifons décifives ,
Doivent foumettre tous les goûts
Vous , fans qui le ſuccès eft un hazard bien rare
Vous qui ne refpirez que la perfection ,
Vous enfin , fans qui l'art s'égare
Avec l'imagination !
La Critique.
I
Tréve de complimens , ma petite Thalie.
Tenez , appellez-moi par mon nom, s'il vous plaît.
La Critique n'a point honte de ce qu'elle eft.
Je fuis Françoife , moi : chez vous la flaterie ,
Encor mieux que l'accent , dénote la Patrie ,
Vous encenfez par intérêt ,
Encens perdu , vaine induſtrie ;
Point de faveur chez moi , quand ſe donne un Arrết
Thalie.
A vos juftes Arrêts nous fçavons rendre hommaged
AVRIL: 1749... 201
La Critique.
Vous vous en pafferiez plus volontiers , je gage.
Auffi ne m'invitez - vous pas :
Mais moi , des nouveautés je mé tiens avertie ,
J'entre fans qu'on m'annonce , & c'eft à la fortie
Qu'on voit bien que j'étois là - bas.
Thalie.
La foule à votre afpect s'ouvre , vous fait paffage
Et s'empreffe à vous écouter.
La Critique.
Vous la devriez imiter.
Thalie.
Nous en tirerions avantage",
Mais vous venez toujours trop tard , c'eſt grand
dommage.
La Critique:
Comment ! trop tard ! expliquez-vous..
Thalie
Eh ! niais , fi vous preniez féance parmi nous ,,'
Quand nous répetons un ouvrage ,
Encor feroit-ce.
La Critique.
On répete à huis clos .
Tems perdu..
Thalie.
Blâmez-vous cet ufage ?
I V
202 MERCURE DE FRANCE.
La Critique.
Il faut à la Critique un champ plus étendu..
Thalie.
Eh !vous l'avez fi beau dans tout ce qui fe paffe.
Paris ne fouftrait rien à vos yeux vigilans :
Faut- il un plus grand espace
Pour déployer vos talens ?
La Critique.
Paris a trop peu d'aventures ,
Trop peu de duppes , d'intriguans ,
Trop peu d'hymens extravagans
Trop peu d'éclatantes ruptures ,
De femmes coquettes trop peu ,
Trop peu de refforts mis en jeu
Pour tromper les maris & rompre leurs mefures
Encor pour ufer de mes droits
Faut-il me mafquer quelquefois
Sous les noms d'amitié , de Confeil , d'affiftance
Ici point de détours , je parle en affurance ,
Et fans tant de façons je prononce mes loix.
Thalie.
Je ne le fçais que trop; mais quel vieillard s'avance?
SCENE II.
L'Ennuyé , Thalie , la Critique.
L'Ennuyé.
Moi vieillard ! Je n'ai pas trente ans,
AVRIL.
Sy 1749. 203
La Critique à Thalie.
Vous vous mêlez de peindre. Eh !ma pauvre Thalie,
Connoiffez donc un peu vos gens .
L Thalie à l'Ennuyé..
Votre gravité m'a faifie.
Moi , grave !
L'Ennuyé.
La Critique.
Vous bâillez .
L'Ennuyé.
Oui , c'eft que je m'ennuye
Thalie.
Il vient à la Comédie
Et conte fur mon fecours,
L'Ennuyé.
En y venant tous les jours
J'augmente ma maladie .
La Critique à l'Ennuyé
Rien ne peut fecouer la langueur de vos fens
Thalie.
Oh! J'ai plus d'un remede à fon ame engourdie
Le Burleſque , la Parodie.
L'Ennayė.
Elle eft proferite de céans.
La Critique.
Propos ulés, groffiere rapfodie,
I vjj
( 204 MERCURE DE FRANCE
Les lazzi d'Arlequin ?·
Thalie.
L'Ennuyé.
Ils durent trop long-tems
Thalie.
Et mes feux d'artifice
L'Ennuyé.
Ils n'ont que deux inftans..
Thalie..
Et mes Ballets ?
L'Opera me fuffit.
L'Ennuyé.
Si je veux de la danſe ;
La Critique.
L'Opéra d'apréfent
N'eft même qu'un Concert danfant
Mes Décorations?
Thalie
L'Ennuye
Bon . Fadaife . Elle penfe
Que mon efprit eft dans mes yeux
Thalie.
Ee fublime vous plaît - il mieux ?:
Paffez l'eau , je vous cede à mes nobles Confreres
La Critique à l'Ennuyé.
C'eft chez eux qu'elle aime à vous voir..
AVRIL. 1749 205
L'Ennuyé.
Leur Théatre aujourd'hui n'eft tendu que de noir
Spectres, tombeaux, fpectacles fanguinaires ,
Meurtres d'enfans , de coufins & de peres ,
Poiſons , affaffinats , rage , horreur , déſeſpoir :
Tout amour eft banni des nouveaux caractéres
De leur grandeur il les feroit décheoir.
Leur comique , triftement tendre ,
Sententieux hors de propos ,
Agit pour effrayer , s'exprime par fanglots.
Beau divertiffement à prendre !.
La Critique à Thalie.
Je vois bien que chez vous Monfieur viendra fe
rendre..
Vous avez de bons jours.
L'Ennuyé.
Eh ! comment les faifir
La Critique à l'Ennuyé.
Vous guettez donc vainement le plaifir
Thalie.
J'ai déridé cent fois les fronts les plus féveres 3
De leurs travaux j'ai ſçû les délaffer .
Ne venez ici vouss placer ,
Qu'après avoir donné la journée aux affaires..
L'Ennuyé.
i donc je n'en ai point.
206 MERCURE DEFRANCE.
A rien.
Thalie.
Quoi ! jamais employé -
L'Ennuyé.
La Critique.
Vous vous levez , je croi , tout ennuyé
Thalie.
e fuis piquée au jeu.
La Critique à Thalie.
Vous y perdrez vos peinesz
Thalie.
II me refte un rayon d'eſpoir ;
Je prens congé de vous pour trois femaines
Cet intervalle fans nous voir
Peut-être vous rendra mon retour plus aimable:
La Critique.
Faire treve à fon mal , ce n'eft pas le guérir
Thalie.
Pour le Public mon zéle inépuiſable
Sur tous mes foins paffés compte bien enchérir
L'Ennuyé.
Tous les ans c'eft même promeTe
De prendre un merveilleux effor ,
D'être plus délicat fur le choix d'une Piece ,
De mettre à votre jeu plus d'art , plus de fineffe
Vous m'avez tant trompé... Quoi ! m'y fierois - je
encor
A V RIL. 1749 . 207
N'importe ce printems , je vous rendrai vifite,
Thalie. Ilfort.
S'il ne change pas d'humeur
Sa préfence eft un honneur ,
Dont volontiers je le quitte.
SCENE III.
•
Thalie , la Critique.
La Critique.
Oui. Ces froids Spectateurs , que rien ne divertit;
Sont un Peuple bien redoutable .
Thalie.
Sur l'apprêt d'un repas on eft moins intraitable
Quand on s'affujettit
A ne fe mettre à table
Qu'avec un honnête apétit.
La Critique.
Vous ne craignez donc moins .
Thalie.
Critique utile & fage ;
Le feul nom de l'ennui m'abbat , me décourage
Jugez fi fon afpect me glace , m'engourdit ,
Mais votre attention m'honore , m'enhardit ;.
Des fuccès à venir vos avis font le gage .
La Critique.
Me jurez-vous d'en faire uſage è
ZoS MERCURE DE FRANCE.
Qui.
Oui.
Thalie.
La Critique.
Devant les témoins que vous voyez ici
Thalie.
La Critique.
Vous y gagnerez , & ces Meffieurs auffi.
Meffieurs , vous entendez le ferment qui l'engage.
Qu'elle y manque , on verra beau jeu.
Je refte parmi vous pour y fouffler le feu.
Point de quartier, main baffe für l'ouvrage,
Sur le choix du fujet , fur le titre & le noeud ,
Sur la profe , les vers , le plan & le langage ,
Sur les Acteurs de tout fexe & tout âge ,
Actionnant trop ou trop peu.
Criez, huez, fiflez, tempêtez, faites rage . Elle fort
Thalie.
Oui , qu'elle demeure avec vous.
Nous perdrions encor à lui fermer la porte ,
Mais vous ferez pour rabattre fes coups.
A chercher le mauvais fon afcendant la porte ,
Et le vôtre à faifir le bon ;.
Contre nous elle plaide , à vous eft la juftice ,
Elle obéit au caprice ,
3
Le Parterre à la raiſon .
81 A
Ce Compliment fe vend chez Berthier , Libraire ,
Quai desAuguftins , près la rue Pavée , à l'Image
Saint Pierre..
AVRIL. 1749. 209
REMARQUES fur les changemene faits
dans la nouvelle Tragédie de Sémiramis .
Ero du mois dernier , les Comédiens François
remirent au Théâtre la Tragédie de Sémiramis
, de M. de Voltaire. Quoiqu'on eût annoncé
qu'il avoit fait beaucoup de changemens
dans fa piece , nous n'en avons reconnu qu'un
très-petit nombre , mais quelques- uns produifert
un bon effet. La Scéne de Sémiramis & de Ninias
au quatriéme Acte , laquelle étoit déja fort belie
& fort pathétique , a gagné encore extrêmement
par les vers que notre illuftre Auteur y a ajoutés.
Pour la rendre un chef d'oeuvre , il ne manque-
Toit que de fauver un défaut qui bleffe les Criti
ques. Ils voudroient qu'on fentît moins , que fi
la Reine demeure fi long - tems fans appercevoir
Te billet de Ninus , ce n'eft que parce que Ninias
tient plutôt d'une main que de l'autre la funefhe
preuve des crimes de cette Princeffe. Dans le
nouvel état où eft la piece , & Affur n'eft pas
fcélérat plus habile & plus prudent , du moins
il foutient fa fcélérateffe avec plus de dignité.
Au cinquiéme Acte , Sémiramis avant de defcendre
dans le tombeau de Ninus , abdique le
fouverain pouvoir. Les Spectateurs la voyent avec
fatisfaction fe rendre aink juftice , mais on ne
leur explique pas affez les raifons qui la conduifent
à la fépulture de fon époux , après les mefuras
qu'elle a prifes pour qu'on en fermât l'entrée au
perfide Affur. Cet Acte finit mieux qu'il ne finifloit.
Aflur n'y vient plus , comme ci devant
fondre l'épée à la main fur Ninias . En conféquence
des ordres donnés par la Reine , on ſe ſaiſit de lui ,
& il eft conduit enchaîné devant fon nouveau Son
verain.
210 MERCURE DE FRANCE,
I
Concerts & Comédies de la Cour,
E premier & le 3 Mars , on exécuta chez la
Reine les quatre derniers Actes de Bellerophon.
Les rôles furent chantés par les Demoifelles la
Lande , Matieu , Godonefche & Guedon , &
les Sieurs de Chaflé , Jeliotte , Benoît , Poirier &
Godoneſche.
par
Le 8 , le 15 & le 17 , la Tragédie de Tancrede
fut exécutée par les Demoifelles Fel , de Selles &
Matieu , & par les Sieurs Jeliotte , de Chaffé, Dubourg
& Benoît.
Les Comédiens François répréfenterent le 18
Février à la Cour , l'Ecole des Femmes & la Sere
nade.
Le 20 , Denis le Tyran & le Florentin .
Le 25 , la Mere coquette & le Medecin malgré
lui.
Le 27 , Polienite & le Denil.
Le 6 Mars , la Tragédie de Brutus.
Le II les Menechmes & le Colin Maillard,
>
Le 13 , Phedre & l'Esprit de contradiction .
La Demoiſelle Boifmenart débuta le 11 avec fuccès
dans les deux rôles de Soubrettes des Menechmes
& du Colin Maillard. Sa figure plut beaucoup.
Elle avoit droit de s'y attendre.
Les Italiens ont donné le 26 Février , les Evene
mens nocturnes , fuivis d'un Ballet.
>
Les Mars , Arlequin & Mario , Valets dans la
même maison.
Le 12 , Arlequin , Enfant , Statue & Perroquet,
avec le Ballet des Chaffeurs , dans lequel le petit
Thomaffin & fa figurante le firent admirer à leur
ordinaire.
THE
FUBLIC LIBRARY:
AUTOR LENS, AND
OLGEN FOUNDATIONAL
LRY.
TX AND
AVRIL. 211 1749 .
CACAU (Dava
CHANSO N. *
IL eft une Sophie' , onc il n'en fut une autre ,
Raviffant d'un fouris mon ame , auffi la vôtre.
Euffiez vous cent ans ,
Fuffiez- vous cinq cens
Et tout le monde encore ,
Quand fon regard tant doux verrez ;
Son parler divin entendrez ,
De bouche & de coeur lui direz
Tenez , je vous adore ,
Tenez , je vous adore.
* Cette Chanfon nous a été communiquée par quel
qu'un , qui l'a tirée d'un manufcrit confervé dans les
Archives de Bruxelles . L'air eft noté dans ce ma
auferis , ainfi que nous le donnons ici.
1
112 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE PETERSBOURG , le 4 Mars
N apprend de Mofcou , que l'Impératrice ,
afin d'engager les habitans , dont les maifons
ont été détruites par le dernier incendie , à
les faire rebâtir plus promptement , leur a fait diftribuer
des fommes confidérables. Des Députés
ont été chargés par le Clergé , de conferer avec le
Miniftere fur les moyens d'étendre le Chriftiani
me chez quelques Nations , qui font encore plon.
gées dans les ténébres de l'idolâtrie .
Sa Majefté Impériale a réfolu de former plufieurs
camps cette année : celui fur les frontieres
de la Finlande fera de trente mille hommes d'Infanterie
& de dix mille de Cavalerie ; il y en aura
deux autres en Ingermanie & en Livonie , chacun
de trente - cinq mille hommes , & l'on affemblera
auffi un Corps de troupes dans les environs de
Mofcou. Le Gouvernement preffe beaucoup Par
mement de tous les Vaiffeaux de guerre & des Frégates
. Cependant on continue d'affûrer que l'Impératrice
perfifte dans le deffein de ne rompre
avec aucune Puiffance , & qu'elle ne fe propoſe
d'autre objet que d'exercer les troupes de terre &
fa Marine.
Il a été publié une défenſe de transporter des
grains dans les Pays Etrangers , juſqu'à nouvel
ordre.
AVRIL. 1749. 213
DE WARSOVIE , le 6 Mars:
Le Tribunal de Petrix au a jugé en faveur des
Comtes de Bruhl le procès que ces Seigneurs
avoient contre Meffieurs Dzyalinski & Granous-
Ki , au fujet de la terre de Wargow . Pour que
cette terre pût être poffedée par les Comtes de
Bruhl , il étoit néceffaire qu'ils prouvaffent une ori
gine Polonoife . C'eft ce qu'ils ont fair, en produi
Tant une Génealogie , appuyée de piéces juftificaves
, par lefquelles il eft démontré qu'ils defcendent
de Jean de Bruhl , qui a été Chambellan de
Pofnanie. Ils comptent auffi parmi leurs Ancêtres,
le célébre Efnert de Bruhl , connu fous le nom de
Comte Ocieſzino , & gendre du Caftellan Ovieczin
Le grand nombre de terres que Jean de Bruhl
acquit en Saxe , pendant la Régence du Duc
Georges , marié avec la Princeffe Barbe , fille de
Cafimir IV . Roi de Pologne , a engagé la Branche
aînée de la Maiſon de Bruhl , à s'établir en Allemagne.
Quelques- uns des Négocians Arméniens , qui
trafiquent dans ce Royaume , ont reçu des lettres
de Perfe , lefquelles marquent que le Schach Ali a
fait condamner à differens fupplices près de trois
cens perfonnes , qui avoient été attachées au parti
de fon frere. Ce Monarque a propofé à l'Empereur
des Mogols une Alliance défenfive , mais
celui- ci l'a refufée , & l'on craint à Ifpahan , qu'il
ne faififfe la premiere occafion qui le préfentera
de fe venger de la guerre que lui a faite Thamas
Kouli Kan.
On mande de Conftantinople , que M. Minutti ,
d'une illuftre Maifon Vénitienne , Colonel dans
les troupes de l'Etat de Vénife , & qui avoit accompagné
en Turquie le dernier Bayle de la Ré
214 MERCURE DE FRANCE .
publique , ayant bleffé un Janiffaire dont il prétendoit
avoir reçu une infulte , les Janiffaires fe
font affemblés tumultueufement , & ont demandé
que ce Colonel fût mis à mort ; que quelques efforts
que la Porte ait faits pour calmer cette Milice,
on n'a pû y réuffir ,& que le Bayle de la République
de Vénife a été obligé de livrer ce Colonel
, qui a été décapité. Une fille du Sultan Ach--
met a épousé le Pacha de Salonique , & le Grand
Seigneur a affifté à cette cérémonie, Affan Pa
cha , Begler Beg de Diarbekir , & ci- devant
Grand . Vifir , a été tué dans fon Gouvernement
en voulant appaifer une émeute. La trop grande
puiffance que s'eft arrogée Ibrahim Chiaine , Aga
des Janiffaires d'Egypte , ayant déplú au Grand
Seigneur , fa Hautefc a envoyé Chur Achmer
Pacha au Grand Caire , pour donner des bornes à
Pautorité de cet Aga , & l'on eft fort impatient à
Conftantinople , d'apprendre ce qui fſe ſera paffé
à ce sujet.
DE STOCKHOLM , le 7 Mars,
Dans une audience que le Roi a donnée le 17
du mois dernier à M. de Windt , Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Dannemarck , ce Miniftre a notifié
à fa Majefté la naiffance du Prince , dont la
Reine de Dannemarck eft accouchée . M. de Windt
s'eft acquitté de la même commiffion auprès du
Prince Succeffeur.
Les derniers avis reçûs des frontieres de la Finlande
, portent que les Commiffaires , nommés par
le Roi , pour terminer avec ceux de l'Impératrice
de Ruffie , les difficultés qui regardent le Réglement
des Limites entre les Etats des deux Puiffances,
ne font point d'accord fur plufieurs articles
AVRIL. 1749.
215
avec ces Commiffaires , mais que ces derniers
ayant reçû de nouvelles inftructions de leur Cour ,
on eſpére que cette affaire pourra fe conclure
l'amiable dans les conferences qui doivent le tenir
inceffamment.
Les troupes , qui font en Finlande , doivent
être renforcées de fix mille hommes. Il a été réfolu
de lever deux nouveaux Régimeus d'Infanterie
, dont chacun fera de deux Bataillons , & le
Roi en a déja nommé les Colonels. L'Amiral
Taube a ordre de fe rendre inceffamment à Carelferoon
, pour visiter la Flotte , & pour en preffer
l'armement,
Sa Majesté a eu une nouvelle attaque de gravelle
, mais après avoir été faignée , elle s'eft
trouvée foulagée , & la fanté eft à préfent rétablie.
Le commandement de Warberg a été donné à
M. de Flon.Sa Majesté a difpofé de la place de Préfident
du Collège de l'Amirauté de Carelfcroon
en faveur de M. Jean Biorck , Chevalier de l'Ordre
de l'Epée, Le Baron Fabian Cafimir de Wrede
a été fait Lieutenant- Quartier Maître Général des
troupes de Finlande..
On a reçû avis que les Magiftrats de Dantzick
font ajouter plufieurs ouvrages aux fortifications
de Wechſelmunde , & réparer les Forts fitués fur
la côte dans le voisinage de l'embouchure de la
Viftule .
Suivant les nouvelles de Warfovie , la plus
grande partie des troupes Ruffieanes , qui ont paffé
l'hyver ea Boheme & en Moravie , font actuelle
ment entrées dans le Royaume de Pologne. Le
Prince Czartorinski , Vice- Chancelier du Grand
Duché de Lithuanie , eft allé faire un voyage dans
cette Province .
16 MERCURE DE FRANCE.
DE COPPENHAGUE , le 9 Mars.
Le départ du Roi pour la Norwege eft fixé au
mois de Mai. Sa Majefté a augmenté les appointemens
des Officiers du Tribunal Suprême de
Dannemarck , & elle a accordé des penfions à
ceux qui fe font le plus diftingués par leur capa .
cité & par l'ancienneté de leurs fervices . Elle a
réglé qu'un certain nombre de jeunes gens de
diftinction affifteroient aux Audiences en qualité
d'Affeffeurs , afin qu'ils puffent fe rendre plus
dignes d'exercer les Magiftratures dont par la
fuite ils feroient revêtus.
Il paroît plufieurs nouveaux Edits , dont l'objet
eft de diminuer le nombre des procès , qui depuis
le commencement de ce fiècle fe font extrêmement
multipliés. Par un Décret du 7 de mois dernier
, le Roi a déclaré que toute perfonne , qui en
tueroit une autre de deffein prémedité , feroit tenaillée
, & qu'enfuite on lui couperoit la main.
droite & la tête .
Le Régiment de Fihne portera à l'avenir le
nom de Royal Prince. M. Dietrich , qui avoit
déja Brévet de Colonel , a obtenu un des Régimens
fur l'établiffement de Jutland , vacant par la
mort du Colonel Michelfen.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le io Mars.
Le 26 du mois dernier , le Bailli Colloredo ,
Ambaffadeur de la Religion de Malte , fit fon
entrée publique en cette Ville . Depuis quelques
jours , M. de Heinrich eft arrivé avec des pleins
pouvoirs du Ducde Saxe- Coetbourg , pour régler
ce
AVRIL. 1749. 217
ce qui concerne l'affaire de la Tutelle du Duc de .
Saxe- Weymar. On attend ici dans peu pour le
même effet le Baron de Wolzogen , Miniftre du
Duc de Saxe-Gotha . Le Comte de Kaunitz- Ritberg
, ci-devant Pénipotentiaire de l'Impératrice
Reine aux Conferences pour la Paix , eſt revenu
d'Aix-la-Chapelle . Il a été nommé Miniftre de
Conference , à la place du feu Comte de Kinfky .
& le 25 il prit fé ince en cette qualité dans le Con-
Meil d'Etat . Le même jour , le Marquis de Botta
d'Adorno reçut fes inftructions au fujet des nouveaux
Réglemens qui regardent le Gouvernement
des Pays - Bas.
L'Empereur a été indiſpoſé d'un rhume . Le
Comte de Colloredo , Vice - Chancelier , eft dangereufement
malade , ainfi que la Comteffe de
Fufch , Grande Maîtreffe de la Maiſon de l'Impératrice
Reine , & la Comteffe de Braumer.L'époufe
de M. Lanczinski . Envoyé Extraordinaire de
I'Impératrice de Ruffie , eft moite en cette Ville
le 25 du mois dernier.
On écrit de Dalmatie , que le Château de la
Prerela , appartenant à la République de Vénife ,
a été furpris par un détachement de la garniſon
Turque de Dulcigno , qui l'a entierement pillé ,
& en a enlevé toute l'artillerie .
On continue d'affûrer que les troupes de l'Inpératrice
Reine formeront au Printems prochain
divers camps , dont deux feront en Boheme , l'un
dans le Cercle de Budweis , l'autre à Netolitz fur
la Moldau. Le troifiéine fera fur la Teye , près
de Znaim en Moravie , & le quatrième dans la
Haute Autriche fur l'Ens près de Steyer. Il a été
réglé que tous les mois les Officiers recevroient
leurs appointemens , que leurs penfions feroient
payées tous les trois mois , & que le Gouverne
K
18 MERCURE DE FRANCE.
ment affigneroit un fond pour leur faire toucher
d'ici à quelque tems ce qui peut leur être dû,
L'Impératrice Reine a ordonné auffi d'acquitter
toutes les autres dettes qui regardent le Militaire ,
& elle a établi pour cet effet une nouvelle Com.
miffion , dont le Feldt - Maréchal Comte de Cordoue
eft Préfident .
Le 3 de ce mois , le Comte de Colloredo , Am.
baffadeur de la Religion de Malte , eut fa premiere
audience publique de l'Empereur , & le lendemain
il fut admis à l'audience de l'Impératrice Reine.
Le jour du départ du Prince Charles de Lorraine
pour les Pays- Bas , n'eft pas encore fixé ,
mais le Marquis de Botta d'Adorno eft parti le 2 ,
pour le rendre à Bruxelles.
DE BERLIN , le 12 Mars.
Il est venu de Mofcou un courier , par lequel
P'Impératrice de Ruffie a envoyé ordre au Baron
de Keyferling , fon Miniftre en cette Cour , de ſe
rendre à celle de Dreſde pour y réfider en la même
qualité. Le Comte del Bene , Miniftre de la
Majefté Catholique auprès du Roi de Pologue
Electeur de Saxe , & le Baron de Gerſdorff , Sur-
Intendant des Finances de fa Majeſté Polonoiſe ,
font ici depuis quelques jours.
Un Détachement du Régiment d'Infanterie du
Prince de Pruffe a amené ici de Spandau un
grand nombre de foldats de recrues . Il eſt arrivé
du Holftein trois cens foixante chevaux , pour la
remonte du Régiment de Dragons de Schorlemmer.
AVRIL . 1749. 219
ESPAGNE.
DE MADRID , le 11 Mars.
Le 25 du mois dernier , le Pere Diegue de
Ribera , Général de l'Ordre de la Mercy , & le
Pere Sigifmond de Ferrare , Général des Capucins,
fe couvrirent devant le Roi , en qualité de Grands
d'Efpagne. Le premier eut pour parein le Comte
d'Arcos : le parein du fecond fut le Duc de Me
dinacoeli.
Sa Majefté a difpofé de la Viceroyauté du
Royaume de Navarre , en faveur du Comte de
Gages , Capitaine Général de fes armées , & Lieutenant
Colonel du Régiment des Gardes Walonnes.
Elle a accordé la place de Régent de l'Audience
de Galice , à Don Bernard Hurtado de
Mendoza ; celle de Régent de l'Audience des
Afturies , à Don Ifidore de Jaz ; celle de Miniftie
de Cape & d'Epée de la Chambre des Comptes de
Pampelune , à Don Pedre Firmin de Goyeneche ,
& celle de Président de l'Audience de Saragoffe ,
à Don Jofeph Aparicio , Auditeur de la Chancel
lerie de Grenade.
D
ITALI E.
DE ROME , les Mars.
Epuis le 8 du mois dernier jufqu'à la fin du
Carnaval , le Duc de Nivernois , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi Très - Chrétien , a fait
les honneurs de l'Académie de France à un concours
très- nombreux de perfonnes de diftinction
qui y ont trouvé des rafraîchiffemens de toute
efpéce. Cet Ambaffadeur a donné tous les jours
"
Kij
£ 20 MERCURE DE FRANCE.
pendant ce tems un magnifique dîner , auquel ont
affifté plufieurs Cardinaux , Seigneurs , & Dames
Romaines , qui ont tous admiré l'élegance & la
fomptuofité de ces fêtes. Il y a eu au Palais Piombino
deux Bals , l'un le 15 , Pautre le 17 dont
divers jeunes gens de la principale Nobleſſe out
fait la dépenfe , & ces deux affemblées ont été extrêmement
brillantes .
>
Selon les nouvelles de Naples du 22 , les troupes
Espagnoles , qui doivent retourner à Barcelonne
, ont mis à la voile la nuit du 19 au 20 , &
comme depuis ce jour le vent a toujours éte favorable
, il y a apparence que ces troupes font déja
arrivées fur les côtes de France.
DE GENES , le 10 Mars.
L'Infant Duc de Parme arriva le 24 du mois
dernier à Seftri di Ponente. Toutes les perfonnes
les plus diftinguées des Nations Françoife , Efpagnole
& Génoife , s'y étoient rendues pour lui
faire leur cour , & le lendemain la République lui
envoya une Députation de fix Nobles , pour le
complimenter. Ces Députés lui avoient fait préparer
un Bal dans le Palais du Prince Doria , mais
il n'a pas jugé à propos d'y affifter. I continua fa
route le 27 , & il alla coucher ce jour - là à Campomorone
, le 28 à Voltagio , le premier de ce
mois à Novi , le 3 à Voghera , le 4 à Broni , le 5 à Plaifance
, le 6 à Borgo San Donino , & le 7 à
Parme. Les habitans de cette derniereVille avoient
fait beaucoup de préparatifs pour la réception de
ce Prince ; mais il a ordonné qu'on differât toutes
les fêtes publiques , jufqu'à l'arrivée de Madame
Infante.
On a réfolu de rendre à Dieu , à l'occafion
AVRIL " 1749. 221
de la paix qu'il lui a plû de donner à l'Europe ,
de folemnelles actions de graces qui dureront
pendant trois jours. Elles commenceront le 23
de ce mois , & elles feront terminées le 25 , par
une Proceffion générale du Clergé féculier & régulier
après laquelle on chantera le Te Deum
dans l'Eglife Métropolitaine , au bruit de plufieurs
falves de l'artillerie de la Place , & de la
moufqueterie de toutes les Compagnies Bourgeoifes
qui feront fous les armes. Pendant trois nuits
confécutives , la Ville fera illuminée .
Le Chevalier Chauvelin a dépêché un courier
à M. de Curzay , .avec des inftructions fur ce qui
concerne les moyens de terminer les affaires de
P'Ifle de Corfe , à la fatisfaction de la République &
des habitans.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , Le 17 Mars.
Na appris que M. Benjamin Keene étoit
arrivé de Lisbonne à Madrid. Sur les plaintes
qu'on a faites au Roi d'Efpagne touchant les
nouveaux droits impofés fur les marchandifes
d'Angleterre , Sa Majefté Catholique a répondu
qu'elle a fuivi en cela l'exemple de l'Angleterre ,
qui a mis une impofition de cinq pour cent fur les
marchandifes d'Espagne.
Le bruit court que le ChevalierWarren , le Chevalier
Hawke & PAmiral Vernon , feront créés inceflamment
Pairs de la Grande Bretagne.
Le Régiment de Dragons du Duc de Cum
berland fut réformé le 28 du mois dernier. Ce
Corps s'étant extrêmement diftingué , on a fait
efpérer aux Officiers & aux foldats , que ceux
qui veulent continuer de fervir , feroient em-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
ployés dans d'autres Régimens , à mefure qu'il s'y
trouveroit des places vacantes. On n'a aucune nouvelle
d'un Bâtiment fur lequel s'eft embarquée une
partie du Régiment de Hufke , & qui faifoit partie
du dernier convoi parti de Willemſtadt.
Les Seigneurs réfolurent le 13 de ce mois , de
préfenter une Adreffe au Roi , pour fupplier Sa
Majefté de leur faire remettre un Mémoire de
l'emploi de diverfes fommes tirées du fond d'Amortiffement
, & un état des fommes auxquelles
les dettes de la Nation montoient le 31 Dé◄
cembre de l'année derniere . Le même jour , la
Chambre des Communes fir la premiere lecture
d'un Bill , pour remédier aux abus qui fe font introduits
dans les Manufactures d'étoffes de laine
& de foye. Elle examina enfuite la Requête ,
par laquelle les Négocians de cette Ville ont demandé
que l'on conftruisit un Port à Ramsgate , &
malgré les repréſentations des habitans de Sandwich,
elle décida qu'il feroit porté un Bill pour cet
effet. Dans la même féance , elle ordonna qu'on
Fui remît un état du revenu que la taxe fur les terres
a produit , & une lifte des Receveurs qui
ont été employés à la perception de cette impo
fition .
Sa Majefté a nommé le Comte d'Albermale ,
pour aller réfider en qualité de fon Ambaffadeur
auprès du Roi de France.
Le commandement des troupes , qui ont leurs
quartiers dans le Royaume d'Ecoffe , vient d'être
donné au Lord Tirawley , ci devant Ambaffadeur
du Roi en Ruffie.
AVRIL. 1749. 224
姿姿姿姿
FRANC . E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 2 du mois dernier , fecond Dimanche , du
›
la Chapelle du Château , la Mcffe chantée par la
Mufique , & l'après - midi , Leurs Majeftés , accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & de Mefdames de France
affifterent à la prédication de l'Abbé Adam , Curé
de la Paroiffe de Saint Barthelemi .
Les , Leurs Majeftés entendirent le fermon du
même Prédicateur.
Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie de
Vexin au Comte de Puyfegur , Capitaine dans
le Régiment des Cuiraffiers ; celui de Baffigny
au Marquis de Briqueville , Capitaine réformé
à la fuite du Régiment de Cavalerie du Prince
Camille , & celui de Santerre à M. Rouffel d'Efpourdon,
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
d'Harcourt.
M. le Beau , Profeffeur de Rhétorique au Collége
des Graffins , & Académicien affocié de l'Académie
Royale des Belles - Lettres prononça
le 24 du mois de Février dernier , dans les Ecoles
extérieures de Sorbonne , au nom & par ordie
de l'Univerfité un Difcours Latin fur la gloire
que le Roi s'eft acquife , & fur les avantages que
Sa Majefté procure à l'Europe , par la conclufion
de la Paix. Le Parlement & un grand nombre de
perfonnes de diftinction affifterent à ce Diſcours ,
qui fut fort applaudi .
3.
Le 2 du mois dernier , les Religieux Bénédictins
de l'Abbaye Royale de Saint Corneille de
K iiij
224 MERCURE DE FRANCE .
Compiegne chanterent en action de graces de la
Paix le Te Deum , auquel le Clergé féculier & régulier
, & tous les Corps de la Ville ont affifté
fuivant l'ufage . Ces Religieux firent tirer le foir
un feu d'artifice , & le grand portail de leur
Eglife fut illuminé avec beaucoup de goût & de
magnificence. Ils firent couler une fontaine de vin
pour le peuple.
Le 9 du mois dernier , troifiéme Dimanche du
Carême , le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après-midi Leurs Majeftés , accompa
gnées de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , & de Mefdames de France , affifterent
à la prédication de l'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe
de Saint Barthelemi.
Le 13 , Leurs Majeſtés entendirent le fermon du
même Prédicateur.
Le 16 , quatriéme Dimanche du Carême , la
Reine entendit dans la Chapelle du Château la
Meffe chantée par la Mufique. Sa Majefté , accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & de Mefdamnes de France
affifta l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Adam , Curé de la Paroiffe de Saint Barthelemi.
Le 19 , la Reine entendit le fermon du même
Prédicateur .
Le Roi a figné le 24 le Contrat de mariage du
Comte de Bethune , qui épouſe la Demoiſelle Crozat
de Thiers.
>
Sa Majesté a accordé les Guidons qui vaquoient
dans la Gendarmerie au Comte de Saiffeval
de Feuquieres , Capitaine réformé à la fuite du
Régiment de Cavalerie d'Orleans ; au Baron
de Breteuil , Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de Rohan ; au Comte de Choifeul , CorAVRIL.
1749. 225
nette dans le Régiment de Cavalerie de la Rochefoucauld
, & au Marquis de Roncée , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de Berry.
Le 14 › le Roi s'eft rendu à Choify , où Sa
Majefté arriva à deux heures après midi . Elle y
tint le lendemain Confeil d'Etat après la Meffe . Le
17 , elle prit le divertiffement de la chaffe , & retourna
enfuite à Versailles.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle arriva de Nice let
13 de ce mois , & il alla le même jour à Versailles
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçû très - favorablement.
> Le 23 , Dimanche de la Paffion le Roi &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Châreau
la Meffe chantée par la Mufique , & l'aprèsmidi
, Leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Mefdames de France , affifterent à la. prédication
de l'Abbé Adam , Curé de la Paroille de
Saint Barthelemi.
Le 25 , Fête de l'Annonciation de la Sainte
Vierge , le Roi , accompagné comme le 23 , entendit
la Meffe , après laquelle les Vêpres furent
chantées par la Mufique. Leurs Majeftés affifterent
l'après - midi au fermon du même Prédicateur
.
9
>
Le Mercredi 26 Février , & les Jeudi & Vendredi
fuivans M. Richer , ci-devant Page de
la Mufique du Roi fous Meffieurs de la Lande.
& Bernier maintenant Ordinaire de la Mufique
de Sa Majefté , & Intendant de celle de
M. le Duc de Chartres , fit chanter "pendant la
Meffe du Roi les Pleaumes Dixit infipiens , Dilexi
quoniam & Cantate, Motets de fa compofition , qui
furent fort applaudis.
Le Roi a accordé au Marquis du Cayla , Lieute
hant Général & Gouverneur de Mont- Dauphin, le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement de Saint Omer , vacant par la mort
'du Comte de Bueil.
Au Marquis de Clermont d'Amboiſe , Lieutenant
Général , le Gouvernement du Mont - Dauphin
, vacant par le changement du Marquis du
Cayla à celui de Saint Omer.
Et au Chevalier de Manherbe , Lieutenant Général
, premier Ayde- Major des quatre Compagnies
des Gardes - du - Corps de Sa Majefté , le
Gouvernement du Château de Joux & de Pon- .
tarlier , vacant par la mort du Marquis de B fly.
•
Sa Majefté a en même tems difpofé de la place
d'Infpecteur Général de la Cavalerie vacante
par la démiffion du Marquis du Cayla , en faveur
du Comte de Mailly d'Haucourt , Lieutenant Général
de fes Armées .
Le catafalque , que le Roi avoit ordonné d'élever
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville
étant achevé, on fit le 24 dy mois dernier dans cette
Eglife un Service folemnel pour le repos de l'ane
de Madame la Ducheffe Douairiere d'Orleans.
Lorfque la Ducheffe de Chartres , Mademoifelie
de la Roche- fur Yon & la Ducheffe de Penthievre
, Princeffes du deuil , eurent pris leurs
places , ainfi que le Duc de Chartres , le Prince
de Conty & le Comte de la Marche , qui devoient
conduire les Princeffes à l'offrande , l'Arche
vêque de Paris célebra pontificalement la Mefle .
A l'Offertoire , & après les révérences faites par
M. Defgranges , Maître des Cérémonics , les Princeffes
allerent à l'offrande. La Ducheffe de Chartres
y fut menée par le Duc de Chartres , la
queue de fa mante étant portée par le Marquis
de Montauban & par le Chevalier de Pons . La
Princeffe de la Roche fur- Yon y fut menée par
le Prince de Conty , & la queue de fa mante
fut portée par le Comte de Choifeul & par le
AVRIL. 1749. 227
Marquis de Simine . La Ducheffe de Penthievre
fut conduite par le Comte de la Marche ,
& la queue de fa mante fut portée par le Comte de
Caftellane & par le Chevalier de Crenay. Après
la Meffe , l'Archevêque de Paris fit les Abfoutes
avec les cérémonies ordinaires. Tous les Prélars
qui font en cette Ville , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité &
le Corps de Ville , qui avoient été invités de la
part de Sa Majeſté , affifterent à cette cérémonie
ainfi que la Maiſon de Madame la Ducheſle Douai.
riere d'Orleans.
Sa Majesté a accordé la place de Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne vacante par la promotion du Comte
de Lutzelbourg au grade de Maréchal de Camp ,
au Marquis d'Argouges , fous- Lieutenant des
Gendarmes Bourguignons.
Celle de Capitaine Lieutenant des Chevau- Legers
de Bretagne , ci devant commandés par le
Chevalier de Biffy , qui a été nommé Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau - Legers
de Monfeigneur le Dauphin , au Baron d'Oppede,
fous Lieutenant des Gendarmes de la Reine.
Celle de Capitaine - Lieutenant des Chevau Legers
d'Anjou , vacante par la promotion du Chevalier
d'Entragues au grade deMaréchal deCamp, au
Marquis de Clermont- Montoifon , fous- Lieutenant
des Chevau-Legers de Monfeigneur le Dauphin.
Celle de Capitaine- Lieutenant des Chevau- Legers
de Berry , que commandoit le Vicomte de
Courtomer , nommé Capitaine - Lieutenant des
Gendarmes Anglois , au Comte d'Autrey , fous-
Lieutenant des Chevau- Legers de Bretagne.
La fous - Lieutenance des Gendarmes Bourguignons
au Marquis de Chevriers de Saint Maurice ,
Enfeigne des Gendarmes Anglois .
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Celle des Gendarmes de la Reine , au Marquis
de Breteuil , Enfeigne des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin.
Celle des Chevau Legers de Monfeigneur le
Dauphin , au Comte deTalaru , Enſeigne des Gendarmes
de Flandres ..
Celle des Chevau- Legers de Bretagne à M. de
Sommievres , Enfeigne des Gendarmes de Berry.
La place d'Enfeigne des Gendarmes Anglois au
Comte de Châtenay , Guidon des Gendarmes de.
Berry.
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin au Marquis de Simiane ,fecond
Cornette des Chevau Legers de la Reine.
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Flandres au
Comte de Cuftine de Guermandes , Guidon des
Gendarmes d'Orleans .
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Berry au
Marquis de Beleita de Varaigne , fecond Cornette
des Chevau- Legers d'Orleans .
M. de Bougainville a été choifi pour remplir
la place de Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Belles Lettres , vacante par la mort de
M. Freret.
Suivant les Lettres d'Angleterre , la Chaloupe
le Swift , partie du Fort de Saint David le 31
du mois d'Octobre dernier , eft arrivée le 15 de
ce mois à Londres , & fur ce Bâtiment étoit le
Capitaine Bell , que l'Amiral Boscawen a dépêché
aux Commiffaires de l'Amirauté pour les informer
du mauvais fuccès de fon entrepriſe contre
Pondichery . Cet Amiral ayant mouillé le 8 du
mois d'Août à Goudoulour , qui eft à cinq lieues
de cette Ville , & à vingt cinq de Madras , y fir
defcendre les troupes de débarquement qu'il
avoit à bord des Vaiffeaux de fon Efcadre . La
néceflité de laiffer repofer ces troupes , & les
AVRIL: 1749. 229
diverfes difpofitions qu'il a été obligé de faire pour
attaquer Pondichery , ont été caufe qu'il n'a pu
que trots femaines après être débarqué , fe rendre
devant cette Place . Il l'a tenu affiégée près de
cinquante jours , & le 17 du mois d'Octobre ,
fans avoir remporté d'autre avantage que celui
d'avoir jetté plufieurs bombes dans la Ville , &
d'avoir fait fauter un petit Fort , il a été obligé
de lever le fiége . Les affiégés dans une fortie
ont fait plufieurs prifonniers , du nombre defquels
eft un Officier de diftinction , & le bruit court
que les Anglois ont perdu pendant le fiége 10c0
à 1200 hommes , foit par le feu de la Place , foit par
les maladies.
On attend fur cet évenement une relation plus
détaillée de la part de M. Dupleix , Gouverneur
de Pondichery, & Commandant Général des établiffemens
poffedés par la Compagnie des Indes.
Ce Gouverneur s'eft infiniment diftingué par la
belle défenſe qu'il a faite , & par la fageffe des
mefures qu'il a prifes pour rendre inutiles les
efforts des deux Efcadres de l'Amiral Boscawen
& de l'Amiral Griffin , lefquelles combinées enfemble
, formoient une Flotte de cinquante deux
Bâtimens , dont la plûpart étoient Vaiffeaux de
guerre.
}
M. David , Gouverneur des Ifles de France
& de Bourbon , mérite de fa part beaucoup de
louanges , ayant extrêmement contribué à la confervation
de la Place , par la prudence qu'il a
eue de faire paffer 600co marcs de piaftres &
400 hommes à la côte de Coromandel , & de
mettre par- là M. Dupleix à portée de les faire parvenir
à Pondichery .
2F On a appris par les Lettres de Londres du
que le 19 la Princefle de Galles eft accouchée
d'une Princeffe , & que le lendemain les deux
•
230 MERCURE DE FRANCE .
Chambres du Parlement de la Grande- Bretagne
ont réfolu de préfenter des Adreffes à Sa Majefté
Britannique , pour la féliciter à cette occafion.
;
Le 27 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1500 livres les Billets de la premiere
Lotterie Royale à 585 livres , & ceux de
la feconde à $ 35 .
MARIAGE ET MORTS.
-
E 19 Mars , Joachim Cafimir Leon , Comte de
Bethune , Seigneur de Montigni , S. Sulpice ,
S. Firmin , & autres lieux , Meftre de Camp
Lieutenant du Régiment Royal Pologne , Cavalerie
, époufa dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Roch , Antoinette-Marte- Louife Crozat de Thiers.
Il eft fils de Louis Marie- Victor , Comte de
Bethune , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand Chambellan de S. M. le Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , & de Marie - Françoife ,
fille de François Bertrand , Duc deTrefmes , & de
Magdeleine Louife - Geneviève de Seignieres de
Boisfranc , petit- fils de François Gafton de Bethune
, & de Marie-Louife de la Grange d'Arquien .
Cette Marie- Louiſe étant propre foeur de Marie
Cafimire de la Grange d'Arquien , que le grand
Sobieski époufa , François Gafton fe trouva beaufrere
du Roi de Pologne , oncle des deux fils de
ce Roi , les Princes Jacques & Conftantin , &
grand- oncle des deux Princeffes , unique poftérité
du Prince Jacques , qui font entrées , l'une dans la
Maifon Royale de Stuard , Pautre dans celle des
Ducs de Bouillon. François Galton fut fort einployé
dans les Ambaffades. Il réfida long-tems en
Pologne auprès du Roi fon beau -frere , & de- là
étant paffé en Suéde avec la même qualité d'Am
AVRIL. 1749 231
baffadeur de S. M. T. C. il y mourut le 4 Octobre
1692.
Guillaume de Bethune , furnommé le Roux , Seigneur
de Bethune , de Tenremonde , Richebourg
Varneton , Molembeque & Locre , Avoué d'Arras ,
qui vivoit en 1213 , étoit un des plus grands Seigneurs
de fon tems , & comme alors on ne pouvoit
s'aggrandir que par les bienfaits des Princes , &
les alliances avantageufes , qui ne fe trouvoient
que dans les familles anciennes , on doit conclure
que la Mailon de B.thune , fi confidérable vers les
commencemens de la troifiéme race de nos Rois ,
a dû prendre fon origine fous la feconde , & dès
le tems ou la Flandre fut donnée en fief à fon
premier Comte. Le Comte de Bethune , nouveau
marié , eft le feiziéme defcendant de Guillaume le
Roux.
-
La nouvelle Comteffe de Bethune , eft fille
d'Antoine Louis Crozat , Baron de Thiers , Scigneur
de Beaumanoir , Brigadier & Maréchal des
Logis des Camps & Armées du Roi , & Lecteur
de la Chambre de S. M. & de Marie- Louife Auguf
tine de Laval Montmorenci . Ce que les honneurs
militaires & les grandes alliances peuvent donner
d'efpérance , pour la grandeur folide d'une Maifon
, nous le concevons avec joye pour la famille
de Crozat , où la vertu a toujours été jointe à l'opulence
.
Le 17 Février , Françoife Gabrielle d'Epinai ,
époufe de Louife - Claude de Breil , Comte de Pontbriand
, Gouverneur des Ifles & Fort des Hebyhens,
Capitaine général Gardecôte du département de
Pontbriand , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut en fon Château d'Yvignac
en Bretagne , dans la quarante- feptiéme année
de fon âge. Elle étoit fille de Barthelemi ,
Comte d'Epinai , Brigadier des Armées du Roi ,
232 MERCURE DEFRANCE.
mort en 1716 , & d'Anne d'Hautefort. Elle avoit
eu deux freres , dont l'aîné eft mort il n'y a pas
long- tems , fans laiffer de poftérité , & le cadet
marié depuis long- tems n'a point d'enfans. De
fon mariage avec le Comte de Breil de Pontbriand
elle n'a eu qu'une fille mariée au mois d'Avril
1738 au Comte de Bruc. Voyez le Mercure de
cette année. Et les apparences font que les biens
de la Maifon d'Epinai & de la branche des de Breil
Pontbriand vont paffer inceffamment dans celle
de Bruc .
Le 1 Mars , Françoiſe - Théreſe de Baffompierre ;
veuve de Jean Baptifte Louis Picot , Marquis d'Andrezel
, Confeiller d'Etat , Ambaffadeur du Roi
auprès du Grand- Seigneur , & Secretaire du Cabinet
& de la Chambre de S. M. mourut au Château
d'Andrezel , âgée de 73 ans . Elle étoit fille de
Gafton Jean- Baptifte , Marquis de Baffompierre ,
& de Henriette Raulin. Ce Gafton Jean - Baptifte ,
fut le troifiéme fils de Georges Africain , & de
Henriette de Fornielle. Georges Africain , Lieutenant
général des Armées de Charles IV , Duc de
Lorraine , & Colonel de trois Régimens au fervice
de ce Prince , étoit frere du Maréchal de Baffompierre
, qui nous a laiffé des Mémoires de fon tems.
Cette Maiſon , des premieres de Lorraine , où
elle a toujours rempli auprès des Ducs les places
les plus honorables , forme aujourd'hui deux bran
ches. Françoife - Thérefe , étoit de la branche cadette
. De tous les freres qu'elle a eus , le feul
Jean -Claude , Marquis de Remauville , Commandant
des Chevau- Legers du Duc de Lorraine , a
laiflé poftérité . Il épousa en 1711 Jeanne de Nettancourt
, dont il a eu Léopold- Clement.
Voci les détails que nous avons promis de don
per fur la Maiſon Doffun.
Guillaume - Aramon Doffun , en l'an 1080 ,
AVRIL. 1749. 233
و ل
fuivant le P. Martene , dans fes Collections , T. 17
pag. 5os . foufcrivit à la donation que Centule
Comte de Bigorre , fit du Monaftere de S. Savin ,
en Lavedan , à l'Abbaye de S. Victor de Marſeille.
Auger Doffun , Chevalier , fit don , environ le
même tems , aux Templiers de la Maiſon de Borderes
, de l'Eglife Doffun , des dixmes du même
lieu , & autres biens .
Raymond Doffun , fils de cet Auger , donna
d'autres biens aux mêmes Templiers , & à la priere
d'Odon , Evêque d'Oleron , il affifta avec Beatrix ,
Comteffe de Bigorre, & Gafton, Vicomte de Bearn ,
à la Dédicace de l'Eglife du Monaftere de S. Pé ,
&c. Genevez Maria , dans fon Hiftoire de Bearn ,
P. 356. & le P. Eftiennot , Bénédictin , rapportent
cette cérémonie dans tout fon détail
Auger , Seigneur Doffun , fils d'un Raymond ,
confirma en l'année 1218 , dans l'Eglife de Tarbes,
l'Evêque , le Chapitre de la Ville & le Sénéchal
de Bigorre , préfens , les donations que les Sei
gneurs Raymond Doffun , en ayeul , & Auger
Doffun fon bifayeul , avoient faits aux Templiers
du lieu de Borderes. Il confirma auffi au mois de
Juillet 1234 la donation qui avoit été faite aux
mêmes Templiers , par nobles Seigneurs P, de
Lavedan , & B. Doflun , de la Maifon de Campagne
de Tachceres , & il fe donna lui même avec
Bernard Doffun , fon frere , à leurdite maiſon de
Borderes ; ce dernier cft qualifié de Commandant
de l'Ordre des Templiers , en 1270 & 1272 .
Arnaud , Seigneur Doffun , en 1273 , inféoda
des biens à la Cure Doffun.
Raymond , Seigneur Doffun , Chevalier , fit
ferment de fidélité avec le Clergé & la Nobleffe ,
du Comté de Bigorre , à Conftance , Comteffe de
Bigorre , en 1283. Il eft nommé avec les principaux
Seigneurs du Comté de Bigorre , dans une
234 MERCURE DE FRANCE:
Requête préfentée en 1290 au Roi Philippe le
Bel , ces deux piéces font en original au Tréfor
des Chartes de la Sainte Chapelle....
Jean Doffun , Damoifeau , fils de ce Raymond,
en 1310 , paffa un accord avec le Curateur des biens
du Temple , dans le Diocèle de Tarbes , pour raifon
du bien de Tachoëtes , ci - deffus énoncé.
1324 ,
Auger , Seigneur Doflun , frere & fucceffeur
da fufdit Jean reçut par un accord de l'an
des Chevaliers de S. Jean de Jerufalem ( cet Ordre
ayant fuccédé aux Templiers) le bien de Tachoëres
donné par fes Ayeux ,fous une redevance que les
Seigneurs Doffun payent encore aujourd'hui .
On voit par un Acte de l'an 1369 , que ce même
Auger reçut 250 liv . en déduction de ce qui lui
étoit dû de fon fervice Militaire. Il vivoit encore
l'an 1374 , avec la Comteffe de Panaffar fon époufe
de laquelle il eut entr'autres enfans :
Arnaud , Seigneur Doffun , Damoifeau , qui fit
hommage au Commandeur de Borderes , en 1390.
Il fit fon Teftament en 1406 , & laiffa veuve No
ble Navarre de Barfuns , fa femme , mere d'Auger
& de Jean Doffun.
Jean Doflun fuccéda à Auger , fon frere aîné ;
il fervoit en qualité d'Ecuyer dans les guerres de
Charles VII. Ce Seigneur Doffun vivoit encore
Pan 1457 : ayant époufé Clariane de Montau , de
la Maifon de Benac , il en eut trois fils & trois
filles , l'aîné de tous & fon fucceffeur , fut :
Auger Doffun , qui par fon mariage avec Bour
guine de Barege , Dame de Lane , d'une Maifon
très- ancienne , laiffa plufieurs enfans, l'un desquels ,
nommé Jean Doflun , fervoit le Roi en qualité
d'Homme d'armes , dans la Compagnie de 60
Lances de M. de Graville , Amiral de France Son
frere aîné , qui continua la filiation , s'appelloit
Roger Doffun , Chevalier , Seigneur Dollua de
AVRIL.
1749. 235
Lane de Croup de S. Luc , &c. Celui- ci fut fait
Echanfon du Roi de Navarre l'an 1481 ; il porta
Jes armes contre le Pape Jules II , au combat de
Ravenne , & en fut abfous , par le Cardinal Jean
de Médicis , Légar du S. Siége. En 1512 , il étoit
cette même année Homme d'armes dans la Compagnie
de fo Lances de M. Odet de Foix , Vicomte
de Lautrec , Maréchal de France ; ce Seigneur
le fit en 1914 , Commiffaire des Gens de
guerre des Ordonnances du Roi. Cet emploi ,
qu'on ne confioit alors qu'à des Gentilshommes
très-expérimentés dans le métier de la guerre , lui
fut renouvellé par M. Thomas de Foix , Seigneur
de l'Efam , auffi Maréchal de France ; il occupoi
encore ce poſte à l'âge de . 80 ans ; l'an 1532 , il
s'en démit entre les mains du Roi. Quelques an
nées auparavant , il avoit engagé les Etats de Bigorre
, à donner une fomme pour la rançon du
Roi François premier , comme il réfulte d'une
Lettre ( fans datte ) de remerciment qne lui en fit
Charles d'Albret , Prince de Navarre. En 1537 ,
quoiqu'il fût très- âgé , le Clergé & la Nobleffe du
Comté de Bigorre le nommerent avec un autre
pour leurs Syndics , touchant les affaires du pays ,
qui devoient fe traiter avec des Commiffaires de
Sa Majesté. Du mariage de ce Roger , Seigneur
Doffun , avec Noble Magdeleine Danos , fortirent
entr'autres , qui font nommés dans l'Hiftoire .
deux fils avec plufieurs filles .
Hector Doffun , qui étoit le cadet , fut fait Evêque
de Conferans , l'an 1548. On lit dans les Annales
de Toulouſe , T. 2. p . 290. que ce Prélat
fçut tellement allier le glaive fpirituel avec le
temporel , que tandis qu'il vêcut , aucun Hugue
not n'ofa mettre le ' pied dans fon Diocèfè. L'an
1562 , la Ville de Touloufe étant menacée par les
Huguenots , il marcha à fon fecours , accompagné
236 MERCURE DE FRANCE.
d'un de fes freres , guerrier des plus braves , avec
un corps de troupes affez confidérable ; il ne marchoit
qu'à la tête d'une Compagnie de Gens d'armes
, levée & entretenue à fes dépens ; & chaque
fois qu'il difoit la Meffe , il faifoit mettre fon
cafque fur l'une des crédences de l'Autel , & fa
cuiraffe fur l'autre : il fonda pour les pauvres dans
fa Ville Epifcopale , l'Hôpital de S. Lizier , environ
Fan 1568 , & Pan- 1574 qu'il mourut , il légua par
fon Teftament aux Citoyens & aux Capitouls de
Toulouſe toutes les Armes qu'il avoit dans cette
Ville.
Pierre Doffun , frere aîné de ce Prélat , Seigneur
Doffun de Heches , & c . Chevalier de l'Ordre du
Roi , Gentilhomme ordinaire de fa Chambre &c.
s'acquit une telle réputation de valeur , que fuivant
' Hiftoire de France , il donna lieu à ce proverbe
de fon tems : Sage comme Termes , & vaillant
comme Offun . En 1528 , il commença de fervir
au Royaume de Naples en qualité d'Hommed'armes
de la Compagnie de 90 Lances de M. de
Lautrec , Comte de Foix. En 1929 , il fut le troifiéme
des Hommes d'armes de celle du Roi de
Navarre ; fait en 1535 Capitaine de 100 Chevau
Légers ; il fut de l'armée que le Roi François I.
envoya en Piémont , fous les ordres de l'Amiral
Chabot. En 1540 , il étoit un des Gentilshommes
de la Chambre de Charles , Duc d'Orléans ,
fils du Roi , & en 541 , Gouverneur de Savillan ,
en Piémont ; la même année , il prit d'affaut avec
le fieur de Cental la Ville de Queras , après s'être
fort diftingué en 1544 , à la bataille de Cerifoles ,
le Roi François premier , pour mieux reconnoître
fes recommandables fervices ( ce font les termes
de fes Lettres ) le nomma en 1545 , Capitaine
Général , & Gouverneur de la Ville & Jurifdiction
de Thurin . Henri II , en 1547 , l'ayant conârmé
AVRIL. 237
.
1749.
dans tous les emplois , nommé en 1555 Capitaine
de so Hommes de fes Ordonnances , & en 1556 ,
gratifié d'une penfion de 2500 liv. le fit encore
Chevalier de fon Ordre ; il eſt traité d'amé & féal
Coufin par les Rois Henri II & Charles IX , dans
des Lettres qu'ils lui accorderent en 1559 & 1560 ,
portant création des Foires & Marchés , pour fes
Terres de Miramon & de Heychet. En 1562 , il
eut la Capitainerie du Louvre , & la même année
combattit vaillamment à la bataille de Dreux , y
faifant les fonctions d'un des Maréchaux de Camp.
Erant mort peu de tems après , il laiffa de Jeanne
de Roquefeuil , fon époufe , avec deux filles
plufieurs enfans , l'aîné de tous mourut au ſervice
du Roi ; un autre fut du nombre des Gentilshom➡
mes bleffés à la bataille de Jarnac , Pan 1569 ; &
celui qui lui fuccéda , fut :
Pierre Doflua du nom , Seigneur & Baron
Doffun de Heches & de Miramon , & Gentilhomme
ordinaire de la Chambre du Roi , ayant déja
fervi en 1961 & 1562 dans la Compagnie de
Cent Lances du Roi de Navarre. Suivant M. de
Thou , il vint l'année 1.570 à la tête d'une troupe
bien armée , offrir fes fervices en Languedoc aux
Princes de Navarre & de Condé , qui comman
doient dans cette Province ; il mourut en 1580 ,
Jaillant de Jeanne d'Eſpagne , ſon épouſe , ( fille de
Jacques - Mathieu d'Elpagne , Seigneur dudit lieu ,
Baron de Scyffes , de Panaffac , &c. & de Catherine
de Narbonne , & foeur puînée de Jeanne-
Germaine d'Espagne , époufe de Henri , Seigneur
de Noailles , trifayeul de M. le Maréchal Due
de Noailles d'aujourd'hui ) outre deux.filles , un
fils unique pour fucceffeur , qui fut :
Pierre Doflan , troifiéme du noir , Seigneur &
Baron Doflun de Miramon de S. Luc , & c . Gentil .
homme ordinaire de la Chambre du Roi , marié
238 MERCURE DE FRANCE.
en 1609 avec Catherine de Voifins de Montaut ,
fille d'Aimery de Voifins , Baron de Montaut , &
de Catherine- Charlotte de Montluc ; il mourut en
1646 , laiffant avec deux filles, fix fils , un defquels
étoit Chevalier de Malthe en 1631 ; l'aîné qui lui
fuccéda , fut :
François Doffun , Seigneur , Baron Doffun de
Saint Luc , Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roi , lequel ayant épousé en 1648 Cecile de
Jajan Dangourt , eut entr'autres fils :
François Doffun , fecond du nom , Marquis
Doffun , Baron de S. Luc , &c. Celui- ci en 1674 ,
eut Commiffion du Roi , pour tenir au nom de Sa
Majefté les Etats de Bigorre ; il eut ordre enfuite
de joindre le Maréchal d'Albret , pour s'oppofer
aux Efpagnols , qui avoient formé le deffein de
faire une defcente du côté de Bayonne; en 1690 , il
eut une Commiffion du Roi , de Lieutenant Colonel
du Régiment de Milice de Lanfac ; il mourut
en 1691 , laiffant veuve Marguerite de Fieubet ,
fille du Premier Préfident du Parlement de Touloufe
, mere de plufieurs fils & filles . L'aîné de
tous ayant été tué Capitaine dans le Régiment du
Roi Infanterie , en 1903 , à la bataille de Spire , la
fucceffion de la Maifon paffa au fecond , qui fut ;
Gafpard Doffun , Seigneur , Marquis Doffun ,
&c. Moufquetaire en 1701 & 1702 , enfuite Lieu
tenant , Ayde- Major & Capitaine du Régiment
du Roi en 1704 , honoré en 1713 & 1714 d'une
Commiflion du Roi , pour convoquer & tenir au
nom de Sa Majesté les Etats Généraux de Bigorre
; & décedé en 1721 , ayant épousé en 1707 ,
Marie- Charlotte de Pas-Feuquieres , fille de M.
le Comte de Rebenac , Lieutenant Général pour le
Roi , du Royaume de Navarre & des Provinces de
Bearn & de Thoul, Ambaffadeur Extraordinaire de
Sa Majefté en Espagne & Savoye , & fon Envoyé
AVRIL. 1749 . 239
Extraordinaire à Rome, à Venife, & dans plufieurs
Cours d'Italie & du Nord ; il en eut un feul fils ,
qui eft le Marquis Doflun , actuellement Capi
caine Lieutenant des Chevau- Legers de la Reine .
Les alliances de la Maifon Doffun répondent à
l'éclat de fon ancienneté. Depuis l'an 1300 jufqu'à
préfent , on peut en compter des plus illuftres ,
comme celles des Maiſons d'Avaijan , de S. Aunis ,
de Begolle , d'Overan , de Saballan , d'Aubarede ,
de Montauban , de Villambitz , de Riviere , de la
Batut , de Montefquiou , de Durfort , de Cominges
, de Dufaur , de Faucaut , de Navailles- Mirepeix
, de Feuquiere , & de quantité d'autres Maifons
très- anciennes , dans lefquelles les filles de la
Maiſon Doffun font entrées.
Mademoiſelle Hocquart , que M. le Marquis
Doflun a épousée , eft four cadette de Madame la
Comteffe de Coffé. On a eu tort de dire dans le
dernier Mercure , que M. Hocquart , pere de ces
deux Dames , étoit Secretaire du Roi.
L'Académie Royale de Mufique prépare , pour
P'ouverture de fon Théatre, un nouvel Opera intitu
lé Naïs ou le Triomphe de la Paix. Les paroles font
de M. de Cabufac , & la Mufique de M. Rameau,
On peut deviner prefque avec certitude le fort
de cet ouvrage , & par les fuccès précédens des
deux Auteurs, & par l'attention des Directeurs de
l'Académie , à n'épargner aucune des dépenfes
qu'ils jugent devoir contribuer à la magnificence
du Spectacle. Nous faififfons avec plaifir cette
occafion de rendre juftice à ces derniers , fur
les efforts qu'ils font pour augmenter les richeffes
& l'éclat de notre Scene Lyrique.
་ ་
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Difcours par M. Dauphin d'Alinghen ,
Fragment à M. de * * ** ,
Réflexions ,
Vers à une Dlle fur fa convalefcence ,
3
13
16
17
Lettre à M. le Chevalier *** , par M. Porquet , 18
Vers par le même à Mlle ...
Autres à Mad, Genty par M. Chaponnel >
23
27
Extrait d'un projet pour conferver à l'Etat un
Corps de vieilles troupes ,
La Paix , Poëme ,
Réflexion fur un Problême d'Arithmétique ,
Le Renard , l'Ours & le Baudet , Fable,
Lettre à Mad. la Comtefle de * * *
Ode Latine ,
Defcription de la nouvelle Place de Mars ,
28
34
40
46
48
Sr
571
La Sympathie, Cantate. La Cométe , & le Rhinocéros
, Cantatilles nouvelles , 77 , 81 , 83
Lettre de M. Morand à M. le Comte de Loff , 85
Traduct.de quelques vers de la Trag.de Catilina, 98
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Le Retour du Printems ,
ΙΟΣ
103
Diflert fur un paffage de l'Art Poët. d'Horace , 106
Enigme & Logogryphes , 134
& c. 137
166
172
• Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts ,
Prix de l'Académie de Chirurgie pour 1750 , 164
Reflexions fur le Programme de l'Hift . Nat.
Lettre à M. *** Aftronôme de l'Ac . des Sc.
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Planches Anatomiques & Eftampes nouv , 179.18 c
Defcript. du Temple de la Paix , élevé à Lille , 185
Spectacles . Remarques fur les changemens faits
dans la Tragédie de Sémiramis ,
177
199. 209
Concerts & Com, de la Cour , Chanfon notée , 210
Nouvelles Etrangeres , de Pétersbourg , & c . 212
France , Nouvelles de la Cour , de Par s , & c. 223
Mariage & Morts. Nais , nouvel Opera , 230. 239
La Chanjon notée doit regarder la page
211
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
M. A. I.
1749 .
LIGIT
UT
"
SPARGA
Chez <
A PARIS ,
ANDRE'
CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve
PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLIX.
Avec
Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'ADRESSE
'ADRESSE
générale du Mercure eft
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
deFrance de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt
, Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MA I.
1749 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SUITE
Des Vies des Carthaginois célebres.
Par M. REMOND DE SAINTE ALBINE.
A
U mois de Juillet de l'année
derniere , dans le premier Mercure
rédigé par mes foins , je
fis imprimer plufieurs de ces
Vies. J'en donnai quelques autres le
mois fuivant , & j'avois réfolu de publier
de fuite celles que je jugeois n'être
A ij
4 MERCURE DE FRANCE,
pas
abfolument indignes de voir le jour.
Divers Sçavans me propoferent de faire
un autre ufage de ces effais , & d'en compofer
une Hiftoire de Carthage . Ce morceau
manquant à la Littérature Françoife ,.
je fus tenté de former cette entreprife
& par cette raifon je crus devoir ceffer de
rendre publics les matériaux qui pouvoient
m'y fervir.
Depuis , j'ai fenti que la multiplicité de
mes occupations ne s'accordoit pas avec
mon nouveau projet , & qu'il étoit difficile
d'allier les foins que demande la compofition
d'un ouvrage de longue haleine
& de pénible difcuffion , avec le fardeau
de deux ouvrages périodiques , tels que le
Mercure & la Gazette de France .
J'ai donc pris le parti de réſerver pour
un autre tems le travail qu'on m'a propofé ,
& dans l'incertitude fi je ne ferai pas prévenu
par quelqu'un dans cette carriere , je
continuerai d'inférer dans le Mercure les
Mémoires détachés que mes recherches
m'ont fournis fur les Carthaginois.
AMILCAR , furnonmé BARCA, pere
du fameux Annibal ,
La premiere guerre Punique duroit depuis
plufieurs années , & le peu de difcipli
M A 1. 1749. S
ne des armées des Carthaginois , ainfi que
la valeur imprudente de quelques-uns de
leurs Généraux , leur avoit fait perdre pref
que toute la Sicile. Il ne leur reftoit plus
dans cette Ifle aucune Place forte , & la
meilleure partie de leurs plus braves fol- .
dats y avoit péri. Dans ces circonftances
malheureuſes , Amilcar fut élû * Général
des troupes de Carthage.
Polybe , Tite Live , Diodore de Sicile
ni Plutarque , ne nous apprennent point de
qui ce Guerrier étoit fils . Dans quelques
Editions de Cornélius Népos , on lit Amilcar
Annibalis filius . On trouve dans d'autres
, Annibalis parens , & il y a bien de
l'apparence que le mot filius eft une faute
dans les Editions où il fe rencontre. Si
Amilcar fut fils d'un Annibal , il l'a été
vrai -femblablement d'Annibal furnommé
l'Ancien , & les Hiftoriens n'auroient pas
oublié ou ignoré qu'Amilcar avoit un
pere fi célebre par fa valeur & par fest
difgraces.
Plufieurs d'entre eux ont confondu cer
Amilcar avec un autre , qui fut Général
avant lui . Attribuant à un feul les exploits
* Année 505 depuis la fondation de Rome , & $ 77
depuis celle de Carthage , fous le fecond Confular de
Caius Aurelius Cotta de Publius Servilius Geminus.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux , ils ont écrit que celui , dont il
s'agit ici , avoit commandé
plufieurs années
avant d'être Général en Sicile. Orofe &
Zonaras font de ce fentiment
, mais Polybe
, dont le témoignage
mérite d'être
préferé , diftingue
ces deux Amilcars . Selon
cet Auteur , Amilcar Barca fut élevé
au Généralat
dans la dix-huitième
année
de la premiere guerre Punique . Cornelius
Népos affûre auffi que ce Capitaine
n'eut
le commandement
des armées que vers la
fin de cette guerre , & il ajoûte qu'Amilcar
étoit pour lors extrêmement
jeune.Nouvel
le preuve que ce Guerrier n'eft pas le même
que celui qui étoit Général dès l'année 49 2
de la fondation
de Rome . Celui qui fait
le fujet de cet article , eft le premier des
Généraux
Carthaginois
, à qui l'Hiftoire.
donne le nom de Barca , & j'ai cherché
inutilement
la raifon pour laquelle il fut
ainfi nommé. Moreri dans fon Dictionnaire
prétend qu'Elyffe
ou Didon eut un
frere appellé Barca , qui paffa avec ellede
Tyr en Afrique , & qu'Amilcar
defcendoit
de ce Prince. Mais j'ai feuilleté en
vain Appian , pour y trouver ces faits
que Moreri dit avoir tirés de cet Auteur.
* Liv. I. de fon Hiftoire,
M A I.
* 1749 .
Le premier exploit d'Amilcar fur une
defcente fur les côtes d'Italie. Après y avoir
ravagé une partie du pays des Locriens &
des Brutiens , connu maintenant fous le
nom d'Abruzzo , il fit voile en Sicile , & débarqua
près de Palerme . Au bord de la mer,
entre cette Ville & celle d'Eryx , étoir
un pofte très-propre pour y poler un camp ,
& pour y faire fubfifter long - tems une
armée . C'étoit une montagne dont le ſom
met n'avoit pas moins de douze mille pas
de circuit, & qui étoit très- fertile en grains
& en pâturages. Un Port très- commode ,
fitué au bas de la montagne , & auquel on
ne pouvoit arriver du côté de la terre que
par cette même montagne , ne laiffoit pref
que rien à defirer pour l'affiette avantageufe
de ce lieu.
Amilcar s'y retrancha , & de cette efpece
de fortereffe fit pendant trois ans la
guerre aux Romains , fans autre fecours
que celui de fon habileté & .de fon courage
, ne fe contentant pas de fe défendre
mais fouvent attaquant, & de tems en tems
paffant en Italie , dont il défola toutes les
côtes jufqu'à Cumes . Il feroit difficile de
* Polybe , liv. 1. pag. 57 & ſuiv. Cornelius
Nepos. Vie d Amilcar, Edit. de Francfort 1609 ,
p. 255 fuiv. Zonaras . Annal. Edit . de l'Imprim.
Roy. 1686. Tom. I. Liv . 8. p. 397 .
A iiij
& MERCURE DE FRANCE.
parler en particulier de toutes les actions
par lefquelles fe fignalerent durant ces
trois années les troupes Carthaginoiſes &
les troupes Romaines . Chaque jour étoit
marqué par quelque rencontre , par quelque
attaque , par quelque furprife . On
pouvoit comparer le Général de Carthage
& ceux de Rome à ces fameux Athletes ,
qui difputent les prix dans les Spectacles
publics . Ils font paroître leur force
& leur adreffe en cent façons differentes.
Mais les coups font tellement
précipités , que les Combattans ne peuvent
rendre compte de ce qu'ils ont fait , ni les
Spectateurs fe fouvenir de ce dont ils ont
été témoins.
Le Général de Carthage n'avoit pas recours
feulement aux armes pour affoiblic
les Romains . Par fes négociations fecrettes,
Drépane , Ville fameufe , fituée dans la
vallée de Mazara au pied du Mont de Saint
Julien , & Lilybée , nommée maintenant
Marfala , s'étoient déclarées pour les Carthaginois.
Les Confuls Octacilius Craffus
& Fabius Licinus avoient affiégé inutilement
la premiere.Leurs fucceffeurs Attilius
Bulbus & Fabius Buteo preffoient vivement
la feconde , & Amilcar réfolut de
ne la pas laiffer long- tems dans la néceffité
de fe rendre aux ennemis . Ayant détaMAI.
· 1749.
ché une partie de fa Flotte , il donna ordre
qu'elle prît la haute mer,& qu'elle fît voile
vers Lilybée , comme pour y jetter du
fecours. Dès que les Romains apperçurent
cette armée navale , ils allerent à fa rencontre
. Pendant qu'ils étoient occupés à
combattre , Amilcar , qui s'étoit tenu caché
derriere un Cap avec plufieurs Vaiffeaux,
entra dans le Port malgré la réſiſtan
ce de ceux qui le gardoient , & il rendit
aux Affiégés la joye & l'abondance.
Ainfi il épuifoit toutes les reffources de
Rome , lorfque les Confuls Aulus Man--
lius Torquatus & Caius Sempronius ar
riverent en Sicile *. Les Romains , jugeant
qu'Eryx étoit une Place importante ,avoient
pris des mefures pour la mettre à couvert
des entreprifes des Carthaginois. Cette
Ville étoit bâtie fur le milieu de la
pente
de la montagne , qu'on nomme aujour
d'hui Catalfano . Des troupes étoient cam
pées fur le fommet & au pied de cette
montagne , & il fembloit imprudent de
former quelque deffein fur un pareil pofre.
Ce qui eût été témérité pour un autre,
n'étoit que hardieffe pour Amilcar. A la
faveur d'une nuir obfcure , if arrive par
divers défilés avec les plus braves de fes-
An. 109 depuis la fondation de Rome ,
depuis celle de Carthage.
&
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
gens aux portes de la Place , la farprend
, l'emporte l'épée à la main , &
y égorge tout ce qui entreprend de lui
réfifter.
Alors affiégeant les Romains, qui étoient
au haut de la montagne ; affiégé par ceux
qui étoient au bas ; ne recevant des fecours
& des vivres que par un fentier
étroit , qui d'un côté de la montagne def
cendoit à la mer , & dont les Romains n'avoient
pû lui couper la communication , il
fe vit contraint de faire, la guerre d'une
façon auffi nouvelle que périlleufe. Les
Carthaginois & les Romains demeurerent
pendant prefque deux ans en cette ſituation
, occupés fans ceffe à attaquer ou à fe
défendre . Les Chefs & les foldats donnerent
à l'envi les plus grands exemples
de conftance & d'intrépidité. Chacun des
deux partis , après avoir fouffert les extrêmités
les plus cruelles , & après avoir mis
en ufage toute fon habileté , remporta la
gloire , s'il ne put être vainqueur de fon
adverfaire du moins de ne pouvoir en
être vaincu .
Cependant les deux Républiques , également
affoiblies & par leurs victoires &
par leurs pertes , fe voyoient fur le point
d'être réduites à la néceflité de rechercher
la paix.Rome dans cette extrêmité n'écouta
MA I. II .1749 .
que cette opiniâtreté de courage qui lui a
procuré l'Empire du monde. Depuis cinq
ans elle avoit abandonné la mer ; elle réfolut
de confier encore une fois fa fortune à une
armée navale , & d'effayer de terminer la
guerre par cette voye. Il n'y avoit point
d'argent dans le tréfor public pour l'exécution
de ce deffein. Mais ce ne fut point
un obftacle dans un Etat , où les Particu
liers regardoient les affaires publiques
comme les leurs propres . Chaque Citoyen
contribua felon les richeffes , & en peu de
tems deux cens Vaiffeaux furent mis en
mer *.
Caius Luctatius , Conful , eut le com
mandement de cette Flotte. C'étoit un
homme tel qu'il le falloit pour terminer
la guerre. Incapable d'être abattu par les
mauvais fuccès , & d'être aveuglé par les
bons , il confervoit la même tranquillité.
d'ame dans le combat que dans le confeil.
Habile furtout à profiter des occafions , il
ne perdoit point le tems à déliberer , lorfqu'il
étoit queftion d'agir .
A fon arrivée dans la Sicile , il trouva
les Ports de Lilybée & de Drépane libres,
& il affiégea cette derniere Ville par terre
& par mer. Les Carthaginois , perfuadés
* An. 511 depuis la Fondation de Rɔme , & 183
depuis celle de Carthage .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE
* que les Romains n'étoient plus à craindrefur
la Méditerranée , avoient rappellé leurs
force's maritimes en Afrique. Mais bientôt
Hannon , homme d'une grande diſtinction.
à Carthage , parut avec une nouvelle Flotte
, chargée de troupes , d'armes , de vivres
& d'argent. Le Conful faifit l'avantage
que lui donnoit fur les ennemis la pefante
charge de leurs Vaiffeaux , & ne voulant
pas leur donner le tems de joindre Amil
car , il les attaqua près des Ifles d'Egate * :
Les Carthaginois furent vaincus ; cinquante
de leurs Vaiffeaux furent coulés à fond ,
& foixante & dix avec leurs équipages fu
rent pris par les Romains **
Le fuccès *** de ce combat rendit ces.
derniers maîtres de la mer ; & Carthage
perdant l'efpoir de pouvoir faire fubfifter
l'armée de Sicile , envoya ordre à Amilcar
de négocier la paix . Auff tot ce Général
* E*font trois Ifles à l'Occident de la Sicile. Elles
étoient autrefois nommées Phorbantia , Hyera
Egufa . Maintenant elles fe nomment Levenzo
Maretamo Favognana. Voyez Ofmann , Lexi
con univerfal.
T
.. ”
** Polybe , livre 1. page 60 & ſuiv. Dyodore
de Sicile , Eclog. l. 24 p. 881. Cornelius Nepos,
Vie d'Amilcar , p . 255. Zonaras , Annales , tom . I.
liv. 8. p. 398. Orofe , liv. 4. chap. 10. p. 270 de.
1 : Ed . de Cologne , 1582...
*** Ibid.
MA I. T749: 野
députa à Luctatius , & le Traité fut conclu
aux conditions fuivantes ; que les Carthaginois
vuideroient entierement la Sicile
qu'ils ne feroient plus la guerre contre
Hieron & contre les Siracufains; qu'ils rendroient
tous les prifonniers fans rançon 5
qu'ils . remettroient les Transfuges entre
les mains des Romains ; & qu'ils paye
roient en vingt années deux mille deux cens
Talens d'argent , fomme qui monte envi
ron à treize cens mille écus de notre mon
noye..
Ces conventions ne furent pas approu
vées par
fe Peuple Romain , & il envoya
dix Députés pour regler fur les lieux les
Articles , mais ils obtinrent feulement que
les Carthaginois ajoûteroient mille Talens
à la fomme qu'ils s'étoient engagés de
payer , & qu'ils retireroient leurs troupes
de toutes les Ifles qui font entre la Sicile.
& l'Italie.
Ainfi finit la premiere guerre Punique..
Elle dura vingt-quatre ans. Elle fut la plus
longue & la plus fanglante dont on eût encore
oui parler . Les Romains perdirent
pendant cette guerre jufqu'à fept cens vaif
feaux , & les Carthaginois environ cinq
cens. La plupart des victoires , remportées
par l'une & l'autre Nation, leur avoient
plus coûté que beaucoup de défaites..
14 MERCURE DEFRANCE.
*
Carthage eut la paix avec les Romains,
mais elle n'en fut pas plus tranquille. Les
Etrangers qu'elle tenoit à fa folde , fe ré--
volterent, & ils entraînerent dans leur rébellion
une partie des Afriquains ** . Cette
République fut forcée de reprendre les armes
, & de combattre , non plus pour l'Empire
, mais pour fon propre falut.
Deux Chefs , renommés par leur valeur
étoient à la tête des troupes féditieufes.
L'un le nommoit Spendius. Il avoit été
efclave chez les Romains . Célebre par fa
force , il l'étoit encore plus par fon audace.
Son efprit vafte & ambitieux le rendoit
capable des plus grands deffeins , & il ne
connoiffoit rien de criminel que la lâcheté
, rien de honteux que le mauvais fuccès.
L'autre étoit Mathon , homme libre , mais
fimple foldat. Il ne différoit de Spendius
que parce qu'il étoit peut- être encore plus,
méchant que lui .
Campés à quinze milles de Tunis , ils
mettoient tout à feu & à fang. Ils avoient
chargé de fers Gifcon , que Carthage leur
avoit envoyé pour parlementer avec eux ,
& ils menaçoient la République d'une rui-
* Ibid. Appian , Hift. des Guerres des Romains
en Lybie.
** An. 512 depuis lafondation de Rome , & 184
depuis celle de Carthage.
MA 1. 1.5 1749.
ne prochaine , fi on ne leur payoit inceffamment
les fommes qu'ils prétendoient
leur être duës , & qu'ils faifoient monter
jufqu'à l'excès. Prefque toute l'Afrique fe
préparoit à fecouer le joug , & les favori
foit ouvertement. Tels furent les commencemens
de la Guerre qu'on nomma la
Guerre d'Afrique.
Les Carthaginois oppoferent d'abord à
ces ennemis Hannon , Gouverneur du Pays
de Carthage. Bientôt le peu d'habileté &
de bonne fortune de ce Capitaine les fit
implorer le fecours d'Amilcar . A la nouvelle
de fa nomination au Généralat , les
Rebelles leverent le fiége qu'ils avoient
mis devant Utique , & ils ne fongerent
qu'à éviter le combat .
La langue de terre , qui joint au Continent
la Prefqu'Ifle fur laquelle Carthage
étoit bâtie , eft prefque touverte par deux
montagnes inacceffibles . Les habitans de la
Prefqu'Ifle n'ont communication avec le
refte de l'Afrique que par deux routes pratiquées
entre cesmontagnes, & par un pont
conftruit fur une riviere profonde & fans
gué , nommé Macar , & non pas Machéra,
comme l'a traduit du Ryer. Ce n'étoit que
par l'un de ces paffages qu'Amilcar pouvoit
entrer dans le Continent avec les
troupes qu'il amenoit de Carthage . MaFG
MERCURE DE FRANCE.
thon s'empara de tous ces poftes. Mais
Amilcar qui avoit remarqué , quelorfque
certains vents fouffloient , l'embouchure
du Macar fe combloit de fable , & qu'on
pouvoit pour lors aifément paffer en cet
endroit, faifit une femblable occafion pour
traverfer la riviere , & cette action que
l'on jugeoit impoffible , furprit également.
les Carthaginois & les ennemis.
Spendius , inftruit de la marche d'Amilcar
, alla à fa rencontre. Le Chef des
Revoltés conduifoit un corps de troupes
de quinze mille hommes , & devoit être
joint par un autre de dix mille , qui venoit
d'une Ville fituée près le pont du
Macar. Cependant Amilcar approchoir..
Lorsqu'il apperçut l'ennemi à quelque
diftance , il ordonna à fa premiere ligne
de s'ouvrir , & de feindre de l'épouvante ;
& à fa feconde ligne de s'avancer pour
faire front. Ce mouvement donna lieu
aux ennemis , de croire que fes troupes
prenoient en effet la faite. Cet artifice
lui réuffit , & le défordre apparent de fon
armée en mit un réel dans celle de Spendius.
Les Rebelles , croyant ne devoir
plus fonger qu'à achever de vaincre , cou
rent fans garder aucun rang , mais , lorf
qu'ils penfent n'avoir qu'à pourfuivre des
fuyards , ils fe trouvent en tête des trou
MAI. 17
1749.
pes ferrées & en bon ordre. Celles , qui
avoient paru fe retirer , font en même tems
volte- face , les chargent en flanc , & les
contraignent de fuir . Dans la confufion
générale & dans les ténébres , car le combat
avoit duré jufqu'à la nuit , ils mécon
noiffent un corps de troupes , qui venoit
à leur fecours ; ils le taillent en pièces , &
ils aident à leur propre défaite.
Cette victoire fit renaître l'efperance
dans Carthage. Amilcar prit plufieurs Villes
, entr'autres celle qui étoit voiſine du
pont du Macar. Mais peu s'en fallut qu'il
ne tombât lui- même en la puiffance des
Revoltés. Spendius , ayant reçu un fecours
d'Africains & de Numides , enferma ce
Général , campé pour lors dans une plaine
environnée de montagnes. Le péril étoit
preffant , & cependant Amilcar en triompha.
Parmi les ennemis étoit un Numide ,
nommé Naravafe , recommandable par fa
nobleffe & par fes vertus. Fils d'un pere ,
qui avoit été pendant toute fa vie ami des
Carthaginois , il avoit confervé pour eux
une fecrette inclination , & la feule forcede
l'exemple l'avoit engagé dans le parti
des Rebelles. Touché des grandes qualités
d'Amilcar, il réfolut de périr plutôt avec
lui , que de vaincre fous un autre Chef,
IS MERCURE DE FRANCE.
& il paffa dans l'armée de Carthage avec
deux mille Numides qu'il commandoit.
Amilcar , voyant fes forces augmentées ,
préfenta la bataille aux ennemis . Après
un combat long & fanglant , les Carthaginois
demeurerent victorieux. Dix mille
hommes de l'armée de Spendius refterent
fur la place , & quatre mille rendirent les
armes aux Carthaginois.
L'amnistie qu'Amilcar accorda aux prifonniers
, & la générofité dont il ufa à l'égard
de ceux qui voulurent fervir dans fes
troupes , fit craindre aux Chefs de la re
volte , que l'efperance du pardon n'excitât
la plupart des rebelles à rentrer dans le
devoir. Ces factieux voulurent hazarder
un coup d'éclat , qui divisât pour jamais les
deux partis. Ils firent mourir Gifcon &
foixante - dix autres prifonniers , après
avoir exercé fur eux tout ce que peut inventer
la cruauté la plus farouche.
le
Amilcar irrité de cette barbarie , & impatient
d'en punir les auteurs , engagea
Général Hannon , qui commandoit une
feconde armée que la République venoit
de mettre en campagne , à fe joindre à lui .
Lorfqu'on croyoit que les féditieux étoient
près d'être diffipés , la méfintelligence de
ces deux Guerriers troubla de fi heureux
commencemens. Les Carthaginois furent
M A 1. 1749. ·12.
contraints d'ordonner , que les troupes
choififfent entre les deux Généraux celui à
qui elles voudroient obéir , & qu'elles dé
pofaffent l'autre. Elles déeiderent en fa-/
veur d'Amilcar.
. Cependant les Carthaginois perdirent
entierement la Sardaigne. Les foldats
étrangers , qu'ils tenoient dans cette Ifle ,
fuivirent l'exemple de ceux d'Afrique ,
tuerent Boftar qui les commandoit , firent
le même traitement à tous les Carthaginois
qu'ils rencontrerent dans le pays ,
& demeurerent maîtres de l'Ifle . Un convoi
confidérable que les Carthaginois faifoient
venir d'Espagne , périt vers le mê
me tems par une tempête : & les habitans
d'Utique, & d'Hippone * , nommée maintenant
par quelques- uns Biferta-Vecchia ,
& par d'autres Razamilara , les feules Villes
qui de toutes celles de l'Afrique fuffent
demeurées fidelles à Carthage du tems
d'Agatocles , & pendant la premiere guerre
Punique , égorgerent cinq cens Carthaginois
, qui étoient venus pour les fecourir
contre Mathon , jetterent les corps de ces
infortunés
par deffus leurs murailles , & fe
donnerent aux Rebelles.
* Il y a eu une autre Ville d'Hippone , que pla
fieurs ont nommée Hypporegius . Les Espagnols la
nomment aujourd'hui Bona , & les François Bone. •
20 MERCURE DE FRANCE.
Spendius & Mathon , dont l'audace redoubla
par de tels fuccès , formerent. le
fiége de Carthage. Bientôt ils éprouverent
eux- mêmes les maux qu'ils efperoient de
faire fouffrir à cette Ville. Amilcar leur
coupa les vivres , & les réduifit à une telle
difette , qu'ils leverent le frége . Mathon ,
après avoir tenu encore quelque tems la
campagne , fe retira dans Tunis , & le Général
Carthaginois, ayant furpris Spendius
dans un lieu qui étoit extrêmement defavantageux
aux ennemis , l'affiégea dans
fon camp , & le réduifit à la cruelle fituation
de n'ofer combattre & de ne pouvoir
fuir. Les Rebelles , preffés par la famine ,
mangerent jufqu'à leurs efclaves . Cette
affreufe reffource.même à la fin leur manqua
, & l'extrême mifere ne tarda pas à être
fuivie d'un murmure général . La voix des
Chefs ne fut plus écoutée . Déja l'on propofoit
de les livrer à Amilcar , ou de les
facrifier à la vengeance des troupes.
Ces malheureux ' , n'ayant plus d'efpoir
de continuer la guerre , confentirent de
travailler à la paix , & leurs troupes les
chargerent de capituler . Ayant obtenu un
fauf- conduit , ils fe rendirent dans le camp
d'Amilcar , pour régler les conditions . La
premiere de celles qu'ils furent contraints
d'accepter , fut que les Carthaginois
Μ Α Ι. 1749. 21
pourroient condamner au fupplice dix
hommes de l'armée ennemie , & renvoyer
tous les autres fans habits & fans armes.
On ne fut pas plutôt convenu des articles
, qu'Amilcar déclara qu'il choififfoit
Spendius & neuf autres des principaux
Députés. Les Afriquains , ayant appris la
détention de leurs Commandans , & foupçonnant
qu'on ne vouloit épargner perfonne
, coururent aux armes . Les Carthag
ginois les envelopperent , & à peine dix
mille des ennemis échapperent au carnage.
On nomme Pryon le lieu de ce combat.
Mathon , reftoit encore impuni . Amilcar
, paroiffant plutôt aller faire reconnoître
fon autorité par des peuples déja foumis
, que marcher pour combattre des rebelles
, forma le fiége de Tunis , & fit mettre
en croix Spendius & les autres. prifon
niers au pied des murailles de la Ville. Ce
fpectacle , loin de jetter la crainte parmi
les affiégés , excite leur courroux , & ne
leur fait refpirer que la vengeance . Mathon
fait une fortie , force le quartier
d'Annibal , un des Lieutenans Généraux
des affiégeans , le prend , & le fait attacher
à la même croix fur laquelle Spendius
avoit été mis .
Cette nouvelle porte une feconde fois
la terreur dans Carthage.
22 MERCURE DE FRANCE.
Tous ceux , qui étoient dans la Ville
en état de porter les armes , ont ordre de
fe rendre au camp . d'Amilcar . Hannon ,
qui avoit été déja employé dans cette
guerre , eft nommé de nouveau pour partager
avec lui le commandement , & trente
Sénateurs ont commiffion d'aller à l'armée
, pour rétablir l'intelligence entre
ces deux Capitaines. Amilcar & Hannon ,
après diverfes conferences , promirent
d'oublier leurs differends , & pendant tout
le tems qu'ils commanderent enfemble ,
ils agirent , comme s'ils avoient été toujours
intimement unis . Des hommes fages
peuvent fe hair , mais ils fçavent , lorfque
le devoir l'exige , triompher de leur inimitié.
Dans toutes les rencontres Mathon eut
du defavantage . Enfin il hazarda une action
générale. Prefque toutes les troupes
y périrent , & lai -même fut pris . Auffi -tôt
l'Afrique reçut le joug. Hyppone & Utique
demeurerent feules opiniâtres dans
feur revolte. Ces Villes avoient trop offenfé
Carthage , pour pouvoir cefler d'être
fes ennemies . Il fallut cependant , qu'à
la fin elles fe foumiffent , & il ne leur fut
pas même accordé de capituler. Amilcar
& Hannon les contraignirent d'ouvrir
MA I. 1749. 23
leurs portes , & de fe foumettre à la difcrétion
des vainqueurs *..
Par cette expédition ces deux Généraux
termineren la guerre d'Afrique. Polybe
dit , qu'elle dura trois ans & quatre mois,
Diodore prétend , qu'elle dura un an de
plus , & fi l'on en croit Tite -Live , les
Carthaginois employerent cinq ans à la
terminer. Elle avoit conduit leur empire
prefqu'à l'inftant de fa ruine , & peu s'en
fallut , que Carthage n'éprouvât de la
de fes propres fujets le fort que dans la
fuite Rome , fa rivale , lui fit fubir . ·
part
Le calme fe rétabliffoit , & Mathon
venoit d'expier dans les plus cruels tourmens
les maux qu'il avoit fait fouffrir à
fa Patrie , lorfque les Romains formerent
un deffein fur la Sardaigne. Les Habitans
naturels de l'Ifle en avoient chaffé les '
troupes rebelles , & les ayant forcées de
paffer en Italie , ils avoient eux-mêmes fe
coué le joug de toute domination étran
gere. Les Carthaginois , qui prétendoient
avoir plus de droit qu'aucune Puiffance,
à la poffeffion de ce pays , dont ils ſe regardoient
comme les anciens maîtres
fongerent à le foumettre. Nouveau fujet
de trouble. Les Romains devenus info
* An. 515, 516. ou 517, de Rome,
24 MERCURE DE FRANCE.
•
lens par les pertes de leurs ennemis , fe plaignent
que Carthage arme contre eux ,
fous prétexte d'armer contre les Sardes ,
& ils la menaçent d'une guerre , dont ils
avoient autant de crainte que cette République.
Les Carthaginois , trop foibles
alors pour pouvoir foutenir une guerre ,
quand même ils auroient été sûrs de la victoire
, abandonnerent la Sardaigne , & confentirent
d'acheter la paix douze cens
talens .
Amilcar fut vivement indigné du cruel
affront que recevoit fa Patrie . Dèflors , fi
les Carthaginois euffent fecondé fa haine
contre les Romains , on auroit vû la feconde
guerre Punique commencer avec
plus de fureur encore que les deux Nations
n'en avoient jamais montré . Une
nouvelle guerre l'obligea de porter fes armes
contre d'autres ennemis *. Les Habitans
de Cadix , defcendus d'une Colonie
de Tyriens , qui conduits en Efpagne par
le defir de faire un nouvel établillement ,
y avoient fondé cette Ville , étoient montés
à un affez haut degré de puiffance ,
pour rendre jaloux la plupart de leurs voifins.
Quelques uns des peuples Efpagnols
les inquiétoient par de continuels actes
* Juſtin. Liv. 44. chap . 5. édit. d'Elzevir, 1656 .
1.282.
d'hoſtilité ,
MA I.
25.
1749.
d'hoftilité , & les Carthaginois fe crurent
dans la néceffité de fecourir une Colonie ,
dont les intérêts étoient liés aux leurs par
des noeuds fi étroits. Les troupes , qu'ils
envoyerent aux Gadetains , diffiperent les
ennemis , & affujettirent à Carthage une
partie de ces peuples. Auffi - tôt Amilcar
reçut ordre de paller en Eſpagne . Prêt de
s'embarquer , il fit jurer fur les Autels à
fon fils Annibal , âgé pour lors de neuf
ans , de fe déclarer l'ennemi irréconciliable
des Romains , dès qu'il pourroit manifefter
fa haine par des effets dignes de lui .
Il voulut même , impatient de voir ce jeune
enfant devenir le fléau de Rome , qu'il
apprît fous lui à la faire trembler. Afdrubal
, fon gendre , qui depuis fut fon fucceffeur
, pafla aufli avec lui la mer.
Amilcar commanda pendant près de
neuf années en Efpagne. Polybe & Tite-
Live fe contentent de rapporter , qu'il y
fubjugua plufieurs peuples , mais que conblé
de gloire , il ne fut jamais fatisfait , &
qu'il laiffa toujours entrevoir qu'il méditoit
une entrepriſe plus importante que la
conquête de ce vafte Pays. Il n'eut pas le
tems d'exécuter on projet. Il fut tué dans
une bataille , dit Polybe , en combattant
contre un ennemi redoutable. Cornelius
Nepos , ou l'Hiftorien dont on lui attribue
B
26 MERCURE DEFRANCE.
ques
les écrits , & Donatius Acciaiolus , Auteur
d'une vie d'Annibal , imprimée dans queléditions
de Plutarque , nous apprennent
, que c'étoit les Vectons . Tite - Live ,
L. 24. nous apprend de plus , que le lieu ,
où périt Amilcar , fe nommoit Caftrum
Altum. Primò ad Caftrum Altum , dit cet
Auteur , p. 259. locus eft infignis cade magni
Amilcaris , Caftra Romani habuêre. Par ce
qui fuit ces mots dans Tite- Live , il paroît
que ce lieu n'étoit pas éloigné de la Ville
de Munda , & les Géographes prétendent
que cette Ville étoit ou dans la Grenade ,
ou près des confins de cette Province .
On lit dans Diodore * , qu'Amilcar
avoit fait bâtir en Efpagne , fur les confins
de la Grenade , une Ville nommée Acraleuca
ou Ville Blanche . Ce Guerrier laiffa
trois fils , Annibal , Afdrubal & Magon.
Il avoit coûtume de dire d'eux , qu'il nour .
riffoit trois lions , qui déchireroient un
-jour Rome & les alliés de Rome **. Sa
fille devoit époufer Naravafe , dont j'ai
parlé à l'occafion de la guerre d'Afrique ,
& Amilcar l'avoit promiſe à ce Numide ,
mais Afdrubal fut preferé.
Si Amilcar eût vêcu plus long- tems , il
Eclogue liv. 15. p . 882.
** Cornelius Nepos , p . 256. & Tite- Live , liv.
p. 11.
MAI.
27 1749:
auroit porté dans l'Italie la terreur , qu'Annibal
y porta dans la fuite. La mort de cet
homme illuftre fut trop précipitée pour
Carthage. Il avoit toutes les qualités du
Héros , & plufieurs de celles du grand
homme. Supérieur à tous les Capitaines
Carthaginois qui l'avoient précédé , il
n'auroit point eu d'égal dans fa République
, s'il ne lui eût donné le fameux Annibal.
VIPARARARATO PARAPAKARARA
VERS
De M. de Voltaire , fur le Louvre.
Monumens imparfaits de ce fiécle vanté ,
Qui fur tous les Beaux Arts a fondé fa mémoire ,
Vous verrai - je toujours , en atteftant fa gloire ,
Faire un jufte reproche à fa poftérité ?
Faut- il que l'on s'indigne alors qu'on vous ad.
mire ,
Et que les Nations , qui veulent nous braver ,
Fieres de nos défauts , foient en droit de nous
dire ,
Que nous commençons tout pour ne rien achever
?
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Sous quels débris honteux, fous quel amas rufti
que ,
On laiffe enfevelis ces chef- d'oeuvres divins !
Quel barbare a mêlé la baffeffe gothique
A toute la grandeur des Grecs & des Romains
Louvre , Palais pompeux , dont la France s'honore
,
Sois digne de ce Roi , ton maître & notre appui ;
Embellis ces climats que fa vertu décore ,
Et dans tout ton éclat , montre toi comme lui.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
DISSERTATION fur la Police des
Fourmis , toute differente des fauffes conjectures
qu'on afuivies jufqu'aujourd'hui, Pär
M. François Carre.
P Révenu dès l'enfance
Révenu dès l'enfance , comme les
autres hommes , que la prévoyance &
l'activité de ce laborieux Infecte ne tendent
par fes travaux continués fans interruption
pendant la durée de la belle faifon
, qu'à renouveller fes magafins , pour
ne point être furpris par les rigueurs de
l'hyver âpre & long ; j'ai voulu me convaincre
par mes yeux d'un phénoméne
prefque univerfellement reçû pour conftant
, & duquel il fembloit qu'on n'eût pû
MA I. 29
1749.
douter fans héréfie . Je me fuis attaché , il
y a près de 30 ans , à examiner & à approfondir
la police des Infectes en queſtion .
Avant que de produire mes obfervations
far ce qui les concerne , je dois rappor
ter ce que M. Rollin , les Obfervations cu
rieufes fur toutes les parties de la Phyſique,
& le Spectacle de la Nature, avancent
fur ce fujet.
M. Rollin , cet homme éclairé , dont la
mémoire & les travaux feront toujours
également refpectés , rapporte , fur la foi
de quelques Naturaliftes , tome 4 , page
400 , que le grenier des fourmillieres eft
compofé de plufieurs chambres qui s'entrecommuniquent
par des galeries , & qui
font creusées fi avant , que les pluyes & les
neiges ne pénétrent point jufqu'à leur voû
te. Ceux qui ont effayé de détruire des
fourmillieres , n'y ont prefque jamais reuffi,
parce que les rameaux s'en étendent au
large.
Lorfque les greniers font pleins , & que
l'hyver approche , on commence à mettre
en fûreté le grain , en le rongeant par les
deux bouts , & l'empêchant par - là de
germer.
Les Obfervations curieufes fur toutes
les parties de la Phyfique , Paris 1719 ,
page 462 , s'expliquent ainfi qu'il fuit ,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE .
Les Fourmis font ovipares leurs oeufs
ne contiennent d'abord qu'un petit ver
qui devient dans la fuite Fourmi , & f
on voit les Fourmis dans l'Eté fi empref
fées de faire des provifions pour l'hyver,
ce n'eft pas pour elles qu'elles travaillent,
car elles font engourdies pendant tout
l'hyver, & ne mangent point, mais c'eft pour
nourrir leurs petits. Il ne faut pas croire
non- plus qu'elles mordent , quand elles
font irritées. Elles ont au derriere um
aiguillon dont elles piquent , & la douleur
vient moins de la piquare même ,
que d'une liqueur âcre qu'elles infinuent.
dans la playe.
Le Spectacle de la Nature , huitiéme
Edition , tome premier , page 215 , Paris
1741 , en parle dans les termes fuivans.
C'eft un petit peuple réuni , comme les
Abeilles , en un petit corps de République.
Elles ont une efpece de ville , plus
longue que large , & partagée en differentes
rues qui aboutiffent à differens magalins.
Leur grande paffion , dit-on , après les fucreries
, eft d'amaffer du blé & d'autres
graines qui font de garde , & de peur que
ce blé ne germe à l'humidité dans leurs célules
fouterraines , on affûre qu'elles en
rongent le germe qui eft à la pointe du
"
grain,
MA I. 1749.
J'ai vû des Fourmis porter ou pouffer,
des grains d'orge ou de froment , mais je
n'ai pû parvenir à trouver le grenier. Tous.
les Anciens en parlent , & Aldrovandus,
affûre l'avoir vû. J'ai vû des grains de blé
germer dans une fourmilliere ; il fe peut
faire qu'on ait pris leurs chryfalides , qui
font quelquefois de couleur jaune , pour
des grains de blé fans germe & gonflés à
l'humidité. Elles fe tiennent l'hyver clofes
& couvertes , jouiffant en paix des fruits
de leurs peines. Il y a cependant grande
apparence qu'elles mangent peu l'hyver, &
qu'elles font engourdies, alors ou endormies
, comme bien d'autres Infectes. Ainfi
leur ardeur à faire des provifions , tend
moins à fe précautionner pour l'hyver ,
qu'à fe pourvoir pendant la moiffon de ce
qui eft néceffaire à leurs petits. On pour-,
roit parler des aîles que les mâles acquie-,
rent à un certain âge pour aller butiner
plus facilement, & qui font , dit- on , refufées
aux fémelles , afin qu'elles foient plus
fédentaires & occupées des foins domeftiques.
Je crois cependant avoir remarqué
que toute la fourmilliere acqueroit des
aîles, & abandonnoit les fouterrains.
Je réponds à toutes ces vagues conjectures.
1. Que pour traiter judicieufement des
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
ouvrages les plus fimples de l'Auteur de la
Nature , il faut foi- même en faire l'examen
à jeun ; c'est- à- dire , étant dépouillé
de tous préjugés & dans la difpofition de
douter même de la vérité de fes
propres
obfervations ; ce doute ne peut être qu'extrêmement
avantageux à la curiofité des
Naturaliftes , & peut feul les faire parvenirà
découvrir incontestablement la vérité .
2°. Que la capacité du grain occupe en
petit l'effence & la forme de la plante
qu'il doit produire , & que les parties qui
l'enveloppent , font destinées à la préferver
des accidens qui détruiroient fa proprieté
végétative , & à lui fervir de premier aliment,
lorfqu'après avoir été plufieurs jours
dans la terre , l'air , l'humidité & les fucs
propres à la génération , pénetrent & divifent
fes differentes parties qui forment
un tout pour produire un arbre , une plante
, fuivant l'efpece.
L'enveloppe ou fuperficie que nous ap
pellons l'écorce , préferve par fon tiffu
ferré la plante en petit & les differentes
parties qui l'enveloppent ( ceci regarde
Toutes les plantes fans exception ) des attaques
des vermiffeaux , après que le grain
a été jetté dans la terre..
Lorfque les differentes parties du germe
commencent à fe développer , il fe redref
M A I.
1749. 33
fe , d'incliné ou couché qu'il étoit par fon
extrêmité ; par cette efpece de reffort qu'il
fait en fe déployant , ilforce & diffout les
pores de l'écorce qui le couvre , laquelle
eft plus mince à cet endroit qu'ailleurs ;
ces differens effets ne s'exécutent qu'après
que l'humidité & les fucs deftinés à la végétation
ont pénetré , amolli , élargi le
tiffu de l'écorce qui couvre le germe , lequel
germe jette differens filets qui s'enfoncent
dans la terre , pour y former les
groffes racines & le chevelu , qui fervent
de bafe à la plante , l'affermiffent & lui
diftribuent les fucs convenables .
Les filets ayant percé dans la terre , ils
donnent paffage , & font circuler les fucs
propres à la dilatation de la plante , &
pour divifer les differentes parties qui
compofent un tout ; enfuite l'écorce s'ouvre
, ſe fend du côté oppofé au germe ,
pour donner paffage à l'aiguille qui perce
la fuperficie de la terre pour s'élever audeffus.
Le premier aliment de la plante , c'eſt la
partie fine & moëleufe que nous nommons
la farine.
Il en eft de l'embryon ( je ne fçais fi ce
terme eft conféquent ) de toutes les plantes
fans exception ainfi que du poulet , lequel
étant éclos dans l'oeuf , fe nourrit du jaune
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
& du blanc jufqu'à ce qu'il ait acquis aſſez
de force pour faire avec fon bec ouverture
à fa coque .
3°. Les graines rondes n'ont point. de
bouts, & celles qui font un peu longuettes,
ont la partie destinée pour la racine ( le
germe ) vers le milieu de fon étendue , &
non pas à une des extrémités , ainfi que
l'avancent les Auteurs que je combats .
Quand il y auroit exception pour un nom
bre d'efpeces , cela ne peut détruire ma
démonftration.
4°. Les Naturaliſtes , qui ont avancé des
préjugés pour des vérités inconteftables
ont imaginé fans doute,que les Fourmis ne
fe nourriffoient que de blé, de feigle , d'orge
& d'avoine , ce qui les a portés à croire
qu'elles en rongeoient les deux extrêmités .
Leurs conjectures auroient eu quelque vraie
femblance , s'ils avoient prouvé que la partie
deftinée pour la racine, eût fon origine
à un bout , & celle pour former la tige , à
l'extrêmité oppofée , & quand bien même
la chofe feroit ainfi qu'ils l'ont conçue ,
cela n'empêcheroit point encore que les
grains rongés par les deux bouts ne s'échauffaffent,
& ne fe corrompiffent dans la
terre , parce que l'humidité auroit un libre
accès fur la totalité de la graine , étant dépouillée
d'une partie defon écorce , & que
M A I.
1749. 35
les Fourmis entraînent fans diftinction les
graines vertes & féches , & que pour conferver
les grains renfermés , il faut les tenir
long-tems à couvert de l'humidité , les
remuer fouvent , pour éviter qu'ils ne s'échauffent.
Etant parfaitement deffechées
de toutes parties aqueufes & fans ordures
, alors on peut les renfermer en toute
fûreté en lieu fec. Or la Fourmi ne prend
point toutes ces précautions , donc elle ne
peut long-tems conferver en magafin les
graines qu'elle enleve .
5. Toutes les graines , de telle forme
qu'elles foient , tiennent par un filet à la
plante qui les produit,jufqu'à leur parfaite
maturité , comme le petit millet . Si elles
font renfermées dans une goulle ou dans
un épi , elles y font attachées par une
queue plus ou moins charnue , plus . ou
moins longue fuivant l'efpece , ainfi que
les pois le démontrent . Or la partie tenue
par le filet ou la queue , dont le grain fe
fépare, quand il eft mûr , eft la partie que
nous nommons le germe, deftiné à s'enfon
cer dans terre , après avoir été pénetré des
fucs propres
à la faire vegeter. Ce filet
ou la queue tiennent lieu de canal de
communication ; il reçoit les fucs de la
plante pour les diftribuer au grain , autant
qu'il eft néceffaire pour le perfectionner.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
La queue ou le filet font l'office à l'égard
du fruit ou du grain , que font en nous les
veines lactées , c'eft - à- dire qu'ils n'admettent
que les fucs les plus déflegmés ; vérirés
dont il eft libre à chacun de fe convaincre.
Je n'attribue aucun degré de chaleur
à ce filet ni à cette queue pour atténuer &
rarefier les fucs qu'ils charient. Je conçois
fimplement que les vaiffeaux des filets ou
queues font affez déliés pour ne donner
paffage qu'aux parties les plus volatiles du
fuc nourricier.
6. En voila fuffifamment, je penfe, pour
anéantir les prétendus magafins qui ont
donné matiere aux plus grands Ecrivains
d'exercer leur fublime intelligence fur des
fujetsimaginaires . Je rapporterai à cette occafion
, que pendant les guerres de Reli
gion, les habitans de nosProvincesMéridionalés
creufoient des puits à une profondeur
déterminée par la nature du fol , où l'eau ne
pouvoit fe porter ; ils en garniffoient le
tour de longue paille , à mesure qu'ils les
rempliffoient de grain , pour mettre à
couvert de l'humidité; & afin que ces puits ,
ainſt remplis , fuſſent à l'abri du pillage des
partis Catholiques & Albigeois , ils couvroient
de menue paille le grain , & mettoient
des piéces de bois par deffus, dont les
deux bouts étoient appuyés fur la terre ferMAI.
1749 . 37
me, qu'ils chargeoient enfuite de terre , de
gazon ou de pavé , pour que ces greniers
Louterrains ne fuffent point apperçus. La
Tradition porte que le grain préparé comme
il convient, fe confervoit parfaitement
pendant plufieurs années . J'ai vû plufieurs
de ces puits vuides & ignorés , s'enfoncer
dans les rues de la Ville de Lavaur,à fix ou
fept lieues à l'Orient de celle de Toulouſe,
dans des jardins , dans la campagne & dans
de petits bois. Sur l'embouchure des derniers,
il étoit crû de grands arbres. Les Ca
talans dans les dernieres guerres mettoient
leurs meilleurs effets dans des puits femblables
qu'ils creufoient fous leurs lits & ailleurs.
Ceux qui habitent les vaftes plaines
de l'Ukraine, fe doivent fervir de femblables
puits pour y ferrer leurs grains & leurs
meilleurs effets , étant expofés aux irruptions
fubites des Tartares de Crimée .
Le climat du Languedoc étant plus
chaud & plus fec que celui- ci , & les Fourmis
y étant fans comparaifon plus communes
, j'ai fait fouiller en été , en hyver ,
dans le printems & l'automne , une infinité
de fourmillieres , fans jamais avoir découvert
ces prétendus magafins , ce qui
m'a autorifé à décider que le fentiment
commun n'eft qu'une erreur. Il eſt vrai
quefi une fourmilliere eft à portée de quel
A
38 MERCURE DE FRANCE.
ques graines battues hors de leurs gouffes
ou épis , les Fourmis charient continuellement
; fi alors on fouille cetre fourmilliere,
on y trouvera ce qu'elles n'auront pû
confommer ; dans tout autre tems on n'y
trouve aucune provifion . Lorfque les graines
ainfi amaffées à la hâte dans differens
rameaux ( ce font leurs greniers extraordinaires
) commencent à fermenter & à fe
corrompre , les Fourmis les fortent de leur
retraite avec la même activité qu'elles les
y avoient portées. Obfervations que j'ai
réitérées affez de fois ,pour m'en bien convaincre.
Aldrovandus a fans doute faifi un de
ces momens que les Fourmis venoient d'enlever
des graines qui étoient à leur portée
, ce qui a donné occafion à ces fauffes
conjectures , que fes fucceffeurs ont adop
tées après lui , fans s'affûrer fi elles étoient
bien ou mal fondées. Les nouvelles découvertes
que l'on fait tous les jours , prou
vent bien que la confiance & le refpect
que l'on avoit pour les fophifmes des Anciens
, pouvoient perpétuer l'ignorance &
la chimere fur les objets les plus fimples.
Les fourmillieres qui font dans les bois
& dans des terreins bas incultes , étant
plus fraîches que celles des jardins
des terres en plein air , cette efpece de
&
MAI. 1749. 39.
Fourmis qui eft la plus groffe , a l'attention
, lorfqu'il fait un beau Soleil , de
fortir les oeufs , ou fes petits transformés
en Nymphes , à l'air , pour que la chaleur
les frappe . & les fortifie ; elles
ont auffi le foin de les rentrer avant que
le Soleil difparoiffe . Elles ont encore la
précaution d'élever une calotte ou demiglobe
d'un demi- pied , à peu près au deffus
de l'entrée de leurs fouterrains, & de frayer
differentes routes pour fortir & rentrer
par la partie la plus élevée . Cette élévation
compofée de petits brins de bois ,
de petites files de plantes & de terre leur
tient lieu d'une chauffée en détournant les
eaux . D'autres Fourmis élevent un double
talus pour la même fin.
୨
Celles qui s'établiffent dans les jardins
dans les lieux habités , & dans les terreins
en plein air , font plus petites. Leurs fouterrains
étant fecs , & l'air échauffé y pénétrant
avec facilité , elles ne fortent point
leurs oeufs dehors. Elles prennent auffi
beaucoup moins de précautions pour le ga
rantir des eaux.
Les Fourmis de toutes efpeces préférent
les terres fermes & battues , à celles qui
font exposées à être fouvent remuées . Elles
font plus ou moins de travaux , fuivant
40 MERCURE DE FRANCE.
Pexpofition & la nature du terrein , elles
n'appréhendent que l'eau .
Toutes les fourmillieres ont une principale
entrée, dont la continuité perce dans
la terre à une profondeur indéterminée .
Cette ouverture a differens ufages , c'eft
la fortie des Fourmis , elle leur fert auffi
d'entrée dans les differens rameaux qu'elles
pratiquent.
Cette voye qui perce dans la terre , fert
encore à épuifer l'eau qui peut y pénétrer .
Differens rameaux fervent de déchargé à
ee puifart. Ces differens travaux font plus
bas que les fouterrains que les Fourmis ha
bitent.
Il y a des fourmillieres qui ont plufieurs
ouvertures pour fortir & rentrer. Lorfque
la mauvaiſe faiſon approche , les Fourmis
bouchent toutes ces ouvertures , elles
bouchent auffi toutes les iffues intérieures
des rameaux qui aboutiffent au lieu où elles
fe retirent.
›
J'ai tenté differentes fois de fubmerger des
fourmillieres , en verfant de l'eau dedans ,
même de l'eau bouillante,jufqu'à ce qu'elle
- furnageât fur l'ouverture. Cette eau étoit
d'abord épuifée , je ne me fuis point apperçu
que les Fourmis en euffent fouffert.
Depuis le mois de Mai , ou le comΜ
Α Ι. 1749% 41
mencement de celui de Juin , fuivant la
conftitution des faifons , les Fourmis travaillent
fans interruption jufqu'au retour
de la mauvaiſe faifon. Leur merveilleufe
activité n'eft que l'effet de leur tendreffe
pour leurs petits qui naiffent pendant la
belle faifon. Leur foibleffe enfantine ne
leur permettant pas de s'expofer à l'air ,
toute la République travaille à frais communs
pour les petits.
C'eft une fauffe conjecture d'avancer que
les Fourmis mangent hors de leurs fouterrains,
excepté dans deux cas . Lorfqu'elles attaquent
des fruits , qui font dans le fucre
, fi le fruit eft au fec , elles le dépecent
en petites parties , chacune emporte
fa charge. Si au contraire , le firop furnage
fur le fruit , l'impoffibité d'enporter
ce liquide , les invitant à faire toutes
les tentatives poflibles pour parvenir au
fruit , non -feulement elles échouent , mais
elles y périffent , parce que le firop leur
glue les pattes : ou quand elles trouvent
des liqueurs fucrées , elles ne cherchent
qu'à butiner pour porter à la fourmilliere,
& non pas pour fe repaître en particulier
.
Quand les environs d'une fourmilliere
font.ftériles les Fourmis errent au loin
de tous côtés pour picorer , rien n'échappe
>
42 MERCURE DE FRANCE .
à leurs recherches , & à leur fentiment qui
eft exquis. Si ce qu'elles découvrent eft.
lourd & pefant , elles fe mettent plufieurs .
après , les unes tirent , les autres pouffent ;
fi leurs efforts font vains , que le nombre
ne puiffe ébranler la maffe , elles la
divifent en petites parties avec leurs pinces
, & la portent en détail au magalin
commun. Si quelqu'une fait une heureufe
découverte , elle en donne avis , j'ignore
par quel figne : auffi- tôt la République fe
met en action : on fraye deux routes , l'une
pour celles qui vont attaquer, l'autre pour
celles qui reviennent chargées.
Je conjecture que la Fourmi n'ayant
ni cri , ni fon , ni voix , c'eſt par un
coup de tête ou un coup de patte , appliqué
d'une certaine façon , qu'il ne me.
conviendroit point d'entreprendre d'expliquer,
qu'elle donne à la premiere qu'elle
rencontre , en revenant fur fes pas : celle- ci
fe conduit de même envers la plus proche
voisine , & ainfi de l'une à l'autre , de
forte qu'en un inftant , toute la Républi
que eft inftruire de l'heureufe nouvelle.
Toutes celles à qui il eft libre d'agir, fe mettent
incontinent fur les traces de celle
qui a découvert la capture , & qui fert de
guide .
Si quelquesFourmis viennentà périr, d'auMA
I 1749.
43
tres Fourmis les emportent au loin.
Au retour de la mauvaife faifon , les
Fourmis , fans exception de vieilles ni de
jeunes, paffent dans leur fommeil. Elles de-i
meurent en cet état à demi - courbées en
dedans , jufqu'à ce que l'air ait acquis un
dégré de température convenable pour ra
nimer leurs efprits. J'ai vu des Fourmis
qui s'étoient logées dans l'appartement que
joccupois , s'endormir plus tard , & fe
réveiller plutôt que celles qui étoient en
plein air. Lorfque l'air fe raffraîchiſſoit
elles ne paroiffoient plus. Cet Infecte ſe
paffe à bien peu de chofe. J'en ai vû d'établies
fur des tours , des clochers , dans
des murailles très- élevées , dans des cham
bres hautes , où elles trouvoient bien peu
de nourriture.
•
Quand la Fourmi a acquis un nombre
d'années , que je n'ofe déterminer , il luż
pouffe de grandes aîles pendant fon fommeil
, & fes inclinations changent totalement.
L'air réchauffé par l'élévation du
Soleil les ayant ranimées , toute la fourmilliere
fort par un très - beau jour. Je crois
que c'eft l'unique jour de l'année , que
toutes les Fourmis fortent de leurs fouterrains
, dont elles ne s'écartent point cependant
, ne s'agiffant alors que de refpirer
un air pur , qui vraisemblablement
44 MERCURE DE FRANCE.
répare leurs forces un peu épuifées par
la longue diette qu'elles viennent de faire,
& peut-être pour vuider leur ventre. Celles
qui font aîlées , mâles & femelles , il
n'y a point d'exception , fuyent les autres
Fourmis en s'éloignant de la fourmilliere
avec un empreffement marqué : elles
cherchent une muraille , une pierre ,
une plante , un arbre ; étant montées à
differentes hauteurs , elles agitent leurs aîl'es
>
pour s'élever dans l'air. Si en faifant'
ces premieres épreuves , elles retombent'
fur la terre , elles remontent juſqu'à ce
qu'elles s'élevent dans l'air , pour ne jamais
rapprocher de la fourmilliere. Celles qui
acquierent des ailes , font peut-être la quatriéme
partie d'une fourmilliere: Jamais aucune
n'est partie tout à la fois. Il n'y a que
les plus vieilles qui acquierent des aîles , à
Pâge de quatre à cinq ans au moins ; je crois
m'écarter peu de la vérité.
Je conjecture que les petites Fourmis
de l'année précédente fe font attachées aux
pattes des vieilles , en paffant dans leur fommeil
, dont elles ne reviennent parfaitement
, qu'après avoir été frappées par l'air
extérieur. Les Fourmis aîlées fortant de
F'embouchure de la fourmilliere , les petites
Fourmis fe décramponnent de leurs
pattes , & les laiffent aller , J'ignore que
1
M A 1. 1749. 45
quelqu'un avant moi ait obfervé que pas
ure Fourmi aîlée ne fort de fon fouterrain ,
fans une petite ou deux cramponnées à ſes
pattes de derriere , phénomene qui m'a
autorifé à préfumer que les petites Fourmis
n'en ufent ainsi , que pour fe mettre
à couvert des impreffions de l'air pendant
leur fommeil . La chaleur qui tranfpire du
corps des vieilles , fous le ventre defquelles
elles s'endorment , contribue encore à leur
confervation. Mais la jeuneffe qui dort
ordinairement long- tems & fort , fait vraifemblablement
que ces petites Fourmis ne
s'éveillent , qu'après que les Fourmis aîlées
font forties hors du trou . C'est- à- dire,
que pour qu'elles s'éveillent parfaitement ,
il est néceffaire que l'air extérieur les frappe
& ranime leurs efprits , qui font encore
dans une efpece de léthargie. Cette mouche
eft beaucoup plus fémillante que les autres
efpeces, étant toujours agitée , paffant,
lorfqu'elle eft abattue , continuellement fes
pattes de derriere par- deffus fes aîles ,
foit pour les dérider , les polir , les huiler
, ou les gommer. Elle conferve la même
forme & ftructure de corps , du moins
la premiere année de fa métamorphofe ,
& il eft affez vraisemblable , que c'eft cette
mouche , que des Naturaliftes nomment
une espece de petite guêpe. Elle fait avec
46 MERCURE DEFRANCE.
fes pinces une ouverture dans l'aubier de
l'arbre. Parvenue à la profondeur qui lui
convient , elle creufe differens trous ronds ,
qui répondent perpendiculairement les
uns aux autres , dans chacun defquels elle
dépofe ( fur les petites parties fibreuſes &
ligneufes du bois qu'elle a réduit avec les
pinces en une espece de fciure ou poudre
groffiere , mais mollette ) un oeuf que l'air
échauffé fait éclorre .
Il y a des fourmillieres qui jettent dehors
, dans un tems que je ne peux limiter
, leur effain de l'année précédente . J'ai
examiné beaucoup de ces eflains fe conftruire
une habitation fans le fecours d'aucune
vieille. Il m'a paru que pendant qu'elles
font ainfi occupées à caver la terre ou un
mur , dont elles portent tous les petits débris
dehors , elles ne penfent point à chercher
de victuailles ni à manger. Dès que
l'habitation fouterraine eft avancée , une
partie de ces petites Fourmis fe mettent en
quête.
Les Fourmis de toutes efpeces s'accommodent
de toutes fortes de graines d'arbres
, d'arbriſſeaux , d'arbustes, de plantes,
d'herbes , de pain , de viande , d'infectes
morts & mourans , jufques aux araignées
à grandes pattes , qui reffemblent aux faucheux
, & les punaifes de bois. Ce que j'ai
MAI. 1749. 47
fuffisamment examiné pour m'en bien affûrer
, quoique je ne penfaffe point alors que
je duſſe un jour m'exercer fur cette matiere.
>
Puifque les Fourmis paffent une partie
de l'Automne , l'Hyver entier &
une partie du Printems dans le fommeil ,
ainfi que les reptiles , prefque tous les infectes
, differentes efpeces d'animaux quadrupedes
, & les oifeaux nocturnes , elles
n'ont pas befoin de provifion. Donc , cette
efpece de ville plus longue que large , fes
differentes rues diftribuées avec la plus
exacte fymmétrie , fes voûtes impénétrables
aux eaux , Les poutres , fes foliveaux
Les galleries, & fes magafins pratiqués avec
un art inimitable , deviennent de pures chimeres
, de vaines fpéculations , dont on
fe repaît agréablement dans fon cabinet ,
en fe gonflant , pour ainfi parler , de préjugés
, en dédaignant d'examiner foi-même
la Nature avec un efprit libre , dont elle
récompenſe toujours libéralement l'application
.
Ce que les Naturaliſtes ont jugé à propos
de décorer du grand nom de magafin ,
pour enrichir un fujet,peu fufceptible d'ornemens
lorfque l'on s'eft impofé la loi
de fuivre la Ñature dans toute la fimplicité
, n'eft qu'une étendue de terrein
48 MERCURE DE FRANCE.
un efpace que les Fourmis ont ménagé pour
leur fervir de retraite commune , lorfque
le tems approche de paffer dans leur fommeil
. C'eft- là auffi que l'on porte les vivres
pour la confommation journaliere , c'eſt
le réfectoire , la falle des feftins , & le
lieu d'affemblée ; il n'y a point de table
particuliere chez cetteRépublique , tout
-y eft en commun , differens rameaux conduifent
au même lieu . Cet efpace "n'eft
qu'à un pied de profondeur au plus . Si
on ébranle le terrein voiſin ( en l'ouvrant
foit avec la bêche , la pioche , ou autre
inftrument ) du lieu où elles fe retirent
elles fe difperfent dans les differens rameaux.
On ne peut douter qu'elles n'ayent
quelque recoin pour fervir de berceau à
leurs petits , auxquels on diftribue des
alimens proportionnés à leur extrême délicateffe
, lorfqu'ils viennent d'acquerir
deur derniere forme.
Quand les Fourmis trouvent des graines
en abondance , au-delà de leur néceffaire
, elles les dépofent dans quelques- uns
de leurs rameaux , ce font-là leurs greniers
ordinaires & extraordinaires , comme je
l'ai déja dit , mais dont elles font rarement
ufage.Elles en tirent journellement pour la
confommation ; dès que ces graines commençent
à fermenter , elles les forrent dehors
& les abandonnent. Quand
MA I. 1749 . 49
•
Quand elles ne trouvent que le néceffaire
, elles le portent directement à la
falle commune . Si les vivres font rares ,
on donne le néceffaire aux petits ; le refte
de la République fait diette .
J'ai fait fouiller des fourmillieres en
Avril : toutes les Fourmis étoient encore
dans leur fommeil & amoncelées .Elles n'étoient
pas à un pied de profondeur dans
la terre. Il n'y a ordinairement que peu de
Fourmis d'une fourmilliere, qui fe mettent
en quête. Si on veut en faire fortir des légions
de la fourmilliere, il n'y a qu'à pofer
ou répandre à un , deux & trois pieds de
diſtance, du pain bien émietté , où de menuës
graines.
Ceux qui ont trouvé du grain germé
dans des fourmillieres , n'ont pas compris
ce que je viens d'expliquer : ou la fourmilliere
étoit abandonnée, ou ce grain germé
étoit dans un rameau devenu inutile ,
& dont l'iffue intérieure étoit condamnée
ou bouchée .
Il arrive quelquefois que les Fourmis
abandonnent une fourmilliere , après s'être
creufé de nouveaux fouterrains , foit que
la folidité ou l'expofition du terrain , leur
convienne mieux que celui qu'elles quittent
, ou parce que l'eau y aura pris fa
pente.
C
50 MERCURE DEFRANCE.
J'ai lû autrefois dans un Voyageur , &
j'ai trouvé que les Indiens , pour conferver
les fruits qu'ils mettent dans le fucre
pofent les pots dans des baffins , où il y
à deux à trois pouces d'eau à peu près ; les,
Fourmis qui ne fçavent point nager & qui
craignent l'eau , montent au plancher
après avoir bien compaffé la ligne perpendiculaire
, elles fe laiffent tomber fur un pot
dont elles ont bientôt mis en piéces le papier
qui le couvre . Peu de voyageurs rapportent
la vérité . Ce récit a l'air bien fabuleux.
On trouve fous la Zone Torride differentes
espéces de Fourmis. Celles qui peuplent
les terres , dont la furface eft régulierement
couverte d'eau pendant deux
mois environ chaque année , établiſſent
leur fourmilliere fur la tige des arbres , où
l'inondation ne parvient jamais ( voyage
de Siam par M. de la Lobere. )
Celles de Batavia , dans l'Ifle de Java ,
font les leurs au haut des bamboches , efpéce
de canne creufe , groffe comme la
cuiffe à peu près.Elles fe font une route dans
la cavité de ce rofeau , au- deffus duquel elles
portent une terre graffe dont elles conftruifent
leur fourmilliere. François , le Guat,
édition de Londres , 1707 , tome 2. page
887.
MAI.
51 1749.
M. du Frény rapporte dans fon Journal
du mois de Juin 1711 , page 49 & fuivantes
, un très- long difcours touchant la
police des Fourmis. L'Auteur affûre n'avoir
obfervé que celles qui s'étoient établies dans
une caiffe pofée à une croifée d'un fecond
étage ; il avance bien légerement , mais
d'une maniere décifive .
1 °. Que les Fourmis rongent le germe
du grain .
2°. Qu'elles le fortent tous les jours , &
l'expofent au Soleil pour qu'il fe defféche.
3. Qu'elles fortent auffi chaque jour
un grand nombre de particules de terre
pour qu'elles fe cuifent au Soleil , & que
vers le déclin du jour , elles rentrent le
blé , & ces particules de terre qu'elles mé :
langent avec le grain pour le conferver.
4°. Que les Fourmis d'une fourmilliere
empruntent des Fourmis étrangeres , pour
les aider dans leurs travaux .
5 ° . Qu'elles fe prêtent entr'elles du
grain.
6°. L'Obfervateur fait efperer au Public
, de découvrir à quelles conditions ſe
font ces prêts.
7°. Il occupe cinquante Fourmis fur le
déclin du jour , pour amener un morceau
d'ardoife fur le trou de leur fourmilliere .
Je réponds à toutes les fpéculations.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
1º. Que files Fourmis fortoient leur
grain au Soleil , la précaution de leur faire
ronger le germe devient inutile , & même
dommageable. Le germe , comme je l'ai
déja dit , eft couvert de l'écorce ; elle le
garantit des impreffions de l'air , lequel
auroit un libre accès fur le grain , fi le germe
étoit rongé & découvert de l'écorce.
2°. Une fourmilliere ne prête point à
une autre fourmilliere . Elles font toutes
étrangeres entr'elles , & elles n'ont point
de commerce établi .
3. Beaucoup de Fourmis dépofent leur
fardeau proche du trou de la fourmilliere ,
& elles retournent à une autre quête : cette
manoeuvre, commune à toutes les Fourmis ;
a perfuadé à l'Obfervateur anonyme dont
je réfute les fauffes conjectures , que c'étoient
des Fourmis étrangeres , à gage , à
la journée , ou qui travailloient par COFvée.
Les Fourmis , qui dépofent ainfi leur
charge proche de l'ouverture de leur fourmilliere
, font affurées qu'elle eft en fûreté
, qu'aucune Fourmi étrangere ne fera
affez téméraire pour entrer dans les bornes
de leur territoire , & que quelque furveillant
de fa République s'emparera
promptement de la proye , qu'elle a mife à
deffein à fa portée , pour qu'il l'entre dans
le fouterrain,
M A I. 5:3 1749 .
4°. Rien de plus ordinaire que de voir
des Fourmis fe céder les unes aux autres le
fardeau qu'elles portent ou qu'elles traînent.
Celles qui cédent volontairement
leur charge , retournent fur le champ en
chercher une autre . Si la découverte eft
conſidérable , elles appellent à leur ſecours
toute la République . N'ayant découvert
que quelques greniers, elles fe réfervent la
gloire de les porter toutes jufqu'à la fourmilliere
, fi elles ne rencontrent aucunes
des leurs avant que d'y être arrivées .
5° . Toutes les Fourmis d'une même
fourmilliere fe connoiffent, aucune étrangere
ne tente à fe mêler avec elles . Si deux
étrangeres fe rencontrent , l'une des deux,.
fouvent toutes deux , rebrouffent chemin .
Elles fe battent quelquefois.
6°. Quand elles fortent du grain de leur
fourmilliere , c'est parce qu'il eft corrompu
; jamais elles ne le rentrent , ni la terre
qu'elles ont une fois fortie dehors . Elles
la rangent toujours en rond autour de
leur trou pour fe garantir des eaux .
Nous n'avons garde de permettre que la
décision de chofes ( M.de Fontenelle , Hiftoire
des Oracles , page 2 , Amfterdam
1701 ) foit fi facile : nous y faifons entrer
des préjugés qui y forment des embarras
bien plus grands que ceux qui s'y fullent
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
•
Trouvés naturellement ; & ces difficultés
qui ne viennent que de notre part ,
font
celles dont nous avons nous-mêmes le
plus de peine à nous démêler .
Quand les Philofophes ( dit le même
Auteur , p. 57 ) s'entêtent une fois d'un
préjugé , ils font plus incurables que le peuple
même , parce qu'ils s'entêtent également
, & du préjugé & des fauffes raifons
dont ils le foutiennent .
Suivant le fentiment de ce Sçavant ,
que l'expérience ne vérifie que trop ,
j'ofe avancer que la diverfité d'opinions ,
fur un fujet que tout le monde a également
fous les yeux , prouve combien
l'efprit humain eft fuperficiel, en fe portant
vers l'erreur par préference, avec une complaifance
orgueilleufe , qu'il faut toujours
applaudir,fi l'on ne veut s'expofer à ſe voir
traiter de ridicule , d'opiniâtre , de mifanrrope
, de Pyrrhonien . Soit qu'une diſpofition
naturelle nous faffe trouver le faux
merveilleux aimable , foit que les préjugés
de l'enfance faffent de trop profondes impreffions
fur notre intelligence , ou que la
lecture des fables ou des méchans livres
jette le trouble & la confufion dans les
idées du grand nombre ; la plupart de
ceux qui fe perfuadent d'être d'un ordre
fupérieur , & de pofféder les plus fubliMAI.
55 1749.
mes connoiffances , recherchent , difentils
, la vérité. Parlent-ils bien fincérement ?
Il arrive le plus fouvent qr'ils la rendent
méconnoiffable , en traitant les fujets les
plus fimples. Ils ajoutent qu'elle eft par
tout environnée d'obfcurité ; un tel langage
eft-il compétent ? Je le réduis à la
même valeur que les qualités occultes.
Avec un peu d'application , de difcernement
, & une judicieuſe réflexion , il y a
une infinité de chofes que le jugement
humain peut procurer , & expliquer avec
toute la précifion poffible. Il y en a une
infinité d'autres , fur lefquelles le Créa
teur a jetté un voile pour fervir de frein
à notre préfomption & à notre orgueil.
La vérité eft toujours accompagnée de la
fimplicité la plus négligée. Ses modeftes
ornemens , n'ayant rien d'éclatant ni de
frappant , la font méconnoître au grand
nombre , lequel fe contente le plus ordinairement,
pour éviter le travail , de charger
d'une broderie Litéraire de mode , les
deffeings de ceux qui l'ont précedé , fans
en corriger le fond , ni les ornemens défectueux
, & ne s'attachant qu'au clinquant,
pour amufer agréablement le Lecteur , fans
prévoir que le Difpenfateur de l'intelligence
en accordera fuffifamment à des hommes
médiocres , pour découvrir la vanité,
1
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
& le peu de jugement d'un Auteur téméraire.
C'eft le fort de la plupart des
travaux de l'efprit humain , lorfqu'ils n'ont
pas la vérité pour baze.
A Paris , le 13
Mars 1749.
1: @ b: ☁ ལྕི ཨོ
A M. L. D. B. aujour de l'an.
A La hauteur des rives de Cythére ,
Loin toutefois de l'Ile des Amours ,
Eft une autre Iſle où l'Amour ne va guére ;
Que pour y finir fes beaux jours .
Un Temple , auffi vieux que laterre ,
Y porte jufqu'au Ciel un dôme audacieux ,
Qui fixe les regards des amans curieux .
Sur le vafte contour de fon architecture
Brille le Plaifir en peinture ;
Les ris , les jeux , Jes appas féduifans ,
Volent autour de fes dehors charmans.
Dedans , tout change ; on y
voit en nature
Des amours morts on languiffaus ;
La morne douleur en fculpture
Allonge une pâle figure :
Ce Temple a le regret pour facrificateur ,
Les foucis pour enfans de choeur.
J
MA I.
1749. 57
Vers le centre > un Autel de bizarre ftructure
Offre aux yeux pour toute parure
- Bague , flambeau , nape , bandeau.
Ceft - là que de l'amour eft le trifte tombeau ;
C'eſt-là qu'après la fignaturė
D'une loi qu'on dit âpre & dure ,
Se prête le fatal ferment ,
Qui fit de tout tems maint parjure. '
Sous un plus favorable augure ,
C'eft-là que pour fceller un tendre engagement ,
Auquel, ainfi que moi , mon frere doit fon : ètre ,
Fut par vous conduit au grand Prêtre
Jadis un couple très- vivant ,
De vos vertus parlant ſouvent.
De ce tranquille & charmant Hymenée
Eft iffu la double lignée ,
Les deux freres , dont je fuis un ,
Aujourd'hui peut- être importun ,
Mais muni d'un affez beau titre ,
Pour le faire infcrire. au rege
De vos juftes admirateurs ,
Et qui verra calmer fa peine ,
S'il peut joindre fes fons à ceux que tous les
Mis
coeurs
Préparent au nouveau Mecéne ,
par le goût au rang des amateurs.
Dès l'âge tendre , où le plaifir volage
C▾
58 MERCURE DE FRANCE.
Livre le coeur aux frivoles amours ,
Moins diffipé , vous eûtes en partage
Ce goût heureux qui vous guida toujours.
Il préfida par vous à ma naiſſance ,
Mon coeur fe fent de fa vive influence ;
Le poffeder feroit fon feul defir.
Ambitieux de le connoître ,
Pour guide il voudroit vous choisir
Pourroit-il prendre un plus grand maître >
D.... foyez toujours heureux !
Que pour vous les Parques fans armes
Filent de longs jours pleins de charmes ,
Et puiffiez-vous de mes petits neveux ,
Si vers le port où l'amour fait nauffrage ,
Ils font tentés de faire un jour voyage ,
Etre encore le Protecteur ,
Le Pilote & l'introducteur !
De Beaumont.
柴柴宗宗᛬宗宗宗宗宗宗宗彩
A une Quêteuſe.
BElle enfant , moins jeune que ſage ,
Si je dois ainfi vous nommer ,
Vous , que l'efprit plus prompt que l'âge ,
Avant lui prit foin de former ;
Objet charmant en mignature
MAI.
1749- 19
Hebé feulement de figure ,
Minerve par les fentimens ;
Pour guider vos appas naiffans
Dans certaine cérémonie ,
Où de concert , votre bouche & vos yeux,
D'un air plus lutin que pieux ,
Malgré toute leur modeftie ,
Du tendre & devet fpectateur
Quêteront à la fois & la bourfe & le coeur
Je fuis le Mentor téméraire ,
Le Pilote par vous choifi ,
Plus que demi- fexagenaire ,
Trois fois de votre âge nanti :
Mais l'ombre embellit la peinture ;
La douceur de vos traits , l'éclat de vos beaux
yeux ,
Près des miens en brilleront mieux.
Jaloux de l'aimable figure ,
Sur fon inutile parure,
Votre fexe piqué lancera quelques traits.
Mais à tout foyez infenfible :
Sur la douceur de vos attraits
Notre fexe , juge infaillible ,
Sur vous feule fixant les yeux ,
Vous vengera des envieux.
Contre moi feul alors la mordante fatyre
Eguifera fon trait malin ;
Mais las ! que pourra- t'elle dire
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Qui trouble mon heureux deftin ?
Je verrai l'aimable Sophie ,
Pendant un jour entier , je lui tiendrai la main ,
Pourrai - je ne pas faire envie
Par le même.
LETTRE
De M. le Comte Algarotti , à M. Remond
de Sainte Albine.
M
Onfieur , je m'adreſſe à vous , pour
vous prier de vouloir bien inferer
dans votre Journal , que j'ai vû , avec autant
d'indignation que de furpriſe , la
prétendue traduction de mon Congrès de
Cythere , qui vient de paroître en Hollande.
Il m'importe trop , que le Public
fçache que je la défavoue en tout point.
Il n'y a prefque point de page , où il n'y ait
des fautes des plus groffieres contre le fens
de l'original . Mais ce qui m'a révolté le
plus , c'eft d'y avoir trouvé quantité d'additions
, qui contiennent ou des obſcénités
, ou des impiétés , ou des fatyres contre
des Corps refpectables, contre des perfonnes
que j'eftime beaucoup , & contre
plufieurs autres que je ne connois pas même
·
M A I. 1749 .
de nom. Cette déclaration n'eft faite que
pour ceux qui n'ont pas connoiffance de
l'original Italien , qui eft entre les mains
du Public depuis l'année 1746. Il faut
pourtant que j'avoue ici , que j'ai quelque
obligation au prétendu Traducteur. C'eſt
de n'avoir pas dit à la tête du Livre , qu'il
l'ait traduit de l'Italien . Auffi lui laiffai-je
toute entiere la gloire d'un ouvrage , qui
ne peut être que méprifé par les gens de
goût , & abhorré par les gens d'honneur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Potzdam , ce is Février 1749 .
CHANSON
A Mad. ** , qui m'avoit demandé quelques
Couplets. Sur l'Air : Bouteille que vous
êtes heureufe !
QiUand de vos yeux le feu m'anime ,
Je fais fans peine une Chanſon ,
Mais s'ils me font trouver la rime ;
Ils me font perdre la raison .
XXX.
Cette perte , qu'on dit cruelle ,
il eft vrai , fans regret ; Me laiffe , il eft vrai ,
62 MERCURE DE FRANCE.
L'ennuyeufe raiſon vaut- elle
La douceur de voir vos attraits ?
***
Ceffez , ceffez de le prétendre ;
Mon coeur m'apprend qu'il n'en eft rien.
Charmante Iris , pour un coeur tendre
L'amour eft le fouverain bien ,
Un Sage , dès qu'il vous a vûe ,
'A la fageffe dit bon foir ,
Et du moment qu'il l'a perdue ,
Il ne craint que de la revoir.
***
Mais des Amours la tendre eſcorte
Laiffe peu craindre fon retour ;
Hélas ! la raifon la plus forte
L'eft moins que le plus foible amour.
***
Lorfqu'il nous fait fentir la flâme ,
On ne s'en peut débarraſſer ;
L'Amour chaffe tout de notre ame ,
Et rien ne l'en fçauroit chaffer.
Quand je voudrois rompre ma chaîne
MA I. 1749. 6-3
Je ne pourrois plus déformais ,
Mais quand je le pourrois fans peine ,
Mon coeur ne le voudroit jamais.
M. le Chevalier D * R ***
ENVOI DU SOPHA ,
A Mad. ** , qui la premiere fois que j'eus
l'honneur de la voir chez elle , me pria de
lui procurer une nouvelle lecture de cet
agréable Roman.
A
De
Llez , Sopha , voir plus d'Amours ,
graces , de lys & de rofes ,
Que vous n'en vîtes dans le cours
De toutes vos métamorphofes.
Des Livres les plus glorieux
Les deftins valent- ils les vôtres ?
Vous allez occuper deux yeux ,
Qui feuls en occupent mille autres ,
Mais pour me payer la douceur
D'une fi flatteuſe avanture ,
Rendez bien- tôt à fon Auteur
Le fort charmant qu'il vous procure.
Par le même.
64 MERCURE DE FRANCE .
asasisas és ésésésis és és és 22 é
MEMOIRE
Sur l'achevement du Louvre . Avril 1749.
LE Roi a donné les ordres pour l'ache vement du Louvre cette nouvelle
caufe une joye univerfelle .
De quelque façon qu'on s'y prenne ,
cette opération demande également du
tems & de la dépenfe.
Il y a deux façons de s'y prendre ; l'une
qu'on appellera le grand Projet , l'autre
le petit Projet.
Le grand Projet eft de continuer , tout au
tour de l'intérieur de la cour du Louvre ,
le troifiéme Ordre que Louis XIV. M.
Colbert & M. Perrault ont fait élever derriere
ce qu'on appelle la Colonade du
Louvre , qui regarde Saint Germain l'Auxerrois
ce troifiéme Ordre eft élevé juſques
à l'entablement dans toute la longueur
de la Colonade , & dans la partie
gauche de la Cour du Louvre , derriere la
façade qui eft du côté de la rue Saint Honoré
, jufques au milieu de la partie qui eft
entre le gros pavillon du milieu & celui
qui forme l'encoignure du Louvre du côté
de la rue du Chantre : tout le refte n'est
MA I. 1749. 6.5
point fait, & on n'y voit aujourd'hui qu'un
petit Attique ancien qui regne jufques à
Fencoignure de la face où eft élevé le troifiéme
Ordre du côté de la riviere . Pour
s'orienter , il faut fuppofer qu'on entre
dans la cour du Louvre par la porte qui
donne fur la petite place où aboutit la rue
Froidmanteau .
Ce qu'on appelle dans ce Mémoire le
petit Projet , eft de démolir ce troifiéme
Ordre , & de faire regner tout au tour de
la cour du Louvre un petit Attique pareil
à l'ancien . Dans l'une ou dans l'autre façon
, il y a prefque également à démolir
& à reconftruire de nouveau , car la plûpart
des anciens entablemens font mauvais
, & il en faudra faire de nouveaux ,
au moins dans les parties qu'il faut faire à
neuf. De plus , pour bien faire , il faut
mettre une balustrade fur tous les entablemens
anciens ou à reconftruire dans tout
le pourtour intérieur de la cour du Louvre ,
pour couronner convenablement & dignement
tous ces entablemens , & pour cacher
une partie des toits , ce qui coûtera égalelement
, foit qu'on continue le troifiéme
Ordre tout au pourtour intérieur de la
cour, foit qu'on fe conforme, pour les nouveaux
entablemens à conftruire , à ceux
qui font anciens.
66 MERCURE DE FRANCE.
On objectera peut- être contre ce qu'on
appelle dans ce Mémoire le grand Projet ,
que quand on viendra à toucher au troifiéme
Ordre commencé , il s'en ira tout
en pouffiere , parce qu'il y a plus de foixante
ans qu'il eft à découvert. A cela les
gens du métier répondent qu'il n'y aura
que la premiere affife ou tout au plus la
feconde d'endommagée , mais de quelque
façon qu'on s'y prenne , ne faudra - t'il pas
toujours faire à neuf les entablemens qui
ne coûteront pas plus à faire fur un Ordre
que fur un Attique ?
On doit dire en faveur du grand Projet,
que fi on le continue , la cour du Louvre
en aura beaucoup plus de nobleffe , de
grace & d'élévation ; elle peut parfaite
ment comporter cette élevation par l'étendue
qu'elle a aujourd'hui. L'ancien petit
Attique étoit convenable , fuivant l'intention
dans laquelle le Louvre a été com .
mencé autrefois ; fa cour ne devoit avoir
que le quart de l'étendue qu'elle a aujourd'hui
; & aujourd'hui fes bâtimens paroîtroient
bas & écrafés , fi on conformoit les
nouveaux entablemens à faire à ceux qui
font faits anciennement. Cet article demande
la plus grande attention .
Il en eft des Artiftes comme de tous les
autres hommes en général ; on peut les
MAI. 67 1749.
partager en trois claffes : la plus nombreu
fe eft celle des ignorans & des gens d'un
génie borné ; les Artiftes médiocres , & les
demi-connoiffeurs forment la feconde
elle eft prefque auffi nombreuſe que la
premiere la troifiéme , qui doit être la
premiere en confidération , eft celle des habiles
Artiftes & des bons connoiſſeurs ;
elle eſt peu étendue , & il eſt aifé de les
confulter pour une opération d'une aufli
grande conféquence , & fur laquelle il ne
faut pas prendre un parti à la légere dont
on fe repentiroit éternellement , car fi on
commence bien , on donnera l'exemple de
continuer de même, & fi on prend un mauvais
parti, on mettra nos fucceffeurs dans la
fâcheule néceffité ou de détruire ce qui aura
coûté beaucoup de tems & de dépenfe ,
d'achever avec regret & défagrément ce
qu'on aura mal commencé.
On peut affûrer que nos plus habiles
Architectes , nos meilleurs Artiſtes & nos
vrais Connoiffeurs , font pour le troifiéme
Ordre.
Il eft à remarquer qu'il y a au Louvre
quatre Pavillons aux quatre encoignures ,
& quatre autres dans les milieux des quatre
parties qui forment la cour (en tout
buit Pavillons ). Il faudroit , autant qu'on
*
68 MERCURE DE FRANCE.
le pourra , conferver ceux qui font faits ,
y conformer ceux qui reftent à faire ou à
achever , & les rendre tous uniformes , ce
qui n'eft peut - être pas poffible exactement
, voici pourquoi ; le Pavillon fous
lequel on paffe , quand on entre dans la
cour du Louvre du côté de la rue Froidmanteau
, eft plus élevé que les autres ; on
ignore pourquoi on a fait cette faute ,
car c'en eft une : les Caryatides gigantefques
qu'on y a miſes , écrafent d'une fa
con défagréable le petit Attique qui eft
au- deffous ; ( on parle de l'intérieur de la
cour ) cette partie pourroit être détruité ,
il n'en coûteroit que la démolition . Le
milieu de la Colonade du Louvre , du côté
de Saint Germain l'Auxerrois , eft couronné
par un fronton triangulaire ; on
pourroit y adoffer un fronton circulaire
du côté de l'intérieur de la cour , & en
former un pareil vis-à- vis à la place de la
partie formée par les Caryatides qui font
au Pavillon fous lequel on entre au Louvre.
Par ce moyen , ces deux parties , qui
font en face l'une de l'autre , fe trouveroient
de fymmétrie ; il en feroit de même
des autres Pavillons , & c .
Si on fupprime le troifiéme Ordre qui
eft adoffé à la Colonade du Louvre , &
MAI. 1749. 69
qu'on y éleve un Attique pareil aux anciens
, on ofe affûrer qu'il fera impoffible
de raccorder convenablement ( dans
cette partie ) la décoration intérieure avec
l'extérieure. Il en feroit de même de la
façade qui regarde la rue Saint Honoré.
CONCLUSION.
Il n'eft queftion aujourdh'ai que de bien
commencer , & de travailler petit- à-petit
fur un même Plan général bien conçû ; le
tems fera le refte .
Dimidiumfacti , qui coepit , habet ; fapere aude ;
Incipe
•
Horat. Epift. 2. Lib. I.
70 MERCURE DE FRANCE.
VERS
Pour mettre au - deffous d'une Estampe
qui repréfente M. de Fontenelle.
C'Eft ici 'Eft ici le portrait d'un Philofophe aimable ,
D'un fçavant fans orgueil & d'un ſage agréable ;
C'eft Fontenelle enfin , c'eft lui , chez qui les ans
N'ont pu faire aucun tort au génie , aux talens .
En tous lieux admiré des fçavans & des ſages ,
On voudroit qu'il vêcút autant que les ouvrages.
LETTRE
A M. D ***
› au fujet de la construction
d'un nouvel Hôtel-Dieu dans l'Ile des
Cygnes.
J'AV
'Avois vû , Monfieur , avec une grande
fatisfaction le projet de transférer l'Hôtel-
Dieu de Paris dans l'Ifle des Cygnes .
Comme cette idée m'affecte extraordinairement
, toutes les fois que je confidere
la cruelle fituation où le défaut de lits
& de bâtimens réduit les pauvres malades
, qui font en fi grand nombre dans ce
fameux Hôpital , il n'eſt pas étonnant que
MA I. 71 1749.
pas
faye été pénétré de la joye la plus vive ,
par l'efpérance que ce Mémoire rendu public
m'a fait concevoir qu'on y fe
roit l'attention la plus férieufe, Il n'eft
néceffaire d'être Chrétien , pour être tou
ché du fort de ces miférables ; il fuffit
d'être homme , & chacun doit fe dire à
la vûe de tant de morts & de mourans >
qui pêle mêle & côte à côte s'infectent
réciproquement , & fe communiquent fans
ceffe leurs maux , leurs douleurs , leur
impatience , leur défefpoir , ces belles paroles
qui firent autrefois tant d'impreffion
fur un Auditoire idolâtre : Homofum , bu
mani à me nil alienum puto.
Mais je vous avoue , Monfieur , que j'ai
été triftement furpris , quand j'ai trouvé ,
dans le Mercure du mois de Mars dernier
, la Lettre qui y eft inférée page 44
contre le Mémoire de M. le Jeune . Ne
femble- t- il pas que l'Auteur de cette Lettre
, peu frappé de tant d'objets capables
d'émouvoir , ait voulu par de vaines
objections , détourner les ames pieufes
, de méditer fur ce Mémoire , de fe
prêter au deffein qui y eft propofé , &
d'en avancer l'exécution . Car vous fçavez ,
Monfieur , qu'il fuffit pour la plupart de
ceux -mêmes qui font d'ailleurs bien intentionnés
, qu'on leur faffe entrevoir mal
72 MERCURE DE FRANCE .
à-propos quelques difficultés dans des entrepriſes
avantageufes, pour qu'ils les aban--
donnent & s'en dégoûtent . Nous fommes
ainfi faits ordinairement : il n'y a que
les ames fupérieures , & animées de cette
charité victorieufe des obftacles , qui une
fois bien pénétrées qu'une chofe eft un
bien néceffaire , vont toujours en avant ,
jufqu'à ce que ce bien foit fait. Mais el
les compofent le petit nombre , ces ames
prefque divines. Qu'étoit - il donc befoin
d'épuifer fon imagination , pour multiplier
des inconvéniens imaginaires , comme
à fait l'Auteur anonyme , & pour faire
perdre de vûe les inconvéniens réels &
frappans qui font gémir tous les
gens de
bien ? Que ne communiquoit-il fes difficultés
en particulier à M. le Jeune , fans
les rendre publiques ?. Je ne doute pas
que celui- ci ne les eût aifément réfolues
& qu'il ne le faffe même bien-tôt. Sans
vouloir le prévenit , ou lui en ôter le
mérite , j'efpere qu'il ne trouvera pas mauvais
que je hazarde auffi mes idées , & que
je me joigne à lui pour repouffer un adver
faire qui nous eft commun , puifque nous
penfons de même. Voyons donc les diffi
cultés propofées par l'Anonyme,
Premier inconvénient : il ne conviendroit
pas d'éloigner l'Hôtel - Dieu de la
Métropolitaine
MA I. 1749. 73
•
Métropolitaine & de M. l'Archevêque ,
qui repréfente le Fondateur , & qui doit
avoir l'oeil immédiatement fur cette Communauté.
Eft -il donc néceffaire pour exciter le
zéle & l'attention de ce Prélat , que cette
Communauté foit près de lui ? Sa vigilance
paftorale ne s'étend - elle pas éga-
Iement par -tout , & les Communautés
les plus éloignées , qui lui font foumifes
, n'en reffentent - elles pas les effets
continuels , foit par lui - même , foit par
ceux à qui il en confie le foin ? N'eft-il
pas en état de veiller à tout ? Qui erant longè,
factifunt propè , fuivant l'expreffion de l'Ecriture
.
Autre inconvénient : la diſtance qu'il
y auroit de ce nouvel Hôtel - Dieu aux
divers quartiers de Paris , rendroit le tranfport
des malades extrêmement pénible &
difficile .
1. Ce transport eft déja tel par rapport
à plufieurs quartiers , qui font trèséloignés
de l'Hôtel - Dieu actuel on ſe
ferviroit des mêmes voyes dont on fe fert
à préfent pour ces quartiers . 2 °. Outre
les petits bateaux qu'on pourroit établir
pour cet effet , qui empêcheroit que dans
tous les quartiers de la Ville , on n'établît
encore ou des litieres ou des chai.
D
I
74 MERCURE DE FRANCE
fes à porteurs , en attribuant des gages
& des priviléges à ceux qui en feroient
chargés ?
Troifiéme difficulté , & la feule qui mérite
attention . Où prendre les fonds immenfes
qui feront néceffaires pour la
conftruction du nouvel Hôtel - Dieu ? Penfet-
on que c'eft une Ville nouvelle qu'il faudroit
bâtir ? Les prendra-t-on , ces fonds ,
fur des reffources incertaines , fur les aumônes
, fur la bourfe des pauvres , fur une Loterie
, & c.
+
Sans doute , ces fonds doivent être certains
& folides. Je ne fçais pas quels font
ceux que M. le Jeune a en vûe , & qui
ne feroient à charge ni au Roi ni au Public.
Mais fans négliger ceux que pourroient
produire cafuellement ces aumônes ,
cette bourfe des pauvres , & une Loterie
, qui formée d'une certaine maniere
auroit vraiſemblablement un grand fuccès
› par rapport au pieux objet qui la
feroit établir , il fe préfente un moyen
auffi fimple qu'il eft affûré. Je le fonde
fur la bonté naturelle du Roi , fur fa
tendreffe pour fon peuple , fur fa fenfibilité
les malheureux . Mais je ne
prétends pas pour cela , en fuivant toujours
l'idée de M. le Jeune , laquelle eft
auffi la mienne , que Sa Majeſté détourne
pour
MA I. 1749.
75
,
à cet emploi des fonds destinés pour les
dépenfes ordinaires , pour les charges du
Gouvernement
ou pour la gloire & la
fplendeur de la Monarchie. Puifque Sa
Majefté elle - même , à l'exemple de fes
religieux prédéceffeurs , veut bien confentir
fouvent , que pour réparer ou conftruire
des Eglifes ou des Colléges , il foit établi
des Sequeftres d'Abbayes & de Bénéfices
Confiftoriaux , peut- on ne pas préfumer
des fentimens de piété qui l'animent
, qu'elle agrééroit volontiers cette
même voye dans le cas préfent , fi on
la lui propofoit , en lui en faiſant connoître
l'objet & l'utilité ? Ne feroit- ce pas
là après tout, rappeller à leur premiere deftination
ces biens aumônés par la charité
des Fidéles ? Quelque fagement diftribués
qu'on les fuppofe aujourd'hui , quelques
juftes raiſons qu'on ait eû de changer cette
deftination primitive ; qui ne voit , fi des
motifs d'intérêts particuliers ne font pen
fer autrement , combien il eft à défirer
que
cette même deſtination renouvellée ait
lieu ici au moins pour une vingtaine d'années
?
Suivant cette idée , fi conforme à l'humanité
& à la Religion , il n'y auroit
qu'à fequeftrerde ces Bénéfices Confiftoriaux
pour la valeur d'un million de li-
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
vres chacune de ces vingt années. On
pourroit de plus , fur tous les Bénéfices
auxquels Sa Majefté jugeroit encore à propos
de nommer établir des penfions en
›
faveur de l'Hôtel - Dieu , au lieu de celles
qu'elle y met affez ordinairement . Perfonne
ne peut fe plaindre d'un tel arrangement
, parce que perfonne n'a réellement
aucun droit acquis à ces Bénéfices.
On pourroit encore obtenir de Sa Majefté
, qu'elle permît à l'Hôtel- Dieu de Paris
de prendre de l'argent à rentes viageres
, ce qui ne paroît avoir aucun inconvénient
en tems de paix : ces rentes
viageres , affignées fur, les premieres Abbayes
vacantes , ne feroient par- là aucunement
à charge à cet Hôpital , & produiroient
bien-tôt des fonds fuffifans pour
commencer la conftruction du nouveau
en attendant qu'il y eût de ces Abbayes vacantes
pour la valeur annuelle ci - deſſus déterminée.
>
Je ne fais qu'indiquer tout cela , parce
qu'il fera facile d'y donner la derniere
main , dès que ce projet fera agréé. Qui empêcheroit
encore qu'outre tous ces moyens
propofés , & pour exciter l'émulation des
Bienfaicteurs , on ne leur accordât des honneurs
, des monumens de reconnoiffance
dans l'Eglife même du nouvel Hôpital
MA I. 1749. 7.7
que je voudrois qui fût fuperbe, & des lits
particuliers à leur difpofition , & à celle
de leur poftérité dans les falles de cette
Maifon , &c. Quelles fommes immenfes
tous ces moyens réunis & bien dirigés ne
produiroient - ils pas , fur- tout fi le Roi
vouloit bien paroître attentif à leur fuccès
?
Je crois donc pouvoir affurer que par
ce plan auffi fimple que facile , Paris pour-
Foit avoir dans ce court efpace de tems
l'Hôpital le plus commode & le plus magnifique
qu'il y ait dans toute l'Europe ,
puifque eu égard à la beauté & à l'étendue
de l'emplacement , ce dont l'Auteur
anonyme convient, on pourroit facilement
y établir jufqu'à dix mille fits pour les pau-
'vres malades .
Mais , dit cet Auteur , cet accroiffement
de bâtimens & de dépenfes extraordinaires
ne feroit qu'un bien très-momentané
; parce qu'alors toutes les perfonnes
tant foit peu indigentes s'y feroient
porter pour la plus légere infirmité ,
& cet Hôpital , quoiqu'immenfe , fe trouveroit
encore trop petit.
A cela je répons , 1 ° . qu'on pourroit établir
qu'aucun malade ne feroit reçû fans
un Certificat de fon Curé , qui atteſteroit
qu'il eft effectivement dans l'indigence . 2 ° .
Dj
78 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes groffes & les gens bleffés refteroient
où ils ſont , ainfi que je le dirai outà-
l'heure , ce qui feroit une grande décharge
pour le nouvel Hôtel- Dieu. Enfin ,
ou ces malades , qui fe ferent tranſporter
, ne feront pas réellement dans l'indigence
, ou ils y feront : or il n'y a pas
à préfumer que ce premier cas ait fouvent
lieu ; il fuffit pour cela de confulter l'amour
propre , & la répugnance naturelle
que toute perfonne un peu aifée a naturellement
de fe voir dans un tel lieu .
Pour ce qui eft du fecond cas , fans doute
qu'on doit recevoir tous les pauvres malades
>
mais on m'avouera qu'il arrivera
rarement qu'il y en ait jufqu'à dix
mille de tels , indépendamment
des bleffés
& des femmes groffes. S'il arrive quel
quefois qu'ils paffent ce nombre , alors
on en pourra mettre deux dans un lit ,
en obfervant la nature & les degrés des
maladies , ne placidis cocant immitia , mais
il n'y en aura jamais trois , jamais quatre ,
jamais cinq , fix & fept.
que
Je viens à la derniere difficulté propofée
par l'Auteur de la Lettre. Il faut , dit- il ,
l'Hôtel- Dieu de Paris foit fitué au centre
de la Ville & où il eft actuellement ,
afin qu'étant plus expofé aux yeux de tout
le monde , les charités foient plus abonMA
1. 1749. 79
dantes & plus excitées par la mifere des
pauvres malades.
Rien de plus aifé que de remédier encore
à cet inconvénient . Pour cela il n'y a
qu'à laiffer fubfifter une partie de l'Hôtel-
Dieu actuel , où l'on confervera des Salles
fuffifantes pour y mettre les bleffés & les
femmes groffes feulement , n'y ayant rien
à craindre de ces fortes de malades pour
l'infection de la riviere , car , quoiqu'en
dife cet Auteur , cette raifon doit entrer
pour beaucoup dans la conftruction du
nouvel Hôpital. Quel eft en effet l'homme
fenfé & inftruir , qui ne regarde pendant
un affez long efpace le côté de la
Seine où eft l'Hôtel-Dieu , comme un
cloaque , où la falubrité des eaux de ce
Fleuve doit être extrêmement altérée , au
grand préjudice de la fanté de ceux qui
en boivent ? Cet efpace ayant fes bornes à
caufe de la fluidité & du courant de l'eau ,
on voit affez que le même danger ne feroit
nullement à craindre les habitans qui pour
fe trouvent bien au- deffous de l'Ile des
Cignes. Il eft bien étonnant que l'Auteur
que je combats , ait pû faire cette comparaiſon
.
En laiffant donc ainfi fubfifter ces Salles
détachées & cette efpece d'Hôpital fuccurfal
, non-feulement celui de l'ifle des Cy-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
gnes en fera d'autant foulagé , ainfi que
je l'ai déja dit plus haut , mais encore la
charité des fidéles , qui affluent en tant
d'occafions vers le centre de Paris , fera
fuffisamment excitée par des objets toujours
préfens & également frappans, & cela
d'autant plus que perfonne n'ignorera que
ce ne fera là que la moindre partie des
pauvres malades de cette Ville immenfe ,
lefquels ne doivent tous compoſer enfemble
qu'une feule Communauté de ces membres
facrés de Jefus - Chrift , & auxquels
par conféquent les fruits de cette charité
doivent être communs.
Penfe-t'on d'ailleurs que le nouvel Hôpital
, pour être éloigné , en fera beaucoup
moins fréquenté ? Combien de gens , furtout
dans la belle faifon , feront invités
à s'y aller promener , principalement fi ;
comme je le conçois , on a foin d'y pratiquer
, foit dans l'Ifle même , fait vis-à- vis
& par un pont de communication dans la
plaine de Grenelle , de fpacieux jardins ,
auffi gracieux par les ornemens de l'Art ,
qu'utiles & curieux par les plantes qu'on
y cultivera pour l'ufage de cette fainte
Maifon ? Rien de plus facile que d'y préparer
de pieufes occafions pour y attirer le
concours des bonnes ames , en y établiſſant
des jours de dévotion & des Fêtes exraorMA
I. 1749. SI
dinaires , & en ayant l'attention d'y faire
prêcher les meilleurs Prédicateurs , ce qui
auroit lieu auffi pour l'Avent & le Carême
, ainfi qu'il fe pratique à l'Hôpital des
Quinze-Vingt. Je ne fais encore qu'indïquer
tout cela , perfuadé que Mrs les Adminiftrateurs
trouveront facilement des
reffources dans leur piété ingénieufe pour
perfectionner & étendre ces moyens.
Il me paroît , Monfieur , que l'Auteur
anonyme doit être à préfent fatisfait , puifqu'il
protefte à la fin de fa Lettre , qu'il
feroit ravi qu'en répondant à fes difficultés
, on trouvât le moyen de procurer la
commodité des pauvres malades d'une ma
niere qui fatisfit tout le monde. Ces difficultés
ne doivent plus faire de peine , aur
lieu qu'en laiffant l'Hôtel-Dieu où il eft ,
même avec les augmentations propofées
par cetAuteur , les inconvéniens objectés
par M. le Jeune , & dont tout le monde.
eft également frappé , fubfiftent & fubfifteront
toujours , au grand détriment des
pauvres malades & du public,
Je n'ajoûte plus qu'un mot. La France
eft l'Etat le plus puiffant & le plus florif.
fant que nous connoiffions : ce Royaume
eft fait pour fervir de modéle à tous les autres
, & le Roi Bien-aimé , qui le gouverne,
vient de leur donner un exemple de mo-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dération , dont on doit efperer des fuites
avantageufes pour tout le genre humain . II
convient donc auffi que l'hofpice , qui eſt
déja fondé depuis tant de tems dans la Capitale
de cet Etat pour l'Univers entier
devienne à tous égards le plus accompli
& le plus fomptneux des établiffemens de
cette efpece. Et fans chercher avec tant
d'efforts d'imagination un endroit dans
Paris pour y placer la Statue de ce Monarque
chéri , y en auroit- il un où elle
fût mieux que dans la Place qui ferviroit
d'avenue au nouvel Hôtel - Dieu , & qui
feroit fufceptible de la plus belle décoration
? Je n'y voudrois que ces mots , préferables
à toutes les Infcriptions les plus
faftucuſes,
Louis XV. le Bien- aimé , le modèle de la
charité Chrétienne & l'honneur de l'humanité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
De Nevers , le 22 Mars 1749 .
M A I. 1749. 83
A Mademoiſelle Granet de Manville , âgéé
de quinze ans , qui joue fupérieurement
du Clavecin.
Q Ui peut goûter le plaifir de t'entendre ,
Belle Manville , eft égal aux Dieux ;
Qui peut te voir, qui voit ton fouris tendre ,
Eft fans doute au- deffus d'eux ;
Que fera donc l'amant que tu rendras heureux ?
De Boimaiter.
說說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選
LETTRE
A M. de M. J. des M. fur un chemin des
environs de Beauvais .
J
E me flatte , Monfieur , que vous voudrez
bien me donner quelques éclairciffemens
fur ce que vous m'avez dit
dans un des petits voyages , que j'ai eu
l'honneur de faire avec vous l'Automne
paffé. Vous m'apprêtes que le chemin , fur
lequel nous étions alors , qui va d'Amiens
à Beauvais , par Flers , Hardivilliers &
Maulars , s'appelloit la Chauffée de Brunebant
, & avoit été fait par cette Reine.
›
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Quoique je n'aie ( par une ignorance inéxcufable
) qu'une legére teinture de l'Hiftoire
de France , je me rappellai que Branehaut
avoit été Reine d'Auftrafie , & que
ce Royaume ne s'étendoit pas jufqu'à la
Picardie. Dès ce premier moment , je n'ai
point été de votre fentiment , mais comme
j'ai trop de confiance en vos décifions
pour vous répliquer , quand je ne fuis pas
sûr de la folidité de vos raifons , je me fuis
tû. Mes doutes ont fermenté , je n'ai pas
pû y tenir ; vous connoiffez toute ma tranquillité
, quand quelque chofe m'inquiéte ,
je crois devoir vous faire part du fruit de
mes recherches.
que
Je laiffe au tems , Monfieur , à vous contefter
le nom que vous donnez à ce chemin
ma caufe eft en bonnes mains ; il a
rendu la chauffée impraticable aux voitures
en differens endroits ; il y a lieu de
croire que le nom ne s'en confervera plus
long- tems que parmi les Hiftoriens , car
il y a près de deux cens ans , l'on a
fubftitué à ce nom celui de Chauflée du
Roi dans les titres de plufieurs Terres des
environs , & le nom de Chauffée de Brunehaut
eft généralement ignoré des payfans
d'alentour. Au furplus , comme je m'intéreffe
fort peu au nom , je ne vous en dirai
plus rien , je paffe à l'Auteur du chemin ,
. dont je fuis bien plus en peine.
MAI
85 1749.
Je ne puis m'imaginer , Monfieur , que
Brunehaut , toute bonne que quelques
Auteurs s'efforçent de la rendre * , ait fait
la dépenfe de meubler fi magnifiquement
les Etats de Chilperic , fon beaufrere ,
dans le Royaume duquel ce chemin eſt enclavé
; j'ai beaucoup de raifons qui m'engagent
à penfer ainfi.
,
Suivant les meilleurs Hiftoriens , les
Romains ont fait faire les grands chemins
connus dans la Gaule Belgique , fous le
nom de Chauffées de Brunehaut . Bergier
nous apprend , dans fon excellente Hiftoire
des grands chemins de l'Empire **
qu'Agrippa , gendre d'Auguste , a fait faire
quatre grands chemins , qui commençoient
tous à Lyon ; que le plus long venoit au travers
de la Bourgogne à Troyes , delà à Châlons
, Reims , Soiffons , Noyon , Amiens ,
Je terminoit au Port fi célébre d'Iccius . Cet
Auteur dit au même endroit qu'il y avoit
-nombre de chemins traverfans , dépendans
des plusgrands , comme branches de leur tronc
principal ,faits exprès pour faciliter le paſſage
des armées de lieu en autre , en tous fens , &
pour rendre les grandes Villes d'autant plus
* Mariana Hiftoria de rebus Hifpania . M. de Cor
demoi , Hift. de France.
* Liv. 1. chap. 29 .
86 MERCURE DE FRANCE.
communicabies. Il cite autre part * un che .
min qui venoit d'Autun à Paris , où se divifant
il s'en alloit à Rouen d'un côté , &
à Beauvais de l'autre.
Dès que j'ai eu lû ce paffage , je me ſuis
fortifié dans mes foupçons , j'ai fongé que
dès que les Romains avoient fait un chemin
de Paris à Beauvais , à plus forte raifon
en avoient- ils fait un autre de Beauvais
à Amiens qui étoit alors , je crois ,
plus confidérable que Paris. En effet , ce
qui engageoit les Romains à faire ces fameux
chemins dans les Provinces éloignées
de la Capitale , n'étoit pas tant l'ambition
d'embellir l'Empire par ces monumens
illuftres , que d'être en état d'éteindre
les féditions dans leur naiffance , & de
contenir les peuples dans le devoir , en faifant
paroître tout à coup les légions refpectables
autant que reſpectées.
C'eft furtout dans le Beauvoifis , vous
en conviendrez , que ces précautions devoient
avoir lieu. Les peuples de ce Pays
avoient occupé Jules Céfar affez ſérieuſement
& affez long- tems , pour que fes
Succeffeurs négligeaffent les moyens de ſe
conferver les droits que ce grand homme
* P. 533. édition de Bruxelles , 1728.
MA I.
87
1749.
*
"
leur avoit acquis avec tant de peine. Il eft
certain , dit un Auteur du fiécle paffé
que les Villes & Pays de Beauvoifis furent
du' nombre de ceux , dont le premier foin
de Germanicus fut de s'affûrer par le ferment
d'obéiffancequ'il leur fit prêter à Tibere
après la mort d'Augufte.
Par ces raifons , Monfieur , je crois trèsvraisemblable
que les Romains ayent fait,
fuivant leurs principes , un chemin de
Beauvais à Amiens. Le Pere Meneftrier
fait mention ** de quatre chemins principaux
, qui commençant aux portes de
Lyon , s'élançoient aux extrêmités des
Gaules ; on ne peut pas douter que ce ne
foient ceux dont parle Bergier : mais dans
le détail que le fçavant Jefuite donne de
leur direction , il en cite un qui méne de
Lyon à l'Ocean par le Beauvoifis & le
Pays d'Amiens. Ce chemin paroît être le
même que Bergier a conduit par Reims ,
Soiffons , Noyon , &c.
Pour accorder ces deux chemins , je ne
vois d'autre moyen que de fuppofer que
le chemin , dont parle le Pere Meneftrier,
eft compofé , 1 ° . d'un chemin qui menoit
de Lyon à Autun ; l'importance de chacune
de ces deux Villes permet bien de
* M. Loifel , Mém, du Reauvois.
** Hift. Confulaire de Lyon.
88 MERCURE DE FRANCE.
croire qu'il y avoit entr'elles une communication
immédiate , furtout fi l'on fonge
que les Romains ne s'épargnoient pas ces
utilités .
2º. De çelui qui venoit d'Autun à Beauvais
, en paflant par Paris.
3° . D'un autre qui alloit de Beauvais à
Amiens , en paffant par Paris. Cette route
n'eft pas plus longue , que celle que Bergier
nous préfente. Pour moi je l'aimerois
mieux , car elle me femble bien favorable
à mon fentiment .
> vous Quoiqu'il en foit , Monſieur
avouerez que fi je trouve entre Amiens
& Beauvais une chauffée , qui porte differens
caractéres de celles que les Romains
appelloient aggeres Militares , elle formera
, avec tout ce que vous venez de lire,
un corps de conjectures qui n'eft point
méprifable. Le chemin qui conduit d'Amiens
à Beauvais par Flers , Hardivilliers * ,
& Maulars , eft dans plufieurs endroits relevé
de dix pieds & davantage , au-deffus
des terres voisines ; il eft tracé affez directement
, & les lifteres font affez paralleles ;
* Jefçais affez la Topographie de ce Canton , pour
être infruit que ce chemin ne paffe pas précisément
par Hardivilliers , & qu'en venant d'Amiens , on
Laiffe ce Village à gauche ; mais il en eft fi près que je
crois que vous ne releverez pas cettefaute.
MA I. 89
1749.
d'ailleurs il a confervé dans plufieurs Cartes
, & dans la mémoire de plufieurs per--
fonnes , le nom de Chauffée de Brunebaut.
Ces differentes particularités lui donnent,
felon moi , beaucoup de rapport avec
ce que Bergier écrit des chemins des Romains
dans la Gaule Belgique , au dix - feptiéme
chapitre du fecond Livre de fon
Hiftoire.
Quant à ce qui peut fonder votre fentiment
, voici , Monfieur , ce que j'ai trouvé
: Bergier , car c'eft tonjours à lui que
j'ai recours , nous rapporte , mais fans paroître
y ajouter beaucoup de foi , l'extrait
d'une vieille Chronique , où il eft dit
que Brunehaut a fait faire le chemin qui
va de Cambrai à la mer , par Arras &
Terouenne. Le Pere Daniel ** accorde
de plus à la Reine Brunehaut , d'avoir fait
rétablir les chemins de la Gaule Belgique ,
qui portent fon nom . Malgré le témoignage
refpectable de cet Auteur , je ne puis
me perfuader que cette Princeffe ait fait
travailler à des chemins qui lui étoient
étrangers. Je veux bien croire qu'elle a
donné fes foins pour l'amélioration des
differentes parties de ces chemins qui paffoient
dans les Etats , mais on ne doit pas
P. 104.
** Hift , de France.
90 MERCURE DE FRANCE. FRA
1 pour cela lui attribuer la gloire d'avoir
fait le refte. Ce feroit prendre une partie
pour le tout , cette licence eft trop forte ici ;
vous fçavez qu'il n'y a que....
Pictoribus atque Poëtis
Quid libet audendifemper fuit aquapoteftas.
>
Je vous ai promis de ne vous plus rien
dire fur le nom que vous donnez à notre
chemin mais permettez- moi de vous
prier de lire les chapitres 26 & 27 du
Livre de Bergier ; vous y. verrez que differentes
Fables ont pû faire donner à ces
chemins le nom de Brunehaut , & que differens
monumens , que la Princeffe de ce
nom a laiffés , ont beaucoup contribué à
faire croire qu'elle étoit l'Auteur des chemins.
J'ai crû , Monfieur , devoir faire inferer
cette Lettre dans le Mercure, parce que vos
occupations fi relatives au bien Public , ne
vous permettant pas toujours de fatisfaire
votre inclination à obliger , j'ai craint que
vous n'ayez pas le tems de me répondre ,
& j'ai efperé que quelqu'autre s'en chargeroit.
Il eft cependant vrai que j'ai compté
fur toute votre indulgence , pour commencer
un combat , pour lequel je ne fuis
peut- être pas fuffifamment armé. Quoiqu'il
en foit , vous devez être perfuadé ,
MAI. 91 1749.
que c'eft uniquement dans la vûe de m'inf
truire , que j'ai cherché des raifons contre
votre fentiment , & que l'efprit de contradiction
n'y a eu aucune part..
J'ai l'honneur d'être , & c .
B. D. Gr.... 1 , E. e . e. d. l. M. à Beauvais.
會
SOLUTION de la Queftion , proposée
dans le Mercure de Mars , p. 109 .
Mufe ,y penfez -vous bien ? Quelle eft done
votre audace ?
Arrêtez ... quoi ! vous qu'un rien embarraſſe,
Vous voulez aujourd'hui dans une queſtion
Vous mêler de donner votre décifion ?
On ne vous fera point de grace ,
Je vous en avertis ; prenez bien garde à vous.
De la gent habitant le Parnaffe ,
Le naturel n'eft pas fort doux ;
Leur oeil voit un défayt ? Rarement il le paffe.
Mais las quel eft votre maudit penchant
Vous vous moquez de cette remontrance ;
Eh bien , faites connoître à tous votre ignorance.
Ce que c'eft qu'une fille ! on ne peut un moment ,
fon honneur , la contraindre au fi- Même pour
lence.
92 MERCURE DE FRANCE.
Définiffons le fonge auparavant :
Le fonge n'eft qu'un jeu de la nature ,
Ou , fi je ne me trompe , une fimple impofture
Qui naît de l'affoupiflement ;
Auquel jamais homme en ce cas
Ne prit de part : je le prouve & l'aflure.
On rêve tous les jours de gens qu'on n'aime pas.
Or fuivant ce principe , & partant de ce pas ,
Quelle gloire Tircis tireroit- il d'un fonge ,
Pendant la nuit à Thémire infpiré ?
Aucune . Quelqu'il foit , c'est toujours un menfonge..
Mais lorfque du fommeil fon efprit retiré
Eft à lui -même entierement livré ,
Le fonge alors qu'elle fuppofe ,
Par l'amour feul eft fuggeré ,
Et comme librement , à fa tête , à fon gré ,
Elle l'ajufte & le compoſe ,
Il eft certainement la marque du plaifir ,
Que fon ame reffent à s'en entretenir.
que ce foit autre choſe.
Ce.dernier pour Tircis eft donc le plus flateur.
Je ne crois pas du moins
Je peux bien être dans l'erreur ,
Mais quant à moi , voici ce que je penfe ;
Je ne me pique point d'une vaine ſcience ;
Je me foumets , fois mon juge , Lecteur.
Hélas ! fi mon Iris , dont la rigueur m'accable ,
MAI. 1749.
93
M'en faifoit un jour un ſemblable ,
Quels préfages heureux ! quel espoir ! quel bon
heur !
J. F. Guichard,
Du premier Avril 1749 .
REMARQUE adreffée à M. Remond
de Sainte Albine , à l'occafion de la nouvelle
Notice de l'Artois .
' Ai lû aujourd'hui , Monfieur , tous les
Journaux qui ont paru à Paris le premier
du mois. Je ne puis vous dire pofitivement,
dans lequel de ces Ecrits périodiques
j'ai apperçu un éloge de la Notice du Pays
d'Artois , avec une petite reftriction. Cet
ouvrage , qui paroît depuis quelques mois,
eft , à ce que l'on dit , de M. Bultel , fecond
Préfident du Confeil d'Artois , lequel
en peu de mots a fourni la connoiffance
dont on avoit befoin , d'une Province
affez étendue . La reftriction , dans les
louanges que le Journaliſte donne à l'Auteur
, ne doit lui faire aucune peine ; on
ne lui reproche point de lourdes fautes ,
ni aucune mépriſe importante : mais feu-`
lement de n'avoir pas marqué , en parlant
94 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville d'Arras , que le Roi Louis XI.
étant devenu maître de cette Ville , ordonna
qu'on l'appellât dans la fuite d'un
autre nom: fur quoi le même Journaliſte
fait la réflexion , qu'il eft plus facile aux
Rois de prendre des Villes que de réuffic
à en faire changer le nom , parce qu'effectivement
le nom que Louis XI. voulut
fubftituer à celui d'Arras , n'a pas eu cours ;
ou que s'il l'a eu , ç'a été durant fort peu
de tems. Mais n'admirerez -vous pas, Monfieur
, avec moi , que le Journaliſte , qui
veut relever dans l'Auteur de la Notice
une faute d'omiffion , en commet une
autre dans le fujet même dont il s'agit ?
Il dir que Louis XI . donna ordre , que
Ville d'Arras fût déformais appellée Merveille
: où a-t'il pris cela ? J'ai toujours oui
dire que le nom que ce Prince voulut lui
donnér , étoit Franchife. Quelques Hif
toriens imprimés l'ont déja remarqué ,
& fi j'ai bonne mémoire , je penfe que M.
de la Bruere a publié dans le Mercure ,
il
:
la
y a trois ans , un morceau où il en eft
fait mention au moins l'ai-je lû , il y a
nombre d'années , dans une Lettre d'un
Sçavant d'Arras à M. l'Abbé Lebeuf , ou
dans une de cet Abbé à ce Sçavant. Je n'ai
pas fous la main le Pere Daniel , mais j'ai
quelque fouvenir qu'il dit auffi , que c'eft
MAI. 95 1749.
le nom de Franchife que le Roi Louis XI.
voulut faire porter à la Ville d'Arras , &
que l'on a des Actes de fon tems , dans lef
quels en effet elle eft défignée fous ce
nom .
Si vous fouhaitez , Monfieur , que ceux
qui auront lû le même Journal d'Avril que
moi , ne restent pas long-tems dans l'erreur
, il dépendra de vous d'inferer au plutôt
dans le vôtre , le petit Mémoire que je
prends la liberté de vous envoyer ,
Ces Avril 1749.
E PITRE
©
A M. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux,
fur la nouvelle & fçavante Relation de fes
voyages dans l'Amérique Méridionale. Par
M. des Forges Maillard , Affocié des
Académies Royales des Belles Lettres
d'Angers & de la Rochelle , & Jon Compatriote.
R Eine du Pinde , éclatante Uranie ,
Vole embraffer Bouguer , ton nourriffon ,
Linx clair -voyant , dont le vafte génie
Connoît du Ciel le cours & la façon ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Autant & mieux que fa propre Patrie ,
Et mariant pratique & théorie ,
En fait à tous l'infaillible leçon.
Subtils efprits des bords de la Tamiſe ,
Sçavante part d'un peuple généreux ,
Indépendant , brave peuple qui priſe ,
De liberté puiffamment amoureux ,
Plus que fon fang, courage , honneur , franchiſe
Fiers Espagnols , de fa noble entrepriſe
Nobles rivaux , qui paſsâtes les mers !
Sçavans , épars dans l'immenfe Univers !
Lifez Bouguer , puifez dans fes voyages
Un jour nouveau , dites dans vos concerts ,
Dieu fit d'un mot fes fublimes ouvrages .
Sage & hardi , volant au haut des airs ,
Bouguer les fuit , & vainqueur des nuages ,
A nos regards il les a découverts .
Breton fameux , on m'a pourtant fçu dire ,
Qu'en tapinois , jaloux cherchoient à nuire
A tes progrès ; n'en conçoi nul ſouci ..
Pour l'écarter , le conte que voici ,
Ami très-cher , te doit certes fuffire.
Quand en ces lieux fcience defcendit
Des clairs manoirs du céleste Empirée ,
Son pur éclat foudain fe répandit ,
Et des humains elle fut adorée .
Mais de fes flancs en défaftres féconds ,
L'Enfer
MAI
.
97
1749.
L'Enfer pouffant fumée & tourbillons ,
Pour l'offufquer envoya Jalouſie ,
De lui porter les plus terribles coups ,
Sous beau maintien , de vif eſpoir ſaiſie.
Qu'arriva-t'il de fon aigre courroux ?
Nombre de gens , dont le regard volage
Ne s'étoit onc fur Science arrêté ,
L'examinant , lui rendirent hommage ,
Utilement épris de fa beauté.
Science ainfifi , grace à fon adverfaire ,
Dont le flambeau d'éxacte vérité
Fit éclipfer le projet téméraire ,
Vit des mortels , avec fincérité ,
Son Temple augufte encorplus fréquenté.
EPIGRAMME
Du même Auteur.
Si les injures que tu dis
Des vers , dont je m'amufe au bord de ce rivage ,
Rendoient les tiens meilleurs , on te diroit , écris,
Allons , ferme , Lubin , courage.
Tu veux te faire un nom , il n'importe à quel prix.
Mais il en advient autre chofe,
Comme quand le tardif & gluant limaçon ,
Tirant les yeux cornus hors de fon capuchon ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
S'efforce de grimper pour atteindre la roſe ,
Que de les longs affauts défend maint piqueron
Chacun en rit , la bouche clofe.
On dit avec un plaifaut ton •
Regardons s'enfiler ce brave limaçon.
***************K
EXTRAIT d'une Lettre de M. Euler ,
Profeffeur de Mathématiques , & Acadé
micien de l'Académie Impériale de Petersbourg
, à M. Wetstein , Chapelain & Secretaire
de S. A. R. le Prince de Galles
touchant les découvertes des Ruffiens au
Nord- Eft de l'Afie.
尊
Uifque vous voulez , Monfieur , être
informé d'une maniere plus particuliere
, des expéditions que les Ruffiens ont
faires au Nord & au Nord- Eft de l'Afie
2
je m'en vais vous apprendre tout ce qui
en a pû parvenir à ma connoiffance .
Quoique je fois charmé de vous donner
dans ces obfervations quelque lumiere au
fujer du paffage qu'on cherche actuellement
par la Bye d'Hudson ,je ferois en
même tems fâché que l'opinion du Capitaine
Behring ( qui croyoit que la nouvelle
Terre qu'il avoit découverte , étoit
jointe à la Californie ) nous fit douter du
Grand
Oby
OCCEAN
SEPTENTRIONAL
déMLscoo'osneucgtvoDeidCevnletooripd'gvut1ttlneEreladee3eeenseretrenss5sstsss
Detroit
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225
Jenisceia
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la Le
Polaire
100
200
225
44
ASTOR, LENOX
AND
INDEN
CO. NI
2
MAI.. 1749.
99
fuccès d'une auffi glorieufe entrepriſe que
celle que l'on tente actuellement
par
l'Ouest , & je voudrois que nous fûffions
convaincus de la vérité par quelque heureuſe
découverte. Quoiqu'il en foit , vous
ferez peut-être bien aife d'apprendre les
raifons fur lesquelles Behring a fondé fes
conjectures , nonobftant les objections que
vous m'avez faites à ce fujet , & que vous
avez bien voulu me
communiquer.
Or
premierement , le Capitaine Behring
avoit découvert une nouvelle Terre , à la
distance vers l'Eft de cinquante milles
d'Allemagne du Kamfchatka , & il a été
fort loin en la côtoyant , mais je ne sçautois
dire
précisément jufqu'où . Or
de cela feul , il paroît qu'il y a une diminution
ou
accroiffement à faire en longitude
de trente degrés ou environ : c'eſt
tout ce que vous fuppofez être entre le
dernier Cap de la Californie vers l'Ouest ,
& l'extrêmité la moins avancée de cette
Terre
nouvellement découverte vers l'Eft.
Secondement , Behring a obfervé une
éclipfe de Lune à Kamfchatka , d'où il a
conclu que cet endroit eft plus avancé vers
l'Eft, qu'il n'eft marqué dans aucunes - Cartes
, & que pour le repréfenter comme il
faut , il feroit néceffaire de le
tranfporter
dans l'autre
hémifphére de la Mappe-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
monde , puifque fa longitude eft de plus
de 180 degrés à l'Eft de l'Ile- de - Fer . Ainfi
les nouvelles Terres que Behring a découvertes
, s'approchent confidérablement
du dernier Cap de la Californie , & femblent
ne s'en éloigner que de peu de degrés.
Tout ce que nous pouvons done
encore efperer , feroit que dans l'endroit
inconnu il fe trouvât un détroit par le
quel la mer pacifique pût communiquer
avec la Baye d'Hudfon , mais fi on ne trouve
pas un femblable paffage , il en faudrą
conclure que quand même on pourroit
s'avancer par la Baye de Hudfon , & péné
trer plus loin qu'on n'a été jufqu'ici vers
P'Ouest , le détroit que l'on cherche , ne fe
trouveroit en ce cas que dans la mer glaciale
, d'où il s'enfuivroit qu'on ne pourroit
plus paffer dans l'Océan pacifique , que par
le voisinage de Kamfchatka . Or ce chemin
feroit trop long , & même trop dange
reux , & on ne pourroit peut- être le par
courir pendant le cours d'un Eté.
J'ai bien de la peine à croire que les
Ruffiens publient jamais les particularités
de leurs découvertes , foit de celles qui
ont été faites du Kamfchatka vers l'Amé
rique , foit de celles qui ont été faites fur
les côtes Septentrionales de l'Afie ; & ce
n'eft que d'une maniere vague & générale
ΜΑΙ. 1749. 101
que j'ai pû apprendre le fuccès de cette derniere
expédition. Au refte ce que je vais
vous dire, m'a été communiqué du Collége
de l'Amirauté par ordre de la Cour,pour en
faire ufage dans la Géographie de Ruflie ,
que j'étois alors chargé de dreffer.
Voici donc le détail de leurs differentes
expéditions. Les Mofcovites pafferent .
dans de très petits vaiffeaux entre la nouvelle
Zemble & le Continent , vers le milieu
de l'Eté, lorfque la mer étoit ouverte.
La premiere expédition fut en partant du
fleuve Oly , mais à l'entrée de l'Hyver les
vaiffeaux fe retirerent à l'embouchure de la
Jeniska, d'où ils retournerent en mer l'Eté
fuivant , pour s'avancer davantage vers
l'Orient ; ce qu'ils firent jufqu'à l'embouchure
de la Lena , où ils fe retirerent
pour y paffer l'Hyver.
La troifiéme expédition fut du fleuve
Lena jufqu'au Cap Nord- Eft de l'Afie ;
c'eft ici qu'ils ont perdu plufieurs de leurs
Batimens , & une grande partie de leurs
matelots , jufqu'à ne pouvoir plus s'avancer
, ni faire le tour , pour arriver à Kamschatka.
Mais on fit réflexion pour lors qu'une
autre entrepriſe feroit affez inutile , parce
que Behring avoit fait le tour de ce Cap .
en montant au Nord du Kamschatka.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Pour revenir au paffage ouvert par le
Weighats , quoique les Ruffiens n'ayent
pas effayé de faire le tour de la nouvelle
Zemble , cependant ils ont paffé entre ce
pays & la côte de l'Afie ; & comme les
Hollandois ont découvert autrefois les
côtes Septentrionales de la nouvelle Zemble
, nous pouvons être affûrés que cette
Terre eft véritablement une Ifle.
VERS
AMadame du Boccage , parJ. F. Guichard.
Sçavante & belle du Boccage ,
Digne de l'immortalité ,
Qui par un élegant * ouvrage ,
Qu'Apollon lui- même a dicté ,
Vous êtes attiré l'unanime fuffrage
Du Public enchanté !
Vous dont l'efprit profond & le brillant génie
Répand fur tout une grace infinie ;
Qui déployez dans vos vers les tréfors
D'une jufte & douce harmonie ,
Et qui d'Orphée égalez les accords ,
Accords , dont autrefois la Thrace fut ravie
* Le Poëme du Paradis terreftre.
MAI. ∙ 1749: 103
Permettez qu'en ce jour ,
Conduit , foutenu par l'Amour ,
Ce Dieu que depuis peu je connois , je revére ,
De tous vos charmes raviffans ,
Et de mes tendres fentimens
Je trace une image fincére .
Mais que dis -je , inſenſé Vaut-il pas mieux fe
taire
Que de faifir ces premiers mouvemens ?
Car quelque grande , hélas ! que foit cette matiere
,
Le fuccès eft douteux , le deffein téméraire.
Il n'appartient qu'à ces maîtres de l'Art ,
Qu'un jugement ſolide éclaire ,
De courir dans cette carriere.
Pour moi , qui n'ai qu'un coeur fans fard ,
Et dont le fol efprit ne fçut jamais rien faire ,
Je me tais . A ma Muſe , & badine & légére ,
De tels fentiers font inconnus.
De plus , pour peindre une Vénus ,
Il faudroit emprunter le pinceau d'un Homére ,
Et pour représenter au naturel l'ardeur
De ce feu dévorant , dont le progrès rapide
Signale le pouvoir du mérite enchanteur ,
Qui de tout tems en vous réfide ,
Il faut la plume d'un Ovide .
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Admirateur zélé de vos nobles écrits ,
Souffrez que je vous offre ici ce foible hommage.
Regardez-le comme le gage
D'un tendre coeur , de vos talens épris ,
Et fi ces vers , mes premiers fruits ,
Avoient l'heureux don de vous plaire ,
Je ne demande , en * Philoſophe auſtére ,
Qu'un feul de vos regards pour prix.
* L'Auteurfaitfon cours de Philofophie.
Du 26 Mars 1749.
EPITRE
A Mademoiſelle Brillant * .
E Leve de Thalie , & rivale des graces ,
Qui par un fouris enchanté
Sçais l'art d'enchaîner fur tes traces
Les defirs & la liberté ,
Les foupirs avec la gayeté !
O toi , jeune & charmante A&trice ,
Qui, quittant un Théatre à tes yeux limité,
* Mlle Brillant fi connue à l'Opera Comique par
fesgraces & fes talens , a reçû les mêmes applaudiſſemens
à la Comédie , & eft une des premieres Actrices
de la Province,
MA I. 1749.. 105
Trouvas Thalie à tes defirs propice ,
Te fis un jeu que l'inſtinct t'a dicté.
Adorable Brillant , reçois le jufte hommage
Des
D'un coeur , l'écho du fentiment.
regrets du public que ces vers foient le gage :
Pourquoi ne puis - je , hélas , les prouver autrement !
Tu pars ; à ton deffein j'applaudis en pleurant ;
La gloire , l'interêt , tes amis le confeillent.
L'Anglois , utile admirateur ,
N'eft pas toujours fombre & rêveur ;
Les charmes , les appas , les talens le réveillent ;
Je le vois t'applaudir de ces ftoïques mains ,
Qui fçavent & louer & payer le mérite :
Il reconnoît en toi des Ophils , des Gauffins
L'art féduifant ; il l'anime , il l'excite.
L'Amour , ton aftre protecteur ,
Accroît l'illufion , s'empare de fon coeur ,
Et déridant fon fens froid léthargique ,
Etouffe, en fouriant , la voix de la critique.
Vas donc ; fuis ton deftin ; rien ne peut t'arrêter ;
Comble les voeux de l'Angleterre,
Montre-Ini Venus & Cythére :
Louis fut fait pour la dompter ,
Et ton deftin eft de lui plaire .
Mais tu ne te dois pas toute entiere aux Anglois,
Reviens enfuite au ſein de ta Patrie ,
Vers cette Nation polie
Ev
S MERCURE DE FRANCE.
Ces charmans & legers François .
Viens à Paris ; rends lui la Quinaut & ſes charmes,
Son goût , fon efprit , fon talent ;
Ou plutôt fenfible à nos larmes ,
Viens à Lyon nous rendre la Brillant.
De Lyon , ce 29 Mars 1749.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Avril par Imprimerie
, Timpanon & Ecritoire. On trouve
dans le premier Logogryphe Paon , Pantin
, matin , Jo , Po , Pan , Taon , Pont , nom,
timon , point , point ,, PPiinn ,, Ponent Mont ,pot,
pain , main , ton , pion , ami , nain. On trouve
dans le fecond , Roi , terre , or , être , cor,
roc , cri , Ere , oye , cire , re & ire.
>
**X** X** X**X*X*XXX
J
ENIGM E.
'Ai de tout tems été dans le tonnerre
Je n'ai pourtantjamais été dans l'air :
Jamais on ne me vit en terre ,
Ni jamais auffi dans la mer :
Ami Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Ne me faut pas chercher dans la clarté ,
Mais tu pourras me voir paroître,
En cherchant dans l'obscurité.
MAI. 107 1749.
LOGOGRYPHE.
JEE fuis un être incomparable ;
Qui fournit aux mortels l'utile & l'agréable
En tous lieux , en toute faiſon.
On trouve aifément dans mon nom
L'oiſeau qui des Romains fauva la Ville prife ;
Ce qui conduit nos pas à notre guife :
Ce qui donne de la faveur aux mets :
Ce qui retient & régie les fujets :
D'un infecte étranger l'inimitable ouvrage ,
Dont on fait des habits pour tout tems , pour tour
âge :
Ce qui refte d'un corps dont on öte la chair :
Un excellent poiſſon de mer ,
Affez commun , & de platte apparence ;
Une agréable fleur , l'ornement de la France
Et de plus un terrain tout environné d'eau ;
La liqueur que le vin dépofe en un tonneau ;
Enfin › pour tout vous dire avec franchiſe ,
Le mot , qui me défigne , eft d'ufage à l'Eglife.
AUTR E.
Souvent Ouvent le hazard me produit ;
Souvent je nais de la prudence :
J'ai part au bien , au mal : ce fut mon exiſtence
:
E vi
10S MERCURE DE FRANCE.
Qui fit Cromwel ce qu'on le vit.
Sept de mes pieds , Lecteur , forment un Général ,
Victime de l'Amour , & dont le fort fatal
Devroit à tout Guerrier être un exemple utile :
Avec ces mêmes pieds , fans être fort habile ,
Par an feulement tranfpofé
Je fais paroître une beauté ,
Dont Rome admira la ſageſſe ,
Et qui n'eut jamais de tendreffe
Que pour fon époux bien -aimé.
On trouve dans mon tout trois Villes , dont
l'Hiftoire
A confacré les noms au Temple de Mémoire ,
L'une où Sertorius , par un cruel deftin ,
Expira fous les coups d'un barbare affaffin ;
L'autre fervit d'azile au brave Ariftoméne ,
Et la troifiéme fut le refuge d'Euméne ;
Deux Poëtes François ; un célébre Orateur ;
Ce Prince , de Padouë illuftre Fondateur ;
Deux Héroïnes de la Fable ;
Objet à nos yeux admirable ;
Enfin ce métal précieux ,
Du regne de Louis fymbole glorieux.
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
MAI.
109 1749.
AUTRE.
E Nnemi déclaré de tout le genre humain ,
Contre tous les défauts je déclame ſans ceſſe :
Je ne puis me livrer à la moindre careffe :
On ne remarque en moi qu'un air fombre & cha
grin.
Mon tout eft de dix parties ,
Qui , l'une à l'autre afforties ,
Peuvent offrir, fens differens.
Primo : 5 2 10,7 ,fans ceffe je démens
> >
Tout ce quel'on avance .
9,4 ,
7.4 , 2 >
& 3 ornement de la danſe ;
"
don > , 5 , que le Créateur 8 3
A fait à l'humaine nature ;
> 4 1 & 10, effence
pure , >
Deftinée à jouir du plus parfait bonheur.
7 , 10 , 9 , 8 & 3 , l'on me croit néceffaire
Après un long travail.
9 joint à 8 , le plus précieux métaila
4 , 2 , 1 , 10 & 7 , eft la plus grande affaire,
Qui de notre jeuneffe occupe le loifir.
9,4 2 , & • S le foutien de la vie.
3 , 4 , 5 , 6 , & 10 , fouvent pour le plaifir
Je vois que l'on m'oublie.
4 , 1 , & 2 , für dans la confidence.
2,7 , & 10 , tranſport , fureur >
Qu'excite en nous la moindre offenfe ,
110 MERCURE DEFRANCE.
9,4,7,2 , & 3 , jadis un raviffeur
Funefte à ſa famille.
9,4,5,2 › 10,7 , avec moi femme & fille ,
Quoique fingulier ornement",
Acquiert un nouvel agrément.
Ah ! c'eſt affez ; Lecteur , je te ménage ,
Pouvant encor former mainte opération .
Oui , je réſiſte à la tentation ,
Mais fouviens-toi , que ma premiere image
T'offre un mortel , hai & redouté ,
Et le fleau de la Société.
Fr. Roch
De Rouen , le 3 Mars 1749.
LOGO GRYPHUS.
Sæpè jocos , etiam triftes inimica querelas
Sæpe gero. Septem ex membris tria detrahe pri
ma ;
Præpetibus pennis nunquam reditura volabo.
Ultima præpofito reſtent tria membra fecundo
Segnes efficio fegnis. Nunc cautus eafdem
Litterulas alio converte bis ordine ; primùm
Me tulit Andinum tellus Saturnia vatem.
Sum tibi deinde puer , flammâ metuendus & arcu,
Non te detineam præfcriptis legibus ultrà ;
Ecce potes campo fpatiari liber aperto
MAI
1749. FIF
pri
Ifacidas ego rex volui difperdere ; poenas
Ipfe dedi mifer , heu ! mediis oppreffus in undis:
Sum locus, unde graves, cæfis lactentibus , olim
Auditi gemitus. Nunc poft data munera pacis
Europæ toti nofter non ingruit horror.
L. C. de S. d'Angers.
洗洗洗送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX- ARTS , ¿π.
EROPE , Tragédie . Par M. Clement.
A Paris , chez Prault, fils , Libraire,
Quai de Conty , vis-à- vis la defcente du
Pont- neuf , à la Charité , 1749. Avec Ap
probation & Permiffion du Roi.
M. Clement avoit prefque fini le troifiéme
Acte de fa Tragédie , lorfqu'il apprit
par M. le Marquis Maffei , que M. de Voltaire
traitoit le même fujet. » J'étois trop
>> avancé & trop peu raiſonnable , dit no-
» tre Auteur dans fa Préface , pour avoir
» le courage de reculer : je pourfuivis donc,
>> & crûs avoir achevé quelques mois
» après, fi bien que j'eus la témérité de lire
> ce premier effai chez une Dame illuftre
» par la délicateffe de fon goût & le choix
» de fes amis. M. de Fontenelle, toujours &
112 MERCURE DE FRANCE.
peut-être trop porté à encourager l'ap
"parence des talens , fe trouva chez elle
» ce jour-là , & tous deux m'écouterent
» avec tant de bonté , que le fieur du Fref-
» ne , qui étoit préfent , n'héfita point à
» me demander une lecture pour l'alfent-
» blée des Comédiens François. Ceux- ci
» n'eurent garde d'être fi indulgens : ils
» virent une partie des défauts de ma Pié-
» ce , & m'en dirent naïvement leur penfée.
Je fentis qu'ils avoient raiſon , & je
»réfolus d'oublier mon ouvrage , pour y
" revenir quelque jour de fang froid , s'il
» étoit poffible.... Il n'eft pas étonnant ,
ajoûte modeftement M. Clement , qu'un
» jeune homme de vingt- quatre ans , qui
en avoit employé douze ou treize * à
» l'étude du Grec , de l'Hébreu , du Droit
>> naturel & de la Théologie , tranfplanté
» tout-à- coup d'un pays de bonne & pref-
"que toujours folide littérature , dans le
féjour des Arts de toute efpece , & far
»tout des plus délicats & des plus recher-
>> chés , y eût débuté faire de mauvais
par
vers qu'il croyoit excellens.
39
Après avoir laiffé repofer fa Tragédie
pendant un an , le jeune Poëte fe remit à
l'ouvrage , & fon nouveau travail fut auffi
long que le premier l'avoit été peu , mais
* Par une inattention finguliere , l'Imprimeur „ au
lieu de treize , a mis vingt trois.
M A. I. 1749. 113
cependant , à ce qu'il nous affûre , il eut
achevé fa Piée avant que celle de M. de
Voltaire fût jouée . Sans doute M. Clement
s'eft long tems flatté que les Comédiens
répréfenteroient la fienne , & c'eſt
apparemment la raifon pour laquelle il a
differé de la faire imprimer.
La Fable de fon Poëme porte en général
fur les mêmes fondemens que celle de M.
de Voltaire , & par conféquent que celle
de M. le Marquis Maffei , mais la marche
de l'action eft differente .. M. Clement
avertit qu'il a crû devoir prendre ſoin de
reculer les évenemens , » afin de ménager
» l'intérêt , & de ne pas d'abord pouffer la
"gradation auffi vivement qu'il auroit pû.
Au refte il fe repent de n'avoir fait paroître
qu'au troifiéme Acte le fils de Mérope ,
lequel , de même que chez M. de Voltaire,
a reçû fous le nom d'Egifte l'éducation
d'une condition privée. Notre Auteur
n'eft pas moins fâché d'avoir fait interroger
le Prince
par le Tyran plutôt
que par
la Reine . » J'ai préferé
, dit-il , une varie- » té mal entendue
; je me fuis réſervé
pour » le quatriéme
Acte ; j'ai voulu me ménager
» une plus belle fuite de mouvemens
pour la grande
entrevûe
de la mere & du fils ; » j'y ai réuffi peut être , mais je me fuis
coupé un bras pour donner
plus de vi-
23
114 MERCURE DE FRANCE .
» gueur à l'autre. Il avoue auffi que n'ayant
olé tenter de fe tenir dans la même fimplicité
que M. de Voltaire , il a mieux aimé
s'appuyer d'un épifode d'amour , que de
rifquer de ne pouvoir fournir cinq Actes .
» C'est au Lecteur , continue - t'il , à déci
» der fi cet épifode eft bien lié au fujet ,
» s'il prend quelque chofe fur l'objet principal
, s'il en affoiblit ou s'il en favorife
» l'impreffion , enfin fi j'ai eu raiſon d'eſ-
» perer qu'il me produiroit au plus beau
moment de la Piéce une reconnoiffance
» plus heureufe, plus neuve, de plus grand
effet , & frappant plus de coups que celle
que M. de Voltaire a empruntée de
»M. Maffei. L'Amante que M. Clement
donne à Egiſte , eft Ifmene , fille d'Eurifthene
, Roi de Laconie. Ainfi que le fils
de Mérope , elle a été élevée dans l'igno- .
rance des parens dont elle eft née . Le hazard
a voulu que les perfonnes à qui ce
Prince & cette Princeffe ont été confiés
choififfent le même lieu pour afile ; & des
affaffins ayant attenté à la vie d'Ifmene ,
Egifte lui a confervé le jour . Un fervice
fi important n'a pas permis à Ifmene de
refufer au jeune Prince un coeur , qui depuis
long-tems n'avoit que trop de penchant
à fe donner à lui . Eurifthene , uni
à Mérope par les liens du fang , & inftruit
>
MAI. 1749. 115
que le légitime héritier du Trône de Meffene
refpire encore , fe dérermine à lui
faire époufer fa fille. Dans ce deflein , il
envoye cette Princeffe à Mérope , & il
charge en même- tems trois cens Laconiens
de fe rendre fécrettement à Meffene , pour
tenter de la délivrer du Tyran qui l'opprime.
Ifmene reconnoît fon amant , & au
lieu
que dans la Tragédie de M. de Voltai
re ce Prince eft arraché par fon Gouverneur
à la mort , c'eft par le fecours de la
fille d'Eurifthene qu'Egifte eft reconnu
de Mérope , dans le tems que cette Reine
fe prépare à le facrifier.
Bien des gens taxeront de témérité la
hardieffe de publier une Mérope après
celle de M. de Voltaire. Quelques- uns même
condamneront l'ouvrage de M.Clemènt,
fans le lire. Pour nous , fans comparer les
deux Tragédies , nous ne craindrons point
de dire qu'il y a dans la nouvelle diverſes
chofes dignes d'éloges. Elle a certainement
des défauts. L'aveu qu'Ifmene , fans
aucune néceffité , fait à Mérope dans la ſeconde
Scéne du fecond Acte , doit paroître
indécent & peu vrai-femblable . On
pourroit défirer que le dénoûment de la
Piéce fût plus clair . Partout la diction
n'eft pas également élégante & correcte ,
mais en général la conduite de ce Poëme
# 16 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas à beaucoup près fans art , & les
Juges équitables remarqueront dans les
détails plufieurs vers heureux . Le plus
grand tort de M. Clement eft de fe trouver
en concurrence avec un rival auffi redou
table que le fameux Auteur de la Henriade.
Nous avons annoncé dans le dernier
Mercure , que les Libraires Etrangers , &
ceux de Provinces , qui voudroient avoir
des Exemplaires de la nouvelle Mérope ,
étoient priés par l'Auteur , de s'adreffer directement
à lui . Sa demeure eſt chez Ringard
, Baigneur , dans la rue de Guenegaud.
RECHERCHES fur les caufes particulieres
des Phénoménes Electriques , fur les effets
nuifibles ou avantageux qu'on peut en attendre
. Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , de l'Inftitut de Bologne , &
Maître de Physique de Monfeigneur le
Dauphin. A Paris , chez les freres Guerin,
rue S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin ,
1749. Avec Approbation & Privilége du
Roi.
Dans un Mémoire que M. l'Abbé Nollet
lut en 1745 à l'Académie des Sciences ,
ce Sçavant avoit propofé , comme la caufe
générale des Phénoménes Electriques ,
M A I. 1749. 117
l'effluence & l'affluence fimultanées d'une
matiere fluide , très- fubtile , préfente partour,
& capable de s'enflammer par le choc
de fes propres rayons. Depuis , il s'eft appliqué
particulierement à examiner fi cette
théorie pourroit fervir à rendre raiſon ,
non - feulement des principaux Phénomé
nes, mais encore à expliquer leurs circonf
tances , & les effets qui en dépendent. Ce
nouveau volume eft le fruit de cet examen,
M. l'Abbé Nollet partage fon Ouvrage
en cinq Difcours , dont chacun a fon ob
jet particulier.
Le premier contient des réponses à quelques
Auteurs qui ont écrit fur l'Electricité,
& qui ont attaqué la Théorie de notre
Académicien , ou contredit les faits qu'il
a publiés ou adoptés .
A mesure qu'il s'éleve de nouvelles
Ecoles d'Electricité , les contradictions fe
multiplient de jour en jour , M. l'Abbé Nollet
remarque qu'il feroit peut-être juſte ,
mais qu'il n'eft pas poffible d'interdire cette
étude , ou la liberté d'écrire fur cette
matiere , aux perfonnes qui s'en acquittens
mal. Il penfe qu'il eft du moins à propos
de leur indiquer les fources d'erreur qu'on
doit éviter , & c'est ce qu'il a tâché de faire
dans le fecond & dans le troifiéme Difcours.
Après avoir examiné dans l'un tous
r18 MERCURE DE FRANCE.
les fignes par lefquels on juge de l'Elecricité
& de fes differens degrés de force , &
avoir fait voir par des exemples , que chacun
de ces fignes , s'il étoit confulté féparément
des autres , feroit capable de nous
faire prononcer des jugemens peu exacts ,
il fe propofe de faire connoître dans l'autre
les circonftances qui augmentent ou
affoibliffent la vertu électrique.
On verra dans le quatrième & le cinquiéme
Difcours , les recherches que M.
l'Abbé Nollet a faites pour découvrir quels
changemens on peut craindre ou efpérer de
caufer dans les corps en les électrifant. Il
a porté les épreuves fur ceux qui ne font
pas organifés , comme fur ceux qui le font,
& fur les liquides , comme fur les folides.
Son principal deffein étoit d'examiner
les effets de la vertu électrique fur les
plantes & fur les animaux . Ses autres ef-
Tais n'ont été que des préliminaires , par
lefquels il a cherché à entrevoir ce qu'il
pouvoit attendre d'une fuite d'expériences
, plus importantes , foit par les fujets
qu'il vouloit y appliquer , foit par la dépenfe
, le tems & les foins qu'elles exigeoient.
Ces cinq Difcours font fuivis de la Relation
d'un fait tout nouveau . » Il ne paaroîtra
peut-être,remarque Ml'Abbé NolMAI.
1749. 119
"
"
let , qu'admirable aux yeux de plufieurs
perfonnes , mais les vrais connoiffeurs
» verront bien-tôt , que moins merveil
» leux lui-même qu'il ne le paroît au vulgaire
, il révele tout le myftere de l'expérience
de Leyde , & qu'il fe range avec
» elle dans l'ordre des effets ordinaires,
» en confervant une légere diftinction .
L'ouvrage eft orné de Planches , & il eft
dédié au Duc de Savoye.
LE COMEDIEN. Ouvrage divifé en deux
Parties. Par M. Remond de Sainte Albine.
Seconde Edition , corrigée & augmentée,
A Paris , chez Vincent , fils , Libraire , rue
Saint Severin , 1749 .
Voici l'Avertiffement que l'Auteur a
mis à la tête de cette nouvelle Edition.
» La célerité du débit d'un Livre prou-
» ve qu'il a réuffi. Elle ne prouve pas qu'il
»foit digne de fon fuccès. J'attribue prin
»cipalement au bonheur que j'ai eu de fai-
» fir un fujet neuf, l'accueil favorable dont
» le Public a daigné récompenfer mon tra-
» vail . On m'a fçû gré d'avoir ofé le premier
effayer de fixer la Langue & la Théo-
" rie d'un Art , dont on avoit auffi peu
» défini les termes , que développé les
» principes ; & en faveur de la hardieffe
» du projet , on m'a pardonné les fautes
que j'ai pû commettre dans l'exécution.
20 MERCURE DE FRANCE.
» Autant qu'il a dépendu de moi , j'ai
corrigé dans cette feconde Edition les
endroits défectueux qu'on m'a fait appercevoir
, ou que de moi- même j'ai re-
» marqués dans la premiere . J'ai fait auffi
plufieurs additions , & l'on verra à la fin
de la feconde Partie quatre nouveaux
Chapitres , dans lefquels je donne divers
détails & quelques éclairciffemens
qu'on a paru défirer .
» Dès le commencement de l'ouvrage
➜on reconnoîtra un changement qui étoit
néceffaire. Lorfque j'ai avancé qu'un
Comédien avoit befoin d'efprit , je n'ai
pas prétendu que fans cet avantage il ne
pouvoit fe faire une réputation au Théa
tre.Mes idées fur cet article demandoient
d'être éxpliquées . J'ai tâché de les pré-
»fenter plus diftin &tement, en continuant
» cependant de foutenir que fi les perfon-
» nes de Théatre , auxquelles on a reproché
» le défaut d'efprit, ont mérité tous les éloges
qu'on leur a donnés , elles étoient
beaucoup plus fpirituelles qu'on ne le
fuppofoit.
"
» Pour combattre mon opinion fur cette
queftion de fait , on me cite des Actrices
» célebres , entre autres la Demoiſelle
» Chammellé , que Racine & Defpreaux
trouvoient une Comédienne admirable ,
» &
M A I. 1749. 124
à qui ils n'accordoient que l'inftinct &
» le fentiment. J'avois négligé d'obferver
à cette occafion , que dans les ames ex-
» trêmement fenfibles le fentiment de-
» vient quelquefois efprit , & j'ai réparé
cette omiffion . A l'égard des louan-
» ges prodiguées à des perfonnes de Théa-
»tre , même par des Poëtes dont la déci-
»fion femble devoir impofer , je n'ai point
» diffimulé ma pensée dans un des Chapi-
» tres que j'ai ajoûtés à mes remarques.
"
»
» Il eft inutile de détailler les autres
corrections que j'ai faites , & je dirai
» feulement un mot des additions. En
»analifant les regles de l'Art du Comédien
, je ne m'étois attaché qu'aux par-
» ties les plus nobles de cet Art. On a jugé
que je devois parler de celles d'un or-
» dre inférieur , du moins des plus impor-
» tantes. On a exigé auffi que je répondiffe
à plufieurs objections.
ور
»Si j'avois fuivi les confeils de certai-
» nes perfonnes , je ferois entré dans la
» difcuffion d'un grand nombre de qucf-
» tions qui intéreffent la perfection du
Spectacle. Elles ne feroient peut-être pas
» étrangeres à mon fujet , mais elles le fe-
» roient au plan que me preferit la divi-
• fion de mon Ouvrage , & par cette raiſon
» je me fuis abftenu de les examiner.
F
122 MERCURE DEFRANCE.
Nous ajoûterons à cet Avertiffement ,
que cette feconde Edition devoit être com
mencée dès le mois de Janvier , & qu'elle
a été retardée par divers contretems. Elle
ne céde point à la premiere pour la beauté
du papier & des caractéres, & elle lui eſt encore
fupérieure pour la correction . L'une
& l'autre ont le même format & les mêmes
vignettes.
Le défaut de place nous empêche de
nous étendre pour le préfent fur le fond
même de l'ouvrage . Nous lui donnerons
un article un peu plus long dans le prochain
Mercure .
REFLEXIONS fur le Comique Larmoyant.
Par M. M. D. C. Tréforier de France , &
Confeiller au Préfidial de la Rochelle ,
Académicien de la même Ville , adreffées
à M M. Arcere & Thylorier , de cette Aca
démie. A Paris , chez Durand , rue Saint
Jacques , au Griffon , & Piffot , Quai des
Auguftins , à la Sagelfe . 1749. Avec Approbation
& Permillion.
Que l'Auteur nous permette d'abord de
remarquer que n'ayant point deffein d'offenfer
un Académicien très- eftimable , &
voulant même rendre juftice aux taléns
diftingués de cet Ecrivain célebre , il auroit
du , en examinant le nouveau genre
de Comédie qui eft ici attaqué , ne pas
MA I.
123 1749.
donner dans fon Titre , à cette espece de
Poëme , la qualification que le feu Abbé
des Fontaines lui a donnée par dérifion.
Pour ce qui regarde les Réflexions dont
cet ouvrage eft compofé , nous ne pouvons
que louer la politéffe dont ordinairement
elles font accompagnées. On fent que
l'Auteur en général defire de ne bleffer
perfonne . Cependant , malgré tous les efforts
, il va plus loin qu'il ne veut , & fon
goût décidé, pour le Comique proprement
dit , l'emporte .
Il prétend que l'original d'une vraie Comédie
ne peut être un perfonnage entierement
vertueux , comme le font ceux du
nouveau genre , & que c'est un vice radical
, fur lequel toutes les beautés de détail
ne peuvent nous faire illufion ; que des
défaftres romanefques ne produifent point
d'impreffion utile , parce que rarement ils
font relatifs à la pofition où nous fommes
; qu'on peut être ému à la vûë de ces
tableaux ingénieux , mais qu'on ne tire
aucun profit pour foi -même d'un tiſſu d'évenemens
que le cours ordinaire des révolutions
humaines ne doit jamais amener
jufqu'à nous ; qu'il n'en eft pas de même
des portraits que le Poëte crayonne d'après
les vices & les ridicules ; que nous en
fommes tous fufceptibles , & que l'homme
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
le plus parfait porte toujours dans ſon elprit
& dans fon coeur le germe de certains
travers , de certains défauts que les occafions
fçavent bien développer.
Selon l'Auteur , non- feulement le nouveau
genre de Comédie eft vicieux par fa
nature , mais il ne peut procurer des plaifirs
auffi variés ni auffi naturels , que ceux
qui naiffent du vrai Comique.
99
39
» Le premier a tout le vuide des impreffions
produites par la lecture des Ro-
» mans. Comme eux , rempli d'intrigues
forcées , de fituations extraordinaires ,
de caractéres outrés , & fouvent plus
vrais que vrai-femblables , s'il caufe à l'a-
» me ce trouble involontaire qui la char-
» me dans le moment , c'eft que nous fom-
» mes touchés néceffairement les objets
» les plus faux , quand la peinture en eſt
» faite avec art..... Les impreffions de
plaifir , que nous fournit la Comédie
proprement dite , font d'un caractére
bien different. C'eft avec un agrément
toujours nouveau , que nous voyons ces
39
39
par
par
» portraits avoués la nature , tels que
» le Mifantrope
, l'Avare , le Muet , le
»Joueur , le Grondeur , le Glorieux.....
» Les plus brillantes moralités , les recon-
» noiffances multipliées
, nous apporte
ront- elles jamais des plaifirs compara
M A I. 1749. 1.25.
و د
» bles à ceux que nous donnent les Scénes.
d'Harpagon & de Frofine , de Valere &
» de Maître Jacques , du Bourgeois Gen-
»tilhomme & de fa Servante , & dans un
"genre plus élevé , la converſation médi-
»fante de Celiméne , auffi- bien que la
» maniere ingénieufe dont elle rend à la
>> prude Arfinoé fes traits fatiriques ?
L'Auteur de cette Brochure fe nomme
M. de Chaffiron. A la fin de fon ouvrage ,
il prédit que le nouveau Comique , légitimé
par
mode ', paffera avec elle , &
fera relegué au pays du Tragi - comique.
dont il eft forti . » Le beau fexe , dit - il ,
» protecteur de toutes les tendres nou-
» veautés , ne peut pas toujours vouloir
» pleurer , quoiqu'il veuille toujours fen-
" tir . Fions-nous en à fon inconftance . On
"peut mettre encore , au nombre des rai-
» fons qui dégoûteront du Comique Lar-
" moyant , la difficulté de réullir dans ce
>> genre .... Il faut ,pour y travailler avec fuc-
» cès , un génie auffi brillant , auffi cultivé
>> que celui de l'Auteur de Mélanide . M.
» de Fontenelle a un ton qui lui eft propre ,
» & qui lui fied admirablement bien , mais
qu'il eft impoffible ou dangereux d'imi-
» ter. M. de la Chauffée a le fien qu'il a
» créé , & qui trouvera peu d'imitateurs
» par la difficulté d'employer le même art
"}
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & les mêmes couleurs auxquels il doit
» les applaudiffemens qu'il a reçûs .
DISSERTATION HISTORIQUE fur l'efpece
de mal de gorge gangreneux , qui a
regné parmi les enfans l'année derniere .
A Paris , chez Guillaume Desprez , Imprimeur
Ordinaire du Roi & du Clergé de
France , & P. G. Cavelier , Libraire , rue
S. Jacques , à S. Profper & aux trois Vertus.
1749. Avec Approbation & Privilége.
Après nous avoir donné un Journal
Hiftorique de plufieurs obfervations faites
fur cette maladie , l'Auteur décrit les fymptômes
qui la caractérisent . Il examine enfuite
fi c'eft une maladie nouvelle , & il
parcourt les principales caufes par lefquelles
elle peut être produite . Son ouvrage
eft terminé par un détail des moyens dont
on s'eft fervi utilement pour la guérir .
On a joint à cette Brochure une Lettre du
fçavant M. Aftruc.
GEOGRAPHIE moderne abregée , précédée
d'un Traité de la Sphère & du Globe , ornée
de plufieurs traits d'Hiftoire , tant
naturelle que politique , & terminée par
une Géographie Eccléfiaftique , où l'on
trouve tous les Archevêchés & Evêchés
de l'Eglife Catholique , & les principaux
des Eglifes Schifmatiques. Avec une Table
MAI. 1749. 127
des longitudes & latitudes des pricipales
Villes du monde , &c. A Paris , chez la
veuve Robinot , Quai des Auguftins , Claude-
Simon , pere , rue des Maçons , & Clande-
François Simon , fils , rue de la Parcheminerie
, 1748 .
Nous avons parlé de ce Livre avec
éloge , mais l'Auteur délirant que nous
nous expliquions d'une façon encore plus
préciſe fur fon ouvrage , nous ne lui refuferons
pas cette fatisfaction , & nous ajoutons
avec plaifir , à ce que nous avons déja
dit , que cette Géographie eft un abregé
des mieux faits & des plus méthodiques
que nous connoiflions . & que la lecture en
eft non-feulement utile , inais agréable .
⚫ DISCOURS en vers , & autres Poëfies. A
Genéve , chez Boufquet , 174 .
Plufieurs des morceaux , contenus dans
ce Recueil , avoient été déja imprimés ,
mais avec beaucoup de fautes. L'Auteur ſe
plaint de ce qu'il vient encore tout récemment
d'effuyer une de ces éditions barbares
, que feu M. de la Motte appelloit des
libelles diffamatoires. Pour n'avoir pas plus
long- tems le chagrin de fe voir ainfi défiguré
, il a réfolu de fe produire par
même , & de fe donner tel qu'il eft. Il y
gagnera fans doute auprès des Lecteurs ,
luif
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
& c'eft avec regret que nous ne copions
pas ici quelques- uns de fes vets.
LETTRES de Nicolas de Neufville , Scigneur
de Villeroy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , écrites à Jacques de Matignon ,
Maréchal de France , depuis 1581 jufqu'en
1596.. A Montelimar , 1749 .
La veuve Piffot mettra inceffamment en
vente un ouvrage intitulé , Choix de differens
morceaux de Poëfie , traduits de l'Anglois
par M. Trochereau . Ce Recueil contient
l'Effai fur la Poefie , par le Duc de
BUCKINGHAM ; l'Eſſai fur la maniere de traduire
les Poëtes , par le Comte de Roscoм-
MON ; le Temple de la Renommée par M.
POPPE ; l'Ode fur le pouvoir de la Musique ,
par DRYDEN , & le Choix , par POMFRET.
M. Trochereau joindra à fa Traduction une
Préface raifonnée fur ces ouvrages , avec
des notes hiftoriques & critiques.
L'Auteur des Tablettes hiftoriques , fe
difpofant à en donner une quatrième Partie
, dans laquelle il rapportera les créations
des principales Terres du Royaume
en Comtés & en Marquifats , & les noms
de leurs Poffeffeurs , il prie les perfonnes
qui y font intéreffées , de vouloir bien lui
envoyer les Mémoires inftructifs à ce fujet.
Il recevra auffi avec reconnoiffance ceux
M A I. 1749. 129
qu'on voudra bien lui adreffer pour des
corrections & des additions aux premieres
Parties. On les adreffera francs de Port ,
à M. de Nantigny , demeurant à l'Académie
Royale de M. Juan , Fauxbourg S.Germain ,
rue des Canettes.
LE RETOUR DE LA PAIX , Comédie en
un Acte en vers . Par M. de Boiffy. A Paris,
chez Cailleau , rue Saint Jacques , au deffus
de la rue des Mathurins , à S. André ,
1749.
On a rendu compte de cette Comédie
dans l'article des Spectacles du Mercure de
Mars.
BENJAMIN , OU Reconnoiffance de Jofeph.
Tragédie Chrétienne en trois Actes & en
vers. A Paris , chez le même Libraire ,
1749.
Pour faciliter à differentes perfonnes
qui l'ont défiré , l'ufage de la Méthode
nouvelle du Dictionnaire Universel , &c.
des Maréchauffées , des Connétables &
Maréchaux de France , l'Auteur a fait une
Table particuliere alphabétique des matieres
, pour chaque volume & chaque
partie qui y eft renfermée , en attendant
la Table générale des matieres contenues
dans tout l'ouvrage , & qui fera placée à la
fin du dernier volume.
Par ce moyen , chaque volume traitant
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
d'une matiere particuliere , & totalement
diftincte des précédens ou des fuivans , fe
trouve former un corps d'ouvrage féparé.
La Table du premier volume qui eft
en vente , fe diftribue actuellement chez
Prault , pere , Quai de Gêvres ; G. F.
Quillan , pere , rue Galande ; Chaubert
, Quai des Auguftins ; de Nully &
Debars , au Palais ; Prault , fils , Quai de
Conti ; Boudet , rue Saint Jacques ; Bauthe
, fils , Quai des Auguftins , & Quillau ,
fils , rue Saint Jacques. Si les perfonnes ,
qui ont le premier volume relié , veulent
y réunir fa Table , elles peuvent , ou le
remettre à G. F. Quillau , pere , qui le reprendra
, & donnera en échange un Exemplaire
en blanc avec la Table , en dédommagement
de la relieure ; ou joindre cette
Table à celle du fecond volume , qui paroîtra
inceffamment ; ou enfin fe fervir
feulement de cette Table , jufqu'après l'impreffion
totale de l'ouvrage , tems auquel
ces Tables particulieres pourront en quelque
forte devenir inutiles , au moyen de
la Table générale.
L'Auteur a auffi détaché de chaque volume
les objets principaux qui font perfonnels
, & d'un ufage plus familier &
plus néceffaire au Service journalier des
MAI. 1749. 131
Exemts , Brigadiers , Sous- Brigadiers , Archers-
Gardes , Archers-Huiffiers , Huiffiers-
Archers , Huiffiers - Sergens - Royaux &
d'Armes , & Cavaliers des Maréchauffées ,
& des Prevôtés à la fuite de Meffieurs les Maréchaux
de France ; & il en a compofé un Recueil
, ou Extrait, en trois parties, en faveur
de ceux de ces Officiers qui voudront
s'inftruire de ce qui peut concerner leurs
Fonctions , Service , Droits , Exemptions
& Priviléges , & c. fans être obligés de
faire les frais de l'ouvrage entier. Il y a
une Table alphabétique des matieres pour
chaque partie , qui rend l'ufage de cet
extrait auffi prompt que facile .
Les Libraires diftribuent actuellement
la premiere partie ; la feconde & la troifiéme
paroîtront avec les volumes fuivans,
qui font fous preffe .
LES AMUSEMENS du Parnaffe . Méthode
courte & facile pour apprendre à toucher
le Clavecin , avec les plus jolis airs à la
mode , où les doigts font chiffrés pour les
Commençans ; enfemble les principes de
Mufique. Livre premier ; par M. Corrette ,
Organifte des grands Jacobins . Prix 4 liv
A Paris , chez l'Auteur , rue Beaurepaire ;
Madame Boivin , à la Régle d'or , rue
Saint Honoré , le Clerc , à la Croix d'or ,
rue du Roulle. M. Corrette eft connu par
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
le nombre & la bonté de fes compofitions
pour l'orgue , le clavecin , le violoncelle ,
le violon , la flute & les voix.
ELECTIONS de l'Académie Royale
des Belles - Lettres
Ar la mort de M. Freret , M. Bonamy
Papaffé la
cette Académie dans celle des Penfionnaires.
Le 18 de ce mois , l'Académie élut
Meffieurs Menard & Bertin de Blagni
pour remplir la place , que la nomination
de M. Bonamy à celle de Penfionnaire laiffoit
vacante parmi les Affociés. M. Menard
, connu par le Livre intitulé , les
Maurs & les Ufages des Grecs , a été choifi
par Sa Majefté . On publiera inceffamment
le premier volume d'un ouvrage confidérable
, auquel ce nouvel Académicien trawaille
, & qui eft l'Hiftoire Civile , Eccléfiaftique
& Littéraire de la Ville de Nifmes.
Il a annoncé auffi l'année derniere une
Collection de Piéces fugitives pour fervir à
P'Hiftoire de France.
Informés depuis peu de tenis feulement,
que M. Capperonier a été nommé Affocié
de l'Académie , à la place de feu M. Oner,
MCA I 1749. 733
nous n'avons point annoncé au Public
cette élection qui a été faite , il y aa déja
quelque mois.
A cette occafion , Meffieurs les Secretaires
des Académies font très -inftamment
priés , de vouloir bien envoyer exactement
à M. Remond de Sainte Albine , les
notes des morts des Académiciens , ainfi
que les dattes des élections , & les noms.
des fujets choifis pour remplir les placesvacantes
, afin qu'il puiffe en être fait mention
, foit dans le Mercure , foit dans la
Gazette de France , laquelle ne parloit ordinairement
que des élections & des morts
des Membres de l'Académie Françoife , &
qui à l'avenir payera auffi ce jufte tribut
aux deux autres Académies.
ASSEMBLEE publique de la Société
Littéraire d'Arras.
LA
A Société Littéraire d'Arras tint le
22 Mars dernier fon affemblée publique.
M. Cornuel , élû quelque tems auparavant
pour faire les fonctions de Di
recteur , prononça un difcours à cette occafion
, dans lequel il fit entrer un éloge
du Roi , relatif à la publication de la Paix,
& M. Cauwet , Chancelier , après avoir
134 MERCURE DE FRANCE.
auffi remercié la Compagnie de fa nomination
à cet emploi , lut un Mémoire pour
fervir à l'Hiftoire de Robert II . Comte
d'Artois. Enfuite M. l'Abbé Galhaut ,
Chanoine de la Cathédrale d'Arras , nouvellement
reçû dans la Société , fir fon remercîment
, auquel répondit le Directeur.
M. Harduin , Secretaire perpétuel , lut des
obfervations fur les voyelles de la Langue
Françoife. M. Binot donna une Differtation
fur l'antiquité de l'Eglife d'Arras .
Un autre Affocié , qui ne s'eft point nommé
, a fait lire un Difcours , dont le but
étoit de prouver , qu'il feroit avantageux
pour les hommes , d'apprendre les Sciences
aux femmes ; & la féance a été terminée
par la lecture de quelques Epigrammes de
M. Harduin .
LETTRE de M. *** , à M. Remond de
Sainte Albine , au fujet des nouvelles tentatives
, faites par les Anglois pour paſſer
de la Baye d'Hudſon dans la mer du Sud.
>
E vous ai déja communiqué , Monfeur
,une Traduction qui qua été remiſe,
de l'Hiſtoire abrégée des découvertes
faites en dernier lieu par les Moſcovites ,
qui ont enfin appris que le paffage eft
MAI. 1749.
135
ouvert par le détroit de Weigatz , & qu'on
pourroit abfolument pénétrer par le Nord-
Eft à la mer du Sud , au Japon , à la Chine
& aux Moluques : la petite Carte, qui y eft
jointe , eft plus exacte qu'aucune de celles
qui ayent été publiées en ces derniers tems,
ayant été tirée ou réduite d'après celles de
l'Atlas Ruffien , imprimé il y a deux ans
à Pétersbourg , & qui s'eft vendu chez
Briaffon.
Il faut auffi convenir qu'il y auroit de
très-grandes incommodités , & des périls à
effuyer dans cette nouvelle navigation , laquelle
feroit d'autant moins praticable ,
que nous fçavons enfin aujourd'hui qu'il
feroit néceffaire de côtoyer la Tartarie
dans la Zone Glaciale , & qu'il n'y auroit
rien de plus pénible que d'aller doubler le
Cap le plus feptentrional de l'Afie à près
de 73 degrés de latitude , par une longitude
qui s'étend au moins de 30 degrés
plus vers l'Eft , qu'on ne fe l'étoit imagi-
.né. Ces circonftances ont vraisemblablement
fait tourner les vûes nouvelles de
ceux qui cherchent le paffage par le Nord,
du côté de l'autre navigation , c'eft - à -dire
vers celle qui a été tentée autrefois au
Nord-Ouest , mais fur tout par la Baye
d'Hudfon.
Car outre que la navigation qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
·
pourroit entreprendre de ce côté- là , feroit
bien moins longue & périlleuse quel'au- ·
tre , fur tout fi l'on partoit des Colonies
d'Amérique , il faut d'ailleurs confidérer
qu'à peine y doit-on rencontrer des glaces,
le paffage qu'on fe flatte de trouver par le
Nord- Ouest , étant dans la Zone Tempe
rée , vers le foixante-troifiéme degré de
latitude.
. On va publier inceffamment en François
une Collection générale des differentes
navigations , faites depuis environ
deux cens ans , pour trouver un paffage par
le Nord - Oueſt : mais on aura le plaifir d'y
voir que les dernieres navigations faites
par les Anglois ont donné de grandes
efperances de le découvrir , en pénétrant
à la mer du Sud par le Nord- Ouest de la
Baye d'Hudfon . Au refte , fi l'on n'a point
encore réuffi dans une femblable découverte
, la faute en doit être rejettée fur
ceux qui ont commandé la derniere expédition
, & qui en font revenus l'année
derniere : il eft fâcheux que des vûes
des vûes pro--
chaines d'intérêt faffent communément
échouer les plus grandes entreprifes .
Cependant , fuppofé qu'on trouvât un
libre paffage par le Nord - Oueſt de la Baye
d'Hudfon , eft- il douteux qu'une pareille
découverte ne pût caufer une révolution
MA I. 1749. . 137
fubite dans le commerce , & dans les établiffemens
des Nations les plus puiffantes
de l'Europe ? Le mauvais fuccès des Flottes
, envoyées par la Nation Angloife dans
les expéditions les plus éloignées , n'eft
pas fuffifante pour la décourager , & fuppofé
qu'il n'y eût rien à craindre immédiatement
après la découverte d'un femblable
paffage pour nos Colonies Françoifes
en Amérique , ni pour les Villes du
Roi d'Espagne , fituées à la côte de la mer
du Sud , on ne peut nier cependant que les
Philippines ou les Moluques ne fuffent
bientôt menacées.
L'efperance de ceux d'entre les Anglois,
qui défirent le plus vivement de trouver
ce paffage , eft principalement fondée fur
les trois articles fuivans. Auffi eft- ce dans
cette opinion qu'ils vont y envoyer de
nouveaux Vaiffeaux & d'autres Comman-"
dans. Car 1 ° . on trouve de très - grandes
marées , & des courans bien rapides , au
Nord- Ouest de la Baye d'Hudfon . En fecond
lieu , toutes les rivieres qui tombent
dans cette mer du côté de l'Oucft , font peu
confidérables , même à leur en bouchure
ce qui indique affez que leurs fources né
fçauroient être bien éloignées , & que le
continent eft peu étendu vers l'Oucft . Le
troifiéme argument eft tiré , comme on le
138 MERCURE DE FRANCE .
verra ci- après , de l'apparition & du peu
de féjour des baleines .
Or fi l'on fe donne la peine de jetter les
yeux fur le Globe de Senex , qui fe voit
dans le Cabinet du Jardin Royal , ou fur
les dernières Mappemondes ou Cartes publiées
depuis quelques années , comment
peut-on prétendre ( n'y en ayant pas une
feule preuve ) que la Californie s'étend
jufqu'aux environs du Kamfchatka ? Cette
opinion de Bebring , & de quelques modernes
qui feroient tentés de l'introduire ,
n'eft autre choſe qu'une opinion ancienne
& furannée , comme on peut s'en convaincre
par la Mappemonde de Litfchot ( celui
qui le premier a publié la route & le cheque
les Européens devoient tenir
pour fuivre les Portugais aux Indes Orientales
) & qui avoit été adopté juſqu'au
tems de Blaeu : mais ce dernier a corrigé
cette erreur , & a détruit à la fin cette opinion
,comme on peut s'en affûrer en confultant
les differentes éditions de fes Globes .
Voici la Traduction que je vous envoye
du Mémoire envoyé à Londres le
Février 1747 .
min
21
M A I. -1749. 139
Eclairciffemens envoyés par M. le Chevalier
Arthur Dobbs à M. Wetstein , Chapelain
Secretaire du Prince de Galles , an
fujet de la diftance entre l'Afie & l'Amérique.
E vous fuis , Monfieur , extrêmement
voulu prendre d'entretenir une correfpondance
avec le Profeffeur Euler , au
fujet des découvertes que les Mofcovites
ont faites vers l'Eft du Kamfchatka , comme
auffi de l'extrait que vous m'avez envoyé
du dernier voyage de Behring, &
des découvertes qu'il a faites au Nord- Eſt
du Japon. A la vérité , M. Euler convient
que ce qui lui en a été communiqué ,
eft affez imparfait , n'ayant jamais vû
aucun Journal , affez détaillé , & où l'on
ait fixé les latitudes & longitudes des Pays
nouvellement découverts. Mais puifque
M. Euler , entraîné par l'opinion du Capitaine
Behring , femble fe fixer à croire
que les Pays nouvellement découverts font
joints à la Californie , c'est -à- dire aux dernieres
Terres connues du Continent de
l'Amerique , la Californie , comme on
fçait , n'étant pas une Ifle , je ne puis
m'empêcher de vous dire , qu'en ceci mon
opinion eft bien differente de celle de M.
140 MERCURE DEFRANCE.
Euler , car autrement je ferois obligé d'a
vouer franchement , qu'il n'y a plus de
paffage à efperer de trouver du Nord Oueſt
de la Baye d'Hudfon à la mer du Sud , ou
dans l'Ocean Occidental de l'Amérique ,
à moins qu'on n'entreprît une longue navigation
de près de 70 degrés en longitude
, c'est -à- dire , de toute la diftance qui
fe trouve entre le Cap Gitué au Nord- Eft de
l'Afie , & le Nord - Ouest de la Baye d'Hudfon
, enforte qu'il faudroit même naviguer
jufques fur un parallele auffi feptentrional
qu'eft le cercle Polaire , avant que de pénétrer
dans la mer Pacifique .
Or il eft vifible qu'en ce cas , le nouveau
paffage trouvé pourroit être appellé avec
quelque raifon un paffage impraticable ,
puifqu'il ne feroit pas poffible de l'aller
chercher dans un même Eté..
Mais comme M. Euler a bien voulu me
déduire les raifons , fur lesquelles le Capitaine
Bebring a fondé fon opinion , puiſqu'il
fe fonde principalement fur la petite
diftance qu'il fuppofe entre la côte qu'il a
nouvellement découverte , & la côte occidentale
d'Amérique , autrement nommée
la Californie ; puifqu'il a prétendu , disje
, que la Californie eft beaucoup plus
voifine du Cap , fitué au Nord Eft de l'Àfie ,
qu'elle ne l'eft en effet , je ferai bien aife ,
MAI. 1749 . 141
qu'en remerciant M. Euler , de ce qu'il a
bien voulu nous communiquer tout ce
qu'il a pû apprendre au fujet des nouvelles
découvertes , vous lui fafliez connoître
en quoi mon opinion eft differente de celle
de Bebring , celui - ci n'ayant pas fait de .
difficulté d'affûrer que les terres , qu'il
avoit nouvellement découvertes , n'étoient
autre chofe que les dernieres parties du
Continent de l'Amérique , c'est-à - dire ,
qu'elles font une continuation de la Californie.
Or fi M. Euler a trouvé que les
raifons , fur lesquelles je fonde mon opinion
, font fuffifantes pour rendre plus que
probable , qu'il peut y avoir une grande
ouverture ou paffage entre les terres
nouvellement découvertes & la Califor
nie , je fuis bien aife que ce célébre & fçavant
Profeffeur penfe , que nous pouvons
efperer de trouver enfin un paffage par la
Baye d'Hudfon , à l'Ouest de l'Ocean de
l'Amérique , & cela fans être empêché par
les glaces après avoir paffé le détroit d'Hud-
Son,
Je conçois pourtant que M.Euler a penfé
que nous nous étions un peu jettés dans
l'erreur , & que nous nous étions trop flatrés
, en ne confidérant pas que le Cap fitué
au Nord- Eft de l'Afie eft beaucoup
plus à l'Eft qu'il n'a été fuppofé jufqu'ici
#42 MERCURE DE FRANGE.
dans toutes les Cartes. La fituation de ce
Cap fui paroît actuellement bien connue ,
par le moyen
d'une Eclipfe de Lune , obfervée
par le Capitaine Bebring au Kamschatka.
Or j'ai un Extrait depuis long- tems du
Journal & des premieres découvertes faites
à ce fujet en 1728 & 1729 , quand
Behring , dans fon premier voyage , a obfervé
l'Eclipfe de Lune & calculé la longitude
du lieu. Je m'en fuis donc tenu à la
longitude qu'il a fixée , & je fuis d'accord
que ce Cap Nord- Eft eft , comme Behring
l'a établi , dans l'autre Hémisphere ; qu'il
eft à l'Eft beaucoup plus qu'on ne l'avoit
fuppofé , foit à l'égard de l'Ifle de Fer ,
foit à l'égard du Méridien de Londres ; or
voici ce qui doit s'en fuivre.
Behring fixe fon Cap fitué au Nord- Eft
de l'Afie à 126 degrés 7 minutes vers
l'Eft de la longitude ou Méridien de To- .
bolski ; Tobolski eft 86 degrés à l'Eſt de
I'lfle de Fer , deforre que ce Cap eft 212
degrés 7 minutes à l'Eft de l'Ifle de Fer , &
par conféquent à 194 degrés vers l'Eft du
Méridien de Londres. D'un autre côté le
Capitaine Midleton a obfervé les Satellites
de Jupiter dans la riviere de Churchill ,
une des rivieres qui tombe dans la Baye
d'Hudfon , & par ces obfervations cette
MA I. 1749.
143
riviere fe trouve 95 degrés à l'Ouest du
Méridien de Londres , ce qui étant ajoûté
à 194 degrés , la fomme eft 289 degrés ,
d'où l'on tire 71 degrés de difference en
longitude entre le Cap fitué au Nord Eft
de l'Afie & la riviere de Churchill, Mais
à 65 degrés de latitude feptentrionale , fi
l'on compte 8 lieues, ( de celles dont il y a
20 au degré & qu'on nomme vulgairement
lieues Marines , pour chaque degré de
longitude , les 71 degrés ci deffus donneront
pour la diftance comprife entre le
Cap le plus avancé de l'Afie & la Baye
d'Hudſon , environ 568 lieues.
Nous connoiffons auffi très -bien la longitude
du Cap le plus feptentrional du
Japon , fitué à 40 degrés de latitude. Sa
fituation fe déduit très - exactement des ob.
fervations faites par les Jefuites à Pekin ,
enforte que ce Cap eft environ 150 degrés
à l'Eft de Londres , & on fçait auffi , d'après
les meilleurs calculs , la longitude de
la Californie , dont le Cap le plus avancé
& qui eft à 40 degrés de latitude Boreale,
eft à 130 degrés de longitude à l'Oueft du
Méridien de Londres. C'eft pourquoi ,
comme fous ce parallele de 40 degrés de
latitude , 17 lieues répondent à un degré
de longitude , la diftance entre les deux
Caps fera par conféquent de 1360 lieues,
144 MERCURE DE FRANCE.
On tire auffi du même calcul la diftance
de la Californie au Cap fitué au Nord Eft
de l'Afie de 7 à Soo lieues. D'où il eft aifé
de voir
que
y avoir
dans
un
fi grand
efpace
il peut
avoir de très-grands Continens ou Ifles
* , fans être obligé de fuppofer avec le
Capitaine Behring, que le pays qu'il a
nouvellement découvert eft un même continent
, ou contigu à l'Amérique , & qu'il
s'étend jufqu'à la Californie . On peut , disje
, raifonnablement conjecturer qu'il y a
un Canal ouvert ou une mer large de so
ou 100 lieues entre le pays nouvellement
découvert & la Californie.
Voyons comment ceci s'accorde avec le
récit communiqué par M. Euler. Il eft dit
que Behring a fait voile d'abord vers le
Sud jufqu'aux Ifles du fapon , & qu'étant
parti de - là il a fait voile vers l'Eft d'environ
so milles germaniques , ce qui , en
comptant les lieues marines de zo au degré
, donne environ 80 lieues , dont Behring
fe feroit avancé vers l'Eft . Or à cette
diſtance du Japon il a découvert des terres
* Les Japonnois , dans une de leur Mappemonde
imprimée au Japon , ont placé précisément au même
endroit deux Ifles aufli grandes que l'Irlande ,
& leur ont donné un nom . Cela fe voit fur cette
Carte apportée du Japon par Kempfer en 1686 , &
qui eft dans le Cabinet de M. Sloane .
dont
MAI. 145 1749 .
dont le giffement s'étendoit au Nord-
Oueft. Behring les a cotoyées, & de -là s'approchant
duČapNord - Eft fans prendre terre,
il n'eft entré dans aucun Portjufqu'à - ce
qu'il ait trouvé l'embouchure d'une grande
riviere ; d'où ayant envoyé fes Chaloupes
& quelques hommes à terre , il n'en a
jamais eu de nouvelles, foit qu'ils fe foient
égarés , qu'ils ayent été tués ou réduits en
elclavage par les Sauvages ; ce malheur a
été caule d'une interruption dans, les découvertes
qu'il projettoit de faire. Et fon
Vaiffeau ayant échoué , Behring eft mort
bien-tôt après dans une Ifle inhabitée.
,
Au refte , comme dans ce récit je ne trouve
àinfi que j'ai dit , aucune longitude pi
latitude fixée par les obfervations , je fuis
porté à croire que Behring a fait voile de
Kamfchatka vers le Sud-Eft,& qu'il a peutêtre
navigué plus au Sud que le cinquantiéme
degré de datitude. Or il faut qu'il
ait trouvé un pays fitué au Nord-Est du
Japon , puifque fans cela , eenn llee cotoyant
par le Nord-Ouest , il n'auroit jamais pû
s'approcher du Cap Nord Eft , lequel Cap
eft au moins 40 degrés de longitude à
l'Et du Japon ; car fi Behring a d'abord
fait 80 lieues à l'Eft du Japon , il faut bien
qu'il ait fait route au Nord- Eft pour parvenir
au Cap Nord-Eft. Cela étant il y a
G
146 MERCURE DE FRANCE .
apparence que cette côte a dû.être une
partie de celle qu'il avoit déja vûe dans fon
premier voyage , lorfqu'il perdit une de
fes ancres. C'est la côte que Gama avoit
découverte , & que les Hollandois ont appellée
depuis Terres de la Compagnie , fituées
fur les côtes à l'Eft du Détroit de
Uzicez , c'est- à- dire 7 à 800 lieues à l'Oueſt
des dernieres Terres connues de l'Améri
l'é que . Or fi je fuppofe 700 lieues pour
tendue du pays ou de l'Ifle nouvellement
découvette vers l'Eft , il restera encore
un paffage de plus de 100 lieues pour communiquer
de la , Mer du Sud ou Mer
ра-
cifique à la Baye d'Hudſon , & c'eft fans
doute cette Mer ou ce Détroit qui caufe
des courans & d'auffi grandes marées que
celles qu'on trouve en effet au Nord- Ouest
de la Baye d'Hudfon , de -même qu'un libre
paffage aux Baleines qu'on trouve en fi
grande quantité dans l'ouverture fituée au
Nord- Oueft de cette Baye , & que la Nation
Sauvage des Eskimaux pêche en une
auffi grande quantité ; car pour que les Baleines
puiffent pénétrer de l'Océan Atlantique
dans la Baye d'Hudson , je ne fçaurois
croire qu'elles faffent un auffi grand tour,
comme de venir du Japon au Cap Nord-
Eft , & de- là s'avançant jufquà 70 degrés
ou 560 lieues venir dans la Baye pour
MA I. 1749. 147
d'Hudjon , elles n'y puiffent arriver qu'au
mois de Jain , pour y refter feulement jufqu'en
Septembre , après quoi elles retourneroient
par un auffi long chemin dans la
Mer du Sud pour y paffer l'Hyver .
Confidérons préfentement que puifque
Behring a feulement cotoyé les nouvelles
Terres à une certaine diftance , il n'a pû
s'affûrer s'il étoit vis-à-vis d'un Continent
ou d'une grande Ifle ; or la fuppofition
d'une grande Ifle en ce lieu me paroît la
plus probable .
LETTRE de M. Louis , Affocié de l'Académie
Royale de Chirurgie , à M. Ró-,
mond de Sainte Albine.
M
Onfieur , la façon avec laquelle
M. le Cat m'a fait l'honneur de met
traiter dans votre Mercure du mois de
Mars dernier , me difpenfe de lui répli
quer , fur le fonds des difficultés qui paroiffent
fubfifter entre nous fur l'opération
de la Taille . Les perfonnes que ces
détails n'amufent point, ne feroient point
affectées de mes raifons ; & je préfume en
avoir affez dit , pour celles qui font capa .
bles de juger de nos differends.
Il ne m'eft cependant pas poffible de nepas
repouffer le trait le plus envenimé
G ij
14S MERCURE DE FRANCE.
qu'on puiffe lancer contre la réputation
d'un jeune homme. M. le Cat vous prie
de remarquer , Monfieur, que
de trois per-
Jonnes que j'ai taillées par ma méthode , deux
font mortes de l'operation , & que la troifiéme
languit dans des tourmens qui enfont les fuites.
Le Certificat ci -joint , qui m'a été délivré
par le Chirurgien Major de l'Hôtel-Dieu
d'Orleans , & qui eft légalifé par les Adminiſtrateurs
, entre lefquels font Meffieurs
les premiers Magiftrats , détruit
pleinement cette imputation , Je défie même
M. le Cat , & tous fes correfpondans ,
de prouver que qui que ce foit que j'aie
taillé , foit mert ; quoique j'aie autant pra
tiqué cette opération qu'un homme de
mon âge ait pû le faire.
M. le Cat ne m'a jamais vû opérer ; il
ne connoît mon opération que fort imparfaitement
, il affûre néanmoins qu'il la
poffede comme moi- même.Il mepermettra d'en
douter. Il m'a mis lui-même dans le cas de
n'en rien croire. Tout le monde fçait que
M. le Cat a actuellement une difpute dans
le Journal de Verdun avec un Anonyme
Aureur d'un nouveau Lithotome , qu'il
révendique. Dans le Mercure de Mars dernier
, M. le Cat affûre que mon opération ,
eft tout-à -fait contraire aux principes de notre
Art , les plus évidens & les plus univer
MA I.. 1749. 149
fellement reçûs ; & il venoit de me citer
avantageufement dans le Journal de Verdun
, & de rapporter d'après moi , contre
l'Anonyme , le principe que j'ai pofé ſur
l'opération de la Taille. J'ai crû , Morfieur
, devoir remercier M. le Cat de la
mention honorable qu'il avoit faite de
moi dans ce Journal : mais comme je fuis
incapable d'aucun ftratagême dans mes phrafes
, comme M. le Cat n'en a accufé depuis,
je pris la liberté de lui repréfenter que
fa Critique n'étoit point digne de lui , &
qu'il n'avoit pas conçu un feul mot für
le méchanisme du nouveau Lythotome.
M. le Cat me répond ; fa Lettre eft du
dixiéme Mars dernier.... » Je vous parois
»ne point blâmer affez le nouveau Lytho-
» tome caché ; mais je ne le puis blâmer
و د
que fur ce que j'en fçai : je ne l'aijamais
» vù il faut fe fervir d'un inftrument pour
-» en bien connoître les défauts ; vous avez
apparement paffé par- là .... Inftruiſez-
» moi de tous les défauts que vous avez
» remarqué dans cet inftrument , & je
-> joindrai votre Lettre à la mienne dans la
¿» réplique que je ferai à la réponſe qu'on
» me prépare.
Après un tel aveu , Monfieur , dois-je
croire M. le Cat auffi au fair de ma méthode
que noi- même , & doit-on prendre
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
fes allégations pour des argumens décififs ?
Il devroit être plus circonfpect , furtout
lorfque fes Critiques peuvent préjudicier
aux perfonnes qu'il attaque : ce qu'il a dit
de moi a fait des impreflions qu'il eft de
mon honneur d'effacer ; c'eft la feule raifon
qui donne lieu à cette derniere répli
que , vous priant de la faire connoître par
la voie où ma réputation a été fi peu ménagée
. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 20 Avril 1749.
Louis.
CERTIFICAT.
.
Je fouffigné Maître en Chirurgie , Lieutenant
de M. le Premier Chirurgien du
Roi , Chirurgien ordinaire & Lythotomifte
de l'Hôtel - Dieu d'Orleans , certifie
que M. Louis , Maître ès Arts , Affocié à
l'Académie Royale de Chirurgie , & Chirurgien
Principal de l'Hôpital Général
de Paris en la Maifon de la Salpêtriere , a
taillé en ma préfence , dans ledit Hôtel-
Dieu d'Orleans , au mois de Mai de l'année
1747 , trois malades attaqués de la
pierre ; dont deux filles , l'une nommée
Jeanne Drouin , âgée de dix ans , qui étoit
dès -lors incommodée d'une incontinence
d'urine , & en outre affligée de la teigne
MA I. 1749. 151
à la tête , laquelle eft néanmoins fortie de
l'Hôtel-Dieu le dix- fept Juin fuivant ;
l'autre Elizabeth Heron , âgée de fapt ans ,.
laquelle pendant le traitement de l'opération
a été affligée de la petite vérole , qui
l'avoir réduite à la derniere extrêmité , &
dont elle a été heureuſement guérie , &
fortie dudit Hôtel - Dieu à la fin de Juillet ;
le troifiéme malade a été un garçon , nommé
Sebaſtien Vafnier , âgé de quatorze
ans , auquel a été tirée une pierre longue
& platte , d'une groffeur affez confidérable
pour un fujet de fon âge , lequel a été en
état de fortir dudit Hôtel- Dieu le vingt
Juin. Ce que j'affirme véritable. A Or
leans , ce dixiéme Avril 1749.
Signé , de la Croix.
Cette Piéce eft fcellée du Sceau de l'Hôtel-
Dieu , & les qualités du Sieur de la
Croix font atteftées par un Certificat , fair
au Bureau dudit Hôtel-Dieu , par Meffieurs
les Adminiftrateurs , & figné , de
Guyenne , de Fay , Perdoulx , Perdonlx du
Bignon , Vendebergue , Villebouré.
G iiij
is2 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUE adreffée à M. le Bibliothéquaire
de Sorbonne , au fujet d'un endrois
de la Defcription de Paris , publiée
par M. Piganiol de la Force.
JE
E ne fçai pas , Monfieur , qui pourroit
douter , que la Sorbonne a été
fondée par Robert Sorbon , ou de Sorbonne
, après les preuves que vous en ayez
données contre M. Piganiol de la Force ,
qui s'étoit imaginé fur un très-leger fondement
, que c'étoit à Robert de Douai
qu'il falloit déférer cet honneur . On eft
bien für de fon fait , lorfqu'on parle comme
vous d'après les titres originaux..
A l'occafion du démêlé que vous avez
eu avec cet Ecrivain , lequel , comme je
penfe , n'appellera pas de votre écrit , je
me fuis propofé de m'entretenir avec vous ,
de ce que le même M. Piganiol a avancé
dès la huitiéme page de fon premier tome
de la Defcription de Paris , édition de
1742. En y continuant l'Hiſtoire abregée
de cette Ville , après avoir parlé de la défaite
des Parifiens par Céfar , Général Romain
, il dit tout de fuite : Boëce nous apprend
qu'après cette défaite , Céfar fit bâtir
une nouvelle Villefur les ruines de l'ancienne
qu'ill'embellitpar le nombre des édifices ; qu'il
MAI. 1749.
153
la fortifia par une enceinte de murailles , &
par deux tours on forts qu'il fit conftruire à
la tête de deux ponts de bois qui en donnoient
l'entrée , qui étoient aux mêmes lieux où
font aujourd'hui le petit Pont & le Pont- au-
Change, que l'on a long- tems nommé le Grand-
Pont. Tous ces grands ouvrages firent que
Lutéce fut appellée la Cité de Jules Céfar.
Ne ferez - vous pas , Monfieur , comme
moi , tenté de fçavoir dans quel endroit
des ouvrages de Boëce , on trouve que
Céfar a fait bâtir une nouvelle Ville de
Lutéce fur les ruines de l'ancienne , qu'il
l'embollit & la fortifia. Voilà certainement
un détail , que je fuis fort curieux de
voir dans les ouvrages de ce Philofophe ,
& qui me fait croire qu'il pourroit y avoir
encore d'autres circonstances concernant
Paris , que M. Piganiol auroit omifes.
Mais , direz -vous , fi l'on a de Bocce un
ouvrage ou il ait parlé de Lutéce , pourquoi
le fçavant Dom Bouquet n'a-t'il pas
placé ce fragment dans fa grande Collection
des Ecrivains des Gaules & de la
France ? A cela je vous réponds que c'eft
ce qui fait auffi ma furprife , & qui me fait
craindre que M. Piganiol ne fe foit trompé.
Quel peut donc être ce Boëce , dont
on apprend les circonftances ci -deffus , qui
font fi importantes pour la Cité de Paris ?
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
Seroit-ce un Ecrivain du neuvième.fiéçle
qui a demeuré à Orleans & dans le Poitou
, lequel fe nommoit Vulfin , & prit
pour furnom Boëce ? Seroit-ce Hector
Boëtius , Ecoffois & Hiftorien d'Ecoffe ,
qui vivoit au commencement de l'avantdernier
fiécle ? Quel que foit de ces deux
Boëces celui que M. Piganiol a voulu citer
, fon autorité fera bien foible pour
étayer les circonstances qu'il rapporte
de lui fur l'origine de Paris. Je lui confeillerois
donc de s'expliquer davantage
fur ce Boëce , fon garant , dans la nouvelle
édition qu'on dit qu'il prépare de fa Deſcription
de Paris , ou de prendre le parti
de retrancher de cette édition les quatorze
lignes rapportées ci- deffus. C'eſt à
lui au refte à dire s'il a puifé cela dans
Sauval , ou dans quelque autre de la trempe
de Malingre . Jamais il ne rendra fon
ouvrage parfait , qu'autant qu'il parlera
après les Auteurs anciens , & après les titres
qu'il fera très-bien de citer en marge.
Dans l'apprehenfion où j'ai été que Boëce
ne fût une faute d'impreffion , j'ai eu
recours à l'errata , où il ne m'a paru rien
qui fe
rapporte à la page huitiéme. Ipfe
viderit. J'ai l'honneur d'être , & c .
.
Le 31 Janvier 1749.
1
MA I. 1749.
155
Nota. Si l'Auteur de la Remarque
avoit bien voulu confulter les Mémoires
de l'Académie Royale des Belles Lettres
Tome XV. p . 673 , il y auroit vû que ce
n'eft pas un Auteur de la trempe de Malingre
qui-a induit en erreur M. Piganiol ,
c'eft le Commiffaire de la Mare , qui dans
fon Traité de la Police , tom. I. p . 71. a
cité , comme de Boëce , Sénateur Romain ,
ce paffage. Lutetiam Cafar ufque adeo adificiis
adauxit , tamque fortiter moenibus cinxit,
ut Julii Cafaris. Civitas vocaretur. Ce leroft
inutilement qu'on chercheroit ce paffage
dans les oeuvres du Philofophe Boëce ;
on le trouvera dans un ouvrage qui a
pour titre Liber de difciplina Scholarium ,
Vincent de Beauvais attribue à Boëce ,
d'autres à Pierre de Blois & à Thomas
de Cantimpré ; mais du Boulay , Hift .
univerf. Parif. tom . 1. pag. 84 , & 612. en
fait Auteur Jean Scot Erigene. On peut
confulter auffi la Bibliothèque Latine de
Fabricius , au ſujet de ce Livre , attribué
- fauffement à Bocce.
que
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
LETTRE de M. Gouye de Longuemare ;
a M. Rémond de Sainte Albine , pour répondre
à celle d'un prétendu Benedictin de
Province à un autre Benedictin , touchant
une Differtation qui a été couronnée à
l'Académie de Soiffons en 17.46.
"
V
Ous avez inferé , Monfieur , dans :
le Mercure ( Décembre 1748 , premier
vol. pag. 28. fuiv. ) l'extrait d'une
Lettre anonyme , qui a été écrite plutôt
contre moi que contre mon ouvrage. L'animofité
& la jaloufic , qui regnent dans
cette Critique , femblent avoir été les
vrais motifs pour lefquels l'Auteur a caché
fon nom. J'efpere que vous ferez :
affez équitable pour faire part au Public de
mon apologie.
Le Cenfeus , pour donner un air d'im
portance aux.minutics qui forment le tiflu
de fa Lettre , s'eft caché fous le nom d'un
Benedictin de Province . Il auroit pris le
plus für moyen de réuflir , s'il eût écrit for
un ton plus modéré , mais il fe démafque
par l'aigreur & par la paffion qu'il affecte ..
Je ne fuis pas le feul qui l'ait reconnu à
fon ftyle. Quoiqu'il en foit , je crois qu'il
eft bon de l'avertir que la plupart des
Sçavans de cet ordre refpectable , avec
M. A r.
T57 17.49.
lefquels j'ai l'honneur d'être en relation
l'ont regardé , moins comme un homme
de leur Corps , que comme un homme,
dont le deffein étoit de leur attribuer fauffement
une telle Piéce. C'eſt en effet les
traiter de la même maniere que Boileau le
fut par l'Abbé Cottin , qui attribuoit fes
propres vers à ce fameux. Poëte . Si M.
I'Anonyme eûr voulu rendre complet le
ridicule qu'il s'eft efforcé d'imprimer fur
mon ouvrage , il ne lui-manquoit plus que
de m'attribuer une réponse de fa façon .
Mais de crainte qu'il ne s'en avife , je vais
le prévenir. Quoique je le connoiffe parfaitement
, je me garderai bien d'indiquer
fon nom au Public. J'aime beaucoup
mieux lui donner l'exemple de la modéra
tion , qui doit regner dans les difputes
littéraires. D'ailleurs un ennemi qui fe
cache , eft à demi vaincu.
Le principal but de notre Critique fe
termine à nous apprendre les noms vulgaires
de Sain Menge & de Saint Condede ,,
ou Condé , & à prouver que le nom de
Saint Arnoul s'écrit fans d , parce qu'il
vient d'Arnulphus , & non d'Arnoldusi.
Quelles minuties ! L'Ecrivain mafqué pouvoit
également faire le procès à M. l'Abbé
de Fleuri , & à l'Illuftre Dom Rivet , quii
appellent Vandregifle le premier Abbé de
158 MERCURE DE FRANCE.
Fontenelles , au Pays de Caux , quoique
ce Saint ne foit connu à Paris , à Rouen ,
à Chartres , & même dans toute la France,
que fous le nom de Vandrille.
L'érudition poëtique de notre Cenfeur
n'eft pas mieux placée , lorsqu'il prétend
m'apprendre qu'il a paru des vers rimés à
l'hémiftiche avant le douzième fiécle . Je
m'étonne de ce qu'il ne m'ait pas à ce fujet
récité , felon fa louable coutume , comme
venant de fon propre fond , toutes les
preuves qu'en donnent les Bollandiftes
& le célébre Dom River ; il a manqué en
cela une belle occafion de faire parade
d'érudition . Au refte , fi je n'ai pas relevé
le Pere le Cointe , & fi j'ai paru adopter ,
d'après lui , le fentiment contraire , en rejettant
du nombre de mes preuves l'épitaphe
de Thierry III . en vers Léonins , fous
prétexte qu'elle n'a pas été composée dans
le tems de fa mort , c'eft que j'ai crû qu'il
ne me convenoit pas de m'écarter de mon
objet , pour répéter des chofes qui font
connues de tous nos Sçavans , & qui étoient
totalement éloignées du fujet que je traitois.
J'avois , dans cet endroit , pour unique
but , de fixer l'époque de la mort de
Thierry III . & non pas de difcuter celle
de la naillance des rimes , foit finales , foit
à l'hémiſtiche. El m'a femblé que je pou
M A I. 1749. 159
vois regarder cette Epitaphe comme
postérieure au feptiéme fiècle , fur la fin
duquel ce Prince eft mort , parce qu'elle
étoit compofée de vers rimés de l'hémiftiche
au dernier mot : fi mon aggreffeur
m'avoit pû citer de femblables vers de ce
tems là , la Critique auroit été fupportable
, mais elle n'auroit pour cela pû détruire
aucune des preuves que je donne
dans mon ouvrage , fur les points de Chronologie
que j'y difcute. Quand celle- ci ne
paroîtroit pas fuffifante , j'en ai donné plufieurs
autres , qui rendent indubitable l'époque
qu'elle indique .
Tout ce que dit l'Anonyme fur le mot
inftinc ou iftinc , eft une chicane qui dégenere
en puérilité. Quoi , fous prétexte
qu'un, Imprimeur s'eft fervi d'un I majufcule
au lieu d'un petit i , cet Auteur
prétendra que le Public fenfé doit
me foupçonner d'avoir fait un nom propre
de cet adverbe. Un pareil procedé peutil
nous annoncer un Critique judicieux ?
Si je ne craignois de tomber , ainfi que lui,
dans la Micrologie la plus baffe , je lui offrirois
de lui faire voir ce mot écrit avec
un petit i dans mon manuſcrit.
En fuivant pas à pas mon Cenfeur vétilleux
, il fe préfente un autre phantôme
qui ne fera pas moins facile à détruire que
160 MERCURE DE FRANCE.
les autres. Que peut-on penfer en effet
du reproche qu'il me fait , d'avoir cité
deux anciens manufcrits , comme appartenans
aux Abbayes de Saint Maur-des-
Foffez & de Moiffac , quoique ces manufcrits
foient dans les Bibliothèques du Roi
& de Saint Germain- des- Prez ? En cela
je n'ai fait qu'imiter Dom Mabillon &
Dom Conftant , qui appellent Manufcrits
de Corbie des manufcrits qui font depuis :
un fiécle ou environ à Saint Germain-des-
Prez . C'est donc en pure perte que
Benedictin fuppofé feint qu'il a écrit à S.
Maur-des Foffez & à l'Abbaye de Moiffar ,
pour fçavoir fr l'on y conferve les deux
manufcrits que je cite . D'ailleurs leur authenticité
n'eft- elle pas affez prouvée par
les copies ou par les citations qui en ont
été faites par Dom Mabillon , les Bollandiftes
, Pagi , Labbe , Chiffler & Dom
Bouquet ?
le
Enfin , Monfieur , rien n'eft plus mal
fondé que le reproche que le pointilleux.
anonyme fait à Meffieurs de l'Académie
de Soiffons , fur le fujet de ma Differtation
qu'ils propoferent en 1745. Quand il fe-
Foit vrai , comme il le prétend mal à pro.
pos ,, que la matiere en est toute digerée dans
le troifiéme tome de Dom Bouquet , je
oroirois toujours avoir bien mérité du
MAI. 1749. 161
ھ
Public , en réuniffant. dans un Ouvrage
François toutes les preuves du fyftême
chronologique que le fçavant Collecteur
de nos Hiftoriens François a fuivi .
Mais fi j'ai cru devoir m'en écarter , ainfi
que j'ai fait en plufieurs occafions , fur les
dates du commencement & de la fin des
regnes de plufieurs de nos Rois , que devient
la Critique du Cenfeur , & le confeil
hazardé que cet Ariftarque prétendroit
donner à cette célébre Académie ?
Tout ce qu'on peut dire de plus modéré
c'est que
fa Lettre ne mérite pas plus de
réponſe fur cet article , que fur les autres
qui en font l'objet. Ainfi loin d'entrer
dans un plus long détail , de peur de donner
du poids à des bagatelles , je bornerai
mes réflexions fur la Lettre anonyme , en
yous affutant combien je fuis fincérement ,
Monfieur , & c. .
A Verſailles , ce premier Février 1749 :
162 MERCURE DE FRANCE,
洗洗洗洗菜洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
SPECTACLES.
E Concert Spirituel a ouvert le
LE
23 Mars, Dimanche de la Paffion , par
la troifiéme Sonate des Piéces de Clavecin
de M. Mondonville , mife en grand Concerto
. Elle a été fuivie du Confitemini , Motet
à grand choeur de M. de la Lande ; M.
Taillard a joué feul de la flute Allemande ;
Mlle Duperei , nouvelle voix très-gracieufe
, Ecoliere de M. Royer , & digne de l'avoir
pour Maître , a chanté avec les choeurs
Quam dilecta , &c. petit Motet de M. de
Villeneuve. M. Pagin a joué feul. Le Jubilate
, Motet à grand choeur de M. Mon-
'donville, a fini un fi beau Concert .
Le Mardi 25 Mars , jour de la Fête de
l'Annonciation , le Concert a commencé
par la premiere Sonate des Piéces de Clavecin
de M. Mondonville ; c'eft louer ces
Piéces que d'en nommer l'Auteur. Exaltabo
te , Motet à grand choeur de M. de la
Lande , a fuivi cette belle fymphonie. La
flute Allemande de M. Taillard a charmé
les Connoiffeurs ; & Mlle Duperey a obtenu
la confirmation de fon premier fuccès
, en chantant Quemadmodum , petit
M A I. 163 1749.
•
Motet du gracieux & naturel Mouret. M.
Gavinies a joué feul ; & l'on a chanté le
Magnus Dominus , Motet à grand choeur de
M. Mondonville .
Le Vendredi 28 Mars , on a donné la
troifiéme Sonate des Piéces de Clavecin de
M. Mondonville ; elle a été fuivie de Beatus
vir , Motet à grand choeur de M. Cordelet
; M. l'Abbé le Fils & M. Dupont
ont joué une Sonate en duo Del Signor
Gianotti. Le Lauda Jerufalem , Motet à
grand choeur de M. de la Lande , a enfuite
précedé M. Pagin , qui a joué feul . Le
Concert a été terminé par Nifi Dominus ,
Motet à grand choeur de M. Mondonville
.
Le Dimanche des Rameaux 30 Mars ,
une fimphonie Del Signor Alberti a fait
l'ouverture du Concert. On a exécuté
Cantate Domino , .Motet à grand choeur de
M. Fanton , Maître de Mufique de la Sainte
Chapelle. M. Pagin a joué feul avant Quem
admodum , petit Motet de M. Mouret ,
chanté par Mlle Duperei . M. Guignon &
M. Gavinies, par leurs charmans Duo, ont
fatisfait également les perfonnes qui veulent
admirer , & celles qui ne veulent que
s'amufer. A la fin du Concert , on a donné
le De profundis , Motet à grand choeur de
M. Mondonville .
164 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi - Saint 31 Mars , on a chanté
encore le Nifi Dominus , Motet à grand
choeur de M. Mondonville. M. l'Abbé
Fils a joué feul . Cantemus Domino , Motet
de M. Mouret à deux voix , a été exécuté
par Mlle Chevalier & M. Joguet , Ordinaire
de la Mufique du Roi . MM . Guignon
& Gavinies ont continué d'enchanter les
Auditeurs ; & le Miferere de M. Adolfati
a terminé le Concert.
Le Mardi- Saint , premier jour d'Avril ,
unefuite de fymphonies del Signor Alberti.
Laudate Dominum de M. d'Avefnes , Compofiteur
eftimé. Un Concerto exécuté par
M. Gavinies. Diligam te , Motet à grand
choeur de feu M. Madin. Les charmans
Duo de MM. Guignon & Gavinies ; & le
Miferere de M. Adolfati.
Le Mercredi-Saint 2 Avril , la cinquiéme
fuite des Piéces de Clavecin de M.
Mondonville. Jubilate Deo , Moter du
même Auteur. M. Pagin a joué feul ; M.
de la Mart a chanté Domine non eft exaltatum
, Motet de M. Pleffis , cadet ; l'ouvrage
& fon exécution ont été applaudis.
On a enfuite entendu avec un grand plai
fir les Duo de M. Guignon & de M. Gavinies
, & le Dominus regnavit de M. de la
Lande.
Le Jeudi-Saint 3 Avril , la cinquiéme
M.A Ì.
165 1749 .
fuite des Piéces de Clavecin de M. Mondonville
. Sacris folemniis , Møtet de M. de
la Lande ; M. l'Abbé a joué feul. On a
exécuté Cantate Domine , Motet de M.
Campra . Enfuite les Duo de MM . Guignon
& Gavinies , & le Bonum eft de M, Mondonville.
Le Vendredi-Saint 4 Avril , une ſymphonie
del Signor Geminiani. Le De profundis
de M. Mondonville. Un Concerto joué par
M. Gavinies. Deus nofter , Motet de M,
d'Avefues ; les Duo de MM.Guignon & Gavinies
; & le Miferere de M. de la Lande.
Le Samedi-Saints Avril , une fymphonie
del Signor Geminiani . Cantate Domino,
Motet à grand choeur de M.... qui obtint
tous les fuffrages. M. Mengean joua
feul avec grand fuccès . Mlle Duperei chanta
Regina cali , Motet de M. Mouret ; & mérita
beaucoup d'applaudiffemens , ainſi
que les Duo qui fuivirent , & le Dominus
regnavit de M. Mondonville .
Le Dimanche , jour de Pâques , 6 Avril ,
l'Orchestre a très-bien exécuté la premiere
fuite des pièces de Clavecin de M. Mondonville
. On a chapté Cantate Domino
Moret à grand choeur de M. de la Lande .
M. Pagin a joué feul ; & Mlle Duperei a
chanté le Regina cali , de M. Mouret. Les
Duo de M. Guignon avec M. Gavinies ,
166 MERCURE DE FRANCE..
ont fuivi ce Motet ; & l'on a fini le Concert
par le Venite exultemus de M. Mondonville
.
Le lendemain Lundi , une fymphonie
de M. Mondonville a commencé le
Concert. On a donné Diligam te , de feu
M. Gille , M. l'Abbé a joué feul . M. Poirier
a chanté Benedictus Dominus , petit Motet
de feu M. Mouret ; M. Guignon & M.
Gavinies ont charmé l'affemblée ; & le
Nifi Dominus de M. Mondonville a fait
durer l'enchantement.
Le Mardi fuivant , une fymphonie de
M. Mondonville . Dominus regnavit , Motet
a grand choeur de M. Bordier , Maître
de Mufique des Innocens. Un Concerto
joué par M. Pagin ; Ufquequò de M. Mouret
, exécuté parfaitement par Mlle Chevalier.
MM. Guignon & Gavinies ont
précedé le Venite exultemus de M. Mondonville.
Vendredi 11 Avril , Deus in nomine tuo ,
Motet anonime , foupçonné d'un excellent
Compofireur. Le Printemps de Vivaldi ,
exécuté par M. Guignon, Dominus regnavit
, Motet à grand choeur de M. Bordier ,
Maître de Mufique des Innocens . Les Duo
de MM. Guignon & Gavinies. Le Beatus
quem elegifti , Moter à grand choeur de M.
Gille , tiré du Pfeaume Te decet.
M A I. 1749. 167
Le Dimanche de Quafimodo , 12 Avril ,
Cantate Domino , Pfeaume 149 , Motet à
grand choeur avec Timbales & Trompettes
de M. d'Avefnes , qui a fort réuffi ; divers
morceaux exécutés admirablement fur le
Violon par M. Pagin ; Cantate Domino, Pf.
97 , Motet à grand choeur de feu M. de la
Lande ; plufieurs Duo de MM . Guignon &
Gavinies ; & Venite exultemus , de M. Mondonville
, ont rempli le dernier des Concerts
des trois Semaines de Pâques , lequel
a attiré une affluence extraordinaire d'Auditeurs
.
Le Mardi 15 Avril, l'Académie Royale
de Mufique , a rouvert fon Théâtre par la
Tragédie de Médée & Jafon. La même
Académie repréfenta le 22 , pour la premiere
fois , Naïs , Opéra pour la Paix .
Nous rendrons compte de cet Ouvrage
dans un article féparé.
Le Lundi 14 , les Comédiens , pour la
rentrée de leur Théâtre , donnerent une
repréſentation de la Tragédie de Zaïre ,
& de l'ingénieufe Comédie de Zeneïde .
Au plaifir de voir deux Ouvrages , qui font
avec juftice les délices des Spectateurs , fut
joint celui de voir reparoître Mlle Gauffin ,
qui depuis plufieurs mois , au grand regret
des amateurs des graces & du beau naturel ,
n'avoit point paru ſur la ſcène .
168 MERCURE DEFRANCE.
Avant la Tragédie , le fieur Rofely prononça
le Compliment fuivant , qui eft de
fa compofition.
M
Effieurs , en rentrant dans la carriere que
nous allons courir , nous fommes effrayés
lorfque nous réflechiffons fur les engagemens que
nous ofons contracter envers vous. L'ambition de'
contribuer à vos amuſemens feroit téméraire fans
doute , fi nous comptions toujours fur des fuccès
qui ne dûffent rien à votre indulgence , & nous ne
pouvons être raffûrés que par les fréquens témoignages
que vous daignez nous en accorder : n'y
auroit -il pas une espece d'ingratitude à défefperer
d'une bienveillance dont nous avons reçû tant de
preuves ? Ce n'eft pourtant pas à nous feuls que
nous la devons. L'étendue de vos Jumieres eft autant
que votre générofité la fource de vos bienfaits.
Démêler le vrai beau d'avec les faux brillans ; faire
la diftinction délicate de ce qui n'eft que bon &
de ce qui eft fublime ; noter avec une précision
équitable les défauts effentiels des ouvrages ; exiger
que dans la peinture des paffions on réunifle
la force du raifonnement , la chaleur du fentiment,
la pompe & la juftefle de l'expreffion ; ne vous
laiffer ravir des tranfports d'admiration que par
ces grands traits que le génie feul peut produire ;
voila vos jugemens , Meffieurs , voila ce que les
Auteurs , ce que les Acteurs obfervent , retiennent
de vos décifions , pour former les principes de leur
art, & apprendre à vous plaire par les moyens que
vous leur en procurez vous- mêmes . Ce n'eft pas
tout. Connoître toutes les difficultés qui font à
furmonter ; féparer les défauts naturels & que l'art
ne peut vaincre , d'avec ceux qu'entraîne l'inexpérience
& dont le travail corrige ; oublier les uns ,
tolerer
MA I. 1749 . 169
7
telerer les autres , indiquer à chacun un emploi
conforme à fes difpofitions , fur de foibles effais
prévoir des progrès éloignés , les préparer par des
encouragemens , les attendre , exciter fans
ceffe l'émulation par les palmes dont vous décorez
les talens fupérieurs ; voila encore vos jugemens
, Meffieurs , voila les effets abondans de cette
indulgence éclairée , voila les puiffans motifs
de notre féconde reconnoiffance. Que nous ferions
coupables , fi nous manquions de zéle ! Auffi
avons- nous employé avec joye le tems de notre
repos à nous mettre en état de varier vos plaifirs.
De nouveaux fujets , qui s'y font consacrés , viennent
en tremblant recevoir vos leçons ; leur docilité
vous intéreffe , il leur fuffira que vous trouviez
en eux le germe du talent ; bien- tôt vous daignerez
l'échauffer , le cultiver , bien tôt vous verrez
éclore & porter des fleurs que vous cueillerezavec
complaifance . L'appas féduifant d'un bruit
flateur avoit attiré dans la lice un jeune Athlete ;
vos applaudiffemens l'ont animé ; dans peu de
jours il va franchir la barriere , & fe représenter au
combat. Denys le Tyran va trouver un rival ;
heureux l'Auteur, fi Ariftomene triomphe du premier
! Nul de vos éleves , Meffieurs , n'eft plus
digne des efpérances que vous en avez conçues ;
nul n'a l'oreille mieux organifée pour fentir l'har
monie de vos fuffrages ,
C'eft à vous faire valoir tant de differens efforts
que nous allons apporter une application infatiga
ble.Daignez croire, Meffieurs , que l'intérêt feul eft
infuffifant à la foutenir ; fon aiguillon feroit bien
vîte émouffé: fans l'enthoufiafme de la gloire,point
de travaux dignes de vous , & nulle récompenfe
de ces travaux , plus précieuse pour nous que le
bonheur de vous être agréables.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
Le même Comédien , à la clôture du
Théatre , avoit prononcé ce Complimentci
, qui eft de lui , ainfi que le précédent,
M Effieurs,Phonneur que nous recevons en
ce jour,eft la plus douce récompenſe de no .:
tre zéle . Tous nos foins ont pour but yos amufe
mens , & vous nous difpenfez avec une oeconomie :
généreufe des faveurs proportionnées au mérite.
de nos entrepriſes . Lorfque de moindres fuccès
fuivent les mêmes efforts , vous ne prétendez pas
nous retirer votre bienveillance , & notre émulation
ne perd rien de fon activité. Les Arts ne fe
perfectionnent qu'aux dépens de ceux qui les exercent;
parmi les plus grands génies en tout genre ,
vous n'en citez aucun dont tous les travaux , fans
exception , ayent obtenu cette haute meſure d'ef
time , qui eft le gage & le fceau d'une grande réputation.
L'accueil que vous faites à quelques ouvrages,
eft un encouragement enchanteur ; vos refus
de quelques productions qui vous font offertes,
font des leçons utiles , vos critiques nous font prétieufes
; le facrifice de notre amour propre eft un
fi- petit mal en comparaiſon du grand bien qui en
réfulte !
Le Public doit être regardé comme le pére des
talens . Jaloux de la gloire de fes enfans , s'il goûte
une joye fenfible à les trouver dignes de fes careffes,
c'eft auffi par un mouvement de fa tendreffe
qu'il craint de leur prodiguer des louanges trop
peu méritées ; votre févérité même , Meffieurs ,
honore.ceux qui en font les objets ; ce que vous
exigez d'eux prouve ce que vous en efperez.Eh ! que
cette délicateffe fcrupuleufe , qui accompagne vos
jugemens , jette d'éclat fur le triomphe de ceux
que vous couronnez ! Quelle fatisfaction pour
ΜΑΙ
171 1749.
l'Auteur de Catilina , pour l'Auteur de Sémiramis,
de ſe frayer toujours avec fuccès de nouvelles routes
dans vos coeurs , de fe faire de votre admiration
un fentiment tendre & inépuisable ! Sémiramis ,
par la grandeur , par le pathérique de fes remords,
nous fait prefque pardonner le crime qui les excite.
Catilina nous repréſente l'ambition fous des
traits fi nobles & fi impofans, que nous devenons ,
pour ainfi dire , complices de l'attentat qu'il projette.
Mais qu'ofai-je faire , Meffieurs ? Que peuvent
ajoûter à la gloire des Héros de la Scéne nos ..
hommages particuliers Le concours dont vous
avez honoré les reprefentations de ces deux Piéces
, les applaudiffemens réiterés que vous leur
avez accordés , en difent plus que ne feroient tous
nos éloges . Nous conviendroit- il de détailler ici les
differentes beautés de ces Poëmes ? Ce ne feroit
que retracer ce que vous nous apprenez à connottre
& à fentir , & craignant de ne nous point acquiter
dignement envers de fi grands hommes
nous nous contenterons de mêler nos voix aux
fuffrages publics qu'ils fe font tant de fois acquis.
Bornons-nous donc , Meffieurs , à vous offrir
nos humbles remercimens , & à folliciter auprès
de vous de nouveaux bienfaits . Ne craignez point
de faire des ingrats , & nous ne nous plaindrons
jamais que de ne pouvoir pas vous exprimer affez
fortement les fentimens refpectueux de notre vive
reconnoiffance .
Le 17 , Mlle de Boiſmenart , jeune & nouvelle
Actrice , débuta avec éclat à la Comédie Françoi
fe pour les rôles de Soubrettes . Elle joua dans le
Tartuffe & dans le Galant Jardinier . On compte
fort qu'elle foutiendra les efpérances qu'elle a
fait naître.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Voici un nouveau Compliment Dialologué
, compofé par M. Roy pour l'ouverture
du Théatre Italien.
PERSONNAGES
.
L'Impatiente.
La Comédie Italienne.
Arifte.
La Dlle Coraline.
La Dlle Silvia.
Le Sr Desbroffesi
SCENE I.
L'IMPATIENTE , ARISTE,
L'Impatiente.
Quand j'attends , je fuis au fupplice :
Sont -ils prêts Viendra -t'on ? Je féche franchement.
Je croyois n'arriver que pour le Compliment :
Faudra-t'il effuyer Ballets , Feux d'artifice ,
Ou quelqu'autre retardement ?
Arifte.
Eh ! belle Marquife , un moment .
L'Impatiente.
Voila déja cinq minutes de perte-
Ils ne me tiennent plus .
Arifte.
Arrêtez.
MA I. 173
1749.
L'Impatiente.
Je déferte.
Ils fentiront leur faure .
La mienne !
Arifte.
Eh! c'eft la vôtre auffi .
L'Impatiente.
Arifte.
Vous baûliez d'être rendue ich;
N'étions- nous pas au jeu ? Vous levez la féance ,
Quand la ronde à peine commence .
L'Impatiente.
N'allez- yous pas me demander pourquoi
Le jeu me donne la migraine ?
Les événemens qu'il améne ,
Viennent trop lentement pour moi
Arifte.
Tout vous impatiente.
L'Impatiente..
Oui.
Arifte.
Le jeu vous fait peine
Vous n'aimez que l'efprit.
L'Impatiente.
Vous me raillez , je crois .
Arifte.
Comment ! D'aimer l'efprit vous faites- vous fcru
pule ?
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
L'Impatiente.
Mon fexe , en y donnant , cotoye un ridicule.
Arifte.
Vous parlez du vieux tems , mais le fexe à Paris.
Tient cent bureaux de beaux efprits.
Oui , la
L'Impatiente.
coquette
furannée
De tous galans abandonnée ,
Rabat fur les Auteurs , Auteurs de bas aloi..
Arifte.
Du fiffet les réhabilite ,
Et leur fait ufurper des titres de mérite ,
i. Mais fimples titres fans emploi..
L'Impatiente.
L'autre jour je fus entraînée
Par ma mauvaiſe deſtinée
Dans un des Tribunaux du Sénat féminin.
Un Poëte appuyé , très-péfant Ecrivain ,
Lut une Comédie ,
Arifte
Où l'on rit à merveilles ?
L'Impatiente..
Bon, rire ! On ne voyoit que mouchoirs à la main .
Un rimeur • •
Idolé de la troupe , arbitre fouverain ,
Leur donnoit le ton fans rien dire ;
De fes yeux entr'ouverts les moindres mouvemens.
&
MAI.
175 1749.
Etoient pour l'affemblée autant de jugemens ,
Où le Public devoit foufcrire.
Climene heureuſement vint me tirer de là ,
Et je m'envole à l'Opéra.
Arifte.
Eh ! l'entendites -vous jufqu'au bout , je vous prie ?
L'Impatiente.
Dieu m'en garde , Monfieur; c'étoit fait de ma vie.
Arifte.
On ne donnoit donc pas l'Opera des crapaux ;
De leur difcours galans toute oreille eft ravie.
L'Impatiente.
Non , l'Amour & l'Hymen avoient joint leurs
flambeaux.
2
..... Enfin , pour reprendre haleine
J'accourus aux Italiens.
Arifte.
Sans faire un tour chez Melpomene
L'Impatiente
Ceux-ci font mes Comédiens.
Là l'efprit eft tendu fouvent en pure perte
Un feul moment d'écart vous déconcerte
Vous déroute de l'action :
Ici l'on me permet toute diſtraction
Hij
176 MERCURE DE FRANCE:
A quelque Acte qu'on adreffe .
On eft au fait de la Piéce.
Je me livre aux lazzis , au jeu vif , inégal ;
J'aime à voir Arlequin fous cent formes légeres ,
Changeant en un clin d'oeil d'habits , de caracteres .
Arifte.
A peu près comme vous de Dominos au Bal .
SCENE II.
LA COMEDIE ITALIENNE, L'IMPATIENTE ,
ARISTE.
L'Impatiente.
Hatez- vous donc, ma favorite ;
Je vous rends nouvelle vifite ..
·On vous a quelque tems dérobée à mes yeux ;
Je reçûs fort bien vos adieux.
Çà , de votre retour quel fera le mérite
Point de modeftie hypocrite
Point d'éloges faftidieux .
Au fait , en peu de mots , le plus bref eft le mieux
Au Parterre attentif profonde révérence .
Eh ! quoi , vous perdez contenance !
La Comédie..
Madame , on la perdroit à moins.
Arifte.
Le grand nombre de témoins.
Glace-t'il votre éloquence ?
M A I. 1749.
177
7
L'Impatiente.
Se plaint-elle de l'affluence ?
La Comédie.
A la faveur d'un rôle & d'un nom emprunté ;
Du gefte & de la voix on a la liberté .
L'Acteur eft ce qu'il repréſente ;
Il parle à des Acteurs , aucun ne l'épouvante ,
Mais tel qui récitoit avec un front d'airain ,
Chancelle , devient trifte & blême ,,
Quand il parle pour lui-même .
A fon juge fouverain.
Arifte.
Je le crois, Mais enfin un juge fubalterne
Ne doit juger qu'à la rigueur ;
Le Juge fouverain peut ufer de douceur ;
L'unfuit l'étroite loi , mais l'autre la gouverne
L'Impatiente.
Et vous, fi du public vos voeux font écoutés
Olez pour Coraline implorer fes bontés ;
Elle apprend le François avec un foin extrême ,
Et m'eft chère autant que moi - même.
La Comédie.
Meffieurs , cette heureufe Paix ,
Qu'enfin l'Europe a reçûe ,
Van'offiir, notre vûe ,
Que vifages tarifaits ..
Aux chagua est - on en proye
Ην
178 MERCURE DE FRANCE .
En vain notre art fe déploye
Pour flater les fpectateurs ;
Il a befoin que les coeurs
Soient difpofés à la joye.
Malgré tant d'exploits heureux .
La guerre porte à nos jeux
Une auffi fenfible atteinte ,
Qu'aux belles & qu'aux amans;
Nos guerriers dès le Printems
Partoient , nous laiffant la crainte
De ne les voir de long- tems.
La Scéne, enfia rajeunie,
N'aura plus que de beaux jours .
Que la danfe & l'harmonie
Lui prêtent tous leurs fecours..
Que de la vive folie
Elle ait le mafque piquant ; .
Que le goût la multiplie ;
Que quelquefois elle allie
Du François l'air élégant
Au grotesque d'Italie.
Mais le dédain & l'ennui
Sont des monftres qui l'allarments
Conjurez- les aujourd'hui .
Que vos bontés les défarment..
Les Rolands , les Amadis ,
$
1
M.A I. 17491 179 .
Ces Héros inimitables ,
N'abatirent pas jadis
D'ennemis plus redoutables.
Puiffent nos foins déſormais ,
Aidés de l'expérience ,
Nos talens moins imparfaits ,
Eprouver votre indulgence ,
Et ne l'épuiſer jamais !
L'Hyver nous eft ſalutaire ;
L'hyver eft notre moiflon ;
L'été me féche , m'altere ,
Et me donne le friffon.
L'hyver on a l'avantage
D'occuper feuls vos loisirs,
Mais le retour des Zéphirs
Du tems offre un autre uſage ;
Sans limiter vos plaifirs
Admettez-nous au partage.
NAIS ,
Opera pour la Paix.
Lique,défransde de
Es Directeurs de l'Académie Royale de Mufique
, défirant de faire éclatter leur zéle , ont
prié Mrs de Cabuſas & Rameau de leur fournir le
moyen de célebrer par quelque Spectacle pompeux
la Paix que le Roi vient de donner à l'Europe.
C'est pour le prêter à un empreffement fi louable,
H vj
So MERCURE DE FRANCE.
que M. de Cabufac a compofé le Poëme qui fait
le fujet de cet article .. Il y a joint un Prologue
intitulé l'Accord des Dieux , dans lequel Jupiter ,
après avoir foudroyé les Titans , refufe de regner
feul fur l'Univers ,& en partage l'Empire avec Neptune
& Pluton . Les principaux traits de cette Al
légorie méritent d'être copiés.
Neptune:
Triomphe , ô Jupiter , redoutable vainqueur !
Regne ; donne des loix à tout ce qui reſpire .
2x
Jupiter
Non , je n'abufe point d'une heureufe victoire .
Immortels , je vous dois l'exemple des vertus.
Vos voeux & votre amour ſuffiſent à ma gloire ..
Je n'ai point combattu pour vous donner des fers.
Partageons entre nous le foin de l'Univers..
A Neptune..
Vas calmer les fureurs & des vents & des mers..
Neptune.
Je vole où m'appelle ton choix ;
Ta triomphes des cours ; ta gloire eft ton ouvrage;;
Regle le fort des Dieux; donne au monde des Rois.
Il eft plus glorieux d'en faire le partage ,
Que de lui difpenfer des loix.
MAI. 181
1749.
Jupiter à Pluton. "
Au fond des gouffres éternels ,
..Cours enchaîner la Diſcorde & la Guerre..
Dieu jufte , fois l'efpoir & l'effroi des mortels ;.
Regne avec la vengeance au centre de la terre..
Pluton..
fe ferai le vengeur de la terre & des Cieux.
Sois leur amour par ta clémence..
Le Poëme , dont ce Prologue eft ſuivi , a trois
Actes , & Naïs en eft l'Héroïne . Selon la Fable ,
cette Nymphe donna le jour aux Nayades. Les
Mithologiftes fe taiſant ſur ſa naiffance; M. de Ca
bufuc a crû pouvoir lui donner pour pere Tirehe.
qui perdit la vue par la colere de Junon , & en.
für dédommagé par les bienfaits de Jupiter. Peu.
de gens ignorent qu'on attribuoit à ce fameux Devin
le don d'entendre le langage des animaux , &:
de prédire fur le chant des oifeaux les événemens
futurs. M. de Cabufac fuppofe qué Neptune , fous
le nom. & la forme d'un mortel , s'elt fait aimer
de Naïs , & que ce Dieu a pour rivaux Telenus ,
Chef des Peuples de Corinthe , & Afterion , le
plus confidérable des Paſteurs de l'Ifthme .
9:
L'expofition du fujet ſe fait dans une Scéne ene
tre Neptune & Palemon..
Neptune
Je ne fuis plus ce Dieu volage ,
Auffi léger que les Zéphirs.
J'aime ma langueur , mes foupirs .
Et j'adore mon eſclavage..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les feux dont j'ai brûlé , font à peine l'image
De ma flâme & de mes plaifirs.
Palemon..
Sans amour, empreffé de plaire ,
Vous fuyiez l'ombre & le miftere .
Le Dieu s'applaudiffoit des fuccès de l'Amanta
Pourquoi fous ce déguiſement
Cacher une flâme fincére ?
Neptune .
Fen rougis, le dirai je ? A l'objet de mes feux
Je crains de me faire connoître ;
Je n'ai jamais formé que de volages noeuds ;
Quand je deviens , hélas , le plus conftant des
Dieux ,
Pais-je efpérer de le paroftre ?:
Qu'il eft cruel & dangereux
De paffer pour léger , quand on ceffe de l'être !:
On doit célébrer les Jeux Ifthmiques * . Nep
tune faifit cette occafion d'avoir un entretien avec
Nais . Accompagné des Divinités de la Mer , déguifées
en Matelots de diverfes Nations , il fe prés .
fente au milieu de ces Jeux , & fa Suite les interrompt
par des chants en l'honneur de la fille de
Tirefie.
* Ces Jeux étoient auffi célebres dans la Grece ;
les Jeux Olympiques . Ils avoient été inftitués en
honneur de Neptune
que
MAI 18 1749.
Nais , à part en appercevant Neptune.
C'eſt lui-mêmẹ .... Ah ! cachons le penchang
dangereux ......
Haut à Neptune.
Sur ces paifibles bords quel deffein vous appellé 2:
Ofez-vous à Neptune , à fon nom glorieux ,
Unir le nom d'une mortelles
Neptune..
Tout cede au charme de vos yeux ,
ce noble courroux vous rend encor plus belles
Dans ces Jeux folemneis vos chants mélodieux
Brillent d'une beauté nouvelle.
Quand on chante fi bien les Dieux,
On doit jouir, comme eux,
D'une gloire immortelle.
Les Divinités de la Mer diftribuent des rameaux
d'or & d'autres préfens aux Athletes , ainsi qu'aux
peuples qui font venus pour affifter à la fête . Elles
entrent enfuite dans la lice , & elles difputenty
le prix de la danſe.
La première Scéne du fecond Acte fe pafle entre
Naïs & Neptune. "
Nais..
Ah ! ne me fuivez point..
Neptune ..
Quelle injufte défenſé !!
Nais.
Un inconnu pourroit troubler par fa préfence
184 MERCURE DE FRANCE.
Le repos de ces lieux charmans ;
Dans ce riant féjour le divin Tirefie
Raſſemble autour de lui les plaifirs innocens.
C'est ici qu'il jouit , malgré le poids des ans
Des doux loifirs d'une paiſible vie.
Neptune.
Du plus fombre avenir le voile ténebreux
Devant lui tombe & fe déchire .
La nature & le fort ſe plaiſent à l'inftruire
Des prodiges fecrets qu'ils cachent même aux
Dieux.
Vous devez la naiffance à fon fang glorieux ,
Et.dans mon coeur fans doute il pourra lire
Nais.
Le Deftin fe réſerve un fort fi précieux ;
On peut le parer, fans rien craindre,
Des dehors les plus féducteurs.
On n'a point trouvé l'art de lire dans les coeurs:
Les mortels feroient trop à plaindre.
Neptune
Mon fort feroit moins rigoureux .
Qu'aurois -je à craindre de vos yeux´‚i
S'ils pouvoient penetrer jufqu'au fond de mon amer
L'amour , dont je bravois l'empire ,
Enflamme mon coeur.pour jamais. ;,
MAI.
1749. 185
Vous voyez, malgré moi, les tranfports qu'il m'inf
pire.
Je m'expofe peut -être aux plus cruels regrets ,
Mais j'en tais cent fois plus que je n'en ofe dire,
Nais.
On croit devoir à nos appas
Un hommage ou feint ou fincere.
Si vous femez quelques Aeurs fur nos pas ,
Leur éclat ne dure guere.
Vos coeurs volages'n'aiment pas ;
Tous vos voeux fe bornent à plaire.
Naïs perfifte à ne point vouloir faire l'aveu de
fa foibleffe à Neptune , & elle l'oblige de fe retirer.
Dans le tems qu'elle fe difpofe à aller joindre
Tirefie , elle eft arrêtée par Telenus , qui n'eft pas
plus heureux que Neptune à pénétrer les fecrets
du coeur de la Nymphe . Cependant les habitans
des contrées voifines de la Grotte de Tirefie fe
raffemblent , pour être inftruits par lui des peines
ou des plaifirs qui les attendent. Ils répandent des
fleurs fur le devant de la Grotte , & ils y attachent
des guirlandes , qui forment les Chiffres de Tirefie
& de Nais . Ayant à leur tête Afterion & Telenus,
ils invitent le pere de Naïs à paroître. Il fe rend
à leurs voeux , & il répond à leurs diverses quef
tions.
Une jeune Bergere.
Je ne fçais quel ennui me preffe ;
Eft-ce une peine Eft- ce un plaifirz
Je ne vois plus, fans rougir,,
186 MERCURE DE FRANCE;
Un Berger qui me fuit fans ceffe ;
Il m'inquiette & m'intereſſe. ;
Je le crains , je foupire , & je ne puis le fuir
Dites-moi d'où naît ma foibleſſe ,
Mais gardez-vous de m'en guérir .
Firefie.
Ne craignez point d'entendre
L'heureux Berger , pour qui vous foupirez
Ce n'eft que d'un coeur auffi tendre
Qu'une Bergere doit apprendre
Le fecret que vous ignorez ,
Afterion.
Nous portons les plus rudes chaînes
L'infenfible Nais doit- elle aimer un jour ?
Duffiez-vous redoubler nos peines ,
Apprenez-nous le fort que nous garde l'Amour
Tirefie.
Tout femble s'animer fous ce naiffant feuillage
Heureux oifeaux ! l'Amour veut- il vous inſpirer
Quels fons brillans ! Quel doux ramage !
L'avenir va ſe déclarer..
On entend chanter les oifeaux . Ils prononcent
l'oracle , & Tirefie l'explique , à mesure qu'ils le
prononcent:
Ciel ! qu'entens-je ? Brifez vos fers
Craignez du Dieu des Mers
M A II.. 1749. 187
La fureur vengereffe ..
Quel eft cet inconnu ? Quel éclat ! Quels concerts
Sous fes pas quels gouffres ouverts
Naïs ! un doux penchant te preffe ,
L'Amour triomphe , & je te perds.
Telenus.
Courons fléchir un Dieu jaloux ,
En verfant tout le ſang d'un rival téméraire ,
Afterion , Telenus , & leur fuite.
Aux armes , vengeons- nous."
Que la mort & la flâme volent ,
Qu'elles l'immolent
A notre courroux.
Au troifiéme Acte , Telenus & Afterion s'effor
cent d'executer leurs projets de vengeance . Ils
paroiffent , armés de torches ardentes , fur des
Vaiffeaux.
Telenus , Afterion , & leur fuite.
Allumez-vous , rapides feux ,.
Volez , fecondez notre rage.
Palemon , Prothée, les autres Suivans
de Neptune.
Que les flots impétueux
Eteignent votre rage.
Des vagues immenfes engloutiffent les Vail
feaux de Telenus & d'Afterion,
€
188 MERCURE DE FRANCE:
Ciel ! ô Ciel ! quel fort rigoureux !
Périffez tous , audacieux .
Neptune.
Les flots les ont punis.
Nais.
Quel fupplice ! je tremble .
Ah ! l'Oracle , leur fort , & la mer en fureur
Annoncent à mon coeur
Tous les malheurs enſemble .
Neptune.
Que mon amour eft allarmé
Des pleurs que je vous vois répandre
Ne donnez-vous une pitié fi tendre
Qu'au malheur d'un rival aimé ?
Nais.
Quittez ce funefte rivage ;
Ne voyez point mes pleurs , cachez - moi vos re-
@grets ;
J'ai besoin de tout mon courage.
Il faut nous séparer , pour ne nous voir jamais.
Chaque inftant accroît mes allarmes ;
Oubliez de foibles attraits ;
Que le Ciel, touché de mes larmes,
Faffe couler vos jours dans la plus douce paix.
Neptune.
Dieux ! Quel mêlange de tendreffe
MAI.
189 1749.
De rigueur & d'effroi !
Nais.
Vous me verriez moins de foibleffe ,
Si je ne tremblois que pour moi.
Neptune.
Vous craignez Neptune, & ce Dieu vous adore
C'est tout ce que l'Oracle a pû vous déclarer ;
Quoi ! Nymphe, vous tremblez encore !
Nais,
Dieux ! Neptune ! A mon coeur il pourroit aſpirer !
Ah ! fuyez ; craignez ſa colere ;
Par pitié pour moi , fauvez-vous ;
Que ne peut point un Dieu jaloux
Contre un mortel qu'on lui préfere,
Neptune .
Amour , tu termines nos maux
Cedez au transport qu'il m'inſpire ;
Terre , juques dans fon empire ;
Ouvre un paffage au Dieu des eaux.
La terre s'ouvre ; Neptune & Naïs s'abîment ;.
le Théatre change , & il repréſente le Palais de
Neptune. Un Divertiffement , formé par les Sui
vans de Neptune , termine l'Opera.
Si l'idée de ce Poëme n'eft pas neuve , du moins
il préfente differens tableaux qui le font , & l'on
ne peut , fans injuftice , ne pas donner des
éloges à l'élégance de plufieurs détails , à l'agré
190 MERCURE DE FRANCE.
ment & à la variété des fêtes , fur tout à l'art ave
lequel l'Auteur les lie à l'action.
N'ayant encore affifté qu'à une repréſentation ,
nous ne fommes pas en état d'analyſer toutes les
beautés de la Mufique , mais nous annonçons avec
confiance , qu'elle eft vraiment digne de fon céle
bre Auteur ; qu'on y découvre des traits admirables
de génie , & que les oreilles , toujours amufées
,font fouvent furprifes par les effets nouveaux
que l'harmonie leur fait éprouver.
Les yeux ne font pas occupés moins agréable
ment que les oreilles par le nouvel Opera. C'eft
fans contredit un des plus brillans Spectacles qui
ayent parû fur notre Théatre Lyrique, & fa magnificence
répond parfaitement aux grandes dépenfes
que les Directeurs ont faites pour le rendre
éclatant .
Nous remarquerons à cette occafion , què M.
de Cabufar joint aux talens du Poëte ceux du Machinifte
, & que c'eft lui qui a inventé & fait exécuter
les principales machines de l'Opera de Naïs,
ainfi que celle du Fleuve Canope dans les Fêtes
de l'Amour & de l'Hymen.
Nous devons auffi remarquer une fingularité
qui regarde M. Rameau. Depuis le Printems de
Pannée derniere , on a joué les Talens Lyriques ,
Zaïs , les Fêtes de l'Amour & de l'Hymen , Pigmalion
, Platée & Naïs . Jufqu'à préfent , il n'étoit
arrivé à aucun autre de nos Muficiens , de voir
fix de leurs ouvrages fe fuccéder ainfi au Théatre
dans le cours d'une année.
ARTON , LENOX AND
TILMER ROUNDATIONS .
YORKİ
MARY
MAI. 191 1749 .
S
CHANSON.
Ans amour une Belle eft un Printems fans
fleurs ;
Vous êtes , jeune Iris , des graces le modèle ,
Soyez encor celui des tendres coeurs ;
Aimez , aimez ; une ardeur mutuelle
Animeroit vos appas enchanteurs ;
Sans amour une Belle eft un Printems fans fleurs;
REMARQUE
Sur la Chanfon inférée dans le dernier
Mercure.
Ette.Chanfon n'a point été tirée des Archives
de Bruxelles , ainfi que nous l'avions annoncé.
Elle fut compofée l'année derniere à Versailles,
& elle est l'ouvrage d'un homme de lettres , auffi
connu par la délicatele de fon efprit , que par la
douceur & la politeffe de fes inceurs. Les perfon .
nes , qui devineront l'Auteur , fçavent à quel degré
il réuffit dans l'art d'imiter les graces & la naïveté
du ftyle de nos anciennes Romances.
192 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
DE MOSCOU , le 22 Mars.
E bruit , qui avoit couru que l'Impératrice ſe
propofoit de faire un voyage à Kiow , n'a
aucun fondement. Il eft arrivé de Stockholm un
courier , dont le Baron de Hopken , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Suéde , a communiqué les
dépêchés au Comte de Beftuchef , Grand Chancelier
. Elles tendent à diffiper les inquiétudes que
pourroient caufer les difpofitions faites en Finlande
par les Suédois. Le Gouvernement a envoyé
les dernieres réfolutions de l'Impératrice aux
Cammilaires , nommés par cette Princeffe pour
régler avec ceux de fa Majefté Suédoife les limites
entre les Etats des deux Puiffances. On affûre
que fa Majefté Impériale eft déterminée à ne
point fe départir des conditions dont on eft conle
Traité d'Abo , & que la Cour de Stockholm
ayant repréſenté que , par la ceffion de la
Province de Nyland , la frontiere de la Finlande
étoit ouverte aux Ruffiens , l'Impératrice a répon
du que cela ne devoit point inquiéter les Suédois ,
tant qu'ils obferveroient les loix du bon voisinage.
Sur l'avis qu'il y avoit eu quelques changemens
dans le cérémonial des dernieres audiences , que
le Roi de Suéde a données aux Miniftres de PImpératrice
, cette Princeffe a demandé qu'on fuivît
les anciens ufages , ou que fi l'on vouloit en établir
de nouveaux , il fuffent pratiqués également pour
tous les Miniftres. Il eft furvenu aufli quelques
venu par
difficultés
MA I. 1749. 193
difficultés à l'occafion des préfens qu'une Cour
fait au Miniftres de l'autre , lorfqu'il prend congé ;
& pour ôter tout fujet de difpute , il a été décidé
que les Miniftres refpectifs ne recevroient plus
rien en terminant leur commiſſion .
M. de Cheufes , Envoyé du Roi de Dannemarck
, ayant obtenu fon rappel à cauſe de ſa
mauvaiſe fanté , la négociation qui regarde le
Duché de Slefwick fera lufpendue jufqu'à l'arrivée
du Comte de Lynar , qui doit remplacer ce Miniftre.
La nouvelle levée de trente mille hommes s'eft
faite avec tout le fuccès défiré , & ils ont été diftribués
dans les Corps pour lefquels ils étoient deftinés.
Sa Majesté Impériale a ordonné d'habiller de
neuf les troupes de ia Marine & les Compagnies
des Cadets .
DE STOCKHOLM , le 7 Avril.
Par ordre du Roi , le Comte de Teffin , Préfi-
.dent du Collège de la Chancellerie , a déclaré aux
Miniftres Etrangers , que la Majefté ne ſouhaitoit
rien avec plus d'ardeur que de maintenir la paix
dans le Nord , & que bien loin de vouloir y donner
la moindre atteinte , le Roi perfiftoit , conjointement
avec le Sénat , dans la réfolution d'entretenir
une parfaite amitié , non - ſeulement avec
la Ruffie , mais encore avec toutes les Puiffances
voifies. Le Comte de Teffin a écrit en même
tems aux Miniftres du Roi dans les Cours Etrangeres
, que les bruits , qui imputoient à fa Majefté
des difpofitions contraires à cette Déclaration , ne
- mériteroient d'autre réfutation que le mépris avec
lequel de pareilles fictions doivent être regardées ,
mais que comme il y a lieu d'appréhender qu'ils
194 MERCURE DE FRANCE .
ne foient répandus à deffein de parvenir plus faci
lement à troubler la tranquillité générale , le Roi
recommande à fes Miniftres , de contredire ces
bruits de la maniere la plus propre à démontrer
leur faufleté .
La Flotte du Roi doit être augmentée de quarante
Galeres , dont vingt feront conſtruites dans .
les Chantiers de cette Capitale , & les vingt autres
à Carelfcroon , à Gothenbourg , à Carlsham , à
Landfcroon & à Calmar. On doit conftruire auffi
un certain nombre de Bâtimens , de l'efpèce de
ceux qui peuvent fervir à ranger les côtes , & à
transporter des munitions & des troupes. Les Galeres
la Seraphine & l'Ordre de l'Epée feront inceffamment
lancées à l'eau . Le Roi a accordé la
place de Général de l'artillerie maritime à M. de
Schantz , & celle d'Adjudant Général de la Flotte
à M. Axel Lagerhieike .
Sa Majesté a nommé le Docteur Brovallius à
l'Evêché d'Abo , & M. Ofander à l'Evêché de
Wechfio. Le Comte de Tauben a été fait Commandeur
de l'Ordre de l'Epée.
DE COPPENHAGUE , le 9 Avril.
L'Abbé le Maire , Miniftre du Roi Très Chré
tien , ayant notifié au Roi la mort de la Ducheffe
Douairiere d'Orléans , fa Majefté prit le 16 du
mois dernier le deuil à cette occafion . Le Roi a
déclaré qu'il partiroit le 6 du mois prochain pour
la Norwege , & que les Miniftres Etrangers , qui
voudroient l'accompagner dans ce voyage , pourroient
le fuivre. Sa Majefté fera eſcortée par les
Vaiffeaux de guerre l'Oldembourg , le Docke , le
Nolleblad& le Ditmarfche. Le premier fera monté.
par le Commandeur Tonder , & les trois autres
୮
MAI. 1749 .
195
par les Capitaines Sivertzen , Lutzan & Rickart.
L'Amiral Rolempalm aura le commandement dé
cette Efcadre , qui eft deftinée à croifer fur les
côtes après le retour de fa Majeſté , & qui fera
renforcée du Vaiffeau le Fihne nouvellement
conftruit.
›
le rem-
On prépare les inftructions dont doit être chargé
M. de Rofencrantz , nommé Envoyé Extraordi
naire du Roi auprès de fa Majefté Pruffienne. M.
de Cheufes , Miniftre Plénipotentiaire de cette
Cour auprès de celle de Pétersbourg, ayant deman
dé fon rappel , fa Majefté a choifi , pour
placer , le Comte de Lynar , employé ci - devant à
la Cour de Dreſde. Il fera muni des pouvoirs néceflaires
, pour lever les difficultés qui ont retardé
jufqu'apréfent la conclufion d'un accommodement
entre le Roi & le Grand Duc de Ruffie . Un courier
apporta de Mofcou , le 16 du mois dernier ,
des dépêches importantes , & le même jour , le
Baron de Korff , Miniftre de l'Impératrice de
Ruffie , les communiqua aux Miniftres de fa Majeſté.
Guillelmine Augufte Princeffe de Holftein
Ploën , mourut en cette Ville le 19 du même mois,
âgée de quarante quatre ans . Elle avoit épousé le
Comte de Reventlau , Grand Bailli de Selande ,
Bailli de Coppenhague , Confeiller Privé de Conférence
, & Préfident du Confeil de Commerce .
Le Baron Defflew de Reventlau a obtenu la
Charge de Préſident de la Cour fupérieure d'Altena
, dont le Comte de Rantzau s'eft démis avec la
permiffion du Roi,
Il a paffé à la hauteur de cette Ville cinq Navires
, chargés d'armes & de munitions de guerre
pour les magafins que le Roi de Pruffe a ordonné
d'établit à Konigberg.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Mogens Scheel , Baron de Pleffen , Comte de
Waltroph & de Toufingoë , Chambellan de - fa
Majefté , & Grand - Maître des Cérémonies de
l'Ordre de l'Eléphant & de celui de Dannebrock ,
mourut en cette Ville le 23 du mois dernier , dans
la trente-fixième année de fon âge.
La Charge de Grand-Maître de la Maiſon de la
Reine Douairiere a été accordée par le Roi à M.
Holok , ci- devant Grand Bailli d'Aalbourg . Le
Baron Victor Chriftian de Pleffen , Confeiller
Privé & Gouverneur de la Maifon de la Reine
a obtenu les Charges de Grand- Maître des Cérémonies
, & de Secretaire des Ordres de l'Eléphant
& de Dannebrock . Sa Majeſté vient d'ordonner
au Baron de Rosencrantz , un de ſes Chambellans ,
de fe rendre à Berlin en qualité de fon Envoyé
Extraordinaire , & l'on croit qu'elle nommera inceffamment
auffi un Miniftre , pour aller réfider
auprès de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Bohême.
& l'on
On fe flatte ici de plus en plus , que la tranquillité
du Nord ne fera point troublée ,
confirme que les troupes , deftinées à fe rendre
dans les Camps que le Roi de Pruffe fe propoſe
de former , ont reçu ordre de fufpendre leur
marche.
Les avis reçus de Curlande portent qu'il y eft
arrivé un Corps d'environ deux mille hommes des
troupes de la République de Pologne , & qu'il
doit être fuivi de divers Détachemens , qui feront
diftribués à Windau , à Frawenbourg & à Liebau.
On mande de Mofcou , que la fanté de l'Impératrice
de Ruffie paroît être entiérement rétablie.
Les Officiers Généraux , qui doivent être employés
en Finlande , ne ſe difpofent pas encore à leur départ.
Le 16 du mois dernier , la Comtefle de
MA I. 1749. 197
•
Beftuchefarriva de Pétersbourg à Mofcou avec le
Comte fon fils . Le Comte de Romanzow , Sénateur
, Chevalier de l'Ordre de Saint André
Feldt-Maréchal des Armées de Ruffie , & Colonel
Commandant du Régiment des Gardes Preobrazinski
, eft mort le 15 en cette derniere Ville.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le Avril.
L'Impératrice Reine a donné à l'Archiduc
Charles le Régiment , qui vacquoit par la
mort du Général Vivari . Le départ du Prince
Charles de Lorraine pour les Pays- Bas eft fixé au
8 du mois prochain .
Le Chevalier de Montecuçuli , Miniftre Plénipotentiaire
du Duc de Modéne en cette Cour , a
eu fes audiences de leurs Majeftés Impériales , & a
notifié fon caractére aux autres Miniftres Etrangers.
Dans une conférence que le Comte de Pode
wils , Envoyé Extraordinaire de fa Majesté Pruffienne
, a eue avec le Comte d'Ublefeld , ce dernier
a affûré cet Envoyé , que l'Impératrice Reine
avoit eu une grande fatisfaction de n'appercevoir,
dans la Déclaration faite par le Roi de Pruffe , que
des fentimens pacifiques , tels que ceux dont elle
faifoit profeffion elle-même. Le Comte d'Uhlefeld
a ajouté que cette Princeffe ne fe difpofoit à foriner
un camp en Moravie , qu'afin d'être en état
de remplir , fi les circonstances l'exigeoient , les
engagemens qu'elle avoit contractés avec la Cour
de Pétersbourg. On affûre que ce camp fera de
trente mille hommes.
En même tems que les lettres , qu'on reçoit da
Nord , confirment les puiffans armemens qui fe
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
font en Suéde & en Ruffie , elles affûrent que ni
P'une ni l'autre Puiffance ne penſe à une rupture ,
& que fi l'on prend de part & d'autre des mesures
qui femblent annoncer le contraire , ce n'eft que
pour n'être pas furpris , fi contre toute attente il
arrivoit quelque événement , capable de nuire à la
tranquillité générale .
La Cour de Rome , en confentant que le Gouvernement
levât cinq cens mille florins dans le
Royaume de Hongrie fur les Biens Eccléfiaftiques,
avoit ftipulé que cette fomme feroit deſtinée à
augmenter les fortifications des Villes frontieres
de la Turquie. Comme ces Places font en auffi
bon état qu'elles puiffent être , l'Impératrice
Reine a écrit au Pape , pour lui demander la
liberté d'employer cet argent à des befoins plus
importans.
Le Pere Odilo Pitzol a été élû Abbé de Gottwieg,
& le 14 Mrs de Brumer de Tapfern & de Lichler ,
qui avoient affifté à fon Election de la part de
P'Empereur , donnerent à ce Religieux , au nom
de ce Prince , l'Inveftiture du Temporel de cette
Abbaye.
Ces jours derniers , le Bailli Colloredo , Ambaffadeur
de la Religion de Malte , a eu fes audiences
de congé de l'Empereur , de l'Impératrice Reine
& de l'Archiduc Jofeph. On affûre que ce Miniftre
fe rendra à Londres en qualité d'Ambaſſadeur de
leurs Majeftés Impériales. Le bruit court que le
Prince Efterhafi ira réfider à la Cour de France
avec le même caractere , & qu'il fe rendra à Paris ,
après avoir affifté à la Diette des Etats du Royaume
de Hongrie .
Quelques raifons ont fait différer le départ du
Prince Charles de Lorraine pour les Pays- Bas.
à caufe d'une indifpofition du Baton
On n'a pu ,
1
MA 1. 1749. 199
de Wolzogen , Miniftre du Duc de Saxe - Gotha ,
commencer les conférences , dans lesquelles on
doit régler ce qui concerne la Tutelle du Duc de
Saxe-Weymar.
L'Impératrice Reine a difpofé du Gouvernement
de la Ville d'Ath , vacant par la mort du Comte
de Wurmbrand , en faveur du Prince Louis de
Brunfwick -Wolfenbuttel , Général d'Infanterie .
On attend inceffamment d'Italie le Comte de
Grune. Le Régiment d'Infanterie de Molck &
celui de Cuiraffiers de Bernes doivent marcher en
Moravie , & l'on y fera défiler encore quelques
autres troupes , pour former un des camps projettés.
•
Il y a eu à Dobreczin , entre les troupes de la
Garnifon & la Bourgeoifie , un combat très-vif,
dans lequel deux cens hommes ont été tués où
bleffés.
Les lettres de Pologne marquent que toutes les
troupes Ruffiennes , qui ont été fournies au Roi
de la Grande Bretagne & à la République des Provinces-
Unies par la Cour de Pétersbourg,marchent
avec beaucoup de diligence , & que la tête de leur
premiere Colonne eft arrivée dans les environs de
Warfovie. Le Baron de Lieven , qui commande
ces troupes , a ordre que le 28 du mois prochain
elles foient toutes arrivées à Bausken près de
Mittau.
L'Empereur a acheté du Comte de Zobern pour
cent mille florins en argent comptant , & fix mille
florins de rente , une terre voifine du Château de
Hollitfch. On attend ici M. Blondel qui y fera
chargé des affaires du Roi de France , jufqu'à ce
que Sa Majefté Très - Chrétienne y envoye un
Ambaffadeur , & M. Marshall doit fe rendre à
Paris pour y réfider en qualité de Miniftre de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
I'Impératrice Reine , Le Prince d'Aremberg & le
Général Comte de Grune font arrivés du Brabant.
Cent cinq Eglifes ayant été ô ées depuis peu aux
Proteftans dans le Royaume de Hongrie par ordre
du Gouvernement , ils ont envoyé ici des Députés
pour demander qu'elles leur foient rendues , &
pour folliciter la révocation d'un Edit , par lequel
il eft enjoint indiftin&tement à toute la Jeuneffe da
District de Raab , d'affifter régulièrement aux Proceffions
& aux autres Cérémonies de l'Eglife Catholique
, fous peine de payer une amende.
DE BERLIN , le 17 Avril.
Le Comte de Keyferling , qui étoit Miniftre
Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie en cette
Cour , & qui va réfider à celle de Drefde , a pris
congé du Roi , & fa Majefté , pour témoigner fa
fatisfaction de la conduite qu'a tenue ici ce Miniftie
, lui a fait préfent d'un diamant de très grand
prix.
Plufieurs Officiers Généraux ont été mandés ,
pour affifter à un Confeil de guerre que le Roi
tiendra la femaine prochaine , & le Prince Ferdinand
de Brunſwick eft arrivé de Wolfenbuttel
cet effet .
pour
Sa Majefté a chargé du Département des Affaires
Eccléfiaftiques le Baron Dankelman , Miniftre
d'Etat & de Guerre.
Les lettres de Drefde marquent qu'on y attend
inceffamment le Comte de Bertin, qui y va relever
le Comte du Perron en qualité d'Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Sardaigne.
M.A I. 1749. 201
DE RATISBONNE , le 18 Avril.
L'article XX , du Traité définitif de Paix portant
que tous les Etats , poffedés en Allemagne par le
Roi de la Grande Bretagne , feront garantis à ce
Prince , & les différentes Branches de la Maifon
d'Anhalt ayant des prétentions fur le Duché de
Lauwenbourg , les . Princes d'Anhalt - Coethen ,
d'Anhalt Bernbourg , d'Anhalt- Deffau , & la
Princefle Douairiere d'Anhalt- Zerbſt , ont adreflé
à la Diette de l'Empire une Proteftation , par laquelle
ils fe réfervent tous leurs droits . Ils ont
demandé qu'elle fût dépofée dans les Regiftres de
l'Affemblée.
-
DE HAMBOURG , le 19 Avril.
Selon les nouvelles de Riga , on y a fait pendant
deux jours une vifite exacte de toutes les
maifons de la Ville , & l'on y a arrêté plufieurs
perfonnes , dont la conduite a paru fufpecte au
Gouvernement de Ruffie . On a reçu avis de Cur-
Jande , que le Comte Poniatowski & M. Rolo-
KOWSKI , Vice - Chancelier de Pologne , étoient
allés à Doblen , pour exécuter une commiffion da
Roi & de la République de Pologne auprès des
Etats du Duché. Ces avis ajoutent , que ces Etats
s'affemb'eront bientôt pour procéder à l'Election
d'un nouveau Souverain , & que fix mille hommes
des troupes Polonoifes fe rendront en Curlande ,
afin de prévenir les défordres qui pourroient arri
ver pendant la Diette . On mande de Drefde , que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe a nommé le
Général d'Arnhim , fon Envoyé Extraordinare
auprès de l'Impératrice de Ruffie , & que le Comte
I
202 MERCURE DE FRANCE.
de Flemming doit retourner à Londres pour y réfider
en la même qualité.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Avril.
A mauvaiſe fanté du Duc d'Alburquerque ,
l'ayant obligé de fe démettre de la Charge de
Grand Ecuyer , le Roi a difpofé de cette Charge
en faveur du Duc de Medinacoeli. Le Duc de San
Iftevan a été nommé Capitaine de la Compagnie
Royale des Hallebardiers , & le Duc de Medina
Sidonia a obtenu la place de Gentilhomme de la
Chambre , dont le Duc de San Iftevan étoit en
poffeffion .
Sa Majesté a accordé le Gouvernement de la
Province de Guipuzcoa à Don Manuel de Sada
d'Antillon , Lieutenant Général , celui de l'Eftramadoure
au Marquis de Campo Fuerte ; le commandement
d'Oran , & des Châteaux qui en dépendent
, à Don Pedre d'Argain , Marquis de Real
Corona ; la Sous-Lieutenance de la Compagnie
Italienne des Gardes du Corps à Don Juan Dominique
Pignatelli , Clonel du Régiment d'Infanterie
de Naples ; celle d'Enfeigne de cette Compagnie
au Marquis de Botta d'Adorno ; la Lieutenance
de Roi de Jaca à Don Jean - Baptiste Coppoli
, Exempt de la même Compagnie ; le Gouvernement
de Merida au Comte de la Roca , Colonel
du Régiment de Dragons d'Eftramadoure ;
celui de Thuy à Don Manuel de Menefez , Lieutenant
Colonel d'un Régiment de Milice ; le Gouvernement
du Château de Fermofelle à Don Nicolas
d'Yebra de Bolanos ; la place de Sergent Major
de Tarragone à M. Fitzgeral , Capitaine de GreMA
I. 1749. 203
nadiers du Régiment d'Irlande ; le Régiment de
Dragons de Flandre à Don Michel Irumberry de
Balanza , ci - devant Major Général des Dragons
dans l'armée commandée par l'Infant Duc de
Parme ; le Régiment de Milice d'Oviedo à Don
François Valdes Bernard de Quiros , Capitaine de
Grenadiers du Régiment de Mayorque ; celui de
Milice de Burgos à Don Juan Manuel de Burgos ,
& la Lieutenance Colonelle du premier de ces deux
Régimens à Don Joachim de Velarde .
Don Pedre Antoine Cevallos , Maréchal des
*Camps & Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre
'de Saint Jacques , a obtenu la Commanderie de
Sagra de Cenat.
Don Pedre Torre , Evêque de Ciudad Rodrigo ,
& Don François Quartero , Evêque de Segorbe ,
furent facrés , il y a quelques jours , dans l'Eglife
du Monaftére de l'Incarnation par Don Gafpard
Jacques Tablada , Evêque d'Oviedo , & Gouverneur
du Confeil de Caſtille , affifté des Evêques de
Barbaftro & de Lugo. Le Nonce du Pape à facré
dans la même Eglife Don Manuel Quintano , Archevêque
Titulaire de Pharfale , & Don François
Solis de Cardone , Archevêque de Trajanopolis.
Don Pedre Gordillo , Commiffaire Ordonnateur
, a obtenu le Titre d'Intendant d'Armée . Sa
Majefté a accordé la Lieutenance Colonelle du
Régiment d'Infanterie d'Afrique à Don Nicolas
Lopez , qui commandoit le fecond Bataillon de ce
Régiment ; celle du Régiment d'Infanterie de
Zamora à Don Gaëtan Pignatelli ; cel'e du Régiment
de Cavalerie de Flandre à Don Antoine de
Guzman , Lieutenant Colonel du Régiment de
Quantiofos , & celle du Régiment de Dragons de
Pavie à Don Juan Manrique , Lieutenant Colonel
de celui d'Oran.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Don Jofeph de Chaves Offorio , Marquis d'Almodovar
, Capitaine Général des Armées de fa
Majefté , & le plus ancien des Membres du Confeil
Suprême de Guerre , eft mort en cette Ville
âgé de foixante & ſeize ans.
La Paix fut publiée ici le 26 du mois dernier
avec les cérémonies accoûtumées : on chanta le
même jour à cette occafion dans l'Eglife des
Hyeronimites le Te Deum , auquel le Roi affifta :
le foir , on tira un très beau feu d'artifice , & toute
la Ville a été illuminée pendant trois nuits confécutives
.
Suivant les avis reçus de Lisbonne , Don Juan
Maldonado d'Azevedo de Gama Lobo , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , & Gentilhomme de la
Maifon du Roi de Portugal , a épousé Dona
Marie Bonaventure- Magdelaine Zuzart de Gama
Lobo. Il avoit épousé en premieres nôces Dona
Marie-Elizabeth Pinto de Soufa . On a été informé
par les mêmes lettres , que Dona Marie de Lancaftre
, Marquife d'Alorna , époufe de Don Pedre
d'Almeida de Portugal , Viceroi & Capitaine Gé.
néral des établiſſemens poffedés par les Portugais
dans le Indes , étoit morte à Lifbonne le 14 du
mois dernier , âgée de cinquante & un ans. Don
Pedre Viçofo Botelho da Veiga , fils aîné de Don
Antoine Vicolo Botelho , Gentilhomme de la
Maifon de la Majefté Portugaife , mourut le 27 à
Oliveira de Frades , dans la vingtiéme année de
fon âge.
MAI. 1749. 205
L
ITALI E.
DE ROME , le 6 Avril .
E Commandeur Sampayo , Miniftre du Roi
de Portugal , prendra le caractére d'Ambaffadeur
Extraordinaire de ce Prince , pour remercier
le Pape du Titre de Tr.s-Fidéle , accordé à fa Majefté
Portugaise .
On aflû.e que le Roi des Deux Siciles follicite
un Bref , pour faire obferver dans fes Etats la
même régle qui vient d'être établie en Allemagne
dans le Diocéfe de Breslau , & par laquelle il eft
enjoint aux Religieufes , de ne laiffer aucune
Novice prononcer fes voeux avant l'âge de vingtdeux
ans .
Suivant des Lettres particulieres , le Cardinal
Archevêque de Naples , ayant fait arrêter deux
perfonnes qu'il prétendoit ne s'être pas conformées
aux ordres de l'Eglife pour la folemnité d'une fête,
cet acte de lévérité a excité quelque tumulte dans
la Ville , & le Roi des Deux Siciles , pour calmer
les habitans , a fait remettre les prifonniers en
liberté. En même tems ce Prince a établi une
Commiffion de Juges Séculiers , pour connoître à
l'avenir des affaires femblables à celle qui avoit
donné occafion au mécontentement de la Bourgeoifte.
›
DE LIVOURNE , le 16 Avril.
Depuis la Paix que l'Empereur , comme Grand
Duc de Tofcane , à conclue avec les Régences de
Tunis , d'Alger & de Tripoli , le Pavillon Impé
rial eft devenu le faufconduit général de tous les
Navires Italiens , & les Affûreurs de cette Ville
206 MERCURE DE FRANCE.
font difficulté d'affûrer les Bâtimens qui navigent
fous un autre Pavillon. Une des conditions du
Traité , figné par fa Majefté Impériale & par la
Régence d'Alger , eft que cette Régence renverra
fans rançon les efclaves , nés en Toscane , qui
font au pouvoir du Dey , & qu'elle fera rendre ,
moyennant le rembourfement de la fomme pour
laquelle ils ont été achetés , ceux qui appartiennent
à des particuliers.
Un courier eft arrivé ces jours- ci de Vienne , &
a remis des dépêches au Conful qui réfidoit de la
part de l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boëme
auprès de la République de Génes , & qui s'étoit
établi ici , lorfque les Génois dans la derniere
guerre contracterent leur alliance avec le Roi
Très- Chrétien & avec fa Majefté Catholique.
Comme ce Conful travaille à des préparatifs pour
fon départ , & qu'il a même déja pris congé du
Gouverneur de cette Ville , on conjecture qu'il a
reçû ordre de retourner à Génes .
DE PARME , le 18 Avril.
L'Infant Duc continue fa réfidence à Sala , où il
employe au divertiffement de la chaffe les momens
qu'il ne donne pas aux affaires du Gouverne
ment. On compte que chaque année ce Prince
demeurera trois mois dans cette Capitale , un à
Plaifance , & le refte du tems à Sala ou à Colorno.
Il a difpofé du Gouvernement de Parme en faveur
de M. Arcelli , Pavefan de Nation , & il a accordé
à M. Pelizieri , d'une Maiſon diftinguée
de Calabre , la Charge de Grand Tréforier de ce
Duché , ainfi que la place de Préſident de la
Chambre Ducale , & celle de Commandant Général
des Milices , tant des Villes que de la cam
pagne.
MAI. 1749. 207
>
Tous les Seigneurs & les Gentilshommes , qui
foit pen- s'étoient retirés à Naples , foit avant , dant la derniere guerre reviennent fucceffivement
pour rendre leurs refpects à notre nouveau
Souverain . On a publié deux Ordonnançes
, l'une pour interdire généralement toutes fortes
de jeux de hazard , l'autre pour bannir des Etats
de l'Infant tous les aventuriers , vagabonds & gens
fans aveu.
1
Le Comte Palma eft chargé de faire préparer le
grand Théatre , afin qu'on puiffe y repréſenter
Opéra à l'arrivée de Madame Infante.
DE GENES , le 14. Avril.
•
Le Triduum , que le Gouvernement avoit ord
donné de célébrer en action de graces de la Paix
commença le 23 du mois dernier dans l'Eglife
Cathédrale de cette Ville , par l'expofition du
Saint Sacrement. Il y eut le matin une Proceffion
générale du Clergé Séculier & Régulier , après la
quelle le Te Deum fut chanté fans Mufique & fans
aucune forte d'inftrumens . La principale Cloche
de la Tour ayant enfuite donné le fignal , toutes
celles de la Ville fonnerent , & l'on fit une
ainfi falve de l'artillerie des remparts , que
celle des Vaiffe ux qui étoient dans le Port . Les
Milices Bougeoifes firent auffi trois falves de
moufqueterie. La nuit fuivante , toutes les rues
furent illuminées .
de
Une difficulté , furvenue au fujet du cérémonial,
a empêché l'Archevêque de Génes d'affifter à la
fé-
Proceffion du 23. Ce Prélat vouloit marcher ,
parement de fon Clergé , devant les Reliques de
Saint Laurent , ayant la Noblefle entre lui & le
Chapitre de l'Eglife Cathédrale. Cela s'étoit pra208
MERCURE DE FRANCE.
tiqué ainfi dans les trois Proceffions précédentes ,
mais la Nobleffe a réfolu de rétablir l'ancien ufa
ge , qui eft que l'Archevêque avec les Chanoines
ferme la marche du Clergé.
On a appris avec une grande fatisfaction , que le
Bâtiment Hollandois , parti de Cadix il y a plus de
trois mois , & dont on étoit fi inquiet , avoit relâché
à Alicante. Il doit actuellement avoir remis
à la voile , pour fe rendre en cette Ville . La Barque
, armée en courfe par la République , s'eft em
parée d'un Corfaire Barbarefque , de cinquantefix
hommes d'équipage .
O fe propofe d'établir une Pofte reglée pour
la Corfe , par le moyen de quelques Felouques de
Captara , qui partiront toutes les femaines pour
la Baftie. Les couriers , qui vont d'Eſpagne à Naples
, & de Naples en Espagne , ne pafferont plus
par Florence , & ils prendront leur route par le
Duché de l'arme .
Dans une affemblée que le Grand. Confeil a
tenue dernierement on a renouvelé quelques
loix , dont le terme étoit expiré.
,
Le 31 du mois dernier , le Corſaire dont la Barque
& le Chabec , armés pour donner la chaffe
aux Barbarefques , fe font emparés vers les Bouches
de Saint Boniface , entra dans ce Port . C'eft
un Pinque Catalan , qui avoit été pris il y a quel
que tems par un Pirate de Tripoli , & avec lequel
ce Pirate faifoit la courfe . Il s'eft trouvé fur ce
Bâtiment trois Renegats , un Efpagnol , un Mayorquain
& un Maltois. On enverra l'équipage au
Lazaret de la Spécie , pour y faire la Quarantaine .
La Barque & le Chabec de la République fe remettront
inceffamment en mer , & ils continueront
leur croiftere jufqu'à ce que la faifon permette
aux Galéres & à la Galioue de les aller relever.
MAI. 1749. 209
Ces jours derniers , le Marquis Doria , ci- devant
Miniftre Plénipotentiaire de la République
aux conférences pour la Paix , eft revenu d'Aix -la-
Chapelle. En arrivant , il alla fur le champ ,felon
l'ufage , au Palais Ducal , & il rendit compte aa
Sénat de fa commiffion.
La plupart des Oratoires de cette Ville étant en
fort mauvais état , par la néceffité dans laquelle
on s'eft trouvé d'y établir des magafins ou d'y
loger des troupes ; la Proceffion , qu'on a coû
tume de faire le Jeudi Saint , n'a point eu lien
cette année.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 21 Avril.
Ladecemois, de l'ordre de la Jarretiere,
E 6 de ce mois , Fête de Pâques , le Roi re
accompagné du Prince de Galles , du Duc de
Cumberland , & de la Princeffe Amelie , fe rendit
à la Chapelle Royale du Palais de Saint James , &
y entendit le Sermon prononcé par l'Archevêque
d'Yorck , fon Grand Aumônier. Sa Majefté reçut
enfuite la communion par les mains de l'Evêque
de Londres , & elle fit fur l'Autel l'offrande accoû
tumée.
M. Wall , Miniftre Plénipotentiaire de fa Ma
jefté Catholique , fut admis le 2 à l'audience du
Prince de Galles , le 4 à celle du Duc de Cumberland
, & le 7 à celle de la Princeffe Amelie . Il a
été conduit à toutes ces audiences par le Chevalier
Clement Cotterel , Maître des Cérémonies . Dans
peu de jours , le Chevalier Offorio , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Sardaigne , & que ce Prince
a nommé pour aller réſider à Madrid en qualité
210 MERCURE DE FRANCE.
de fon Ambaffadeur , prendra congé du Roi & de
la Famille Royale , le Comte du Perron , qui doit
le remplacer ici , étant arrivé avant-hier . On af.
fûre que le Lord Cooke ſe rendra à Liſbonne avec
caractére d'Ambaffadeur de fa Majefté , à la place
de M. Keene. Le Comte d'Albermale & le Comte
d'Holderneff font fur leur départ , le premier pour
l'Ambaffade de France , le fecond pour celle de
Hollande.
Sa Majefté alla le 2 au Parlement , & donna
fon confentement au Bill contre les foldats mutins
& les déferteurs . Dans la féance du 31 du
mois dernier , la Chambre des Communes affigna
un fond de cent mille livres fterlings pour payer
le refte des fubfides dús à l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme . Il fut décidé qu'on payeroit
en Annuités à quatre pour cent les dettes contractées
par le Bureau de la Marine & par celui
de l'Artillerie . Le 2 , la Chambre accorda foixante-
trois mille deux cens foixante & quatorze livres
fterlings pour les Invalides externes de l'Hôpital
du Chelfea , & quarante mille pour les Officiers
, les foldats & les matelots , congédiés du
fervice de fa Majefté , qui ont demandé de s'établir
à la Nouvelle Yorck . La Chambre approuva
le 3 , les réfolutions prifes le jour précédent . Elle
réfolut enfuite , d'examiner le 16 en grand Com
mité le Bill pour réunir en un feul Acte tous les
Réglemens qui concernent la Marine. Les délibérations
des deux Chambres font fufpendues juf
qu'au 15.
On parle de l'armement d'une Efcadre dont on
ignore la deftination , & les ordres font donnés à
un grand nombre de Canoniers de fe tenir prêts
à s'embarquer, Le Major Général Churchill aura
le commandement des troupes du Roi en Ecoffe ,
pendant l'abfence du Comte d'Albermale.
1
M A 1. 1749. 217
La place de Controlleur Général de la Marine a
été donnée à M. Savage Moftyn , Chef d'Efcadre.
des Armées Navales de fa Majeſté .
La jeune Princeffe , fille du Prince de Galles ,
fut baptifée le 12 à l'Hôtel de Leicefter : elle a eu
pour parein le Prince de Heffe , & pour maraines
Ja Reine de Dannemarck & la Princeffe de Naffau
, & elle a été nommée Louife- Anne. Il fe tint
le 14 au Palais de Saint James un Confeil extraordinaire
, à l'occafion de quelques dépêches qu'on
a reçues de M. Greenville , Gouverneur de l'Ifle
de la Barbade. En conféquence des réfolutions prifes
dans ce Confeil , on a expédié des ordres aux
Commiffaires de l'Amirauté . Le Roi fe rendra le
17 à Kenſington.
Le is , les deux Chambres du Parlement reprirent
leurs délibérations . Les Seigneurs ordonnerent
que l'Evêque de Saint Afaph feroit prié de
prêcher devant eux dans l'Abbaye de Weſtminſter
le jour qu'on rendra de folemnelles actions de
graces à Dieu pour la Paix. Hier , le Marquis de
Rockingham informa la Chambre , que conjoin
tement avec le Lord Montford , il avoit préſenté
à la Princeffe de Galles l'Adreſſe de félicitation de
cette Chambre fur la naiffance de la jeune Princeffe
, & que fon Altefle Royale remercioit les
Seigneurs de cette marque de leur attachement
pour fa perfonne . La Chambre des Communes
fit le 15 la premiere lecture d'un Bil ' , pour défendre
l'ufage des galons , des dentelles & des broderies
d'or & d'argent , des manufactures étrangeres.
On préfenta à la Chambre une Requête , par
laquelle les habitans de Chefter & de Newcattle
demandent qu'on rende libre pour tous les fujets
du Roi le commerce d'Afrique .
On équipe en diligence à Portſmouth cinq Vai
212 MERCURE DE FRANCE.
feaux & une Chaloupe de guerre , deſtinés à faire
voile pour la Nouvelle Ecoffe . Il paroît divers
écrits , dans lefquels on infifte beaucoup fur l'im
portance dont il eft d'y établir une puiffante Colonie.
Les nouvelles qu'on reçoit des progrès de
l'établiffement des François dans l'Ile de Tabago
, caufent beaucoup d'inquiétude à nos Négocians
.
Le bruit court que le feu d'artifice , qui devoit
être tiré le 6 , ne le fera qu'après le départ du
Roi.
On fit le 10 à Windfor , en préfence du Duc de
Cumberland , l'épreuve d'un canon , inventé en
Saxe . Elle ne réuffit pas , & l'affut de ce canon fe
rompit à la cinquantiéme décharge. On eflaya en
même tems un canon Anglois , de fix livres de
balle , lequel tira quatre- vingt fix coups en neuf
minutes.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent fix , trois quarts ; celles de la Banque ,
à cent trente , un quart . Les Compagnies des
Indes Orientales & les Annuités n'ont point de
prix fixe.
L
PAYS - BAS.
DE LA HAYE , le 22 Avril.
E Titre de Directeur & Gouverneur Général
de la Compagnie des Indes Orientales , ayant
été conféré au Prince Stathouder , les Députés ,
nommés par cetteCompagnie pour lui en remettre
le Diplôme , s'acquitterent avant - hier de cette
commiffion En vertu de ce Titre , ce Prince préfidera
à l'affemblée des Dix-Sept , ainfi qu'aux
conférences qui fe tiendront , foit ici , foit dans
MAI. 273
1749.
les autres Départemens de la Compagnie. Il y
aura voix déliberative & prépondérante , avec le
droit de s'y faire repréfenter par un ou plufieurs
Députés , munis de telles inftructions qu'il jugera
-à propos de leur donner. Ces Députés pourront
faire dans les affemblées des Chambres toutes les
propofitions qui leur paroîtront utiles , & convoquer
extraordinairement les Directeurs & les Intéreffés
de la Compagnie , toutes les fois qu'ils le
croiront néceffaire . Une de leurs principales at
tentions fera de protéger & de maintenir les Priviléges
& les Réglemens de la Compagnie , & de
la faire jouir de tous les Octrois qui lui ont été
accordés. Ils feront toujours choifis parmi les
principaux des Actionnaires , domiciliés dans cette
Province , ou dans celle de Zelande. Le Prince
Stathouder & fes Repréfentans , veilleront avec
exactitude à l'adminiftration des fonds de la Compagnie
: ils feront auffi autoriſés à prendre connoiffance
de toutes les affaires qui regarderont la
Compagnie , & ils s'appliqueront à réformer les
abus introduits. Tous les differends , qui pourront
furvenir entre les Chambres refpectives , feront
remis à la décision du Prince Stathouder. Pour
remplir les places de Directeurs , il choifira une
des trois perfonnes qui lui feront propofées par la
Compagnie. Il en lera de même par rapport aux
autres emplois de quelque importance , qui va
queront , tant aux Indes que dans les Chambres .
A l'égard des Fortereffes & du maintien de la dif
cipline aux Indes , ce Prince établira tous les Ré,
glemens qu'il croira les plus convenables Lorfqu'il
lui plaira , il communiquera par les Repré
fentans aux Actionnaires la connoiflance des affai,
res de la Compagnie , qui ne demanderont point
d'être tenues abfolument fecrettes . Dans ce cas
214 MERCURE DE FRANCE.
les Actionnaires pourront donner leurs avis fur
ces affaires , & fi leurs propofitions font appprouvées
, elles feront préfentées à la Chambre des
Dix-fept.
Le Prince Stathouder devoit partiz cette femaine
, avec la Princeffe de Naffau , le Comte de
Buren & la Princeffe Caroline , pour aller paffer
quelque tems au Château de Loo , dans la Gueldre
, mais fon voyage eft differé d'une quinzaine
de jours.
Leurs Hautes Puiffances ont nommé leur Envoyé
Extraordinaire auprès du Roi de Suede , M.
Guillaume de Haren , Député à leur affemblée.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 30 Mars , Dimanche des Rameaux , le Roi
accompagné de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine & de Mefdames de
France , affifta dans la Chapelle du Château à la
Bénédiction des Palmes . Sa Majefté alla à la Proceffion
, adora la Croix , & entendit enfuite la
grande Meffe. La Reine affifta à l'Office dans la
Tribune.
Leurs Majeftés entendirent l'après - midi la Prédication
de l'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe de
Saint Barthelemi ,
Le 2 Avril , Mercredi Saint , leurs Majeftés
affifterent dans la même Chapelle à l'Office des
Ténébres .
Le 3 , Jeudi Saint , le Roi entendit le Sermon
de la Cêne de l'Abbé Veres , Docteur de SorbonMA
I.
1749. 215
ne , & l'Evêque d'Autun fit l'Abfoute , après laquelle
Sa Majefté lava les pieds à douze Pauvres,
& les fervit à table. Le Comte de Cha olois , faifant
les fonctions de Grand Maître de la Mailon
du Roi , étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il
précédoit le fervice , dont les plats étoient portés
par Monfeigneur le Dauphin , le Duc de Chartres,
le Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty , le Comte de la Marche , le Prin
ce de Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de Pen
thiévre , & par les principaux Officiers de Sa Ma
jefté. Après cette cérémonie , le Roi & la Reine
fe rendirent à la Chapelle , où leurs Majeftés
entendirent la grande Meffe , & affifterent à la
Proceffion .
Le Roi a difpofé du Gouvernement des Illes
de Sainte Marguerite , vacant par la mort du
Marquis de Dreux , en faveur du Marquis de
Brezé , fon fils , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majesté , & Infpecteur Général de l'Infanterie .
Sa Majefté ayant jugé à propos de créer deux
Régimens de Cavalerie , de deux Efcadrons chacun
, lefquels feront formés des Compagnies détachées
des Régimens de la tête de la Cavalerie ,
qui doivent être réduits au même nombre d'Efcadrons
, elle a choisi pour être Meftre - de- Camp du
premier de ces deux Régimens , le Marquis de
Moncalm , Brigadier , ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Auxerrois , & pour être
Meftre- de-Camp du fecond , le Marquis de Bezons
, auffi Brigadier , qui étoit Colonel du Régiment
de Beaujollois ."
Le Roi a reçu avis de Naples que l'Infante ,
fille aînée de leurs Majeftés Siciliennes, étoit morte
de la petite vérole le dix - feptiéme jour de la
maladie.
216 MERCURE DE FRANCE.
On n'a point jufqu'à préfent de M. Dupleix ,
Commandant Général des établiffemens poffedés
par la Compagnie des Indes , des lettres plus
récentes que du 28 du mois d'Août dernier. Ainfi
on n'eft informé par ce Commandant que des premiers
détails de l'entrepriſe formée par les Anglois
contre Pondichery. Il mande que l'Amiral
Boscawen , ayant fait les approches du côté
Archiouack , avoit attaqué avec quinze cens
hommes de troupes reglées & deux mille Noirs ,
1e camp retranché que les François y tenoient
depuis fix mois , & de la défenfe duquel on avoit
chargé des Sypays ; que ces derniers , quoiqu'il
leur eût été ordonné de ne faire que quelques décharges
de moufqueterie , & de fe replier enfuite
fur un corps de troupes pofté à Ariancoupan ,
avoient foutenu l'affaut avec la plus grande intrépidité
, & avoient repouflé trois fois les Anglois ,
qui en cette occafion avoient fait une perte confidérable
; que l'ordre ayant été récidivé aux Sypays
de fe retirer , ils avoient fait une fort belle
retraite , que ce premier échec avoit fort décou
ragé les troupes Noires des Anglois , & qu'euxmêmes
ne l'avoient pas moins été par le mauvais
fuccès de l'attaque du Fort d'Ariancoupan , dont
ils avoient tenté de s'emparer fans échelles & fans
grenades ; que cette témérité leur avoit coûté au
moins cent de leurs plus braves foldars , & la plûpart
de leurs meilleurs Officiers ; que depuis cette
action ils s'étoient occupés à élever une batterie ,
qui battoit en même tems le Fort d'Ariancoupan
& deux batteries établies par les François , & que
cette batterie avoit commencé à tirer le 28 au
matin. M. Dupleix fait de grands éloges de la
Valeur & de la conduite de Meffieurs Prévôt de
a Touche , Law & de la Borderie , qui ont dé
endu Ariancoupan,
Voici
M A I. 1749. -217
le
Voici ce que la Gazette Angloife nous apprend
de la fuite du fiége , depuis le jour de la datte des
dépêches de M. Dupleix. Le Fort d'Ariancoupan
ayant fauté , & les Anglois ayant paflé la riviere
qui étoit entre eux & Pondichery , l'Amiral Bofcawen
ordonna à ſa flotte de s'avancer vers le
Nord , & après avoir établi une communication
de ce côté , il fit ouvrir la tranchée devant la
Place le 30 du mois d'Août au foir. Le premier
Septembre , les Affiégés firent une fortie de trois
cens Européens & de fept cens Noirs , mais ils
furent repouffés. Trois de leurs Officiers furent
tués , & M. de Paradis , leur Ingénieur en chef ,
fut bleflé mortellement. Divers obftacles nuifant
aux progrès des travaux des Affiégeans , ils ne
purent achever l'établiſſement de leurs batteries
que 25 Septembre. Elles étoient au nombre de
quatre , la premiere de cinq gros mortiers & de
quinze Royales , la feconde de quinze Coëhorns ,
la troifiéme de huit piéces de canon , dont fix de
vingt-quatre. livres de balle & deux de dix - huit ,
la quatriéme de quatre piéces , dont deux de vingtquatre.
Deux batteries que les Affiégés éleverent
de leur côté , & qui incommodoient fort la tranchée
, mirent les Anglois dans la néceffité d'en
établir deux nouvelles , l'une de trois piéces de
canon , l'autre de deux . Afin que leurs Ingénieurs
ne fuffent point détournés de la conduite des autres
ouvrages , leurs Officiers d'Artillerie le chargerent
de la direction de ce travail. Dès le tems
de l'ouverture de la tranchée , l'Amiral Boscawen
avoit fait approcher une Galiotte à bombes pour
bombarder nuit & jour la Citadelle . Les François
coulerent à fond la chaloupe amarrée à la poupe
de cette Galiotte , & ils l'accablerent d'un tel feu ,
qu'elle fut obligée de s'éloigner. Cependant la
K
218 - MERCURE DE FRANCE.
faifon s'avançoit , & les Affiégés étant parvenus
à former une inondation fur le front de l'attaque
il fut impoffible aux Anglois de la pouffer plus
loin. Ces raifons déterminerent l'Amiral Bofcawen
, à tenter un dernier effort pour contraindre
la Ville de fe rendie . I fit étendre , en
Croiffant, les Vaiffeaux de la Flotte , qui commencerent
tous en même tems à canonner la Place
dont l'Artillerie répondit par un feu très- vif
Comme les Vaiffeaux Anglois confommoient une
grande quantité de poudre , fans produire beaucoup
d'effet , l'Amiral Eofcawen leur donna ordre
de fe mettre hors de la portée du canon , mais un
vent de mer , qui s'éleva pendant la nuit , les empêcha
de fe retirer affez loin , & le lendemain au
matin ils fouffrirent quelque dommage du feu de
la Ville. Un homme fut tué à bord du Vaiffeau le
Vigilant , & M. Adam , commandant le Harwich ,
ayant eu la cuiffe emportée d'un boulet de canon ,
mourut de fa bleffure. Les jours fuivans , les batteries
des Affiégeans continuerent de tirer &
renverferent plufieurs ouvrages. L'Amiral Bofcawen
fe propofoit de faire brêche à la Courtine du
front de l'attaque , mais cela fut impoffible , les
Affiégés ayant démafqué une batterie de fx pié .
ces de canon dans cette même courtine , & une
autre dans la courtine voifine . Le 14 Octobre ,
les Commandans de la Flotte Angloiſe tinrent un
Confeil de guerre , dans lequel il fut décidé que la
perte , faite par les Affiégeans dans les differentes
attaques,montant déja à près de fept cens hommes,
leurs troupes s'affoibliffant tous les jours par les
maladies , les Vaiſleaux de guerre n'étant d'aucun
fecours pour le fiége , & le tems des pluyes ap
prochant , ils courroient rifque , en s'obſtinant à
demeurer devant la Place , de perdre leurs muni
MA I. 1749. 219
tions & leur artillerie ; que peut - être les chemins
deviendroient impraticables , même pour les
troupes de terre , fi elles attendoient plus longtems
à fe retirer ; que d'ailleurs il étoit à craindre
que la Flotte ne fût chaffée de la côte , qu'ainfi les
Anglois ne pouvoient faire rien de plus fage que
de renoncer à leur entreprife , pendant qu'ils
étoient encore furs de pouvoir regagner le Fort
Saint David. En conféquence de cette décision ,
ils rembarquerent leur artillerie , & le 16 ils mirent
le feu à leurs batteries . Le 17 au matin , leurs
troupes de terre commencerent à reprendre la
route du Fort Saint David , cù elles arriverent le
même jour. Les rivieres qu'elles eurent à paffer ,
étoient fi groffies , & les chemins fi rompus par
une forte pluye qui étoit tombée la nuit précédente
, qu'il n'y a point de doute que la retraite ne
fût devenue impoffible , fi elle avoit été differée de
quelques jours. La garnifon de Pondichery étoit
compofée de dix -neuf cens Européens & de trois
mille Noirs. Les forces de l'Amiral Boscawen
quand il partit du Fort Saint David pour affiéger
cette Place , confiftoient en deux mille fix cens
quatre- vingt dix foldats , cent quarante huit hommes
du Corps de l'Artillerie , mille quatre - vingt
dix- fept de Marine , & deux mille Noirs , qui
n'ont été que de peu d'utilité . Cet Amiral a perdu
pendant le fiége fept cens cinquante - fept foldats ,
quarante-trois canoniers , & deux cens foixantecinq
matelots .
Le 2 Avril , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens vingt- fept & demi ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq
cens foixante & cinq , & ceux de la feconde à cinq
cens quarante.
Le 3 Avril après midi , la Reine entendit le
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Sermon de la Céne de l'Abbé Carrelet , ci- devant
Chanoine de la Cathédrale de Dijon , & l'Evêque
d'Autun ayant fait l'Abfoute , Sa Majefté lava les
pieds à douze pauvres filles qu'elle fervit à table.
Le Marquis de Chalmazel , Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , précédoit le fervice , dont les
plats furent portés par Madame la Dauphine , par
Meldames de France , par la Ducheffe de Chartres
, la Ducheſſe, de Penthiévre & par les Damęs
du Palais.
Le même jour , le Roi & la Reine affifterent
dans la Chapelle du Château à l'Office des Ténébres.
Le 4 , Vendredi Saint , le Roi & la Reine , aç
compagnés de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Mefdames de France
entendirent le Sermon de la Paffion de l'Abbé
Adam , Curé de Saint Barthelemi. Leurs Majeftés
affifterent enfuite à l'Office , & elles allerent
l'Adoration de la Croix . L'après- midi , le Roi &
la Reine affifterent à l'Office des Ténébres.
Les , Samedi Saint , la Reine affifta aux Complies
& au Salut , pendant lequel l'Ofilii fut chanté
par la Mufique.
Le 6 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine , ac
compagnés de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Mefdames de France ,
entendirent la grande Meffe , célébrée pontificale.
ment par l'Evêque d'Autun , & chantée par la
Mufique. L'après-midi leurs Majeftés entendirent
la Prédication de l'Abbé Adam , Curé de Saint
Barthelemi , & enfuite les Vêpres , aufquelles le
même Prélat officia.
Le même jour , le Roi rendit à la Paroiffe du
Château les Pains Benits , qui furent préſentés par
l'Abbé de Caulincourt , Aumônier de Sa Majeſté
on Quartier.
MAI. 221 .
1749 .
L'Abbé de Hunolftain s'étant demis volontairement
de la Charge de Maître de l'Oratoire du
Roi , Sa Majesté en a difpofé en faveur de l'Abbé
de Bouillé , Comte de Lyon , & Vicaire Général
de l'Archevêché de la même Ville .
La Place de Médecin Confultant du Roi , vacante
par
la mort de M. Sidobre , a été accordée
par Sa Majefté à M Quefnay , Secretaire Perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie ; confirmée
par des Lettres Patentes du 2 Juillet de l'année
derniere.
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens foixante quinze livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq cens
quatre-vingt cinq livres , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante.
Le 13 , la Reine fit rendre à la Paroiffe du Château
les Pains Benits , qui furent préfentés par
l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier de Sa Majefté
en Quartier.
Le Roi entendit le lendemain la Meſſe de Requiem
, pendant laquelle le De profundis fut chanté
par la Mufique , pour l'Anniverfaire de Monfeigneur
le Dauphin , Ayeul de Sa Majefté .
Le Duc de Huefcar , Ambaffadeur Extraordinaire
d'Efpagne , eut le 13 une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de Sa
Majefté. Il fut conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madanie la Dauphine & de Mesdames de
France , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 14 , le Roi , après avoir chaffé , alla coucher .
à Choify. Sa Majefté ne fortit point le 15. Le
16 , elle prit le divertiffement de la Chaffe . Le
Roi tint le 17 Confeil d'Etat . Le 18 , il y eut chaffe
Kij
222 MERCURE DE FRANCE .
du vol , & Sa Majefté retourna à Verfalles le 19.
Le Roi a agréé que l'Evêque Comte de Beauvais
, Pair de France , acceptât du Roi de Pologne
Electeur de Saxe fa nomination au Cardinalat
pour
la premiere Promotion des Couronnes.
La Demoiſelle de Marconnay , née en Pruffe ,
& d'une des familles de Poitou les plus diftinguées
, ayant renoncé aux opinions du Calvinisme ,
dans lefquelles elle avoit été élevée , fit abjaration
au commencement du mois du dernier dans l'Eglife
des Capucins , entre les mains de l'Abbé de
Launay , Prieur d'Argenteuil , lequel l'a inftruit
des dogines de la Religion Catholique.
Un Juif a auf abjuré les erreurs , & cette
derniere cérémonie s'eft faite dans l'Eglife de Saint
Sulpice.
>
L'Abbé de Bernis , Chanoine & Comte de
Brioude & l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , a été admis par les Chanoines Comtes..
de Lyon , pour remplir une des premieres places
qui vaqueront dans leur Chapitre."
Le 17 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quatre-vingt livres , les Billets
de la premiere Lotterie Royale à cinq cens
foixante-dix livres , & ceux de la feconde à cinq
ceus quarante fix .
L'Académie Royale des Belles Lettres tint le
15 fon affemblée publique d'après Pâques. Après
qu'on eut annoncé que le Prix de cette année avoit
été adjugé à l'Abbé de Guafco , qui avoit été déja
couronné deux fois par l'Académie , M. de Bougainville
, Secretaire Perpétuel , lut l'éloge hifto
rique de feu M Otter. Le Baron de Zurlauben &
M. Capperonier firent enfuite la lecture , le premier
, d'un Mémoire fur la fondation de la République
Helvétique ; le fecond , d'une Differtation.
fur les Pilotes , cfclaves des Lacédémoniens.
MA I. 1749. 223
Le 16 , l'Académie Royale des Sciences tint
auffi la premiere des deux affemblées publiques
qu'elle à coûtume de tenir chaque année . La
féance commença par la lecture d'un Mémoire de
M. du Hamel fur les plantes aquatiques , particu
lierement fur quelques - unes de nouvelles efpéces ,
dont la culture fe fait dans l'eau fans le fecours
de la terre. Le Marquis de Montalembert lut une
Differtation fur la maniere dont on fait évaporer
les eaux falées dans les hangars d'évaporation , &
fur les moyens de fimplifier cette opération , & de
diminuer confidérablement les frais qu'on eft
obligé de faire pour extraire le fel . La lecture de
Pouvrage du Marquis de Montalembert fut fuivie
de celle d'un Mémoire de M. Macker fur l'application
du bleu de Pruffe à la teinture . Le dernier
Mémoire qui fut lû , eft de M. d'Arci , & contient
la defcription d'un inftrument deſtiné à mefuter
la force de l'électricité , lequel a été inventé
par ce jeune Académicien , conjointement avec le
fils de M. Julien le Roi , célébre Horlogeur .
Le Marquis Pallavicini , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes , eut le 22 du mois
dernier une audience particuliere du Roi . Il fut
conduit à cette audience , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame"
la Dauphine , de Madame Infante & de Mefda--
mes de France , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 19 , la Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France , entendit
dans la Chapelle du Château la Meffe de Requiem ,
pendant laquelle le De profundis fut chanré par la
Mufique , pour l'Anniverfaire de Madame la Dau
phine , Ayeule du Roi.
Monfeigneur le Dauphin fit rendre le 20 à la
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffe du Château les Pains Bénits , qui furent
préfentés par l'Abbé de Termonde , Aumônier du
Roi en Quartier.
Le 24 , le Maréchal Duc de Belle- Ifle fut reçû
& prit féance au Parlement , en qualité de Pair de
France.
La Ducheffe de Boufflers accoucha d'une fille
le 23.
Le 24 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quatre- vingt quinze livres ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq
cens foixante dix - neuf livres , & ceux de la fecon
de à cinq cens cinquante .
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MARIAGES ET MORTS.
LE
E 19 Mars , Louis - François - Henri de Menon ,
Chevalier , Marquis de Turbilli , Chevalier de
POrdreMilitaire de S.Louis , Lieutenant Colonel de
Cavalerie , & Major du Régiment de Royal Rouffillon
, Cavalerie , époufa dans l'Eglife Paroiffiale
de Saint Gervais Marie- Félicité Midy , file mineure
de défunt Denis - Claude Midy , Ecuyer ,
Confeiller du Roi , Auditeur honoraire en fa
Chambre des Comptes de Paris , & de Marie-
Jeanne le Marchand. Louis François Henri eft
fils de défunt Louis -Philippe de Menon , Chevalier
, Marquis de Turbilli & autres lieux , Cheva .
lier de l'Ordre Militaire de Saint Louis , Infpecteur
Général d'Infanterie , & Maréchal des Camps &
Armées du Roi , & de Marie- Anne de Gouin de
Chapizeaux. Le Château de Turbilli eſt ſitué en
Anjou , Paroiffe de Vaulandry.
Le 22 , fut célébré dans la Chapelle de l'Hôtel
MA I.
225 1749.
de M. le Marquis de Saffenage , rue de l'Univer
fité , Fauxbourg Saint Germain , par M. l'Evêque
Comte de Beauvais , le Mariage de Joachim Charles
de Seigliere de Belleforiere de Soyecourt , appellé
le Comte de Soyecourt , Chevalier , Seigneur de
Guerbigni , Regnieréclufe , & autres lieux , Capitaine
de Dragons dans le Regiment d'Asfeld , avec
Marie Silvine de Berenger. , fille de Pierre ,
Comte de Berenger , Seigneur du Gua , Charmes ,
Chanlay , & autres lieux , Chevalier des Ordres du
Roi, LieutenantGénéral des Armées de Sa Majefté ,
& de DameAntoinette-FrançoileBoucher d'Orlay.
Le Comte de Soyecourt eft frere puîné du
Marquis de Soyecourt , Brigadier des Armées du
Roi , & Meftre de Camp du Régiment Dauphin
Etranger , Cavalerie , dont le fecond Mariage
avec Mademoiſelle de Béthune a été annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril 1748 ; & d'Antoine
Adolphe de Seigliere de Belleforiere de Soyecourt,
dit le Marquis de Feuquieres , Major du Régiment
Dauphin Etranger , Cavalerie .
La Comteffe de Soyecourt a pour freres Raymond
de Berenger & N... . de Berenger du Gua ,
& elle eft foeur puînée de Marie Françoife de Berenger
, époufe de François de Gratet , Marquis
de Dolomieu , Comte de Saint Paul , Seigneur de
Tuelin , Saint Didier - lès -Champagne , & autres
lieux , Capitaine dans le Régiment Colonel Général
des Dragons,
Le 26 , Louis Antoine du Prat , Marquis de
Barbançon , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & veuf en premieres nôces d'Angélique-
Françoife Séraphine de Thiard de Biffy , époufa
fur la Paroiffe de S. Sulpice Antoinette Eléonore
du Fay de la Tour Maubourg. Le Mariage fat
élébré par M. l'Evêque de Carcaffonne , en préfence
du Curé de S. Sulpice.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Louis Antoine eft fils de François du Prat , ..
Comte de Barbançon , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , & de Claire- Charlotte- Séraphine du
Tillet de S. Matthieu , & petit- fils de François du:
Prat , dit le Chevalier de Nantouillet , Comte de
Barbançon & Marquis de Cani , fubftitué au nom
& aux Armes de Barbançon , par Louis de Barhançon
, Marquis de Cani , mort fans alliance , &
frere d'Anne de Barbançon , bifayeule de Louis-
Antoine . La Maifon de du Prat a pris naiffance
dans la Robe. Antoine du Prat , Chancelier de
France , fi connu dans l'Hiftoire , feptiéme ayeul
de Louis Antoine , a répandu fur fes defcendans..
un luftre qu'ils ont toujours dignement foutenu ...
Son fils & fon petit - fils furent fucceffivementa
Prevêts de Paris , & Michel- Antoine nous paroît
avoir été le premier de fa Maifon qui ait porté les .
armes .
(
Antoinette Eléonore eft fille de Jean - Hector
du Fay , Marquis de la Tour Maubourg , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de
les Armées , & Infpecteur général d'Infanterie , &
de défunte Marie -Sufanne Bazin de Befons. La
Maifon du Fay. eft une des plus anciennes & des
plus illuftres du Royaume ; le premier de cette
Maifon dont on ait connoiffance , eft Etienne du
Fay , qui vivoit en 1240. Ses defcendans ont formé.
deux branches, dont celle ci, la plus éclatante, s'éteindra
malheureufement en la perfonne de Jean-
Hector , qui n'a eu que deux filles de fon Mariage.
Le 29 , Denis - Pierre Jean Papillon de la Ferté ,
Ecuyer , fils de Pierre Papillon de la Ferté , Ecuyer,
Premier Préfident du Bureau des Finances de la
Généralité de Chaalons en Champagne , & , de
Jeanne du Verdier , a époufé dans l'Eglife ParoifM
A I. 1749 : 227
"
fiale de Saint Eustache , Marie - Anne Victoire
Guichard , fille de Jacques Guichard Caiffier
Général des fous- Fermes du Roi , & de Marie
Françoiſe Labiche .
Le 14 Avril , Charles Louis , Comte de Carvoi
fin , Brigadier des Armées du Roi , & Cornette de
la premiere Compagnie des Moufquetaires , fils ›
de Charles , Comte de Carvoifin , Seigneur d'Achi
, & autres lieux , & de Jeanne- Louiſe de Cochelin
, a époufé fur la Paroiffe de Saint Euftache :
Jeanne- Charlotte d'Artaguette , fille de feu Jean-
Baptifte-Martin d'Artaguette d'Hiron , Receveur r
Général des Finances de la Généralité d'Auch , &
de Victoire de Guillard . Le Mariage a été célébré é
par M. l'Evêque de Chartres en préſence du Curéé
de S. Euftache .
Le 21 , Marie- Louis- Bruno- Claude de Motte--
ville , Chevalier , Confeiller au Parlement de
Rouen , fils de Marie - Louis - Bruno - Emmanuel i
de Motteville , Chevalier , Seigneur de Motte--
ville , Marquis de la Haie du Puis , Confeiller du
Roi en fes Confeils , & Préfident au Mortier hono
raire du Parlement de Rouen , & de Claude- Louife ·
le Peigné , a époufé dans la Chapelle de l'Hôtel
de Lamoignon , fur la Paroiffe de S. Paul , Marie,
Geneviève- Role- Urſule Pajot , fille mineure de :
Pierre Pajat , Seigneur du Port , Confeiller du Roi
en fes Confeils, & Maître des Requêtes honoraire,
& de feue Geneviève- Françoife Verforis,
Le 8 Mars , Nicolas Freret , Secretaire perpétuel
de l'Académie Royale des Belles- Lettres , & Affocié
bonoraire de celle de Peinture & de Sculpture
mourut âgé de 6.1 ans , & fut inhumé à S. Roch
Son profond fçavoir lui ouvrit l'entrée de l'Académie
des Belles Lettres en 1714 , lorſqu'il n'était
encore que dans la fleur de la jeuneffe. I en fut t
Kvji
228 MERCURE DE FRANCE.
nommé Secretaire perpétuel fur la démiffion de
M. de Boze , en 1742. Il avoit été aflocié d'abord
à l'Académie de Peinture , en qualité d'honoraire-
Amateur , mais lorsque l'on eut formé le Corps
des honoraires- Affociés libres , il demanda de defcendre
dans cette nouvelle claffe , où pouvant
également fatisfaire fa noble curiofité , il étoit
diſpenſé de porter aucun jugement fur des matieres
qu'il ne connoiffoit pas encore autant qu'il
auroit voulu. On n'a de lui que plufieurs Differta.
tions imprimées dans les Mémoires de l'Académie
, mais comme il a toute fa vie beaucoup tra
vaillé , & que même en dernier lieu fes études
particulieres prenoient confidérablement fur fes
autres foins , on trouvera dans fon Cabinet des
Manufcrits , qui pourront nous confoler de la përte
de ce Sçavant , l'un des plus diftingués de l'Europe
. Son attachement à l'étude étoit peu compatible
avec les embarras du mariage , & il eft mort
dans le célibat.
Le 9 , Jean -Baptifte Macheto , Ecuyer , Sr de
Thernai , mourut âgé de 66 ans , & fut inhomé à
S. Sulpice.
Le 10 , Claude du Bois , Seigneur de Courceviers
, ancien Capitaine au Régiment du
Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
mourut à Paris , & fut inhumé ſur la Paroiffe de
S. Roch.
Le 12 , Genevieve Catherine Françoiſe La'lemant
, époufe de Paul Hebert , Seigneur de Buc ,
Confeiller du Roi en fes Confils , Maître- des-
Requêtes honoraire de fon Hôtel , mourut âgée de
57 ans & fut inhumée à S. Roch.
:
Le même jour Barbe Marguerite du Chefne des
Chateliers , époufe de Gabriel Rodolphe Benoit ,
Seigneur de Deflincourt , mourut âgée de près de
MA I. 229 1749.
40 ans , & fut inhumée ſur la Paroiffe de S. Roch
Le 16 , Marie Jeanne- Françoile de Rouffe d'A
Lembon , époufe d'Achilles- François Vicomte d'Ifque,
Marquis de Colemberg , mourut âgée de 32 ans , &
fut inhumée à S. Euſtache.
·
·
Le même jour , Marie Louife - Maurice de
Furftemberg , veuve de Jean Baptifte Colbert de
Seignelay , Marquis de Sergnelay , Maître de la
Garde- robe du Roi , & Colonel du Régiment de
Champagne , mourut âgée de 61 ans , & fut inhumée
à S. Roch.
Le Marquis de Seignelay , fon époux , mors
le 26 Février 1711 à l'âge de vingt - neuf ans ,
étoit fils aîné du feu Marquis de Seignelay , Miniftre
& Secretaire d'Etat , dont le pere étoit le
grand Colbert .
Le 17 , Charles - Louis Falcot de la Blache ,
mourut âgé de 8 ans , & fur inhumé à S Nicolas
des Champs. Il étoit fils d'Aléxandre - Laurent-
François de Falcot , Marquis de la Blache , Meftre
de Camp du Régiment Royal Dragons , & Brigadier
des Armées du Roi,, & de Jofephe- Marguerite
Michelle de Roffi , fon époule .
Le 18 , Geneviève Rambaud , veuve de Jean
Baron de Soiffons , mourut âgée de 65 ans , & fur
inhumée à S. Euftache .
Le même jour Charles- Alexandre d'Orléans de
Rothelin , Vicomte de Lavedan , fils d'Alexandre
d'Orléans,Marquis de Rothelin , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur du Port Louis,
mourut âgé de 6 ans ƒ mois , & fut inhumé fur la
Paroifle de S. Sulpice .
Le 21 , Louife - Renée du Louet de Coëgenval
Dame de Kengoal , de Kerquilio , Quijat , Penneret
, Coegenval , Colmeneck , & de la Prévôté
de Ploudimer , veuve d'Achilles de Harlai , Chevalier
, Comte de Beaumont , & Marquis de Bre
230 MERCURE DE FRANCE
val , mourut au Convent de Belle Chaffe fur la
Paroiffé de S. Sulpice , âgée de 77 ans , & fut
tranfportée à Beaumont en Gâtinois.
Le même jour , Henri Roger de la Rochefou
caut , Marquis de Liancourt , le plus ancien des
Lieutenans Généraux des Armées du Roi , mourut
en fon Château de Liancourt , âgé de près de $4
ans. Il étoit né le 14 Juin 1665 , & fut d'abord
/ Colonel du Régiment de la Marine . Il fe diftingua
extrêmement à la bataille de Staffarde , où il fur
bleffé . Il fut fait Lieutenant Général des Armées
du Roi , le 23 Décembre 1702. Le Roi Louis XIV...
de glorieufe mémoire , le qualifie de Coufin dans
fa commiffion de Colonel , dans fes provifions de
Lieutenant Général , & dans plufieurs Lettres.
Il étoit fils puîné de François VII . du nom , Duc
de la Rochefoucault , Pair & Grand Veneur de
France , Prince de Marfillac , Marquis de Guercheville
, Duc de la Rocheguion & de Liancourt ,
Baron de Verteuil , &c. Chevalier des Ordres du
Roi , & Grand- Maître de la Garde robe , & de
Jeanne Charlotte du Pleffis Liancourt , fille uni
que de Henri du Pleffis , Comte de la Rochegaion
, premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , & d'Elifabeth de Lannoi , petite fille &
héritiere de Roger du Pleffis , Duc de la Rocheguion
, Chevalier des Ordres du Roi , Marquis de
Liancourt.
Henri Roger , étoit le vingt- deuxiéme defcendant
de Foucaut I. du nom , Seigneur de la Roche
én Angoûmois , dont le mérite fut fi grand & fi
univerfellement reconnu , que fa poftérité n'a crû
pouvoir mieux faire pour fa propre gloire , que de
fe conferver fon nom , en le joignant à celui de la
Roche. Henri Roger n'a point été matié.
Le 23 , François de Netz , Ecuyer Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien Capitaine -
Μ Α Ι . 17493 237-
·
au Régiment de Conti, Infanterie , mourut âgé de
49 ans , & fut inhumé fur la Paroiffe de S. Sulpice.
Le 25 , Frere Philippe Ifarn de Villefort de-
Montien , Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem , mourut âgé de 47 ans . Il avoit été
Enfeigne des Gardes Françoifes dans la Compagnie
de Balzac , puis Colonel- Lieutenant du Régimente
de Clermont Prince , & Chevalier de Malthe de
majorité en 1931. Il étoit fils de Jacques - Jofeph
Ifarn de Villefort , & de Marie - Sufanne de Valicourt
, qui furent mariés par Contrat du 2 Sep
tembre 1684 ; petit- fils de Henri Ifarn de Villefort
& de Marguerite de Belan , que Henri époufa
par Contrat du premier Juin 1650 ; & arrierepetit-
fils de Jacques Ifarn de Villefort , & de
Marie de la Garde de Chambonas , dont le Contrat i
de Mariage fut paffé le 27 Mai 1613 .
Le 27 , Louife- Françoife d'Ailly , veuve de Jac- :
ques-Amable Claude , Chevalier , Baron d'Enfre
el , mourut , & fut inhumée fur la Paroiffe de S.
Jacques du Haut- Pas . Voyezfur la famille d'Ailly
le Mercure du mois de de cette année .
Le 28 , Thomas Dreux , Marquis de Brezé ,
Grand- Maître des Cérémonies de France , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur
des Ifles de Sainte Marguerite & Saint Honorat ,
mourut âgé d'environ 72 ans , & fut inhumé fur
la Paroifle de S. Sulpice . Il avoit époulé le 14 Mai
1698 Catherine Angélique de Chamillard , fille
de Michel de Chamillard , Chevalier , Marquis de
Cani , Seigneur de Courcelles , Miniftre & Secre
taire d'Etat , Commandeur , Grand Tréforier des
Ordres du Roi , & de Marie- Thére fe le Rebours ,
dont il a eu M. le Marquis de Brezé , Lieutenant ;
Général des Armées du Koi , & qui avoit la furvi
vance de la Charge de Grand - Maître des Cérémonies.
Il étoit fils de Thomas Dreux , Conite de
232 MERCURE DE FRANCE.
Brezé , Marquis de la Floceliere , Confeiller en la
feconde des Requêtes du Palais de Paris , qui y fut
reçu en 1667 , & de Marie- Marguerite Bodinet.
Cette Maifon eft originaire de Ligueuil , fur les -
frontieres des Provinces de Poitou & d'Anjou. Elle
reconnoît pour Auteur Thomas Dreux , Seigneur
de Ligueil , de la Grandiere , & autres lieux . Il
vivoit en 1400 , & eut trois fils , qui ont fait les
trois branches de Dreux Nancré , de la Turdairiere
& de Brezé. C'eft de cette derniere dont eft forti M.
le Marquis de Dreux, qui donne lieu à cet article.
Le même jour , Aléxandre de Bernard de Hatte,
Chevalier , Seigneur de Longuerue , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut , &
fut inhumé fur la Paroiffe de S. Jean- en - Gréve.
Le 29 , Geneviève Eléonore Mignot de Montigni,
époufe de N. Dejean , Ecuyer , mourut , & fut
inhumée à S. Roch..
I
Le 1 Avril, Julienne Aubin, veuve de N.Girocel- ,
ly , Ecuyer , mourut , & fut inhumée à S. Sulpice .
Le 2 , François du Pouget de Nadaillac V. de
nom , Chevalier , Marquis de Nadaillac en Quercy
, Baron de la Villeneuve & de la Farge , Seigneur
du Roc , & autres lieux en la haute Marche ,
mourut en fon Château de Nadaillac , âgé de
84 ans , étant né le 11 Juin 1665. Il entra dans ,
le Régiment des Gardes Françoiſes en qualité
d'Enfeigne en 1685 , où il fervit long tems , & od
fon frere Charles- François du Pouget de Nadaillac,
Baron de S. Pardoux , fon frere aîné , étoit Lieutenant.
Il avoit épousé le 17 Août 1700 , étant pour
lors fous Lieutenant des Gardes Françoiſes , Aimée-
Léonore de Plas , file de Guyon de Plas ,
Baron de Marillac , Seigneur de Fonfac & Sennac.
Voyez fur la famille de Plas le Mercure du mois
de Mars 1746 , à l'article du Mariage de Gai
Jofeph , Comte de Plas, Marquis du Tillet , Baron
MA I. 1749. 233
de Marfillac , avec Marie- Françoife de Cordeboeuf
Beauverger de Montgon . Il laiffe de ce Mariage
quatre enfans , fçavoir 1 ° . François . Louis du Pouget,
Comte de Nadaillac , Vicomte de Monteil ,
Baron de la Farge , & Seigneur de la Villeneuve ,
reçu le 19 Juillet 1721 , dans la premiere Compaguie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , puis
fucceffivement Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de la Tour en 1730 , dans celui de Chabrillant
en 1738 , puis Exempt des Gardes du
Corps du Roi , par Brevet du 30 Juin 1743 , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis la même
année , Meſtre de Camp de Cavalerie par Commiffion
du 3 Janvier 1745 , Brigadier des Armées.
du Roi le 10 Mai 1748 , & marié le 30 Mars
1740 avec Adélaïde- Françoiſe du Pille , fille de
Jacques-André du Pille , Vicomte de Monteil en
la Marche , Baron de la Boffe , & Seigneur de
Larfeuillere , Tréforier Général des troupes de la
Maifon du Roi , & de Marie Anne - Chriftine
Rollot de la Tour. 2° . François-Jofeph du Fouger
de Nadaillac , actuellement Capitaine dans le
Régiment de Condé , Infanterie , non - marié , &
deux filles Religieufes, l'une aux Carmelites de Limoges
, l'autre en l'Abbaye de Leifne en Querci.
-
François V. étoit fils de François du Pouget, IV.
du nom , Marquis de Nadaillac , Baron de la Ville-'
neuve & de S. Pardoux , Seigneur du Roc & de
Saint Simphorien , Capitaine d'une Compagnie de
Chevau- légers de quatre-vingt Maîtres , entrete
nue pour le fervice du Roi , par Commiffion du
3 Décembre 1631 , & de Françoife du Douhet ,
Baronne de S. Pardoux en Limoufin.
La Maiſon du Pouget de Nadaillac eft trèsancienne
dans le Querci , & a contracté des alliances
avec quantité d'illuftres Maiſons , comme avec
celles d'Aubuffon , de la Gorfe , de Chapt- de234
MERCURE DE FRANCE .
Raftignac , de Beaumont , des Seigneurs de Mont
fort en'Dauphiné , de Brezons , de Pot- de - Rhodes ,
de Lufignan , de la Roche Aimon , de Ligondés ,
de Plas , de Lemartin , de Nuaillé , &c .
On nous fçauroit avec raiſon mauvais gré de ne
pas jetter du moins quelques fleurs fur le tombeau
de la fameufe Peliffier. Cette admirable & char-
· mante Actrice eft morte à Paris le 21 Mars , âgée
de 42 ans. Le Public n'oubliera de long- tems le
plaifir qu'elle lui a fait fur la fcène Lyrique ; &
l'on peut dire qu'elle a été au Théatre de l'Opéra ,
pour le léger & le gracieux , ce que Mile le Maure
y a été pour le noble & le pathétique .
MMMMMMMMMMMMMMK
ARREST NOTABLE.
ARREST du 12
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 12
Avril , au fujet des conteftations qui le font
formées entre les Médecins & les Chirurgiens de
Paris
Le Roi ayant été informé des difficultés qui s'é
toient élévées entre la Faculté de Médecine & le
Corps des Chirurgiens de la Ville de Paris , depuis
la Déclaration du 23 Avril 1743 , & qui ont fait le
fujet d'un très- grand nombre de requêtes & de
mémoires publiés de part & d'autre , auxquels
l'Univerfité de Paris a joint auffi les fiens , Sa Majefté
auroit jugé à propos de les faire examiner par
des Commiffaires de fon Confeil , & le compte
qu'ils lui en ont rendu , lui a donné lieu de reconnoître
que s'il eft important d'établir dans la Capitale
de fon Koyaume un nombre confidérable
de Chirurgiens, qui , par l'étude des Lettres, ayent
acquis une connoiffance plus parfaite des régles
d'un art fi néceffaire au genre humain , il n'étoit
MA I 1749 . 235
pas moins de l'intérêt commun des habitans d'une
fi grande Ville , qu'on ne les privât pas du fecours,
de ceux qui , fans être lettrés , fe feroient rendus
capables ,par la pratique & l'expérience jointes aux
talens naturels , d'exercer l'art de la Chirurgie , &
qui en auroient donné des preuves fuffifantes , en
forte que pour concilier les differentes vûes
dont une matiere fi importante eft fufceptible , on
pouvoit admettre les uns & les autres au fervice du
Public , mais en accordant aux premiers des dif
tinctions & des prérogatives convenables à leur
qualité de Maître- ès- Arts, & propres à exciter une
louable émulation entre ceux qui fe diftinent à en
trer dans le Corps des Chirurgiens de la Ville de
Paris. Sa Majefté auroit d'ailleurs confideré , que;
quelque progrès que la Médecine & la Chirurgie
ayent fait jufqu'à préfent dans fon Royaume , il
pouvoit être avantageux à fes Sujets d'ajouter de
nouvelles difpofitions aux anciens reglemens , foit
pour établir une meilleure intelligence.entre deux
profeffions qui ont une liaiſon f étroite , fort pour
les porter , autant qu'il eft poffible , à leur plus ,
grande perfection , & que c'eft même ce qui réfulte
d'une partie des mémoires qui ont été donnés
par les Médecins & par les Chirurgiens depuis .
le commencement de leurs conteftations. Mais
comme un objet de cette nature pourroit demander
encore de nouvelles réflexions , Sa Majefté a
crû devoir fe contenter de pourvoir , quant à préfent
, aux difficultés qui demandent une plus.
prompte décifion , afin que le Public ne foit pas.
privé plus long- tems du fecours qu'il peut rece
voir d'un grand nombre d'Eleves dans l'art de la
Chirurgie , dont la réception a été fufpendue à
Poccafion defdites conteftations. Sur quoi Sa Ma→
jefté voulant expliquer les intentions , Oui le rapport
, & tout confideré , le Roi étant en fon Con
feil , a ordonné & ordonne ce qui fuit ;
236 MERCURE DE FRANCE .
ART. I. Les Maîtres-ès- Arts qui , après s'être
formés à la profeffion de la Chirurgie , fuivant ce
qui eft prefcrit par les ftatuts de l'année 1699 , &
avoir fait en outre les Cours établis par les Lettres
Patentes du mois de Septembre 1724 , le font préfentés
ou qui fe préfenteront à l'avenir pour être
reçûs Maîtres en l'art & fcience de la Chirurgie ,
feront tenus de faire toutes les épreuves & fubir
tous les examens prefcrits par lefdits ftatuts de l'année
1699. Et Sa Majefté voulant , par diftinction
pour eux , leur donner lieu de faire connoître au
Public le fruit qu'ils auront tiré de l'étude des Lettres,
a ordonné & ordonne , qu'au lieu de ce qui
eft porté par lefdits ftatuts , ſur l'affiftance des Médecins
à une partie defdits examens , ils foutiendront
un acte ou examen public fur des matieres
concernant l'anatomie & les opérations de Chirur
gie , auquel examen feul la Faculté de Médecine
fera invitée par le Répondant , pour y envoyer
trois Docteurs qu'elle choifira , lefquels y auront
une féance diftinguée , & recevront les mêmes
diftributions & honoraires qu'ils avoient auxdits
examens.
y
ré-
II . Ledit acte ou examen public fera de quatre
heures au moins , & celui qui le ſoutiendra
pondra pendant la premiere heure aux difficultés
qui pourront lui être propofées par leſdits trois
Docteurs en Médecine , fur les matieres dudit
les
examen , & pendant les trois autres heures , par
Maîtres en Chirurgie , pour être enfuite procedé ,
s'il y échet , à fa réception par le premier Chirur
gien de Sa Majefté , ou fon Lieutenant , & les
Maîtres en Chirurgie feulement , & celui qui aura
été reçû ſera tenu de remettre au Doyen de la Faculté
de Médecine une copie en bonne forine des .
Lettres qui lui feront expédiées.
III. Tous ceux, qui à l'avenir voudront être reΜ
Α Ι.
237 1749.
"
çûs dans le Corps des Chirurgiens de Paris en qualité
de gradués , conformément aux deux articles
précédens , feront tenus d'obtenir le titre de Maftfe
- ès - Arts dans l'Univerfité de ladite Ville , fans
néanmoins que la préfente difpofition puiffe avoir
fon effet à l'égard des Eleves qui auroient obtenu
ledit titre , avant le préfent Arrêt, dans quelqu'une
des Univerfités du Royaume.
IV. Les Eleves qui fans être Mattres- ès - Arts fe
feront formés à la profeffion de la Chirurgie pen
dant le tems & ainfi qu'il eft porté par les ftatuts
de l'année 1699 , pourront être admis à l'exercer
dans la Ville & Fauxbourgs de Paris , ſous le titre
de Maîtres aflociés aux Corps des Maîtres en l'art
& fcience de la Chirurgie , après qu'ils auront fait
les Cours établis par les Lettres Patentes du mois
de Septembre 1724 , & qu'ils fe feront conformés :
pour les examens & les épreuves à tout le contenu
aux titres X. & XI . defdits ftatuts , lefquels feront
obfervés à cet égard , ainfi que fur tous les points
auxquels il n'aura été apporté aucun changement
par le préfent Arrêt .
V. N'entend auffi Sa Majefté , qu'il foit rien
innové en ce qui concerne la réception de ceux
qui auront fervi en qualité de premiers Eleves dans
fes Hôpitaux de Paris.
VI.Les Maîtres ès- Arts, qui auront été reçûs en
la forme marquée par les articles 1. & II , auront
feuls l'avantage de porter la robe & le bonnet ,
d'entrer de droit dans l'Académie Royale de Chirurgie
, & de pouvoir être préfentés à Sa Majesté
pour remplir la fonction de Démonftrateur dans
l'Amphithéatre de Saint Côme , fans qu'ils puiffent
au furplus jouir d'autres droits ou prérogatives
que ceux qui ae feront pas gradués .
VII. Les Prévôts en charge préfenteront cha
que année , à la premiere affemblée de la Faculté
238 MERCURE DE FRANCE.
de Médecine , qui fe tiendra après la Fête de Saint
Luc , un catalogue contenant les nom & demeure
de tous les Maîtres en Chirurgie , gradués ou non
gradués , qui exerceront l'art de la Chirurgie dans
la Ville & Fauxbourgs de Paris , lequel catalogue
fera dépofé dans les archives de la Faculté.
VIII. Chacun des Maîtres en Chirurgie , gradués
ou non gradués , fera tenu de faire mettre fur
la porte de la maifon où il demeurera ,
fon nom
& fa qualité , comme auffi d'avoir une falle baſſe
au rez de-chauffée de fadite maiſon , où il y aura
toujours un de fes éleves au moins , pour donner
en fou abfence , les fecours néceffaires à ceux qui
en auront befoin .
IX . Dans toutes les confultations , où il fera
appellé des Médecins & des Chirurgiens , foit fur
des maladies procédantes de caufes extérieures ,
foit fur des maladies d'un autre genre , dans lefquelles
il pourra y avoir lieu de faire une opération
chirurgicale comme la Taille , ou autres
femblables, les Chirurgiens donneront leur avis les
premiers , fuivant l'ufage ordinaire , & leurs voix
feront comptées comme celle des Médecins , qui
opineront après tous les Chirurgiens.
X. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions &
'défenfes à tous Chirurgiens , de quelque qualité
qu'ils foient , de compofer , vendre ou débiter
aucuns médicamens ou remédes deſtinés à entrer
dans le corps humain , & de figner des ordonnances
pour en faire compofer par des Apothicaires
ou autres : le tout conformément aux difpofitions
des Ordonnances , Statuts & Réglemens , & fous
les peines y portées. Veut & entend Sa Majefté
que lefdits Maîtres Chirurgiens foient tenus de fe
conduire , à l'egard des Médecins , avec la déférence
qu'ils leur doivent , & que les Médecins
ayent de leur part pour lefdits Maîtres en l'art de
>
MA I. 1749.
239
Chirurgie , tous les égards que méritent l'utilité
& l'importance de leur profeffion ..
XI. Il fera procédé inceffamment à la réception
des Maîtreffes Sages - femmes , en la maniere accoûtumée
, & conformément à ce qui eft porté par
les Statuts de l'année 1.699.
XII. Permet au furplus Sa Majesté aux Doyen
& Docteurs de la Faculté de Médecine , comme
auffi à fon premier Chirurgien , de lui préſenter ,
chacun de leur part , tels mémoires & projets de
réglemens qu'ils eftimeront devoir propofer , fur
les moyens de porter la Médecine & la Chirurgie
à leur plus grande perfection , pour y être pourvû
par Sa Majefté , ainfi qu'elle le jugera à propos
fur le compte qui lui en fera rendu . Fait Sa Majefté
très- expreffes inhibitions & défenfes , tant aux
Médecins qu'aux Chirurgiens , de faire imprimer
& diftribuer aucuns nouveaux écrits ou mémoires,
au fujet des difficultés qui fe font formées entr'eux
, & pareillement à tous Imprimeurs & Libraires
, d'en imprimer , vendre où débiter , à
peine d'amende , ou de plus grande punition s'il y
échet . Et fera le préfent Arrêt exécuté par provifion
, felon fa forme & teneur , nonobftant toutes
oppofitions ou empêchemens quelconques , dont fi
aucuns interviennent , Sa Majefté fe réſerve la
connoiffance , & l'interdit à toutes les Cours &
autres Juges. Fait , & c.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Suite des vies des Carthaginois ,
Vers de M. de Voltaire fur le Louvre
Differtation fur la Police des Fourmis ,
Vers à M. L. D. B. au jour de l'an ,
3
27
28
56
Autres à une Quêteule ; 18
Lettre de M. le Comte Algarotti ,
Chanfon à une Dane ,
60
61
63
64
70
Envoi du Sopha , Roman , à Mad. *** ,
Mémoire fur l'achevement du Louvre ,
Vers pour l'Eftampe de M. de Fontenelle ,
Lettre fur la conftru&t.d'un nouvel Hôtel-Dieu ,ibid.
Vers à Mlle Granet de Manville , & c. 83
Lettre à M.de M.J.fur un chemin de Beauvais, ibid.
Solution de la Queftion propofée dans le Mercure
de Mars , 91
97
Remarques fur la nouvelle Notice de l'Artois , 93
Epitre à M. Bouguier , fur la relation des voyages
dans l'Amérique , par M. Desforges Maillard, 95
Epigramme par le même ,
Extrait de lettre fur les découvertes des Ruffiens , 98
Vers à Mad, du Boccage, par J. F. Guichard , 102
Epitre à Mile Brillant ,
Enigme & Logogryphes ,
104
106
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c .
Election de l'Acad . Royale des Belles-Lertres, 1 2
Affemblée publiq. de la Société Litt . d'Arras , 133
Lettre de M. *** à M. Remond de Ste Albine , 134
Autre de M. Louis au même , 147
Remarques fur la Defcription de Paris , 152
Lettre de M. Gouye de Longuemare , 156
Spectacles. 162. Complimens du Sr Rofely, & c.168
Naïs , Opera pour la Paix , Extrait , 179
191
ibid.
192
Chanfon notée
Remarque fur celle du dernier Mercure ,
Nouvelles Etrangeres , & c .
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 214
Mariages & Morts ,
Arrêt notable ,
La Carte gravée doit regarderlapage
La Chanjon notée la page
224
234
98
191
MERCURE
DE FRANCE ,
DE DIE AU ROI.
JUIN. 1749 .
PREMIER VOLUME.
UTYSPARGAR
LIGITU
Chez <
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
LA
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICourt ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon . Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE
,
1
DÉDIÉ AU ROI.
1749.
JUI N.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA CONVENTION TEMERAIRE .
COMEDIE EN UN ACTE.
La Scene eft dans une Maifon de Campagne.
L
*
SCENE PREMIERE.
LISETTE , ARLEQUIN,
Arlequin , voulant embraffer Lifette.
Ifette ! mon cher coeur !
M. R. D. S. A. n'avoit que dix - neufans , lorf
qu'il compofa cette Comédie. On reconnoîtrafacile-
I. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Oh ! tu dois être content .
Arlequin.
1
Quatre baifers feulement , après quatre
mois d'abfence . Cela eft- il raiſonnable ?
Encore un du moins , pour la nouvelle
que je vais t'annoncer. Je fais ta fortune.
Lifette.
Ma fortune ?
Arlequin,
Qui. Je t'épouse . Pendant mon féjour
à Paris , je me fuis arrangé pour cela .
Tout mon embarras eft de fçavoir , fi ta
Maîtreffe & la mienne approuveront mon
projet.
Lifette.
Elles ne pourront le blâmer.
Arlequin
Pourquoi ?
Lifette.
Elles en méditent un à peu près femblable
pour elles- mêmes.
ment qu'elle manque d'action. L'Auteur l'a reconnu
lui-même , & c'eft la raison pour laquelle il a toujours
gardé fa Piéce , fans être même tenté de la lire
aux Comédiens. Il la donne donc ici , non comme un
ouvrage , dont on doive être fâché que le Théatrefoit ·
privé, mais comme un amusement de jeuneſſe , dont la
lecturefera peut-être jugéefupportable.
• Il l'embraffe.
JUIN.
1749. 5.
Bon !
Arlequin.
..
Lifette.
pour
Rien n'eft plus certain . Ergafte a fait
perdre à Silvia le goût , qu'elle avoit
la condition de veuve . Angélique a oublié
en faveur de Valére les charmes , qu'elle
trouvoit dans celle de fille.
Arlequin .
Silvia , malgré les mécontemens qu'elle
a reçus de fon premier époux....
Lifette.
Auroit envie d'effayer , fi elle fe trouvera
mieux d'un fecond.
Arlequin.
Angélique , nonobftant l'exemple de ſa
foeur...
Lifette.
Eft curieufe d'éprouver , fi les cadettes
rencontrent mieux que les aînées.
Arlequin.
A quand les nôces ?
Lifette.
Un obftacle les différe .
Arlequin .
Eh ! quel obftacle ?
Lifette .
La convention , que nos Maîtreffes ont
faite enfemble , de ne jamais fe marier.
Chacune d'elles eft retenue par la honte
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
de paroître moins ferme dans fes réfolutions
, que fon amie.
Arlequin.
Elles t'ont mife dans leur confidence ?
Lifette.
Non , mais je n'en fuis pas moins inf
truite de leur fecret. Premierement , on
ne trouve plus les affiduités des deux
amans trop marquées . Depuis deux mois
ils ont pris dans le voifinage une maifon de
campagne , & ils paffent les jours entiers
dans celle- ci. De plus , Angélique & Silvia
font rêveufes , inquiettes , taciturnes. Si
elles rompent le filence , quand elles font
enfemble , ce n'eft que pour parler du pouvoir
de l'amour , de l'impoffibilité qu'il
y a de réfifter à fes traits , furtout des bonnes
qualités d'Ergafte & de Valére. C'eſt à
qui louera le plus l'amant de fa compagne .
On la trouve cruelle , de ne pas récompenfer
des feux fi purs & fi ardens . On la fomme
de rendre heureux un homme , qui
mérite tant de l'être. Enfin elles femblent
fe demander l'exemple l'une à l'autre ,
pour s'autorifer à fuivre un penchant ,
dont ni l'une ni l'autre n'eft plus maîtreffe.
Arlequin.
Les Cavaliers connoiffent- ils les difpo
fitions , où l'on eft à leur égard ?
JU IN. 1749:
Lifette.
Ils ne font que s'en douter. On leur
refuſe obſtinément un aveu , qu'on brûle
d'impatience de leur faire. Quelquefois
ils paroiffent fe laffer de l'attendre fi
long- tems. Valére fe plaint . Ergafte fe
fâche. Valére fait des reproches. Ergafte
fe répand en menaces. Le premier , perdant
courage , promet de ne plus fatiguer
de fes voeux fa Maîtreffe . Le fecond , fe
livrant à fon dépit , jure d'abandonner la
henne. Les tranfports de l'un , & les emportemens
de l'autre , ont un égal fuccès .
Plus ils prennent leur férieux , plus leurs
belles s'arment d'une ironie phlegmatique ,
propre à déconcerter le chagrin le plus
auftére ou le courroux le plus violent .
Mais j'entends quelqu'un. C'eſt Angélique.
Elle eft avec Silvia.
Arlequin.
Prépare-les à la nouvelle de notre mariage.
Je viendrai enfuite leur en faire la
propofition.
SCENE 1 I.
SILVIA , ANGELIQUE , LISETTE.
Silvia.
Lifette , l'abfence n'a point diminué
l'amour d'Arlequin.
A j
$ MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Il fait ce qu'il peut , Madame , pour me
le perfuader.
Angélique.
J'ai toujours remarqué du bon dans ce
garçon - là.
Silvia.
Je le crois capable de bien aimer , &
cette qualité en fuppofe toujours d'autres
eftimables.
Lifette.
S'il n'en a pas de fort dignes d'eftime
il en a du moins, qui font qu'on s'intéreſſe
à lui.
Angélique.
Eh ! comment ne pas nous intéreffer à
quelqu'un , qui met tout fon bonheur à
nous plaire ?
Lifetter
C'eft dommage , qu'il ne foit pas permis
à notre fexe , d'être fenfible.
Silvia.
Qui vous a dit , que cela lui fût défendu
?
Angélique.
On peut regarder , comme un bonheur,
de ne l'être point. Mais on ne peut nous
faire un crime de donner notre coeur à
qui nous voue toute fa tendreffe.
JUIN. 1749. -
Silvia.
D'ailleurs fommes-nous libres d'aimer ,
ou de n'aimer pas ?
Lifette.
A ce compte , vous excuferiez donc ma
foibleffe , fi j'étois difpofée à répondre aux
yoeux d'Arlequin ?
Angélique.
Je nommerois cette difpofition , non
pas foibleffe , mais reconnoiffance , & reconnoiffance
louable .
Lifette.
Cependant l'une & l'autre , vous n'avez
pas parlé toujours ainfi.
Silvia.
Nous avons combattu vos feux , tant
que nous avons crû qu'il ne s'agiffoit
que d'une amourette . Mais un amour férieux
, tendre , conftant , & qui fans doute
a des vûes légitimes , il faudroit n'avoir
foi-même aucune fenfibilité pour le condamner.
Angélique.
Croyez- vous que je blâmerois Silvia ,
de payer de quelque retour les fentimens
d'Ergafte ?
Silvia.
Moi , j'approuverois fort , que ceux de
Valére touchaffent Angélique.
1
Αγ
10 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
En effet ces deux amans mériteroient
d'être mieux traités.
Silvia.
Une femme fera certainement très- heureufe
avec Valere .
Angelique.
Je juge Ergafte auffi très- propre à faire
le bonheur d'une époufe raifonnable.
Silvia.
Et la main de Valere a de quoi flater
une fille , qui feroit ambitieufe.
Angélique.
La condition d'époufe d'Ergafte a de
quoi fatisfaire la femme , qui feroit la plus
difficile.
Silvia.
Valere peut efperer une très-haute fortune.
Angélique.
Celle d'Ergafte eft des plus brillantes.
Silvia,
Le pofte , que Valere occupe , lui donne
dans le monde un rang diftingué , &
la charge , qu'il vient d'obtenir , le met en
état d'afpirer aux premiers honneurs.
Angélique.
Ergafte , outre les grands biens , doit
jouir encore pendant long-tems des revenus
de fa fille , & ils font confidérables .
JU IN. II 1749:
Silvia.
De plus , Angélique , le crédit de Valere
peut être fort utile au Chevalier.
Angélique.
Quand le petit Comte fera en âge d'entrer
dans le fervice , il ne trouvera pas un
médiocre fecours dans les richeffes d'Ergafte.
Silvia.
Valere eft ami effentiel , & votre couſin
en fera l'expérience.
Angélique.
Je connois Ergafte. Il fervira de pere à
votre fils.
Silvia.
Oh !il y a peu de caractéres comme
celui de votre amant. Je fuis amoureufe
de lui.
Angélique.
Et moi , d'Ergafte,
Silvia.
La douceur de Valere me charme.
Angélique.
La vivacité d'Ergafte me plaît beau
coup .
Silvia.
Je fuis enchantée de la maniere refpectuenfe
,dont Valere explique fes fentimens.
Angélique..
J'aime tout- à-fait la façon cavaliere ,
dont Ergafte exprime les fiens.
A vj
12 MERCURE DEFRANCE.
-Silvia.
Vous aurez beau vous en défendre , ma
chere Angélique. Il faudra tôt ou tard
rendre juftice à Valere .
Angélique.
Mais vraiment je la lui rends déja,
J'ai pour lui toute l'eftime qu'il mérite .
Lifette.
Toute l'eftime qu'il mérite ! En confcience
, eft- ce là vous acquitter avec lui ?
Silvia.
Affûrément vous lui devez plus que
cela.
N'a-t'il
Lifetie.
pas droit d'exiger
un pen de
cette reconnoiffance , dont vous faifiez
tout à l'heure l'éloge ?
Angélique.
J'ai dit qu'elle étoit louable , mais je
n'ai pas dit qu'elle fût néceffaire . Elle
peut n'être pas un crime , fans être un devoir.
SCENE III.
SILVIA , LISETTE.
Lifette.
Angélique nous quitte bien précipitam
ment , Madame
.
Silvia.
J'en devine la raiſon.
JUI N. 1749.
13
Lifette.
Quelle raifon peut - elle avoir ?
Silvia
La converfation commençoit à l'embarraffer.
Lifette.
Comment ?
Silvia.
Elle craignoit de laiffer échapper un
fecret , qu'elle veut me cacher .
. Un fecret ?
Lfette.
Silvia.
Cette fille - là eft prévenue d'une forte
paffion.
Lifette , feignant d'être étonnée.
Qui ?
Silvia:
Elle adore Valere .
Lifette.
Silvia .
Eft-il poffible ?
Elle ne peut plus vivre , fi elle ne l'é
pouſe.
Lifette.
Qui fe feroit attendu à ce changement ?
Silvia.
Maintenant je fuis au déſeſpoir d'avoir
confenti à l'efpéce d'engagement , qu'elle
a pris avec moi , de demeurer libre.
14 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Je le crois.
Silvia.
Je voudrois pour toutes chofes au monde
, que nous n'y euffions jamais pensé.
Lifette.
Cela ne me furprend point. Votre amitié
pour Angélique m'eft connue . Mais
n'y a- t'il pas moyen ....
Silvia.
Angélique eft fille à ne démordre que
difficilement de fes réfolutions . Elle aimera
mieux prefque être malheureufe ,
que paroître inconftante .
Lifette.
Il faut lui faire entendre raifon.
Silvia.
Je me le propoſe.
Lifette.
Lui montrer qu'elle donne dans un
travers ridicule.
Silvia.
J'y ferai mes efforts.
Lifette.
La forcer de foufcrire à fon bonheur,
Silvia.
C'eft à quoi je penſe.
Lifette.
Si les remontrances ne réuffiffent point,
employer l'autorité de fa famille .
JUIN. 1749
Silvia.
J'y fuis bien réfolue. Il n'eft pas naturel ,
qu'une façon de penfer finguliere lui coute
fon repos. Ses parens ne doivent point
fouffrir qu'elle foit la victime d'une délicateffe
, frivole , bifarre , extravagante.
Sans doute.
Lifette.
Silvia.
Lifette , il me vient une idée. On ne
pourra vaincre l'obftination d'Angélique ,
tant qu'elle fe croira maîtreffe de fon fecret.
Lifette.
Eft- ce que vous voudricz ....
Silvia.
Ah ! Valere vient ici à propos. Laiffe
nous.
SCENE I V.
SILVIA , VALERE.
Valere.
Je vous cherchois , aimable Silvia.
Silvia.
Et moi , Valere , je défirois d'avoir un
entretien avec vous.
Valere.
Vous êtes trop mon amie , pour que je
vous laiffe ignorer ce que je médite. Je
vais exiger d'Angélique , qu'enfin elle dé
cide de mon fort,
18 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Quel eft ce caprice ?
Valere.
Et fi elle m'ordonne de renoncer à fa
main , je la délivre pour toujours d'un
amant importun .
Silvia.
Vous n'y pensez pas , Valere . Quand
même elle perfifteroit dans les refus , je
vous défends de nous quitter.
Valere.
Ma réſolution eft priſe.
Silvia.
Je ne confentirai point que vous l'exécutiez
.
Valere .
Aujourd'hui mon arrêt prononcé , demain
je pars , pour ne revoir jamais l'in-
Silvia.
grate.
Angélique ne mérite pas ce nom.
Valere.
Ah ! belle Silvia ! n'effayez point d'adoucir
mon malheur , en me le déguifant.
Silvia.
Vous êtes moins malheureux , que vous
ne penfez.
Valere.
Non. Angélique ne réferve d'autre prix
à mes foupirs , que la complaifance de les
écouter fans colere.
J U IN. 1749. 17
Silvia.
Ils obtiendront une autre récompenfe.
Valere.
Vous voulez , pour me faire abandonner
mon deffein , me flatter d'un faux
clpoir ?
Non .
Silvia.
Valere.
Ou vous avez été féduire vous-même
par de trompeufes apparences ?
Non , vous dis-je .
Silvia.
Valere.
Un
peu d'eftime , que votre amie me
témoigne , vous a fait illufion.
Silvia , avec impatience.
Eh ! non , non non .
Valere.
Mais fur quoi jugez - vous.....
Silvia.
Oh ! Valere ! vous êtes impatien
tant. Qu'il vous fuffife de fçavoir , que
j'ai lu dans le coeur de votre Maîtreffe.
Elle n'eft point infenfible. Elle vous aimera.
Elle vous aime. Un feul obftacle l'empêche
de confentir à votre bonheur. Cet
obftacle eft leger. Il peut être levé facile .
ment. Il le fera bientôt. Fiez-vous à ma
parole.
18 MERCURE DE FRANCE .
Valere.
Hélas ! un amant ne croit que trop légerement
ce qu'il fouhaite .
Silvia.
L'effet juftifiera la promeffe.
Valere.
Que je ferois de jaloux , fi Angélique
elle- même daignoit me la confirmer !
Souffrez que j'aille eflayer de tirer d'elle
ún aveu fi plein de charmes.
SCENE V,
SILVIA , ERGASTE.
Silvia.
Vous paroiffez bien joyeux , Ergaſte.
Ergafte.
Je fuis le plus heureux des hommes.
Silvia.
Que vous eft-il arrivé ?
Ergafte.
On vient de me donner la nouvelle la
plus agréable , que je puffe recevoir de
ma vie.
Silvia,
Quelle nouvelle ?
Ergafte.
Que je puis efperer de me voir bientôt
votre époux.
Silvia.
Eh ! qui vous a fi bien inftruit .de mes
intentions ?
JUIN.
19 1749.
Ergafte.
1
Quelqu'un , qui eft à portée de les
connoître .
Silvia.
Mais encore , ne peut- on apprendre de
vous , qui eft ce quelqu'un ?
Ergafte.
Il eft inutile de vous en faire un myſtére.
Angélique n'a point exigé de moi le
fecret.
Silvia,
C'eſt Angélique !..
A qui je dois le
Ergafte.
repos.
Silvia.
Vous voilà donc à préfent tranquille ?
Ergafte.
Je commence à reſpirer.
Silvia.
Il ne vous reste plus d'inquiétude ?
Ergafte.
Aucune. Je vous diftingue trop du refte
des femmes , pour vous foupçonner de
légereté.
Silvia.
Ce n'eft pas cela que je vous demande.
Je veux fçavoir , fi vous croyez bien fermement
tout ce que vous a dit Angélique.
Ergafte.
Je crois qu'elle m'a parlé fincérement.
20 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Vous avez tort. Elle s'eft mocquée de
vous.
Ergafte.
Oh ! il regnoit dans fes difcours une
candeur , que la raillerie peut effayer d'imiter
, mais qu'elle n'attrape jamais.
Silvia.
Eh bien ! Ergafte ! Si notre amie n'a pas
voulu fe divertir , elle rêvoit donc.
Ergafte.
Toutes les efpérances qu'elle m'a don
nées , feroient ..
De
pures
Silvia.
chimeres.
Ergafte.
Et c'est vous , cruelle , qui me l'annoncez
?
Silvia.
C'eft à moi , ce me femble , à vous guérir
de votre erreur.
Ergafte.
Ah ! laiffez- la moi , cette erreur charmante
.
Silvia , vivement.
Mais j'ai intérêt de vous détromper.
Ergafte.
Je ne le fçais que trop , ingrate. Votre
haine pour moi ne feroit pas contente
, fi je pouvois me flatterun feul moment
JUIN. 1749.
que mes feux ne feront pas toujours dédaignés.
Mais vous ne jouirez pas encore
long -tems du plaifir barbare que vous
trouvez dans ma peine . Je fuis las enfin
de fervir qui me méprife.
Silvia , d'un ton ironique,
Sérieufement.
Ergafte.
Oui , oüi , férieufement . Vous en aurez
bien-tôt la preuve.
Silvia.
Une preuve convainquante ?
Ergafte.
Elle le fera peut-être plus que vous në
voudrez,
Silvia.
Mais vraiment vous deviez prendre plus
de précautions pour me faire cette terrible
menace . N'êtes -vous pas effrayé de la révolution
qu'elle va me caufer ?
Ergafte.
Vous riez maintenant de mon défefpoir.
Peut-être vous repentirez - vous un jour de
n'en avoir pas prévenu l'effet ? Vous me
regretterez peut-être, lorfqu'il ne dépendra
plus de vous de recouvrer votre amant ?
Silvia.
Quoi ? Si dans la fuite il me prenoit
fantaifie de vouloir votre main , vous au
riez l'inhumanité de me la refufer ?
22 MERCURE DE FRANCE.
Ergafte.
C'est l'eftimer bien peu , que de croire
qu'en attendant ce tems , je ne pourrai
trouver où l'engager.
Silvia.
Je ne pense pas cela. Mais je me perfuade
que vous voudrez demeurer en état de
pouvoir toujours me l'offrir .
Ergafte.
Vous vous trompez.
Silvia.
Inutilement l'on vous parleroit de mariage
!
Ergafte.
Oh ! je n'attens cependant que votre
derniere réſolution pour me déterminer
fur des propofitions qu'on me preffe d'accepter.
Silvia.
Quoique j'ordonne de votre fort , vous
les rejetterez certainement.
Ergafte.
Certainement je les écouterai .
Silvia.
Je fçais quelle eft votre façon de fentir.
Ergafte.
Et moi je fçais quels font mes deffeins .
Silvia,
Vous ferez fidéle.
JUIN. 1749.
Ergafte , en colere,
Je ne le ferai point *.
Silvia , le regardant aller.
Vous voulez donc bien me donner encore
du tems pour me réfoudre.
Ergafte.
Dans le trouble où je fuis , j'ignore ce
que je veux .
SCENE VI.
ANGELIQUE SILVIA:
Silvia
Angélique , qu'avez-vous donc fait entendre
à Ergafte ?
Angélique.
Et vous , Silvia , quel conte avez- vous
fait à Valere ?
Silvia.
Je ne fçaurois diffimuler avec vous. Je
lui ai laiffé deviner qu'il avoit triomphé
de votre indifference.
Angélique.
Je ne vous cacherai rien non-plus. J'ai
affùré Ergafte qu'il avoit trouvé le che
min de votre coeur.
Silvia , vivement.
Mais il n'en eft rien .
Angélique.
Croyez-vous plus de réalité dans ce que
* Il s'en va.
24 MERCURE DE FRANCE .
vous avez dit à Valere , que dans ce que
j'ai dit à Ergafte ? Quel effet a produit la
converfation que vous venez d'avoir enfemble
?
Silvia.
Le même qu'ont produit toutes celles
que j'avois déja eues avec lui . Quel a été
le fuccès de la vôtre avec Valere ?
Angélique.
Celui auquel il eft accoûtumé.
Silvia.
Vous avez eu un long entretien avec
Ergafte ?
Angélique.
Et vous, vous avez caufé long-tems avee
Valere ?
dre à
Silvia.
Penfez vous qu'Ergafte puiffe fe réfou
porter ailleurs fa main ?
Angélique.
Valere vous paroît-il homme à partir ,
comme il le dit ?
Silvia.
Je fuis perfuadée qu'il mourra plutôt
que de fe priver de votre vûe .
Angélique.
⚫ Certainement aucune autre main que
vôtre ne pourra tenter Ergafte .
Silvia.
la
N'allez pas cependant fur cette affûrance
JUI N.
25
1749.
ce vous expofer à rebuter votre Amant.
Angélique.
Je ne vous confeillerois pas néanmoins
de pouffer à bout la patience du vôtre.
Silvia,
Au bout du compte , vous n'avez pas les
mêmes raiſons que moi de fuir le mariage.
Angélique.
Je ne vois pas moi , que vous en ayez
d'affez fortes pour ne pas époufer un homme
qui vous aime véritablement .
Silvia.
Tant qu'il ne s'eft préfenté que de certains
partis , j'ai approuvé l'indifference
avec laquelle vous les avez reçus. Mais
Valére eft un époux que vous feriez folle
de laiffer échapper.
Angélique.
Votre mari , fans doute , avoit des défauts.
Il vous a donné des fujets de plainte
, mais à vous parler franchement , j'ai
toujours trouvé que vous les exageriez un
peu. Son goût pour le plaifir vous le déroboit
fouvent , mais il vous procuroit
tous les amuſemens qui pouvoient vous
confoler. Il jouoit , mais fon jeu n'a jamais
rien retranché à la magnificence de vos
habits , de votre table , de vos équipages.
Des maîtreffes , peu dignes de vous difputer
fon coeur , l'ont partagé quelquefois
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
avec vous , mais enfin elles n'ont jamais
fait que le partager ; vous y avez toujours
occupé la principale place. Damon n'accordoit
aux autres femmes qu'un amour
libertin, dont elles auroient dû plutôt s'offenfer
que s'applaudir . Il ne reffentoit que
pour vous cet amour délicat & flatteur
qui eft le feul dont une épouse vertueufe
doive être jaloufe. En un mot il vous aimoit
, & il n'aimoit que le plaifir dans vos
rivales.
Silvia.
D'ailleurs on auroit tort de juger d'Ergafte
par Damon . Jamais deux hommes
n'ont été fi differens. Tout le monde vante
les moeurs d'Ergafte.
Angélique.
On dit qu'il a vêcu dans une union parfaite
avec la premiere femme.
Silvia.
Il n'y a qu'une voix là - deffus.Auffi n'eft- ce
pas par la crainte de faire un mauvais choix ,
que je refufe ma main à Ergafte. Je pour
rois compter de faire mon bonheur en faifant
le fien , mais je me fuis comme engagée
folemnellement à ne point prendre
un fecond époux. Ma réſolution a été publique
. Toutes les maifons de ma connoiffance
ont retenti de mes traits cauftiques
contre les hommes , de mes déclamations
JUIN. 1749. 27
contre le mariage . Que diroient la prude
Célimene , la médifante Araminte , la jaloufe
Arfinoë , fi elles me voyoient reprendre
une chaîne que je me fuis glorifiée tant
de fois d'avoir fecouée pour toujours ?
Angélique.
Que pourroient- elles dire ? Que charmée
d'abord de l'état de veuve , vous aviez
projetté de n'en point fortir ; que depuis
vous avez vû Ergafte, & que vous avez bien
voulu en fa faveur changer de deffein.
Silvia.
Vous même , ma chere Angélique , ne
m'accuferiez - vous point de foibleffe &
d'inconftance ?
Angélique.
Pourquoi vous en accufer ? Il eft vrai
que nous étions convenues enfemble de
renoncer pour toujours au mariage , mais,
ces fortes de conventions font-elles des
engagemens réels ? Elles ne nous lient
qu'autant que nous n'avons point de raifons
de les violer .
Silvia.
Là , parlez-moi à coeur ouvert. Sérieuſement
, cette démarche ne m'ôteroit rien de
votre eſtime ?
Angélique.
Mais en vérité , Silvia , pouvez- vous me
faire cette question ? M'en eftimeriez- vous
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
moins , fi je confentois à faire de Valére
mon époux ?
Silvia.
Vous ne me faites pas apparemment l'injuftice
de le croire.
Angélique.
Bien loin que cela changeât rien à vos fentimens
pour moi , vous m'en fçauriez gré?
Affûrément .
Silvia,
SCENE VII.
SILVIA , ANGELIQUE , LISSETTE ,
ARLEQUIN.
Arlequin , à Lifette.
Angélique & Silvia font enſemble. Profitons
de l'occafion .
Silvia.
De quoi s'agit- il ?
Arlequin,
Lifette & moi, Madame, nous avons pris
une réfolution que vous allez traiter de
ridicule .
Angélique.
Je parie qu'ils fongent à ſe marier.
Lifette.
Vous l'avez deviné , Mademoiſelle ;
nous efperons d'obtenir votre confentement
& celui de Madame .
!
JUI N. 1749. 29
Silvia.
4.
Mais je ne vois point de raifon de ne
pas leur accorder leur demande . Qu'en
penfez -vous , Angélique ?
Angélique.
Il me femble que nous aurions tort de
nous oppofer à leur fatisfaction .
Arlequin , avec transport.
Ma chere Lifette !
Angélique.
Tout bien examiné , Liſette choifit le
meilleur parti.
Silvia.
A tout prendre , le mariage eft peut-être
de tous les états celui qui doit être préferé.
Angélique.
Le célibat a quelques douceurs , mais il
eft fujet à bien des défagrémens .
Silvia.
Le mariage a fes inconvéniens , mais il
a bien auffi fes avantages
.
Angélique.
Une perfonne qui n'eft point mariée , eſt
comme ifolée du refte de la Nature . Sans
compagnie au milieu de la fociété ; pour
ainfi-dire , fans parens au milieu de ſa
famille , elle n'a aucun intérêt commun
avec tout ce qu'elle connoît . Prefque
tout ce qui l'environne , en a d'oppofés
aux fiens.
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Du moins , en fe mariant , l'on fe tire de
cette affligeante folitude & de cet abandon
fâcheux. On fe donne un fecond ; ce
fecond devient un autre nous - même
notre fortune & la fienne fe confondenr.
La fociété que nous contractons avec lui ,
nous en fait néceffairement un confident ,
toujours prêt à partager & notre joye &
nos chagrins ; un confeiller , toujours intereffé
à nous fournir les expédiens les
plus fûrs & les plus falutaires ; un ami toujours
engagé d'honneur à nous garantir
des maux qui nous menacent , à nous procurer
les biens que nous avons droit d'ef
perer.
Lifette.
Pour moi , je ne connois point de fort
plus heureux que celui d'une femme qui
poffede le coeur de fon mari .
Arlequin.
Je ne fçais point de bonheur égal à celui
là , fi ce n'eft celui du mari qui eft aimé de
fa femme & qui l'aime véritablement.
Lifeite.
Ne me vantez point la condition de
fille ni celle de veuve.
Angélique.
C'eft en effet une trifte fituation que
celle d'une vieille Douairiere .
}
JUIN. 1749. 31
Silvia
Jugez-vous celle d'une fille âgée, beaucoup
moins à plaindre ?
Angélique.
Quoi de plus infupportable que d'être
expofée à la mauvaife humeur d'héritiers
avides , qui , ou vous difputent vos droits ,
ou vous font fentir qu'à leur gré vous en
jouillez trop long- tems ?
Silvia
Quoi de plus mortifiant que de traîner
dans les compagnies un titre auquel les
hommes ont attaché une espece de deshonneur
; de penfer que peut-être ils vous
foupçonnent d'avoir gardé ce titre , moins
par choix que par néceffité ; de vous appercevoir
qu'ils réglent leurs fentimens
fur ceux qu'ils fuppofent que leurs peres
ont eus pour vous ; enfin de les voir trai
ter votre vieilleffe avec mépris , fous prétexte
que vous avez paffé votre jeuneſſe
fans confidération ?
Angélique.
Nous oublions infenfiblement Arlequin
& Lifette. Puifqu'ils font déterminés à
s'unir , je ferois d'avis que nous fiffions ce
mariage plutôt que plus tard.
Arlequin
Je fuis auffi de cer avis- là , Mademoiſelle.
Quel eft le tien , Lifette ?
Biiij
32 MERCURE DEFRANCE.
Silvia.
Il faut voir ce dont nous pourrons les
aider.
Angélique.
Je fuivrai là-deffus vos volontés & votre
exemple .
Silvia.
Si vous voulez, nous réglerons cela pendant
que nous fommes ſeules .
Angélique.
Non , non , allez régler tout cela avec
Arlequin.
Arlequin.
Lifette ! ma petite Lifette ! tu ne montres
pas affez de joye .
Lifette .
Vas , vas , je ferai plus aife le jour de
nos nôces.
Arlequin.
Et moi , la nuit qui le ſuivra.
SCENE VIIL
ANGELIQUE , LISETTE.
Angélique.
Que dis-tu de ta maîtreffe , Lifette ? Je
t'avouerai qu'elle m'impatiente .
Lifette.
Pourquoi donc , Mademoiſelle ?
Angélique.
On ne peut compter fur rien avec Silvia.
JUIN. 1749 .
33
Lifette.
Cependant je l'ai vûe toujours affez
conftante dans fes réfolutions.
Angélique.
Elle eft incapable d'en prendre ; on ne
fçait jamais à quoi elle fe déterminera ; elle
ne le fçait jamais elle- même.
Lifette.
Je ne lui connois point ce défaut .
Angélique.
Vous croyez qu'elle eft prête à embraffer
un parti. Elle convient que ce parti eft
le plus fage. Elle vous invite à le fuivre .
Qui ne s'imagineroit pas qu'elle a fait tou
tes fes réflexions ? Tout le monde penferoit
cela naturellement , & tout le monde
auroit tort. Le choix de ta maîtreffe n'eft
rien moins qu'arrêté ; il ne le fera pas fitôt
peut-être ne le fera- t'il jamais? Oh !
ces incertitudes - là me fatiguent , m'excedent.
Lifette.
Eh ! que vous importe que votre amie
foit irréfolue ou non ?
Angélique.
Comment ! que m'importe ? Je me repofe
fur les fentimens qu'elle me fait paroître.
Je ne doute point qu'elle n'agiffe
en conféquence. Elle me laiffe entrevoir
qu'elle n'a plus d'éloignement pour le ma-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
riage. Son penchant pour Ergafte m'eft
connu . Je m'attends à la voir bien - tôt femme
d'un homme qu'elle aime , qu'elle
eftime , qui lui convient. Là deffus je fais
mon plan , je m'arrange , je prends des
mefures : mefures inutiles ! Il ne plaît pas
à Silvia de finir le martyre de fon amant.
Quand le finira- t'elle ? C'eft ce qu'on ignore.
Le finira-t'elle un jour ? On n'en fçait ,
rien . En attendant,tous vos projets font fufpendus;
il faut prendre patience; je t'avertis
que la mienne eft bien- tôt à bout.
Lifette.
Si vous ouvriez votre coeur à ma maîtreffe
, peut-être fe réfoudroit-elle plus
promptement.
Angélique.
Ne le lui ai- je pas ouvert cent & cent foist
Quand tu es entrée , ne l'exhortois - je pas à
couronner laconftance d'Ergafte? Ne lui remontrois-
je pas qu'elle ne devoit regarder
que comme conditionnelle la promeffe
que nous nous étions faite ? Ne la raffurois-
je pas fur la crainte où elle eft qu'une
infidélité à cette promeffe ne lui faffe tort
dans mon efprit & dans celui de fes connoiffances
Encore tout- à- l'heure n'as-tu
pas entendu toutes les raifons que je lui ai
fournies pour l'autorifer à fe donner un
époux ? J'ai été payée de mon zéle par l'ef
JUI N. 1749 .
35
frayante prédiction de l'avenir le plus humiliant.
Que ne me le faifoit-elle enviſager,
cet avenir cruel , lorfque je formai le deffein
de ne renoncer jamais à ma liberté ? C'étoit
alors qu'il falloit m'avertir de tous les maux
queje me préparois . Mais non ; il ne convenoit
point aux projets de Silvia que je fongeaffe
au mariage ; elle n'avoit garde de.
me dégoûter du célibat. Maintenant elle
a changé de vûes ; elle change auffi de difcours.
Et voila comme font faits les amis
de ce tems ; leurs confeils font toujours
relatifs à leurs goûts ou à leurs intérêts .
Cette avanture- ci me corrigera , Lifette ,
de mon trop de confiance. Je n'en ferai
plus la duppe . Si j'ai à me tromper , j'aime
encore mieux que ce foit en fuivant mes
fantaifies , qu'en fuivant les caprices d'autrui.
Lifette.
Cachez votre agitation , Mademoifelle.
Angélique.
Que veux-tu dire ? Je ne fus jamais plus
tranquille.
Lifette.
Ergafte & Valere viennent ici .
Angélique.
Tâche de les arrêter ; je veux faire une
derniere tentative pour fixer enfin l'irréfolution
de Silvia, -
B vj
36 MERCURE DEFRANCE.
SCENE IX.
ERGASTE , VALERE , LISETTE .
Lifette , retenant Ergafte & Valere , qui
veulent fuivre Angélique .
Angélique vous prie de ne point fuivre
Les
pas.
Ergafte.
Il faut qu'elle éclairciffe mes doutes.
Lifette.
Ce n'eft pas à préſent le tems.
Valere.
Il faut qu'elle termine mon incertitude,
Lifette.
Donnez- vous patience.
Valere.
Je crains bien , Lifette , que toutes nos
conjectures ne fe trouvent fauffes .
Ergafte.
Je commence à croire qu'elles le font.
Lifette.
Et moi , je fuis certaine que ( à Valere
, ) votre crainte & ( à Ergafte , ) votre
perfuafion font très- mal fondées.
Ergafie.
Les affûrances qu'Angélique m'avoit
données , flattoient mon amour de l'efpoir
le plus doux .
Valere.
Celles que j'avois reçûes de Silvia ,
1
JUI N. 37
1749.
promettoient à mon coeur le bonheur le
plus charmant.
Lifette.
Votre attente fera remplie.
Valere.
Ah ! Silvia fe trompoit.
Non .
Lifette.
Ergafte.
Angélique a pris un plaifir cruel à m'abufer.
Lifette.
Je vous dis que non .
Valere.
Si tu avois vû le
peu
de fenfibilité qu'on
Ergafte.
m'a fait
appercevoir.
Si tu avois été témoin des mépris que
j'ai effuyés.
Lifette.
Et l'indifference & les mépris dont vous
vous plaignez , ne me font point pren
dre le change fur les fentimens de vos maîtreffes.
Je m'y connois ; le trouble qu'elles
reffentent, eft pour le moins égal à la tran--
quillité qu'elles affectent . Elles craignent
encore plus de vous perdre , que vous ne
craignez de ne pouvoir les poffeder. Enfin
il ne leur manque plus qu'un prétexte pour
confentir à vous rendre heureux . Que me
38 MERCURE DE FRANCE .
donneriez - vous , fi je leur fourniffois ce
prétexte ?
Valere.
Ah ! tu pourrois compter
Ergafte.
Que la récompenfe fuivroit de près un
fervice fi important,
SCENE X.
ERGASTE , VALERE , LISETTE ,
ARLEQUI N.
Arlequin.
Tu m'as promis , Lifette , d'être bien
aife le jour de nos nôces. Tiens -moi parole
; nous nous marions aujourd'hui.
Valere , à Arlequin.
T
Tu te maries à Lifette !
Arlequin.
Je récompenfe fa fidélité.
Ergafte , à Lifette.
Tu époufes Arlequin ?
Lifette.
Je veux bien vous faire le plaifir de donner
l'exemple à vos Maîtreffes .
Arlequin , a Lifette.
Mad. Silvia te fait préfent de cinquante
piſtoles ; j'en dois recevoir autant de Mademoiſelle
Angélique , & l'on est allé chercher
le Notaire .
JUI N. 1749. 39
Lifette.
On eft allé chercher le Notaire ? Oh
bien ! il ne fera pas dit qu'il viendra pour
notre feul contrat ; je veux qu'il en faſſe
deux autres. Çà, mon cher futur , j'aurai
befoin ici de ton fecours. Sçais-tu mentir ?
Arlequin.
Belle demande ! j'ai fervi trois ans un
Gaſcon.
Ergafte.
Ah ! Lifette ! fi pour fervir mon amour
il faut trahir la vérité , je ne puis profiter
de ton zéle .
Lifette.
Vous mocquez- vous ?
Valere.
Si tu ne peux que par un menfonge affûrer
mon bonheur , je ne ferai pas ufage de
ta bonne volonté.
Arlequin.
Avez-vous perdu l'efprit ?
Ergafte.
Je ne veux point que Silvia foit en droit
de m'accufer du moindre artifice .
Valere.
Je ferois au défefpoir qu'Angélique eût.
à me reprocher la moindre démarche contre
l'exacte fincérité.
Arlequin.
Mais voilà des fentimens propres à vous
donner un ridicule.
40 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
N'importe , il faut les refpecter. J'entrevois
un moyen qui pourra convenir en
même tems à votre délicateffe & à vos
intérêts.
Valere.
Quel eft-il ? Satisfais mon impatience ....
Ergafte.
Ne me fais pas languir.
Lifette.
Oui , ce moyen eft bon . Il reste à fçavoir
fi vous confentirez aux arrangemens
que j'imagine.
Ergafte , vivement .
Ne crains aucun obſtacle de notre part .
Apprends-nous.
.....
Arlequin.
Elle ne vous apprendra rien pour le préfent,
car voici Angélique & Silvia .
Lifette.
Nous allons , Arlequin & moi , mettre
la derniere main à mon plan. Vous viendrez
nous trouver , lorfque vous ferez libres.
SCENE XI.
SILVIA , ANGELIQUE , ERGASTE ,
VALERE.
Angélique , à Valere ( d'un ton railleur. )
Vous êtes encore ici ?
JUIN. 1749. 41
Valere.
Je n'aurois pas quitté ces lieux , fans
prendre congé de vous. Votre indifference
peut me faire défirer de vous oublier ,
mais elle ne peut m'autorifer à manquer
de politeffe .
Silvia , à Ergafie.
Vous marquez peu d'empreffement de
répondre aux avances qu'on vous fait . Un
parti , fans doute avantageux , le préfente.
On vous recherche; on vous follicite ; vous
n'avez pas encore pris la pofte pour aller
vous mettre en poffeffion de votre nouvelle
conquête ?
Ergafte.
Quand j'aurois droit d'appeller de ce
nom le préfent d'une main offerte
par les
parens de qui elle dépend , penfez- vous
que la crainte de le perdre , ou l'impatientience
de l'obtenir , m'eût fait manquer à
ce que je vous dois ? Je fçais furmonter
mon amour , mais je fçais auffi conferver
des égards.
Silvia à Ergafte ( d'un ton radouci. )
Quoi ! fi vous n'êtes point parti fans me
dire adieu , je n'en fuis redevable qu'à de
fimples égards ?
Ergafte.
Cruelle ! vous n'êtes que trop perfuadée
du contraire.
42 MERCURE DE FRANCE.
€
Angélique à Valere...
Si je vous revois encore , j'en ai obligation
à votre feule politeffe .
Valere,
Quand je le dirois , vous ne m'en croiriez
pas.
Ergaſte à Silvia.
Vous connoiffez trop ma foibleffe.
Valere à Angélique.
Vous fçavez trop , quel eft le pouvoir
de vos charmes.
Ergafte.
Mais vous n'avez plus que peu de tems
à en abufer.
Valere.
Mais , quel que foit leur pouvoir , j'au
rai , fi vous m'y forcez , le courage de les
fuir ,heureux fi je pouvois , en ne les
voyant plus , m'affranchir de leur tyrannie
!
Angélique à Valere.
Vous trouvez donc votre joug bien
dur ?
Silvia à Ergafte.
Il vous paroît donc que j'en ufe bien
mal avec les gens qui m'aiment ?
Valere.
Eft-il tourment égal à celui de reffentir
l'amour le plus violent , & d'ignorer quel
prix obtiendra cet amour a
JUIN. 1749.
43-
Angelique.
Je vous plains extrêmement.
Ergafte.
Eft-il barbarie comparable à celle d'infpirer
la plus ardente paffion , & de ne pas
vouloir la payer feulement d'une legere
efperance
Silvia.
Vraiment , je conviens que j'ai là un
très- mauvais procédé .
Valere.
Je ne puis fupporter plus long - tems un
fupplice fi cruel .
Ergafte.
Enfin cette inhumanité rebute ma conftance
.
Valere.
Si vous ne finiffez pas bientôt , ma mört
.eft certaine.
Ergafte.
Si je n'éprouve pas bientôt un autre trai
tement , je vous oublie pour toujours.
Angélique bas à Silvia.
Le trouble d'Ergafte me touche.
Silvia bas à Angélique.
La douleur de Valere m'attendrit.
Angélique bas à Silvia.
Vous m'avez promis, en venant, de tranquillifer
Ergafte.
44 MERCURE DE FRANCE.
Silvia bas à Angélique.
J'ai mis dans mon marché , que vous
confoleriez Valere .
Valere.
Eh bien trop aimable Angélique !
m'ordonnerez - vous de mourir ?
Silvia bas à Angélique.
Dites-lui donc quelque chofe .
Ergafte.
vous de
Et vous , Madame , me contraindrezrenoncer
à mon amour ?
Angélique bas à Silvia.
Répondez-lui donc au moins.
Ergafte.
Ne romprez -vous point un funefte fi
lence ?
Angélique bas à Silvia.
Etes-vous muette ?
Valere.
Je ne vous demande qu'un mot ; ne
pourrai-je l'obtenir ?
Ergafte à Silvia.
Faites-moi penfer du moins , que l'obftacle
qui s'oppose à mon bonheur , n'eſt
pas invincible ; que vous le furmonterez
un jour , ou que vous me verrez fans peine
en triompher.
Angélique.
Silvia , ne lui refufez pas cette fatisfaction.
JUIN.
45 1749.
Valere à Angéliqne .
Que du moins il me foit permis de croire
que mon malheur pent finir , que vous
y prenez part ; enfin que , s'il dure , je
n'en dois point chercher la caufe dans le
fond de votre coeur.
Silvia.
Allons , ma chere Angélique , laiffezvous
fléchir.
Angélique.
Pourquoi ne pas fuivre les confeils
vous donnez aux autres ?
Silvia.
que
J'aurois , ce me femble , le même reproche
à vous faire .
Angélique.
Mais je ne fuis point infenfible .
Silvia.
Je n'ai pas non plus un coeur de marbre .
Angélique.
Je ne défire point la mort de Valere .
Silvia.
Je ferois fâchée de m'attirer la haine
d'Ergafte .
Valere.
Ce mot , belle Angélique , a bien des
charmes , mais il ne diffipe pas mon incertitude
.
Ergafte.
Cet aveu foulage mes maux , aimable
Silvia , mais il ne les termine
pas.
46 MERCURE DE FRANCE.
Angélique.
Ergaſte a raiſon.
Silvia.
Je fuis du fentiment de Valére.
*
Angéliqne.
Je veux faire enfin ceffer le tourment
d'Ergaſte.
Silvia.
Moi , je veux rendre le repos à Valere.
Angélique.
Oh ça , Ergafte , il faut commencer par
vous dire que je me fuis trompée , & que
Silvia ne vous aime point.
Ergafte.
Eft- ce par cette accablante nouvelle
vous prétendez finir mon tourment ?
Angélique.
que
Patience. Silvia ne vous aime point
mais elle a pour vous beaucoup d'eftime.
Silvia , interrompant fa converſation
avec Valere avec vivacité,
De l'amitié même.
Angélique.
Une amitié tendre.
Silvia.
Oui , l'on peut la nommer ainfi.
•
Angelique paffe du côté d'Ergafte , & Silvia de
celui de Valere. Pendant que l'une parle haut à l'amant
de fa compagne , l'autre fait avec l'amant de la
fienne unefcéne muette.
JUIN.
47
1749.
Eft - ce affez
, pour tour
Ergafte,
que de l'amitié
l'amour que je reffens ?
Angélique.
Oh ! il ne faut pas non plus être trop
difficile. On vous dit une amitié tendre ,
une amitié qui reffemble prefque à de l'amour.
Valere *.
Non , charmante Silvia , fi je n'ai point
le coeur de votre amie , je renonce à tour.
Silvia.
Vous devez auffi être raisonnable , Valere
, Angélique vous chérit. Elle fait cas
de vous.
Angélique , interrompant ce qu'elle dit bas
à Ergafte.
Ah ! très-grand cas.
Silvia.
Elle connoît votre mérite ; elle fent
tout le prix de votre tendreffe.
Valere.
Mais elle ne juge pas que je fois digne
de la fienne .
Silvia,
Vous êtes toujours ingénieux à croire
vos maux plus grands qu'ils ne font ; Angélique
vous rend plus de juftice. Si quel-
* Il eft fuppofe continuer haut la conversation qu'il
avoit avec Silvia.
48 MERCURE DE FRANCE.
qu'un pouvoit lui infpirer une paffion , ce
feroit vous. Angélique , ne puis- je pas
donner cette affùrance à Valere ?
Angélique.
Certainement. Silvia , je difois à Ergafte
, que vous avez de l'éloignement
pour le mariage .
Silvia , languiffamment.
Il est vrai.
Angélique.
Mais qu'il n'étoit pas impoffible de
vaincre cette répugnance.
Silvia.
Cela fera difficile , mais cela n'eft pas
impoffible. Cette répugnance même , a
parler exactement , n'en eft pas une. Vous
l'aviez bien nommée d'abord , éloignement.
Je fuis précisément à cet égard , dans
les mêmes difpofitions que vous.
Angélique.
Moi , j'ai pour l'hymen moins d'averfion
que d'indifference ; on diroit à tort
que je hais le mariage. On peut feulement
dire , que je n'ai point de goût pour cet
engagement.
Silvia.
Voilà juſtement ma fituation.
Ergafte à Silvia.
·
Quelle difficulté trouvez vous donc
à récompenfer ma flamme ?
Valere
JUIN. 1749. 49
Valere à Angélique.
Quelles raifons peuvent vous empêcher
de me rendre heureux ?
Silvia.
Angélique fçait que j'en ai plus d'une
pour ne point changer d'état .
Angélique.
Silvia vous dira que j'en ai plufieurs
pour demeurer fille.
Silvia.
Des raifons fortes.
Angélique.
Des raifons puiffantes.
Silvia.
Je prens Angélique pour Juge .
Angélique.
Je m'en rapporte à Silvia.
Valere à Angélique.
Oh ! votre amie fera pour moi.
Ergafte à Silvia.
Angélique fera contre vous.
Angélique.
Il faut convenir que certaines raiſons
peuvent détourner Silvia du mariage .
Ergafte à Angélique.
Quoi ? vous prenez fon parti ?
4 Silvia.
avoir
J'avouerai qu'Angélique peut
quelque peine à prendre un état , auquel
I. Vol C
so MERCURE DE FRANCE.
elle avoit renoncé comme folemnellement.
Valere à Silvia.
Quoi ? vous abandonnez ma défenſe ?
Angelique.
1
Mais ce qui eft raifon dans un tems , ne
l'eft pas toujours dans un autre .
Silvia.
Mais ce qui feroit inconftance dans
quelques occafions , eft dans d'autres , ou
prudence , ou juſtice.
Angelique.
Changer de conduite , lorfque la raifon
l'exige , ce n'eft pas être inconftant , c'eſt
être fage.
Silvia.
Changer de réfolution , lorfque le devoir
l'ordonne , ce n'eft pas légereté , c'eſt
vertu .
Valere.
La raifon n'exige - t - elle pas qu'entre
deux états , l'on choififfe le plus conforme
aux deffeins de la nature , & aux intérêts
de la fociété ?
Ergafte.
Et n'eft - il pas de notre devoir de fuivre
en tout l'exacte raifon ?
Angélique.
Vous verrez , Silvia , que vous ferez
obligée d'époufer Ergafte , pour rentrer
dans l'ordre.
JUIN.
1749. SI
Silvia,
Et vous , vous ferez dans la néceffité de
donner la main à Valere , pour qu'il vous
trouve raiſonnable.
Valere.
Vous rougiffez , belle Angélique &
Ergafte.
Vous détournez la vûe charmante
J
Silvia ?
Angélique bas à Ergafte.
Vos affaires vont bien.
Silvia bas à Valere.
Vous réuffirez .
Angélique bas à Valere.
Laiffez-moi les conduire.
Ergafte.
Je remets mon fort entre vos mains.
Silvia bas à Valere,
Repofez-vous du fuccès fur moi.
Valere.
Souvenez- vous que ma vie en dépend,
SCENE XII.
SILVIA . ANGELIQUE.
Silvia..
Ma complaifance pour vous m'a fait aller
plus loin que je ne voulois.
Angélique.
Vous en repentez-vous ?
C ij
12 MERCURE DE FRANCE.
Non.
Silvia.
Angélique.
Pour moi , je fuis charmée que vous
ayez guéri Valere de fes inquiétudes. Il
fçait du moins , que, fi je ne fais pas en ſa
faveur ce qu'il mériteroit que je fiſſe , ce
n'eft ni par haine pour lui , ni
price.
Silvia,
par ca-
Je ne fuis pas fâchée non plus , d'être à
couvert des reproches d'Ergafte, à ces deux
égards.
Angélique.
On n'aime point à paffer pour fantafque.
Silvia.
Il n'eft pas agréable de paroître ne pas
difcerner le mérite , & n'avoir pas pour les
perfonnes les fentimens , qu'elles ont droit
d'efpérer.
Angélique.
Je pense à une choſe , ma chere Silvia . Il
ne faudra pas que notre changement d'état
nuife à notre liaiſon.
Silvia.
Non vraiment. Nous pourrons
continuer
de vivre enſemble,
Angélique.
Ergafte & Valere font intimes;
JUI N. 1749.
53
Silvia,
Ils confentiront aifément à ne fe point
féparer.
Angélique.
Cela fera une fociété charmante.
Silvia .
L'ennui en fera banni.
Angélique vivement.
Nous allons goûter des plaifirs parfaits.
Silvia.
Mais il femble que nous y foyons déja.
On diroit que nos mariages font conclus.
Angélique.
Oh ! nous parlons ici pour parler.
SCENE XIII.
SILVIA. ANGELIQUE . LISETTE.
Lifette à Silvia.
Aimez-vous votre fils , Madame ?
Silvia.
Pourquoi me fais-tu cette queſtion ?
Lifette.
Il s'agit de ménager à ce cher fils une
fortune confidérable.
Silvia.
Comment ?
Lifette.
Votre fils n'eft pas riche . La fille d'Ergaftea
vingt-cinq mille livres de rente . Vo-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
tre fils a trois ans . La fille d'Ergafte n'en a
que deux,
Silvia.
Eh bien !
Lifette.
Ergafte vous promet fa fille pour bru , fi
vous confentez de le donner
pere au petit Comte.
pour beau-
SCENE XIV.
SILVIA. ANGELIQUE. LISETTE.
ARLEQUI N.
Arlequin.
Lifette , le Notaire eft arrivé. Monfieur
Valere vous cherche , Mademoiſelle.
Angélique.
A-t-il quelque chofe à me dire ?
Arlequin.
Oui . Quelque chofe , qui , je crois, vous
fera plaifir. Il fe propofe de ne garder
que fa Charge , & d'abandonner fon autre
place à Monfieur le Chevalier. Votre
main eft le prix , auquel il met ce fervice
.
Silvia.
Angélique , cette offre eft digne d'attention
.
Angélique.
La promeffe d'Ergafte en mérite bien
autant.
JUIN.
55 1749.
Silvia.
Valere ne fait pas un médiocre préfent à
votre coufin.
Angélique.
Ergafte affure à votre fils un établiffement
, qui paffe votre espérance.
Silvia,
C'eſt un grand avantage pour le petit
Comte.
Angélique.
Mon oncle auroit une grande joye , de
voir le Chevalier dans un pofte également
utile & honorable .
Silvia.
L'un & l'autre auroient lieu de fe plaindre
, fi vous faifiez manquer cette affaire .
Affurément.
Lifette.
Angélique.
Tous les parens de votre fils vous fçauroient
mauvais gré , fi vous mettiez obftacle
à fa fortune.
Arlequin.
Il n'y a point de doute .
Silvia,
>
Au moment que nous y penfions le
moins , nous fommes tombées dans le cas
dont nous parlions. Par exemple , feroit- il
juſte , même raiſonnable, de perſiſter dans
Ċ iiij
56 MERCURE DE FRANCE:
la réfolution , que nous avions prife de ne
point nous marier ?
Lifette.
Vous ne le pouvez avec bienféance.
Arlequin.
Cette opiniâtreté feroit traitée de folie.
Silvia.
A quoi vous déterminez -vous , Angé
lique ?
Angélique.
Quelle eft votre réfolution , Silvia ?
Silvia.
J'aime tendrement mon fils.
Angélique.
J'ai de grandes obligations à mon oncle.
SCENE X V. & derniere.
SILVIA. ANGELIQUE. ERGASTE
VALERE . LISETTE . ARLEQUIN.
Arlequin à Valere.
De forte que Mademoiſelle ,
› pour
être
niéce reconnoiffante , fe fera la violence .
de vous époufer.
Lifette à Ergafte.
Et Madame , pour être bonne mere, veut
bien confentir à votre bonheur.
Valere.
Aimable Angélique , dois-je en croire
Arlequin ?
JUIN.
57.
1749.
Oui , Valere.
Angélique.
Ergafte.
Lifette ne me trompe- t - elle point, chara
mante Silvia ?
Silvia.
Non , Ergaſte.
Angélique.
Ce queje dois à un oncle,qui m'aime ... *
Silvia.
L'intérêt d'un fils qui m'eft cher .....
Valere à Angélique.
Votre feule reconnoiffance pour cet oncle
me procure votre main ?
Ergafte à Silvia.
Votre feul amour pour ce fils me rend
poffeffeur de la vôtre ?
Lifette.
Oh ! vous êtes
trop
curieux. Notre ſexe
veut bien avoir des foibleffes , mais il ne
veut pas , qu'on le force de leur donner ce
nom .
Cv
58 MERCURE DE FRANCE :
EDEDEDEDEDEDEDEDED CARDIA
DIALOGUE
Entre Thémis , Apollon , l'Hymen , l'Amour,
& l'Amitié , fur le mariage de Mademoifelle
DE MAUPE OU avec M. le Comte
DE LAVAL.
La Scéne eft chez M. le Premier Préfident."
Thémis tient à la main , de l'Olivier ; Apollon
, du Laurier ; l'Hymen , du Lierre ;
l'Amour , du Mirthe , & l'Amitié , des
Fleurs.
THEMIS.
Pour célébrer cette journée ,
J'aime à voir que chacun m'apporte fon tribut :
Tous doivent m'être chers ; mais à quel attribut
La Couronne aujourd'hui doit- elle être donnée
Sans décider quant- à- préſent ,
Je veux examiner le prix de chaque offrande :
Le zéle fait fouvent agréer le préfent
De la plus petite guirlande.
Dites-moi vos raifons '; c'eft pour les écouter ,
Qu'en ce Palais je vous raſſemble ;
C'eft un travail de plus : mais rien ne doit coûter
Pour vous remettre bien enfeinble,
JUIN. 59 1749
L'Hymen.
Dans un tout autre tems je céderois le pas ;
Mais enfin puifque c'eſt ma fête ,
Je pense qu'en ce jour on ne blâmera pas
Que je veuille être à votre tête.
Quant au tribut , affûrement
Le mien ne peut être un problême
Le jour d'un tendre engagement :
Le Lierre fut toujours l'emblême
D'un éternel attachement.
L'Amour.
Mon Mirthe vaut bien votre Lierre
;
Si l'Epoux le nioit, j'en appelle à l'Amant :
Peut-on être heureux qu'en aimant ?
Et n'eft- ce pas à ma priere
Que vous êtes reçû chez un couple charmant ?
Vous avez grand befoin que je fuive vos traces
Pour vous rendre un peu féduifant
Votre lien cft bien peſant,
Quand il n'eft pas formé par l'Amour & les Gra
ces.
L'Amitié.
Pour orner ce lien , Hymen , reçois les Fleurs ,
Dont je fçais mieux qu'un autre affortir les couleurs
;
De ce malin enfant les riantes fleurettes
C vj
60
MERCURE DE FRANCE.
Ne rempliroient ici notre objet qu'à moitié ;
L'Hymen a moins beſoin de folles amourettes ,
Que d'une folide Amitié.
Sans en exclure la tendreffe ,
J'en bannis la légéreté
Et je répare avec adreſſe
Ce que le tems enleve à la vivacité.
Je ne prétends fur vous remporter la victoire ,
Que pour mieux vous la confacrer ;
Hymen , Amour , ce jour eſt tout à votre gloire ,
Mais laiffez-moi le célébrer .
Apollon.
Ajoutez qu'il faudroit m'avoir pour interprête.
Que feriez-vous fans mes accens ?
Ce font les chants que je vous prête ,
Qui font agréer votre encens.
J'ofe donc infifter fur quelque déférence
Pour cet arbriffeau glorieux ,
Dont les rameaux victorieux
Doivent avoir la préference.
Le doute même ici feroit injurieux.
Modérez votre humeur jaloufe ;
Tout parle , en ce moment , pour l'arbre des vainqueurs
,
Puifque l'époux & l'épouſe
Sçavent fubjuguer tous les coeurs.
JUIN. 68- 1749.
Le Laurier eft d'ailleurs la jufte récompenfe
De l'efprit , des talens , du goût & du fçavoir ;
Tout ici les annonce , & prouve le pouvoir
De la raison qui plaît , & de l'efprit qui penſe.
Dirai-je que Laval chez le Dieu des Guerriers
Soutient, avec honneur , un nom cher à Bellonne ,
Et que les Héros qu'on couronne ,
Ont le front orné de Lauriers a
Thémis.
A mon tour je pourrois prétendre
Au choix que vous follicitez ;
C'est ici que je fais entendre
Mes oracles les plus vantez:
Mais pour vous accorder , à mes droits je renonce.
Le bonheur des époux eft mon feul intérêt ,
Et vous reconnoîtrez , je crois , dans mon arrêt
Que le coeur même le prononce.
Je vous condamne donc à refter bons amis ;
Tous quatre aniffez-vous pour la Fête prochaine
Que tous vos préfens foient admis ,
Et que l'Hymen en forme une agréable chaîne ,
Dont la durée & les douceurs
Egalent des époux les vertus & les graces
Et qui fe perpétue entiere & fans difgraces
Chez leurs aimables fuccefleurs !
Peffelier
62 MERCURE DE FRANCE.
་
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Belles - Lettres.
Nous avons déja annoncé dans le Mercure
dernier , que cette féance avoit
été remplie par la lecture de l'éloge hiftorique
de M. Otter ; par celle d'un Mémoire
de M. le Baron de Zurlauben , fur
la fondation de la République Helvetique
, & par celle d'une Differtation de M.
Capperonier fur les Hilotes , Efclaves des
Lacédémoniens.
Quand la réputation que M. de Bougainville
s'eft acquife , ne juftifieroit pas
le choix que l'Académie Royale des Belles-
Lettres a fait de lui pour Secretaire ,
l'éloge hiftorique de M. Otter fuffiroit
pour faire applaudir à ce choix . Peu de
gens devineront , en lifant cet Ouvrage ,
que ce foit le premier que l'Auteur ait
compofé dans ce genre , & la furprife augmentera
, lorfqu'on fçaura qu'il n'a eû
que quinze jours pour raffembler fes matériaux
,pour les rédiger , & pour les revêtir
de tous les agrémens que pouvoient leur
prêter une imagination fleurie , mais fage ,
& une érudition variée , mais exempte
JUIN. 1749. 63
de fafte, & qui ne fe montre qu'autant qu'il
eft néceffaire pour plaire & pour inftruire.
Ce feroit avec grande fatisfaction pour
nous & pour nos Lecteurs , que nous
donnerions une analy fe détaillée d'un morceau
qui fait également honneur & à M.
Otter & à fon élégant Hiftorien , mais
nous ne devons point abufer de la complaifance
que celui-ci a eûe de nous confier
fon manufcrit , & nous n'en préfenterons
ici qu'une légere efquiffe , afin qu'il conferve
tout fon air de nouveauté , lorfqu'il
paroîtra dans le recueil de l'Académie.
Jean Otter naquit le 23 Octobre 1707,
à Chriftienftad dans la Province de Sca
nie. Ses parens jouiffoient d'un bien honnête
, acquis par le commerce. Sans rien
dérober aux exercices dont le cours rem
plit nos premieres années , il apprit dès
La jeuneffe la plupart des Langues du Nord.
La Paix de Neustadt ayant fait revivre en
Suede les Arts & les Etudes , il en profita
pour aller en 1724 prendre des Leçons
dans l'Univerfité de Lund. Pendant
les trois années fuivantes la Phyfique
& la Théologie l'occuperent , fous les yeux
d'André Rhydelius , Evêque de cette Ville.
Des doutes , qui s'éleverent dans fon efprit
au fujet de la Réforme de Luther
64 MERCURE DE FRANCE.
l'engagerent à paffer à Stockolm pour chercher
de nouvelles lumieres. On le préfenta
, peu de tems après , à M. le Comte
de Cereſt Brancas , alors Ambaffadeur de
France en Suéde , qui bientôt le connut
& l'eftima. Après un féjour de quelques
mois dans la Capitale , M. Otter abjura
le Luthéranifme , & M. le Comte de Cereft
, pour le mettre à l'abri des peines
auxquelles l'expofoit cette courageufe défertion
, le fit paffer en France au mois de
Mai 1728.
M. le Cardinal de Fleuri , inftruit des
motifs du voyage de ce nouveau Catholique
, le mit au Séminaire de Rouen ,
dans le deffein de lui faire embraffer l'Etat
Eccléfiaftique. Quoique M. Otter eût
les moeurs & l'efprit de cet état , il ne
fe fentoit pas né pour le fuivre. Il en écrivit
à M. le Cardinal de Fleuri , & ce Miniftre
, l'ayant appellé à Paris , le plaça
dans les Poftes. Dès - lors M. Otter parloit
avec facilité , non-feulement le François
, mais encore le Danois , l'Allemand
& tous fes Dialectes , l'Anglois , l'Eſpagnol
& l'Italien. » Ce talent fi rare ,
ajoute M. de Bougainville , que ne fup-
» pofe - t- il point dans ceux qui le por-
» tent à un degré fupérieur ? Une conception
vive , une mémoire heureuſe
JUI N. 1749. 65
39
» une conftance à l'épreuve de mille dégoûts
, ne font pas les feules qualités ef-
» fentielles. Il faut y joindre le jugement,
a l'art de combiner une multitude de rap-
» ports , d'autant plus difficiles à démêler,
qu'ils font tous arbitraires ; affez de pé-
» nétration pour connoître le génie de
>> chaque Langue , affez de jufteffe pour
en faifir les régles , affez de raiſonne-
» ment pour les rapprocher des principes
» de la Grammaire générale , qu'on doit
> regarder comme une Métaphyfique très-
» déliée. Il faut , en chargeant fa mé-
» moire d'une infinité de termes differens
» les y diftribuer fans confufion , les y resy
» tenir fans contrainte , les affujettir tel-
» lement à fes idées , que toujours prêts
» à fe montrer , ils ne fe montrent qu'au
> befoin .
Les Lettres pouvoient tirer de grands
fecours du talent de M. Otter . D'ailleurs
fon intelligence & fon zéle le rendoient
propre
à fervir l'Etat , en même tems que
la Littérature. M. le Comte de Maurepas
fe détermina par ce double motif , à l'envoyer
en Orient. L'objet de fon voyage
devoit être d'étudier à fond les Langues
Orientales , dont la connoiffance influe
beaucoup fur celle de l'Hiftoire moderne,
& de voir quelles mefures on pourroit
66 MERCURE DE FRANCE.
prendre pour rétablir le Commercé des
François dans la Perſe .
S'étant embarqué à Marſeille en 1734,
il fe rendit à Conftantinople en 1736 ;
la conclufion de la Paix entre la Turquie
& la Perfe lui permit d'entreprendre le
voyage d'Ifpaham , où il arriva dans le
mois de Juillet de l'année fuivante . Il y
demeura vingt mois , & paffa enfuite à
Bafra , où il a fait un féjour de près dé
quatre ans , partie fans caractére , & partie
en qualité de Conful . Non -feulement
il y rendit à la Nation Françoiſe tous les
fervices qu'elle pouvoit attendre de lui ,
mais il y acquit une parfaite connoiffance
de la Langue Arabe & de la Langue Turque
, & lorfqu'il quitta Baf ra en 1743
pour revenir en France , il parloit la premiere
de ces Langues avec la même facilité
que les naturels du Pays.
La Géographie , la Politique , l'Hil
toire , avoient partagé le loifir de M. Otter
, avec l'étude des Langues Orientales.
» Capable d'obferver & de réflechir , dit
» M. de Bougainville , il s'étoit fait une
» jufte idée de tous les Pays qu'il avoit
parcourus . Il connoiffoit les moeurs des
» Habitans , leur génie , leurs loix , la for-
» me de leur Gouvernement , les productions
des differentes contrées , fur tout
JUI N. 1749. 67
» les intérêts de leurs Princes... En joi-
"gnant à fes obfervations tout ce qu'il
» avoit appris d'intéreffant dans fes entretiens
avec les Grands & les Sçavans
qu'il avoit cultivés dans les voyages , il
»en a compofé depuis fon retour une Re-
»lation curieufe qu'il fit imprimer l'année
>> derniere .
»
Ce fut le 28 Février 1744 qu'il revint du
Levant. Auffi-tôt qu'il arriva , une penfion ,
qu'il ne demandoit point , fut la récompenfe
de fes fervices . Peu de tems après
il fut attaché à la Bibliothéque du Roi ,
en qualité d'Interprête pour les Langues
Orientales. En 1746 , il fut nommé Profeffeur
Royal en Langue Arabe , & l'année
derniere l'Académie Royale des Belles
Lettres , qui depuis long- tems avoit les yeux
fur lui , l'élut d'une voix unanime pour un
de fes Affociés. Une fiévre maligne l'a enlevé
cet Automne, au grand regret de cette
Compagnie , & il eft mort le 26 Septembre
, dans la quarante & uniéme année de
fon âge.
:
La lecture & l'éloge de M. Otter fu
rent fuivis de celle d'un Mémoire de M. le
Baron de Zurlauben , fur l'Hiftoire Helvétique
depuis l'origine de la République
des Suiffes jufqu'en 1514 .
Le Pays , que l'on nomme aujourd'hui
68 MERCURE DE FRANCE.
la Suiffe , étoit connu vers la fin du treiziéme
fiécle fous le nom de Haute Allemagne
, & étoit divifé en plufieurs Etars
indépendans les uns des autres , mais tous
foumis à la Jurifdiction de l'Empire. It
y avoit feulement quelques confédérations
particulieres d'une Ville à l'autre , pour fe
garantir mutuellement de l'oppreffion des
Nobles , précaution alors très-ufitée dans
l'Empire , où les interrégnes & les fchifmes
donnoient lieu à toutes fortes d'invafions
& de violences . M. le Baron de
Zurlauben décrit l'état des Villes & des
Pays , qui ont depuis formé le Corps Helvétique.
Il donne une idée de l'origine
de la puiffance des Comtes de Habspourg,
& retrace l'ambition extrême de l'Empereur
Albert I. Ce Prince qui défiroit de
réunir fous un feul Duché les differentes
Seigneuries qui partageoient l'Helvétie ,
fut la caufe de la révolution qui établit la
République des Suiffes . Entre les autres
actes de violence qu'Albert , on fes Officiers
exercerent , l'Hiftoire de Guillaume
Tell , qui fut contraint d'abbattre d'un
coup d'arbalête une pomme placée deffus
la tête de fon fils , âgé de fix ans , n'eft
point oubliée . M. le Baron de Zurlauben
dépeint la réfolution inébranlable des
Pays d'Uri , de Schweitz & d'UnderwalJUIN.
69 1749.
den , qui ne voulurent jamais fe foumettre
à l'Empereur Albert comme Comte
d'Habspourg , & qui rejetterent avec
conftance les propofitions que ce Prince
leur avoit faites de s'affujettir à fa Maifon.
La tyrannie des Gouverneurs engagea
trois Particuliers de ces trois Pays , à
faire entr'eux , le 17 Octobre 1307 , un
traité , par lequel ils s'obligeoient avec
ferment , de répandre jufqu'à la derniere
goûte de leur fang , pour rendre à leur Pa
trie fa premiereliberté. Les Tyrans furent
-chaffés au commencement de 1308.
L'Empereur Albert avoit réſolu de venger
l'outrage qu'il prétendoit avoir reçu en la
perfonne de fes Officiers. Mais il fut af
faffiné en la même année par fon propre
-neyeu. Sa mort donna le tems aux trois
Cantons de s'affermir. Léopold , Duc
d'Autriche , fils d'Albert & frere de Frederic
, qui difputoit l'Empire à Louis de
Baviere , avoit hérité des fentimens de
haine de fon pere. Sous prétexte que les
Cantons adhéroient au parti de Louis , il
·les attaqua en 1315 , mais il fut entierement
défait avec 9000 hommes le 15
Novembre de cette année à Morgarten ,
par
treize cens confédérés. Une victoire
fi éclatante porta les trois Cantons à jurer
entr'eux une alliance perpétuelle. Ce
70 MERCURE DE FRANCE .
Traité , la baze de tous ceux qui depuis
cimenterent la Conftitution du Corps
Helvétique , fut dreffé à Brunnen le Mardi
après la Saint Nicolas 13 15. M. le Baron
de Zurlauben expoſe la formation des
Cantons de Lucerne , de Zurich , de Glaris
, de Zug & de Berne , le précis des
guerres qu'ils foutinrent pour affûrer leur
indépendance , & comment l'Empereur
Charles IV, à qui les Autrichiens avoient
porté leurs plaintes , affiégea inutilement
Zurich en 1354. Ce Prince , après bien
des tergiverfations , fut contraint de confirmer
à Conftance , en 1362 , les alliances
de Zurich & des Confédérés . Ainfi fe
forma la ligue des huit anciens Cantons ,
qui font diftingués encore aujourd'hui des
autres par ce nom. Ils prirent rang entr'eux
, non fuivant l'ordre de la réception ,
mais fuivant la confidération de leur puiffance.
Les affaires refterent dans un état
affez paifible jufques vers l'année 1385 ;
les violences de Léopold II . Duc d'Autriche
, contre Lucerne , rallumerent la
guerre. Elle fut fanglante. Léopold perdit
la vie avec fix cens Nobles des meilleures
Maifons de l'Empire , à la bataille
de Sempach , le 9 Juillet 1386. Les confédérés
remporterent une feconde victoire
, prefqu'auffi confidérable, fur les AutriJUI
N.
71 1749.
chiens à Nefels , le 9 Avril 1388. Tant
de malheurs obligerent ces derniers à faire
une trêve de fept ans , en vertu de laquelle
les Cantons demeuroient en poffeffion de
tout ce qu'ils avoient conquis. Le Traité
fut enfuite prolongé de vingt ans , puis de
cinquante. Il fembloit devoir fixer l'état
des uns & des autres : il en arriva autrement
par la fauffe démarche que fit bientôt
après Frederic , Duc d'Autriche . Le
Concile de Conftance l'excommunia , &
l'Empereur Sigifmond le mit au Ban de
l'Empire , parce qu'il avoit favorisé l'évafion
du Pape Jean XXIII .
/
Les huit Cantons , preffés par le Concile
& par l'Empereur , fe chargerent de l'exécution
de cette rigoureufe Sentence , qui
dépouilloit Frederic de toutes fes digni,
tés & de toutes les terres. Ils s'emparerent
en fort peu de tems de l'Argew , &
la poffeffion de ce Comté leur refta à ti
tre d'engagement , pour des fommes d'argent
qu'ils prêterent à l'Empereur. Le feul
Canton d'Uri pour lors ne voulut point
conferver fa part dans cette conquête. Il
allégua qu'il avoit exécuté les ordres de
l'Empereur , mais qu'il n'étoit ni jufte ni
honnête de s'enrichir aux dépens d'un allié,
qui avoit fait avec les Cantons en 1412
une trève pour cinquante ans.
72 MERCURE DE FRANCE.
Cependant la diviſion ſe gliffa parmi
les Confédérés en 1436 , au fujet de la
fucceffion du dernier Comte de Tockembourg.
Zurich & Schweitz prétendoient
chacun en difpofer , parce que ce Seigneur
avoit pris droit de Bourgeoifie dans
l'un & l'autre de ces Cantons . Les fix autres
offrirent leur arbitrage , & fe déclarerent
enfin contre les Zurichois , qui refufoient
de s'y foumettre. Cette guerre
civile ,foible dans fon origine , s'anima particulierement
en 1443. Zurich avoit conclu
une alliance avec la Maifon d'Autriche,
dont étoit chef l'Empereur Frederic III .
fils du Duc Erneft , & neveu de Frederic
qui avoit été excommunié au Concile de
Conftance. L'Empereur affifta les Zurichois.
La guerre devint très - fanglante ,
& comme eile fe faifoit uniquement pour
l'intérêt de ceux de Schweitz , le vulgaire
s'accoûtuma à appeller tous les confédérés
du nom de Schweitzer ou Suiffes.
Rien ne put réſiſter aux Cantons. Après
avoir terraffé les forces unies des Autrichiens
& des Zurichois , ils obligerent ces
derniers le 13 Juillet 1450 , de renoncer
à leur nouvelle alliance , & de reprendre
leur place dans la ligue Helvétique . Ce
fut dans le fort de cette guerre , que les
Suiffes commencerent à faire liaiſon avec
les
JUIN. 1749. 73
les François. L'Empereur Frederic les ayant
appellés à fon fecours , Charles VII . qui
venoit de faire une tréve avec les Anglois
, fut charmé de trouver ce prétexte
pour occuper les troupes. Le Dauphin
Louis conduifit une armée de foixante mille
hommes dans le Sundgaw. A fon approche
, les Bâlois , craignant qu'il n'attaquât
leur Ville pour diffiper le Concile , eurent
recours aux Suiffes. Ceux - ci envoyerent
au plus vîte un corps de 1200 hommes
, avec ordre de fe jetter dans Eâle ;
& ce fecours , ayant rencontré fur fon
paffage l'armée Françoife , foutint un des
plus rudes combats dont il foit fait mention
dans l'Hiftoire . La bataille fe donna
près de l'Hôpital de Saint Jacques , à une
demie lieue de Bâle , le 26 Août 1444. M.
le Baron de Zurlauben en donne un détail
affez circonftancié. Les Suiffes , fuccombant
fous le nombre , furent taillés
en pieces , fans avoir jamais voulu demander
quartier. Il ne s'en fauva que dix , qui
étant retournés chez eux , eurent encore
bien de la peine d'échapper à la main du
bourreau , étant regardés comme des lâches
pour avoir voulu furvivre à tous leurs
camarades. Le Dauphin perdit Soco hommes.
Piqué contre Frederic , qui manquant
à fes promeffes , ne lui avoit envoyé ni
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
hommes ni vivres , & rempli d'eftime pour
la bravoure des Suiffes , il conclut avec
ces derniers à Enfisheim , le 28 Octobre
1444 , un Traité de paix . Il fit plus ; il
porta infenfiblement le Roi fon pere à
rechercher l'amitié de cette Nation . Ce
fut l'an 1452 , que fe fit la premiere alliance
entre Charles VII. & les Cantons.
M. le Baron de Zurlauben l'indique , ainfi
que les Traités fuivans qui furent conclus
fous les regnes de Louis XI . Charles VIII .
& Louis XII. avec les noms des Ambaſſadeurs
qui les fignerent. Il détermine l'époque
à laquelle on doit fixer l'arrivée
des premieres troupes Suiffes en France.
Il donne auffi le précis de la guerre de Sigifmond
, Duc d'Autriche , contre les Confédérés
en 1450. Elle fut fatale à ce Prince ,
& elle eût eû des fuites très-funeftes pour
lui , fi Louis XI . n'eût rétabli la paix
entre les deux partis par fa médiation . Sigifmond
, accablé de dettes , avoit engagé
à Charles , Duc de Bourgogne ,
Comté de Ferrette , & tous fes Domaines
dans l'Alface & dans le Brifgaw. Le Gouverneur,
que Charles envoya dans ces Pays,
commit de grandes vexations fur les nouveaux
Sujets de fon Maître. Sigifmond ,
indigné de fa tyrannie , & irrité contre
Charles , qui venoit de rejetter le rembourla
JUIN.1749 .. 75
fement pour les Domaines engagés , fit
arrêter le Gouverneur , & de l'avis des
Cantons , il le fit décapiter. Cet évenesment
, & enfuite la conquête de Romont
= fur le Comte de ce nom par les Bernois
& les Fribourgeois , attirerent aux Suiffes
cette mémorable guerre , dans laquelle
Charles en trois batailles perdit toutes fes
forces , fon riche équipage à Granſon &
à Morat , & la vie devant Nanci.
Prália trina tibi , Dux Carole , dira fuêre ;
Divitiis Granfon , grege Murten , corpore Nanci.
>
Le Duc de Bourgogne ayant été tué
aucun Prince du Royaume de Louis XI.
n'ofa depuis lever la tête contre lui , ni
s'opposer à fes volontés . Comme il devoit
aux Suiffes la défaite de ce redoutable ennemi
, il leur en marqua fa reconnoiſſance ,
par les Lettres Patentes du mois de Septem
bre 1481. Elles renferment tout le fondement
des Priviléges dont les Militaires
Suiffes font en droit de jouir en France .
2
M. le Baron de Zurlauben rapporte enfuite
l'affociation des Villes de Fribourg
de Soleurre , de Bâle , de Schaffhaufen
& du Pays d'Appenzell , dans la Ligue
Helvétique , & il n'a pas oublié la médiation
de Louis XII . pour terminer la
guerre qui s'étoit allumée en 1499 entre
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Empereur Maximilien I. & les Cantons.
Il termine le précis de l'Hiftoire Helvétique
par les réflexions fuivantes.
Ainfi s'eft formée la République des
Suiffes dans l'espace de deux cens fix années
, non par des appuis étrangers , comme
celle de Hollande , qui doit fon établiſſement
aux fecours de la France , de l'Angleterre
, de l'Allemagne , & aux reſſour
ces qu'elle a trouvées dans la navigation ,
mais uniquement par la vertu de fes ha
bitans. Une conduite également prudente
& ferme , une union qui n'avoit alors
pour objet que le bien de la caufe commune
, enfin une bravoure pouffée fouvent
jufqu'à la témérité , leur ont acquis
entre la France , l'Allemagne & l'Italie ,
un Etat indépendant qui peut influer beau
coup fur les affaires de ces trois Puiffances
. M. le Baron de Zurlauben ajoute . » Les
» évenemens qui fe font paffés dans le
cours de ces deux fiécles , & dont je n'ai
rapporté qu'une petite partie , font en
» fi grand nombre , & ont fi fouvent rap-
» port avec l'Hiftoire de France , qu'il
» eft furprenant qu'ils n'ayent pas excité
39
la curiofité des Ecrivains François , car
» la plupart d'entr'eux ne les connoiflent
» que fuperficiellement Notre Académi
cien réfute entre autres Mezerai , dans ce
JUIN. 1749. 77
qu'il a avancé fur les Suiffes au fujet de
la guerre de Bourgogne. Il finit , en expolant
l'indépendance des Cantons, recon-
Due par le Traité de Weftphalie , & en
difant qu'il eft vraisemblable qu'ils conferveront
leur liberté , tant que l'union regnera
entr'eux , ou bien jufqu'à ce qu'une
Puiffance auffi confidérable que celle des
Romains s'éleve de nouveau , & falfe la
conquête de toute l'Europe.
Le dernier Ouvrage qui fut lû dans cette
féance , & qui eft de M. Capperonier,
contient des recherches fur l'Hiftoire &
Efclavage des Hilotes , & il eft compofé
de deux parties. Dans la premiere ,
l'Auteur donne la pofition d'Helos. C'étoit
une Ville de la Laconie. Elle fut
fondée par Helius , le plus jeune des fils
de Perfée , & les habitans prirent de lui
le nom d'Hilotes. Ils demeurerent paifibles
poffeffeurs du Pays qu'ils occupoient,
jufqu'au retour des Héraclides dans le Péloponefe
, environ quatre vingt ans après
la prife de Troye . Les defcendans d'Ĥercule
, s'étant emparés de Lacédémone ,
joignirent bien-tôt à leur Empire tous les
peuples qui les environnoient , & les Hilotes
y furent compris . Il ne paroît pas
cependant que dès - lors ceux- ci ayent été
réduits en efclavage ; ils n'éprouverent ce
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
malheur que fous le regne d'Agis. Ce Roi
de Sparte fit une Loi qui défendoit de rendre
la liberté aux Hilotes , & de les vendre
hors du Pays . Dans la fuite , cette Loi eut
des exceptions
.
Les Lacédémoniens ,, par ambition , ou
pour augmenter le nombre de leurs efclaves
, déclarerent la guerre aux Meſſéniens
, qui fubirent le même fort que
les
Hilotes. Ces deux peuples chercherent plus
d'une fois à fecouer le joug. M. Capperonier
les fuit dans les differentes tentatives
que leur fit hazarder l'amour de
fa liberté , & il termine la premiere partie
de fon Mémoire , au tems où la Grece
tomba au pouvoir des Romains , tems où
les Lacédémoniens & leurs efclaves furent
confondus fous ces nouveaux Maîtres.
,
La feconde partie commence par cette
remarque générale , que les differens Etats
avoient chacun leurs efclaves , dont la
plûpart avoient été fubjugués comme le
furent les Hilotes . M. Capperonier dit que
les Lacédémoniens avoient fait deux claffes
des Hilotes , les Domestiques, qui n'étoient
employés qu'aux offices du ménage , & les
Hilotes Laboureurs , qui cultivoient leurs
terres , fous la redevance d'un tribut déterminé
par les Loix , & qu'il étoit défendu
d'augmenter. Les Hilotes exerçoient auffi
JUIN. 79 1749 .
toutes les profeffions méchaniques. L'ex
cès de leur malheur étoit tel , qu'ils étoient
à la fois Efclaves des Particuliers & du
Public. Ils étoient regardés avec un extrême
mépris , & c'étoit par une fuite
de ce mépris , qu'on les forçoit de boire
jufqu'à s'enyvrer , & que dans cet état
on les offroit aux yeux des jeunes Lacédémoniens
, à qui on vouloit infpirer
l'horreur de ce vice . Rien ne peut excufer
les cruautés auxquelles Sparte le porta
contre les Hilotes. Nous ne citerons que
l'exemple de la Cryptie , qui reffemble
affez à ce que nous nommons le guet-àpens.
Ariftote, cité par Plutarque , rapporte
que les Ephores , en entrant en charge
déclaroient la guerre aux Hilotes , afin
qu'il fût permis de les tuer impunément.
On envoyoit en conféquence à la campagne,
dans de certains tems , les jeunes Lacédémoniens
les plus adroits, avec des poignards
& quelques provifions. Ils paffoient
le jour dans des lieux couverts , où ils fe
tenoient cachés & la nuit , fe répandant
fur les grands chemins , ils égorgeoient
tous les Hilotes qu'ils pouvoient
furprendre.
On ne fçauroit douter que des gens
traités fi durement ne donnaffent beaucoup
d'inquiétude aux Lacédémoniens par
>
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
leur grand nombre ; auffi ceux - ci les emmenoient-
ils à la guerre avec eux , pour leur
ôter les moyens de fe foulever pendant leur
abfence. Dans la feule circonftance de la
guerre , les Hilotes pouvoient , ou par
des actions de bravoure , ou par d'autres
fervices rendus à la République , efpérer
de recouvrer leur liberté. On couronnoit
de fleurs ceux qui avoient été affranchis ,
& on leur faifoit faire le tour desTemples.
Les affranchis portoient differens noms ,
qui tous avoient rapport au nouvel état
dans lequel ils avoient pallé. M. Capperonier
cire à la fin de fon Mémoire une
réflexion d'Ariftote , laquelle prouve l'embarras
où les Hilotes avoient jetté plus
d'une fois les Lacédémoniens , & qui montre
la difficulté qu'il y avoit à les contenir
dans le devoir.
D
LE PAPILLON.
FABLE.
Ans un jardin charmant , où la naiffante
Aurore
Recevoit chaque jour mille préfens de Flore ,
Un papillon , au printems des défirs ,
Badin , tendre , volage
Et folâtre en un mot , tel qu'on l'eft à cet âge ,
JUIN. 81
1749.
Laiffoit errer fon vol au gré des doux Zéphirs.
Les plus aimables fleurs avoient frappé fa vûë ;
Aucune de fon coeur
N'avoit fixé l'ardeur.
Paifible , il ignoroit qu'une flamme imprévûë
D'une agréable liberté
Lui raviroit le tréfor fi vanté ,
Mais tandis qu'il voltige , une nouvelle rofe
Naît devant lui : le vif éclat ,
i
Qu'en s'ouvrant elle expofe ,
Lui plaît & l'enchante , il s'abbat
Il contemple , il admire ;
Mille beautés charment fes yeux ;
Déja fon jeune coeur foupire ,
Et bientôt il eft amoureux.
Auffi -tôt devenu timide
Il s'agite , il approche , il fuit ,
Il voltige , & toujours il fuit
Le nouvel inftinet qui le guide.
Il youdroit fur la fleur cueillir un doux baifer ;
A fon projet Zéphir s'oppofe ;
A l'inftant qu'il veut fe pofer ,
Un fouffle vif & pur naît & défend la rofe.
Il rêve ;
Papillon enrage en fecret ;
Cependant fon amour s'accroft,
Dans cet état que faire ?
des amans c'eft affez l'ordinaire ;
Puis franchiffons le "
pas ,
DY
82 MERCURE DE FRANCE.
Dit-il , l'amour eft-il une merveille
Et pour chofe pareille
» Faut- il tant d'embarras ?
Quand il s'agit d'aimer , mille de mes confreres
»Le font , & de la fuite ils ne s'intriguent guéres
00 Quoi qu'il en coute enfin , je ferai fatisfait .
» Auffi-bien une fleur fi belle
A fes amans ne peut être cruelle. «e
Auffi - tôt dit , auffi tôt fait :
Le coeur plein d'un nouveau courage
Il prend l'effor , vole , & fur le feuillage
Qui fert de trône à fes appas ,
Le Papillon fixe fes pas ,
Et fe croit plus heureux que maître d'un empire ;
Dans les feuilles cachée , hélas !
Une épine le bleffe , il chanchelle , il expire.
Reconnois à ces traits l'amour qui te féduit ; .
Sous un voile trompeur , il t'offre mille charmes ;
Aveuglé , tu te rends , & le moment qui ſuit ,
A ton coeur confondu n'enfante que des larmes.
Annette de Lorme.
A Befançon , le 18 Avril 1749 .
JUIN. 1749. 83
CaravacacacacaciaCICAKA
A Mademoifelle de V **** .
MADRIGAL,
D'une froideur extrême ,
Difoit Mirthil , vous recevez mes voeux ;
A l'amour même
Vous ordonnez d'éteindre fes beaux feux ;
A cet ordre fuprême
Il obéit ; je ne fuis plus heureux ,
Et cependant , Iris , mon coeur vous aime,
Par la même.
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:選澹
THESE GALANTE
Qui fera foutenue dans le Temple de Paphos
, par Truphero Procris , du Pays
d'Amathonte , pour la Couronne Cytheréenne.
A Aglé , la plus belle des Graces.
I Ecoles ou l'on enfeigne la
Philofophie L n'eft point extraordinaire
, dans les
& le Droit , de voir dédier des Théfes à
quelque perfonne recommandable ; paur-
}
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
quoi ne pourrois- je pas vous dédier celle
que je vais foûtenir dans peu , & qui doit
décider de mon entrée à Cythere ? Je me
fouviens , que lorfque je vis pour la premiere
fois le Pays des Amours , je vous
pris pour la Déeffe du lieu. Quel mortel ,
en vous voyant , ne s'y feroit pas trompé
comme moi ? Auffi la mere des Graces ne
m'en fçut point mauvais gré , à moins que
les cruelles épreuves par lefquelles j'ai
paffé il y a quelque tems , & dans lefquelles
vous entriez pour quelque chofe , ne
foient une vengeance de fa part : au refte
cela eft paffé, n'en parlons plus . Permettezmai
, charmante Eglé , de vous dédier
la Théfe qui doit me donner la Couronne
de roſes ; votre nom qu'on verra à la tête,
rendra encore plus intéreffant un problême
qui eft fingulier par lui - même ; il
conviendroit parfaitement à quelque galant
inquiet ; je ne fçaurois trop vous dire
par qui il m'a été propofé.
Procris.
En matiere de galanterie , toute queftion
eſt embarraffante ; je ne crois cependant
point que la difficulté vienne de l'obfcurité
des chofes en elles- mêmes . Qu'on
écoute un moment le bon fens & la raifon
, qu'on s'abandonne entierement à ces
JUIN. 1749 85
guides , & l'on verra porter au tribunal de
Cythére des décifions fages & prudentes
; on n'aura pas befoin de moyens plus
recherchés pour réfoudre le problême propofé
, le voici :
Thémire a fait un fonge en faveur de
Tircis qu'il foit vrai ou fuppofé , on
demande lequel eft le plus flatteur pour
Tircis.
Il femble qu'il n'y ait point à balancer
fur cette queftion ; on ne peut regarder
comme plus flatteur le fonge vrai , qu'en
admettant le préjugé vulgaire , qui eft que
l'on ne rêve qu'à ce l'on penfe dans la
journée , & que de rêver à quelque chofe,
marque qu'on en eft occupé ; mais c'eft
ce qui n'eft point du tout certain . Au
contraire l'expérience démontre tous les
jours la fauſſeté de ce préjugé. Combien
de gens amoureux rêvent à des perfonnes
qui ne font rien moins que l'objet de leurs
penfées , encore moins de leurs voeux ! En
un mot , il arrive tous les jours de rêver à
des chofes aufquelles on n'a jamais penfé ;
& l'on fe demande à foi -même le matin ,
où l'on a été chercher les idées qu'on a euës
pendant la nuit ; au refte quand il ne feroit
point démontré , que ce n'eft pas
toujours à ce qui fait plaifir qu'on rêve ,
Thémire ne peut- elle pas avoir fait récl
"
86 MERCURE DE FRANCE.
lement un fonge en faveur de Tircis , &
n'en être pas plus portée pour cela pour
ce berger ? Peut-il tirer quelque gloire ou
quelqu'avantage d'un fonge dont il n'eft
redevable qu'à quelques efprits animaux
qui feront venus par hazard faire dans le
cerveau de Thémire une impreffion qu'ils
pouvoient ne pas faire ? N'auroit-il pas lieu
de s'eftimer plus heureux , s'il pouvoit
l'attribuer à une douce fympathie , qui
tient toutes les idées de Thémire occupées
de lui ?
Le fecond cas eft bien different. Que
vous êtes heureux , Tircis , fi vous pou
vez être affûré que Thémire a forgé fon
fonge à tête repofée , les yeux bien ouverts
! C'eft de deffein prémedité qu'elle
vous favorife dans fon fonge , & elle fe
fert d'un moyen adroit pour vous déclarer
que vous avez fçu gagner fon coeur : en un
mot, vous pouvez vous applaudir d'avance
de votre victoire ; vous êtes près de votre
triomphe ; hâtez-le, fi vous pouvez ; le moment
perdu ne revient plus.
Je vous en appelle à témoins , galans Sénateurs
de Cythére ; n'eft-il pas bien plus
naturel d'embraffer le parti le plus fûr ? Ou
'fi ce fentiment n'eft pas le plus vraifemblable
, il eſt du moins plus agréable pour
l'amour propre : ainfije conclus hardinient,
JUIN. 7749 87
donc le fonge fuppofé eft plus flatteur
pour Tircis.
XXXXXXXXXXX+ 3X+ 3X
ACTE ON ,
CANTATE
Mife en Mufique par M. ****.
COntre les feux ardens , que d'un oeil redoutable
Lance fur nous l'aftre du jour ,
Thétis offroit un fecours favorable
A la chafte Diane & la brillante Cour ,
Quand Acteon , qu'agite un violent amour
Las d'étouffer fes tranfports de tendreffe ,
Abandonne auffi- tôt les hôtes des forêts
Qu'ilpourfuivoit avec vîteffe ,
Et fans prévoir, hélas ! de funeftes regrets ,
De ces tranquilles bords vient enlever la paix,
Arrête d'un regard profane :
Garde-toi de fouiller ces lieux.
Tremble , amant trop audacieux ,
Et crains le courroux de Diane .
Tu vas allarmer la pudeur
De ces innocentes Déeffes.
88 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! de ces eaux enchantereſſes
Laiffe-leur goûter la fraîcheur.
Arrête , &c.
Ce chaffeur, aveuglé par l'amour & les feux,
Refufe d'écouter la raifon qui l'éclaire ;
Vers ces beautés porte un pas témeraire.
Il fuit les mouvemens d'un defit curieux.
Mais Ciel ! tandis qu'il confidére
De leurs fecrets appas les tréfors précieux ,
Et que rien n'échappe à fa vûë ,
Tous les fens font glacés d'une crainte imprévûë ,
Qui vient dans fon deffein tout à coup le troubler,
D'invifibles refforts l'empêchent de parler :
Cependant il approche , il fe flatte , il admire .
Et fon coeur en fecret ſoupire .
Seroit-il poffible , grands Dieux
Que l'amour n'embrasât nos ames
De fes pures & vives flammes ,
Que pour nous rendre malheureux ?
Serai-je toujours dans la crainte !
Amour , accomplis mes défirs ,
Et vous ,
& vous , tendres foupirs ,
Sortez , éclattez fans contrainte.
Sergit-il , & c .
JUIN. 89 1749.
C'est ainsi qu'Actéon & fe plaint & murmure ;
Son zéle le trahit ; lui- même il fe fait voir :
Alors pleines de déſeſpoir ,
Ces Nymphes à l'envi , pour venger cette injure ,
Ont recours à Diane , implorent fon pouvoir.
Elle parle. Actéon prend d'un cerfla figure
Déplorable & trop juſte fort !
De fes chiens à l'inftant fon corps devient la proye;
Il gémit , & tandis qu'ils lui donnent la mort ,
Toute la troupe rit , & ſe livre à la joye.
Si jamais quelque jeune objet
Triomphe de nous par ſes charmes ,
Et nous force à rendre les armes ,
A l'amour joignons le refpect .
Quand on ne fuit que fon penchant,
On fuit ſouvent un mauvais guide.
Qu'on ne foit pourtant pas timide ;
C'eſt un défaut dans un amant.
Si jamais quelque jeune objet
Triomphe de nous par fes charmes ,
Et nous force à rendre les armes ,
A l'amour joignons le reſpect.
J. F. Guichard.
Pictoribus atque Poëtis
Quid libet audendi femper fuit aqua poteftas. Hor.
art. Poët.
90 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS Hiftoire naturelle
, faites aux environs de Beauvais , par
M. Defmars , Docteur en Médecine.
M
Onfieur de Tournefort , dans fon
Hiftoire des Plantes des environs
de Paris , & M. Bernard de Juffieu , dans
la feconde édition qu'il a donnée de cet ouvrage
avec des augmentations , font mention
de quelques plantes , qui croiffent à
des diftances affez confidérables de Paris ,
& que le hazard a fait appercevoir à des
Botaniſtes dans des voyages. Telle est une
efpéce de Gentiane , obfervée par M. Danty
d'Ifnard , proche une Chapelle , à deux
lieues & demie de Clermont en Beauvoifis.
Telle une autre plante que M. de
Juffieu indique auprès de Gifors , & qu'il
appelle , Millefolium aquaticum umbellatum
coriandri folio. Il n'eft donc pas
douteux
que ces illuftres Botaniftes n'euffent
inferé dans leur Hiftoire les autres plantes
qui fe trouvent à pareille ou à moindre
diftance , s'ils avoient eu occafion de
les voir , & c'eft entrer dans leurs vûes
que d'en faire la recherche. J'ai déja indiqué
, dans un des Mercures de l'année
précédente , une plante qui croît aux en-
1
JUI N. 1749.
91
virons de Beauvais , & que M. de Tourne-
-fort nomme dans fes inftitutes : Caryophyl
lata aquatica mutante flore.
J'ai trouvé depuis le Chryfofplenium foliis
amplioribus auriculatis , T. inft . 146 , que
C. Bauhin appelle , Saxifraga aurea. II
vient abondamment le long du ruiſſeau ,
dans lequel fe déchargent les fources
minérales d'un marais , qui eft derriere le
parc de l'Abbaye de Saint Paul . Il étoit
en fleur dès les premiers jours d'Avril.
On l'appelle en François Herbe de faint
Chryftophe. Il eft cité dans les Catalogues
feptentrionaux . Au même lieu fe trouve
quantité de l'efpéce de Mercuriale , que
C. Bauhin n'a diftingué de celle des jardins
, qu'en l'appellant Mercuriale de
montagne. On y trouve auffi l'Oxys flore
albo. T. inft. qui n'eft pas commun dans
nos environs .
Ce marais eft remarquable par quantité
de fources minérales fort abondantes , qui
fe fuivent de près. Au mois de Février
dernier , ces fources faifoient monter le
-thermométre , conftruit fuivant les prin-
-cipes de M. de Reaumur , du n° . I. audeffous
de o , terme de la congélation , où
il étoit à l'air libre au degré 13 , & partant
de deux degrés trois quarts au- deffus de la
temperature des caves de l'Obfervatoire ,
92 MERCURE DE FRANCE.
tandis que d'autres fources pareillement
minérales , fituées de l'autre côté de la montagne
, tenoient en même tems le thermométre
au degré 10 un quart , qui eft celui
de la température des caves de l'Obfervatoire.
Ces fecondes fources font celles qu'on
appellaici Eaux minérales de Goüincourt ;
qu'il me foit permis d'appeller les premieres
, Eaux de faint Paul. Parmi celles de
Goüincourt, il y a une fource qui ne prend
aucune couleur par le mêlange de l'infufion
de noix de Galle , & qui tenoit au
même tems le thermométre au degré 9` ;
c'eft la derniere en montant vers le bois.
Les Eaux de Goüincourt ont leur réfervoir
moins profond que celles de faint
Paul , & tel , qu'il eft difficile d'y enfoncer
une bouteille fans troubler l'eau. Les teintes
qu'elles prennent par l'infufion de
noix de Galles , font à peu près les mêmes
que celles que prennent les Eaux de Saint
Paul. Le côté le plus efcarpé de la montagne
eft justement celui au pied duquel
font les fources de faint Paul , & il femble
que le terrein foit affaiflé dans cet endroit
.
J'ai obfervé vers le commencement du
Printems , que l'air de ce marais avoit une
odeur affez femblable à celle qu'ont au
1
JUIN. 1749. 93
bout de plufieurs jours des bouteilles
d'eaux minérales débouchées , fur tout le
matin , avant que la chaleur du Soleil éleve
les exhalaifons , ou quelque tems avant la
pluie. Le nom de Camp pourri , en Langue
Picarde , qu'on a donné à une por
tion de ce marais féparé par le chemin ,
tire peut-être de là fon origine ; à moins
qu'on ne veuille que la couleur de rouille,
dont le teignent par leur partie baignée
tous les végétaux qui y croiffent , ne lui
ait fait donner ce nom,
Cette montagne , quoique d'une trèspetite
étendue , fait appercevoir fur fa furface
bien des corps differens , dont le détail
peut êrre de quelque utilité pour connoître
quels font les ingrédiens qui peu
yent entrer dans la compofition de ces
Eaux minérales ,
On y voit des glaifes de plufieurs fortes,
& de differentes couleurs. Le bol rouge
des boutiques s'y trouve auffi . C'eft de ce
bol , dont parle M. Louvet au fecond chapitre
de fon Hiftoire de la Ville de Beauvais.
J'y ai trouvé un autre bol noir , rempli
de coquillages fort petits , & une terre
marneufe , qui contient des grains noirs
d'une nature indéterminée. Il eft aifé de
féparer ces grains noirs de la marne , en
mettant diffoudre cette terre dans l'eau ,
94 MERCURE DE FRANCE.
Alors ces grains noirs , écrasés fur le papier
, le teignent en verd. La même terre,
tenue dans l'eau en diſſolution , donne au
bout de vingt-quatre heures , fur la furface
de l'eau , des couleurs de gorge de pigeon ,
comme on en voit fur les eaux minérales.
Outre ces terres , la mine de fer y eſt
fort abondante. On en tiroit apparemment
dans ce Canton , lorſqu'il y avoit des forges
dans le voisinage . Les laitiers qui fo
trouvent à quelque diftance delà , ne per
mettent pas d'en douter . Quantité de pyrytes
martiales couvrent cette montagne ;
& prefque toutes les pierres, qui s'y voyent,
font ferrugineufes. Prefque tous ces differens
foffiles font voir à leur ſurface des
paillettes talqueules.
Les Eaux minérales du Becquay ne font
pas fort éloignées de celles- ci ; elles vont
fe rendre dans la même riviere. Elles m'ont
paru d'une qualité fort inférieure à celles
de faint Paul.
Il eft remarquable que depuis les fources
du Becquay , jufqu'au milieu de la
Ville , le marais donne prefque par tout
des indices de minéraux . J'ai éprouvé dans
quantité d'endroits avec l'infufion de noix.
de Galles les Eaux qui fe trouvent dans
les tranchées qu'on creufe pour dégorger
les terres , & je les ai trouvées prefque toujours
plus ou moins minérales.
JUIN. 1749.
95
M. Arbuthnot , dans fon Effai des effets
de l'air fur le corps humain , attribue cer
taines maladies endemiques , telles que les
maladies fcrophuleufes , aux impreffions
que l'air reçoit des vapeurs minérales. Il
conjecture que l'air , chargé des exhalaifons
de la grande quantité de fources minérales
qui font en Angleterre , caufe ces
maladies. On peut faire dans ce pays- ci les
Emêmes obfervations.
1 QUANAUDUQUAUĻAUDUAVAUSIDY DURU
VERS
A M.... la veille de mon départ
du Château de....
JEE croyois mon malheur extrême ,
Il est prêt cependant d'augmenter en ce jour :
Je vais quitter l'objet que j'aime.
Sa vûe adouciffoit ma peine en ce féjour ;
Bientôt j'en fentirai toute la violence.
Envain de le revoir je conçois l'efpérance .
Mon trépas préviendra l'inftant de mon retour,
Pour m'aider à porter le poids de votre abſence ,
Iris , faites-moi part de votre indifference ,
Ou plutôt , recevez un peu de mon amour.
Le Chevalier D. R.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE
A Mad......
AH ! que vous me traitez avec indifference !
Trop cher & trop charmant vainqueur ,
Que vous poflédez bien la fatale ſcience ,
De tourmenter un tendre coeur !
Sçavez-vous raffiner ainfi fur fon bonheur ?
Le mien n'en fera- t'il jamais l'expérience ?
Il ne peut plus tenir contre tant de froideur.
C'est donc trop peu pour lui des peines de l'abfence ?
Le vôtre prend plaifir à doubler leur rigueur
Par celle de votre filence,
N'eft- ce pas me ravir deux fois votre préfence ?
Oui , c'eft me la ravir deux fois ,
Avec la feule difference
Que d'un triſte devoir les trop févéres loix
Me font fupporter l'une avec impatience ,
Et que l'autre eft l'effet de votre propre choix ;
Pour m'en dédommager ,fans ceffe à vous je penſe ;
C'est vous rendre préfente autant que je le peux.
Puiffe ainfi , belle Iris , un fouvenir heureux
Vous faire quelquefois oublier la diftance
*
Que le fort met entre nous deux !
Hélas ! quoiqu'enchaîné loin des aimables lieux ,
ой
JUIN.
97 1749:
Où l'amour fur vos pas fixe fa réſidence ,
Je fuis , felon toute apparence ,
Plus loin de votre coeur encor que de vos yeux.
Par le même.
SUR le Problême d'Arithmétique , inferé
dans le Mercure defanvier dernier , de la
part de M. Faiguet.
N'Ignorant pas que M. Faiguet ne s'eft
adreffé qu'aux Sçavans , je commence
par déclarer que je n'entends , ni m'arroger
un titre honorable , ni travailler à me
le procurer par ce qui fuit ; la forte perfuafion
dans laquelle je fuis , que le Propofant
fouhaite fincérement une réponſe conforme
à la vérité , & que je peux le fatisfaire ,
m'engage à lui confacrer quelques -uns de
mes momens ; mais pour ne point perdre
de tems à un long préambule , j'entre en
matiere,& je vais tâcher de ne point abuſer
de la patience de ceux qui n'ont aucun befoin
d'inftruction en ce genre. Voyez le
Mercure de Janvier 1749 .
·
Sans faire injure à Barême , je dis qu'il
a employé une prétendue régle dont on
* Ce Mémoire nous a été envoyé dès le mois
de Mars.
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
trouve le modéle au chapitre 3 du douziéme
livre de l'Arithmétique de Nicolao
Tartaglia , qu'on a francifé Tartaléa , écrite
durant le feiziéme fiécle ; & quant à M.
Faiguet , auquel je ne nie point qu'il foit
Auteur de celle qu'il croit à propos de lui
fubftituer , s'il veut bien prendre la peine
de chercher & de confulter le tréfor d'Arithmétique
de le Roux , il y verra qu'il
n'eft point le premier qui ait operé comme
il défire qu'on opére en pareille conjoncture
; les deux Arithméticiens que je viens
de citer ( les plus anciens que je connoiffe
dans ce cas ) Tartaléa & le Roux , ſe taxant
mutuellement d'erreur , demandent qu'on
prononce qui d'eux a rencontré le plus
jufte , & je ne crains point d'ouvrir mon
avis fur leur conteftation.
Par l'expreffion de prétendue régle , j'ai
déja fuffifamment articulé que le Roux a
eu raifon de blâmer Tartaléa , mais ce
triomphe apparent fera de courte durée ,
& le Roux doit ceffer de fe flatter de rem .
porter la palme , puifqu'il n'a pas lui-même
rencontré jufte , quoiqu'il femble s'être
moins écarté de l'équité. Le Teſtament
énoncé dans le Mercure marque affez
clairement que l'intention du Teftateur ,
qui ne comptoit que fur un fils ou que fur
une fille , a été qu'une fille feule eût trois
JUIN. 1749. 99
- feptiémes ou de fes biens , & qu'un fils
feul en eût trois cinquiémes ou ce qui
établit la propofition de 5 à 7 entre le fort
d'une fille & celui d'un fils , & de frere à
foeur. Tartaléa léfe les intérêts de la fille
Een ne lui donnant que 15 , pendant que le
fils a 30 ; le Roux ( après avoir fenti que
le degré de probabilité que la mere n'accouchât
que d'une fille , étoit égal au degré
de probabilité qu'elle n'enfantât qu'un
fils ) a pris un moyen proportionnel arith-
Emétique entre les deux forts de la mere ,
& cela avec une légere vraisemblance .
Si ces deux Auteurs font mécontens de
ma maniere de penfer à leur égard , j'entreprends
de leur démontrer qu'ils ne rempliffent
point toutes les intentions du Teftateur.
Tartaléa tient ferme fur les forts
de fils à mere & de mere à fille , mais il lâche
pied fur les forts de frere à foeur ; au
= contraire , le Roux ne touche point aux
forts de four à frere , mais il altére les
forts de fille à mere & de mere à fils , &
cependant cette double altération paroît
l'éloigner moins de la juftice , pour ne pas
dire de la juftoffe qui eft impoffible , du
moins en s'obftinant à faire le fils plus riche
que la mere.
Je veux , fans ufer de violence , tirer de
la propre bouche de Tartaléa l'arrêt de ſa
E ij
FOO MERCURE DEFRANCE.
condamnation en cette forte. J'admets
le difpofitif du Teftament propofé aux Sçavans
, & fuppofant que la mere foit morre
à la fin de fon enfantement , & une minute
avant fon mari, je demande quel eft le
rapport des forts de frere à four ; Tartaléa
me répond que le rapport eft tout reglé
par le Teftament , de 5 pour la foeur , à 7
pour le frere , & dans l'inſtant je le fomme
de me dire s'il a découvert quelque principe
, en vertu duquel la vie de la mere
doive changer ce rapport ; il avoue qu'un
tel principe lui eft inconnu , & qu'il n'apperçoit
point de route capable de conduire
à exécuter conjointement des volontés
qui ne font fufceptibles d'aucune liaiſon.
J'ai accordé tacitement à Tartaléa , &
j'accorde à le Roux expreffément , qu'on a
tout fujet de penfer que l'intention du
Teftateur ait été que la mere eût plus que
fa fille & moins que fon fils , mais d'un au
tre côté il eft hors de doute que les vûes
de ce Teftateur n'ont point paffé au- delà
d'un feul enfant , puifqu'il n'a rien ordonné
pour deux : j'accorde encore à le Roux
que les forts de frere à four tenant état ,
le fils ne peut avoir plus que la mére , &
celle-ci plus que la fille , fans que les forts
de fille à mere & ceux de mere à fils foient
dérangés , & je fuis prêt à recevoir fon
JUIN. 1749. 101
I
opération comme parfaitement bonne, s'il
réuffit à me prouver qu'elle foit du goût
dudit Teftateur , & que l'évenement de la
naiffance d'un fils & d'une fille foit moyen
arithmétique entre l'évenement de la naiffance
d'un fils & l'évenement de la naiſſance
d'une fille ; cette condition en deux parties,
qui bien entendues n'en font qu'une , eft
très onéreufe;je le crois cependant affez raifonnable
pour l'accepter & pour convenirque
le nouveau fort de la mere doir dépendre
de la nature de l'événement non
attendu , & qu'une chofe égale à deux autres
enſemble n'eft pas moyenne Arithmétique
entre ces deux . Il ne fe trompera
$ point en défefpérant de me perfuader fur
cet article , plus aifément qu'il ne perfuaderoit
la mere , qui fçait ce qu'il lui en a
coûté.
En un mot , s'il paroît que le Teftateur
ait voulu féparément que les forts de fille
à mere fuffent 3 & 4 , & de mere à fils 4
& 6 , il ne paroît pas moins qu'il ait voulu
féparément que les forts de fille à fils
fuffent 5 & 7 ; or fi on laifle les forts de
fille à mere & de mere à fils en leur entier,
on doit y laiffer auffi les forts de fille à
fils , de-même qu'en retenant ceux - ci , on
doit retenir auffi ceux-là, vû qu'il n'y a point
de raifon pour l'un plus que pour l'autre
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
des deux partis , qui détruiſent inévitablement
les proportions de quelques- uns de
ces forts ; mais on ne fatisferoit conjointement
à toutes les intentions du Teftateur
, qu'en gardant exactement les proportions
de tous ces forts , & c'eft ce que
nos champions n'ont ni fait ni pû faire
par ce qu'on lit dans leurs ouvrages . Donc
ils n'ont point rempli conjointement toutes
les intentions ftipulées par le Teſtament.
Il y a des Problêmes qu'on ne réfoud
que
proportionnellement , & qui font bien
réfolus , parce qu'on ne peut les réfoudre
au pied de la lettre. En voici un exemple.
Pierre donne 130000 liv . à partager entre
Paul , Jean & Simon , de maniere de maniere que Pauk
en ait la moitié , Jean un tiers, & Simon un
quart ; ces trois fractions valent enſemble
, qui font plus que 1 entier , & pour faipartage
, on dit fi on dit fi 13 viennent à 12 ,
à combien 130000 ? On trouve 120000
livres , dont moitié ou 60000 liv . eft la
part de Paul , un tiers ou 40000 liv. la
re le
part de Jean , & un quart ou 30000 liv.
la part de Simon , & le Problême eft bien
réfolu , en ce que les rapports de ces trois
parts , combinées 2 à 2 , font toujours précifément
égaux aux rapports que le Problême
établit entre elles. Tartaléa & le
JUIN. 1749. 103
Roux ne jouiffent pas d'un tel bonheur , &
j'ai déja dit qu'il n'étoit pas poffible qu'ils
en jouiffent ; il eft étonnant que Tartaléa
n'ait point tenté la folution en la maniere
fuivante , qui met le tort de le Roux
dans un grand jour ; ce n'eft pas que j'aye
deffein de la vanter , c'eft tout au plus par
l'envie de montrer un autre chemin qu'il
auroit pû fe frayer . Primò , on fuppofe la
mere morte, & le fils prend fept douzièmes
de la fucceffion , dont la fille faifit les cinq
douziémes reftans . 2 ° . la mere qu'une fuppofition
de mort n'a pas rayée du nombre
des vivans ( on fçait que la vie d'une femme
eft plus forte qu'une fuppofition ) la mere ,
dis -je , partage féparément avec fon fils &
avec fa fille , & au terme du Teſtament ( ce
n'eſt pas moi qui parle , c'eft Tartaléa réfuté)
elle reçoit du fils , & de la fille . 3 °. on
met enſemble ces deux fractions , & on trouve
que leur fomme eft . Quartò , on ôte
de , & de , & les deux reftes font L
21
კი 21
& Ainfi le fils a 2 de la fucceffion , la
· 20
mere , & la fille , ou le fils 4 , la mere
65
140 1,40
140
, & la fille 2 , ce qui réduit en fumée
le triomphe de le Roux, & démontre qu'il
eft dangereux de fe fier à des apparences
fpécieufes .
Si j'étois moins attentif que je le fuis ,
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Tartaléa qui l'eft devenu plus qu'il ne
l'étoit , feroit fondé à me foupçonner de
ménager le Roux , en taifant que ce dernier
a perdu à beaucoup plus beau jeu que
lui , & s'eft rendu plus défavorable à la
mere , en fe détournant du but , lorſqu'il
devoit croire l'avoir frappé très-jufte , par
un autre tour où il n'avoit qu'à s'abftenir de
réduire à 17 les 34 qu'il trouvoit pour
mere.
la
Ordinairement les hypothéfes ne font
pas cheres. Formons- en une qui n'intéreffe
point nos bourfes. Tartaléa prétend
avoir réfolu le problême , en donnant 49
au fils , 66 à la mere , & 25 à la fille . Le
Roux lui difpute cet honneur , en attribuant
42 au fils , 68 à la mere , & 30 à
la fille. Après quelques invectives réciproques
, ils s'en rapportent au jugement des
Sçavans.
J'ofe encore produire mon fentiment
fur ce nouveau débat , mais je ne m'expliquerai
ici qu'en partie. Je me borne
à remarquer, 1 °. Que Tartaléa y garde les
forts de fils à mere , & de mere à fille , &
qu'il néglige les forts de frere à four dans
les trois parts rapprochées. 2 °. Que le Roux
qui fait parade de l'obfervance de tous
ces forts , fe raccommode avec la mere
aux dépens des enfans , car vraiſemblaJUIN.
105 1749.
blement la part de ladite mere excede celle
du fils , plus que le Teftateur n'auroit voulu .
3° . Et enfin , que Tartaléa eft admiflible
à avancer & à foutenir qu'il eft tout naturel
de confidérer deux fucceffions en raifon
de 7 à 5 , l'une pour le fils & la
mere l'autre pour la mere & la fille
enfuite de quoi il n'y a plus d'embarras .
Certainement ce moyen de défenſe eft plaufible
, mais fi Tartaléa entend le François ,
il ne fe hâtera point de crier victoire .
>
>
•
Les quatre prétendues folutions font
élevées fur ces quatre bafes . Fils 30 , mere
20 , fille 15. Fils 49 , mere 66 , fille 25.
Fils 21 mere 17 , fille Fils 15. 42 , mere
68 fille 30. Les deux premieres font
fuppofées fournies par des Tartaléa , &
les deux dernieres par des le Roux . Toutes
ces bafes font portées , non par un
Teftament du mort ( qui a été muet fur
la naiffance poffible de deux enfans , qu'il
n'a point prévûe ) mais par des Teftamens
émanés de quatre Arithméticiens , un pour
chacune ; car Tartaléa & le Roux jouans
chacun deux perfonnages differens , il eſt
néceffaire de diftinguer l'un en vieux & en
jeune Tartaléa , & l'autre en vieux & en
jeune le Roux.
Dans le cas de fils & fille , les forts
de fils à mere & de mere à fille
•
font
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
•
déterminés par ordre , felon le vieux Tartaléa
3 à 2 ,
Tartaléa 49 à 66 , & 66 à 25. Selon le
vieux le Roux 21 à 17 , & 17 à 15. Et felon
le jeune leRoux 2 1 à 34 , & 34à 15. De
tels Teftamens n'offrent point de difficultés
, rien n'y manque , & les bafes de leurs
exécutions font des plus folides ; mais il
en est tout autrement , des que les Tartaléa
& les le Roux fe mêlent de tefter
pour
un étranger , en interprétant, chacun à fon
gré , un Teſtament qui n'a point de rapport
à ce cas , & qui n'exprime que féparément ,
des forts de 3 à 2 entre fils & mere , où
de 4 à 3 entre mere & fille. Je le répete :
fi les forts de fils à mere & de mere à
fille font indiqués pleinement de 3 à 2 ,
& de 4 à 3 , par le Teftament qui cauſe
tant d'altercations , ceux de frere à four
font fuffisamment indiqués de 7 à 5 , &
ces forts font tous également refpectables ;
or en retournant aux bafes ci- deffus ,
nous verrons une feconde fois que la pre-
&
4 à 3.
Selon
le
jeune
J
> miere viole les forts de frere à foeur &
la troifiéme ceux de fils à mere & de mere
à fille ; & que par conféquent , les vieux
Tartaléa & le Roux n'ont pas rencontré
jufte , d'où il fuit que l'un n'a point rencontré
mieux que l'autre. Je compre
fur la docilité de ces deux vieillards , &
JUIN 1749. 107
je n'en attends pas moins de leurs deux
Difciples , au fujet defquelles je dis fans
prédilection , que dans une occurrence où
il feroit ftatué que je fiffe ufage de la feconde
ou de la quatriéme baſe à mon choix,
pour la diftribution des biens du Teftateur
, dont le Mercure de Janvier parle , je
préférerois la feconde à la quatrième.
Mais que le jeune Tartaléa modere la
vivacité de fes tranfports. Mon fuffrage
ne réunit pas en foi tous les fuffrages
& on m'interpelle déja de motiver la préférence
que j'ai donnée à cet Arithméticien,
Qu'il fe réjouiffe même de ce
qu'on ne le laiffe point fe repaître d'une
vaine & fauffe gloire. Tout prêt que je
fuis à répondre à la prompte & légitime
interpellation , je ne renonce pas en fa
faveur , au plaifir de ne point augmenter
le nombre des tyrans de penfées. Le jeune
Le Roux trouvera peut - être plus de partifans
que fon adverfaire , parce que le premier
préfente une bafe dans laquelle il
maintient féparément les forts de fils à mere
& de mere à fille , & conjointement ceux
de frere à foeur , ce qui eft en quelque forte
plus qu'on n'exigeroit raifonnablement
& avec fon imperfection de favorifer
la mere , cette bafe m'a paru trop parfaite.
Celle qu'il a conftruite, m'a été moins
و د
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
car
fufpecte par fon moins de fafte , & à raifon
de ce que j'ai crû y entrevoir plus
de connexion avec les termes du Teftament
, & avec l'intention tacite du Teftateur
, de ne point mettre entre les parts
de fa veuve & de fon fils > autant de
difference que de 68 à 42 : mais dans tous
les cas , il n'y aura jamais beaucoup à
rabattre pour le jeune Tartaléa
outre que le dérangement final des
forts de frere à foeur , choquera bon
nombre de gens , je n'ai ni dit `ni infinué
qu'il ait bien réfolu le problême , &
lorfque je l'aurois dit , je ne me formaliferois
point qu'on en appellât. De plus
on ne peut honnêtement refufer d'écouter
le jeune le Roux qui me réclame contre
moi -même , & qui me reproche doucement
d'avoir précipité un choix , auquel
j'aurois dû regarder de plus près. Rien ,
dit- il , n'eft plus fimple que l'exécution
du Teftament ; il ne faut que fuppofer
deux hommes également riches , qui ayent
tefté de la même maniere , & que la veuve
de l'un n'ayant enfanté qu'un fils , la veuve
de l'autre n'ait enfanté qu'une fille ; n'eft- il
pas évident que de fils à mere , les parts
feront 42 & 28 , & de mere à fille 40
& 30 Et les deux meres n'en faifant
qu'une , les parts de mere & d'enfans ne
JUIN. 1749. 100
font- elles pas 42 , 68 & 30 Comment
donc vous êtes - vous fié à des apparences
peu fpécieufes ( c'eft à moi qu'il fait
apostrophe ) & quel bandeau vous a empêché
de voir au milieu de l'éclat des rayons
de la vérité ?
Que le jeune Tartaléa murmure tant
qu'il voudra contre l'inſtabilité des joyes
de ce monde; il me voit obligé de confeffer
ma méprife . Qu'il ne devienne pourtant
point la proye d'une douleur exceffive ; il
n'y a peut-être encore que des apparences
trompeufes , & pour le confoler autant
qu'il eft en mon pouvoir , je l'affûre que
dans la réalité d'une conjoncture de l'efpece
de celle qui n'eft que fuppofée par
M. Faiguet , fi on déféroit à mon avis , fon
Compétiteur ne feroit pas moins mécor
tent que lui : le Teftateur n'y étant pluspour
ordonner la diftribution de fes biens ,
fuivant les proportions que le cas imprévâ
fui dicteroit , & le jeune le Roux n'étant
porteur d'aucune piece authentique, par lequel
il puiffe prouver que le décedé l'aït
prié ou chargé de tefter pour lui , ou feulement
qu'il l'y ait autorifé , je confeillerois
de recourir à l'ufage obfervé pour
partage des fucceffions des morts ab inteftat.
le
Je ne m'étendrai pas davantage préfen
110 MERCURE DE FRANCE.
tement , efpérant que quand l'Académie
de Rouen fe livrera en corps à l'impreffion ,
elle communiquera un Mémoire que j'ai
eû l'honneur de lui préfenter , auquel ce
que je viens d'écrire auroit pû fervir de
fupplément , & dont la lecture fera connoître
aux Tartaléa & aux le Roux , qu'il n'eft`
pas féant ( la modeftie de M. Faiguet le
fauve de ce blâme ) de donner fes propres
idées pour regles abfolues des idées d'autrui
, lorfqu'on n'a que des conjectures
mal fondées , comme les vieux Tartaléa
& le Roux ont fait dans leurs Arithmétiques
, & que jamais un Juge fenfé n'ordonnera
que les biens de Pierre , qui n'aura
point tefté , foient partagés conformément
aux claufes & ftipulations du Teftament de
Paul.
Si les Sçavans ne vouloient pas convenir
que j'ai raifon , je pafferois malgré
moi pour avoir réfolu un problême qui
a fait prendre le change aux plus habiles
Arithméticiens , & la regle générale feroit
de divifer la fucceffion par le nombre
des enfans nés de la mere , & de
partager le quotient entre ladite mere , &
chacun de fes enfans disjonctivement
felon le Teftament. Que dis- je ? Les Sçavans
ne rompront point avec le bon fens ,
pour m'affliger de cet honneur que je re-
,
JUIN. 1749 III
jetterois conftamment comme inalliable à
mes fentimens. Au refte , fi quelqu'un fe
prépare à m'oppofer quelque chofe , je
le prie de fe fervir de la voye du Mercure
; mais en attendant , je tiens. pour
maxime certaine , que l'Empereur même
de toutes les vaftes régions Arithmétiques
n'eft pas revêtu du droit de conjecturer
des intentions , & de juger irréfragablement
& irrévocablement fur fes
conjectures.
說說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選
LETT RE
De l'Auteur de la Differtation précédente ,
à M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur , la Differtation que j'ai eû
l'honneur de vous envoyer le dixiéme
jour du mois courant , eft restée un peu
plus courte que je n'aurois voulu , fans.
que cependant elle y ait perdu rien d'effentiel
; les étroites bornes du papier m'ont
fait en retrancher ce qui fuit , dont j'ai
d'autant moins regretté la fuppreffion , que
j'ai crû moins néceffaire de le mettre au
jour , & que j'ai plus compté fur l'intelligence
des Lecteurs & fur leur équité ::
mais ( en ne rabattant point à l'égard de
112 MERCURE DE FRANCE.
l'équité , & feulement parce qu'il eft préfumable
que dans le grand nombre il y
en aura qui ne comprendroient pas aifément
toute l'étendue de la regle générale
que j'ai énoncée en deux mots ) pour
épargner la peine de me deviner , ou le
chagrin de n'être pas un Oedipe , je vous
prie , Monfieur , de m'aider par le Mercure
, à reftituer à ladite Differtation ce que
je lui ai ôté , & que voici.
>
> le
à
Le problême propofé va être le fujer
d'un premier exemple de la regle génétale.
Que la fucceffion foit 70 , en la divifant
par le nombre z des enfans
quotient eft 35 , & ce quotient partagé
féparément entre fils & mere , & entre
mere & fille , donne 21 au fils & 14
la mere puis 20 à la mere & 15 à la
fille ; ainfi les parts à toute la fucceffion
font 21 pour le fils , 34 pour la mere ,
& 15 pour la fille ; & la fomme 70 de
ces trois parts , ne prouve qu'à gens trop
crédules , que la regle foit valide : c'eſt par
les principes fur lefquels une regleeft fondée
, & non par les réfultats de la même
regle , qu'on s'affûre de fa bonté , & le
refte démontre tout au plus qu'on a opéré
felon la regle bonne ou mauvaiſe.
Pour le plus court , renfermons tous les
cas poffibles de cette efpece , en ce feul
JUI N. 1749. 113
exemple. La fucceffion efts dont le Tefta
teur a ordonné qu'un fils eût a s + b ;
& la mere cs + d , ou qu'une fille eût
n sp , & la mere qsr; la veuve
a mis au monde m enfans mâles , & fenfans
femelles comment partagera-t-on la fucceffion
?
Suivant la regle , on auroit
m + f
partager féparément entre un fils & la
mere , & entre la mere & une fille , ce
qui feroit fans difficulté fi as + b + cs
d étoits, & s'il en étoit autant de
n s + p + g s + r , car chaque fils pren
as + b
m +f
droit
& la mere-
& chaque fille
nst p
m + f
cms + m d fqs +f
+
m + f m + f
ams + bm + fns + fp; mais lorsque
mtf s
as+b +cstd ne feroit pass; il fau
droit faire cette analogie , fi as + b + cs
+ d , devients , que devient
as + b ?
m + f
as² + 65
Et on trouveroit
m c
(as+b+cs + d) x (m +f)
Ms d
pour chaq.fils, &.
(as + b + cs + d) x ( m +f)
114 MERCURE DE FRANCE.
ms ams² + bms
m +f ( as+b + cs + d ) x ( m +f)
pour la mere , & par une opération femblable
fins+p+qs+r n'étoit point=s ,
ns² + ps
(ns+ p+qs +r) x (m+f)
fqs²+frs
pour
il viendroit
chaque fille, &
(ns +p+qs +r) x ( m +f)
fns² + fps
m +f ( ns+p+qs +r) × ( m+f)
encore pour la mere qui auroit s➡
ams² + bm s
( as+ b + cs + d ) x ( m +f)
- fns² +fps.
( ns+p+qs + r ) × ( m +f) .
part
de la mere
Il eſt évident que la
ne feroit pas moindre avec m fils , qu'avec
un feul fils , ni fils , ni avec ƒfilles , qu'avec
une feule fille , ni avec m fils &ƒfilles ( en
fuppofant fm) qu'avec un feul fils &
une feule fille , & je crois qu'il n'eft be
foin de rien de plus pour faire voir bien
clairement l'abfurdité dé la prétendue regle
générale , dont la réprobation à pofte
riori doit avoir force de Loi en Arithmétique
, tant qu'on n'aura point démontré
à priori , qu'il foit raifonnable que les
JUIN. 1749. TIS
feals enfans perdent à être venus plufieurs
au lieu d'un .
Si vous jugez mon écrit trop long pour
être imprimé en une fois , il pourra paroître
en deux : fçavoir , premierement ,
jufqu'à l'article qui commence à la feconde
ligne de la troifiéme page , par le mot ,
ordinairement ; & fecondement , ledit article
& le refte , y compriſe la fuite cideffus
: je me flatte que vous aurez la bonté
de ne pas le mettre au rebut , & j'ai l'honneur
d'être , & c.
Le Monnier , Affocié à l'Académie des
Belles- Lettres , des Sciences & des Arts ,
établie à Rouen.
ن م
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mai , font la lettre O,
le Soleil , circonftance , Misantrope. On
trouve dans le premier Logogryphe , oye ,
oeil , fel , loi , foye , os , fole , lis , Ifle , lie ,
le vafe quifert à expofer le Saint Sacrement.
On trouve dans le fecond , Antoine , Antonie
, Ofca , ira , Nora , Racine , pere &
fils , Ciceron , Antenor , Ino Jo , aftre
& or.
116 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Avec foin tout détour je fuis:
Pour tout peuple , pour tout pays,
• Je ſuis un objet de louanges.
Trop ftrictement , des railleurs cependant
Aprendre les propos étranges,
On va s'écrier à l'inſtant ,
Qu'en France même , il eft mainte Province
Où mon crédit eft affez mince.
Qui que tu fois , Lecteur , ou Gafcon ou Normand
,
Prends peu garde à des traits , où la noire im
poſture
Plus que toute autre chofe a part.
Chacun a ſes vertus , préfens de la nature ,
Et l'on n'en vaut pas moins pour n'être point Pi
card .
Neuf pieds compofent ma ftructure ,
Dont le renverfement & la combinaiſon
Peuvent te procurer bien de la tablature ,
Et produire mots à foifon.
Pour commencer , je t'offre la maifon ,
Où certain grave perfonnage
Tranquillement vivoit en fon ménage ,
Et chaque jour diſoit fon oraiſon,
JUIN.
117
1749.
Tandis que fes pareils bûvoient hors de raiſon,
Titre dont fait peu cas le véritable ſage.
Ce tranfport fi délicieux ,
Dont la mauvaiſe humeur méconnoît l'avantage
L'animal qui chargé d'un harnois précieux ,
Du peuple profterné , nous dit-on , prit l'hom
mage ,
Comme un honneur à lui- même rendu,
Un inftrument , qui fans être tendu ,
Ne te rendra jamais d'uſage.
Un fruit petit , mais excellent.
Le beau pays , dont nous arrive
De nos buffets le plus noble ornement :
Le témoin peu ſuſpect d'une douleur trop vive
D'un timide animal le plus timide enfant.
Ce qui dans une maladie
Annonce mort ou guériſon .
Terme connu dans le blazon. ·
fa
Ce qu'en commençant ſa partie ,
Chaque joueur á foin d'avoir.
Un fluide fort bon , mais quand il est bien noir.
Ville de Baffe Normandie.
')
Autre en Gaſcogne , ou bien en Picardie
L'ouvrage d'un infecte . Un des péchés mortels.
Ornement qu'aux grands jours on met fur les
Autels ,
Ou fi tu veux la tromperie
Qu'entr'eux fe font les jeunes gens
118 MERCURE DE FRANCE.
La glorieufe & brillante voiture ,
Dont fe fervoient jadis les Guerriers triomphans.
Ce que l'on garde bien fans porte ni ferrure.
Meuble utile , & fur tout fait pour ſe repofer.
Aux paffions ce qu'on doit oppoſer.
Ce qu'on met devant fa figure ,
Pour rendre vains les traits d'un feu trop violent.
De l'homme né fuperbe , orgueilleux , infolent ,
L'épithète aflez ordinaire .
Incommodité de cheval.
Funefte fentiment , qu'il convient toujours mal
Et d'avoir & de fatisfaire.
Ce qu'on aime à porter d'une aimable bergere.
Ce qui s'est écoulé pour ne revenir plus.
L'enveloppe de cette eflence ,
Dont le fot , l'étourdi , ne font guéres pourvûs.
Mets marqué quelquefois pour en faire abſtinence.
Le compofé de ces globes charmans ,
Dont la ferme circonference
-Excite , en qui les voit , des défirs très - ardens .
Signe Arabe ou Romain , d'une frequente ufance;
Un Royaume en Europe , & des plus floriflans .
Toiffon; mauvaiſe odeur ; arbre verd en tout tems,
Le coquillage ou prend naiffance
Un fort joli bijou ,
Que plus d'une beauté fait briller à ſon cou.
Mot de dégoût. Théatre où l'éloquence ;
Loin d'émouvoir les paffions ,
JUIN. 119. 1749.
Cherche au contraire à dompter leur puiflance.
Herbe que de nos jours on employe aux bouilions
,
Et qui fut autrefois un figne de victoire.
t
Ce qu'au Palais portent les Procureurs.
Ce qu'on propofe à réfoudre aux Docteurs."
Ciré dont un Concile a relevé la gloire.
Soutien des végé.aux , plus ou moins vigoureux,
Le peuple d'un pays affez vaſte en Afrique,
Dans un terrein vuide ou marécageux ,
Le marchepied qu'a la guerre on pratique,
Le modéle parfait de la fidélité.... `
Le tendre amant de Galathée.
Ce qu'on craint en hyver, & qu'on cherche en été,
Du genre humain nourriture ufitée •
Mais qui veut avec art pourtant être apprêtée.
Ce que nous ſommes tous à nos premiers parens ,
Et ce qu'à notre égard feront nos defcendans .
Comique amuſement que le bas peuple admire ,
Mais où l'homme ſenſe rarement daigne rire,
Aux héritages fcis aux champs
Ce qu'on fait fervir de limites.
Un métal moins que tous l'objet de nos défirs
Inftrument par lequel périrent maints Martyrs ,
Et qui dut leur caufer des peines non petites,
Element tantôt doux , & tantôt furieux.
Pour dévoiler enfin le prétendu mystére ,
Objet de tes foins curieux ,
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un voyageur qu'on nous peint très-pieux ;
Cherche , Lecteur , le bon-homme de pere ;
Sitôt que tu le connoîtras ,
Je te fuis garant très-fincére
Qu'au deffus de tout embarras ,
Mon nom , à déviner , ne te coûtera guére
V.A. A.P. D. R...
AUTRE.
2
EN neuf lettres je donne une illuftre Princeffe,
Dont pour un époux mort on vante la tendreffe
On peut dans certains tems de deuil & de douleurs
,
De l'un & l'autre époux fe rappeller l'hiſtoire.
Quel mortel à la femme ofe ravir la gloire
D'avoir fçû la premiere éternifer fes pleurs ?
De tous les mots divers que fon corps peut prò
duire ,
Je ne prendrai que ceux qui ſemblent mieux inf
truire.
Monftre qui dans l'excèsde fa noire fureur ,
Nerougit pas d'offrir à fon malheureux frere
Un mets fi révoltant, que Phébus par horreur
'A cet affreux feftin refuſa ſa lumiere.
Dans les faſtes facrés je lis & j'apperçoi
Du peuple Moabite un infidéle Roi ,
Qui prêt de perdre enfemble & le trône & la vie
De
JUIN. 1749. 12
De les Dieux prétendus pour contenter l'envie ,
Ofa fur les remparts , aux yeux des ennemis ,
Enfoncer le couteau dans le coeur de fon fils.
Cet effroyable trait de fon aveugle rage
Fit plus pour fon falut, que n'eût fait fon couraget
Du Docteur des Gentils le glorieux berceau.
Genre de Poëfie où triompha Boileau.
Un Juifféditieux , qui dans fon voiſinage
Fit au Prophéte Roi le plus cruel outrage ,
Quand ce Prince trop bon , chaffé de fes Etats ,
D'un fils dénaturé fuyoit les attentats.
Le nom du Dieu fanglant qui préſidoit aux guer
res :
D'un autre qui fervoit à féparer les terres.
Oublirai -je , en paffant ,un Roi des dix Tribus ,
Méchant , mais dont le fils le fut encore plus ?
Dans la Ville de Tyr ce fils prit une femme
Propre à le feconder dans fa conduite infâme.
Les farnoms de Cibéle & de fon vieil époux :
Celui d'un autre Dieu , le Héros des filoux.
Deux foeurs , dont par fa foi l'une obtint un mi
racle ;
Et l'autre , de l'aveu du véritable oracle ,
Fir le choix très- ſenſé du parti le meilleur.
Tu peux en faire autant : penſes-y bien , Lecteur:
7. Vol F
122
MERCURE
DE FRANCE.
Ν
AUTRE
N'E te fatigue pas , Lecteur , à me chercher,
Dans le coeur où je fuis ,je ne puis me cacher,,
J'éclate ouvertement , & j'aime à me répandre : [
Je m'éleve en effet , quand je parois defcendre .
Des fiens , des étrangers un Roi qui fait l'amour ,
Louis dernierement me mit dans tout mon jour.
Tour t'apprendre mon nom ; comme femelle af
fable ,
Je teveux bien ouvrir & l'Hiftoire & la Fable.
Lis . Un Roi , qui de taille égale à ſa vigueur ,
Avoit un lit de fer d'une énorme longueur :
Ce géant eut le fort du fier Amalécite ;
11 périt fous les coups du peuple Ifraëlite, a
L'esclave généreux qui par fon lang verfé ,
Signala fon amour pour ce Maître infenféle
Qu'Octave triomphant vit jadis en Epire ,
Perdre tout à la fois & l'honneur & PEmpire..
Un bâtard de Thiefte , éleve de Bergers ,
Après plus de dix ans de gloire & de dangers ;
Agamemnon trahi par fa perfide femme ,
Vint périr dans les bras de ce parent infâme.
Attends , barbare , & vois le chef de tes bourreaux....
Mais fe contiendra- t'il , ce vengeur d'un Héros ?
Pour avoir fans égards pris trop d'une victime ,
D'affreuses vifions lui reprochent fon crime.
JUIN. 1749.
123
Un voyage entrepris fur les feithiques bords
De fon coeur déchiré calmera les remords.
Roi , qui donna fon nom à la Ville de Troye .
De Jupin , qui l'aimoit , fon fils devint la proye
Prince du même fang , qu'un Poëte Latin ,
Se fervant à propos des Dieux & du Deſtin
Prétend avoit mené dans les champs d'Aufonie
De fa Patrie en feux une troupe bannie .
Un cruel Roi de Thrace , incefte fans pitié ,
Qui fous l'appas trompeur d'une fimple amitié ,
A la fage Procné devenant infidéle ,
>
Ofa forcer la four , la trifte Philoméle.
Autre Roi , que Minos obligea lâchement
De payer à la Créte un tribut infamant.
Une mer fous fon nom fameufe dans l'Hiftoire ,
De fa funefte mort conſerve la mémoire,
Déeffe avec laquelle un Roi , d'ailleurs difcret ,
Feignit d'entretenir un commerce fecret ,
Pour faire mieux goûter à fon peuple fauvage
D'un état policé le folide avantage.
Je t'accompagnerois , Lecteur , jufqu'à demain ,
( Qui marche fur dix pieds , fait beaucoup de chemin.
)
Mais on m'attend ailleurs : contente de ton zéle ,
Je retourne à la Cour , où ton Prince m'appelle.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE.
JE
AUTR E. *
E ſuis deux mots , & ne fuis qu'un ;
Sans le dernier le premier refte ,
Sans le premier le dernier , lefte ,
Va toujours d'un pas peu commun .
J'habite les vaftes campagnes ,
Je me déplais dans les bas lieux.
Si l'on me voit fur les montagnes ,
On peut dire que j'en vaux mieux,
Par l'Art de la méthamorphoſe ,
Si tu changes le vent en eau ,
Je ſuis toujours la même choſe ,
Mais je fuis au bas du côteau.
C'eft allez pour une famille
D'avoir ce qui fe trouve en moi ;
Je contiens un fleuve , une Ville ,
Je donne un Prophéte & la Loi.
Chez moi l'on peut trouver un âge ,
Comme un célébre Médecin ,
Un mulet avec de la manne ,
Et de quoi revêtir Colin.
L'eau , le vin , la laine & latoile ,
Sont en moi prêts à tout beſoin.
* On ne nous a point envoyé le mot de ce Logogryphe.
Nous avertiffens que nous neferons point imprimer
, ni les Logogryphes , ni les Enigmes que les Auteurs
nous laiferont ainfi deviner,
JUIN. 1749. 125
Amans vous y trouvez le voilé ,,
Mais il ne va pas fans témoin.
Pour abréger ce cocalâne ,
Si tu ne peux me deviner ,
Lecteur , entends- tu braire un âne ?
De ce côté vas me chercher.
Par **** de Falaife.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX- ARTS , &c.
ALTHE , ou l'ISLE- ADAM , dernier
Grand-Maître de Rhodes , & premier
Grand- Maître de Malthe. Poëme ,
dédié à M. le Duc de Valentinois. Par M.
Privat de Fontanilles, A Paris , rue Saint
Jacques , chez Huart & Moreau , fils
Libraires de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , à la Juftice & au grand Saint
Bafile , & chez Durand , an Griffon & à
Saint Landry , 1749 , in- 8 ° . 196 pages.
Avec Approbation & Privilége.
Le fujet de ce Poëme eft l'établiffement
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean
de Jerufalem , dans l'Ifle de Malthe. Cet
ouvrage eft divifé en ' dix Chants . Ici ,
comme dans l'Eneïde , les deux Héros
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
ont à peu près la même deftinée & les
mêmes vûes ; mais le Poëte Latin , n'ayant
travaillé que fur un
fur un plan preſque entierement
fabuleux , ne l'a dû qu'au travail de
fon imagination , au lieu que M. Privas
de Fontanilles a trouvé le fien prefque tour
formé par la vérité de l'Hiftoire. Autant
que nous pouvons juger de ce Poëme , en
parcourant les fommaires des Chants , il
nous paroît que l'ordonnance en eft ingénieufe
& fage ; que les épifodes ont une
liaifon naturelle avec l'action principale ,
& qu'en général l'ouvrage doit recevoir
un favorable accueil , fi la majefté de la
verfification répond à celle des évene
mens.
TRAITE DES SYSTE'MES , où l'on en
démêle les inconvéniens & les avantages ,
par l'Auteur de l'Effui fur l'origine des
Connoiffances Humaines . Ala Haye , chez
Neauline , 1749 , 2 vol . in- 12 .
Une des parties qu'on lira avec le plus
de fatisfaction dans cet ouvrage eft l'expofition
& la réfutation du Systême des Monades.
L'Auteur détruit auffi le Systême de
Spinola . Ce n'étoit pas affez de nous montrer
, par l'exemple de plufieurs inventeurs
de fyftêmes, combien les principes abftraits
font inutiles & dangereux . M. l'Abbé de
Condillac effaye de découvrir ceux dont
JUIN. 127 1749 .
on peut faireufage, & il remarque judicieufement
, qu'on eft bien près de connoître la
méthode qui conduit à la vérité , quant on
connoit celle qui en éloigne. Après avoir établi
, que pour s'affûrer de la vérité d'une
fuppofition , il faut 1. pouvoir épuifer ,
par rapport à la queftion , toutes les hypothefes
poffibles ; 2. avoit un moyen qui
confirme notre choix , on qui nous faffe
reconnoître notre erreur , il convient que
lorfque ces deux conditions font réunies ,
Pulage des fuppofitions eft utile & même
néceffaire. L'Auteur examine enfuite les
cas , dans fefquels on peut faire des fyfte
mes fur des principes conftatés par l'expé-`
rience . It reconnoît la néceffité dont eft
Tufage des fyftemes en Politique , en Phyfique
& dans les Arts , mais en même tems
il indique les vues qu'on doit fe propofer ,
& les précautions qu'on doit prendre , en
employant cette maniere de procéder &
de philofopher.
RELATION des conquêtes faites dans les
Indes , par D. P. M. d'Almeida , Marquis
de Caftel - Nuovo , Comte d'Affumar , Viceroi
& Capitaine Général des Etabliffemens
Portugais , dans les Indes. Tradui
te du Portugais de Don Emanuel de Meirelles
, qui s'y eft trouvé préfent , & de
Italien d'un Auteur Anonyme , imprimé
Fj
128 MERCURE DE FRANCE.
à Rome l'année derniere. A Paris , chez
Bordelet , rue Saint Jacques vis - à- vis le
Collége des Jefuites , 1749 , in- 12 . Avec
Approbation & Privilége .
*
Cette Relation préfente le tableau des
deux dernieres Campagnes des Portugais
de Goa dans les Indes. On y voit briller,
d'un côté , tant de capacité & de prudence
de la part du Général , & de l'autre , tant
de bravoure & d'amour de la gloire de la
part des foldats , que de fi belles actions
méritoient de ne pas demeurer enfevelies
dans un petit coin de la terre . Il ne faut
pas s'attendre à voir ici de grandes armées,
de longs fiéges , de fanglantes batailles ;
mais ce n'eft pas toujours au milieu d'une
nombreufe multitude de foldats , qu'un
Général fe fait le plus admirer par les juf
tes appréciateurs du mérite des Guerriers,
Dans les expéditions dont cette Relation
contient le détail , on ne voir qu'environ
trois mille hommes agir , mais la plupart
agiffent en Héros . On ne peut lire fans
étonnement tout ce qu'une poignée d'Efpagnols
& de Portugais a fait autrefois
dans les Indes. Ici , l'on reconnoîtra fans
peine les defcendans de ces anciens Condu
querans nouveau monde.
L'OMBRE du Grand Colbert , le Lou
vre , & la Ville de Paris. Dialogue. Ale
Haye , 1749.
JUIN. 129 1749.
Bien des gens aiment le vrai , le fentent,
mais n'ont pas le courage de le dire . L'Auteur
de ce Dialogue réunit ces trois qualités.
Il avoit déja , dans plufieurs brochures précédentes
, donné des preuves de fon zéle
pour la perfection des Arts ; aujourd'hui
il éleve de nouveau la voix , pour retracer
les grands projets que, feu M. Colbert
avoit formés , & commencé à exécuter ,
relativement à cet objet. Les Lecteurs
trouveront dans cet ouvrage plufieurs morceaux
écrits avec beaucoup de feu & d'é
loquence , & diverfes anecdotes intéref
fantes , qui n'étoient fçues que d'un petit
nombre de perfonnes. Par tout , l'Auteur
fe montre également homme de goût &
bon Citoyen.
CONSIDERATIONS fur le génie & les
moeurs de ce fiécle. A Paris , chez Durand,
rue Saint Jacques , au Griffon , & Piffet,
Quai des Auguftins , à la Sageffe , 1749.
Avec Privilége.
2
Nous nous contenterons de copier quelques
endroits de ce Livre , qui n'eft con
pofé que de réflexions détachées. En voici
quelques-unes de morales.
"L'avarice regne dans le monde : elle
» en partage l'empire avec la volupté. Je
»l'ai furprife avec le fafte même ; on
la démêle à travers l'affectation de la
FY
130 MERCURE DE FRANCE.
dépenfe . La médiocrité feule , fi amie de
la raifon , a l'honneur d'être toujours
égale , fimple & naturelle .
"
Il n'y a pas plus de mérite à avoir de
» l'efprit , qu'à avoir de beaux yeux . L'efprit
& la beauté , fans ceffer d'être dignes
d'admiration , peuvent devenir méprifables
par l'abus qu'on en fera.
»
..
» Il n'y a que celui qui voit tout , qui
fçait la caufe de tout , qui voit- la defti-
» nation & le terme de tout , qui n'ait de
» préjugé fur rien . Or quel homme con-
» çut jamais une telle audace ? Celui qui
trouvant cette voie inacceffible à la foi-
» bleffe humaine , pour ſe débarraffer de
» tous les préjugés , a pris le parti de tout
» nier & de ne rien croire ; celui-là même
en a un bien humiliant à force d'extra-
»vagance , c'eft qu'il ne puiffe point y
avoir de vérité connue , & que tous les
»hommes de tous les fiécles ayent toujours
» été dans l'erreur.
»
» Un homme qui menace de plaider ,
» reffemble affez au Médecin de Moliere ,
qui menace de donner la fiévre .
On craint toujours d'offenſer ceux que
»l'on aime : on fe plaît quelquefois à of-
>> fenfer ceux que l'on craint.
La réflexion fuivante renferme une
très -bonne leçon pour certains maîtres de
maiſons.
JU. IN. 1749, 131
و ر
33
Il eft ridicule de fixer les places aux
gens qu'on reçoit dans le cercle , ou qu'on
appelle aux feftins. Les diftinctions fen-
»fibles & trop marquées font embarraffan-
»tes pour les uns , & défobligeantes pour
» les autres dans la fociété. C'est une République
: l'équité doit y régler les rangs.
» Je fuppofe qu'elle eft éclairée par Ja
politeffe & par le refpect des bienféances.
» Comme on ne doit vivre qu'avec des
» gens de ce caractère , il faut leur laiffer
» la gloire de fe faire juftice eux mêmes.
» Celui qui auroit cedé , écoute avec répu-
» gnance qu'on l'avertiffe de le faire . Il
ne faut pas enlever à l'homme de mérite
» le plaifir de céder à l'homme qualifié , ni
» à l'homme qualifié la gloire de s'affeoir
» après l'homme de mérite.....
»
DE PACE , ORATIO GRATULATORIA
habita à Ludovico Petit , Humanitatis Profeffore
, in Collegio Mazarinao. Difcours für
la Paix , prononcé au Collège Mazarin
par M. Petit , Régent de Seconde . A Paris,
chez Thibonft , Imprimeur du Roi & de
l'Univerfité.
La magnanimité du Roi dans la guerre ,
l'équité & le défintéreffement de Sa Majefté
dans la Paix , fourniffent la matiere
des deux Parties de ce Difcours , qui méri
FV)
132 MERCURE DE FRANCE.
te fort d'être lû par les amateurs de la belle
Latinité.
L'ANTI-LUCRECE , Poëme fur la Religion
naturelle , compofé par M. le Cardinal
de Polignac , traduit par M. de Bougainville
, de l'Académie Royale des Belles
Lettres. Deux tomes in- 8° . Le premier
de 338 pages , dont 85 pour le Difcours
préliminaire , 19 pour la vie de M. le
Cardinal de Polignac , & le refte pour la
traduction . Le fecond tome de 338 pages
, y compris la Table des matieres. A
Paris , chez les freres Guerin , rue Saint
Jacques , 1749.
ANNALES abregées des Rois de Syrie ,
& de ce qui s'y eft paffé depuis la mort
d'Alexandre le Grand , jufqu'à l'arrivée de
Pompée , avec les Médailles qui éclairciffent
ces Annales , & d'amples Prolégoménes
, &c. Par Erafme Froelich , à Vienne,
en Autriche , 1744 , in-folio , de 136. pages
, fans compter l'Epitre Dédicatoire &
les Tables qui en tiennent 18. L'ouvrage
eft en Latin.
ELEMENS de l'Art Militaire , par M.
d'Hericourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Capitaine & Premier
Aide-Major du Régiment du Roi . Deux
yolumes in- 12 . Nouvelle édition. APaJUIN
. 1749. 135
ris , chez Giffey , rue de fa vieille Bou
clerie , & David , le jeune , rue du Hurepois
, 1748.
>
DISSERTATION hiftorique , facrée &
profane , fur l'Amphithéatre Flavien de
Rome , appellé vulgairement le Collifée
par le Chanoine Jean Marangoni , de Vicenze
, dédiée à M. le Marquis Alexandre-
Gregoire Capponi , Grand Fourier du Sacré
Palais Apoftolique. A Rome , 1746 )
chez les Pagliarini , Libraires-Imprimeurs,
Volume in-4°. de 88 pages , fans y comprendre
l'Epitre Dédicatoire & la Table
des matieres. Le frontifpice du Livre eft
orné du type de deux Médailles , qui
repréfentent le Collifée. L'ouvrage est en
Italien.
M. C. HENRICI LANGII Gymnaf. Lubec.
Confr. Societ. Inftitutiones Stili Romani fecundum
difciplinam veterum , præceptis &
exemplis adornata. Accedunt indices neceffarii.
Editio auctior & emendatior , Lubecæ,
Sumptibus Jena Schimidii , 1747. in 80.
RERUM Mecleburgicarum Libri VIII……..
tam ex hiftoria antiqua quam ex recentiori...
à Matthia Joanne Beehr , Equite Mecleburgico
ex M. edidit... Joannes Erhardus
Kappius Eloquentia in Academia Lipfienfi
Profeffor. Lipfia , Sumptibus Joannis Chrif
tiani Martini , 1741 , in-folia.
134 MERCURE DE FRANCE.
CAROLI du Frefne , Domini Ducange
Illyricum vetus & novum , &c. Pofonii
1747 , in-folio.
MAGNI HYPPOCRATIS Coi opufcula apho
riftica Semico- therapeutica VIII. Una cum
jurejurando , Græcè & Latinè , ex interpretatione
Anutii Fafii , aliorumque , in ufum
Jacra gentis Afclepiadea enarrata. Bafileæ ,
Sumptibus Joannis-Jacobi Epifcopii , Bibliopola
, 1747 , in- 8°.
DISCOURS en vers & autres Poëfies ,
avec cet Epigraphe , Sermone opus eft triſti ,
Sape jocofo. Horat. Brochure de 52 pages ,
1749. A Geneve , chez Boufquet.
On a imprimé dans la même Ville un
ouvrage fur la Phyfiologie , par le célébré
M. Haller.
NOUVELLE METHODE pour perfectionner
la manipulation des drogues , où l'on
prend pour exemple l'élixir de proprieté .
A Londres , chez C. Davis , près de la porte
de Grui's inn , Imprimeur de la Societé
Royale en 1747 , in - 8 ° .
EXPERIENCES de Médécine fur les animaux
, faites pour découvrir une méthode.
fûre & facile pour diffoudre la pierre de
la veffie par injections , aufquelles on a
ajouté un cours d'expériences fur le Laurier
cérife ., pour connoître les effets fur
les animaux , lorfqu'on le leur fait pren
JUÍN. 1749.3 135
dre en trop petite quantité pour leur caufer
la mort , & un nombre d'obſervations
& d'expériences fur les vapeurs du foufre ,
oùl'on voit de quelle maniere elles nuifent
au corps humain , qui ont été lûes à la
Société Royale par M. Browne Langrish ,
du Collège des Médecins de Londres , &
Membre de la Société Royale. A Londres,
chez Hitch au Lion rouge , dans Pater
nofter-Row , 1746 , in- 8 ° .
›
ABREGE de la pratique de la Médecine
, ou plan d'un fyftême de Médecine
pratique , en vingt- quatre leçons , &c. par
M.Théophile Labb, du Collège des Méde
cins de Londres , & de la Société Royale.
ALondres , chez James Buckland , Libraire
dans Pater nofter Row , 1747 , in- 8 ° .
REMARQUES fur le plan de la nouvelle
Pharmacopie de Londres , propofée par
le Collège de Médecine , & publiée par le
Committé formé à cet effet en 1745. A
Londres , chez R. Willook , à l'enſeigne de
la tête de M. Newton , dans Cornhill
1745 , in- 8°.
SYSTEME de Médecine , conforme aux
loix de la nature , ou nouvelle pratique
méchanique de Médecine , contenant des
principes , & une méthode nouvelle pour
conferver la fanté & guérir les maladies ,
fondés fur les loix de la nature , du
136 MERCURE DE FRÅNCE.
mouvement & de l'économie animale , où
l'on téfout le problême de l'application
des propriétés & qualités méchaniques des
trois agens univerfels , l'air , l'eau & le
mouvement , par des machines qu'on peut ,
appliquer à tout le corps humain , ou à
quelqu'une de fes parties en particulier
par David Stephenfon , Maître ès Arts. A
Londres , imprimé chez J. Han , pour le,
compte de l'Auteur , 1745. Volume infolio
, avec figures.
EXPLICATION des premieres caufes
d'action dans la matiere , & de la caufe
de la gravitation , par Cudwallader Polden
, imprimée en premier lieu dans la
Nouvelle Yorck en 1745 ,. & réimprimée
à Londres , chez J. Brindley , Libraire de
Son Alteffe Royale le Prince de Galles , à
P'Enfeigne des Plumes , dans le nouveau
Bond-Street , 1746 , in- octavo .
VOYAGE autour du monde dans les années
1740 , 1 , 2 , 3 & 4 , par Georges
Anfon , Commandant en Chef une Efcadre
de Sa Majefté Britannique , envoyée
pour une expédition fecrette dans les Meis -
du Sud , in-quarto. A Londres , chez Jean
& Paul Knapton , 1748 , avec figures . Ces
fept derniers Ouvrages font en Anglois.
ELEMENTA Phyfiologia juxtafolertiora,
noviffimaque Phyficorum experimenta , & acJUI
N 1749. 1137
suratiores Anatomicorum obfervationes, concinnata.
Auctore Jofepho Lieutaud , Regis Confi
liario , Anatomes Profeffore Regio in Univerſi
tate Aquifextienfi , & Societatis Regia Londinenfis.
Amftelodami , fumptibus Fratrum
de Toumes , 1749. in octavo .
€
ON TROUVE à Paris , chez Durand
rue Saint Jacques , au Griffon , & Piffot
fils , Quai des Auguftins , la Callipedie
traduite du Poëme Latin de Claude Quil
Let , avec le Latin à côté , imprimée à
Amfterdam .
DISSERTATION fur les Eaux de Bourbonne
, par M. Charles , Profeffeur en
F'Univerfité de Befançon , ci- devant Intendant
de ces Eaux. A Befançon, chez Claude-
Jofeph Daclin , Imprimeur ordinaire du
Roi , 1749 , in- 12 .
ANNALES GALANTES de la Cour
de Henri II. par Mademoiſelle de Luffan,
1749 , deux volumes in- 12. A Amfterdam
chez Jacques Defbordes , près le
Comptoir de Cologne ; tous les Ouvrages
de cette Demoifelle fe trouvent à Paris ,
chez la veuve Piffot , Quai de Conty.
LES DELICES de la Paix , Divertiffement
, par M. Pipereau. Les paroles
& la mufique font du même Auteur. A
Paris , chez la veuve Knapen , au bas du
Pont Saint Michel , du côté de la ruc
i
138 MERCURE DE FRANCE.
Saint André des Arcs. , au bon Protecteur ,
1748. Brochure in- quarto de douze pages.
HISTOIRE duThéâtre François depuis
fon origine jufqu'à préfent. Tome XIII.
in- 12. A Paris , chez P. G. le Mercier ?
Imprimeur-Libraire , rue Saint Jacques
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , rue
Saint Jean de Beauvais, vis- à - vis le College ,
1748 .
Avis pour la conduite d'un jeune
homme , par M. le M. D... ..à Vitry ,
chez Jobart , Libraire fur la Place , vis - à- vis
l'Eglife de N. D. 1748 , in- 12 , de 102 pages
, fans l'avant-propos & la Préface qui
en contiennent zo ..
M. Fel fait graver le premier volume
d'un recueil d'Airs & de Duo de fa compo
fition. Ce volume ne tardera pas d'être
fuivi d'un fecond. La diferte , dans laquelle
on eft de ces fortes de recueils , donne lieu à
M. Fel d'efpérer que ceux - ci feront bien reçus
du Public.
David , le jeune , Libraire , à Paris ,
Quai des Auguftins , au Saint Efprit , dé
bite une nouvelle édition de la Théorie
des Sentimens agréables , où après avoir
indiqué les régles que la Nature fuit dans
la diftribution du plaifir , on établit les
principes de la Théologie naturelle, & ceux
JUIN. 139 1749.
de la Philofophle morale , in- octavo . I vo
lume. 2 livres fols relié .
C
Les Oeuvres de Moliere . & vol . petit format,
ornés de figures gravées fur les deffeins
de M. Boucher. 16 I. relié.
Oeuvres de Corneille. 11 vol . Nouvelle
édition . 33 1. relić.
Les Mémoires de M. de Pontis , in- 12
2 vols 1. relié.
Le même Libraire a reçû d'Angleterre &* ?
d'Ecoffe les Livres ci-après .
Sophocle Grec & Latin , in- octavo . 2
vol imprimé à Glafcou , en 1744. 12 l.
relié.
Homere Grec & Latin , in- octavo . 2 vol.
1744. 12 1. relié.
Echile Grec & Latin , in- octavo, 2 vol.
1744. 12 l. relié.
Pindare Grec & Latin , in - octavo. I vol.
1743 6 1. relié.
in- Les Philippiques de Démosthene
octavo , grand papier , Grec & Latin . 7. L
telić .
Marc Antonin , in- octavo. 1 vol. Grec &
Latin. 6 1. relié.
Efope & Lucain, in - octavo. 1 vol . Gree
& Latin, 6 l.
Virgile , petit format , fuperbement imprimé.
61. relié.
140 MERCURE DE FRANCE.
Horace , in-octavo. 1 vol. édition de
Glafcoù . 6 I.
Livres Anglois.
Abrégé desTranfactions Philofophiques,
in-octavo. 10 vol . 1745. Sol. blanc .
Hiftoire naturelle de 400 animaux re .
préſentés en figures , in- 12. 1 vol . 6 I.
blanc .
Les Ouvrages de Mathématique de
Sempfon , in-quarto , 7 vol 49 I. blanc.
Idem , de Muller , in-quarto . 4 vol . 28 1,
Hiftoire de Gilblas de Santillanne, 4
vol. 101. blanc.
AVERTISSEMENT
Qui nous est envoyé par M. Haller ,
inferé dans le Mercure.
L'ayant
pour
être
'Auteur anonyme de l'Homme machine ,
m'ayant adreffé fon Ouvrage , également
dangereux & peu fondé , je crois,
devoir à Dieu , à la Religion , & à moimême
, l'avertiffement que je prie Meffieurs
les Auteurs du Mercure , d'inférer
dans leur Ouvrage périodique. Je
défavoue ce Livre comme entierement op
pofé à mes fentimens , je regarde fa Dédicace
comme un affront plus cruel , que
JUI N. 1749.
147
tous ceux que l'Auteur anonyme a faits
à tant d'honnêtes gens , & je prie le Public
d'être affuré que je n'ai jamais eû de
liaifons , de connoiffance , de correfpondance
ou d'amitié,avec l'Auteur de l'Homme
machine , & que je regarderois , comme le
plus grand des malheurs , toute conformité
d'opinions avec lui . Signé, Haller, Confeiller
Aulique , Medecin du Corps de Sa
Majefté Britannique , & Profeffeur ordinaire
de l'Univerfité , Membre du Confeil
Souverain de la République de Berne,
A Gottingen , le 12 Mars 1749.
I
PRIX
Propofe par l'Académie Royale des Sciences,
pour l'année 1751.
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçû le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
J'utilité que le Public en pouvoit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribués à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de fujets qu'il a
indiqués dans fon teftament , & dont il a donné
: des exemples.
Les fujets du premier Prix regardent le Syftême
général du Monde & l'Aftronomie phyfique,
142 MERCURE DE FRANCE.
Ce Pix devoit être de 2000 livres , aux termes
du teſtament , & ſe diftribuer tous les ans ; mais la
diminution des rentes a obligé de ne le donner
que tous les deux ans , afin de le rendre plus confidérable
, & il fera de 2500 livres.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & ſera
de 1000 livres.
L'Académie avoit proposé pour le fujet du Prix
de l'année 1749 , la meilleure maniere de déterminer
, lorsqu'on eft en mer, les courans , leur force
-leur direction.
Il lui a paru que cette question étoit à peine
effleurée dans les recherches qu'elle a reçues : ainfi
elle croit devoir propofer de nouveau le même
fujet pour l'année 1751. Le Prix fera double , c'eſtà
dire de 4000 livres .
Les piéces déja envoyées concourront , & les
Auteurs pourront y faire tels changemens qu'il ju
geront à propos .
Quoique la queftion propofée appartienne à la
pratique , néanmoins l'Académie croit qu'on
pourroit trouver des vues pour la réfoudre dans
une bonne théorie fur la caufe des courans ; ainfi
elle ne regardera pas , comme étrangetés aŭ ſujet
propofé , les réflexions phyfiques fur la nature des
courans , qui pourront fe trouver dans les pièces
qu'elle recevra , pourvu que les Auteurs ne perdent
pas de vue la queftion de pratique , qui eſt la
principale.
Les Sçavans de toutes les Nations font invités à
travailler fur ce fujet , & même les Affociés Berangers
de l'Académie . Elle s'eft fait la loi d'exclare
les Académiciens régnicoles de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoſeront , fant invités à écriro en
I
1749. 143
François ou en Latin , mais fans aucune obligation
; ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudronr, & l'Académie fera traduire leurs ou
vrages.
On les prie que leurs écrits foient fort lifibles ,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algébre,
Ils ne mettront point leur nom à leurs ouvrages,
mais feulement une Sentence ou Devife. Ilss pour.
ront , s'ils veulent , attacher à leur écrit un billet
Léparé & cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence leur nom , leurs qualités & leur
adreffe , & ce billet ne fera ouvert par l'Acadé
mic qu'en cas que la piéce ait remporté le Prix,
t
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains. Dans ce fecond cas le Secretaire en don❤
nera en même tems, à celui qui les loi aura remis,
fon récépiffe , où fera marquée la Sentence de
Pouvrage & fon numéro , felon l'ordre ou le tems
dans lequel il aura é é reçû ..
""
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au pres
mier Septembre 1750 exclufivement.:
L'Académie , à ſon affemblée publique d'après
Pâques 1791 , proclamera la Piéce qui aura remporté
ce Prix.
S'il y a un récépiffé du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
lui rapportera ce récépiflé. Il n'y aura à cela nulle
autre formalité.
S'il n'y a pas de récépiffé du Secretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à Auteur même,
qui fe fera connoitre , on au porteur d'une procu
ration de fa part.
I
144 MERCURE DE FRANCE,
PLANCHES ANATOMIQUES.
Dans le Mercure de Janvier 1749 , on trouvera
le détail des cinq nouvelles Planches
Anatomiques , que M. Gautier diſtribue actuellement
au Public . Ces cinq Planches , jointes aux
trois qui ont été délivrées au mois d'Octobre
dernier , font une Céphalatomie complette & trèsdétaillée
, de couleur & grandeur naturelle , dans
laquelle toutes les parties du cerveau , de la face
& du col , font démontrées. Les originaux de ces
pieces , peints par M. Gautier , & démontrés par
M. Tarin , ont été préfentés à l'Académie des
Sciences avant d'être graves . Meffieurs Vinflow
& Morand , Commiffaires nommés pour Pexamen
de cet Ouvrage , en ont donné leurs approbations,
On a lieu d'efpérer que le Public , amateur de
l'étude du corps humain , trouvera dans ces dernieres
planches , de quoi fatisfaire fa curiofité,
Pour completter le cours entier d'Anatomie ;
M. Gautier propose une quatrième & derniere
foufcription de dix - huit grandes planches ,
dont le prix fera un peu plus fort que celui des
précédentes : c'eft pourquoi , il eft à propos d'avertir
le Public qué les Planches que l'on va don
ner , feront doubles de celles de la Myologie & de
Ja Céphalatomie , que l'on diſtribue actuellement ;
foit par le détail ou par la grandeur. On les auroit
données au même prix en les multipliant davantage
, ce qui auroit empêché de les affembler
pour former des corps entiers de grandeur naturelle.
Projet
JUIN. 1749. 145
Projet de la quatrième & derniere Sufcription
qu'on annonce préfentement au Public.
On donnera , pour completter ce qui reste à
démontrer dans l'Anatomie de couleur & grandeur
naturelle , encore dix- huit planches , comme
avoit promis feu M. Duverney dans fon projet
publié en 1748 , & l'on ne fupprime de ce projet
que l'Anatomie comparée des animaux , qui eft
une partie plus curieufe qu'utile . Le fupplément
qu'il vouloit donner en petites figures pour voir
le corps affemblé , fera compris dans les dixhuit
Planches de cette Soufcription , en forte
que douze de ces Planches formeront fix figures
de grandeur naturelle , deux d'homme , deux de
femme , & deux d'enfant.
C'eſt- à-dire , que les trois premieres Planches
qu'on livrera d'abord , formeront une femme de
cinq pieds deux pouces la premiere Planche
contiendra la tête , & une partie des épaules , &
le bras : la feconde contiendra le corps & l'autre
bras diffequés , la matrice ouverte , & le foetus
dans la matrice ; & la troifiéme contiendra la
Névrologie & l'Angéiologie des extrémités inférieures
, c'est- à-dire , des cuiffes , des jambes &
des pieds.
>
Les trois de la feconde diftribution pourront
fe joindre , fi l'on veut à côté de celles- ci , &
formeront un homme de cinq pieds & trois ou
quatre pouces de haut , dont la tête fera vûe de
profil dans la premiere Planche . Dans la deuxième
Planche , fera contenu le corps ouvert , où l'on
verra le coeur , les poulmons , le foye , les reins ,
la veffie , & les parties de l'homme , avec l'Angéiologie
du tronc , &c . & la troifiéme Planche
Contiendra les cuiffes , les jambes ,; & les pieds
I. Vol.
"
G
146 MERCURE DE FRANCE.
diffequés & injectés ; & à côté , dans cette Planche,
il y aura un fquelette d'enfant debout , vú latéra
lement.
Ces fix Planches qui ne feront qu'un feul tableau
, quand on voudra les joindre , feront le
morceau le plus rare & le plus curieux qui ait
jamais paru en Anatomie ; il fera voir tout à la
fois un homme , une femme & un enfant , diffequés
, de couleur & grandeur naturelle , le foetus.
& le placenta dans leur fituation véritable , contenus
dans la matrice , & le cordon ombilical , & c .
On verra dans ces figures , prefque tous les vifceres
en fituation , & toute l'Angéiologie à la
fois , & une grande partie de la Névrologie , de
l'Oftéologie , & des parties de la génération des
deux fexes , & les fix Planches fuivantes feront
pour démontrer l'Anatomie des vifceres en particulier
. Les fix dernieres pourront auffi fe joindre
enfemble comme les précédentes , & formeront
deux figures entieres de grandeur naturelle , une
d'homme & une de femme , pour l'Angéiologie
extérieure de la tête aux pieds , tant de la partie
antérieure que de la partie poftérieure , & un fquelette
d'enfant , ce qui fera l'Anatomie complette,
Voici les payemens de cette derniere Soufcription
, & le tems des diftributions.
En recevant les cinq dernieres Planches de l'Anatomie
de la tête , on foufcrira pour la premiere
diftribution de cette partie , & on donnera
dix- huit livres , ci
En recevant les trois premieres Planches
qui formeront le corps de la femme on
donnera dix huit livres , ci
"
En recevant les trois Planches fuivantes
qui formeront le corps de l'homme , on donpera
douze livres , ci
-18 1.
18 1
12 1.
JUIN. 1749 .
147
En recevant les trois Planches qui fuivront
cette feconde diftribution, on donnera douze
livres , ci ·
En recevant les trois autres on donnera
>
douze livres , ci
En recevant celle de la quatriéme diſtribution
qui fera une troifiéme figure entiere
, compriſe en trois Planches , on donaera
encore douze livres , ci
Total , ci
121.
12 1.
12 1.
841. On délivrera enfuite les trois dernieres Planches
de l'Anatomie , & de cette Soufcription , qui
feront une quatriéme figure fur pied , & fans rien
recevoir de tous ceux qui auront foufcrit. Ceux
qui ne fouferiront point , payeront les dix- huit
dernieres Planches , 125 liv.
On fera reçu à foufcrire , foit que l'on ait pris
les précédentes Soufcriptions ou que l'on ne
prenne que celle- ci , juſques à la fin d'Août, prochain
.
•
La premiere diftribution fe fera dans le courant
de Septembre , Octobre , Novembre & Décembre
prochains : la feconde dans le courant de Janvier,
Février , Mars , Avril 1750 : la troifiéme dans
le courant de Mai , Juin , Juillet & Août fuivans : `
la quatrième dans le courant de Septembre , Octobre
, Novembre & Décembre de la même année
1750 : la cinquiéme dans le courant de Janvier ,
Février & Mars 1751 : & la fixiéme & derniere
diftribution dans le courant d'Ayril , Mai & Juin
fuivans ; en forte que tout fera fini , comme on
l'avoit promis , avant les fix premiers mois de l'année
1751 .
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plicatives.
Récapitulation des Soufcriptions qui ont été
propofées pour cet Ouvrage.
Planches avec leurs tables ex- Ont coûte A ceux qui
Les huit premieres de l'Effai
aux Souf- n'ont pas
cripteurs. foufcrit.
de Myologie , ci 24 liv. 36 liv.
Les douze fuivantes qui complettent
la Myologie , ci 36 liv. 54 liv.
Total de la Myologie , ci 60 liv.
90 liv. Les huit de la troifiéme Soufcription
, contenant l'Anatomie
de la tête , çi
24liv. 36 liv
Les dix-huit de la quatriéme &
derniere Soufcription qu'on
propofe actuellement , couteront
ci 84 liv. 126 liv
Total général des 46 Planches, 168 liv . 252 liv .
On regardera de tout tems comme un Phénomene
, qu'un Particulier ait lui feul exécuté
dans cinq années de tems un fi vaſte projet , qui
avoit échoué en plufieurs endroits de l'Europe , &
pour lequel il a fallu 40000 livres de fonds , que
le Public a fourni ; car il s'agiffoit ici de peindre
les originaux de grandeur naturelle de 46 Planches
, avoir pour cet effet la diffection de plus
de 300 fujets entiers ou en parties , graver 184
cuivres , dont quatre ne peuvent former qu'une
feule Planche , par rapport aux couleurs dont
elles font compofées ; fupporter un procès de
quatorze mois , & avoir un autre retard force.
Le tout compris dans un fi petit efpace de tems
qui à peine quelquefois a pû fuffire pour former
Les arrangemens de certains projets de moindre
JUIN. 1749. 149
conféquence. C'eft cependant ce que le Sieut
Gautier efpere exécuter , en ayant déja donné
une preuve convaincante , par la diftribution des
trois quarts de cet Ouvrage , fait jufqu'à ce jour ,
que lui feul a peint & gravé d'après nature.
On foufcrit chez le Sieur Gautier , Graveur
du Roi , feul en France Privilégié pour ces Planches
Anatomiques , qui demeure préfentement
rue de la Harpe , à la feconde maifon neuve entre
la rue Poupée & la rue Percée , où eft fon Enfeigne.
Chez Quillau, Libraire de l'Univerfité & de Me
decine , rue Galande.
Chez Boudet , Libraire-Imprimeur du Châtelet ,
rue Saint Jacques.
On pourra relier cet Ouvrage avec les Tables explicatives
des Planches , en un ou deux volumes , en
forme d'Atlas, ou in- folio , en pliant les grandes Planches
en deux.
Les Sieurs Viguiers & Villars , ci - devant Aſſociés
du Sieur Gautier , doivent ( à ce qu'ils lui
ont fait dire ) inférer dans le Mercure du préienz
mois , une réplique fous le nom du Sieur Robert.
C'est la feconde fois que le Graveur , qui travaille
pour lefdits Sieurs Viguiers & Villars , paroît
dans le Mercure . Le Sieur Gautier juge à propos
, pour éviter à ces Meffieurs le foin d'autres
reparties , qui pourroient les détourner de leurs
grandes occupations , de terminer ici la querelle .
Pour réponse à ce qu'ils diront , quoiqu'il ne
fache pas un mot du contenu de ce difcours
il renvoye les Lecteurs qui voudront s'en donner
la peine , à ce qu'il a dit dans le Mercure de
Décembre 1748 , page 179 , & fi l'on veut encore
avoir cette complaifance , à celui d'Août 1742 ,
"
Gij
150 MERCURE DE FRANCE .
page 1839 , & à celui de Mars 1745 , page 143. 11
croit que cela fuffit , & que les hommes, qui fe don..
nent aux Arts muets , doivent briller par leurs ouvrages
, & non par leurs écrits.
LETTRE
De M. Robert , Graveur en couleur naturelle,
à M. Rémond de Sainte Albine.
P
Ermettez- moi , Monfieur , de vous adreffer
une réponse que je crois devoir à M. Gautier
, fur ce qu'il a dit de moi dans le fecond volume
de votre Mercure de Décembre dernier , p .
179 , & dont je n'ai été inftruit qu'un peu tard .
Il a vú , dit il , avec étonnement que le Sieur Robert
Je dit Graveur avec Privilége du Roi , dans le nouvel
Art , & éleve du Sieur le Blond , qui eft mort
le 18 Mai 1741. Ce Graveur ne poffédé aucun Privilége
en fon nom . Il eft vrai que je ne pofféde
aucun Privilége pour cet Art , mais il est également
vrai que je ne me fuis jamais donné ce titre
; & M. Gautier auroit dû faire attention qu'annoncer
une Eftampe munie d'un Privilége , n'eft
pas dire que l'on ait un Privilége général , tel que
celui dont il eft décoré.Que le Privilége de ce Chrift
foit à moi , ou qu'il appartienne à d'autres qui
m'en font part ; c'eft un fait étranger à M. Gautier.
Il fuffit que mon ouvrage ne paroît au jour
que revêtu du Sceau de l'autorité publique , &
qu'il ne peut lui faire d'ombre que dans le cas , ou
mis en paralelle avec les fiens , il courroit rifque
de faire balancer les fuffrages. Les allarmes de M.
Gautier fur ce point , s'il étoit poffible qu'il en
JUIN. 1749. 15!
conçêt aucune , me flatteroient plus que je ne puis
l'exprimer.
Quant à ce qu'il paroît s'offenfer de ce que je
prends la qualité d'élève du Sieur le Blond , qu'il
prétend fans doute n'appartenir qu'à lui feul ; je
vous avoue , Monfieur , qu'à mon tour j'en fuis
fort étonné. Car comme , en entrant chez feu M.
le Blond , je fçûs que M. Gautier m'avoit précédé
dans la place que j'y occupai , il apû fçavoir
de même que je l'y avois remplacé jufqu'à la mort
de cet habile Artifte .
M. Gautier , pour mettre la raiſon de fon côté ,
avance que M. le Blond ne travailloit que fur trois
planches ,que lui M.Gautier eft inventeur de la maniere
d'en employer une quatriéme, & le Reftaura
teur de cet Art qui feroit péri fans lui , & que le
Chrift que j'ai publié étant fur quatre planches ,
eft le fruit des études que j'ai faites fur les cuivres :
d'où il infinue affez clairement que c'eft lui que je
dois reconnoître pour mon maître dans un talent
qui a manqué à M. le Blond .
M. Gautier qui défire que l'on rende juſtice à
qui elle eft dûe , ne peut trouver mauvais que je
commence par mon cher maître feu M. le Blond ,
dont la mémoire me fera toujours infiniment
refpectable , & que je déclare qu'il a eu le premier
l'idée d'employer plus de trois planches.
Dans le Portrait de feu S. E. M. le Cardinal de
Fleuri , auquel M. Gautier a travaillé fous fa direction
, aux trois planches ordinaires il en ajouta
une quatrième pour la chevelure blanche. Le
portrait de Sa Majefté , auquel j'ai eu l'honneur
de travailler , lorfque j'eus pris la place de M.
Gautier , eft fur quatre planches . Dans le tems
que M. le Blond mourut , j'avois commencé ,
entre autres ouvrages , un morceau d'Anatomie ,
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
repréfentant la fituation des inteftins dans le bas
ventre de grandeur naturelle , pour Mellieurs
Hunaut & Bertin , Docteurs Reges de la Facul
té de Médecine de Paris , ( morceau que j'ai fini
dans la fuite par l'ordre de M. de Mondorge , fous
les yeux & la conduite de M. Delobel , Peintre ordinaire
du Roi ) Je tiens même de M. le Blond ,
que felon les tableaux que l'on entreprendra de
copier , il conviendra pour la beauté de l'exécution
, d'employer jufqu'à cinq & fix planches.
Quoique pour lors j'entraffe dans les vûes avec
aflez de facilité , pour être en droit de dire que
je les avois eues comme lui , je pafferois pour le
plus injufte & le plus ingrat des hommes , fi j'ofois
l'avancer. Car tant qu'un éleve a le bonheur de
travailler & de converſer avec ſon maître , il eſt
cenfé que les progrès qu'il fait dans fon Art , ont
leur principe dans les leçons qu'il en reçoit , &
dans lutilité qu'il tire de fes entretiens ; de forte
qu'il ne lui appartient que l'honneur d'avoir bica
profité : mais la gloire de la perfection retourne
toujours au maître , & la hardieffe de fe l'attribuer
n'eft pas moins qu'un vol fait à la réputation
. Je n'ai garde de commettre une femblable
faute. Je reconnois que je tiens de M. le Blond
la fcience de travailler fur quatre planches , &
lorfque M. Gautier me taxe d'avoir étudié fes cuivres
, je protelle que je n'en ai jamais ni vû , ni
touché , qui fuffent partis de fa main.
Au refte le degré de perfection , où M. Gautier
fe flatte d'avoir porté le nouveau genre de gravûre
, n'eft point fi fort éloigné des principes que
tous deux nous avons reçûs de notre commua
maître , pour qu'il perfuade jamais que M. le
Blond n'en a point eu l'idée . La fimple expofition
de cet Art le fera fuffiſamment fentir.
JUI N. 153 1749.
Les planches font gravées en maniere noire
& avec trois couleurs , le bleu , le jaune & le
rouge , fans compter le fond du papier pour le
blanc , on invite , à peu de chofe près , toutes cel
les de la Peinture. M. le Blond dans le commen
cement ne gravoit que trois planches . Sur la premiere
, qui contenoit les grands noirs & les demiteintes
, il plaçoit le bleu : les deux autres préparées
pour les clairs étoient , & font encore deftinées
feparément au jaune & au rouge . A-til
donc fallu un grand effort d'imagination pour
penfer , que fi on laiffoit la premiere planche feulement
pour les grands noirs , & que l'on en fit
une autre pour le bleu , les demi- teintes feroient
traitées plus nettement ; que l'ouvrage en feroit
plus propre , & que l'on en tireroit un plus grand
nombre d'Eftampes ? C'est ce que M. le Blond a
reconnu , c'est ce qu'il m'a fait exécuter , c'eft ce
que M. Gautier exécute aujourd'hui , & qu'il
appelle une perfection que lut feu ! a trouvé . Je
Conviens que c'eft une perfection ; mais celui qui
pour imiter le coloris d'un tableau , difficile à copier
avec quatre planches feules , en employeroit
une ou deux autres dont M. Gautier ne parle
point , l'emporteroit fur lui en perfection , & cependant
ne feroit que fuivre encore les lumieres
de M. le Blond .
Cet illuftre Artifte n'eft plus parmi nous pour
fe défendre. Que M. Gautier laiffe donc en entier
à fa mémoire l'honneur qui lui eft dû , nonfeulement
d'avoir apporté cet Art d'Angleterre em
France , mais même d'avoir ouvert le chemin à la
perfection ;& que content de fon Privilége & de
fes fuccès , il me laiffe la fatisfaction de penfer
avec tous ceux qui l'ont vû, qu'ayant été formé par
cegrand homme , & ayant travaillé fous lui juf-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qu'à fa mort , j'ai droit , comme tout autre ,
me dire fon éleve. J'ai l'honneur d'être , &c .
Robert.
Ce 14 Mars 1749 .
de
ESTAMPES NOUVELLES .
N vient de mettre en vente une Eftampe qui
eft extrêmement recherchée , & qui mérite
de l'être ; elle eft inventée & gravée par M. Bellanger
, Subftitut de M. le Procureur du Roi au
Châtelet. Cette ingénieufe compofition , où il y a
plus de cent figures , repréfente Saint Paul , qui
prêche dans l'Areopage d'Athenes au milieu des
differentes festes de Philofophes ; ce morceau qui
fait voir jufques à quel point les Arts font eftimés
en France , puifqu'ils font cultivés par ceux mêmes
, à qui leur naiffance & leurs charges ne devroient
permettre que de les aimer , doit flatter
infiniment la Nation en général , & tous les Curieux
en particulier.
Cette Eftampe fe vend à Paris ; chez l'Auteur,
e des Marmouzets , près la porte du Cloître
Notre- Dame , & chez Joullain , Marchand d'El
tampes , Quai de la Megifferie , à la Ville de
Rome.
Il paroit une autre Eftampe très -belle , intitulée
la Baraque du Pêcheur. Elle a été gravée par le
Sieur Moyreau , d'après le tableau de Philippe
Wouvermans , & elle fe vend chez l'Auteur , rue
Saint Jacques , vis -à- vis la rue du Plâtre.
JUIN.
ISS 1749.
·
T
ARTICLE IMPORTANT.
Ous ceux qui prennent quelque intérêt particulier
à la foye , apprendront fans doute
avec plaifir , qu'on a découvert la véritable cauſe
du vitrage , & qu'on y a trouvé un remède auffi
infaillible que fimple & peu coûteux. Ce défaut
le plus commun , & le plus rébelle de tous ceux
qu'on éprouve dans la filature , le fait ailément
remarquer , par un arrangement vicieux du fil de
foye fur le devidoir , à mesure que l'écheveau fe
forme. On en diftingue douze espéces , plus ou
moins nuifibles les unes que les autres. Une perfonne
, que M. le Nain , Confeiller d'Etat & Intendant
du Languedoc , avoit chargé de travailler à
cette correction , ayant reconnu que tout le mal
venoit du manque de proportion entre la roulette ,
& la partie arrondie de l'arbre du devidoir
imaginé une roulette à triple canal , qui corrige
radicalement toutes les espéces de vitrage...
Cette piéce demande beaucoup d'exactitude de la
part du tourneur : le compas fphérique ordinaire
ne feroit pas fuffifant pour en mefurer les dimenfions
; il a fallu recourir à une mefure plus exacte ,
en forte qu'il eft à craindre que les ouvriers qui
s'immifceront d'en faire , fans en connoître la
véritable jufteffe , ne retombent dans le même défaut
qu'on a fi bien corrigé.
•
L'Auteur , qui a été amplement récompenfé de
fes peines par les liberalités de M. l'Intendant , fe
croit obligé par reconnoiffance autant que par
devoir , de fuivre les vûes de ce digne Magiftrat ,
en répandant fans intérêt dans le public une invention
qui n'a été faite que pour fon utilité . C'eſt
G vj
156 MERCURE DE FRANCE
pourquoi il a fait conftruire fous les yeux
quelques- unes de ces machines avec la derniere
économie, pour pouvoir fixer au plus bas prix le
travail & les fournitures du Tourneur , du Menuifier
& du Serrurier. Deux motifs i'ont engagé à
faire cette épreuve ; 1 ° . afin que les perfonnes , qui
out de nombreuſes filatures , ne le rébutent pas
par l'objet de la dépenfe , & fe portent plus volon
tiers à la réforme ; 2 °, afin de contenir dans les
commencemens certains ouvriers top avides de
gain , qui toujours prêts à contrefaire les nouvelles
inventions , les détruifent bien fouvent , faute
d'en connoître les parties effentielles . L'expédient
ci- deffus remédiera fuffifamment à cet abus,
puifque ces machines font au plus bas prix qu'elles
puiffent être , & que l'ouvrer le plus adroit ,
s'il les exécute bien , n'y trouvera pas plus de pro
fit qu'aux autres ouvrages ordinaires ; à plus forte
raiton n'y fera- t'il pas un rabais , qui feroit une
marque infaillible d'une mauvaiſe exécution ...
La roulette à triple - canal , le fer dont elle ett garnie
, les deux fupports particuliers , & le fupport
total , l'épée ou guide , & deux autres piéces effentielles
, ne coûtent que trente - fix fols pour chaque
tour à corriger , au moyen de quoi ces tours
ne fçauroient vitrer , que par la négligence de
la tireufe à changer la corde dans l'un ou dans
l'autre des trois canaux. Ce prix , qui eft trèsmodique
pour corriger les vieux tours , diminue
confidérablement pour les tours neufs qu'on voudra
faire , attendu que plufieurs piéces des tours
ordinaires fe trouvent comprifes dans l'affortiment
de la roulette en queftion .
....
L'Auteur a fait imprimer une explication de
trois grandes pages in folio , ornée de deux planches
, où il rend compte au Public des moyens
JUIN. 1749. 197
qu'il a pris pour parvenir à cette heureuſe décou
verte , & il détaille en même tems la maniere de
placer la nouvelle roulette fur les tours qu'on
veut corriger.... On trouve dans cette feuille ,
que non-feulement la roulette à triple- canal corrige
toute forte de vitrage , vis- à - vis toute forte
de devidoirs , fans avoir égard au plus ou moins de
groffeur des arbres , mais encore, que , fi l'on veut
donner aux arbres de ces devidoits la proportion
que l'Auteur prefcrit , qui eft de 23 à 36 ) on fera
allûté d'avoir les écheveaux les plus parfaits qu'il
foit poffible de faire , ce qui eft un bien pour la
filature , auffi important que la correction même
du vitrage. Or , comme dans les manufactures
tous les arbres ne font pas de la même groffeur ,
& que l'Auteur veut applanir toutes les difficultés
qu'il peut prévoir , il avertit les Filateurs , qu'ilfair
conftruire des roulettes de fix differens calibres ,
depuis douze jufques à quatorze pouces de circonference
, afin qu'on puiffe les affortir plus
commodement. Il prie les perfonnes qui vou
dront profiter de ce lecond avantage , de marquer
dans leurs Lettres , la groffeur approchante des
arbres de leurs devidoirs , en mefurant avec un fik
la circonference du canal où fe place la corde -fansfin
, & en défignant enfuite cette mesure par pouces
lignes , prites fur le pied de Roi , afin qu'on
puifle leur envoyer les roulettes les plus approchantes
de ces mêmes arbres.
Les perfonnes qui voudront en avoir , adrefferont
leurs Lettres franches deport , au Sieur Pascal
Roche , Maitre Menuisier à Villeneuve lès-Avignon,
qui a reçu de l'Auteur toutes les inftructions né
ceffaires pour bien exécuter cette nouvelle invention.
Il délivrera tout l'affortiment pour trente - 1
fols , & emballera avec foin celles qui auront un
e- fix
15S MERCURE DE FRANCE.
long trajet à faire , moyennenant le rembourfement
des modiques frais d'emballage .... Les
roulettes font marquées d'une empreinte de feu
pareille à celle- ci On y joint une explication
imprimée.
B. L.
S
REPONSE de M. Cantwel , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine de Paris ,
à la Lettre de M. J. P. D. V. imprimée
dans le Mercure de Mars .
Monfieur ,j'ai là la Lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'adreffer dans le
Mercure . On ne peut rien de plus obligeant que
tout ce que vous m'y dites , & j'y dois être fenfible
par plus d'une raifon . Les hommes font natu
rellement attachés à leur réputation. Elle eft pour
Pordinaire le principal but de toutes leurs recherches
, de leurs veilles , de leurs travaux , fur tout
en fait de ſcience. Ils n'afpirent le plus fouvent
qu'à la gloire d'un nom fameux , & dans la carriere
qu'ils courent pour l'acquerir , rien ne doit
les flatter davantage que les éloges qu'ils reçoivent
des gens . de leur profeffion , parce qu'ils ne
peuvent les donner qu'avec connoiffance de caufe ,
ce qui en augmente le prix , & parce que la jalobfie
qui regne la plupart du tems entr'eux , les rend extrêmement
rares .
A cette réflexion , vous concevez , Monfieur ,
que je vous.fuppofe Médecin , quoique vous gardiez
l'anonyme. Qui que vous puiffiez être au
furplus , ma reconnoiflance eft égale ; elle devroit
même redoubler à proportion de ce que je
vous connoîtrai moins. Je dois vous fçavoir gré
JUIN. 1749. 159
d'avoir pris la peine de lire exactement tout ce
qui porte mon nom , & d'en être content. Les informations
que vous avez fait faire de la route
que je tiens dans les maladies que je fuis chargé
de conduire , l'envie de fçavoir mon fentiment
fur certaines méthodes que d'autres obfervent ,
le foin que vous prenez d'annoncer au Public que
la Faculté m'a honoré d'une Chaire , qu'elle m'avoit
nommé l'un des Cenfeurs qui ont examiné
la Traduction du Livre de M. Cheyne par M.
l'Abbé de la Chapelle , & que j'ai découvert la
compofition des bougies de M. Daran ; tout cela
marque un intérêt bien fingulier ; tout cela m'indique
quelqu'un , qui , s'il n'eft pas mon ami , ou
mérite de l'être , ou cherche à le devenir. Croyez,
Monfieur , que je ferai-charmé de répondre à toutes
ces avances , ainfi qu'à toutes les questions
que vous me faites. Mes occupations ne me permettent
pas d'y fatisfaire en un jour ; elles font f
multipliées ; les matieres font fi abondantes
qu'une feule Lettre ne fuffiroit pas. D'ailleurs
Vous me mettez dans le cas de rendre mes réponfes
publiques , & le Public , comme vous ne
Piguorez pas fans doute , ne fçauroit fe contenter
de raifons fuperficielles. 11 exige qu'on appro
fondiffe , qu'on éclairciffe , il veut des détails en
un mot , & les détails demandent du tems . Vous
me permettrez donc de diftribuer en plufieurs
Lettres ce que j'ai à vous dire fur divers fujets.
Vous en trouverez une dans le Mercure de chaque
mois , jufqu'à ce que j'aye rempli vos défirs.
Soyez perfuadé d'avance , que je ne fuis point
un homme à fecret . Un Médecin ne doit point
en avoir ; les fruits de fes recherches & de fon
expérience font un tréfor qui doit être ouvert à
tout le monde. Il fe doit tout entier au Public
160 MERCURE DE FRANCE.
x
il ſe doit à l'humanité . Vous trouverez bon cependant
que je ne vous dife rien de pofitit fur les
bougies de M. Daran . Vous pouvez ufer , pour
en démêler la compofition , du même moyen que
jai employé , l'infpection , l'obfervation , la inéditation
& la lecture . On eft bien maître de communiquer
au Public les découvertes qu'on a pû
faire , c'eft fon propre bien qu'on lui donne
mais on ne doit pas divulguer celles où l'on a été
devancé , fur tout lorfque la fortune de quelqu'un
y eft intéreffée ; la probité le défend. " Je fçais
compofer la bougie , il eft vrai , je m'en fuis fervi
avec fuccès , mais je fuis bien éloigné de croire,
qu'elle foit infaillible dans tous les cas . J'efpére ,
de vous convaincre du contraire par la Lettre que
je vous adrefferai à ce fujet.
Je finirai par répondre à une partie de votre.
derniere queftion , touchant la traduction du
Livre de M. Cheyne , intitulé , Méthode naturelle
de guérir les maladies du corps , & les déréglemens
de l'efprit , qui en dépendent.
Meffieurs Falconet , Malouin & moi , avons été
nommés par la Faculté pour l'examiner , notre
Approbation eft imprimée , de forte que je me
tairai fur le mérite de l'original . L'Auteur Anglois
eft fort connu dans la République des Lettres
, fes écrits en differens genres font très- efti
més. Le feul reproche qu'on puiffe lui faire , c'eft
d'être un peu bourfoufflé , & d'avoir un ftyle qui
n'eft qu'à lui. Cependant M. l'Abbé de la Chapelle
l'a traduit , fans être Médecin , fans avoir un
grand ufage de la Langue Angioife , avec le ſecours
d'un Dictionnaire & du bon fens. Il s'eft
crú obligé d'ailleurs de retrancher quelques lignes.
en certains endroits , ou de faire quelques changemens
dans d'autres , fans doute pour le confor
JUIN. 161 1749.
mer au génie , au goût , aux moeurs des François
pour lesquels il écrivoit , & qui lui doivent tenir
compte de fon travail , puifque c'eſt un tréfor de
plus dont leur Littérature s'enrichit.
J'acheverai de répondre au refte de votre
queftion à ce fujet dans une autre Lettre.
Je fuis , & c.
Seconde Lettre de M. Cantel , Docteur
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , à M………….
Vous voulez fçavoir, Monfieur , quel eft mon
fentiment fur la fameufe transfusion , dont
parle M. l'Abbé de la Chapelle dans la Préface de fa
Traduction du Livre de M. Cheyne . Si je ne devois
m'ouvrir en cette occafion qu'à vous feul , que
le zele le plus louable pour le bien de la fociété
rend attentif fur tous les Ouvrages qui paroiffent .
je me contenterois de dire qu'on n'a pas examiné
aflez férieuſement cette opération , dont on ne
fe promettoit rien moins , que de guérir prompte
ment & à peu de frais prefque toutes les maladies
qui affligent l'humanité , de rajeunir les vieillards ,
& de donner aux valétudinaires une fanté ferme
& inaltérable . Mais je vous avoue que je ne penfe
pas comme le Public fur l'effet de la transfuſion :
pour peu qu'on foit au fait de l'économie animale
, & des principes de la Pathalogie , je ne
vois pas qu'on puitle ſe laiffer éblouir juſqu'au
point de croire que deux
ou trois livres de
fang parfait & bien conditionné , quand même
il feroit homogéne avec celui de l'animal qui le
reçoit , puiffe rouvrir des vaiffeaux oblitérés par
162 MERCURE DE FRANCE.
"
les actions de fa vie précedente, rétablir l'ancienne
foupleffe des fibres roidies & deffechées par la
vieilleffe , étendre & multiplier la circulation qui
fe rallentit , & fe fait dans moins de vaiſſeaux , à
proportion qu'on avance en âge , en un mot , que
deux ou trois fois cette quantité de fang tranfmife
dans les veines d'un vieillard , puiffe réparer les
ravages des ans , ou guérir des maladies qui dépendent
principalement des folides. Cependant malgré
toute la force & la multiplicité des objections
que la raifon fuggere contre la transfuſion , on
n'eft pas en droit de la rejetter entierement
jufqu'à ce qu'on ait fait affez d'expériences pour
prouver qu'elle eft inutile dans tous les cas . Une
partie de celles qu'on a faites en Angleterre
à Paris & ailleurs , femblent favorifer cette opé
ration , comme la troifiéme expérience rapportée
par M. l'Abbé de la Chapelle dans fa Préface , fes
quatrième , cinquième , fixième , feptiéme , neuviéme
& dixiéme ; celles de M. Denis , Profeffeur
de Philofophie & de Mathématiques à Paris , fur
une paralytique & fur un fou , & celle qu'il a
faite fur un garçon de quinze ans devenu ftupide
& hébêté , après une fiévre violente de deux mois.*
Il fuffit que cette opération ait eû quelque fuccès
entre les mains de deux ou trois perfonnes
pour exciter la curiofité des Sçavans à la tenter
* Voyez les Lettres de M. Sorbierre , Docteur
en Medecine ; de M. Denis , Profeſſeur de Philofophie
de Mathématiques; de M. Gardoys &
M. l'Abbé Bourdelot , Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris , pour fervir de réponse à celle de
M. Lamy contre la transfufion , & celle de M. de
Montpolly , contenant les raifons & les expériences
pour & contre la transfufion .
JUIN. 1749. 163
dans tous les cas , où elle ne paroît pas évidem
ment nuiſible ou inutile. On ne connoît pas affez
la ftructure du corps humain , ni la nature du
fang , pour voir au jufte les effets que doit produire
un fang étranger mêlé avec le nôtre. On
a beau dire le raifonnement, qui n'eft pas appuyé
fur l'expérience , eſt toujours fujet à caution. II
eft certain qu'il y a quelque chofe de particulier
dans le tempérament de chaque individu ; qu'on
auroit de la peine à trouver deux perfonnes
dont les fibres ayent précisément le même dégré
de force & de ton ; que le fang de tout animal
eft pétri , pour ainfi dire , au ton de fes fibres ;
que la fanté n'eft autre chofe qu'une harmonie
entre les folides & les fluides , que le fang n'eft
pas un fimple produit ou élixir des nourritures
que l'on prend , qu'il entre dans fa compofition
une grande quantité des recremens , qui ſe féparent
dans nos organes ; que le chyle même
ne s'affimile avec le fang , que parce qu'il reçoit
de ces recremens depuis la maftication jusques à
fon entrée dans la veine fouclaviere , & qu'il eft
improbable que le fang d'un animal acquiert les
qualités requifes à celui de l'homme ou que
celui d'un homme acquiert les qualités requifes
à celui d'un autre homme , fans avoir paffé par
les voyes de la digeftion. Mais s'il eft vrai que
la transfufion ait guéri une folie opiniâtre & invétérée
, quoique l'homme foit mort deux mois
après , une paralyfie rebelle , un engourdiffement
, un affoupiffement , & une ftupeur que rien .
ne pouvoit vaincre , une furdité , une foibleffe &
une mélancholie marquée dans un chien de treize
ans : fi tout cela , dis- je , eft vrai , la force de mes
objections diminue , & l'opération mérite d'être
encore tentée. Inventam Medicinam fequitur ratio ,
non rationem Medicina , J'ai l'honneur d'être , & c.
>
164 MERCURE DE FRANCE.
LE TRIOMPHE DE LA PAIX ,
On le Feu de Joye élevé par les foins de
Meffieurs les Lieutenant , Gens du Confeil
Echevins de la Vilie de Rheims , & tiré
devant l'Hôtel de Ville pour la publication
de la Paix , le Jeudi 13 Mars 1749.
L
E corps de bafe de l'Edifice offroit quatre faces
, & dans chacune on avoit pratiqué de
grandes niches où étoient pofées la Prudence , la
Juftice , la Force & la Tempérance , pour exprimer
que toutes ces Vertus ,qui préfident aux actions
de notre augufte Monarque, concourent au triomphe
de la paix qu'il donne à fes peuples.
Chaque niche étoit accompagnée de deux montans
ornés de Mafcarons , qui foutenoient des Médaillons
où étoient peints en camayeux les Devifes
& les Emblêmes.
Chaque figure repréfentant une des Vertus Cardinales
, étoit diftinguée par les attributs ; & dans
un cartouche , pofé au deffus des niches , on lifoit
quatre vers qui avoient rapport à la figure.
La Juftice , les yeux couverts de fon bandeau ,
tenoit d'une main une Epée , & de l'autre une Balance
; d'un côté étoit le Livre de fes Loix , fur lequel
étoit pofée la Couronne de France , de l'autre
étoient les Couronnes d'Angleteire , d'Autriche
, de Sardaigne & de Hollande , & dans cette
attitude elle annonçoit que la paix que Louis
vient de donner, eft l'ouvrage de la plus religieufe
équité.
Arbitres des humains , dont le pouvoir ſuprême
JUIN.
165
1749.
Balance des Etats les deftins & les droits ,
De Louis en ce jour apprenez que les Rois
Doivent de mon bandeau fe faire un Diadême,
La Prudence , le bras entouré d'un Serpent , con
fidéroit avec complaifance les Portraits de Louis
XII , de Henri IV , de Louis XIV , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ; elle montroit la joię
de voir que Louis XV, retraçant ces grands modéles
, fe montre tout à la fois , par l'intrépidité
de fon courage & la bonté de fon coeur , la terreu
de fes ennemis & le pere de fon peuple.
Louis inftruit par mes oracles ,
France , retrace encor ces modéles fameux
Et tu le yois auffi grand qu'eux
Etonner les mortels par de nouveaux miracles.
La Force , armée d'une maffue , terraffoit à fes
pieds une Hydre repréſentant la Difcorde ; elle
annoncoit que l'ufage de fa puiflance fous le regne
de Louis ne fera plus deftiné à répandre lę
fang des humains , mais à enchaîner pour toujours
le démon de la guerre.
Chez le Belge tremblant , par fes travaux divers ,
Louis égala ceux d'Alcide ;
Aujourd'hui pacifique & toujours intrépide ,
Il remet la difcorde à jamais dans les fers.
La Tempérance , défignée par les attributs , exptimoit
la modération de Sa Majefté , qui facrifie
au bonheur de fes peuples l'efpoir affûré des
victoires que lui promettoient fes conftantes prof166
MERCURE DE FRANCE.
pérités , fon courage , la fagefle de fes Généraux
& la bravoure de fes foldats.
Quand bornant à mon gré le cours de fes exploits,
Louis entre mes mains dépoſe ſon tonnerre ,
Il fe montre aux yeux de la terre
Et le plus fage & le meilleur des Rois.
Sur les angles de ce premier corps d'Architec
ture s'élevoient quatreObélifques décorés de fleurs
de Lys, de Chifres du Roi , de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Caducées. ChaqueObélifque étoit couvert fymétriquement
de matieres deftinées à l'illumination.
Au milieu de ces quatre Obélifques étoit un
Attique , fur lequel étoit appuyé un piédeſtal ſurmonté
d'un grand Obélifque enrichi de fleurs de
Lys & deCaducées ; cet Obélifque chargé d'illuminations
terminoit l'ouvrage par un Soleil rayonnant.
Les quatre faces du piédeftal offroient des basreliefs
en camayeu ; & fur chaque face du piédeftal
on lifoit une infcription qui annonçoit le
fujet qu'elle reprefentoit.
Le premier bas relief , qui faifoit face à l'Hôtel
'de Ville , repréfentoit notre augufte Monarque au
milieu d'un camp ; à fes côtés étoit le Dieu Mars
qui lui montroit les Villes qu'il a conquifes , les
plans de la bataille de Fontenoy, de Laufeldt & de
Raucoux , & fembloit d'une main , en lui montrant
la Hollande , l'animer à de nouvelles conquêtes
. Sa Majefté , moins flatée de fes promeffes
que du défir de rendre la tranquillité à l'Europe .
portoit fes regards vers le Temple de la Paix avec
ces mots.
JUI N. 1749: 167
Tu t'efforces en vain de féduire mon coeur ,
Dieu des combats ; je préfere la gloire
D'un Titus pacifique aux lauriers d'un vainqueur ;
La Paix a fes Héros , ainfi que la Victoire .
Dans le bas - relief, placé à l'Occident , on
voyoit le Roi accompagné de la Sageffe & de la
Victoire, recevoir favorablement la Paix préfentée
par Mercure.
Hâte-toi, Paix divine, & comble nos fouhaits ;
Approche de Louis ; la Sageffe l'inſpire.
Il veut qu'aujourd'hui ſon Empire
Soit le vrai Temple de la Paix.
Au bas-relief qui regardoit le Midi , étoit repréſentée
au pied du Trône de Sa Majefté , la
France ; le Roi lui donnoit une branche d'olivier ;
à côté duTrône on voyoit Apollon , & l'Abondance
avec les attributs. Sa Majefté exprimoit ainfi
à la France les fentimens de fon coeur.
France , dont le bonheur eft l'objet de mes voeux,
Pour toi de mon amour j'ai conſommé l'ouvrage ;
Qu'à tes yeux ce rameau foit le fidéle gage
De mon ardeur à faire des heureux .
Le bas-relief tourné vers l'Orient , repréfentoit
les Génies des Arts , s'invitant réciproquement à
fignaler leur ardeur , pour confacrer par des ouvrages
dignes de l'immortalité la mémoire de
Louis XV.
Par divers monumens , émules de l'Hiftoire ,
168 MERCURE DEFRANCE.
Eternifons un Roi , le premier des humains ,
Et rendons fes hauts faits , retracés par nos mains,
Le plus digne ornement du Temple de Mémoire.
Explications des Devifes des Emblèmes
peintsfur les Médaillons dont les quatre
faces du corps de baſe étoient ornées.
A la droite de la figure de la Justice étoit un
Lys , dont l'extrême biancheur frappoit les yeux ,
fymbole naturel de la fidélité inviolable du Roi
dans fes engagemens ; vertu qui lui attire l'amour
de toute l'Europe. Candore meretur amorem,
Objet chéri de la Nature
Par mon éclat aux fleurs je dois donner la loi ;
J'exprime de Louis cette infigne droiture ,
Qui réunit en lui l'honnête homme au grand Roi,
A la droite de la figure de la Juſtice , un Orphée
entouré d'Hommes , d'Aigles , de Lions &
de Léopards , qui de contemploient avec raviffement
, repréfentoit Louis XV refpecté & admiré
de les ennemis mêmes. Diverfos Concordiajunxit,
Par la puiffance de mon art ,
'Autour de moi tout cede aux loix de l'harmonie ;
Des mortels à mon gré maîtriſant le génie
J'adoucis le Lion , l'Aigle & le Léopard.
A la gauche de la figure de la Juftice étoit un
Laurier dont les branches fervoient à former di̟-
verfes Couronnes ; les unes pour les Guerriers ,
les autres pour les Sçavans ; image de l'équité ,
ave
JUIN. 1749. 169
vec laquelle Sa Majefté récompenfe les enfans
de Mars & les amis des Muſes , Martem Phoebun
que coronat.
Les récompenfes que je donne
Sont le prix flateur des talens ,
Et les Héros & les Sçavans
Sont les mortels que je couronne.
A la gauche de la figure de la Juſtice, dans une
riche caifle aux Armes d'Elpagne , étoit un grenadier
qui offroit aux yeux une grenade couverte
d'une Couronne , effet des vives impreffions du
Soleil , pour exprimer que l'Infant Don Philippe
doit à la protection de Sa Majesté la reftitution des
Souverainetés de Parme & de Plaiſance , A Sole
Corona.
A l'Aftre , qui fur moi répandit fes ardeurs ;
Je dois l'éclat qui m'environne ,
Et fi je porte une Couronne ,
Elle eft le fruit de fes faveurs.
A la droite de la figure de la Tempérance , on
voyoit Mars affis fur un fuperbe Trophée d'armes;
une troupe de Génies venoit le défarmer,& parta
geoit les inftrumens militaires entre Diane & Cérès.
Mars applaudiffoit à ce partage , & annonçoit
les exercices pacifiques qui vont occuper les guerriers
, & les travaux de l'agriculture que la Paix
va ranimer. Melior nunc confecrat ufus.
Terribles inftrumens qu'employa mon courage ,
Vous ne donnerez plus de fpectacles cruels ;
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
•
Un plus aimable & plus utile uſage
Vous confacre à jamais au bonheur des mortels.
A la droite de la figure de la Tempérance , l'Amour
& l'Hymen , couronnés de rofes & de myrthe
, accompagnés des trois Graces , formoient des
danfes légéres devant les Buftes de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame la Dauphine . A côté étoit
Lucine , portant d'une main un berceau d'or, & de
l'autre une Fleur de Lys ,ainfi que la Fable l'a quelfois
repréſentée . Lucine ranimoit la joye de leurs
danfes par ces mots. Complebunt gaudia Cuna.
De ces Amours imitons l'allégreffe ;
Mêlons nos voeux à leurs plaifirs :
Lucine , rempliffant l'effet de ſa promeffe ,
Par fes bienfaits dans peu comblera nos défirs.
A la gauche de la Tempérance , le Génie de la
Peinture , entouré d'une foule de Génies fur leurs
Atteliers , leur propofoit pour fujet de leurs travaux,
de peindre les faits éclatans de notre augufte
Monarque. Rheims dans cet Emblême annonçoit
que le principal objet de fon Ecole de Deffeing fera
de préparer les éleves à rétracer les grandes actions
de Louis XV, à l'imitation d'Apelles qui ne
peignoit qu'Alexandre . Unum fic pinxit Apelles.
Vos pinceaux déformais ne fe plairont qu'à rendre
Les vertus de Louis , les traits & fes exploits ;
C'eft ainfi qu'Apelle autrefois
Ne vouloit peindre qu'Aléxandre.
A la gauche de la figure de la Tempérance ,
Uranie , la Mufe qui préfide aux Mathématiques ,
JUI N. 1749. i7i
aiffant négligemment à fes pieds plufieurs Plans
de Fortifications , fe propofoit de former mainte
nant les éleves dans l'art d'élever des Temples
de bâtir des Palais ; elle vouloit dans fes Ecoles
travailler à rendre par fes leçons la France le plus
beau des Empires.Majus opus moveo . Æneid . lib . v11 .
Des Temples , des Palais, le goût & l'ordonnance.
Exerceront déformais mon compas :
J'abhorre maintenant la fatale ſcience ,
Qui dirige la foudre, & hâte le trépas.
A la droite de la figure de la Force , une Pallas
ayant déposé fon cafque , fa lance & fa cotte d'armes
, s'occupoit l'aiguille à la main à tracer fur un
deffeing de tapifferie le Temple de la Paix ; elle
animoit par fon exemple les Nymphes , qui l'envi
ronnoient,à enrichir par leur induftrie les differentes
Manufactures . On fe propofoit d'exprimer
par cette image l'accroiffement des Manufactures
pendant la paix. Sic operumfolertia creſcet.
De l'émulation , mere de l'induftrie ,
Vont s'accroître partout les utiles travaux
Et chaque jour mille ouvrages nouveaux
Enrichiront l'Artiſte & la Patrie.
2
+
>
A la droite de la figure de la Force , un Vaiffeau
environné d'une foule de Tritons & de Néréides
fonnant de leurs conques marines , & voguant
paisiblement fur la mer , annonçoit la liberté rendue
à la navigation , un des principaux avantages
du retour de la Paix. Pacatum volitant per mare
Navita, Hor. Od. lib. xv.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Je ne fuis plus craintif , retenu dans les Ports :
de parcours à mon gré l'empire de Neptune ,
Et miniftre de la Fortune ,
De l'Aurore au Couchant je porte fes tréſors.
A la gauche de la figure de la Force étoit un olivier
dont les branches courboient fous le poids des
fruits , image naturelle des avantages que les peuples
vont retirer de la paix. Spes quinta!
De fruits quelle heureuſe eſpérance !
Sous leur poids précieux s'affaiffent mes rameaux,
Et dans peu de fes dons nouveaux
Les peuples fortunés goûteront l'abondance.
A la gauche de la figure de la Force , Mercure
portant d'une main fon caducée , & de l'autre les
ordres de Jupiter , exprimoit par la joye de fon
vifage la fatisfaction qu'il a d'être le miniftre d'un
Dieu , l'ami des mortels , pour fignifier combien
pour des hommes vertueux , fous un Roi fage &
rendre pour fes peuples , il eft heureux d'être exécuteur
de fes ordres . Boni juftique fequefter.
Miniftre du plus grand des Dieux ,
De ce titre Aateur quel eft le caractére ?
Tu n'exerces ton miniſtére
fa Que pour la gloire & faire des heureux.
A la droite de la figure de la Pruderce étoit un
chêne dont le vafte contour défendoit des oliviers
contre les efforts des vents , pour exprimer les fecours
que le Roi a fournis à la République de
Génes. Umbra tutatur amicâ.
JUI N. 1749: 173
A ceux, qui de mon ombre éprouvent l'avantage ,
J'affûre du repos le bienfait précieux :
Ma cime inébranlable & voifine des Cieux .
Ecarte le tonnerre , & défend de l'orage .
A la droite de la figure de la Prudence , on voyoit
un Soleil bienfaiſant , dont la douce chaleur répandoit
partout la férénité , figure naturelle des tranfports
d'amour & de joye qu'a fait naître diverfes
fois dans la Ville de Rheims la préfence de Sa Majefté.
Oculos & corda ferenat.
Frappe t'il nos regards ? A l'inftant fa présence
Répand le plaifir en tous lieux :
Tel eft l'effet de fa puiffance
Et fur les coeurs & fur les yeux.
A la gauche de la figure de la Prudence , un
Cirque préfentant des courfes de chevaux dans la
folemnité des Jeux Olympiques où fe diftribuoient
des Prix à tous les talens , défignoit l'Académie
que la Ville de Rheims fe propofe d'établir inceffamment
, dont les exercices ne fembleront prefque
deftinés qu'à former tous les ans des Caroufels
, où fe diftribueront non - feulement aux Artiftes
& aux Manufacturiers , mais encore aux
Académiftes , des Médaillons fur lefquels fera gravée
la Statue du Roi Stimulabunt Pramia curfum.
Leurs courfes n'offriront qu'un fpectacle flatteur ;
Leur arene de fang ne fera jamais teinte ,
Et de Louis la glorieuſe empreinte
Sera le prix qu'on deftine au vainqueur.
A la gauche de la figure de la Prudence ,étoit une
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Renommée dans les airs avec deux trompettes ,
chacune defquelles étoit attachée une Banniere
fur l'une on lifoit ces mots . LUD . XV . Felicitatis
temporum reparatori . Et fur l'autre ces paroles. Famam
qui terminat aftris . Æneid. lib. 1 .
;
A LOUIS pacifique au ſein de la victoire ,
Que l'Univers entier applaudiffe avec moi :
Plus prompte que les vents, je vais de ce grand Roi
Porterjufques aux Cieux les vertus & la gloire .
Dans deux niches à côté de la porte de l'Hôtel
de Ville , on voyoit deux grandes ftatues , dont
P'une repréfentoit la Ville de Rheims , & l'autre la
riviere de Velle.
La Ville de Rheims couronnée de tours , montrant
d'une main les Arcs de triomphe élevés à la
gloire de Jules Céfar , dont elle conferve les reftes.
précieux , portoit fes regards fur le plan de la Place
où fera érigée la Statue de Louis XV. donnant
la paix à l'Europe , monument que Sa Majesté veut
bien lui accorder comme le prix de fon zéle & de
fon amour : un objet fi flatteur & fi glorieux la
pénétroit des plus vifs tranfports , & elle exprimoit
ainfi l'excès de ſa joye.
Vous ne fixez plus mes regards ,
Arcs fuperbes , des ans qui bravez les outrages ;
Je n'admire plus les Céfars :
Louis que je contemple , a feul tous mes hommages.
La Nymphe de la Vefle couronnée de fleurs &
de roſeaux , mollement appuyée ſur ſon Urne
prenoit part à l'allegreffe publique ; elle invitoit
2.
JUI N. 175 1749.
les Nayades des fontaines nouvelles qui commen
çoient à couler dans Rheims , à confacrer leur entrée
dans cette Ville , en uniffant le bruit de leurs
eaux aux acclamations univerſelles.
Nayades , qui venez enrichir ce féjour ,
Ranimez de vos caux les fources bienfaifantes ;
Uniffez leur murmure aux fêtes éclatantes
D'un Peuple à qui Louis infpire tant d'amour.
Au- deffus de la porte de l'Hôtel de Ville , on lis
foit dans un cartouche l'Infcription ſuivante :
LUDOVICO DECIMO - QUINTO ,
Regi Maximo & Optimo , de Auftriacis , Anglis ,
Batavis tert. Triumphatori , Victori Pacifico , Regum
Exemplari , Europa Amori ; & fuorum Deliciis
Pacem , fuá beneficentiâ reftitutam exundante
votorum latitia Gratulatur S. P. 2. R. Anne
M. D C C. XLIX.
"
Au - deffus étoit dans un autre Cartouche la
traduction de l'Infcription.
Le Confeil & le peuple de la Ville de Rheims ,
dans les effufions de la joye la plus vive , félicitent
Louis XV , Roi très- grand , & très- bon , trois fois
vainqueur des Autrichiens , des Anglois & des
Hollandois , Conquérant pacifique , le modele des
Rois , l'amour de l'Europe , les délices de la Fran
ce , fur la paix qu'il vient de donner à fes Peuples,
l'an mil fept cens quarante - neuf.
Cette Infcription étoit furmontée d'un autre
grand Cartouche , où étoient peintes les Armes du
Roi d'une façon qui a rapport à l'Inſcription. Trois
Génies fortoient du fond d'une nue rayonnante ,
Hii
76 MERCURE DE FRANCE .
portant chacun une fleur de lys , qu'ils difpofoient
felon l'arrangement ordinaire ; du haut de cette
nue s'élevoient encore trois Génies , ayant en main
chacun une Couronne qu'ils s'empreffoient de pofer
fur l'Ecuffon ; l'une étoit de chêne , pour marquer
la puiffance de Sa Majefté , l'autre de laurier ,
pour annoncer le Vainqueur , & la troifiéme d'olivier
, pour exprimer le Roi pacifique , avec ces
mots : Tanto non fufficit una.
Nous
France , au Vainqueur de Fontenoy
portons ces tributs que l'équité lui donne :
Pour les vertus d'un fi grand Roi
C'étoit trop peu d'une Couronne .
La façade de l'Hôtel de Ville préfentoit par fon
illumination un autre fpectacle . Au - deffus du balcon
s'élevoit une eftrade de fix degrés , où l'on
yoyoit les portraits du Roi & de la Reine , fous un
dais enrichi de bioderies & des chiffres de Leurs
Majeftés.
La fête fut annoncée dès le matin par le bruis
du canon des remparts . L'illumination du feu de
joye & de la façade de l'Hôtel de Ville commença
vers les fept heures du foir au fon des trompettes ,
des fifres , des haut bois , des tambours & des timbales,
& fut fuivie des décharges du canon , & de la
moufqueterie des Chevaliers de l'Arquebute.
L'illumination , l'artifice & les fufées volantes ,
femblerent donner une espece de vie aux figures
fymboliques dont le bâtiment du feu de joye étoit
décoré , & pour donner un nouvel agrément à ce
fpectacle , on avoit placé au balcon de l'Hôtel de
Ville un choeur nombreux de Symphonistes , dont
les airs exprimoient la joye univerfelle . Des fontaines
de vin couloient aux quatre coins de la Pla
JUIN.
177 1749.
te. Une joye vive annonçoit le zéle , les voeux &
l'amour de toute la Ville pour notre augufte Monarque
, & ces fentimens étoient éloquemment
exprimés par des acclamations & des cris redoublés
de vive LOUIS le Bien- aimé , vive la REINE ,
vive Monſeigneur LE DAUPHIN & Madame
LA DAUPH NB.
Chacun s'empreffa de feconder le zéle du Confeil
de Ville par des illuminations & des feux qui
furent allumés dans toute la Ville , & par une
émulation d'amour , chaque quartier fe préparoit
à fe difputer la gloire de mieux fignaler fa joye
par les fêtes & les feux d'artifices qu'on difpofoit
de tous côtés.
Les Devifes & les Emblêmes ont été imaginés ,
& les Infcriptions en vers , compofées par M. de
Saulx , Chanoine de l'Eglife de Rheims , Recteur .
de l'Univerfité & Principal du Collége .
RELATION des Fêtes quife font données
à Bayonne pour la publication de la Paix.
Ja
>
E vous obéis , Monfieur ; voici la relation
de nos Fêtes pour la publication de la Paix
Vous ne connoiffiez notre Ville que par la devife
honorable qui décore fes armes. Vous étiez étonné ,
lorfque vous paffâtes ici il y a deux ans , de voir
le nombre de nos armemens & celui de nos
prifes fur les ennemis. Nous avons donné pendant
la guerre des preuves de notre courage
& de
notre zele pour l'Etat aujourd'hui que la Paix
nous fait quitter les armes , nous nous livrons à
la joye , & nous n'y mettons d'autres bornes que
celles de notre amour pour le Roi Bien Aimé ,
dont elle eft l'ouvrage . Jamais Prince ne mérita
:
Hv
17S MERCURE DE FRANCE ;
:
plus ce titre glorieux , jamais Sujets n'ont mieux
rempli que nous les heureufes obligations qu'il
nous impofe être fideles , c'eft notre vertu diftinctive
; mais être pleins de tendreffe pour le Souverain
qui nous gouverne, c'eft le jufte tribut qu'un
chacun de nous fçait rendre au meilleur de tous les
Monarques.
Les ordres pour la publication étant arrivés , on
en fixa la cérémonie au 8 de ce mois. La cavalcade
alloit commencer , mais le tems devint fi affreux
que Meffieurs nos Magiftrats furent forcés de la
renvoyer au Lundi ; cependant la Paix fut publiée
dans la grande Place , au bruit des inftrumens militaires
, & d'une falve de pierrie .
Le Dimanche , jour pris pour le Te Deum , M..
le Marquis Damou , Lieutenant de Roi de notre-
Place , donna un dîner fplendide à nos Magiftrats
& aux Notables , à deux tables de trente cou
verts , fervies avec une délicate profufion : il fit
les honneurs du repas avec cet air d'aifance & de
politefle qui lui eft fi naturel , & qui lui attire
le refpect & l'eftime de tous les citoyens . Vers.
les trois heures , on fe rendit à la Cathédrale .
M. l'Evêque officia au Te Deum qui fut chantéen
muſique , & pendant lequel les troupes Bourgeoiles
fe mirent en parade fur la place , où l'on
avoit dreflé le feu de joye ; il fut allumé par M.,
le Marquis Damou & M. Brethous , Maire , qui:
s'étant mis enfuite à la tête des Compagnies Bour
geoifes , les mena fur les remparts , tandis que
le Régiment d'Artois s'y rendoit d'un autre côté :
on fit une triple décharge du canon de la Ville , des.
Châteaux , de la Citadelle , & de la moufqueterie
de toutes les troupes.
Ce même jour , les Comédiens repréfenterent
Pourceaugnac gratis pour le peuple. Les femmes ,,
JUIN. 179 1749.
qui dans le rang des artifans , font diftinguées ,
occupoient les premieres loges. M. le Marquis Damou
avoit dès le matin envoyé la clef de la fienne
à la plus confidérée d'entre elles .
A huit heures , les illuminations commencerent
, elles furent répetées trois jours confécutifs
celle du Gouvernement , qu'occupe M. le Marquis
Damou , étoit très-bien entendue , ornée
d'emblêmes propres au fujet.
Comme on avoit été prévenu de la publication
, plufieurs jeunes Meffieurs préparerent une
pamperruque ; c'eft une espece de danfe particuliere
à notre Ville . Pour la rendre tout - à - fait
brillante , ils choifirent entre cux quatorze Cavaliers
, qui prierent treize Demoiselles vous en
lirez les noms avec plaifir , & je me difpenfe de
vous dire que c'eft ce que nous avons de mieux
dans l'un & l'autre fexe.
Cafaubon.
Defbici.
Labatur.
Vanoofterom Dubec.
Dufau.
Vanoofterom.
Mefdemoiſelles.
Brethous.
Biaudos.
Darreche.
Duhamel .
Commarieu.
Darreche. Dalincour.
Meffieurs.
Moracin. Courthiau.
Darguibel. Vanoofterom.
Foffecave. Duhamel.
Delacourtaudiere. Arnaud .
Vanoofterom Dubec. · Commarieu.
Labatut. Brettes .
Cafaubon . Bourdettes.
Les Demoiselles étoient vêtues d'un cafaquin
de droguet blanc , orné de rubans couleur de rofe
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
découpés , la jupe de même avec le falbala , un
tablier de gaze bordé & garni de fouci d'hanneton
, l'écharpe , le noeud d'épaule & celui des
cheveux , tout en couleur de rofe Elles étoiens
coeffées en cheveux avec des fleurs artificielles ,
elles avoient un petit chapeau de carton , couvert
de roſe & de blanc , avec des rubans ondés
& bouillonnés qui tomboient fur un côté . Les
Cavaliers étoient habillés dans le même goût , d'une
vefte de droguet blanc garnie fur toutes les tailles
de taffetas couleur de rofe , l'écharpe , le noeud
d'épaule & la cadenette comme les Demoiselles , &
deux rubans de ces couleurs mélangées fervoient
à fe tenir par la main. Les tambours au nombre
de fix , étoient auffi des Meffieurs de la Ville ,
même des plus diftingués , deux autres donnoient
du cor , & un neuviéme faifoit les fonctions de
Major. Cette troupe lefte & galante fe rendit
chez M. Brethous , où elle fut reçûe par Madame
fon époufe , avec cette politeffe qui rend ſa maifon
fi gracieufe . A dix heures , la pamperruque
fortit ; elle étoit éclairée par cent flambeaux de
cire blanche ; après avoir fait une dabedabe devant
la porte de M. le Maire , elle fut à l'Evêché ,
& enfuite au Gouvernement ; M. le Marquis &
Madame la Marquife Damou la reçurent ; quel
ques inftances que l'un & l'autre fiflent pour engager
ces Demoifelles à fe repofer , & à prendre
les raffraîchiffemens qu'ils avoient fait préparer ,
l'ardeur de fe laiffer voir au refte de la Ville fut
une excufe légitime de ſe refuſer à cette follicitazion
. La pamperruque parcourut les principales.
rues , elle formoit un coup d'oeil unique qu'on
admireroit à Paris , par le galant de l'ajuftenient ,
& la finefle des Danfeurs , auxquels M. de Moracin
qui étoit à la tête donnoit l'exemple ; enfin elle
JUIN. 1749. 181
rentra chez M. le Maire , où elle trouva toute
dreffée une table de quarante couverts avec un trèsbel
ambigu.
>
Le lendemain Lundi , Meffieurs nos Magiftrats.
fe rendirent à l'Hôtel de Ville pour la cavalcade
elle commença vers les quatre heures ; la marche
étoit ouverte par un détachement de cinquante
hommes choifis des troupes Bourgeoifes , conduits
par leurs Officiers ; enfuite venoient trente jeunes
Meffieurs habillés uniformément d'un furtout rouge
à boutonnieres d'or , montés für de très beaux
chevaux galamment enharnachés , & ornés de
noeuds de differentes couleurs ; ils avoient à leur
tête M. le Chevalier d'Arnaud ; à quelque diftance
fuivoient Meffieurs les Magiftrats , précedés des
Maffiers & des Capitaines du Guet, auffi à cheval;
la marche étoit fermée par un détachement égal
au premier.La Ville retentie d'acclamations de vive
Le Roi ; chaque citoyen lui donnoit les noms les
plus tendres ; jamais il n'a été loué auffi dignement
que par la bouche d'un peuple ingénu , qui
méconnoiffant Part de flatter , parle ainfi que le
coeur l'infpire. La cavalcade finit devant l'Hôtel
de Ville ; on fit couler de nouveau pour le peuple
des fontaines de vin , & les Cavaliers , après s'être
délaffés , parcoururent la Ville en pamperruque.
A fept heures , les illuminations recommencerent
; celle de l'Hôtel de Ville étoit très belle ; nos.
Poëtes en fournirent quelques ornemens . Voici le
fruit de leur zele .
Principis arbitrio pofuit Bellona furores
Quid mirum ? Martem noverat eſſeſuum-
Au côté droit,
Intrépide guerrier & toujours invincible ,
182 MERCURE DE FRANCE.
Louis eft un Héros digne d'être admiré,
Arbitre de la paix , jufte , tendre & ſenſible ,
Louis eft un grand Roi , digne d'être adoré .
Au côté gauche.
A la voix de Louis la paix defcend des Cieux
Venez ; peuple venez prendre part à des fêtes
Plus cheres à fon coeur , plus beiles à fes yeux
Que les monumens glorieux ,
Par lefquels vous avez célebré fes conquêtes.
?'
A dix heures , l'affemblée pour le bal à l'Hôtel
de Ville fe forma ; elle étoit auffi nombreuſe que
brillante ; il fut ouvert par M. le Maire avec
Madame Damou , dont le moindre des avantages.
eft de danfer à ravir ; vous fçavez qu'aux graces
d'une aimable figure , elle joint un efprit infini
beaucoup de politeffe , & encore plus de douceur.
Elle prit M. le Comte de Brienne , Colonel du
Régiment d'Artois ; les autres Dames en place , &
les étrangeres , danferent à leur tour. Celles de la
Ville , qui étoient cenfées faire les honneurs de
Cette fête , commencerent les contre- danfes , qui
ne finirent qu'à fix heures du matin : cette nombreufe
affemblée n'a pu qu'être enchantée des
attentions de Meffieurs Brethous , Duvergier
, Patoureau Labatut , Pinkeveer , Maifonneuve
& Broffé , Magiftrats ; ils firent diftribuer
toute forte de raffraîchiflemens. Rien n'a échappé à
leur attention ni à leur politeffe, on ne peut en faire:
affez d'éloges.
"
Le Mardi , il y eut une très belle courfe fur la
place de Gramont préparée pour ce fpectacle
plufieurs Toreadores Efpagnols firent briller leur
JUIN. 1749. 183
adrele. C'est par- là que finirent les fêtes données
au nom de la Ville . Limitée dans les revenus , elle
a dú y proportionner fes dépenfes ; mais elle a
trouvé des reffources dans le zele de fes habitans
fur- tout de Meffieurs les principaux Capitaines de
nos Vaiffeaux Marchands , qui s'étant cotifés au
nombre de quarante , ont donné une fête magnifique.
Ils firent entrer dans les chaînes une Fregate
de 200 tonneaux , fur laquelle on conftruifit :
deux fales, La Fregate étoit entierement pavoifée
, ornée de toute forte de pavillons & de banderoles
, tous les mâts garnis de laurier & de cou
ronnes de fleurs. Le Lundi , on y cîna à deux tables
de vingt-cinq couverts. M. le Marquis Da
mou , M. le Comte de Brienne , M. le Maire ,,
M. de Laborde Lieutenant Général de l'Amirauté
, M. de la Courtaudiere , y furent invités ;
le repas étoit fplendide par la variété & la beauté
du poiffon ; on but la fanté du Roi au bruit d'une
décharge de vingt pieces de canon , montées ( ur
une autre Fregate qui étoit dans la rade , & à
qui on donnoit le fignal pour les falves , en hiffant :
une flamme bleue. Lorfque la cavalcade paffa fur le
pont Mayou , on ferra tous les pavillons , pour ne
laiffer paroître que celui de France , que la feconde
Fregate falua d'une triple décharge , & à
laquelle la premiere répondit par des vive le Roi ;
les falves & les acclamations continuerent pendant
tout le tems que la cavalcade parcourut la Ville , &
ne ceflerent que lorfque tous ces Meffieurs furent à
terre .
"H
Le lendemain , il y eut un autre repas , comme
la veille . Plufieurs Dames furent à bord pour voir
la courfe que donnoit la Ville , elles furent reçûes.
au bruit du canon , des tambours , violons , cors
de chaffe & tambourins. Meffieurs les Capitainas :
184 MERCURE DE FRANCE!
firent fervir avec profufion des raffraîchiffemens
il y avoit trois buffets dreffés , où l'on trouvoit des
vins & des liqueurs de differentes efpeces , furtout
du Champagne exquis. On danía jufqu'à la fin du
jour , & lorique cette brillante compagnie fe
rendit à terre , elle fut faluée de dix - neuf coups de
canon .
Il y eut le Mercredi un troifiéme dîner , qui ne
cedoit en rien aux deux précedens . Madame la
Marquife Damou , Madame Brethous , & les autres
Dames les plus diftinguées , ayant été invitées
de fe rendre à bord de la grande Fregate , pour
voir la courfe que donnoient ces Meffieurs , y
arriverent vers les trois heures ; à quatre , on préfenta
un ambigu ; les Dames feules étoient à table
fervies par les Cavaliers ; la feconde Fregate
fit des falves continuelles ; après l'ambigu , le bal
commença ; Madame la Marquife Damou l'ouvrit
avec M. Bourlafteguy , Doyen des Capitaines.
La courfe finie , on fe retira. Ces trois
fêtes ont été fupeibes ; ces Meffieurs en opt fait
les honneurs, de façon à contenter tout le monde;
rien n'y a manqué , rien n'a été épargné , le
moindre goût y étoit fatisfait dans l'inſtant , on
n'avoit qu'à fouhaiter. Je voudrois pouvoir vous
nommer tous ces Meffieurs , pour leur rendre la
juftice qu'ils méritent chacun en particulier . M.
Dupuy fut chargé d'orner la Fregate ; Meffieurs
Lano , Duler , Dubefin , de faire fervir les tables
Meffieurs Piqueflarry de faire les cérémonies : &
par les foins d'eux tous , jamais on n'a donné une
fête plus magnifique.
;
Cette relation eft déja trop longue , cependant
je ne fçaurois obmettre que les pauvres n'ont
point été oubliés dans cette allégreffe générale ,
ils y ont participé par la charité de pluſieurs parJUIN.
1749. 185
ticuliers , qui firent dreffer dans les rues des tables
pour les mendians , & le Dimanche , M. Brethous
fit donner à dîner à fes dépens à tous les prifonniers.
M. de Villere , Directeur de l'Artillerie du Châ
teau neuf , fit tirer le Mardi un petit feu d'artifice
qui réuffit très-bien ; en un mot , il n'eft point de
citoyen qui dans cette occafion n'ait donné des
preuves éclatantes de fon zéle. La Compagnie des
Tonneliers a fait auffi une pamperruque , les Comédiens
fe font encore fignalés par un spectacle
fingulier. Montés fur des chevaux choifis exprès
ils parcoururent la Ville habillés uniformement ;
au lieu de chapeau , ils avoient fur leur tête une
lanterne de carton aux armes de France avec des
devifes , & chacun jouant d'un inftrument different
, ils donnoient une efpece de concert devant
les principales maifons . Tous ces détails ne vous
paroîtront point ennuyeux , puiſqu'ils vous prou
veront , que fi notre Ville n'a pas égalé les autres
par la magnificence de fes fêtes , elle les a furpaffées
peut être par fon zéle & fa joye.
J'ai l'honneur d'être , & c.
De Fourgues.
Bayonne le 22 Mars 1749.
A Meffieurs du Magiftrat de Lille , fur la
Fête qu'ils ont donnée pour la publication
de la Paix.
M Effieurs,j'ai trouvé la fête fibelle , fi flatteufe
, fi brillante , qu'à mon retour de votre
Temple de la Paix , fur le champ je me fuis
transporté dans celui des Mufes , pour fçavoir ce
qu'on en difoit , le voisi
186 MERCURE DE FRANCE .
Q Uel Temple fuperbe s'éleve
Au nom de l'immortelle Paix !
L'ouvrage eft un prodige , & la main qui l'acheve è
A raffemblé les plus beaux traits.
Dans le fein de la Ville , au centre de la Place ,
En fon vafte contour , fa pompeufe rondeur
Offre le goût léger , la grace ,
Et l'image de la grandeur.
L'Art , qui par fes efforts imite la Nature ,
A voulu fans doute honorer
D'un chef- d'oeuvre d'Architecture
Un chef-d'oeuvre de Paix qui ſe fait adorer.
Partout l'agréable Peinture ,
Semant les feftons & les fleurs ,
Embellit encor la Sculpture ,
Et l'anime de fes couleurs.
Huit colonnes de marbre , appuyant l'édifice ,
Soutiennent de la Paix leTemple , & des Autels ,
Où doit brûler en facrifice
Le plus doux encens des mortels.
Le monument augufte ouvre quatre portiques ,
Et regardant du Ciel les quatre points divers ,
Semble inviter tout l'Univers
Aux réjouiffances publiques.
Les vertus de Louis , par qui l'art du Sculpteur
Veut inftruire le fpectateur ,
Obfervent à l'entour un éloquent filence :
JUI N. 1749. 387
La Juftice dans fa balance
Pefe les droits des Souverains.
Mais la valeur guerriere en fixe les deftins ,
Se conduifant par la Prudence ;
D'un air empreffé la Clémence
Releve les vaincus , & pardonne aux humains.
Cependant au milieu du Temple
La Paix fur un trône d'azur ,
Defcend dans l'éclat le plus pur ,
Et charme l'oeil qui la contemple ;
La douceur & la majefté
Qu'on voit briller fur fon viſage ,
Attirent l'amour & l'hommage
A l'heureufe Divinité ;
Groupe frappant , ſublime ouvrage ,
Qui porte la félicité.
Elle tient en fes mains l'olive & l'abondance ;
Au deffous d'elle on lit : Louis triomphateur ,
Venant d'épouvanter l'Europe à fa vengeance ,
En eft le pacificateur .
Sur un Globe , au fommet , on admire Mercure ;
De la France fon bras fait flotter l'Etendart ;
Rapide & volante figure ,
Il prend fon Caducée , & part.
Que d'emblêmes fçavans retracent les conquêtes,
Et que de traits ingénieux .
Par l'Hiftoire & la Fable embelliffent ces fêtes. !
188 MERCURE DE FRANCE:
Tout refpire, tout penfe, & tout y parle aux yeux.
Mais déja le feu d'artifice
Parmi les foudres , les éclairs ,
Vient confommer le facrifice ,
Part , petille , allume les airs.
A l'entour de la Paix le falpêtre fe joue ;
Il vole en gerbe , il tourne en roue ;
En cent façons il veut charmer ;
Il eft ferpent , couronne , étoile ,
Et la nuit repliant fes voiles ,
Croit que le Ciel va s'enflâmer .
La Paix regne , dit- elle , & ſa main triomphante
Des Lillois enchantés recevant mille voeux ,
Sans doute me les lance en feux ;
Ou bien fon Temple les enfante.....
Le feu vole toujours , & le couronnement ,
Les portiques , les girandoles ,
Les balustrades , les confoles ,
Tout enfin dans le mouvement
Veut être de la fête & de l'embraſement.
Le Globe en des clartés fi belles ,
Sous les pieds de Mercure offre un feu d'étincelles ,
Un Aftré fur la tête , image du Soleil ,
Répandant un éclat pareil ,
Vient rallumer le jour à fes flâmes nouvelles.
L'artifice , après un grand bruit ,
S'éteint & rend l'ombre à la nuit.
JUIN.
189 17493
Mais la populace animée ,
Voit, pour irriter fon déſir ,
Deux fontaines de vin qui coulent à loifir ;
Par fes cris , & les feux, la troupe confumée ,
Boit ce nectar & le plaifir.
Refpectable Sénat , & vous peuple de Lille ,
En confacrant ce monument ,
Puiffiez-vous éternellement
Vous affûrer la paix tranquille ,
Et puiffe la paix à ſon tour
Egaler fa reconnoiffance
A la rare magnificence
Dont vous célébrez fon retour !
A publier partout votre réjouiffance ,
Vous employez le Mercure des Dieux ;
Mais
pour
l'annoncer encor mieux,
Il faut le Mercure de France.
C'eft ainfi , Meffieurs , qu'on parloit de vous &
de votre Fête dans le temple des Muſes ; je viens
vous le redire , trop heureux de vous témoigner
par mon zéle la foumiffion profonde & relpec-
Lueufe dans laquelle je fuis , &c.
De C.
A Lille , le 17 Mars 1749.
190 MERCURE DEFRANCE.
A M. de Séchelles , Intendant de Lille , fur
le magnifique Divertiffement qu'il a donné
chez lui après le feu d'artifice , la nuit du
16 au 17 pour la publication de la Paix.
D
UTemple de la Paix , que tu fçais bien ,
Séchelles ,
Dans ce jour de triomphe , achever le tableau
Par un dernier coup de pinceau !
Chez toi cent colombes fidelles
Portent de l'olivier les branches immortelles ;
La tempête n'eft plus. La Paix dans un repas
A raffemblé tous ſes appas ,
En raflemblant toutes les belles .
Quel fpectacle riant de pas ingénieux ,
Qui tracent la penſée & qui parlent aux yeux !
La Paix y fait danfer les Graces ,
Les Graces font chérir la Paix ,
Etle folâtre Amour , qui vole fur leurs traces ,
Sans doute Y lance de fes traits.
Le feftin fuccede à la danfe ,
Et le goût, l'ordre , l'abondance ,
En ont fait la table des Dieux ,
Ou plutôt celle des Déeffes :
Huit tables leur offroient des mets délicieux ,
Et cent mortels, des foins officieux ,
Ne vivant que de leurs largeffes ,
JUI N.
191 1749.
Trop contens du charme des yeux.
• La liberté rioit là fans licence
Et fous les yeux de la décence ,
D'un air aimable , le défir
Boit à la coupe du plaifir ,
Et n'y trouve que l'innocence .
Mais à fon tour la danſe a chaffé le feftin ;
Le jeu fe met de la partie ;
Le ris avec eux s'affocie
Tous trois vont à l'envi regner juſqu'au matin :
O l'agréable compagnie !
Voilà tous les fallons en train :
Encor faut-il un peu de plaifir dans la vie.
Sa voix , fans qu'on y penſe , entraîne l'inſomnie ,
Et dort qui peut le lendemain.
De flambeaux radieux la fête illuminée ,
Et des plus beaux luftres ornée ,
Répand un jour heureux, qui donne à tout le prize
Les jeux , les danſes , & les ris ,
L'art dans les ornemens , & la riche matiere ,
Du tableau font le coloris ;
Les belles en font la lumiere :
Rien n'eft ombre : tout brille : & fur fon char la
nuit
"
Voyant ainfi la paix qui luit ,
Va finir plus loin fa carriere ,
Fort furpriſe que tant de bruit
Ofe troubler la courſe entiere ,
Et le filence qui la ſuit.
752 MERCURE DE FRANCE.
Chacun à fes plaifirs felon fon goût s'arrête ,
Mais dans le divertiffement ,
Aux yeux du connoiffeur , le plus bel ornement
Etoit la Reine de la fête .
Ainfi des coeurs François , ou la gloire , ou l'amour,
Tu fais briller la guerre , & la paix tour à tour :
La guerre fut le champ de ta rare prudence ;
Son regne t'illuftre à jamais ,
Mais le triomphe de la paix
Ne doit pas moins d'éclat à ta magnificence :
Son empire charmant commence
Par ton hommage , & tes bienfaits.
* Madame Herault.
Par le même.
EPIGRAMME
Du Regne de Louis le Grand ,
Un Juge de Province obtint par fa droiture
Un des premiers emplois de la Magiftrature.
Avant que de remplir un pofte fi brillant ,.
Il fe préfente au Roi dans une humble pofture
Pour lui marquer fincérement
Son zéle , fon reſpect & fa reconnoiſſance.
Le Monarque lui dit , d'un air grave & charmant ;
Monfieur , quoique mon coeur dans cette cir
conftance
Goûte
JUI N. 195
1749 .
Goûte , à vous obliger , le plaifir le plus doux ;
Sur mille concurrens de votre fort jaloux ,
Je ne vous aurois point donné la préference,
Si j'avois pú trouver en France
Un plus honnête - homme que vous.
Par M. Cotterean , Curé de Donnemaries
AUTRE.
Vous êtes Philemon , dans une erreur extrême
;
Un chacun vous connoît beaucoup mieux que
vous-même ;
De votre caractére en traçant le tableau ,
Dans un certain écrit dont j'ai pris la lecture ,
Vous croyiez avoir fait un chef- d'oeuvre nouveau.
Permettez que ma main , retouchant la peinture ,
Y donne, fans flatter , quelques coups de pinceau,
Vous verrez un portrait tiré d'après nature ,
Par le même.
KATDKD3AEDEDEDEDENKARDIA
SPECTACLES.
'Opéra de Naïs a le fort des autres ouvrages de
M. Rameau . Il eft honoré des repréſentations
les p'us nombreuſes , & plus on l'entend , plus il
eft applaudi. La double fête du premier Acte , &
PEpifode de Tiréfie , paroiffent fur tout acqueria
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
chaque jour de nouveaux charmes , & l'on ne
peut fe laffer d'admirer l'art avec lequel la Demoiſelle
Fel chante & joue fon rôle , particulierement
dans la Scéne intéreffante du troifiéme
Acte.
Le 20 du mois dernier , le Sieur Cuvillier , fils ,
qui s'est déja fait une grande réputation dans les
Provinces , débuta avec beaucoup de fuccès fur le
Théatre de l'Académie Royale de Mufique. Il a
une très belle baffe - taille , & les cadences parfaites
. On nous promet deux haute- contre nouvelles
, qui n'excelleront pas moins dans leur
genre. Cet empreffement des Dire&eurs de l'Académie
à faire ainfi des recrues pour la Scéne lyrique
, & leur attention à remettre en vigueur les
Ecoles de Chant & de Danfe , deftinées à fournir
des fujets à l'Opéra , méritent nos éloges & la reconnoillance
du Public.
Lés Comédiens Franço's donnerent le 30 Avril
la premiere repréfentation de la Tragédie d'Ariftoméne.
M. de Marmontel , Auteur de cet ouvrage ,
avoit déja fait concevoir de hautes efperances de
fon talent par la piéce de Denis le Tyran. Nonfeulement
il les foutient , mais il les a confidérablement
augmentées par fa nouvelle Tragédie.
Dans le tems que cette Piéce attiroit le plus la
foule des Spectateurs , elle a été interrompue à la
feptiéme repréfentation par une maladie fubite
& dangereufe furvenue à un jeune Acteur , qui
y joue d'une maniere fupérieure un rôle impor
tant. Cet accident oblige M. de Marmontel d'attendre
l'hyver pour faire reprendre fa Tragédie
par les Comédiens , & ne l'ayant pas vûe affez de
fois pour pouvoir en hazarder un extrait raisonné ,
nous differerons jufqu'à ce tems de parler plus au
long de cet ouvrage.
JUIN. 1749. 195
"
Le Concert Spirituel a exécuté le Jeudi 15
Mai , jour de la Fête de l'Afcenfion , une ſymphonie
del Signor Geminiani ; le Venite exultemus ,
Motet à grand Choeur , de M. d'Aveſne. M. La-
-vaux a joué fur le haut- bois un Duo avec M. Pagin.
M. Poirier a chanté feul Benedictus Dominus ,
petit Motet très gracieux de feu M. Mouret .
M. Pagin a joué la Tempête di Mare del Signor
Vivaldi , & le Concert a fini par Beatus
gifti , tiré du Pleaume Te decet , Motet à grand
choeur de feu M. Gilles , enrichi de plufieurs mor❤
ceaux excellens par un Muficien célébre.
quem ele.
CONCERTS DE LA COUR.
Li
E Lundi 21 Avril , on chanta chez Madame
la Dauphine l'Acte de Zelindor ou le Silphe,
de Meffieurs Rebel & Francoeur , Sur- Intendans
de la Mufique de la Chambre du Roi. Les paroles
font de M. de Moncrif , Lecteur de la Reine , &
P'un des quarante de l'Académie Françoife . Les
rôles ont été chantés par les Demoiſelles Chevalier
& de Selle , & par les Sieurs Jeliotte , &
Lagarde.
Le Mercredi 23 , le Samedi 26 , & le Lundi 28,
on chanta chez Madame la Dauphine le Prologue
& les cinq actes de l'Opéra de Calliroé , de
feu M. Deftouches ; les rôles ont été chantés
par
les Demoiselles de Selle , Romainville , Godonnefche
& Canavas , & par les Sieurs Jéliotte ,
Benoît & Dubourg.
>
Le Mercredi 30 , chez Madame la Dauphine à
Verfailles , le Samedi 3 & le Lundi s Mai , à
Marly , on chanta le Prologue & les cinq Actes
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
de l'Opera d'Amadis de Gréce , de feu M. Deftouches
, les Demoifelles Chevalier , de Selle &
Fel , & les Sieurs Poirier , Benoît , la Garde ,
Godonnefche & Dubourg , exécuterent les rôles.
Le Mardi 6 & le Jeudi 8 , on chanta à Verſailles
, chez Madame la Dauphine l'Opéra de Phaéton
; les rôles furent remplis par les Demoiselles
Chevalier , Lalande & Mathieu , ainfi que par les
Sieurs Jéliotte , Poirier , Benoît , la Garde &
Dubourg.
Le Mercredi 7 , le Samedi 10 & le Lundi 12 ,
on chanta à Marly le Prologue, le premier , le fe
cond & le troifiéme Actes de l'Opéra de Pirame
& Thiſbé , la Reine ayant redemandé le fecond &
le troifiéme Actes.
Le Samedi 17 , on exécuta à Verſailles , chez la
Reine , les quatrième & cinquiéine Actes du même
Opéra ; les paroles font de M. de la Serre , & la
Mufique de Meffieurs Rébel & Francoeur , Sur-
Intendans de la Mufique de la Chambre du Roi .
Les Demoiselles Chevalier , Canavas , Romainville
& Mathieu , ont chanté , ainfi que les Sieurs
Jéliotte , Benoît , de Chaffé & Poirier ,
Le Lundi 12 , à Marly , la Demoiſelle Peza ,
jeune perfonne , fut préfentée à la Reine pour la
Mufique du Roi , par M. le Maréchal Duc de Richelieu
, Premier Gentilhomme de la Chambre.
Cette Demoiſelle chanta un Monologue . L'éten
due de la voix furprit & Alatta tout l'auditoire , &
fait efperer qu'elle deviendra dans peu un trèsgrand
fujet pour les Concerts de Leurs Majeftés.
A Décoration qui paroît à la fin du cinquié
me Acte de l'Opéra de Naïs , & qui repréente
le Palais de Neptune, a été faite & inventée
JUIN. 1749. 197
par le Sieur Pietre Algieri , Italien , Peintre ordinaire
de l'Académie Royale de Mufique. Il eft
très- connu par les talens , & il en a donné fouvent
des preuves au Public , notamment dans la
Décoration qu'il a inventée & exécutée pour le
Théatre Italien , dans la Piéce intitulée les Fées
Rivalés , données au Public l'année derniere .
LETTRE à M. Rémond de Sainte Albine.
J
E fuis infiniment fenfible , Monfieur , à la
façon obligeante , dont vous avez bien voulu
parler dans votre dernier Mercure de mon nouvel
Opéra , mais je fens trop le prix de vos éloges ,
pour ne pas me hâter de rendre à M. Arnould ,
Machinifte du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique , la jufte portion qui lui en eftdue.
C'eft lui , Monfieur , qui eft feul l'inventeur de
toutes les Machines que le Public a daigné ap
plaudir dans mes Opéra , & fi en formant mes
plans j'en ai prévû la poffibilité , c'est parce que
j'ai une connoiffance particuliere du talent ſupérieur
de cet habile Artiſte .
Je vous dirai plus ; c'eft cette même connoif.
fance qui m'a enhardi à ramener fur le Théatre
Lyrique la grande Machine , qui depuis M. Quinault
avoit été totalement abandonnée . La diffi .
culté de l'exécution a fans doute rebuté juſqu'ici
ceux de nos illuftres modernes , qui ont coure
avec diftinction la même carriere .
Il n'eft plus d'obftacle aujourd'hui ; avec M.
Arnould tout devient facile , & rien n'eft impoffible.
Je fuis ravi d'avoir cette occafion de lui donner
un témoignage public de mon eftime , &
I iij
198 MERCURE DE FRANČE.
de vous affûrer de tout l'attachement avec lequel
j'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 27 Mai 1749.
De Cahufac.
LE RETOUR DU PRINTEMS.
ODE ANACREONTIQUE.
Q Uel bruit ! Quel charmant murmure
Semble animer les rofeaux !
Par tout la libre nature
Prend des agrémens nouveaux.
Que vois-je ? Le froid Borée
Ne bannit plus les Zéphirs ;
Vertumne fait fon entrée ,
Et ramene les plaiſirs .
**+
Le Soleil flattant la terre
De fes doux embraſemens ·
De nos prés fait un parterre ,
Qui fert de lit aux Amans.
Les oifeaux fous les feuillages
Rappellent le tendre Amour ;
KX
AND
YORK
ARY
JUI N. 1749 199
Hymen fait des mariages ,
Et célébre un fi beau jour.
Les agneaux quittant l'étable ,
Bondiffent fur le gazon :
Ceffant d'être impitoyable ,
Philis fouffre Coridon .
Ce berger des dons de Flore
Se plaît à parer fon fein ,
Voulant la furprendre encore
Par un plus hardi deffein .
+3x+
Novices , dans le jeune âge ,
De l'Amour craignez les traits ;
Le plus charmant badinage
Se changeroit en regrets ;
Ses promeffes femblent belles ;
Il vous paroît un mouton
Mais penfez qu'il a les aîles
Et l'humeur du papillon.
Ce Dieu , quand des fleurs naiffantes
L'éclat a frappé fes yeux ,
Les trouvant toutes charmantes ,
Ne fçait où fixer les feux ;
Sur chacune il fe repofe ,
I
200 MERCURE DE FRANCE.
Lui donnant un doux baiſer ;
Du lys il vole à la rofe ,
Puis il laiffe le rofier .
Ou bien , lorsqu'en jeune abeille ,
Qui veut compofer fon miel ,
Il bourdonne à votre oreille ,
Vous n'y trouvez point de fiel ,
Mais fi votre ame amoureuſe
Ofe le ferrer trop fort ,
Sa piqueure eft douloureufe ,
Et vous lui donnez la mort.
306506502 106 107 106 32 56:50
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es Députés des Etats de Bourgogne eurent le
20 du mois d'Avril une audience du Roi. Ils
furent préfentés par le Duc de Saint Aignan ,
Gouverneur de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Secretaire d'Etat , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Grand Maître & le
Maitre des Cérémonies. La Députation étoit
compofée pour le Clergé , de l'Abbé de Groſbois ,
Doyen de la Sainte Chapelle de Dijon , lequel
porta la parole ; du Marquis d'Anlezy , pour la
Nobleffe & de M. Doublot , pour le Tiers-
Etat.
JUIN. 201
1749.
"
Le Roi fe rendit le 30 Mai au Château de Mar.
ly, & la Reine y joignit le Roi le jour fuivant.
Madame la Dauphine rendit le 27 Avril à la
Paroifle du Château de Versailles , les Pains Bénits ,
qui furent préſentés par l'Abbé de Poudens , fon
Aumônier en Quartier.
M. le Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , donna le 24 la démiſſion de ſes emplois.
Le Roi a difpofé de la Charge de Sécretaire
d'Etat du Département de la Marine en faveur de
M. Rouillé , Confeiller d'Etat , Commiflaire de
Sa Majefté à la Compagnie des Indes , & ci devant
Intendant du Commerce.
Sa Majesté a chargé le Comte d'Argenson du
Département de Paris , de celui des Académies ,
& de celui des Haras , & le Comte de Saint Florentin
, du Département de la Maifon du Roi .
Le Roi anommé fon Ambaffadeur auprès du
Roi de Sardaigne , le Marquis de la Chétardie ,
Lieutenant Général.
Sa Majeſté a accordé au Marquis de Saflenage ,
fecond Baron des Etats de la Province de Dauphiné
, Brigadier des Armées du Roi , Menin de
Monfeigneur le Dauphin , & nommé Chevalier
des Ordres de Sa Majefté , la furvivance de
la Charge de Chevalier d'honneur de Madame
la Dauphine , dont eft pourvû le Maréchal de la
Fare.
Le 30 Avril , M. Rouillé prêta ferment de fidé
lité entre les mains de Sa Majeſté , pour la Charge
de Secretaire d'Etat du Département de la Ma
rine.
Le Marquis de Saffenage le prêtà le 27 entre les
mains de Madame la Dauphine , pour la Charge
de Chevalier d'honneur de cette Princeffe.
202 MERCURED EFRANCE.
Il eft arrivé au Port Louis un Navire ; par lequel
M. du Pleix , Gouverneur Général des Etabliffemens
poffedés par la Compagnie des Indes ,
a envoyé à cette Compagnie un détail circonstan
cié de ce qui s'eft paflé pendant le fiége , que les
Anglois ont mis devant Pondichery , & qu'ils ont
été obligés de lever après une attaque de près de
cinquante jours.
Le Roi a nommé Pair de France le Comte de
Taillebourg , fils du Prince de Talmont.
Un foldat Turc , fervant dans le Régiment
Royal Corfe , ayant été converti à la Religion
Chrétienne par M. Roftini , Aumônier de ce Régiment
, il a reçû le Baptême. Il a eu pour parein
M. d'Ornano , Capitaine de ce Régiment , &
pour maraine l'époufe de M. de Saint Gal , Lieutenant
de Roi de Bouchain , où le Régiment
Royal Corfe eft en garnison.
Le 30 Avril, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à ſeize cens cinq livres , les Billets de la
premiere Lotterie Royale , à cinq cens foixantetreize
livres , & ceux de la feconde , à cinq cens
quarante-huit.
Le 9 du mois dernier , le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin fit dans la Plaine des
Sablons la revûë du Régiment des Gardes Françoifes
, & de celui des Gardes Suifles , lefquels
après avoir fait l'exercice , défilerent en préfence
de Sa Majesté .
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat à la place
de M. Rouillé , qui a été fait Secretaire d'Etat du
Département de la Marine , M. Pallu , Intendant
de la Généralité de Lyon,
Le Roi a ordonné qu'il fûr délivré , le prémier
du mois d'Octobre prochain , deux Congés abfolus
dans chaque Compagnie de Fufiliers , de Gré
JUIN. 1749. 203
nadiers & d'Ouvriers , & dans celles de Cavalerie
& de Dragons à cheval , & trois Congés dans
chaque Compagnie du Régiment Royal Artillerie,
de Mineurs & de Dragons à pied , autant qu'il fe
trouvera dans lefdites Compagnies un pareil nom
bre de Cavaliers , Dragons, ou Soldats , dont les
engagemens feront expirés , & indépendamment
des Congés qui feront accordés aux Miliciens incorporés
, qui ont fini le tems de leur fervice. Si
un Cavalier , Dragon ou Soldat , qui fera dans le
cas d'obtenir fon congé abfolu , préfere de renouveller
fon engagement , celui qui le fuivra ne
pourra demander d'être congédié à fa place.
Quoique fuivant le Réglement du 3 Janvier
1710 , aucun Sergent , Brigadier , Cavalier , Dragon
ou Soldat , ne puiffe être reçû à l'Hôtel
Royal des Invalides , à moins qu'il n'ait fervi pen
dant vingt ans , ou qu'il n'ait été eftropié au fervice
du Roi , l'intention de Sa Majesté eft cependant
qu'on reçoive audit Hôtel ceux aufquels ,
après qu'ils auront renouvellé deux fois des engagemens
de fix ans dans la même Compagnie , il
furviendra , pendant le cours de leur troifiéme engagement
, des infirmités qui les mettront hors
d'état de continuer leur fervice. Le Roi exigeant
que les Cavaliers , Dragons & Soldats , fervent
exactement pendant tout le tems pour lequel ils
s'engagent , Sa Majefté veut qu'aucun d'eux ne
puiffe prétendre fon congé abfolu , qu'après avoir
fait réellement le fervice dans la Compagnie pendant
fix années entieres , & que ceux qui le feront
abſentés, foient obligés de fervir à leur troupe
un tems égal à celui de leur abfence , par delà le
terme de leur engagement . Dans cette derniere
difpofition ne font pas compris ceux quife feront
abfentes pour travailler à des recrues.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Il paroît des Lettres Patentes , portant défenfes
aux Collecteurs des Paroiffes reffortiffantes des
dépôts des fels établis dans les Pays rédimés des
Droits des Gabelles , d'employer les enfans audeffous
de huit ans dans les Rolles qu'ils font obligés
de fournir aux Commis du Fermier dans l'éfendue
de ces dépôrs.
Les Religieux de l'Ordre de la Trinité , & Redemption
des Captifs , ont tenu à Cerfroid , dans
le Diocéfe de Meaux , un Chapitre Général ,
dans lequel ils ont élû pour Général & Grand
Miniftre de leur Ordre le Pere Guillaume le Febvre
, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris ,
& Miniftre de la Maifon qu'ils ont dans cette
Capitale.
>
En action de graces des heureux fuccès da
Chevalier Dupleix Commandant des Forts &
Etabliffemens François aux Grandes Indes , M.
Dupleix , fon frere , Fermier Général , marie
douze filles qu'il a fait choifir , depuis dix- huit
jufqu'à vingt fix ans , entre les plus pauvres de fes
Paroiffes du Soiffonnois . Il dote chaque ménage
de cent cinquante livres en argent , outre l'habillement
uniforme complet , & le linge double ,
sant des filles que des garçons qu'elles épouferont
de leur propre gré. Il le charge des frais des Contrats
, & des nôces qui fe feront toutes le même
jour & à la même Meffe. De plus , il promet cinquante
livres à celle des douze mariées , qui accouchera
la premiere d'un enfant vivant ; à la
feconde , quarante livres ; à la troifiéme , trente ;
à la quatrième , vingt , & à la cinquiéme , dix .
Pour engager ces ménages à conferver leurs
enfans , M. Dupleix affûre quatre cens livres à
celui qui en aura le plus dans dix ans ; trois cens
livres à celui qui viendra après pour le nombre
JUIN. 1749. 205
d'enfans ; deux cens livres à celui enfuite , & dix
piftoles au quatrième , obfervant qu'à nombre
égal , la pluralité des garçons aura la préference .
Voulant en même tems exciter l'induftrie &
P'économie dans ces familles , il donnera auffi
dans dix ans , vingt piftoles au premier , & cent
francs au fecond des deux ménages les plus aifés ,
en comprenant , dans l'état de leurs biens qu'ils
produiront alors , les enfans qu'ils auront élevés ,
évalués chacun à dix écus par an , enforte qu'un
enfant de cinq ans fera porté dans cet état pour
cent cinquante livres , un autre de huit ans pour
deux cens quarante livres , & ainfi des autres
fuivant leur âge.
2
Le 14 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à feize cens quatre- vingt cinq livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq
cens foixante- dix- huit , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante.
"
Comme il eft important de donner aux Propriétaires
des Actions de la Compagnie des Indes
toutes les facilités qu'il eft poffible de leur procurer
foit pour rendre ces Actions fufceptibles
des conventions que les Particuliers veulent
faire entr'eux , foit pour prévenir les vols , incendies
, & autres accidens qui peuvent caufer la
perte defdites Actions , le Roi a ordonné que l'établiffement
fait , en l'Hôtel de la Compagnie ,
d'un dépôt libre & volontaire , continuât d'avoir
hieu , & Sa Majesté a fait publier une Déclaration
, qui , en autorifant ce dépôt , lui donne une
forme folide & authentique. Chaque Actionnaire,
qui voudra dépofer fes Actions , les remettra luimême
en préfence d'un Syndic & d'un Directeur
de la Compagnie , avec un Bordereau , qui en
contiendra le nombre & les numeros , au Dépo206
MERCURE DE FRANCE.
fitaire que la Compagnie commettra à cet effet.
Il fera ouvert un compte au Dévolant , pour porter
à ſon crédit les Actions , dixièmes d'Actions ,
& Dividendes y attachés , & à ſon débit ceux de
ces effets qu'il retirera , ou qu'il cédera & tranfportera
à d'autres Particuliers , par vente , négociation
ou autrement , aufquels Particuliers il fera
pareillement ouvert , ſans aucun frais , un compte
en débit & en crédit. Les Etrangers & les autres
Propriétaires abfens , qui auront des Actions en
compte fur les Regiftres de la Compagnie , pourront
en difpofer par procuration , auquel cas le
fondé de procuration fera tenu de figner fur les
Regiftres , & de remettre au Dépofitaire l'original
de la procuration , bien & duement légalifé , ou
l'expédition d'icelle , pour demeurer jointe au
Bordereau des effets déposés . Ces effets feront renfermés
dans un coffre fermant à trois clefs differentes
, dont une reftera entre les mains d'un Syndic
, l'autre en celles d'un Directeur de la Com.
pagnie , & l'autre en celles du Commis au Dépôt,
Leflits effets ne pourront être faifis entre les mains
du Dépofitaire par aucune perfonne , fous quelque
prétexte que ce puiffe ê:re , pas même pour
les propres deniers de Sa Majefté , fi ce n'eft dans
le cas de faillite ou de décès des Actionnaires.
Le dépôt conditionnel , établi à la Compagnie
des Indes , continuera de fubfifter , & il fera libre
à tout Propriétaire d'Actions de les déposer avec
telles conditions & reftrictions qu'il jugera à propos.
On tiendra pour cet effet un Registre fecret
de compte ouvert , & l'on délivrera au Dépofant
un Acte paffé pardevant Notaires , & vifé par un
Syndic & un Directeur. Cet Acte contiendra les
conditions & reftrictions ftipulées , aufquelles le
Dépofitaire commis par la Compaguie fata obligé
de fe conformer.
JUIN. 1740. 207
Les , les Actions de la Compagnie des Indes
toient à dix-fept cens livres ; les Billets de la
premiere Lotterie Royale , à cinq cens quatre.
vingt-un , & ceux de la feconde à cinq cens cinquante
- un.
Le 14 du mois dernier , le Roi revint de Marly.
Sa Majefté partit le 18 pour aller paffer quelques
jours au Château de Choify. Monfeigneur le
Dauphin y alla le lendemain dîner avec le Roi ,
& Mefdames de France s'y rendirent le 21 au
foir. Sa Majesté ne fortit point le zo , & elle prit
le 21 , ainfi que Mefdames , le divertiffement de
la Chaffe. On comptoit que le Roi retourneroit
à Versailles le 23.
La Reine entendit le 16 la Meffe dans l'Eglife
des Religieux Recolets , qui célébroient la Fête
de Saint Jean Nepomucene , & elle communia
par les mains de l'Abbé de Sainte Hermine , fon
Aumônier en Quartier. Sa Majesté aſſiſta le même
jour dans cette Eglife aux Vêpres , au Salt , &
au Panégyrique du Saint , qui fut prononcé par le
Pere Edme Willemfens , Exprovincial de l'Ordre.
Le 22 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à feize cens quatre -vingt cinq livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq
cens foixante - dix- neuf , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante- un.
MARIAGES ET MORTS.
E 25 Mars dernier , Charles François-Antoine ,
·
de Jean Baptifte - François , Marquis de Lenoncourt
& de Blainville , Comte du Saint Empire ,
& de Louiſe-Catherine-Antoinette , née Comtefle
208 MERCURE DE FRANCE.
de Lamberti , ci- devant Chanoineffe de Mons ,
époufa à Nanci Marie-Jeanne - Théreſe de Cleron
d'Hauffonville , Chanoineffe de Remiremont , fille
de Charles Bernard , Comte d'Hauffonville , grand
Louvetier du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , Brigadier des Armées du Roi , & Colonel
du Régiment Royal Rouffillon , & de Marie-
Françoiſe de Menſbaque , décedée en 1747.
La Maiſon de Lenoncourt , l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Lorraine , étoit
autrefois connue fous le nom de Nancy ou Nancey.
Ses armes font d'argent à la croix engrelée
de gueule. Elle eft la quatrième de l'ancienne
Chevalerie de Lorraine , & le flatte de deſcendre
d'Obebric , frere de Gerard , premier Duc héréditaire
de Lorraine. Il eft certain que Gerard
d'Alface eut un frere , nommé Adelecq dans le
Titre de la fondation de Bouzonville , & Odebric
dans les Titres du Pays des années 1065 , 1069
& 1102, L'Abbé Hugo dans fa Differtation fur
la Lorraine , imprimée dans l'Atlas de Guedeville
, nomme Odelric ce frere de Gerard d'Alface
, qu'il donne pour tige à la Maiſon de Lenoncourt.
Quoiqu'il en foit , indépendamment d'une origine
fi vraisemblable , on ne peut douter qu'elle
n'ait toujours été dans une très grande confidération
en Lorraine , où elle a poffedé les premiers
emplois. Dreux de Nancey fut Sénéchal
de Lorraine fous le Duc Mathieu . Maheu de
Lenoncourt fut le premier Primat de l'Eglife Collégiale
de Saint Georges de Nancy en 1339. Robert
de Lenoncourt fut Cardinal & Evêque de
Metz. Antoine de Lenoncourt fut le fecond Primat
de Lorraine . Un autre Robert de Lenoncourt
fut Cardinal & Archevêque de Rheims.
Les alliances que cette Maiſon a contractées
JUIN. 1749. 209
avec les plus confidérables du Pays , ont foutenu
dans tous les tems fon éclat & fa pureté. Voyez
le Pere Anfelme , Hiftoire des Grands Officiers de
la Couronne , tome 11. Dom Calmet , Differtation fur
la Noblefle de Lorraine. e Pere Viguier, l'Armorial
de Lorraine de J. F. N. Et ceux de Callot
d'Huffon. Au refte , on en peut juger par les deux
dernieres alliances , je veux dire par celle de Lamberti
& d'Hauffonville .
La Maiſon de Lamberti eft originaire du Perigord.
François ,Seigneur du Château de Lamberti,
vivoit en 1022. Depuis que fes defcendans ont paffé
en Lorraine , ils s'y font alliés avec les Maiſons
les plus illuftres , & ils font mis au nombre des
anciens Chevaliers de ce Duché. Gabriel , Comte
de Lamberti , fut Gouverneur de Nancy fous
le regne Duc Charles. Nicolas- François , Marquis
de Lamberti , premier Gentilhomme de
la Chambre du Duc Leopold I. & fon Envoyé
à la Cour d'Angleterre en 1714 , mourut en 1741 ,
Capitaine des Gardes du Corps du Roi de Po
logne. Il avoit épousé Elizabeth de Ligneville ,
dont il a eû entre autres enfans , Louiſe - Catherine,
épouse de Jean-Baptifte - François , Marquis de Lenoncourt
, & mere de Charles - François Antoine ,
qui donne lieu à cet article .
La Maifon d'Hauffonville n'eftpas moins diftinguée
en Lorraine , où elle a poffedé les principaux
emplois , & où elle tient un des premiers rangs
dans l'ancienne Chevalerie. Le pere de Charles-
Bernard, ayeul de la nouvelle Marquife de Lenoncourt
, étoit Grand Maître de l'Artillerie de Lorraine.
La Maifon de Menfbaque eft égaleement illuftre
, & eft originaire d'Allemagne.
Les armes d'Hauffonville font de gueule à la
croix d'argent , cantonnées de quatre croix de
210 MERCURE DE FRANCE.
même & trefflées , la pointe de même , couronnées
d'or , & fur le tout parti de gueule chargé
de 3 befants d'argent às aiglettes de gueule , 2 , 1
}
& 2.
Le 15 Avril , Pierre Jofeph , Comte de Laval-
Montmorenci , époufa dans l'Eglife de Saint Sulpice
, avec difpenfe de M. l'Archevêque , Eliza,
beth Renée de Maupeon.
Pierre Joſeph eft fils de Gui - Claude - Roland
de Laval - Montmorenci , Maréchal de France en
1747 , & de Marie Elizabeth de Rouvroi Saint
Simon , fille d'Euftache Titus , Marquis de Saint
Simon , & d'Elizabeth - Claire - Eugenie d'Hauterive.
Le nom de Montmorenci eft fi grand & fi
connu par l'éclat qui l'accompagne depuis une
longue fuite de fiécles , qu'il fuffit de le prononcer
pour imprimer le refpect . Cependant comme cette
Maifon a été auffi féconde qu'illuſtre , nous ne
jugeons pas pouvoir nous difpenfer de rapporter ,
du moins en abrégé , par quelles branches Pierre
Jofeph , dont il s'agit , en defcend .
Gui -Claude - Roland de Laval - Montmorenci ,
Maréchal de France , eft fils de Gabriel de Laval ,
fecond fils de Thomas de Laval , Baron de la Fai
gne , Seigneur de Tarrigoi. Thomas étoit arriere
petic fils de Hugues de Laval , Seigneur de Tartigni
, Chevalier de l'Ordre du Roi , qui a fait la
branche de Tartigni.
Hugues étoit fecond fils de René II . du nom ,
fils de René I. de Laval , Seigneur de la Faigne au
Maine , qui a fait la branche de la Faigne.
René étoit quatriéme fils de Gui de Laval II . du
nom , Seigneur de Loué , arriere petit- fils de Gui
de Laval , qui a fait la branche des Seigneurs de
Loué .
Ce Gui de Laval étoit fecond fils d'André de
JUIN. 1749. 211
Laval , Seigneur de Châtillon en Vendelais , fils
aîné du ſecond lit de Gui V. Sire de Laval , fils
de Gui de Montmorenci V I. du nom , fils puîné
de Mathieu II. du nom , Connétable de France , &
d'Edme , Dame de Laval , fa feconde femme.
Mathieu de Montmorenci I. du nom , can.
tonna de quatre alerions la croix de fes armes
en mémoire de quatre Enfeignes Impériales qu'il
gagna fur l'Empereur Othon .... lors de l'invafion
de ce Prince en France. Mathieu II, les
augmenta du nombre de douze , à cauſe d'autant
d'étendarts qu'il remporta en 1214 à la bataille de
Bouvines , où Philippe Augufte défit l'Empereur
Othon IV . avec les Anglois & les Flamans ſes
alliés.
Les armes de Laval font de Montmorenci , la
Croix chargée de cinq coquilles d'argent .
Elizabeth- Renée de Maupeou eft fille de feu
René Theophile de Maupeou , .Lieutenant Géné
ral des Armées du Roi , & de Jeanne Blanchard
de Banneville , & foeur de René -Theophile de
Maupeou , Colonel du Régiment de Bigorre. Elle a
pour ayeul René de Maupeou , Lieutenant Géné
ral des Armées du Roi , & Directeur Général
d'Infanterie , & pour bifayeul René , Lieutes
nant Général des Armées du Roi & Gouverneur
d'Ath.
La Maison de Maupeou a pris naiffance dans
la Robe , & jouit depuis long tems d'une grande
illuftration . Elle eft en deux branches , dont l'une
a continué de fiéger fur les fleurs de lys , & l'autre
a fuivi le parti des armes. Elle fe montre éga
lement féconde en Prélats illuftres. Le nouvel éclat
qu'eile reçoit par M. de Maupeou , Premier Préfi,
dent du Parlement de Paris , la rend de plus en plus
précieufe à la France . }
Le treize Mai , François - Leonard de Cher
212 MERCURE DEFRANCE .
1
-
vrier , Marquis de Chevrier , libre Seigneur de
Saint Maurice , Vicomte du Thil Emeringe , & c.
fous-Lieutenant des Gendarmes Bourguignons ,
né au mois de Mars 1715 , épouſa dans la Chapelle
particuliere du Curé de Saint Roch , Marie-
Anne- Genevieve Duqu noy . Il eft refté fils unique
de Claude -Jofeph - François de Chevrier , libre
Seigneur de Saint Maurice , &c. qui avoit époulé
le 9 Octobre 1709 , Magdeleine - Elizabeth de
PHôpital , fille aînée de Guillaume- François de
P'Hôpital , Comte de Sainte Même , & de Marie-
Charlotte de Romillei de la Chenelaye .
La Maiſon des nobles Chevriers , qui paroît être
iffue des anciens Comtes de Mâcon , eft une des
plus anciennes du Mâconnois , où elle poffede depuis
plus de 600 ans la Terre de Saint Maurice ,
& une partie du péage de Mâcon en Fieflige. On
peut voir dans Moreri & les Auteurs Généalogiques
, la filiation , les alliances & les fervices de
cette illuftre Maifon , dont celui , qui fait le ſujet
de cet article , eft le chef. Mademoiſelle Duquenoy
, aujourd'hui Marquife de Chevrier , née le z
Avril 1726 , eft fille de Pierre Duquenoy , Seigneur
de Mouffi - Duquenoy , Secretaire du Roi ,
Receveur Général des Finances de la Généralité
de Montauban , mort à Montauban au mois
d'Octobre 1746 , & de Dame Anonime le Févre
de Givry , fa veuve. Leurs autres enfans font Marie-
Louife- Adelaide Duquenoy , née les Mai
1724 , mariée le Juin 1743 , à M. Charles-
Blaiſe Meliand , Maître des Requêtes , Intendant
de la Généralité de Soiffons , & Pierre-Louis-Cafimir
Duquenoy , Seigneur de Mouffi - Duquenoy ,
né le 15 Octobre 1728.
Le 25 Janvier dernier , Nicolas-Jofeph , Comte
de Franquemont , Chanoine de la Primatiale de
Lorraine , mourut à Nanci , âgé de 34 ans. Il
JUIN. 1749. 215
toit fils de Georges - Gabriel , Comte de Franquemont
, Chambellan du Duc Leopold , & de
Rofe de Barrois , fille de François de Barrois ,
Baron de Manonville , Envoyé de Lorraine à la
Cour de France. Georges - Gabriel , marié en
1701 avec Rofe de Barrois , a eû de fon mariage ,
1º. Melchior , Comte de Franquemont. 2°. Nicolas
Jofeph , qui donne lieu à cet article. 3º.
Louis. 4. Marguerite qui a été Fille d'Honneur
de S. A. R. Madame la Ducheffe de Lorraine
& a été mariée à Cefar d'Hoffelize , Capitaine
au Régiment des Gardes du Duc Leopold , mort
en 1741. 5 ° . Jeanne , mariée à Jean , Comte
de Milty. 6°. & 7°. N. N. de Franquemont , Religieufes.
Georges- Gabriel étoit fils de Nicolas-Jofeph de
Franquemont , Conte de Montbeliard , & de
Jeanne de Maillet , qu'il époufa avec difpenfe en
1678 , & petit fils de Georges- Gabriel & d'Angélique
de Maillet mariés en 1641 .
Ce Georges- Gabriel étoit né pofthume de Geor,
ges de Franquemont , Seigneur de Tramoing ,
Gentilhomme de la Chambre du Duc de Wirtemberg
, & qui eft mort en 1615. Il avoit épouse
en 1604 Angélique du Châtelet , foeur de Lidie
du Châtelet , qu'avoit épousée en 1590 Henri
de Franquemont , Seigneur d'Audenne en Franche
Comté , dont le fils unique Jacques fur Chamoine
de la Primatiale de Lorraine. Georges ayant
abandonné fa femme , elle ſe retira en Lorraine
où leur fille Anne- Angélique , d'abord Chanoineffe
de Bouxiere , fut mariée enfuite en premieres
noces en 1633 , à François Beaugaire , Seigneur de
Blanchecourt , & en fecondes nôces à François de
Condé , Seigneur de Clevant.
La Maifon de Franquemont tire fon origine des
anciens Ducs de Montbeliard , fondus dans ceux
214 MERCURE DE FRANCE .
de Wirtemberg , elle eft comptée dans l'ancienne
Chevalerie de Lorraine. Voyez Dom Calmet
Hiftoire de la Maiſon du Châtelet. Huffon , l'Ecoffois,
Crayon de la Noblesse de Lorraine. L'Armorial de
Lorraine & de Bar de M. N.
Le 25 Mars , Louife - Françoife d'Ali , veuve
de Jacques- Amable Claude , Baron d'Enfrenel ,
mourut à Paris , âgée d'environ 60 ans , & fut
inhumée à Saint Jacques du Haut Pas. Elle étoit
fille de Jacques , Marquis d'Ailli , Baron d'Annery,
Marquis d'Annebaut & de Montfort , Comte
de Pontaudemer & de Portautou , Vicomte de Berneuil
, & c. & de Françoife- Jofephine de Gouffier ,
de la branche d'Epagny. Elle a eû de fon mariage
deux filles . 1 ° . Louile-Jofephine d'Enfrenel , mariée
à François- Louis le Conte de Nonant , Marquis
de Nery , dont un fils , nommé Louis Jofeph
le Conte de Nonant , Marquis de Rarai , Guidon
de Gendarmerie , a époufé le 14 Mars 1747 , Elizabeth
de Bazan de Flamenville , fille de Jean-
Jacques de Bazan , Marquis de Flamenville ,
de Françoife Bonaventure de Mauconvenant . 2 °.
N d'Entrenel mariée à Guillaume Antoine , Marquis
de Bouillé , Chevalier , Seigneur d'Alret , du
Clufel & autres lieux , mort en 1748 , ayant laiffé
deux filles de ce mariage, & un fils d'un premier lit, -
âgé d'environ dix ans .
&
Le 3 Avril , N. Bernard , Ecuyer , ci - devant
Grand Exempt des Cent Suifles de la Garde du
Roi , mourut , & fuc inhumé à Iffy.
Le 6 , Louife du Bouchet de Sourches , veuve de
Louis Colbert , Comte de Lignieres , Seigneur de la
Forêt de Civry- Heras , S. Lubin , & autres lieux ,
mourut âgée de 84 ans fur la Paroiffe de S. Sulpice,
& fut tranfportée à S. Euftache.
Le fieur Breard, Ouvrier en Etamine au Mans ,
y mourut le 25 du mois d'Avril. Nous avons renJUIN.
1749. 215
du compte dans nos Mercures précédens de la
traduction en vers Latins qu'il avoit faite du Poëme
de la Religion de M. Racine , & de la gratification
que M. le Chancelier lui avoit envoyée.
J
APPROBATION.
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le premier volume du Mercure de France
du mois de Juin 1749. A Paris le premier Juin
1749.
BONAMY.
TABL E.
IECES FUGITIVES en Vers & en Proſe.
3 Acte , par M. R. de S. A.
Dialogue entre Thémis , Apollon , l'Hymen ,
l'Amour & l'Amitié , fur le mariage de Mlle de
Maupeou avec M. le Comte de Laval , 58
Séance publique de l'Académie Royale des Belles-
Letties ,
Le Papilion , Fable ,
A Mile de V. * × * , Madrigal ,
Thele galante ,
Actéon , Cantate ,
Obfervations d'Hiftoire naturelle ,
Vers à M. ***
Epitre à Mad . *** *
62
80
83
ibid.
87
90
95
96
Mémoire fur le Problême d'Arithmétique , inféré
dans le Mercure de Janvier ,
Lettre de l'Auteur de ce Mémoire ,
97
III
Mot de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Mai , 115
Logogryphes ,
117
Nouvelles Litteraires , des Beaux -Arts , &c . 125
Avertiffement de M. Haller ,
Prix proposé par l'Académie Royale des Sciences ,
pour l'année 1751 ,
140
141
Planches anatomiques ,
144
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , 150
154
Article important
355
158
161
Eftampes nouvelles ,
"
Réponſe de M. de Cantwel , &c.
Seconde Lettre du même ,
164
Le Triomphe de la Paix , ou le Feu de joye élevé
à Rheims pour la publication de la Paix ,
Relation des Fêtes qui fe font données à Bayonne
à la même occafion , 177
A Mrs du Magiftrat de Lille fur la fête qu'ils ont
donnée au même ſujet , 185
A M. de Sechelles fur le divertiffement qu'il a
donné à la même occafion ,
Epigramme ,
Autre ,
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
*190
192
193
ibid.
195
Lettre de M. de Cahuſac à M. Remond de Sainte
Albine 197
Le retour du Printems , Ode anacréontique , 198
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 200
Mariages & Morts ,
207
La Chanfon notée doit regarder la page
198
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
21
DE FRANCE ,
V
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN. 1749 .
SECOND VOLUME.
o
Stavio 2 SPA
2T3.b
M
-gilarg
TU -૧૩
LIGIT
UT
21 .
NIN
Chez
A PARIS ,
a
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S And : é .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont - Neuf. I
JEAN DE NULLY , au Palais ,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Rei.
A VIS.
LIA
'ADRESSEgénérale duMercure eſt
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Sain
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à
leurs Ouvrx, celui de nepas voirparoître
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera tres - exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
t 2 ups
19: 57 C
PRIX XXX. SoLs. :
5
DOG M
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JUI N. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SEANCE PUBLIQUE ,
Tenue par
M
l'Académie Royale des Sciences
le 16 Avril de cette année.
Onfieur du Hamel du Monceau
ouvrit la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur les Plantes
qu'on peut élever dans l'eau . Cer
Académicien annonça qu'il ne prétendoir
point parler de celles qui croiffent flottant
dans l'eau , fans tenir du tout à la terre
telles que la Lentille d'eau & le Lentibu
11. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
laria , mais qu'il fe propofoit d'examiner
fi les plantes qui ont coûtume de jetter
leurs racines dans la terre , & d'en tirer
leur nourriture , peuvent fubfifter & croître
dans l'eau la plus pure & la plus limpide.
Cette idée , dit M. D. H. n'eſt pas nouvelle
: on fçait que quand Wanhelmont
éleva une branche de faule dans un fable
pur qu'il arrofoit , fon projet étoit de connoître
fi l'eau fuffiroit pour la végétation
de cette efpece d'arbre. Dans les Mémoires
de l'Académie de Berlin , il eft rapporté
qu'on a élevé plufieurs plantes fans terre
, en les femant dans de la mouffe , qu'on
arrofoit au befoin . M. Bonner , Correfpondant
de l'Académie , ayant repeté les
expériences de Berlin , prouve qu'à certains
égards & dans certaines circonftances
, la mouffe eft auffi avantageufe que la
terre pour la végétation . Prefque perfonne
n'ignore que les Jacintes , le Narciffe ,
&c. fleuriffent fans terre , étant réduits à
tirer leur fubfiftance de l'eau ..
*
C'est un spectacle , continue M. D. H.
dont tout le monde peut jouir , mais il en
eft un d'un autre genre qui eft réſervé aux
Phyficiens ; c'eft pour eux un phénoméne
bien fingulier, que de voir de l'eau pure perdre
fa fluidité dans les organes d'une planJUIN.
te, & y former un corps folide . Accoûtumé
qu'on eft à penfer que les fubftances folides
font les feules propres à former des
corps doués de cette proprieté , on regarde
l'eau comme un diffolvant qui s'échappe
par la tranſpiration , après avoir dépolé
dans la plante les parties folides qu'il contient.
Nous fupprimons un détail affez
étendu d'obſervations qui tendent à prouver
ce fentiment .
Si on veut faire cadrer ces idées avec les
expériences que M. D. H. a rapportées au
commencement de fon Mémoire , on fuppofe
que le fable de Wanhelmont n'étoit
point abfolument dépourvû de la fubftance
propre à la végétation , & l'on veut que
la mouffe fourniffe de fa fubftance aux
plantes qu'on y éleve. A l'égard des oignons
, fi on les voit faire de belles productions
fur des caraffes pleines d'eau , on
imagine que l'oignon contient un amas de
fubftance , qui étant diffoute par l'eau que
pompent les racines , paffe dans la plante ,
& fuffit pour les productions qui en
naiffent.
>
M. D. H. rapporte plufieurs obfervations
qui juftifient cette opinion , mais
pott
pour abreger , nous ne rapporterons que
la troifiéme.
Une Joubarbe féparée de fa touffe , &
A iij
URE DEFRANCE.
>
mife dans un endroit un peu frais , conti →
nue de faire de nouvelles productions
mais on peut remarquer qu'à mefure qu'il
fe développe de nouvelles feuilles , il y en
a d'anciennes qui fe deffechent , ce qui
pourroit faire penfer que la fubftance de
celles- ci fert au développement de celleslà,
& qu'il en feroit comme d'un animal
qui au défaut d'alimens , trouve une certaine
reffource dans fa graiffe .
Ces réflexions font appercevoir que les
expériences qu'on a faites avant M. D. H.
ne fuffifent pas pour détruire l'idée commune
de l'infuffifance de l'eau pour la végétation
des plantes , & c'eft ce qui a déterminé
M. D. H. à examiner la chofe de
plus près . Il éleva des plantes dans de la
moulle & dans des morceaux d'éponge
humectée , & il eut des plantes capillaires
d'une beauté admirable ; il fit germer des
féves de marais dans des éponges humides,
& quand elles eurent pouffé leurs racines
de deux travers de doigt de longueur , il
les ajufta fur des caraffes , de façon que la
racine feule trempoit dans l'eau. Ces féves
s'éleverent à près de trois pieds de
hauteur elles produifirent de grandes
feuilles , de belles fleurs , & quelques -unes
donnerent de petits fruits .
>
Il fit de-même germer des amandes , des
JAUAIAN. 7 1749:
marons d'Inde & des glands ; il les ajuſta
fut des vafes pleins d'eau.
Les maroniers ayant bien pouffé pen
dant deux ans , il les mit en terre , où ils
Teprirent fort bien ; un des amandiers fubfifta
pendant quatre ans , & ne périt que
faute d'eau. Notre Académicien a encore
un chêne qui eft dans l'eau depuis huit ans,
& qui produit tous les printems de belles
feuilles . Cet arbres qui a actuellement
quatre ou cinq branches , dont la tige principale
a par le pied 19 à 20 lignes de circonférence
, & plus de 18 pouces de lon
gueur , a mieux pouffé les deux prémieres
années que s'il eût été dans la meilleure
terre. Il eft vrai que depuis ce tems il a
toujours diminué de vigueur , ce qui doit
être attribuéplutôt au mauvais état de fes
racines qu'au défaut de fubftance. M.D.H.
fait à ce fujet fur le développement des racines
une digreffion que nous fommes
obligés de fupprimer!
Voila du bois , de l'écorce , des feuilles ,
qui ne peuvent avoir été formés que de la
fubftance de l'eau la plus claire & la plus
pure , car notre Académicien n'employoit
que de l'eau de la Seine , qui avoit été filtrée
dans une fontaine fablée , & qui étoit
reftée des mois entiers dans une cruche de
grais. L'expérience prouve donc qu'une
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
ود
eau très- épurée fuffit feule pour la germination
des femences & l'accroiffement des
plantes . Les foupçons qu'auroient pûfaire
naître le fable & la mouffe , n'ont point
lieu ici , non- plus que la provifion d'alimens
qu'on peut admettre dans les oignons
; de plus, les petits arbres élevés dans
l'eau ont donné par la diftillation à la
cornue les principes ordinaires. M. D. H.
dit à cette occafion , » je prévois qu'on ob-
» jectera que l'eau que j'ai employée
quelque clarifiée qu'elle fût , n'étoit
point un flegme pur ou une eau élémen
raire , & que dans mmeess expériences le
» flegme pur s'échappoit par la tranfpiration
, après avoir dépofé dans la plante
» les parties huileufes , falines & terreufes,
qu'il tenoit en diffolution : à la bonne
» heure , continue cet Académicien , mais
» comme je ne connois point de procedé
Chymique par lequel on tire de l'huile
» & du fel de l'eau pure , il réfulteroit
» toujours de mes expériences , que la Na-
» ture fait dans cette occafion une analyfe
» de l'eau , qui eft au-deffus des forces de
* l'Art. Néanmoins fi M. Hallés a prouvé
que l'air entre dans la compofition du
calcul humain & de plufieurs autres fub
» ftances , de telle forte qu'il contribue à
» leur dureté & à leur poids , feroit- il plus
ود
>>
ود
JUIN. 1748 .
و
"
> extraordinaire de croire que l'eau que
» nos plantes afpirent , & l'air dont elles
» font environnées , fe puffent fixer dans
» leur organe, & y faire partie de leur fub-
» ftance ? Au refte je ne me fuis pas propofé
d'établir que les plantes fé nour-
» riffent d'un flegme élémentaire ; j'aurois
» été bien embarraffé de me procurer ce
» fluide ; j'ai feulement voulu m'affûrer fi
» l'eau la plus pure & la plus fimple pouvoit
fournir aux plantes la nourriture
qui leur eft néceffaire .
Nous ne rapporterons des expériences
que M. D. H. a faites fur les oignons , que
ce qui regarde une obfervation finguliere,
fur le développement de leurs racines , de
leurs feuilles & de leur tige.
Il feroit naturel de penfer que ces differentes
parties , produites par le même oignon
, fuivroient le même ordre dans leur
accroiffement , mais il en eft tout autrement
, comme le démontrent les expérien
ces de M. D. H ..
Il coupa quelques- unes des plus fortes
racines d'une Jacinte , à un ou deux travers
de doigt de leur extrémité.
Il difpofa tellement l'oignon fur fa caraffe
, que l'extrémité de la racine coupée
touchât à la parois intérieure du våfe ; il
marqua avec du vernis coloré fur l'exté-
A v
10 MERCURE DE FRANCE:
rieur du verre l'endroit où répondoit le
bout de la racine coupée, il marqua de même
où fe terminoient les extrémités de
quelques - unes des racines qu'il avoit laiffées
entieres : celles- ci continuerent de s'allonger
, ainfi elles ne répondirent bien - tôt
plus à la marque qui indiquoit leur longueur
au commencement de l'expérience ,
mais les bouts des racines coupées refterent
conftamment vis-à-vis la marque qui
leur appartenoit. Cette expérience prouve
que les racines ne s'étendent que par leur
extrémité ; néanmoins M. D. H. avertit
qu'il faut , pour que les racines ne s'étendent
plus , en couper une certaine longueur,
& qu'elles continuent de s'étendre ,
quand on n'en coupe qu'environ une
ligne .
M. D. H. fait le paralléle fuivant entre
le développement des bourgeons & celui
des racines.
J'ai dit dans plufieurs de mes précé-
» dens Mémoires , que les bourgeons des
» arbres s'étendent dans toute leur lon-
»gueur , tant qu'ils font tendres & herba-
» cés , mais qu'ils ceffent de s'étendre
quand le corps ligneux eft endurci . Dans
»mon expérience toutes les racines étoient
» fort tendres , néanmoins elles ne s'éten-
» dent que par
que par leur extrémité , & j'ai ob-
و د
JUIN. 1749.
fervé la même chofe à l'égard des raci-
» nes des arbres que j'ai élevés dans l'eau ;
la tranfparence du verre & de l'eau
» m'a donc mis à portée d'appercevoir une
difference entre le développement des
» jeunes racines & celui des jeunes bour-
> geons.
.M. D. H. prouve par des expériences ,
dont nous fupprimons de détail , que les
feuilles , au contraire des racines , ne s'é
tendent point du tout par le bout , & que
l'extenfion fe fait prefque entiérement par
la partie qui tient à l'oignon. Cette obſer
vation eft d'autant plus finguliere que les
feuilles des arbres ne croiffent point de
même , & qu'elles s'étendent dans toute
leur partię . i
Nous fupprimons auffi les expériences
par lefquelles M. D. H. prouve que les tiges
des Jacintes s'étendent dans toute leur
longueur , auffi-bien que la comparaifon
qu'il fait de leur développement avec les
bourgeons des arbres . Nous nous contentêrons
de dire que ces expériences font
appercevoir que les trois parties que l'oignon
produit, fe développent chacune d'une
façon qui lui eft propre ; les racines
s'étendent par leur feule extrémité , les
feuilles principalement par la partie qui
A vj
12 MERCURE DEFRANCE.
tient à l'oignon , & les riges dans toute
leur longueur..
M. D. H. ayant remarqué qu'il périt
beaucoup de jeunes arbres peu de tems
après qu'ils font fortis de terre , s'attacha
à reconnoître quelle en étoit la principale
caufe , & ayant découvert qu'il le forme à
fleur de terre une efpece de gangréne , il
jugea qu'elle venoit d'une meurtriffure
qui étoit occafionnée par la preffion de la
terre endurcie contre la jeune tige , principalement
quand il fait du vent ; cette
remarque l'a engagé à femer des graines
de pin , de fapin , de mûrier , &c. fur la
fuperficie de la terre . Après les avoir recouvertes
d'une couche très mince de terre
paffée au crible , il mettoit par deffus
une couche de mouffe de deux doigts d'épaiffeur
, qu'il retenoit avec des petites ba
guettes & des crochets enfoncés en terre.
Les expériences qu'il a faites à ce ſujet ,
ayant affez bien réuffi , pourront fournir
le moyen d'élever plus fûrement des arbres
de graine .
Le fecond Mémoire , qui fut lû , eft de
M. le Marquis de Montalembert . Cet Académicien
y examine la maniere dont on
fait évaporer les caux falées dans les hangards
d'opération . Il donne les moyens de
JUI N. 1749. 13
fimplifier cette opération , & de diminuer
confidérablement les frais qu'on eft obligé
de faire pour extraire le fel. Quelques raifons
ayant empêché M. de Montalembert ,
de nous communiquer fon Ouvrage , nous
ne pouvons en donner l'extrait .
Dans la même féance , M. Macker lut un
Mémoire fur une nouvelle teinture bleue ,
dans laquelle il n'entre ni paftel ni indigo
.
La beauté du bleu de Pruffe , couleur
fort éclatante dont la Chymie a enrichi
la Peinture depuis quelques années , a fait
naître à M. Macker l'envie de le rendre
utile à la Teinture , & la conformité qui
fe trouve entre plufieurs procedés des Teinturiers
, & les opérations par le moyen defquelles
on fait ce bleu , ont fait concevoir
à cet Académicien l'efpérance d'y réuffir.
Avant de préfenter une idée des expériences
que M. Macker a faites fur cette
matiere , il eft bon de dire en deux mots ,
comment on prépare le bleu de Pruffe pour
la Peinture.
On commence par mêler enfemble un
fel , nommé en Chymie alkali fixe , quí
eft de la nature de celui qui fe rencontre
dans les cendres , avec quelque matiere huileufe
& inflammable. Le fang deffeché eft
une de celles qui réuffiffent le mieux . On
14 MERCURE DE FRANCE.
fait enfuite calciner ce mélange dans un
creufet , jufqu'à ce qu'on n'apperçoive plus
à la fuperficie de la matiere qu'une petite,
flamme bleue ; on diffout avec de l'eau
chaude tout ce qu'il y a de falin dans cette
matiere ainfi calcinée , & l'on filtre cette
diffolution , qui eft une véritable leffive .
La leffive doit être enfuite mêlée avec de
l'alun & de la couperofe verte , qu'on
a diffouts auparavant à part dans de l'eau,
Auffi - tôt que ces liqueurs falines fe mêlent
enfemble , il s'excite une effervefcence;
elles fe troublent & prennent une couleur
de verd de montagne. On filtre en
fuite le tout dans des entonnoirs de verre ,
garnis de papier gris : la liqueur paffe clai-
& il refte fur le filtre une fécule verte .
Si l'on verfe fur cette fécule une liqueur,
acide , telle que l'eau forte , par exemple
, elle prend une belle couleur bleue,
Cette couleur ainfi préparée porte le nomi
de bleu de Pruffe , parce que c'eft par un
Chymifte Pruffien qu'elle a d'abord été inre,
ventée .
M. Macker confidérant que l'alun eſt
un mordant très - ufité dans la teinture ,
c'eft-à - dire une matiere qui difpofe les
pores & les fibres de l'étoffe à recevoir
Por
les particules colorantes , a commencé par
faire bouillir dans la diffolution d'alun &
JUI N.
15 1749.
de couperofe les étoffes qu'il vouloit teindre.
Il les a enfuite trenipées dans la leffive,
préparée , ainfi que nous venons de l'indiquer
, pour l'opération ordinaire du bleu
de Prufle. Comme ces étoffes étoient impregnées
d'alun & de couperofe , lorfqu'il
les a trempées dans la leffive , il s'eft excité
une effervefcence ; la liqueur a pris
une couleur verte , & il en a été de même
des étoffes , qui y étoient plongées. Enfin
la fécule , qui fe précipite , lorfqu'on mêle
enfemble les liqueurs falines , ayant
befoin d'être détrempée par un acide
pour devenir bleue , M. Macker a trempé
ces échantillons , ainfi verdis par la fécule
qui s'étoit appliquée deffus , dans un acide
affoibli par beaucoup d'eau. Cet acide a
donné auffi- tôt aux échantillons une couleur
bleue , infiniment plus belle que celle
qu'on fait
par le moyen du paftel & de l'indigo.
M. Macker fait dans fon Mémoire le récit
abrégé des principales expériences qu'il
a faites pour perfectionner la nouvelle teinture.
Il s'agiffoit de trouver les moyens
de l'appliquer également & uniment fur
toutes les parties de l'étoffe , de donner
à volonté les differentes nuances claires
& foncées , d'empêcher que les matieres
falines , dont on fe fert pour faire ce bleu ,
16 MERCURE DE FRANCE:
و
-n'altéraffent la bonté des étoffes , enfin
de diminuer les frais le plus qu'il feroit
poffible.
Il n'y a que les perfonnes qui font dans
l'habitude de faire des expériences , qui
puiffent fe former une jufte idée de toutes
les difficultés qu'on rencontre , quand
il fe trouve en même tems autant d'objets
differens à remplir , & du nombre prodigieux
de tentatives qu'il faut faire pour
furmonter toutes ces difficultés.
M. Macker avertit dans fon Mémoire ,
que pendant qu'il étoit occupé à faire ces
expériences , M. l'Abbé Menou , Correfpondant
de l'Académie , & ancien Secretaire
de celle d'Angers , a communiqué
à l'Académie un Mémoire fur le bleu
de Pruffe , dans lequel fe trouve l'idée
d'appliquer cette couleur à la teinture ,
& le détail du procedé qu'il a tenu pour
y parvenir. Comme cette découverte pourroit
avoir beaucoup de faites , & devenir
très-utile , M. Macker croit qu'il eſt à
propos de nnee pas laiffer ignorer , qu'il a
fur M. l'Abbé Menou une priorité de datte
bien marquée . Dès le mois d'Octobre de
l'année 1748 , il a fait voir , à M. le Contrôleur
Général , des échantillons en laine
& en foye , auxquels il a joint un Mémoire
qui contient toutes les propriétés
JUIN. 1749. 17
de la nouvelle teinture . Plufieurs Phyficiens
, du nombre defquels eft M. l'Abbé
Menou , ont eû occafion depuis ce tems de
voir ces échantillons.
Toutes ces confidérations , qui prouvent
qu'il y avoit déja fix mois que M.
Macker avoit fait la découverte , lorfque
M. l'Abbé Menou a lû fon Mémoire qui
n'eft que de la fin du mois de Mars dernier
, n'empêchent cependant point M.
Macker de rendre juſtice à M. l'Abbé Menou
, & de reconnoître que cet Abbé a
le mérite d'avoir travaillé de fon côté ſur
cette matiere , avant que le premier Auteur
de la découverte cât rendu public le détail
de fes expériences.
Nous n'entrerons point ici dans le détail
des expériences que M. Macker a faites.
Ce détail feroit beaucoup trop long
& l'Auteur ne l'a rapporté lui-même , que
par extrait , dans fon Mémoire. Conten
rons-nous d'indiquer ici les propriétés de
la nouvelle teinture , par l'énumération
defquelles M. Macker termine fon Mémoire
.
e Premierement , cette nouvelle teinture
eft auffi fupérieure en beauté & en éclat
à la teinture, ordinaire de paftel & d'indigo
, que l'écarlatte l'eft au rouge de ga
rance, Si on compare les étoffes qui en
18 MERCURE DE FRANCE.
font teintes , avec celles qui le font par
le plus bel indigo , la comparaifon , eft fi
défavantageufe à ces dernieres , qu'on a de
la peine à croire qu'elles foient teintes en
bleu.
Secondement , le bleu ordinaire ne teint
que la fuperficie des étoffes foulées , &
ne pénetre point dans l'intérieur , d'où
il arrive que les draps bleus montrent une
couleur blanchâtre , quand ils commencent
à s'ufer, La nouvelle teinture pépétrant
l'étoffe dans toutes fes parties ;
n'aura pas cet inconvénient , & les draps ,
qui en feront teints , pourront s'ufer jufqu'à
être troués , fans avoir ce coup d'oeil défagréable
.
و
Troifiémement , la nouvelle teinture ne
foutient pas , à la vérité , le débouilli du
favon , & par conféquent ne peut pas être
d'ufage pour le fil & pour le coton , mais
elle foutient très - bien le débouilli de l'alun
ordonné pour la laine , & elle reffemble
en cela à la teinture écarlatte . L'épreuve
la plus sûre pour les teintures étant
l'action de l'air & du Soleil , M. Macker
a expofé , des échantillons de fa teinture
en plein air & à l'ardeur du Soleil , pendant
les mois entiers de Septembre & d'Oc
tobre de l'année 1748 , & ces échantillons
n'ont point été déteints : il n'y a eu que
JUIN. 19 1749.
leurs angles & les points faillans qui fe
foient trouvés au bout de ce tems un peu
ternis & éclaircis , mais cette efpece d'é
preuve ne doit durer , fuivant les Ordonnances
que douze jours , les meilleures
teintures ne pouvant la foutenir un plus
long tems ,fans fe ternir & s'éclaircir confidérablement.
Quatrièmement , cette teinture n'altére
point la bonté des étoffes , pourvu qu'on
prenne les précautions que M. Macker a
indiquées dans fonMémoire.Pour s'en affurer,
M. Macker a fufpendu , à des fils teints
fuivant fa méthode , des poids qu'il a toujours
augmentés jufqu'à ce que le fil fe
rompît , & le fil de cette expérience ne s'eft
caffé , que lorsqu'il a commencé à foutenir
un poids , qui faifoit rompre le même fil
avant qu'il eût été teint .
Cinquiémement , en conféquence des
moyens d'économie que M. Macker a propofées
, la nouvelle teinture n'exigera pas
beaucoup de frais ; les drogues qu'on y
employe, font à très -bon marché , & la dépenfe
la plus confidérable fera la main
d'oeuvre .
Il y a tout lieu d'efpérer que cette découverte
à préfent qu'elle eft publique, fera
bientôt perfectionnée , les gens de l'Art
qui font en grand nombre , & dont plu20
•
MERCURE DE FRANCE.
fieurs font fort intelligens , pouvant facilement
en faire des expériences. M. Macker
ajoute cependant qu'il a paffé fous filence
dans fon Mémoire quelques faits dont
il feroit effentiel d'avoir connoiffance , fi
on vouloit faire des expériences fur cette
matiere , fur-tout en grand , mais comme
ces faits ont fait entrevoir à l'Auteur des
chofes très fingulieres fur la nature du bleu
de Pruffe , & qu'il a befoin de faire encore
d'autres expériences , pour fe confirmer
dans les idées qu'elles lui ont fait naître,
il s'eft déterminé à n'en parler, que lorfqu'il
fera en état de publier une théorie
bien établie fur la nature de ce bleu .
Comme fon intention eft que fa découverte
puiffe devenir utile , & que
c'eft le principal motif qui l'a engagé à la
rendre publique , M. Macker avertit qu'il
communiquera volontiers ces obſervations
aux gens de l'Art , qui auroient deffein de
travailler fur cette matiere .
A la fin de la féance , M. d'Arcy lut
un Mémoire , dans lequel après avoir fait
voir,combien un Electrometre, ou un inftrument
qui mefureroit la force électrique
feroit utile dans un grand nombre d'expériences
fur l'Electricité , il donne la defcription
d'un inftrument de cette efpece ,
qu'il a inventé conjointement avec le fils
JUIN. 1749.
de M. Julien le Roy, M. d'Arcy remarque
que la fameufe expérience de Leyde ,
ayant excité la curiofité de toute l'Europe ,
a fait naître une foule de Traités fur l'Electricité
, où l'on ne promettoit pas moins
que d'en expliquer nettement la caufe ;
mais que fi l'on en excepte celui de M.
l'Abbé Nollet , & ceux de quelques habiles
gens , la plupart de ces Traités fe
réduifent à mili fuppofitions vagues &
gratuites , qu'un homme fenfé n'adoptera
jamais. Il ajoute que des Phyficiens plus
fages ont fait un grand nombre d'expériences
pour pénétrer la caufe de l'Electricité
, mais qu'il paroît que féduits par la
fingularité des Phénomenes , ils n'ont pas
fuivi la véritable route qui étoit , avant de
paſſer outre , de bien conftater la nature &
le rapport mutuel desPhénoménes déja con
nus. Qu'il eft de certaines regles qu'un Phy,
ficien doit fuivre dans fes expériences , &
que
l'identité des circonstances eft une des
plus importantes à obferver , fur tout dans
I'Electricité. Que dans mille circonftances
, fi un Phyficien ne fuit pas cette regle ,
il s'expofe à tirer de fes expériences des
conféquences fauffes. Qu'il réfulte de ces
réflexions , qu'un Electrométre feroit d'une
utilité infinie dans l'Electricité. Notre
Académicien prouve ceci plus fenfible22
MERCURE DE FRANCE.
ment par une expérience qu'il rapporte
& par laquelle il fait voir que la feule dif
ference dans la force électrique femble
produire des effets contradictoires ; qu'un
Electrométre , mefurant précisément cette
force , feroit voir clairement la caufe de
ces effets ; enfin que la fameufe question , fi
l'Electricité eft comme la maffe ou comme
la furface des corps , ne peut être décidée
fans cet inftrument , & qu'il feroit de même
impoffible de rien donner de certain
fur les loix d'attraction , de répulfion , & c.
des corps électriques, fans l'employer. Céci
eft fuivi de la deſcription de l'inftrument .
Nous ne la rapporterons point dans cet Extrait
, nous ellayerons feulement d'en donner
une efquiffe. Qu'on fefigure un pefe- liqueur
, tel qu'il foit beaucoup plus parfait
que ceux qu'on employe ordinairement ;
on aura une idée affez préciſe de l'Electrométre.
Il n'eft effentiellement compofé que
d'une espece de fiole , au col de laquelle,
eft adaptée une verge parfaitement cilindrique
, d'une ligne de diamètre & de 12
pouces de longueur , le tout trempé dans
un grand vafe plein d'eau , de façon cependant
, que lorfque l'inftrument eft en
repos , une partie affez confidérable de la
verge refte élevée au deffus de la furface.
de l'eau. La fiole eft leftée avec du mer
JUIN. 1749 . 23
cure , afin qu'elle fe tienne parfaitement
verticale. On voit que fi l'on fuppofe des
forces qui foutiennent cet inftrument à
differentes hauteurs au - deffus du point de
repos , ces forces feront entre elles coinme
ces hauteurs , puifqu'elles foutiendront
des colonnes d'eau qui feront en même
proportion.
Il fait de- là que fi l'Electricité , › par un
moyen quelconque , fait élever cet inftru
ment de 1 , 2 , 3 , 4 pouces , & c. au deffus
du point de repos , on fçaura que fes
differentes forces feront comme ces nombres
, c'est-à-dire fimples , doublés , tri
ples , &c. Cela s'exécute facilement en ajuftant
à l'extrémité fupérieure de la verge
cilindrique une plaque circulaire de is ou
Is
20 lignes de diamétre. Par ce moyen , fi
on fuppofe que tout le vafe devienne électrique
, & qu'il foit fitué fur un guéridon
de verre , ou fur quelqu'autre corps qui
conferve l'électricité , on verra au même
inftant l'inftrument s'élever , c'est - à- dire
qu'il fera foutenu par la force de l'électricité
, à 1 , 2 , 3 pouces , &c. au-deffus du
point de repos . On concevra facilement
cet effet , fil'on fait attention à la proprié
té qu'ont les corps électriques de s'écarter
l'un de l'autre , car il s'enfuit que la pe
tite plaque de la verge, étant repouffée par
24 MERCURE DE FRANCE.
la ſurface de l'eau , eft obligée de s'élever
& de monter jufqu'au point où la force de
répulfion devenant égale à la pefanteur de
la colonne d'eau qu'elle foutient , ces deux
forces font en équilibre. Pour avoir une
idée encore plus nette de l'Electrométre
de ces Meffieurs , on imaginera le vaſe
recouvert d'une plaque de laiton, percée à
fon centre d'un grand trou , pour laiffer
paffer la verge ; fur cette plaque on concevra
des fils doubles, extrêmement déliés ,
qui forment une croix , & qui laiffent au
milieu de la plaque , par conféquent au
centre du trou , un petit efpace quarré , au
travers duquel la verge paffe, & fe meat
librement, Cette invention ne fert qu'à
contenir au milieu du vafe la fiole , qui
fans cela nageroit tantôt d'un côté , tantôt
de l'autre, Auffi tout ce que nous avons
avancé de la répulfion de la furface de
l'eau , s'applique - t'il également à celle de
la plaque qui couvre le vafe, On vient de
yoir que les élévations de l'inftrument
font toujours en proportion des differentes
forces de l'Electricité, & par conféquent,
que
c'eſt un véritable Electrométre ; mais ce
n'eft pas affez , il falloit pouvoir juger avec
précifion de toutes ces élévations , ce qui
n'étoit pas facile, vû l'inconvénient qu'ont
les corps électriques de perdre leur électricité
JUIN. 1749 .
25
tricité auffi- tôt qu'on en approche. Cependant
M. d'Arcy rapporte dans fon Mémoire
un moyen affez fimple de remédier à
cet inconvénient ; le voici . On obfcurcit
la chambre , & éclairant l'Electrométre par
la projection de la lumiere d'une lanterne ,
on en reçoit l'ombre fur un tranſparent
gradué. De cette maniere , un Obfervateur
placé derriere ce tranfparent , peut juger
avec la derniere jufteffe de tous les mouvemens
de l'inftrument . Après la defcription
de l'Electrométre , M. d'Arcy fait voir
qu'il a les qualités effentielles à un inftrument
de cette efpece ; qu'il eft 1 ° . fort fûr;
2°. fort fenfible , & 3 ° . univerfel . Cet
inftrument a une proprieté qui n'eſt pas
moins importante que celle de meſurer la
force électrique ; c'eft de pouvoir être employé
comme inftrument pour faire un
grand nombre d'expériences fur l'électricité
, foit pour déterminer les loix d'attraction
, de répulfion , de diffufion , de
tranfmiffion , &c. des corps électriques.
Expériences qui feroient très difficiles à
faire par les moyens que l'on employe ordinairement.
Pour donner une idée de cette maniere
d'employer l'Electrométre comme inftrument
, M. d'Arcy rapporte une expérience
qu'il a faite pour découvrir fi la force de
11 , Vol . B
26 MERCURE DE FRANCE.
l'électricité eft comme la maffe ou la furface.
des corps.Dans cette expérience,un Electrométre
fervoit à indiquer fi la force électrique
étoit toujours la même , tandis qu'un
autre Electrométre , employé comme inftrument
,fervoit à faire l'expérience. Le réfultat
fut , qu'un corps , dont la furface
étoit toujours la même , mais dont on rendoit
la maffe 60 fois plus pefante , parut
conftamment avoir la même force électrique
, foit que cette maffe fût augmentée
dans cette proportion , foit qu'elle reftât
la même , ce qui fembleroit indiquer
que cette force eft comme les furfaces
& non comme les maffes. On rapporte
ici une autre expérience , qui fait voir
le double ufage de l'Electrométre , comme
inftrument & comme fervant à mefurer
la force électrique. Il étoit queftion
de fçavoir fi le different volume d'un corps
qui tranfmet l'électricité à un autre corps ,
augmente ou diminue la quantité d'électricité
tranfmife ; cette expérience prouva
que la quantité tranfmife étoit toujours
la même , de quelque volume que fût le
corps. Enfin M. d'Arcy termine fon Mémoire
en répondant aux objections qu'on
pourroit faire contre le nouvel inftrument.
Il ajoûte que malgré ce qu'il a avancé , il
ne fe fatte pas que cet inftrument foit à fa
JUIN.
27 1749.
plus grande perfection , & que peut -être
d'habiles gens , fçachant que la chofe a été
tentée & même exécutée , tâcheront de la
porter à un plus haut degré de jufteffe.
VERS
A M. le Duc de Caumont.
asesasas
SI pour te bien louer , Caumont ,
La volonté pouvoit fuffire
Sans aller mandier la lyre
Du Dieu qui regne au double mont,
Moins éloquent , mais plus fidéle ,
Je laifferois parler mon zélé . . . .
Que ne diroit- il pas de ce coeur généreux ,
Qui fait revivre en toi tes ancêtres fameux ?
Que ne diroit- il pas de la douceur aimable,
Et de la franchiſe adorable ,
Dont la noble fimplicité ,
Beaucoup plus que ta qualité ;
Nous donne un goût de préférence
Pour les charmes de ta préfence ? .. ¡
Je connois de ton nom l'héroïque fplendeur ,
Caumont , mais ta bonté touche ſeule mon coeur.
C'eft elle feule, & non l'uſage ,
Qui m'invite à te rendre hommage..
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Qu'importe à nous autres petits
Cet orgueil faftueux dont le poids nous affomme
Mon coeur jamais n'en fut épris ;
Je hais le grand Seigneur qui ne fçait pas être
homme.
Pidanfat de Mairobert.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
'D'un Militaire pour fervir de réponse à celle
de M. *** , imprimée à la imprimée à page 44 du
Mercure de France du premier Février
1749 , fur le projet d'un nouvel Hôtel-
Dieu dans l'Ile des Cygnes,
Onfieur , fi nous avons admiré le
zéle de M. le Jeune dans fon plan,
d'un nouvel Hôtel-Dieu dans l'Ile des
Cygnes , & les reffources que nous avons
vû qu'il a trouvées pour un bâtiment
fi confidérable nous devons auffi le
défendre contre tout ce qui pourroit traverſer
un deffein fi beau , fi important , &
qui regarde généralement tout le monde.
Ménager le peuple , eft ménager l'Etat,
Heureux cet Etat , qui poffède des hommes
qui veulent bien fe facrifier eux- mêmes
& leur tems , pour lui procurer plus
JUI N.
19 1749.
d'avantages , plus d'aifances & dont la
charité s'étend jufqu'à vouloir arracher
du fein de la mort des fujets , qui , faute
de certains fecours , font obligés d'y fuccomber
!
Voilà , Monfieur , comme vous le fçavez
, ce qu'on a la douleur de voir dans
l'Hôtel- Dieu de Paris par fon grand étouffement
: voilà ce qui eft la fource de tant
de rechûtes & de tant de morts , dont une
partie échaperoit au fatal çizeau d'une parque
impitoyable , fi l'air y étoit moins infecté
; voilà auffi ce qui avoit déterminé
la pitié & la commifération de M. le
Jeune , à rendre public un Mémoire ſur le
projet d'un nouvel Hôtel- Dieu , qu'il propofe
de conftruire dans l'Ile des Cygnes ;
Place des mieux choifies pour fon étendue &
pour la falubrité de l'air.
Un Auteur anonyme dans le Mercure
de Février dernier lui propofe des difficultés
, dont les conféquences femblent
nuire à la réuffite d'une entrepriſe fi charitable
, goûtée déja non-feulement du Public
, mais même applaudie d'une partie
des Grands , & des principaux du Royaume.
La premiere & la plus intéreffante , eft
qu'éloigner l'Hôtel- Dieu de la Métropolitaine
, est une chose qui parois impraticable ;
B iij
jo MERCURE DE FRANCE.
la raifon eft , que M. l'Archevêque de Paris
repréfente S. Landry , premier Fondateur de
cette Maifon , &c .
L'Auteur n'a pas affez réfléchi fur le
tems que Saint Landry fonda cette Maifon.
Quelle difference du fixiéme fiécle
au dix-feptiéme ! Quelle difference de Paris
exiftant aujourd'hui , où à peine on
peut mettre des bornes , à Paris du tems
de Saint Landry , qui étoit renfermé dans
l'Ifle de Notre -Dame ! Qué le nombre de
malades s'eft multiplié depuis ! Avouez
donc plutôt , Monfieur , que Saint Landry
trouva cet emplacement propre pour lors
aux faintes vûes qu'il avoit pour les pauvres
malades , & convenable au nombre
qu'il pouvoit y avoir de fon tems. Aujourd'hui
, fpectacle non-feulement affligeant
, mais terrible , pitoyable même aux
yeux les plus barbares ! Les malades entaffés
jufqu'à fix dans un lit , fe corrompent
, s'infectent & s'entretuent ! L'Hôtel-
Dieu devient plutôt une maifon meurtriere
, ( comme le dit fort bien un des
Grands du Royaume ) qu'un hoſpice pour
le foulagement des membres précieux de
Jefus- Chrift. Qu'il eft triſte que des malades
trouvent la mort , où ils vont chercher
la fanté !
Si Louis XIV . de glorieufe mémoire ,
JUIN. 1749. 31
a éternifé fa gloire par un monument
pieux pour le repos militaire , eft-il à douter
qu'un Roi auffi humain & bienfaiſant
qu'eſt Louis XV . ne veuille faire éclater
à jamais fon amour paternel pour tout un
Royaume , qu'il chérit comme lui- même ?
Pour entretenir la ferveur de ces faintes
Filles , qui fe vouent uniquement pour le
fervice des malades ; le zéle , tant de M.
l'Archevêque , que de Meffieurs du Chapitre
, qui en font nés les Adminiftrateurs
fpirituels , fera-t'il borné par une telle
diſtance ? Qui empêchera de fuivre en cela
ce que l'on fait pour les Soeurs de la Charité,
qui font dans l'Hôtel Royal des Invalides,
& de leur donner un Adminiſtrateur
fpirituel , qui repréſente la perfonne de
Saint Landry ?
On fuivra pour lors l'intention du
Fondateur , la Religion aurafon principal
interêt dans le projet de M. le Jeune , foit
pour ce qui regarde la manutention d'une
Communauté la plus nombreuſe qui foit dans
le monde , foit pour ranimer & foûtenir le
zéle de ces faintes Filles dans leurs pénibles
travaux. Effectivement tout le monde
avouera , que cette ferveur , cette charité,
cette Religion , qui animent ces pieufes
ames, fera d'autant plus facile à entretenir ,
qu'elles feront dans un air plus épuré , plus
B
32 MERCURE DEFRANCE.
gai , plus étendu , & plus fain ; moins
fujettes par conféquent à tant de maladies
& d'infirmités , dont les fuites très - fâcheufes
leur caufent des langueurs , qui les
obligent de chercher ailleurs un fecours
naturel , qu'elles ne peuvent rencontrer
dans la confufion de l'Hôtel - Dieu de Paris .
Dans la feconde objection , l'on entre
affez dans le deffein de M. le Jeune , &-
même on femble l'applaudir . On lui réferve
cependant quelque chofe par apoftille.
Ce font les inconvéniens du tranfport,
& les rifques pour les maladies preffantes.
Laiffant un entrepôt affez confidérable
pour contenir quatre cens lits , comme fe
le propofe M. le Jeune , cette derniere
difficulté fe leve d'elle- même , & par cet
hofpice fuccurfal , les pauvres , dangereufement
bleffés , feront reçûs , comme actuellement
, à toutes heures de nuit & de
jour. Pour ce qui eft de la diftance , elle
ne regarde qu'un tiers de Paris , lequel
trouve des commodités qui en peu de tems
le récompenferont d'un tranfport un peu
plus long par un rétabliffement plus
prompt.
La troifiéme objection fronde les ref
fources de M. le Jeune far les aumônes
& fur une Lotterie. On s'apperçoit bien
que notre Auteur n'eft nullement inforJUIN.
1749.
33
mé , ni du projet ni des fonds exiftans.
Cependant qui lui feroit voir cinq à fix
millions , même plus , fans que le Roi ,
ni le peuple en foit chargé en aucune
façon , que diroit- il ? M. le Jeune penfe
trop bien , & eft d'accord avec le Critique.
Il fçait que les aumônes font un cafuel
très-arbitraire , & un revenu très- caduc. Il
ne penfe à rien moins qu'à s'occuper l'efprit
d'une Lotterie. Il veut élever ces bâtimens
avec de l'argent comptant ; demain
même il peut commencer. Le feul agrément
de l'exécution lui manque. Loin
de vouloir puifer dans la bourfe des pauvres
, dépôt facré , effentiel à leurs befoins ,
au bien public , & à la tranquillité de l'Etat
, par fon arrangement , il veut pour un
premier article , que l'Hôtel- Dieu lui foit
déja redevable d'une rente de cent mille
livres au moins , & procurer aux Adminiftrateurs
de plus grands fonds , réſervés
aux befoins extraordinaires pour les tems
preffans. Voilà fa vraie façon de penfer.
Il feroit à fouhaiter pour le bien des
pauvres , que notre Auteur vît M. le Jeune.
Il fait appercevoir en fuivant fa Lettre
, qu'il s'eft donné beaucoup de peine
pour voir tous Meffieurs les Adminiftrateurs
de l'Hôtel-Dieu , & s'informer fi les
intentions de M. le Jeune leur avoient
By
34
MERCURE
DE FRANCE.
été communiquées. Il n'a pas été bien inf
truit. Je fçais que M. le Jeune a envoyé
un Mémoire de fon projet aux principaux
Administrateurs , tant fpirituels que temporels
, & qu'ils lui ont tous témoigné
avec zéle , qu'ils en fouhaitoient très-ardemment
l'exécution pour la fatisfaction
de tous les pauvres.
On eft en peine de ce que deviendra
une dépenfe fi confidérable , & s'il en réfultera
pour toujours un bien réel à l'Etat , à la
Ville , & aux pauvres de l'univers, Notre
Auteur ofe même dire , que cet accroiffement
de bâtimens , de dépense , ne feroit
qu'un bien momentané , parce que les perfonnes
tant foit peu indigentes des Paroiffes , & c.
n'auroient aucune légére infirmité , qu'elles
ne fe rendiffent très- promptement en un lieu ,
où la propreté & le bon air leur feroit regarder
l'Hôpital neuf, comme une maison de
campagne , & c. Notre Auteur me permettra
de lui dire que cette réflexion fait tort
& à la lageffe, & à la prudence de ces
Perfonnes éclairées , qui font à la tête de
l'adminiftration de l'Hôtel - Dieu , elle
femble même vouloir attenter à leur vigilance
. Que fait- on dans Paris , même dans
les Bureaux des aumônes de chaque Paroiffe
? Que fait- on dans ces Villes dont
les Citoyens n'ont rien fi à coeur , que de
JUIN. 1749.
35
fignaler leur zéle pour les pauvres , en leur
procurant un Hôpital convenable & capa
ble de rétablir leur fanté , qui leur eft auffi
chere que lleess lleeuurrss propres ? N'eſt-il pas
même furprenant que des Villes de Province
, dont les richeffes n'approcheront
jamais de celles de cette Capitale , préfentent
des exemples , que Paris dans
fon opulence ne peut pás , ou n'ofe
fuivre?
pas
Il paroît que notre Auteur par un faint
zéle pour les pauvres , reffent avec peine
les acquifitions qu'un projet fi vafte
pourroit occafionner. Il n'y en a pas à faire
dans l'Ile des Cygnes ; la Ville à qui appartient
cette Ifle , & à qui elle a été donnée
depuis environ trente ans par une faveur
fpéciale , ne peut la refufer à l'Hôtel-
Dieu , en reconnoiffance des biens qu'il
lui procure , tant pour la fanté des Citoyens
, que pour les embelliffemens qu'il
lui produira , les commodités qu'il lui
fournira , & une falubrité d'air qui la mettra
à l'abri de toute contagion , dont cette
Capitale eft menacée , fur tout dans les
chaleurs exceffives de l'été , & dans les
tems où les maladies font fi fréquentes . Les
revenus des maifons , qui font dans la rue
neuve Notre-Dame , & dans les environs
de la rue du Fouarre, fe confervent par- là ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les réparations n'en emportent pas la
rente , & il eft bon de ne rien diminuer
du bien d'une maiſon auffi confidérable .
Je fuppofe que l'on fuive le projet de
l'augmenter dans fes environs. Ce projet
refferré dans tous fes points de vûes , n'empêchera
pas qu'elle ne foit très limitée , &
qu'elle ne foit fujette aux mêmes calamités
; que dis-je ? capables même de répandre
la contagion & la pefte dans l'enceinte
de Paris. Quelles graces n'a- t'on pas à rendre
au Ciel , qu'une pareille playe n'ait
pas encore affligé une Ville , dont le centre
regorge d'un égout de mille puanteurs
& de mille immondices , & qui n'a pour
tout écoulement , fur tout l'été , tems le
plus dangereux , qu'un fimple bras de
Seine , qui fouvent eft à fec ! Au lieu que
dans l'Ile des Cygnes , l'Hôtel- Dieu n'eſt
limité que par lui même, il s'y trouve entre
deux caux , aëré de toutes parts ,
fain par
conféquent , & hors de la portée de pouvoir
communiquer aucun mauvais air à Paris ,
qui a obligation de fa confervation à la
fageffe de fon Gouvernement , & à la police
réguliere qui s'y exerce journellement.
Puifque notre Auteur avoue lui-même ,
qu'il eft très à propos que les pauvres malades
foient plus à leur aife , & qu'il est
JUIN. 1749. 37
même de conféquence d'augmenter le
nombre des lits , ne vaut- il pas mieux pla
cer cette augmentation dans un endro t ,
qui ne peut nuire à qui que ce foit , comme
celui de l'Ifle des Cygnes , qui loin
d'augmenter le projet de la dépenfe , le
diminue , en lui confervant fes revenus ,
& le difpenfant de toutes nouvelles acqui
fitions ?
Si notre Auteur ne convient pas eneore
que les immondices alterent & corrompent
la pureté des eaux de la Seine ,
pourquoi tous les ans la Police défendelle
d'y puifer de l'eau , depuis le Petit-
Pont jufqu'au deffous du Pont- neuf ? S'il
ne fût pas arrivé quelques inconvéniens
à ce fujet , ou que l'on n'en eût pas eû à appréhender
, on n'auroit pas eu lieu de faire
de telles défenfes.
Mais quand on compare cet inconvénient
, avec celui qui pourroit avoir lieu
pour les habitans des Villages , & pour
pour
les maifons qui font au-deffous du courant
de l'eau après l'Ifle des Cygnes , je ne trou
ve pas la comparaifon jufte ; l'Ile des
Cygnes forme fa pointe , ( où aboutiront
tous les égouts de l'Hôtel-Dieu ) vis- à-vis
les Bons-Hommes. Cette pointe est trèsécartée
des bords habités , elle ſe jette ,
38 MERCURE DE FRANCE.
pour
où ,
ainfi dire , à l'autre bord du côté des
Invalides où il n'y a point d'habitation ,
au lieu qu'à l'Hôtel-Dieu actuel tous les
égouts fe répandent dans un petit bras ,
l'été fur tout , comme nous l'avons
dit , il n'y a pas la cent milliéme partie
d'eau , qu'il y en peut avoir de la pointe
de l'Ifle des Cygnes au rivage des Bons-
Hommes. Quelle difproportion , & pour
la profondeur & pour la rapidité !
Je crois , Monfieur , que l'Auteur de
ces objections avouera lui-même , qu'un
projet d'auffi grande conféquence qu'eft
celui de M. le Jeune , loin d'être traversé
d'avantage, mérite plutôt l'attention , nonfeulement
des Grands du Royaume , mais
-même du Public & de l'Etranger. La Maifon
par fon entrepôt fera toujours dans la
même enceinte de la Métropole , expofée
aux charités de tout le monde. Que de bénédictions
› que d'avantages , que de reffources
, ce projet procurera- t'il à l'Hôtel-
Dieu ! Que de ferveur , que de charités
on verra éclater en fur-abondance ! Quiconque
n'ofoit mettre les pieds , ni même
approcher de l'Hôtel - Dieu par fon mauvais
air , fe fera un vrai plaifir d'y venir dans
l'Ile des Cygnes , d'être les témoins oculaires
de la maniere dont on traite les
JUIN.
1749. 39
membres chéris de Jefus - Chrift , & de
contribuer par de bonnes oeuvres , à leur
faciliter un rétabliffement plus prompt.
Signé , Millet.
**
A Paris , ce 18 Mars 1749.
EPITRE A M....
Heureux Eureux celui dont le fage génie ,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers
Peut dans un Livre oublier l'univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour à tour des droits fur fes momens ;
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois , pour inftruire & pour plaire
Ses fentimens & les goûts differens
Trouvent toujours de quoi le fatisfaire ;
Le beau l'enchante , & la raifon l'éclaire
Il ne voit point d'ennemis dans fes fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême
Il n'eft point Roi de cent peuples divers ;
Il est bien plus , il eft Roi de lui - même.
Il fut un tems , où mes tranquilles jours
Couloient ainfi ; le Dieu de la fageffe ,
Le Dieu des vers , le Dieu de la molieffe ;
Y préfidoient , en partageoient le cours.
**
40 MERCURE DE FRANCE.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés ,
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe .
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Plus grand encor , tranfmettoit à mon coeur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire ;
Mon coeur privé de ſentimens à lui ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui ;
Ce tems n'eft plus , une fource étrangere
Ne fournit plus les pleurs que je répands.
Je pleure , hélas ! fur ma propre miſére ;
Defefperé du trouble de mes fens ,
Depuis l'inftant que mes yeux vous ont vûe ,
Je pleure , hélas ! ma liberté perdue.
A Dieppe , ce 26 Avril 1749 .
B***** .
;
JUIN. 41 1749.
REFLEXIONS DIVERSES .
E bonheur qu'on croit attaché aux
grandeurs , n'eft qu'un fantôme qui
difparoît auffi-tôt que nous croyons le
toucher.
Cette multitude d'hommes qui peuplent
nos campagnes , ignore jufqu'au nom même
de grandeur ; en font-ils moins heu
reux Leur état a fouvent fait les délices
des plus grands Hommes de la Républi
que Romaine .
les
Tous les hommes conviennent que
louanges ne font dûes qu'au mérite. Cependant
chacun les prodigue à des gens ,
qui n'ont pour toute vertu que leurs richeffes
, ou des dignités aufquelles la fortune
aveugle les aélevés. Quelle contradiction
entre nos fentimens & notre maniere
d'agir !
Arifte qui convient avec moi du néant
des grandeurs , remue ciel & terre pour y
parvenir . Quel contrafte Le mépris des
grandeurs n'eft gueres que dans la fpéculation
, & rarement dans la pratique.
On colore fouvent les intrigues qu'on
employe pour fupplanter un homme en
place , du fpécieux prétexte de fe rendre
42 MERCURE DE FRANCE.
utile à la Patrie , tandis qu'on ne cherche
véritablement qu'à s'enrichir aux dépens
de cette même Patrie , dont on trahira les
intérêts , lorfqu'ils fe trouveront en concurrence
avec les nôtres .
Antifthéne , qui a paru avoir les qualités
requifes pour remplir un emploi élevé ,
montre fon incapacité dans tout fon jour ,
lorfqu'après avoir trompé les yeux du Public
, il a obtenu le pofte qu'il briguoit
avec tant d'ardeur .
L'orgueil des Grands n'eft jamais plus
flatté , que lorfqu'ils font la comparaifon
de leur état avec celui des autres. Ce qui
excite les plaintes de ces derniers , fait le
triomphe des premiers.
On refpecte celui qui eft en place :
cela eft dans l'ordre , mais il ne faut pas
que le refpect dû à fon rang , s'étende jufqu'à
fes défauts. Autrement nous éleverions
des autels au vice auffi bien qu'à la
vertu .
Combien d'hommes ne femblent poffe.
der des richeffes , que pour augmenter le
dépit de leurs parens qu'ils laiffent dans
l'indigence !
J. F. C. de Semur , en Auxois.
JUI N. 1749.
43
CAPRICE.
Tum'éblouis envain , profane volupté !
De tes plaifirs trompeurs je ne fuis plus flatté.
Tu ne me verras plus , jouet de tes caprices ,
Rechercher avec foin tes honteufes délices .
Ceffe de m'affervir fous tes perfides loix ;
Senfible à la vertu , je fuis fourd à ta voix.
Mon coeur défabufé quitte ton culte infame
Et commence à brûler d'une plus pure flamme.
Pour fuivre la vertu , je brife ton lien ;
Te fervir eft un crime , & te quitter, un bien .
Ainfi qu'un jeune cerf , quand la trompeufe neige
A blanchi les fillons , ignorant fon malheur ,
Folâtre dans la plaine , & va ſe prendre au piége
Qu'avoit tendu la veille un rufé Laboureur :
Telle la volupté, dans fa route fleurie ,
Ne montroit que douceurs à mon ame ravie.
Epris de fes attraits , je courois à grand pas
'Avaler unpoifon que je ne fentois pas.
Quel étoit mon deftin ? Imprudente jeuneffe !
Charmé de mon erreur , j'adorois mon yvreffe.
C'en eft fait , loin d'ici tes plaifirs dangereux ,
Trompeufe volupté ! de mes indignes voeux
Je hais le fouvenir , ton culte eft trop funefte ;
La vertu de mes jours confervera le refte.
2
44 MERCURE DE FRANCE.
Profélite nouveau , fur fon autel facré ,
J'offrirai pour victime un coeur défenyvré .
J'irai dans ce lieu faint où regnent l'innocence ,
La naïve candeur , la pure confcience ...
?
Là , le plaifir n'eft point de remords combattu`.
Aux foucis dévorans le coeur n'eft point en proye ;
Les jours coulent fereins dans le fein de la joye.
Quel heureux avenir , adorable vertu ,
Ne réſerves -tu point aux ames fortunées ,
Qui vers le vrai bonheur font par ta main guidées ?
Que de biens précieux tu promets aux mortels
Qui d'un fincére encens font fumer tes autels ?
C'est donc là déform is le feul bien où j'alpire.
Oui , tant que je vivrai fous un fi bel empire ,
Loin du brillant fracas du monde ambitieux ,
Loin de vouloir fixer la fortune ennemie ,
Borné dans mes projets , fans défirs , fans envie ;
Je vais me préparer un fort délicieux.
O toi , quí dans mon coeur déracines le vice ,
Toi, qui m'as retiré de l'affreux précipice ,
Que mon aveuglement entraînoit fous mes pas
Vertu , fais préceder ta plus vive lumiere .
J'ofe , nouvel athléte , entrer en ta carriere ,
Mais déja je chancelle ; accours , tends moi les
bras ,
Seconde mes efforts , acheve ta victoire ,
Je publirai par tout ta puiffance & ta gloire.
JUIN. 1749.
45
REMARQUES
An fujet d'une Differtation fur la Rage,
Par M. de Sauvages .
A Differtation dont nous parlons ,
mérite non- feulement les éloges des
connoiffeurs , mais même des perfonnes
les plus indifferentes pour la profeffion ;
la matiere qui en fait le fujet eft trop inté
reffante pour ne pas réveiller l'attention
du Public , & l'érudition répandue dans
ce petit ouvrage , où l'on cite un grand
nombre d'Auteurs dont plufieurs font auffi
connus que recommandables
, a un droit
acquis fur tout le monde , à quoi contribuera
encore beaucoup l'ordre qui y
regne.
Cependant M. de Sauvages me permet
tra bien de lui faire quelques réflexions
que je foumettrai toujours à fon jugement,
J'ai d'abord été furpris de ne point trou,
ver qu'il fe foit bien fixé fur la nature de
la maladie ; c'étoit un point requis par le
Programme , & felon moi , il ne fuffifoit
pas de répandre confufément , & épars çà
& là , les fymptômes de la rage , avec ce
qu'il a dit fur la caufe de cette maladie .
46 MERCURE DE FRANCE.
Notre Auteur prévient d'abord fon Lecteur
, numéro I , qu'il ne veut ni compiler
ni répéter ce qui fe trouve ailleurs ; vraifemblablement
ce ne feroit pas compiler
que de copier d'excellens livres , tels que
Palmarius, Bonet, Aftruc, Deffault, & fur fetout
le Dictionnaire de Médecine ; ce ne
roit pas non- plus repeter que de
rapporter
en deux ou trois endroits l'obfervation du
Clerc de l'Abbaye d'Alais , affez étendue
pour qu'on pût le la rappeller.
M. de S. croit que l'homme n'eft pas abfolument
exempt d'une rage qu'il dénomme
fpontanée numéro 3 , & il commence
par citer un Auteur qui aime , dit- il , fort
le merveilleux , mais ne pourrions- nous
pas , en nous éloignant de ce merveilleux ,
rallûrer le genre humain , puifqu'il ne
doit rien craindre de femblable , & que fi
quelquefois il eft furvenu aux hommes
des fymptômes de peur de l'eau fans morfure
ou embavûre , ils étoient caufés
d'autres maladies , & non par la rage , qui
n'a de prife fur l'homme que par communication
?
>
par
C'est cette déference pour le merveilleux
, qui a fait inferer à M. de S. les obfervations
les plus dépourvûes de vraifemblance
& de certitude , telle eft celle
du numéro 7 ; la rage fe communique en
JUI N. 1749. 47
tirant le fouffle d'un animal enragé ; & numéro
17 , la bave deffechée ſur des habits
ou fur un couteau de chaffe rouillé , abandonné
depuis plufieurs années , ne laiffe
pas de donner la rage. Les anciens Médecins
font remplis d'obfervations dont on a
reconnu le peu de fondement. On fçait
combien on doit s'en défier , & que ce
n'eft pas fur leur autorité qu'on ſe décide.
Les grands efforts de M. de S. font fur
la caufe de la rage ; il y parle fort au long
de l'électricité , & même , par une addition
, des vers luifans : il explique la cauſe
de la rage par un alkaly volatil , qui coagule
le fang de l'hydrophobe ; il rejette
toute idée d'acides ; il eft pourtant certain
que le vinaigre, qui , je crois, eft acide , injecté
dans les veines, coagule le fang, mais
comme l'Auteur fe détermine pour l'alkaly ,
il s'appuye principalement fur ce que des.
alkalys coagulent le fang dans la poëlete ,
ce qui ne dit encore rien pour celui qui eft
dans les veines , car le fang fe coagule à
l'air froid , même fans le fecours des alkalys.
La bave de l'animal enragé , dit l'Auteur
, eft un levain pourriffant qui infecte
le fang , & qui après l'avoir coagulé , le
rend fluide ; Stalh , dit-il encore , s'étonne
l'on ait tant fait de bruit de la fermen
que
48 MERCURE DE FRANCE.
tation , qui n'a jamais eu lieu dans le fang ,
& qu'on ne dife pas un mot de la corruption
qui y eft fi commune ; mais que M.
de S. me permette de lui demander fi les
putréfactions ou corruptions , ( comme il
voudra ) s'operent fans fermentation &
fans que les acides y ayent la meilleure
part. Je penfe même que la fuppofition
qu'il fait d'un alkaly , admet une fermentation.
Enfin les numéros 91 , 92 , 93 & 94,.
font employés à enhardir aux amputations
des doigts , du bout de l'oreille , du bout
du nés , de la main , avant-bras , pieds ,
jambes & des autres parties ; cerner la
playe & enlever les chairs au de-là du
fond , n'ayant égard qu'aux gros vaiffeaux ,
aux nerfs & aux tendons ; couper même
un peu avant dans le fain , & ne pas
differer
d'un inftant l'opération. C'eft dabord
s'éloigner beaucoup de la pratique des Médecins
on pourroit prefque dire à M. de
S. ce que difoit un grand Médecin Me- :
lius eft agrotare quam fanari , & toutes ces
cruautés ne feront - elles pas inutiles , fi le
fang a été infecté? Comment s'affûrer qu'il
ne l'aura point été ? Alors qui fera à tems
ces amputations ? Une minute de retardement
portera le venin hydrophobique au
travers des plus petits vaiffeaux,à fix pouces
JUIN.
49 1749.
es au- delà de la playe . Voilà pourtant les
bons préfervatifs de notre Auteur, qui font,
fans contredit , en état de troubler beaucoup
l'imagination , ce qui eft aller contre
l'intention.
Pour fon reméde, c'eft le même que Palmarius
, que Default & le Dictionnaire
des Médecins ont célébré , c'eſt- à-dire
l'onguent mercuriel ; & quoique numero
il ne voulût point répeter , il s'eft trouvé
obligé de rappeller ce reméde , dont
l'ufage pour préfervatif vaut fans doute
bien mieux que les amputations.
>
Je ferai encore à M. de S. deux queſtions
; la premiere , pourquoi parlant numero
10. de la rage périodique , il n'a pas
expliqué un phénoméne fi confidérable.
Seroit-il poffible qu'une telle explication
fût au-deffus d'un auffi grand Médecin ?
Ma feconde queftion eft , que M. de S. ad◄
mettant dans fon fyftême une rage fpontanée
pour les hommes , je ne fçais com
ment il s'affûre que la rage eft reftée affoupie
dix ans dans le malade de M. Chirac,
& que ce ne fut ppaass pplluuttôôtt une de
ces rages fpontanées.
Au refte on a été furpris de voir M. de
S. rapporter , numéro 18 , ce que dit M.
Hamberger de l'adhérence des Auides aux
folides ; il n'eft point de Phyficien qui ne
11, Vol, C
so MERCURE DE FRANCE .
fcache que le célebre Muffenbrock a de
montré la fauffeté de cette fuppofition.
La Differtation eft d'ailleurs digne de la
réputation de fon Auteur . Si ce n'étoit
pas un Ouvrage médico- phyfique, on pour
roit y relever des expreffions peu Françoi
fes ; mais ce défaut , fi cela en eft un , vient
fans doute de la multiplicité des Langues
que poffede M. de S. & voila ce qui a caufé
une espece de confufion. Que fi M. de
S. trouve mes Remarques utiles , je pourrai
les étendre, & y ajoûter bien des choſes ,
A Bordeaux , le premier Mai 1749.
VIPARALARATO GARAPA YAKA
LE LA CET ,
1
FABL E.
A Mademoiselle .... 7.... A....
CEE
Et enfant qu'on nous peint avec des traits
charmans ,
Eft un tyran cruel , jaloux de fon Empire.
Tandis même qu'un coeur foupire,
Au beau milieu de fes tourmens
Il veut qu'il foit toujours content de fon martyre.
Cet Enfant eft celui qu'on appelle l'Amour ;
Il fatte & punit tour à tour.
JUIN.
"51 1749.
Ainfi la flatteufe eſpérance
Eſt le feul remede à ſes coups :
Ce n'eft que par la patience
Qu'on peut défarmer fon courroux .
Voila pourquoi piqué de votre indifference ,
Je ne murmure point , chere Iris , contre vous.
Un jeune oifeau voltigeant dans les airs ,
Libre des foins des amours printannieres ,
Loin des voluptés paffageres
Vivoit en Solitaire au milieu des deferts.
Sa fierté par cent traits marquoit l'indifference
Dont il enchaînoit fes defirs .
Le changement & l'inconftance
Camel Compofoient fès plus doux plaifirs. ! IN
Dans une molle négligence ,
Il ne connoiffoit point l'ufage des foupirs ,
Qu'Amour a ſoin de nous apprendre.
Les Nymphes , les Bergers furpris ,
Dans fes chanfons fouvent croyoient entendre
de CCA
Les mépris du fils de Cypris ,
Et fouvent le berger Philandre
Avoit craint que fa Lycoris
Ne profitât de fes avis.
Des habitans aîlés le Phénix , plein de joye ;
Alors même vantoit fa douce liberté ,
Quand un lacet trompeus,toujours fûr de fa proye,
52 MERCURE DE FRANCE.
Par l'ordre de Philis le retint arrêté ……..
Il s'efforce , il s'agite , & pour finir fes peines,
Toujours nouvel effort ... mais il n'avance rien ,
Le même effort hélas ! qui doit brifſer ſes chaînes ;
En fait refferter le lien ,
Auteur de fon propre martyre ,
Lui- même attife fa douleur
Et par la plus funefte erreur,
4 Il expire .
L'impatience hélas ! caufa tout fon malheur,
Sur cet inftant Philis arrive ;
Elle apperçoit l'oiſeau , ſon état , fon deſtin. . ::
Elle veut rappeller fon ame fugitive ......
Mais en vain. , .
Ah ! malheureux oiſeau , dit- elle , toute en larmes,
Tu méritois un heureux fort, i
Et ce n'étoit pas à la mort
Que t'avoient deftiné tes charmes,
Le défefpoir eft dangereux ;
Amans , nourriffez l'efpérance ;
Souvent après la patience
Viennent les plaifirs & les jeux.
Ce font-là des fecrets de l'Enfant de Cythere ;
L'efpoir nous rend toujours heureux ;
On poffede à demi les biens que l'on eſpere.
Par M. François Reynalt , natif de la
Ville d'Eftagel en Rouffillon .
CUIN. 1749) 53
LETTRE
De D *** , R. Bénédictin de Clugny
à D. R. du même Ordre.
V
Ous fçavez , mon Révérend Pere ,
que pendant le tems que nous avons
demeuré enſemble dans notre Maifon de
Nevers , nous nous fommes quelquefois
étudiés à faire des découvertes fur l'Hiftoire
de la Province du Nivernois , pour tâcher
d'éclairer cette partie de l'Hiftoire
du Royaume , qui eft une de celles qui jufqu'aujourd'hui
font le plus demeurées dans
l'obscurité .
›
à
Il me vient de tomber entre les mains
un Livre imprimé depuis deux ans
Paris , chez Moreau intitulé : Mémoires
pourfervir à l'Histoire du Nivernois & Donziois,
par M. N. D. L. R. A. E. P. Leftyle
en eft agréable, & j'ai reconnu fans peine
à fa diction fleurie l'Auteur des Hiftoires
Romanefques du Maréchal de Boucicaut &
du faux Démétrius. *
Jai crû devoir faire fur cet Ouvrage
* Ces Hiftoires font écrites dans le goût d'Hyppolite
Comte de Duglas , de Jean de Bourbon ,
Prince de Carency , & autres ſemblables .
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
quelques remarques , que je vais vous.
communiquer , quoique perfuadé que dans
le deffein où vous êtes de travailler à
l'Hiftoire de cette Province , vous puiferez
aux fources , & ne vous en rapporterez pas
à la foi d'autrui
J
Ces remarques ne rouleront principalement
, que far ce qui regarde la Ville
de Nevers , fes Comtes & fes Ducs . Je
veux croire que l'Auteur , né à Clamecy,
eft mieux inftruit de ce qui concerne cette
Ville & fes environs , que du reste du
Nivernois , au moins je le foulaite : S'il
en eft autrement , je laiffe à quelqu'un
plus au fait que moi de cette partie de
la Province , à relever les erreurs où il
peut être tombé : entrons en matiere . L'Auteur
dans fa Préface , page 5 , dit : Queles
premiers Seigneurs du Nivernois l'étoient auffi
des Comtés de Tonnerre , d'Auxerre , de Gin,
de Rethel , de Flandre , & , ajoute t -il ,
Pays-Bas.
nof
des
Tout le monde fçait que ce qu'on appelle
les Pays - Bas , comprend dix - fept
Provinces , il eft vrai que les Seigneurs
du Nivernois des Maifons de Flandre
& de Bourgogne , en ont poffedé quelqu'unes
des dix- fept , & ont pris le titre
de Seigneurs de quelques autres , mais ils
n'ont jamais poffedé ni pris le titre de
JUI N. 1749 . 55
Comtes de Hollande , ni de Seigneurs
d'aucunes des fept Provinces des Pays - Bas ,
qui compofent aujourd'hui cette République
, non plus que la qualité de Ducs de
Gueldres; pourquoi donc les dire Seigneurs
indéfiniment des Pays-Bas ?
Paffons à l'Hiftoire . Page 9 , il dit :
Que le Chapitre de Saint Cyr ( Cathédrale )
- eft compofe d'un Doyen , de l'Archidiacre de
Nevers , d'un Tréforier , d'un Chantre , &
de l'Archidiacre de Dezize , qui font Digni
tés , d'un Sacriftain , d'un Scholaftique , qui
font Perſonnats , & de quarante Prébendes
dont quatre font amorties.
>
Le Chapitre de Saint Cyr n'eft compofé
que de trente-cinq Prébendes , dont cinq
font poffedées par les cinq Dignitaires ci-
V
deffus . Des trente autres , une feule eft
Perfonnat , c'eft la Théologale. La Scholaftique,
Ecolâtre ou Préceptoriale , de quelque
façon qu'il plaife l'appeller , eft fupprimée
depuis long - tems : fon revenu eft
donné aux Jéfuites du Collège de Nevers.
Le Sacriftain n'eft pas Chanoine , il eft
tout au plus le premier du bas Choeur ,
& fa place eft dans les ftales baffes : il ne
porte pas même l'aumuffe , comme les femi-
Prébendés.
Page 10, l'Auteur ajoute : Prefque tous ces
Bénéfices font à la nomination de l'Evêque : il
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE .
auroit dû dire , qu'ils y font tous , à l'exception
du Doyenné , qui eft électif; à l'égard
du Sacriftain , qui , comme nous l'avous
dit , n'eft pas Chanoine , il eft nommé
par le Tréforier.
Page 11 , il dit : Qu'il y a dans Nevers
trois Abbayes , & pour les trouver ,
il y place celle de Bellevaux , Ordre de
Prémontré , qui eft , il eft vrai , dans le
Diocèle de Nevers , mais à dix ou onze
lieues de cette Ville , Paroiffe de Limanton
, près Moulins en Gilbert.
Même page 11 , parlant d'un prétendu
tombeau découvert en 1719 , à l'Abbaye
Notre- Dame , il dit : Qu'on y voyoit une figure
, dont la tête portoit une couronne radiale
, & c.
Cette figure qui eft à préfent dans l'Eglife
de cette Abbaye , après avoir été
long-temps à la porte , fe voit encore ;
elle n'a pas de couronne fur la tête , ni de
rayons autour ; les deux Anges encen .
fans , qui font à côté , me font penfer que
c'eft la figure d'un Saint , & non celle
d'un Comte de Nevers ( comme le dit l'Auteur
) & l'épée vraiſemblement défigne que
ce Saint eft un Martyr , & l'inftrument
de fon martyre. A l'égard des pieces prétendues
trouvées dans ce tombeau , les
Dames Religieufes affûrent n'avoir aucune
JUIN.
57
1749.
connoiffance de ce fait , dont l'Auteur n'a
pour garant , que celui de la nouvelle
Defcription de la France , P. D. L. F. Pour
moi , je penferois volontiers que cette
figure qui s'eft trouvée en terre ? fans
que rien indique qu'elle fût la couver
ture d'un tombeau , repréſente Saint Reverien
dont on a des Reliques en cette
Eglife ; & dans le jardin des Dames Religieufes
, il y a une Chapelle fous l'invocation
de ce Saint , bâtie à l'endroit
où la tradition veut qu'il fe foit repofé ,
étant pourfuivi par les ennemis de notre
Religion , qui l'ayant atteint au lieu qui
porte aujourd'hui fon nom , & oùil y a un
Prieuré dépendant de Clugny , ils le martyriferent.
Page 13 : Il y a, dit notre Auteur , dans
leDiocèfe de Nevers quatre Convents de Chartreux.
Il n'y a que celui d'Apponay dans le
Diocèfe. Il eft vrai qu'il y en a quatre
dans la Province , comme il le dit luimême
dans le détail qu'il en fait : pourquoi
donc les placer d'abord dans le Diocèle
?
: Page 18 Ily a dans le Nivernois deux
Bailliages , une Sénéchauffée & un Préfi
dial ; l'un de ces Bailliages , la Sénéchauffée
& le Préfidialfont à Saint Pierre- le- Moutier.
Cy
SS MERCURE DE FRANCE.
>
Bailliage & Sénéchauffée font deux mots
équivalens , & la Jurifdiction , qui dans
certaines Provinces s'appelle Bailliage , dans
d'autres s'appelle Sénéchauffée , à Saint
Pierre- le -Moutier , il y a un Grand Bailli
il y a un Bailliage & un Préfidial ; à Moulins
en Bourbonnois , il y a un Sénéchal ,
il y a une Sénéchauffée & un Préſidial ; mais
dans aucune Province du Royaume on ne
trouvera un Bailliage uni avec une Sénéchauffée
; ceci eft bien de la connoiffance
de Meffieurs les Avocars : fi cependant
il y avoit en quelqu'endroit une femblable
réunion , il est bien conftant que cela n'eft
pas à Saint Pierre- le- Moutier.
Page 19 : La Chambre des Comptes de Nevers
eft composée d'un Préfident , quatre Maîtres
, deux Secretaires , un Greffier.
Cette Chambre n'eft aujourd'hui compofée
que d'un Préſident , trois Maîtres , un
Procureur au Domaine , & un Secretaire ,
qui eft le Greffier. }
Page 20 , parlant toujours de Nevers :
Il y a une Maitrife Particuliere des Eaux
Forêts , une Maîtrife Ducale , l'une ponr
les Forêts du Roi les Communautés , l'autre
, & c.
Cette Maîtrife que l'Auteur auroit dû
appeller Royale , pour la diftinguer de la
Ducale , n'eft que pour les Communautés ,
JUIN. 1749.
59
le Roi n'ayant pas une feule Forêt en Nivernois
.
Page 21 : lly a un Prevot Provincial à Nevers
, &fa Compagnie eft composée d'un Prevôt
, un Lieutenant , un Affeffeur , & dix -ſept
Archers.
Cela étoit ainfi , & même en plus grand
nombre , avant le nouvel établiffement
des Maréchauffées le Prevôt eft préfen
tement à Moulins ; il n'y a plus à Nevers
qu'un Lieutenant , un Affeffeur , un Procureur
du Roi , un Exempt , & quatre Cavaliers.
Même page 21 : Dans les differentes guer
res que la France a foutenues contre les Anglois
, & dans les differentes révolutions que
ce Royaume a éprouvées , Nevers eft ionjours
demeurée fous l'obéiffance des Rois ; un
peu plus bas , l'Auteur ajoute : Et dans
les troubles que le Calvinifme & le Lutheranifme
exciterent , Nevers conferva toujours
la Religion qu'elle avoit reçûe , & n'écouta ni
tespropofitions des Ligueurs , ni les difcours des
Sectaires.
Ceci eft dit d'après Coquille en fon
Hiftoire de Nivernois , page 376 , édition
in-quarto examinons fi cela eft bien vrai ,
& confultons d'abord notre nouvel Auteur
lui- même .
A la page 187 , il dit : Que Philippe
ת
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Nevers & de Rethel , étant entré
dans les intérêts du Duc de Bourgogne , Chef
de fa Maifon , entra dans fon reffentiment
&fut de toutes les guerres qu'ilfoutint contre le
Roi ; *fon Comté de Nevers en fouffrit beancoup
, &c.
•
Le Prince Philippe , dont il parle en
cet endroit , avoit été tué à la bataille
d'Azincourt dès le 25 Octobre 1415. L'Auteur
l'a dit lui-même page 51. Le reffentiment
de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, Chef de cette Maifon , étoit caufé
par l'affaffinat commis en la perfonne de
fon pere à Montereau-faut-Yonne , le 10
Septembre 1419 ; quelle erreur de vouloir
faire entrer un Prince, mort quatre ans
auparavant , dans le reffentiment de fon neveu
, chef de fa Maiſon !
>
Ce qui a induit notre Auteur en erreur
eft le nom de Philippe de Bourgogne , que
portoient ces deux Princes , & qui quoiqu'oncle
& neveu, épouferent tous les deux
Bonne d'Artois , mere des Comtes de Nevers
, Charles & Jean de Bourgogne , enfans
de Philippe , Comte de Nevers , tué
à Azincourt , & coufins germains de leur
beau-pere Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, qui époufa leur mere le 30 Novembre
1424 , & prit la tutelle de ces
Charles VII
JUIN. 1749. Gi
deux jeunes Princes , qu'il garda jufqu'au
7 Septembre 1435 , année du Traité d'Arras
, par lequel le Roi Charles VII . & le
Duc de Bourgogne fe réconcilierent.
Or je demande à l'Auteur , fi le Nivernois
étant refté fous la puiffance du
Duc de Bourgogne
comme tuteur de
fes coufins , depuis 1424 jufqu'en 1435 s
fi , dis- je , il a dû dire que Nevers eft
toujours resté fous l'obéiffance des Rois ,
& fi cette Ville & la Province n'étoient pas
dans ces tems-là forcées de fuivre le parti
des Bourguignons , & par conféquent des
Anglois .
Un fait qui eft conftant , c'eft que parmi
les Patentes de nos Rois qui ont confirmé
les octrois accordés à la Ville de Nevers ,
il s'en trouve une de Henri , Roi de
France & d'Angleterre ( qui eft Henri VI .
Roi d'Angleterre ) dont la datte que je
n'ai pas bien préfente , eft de ce tems- là
ce qui prouve que l'Auteur s'eft trompé
d'abord en fuivant Coquille ' , & en difant
que Nevers dans les guerres des Anglois
, avoit toujours été fous l'obéiffance
des Rois , & enfuite s'eft contredit luimême
, en difant que Philippe , Comte
de Nevers , entra dans les reffentimens du
Duc de Bourgogne , tandis que c'est ce
Prince lui-même qui fit entrer dans fon
62 MERCURE DE FRANCE
reffentiment tous les vaffaux qu'il avoit
fous fa puiffance , & ceux du Nivernois
y ont étécomme je viens de le dire , depuis
1424 jufqu'en 1435 , en la qualité qu'il
avoit de tuteur des deux jeunes Princes fes
coufins .
"
A l'égard de ce que l'Auteur ajoute enfuite
à la même page 187 , fur la prife
de Clamecy en 1443 par le Capitaine
Aubert , Bailli de Melun , dit Forte- Epée
pour le Roi Charles VII. il auroit dû
s'expliquer davantage fur les motifs de
cette prife. Peut-être même s'eft- il trompé
de datte , car cela doit être arrivé avant
le Traité d'Arras ( 1435 ) & alors le Philippe
qui fit fuir Aubert , & le pourſuivit
jufqu'à Avalon , fera Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne. Si au contraire la
datte de 1443 eft sûre ce fera Charles
de Bourgogne qui jouiffoit alors par luimême
de fon Comté , mais qui vraifemblablement
n'étoit pas en guerre avec le
Roi , non plus que le Duc de Bourgogne ,
fon coufin , qui cette année prit avec le
Dauphin ( depuis Louis XI. ) les armes contre
les Suiffes & les Lorrains.
Revenons à la page 21 , & répetons
d'après l'Auteur : Que dans les troubles que
le Calvinifme & le Lutheranisme exciterent ,
Nevers conferva toujoursla Religion qu'elle
JUI N. 1749. 63
avoit reçûe , n'écouta ni les propofitions des
Ligueurs , ni les difcours des Sectaires.
Ici l'Auteur parle des troubles le
que
Calvinifme & le Luthéranifme exciterent
en France. Tout le monde fçait que le
Luthéranifme n'a pas excité de troubles
en France , du moins ce n'a été méque
diatement ; ce fut le Calvinisme qui les excita.
Il eft vrai que jamais les Calvinistes
n'ont dominé à Nevers , mais il y en avoit
pourtant , & on connoît encore aujourd'hui
leur cimetiere , quoiqu'ils n'euffent
pas de Prêche.
*
Lors de la Saint Barthelemi , la Compagnie
d'Italiens de Ludovic de Gonzague
Duc de Nevers , qui étoit en garnifon
la Charité , où jointe aux Catholiques ,
elle maffacra les Huguenots , députa un
de fes Officiers aux Echevins de Nevers ,
pour fçavoir s'ils vouloient la recevoir
pour les aider à contenir ceux qui
étoient dans leur Ville ; ils répondirent
fagement que les Huguenots étoient en
trop petit nombre pour ofer rien entreprendre
& refuferent le fecours
qu'ils leur offroient. Ces Magiftrats pri
rent le parti d'emprifonner les Sectaires
, qui compofoient peu de famil
-* Voyez l'Etat de la France fous Charles IX.
*
>
64 MERCURE DE FRANCE.
9 les , dont les noms des pere mere &
enfans , fe lifent encore fur les registres
de la Ville ; il ne leur fut fait aucun mal ; le
fait eft vrai , quoique Mezerai * mette Nevers
au nombre des Villes où les malfacres
eurent lieu.
Pour ce qui concerne la Ligue , tout
le monde fçait que Louis de Gonzague ,
Duc de Nevers , en fut d'abord un des
plus zelés partifans , mais qu'ayant découvert
que le deffein du Duc de Guife ,
fon beaufrere , étoit moins de foutenir
la Religion , que d'envahir la Couronne ,
il s'en détacha , & fut un des Seigneurs Ca
tholiques qui fervirent avec ardeur Henri
IV. avant même fon abjuration . Ce Duc
écouta donc au commencement les propofitions
des Ligueurs , ( quelqu'uns même
penfent qu'il commença par zele , & fe
retracta par jaloufie ** ) mais il changea
fi bien de ton , qu'il força Arnaud Sorbin,
dit de Sainte Foy , alors Evêque de Nevers
, d'en changer aufii; on peut voir fur ce
dernier fait le Thuana , qui eft à la fuite-du
Perroniana ,
Un autre fait qui eft encore conftant" ,
c'eft qu'en 1590 , on portoir ( à Nevers )
dans la falle de l'Officialité les registres
*
Abregé de Mezerai , fur l'année 1572 .
** Voyez Mezerai , Eglife du feizième fiécle .
JUIN. 1749.
de l'Hôtel de Ville , & les habitanssyy alloient
en foule figner & jurer entre les mains
de ce Prélat la fainte union ; mais malgré
cela , ils fe continrent toujours , & ne
firent aucuns mouvemens contre leur Roi
légitime. Les propofitions des Ligueurs
furent donc écoutées à Nevers ; mais heureufement
, il n'en fuivit aucun mauvais
effet.
Page 56 , l'Auteur parlant de Jean de
Bourgogne , Comte de Nevers , dit : Que
ce Prince enfecondes nôces époufa Paule de Bretagne
, dont il n'eut pas d'enfans , & en troifiémes
noces Françoife d'Albret, dont il eut Char
Lotte de Bourgogne
.
Cette Princeffe ( Charlotte de Bourgogne
) étoit fille de Paule de Bretagne ,
& non pas de Françoiſe d'Albret , comme
le rapportent Coquille , Hiftoire de Nivernois
, page 241 , édition in quarto , &
Meffieurs de Sainte Marthe , Hiftoire Généalogique
de la Maifon de France , pages 571
& 591 , édition in - quarto.
Ces deux Auteurs atteftent que ce Prince
( Jean de Bourgogne ) n'eut point d'enfans
de fa troifiéme femme , qui fut Françoiſe
d'Albret , & fa prédilection ( dont
on va parler ci - après ) pour Charlotte
au préjudice des enfans d'Elizabeth de
Bourgogne , qui avoit époufé le Duc de
>
66 MERCURE DE FRANCE.
Cleves , & étoit décedée avant fon pere *,
venoit de ce que Charlotte avoit époufé
Jean d'Albret , Sire d'Orval , qui étoit
fon frere , & par conféquent elle étoit fa
belle-foeur , & non fa fille.* *
"
L'Auteur ajoute enfuite : Que le Duc de
Cleves arguoit de nullité la donation faite en
faveur de Charlotte de Bourgogne parfonpere ,
comme arrachée à lafoibleffe d'un marifexagenaire
, par une femme adroite & jolie.
Ce n'étoit pas le Duc de Cleves qui
attaquoit la donation , mais Engilbert de
Cleves fon frere , comme repréfentant
Elizabeth de Bourgogne fa mere , auquel
Engilbert , pour fon partage , fes
pere &
mere avoient délaiffé les biens de France ,
mais Nevers & Rethel , les principales pieces
, lui étoient difputées , en vertu d'une
donation fuggéréé par une femme adroite &
jolie.
Est - ce donc - là la façon dont on doit
parler d'une Princefle de l'illuftre Maifon
d'Albret , qui a donné des Rois à la
Navarre , & dont la Maifon régnante def
cend , par Jeanne d'Albret , mere d'Henri
le Grand Et pour femer dans un Ouvrage
* Morte en 1483. Jean de Bourgogne , fon
pere , en 1491 .
** Voyez Coquille , page 297 , & Sainte Marthe
, page 823.
C
67
JUIN. 1749.
7
nine pincée de fleurs , eft- il permis de la repréfenter
avec l'adreffe & la gentilleffe
d'une coquette du fiécle où nous vivons ?
Coquille , page 147 de fon Hiftoire ,
rapporte » Qu'Engilbert difoit contre
» la donation , qu'elle avoit été faite par
» les inductions de Madame Françoife
» d'Albret , tierce femme dudit Jean de
» Bourgogne , qui étant jeune & fraîche
» avoit époufé ledit Jean , grandement âgé
» & caduc , & qui pour complaire à fa
femine , honnête , fage & pudique , faifoit
» tout ce qu'elle vouloit .
»
Lequel de ces portraits de caractere convient
le mieux à une Princeffe , dont on
voit encore celui de la figure , ainfi que
du Prince fon époux , à genoux & priant ,
fur les vitres de la Chapelle de Bourgogne
, dans la Cathédrale de Nevers ? C'eft
fans doute celui de Coquille , Auteur pref
que contemporain , né la même année que
Icette Princeffe eft morte . ( 1523 )
་ ་
Mêmes pages 56 & 57 , parlant du Roi
Louis XII . il ordonna le 4 Octobre 1507 :
Que Charles , fils aîné du Duc de Cleves
épouferoit Marie , fille aînée du Sire d'Or
: val.
Charles étoit fils aîné d'Engilbert de
Cleves , Comte de Nevers , & non pas
68 MERCURE DE FRANCE.
fils aîné du Duc de Cleves ; mais l'Auteur
qui au fujet de la donation a déja
fait Engilbert , Duc de Cleves , veut encore
ici qu'il le foit , en faifant fon fils
aîné Charles , fils du Duc de Cleves ; cependant
à la page 58 , il rapporte luimême
: Que Jean de Cleves , mari d'Ifabelle
de Bourgogne , fille aînée de Jean , Comte
de Nevers , eurent de leur mariage troisfils
dont l'aîné qui porta le nom de fonpere , lui
fucceda dans les Duché de Cleves & Comté
de la Marke ; les deux autres , fçavoir ,
Engilbert de Cleves & Philippe de Cleves
s'établirent en France , Philippe fut Evêque
d'Amiens , enfuite d'Autun & enfin de
Nevers.
Voilà donc enfin l'Auteur qui convient
qu'Engilbert n'a jamais été Duc de Cleves
, mais feulement Comte de Nevers ;
à l'égard de Philippe , il étoit Evêque de
Nevers & d'Amiens en même tems , fuivant
l'ufage de ce tems - là.
Belleforêt , Traducteur de la Coſmographie
de Munster , & qui a augmenté
cet Ouvrage , met un Philippe de Cleves
au nombre desEvêques d'Autun ; mais je
ne fçais fi c'eſt le même. En tout cas , fi c'eſt
lui , il n'y a pas d'apparence qu'il ait gardé
jufqu'à la mort ce dernier Évêché ; Co.
}
JUI N. 1749. 69
quille , Auteur à
Même
peu près contemporain ,
n'en dit rien ; on peut éclaircir ce fait . *
page 57 : La Baronnie de Donzy
fut le partage de Charlotte de Bourgogne ; elle
époufa Odet de Foix, Comte de Lautrec & Sire
d'Orval,
L'Auteur , comme je l'ai dit ci-deffus ,
a prétendu que Charlotte de Bourgogne
étoit fille de Françoife d'Albret ; j'ai prouvé
qu'elle l'étoit de Paule de Bretagne , & j'ai
montré qu'elle avoit époufé Jean d'Albret,
Sire d'Orval , frere de fa belle - mere ;
la voilà à préfent femme d'Odet de Foix ,
Comte de Lautrec & Sire d'Orval ( ſuivant
l'Auteur. )
Autre méprife ; cette Princeffe eut de
Jean d'Albret deux filles , ( fans parler
d'Helene , morte jeune ) Marie qui époufa
Charles de Cleves , Comte de Nevers, après
Engilbert fon pere , & Charlotte d'Albret
qui époufa Odet de Foix , Comte de Lautrec
: c'est donc la mere qu'il a prife pour
la fille.
Voyez Coquille , pages 248 , 249 , 251
& 297 , & Sainte Marthe , pages 592 &
823.
Je crois, mon Révérend Pere , qu'en voilà .
* Sainte Marthe ne le fait qu'Evêque de Ne
vers & d'Amiens , page $77.
70 MERCURE DE FRANCE.
bien affez pour une Lettre ; il me reſte à
vous prier de m'éclaircir un fair , fi vous en
avez connoiffance .
J'ai eû un manuſcrit entre les mains , qui
me paroît être du commencement du fiécle
paffé , & qui contient une généalogie
de la Maifon de Cleves , & enfuite
des anecdotes fur la branche de Cleves-
Nevers , & même de Gonzague-Cleves :
il y eft dit que Charles de Cleves , Comte
de Nevers , mort à Paris le 17 Août 15.21,
étoit lors de fa mort prifonnier au Louvre ;
je n'ai pu rien découvrir là - deffus ; je
préfume que ce fait eft avancé fauffement
dans ce manufcrit , n'étant pas naturel que
nos Hiftoriens euffent obmis la priſon d'un
Prince , auffi confidérable , & n'euffent
pas tranfmis à la poftérité les raifons de la
détention.
Si mes remarques vous paroiffent juftes &
judicieufes , je continuerai de vous en faire
part ; en attendant , je fuis , & c.
JU. IN. 1749. 71
Q
ODE
Sur la Paix.
Uel feu facré perce la nuë ?
Quel char s'élance dans les airs
Il vole & s'abaiſſe à ma vûe ,
Au fon des plus tendres concerts .
Jamais la plas brillante aurore
Sur ces climats me fit éclore
Un jour fi vif & fi pompeux.
Tel jadis l'amant de Seméle ,
Des feux de fa gloire immortelle ,
Etoqna la terre & les Cieux.
**
Toujours les monts de la Sicile
Ne tremblent pas des mêmes coups ;
Toujours l'Océan indocile
Ne bouillonne pas de courroux :
Paix , fi long - tems defirée ,
Tu viens enfin , Vierge facrée ,
Combler nos voeux & nos defirs :
Devant toi marchent l'efpérance
Les arts , les talens , l'abondance ,
Suivis des ris & des plaiſirs,
72 MERCURE DE FRANCE.
Fuyez , homicides orages ,
Qui n'avez que trop éclatté ;
Enfer , retire tes nuages ;
Ciel , reprends ta vive clarté,
Que le bruit des jeux & des fêtes
Succéde à l'éclat des tempêtes
Dont l'Univers fut allarmé ,
Et
que bien- tôt la terre entiere
Goûte la vapeur ſalutaire
D'un encens trop tard allumé.
Et toi , qu'ont attiré nos crimes ,
Haine des Dieux & des mortels ,
Mars , combien d'illuftres victimes
Ont- elles rougi tes Autels ›
Va , Dieu de fang & de colere ,
Epuifer un autre hémiſphére
Des inftrumens de tes fureurs.
Affez de meurtre & de carnage ;
Nous confervera d'âge en âge
Le fouvenir de nos malheurs,
**
Mais fous quel Aftre favorable
Les Dieux ont- ils porté mes pas ?
Un Ciel pur , un air délectable ;
Embellit ces heureux climats ;
Soudain
JUIN. 1749. 73
Soudain mille cris d'allegreffe
Ont banni l'obſcure trifteffe ,
Qui glaçoit mes yeux & mes fens ;
Je ne vois que fleurs , que guirlandes ,
Et les Autels , chargés d'offrandes ,
Ne m'offrent que myrthe & qu'encens.
+3
Un monde entier femble renaître ,
Tout rit , tout annonce la paix.
Quel oeil pourroit la méconnoître
A la clarté de fes bienfaits ?
Errez , troupeaux , dans vos prairies ;
Dormez fur ces herbes fleuries ,
Nymphes , Silvains ; chantez , oiſeaux ;
Vous n'entendrez plus dans la plaine
Que du Zéphir la tendre haleine ,
Et le murmure des ruiffeaux .
Brillez enfin de tous vos charmes ,
Brillez d'un éternel printems ,
Beaux lieux , qui fous le poids des armes
Gémiffiez depuis fi long- temss ;
Ce fut vers ce fombre boccage ,
Que Mars vint allumer la rage
De fes indomptables foldats ,
Et fous ce jeune ficomore
`II. Vol. D
74 MERCURE DEFRANCE.
L'Amour en riant montre encore
L'affreuſe trace de leurs pas,
Oubliez le bruit des trompettes ,
Echos de ces charmans vallons.
Les hautbois , les tendres mufettes
Vous préparent de plus doux fons ;
L'aimable Reine de Cithere
Vient fur un trône de fougere
Prendre l'Empire des vergers ;
Et déja l'épine fleurie ,
Qu'épargna Bellonne en furie ,
Orne le front de nos bergers,
De vos retraites fouterraines
Sortez , Néréïdes , Tritons.
La paix enfin rend à vos plaines
Les Zéphirs & les Alcyons ;
Déja de l'un à l'autre monde ,
Sa voix, en miracles féconde ,
A fait retentir les deux mers ,
Et fa main augufte & ſacrée
Devant nos pas ouvre l'entrée
De tous les Royaumes diyers,
JUIN.
7*
1749.
Objets chéris de nos allarmes ,
Jeunes amans , tendres époux ,
Venez enfin tarir des larmes ,
pour vous. Qui n'ont que trop coulé
Foibles vieillards , meres tremblantes
Courez de vos mains défaillantes
Embraffer vos fils triomphans ;
Et vous , veuves inconfolables ,
N'allez point par des pleurs coupables
Troubler de fi tendres inftans.
***
Triomphes , conquêtes , victoires ,
Noms terribles , fatals fuccès ,
Soyez bannis de la mémoire
Er du coeur des heureux François ;
Votre folle & brillante yvreſſe
En coûte trop a la tendreffe
Du Roi Bien aimé des vainqueurs ;
LOUIS ne va plus à la gloire
Que par la conftante victoire
Qu'il remporte fur tous les coeurs.
Du Coudray , Officier au Régiment Royal
Infanterie.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
J
LETTRE
Ecrite à Mademoiselle M. S. C.
E crûs devoir hier , Mademoiſelle ,
étant à votre toilette , prendre le parti
de l'Amour contre l'Amitié ; & quel homme
ne l'auroit pas fait en pareille circonftance
? Je traitai de contes & de fables
tout ce qu'on nous rapporte de ces amis
fameux , qui n'ont jamais exifté que dans
l'imagination de certains Auteurs. Je prétendis
que la véritable amitié , cette amitié
à l'épreuve de toutes les difgraces , étoit
une chimére , un phantôme , & qu'elle
étoit dans la fociété ce que la pierre philofophale
eft dans la Chymie , le mouvement
perpétuel dans les Méchaniques , la
quadrature du cercle dans la Géométrie .
J'appuyai mon fentiment de quelques raifons
tirées du coeur de l'homme . Non
contente de les avoir entendues ,vous voulez
les voir rédigées par écrit. Quelle tyrannie
! Ignorez -vous donc qu'un fentiment
hardi peut en impofer dans la converfation
, & paroître ridicule , abfurde ,
impertinent fur le papier ? Mon opinion ,
quoique très véritable,a quelque chofe de
JUIN. 1749. 77
fi monftrueux , que je n'avois jamais oſé
la produire au grand jour. Je la tenois
cachée , & comme enfermée dans mon
fein. En effet , fi le Public venoit à fçavoir
que je fuis dans ce fentiment , dé quel oeil
me regarderoit- il ? Cet homme , diroitil
, n'aime perfonne , il croit que tout le
monde lui reffemble. Il ne nous aime
donc pas véritablement , ne l'aimons pas
non plus , rompons avec lui . Plus de commerce
avec ce Philofophe milantrope.
Pour vous , Mademoiſelle , il n'y a rien
à craindre. Des liens plus étroits que ceux
de l'amitié uniffent nos coeurs ; tout ce que
je vous demande pour prix de ma complaifance
, c'eft de ne montrer cette Lettre à
perfonne , ou fi vous la faites voir , de ne
dire que j'en fois l'Auteur. pas
Nous ne pouvons trouver de véritables
amis , parce que nous nous aimons trop
nous- mêmes ; telle eft la nature de l'homme.
Il ne fe perd point de vue dans toutes
fes actions , il les rapporte toutes à lui ſeul.
Toutes fes démarches font animées par
l'amour propre , fon intérêt lui eft toujours
préfent , lorfqu'il paroît y moins.
penfer ; fa propre utilité eft comme l'ame
de toute fa conduite. Il ne voit que lui ,
il ne penfe qu'à lui dans tout ce qu'il fait.
Cette forte inclination qu'il a pour lui-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
même , eft comme la bouffole qui le conduit
; c'eſt ſon étoile qu'il contemple fans
ceffe ; il en reçoit fa direction , fon impulfion
; c'eft elle qui influe fur toutes les démarches.
La vertu n'eft prefque jamais
qu'en fecond dans tout ce qu'il fait. Voilà
, Mademoiſelle , mon principe : c'eſt ſur
lui ſeul que roule tout mon argument.
Au reste je ne crois pas qu'on puiſſe me
nier , qu'il n'y ait dans tous les hommes
un grand fond d'amour-propre. Je ne fçais
même , s'il y a du plus ou du moins . Je
ferois affez porté à croire que nous en
avons tous une portion égale . Il ſe montre
plus à découvert , à la vérité , chez les uns
que chez les autres , mais pour être plus
caché , en eft-il moindre ? Florimond eft
fans doute le plus grand Egotifte que je
connoiffe ; fans ceffe il parle de lui . Il ne
fçauroit raconter une hiftoire , qu'il ne
s'y donne un perfonnage brillant : mais
eft- il pour cela plus préfomptueux que
Médor qui affecte de rougir , lorfqu'on
parle de lui ? Non , fans doute ; ils ont la
même paffion , mais ils la ſatisfont par des
voies differentes. C'eft un rafinement de
vanité que de fe méprifer , & de vouloir
paroître humble.
L'amour propre eft donc le mobile de
toutes nos actions. Ce principe inconteftaJUIN.
79 1749
ble une fois pofé , je raiſonne ainfi en pa
courant toutes les differentes fituations où
fe peut trouver un homme.
l'on a
: Sera-ce entre deux Sçavans , entre deux
Guerriers , entre deux hommes d'Eglife ,
entre deux femmes , entre deux perſonnes
de different ſexe , que fe trouvera cette
prétendue amitié L'afage prouve le contraire.
J'avoue à la vérité , que
quelques exemples de gens qui ont paru
s'aimer avec conftance , & en qui une certaine
fympathie a tenu lieu de cette tendre
amitié , mais je parle ici d'amis parfaits
, & non pas de ces ombres , de ces
phantômes , de ces repréſentations mutilées
de la tendre amitié : je parle de ces
hommes en qui eft renfermée , pour ainfi
dire , la plénitude de la tendreffè , & c'eft
ce que je crois qu'il n'eft pas facile de
trouver.
Damon étoit toujours avec Licidas ; ils
étudioicnt enſemble ; ils ne fe quittoient
point d'un feul moment ; ils compofoient
dans le même cabinet. On n'avoit jamais
vû deux Sçavans plus étroitement unis ;
un rien cependant a rompu ces liens fi
étroits. Damon communique à Licidas
un Rondeau , qu'il croit être admirable
fon ami ne le trouve pas de fon goût, il en
critique les expreffions , les penfées , le
;
Diiij
So MERCURE DEFRANCE .
Lour. Damon s'en fcandalife ; il prend le
parti de fon Rondeau . La difpute s'échauffe
, & dégenere bientôt en injures . Ils fe
féparent , ils ne fe voyent plus. Ils vont
plus loin , ils deviennent ennemis irréconciliables
: ils fe déchirent dans toutes
les compagnies. Pourquoi cela ? C'eſt que
Licidas a bleffé l'amour propre de Damon
dans fa partie la plus fenfible.
Tout Paris admire l'amitié qui regne
entre Floridor & Acanthe ; ils n'ont qu'un
lit , qu'une table , qu'une bourfe ; loin de
s'abandonner dans le danger , ils fe font
vingt fois expofés généreusement l'un
pour l'autre. Ces noeuds que l'afpect hideux
de la mort n'a pû briſer , ſont enfin
rompus par l'amour. Iris paroît à leurs
yeux , elle enflamme leurs coeurs . Nos
deux amis commencent à fe faire un fecret
de cette paffion naiffante ; la jaloufie s'empare
d'eux . Ils ne fe voyent plus qu'avec
des yeux finiftres ; ils fe fuyent avec autant
de foin qu'ils fe cherchoient auparavant ;
ils s'épient . Bref : Iris accorde une legere
faveur à Acanthe. Floridor l'apprend , &
en eft tranfporté de fureur . Ces deux amis
qu'on auroit mis au rang des Oreftes &
des Pilades fans Iris , en viennent bientôt
aux mains ; on eft furpris d'appren
dre qu'ils fe font battus en duel , & qu'un
JUIN. 8x 1749.
des deux eft refté fur le champ de ba
taille.
La bravoure eft , àproprement parler , ce
qui fait l'effence de la Nobleffe Françoife.
Témoigner à un Officier qu'il ne s'eft pas
comporté dans certaine action avec toute
la valeur qu'il auroit dû , c'eft s'en faire
un ennemi irréconciliable ; de femblables
affronts ne fe peuvent laver que dans le
fang :il n'y a point d'amitié qui puiffe
balancer le reffentiment. Qui croiroit que
Guife & Coligni , ces deux fameux rivaux
, ces ennemis irréconciliables , dont
les inimitiés particulieres ont prefque caufé
la perte générale de la Patrie , ayent été
dans leurs premieres Campagnes unis d'une
amitié fi étroite , qu'elle faifoit l'admiration
de toute la Cour. Ils ne pouvoient
fe féparer d'un inftant ; leurs divertiffemens
étoient les mêmes ; le plaifir n'avoit
ni pointe ni attraits pour eux , lorsqu'ils
étoient féparés l'un de l'autre ; toujours
habillés de la même façon : qui auroit ,
dis-je , pû s'imaginer qu'une amitié fi
étroite dût fe terminer un jour par une
haine implacable , qui caufa enfin la mort
de tous les deux ? C'eft cependant ce qui
arriva ; une parole changea leurs coeurs ,
ou pour mieux dire , les métamorphofa entierement.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
› Mais peut- être me direz -vous , le
monde eft trop agité , trop en proye à toutes
les paffions , pour renfermer dans fon
fein des amis parfaits. La retraite peut
feule en fournir ; il faut les chercher dans
le fecret du tabernacle. Sans doute la charité
chrétienne a beaucoup de part dans
toutes les actions de ces faintes victimes ,
mais je cherche quelque chofe de plus que
de la charité . On peut fort bien fupporter
les infirmités de les freres , vivre en paix
avec eux , & ne pas les aimer ; je vais plus
loin . Je foutiens , qu'il eft impoffible de
trouver de véritables amis dans les Cloîtres
; je pourrois ici en apporter mille raifons
, mais une feule fuffira. Il en eft des.
perfonnes Religieufes , comme des gens
mariés ; une femme nous voit , nous examine
, a les yeux fans ceffe ouverts fur notre
conduite ; nos défauts ne peuvent lui:
échapper. Nous témoigne - t'elle par quelques
fignes , même équivoques , qu'elle a
fait cette découverte dans notre caractére ?
Que dis-je ? L'en foupçonnons- nous feulement
Nous ne pouvons plus l'aimer .
Notre amour propre ne peut fouffrir l'afpect
d'une perfonne qu'il croit avoir du
mépris pour nous ; il en eft ainfi des perfonnes
Religieufes ; elles fe voyent de trop
près. Tout homme a des défauts , aucun ne
JUI N. 1749% 83
peut fouffrir le mépris ; donc point d'amitié
: voilà où en font logés la plupart des
hommes.
peu
Pourquoi fi d'amis parmi les parens
? Pourquoi tant de méfintelligence
parmi ceux que le fang a unis ? Pfiché a
dans fes foeurs fes plus mortelles ennemies.
Thémistocle
, ce grand homme , l'admiration
de ceux même qu'il avoit plufieurs
fois vaincus , eft haï , perfécuté
, exilé par
fes propres Concitoyens
, qui lui étoient
redevables
de tout. Pourquoi cela ? Sinon
parce que l'éclat de fes vertus bleffoit leur
amour propre
.
que
Sera- ce entre deux perfonnes du fexe ,
fe formeront ces doux liens ? Que l'ufage
eft contraire ? Le fexe eft fait
pour plai
re; c'eft fon unique ambition . Faire fentir
à une perfonne qu'elle manque d'agrémens
, c'eft s'en faire une ennemie implacable.
Jamais elle ne pardonnera cet attentat
plus jaloufe de fes attraits que de fa
vertu , elle aimera mieux fe voir infultée
dans fes moeurs que dans fa beauté. Mais
quelle amitié peut fubfifter entre deux rivales
? Loin de s'aimer , elles fe déchireront
impitoyablement. Si l'on voit donc quelquefois
deux jeunes Dames unies d'une
amitié étroite , c'eſt qu'elles ne font jamais
entrées en lice , c'eft qu'elles n'ont jamais été
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
en concurrence d'attraits . Or peut- on appeller
amitié folide celle que fi peu
chofe peut anéantir ?
de
Que conclure de tout cela , Mademoifelle
, finon que la véritable amitié est
comme impoffible ? C'eft une douceur qui
ne nous eft réservée que pour l'autre vie.
Comme dans le féjour des Bienheureux il
n'y a plus ni jaloufie , ni ambition , ni intérêt
comme l'amour propre , principe de
toutes nos actions , fera pour lors parfaitement
éteint , nous pourrons enfin goûter
les plaifirs purs de la parfaite amitié.
Ce n'eft point cependant que je prétende
qu'on ne puiffe goûter dès cette vie des
douceurs infinies dans la fociété de certaines
perfonnes bien nées , mais il faut
toujours s'obferver , toujours être en garde
fur fes paroles ; il faut les étudier , connoître
leurs paffions dominantes , flatter
leur amour propre , déguifer leurs foibleffes
; fans cela point d'amitié à efperer.
Telles. font , Mademoiſelle , mes raifons :
je fouhaite qu'elles foient de votre goût..
Si je les ai produites au grand jour , ce n'a
été que pour vous obéir , & vous prouver
la foumiffion avec laquelle je fuis , &c.
7. H
JUIN. 1749. 89
VERS
A Mademoiselle Gauffin. *
A Dorable Gauffin , pourquoi quitter la Scénè
Pourquoi lui dérober fon plus bel ornement ?
Hélas ! que peut fans vous la fiere Melpoméne 2
Qui pourra , comme vous , au fort d'un tendre
amant ,
Intéreſfer un Critique ſévére ,
Et lui faire envier le bonheur trop charmant
De vous aimer fans vous déplaire ?
Ah ! s'il faut renoncer à l'eſpoir malheureux
De pouvoir à vos pieds vous déclarer ma flamme
De voir récompenfer d'un coup d'oeil amoureux ,
Et peut-être d'un bien plus doux , plus glorieux ,
Les droits que mon amour vous donne, fur mon
ame ;
Que fur la fcéne au moins je goûte les douceurs ,,
De vous voir chaque jour , & joindre mes hom
mages
Aux applaudiffemens de tous les fpectateurs ,
Dont vos rares talens , vos attraits enchanteurs
Captivent à la fois le coeur & les fuffrages.
* Un bruit qui avoit couru que Mlle Gauffin voulois
abandonner le Théatre , a donné occaſion à ces vers
$6 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur
, ayant jetté la vûe ſur le
Problême que le Mercure de Mars
nous a propofé , & fur les folutions qui
en ont été données dans celui d'Avril , je
n'ai point hésité de vous écrire , moins
pour cenfurer les raifons des Barêmes ,
des Faiguets & des autres , que pour expofer
à la judicieufe critique du Public un
fentiment qui m'a paru approcher de plus
près de l'équité. Si vous l'eftimez digne de
paroître , donnez lui le jour , mais fi quelque
difformité s'y trouve , vous pouvez le
fupprimer , fans que ma vanité fouffre
aucune atteinte ; éloigné , débarraffé &
mort au monde , je ne dois point envier
les vains honneurs qu'il offres je dois agir ,
me comporter , travailler avec un parfait
défintéreffement ainfi fans m'affujettir
aux louanges ou aux blâmes qui naîtront
de cette entrepriſe , je vous la propoſe
ainfi.
Un pere , dit-on , laiffe 100000 livres à
fon époufe enceinte , fous condition que
fi elle accouche d'un fils elle lui donnera
trois cinquièmes du bien , & gardera le refJUIN.
87
1749.
I
te ; fi au contraire elle accouche d'une
fille , elle lui donnera trois feptiémes du
total , & le reste eft pour elle . Mais cet
homme étant mort , & la veuve ayant accouché
d'un fils & d'une fille , il eft queftion
de partager le bien , & de doter les
uns & les autres felon l'intention du
Teftateur.
,
N'ayant nul égard aux differentes folutions
qui font parvenues jufqu'à vous , je
raiſonne par un autre principe qui me
fait joindre deux cinquièmes du reftant du
legs fait au fils , avec un feptiéme de plus.
que la mere a fur la portion de la fille ,
qui font 2 , portion de la mere. Ainfi 35:
étant mon nombre cherché , je prends
maintenant les trois cinquièmes de 21
pour le fils ; les trois feptièmes de 15 pour
la fille , & les 19 trouvés pour la mere ,
qui me valent en total 55 .
35
Enfuite je dis , fi 55 gagnent 100000 ,
combien 21 pour le fils , & cette premiere
regle lui donne
fiss gagnent 100000
38181 k 16 f. 4 d .
27272 14 6
14 combien 15 pour la
fille ,
fi
5.5 gagnent 100000 .
combien 19 pour la
1X
mere ,
Total
I.
34545 2 I XX:
100000,
88 MERCURE DEFRANCE.
Comme l'obscurité de mon nom , de
mon état & de mon origine , m'affùre l'impunité
, je veux encore hazarder un Problême
pour le Mercure prochain ; voici
en quoi il conſiſte.
Cinq Marchands ont fait Compagnie ,
je ne fçais ce qu'ils ont mis chacun en particulier,
je fçais feulement que le cinquiéme
& le premier ont mis 672 livres
le cinquième & le quatrième , 864 liv .
le quatriéme & le troifiéme , 684 liv . le
fecond & le premier , 436 liv . le troifiéme
& le fecond , 584 liv . ils ont gagné 1509
livres , je demande ce que chacun doit
avoir felon fa mife. J'ai l'honneur d'être
&c .
F. S. F. R.
De Lyon le 30
Avril 1749.
A MLLE N **
Le 27 Janvier , jour de ſa naiſſance..
HOROSCOPE..
Quoique je doive ma naiffance:
A ces fçavans & chers climats ,
D'où nous viennent en abondance:
JUIN. 89 174%%
Les plus célebres Almanachs ;
Soit de ma part indifference ,
Soit mépris pour cette ſcience ,
Qui croit combiner des humains
Et la fortune & les deftins ,
Onques ne me ſuis de ma vie
Voulu mêler d'Aftrologie.
Je ne puis même concevoir
Que dans le Ciel on puiffe voir
La fuite de nos deſtinées ,
Et le nombre de nos années.
Quoique me dife un impofteur ,
Pour appuyer fes vains menfonges ,
Il n'eft à mes yeux qu'un menteur
Et je n'y crois non plus qu'aux fonges.
Mais fans jour & nuit s'obſtiner
L'oeil collé fur une lunette
A fuivre en vain une Planette ,
Ne pourroit- on pas deviner
Ce qu'ici bas le fort bifarre
De biens ou de maux nous prépare à
Sans doute , le front & les yeux ,
· Et furtout les yeux d'une belle ,
Sont pour nous des decrets des Dieux
L'interprête le plus fidéle .
Tout , Iris , annonce chez vous.
La plus heureuſe deſtinée ;
go MERCURE DE FRANCE.
Tout nous dit que vous êtes née
Pour jouir du fort le plus doux.
On voudroit en vain s'y méprendre ,
Le coeur , même le plus jaloux ,!
Doit en dépit de fon courroux
A ces fignes certains fe rer.dre.
Quelle fineffe dans les traits ?
Quelle grace dans les attraits ?
Quel feu dans vos beaux yeux pétille ?
Dans votre esprit quel enjoûment ?
Toujours nouveau , partout il brille ,
Partout il feme l'agrément.
Loin de ce vain amuſement ,
Qui fans ceffe de vos pareilles
Partage les jours & les veilles
Vous confacrez tout votre tems
A cultiver tous les talens ,
Que vous prodigua la nature.
Les vers , l'hiftoire , la peinture ,
La mufique & les inftrumens ,
Font vos plus doux délaffemens.
Vous n'avez encór que trois luftres ,
Et ceux qu'entre fes écrivains
Rome compte les plus illuftres ,.
Sont tous les jours entre vos mains ,
Oui , quelque foit de la fortune
L'injuftice & l'aveuglement ,
JUIN. 1749. 21
Efperez tout , objet charmant.
Qui fort de la route commune
Ne pent avoir qu'un fort brillant.
說說說說說說洗洗澡洗洗洗洗洗
M
REVE
A Mademoifelle de .....
Ademoiselle , l'impreffion que vos
charmes & vos attraits ont fait fur
moi , agite continuellement mon imaginarion
: les rêves , qui ont occupé mon efprit
cette nuit, en font des marques bien authentiques
; les plaifirs que j'ai reffentis pendant
mon doux fommeil , devoient être
bien fenfibles , puifque de foibles veftiges
me font encore goûter les douceurs d'un
bonheur , quoiqu'imparfait & imaginaire.
Le fommeil s'est éclipfé , mais l'impreffion
des plaifirs , où mon ame nageoit , étoit
trop grande & trop forte pour que j'oubliaffe
que j'avois rêvé. Aurois- je pû oublier
un tel rêve , à moins d'être infenfible
aux charmes de l'amour & à mon propre
bonheur ?
>
Les Dieux pour éprouver la fincérité de
mon coeur , & pour voir qui je choifirois.
pour Reine , m'ont fait monter au rang des
Rois. Pouvois- je choifir autre que vous ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle , vous aimant & brûlant
pour vous de l'amour le plus vif & le plus
fincere ? Les Dieux , étonnés que le fceptre
& l'éclat ne puffent me faire oublier que
je vous aimois , m'environnerent de Nymphes
& de Nayades pour féduire mon
coeur. Pouvois-je être fenfible à leurs attraits
, vous ayant toujours dans l'efprit
, & me fouvenant des fentimens que
yous aviez pour moi , n'étant que fimple
fujet Si j'ai perdu un trône , je ne le regrette
que parce que vous avez perdu une
couronne. Si quelque chofe eft en état de
me faire oublier que ce n'étoit qu'un rêve
impofteur qui fe divertiffoit à m'éprouver,
c'est vous qui le pouvez, étant perfuadée de
mes fentimens & en les couronnant de
votre amitié ; fi rien ne me reſte de mon
empire , il me restera toujours le fouvenir
d'avoir choisi pourReine celle que j'adore,
& d'avoir goûté avec elle les plaiſirs les
plus vifs , les délices les plus fenfibles , enfin
ce que l'amour a de plus doux & de
plus charmant. Vous m'aimiez étant Roi ,
je l'ai éprouvé , ne rougiffez pas , ce n'eſt
qu'un rêve , peut-être tout s'eft évanoui à
mon réveil. Si je fuis affez infortuné pour
avoir perdu votre coeur en perdant mon
Empire , je fouhaite le
pour
de ma
vie,qu'un femblable rêve accompagne tourepos
JUIN. 1749. 93
jours mon fommeil ; le jour me fera amer
& infupportable , il eft vrai , mais la nuit
je repoferai entre les bras des plaiſirs &
des délices , & je me glorifierai de poffeder
un coeur que je pourrai couronner.
Recevez ce rêve , je vous en conjure ,
comme une marque fenfible de mon
amour : les couronnes y font imaginaires ,
mais les fentimens y font réels & fincéres.
Continuez - moi vos bonnes graces , &
croyez m'en digne , quoique je ne fois plus
Roi. Je fuis , Mademoiſelle , &c.
L. C. D.
A Toulouse le 16 Avril 1749.
VERS TRISSYLLABIQUES ,
B Elle Iris ,
Je ne puis
Définir
Le plaifir
Que je fens
A Mile Coquelin .
Dans mes fens ,
Quand je vois
A la fois
Tant d'attraits
Si parfaits .
De tes yeux
Gracieux
Mille feux
Vont fortans ,
Puis rentrans
Dans les ames ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Que l'Amour, C'eft le mai
Afon tour
De fes flâmes
Perce àjour:
L'incarnat
Et l'éclat
De ta bouche ,
Si farouche ,
Qui ne veut
Qu'on la touche,
Nous émeut.
Perles fines
Et divines ,
En s'ouvrant
J'y découvre.
Rarement
Elle s'ouvre
Aux foupirs.
Tant eft belle ,
Les defirs
Sont par elle
Excités ,
Irrités ,
Mais hélas !
Ne font pas
Soulagés.
Sort fatal !
Que j'y trouve.
Tous les jours
Je l'éprouve ,
Et le cours
De ma vie
N'eft qu'envie.
Trifte loi ,
Ah ! pourquoi
Viens-tu donc
Sans raifon
Mettre un frein
Inhumain
A mes feux
Amoureux ,
Traverfer
Ma tendreffe ,
Et fans ceffe
T'oppofer
A l'yvreffe
D'une ardeur
Qui me plaît ,
Et d'où naît
Mon bonheur ?
Tout m'enchante ,
Tout me tente ,
Air malin
JUI N.
25 1749**
Minois fin.
Chers tréfors
D'un beau corps
Blanc , bien fait ,
Qu'une robe
Tout-à-fait
Nous dérobe .
En volage ;
Dureté
Cruauté ,
C'eft le gage
Et retour
D'un amour
Sans égal ,
Font languir
Et fouffrir
Mille amans,
Accufans
La rigueur
De ton coeur,
Chere Iris ,
Quant à moi
Qui ne fuis
D'autre loi
Que la tienne ,
Dont la foi
T'eft certaine
Les mépris ,
Les foucis ,
Et la peine
Sont pourtant
Mon partage
Et l'amant
Le plus fage
Eft traité
Sort fatal !
Je me plains ,
C'eft en vain
Mais au moins
Les Echos
Sont témoins ·
De mes maux.
L'efpérance
Me confole.
Apparence
Trop frivole !
Je la crois
Quelquefois,
Quel aflaut!
Aufh-tôt
Ce vain fonge
Me féduit ,
Il replonge
Mon efprit
Dans l'horreur
Du malheur
96 MERCURE DE FRANCE;
Et l'abbat.
C'est l'état
Où me met
Cet objet
Infenfible.
Dans ce cas
Le trepas
Si terrible ,
Combleroit
Tous mes voeux ,
Et vaudroit
Beaucoup mieux,
Tendre Amour ,
Que j'implore
Chaque jour,
Dont j'adore
La puiffance ,
Tu connois
Ma conftance,
Et je crois
Qu'à tes loix
Un mortel
Sous le Ciel
Plus docile ,>
Ne feroit
Si facile , i
Qu'on diroit
A trouver ,
Conferver
Moins encore.
Puiffant Dieu ,
Dont le feu
Me dévore ,
Ah ! mets fin
Au chagrin
Qui m'obféde ;
Toi feul tiens
Dans tes mains
Mon remède ,
Je l'attends
Ardemment.
Cette Belle
Si cruelle ,
A le don
De charmer ,
D'aimer , non ;
Il faut donc
L'enflammer.
N'aimer rien ,
Eft-ce un bien ?
Non , fans doute ,
Tont dégoûté ,
1
Fais
JUIN. 97 1749
Fais fi bien ,
Qu'un lien
Pur ,fans tache ,
Nous attache .
Pleins d'appas ;
Tu rendras
Tous les deux
Bien heureux.
Par ces noeuds
J. F. G.
**
Du 19 Mai 1749 .
REMARQUE
Adreffée à M. le Principal du Collège de
Rheims , fondé à Paris , au sujet d'un
endroit de la defcription de cette Capitale ,
Par M. Piganiol de la Force .
L
E Mercure de France , mois de Mai ,
que j'ai dans l'inftant fous les yeux ,
Monfieur , & où je viens de lire une remarque
adreffée à M. le Bibliothéquaire
de Sorbonne , par laquelle j'apprends que
M. Piganiol de la Force va donner une
nouvelle édition de fa Defcription de
Paris , me met dans le goût de vous faire
part d'une Remarque que j'ai faite , il y a
déja long- tems fur ce que cet Auteur dit,
en parlant de votre College.
Je vois qu'il y a une édition de cet ou-
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE ;
vrage de 1742 que je n'ai pas luë. Peutêtre
l'Auteur fe fera- t'il corrigé lui -même
par cette édition , de ce quiva faire l'ob.
jet de ma Critique ; mais comme j'en doute
, voilà toujours ma Remarque que j'ai
faite fur l'édition de 1736 , où j'ai lû , tome
I. page 399.
93
"Le Collège de Rheims fut fondé en
» 1412 , par les héritiers de Guy de
» Roye , Archevêque de Rheims , qui l'a
» voit ainfi ordonné. C'étoit autrefois
» l'Hôtel de Bourgogne , que Philippe ,
>> Comte de Nevers , & depuis Duc de Bour-
"gogne , vendit le 12 Mai 1412 à l'Archevêque
de Rheims , & de-là eft venu ,
» &c. C'eſt ſur ces mots , & depuis Duc de
Bourgogne , que tombe ma Critique , & je
foutiens à M. de la Force , que jamais le
Philippe , Comte de Nevers , qui vendit
l'Hôtel de Bourgogne en 1412 à l'Archevêque
de Rheims , n'a été Duc de Bourgogne
.
Ce Philippe de Bourgogne , vendeur ,
étoit troifiéme fils de Philippe le Hardi ,
premier des quatre derniers Ducs de Bourgogne
, defcendus du Roi Jean . Il eut en
fon partage les Comtés de Nevers & de
Rhetel , & apparemment cet Hôtel de
Bourgogne ; il fut appellé , après la mort
de fon pere, Comte de Nevers, & fut tué,
JUIN. 1749:
99
•
portant ce nom , à la bataille d'Azincour en
1415 , laiffant deux fils de fa femme Bonne
d'Artois , Charles & Jean de Bourgogne
, qui ont été fucceffivement Comtes
de Nevers. Ce Jean a été le dernier mâle
de la Maifon de Bourgogne , n'étant mort
qu'en 1491 , & par conféquent ayant furvêcu
à Charles le Terrible, fon couſin , tué
devant Nancy dès le 5 Janvier 1476 , ou
1477 , nouveau ftyle . M. de la Force s'eft
apparemment imaginé qu'il n'y a eu dans
la Maifon de Bourgogne que les fils aînés
des derniers Ducs , qui ayent porté le nom
de Comtes de Nevers , mais il s'eft trompé.
Jean , fils aîné de Philippe le Hardi, l'a porté
, il eft vrai , avant la mort de fon pere ,
& on l'appelloit Comte de Nevers , lorfqu'il
fut pris par les Turcs au combat de
Nicopolis en1396 ; mais Nevers, après la
mort de fon pere , étant tombé en partage
au plus jeune de fes freres , le fils aîné de
Jean , qui fut Philippe le Bon , n'a jamais
été appellé Comte de Nevers ; & fi M.
Piganiol a crû que ce fut ce Philippe le
Bon , qui avant la mort de fon pere avoit
vendu l'Hôtel de Bourgogne à l'Archevêque
de Rheims , il s'eft trompé : c'eſt
Philippe , Comte de Nevers & de Rhetel
. Je croi , Monfieur
› que vous fçavez
cela auffi -bien que moi , mais je fuis
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
bien aife de m'en entretenir avec vous , &
encore pour engager M. Piganiol d'ôter
dans fa nouvelle édition ces cinq mots ,
depnis Duc de Bourgogne.
A Nevers , ce 23 Mai 1749 .
新洗洗洗洗洗洗洗洗求:洗洗洗洗洗洗
D
BOUQUET
A IP HIS E.
Ans deux jours on célébre votre Fête
, & je me félicitois , belle & charmante
Iphife , du nouveau fujet qui s'offroit
de vous faire ma cour. Mon coeur &
mon efprit étoient fort bien enſemble , &
étudioient de concert un compliment où
le fentiment prévaloit : l'efprit avoit recherché
avec foin les termes les plus propres
à bien exprimer une vive tendreffe ,
& mon coeur trouvoit un plaifir infini à
peindre au vrai tout ce qu'il fent : je voulois
y ajouter quelques-unes de ces fleurs
dont Flore embellit nos jardins , & je me
faifois une fecrete joie d'en compofer un
Bouquet , dont l'arrangement , dirigé par
mon coeur , eût été l'image de vos charmes
& de vos vertus , comme il eût repréſenté
mon amour & ma tendreffe.
JUIN. 10 . 1749.
:
tou-
La rofe , dirai-je en moi -même , tiendra
la premiere place , c'eft la Reine des fleurs ;
elle paroît au-deffus de toutes , comme
l'aimable Iphife brille au milieu de fes
compagnes ; fes couleurs douces & agréables
feront le fymbole de fes attraits : l'oeillet
qui plaît par la variété de fes couleurs ,
indiquera les graces qu'Iphife a
jours à fa fuite dans tout ce qu'elle fait
elles ne la quittent jamais ; que ne puis-je
en autant de manieres lui prouver combien
je l'adore ? Le lys par fa blancheur repréfentera
l'éclat de fes vertus : il lui exprimera
auffi la fincérité de mes fentimens
la violette fera l'éloge de fa modeftie
; elle lui dira auffi cette crainte continuelle
de lui déplaire , qui ne me quitte
jamais. Que n'exprimera point la penſée ?
Les plus petites chofes font fouvent celles
qui en difent le plus : le velouté de fes
couleurs peindra au mieux la douceur du
caractére de la Belle : leur diverfité fera la
marque de l'étendue de fes lumieres : cette
fleur lui dira auffi combien je fuis occupé
de fes charmes. Je n'oublierai pas l'immortelle
je fuis trop intéréffé à la mettre
de la partie , puifqu'elle annoncera la
durée de mes fentimens qui ne finiront .
qu'avec ma vie.
:
J'étois enchanté , adorable Iphife , de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
cet arrangement , & je cherchois à l'exé
cuter , mais quel n'a pas été mon étonnement
, lors qu'entrant dans un de nos plus
beaux jardins , j'ai vû la déſolation la plus
complette l'affreux hyver , exerçant fa
rage , avoit détruit les reftes précieux de
l'aimable Printems , & l'impétueux Borée
avoit dans fa colére anéanti tout ce qui
s'étoit oppofé à fes premiers efforts. Mon
erreur n'eft- elle excufable ? J'étois trop
occupé de vous , belle Iphife , pour m'ap
percevoir du changement des faifons , &
le Printems ne devroit-il pas être toujours
prêt à vous faire un hommage de fes tréfors
?
pas
Frappé du contretems qui s'oppofoit à
mes defirs , j'étois fort embarraffé de pou
voir le réparer, lorfque l'Amour m'a donné
ce confeil ; ce que ces fleurs auroient pû exprimer
à l'aimable Iphife , ta main ne fçau
roit-elle le tracer ? Le tems & l'éloignement
font contre toi ; peins - lui ton amour
& tes fentimens : lorfque le coeur conduit la
plume , il eft plus éloquent que l'efprit ;
la fincérité & la conftance font les marques
de ta tendreffe ; ces fleurs auroient
mal repréfenté ce que tu voulois expri
mer ; elles paffent en un moment , & tu
aimeras toujours l'adorable Iphife.
Conduit par le Dieu du fentiment ;
JUI N. 1749.
103
je vous offre pour bouquet l'hommage
de mon coeur : il vous eft voué pour toujours
, charmante Iphife ; fi le vôtre daignoit
être perfuadé de mes fentimens ,
que je ferois heureux ! L'an paffé , j'eus le
plaifir de vous préfenter des fleurs ; aujourd'hui
je n'ai pas le même bonheur ,
mais l'an paffé le coeur dicta mon compliment
; c'eſt le même aujourd'hui qui s'offre
à vous reconnoiffez - le à ces affûrances
de la plus vive tendreffe qui l'anime
toujours .
*
L'AMOUR .
IDYLL E.
E Dieu de l'univers , l'Amour ;
Jeune encor , s'envola du milieu de Cythere ;
Son coeur étoit épris d'une jeune bergére ,
Qui le favorifoit du plus jufte retour :
Tendre , vif& fincére ,
Son bonheur étoit de lui plaire ;
Il fe taifoit , mais de les yeux
Souvent l'ingénieux langage
De fon coeur amoureux
Lui préfentoit l'hommage ,
Voilé par le refpect.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Souvent il fe mêloit aux Graces ,
Pour cueillir en fecret
Les fleurs qui naiffoient fur les traces.
Toujours ardent , toujours difcret ,
Jamais fon feu.ne fut fufpect .
Quelques regards , ravis à la bergére ,
Contentoient alors tous fes voeux.
A la faveur de ce tendre myſtére ,
Ils s'aimoient , ils étoient heureux ,
Tandis que Cupidon , fon frere ,
Qui n'avoit point formé ces noeuds ,
Sous un air d'amitié déguiſant ſa colére ,
Epioit le moment de troubler ces beaux feux.
Un jour donc pour le fuivre , abandonnant Cythére
,
Entraînant après foi les plaifirs & les jeux
Sans fon cortége gracieux
Il laiffa Vénus folitaire.
•
Guidés par les Zéphirs ,
Ils volent , & bientôt ils arrivent enſemble
Dans l'heureufe contrée , où loin de tous defirs ,
Ceux qu'un tendre penchant chaque jour y raſ
femble ,
Goûtent en liberté mille innocens plaifirs
L'intérêt & la jaloufie
Ne troublent point leurs jours heureux ;
De leurs coeurs,amoureux
Toute politique eft bannie ;
JUIN .
105
1749.
Se voir , s'aimer fans
Se le dire fans fard ,
art
>
Fait l'unique foin de leur vie.
Nos charmans voyageurs , difperfés à l'inftant ,
Augmentent de ces bords le fpectacle brillant ,
L'Amour écoute feul la voix toujours timide
D'un doux preffentiment ;
De fon coeur qui le guide
Il fuit le fecret mouvement,
Au bord d'une onde pure ,
Dans un lieu folitaire , où d'antiques ormeaux
Formoient , en s'enlaçant , de differens berceaux ,
Sur un lit de verdure ,
L'adorable Zirphille , à l'abri du Soleil
Mollement étendue ,
Goûtoit tranquillement les douceurs du fommeil.
Le Dieu l'apperçoit ; à ſa vûe
D'un tendre battement fon coeur eft agité ,
Près d'elle il vole tranſporté.
Chaque inftant à fes yeux offre quelque merveille,
Quand Zéphir folatrant , non loin de ces ormeaux
De fon fouffle indifcret agita leurs rameaux.
Zirphille auffi - tôt fe reveille ;
Interdite à ce bruit , les fens épouvantés:
Sa terreur fe diffipe , ô moment de délices !
L'Amour de les regards reçoit les doux prémices ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Ces amans à l'inftant reftent comme enchantés ;
Remplis de la plus vive joye ,
Sur leurs lévres leurs coeurs paroiffent arrêtés :
Par leur filence feul leur amour ſe déploye ,
Et leur fait reffentir mille felicités ;
De la douceur fecrette
Dont ils font enyvrés ,
Leur regard eft feul l'interprête ,
Et dans l'ardeur des feux dont ils font pénétrés ,
L'innocence les guide , & la paix les infpire :
Ils s'aiment trop enfin pour fçavoir ſe le dire.
Cupidon qui marchoit fur les pas de fon frere
Témoin de ces momens heureux ,
Jaloux & bientôt téméraire ,
Ofa pour cette fois fe montrer à leurs
A cè coup , Zirphille éperdue
yeux
Par la fuite auffi - tôt ſe dérobe à la vue ,
Et l'Amour transporté du plus jufte dépit ,
S'adreffe par ces mots à fon frere interdit ::
ג כ
Frere cruel , ainfi donc ta préfence
Porte dans les plaifirs & la honte & l'effroi ,
Et fait fuir auffi- tôt la timide innocence ;
» Jamais l'Amour ne fera-t'il fans toi !
Je fçaurai t'y forcer , va , fuis , & loin de moi
Que l'univers t'encenſe :
» Dans ces lieux avec moi renfermant les plaiſirs ,
"
Je te laifle le foin d'enfanter des defirs.
JUIN. 107 1749.
» Adoré fous mon nom , l'on chérira tes charmes ,
» Et par tout triomphant , guidés par l'intérêt ,
» Les humains par ta voix apprendront le fecret
» De chercher des plaiſirs , & de trouver des lar-
>> mes .
Il dit : & Cupidon confus
S'envole de ces lieux pour n'y revenir plus ;
Bientôt une épaiffe nuée
Se forme dans les airs ,
Et dérobe à jamais cette Ifle fortunée
Aux yeux de l'univers.
Annette de Lorme.
A Befançon le 21 Mai 1749 .
EPITRE
Au Chien de Madame H ** , qui avois
été perdu huit jours.
A Imable objet de nos allarmes ,
Qu'on croyoir perdu pour toujours
Eft -il bien vrai que de nos larmes
Nous pouvons arrêter le cours ,
2 .
Et qu'après huit grands jours d'abſence ;
Tu trouves enfin l'escalier
Qui te conduit en affûrance
F vj
108 MERCURE DE FRANCE
Sur ton cher & tendre paillier
J'en fuis enchanté , je te jure ,
Et je t'en fais mon compliment.
Mais dis -moi par quelle avanture
Tu nous quittas fi brufquement.
Sçais- tu que ta belle maîtreffe
En penfa mourir de douleur ,
Et que tes amis par tendreffe
En pleurerent de tout leur coeur ?
Ce n'eft , d'honneur , point impofture ;
Tels étoient à tous nos chagrins ;
C'eft la vérité toute pure ;
Tu peux demander aux voifins ;
Ils te diront que le langage
De Pataraphe , * ton ami ,
Sur tous les toits du voifinage
S'eft fait entendre jour & nuit.
Il difoit à tous fes confreres ,
En miaulant lugubrement ,
Le long de toutes les goutieres ,
Amis , n'avez- vous pas vu Jean ?
N'en apprenant point de nouvelles ,
Il revenoit auprès du feu
Pour y fecher les pleurs mortellest
Que répandoient fes triftes yeux.
C
Chat de la maison.
JUI N. 109 1749.
Juge par là de la trifteffe
Dont tous les coeurs étoient épris ,
Et quel fentiment d'allegreffe
Prend la place de nos ennuis.
Près de ta maîtreffe fidelle
Demeure , crainte de malheur ;
Peut-on être mieux qu'auprès d'elle
Tu ne lens pas tout ton bonheur.
Terraffon.
A MLLE de ***
La veille de Jon Mariage.
L'Hymen ,dit- on , doit bien- tôt à Paris
Donner une fête divine ,
Où des plaifirs , des jeux , des ris
La troupe brillante & badine
Doit le trouver avec l'Amour ;
On dit encor que les trois Graces
Orneront auffi cette Cour ,
Et qu'en venant prendre leurs places ;
Elles y doivent préſenter
Un couple heureux , qui doit s'y rendre
Pour y jurer & protefter
Qu'à jamais l'amour le plus tendre
Serrera les folides noeuds
110 MERCURE DE FRANCE,
Que dans ce moment l'hymenée
Doit former pour le rendre heureux.
De ce récit tu parois étonnée ,
Jeune beauté ; feroit- ce toi
Que regarderoit cette fête ?
Tu voudrois feindre , je le vois ;
L'amour que la pudeur arrête ,
S'échappe & paroît à nos yeux.
N'en rougis point , l'amour n'eft point un crime,
Toutes les fois que de fes feux
Il n'a qu'un objet légitime .
Jouis toujours des tranquilles douceurs
De la naïve & charmante innocence ;
Si l'Amour protege les coeurs
Le tien aura la préférence.
Par le même.
3
On a dû expliquer les Logogryphes du
premier volume de Juin , par Franchiſe
Arthémife , femme du Roi Maufole , & générofité.
On trouve dans le premier arche
riche , ris , âne , fraife , Chine , cri , fan ,
crife , face , fiche , ancre , Caën , Aire , cire,
ire , niche , char , rien , chaife , frein , écran,
fier , farcin , haine , chaine , hier , crâne ,
chair , fein , chifre , France , raie , rance , If,
nacre , fi , chaire , ache , fac , cas , Nice
racine , Cafre , fafcine , chien , Acis , frais ,
JUIN. 1749 . III
farine , race , farce , haïe , fer , fcie , air &
Anchife. On trouve dans le fecond , Atrée ,
Méfa , Tharfe , Satyre , Séméi , Mars , le
Dieu Therme , Amri , pere d'Achab , Rhée ,
tems, Hermès , Marthe & Marie. On trouve
dans le troifiéme , Og , Eros , Egifte ,
Orefte , Tros , Enée , Terée , Egée & Egerie.
ENIGM E.
Comme à l'Amour , on me donne des
aîles :
Auffi ce n'eft pas fans befoin ;
Je cours fans ceffe en des pays au loin ,
Et j'endure pour toi les fatigues cruelles
D'un long voyage & cent courfes nouvelles,
N'en doute pas , te plaire eft mon unique foin.
Que de graces , Lecteur , n'as-tu pas à me rendre
Pour ce bienfait généreux & fi tendre !
Toujours de mes travaux tu recueilles le fruit ;
Mon zéle eft ma bouffolle , en tout il me conduit.
De mes prodigues mains , je me plais à répandre
que de tous côtés avec choix je fçais prendre
Je diffipe fouvent tes chagrins , tes ennuis ,
Et même , fi tu veux, en tous lieux je te fuis.
Ce
J. F. Guichard.
112 MERCURE DEFRANCE.
J
AUTRE.
E fuis un être comme un autre ;
Chacun peut me voir ici - bas.
Meffieurs , vous avez tous le vôtre ;
Mais j'en fçais un , qui ne l'a pas .
JE
AUTRE.
E fuis un meuble de toilette ;
Mon derriere fait ma beauté ;
Sans lui je ferois peu goûté ;
Voyez où le monde s'arrête .
J
AUTR E.
En fuis un autre , un autre auffi me fuit
Je fuis , mais je vas ceffer d'être ,
* Car celui qui vient , me détruit :
Je meurs , pour ne plus reparoître
Ainfi chacun vient , paroît & s'enfuit.
J
AUTRE.
E fais pivot d'admirable ftructure
Sur lequel tourne un globe curieux ,
Ayant nez , bouche , oreilles , yeux ,
Non de l'art , mais de la nature.
A Châlons-fur- Marne . Janvier 1749.
JUIN. 1749. 113
LOGOGRYPHE.
JE fuis chofe de peu de prix .
Cherche ce qu'en certain pays
L'on ne traverſe qu'avec peine :
Quand tu l'aufas , tu verras que mon nom
Fait un des termes du Blazon ;
Qu'en peu de tems , dans une plaine ,
J'éleve un banc , où plus d'un compagnon .
Malgré lui fe trouve à la géne ;
Je fuis encor une horloge , dit - on :
Mais un accent de plus me fait changer de ton :
Dis-moi ce que je fuis dans le pays du Maine ,
Et nous viendrons enfuite à la combinaiſon .
Cinq pieds font toute ma richeffe :
J'offre d'abord un lieu de joie & d'allegreffe ;
Une Ville du Montferrat ;
Une autre qui jadis fut bonne Catholique ,
Dans laquelle fe tint Concile cuménique ;
Maintenant un petit Etat
D'une puiffante République ;
D'une Maiſon certain appartement ;
Une espéce de vêtement ;
Le foutien des grands corps ;un ton de la mufiques
Celui qui le premier prit le foin des troupeaux ,
114 MERCURE DE FRANCE.
Qui tomba fous les coups de la plus noire envie
Leportrait d'un qui cherche du repos ;
Le nom de trois Rois de Hongrie ;
Un des Rois d'Ifraël , qui fut mal à propos
Maffacré par le Chef de fa Cavalerie ;
Enfin celui qui par fupercherie
Dans toutes les Tribus mit la divifion ;
Et qui , pour fruit de fa fédition ,
Périt par une femme , avec ignominie :
La paix par-là fut rendue à Sion.
Ajoutons le furnom de deux Rois de la France ;
Ce que cherche celui qui s'exerce à rimer ;
Ce qui donne la mort , fans aucune fouffrance
Chofe affez néceffaire à qui veut imprimer ;
Ce que certain joueur pouffe avec violence.
C'en eft affez ; l'ami , fans me nommer
Tu dois avoir de moi l'entiere connoiffance.
AUTRE.
TRois pieds me donnent l'être ¸
Qui combinés diverſement ,
Vont te faire paroître , -
Premierement ,
Une Ville de la Champagne ;
Ou dans une belle campagne
Croit un vin recherché du plus fameux gourmet
Terme connu dans l'Allemagne ,
JUI N.
115 1749.
Un Diſciple de Mahomet ,
Qui fe fit Auteur d'une Secte ,
Que le peuple Perfan reſpecte :
Pouffe plus loin , & tu verras
De Jacob l'époufe premiere ;
Un ton de la mufique , une fille d'Atlas ;
Je finis , faute de matiere ..
J
AUTR E.
E fuis luc & lac , vache & veau ;
Je fuis cheval , cave & caveau :
Je fuis lame & calme , âche & cale ;
Je fuis mal & val , luce & hale ,
Eau , chaume , & chelm , aâ , mâle & claveau ;
Je fuis écu , cal , mule & mâle ;
Je fuis lâche , hâle , ame & hameau ,
Ham , Cham , Lamech , Amalech & chameau ,
Ulm, culm , eu , lech, achem, ave , Auch, Aumale.
A Châlons-fur-Marne. Janvier 1749 .
116 MERCURE DE FRANCE:
•
說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗浴
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX - ARTS , &c.
E COMEDIEN , ouvrage divifé en deux
parties. Par M. Rémond de Sainte
Albine, Nouvelle édition corrigée & augmentée.
A Paris , chez Vincent , fils , Libraire
, rue Saint Severin , 1749 , in - 8 °.
PP. 331 .
Par l'Avertiffement , qui eft à la tête de
cette feconde édition , & que nous avons
inferé dans le Mercure de Mai , on a été
inftruit que l'Auteur a fait divers changemens
& quelques additions à fon ouvrage.
M. Rémond de Sainte Albine , en analyfant
les régles de l'art des Comédiens , avoit
confidéré feulement ce qu'ils doivent être,
rélativement aux perfonnages qu'ils repréfentent
. Dans un des nouveaux chapitres
qu'il a ajoutés à fa feconde Partie , il
examine ce que les Comédiens doivent
obferver , indépendamment de l'effet
qu'ils veulent que tel ou tel perfonnage
produife. Entre les remarques qu'il fait à
ce fujet , il en eft une fort contraire à un
préjugé adopté par le Public , & même par
plufieurs perfonnes de Théâtre. On penſe
JUI N. 1749. 117
prefque généralement qu'il en eft du Dialogue
déclamé , comme de celui mis en
mufique , & qu'un Acteur , en répondant
à celui avec qui il eft en fcéne , doit emprunter
la même modulation , dont celuici
s'eft fervi .
. و ر
L'Auteur combat cette opinion . » Sans
doute il eft néceffaire , dit-il , que tous
»les Comédiens parlent affez haut pour
» être entendus. Donc il eft une modula-
» tion , au deffous de laquelle ils ne peu-
»vent jamais defcendre ,, parce qu'autre-
» ment ce qu'ils diroient feroit en pure
"perte pour une partie des Spectateurs.
5. Il eft auffi peut- être néceffaire que dans
les Scénes de pur raifonnement &
» dans celles entre deux perfonnages qui
éprouvent la même impreflion , les In-
» terlocuteurs employent une modulation
» commune. Mais dans les autres Scénes
» ils peuvent s'en difpenfer . Il convient
95
»
›
même que pour répandre plus de va-
» riété , ils en ufent ainfi . Les Tragiques
» principalement doivent avoir cette attention
, & pour cela ils ont une raifon
» de plus. Un fujet , quelque élevé qu'il
* On trouve dans le Livre VIVACITE ' , au lieu de
VARITE' . Il eft à remarquer que c'eft peut- être
fa feule faute d'impreffion , qui foit dans tout l'ou
vrage.
18 MERCURE DE FRANCE!
I
» ſoit , a coûtume , lorsqu'il parle à ſon
Monarque , de mettre dans fes tons la
» même fubordination qui eft entre fon
»rang & celui de ce Souverain. Nous
exigeons au Théatre cette dégradation
} de nuances entre un Héros & fon confi-
» dent .
33
Le fecond des quatre chapitres , dont
M. R. de S. A. a augmenté fon ouvrage,
contient les réponses à plufieurs objections
, fur lefquelles on pourroit s'appuyer
pour foutenir , que l'art des Comédiens
n'eft pas auffi difficile que l'Auteur le repréfente.
M. R. de S. A. dans le troifiéme de fes
nouveaux chapitres , exhorte les Acteurs
à ne pas entreprendre au-delà de ce que
leurs forces leur permettent. » De tems
» en tems , dit- il , le Théatre nous offre
»des Prothées , capables de prendre toutes
» fortes de formes. On a vû la même Co-
»médienne , également habile dans la
»fcience de toucher & dans celle de di-
>> vertir , exciter à fon gré les larmes & les
» ris des Spectateurs. Un moment après
»avoir été prife pour la veuve de Pompée
, elle paroiffoit être la foubrette de
l'époufe de Georges Dandin , & Clau-
»dine rejouiffoit autant que Cornélic
» s'étoit fait plaindre & admirer. De mê-
3
JUIN. 17 49: 119
me le Rofcius François , avant fes dernieres
années , étoit tout ce qu'il vouloit
être.... Vous auriez crû que la na-
»ture dans cet Acteur avoit mis plufieurs
»hommes differens . Il eft des perfonnes
» de Théatre qui , en fe renfermant dans
» les bornes de leur talent , fe diftingueroient
fur la Scéne. A l'exemple de
» ces grands modéles , elles embraſſent
tous les genres , & dans tous elles de-
» meurent médiocres. D'autres plus mo-
>> deftes n'en choififfent qu'un , mais elles
>> ne choiffent pas celui pour lequel la na-
» ture les deftinoit.....
Un examen fuccinct de trois queftions ,
dont l'éclairciffement importe àla perfection
du Spectacle , compofe le quatrième
chapitre ajouté à l'édition nouvelle .
Vis -à- vis des Lecteurs François , nous
ferions difpenfés d'entrer dans un plus
grand détail . Mais comme le Livre de M.
Ř . de S. A. ayant été publié pendant la
guerre, eft moins connu des Etrangers , ils
feront peut- être bien aifes que nous leur
donnions quelque idée de cet ouvrage.
Afin d'éviter les longueurs inutiles ,
nous ne ferons point ici l'analyse du
Traité dont il s'agit , & nous renverrons
pour cet article au Journal des Sçavans * ,
* Vol. du mois d'Août - 1748 , p. 460 .
120 MERCURE DE FRANCE.
& à celui de Trevoux * . Nous contentant
d'avertir que M. R. de S. A. employe
la premiere partie de fon ouvrage , à
montrer quels avantages naturels font néceffaires
, foit aux Comédiens en général ,
foit à certains Acteurs en particulier , &
jufqu'à quel degré on a befoin de ces
avantages felon les differens emplois
qu'on remplit fur la fcéne , nous parlerons.
feulement de la feconde partie , dans laquelle
l'Auteur effaye d'établir des principes
fixes , d'où l'on puiffe déduire toutes
les régles de l'art de repréfenter les Poëmes
Dramatiques. Il nous femble que, par
plus d'une raifon , cette partie étoit celle
que les Journalistes devoient le plus s'attacher
à faire connoître , & c'eſt néanmoins
celle fur laquelle ils fe font le moins
étendus.
M. R. de S. A. pofe d'abord pour maxime
fondamentale , que les fictions théatrales
nous plaifant d'autant plus qu'elles
font plus femblables à des aventures réelles
; la perfection que nous defirons le plus
dans la repréfentation , eft ce qu'au Théatre
on nomme vérité. Selon l'Auteur » on
» doit entendre par ce mot le concours des
apparences , qui peuvent fervir à trom-
»per les Spectateurs . Elles fe divifent en
★ Vol. du mois de Février , 1749 , p. 265.
deux
JUIN . 1749 . 12T
deux claffes. Le jeu des Acteurs produit
les unes les autres .font étrangères à ce
» jeu , & elles font l'effet de certaines mòdifications
qui fe trouvent dans le Co-
» médien , ou nous les devons au travel-
» tiffement qu'il emprunte , & à la déco-
» ration de l'endroit où il joue .... Les ap-
» parences du premier genre , c'eſt- à dire
» celles qui naillent du jeu Théatral …………….
» confiftent dans l'obfervation parfaite
» des convenances . Le jeu d'une perſonne
» de Théatre , n'eft vrai qu'autant qu'on y
» apperçoit tout ce qui convient à l'âge ,
à la condition , au caractére & à la fitua-
>> tion du perfonnage... Un Acteur , qui
»fe propofe de repréfenter les effets d'une
D
paflion , ne doit donc pas , s'il veut jouer
» avec vérité , fe contenter d'emprunter
» les mouvemens que cette paffion excite
Ȏgalement chez tous les hommes. Il faut
» qu'elle prenne chez lui la forme parti-
» culiere , qui la diftingue dans le fujet
» dont il entreprend d'être la copie. La
» colére d'Achille n'eft la même que
pas
» celle de Chremès , & la douleur d'A-
» rianne eft differente de celle d'une Bour-
» geoife , qui pleure l'infidélité de fon
39
>> amant.
L'expreffion doit , aiņſi que les mouvemens
, varier felon le perfonnage . » Une
11. Vol . F
122, MERCURE DE FRANCE.
>>»perfonne d'un rang fupérieur , dit M.
» R. de S. A. met dans fes regrets , .dans
» fes plaintes , dans fes menaces , plus de
» décence & moins d'emportement qu'un
»homme fans naiffance & fans éducation.
» L'affliction , caufée par la perte d'un tré-
» for , fe peint fur le vifage d'un avare
» avec des couleurs tout autrement vives
>> que fur celui d'un prodigue , & le glo-
>> rieux ne rougit pas de la même façon que
» l'homme modefte .
"
Comme la vérité de l'expreffion dépend
de la vérité de l'action , & de la vérité
de la récitation , l'Auteur examine
les moyens qui peuvent contribuer , &
les obftacles qui peuvent nuire à la perfection
de l'une & de l'autre. Par rapport
aux moyens de rendre la récitation vraie ,
il remarque que le principal eft de ne
point employer indifferemment des tons ,
qui à peu près femblables en apparence ,
doivent cependant être diftingués.
» Les
» tons peuvent être rangés fous differens
»genres qui comprennent plufieurs eſpé-
» ces , de même que chaque couleur pri
» mitive fe divife en plufieurs nuances.
» On regarde , par exemple , le ton fier &
»le ton orgueilleux , comme appartenant
» à un même genre , mais ces tons different
évidemment entr'eux. Par le pre
JUIN. 1749.
123
»
mier , nous ne marquons fouvent que le
»jufte fentiment que nous avons de notre
dignité. Nous faifons toujours connoître
par le fecond , que nous portons ce
»fentiment beaucoup loin qu'il ne doit
s'étendre. Quoique le ton naïf & le ton
ingénu foient auffi des efpéces d'un mê-
» me genre , on auroit tort de prendre
>>l'un pour l'autre. L'un eft celui d'une
» perfonne , qui n'ayant pas l'efprit ou la
» force de cacher fes idées & fes fenti-
»mens , laiffe échapper les fecrets de fon
» ame , même lorfqu'elle a intérêt
"
99
, où
qu'elle defire de les faire ignorer. L'au
» tre eft le figne de la candeur , plutôt que
» de la fottife & de la foibleffe. Il eft le
»lot des perfonnes , .qui feroient affez
»adroites , ou affez maîtreffes d'elle- mê-
» mes , pour déguiſer leur façon de penfer
»ou de fentir , mais qui ne peuvent fe ré-
» foudre à trahir la vérité .
Dans la néceffité de jouer avec vérité ,
eft renfermée celle de préparer & de graduer
les grands mouvemens , & de nuer
les paffages de l'un à l'autre . M. R. de S.
A. traite amplement de ces trois importantes
parties de l'art du Comédien .
11 fe peut faire que 'le jeu d'une perfonne
de Théatre , quoiqu'ayant les principaux
caractéres , dont dépend la vérité
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
de l'action & de la récitation , cependant
ne foit pas naturel ; & l'on demande à cetto
occafion , fi le naturel eft toujours néceffaire
au Théatre. Cette question eft
éclaircie par l'Auteur. Il dit , que fi l'on
entend feulement par jeu naturel celui qui
n'a pas l'air peiné , tous les Acteurs , foit
que leurs rôles exigent un jeu fimple ,
foit que ces rôles ne l'exigent pas , font
dans l'obligation de joner naturellement ;
mais que fi l'on donne plus d'étendue à la
fignification du mot naturel , & fi l'on veut
qu'il défigne l'imitation exacte de la nature
commune , les Comédiens dans certains
cas paroîtroient froids & infipides
en jouant toujours naturellement . M. R.
de S. A. va plus loin , & après avoir fait
obferver qu'on le fert mal à propos du mot
charge , lorfqu'on parle du trop de véhémence
de la déclamation d'un Acteur Tragique
, il démontre que la charge dans le
Comique eft fouvent permife , & quelquefois
néceffaire .
En même tems il avertit qu'elle ne convient
à aucun des Acteurs deftinés à repréfenter
ce qu'on appelle dans le monde
les honnêtes gens , furtout lorfque les
perfonnages de ces Acteurs doivent exciter
l'intérêt . Une objection ſe préſente.
Si l'intrigue d'une Comédie demande
JUI N. 1749 . 125
qu'un Valet ou une Suivante , emprunte
les habits & les airs d'une perfonne d'importance
, la charge employée en ce caspar
l'Acteur ou par l'Actrice , fera certainement
agréable , pourvû qu'ils ne la pouffent
pas à tel point que le perfonnage.
qu'il s'agit de tromper , ne puiffe être leur
dupe. Pourquoi n'aura-t'elle pas le même
agrément chez un Acteur , qui, repréſentant
une perfonne de naiffance , eft obligé
par fon rôle de fe traveftir en valet ou en
payfan ? Une perfonne de naiffance ,
répond l'Auteur , fe dégrade en quelque
» forte par un déguiſement indigne de fon
» état ; nous ne voulons pas qu'elle s'avi-
»liffe encore davantage en paroiffant s'y
complaire , & elle s'expofe au rifque
» d'en être foupçonnée , fi elle ne ſe borne.
» pas à ce qui lui eft abfolument néceffaire
» pour éviter d'être reconnue. Au con-
»traire une perfonne du peuple gagne ,
en fe montrant jaloufe de reffembler à:
»des perfonnes au-deffus d'elle . D'ailleurs,
» comme elle ne peut en être qu'une copie
>> fort défectueufe , elle ajoute le plaifir
que nous fait la vanité de fes efforts , au
" plaifir que nous avons de voir les perfon-
» nages qu'elle trompe , ne pas s'apperce-
» voir de leur erreur.
Pour preuve de la néceffité dans laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
les Acteurs Comiques font quelquefois
de charger , M. R. de S. A. rapporte entr'autres
exemples celui d'une Scéne des
fourberies de Scapin . » Ce valet contre-
» fait Argante ; pour aguerrir Octave à
» foûtenir la présence d'un pere irrité.
L'Acteur en cet endroit , non - feulement
» eft obligé d'ufer de charge , mais eft le
» maître de la porter auffi loin qu'elle peut
aller , parce qu'au lieu de nuire ici à la
» reffemblance , elle l'augmente. Il feroit
moins vraisemblable qu'Octave demeu-
» rât interdit , fi l'extrême véhémence des
» difcours de Scapin , & la violence de
»fon emportement , ne faifoient illufion
Ȉ ce jeune amant , & ne le conduifoient
» à s'imaginer voir dans Scapin le redou
» table Argante .
"
Nous donnerons la fuite de cet extrait
dans le prochain Mercure.
Le Public s'eft apperçu que la Gazette de
France n'étoit plus de la même plume , qui la
compofoit depuis dix -fept ans. Il eft donc inutile
d'annoncer , que M. Remond de Sainte
Albine n'écrit plus cette feuille périodique.
Il ne l'eft pas d'informer les Lecteurs , que
M. le Préfident Aunillon , qui a acheté le
Privilége de M. de Verneuil , ayant crû
trouver des avantages à charger de ce travail.
M. le Chevalier de Mouhy , l'a donné pour,
JUIN.. 1749. 127
•
fucceffeur à M. Remond de Sainte Al
bine.
LE THEATRE ANGLOIS . Tomes VII. &
VIII. A Londres . 1749.
Ces deux volumes font les derniers du
Recueil , que M. de la Place avoit promis
au Public. L'Auteur convient qu'il auroit
pû donner plus d'étendue à fon plan , mais
il aime mieux y revenir un jour , fi l'on
paroît le defirer , que de s'expofer à déplaire
aux Lecteurs , en les accablant par
un trop grand nombre de volumes . D'ailleurs
, il s'étoit propofé feulement de raffembler
un précis de ce que les differens
genres , tant du Tragique que du Comique
Anglois , ont de plus intéreffant , &
compte avoir rempli fon projet . il
^
On trouvera dans le tome VII . lefiége de
Damas , Tragédie de M. Hughes ; Bufiris
Tragédie de M. Young ; Amour pour
Amour , Comédie de M. Congreve ; dans
le dernier tome , l'Adultére innocent , Tragi-
Comédie de M. Southerne ; Caton , Tragé
die de M. Addiſfon ; le Deuil à la mode
Comédie de M. Steelle .
INSTRUCTION PRELIMINAIRE , pour ceux
qui veulent enfeigner à lire par la méthode
typographique. A Paris , chez Louis- Franfois
de la Tour , rue Saint Jacques à Saint
Fij
128 MERCURE DE FRANCE.
Thomas d'Aquin , 1749. Avec Approbation
Privilége.
Voici un article qu'on nous prie d'inferer
ici au fujet de cette brochure.
Une chofe nouvellement inventée ,
lorfqu'elle eft bonne & utile , fe foutient
toujours malgré les obftacles . La préven
tion , la défiance , l'attachement aux ufages
reçus , contraires à la choſe nouvellement
découverte ; la paffion , enfin l'impéritie
de ceux qui veulent effayer de s'en
fervir , & les mauvais fuccès qui la fuivent
néceffairement , peuvent bien en rallentir
le progrès , mais elles ne fçauroient l'anéantir.
La prétendue invention de tranſmuer
les métaux n'a point encore fait la
moindre fortune dans les efprits : la deftruction
de la matiere eft encore au même
point les élemens font toujours indeftructibles
& immuables. Ce n'eft cependant
pas faute d'efforts de la part des Chimiftes
pour faire croire la poffibilité de
ces changemens ou anéantiffemens. Toutes
ces fauffes découvertes ont péri , en voulant
fe montrer. C'eft le fort de ce qui
n'eft pas fondé fur le vrai , & comme on
n'a été que trop fouvent dupe des belles
promeffes des inventeurs , on ne fçauroit
être trop réfervé. fur les nouveautés. Mais
J U IN. 1749. 129 .
venons à la brochure que nous annonçons.
Il parut à Paris en 1725 une Méthode
nouvelle pour enfeigner aux enfans les
premiers élemens , d'une maniere à faire
faire des progrès rapides à ceux qui ont de
la facilité , & à réuffir à coup sûr agréablement
avec ceux qu'on abandonne communément
par la méthode vulgaire. Cette
invention eft aujourd'hui connue fous le
nom de Méthode Typographique. Elle
parut d'une façon à révolter les efprits du
premier coup d'oeil. C'étoit un inftrument
gigantefque , un bâtiment de fept pieds de
long fur une table de même longueur , percé '
de près deux cens petits caffaux propres :
à contenir chacun une poignée de cartes
à jouer , au dos defquelles étoit imprimé
avec des caractéres à jour tout ce qui peut
fervir à former un difcours fans fçavoir
écrire. Cette machine étoit accompagnée
d'une caffette pour fervir de magazin ,
d'un tablier chargé de petites pochés pour
l'ufage du difciple , de plufieurs régles de
bois imprimées aux quatre côtés : enfin
c'étoit un attirail infini.
L'inventeur étoit un homme ferieux
qui n'avoit de complaifance que pour les
enfans. Jamais d'impatience avec eux , &
toujours prêt à tourner le dos aux autres , ›
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
pour peu qu'il en fût contrarié ; difant
même des chofes défobligeantes
, quand
on ne l'entendoit pas d'abord ; enfin aigriffant
les efprits au lieu de les convain
cre. Quelques-uns de ceux à qui il avoit
procuré le moyen de vivre , rougirent de
lui devoir leur petite fortune : ils lui difputerent
la gloire d'avoir imaginéce fyftême
, & pour déguifer leur larcin , ils fubftituerent,
à la place de la machine , d'autres
inftrumens repréfentans des objets ridicules
, quelquefois même indécens , qu'ils.
firent paffer quelque tems dans le monde
au préjudice du premier inventeur. Celuici
par fa gravité & ſa franchiſe trop énergique
s'attira des critiques. On tourna fa
Méthode en ridicule ; fa perfonnne même
devint l'objet de fatyres améres. On lui
prêta ce qu'il n'avoit jamais dit ni penſé.
Il fit un gros Livre in-4°. en quatre par
ties , & des alphabets Latins & François
où fa doctrine eft étalée d'une façon conforme
à la vie férieufe qu'il menoit . Pendant
l'impreffion de ce long ouvrage , les:
Tribunaux & les Colléges s'éleverent
contre cette nouveauté. Elle trouva quelques
Approbateurs , mais en très-petit
nombre ; enfin M. Dumas , l'inventeur de
cette Méthode , fent la fin de fa vie approcher
, fair fon teftament , légue aux
JUIN. 1749. 131
Hôpitaux de Paris , & de Toulouſe fa
Patrie , l'édition entiere de fes Livres , &
meurt. On enferme les legs fous la clé , &
fon ouvrage fembloit être enfeveli avec lui
dans fon tombeau.
Cependant malgré tant d'obftacles , fa
Méthode fe défend par elle-même , elle
fait des progrès peu à peu. Etayée par des
efprits droits , & qui fe font donné la peine
de l'approfondir , elle s'établit tantôt
d'un côté , tantôt d'un autre ; elle pénétre
jufques dans les Palais , & même chez les
Rois , & s'y maintient . Toutes les Méthodes
qu'on a voulu établir fur les prétendues
ruines de celle - là , font tombées
dans un oubli profond. La feule Méthode
vulgaire fe foûtient encore par fon antiquité
qui lui fert de rempart unique , car
quand on la compare avec la nouvelle , elle
perd tout fon crédit. Celle- ci , malgré la
prifon des Livres de M. Dumas , remporte
chaque jour de nouveaux fuccès. La brochure
dont il eft queftion , en montre en
peu de mots la fimplicité , l'utilité , même
la néceffité. Et la Méthode vulgaire eft
obligée d'y revenir après de longs circuits
On l'a employée pour enfeigner à lire aux
auguftes Enfans de France : elle eft chez des Prindes
d'Italie , d'Allemagne , & actuellement à la
Cour de Suéde pour le Prince Héréditaire.
F vj
1 3 2 MERCURE DE FRANCE.
& une infinité de peines inutiles : en voici
la preuve.
La Méthode Typographique , dans fon
alphabet , donne une fillabifation toute
faite en montrant à l'enfant pluſieurs lettres
enſemble comme une feule. Par exemple
e , a , u , s'appellent o , felon cette Méthode
; & c'eft -là juftement le réfùltat ,
quoique mal fondé fur les principes , que
la Méthode vulgaire donne de l'allemblage
de ces trois lettres e , a , u . Cette
Méthode fait dire e , enfuite a , enfin u ,
puis elle fait prononcer o , & l'on eft aufli
fondé à prononceri , qu'à prononcer o.
Ce grand tour pour arriver à prononcer le
fon o eft fatiguant à pure perte , inutile
par conféquent , & même faux. La Méthode
Typographique va tour d'un coup
au fait : elle appelle o , cet affemblage de
lettres qu'elle préfente fous le même point
de vûe , & leur donne la dénomination
qu'elles ont , quand elles font réunies .
Lorfqu'on rencontre p & h , on devroit
dire pache , felon les principes de la Méthode
vulgaire , qui fait cependant dire
feu ; ainfi l'on retombe toujours , malgré
qu'on en ait , dans la Méthode Typographique
, quand il s'agit de donner le réfultat
de plufieurs lettres réunies. Ce n'a
donc été que par cette conféquence que
JUIN 1749 . 1332
nous avons appris à lire par la . Méthode
vulgaire même. Qu'on nous eût épargné
de larmes & de chagrins , fi l'on nous eût
enfeigué tout d'un coup à prononcer cette
conféquence , comme fait la nouvelle Méthode
!
On annonce dans la brochure dont nous
parlons , une petite boëte élementaire , qui
contient cent cartes qui font les principes
fondamentaux de la lecture ; & une forme
de bureaux portatifs , moins embarraffans .
que les anciens , & qui coûtent moins.:
THEATRE Hiftorique , Geographique , &`
Chronologique du Regne de Louis XV. dit ,
le Bien- Aimé , dédié & préſenté à Sa Ma- .
jefté , le 15 Mai 1749. A Paris, chez le Sr
Riolet , Ingénieur & Graveur , rue & montagne
Sainte Genevieve ; vis -à-vis le Collége
de la Marche.
Le deffein de cet ouvrage eft de mantrer
réunis fous un même point de vue ,
dans une Carte de Géographie , les dates :
des évenemens du glorieux Regne de Sa
Majefté, les évenemens mêmes , & la pofition
des lieux où ils fe font paffés. Le Plan
Géographique eft orné d'un - cartouche
d'annonce en emblême. Le Roi faifant
ceffer les allarmes de la guerre , eft repréfenté
fous l'image d'un Soleil qui diffipe
des nuages épais , & qui ranime des Lys
# 34MERCURE DE FRANCE.
épanouis : on lit cès mots , Splendidiorpulfis
nubibus . Les nuages diffipés lui donnent un
nouvel éclat. On voit de plus un médaillon
fur la paix. La France eft placée au Temple
de la gloire : elle voit des génies fupplians
; fa foudre lui tombe des mains ; elle
leur préfente un rameau d'olivier : on lit
cette infcription , Orantes vidit , inermis
erat. A leur priere fon bras eft défarmé. Le
médaillon du Roi forme le couronnement
de l'ouvrage ; on voit cette legende : Ludovicus
XV. pacis amans & gentis amor. Louis
le Pacifique & le Bien- Aimé. Aux marges
de face font les faftes de Louis XV. aufquels
les chiffres fervent de renvoi. L'accueil
que leurs Majeftés ont bien voulu
faire à ce deffein , aflûre le fuffrage des
connoiffeurs. On efpére que le Public recevra
favorablement un ouvrage infpiré
par le zéle pour la gloire de Sa Majefté ,
& dicté par l'intérêt de l'utilité publique .
Le Sieur Riolet n'a rien omis pour donner
à cette Carte toute la clarté & toute la
netteté poffibles .
CATALOGUE DES LIVRES ( ceux de Médecine
exceptés ) de la Bibliothèque de
feu M. Larchevefque , Docteur en Médecine
, de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Rouen , qui a été achetée de fes
héritiers par M. Simon , Médecin de la
JUIN. 1749 139
Faculté de Paris , &c. dont la vente a été
ordonnée , & fe fera à l'enchere , le 16
Juin 1749 & jours fuivans , depuis deux
heures de relevée jufqu'au foir , à Rouen ,
rue Encriére. Avec une Table, alphabétique
des Auteurs. A Rouen , chez Charles
Lucas , fur le Port . A Paris , chez Jacques
Barrois , Quai des Auguftins , & à Lyon ,
chez les freres Bruyffet, rue Merciere, 1749 .
TRAITE' des Droits Seigneuriaux &
des matieres féodales , par noble François
de Boutaric , Profeffeur en Droit François
dans l'Univerfité de Toulouſe , avec une
Inftruction fur les droits d'Echange , & un
Recueil des Reglemens qui concernent
cette matiere. A Paris , chez Pierre Prault,
Imprimeur des Fermes & Droits du Roi ,
Quai de Gèvres , au Paradis , 1746 , volu
me in- 12 . de 616 pages , non compris l'Avertiffement
, & plus de so pages de tables.
Prix fix livres.
DISSERTATION. fur une Médaille de la
Colonie de Terragone , qui repréſente
l'Empereur Tibere , Julie , fille d'Auguſte ,
femme de Tibere , & Drufus Céfar , leur
fils , par le P. Alexandre- Xavier Panel ,
Prêtre de la Compagnie de Jéfus , Précepteur
des Sereniffimes Infants d'Efpagne ,
& Garde du Cabinet des Médailles de Sa
Majefté Catholique ; la Differtation tra
136 MERCURE DE FRANCE.
daite en Espagnol par le Docteur Don Bonaventure
Garcia , Prêtre , Avocat aux
Confeils , &c. A Zurich , chez Fuesflin ,
1748. volume in- octavo , de 183 pages ,
avec fept planches dé Médailles gravées.
L'ouvrage eft en Latin.
LA FIGURE DE LA TERRE , déterminée ·
par les obfervations faites au Pérou par
Mrs Bouguer & de la Condamine , de l'Académie
Royale des Sciences , envoyés par
ordre du Roi, pour obferver aux environs
de l'Equateur. Par M. Bouguer. Volume
in- quarto, avec figures. A Paris , chez Charlès-
Antoine Forbert , Libraire du Rôi ,
pour l'Artillerie & le Génie , Quai des Aú .
guftins , à l'Image Notre-Dame , 1749 .
SUPPLEMENT au Tréfor de la Langue
Grecque , par Henri Etienne , & aux Lexiques
de Conftantin & de Scapula , par M.
Daniel Scott , Docteur en Droit. A Landres
, de l'Imprimerie de Jacques Bettenham
, fe vend dans la même Ville chez Jean
Noon, Libraire, dans la rue, appellée Cheapfide
, 1745. Deux volumes in folio , dont
le premier finiffant à la lettre E , contient
1263 pages , & le fecond commençant à la
lettre Z, contient 1311 pages. L'ouvrage
eft en Latin.
DISSERTATION fur la nature & les qualités
des Eaux Minérales & Médicinales
t
JUL N. * 1749.
T 137
›
de Segray près Pithivièrs , par M. Blondet,
Docteur en Médecine de Montpellier
Confeiller-Médecin ordinaire du Roi , Intendant
des Eaux Minérales de Segray , &
Affocié Corefpondant de la Société des
Belles- Lettres d'Orléans. A Orleans , chez
L. F. Couret de Ville - neuve , Imprimeur or
dinaire du Roi & de l'Evêché , 1747 ,
Brochure in- 12 , de 39 pages.
JOANNIS Dominici Manfi S. S. Conciliorum
& Decretorum collectio nova , feu collec
tionis Conciliorum à P. P. Labbeo & G.
Collartio Soc . J. primum vulgata , dein emendatioris
& amplioris operâ Nic . Coleti recufa
Supplementum , in quo additamenta , variantes
lectiones , emendationes ad Concilia Veneta
Labbeana ; nova itidem Concilia ac Decreta
permulta exhibentis. Omnia ex Gracis ,
Latinis editis & MSS . Codd. undique que
fuis collegit , digeffit , additisque præfationi..
bus , notis , differtationibufque illuftravit pradictas
Manfi . Tomus primus , à Sac . 1. ad .
1073. Luca , 1743. fol. mag..
BIBLIOTHECA Ordinis Minorum S.Fran .
cifci Cappucinorum retexta & extenfa à Fra-.
tre Bernardo à Bononia Cappucino , S. Th. ,
Lectore , qua prius fuerat à P. Dyonifio Genuenfi
ejuflem Ordinis contexta. Venetiis ,
1747, in-folio.
HYERONIMI Vielmi de Divi Thoma
138 MERCURE DE FRANCE.
Aquinatis doctrina & Scriptis ad fo. Delphinum
lib. II, nunc primum adnotationibus illuftrati.
Accedunt ejufdem Autoris orationes
dua ; his omnibus Autoris vita præmittitur.
Brixiæ , 1748 , in-quarto.
tens ,
ن م
LUDOVICI Antonii Muratorii Liturgia
Romana vetus , tria Sacramentaria complec-
Leonianum fcilicet , Gelafianum ,
antiquum Gregorianum , cum aliarum Gentium
liturgiis collata. Accedunt Miffale Gothicum
, Miffale Francorum , duo Gallicana,
& duo omnium vetuftiffimi Romana Ecclefia
Rituales libri. Venetiis , 1748 , in-folio.
GEORGIO Foffati ftoria dell' Architettu
ra; nella quale oltre le vite degli Architetti
fi efaminano le vicende , i progreffi , la deoadenza
, il riforgimento , è la perfezione dell*
arte , adornata di rami reprefentanti le fabriche
piu cofpicue degli antichi , e de mo
derni. In Venezia, 1748, in-octavo, cum fig.
Ces cinq Ouvrages fe trouvent à Rome ,
chez les frères Pagliarini , Imprimeurs - Libraires
, à la Place du Pafquin .
TROISIEME & quatrième parties du' cinquiéme
Tome de l'ouvrage connu fous le
titre de Mifcellanea Lipfienfia nova ad incrementum
fcientiarum , ab iis qui funt colligendis
eruditorum novis Altis occupati , per
partes publicata. Lipfiæ , in Officina Lanckifianorum
, 1747 , deux volumes in-octavo
JUI N. 1749. 139
M. WILKS. , Peintre à Londres , éleve
de M.Dorigny, a donné au public un Pro
gramme par lequel il annonce qu'il travaille
actuellement à l'Hiftoire naturelle
des Infectes qu'on nomme , fuivant leurs
divers états , Chenilles , Chryfalides &
Papillons.
DIABOTANUS , ou l'Orviétan de Salins ,
Poëme héroï-comique , traduit du Languedocien
. A Paris , de l'Imprimerie de
Laguette , rue S. Jacques , à l'Olivier ,
1749 , in-12.
L'ART de diffequer méthodiquement
les muſcles du corps humain , mis à la
portée des Commençans, par M.Duverney,
Maître en Chirurgie , & Démonftrateur
Royal en Anatomie & en Chirurgie au
Jardin du Roi , & c. A Paris , chez le même
Libraire , 1749 , in- 12.
OBSERVATIONS & remarques fur les
effets du virus cancereux , & fur les tentatives
qu'on peut faire pour decouvrir un
fpécifique contre ce viee . Par M. Louis ,
Chirurgien de l'Hôpital de la Salpêtriere,
ci-devant Chirurgien Major des troupes.
du Roi , & Aide-Major des Camps & Armées
de Sa Majesté. A Paris , chez le même
, 1749 , in- 12.
LE BONHEUR de la mort Chrétienne
Retraite de huit jours . Nouvelle Edition,
140 MERCURE DE FRANCE.
.
revûe , corrigée & augmentée , du fond
de Mrs Joffe & Deleſpine . A Paris , chez
David , fils , Libraire , Quar des Auguftins,
au S. Efprit , 1747 , in- 12 .
GEOMETRIE élémentaire d'Euclide ,
avec des Supplémens de Géométrie , &
l'ufage de chaque propofition pour toutes
les parties des Mathématiques , accompagnée
d'une méthode générale de conftrurre
les tables des Sinus , tangentes & fécantes.
Cet Ouvrage , où l'on trouve les
principes généraux de toutes les fciences
& des méchaniques , eft traité avec ordre,
& démontré d'une façon claire & diftinc .
te , de maniere à pouvoir foi menre s'en
donner une prompte & facile intelligence.
Par M. Gallimard, Nouvelle Edition , revûe
, corrigée & augmentée. A Paris ,
chez Quillau , pere , rue Galande , à l'Annonciation
; Chaubert , Quai des Auguftins,
à l'Eſpérance ; Jombert , Quai des Au▴-
guftins , à l'Image Notre-Dame ; Quillau ',
fils, rue S. Jacques , aux Armes de l'Uuniverfité
, & Jofeph Barbou , même rue , aux.
Cigognes , 1749 , in- 12 , prix 30 fols ,
broché avec les figures en taille- douce.
TRAITE' de la petite vérole , par M.
Théophile Lobb , Docteur en Médecine &
Membre de la Société Royale de Londres,
traduit de l'Anglois fur la feconde EdiJUI
N. 1749. 141
tion , par M. B... P.... Docteur en Médecine.
A Paris , chez Guillaume Cavelier,
pere , rue S. Jacques , au Lys d'or , 1749 .
Deux volumes in- 12.
DE PACE gratio gratulatoria , habita Univerfitatis
nomine in interioribus Sorbona Scholis,
die Jovis 27 menfis, Februarii anno Domini
1749 , à Carolo Lebeau , Rethorices in
Graffineo Profeffore , & in Regia Infcriptionum
& Litterarum Academia Socio , Univerfitatis
juffu edita . Parifiis apud Thibouſt,
Regis nec non Academia Parifienfis Typographum
in plateâ Cameracenfi. 1749 , in- quarto.
Ce difcours a mérité les applaudiflemens
de tous les connoiffeurs.
L'EVANGILE des Chrétiens , ou l'art du
Salut , tiré de l'Ecriture Sainte. A Paris ,
chez Alexis Mefnier , Libraire - Imprimeur ,
rue S. Severin , au Soleil d'or , & rue de
la Harpe , au bon Paſteur , 1732 , in 12 .
Cet ouvrage eft dédié au feu Cardinal de
Polignac par le Commandeur de Bar- fur-
Aube & de Toul , Procureur Général de
l'Ordre Hofpitalier du S. Efprit en France.
LES PENSE ES de la folitude Chrétienne
fur l'Eternité , le mépris du monde , &
la pénitence , par le R. P. Touffaint de
S. Luc , Religieux Carme du Convent du
très- S. Sacrement des Billettes . Douziéme
Edition , revûe , corrigée & augmentée
142 MERCURE DEFRANCE .
des prieres pendant la fainte Meffe.A Paris,
chez Mefnier , rue S.Severin, au Soleil d'or,
ou en la boutique au Palais , Grand' Salle,
même Enfeigne , 1745 , in- 12.
SPECIMEN Litteratura Florentina Sæculi
XV. in quo , dum Chriftophori Landini gefta
narrantur , virorum ea atate doctiffimorum in
Rempublicam Litterariam merita..... recenfentur
& illuftrantur. Autore Ang. Marc.
Bandinio , Academia Florentina Socio . Tomus
primus. Florentiæ , anno 1748 , in-octavo,
p. 236.
TELLIAMED , Ou Entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire François
, fur la mer , la formation de la terre,
l'origine de l'homme , &c. mis en ordre
fur les Mémoires de feu M. de Maillet. Par
J. A. G. * * * . A Amfterdam , chez l'Honoré
, pere & fils , Libraires , 1748. Deux
volumes in- 12.
ACTA Sanctorum Septembris , collecta ,
digefta , Commentariifque & Obfervationibus
illuftrata , àJoanne Pinio , Joanne Stiltingo ,
Joanne Limpeno , Joanne Veldio , è Societate
Jefu Prefbiteris Theologis. Tom. I. дно
I. II. III, continentur , cum Tractatu praliliminari
de Diaconiffis , autore Foanne Pinio.
Antuerpiæ , 1746 , vol in-fol . p . 788 .
dies
PETRI de Ebulo Carmen de Motibus Siculis
, & rebus inter Henricum VI. RomanoJUIN.
1749. 1149
rum Imperatorem & Tancredum faculo XIL
geftis , nunc primum è M. S. Codice Biblio
theca publica Bernenfis erutum , notiſque cùm
criticis , tùm hiftoricis, illuftratum cumfiguris
edidit Samuel Engel , Supremi in Republica
Helveto-Bernenfi , ut & Academici Senatus
Adfeffor , & Bibliotheca publica Præfectus.
Bafilea , Typis Emmanuelis Thurnifii , 1746.
CAROLI Porée , è Soc. Jefu Sacerdotis
Fabula Dramatica , edita ab uno ejuſdem Societatis
Sacerdote. Parifiis , apud Marcum
Bordelet , via Jacobaa.
RECUEIL des Piéces galantes en Profe &
en Vers,de Mad.la Comteffe de la Suze & de
M. Peliffon. Nouvelle Edition in- 12 , cinq
volumes , à laquelle on a joint le voyage
de Bachaumont - la- Chapelle , les Poëfies
du Chevalier d'Aceilly ou de Ceilly, & les
Viſionnaires , Comédie de Jean Defmarets
, de l'Académie Françoife. Prix 12 livres
10 fols.
DISSERTATION fur les Eaux de Bourbonne
, par M. Charles , Profeffeur en l'Univerfité
de Befançon , ci- devant Inten
dant de ces Eaux . A Besançon , chez Claude-
Jofeph Daclin , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1749 .
ETAT de la France , in- 1 2. fix volumes.
A Paris , chez Louis- Etienne Ganeau , &
Compagnie. Le premier volume contient
144 MERCURE DE FRANCE.
les qualités & Prérogatives du Roi, la Généalogie
abregée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Chapelle
Mufique du Roi , de fa Maifon , de
fa Chambre , de fa Garderobe , des Bâtimens
& des Maiſons Royales.
Le fecond , les Troupes de la Maiſon
.du Roi , le Grand Ecuyer , les Officiers de
la grande & petite Ecurie , les plaifirs du
Roi , Juges de fa Cour , Grand Maître ,
Tréforiers , Marchands & Artifans fuivant
la Cour. La Maiſon de la Reine. Les Enfans
de France, Princes & Princeffes du
Sang , Princes Légitimés & Princes Etrangers.
Le troifiéme , le Clergé de France. Les
Bénéfices à la nomination du Roi , & de
l'Ordre de Malte , les Pairies & Duchés de
France .
Le quatrième , les Ordres du Roi , les
Chevaliers du S. Efprit , de S. Michel , de
Ha Toifon d'Or , & de S. Lazare . Le Connétable
, les Maréchaux de France & autres
Officiers de guerre . Le Grand -Maître .
de l'Artillerie. L'Amiral & la Marine . Le
Général des Galeres. Les Confeils du Roi,
& Gouvernemens de Provinces .
Le cinquiéme , l'établiffement des Parlemens.
Cours Supérieures , & autres Jurifdictions
du Royaume. Les Généralités
,
JUI N. 1749. 145
tés , Intendances & Recettes générales.
Le fixième , les Univerfités & Académies
du Royaume . Les differentes Bibliothéques
de la Ville de Paris. Les Ambaſſadeurs
, Envoyés & Réſidens dans les Cours
Etrangeres , & une Table générale de tout
l'ouvrage . Prix 18 liv . relié.
Il paroît deux Romans nouveaux , im
primés à Amfterdam , & écrits par la plume
ingénieufe & délicate à qui on doit
la Comteffe de Gondés , & tant d'autres ouvrages
galans , où l'intérêt & l'amuſement
marchent enſemble . L'un eft Marie d'Angleterre
, en un volume , à la tête duquel
eft une Epitre à Madame la Marquife de
Pompadour , digne objet des éloges de
toutes les Mufes. L'autre ouvrage eft intitulé
, Annales galantes de la Cour de Henri
II. en 2 volumes. Par Mlle de Luffan.
Le fieur Antoine - Nicolas Caziot , de
Nevers , Docteur Aggregé en l'Univerfité
d'Orleans , donne avis au Public qu'il a réduit
tout le Texte des Inftituts de Juftinien
dans un nouvel ordre , dont voici la
plus jufte idée qu'il puiffe donner. L'ouvrage
, dont le plan eft entierement executé
,fera diftribué fur environ foixante
'demi- feuilles en placard. Le commencement
de chaque ligne eft renfermé dans
un crochet , au centre duquel on trouve
11. Vol, G
146 MERCURE DE FRANCE,
un ou plusieurs mots avec lefquels font na
turellement & grammaticalement conftruits
tous les premiers mots des lignes
renfermées dans ce crochet ; prefque toutes
les lignes fe trouvent doublées à caufe
de la nouvelle forme dans laquelle l'Auteur
, foumis avec reconnoiffance à des ordres
refpectables , va rédiger l'ouvrage ;
mais le commencement n'en eft pas moins
diftingué , foit par les lettres capitales ,
foit par la difpofition de la partie doublée
de la ligne ; chaque ligne fimple ou doublée
a un fens fini , elle porte la partie entiere
du texte qui lui convient , & elle finit
par la citation du paragraphe qui fournit
le texte.
Par le moyen des mots mis au centre de
chaque crochet , la connexion de tous eft
telle , qu'en partant du centre du premier
crochet , on peut d'abord , même à travers
de plufieurs crochets , faifir les idées génés
rales qui enchaînent avec une conftruction
exacte & claire tout le texte du même
titre. Ces mêmes idées générales reçoivent
d'une façon fimple & attrayante ,
foit pour la vûe , foit pour la mémoire ,
toutes les divifions & fubdivifions dont
le texte les rend fufceptibles ; enfin elles
deviennent, pour la plupart,autant de principes
de droit , fur lefquels il faut s'arrêter
JUI N. 1749. 147
& refléchir quelque tems avant de paffer
outre ; on peut enfuite & même on doit
defcendre toujours avec la même conſtruc
tion jufques dans les lignes les plus éloignées
, ne faifant qu'une feule & même
phrafe qui fe termine par la citation du
paragraphe. Les expofitions les plus diffu
fes , lorfquelles font dénuées d'exemples ,
faifant moins d'impreffion , quàm qui fune
oculisfubjecta fidelibus ; l'Auteur prie le Lecteur
de voir le Journal des Sçavans du mois
de Juin 1749 , dont chaque exemplaire
porte une demi- feuille contenant l'execu→
tion des Titres 23 & 24 du Livre trois
des Inftituts. La même demi-feuille fe done
ne chez Quillau , pere , rue Galande ; Bal
lard , fils , Imprimeur de la Faculté de
Droit , rue S. Jean de Beauvais , & de Nul
ly , Libraire au Palais , à la Palme.
L'Auteur faifant imprimer à fes rifques
cet ouvrage , dont les frais font néceffairement
plus confidérables que ceux des impreffions
ordinaires , a propofé dans le
même Journal une foufcription , qui ne paroît
fufceptible d'aucun inconvénient , &
dont voici les conditions.
10. Chaque Soufcripteur confignera pour
les quatre Livres des Inftituts, qui forment
tout l'ouvrage dont il s'agit à préfent , la
fomme de quatre livres dix fols.
Gij
1.48 MERCURE DE FRANCE.
3
20. Cette confignation fe fera à Paris ,
chez Quillau , pere , Imprimeur Juré- Libraire
de l'Univerfité ; Ballard , fils , Imprimeur
Libraire de la Faculté de Droit ,
& de Nully , Libraire au Palais , à la Palme,
& dans chaque Ville où il y a Faculté de
Droit , entre les mains principalement de
I'Imprimeur- Libraire de ladite Faculté.
3. La confignation fera reçûe jufqu'au
premier Avril 1750 , & non plus tard.
4. La livraifon des Exemplaires en
feuilles dans toutes les Villes où il y a Faculté
de Droit , & entre les mains de tous
ceux qui auront reçû les confignations , fe
fera au plus tard dans le courant du mois
d'Août de la même année 1750 ; & à défaut
de cette livraifon dans ce terme , il
fera permis à chaque Soufcripteur de retirer
, en vertu de fa feule foufcription &
fans autre forme , les quatre livres dix fols
par lui confignées.
L'Auteur a fait tirer un certain nombre
d'exemplaires du premier Livre entier des
Inftituts , diftribué fur deux grandes feuilles
in-folio , collées enfemble , & préfentant
d'un feul coup d'oeil tout se premier
Livre avec une conftruction , & une connexion
raiſonnée , partant du premier
mot jus , & continuant non - feulement
entre les paragraphes d'un même titre , &
JUIN 1749. 149
entre plufieurs titres , mais même entre
differentes matieres ; de Nully en débite au
Palais. Si les Imprimeurs - Libraires des
Univerfités étrangeres veulent en avoir
quelques exemplaires , ils pourront , en
affranchiffant les lettres , s'adreffer à l'Auteur,
à l'adreffe de de Nully, Libraire au Pa
bais à Paris ; l'Auteur leur en fera volontiers
préfent de quelques- uns.
REMARQUE
Adreffée à M. Remond de Sainte Albine
fur la Géographie Sacrée , mife au jour
par M. Robert.
Ermettez , Monfieur , que par le canal
du Mercure le Public puiffe être détrompé
au fujet d'une méprife , qui n'ayant
point été relevée, quand elle s'eft montrée,
commence déja à fe répéter. Quelques
Journaux ( Journaux des Sçavans & deTré-
Voux 1748 ) en annonçant la Géographie
Sacrée & Hiftorique , imprimée en 2 vol.
in- 12 . à Paris , chez Durand en 1747 ,
l'ont attribuée à M. Robert , Géographe
du Roi. Il eft vrai que le nom de cet habile
Géographe paroît fur le frontispice
du Livre ; mais non pas en qualité d'Au-
J
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
ور
teur , & lui même dans fa Préface reconnoît
que c'eft l'ouvrage d'un de fes amis,
Après y avoir fait fentir la néceffité d'une
nouvelle Géographie Sacrée , il s'exprime
lui-même aini ( page 10 ) » Nous nous y
étions déja appliqués , lorſqu'un ami par-
» ticulier qui avoit travaillé fur cette matiere,
nous a remis entre les mains fon ouvrage ,
dont il nous a permis de diſpoſer à notre
gré , fans vouloir pourtant nous permettre
» de le nommer pour lui en rendre l'honneur
» qui lui eft dû. Le même ami nous a donné
auffi une Chronologie & des principes &
» obfervations pour l'intelligence de l'Hiftoi-
» re Sainte ; c'est ce qui forme la matiere
» du fecond volume . Voila pourquoi M.
Robert , trop modefte & trop équitable
pour vouloir fe faire honneur d'un ouvrage
qui n'eft pas de lui , a affecté de mettre
fur le frontifpice : Géographie Sacrée &
Hiftorique .... MISE AU JOUR par M. Robert
, &c. Cette expreffion , rapprochée des
paroles que je viens de rapporter , auroit
dû faire affez connoître aux Journalistes ,
que M. Robert n'eft point l'Auteur de cet
buvrage & cependant dans le dernier
Journal de Trévoux ( I vol. de Mai 1749, )
en parlant de nouveau de cette Géogra
phie & de cette Chronologie , on y répéte
: Ces deux ouvrages font de M. Robert.
JUI N. 1749
151
( pag. 944 & 945 ) c'eft ainfi que les méprifes
fe perpétuent.Je connois le véritable
Auteur de ces deux ouvrages, l'ami particu
tier de qui M. Robert les tient , & je puis
vous affurer que le fait exposé par M. Ro
bert dans fa Préface eft tel qu'il l'expofe
Je fuis , & c .
E. D. L. N. B.
Ce 13 Mai 1749.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Sciences , Infcriptions
Belles Lettres de Toulouſe , du
Jeudi 17 Avril 1749.
M
-
, Onfieur Marcorelle , Directeur
préfida à l'Affemblée en l'abſence
de M. de Maniban , Premier Préfident du
Parlement , & Préfident de l'Académie
pour la préfente année ; il fit l'ouverture
de la Séance par un difcours dans lequel il
louoit le zéle que les Académiciens marquoient
pour hâter le progrès des Sciences
& des Belles Lettres , & pour procuret &
l'Académie un logement convenable . *
* Plufieurs Académiciens ont donné des fommes
affez confidérables pour être employées à
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
M. Garipuy fit la lecture d'un Mémoire
fur les moyens d'empêcher les cheminées
de fumer .
M. Darquier donna des obfervations fus
un Méphitis découvert dans un puits de
Toulouſe , voifin du Canal Royal de communication
des deux Mers.
M. de Rabaudy lut une Differtation critique
fur deux paffages de Tite-Live .
M. Marcorelle , Directeur , termina la
Séance par la réfomption des Mémoires
& dit :
Meffieurs , nous fommes fouvent ingrats
envers ceux qui ont le plus de droit
à notre reconnoiffance . Qu'on annonce un
Lyftême , quelque théorie brillante ; féduits
, entraînés par l'éclat , nous donnons:
du corps & de la grandeur à cet ouvrage :
il s'empare de notre imagination avec une
forte d'empire , tandis que nous jouiffons
avec une indifference dédaigneufe d'une
pratique humble & modefte , qui marche
lentement à la faveur des obfervations réïtérées
: en un mot nous donnons prefque
toujours aux conceptions bizarres , & fi je
L'acquifition d'une maison deftinée pour le loge-.
ment de l'Académie ; nous mettons cet exemple
fous les yeux de nos Lecteurs avec d'autant plus
de plaifir , qu'il eft rare de nos jours , & qu'il femble
appartenir à l'ancienne Grece.
JUI N. 1749. 1537
Pofois dire , au Roman de la nature , l'admiration
qui devroit être réſervée à fon
Hiftoire fidelle ; & ceux qui fe confacrent
aux obfervations qui ont pour objet notre
utilité , nous trouvent le plus fouvent
froids fur leurs découvertes , lorfqu'elles
ne tiennent pas à des objets brillans , ou
qu'elle découlent de quelque principe fim--
ple & familier.
Quelle injuftice ! Si l'on fçavoirce qu'il
en coûte à un efprit fort & élevé , de defcendre
des fpéculations fublimes à des recherches
communes , on applaudiroit aut
contraire à cet héroïſme de Citoyen , qui ,
pour les befoins de l'humanité , lui fait fa
crifier fa gloire à l'utilité publique..
L'efprit créateur , qui doit fans doute
tenir le premier rang dans notre eſtime ,
ne manque pas à ces obfervateurs exacts:
& induftrieux ; c'eft inventer , peut-être
de la feule maniere d'invention dont peut:
s'honorer le Phyficien , que de forcer
la nature à dévoiler fon fecret , en la fui--
vant , en l'importunant par des expérien
ces bien entendues , bien fuivies. Le gé
nie feul peut préfider à ces opérations uti
les.
Eh ! ne devrions- nous pas encourager
par nos éloges , & par notre reconnoiffanee,
ces Géométres & ces Phyficiens- modef
Gw
154 MERCURE DE FRANCE
tes , loin de femer des dégoûts dans la car
riere pénible qu'ils courent ? Nos intérêts
font liés à leurs travaux, nous leur fommes
redevables des commodités & des agrémens
de la vie.
Meffieurs Garipuy , Darquier & Mengaut ,
n'ont pas fans doute à craindre cette ingratitude
d'une Ville éclairée , dans les recherches
pénibles qu'ils ont faites , l'un
pour affujettir , s'il fe peut , les vents qui
font refouler la fumée dans nos cheminées;
les autres pour découvrir & fixer la caufe
d'un Méphitis funefte à nos concitoyens .
Il y a long- tems qu'on cherche à garan
tir nos maifons de l'inconvénient de la
fumée ; des perfonnes de réputation , ſanscraindre
de dégrader leurs talens , y ont
travaillé , & travaillé fans fuccès . Comme
une commodité de plus vaut bien une découverte
de fpéculation , M. Garipuy l'a
tentée comme eux , & femble tenir ce que
les autres promettoient.
C'eft faire un premier pas vers la lu
miere que d'entrevoir la fource de l'erreur
des autres. M. Garipuy foupçonne avec
affez de vraisemblance , que trop attentifs
à des cas particuliers , ils ne fe font pas
affez attachés à remonter au principe général
: cependant c'eft delà qu'il faut partir
pour marcher avec ordre & avec fûreté.
JUI N. 1749. 155
Auffi M. Garipuy commence-t'il par expofer
la maniere , dont la fumée s'éleve ,
& les obftacles qui peuvent en changer la
direction : la fumée reflue de la cheminée,
dit- il , lorfque le courant d'air que le feu
forme de bas en haut dans le tuyau , & qui
eft deſtiné à entraîner la fumée , eft arrêté
dans fon cours , ou qu'il reçoit une direction
oppofée à fa faillie : fi l'air extérieur
ne peut pas s'introduire librement
dans la chambre pour y remplacer celui
qui doit monter , il faut
procurer dans la
chambre une libre entrée à l'air du dehors.
Or il y a plusieurs moyens d'y réuffir , M. *
Garipuy les indique , & les nomme moyens
de la premiere claffe.
Mais lorsque les tourbillons de vent ,
produits par diverfes caufes au haut des
fouches,y arrêtent le courant d'air qui s'éleve,
on le rétablit en difpofant le haut de la
fouche , de maniere qu'elle offre toujours
au courant une iffue dont la direction foit
oppofée à celle du vent.
M. Garipuy rapporte encore les differens
moyens qu'on a inventés pour cela, &
qu'il nomme moyens de la feconde claffe .
Il va même plus loin ; ce n'eft pas tout de
connoître ces moyens , il faut difcerner
dans le nombre le plus propre à chaque
circonftance particuliere, & pour nepas le
G vj.
456 MERCURE DE FRANCE
conduire au hazard dans ce choix , on doit:
fçavoir jufques à un certain point quelle·
eft la direction , la force & l'étendue des
tourbillons. Vous avez vû , Meffieurs ,
qu'on ne peut acquerir une connoiffance
rigoureufe , fans réfoudre dans chaque cas .
particulier un problême d'hydrodinamique
, fouvent très compliqué ; peu de gens:
en font capables . M. Garipuy trouve dans .
les reffources de fon génie une voie fimple
, générale & facile , pour fuppléer ces .
folutions ; elle confifte à élever au haut de
la fouche une longue perche , chargée à
diverfes hauteurs de bandelettes legéres
dont le mouvement fait connoître celui de-
Fair que de peines , que de tentatives .
inutiles cette connoiffance ne va - t - elle :
pas nous épargner ? C'eſt à M. Garipuy à
qui nous en fommes redevables. Il'eft lo
premier qui ait eu cette idée , beaucoup ,
plus utile qu'on ne fe l'imagineroit d'abord..
Mais quand l'air eft fortement comprimé
au haut de la cheminée par les bâti
mens & autres ouvrages extérieurs ; de.
quelque côté que vous tourniez l'ouverture
de votre cheminée , l'air du dehors y
entrera avec force , & l'air du dedans ne
pouvant le vaincre, la fumée refoulera dans .
la chambre..
JUIN. 1749. 157
Il s'agit donc de produire par art dans
fe tuyau un courant d'air , qui forte avec.
une force fuffifante pour vaincre la pref
fion de l'air extérieur : dans ce cas défefperé
jufqu'à préfent , il faut avoir recours.
à une force étrangere ; le mal eft fenfible,.
le reméde n'eft pas auffi fimple , voici celui:
que M. Garipuy met en ufage.
Il place au haut de la cheminée un
foufflet à vannes, qui en bouche toute l'ous
verture. Le vent ou un poids font aller ce
foufflet, la fumée eft pompée avec une force
égale à celle de l'air extérieur ; cette fumée
reçûe dans l'ame du foufflet , qui répond:
au tuyau de la cheminée , n'y trouve d'autre
iffue qu'une ouverture ménagée fur le
bord de ce foufflet , & qui doit être pratiquée
du côté où la preffion eft la moins
forte..
Vous avez vû , Meffieurs , dans le Mémoire
de M. Garipuy , le détail des pieces
qui compofent cette machine , elle peut
être exécutée de plus d'une maniere . Quel
que Méchanicien , guidé par les vûes de
M. Garipuy , pourroit en la fimplifiant la
rendre moins coûtenfe. M. Garipuy , plus.
jaloux de l'utilité publique que de fes découvertes
, en forme lui- même l'aveu ; c'eft
par de pareils traits que l'homme vérita--
blement fupérieur. fe diftingue du fimple
Artifte..
158 MERCURE DE FRANCE.
On connoît l'émulation & non pas la
jaloufie,dans la pratique fublime des Sciences.
Auffi voit-on que Meffieurs Darquier
& Mengaut concoururent avec un zele
commun & une intrépidité égale , dans les
obfervations pénibles & dangereufes qu'il
fallut faire au mois de Septembre 1747,
dans un puits voifin du canal Royal de
communication des deux Mers , hors de la
porte Saint Etienne.
par Ce puits reçoit fes eaux du canal.
filtration , & le canal deffeché , le puits
fut auffi à fec. Un homme de journée
qui y defcendit pour le rendre plus profond
, y tomba en fyncope dans peu de
minutes ; fon compagnon de travail ,
ayant couru à fon fecours , y eut le même
fort ; on les en retira avec peine , & ils
furent long-tems à fe rétablir : la nouvelle
s'en répandit bien-tôt : une Académie des
Sciences ne pouvoit pas manquer d'y pren
dre intérêt. Meffieurs Darquier & Mengaut
n'y porterent pas une curiofité oi-
Live ; ils oferent y faire des expériences
par eux -mêmes , pour en obferver la nature
& les mauvaifes qualités , pour en
découvrir les cauſes , & préparer par - là les
remedes contre des influences aufli malignes
.
JUIN. 1749 159
Que ne leur doit- on pas , fi l'on mefure
le prix du bienfait à fon utilité , &
fi l'on réfléchit, que quoique ces Méphitis ,
vapeurs malignes & empeftées , ne foient
pas inconnus des Anciens , nos Obfervateurs
modernes marchent pourtant fans
guide & fans fecours dans la recherche
des caufes de ces phénomenes funeftes , &
qu'ils font abandonnés à leur feule faga- 1
cité.
●་
Ciceron , Galien , Strabon , qui nous
ont raconté avec exactitude les triftes effets
du Méphitis d'Hierapolis , & de celui de
la caverne de Coricie dans la Cilicie
appellée l'antre de Typhon , ne nous ont
rien dit de leur nature; c'eft donc de leurs
propres obfervations , que nos Phyficiens
doivent attendre les éclairciffemens qu'ils
cherchent.
Cependant c'eft-là une recherche plus
profitable , & d'un ufage plus journalier
qu'on ne penfe. On trouve des Méphitis
dans les mines , dans les puits , & dans
prefque tous les autres lieux fouterrains ;
ces vapeurs meurtrieres s'élevent auffi quelquefois
de la furface de la terre , furtout
dans les Pays qui abondent en minéraux ,
& qui renferment des feux fouterrains , tels
que la Hongrie & l'Italie.
Outre ces Méphitis ordinaires , il y en a
Too MERCURE DE FRANCE.
encore d'accidentels , qui fe forment à l'entour
des volcans ; il y en a de permanens
& de périodiques , comme ceux de la
grotte du Chien , à deux mille de Naples
, & du puits de Perols , près de Montpellier.
J'ai crû ces obfervations préliminaires ,
propres à diminuer la terreur fuperftitieufe
du peuple fur ces fortes d'évenemens , & à
accroître le mérite des travaux de Meffieurs
Darquier & Mengault, Affociés à cette dé--
couverte ; je n'ai pourtant à vous entre
tenir maintenant que du Mémoire de M.
Darquier , celui de M. Mengault fuivra
fans doute de bien près. Il eft agréable
& utile de voir , comment fur les mêmes:
faits deux hommes de mérite peuvent va
rier leurs conféquences , & envifager le
même objet fous des points de vûe diffe
rens.
En attendant cette comparaifon utile aux
progrès de l'efprit humain , M. Darquier
nous rend compte des obfervations fuivantes.
La premiere , que les feux les plus ardens
s'éteignoient fubitement dans la vapeur
du fond du puits .
La feconde , que les animaux les plus
vivaces , ceux même qui refpirent commu
nément. l'air le moins pur , y expirenten
peu de minutes..
{
JUIN. 1749. 161
La troifiéme , que par un effet contraire
en apparence , les plantes qu'on y plongeoit
avec la terre néceffaire à leur nourriture
, y acquéroient plus de fraîcheur
mais qu'elles fechoient peu d'heures après.
en avoir été retirées , de maniere que leur
vie en étoit plus riante , mais plus courte.
4°. Les Obfervateurs étant eux- mêmes
defcendus à huit pieds avant dans la vapeur
, avec les précautions des fages Scrutateurs
de la Nature , qui ne veulent pas ,
comme Pline l'ancien , être les victimes.
d'une curiofité téméraire ; c'eft- à dire ,
l'aide d'un inftrument qui leur fervoir à
reſpirer l'air pur ils éprouverent que
les meilleures armes à feu n'y prenoient
point.
à
5 °. Que l'aimant n'y perdoit rien de fa
force.
6°. Que le phofphore de mercure , &
celui de Cunquel , y rendoient leur clarté
ordinaire.
7°. Qu'une chandelle d'artifice , de com
pofition propre à bruler dans l'eau , ne s'y
éteignoit point.
8 ° . Que la fumée de l'huile embrafée
qui s'étoit éteinte , avoit diminué ſenſiblement
la malignité de la vapeur..
2°. Que le thermometre & le barometre:
n'y éprouvoient que de légeres variations.
162 MERCURE DE FRANCE.
comparées à ce qu'ils éprouvoient dans les
puits voifins,
10°. L'Electricité , cette matiere nouvelle
, objet merveilleux des veilles de
nos Phyficiens , devoit entrer dans le plan
des obfervations. Pour les rendre plus piquantes
, on plaça la machine électrique à
l'ouverture du puits , on y defcendit une
chaîne de fer double qui retournoit vers
le haut : l'Electricité fe fit fentir dans la
vapeur ; c'est- à-dire , qu'on éprouva la fecouffe
& qu'on entendit le petillement ,
mais fans voir d'étincelle . On a enrichi
-là en paffant , le phénomene de l'Electricité
, qui fixe l'attention du monde
fçavant.
11 °. Au milieu de ces expériences , les
yeux fçavans des Obfervateurs fuivirent
exactement & conftamment la marche de
la vapeur méphitique ; fa hauteur varia trèsirrégulierement
, tantôt elle monta jufqu'à
16 pieds , tantôt elle ne s'éleva qu'à 18
pouces.
12. Ces variations fembloient avoir
quelque liaison , quelque analogie , avec
celles du vent ; mais elles étoient indépen
dantes de celles du poids de l'air. Quoique
ce fût jufqu'alors l'opinion la plus accrédirée
, avec cette provifion avantageufe
d'expériences diverfes , M. Darquier haJUIN.
1749. 163
zarde fes inductions , & il les tire principalement
de trois faits remarquables , l'extinction
conftante de la lumiere , la fuffocation
des animaux , & la fraîcheur des
plantes.
L'explication des deux premiers a fait
la matiere d'un précedent Mémoire ; dans
celui- ci , il s'attache au troifiéme , c'eſt -àdire
, à la fraîcheur des plantes.
L'air renfermé dans les végétaux , étant,
dit- il , moins preffé par l'air extérieur devenu
moins élastique , fe dilate avec effort ,
& doit chaffer hors du végétal une grande
partie du liquide contenu dans fes vaiffeaux
› parce qu'étant rarefié à caufe d'une
moindre preffion , il occupe plus d'efpace ;
le reffort de cet air intérieur pouffe donc
& chaffe le liquide de la plante , & de-là
fa plus grande fraîcheur pendant fon féjour
dans la vapeur méphitique .
Ce méchanifme eft rendu fenfible par
l'exemple d'une veffie qu'on introduit dans
la machine pneumatique , après y avoir
laiffé très-peu d'air , & l'avoir bouchée
exactement. A chaque coup de pifton la
veflie fe gonfle , au point que le fameux
Boile a éprouvé qu'une bulle d'air dans ſa
plus grande dilatation occupoit un efpace
dix mille fois plus grand.
Il feroit difficile de fuivre M. Darquier
164 MERCURE DE FRANCE:
dans un extrait , nous nous contenterons
de remarquer en finiffant , qu'il conjecture
que les effets pernicieux de la vapeur du
puits viennent de la diminution du reffort
de l'air.
Je dis , Meffieurs , qu'il le conjecture .
Ce langage modefte eft celur de la bonne
Phyfique , elle ne fe propoſe pas d'élever
des fyftêmes , elle s'occupe à ramaffer des
matériaux.
Les grandes chaleurs , mêlées de pluyes
abondantes , engendrent en Afrique &
dans les Indes Orientales des fiévres opi
niâtres.
Les maladies de l'Hyver 1748 ne pour
roient - elles pas également trouver leur
principe dans les pluyes fréquentes , & les
ardentes chaleurs du mois d'Août 1747 ?
Et comme c'est l'époque du mephitis ,
qui a été l'objet des recherches de M. Darquier
, les mêmes pluyes & les mêmes chaleurs
ne pourroient elles pas être la caufe de
l'un & de l'autre ?
Si cette conjecture étoit vraye , elle
tourneroit au profit du fyftême de M. Darquier
, puifque ces pluyes & ces chaleurs
exceffives diminuent confidérablement le
reffort de l'air .
C'eſt ainfi que les Sciences fe tiennent
par la main , & que la Phyfique prépare des
JUIN. 1749. 105
connoiffances au Medecin , tandis que la
Medecine s'occupe de la fanté & de la vie
des hommes. Quelle chaîne précieuſe à
conferver & à fuivre !
La vérité eft, pour ainsi dire , la ſanté de
l'efprit. On ne peut trop louer ceux qui
efent la tirer du milieu des contradictions.
M.de Rabaudy, pour les intérêts précieux
de cette vérité , n'a pas craint de troubler
Tite Live dans la poffeffion où il étoit de
l'Empire hiftorique.
Il rend toute la juftice qu'il doit aux
talens fupérieurs de cet homme de Lettres ;
& fi Tite- Live n'étoit qu'Orateur , fon
amour propre auroit lieu d'être fatisfait de
l'éloge , & du portrait brillant que M. de
Rabaudy fait de fon éloquence.
Mais il eft Hiftorien , & la fidélité doit
faire fa premiere vertu ; l'agrément n'eſt
qu'un mérite fubordonné en lui ; on exige
de celui qui écrit l'Hiftoire , la fincérité
d'un témoin qui dépofe ; il faudroit , s'il
étoit poffible , qu'il fût fans patrie , fans
rens & fans Religion .
pa-
Mais où le trouver cet homme iſolé &
dépouillé des préjugés de l'humanité ? Ne
tient-on pas toujours à quelque chofe ?
On fent toute la difficulté de ce qu'on
exige , fans perdre le droit de l'exiger
166 MERCURE DE FRANCE
Sur ce principe , M. de Rabaudy examine
le récit de Tite Live fur la prife de
Rome par les Gaulois l'an 362 de Rome ,
fuivant le calcul de Denis d'Halicarnaffe.
Ce récit , dit- il , manque , 1º . de vraiſemblance
; 2° . de vérité ; 3 ° . c'eft une fable
inventée par Tite Live, pour flatter les Ro
mains aux dépens des Gaulois leurs anciens
& redoutables ennemis.
Les mêmes motifs & les mêmes vices
corrompent fon récit fur la mort de Regulus
: il eft animé de la haine de Rome
contre Carthage , haine injufte & ambitieufe
, qui permet de mettre la foi Romaine
en parallele avec la foi Punique , fi
décriée.
Dans le parti que M. de Rabaudy embraffe
, il feroit difficile de trouver plus de
reffources dans fon génie , & de faire plus
de recherches pour foutenir fon accufation
contre cet Hiftorien .
Mais Tite Live , dont l'Hiftoire eft rem .
plie de tant de traits de grandeur , de force
& de magnanimité , à l'honneur des Pompée
& des Brutus , les derniers Héros de la
liberté opprimée ; Tite Live qui a ofé
ler fi haut pour la vertu profcrite , aux
oreilles des premiers Ufurpateurs ; Tite
Live qui a bravé les dangers attachés à une
fincérité auffi fiere & auffi peu politique ;
parJUI
N. 1749: 167
Tite Live en un mot , qui n'a pas craint
d'avoir raifon , & de la publier contre des
hommes qui commandoit à trente Légions
& à l'Univers founis ; Tite Live
aura -t- il échoué contre ta faveur d'un
peuple qui paroiffoit calmé fur les allarmes
que leur avoient données les Gaulois
domptés , & les Carthaginois détruits ?
M. de Rabaudy reconnoît tous ces beaux
traits dans le caractére de Tire Live , & il
eft le premier à les publier ; mais convaincu
que cet Hiftorien peut être exact fur certains
faits , & ne pas l'être fur d'autres ,
il ramaffe des preuves pour faire voir que
fon récit fur la prife de Rome par les Gaulois
, manque de vraisemblance & d'exactitude
.
Il faut même convenir que le fel , dont
ce morceau de fa Differtation eft affaifonné
, le rend d'autant plus piquant, qu'on
voit , qu'on fent que M. de Rabaudy a
été animé d'un amour national , honorable
pour fon coeur ; je veux dire , du défir de
juftifier les Gaulois nos ancêtres , de la perfidie
dont le récit de Tite Live les couvre.
Si l'on en croit cet Hiftorien , les Romains
, enfermés dans le Capitole après la
déroute d'Allia , avoient demandé à capituler
, & l'on étoit convenu du prix de la
rançon à 1000 livres pefant d'or . Sans
8 MERCURE DE FRANCE.
e
perdre du tems , on apporta des balances ;
les Gaulois ne rougirent pas de fe fervit
de faux poids Tribun s'étant plaint de
cette fuperc Brennus , Chef des -vainqueurs,
mettant fon épée dans un des baffins
de la balance , dit ces mots : Malheur aux
vaincus , va victis. Dans le même inftant ,
Camille arriva avec l'armée formée par
fes foins dans la Ville d'Ardée , fit rapporter
cet or dans le Capitole , repouffa les
Gaulois , & les détruifit tous, au point qu'il
n'en refta pas un feul pour porter la nouvelle
dans les Gaules.
,
M. de Rabaudy , après avoir remarqué
combien cette derniere circonftance étoit
dénuée de toute vraiſemblance , & combien
il étoit difficile d'ajouter quelque foi à
l'armée formée par Camille dans la Ville
d'Ardée & qui vient délivrerRome des fers,
rapporte les deux paffages de Polybe au
livre 2 , où il eft parlé de la paix faite par les
Gaulois avec les Romains , & de leur retour
tranquille dans leur patrie , lefquels femblent
détruire l'exploit de Camille , & l'idée
de la défaite des Gaulois.
M. de Rabaudy prend également droit
du filence de Trogue Pompée , d'Heraclide
de Pont de Juftin. Il tire encore une
preuve de la contradiction qu'il croit appercevoir
dansTite Live , en comparant fon
›
récir
L
JUIN. 1749. 169
récit fur la prise de Rome par les Gaulois ,
& la harangue des Samnites aux Etruriens ,
afin de les engager dans la guerre contre les
Romains, que le même Hiftorien a inférée.
au dixiéme livre de fon Hiftoire.
Le même caractere de feu & de fagacité
regne dans la deuxième partie de la Differtation
.
M. de Rabaudy, en parcourant les divers
Auteurs qui ont parlé du genre de mort
de Regulus , comme Aulugeile, Lucius Coelius
Tubero , Ciceron , Appien, & c . trouve
entre eux & Tite Live une contradiction
manifefte; les uns le font périr par le poifon,
les autres par une infoninie involontaire ,
ceux ci dans un tonneau hériflé de pointes ,
ceux- là fur une croix . De cette variété de
circonftances, M. de Rabaudy en éleve un
doute contre le fait concernant la mort
de Regulus , tel que Tite Live le 1aconte .
Le filence de Polybe fur un point auffi
important autorile encore ce doute hiſtorique,
qui eft fortifié , furtout par les ingénieufes
conjectures de M. de Rabaudi , fur
le fragment qu'il rapporte du vingt quatriéme
livre de Diodore de Sicile .
Il feroit difficile de faire plus de recherches
, & de trouver plus de preuves
que M. de Rabaudy, pour appuyer fon ſentiment
fur les deux paffages de Tire Live ,
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui ont fait l'objet de fa Differtation .
On reconnoît toujours fes talens , éprouvés
déja dans tant d'autres genres de Littérature.
ADDITIONS au Mémoire donné dans
le Mercure de Mars dernier , & dont le
titre étoit , Moyens de détruire les rochers
qui empêchent la navigation.
1º . 'Ai dit que cette opération
feroit
furtout de grand ufage , lorsqu'il fe
trouveroit
des rochers aux entrées des
Ports. Je puis ajouter qu'elle feroit de la.
même utilité dans les détroits de mer , où
affez fouvent quelques
rochers embarraffent
auffi la navigation
. Les Vaiffeaux
étant fréquemment
dans le cas de paſſer
entre ces écueils , & ne pouvant toujours
prendre le large ou s'y maintenir
, il feroit
important
de pourvoir
à leur fûreté par le
moyen propofé.
2º. J'ai obfervé que la méche , avec laquelle
on met le feu au tonneau de poudre
qui eft dans le fourneau taillé dans le
rocher , devoit être tendue dans les tuyaux
où elle eft enfermée , & qu'il falloit qu'elle
fût retenue à l'extrêmité de chaque tuyau
par une plaque de goudron. Il eft auffi à
JUI N. 1749. 171
propos que le tuyau foit affez grand , afin
qu'il fe trouve entre fes parois intérieurs &
la méche , affez de vuide pour donner de
l'air au feu de çette méche. L'air du dedans
de ces tuyaux communiquera avec
l'air extérieur par l'extrêmité d'en haut
du tuyau le plus élevé , & quand le feu qui
eft à la méche , fera parvenu à une jonction
de tuyau , il fera fondre le goudron qui le
bouche. Voici encore une pratique qu'il
convient d'ajouter . A l'extrêmité d'en haut
de chaque tuyau , on fera deux petites entailles
en dedans à quelques pouces de l'endroit
où l'on doit appliquer le goudron ,
afin d'y paffer un bâton , ou plutôt une
petite broche de fer , à laquelle la méche
lera attachée par un fil d'archal , & l'on
fera une marque en dehors à cette extrêmité.
En joignant ces tuyaux , on aura
foin d'en mettre le bout en haut . Lorsque
le goudron, qui eft en haut , fe fondra par
le feu qui gagnera à la partie de la méche
qui y répond , quand même la méche fe
brûleroit en cet endroit par le feu que
pourroit faire le goudron , le haut de cette
méche dans fon tuyau fera toujours foutenue
: ainfi ne tombant pas , & ne fe -joignant
pas avec fes parties inférieures , elle
ne bouchera point la communication de
l'air, lequel est toujours néceflaire, afin que
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
la méche continue de s'enflammer dans les
endroits au- deffous , juſqu'à ce qu'elle ait
gagné les tonneaux .
3. Les tuyaux de bois , & les moyens
que j'ai indiqués pour les joindre , fans
que l'air y entre , & de les foutenir , de
forte que le fommet de celui , par où com
mence le feu , fe trouve au - deſſus de
la furface de l'eau , exigent une certaine
dépenfe. Ainfije propofe un autre moyen,
par lequel le feu ira le long de la méche ,
fans qu'il foit befoin de tuyaux . C'eſt aux
perfonnes qui font au fait de l'Artillerie
& de la Chymie , de décider laquelle de
ces deux méthodes fera la moins coûteufe . "
Le nouveau moyen , auquel on peut avoir
recours , eft d'avoir une méche faite avec
une compofition qui brûle dans l'eau . Un
bout feroit attaché au tonneau de poudre,
vers fon ouverture dans le goudron dont
elle eft bouchée . S'il y avoit plufieurs tonneaux
, on attacheroit au bout de cette
premiere méche autant d'autres méches
qu'il y auroit de tonneaux auxquels elles
aboutiroient , & le haut de cette méche feroit
fixé fur la furface de l'eau par un
corps flottant , telle qu'une planche à laquelle
on l'attacheroit. D'une barque , on
mettroit le feu à cette extrémité , & l'on ſe
retireroit.
JUIN.
173
1749.
3
Si l'endroit étoit peu profond, & qu'ainfi
la méche qui nage fur l'eau
joint les tonneaux , fût courte
, & qui
il feroit
à craindre que le feu dans la méche de
cette finguliere compofition , ne gagnât
- trop vîte
, ce qu'on pourra éprouver en
particulier. On auroit auffi à appréhender
que , quand même la méche feroit prife
bien longue , les parties venant par hazard
à fe toucher , le feu ne parvînt
aux tonneaux avant qu'on fût retiré affez
loin. Mais il eft aifé de fe garantir de
ce danger. Pour cela , il fuffit de prolonger
la méche autant qu'on voudra , & de ne
mettre le feu qu'à l'extrémité de cette partie
prolongée. Comme il importe de la
tenir bandée , de forte que fes parties ne
fe rencontrent pas les unes les autres
on auroit deux ou trois pieds de longucur
d'une petite chaîne de fer , à laquelle on
attacheroit l'extrémité de la méche avant
d'y mettre le feu . A l'autre bout de cette
chaîne , on attacheroit une ficelle , & en
fe retirant , on laifferoit filer la ficelle
autour de fa pelotte , laquelle tiendroit la
méche bandée. Quand même on ne trouveroit
pas d'endroit fixe pour y attacher)
l'autre extrémité , on pourroit fe retirer
de cette façon auffi loin qu'il feroit néceffaire,
,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
Les compofitions qui brûlent dans l'eau,
& dont on peut faire des méches , font
connues des gens d'Artillerie & des Chymiftes.
Nous avons quantité de Livres qui
en font differentes deferiptions , & il eft
inutile que j'en rapporte aucune. On peut
perfectionner ces compofitions , &les rendre
moins coûteufes. Selon les apparences ,
les Sçavans s'y appliqueront volontiers
lorfqu'ils les verront employées à un ufage
folide & intéreffant , au lieu que jufqu'ici
elles n'étoient que l'objet d'une frivole curiofité.
4°. J'ai dit que pour ôter ( après que
la mine auroit joué ) ce qui pourroit refter
de morceaux détachés de rochers , affez
élevés pour nuire encore à la navigation
on auroit deux navires accolés , portant
entr'eux un cabeftan , au cable duquel
on attacheroit ces morceaux . Avec le cabeſtan
, on éleveroit chaque fragment de
rocher , & on le tranfporteroit ailleurs ,
en faifant mouvoir le navire . Enfuite , en
filant le cable , on le feroit defcendre
& l'on détacheroit du fragment de rocher
le bout du cable. Il eft bon que j'ajoute
ici la manoeuvre par laquelle les Ouvriers ,
qui feront au cabeftan , fçauront quand
il faut laiffer devider le cable , de quel
côté il faut aller , & jufqu'à quel endroit ,
JUIN.
175 1749 .
ce qui autrement ne pourroit être connu
que par les plongeurs .
Comme entre les deux navires on a
befoin d'un efpace libre pour le cable du
cabeftan , il doit y avoir deux ou trois
folives clouées d'un bout à l'autre , pour
les maintenir. Or fur l'une on élevera une
piece de bois à plomb , foutenue , fi l'on
veut , par des appuis. Vers le haut , il y
aura une poulie , fur laquelle paffera une
corde qui aura à un bout un poids , &
dont l'autre bout ira en bas au fond . On
paffera un bâton à cette corde au- deffous
de la poulie , afin que le poids ne defcende
pas plus qu'il n'eft néceffaire. La corde
fera roulée en pelotte , & au fond l'on
mettra quelque chofe de pefant , afin que
cette pelotte ne remonte pas. Il fera à propos
, pour qu'elle ne continue pas de fe
devider en roulant , de l'enfermer dans
un petit fac qu'on liera. Les gens d'en :
bas , tirant la ficelle , feront lever le poids ,
& le lâcheront enfuite. Par- là , ils avertiront
ceux qui feront au cabeftan . On
conviendra du nombre de fois qu'on levera
le poids , pour fçavoir quand il faudra
lever ou baiffer le morceau de rocher , ou
faire avancer le navire , & de quel côté.
Je ne propofe point de fonnettes, parce que
le mouvement des navires rendroit la fon-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
nerie prefque perpétuelle , & par conféquent
inutile à fa deſtination .
>
5°. J'ajoute encore , que puifqu'il fau
droit cet équipage de navires & de cabeftan
, pour tirer les rocs hors de la place
qui doit être libre à la navigation ; dans
les cas où les morceaux ne pourroient être
déplacés avec des leviers , on fera fort
bien de ſe ſervir de ce même équipage
au commencement de toare l'opération
& qu'on en fera quitte pour les faire retirer
avant que la mine joue. Il fera d'un
ufage bien commode , pour faire defcendre
au fond de l'eau , & pour faire remonter
les travailleurs au befoin car au cable
de ce cabeftan il peut y avoir un crochet de
fer , dans lequel on pafferoit un bout de
cable portant une felle & des étriers , femblables
à la machine dont fe fervent les
Couvreurs , pour fe fufpendre aux couvertures
des clochers. Ainfi , en devidant
le cable du cabeftan , l'homme defcendroit
au fond de l'eau , & quand il voudroit
remonter , il en avertiroit ceux d'en haut
en levant le poids. Lorfqu'il s'agiroit de
faire ufage du cable pour déplacer les fragmens
détachés de rocs , on mettroit à ce crochet
, qui eft au bas du cable , la corde néceffaire
pour les envelopper.
Je propoferai dans la fuite l'effai d'un nou
JUIN. 1749. 177
veau moyen de produire des forces mouvantes
, lequel pourroit être fort avantageux
, s'il réuffiffoit.
Le Chevalier de Rhode.
De Paris , le 15 Avril 1749.
Plan , Coquilles & Eftampes.
PLANike
LAN & élevation du feu d'artifice qui
a été tiré à Londres à l'occafion de la
Paix générale , fignée à Aix- la-Chapelle le
7 Octobre 1748 , & publiée à Londres le
Février 1749 , gravée d'après les deffeins
de M. Servandoni en une Carte infolio.
A Paris , chez le fieur Groffet , rue
de Braque , vis -à- vis le Caffé , au premier
fur la porte cochere , deffiné par Mongin ,
& gravé par Durand. Les figures font de
Mlle Fonbonne . Le prix eft de 25 fols.
CATALOGUE d'une collection de Coquilles
, confidérable par le nombre , &
des plus précieufes dans le choix , qui fera
divifée en plufieurs lots, & dont la vente
au plus offrant & dernier enchériffeur a
commencé le 21 Avril 1749 de relevée ,
& a été continuée les jours fuivans à l'a
même heure . Chez Gerfaint, Marchand fur
le Pont Notre- Dame , à la Pagode ; Prault,
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
pere , Quai de Gêvres , au Paradis , &
Barrois , Quai des Auguftins , à la Ville de
Nevers , 1749 , in- 12.
On vend conjointement avec ces Coquil
les plufieurs Eftampes détachées de differens
Maîtres François & Etrangers , entre
autres , quelques- unes de la Galerie du Luxembourg
d'après Rubens , des premieres
épreuves , & plufieurs volumes du Cabinet
du Roi , avec plufieurs planches gravées.
SPECTACLES.
•
'Académie Royale de Mufique continue les
repréfentations de l'Opera de Nais.
Le Concert Spirituel , executé au Louvre le jour
de la Fête de la Pentecôte , 25 Mai , a commencé
par un Concerto Del Signor Martini , qui a été
fuivi du beau Motet Quare fremuerunt , de la compofition
de M. Fanton , habile Maître de Mufique
de la Sainte Chapelle. M. Geopffem , Allemand
a joué de la Harpe , & a été fort applaudi. Un
Concerto de M. Pagin a précedé Bonum eft ,
fameux
Motet à grand choeur de M. Mondonville.
Le nouveau Feu d'artifice du Théatre Italien
attire un grand nombre de Spectateurs . On a don
né à ce Feu le nom de Palais des Fées.
Un jeune Acteur parut pour la premiere fois le
31 du mois dernier fur ce Théatre . Il fe deftine à
jouer les rôles d'Amans , & il paroît avoir tout ce
qu'il faut pour les jouer avec fuccès.
JUIN . 1749. 179
梁游
NOUVELLES ETRANGERES.
DE PETERSBOURG , le 1 Mai..
L eft arrivé de Stockholm un courier , par leon
a appris
י
qualité d'Envoyé Extraordinaire de l'Impératrice ,
avoit déclaré au Comte de Teffin , Préfident du
Collége de la Chancellerie du Royaume de Suéde
, que l'Impératrice perfiftoit dans la réfolution
de conferver une parfaite intelligence avec les
Puiffances voisines de la Ruffie ; qu'elle étoit de
même déterminée à ne point ſe mêler des affaires
de l'intérieur de la Suéde , mais que le bruit s'étant
répandu qu'on fe propofoit d'y changer la forme
du Gouvernement après la mort de fa Majefté
Suédoife , l'Impératrice croyoit devoir avertir que
comme un pareil projet , fi on venoit à l'exécuter,
mettroit en danger la tranquillité du Nord , fa
Majefté Impériale ne pourroit fe difpenfer de
prendre intérêt à une affaire fi importante ; que
par l'article VH. du Traité de Nystadt il a été ftipulé
expreffément , que la Ruffie tâcheroit de s'oppofer
par toute forte de voies à ce qu'il n'y eût aucune
innovation dans la Régence établie & approuvée
par les Etats de Suéde ; que cette claufe avoit
été confirmée par plufieurs Traités fubfequens ;
qu'ainfi l'Impératrice ne négligeroit rien pour la
faire obferver . Les dépêches du même courier
marquent que M. de Wind , Miniftre du Roi de
Dannemarck à Stockholm a auffi annoncé au
Comte de Teffin & au Comte d'Eckeblad , que (a
Majefté Danoife éoit dans les mêmes difpofitions
que l'Impératrice .
"
Hvj
150 MERCURE DEFRANCE.
Cette Princeffe étant informée que malgré l'in
clination , qui doit porter des fujets à fervir plutôt
leur Souverain que d'autres Puiffances , un
grand nombre d'Efthoniens & de Livoniens ont
pris parti dans des troupes étrangeres , elle a fait:
publier qu'elle leur ordonnoit de revenir d'ici à un
an dans les Etats , fous peine d'être regardés comme
défobéiſfans , & d'être privés du droit de Citoyens.
Il eft dit par le même Décret , que ceux
qui voudront s'engager dans les troupes Ruffien
nes , yferont employés d'une maniere convenable
à leur naiſſance & à leur mérite ; qu'ils peuvent
compter fur le foin qu'on aura de pourvoir à leur
avancement , & que lorfqu'ils defireront d'avoir
leur congé , il leur fera accordé fans la moindre
difficulté. On a envoyé des copies de cette Ordon
nance à tous les Miniftres, de l'Impératrice dans
les Cours Etrangères.
Le bruit du prochain retour de fa Majeſté Impériale
dans cette Ville ne fe confirme pas . On
affûre au contraire , qu'ayant deffein de paffer tour
l'Eté à Moscou , elle a donné ordre d'y conftruire
un nouveau Palais de bois , dans lequel elle fe pro
pofe de demeurer pendant cette faifon.
DE DANTZICK , le 6 Mai,
Les Commiffaires , chargés par le Roi de tra
vailler à terminer les differends furvenus entre la
Régence & la Bourgeoifie de cette Ville , conti
nuent d'avoir à ce fujet de fréquentes conferences
avec les Députés des Magiftrats. On le flatte de
trouver les moyens de régler cette affaire à la fatisfaction
des deux parties.
Deux mille hommes font employés journelle .
ment à augmenter les fortifications de cette Place .
JUIN. 1749 181
Il a été réſolu d'y ajouter un ouvrage à corne , &
de conftruire plufieurs retranchemens , tant fur le
bord de la mer que le long de la Viſtule .
La République a ordonné que celles de fes
troupes , qui font dans le Grand Duché de Lithuanie
, fe tinffent prêtes à marcher , pour renforcer
celles qu'elle a fair entrer dans la Curlande. Selon
les avis reçûs de ce dernier Duché , le Comte
Poniatowski & M. Rofokowski , qui fe font rendus
à Doblen pour exécuter une commiffion du
Roi , y ont déja conferé plufieurs fois avec les Députés
des Etats de la Province.
Les lettres de Warlovie annoncent la mort du
Comte de Tarlo , Caftellan de Lublin , celle du
Comte Oftrorog , Caftellan de Zackroczin , &
celle de la Comteffe Douairiere de Flemming.
DE STOCKHOLM, le 15 Mai..
Le Prince Succeſſeur a remis au Comte de Teffin
une Inftruction fur la maniere , dont il veut que le
Prince Guftave foit élevé. Cette inftruction renfer
me quatorze articles , par lefquels le Prince Succeffeur
recommande de former le coeur du jeune
Prince à la piété ; de lui infpirer fu tout des fentimens
de douceur & d'affabilité ; de l'accoûtumer
à fe garantir des prédilections , contraires à la
bienveillance générale qu'il doit à toutes les per
fonnes destinées à vivre fous fon obéiffance ; de
lui donner une connoiffance exacte de la forme
du Gouvernement , & des Conſtitutions établies
en Suéde ; de lui faire comprendre de bonne heure
que la profpérité du Royaume dépend de la confervation
des droits du Roi , & du maintien de la
liberté des Etats ; de lui mettre continuellement
devant les yeux les exemples des Grands Princess
181 MERCURE DE FRANCE.
qui ont gouverné la Monarchie ; de lui enſeigner
avec foin tout ce qui peut concerner l'art mili-,
saire ; de lui faire fentir la néceffité dont eft dans
cet art l'obfervation du bon ordre & de la difcipline
; de le perfuader des avantages que procure
une puiffante Marine ; furtout de lui apprendre à
étudier dans l'Hiftoire la fcience de regner ; de lui
faire connoître les véritables intérêts de la Nation,
& tout ce qui peut contribuer à la rendre
foriffante , de lui répéter fans ceffe qu'il ne fçau-,
roit avoir trop d'attention pour la partie des fujets
de l'Etat , employée à la culture des terres ,
& que
plus il contribuera au foulagement des habitans '
de la campagne , plus il pourra compter fur leur
affection & fur leur fidélité ; de lui faire enviſager
combien il eft important à un Souverain , de voir,
autant qu'il eft poffible , tout par fes yeux , & de
n'avoir pour favori que fon Confeil aflemblé ; de
l'exercer à connoître les perfonnes qui approchent
de lui , & de lui inſpirer de l'éloignement pour les
médifans , pour les railleurs & pour les caractéres
frivoles , de lui faire aimer la régle par celle qu'on
mettra dans fes occupations & dans fes divertiffe
mens ; de faire naître chez lui l'amour des Scien
ces & des Arts , & de lui repréfenter de quelle uti
lité leurs progrès font à un Royaume.
Il fe tient fréquemment des Confeils d'Etat &
de guerre , & l'on continue de prendre les précautions
convenables pour mettre les frontieres à l'abri
de toute furprife . On fonge auffi à prévenir les
deffeins des mal intentionnés , qui pourroient , s'il
furvenoit une guerre , vouloir en profiter pour
troubler la tranquillité intérieure de l'Etat. En
conféquence , on a envoyé ordre dans les Provinces
d'y exécuter divers arrangemens pris à ce
Lujet.
JUIN. 1749. -183·
Le Roi a difpofé d'une place de Confeiller dans .
Je Confeil Royal de la Chancellerie , en faveur de
M. Oelrich , & a accordé un brevet de Lieutenant
Colonel au Baron Charles de Sparre .
M. Jean d'Utfall , Amiral de Suéde , & Cheva- ,
lier de l'Ordre de l'Epée , eft mort à Carelfcroon le.
22 du mois dernier.
Par un Refcrit que le Roi a envoyé à tous les
Miniftres dans les Cours Etrangères , fa Majefté
déclare qu'elle a eu un fenfible déplaifir d'apprendre
qu'on ait ofé accufer dans des écrits publics le
Comte de Teffin , d'être le Chef d'un parti qui fe
feroit formé dans le Royaume , & qui auroit intention
d'y introduire après la mort du Roi le
Gouvernement defpotique ; que fa Majeſté regarde
une faufleté fi groffiere avec d'autant plus d'indignation
, qu'elle eft pleinement convamcue des
fentimens de ce Miniftre ; que d'ailleurs aucun
Suédois ne peut être foupçonné d'un pareil deffein
, & que pour ces raifons fa Majefté ordonne à
chacun de fes Ambafladeurs , Envoyés & autres
Miniftres , de communiquer fon Refcrit à la Cour
près de laquelle il réfide , afin qu'une calomnie fi
odieufe foit pleinement détruite.
Le Comte de Tefin en même tems leur a écrit
qu'ayant l'honneur d'être Membre du Sénat , il
étoit uni de coeur & d'intérêt avec cet augufte
Corps pour défendre le dépôt facré de la liberté ,
& que les allégations contraires , femées par des
calomniateurs , étoient fi deftituées de toute vraifemblance
, qu'il n'y auroit répondu que par un
parfait mépris , fi l'on n'avoit pas affecté de les
faire inferer dans plufieurs Gazettes & dans divers
Journaux.
Le 28 Avril , le Roitint un Chapitre de l'Or
dre des Séraphins. Le Prince Succefleur , accom184
MERCURE DEFRANCE.
pagné des Chevaliers de cet Ordre , ainfique de
ceux de l'Ordre de l'Epée & de l'Ordre de l'Etoile
da Nord , fe rendit le même jour à l'Eglife de
Ridderholm , & y affifta à l'Office , après leque !
ce Prince dina en public avec les Commandeurs
des trois Ordres.
Sa Majesté a nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès du Roi de la Grande Bretagne , le Baron
Charles Othon d'Hamilton , Chancelier & Chevalier
de l'Ordre de Sainte Anne. Le tems du dé- `
part de ce Miniftre n'eft pas encore fixé , & il ne
le fera que lorsqu'on aura été informé de la nomimation
du Miniftre Anglois qui viendra en cette
Cour , où depuis deux ans il n'en a point réfidé de
la part de fa Majefté Britannique.
Les Lettres de Warfovie marquent que les troupes
Ruffiennes , commandées par le Général Lieven
, continuent de traverfer la Lithuanie , pour
fe raffembler , partie fur les frontieres du Duché
de Curlande , & partie fur celles de la Livonie..
On a appris par ces Lettres la mort du Comte Sie
nowski , Caftellan de Wielun..
DE COPPENHAGUE , le 17 Mai.
Le 26 da mois dernier , le Roi fe rendit au nous
veau Holm , & fa Majefté y vit les quatre Vaiffeaux
de guerre , deftinés à la conduire en Norwege
, lefquels fe mirent le lendemain en rade.
Leurs Majeftés dînerent le 28 chez la Reine
Douairiere , & elles partirent l'après- midi pour
Fredensbourg.
Inceffamment le Comte de Lynar , Chambellam
du Roi , un de fes Confeillers Privés , & fon Envoyé
Extraordinaire auprès de l'Impératrice de
Ruffie , prendra la route de Péterfbourg,
JUIN. 1749. 185
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 19 Mai.
CE
Es jours-ci , M. Lanczinski , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , a eu
de l'impératrice Reine une audience particuliere ,
dans laquelle il a communiqué à cette P inceffe
quelques dépêches , qu'il avoit reçûes de Mofcou
par un courier extraordinaire. Le Baron de Ceifmar
reçut des mains de l'Empereur le 30 du mois
dernier , au nom du Cardinal de Rohan , l'Inveftiture
des Fiefs que ce Cardinal , en qualité d'Evêque
de Strasbourg , poffede dans l'Empire. Leurs
Majeftés Impériales firent le même jour la revûe
du Régiment d'Infanterie de Maximilien de Heffe,
qui depuis quelque tems eft cantonné dans les environs
de cette Ville.
Deux Bataillons de celui de Molck fe font mis
en marche le 29 , pour aller prendre des quartiers
dans la Haute Autriche. If a paffé ici cent cinquante
hommes de recrues pour le Régiment de
Betlem , qui eft en garnifon à Prague . On vient
de publier diverfes Ordonnances du Confeil Au
lique de guege , concernant la difcipline des
troupes.
Le projet du feu Feldt- Maréchal Comte de
Khevenhuller , pour augmenter les fortifications
de cette Capitale , fera exécuté dans peu , & M.
Bohm , Ingénieur général , en aura la direction .
Le Feldt - Maréchal Prince de Lichtenſtein doit
fe rendre en Boheme , afin de vifiter l'artillerie
qui eft à Budeweiff , & dans quelques autres Places
de ce Royaume. Avant- hier , le Comte Charles
Palfy , Général de Cavalerie , & le Baron de Phi186
MERCURE DE FRANCE.
libert , Lieutenant Feldt- Maréchal , arriverent de
Moravie.
On a appris que les Etats de Tranfilvanie s'étoient
feparés , après avoir remis aux Commiffaires
de l'Impératrice Reine un Mémoire des griefs
dont fe plaigaent les habitans de cette Principauté.
DE BERLIN , le 17 Mai.
Un courier , arrivé de Siléfie , a rapporté que le
Roi avoit fait le 2 de ce mois la revue des Régimens
d'Infanterie de Schultz & de Kreytzen , &.
le lendemain celle des Régimens de Leftewitz &
de Buddenbroeck ; que le 4 fa Majesté étoit partie
de Breflau ; qu'elle s'étoit rendue à Oppelen & à
Neiff , & qu'en paffant à Ohlau , elle y avoit fait
la revue du Régiment d'Infanterie de Hautchar
moy & de celui de Cuiraffiers de Rochau.
Le Margrave de Brandebourg Schwedt a dépêché
M. de Mengden , Gentilhomme de fa Chambre
, pour informer les deux Reines , que la Mar
grave étoit accouchée le 4 d'un Prince.
Sa Majesté a chargé le Baron de Kniphaufen
d'une commiffion auprès du Roi de Suéde.
Depuis quelques jours , le Prince Frederic Eugene
de Wirtemberg eft en cette Cour , & l'on
confirme qu'il entrera au fervice du Roi.
JUI N. 1749. 187.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 14 Mai.
Don Raymond de Ferran de Viofca , Grand
'Alcade de Tarragone , a été nommé Miniſtre du
Criminel de l'Audience de Catalogne. Le Roi a
accordé le Régiment d'Infanterie de Brabant à
Don Jofeph Werner , Colonel Réformé ; une
Compagnie dans le Régiment des Gardes Efpagnoles
à Don Fernand de Prado , Lieutenant des Gré
nadiers , & la Lieutenance Colonelle du Régie
ment de Dragons de Numance à Don Felix Roca
de Malferrit , Lieutenant Colonel Réformé .
Ces jours derniers , Don Barthelemi Ladron de
Guevara , Lieutenant Général des Armées de Sa
Majefté , & ci-devant Gouverneur de Cadix
mourut en cette Ville , âgé d'environ cinquantequatre
ans.
>
DE CADIX , le 7 Mai.
Il eft entré dans ce Port un Navire nommé le
Saint Martin , qui revient de l'Amérique , & qui,
outre une cargaifon confidérable de fucre & de
tabac a rapporté deux cens cinquante mille
piaftres. On a lçû par l'équipage de ce Bâtiment ,
que la Flotte de la Vera Cruz étoit arrivée à la
Havane , le 22 du mois de Février , fous Pefcorte
du Vaiffeau de guerre le Lyon , qui avoit à bord
quinze cens vingt-fix mille piéces de huit pour le
Roi , & neuf millions cent fix mille pour le compte
des particuliers ; douze mille marcs de vaiffelle
d'argent , deux mille balles de cochenille & huit
cens tonneaux d'Indigo . En joignant ce charge
ment à celui des autres Bâtimens de la Flotte , le
188 MERCURE DE FRANCE.
tout monte à près de vingt- fix millions de piéces
de huit . L'Amiral Regio doit ramener avec fon
Efcadre cette Flotte en Europe , & comme il fe
propofoit de mettre à la vo le le 20 du mois dernier
, on l'attend ici dans le courant du mois de
Juin. On compte que le Chef d'Eſcadre Spinola
arrivera auffi dans quelque tems avec deux Vaif
feaux de guerre , fur lefquels on a embarqué à
Cartagéne une fomme confidérable.
ITALI E.
DE MALTE , le 4 Mars.
Out ce qu'on publie en Europe de la prétenentrepriſe
des Turcs contre cette Ifle , eft fans
fondement. Les Chevaliers & les Habitans font
dans une parfaite fécurité à cet égard ; on eft inf
truit que cette Ifle n'a rien à appréhender de la
part de l'Empire Ottoman , & quand même elle
feroit attaquée , elle feroit en état de réſiſter à
toutes les forces navales de cette Puiffance .
L'Efcadre Hollandoife commandée
Contre Amiral Lynflager , laquelle a fait voile des
les d'Ourle le 19 du mois de Janvier dernier , a
été obligée par les vents conttaires , de relâcher à
l'Ile de Tenedos , ainfi qu'à Negrepont & à
Sciro. Elle eft entrée dans ce Port le 28 du mois
dernier.
›
DE GENES , le 12 Mai.
par le
Les Bâtimens , armés pour donner la chaffe aux
Barbarelques , mirent à la voile le 29 du mois
dernier au foir , mais un vent forcé de Sud s'étant
JUIN.
189 1749.
élevé pendant la nuit , ils furent obligés de rentrer
dans ce Port . Ils en font fortis de nouveau le
2 de ce mois , & ils font allés croifer dans le Golfe
de la Spécie.
Il s'eft tenu ces jours- ci un Confeil , dans lequel
on a examiné les moyens de rétablir le crédit
de la Banque de Saint Georges. On parle de
plufieurs changemens avantageux au commerce ,
& de l'établiflement dun chemin qui conduira
directement à Parme.
Don Jote h de Caftagnos , Comm fire Or
donnateur des Guerres , & ci - devant Intendant de
Parmée du Roi d'Espagne en Itale a reçu de
Madrid un ordre de régler avec le Commiffaire ,
nommé par l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , les comptes des dépenfes faites par les
deux Puiffances pour les prifonniers de guerre ref
pectifs . Un Colonel Suiffe , au fervice de la Majefté
Catholique , eft venu ici pour faire des recrues
, & le Directeur de la Pofte d'Eſpagne doit
lui remettre vingt-cinq mille piaftres.
Il vient d'arriver un avis que les Rebelles de
PIfe de Corfe font rentrés dans le devoir , &
qu'ils fe font foumis à la République aux conditions
qu'il plaira à Sa Majesté Très - Chrétienne de
leur impofer.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 22 Mai.
1
E Roi & la famille Royale partirent le 17
de ce mois pour le Château de Kensington.
On attend ici dans peu le Prince Charles de Lorraine
, & on lui a préparé pour fon logement.
Je Palajs de Sommerſet, Sa Majeſté a nommé Che
190 MERCURE DE FRANCE.
valiers de l'Ordre du Bain , les Lieutenans Géné◄
raux Mordaunt , Howard , Fowlett , & M. de
Sackville .
Les Seigneurs ont paffé le Bill qui ordonne
de prendre fur le fond d'Amortiffement , les fommes
néceflaires pour acquitter les Billets du Bureau
de la Marine . Ils ont approuvé les changemens
faits au Bill concernant les Freres Unis
de Moravie & ils ont lû pour la fecon ie fois
celui dont l'objet eſt d'affûrer l'exécution des Loix
contre les voleurs . Dans une de leurs deinieres
féances , ils firent la feconde lecture du Bill pour
réunir en un feul Afte tous ceux qui regardent le
fervice de la Flotte.
·
La Chambre des Communes a fait quelques
changemens au Bill , par lequel il eft défendu
d'introduire dans la Grande Bretagne des , broderies
, dentelles & galons d'or & d'argent , fa
briqués en Pays étranger. Il a été réfolu d'accorder
une paye à un ce tain nombre de Matelots au de-là
de ceux qui font actuellement employés , afin de
pouvoir , fans nuire au commerce , équipper avec
plus de diligence lesVaiffeaux du Roi , lorſqu'il fera
néceffaire
M. Caftres doit fe rendre à Liſbonne en qualité
d'Envoyé Extraordinaire du Roi , & M. Georges
Crowle a été choiſi par Sa Majesté pour y exercer
les fonctions de Conful.
Le Duc de Modene eft arrivé le 19 : le lende
main , il alla faluer le Roi à Kenſington.
On dit que le Roi nommera Chevaliers de l'Or
dre de la Jarretiere , le Prince Georges , le Roi de
Dannemarck le Duc de Bedfort le Comte
d'Harrington , le Lord Gower , & le Comte de
Sandwich.
>
JUIN. 191 1749
PAYS - BA S.
DE LA HAYE , le 23 Mai.
Orfque le Prince Stathouder fe rendit le z
lande & de Weft- Frife , il leur repréfents qu'il
les avoit follicités très -inftamment , de trouver le
plutôt qu'il feroit poffible , les moyens de fuppleer
aux Fermes abolies , & qu'il les avoit invites à
examiner , fi entre les mesures qu'il conviendroit
de prendre pour cet effet , on ne pourroit point
fonger à l'établiffement d'une Capitation , qu'il
ne leur avoit point fait cette propofition , dans
le deffein d'anticiper fur les délibérations de leur
Affemblée , mais uniquement pour indiquer l'ef
pece de taxe , qui , ayant le moins befoin d'être
affermée , étoit la plus conforme aux inclinations
des habitans , qu'il s'étoit attendu que ces confi
dérations auroient réveillé l'attention des Etats
& qu'ils n'auroient point perdu de tems ni épar
gne aucun foin pour terminer une affaire , qui
dans les conjonctures préfentes devoit être leur
principal objet ; que cependant le fuccès n'a point
répondu à fes efpérances ; qu'il auroit fort fouhaité
pouvoir fe difpenfer de faire ces réflexions ;
qu'il s'abftenoit de les étendre , & qu'il pafloit
fous filence plufieurs chofes qui pouvoient fe dire
fur cette matiere ; mais que ne voulant pas être
refponfable du tort que la lenteur des délibérations.
des Etats , fur une matiere fi importante , cauſoir
à la République , il n'avoit pú fe taire plus
long - tems ; que comme long - tems avant la
fuppreffion des Fermes , les habitans défitoient
unanimement de fe voir délivrés des vexations
qui accompagnoient fouvent la perception des im
192 MERCURE DE FRANCE .
pôts , on avoir vu paroître , auffi tôt après que
les Fermiers avoient été congédiés , plufieurs projets
dont la plupart ten loient à établir une taxe
par tête , que par l'ardeur avec laquelle chacun
avort four diffrentes vues pour contribuer à
perfectionner ces projets , Son Alteſſe avoit été
Confi. uée dans I opinion que le zéle pour la patrie
n'etoit point éteint dans les coeurs ; qu'il ne fe
prélen oit que deux moyens de remplacer le produit
des fermes , le premier, d'établit la Capitation
indiquée ci deflus ; le fecond , de faire percevoir
par des Collecteurs les impôts ci devant affermés ;
que Son Altele s'étoit fait donner fur ces deux
taxes les éclairciffemens néceflaires ; que depuis
long tems il avoit été tracé fous les yeux un plan
de Capitation fur les familes ; que Son Alteffe
l'auroit remis il y a plufieurs mois aux Etats
pour l'examiner mais qu'elle avoit été jufq'à
prélent dérou.née d'en faire uſage , par la crainte
de donner occafion à plus de négligence dans
Lexécution de la taxe provifionelle , qu'il étoit
tems de le défaire de cette appréhenſion , & de
rétablir enfin un ordre fixe dans la perception
des revenus publics ; que cette raiſon obligeoit
Son Alteffe de foumettre à l'examen des Etats
Le plan d'une Capitation générale fur les familles.
par claffes , & l'efquiffe d'un projet pour lever
par voye de Collecte les impôts ci -devant affermés
, afin que leurs nobles & grandes Puiffances
puffent fe déterminer en faveur d'un de ces deux
moyens ; que Son Alteffe , ignorant auquel de
ces deux plans les Etats donneroient la préférence
, ne jugeoit point à propos de difcuter
les avantages ni les inconvéniens de l'un & de
Pautre , & qu'elle laiffoit à leurs nobles & grandes
Puiffances , à décider lequel des deux dans les préfentes
JUIN. 193 1749.
fentes circonstances , feroit le moins onéreux pour
la Province & pour fes habitans , qu'elle ne pouvoit
fe difpenfer de demander que les délibérations
fur ce fujet fuffent inceffamment entamées , &
qu'on terminât l'affaire auffi diligemment que le
requeroit la néceffité preffante où l'on fe trouvoit ;
furtout qu'il ne fût caufé par ces délibérations aucun
délai ni empêchement à la perception de la
taxe provifionelle , qui ne peut & ne doit prendre
fin qu'après l'établiffement d'une taxe ftable ; que
files Etats le déterminoient en faveur du projet
de faire percevoir par des Collecteurs les impôts
ci devant affermés , Son Alteffe prioit leurs nobles
& grandes Puiflances d'examiner s'il ne feroit pas
convenable de foulager le petit peuple , par une
diminution des impofitions fur les denrées qui fervent
le plus communément à fa nourriture , &
de faire enforte que les pauvres puflent avoir le
chauffage , principalement les tourbes , à plus bas
prix.
Ce Prince eft parti avec la Princeffe de Naffau ;
le Comte de Buren & la Princeffe Caroline , pour
aller paffer quelque tems au Château de Loo .
71. Vol. 2
194 MERCURE DEFRANCE.
光洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗膽
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roi tint le 25 du mois dernier à Verſailles
un Chapitre de l'Ordre du Saint Efprit , &
nomma Chevalier de cet Ordre le Duc de Huef
car , ci- devant Ambaffadeur du Roi d'Espagne en
cette Cour. Sa Majefté le rendit enſuite à la Chas
pelle du Château , & après avoir entendu la Meffe,
elle reçut Chevaliers le Duc de la Valliere , le Mar
quis de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron'
de Montmorency , le Marquis de Souvré & le
Marquis de Chalmazel , qui avoient été nommés
dans le Chapitre du 2 Février de cette année. Les
trois premiers eurent pour pareins le Maréchal
Duc de Belle- Ifle & le Duc d'Ayen . Les pareins
des trois derniers furent le Marquis de Matignon
& le Maréchal de Clermont - Tonnetre .
Le 24 , pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Poitiers prêta ferment de fidélité entre les mains
de Sa Majefté .
M. de Machault , Contrôleur Général des Finances
, a été fait Miniſtre d'Etat.
Sa Majesté a nommé le Marquis d'Avrincourt ,
fon Ambaffadeur auprès du Roi de Suéde .
Elle figna le 18 le Contrat de mariage du Comte
de Carcado , Brigadier , Colonel du Régiment de
Breffe , qui époufe la Demoiſelle Poncet de la
Riviere.
Les de ce mois , Fête du Saint Sacrement , le
Roi accompagné de Monfeigneur le Dauphin , de
Mefdames de France , & de fes principaux Offi
JUI N. 1749. 195
ciers , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe , où Sa
Majefté entendit la grande Meffe , après avoir affifté
à la Proceffion . La Reine , accompagnée de
Madame la Dauphine & de Madame Adelaide , fe
rendit à la Paroiffe , & Sa Majefté y entendit la
même Meffe .
Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie de
Bourbon , vacant par la Promotion du Comte de
Vaux au grade de Maréchal de Camp , à M. de
Broc , ci - devant Colonel du Régiment d'Infanterie
d'Aunis , & Sa Majefté a difpofé en faveur de M.
de Paulin , Capitaine réformé à la fuite du Régiment
de Cavalerie de Bourbon , de la place de
Colonel , qui étoit deſtinée à M. de Broc , dans le
Régiment des Grenadiers de France.
Le Roi a nommé le Comte de Maulevrier ,
Lieutenant Général de fes armées , pour aller réfi ,
der à Parme , en qualité de fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de l'Infant Don Philippe.
Sa Majefté a reçû les Difpenfes du Pape , qui
permettent au Prince de Conty , de prendre pof
feffion du Grand Prieuré de France .
Le Roi a donné l'agrément de la Capitainerie ..
des Chaffes de la Varenne du Louvre , au Prince
de Soubife.
Le Marquis de Paulmy d'Argenfon , Ambaffa
deur du Roi auprès du Corps Helvétique , cut
l'honneur de prendre congé de Sa Majefté le 30
du mois derniér , & il ſe diſpoſe à partir inceffamment
pour fe rendre à Soleure.
M. de Wernick , qui a réfidé en France avec caractére
de Miniftre du Prince des Deux Ponts auprès
du Roi , eft revêtu du même caractére par
Duc de Wirtemberg.
le
Le Duc d'Orléans a donné le Gouvernement de
Beaugency au Baron de Boifferon , Lieutenant-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Colonel , & Major du Régiment de Chartres.
Le 4 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-feptc ens cinq livres; lesBillets de la pre
miere LotterieRoyale, à cinq cens quatre- vingt-fix,
& ceux de la feconde à cinq cens cinquante- neuf.
香
L
fa
MARIAGES ET MORTS.
E 13 Mai , Pierre- Antoine Bourgeois , Seigneur
de Boynes , Gonfeiller du Roi en fes Confeils,
Maître des Requêtes ordinaire de fon Hôtel , pou-
Marguerite - Catherine Parat , fille de Jérôme
Louis Parat , Seigneur de Montgeron , Traiſneau ,
le Coudrai & autres lieux , Receveur Général des
Finances de Lorraine & Barrois , & de Marie- Antoinette
Dumas.
Il eft fils d'Etienne Bourgeois, Secretaire du Roi
honoraire , Seigneur de Boynes , la Motte & au
tres lieux , & de feue Helene Francini . Le mariage
a été célebré à Montgeron , près Villeneuve Saint
Georges , avec diſpenſe de l'Archevêché & le confentement
du Curé de la Paroiffe de S. Roch.
Le 29 , René de Gallard de Bearn , Marquis de
Braffac , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
époufa dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Roch
Marie-Anne -Catherine Morin , fille de feu Jean-
Gabriel Morin , & de Catherine Françoiſe Bouot .
te , demeurant ordinairement au Havre.de-Grace
Paroifle de Notre- Dame.
Le Marquis de Braffac eft fils de feu Alexandre
de Gallard de Bearn , Comte de Braffac , & de
Marie ..... de Foulle de Prunevaux ; petit- fils
d'Alexandre de Gallard & de Charlotte de la Ro
chefoucault ; arrière- petit-fils de Louis de Gallard
& de Marie de Ranconnet ; & arriere-petit- neve
JUI N. 197 1749.
de Jean de Gallard de Bearn , Comte de Braflac ,
Confeiller d'Etat , Capitaine de cept Hommes
d'Armes , Gouverneur de Nanci & de la Lorraine ,
puis de Saintonge & d'Angoumois , Miniftre d'Etat
, Chevalier des Ordres du Roi , Sur- Intendant
de la Maifon de la Reine , & Ambaffadeur à Rome
auprès du Pape Urbain VIII.
Le 10 Avril , Genevieve Magdeleine de Rafilli ,
veuve de René du Tertre, Marquis de Montalais , cidevant
Capitaine dans le Régiment du Roi , Infanterie
, mourut âgée de 16 ans , au Château du
Tertre en Anjou . Elle avoit été la feconde femme
de René du Tertre , qui en premieres nôces avoit
époufé N. de Froulai , foeur du feu Comte de Froulai
, Ambaffadeur du Roi à Venife , de N. dia
Froulai , Evêque du Mans , & du Bailli de Froulai
, Ambaffadeur de la Religion de Malte en France.
Elle étoit fille de Gabriel , Marquis de Rafilli ,
fous Gouverneur des Enfans de France , les Ducs
de Bourgogne , d'Anjou & de Berri , qui avoit
laiffé douze enfans , cinq garçons & fept filles ;
fçavoir , 1 ° . le Marquis de Rafilli , mort Colonel
du Régiment de fon nom ; 2 ° . le Marquis de
Rafilli , ci- devant Guidon de la Gendarmerie , &
Lieutenant général de la Province de Touraine ;
3. le Comte de Rafilli , Lieutenant général des
Armées du Roi , Capitaine Coinmandant du troifine
bataillon des Gardes Françoifes ; 4° . N.de
Rafilli , marié à Loudun ; 5 ° . Frere N. de Rafilli
Chevalier Profés de Malthe , mort à Tours, Des
fept filles , la premiere mariée à N. de Mongon ;
la feconde , veuve de N. de Marconnai ; la troifié
me , qui donne lieu à cet article , mariée à René
du Tertre , Marquis de Montalais ; la quatrième
morte mariée à Ñ. de Boiragon , & les trois autres
Religieufes aux Urfulines de Tours.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
La Marquife de Montalais ne laiffe que deux
filles; la premiere manée à N. de Lancro , & la
feconde à N. du Teilleuil.
La Maifon de Rafilli eft une des plus confidérables
de la Touraine , par la Nobleffe de fon
origine. Ses Armes font d'argent à trois Fleurs
de Lys de gueules , pofées comme celles de
France , ayant pour fupports deux Anges drapés
de gueule.
Le 12 , François Bellanger , Prêtre du Diocefe
de Liffeux , & Docteur de la Faculté de Théologie
de Paris , mourut en cette Ville , dans la
foixante-deuxième année de fon âge .
Il étoit né dans la Paroifle de Saint Gervais
d'Afniere Dioceſe de Lifieux , & avoit fait une
étude particuliere de la Langue Grecque qu'il
poffedoit parfaitement. Une Société de Libraires
fe propofant de donner au Public une Traduction
de l'origine des Antiquités Eccléfiaftiques de Bingham
, Ouvrage écrit en Anglois , s'étoit adreflé à
lui , & cette Traduction étoit pouflée à plus de
moitié. Il avoit eû auffi quelque part dans les feuilles
Périodiques de l'Abbé des Fontaines , & · les
morceaux qui contiennent quelque érudition ancienne
, font tous de lui. Ses Ouvrages font :
Les Antiquités Romaines de Denis d'Halicarnaffe ,
traduites en François.
Liber Pfalmorum , vulgata editionis , cum notis ,
in quibus explicatur titu's , occafio & argumentum
cujufque pfalmi , dilucidatur fenfus ' itteralis , paucis
attingitur fenfus mifticus de ftudio & pera U. E. S
F.P. D. F. B. P. L Ces lettres initiales fignifient
Unius è facra Facultatis Parifienfis Doctoribus, Francifci
Bellanger , Presbiteri Lexovienfis.
La Théologie aftronomique , ou démonftration de
l'existence & des attributs de Diou,par l'examen & la
JUI N. 199 1749.
*
defcription des Cieux , traduite de l'Anglois de M.
Guillaume Derham.
Les Vies des Hommes Illuftres , omis par Plutarque
, au nombre de huit, fçavoir : Enée , TullusHoftilius
, Ariftomene , Tarquin l'ancien , L. Junius Brutus
, Gelon , Cyrus , Jafon , traduites de l'Anglois de
Thomas Rowe. Ces huit Vies compofent un volume
, imprimé à la fuite des Vies de Plutarque ,
traduites par M. Dacier.
Hiftoire d'Herodote , traduite en François , avec un
grand nombre de notes d'éclairciffemens fur les endroits
les plus difficiles.Ouvrage manufcrit que l'Auteur
étoit fur le point de donner au Public, & dont
on attend l'impreffion avec beaucoup d'impatience
Quelques amis de l'Auteur nous ont affuré que
notes feules , dont nous venons de parler , pou
voient remplir plufieurs volumes .
les
Le 13 , Marguerite- Louife du Boisgelin de Cucé,
époufe de Louis- René Sénéchal , Chevalier , Marquis
de Carcado , mourut dans fes terres âgée de
76 ans. Elle laiffe deux enfans , qui font N. Marquis
de Carcado , Lieutenant général des Armées
du Roi , & N Comte de Carcado , Brigadier &
Colonel du Régiment d'Infanterie de Breffe.
Le même jour , Jean - Jacques Olier , Chevalier,
mourut , & fut inhumé à S. Sulpice.
Le 14 , Marie - Charlotte du Buiſſon , veuve de
Hugues Defnots , Ecuyer , Seigneur de la Mothe
Saint Lié , Bourgy, Malaife , & autres Lieux , premier
Fauconnier de feu S. A. R. Monfieur, mourut
à Paris , & fut inhumée à Saint Euſtache .
" Le 21 Gabriel - Thibaut de la Carte , ayant
Brevet de Mestre de Camp de Dragons, Chevalier
des Ordres Militaires de Saint Louis & de Notre-
Dame du Mont Carmel , mourut , âgé de 85 ans,
& futinhumé à Saint Rech.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
" >
Le 24 , Angélique de Plenneville , époufe de
Reré du Hallai Secretaire du Roi , Maifon
Couronne de France & de fes Finances , mourut
dans fa trente - deuxième année , & fut inhumée
à Saint Euftache . Un très excellent caractere foutenoit
en elle les graces les plus touchantes ,
qu'enrichiffoient toutes fortes de talens agréables.
Elle poffedoit les Langues Italienne & Efpagnole ,
& touchoit parfaitement du clavecin , au jugement
de nos plus grands Maîtres , & de ceux d'Italie ,
qui l'ont entendue . Plufieurs Poëtes l'ont célebrée
dans leurs Ouvrages , & les fix premiers volumes
des Amuſemens du coeur & de l'efprit contiennent
plufieurs éloges d'elle . Nous ne craignons point
d'exceder les bornes de cet article , en rendant à fa
mémoire un hommage que l'on s'eft tant de fois
empreffé de lui offrir pendant fa vie.
Le même jour , Marc- Antoine Fron de Beaupoil
de Samt Aulaire , Marquis de Lanmary , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de fes
Armées, fon Ambaffadeur auprès du Roi de Suede,
& ci- devant grand Echanſon de France , mourut à
Stockholm , dans la foixantiéme année de fon âge.
Voyez le Mercure de Janvier de cette année, article de
la promotion des Chevaliers de l'Ordre da S. Efprit.
Le 27, Antoinette de Riants , Baronne de la Broffe
& de Notonville , mourut à Paris , & fut inhumée à
Saint Etienne du Mont,
Le 29, Françoife - Félicité Colbert , épouſe d'André
Jofeph d'Oraison , Marquis d'Ancezune , & de
Coudoulet , Comte de Sefanne , Baron de Tort ,
Seigneur de Chufelan , de Cabrietes , & autres
Lieux , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut , âgée de so ans , fur la Paroifle de Saint
Sulpice , & fut tranfportée aux Filles de Saint Thomas
de la rue Vivienne , pour y être inhumée..
JUI N. 1749. 201
Le même jour , Françoiſe Borio , époufe de
Jofeph-François Water , Comte de Lutzelbourg ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , & cidevant
Capitaine - Lieutenant des Gendarmes de
Bretagne, mourut , âgée de 26 ans , & fut inhumée
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Marie- Magdeleine
de la Ville - l'Evêque.
Le 30 , Françoile Rouffel , veuve de Chriftophe
Ferapy Dufieux , Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , mourut , âgée de 70 ans, & fut inhumée
à Saint Sulpice .
Charlotte de Cailhou de Signac , Religieufe de la
Vifitation de Sainte Marie , cft morte dans le
Convent de Saint Denis , âgée de 69 ans. Elle étoit
fille de Charles de Cailhou de Signac , Premier
Ecuyer de S. A. S. Henri de Bourbon , Duc de
Verneuil , Prince légitimé de France , & de Jeanne
de Gallois de Vaudricourt , Dame d'honneur de
Charlotte Seguier , Ducheffe de Verneuil. La
Maifon de Signac eft une des anciennes du Poitou
, & a des alliances avec celles de Lufignan , .de
Frottier , de Chateignier & de Mauleon.
Le premier Mai , Louis - Sébastien Caftel de Saint
Pierre , Marquis de Crevecoeur , ci- devant Sous-
Lieutenant de la feconde Compagnie des Mouf
quetaires de la Garde du Roi , & Premier Ecuyerde
feue S. A. R. Madame la Duchefle d'Orléans ,
mourut , âgé de so ans.
Il avoit épousé le 8 Février 1720 Marie- Anne
Fargés , fille puînée de N. Fargés , & avoit été
reçû en furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer de S. A. R. en Octobre 1722.
Il étoit fils de Louis - Hyacinte de Caftel de Saint
Pierre , Baron de Crevecoeur , Premier Ecuyer
de S. A.R. Madame la Duchefle d'Orleans . Louis-
Hyacinthe étoit fecond fils de Charles de Caftel ,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
!
Grand Bailli du Cotentin , & Gouverneur de Va
logne. La mère de Louis Sébastien étoit Magdeleine
Gigault de Bellefond , foeur de la Maréchale
de Villars. Il étoit petit fils de N. du Caftel de
Saint Pierre , & de N. fille de Henri - Robert aux
Epaules , Seigneur de Sainte Marie du Mont , &
Chevalier des Ordres du Roi.
Le 2 , Charles- Philippe de Monhenault d'Egli
, Aflocié de l'Académie Royale des Belles-
Lettres , & Auteur du Journal de Verdun , mourut
, âgé de 52 ans , & fut inhumé dans l'Eglife du
Temple.
Le 4 , le Pere Baudory , de la Compagnie de
Jefus , l'un des Profeffeurs de Rhétorique du Collége
de Louis le Grand, mourut à Paris, âgé de 40
ans.
Le 6 , Paul- Louis de Levis , Marquis de Leran ,
Brigadier des Armées du Roi , mourut en fon
Château de Leran , dans la quatre- vingt- quatrième
année de fon âge , étant né en 1666. Il époufa
par contrat du 11 Mars 1703 Marie Marguerite
Thérefe de Lévis- Mirepoix , fille de Gafton Jean-
Baptifte de Lévis de Lomagne , Marquis de Mirepoix
, & de Magdeleine du Puy- du- Fou , dont il a
eu , 1. Gafton-Jean Baptifte , né en 1704 , qui a
époufé Jeanne Baillon , fille de François Baillon ,"
Secretaire du Roi , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
, dont il a plufieurs enfans . 2 °. Henri , Evê
que de Pamiers en 1741 , & cinq filles .
Paul -Louis étoit fils de Gafton VII de Lévis ,
neuviéme defcendant de Gafton de Lévis, premier
du nom , qui fit la branche des Lévis Leran , étant
fecond fils de Jean 1. Seigneur de Mirepoix &
Maréchal de la Foi . Ce Jean eut pour bifayeul
Gui de Lévis I qui fe croifa contre les Albigeois
avec Simon deMontfort , & conquit fur ces HéréJUI
N. 1749. 203
tiques plufieurs Terres , entre autres celle de Mi
repoix , qu'il a laiffée à fes defcendans , avec le
titre de Maréchal de la Foi. Il étoit fils de Philippe
, Seigneur de Lévis en Hurepoix , près de
Chevreufe , qui vivoit en 1179. Quoique Philippe
foit le premier de cette illuftre Maifon , dont les
Auteurs faffent mention , il eft aifé de conjecturer
par le ráng qu'il tenoit parmi les premiers Barons ,
qu'il étoit de la plus ancienne extraction , & que
le défordre feul & la confufion des fiécles précedens
nous ont fait perdre les monumens qui devoient
tranſmettre juſqu'à nous la mémoire de ſes
ancêtres.
>
Y
Le 7 , Jean - Jacques Amelot , Marquis de Combrande
Baron de Châtillon fur Indre , Seigneur
de Chaillou & autres Lieux , Commandeur des
Ordres du Roi , & Miniftre d'Etar ; Honoraire
de l'Académie Royale des Sciences , & l'un des
Quarante de l'Académie Françoife , mourut , âgé
de 60 ans , fur la Paroiffe de Saint Jean en Greve ,
& fut tranfporté à Saint Nicolas des Champs.
Il avoit été d'abord Avocat Général des Requêtes
de l'Hôtel , puis Maître des Requêtes , Intendant
de la Rochelle Confeiller d'Etat , Inteadant
des Finances en Juin 1726 , à la place de N. Berthelot
de Montchêne ; Miniftre & Secretaire d'E
tat des Affaires Etrangeres le z Janvier 1737 , &
Surintendant des Poftes au mois de Décembre fui
vant. Il avoit époulé en premieres nôces Marie-
Gertrude Bombarde , morte le 4 Juin 1719 ,
P'âge de 22 ans inliumée dans l'Eglife de Saine
Nicolas des Champs , fille de N. Bombarde , Tréforier
Général de l'Electeur de Baviere , dont il
ent Anne - Marie - Pauline morte jeune ; & en ſe
condes nôces le 2 Février 1726 , N. de Voigni ,
file de Jean - Marie deVoigni , Secretaire d
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Cabinet , & de Anne Moufe de Champign .
Il étoit fils de Michel Amelot , Seigneur de
Chaillou , Maître des Requêtes , & de Philiberte
Barillon , fille de Jean Paul Barillon , Confei ler
d'Etat , & Ambafladeur en Angleterre , petit - fils
de Jacques Amelot de Chaillou , mort le 20 Décembre
1699 , âgé de 83 ans , Doyen des Maîtres
des Requêtes ; arriere petit-fils de Denis Amelot ,
Seigneur de Chaillou , mort auffi Doyen des Maitres
des Requêtes.
Denis Amelot étoit le troifiéme fils de Charles
Amelot , Maître des Requêtes le 12 Août 1575 , de
qui eft fortie la branche des Amelot, Seigneurs de
Gournai , qui fubfifte aujourd'hui.
La Maifon d'Amelot porte pour armes d'azur à
trois coeurs d'or, pofés deux & un , furmontés d'un
foleil de même.
Le même jour, Marie-Louife de Coustard , veuve
en premieres nôces de Louis- Jofeph Demenant ,
Seigneur des Granges , & autres Lieux , & en fecondes
nôces de Martin de Chavigni , Comte de
Blot , Seigneur de Salles , mourut dans le Convent
des Hofpitalieres de la rue Mouffetard , & y futinhumée.
Le 10 , Marie Farouard ,veuve deJean Touffaint
Souard de Bonnemare , Préfident du Bureau des Fi-
Dances de Moulins , mourut à Paris , & fut inhumée
à Saint André des Arcs.
Le 12 , Claude le Begue de Majainville , Abbé
de l'Abbaye Royale de Marigni , Chanoine de
l'Eglife de Chartres , & Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement de Paris , mourut en cette
Ville , & fut inhumé à Saint Jacques du Haut-
Pas.
Le 14 , Marie- Angélique Dugué , veuve , de N
Marquis de la Houſſaye , Lieutenant dans le RégiJUIN.
1749. 205
ment des Gardes Françoifes , mourut fur la Paroifle
de Saint Louis en l'Hfle , & fut tranfportée
aux Théatins.
Le 21 , Pierre René Fournier , Seigneur de Boifauvoyer
, Confeitler du Roi , Maître d'Hôtel ordinaire
de la Reine , & ci-devant Maître Hôtel
du Roi , mourut , âgé de 65 ans , & fut inhumé à
Saint Eustache.
Le même jour , Pierre Badoire , Docteur en la
Faculté de Théologie de Paris , & Curé de l'Eglife
Paroiffiale de Saint Roch , en cette Ville , y deceda
dans la foixante- troifiéme année de fon âge.
Le 22 , Angélique - Marguerite du Verguier,
veuve de Jofeph , Comte de Gournzi , Meftre de
Camp de Cavalerie , mourut dans la quatre vingtfeptième
année de fon age , & fut inhumée le 24 à
Saint Paul.
Le 23 , Louife Henriette de Crux , veuve de
Samuel le Clerc , Marquis de Juigné , Baron de
Champagnac , de la Lande , de la Chapelle , Thevenot
Boded , Roche- Serrieres , Bois- rouard- du-
Pleffis , la Guefne de Maubuiflon , de Villemorice ,
d'Andillon , de Belle-Fontaine , des Loges de la
Cour du Bois , de Loudieres , & autres Lieux , mourut
, & fut inhumée à Saint Sulpice .
Le 27, Marie Tirant , veuve de Guillaume Haillet
, Seigneur de Couronne , & autres Lieux , Lieutenant
Général Criminel & de Police de la Ville
de Rouen , mourut fur la Paroifle de Saint Euftache
, & fut tranfportée aux Auguftins de la Place
des Victoires.
Le même jour , Marie Louiſe-Avoye le Maître
de Ferrieres , veuve de Marc- Antoine de Cormis,
Seigneur de Fabregue , mourut fur la Paroiffe
de Saint Severin, & fut tranfportée aux Cordeliers.
206 MERCURE DE FRANCE:
Le premier Juin , Denis de Malbran de la Noue,
Miniftre du Koi à la Diette générale de l'Empire ,
mourut , âgé de 72 ans.
Le même jour , Geneviève le Mefle , veuve de
Jean -François Houdart , Secretaire du Roi , &
Contrôleur Général de la Chancellerie , mourut ,
& fut enterrée à Saint Denis du Pas.
Le 3 , Michel - Guillaume Luthier, Seigneur de
Saint Martin , Villi- le-Maréchal , & autres Lieux ,
Confeiller du Roi en ſes Conſeils , & Maître ordi
naire en fa Chambre des Comptes , mourut , & fut
inhumé à Saint Paul .
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, du 22 Mars , qui ordonne l'exécution de l'Edit´du .
mois de Février 1726 , fous les peines y portées ,
en ce qui concerne les eſpéces décriées & hors de
cours,fans que ces peines puiffent être réputées .
comminatoires , & qu'on puiffe en eſpérer aucune
zemife ni modération .
DECLARATION du Roi , donnée à Marły
le 4 Mai , qui ordonne la perception d'un droit
de trente fols par chacune livre de feize onces, fur
tous les Tabacs étrangers qui entreront dans le
Royaume pour autre deftination que pour celle de
la Ferme générale .
EDIT du Roi , donné à Marly au mois de Mai,
portant création de dix -huit cens mille livres de
Rentes audenier vingt , au principal de trente- fix
millions , rembourfables en douze années,
JU I N. 207 1749.
AUTRE , donné à Marly au mois de Mai ,
portant fuppreffion du Dixiéme établi par la Dé
claration du 29 Août 1741 ; l'établiffement d'une
Caiffe générale des Amortiffemens , pour le rembourfement
des dettes de l'Etat , & la levée du
Vingtiéme , pour le produit en être verfé dans
ladite Caiffe.
ORDONNANCE du Roi , du 6 Mai , použ
établir un cinquiéme Lieutenant en chaque Compagnie
détachée de l'Hôtel Royal des Invalides
& fixer les appointemens de chaque Lieutenant à
trente livres par mois.
AUTRE du 7 , concernant les Spectacles des
Foires de S. Laurent & de S. Germain des Prés .
AUTRE du même jour , portant reglement
pour les Colporteurs,
AUTRE du même jour , qui défend les
Jeux de hafard.
AUTRE du même jour , concernant l'inter
diction des Livres prohibés , & défend les étalages
de livres fur les Quais & Ponts .
AUTRE du même jour , concernant les Spec
tacles.
AUTRE du même jour , ponr la Police des
Eglifes.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 20 ,
qui permet aux acquereurs des Rentes créées par
Edit du préfent mois , de faire expédier leurs quis
3
208 MERCURE DE FRANCE .
tances de finance en leur nom , ou au Porteur , aut
choix defdits Acquéreurs.
AUTRE du même jour , qui nomme un Tréforier
& un Contrôleur de la Caifle générale des
Amortiffemens , établie par Edit du préfent mois. -
LETTRE de M. de Launay , Chirurgien
Juré à Paris , & de l'Académie Royale de
Chirurgie , contenant les moyens les plus
fürs & les plus faciles pour remédier aux
defcentes par le fecours des bandages de
nouvelle méthode , que l'on peutfaire tenir
dans les Provinces.
N ne peut fans un riſque évident n'avoir pas
recours au bandage , lorfque l'on fe fent attaqué
d'une defcente , foit dès le commencement
pour en prévenir le progrès , foit dans la faire
pour ne pas tomber dans les accidens funeftes de
l'étranglement , avant- coureur d'une mort auffi
cruelle , qu'imprévue & précipitée .
Mais comme il s'en faut beaucoup que les per
fonnes qui font en Province , foient à portée du
fecours dont elles ont befoin , voici la reflource
que je leur offre pour s'épargner les frais d'un
voyage long , & encore plus rifquable.
Avec un ruban ou un fil , on prend la meſure du
tour du corps , de façon que les deux bouts du
ruban ou du fil viennent fe joindre fur la racine
de la
verge.
Il faut marquer le côté de la defcente , c'eſtà-
dire , fi elie eft à droite , ou & elle eft à gauche ,
JU IN.
1749 209 .
dé quelle groffeur elle peut être , combien il y a
de tems que l'on s'en apperçoit , fi -elle rentre totalement
, ou s'il en refte une partie . L'âge & le
temperament de la perfonne , & enfin les exercices
où l'on eft employé par état ou par goûr.
Ces éclairciffemens une fois donnés , on s'affu
rera , & on aura bientôt les fecours qui conviendront
à la maladie , & au malade.
Il faut feulement ajouter une remarque , c'eft
que fi il y a deux defcentes, une à droite & l'autre
a gauche , il faut défigner de quel côté eft la plus
forte , & prendre avec un ruban la diftance d'une
aine à l'autre. Cette mefure fe mettra feparément
de l'autre qui fait le tour du corps , & tiendra parfaitement
bien dans la Lettre que l'on me fera tenir
à mon adreffe ci- jointe.
Indiquer enfin les Caroffes ou les Meffageries
des lieux où l'on enverra ce qui fera décidé de plus
utile , de plus commode & de plus avantageux.
A M. de Launay , Chirurgien Juré à Paris , &
de l'Académie Royale de Chirurgie , cul-de -fac de
L'Oratoire.
Un
découverte d'un Bechique fouve- N Sçavant dans la Pharmacie & Chymie
rain, qui a la propriété de fondre & d'aténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , & d'adoucir
l'acrimonie de la lymphe par fa vertu
-balfamique , par conféquent dans le rhume , la
coqueluche la difficulté de refpirer dans l'afthme
commencée & même invetérée dans les
maladies du poulmon , les toux opiniâtres .
Nombre de perfonnes qui en ont fait ufage , rendront
témoignage de la bonté , quand on voudra
s'en éclaircir. A ces fins , il l'a confié & abandonné
210 MERCURE DE FRANCE.
à la veuve Mouton , Marchande Apoticaire , rue
Saint Denis , vis - à- vis le Roi François , au- deflus
de la rue Thevenot.
Elle donne avis qu'elle feule eft en poffeffion
de ce Bechique , qui eft extrêmement agréable
tant à l'odorat qu'au goût , dont la doſe eſt dø
demi-once dans une taffe de thé ordinaire , pris un
peu chaudement le matin à jeun , une heure avant
le lever , ou même après s'être levé , & le
foir en fe couchant , une heure au moins après le
fouper.
De plus on peut le vérifier à peu de frais , &
fans nulle crainte ni répugnance , puifqu'il fe vend
chez un Apoticaire , qui ne voudroit pas décrier
fa Boutique en débitant quelque reméde que ce
fût , dont il ne feroit pas für par une heureufe
réuffite . La bouteille contient quatre prifes , ce
qui eft fufflant pour en juger par le prompt foulagement
; avec une feconde tout au plus , on fe
trouve entierement débarraffé . Le prix eft fur l'étiquete
de la bouteille.
ESieurHurtau,Maître ès - Arts de l'Univerfité de
Paris , donne avis au Public qu'il poflede le fe
cret de faire revivre les lettres les plus vieilles & les
plus caduques , tant fur le parchemin que fur le papier.
La liqueur qu'il employe à cet effet , n'agit
uniquement que fur l'encre , fans gâter le parchemin
ni le papier. Il en a fait plufieurs épreuves fur
de vieuxTitres ,qui ont parfaitement réuffi . Des écri
tures de 1300 ans, qui étoient fi blanches qu'il étoit
impoffible d'en rien tirer , ont paru far le champ
auffi noires que fi elles venoient d'être faites à
Finftant , & l'on affûre que pour peu qu'il refte
JUI N. 1749. 211:
d'encre, fi imperceptible qu'elle foit , on la décou
vrira auffi tôt que ledit fieur y aura impofé fa liqueur.
Il y a toute apparence que ces écritures ,
ainfi renouvellées , fe conferveront autfi longtems
qu'elles en avoient mis à s'altérer. Il déchiffre
encore les écritures les plus anciennes , gothiques
ou autres , & les titres latins.
Son adreffe eft rue de la Parcheminerie , chez M.
Prevôt , dans une maiſon neuve , vis - à - vis le paflages
de Saint Severin , la feconde allée du côté de las
rue Saint Jacques. On voit un puits au fond de
la cour.
Il prie ceux qui lui écrivont , d'affranchir le port.
VENTE d'un fecret pour l'établissement
d'une Manufacture.
E fieur Gervaife croit devoir donner avis au
Public d'un fecretqu'il a découvert pour , fabriquer
des étoffes entierement femblables à celles
qui fe fabriquent en Perfe ou dans les Indes ,
& également eftimables par la beauté du deffein
& des couleurs , il ne craint point d'affûter qu'il
eft en ét t de donner à ces fortes d'ouvrages le
dernier degré de perfection. Il offre de faire à ce
fujet toutes les expériences néceffaires , & de ré-.
duire les plus clair voyans à l'impoffibilité de dif
tinguer avec certitude les ouvrages faits aux Indes,
d'avec ceux qui feront fabriqués par le ſecours du
nouveau fecret qu'il propofe.
On a penſé jufqu'ici , qu'il étoit impoffible en
Europe de parvenir à la vraye compofition des
couleurs qu'on employe avec tant de fuccès en
Perfe ou dans les indes ; plufieurs perfonnes fe
212 MERCURE DE FRANCE.
font imaginé que les principales difficultés naiffoient
de la differente qualité des eaux , ce font
des préjugés de cette efpece qui s'oppofent fouvent
au progrès des Arts.
En effet cette opinion paroît fondée fur differentes
tentatives faites avec peu de fuccès par plufieurs
particuliers venus des Indes . Comme ils ne
connoiffoient pas la maniere de perfectionner les
couleurs , & qu'ils n'étoient pas exactement inftruits
de la main d'oeuvre , leurs ouvrages out
toujours été bien inférieurs en qualité à ceux qui
fe fabriquent dans les Indes ; ces Entrepreneurs
n'ont pu atteindre qu'à la médiocrité , & ont perfuadé
, pour juftifier leur ignorance , que la differente
qualité des eaux ne permettoit pas d'aller
plus loin.
Mais il eft facile de développer les véritables
caufes qui ont pû accréditer un pareil préjugé ; il
en eft des Manufactures des Indes comme de cel
les qui font établies dans d'autres païs ; chaque
ouvrier a fon diftrict , ſa tâche particulière à remplir
, mais il ne voit point au de-là ; le travail de
P'un eft effentiellement different de l'autre , & c'eſt
la réunion de ces divers travaux faits par des ouvriers
qu'un feul objet occupe féparément, qui forme
ces ouvrages parfaits ,fingulierement admirables
par les nuances & la vivacité des couleurs .
Mais le Chef de la Manufacture connoit feul la
véritable compofition des couleurs qu'il fant employer
, c'eft en lui feul, pour ainfi dire , que réfi le
la plénitude du fécret , il eft l'ame de tout le corps,
& il dirige avec une connoiffance certaine les opé
rations d'une infinité d'ouvriers qui agiffent en
aveugles & prefque michinalement. Or il n'eft
pas étonnant que des gens , qui n'avoient été em .
ployés que comme de fimples ouvriers dans les
JUIN . 1749. 213
Manufactures des Indes ; qui ne connoiffoient bien
que la portion d'ouvrage qui leur avoit été con
fiée , & n'avoient fur le reste que des idées confufes
& peu exactes ; il n'eft pas étonnant , dit - on ,
que ces particuliers , revenus enfuite en Europe ,
n'ayent pú y établir de bonnes Manufactures des
ouvrages dont il s'agit . Le défaut de lumieres &
de connoiffances les mettoit abfolument hors d'état
de donner à leurs ouvrages le degré de per
fection & de beauté qui fait rechercher avec tant
d'empreffement les Perfes & les Indiennes.
L'Auteur du nouveau fecret offre de faire tou
tes les épreuves convenables pour juftifier ce qu'il
avance relativement à la certitude de fes connoiffances.
Il n'ignore pas les fages Reglemens qui interdifent
en France le commerce des Indiennes &
des Toiles peintes ; les Sujets d'un Ètat fi floriſſant ,
& qui trouvent dans leur patrie des étoffes remar
quables par leur goût & par leur beauté, ne doivent
point négliger & facrifier tant d'avantages pour
payer cher l'induftrie des étrangers. Mais qu'il
foit permis au fieur Gervaise de dire que l'établif
fement dans le Royaume d'une Manufacture de
toiles entierement femblables aux Perfes & anx
Indiennes , pourroit être auffi d'une utilité infinie
, par rapport aux les de France pour la
confommation des cottons & des toiles qui s'y
fabriquent. On en peut juger par le profit confidérable
qu'ont produit differens établiflemens
dans le même genre , formés en Hollande & en
Angleterre , quoique cependant les ouvrages
qu'on y fabrique ne foient point fortis de la médiocrité
, & n'ayent rien de comparable à la beauté
des Perfes & des Indiennes.
Perfonne n'ignore qu'en général les Manufac
tures font la gloire de la Nation , elles méritent
214 MERCURE DE FRANCE.
fingulierement d'être protegées , lorfque leur éta
bliffement n'entraîne pas des frais trop onéreux ,
lorfque les marchandifes qu'on y fabrique font
rares dans leur efpece , & que leur débit ne peut
manquer de produire un bénéfice confidérable,
Celle dont il s'agit réuniroit tous ces avantages ;
Jes travaux qui affûrent la perfection des ouvrages
font & ignorés en Europe , & la qualité des
Ouvrages qui y feroient fabriqués , attireroit en
France l'argent des étrangers .
L'Auteur du fecret s'engage envers tous ceux
qui pourroient obtenir la permiffion de former
avec lui une pareille entrepriſe , ou qui pourroient
légitimement traiter de la vente de fon fecret , de
les convaincre de fa nouveauté & de fa beauté par
des expériences infaillibles. Il offre de prouver
qu'il poffede pleinement le fecret de faire tenir
les couleurs fur la toile , que toutes ces couleurs
foutiennent le favonnage & leffive aufli parfaitement
que celles des Indes ; il a auffi les rouges
foncés & les nuances par teintes de differens degrés
& par dégradation , juſqu'au couleur de role,
ainfi que les violets , les gris-de-lin & le pourpre,
& même les verds & le jaune , plus ftables que
ceux des Indes .
Ceux qui voudront traiter de la vente de ce fecret
, s'adrefferont à M. Gervaife , chez M. le
Duc d'Aumont , en fon Hôtel , rue de Beaune , à
Paris , en affranchiffant les ports.
APPROBATION.
Hier le fecond volume du Mercure de France
Ai la par ordre de Monfeigneur le Chancedu
mois de Juin 1749. A Paris le premier Juillet
$749.
BONAMY.
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Séance publique de l'Académie Royale des
Sciences , tenue le 16 Avril dernier ,
Vers à M. le Duc de Caumont ,
3
27
Lettre d'un Militaire au fujet d'un nouvel Hôtel-
Dien dans l'Ile des Cygnes ,
Epitre à M. **
Réflexions diverſes ,
Caprice ,
28
39
41
43
Remarques au fujet d'une Differtation fur la Rage,
par M. de Sauvages ,.
Le Lacet , Fable ,
45
iso
Lettre de D *** , Religieux Bénédictin de Clugny
, à D. R. du même Ordre ,
Ode fur la Paix ,
Lettre écrite à Mile M. S, C.
Vers à Mlle Gauffin
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Horoſcope à Mlie N . ** ,
Rêve à Mile de ...
Vers triffillabiques à Mlle Coquelin ,
53
71
76
85
86
88
93
Remarque fur un endroit de la Defcription de *
Paris par M. Piganiol de la force ,
Bouquet à Iphife ,
-*97
100
L'Amour , Idylle ,
103
Epitre au chien de Mad . H **
Vers à Mlle de ***
107
la veille de fon mariage, 109
Mots des Logogryphes du premier volume de
Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
110
III
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c . 116
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouſe , ISI
'Additions au Mémoire fur les moyens, de détruire
les rochers ,
Plan , Coquilles & Eftampes ,
Spectacles
Nouvelles Etrangeres ,
170
177
178
179
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 194
Mariage & Morts ,
Arrêts notables ,
196
2.06
Lettre de M. de Launay , Chirurgien , fur des
Bandages d'une nouvelle méthode ,
Béchique fouverain ,
208
209
Secret de faire revivre les lettres les plus vieilles
& les plus caduques ,
210
Vente d'un autre fecret pour l'établiſſement d'une
Manufacture , 212
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1749 .
IGIT
UT
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARRCIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi
à
A VIS.
LAM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
" ADRESSE générale duMercure eft
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
* des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adrefes à M:
'de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRAN
ASTOR , LENOX ARD
TILDEN FOUNDATIONS
1905
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers. & en Profe.
DISCOURS prononcé à l'ouverture des
Audiences d'après , la Saint Martin de
l'année derniere , par M. Dauphin
d'Alinghen , Confeiller du Roi , Lieute
nant Général de Boulogne -fur- Mer.
M
Effieurs , nous ne pouvions nous
flater d'un évenement plus heureux
, que celui qui vient de terminer
les Campagnes de notre
glorieux Monarque.Quand tout alloit plier
fous fes loix , il interrompt le cours de fes
victoires , pour donner la paix à fes pen-
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
ples. Il juge plus digne de fa grandeur ,
d'épargner le fang d'un feul de fes fujets
que de détruire mille ennemis , & l'heureux
titre de Pacificateur lui paroît plus
Aateur que celui de Vainqueur & de Conquérant.
France , à ces traits , reconnois ton
Maître , & fi l'éclat de fes victoires te le fait
admirer comme Héros , apprends de fa
bonté & de fa clémence , à l'aimer auffi
comme Pere.
C'eft fous ce dernier titre , Meffieurs
que je me propofe de célébrer aujourd'hui
ce grand Roi , & fi mes foibles talens me
fourniffent peu de reffources pour traiter
un fi beau fujet , je trouverai du moins
dans mon coeur un fond de fentimens
capable de me foûtenir dans cette entreprife.
De toutes les qualités qu'un Roi peut
apporter fur le Trône , il n'en eft point
de plus propre à faire le bonheur de fes
fujets , & à lui concilier leur amour , que
la bonté. C'eſt par cette vertu principalement
que les Rois font l'image de l'Etre
fuprême , dont la puiffance n'éclate que
pour faire du bien , & pour répandre fes
bienfaits fur tout ce qui refpire.
Or fi jamais Prince fit briller cette vertu ,
c'eft fans contredit notre Monarque. Soit
AVRIL. 1749.
3
qu'on le confidére dans fes actions d'éclar
foit qu'on l'examine dans fa vie privée
tout refpire dans fa perfonne le caractére
de la bonté la plus aimable.
Le Ciel l'a partagé de l'heureux avantage
de fe montrer toujours grand , fans
ceffer d'être homme , & ce fond d'humanité
eft comme l'ame de fes actions, même les
plus héroïques.
Eft-il Vainqueur à Fontenoy ? A- t'il
couvert nos campagnes d'ennemis taillés
en piéces ? Il conduit lui-même l'Héritier
du Trône fur le champ de bataille , & à la
vûe d'un fi terrible fpectacle : Apprenez ,
lui dit-il , monfils , à n'entreprendre jamais
là guerre que dans la plus preſſante néceſ
fite.
Combien de Princes fe feroient livrés à
toute l'intempérance de leur joie , & furtout
dans l'yvreffe d'une premiere victoire
? Mais non. Ce grand Roi en profite
pour modérer dans un jeune Héros trop
d'ardeur pour la gloire , & pour jetter dans
fon coeur les premieres femences du bon
heur des peuples , en lui infpirant des fentimens
pacifiques,
Un Prince , fi moderé dans la victoire ,
ne pouvoit manquer d'être compatifſant ,
même pour fes ennemis .
C'est à vous de le dire , fiers & braves
A iij
MERCURE DE FRANCE
guerriers , que
, que le fort des armes fit tomber
entre fes mains. Vit- on quelque difference
entre vous , & les propres fujets du Vainqueur
? N'éprouvâtes -vous pas de fa bonté
les mêmes foins pour vos bleffés , les mê
mes attentions pour vos malades ? Vous
fut- il permis de vous appercevoir que vous
étiez prifonniers de guerre ? Quelle diffe
rence entre notre Maître , & ces Princes
aveuglés par la victoire , qui abufent d'un
fragile avantage , pour faire fentir à l'ennemi
vaincu les difgraces de la captivité !
Les befoins preffans de l'Etat obligentils
ce Prince de lever des impôts fur les
peuples ? Il ne les ordonne qu'à regret , &
en fe faifant violence . Il écoute avec bonte
les repréſentations d'une Cour augufte
Toujours attentive à la gloire du Trône , en
veillant fur les intérêts du peuple.
Vit-on jamais fous aucun Regne les récompenfes
plus fréquentes , les gratifications
plus abondantes & plus multiplices
Jamais Monarque fit-il paroître plus de
compaffion pour les malheureux , & plus
de foin pour prévenir ou foulager leurs
miféres Que j'aime à le fuivre , Meffieurs ,
dans ces triftes refuges de l'humanité , où
il va vifiter les bleffés & les malades ! Que
j'aime à le voir s'intéreffer lui- même aux
befoins des hôtes infortunés de ces lieux de
fouffrance & de douleur !
VRIL. 1749. 7
De quels prodiges de valeur le foldat
n'eft il point capable fous un Roi fi tendre,
fi compatiffant
Mémorable journée de Laufelt ! J'en attefte
cette opiniâtreté de courage , ces efforts
prefque incroyables , dont tu feras à
jamais l'époque. Une force , fupérieure à
la valeur même , fembloit animer nos
combattans . L'ennemi confus , défefperé ,
la regardoit lui-même comme furnaturelle,
& cette force , Meffieurs , quelle étoit-elle ,
fi ce n'eft l'amour de nos troupes pour
leur Maître ?
Mais fi nous aimons ce bon Roi , de
quel amour lui-même ne nous honore- t'il
point Vient-il vifiter cette Ville ? La
joie qu'il reffent de fe voir au milieu d'un
peuple qui n'a de bouche que pour le
louer , qui n'a des yeux que pour le voir
cette joie , dis-je , le retient parmi vous
au-delà du tems qu'il s'étoit preferit. 11
vous donne un jour entier , pour vous témoigner
fa fatisfaction & fa tendreffe.
Eft-il au milieu du peuple de Merz ?
Son coeur ne peut tenir contre les acclamations
qu'il entend de toutes parts . Vive
mon peuple , répond-il aux cris de vive le
Roi , dont les airs retentiffent ; effufion de
coeur , d'autant plus flateufe pour fon peu-
Σ
A iiij
S MERCURE DEFRANCE.
ple , qu'elle le met en égalité de fentimens
vis-à vis de nous.
Une maladie fubite & dangereuse nous
fait craindre pour les jours. Il n'a de regret
à la vie , que parce qu'une voix fecrette
l'affûre , qu'il n'auroit vêcu que pour notre
bonheur.
Qui auroit pû douter , ô Grand Roi ,
de la vérité de cet oracle ? N'eft-ce point
votre amour pour vos peuples , qui vous
fit quitter votre armée de Flandres , &
braver les chaleurs d'une faifon brûlante
pour voler au fecours des habitans d'Alface
?
Le Ciel ne permit point qu'un motif fi
noble devînt la fource de nos malheurs.
La main du Tout- Puiffant vous rend à nos
voeux , & nous vous témoignons , à notre
tour , par les empreffemens de la joie la
plus tendre , quelles ont été nos craintes
& nos allarmes.
C'eft dans une circonftance fi touchante ,
qu'il s'éleva comme une voix publique
de l'épanchement de tous les coeurs. Ce
n'eft plus au Monarque , que s'adreffent
toutes les marques de joie , toutes les acclamations
, tous les voeux ; c'eft à LOUIS
LE BIEN - AI ME' , titre au-deffus de
tout éloge , & qui annonce le meilleur ,
* ..
AVRIL:
1749.
tomme le plus grand de tous les Princes
Car , s'il eft vrai que la Royauté doive
être l'image du gouvernement paternel ,
pouvions- nous caractérifer notre Maître
par un furnom plus honorable , que celui
qui nous donne l'idée d'un véritable Pere ?
Quel Prince mérita mieux un fi beau
titre , à n'en juger que par les traits , dont
je viens de vous donner une foible ébauche
?
Mais quels nouveaux fujets d'admiration
ne vous offrirois - je point encore dans
les vertus privées de ce Prince ?
Vous le verriez , dans l'intérieur de fon
Palais, également grand, également refpectable
par ce même caractére de douceur.Jamais
le moindre trouble , le moindre nuage ,
n'altére la ferenité de fon vifage. C'eſt une
voix unanime parmi les Officiers de fa Maifon
, que jamais il n'y eut un fibon Maître .
Le joug du fervice leur eftinconnu , par les
charmes qu'ils trouvent près de fa perfonne
; un air toujours humain. , toujours
bienfaiſant , ſemble leur exprimer qu'il
partage leurs peines , & c'eft comme à regret
qu'ils fentent expirer le tems de le fervir
.
Vous verriez dans le fein de fa
propre
famille le plus tendre de tous les peres ,
vivant avec le Prince & les Princeffes , fes
A v
to MERCURE DE FRANCE.
enfans , dans les pures délices de l'homme
privé ; formant lui-même dans leur coeur
ces fentimens de grandeur & d'élevation , ſi
dignes de leur augufte naiffance ; leur apprenant
à être fages , équitables , humains ,
modérés , en un mot femblables à luimême
; ne leur montrant fon autorité >
qu'en leur prouvant fa tendreffe ; ne leur
faifant fentir d'autre contrainte , que celle
que donne la joie de vivre avec ce qu'on
aime.
Il manqueroit un trait effentiel au portrait
de ce grand Prince , fi j'oubliois de
vous le faire voir auffi bon ami que vous
l'avez vû bon Maître & bon Pere. Oui ,
l'amitié , ce doux lien de la vie , cette
vertu fi rare fur le Trône , n'eft point un
fentiment inconnu pour lui. Que ce trait
fait honneur à un Monarque , fi vous confidérez
, Meffieurs , par quelles loix l'amitié
fe gouverne ! Elle n'eft ni flateufe ni
rampante ; elle n'envifage ni le rang , ni
l'autorité , ni la naiffance ; elle rend fes
hommages au feul mérite , & ne s'attache
qu'à la perfonne ; elle ne fe plaît que dans
Fégalité , elle eft ennemie de toute contrainte
; elle exige enfin autant qu'elle
donne. Un Prince qui aime , & qui veut
être aimé , eft donc celui qui fçait oublier
le titre de Maître , pour ne plus fe montre
A VRIL. 1749. IL
qu'ami . Qu'il eft grand , qu'il eft généreux
, qu'il eft beau de defcendre ainfi t
Que c'est bien connoître le prix des coeurs ,
& le doux plaifir qui eft attaché à s'en faire
aimer !
Non , ce n'eft point par un préjugé
aveugle , que notre amour lui a donné le
titre glorieux de BIEN - AIME'.
On nous regardera parmi les autres peuples
, fi l'on veut , pour une Nation idolâtre
de fes Souverains. Ici , la flaterie
n'a aucune part ; ce titre a pris naiſſance
dans nos coeurs , & les propres vertus du
Roi l'y ont fait naître.
Mais les Nations étrangeres elles- mêmes
n'admirent- elles point & la douceur & la
fageffe de fon Regne ? Interrogez l'Angleterre
entiere. De quels éloges ne l'a - t'elle
point comblé à la premiere nouvelle de la
fufpenfion d'armes ? Londres & fes habitans
ne pouvoient fe laffer de publier fes
louanges . Ils oublioient leur propre Monarque
, pour célébrer la grandeur du nôtre
.
N'en doutons pas , Meffieurs , c'eft de
ce fond d'humanité que l'on a vû éclore
ce grand évenement , cet évenement f
long-tems defiré , & qui rejouit aujour
d'hui toute l'Europe.
BRA vj
2 MERCURE DE FRANCE.
Dans quelles circonftances ce grand
Roi vient-il de donner la paix ? Dans le
plus haut point de fa gloire. A la veille
de fe voir maître de toutes les Places des
Pays-Bas , & de fubjuguer la Hollande
entiere. Dans un tems où toutes les troupes
ne refpiroient que la victoire , & où
la terreur & l'épouvante fembloient avoir
vaincu d'avance fes ennemis . Quelle magnanimité
n'eft pas néceffaire pour obtenir
de foi tant de retenue ? Sentons , Meffieurs,
tout notre bonheur , & jouiffons - en d'une
maniere , qui faffe voir que nous en fommes
dignes. Ne ceffons d'adreffer , nos
voeux au Ciel pour la profperité & la
confervation d'un Prince , auffi modefte
dans fes triomphes , qu'il a paru grand à la
tête de fes armées.
(
AVRIL. 1749. 13
E
FRAGMENT
A M. de ***,
Mporté par l'effor où ma verve fe livre ,
Cher ami , montre- moi la route qu'il faut fuivre .
Dans ces chemins étroits que je ne connois pas ,
D'un Poëte incertain daigne guider les pas ,
Et far le Mont facré , d'une main bienfaiſante ,
Conduis ma Mufe, encor timide & chancelante.
Irai- je fur la Scéne , à l'aide d'un Acteur ,
Faire rire peut-être aux dépens de l'Auteur à
Faudra- t'il , de Vénus célébrant la magie ,
Dans les accens plaintifs d'une fade élégie ,
D'une Héroïne en l'air plaindre le trifte fort ;
Et vouloir la chercher dans les bras de la mort ?
Non? Je ne pûs jamais fouffrir en mon langage
De ces mots doucereux l'infipide étalage ,
Et je préfererois , à ce ton languiffant ,
De l'enroué Brebeuf ( a ) le frivole clinquant.
C'est toutefois ce goût qui regne fur la Scéne
Des traits de Cupidon on arme Melpomene ;
Ċéfar ( b ) , de fes lauriers loin d'être couronné ,
( a ) Poëte François qui a traduit la Pharfale de
Lucain , & qui , à ce qu'on prétend , a encheri fur
l'enflure defes vers .
(b) Dans la Mort de Pompée.
14 MERCURE DE FRANCE
De myrtes & de fleurs eft mollement orné.
Veux-je voir ce Héros qui mit l'Afie en cendre ,
Ce Prince belliqueux , ce fougueux Alexandre (a),
Pour qui la gloire & Mars avoient ſeuls des appas
?
Les yeux de Cléophile ont arrêté fes pás .
L'univers ne pouvoit fuffire à fon courage ;
Jele vois dans les fers d'un indigne efclavage ,
'Aux genoux d'une femme abaiffer fa grandeur ;
Et pour prix de fes faits ne vouloir que fon coeur.
Heureux , fi fur les pas des Maîtres de la Grèce ,
Nos Auteurs de la Scéne exiloient la tendreffe!
Nous pourrions à ces jeux , devenus floriffans ,
Délaffer fans fadeur nos efprits languiffans.
Qu'eft devenu ce tems , où le peuple d'Attique
Voyoit avec plaifir fon Théatre tragique
Des plus chaftes attraits modeftement vêtu ,
Et jufques fous le mafque admiroit la vertu ?
Cet heureux tems n'eft plus : un goût trop déplorable
Sur la Scéne n'admet qu'un amour méprifable ( ) .
( a ) L'Alexandre de M. Racine. On peut répondre
que c'est une de fes premieres piéces.
(b ) Il eft dommage que ce trait de cenfure ne paroiffe
pas aujourd'hui des plus juftes. La Mérope de
M. de Voltaire , où il n'y a point d'amour , & tout
recemment a Tragédie de Catilina , nous ont prouvé
que les François pouvoient s'en paffer,
AVRÌ L.. 1749. IS
Mais , quoi donc : Efpérons. Le François eft
leger ;
Il ne fe dément point , & fon goût doit changer:
Le chemin eft ouvert : imitons Juvenat
Infenfé , laiffe -là ce métier trop fatal.
De fon tems on pouvoir , en fon humeur auſtére ,
Rire aux dépens des fots , fi communs fur la terre ;
Taxer du nom de fat, un homme qui l'étoit ,
Et dire enfin , tout haut , tout ce que l'on penfoit.
Trop de mal aujourd'hui fuivroit cette franchiſe ;
La fagefle dès Loix ne nous l'a point permife ,
Et tout Approbateur , fans doute avec raiſon ,
Au bas d'un trait malin n'a jamais mis fon nom.
Pourquoi , d'ailleurs , vouloir exciter la vengeance
?
Ne s'acquiert- on un nom que para edifance ?
Cet injufte talent doit- il être permis ,
Si donnant des lecteurs , il ôte des amis ?
Ne point médire ! O Ciel ! ... que faire donc :
Que faire ?
S'accoûtumer à tout , endurer , & fe taire.
Verum nequeo dormire..:
16 MERCURE DE FRANCE.
Q
REFLEXIONS.
Ue de biens dont nous ignorons le
prix, parce que nous n'en avons jamais
été privés !
Du premier coup d'oeil , on hait l'orgueilleux
: du fecond , on le plaint .
Ce qui nous rend fi hardis à envier l'état
d'autrui , c'eft l'affùrance de n'être pas
pris au mot.
Il eft des louanges fauffes & pourtant
utiles. De ce nombre font celles qui nous
impofent la loi de les mériter.
Quelques perfonnes ont tort avec efprit
; d'autres cat fottement raifon..
Lacht , dit - on , la fanté de l'ame ;
l'efpérance en eft donc la convalefcence.
Le plus brillant génie fent amortir ſon
feu dans l'adverfité ; mais ce que l'ame ,
abattue par le malheur , perd du côté de
l'imagination , elle le regagne du côté de
la réflexion.
Il eft des chofes qui encouragent & découragent
à la fois ; ce font les ouvrages
des grands hommes.
Que je plains
une ame tendre & délicate
, placée avec des ames dures & grof-
Geres ! Il me femble voir un corps mince.
AVRIL 1749 17
& délié , qui rifque à tout moment d'être
froiffé par les corps épais qui l'environnent.
Si vous voulez fçavoir quel degré d'eftime
vous devez accorder à une vertu ;
commencez par connoître l'efprit de celui
qui la poffede .
BASTON. A Dieppe , ce 24. Février...
AURYNGUOVANÝAUAUAQIANGLADY JURY
VERS
une Demoiselle , fur fa convalescence.
O
Vous , dont l'efprit & le coeur
Sont , à mon gré , le plus bel appanage !
La mort , qui des égards ne connoît point l'uſage,
A donc voulu fur vous déployer fa rigueur.
L'amour n'a pu fouffrir que la parque cruelle
Ravît à fon empire une Nymphe fibelle.
Aux pieds de Jupiter ce Dieu court tout en pleurs;
Secondé de fa mere , il lui peint fes douleurs .
De latendre Vénus les invincibles charmes ,
De fon fils défolé les éloquentes larmes ,
Changerent du Deftin les ordres rigoureux.
Et pour vous & pour nous , quel changement
heureux !
Vivez , mais fongez bien que vous devez la vie
18 MERCURE DE FRANCE.
Aux foins empreffés de l'Amour ;
Eet enfant dont les pleurs vous ont fi bien fervie ;
Doit être payé de retour .
Par le même.
LETTRE à M. le Chevalier *** à
Poccafion de la mort de M. le Comte
de *** . Par M. Porquet.
J'Ai vû mettre hier en terre M. le Com
te de *** , qui a été emporté au bout
de fept jours d'une fluxion de poitrine.
Cette funebre cérémonie , mon cher ami ,
m'a plongé dans des idées qui m'occupent,
& dont je veux vous faire part.
On entend parler à toute heure de gens
qui viennent de terminer leur carrière ;
nous les voyons même conduire tous les
jours dans leur trifte & derniere demeure ,
fans en être frappés. Il faut que ce foit des
perfonnes qui nous touchent par quelque
endroit,pour y faire une attention férieufe
& profonde. J'ai été furpris plus d'une fois
de cette indifference , non moins étrange
qu'ordinaire par rapport à un objet auffi
effrayant pour l'humanité . D'où peut venir
en effet cette fécurité mal entendue ,
qui femble nous promettre, l'affranchiffe
.
AVRIL 1749.. 19
"
ment d'une loi qui ne fouftre aucune exception
? Je penfe , mon cher ami , qu'en
difcourant avec vous fur cette matiere ,
je vous ai déja expofé de vive voix une
partie de ce que vous allez lire ; mais
qu'importe que je me répete ici ? Ces fortes
de réflexions font conformes à l'état
préfent de mon ame , & pourquoi n'auriez-
vous pas la complaifance de vous y
livrer un moment avec moi ? Vous n'êtes
mon ami que pour cela , cela , & d'ailleurs tout
ce qui eft marqué au coin de la fagefle &
de la vérité, ne peut manquer de vous plaire.
Doué des graces de l'efprit , vous en
avez auffi la folidité , qualités oppofées en
apparence , & même qu'une erreur affez
commune , ou plutôt qu'une baffe & maligne
jaloufie des talens reconnus a prétendu
long-tems être incompatibles , mais
qui néanmoins fe trouvent réunies plus
fouvent qu'on ne croit , principalement
dans ce fiècle-ci , qu'on peut dire être le
triomphe de l'exacte raiſon & dè la Philo →
fophie , ainfi que des agrémens , de la fineffe
& du goût.
Il eft certain qu'une infinité de caufes
concourent à rendre l'homme diſtrait à
l'égard de ce qui l'intereffe , & qui devroit
l'occuper le plus . Surtout une horreur fecretre
& naturelle détourne la vûe de fon
20 MERCURE DE FRANCE.
>
efprit loin de ce moment affreux , où cet
Univers , & tout ce qui peut y attacher ſes
affections , s'évanouira à fes regards comme
un vain fonge & comme une légère
fumée , & où il découvrira en même-tems
un nouvel ordre de chofes qu'il craint
ou du moins qu'il ne connoît pas. D'un
autre côté l'emportement de fes paffions ,
& le tourbillon continuel de ces puerilités
qu'on nomme affaires férieures , l'agitent
& le tourmentent fans relâche .
Dans le cours de ces diffipations & dans
l'ardeur de cette efpece de phrénéfie , quel
moyen qu'il fe recueille , & qu'il puiffe
jouir de ce calme & de cette liberté d'ame ,
néceffaires pour fonger que tout ce qui l'environne
, périra un jour , & que lui -même
finira dans peu ; pour y réflechir , dis- je ,
non pas de cette maniere inappliquée &
fuperficielle , avec laquelle il n'eft point
rare que les moins fages y réflechiffent ,
mais avec cette activité & cette force de
penfée, qui mettant l'objet médité , comme
fous nos yeux, en faifit , en pénetre , en ap ?
profondit toutes les parties & toutes les
fuites ?
Une autre raifon que je développerai
plus particulierement , parce qu'elle eft
peut - être moins connue , ne contribue pas
peu à nous entretenir dans l'oubli de ce
AVRIL. 1749 .
Terme fatal , vers lequel chaque pas que
nous faifons , nous conduit malgré nous.
Quelque grande que foit la multitude
des hommes qui difparoiffent de deffus la
furface de la terre , & en général des êtres
qui font détruits à tous les inftans , la
fcéne du monde demeure toujours remplie
, & nous n'y appercevons jamais de
vuide fenfible. La Nature ne fait point de
pertes qu'elle ne répare auffi -tôt , & le
fpectacle qu'elle nous offre , s'il change
fouvent , de la maniere dont il fe renouvelle
, paroît du moins à peu près toujours
le même . Tel eft le principe de l'illufion
qui diminue à nos yeux les effets fanglans
& terribles de la mort , je dirois preſque
qui nous fait croire qu'on ne meurt point ,
à moins , comme je l'ai obfervé , que
nous perdions nos proches ou nos amis.
Car alors la fphere étroite , dans laquelle
nous fommes renfermés , & dans laquelle
nous vivons avec eux , compofant en quel
que maniere un petit univers à part , aucune
de fes parties ne peut manquer , que
fon abfence ne foit remarquée ; ce qui
eft très-different par rapport à la communauté
générale des hommes. Après les batailles
de Ramillies, d'Hocgftet, ou telle autre
, s'appercevoit- on que les promenades ,
les places publiques, les Spectacles , fuffent
22 MERCURE DE FRANCE .
moins fréquentés ? Non , Paris ne paroiffoit
pas moins peuplé qu'auparavant , &
tout y alloit à peu près de-même. Mais je
fuppofe que le nombre des habitans de
cette grande Ville, du Royaume , du monde
entier , fi vous voulez , fûr déterminé
& qu'il n'y eût point de nouvelles reproductions
, de quelle terreur ne feroit- on
pas agité en voyant périr fi rapidement
& tomber , pour ainfi dire , à fes pieds le-
Genre humain ? L'image de la mort nous
feroit fans ceffe préfente , & nous ne verrions
qu'elle.
C'eft ce qui arriveroit fans doute à plufieurs
perfonnes de même fexe , qui ayant
fait naufrage , aborderoient , à l'aide de
quelques debris , dans une Ifle déferte ,
d'où elles ne pourroient fortir & où cependant
elles trouveroient de quoi pourvoir
aux befoins de la vie. Je m'imagine
qu'elles mourroient toutes autant de fois
qu'une d'elles viendroit à mourir , & diminueroit
par conféquent leur petite fociété
.
Il eſt pourtant vrai , mon cher ami , que
ce qui nous raffûre aujourd'hui, n'eft point
du tout un motif raifonnable.
En effet la naiffance des hommes , deſtinés
à remplacer ceux qui vivent à préfent,
n'empêchera point la fin prochaine de
A V RI L. 1749 .
28
ceux- ci : au contraire elle la leur annonce,
puifqu'elle leur annonce des fucceffeurs.
Je fuis , &c .
1
Voulez-vous du Public mériter les amours?
Sans cefle en vos écrits variez vos diſcours.
Defpreaux.
洗洗洗洗洗淡淡說洗洗洗洗浩
VERS , par le même.
A Mademoiſelle *** ; fur le deffein qu'elle
avoit de fe retirer du monde.
I
Ris , je n'ai plus rien à dire
Au projet que vous méditez ;
C'est la vertu qui vous l'inſpire ,
Car en tout vous la confultez .
Je ne veux , en ami fidéle ,
Que vous avertir d'un danger ,
Où bien-tôt , par excès de zéle ;
Vous-même allez vous engager.
Ce petit Dieu , des Dieux le maître g
L'Amour , choqué de vos mépris ,
Doit vous forcer à comparoître
Devant le Sénat de Cypris.
24 MERCURE DE FRANCE.
Là , fes yeux tout baignés de larmes ,
Il vous demandera pourquoi ,
Infenfible à fes plus doux charmes ,
Yous bravez fon culte & fa loi,
Sur vous , dira- t'il en colere ,
Je n'ai donc verfé mes bienfaits ,
Que pour vous voir , loin de Ciyhere ;
Les enfevelir à jamais !
* Sur votre ſein , fur votre bouche ,
En vain j'ai femé ces tréfors ,
Qui dans le coeur le plus farouche
Portent mes feux & mes tranfports.
Ces yeux , que j'animai moi-même ,
Font fentir en vain mon pouvoir ;
Quelle eft votre injuftice extrême !
Il faudra donc ne les plus voir
Cette taille noble & legere ;
Que Pallas pourroit envier ;
Cet air d'innocente bergere ,
Que je puis feul apprécier..
De tant d'heureux dons l'affemblage ;
Né pour le monde , le fuira !
Ah
AVRIL. 1749 .
25
Ah ! faites en plutôt l'uſage ·
Qu'un amant vous enfeignera:
Pour foi feul on n'eft point aimable
Trop charmante Iris , apprenez
Qu'envers moi vous êtes comptable
Des biens que je vous ai donnés .
Par un vain fcrupule aſſervie ,
Vous ne pensez pas que de moi
Tenant vos charmes & la vie ,
Vous m'en devez le doux emploi ,
Ma gloire doit être la vôtre.
Laiffez-moi conduire vos pas ;
Au profit de l'un & de l'autre
Exercez vos divins appas.
Quel trifte préjugé s'oppoſe
'A l'ardeur des tendres defirs !
La fleur de l'âge eft une roſe ,
Qui ſe fane fans les plaiſirs.
Tandis que vos ans vous fecondent
Faites donc un choix délicat.
L'Amour & vos yeux en répondent ;
Vous ne fçauriez aimer d'ingrat.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Iris , figurez -vous entendre
Cupidon qui vous parle ainfi
Contre une éloquence fi tendre
Aurez- vous le coeur endurci ?
Il n'eft point de fage réplique
Aux leçons de cet immortel ;
Les Juges de la République
Vous condamneront fans appel
Dans cet augufte Aréopage
On traite mal une Beauté ;
Qui fuit l'amoureux esclavage ,
Par indolence ou par fierté .
Sa politique ne pardonne
Jamais un pareil attentat ,
Et quelque excufe que l'on donne
C'est toujours un crime d'Etat.
La Raifon plaidera ma cauſe ,
Me direz-vous .... Ah ! la Raiſon ,
Lorfque l'Amour veut quelque choſe ;
Auroit beau jeu de dire non.
AVRIL. 1749. 27
VERS
A Madame Genty , pour le premier jour de
l'année. Par M. Chaponnel , fon petit-fils ,
en troifiéme au Collège d'Harcour
EN ce jour , où chacun fe pique d'éloquence ;
Je voudrois bien vous faire un compliment ;
Mais , Maman , le plus beau , pour un eſprit qui
.penſe ,
Qu'eft- il auprès du ſentiment ?
Refpect , amour , reconnoiffance ,
Voilà tout ce que je vous doi ,
Et c'eft auffi le feul hommage
Qui foit digne de vous & dépende de moi.
Je ne puis donc , Maman , vous offrir davantage
Agréez ce tribut ; fon prix eft la candeur .
S'il eft mal exprimé , du moins il eft fincére.
A mon âge on ſçait mal farder fon caractére ,
Et la langue est toujours l'interpréte du coeur,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
-
EXTRAIT d'un Projet dans lequel on
Je propofe de conferver à l'Etat un Corps
de vieilles troupes , en formant des Colonies
de deux cens Réformés , pauvres & volontaires
, auxquels on pourroit donner des
terres incultes, à mettre en valeur, fans que
le Roi y contribue , ni le Peuples même
pas
la Nobleffe , le Clergé , le Tiers - Etat , les
Fermiers Généraux , ni les Partifans. Pap
M. François Carré.
(
U Ne trop funcfte expérience n'a
que
trop fouvent démontré qu'une réforme
dans les troupes , lorfqu'elle eft faite
, fur tout à la fuite d'une guerre qui a
duré plufieurs années , a des fuites toujours
très à craindre pour les Réformés &
les autres Citoyens. Les premiers fe trouvent
fouvent dans l'impoffibilité de pouvoir
fubvenir aux befoins de la vie , faute de fçavoir
quelque métier; & les autres fouffrent
ordinairement de la dure néceffité où ceuxlà
font fouvent obligés de fe porter. De-là
il arrive qu'une partie des licenciés eft
dans l'obligation de s'expatrier , de paffer
chez l'étranger qui peut avoir befoin de
foldats ; l'autre , moins animée de cette
noble ardeur , fe laiffe aller à la licence
AVRIL. 1745. 19
qu'elle a contractée pendant la guerre , &
à laquelle elle donne une entiere carriere,
n'étant plus retenue par la fageffe qui la
contenoit, même dans ces tems de trouble.
Un Citoyen qui travailleroit à préveair
ces triftes fuites , qui tâcheroit de conferver
à l'Etat tous les fujets , qui empê
cheroit la fortie des uns & la licence des
autres , & qui trouveroit le moyen de
procurer ces avantages fans être dans l'obligation
d'impofer de nouvelles taxes , de
rien tirer même de celles qui fubfiftent ,
ne pourroit fans doute qu'efperer le fuffrage
du Public , la protection du Prince
fous le Regne duquel nous avons le bon
heur de vivre , & dont toutes les vûes font
dans les tems mêmes où il eft néceffaire de
facrifier des fujets , d'en conferver autant
qu'il eft poffible. Je ne fçais fa je puis dire
que j'ai trouvé ce moyen fi utile & fi néceffaire
; mais le projet que j'ai imaginé , le
plan d'arrangement que je me fuis fait ,
me donne cette douce efpérance , & flate
d'autant plus mon zéle , qu'il n'a été formé
que par la feule ambition que j'ai d'être
utile à ma Patrie.
Voici ce projet très abregé & dénué par
conféquent des détails où il eft néceffaire
d'entrer pour prévenir tous inconvéniens ,
& fubvenir à tous les befoins qu'une telle
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
entreprife demande ; détails que je n'ai
pas manqué de faire avec le plus de précifon
qu'il m'a été poffible dans l'écrit que
je garde , & que je fouhaiterois pouvoir
donner en entier , fi la voye que j'ai choifie
pour le faire connoître au Public ,
pouvoit le permettre.
Je propofe donc d'établir des Villages
compofés de deux cens réformés , dans les
Provinces Maritimes où il y a des terres
incultes , en commençant par les bords de
la mer, & en continuant par les grands.
chemins .
A ce feul énoncé, mon projet a fans dou
te de quoi prévenir contre lui ; on fent
d'abord que des
gens dénués de tout , tant
du côté corporel que du fpirituel , demandent
qu'on les prévienne fur ces
deux points . Non- feulement il faut leurdonner
de quoi vivre & s'habiller , mais .
il faut les loger, ou les mettre en état de fe
faire des logemens , en leur fourniſſant
tout ce qui eft néceffaire ; on fent que
comme fouvent les établiffemens formés
ne peuvent fe foutenir long- tems , fi on
n'y maintient pas une police reglée , qu'il
eft néceffaire d'établir des Juges pour le
corporel , & des autres pour le fpirituel ,
qui ayent infpection fur ces Villages & qui
puiffent lesconduire , y entretenir la paix,
AVRIL. 1749. 3F
Autant qu'il eft poffible , & empêcher les
défordres que l'ignorance trop grande de
fes devoirs entraîne toujours avec elle.
On conçoit aifément que ces nouveaux
établiſſemens feront autant de Mines , qui
enrichiront le Royaume par la multiplication
des denrées qui attireront les matieres
de nos voisins , ne pouvant s'en paſſer.
Ce feront autant de fortifications qui mettront
l'Etat à couvert des incurfions des
voiſins , jaloux de fa gloire. Ce feront autant
de pépinieres , qui multiplieront les
matelots , les laboureurs , les foldats , les
ouvriers , qui font ordinairement fleurir
le commerce. Ce fera de plus un Corps de
vieux foldats aguerris ( qui ne coûtera rien
à l'Etat que lorfqu'il fera commandé pour
le fervice ) tout armé , tout diſcipliné, &
prêt à marcher au premier ordre.
Je n'ai point cherché à me cacher toutes
les difficultés , je me les fuis au contraire
multipliées le plus que j'ai pû , afin de ne
rien laiffer en arriere. Je fuis même entré
dans de grands détails , & je crois avoir
prévû à tous. J'ai trouvé le moyen de faire
fubfifter les réformés depuis le moment
qu'ils feront privés de la paye du
Roi, jufques à ce qu'ils puiffent tirer de
leur travail de quoi le faire , jufques à ce
que les terres qui auront été concédées à
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
pres
chacun d'eux , puiffent les payer de leur
travail. J'ai fçû trouver les matériaux proà
leurs logemens , en attendant que
les Villages qu'ils doivent occuper foienz
bâtis. J'ai même étendu mes vûes jufques
fur les malades , les vieillards , les enfans
orphelins , les incurables & les veuves , &
j'ai trouvé les moyens d'établir dans tous
ces Villages un Hôpital fourni de tout ,
foit pour les uftenciles néceffaires aux be
foins journaliers de la vie , foit pour ceux
de la Médecine.
On s'apperçoit fans doute à ce court
énoncé, que j'ai vû toutes les difficultés de
l'exécution de mon projet , & qu'elles
font d'autant plus grandes , que je propo-
1e , comme je l'ai dit , de le remplir , fans
que l'Etat & qu'aucun Corps de l'Etat en
fouffre , puifque.j'ai , par deffus tout ce que
je viens d'avancer , fçu trouver des fonds
qui rentreront pendant le terme d'un mois
environ , plus qu'il n'en faudra pour former
les établiſſemens que je propofe , &
ces mêmes fonds deviendront , à l'inftant
de l'exécution que je donne pour le bien
du Royaume , un bénéfice pour Sa Majefté
, fans . celui que lui rapporteront
certainement ces établiffemens dans la
fuite . J'ofe même dire que l'utilité que
ces Villages pourroient produire au bour:
AVRIL
1749. 33
de quelques années , ne feroit pas petite,
& qu'elle feroit d'autant plus conſidérable
, que l'on conferveroit davantage
de fujets , qu'il y auroit plus de terres fertilifées
; deux points principaux fur lefquels
toute bonne & faine politique me
paroît devoir être fondée.
S'il arrivoit que l'intérêt particulier fit
naître des difficultés ( que l'Auteur a preffenties
, mais qu'il n'a pas jugé à propos
de rédiger ) qui s'oppofaffent à l'exécution
d'un plan dont l'extrême importance
fe manifefte à tout bon Citoyen , il s'offre
de les lever toutes , les moyens acceptés
, fi on veut lui faire l'honneur de l'en--
tendre. Lorfque l'on n'agit que pour le
bien général , que l'on eft animé d'un vrai
zéle , on trouve des moyens de conciliation,
qui ne ſe préfentent pas à tous points
de vûes..
A Paris le 12 Décembre 1748.
34 MERCURE DE FRANCE:
LA PAI X.
P.OEM E..
Uoi ! verrast on toujours la difcorde & lá
guerre
QUoi ! verraston
Tourmenter les mortels , & ravager la terre ,
Et toujours les humains , fecondant leurs fureurs .
Se font-ils un plaifir de leurs propres malheurs ? :
Barbares , quel démon , ennemi de vos vies ,
'A ,pour votre ruine , armévos mains impies ?
Le Ciel vous a-t'il donc accordé trop de jours 2
Par quelle frenefie en abreger le cours ?
Ils ne m'écoutent pas. L'inexorable haine
Dans les feux , dans le fang , au meurtre les entraîne
,
Et , la rage enflammant leurs coupables tranſports,
Ils n'offrent , en tous lieux , que ravage & que
morts.
Du milieu des clameurs , du trouble , des allarmes,.
Près d'un fleuve de fang , parmi des monceaux
d'armes ,
Dans ces champs tout couverts de corps & de dés
bris , <
Quelle ombre fe préſente , & glace mes eſprits a
Son front eft obfcurci de foucis & de crainte ; ,
AVRIL.. 35 1749.
La pâleur de la mort fur fon vifage eft peinte ;
Sa robe déchirée eft teinte de fon fang ;
Mille homicides traits lui déchirent le flanc .
1
Dans ce trifte appareil , confternée , abattue ,
Je la vois fuccomber fous le mal qui la tue ,
Et levant vers le Ciel fes yeux mouillés de pleurs ;
O Dieu , dit-elle , ô toi , témoin de mes douleurs,.
Verras- tu , fans pitié , l'excès de mes allarmes ,
Et m'as- tu condamnée à d'éternelles larmes
Voi mon état affreux , & mes cruels enfans ,
Dans leur fang , dans le mien, à l'envi triomphans,
L'un l'autre s'extiter à déchirer leur mere.
Ne fuis-je plus , pour toi , cette fille fi chére ,
Que ,d'un foin paternel , tu protégeas toujours ;
Cette Europe , long-tems tes plus chéres amours ??
C'eſt chez moi , tu le fçais , que tu trouves encore
Un culte fans mêlange , un culte qui t'honore.
Ah! quand pourrai-je enfin , dans une heureufe
paix ,
Te l'offrir , & jouir du fruit de tes bienfaits ?:
Là , l'Europe qui voit redoubler le carnage ,
Interrompt fon difcours , & voile fonviſage ,
Fuit de funeftes lieur , & loin de tant d'horreurs ,
Dans des antres profonds va pleurer fes malheurs.
Trifte Europe ! ton Dieu , touché de ta mifére ,
Entend , du haut des Cieux , tes voeux & ta prierei ·
Fais trêve à tes foupirs ; il veut à fes rigueurs
BVI
36 MERCURE DE FRANCE..
Faire enfin faccéder fes plus grandes faveurs .
Il appelle la Paix , cette fille adorable ,.
De fon Trône facré compagné infeparable :
L'Europe , lui dit- il , m'a touché par fes pleurs .
Et je veux aujourd'hui terminer les douleurs.
Ses enfans ont contr'elle allumé ma colére , ¸¸
Mais je les vois encor avec un oeil de perè.
Ecoute-moi , ma fille. Entre les plus grands Rois
Qui gouvernent l'Europe , & lui donnent des loix,
en eft un , ſurtout , qui regne dans la France ;
Un Roi , de ſes ſujets la plus chére efperance ,
Leur invincible appui , leur gloire , & tour à tour,
De vingt peuples , au loin , la terreur , ou l'amour
Va le trouver pour toi fa tendreffe eft extrême ;
Ma fille , annonce- lui ma volonté ſuprême.
Que , lui- même , il s'arrête au fort de fes exploits ,
Et pour toi , s'il le faut , qu'il céde de fes droits .
Je le veux pars. Soumiſe à ſon Dieu qui l'envoie,
Sur un char lumineux , la Paix- monte avec joie ;
Le front ceint de lauriers , l'olive dans fes mains
La divine douceur regne en fes yeux ferains.
L'abondance la fuit , fa compagne fidelle :
Les Arts , & les Plaifirs font rangés autour d'elle ..
2
Le char vole : les Cieux reprennent leur ażur ,
Le calme.reparoît , & l'air devient plus pur ;
De la fille du Ciel tout reffent la venue,
AVRIL.
37 1749.
Et lés coeurs font remplis d'une joie inconnue.
Elle.apperçoit de loin ces pompeux bâtimens. ,
De la main du Génie éternels monumens ;
Ces parcs délicieux , que l'Art & la Nature ,
'A l'envi l'un de l'autre , ont ornés fans mefure
Elle deftend enfin fur ces bords enchantés,
Ces fortunés climats , par Louis habités . "
'Aur ſpectacle charmant , qui par tout fe déploye
L'es Arts , de tout côté , font éclater leur joye ;.
S'admirent , en voyant dans ces vaſtes jardins ,
Gent chefs - d'oeuvre divers , ouvrages de leurs
mains.
Cependant , près du Roi la Paix vient de pa
roître ,
Et par fes feuls attraits s'eft bientôt fait con
noître :
Elle approche . Grand Roi , lui dit- elle , il eft tems
Que tu bornes le cours de tes faits éclatans.
Tant de remparts forcés , tant de Villes conquiſes,
Tes glorieux combats , des Provinces ſoumiſes ,
Tout prouve ta valeur , & tes fameux lauriers
Tant admis pour jamais au Temple des Guer
riers..
Une gloire fans doute , & plas douce , & plus
belle ,
A de plus nobles foins aujourd'hui te rappelle38
MERCURE DE FRANCE.
De l'Europe , Grand Roi , daigne combler les
voeux .
Que la Paix foit un don de ton coeur généreux.
Ce n'eft point dans la guerre , au ſein de la vic÷
toire ,
Que réfide , crois- moi , la véritable gioire :
Protéger les humains , veiller à leur bonheur ,
Voilà quelle eft des Rois la folide grandeur..
A ces mots prononcés d'une mod . fte audace ,
'Au-devant de la Paix le Roi court , il l'embraffe
Délices des humains , dit- it , aimable Paix ,
O toi , l'unique objet de mes plus doux fouhaits .
Faut-il , en ta faveur que ta bouche me preffe
Ne fçais- tu pas pour toi jufqu'où va ma tendreffe
?
Dans l'horreur des combats , le tumulte & l'ef
froi ,
Hélas ! je ne cherchois , je ne voulois que toi..
Va : de mes ennemis , par tes céleftes flammes ,
Défarme le couroux ; triomphe de leurs ames
Arrache le bandeau qui leur couvre les yeux ;
Leur haine finira , s'ils me connoiffent mieux..
Enfin
pour établir ton regne & ton empire ,
Que faut- il ? Parle ; à tout je fuis prêt à foufcrite
La Paix vole , elle a vû les rivaux de Louis ;
De furpriſe & de joie ils fe fentent faifis
Un invincible attrait vers la paix les entraîne ,
AVRIL. 391 1749
Ils quittent leur vengeance , ils dépouillent leu
haine ,
Rougiffent de l'érreur qui les avoit trompés ;
Des vertus de 'Louis ils demeurent frappés ;
Ne connoiffent dans lui , qu'un Roi digne qu'on
"l'aime ,
Un Roi doux , moderé , qui , ſe domptant lui
même ,
Veut bien facrifier au repos des humains
Tous les lauriers offerts à fes vaillantes mains ..
Dans le fond des enfers la Difcorde eft plongée ,
Et de fon joug affreux l'Europe dégagée ,
Dans les tranfports de joie , exalte par des cris
Et le nom de la Paix , & le nom de Louis
40 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗選選洗洗洗洗洗:洗洗
REFLEXION fur le Problême d' Arith
·métique , expofe page 72 du Mercure
de Janvier 1749.
M
Onfieur Faiguet nous a fait appetcevoir
dans le Mercure de Janvier
dernier , un phenoméne dans les ouvrages
du fameux Barême ; c'eſt un problême que
ce célébre Arithméticien s'eft propofé à
réfoudre , dont il a lui-même dicté les
termes , & qu'il n'a cependant point en
tendu.
Voici le problême .
Un homme mourant laiffe fa femme
enceinte , & cent mille francs de fon chef.
Il ordonne par fon teftament , que fi elle
accouche d'un garçon , l'enfant aura les
trois cinquièmes de la fomme , & la mere
les deux cinquiémes, & que fi elle accou--
che d'une fille ; l'enfant aura les trois feptiémes
, & la mere les quatre feptiémes.
Il arrive que cette veuve accouche à la
fois d'une fille & d'un garçon. Sçavoir ,
combien chacun doit avoir de ladite fom.
me de cent mille francs , en confervant
toujours la proportion de la mere aux enfans.
Pour réfoudre cette queftion , M. Bar
4
AVRIL. 1749. 41
reme divife ladite fomme de cent mille
fivres en treize parties égales , dont il
donne trois à la fille , quatre à la mere
& fix au fils , au moyen de quoi la part
de la fille eft de
celle de la mere, de 30769
23076 I. 18 L. 5 d .
4 7
& celle du garçon, de 46153
16 11
n'eft
100000.
13
نا
-
لتا
13
M. Faiguet trouve que cette folution
pas exacte , & qu'elle eft injufte à
Fégard de la fille & de la. mere , en ce que
Ja portion du fils eft trop forte , & du
double de celle de fa foeur , & par conféquent
de beaucoup au-deffus de la differ
rence qui fe trouve entre trois feptiémes &
trois cinquièmes , qui n'eft pas tout - àfait
du tiers . Pour rectifier cette erreurs,
M. Faiguet croit qu'il faut divifer lefdits
cent mille francs en 53 parties , dont il
en affigne quinze à la fille , dix -fept à la
.mere , & vingt-un au fils , & opérant
en conféquence , il décide que la fille doit
avoir
la mere ,
& le fils ,
28301 l . 17 f. 8 d .
$ 3 32075 9 55
39622 12 2
100000.
42 MERCURE DE FRANCE.
C'eft avec raifon que M. Faiguet à re
levé la faute du célébre Barême ; il eft certain
que ce dernier n'a pas entendu fa propofition
, car out a - t'il trouvé que le Tefsateur
avoit intention , que fon bien fût
partagé par treiziémes ? Mais M. Faiguet
l'a- t'il mieux entendue , en le partageant
en cinquante -troifiémes ? Il me paroît que
fa folution n'eft pas plus fondée que la
premiere .
En effet , de quoi s'agit- il dans le problême
? D'exécuter les dernieres volontés
d'un Teftateur , qui n'efperant avoir de fa
femme , qu'il laiffe groffe , qu'un héritier ,
dont il ignore quel fera le fexe , ne fait de
fon bien , montant à cent mille francs.
qu'un feul lot , & ordonne que fi c'eft un
mâle , il gardera les trois cinquièmes de la
fomme , c'eft à-dire ,
& en cédera deux à fa mere ,
qui font
&
que
60000 1.
40000 I
100000 1.
fi c'eft une fille , elle ne retiendra
que les trois feptiémes de la fomme , c'eſt- '
à- dire ,
& laiffera prendre à fa
mere les 4 autres fep
428571.2 f. 10 d .
rémes montans , à
57142 17 14
100000
AVRIL. 1749
43
Au lieu d'un feul héritier la veuve en
met deux au monde , garçon & fille , évenement
que le Teftateur n'a aucunement
prévû , & auquel il faut pourvoir pour
lui , & dans le même efprit , dans lequel
il eft à préfumer qu'il y auroit pourvû luimême.
Or eft-il à croire , que fi ce Teftateur
eût affez vêcu pour voit le double fruit de
Paccouchement de fa femme , il fe fût
avifé de faire des calculs imaginaires , pour
trouver dans l'Arithmétique des nombres
qui pûffent le partager par cinquiémes &
par feptiémes ,pout rectifier fon teftament,.
& affigner la part qu'il voudroit laiffer
à fa femme , & à chacun de Tes enfans ?
Non fans doute , mais de deux chofes
Pune.
Ou , portant toutes fes affections du
aôté de fon fils , comme l'héritier de fon
nom & le foutien de la famille , il auroit
ordonné que fur ladite fomme de cent
mille livres , total de fa fucceffion , fondit
fils prendroit celle de foixante mille
livres , comme la lui affigne le teftament ,
& que les quarante mille livres reftans
feroient partagés par feptiémes entre la
fille & la mere , en forte que la fille , ne
fe réfervant que les trois feptiémes de la
44 MERCURE DE FRANCE
dite fomme de quarante mille livres
montant à
laifferoit à fa mere les
171421.17.f.i.d.
quatre autres feptiémes
de ladite fomme ,
failans 22857 2 10
40000.
Ou bien , plus judicieux à l'égard de fa
famille , il auroit fait deux lots égaux de
fon bien , de cinquante mille francs chacun
, l'un pour fon fils , & l'autre pour fa
fille , & auroit ordonné que le fils cédât
les deux cinquièmes de fon lot à fa mere ,
& s'en refervât les trois autres , & que la
fille cédât pareillement à fa mere les qua
tre feptiémes du fien , & ne s'en refervât
que trois feptiémes. Ce dernier arrangement
eft celui qu'il me paroît qu'on doit
fuivre dans la folution du problême propofé
; car dans le doute , le fentiment le
plus égal & le plus judicieux eft celui que
l'on doit fuivre , & ce dernier l'eft infiniment
plus que le précédent , qui eft d'une
extrême rigueur. Ainfi j'eftime conformément
à la derniere difpofition , que dans le
cas propofé , la fille doit avoir pour trois fepA
V R I L. 1749. 45
rémes de 50000. 1 . 214281.116.5 d. –
le fils pour trois cinquiémes
de 50000 l . 30000.
Et la mere pour quatre
feptiémes dans les
50000 l.faiſant le lot de
la fille 28571 1.8 f.od.
& pour deux cinquiéme
dans les 50000 l . du
lot du fils , 20000.
total 485711. S. 6
fomme moyenne entre
celle
de 57142 l. 17 f. 1 d.
qu'elle avoit à prétendre
, fi elle n'eût ea
qu'une fille , & celle de
40000 l . qui lui feroit
feulement revenue , fi
elle n'eût eu qu'un gar-
51428 11 5
COD , Ci
48571 8 6
100000 ,
46 MERCURE DE FRANCE .
S
* X* XX*3X+ 3X+: +3XXXX
FABLE
Le Renard , l'Ours , & le Baudet.
C'Eft de tout tems que la craffe ignorance
A des debats avec le vrai fçavoir ;
( On la connoît à fes airs d'importance )
Mais ce dernier la range à fon devoir ..
Ses traits perçans , dont fon orgueil s'offenfe
Lui font par tout redouter fon pouvoir.
Maître Baudet , contre toute juftice ,
Vouloit primer fur tous les animaux ;
Aucuns étoient , qui pétris de malice ,
Etoient pour lui de terribles rivaux.
Peu leur falloit pour exciter leur ire ,
Et n'étoit pas aifé de les réduire .
Souffriroient- ils qu'un chétif animal
Que la faveur a tiré de la boue ,
Et que le fort a placé dans fa roue ;
Vînt avec eux trancher du Général ?
On en voit bien , dans le fiécle où nous fommes?
Agir ainfi , même parmi les hommes:
Le Baudet donc fit faire un beau matin
Forte défenfe en toute la Grurie ,
Aux animaux , d'aller dans la Prairie
Un certain jour y brouter le fainfoin
AVRIL.
47 1749.
» F'irai , dit- il , par droit de préference ;
Et fi quelqu'un paffe mon ordonnance ,
» Je ſçaurai bien l'en punir comme il faut.
1l prétendoit que toute l'affiſtance ,
Sans répliquer , fouſcrivît de plein faut ,
Mais le Renard , méprifant fa menace
S'en fut brouter. Le Baudet avocaffe.
Quel attentat ! il tombe de fon haut .
On dit qu'il fit une affreuſe grimace,
Et fut hué parmi la populace.
Alors confus , Pimbécile clabaud
Dreffe une plainte , & préfente requêté
A fignor l'Ours . 11 jure par fa tête ,
Que du Renard l'indomptable fierté
Sera punie avec ſevérité.
Devant le Juge on appointe la cauſe ,
Et le Baudet à plaider ſe diſpoſe ;
Un accident furvint & Kempêcha :
Le pauvre diable étoit , dit- on , malade
Il eut recours au chien , fon camarade ,
Et celui-ci volontiers s'en chargea
L'Ours eut bientôt décidé cette affaire ;
Et condamné le Renard aux dépens ;
Mais , par malheur ,il n'étoit de ces gens
Qui ,chez leur Juge , armés de beaux préfens
Vont acheter un arrêt mercenaire :
Pour ce micmac que la haine fit faire ,
>
48 MERCURE DE FRANCE.
Il appella pardevant l'Eléphant ,
Juge fevére , équitable & prudent';
Et fçut prouver avec tant d'évidence ,
Qu'ils avoient tort , qu'il étoit innocent
Et que le feul plaifir de la vengeance
Avoit armé les fiers accufateurs ,
Que , pour punir leur altiere infolence ;
On les chaffa comme infames voleurs .
Par M. V. D. L. M. D. F. de Rofnai ;
en Champagne.
2222222222
V
LETTRE
Ecrite à Madame la Comteffe *** ;
Ous dites , Madame , que nul objer
naturel n'a plus de charmes qu'un
arbre en fleurs ou en fruits , & vous avez
bien raifon. Vous êtes auffi étonnée de ce
que les grands Peintres ne les repréfentent
jamais avec cette parure , ce qui pourroit
faire croire qu'ils font plus beaux fans
elle , & vous m'ordonnez à ce fujet , de
vous développer les raifons que peuvent
avoir les Maîtres de Art , de les traiter
avec tant de dédain. Si cette queſtion
m'étoit faite par une perfonne qui eût .
moins de connoiffance & de goût , je lui
répondrois
AVRIL. 1749. 43
A
répondrois, qu'à la vérité la nature eft l'objet
de la peinture , mais que tout ce qu'elle
offre , n'eft pas pour cela à imiter . Souvent
des effets de lumieres , occafionnés fur les
ndages au moment que le Soleil va fe repofer
entre les bras de Thétis , quoiqu'admirables
dans la nature , détonneroient dans
un tableau , dont l'harmonie & l'accord
font toute la beauté . Mais qui fçait mieux
tout cela que vous , Madame ? Voici donc
les idées que mon foible génie m'a fournies
à ce fujet. Les Peintres , fi fouvent comparés
aux Poëtes , s'efforcent de juftifier
cette comparaifon , dont leur petite vanité
n'eft , je vous l'affûre , pas peu flatée . Les
derniers font dans l'ufage de fupprimer
mille évenemens , quoique liés àleur fujet,
& les reléguent dans les couliffes ou derriere
le Théatre , perfuadés que le vrai
n'eft pas indiftinctement propre à la repréfentation.
Les Peintres font de même , &
quand ils peignent un arbre fruitier , ils
nous laiffent à penfer , ou qu'alors le prinzems
renaît , ou que l'automne eft paflé .
Je pourrois bien m'embrouiller ici un peu.
Je penfe donc , pour parler clairement ,
que les Maîtres de l'Art préferent la réalité
à la figure . Pourriez-vous , Madame ,
les trouver de mauvais goût ? N'y auroit-il
pas auffi un peu de prudence dans leur
C
so MERCURE DE FRANCE,
A
conduite ? Nous ne fommes plus au tems
de ces Grecs , dont le pinceau', rival de la
nature , trompoit les hommes & les animaux.
Nos François l'ont bien fenti .
Qu'ont- ils fait ? Ils font devenus moins
ambitieux . Perfonne ne s'y feroit trompé
& dans leurs tableaux les fruits ou les
fleurs auroient plutôt paru des taches que
des agrémens . Ces êtres inanimés ont
donc perdu un de leurs priviléges , & je
ne vois que les arbres du jardin des Hefpérides
qui l'ayent confervé. Cette parure',
fans laquelle il eft défendu de les peindre ,
je la compare aux ajuftemens des Dames,
Parées des attraits de Vénus , elles s'étudient
chaque jour à les rendre plus piquans.
Les modes & les pierreries font les
moyens que l'Art leur offre. Elles en profitent.
Cela eft à merveille : un Toqué, un
la Tour qui les peignent , écartent , éloignent
ces ornemens empruntés . Tantôt
c'eft une Flore , une Hebé, qui.fort de leur
pinceau ; tantôt une Cerès : le plus fouvent
un fimple négligé releve ces graces touchantes
qui vont au coeur , & le forcent à
fe rendre . Les Dames s'en plaignent- elles ?
Je vous le demande , Madame. Les arbres
auroient donc mauvaiſe grace de fe plaindre
d'un ufage , auquel le beau fexe eft
forcé d'applaudir. Vous me répondrez ,
AVRIL. 1749:
Fans doute , que la perte d'une chofe
étrangère coûte moins que celle d'une
chofe naturelle. J'en conviens. Mais en
réflechiffant fur l'attachement des Dames
la pour parure , pourroit-on difconvenir
qu'elles l'ont en quelque forte naturalifée ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
CANAVACICƏHDUDHAYAYAYAYA
ODE
Bella magnus , Pace major Ludovicus.
Q
Uæ me volentem blanda per
Pindi rapit vis ? Jam videor pios
Subire lucos , jam benigno
Lumine Pieridum beari ,
arduum
Coeptis , Camoenæ , grandibus impares
Juvate cantus : magnanimum feram
In aftra Regem , totus ultrò
Quem dominum fibi pofcat orbis,
*3*+
At vana demens numina quid moror !
Sat una virtus me tua vivido
Succendit igni ; tu benignum
Unus eris , Lodoice , numen .
Cij
5 MERCURE DE FRANCE.
Qualis per auras impavidus Jovis.
Ales fuperbo provocat impetu
Ventos , & imbelles potenti
Imperio domitat volucres.
炒菜
Ni prona pennis alituum cohors
Regem falutet fupplicibus fuum :
Jam frendet horrendum , & minaces
Exacuit metuendus iras.
Tùm molle roftro perfequitur genus ,
Totoque pellens æthere , fervidus
Premit fugaces , & decoram
Sanguineo ciet ungue cædem,
Talis fremendo fulmine Lodoix
Jurata Regum foedera diffipat ,
Belloque gentes quot laceffit ,
Tot varia accumulat trophaa.
Ductore tanto ,jure , fuperbiunt
Galli feroces , & varios amant
Tentare cafus , nobilefque
Morte volunt peperiffe lauros .
****
AVRIL
53 1749.
Hinc parta genti gloria Gallicæ ,
Et alta multis nomina vatibus
Cantata , Furnæ , Ganda , Montis,
Oppida jam cecidêre centum,
Vobis triumphos , Francigenæ , novos-
Campus Lopheltes.en parat : acrius
Inftate , & immenfam feretis ,
Indomito licet hofte , laudem >
Auditis : & jàm martia defides-
Cantu minaci buccina`militum
Accendit iras : ad cruentam
Denfæ equitum , ped itumque pugnam
**
Ruunt cohortes : ftat Leo Belgicus ,
Pardufque contrà , Bant aquila truces
Junctis & und Gallicano
Viribus imperio ruinam
Certam minantur , diraque funera g
Fruftra fed hoftes fulmineos manu
Enfes corufcant , fruftra ubique
Mortiferos jaculantur ignes..
C iij
54 MERCURE DE FRANCE
Invictus unus , nec metuens mori ,
Quem fola ducit gloria Principis ,
Gallus per armatas cohortes
Sternit iter , cuneofque rumpit.
At quis tot inter millia pulvere
Sordet decoro , atque agminibus præít
Gallorum , & ingentes catervas
Per medios rapit unus hoftes ?
Martem ne credam , an Mauritium , dedit
Portare fulmen cui Lodoix fuum
Quas ille ftrages , quàm cruentas
Ore, oculis , animifque fpargit !
Quâ nempè victor ferreus aſpici
Flammata torquet lumina , digidit
Hofti pavorem , dùm viriles
Franciadis animos miniſtrat.
Torrentis inftar , nil rapidum valer
Tardare curfum : nec mora ; dum loquor ,
Gallos fubactus fulminantes
Attonitis Mofa fenfit undis
AVRIL.
1749. 53
Hollandiæ ingens , firma que concidit
Jamfracta , verſo cardine , janua
Pallete , Batavi , alta vobis
Vulnera Mauritius minatur.
At ſcena rerum quæ nova panditur ?
Belli procellas quis placido Deus
Vultu ferenavit , dieſque
Pacificus revehit quietos ?
**
Europa Martis tota furoribus
Dudum in ruinam concita propriam ,
Ruebat in cædem , & recentes
Materiem dabat ufque Gallis
Lauros metendi , at fanguine militum
Lauros madentes fpernere fortior ,
Totum fecundâ Ludovicus
Pace beat generofus orbem .
炒菜
Tot verfa certo monia fulmine ,
Tuâque fractos tot populos manu ,
Rex magne , venturos in annos
Hiftoriæ monumenta ducent.
**
C
iiij
3 MERCURE DE FRANCE
Quin & timendi gloria nominis
Vires eundo colliget arduas , -
Pennâque victrici per omnes
Clara feret tua facta terras.
**
Præfentis alto , fed proprio gregi
Infixa pacis gaudia pectore ,
Et laudem , & æternos tuorun
Conciliant , Lodoice , amores,
Quid Marte poffes , fcilicet extera
Senfêre gentes, nos melius bonâ
Quid pace : cuncta laude major
Francigenis celebrandus Heros..
Tantis beatam muneribus folum
Relinque ferus , Rex bone , Galliæ
Vive in falutem , & Parca , flecti
Jam docilis , vereatur annos..
AVRIL.
57
.
1749.
De
DESCRIPTION de la nouvelle Place
de Mars , à bâtir au Carrefour & Porte
de Buffy , fur les plans & élevations du Śr
Vital de Langrené , le pere , Architecte ,
préfentés au Roi à Versailles le 26 Septem-.
bre. 1747 , fuivant lefdits plans , éle
vations & modéle en relief, qu'il en a faits :
depuis , dans le courant de l'année 1748 ..
Line donner au
E Sieur de Langrené ne s'eft déter
miné à donner la préference au car--
refour & potte de Buffy , à tous autres
lieux à lui connus , pour l'emplacement :
de cette belle & magnifique Place ,..
qu'après en avoir reconnu tous les avantages
, tant pour l'économie que pour les :
agrémens naturels qui s'y trouvent , & les :
differens points de vûe qui , par le fécours :
de l'Art , feront voir de plufieurs côtés ,,
& de très-loin , la Statue équestre d'un
Roi chéri de fes Sujets , qui en doit faire :
l'unique objet , & qu'après avoir levé
exactement la plus grande partie des au--
tres emplacemens propofés pour cette
Place , par beaucoup d'Architectes , à qui
lé carrefour des rues de Buffy , Mazarine ;,
Dauphine , Saint André des Arcs , & de la
Comédie , avoit jufqu'ici échappé , an-
.
Gyv
JS MERCURE DE FRANCE.
quel ledit Sieur de Langrené s'eft toujours
fixé depuis 1744 , qu'il a travaillé volontairement
à differens projets , fur tous les
autres emplacemens , qui ne flatent point:
comme le fufdit carrefour.
Defcription de la Place , telle que le Sieur de
Langrenéfe propofe de la conftruire.
Cette nouvelle Place , qui doit être éle
vée à la gloire de Louis XV. au carrefourde
Buffy , fera de forme octogone , ou à
huit pans réguliers , de chacun cent cinquante
pieds de large d'angle en angle ,.
fon diamétre au rez de terre de face en
face , fur trois cens foixante pieds , & ſon ·
enceinte dans oeuvre de douze cens pieds.
Cette Place fera décorée , en- devant au
rez de chauffée , de fix belles arcades , de
neuf pieds d'ouverture dans oeuvre , éle
vées en pierre de taille de Saint Leu.
Les pilliers, qui les partageront , auront
huit pieds de large , & dix - huit pouces d'épailleur.
Au- devant de chaque pillier ſeront
doubles colonnes d'Ordre Dorique
accouplées & engagées dans chaque pillierd'un
tiers de leur diamétre. Les bazes de
ces colonnes feront Attiques , & dans le
gorgerin du chapiteau il y aura trois fleurs .
de Lys ; lefdites colonnes accouplées fur un
feul foc de pierre dure , de deux pieds &
AVRIL. 1749.
59
demi de hauteur , ce qui formera une trèsbelle
colonade. L'entablement qui couronnera
lefdites colonnes , fera compoſé
d'une architrave , frize & corniches , laquelle
frize fera ornée de triglifs & metobles
, qui feront autant de bas reliefs repréfentans
differens attributs de guerre , de
victoire , & de paix , & autres à la gloire
du Roi.
Ledit entablement qui regnera en face
de chaque pan , dans tout le pourtour de
ladite Place au même plein-pied , ne fera
interrompu feulement dans quatre pans ,
que par un magnifique portique dans le
milieu de chacun , qui termineront , les
ans l'entrée des rues qui rendent à ladite
Place , les autres , les principales entrées
des bâtimens, les plus confidérables qui or
neront cette Place. Er dans les quatre
autres pans , à chaque encoignure d'autres
rues , ou principales entrées , fera élevé un
groupe de quatre colonnes Corinthiennes ,
pofées fur un feul foc & piédeftal , &
couronnées d'un entablement iſolé , fur lequel
feront placés des ftatues & trophées
d'armes , & autres fujets convenables ci
après expliqués.
L'entablement qui doit couronner la
fufdite colonade & former l'enceinte
de la Place , fera orné au-deffus d'une ba-
>
€ vj
60 MERCURE DEFRANCE.
luftrade de pierres de taille de hauteur con
venable , dont les baluftres feront interrompus
à l'aplomb defdites colonnes , par
des piédeftaux de pierre , dans le devant
defquels feront des bas-reliefs , qui alternativement
repréfenteront le chiffre du
Roi par deux LL. entrelaffées dans un cartouche,
entourées artiftement de branches
d'olivier , couronnées de laurier , ce qui
fera allufion au Roi , au milieu de la Vic--
toire & de la Paix
Et au- deffus defdits piédeftaux , pour
terminer cette magnifique colonade ex
térieure , fera fur chacun des piédeftaux
un groupe de petits génies qui rer
préfenteront les jeux , les plaifirs , l'abon
dance & autres.. fujets relatifs à la
paix..
,
Quant aux portiques qui feront à l'ene
trée de chaque rue , ils formeront des arcs
de-Triomphe des plus magnifiques , qui
auront quarante- huit pieds de face , fur
une hauteur proportionnée. Dans l'ouver--
rure de l'arcade ou paffage public dans chaque
rue, qui aura vingt pieds de large, ornés
d'un impofte & archivol à la clef de ladite
arcade , fera une tête avec les attributs qui
férant connoître les rues fuivant leur hori
zon , la premiere pour le point du jour » ,
la deuxième pour le milieu du
jour , la
AVRIL 17491
troifiéme , le foir , & la quatrième une
tête de Diane , comme préfidant à la nuit...
Aux deux côtés de chacune arcade , ou
entrée publique , feront élevées deux gran¹
des colonnes d'ordre Corinthien , canne
lées & ifolées avec pilaftres , engagées des
deux tiers dans le corps duditArc- de- triom
phe; le tout élevé fur des piédeftaux qui
poferont fur un feul foc de deux pieds
& demi de hauteur . Sur les faces defdits
piédeftaux feront fculptées en bas - reliefs
des devifes allégoriques à la gloire du
Roi.
Entre chaque efpace defdites colonnes
à hauteur du couronnement ou corniches
des piédeftaux , fera des deux côtés une
niche cintrée fur fon plan & élevation ,
dans lesquelles feront des ftatues de pierres
de Tonnerre plus hautes que nature : en
tout il y en aura hait , dont l'une fera là
Science les trois Vertus Théologales ,
fçavoir, la Foi , l'Espérance & la Charité ;
avec les Vertus Cardinales , fçavoir , la
Juftice , la Prudence , la Force & lá Tempérance,
toutes ornées de leurs attributs.
›
Au - deffus defdites niches , à chaque Arcde-
triomphe , doivent régner unimpofte fur
toute la face , & en retour & l'aplomb des
niches des paneaux en ravallement , dans
2 MERCURE DE FRANCE
efquels des bas-reliefs repréfenteront les
Villes & Places conquifes par le Roi .
L'entablement qui couronnera toute laface
de chaque portique ou Arc de triomphe
fufdit , n'aura d'autre ornement que
fon architrave , frife & corniche , dans la→
quelle corniche il n'y aura que des modillons
& mufles en forme de gargot.
Au- deffus dudit entablement fera un piédeſtal
cintré fur fon plan & élevation ,
ifolé & faifant face fur la Place , & le tout
enrichi de quelques faisceaux d'armes
cuiraffes , cafques & autres attributs de
guerre.
Sur led . piédeſtal feront élevés plufieurs
drapeaux , étendarts , guidons , lances , bou
cliers, timballes , trompettes , corcelets &
autres trophées. Au milieu de chaque piédeftal
, feront élevées les Armes de France
dans un cartouche d'un goût fingulier ,
couronnées de la Couronne Royale , artif
tement foutenue fur des branches de laurier
& d'olivier , pour faire connoître que
Louis XV. au milieu de la victoire , ne dé
fire
que la Paix pour le bien de fes fujets .
Sur les huit groupes de colonnes d'or
dre Corinthien fufdit , qui doivent être
à chaque encoignure des rues ou autres en
rées ptincipales qui donneront fur cetta
AVRIL 1749. 63
Place , feront pofées les quatre Saifons
fçavoir , du côté du Levant , fur un des
groupes, le Printems & l'Eté ; fur l'autre &
aux deux autres vis- à- vis , tirans au Nord ,
l'Automne & l'Hyver ; & fur les quatre
autres qui doivent le regarder d'un côté
de la Place à l'autre ,feront pofées les qua
tre parties du monde , fçavoir , du Levant
au Midi , l'Europe & l'Ae , & du Midi
au Couchant, fur l'un , l'Afrique , & fur
Fautre , l'Amérique .
•
La colonade fufdite d'Ordre Dorique ,
qui doit former l'enceinte de cette grande
& magnifique Place , donnera au rez- dechauffée
une galerie couverte dans tout le
pourtour de quatorze pieds de large , &
au- deffus une terraffe de plus de quinze
pieds , non compris la baluftrade.
Cette galerie couverte , outre la com
modité publique qu'elle donnera à tous
les
gens de pied, pourra en tout tems.
fervir de promenade,ce qui fera d'un grand
agrément , étant décorée à droite & à gauche
de pilaftres Doriques , engagés des
deux tiers dans l'épaiffeur des murs élevés
fur un fimple foc de dix-huit pouces de-
Haut,couronnés d'une corniche architravée,.
au- deffus de laquelle prendront les naiffances
d'une très-belle voûte d'arête ,,
dont les arêtes & arefdoubleaux feront de
64 MERCURE DE FRANCE.
pierre de taille , & le refte en brique par
compartiment.
A l'aplomb des principales élévations
uniformes, qui doivent décorer cette Place ,
fous ladite galerie & d'aplomb fur la terraffe,
feront, entre chaque pilaftre alternati
vement , des arcades & petites portes quarrées
, dont partie defdites arcades fervira
d'entrées aux Hôtels & autres Bâtimens
principaux qui donneront fur la Pla
ce , & les petites portes pour les maiſons
Bourgeoifes qui fe pourront trouver avoir
leurs entrées fur cette Place.
Les fufdites élévations ne feront point
confufes d'ornemens , feulement bâties de
très-belles pierres de S. Leu , fans aucune
tache , élevées fur une premiere affife de
pierre dure de Montfouris , de deux pieds
& demi de hauteur , le tout proprement :
taillé. Les croifées n'auront que de fimples
bandeaux , & au milieu de la bande ou
couverte en forme de clef , fera fculptée
une tête ou agraphe , qui aura attributs ,
comme fuite des autres ornemens qui embelliront
cette Place :
Par rapport aux terraffes qui feront recouvertes
de dales ou tablettes de pierre
dure à joints recouverts , maftiqués dans les
joints , chaque croifée au premier étage ,
aura de hauteur , fous couvertes , douze
AVRIL. 1749.
૬
pieds, & quatre pieds & demi de large, &
deviendra porte-croifée, pour entrer fur les
terrafles.Celles du deuxième étage au- deffus
qui feront féparées d'un impofte , qui re- .
gnera le long des faces de chaque pan , fe-
Lont bombées, & n'auront que dix pieds de
hauteur ,fur quatre & demi de large , avec
fimples bandeaux & clefs , comme cr-delfas.
Lefdites croifées du fecond étage feront
ornées de . très-beaux balcons de fer ,
d'un grand deffein , & bien executé . Lefd
façades étant reculées de la fufdite colonade
de quinze pieds de chaque côté , par
rapport à la galerie qui eft entre, donneront
à la hauteur des terraffes à cette Place un
diametre de trois cens -quatre - vingt - dix
pieds , lefquelles façades feront toutes tér❤
minées par une aftragale en forme d'archi
trave avec frife & corniches , dont la der
niere aſſiſe ſera de pierre dure , regnant
à la même hauteur dans les huit pans , fur
laquelle corniche il y aura- dans tout le
pourtour de la Place une plinte de vingt
pouces de hauteur ,, fur pareille largeur
dans l'épaiffeur de laquelle il fera taillé un
canal de largeur, profondeur & pente,fuffi
Lantes pourl'écoulement des eaux pluviales
des couverts , qui auront leur chute par
des conduits de huit pouces au moins de
diamérre , pratiqués dans l'épaiffeur des
#6 MERCURE DE FRANCE.
murs. Dans les angles de chaque pan& arr
gles joignant les arcs de triomphe ou encoi
gnures des rues , l'enceinte & pourtour de
cette Place étant ainfi décoré tout en pierre
de taille bien travaillée & pofée proprement
par affife égale , fe terminera par une
couverture en ardoifes & manfarde , dont
les brifées ou faitages feront revêtus
de tables de plomb , & les lucarnes qui feront
placées à hauteur du deffus de ladite
plinte ou canal des eaux pluviales & à
plomb fur chaque croifée , feront de charpente
d'un très - beau deffein , revêtues en
plomb , ce qui terminera l'enceinte de cette
Place , au milieu de laquelle fera élevée
la Statue Equeftre de Louis XV, fur un
Très-beau piédeftal , dont la magnificence
& les accompagnemens font la fuite de
cette defcription , accompagnée des Arts &
des Sciences , dont il s'eft rendu le Pro-
#ecteur.
Ces lucarnes feront exécutées furyant
le deffein approuvé , aux frais des
Particuliers qui feront l'acquifition des
emplacemens qui auront leur vûe fur
la Place de Mars , ainfi que la couverture
des bâtimens , qui fera à la manfarde
couverte en ardoife , les brifées &
faîtages revêtus de plomb & à même hauseur
fur le devant , pour faire une uniforAVRIL.
1749. 67
me dans toute ladite Place , dont il n'y aura
que les façades de la colonade , jufques-
& compris la baluftrade de vingt - deux ,
pieds en tout de hauteur , & les grandes
façades , jufques & compris la plinte ou
canal des eaux pluviales , de cinquante
quatre pieds de hauteur en tout, bâties en
pierre de taille , avec l'Architecture &
pierre faillante pour la Sculpture , qui feront
faites aux frais & dépens de la Ville ,
ainfi que les voûtes en terre qui feront
fous la gallerie , & les voûtes d'arêtes des
terraffes que la Ville fera auffi faire à fes
frais.
Le furplus regardant le corps intérieur
de chaque bâtiment , fe fera aux frais &
dépens des acquéreurs des emplacemens
qui feront obligés de s'affujettir feulement
pour la façade extérieure de la Place de
Mars , à l'uniforme d'icelle , tant pour les
ucarnes, fculpture , que pour les couverts,
la Ville fe propofant par ce moyen d'en ufer
ainſi qu'elle a fait , quand on a bâti, la
Place des Conquêtes ou de Louis le Grand..
Les murs d'élévation de ces grandes &
principales façades fufdites feront de differentes
épailleurs jufqu'à leur couronne
ment , fçavoir , depuis le rez- de- terre juſ
qu'au premier étage , reglé à hauteur du
plein-pied de la terraffe , de deux pieds &
88 MERCURE DE FRANCE .
demi d'épaiffeur , réduits à deux pieds juf
qu'au fecond , & à vingt pouces juſqu'à
Pentablement.
Quant à la dépenfe que cette principale
conftruction , qui doit former ce grand
& fuperbe Monument , occafionnera pour
la faire fuivant qu'il eft dit ci - deffus , il
eft facile de voir par les états , eftimations
d'acquifition & devis de conftruction ,
que ledit Sieur de Langrené a faits &
remis à M.le Duc de Gefvres , Gouverneur
de Paris, le 27 Novembre 1748 ; à
M.de Tournehem, Contrôleur Général des
Bâtimens , Arts & Manufactures Royales ,
le 9 Décembre ; à M.de Bernage ,Prévôt des
Marchands , & à M. Dille. , Infpecteur du
Palais . & Jardin des Tuilleries le 7
dudit mois de Décembre ; que le tout ,
non compris les embelliffemens qui - doivent
en faire toute la beauté & magniffcence
ci-après expliquée , ne coûtera que
quatre millions neuf cens cinquante - cinq
mille cinq cens cinquante-huit livres , ce
qu'il offre.de prouver fenfiblement avec
tout le détail poffible.
Defeription des Sujets qui doivent décorer
le milieu de la nouvelle Place de Mars.
L'éclat & la magnificence que la Statue
Equeftre de Louis XV. donnera à cette
AVRIL. 1749 : 69
Douvelle Place , quand elle y fera élevée ,
effacera tout ce que l'Art pourroit imagi
ner de plus beau & de plus pompeux. Le Sr
de Langrené eft le premier qui ait propofé
cette Place au carrefour de Buffy , & il a fait
voir fes Deffeins à plufieurs Seigneurs , de
qui il vouloit mériter l'appui & la protection
à cette occafion depuis les années 1745
& 46; ayant montré fes projets dans le
tems à M. le Marquis de Beauffremont
Lieutenant Général des Armées du Roi ; à
M. le Duc de Saint Aignan, à M. le Duc de
Beauvilliers , & à d'autres Seigneurs , qui
furent flatés de ce projet , dans lequel il
s'eft moins étendu pour la quantité d'ornemens
, que dans le foin d'y placer de convenance
toutes les vertus dont ce Monarque
eft doué , & y mettre à propos les
Sciences & les Arts , dont ce grand Roi
s'eft rendu le Protecteur , accompagnés
d'attribues qui puiffent faire connoître à
la Poftérité , que le bruit de fes rares qualités
s'eft répandu dans toute l'étendue de
l'Univers.
Premierement le piédeftal qui fera au
milieu de cette Place , fur lequel doit être
placée la Statue Equeftre de ce Monarque ,
fera de forme quarrée parfaite , tronquée
fur les quatre angles , élevé fur cinq marches
ou gradins de marbre ; la baze ſur la70
MERCURE DE FRANCE.
quelle pofera le piédeftal , fera de quatre
pieds de hauteur, d'un different marbre que
les gradins. Cette bafe aura quatre angles
faillans & quatre faces bombées fur fon
plan ; elle excedera le piédeſtal fur fes quatre
faces , de trois pieds , pour y pouvoir
placer les ornemens convenables, & de plus
de fix pieds fur chaque angle pour y placer
des ftatues de bronze , qui repréfenteront
la Victoire , la Paix , la Science & l'Abondance
, toutes de hauteur proportionnée ,
affifes & ornées de leurs attributs . Les qua
tre faces dudit piédeftal feront revêtues
d'un très-beau marbre , & fur la face de
devant feront placées les Armes de France
dans un Ecuffon , que deux Anges en
pied foutiendront , le tout de bronze
doré en plein.
Er fur la face de derriere , dans un autre
Ecuffon , fera le Chiffre du Roi , orné
de trophées de bronze doré . Aux deux
côtés ou flancs dudit piédeſtal , dans des
magnifiques cadres de bronze doré , il y
aura des infcriptions en lettres d'or , fur
un fond de marbre blanc , à la gloire de
ce grand Roi .
Defcription du Grillage qui doitformer l'enceinte
qui renfermera le piédeſtal .
Le Grillage que ledit Sr de Langrené fe
AVRIL. 1749. 78
propofe de faire regner à l'entour de ce
magnifique piédeſtal , à l'imitation de celui
de la Place Royale , ayant été condamné
de quelques perfonnes qui ont vû les
plans , par rapport à l'étendue de fon
enceinte , quoiqu'il laiffe un paffage
des arcades audit grillage de foixante &
quatre pieds de large , & que celui de la
Place Royale n'en ait que trente-huit
il s'eft contenté de ne le marquer que
fur le plan & non fur le modéle en relief,
pour fatisfaire le goût du public, qui igno
rant les beautés & utilités que ledit Sr de
Langrené prétend retirer de ce grillage ,
& d'en faire ici la defcription , perfuadé.
que l'on pourra opiner en fa faveur ; mais
comme il arrive fouvent des chofes qui ne
Aatent pas fur les deffeings & qui font
bien dans l'exécution , en voici le détail.
Le magnifique piédeftal qui fe doit éle
ver au milieu de cette nouvelle Place dans
Paris , pour lailler à la Poftérité un éternel
monument qui immortalife un Roi ·
magnanime & chéri de fes fujets , faivant
les plans & deffeings dudit Sr de Langrené,
fera entouré d'un grillage de fer d'un deffeing
parfait, exécuté par les meilleurs ouvriers
, dont chaque barreau montant formera
une lance ou pique avec un gland
12 MERCURE DE FRANCE.
doré au- deffous de la pointe , lefquelles
lances ou barreaux -feront retenus en ref
pect à distance égale , de fix pouces en fix
pouces , par une aftragale ou bande de fer,
qui regnera le long de chaque pan , à hauteur
convenable , proprement profilée.
Ce grillage fera pofé fur un appui de
pierre dure , proprement taillée , faifant
corps & arriere- corps en forme de piédeftaux
pour pofer les pilaftres de fer qui feront
d'Ordre Ionique , qui doivent , à difrance
convenable , décorer ce grillage.
Les faces de cette hauteur d'appui de
pierre dure,& celles des piédeftaux , feront
revêtues par compartimens de paneaux
de different marbre incrufté dans la
pierre.
Ce grillage fera à l'entour du piedeſtal
ane très-grande & très- fpacieufe enceinte
à huit pans égaux, au milieu de cette Place,
laquelle enceinte fera décorée de huit piéces
de gazon d'égale grandeur , dans le milieu
defquelles fera fait de chacun un rond
fablé , qui ne fera interrompu que par
une très-belle & grande fleur de Lys , découpée
en gazon , ce qui fera un fort beau
boulingrin , entrecoupé d'allées fablées ,
dans lefquelles on entrera par huit portes
de fer , chacune de huit pieds d'ouverture ,
Couronnées d'un ornement , auffi de fer
ou
A V RIL. 1749.
73
où feront à quatre portes oppofées & en
face des rues , les Armes du Roi , chacune
d'un different deffeing, & aux quatre autres
portes des pans oppofés , à l'une les Armes
de M. le Duc de Gefvres , Gouverneur de
Paris ; celles de M. de Tournehem , Directeur
Général des Bâtimens , Académies
des Arts & Manufactures Royales ; celles de
M. de Bernage , Prévôt des Marchands
& celles de la Ville .
Cette enceinte , à huit pans parallèles à
la colonade , laiffera un paffage public de
ladite colonade au grillage dans tout le
pourtour de la Place , de foixante quatre
pieds de large , pour les caroffes & voituxes
publiques , outre lefdites galleries formées
par la colonade , pour la commodité
des perfonnes de pied.-
Chaque angle des pans dudit grillage
fera coupé en cintre , & formera huit
efpeces de tours creufes de vingt pieds de
diamétre , dans chacune defquelles fera
un grand baffin , en forme de cuvette , de
deux pieds & demi de hauteur , de marbre
très bien taillé & d'un beau deffeing , au
milieu defquelles cuvettes il fera élevé une
efpece de foc ou piédeſtal d'un goût fingulier
& de convenance , fur lequel feront
pofées de très- belles ftatues,plus hautes que
nature , accompagnées de leurs attributs
D
74 MERCURE DE FRANCE.
qui feront de marbre , de plomb ou de
bronze , dont quatre des fufdites ftatues ,
dans quatre tours oppofées , repréfenteront
la Seine , le Rhône , la Loire & la Ga
ronne ( ce font les quatre Fleuves qui paffent
dans le Royaume ) nonchalanament
appuyées fur des urnes panchées , defquelles
fortira de l'eau abondamment , qui
tombera en forme de torrent dans chaque
baffin.
Aux quatre autres angles ou tours creufes
, oppofés dans de femblables cuvettes
fur de très beaux piédeftaux de marbre ,
feront quatre autres grandes ftatues des
qualités fufdites , qui repréfenteront -l'Architecture
, la Peinture , la Sculpture &
l'Aftronomie , ornées de leurs attributs .
Tous fujets qui feront voir fans ceffe ce
grand Monarque au milieu des Arts & des
Sciences , dont il s'eft rendu le Protecteur,
ainfi que de tous ceux qui poffedent fuivant
leurs états les vertus, dont ce grand
Prince eft doué, & qui l'environnent dans
ce fuperbe monument que les. Parifiens
defirent élever dans le plus bel emplacement
de Paris , pour laiffer à la Poftérité
un éternel fouvenir des grandeurs
de ce Monarque & de l'amitié de fes Sujets
pour lui.
Outre la magnificence que ces fuperbes
AVRIL. T749:
75
>
fontaines donneront à cette Place , il en
faut remarquer l'utilité , en retenant dans
les cuvettes l'écoulement de leurs eaux
qui en s'épanchant par deffus les bords ,
en forme de nappes , dans les grandes cha
leurs de l'été , laveront & rafraîchiront
de toutes parts cette Place , outre que dans
les incendies , lefdites eaux retenues fe
ront d'un grand fecours , ce qui donnera
tout enſemble l'utile & l'agréable , fans
en être aucunement inconmodé , prenant
leur cours , après avoir fait leurs effets
d'utilité ou d'agrément , par des canaux
en terre qui les conduiront dans l'inftant
à la riviere ou dans les égouts les plus prochains
, qui ferviront encore à laver &
nettoyer lefdits égouts publics, qui fe trouveront
dans le voisinage de cette Place.
Les fufdits barreaux & grillages, qui fermeront
le milieu de l'enceinte de cette
Place, ne feront interrompus àchaque pan,
que par les entrées fufdites , & que par de
très-beaux & forts pilaftres de fer d'Ordre
Ionique , de huit pieds en huit pieds ,
fur lefquels il fera placé en hyver de
groffes & très belles lanternes à trois lu
mieres chacune ., fans préjudice des lanter .
nes qui feront fous la gallerie , vis-à vis les
arcades. En été , à la place defdites groffes
lanternes , il y fera placé de très beaux
Dij
76 MERCURE DE FRANCE:
vafes de bronze , dans lesquels feront des
Lauriers nains , taillés en boules.
Comme l'a déja dit le Sr de Langrené,
il ne croit point d'emplacement plus con
venable pour élever ce fuperbe Edifice de
cette façon , que le Carrefour & Porte de
Buffy , regardant ce lieu comme l'entrée
principale du plus beau & plus grand Quartier
de Paris , qui a fait de tout tems , & fur
tout aujourd'hui , la principale demeure
de la plus grande partie de la Nobleffe du
Royaume ; la route affez ordinaire des
pompeufes Entrées de tous les Ambaffadeurs
qui viennent des Cours Etrangeres
, & quidemeurent fouvent dans ce quartier
, ainfi qu'une grande quantité de Seigneurs
étrangers qui defirent de voir ce
grand Roi, & que fes magnificences attirent
en France. Quartier , dis - je , qui n'a , s'il
le faut dire , d'autre paffage & iffue que ce
Carrefour , qui conduira du Pont-Neuf à
ladite Place , & de-là , par une nouvelle
rue , au Palais d'Orléans , dit Luxembourg,
l'une des plus belles Maifons Royales &
des plus régulieres dans fon genre de fimplicité
, qu'il y ait dans le Royaume , &
dans cinq autres très -belles & longues rues
qui viennent y rendre , ce qui ne fe trouve
point fi avantageufement dans tous autres
emplacemens qui deviendrojent beaucoup
plus difpendieux & moins agréables.
AVRIL 1749: 11
when :De ha n
LA SYMPATHIE .
Ur.
CANTATE..
Sur les rives du Doubs, dans un lieu ſolitaires
Confacré par Minerve à la Vertu févere ,
La Bergere Daphné couloit fes heureux jours
Sous les ailes de la prudence ,
Et goûtoit les douceurs que prodigue à l'enfance
Un âge ignoré des Amours .
Le fortuné Mirthil , guidé par Finnocence,
Partageoit les plaifirs , & calmoit fes ennuis.
Sans crainte & fans chagrins ils étoient réuniss
Craignez , enfans , craignez cet âge ,
Où le plus affreux esclavage
Viendra troubler de fi beaux jouts
L'heureux calme eft votre partage;
Ah ! puiffe- t'il durer.toujours !
D'un fort fi doux goûtez les charmes
Vivez contens dans les plaiſirs ;~
Ils ne vous coûtent point de larmes ;
La paix vous fuit , & fans allarmes
Vous ofez former des defirs.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Craignez , enfans , craignez cet âge
Où le plus affreux esclavage
Viendra troubler de fi beaux jours
L'heureux calme eft votre partage ;
Ah ! puiffe-t'il durer toujours !
Dans des jeux innocens ils marquent leur adreffe
L'Amour entend leurs cris & leurs chants d'alle
greffe ;
Son coeur en eft frappé , mille tranfports jaloux
S'élevent dans fon ame , y portent la trifteffe ,
Et cauſent bien -tôt fon courroux ; ·
Dans ces lieux auffi tôt il vent qu'on le révére..
Pour affärer fes coups , enflammé de colere ,
Arrachant fon bandeau , de la voix & des yeux.
Il guide , en frémiffant , la fléche meurtriere.
Qui va percer ce couple heureux .
Dans la paix , douteuſe eft ta gloire ;.
Je veux te combattre à mon tour ;
Tu ne dois pas chanter victoire ,
Si tu n'as pas vaincu l'Amour..
Je regne fur ce qui refpire ;
Tout gémit , tout céde à ma voix
Couple rebelle à mon empire , ·
Crois- tu donc feul braver mes loix >
AVRIL 19 1749:
Dans la paix , douteufe eft ta gloire ;
Je veux te combattre à mon tour ;
Tu ne dois pas chanter victoire ,
Si tu n'as pas vaincu l'Amour.
Il dit , le trait part , & merveille !
La paix fuit , de Daphné le beau coeur.eft bleffé ;
De Mirthil l'amour naît , & la crainte s'éveille ..
Il voit le trait qui l'a percé ,
Il Farrache , & bientôt ſa bleſſure eft pareilles
Ce feul inftant change leur fort ;
Daphné fent dans fon ame un trouble qu'elle
ignore.
Mirthil rougit ; fon coeur qu'un feu fecret devore,
Exhale en ces mots fon tranſport.
Sans nous , l'Amour eft fans puiffance ;
Si l'on céde , il donne la mort ;
Mais pour abattre fon effort ,
Etouffons -le dans fa naiflance.
Vivez , refpirez , Univers ;
Méprilez un pouvoir frivole ;
Rappellez la paix qui s'envole
En brifant yos indignes fers.
Sans nous , l'Amour oft fans puiffance ;
Dilj
fo MERCURE DE FRANCE!
Si l'on céde , il donne la mort ;
Mais pour abattre fon effort ,
Etouffons-le dans fa naiffance.
En parlant , il s'éloigne ; une fombre retraite
Aux yeux de l'Univers va cacher fa défaite.
Il cherche la paix , il s'égare ,
Il'fuit l'Amour , & ce Dieu fuit fes
Il rit des maux qu'il le prépare ,
pas ;
Cent fois le jour ; ce Dieu lui dit tout bas
Tu differes ma gloire ,
Mais pour chanter victoire
Дра
Au retour je t'attends.
Berger , qui par la fuite-
As crû que l'on m'évite ,
Me fuiras- tu long- tems.
Tu differes ma gloire ,
Mais pour chanter victoire
Au retour je t'attends.
Sourd à fa voix , déja Mirthil croit qu'il oublie
L'objet qui le tint enchaîné ;
Il laiffe errer fes yeux ; que vois je O Sympatie
De loin il apperçoit Daphne' ;
AVRIL.
81. 1749 .
Sa bleffure fe rouvre, & fon ame eſt émue ;
Il chancélle , il fe rend, & s'écrie à fa vûe :
Quels charmes ! mes yeux
font ouverts
Trop heureux de porter tes fers ;
Chere Daphné , je ſuis parjure.
Quand tu combats fans ton bandeau ,.
'Amour , que ton triomphe eſt beau !
Dans mon coeur ta victoire eft fûre.
Daphné ! mes yeux font ouverts
Toujours je chérirai tes fers ;
Et ne ferai jamais parjure .
Annette de l'Orme *****.
A Besançon le 12 Février 1749.
LA C.OMETE.
CANTATILLE NOUVELLE
Mife en Mufique par M.......
Récitatif
D Es Pantins oubliés j'apperçois le tombeaut-
Un Aftré éclatant & plus beau
S'éleve far notre hémiſphere ;
Dv
Sa MERCURE DEFRANCE
Dans les rapides mouvemens
Rien n'égale fa gloire , & Paris le préfere
A mille autres amuſemens.
AIR.
Quel eft ici ton empire ;
'Aimable nouveauté !
Tout ce qui refpire ,
De tes appas eft enchanté
Ton regne feroit- il l'image
De notre légereté?
Nous te rendrions moins hommage
Si nous avions plus de fidélité.
Quel eftici ton empire , & c.
Récitatif.
Pour un nouveau fpectacle on a levé la toile. »
La Cométe brillante a commencé fon cours ,
Mais peut- être bientôt quelque nouvelle Etoile
Eclipfera de fi beaux jours.
AIR
A la Rofe mourante -
Succéde l'Amaranthe ,
Que fuivront d'autres fleurs
Nous aimerions moins Flare,
Si fa main ne faifoit éclore
Que les mêmes couleurs.
AVRIL. *1749. 83
'Ainfi notre ame légere
Vole de défirs en défirs ;
La mode la plus paffagere
Amufe le plus nos loisirs.
*****
Triomphez, Cométe adorable ;
Mais faites bien- tôt place à des objets plus doux 7
Un amuſement durable
N'eft point un plaifir pour nous.
A la Rofe , & c.
LE RHINOCEROS.
CANTATILLE NOUVELLE
Mife en Mufique par M. ***..
Récitatif
DEs ténébreux déferts de l'Afrique ſauvage ,
Le fier Rhinocéros , amené dans Paris ,
Raffemble au tour de lui , fur ce charmant rivage,
Autant de fpectateurs que les jeux & ris.
AIR
Plaifirs , volez fur nos traces;
Quelque forme que vous preniez ,
Vous aurez toujours des graces ,
Pourvû que vous nous amufiez.
D vji
84 MERCURE DE FRANCE
Que d'une figure agréable
On ne vante plus les attraits ;
Ce phénoméne rend croyable-
Le triomphe de tous les traits .
Plaifirs , volez , &c.
Récitatif.
Mais que vois je ? ... Quel eft le défir curieux
De ces jeunes Beautés qui viennent en ces lieux
Ont-elles oublié , ces belles imprudentes ,
Qu'autrefois le Maître des Dieux ,,
Pour toucher les indifferentes ,
Sous mille formes différentes ,
Eut l'art de déguiſer ſes feux ?
AIR.
L'amour n'eft jamais fans miftere
Sous les traits d'un monftre odieux ,
Le malin Enfant de Cythere
Peut le dérober à nos yeux...
Son pouvoir eft inévitable ;
Comment défendre fon coeur ?
Moins on le craint , ce doux vainqueur,
Et plus il eft redoutable.
L'amour n'est jamais , &c.
AVRIL 1749:
LETTRE
De M. Morand , Médecin de la Faculté
de Paris , de l'Académie Royale des
·Sciences de Madrid , à M. le Comte de
Loff, le fils , dans laquelle il lui communique
l'obfervation qu'il a faite , que les Rats ›
font fujets à la pierre.
M
Onfieur , j'ai tâché de répondre à
l'honneur que vous avez bien
voulu me faire , d'être en commerce de
Lettres avec moi , en vous informant exactement
de tout ce que j'ai crû pouvoir
vous êtré agréable en matiere de Sciences :
c'eft au goût naturel que vous avez pour
elles , que je dois le plaifir de vous con
noître , & ce n'a pas été pour moi un médiocre
éguillon dans les travaux qui ont
rapport à ma profeffion . :
Vous fçavez , Monfieur , qu'il y a déja
du tems , que j'ai paffé à l'étude de cette
partie de la Médecine , qui eft la moins
agréable , je veux dire la Pathologie ..
Lorfqu'on eft occupé de l'Anatomie ,
Padmiration , qui réfulte du fpectacle de
nos refforts , diſtrait l'efprit des dégoûts ,
attachés aux travaux anatomiques , & des
4
MERCURE DEFRANCE:
frayeurs , qui pourroient s'emparer de l'imagination
étonnée de la fragilité de nos
organes de plus l'Anatomie comparée
offre un remédé à la répugnance , que l'on
peut avoir de décompofer le corps humain.
Mais la Pathologie (je ne parle pas de
cette Théorie , qui malgré toutes les utilités
, peut être la caufe de mille erreurs , )
cette Pathologie , qu'on apprend dans les
Livres de la nature , je veux dire , les ma
lades mêmes , quel eft l'homme qui puiffe
y trouver de l'agrément ? N'avons- nous
pas affez de nos miféres & de nos maladies,
fans être encore témoins de celles des
autres ? Et n'eft-il pas bien pardonnable de
détourner quelquefois les yeux d'un fpectacle
fi trifte: C'est dans ce deffein , que
fouvent je cherche dans les animaux à pénétrer
les caufes phyfiques des maladies
qui affligent les hommes ; c'eftun délaffement
pour moi d'examiner , pourquoi cerrains
animaux font fujets à certaines mala
dies , comme les chiens en général à la
rage , les épagneuls & les chiens courans ,
les
perroquets , les alouettes & les oifeaux
de complexion chaude , au mal caduc , &
aux apoftumes ; les oifeaux en cage , au
mal de croupion , le roffignol à la goutte
Ja linotte à la phtifie , & c . Non , les raile
AVRIL 1749. 87
léries des ignorans , ou des efprits dédaigneux
, ne feront jamais capables de
m'empêcher d'exercer quelquefois ma curiofité
fur ces objets , quand je croirai en
pouvoir tirer quelque chofe d'utile par
L'Analogie.
L'obfervation , dont je vous fais part
aujourd'hui , Monfieur , eft de ce genre ;
elle regarde une maladie , à laquelle font
fujets les rats , & qu'on ne fçavoit pas leur
, pour ainfi dire , particuliere. Voici être ,
le fait.
Examinant les parties de la génération
far un tar ,je fentis , en paffant le doigt fur
la tunique veloutée de la veffie , quelques
petites afperités. Pour les obferver plus à
mon aife , & plus attentivement , je retournai
cette veffie , & la fis deffécher ;
alors j'apperçus diftinctement des petits
corps brillans , affez durs , que je reconnus
être des fables .
Voulant vérifier fi cela étoit ordinaire ,
ou non, à ces fortes d'animaux, je reconnus.
1º. Que cette maladie eft commune aux
rats , qui commencent à devenir vieux ,
autant que j'ai pû en juger par
juger par la couleur
du poil , & la groffeur de ceux que j'en
ai trouvé attaqués , lefquels étoient longs
d'environ cinq à fix pouces entre la tête &
la queue.
88 MERCURE DEFRANCE.
2°. Que les femelles y font moins fujerrès
que les mâles.
ร
3.Que fur vingt il y en a près de la moitié
, qui out , ou la pierre , ou quelqu'au
tre maladie dans les voies urinaires
comme vous allez le voir par l'énume
ration que je vous en donnerai , après :
que je vous aurai dit un mot de la compo
fition de ces pierres , qui eft fort fingu
liere,
Elles fe forment bien differemment que
dans les autres animaux , chez qui un
noyau , à peu près rond , fert pour l'ordinaire
de baze à ces concretions , qui affectent
tant de formes , & autour defquelles
s'amaffe infenfiblement un nombre infini
de couches .
.
Pour ce qui regarde leur forme , j'en ai
trouvé d'ovales & de cubiques ; leur compofition
eft la même dans l'origine , &
dans la fuite ; elles ne préfentent à la vûe
d'autre difference , qu'un brillant extérieur ,
qui n'existe point dans celles qui ont une
figure ovale.
Intérieurement, elles paroiffent partagées
dans leur milieu , par un feuillet
quarré , très- mince , qui dans celles qui
confervent la figure cubique , vient excéder
un peu les côtés , de maniere qu'il
forme au milieu de quatre faces , un filet
•
AVRIL: 1749. 85
qui fe remarque aifément par le brillant
qu'il jette. C'est ce feuillet , que je ne puis
mieux comparer qu'à une petite lame de
Talc , qui paroît fervir de noyau , & fur
chaque face duquel fe font ammoncelés
des graviers , d'une forme à peu près longue
, & qui ont d'abord un brillant , qui
Le perd par le frottement , à mefure que
Ia pierre commence à devenir groffe.
J'en ai trouvé deux dans un mâle , fur
lefquelles cette compofition fe voit trèsdiftinctement;
dans un autre , j'en ai trouvé
jufqu'à douze , qui fembloient avoir
eû la forme d'un cube , dont les tranchans
érojent ufés , & qui avoient prefqu'entierement
perdu à l'extérieur ce brillant qui
fe remarque fur les deux dont je viens de
parler ; ce que j'attribue au frottement
car en ayant caffé quelques-unes , elles
Haifoient encore appercevoir des petits
points brillans , & le feuillet qui les partageoit
en deux.
De ces douze , il y en avoit neufde la
groffeur d'une femence de coriandre , &
Frois autres beaucoup plus petites , mais
ayant la même forme .
Dans un autre mâle , j'en ai trouvé deux
petites , où il n'y a que le feuillet dont j'ar
parlé , couvert foulement de petits grains ,
femblables à des criftaux , & qui font
go MERCURE DE FRANCE:
clair-femés , qu'on apperçoit prefqu'en
entier les deux faces de la lame qui fert
de noyau
.
Voilà toutes celles que j'ai trouvé de
cette forme les autres ne different que par
l'extérieut , qui paroît un amas de grains ,
affez ronds , d'une couleur blanchâtre , &
durs.
Dans un mâle , dont la veffie ne paroiffoit
pas avoir augmenté de volume , comme
celle qui contenoit les pierres que je
viens de décrire , j'ai trouvé une pierre de
la groffeur d'un grain de chanvre , & applatie
des deux côtés , avec une autre plus
petite , ovale , & fort aigue par les extré
mités toutes deux très-inégales , auffibien
qu'une troifiéme , encore plus petite
que la précédente , & d'une forme fphéri
que .
>
Une femelle qui paroiffoit très-vieille
avoit la veffie d'un volume fort conſidérable
; j'y ai trouvé , outre plufieurs loges ,
& plufieurs fongus , une urine extrême- .
ment bourbeufe , remplie de graviers , &
même de pierres affez confidérables , mais
toutes fort molles , excepté une , affez fem
blable à un Pignon d'Inde , hériffée de petites
aiguilles difpofées en tout fens , lef
quelles paroiffent être les angles de petites :
pierres cubiques, ammoncelées les unes fur
AVRIL 1749. 91
les autres , dont quelques-unes font fimplement
colées fur le corps de cette groffe,
qui eft très - remarquable par le brillant
que répandent toutes ces petites parcelles
qui font la plupart d'un noir clair , entremêlées
cependant de quelques graviers ,
dont la couleur eft blanche.
Une autre femelle avoit la veffie bien
ample & très-mince , laquelle , entre plufieurs
pierres , en contenoir une de la groffeur
d'un grain de froment , & très - raboreufe
; fes reins étoient ulcerés en plufieurs
endroits , & la cavité du baffinet remplie
de
pus & de fable. En général les rats ont
très-fouvent les reins malades , ulcerés , &
confidérablement augmentés de volume ,
furtout lorfqu'ils n'ont pas la pierre dans
la veffie , & qu'ils deviennent vieux .
J'ai trouvé entr'autres une femelle
dont les deux reins étoient augmentés de
plus du double. Il n'y avoit plus que la
membrane fournie par le péritoine , qui
empêchoit que le pus ne s'épanchât dans le
ventre ; elle étoit fort diftendue , & formoit
des poches féparées , fort confidérables
.
Dans une femblable cellule , qui étoit
dans le rein d'une autre femelle , au-deffusde
la capſule atrabilaire , étoient ramaffés
en peloton quatre vers , inégalement lat
2 MERCURE DE FRANCE;
ges dans leur étendue , rayés tranfverfale
ment , dont un avoit quatre pouces & une
ligne , un autre deux pouces & trois lignes
de long.
Les deux reins étoient d'ailleurs ulcérés
en plufieurs endroits , & pleins de fable
& de gravier. Dans le troifiéme dont j'ai
parlé , outre deux petites pierres , j'ai trouvé
engagé dans le col de la veffieun corps
à peu près femblable à un grain de riz ,
& pour la couleur , & pour la forme ; it
étoit d'une confiftence cartilagineufe , &
ne m'a pas paru tenir à la tunique interne
l'ayant mis à l'air , il s'eft racorni , comme
il arrive à tous les cartilages , & lorfqu'il
a été bien defféché , il s'y eft formé deux
petits points , de couleur & de confiftence
offeufe.
Voilà , Monfieur , l'obfervation dont je
voulois vous faire part ; je fouhaiterois
fort vous en envoyer qui fuffent plus inté
reffantes ce n'eft pas que celle- ci foit
auffi dépourvûe d'utilité qu'on pourroit
l'imaginer , puifqu'elle vient à l'appui des
raifonnemens , par lefquels on tâche d'expliquer
la formation de la pierre , &
qu'elle y ajoute quelques probabilités , ce
qui fera aifé à fentir , lorfqu'on fe rappel-
Fera les caufes procathartiques de cette ma
ladie , & qu'on les trouvera raffemblées,
AVRIL.
93 1749.
dans les rats , à qui l'obfervation montre
qu'elle eft pour ainfi dire particuliere.
Perfonne ne doute que la principale caufe
de la pierre ne fe trouve dans les principes
élementaires de l'urine , puifqu'elle
eft prefqu'entierement formée d'un fel fixe
& volatil , qui abonde dans ce fluide &
dont le volume & la quantité font fouvent
trop confidérables , pour ' paffer aifément
par les conduits très- déliés
par
que forment
les mammelons , & qu'elle eft de plus compofée
de particules terreftres & tartareufes ,
qui s'uniffent enſemble , au moyen d'une
matiere huileufe & vifqueufe , que l'on
trouvé aufli dans l'urine.
Quant à la formation , ou a l'intromiffion
de ces particules falines & huileufes
dans le fang , & delà dans l'urine , qui en
eft féparée , il paroît établi qu'on l'attribue
dans l'homme .
1 ° . A un ufage immoderé des liqueurs
fortes , qui abondent en fels , dont le
fang fe furcharge.
2º. A la foibleffe d'eftomach , qui caufe
néceffairement des crudités , des indigeftions
, defquelles il réfulte un chyle glai
reux , dont les fels font mal brifés.
3 °. A l'ufage des mets groffiers , chargés
de fucs vifqueux , d'où il arrive que
les pauvres gens , qui ufent pour l'ordi
24 MERCURE DE FRANCE .
naire de nourriture moins bonne , comme
de fromage , de poiffons fecs , & autres de
cette efpéce , font plus fujets à la pierre.
4°. A une vie fédentaire & oifive , qui
retrécit les paffages urinaires , & qui donne
la raifon pour laquelle les gens de Cabinet
font fouvent attaqués de cette maladie
, à laquelle peut difpofer la fituation
du corps , lorfqu'on eft affis , laquelle par
le relâchement des mufcles du bas ventre ,
prive les vifcéres contenus dans cette capacité
, d'une compreffion néceffaire pour
donner du ton aux vaiffeaux , & par la facilite
la ftafe des liqueurs , & fpécialement
de la lymphe faline qui traverfe les reins.
pas
Après l'expofition des caufes les plus
ordinaires qui engendrent le calcul , il ne
fera difficile de convenir , qu'excepté
l'ufage des liqueurs fortes , toutes les autres
caufes fe trouvent réunies dans les rats,
& d'abord :
Les crudités & les indigeftions peuvent
être regardées comme très-fréquentes à ces
animaux , fi l'on fait attention que leur
ventricule eft extrêmement foible , & fi
foible , qu'on ne peut le fouffler un peu ,
qu'il ne fe déchire en plufieurs endroits ;
c'eft une expérience facile à faire , & que
j'ai faite plufieurs fois . D'ailleurs les rats
font très-voraces , ce qui eft prouvé par les
AVRIL 95 1749
morceaux confidérables d'alimens , dont
on leur trouve ordinairement l'eftomach
rempli , & diftendu à outrance .
L'ufage des mauvaiſes nourritures n'a
befoin d'être prouvé ; on fçait que pas
les alimens , dont ils vivent ordinairement ,
ne font propres qu'à relâcher l'eftomach ,
comme de la graiffe , de la chandelle , du
lard , du fromage , ou font de difficile digeftion
, comme des noix , des matieres
pierreufes & tartareufes , du plâtre , du
bois , du papier , des étoffes , &c.
De plus , ils font peu ufage , ou du
moins ils font rarement à portée d'ufer de
boiffons , capables par leur qualité délayante
d'empêcher la combinaiſon des
fels ; détremper les matieres vifqueufes ,
& rendre le chyle plus fluide & les fels
fuffisamment brifés ; la plupart du tems ils
boivent leur urine , qui eft fort chargée de
principes , propres à engendrer la pierre.
Il.n'eft pas befoin de s'arrêter à prouver
le défaut d'exercice , qui en aidant la circulation
, attenueroit & divifêroit les humeurs
, & fortifieroit les parties .
Perfonne n'ignore , qu'excepté le tems
que les rats trottent , ce qui eft fort rare ,
ils font ramaffés fans remuer en aucune
façon. Quiconque a vû l'attitude d'un rat
on d'une fouris dans l'inaction , doit juger
6 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle fait fur les vifcéres de l'abdomen .
préciſement le même effet que celle d'un
homme qui eft affis , vû le relâchement des
muſcles abdominaux.
Les rats ont de plus deux caufes éloignées
de cette maladie , lefquelles ne font
qu'accidentelles dans les autres animaux ;
J'une fe trouve dans les reins , dont la ſubſ
tance eft extrêmement mollaffe ; l'autre
dans leur urine, qui eft, comme dans toutes
les perfonnes attaquées de la pierre
c'eft-à dire , vifqueufe & chargée de parties
groffieres , & qui me porte à croire ,
que fouvent leur pierre fe forme originairement
dans leur veffie , fans que les reins
foient affectés auparavant. Pour cela il
fuffit que les parties folides de l'ine
foient fituées, de maniere qu'elles s'approchent
les unes des autres , & qu'elles ne
puiffent être emportées par le flot d'urine
qui furvient , ce qui fera qu'elles s'uniront
au moyen de leur pouvoir attractif , ſurtout
, fi l'urine eft trop vifqueufe , & furchargée
de principes falins & terreftres, car
fi elle refte un certain tems avant que d'être
évacuée , ces principes tomberont , & fe
repoferont au fond
par leur
propre poids
& s'attireront mutuellement par la tenacité
de leurs parties .
Au refte j'ai trouvé quelquefois dans ces
animaux
AVRIL. 1749. 97
animaux des graviers noirs , qui , comme
l'on fçait, fortent des reins avec cette cous
leur , mais je n'ai jamais trouvé qu'une
pierre noire dont je vous ai parlé .
J'ai communiqué cette Obfervation à
une fociété d'amis , qui liés enſemble autant
par l'efprit que par le coeur , s'affemblent
pour s'entretenir de matieres de Science
& de Belles Lettres , non pour fe critiquer,
ou pour fe féliciter mutuellement , mais.
pour le former le goût , fans que la divifion
des opinions puiffe occafionner celle
des coeurs.
J'ai fait , dans une de leurs affemblées ,
l'ouverture des rats , qui m'ont fourni les
matériaux de cette Differtation ; ils ont été
témoins de tout ce que j'ai l'honneur de
vous dire , & quand j'aurai , Monfieur ,
celui de vous revoir à Paris , je vous montrerai
un bon nombre de cette nouvelle efpéce
de Bezoard. J'ai l'honneur , &c.
>
98 MERCURE DE FRANCE.
TRADUCTION de ces vers du dernier
Acte de la Tragédie de Catilina.
Dieux! après tant d'exploits , dignes de mon courage,
Il ne meresteraqu'une inutile rage , &c.
P Roh fuperi ! qui caftra puer ferrata fecutus
Firmavi teneros rapidis fucceffibus annos ;
Qui toties casus pariter contemptor , & ævi ,
Eripui lauros hoftili fanguine ademptas ;
Ille ego, qui tot digna viro , Catilina, peregi ,
Cujus fplendida lux faniæ , partique triumphi.
Vincunt optati fulgentia præmia regni ;
Ecce mihi mifero fuperabit inutilis ira ?
Si quando heu vel mentis inops , animive
fuiffem ,
Effet & hæc forfan crudeli ignofcere fato
Afpera conditio. Quid tandem hæc inclyta facrum
Extimuit violaffe manus ? quid liquit inaufum e
Dum ftarent æratæ acies , milefque Catonis
Impius , emiffo me perdere Marte furebat.
Quid non hoc fumans invifo fanguine ferrun
Edidit ( O ! utinam famofà cæde teperet
AVRIL.
1749. 94
CONSULIS , aut MAGNI figiffet vilia C1 v1
Pectora ) erat tali victoria cæde paranda !
Sed quid inexpertum in tanto difcrimine pugna
Arduus omifi ? Certâ fi morte periret
Futile par hominum : jam vincunt ; en ego vincor
O tanto fortuna virum quæfita labore !
Non tua laus animos , nunquam , te judice , mer
ces
Digna fecuta viros : cellos tua fcandere montes
Fulmina amant , humiles tua currere gratia valles
Sordeat impurâ Laurus mavortia dextrâ ,
Derivata tuâ ! quando plebeia diferti
Militis obliquo ferpit per tempora ramo;
Quando mihi meritas Deafurtipis improba palmas
Ergone fatales victus fpectare triumphos
Suftincam , pulfufve folo decedere avito?
Dum ferro , dum luce fruar , dum totus in imo
Spirat corde furor... Non te, non , Roma , Catoni
Afpiciam fervite pio , quæ magna Magiftros
Pofcis , Roma , viros ; & noftris debita fatis.
Contrahe , Roma , caput ; lugubres indue vultus."
En tibi funefto Catilinam agnofce cadentem
Funere , quem fruftra nimis invida perdere certant
E ij
100 Too MERCURE
DE FRANCE.
Numina , ridentem jufti fera tela tonantis.
Quem coelo regnare putat mens plumbea vulgi,
Roma , time : tuque , ô Lux SPECTATISSIMA
Patrum ;
Profuge quò non fint Catilinæ plena furentis
Omnia , quò non fint placandi fanguine manes.
Profuge nunc morior fuperis infenfus & orbi.
:
Tantum , Jule , precor , fi quid tua numina
poffunt ;
Aude proftratos per libertatis honores
Aternâ redimire caput regale coronâ ;
Aude uno indocilem difperdere fulmine gentem.
Hoc Catilina rogat moriens , fi Cæfaris ufque
Arbitrio fua fata fluant mortalibus , unum
Hoc erit iratos præfens compefcere maneş,
D... de Montegris , è Collegio Mar
shiano , die fextâ Martis.
2
AVRIL. 1749. 101
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine.
'Ai lû en fon tems , Monfieur , avec
beaucoup de fatisfaction , dans le Mercure
du mois de Février 1748 , la découverte
curieufe & utile , faire par M. de
Réaumur » Sur les moyens de faire éclore
» des poulets & des oifeaux domestiques
» de toutes les autres efpéces, en toute fai-
"fon , & en telle quantité qu'on voudra ,
dans des couches de fumier.
Perfonne n'ignore le grand nombre de
découvertes , que ce célébre Académicien
a faites dans l'Hiftoire naturelle , & qu'il
perfectionne tous les jours par fes nouvel
les expériences . Ses ouvrages font égale
ment dans les mains des Sçavans & des
ignorans & , tout le monde lui rend éga
lement juftice.
Nous attendons avec empreffement
l'exécution de la promeffe qu'il a faite , de
nous indiquer les moyens d'engrailfer la
volaille , en peu de tems & à peu de frais .
Il y a long- tems que l'on avoit propofé
ce fujet.
E iij
02 MERCURE DE FRANCE.
:
M. Bon , ancien Premier Préfident de
la Chambre des Comptes , & Cour des
Aides de Montpellier , & Affocié Corref
pondant Honoraire de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , avoit
donné un moyen de rendre utiles les marrons
d'Inde , en leur ôtant leur amertume
par une leffive , & il indique la façon de
la préparer il prétend que ces marrons
ainfi leffivés , font très- propres , non-feulement
pour engraiffer toutes fortes de
volailles , mais qu'ils peuvent encore fervir
de nourriture & d'engrais pour les cochons
, les boeufs , les vaches , & autres
animaux , mais il ne paroît pas que jufqu'ici
l'expérience ait répondu aux promeffes
de M. Bon. Il feroit cependant
bien à fouhaiter que l'on pût employer à
quelque chofe ces marrons d'Inde , qui
font aujourd'hui fi communs en France ,
& dont jufqu'à préfent on n'a pû faire
d'autre ufage , que pour en multiplier l'efpéce.
On avoit auffi effayé de faire de la poudre
à poudrer avec ces marrons ; on a voulu
encore en faire des bougies , mais toutes
ces expériences n'ont pû réuffir.
On peut voir la Differtation de M. Bon ,
pour rendre utiles les marrons d'Inde
elle cft imprimée dans le Mercure du mois
AVRIL. 1749. 103
de Mai 1724 , page 903 , & dans le Journal
de Verdun du mois d'Août de la même
année , page 86.
Comme il s'agit de l'utilité publique ,
j'efpére , Monfieur , que vous voudrez
bien faire inferer ce Mémoire dans le Mercure
de France , afin de faire reffouvenir
M. de Réaumur de fa promeffe.
J'ai l'honneur d'être , &c .
J. B. D.
LE RETOUR DU PRINTEMS.
J E chante , en l'aimable faifon
Où la terre fe renouvelle ,
Non , du verd rajeuni le riant horifon ,
Ou l'écho répétant les fons de Philomele ;
Non. , Progné dans les airs volant à tire d'aile ,
Ni Flore de fa main émaillant le gazon , ´
Ni le jeune Zéphir , qui fur l'onde fe joue ,
Gliffant légèrement entre les joncs naiſſans.
A des fujets , pour moi bien plus intéreſſans ,
Ma mufe aujourd'hui fe dévoue.
Je chante l'utile, retour
Du bienfaisant pere du jour,
Vers les climats glacés de l'ourfe.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Je chante fes rayons , qui moins obliquement
Tombent fur nous du Firmament
Et deviennent enfin mon heureuſe reffource
Contre un rude & facheux hyver ,
Qui , fans fin prolongeant fa courſe
Réduisoit triftement mon foyer au bois verd,
Pour me garantir de la biſe
Dont je me fentois pénétré ,
Envain fur mes tiſons j'exhalois à repriſe
L'air dans mon fouffet concentré :
Quel en étoit le fruit ? Une épaiffe fumée
Qu'un peu de flamme , éteinte auffi -tôt qu'al
1 umée , 1
Laiffoit en tourbillons dans ma chambre échappers
Mes yeux , vous pourriez le redire ;
Combien de fois , hélas ! en venant vous frapper ;
A-t'elle fufpendu les accens de ma lyre ,
Dont j'interrompois les accords ,
Pour effuyer les pleurs que vous verfiez alors !
Combien de fois encor une toux fatiguante,
Qu'excitoit l'âcreté de fes fels ennemis ,
A- t'elle, fous mes doigts fur ma lyre remis ,
< Rendu la corde vacillante ,
Et formé des tons déplacés ?
Mais oublions nos maux paffés.
C'est une nuit obfcure & fombre ,
Qui par l'épaiffeur de fon ombre
AVRIL. 105 1749 .
Nous en fait mieux fentir le prix de la clarté.
Déja vers fes palais d'Eté ,
Le Soleil rapproché , chaque jour s'achemine
Un air plus temperé dans ma chambre domine ,
Et mon fouflet , envain tant de fois agité ,
Tant de fois fatigué d'un effort inutile ,
Remis à fon crochet , comme en un lieu d'azile.
Jouit pour lui , pour moi , du repos fouhaité.
Mon fang , devenu plus Auide ,
Ranime mes efprits engourdis par le froid :
Je les fens qui déja , dans ma tête à l'étroit,
Prennent l'effor d'un trait rapide ;
Ils courent les jardins , vifitent les vergers ,
Contemplant fous leurs pas legers
Les miracles divers que la nature enfante ,
Pendant l'hyver , fans vie , au printems , renail
fante.
L'Eté , développant les fels les plus actifs ,
Va nous donner les fruits hâtifs .
Il guidera , mais d'une main plus lente,
L'écoulement des fucs deftinés à nourrir
Les fruits que la tardive Automne
Comme un fleuron de fa couronne
Seule entre les faifons a le droit de mûrir.
Connoiflez-en le prix , & rendez vos hommages
A ce rare fleuron , digne préfent des Dieux ,
Heureux côteaux de Reims ! Vos vins délicieu
E v
rod MERCURE DE FRANCE.
-
De nos goûts réunis lui doivent les fuffrages .
Nous lui devons auffi ces folâtres images ,
>
Qu'à nos yeux fafcinés peint la mouffe du vin ;
Ces ris , ces beaux enfans , qui d'un regard ferain
Dérident le front des plus fages ,
En leur mettant le verre en main ,
Et du plus fombre ennui diffipent les nuages.
Par M. Verrieres , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres de Caën.
DISSERTATION fur le fens d'un
paffage de l'Art Poëtique d'Horace.
A G... le premier Mars 1749.
Joyous fais ez de prendre
E vous fuis très-obligé , Monfieur , du
foin que vous continuez de prendre
de faire paffer dans ma folitude les Journaux
Littéraires . Ils rempliffent agréablement
, & prefque toujours utilement quelques-
uns des momens vuides , que me laiffent
des, occupations plus importantes . Le
dernier que vous m'avez envoyé , m'a
rappellé des idées que j'avois depuis longtems
; je n'ai pû réſiſter à la tentation de
les mettre fur le papier. Je vous les envoye,
& je vous laiſſe le maître d'en faire tel ufage
que vous voudrez. Vous m'allez dire ,
AVRIL. 1749. 107
qu'il ne convient pas à notre état de s'oc
cuper de vers & de piéces de Théatre.
Gardez- moi donc l'Anonyme , & me pardonnez
cette faute. Il ne m'arrivera pas
fouvent de choisir de pareils délaffemens.
La démangeaifon d'écrire n'eft pas ma
paffion favorite , & je ne crains pas que
mes rechûses laffent votre indulgence .
J'ai lû avec plaifir , dans le Journal des
Sçavans du mois dernier , l'extrait du troifiéme
volume du Cours des Belles - Lettres
diftribué par exercices. L'Auteur y donne
F'explication de ces fameux préceptes
d'Horace.
Aut famam fequere , aut fibi convenientia finge
Scriptor , &c.
Et fur tout du paffage , difficile eft propriè
communia dicere. Le Journal fait de cette
interprétation un éloge qui ne m'a pas
paru trop fort. Dire qu'elle eft préfentée
d'une maniere qui la rend très-probable ,
ce n'eft pas affûrement faire grace à l'Auteur
.
י
Vous fçavez , Monfieur , combien le
paffage , dont il s'agit , a donné d'exercice
aux Interprêtes . Tous l'entendent de la
matiere , de l'argument , & pour parler en
termes de l'Art , de la Fable du Poëme
Mais les uns , & c'eſt le plus grand nom
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
bre , veulent que le mot communia. fignifie
les fujets nouveaux , dont perfonne
ne s'eft encore faifi , & qui , difent - ils ,
appartiennent au premier occupant : en
un mot , les fujets que le Poëte peut inventer
, comme Homere a inventé l'Iliade
& l'Odiffée , fujers qu'il s'eft appropriés ,
& qui lui appartenant , ne peuvent plus
être appellés des fujets communs.
Quelques Interprêtes prétendent aut
contraire , que par le mot communia , on
doit entendre ces fujets connus , vulgaires ,
à la portée de tout le monde , qu'on peut
puifer dans les Poëfies d'Homére , & dans
les autres fources de la Fable , ou dans
P'Hiſtoire : à la difference des fujets que le
Poëte imagine ; dont il eft , pour ainfi dire ,
le créateur , & qui par conféquent lui appartiennent
en propre.
Le Pere Jouvency femble avoir craint
de choisir entre ces deux explications , qui
ont autrefois donné lieu à un combat fingulier
entre un Cavalier & un Erudit ,
qui ne fembloient pas devoir jamais fe
rencontrer dans la même carriere. Quelque
opinion qu'on embraffe , il n'en eft
pas plus aifé de rendre raifon de la penfée
d'Horace. D'un côté , pourquoi auroit il
trouvé fi difficile au Poëte , qui fe faifis
d'un fujet nouveau , de le traiter d'une
A VRIL. 1749. 109
maniere qui lui foit propre & particuliere ?
Ne femble- t'il pas au contraire , que parce
que la matiere eft neuve , de quelque façon
qu'on la traite , on ne courra pas rifque
de fe rencontrer avec perfonne , &
qu'ainfi il ne peut être vrai dans ce fens ,
que difficile fit propriè communia dicere ?
S'agil de la difficulté de connoître la
vraie façon de traiter fon fujet , & de la
faivre ? N'eft elle pas dépendante des circonftances
, dont l'imagination de l'Auteur
affortit à fon gré le fujet qu'il invente,
& s'il donne l'être à fa Fable , ne lui don
ne-t'il pas auffi la maniere d'être?
D'un autre côté , ft le fujet du Poëme eft
connu , s'il eft vulgaire , & tiré de la Fable
ou de l'Hiftoire , la maniere dont il doit
être traité , la maniere propre & particuliere
qui lui convient , eft fixée ; elle cft
toute trouvée. Pourquoi donc feroit- il
fi difficile au Poëte de la fuivre ? Les
amours d'Uliffe & de Calipfo , par exem
ple , ne doivent pas reffembler à celles
d'Enée & de Didon. Mais eft-il poflible
au Poëte de s'y méprendre , & ne lui eft- il
pas aifé de choisir les traits propres & particuliers
, mais très connus , qui conviennent
à chacun de ces fujets ?
Ainfi tout oppofées que foient les deux
explications , Tune m'embarraffe autant
fro MERCURE DE FRANCE.
que l'autre , dès que je veux les appliquer
à la difficulté qu'Horace releve ici : car
il faut faire attention qu'il ne s'agit pas en
général de la difficulté du fujet , tel qu'il
foit , hiftorique , ou fabuleux , réel ou inventé.
Horace ne dit pas fimplement, diffi
cile eft communia dicere , mais propriè dicere.
Si donc c'eft le fujet qu'il a en vue , la difficulté
dont il parle doit être de le traiter
d'une maniere qui foit propre & particu
liere , ou au fujer même , ou au Poëte qui
l'a choifi . Je ne crois pas qu'il s'agiffe du
Poëte. Tout Auteur a fon ton , fon ftyle ,
fa façon de penfer & d'exprimer ce qu'il
penfe , & pour parler comme les Peintres ,
fa maniere. Il lui eft auffi aifé de la fuivre,
que difficile de s'en écarter. Il me femble
qu'Horace n'a pû trouver de la difficulté ,
qu'à traiter chaque fujet de la maniere
qui lui eft propre , & j'ai autant de peine
a concevoir cette difficulté plus grande
pour le Poëte , qui eft le maître abfolu de
fa matiere , puifqu'elle eft toute entiere de
fon invention , & qu'il peut la traiter à
fon gré , que pour celui qui s'attache à un
fujet connu , qui , pour la maniere de le
traiter , a un guide fûr dans la Fable , ou
dans l'Hiftoire , & à qui Horace enfeigne
te fecret de fuivre ce guide , fans ceffer
d'être original.
AVRIL. 1749. ITT
D'ailleurs , Monfieur , je ne comprends
pas bien, comment les Interprêtes , qui fuivent
l'opinion commune , peuvent entendre
par le mot communia un fujet nouveau
, & qui n'eft pas puifé dans les ou--
vrages des anciens , puifqu'il eft évident
que par ceux -ci publica materies , qui fuivent
dans Horace trois vers plus bas , on
ne peut entendre qu'un fujet tiré de l'Iliade
, ou de quelque autre fource ſembla
ble .
Difficile eft propriè communia dicere , tuque
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quàm fiproferres ignora , indictaque primus.
Publica materies privati juris erit , fi
Nec circa vilem patulumque moraberis orbem ,
·Nec verbum verbo curabis reddere fidus.
Interpres , & c.
Horace oppofe propriè à communia
comme privati juris à publica materies. ŢI
emprunte toutes ces expreffions des Jurif
confultes , & chez eux les chofes communes
& les chofes publiques font également
celles , dont aucun particulier n'a la proprieté
, & dont l'ufage eft libre à tous.
Ainfi , s'il falloit penfer que dans le premier
vers , Horace parle du fujet , ou de la
matiere du Poëme , comme dans le qua
112 MERCURE DE FRANCE.
triéme , je crois qu'il faudroit entendre
par communia , ce qu'il entend par publica
materies , un fujet connu , & tiré de l'Iliade
, ce qui n'eft pas l'opinion ordinaire
des Interprêtes.
Mais eft il bien fûr que dans le premier
vers Horace parle du fujet comme dans le
quatriéme ? Il me femble que l'Auteur du
Cours des Belles Lettres rapporte le mot communia
, non à l'argument , mais aux perfonnages
du Poëme , & je crois qu'il a rai
fon , car dans tout ce qui précede , Horace
n'a encore fait mention que des caractéres.
Il y a , dit-il , bien de la difference entre
les difcours d'un efclave & ceux d'un Héros.
Prenez garde fi celui que vous met
tez fur la fcéne eft un vieillard, en qui l'age
ait mûri les paffions , ou un jeune homme
, chez qui elles foient encore dans toute
leur fougue ; fi c'est une Dame d'un rang
diftingué , ou une fuivante ; un Märchand
qui ait couru le monde , ou un campa
guard qui n'ait jamais perdu de vûe le
champ qu'il cultive ; un habitant de la Colchide
, ou un Affirien ; un homme élevé à
Thebes ou à Argos . Ecrivain , continuetil
, fuivez ce qu'on penfe communément
de ceux que vous introduifez fur le théatre
, ou fi vous inventez un perfonnage
nouveau , donncz- lui des mours afforties
AVRIL. 1749 . ZI
1
& convenables à fon caractére. S'agit- il
d'Achille , ce Guerrier fi vanté ? Qu'il foit
ardent , colere , inexorable , &c. Que Médée
ſoit inhumaine & indomptable , &c ,
Si vous produifez fur la fcéne un Héros
inconnu , fi vous ofez créer un perſonnage
nouveau , qu'il fe montre jufqu'au bout
tel qu'il aura paru d'abord , & que fon ca
ractére ne fe démente point. Voilà , ce
me femble , l'entreprife qu'Horace trouve
difficile .
Si quid inexpertum fcenæ committis , & audes
Perfonam formare novam , fervetur ad imum
Qualis ab incoepto procefferit , & fibi conftet's
Difficile eft propriè communia dicere.
Il ne s'agit jufques-là que des perfonnages
& des caractéres & non de la matiere
du Poëme . Je n'ai pas diffimulé qu'immédiatement
après , Horace parle du fujet,
mais il ne faut pas beaucoup paraphrafer
la tranfition , pour la rendre très- naturelle ,
Je vous confeille , continue- t'il, de choisir
vos Héros dans l'Iliade. Vous me direz
que ce Poëme ne vous fournira que des fujets
connus de tout le monde , des fujets
ufés , & où , réduit à glaner après les anciens
, vous n'aurez rien à dire de vousmême.
Je réponds que ces fujets connus
1
114 MERCURE DE FRANCE.
Vous pouvez vous les rendre propres, pour
vû que maître de votre matiere , vous ne
vous renfermiez pas dans un cercle de lieux
communs & de penfées devenues triviales
* , & que vous ne vous attachiez pas à
rendre mot pour mot les traits que vous
imiterez d'Homere.
Vous me demanderez peut- être , M. fi la
penſée d'Horace eft moins obfcure , fi l'interprétation
en devient moins arbitraire ,
en admettant que dans le paffage difficile
eft , &c. il s'agit encore des caractéres du
Poëme , & non de fon fujet. Oui , M. en
le fuppofant ainsi , les grands doutes me
femblent diffipés , l'explication commune
me paroît la feule qu'on puiffe admettre
& j'accorde alors volontiers à M. Dacier ,
que l'autre n'a plus rien que d'abfurde.
Achille , Médée , Orefte , ont des caracté
res certains , fixes , invariables. Horace
vient de nous le dire , & n'a pas pû penfer
qu'il fût infiniment difficile de rendre des
caractéres fi connus, de la maniere qui leur
eft propre & perfonnelle . C'eft des caractéres
de pure imagination , & auxquels le
vers,
On ne prétend pas traduire ici exactement ce
Nec circa vilem patulumque moraberis orbem
qui demanderoit feul une Differtation
AVRIL. 1749 115
Poëte eft obligé de conferver une conftante
uniformité, qu'Horace vient de parler ;
ce font ceux-là qu'il trouve difficile de
rendre propres & particuliers aux perfonnages
à qui le Poëte les attribue , parce que
ce font des généralités qu'il faut perfona-
-lifer . Paffez-moi cette expreffion.
- Vous concevez bien par-là , M. que j'ap
plaudis beaucoup à la traduction de l'Aureur
du Cours des Belles Lettres. Difficile eft
propriè communia dicere. Il eft bien diffi
cile de donner des traits propres & individuels
à ce qui n'a rien que de générique. Voilà
, felon moi , rendre fidelement & auffi
littéralement qu'il étoit poffible , les paroles
d'Horace , y mais l'exactitude même
de la traduction fair que le fens qu'elle
préfente , a quelque chofe de l'obfcurité de
f'original. If reſte à fçavoir pourquoi Horace
trouve fi difficile de ramener le géné
rique à l'individuel ..
Ecoutons là- deffus l'Auteur du Cours des
Belles Lettres . » Il eft difficile de donner un
»caractére individuel à ce qui n'a rien que
» de générique.Comment donner à l'hom-
» me A ou B un caractére qui lui foit pro-
» pre ? Le connoît- on ? Dès que vous dites
>> que c'eft un homme , je conçois qu'il a les
>> parties effentielles de l'homme , que c'eft
un animal doué de raifon , communia , ce
16 MERCURE DE FRANCE:
"
ي د
qui eft commun à tous les individus de
l'efpece , mais n'ayant jamais exifté , ni
» dans la Fable , ni dans l'Hiftoire , il n'a
» aucun caractére propre par où je puiffe
» le diftinguer de la maffe commune. Dif
» ficile eft propriè dicere . Qu'on me nomme
»Néron , Achille ; auffi -tôt je vois , nonfeulement
les qualités qui leur font com-
» munes , mais leurs qualités caractériſtiques
& perfonnelles , la cruauté & lạ vàleur.
Si au contraire on eût nommé, il y
deux cens ans , Tartuffe , on auroit dit
» c'eſt un homme , mais n'annonçant rien
de
propre à caractériſer la perfonne , on
» l'eût regardé comme un être imaginaire
» & qui n'a point de forme propre. Qu'on
» le nomme aujourd'hui , depuis que Mo-
» liere lui a donné une existence poëtique
fur fon Théatre , il a un caractére indi-
» viduel . On dit , Tartuffe eft un homme
» hypocrite , de même qu'on dit , Néron eft
» un homme cruel.
و ر
Tout cela me paroît vrai , jufte , bien
reflechi ; je vous avoue pourtant , M. que
je ne fçais pas fi l'existence poëtique que
Moliere a donnée à Tartuffe , empêche aujourd'hui
qu'on ne le regarde comme un
être imaginaire , mais je ne ferai pas
l'Auteur une chicane , qui , fans détruire
le fond de fa penfée , ne ferviroit à rien
AVRIL. 1749. 117
pour faire entendre la mienne . Que je fois
au Théatre , ou que je life Moliere , Tartuffe
ceffe d'être pour moi dans ce moment
un être imaginaire ; je le réaliſe alors dans
mon imagination , mais ce qui m'arrive eſt
auffi arrivé à tous les fpectateurs à la premiere
répréſentation de cette Comédie ,
å celle des Tragédies de Zaïre & d'Alzire,
& arrivera toujours à celle de toutes les
Piéces d'invention ,
D'ailleurs la valeur dans Achille ne me
paroît pas plus former un caractére individuel
, que la cruauté , celui de Néron . Que
j'attribue à quelqu'un les fentimens les
plus barbares , ceux qui m'écouteront , ne
devineront pas fi je parle de Néron , plutôt
que de Mahomet II , de Pierre , Roi de
Caftille , du Baron des Adrêts , ou de quelqu'autre
monftre de ce genre -là , tous trèscruels
, mais qui , à cela près , ne fe reffembloient
en rien. Ainfi , par des traits qui
peignent en général la cruauté , je ne caractériſe
aucun individu , & quoiqu'il ſoir
vrai que dès qu'on me nomme Néron qu
Achille , je fçais qu'on me va parler d'un
Prince cruel ou d'un vaillant guerrier , &
qu'au contraire en me nommant l'homme
Á ou l'homme B , on ne m'annonce rien
encore de propre à caractérifer leur perfonne
; j'ai peine à concevoir que la gé118,
MERCURE DE FRANCE.
néralité , où leur nom les laiffe , augmente
la difficulté de leur donner un caractére
individuel.
Je vous l'avouerai donc , M. quoique
j'eftime infiniment les réflexions de l'Auteur
du Cours des Belles Lettres , elles ne
me fuffifent pas pour bien entrer dans le
fens d'Horace ; fi j'en refte là , je ne vois
pas encore trop clairement pourquoi il eft
plus difficile aux Poëtes tragiques de peindre
un Héros purement imaginaire , qu'un
Prince qui a réellement exifté , ou dont la
Fable nous a accoûtumés à fuppofer l'existence.
Pourquoi , par exemple, les carac
téres de Zaïre & d'Orofmane ont dû plus.
coûter à M. de Voltaire , que ceux d'Hérode
& de Marianne ; pourquoi devoit-il
être plus facile de rendre fidelement ceux
de Cicerón & de Tullie , que d'imaginer
ceux de Monteze & d'Alzire ? Au contraire
, il me paroît que le Poëte , qui met fur
la fcéne un Héros connu , eft gêné par la
néceffité de fuivre les idées que fon nom.
réveille infailliblement dans l'efprit des
Spectateurs , au lieu que s'il y met un Hé
ros imaginaire , il peut choifir le caractére
qui convient aux avantures qu'il lui prête,
& frapper le fpectateur par tous les traits
qu'il croit propres à l'émouvoir. Les Peintres
qui ne font que des tableaux , ont une
AVRIL. 1749. 119
difficulté de moins que ceux qui font des
portraits, par l'exacte & génante imitation
de l'original , qu'il faut rendre trait pour
trait. Nos Poëtes ne font pas toujours plus
heureux que nos Peintres, à attraper cette
reffemblance.
Ainfi la penfée d'Horace paroît toujours
obfcure. Oferai-je , pour achever de l'éclaircir,
rifquer des réflexions que j'ai faites
il y a long-tems fur ce paffage ; elles
ne contredifent point directement l'An
teur du Cours des Belles Lettres , elles font
même exactement conformes à la maniere
dont il traduit le vers Difficile eft , &c. &
n'ôtent rien au mérite de fon explication,
Si en le fuivant, je fais un pas plus que lui,
c'eſt lui qui m'enhardit à le faire en pu-,
blic , c'eft fon fyftême qui me fait augurer
que le mien n'eft pas fans fondement , &
fi vous jugez à propos , M. de lui faire
connoître , par la voye du Mercure ou par
quelque autre , des idées qui vont tant
foit peu plus loin que les fiennes , je vous
prie de ne point lui laiffer ignorer que
mon deffein, en les mettant au jour, eft de
les foumettre à fa cenfure , auffi bien qu'à
la vôtre , & que je n'appellerai point du
jugement que vous ou lui en porterez.
Il n'y a point d'homme qui n'ait fon
caractére , & à qui il ne foit tellement
120 MERCURE DE FRANCE.
propre, tellement perfonnel & fi réellement
diftingué de celui de tous les autres hommes
, qu'il n'eft pas poffible d'en trouver
deux qui fe reffemblent parfaitement. Cette
variété infinie ne provient pas feulement
d'une vertu éclatante ou d'un vice
dominant ; la valeur dans Achille , la eruauté
dans Néron. D'autres ont eu dans les
fiécles paffés , ont dans le nôtre, & auront
à l'avenir les mêmes vertus ou les mêmes
vices qui exercent le pinceau du Poëte
dans quelque fujet que ce foit : ainſi ces
généralités ne fuffifent jamais pour peindre
qui que ce foit d'une maniere achevée
& reffemblante.
Cela eft vrai dans tous les genres. Alexandre
, Charlemagne & Tamerlan , one
été des Héros conquérans ; pourroit - on
fans ridicule les peindre des mêmes couleurs
? Saint Louis , Louis XII . & Louis
XV . ont aimé leurs peuples , en ont été
adorés , & one mérité de l'être . Qu'on réuniffe
autant de traits qu'on voudra, qui leur
conviennent à tous trois , cette peinture
fera celle d'un de ces Rois qui font nés
pour le bonheur du monde , mais pour
achever de peindre Saint Louis , Louis XII .
ou Louis XV , il faudra y joindre féparé
ment d'autres traits finguliers , néceffaires
dans le portrait de l'un, & qui ne pourront
trouver
AVRIL.
1749.
121
trouver place dans celui de l'autre. Le
Connétable de Bourbon & le Chevalier '
Bayard étoient de vaillans guerriers ,
l'Abbé Suger & le Cardinal de Richelieu ,
d'excellens Miniftres mais le premier ne reffembloit
guéres plus au fecond qu'aux deux
autres , & le Cardinal ne differoit guérés
moins de l'Abbé que du Connétable ou du
Chevalier. Les grands hommes peuvent
même s'approcher de beaucoup plus près ,
fans fe reflembler ; & Maurice , le fameux
Maurice , ne fe retrouveroit pas exactement
dans un portrait qui feroit ' fidélement
celui du Vicomte de Turenne.
Ne feroit- ce pas- là le fondement des leçons
d'Horace ? Le caractére que le Poëte
doit donner à chacun de fes Héros , lui
doit être tellement propre , tellement particulier
qu'on n'y reconnoiffe que lui . Il
ne fuffit pas pour cela , de bien exprimer
une qualité dominante ; la valeur , s'il eft
queftion d'Achille ; la cruauté , s'il s'agit
de Néron . On ne les diftingueroit par -là
d'aucun de ceux qui ont été vaillans ou
cruels. A peine le courage , vertu dont l'idée
fe réveille au feul nom d'Achille , entre-
t'elle dans le portrait qu'Horace veut
qu'on faffe du fils de Thétis * . Pour for-
* Impiger , iracundus , inexorabilis , acer ,
Jura neget fibi nata , nihil non arroget armis,
F
122 MERCURE DE FRANCE
mer fon caractére diftinctif , il faut y raffembler
tous les traits qui fui conviennent,
& y faire entrer non-feulement toutes les
qualités bonnes & mauvaifes , attribuées à
cet ancien Héros , mais le degré dans le
quel il a plû à Homere de les lui attribuer.
Ce n'eft que du mêlange des vertus &
des vices , des talens & des défauts , des
grandes actions & des foibleffes ; ce n'eft
que,de l'union de toutes les qualités bon-.
nes ou mauvaiſes du coeur & de l'efprit , &
même de leurs differentes teintes , que peut
fortir l'idée caractéristique de tous ceux
pour ou contre qui le Poëte veut intéreffer ;
idée qu'il doit au Public , & de laquelle
dépend en partie le fuccès du Poëme. Ce
caractére et tout formé dans les fujets ,
connus ; c'eft la faute du Pcëte,s'il le man
par exemple que, & fi il ne fçait pas diftinguer
l'efpece de grandeur d'ame qu'il
doit peindre dans Achille , de celle qu'il
doit peindre dans Agamemnon, ou dans
Enée , & même dans Diomede ou dans
Hector. Les couleurs font préparées , il
n'a plus qu'à les mettre en oeuvre . Si Racine
n'en eût point ajoûté d'étrangeres à
celles que
lui fourniffoient les anciens , on
ne lui eût pas reproché d'avoir défiguré le
caractére d'Hyppolite , en le faifant foupirer
pour Aricie, paffion auffi inutile à l'acAVRIL.
1749.
123
tion principale , que celle de la fille de Ci
ceron pour Catilina , & auffi contraire au
précepte d'Horace, famam fequere.
Ceux qui dellinent pour nos tapifferies
les arbres de nos campagnes & les fleurs de
nos jardins , peuvent imiter la nature ; elle
leur offre des modéles ; s'ils ne réuffiffent
pas ,
c'eft leur faute , mais quand on y vent
des arbres de l'Amérique & des fleurs de
là Chine , l'ouvrier qui ne peut plus copier
la nature , & qui cherche à la deviner , les
remplit de peintures qui ne reffemblent à
rien qui ait jamais exifté. Je fens tout ce
qu'il faudroit rabattre de cette comparai .
fon, pour l'appliquer au Poëte qui fait agir
ou parler des perfonnages réels , & à celui
qui ne met en action que des êtres poëtiques
dont il est le créateur. Cependant le
dernier , comme nos ouvriers en tapilferie,
doit , en raiſonnant fur les originaux qu'il
connoît , en imaginer d'autres dont il n'a
point de modéles. Dès qu'il crée , tour
doit venir de fon fond ; les originaux qu'il
a fous les yeux ne peuvent le guider que
pour dégroffir l'ouvrage ; ils lui fourniffent
le générique , mais c'eft à lui à inventer
l'individuel, & à y mettre l'harmonie.Pour
les traits marqués & caractéristiques qui
font les principaux & les plus difficiles , il
eſt abandonné à lui-même ; il faut qu'il
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
deffine fes figures de génie, & qu'il imagine,
pour chacune d'elles, des attitudes propres ,
mais convenables , des contours diftinctifs ,
mais naturels ; qu'il ait l'art d'éviter l'imitation
fervile des modéles trop connus , que
la nature lui fournit dans l'Hiftoire & dans
la Fable, & cependant qu'il n'oublie jamais
que le fard de l'art ne peut fuppléer-au défaut
des traits de la nature.
S'il invente un fujet dont le héros foit un
grand Général d'armée , il faut qu'il lui donne
de l'amour pour la gloire , de la valeur , de
l'activité, de la prudence , de la fermeté , un
génie fécond en reffources , & même , fuivant
les circonftances, de l'amour pour laPatrie,
du défintéreffement, & c. comme l'Hif
toire en donne à Scipion , à Bertrand du
Guefclin , & à tant d'autres ; mais il faut auffi
que mêlant les couleurs avec art , il peigne
dans fon Héros toutes les qualités qu'ont eu
les Scipions , les du Guefclins & les autres
Guerriers, dont le caractére approchoit de
celui du fien , fans faire du fien un Héros
qui reffemble d'une maniere trop marquée .
à aucun de ceux qui font connus par la Fable
ou par l'Hiftoire .
Ce n'eft pas affez d'avoir peint le Géné
ral , il faut peindre l'homme , ce qui de
mande un nouveau choix de paffions , de
vertus ou de vices , de bonnes ou de mauAVRIL.
1749. 125
•
vaifes qualités , qui fouvent n'ont en apparence
aucun rapport entre elles , & qu'il
faut pourtant fçavoir allier , car les couleurs
du tableau doivent être tellement
nuées , que tout faffe un enfemble où tout
foit d'accord & à fa place ; c'eft par où Horace
commence fes préceptes ..
Scriptor .
· Sibi convenientia finge ,
Cet enſemble eſt tout fait dans les fujets
réels , ou qu'on regarde comme tels ; les
qualités les plus oppofées s'y marient fans
effort. Catilina étoit avide & diffipateur.
Alieni appotens , fui profufus . Louis XI . vouloit
la guerre , & la craignoit; la commençoit
brufquement dans le tems même qu'il
cherchoit à l'éviter & le fouhaitoit ; négocioit
la paix en ſe ménageant des occafions
de la rompre : ainfi des autres. Mais dans
les fujets que le Poëte invente, le propre ,
le perfonnel de chaque caractére eft fon
ouvrage , & ne peut réfulter que de l'union
harmonique qu'il fçait donner aux qualités
indépendantes , & fouvent contraires,
qu'il attribue à chacun de ceux qu'il introduit
dans fon Poëme . L'homme , en tout
tems different de lui- même , eft ſouvent
tout à la fois méchant & vertueux , tendre
& cruel ; mais on réuffit rarement à
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
peindre ce contrafte dans un fujet imaginaire
ou obfcur , auffi heureuſement que
l'Auteur de Rhadamifte.
Je foupçonne , M. que c'est le caractére
compofé & pourtant individuel , qu'Horace
trouve difficile à exprimer dans les
fujets inventés . Parlez , dit-il, fuivant l'opinion
qu'on a communément de ceux que
vous mettez au théatre , famam fequere
fi Vous y mettez des Héros de votre invention
, qu'il n'y ait rien que de naturel
& de vrai-femblable dans leur caractére ,
fibi convenientia finge ; qu'ils gardent ce ca
ractére diftinctif juſqu'à la fin , fervetur
ad imum. Le précepte que je vous donne
n'eft pas facile à fuivre: c'eft pourquoi je
vous confeille de choifir vos Héros dans
l'Iliade. Prenez Agamemnon , Uliffe ou
Achille ; ce n'eft pas que vous ne puiffiez
imaginer aisément un Prince ambitieux ,
un fage , un vaillant homme , mais ces
traits font vagues & trop généraux , communia
; vous devez diftinguer votre Héros
par un caractére plus décidé, & qui lui foit
propre , proprie dicere , & vous éprouverez
qu'il eft difficile d'inventer & de foutenir
jufqu'à la fin du Poëme un caractére neuf
dont l'Hiftoire & la Fable ne vous fourniffent
que l'efquiffe , parce que loin de
pouvoir copier trait pour trait les grands
•
AVRIL. 1749. 127
modéles que vous y trouverez , dès que vous
voulez être Auteur d'un caractére nouveau
& original , il ne doit plus être imité de
vos modéles dont vous ne pouvez tirer
que ce qu'ils ont de générique , communia.
L'ambitieux que vous imaginerez ne doit
pas dans le détail des traits teffembler à
Agamemnon ; votre fage ne doit pas être
an Uliffe , ni votre guerrier un Achille.
Il faut former de génie,pour chacun de vos
perfonnages,un caractére qui lui convienne
& qui ne convienne qu'à lui feul , propriè
dicere , & il eft bien difficile de donner
des traits propres & individuels à ce
qui n'a rien que de générique , difficile eft
propriè communia dicere.
Vous voyez , M. combien mon explication
approche de celle de l'Auteur du Cours
des Belles Lettres ; j'adopte fa traduction
mais j'ai peine à croire que la difficulté
qu'Horace releve dans les perfonnages
d'invention , confiſte à donner à un Héros
imaginaire , à l'homme A ou B , quelques
qualités vagues , comme la valeur ou la
cruauté. Je crois qu'elle confifte à donner
à ce vaillant homme ou à ce Prince cruel,
que l'imagination du Poete a créé , ce caractére
diftinétif que la valeur feule ne
peut donner à l'un, ni la cruauté à l'autre.
J'avoue qu'en fuppofant l'exiftence de
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
l'homme A ou de l'homme B , perfonne ne
les connoît ; que tout ce qu'on en conçoit ,
c'eft qu'ils ont les parties effentielles de
l'homme, & que ce font des animaux doués
de raifon , comme tous les autres individus
de leur efpece , & c'eft par là qu'il me paroît
que le Poëte peut aifément leur donner
tout ce qui peut convenir à la nature
humaine , attribuer à fon gré & fans la
moindre difficulté , à l'un de la cruauté ou
de la clémence , à l'autre de la lâcheté ou
du courage. Mais Horace fuppofe , ce me
femble , que ces qualités font trop génériques
, ces traits trop peu marqués pour
tirer l'homme A ou l'homme B de la maffe
commune. Ne pas aller plus loin , ce fe-.
roit les y laiffer confondus , finon avec tous
les hommes , du moins avec tous ceux qui
ont eu les vices ou les vertus qu'on leur attribue
. Pour leur donner une exiſtence
même poëtique , il leur faut un caractére
propre & qui leur foit perfonnel ; ce caractére
diftinctif exige du détail , & c'eſt , à
mon fens , dans ce détail, que confifte toute
la difficulté .
Le détail eft le point foible des caracté
res de la création du Poëte , c'eft par où ils
donnent prefque toujours prife à la critique.
Tartuffe dont parle notre Auteur ,
l'immortel Tartuffe n'y a point échappé ;
>
AVRIL.
129 ·
1749 .
on n'a pas prétendu , & on ne pouvoit pas
prétendre que Moliere n'eût pas réufli à
faire , d'un être imaginaire qu'il lui avoit
plû de nommer Tartuffe,.un homme hypocrite
& même un homme abominable * ;
mais on a foutenu que les traits de détail
n'étoient pas fibi convenientia , qu'un fourbe
auffi adroit que Tartuffe ne choififfoit
pas un pere de famille pour en faire fa
duppe , qu'il craignoit les droits ineffaçables
de la ligne directe & les retours infail
libles de l'amour paternel ; qu'il trouvoit
plus facile & plus fûr d'entreprendre de
dépouiller des collatéraux ; qu'il étoit trop
maître de lui- même pour travailler à féduire
la femme de fon bienfaicteur, le jour
même qu'il devoit époufer la fille.
Les meilleures pieces fourniffent des
exemples pareils de la difficulté qu'il y a
de créer un caractére perfonnel , qui foit
tout à la fois neuf & naturel . A ne confidérer
dans la Comédie du Joueur le caractére
de Valere que du côté de fa paffion
dominante , je ne fçais fi le Théatre François
a rien de plus parfait , mais on y trouvera
des taches , fi on l'examine comme le
caractére particulier d'un jeune homme
que la paffion du jeu n'empêche pas d'être
Voilà , je vous l'avoue , un abominable hom ,
me. Tartuffe, Act . 4. Scéne 6.
F
130 MERCURE DE FRANCE
touché des attraits d'une jeune & belleperfonne
dont il eft aimé. Valere eft affez:
tendre pour s'écrier , après avoir fait fa.
paix avec Angélique :
Eft- il dans l'Univers un mortel plus heureux !)
Elle me rend fon coeur , elle comble mes voeux.ɔ
Je fuis tout tranfporté . Vois , confidere , admire ,
Angélique m'a fait ce généreux préfent..
Et cependant quelques momens après il
répond à fon valet , qui fe réjouit de leur
racommodement : .
A te dire le vrais je n'en-fuis point fâché .
Comment accorder des tranfports fi vifs
avec une indifference fi marquée? Regnard
s'en tire mal . Il n'eft ni vrai-femblable ni .
naturel , que la bourfe de Valere , plus ou
moins garnie , influe jufqu'à ce point fur
les fentimens de fon coeur ; qu'il foit auffi
tendre , quand elle eft vuide , que glacé ,
quand elle eft pleine.Pour montrer que chez
lui la paffion dominante étoit celle du jeu ,
ne fuffifoit-il pas qu'elle fit en tout tems plus
d'impreffionfur lui que fon amour? Falloitiliqu'il
fût tantôt fort épris & tantôt pref
que infenfible ? Et qu'on pût lui dire :
Quand vous êtes fans fonds, vous êtes amoureux,
Et quand l'argent renaît, votre tendreffe expire..
2
A VRI L.. 131 1749.
Votre bourſe eft , Monfieur , puifqu'il faut vous
le dire ,
Un Thermometre sûr , tantôt bas , tantôt haur ,
Marquant de votre coeur ou le froid ou le chaud.
Caractére qui n'eft point dans la nature.
J'en dis autant de celui du Diftrait du
même Auteur. Ce caractére , trop fervilement
copie fur celui du Diftrait de la
Bruyere , eft fi chargé qu'il eft impoffible
d'y retrouver un
... Fort honnête homme , à fés devoirs auftere ,
Exact & bon ami , généreux , doux , fincére ,
Aimant ..... fa Maîtreffe en Héros.
De tous les traits de ce portrait , le feul
qui convienne à Léandre ; paroît être celui-
ci .
On dit qu'il eft diftrait , mais moi , je le tiens fou .
Je fçais que le Théatre fouffre l'outré ·
jufqu'à certain point , mais il ne faut pas
abufer de cette permiffion .
Ainfi Moliere & Regnard ont aifément
fait de trois animaux doués de raifón , des
hommes A. B. C. auxquels leurs vers ont
donné l'être , un hypocrite , un joueur , un
homme diftrait ; ils ont très-bien peint la
noirceur de l'hypocrifie , la fureur de la
paffion du jeu , le ridicule dés diftractions ,
2
1
F vj .
132 MERCURE DE FRANCE.
communia , mais je doute qu'ils ayent auffi
bien réuffi dans les caractéres perfonnels
& diftinctifs, que le premier donne à Tartuffe
, & le fecond à Valere & à Léandre ;
tant il eft vrai que difficile eft proprié communia
dicere .
Les perfonnages que le Poëte invente
ne doivent jamais s'écarter durai -femblables
les perfonnages réels en font quelquefois
difpenfés. On s'eft mocqué avec raifon
de certain Roman , dont le Héros fe
défendoit feul contre toute une armée.
Qu'il s'agiffe d'Horatius Cocles ou du Chevalier
Bayard , on ne fera plus choqué
d'entendre dire qu'ils ont foutenu feuls à
la tête d'un Pont l'effort d'une troupe trèsnombreuſe
; la vérité biftorique fuppléra
alors au défaut de la vrai - femblance , qui
partout ailleurs eft le feul vrai théatral. }
2
Je crois connoître , plufieurs autres avantages
des perfonnages réels fur ceux que
le Poëte imagine ; mais il eft tems , M. de
finir une Lettre qui n'eft déja que trop
longue , & qui vous ennuyera à coup fûr ,
puifqu'elle commence à m'ennuyer. Vous
en ferez tout ce qu'il vous plaira ; donnezja
an Public , fi vous croyez qu'elle en vaut
la peine. Approuvez mes idées , ou cenfurez-
les fuivant que vous les trouverez ſolides
ou frivoles ; corrigez , retranchez ,
AVRIL. 1749. 133
ajoutez tout ce que vous jugerez à propos,
à
jettez ma Lettre au feu fi elle ne vous paroît
pas digne de voir le jour , je confens
à tout : quelque parti que vous preniez ,
je vous proteſte très-fincérement que je ferai
également perfuadé que vous m'aurez
rendu un très- bon office , & que je croirai
vous en devoir la même reconnoiffance .
J'ai l'honneur d'être , &c.
S.. E.. L...
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mars , font Fiacre ,
Rhinoceros , marmite , Blaife , & foyer. On
trouve dans le premier Logogryphe Rhin ,
Rhône , or ,
Héros , ciron , Chiron , Sion
Corfe , Chine , chien , Hieron , ferin , Heron ,
Ino , écho , rofe , riche , Noé , nocher , corne,
hier , foir , coin , nôce , fec , cor , forcier. On
trouve dans le fecond Marie , rat , mite ,
Marte , mari , ami , Maire , Mirte , Maître,
rimė¸mat , mitre , arme , mât , rame¸re , mi¸
air , mer. On trouve dans le troifiéme
bal , Sale , Baile, aife , Lis , la , fi. On trouve
dans le quatrième foye , foi , Roi,
1
134 MERCURE DE FRANCE.
.
ENIGM E..
Pour réaffir dans l'art de me faire chercher ,
Sous des traits empruntés j'aurois dû me cacher.
Mon exiſtence bien connue
Peut me trahir au fimple échantillon ::
Lecteur , tes yeux font la revûë
De mes fupôts , rangés en bataillon .
De plus de vingt enfans on veut que je fois mere..
Le deftin leur forma different caractére ; :
Aucun ne fé reffemble , ils ont le même emploi ,,
Et dans un ordre méthodique ,
Au gré de mes befoins , affervis fous ma loi ,,
A les régénérer fans ceffe je m'appliqué.
Religion , talens , Beaux Arts ,.
Par mon fecours , brillent de toutes parts ,
Mais tel le livre à moi , dont l'audace eft punie ::
Ileft fous mes drapeaux de périlleux hazards ,
Moi-même je deviens , & profcrite , & bannie ,
St , d'un fiel trop amer facile à m'enyvrer ,
De celui qui m'infpire adoptant la manie , ·2
Jole braver les grands qu'il cherche à déchirer..
Qu'un efprit téméraire , impie , -
Dans fon délire & fes accès ,
Me fafle arborer l'héréfie ,.
AVRIL.. 3335% 1749.
De ce forfait digne fuccès ,
Ce que j'ai fçû produire , en fidéle complice ,
Bft foudroyé , périt dans un honteux fupplice .
Par M. Allain , de Tours.
LOGOGRYP HE..
Compofé de huit pieds , je plais à mainte belle ,,
Qui pour le réjouir m'accable de cent coups;
L'invifible élément partage ma quérellé ,
Et l'oreille aime mon courroux.
Te dirai - je , Lecteur , pour me faire connoître ,.
Qu'on peut trouver en moi le plus beau des oi
feaux ;
L'image d'un petit-maître ; -
Un tems ; une Déeffe ; un fleuve ; un Dieu cham -
pêtre ;
Un infecte volant un chemin fur les eaux
Un terme de Grammaire ; un Miſantrope infigne ;
Le commencement d'une ligne ; :
L'appui de Poliphême ; un point de l'horiſon;;;
Les armes des Titans ; celles dont Gédéon
Défir , fans coup ferir , une Nation impie ; ,
Un aliment commun , le foutien de la vie ,
Le factotum du corps humain ;
Ce que je fais huit fois dans une game;;
0%
136 MERCURE DE FRANCE.
Certain eftafier mafculin
Qui peut dans un combat devenir une dame ;
Un homme rare ; un homme en racourci ,
Edipe eût déviné fans tous ces fignes- ci ?
B.... de Lyon. ......
AUTRE.
S Ans mon fecours , que l'on verroitde gens
Mourir de faim , & vivre en fainéans !
Si d'un côté je parois être utile ,
De l'autre auffi je fais bien du fracas.
Combien voit- on de familles à bas !
De leur malheur , je fuis premier mobile.
Neufpieds , Lecteur , font l'appui de mon corps ;
Divife -les ; après quelques efforts ,
Tu trouveras un titre refpectable ,
Auquel eft joint le fouverain pouvoir
Un élement : un métal trop aimable ,
Qui trompe l'homme & l'arrache au devoir ;
Une fubſtance : un inftrument de chaffe :
Ce que fur mer apprehende un vaiffeau :
Ce que produit la peur , une époque ; un oiſeau
Un ouvrage d'infecte , ouvrage qui furpaffe
Ce que l'art des humains peut fournir de plus
beau.
En ces deux mots , Leeteur ; un ton de la mufi“
que :
余宗宗:
VELLI
DES BE
DESNOUT
Paris , ch
, àla C
tion &Pe
ne de me
t en recev
borerun
gen
chéedele
esd'être CO
Il s'eftre
,& dans
luftre
am
quil a
prife
hams,dont
Après
s'êtrep
Apollon,
qu'ilac
trousfelon
les
Recoutera
plus
qu
AVRIL. 1749.
137
Un péché.... C'eft affez : il eft tems qu'on m'explique
.
Par M. Viniant de Rofnai , en Champagne.
宗宗宗宗:宗宗宗:柴柴柴柴柴
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
,
DES NOUVELLES , par M. Robbé. A
Paris chez Prault , fils , Quai de
Conty , à la Charité , 1749. Avec Approbation
& Permiffion . Une Dame , qui
fatisfaite de mériter des éloges , ne veut
point en recevoir , a preffe M. Robbé
d'abjurer un genre de Poëfie , auquel elle
étoit fâchée de le voir employer des talens,
dignes d'être confacrés à de plus nobles
ufages. Il s'eft rendu à de fi fages remontrances
, & dans une Ode qu'il adreffe à
cette illuftre amie , il annonce la réfolution
qu'il a priſe de ne fe permettre que
des chants , dont la vertu n'ait point à rougir.
Après s'être plaint des caprices de fon
Apollon , qu'il accufe de ne pas le fervir
toujours felon fes voeux , il déclare qu'il
n'écoutera plus que les infpirations de la
138 MERCURE DE FRANCE.
Mufe , qui lui fait tenter une nouvelle
carriere , & il s'écrie :
... Comme un autre Promethée ,
Volons-lui ce feu radieux ,
Que fon ame , fi bien dotée
Sçait partager avec les Dieux.
Prenons , en nous moulant für elle
Cette éloquence naturelle ,
Et ce bon goût affaifonné ,
Qui négligeant la pompe vaine
Sçait narrer avec la Fontaine
Et dicter avec Sévigné.
**
Déja foigneufe de ma gloire ,
Je l'entends , qui fur mes rivaux
M'excite à tenter la victoire
Par de plus louables travaux.
Six luftres ont mâri ta tête
Dit-elle.. Par quelle ceuvre honnête
T'a-t'on vú t'immortalifer
Le Ciel t'a donné ce génie ,
Qu'à tant de rimeurs il dénie.
Est-ce donc pour en abuſer è
Il continue dans deux ftrophes fuivantes
, de faire parler ainfi fa nouvelle Muſe :
AVRIL. 139 1749.
N'impoſeras-tu pas filence
A tous ces reproches fanglans ,
Qui te font taxer d'impuiffance
Par l'effain des demi talens ?
Oui , difent- ils , fon vers docile
Brille dans ce genre facile
Auquel feul il peut fe vouer.
Mais que , comme nous intrépide ,
Il hazarde un vol plus rapide ,
Et vous le verrez échouer .
Tente de nobles réuffites ;
Fais voir à tous , que ton eſprit
Peut franchir les vaines limites
Du cercle étroit où l'on t'infcrit.
Prouve-leur que ce divin germe ,
Que le Génie en foi renferme ,
Pouvoit percer à Fontenoy ;
Que c'eft faute de ce Génie ,
Qu'ils ont puifé l'ignominie
Au fein de la gloire du Roi,
Nous paffons à regret plufieurs autres
ftrophes très -belles. Voici celle qui termine
cette premiere Ode , & dans laquelle
M. Robbé promet de fe conformer à des
avis , dont il fent la jufteffe & l'utilité.
Oui , c'en eft fait , ſage Minerve R -
140 MERCURE DE FRANCE.
Epris , comme toi , du vrai beau ,
C'est à la flamme de ta verve
Que j'épurerai mon flambeau .
Dans ma courfe rien ne m'arrête .
J'oferai tenter la conquête
Du vafte Empire Mexicain ,
Si fecondant mon efperance ,
Tu m'es ce que fut à Terence
Le Triomphateur Africain .
A la fuite de cette Ode , l'Auteur en a
fait imprimer deux autres , adreffées , l'une
à M. Deftours , fon Médecin , qui l'a guéri
d'une maladie dangereufe ; l'autre à M.
B ***. fur la diftinction du corps & de
l'ame. Peut-être ne regne- t'il pas dans ces
deux Piéces le même agrément & lamême
variété que dans la premiere , mais on retrouve
par tout la même richeſſe de rimes
& la même force de pinceau..
Pour que le jufte tribut de louanges ,
que nous payons à M. Robbé , ne foit pas
fufpect de flaterie , nous critiquerons avec
notre franchiſe ordinaire ces expreffions ,
Nous autres enfans du Permeffe ,
Volons- lui ce feu radieux
Que fon amefi bien dotée ,
AVRI L. 1749. 141
En nous moulant ſur elle ,
Fut-il jamais fur le Parnaffe
Une plus preffante menace
Du bon goût tout prêt à tomber
J'oferai tenter la conquête
Du vafte Empire Mexicain .
Les unes , trop communes , ne s'accor
dent pas avec la majefté de l'Ode. La pénultiéme
ne rend pas l'idée du Poëte . Dans
la derniere , le mot tenter n'eft pas le terme
propre , & il femble que celui de chanter
feroit plus convenablė.
Que M. Robbé nous permette auffi de
remarquer , que le défaut de fufpenfion
du fens à la fin du quatrain , rend vicieufe
cette ftrophe de l'Ode à M. Deftours.
A l'aide du Microſcope ,
Obfervant fon réſervoir
A travers fon enveloppe ;
Pecquetfit appercevoir
Ce Balfamique fluide
Que pompe le coeur avide ,
Qui promt à le fublimer ,
Lui communique l'effence
Du fang qu'en notre ſubſtance
Il va bientôt transformer.
142 MERCURE DE FRANCE.
PANEGYRIQUE de Louis XV. Sixième
Edition , 1749 .
Il feroit fuperflu de nous étendre fur un
ouvrage qui a eu un fuccès fi grand & G
mérité. Nous avertirons feulement qu'à
la tête de la cinquiéme Edition étoit la
Lettre d'un Préfident , felon l'avis duquel
le Panégyrique de Louis XV. eft fort audeffus
de celui de Louis XIV , par Peliffon,
& que cette Lettre ne fe trouve point dans,
la nouvelle Edition qu'on donne au Public.
Dans l'Edition précédente , M. de
Voltaire avoit répondu à quelques critiques
faites par les Auteurs du Journal de Trévoux.
Dans l'Edition nouvelle , on a réimprimé
cette réponſe . Le Journal que nous
venons de citer , cenfuroit avec juftice la
derniere phrafe de ce Portrait du Roi de
Sardaigne.UnMonarque qui veille à lagarde
des barrieres que la nature éleva entre la France
& l'Italie , & qui femble , du haut des Alpes
, pouvoir déterminer la fortune. Hfe décla
roit contre nous , après avoir autrefois vaincu
avec nous, on avoit à redouter enlui un Politique
& un Guerriers un Prince qui fçavoit
bien choifir fes Miniftres & fes Généraux ,
qui pouvoit fe paffer d'eux, (gránd Général
lui-même grand Miniftre. ) M. de Voltaire
a changé ainfi cette phrafe , un Prince
qui fçavoit bien choisir fes Miniftres & fes
C.
ع ب ر م
AVRIL $ 749. 143
Généraux , & qui pouvoit combattre & gonvernerfans
eux ,files grands talens peuvent
Se paffer de confeil. A notre tour , nous
prendrons la liberté de dire que la feconde
leçon laiffe encore quelque chofe à defirer.
Les Miniftres étant placés avant les
Généraux , il falloit que le mot gouverner
précédât le mot combattre. Il nous femble
auffi , que dans le dernier membre l'imparfait
figureroit mieux que le préfent , &
qu'au lieu de peuvent , l'Auteur auroit dû
fubftituer pouvoient.De-même nous croyons,
qu'il n'auroit point mal fait de profiter de
la remarque du Journaliſte fur cette phra
fe. On propofoit la retraite , le Roi regardoit
fes guerriers, ils vainquirent. L'examen.
des autres critiques nous meneroit trop
loin. Il en eft quelques- unes qui peuvent
être également attaquées & défendues par .
de bonnes raifons . Il en eft d'autres , con
tre lefquels M. de Voltaire nous paroît
avoir droit de le récrier. Dans ce nombre
nous mettons les deux reproches , que le
Cenfeur lui a faits d'avoir prodigué les
antithefes , & trop ménagé les tranfitions.,
En relifant ce Panégyrique , nous nous
appercevons d'une faute , que nous n'at
tribuonis qu'à l'Imprimeur . Elle eft à la page
16. Ainfi un Prince , un feul homme peut ,
par fon exemple , rendre meilleurs fes fujers
144 MERCURE DE FRANCE
fes ennemis ( même . ) Ce dernier mot
étant là pour ipfos , doit fe décliner .
XERXES . Tragédie. Par M. de Crebillon ,
de l'Académie Françoife. A Paris , chez
Prault , fils , 1749. Avec Approbation &
Privilége.
Cette Tragédie , & par fon propre mérite
, & par le rang que fon illuftre Auteur
tient au Parnaffe , étoit bien digne d'occuper
la premiere place dans nos Nouvelles
Litteraires. Nous nous contenterons aujourd'hui
de l'annoncer.
MEROPE Tragédie . Par M. Clement.
Chez le même Libraire . M. Clement prie
les Libraires Etrangers , & ceux de Province
, qui voudront avoir des exemplaires
de cette Tragédie , de s'adreffer directement
à lui. Il demeure rue de Guenegaud
, chez Ringard , Baigneur. Dans u
autre Mercure , nous parlerons de cette
nouvelle Tragédie.
RECUEIL des Oraifons funebres , pronon.
cées par M. Maboul , ancien Evêque d'Alet.
Un volume in - 1 2. A Paris , chez Vincent
, Imprimeur- Libraire , rue S. Severin.
ABREGE' de l'Hiftoire Générale de Languedoc
, en 6 volumes in- 12 , par Dom Vaiffet.
te , qui a donné ci-devant la grande Hiftoire
de la même Province en 5 volumes
in-folio. A Paris , chez le même Libraire .
On
:
AVRIL. 1749. 149
.
On a joint à cet Abregé la Carte du Languedoc
, par M. Buache , de l'Académic
Royale des Sciences .
TRAITE' de la Structure du Coeur , de
fon action & de fes maladies . Par M. Se-
Médecin Confultant du Roi . 2 vol.
in-4° . avec dix-fept Planches .
nac ,
Le nom de l'Auteur eft unun garant bien
fuffifant de la bonté de l'ouvrage .
LETTRE d'un Académicien de Province à
Meffieurs de l'Académie Françoife.
Nous n'indiquons aux Lecteurs cet Ecrit
fcandaleux , que comme un exemple de
l'emportement & du délire des Ecrivains
, guidés par
l'intérêt
ou par la
tialité.
د
par-
AVIS fur la conduite d'un jeune homme
, par M. le M. D..... A Vitry , chez
Jean François Jobart
Libraire , fur la
Place , vis- à- vis l'Eglife Notre- Dame , &
fe trouve à Paris , chez Deffaint & Saillant,
rue Saint Jean-de- Beauvais, & Nyon ,
fils , Quai des Auguftins , 1748. Brochure,
petit in- 8° . de 102 pages .
ODE fur les Préliminaires de la Paix.
A Nantes , de l'Imprimerie d'Antoine.
Marie , haute grande rue , 1748. Bro-,
chure in- 12 . de onze pages.
Nyon , fils , Libraire , Quai des Auguf-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
tins , du côté du Pont Saint Michel ,
l'Occafion , va mettre fous preffe la Rhétorique
du Prédicateur , traduite du Latin
d'Auguftin Valerio , Evêque de Verone ,
& Cardinal , compofée par les foins de
Saint Charles Borromée , pour être enfeignée
aux jeunes Clercs dans les Seminaires.
Cette Traduction eft de M. Dinouart,
Vicaire du Fauxbourg Saint Honoré d'Amiens
.
On a imprimé à Montauban un Avis
qui a pour titre Projet de Soufcription ,
contenant une découverte utile & avantageufe
, ou un moyen propre à augmenter les
biens & les revenus de chaque Particulier.
La fonfcription eft de 25 f. feulement.
On pourra foufcrire à Montauban , chez le
Sieur Teulieres , Imprimeur-Libraire
Place de la grande Horloge . L'ouvrage fe
délivrera affez à tems pour faire des plantations
l'année 1749 , auffi-bien que pour
tirer avantage de celles qui fe trouvent
toutes faites par la nature.
OBSERVATIONS fur la pratique des accouchemens
naturels , contre nature , &
monftrueux , avec une méthode très-facile
pour fecourir les femmes en toutes fortes
d'accouchemens fans fe fervir de crochets
, ni d'aucun autre inftrument que de
,
}
AVRIL. 1749. 147
la main feule , & un Traité des principales
maladies qui arrivent ordinairement aux
femmes . Par M. Cofme Viardel , Chirurgien
à Paris , avec des remarques qui fervent
d'éclairciffement & de fupplément à
l'ouvrage , ornées de figures en taille douce
, à Paris , chez d'Houry , pere , Imprimeur-
Libraire de M. le Duc d'Orleans
rue de la vieille Bouclerie , 1748 , in- 8 °.
de 344 pages , fans la Table des Chapitres
& l'Avis de l'Editeur , planches détachées
16 .
LETTRE du P. Alexandre Xavier Panel,
Prêtre de la Compagnie de Jefus, Précepteur
des Infants d'Eſpagne , & Garde du
Cabinet des Médailles de Sa Majefté Catholique
, fur les Médailles qui marquent
la onzième année de l'Empereur Trébonien
Galle , la treiziéme & la quatorzićme
année de la Colonie de Viminacium
fous Emilien , & enfin la onzième année
de Valerien , le pere. A Zurich , chez Gafpard
Fuesflin , 1748. in-4°. de 116 pages .
L'ouvrage eft en Latin.
SECONDE EDITION des Difcours - de
Maxime de Tyr , par M. Jean Davife ,
Principal du College de la Reine à Cambridge
, imprimée à Londres , aux frais de
la Societé , établie pour le progrès des Let-
G ij
148 MERCURE DE FRANCE .
tres , 1749 , in- 4° . Le prix eft de 14
fchellings. L'ouvrage eft auffi en Latin .
EXPERIENCES fur l'Electricité avec
quelques conjectures fur lá caufe de fes
effets , par M. Fallatert , Profeffeur en Philofophic
expérimentale , & en Mathématiques
, des Sociétés Royales de Londres
& de Montpellier , & de l'Académie de
P'Inftitut de Bologne . Volume in-8 ° . de
304 pages . A Geneve , 1748 , chez Barillot
&fils .
MEMOIRES CRITIQUES , pour fervir
d'éclairciffement fur divers points de l'Hif
toire ancienne de la Suiffe , & fur les Monumens
d'antiquité qui la concernent ,
avec une nouvelle Carte de la Suiffe , par
M. Loys de Bochat , Lieutenant Ballival de
Laufanne. A Laufanne , chez Marc- Michel
Boufquet & Compagnie , 1747. Deux voluines
in- 4 ° . Le premier dé 588 pages , fans
l'Epître Dédicatoire & la Préface.
HISTOIRE ABREGE'E de la vie & du culte
de Saint Bonaventure , de l'Ordre des
Freres Mineurs , Cardinal , Evêque d'Albano
, Docteur de l'Eglife , & Patron de
la Ville de Lyon , écrite par un Religieux
Cordelier , in - 8 °. de 213 pages. A Lyon ,
chez la veuve de la Roche &fils , & lesfreres
Duplain , rue Merciere , 1747.
AVRIL. Ï 749. 149
REFLEXIONS fur la Mufique ancienne
& moderne , & fon application à la guérifon
des maladies . On y a joint un ellai
fur la queftion , en quoi confifte la difference
entre les Mufiques ancienne & moderne.
A Londres , chez Coopers , 1749 ,
in-8°.
LETTRE à une Dame , concernant l'édu
cation des jeunes filles . Quatrième édition ,
dans la même Ville , chez Bathurst , 1749 ,
in- 8'.
LA MEDECINE primitive , ou méthode
facile & naturelle de guérir plufieurs maladies.
Dans la même Ville , chez Trye ,
1749 , in-8°..
RECHERCHES CRITIQUES fur les opinions
& la conduite des anciens Philofophes
, relativement à la nature de l'ame ,
& leur méthode fur cette double doctrine ,
par M. Warburthon. Dans la même Ville ,
chez Davis , 1749 , in- 8 ° .
EXAMEN des témoins de la Réfurrection
de Notre- Seigneur Jefus Chrift , dans lequel
on difcute , non- feulement les objections
de M. Walfton , mais encore ce que
lui & d'autres Ecrivains ont publié en differens
ouvrages.
SUITE du même ouvrage , contenant
une réponſe aux objections du dernier pa-
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
pier , intitulé , la Refurrection de Jefus-
Chrift , examinée par un Philofophe. Dans la
même Ville , chez J. Davidfon , 1749.
TRAITE' des Hernies ou Defcentes ,
divifé en deux parties , dont la premierė
comprend une inftruction familiere &
aifée , pour les perfonnes affligées de Hernies
; une explication anatomique des
parties qu'il faut connoître pour entendre
la matiere , la defcription , les cauſes , &
les fymptômes des differentes Hernies ; &
la feconde traite des Hernies avec adhé-
& des Hernies avec étranglement.
>
Par Georges Arnaud, Chirurgien , dans la
même Ville , 1749 , in- 8 °. On prépare à
Paris une édition de cet ouvrage en
François. Ces fix derniers ouvrages font en
Anglois.
HISTOIRE de Catilina , tirée de Plutar
que , de Ciceron , de Dion , de Sallufte ,
& des autres Hiftoriens de l'antiquité ,
avec cet Epigraphe , Continuò fontes ultrix
accineta flagello , Tifiphone quatit infultans.
Virg. Æneid. lib. VI. Se débite à Amfterdam
, 1749 , in- 12 , & fe trouve à Paris ,
chez Durand , Libraire , rue Saint Jacques,
au Griffon & à Saint Landry.
VIRGILIUS Collatione Scriptorum Grácorum
illuftratus opera & induftria Fulvii Urs
AVRIL. 1749. 151
fini. Editioni , ad exemplar Plantini renovate
, accefferunt Lud. Gafp. Valckenarii ',
1º. Epiftola ad Matthiam Ræverum , Jurifconfultum
, 2º . Iliadis Homeri liber XX1í.
cum fcholiis Porphyrii & aliorum nunc primum
editis , 3 ° . Differtatio depræftantiffimo
codice Leidenfi , & de fcholiis in Homerum
ineditis , Leovardiæ , ex officina , Guil, Coulon
, 1747 , in- 8 °.
COLUTHI Raptus Helena. Recenfuit ad
fidem Codicum M. ac varias lectiones & notas
adjecit Joan. Daniel à Lennep , & c .
Leovardiæ, ex eadem Officina , 1747 , in - 8 ° .
Outre les diverfes leçons , & les remarques
dont l'Auteur a enrichi l'édition
qu'il donne de Coluthus , il a ajouté à la
fin un recueil confidérable d'animadverfions
fur des endroits difficiles de divers
Auteurs anciens , d'Héfiode , d'Orphée ,
d'Ariſtophane
, d'Elien , d'Alciphron ,
&c.
PETRI VAN MUSSCHENBROEK
Inftitutiones Logica , præcipuè comprehendentes
ariem argumentandi , confcripta in
ufum ftudiofe juventutis . A Leyde , 1748 ,
in-8°.
EJUSDEM AUCTORIS Inftitutiones Phyfica,
confcripta in eofdem ufus , 1748 , in- 8 ° . dans
la même Ville.
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
TRAITE' HISTORIQUE des eaux & bains
de Plombieres , de Bourbonne , de Luxeuil,
& de Beins , par le R. P. Dom . Calmet ,
Abbé de Sénones , à Nancy , chez le Seure ,
Imprimeur ordinaire du Roi , 1748. Volume
in 8° . avec figures , & fe trouve à
Paris chez Debure , l'aîné , Quai des
Auguftins , à l'Image Saint Paul .
و
OBSERVATIONS fur la cure radicale de
plufieurs polypes de la matrice , de la gorge
& du nez , operées par de nouveaux
moyens inventés par M. Levret , Maître
en Chirurgie , &c. A Paris , chez Delaguette
, Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , rue Saint Jacques , à l'Olivier
, 1749 , in- 8 ° . Avec figures.
LES CONQUESTES du Roi , couronnées
par la Paix. Odes , à Paris , chez Morel
le jeune , Libraire au Palais , au grand
Cyrus , 1749. Brochure in- 8 ° . de 38 pages.
LETTRES de divers Auteurs fur le projet
d'une Place devant la colonade du Louvre,
pour y mettre la Statue équeftre du Roi.
Brochure in 8°. de 33 pages , 1749 .
LES AMUSEMENS des Fées , en deux parties
. A Neufchatel , ſe trouvent à Paris ,
chez Jacques Cloufier ; Libraire , rue Saint
Jacques , à l'Ecu de France , 1748.
AVRIL. 1749. 153
LE TEMPLE de l'Hymen , fonge de M.
de***. à Madame de **** . Prix 24 fols,
chez le même , 1749. ;
LES DELASSEMENS de la bonne Com
pagnie . Prix 24 fols chez le même
1749 .
>
L'AMUSEMENT des Beaux Efprits . Prix
24 fols , chez le même , 1748 .
Ceux qui voudront encore foufcrire
pour le voyage d'Egypte de M. Norden ,
feront encore à tems de le faire , jufqu'au '
mois de Mai pour tout délai. Les planches
font actuellement tout- à- fait gravées , &
l'édition en François , qui eft dirigée par
M. Roche de Partenay , Auteur de la derniere
Hiftoire de Dannemarck , eft fi avancée
, que le Livre fera rendu public à la fin
de cette année. Les Soufcriptions fe feront
chez Mariette & Briaffon , Libraires , rue
Saint Jacques.
LETTRE contenant la Defcription &
l'Hiftoire Naturelle du Rhinocéros , à M.
*** . Membre de la Société Royale de
Londres. Brochure in 8° . fe trouve à Paris,
chez hibout , Imprimeur du Roi , Place
de Cambray.
#
TRAITE' de la perfection de Rétat Ecclefiaftique
, divifé en trois parties , par
un Directeur de Séminaire. Deux volumes
G v
114 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. A Lyon , & fe vend à Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , & ,
chez Quillau , fils , même rue , vis- à- vis ,
celle des Mathurins.
PRINCIPES généraux & raiſonnés de la
Grammaire Françoife , avec des . obfervations
fur l'ortographe , les accents , la
ponctuation & la prononciation , & un
abregé des régles de la verfification Françoife
, dédiés à M. le Duc de Chartres ,
par M. Reftaut , Avocat au Parlement &
aux Confeils du Roi . Cinquième édition ,
revûe , corrigée , & confidérablement
angmentée. Volume in- 12 . Prix 3 liv .
relié. A Paris , chez Lottin , Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , à la Vérité.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES fur les ,
huit Béatitudes , par demandes & par réponfes
, tirées des Saints Peres de l'Eglife ,
& en particulier de Saint Auguftin , avec
des prières & des inftructions fur chaque
inftruction . A Paris , chez Lottin & But-"
tar , Libraires , rue Saint Jacques , à la
Vérité.
ESSAI fur l'Hiftoire de la France équi-,
noxiale , & c. par Pierre Barrere . Un volume
in-12 , fe trouve à Paris , chez la
venv: Pijet , Quai des Auguftins , à l'Image
Saint Jacques
- AVRIL. 1749.
155
SERMONS ET HOMELIES fur le Carême ,
par M. Jerôme de Paris , ancien Grand
Vicaire & Official de Nevers. Trois volumes.
A Paris , chez Nyon , fils , Quai
des Auguſtins.
LES VIES de Solon & de Publicola , extraites
de Plutarque , & retouchées fur
tous les anciens Ecrivains de la Gréce &
de Rome , avec une comparaifon nouvelle,
& des remarques critiques fur plufieurs
points d'Hiftoire , in- 12 . A Paris , chez
Barrois , Quai des Auguftins.
HISTOIRE de Louis XIV. depuis la
mort du Cardinal Mazarin en 1661 , juf
qu'à la Paix de Nimegue en 1678 , par M.
Peliffon , de l'Académie Françoife , in- 12 .
trois volumes. A Paris , chez Rollin , fils ,
Quai des Auguftins , à Saint Athanafe &
au Palmier.
TABLE Générale & Chronologique des
Ordonnances , Edits , Déclarations du Roi,
& Arrêts du Confeil , concernant les Priviléges
& fonctions des Tréforiers Généraux
de France . Un volume in - 4 . fe trouve
à Orleans , & à Paris , chez J. B. Defpil
ly , fils , Libraire , rue Saint Jacques , visà-
vis la rue du Plâtre .
L'ATLAS RUSSIEN , en 21 Cartes , imprimé
à Pétersbourg , avec l'explication en
Ġ vj
156 MERCURE DE FRANCE.
François & en Latin , in-folio , forme d'Atlas.
A Paris , chez Briaffon , rue Saint Jacques.
COMMENTARII Academie Petropolitana,
in-4°. Petropoli. Tomes IX. & X. chez le
même.
WEIBRECHT Syndefmologia , feu de ligamentis
corporis humani , in-4° . Petropoli ,
chez le même.
FLORA SIBERICA , in - 4°. fig. Petropoli ,
chez le même.
AMMANNI Icones Stirpium rariorum ,
in-4°. Petropoli , chez le même.
BAYERI Hiftoria Oshroena & Edeffena ,
in-4° . Petropoli , chez le même,
BUXBAUMII Centuria Plantarum minus cognitarum
, in-4° . Cinq volumes. Fig . Idem
pars quintafeparatim , chez le même.
GRAFFTII experimenta , in- 8 ° . chez le
même.
MEDITATIONS fur la vie & la doctrine
de Notre-Seigneur , avec les inftructions
néceffaires pour les bien faire . A Paris ,
chez J. B. Langlois , Libraire , rue Saint
Jacques , près la fontaine Saint Severin ,
à la Couronne d'or.
ELEVATION à Jefus- Chrift Notre- Seigneur
, fur fa Paffion & fa mort , contenant
des réflexions de piété fur ces myftéAVRIL
1749 . 157
res , pour fervir de fujets de méditation:
durant le Carême , & les Vendredis de
l'année , par un Prêtre de l'Oratoire de Jefus,
revûe , corrigée & augmentée , chez le
même.
OEUVRES de Moliere . Nouvelle édition ,
in- 12 . huit volumes de joli & petit format
, & avec de très- élégantes figures. A
Paris , chez Ganeau , rue Saint Severin
aux Armes de Dombes & à Saint Louis.
RECUEIL des OEuvres de M. Boffuet. Seconde
édition , in-4° . Les tomes 4 , 5,6,
7,8,9, pour les Soufcripteurs , à Paris ,
chez J. B. Coignard , & A. Boudet , rue
Saint Jacques.
LA SAINTE BIBLE , en Latin & en François
, avec des notes littérales , critiques
& hiftoriques , des préfaces & des differtations
, tirées du Commentaire de Dom
Auguftin Calmet , Abbé de Senones , de
M. l'Abbé de Vence, & des Auteurs les plus
célébres , pour faciliter l'intelligence de
l'Ecriture Sainte . Ouvrage enrichi de Cartes
Géographiques & de figures , in- 4° .
Les tomes 4,5,6 , pour les Soufcripteurs,
à Paris , chez les Libraires chez qui on a
foufcrit.
LES CONFERENCES du Diocéfe de Lodéve
, in 12. Quatre volumes. A Paris ,
15S MERCURE DE FRANCE.
chez Coignard , Boudet , le Mercier , Deffaint
& Saillant.
DISSERTATION fur l'utilité de la foye
des Araignées , en Latin & en François ,
à laquelle on a joint l'Analyfe Chymique
de cette foye , avec quelques autres Piéces
qui ont été faites à ce fujet par M. Bon ,
Confeiller d'Etat , & Premier Préfident
Honoraire en la Cour des Comptes , Aides
& Finances de Montpellier. A Avignon ,
chez François Girard , Place Saint Didier ,
1748 , in- 8°. de 111 pages.
ENTRETIENS fur la caufe de l'inclinaifon
des orbites des Planetres , où l'on ré
pond à la queftion propofée par l'Acadé
mie Royale des Sciences pour le fujer du
Prix des années 1732 & 1734 , par M.
Bouguer , de la même Académie. Seconde
édition , dans laquelle on a faifi l'occafion
d'examiner quelle eft l'étendue du Méchanifme
, ou des loix de Phyfique. A Paris ,
chez Charles- Antoine Jombert Libraire
du Roi , &c. Quai des Auguftins , 1748.
Un volume in- 4° . de 140 pages , avec deux
planches de figures.
,
CONSULTATIONS CHOIS IES de plufieurs
Médecins célébres de Montpellier , fur des
maladies aigues & chroniques. A Paris ,
chez Durand , rue Saint Jacques , à Saint
AVRIL
. 1749. 159
Landry & au Griffon ; Piffet , fils , Quai
des Auguftins , à la Sageffe , 1748 , in-12.
Premier Tome de 480 pages , le fecond
de 455 , le troifiéme de 460 , & le quatriéme
de 473.
par fes
MEMOIRES
pour fervir à l'éloge de Jean.
de Pins , Evêque de Rieux , célébre
Ambaffades
, avec un Recueil de plufieurs
de fes Lettres , & c. A Avignon , chez
Chabrier , &c. in- 12 . de 200 pages.
LE HUITIE ME TOME de l'Hiftoire géné
rale d'Allemagne
, par le P. Barre , Chanoine
Régulier de Sainte Geneviève
, & Chancelier
de l'Univerfité
de Paris. Premiere
Partie , & c. in-4° . A Paris , chez
Delefpine & Heriffant , rue Saint Jacques. CATALOGUE
de differentes
Bibliothé-
Liques
, avec le prix marqué fur chaque
vre. A Londres , in- 8 ° . de 307 pages:
Paftoris
JOANNIS ERNESTI JUNGH
Zutphanienfis
, Elogia in auguftos natales Sereniffimi
ac Celfiffimi Belgarum Principis
Guillelmi Quinti , nati die 8 Mart . 1748 ,
in-4°. A Zutphen , en Gueldres , chez A.
Jan. Van Hoorn.
J. CH. STRUCHMEYER
Nova
Lingua Grace Rudimenta , in- 8 °. Chez le
même .
TRAITE' de Chirurgie , auquel on a
ajoûté l'explication d'une nouvelle plaque
160 MERCURE DE FRANCE.
pour panfer les trépanés , par M. Bellofte
Chirurgien de l'Hôpital du Roi en Italie
in-8° . A Leyde , chez Jean Van Kerchem.
PRINCIPES de la Géométrie pratique &
de l'Architecture Militaire , par Conrad
Zumbac de Coetsfeld , Médecin , Lecteur
en Mathématiques dans l'Univerfité de
Leyde , & c. in- 8 ° . dans la même Ville ,
chez Gerard Portvliet .
TRAITE ' pour prouver que depuis l'établiffement
des Fiefs , le Comté de Hollande
a toujours été un Fief de l'Empire jufqu'au
tems de Philippe II , dernier Comte
de Hollande ,,par Gerard Van Loon , in-8°.
dans la même Ville , chez Pierre Vander
Eyb.
LETTRES DANOISES , ou Relation des
voyages d'un Prince de l'Afie , nommé .
Menoza , aux Indes , en Portugal , en Efpagne
, en Italie , en France , en Angleterre
, en Hollande , en Allemagne , en Dannemarck
, non- feulement pour voir ce que
chaque Pays a de particulier , mais fingu
lierement pour chercher de véritables
Chrétiens qu'il a fort peu trouvés , in - 8 °.
dans la même Ville , chez Abraham Honboop.
par
SERMON Abraham Oosterlands , pour.
prouver que la Maiſon d'Orange eft la vi .
gne des Provinces - Unies , in- 4°. A Rotterdam
, chez Paul Topyn.
AVRIL. 1749. 161
LES BEAUX JOURS de la République qui
reviennent , quoiqu'accablée de malheurs,
par l'élevation du Prince d'Orange au Stathoudérat
, & la naiffance du jeune Prince ,
par Jean Boshoop , dans la même Ville ,
in- 4 ° . chez Jooft Vander Laan.
TROIS SERMONS , fçavoir , 1 °. l'attente
des Provinces- Unies fi long-tems défirée ,
accomplie par la naiffance du jeune Prince
Guillaume V. 2 ° . le Jubilé de la Paix de
Munfter , 5. l'efpoir & la crainte qui fuſpend
l'efprit des habitans des Provinces-
Unies , par Joachim Maubachius , &c. A
Dordrecht ; chez Jean Van Braam , in-4°.
.
JOURS DE JOYE tant defirés des Provinces-
Unies , à l'occafion de l'élevation du
Prince au Stathoudérat héréditaire de la
Province d'Overyffel , &c . A Amsterdam ,
chez Adrien Wor, fans mention de format.
On trouve chez le même , le Traité des
Eaux Minérales de Cleves , par Jean Henri
Schutte , Médecin , qui a découvert la vertu
de ces Eaux , in - 8 ° .
Toutes les Poëfies qui ont été compofées
fur la mort de Samuel Coenrand de
Bruyne. A Amfterdam , chez Jacques Lovering
, in-4° .
PETIT ATLAS de poche de la Province
d'Utrecht , d'une partie de la Gueldre &
du Brabant Hollandois en 44 Cartes, in-8°.
152 MERCURE DE FRANCE .
très- petit , dans la même Ville , chez Reinier
& Jofué Ottens .
On trouve chez les mêmes, la Repréſen
tation Géométrique de l'Eclipfe du Soleil du
25 Juillet 1748 , par Simon Panfer , Mathématicien
& Aftronomie à Embden .
JACQUES HOFFMAN , Libraire à Amfterdam
, a fous prefle une Hiftoire des Provinces-
Unies , en cinq volumes , grand in- 8 °.
ISAAC TIRION débite dans la même
Ville le feptiéme Tome de l'état préfent
des Provinces Unies , premiere partie ,
in-8°.
GERARD BORSTIUS débite dans la même
Ville un Livre in- S ° . intitulé : Wilhelmi
Koolhaas Differtationes Grammatica Sacra ,
quibus analogia temporum & modorum Hebraa
Lingua investigatur & illuftratur.
DECRETA pro Studiorum directione unanimiter
patta in cætu Provinciali Carmelitarum
Vafconie anni 1748 , roborata Reverendiffimi
Patris Generalis confirmatione die
19 Junii 1748. munita Regia autoritatis diplomate
die 1 Septembris 1748. Brochure
in-4° . de dix pages . A Bordeaux.
REFLEXIONS fur la divinité de la Religion
& contre le Déifme , par M. l'Abbé
Cazalez , Docteur de Toulouſe. A Paris ,
chez Jean- Baptifte Langlois , rue S. Jacques
, in-18 , de 164 pages.
AVRIL . 1749. 163
ALMANACH très- curieux fur la connoiffance
des Diamans , pour l'année 1749 .
A Paris , chez Lefclapart , pere & fils , rue
S. André des Arcs , & Quai de Conty.
LES ADIEUX à la mélancolie , Cantate
à voix feule avec Symphonie , gravée par
M. de Montgaultier. Prix 36 fols . A Paris ,
chez Mad . Boivin , rue S. Honoré , à la
Regle d'or , M. le Clerc , rue du Roule à
la Croix d'or ; & Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique Royale .
VIII RECUEIL de Menuets nouveaux ,
François & Italiens , tels qu'ils fe danſent
au Bal de l'Opera , gravés par Mlle Bertin,
fe trouve à Paris , chez Mad . Boivin , rue-
S. Honoré , & à Lion , chez M. de Bretonne,
rue Merciere .
L'AMANT VAINQUEUR , Cantatille à
voix feule & Symphonie , dédiée au Roi de
Pologne, Duc de Lorraine & de Bar , par M.
de la Pierre , Sur-Intendant de la Mufique
de la Chapelle & Chambre de S. M. le Roi
de Pologne , gravée par Mlle Hue, fe trouve
à Paris , chez Mad. Boivin , rue Saint
Honoré ; M. le Clerc , rue du Roule ; Mlle
Caftagnery , rue des Prouvaires , & M. Ballard
, fils , rue S. Jean de Beauvais.
L'INCONSTANCE ,Cantatille à voix feule &
Symphonie , dédiée au même Prince , par
le même Auteur , fe trouve chez les mêmes.
164 MERCURE DE FRANCE .
PREMIER LIVRE de Sonates à Violon
feul & Baffe , dédié à M. le Marquis de
Caraman , Colonel de Dragons , par M.
Franche , Premier Violon de la Comédie
Françoife , gravé par Mlle Bertin , chez les
mêmes.
La célebre Bibliothèque de M. l'Abbé de
Rothelin fera vendue en détail à Paris le
14 Avril 1749 , en l'Hôtel de Rothelin ,
rue des Saints Peres .
PRIX w
Propofé par l'Académie Royale de Chirurgie
pour l'année 1750.
'Académie Royale de Chirurgie pro-
L pofe pour le Prix de l'année 1750 , de
déterminer le caractére des Tumeurs fcrophuleufes
, leurs efpeces , leurs fignes & leur cure.
Ceux qui travailleront fur ce fujet , s'attacheront
, furtout , à appuyer leur doctrine
fur des faits & fur les obfervations des
meilleurs Praticiens .
L'Académie , qui n'a en vûe que l'avancement
de la Chirurgie , n'adopte que les
connoiffances qui peuvent conduire fûrement
dans la pratique ; elle rejette toutes
opinions, toutes explications purement ingénieufes
, & tous raifonnemens qui ne
A VRÍL.
165
1749.
font fondés que fur des conjectures ou fur
des vraisemblances.
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur
de soo liv . conformément au legs de
M. de la Peyronie ; elle fera donnée à celui
qui , au jugement de l'Académie , aura fait
le meilleur ouvrage fur le fujet propofé.
Ceux qui enverront des Mémoires ,
font priés de les écrire en Latin ou en François
, & d'avoir attention qu'ils foient,
fort lifibles .
Ils mettront à leurs Mémoires une marque
diftinctive , comme fentence , devife,
paraphe ou fignature , & cette marque fera
couverte d'un papier collé ou cacheté , qui
ne fera levé qu'en cas que la Piéce ait rem
porté le Prix.
Ils auront foin d'adreffer leurs ouvrages
francs de port à M. Quefnay , Secretaire de
l'Académie de Chirurgie , ou à M. Hevin ,
Secretaire pour les Correfpondances , ou
les leur feront remettre entre les mains .
Toutes perfonnes , de quelque qualité &
pays qu'elles foient , pourront afpirer au
Prix , on n'excepte que les Membres de
l'Académie.
· Le Prix fera délivré à l'Auteur même ou
au porteur d'une procuration de fa part ,
l'un ou l'autre repréfentant la marque diftinctive
& une copie nette du Mémoire.
166 MERCURE DE FRANCE.
Les ouvrages feront reçûs jufqu'au dernier
Février 1750 inclufivement , & l'Académie,
à fon Affemblée publique de la même
année , qui fe tiendra le Mardi d'après la
Fête de la Trinité , proclamera la Piéce
qui aura remporté le Prix .
REFLEXIONS
Sur le Programme concernant l'Hiftoire Naturelle
, Générale , & Particuliere , avec
la defcription du Cabinet du Roi , par
Meffieurs de l'Académie des Sciences.
'Exécution du projet d'une Hiftoire
L Naurelle générale , tel que le propofent
Meffieurs de l'Académie des Sciences , eft
d'autant plus defirable , qu'il a été regardé
jufqu'à préfent au-deffus des forces d'un
particulier , & qu'il ne faut pas moins
qu'une auffi éclairée Académie que celle qui
l'entreprend , foutenue de la protection
d'un grand Miniftre , & aidée des libéralités
du Roi, pour en attendre la réuffite.
Nous ne manquons point d'Auteurs qui
ont travaillé féparément fur les matieres qui
peuvent entrer dans une Hiftoire Naturelle .
Les Bauhins , les Chifius , les Dulechans
les Tourneforts , rempliroient parfaitement
tout ce qui concerne les végétaux . Les Gef
AVRIL. 1749. ·´ 167
ners, les Aldrovandis, les Rondelets & les
Jonftons , ce qui regarderoit les animaux
en général , & M. de Reaumur pour le
particulier des Infectes , furpafferoit tout
ce que l'on peut defirer fur cet article . Les
Longins, les Bonamis, Lachmans, &c. rempliroient
l'article des pierres figurées , des
pétrifications & des minéraux . Les Subifius
& les Duclos , celui des Eaux minérales
pour la connoiffance des principes qui entrent
dans leur compofition.
Il ne feroit pas impoffible , dis- je , de
faire un corps d'Hiftoire Naturelle , en réuniffant
tous ces travaux épars , mais cet
ouvrage, avec l'apparence de généralité, &
quoique formé fur ceux de beaucoup d'excellens
ouvriers , feroit toujours bien audeffous
de celui dont il s'agit , car outre
qu'il doit embraffer tout l'Univers, & qu'il
nous raprochera ce qui fe trouve de rare
dans les terres connues , mais hors de por
tée , il nous fera part de la plus précieuſe
collection contenue dans le cabinet du Roi,
J'obferverai pourtant que tout précieux
que feroit cet ouvrage , compofé fur tant
d'autres qui ont mérité l'approbation &
l'eftime du public , ce ne feroit toujours
qu'un ouvrage de pure curiofité , puifqu'il
y manqueroit la partie qui peut joindre
I'u tile au délectable ; j'entends cette partie
i
168 MERCURE DE FRANCE.
pour
qui feule peut nous fournir les connoiffances
néceffaires découvrir les moyens,
finon d'allonger nos jours , du moins
d'adoucir les maux qui les traverfent , &
c'eft cette précieufe partie que le Programme
de l'Hiftoire Naturelle propoſée ne
fait pas efperer .
Or il feroit dommage qu'un fi précieux.
ouvrage fortît imparfait des mains des Auteurs,
capables de le porter à la plus haute
perfection .
Projet qui ne peut s'exécuter qu'autant
que l'on prendra connoiffance de la qualité
de l'air de chaque climat , n'étant pas
difficile de prouver que c'eft cet élément
qui forme les tempéramens , comme les
tempéramens forment les caractéres , les
moeurs , les inclinations & tout . de fuite
les maladies attachées aux climats.
Nous trouvons la preuve de ce que j'avance,
dans la judicieuſe remarque que fair
Larrey dans fon Hiftoire d'Angleterre , en
parlant des caractéres & des tempéramens
des Anglois . Je fuis furpris , dit- il , qu'après
tant de changemens arrivés dans cette
Ifle , tant de peuples de differentes
Nations s'y foient établies , & n'ayent rien
changé aux moeurs & aux tempéramens
des habitans de cette Ifle , où je trouve
une parfaite conformité entre ceux d'aujourd'hui
AVRIL. 1749. 169
jourd'hui & les anciens Bretons .
Depuis Tacite , les Allemands n'ont
point changé ; il les dépeint blonds ,
grands , de taille robufte , incapables de
grand travail , tels enfin qu'ils font encore
aujourd'hui , & qu'on les voit en Alface.
On trouve encore dans le peuple d'Auvergne
le caractére dur des Gaulois , qui l'ont
précedé de plufieurs fiécles .
Ce n'est pas feulement fur les hommes
que l'air exerce fon empire ; nous remarquons
fes effets , non moins frappans , fur
les animaux tranfportés
d'un climat à l'autre.
Les chevaux d'Eſpagne & les Barbes ,
mis dans les haras Suilles , deviennent
,
après peu de générations
, abfolument
méconnoiffables
. Ces têtes déchargées
deviennent
groffes & quarrées ; les jambes
fines , groffes & chargées de poil ; enfin
de legers ils deviennent
péfans & dourdiers
, plus propres à la charette qu'au
manége.
il n'eft pas jufques aux plantes , tirées
d'un climat pour être tranfportées dans
un autre , que l'air ne dénature.
>
S'il ne reste aucun doute que l'air ne
forme les tempéramens les caractéres
, les moeurs , les inclinations &
tout de fuite les maladies les plus ordinaires
, il eft donc de la derniere im-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
portance d'indiquer les moyens de découvrir
la qualité de l'air de chaque climat
dont on fait l'hiftoire, ce à quoi l'on ne
fçauroit parvenir qu'en connoiffant la pofition
, c'est-à-dire au moyen d'une exacte
topographie du lieu, qui montre les montagnes
qui le dominent , les étangs , les marais
, s'il y en a , les rivieres qui l'arrosent,
les forêts qui le couvrent , pour pouvoic
juger de la qualité & de la quantité des
vapeurs & des exhalaifons qui s'en élevent,
& qui , fe mêlant dans la maffe de l'air ,
l'altérent de differente maniere.
Si à la connoiffance de la nature de l'air
on veut ajoûter celle de la qualité des alimens
dont on s'y nourrit , on n'aura pas be
foin d'autre recherche pour juger des tempéramens
, des caractéres , des moeurs &
de la nature des maladies endémiques &
des remédes pour les combattre.
Je prévois que l'on me dira , & on aura
raifon , que les Auteurs avec toute leur
fagacité & leur zéle ne fçauroient fatisfaire
à ce deffein , fans fe porter au-delà
des mers pour parcourir toutes les terres
découvertes , à quoi la vie de plufieurs
hommes ne fuffiroit pas.
Si le projet eft trop vafte pour être praticable
, on pourroit au moins en faciliter
l'exécution pour ce qui nous intéreffe le
AVRIL. 1749. 171
plus ; j'entends en fe bornant à la France
, laiffant aux autres Nations le foin de
fe comporter comme elles jugeroient à
propos.
Que fi l'on trouve encore trop de diffi- .
culté à fe tranfporter dans chaqueProvince
du Royaume, & à y faire le féjour néceſſaire
, pour pouvoir y prendre toutes les connoiffances
fuffifantes , n'a-t'on pas aujourd'hui
, dans prefque toutes , des Académies
formées , que l'on pourroit engager à y
faire toutes les recherches néceffaires pour
remplir cette idée , dont elles donneroient
communication à l'Académie des Sciences,
pour les affortir à fon travail.
Il n'eft pas même qu'il n'y ait quelque
Médecin , qui pour fa propre fatisfaction
ait déja travaillé à acquérir ces connoiffances
, & qui ne fe fît un plaifir de les communiquer
, s'il en étoit requis , regardant
comme un devoir, de concourir à l'exécu
tion d'un fi grand projet ; peut- être même
s'en trouveroit- il qui auroient fait l'Hiftoire
Naturelle de leur Province.
Je répete que cette partie d'une Hiftoire
Naturelle eft trop intéreffante
pour être
négligée , fans laquelle j'ofe dire que ce
grand & magnifique ouvrage ne fera un
ouvrage que de pure curiofité, tandis qu'en
y joignant cette partie , l'utile & le délec-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE
.
table s'y trouveront , de forte qu'il méritera
qu'on lui applique la louange ,
Omne tulit punctum, qui mifcuit utile dulci.
LETTRE écrite à M *** , Aſtronome,
de l'Académie Royale des Sciences.
M
Onfieur , l'intérêt qu'ont naturellement
les habiles gens , comme vous,
de favorifer l'invention de nouveaux Inftrumens
qui peuvent étendre nos connoiffances
, me fait efperer que vous ne trouverez
pas mauvais que je vous adreffe ces
lignes . Un habile homme de ma connoiffance
, nommé M. Megard , du Canton de
Berne , s'étant appliqué pendant plus de
vingt ans aux recherches fur l'Optique &
les Télescopes à réflexion , eft enfin parvenu
à en imaginer une nouvelle forte
dont les effets doivent furpaffer confidérablement
ceux des Télefcopes Newtoniens
& Grégoriens , qui font en ufage actuellement
, & il en a compofé une Theorie
avec les démonftrations néceffaires , dont
il me communiqua quelque chofe en 1737 ,
pour en faire part fubfide filentii , à feu M.
Bernoulli , qui en approuva fort les idées .
Le défaut d'ouvriers habiles , & plufieurs
autres obftacles , ont été cauſe que la choſe
AVRIL. 1749. 173
en eſt reſtée là , & ce n'eft que depuis environ
un an, que l'Auteur , cédant à mes inftances
réiterées , s'eft enfin déterminé à publier
fa découverte , lorfqu'il fçaura le cas
que feront les habiles gens , & les Juges
compétens en fait d'Aftronomie Nautique,
de fon Teleſcope par rapport à la détermi
nation des longitudes fur mer , afin qu'il
puiffe tirer quelque partie d'une invention
qui lui a coûté tant de tems & tant de
peines.
La premiere forte de Télefcopes abregés
de M. Megard , car il en a deux fortes fort
differentes, pour augmenter deux cens fois,
n'auroit de longueur entre le grand & petit
miroir , que neuf pouces , pendant que
le Grégosien a ordinairement entre fes
deux miroirs une diftance d'environ fix
pieds & demi , de façon que la longueur
du premier ne feroit qu'un huitiéme ou un
neuviéme de la longueur du fecond , au
moins quant au corps du Télefcope , car
pour la queue , qui eft derriere le grand
miroir , il faudroit lui donner à peu près
la même longueur que dans le Grégorien ,
pour pouvoir appliquer commodément
l'oeil à l'oculaire. Quant à l'ouverture , elle
feroit de fix pouces , comme dans celui de
Newton , pour amplifier deux cens fois ,
de forte que la longueur du corps de l'inſ-
H iij
174 MERCURE DEFRANCE.
trument ne feroit que de trois deuxièmes
de l'ouverture. Voici maintenant comment
l'Auteur penfe que ce Télefcope
pourroit être d'une très-grande utilité fur
mer. Il fuppofe qu'un Teleſcope qui amplifie
so fois le diamétre apparent de l'objet
, eft plus que fuffifant pour obferver les
Satellites de Jupiter . Réduifant donc l'amplification
de 200 à 50 , ou au quart , il réduiroit
auffi au quart toutes les dimenſions
de fon Télescope , ce qui donneroit un Té
lefcope de la longueur d'environ deux
pouces & un quart , avec un pouce & demi
d'ouverture , affez fort pourtant pour
découvrir les Satellites de Jupiter ; il lui
femble qu'une piéce fi courte & fi maniable
pourroit être attachée fimplement à la
tête, & ainfi être dirigée vers l'objet, com
me l'oeil nud, fans le fecours des mains , &
par conféquent fans être fujette à ces trem
blemens fenfibles qui empêchent de pou
voir fixer affez jufte les longs Télescopes
fur l'objet , lorfqu'on les employe fur mer,
On ne doit pas craindre de raifonner fur
une pure chimere , indépendamment des
démonftrations qui ne fçauroient tromper,
lorfqu'on y fait entrer toutes les condi
tions. Les effais que M. Mégard a déja faits
en petit , ne laiffent plus lieu de douter
d'un fuccès entier , dès qu'il ofera confier
AVRIL. 1749. 175
une defcription détaillée de fon ſecret à
des ouvriers plus exercés que lui dans l'arc
de bien polir les miroirs. Je dois -même
vous dire , Monfieur , que je crois qu'on
vient d'en faire des effais en Angleterre ,
car y ayant envoyé , il y a environ un an ,
deux copies d'une lettre de M. Mégard
fur les effets de fes Télefcopes , où il
entre dans un affez grand détail pour avoir
le jugement des connoiffeurs , je n'ai point
eu de réponſe , M.Robins, mon correfpondant,
étant tombé malade , mais au lieu de
réponſe on me mande depuis peu , qu'un
des plus fameux faifeurs de Télescopes de
Londres , à qui cette lettre avoit été communiquée
exprès fur mes ordres , étoit occupé
actuellement à fabriquer une nouvelle
forte de Télescope abregé , & on ajoute
que s'il
peut réuffir en grand , comme il
avoit déja réuffi en petit , il fe flatoit de faire
des Télescopes , qui avec quatre pieds,
de longueur , feroient le même effet que le
grand Grégorien de douze pieds , dreffé à
I'Hôtel de Marlbouroug. F'ai toutes fortes
de raifons pour foupçonner que le contenu
de la lettre de M. Mégard aura mis ces
Meffieurs fur les voyes,puifque fix mois auparavant
, lorfque je fus en Angleterre , ils,
n'avoient pas la moindre notion de perfec
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE :
tionner les Télescopes en les accourciffant,
mais au contraire en les allongeant , M.
Short ayant été occupé dans ce tems à établir
fon grand Gégorien de douze pieds
que tout le monde regardoit comme le non
plus ultra en fait de Télefcopes. J'approfondirai
ceci davantage ,avant que de porter
un jugement définitif. Mais ce que je puis
vous affûrer , & ce que vous ne ferez peutêtre
pas fâché de fçavoir, M..c'eftqu'on n'a
pås porté en Angleterre les Télefcopes au
point de perfection où ils peuvent être
pouffés , pas même en confervant la forme
qu'on leur a donnée jufqu'ici.Un ouvrier ,
établi dans notre petite Ville de Franquer,
les fait incomparablement meilleurs que
ne les font les Anglois ; j'en ai comparé un
grand nombre, tant Newtoniens que Gré
goriens , & j'ai toujours trouvé , auffi- bien
que tous les autres connoiffeurs , que ceux
de notre ouvrier l'emportoient de beaucoup
fur ceux d'Angleterre , tant pour la
clarté que pour la netteté de l'image. De
puis qu'il s'eft fait connoître dans ce pays,
perfonne ne veut de ceux d'Angleterre ,
d'autant plus qu'il les fait à un tiers meil
leur marché. Si jamais vous aviez beſoin
d'un Télescope de fix à huit pieds , qu'il
fait excellemment bien , je vous offre mes
AVRIL.
177 1749.
fervices par rapport à la commiffion
vous affûrant d'avance que vous en ferez
très- content . Je fuis , & c.
Sam. Koenig , Profeffeur en Philofophie
& Géométrie fublime..
A Franquer le 23 Février 1749.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
M
avec Onfieur , la noble la noble impartialité
laquelle vous vous prêtez aux difputes
littéraires, m'a fait ofer vous adreffer
une réponse à une Lettre inferée dans le
Mercure dernier , page 67. Si elle pouvoit
trouver place dans le Mercure prochain ,
vous obligeriez infiniment celui qui eft
avec refpect , votre , &c.
L. M. A.
""
REPONSE à l'Auteur d'une Lettre inferée
dans le Mercure de Mars 1749, page 67..
M
Onfieur, j'ai lu votre Lettre au fu
jet de votre ouvrage fur une nou
velle Grammaire Latine ; comme vous laif--
fez au Public à décider fi vous avez réuffi ,
je prends aujourd'hui la liberté de vous
adreffer ce petit mot de réplique.
HW
178 MERCURE DE FRANCE.
Ce plan que vous tracez , Monfieur ,
pour nous procurer une Méthode claire ,
facile & agréable , a effectivement toutes
les qualités néceffaires pour remplir vos
intentions ; auffi l'ai-je examinée avec plaifir
, mais plus j'avançois , plus je le reconnoilfois,
de façon que le petit monitum, par
lequel vous avez fini votre Lettre , m'a totalement
ouvert les yeux . J'ai néanmoins
admiré la bonne foi avec laquelle vous
avez bien voulu nous avertir que vous avez
beaucoup profité des excellentes réflexions
du fçavant M. Vallart dans fon Livre intitulé
Parabola Evangelica ; je crois que vous
pouviez dire , fans rifquer de bleffer la vérité
, que vous avez entierement profité de
toutfon ouvrage , car je ne vois aucune difference
entre le vôtre & le fien , à moins que
vous ne difiez que chez vous la difference
eft , que vos remarques font à côté de vos
exemples , & que chez M.Vallart, les fignnes
fe trouvent dans fa Méthode . A la vé
rité elle fe vend féparément, mais pouvant
fe réunir dans le même volume , elle remplit
votre plan , & ne vous laiffe rien de
neufdans toutes vos idées. Il étoit , ce me
femble, de votre interêt ( puifque vous fai
tes mention de M. Vallart ) de caractériſer
la difference de votre ouvrage d'avec le
fien . J'ai l'honneur d'être , & c.
AVRIL 1749. 179
Planches Anatomiques.
" E des sciences , du 8. Janvier 1741 ,
Xtrait des Regiftres de l'Académie
*
»par M. Dortoux de Mairan , Secretaire
» perpétuel de l'Académie , qui après .
avoir examiné quelque ouvrage de gra-
» vure , par le moyen de trois planches
repréfentant des fujets avec leurs couleurs
naturelles , & ayant fait leur rapport
en l'Académie , elle auroit jugé
qu'il étoit important de conferver cet
Art , parce qu'il peut être d'une grande
» utilité pour l'Anatomie , la Botanique &
l'Hiftoire naturelle , ces fortes d'Eſtam-
»pes pouvant tenir lieu de ce qui feroit
» exécuté au pinceau.
30
Ce fut lors de l'enregistrement au Parlement
, des Lettres & Patentes accordées
par Sa Majesté au Sieur le Blond , que
l'Académie des Sciences donna cet avis ,
fur l'efperance que donnoit le Blond de
mettre au jour un cours d'Anatomie , comme
il avoit propofé auparavant en Angleterre
, & qu'il avoit effectivement commencé
fous les yeux de feu M. Hunot ,
Profeffeur Royal , & pour lequel il donnoit
des billets de foufcription : mais foit
le défaut de fon fyftême à trois planches ,
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
ou la mort qui le prévint , ce cours a reſté
réduit à une feule pièce qui repréfentoit
une partie des inteftins. Ses héritiers &
fes éleves ne l'ont pas pû continuer , en
forte que les Soufcripteurs ont été exposés
à perdre leurs avances.
Le Sieur Gautier , Auteur d'un autre
fyftême à quatre planches primitives , vient
de remplir les vûes favorables de l'Académie
pour cet Art , & de donner au Public
la premiere partie de fon cours , qui eft la
Myologie complette en vingt planches de
grandeur naturelle , d'après les démonſtrations
de feu M .. Duverney , & il a eu
l'honneur de préfenter avec M.. Tarin ,.
Démonftrateur de la Charité , à l'affemblée
de la même Académie , les , originaux
des cinq dernieres planches de l'Anatomie
de la tête , qu'il a promis , peints .
& deffinés par lui , d'après les fujets diffe
qués & démontrés par M. Tarin . Mef
fieurs de l'Académie leur ont fait l'honneur
de nommer à cette affemblée , pour
Commiffaires examinateurs de la fuite de
ces planches , M. Vinflou , Profeffeur
Royal , & M.Morand , Membres de l'Acadé
mie,
Le Sieur Gautier recevra les Soufcripteurs
pour la préfente foufcription , ju
qu'à la find'Avril prefent mois,auquel tems
ARIL
. 1749.
délivra ces cinq , planches avec leurs.
explicaons en Latin & en François, par M..
Tari & annoncera la quatriéme & dernier
foufcription de cet ouvrage pour
Aatomie de la poitrine , du bas ventre ,
as parties de la génération des deux fexes,
& de tout ce qui reftera à démontrer dans.
l'Anatomie.
Le Public pourra fe plaindre du retard
de trois mois qu'il y a eu à cette distribution
, mais la mort imprévûë de M
Duverney , arrivée dans le tems de la premiere
annonce , & l'ouvrage confidérable ,
que l'on verra dans les cinq nouvelles préces
, en font la caufe .
L'adreffe du Sieur Gautier , Graveur die
Roi, eft rue de la Harpe , après la rue Pou
pée..
ESTAMPE NOUVELLE.
97
E Sieur Feffard , Graveur , demeurant rue de
la Harpe , vis- à-vis la rue Serpente débite :
une Eftampe nouvelle, repréfentant un buffet d'or
gue , compofé par le Sicur Laurent , Architecte
pour la Parole de Saint Sulpice . Ce buffet eft :
d'une invention toute nouvelle . Les tuyaux n'incommodent
point la décoration , le fon ne fe perd
point , il fera même augmenté. Ce qui n'a pas :
saufé peu de peine , ayant de plus à conferver la
tribune , fur laquelle il faut placer plus de trois
782 MERCURE DE FANCE.
mille tuyaux , des fouflets , un orchre . Tout fe
trouve d'accord , foit pour couronn gracieufement
les colonnes , foit pour la comption du
tout , qui paroît immenfe par l'étendue dia perf
pective En un mot , le Sieur Laurent rien
oublié pour remplir les grandes idées de Mancien
Curé , & pour répondre à fon zéle & à fa
gnificence. C'eft à la follicitation des plus habil
connoiffeurs , que M. l'ancien Curé a fait graver
cette Eftampe avant l'exécution , afin d'engager à
la fuivre , en cas d'accident.
1a-
Cette Eftampe , du deffeing du Sieur Laurent,
nous donne lieu d'inferer ici une Lettre écrite
fon fujet.
Lettre de M. l'Abbé...à un de fes amis.
- Parmi le nombre de projets préfentés au ſujet
de la ftatue équestre que la Ville fe propofe d'élever
à S. M. le Sr Laurent, Architecte, s'eft diftingué
parmi les confreres . Il a eu l'avantage de produire
& de préfenter à M. de Tournehem douze emplacemens
differens , moins à charge à l'Etat les uns
que les autres ; de ces douze emplacemens , il en
a choifi fept dont il a détaillé & diftribué les plans.
Pour mieux faire connoître avec combien d'intelligence
ces plans font compofés , le Sieur Laurent
a réuni dans fes compofitions dix efpéces de bâti
mens differens ; fçavoir , des Eglifes Paroiffiales ,
des Monacales , des Conventuelles , un Hôtel-de-
Ville , un Palais , un Théâtre , une Bourfe , des
Fontaines publiques , des Hôtels particuliers & des
Bâtimens ordinaires. Les diftributions qui fe ren
contrent font des plus commodes & des plus aifées.
Le tout eft compofé dans un nouveau goût ,
qui eft propre au Sieur Laurent , & qui vife toujours
au grand & au noble.
AVRIL 1749. 183
La derniere compofition qu'il vient de faire , eft
un huitiéme deffeing , mis fur une échelle , plus
grande que celle des compofitions qu'il a préfentées
, & qui prouvent que fes compofitions ne
perdent point en changeant de grandeur , & que
par conféquent l'exécution en deviendra heureuſe,
ce qui prouve la vérité & la beauté de fes belles
proportions.
*
Ce dernier projet eft placé à la porte de Buffi
formé dans un quarré de cent toifes ; le premier à
prendre depuis le carrefour de la Foire , jufqu'à la
rue du Colombier , ouvert par la Foire , la rue des
Boucheries , la rue du Four & la rue Sainte Marguerite.
Le fecond carrefour , & côté en retour
commenceroit à la rue du Colombier juſqu'à la
rue Guenegaud , dégagé à l'un des bouts par la rue
du Colombier & la rue neuve , donnant dans la
rue des Marais. Ce côté feroit ouvert dans le milieu
par la rue de Seine, élargie à l'entrée , & percée
à fon extrêmité , par la démolition du pavillon des
Quatre-Nations.
Le troifiéme carrefour feroit ouvert par les rues,
Mazarine , Guenegaud & d'Anjou , ayant pour
étendue de fon côté , en retour , l'efpace entre la
rue Guenegaud & le carrefour de la rue de la
Comédie.
Le quatrième enfin , à prendre depuis la rue de
la Comédie , jufqu'au carrefour de la Foire. Le
dernier carrefour , appellé le carrefour de la Comédie
, auroit pour iffue les rues Dauphine , de
Saint André , de la Comédie , & des mauvais Gar ?
fons. Ce dernier côté feroit diviſé en deux parties
égales par la rue de Tournon , prolongée depuis
la porte de la Foire , jufqu'à la Place , & enfilant
La rue de Seine , jufqu'au Pavillon de l'Infante.
Les deux grandes faces à droite & à gauche
184 MERCURE DE FRANCE.
occupées par le Palais Abbatial , & l'autre par des
Hôtels particuliers , auroient des périftiles en ar
cade , & une colonade au premier étage , les deux
périftiles ouverts au rez de chauffée & au premier
étage.
Les deux autres faces en retour auroient deux
périftiles en arcade , & feroient ouverts au rez de
chauffée feulement,
Ce dernier projet , comme tous ceux que le
Sieur Laurent apréfentés, font décorés fimplement
d'un piédeftal avec des refends pour l'étage du rez
de chauffée , & d'un grand Ordre pour les étagesfupérieurs
, le tout couronné par une balustrade.
Dans le projet,auquel le Sr Laurent s'étoit le plus
attaché , il avoit en vûe de terminer gracieuſement
le plus beau jardin de l'Europe , & d'un lieu des plus
incominodes par le mauvais tems , en faire la plus
majeftueufe Place qui foit dans le monde entier.
En un mot , tous les efforts du Sieur Laurent
ont tendu à être agréables à fon Prince, & à ména
ger la fortune des Sujets de Sa Majefté. La defcrip
tion de cette Place eft , à mon avis , une des plus.
belles qui ait paru.
Permettez moi de finir par cette réflexion . Il
feroit à fouhaiter pour tous les connoiffeurs , que
toutes les compofitions qui ont été faites pour la
Place , fuffent expofées dans la gallerie du Carrache
aux Thuilleries , ou dans quelque autre endroit
, car outre l'émulation que cela exciteroit ,
Meffieurs de l'Académie ne feroient point fachés
de fe trouver dans la compagnie de perfonnes qui
veulent les imiter. De plus , leur modeftie & leur
capacité n'en feroient point bleffées , puifque ce
feroit ajouter un nouveau luftre à leurs compofi
tions , que de leur mettre en parallele des ouvrages,
qui peut- être ne leur font point inférieurs..
AVRIL. 1749. 189
DESCRIPTION du Temple de la
Paix , élevé par les ordres du Magiftrat
de la Ville de Lille, pour les réjouiffances
de la Paix.
Architecture,
Et Ouvrage préfente un Temple confacré
à la Paix , comme le marque
l'Infcription pofée fur la Frife . Il eft compofé
de trois parties , lesunes fur les autres.
La plus confidérable , eft celle du milieu
c'eft le corps du Temple : la feconde en
eft le foubaffement , & la troifiéme le cou-
Lonnement. Tout cet Edifice a foixante &
douze pieds dans fa plus grande élevag
tion.
Le corps du Temple a trente pieds de
diamétre , fur autant de hauteur , la corniche
comprife. 11 eft foûrenu de huit colomnes
de l'ordre Ionique , qui avec les
impoftes & les archivoltes forment qua
tre Portiques de douze pieds de largeur ,
fur vingt- cinq & demi de hauteur , & quatre
autres Portiques larges de fix pieds ,
fur quinze de hauteur. Cette partie- eft
terminée par une balustrade qui regne tout
autour de la corniche.
Les colomnes, les pilaftres & la frife de
186 MERCURE DE FRANCE .
l'entablement , font d'Agathe feinte ; les
bazes , les chapitaux & les ornemens , de
bronze ; l'architrave , la corniche & la
balustrade , de marbre blanc ; les piédeftaux
des Statues, de verd d'Emeraude, & toutes
les Statues & Figures , de marbre de Génes.
Le foubaffement eft de figure circulaire
& a foixante pieds de diamètre fur fix.de
hauteur. Il eft couronné d'une balustrade
coupée par quatre grands efcaliers , flan
qués chacun de deux piliers quarrés , defti
nés à porter des vafes de feu.
Toute cette partie eft feinte de pierres
cuftiques.
Le couronnement , pofé fur un focle de
douze pieds de diamètre , eft compofé de
huit confoles , qui fupportent un Globe
coupé à l'horifon , fur lequel eft pofée la
Statue de Mercure . A peu de diftance au
deffus , on voit un Soleil artificiel .
·
Toutes les pièces de cette troifiéme
partie font feintes de marbre blanc de dif
ferentes fortes .
Ornemens.
La Statue du Dieu , chez les Romains
devoit être placée au milieu du Temple .
C'eft la place qu'on donne à la Paix dans
celui- ci. On voit cette Divinité Poëtique,.
AVRIL. 1749. 187
defcendant du Ciel affife fur un nuage.
Elle tient de la main droite un Rameau
d'Olive , & au bras gauche une Corne d'abondance.
Un jufte mêlange d'agrémens
& de majefté , lui concilie l'amour & le
refpect des Peuples .
Ce Groupe de fculpture eft pofé fur un
piédeftal , dont la face principale eft ornée
d'une Infcription à la gloire du Roi , &
les trois autres faces font décorées de devifes
à la louange de la Reine , de Monfei.
gneur, & de la Famille Royale .
De la clef des archivoltes des petits por
tiques , pendent quatre emblêmes en forme
de boucliers votifs , dont les figures
tirées de la Fable expriment autant d'au
guftes qualités du Monarque Victorieux &
Pacificateur. Ces qualités font fa valeur
dans la guerre , fa modération dans la victoire
, fa prudence dans le rétabliffement
de la République de Génes , & fon équité
dans le Traité de Paix. Les Infcriptions
qui appliquent au Roi le fujet des emblêmes
, voltigent fur les courbes des archivoltes
, d'où pendent les boucliers votifs ,
& s'étendent pour le fens aux Infcriptions
particulieres des deux devifes qui fuivent
chaque emblême , & qui en font comme
les branches. Ces devifes font peintes fur
les piédeftaux des colomnes .
188 MERCURE DE FRANCE.
Dans le milieu de ces mêmes portiques
font placées fur leurs focles quatre Figures
de fculpture , affifes , repréfentant dans le
goût antique la Valeur , la Clémençe , la
Prudence & la Juftice , qui font les vertus
du Roi , figurées par les emblèmes .
L'amour du Roi envers fes peuples fait
le fujet de quatre autres emblèmes , dont
les Figures prifes de la Fable expriment
les principaux avantages que Sa Majesté
procure à tous les Ordres de l'Etat . Ces
ayantages font le Commerce de Mer , les
Arts & les Sciences , l'Agriculture , & les
douceurs de la Paix fous un Regne glorieux.
Ces emblêmes , accompagnés chacun
de deux devifes , font attachés fur
les panneaux du foubaffement , lefquels
font anffi ornés de guirlandes , de laurier
& d'olive , avec les Armes de France.
La partie fupérieure du Temple reçoit
auffi divers ornemens . Les quatre grandes
faces font décorées de Figures , repréfentant
les fruits de la Paix , qui font la tranquillité
, la concorde , l'abondance & la felicité,
caractérisées par leurs attributs.
La Rénommée du Roi , objet principal
de cette partie , eft repréfentée fous la figure
de Mercure . Ce Dieu , tenant fon caducée
d'une main & un étendart de l'autre,
femble prendre fon effor pour aller puAVRIL.
1749. 189
blier par tout le monde la Paix , que notre
Augufte Monarque vient d'accorder à
l'Europe. C'est ce qui fait le fujet d'un
neuviéme emblême , dont l'Infcription
voltige fur le Globe . On a peint deux devifes
fur l'étendatt de Mercure , dont la
derniere , auffi-bien que tout l'ouvrage ,
eft un témoignage public & fincére de la
vive reconnoiffance , & du refpect trèsprofond
de la Ville de Lille , envers la
Perfonne facrée de Sa Majesté.
Inferiptions , emblêmes & devifes.
La fonction de confacrer un Temple
appartenoit , dans l'ancienne Rome , au
Sénat avec l'intervention des Tribuns du
Peuple. Les noms des Magiftrats étoient
gravés aux frontifpices des Temples qu'ils
avoient dédiés. Cette dédicace étoit chez
eux une cérémonie de Religion : mais ce
n'en eft ici qu'une fiction .
Infcription du Frontifpice.
PACI ÆTERNÆ S. P. Q. I.
C'est- à-dire , que
que le Magiftrat & le
Peuple de la Ville de Lille , ont confacré
ce Temple à la Paix .
Infcription du piédestal de la Paix.
LUDOVICO XV. REGI .
Forti , fapienti , Belgico , victis triplici
pralio Hungaris , Britannis , Batavis , afferto
fociorum jure , medio victoria curfu
190 MERCURE DE FRANCE .
Provinciis fuis publica felicitati donatis
Europa Pacatori partum orbis amorem gratu-
Latur S. P. Q. 1.
C'eſt-à- dire :
A la gloire de LOUIS XV. Roi ,
Plein de valeur & de fageffe , Conquerant
des Pays-Bas , trois fois vainqueur
des Hongrois , des Anglois , des Hollandois
, Pacificateur de l'Europe , défenfeur
des droits de fes Alliés , objet de l'amour
des peuples , pour avoir préferé , dans le
cours de fes victoires , la felicité publique
à la conſervation de ſes conquêtes .
Devifes placées fur les trois autres faces du
piédeftal de la Paix.
Premiere devife.
REGINA RELIGIOSISSIMA. La piété de
la Reine. Figure. Un encenfoir d'où s'exhalent
des parfums. Mot tiré de Silius Italicus
, Livre XII. v. 727. PACEM TERRIS
COLOQUE REPONIT . De la Terre & des
Cieux j'appaiſe le couroux .
Seconde devife.
SERENISSIMO DELPHINO PATRIÆ VIRTUTIS
AMULO . La valeur de Monfeigneur.
Figure. Un jeune Lion à la fuite d'un plus
grand. Mot tiré de la buitiéme Epitre des
Héroïdes d'Ovide. ANIMOSUS IMAGINE
PATRIS. L'exemple de fon Pere enflamme
foncourage.
AVRIL 1749 . 897
Troifiéme devife.
FAMILIA AUGUSTA. La Famille Royale.
Figure.Plufients Fleurs de Lys dans un parterre
, éclairé des rayons du Soleil . Mot :
SPLENDEMUS AB UNO. C'eft d'un feul que
nous vient un fi brillant éclat .
Premiere Infcription & emblème.
REGI IN BELLIS FORTISSIMO . La valeur
du Roi dans la guerre.
Figure. Hercule chargé des marques
de fes victoires
. Mot : EXUVIAS
DECORAT
VICTOR
. La main qui les enleve , honore
ces dépouilles
.
Premiere devife.
•
VICTORIARUM IMPETU. La rapidité des
Conquêtes du Roi. Figure, Le Soleil chaffant
les brouillards. Mot ; VINCIT DUM
RESPICIT. Par un de fes regards il les a
diffipés.
Seconde devife.
HOSTIBUS Ultra fines BATAVORUM
PULSIS. L'étendue des Conquêtes du Roi .
Figure. Le Soleil levant , offufquant les
Altres. Mot : UNI CESSERE OMNES. A
difparoître il les a tous forcés.
Seconde Infcription & emblême.
REGI IN VICTORIA CLEMENTISSIMO.
La modération du Roi dans la victoire .
Figure. Enée tend les bras au jeune Laufus
, qu'il vient de percer dans une bataille,
191 MERCURE DEFRANCE.
lui rend fes armes , & le renvoye pour
être réani après la mort aux cendres de fes
Ancêtres. Voyez le dixième Livre de l'Eneide
v. 810. & fuivans .
Mot : TERRORI SUCCEDIT AMOR. 11
fçut fe faire craindre , il fçait fe faire
aimer.
Premiere devise.
CLEMENTIA PUGNARUM SOCIA . La
clémence du Roi dans les combats .
Figure . Un Lion fur des animaux qu'il a
renverfés. Mot tiré des Triftes d'Ovide
Livre III. Elégie s .
SATIS EST PROSTRASSE . Je les ai terraffés
, c'eft affez pour ma gloire .
Seconde devife.
CAPTIVIS PRÆCLARE HABITIS . La
bonté du Roi envers fes ennemis après la
victoire.
Figure. Le Soleil qui dore de fes rayons
des nuages qu'il a écartés . Mot : ET VICTIS
ADDIT HONOREM . Il donne de l'éclat
à ceux qu'il a vaincus.
Trafiéme Infcription & emblème.
REGI GENUENSIS LIBERTATIS VINDICI
PRUDENTISSIMO. La prudence du Roi dans
le rétabliffement de la République de
Génes.
Figure.
AVRIL. 1749. 193
Figure. Perfée délivre Androméde :
Voyez les Métamorphofes d'Ovide , Livre IV.
Fable 18 .
Mot : VI ET CONSILIO . La Prudence &
la Force ont agi de concert.
Premiere devife.
AUXILIORUM CELERITATE. Le Roi
de envoye prompts fecours à Gênes , fous
Le commandement général de M. le Duc de
Boufflers , Gouverneur de la Flandre , & de
la Ville de Lille.
Figure. Un grand arbre foûtenant une
vigne , dont quelques branches font encore
pendantes. Mot : REPARAT LABENTIS
HONOREM. Je répare fa chûte , & lui rends
fa grandeur .
Seconde devife.
PROMISSI CONSTANTIA . La conftance
du Roi à défendre fes Alliés.
Figure. Un grand laurier , auquel plufiéurs
arbriffeaux font attachés. Les Poëtes
difent que le Laurier n'eft jamais frappé de la
foudre.
Mot :PROTEGIT ET FULCIT. Je les mets
à l'abri des coups & des dangers.
Quatrieme Infcription & emblême.
REGI IN COMPONENDA PACE AQUISSIMO.
L'équité du Roi dans le Traité de
Paix .
Figure. Jupiter , dans le Confeil des
I
194 MERCURE DE FRANCE,
Dieux , balance les deftinées des Troyens
& des Rutules. Voyez le douzième Livre de
l'Eneide. v. 725.
Mot : ME QUOQUE FATA REGUNT . Quel
que grand que je fois , j'ai des loix à garder.
Premiere devife.
SAPIENTIA CONCILIATRICE. L'Europe
pacifiée par la fageffe du Roi .
Figure. La boulfole tournée vers l'Etoile
polaire. Mot : EX HAC PARTE QUIES,
Je lui dois mon repos .
Seconde devife.
JUSTITIA PRESIDE . La juftice du Roi
dans les articles de la Paix .
Figure . Le Soleil marquant les heures fur
divers cadrans . Mot : OMNIBUS EX ÆQUO ,
Par un jufte partage il fait à tous la Loi.
Cinquième Infcription & emblême.
REGI NAVALIS COMMERCII STUDIOSISSIMO.
Le zéle du Roi à faire refleurir le
Commerce de mer.
Figure. Neptune fur fon ehar appaiſe
d'un coup de trident les agitations de la
mer , & favorife le Commerce . Mot , pris
de l'Eneide . Livre I. v . 158. Sic CUNCTUS
PELAGI CECIDIT FRAGOR . C'en eft fait
de ces flots la fureur eft calmée .
Premiere devife.
NAVIGATIONIS SECURITATE . Le Roi
affûre la Navigation,
AVRIL, 1749. 195
Figure. La conftellation de Caftor & de
Pollux paroiffant fur une mer encore agie
tée , où l'on voit des Vaiffeaux. Mot :
CERTA SALUS. Ne craiguez plus ; les flots
font appaifés.
Seconde devife.
MERCATORUM PATROCINIO.
facilite le Commerce.
Le Roi
Figure. Un Phare. Mot : MONSTRAT
TER , TUTUMQUE FACIT . Tout à la fois il
montre , il affûre la route.
Sixième Infeription & emblême.
REGI PATRONO BONARUM ARTIUM
LIBERALI. La liberalité du Roi , envers les
Sçavans & les Artiſtes .
;
Figure, Minerve , fous la figure de Mentor
, fait fleurir les Sciences & les Arts ,
utiles à la fociété. On voit autour d'elle
plufieurs Génies : les uns mefurent un
Globe , & traçent des lignes les autres
éprouvent la force du lévier , & remuent
des machines pour la conftruction d'un
Temple. Mot : REGNI COMMODO
ORNAMENTO . J'accrois de mes Sujets la
richeffe & la gloire.
Premiere devife.
ET
ARTIUM TUTELÀ. Le Roi protége les
Manufactures.
Figure . Le Roi des Abeilles à la tête
d'un ellain. Mot pris du cinquiéme Livre de
Lij
196 MERCURE DE FRANCE.
•
P'Eneide. v. 640. FACES ANIMUMQUE
MINISTRAT. Il éclaire , il anime.
Seconde devife.
SCIENTIARUM PROGRESSU . Le Roi envoye
, vers les Pôles , des Sçavans qui font
de nouvelles découvertes ,
Figure. La Toifon d'or des Argonautes,
Mot pris de Silius Italicus , Livre XV. v.
629. DECORA EXTREMO QUÆSITA SUB
AXE. Des cliniats reculés il tire auffi fa
gloire.
Septiéme Infcription & emblème.
REGI PROVIDO AGRICULTURA SERVA
TORI . La prévoyance du Roi à favorifer
la culture des Terres.
Figure. Mars ordonne aux Thraces de
changer leurs lances & leurs épées en inftrumens
du labourage, Mot : NOVUM
DECUS ADDIDIT ARMIS . A vos armes ,
Guerriers , je donne un nouveau luftre.
Premiere devife.
SPE FELICITATIS PUBLICÆ . Le Roi ramene
la felicité publique.
Figure. Une hirondelle , volant fur des
campagnes couvertes de neige , au com→
mencement du printems . Mot tiré des Métamorphofes
d'Ovide , Livre X. Fable 1 ,
FELIX ATTULIT OMEN . D'un heureux avenir
j'annonce les beaux jours.
AVRIL. 1749.
197
Seconde devife.
FAME SUBLEVATA. Le Roi pourvoit à
la nourriture de fes peuples dans les tems
de difette.
Figure. Un Cygne dans les airs , portant
à manger à fes petits fur les bords d'un
étang deffeché. Mot pris du cinquième Livre
de l'Eneide V. 334. NON ILLE OBLITUS
AMORUM. Objets de mon amour , vous
l'êtes de mes foins.
Huitiéme Infcriptiom & emblême .
REGI PACE CONFECTA MAXIMO . La
gloire du Roi durant la Paix .
Figure. Apollon eft repréfenté la tête
rayonnante , & affis fur un Globe femé de
fleurs de Lys. Il tient fa lyre de la main
gauche , & de la droite un gouvernail dont
le manche eft orné de branches d'olivier .
Mot : ORBIS MIRACULO ET AMORI . Il est
de l'univers le miracle & l'amour.
Premiere devife.
VICTORIA PACIFERA . Le Roi n'a defiré
de vaincre , que pour nous procurer la
Paix.
Figure. Le Soleil diffipant une groffe
nuée percée d'éclairs. Mot : NoN MIHI ,
SED VOBIS. Mon travail eft pour vous ;
goûtez-en tous les fruits.
Seconde devife.
PACE PROVINCIIS PRALATA, Le Roi
I iij
168 MERCURE DE FRANCE.
préfere à fes Conquêtes la gloire d'avoir
donné la Paix.
Figure. Le Soleil dans un Ciel ferein .
Mot : SPLENDOR MIHI SUFFICIT UNUS . Je
me borne à la gloire , & ne veux rien de
plus.
Neuviéme Infcription & embleme.
REGI PACIFICATIONIS FAMA CELEBERRIMO
. La Rénommée du Roi..
Figure. Mercure publie par tout le monde
la Paix que le Roi , dans le cours de
Les victoires , vient d'accorder à l'Europe .
Mot tiré des Métamorphofes d'Ovide , Livre
VI. Fable 3. MAGNUM SERMONIBUS
OCCUPAT ORBEM. Dans l'un & l'autre
monde on s'entretient de lui.
C
Les deux devifes furvantes , avec leurs
Inferiptions , font peintes fur l'Etendart de
Mercure.
Premiere Infcription & devife.
REGI VIRTUTE ET POTENTIA METUENDO.
La valeur & la puiffance du Roi.
Figure Un Lion en fon repos . Mot
VEL SIC TIMETUR. Quoi qu'il foit en répos,
on le redoute encore .
Seconde Infcription & devife.
REGI LOCUPLETATORI SUO , INSULA
La Ville de Lille reconnoît que fa fplen
Ideur vient de fon attachement au Roi.
AVRIL. 1749. 199
Figure. Un Lys expofé au Soleil. Cette
fleur fait feule les Armes de la Ville. Mot :
SPLENDOR AB OBSEQUIO. Dans mon attachement
je trouve ma grandeur.
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique a continué,juſde
la Tragédie de Medée & Jafon , & jufqu'au
21 , celles du Ballet de Platée , deux Ouvrages
qui , quoique d'efpeces fort differentes , ont cependant
fait alternativement les plaifirs des Spectateurs.
On a donné pour la Capitation des Acteurs
trois repréfentations du Prologue & du dernier
Acte des Fêtes de l'Hymen , auxquels on a joint
P'Acte charmant de Zelindor. La Demoifelle
Puvigné a danfé le Caprice de M. Rebel , avec
les applaudiffemens auxquels elle eft accoûtumée .
Des Pantomimes ont éré exécutées par la Demoifelle
Lani , dont on connoît la légereté & la
précifion , & qui a été parfaitement fecondée par
Je Sieur ...
Les Comédiens Italiens , à la clôture de leur
Théâtre ont fait un compliment d'un genre abfolument
neuf. Ce n'eft point un fimple Dialogue
, tel que plufieurs autres qu'ils ont récités
ou chantés en de pareilles occafions . C'eft une
efpece de Comédie en trois Scénes , dont les perfonnages
font Thalie l'Italienne , la Critique ,
& un Spectateur que tout ennuye . M. Roy eſt
Auteur de cet Ouvrage ingénieux . Nous allons
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
copier le morceau tout entier. En retrancher quel
que partie , ce feroit faire tort à nos Lecteurs.
SCENE I.
THALIE. Ayant en main une Marotefor
mée du Mafque & du Chapeau d'Arlequin.
LA CRITIQUE.
Thalie.
O Cara Signora , c'eſt vous ,
Vous , dont le goût fi fin , les lumieres ſi vives
Le coup d'oeil pénetrant , les raifons décifives ,
Doivent foumettre tous les goûts
Vous , fans qui le ſuccès eft un hazard bien rare
Vous qui ne refpirez que la perfection ,
Vous enfin , fans qui l'art s'égare
Avec l'imagination !
La Critique.
I
Tréve de complimens , ma petite Thalie.
Tenez , appellez-moi par mon nom, s'il vous plaît.
La Critique n'a point honte de ce qu'elle eft.
Je fuis Françoife , moi : chez vous la flaterie ,
Encor mieux que l'accent , dénote la Patrie ,
Vous encenfez par intérêt ,
Encens perdu , vaine induſtrie ;
Point de faveur chez moi , quand ſe donne un Arrết
Thalie.
A vos juftes Arrêts nous fçavons rendre hommaged
AVRIL: 1749... 201
La Critique.
Vous vous en pafferiez plus volontiers , je gage.
Auffi ne m'invitez - vous pas :
Mais moi , des nouveautés je mé tiens avertie ,
J'entre fans qu'on m'annonce , & c'eft à la fortie
Qu'on voit bien que j'étois là - bas.
Thalie.
La foule à votre afpect s'ouvre , vous fait paffage
Et s'empreffe à vous écouter.
La Critique.
Vous la devriez imiter.
Thalie.
Nous en tirerions avantage",
Mais vous venez toujours trop tard , c'eſt grand
dommage.
La Critique:
Comment ! trop tard ! expliquez-vous..
Thalie
Eh ! niais , fi vous preniez féance parmi nous ,,'
Quand nous répetons un ouvrage ,
Encor feroit-ce.
La Critique.
On répete à huis clos .
Tems perdu..
Thalie.
Blâmez-vous cet ufage ?
I V
202 MERCURE DE FRANCE.
La Critique.
Il faut à la Critique un champ plus étendu..
Thalie.
Eh !vous l'avez fi beau dans tout ce qui fe paffe.
Paris ne fouftrait rien à vos yeux vigilans :
Faut- il un plus grand espace
Pour déployer vos talens ?
La Critique.
Paris a trop peu d'aventures ,
Trop peu de duppes , d'intriguans ,
Trop peu d'hymens extravagans
Trop peu d'éclatantes ruptures ,
De femmes coquettes trop peu ,
Trop peu de refforts mis en jeu
Pour tromper les maris & rompre leurs mefures
Encor pour ufer de mes droits
Faut-il me mafquer quelquefois
Sous les noms d'amitié , de Confeil , d'affiftance
Ici point de détours , je parle en affurance ,
Et fans tant de façons je prononce mes loix.
Thalie.
Je ne le fçais que trop; mais quel vieillard s'avance?
SCENE II.
L'Ennuyé , Thalie , la Critique.
L'Ennuyé.
Moi vieillard ! Je n'ai pas trente ans,
AVRIL.
Sy 1749. 203
La Critique à Thalie.
Vous vous mêlez de peindre. Eh !ma pauvre Thalie,
Connoiffez donc un peu vos gens .
L Thalie à l'Ennuyé..
Votre gravité m'a faifie.
Moi , grave !
L'Ennuyé.
La Critique.
Vous bâillez .
L'Ennuyé.
Oui , c'eft que je m'ennuye
Thalie.
Il vient à la Comédie
Et conte fur mon fecours,
L'Ennuyé.
En y venant tous les jours
J'augmente ma maladie .
La Critique à l'Ennuyé
Rien ne peut fecouer la langueur de vos fens
Thalie.
Oh! J'ai plus d'un remede à fon ame engourdie
Le Burleſque , la Parodie.
L'Ennayė.
Elle eft proferite de céans.
La Critique.
Propos ulés, groffiere rapfodie,
I vjj
( 204 MERCURE DE FRANCE
Les lazzi d'Arlequin ?·
Thalie.
L'Ennuyé.
Ils durent trop long-tems
Thalie.
Et mes feux d'artifice
L'Ennuyé.
Ils n'ont que deux inftans..
Thalie..
Et mes Ballets ?
L'Opera me fuffit.
L'Ennuyé.
Si je veux de la danſe ;
La Critique.
L'Opéra d'apréfent
N'eft même qu'un Concert danfant
Mes Décorations?
Thalie
L'Ennuye
Bon . Fadaife . Elle penfe
Que mon efprit eft dans mes yeux
Thalie.
Ee fublime vous plaît - il mieux ?:
Paffez l'eau , je vous cede à mes nobles Confreres
La Critique à l'Ennuyé.
C'eft chez eux qu'elle aime à vous voir..
AVRIL. 1749 205
L'Ennuyé.
Leur Théatre aujourd'hui n'eft tendu que de noir
Spectres, tombeaux, fpectacles fanguinaires ,
Meurtres d'enfans , de coufins & de peres ,
Poiſons , affaffinats , rage , horreur , déſeſpoir :
Tout amour eft banni des nouveaux caractéres
De leur grandeur il les feroit décheoir.
Leur comique , triftement tendre ,
Sententieux hors de propos ,
Agit pour effrayer , s'exprime par fanglots.
Beau divertiffement à prendre !.
La Critique à Thalie.
Je vois bien que chez vous Monfieur viendra fe
rendre..
Vous avez de bons jours.
L'Ennuyé.
Eh ! comment les faifir
La Critique à l'Ennuyé.
Vous guettez donc vainement le plaifir
Thalie.
J'ai déridé cent fois les fronts les plus féveres 3
De leurs travaux j'ai ſçû les délaffer .
Ne venez ici vouss placer ,
Qu'après avoir donné la journée aux affaires..
L'Ennuyé.
i donc je n'en ai point.
206 MERCURE DEFRANCE.
A rien.
Thalie.
Quoi ! jamais employé -
L'Ennuyé.
La Critique.
Vous vous levez , je croi , tout ennuyé
Thalie.
e fuis piquée au jeu.
La Critique à Thalie.
Vous y perdrez vos peinesz
Thalie.
II me refte un rayon d'eſpoir ;
Je prens congé de vous pour trois femaines
Cet intervalle fans nous voir
Peut-être vous rendra mon retour plus aimable:
La Critique.
Faire treve à fon mal , ce n'eft pas le guérir
Thalie.
Pour le Public mon zéle inépuiſable
Sur tous mes foins paffés compte bien enchérir
L'Ennuyé.
Tous les ans c'eft même promeTe
De prendre un merveilleux effor ,
D'être plus délicat fur le choix d'une Piece ,
De mettre à votre jeu plus d'art , plus de fineffe
Vous m'avez tant trompé... Quoi ! m'y fierois - je
encor
A V RIL. 1749 . 207
N'importe ce printems , je vous rendrai vifite,
Thalie. Ilfort.
S'il ne change pas d'humeur
Sa préfence eft un honneur ,
Dont volontiers je le quitte.
SCENE III.
•
Thalie , la Critique.
La Critique.
Oui. Ces froids Spectateurs , que rien ne divertit;
Sont un Peuple bien redoutable .
Thalie.
Sur l'apprêt d'un repas on eft moins intraitable
Quand on s'affujettit
A ne fe mettre à table
Qu'avec un honnête apétit.
La Critique.
Vous ne craignez donc moins .
Thalie.
Critique utile & fage ;
Le feul nom de l'ennui m'abbat , me décourage
Jugez fi fon afpect me glace , m'engourdit ,
Mais votre attention m'honore , m'enhardit ;.
Des fuccès à venir vos avis font le gage .
La Critique.
Me jurez-vous d'en faire uſage è
ZoS MERCURE DE FRANCE.
Qui.
Oui.
Thalie.
La Critique.
Devant les témoins que vous voyez ici
Thalie.
La Critique.
Vous y gagnerez , & ces Meffieurs auffi.
Meffieurs , vous entendez le ferment qui l'engage.
Qu'elle y manque , on verra beau jeu.
Je refte parmi vous pour y fouffler le feu.
Point de quartier, main baffe für l'ouvrage,
Sur le choix du fujet , fur le titre & le noeud ,
Sur la profe , les vers , le plan & le langage ,
Sur les Acteurs de tout fexe & tout âge ,
Actionnant trop ou trop peu.
Criez, huez, fiflez, tempêtez, faites rage . Elle fort
Thalie.
Oui , qu'elle demeure avec vous.
Nous perdrions encor à lui fermer la porte ,
Mais vous ferez pour rabattre fes coups.
A chercher le mauvais fon afcendant la porte ,
Et le vôtre à faifir le bon ;.
Contre nous elle plaide , à vous eft la juftice ,
Elle obéit au caprice ,
3
Le Parterre à la raiſon .
81 A
Ce Compliment fe vend chez Berthier , Libraire ,
Quai desAuguftins , près la rue Pavée , à l'Image
Saint Pierre..
AVRIL. 1749. 209
REMARQUES fur les changemene faits
dans la nouvelle Tragédie de Sémiramis .
Ero du mois dernier , les Comédiens François
remirent au Théâtre la Tragédie de Sémiramis
, de M. de Voltaire. Quoiqu'on eût annoncé
qu'il avoit fait beaucoup de changemens
dans fa piece , nous n'en avons reconnu qu'un
très-petit nombre , mais quelques- uns produifert
un bon effet. La Scéne de Sémiramis & de Ninias
au quatriéme Acte , laquelle étoit déja fort belie
& fort pathétique , a gagné encore extrêmement
par les vers que notre illuftre Auteur y a ajoutés.
Pour la rendre un chef d'oeuvre , il ne manque-
Toit que de fauver un défaut qui bleffe les Criti
ques. Ils voudroient qu'on fentît moins , que fi
la Reine demeure fi long - tems fans appercevoir
Te billet de Ninus , ce n'eft que parce que Ninias
tient plutôt d'une main que de l'autre la funefhe
preuve des crimes de cette Princeffe. Dans le
nouvel état où eft la piece , & Affur n'eft pas
fcélérat plus habile & plus prudent , du moins
il foutient fa fcélérateffe avec plus de dignité.
Au cinquiéme Acte , Sémiramis avant de defcendre
dans le tombeau de Ninus , abdique le
fouverain pouvoir. Les Spectateurs la voyent avec
fatisfaction fe rendre aink juftice , mais on ne
leur explique pas affez les raifons qui la conduifent
à la fépulture de fon époux , après les mefuras
qu'elle a prifes pour qu'on en fermât l'entrée au
perfide Affur. Cet Acte finit mieux qu'il ne finifloit.
Aflur n'y vient plus , comme ci devant
fondre l'épée à la main fur Ninias . En conféquence
des ordres donnés par la Reine , on ſe ſaiſit de lui ,
& il eft conduit enchaîné devant fon nouveau Son
verain.
210 MERCURE DE FRANCE,
I
Concerts & Comédies de la Cour,
E premier & le 3 Mars , on exécuta chez la
Reine les quatre derniers Actes de Bellerophon.
Les rôles furent chantés par les Demoifelles la
Lande , Matieu , Godonefche & Guedon , &
les Sieurs de Chaflé , Jeliotte , Benoît , Poirier &
Godoneſche.
par
Le 8 , le 15 & le 17 , la Tragédie de Tancrede
fut exécutée par les Demoifelles Fel , de Selles &
Matieu , & par les Sieurs Jeliotte , de Chaffé, Dubourg
& Benoît.
Les Comédiens François répréfenterent le 18
Février à la Cour , l'Ecole des Femmes & la Sere
nade.
Le 20 , Denis le Tyran & le Florentin .
Le 25 , la Mere coquette & le Medecin malgré
lui.
Le 27 , Polienite & le Denil.
Le 6 Mars , la Tragédie de Brutus.
Le II les Menechmes & le Colin Maillard,
>
Le 13 , Phedre & l'Esprit de contradiction .
La Demoiſelle Boifmenart débuta le 11 avec fuccès
dans les deux rôles de Soubrettes des Menechmes
& du Colin Maillard. Sa figure plut beaucoup.
Elle avoit droit de s'y attendre.
Les Italiens ont donné le 26 Février , les Evene
mens nocturnes , fuivis d'un Ballet.
>
Les Mars , Arlequin & Mario , Valets dans la
même maison.
Le 12 , Arlequin , Enfant , Statue & Perroquet,
avec le Ballet des Chaffeurs , dans lequel le petit
Thomaffin & fa figurante le firent admirer à leur
ordinaire.
THE
FUBLIC LIBRARY:
AUTOR LENS, AND
OLGEN FOUNDATIONAL
LRY.
TX AND
AVRIL. 211 1749 .
CACAU (Dava
CHANSO N. *
IL eft une Sophie' , onc il n'en fut une autre ,
Raviffant d'un fouris mon ame , auffi la vôtre.
Euffiez vous cent ans ,
Fuffiez- vous cinq cens
Et tout le monde encore ,
Quand fon regard tant doux verrez ;
Son parler divin entendrez ,
De bouche & de coeur lui direz
Tenez , je vous adore ,
Tenez , je vous adore.
* Cette Chanfon nous a été communiquée par quel
qu'un , qui l'a tirée d'un manufcrit confervé dans les
Archives de Bruxelles . L'air eft noté dans ce ma
auferis , ainfi que nous le donnons ici.
1
112 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE PETERSBOURG , le 4 Mars
N apprend de Mofcou , que l'Impératrice ,
afin d'engager les habitans , dont les maifons
ont été détruites par le dernier incendie , à
les faire rebâtir plus promptement , leur a fait diftribuer
des fommes confidérables. Des Députés
ont été chargés par le Clergé , de conferer avec le
Miniftere fur les moyens d'étendre le Chriftiani
me chez quelques Nations , qui font encore plon.
gées dans les ténébres de l'idolâtrie .
Sa Majefté Impériale a réfolu de former plufieurs
camps cette année : celui fur les frontieres
de la Finlande fera de trente mille hommes d'Infanterie
& de dix mille de Cavalerie ; il y en aura
deux autres en Ingermanie & en Livonie , chacun
de trente - cinq mille hommes , & l'on affemblera
auffi un Corps de troupes dans les environs de
Mofcou. Le Gouvernement preffe beaucoup Par
mement de tous les Vaiffeaux de guerre & des Frégates
. Cependant on continue d'affûrer que l'Impératrice
perfifte dans le deffein de ne rompre
avec aucune Puiffance , & qu'elle ne fe propoſe
d'autre objet que d'exercer les troupes de terre &
fa Marine.
Il a été publié une défenſe de transporter des
grains dans les Pays Etrangers , juſqu'à nouvel
ordre.
AVRIL. 1749. 213
DE WARSOVIE , le 6 Mars:
Le Tribunal de Petrix au a jugé en faveur des
Comtes de Bruhl le procès que ces Seigneurs
avoient contre Meffieurs Dzyalinski & Granous-
Ki , au fujet de la terre de Wargow . Pour que
cette terre pût être poffedée par les Comtes de
Bruhl , il étoit néceffaire qu'ils prouvaffent une ori
gine Polonoife . C'eft ce qu'ils ont fair, en produi
Tant une Génealogie , appuyée de piéces juftificaves
, par lefquelles il eft démontré qu'ils defcendent
de Jean de Bruhl , qui a été Chambellan de
Pofnanie. Ils comptent auffi parmi leurs Ancêtres,
le célébre Efnert de Bruhl , connu fous le nom de
Comte Ocieſzino , & gendre du Caftellan Ovieczin
Le grand nombre de terres que Jean de Bruhl
acquit en Saxe , pendant la Régence du Duc
Georges , marié avec la Princeffe Barbe , fille de
Cafimir IV . Roi de Pologne , a engagé la Branche
aînée de la Maiſon de Bruhl , à s'établir en Allemagne.
Quelques- uns des Négocians Arméniens , qui
trafiquent dans ce Royaume , ont reçu des lettres
de Perfe , lefquelles marquent que le Schach Ali a
fait condamner à differens fupplices près de trois
cens perfonnes , qui avoient été attachées au parti
de fon frere. Ce Monarque a propofé à l'Empereur
des Mogols une Alliance défenfive , mais
celui- ci l'a refufée , & l'on craint à Ifpahan , qu'il
ne faififfe la premiere occafion qui le préfentera
de fe venger de la guerre que lui a faite Thamas
Kouli Kan.
On mande de Conftantinople , que M. Minutti ,
d'une illuftre Maifon Vénitienne , Colonel dans
les troupes de l'Etat de Vénife , & qui avoit accompagné
en Turquie le dernier Bayle de la Ré
214 MERCURE DE FRANCE .
publique , ayant bleffé un Janiffaire dont il prétendoit
avoir reçu une infulte , les Janiffaires fe
font affemblés tumultueufement , & ont demandé
que ce Colonel fût mis à mort ; que quelques efforts
que la Porte ait faits pour calmer cette Milice,
on n'a pû y réuffir ,& que le Bayle de la République
de Vénife a été obligé de livrer ce Colonel
, qui a été décapité. Une fille du Sultan Ach--
met a épousé le Pacha de Salonique , & le Grand
Seigneur a affifté à cette cérémonie, Affan Pa
cha , Begler Beg de Diarbekir , & ci- devant
Grand . Vifir , a été tué dans fon Gouvernement
en voulant appaifer une émeute. La trop grande
puiffance que s'eft arrogée Ibrahim Chiaine , Aga
des Janiffaires d'Egypte , ayant déplú au Grand
Seigneur , fa Hautefc a envoyé Chur Achmer
Pacha au Grand Caire , pour donner des bornes à
Pautorité de cet Aga , & l'on eft fort impatient à
Conftantinople , d'apprendre ce qui fſe ſera paffé
à ce sujet.
DE STOCKHOLM , le 7 Mars,
Dans une audience que le Roi a donnée le 17
du mois dernier à M. de Windt , Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Dannemarck , ce Miniftre a notifié
à fa Majefté la naiffance du Prince , dont la
Reine de Dannemarck eft accouchée . M. de Windt
s'eft acquitté de la même commiffion auprès du
Prince Succeffeur.
Les derniers avis reçûs des frontieres de la Finlande
, portent que les Commiffaires , nommés par
le Roi , pour terminer avec ceux de l'Impératrice
de Ruffie , les difficultés qui regardent le Réglement
des Limites entre les Etats des deux Puiffances,
ne font point d'accord fur plufieurs articles
AVRIL. 1749.
215
avec ces Commiffaires , mais que ces derniers
ayant reçû de nouvelles inftructions de leur Cour ,
on eſpére que cette affaire pourra fe conclure
l'amiable dans les conferences qui doivent le tenir
inceffamment.
Les troupes , qui font en Finlande , doivent
être renforcées de fix mille hommes. Il a été réfolu
de lever deux nouveaux Régimeus d'Infanterie
, dont chacun fera de deux Bataillons , & le
Roi en a déja nommé les Colonels. L'Amiral
Taube a ordre de fe rendre inceffamment à Carelferoon
, pour visiter la Flotte , & pour en preffer
l'armement,
Sa Majesté a eu une nouvelle attaque de gravelle
, mais après avoir été faignée , elle s'eft
trouvée foulagée , & la fanté eft à préfent rétablie.
Le commandement de Warberg a été donné à
M. de Flon.Sa Majesté a difpofé de la place de Préfident
du Collège de l'Amirauté de Carelfcroon
en faveur de M. Jean Biorck , Chevalier de l'Ordre
de l'Epée, Le Baron Fabian Cafimir de Wrede
a été fait Lieutenant- Quartier Maître Général des
troupes de Finlande..
On a reçû avis que les Magiftrats de Dantzick
font ajouter plufieurs ouvrages aux fortifications
de Wechſelmunde , & réparer les Forts fitués fur
la côte dans le voisinage de l'embouchure de la
Viftule .
Suivant les nouvelles de Warfovie , la plus
grande partie des troupes Ruffieanes , qui ont paffé
l'hyver ea Boheme & en Moravie , font actuelle
ment entrées dans le Royaume de Pologne. Le
Prince Czartorinski , Vice- Chancelier du Grand
Duché de Lithuanie , eft allé faire un voyage dans
cette Province .
16 MERCURE DE FRANCE.
DE COPPENHAGUE , le 9 Mars.
Le départ du Roi pour la Norwege eft fixé au
mois de Mai. Sa Majefté a augmenté les appointemens
des Officiers du Tribunal Suprême de
Dannemarck , & elle a accordé des penfions à
ceux qui fe font le plus diftingués par leur capa .
cité & par l'ancienneté de leurs fervices . Elle a
réglé qu'un certain nombre de jeunes gens de
diftinction affifteroient aux Audiences en qualité
d'Affeffeurs , afin qu'ils puffent fe rendre plus
dignes d'exercer les Magiftratures dont par la
fuite ils feroient revêtus.
Il paroît plufieurs nouveaux Edits , dont l'objet
eft de diminuer le nombre des procès , qui depuis
le commencement de ce fiècle fe font extrêmement
multipliés. Par un Décret du 7 de mois dernier
, le Roi a déclaré que toute perfonne , qui en
tueroit une autre de deffein prémedité , feroit tenaillée
, & qu'enfuite on lui couperoit la main.
droite & la tête .
Le Régiment de Fihne portera à l'avenir le
nom de Royal Prince. M. Dietrich , qui avoit
déja Brévet de Colonel , a obtenu un des Régimens
fur l'établiffement de Jutland , vacant par la
mort du Colonel Michelfen.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le io Mars.
Le 26 du mois dernier , le Bailli Colloredo ,
Ambaffadeur de la Religion de Malte , fit fon
entrée publique en cette Ville . Depuis quelques
jours , M. de Heinrich eft arrivé avec des pleins
pouvoirs du Ducde Saxe- Coetbourg , pour régler
ce
AVRIL. 1749. 217
ce qui concerne l'affaire de la Tutelle du Duc de .
Saxe- Weymar. On attend ici dans peu pour le
même effet le Baron de Wolzogen , Miniftre du
Duc de Saxe-Gotha . Le Comte de Kaunitz- Ritberg
, ci-devant Pénipotentiaire de l'Impératrice
Reine aux Conferences pour la Paix , eſt revenu
d'Aix-la-Chapelle . Il a été nommé Miniftre de
Conference , à la place du feu Comte de Kinfky .
& le 25 il prit fé ince en cette qualité dans le Con-
Meil d'Etat . Le même jour , le Marquis de Botta
d'Adorno reçut fes inftructions au fujet des nouveaux
Réglemens qui regardent le Gouvernement
des Pays - Bas.
L'Empereur a été indiſpoſé d'un rhume . Le
Comte de Colloredo , Vice - Chancelier , eft dangereufement
malade , ainfi que la Comteffe de
Fufch , Grande Maîtreffe de la Maiſon de l'Impératrice
Reine , & la Comteffe de Braumer.L'époufe
de M. Lanczinski . Envoyé Extraordinaire de
I'Impératrice de Ruffie , eft moite en cette Ville
le 25 du mois dernier.
On écrit de Dalmatie , que le Château de la
Prerela , appartenant à la République de Vénife ,
a été furpris par un détachement de la garniſon
Turque de Dulcigno , qui l'a entierement pillé ,
& en a enlevé toute l'artillerie .
On continue d'affûrer que les troupes de l'Inpératrice
Reine formeront au Printems prochain
divers camps , dont deux feront en Boheme , l'un
dans le Cercle de Budweis , l'autre à Netolitz fur
la Moldau. Le troifiéine fera fur la Teye , près
de Znaim en Moravie , & le quatrième dans la
Haute Autriche fur l'Ens près de Steyer. Il a été
réglé que tous les mois les Officiers recevroient
leurs appointemens , que leurs penfions feroient
payées tous les trois mois , & que le Gouverne
K
18 MERCURE DE FRANCE.
ment affigneroit un fond pour leur faire toucher
d'ici à quelque tems ce qui peut leur être dû,
L'Impératrice Reine a ordonné auffi d'acquitter
toutes les autres dettes qui regardent le Militaire ,
& elle a établi pour cet effet une nouvelle Com.
miffion , dont le Feldt - Maréchal Comte de Cordoue
eft Préfident .
Le 3 de ce mois , le Comte de Colloredo , Am.
baffadeur de la Religion de Malte , eut fa premiere
audience publique de l'Empereur , & le lendemain
il fut admis à l'audience de l'Impératrice Reine.
Le jour du départ du Prince Charles de Lorraine
pour les Pays- Bas , n'eft pas encore fixé ,
mais le Marquis de Botta d'Adorno eft parti le 2 ,
pour le rendre à Bruxelles.
DE BERLIN , le 12 Mars.
Il est venu de Mofcou un courier , par lequel
P'Impératrice de Ruffie a envoyé ordre au Baron
de Keyferling , fon Miniftre en cette Cour , de ſe
rendre à celle de Dreſde pour y réfider en la même
qualité. Le Comte del Bene , Miniftre de la
Majefté Catholique auprès du Roi de Pologue
Electeur de Saxe , & le Baron de Gerſdorff , Sur-
Intendant des Finances de fa Majeſté Polonoiſe ,
font ici depuis quelques jours.
Un Détachement du Régiment d'Infanterie du
Prince de Pruffe a amené ici de Spandau un
grand nombre de foldats de recrues . Il eſt arrivé
du Holftein trois cens foixante chevaux , pour la
remonte du Régiment de Dragons de Schorlemmer.
AVRIL . 1749. 219
ESPAGNE.
DE MADRID , le 11 Mars.
Le 25 du mois dernier , le Pere Diegue de
Ribera , Général de l'Ordre de la Mercy , & le
Pere Sigifmond de Ferrare , Général des Capucins,
fe couvrirent devant le Roi , en qualité de Grands
d'Efpagne. Le premier eut pour parein le Comte
d'Arcos : le parein du fecond fut le Duc de Me
dinacoeli.
Sa Majefté a difpofé de la Viceroyauté du
Royaume de Navarre , en faveur du Comte de
Gages , Capitaine Général de fes armées , & Lieutenant
Colonel du Régiment des Gardes Walonnes.
Elle a accordé la place de Régent de l'Audience
de Galice , à Don Bernard Hurtado de
Mendoza ; celle de Régent de l'Audience des
Afturies , à Don Ifidore de Jaz ; celle de Miniftie
de Cape & d'Epée de la Chambre des Comptes de
Pampelune , à Don Pedre Firmin de Goyeneche ,
& celle de Président de l'Audience de Saragoffe ,
à Don Jofeph Aparicio , Auditeur de la Chancel
lerie de Grenade.
D
ITALI E.
DE ROME , les Mars.
Epuis le 8 du mois dernier jufqu'à la fin du
Carnaval , le Duc de Nivernois , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi Très - Chrétien , a fait
les honneurs de l'Académie de France à un concours
très- nombreux de perfonnes de diftinction
qui y ont trouvé des rafraîchiffemens de toute
efpéce. Cet Ambaffadeur a donné tous les jours
"
Kij
£ 20 MERCURE DE FRANCE.
pendant ce tems un magnifique dîner , auquel ont
affifté plufieurs Cardinaux , Seigneurs , & Dames
Romaines , qui ont tous admiré l'élegance & la
fomptuofité de ces fêtes. Il y a eu au Palais Piombino
deux Bals , l'un le 15 , Pautre le 17 dont
divers jeunes gens de la principale Nobleſſe out
fait la dépenfe , & ces deux affemblées ont été extrêmement
brillantes .
>
Selon les nouvelles de Naples du 22 , les troupes
Espagnoles , qui doivent retourner à Barcelonne
, ont mis à la voile la nuit du 19 au 20 , &
comme depuis ce jour le vent a toujours éte favorable
, il y a apparence que ces troupes font déja
arrivées fur les côtes de France.
DE GENES , le 10 Mars.
L'Infant Duc de Parme arriva le 24 du mois
dernier à Seftri di Ponente. Toutes les perfonnes
les plus diftinguées des Nations Françoife , Efpagnole
& Génoife , s'y étoient rendues pour lui
faire leur cour , & le lendemain la République lui
envoya une Députation de fix Nobles , pour le
complimenter. Ces Députés lui avoient fait préparer
un Bal dans le Palais du Prince Doria , mais
il n'a pas jugé à propos d'y affifter. I continua fa
route le 27 , & il alla coucher ce jour - là à Campomorone
, le 28 à Voltagio , le premier de ce
mois à Novi , le 3 à Voghera , le 4 à Broni , le 5 à Plaifance
, le 6 à Borgo San Donino , & le 7 à
Parme. Les habitans de cette derniereVille avoient
fait beaucoup de préparatifs pour la réception de
ce Prince ; mais il a ordonné qu'on differât toutes
les fêtes publiques , jufqu'à l'arrivée de Madame
Infante.
On a réfolu de rendre à Dieu , à l'occafion
AVRIL " 1749. 221
de la paix qu'il lui a plû de donner à l'Europe ,
de folemnelles actions de graces qui dureront
pendant trois jours. Elles commenceront le 23
de ce mois , & elles feront terminées le 25 , par
une Proceffion générale du Clergé féculier & régulier
après laquelle on chantera le Te Deum
dans l'Eglife Métropolitaine , au bruit de plufieurs
falves de l'artillerie de la Place , & de la
moufqueterie de toutes les Compagnies Bourgeoifes
qui feront fous les armes. Pendant trois nuits
confécutives , la Ville fera illuminée .
Le Chevalier Chauvelin a dépêché un courier
à M. de Curzay , .avec des inftructions fur ce qui
concerne les moyens de terminer les affaires de
P'Ifle de Corfe , à la fatisfaction de la République &
des habitans.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , Le 17 Mars.
Na appris que M. Benjamin Keene étoit
arrivé de Lisbonne à Madrid. Sur les plaintes
qu'on a faites au Roi d'Efpagne touchant les
nouveaux droits impofés fur les marchandifes
d'Angleterre , Sa Majefté Catholique a répondu
qu'elle a fuivi en cela l'exemple de l'Angleterre ,
qui a mis une impofition de cinq pour cent fur les
marchandifes d'Espagne.
Le bruit court que le ChevalierWarren , le Chevalier
Hawke & PAmiral Vernon , feront créés inceflamment
Pairs de la Grande Bretagne.
Le Régiment de Dragons du Duc de Cum
berland fut réformé le 28 du mois dernier. Ce
Corps s'étant extrêmement diftingué , on a fait
efpérer aux Officiers & aux foldats , que ceux
qui veulent continuer de fervir , feroient em-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
ployés dans d'autres Régimens , à mefure qu'il s'y
trouveroit des places vacantes. On n'a aucune nouvelle
d'un Bâtiment fur lequel s'eft embarquée une
partie du Régiment de Hufke , & qui faifoit partie
du dernier convoi parti de Willemſtadt.
Les Seigneurs réfolurent le 13 de ce mois , de
préfenter une Adreffe au Roi , pour fupplier Sa
Majefté de leur faire remettre un Mémoire de
l'emploi de diverfes fommes tirées du fond d'Amortiffement
, & un état des fommes auxquelles
les dettes de la Nation montoient le 31 Dé◄
cembre de l'année derniere . Le même jour , la
Chambre des Communes fir la premiere lecture
d'un Bill , pour remédier aux abus qui fe font introduits
dans les Manufactures d'étoffes de laine
& de foye. Elle examina enfuite la Requête ,
par laquelle les Négocians de cette Ville ont demandé
que l'on conftruisit un Port à Ramsgate , &
malgré les repréſentations des habitans de Sandwich,
elle décida qu'il feroit porté un Bill pour cet
effet. Dans la même féance , elle ordonna qu'on
Fui remît un état du revenu que la taxe fur les terres
a produit , & une lifte des Receveurs qui
ont été employés à la perception de cette impo
fition .
Sa Majefté a nommé le Comte d'Albermale ,
pour aller réfider en qualité de fon Ambaffadeur
auprès du Roi de France.
Le commandement des troupes , qui ont leurs
quartiers dans le Royaume d'Ecoffe , vient d'être
donné au Lord Tirawley , ci devant Ambaffadeur
du Roi en Ruffie.
AVRIL. 1749. 224
姿姿姿姿
FRANC . E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 2 du mois dernier , fecond Dimanche , du
›
la Chapelle du Château , la Mcffe chantée par la
Mufique , & l'après - midi , Leurs Majeftés , accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & de Mefdames de France
affifterent à la prédication de l'Abbé Adam , Curé
de la Paroiffe de Saint Barthelemi .
Les , Leurs Majeftés entendirent le fermon du
même Prédicateur.
Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie de
Vexin au Comte de Puyfegur , Capitaine dans
le Régiment des Cuiraffiers ; celui de Baffigny
au Marquis de Briqueville , Capitaine réformé
à la fuite du Régiment de Cavalerie du Prince
Camille , & celui de Santerre à M. Rouffel d'Efpourdon,
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
d'Harcourt.
M. le Beau , Profeffeur de Rhétorique au Collége
des Graffins , & Académicien affocié de l'Académie
Royale des Belles - Lettres prononça
le 24 du mois de Février dernier , dans les Ecoles
extérieures de Sorbonne , au nom & par ordie
de l'Univerfité un Difcours Latin fur la gloire
que le Roi s'eft acquife , & fur les avantages que
Sa Majefté procure à l'Europe , par la conclufion
de la Paix. Le Parlement & un grand nombre de
perfonnes de diftinction affifterent à ce Diſcours ,
qui fut fort applaudi .
3.
Le 2 du mois dernier , les Religieux Bénédictins
de l'Abbaye Royale de Saint Corneille de
K iiij
224 MERCURE DE FRANCE .
Compiegne chanterent en action de graces de la
Paix le Te Deum , auquel le Clergé féculier & régulier
, & tous les Corps de la Ville ont affifté
fuivant l'ufage . Ces Religieux firent tirer le foir
un feu d'artifice , & le grand portail de leur
Eglife fut illuminé avec beaucoup de goût & de
magnificence. Ils firent couler une fontaine de vin
pour le peuple.
Le 9 du mois dernier , troifiéme Dimanche du
Carême , le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par la Mufique
, & l'après-midi Leurs Majeftés , accompa
gnées de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , & de Mefdames de France , affifterent
à la prédication de l'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe
de Saint Barthelemi.
Le 13 , Leurs Majeſtés entendirent le fermon du
même Prédicateur.
Le 16 , quatriéme Dimanche du Carême , la
Reine entendit dans la Chapelle du Château la
Meffe chantée par la Mufique. Sa Majefté , accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & de Mefdamnes de France
affifta l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Adam , Curé de la Paroiffe de Saint Barthelemi.
Le 19 , la Reine entendit le fermon du même
Prédicateur .
Le Roi a figné le 24 le Contrat de mariage du
Comte de Bethune , qui épouſe la Demoiſelle Crozat
de Thiers.
>
Sa Majesté a accordé les Guidons qui vaquoient
dans la Gendarmerie au Comte de Saiffeval
de Feuquieres , Capitaine réformé à la fuite du
Régiment de Cavalerie d'Orleans ; au Baron
de Breteuil , Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
de Rohan ; au Comte de Choifeul , CorAVRIL.
1749. 225
nette dans le Régiment de Cavalerie de la Rochefoucauld
, & au Marquis de Roncée , Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de Berry.
Le 14 › le Roi s'eft rendu à Choify , où Sa
Majefté arriva à deux heures après midi . Elle y
tint le lendemain Confeil d'Etat après la Meffe . Le
17 , elle prit le divertiffement de la chaffe , & retourna
enfuite à Versailles.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle arriva de Nice let
13 de ce mois , & il alla le même jour à Versailles
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçû très - favorablement.
> Le 23 , Dimanche de la Paffion le Roi &
la Reine entendirent dans la Chapelle du Châreau
la Meffe chantée par la Mufique , & l'aprèsmidi
, Leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Mefdames de France , affifterent à la. prédication
de l'Abbé Adam , Curé de la Paroille de
Saint Barthelemi.
Le 25 , Fête de l'Annonciation de la Sainte
Vierge , le Roi , accompagné comme le 23 , entendit
la Meffe , après laquelle les Vêpres furent
chantées par la Mufique. Leurs Majeftés affifterent
l'après - midi au fermon du même Prédicateur
.
9
>
Le Mercredi 26 Février , & les Jeudi & Vendredi
fuivans M. Richer , ci-devant Page de
la Mufique du Roi fous Meffieurs de la Lande.
& Bernier maintenant Ordinaire de la Mufique
de Sa Majefté , & Intendant de celle de
M. le Duc de Chartres , fit chanter "pendant la
Meffe du Roi les Pleaumes Dixit infipiens , Dilexi
quoniam & Cantate, Motets de fa compofition , qui
furent fort applaudis.
Le Roi a accordé au Marquis du Cayla , Lieute
hant Général & Gouverneur de Mont- Dauphin, le
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement de Saint Omer , vacant par la mort
'du Comte de Bueil.
Au Marquis de Clermont d'Amboiſe , Lieutenant
Général , le Gouvernement du Mont - Dauphin
, vacant par le changement du Marquis du
Cayla à celui de Saint Omer.
Et au Chevalier de Manherbe , Lieutenant Général
, premier Ayde- Major des quatre Compagnies
des Gardes - du - Corps de Sa Majefté , le
Gouvernement du Château de Joux & de Pon- .
tarlier , vacant par la mort du Marquis de B fly.
•
Sa Majefté a en même tems difpofé de la place
d'Infpecteur Général de la Cavalerie vacante
par la démiffion du Marquis du Cayla , en faveur
du Comte de Mailly d'Haucourt , Lieutenant Général
de fes Armées .
Le catafalque , que le Roi avoit ordonné d'élever
dans l'Eglife Métropolitaine de cette Ville
étant achevé, on fit le 24 dy mois dernier dans cette
Eglife un Service folemnel pour le repos de l'ane
de Madame la Ducheffe Douairiere d'Orleans.
Lorfque la Ducheffe de Chartres , Mademoifelie
de la Roche- fur Yon & la Ducheffe de Penthievre
, Princeffes du deuil , eurent pris leurs
places , ainfi que le Duc de Chartres , le Prince
de Conty & le Comte de la Marche , qui devoient
conduire les Princeffes à l'offrande , l'Arche
vêque de Paris célebra pontificalement la Mefle .
A l'Offertoire , & après les révérences faites par
M. Defgranges , Maître des Cérémonics , les Princeffes
allerent à l'offrande. La Ducheffe de Chartres
y fut menée par le Duc de Chartres , la
queue de fa mante étant portée par le Marquis
de Montauban & par le Chevalier de Pons . La
Princeffe de la Roche fur- Yon y fut menée par
le Prince de Conty , & la queue de fa mante
fut portée par le Comte de Choifeul & par le
AVRIL. 1749. 227
Marquis de Simine . La Ducheffe de Penthievre
fut conduite par le Comte de la Marche ,
& la queue de fa mante fut portée par le Comte de
Caftellane & par le Chevalier de Crenay. Après
la Meffe , l'Archevêque de Paris fit les Abfoutes
avec les cérémonies ordinaires. Tous les Prélars
qui font en cette Ville , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité &
le Corps de Ville , qui avoient été invités de la
part de Sa Majeſté , affifterent à cette cérémonie
ainfi que la Maiſon de Madame la Ducheſle Douai.
riere d'Orleans.
Sa Majesté a accordé la place de Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes de
Bretagne vacante par la promotion du Comte
de Lutzelbourg au grade de Maréchal de Camp ,
au Marquis d'Argouges , fous- Lieutenant des
Gendarmes Bourguignons.
Celle de Capitaine Lieutenant des Chevau- Legers
de Bretagne , ci devant commandés par le
Chevalier de Biffy , qui a été nommé Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau - Legers
de Monfeigneur le Dauphin , au Baron d'Oppede,
fous Lieutenant des Gendarmes de la Reine.
Celle de Capitaine - Lieutenant des Chevau Legers
d'Anjou , vacante par la promotion du Chevalier
d'Entragues au grade deMaréchal deCamp, au
Marquis de Clermont- Montoifon , fous- Lieutenant
des Chevau-Legers de Monfeigneur le Dauphin.
Celle de Capitaine- Lieutenant des Chevau- Legers
de Berry , que commandoit le Vicomte de
Courtomer , nommé Capitaine - Lieutenant des
Gendarmes Anglois , au Comte d'Autrey , fous-
Lieutenant des Chevau- Legers de Bretagne.
La fous - Lieutenance des Gendarmes Bourguignons
au Marquis de Chevriers de Saint Maurice ,
Enfeigne des Gendarmes Anglois .
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
Celle des Gendarmes de la Reine , au Marquis
de Breteuil , Enfeigne des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin.
Celle des Chevau Legers de Monfeigneur le
Dauphin , au Comte deTalaru , Enſeigne des Gendarmes
de Flandres ..
Celle des Chevau- Legers de Bretagne à M. de
Sommievres , Enfeigne des Gendarmes de Berry.
La place d'Enfeigne des Gendarmes Anglois au
Comte de Châtenay , Guidon des Gendarmes de.
Berry.
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin au Marquis de Simiane ,fecond
Cornette des Chevau Legers de la Reine.
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Flandres au
Comte de Cuftine de Guermandes , Guidon des
Gendarmes d'Orleans .
Celle d'Enfeigne des Gendarmes de Berry au
Marquis de Beleita de Varaigne , fecond Cornette
des Chevau- Legers d'Orleans .
M. de Bougainville a été choifi pour remplir
la place de Secrétaire perpétuel de l'Académie
Royale des Belles Lettres , vacante par la mort de
M. Freret.
Suivant les Lettres d'Angleterre , la Chaloupe
le Swift , partie du Fort de Saint David le 31
du mois d'Octobre dernier , eft arrivée le 15 de
ce mois à Londres , & fur ce Bâtiment étoit le
Capitaine Bell , que l'Amiral Boscawen a dépêché
aux Commiffaires de l'Amirauté pour les informer
du mauvais fuccès de fon entrepriſe contre
Pondichery . Cet Amiral ayant mouillé le 8 du
mois d'Août à Goudoulour , qui eft à cinq lieues
de cette Ville , & à vingt cinq de Madras , y fir
defcendre les troupes de débarquement qu'il
avoit à bord des Vaiffeaux de fon Efcadre . La
néceflité de laiffer repofer ces troupes , & les
AVRIL: 1749. 229
diverfes difpofitions qu'il a été obligé de faire pour
attaquer Pondichery , ont été caufe qu'il n'a pu
que trots femaines après être débarqué , fe rendre
devant cette Place . Il l'a tenu affiégée près de
cinquante jours , & le 17 du mois d'Octobre ,
fans avoir remporté d'autre avantage que celui
d'avoir jetté plufieurs bombes dans la Ville , &
d'avoir fait fauter un petit Fort , il a été obligé
de lever le fiége . Les affiégés dans une fortie
ont fait plufieurs prifonniers , du nombre defquels
eft un Officier de diftinction , & le bruit court
que les Anglois ont perdu pendant le fiége 10c0
à 1200 hommes , foit par le feu de la Place , foit par
les maladies.
On attend fur cet évenement une relation plus
détaillée de la part de M. Dupleix , Gouverneur
de Pondichery, & Commandant Général des établiffemens
poffedés par la Compagnie des Indes.
Ce Gouverneur s'eft infiniment diftingué par la
belle défenſe qu'il a faite , & par la fageffe des
mefures qu'il a prifes pour rendre inutiles les
efforts des deux Efcadres de l'Amiral Boscawen
& de l'Amiral Griffin , lefquelles combinées enfemble
, formoient une Flotte de cinquante deux
Bâtimens , dont la plûpart étoient Vaiffeaux de
guerre.
}
M. David , Gouverneur des Ifles de France
& de Bourbon , mérite de fa part beaucoup de
louanges , ayant extrêmement contribué à la confervation
de la Place , par la prudence qu'il a
eue de faire paffer 600co marcs de piaftres &
400 hommes à la côte de Coromandel , & de
mettre par- là M. Dupleix à portée de les faire parvenir
à Pondichery .
2F On a appris par les Lettres de Londres du
que le 19 la Princefle de Galles eft accouchée
d'une Princeffe , & que le lendemain les deux
•
230 MERCURE DE FRANCE .
Chambres du Parlement de la Grande- Bretagne
ont réfolu de préfenter des Adreffes à Sa Majefté
Britannique , pour la féliciter à cette occafion.
;
Le 27 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à 1500 livres les Billets de la premiere
Lotterie Royale à 585 livres , & ceux de
la feconde à $ 35 .
MARIAGE ET MORTS.
-
E 19 Mars , Joachim Cafimir Leon , Comte de
Bethune , Seigneur de Montigni , S. Sulpice ,
S. Firmin , & autres lieux , Meftre de Camp
Lieutenant du Régiment Royal Pologne , Cavalerie
, époufa dans l'Eglife Paroiffiale de Saint
Roch , Antoinette-Marte- Louife Crozat de Thiers.
Il eft fils de Louis Marie- Victor , Comte de
Bethune , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Grand Chambellan de S. M. le Roi de Pologne
Duc de Lorraine & de Bar , & de Marie - Françoife ,
fille de François Bertrand , Duc deTrefmes , & de
Magdeleine Louife - Geneviève de Seignieres de
Boisfranc , petit- fils de François Gafton de Bethune
, & de Marie-Louife de la Grange d'Arquien .
Cette Marie- Louiſe étant propre foeur de Marie
Cafimire de la Grange d'Arquien , que le grand
Sobieski époufa , François Gafton fe trouva beaufrere
du Roi de Pologne , oncle des deux fils de
ce Roi , les Princes Jacques & Conftantin , &
grand- oncle des deux Princeffes , unique poftérité
du Prince Jacques , qui font entrées , l'une dans la
Maifon Royale de Stuard , Pautre dans celle des
Ducs de Bouillon. François Galton fut fort einployé
dans les Ambaffades. Il réfida long-tems en
Pologne auprès du Roi fon beau -frere , & de- là
étant paffé en Suéde avec la même qualité d'Am
AVRIL. 1749 231
baffadeur de S. M. T. C. il y mourut le 4 Octobre
1692.
Guillaume de Bethune , furnommé le Roux , Seigneur
de Bethune , de Tenremonde , Richebourg
Varneton , Molembeque & Locre , Avoué d'Arras ,
qui vivoit en 1213 , étoit un des plus grands Seigneurs
de fon tems , & comme alors on ne pouvoit
s'aggrandir que par les bienfaits des Princes , &
les alliances avantageufes , qui ne fe trouvoient
que dans les familles anciennes , on doit conclure
que la Mailon de B.thune , fi confidérable vers les
commencemens de la troifiéme race de nos Rois ,
a dû prendre fon origine fous la feconde , & dès
le tems ou la Flandre fut donnée en fief à fon
premier Comte. Le Comte de Bethune , nouveau
marié , eft le feiziéme defcendant de Guillaume le
Roux.
-
La nouvelle Comteffe de Bethune , eft fille
d'Antoine Louis Crozat , Baron de Thiers , Scigneur
de Beaumanoir , Brigadier & Maréchal des
Logis des Camps & Armées du Roi , & Lecteur
de la Chambre de S. M. & de Marie- Louife Auguf
tine de Laval Montmorenci . Ce que les honneurs
militaires & les grandes alliances peuvent donner
d'efpérance , pour la grandeur folide d'une Maifon
, nous le concevons avec joye pour la famille
de Crozat , où la vertu a toujours été jointe à l'opulence
.
Le 17 Février , Françoife Gabrielle d'Epinai ,
époufe de Louife - Claude de Breil , Comte de Pontbriand
, Gouverneur des Ifles & Fort des Hebyhens,
Capitaine général Gardecôte du département de
Pontbriand , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , mourut en fon Château d'Yvignac
en Bretagne , dans la quarante- feptiéme année
de fon âge. Elle étoit fille de Barthelemi ,
Comte d'Epinai , Brigadier des Armées du Roi ,
232 MERCURE DEFRANCE.
mort en 1716 , & d'Anne d'Hautefort. Elle avoit
eu deux freres , dont l'aîné eft mort il n'y a pas
long- tems , fans laiffer de poftérité , & le cadet
marié depuis long- tems n'a point d'enfans. De
fon mariage avec le Comte de Breil de Pontbriand
elle n'a eu qu'une fille mariée au mois d'Avril
1738 au Comte de Bruc. Voyez le Mercure de
cette année. Et les apparences font que les biens
de la Maifon d'Epinai & de la branche des de Breil
Pontbriand vont paffer inceffamment dans celle
de Bruc .
Le 1 Mars , Françoiſe - Théreſe de Baffompierre ;
veuve de Jean Baptifte Louis Picot , Marquis d'Andrezel
, Confeiller d'Etat , Ambaffadeur du Roi
auprès du Grand- Seigneur , & Secretaire du Cabinet
& de la Chambre de S. M. mourut au Château
d'Andrezel , âgée de 73 ans . Elle étoit fille de
Gafton Jean- Baptifte , Marquis de Baffompierre ,
& de Henriette Raulin. Ce Gafton Jean - Baptifte ,
fut le troifiéme fils de Georges Africain , & de
Henriette de Fornielle. Georges Africain , Lieutenant
général des Armées de Charles IV , Duc de
Lorraine , & Colonel de trois Régimens au fervice
de ce Prince , étoit frere du Maréchal de Baffompierre
, qui nous a laiffé des Mémoires de fon tems.
Cette Maiſon , des premieres de Lorraine , où
elle a toujours rempli auprès des Ducs les places
les plus honorables , forme aujourd'hui deux bran
ches. Françoife - Thérefe , étoit de la branche cadette
. De tous les freres qu'elle a eus , le feul
Jean -Claude , Marquis de Remauville , Commandant
des Chevau- Legers du Duc de Lorraine , a
laiflé poftérité . Il épousa en 1711 Jeanne de Nettancourt
, dont il a eu Léopold- Clement.
Voci les détails que nous avons promis de don
per fur la Maiſon Doffun.
Guillaume - Aramon Doffun , en l'an 1080 ,
AVRIL. 1749. 233
و ل
fuivant le P. Martene , dans fes Collections , T. 17
pag. 5os . foufcrivit à la donation que Centule
Comte de Bigorre , fit du Monaftere de S. Savin ,
en Lavedan , à l'Abbaye de S. Victor de Marſeille.
Auger Doffun , Chevalier , fit don , environ le
même tems , aux Templiers de la Maiſon de Borderes
, de l'Eglife Doffun , des dixmes du même
lieu , & autres biens .
Raymond Doffun , fils de cet Auger , donna
d'autres biens aux mêmes Templiers , & à la priere
d'Odon , Evêque d'Oleron , il affifta avec Beatrix ,
Comteffe de Bigorre, & Gafton, Vicomte de Bearn ,
à la Dédicace de l'Eglife du Monaftere de S. Pé ,
&c. Genevez Maria , dans fon Hiftoire de Bearn ,
P. 356. & le P. Eftiennot , Bénédictin , rapportent
cette cérémonie dans tout fon détail
Auger , Seigneur Doffun , fils d'un Raymond ,
confirma en l'année 1218 , dans l'Eglife de Tarbes,
l'Evêque , le Chapitre de la Ville & le Sénéchal
de Bigorre , préfens , les donations que les Sei
gneurs Raymond Doffun , en ayeul , & Auger
Doffun fon bifayeul , avoient faits aux Templiers
du lieu de Borderes. Il confirma auffi au mois de
Juillet 1234 la donation qui avoit été faite aux
mêmes Templiers , par nobles Seigneurs P, de
Lavedan , & B. Doflun , de la Maifon de Campagne
de Tachceres , & il fe donna lui même avec
Bernard Doffun , fon frere , à leurdite maiſon de
Borderes ; ce dernier cft qualifié de Commandant
de l'Ordre des Templiers , en 1270 & 1272 .
Arnaud , Seigneur Doffun , en 1273 , inféoda
des biens à la Cure Doffun.
Raymond , Seigneur Doffun , Chevalier , fit
ferment de fidélité avec le Clergé & la Nobleffe ,
du Comté de Bigorre , à Conftance , Comteffe de
Bigorre , en 1283. Il eft nommé avec les principaux
Seigneurs du Comté de Bigorre , dans une
234 MERCURE DE FRANCE:
Requête préfentée en 1290 au Roi Philippe le
Bel , ces deux piéces font en original au Tréfor
des Chartes de la Sainte Chapelle....
Jean Doffun , Damoifeau , fils de ce Raymond,
en 1310 , paffa un accord avec le Curateur des biens
du Temple , dans le Diocèle de Tarbes , pour raifon
du bien de Tachoëtes , ci - deffus énoncé.
1324 ,
Auger , Seigneur Doflun , frere & fucceffeur
da fufdit Jean reçut par un accord de l'an
des Chevaliers de S. Jean de Jerufalem ( cet Ordre
ayant fuccédé aux Templiers) le bien de Tachoëres
donné par fes Ayeux ,fous une redevance que les
Seigneurs Doffun payent encore aujourd'hui .
On voit par un Acte de l'an 1369 , que ce même
Auger reçut 250 liv . en déduction de ce qui lui
étoit dû de fon fervice Militaire. Il vivoit encore
l'an 1374 , avec la Comteffe de Panaffar fon époufe
de laquelle il eut entr'autres enfans :
Arnaud , Seigneur Doffun , Damoifeau , qui fit
hommage au Commandeur de Borderes , en 1390.
Il fit fon Teftament en 1406 , & laiffa veuve No
ble Navarre de Barfuns , fa femme , mere d'Auger
& de Jean Doffun.
Jean Doflun fuccéda à Auger , fon frere aîné ;
il fervoit en qualité d'Ecuyer dans les guerres de
Charles VII. Ce Seigneur Doffun vivoit encore
Pan 1457 : ayant époufé Clariane de Montau , de
la Maifon de Benac , il en eut trois fils & trois
filles , l'aîné de tous & fon fucceffeur , fut :
Auger Doffun , qui par fon mariage avec Bour
guine de Barege , Dame de Lane , d'une Maifon
très- ancienne , laiffa plufieurs enfans, l'un desquels ,
nommé Jean Doflun , fervoit le Roi en qualité
d'Homme d'armes , dans la Compagnie de 60
Lances de M. de Graville , Amiral de France Son
frere aîné , qui continua la filiation , s'appelloit
Roger Doffun , Chevalier , Seigneur Dollua de
AVRIL.
1749. 235
Lane de Croup de S. Luc , &c. Celui- ci fut fait
Echanfon du Roi de Navarre l'an 1481 ; il porta
Jes armes contre le Pape Jules II , au combat de
Ravenne , & en fut abfous , par le Cardinal Jean
de Médicis , Légar du S. Siége. En 1512 , il étoit
cette même année Homme d'armes dans la Compagnie
de fo Lances de M. Odet de Foix , Vicomte
de Lautrec , Maréchal de France ; ce Seigneur
le fit en 1914 , Commiffaire des Gens de
guerre des Ordonnances du Roi. Cet emploi ,
qu'on ne confioit alors qu'à des Gentilshommes
très-expérimentés dans le métier de la guerre , lui
fut renouvellé par M. Thomas de Foix , Seigneur
de l'Efam , auffi Maréchal de France ; il occupoi
encore ce poſte à l'âge de . 80 ans ; l'an 1532 , il
s'en démit entre les mains du Roi. Quelques an
nées auparavant , il avoit engagé les Etats de Bigorre
, à donner une fomme pour la rançon du
Roi François premier , comme il réfulte d'une
Lettre ( fans datte ) de remerciment qne lui en fit
Charles d'Albret , Prince de Navarre. En 1537 ,
quoiqu'il fût très- âgé , le Clergé & la Nobleffe du
Comté de Bigorre le nommerent avec un autre
pour leurs Syndics , touchant les affaires du pays ,
qui devoient fe traiter avec des Commiffaires de
Sa Majesté. Du mariage de ce Roger , Seigneur
Doffun , avec Noble Magdeleine Danos , fortirent
entr'autres , qui font nommés dans l'Hiftoire .
deux fils avec plufieurs filles .
Hector Doffun , qui étoit le cadet , fut fait Evêque
de Conferans , l'an 1548. On lit dans les Annales
de Toulouſe , T. 2. p . 290. que ce Prélat
fçut tellement allier le glaive fpirituel avec le
temporel , que tandis qu'il vêcut , aucun Hugue
not n'ofa mettre le ' pied dans fon Diocèfè. L'an
1562 , la Ville de Touloufe étant menacée par les
Huguenots , il marcha à fon fecours , accompagné
236 MERCURE DE FRANCE.
d'un de fes freres , guerrier des plus braves , avec
un corps de troupes affez confidérable ; il ne marchoit
qu'à la tête d'une Compagnie de Gens d'armes
, levée & entretenue à fes dépens ; & chaque
fois qu'il difoit la Meffe , il faifoit mettre fon
cafque fur l'une des crédences de l'Autel , & fa
cuiraffe fur l'autre : il fonda pour les pauvres dans
fa Ville Epifcopale , l'Hôpital de S. Lizier , environ
Fan 1568 , & Pan- 1574 qu'il mourut , il légua par
fon Teftament aux Citoyens & aux Capitouls de
Toulouſe toutes les Armes qu'il avoit dans cette
Ville.
Pierre Doffun , frere aîné de ce Prélat , Seigneur
Doffun de Heches , & c . Chevalier de l'Ordre du
Roi , Gentilhomme ordinaire de fa Chambre &c.
s'acquit une telle réputation de valeur , que fuivant
' Hiftoire de France , il donna lieu à ce proverbe
de fon tems : Sage comme Termes , & vaillant
comme Offun . En 1528 , il commença de fervir
au Royaume de Naples en qualité d'Hommed'armes
de la Compagnie de 90 Lances de M. de
Lautrec , Comte de Foix. En 1929 , il fut le troifiéme
des Hommes d'armes de celle du Roi de
Navarre ; fait en 1535 Capitaine de 100 Chevau
Légers ; il fut de l'armée que le Roi François I.
envoya en Piémont , fous les ordres de l'Amiral
Chabot. En 1540 , il étoit un des Gentilshommes
de la Chambre de Charles , Duc d'Orléans ,
fils du Roi , & en 541 , Gouverneur de Savillan ,
en Piémont ; la même année , il prit d'affaut avec
le fieur de Cental la Ville de Queras , après s'être
fort diftingué en 1544 , à la bataille de Cerifoles ,
le Roi François premier , pour mieux reconnoître
fes recommandables fervices ( ce font les termes
de fes Lettres ) le nomma en 1545 , Capitaine
Général , & Gouverneur de la Ville & Jurifdiction
de Thurin . Henri II , en 1547 , l'ayant conârmé
AVRIL. 237
.
1749.
dans tous les emplois , nommé en 1555 Capitaine
de so Hommes de fes Ordonnances , & en 1556 ,
gratifié d'une penfion de 2500 liv. le fit encore
Chevalier de fon Ordre ; il eſt traité d'amé & féal
Coufin par les Rois Henri II & Charles IX , dans
des Lettres qu'ils lui accorderent en 1559 & 1560 ,
portant création des Foires & Marchés , pour fes
Terres de Miramon & de Heychet. En 1562 , il
eut la Capitainerie du Louvre , & la même année
combattit vaillamment à la bataille de Dreux , y
faifant les fonctions d'un des Maréchaux de Camp.
Erant mort peu de tems après , il laiffa de Jeanne
de Roquefeuil , fon époufe , avec deux filles
plufieurs enfans , l'aîné de tous mourut au ſervice
du Roi ; un autre fut du nombre des Gentilshom➡
mes bleffés à la bataille de Jarnac , Pan 1569 ; &
celui qui lui fuccéda , fut :
Pierre Doflua du nom , Seigneur & Baron
Doffun de Heches & de Miramon , & Gentilhomme
ordinaire de la Chambre du Roi , ayant déja
fervi en 1961 & 1562 dans la Compagnie de
Cent Lances du Roi de Navarre. Suivant M. de
Thou , il vint l'année 1.570 à la tête d'une troupe
bien armée , offrir fes fervices en Languedoc aux
Princes de Navarre & de Condé , qui comman
doient dans cette Province ; il mourut en 1580 ,
Jaillant de Jeanne d'Eſpagne , ſon épouſe , ( fille de
Jacques - Mathieu d'Elpagne , Seigneur dudit lieu ,
Baron de Scyffes , de Panaffac , &c. & de Catherine
de Narbonne , & foeur puînée de Jeanne-
Germaine d'Espagne , époufe de Henri , Seigneur
de Noailles , trifayeul de M. le Maréchal Due
de Noailles d'aujourd'hui ) outre deux.filles , un
fils unique pour fucceffeur , qui fut :
Pierre Doflan , troifiéme du noir , Seigneur &
Baron Doflun de Miramon de S. Luc , & c . Gentil .
homme ordinaire de la Chambre du Roi , marié
238 MERCURE DE FRANCE.
en 1609 avec Catherine de Voifins de Montaut ,
fille d'Aimery de Voifins , Baron de Montaut , &
de Catherine- Charlotte de Montluc ; il mourut en
1646 , laiffant avec deux filles, fix fils , un defquels
étoit Chevalier de Malthe en 1631 ; l'aîné qui lui
fuccéda , fut :
François Doffun , Seigneur , Baron Doffun de
Saint Luc , Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roi , lequel ayant épousé en 1648 Cecile de
Jajan Dangourt , eut entr'autres fils :
François Doffun , fecond du nom , Marquis
Doffun , Baron de S. Luc , &c. Celui- ci en 1674 ,
eut Commiffion du Roi , pour tenir au nom de Sa
Majefté les Etats de Bigorre ; il eut ordre enfuite
de joindre le Maréchal d'Albret , pour s'oppofer
aux Efpagnols , qui avoient formé le deffein de
faire une defcente du côté de Bayonne; en 1690 , il
eut une Commiffion du Roi , de Lieutenant Colonel
du Régiment de Milice de Lanfac ; il mourut
en 1691 , laiffant veuve Marguerite de Fieubet ,
fille du Premier Préfident du Parlement de Touloufe
, mere de plufieurs fils & filles . L'aîné de
tous ayant été tué Capitaine dans le Régiment du
Roi Infanterie , en 1903 , à la bataille de Spire , la
fucceffion de la Maifon paffa au fecond , qui fut ;
Gafpard Doffun , Seigneur , Marquis Doffun ,
&c. Moufquetaire en 1701 & 1702 , enfuite Lieu
tenant , Ayde- Major & Capitaine du Régiment
du Roi en 1704 , honoré en 1713 & 1714 d'une
Commiflion du Roi , pour convoquer & tenir au
nom de Sa Majesté les Etats Généraux de Bigorre
; & décedé en 1721 , ayant épousé en 1707 ,
Marie- Charlotte de Pas-Feuquieres , fille de M.
le Comte de Rebenac , Lieutenant Général pour le
Roi , du Royaume de Navarre & des Provinces de
Bearn & de Thoul, Ambaffadeur Extraordinaire de
Sa Majefté en Espagne & Savoye , & fon Envoyé
AVRIL. 1749 . 239
Extraordinaire à Rome, à Venife, & dans plufieurs
Cours d'Italie & du Nord ; il en eut un feul fils ,
qui eft le Marquis Doflun , actuellement Capi
caine Lieutenant des Chevau- Legers de la Reine .
Les alliances de la Maifon Doffun répondent à
l'éclat de fon ancienneté. Depuis l'an 1300 jufqu'à
préfent , on peut en compter des plus illuftres ,
comme celles des Maiſons d'Avaijan , de S. Aunis ,
de Begolle , d'Overan , de Saballan , d'Aubarede ,
de Montauban , de Villambitz , de Riviere , de la
Batut , de Montefquiou , de Durfort , de Cominges
, de Dufaur , de Faucaut , de Navailles- Mirepeix
, de Feuquiere , & de quantité d'autres Maifons
très- anciennes , dans lefquelles les filles de la
Maiſon Doffun font entrées.
Mademoiſelle Hocquart , que M. le Marquis
Doflun a épousée , eft four cadette de Madame la
Comteffe de Coffé. On a eu tort de dire dans le
dernier Mercure , que M. Hocquart , pere de ces
deux Dames , étoit Secretaire du Roi.
L'Académie Royale de Mufique prépare , pour
P'ouverture de fon Théatre, un nouvel Opera intitu
lé Naïs ou le Triomphe de la Paix. Les paroles font
de M. de Cabufac , & la Mufique de M. Rameau,
On peut deviner prefque avec certitude le fort
de cet ouvrage , & par les fuccès précédens des
deux Auteurs, & par l'attention des Directeurs de
l'Académie , à n'épargner aucune des dépenfes
qu'ils jugent devoir contribuer à la magnificence
du Spectacle. Nous faififfons avec plaifir cette
occafion de rendre juftice à ces derniers , fur
les efforts qu'ils font pour augmenter les richeffes
& l'éclat de notre Scene Lyrique.
་ ་
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Difcours par M. Dauphin d'Alinghen ,
Fragment à M. de * * ** ,
Réflexions ,
Vers à une Dlle fur fa convalefcence ,
3
13
16
17
Lettre à M. le Chevalier *** , par M. Porquet , 18
Vers par le même à Mlle ...
Autres à Mad, Genty par M. Chaponnel >
23
27
Extrait d'un projet pour conferver à l'Etat un
Corps de vieilles troupes ,
La Paix , Poëme ,
Réflexion fur un Problême d'Arithmétique ,
Le Renard , l'Ours & le Baudet , Fable,
Lettre à Mad. la Comtefle de * * *
Ode Latine ,
Defcription de la nouvelle Place de Mars ,
28
34
40
46
48
Sr
571
La Sympathie, Cantate. La Cométe , & le Rhinocéros
, Cantatilles nouvelles , 77 , 81 , 83
Lettre de M. Morand à M. le Comte de Loff , 85
Traduct.de quelques vers de la Trag.de Catilina, 98
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Le Retour du Printems ,
ΙΟΣ
103
Diflert fur un paffage de l'Art Poët. d'Horace , 106
Enigme & Logogryphes , 134
& c. 137
166
172
• Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts ,
Prix de l'Académie de Chirurgie pour 1750 , 164
Reflexions fur le Programme de l'Hift . Nat.
Lettre à M. *** Aftronôme de l'Ac . des Sc.
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Planches Anatomiques & Eftampes nouv , 179.18 c
Defcript. du Temple de la Paix , élevé à Lille , 185
Spectacles . Remarques fur les changemens faits
dans la Tragédie de Sémiramis ,
177
199. 209
Concerts & Com, de la Cour , Chanfon notée , 210
Nouvelles Etrangeres , de Pétersbourg , & c . 212
France , Nouvelles de la Cour , de Par s , & c. 223
Mariage & Morts. Nais , nouvel Opera , 230. 239
La Chanjon notée doit regarder la page
211
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROI.
M. A. I.
1749 .
LIGIT
UT
"
SPARGA
Chez <
A PARIS ,
ANDRE'
CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve
PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLIX.
Avec
Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'ADRESSE
'ADRESSE
générale du Mercure eft
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
deFrance de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt
, Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MA I.
1749 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SUITE
Des Vies des Carthaginois célebres.
Par M. REMOND DE SAINTE ALBINE.
A
U mois de Juillet de l'année
derniere , dans le premier Mercure
rédigé par mes foins , je
fis imprimer plufieurs de ces
Vies. J'en donnai quelques autres le
mois fuivant , & j'avois réfolu de publier
de fuite celles que je jugeois n'être
A ij
4 MERCURE DE FRANCE,
pas
abfolument indignes de voir le jour.
Divers Sçavans me propoferent de faire
un autre ufage de ces effais , & d'en compofer
une Hiftoire de Carthage . Ce morceau
manquant à la Littérature Françoife ,.
je fus tenté de former cette entreprife
& par cette raifon je crus devoir ceffer de
rendre publics les matériaux qui pouvoient
m'y fervir.
Depuis , j'ai fenti que la multiplicité de
mes occupations ne s'accordoit pas avec
mon nouveau projet , & qu'il étoit difficile
d'allier les foins que demande la compofition
d'un ouvrage de longue haleine
& de pénible difcuffion , avec le fardeau
de deux ouvrages périodiques , tels que le
Mercure & la Gazette de France .
J'ai donc pris le parti de réſerver pour
un autre tems le travail qu'on m'a propofé ,
& dans l'incertitude fi je ne ferai pas prévenu
par quelqu'un dans cette carriere , je
continuerai d'inférer dans le Mercure les
Mémoires détachés que mes recherches
m'ont fournis fur les Carthaginois.
AMILCAR , furnonmé BARCA, pere
du fameux Annibal ,
La premiere guerre Punique duroit depuis
plufieurs années , & le peu de difcipli
M A 1. 1749. S
ne des armées des Carthaginois , ainfi que
la valeur imprudente de quelques-uns de
leurs Généraux , leur avoit fait perdre pref
que toute la Sicile. Il ne leur reftoit plus
dans cette Ifle aucune Place forte , & la
meilleure partie de leurs plus braves fol- .
dats y avoit péri. Dans ces circonftances
malheureuſes , Amilcar fut élû * Général
des troupes de Carthage.
Polybe , Tite Live , Diodore de Sicile
ni Plutarque , ne nous apprennent point de
qui ce Guerrier étoit fils . Dans quelques
Editions de Cornélius Népos , on lit Amilcar
Annibalis filius . On trouve dans d'autres
, Annibalis parens , & il y a bien de
l'apparence que le mot filius eft une faute
dans les Editions où il fe rencontre. Si
Amilcar fut fils d'un Annibal , il l'a été
vrai -femblablement d'Annibal furnommé
l'Ancien , & les Hiftoriens n'auroient pas
oublié ou ignoré qu'Amilcar avoit un
pere fi célebre par fa valeur & par fest
difgraces.
Plufieurs d'entre eux ont confondu cer
Amilcar avec un autre , qui fut Général
avant lui . Attribuant à un feul les exploits
* Année 505 depuis la fondation de Rome , & $ 77
depuis celle de Carthage , fous le fecond Confular de
Caius Aurelius Cotta de Publius Servilius Geminus.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux , ils ont écrit que celui , dont il
s'agit ici , avoit commandé
plufieurs années
avant d'être Général en Sicile. Orofe &
Zonaras font de ce fentiment
, mais Polybe
, dont le témoignage
mérite d'être
préferé , diftingue
ces deux Amilcars . Selon
cet Auteur , Amilcar Barca fut élevé
au Généralat
dans la dix-huitième
année
de la premiere guerre Punique . Cornelius
Népos affûre auffi que ce Capitaine
n'eut
le commandement
des armées que vers la
fin de cette guerre , & il ajoûte qu'Amilcar
étoit pour lors extrêmement
jeune.Nouvel
le preuve que ce Guerrier n'eft pas le même
que celui qui étoit Général dès l'année 49 2
de la fondation
de Rome . Celui qui fait
le fujet de cet article , eft le premier des
Généraux
Carthaginois
, à qui l'Hiftoire.
donne le nom de Barca , & j'ai cherché
inutilement
la raifon pour laquelle il fut
ainfi nommé. Moreri dans fon Dictionnaire
prétend qu'Elyffe
ou Didon eut un
frere appellé Barca , qui paffa avec ellede
Tyr en Afrique , & qu'Amilcar
defcendoit
de ce Prince. Mais j'ai feuilleté en
vain Appian , pour y trouver ces faits
que Moreri dit avoir tirés de cet Auteur.
* Liv. I. de fon Hiftoire,
M A I.
* 1749 .
Le premier exploit d'Amilcar fur une
defcente fur les côtes d'Italie. Après y avoir
ravagé une partie du pays des Locriens &
des Brutiens , connu maintenant fous le
nom d'Abruzzo , il fit voile en Sicile , & débarqua
près de Palerme . Au bord de la mer,
entre cette Ville & celle d'Eryx , étoir
un pofte très-propre pour y poler un camp ,
& pour y faire fubfifter long - tems une
armée . C'étoit une montagne dont le ſom
met n'avoit pas moins de douze mille pas
de circuit, & qui étoit très- fertile en grains
& en pâturages. Un Port très- commode ,
fitué au bas de la montagne , & auquel on
ne pouvoit arriver du côté de la terre que
par cette même montagne , ne laiffoit pref
que rien à defirer pour l'affiette avantageufe
de ce lieu.
Amilcar s'y retrancha , & de cette efpece
de fortereffe fit pendant trois ans la
guerre aux Romains , fans autre fecours
que celui de fon habileté & .de fon courage
, ne fe contentant pas de fe défendre
mais fouvent attaquant, & de tems en tems
paffant en Italie , dont il défola toutes les
côtes jufqu'à Cumes . Il feroit difficile de
* Polybe , liv. 1. pag. 57 & ſuiv. Cornelius
Nepos. Vie d Amilcar, Edit. de Francfort 1609 ,
p. 255 fuiv. Zonaras . Annal. Edit . de l'Imprim.
Roy. 1686. Tom. I. Liv . 8. p. 397 .
A iiij
& MERCURE DE FRANCE.
parler en particulier de toutes les actions
par lefquelles fe fignalerent durant ces
trois années les troupes Carthaginoiſes &
les troupes Romaines . Chaque jour étoit
marqué par quelque rencontre , par quelque
attaque , par quelque furprife . On
pouvoit comparer le Général de Carthage
& ceux de Rome à ces fameux Athletes ,
qui difputent les prix dans les Spectacles
publics . Ils font paroître leur force
& leur adreffe en cent façons differentes.
Mais les coups font tellement
précipités , que les Combattans ne peuvent
rendre compte de ce qu'ils ont fait , ni les
Spectateurs fe fouvenir de ce dont ils ont
été témoins.
Le Général de Carthage n'avoit pas recours
feulement aux armes pour affoiblic
les Romains . Par fes négociations fecrettes,
Drépane , Ville fameufe , fituée dans la
vallée de Mazara au pied du Mont de Saint
Julien , & Lilybée , nommée maintenant
Marfala , s'étoient déclarées pour les Carthaginois.
Les Confuls Octacilius Craffus
& Fabius Licinus avoient affiégé inutilement
la premiere.Leurs fucceffeurs Attilius
Bulbus & Fabius Buteo preffoient vivement
la feconde , & Amilcar réfolut de
ne la pas laiffer long- tems dans la néceffité
de fe rendre aux ennemis . Ayant détaMAI.
· 1749.
ché une partie de fa Flotte , il donna ordre
qu'elle prît la haute mer,& qu'elle fît voile
vers Lilybée , comme pour y jetter du
fecours. Dès que les Romains apperçurent
cette armée navale , ils allerent à fa rencontre
. Pendant qu'ils étoient occupés à
combattre , Amilcar , qui s'étoit tenu caché
derriere un Cap avec plufieurs Vaiffeaux,
entra dans le Port malgré la réſiſtan
ce de ceux qui le gardoient , & il rendit
aux Affiégés la joye & l'abondance.
Ainfi il épuifoit toutes les reffources de
Rome , lorfque les Confuls Aulus Man--
lius Torquatus & Caius Sempronius ar
riverent en Sicile *. Les Romains , jugeant
qu'Eryx étoit une Place importante ,avoient
pris des mefures pour la mettre à couvert
des entreprifes des Carthaginois. Cette
Ville étoit bâtie fur le milieu de la
pente
de la montagne , qu'on nomme aujour
d'hui Catalfano . Des troupes étoient cam
pées fur le fommet & au pied de cette
montagne , & il fembloit imprudent de
former quelque deffein fur un pareil pofre.
Ce qui eût été témérité pour un autre,
n'étoit que hardieffe pour Amilcar. A la
faveur d'une nuir obfcure , if arrive par
divers défilés avec les plus braves de fes-
An. 109 depuis la fondation de Rome ,
depuis celle de Carthage.
&
Av
10 MERCURE DE FRANCE .
gens aux portes de la Place , la farprend
, l'emporte l'épée à la main , &
y égorge tout ce qui entreprend de lui
réfifter.
Alors affiégeant les Romains, qui étoient
au haut de la montagne ; affiégé par ceux
qui étoient au bas ; ne recevant des fecours
& des vivres que par un fentier
étroit , qui d'un côté de la montagne def
cendoit à la mer , & dont les Romains n'avoient
pû lui couper la communication , il
fe vit contraint de faire, la guerre d'une
façon auffi nouvelle que périlleufe. Les
Carthaginois & les Romains demeurerent
pendant prefque deux ans en cette ſituation
, occupés fans ceffe à attaquer ou à fe
défendre . Les Chefs & les foldats donnerent
à l'envi les plus grands exemples
de conftance & d'intrépidité. Chacun des
deux partis , après avoir fouffert les extrêmités
les plus cruelles , & après avoir mis
en ufage toute fon habileté , remporta la
gloire , s'il ne put être vainqueur de fon
adverfaire du moins de ne pouvoir en
être vaincu .
Cependant les deux Républiques , également
affoiblies & par leurs victoires &
par leurs pertes , fe voyoient fur le point
d'être réduites à la néceflité de rechercher
la paix.Rome dans cette extrêmité n'écouta
MA I. II .1749 .
que cette opiniâtreté de courage qui lui a
procuré l'Empire du monde. Depuis cinq
ans elle avoit abandonné la mer ; elle réfolut
de confier encore une fois fa fortune à une
armée navale , & d'effayer de terminer la
guerre par cette voye. Il n'y avoit point
d'argent dans le tréfor public pour l'exécution
de ce deffein. Mais ce ne fut point
un obftacle dans un Etat , où les Particu
liers regardoient les affaires publiques
comme les leurs propres . Chaque Citoyen
contribua felon les richeffes , & en peu de
tems deux cens Vaiffeaux furent mis en
mer *.
Caius Luctatius , Conful , eut le com
mandement de cette Flotte. C'étoit un
homme tel qu'il le falloit pour terminer
la guerre. Incapable d'être abattu par les
mauvais fuccès , & d'être aveuglé par les
bons , il confervoit la même tranquillité.
d'ame dans le combat que dans le confeil.
Habile furtout à profiter des occafions , il
ne perdoit point le tems à déliberer , lorfqu'il
étoit queftion d'agir .
A fon arrivée dans la Sicile , il trouva
les Ports de Lilybée & de Drépane libres,
& il affiégea cette derniere Ville par terre
& par mer. Les Carthaginois , perfuadés
* An. 511 depuis la Fondation de Rɔme , & 183
depuis celle de Carthage .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE
* que les Romains n'étoient plus à craindrefur
la Méditerranée , avoient rappellé leurs
force's maritimes en Afrique. Mais bientôt
Hannon , homme d'une grande diſtinction.
à Carthage , parut avec une nouvelle Flotte
, chargée de troupes , d'armes , de vivres
& d'argent. Le Conful faifit l'avantage
que lui donnoit fur les ennemis la pefante
charge de leurs Vaiffeaux , & ne voulant
pas leur donner le tems de joindre Amil
car , il les attaqua près des Ifles d'Egate * :
Les Carthaginois furent vaincus ; cinquante
de leurs Vaiffeaux furent coulés à fond ,
& foixante & dix avec leurs équipages fu
rent pris par les Romains **
Le fuccès *** de ce combat rendit ces.
derniers maîtres de la mer ; & Carthage
perdant l'efpoir de pouvoir faire fubfifter
l'armée de Sicile , envoya ordre à Amilcar
de négocier la paix . Auff tot ce Général
* E*font trois Ifles à l'Occident de la Sicile. Elles
étoient autrefois nommées Phorbantia , Hyera
Egufa . Maintenant elles fe nomment Levenzo
Maretamo Favognana. Voyez Ofmann , Lexi
con univerfal.
T
.. ”
** Polybe , livre 1. page 60 & ſuiv. Dyodore
de Sicile , Eclog. l. 24 p. 881. Cornelius Nepos,
Vie d'Amilcar , p . 255. Zonaras , Annales , tom . I.
liv. 8. p. 398. Orofe , liv. 4. chap. 10. p. 270 de.
1 : Ed . de Cologne , 1582...
*** Ibid.
MA I. T749: 野
députa à Luctatius , & le Traité fut conclu
aux conditions fuivantes ; que les Carthaginois
vuideroient entierement la Sicile
qu'ils ne feroient plus la guerre contre
Hieron & contre les Siracufains; qu'ils rendroient
tous les prifonniers fans rançon 5
qu'ils . remettroient les Transfuges entre
les mains des Romains ; & qu'ils paye
roient en vingt années deux mille deux cens
Talens d'argent , fomme qui monte envi
ron à treize cens mille écus de notre mon
noye..
Ces conventions ne furent pas approu
vées par
fe Peuple Romain , & il envoya
dix Députés pour regler fur les lieux les
Articles , mais ils obtinrent feulement que
les Carthaginois ajoûteroient mille Talens
à la fomme qu'ils s'étoient engagés de
payer , & qu'ils retireroient leurs troupes
de toutes les Ifles qui font entre la Sicile.
& l'Italie.
Ainfi finit la premiere guerre Punique..
Elle dura vingt-quatre ans. Elle fut la plus
longue & la plus fanglante dont on eût encore
oui parler . Les Romains perdirent
pendant cette guerre jufqu'à fept cens vaif
feaux , & les Carthaginois environ cinq
cens. La plupart des victoires , remportées
par l'une & l'autre Nation, leur avoient
plus coûté que beaucoup de défaites..
14 MERCURE DEFRANCE.
*
Carthage eut la paix avec les Romains,
mais elle n'en fut pas plus tranquille. Les
Etrangers qu'elle tenoit à fa folde , fe ré--
volterent, & ils entraînerent dans leur rébellion
une partie des Afriquains ** . Cette
République fut forcée de reprendre les armes
, & de combattre , non plus pour l'Empire
, mais pour fon propre falut.
Deux Chefs , renommés par leur valeur
étoient à la tête des troupes féditieufes.
L'un le nommoit Spendius. Il avoit été
efclave chez les Romains . Célebre par fa
force , il l'étoit encore plus par fon audace.
Son efprit vafte & ambitieux le rendoit
capable des plus grands deffeins , & il ne
connoiffoit rien de criminel que la lâcheté
, rien de honteux que le mauvais fuccès.
L'autre étoit Mathon , homme libre , mais
fimple foldat. Il ne différoit de Spendius
que parce qu'il étoit peut- être encore plus,
méchant que lui .
Campés à quinze milles de Tunis , ils
mettoient tout à feu & à fang. Ils avoient
chargé de fers Gifcon , que Carthage leur
avoit envoyé pour parlementer avec eux ,
& ils menaçoient la République d'une rui-
* Ibid. Appian , Hift. des Guerres des Romains
en Lybie.
** An. 512 depuis lafondation de Rome , & 184
depuis celle de Carthage.
MA 1. 1.5 1749.
ne prochaine , fi on ne leur payoit inceffamment
les fommes qu'ils prétendoient
leur être duës , & qu'ils faifoient monter
jufqu'à l'excès. Prefque toute l'Afrique fe
préparoit à fecouer le joug , & les favori
foit ouvertement. Tels furent les commencemens
de la Guerre qu'on nomma la
Guerre d'Afrique.
Les Carthaginois oppoferent d'abord à
ces ennemis Hannon , Gouverneur du Pays
de Carthage. Bientôt le peu d'habileté &
de bonne fortune de ce Capitaine les fit
implorer le fecours d'Amilcar . A la nouvelle
de fa nomination au Généralat , les
Rebelles leverent le fiége qu'ils avoient
mis devant Utique , & ils ne fongerent
qu'à éviter le combat .
La langue de terre , qui joint au Continent
la Prefqu'Ifle fur laquelle Carthage
étoit bâtie , eft prefque touverte par deux
montagnes inacceffibles . Les habitans de la
Prefqu'Ifle n'ont communication avec le
refte de l'Afrique que par deux routes pratiquées
entre cesmontagnes, & par un pont
conftruit fur une riviere profonde & fans
gué , nommé Macar , & non pas Machéra,
comme l'a traduit du Ryer. Ce n'étoit que
par l'un de ces paffages qu'Amilcar pouvoit
entrer dans le Continent avec les
troupes qu'il amenoit de Carthage . MaFG
MERCURE DE FRANCE.
thon s'empara de tous ces poftes. Mais
Amilcar qui avoit remarqué , quelorfque
certains vents fouffloient , l'embouchure
du Macar fe combloit de fable , & qu'on
pouvoit pour lors aifément paffer en cet
endroit, faifit une femblable occafion pour
traverfer la riviere , & cette action que
l'on jugeoit impoffible , furprit également.
les Carthaginois & les ennemis.
Spendius , inftruit de la marche d'Amilcar
, alla à fa rencontre. Le Chef des
Revoltés conduifoit un corps de troupes
de quinze mille hommes , & devoit être
joint par un autre de dix mille , qui venoit
d'une Ville fituée près le pont du
Macar. Cependant Amilcar approchoir..
Lorsqu'il apperçut l'ennemi à quelque
diftance , il ordonna à fa premiere ligne
de s'ouvrir , & de feindre de l'épouvante ;
& à fa feconde ligne de s'avancer pour
faire front. Ce mouvement donna lieu
aux ennemis , de croire que fes troupes
prenoient en effet la faite. Cet artifice
lui réuffit , & le défordre apparent de fon
armée en mit un réel dans celle de Spendius.
Les Rebelles , croyant ne devoir
plus fonger qu'à achever de vaincre , cou
rent fans garder aucun rang , mais , lorf
qu'ils penfent n'avoir qu'à pourfuivre des
fuyards , ils fe trouvent en tête des trou
MAI. 17
1749.
pes ferrées & en bon ordre. Celles , qui
avoient paru fe retirer , font en même tems
volte- face , les chargent en flanc , & les
contraignent de fuir . Dans la confufion
générale & dans les ténébres , car le combat
avoit duré jufqu'à la nuit , ils mécon
noiffent un corps de troupes , qui venoit
à leur fecours ; ils le taillent en pièces , &
ils aident à leur propre défaite.
Cette victoire fit renaître l'efperance
dans Carthage. Amilcar prit plufieurs Villes
, entr'autres celle qui étoit voiſine du
pont du Macar. Mais peu s'en fallut qu'il
ne tombât lui- même en la puiffance des
Revoltés. Spendius , ayant reçu un fecours
d'Africains & de Numides , enferma ce
Général , campé pour lors dans une plaine
environnée de montagnes. Le péril étoit
preffant , & cependant Amilcar en triompha.
Parmi les ennemis étoit un Numide ,
nommé Naravafe , recommandable par fa
nobleffe & par fes vertus. Fils d'un pere ,
qui avoit été pendant toute fa vie ami des
Carthaginois , il avoit confervé pour eux
une fecrette inclination , & la feule forcede
l'exemple l'avoit engagé dans le parti
des Rebelles. Touché des grandes qualités
d'Amilcar, il réfolut de périr plutôt avec
lui , que de vaincre fous un autre Chef,
IS MERCURE DE FRANCE.
& il paffa dans l'armée de Carthage avec
deux mille Numides qu'il commandoit.
Amilcar , voyant fes forces augmentées ,
préfenta la bataille aux ennemis . Après
un combat long & fanglant , les Carthaginois
demeurerent victorieux. Dix mille
hommes de l'armée de Spendius refterent
fur la place , & quatre mille rendirent les
armes aux Carthaginois.
L'amnistie qu'Amilcar accorda aux prifonniers
, & la générofité dont il ufa à l'égard
de ceux qui voulurent fervir dans fes
troupes , fit craindre aux Chefs de la re
volte , que l'efperance du pardon n'excitât
la plupart des rebelles à rentrer dans le
devoir. Ces factieux voulurent hazarder
un coup d'éclat , qui divisât pour jamais les
deux partis. Ils firent mourir Gifcon &
foixante - dix autres prifonniers , après
avoir exercé fur eux tout ce que peut inventer
la cruauté la plus farouche.
le
Amilcar irrité de cette barbarie , & impatient
d'en punir les auteurs , engagea
Général Hannon , qui commandoit une
feconde armée que la République venoit
de mettre en campagne , à fe joindre à lui .
Lorfqu'on croyoit que les féditieux étoient
près d'être diffipés , la méfintelligence de
ces deux Guerriers troubla de fi heureux
commencemens. Les Carthaginois furent
M A 1. 1749. ·12.
contraints d'ordonner , que les troupes
choififfent entre les deux Généraux celui à
qui elles voudroient obéir , & qu'elles dé
pofaffent l'autre. Elles déeiderent en fa-/
veur d'Amilcar.
. Cependant les Carthaginois perdirent
entierement la Sardaigne. Les foldats
étrangers , qu'ils tenoient dans cette Ifle ,
fuivirent l'exemple de ceux d'Afrique ,
tuerent Boftar qui les commandoit , firent
le même traitement à tous les Carthaginois
qu'ils rencontrerent dans le pays ,
& demeurerent maîtres de l'Ifle . Un convoi
confidérable que les Carthaginois faifoient
venir d'Espagne , périt vers le mê
me tems par une tempête : & les habitans
d'Utique, & d'Hippone * , nommée maintenant
par quelques- uns Biferta-Vecchia ,
& par d'autres Razamilara , les feules Villes
qui de toutes celles de l'Afrique fuffent
demeurées fidelles à Carthage du tems
d'Agatocles , & pendant la premiere guerre
Punique , égorgerent cinq cens Carthaginois
, qui étoient venus pour les fecourir
contre Mathon , jetterent les corps de ces
infortunés
par deffus leurs murailles , & fe
donnerent aux Rebelles.
* Il y a eu une autre Ville d'Hippone , que pla
fieurs ont nommée Hypporegius . Les Espagnols la
nomment aujourd'hui Bona , & les François Bone. •
20 MERCURE DE FRANCE.
Spendius & Mathon , dont l'audace redoubla
par de tels fuccès , formerent. le
fiége de Carthage. Bientôt ils éprouverent
eux- mêmes les maux qu'ils efperoient de
faire fouffrir à cette Ville. Amilcar leur
coupa les vivres , & les réduifit à une telle
difette , qu'ils leverent le frége . Mathon ,
après avoir tenu encore quelque tems la
campagne , fe retira dans Tunis , & le Général
Carthaginois, ayant furpris Spendius
dans un lieu qui étoit extrêmement defavantageux
aux ennemis , l'affiégea dans
fon camp , & le réduifit à la cruelle fituation
de n'ofer combattre & de ne pouvoir
fuir. Les Rebelles , preffés par la famine ,
mangerent jufqu'à leurs efclaves . Cette
affreufe reffource.même à la fin leur manqua
, & l'extrême mifere ne tarda pas à être
fuivie d'un murmure général . La voix des
Chefs ne fut plus écoutée . Déja l'on propofoit
de les livrer à Amilcar , ou de les
facrifier à la vengeance des troupes.
Ces malheureux ' , n'ayant plus d'efpoir
de continuer la guerre , confentirent de
travailler à la paix , & leurs troupes les
chargerent de capituler . Ayant obtenu un
fauf- conduit , ils fe rendirent dans le camp
d'Amilcar , pour régler les conditions . La
premiere de celles qu'ils furent contraints
d'accepter , fut que les Carthaginois
Μ Α Ι. 1749. 21
pourroient condamner au fupplice dix
hommes de l'armée ennemie , & renvoyer
tous les autres fans habits & fans armes.
On ne fut pas plutôt convenu des articles
, qu'Amilcar déclara qu'il choififfoit
Spendius & neuf autres des principaux
Députés. Les Afriquains , ayant appris la
détention de leurs Commandans , & foupçonnant
qu'on ne vouloit épargner perfonne
, coururent aux armes . Les Carthag
ginois les envelopperent , & à peine dix
mille des ennemis échapperent au carnage.
On nomme Pryon le lieu de ce combat.
Mathon , reftoit encore impuni . Amilcar
, paroiffant plutôt aller faire reconnoître
fon autorité par des peuples déja foumis
, que marcher pour combattre des rebelles
, forma le fiége de Tunis , & fit mettre
en croix Spendius & les autres. prifon
niers au pied des murailles de la Ville. Ce
fpectacle , loin de jetter la crainte parmi
les affiégés , excite leur courroux , & ne
leur fait refpirer que la vengeance . Mathon
fait une fortie , force le quartier
d'Annibal , un des Lieutenans Généraux
des affiégeans , le prend , & le fait attacher
à la même croix fur laquelle Spendius
avoit été mis .
Cette nouvelle porte une feconde fois
la terreur dans Carthage.
22 MERCURE DE FRANCE.
Tous ceux , qui étoient dans la Ville
en état de porter les armes , ont ordre de
fe rendre au camp . d'Amilcar . Hannon ,
qui avoit été déja employé dans cette
guerre , eft nommé de nouveau pour partager
avec lui le commandement , & trente
Sénateurs ont commiffion d'aller à l'armée
, pour rétablir l'intelligence entre
ces deux Capitaines. Amilcar & Hannon ,
après diverfes conferences , promirent
d'oublier leurs differends , & pendant tout
le tems qu'ils commanderent enfemble ,
ils agirent , comme s'ils avoient été toujours
intimement unis . Des hommes fages
peuvent fe hair , mais ils fçavent , lorfque
le devoir l'exige , triompher de leur inimitié.
Dans toutes les rencontres Mathon eut
du defavantage . Enfin il hazarda une action
générale. Prefque toutes les troupes
y périrent , & lai -même fut pris . Auffi -tôt
l'Afrique reçut le joug. Hyppone & Utique
demeurerent feules opiniâtres dans
feur revolte. Ces Villes avoient trop offenfé
Carthage , pour pouvoir cefler d'être
fes ennemies . Il fallut cependant , qu'à
la fin elles fe foumiffent , & il ne leur fut
pas même accordé de capituler. Amilcar
& Hannon les contraignirent d'ouvrir
MA I. 1749. 23
leurs portes , & de fe foumettre à la difcrétion
des vainqueurs *..
Par cette expédition ces deux Généraux
termineren la guerre d'Afrique. Polybe
dit , qu'elle dura trois ans & quatre mois,
Diodore prétend , qu'elle dura un an de
plus , & fi l'on en croit Tite -Live , les
Carthaginois employerent cinq ans à la
terminer. Elle avoit conduit leur empire
prefqu'à l'inftant de fa ruine , & peu s'en
fallut , que Carthage n'éprouvât de la
de fes propres fujets le fort que dans la
fuite Rome , fa rivale , lui fit fubir . ·
part
Le calme fe rétabliffoit , & Mathon
venoit d'expier dans les plus cruels tourmens
les maux qu'il avoit fait fouffrir à
fa Patrie , lorfque les Romains formerent
un deffein fur la Sardaigne. Les Habitans
naturels de l'Ifle en avoient chaffé les '
troupes rebelles , & les ayant forcées de
paffer en Italie , ils avoient eux-mêmes fe
coué le joug de toute domination étran
gere. Les Carthaginois , qui prétendoient
avoir plus de droit qu'aucune Puiffance,
à la poffeffion de ce pays , dont ils ſe regardoient
comme les anciens maîtres
fongerent à le foumettre. Nouveau fujet
de trouble. Les Romains devenus info
* An. 515, 516. ou 517, de Rome,
24 MERCURE DE FRANCE.
•
lens par les pertes de leurs ennemis , fe plaignent
que Carthage arme contre eux ,
fous prétexte d'armer contre les Sardes ,
& ils la menaçent d'une guerre , dont ils
avoient autant de crainte que cette République.
Les Carthaginois , trop foibles
alors pour pouvoir foutenir une guerre ,
quand même ils auroient été sûrs de la victoire
, abandonnerent la Sardaigne , & confentirent
d'acheter la paix douze cens
talens .
Amilcar fut vivement indigné du cruel
affront que recevoit fa Patrie . Dèflors , fi
les Carthaginois euffent fecondé fa haine
contre les Romains , on auroit vû la feconde
guerre Punique commencer avec
plus de fureur encore que les deux Nations
n'en avoient jamais montré . Une
nouvelle guerre l'obligea de porter fes armes
contre d'autres ennemis *. Les Habitans
de Cadix , defcendus d'une Colonie
de Tyriens , qui conduits en Efpagne par
le defir de faire un nouvel établillement ,
y avoient fondé cette Ville , étoient montés
à un affez haut degré de puiffance ,
pour rendre jaloux la plupart de leurs voifins.
Quelques uns des peuples Efpagnols
les inquiétoient par de continuels actes
* Juſtin. Liv. 44. chap . 5. édit. d'Elzevir, 1656 .
1.282.
d'hoſtilité ,
MA I.
25.
1749.
d'hoftilité , & les Carthaginois fe crurent
dans la néceffité de fecourir une Colonie ,
dont les intérêts étoient liés aux leurs par
des noeuds fi étroits. Les troupes , qu'ils
envoyerent aux Gadetains , diffiperent les
ennemis , & affujettirent à Carthage une
partie de ces peuples. Auffi - tôt Amilcar
reçut ordre de paller en Eſpagne . Prêt de
s'embarquer , il fit jurer fur les Autels à
fon fils Annibal , âgé pour lors de neuf
ans , de fe déclarer l'ennemi irréconciliable
des Romains , dès qu'il pourroit manifefter
fa haine par des effets dignes de lui .
Il voulut même , impatient de voir ce jeune
enfant devenir le fléau de Rome , qu'il
apprît fous lui à la faire trembler. Afdrubal
, fon gendre , qui depuis fut fon fucceffeur
, pafla aufli avec lui la mer.
Amilcar commanda pendant près de
neuf années en Efpagne. Polybe & Tite-
Live fe contentent de rapporter , qu'il y
fubjugua plufieurs peuples , mais que conblé
de gloire , il ne fut jamais fatisfait , &
qu'il laiffa toujours entrevoir qu'il méditoit
une entrepriſe plus importante que la
conquête de ce vafte Pays. Il n'eut pas le
tems d'exécuter on projet. Il fut tué dans
une bataille , dit Polybe , en combattant
contre un ennemi redoutable. Cornelius
Nepos , ou l'Hiftorien dont on lui attribue
B
26 MERCURE DEFRANCE.
ques
les écrits , & Donatius Acciaiolus , Auteur
d'une vie d'Annibal , imprimée dans queléditions
de Plutarque , nous apprennent
, que c'étoit les Vectons . Tite - Live ,
L. 24. nous apprend de plus , que le lieu ,
où périt Amilcar , fe nommoit Caftrum
Altum. Primò ad Caftrum Altum , dit cet
Auteur , p. 259. locus eft infignis cade magni
Amilcaris , Caftra Romani habuêre. Par ce
qui fuit ces mots dans Tite- Live , il paroît
que ce lieu n'étoit pas éloigné de la Ville
de Munda , & les Géographes prétendent
que cette Ville étoit ou dans la Grenade ,
ou près des confins de cette Province .
On lit dans Diodore * , qu'Amilcar
avoit fait bâtir en Efpagne , fur les confins
de la Grenade , une Ville nommée Acraleuca
ou Ville Blanche . Ce Guerrier laiffa
trois fils , Annibal , Afdrubal & Magon.
Il avoit coûtume de dire d'eux , qu'il nour .
riffoit trois lions , qui déchireroient un
-jour Rome & les alliés de Rome **. Sa
fille devoit époufer Naravafe , dont j'ai
parlé à l'occafion de la guerre d'Afrique ,
& Amilcar l'avoit promiſe à ce Numide ,
mais Afdrubal fut preferé.
Si Amilcar eût vêcu plus long- tems , il
Eclogue liv. 15. p . 882.
** Cornelius Nepos , p . 256. & Tite- Live , liv.
p. 11.
MAI.
27 1749:
auroit porté dans l'Italie la terreur , qu'Annibal
y porta dans la fuite. La mort de cet
homme illuftre fut trop précipitée pour
Carthage. Il avoit toutes les qualités du
Héros , & plufieurs de celles du grand
homme. Supérieur à tous les Capitaines
Carthaginois qui l'avoient précédé , il
n'auroit point eu d'égal dans fa République
, s'il ne lui eût donné le fameux Annibal.
VIPARARARATO PARAPAKARARA
VERS
De M. de Voltaire , fur le Louvre.
Monumens imparfaits de ce fiécle vanté ,
Qui fur tous les Beaux Arts a fondé fa mémoire ,
Vous verrai - je toujours , en atteftant fa gloire ,
Faire un jufte reproche à fa poftérité ?
Faut- il que l'on s'indigne alors qu'on vous ad.
mire ,
Et que les Nations , qui veulent nous braver ,
Fieres de nos défauts , foient en droit de nous
dire ,
Que nous commençons tout pour ne rien achever
?
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Sous quels débris honteux, fous quel amas rufti
que ,
On laiffe enfevelis ces chef- d'oeuvres divins !
Quel barbare a mêlé la baffeffe gothique
A toute la grandeur des Grecs & des Romains
Louvre , Palais pompeux , dont la France s'honore
,
Sois digne de ce Roi , ton maître & notre appui ;
Embellis ces climats que fa vertu décore ,
Et dans tout ton éclat , montre toi comme lui.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
DISSERTATION fur la Police des
Fourmis , toute differente des fauffes conjectures
qu'on afuivies jufqu'aujourd'hui, Pär
M. François Carre.
P Révenu dès l'enfance
Révenu dès l'enfance , comme les
autres hommes , que la prévoyance &
l'activité de ce laborieux Infecte ne tendent
par fes travaux continués fans interruption
pendant la durée de la belle faifon
, qu'à renouveller fes magafins , pour
ne point être furpris par les rigueurs de
l'hyver âpre & long ; j'ai voulu me convaincre
par mes yeux d'un phénoméne
prefque univerfellement reçû pour conftant
, & duquel il fembloit qu'on n'eût pû
MA I. 29
1749.
douter fans héréfie . Je me fuis attaché , il
y a près de 30 ans , à examiner & à approfondir
la police des Infectes en queſtion .
Avant que de produire mes obfervations
far ce qui les concerne , je dois rappor
ter ce que M. Rollin , les Obfervations cu
rieufes fur toutes les parties de la Phyſique,
& le Spectacle de la Nature, avancent
fur ce fujet.
M. Rollin , cet homme éclairé , dont la
mémoire & les travaux feront toujours
également refpectés , rapporte , fur la foi
de quelques Naturaliftes , tome 4 , page
400 , que le grenier des fourmillieres eft
compofé de plufieurs chambres qui s'entrecommuniquent
par des galeries , & qui
font creusées fi avant , que les pluyes & les
neiges ne pénétrent point jufqu'à leur voû
te. Ceux qui ont effayé de détruire des
fourmillieres , n'y ont prefque jamais reuffi,
parce que les rameaux s'en étendent au
large.
Lorfque les greniers font pleins , & que
l'hyver approche , on commence à mettre
en fûreté le grain , en le rongeant par les
deux bouts , & l'empêchant par - là de
germer.
Les Obfervations curieufes fur toutes
les parties de la Phyfique , Paris 1719 ,
page 462 , s'expliquent ainfi qu'il fuit ,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE .
Les Fourmis font ovipares leurs oeufs
ne contiennent d'abord qu'un petit ver
qui devient dans la fuite Fourmi , & f
on voit les Fourmis dans l'Eté fi empref
fées de faire des provifions pour l'hyver,
ce n'eft pas pour elles qu'elles travaillent,
car elles font engourdies pendant tout
l'hyver, & ne mangent point, mais c'eft pour
nourrir leurs petits. Il ne faut pas croire
non- plus qu'elles mordent , quand elles
font irritées. Elles ont au derriere um
aiguillon dont elles piquent , & la douleur
vient moins de la piquare même ,
que d'une liqueur âcre qu'elles infinuent.
dans la playe.
Le Spectacle de la Nature , huitiéme
Edition , tome premier , page 215 , Paris
1741 , en parle dans les termes fuivans.
C'eft un petit peuple réuni , comme les
Abeilles , en un petit corps de République.
Elles ont une efpece de ville , plus
longue que large , & partagée en differentes
rues qui aboutiffent à differens magalins.
Leur grande paffion , dit-on , après les fucreries
, eft d'amaffer du blé & d'autres
graines qui font de garde , & de peur que
ce blé ne germe à l'humidité dans leurs célules
fouterraines , on affûre qu'elles en
rongent le germe qui eft à la pointe du
"
grain,
MA I. 1749.
J'ai vû des Fourmis porter ou pouffer,
des grains d'orge ou de froment , mais je
n'ai pû parvenir à trouver le grenier. Tous.
les Anciens en parlent , & Aldrovandus,
affûre l'avoir vû. J'ai vû des grains de blé
germer dans une fourmilliere ; il fe peut
faire qu'on ait pris leurs chryfalides , qui
font quelquefois de couleur jaune , pour
des grains de blé fans germe & gonflés à
l'humidité. Elles fe tiennent l'hyver clofes
& couvertes , jouiffant en paix des fruits
de leurs peines. Il y a cependant grande
apparence qu'elles mangent peu l'hyver, &
qu'elles font engourdies, alors ou endormies
, comme bien d'autres Infectes. Ainfi
leur ardeur à faire des provifions , tend
moins à fe précautionner pour l'hyver ,
qu'à fe pourvoir pendant la moiffon de ce
qui eft néceffaire à leurs petits. On pour-,
roit parler des aîles que les mâles acquie-,
rent à un certain âge pour aller butiner
plus facilement, & qui font , dit- on , refufées
aux fémelles , afin qu'elles foient plus
fédentaires & occupées des foins domeftiques.
Je crois cependant avoir remarqué
que toute la fourmilliere acqueroit des
aîles, & abandonnoit les fouterrains.
Je réponds à toutes ces vagues conjectures.
1. Que pour traiter judicieufement des
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
ouvrages les plus fimples de l'Auteur de la
Nature , il faut foi- même en faire l'examen
à jeun ; c'est- à- dire , étant dépouillé
de tous préjugés & dans la difpofition de
douter même de la vérité de fes
propres
obfervations ; ce doute ne peut être qu'extrêmement
avantageux à la curiofité des
Naturaliftes , & peut feul les faire parvenirà
découvrir incontestablement la vérité .
2°. Que la capacité du grain occupe en
petit l'effence & la forme de la plante
qu'il doit produire , & que les parties qui
l'enveloppent , font destinées à la préferver
des accidens qui détruiroient fa proprieté
végétative , & à lui fervir de premier aliment,
lorfqu'après avoir été plufieurs jours
dans la terre , l'air , l'humidité & les fucs
propres à la génération , pénetrent & divifent
fes differentes parties qui forment
un tout pour produire un arbre , une plante
, fuivant l'efpece.
L'enveloppe ou fuperficie que nous ap
pellons l'écorce , préferve par fon tiffu
ferré la plante en petit & les differentes
parties qui l'enveloppent ( ceci regarde
Toutes les plantes fans exception ) des attaques
des vermiffeaux , après que le grain
a été jetté dans la terre..
Lorfque les differentes parties du germe
commencent à fe développer , il fe redref
M A I.
1749. 33
fe , d'incliné ou couché qu'il étoit par fon
extrêmité ; par cette efpece de reffort qu'il
fait en fe déployant , ilforce & diffout les
pores de l'écorce qui le couvre , laquelle
eft plus mince à cet endroit qu'ailleurs ;
ces differens effets ne s'exécutent qu'après
que l'humidité & les fucs deftinés à la végétation
ont pénetré , amolli , élargi le
tiffu de l'écorce qui couvre le germe , lequel
germe jette differens filets qui s'enfoncent
dans la terre , pour y former les
groffes racines & le chevelu , qui fervent
de bafe à la plante , l'affermiffent & lui
diftribuent les fucs convenables .
Les filets ayant percé dans la terre , ils
donnent paffage , & font circuler les fucs
propres à la dilatation de la plante , &
pour divifer les differentes parties qui
compofent un tout ; enfuite l'écorce s'ouvre
, ſe fend du côté oppofé au germe ,
pour donner paffage à l'aiguille qui perce
la fuperficie de la terre pour s'élever audeffus.
Le premier aliment de la plante , c'eſt la
partie fine & moëleufe que nous nommons
la farine.
Il en eft de l'embryon ( je ne fçais fi ce
terme eft conféquent ) de toutes les plantes
fans exception ainfi que du poulet , lequel
étant éclos dans l'oeuf , fe nourrit du jaune
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
& du blanc jufqu'à ce qu'il ait acquis aſſez
de force pour faire avec fon bec ouverture
à fa coque .
3°. Les graines rondes n'ont point. de
bouts, & celles qui font un peu longuettes,
ont la partie destinée pour la racine ( le
germe ) vers le milieu de fon étendue , &
non pas à une des extrémités , ainfi que
l'avancent les Auteurs que je combats .
Quand il y auroit exception pour un nom
bre d'efpeces , cela ne peut détruire ma
démonftration.
4°. Les Naturaliſtes , qui ont avancé des
préjugés pour des vérités inconteftables
ont imaginé fans doute,que les Fourmis ne
fe nourriffoient que de blé, de feigle , d'orge
& d'avoine , ce qui les a portés à croire
qu'elles en rongeoient les deux extrêmités .
Leurs conjectures auroient eu quelque vraie
femblance , s'ils avoient prouvé que la partie
deftinée pour la racine, eût fon origine
à un bout , & celle pour former la tige , à
l'extrêmité oppofée , & quand bien même
la chofe feroit ainfi qu'ils l'ont conçue ,
cela n'empêcheroit point encore que les
grains rongés par les deux bouts ne s'échauffaffent,
& ne fe corrompiffent dans la
terre , parce que l'humidité auroit un libre
accès fur la totalité de la graine , étant dépouillée
d'une partie defon écorce , & que
M A I.
1749. 35
les Fourmis entraînent fans diftinction les
graines vertes & féches , & que pour conferver
les grains renfermés , il faut les tenir
long-tems à couvert de l'humidité , les
remuer fouvent , pour éviter qu'ils ne s'échauffent.
Etant parfaitement deffechées
de toutes parties aqueufes & fans ordures
, alors on peut les renfermer en toute
fûreté en lieu fec. Or la Fourmi ne prend
point toutes ces précautions , donc elle ne
peut long-tems conferver en magafin les
graines qu'elle enleve .
5. Toutes les graines , de telle forme
qu'elles foient , tiennent par un filet à la
plante qui les produit,jufqu'à leur parfaite
maturité , comme le petit millet . Si elles
font renfermées dans une goulle ou dans
un épi , elles y font attachées par une
queue plus ou moins charnue , plus . ou
moins longue fuivant l'efpece , ainfi que
les pois le démontrent . Or la partie tenue
par le filet ou la queue , dont le grain fe
fépare, quand il eft mûr , eft la partie que
nous nommons le germe, deftiné à s'enfon
cer dans terre , après avoir été pénetré des
fucs propres
à la faire vegeter. Ce filet
ou la queue tiennent lieu de canal de
communication ; il reçoit les fucs de la
plante pour les diftribuer au grain , autant
qu'il eft néceffaire pour le perfectionner.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
La queue ou le filet font l'office à l'égard
du fruit ou du grain , que font en nous les
veines lactées , c'eft - à- dire qu'ils n'admettent
que les fucs les plus déflegmés ; vérirés
dont il eft libre à chacun de fe convaincre.
Je n'attribue aucun degré de chaleur
à ce filet ni à cette queue pour atténuer &
rarefier les fucs qu'ils charient. Je conçois
fimplement que les vaiffeaux des filets ou
queues font affez déliés pour ne donner
paffage qu'aux parties les plus volatiles du
fuc nourricier.
6. En voila fuffifamment, je penfe, pour
anéantir les prétendus magafins qui ont
donné matiere aux plus grands Ecrivains
d'exercer leur fublime intelligence fur des
fujetsimaginaires . Je rapporterai à cette occafion
, que pendant les guerres de Reli
gion, les habitans de nosProvincesMéridionalés
creufoient des puits à une profondeur
déterminée par la nature du fol , où l'eau ne
pouvoit fe porter ; ils en garniffoient le
tour de longue paille , à mesure qu'ils les
rempliffoient de grain , pour mettre à
couvert de l'humidité; & afin que ces puits ,
ainſt remplis , fuſſent à l'abri du pillage des
partis Catholiques & Albigeois , ils couvroient
de menue paille le grain , & mettoient
des piéces de bois par deffus, dont les
deux bouts étoient appuyés fur la terre ferMAI.
1749 . 37
me, qu'ils chargeoient enfuite de terre , de
gazon ou de pavé , pour que ces greniers
Louterrains ne fuffent point apperçus. La
Tradition porte que le grain préparé comme
il convient, fe confervoit parfaitement
pendant plufieurs années . J'ai vû plufieurs
de ces puits vuides & ignorés , s'enfoncer
dans les rues de la Ville de Lavaur,à fix ou
fept lieues à l'Orient de celle de Toulouſe,
dans des jardins , dans la campagne & dans
de petits bois. Sur l'embouchure des derniers,
il étoit crû de grands arbres. Les Ca
talans dans les dernieres guerres mettoient
leurs meilleurs effets dans des puits femblables
qu'ils creufoient fous leurs lits & ailleurs.
Ceux qui habitent les vaftes plaines
de l'Ukraine, fe doivent fervir de femblables
puits pour y ferrer leurs grains & leurs
meilleurs effets , étant expofés aux irruptions
fubites des Tartares de Crimée .
Le climat du Languedoc étant plus
chaud & plus fec que celui- ci , & les Fourmis
y étant fans comparaifon plus communes
, j'ai fait fouiller en été , en hyver ,
dans le printems & l'automne , une infinité
de fourmillieres , fans jamais avoir découvert
ces prétendus magafins , ce qui
m'a autorifé à décider que le fentiment
commun n'eft qu'une erreur. Il eſt vrai
quefi une fourmilliere eft à portée de quel
A
38 MERCURE DE FRANCE.
ques graines battues hors de leurs gouffes
ou épis , les Fourmis charient continuellement
; fi alors on fouille cetre fourmilliere,
on y trouvera ce qu'elles n'auront pû
confommer ; dans tout autre tems on n'y
trouve aucune provifion . Lorfque les graines
ainfi amaffées à la hâte dans differens
rameaux ( ce font leurs greniers extraordinaires
) commencent à fermenter & à fe
corrompre , les Fourmis les fortent de leur
retraite avec la même activité qu'elles les
y avoient portées. Obfervations que j'ai
réitérées affez de fois ,pour m'en bien convaincre.
Aldrovandus a fans doute faifi un de
ces momens que les Fourmis venoient d'enlever
des graines qui étoient à leur portée
, ce qui a donné occafion à ces fauffes
conjectures , que fes fucceffeurs ont adop
tées après lui , fans s'affûrer fi elles étoient
bien ou mal fondées. Les nouvelles découvertes
que l'on fait tous les jours , prou
vent bien que la confiance & le refpect
que l'on avoit pour les fophifmes des Anciens
, pouvoient perpétuer l'ignorance &
la chimere fur les objets les plus fimples.
Les fourmillieres qui font dans les bois
& dans des terreins bas incultes , étant
plus fraîches que celles des jardins
des terres en plein air , cette efpece de
&
MAI. 1749. 39.
Fourmis qui eft la plus groffe , a l'attention
, lorfqu'il fait un beau Soleil , de
fortir les oeufs , ou fes petits transformés
en Nymphes , à l'air , pour que la chaleur
les frappe . & les fortifie ; elles
ont auffi le foin de les rentrer avant que
le Soleil difparoiffe . Elles ont encore la
précaution d'élever une calotte ou demiglobe
d'un demi- pied , à peu près au deffus
de l'entrée de leurs fouterrains, & de frayer
differentes routes pour fortir & rentrer
par la partie la plus élevée . Cette élévation
compofée de petits brins de bois ,
de petites files de plantes & de terre leur
tient lieu d'une chauffée en détournant les
eaux . D'autres Fourmis élevent un double
talus pour la même fin.
୨
Celles qui s'établiffent dans les jardins
dans les lieux habités , & dans les terreins
en plein air , font plus petites. Leurs fouterrains
étant fecs , & l'air échauffé y pénétrant
avec facilité , elles ne fortent point
leurs oeufs dehors. Elles prennent auffi
beaucoup moins de précautions pour le ga
rantir des eaux.
Les Fourmis de toutes efpeces préférent
les terres fermes & battues , à celles qui
font exposées à être fouvent remuées . Elles
font plus ou moins de travaux , fuivant
40 MERCURE DE FRANCE.
Pexpofition & la nature du terrein , elles
n'appréhendent que l'eau .
Toutes les fourmillieres ont une principale
entrée, dont la continuité perce dans
la terre à une profondeur indéterminée .
Cette ouverture a differens ufages , c'eft
la fortie des Fourmis , elle leur fert auffi
d'entrée dans les differens rameaux qu'elles
pratiquent.
Cette voye qui perce dans la terre , fert
encore à épuifer l'eau qui peut y pénétrer .
Differens rameaux fervent de déchargé à
ee puifart. Ces differens travaux font plus
bas que les fouterrains que les Fourmis ha
bitent.
Il y a des fourmillieres qui ont plufieurs
ouvertures pour fortir & rentrer. Lorfque
la mauvaiſe faiſon approche , les Fourmis
bouchent toutes ces ouvertures , elles
bouchent auffi toutes les iffues intérieures
des rameaux qui aboutiffent au lieu où elles
fe retirent.
›
J'ai tenté differentes fois de fubmerger des
fourmillieres , en verfant de l'eau dedans ,
même de l'eau bouillante,jufqu'à ce qu'elle
- furnageât fur l'ouverture. Cette eau étoit
d'abord épuifée , je ne me fuis point apperçu
que les Fourmis en euffent fouffert.
Depuis le mois de Mai , ou le comΜ
Α Ι. 1749% 41
mencement de celui de Juin , fuivant la
conftitution des faifons , les Fourmis travaillent
fans interruption jufqu'au retour
de la mauvaiſe faifon. Leur merveilleufe
activité n'eft que l'effet de leur tendreffe
pour leurs petits qui naiffent pendant la
belle faifon. Leur foibleffe enfantine ne
leur permettant pas de s'expofer à l'air ,
toute la République travaille à frais communs
pour les petits.
C'eft une fauffe conjecture d'avancer que
les Fourmis mangent hors de leurs fouterrains,
excepté dans deux cas . Lorfqu'elles attaquent
des fruits , qui font dans le fucre
, fi le fruit eft au fec , elles le dépecent
en petites parties , chacune emporte
fa charge. Si au contraire , le firop furnage
fur le fruit , l'impoffibité d'enporter
ce liquide , les invitant à faire toutes
les tentatives poflibles pour parvenir au
fruit , non -feulement elles échouent , mais
elles y périffent , parce que le firop leur
glue les pattes : ou quand elles trouvent
des liqueurs fucrées , elles ne cherchent
qu'à butiner pour porter à la fourmilliere,
& non pas pour fe repaître en particulier
.
Quand les environs d'une fourmilliere
font.ftériles les Fourmis errent au loin
de tous côtés pour picorer , rien n'échappe
>
42 MERCURE DE FRANCE .
à leurs recherches , & à leur fentiment qui
eft exquis. Si ce qu'elles découvrent eft.
lourd & pefant , elles fe mettent plufieurs .
après , les unes tirent , les autres pouffent ;
fi leurs efforts font vains , que le nombre
ne puiffe ébranler la maffe , elles la
divifent en petites parties avec leurs pinces
, & la portent en détail au magalin
commun. Si quelqu'une fait une heureufe
découverte , elle en donne avis , j'ignore
par quel figne : auffi- tôt la République fe
met en action : on fraye deux routes , l'une
pour celles qui vont attaquer, l'autre pour
celles qui reviennent chargées.
Je conjecture que la Fourmi n'ayant
ni cri , ni fon , ni voix , c'eſt par un
coup de tête ou un coup de patte , appliqué
d'une certaine façon , qu'il ne me.
conviendroit point d'entreprendre d'expliquer,
qu'elle donne à la premiere qu'elle
rencontre , en revenant fur fes pas : celle- ci
fe conduit de même envers la plus proche
voisine , & ainfi de l'une à l'autre , de
forte qu'en un inftant , toute la Républi
que eft inftruire de l'heureufe nouvelle.
Toutes celles à qui il eft libre d'agir, fe mettent
incontinent fur les traces de celle
qui a découvert la capture , & qui fert de
guide .
Si quelquesFourmis viennentà périr, d'auMA
I 1749.
43
tres Fourmis les emportent au loin.
Au retour de la mauvaife faifon , les
Fourmis , fans exception de vieilles ni de
jeunes, paffent dans leur fommeil. Elles de-i
meurent en cet état à demi - courbées en
dedans , jufqu'à ce que l'air ait acquis un
dégré de température convenable pour ra
nimer leurs efprits. J'ai vu des Fourmis
qui s'étoient logées dans l'appartement que
joccupois , s'endormir plus tard , & fe
réveiller plutôt que celles qui étoient en
plein air. Lorfque l'air fe raffraîchiſſoit
elles ne paroiffoient plus. Cet Infecte ſe
paffe à bien peu de chofe. J'en ai vû d'établies
fur des tours , des clochers , dans
des murailles très- élevées , dans des cham
bres hautes , où elles trouvoient bien peu
de nourriture.
•
Quand la Fourmi a acquis un nombre
d'années , que je n'ofe déterminer , il luż
pouffe de grandes aîles pendant fon fommeil
, & fes inclinations changent totalement.
L'air réchauffé par l'élévation du
Soleil les ayant ranimées , toute la fourmilliere
fort par un très - beau jour. Je crois
que c'eft l'unique jour de l'année , que
toutes les Fourmis fortent de leurs fouterrains
, dont elles ne s'écartent point cependant
, ne s'agiffant alors que de refpirer
un air pur , qui vraisemblablement
44 MERCURE DE FRANCE.
répare leurs forces un peu épuifées par
la longue diette qu'elles viennent de faire,
& peut-être pour vuider leur ventre. Celles
qui font aîlées , mâles & femelles , il
n'y a point d'exception , fuyent les autres
Fourmis en s'éloignant de la fourmilliere
avec un empreffement marqué : elles
cherchent une muraille , une pierre ,
une plante , un arbre ; étant montées à
differentes hauteurs , elles agitent leurs aîl'es
>
pour s'élever dans l'air. Si en faifant'
ces premieres épreuves , elles retombent'
fur la terre , elles remontent juſqu'à ce
qu'elles s'élevent dans l'air , pour ne jamais
rapprocher de la fourmilliere. Celles qui
acquierent des ailes , font peut-être la quatriéme
partie d'une fourmilliere: Jamais aucune
n'est partie tout à la fois. Il n'y a que
les plus vieilles qui acquierent des aîles , à
Pâge de quatre à cinq ans au moins ; je crois
m'écarter peu de la vérité.
Je conjecture que les petites Fourmis
de l'année précédente fe font attachées aux
pattes des vieilles , en paffant dans leur fommeil
, dont elles ne reviennent parfaitement
, qu'après avoir été frappées par l'air
extérieur. Les Fourmis aîlées fortant de
F'embouchure de la fourmilliere , les petites
Fourmis fe décramponnent de leurs
pattes , & les laiffent aller , J'ignore que
1
M A 1. 1749. 45
quelqu'un avant moi ait obfervé que pas
ure Fourmi aîlée ne fort de fon fouterrain ,
fans une petite ou deux cramponnées à ſes
pattes de derriere , phénomene qui m'a
autorifé à préfumer que les petites Fourmis
n'en ufent ainsi , que pour fe mettre
à couvert des impreffions de l'air pendant
leur fommeil . La chaleur qui tranfpire du
corps des vieilles , fous le ventre defquelles
elles s'endorment , contribue encore à leur
confervation. Mais la jeuneffe qui dort
ordinairement long- tems & fort , fait vraifemblablement
que ces petites Fourmis ne
s'éveillent , qu'après que les Fourmis aîlées
font forties hors du trou . C'est- à- dire,
que pour qu'elles s'éveillent parfaitement ,
il est néceffaire que l'air extérieur les frappe
& ranime leurs efprits , qui font encore
dans une efpece de léthargie. Cette mouche
eft beaucoup plus fémillante que les autres
efpeces, étant toujours agitée , paffant,
lorfqu'elle eft abattue , continuellement fes
pattes de derriere par- deffus fes aîles ,
foit pour les dérider , les polir , les huiler
, ou les gommer. Elle conferve la même
forme & ftructure de corps , du moins
la premiere année de fa métamorphofe ,
& il eft affez vraisemblable , que c'eft cette
mouche , que des Naturaliftes nomment
une espece de petite guêpe. Elle fait avec
46 MERCURE DEFRANCE.
fes pinces une ouverture dans l'aubier de
l'arbre. Parvenue à la profondeur qui lui
convient , elle creufe differens trous ronds ,
qui répondent perpendiculairement les
uns aux autres , dans chacun defquels elle
dépofe ( fur les petites parties fibreuſes &
ligneufes du bois qu'elle a réduit avec les
pinces en une espece de fciure ou poudre
groffiere , mais mollette ) un oeuf que l'air
échauffé fait éclorre .
Il y a des fourmillieres qui jettent dehors
, dans un tems que je ne peux limiter
, leur effain de l'année précédente . J'ai
examiné beaucoup de ces eflains fe conftruire
une habitation fans le fecours d'aucune
vieille. Il m'a paru que pendant qu'elles
font ainfi occupées à caver la terre ou un
mur , dont elles portent tous les petits débris
dehors , elles ne penfent point à chercher
de victuailles ni à manger. Dès que
l'habitation fouterraine eft avancée , une
partie de ces petites Fourmis fe mettent en
quête.
Les Fourmis de toutes efpeces s'accommodent
de toutes fortes de graines d'arbres
, d'arbriſſeaux , d'arbustes, de plantes,
d'herbes , de pain , de viande , d'infectes
morts & mourans , jufques aux araignées
à grandes pattes , qui reffemblent aux faucheux
, & les punaifes de bois. Ce que j'ai
MAI. 1749. 47
fuffisamment examiné pour m'en bien affûrer
, quoique je ne penfaffe point alors que
je duſſe un jour m'exercer fur cette matiere.
>
Puifque les Fourmis paffent une partie
de l'Automne , l'Hyver entier &
une partie du Printems dans le fommeil ,
ainfi que les reptiles , prefque tous les infectes
, differentes efpeces d'animaux quadrupedes
, & les oifeaux nocturnes , elles
n'ont pas befoin de provifion. Donc , cette
efpece de ville plus longue que large , fes
differentes rues diftribuées avec la plus
exacte fymmétrie , fes voûtes impénétrables
aux eaux , Les poutres , fes foliveaux
Les galleries, & fes magafins pratiqués avec
un art inimitable , deviennent de pures chimeres
, de vaines fpéculations , dont on
fe repaît agréablement dans fon cabinet ,
en fe gonflant , pour ainfi parler , de préjugés
, en dédaignant d'examiner foi-même
la Nature avec un efprit libre , dont elle
récompenſe toujours libéralement l'application
.
Ce que les Naturaliſtes ont jugé à propos
de décorer du grand nom de magafin ,
pour enrichir un fujet,peu fufceptible d'ornemens
lorfque l'on s'eft impofé la loi
de fuivre la Ñature dans toute la fimplicité
, n'eft qu'une étendue de terrein
48 MERCURE DE FRANCE.
un efpace que les Fourmis ont ménagé pour
leur fervir de retraite commune , lorfque
le tems approche de paffer dans leur fommeil
. C'eft- là auffi que l'on porte les vivres
pour la confommation journaliere , c'eſt
le réfectoire , la falle des feftins , & le
lieu d'affemblée ; il n'y a point de table
particuliere chez cetteRépublique , tout
-y eft en commun , differens rameaux conduifent
au même lieu . Cet efpace "n'eft
qu'à un pied de profondeur au plus . Si
on ébranle le terrein voiſin ( en l'ouvrant
foit avec la bêche , la pioche , ou autre
inftrument ) du lieu où elles fe retirent
elles fe difperfent dans les differens rameaux.
On ne peut douter qu'elles n'ayent
quelque recoin pour fervir de berceau à
leurs petits , auxquels on diftribue des
alimens proportionnés à leur extrême délicateffe
, lorfqu'ils viennent d'acquerir
deur derniere forme.
Quand les Fourmis trouvent des graines
en abondance , au-delà de leur néceffaire
, elles les dépofent dans quelques- uns
de leurs rameaux , ce font-là leurs greniers
ordinaires & extraordinaires , comme je
l'ai déja dit , mais dont elles font rarement
ufage.Elles en tirent journellement pour la
confommation ; dès que ces graines commençent
à fermenter , elles les forrent dehors
& les abandonnent. Quand
MA I. 1749 . 49
•
Quand elles ne trouvent que le néceffaire
, elles le portent directement à la
falle commune . Si les vivres font rares ,
on donne le néceffaire aux petits ; le refte
de la République fait diette .
J'ai fait fouiller des fourmillieres en
Avril : toutes les Fourmis étoient encore
dans leur fommeil & amoncelées .Elles n'étoient
pas à un pied de profondeur dans
la terre. Il n'y a ordinairement que peu de
Fourmis d'une fourmilliere, qui fe mettent
en quête. Si on veut en faire fortir des légions
de la fourmilliere, il n'y a qu'à pofer
ou répandre à un , deux & trois pieds de
diſtance, du pain bien émietté , où de menuës
graines.
Ceux qui ont trouvé du grain germé
dans des fourmillieres , n'ont pas compris
ce que je viens d'expliquer : ou la fourmilliere
étoit abandonnée, ou ce grain germé
étoit dans un rameau devenu inutile ,
& dont l'iffue intérieure étoit condamnée
ou bouchée .
Il arrive quelquefois que les Fourmis
abandonnent une fourmilliere , après s'être
creufé de nouveaux fouterrains , foit que
la folidité ou l'expofition du terrain , leur
convienne mieux que celui qu'elles quittent
, ou parce que l'eau y aura pris fa
pente.
C
50 MERCURE DEFRANCE.
J'ai lû autrefois dans un Voyageur , &
j'ai trouvé que les Indiens , pour conferver
les fruits qu'ils mettent dans le fucre
pofent les pots dans des baffins , où il y
à deux à trois pouces d'eau à peu près ; les,
Fourmis qui ne fçavent point nager & qui
craignent l'eau , montent au plancher
après avoir bien compaffé la ligne perpendiculaire
, elles fe laiffent tomber fur un pot
dont elles ont bientôt mis en piéces le papier
qui le couvre . Peu de voyageurs rapportent
la vérité . Ce récit a l'air bien fabuleux.
On trouve fous la Zone Torride differentes
espéces de Fourmis. Celles qui peuplent
les terres , dont la furface eft régulierement
couverte d'eau pendant deux
mois environ chaque année , établiſſent
leur fourmilliere fur la tige des arbres , où
l'inondation ne parvient jamais ( voyage
de Siam par M. de la Lobere. )
Celles de Batavia , dans l'Ifle de Java ,
font les leurs au haut des bamboches , efpéce
de canne creufe , groffe comme la
cuiffe à peu près.Elles fe font une route dans
la cavité de ce rofeau , au- deffus duquel elles
portent une terre graffe dont elles conftruifent
leur fourmilliere. François , le Guat,
édition de Londres , 1707 , tome 2. page
887.
MAI.
51 1749.
M. du Frény rapporte dans fon Journal
du mois de Juin 1711 , page 49 & fuivantes
, un très- long difcours touchant la
police des Fourmis. L'Auteur affûre n'avoir
obfervé que celles qui s'étoient établies dans
une caiffe pofée à une croifée d'un fecond
étage ; il avance bien légerement , mais
d'une maniere décifive .
1 °. Que les Fourmis rongent le germe
du grain .
2°. Qu'elles le fortent tous les jours , &
l'expofent au Soleil pour qu'il fe defféche.
3. Qu'elles fortent auffi chaque jour
un grand nombre de particules de terre
pour qu'elles fe cuifent au Soleil , & que
vers le déclin du jour , elles rentrent le
blé , & ces particules de terre qu'elles mé :
langent avec le grain pour le conferver.
4°. Que les Fourmis d'une fourmilliere
empruntent des Fourmis étrangeres , pour
les aider dans leurs travaux .
5 ° . Qu'elles fe prêtent entr'elles du
grain.
6°. L'Obfervateur fait efperer au Public
, de découvrir à quelles conditions ſe
font ces prêts.
7°. Il occupe cinquante Fourmis fur le
déclin du jour , pour amener un morceau
d'ardoife fur le trou de leur fourmilliere .
Je réponds à toutes les fpéculations.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
1º. Que files Fourmis fortoient leur
grain au Soleil , la précaution de leur faire
ronger le germe devient inutile , & même
dommageable. Le germe , comme je l'ai
déja dit , eft couvert de l'écorce ; elle le
garantit des impreffions de l'air , lequel
auroit un libre accès fur le grain , fi le germe
étoit rongé & découvert de l'écorce.
2°. Une fourmilliere ne prête point à
une autre fourmilliere . Elles font toutes
étrangeres entr'elles , & elles n'ont point
de commerce établi .
3. Beaucoup de Fourmis dépofent leur
fardeau proche du trou de la fourmilliere ,
& elles retournent à une autre quête : cette
manoeuvre, commune à toutes les Fourmis ;
a perfuadé à l'Obfervateur anonyme dont
je réfute les fauffes conjectures , que c'étoient
des Fourmis étrangeres , à gage , à
la journée , ou qui travailloient par COFvée.
Les Fourmis , qui dépofent ainfi leur
charge proche de l'ouverture de leur fourmilliere
, font affurées qu'elle eft en fûreté
, qu'aucune Fourmi étrangere ne fera
affez téméraire pour entrer dans les bornes
de leur territoire , & que quelque furveillant
de fa République s'emparera
promptement de la proye , qu'elle a mife à
deffein à fa portée , pour qu'il l'entre dans
le fouterrain,
M A I. 5:3 1749 .
4°. Rien de plus ordinaire que de voir
des Fourmis fe céder les unes aux autres le
fardeau qu'elles portent ou qu'elles traînent.
Celles qui cédent volontairement
leur charge , retournent fur le champ en
chercher une autre . Si la découverte eft
conſidérable , elles appellent à leur ſecours
toute la République . N'ayant découvert
que quelques greniers, elles fe réfervent la
gloire de les porter toutes jufqu'à la fourmilliere
, fi elles ne rencontrent aucunes
des leurs avant que d'y être arrivées .
5° . Toutes les Fourmis d'une même
fourmilliere fe connoiffent, aucune étrangere
ne tente à fe mêler avec elles . Si deux
étrangeres fe rencontrent , l'une des deux,.
fouvent toutes deux , rebrouffent chemin .
Elles fe battent quelquefois.
6°. Quand elles fortent du grain de leur
fourmilliere , c'est parce qu'il eft corrompu
; jamais elles ne le rentrent , ni la terre
qu'elles ont une fois fortie dehors . Elles
la rangent toujours en rond autour de
leur trou pour fe garantir des eaux .
Nous n'avons garde de permettre que la
décision de chofes ( M.de Fontenelle , Hiftoire
des Oracles , page 2 , Amfterdam
1701 ) foit fi facile : nous y faifons entrer
des préjugés qui y forment des embarras
bien plus grands que ceux qui s'y fullent
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
•
Trouvés naturellement ; & ces difficultés
qui ne viennent que de notre part ,
font
celles dont nous avons nous-mêmes le
plus de peine à nous démêler .
Quand les Philofophes ( dit le même
Auteur , p. 57 ) s'entêtent une fois d'un
préjugé , ils font plus incurables que le peuple
même , parce qu'ils s'entêtent également
, & du préjugé & des fauffes raifons
dont ils le foutiennent .
Suivant le fentiment de ce Sçavant ,
que l'expérience ne vérifie que trop ,
j'ofe avancer que la diverfité d'opinions ,
fur un fujet que tout le monde a également
fous les yeux , prouve combien
l'efprit humain eft fuperficiel, en fe portant
vers l'erreur par préference, avec une complaifance
orgueilleufe , qu'il faut toujours
applaudir,fi l'on ne veut s'expofer à ſe voir
traiter de ridicule , d'opiniâtre , de mifanrrope
, de Pyrrhonien . Soit qu'une diſpofition
naturelle nous faffe trouver le faux
merveilleux aimable , foit que les préjugés
de l'enfance faffent de trop profondes impreffions
fur notre intelligence , ou que la
lecture des fables ou des méchans livres
jette le trouble & la confufion dans les
idées du grand nombre ; la plupart de
ceux qui fe perfuadent d'être d'un ordre
fupérieur , & de pofféder les plus fubliMAI.
55 1749.
mes connoiffances , recherchent , difentils
, la vérité. Parlent-ils bien fincérement ?
Il arrive le plus fouvent qr'ils la rendent
méconnoiffable , en traitant les fujets les
plus fimples. Ils ajoutent qu'elle eft par
tout environnée d'obfcurité ; un tel langage
eft-il compétent ? Je le réduis à la
même valeur que les qualités occultes.
Avec un peu d'application , de difcernement
, & une judicieuſe réflexion , il y a
une infinité de chofes que le jugement
humain peut procurer , & expliquer avec
toute la précifion poffible. Il y en a une
infinité d'autres , fur lefquelles le Créa
teur a jetté un voile pour fervir de frein
à notre préfomption & à notre orgueil.
La vérité eft toujours accompagnée de la
fimplicité la plus négligée. Ses modeftes
ornemens , n'ayant rien d'éclatant ni de
frappant , la font méconnoître au grand
nombre , lequel fe contente le plus ordinairement,
pour éviter le travail , de charger
d'une broderie Litéraire de mode , les
deffeings de ceux qui l'ont précedé , fans
en corriger le fond , ni les ornemens défectueux
, & ne s'attachant qu'au clinquant,
pour amufer agréablement le Lecteur , fans
prévoir que le Difpenfateur de l'intelligence
en accordera fuffifamment à des hommes
médiocres , pour découvrir la vanité,
1
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
& le peu de jugement d'un Auteur téméraire.
C'eft le fort de la plupart des
travaux de l'efprit humain , lorfqu'ils n'ont
pas la vérité pour baze.
A Paris , le 13
Mars 1749.
1: @ b: ☁ ལྕི ཨོ
A M. L. D. B. aujour de l'an.
A La hauteur des rives de Cythére ,
Loin toutefois de l'Ile des Amours ,
Eft une autre Iſle où l'Amour ne va guére ;
Que pour y finir fes beaux jours .
Un Temple , auffi vieux que laterre ,
Y porte jufqu'au Ciel un dôme audacieux ,
Qui fixe les regards des amans curieux .
Sur le vafte contour de fon architecture
Brille le Plaifir en peinture ;
Les ris , les jeux , Jes appas féduifans ,
Volent autour de fes dehors charmans.
Dedans , tout change ; on y
voit en nature
Des amours morts on languiffaus ;
La morne douleur en fculpture
Allonge une pâle figure :
Ce Temple a le regret pour facrificateur ,
Les foucis pour enfans de choeur.
J
MA I.
1749. 57
Vers le centre > un Autel de bizarre ftructure
Offre aux yeux pour toute parure
- Bague , flambeau , nape , bandeau.
Ceft - là que de l'amour eft le trifte tombeau ;
C'eſt-là qu'après la fignaturė
D'une loi qu'on dit âpre & dure ,
Se prête le fatal ferment ,
Qui fit de tout tems maint parjure. '
Sous un plus favorable augure ,
C'eft-là que pour fceller un tendre engagement ,
Auquel, ainfi que moi , mon frere doit fon : ètre ,
Fut par vous conduit au grand Prêtre
Jadis un couple très- vivant ,
De vos vertus parlant ſouvent.
De ce tranquille & charmant Hymenée
Eft iffu la double lignée ,
Les deux freres , dont je fuis un ,
Aujourd'hui peut- être importun ,
Mais muni d'un affez beau titre ,
Pour le faire infcrire. au rege
De vos juftes admirateurs ,
Et qui verra calmer fa peine ,
S'il peut joindre fes fons à ceux que tous les
Mis
coeurs
Préparent au nouveau Mecéne ,
par le goût au rang des amateurs.
Dès l'âge tendre , où le plaifir volage
C▾
58 MERCURE DE FRANCE.
Livre le coeur aux frivoles amours ,
Moins diffipé , vous eûtes en partage
Ce goût heureux qui vous guida toujours.
Il préfida par vous à ma naiſſance ,
Mon coeur fe fent de fa vive influence ;
Le poffeder feroit fon feul defir.
Ambitieux de le connoître ,
Pour guide il voudroit vous choisir
Pourroit-il prendre un plus grand maître >
D.... foyez toujours heureux !
Que pour vous les Parques fans armes
Filent de longs jours pleins de charmes ,
Et puiffiez-vous de mes petits neveux ,
Si vers le port où l'amour fait nauffrage ,
Ils font tentés de faire un jour voyage ,
Etre encore le Protecteur ,
Le Pilote & l'introducteur !
De Beaumont.
柴柴宗宗᛬宗宗宗宗宗宗宗彩
A une Quêteuſe.
BElle enfant , moins jeune que ſage ,
Si je dois ainfi vous nommer ,
Vous , que l'efprit plus prompt que l'âge ,
Avant lui prit foin de former ;
Objet charmant en mignature
MAI.
1749- 19
Hebé feulement de figure ,
Minerve par les fentimens ;
Pour guider vos appas naiffans
Dans certaine cérémonie ,
Où de concert , votre bouche & vos yeux,
D'un air plus lutin que pieux ,
Malgré toute leur modeftie ,
Du tendre & devet fpectateur
Quêteront à la fois & la bourfe & le coeur
Je fuis le Mentor téméraire ,
Le Pilote par vous choifi ,
Plus que demi- fexagenaire ,
Trois fois de votre âge nanti :
Mais l'ombre embellit la peinture ;
La douceur de vos traits , l'éclat de vos beaux
yeux ,
Près des miens en brilleront mieux.
Jaloux de l'aimable figure ,
Sur fon inutile parure,
Votre fexe piqué lancera quelques traits.
Mais à tout foyez infenfible :
Sur la douceur de vos attraits
Notre fexe , juge infaillible ,
Sur vous feule fixant les yeux ,
Vous vengera des envieux.
Contre moi feul alors la mordante fatyre
Eguifera fon trait malin ;
Mais las ! que pourra- t'elle dire
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Qui trouble mon heureux deftin ?
Je verrai l'aimable Sophie ,
Pendant un jour entier , je lui tiendrai la main ,
Pourrai - je ne pas faire envie
Par le même.
LETTRE
De M. le Comte Algarotti , à M. Remond
de Sainte Albine.
M
Onfieur , je m'adreſſe à vous , pour
vous prier de vouloir bien inferer
dans votre Journal , que j'ai vû , avec autant
d'indignation que de furpriſe , la
prétendue traduction de mon Congrès de
Cythere , qui vient de paroître en Hollande.
Il m'importe trop , que le Public
fçache que je la défavoue en tout point.
Il n'y a prefque point de page , où il n'y ait
des fautes des plus groffieres contre le fens
de l'original . Mais ce qui m'a révolté le
plus , c'eft d'y avoir trouvé quantité d'additions
, qui contiennent ou des obſcénités
, ou des impiétés , ou des fatyres contre
des Corps refpectables, contre des perfonnes
que j'eftime beaucoup , & contre
plufieurs autres que je ne connois pas même
·
M A I. 1749 .
de nom. Cette déclaration n'eft faite que
pour ceux qui n'ont pas connoiffance de
l'original Italien , qui eft entre les mains
du Public depuis l'année 1746. Il faut
pourtant que j'avoue ici , que j'ai quelque
obligation au prétendu Traducteur. C'eſt
de n'avoir pas dit à la tête du Livre , qu'il
l'ait traduit de l'Italien . Auffi lui laiffai-je
toute entiere la gloire d'un ouvrage , qui
ne peut être que méprifé par les gens de
goût , & abhorré par les gens d'honneur.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Potzdam , ce is Février 1749 .
CHANSON
A Mad. ** , qui m'avoit demandé quelques
Couplets. Sur l'Air : Bouteille que vous
êtes heureufe !
QiUand de vos yeux le feu m'anime ,
Je fais fans peine une Chanſon ,
Mais s'ils me font trouver la rime ;
Ils me font perdre la raison .
XXX.
Cette perte , qu'on dit cruelle ,
il eft vrai , fans regret ; Me laiffe , il eft vrai ,
62 MERCURE DE FRANCE.
L'ennuyeufe raiſon vaut- elle
La douceur de voir vos attraits ?
***
Ceffez , ceffez de le prétendre ;
Mon coeur m'apprend qu'il n'en eft rien.
Charmante Iris , pour un coeur tendre
L'amour eft le fouverain bien ,
Un Sage , dès qu'il vous a vûe ,
'A la fageffe dit bon foir ,
Et du moment qu'il l'a perdue ,
Il ne craint que de la revoir.
***
Mais des Amours la tendre eſcorte
Laiffe peu craindre fon retour ;
Hélas ! la raifon la plus forte
L'eft moins que le plus foible amour.
***
Lorfqu'il nous fait fentir la flâme ,
On ne s'en peut débarraſſer ;
L'Amour chaffe tout de notre ame ,
Et rien ne l'en fçauroit chaffer.
Quand je voudrois rompre ma chaîne
MA I. 1749. 6-3
Je ne pourrois plus déformais ,
Mais quand je le pourrois fans peine ,
Mon coeur ne le voudroit jamais.
M. le Chevalier D * R ***
ENVOI DU SOPHA ,
A Mad. ** , qui la premiere fois que j'eus
l'honneur de la voir chez elle , me pria de
lui procurer une nouvelle lecture de cet
agréable Roman.
A
De
Llez , Sopha , voir plus d'Amours ,
graces , de lys & de rofes ,
Que vous n'en vîtes dans le cours
De toutes vos métamorphofes.
Des Livres les plus glorieux
Les deftins valent- ils les vôtres ?
Vous allez occuper deux yeux ,
Qui feuls en occupent mille autres ,
Mais pour me payer la douceur
D'une fi flatteuſe avanture ,
Rendez bien- tôt à fon Auteur
Le fort charmant qu'il vous procure.
Par le même.
64 MERCURE DE FRANCE .
asasisas és ésésésis és és és 22 é
MEMOIRE
Sur l'achevement du Louvre . Avril 1749.
LE Roi a donné les ordres pour l'ache vement du Louvre cette nouvelle
caufe une joye univerfelle .
De quelque façon qu'on s'y prenne ,
cette opération demande également du
tems & de la dépenfe.
Il y a deux façons de s'y prendre ; l'une
qu'on appellera le grand Projet , l'autre
le petit Projet.
Le grand Projet eft de continuer , tout au
tour de l'intérieur de la cour du Louvre ,
le troifiéme Ordre que Louis XIV. M.
Colbert & M. Perrault ont fait élever derriere
ce qu'on appelle la Colonade du
Louvre , qui regarde Saint Germain l'Auxerrois
ce troifiéme Ordre eft élevé juſques
à l'entablement dans toute la longueur
de la Colonade , & dans la partie
gauche de la Cour du Louvre , derriere la
façade qui eft du côté de la rue Saint Honoré
, jufques au milieu de la partie qui eft
entre le gros pavillon du milieu & celui
qui forme l'encoignure du Louvre du côté
de la rue du Chantre : tout le refte n'est
MA I. 1749. 6.5
point fait, & on n'y voit aujourd'hui qu'un
petit Attique ancien qui regne jufques à
Fencoignure de la face où eft élevé le troifiéme
Ordre du côté de la riviere . Pour
s'orienter , il faut fuppofer qu'on entre
dans la cour du Louvre par la porte qui
donne fur la petite place où aboutit la rue
Froidmanteau .
Ce qu'on appelle dans ce Mémoire le
petit Projet , eft de démolir ce troifiéme
Ordre , & de faire regner tout au tour de
la cour du Louvre un petit Attique pareil
à l'ancien . Dans l'une ou dans l'autre façon
, il y a prefque également à démolir
& à reconftruire de nouveau , car la plûpart
des anciens entablemens font mauvais
, & il en faudra faire de nouveaux ,
au moins dans les parties qu'il faut faire à
neuf. De plus , pour bien faire , il faut
mettre une balustrade fur tous les entablemens
anciens ou à reconftruire dans tout
le pourtour intérieur de la cour du Louvre ,
pour couronner convenablement & dignement
tous ces entablemens , & pour cacher
une partie des toits , ce qui coûtera égalelement
, foit qu'on continue le troifiéme
Ordre tout au pourtour intérieur de la
cour, foit qu'on fe conforme, pour les nouveaux
entablemens à conftruire , à ceux
qui font anciens.
66 MERCURE DE FRANCE.
On objectera peut- être contre ce qu'on
appelle dans ce Mémoire le grand Projet ,
que quand on viendra à toucher au troifiéme
Ordre commencé , il s'en ira tout
en pouffiere , parce qu'il y a plus de foixante
ans qu'il eft à découvert. A cela les
gens du métier répondent qu'il n'y aura
que la premiere affife ou tout au plus la
feconde d'endommagée , mais de quelque
façon qu'on s'y prenne , ne faudra - t'il pas
toujours faire à neuf les entablemens qui
ne coûteront pas plus à faire fur un Ordre
que fur un Attique ?
On doit dire en faveur du grand Projet,
que fi on le continue , la cour du Louvre
en aura beaucoup plus de nobleffe , de
grace & d'élévation ; elle peut parfaite
ment comporter cette élevation par l'étendue
qu'elle a aujourd'hui. L'ancien petit
Attique étoit convenable , fuivant l'intention
dans laquelle le Louvre a été com .
mencé autrefois ; fa cour ne devoit avoir
que le quart de l'étendue qu'elle a aujourd'hui
; & aujourd'hui fes bâtimens paroîtroient
bas & écrafés , fi on conformoit les
nouveaux entablemens à faire à ceux qui
font faits anciennement. Cet article demande
la plus grande attention .
Il en eft des Artiftes comme de tous les
autres hommes en général ; on peut les
MAI. 67 1749.
partager en trois claffes : la plus nombreu
fe eft celle des ignorans & des gens d'un
génie borné ; les Artiftes médiocres , & les
demi-connoiffeurs forment la feconde
elle eft prefque auffi nombreuſe que la
premiere la troifiéme , qui doit être la
premiere en confidération , eft celle des habiles
Artiftes & des bons connoiſſeurs ;
elle eſt peu étendue , & il eſt aifé de les
confulter pour une opération d'une aufli
grande conféquence , & fur laquelle il ne
faut pas prendre un parti à la légere dont
on fe repentiroit éternellement , car fi on
commence bien , on donnera l'exemple de
continuer de même, & fi on prend un mauvais
parti, on mettra nos fucceffeurs dans la
fâcheule néceffité ou de détruire ce qui aura
coûté beaucoup de tems & de dépenfe ,
d'achever avec regret & défagrément ce
qu'on aura mal commencé.
On peut affûrer que nos plus habiles
Architectes , nos meilleurs Artiſtes & nos
vrais Connoiffeurs , font pour le troifiéme
Ordre.
Il eft à remarquer qu'il y a au Louvre
quatre Pavillons aux quatre encoignures ,
& quatre autres dans les milieux des quatre
parties qui forment la cour (en tout
buit Pavillons ). Il faudroit , autant qu'on
*
68 MERCURE DE FRANCE.
le pourra , conferver ceux qui font faits ,
y conformer ceux qui reftent à faire ou à
achever , & les rendre tous uniformes , ce
qui n'eft peut - être pas poffible exactement
, voici pourquoi ; le Pavillon fous
lequel on paffe , quand on entre dans la
cour du Louvre du côté de la rue Froidmanteau
, eft plus élevé que les autres ; on
ignore pourquoi on a fait cette faute ,
car c'en eft une : les Caryatides gigantefques
qu'on y a miſes , écrafent d'une fa
con défagréable le petit Attique qui eft
au- deffous ; ( on parle de l'intérieur de la
cour ) cette partie pourroit être détruité ,
il n'en coûteroit que la démolition . Le
milieu de la Colonade du Louvre , du côté
de Saint Germain l'Auxerrois , eft couronné
par un fronton triangulaire ; on
pourroit y adoffer un fronton circulaire
du côté de l'intérieur de la cour , & en
former un pareil vis-à- vis à la place de la
partie formée par les Caryatides qui font
au Pavillon fous lequel on entre au Louvre.
Par ce moyen , ces deux parties , qui
font en face l'une de l'autre , fe trouveroient
de fymmétrie ; il en feroit de même
des autres Pavillons , & c .
Si on fupprime le troifiéme Ordre qui
eft adoffé à la Colonade du Louvre , &
MAI. 1749. 69
qu'on y éleve un Attique pareil aux anciens
, on ofe affûrer qu'il fera impoffible
de raccorder convenablement ( dans
cette partie ) la décoration intérieure avec
l'extérieure. Il en feroit de même de la
façade qui regarde la rue Saint Honoré.
CONCLUSION.
Il n'eft queftion aujourdh'ai que de bien
commencer , & de travailler petit- à-petit
fur un même Plan général bien conçû ; le
tems fera le refte .
Dimidiumfacti , qui coepit , habet ; fapere aude ;
Incipe
•
Horat. Epift. 2. Lib. I.
70 MERCURE DE FRANCE.
VERS
Pour mettre au - deffous d'une Estampe
qui repréfente M. de Fontenelle.
C'Eft ici 'Eft ici le portrait d'un Philofophe aimable ,
D'un fçavant fans orgueil & d'un ſage agréable ;
C'eft Fontenelle enfin , c'eft lui , chez qui les ans
N'ont pu faire aucun tort au génie , aux talens .
En tous lieux admiré des fçavans & des ſages ,
On voudroit qu'il vêcút autant que les ouvrages.
LETTRE
A M. D ***
› au fujet de la construction
d'un nouvel Hôtel-Dieu dans l'Ile des
Cygnes.
J'AV
'Avois vû , Monfieur , avec une grande
fatisfaction le projet de transférer l'Hôtel-
Dieu de Paris dans l'Ifle des Cygnes .
Comme cette idée m'affecte extraordinairement
, toutes les fois que je confidere
la cruelle fituation où le défaut de lits
& de bâtimens réduit les pauvres malades
, qui font en fi grand nombre dans ce
fameux Hôpital , il n'eſt pas étonnant que
MA I. 71 1749.
pas
faye été pénétré de la joye la plus vive ,
par l'efpérance que ce Mémoire rendu public
m'a fait concevoir qu'on y fe
roit l'attention la plus férieufe, Il n'eft
néceffaire d'être Chrétien , pour être tou
ché du fort de ces miférables ; il fuffit
d'être homme , & chacun doit fe dire à
la vûe de tant de morts & de mourans >
qui pêle mêle & côte à côte s'infectent
réciproquement , & fe communiquent fans
ceffe leurs maux , leurs douleurs , leur
impatience , leur défefpoir , ces belles paroles
qui firent autrefois tant d'impreffion
fur un Auditoire idolâtre : Homofum , bu
mani à me nil alienum puto.
Mais je vous avoue , Monfieur , que j'ai
été triftement furpris , quand j'ai trouvé ,
dans le Mercure du mois de Mars dernier
, la Lettre qui y eft inférée page 44
contre le Mémoire de M. le Jeune . Ne
femble- t- il pas que l'Auteur de cette Lettre
, peu frappé de tant d'objets capables
d'émouvoir , ait voulu par de vaines
objections , détourner les ames pieufes
, de méditer fur ce Mémoire , de fe
prêter au deffein qui y eft propofé , &
d'en avancer l'exécution . Car vous fçavez ,
Monfieur , qu'il fuffit pour la plupart de
ceux -mêmes qui font d'ailleurs bien intentionnés
, qu'on leur faffe entrevoir mal
72 MERCURE DE FRANCE .
à-propos quelques difficultés dans des entrepriſes
avantageufes, pour qu'ils les aban--
donnent & s'en dégoûtent . Nous fommes
ainfi faits ordinairement : il n'y a que
les ames fupérieures , & animées de cette
charité victorieufe des obftacles , qui une
fois bien pénétrées qu'une chofe eft un
bien néceffaire , vont toujours en avant ,
jufqu'à ce que ce bien foit fait. Mais el
les compofent le petit nombre , ces ames
prefque divines. Qu'étoit - il donc befoin
d'épuifer fon imagination , pour multiplier
des inconvéniens imaginaires , comme
à fait l'Auteur anonyme , & pour faire
perdre de vûe les inconvéniens réels &
frappans qui font gémir tous les
gens de
bien ? Que ne communiquoit-il fes difficultés
en particulier à M. le Jeune , fans
les rendre publiques ?. Je ne doute pas
que celui- ci ne les eût aifément réfolues
& qu'il ne le faffe même bien-tôt. Sans
vouloir le prévenit , ou lui en ôter le
mérite , j'efpere qu'il ne trouvera pas mauvais
que je hazarde auffi mes idées , & que
je me joigne à lui pour repouffer un adver
faire qui nous eft commun , puifque nous
penfons de même. Voyons donc les diffi
cultés propofées par l'Anonyme,
Premier inconvénient : il ne conviendroit
pas d'éloigner l'Hôtel - Dieu de la
Métropolitaine
MA I. 1749. 73
•
Métropolitaine & de M. l'Archevêque ,
qui repréfente le Fondateur , & qui doit
avoir l'oeil immédiatement fur cette Communauté.
Eft -il donc néceffaire pour exciter le
zéle & l'attention de ce Prélat , que cette
Communauté foit près de lui ? Sa vigilance
paftorale ne s'étend - elle pas éga-
Iement par -tout , & les Communautés
les plus éloignées , qui lui font foumifes
, n'en reffentent - elles pas les effets
continuels , foit par lui - même , foit par
ceux à qui il en confie le foin ? N'eft-il
pas en état de veiller à tout ? Qui erant longè,
factifunt propè , fuivant l'expreffion de l'Ecriture
.
Autre inconvénient : la diſtance qu'il
y auroit de ce nouvel Hôtel - Dieu aux
divers quartiers de Paris , rendroit le tranfport
des malades extrêmement pénible &
difficile .
1. Ce transport eft déja tel par rapport
à plufieurs quartiers , qui font trèséloignés
de l'Hôtel - Dieu actuel on ſe
ferviroit des mêmes voyes dont on fe fert
à préfent pour ces quartiers . 2 °. Outre
les petits bateaux qu'on pourroit établir
pour cet effet , qui empêcheroit que dans
tous les quartiers de la Ville , on n'établît
encore ou des litieres ou des chai.
D
I
74 MERCURE DE FRANCE
fes à porteurs , en attribuant des gages
& des priviléges à ceux qui en feroient
chargés ?
Troifiéme difficulté , & la feule qui mérite
attention . Où prendre les fonds immenfes
qui feront néceffaires pour la
conftruction du nouvel Hôtel - Dieu ? Penfet-
on que c'eft une Ville nouvelle qu'il faudroit
bâtir ? Les prendra-t-on , ces fonds ,
fur des reffources incertaines , fur les aumônes
, fur la bourfe des pauvres , fur une Loterie
, & c.
+
Sans doute , ces fonds doivent être certains
& folides. Je ne fçais pas quels font
ceux que M. le Jeune a en vûe , & qui
ne feroient à charge ni au Roi ni au Public.
Mais fans négliger ceux que pourroient
produire cafuellement ces aumônes ,
cette bourfe des pauvres , & une Loterie
, qui formée d'une certaine maniere
auroit vraiſemblablement un grand fuccès
› par rapport au pieux objet qui la
feroit établir , il fe préfente un moyen
auffi fimple qu'il eft affûré. Je le fonde
fur la bonté naturelle du Roi , fur fa
tendreffe pour fon peuple , fur fa fenfibilité
les malheureux . Mais je ne
prétends pas pour cela , en fuivant toujours
l'idée de M. le Jeune , laquelle eft
auffi la mienne , que Sa Majeſté détourne
pour
MA I. 1749.
75
,
à cet emploi des fonds destinés pour les
dépenfes ordinaires , pour les charges du
Gouvernement
ou pour la gloire & la
fplendeur de la Monarchie. Puifque Sa
Majefté elle - même , à l'exemple de fes
religieux prédéceffeurs , veut bien confentir
fouvent , que pour réparer ou conftruire
des Eglifes ou des Colléges , il foit établi
des Sequeftres d'Abbayes & de Bénéfices
Confiftoriaux , peut- on ne pas préfumer
des fentimens de piété qui l'animent
, qu'elle agrééroit volontiers cette
même voye dans le cas préfent , fi on
la lui propofoit , en lui en faiſant connoître
l'objet & l'utilité ? Ne feroit- ce pas
là après tout, rappeller à leur premiere deftination
ces biens aumônés par la charité
des Fidéles ? Quelque fagement diftribués
qu'on les fuppofe aujourd'hui , quelques
juftes raiſons qu'on ait eû de changer cette
deftination primitive ; qui ne voit , fi des
motifs d'intérêts particuliers ne font pen
fer autrement , combien il eft à défirer
que
cette même deſtination renouvellée ait
lieu ici au moins pour une vingtaine d'années
?
Suivant cette idée , fi conforme à l'humanité
& à la Religion , il n'y auroit
qu'à fequeftrerde ces Bénéfices Confiftoriaux
pour la valeur d'un million de li-
D ij
76 MERCURE DE FRANCE.
vres chacune de ces vingt années. On
pourroit de plus , fur tous les Bénéfices
auxquels Sa Majefté jugeroit encore à propos
de nommer établir des penfions en
›
faveur de l'Hôtel - Dieu , au lieu de celles
qu'elle y met affez ordinairement . Perfonne
ne peut fe plaindre d'un tel arrangement
, parce que perfonne n'a réellement
aucun droit acquis à ces Bénéfices.
On pourroit encore obtenir de Sa Majefté
, qu'elle permît à l'Hôtel- Dieu de Paris
de prendre de l'argent à rentes viageres
, ce qui ne paroît avoir aucun inconvénient
en tems de paix : ces rentes
viageres , affignées fur, les premieres Abbayes
vacantes , ne feroient par- là aucunement
à charge à cet Hôpital , & produiroient
bien-tôt des fonds fuffifans pour
commencer la conftruction du nouveau
en attendant qu'il y eût de ces Abbayes vacantes
pour la valeur annuelle ci - deſſus déterminée.
>
Je ne fais qu'indiquer tout cela , parce
qu'il fera facile d'y donner la derniere
main , dès que ce projet fera agréé. Qui empêcheroit
encore qu'outre tous ces moyens
propofés , & pour exciter l'émulation des
Bienfaicteurs , on ne leur accordât des honneurs
, des monumens de reconnoiffance
dans l'Eglife même du nouvel Hôpital
MA I. 1749. 7.7
que je voudrois qui fût fuperbe, & des lits
particuliers à leur difpofition , & à celle
de leur poftérité dans les falles de cette
Maifon , &c. Quelles fommes immenfes
tous ces moyens réunis & bien dirigés ne
produiroient - ils pas , fur- tout fi le Roi
vouloit bien paroître attentif à leur fuccès
?
Je crois donc pouvoir affurer que par
ce plan auffi fimple que facile , Paris pour-
Foit avoir dans ce court efpace de tems
l'Hôpital le plus commode & le plus magnifique
qu'il y ait dans toute l'Europe ,
puifque eu égard à la beauté & à l'étendue
de l'emplacement , ce dont l'Auteur
anonyme convient, on pourroit facilement
y établir jufqu'à dix mille fits pour les pau-
'vres malades .
Mais , dit cet Auteur , cet accroiffement
de bâtimens & de dépenfes extraordinaires
ne feroit qu'un bien très-momentané
; parce qu'alors toutes les perfonnes
tant foit peu indigentes s'y feroient
porter pour la plus légere infirmité ,
& cet Hôpital , quoiqu'immenfe , fe trouveroit
encore trop petit.
A cela je répons , 1 ° . qu'on pourroit établir
qu'aucun malade ne feroit reçû fans
un Certificat de fon Curé , qui atteſteroit
qu'il eft effectivement dans l'indigence . 2 ° .
Dj
78 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes groffes & les gens bleffés refteroient
où ils ſont , ainfi que je le dirai outà-
l'heure , ce qui feroit une grande décharge
pour le nouvel Hôtel- Dieu. Enfin ,
ou ces malades , qui fe ferent tranſporter
, ne feront pas réellement dans l'indigence
, ou ils y feront : or il n'y a pas
à préfumer que ce premier cas ait fouvent
lieu ; il fuffit pour cela de confulter l'amour
propre , & la répugnance naturelle
que toute perfonne un peu aifée a naturellement
de fe voir dans un tel lieu .
Pour ce qui eft du fecond cas , fans doute
qu'on doit recevoir tous les pauvres malades
>
mais on m'avouera qu'il arrivera
rarement qu'il y en ait jufqu'à dix
mille de tels , indépendamment
des bleffés
& des femmes groffes. S'il arrive quel
quefois qu'ils paffent ce nombre , alors
on en pourra mettre deux dans un lit ,
en obfervant la nature & les degrés des
maladies , ne placidis cocant immitia , mais
il n'y en aura jamais trois , jamais quatre ,
jamais cinq , fix & fept.
que
Je viens à la derniere difficulté propofée
par l'Auteur de la Lettre. Il faut , dit- il ,
l'Hôtel- Dieu de Paris foit fitué au centre
de la Ville & où il eft actuellement ,
afin qu'étant plus expofé aux yeux de tout
le monde , les charités foient plus abonMA
1. 1749. 79
dantes & plus excitées par la mifere des
pauvres malades.
Rien de plus aifé que de remédier encore
à cet inconvénient . Pour cela il n'y a
qu'à laiffer fubfifter une partie de l'Hôtel-
Dieu actuel , où l'on confervera des Salles
fuffifantes pour y mettre les bleffés & les
femmes groffes feulement , n'y ayant rien
à craindre de ces fortes de malades pour
l'infection de la riviere , car , quoiqu'en
dife cet Auteur , cette raifon doit entrer
pour beaucoup dans la conftruction du
nouvel Hôpital. Quel eft en effet l'homme
fenfé & inftruir , qui ne regarde pendant
un affez long efpace le côté de la
Seine où eft l'Hôtel-Dieu , comme un
cloaque , où la falubrité des eaux de ce
Fleuve doit être extrêmement altérée , au
grand préjudice de la fanté de ceux qui
en boivent ? Cet efpace ayant fes bornes à
caufe de la fluidité & du courant de l'eau ,
on voit affez que le même danger ne feroit
nullement à craindre les habitans qui pour
fe trouvent bien au- deffous de l'Ile des
Cignes. Il eft bien étonnant que l'Auteur
que je combats , ait pû faire cette comparaiſon
.
En laiffant donc ainfi fubfifter ces Salles
détachées & cette efpece d'Hôpital fuccurfal
, non-feulement celui de l'ifle des Cy-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
gnes en fera d'autant foulagé , ainfi que
je l'ai déja dit plus haut , mais encore la
charité des fidéles , qui affluent en tant
d'occafions vers le centre de Paris , fera
fuffisamment excitée par des objets toujours
préfens & également frappans, & cela
d'autant plus que perfonne n'ignorera que
ce ne fera là que la moindre partie des
pauvres malades de cette Ville immenfe ,
lefquels ne doivent tous compoſer enfemble
qu'une feule Communauté de ces membres
facrés de Jefus - Chrift , & auxquels
par conféquent les fruits de cette charité
doivent être communs.
Penfe-t'on d'ailleurs que le nouvel Hôpital
, pour être éloigné , en fera beaucoup
moins fréquenté ? Combien de gens , furtout
dans la belle faifon , feront invités
à s'y aller promener , principalement fi ;
comme je le conçois , on a foin d'y pratiquer
, foit dans l'Ifle même , fait vis-à- vis
& par un pont de communication dans la
plaine de Grenelle , de fpacieux jardins ,
auffi gracieux par les ornemens de l'Art ,
qu'utiles & curieux par les plantes qu'on
y cultivera pour l'ufage de cette fainte
Maifon ? Rien de plus facile que d'y préparer
de pieufes occafions pour y attirer le
concours des bonnes ames , en y établiſſant
des jours de dévotion & des Fêtes exraorMA
I. 1749. SI
dinaires , & en ayant l'attention d'y faire
prêcher les meilleurs Prédicateurs , ce qui
auroit lieu auffi pour l'Avent & le Carême
, ainfi qu'il fe pratique à l'Hôpital des
Quinze-Vingt. Je ne fais encore qu'indïquer
tout cela , perfuadé que Mrs les Adminiftrateurs
trouveront facilement des
reffources dans leur piété ingénieufe pour
perfectionner & étendre ces moyens.
Il me paroît , Monfieur , que l'Auteur
anonyme doit être à préfent fatisfait , puifqu'il
protefte à la fin de fa Lettre , qu'il
feroit ravi qu'en répondant à fes difficultés
, on trouvât le moyen de procurer la
commodité des pauvres malades d'une ma
niere qui fatisfit tout le monde. Ces difficultés
ne doivent plus faire de peine , aur
lieu qu'en laiffant l'Hôtel-Dieu où il eft ,
même avec les augmentations propofées
par cetAuteur , les inconvéniens objectés
par M. le Jeune , & dont tout le monde.
eft également frappé , fubfiftent & fubfifteront
toujours , au grand détriment des
pauvres malades & du public,
Je n'ajoûte plus qu'un mot. La France
eft l'Etat le plus puiffant & le plus florif.
fant que nous connoiffions : ce Royaume
eft fait pour fervir de modéle à tous les autres
, & le Roi Bien-aimé , qui le gouverne,
vient de leur donner un exemple de mo-
D v
S2 MERCURE DE FRANCE.
dération , dont on doit efperer des fuites
avantageufes pour tout le genre humain . II
convient donc auffi que l'hofpice , qui eſt
déja fondé depuis tant de tems dans la Capitale
de cet Etat pour l'Univers entier
devienne à tous égards le plus accompli
& le plus fomptneux des établiffemens de
cette efpece. Et fans chercher avec tant
d'efforts d'imagination un endroit dans
Paris pour y placer la Statue de ce Monarque
chéri , y en auroit- il un où elle
fût mieux que dans la Place qui ferviroit
d'avenue au nouvel Hôtel - Dieu , & qui
feroit fufceptible de la plus belle décoration
? Je n'y voudrois que ces mots , préferables
à toutes les Infcriptions les plus
faftucuſes,
Louis XV. le Bien- aimé , le modèle de la
charité Chrétienne & l'honneur de l'humanité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
De Nevers , le 22 Mars 1749 .
M A I. 1749. 83
A Mademoiſelle Granet de Manville , âgéé
de quinze ans , qui joue fupérieurement
du Clavecin.
Q Ui peut goûter le plaifir de t'entendre ,
Belle Manville , eft égal aux Dieux ;
Qui peut te voir, qui voit ton fouris tendre ,
Eft fans doute au- deffus d'eux ;
Que fera donc l'amant que tu rendras heureux ?
De Boimaiter.
說說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選
LETTRE
A M. de M. J. des M. fur un chemin des
environs de Beauvais .
J
E me flatte , Monfieur , que vous voudrez
bien me donner quelques éclairciffemens
fur ce que vous m'avez dit
dans un des petits voyages , que j'ai eu
l'honneur de faire avec vous l'Automne
paffé. Vous m'apprêtes que le chemin , fur
lequel nous étions alors , qui va d'Amiens
à Beauvais , par Flers , Hardivilliers &
Maulars , s'appelloit la Chauffée de Brunebant
, & avoit été fait par cette Reine.
›
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Quoique je n'aie ( par une ignorance inéxcufable
) qu'une legére teinture de l'Hiftoire
de France , je me rappellai que Branehaut
avoit été Reine d'Auftrafie , & que
ce Royaume ne s'étendoit pas jufqu'à la
Picardie. Dès ce premier moment , je n'ai
point été de votre fentiment , mais comme
j'ai trop de confiance en vos décifions
pour vous répliquer , quand je ne fuis pas
sûr de la folidité de vos raifons , je me fuis
tû. Mes doutes ont fermenté , je n'ai pas
pû y tenir ; vous connoiffez toute ma tranquillité
, quand quelque chofe m'inquiéte ,
je crois devoir vous faire part du fruit de
mes recherches.
que
Je laiffe au tems , Monfieur , à vous contefter
le nom que vous donnez à ce chemin
ma caufe eft en bonnes mains ; il a
rendu la chauffée impraticable aux voitures
en differens endroits ; il y a lieu de
croire que le nom ne s'en confervera plus
long- tems que parmi les Hiftoriens , car
il y a près de deux cens ans , l'on a
fubftitué à ce nom celui de Chauflée du
Roi dans les titres de plufieurs Terres des
environs , & le nom de Chauffée de Brunehaut
eft généralement ignoré des payfans
d'alentour. Au furplus , comme je m'intéreffe
fort peu au nom , je ne vous en dirai
plus rien , je paffe à l'Auteur du chemin ,
. dont je fuis bien plus en peine.
MAI
85 1749.
Je ne puis m'imaginer , Monfieur , que
Brunehaut , toute bonne que quelques
Auteurs s'efforçent de la rendre * , ait fait
la dépenfe de meubler fi magnifiquement
les Etats de Chilperic , fon beaufrere ,
dans le Royaume duquel ce chemin eſt enclavé
; j'ai beaucoup de raifons qui m'engagent
à penfer ainfi.
,
Suivant les meilleurs Hiftoriens , les
Romains ont fait faire les grands chemins
connus dans la Gaule Belgique , fous le
nom de Chauffées de Brunehaut . Bergier
nous apprend , dans fon excellente Hiftoire
des grands chemins de l'Empire **
qu'Agrippa , gendre d'Auguste , a fait faire
quatre grands chemins , qui commençoient
tous à Lyon ; que le plus long venoit au travers
de la Bourgogne à Troyes , delà à Châlons
, Reims , Soiffons , Noyon , Amiens ,
Je terminoit au Port fi célébre d'Iccius . Cet
Auteur dit au même endroit qu'il y avoit
-nombre de chemins traverfans , dépendans
des plusgrands , comme branches de leur tronc
principal ,faits exprès pour faciliter le paſſage
des armées de lieu en autre , en tous fens , &
pour rendre les grandes Villes d'autant plus
* Mariana Hiftoria de rebus Hifpania . M. de Cor
demoi , Hift. de France.
* Liv. 1. chap. 29 .
86 MERCURE DE FRANCE.
communicabies. Il cite autre part * un che .
min qui venoit d'Autun à Paris , où se divifant
il s'en alloit à Rouen d'un côté , &
à Beauvais de l'autre.
Dès que j'ai eu lû ce paffage , je me ſuis
fortifié dans mes foupçons , j'ai fongé que
dès que les Romains avoient fait un chemin
de Paris à Beauvais , à plus forte raifon
en avoient- ils fait un autre de Beauvais
à Amiens qui étoit alors , je crois ,
plus confidérable que Paris. En effet , ce
qui engageoit les Romains à faire ces fameux
chemins dans les Provinces éloignées
de la Capitale , n'étoit pas tant l'ambition
d'embellir l'Empire par ces monumens
illuftres , que d'être en état d'éteindre
les féditions dans leur naiffance , & de
contenir les peuples dans le devoir , en faifant
paroître tout à coup les légions refpectables
autant que reſpectées.
C'eft furtout dans le Beauvoifis , vous
en conviendrez , que ces précautions devoient
avoir lieu. Les peuples de ce Pays
avoient occupé Jules Céfar affez ſérieuſement
& affez long- tems , pour que fes
Succeffeurs négligeaffent les moyens de ſe
conferver les droits que ce grand homme
* P. 533. édition de Bruxelles , 1728.
MA I.
87
1749.
*
"
leur avoit acquis avec tant de peine. Il eft
certain , dit un Auteur du fiécle paffé
que les Villes & Pays de Beauvoifis furent
du' nombre de ceux , dont le premier foin
de Germanicus fut de s'affûrer par le ferment
d'obéiffancequ'il leur fit prêter à Tibere
après la mort d'Augufte.
Par ces raifons , Monfieur , je crois trèsvraisemblable
que les Romains ayent fait,
fuivant leurs principes , un chemin de
Beauvais à Amiens. Le Pere Meneftrier
fait mention ** de quatre chemins principaux
, qui commençant aux portes de
Lyon , s'élançoient aux extrêmités des
Gaules ; on ne peut pas douter que ce ne
foient ceux dont parle Bergier : mais dans
le détail que le fçavant Jefuite donne de
leur direction , il en cite un qui méne de
Lyon à l'Ocean par le Beauvoifis & le
Pays d'Amiens. Ce chemin paroît être le
même que Bergier a conduit par Reims ,
Soiffons , Noyon , &c.
Pour accorder ces deux chemins , je ne
vois d'autre moyen que de fuppofer que
le chemin , dont parle le Pere Meneftrier,
eft compofé , 1 ° . d'un chemin qui menoit
de Lyon à Autun ; l'importance de chacune
de ces deux Villes permet bien de
* M. Loifel , Mém, du Reauvois.
** Hift. Confulaire de Lyon.
88 MERCURE DE FRANCE.
croire qu'il y avoit entr'elles une communication
immédiate , furtout fi l'on fonge
que les Romains ne s'épargnoient pas ces
utilités .
2º. De çelui qui venoit d'Autun à Beauvais
, en paflant par Paris.
3° . D'un autre qui alloit de Beauvais à
Amiens , en paffant par Paris. Cette route
n'eft pas plus longue , que celle que Bergier
nous préfente. Pour moi je l'aimerois
mieux , car elle me femble bien favorable
à mon fentiment .
> vous Quoiqu'il en foit , Monſieur
avouerez que fi je trouve entre Amiens
& Beauvais une chauffée , qui porte differens
caractéres de celles que les Romains
appelloient aggeres Militares , elle formera
, avec tout ce que vous venez de lire,
un corps de conjectures qui n'eft point
méprifable. Le chemin qui conduit d'Amiens
à Beauvais par Flers , Hardivilliers * ,
& Maulars , eft dans plufieurs endroits relevé
de dix pieds & davantage , au-deffus
des terres voisines ; il eft tracé affez directement
, & les lifteres font affez paralleles ;
* Jefçais affez la Topographie de ce Canton , pour
être infruit que ce chemin ne paffe pas précisément
par Hardivilliers , & qu'en venant d'Amiens , on
Laiffe ce Village à gauche ; mais il en eft fi près que je
crois que vous ne releverez pas cettefaute.
MA I. 89
1749.
d'ailleurs il a confervé dans plufieurs Cartes
, & dans la mémoire de plufieurs per--
fonnes , le nom de Chauffée de Brunebaut.
Ces differentes particularités lui donnent,
felon moi , beaucoup de rapport avec
ce que Bergier écrit des chemins des Romains
dans la Gaule Belgique , au dix - feptiéme
chapitre du fecond Livre de fon
Hiftoire.
Quant à ce qui peut fonder votre fentiment
, voici , Monfieur , ce que j'ai trouvé
: Bergier , car c'eft tonjours à lui que
j'ai recours , nous rapporte , mais fans paroître
y ajouter beaucoup de foi , l'extrait
d'une vieille Chronique , où il eft dit
que Brunehaut a fait faire le chemin qui
va de Cambrai à la mer , par Arras &
Terouenne. Le Pere Daniel ** accorde
de plus à la Reine Brunehaut , d'avoir fait
rétablir les chemins de la Gaule Belgique ,
qui portent fon nom . Malgré le témoignage
refpectable de cet Auteur , je ne puis
me perfuader que cette Princeffe ait fait
travailler à des chemins qui lui étoient
étrangers. Je veux bien croire qu'elle a
donné fes foins pour l'amélioration des
differentes parties de ces chemins qui paffoient
dans les Etats , mais on ne doit pas
P. 104.
** Hift , de France.
90 MERCURE DE FRANCE. FRA
1 pour cela lui attribuer la gloire d'avoir
fait le refte. Ce feroit prendre une partie
pour le tout , cette licence eft trop forte ici ;
vous fçavez qu'il n'y a que....
Pictoribus atque Poëtis
Quid libet audendifemper fuit aquapoteftas.
>
Je vous ai promis de ne vous plus rien
dire fur le nom que vous donnez à notre
chemin mais permettez- moi de vous
prier de lire les chapitres 26 & 27 du
Livre de Bergier ; vous y. verrez que differentes
Fables ont pû faire donner à ces
chemins le nom de Brunehaut , & que differens
monumens , que la Princeffe de ce
nom a laiffés , ont beaucoup contribué à
faire croire qu'elle étoit l'Auteur des chemins.
J'ai crû , Monfieur , devoir faire inferer
cette Lettre dans le Mercure, parce que vos
occupations fi relatives au bien Public , ne
vous permettant pas toujours de fatisfaire
votre inclination à obliger , j'ai craint que
vous n'ayez pas le tems de me répondre ,
& j'ai efperé que quelqu'autre s'en chargeroit.
Il eft cependant vrai que j'ai compté
fur toute votre indulgence , pour commencer
un combat , pour lequel je ne fuis
peut- être pas fuffifamment armé. Quoiqu'il
en foit , vous devez être perfuadé ,
MAI. 91 1749.
que c'eft uniquement dans la vûe de m'inf
truire , que j'ai cherché des raifons contre
votre fentiment , & que l'efprit de contradiction
n'y a eu aucune part..
J'ai l'honneur d'être , & c .
B. D. Gr.... 1 , E. e . e. d. l. M. à Beauvais.
會
SOLUTION de la Queftion , proposée
dans le Mercure de Mars , p. 109 .
Mufe ,y penfez -vous bien ? Quelle eft done
votre audace ?
Arrêtez ... quoi ! vous qu'un rien embarraſſe,
Vous voulez aujourd'hui dans une queſtion
Vous mêler de donner votre décifion ?
On ne vous fera point de grace ,
Je vous en avertis ; prenez bien garde à vous.
De la gent habitant le Parnaffe ,
Le naturel n'eft pas fort doux ;
Leur oeil voit un défayt ? Rarement il le paffe.
Mais las quel eft votre maudit penchant
Vous vous moquez de cette remontrance ;
Eh bien , faites connoître à tous votre ignorance.
Ce que c'eft qu'une fille ! on ne peut un moment ,
fon honneur , la contraindre au fi- Même pour
lence.
92 MERCURE DE FRANCE.
Définiffons le fonge auparavant :
Le fonge n'eft qu'un jeu de la nature ,
Ou , fi je ne me trompe , une fimple impofture
Qui naît de l'affoupiflement ;
Auquel jamais homme en ce cas
Ne prit de part : je le prouve & l'aflure.
On rêve tous les jours de gens qu'on n'aime pas.
Or fuivant ce principe , & partant de ce pas ,
Quelle gloire Tircis tireroit- il d'un fonge ,
Pendant la nuit à Thémire infpiré ?
Aucune . Quelqu'il foit , c'est toujours un menfonge..
Mais lorfque du fommeil fon efprit retiré
Eft à lui -même entierement livré ,
Le fonge alors qu'elle fuppofe ,
Par l'amour feul eft fuggeré ,
Et comme librement , à fa tête , à fon gré ,
Elle l'ajufte & le compoſe ,
Il eft certainement la marque du plaifir ,
Que fon ame reffent à s'en entretenir.
que ce foit autre choſe.
Ce.dernier pour Tircis eft donc le plus flateur.
Je ne crois pas du moins
Je peux bien être dans l'erreur ,
Mais quant à moi , voici ce que je penfe ;
Je ne me pique point d'une vaine ſcience ;
Je me foumets , fois mon juge , Lecteur.
Hélas ! fi mon Iris , dont la rigueur m'accable ,
MAI. 1749.
93
M'en faifoit un jour un ſemblable ,
Quels préfages heureux ! quel espoir ! quel bon
heur !
J. F. Guichard,
Du premier Avril 1749 .
REMARQUE adreffée à M. Remond
de Sainte Albine , à l'occafion de la nouvelle
Notice de l'Artois .
' Ai lû aujourd'hui , Monfieur , tous les
Journaux qui ont paru à Paris le premier
du mois. Je ne puis vous dire pofitivement,
dans lequel de ces Ecrits périodiques
j'ai apperçu un éloge de la Notice du Pays
d'Artois , avec une petite reftriction. Cet
ouvrage , qui paroît depuis quelques mois,
eft , à ce que l'on dit , de M. Bultel , fecond
Préfident du Confeil d'Artois , lequel
en peu de mots a fourni la connoiffance
dont on avoit befoin , d'une Province
affez étendue . La reftriction , dans les
louanges que le Journaliſte donne à l'Auteur
, ne doit lui faire aucune peine ; on
ne lui reproche point de lourdes fautes ,
ni aucune mépriſe importante : mais feu-`
lement de n'avoir pas marqué , en parlant
94 MERCURE DE FRANCE.
de la Ville d'Arras , que le Roi Louis XI.
étant devenu maître de cette Ville , ordonna
qu'on l'appellât dans la fuite d'un
autre nom: fur quoi le même Journaliſte
fait la réflexion , qu'il eft plus facile aux
Rois de prendre des Villes que de réuffic
à en faire changer le nom , parce qu'effectivement
le nom que Louis XI. voulut
fubftituer à celui d'Arras , n'a pas eu cours ;
ou que s'il l'a eu , ç'a été durant fort peu
de tems. Mais n'admirerez -vous pas, Monfieur
, avec moi , que le Journaliſte , qui
veut relever dans l'Auteur de la Notice
une faute d'omiffion , en commet une
autre dans le fujet même dont il s'agit ?
Il dir que Louis XI . donna ordre , que
Ville d'Arras fût déformais appellée Merveille
: où a-t'il pris cela ? J'ai toujours oui
dire que le nom que ce Prince voulut lui
donnér , étoit Franchife. Quelques Hif
toriens imprimés l'ont déja remarqué ,
& fi j'ai bonne mémoire , je penfe que M.
de la Bruere a publié dans le Mercure ,
il
:
la
y a trois ans , un morceau où il en eft
fait mention au moins l'ai-je lû , il y a
nombre d'années , dans une Lettre d'un
Sçavant d'Arras à M. l'Abbé Lebeuf , ou
dans une de cet Abbé à ce Sçavant. Je n'ai
pas fous la main le Pere Daniel , mais j'ai
quelque fouvenir qu'il dit auffi , que c'eft
MAI. 95 1749.
le nom de Franchife que le Roi Louis XI.
voulut faire porter à la Ville d'Arras , &
que l'on a des Actes de fon tems , dans lef
quels en effet elle eft défignée fous ce
nom .
Si vous fouhaitez , Monfieur , que ceux
qui auront lû le même Journal d'Avril que
moi , ne restent pas long-tems dans l'erreur
, il dépendra de vous d'inferer au plutôt
dans le vôtre , le petit Mémoire que je
prends la liberté de vous envoyer ,
Ces Avril 1749.
E PITRE
©
A M. Bouguer , de l'Académie Royale des
Sciences de Paris & de celle de Bordeaux,
fur la nouvelle & fçavante Relation de fes
voyages dans l'Amérique Méridionale. Par
M. des Forges Maillard , Affocié des
Académies Royales des Belles Lettres
d'Angers & de la Rochelle , & Jon Compatriote.
R Eine du Pinde , éclatante Uranie ,
Vole embraffer Bouguer , ton nourriffon ,
Linx clair -voyant , dont le vafte génie
Connoît du Ciel le cours & la façon ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Autant & mieux que fa propre Patrie ,
Et mariant pratique & théorie ,
En fait à tous l'infaillible leçon.
Subtils efprits des bords de la Tamiſe ,
Sçavante part d'un peuple généreux ,
Indépendant , brave peuple qui priſe ,
De liberté puiffamment amoureux ,
Plus que fon fang, courage , honneur , franchiſe
Fiers Espagnols , de fa noble entrepriſe
Nobles rivaux , qui paſsâtes les mers !
Sçavans , épars dans l'immenfe Univers !
Lifez Bouguer , puifez dans fes voyages
Un jour nouveau , dites dans vos concerts ,
Dieu fit d'un mot fes fublimes ouvrages .
Sage & hardi , volant au haut des airs ,
Bouguer les fuit , & vainqueur des nuages ,
A nos regards il les a découverts .
Breton fameux , on m'a pourtant fçu dire ,
Qu'en tapinois , jaloux cherchoient à nuire
A tes progrès ; n'en conçoi nul ſouci ..
Pour l'écarter , le conte que voici ,
Ami très-cher , te doit certes fuffire.
Quand en ces lieux fcience defcendit
Des clairs manoirs du céleste Empirée ,
Son pur éclat foudain fe répandit ,
Et des humains elle fut adorée .
Mais de fes flancs en défaftres féconds ,
L'Enfer
MAI
.
97
1749.
L'Enfer pouffant fumée & tourbillons ,
Pour l'offufquer envoya Jalouſie ,
De lui porter les plus terribles coups ,
Sous beau maintien , de vif eſpoir ſaiſie.
Qu'arriva-t'il de fon aigre courroux ?
Nombre de gens , dont le regard volage
Ne s'étoit onc fur Science arrêté ,
L'examinant , lui rendirent hommage ,
Utilement épris de fa beauté.
Science ainfifi , grace à fon adverfaire ,
Dont le flambeau d'éxacte vérité
Fit éclipfer le projet téméraire ,
Vit des mortels , avec fincérité ,
Son Temple augufte encorplus fréquenté.
EPIGRAMME
Du même Auteur.
Si les injures que tu dis
Des vers , dont je m'amufe au bord de ce rivage ,
Rendoient les tiens meilleurs , on te diroit , écris,
Allons , ferme , Lubin , courage.
Tu veux te faire un nom , il n'importe à quel prix.
Mais il en advient autre chofe,
Comme quand le tardif & gluant limaçon ,
Tirant les yeux cornus hors de fon capuchon ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
S'efforce de grimper pour atteindre la roſe ,
Que de les longs affauts défend maint piqueron
Chacun en rit , la bouche clofe.
On dit avec un plaifaut ton •
Regardons s'enfiler ce brave limaçon.
***************K
EXTRAIT d'une Lettre de M. Euler ,
Profeffeur de Mathématiques , & Acadé
micien de l'Académie Impériale de Petersbourg
, à M. Wetstein , Chapelain & Secretaire
de S. A. R. le Prince de Galles
touchant les découvertes des Ruffiens au
Nord- Eft de l'Afie.
尊
Uifque vous voulez , Monfieur , être
informé d'une maniere plus particuliere
, des expéditions que les Ruffiens ont
faires au Nord & au Nord- Eft de l'Afie
2
je m'en vais vous apprendre tout ce qui
en a pû parvenir à ma connoiffance .
Quoique je fois charmé de vous donner
dans ces obfervations quelque lumiere au
fujer du paffage qu'on cherche actuellement
par la Bye d'Hudson ,je ferois en
même tems fâché que l'opinion du Capitaine
Behring ( qui croyoit que la nouvelle
Terre qu'il avoit découverte , étoit
jointe à la Californie ) nous fit douter du
Grand
Oby
OCCEAN
SEPTENTRIONAL
déMLscoo'osneucgtvoDeidCevnletooripd'gvut1ttlneEreladee3eeenseretrenss5sstsss
Detroit
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200
225
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Cercle
la Le
Polaire
100
200
225
44
ASTOR, LENOX
AND
INDEN
CO. NI
2
MAI.. 1749.
99
fuccès d'une auffi glorieufe entrepriſe que
celle que l'on tente actuellement
par
l'Ouest , & je voudrois que nous fûffions
convaincus de la vérité par quelque heureuſe
découverte. Quoiqu'il en foit , vous
ferez peut-être bien aife d'apprendre les
raifons fur lesquelles Behring a fondé fes
conjectures , nonobftant les objections que
vous m'avez faites à ce fujet , & que vous
avez bien voulu me
communiquer.
Or
premierement , le Capitaine Behring
avoit découvert une nouvelle Terre , à la
distance vers l'Eft de cinquante milles
d'Allemagne du Kamfchatka , & il a été
fort loin en la côtoyant , mais je ne sçautois
dire
précisément jufqu'où . Or
de cela feul , il paroît qu'il y a une diminution
ou
accroiffement à faire en longitude
de trente degrés ou environ : c'eſt
tout ce que vous fuppofez être entre le
dernier Cap de la Californie vers l'Ouest ,
& l'extrêmité la moins avancée de cette
Terre
nouvellement découverte vers l'Eft.
Secondement , Behring a obfervé une
éclipfe de Lune à Kamfchatka , d'où il a
conclu que cet endroit eft plus avancé vers
l'Eft, qu'il n'eft marqué dans aucunes - Cartes
, & que pour le repréfenter comme il
faut , il feroit néceffaire de le
tranfporter
dans l'autre
hémifphére de la Mappe-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
monde , puifque fa longitude eft de plus
de 180 degrés à l'Eft de l'Ile- de - Fer . Ainfi
les nouvelles Terres que Behring a découvertes
, s'approchent confidérablement
du dernier Cap de la Californie , & femblent
ne s'en éloigner que de peu de degrés.
Tout ce que nous pouvons done
encore efperer , feroit que dans l'endroit
inconnu il fe trouvât un détroit par le
quel la mer pacifique pût communiquer
avec la Baye d'Hudfon , mais fi on ne trouve
pas un femblable paffage , il en faudrą
conclure que quand même on pourroit
s'avancer par la Baye de Hudfon , & péné
trer plus loin qu'on n'a été jufqu'ici vers
P'Ouest , le détroit que l'on cherche , ne fe
trouveroit en ce cas que dans la mer glaciale
, d'où il s'enfuivroit qu'on ne pourroit
plus paffer dans l'Océan pacifique , que par
le voisinage de Kamfchatka . Or ce chemin
feroit trop long , & même trop dange
reux , & on ne pourroit peut- être le par
courir pendant le cours d'un Eté.
J'ai bien de la peine à croire que les
Ruffiens publient jamais les particularités
de leurs découvertes , foit de celles qui
ont été faites du Kamfchatka vers l'Amé
rique , foit de celles qui ont été faites fur
les côtes Septentrionales de l'Afie ; & ce
n'eft que d'une maniere vague & générale
ΜΑΙ. 1749. 101
que j'ai pû apprendre le fuccès de cette derniere
expédition. Au refte ce que je vais
vous dire, m'a été communiqué du Collége
de l'Amirauté par ordre de la Cour,pour en
faire ufage dans la Géographie de Ruflie ,
que j'étois alors chargé de dreffer.
Voici donc le détail de leurs differentes
expéditions. Les Mofcovites pafferent .
dans de très petits vaiffeaux entre la nouvelle
Zemble & le Continent , vers le milieu
de l'Eté, lorfque la mer étoit ouverte.
La premiere expédition fut en partant du
fleuve Oly , mais à l'entrée de l'Hyver les
vaiffeaux fe retirerent à l'embouchure de la
Jeniska, d'où ils retournerent en mer l'Eté
fuivant , pour s'avancer davantage vers
l'Orient ; ce qu'ils firent jufqu'à l'embouchure
de la Lena , où ils fe retirerent
pour y paffer l'Hyver.
La troifiéme expédition fut du fleuve
Lena jufqu'au Cap Nord- Eft de l'Afie ;
c'eft ici qu'ils ont perdu plufieurs de leurs
Batimens , & une grande partie de leurs
matelots , jufqu'à ne pouvoir plus s'avancer
, ni faire le tour , pour arriver à Kamschatka.
Mais on fit réflexion pour lors qu'une
autre entrepriſe feroit affez inutile , parce
que Behring avoit fait le tour de ce Cap .
en montant au Nord du Kamschatka.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Pour revenir au paffage ouvert par le
Weighats , quoique les Ruffiens n'ayent
pas effayé de faire le tour de la nouvelle
Zemble , cependant ils ont paffé entre ce
pays & la côte de l'Afie ; & comme les
Hollandois ont découvert autrefois les
côtes Septentrionales de la nouvelle Zemble
, nous pouvons être affûrés que cette
Terre eft véritablement une Ifle.
VERS
AMadame du Boccage , parJ. F. Guichard.
Sçavante & belle du Boccage ,
Digne de l'immortalité ,
Qui par un élegant * ouvrage ,
Qu'Apollon lui- même a dicté ,
Vous êtes attiré l'unanime fuffrage
Du Public enchanté !
Vous dont l'efprit profond & le brillant génie
Répand fur tout une grace infinie ;
Qui déployez dans vos vers les tréfors
D'une jufte & douce harmonie ,
Et qui d'Orphée égalez les accords ,
Accords , dont autrefois la Thrace fut ravie
* Le Poëme du Paradis terreftre.
MAI. ∙ 1749: 103
Permettez qu'en ce jour ,
Conduit , foutenu par l'Amour ,
Ce Dieu que depuis peu je connois , je revére ,
De tous vos charmes raviffans ,
Et de mes tendres fentimens
Je trace une image fincére .
Mais que dis -je , inſenſé Vaut-il pas mieux fe
taire
Que de faifir ces premiers mouvemens ?
Car quelque grande , hélas ! que foit cette matiere
,
Le fuccès eft douteux , le deffein téméraire.
Il n'appartient qu'à ces maîtres de l'Art ,
Qu'un jugement ſolide éclaire ,
De courir dans cette carriere.
Pour moi , qui n'ai qu'un coeur fans fard ,
Et dont le fol efprit ne fçut jamais rien faire ,
Je me tais . A ma Muſe , & badine & légére ,
De tels fentiers font inconnus.
De plus , pour peindre une Vénus ,
Il faudroit emprunter le pinceau d'un Homére ,
Et pour représenter au naturel l'ardeur
De ce feu dévorant , dont le progrès rapide
Signale le pouvoir du mérite enchanteur ,
Qui de tout tems en vous réfide ,
Il faut la plume d'un Ovide .
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Admirateur zélé de vos nobles écrits ,
Souffrez que je vous offre ici ce foible hommage.
Regardez-le comme le gage
D'un tendre coeur , de vos talens épris ,
Et fi ces vers , mes premiers fruits ,
Avoient l'heureux don de vous plaire ,
Je ne demande , en * Philoſophe auſtére ,
Qu'un feul de vos regards pour prix.
* L'Auteurfaitfon cours de Philofophie.
Du 26 Mars 1749.
EPITRE
A Mademoiſelle Brillant * .
E Leve de Thalie , & rivale des graces ,
Qui par un fouris enchanté
Sçais l'art d'enchaîner fur tes traces
Les defirs & la liberté ,
Les foupirs avec la gayeté !
O toi , jeune & charmante A&trice ,
Qui, quittant un Théatre à tes yeux limité,
* Mlle Brillant fi connue à l'Opera Comique par
fesgraces & fes talens , a reçû les mêmes applaudiſſemens
à la Comédie , & eft une des premieres Actrices
de la Province,
MA I. 1749.. 105
Trouvas Thalie à tes defirs propice ,
Te fis un jeu que l'inſtinct t'a dicté.
Adorable Brillant , reçois le jufte hommage
Des
D'un coeur , l'écho du fentiment.
regrets du public que ces vers foient le gage :
Pourquoi ne puis - je , hélas , les prouver autrement !
Tu pars ; à ton deffein j'applaudis en pleurant ;
La gloire , l'interêt , tes amis le confeillent.
L'Anglois , utile admirateur ,
N'eft pas toujours fombre & rêveur ;
Les charmes , les appas , les talens le réveillent ;
Je le vois t'applaudir de ces ftoïques mains ,
Qui fçavent & louer & payer le mérite :
Il reconnoît en toi des Ophils , des Gauffins
L'art féduifant ; il l'anime , il l'excite.
L'Amour , ton aftre protecteur ,
Accroît l'illufion , s'empare de fon coeur ,
Et déridant fon fens froid léthargique ,
Etouffe, en fouriant , la voix de la critique.
Vas donc ; fuis ton deftin ; rien ne peut t'arrêter ;
Comble les voeux de l'Angleterre,
Montre-Ini Venus & Cythére :
Louis fut fait pour la dompter ,
Et ton deftin eft de lui plaire .
Mais tu ne te dois pas toute entiere aux Anglois,
Reviens enfuite au ſein de ta Patrie ,
Vers cette Nation polie
Ev
S MERCURE DE FRANCE.
Ces charmans & legers François .
Viens à Paris ; rends lui la Quinaut & ſes charmes,
Son goût , fon efprit , fon talent ;
Ou plutôt fenfible à nos larmes ,
Viens à Lyon nous rendre la Brillant.
De Lyon , ce 29 Mars 1749.
On a dû expliquer l'Enigme & les Logogryphes
du Mercure d'Avril par Imprimerie
, Timpanon & Ecritoire. On trouve
dans le premier Logogryphe Paon , Pantin
, matin , Jo , Po , Pan , Taon , Pont , nom,
timon , point , point ,, PPiinn ,, Ponent Mont ,pot,
pain , main , ton , pion , ami , nain. On trouve
dans le fecond , Roi , terre , or , être , cor,
roc , cri , Ere , oye , cire , re & ire.
>
**X** X** X**X*X*XXX
J
ENIGM E.
'Ai de tout tems été dans le tonnerre
Je n'ai pourtantjamais été dans l'air :
Jamais on ne me vit en terre ,
Ni jamais auffi dans la mer :
Ami Lecteur , fi tu veux me connoître ,
Ne me faut pas chercher dans la clarté ,
Mais tu pourras me voir paroître,
En cherchant dans l'obscurité.
MAI. 107 1749.
LOGOGRYPHE.
JEE fuis un être incomparable ;
Qui fournit aux mortels l'utile & l'agréable
En tous lieux , en toute faiſon.
On trouve aifément dans mon nom
L'oiſeau qui des Romains fauva la Ville prife ;
Ce qui conduit nos pas à notre guife :
Ce qui donne de la faveur aux mets :
Ce qui retient & régie les fujets :
D'un infecte étranger l'inimitable ouvrage ,
Dont on fait des habits pour tout tems , pour tour
âge :
Ce qui refte d'un corps dont on öte la chair :
Un excellent poiſſon de mer ,
Affez commun , & de platte apparence ;
Une agréable fleur , l'ornement de la France
Et de plus un terrain tout environné d'eau ;
La liqueur que le vin dépofe en un tonneau ;
Enfin › pour tout vous dire avec franchiſe ,
Le mot , qui me défigne , eft d'ufage à l'Eglife.
AUTR E.
Souvent Ouvent le hazard me produit ;
Souvent je nais de la prudence :
J'ai part au bien , au mal : ce fut mon exiſtence
:
E vi
10S MERCURE DE FRANCE.
Qui fit Cromwel ce qu'on le vit.
Sept de mes pieds , Lecteur , forment un Général ,
Victime de l'Amour , & dont le fort fatal
Devroit à tout Guerrier être un exemple utile :
Avec ces mêmes pieds , fans être fort habile ,
Par an feulement tranfpofé
Je fais paroître une beauté ,
Dont Rome admira la ſageſſe ,
Et qui n'eut jamais de tendreffe
Que pour fon époux bien -aimé.
On trouve dans mon tout trois Villes , dont
l'Hiftoire
A confacré les noms au Temple de Mémoire ,
L'une où Sertorius , par un cruel deftin ,
Expira fous les coups d'un barbare affaffin ;
L'autre fervit d'azile au brave Ariftoméne ,
Et la troifiéme fut le refuge d'Euméne ;
Deux Poëtes François ; un célébre Orateur ;
Ce Prince , de Padouë illuftre Fondateur ;
Deux Héroïnes de la Fable ;
Objet à nos yeux admirable ;
Enfin ce métal précieux ,
Du regne de Louis fymbole glorieux.
Par M. de Lanevere , ancien Moufquetaire
du Roi , à Dax.
MAI.
109 1749.
AUTRE.
E Nnemi déclaré de tout le genre humain ,
Contre tous les défauts je déclame ſans ceſſe :
Je ne puis me livrer à la moindre careffe :
On ne remarque en moi qu'un air fombre & cha
grin.
Mon tout eft de dix parties ,
Qui , l'une à l'autre afforties ,
Peuvent offrir, fens differens.
Primo : 5 2 10,7 ,fans ceffe je démens
> >
Tout ce quel'on avance .
9,4 ,
7.4 , 2 >
& 3 ornement de la danſe ;
"
don > , 5 , que le Créateur 8 3
A fait à l'humaine nature ;
> 4 1 & 10, effence
pure , >
Deftinée à jouir du plus parfait bonheur.
7 , 10 , 9 , 8 & 3 , l'on me croit néceffaire
Après un long travail.
9 joint à 8 , le plus précieux métaila
4 , 2 , 1 , 10 & 7 , eft la plus grande affaire,
Qui de notre jeuneffe occupe le loifir.
9,4 2 , & • S le foutien de la vie.
3 , 4 , 5 , 6 , & 10 , fouvent pour le plaifir
Je vois que l'on m'oublie.
4 , 1 , & 2 , für dans la confidence.
2,7 , & 10 , tranſport , fureur >
Qu'excite en nous la moindre offenfe ,
110 MERCURE DEFRANCE.
9,4,7,2 , & 3 , jadis un raviffeur
Funefte à ſa famille.
9,4,5,2 › 10,7 , avec moi femme & fille ,
Quoique fingulier ornement",
Acquiert un nouvel agrément.
Ah ! c'eſt affez ; Lecteur , je te ménage ,
Pouvant encor former mainte opération .
Oui , je réſiſte à la tentation ,
Mais fouviens-toi , que ma premiere image
T'offre un mortel , hai & redouté ,
Et le fleau de la Société.
Fr. Roch
De Rouen , le 3 Mars 1749.
LOGO GRYPHUS.
Sæpè jocos , etiam triftes inimica querelas
Sæpe gero. Septem ex membris tria detrahe pri
ma ;
Præpetibus pennis nunquam reditura volabo.
Ultima præpofito reſtent tria membra fecundo
Segnes efficio fegnis. Nunc cautus eafdem
Litterulas alio converte bis ordine ; primùm
Me tulit Andinum tellus Saturnia vatem.
Sum tibi deinde puer , flammâ metuendus & arcu,
Non te detineam præfcriptis legibus ultrà ;
Ecce potes campo fpatiari liber aperto
MAI
1749. FIF
pri
Ifacidas ego rex volui difperdere ; poenas
Ipfe dedi mifer , heu ! mediis oppreffus in undis:
Sum locus, unde graves, cæfis lactentibus , olim
Auditi gemitus. Nunc poft data munera pacis
Europæ toti nofter non ingruit horror.
L. C. de S. d'Angers.
洗洗洗送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX- ARTS , ¿π.
EROPE , Tragédie . Par M. Clement.
A Paris , chez Prault, fils , Libraire,
Quai de Conty , vis-à- vis la defcente du
Pont- neuf , à la Charité , 1749. Avec Ap
probation & Permiffion du Roi.
M. Clement avoit prefque fini le troifiéme
Acte de fa Tragédie , lorfqu'il apprit
par M. le Marquis Maffei , que M. de Voltaire
traitoit le même fujet. » J'étois trop
>> avancé & trop peu raiſonnable , dit no-
» tre Auteur dans fa Préface , pour avoir
» le courage de reculer : je pourfuivis donc,
>> & crûs avoir achevé quelques mois
» après, fi bien que j'eus la témérité de lire
> ce premier effai chez une Dame illuftre
» par la délicateffe de fon goût & le choix
» de fes amis. M. de Fontenelle, toujours &
112 MERCURE DE FRANCE.
peut-être trop porté à encourager l'ap
"parence des talens , fe trouva chez elle
» ce jour-là , & tous deux m'écouterent
» avec tant de bonté , que le fieur du Fref-
» ne , qui étoit préfent , n'héfita point à
» me demander une lecture pour l'alfent-
» blée des Comédiens François. Ceux- ci
» n'eurent garde d'être fi indulgens : ils
» virent une partie des défauts de ma Pié-
» ce , & m'en dirent naïvement leur penfée.
Je fentis qu'ils avoient raiſon , & je
»réfolus d'oublier mon ouvrage , pour y
" revenir quelque jour de fang froid , s'il
» étoit poffible.... Il n'eft pas étonnant ,
ajoûte modeftement M. Clement , qu'un
» jeune homme de vingt- quatre ans , qui
en avoit employé douze ou treize * à
» l'étude du Grec , de l'Hébreu , du Droit
>> naturel & de la Théologie , tranfplanté
» tout-à- coup d'un pays de bonne & pref-
"que toujours folide littérature , dans le
féjour des Arts de toute efpece , & far
»tout des plus délicats & des plus recher-
>> chés , y eût débuté faire de mauvais
par
vers qu'il croyoit excellens.
39
Après avoir laiffé repofer fa Tragédie
pendant un an , le jeune Poëte fe remit à
l'ouvrage , & fon nouveau travail fut auffi
long que le premier l'avoit été peu , mais
* Par une inattention finguliere , l'Imprimeur „ au
lieu de treize , a mis vingt trois.
M A. I. 1749. 113
cependant , à ce qu'il nous affûre , il eut
achevé fa Piée avant que celle de M. de
Voltaire fût jouée . Sans doute M. Clement
s'eft long tems flatté que les Comédiens
répréfenteroient la fienne , & c'eſt
apparemment la raifon pour laquelle il a
differé de la faire imprimer.
La Fable de fon Poëme porte en général
fur les mêmes fondemens que celle de M.
de Voltaire , & par conféquent que celle
de M. le Marquis Maffei , mais la marche
de l'action eft differente .. M. Clement
avertit qu'il a crû devoir prendre ſoin de
reculer les évenemens , » afin de ménager
» l'intérêt , & de ne pas d'abord pouffer la
"gradation auffi vivement qu'il auroit pû.
Au refte il fe repent de n'avoir fait paroître
qu'au troifiéme Acte le fils de Mérope ,
lequel , de même que chez M. de Voltaire,
a reçû fous le nom d'Egifte l'éducation
d'une condition privée. Notre Auteur
n'eft pas moins fâché d'avoir fait interroger
le Prince
par le Tyran plutôt
que par
la Reine . » J'ai préferé
, dit-il , une varie- » té mal entendue
; je me fuis réſervé
pour » le quatriéme
Acte ; j'ai voulu me ménager
» une plus belle fuite de mouvemens
pour la grande
entrevûe
de la mere & du fils ; » j'y ai réuffi peut être , mais je me fuis
coupé un bras pour donner
plus de vi-
23
114 MERCURE DE FRANCE .
» gueur à l'autre. Il avoue auffi que n'ayant
olé tenter de fe tenir dans la même fimplicité
que M. de Voltaire , il a mieux aimé
s'appuyer d'un épifode d'amour , que de
rifquer de ne pouvoir fournir cinq Actes .
» C'est au Lecteur , continue - t'il , à déci
» der fi cet épifode eft bien lié au fujet ,
» s'il prend quelque chofe fur l'objet principal
, s'il en affoiblit ou s'il en favorife
» l'impreffion , enfin fi j'ai eu raiſon d'eſ-
» perer qu'il me produiroit au plus beau
moment de la Piéce une reconnoiffance
» plus heureufe, plus neuve, de plus grand
effet , & frappant plus de coups que celle
que M. de Voltaire a empruntée de
»M. Maffei. L'Amante que M. Clement
donne à Egiſte , eft Ifmene , fille d'Eurifthene
, Roi de Laconie. Ainfi que le fils
de Mérope , elle a été élevée dans l'igno- .
rance des parens dont elle eft née . Le hazard
a voulu que les perfonnes à qui ce
Prince & cette Princeffe ont été confiés
choififfent le même lieu pour afile ; & des
affaffins ayant attenté à la vie d'Ifmene ,
Egifte lui a confervé le jour . Un fervice
fi important n'a pas permis à Ifmene de
refufer au jeune Prince un coeur , qui depuis
long-tems n'avoit que trop de penchant
à fe donner à lui . Eurifthene , uni
à Mérope par les liens du fang , & inftruit
>
MAI. 1749. 115
que le légitime héritier du Trône de Meffene
refpire encore , fe dérermine à lui
faire époufer fa fille. Dans ce deflein , il
envoye cette Princeffe à Mérope , & il
charge en même- tems trois cens Laconiens
de fe rendre fécrettement à Meffene , pour
tenter de la délivrer du Tyran qui l'opprime.
Ifmene reconnoît fon amant , & au
lieu
que dans la Tragédie de M. de Voltai
re ce Prince eft arraché par fon Gouverneur
à la mort , c'eft par le fecours de la
fille d'Eurifthene qu'Egifte eft reconnu
de Mérope , dans le tems que cette Reine
fe prépare à le facrifier.
Bien des gens taxeront de témérité la
hardieffe de publier une Mérope après
celle de M. de Voltaire. Quelques- uns même
condamneront l'ouvrage de M.Clemènt,
fans le lire. Pour nous , fans comparer les
deux Tragédies , nous ne craindrons point
de dire qu'il y a dans la nouvelle diverſes
chofes dignes d'éloges. Elle a certainement
des défauts. L'aveu qu'Ifmene , fans
aucune néceffité , fait à Mérope dans la ſeconde
Scéne du fecond Acte , doit paroître
indécent & peu vrai-femblable . On
pourroit défirer que le dénoûment de la
Piéce fût plus clair . Partout la diction
n'eft pas également élégante & correcte ,
mais en général la conduite de ce Poëme
# 16 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas à beaucoup près fans art , & les
Juges équitables remarqueront dans les
détails plufieurs vers heureux . Le plus
grand tort de M. Clement eft de fe trouver
en concurrence avec un rival auffi redou
table que le fameux Auteur de la Henriade.
Nous avons annoncé dans le dernier
Mercure , que les Libraires Etrangers , &
ceux de Provinces , qui voudroient avoir
des Exemplaires de la nouvelle Mérope ,
étoient priés par l'Auteur , de s'adreffer directement
à lui . Sa demeure eſt chez Ringard
, Baigneur , dans la rue de Guenegaud.
RECHERCHES fur les caufes particulieres
des Phénoménes Electriques , fur les effets
nuifibles ou avantageux qu'on peut en attendre
. Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , de l'Inftitut de Bologne , &
Maître de Physique de Monfeigneur le
Dauphin. A Paris , chez les freres Guerin,
rue S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin ,
1749. Avec Approbation & Privilége du
Roi.
Dans un Mémoire que M. l'Abbé Nollet
lut en 1745 à l'Académie des Sciences ,
ce Sçavant avoit propofé , comme la caufe
générale des Phénoménes Electriques ,
M A I. 1749. 117
l'effluence & l'affluence fimultanées d'une
matiere fluide , très- fubtile , préfente partour,
& capable de s'enflammer par le choc
de fes propres rayons. Depuis , il s'eft appliqué
particulierement à examiner fi cette
théorie pourroit fervir à rendre raiſon ,
non - feulement des principaux Phénomé
nes, mais encore à expliquer leurs circonf
tances , & les effets qui en dépendent. Ce
nouveau volume eft le fruit de cet examen,
M. l'Abbé Nollet partage fon Ouvrage
en cinq Difcours , dont chacun a fon ob
jet particulier.
Le premier contient des réponses à quelques
Auteurs qui ont écrit fur l'Electricité,
& qui ont attaqué la Théorie de notre
Académicien , ou contredit les faits qu'il
a publiés ou adoptés .
A mesure qu'il s'éleve de nouvelles
Ecoles d'Electricité , les contradictions fe
multiplient de jour en jour , M. l'Abbé Nollet
remarque qu'il feroit peut-être juſte ,
mais qu'il n'eft pas poffible d'interdire cette
étude , ou la liberté d'écrire fur cette
matiere , aux perfonnes qui s'en acquittens
mal. Il penfe qu'il eft du moins à propos
de leur indiquer les fources d'erreur qu'on
doit éviter , & c'est ce qu'il a tâché de faire
dans le fecond & dans le troifiéme Difcours.
Après avoir examiné dans l'un tous
r18 MERCURE DE FRANCE.
les fignes par lefquels on juge de l'Elecricité
& de fes differens degrés de force , &
avoir fait voir par des exemples , que chacun
de ces fignes , s'il étoit confulté féparément
des autres , feroit capable de nous
faire prononcer des jugemens peu exacts ,
il fe propofe de faire connoître dans l'autre
les circonftances qui augmentent ou
affoibliffent la vertu électrique.
On verra dans le quatrième & le cinquiéme
Difcours , les recherches que M.
l'Abbé Nollet a faites pour découvrir quels
changemens on peut craindre ou efpérer de
caufer dans les corps en les électrifant. Il
a porté les épreuves fur ceux qui ne font
pas organifés , comme fur ceux qui le font,
& fur les liquides , comme fur les folides.
Son principal deffein étoit d'examiner
les effets de la vertu électrique fur les
plantes & fur les animaux . Ses autres ef-
Tais n'ont été que des préliminaires , par
lefquels il a cherché à entrevoir ce qu'il
pouvoit attendre d'une fuite d'expériences
, plus importantes , foit par les fujets
qu'il vouloit y appliquer , foit par la dépenfe
, le tems & les foins qu'elles exigeoient.
Ces cinq Difcours font fuivis de la Relation
d'un fait tout nouveau . » Il ne paaroîtra
peut-être,remarque Ml'Abbé NolMAI.
1749. 119
"
"
let , qu'admirable aux yeux de plufieurs
perfonnes , mais les vrais connoiffeurs
» verront bien-tôt , que moins merveil
» leux lui-même qu'il ne le paroît au vulgaire
, il révele tout le myftere de l'expérience
de Leyde , & qu'il fe range avec
» elle dans l'ordre des effets ordinaires,
» en confervant une légere diftinction .
L'ouvrage eft orné de Planches , & il eft
dédié au Duc de Savoye.
LE COMEDIEN. Ouvrage divifé en deux
Parties. Par M. Remond de Sainte Albine.
Seconde Edition , corrigée & augmentée,
A Paris , chez Vincent , fils , Libraire , rue
Saint Severin , 1749 .
Voici l'Avertiffement que l'Auteur a
mis à la tête de cette nouvelle Edition.
» La célerité du débit d'un Livre prou-
» ve qu'il a réuffi. Elle ne prouve pas qu'il
»foit digne de fon fuccès. J'attribue prin
»cipalement au bonheur que j'ai eu de fai-
» fir un fujet neuf, l'accueil favorable dont
» le Public a daigné récompenfer mon tra-
» vail . On m'a fçû gré d'avoir ofé le premier
effayer de fixer la Langue & la Théo-
" rie d'un Art , dont on avoit auffi peu
» défini les termes , que développé les
» principes ; & en faveur de la hardieffe
» du projet , on m'a pardonné les fautes
que j'ai pû commettre dans l'exécution.
20 MERCURE DE FRANCE.
» Autant qu'il a dépendu de moi , j'ai
corrigé dans cette feconde Edition les
endroits défectueux qu'on m'a fait appercevoir
, ou que de moi- même j'ai re-
» marqués dans la premiere . J'ai fait auffi
plufieurs additions , & l'on verra à la fin
de la feconde Partie quatre nouveaux
Chapitres , dans lefquels je donne divers
détails & quelques éclairciffemens
qu'on a paru défirer .
» Dès le commencement de l'ouvrage
➜on reconnoîtra un changement qui étoit
néceffaire. Lorfque j'ai avancé qu'un
Comédien avoit befoin d'efprit , je n'ai
pas prétendu que fans cet avantage il ne
pouvoit fe faire une réputation au Théa
tre.Mes idées fur cet article demandoient
d'être éxpliquées . J'ai tâché de les pré-
»fenter plus diftin &tement, en continuant
» cependant de foutenir que fi les perfon-
» nes de Théatre , auxquelles on a reproché
» le défaut d'efprit, ont mérité tous les éloges
qu'on leur a donnés , elles étoient
beaucoup plus fpirituelles qu'on ne le
fuppofoit.
"
» Pour combattre mon opinion fur cette
queftion de fait , on me cite des Actrices
» célebres , entre autres la Demoiſelle
» Chammellé , que Racine & Defpreaux
trouvoient une Comédienne admirable ,
» &
M A I. 1749. 124
à qui ils n'accordoient que l'inftinct &
» le fentiment. J'avois négligé d'obferver
à cette occafion , que dans les ames ex-
» trêmement fenfibles le fentiment de-
» vient quelquefois efprit , & j'ai réparé
cette omiffion . A l'égard des louan-
» ges prodiguées à des perfonnes de Théa-
»tre , même par des Poëtes dont la déci-
»fion femble devoir impofer , je n'ai point
» diffimulé ma pensée dans un des Chapi-
» tres que j'ai ajoûtés à mes remarques.
"
»
» Il eft inutile de détailler les autres
corrections que j'ai faites , & je dirai
» feulement un mot des additions. En
»analifant les regles de l'Art du Comédien
, je ne m'étois attaché qu'aux par-
» ties les plus nobles de cet Art. On a jugé
que je devois parler de celles d'un or-
» dre inférieur , du moins des plus impor-
» tantes. On a exigé auffi que je répondiffe
à plufieurs objections.
ور
»Si j'avois fuivi les confeils de certai-
» nes perfonnes , je ferois entré dans la
» difcuffion d'un grand nombre de qucf-
» tions qui intéreffent la perfection du
Spectacle. Elles ne feroient peut-être pas
» étrangeres à mon fujet , mais elles le fe-
» roient au plan que me preferit la divi-
• fion de mon Ouvrage , & par cette raiſon
» je me fuis abftenu de les examiner.
F
122 MERCURE DEFRANCE.
Nous ajoûterons à cet Avertiffement ,
que cette feconde Edition devoit être com
mencée dès le mois de Janvier , & qu'elle
a été retardée par divers contretems. Elle
ne céde point à la premiere pour la beauté
du papier & des caractéres, & elle lui eſt encore
fupérieure pour la correction . L'une
& l'autre ont le même format & les mêmes
vignettes.
Le défaut de place nous empêche de
nous étendre pour le préfent fur le fond
même de l'ouvrage . Nous lui donnerons
un article un peu plus long dans le prochain
Mercure .
REFLEXIONS fur le Comique Larmoyant.
Par M. M. D. C. Tréforier de France , &
Confeiller au Préfidial de la Rochelle ,
Académicien de la même Ville , adreffées
à M M. Arcere & Thylorier , de cette Aca
démie. A Paris , chez Durand , rue Saint
Jacques , au Griffon , & Piffot , Quai des
Auguftins , à la Sagelfe . 1749. Avec Approbation
& Permillion.
Que l'Auteur nous permette d'abord de
remarquer que n'ayant point deffein d'offenfer
un Académicien très- eftimable , &
voulant même rendre juftice aux taléns
diftingués de cet Ecrivain célebre , il auroit
du , en examinant le nouveau genre
de Comédie qui eft ici attaqué , ne pas
MA I.
123 1749.
donner dans fon Titre , à cette espece de
Poëme , la qualification que le feu Abbé
des Fontaines lui a donnée par dérifion.
Pour ce qui regarde les Réflexions dont
cet ouvrage eft compofé , nous ne pouvons
que louer la politéffe dont ordinairement
elles font accompagnées. On fent que
l'Auteur en général defire de ne bleffer
perfonne . Cependant , malgré tous les efforts
, il va plus loin qu'il ne veut , & fon
goût décidé, pour le Comique proprement
dit , l'emporte .
Il prétend que l'original d'une vraie Comédie
ne peut être un perfonnage entierement
vertueux , comme le font ceux du
nouveau genre , & que c'est un vice radical
, fur lequel toutes les beautés de détail
ne peuvent nous faire illufion ; que des
défaftres romanefques ne produifent point
d'impreffion utile , parce que rarement ils
font relatifs à la pofition où nous fommes
; qu'on peut être ému à la vûë de ces
tableaux ingénieux , mais qu'on ne tire
aucun profit pour foi -même d'un tiſſu d'évenemens
que le cours ordinaire des révolutions
humaines ne doit jamais amener
jufqu'à nous ; qu'il n'en eft pas de même
des portraits que le Poëte crayonne d'après
les vices & les ridicules ; que nous en
fommes tous fufceptibles , & que l'homme
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
le plus parfait porte toujours dans ſon elprit
& dans fon coeur le germe de certains
travers , de certains défauts que les occafions
fçavent bien développer.
Selon l'Auteur , non- feulement le nouveau
genre de Comédie eft vicieux par fa
nature , mais il ne peut procurer des plaifirs
auffi variés ni auffi naturels , que ceux
qui naiffent du vrai Comique.
99
39
» Le premier a tout le vuide des impreffions
produites par la lecture des Ro-
» mans. Comme eux , rempli d'intrigues
forcées , de fituations extraordinaires ,
de caractéres outrés , & fouvent plus
vrais que vrai-femblables , s'il caufe à l'a-
» me ce trouble involontaire qui la char-
» me dans le moment , c'eft que nous fom-
» mes touchés néceffairement les objets
» les plus faux , quand la peinture en eſt
» faite avec art..... Les impreffions de
plaifir , que nous fournit la Comédie
proprement dite , font d'un caractére
bien different. C'eft avec un agrément
toujours nouveau , que nous voyons ces
39
39
par
par
» portraits avoués la nature , tels que
» le Mifantrope
, l'Avare , le Muet , le
»Joueur , le Grondeur , le Glorieux.....
» Les plus brillantes moralités , les recon-
» noiffances multipliées
, nous apporte
ront- elles jamais des plaifirs compara
M A I. 1749. 1.25.
و د
» bles à ceux que nous donnent les Scénes.
d'Harpagon & de Frofine , de Valere &
» de Maître Jacques , du Bourgeois Gen-
»tilhomme & de fa Servante , & dans un
"genre plus élevé , la converſation médi-
»fante de Celiméne , auffi- bien que la
» maniere ingénieufe dont elle rend à la
>> prude Arfinoé fes traits fatiriques ?
L'Auteur de cette Brochure fe nomme
M. de Chaffiron. A la fin de fon ouvrage ,
il prédit que le nouveau Comique , légitimé
par
mode ', paffera avec elle , &
fera relegué au pays du Tragi - comique.
dont il eft forti . » Le beau fexe , dit - il ,
» protecteur de toutes les tendres nou-
» veautés , ne peut pas toujours vouloir
» pleurer , quoiqu'il veuille toujours fen-
" tir . Fions-nous en à fon inconftance . On
"peut mettre encore , au nombre des rai-
» fons qui dégoûteront du Comique Lar-
" moyant , la difficulté de réullir dans ce
>> genre .... Il faut ,pour y travailler avec fuc-
» cès , un génie auffi brillant , auffi cultivé
>> que celui de l'Auteur de Mélanide . M.
» de Fontenelle a un ton qui lui eft propre ,
» & qui lui fied admirablement bien , mais
qu'il eft impoffible ou dangereux d'imi-
» ter. M. de la Chauffée a le fien qu'il a
» créé , & qui trouvera peu d'imitateurs
» par la difficulté d'employer le même art
"}
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» & les mêmes couleurs auxquels il doit
» les applaudiffemens qu'il a reçûs .
DISSERTATION HISTORIQUE fur l'efpece
de mal de gorge gangreneux , qui a
regné parmi les enfans l'année derniere .
A Paris , chez Guillaume Desprez , Imprimeur
Ordinaire du Roi & du Clergé de
France , & P. G. Cavelier , Libraire , rue
S. Jacques , à S. Profper & aux trois Vertus.
1749. Avec Approbation & Privilége.
Après nous avoir donné un Journal
Hiftorique de plufieurs obfervations faites
fur cette maladie , l'Auteur décrit les fymptômes
qui la caractérisent . Il examine enfuite
fi c'eft une maladie nouvelle , & il
parcourt les principales caufes par lefquelles
elle peut être produite . Son ouvrage
eft terminé par un détail des moyens dont
on s'eft fervi utilement pour la guérir .
On a joint à cette Brochure une Lettre du
fçavant M. Aftruc.
GEOGRAPHIE moderne abregée , précédée
d'un Traité de la Sphère & du Globe , ornée
de plufieurs traits d'Hiftoire , tant
naturelle que politique , & terminée par
une Géographie Eccléfiaftique , où l'on
trouve tous les Archevêchés & Evêchés
de l'Eglife Catholique , & les principaux
des Eglifes Schifmatiques. Avec une Table
MAI. 1749. 127
des longitudes & latitudes des pricipales
Villes du monde , &c. A Paris , chez la
veuve Robinot , Quai des Auguftins , Claude-
Simon , pere , rue des Maçons , & Clande-
François Simon , fils , rue de la Parcheminerie
, 1748 .
Nous avons parlé de ce Livre avec
éloge , mais l'Auteur délirant que nous
nous expliquions d'une façon encore plus
préciſe fur fon ouvrage , nous ne lui refuferons
pas cette fatisfaction , & nous ajoutons
avec plaifir , à ce que nous avons déja
dit , que cette Géographie eft un abregé
des mieux faits & des plus méthodiques
que nous connoiflions . & que la lecture en
eft non-feulement utile , inais agréable .
⚫ DISCOURS en vers , & autres Poëfies. A
Genéve , chez Boufquet , 174 .
Plufieurs des morceaux , contenus dans
ce Recueil , avoient été déja imprimés ,
mais avec beaucoup de fautes. L'Auteur ſe
plaint de ce qu'il vient encore tout récemment
d'effuyer une de ces éditions barbares
, que feu M. de la Motte appelloit des
libelles diffamatoires. Pour n'avoir pas plus
long- tems le chagrin de fe voir ainfi défiguré
, il a réfolu de fe produire par
même , & de fe donner tel qu'il eft. Il y
gagnera fans doute auprès des Lecteurs ,
luif
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
& c'eft avec regret que nous ne copions
pas ici quelques- uns de fes vets.
LETTRES de Nicolas de Neufville , Scigneur
de Villeroy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , écrites à Jacques de Matignon ,
Maréchal de France , depuis 1581 jufqu'en
1596.. A Montelimar , 1749 .
La veuve Piffot mettra inceffamment en
vente un ouvrage intitulé , Choix de differens
morceaux de Poëfie , traduits de l'Anglois
par M. Trochereau . Ce Recueil contient
l'Effai fur la Poefie , par le Duc de
BUCKINGHAM ; l'Eſſai fur la maniere de traduire
les Poëtes , par le Comte de Roscoм-
MON ; le Temple de la Renommée par M.
POPPE ; l'Ode fur le pouvoir de la Musique ,
par DRYDEN , & le Choix , par POMFRET.
M. Trochereau joindra à fa Traduction une
Préface raifonnée fur ces ouvrages , avec
des notes hiftoriques & critiques.
L'Auteur des Tablettes hiftoriques , fe
difpofant à en donner une quatrième Partie
, dans laquelle il rapportera les créations
des principales Terres du Royaume
en Comtés & en Marquifats , & les noms
de leurs Poffeffeurs , il prie les perfonnes
qui y font intéreffées , de vouloir bien lui
envoyer les Mémoires inftructifs à ce fujet.
Il recevra auffi avec reconnoiffance ceux
M A I. 1749. 129
qu'on voudra bien lui adreffer pour des
corrections & des additions aux premieres
Parties. On les adreffera francs de Port ,
à M. de Nantigny , demeurant à l'Académie
Royale de M. Juan , Fauxbourg S.Germain ,
rue des Canettes.
LE RETOUR DE LA PAIX , Comédie en
un Acte en vers . Par M. de Boiffy. A Paris,
chez Cailleau , rue Saint Jacques , au deffus
de la rue des Mathurins , à S. André ,
1749.
On a rendu compte de cette Comédie
dans l'article des Spectacles du Mercure de
Mars.
BENJAMIN , OU Reconnoiffance de Jofeph.
Tragédie Chrétienne en trois Actes & en
vers. A Paris , chez le même Libraire ,
1749.
Pour faciliter à differentes perfonnes
qui l'ont défiré , l'ufage de la Méthode
nouvelle du Dictionnaire Universel , &c.
des Maréchauffées , des Connétables &
Maréchaux de France , l'Auteur a fait une
Table particuliere alphabétique des matieres
, pour chaque volume & chaque
partie qui y eft renfermée , en attendant
la Table générale des matieres contenues
dans tout l'ouvrage , & qui fera placée à la
fin du dernier volume.
Par ce moyen , chaque volume traitant
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
d'une matiere particuliere , & totalement
diftincte des précédens ou des fuivans , fe
trouve former un corps d'ouvrage féparé.
La Table du premier volume qui eft
en vente , fe diftribue actuellement chez
Prault , pere , Quai de Gêvres ; G. F.
Quillan , pere , rue Galande ; Chaubert
, Quai des Auguftins ; de Nully &
Debars , au Palais ; Prault , fils , Quai de
Conti ; Boudet , rue Saint Jacques ; Bauthe
, fils , Quai des Auguftins , & Quillau ,
fils , rue Saint Jacques. Si les perfonnes ,
qui ont le premier volume relié , veulent
y réunir fa Table , elles peuvent , ou le
remettre à G. F. Quillau , pere , qui le reprendra
, & donnera en échange un Exemplaire
en blanc avec la Table , en dédommagement
de la relieure ; ou joindre cette
Table à celle du fecond volume , qui paroîtra
inceffamment ; ou enfin fe fervir
feulement de cette Table , jufqu'après l'impreffion
totale de l'ouvrage , tems auquel
ces Tables particulieres pourront en quelque
forte devenir inutiles , au moyen de
la Table générale.
L'Auteur a auffi détaché de chaque volume
les objets principaux qui font perfonnels
, & d'un ufage plus familier &
plus néceffaire au Service journalier des
MAI. 1749. 131
Exemts , Brigadiers , Sous- Brigadiers , Archers-
Gardes , Archers-Huiffiers , Huiffiers-
Archers , Huiffiers - Sergens - Royaux &
d'Armes , & Cavaliers des Maréchauffées ,
& des Prevôtés à la fuite de Meffieurs les Maréchaux
de France ; & il en a compofé un Recueil
, ou Extrait, en trois parties, en faveur
de ceux de ces Officiers qui voudront
s'inftruire de ce qui peut concerner leurs
Fonctions , Service , Droits , Exemptions
& Priviléges , & c. fans être obligés de
faire les frais de l'ouvrage entier. Il y a
une Table alphabétique des matieres pour
chaque partie , qui rend l'ufage de cet
extrait auffi prompt que facile .
Les Libraires diftribuent actuellement
la premiere partie ; la feconde & la troifiéme
paroîtront avec les volumes fuivans,
qui font fous preffe .
LES AMUSEMENS du Parnaffe . Méthode
courte & facile pour apprendre à toucher
le Clavecin , avec les plus jolis airs à la
mode , où les doigts font chiffrés pour les
Commençans ; enfemble les principes de
Mufique. Livre premier ; par M. Corrette ,
Organifte des grands Jacobins . Prix 4 liv
A Paris , chez l'Auteur , rue Beaurepaire ;
Madame Boivin , à la Régle d'or , rue
Saint Honoré , le Clerc , à la Croix d'or ,
rue du Roulle. M. Corrette eft connu par
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
le nombre & la bonté de fes compofitions
pour l'orgue , le clavecin , le violoncelle ,
le violon , la flute & les voix.
ELECTIONS de l'Académie Royale
des Belles - Lettres
Ar la mort de M. Freret , M. Bonamy
Papaffé la
cette Académie dans celle des Penfionnaires.
Le 18 de ce mois , l'Académie élut
Meffieurs Menard & Bertin de Blagni
pour remplir la place , que la nomination
de M. Bonamy à celle de Penfionnaire laiffoit
vacante parmi les Affociés. M. Menard
, connu par le Livre intitulé , les
Maurs & les Ufages des Grecs , a été choifi
par Sa Majefté . On publiera inceffamment
le premier volume d'un ouvrage confidérable
, auquel ce nouvel Académicien trawaille
, & qui eft l'Hiftoire Civile , Eccléfiaftique
& Littéraire de la Ville de Nifmes.
Il a annoncé auffi l'année derniere une
Collection de Piéces fugitives pour fervir à
P'Hiftoire de France.
Informés depuis peu de tenis feulement,
que M. Capperonier a été nommé Affocié
de l'Académie , à la place de feu M. Oner,
MCA I 1749. 733
nous n'avons point annoncé au Public
cette élection qui a été faite , il y aa déja
quelque mois.
A cette occafion , Meffieurs les Secretaires
des Académies font très -inftamment
priés , de vouloir bien envoyer exactement
à M. Remond de Sainte Albine , les
notes des morts des Académiciens , ainfi
que les dattes des élections , & les noms.
des fujets choifis pour remplir les placesvacantes
, afin qu'il puiffe en être fait mention
, foit dans le Mercure , foit dans la
Gazette de France , laquelle ne parloit ordinairement
que des élections & des morts
des Membres de l'Académie Françoife , &
qui à l'avenir payera auffi ce jufte tribut
aux deux autres Académies.
ASSEMBLEE publique de la Société
Littéraire d'Arras.
LA
A Société Littéraire d'Arras tint le
22 Mars dernier fon affemblée publique.
M. Cornuel , élû quelque tems auparavant
pour faire les fonctions de Di
recteur , prononça un difcours à cette occafion
, dans lequel il fit entrer un éloge
du Roi , relatif à la publication de la Paix,
& M. Cauwet , Chancelier , après avoir
134 MERCURE DE FRANCE.
auffi remercié la Compagnie de fa nomination
à cet emploi , lut un Mémoire pour
fervir à l'Hiftoire de Robert II . Comte
d'Artois. Enfuite M. l'Abbé Galhaut ,
Chanoine de la Cathédrale d'Arras , nouvellement
reçû dans la Société , fir fon remercîment
, auquel répondit le Directeur.
M. Harduin , Secretaire perpétuel , lut des
obfervations fur les voyelles de la Langue
Françoife. M. Binot donna une Differtation
fur l'antiquité de l'Eglife d'Arras .
Un autre Affocié , qui ne s'eft point nommé
, a fait lire un Difcours , dont le but
étoit de prouver , qu'il feroit avantageux
pour les hommes , d'apprendre les Sciences
aux femmes ; & la féance a été terminée
par la lecture de quelques Epigrammes de
M. Harduin .
LETTRE de M. *** , à M. Remond de
Sainte Albine , au fujet des nouvelles tentatives
, faites par les Anglois pour paſſer
de la Baye d'Hudſon dans la mer du Sud.
>
E vous ai déja communiqué , Monfeur
,une Traduction qui qua été remiſe,
de l'Hiſtoire abrégée des découvertes
faites en dernier lieu par les Moſcovites ,
qui ont enfin appris que le paffage eft
MAI. 1749.
135
ouvert par le détroit de Weigatz , & qu'on
pourroit abfolument pénétrer par le Nord-
Eft à la mer du Sud , au Japon , à la Chine
& aux Moluques : la petite Carte, qui y eft
jointe , eft plus exacte qu'aucune de celles
qui ayent été publiées en ces derniers tems,
ayant été tirée ou réduite d'après celles de
l'Atlas Ruffien , imprimé il y a deux ans
à Pétersbourg , & qui s'eft vendu chez
Briaffon.
Il faut auffi convenir qu'il y auroit de
très-grandes incommodités , & des périls à
effuyer dans cette nouvelle navigation , laquelle
feroit d'autant moins praticable ,
que nous fçavons enfin aujourd'hui qu'il
feroit néceffaire de côtoyer la Tartarie
dans la Zone Glaciale , & qu'il n'y auroit
rien de plus pénible que d'aller doubler le
Cap le plus feptentrional de l'Afie à près
de 73 degrés de latitude , par une longitude
qui s'étend au moins de 30 degrés
plus vers l'Eft , qu'on ne fe l'étoit imagi-
.né. Ces circonftances ont vraisemblablement
fait tourner les vûes nouvelles de
ceux qui cherchent le paffage par le Nord,
du côté de l'autre navigation , c'eft - à -dire
vers celle qui a été tentée autrefois au
Nord-Ouest , mais fur tout par la Baye
d'Hudfon.
Car outre que la navigation qu'on
136 MERCURE DE FRANCE.
·
pourroit entreprendre de ce côté- là , feroit
bien moins longue & périlleuse quel'au- ·
tre , fur tout fi l'on partoit des Colonies
d'Amérique , il faut d'ailleurs confidérer
qu'à peine y doit-on rencontrer des glaces,
le paffage qu'on fe flatte de trouver par le
Nord- Ouest , étant dans la Zone Tempe
rée , vers le foixante-troifiéme degré de
latitude.
. On va publier inceffamment en François
une Collection générale des differentes
navigations , faites depuis environ
deux cens ans , pour trouver un paffage par
le Nord - Oueſt : mais on aura le plaifir d'y
voir que les dernieres navigations faites
par les Anglois ont donné de grandes
efperances de le découvrir , en pénétrant
à la mer du Sud par le Nord- Ouest de la
Baye d'Hudfon . Au refte , fi l'on n'a point
encore réuffi dans une femblable découverte
, la faute en doit être rejettée fur
ceux qui ont commandé la derniere expédition
, & qui en font revenus l'année
derniere : il eft fâcheux que des vûes
des vûes pro--
chaines d'intérêt faffent communément
échouer les plus grandes entreprifes .
Cependant , fuppofé qu'on trouvât un
libre paffage par le Nord - Oueſt de la Baye
d'Hudfon , eft- il douteux qu'une pareille
découverte ne pût caufer une révolution
MA I. 1749. . 137
fubite dans le commerce , & dans les établiffemens
des Nations les plus puiffantes
de l'Europe ? Le mauvais fuccès des Flottes
, envoyées par la Nation Angloife dans
les expéditions les plus éloignées , n'eft
pas fuffifante pour la décourager , & fuppofé
qu'il n'y eût rien à craindre immédiatement
après la découverte d'un femblable
paffage pour nos Colonies Françoifes
en Amérique , ni pour les Villes du
Roi d'Espagne , fituées à la côte de la mer
du Sud , on ne peut nier cependant que les
Philippines ou les Moluques ne fuffent
bientôt menacées.
L'efperance de ceux d'entre les Anglois,
qui défirent le plus vivement de trouver
ce paffage , eft principalement fondée fur
les trois articles fuivans. Auffi eft- ce dans
cette opinion qu'ils vont y envoyer de
nouveaux Vaiffeaux & d'autres Comman-"
dans. Car 1 ° . on trouve de très - grandes
marées , & des courans bien rapides , au
Nord- Ouest de la Baye d'Hudfon . En fecond
lieu , toutes les rivieres qui tombent
dans cette mer du côté de l'Oucft , font peu
confidérables , même à leur en bouchure
ce qui indique affez que leurs fources né
fçauroient être bien éloignées , & que le
continent eft peu étendu vers l'Oucft . Le
troifiéme argument eft tiré , comme on le
138 MERCURE DE FRANCE .
verra ci- après , de l'apparition & du peu
de féjour des baleines .
Or fi l'on fe donne la peine de jetter les
yeux fur le Globe de Senex , qui fe voit
dans le Cabinet du Jardin Royal , ou fur
les dernières Mappemondes ou Cartes publiées
depuis quelques années , comment
peut-on prétendre ( n'y en ayant pas une
feule preuve ) que la Californie s'étend
jufqu'aux environs du Kamfchatka ? Cette
opinion de Bebring , & de quelques modernes
qui feroient tentés de l'introduire ,
n'eft autre choſe qu'une opinion ancienne
& furannée , comme on peut s'en convaincre
par la Mappemonde de Litfchot ( celui
qui le premier a publié la route & le cheque
les Européens devoient tenir
pour fuivre les Portugais aux Indes Orientales
) & qui avoit été adopté juſqu'au
tems de Blaeu : mais ce dernier a corrigé
cette erreur , & a détruit à la fin cette opinion
,comme on peut s'en affûrer en confultant
les differentes éditions de fes Globes .
Voici la Traduction que je vous envoye
du Mémoire envoyé à Londres le
Février 1747 .
min
21
M A I. -1749. 139
Eclairciffemens envoyés par M. le Chevalier
Arthur Dobbs à M. Wetstein , Chapelain
Secretaire du Prince de Galles , an
fujet de la diftance entre l'Afie & l'Amérique.
E vous fuis , Monfieur , extrêmement
voulu prendre d'entretenir une correfpondance
avec le Profeffeur Euler , au
fujet des découvertes que les Mofcovites
ont faites vers l'Eft du Kamfchatka , comme
auffi de l'extrait que vous m'avez envoyé
du dernier voyage de Behring, &
des découvertes qu'il a faites au Nord- Eſt
du Japon. A la vérité , M. Euler convient
que ce qui lui en a été communiqué ,
eft affez imparfait , n'ayant jamais vû
aucun Journal , affez détaillé , & où l'on
ait fixé les latitudes & longitudes des Pays
nouvellement découverts. Mais puifque
M. Euler , entraîné par l'opinion du Capitaine
Behring , femble fe fixer à croire
que les Pays nouvellement découverts font
joints à la Californie , c'est -à- dire aux dernieres
Terres connues du Continent de
l'Amerique , la Californie , comme on
fçait , n'étant pas une Ifle , je ne puis
m'empêcher de vous dire , qu'en ceci mon
opinion eft bien differente de celle de M.
140 MERCURE DEFRANCE.
Euler , car autrement je ferois obligé d'a
vouer franchement , qu'il n'y a plus de
paffage à efperer de trouver du Nord Oueſt
de la Baye d'Hudfon à la mer du Sud , ou
dans l'Ocean Occidental de l'Amérique ,
à moins qu'on n'entreprît une longue navigation
de près de 70 degrés en longitude
, c'est -à- dire , de toute la diftance qui
fe trouve entre le Cap Gitué au Nord- Eft de
l'Afie , & le Nord - Ouest de la Baye d'Hudfon
, enforte qu'il faudroit même naviguer
jufques fur un parallele auffi feptentrional
qu'eft le cercle Polaire , avant que de pénétrer
dans la mer Pacifique .
Or il eft vifible qu'en ce cas , le nouveau
paffage trouvé pourroit être appellé avec
quelque raifon un paffage impraticable ,
puifqu'il ne feroit pas poffible de l'aller
chercher dans un même Eté..
Mais comme M. Euler a bien voulu me
déduire les raifons , fur lesquelles le Capitaine
Bebring a fondé fon opinion , puiſqu'il
fe fonde principalement fur la petite
diftance qu'il fuppofe entre la côte qu'il a
nouvellement découverte , & la côte occidentale
d'Amérique , autrement nommée
la Californie ; puifqu'il a prétendu , disje
, que la Californie eft beaucoup plus
voifine du Cap , fitué au Nord Eft de l'Àfie ,
qu'elle ne l'eft en effet , je ferai bien aife ,
MAI. 1749 . 141
qu'en remerciant M. Euler , de ce qu'il a
bien voulu nous communiquer tout ce
qu'il a pû apprendre au fujet des nouvelles
découvertes , vous lui fafliez connoître
en quoi mon opinion eft differente de celle
de Bebring , celui - ci n'ayant pas fait de .
difficulté d'affûrer que les terres , qu'il
avoit nouvellement découvertes , n'étoient
autre chofe que les dernieres parties du
Continent de l'Amérique , c'est-à - dire ,
qu'elles font une continuation de la Californie.
Or fi M. Euler a trouvé que les
raifons , fur lesquelles je fonde mon opinion
, font fuffifantes pour rendre plus que
probable , qu'il peut y avoir une grande
ouverture ou paffage entre les terres
nouvellement découvertes & la Califor
nie , je fuis bien aife que ce célébre & fçavant
Profeffeur penfe , que nous pouvons
efperer de trouver enfin un paffage par la
Baye d'Hudfon , à l'Ouest de l'Ocean de
l'Amérique , & cela fans être empêché par
les glaces après avoir paffé le détroit d'Hud-
Son,
Je conçois pourtant que M.Euler a penfé
que nous nous étions un peu jettés dans
l'erreur , & que nous nous étions trop flatrés
, en ne confidérant pas que le Cap fitué
au Nord- Eft de l'Afie eft beaucoup
plus à l'Eft qu'il n'a été fuppofé jufqu'ici
#42 MERCURE DE FRANGE.
dans toutes les Cartes. La fituation de ce
Cap fui paroît actuellement bien connue ,
par le moyen
d'une Eclipfe de Lune , obfervée
par le Capitaine Bebring au Kamschatka.
Or j'ai un Extrait depuis long- tems du
Journal & des premieres découvertes faites
à ce fujet en 1728 & 1729 , quand
Behring , dans fon premier voyage , a obfervé
l'Eclipfe de Lune & calculé la longitude
du lieu. Je m'en fuis donc tenu à la
longitude qu'il a fixée , & je fuis d'accord
que ce Cap Nord- Eft eft , comme Behring
l'a établi , dans l'autre Hémisphere ; qu'il
eft à l'Eft beaucoup plus qu'on ne l'avoit
fuppofé , foit à l'égard de l'Ifle de Fer ,
foit à l'égard du Méridien de Londres ; or
voici ce qui doit s'en fuivre.
Behring fixe fon Cap fitué au Nord- Eft
de l'Afie à 126 degrés 7 minutes vers
l'Eft de la longitude ou Méridien de To- .
bolski ; Tobolski eft 86 degrés à l'Eſt de
I'lfle de Fer , deforre que ce Cap eft 212
degrés 7 minutes à l'Eft de l'Ifle de Fer , &
par conféquent à 194 degrés vers l'Eft du
Méridien de Londres. D'un autre côté le
Capitaine Midleton a obfervé les Satellites
de Jupiter dans la riviere de Churchill ,
une des rivieres qui tombe dans la Baye
d'Hudfon , & par ces obfervations cette
MA I. 1749.
143
riviere fe trouve 95 degrés à l'Ouest du
Méridien de Londres , ce qui étant ajoûté
à 194 degrés , la fomme eft 289 degrés ,
d'où l'on tire 71 degrés de difference en
longitude entre le Cap fitué au Nord Eft
de l'Afie & la riviere de Churchill, Mais
à 65 degrés de latitude feptentrionale , fi
l'on compte 8 lieues, ( de celles dont il y a
20 au degré & qu'on nomme vulgairement
lieues Marines , pour chaque degré de
longitude , les 71 degrés ci deffus donneront
pour la diftance comprife entre le
Cap le plus avancé de l'Afie & la Baye
d'Hudſon , environ 568 lieues.
Nous connoiffons auffi très -bien la longitude
du Cap le plus feptentrional du
Japon , fitué à 40 degrés de latitude. Sa
fituation fe déduit très - exactement des ob.
fervations faites par les Jefuites à Pekin ,
enforte que ce Cap eft environ 150 degrés
à l'Eft de Londres , & on fçait auffi , d'après
les meilleurs calculs , la longitude de
la Californie , dont le Cap le plus avancé
& qui eft à 40 degrés de latitude Boreale,
eft à 130 degrés de longitude à l'Oueft du
Méridien de Londres. C'eft pourquoi ,
comme fous ce parallele de 40 degrés de
latitude , 17 lieues répondent à un degré
de longitude , la diftance entre les deux
Caps fera par conféquent de 1360 lieues,
144 MERCURE DE FRANCE.
On tire auffi du même calcul la diftance
de la Californie au Cap fitué au Nord Eft
de l'Afie de 7 à Soo lieues. D'où il eft aifé
de voir
que
y avoir
dans
un
fi grand
efpace
il peut
avoir de très-grands Continens ou Ifles
* , fans être obligé de fuppofer avec le
Capitaine Behring, que le pays qu'il a
nouvellement découvert eft un même continent
, ou contigu à l'Amérique , & qu'il
s'étend jufqu'à la Californie . On peut , disje
, raifonnablement conjecturer qu'il y a
un Canal ouvert ou une mer large de so
ou 100 lieues entre le pays nouvellement
découvert & la Californie.
Voyons comment ceci s'accorde avec le
récit communiqué par M. Euler. Il eft dit
que Behring a fait voile d'abord vers le
Sud jufqu'aux Ifles du fapon , & qu'étant
parti de - là il a fait voile vers l'Eft d'environ
so milles germaniques , ce qui , en
comptant les lieues marines de zo au degré
, donne environ 80 lieues , dont Behring
fe feroit avancé vers l'Eft . Or à cette
diſtance du Japon il a découvert des terres
* Les Japonnois , dans une de leur Mappemonde
imprimée au Japon , ont placé précisément au même
endroit deux Ifles aufli grandes que l'Irlande ,
& leur ont donné un nom . Cela fe voit fur cette
Carte apportée du Japon par Kempfer en 1686 , &
qui eft dans le Cabinet de M. Sloane .
dont
MAI. 145 1749 .
dont le giffement s'étendoit au Nord-
Oueft. Behring les a cotoyées, & de -là s'approchant
duČapNord - Eft fans prendre terre,
il n'eft entré dans aucun Portjufqu'à - ce
qu'il ait trouvé l'embouchure d'une grande
riviere ; d'où ayant envoyé fes Chaloupes
& quelques hommes à terre , il n'en a
jamais eu de nouvelles, foit qu'ils fe foient
égarés , qu'ils ayent été tués ou réduits en
elclavage par les Sauvages ; ce malheur a
été caule d'une interruption dans, les découvertes
qu'il projettoit de faire. Et fon
Vaiffeau ayant échoué , Behring eft mort
bien-tôt après dans une Ifle inhabitée.
,
Au refte , comme dans ce récit je ne trouve
àinfi que j'ai dit , aucune longitude pi
latitude fixée par les obfervations , je fuis
porté à croire que Behring a fait voile de
Kamfchatka vers le Sud-Eft,& qu'il a peutêtre
navigué plus au Sud que le cinquantiéme
degré de datitude. Or il faut qu'il
ait trouvé un pays fitué au Nord-Est du
Japon , puifque fans cela , eenn llee cotoyant
par le Nord-Ouest , il n'auroit jamais pû
s'approcher du Cap Nord Eft , lequel Cap
eft au moins 40 degrés de longitude à
l'Et du Japon ; car fi Behring a d'abord
fait 80 lieues à l'Eft du Japon , il faut bien
qu'il ait fait route au Nord- Eft pour parvenir
au Cap Nord-Eft. Cela étant il y a
G
146 MERCURE DE FRANCE .
apparence que cette côte a dû.être une
partie de celle qu'il avoit déja vûe dans fon
premier voyage , lorfqu'il perdit une de
fes ancres. C'est la côte que Gama avoit
découverte , & que les Hollandois ont appellée
depuis Terres de la Compagnie , fituées
fur les côtes à l'Eft du Détroit de
Uzicez , c'est- à- dire 7 à 800 lieues à l'Oueſt
des dernieres Terres connues de l'Améri
l'é que . Or fi je fuppofe 700 lieues pour
tendue du pays ou de l'Ifle nouvellement
découvette vers l'Eft , il restera encore
un paffage de plus de 100 lieues pour communiquer
de la , Mer du Sud ou Mer
ра-
cifique à la Baye d'Hudſon , & c'eft fans
doute cette Mer ou ce Détroit qui caufe
des courans & d'auffi grandes marées que
celles qu'on trouve en effet au Nord- Ouest
de la Baye d'Hudfon , de -même qu'un libre
paffage aux Baleines qu'on trouve en fi
grande quantité dans l'ouverture fituée au
Nord- Oueft de cette Baye , & que la Nation
Sauvage des Eskimaux pêche en une
auffi grande quantité ; car pour que les Baleines
puiffent pénétrer de l'Océan Atlantique
dans la Baye d'Hudson , je ne fçaurois
croire qu'elles faffent un auffi grand tour,
comme de venir du Japon au Cap Nord-
Eft , & de- là s'avançant jufquà 70 degrés
ou 560 lieues venir dans la Baye pour
MA I. 1749. 147
d'Hudjon , elles n'y puiffent arriver qu'au
mois de Jain , pour y refter feulement jufqu'en
Septembre , après quoi elles retourneroient
par un auffi long chemin dans la
Mer du Sud pour y paffer l'Hyver .
Confidérons préfentement que puifque
Behring a feulement cotoyé les nouvelles
Terres à une certaine diftance , il n'a pû
s'affûrer s'il étoit vis-à-vis d'un Continent
ou d'une grande Ifle ; or la fuppofition
d'une grande Ifle en ce lieu me paroît la
plus probable .
LETTRE de M. Louis , Affocié de l'Académie
Royale de Chirurgie , à M. Ró-,
mond de Sainte Albine.
M
Onfieur , la façon avec laquelle
M. le Cat m'a fait l'honneur de met
traiter dans votre Mercure du mois de
Mars dernier , me difpenfe de lui répli
quer , fur le fonds des difficultés qui paroiffent
fubfifter entre nous fur l'opération
de la Taille . Les perfonnes que ces
détails n'amufent point, ne feroient point
affectées de mes raifons ; & je préfume en
avoir affez dit , pour celles qui font capa .
bles de juger de nos differends.
Il ne m'eft cependant pas poffible de nepas
repouffer le trait le plus envenimé
G ij
14S MERCURE DE FRANCE.
qu'on puiffe lancer contre la réputation
d'un jeune homme. M. le Cat vous prie
de remarquer , Monfieur, que
de trois per-
Jonnes que j'ai taillées par ma méthode , deux
font mortes de l'operation , & que la troifiéme
languit dans des tourmens qui enfont les fuites.
Le Certificat ci -joint , qui m'a été délivré
par le Chirurgien Major de l'Hôtel-Dieu
d'Orleans , & qui eft légalifé par les Adminiſtrateurs
, entre lefquels font Meffieurs
les premiers Magiftrats , détruit
pleinement cette imputation , Je défie même
M. le Cat , & tous fes correfpondans ,
de prouver que qui que ce foit que j'aie
taillé , foit mert ; quoique j'aie autant pra
tiqué cette opération qu'un homme de
mon âge ait pû le faire.
M. le Cat ne m'a jamais vû opérer ; il
ne connoît mon opération que fort imparfaitement
, il affûre néanmoins qu'il la
poffede comme moi- même.Il mepermettra d'en
douter. Il m'a mis lui-même dans le cas de
n'en rien croire. Tout le monde fçait que
M. le Cat a actuellement une difpute dans
le Journal de Verdun avec un Anonyme
Aureur d'un nouveau Lithotome , qu'il
révendique. Dans le Mercure de Mars dernier
, M. le Cat affûre que mon opération ,
eft tout-à -fait contraire aux principes de notre
Art , les plus évidens & les plus univer
MA I.. 1749. 149
fellement reçûs ; & il venoit de me citer
avantageufement dans le Journal de Verdun
, & de rapporter d'après moi , contre
l'Anonyme , le principe que j'ai pofé ſur
l'opération de la Taille. J'ai crû , Morfieur
, devoir remercier M. le Cat de la
mention honorable qu'il avoit faite de
moi dans ce Journal : mais comme je fuis
incapable d'aucun ftratagême dans mes phrafes
, comme M. le Cat n'en a accufé depuis,
je pris la liberté de lui repréfenter que
fa Critique n'étoit point digne de lui , &
qu'il n'avoit pas conçu un feul mot für
le méchanisme du nouveau Lythotome.
M. le Cat me répond ; fa Lettre eft du
dixiéme Mars dernier.... » Je vous parois
»ne point blâmer affez le nouveau Lytho-
» tome caché ; mais je ne le puis blâmer
و د
que fur ce que j'en fçai : je ne l'aijamais
» vù il faut fe fervir d'un inftrument pour
-» en bien connoître les défauts ; vous avez
apparement paffé par- là .... Inftruiſez-
» moi de tous les défauts que vous avez
» remarqué dans cet inftrument , & je
-> joindrai votre Lettre à la mienne dans la
¿» réplique que je ferai à la réponſe qu'on
» me prépare.
Après un tel aveu , Monfieur , dois-je
croire M. le Cat auffi au fair de ma méthode
que noi- même , & doit-on prendre
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
fes allégations pour des argumens décififs ?
Il devroit être plus circonfpect , furtout
lorfque fes Critiques peuvent préjudicier
aux perfonnes qu'il attaque : ce qu'il a dit
de moi a fait des impreflions qu'il eft de
mon honneur d'effacer ; c'eft la feule raifon
qui donne lieu à cette derniere répli
que , vous priant de la faire connoître par
la voie où ma réputation a été fi peu ménagée
. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris ce 20 Avril 1749.
Louis.
CERTIFICAT.
.
Je fouffigné Maître en Chirurgie , Lieutenant
de M. le Premier Chirurgien du
Roi , Chirurgien ordinaire & Lythotomifte
de l'Hôtel - Dieu d'Orleans , certifie
que M. Louis , Maître ès Arts , Affocié à
l'Académie Royale de Chirurgie , & Chirurgien
Principal de l'Hôpital Général
de Paris en la Maifon de la Salpêtriere , a
taillé en ma préfence , dans ledit Hôtel-
Dieu d'Orleans , au mois de Mai de l'année
1747 , trois malades attaqués de la
pierre ; dont deux filles , l'une nommée
Jeanne Drouin , âgée de dix ans , qui étoit
dès -lors incommodée d'une incontinence
d'urine , & en outre affligée de la teigne
MA I. 1749. 151
à la tête , laquelle eft néanmoins fortie de
l'Hôtel-Dieu le dix- fept Juin fuivant ;
l'autre Elizabeth Heron , âgée de fapt ans ,.
laquelle pendant le traitement de l'opération
a été affligée de la petite vérole , qui
l'avoir réduite à la derniere extrêmité , &
dont elle a été heureuſement guérie , &
fortie dudit Hôtel - Dieu à la fin de Juillet ;
le troifiéme malade a été un garçon , nommé
Sebaſtien Vafnier , âgé de quatorze
ans , auquel a été tirée une pierre longue
& platte , d'une groffeur affez confidérable
pour un fujet de fon âge , lequel a été en
état de fortir dudit Hôtel- Dieu le vingt
Juin. Ce que j'affirme véritable. A Or
leans , ce dixiéme Avril 1749.
Signé , de la Croix.
Cette Piéce eft fcellée du Sceau de l'Hôtel-
Dieu , & les qualités du Sieur de la
Croix font atteftées par un Certificat , fair
au Bureau dudit Hôtel-Dieu , par Meffieurs
les Adminiftrateurs , & figné , de
Guyenne , de Fay , Perdoulx , Perdonlx du
Bignon , Vendebergue , Villebouré.
G iiij
is2 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUE adreffée à M. le Bibliothéquaire
de Sorbonne , au fujet d'un endrois
de la Defcription de Paris , publiée
par M. Piganiol de la Force.
JE
E ne fçai pas , Monfieur , qui pourroit
douter , que la Sorbonne a été
fondée par Robert Sorbon , ou de Sorbonne
, après les preuves que vous en ayez
données contre M. Piganiol de la Force ,
qui s'étoit imaginé fur un très-leger fondement
, que c'étoit à Robert de Douai
qu'il falloit déférer cet honneur . On eft
bien für de fon fait , lorfqu'on parle comme
vous d'après les titres originaux..
A l'occafion du démêlé que vous avez
eu avec cet Ecrivain , lequel , comme je
penfe , n'appellera pas de votre écrit , je
me fuis propofé de m'entretenir avec vous ,
de ce que le même M. Piganiol a avancé
dès la huitiéme page de fon premier tome
de la Defcription de Paris , édition de
1742. En y continuant l'Hiſtoire abregée
de cette Ville , après avoir parlé de la défaite
des Parifiens par Céfar , Général Romain
, il dit tout de fuite : Boëce nous apprend
qu'après cette défaite , Céfar fit bâtir
une nouvelle Villefur les ruines de l'ancienne
qu'ill'embellitpar le nombre des édifices ; qu'il
MAI. 1749.
153
la fortifia par une enceinte de murailles , &
par deux tours on forts qu'il fit conftruire à
la tête de deux ponts de bois qui en donnoient
l'entrée , qui étoient aux mêmes lieux où
font aujourd'hui le petit Pont & le Pont- au-
Change, que l'on a long- tems nommé le Grand-
Pont. Tous ces grands ouvrages firent que
Lutéce fut appellée la Cité de Jules Céfar.
Ne ferez - vous pas , Monfieur , comme
moi , tenté de fçavoir dans quel endroit
des ouvrages de Boëce , on trouve que
Céfar a fait bâtir une nouvelle Ville de
Lutéce fur les ruines de l'ancienne , qu'il
l'embollit & la fortifia. Voilà certainement
un détail , que je fuis fort curieux de
voir dans les ouvrages de ce Philofophe ,
& qui me fait croire qu'il pourroit y avoir
encore d'autres circonstances concernant
Paris , que M. Piganiol auroit omifes.
Mais , direz -vous , fi l'on a de Bocce un
ouvrage ou il ait parlé de Lutéce , pourquoi
le fçavant Dom Bouquet n'a-t'il pas
placé ce fragment dans fa grande Collection
des Ecrivains des Gaules & de la
France ? A cela je vous réponds que c'eft
ce qui fait auffi ma furprife , & qui me fait
craindre que M. Piganiol ne fe foit trompé.
Quel peut donc être ce Boëce , dont
on apprend les circonftances ci -deffus , qui
font fi importantes pour la Cité de Paris ?
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
Seroit-ce un Ecrivain du neuvième.fiéçle
qui a demeuré à Orleans & dans le Poitou
, lequel fe nommoit Vulfin , & prit
pour furnom Boëce ? Seroit-ce Hector
Boëtius , Ecoffois & Hiftorien d'Ecoffe ,
qui vivoit au commencement de l'avantdernier
fiécle ? Quel que foit de ces deux
Boëces celui que M. Piganiol a voulu citer
, fon autorité fera bien foible pour
étayer les circonstances qu'il rapporte
de lui fur l'origine de Paris. Je lui confeillerois
donc de s'expliquer davantage
fur ce Boëce , fon garant , dans la nouvelle
édition qu'on dit qu'il prépare de fa Deſcription
de Paris , ou de prendre le parti
de retrancher de cette édition les quatorze
lignes rapportées ci- deffus. C'eſt à
lui au refte à dire s'il a puifé cela dans
Sauval , ou dans quelque autre de la trempe
de Malingre . Jamais il ne rendra fon
ouvrage parfait , qu'autant qu'il parlera
après les Auteurs anciens , & après les titres
qu'il fera très-bien de citer en marge.
Dans l'apprehenfion où j'ai été que Boëce
ne fût une faute d'impreffion , j'ai eu
recours à l'errata , où il ne m'a paru rien
qui fe
rapporte à la page huitiéme. Ipfe
viderit. J'ai l'honneur d'être , & c .
.
Le 31 Janvier 1749.
1
MA I. 1749.
155
Nota. Si l'Auteur de la Remarque
avoit bien voulu confulter les Mémoires
de l'Académie Royale des Belles Lettres
Tome XV. p . 673 , il y auroit vû que ce
n'eft pas un Auteur de la trempe de Malingre
qui-a induit en erreur M. Piganiol ,
c'eft le Commiffaire de la Mare , qui dans
fon Traité de la Police , tom. I. p . 71. a
cité , comme de Boëce , Sénateur Romain ,
ce paffage. Lutetiam Cafar ufque adeo adificiis
adauxit , tamque fortiter moenibus cinxit,
ut Julii Cafaris. Civitas vocaretur. Ce leroft
inutilement qu'on chercheroit ce paffage
dans les oeuvres du Philofophe Boëce ;
on le trouvera dans un ouvrage qui a
pour titre Liber de difciplina Scholarium ,
Vincent de Beauvais attribue à Boëce ,
d'autres à Pierre de Blois & à Thomas
de Cantimpré ; mais du Boulay , Hift .
univerf. Parif. tom . 1. pag. 84 , & 612. en
fait Auteur Jean Scot Erigene. On peut
confulter auffi la Bibliothèque Latine de
Fabricius , au ſujet de ce Livre , attribué
- fauffement à Bocce.
que
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
LETTRE de M. Gouye de Longuemare ;
a M. Rémond de Sainte Albine , pour répondre
à celle d'un prétendu Benedictin de
Province à un autre Benedictin , touchant
une Differtation qui a été couronnée à
l'Académie de Soiffons en 17.46.
"
V
Ous avez inferé , Monfieur , dans :
le Mercure ( Décembre 1748 , premier
vol. pag. 28. fuiv. ) l'extrait d'une
Lettre anonyme , qui a été écrite plutôt
contre moi que contre mon ouvrage. L'animofité
& la jaloufic , qui regnent dans
cette Critique , femblent avoir été les
vrais motifs pour lefquels l'Auteur a caché
fon nom. J'efpere que vous ferez :
affez équitable pour faire part au Public de
mon apologie.
Le Cenfeus , pour donner un air d'im
portance aux.minutics qui forment le tiflu
de fa Lettre , s'eft caché fous le nom d'un
Benedictin de Province . Il auroit pris le
plus für moyen de réuflir , s'il eût écrit for
un ton plus modéré , mais il fe démafque
par l'aigreur & par la paffion qu'il affecte ..
Je ne fuis pas le feul qui l'ait reconnu à
fon ftyle. Quoiqu'il en foit , je crois qu'il
eft bon de l'avertir que la plupart des
Sçavans de cet ordre refpectable , avec
M. A r.
T57 17.49.
lefquels j'ai l'honneur d'être en relation
l'ont regardé , moins comme un homme
de leur Corps , que comme un homme,
dont le deffein étoit de leur attribuer fauffement
une telle Piéce. C'eſt en effet les
traiter de la même maniere que Boileau le
fut par l'Abbé Cottin , qui attribuoit fes
propres vers à ce fameux. Poëte . Si M.
I'Anonyme eûr voulu rendre complet le
ridicule qu'il s'eft efforcé d'imprimer fur
mon ouvrage , il ne lui-manquoit plus que
de m'attribuer une réponse de fa façon .
Mais de crainte qu'il ne s'en avife , je vais
le prévenir. Quoique je le connoiffe parfaitement
, je me garderai bien d'indiquer
fon nom au Public. J'aime beaucoup
mieux lui donner l'exemple de la modéra
tion , qui doit regner dans les difputes
littéraires. D'ailleurs un ennemi qui fe
cache , eft à demi vaincu.
Le principal but de notre Critique fe
termine à nous apprendre les noms vulgaires
de Sain Menge & de Saint Condede ,,
ou Condé , & à prouver que le nom de
Saint Arnoul s'écrit fans d , parce qu'il
vient d'Arnulphus , & non d'Arnoldusi.
Quelles minuties ! L'Ecrivain mafqué pouvoit
également faire le procès à M. l'Abbé
de Fleuri , & à l'Illuftre Dom Rivet , quii
appellent Vandregifle le premier Abbé de
158 MERCURE DE FRANCE.
Fontenelles , au Pays de Caux , quoique
ce Saint ne foit connu à Paris , à Rouen ,
à Chartres , & même dans toute la France,
que fous le nom de Vandrille.
L'érudition poëtique de notre Cenfeur
n'eft pas mieux placée , lorsqu'il prétend
m'apprendre qu'il a paru des vers rimés à
l'hémiftiche avant le douzième fiécle . Je
m'étonne de ce qu'il ne m'ait pas à ce fujet
récité , felon fa louable coutume , comme
venant de fon propre fond , toutes les
preuves qu'en donnent les Bollandiftes
& le célébre Dom River ; il a manqué en
cela une belle occafion de faire parade
d'érudition . Au refte , fi je n'ai pas relevé
le Pere le Cointe , & fi j'ai paru adopter ,
d'après lui , le fentiment contraire , en rejettant
du nombre de mes preuves l'épitaphe
de Thierry III . en vers Léonins , fous
prétexte qu'elle n'a pas été composée dans
le tems de fa mort , c'eft que j'ai crû qu'il
ne me convenoit pas de m'écarter de mon
objet , pour répéter des chofes qui font
connues de tous nos Sçavans , & qui étoient
totalement éloignées du fujet que je traitois.
J'avois , dans cet endroit , pour unique
but , de fixer l'époque de la mort de
Thierry III . & non pas de difcuter celle
de la naillance des rimes , foit finales , foit
à l'hémiſtiche. El m'a femblé que je pou
M A I. 1749. 159
vois regarder cette Epitaphe comme
postérieure au feptiéme fiècle , fur la fin
duquel ce Prince eft mort , parce qu'elle
étoit compofée de vers rimés de l'hémiftiche
au dernier mot : fi mon aggreffeur
m'avoit pû citer de femblables vers de ce
tems là , la Critique auroit été fupportable
, mais elle n'auroit pour cela pû détruire
aucune des preuves que je donne
dans mon ouvrage , fur les points de Chronologie
que j'y difcute. Quand celle- ci ne
paroîtroit pas fuffifante , j'en ai donné plufieurs
autres , qui rendent indubitable l'époque
qu'elle indique .
Tout ce que dit l'Anonyme fur le mot
inftinc ou iftinc , eft une chicane qui dégenere
en puérilité. Quoi , fous prétexte
qu'un, Imprimeur s'eft fervi d'un I majufcule
au lieu d'un petit i , cet Auteur
prétendra que le Public fenfé doit
me foupçonner d'avoir fait un nom propre
de cet adverbe. Un pareil procedé peutil
nous annoncer un Critique judicieux ?
Si je ne craignois de tomber , ainfi que lui,
dans la Micrologie la plus baffe , je lui offrirois
de lui faire voir ce mot écrit avec
un petit i dans mon manuſcrit.
En fuivant pas à pas mon Cenfeur vétilleux
, il fe préfente un autre phantôme
qui ne fera pas moins facile à détruire que
160 MERCURE DE FRANCE.
les autres. Que peut-on penfer en effet
du reproche qu'il me fait , d'avoir cité
deux anciens manufcrits , comme appartenans
aux Abbayes de Saint Maur-des-
Foffez & de Moiffac , quoique ces manufcrits
foient dans les Bibliothèques du Roi
& de Saint Germain- des- Prez ? En cela
je n'ai fait qu'imiter Dom Mabillon &
Dom Conftant , qui appellent Manufcrits
de Corbie des manufcrits qui font depuis :
un fiécle ou environ à Saint Germain-des-
Prez . C'est donc en pure perte que
Benedictin fuppofé feint qu'il a écrit à S.
Maur-des Foffez & à l'Abbaye de Moiffar ,
pour fçavoir fr l'on y conferve les deux
manufcrits que je cite . D'ailleurs leur authenticité
n'eft- elle pas affez prouvée par
les copies ou par les citations qui en ont
été faites par Dom Mabillon , les Bollandiftes
, Pagi , Labbe , Chiffler & Dom
Bouquet ?
le
Enfin , Monfieur , rien n'eft plus mal
fondé que le reproche que le pointilleux.
anonyme fait à Meffieurs de l'Académie
de Soiffons , fur le fujet de ma Differtation
qu'ils propoferent en 1745. Quand il fe-
Foit vrai , comme il le prétend mal à pro.
pos ,, que la matiere en est toute digerée dans
le troifiéme tome de Dom Bouquet , je
oroirois toujours avoir bien mérité du
MAI. 1749. 161
ھ
Public , en réuniffant. dans un Ouvrage
François toutes les preuves du fyftême
chronologique que le fçavant Collecteur
de nos Hiftoriens François a fuivi .
Mais fi j'ai cru devoir m'en écarter , ainfi
que j'ai fait en plufieurs occafions , fur les
dates du commencement & de la fin des
regnes de plufieurs de nos Rois , que devient
la Critique du Cenfeur , & le confeil
hazardé que cet Ariftarque prétendroit
donner à cette célébre Académie ?
Tout ce qu'on peut dire de plus modéré
c'est que
fa Lettre ne mérite pas plus de
réponſe fur cet article , que fur les autres
qui en font l'objet. Ainfi loin d'entrer
dans un plus long détail , de peur de donner
du poids à des bagatelles , je bornerai
mes réflexions fur la Lettre anonyme , en
yous affutant combien je fuis fincérement ,
Monfieur , & c. .
A Verſailles , ce premier Février 1749 :
162 MERCURE DE FRANCE,
洗洗洗洗菜洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
SPECTACLES.
E Concert Spirituel a ouvert le
LE
23 Mars, Dimanche de la Paffion , par
la troifiéme Sonate des Piéces de Clavecin
de M. Mondonville , mife en grand Concerto
. Elle a été fuivie du Confitemini , Motet
à grand choeur de M. de la Lande ; M.
Taillard a joué feul de la flute Allemande ;
Mlle Duperei , nouvelle voix très-gracieufe
, Ecoliere de M. Royer , & digne de l'avoir
pour Maître , a chanté avec les choeurs
Quam dilecta , &c. petit Motet de M. de
Villeneuve. M. Pagin a joué feul. Le Jubilate
, Motet à grand choeur de M. Mon-
'donville, a fini un fi beau Concert .
Le Mardi 25 Mars , jour de la Fête de
l'Annonciation , le Concert a commencé
par la premiere Sonate des Piéces de Clavecin
de M. Mondonville ; c'eft louer ces
Piéces que d'en nommer l'Auteur. Exaltabo
te , Motet à grand choeur de M. de la
Lande , a fuivi cette belle fymphonie. La
flute Allemande de M. Taillard a charmé
les Connoiffeurs ; & Mlle Duperey a obtenu
la confirmation de fon premier fuccès
, en chantant Quemadmodum , petit
M A I. 163 1749.
•
Motet du gracieux & naturel Mouret. M.
Gavinies a joué feul ; & l'on a chanté le
Magnus Dominus , Motet à grand choeur de
M. Mondonville .
Le Vendredi 28 Mars , on a donné la
troifiéme Sonate des Piéces de Clavecin de
M. Mondonville ; elle a été fuivie de Beatus
vir , Motet à grand choeur de M. Cordelet
; M. l'Abbé le Fils & M. Dupont
ont joué une Sonate en duo Del Signor
Gianotti. Le Lauda Jerufalem , Motet à
grand choeur de M. de la Lande , a enfuite
précedé M. Pagin , qui a joué feul . Le
Concert a été terminé par Nifi Dominus ,
Motet à grand choeur de M. Mondonville
.
Le Dimanche des Rameaux 30 Mars ,
une fimphonie Del Signor Alberti a fait
l'ouverture du Concert. On a exécuté
Cantate Domino , .Motet à grand choeur de
M. Fanton , Maître de Mufique de la Sainte
Chapelle. M. Pagin a joué feul avant Quem
admodum , petit Motet de M. Mouret ,
chanté par Mlle Duperei . M. Guignon &
M. Gavinies, par leurs charmans Duo, ont
fatisfait également les perfonnes qui veulent
admirer , & celles qui ne veulent que
s'amufer. A la fin du Concert , on a donné
le De profundis , Motet à grand choeur de
M. Mondonville .
164 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi - Saint 31 Mars , on a chanté
encore le Nifi Dominus , Motet à grand
choeur de M. Mondonville. M. l'Abbé
Fils a joué feul . Cantemus Domino , Motet
de M. Mouret à deux voix , a été exécuté
par Mlle Chevalier & M. Joguet , Ordinaire
de la Mufique du Roi . MM . Guignon
& Gavinies ont continué d'enchanter les
Auditeurs ; & le Miferere de M. Adolfati
a terminé le Concert.
Le Mardi- Saint , premier jour d'Avril ,
unefuite de fymphonies del Signor Alberti.
Laudate Dominum de M. d'Avefnes , Compofiteur
eftimé. Un Concerto exécuté par
M. Gavinies. Diligam te , Motet à grand
choeur de feu M. Madin. Les charmans
Duo de MM. Guignon & Gavinies ; & le
Miferere de M. Adolfati.
Le Mercredi-Saint 2 Avril , la cinquiéme
fuite des Piéces de Clavecin de M.
Mondonville. Jubilate Deo , Moter du
même Auteur. M. Pagin a joué feul ; M.
de la Mart a chanté Domine non eft exaltatum
, Motet de M. Pleffis , cadet ; l'ouvrage
& fon exécution ont été applaudis.
On a enfuite entendu avec un grand plai
fir les Duo de M. Guignon & de M. Gavinies
, & le Dominus regnavit de M. de la
Lande.
Le Jeudi-Saint 3 Avril , la cinquiéme
M.A Ì.
165 1749 .
fuite des Piéces de Clavecin de M. Mondonville
. Sacris folemniis , Møtet de M. de
la Lande ; M. l'Abbé a joué feul. On a
exécuté Cantate Domine , Motet de M.
Campra . Enfuite les Duo de MM . Guignon
& Gavinies , & le Bonum eft de M, Mondonville.
Le Vendredi-Saint 4 Avril , une ſymphonie
del Signor Geminiani. Le De profundis
de M. Mondonville. Un Concerto joué par
M. Gavinies. Deus nofter , Motet de M,
d'Avefues ; les Duo de MM.Guignon & Gavinies
; & le Miferere de M. de la Lande.
Le Samedi-Saints Avril , une fymphonie
del Signor Geminiani . Cantate Domino,
Motet à grand choeur de M.... qui obtint
tous les fuffrages. M. Mengean joua
feul avec grand fuccès . Mlle Duperei chanta
Regina cali , Motet de M. Mouret ; & mérita
beaucoup d'applaudiffemens , ainſi
que les Duo qui fuivirent , & le Dominus
regnavit de M. Mondonville .
Le Dimanche , jour de Pâques , 6 Avril ,
l'Orchestre a très-bien exécuté la premiere
fuite des pièces de Clavecin de M. Mondonville
. On a chapté Cantate Domino
Moret à grand choeur de M. de la Lande .
M. Pagin a joué feul ; & Mlle Duperei a
chanté le Regina cali , de M. Mouret. Les
Duo de M. Guignon avec M. Gavinies ,
166 MERCURE DE FRANCE..
ont fuivi ce Motet ; & l'on a fini le Concert
par le Venite exultemus de M. Mondonville
.
Le lendemain Lundi , une fymphonie
de M. Mondonville a commencé le
Concert. On a donné Diligam te , de feu
M. Gille , M. l'Abbé a joué feul . M. Poirier
a chanté Benedictus Dominus , petit Motet
de feu M. Mouret ; M. Guignon & M.
Gavinies ont charmé l'affemblée ; & le
Nifi Dominus de M. Mondonville a fait
durer l'enchantement.
Le Mardi fuivant , une fymphonie de
M. Mondonville . Dominus regnavit , Motet
a grand choeur de M. Bordier , Maître
de Mufique des Innocens. Un Concerto
joué par M. Pagin ; Ufquequò de M. Mouret
, exécuté parfaitement par Mlle Chevalier.
MM. Guignon & Gavinies ont
précedé le Venite exultemus de M. Mondonville.
Vendredi 11 Avril , Deus in nomine tuo ,
Motet anonime , foupçonné d'un excellent
Compofireur. Le Printemps de Vivaldi ,
exécuté par M. Guignon, Dominus regnavit
, Motet à grand choeur de M. Bordier ,
Maître de Mufique des Innocens . Les Duo
de MM. Guignon & Gavinies. Le Beatus
quem elegifti , Moter à grand choeur de M.
Gille , tiré du Pfeaume Te decet.
M A I. 1749. 167
Le Dimanche de Quafimodo , 12 Avril ,
Cantate Domino , Pfeaume 149 , Motet à
grand choeur avec Timbales & Trompettes
de M. d'Avefnes , qui a fort réuffi ; divers
morceaux exécutés admirablement fur le
Violon par M. Pagin ; Cantate Domino, Pf.
97 , Motet à grand choeur de feu M. de la
Lande ; plufieurs Duo de MM . Guignon &
Gavinies ; & Venite exultemus , de M. Mondonville
, ont rempli le dernier des Concerts
des trois Semaines de Pâques , lequel
a attiré une affluence extraordinaire d'Auditeurs
.
Le Mardi 15 Avril, l'Académie Royale
de Mufique , a rouvert fon Théâtre par la
Tragédie de Médée & Jafon. La même
Académie repréfenta le 22 , pour la premiere
fois , Naïs , Opéra pour la Paix .
Nous rendrons compte de cet Ouvrage
dans un article féparé.
Le Lundi 14 , les Comédiens , pour la
rentrée de leur Théâtre , donnerent une
repréſentation de la Tragédie de Zaïre ,
& de l'ingénieufe Comédie de Zeneïde .
Au plaifir de voir deux Ouvrages , qui font
avec juftice les délices des Spectateurs , fut
joint celui de voir reparoître Mlle Gauffin ,
qui depuis plufieurs mois , au grand regret
des amateurs des graces & du beau naturel ,
n'avoit point paru ſur la ſcène .
168 MERCURE DEFRANCE.
Avant la Tragédie , le fieur Rofely prononça
le Compliment fuivant , qui eft de
fa compofition.
M
Effieurs , en rentrant dans la carriere que
nous allons courir , nous fommes effrayés
lorfque nous réflechiffons fur les engagemens que
nous ofons contracter envers vous. L'ambition de'
contribuer à vos amuſemens feroit téméraire fans
doute , fi nous comptions toujours fur des fuccès
qui ne dûffent rien à votre indulgence , & nous ne
pouvons être raffûrés que par les fréquens témoignages
que vous daignez nous en accorder : n'y
auroit -il pas une espece d'ingratitude à défefperer
d'une bienveillance dont nous avons reçû tant de
preuves ? Ce n'eft pourtant pas à nous feuls que
nous la devons. L'étendue de vos Jumieres eft autant
que votre générofité la fource de vos bienfaits.
Démêler le vrai beau d'avec les faux brillans ; faire
la diftinction délicate de ce qui n'eft que bon &
de ce qui eft fublime ; noter avec une précision
équitable les défauts effentiels des ouvrages ; exiger
que dans la peinture des paffions on réunifle
la force du raifonnement , la chaleur du fentiment,
la pompe & la juftefle de l'expreffion ; ne vous
laiffer ravir des tranfports d'admiration que par
ces grands traits que le génie feul peut produire ;
voila vos jugemens , Meffieurs , voila ce que les
Auteurs , ce que les Acteurs obfervent , retiennent
de vos décifions , pour former les principes de leur
art, & apprendre à vous plaire par les moyens que
vous leur en procurez vous- mêmes . Ce n'eft pas
tout. Connoître toutes les difficultés qui font à
furmonter ; féparer les défauts naturels & que l'art
ne peut vaincre , d'avec ceux qu'entraîne l'inexpérience
& dont le travail corrige ; oublier les uns ,
tolerer
MA I. 1749 . 169
7
telerer les autres , indiquer à chacun un emploi
conforme à fes difpofitions , fur de foibles effais
prévoir des progrès éloignés , les préparer par des
encouragemens , les attendre , exciter fans
ceffe l'émulation par les palmes dont vous décorez
les talens fupérieurs ; voila encore vos jugemens
, Meffieurs , voila les effets abondans de cette
indulgence éclairée , voila les puiffans motifs
de notre féconde reconnoiffance. Que nous ferions
coupables , fi nous manquions de zéle ! Auffi
avons- nous employé avec joye le tems de notre
repos à nous mettre en état de varier vos plaifirs.
De nouveaux fujets , qui s'y font consacrés , viennent
en tremblant recevoir vos leçons ; leur docilité
vous intéreffe , il leur fuffira que vous trouviez
en eux le germe du talent ; bien- tôt vous daignerez
l'échauffer , le cultiver , bien tôt vous verrez
éclore & porter des fleurs que vous cueillerezavec
complaifance . L'appas féduifant d'un bruit
flateur avoit attiré dans la lice un jeune Athlete ;
vos applaudiffemens l'ont animé ; dans peu de
jours il va franchir la barriere , & fe représenter au
combat. Denys le Tyran va trouver un rival ;
heureux l'Auteur, fi Ariftomene triomphe du premier
! Nul de vos éleves , Meffieurs , n'eft plus
digne des efpérances que vous en avez conçues ;
nul n'a l'oreille mieux organifée pour fentir l'har
monie de vos fuffrages ,
C'eft à vous faire valoir tant de differens efforts
que nous allons apporter une application infatiga
ble.Daignez croire, Meffieurs , que l'intérêt feul eft
infuffifant à la foutenir ; fon aiguillon feroit bien
vîte émouffé: fans l'enthoufiafme de la gloire,point
de travaux dignes de vous , & nulle récompenfe
de ces travaux , plus précieuse pour nous que le
bonheur de vous être agréables.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
1
Le même Comédien , à la clôture du
Théatre , avoit prononcé ce Complimentci
, qui eft de lui , ainfi que le précédent,
M Effieurs,Phonneur que nous recevons en
ce jour,eft la plus douce récompenſe de no .:
tre zéle . Tous nos foins ont pour but yos amufe
mens , & vous nous difpenfez avec une oeconomie :
généreufe des faveurs proportionnées au mérite.
de nos entrepriſes . Lorfque de moindres fuccès
fuivent les mêmes efforts , vous ne prétendez pas
nous retirer votre bienveillance , & notre émulation
ne perd rien de fon activité. Les Arts ne fe
perfectionnent qu'aux dépens de ceux qui les exercent;
parmi les plus grands génies en tout genre ,
vous n'en citez aucun dont tous les travaux , fans
exception , ayent obtenu cette haute meſure d'ef
time , qui eft le gage & le fceau d'une grande réputation.
L'accueil que vous faites à quelques ouvrages,
eft un encouragement enchanteur ; vos refus
de quelques productions qui vous font offertes,
font des leçons utiles , vos critiques nous font prétieufes
; le facrifice de notre amour propre eft un
fi- petit mal en comparaiſon du grand bien qui en
réfulte !
Le Public doit être regardé comme le pére des
talens . Jaloux de la gloire de fes enfans , s'il goûte
une joye fenfible à les trouver dignes de fes careffes,
c'eft auffi par un mouvement de fa tendreffe
qu'il craint de leur prodiguer des louanges trop
peu méritées ; votre févérité même , Meffieurs ,
honore.ceux qui en font les objets ; ce que vous
exigez d'eux prouve ce que vous en efperez.Eh ! que
cette délicateffe fcrupuleufe , qui accompagne vos
jugemens , jette d'éclat fur le triomphe de ceux
que vous couronnez ! Quelle fatisfaction pour
ΜΑΙ
171 1749.
l'Auteur de Catilina , pour l'Auteur de Sémiramis,
de ſe frayer toujours avec fuccès de nouvelles routes
dans vos coeurs , de fe faire de votre admiration
un fentiment tendre & inépuisable ! Sémiramis ,
par la grandeur , par le pathérique de fes remords,
nous fait prefque pardonner le crime qui les excite.
Catilina nous repréſente l'ambition fous des
traits fi nobles & fi impofans, que nous devenons ,
pour ainfi dire , complices de l'attentat qu'il projette.
Mais qu'ofai-je faire , Meffieurs ? Que peuvent
ajoûter à la gloire des Héros de la Scéne nos ..
hommages particuliers Le concours dont vous
avez honoré les reprefentations de ces deux Piéces
, les applaudiffemens réiterés que vous leur
avez accordés , en difent plus que ne feroient tous
nos éloges . Nous conviendroit- il de détailler ici les
differentes beautés de ces Poëmes ? Ce ne feroit
que retracer ce que vous nous apprenez à connottre
& à fentir , & craignant de ne nous point acquiter
dignement envers de fi grands hommes
nous nous contenterons de mêler nos voix aux
fuffrages publics qu'ils fe font tant de fois acquis.
Bornons-nous donc , Meffieurs , à vous offrir
nos humbles remercimens , & à folliciter auprès
de vous de nouveaux bienfaits . Ne craignez point
de faire des ingrats , & nous ne nous plaindrons
jamais que de ne pouvoir pas vous exprimer affez
fortement les fentimens refpectueux de notre vive
reconnoiffance .
Le 17 , Mlle de Boiſmenart , jeune & nouvelle
Actrice , débuta avec éclat à la Comédie Françoi
fe pour les rôles de Soubrettes . Elle joua dans le
Tartuffe & dans le Galant Jardinier . On compte
fort qu'elle foutiendra les efpérances qu'elle a
fait naître.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE .
Voici un nouveau Compliment Dialologué
, compofé par M. Roy pour l'ouverture
du Théatre Italien.
PERSONNAGES
.
L'Impatiente.
La Comédie Italienne.
Arifte.
La Dlle Coraline.
La Dlle Silvia.
Le Sr Desbroffesi
SCENE I.
L'IMPATIENTE , ARISTE,
L'Impatiente.
Quand j'attends , je fuis au fupplice :
Sont -ils prêts Viendra -t'on ? Je féche franchement.
Je croyois n'arriver que pour le Compliment :
Faudra-t'il effuyer Ballets , Feux d'artifice ,
Ou quelqu'autre retardement ?
Arifte.
Eh ! belle Marquife , un moment .
L'Impatiente.
Voila déja cinq minutes de perte-
Ils ne me tiennent plus .
Arifte.
Arrêtez.
MA I. 173
1749.
L'Impatiente.
Je déferte.
Ils fentiront leur faure .
La mienne !
Arifte.
Eh! c'eft la vôtre auffi .
L'Impatiente.
Arifte.
Vous baûliez d'être rendue ich;
N'étions- nous pas au jeu ? Vous levez la féance ,
Quand la ronde à peine commence .
L'Impatiente.
N'allez- yous pas me demander pourquoi
Le jeu me donne la migraine ?
Les événemens qu'il améne ,
Viennent trop lentement pour moi
Arifte.
Tout vous impatiente.
L'Impatiente..
Oui.
Arifte.
Le jeu vous fait peine
Vous n'aimez que l'efprit.
L'Impatiente.
Vous me raillez , je crois .
Arifte.
Comment ! D'aimer l'efprit vous faites- vous fcru
pule ?
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
L'Impatiente.
Mon fexe , en y donnant , cotoye un ridicule.
Arifte.
Vous parlez du vieux tems , mais le fexe à Paris.
Tient cent bureaux de beaux efprits.
Oui , la
L'Impatiente.
coquette
furannée
De tous galans abandonnée ,
Rabat fur les Auteurs , Auteurs de bas aloi..
Arifte.
Du fiffet les réhabilite ,
Et leur fait ufurper des titres de mérite ,
i. Mais fimples titres fans emploi..
L'Impatiente.
L'autre jour je fus entraînée
Par ma mauvaiſe deſtinée
Dans un des Tribunaux du Sénat féminin.
Un Poëte appuyé , très-péfant Ecrivain ,
Lut une Comédie ,
Arifte
Où l'on rit à merveilles ?
L'Impatiente..
Bon, rire ! On ne voyoit que mouchoirs à la main .
Un rimeur • •
Idolé de la troupe , arbitre fouverain ,
Leur donnoit le ton fans rien dire ;
De fes yeux entr'ouverts les moindres mouvemens.
&
MAI.
175 1749.
Etoient pour l'affemblée autant de jugemens ,
Où le Public devoit foufcrire.
Climene heureuſement vint me tirer de là ,
Et je m'envole à l'Opéra.
Arifte.
Eh ! l'entendites -vous jufqu'au bout , je vous prie ?
L'Impatiente.
Dieu m'en garde , Monfieur; c'étoit fait de ma vie.
Arifte.
On ne donnoit donc pas l'Opera des crapaux ;
De leur difcours galans toute oreille eft ravie.
L'Impatiente.
Non , l'Amour & l'Hymen avoient joint leurs
flambeaux.
2
..... Enfin , pour reprendre haleine
J'accourus aux Italiens.
Arifte.
Sans faire un tour chez Melpomene
L'Impatiente
Ceux-ci font mes Comédiens.
Là l'efprit eft tendu fouvent en pure perte
Un feul moment d'écart vous déconcerte
Vous déroute de l'action :
Ici l'on me permet toute diſtraction
Hij
176 MERCURE DE FRANCE:
A quelque Acte qu'on adreffe .
On eft au fait de la Piéce.
Je me livre aux lazzis , au jeu vif , inégal ;
J'aime à voir Arlequin fous cent formes légeres ,
Changeant en un clin d'oeil d'habits , de caracteres .
Arifte.
A peu près comme vous de Dominos au Bal .
SCENE II.
LA COMEDIE ITALIENNE, L'IMPATIENTE ,
ARISTE.
L'Impatiente.
Hatez- vous donc, ma favorite ;
Je vous rends nouvelle vifite ..
·On vous a quelque tems dérobée à mes yeux ;
Je reçûs fort bien vos adieux.
Çà , de votre retour quel fera le mérite
Point de modeftie hypocrite
Point d'éloges faftidieux .
Au fait , en peu de mots , le plus bref eft le mieux
Au Parterre attentif profonde révérence .
Eh ! quoi , vous perdez contenance !
La Comédie..
Madame , on la perdroit à moins.
Arifte.
Le grand nombre de témoins.
Glace-t'il votre éloquence ?
M A I. 1749.
177
7
L'Impatiente.
Se plaint-elle de l'affluence ?
La Comédie.
A la faveur d'un rôle & d'un nom emprunté ;
Du gefte & de la voix on a la liberté .
L'Acteur eft ce qu'il repréſente ;
Il parle à des Acteurs , aucun ne l'épouvante ,
Mais tel qui récitoit avec un front d'airain ,
Chancelle , devient trifte & blême ,,
Quand il parle pour lui-même .
A fon juge fouverain.
Arifte.
Je le crois, Mais enfin un juge fubalterne
Ne doit juger qu'à la rigueur ;
Le Juge fouverain peut ufer de douceur ;
L'unfuit l'étroite loi , mais l'autre la gouverne
L'Impatiente.
Et vous, fi du public vos voeux font écoutés
Olez pour Coraline implorer fes bontés ;
Elle apprend le François avec un foin extrême ,
Et m'eft chère autant que moi - même.
La Comédie.
Meffieurs , cette heureufe Paix ,
Qu'enfin l'Europe a reçûe ,
Van'offiir, notre vûe ,
Que vifages tarifaits ..
Aux chagua est - on en proye
Ην
178 MERCURE DE FRANCE .
En vain notre art fe déploye
Pour flater les fpectateurs ;
Il a befoin que les coeurs
Soient difpofés à la joye.
Malgré tant d'exploits heureux .
La guerre porte à nos jeux
Une auffi fenfible atteinte ,
Qu'aux belles & qu'aux amans;
Nos guerriers dès le Printems
Partoient , nous laiffant la crainte
De ne les voir de long- tems.
La Scéne, enfia rajeunie,
N'aura plus que de beaux jours .
Que la danfe & l'harmonie
Lui prêtent tous leurs fecours..
Que de la vive folie
Elle ait le mafque piquant ; .
Que le goût la multiplie ;
Que quelquefois elle allie
Du François l'air élégant
Au grotesque d'Italie.
Mais le dédain & l'ennui
Sont des monftres qui l'allarments
Conjurez- les aujourd'hui .
Que vos bontés les défarment..
Les Rolands , les Amadis ,
$
1
M.A I. 17491 179 .
Ces Héros inimitables ,
N'abatirent pas jadis
D'ennemis plus redoutables.
Puiffent nos foins déſormais ,
Aidés de l'expérience ,
Nos talens moins imparfaits ,
Eprouver votre indulgence ,
Et ne l'épuiſer jamais !
L'Hyver nous eft ſalutaire ;
L'hyver eft notre moiflon ;
L'été me féche , m'altere ,
Et me donne le friffon.
L'hyver on a l'avantage
D'occuper feuls vos loisirs,
Mais le retour des Zéphirs
Du tems offre un autre uſage ;
Sans limiter vos plaifirs
Admettez-nous au partage.
NAIS ,
Opera pour la Paix.
Lique,défransde de
Es Directeurs de l'Académie Royale de Mufique
, défirant de faire éclatter leur zéle , ont
prié Mrs de Cabuſas & Rameau de leur fournir le
moyen de célebrer par quelque Spectacle pompeux
la Paix que le Roi vient de donner à l'Europe.
C'est pour le prêter à un empreffement fi louable,
H vj
So MERCURE DE FRANCE.
que M. de Cabufac a compofé le Poëme qui fait
le fujet de cet article .. Il y a joint un Prologue
intitulé l'Accord des Dieux , dans lequel Jupiter ,
après avoir foudroyé les Titans , refufe de regner
feul fur l'Univers ,& en partage l'Empire avec Neptune
& Pluton . Les principaux traits de cette Al
légorie méritent d'être copiés.
Neptune:
Triomphe , ô Jupiter , redoutable vainqueur !
Regne ; donne des loix à tout ce qui reſpire .
2x
Jupiter
Non , je n'abufe point d'une heureufe victoire .
Immortels , je vous dois l'exemple des vertus.
Vos voeux & votre amour ſuffiſent à ma gloire ..
Je n'ai point combattu pour vous donner des fers.
Partageons entre nous le foin de l'Univers..
A Neptune..
Vas calmer les fureurs & des vents & des mers..
Neptune.
Je vole où m'appelle ton choix ;
Ta triomphes des cours ; ta gloire eft ton ouvrage;;
Regle le fort des Dieux; donne au monde des Rois.
Il eft plus glorieux d'en faire le partage ,
Que de lui difpenfer des loix.
MAI. 181
1749.
Jupiter à Pluton. "
Au fond des gouffres éternels ,
..Cours enchaîner la Diſcorde & la Guerre..
Dieu jufte , fois l'efpoir & l'effroi des mortels ;.
Regne avec la vengeance au centre de la terre..
Pluton..
fe ferai le vengeur de la terre & des Cieux.
Sois leur amour par ta clémence..
Le Poëme , dont ce Prologue eft ſuivi , a trois
Actes , & Naïs en eft l'Héroïne . Selon la Fable ,
cette Nymphe donna le jour aux Nayades. Les
Mithologiftes fe taiſant ſur ſa naiffance; M. de Ca
bufuc a crû pouvoir lui donner pour pere Tirehe.
qui perdit la vue par la colere de Junon , & en.
für dédommagé par les bienfaits de Jupiter. Peu.
de gens ignorent qu'on attribuoit à ce fameux Devin
le don d'entendre le langage des animaux , &:
de prédire fur le chant des oifeaux les événemens
futurs. M. de Cabufac fuppofe qué Neptune , fous
le nom. & la forme d'un mortel , s'elt fait aimer
de Naïs , & que ce Dieu a pour rivaux Telenus ,
Chef des Peuples de Corinthe , & Afterion , le
plus confidérable des Paſteurs de l'Ifthme .
9:
L'expofition du fujet ſe fait dans une Scéne ene
tre Neptune & Palemon..
Neptune
Je ne fuis plus ce Dieu volage ,
Auffi léger que les Zéphirs.
J'aime ma langueur , mes foupirs .
Et j'adore mon eſclavage..
182 MERCURE DE FRANCE.
Les feux dont j'ai brûlé , font à peine l'image
De ma flâme & de mes plaifirs.
Palemon..
Sans amour, empreffé de plaire ,
Vous fuyiez l'ombre & le miftere .
Le Dieu s'applaudiffoit des fuccès de l'Amanta
Pourquoi fous ce déguiſement
Cacher une flâme fincére ?
Neptune .
Fen rougis, le dirai je ? A l'objet de mes feux
Je crains de me faire connoître ;
Je n'ai jamais formé que de volages noeuds ;
Quand je deviens , hélas , le plus conftant des
Dieux ,
Pais-je efpérer de le paroftre ?:
Qu'il eft cruel & dangereux
De paffer pour léger , quand on ceffe de l'être !:
On doit célébrer les Jeux Ifthmiques * . Nep
tune faifit cette occafion d'avoir un entretien avec
Nais . Accompagné des Divinités de la Mer , déguifées
en Matelots de diverfes Nations , il fe prés .
fente au milieu de ces Jeux , & fa Suite les interrompt
par des chants en l'honneur de la fille de
Tirefie.
* Ces Jeux étoient auffi célebres dans la Grece ;
les Jeux Olympiques . Ils avoient été inftitués en
honneur de Neptune
que
MAI 18 1749.
Nais , à part en appercevant Neptune.
C'eſt lui-mêmẹ .... Ah ! cachons le penchang
dangereux ......
Haut à Neptune.
Sur ces paifibles bords quel deffein vous appellé 2:
Ofez-vous à Neptune , à fon nom glorieux ,
Unir le nom d'une mortelles
Neptune..
Tout cede au charme de vos yeux ,
ce noble courroux vous rend encor plus belles
Dans ces Jeux folemneis vos chants mélodieux
Brillent d'une beauté nouvelle.
Quand on chante fi bien les Dieux,
On doit jouir, comme eux,
D'une gloire immortelle.
Les Divinités de la Mer diftribuent des rameaux
d'or & d'autres préfens aux Athletes , ainsi qu'aux
peuples qui font venus pour affifter à la fête . Elles
entrent enfuite dans la lice , & elles difputenty
le prix de la danſe.
La première Scéne du fecond Acte fe pafle entre
Naïs & Neptune. "
Nais..
Ah ! ne me fuivez point..
Neptune ..
Quelle injufte défenſé !!
Nais.
Un inconnu pourroit troubler par fa préfence
184 MERCURE DE FRANCE.
Le repos de ces lieux charmans ;
Dans ce riant féjour le divin Tirefie
Raſſemble autour de lui les plaifirs innocens.
C'est ici qu'il jouit , malgré le poids des ans
Des doux loifirs d'une paiſible vie.
Neptune.
Du plus fombre avenir le voile ténebreux
Devant lui tombe & fe déchire .
La nature & le fort ſe plaiſent à l'inftruire
Des prodiges fecrets qu'ils cachent même aux
Dieux.
Vous devez la naiffance à fon fang glorieux ,
Et.dans mon coeur fans doute il pourra lire
Nais.
Le Deftin fe réſerve un fort fi précieux ;
On peut le parer, fans rien craindre,
Des dehors les plus féducteurs.
On n'a point trouvé l'art de lire dans les coeurs:
Les mortels feroient trop à plaindre.
Neptune
Mon fort feroit moins rigoureux .
Qu'aurois -je à craindre de vos yeux´‚i
S'ils pouvoient penetrer jufqu'au fond de mon amer
L'amour , dont je bravois l'empire ,
Enflamme mon coeur.pour jamais. ;,
MAI.
1749. 185
Vous voyez, malgré moi, les tranfports qu'il m'inf
pire.
Je m'expofe peut -être aux plus cruels regrets ,
Mais j'en tais cent fois plus que je n'en ofe dire,
Nais.
On croit devoir à nos appas
Un hommage ou feint ou fincere.
Si vous femez quelques Aeurs fur nos pas ,
Leur éclat ne dure guere.
Vos coeurs volages'n'aiment pas ;
Tous vos voeux fe bornent à plaire.
Naïs perfifte à ne point vouloir faire l'aveu de
fa foibleffe à Neptune , & elle l'oblige de fe retirer.
Dans le tems qu'elle fe difpofe à aller joindre
Tirefie , elle eft arrêtée par Telenus , qui n'eft pas
plus heureux que Neptune à pénétrer les fecrets
du coeur de la Nymphe . Cependant les habitans
des contrées voifines de la Grotte de Tirefie fe
raffemblent , pour être inftruits par lui des peines
ou des plaifirs qui les attendent. Ils répandent des
fleurs fur le devant de la Grotte , & ils y attachent
des guirlandes , qui forment les Chiffres de Tirefie
& de Nais . Ayant à leur tête Afterion & Telenus,
ils invitent le pere de Naïs à paroître. Il fe rend
à leurs voeux , & il répond à leurs diverses quef
tions.
Une jeune Bergere.
Je ne fçais quel ennui me preffe ;
Eft-ce une peine Eft- ce un plaifirz
Je ne vois plus, fans rougir,,
186 MERCURE DE FRANCE;
Un Berger qui me fuit fans ceffe ;
Il m'inquiette & m'intereſſe. ;
Je le crains , je foupire , & je ne puis le fuir
Dites-moi d'où naît ma foibleſſe ,
Mais gardez-vous de m'en guérir .
Firefie.
Ne craignez point d'entendre
L'heureux Berger , pour qui vous foupirez
Ce n'eft que d'un coeur auffi tendre
Qu'une Bergere doit apprendre
Le fecret que vous ignorez ,
Afterion.
Nous portons les plus rudes chaînes
L'infenfible Nais doit- elle aimer un jour ?
Duffiez-vous redoubler nos peines ,
Apprenez-nous le fort que nous garde l'Amour
Tirefie.
Tout femble s'animer fous ce naiffant feuillage
Heureux oifeaux ! l'Amour veut- il vous inſpirer
Quels fons brillans ! Quel doux ramage !
L'avenir va ſe déclarer..
On entend chanter les oifeaux . Ils prononcent
l'oracle , & Tirefie l'explique , à mesure qu'ils le
prononcent:
Ciel ! qu'entens-je ? Brifez vos fers
Craignez du Dieu des Mers
M A II.. 1749. 187
La fureur vengereffe ..
Quel eft cet inconnu ? Quel éclat ! Quels concerts
Sous fes pas quels gouffres ouverts
Naïs ! un doux penchant te preffe ,
L'Amour triomphe , & je te perds.
Telenus.
Courons fléchir un Dieu jaloux ,
En verfant tout le ſang d'un rival téméraire ,
Afterion , Telenus , & leur fuite.
Aux armes , vengeons- nous."
Que la mort & la flâme volent ,
Qu'elles l'immolent
A notre courroux.
Au troifiéme Acte , Telenus & Afterion s'effor
cent d'executer leurs projets de vengeance . Ils
paroiffent , armés de torches ardentes , fur des
Vaiffeaux.
Telenus , Afterion , & leur fuite.
Allumez-vous , rapides feux ,.
Volez , fecondez notre rage.
Palemon , Prothée, les autres Suivans
de Neptune.
Que les flots impétueux
Eteignent votre rage.
Des vagues immenfes engloutiffent les Vail
feaux de Telenus & d'Afterion,
€
188 MERCURE DE FRANCE:
Ciel ! ô Ciel ! quel fort rigoureux !
Périffez tous , audacieux .
Neptune.
Les flots les ont punis.
Nais.
Quel fupplice ! je tremble .
Ah ! l'Oracle , leur fort , & la mer en fureur
Annoncent à mon coeur
Tous les malheurs enſemble .
Neptune.
Que mon amour eft allarmé
Des pleurs que je vous vois répandre
Ne donnez-vous une pitié fi tendre
Qu'au malheur d'un rival aimé ?
Nais.
Quittez ce funefte rivage ;
Ne voyez point mes pleurs , cachez - moi vos re-
@grets ;
J'ai besoin de tout mon courage.
Il faut nous séparer , pour ne nous voir jamais.
Chaque inftant accroît mes allarmes ;
Oubliez de foibles attraits ;
Que le Ciel, touché de mes larmes,
Faffe couler vos jours dans la plus douce paix.
Neptune.
Dieux ! Quel mêlange de tendreffe
MAI.
189 1749.
De rigueur & d'effroi !
Nais.
Vous me verriez moins de foibleffe ,
Si je ne tremblois que pour moi.
Neptune.
Vous craignez Neptune, & ce Dieu vous adore
C'est tout ce que l'Oracle a pû vous déclarer ;
Quoi ! Nymphe, vous tremblez encore !
Nais,
Dieux ! Neptune ! A mon coeur il pourroit aſpirer !
Ah ! fuyez ; craignez ſa colere ;
Par pitié pour moi , fauvez-vous ;
Que ne peut point un Dieu jaloux
Contre un mortel qu'on lui préfere,
Neptune .
Amour , tu termines nos maux
Cedez au transport qu'il m'inſpire ;
Terre , juques dans fon empire ;
Ouvre un paffage au Dieu des eaux.
La terre s'ouvre ; Neptune & Naïs s'abîment ;.
le Théatre change , & il repréſente le Palais de
Neptune. Un Divertiffement , formé par les Sui
vans de Neptune , termine l'Opera.
Si l'idée de ce Poëme n'eft pas neuve , du moins
il préfente differens tableaux qui le font , & l'on
ne peut , fans injuftice , ne pas donner des
éloges à l'élégance de plufieurs détails , à l'agré
190 MERCURE DE FRANCE.
ment & à la variété des fêtes , fur tout à l'art ave
lequel l'Auteur les lie à l'action.
N'ayant encore affifté qu'à une repréſentation ,
nous ne fommes pas en état d'analyſer toutes les
beautés de la Mufique , mais nous annonçons avec
confiance , qu'elle eft vraiment digne de fon céle
bre Auteur ; qu'on y découvre des traits admirables
de génie , & que les oreilles , toujours amufées
,font fouvent furprifes par les effets nouveaux
que l'harmonie leur fait éprouver.
Les yeux ne font pas occupés moins agréable
ment que les oreilles par le nouvel Opera. C'eft
fans contredit un des plus brillans Spectacles qui
ayent parû fur notre Théatre Lyrique, & fa magnificence
répond parfaitement aux grandes dépenfes
que les Directeurs ont faites pour le rendre
éclatant .
Nous remarquerons à cette occafion , què M.
de Cabufar joint aux talens du Poëte ceux du Machinifte
, & que c'eft lui qui a inventé & fait exécuter
les principales machines de l'Opera de Naïs,
ainfi que celle du Fleuve Canope dans les Fêtes
de l'Amour & de l'Hymen.
Nous devons auffi remarquer une fingularité
qui regarde M. Rameau. Depuis le Printems de
Pannée derniere , on a joué les Talens Lyriques ,
Zaïs , les Fêtes de l'Amour & de l'Hymen , Pigmalion
, Platée & Naïs . Jufqu'à préfent , il n'étoit
arrivé à aucun autre de nos Muficiens , de voir
fix de leurs ouvrages fe fuccéder ainfi au Théatre
dans le cours d'une année.
ARTON , LENOX AND
TILMER ROUNDATIONS .
YORKİ
MARY
MAI. 191 1749 .
S
CHANSON.
Ans amour une Belle eft un Printems fans
fleurs ;
Vous êtes , jeune Iris , des graces le modèle ,
Soyez encor celui des tendres coeurs ;
Aimez , aimez ; une ardeur mutuelle
Animeroit vos appas enchanteurs ;
Sans amour une Belle eft un Printems fans fleurs;
REMARQUE
Sur la Chanfon inférée dans le dernier
Mercure.
Ette.Chanfon n'a point été tirée des Archives
de Bruxelles , ainfi que nous l'avions annoncé.
Elle fut compofée l'année derniere à Versailles,
& elle est l'ouvrage d'un homme de lettres , auffi
connu par la délicatele de fon efprit , que par la
douceur & la politeffe de fes inceurs. Les perfon .
nes , qui devineront l'Auteur , fçavent à quel degré
il réuffit dans l'art d'imiter les graces & la naïveté
du ftyle de nos anciennes Romances.
192 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES.
L
DE MOSCOU , le 22 Mars.
E bruit , qui avoit couru que l'Impératrice ſe
propofoit de faire un voyage à Kiow , n'a
aucun fondement. Il eft arrivé de Stockholm un
courier , dont le Baron de Hopken , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Suéde , a communiqué les
dépêchés au Comte de Beftuchef , Grand Chancelier
. Elles tendent à diffiper les inquiétudes que
pourroient caufer les difpofitions faites en Finlande
par les Suédois. Le Gouvernement a envoyé
les dernieres réfolutions de l'Impératrice aux
Cammilaires , nommés par cette Princeffe pour
régler avec ceux de fa Majefté Suédoife les limites
entre les Etats des deux Puiffances. On affûre
que fa Majefté Impériale eft déterminée à ne
point fe départir des conditions dont on eft conle
Traité d'Abo , & que la Cour de Stockholm
ayant repréſenté que , par la ceffion de la
Province de Nyland , la frontiere de la Finlande
étoit ouverte aux Ruffiens , l'Impératrice a répon
du que cela ne devoit point inquiéter les Suédois ,
tant qu'ils obferveroient les loix du bon voisinage.
Sur l'avis qu'il y avoit eu quelques changemens
dans le cérémonial des dernieres audiences , que
le Roi de Suéde a données aux Miniftres de PImpératrice
, cette Princeffe a demandé qu'on fuivît
les anciens ufages , ou que fi l'on vouloit en établir
de nouveaux , il fuffent pratiqués également pour
tous les Miniftres. Il eft furvenu aufli quelques
venu par
difficultés
MA I. 1749. 193
difficultés à l'occafion des préfens qu'une Cour
fait au Miniftres de l'autre , lorfqu'il prend congé ;
& pour ôter tout fujet de difpute , il a été décidé
que les Miniftres refpectifs ne recevroient plus
rien en terminant leur commiſſion .
M. de Cheufes , Envoyé du Roi de Dannemarck
, ayant obtenu fon rappel à cauſe de ſa
mauvaiſe fanté , la négociation qui regarde le
Duché de Slefwick fera lufpendue jufqu'à l'arrivée
du Comte de Lynar , qui doit remplacer ce Miniftre.
La nouvelle levée de trente mille hommes s'eft
faite avec tout le fuccès défiré , & ils ont été diftribués
dans les Corps pour lefquels ils étoient deftinés.
Sa Majesté Impériale a ordonné d'habiller de
neuf les troupes de ia Marine & les Compagnies
des Cadets .
DE STOCKHOLM , le 7 Avril.
Par ordre du Roi , le Comte de Teffin , Préfi-
.dent du Collège de la Chancellerie , a déclaré aux
Miniftres Etrangers , que la Majefté ne ſouhaitoit
rien avec plus d'ardeur que de maintenir la paix
dans le Nord , & que bien loin de vouloir y donner
la moindre atteinte , le Roi perfiftoit , conjointement
avec le Sénat , dans la réfolution d'entretenir
une parfaite amitié , non - ſeulement avec
la Ruffie , mais encore avec toutes les Puiffances
voifies. Le Comte de Teffin a écrit en même
tems aux Miniftres du Roi dans les Cours Etrangeres
, que les bruits , qui imputoient à fa Majefté
des difpofitions contraires à cette Déclaration , ne
- mériteroient d'autre réfutation que le mépris avec
lequel de pareilles fictions doivent être regardées ,
mais que comme il y a lieu d'appréhender qu'ils
194 MERCURE DE FRANCE .
ne foient répandus à deffein de parvenir plus faci
lement à troubler la tranquillité générale , le Roi
recommande à fes Miniftres , de contredire ces
bruits de la maniere la plus propre à démontrer
leur faufleté .
La Flotte du Roi doit être augmentée de quarante
Galeres , dont vingt feront conſtruites dans .
les Chantiers de cette Capitale , & les vingt autres
à Carelfcroon , à Gothenbourg , à Carlsham , à
Landfcroon & à Calmar. On doit conftruire auffi
un certain nombre de Bâtimens , de l'efpèce de
ceux qui peuvent fervir à ranger les côtes , & à
transporter des munitions & des troupes. Les Galeres
la Seraphine & l'Ordre de l'Epée feront inceffamment
lancées à l'eau . Le Roi a accordé la
place de Général de l'artillerie maritime à M. de
Schantz , & celle d'Adjudant Général de la Flotte
à M. Axel Lagerhieike .
Sa Majesté a nommé le Docteur Brovallius à
l'Evêché d'Abo , & M. Ofander à l'Evêché de
Wechfio. Le Comte de Tauben a été fait Commandeur
de l'Ordre de l'Epée.
DE COPPENHAGUE , le 9 Avril.
L'Abbé le Maire , Miniftre du Roi Très Chré
tien , ayant notifié au Roi la mort de la Ducheffe
Douairiere d'Orléans , fa Majefté prit le 16 du
mois dernier le deuil à cette occafion . Le Roi a
déclaré qu'il partiroit le 6 du mois prochain pour
la Norwege , & que les Miniftres Etrangers , qui
voudroient l'accompagner dans ce voyage , pourroient
le fuivre. Sa Majefté fera eſcortée par les
Vaiffeaux de guerre l'Oldembourg , le Docke , le
Nolleblad& le Ditmarfche. Le premier fera monté.
par le Commandeur Tonder , & les trois autres
୮
MAI. 1749 .
195
par les Capitaines Sivertzen , Lutzan & Rickart.
L'Amiral Rolempalm aura le commandement dé
cette Efcadre , qui eft deftinée à croifer fur les
côtes après le retour de fa Majeſté , & qui fera
renforcée du Vaiffeau le Fihne nouvellement
conftruit.
›
le rem-
On prépare les inftructions dont doit être chargé
M. de Rofencrantz , nommé Envoyé Extraordi
naire du Roi auprès de fa Majefté Pruffienne. M.
de Cheufes , Miniftre Plénipotentiaire de cette
Cour auprès de celle de Pétersbourg, ayant deman
dé fon rappel , fa Majefté a choifi , pour
placer , le Comte de Lynar , employé ci - devant à
la Cour de Dreſde. Il fera muni des pouvoirs néceflaires
, pour lever les difficultés qui ont retardé
jufqu'apréfent la conclufion d'un accommodement
entre le Roi & le Grand Duc de Ruffie . Un courier
apporta de Mofcou , le 16 du mois dernier ,
des dépêches importantes , & le même jour , le
Baron de Korff , Miniftre de l'Impératrice de
Ruffie , les communiqua aux Miniftres de fa Majeſté.
Guillelmine Augufte Princeffe de Holftein
Ploën , mourut en cette Ville le 19 du même mois,
âgée de quarante quatre ans . Elle avoit épousé le
Comte de Reventlau , Grand Bailli de Selande ,
Bailli de Coppenhague , Confeiller Privé de Conférence
, & Préfident du Confeil de Commerce .
Le Baron Defflew de Reventlau a obtenu la
Charge de Préſident de la Cour fupérieure d'Altena
, dont le Comte de Rantzau s'eft démis avec la
permiffion du Roi,
Il a paffé à la hauteur de cette Ville cinq Navires
, chargés d'armes & de munitions de guerre
pour les magafins que le Roi de Pruffe a ordonné
d'établit à Konigberg.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Mogens Scheel , Baron de Pleffen , Comte de
Waltroph & de Toufingoë , Chambellan de - fa
Majefté , & Grand - Maître des Cérémonies de
l'Ordre de l'Eléphant & de celui de Dannebrock ,
mourut en cette Ville le 23 du mois dernier , dans
la trente-fixième année de fon âge.
La Charge de Grand-Maître de la Maiſon de la
Reine Douairiere a été accordée par le Roi à M.
Holok , ci- devant Grand Bailli d'Aalbourg . Le
Baron Victor Chriftian de Pleffen , Confeiller
Privé & Gouverneur de la Maifon de la Reine
a obtenu les Charges de Grand- Maître des Cérémonies
, & de Secretaire des Ordres de l'Eléphant
& de Dannebrock . Sa Majeſté vient d'ordonner
au Baron de Rosencrantz , un de ſes Chambellans ,
de fe rendre à Berlin en qualité de fon Envoyé
Extraordinaire , & l'on croit qu'elle nommera inceffamment
auffi un Miniftre , pour aller réfider
auprès de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Bohême.
& l'on
On fe flatte ici de plus en plus , que la tranquillité
du Nord ne fera point troublée ,
confirme que les troupes , deftinées à fe rendre
dans les Camps que le Roi de Pruffe fe propoſe
de former , ont reçu ordre de fufpendre leur
marche.
Les avis reçus de Curlande portent qu'il y eft
arrivé un Corps d'environ deux mille hommes des
troupes de la République de Pologne , & qu'il
doit être fuivi de divers Détachemens , qui feront
diftribués à Windau , à Frawenbourg & à Liebau.
On mande de Mofcou , que la fanté de l'Impératrice
de Ruffie paroît être entiérement rétablie.
Les Officiers Généraux , qui doivent être employés
en Finlande , ne ſe difpofent pas encore à leur départ.
Le 16 du mois dernier , la Comtefle de
MA I. 1749. 197
•
Beftuchefarriva de Pétersbourg à Mofcou avec le
Comte fon fils . Le Comte de Romanzow , Sénateur
, Chevalier de l'Ordre de Saint André
Feldt-Maréchal des Armées de Ruffie , & Colonel
Commandant du Régiment des Gardes Preobrazinski
, eft mort le 15 en cette derniere Ville.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le Avril.
L'Impératrice Reine a donné à l'Archiduc
Charles le Régiment , qui vacquoit par la
mort du Général Vivari . Le départ du Prince
Charles de Lorraine pour les Pays- Bas eft fixé au
8 du mois prochain .
Le Chevalier de Montecuçuli , Miniftre Plénipotentiaire
du Duc de Modéne en cette Cour , a
eu fes audiences de leurs Majeftés Impériales , & a
notifié fon caractére aux autres Miniftres Etrangers.
Dans une conférence que le Comte de Pode
wils , Envoyé Extraordinaire de fa Majesté Pruffienne
, a eue avec le Comte d'Ublefeld , ce dernier
a affûré cet Envoyé , que l'Impératrice Reine
avoit eu une grande fatisfaction de n'appercevoir,
dans la Déclaration faite par le Roi de Pruffe , que
des fentimens pacifiques , tels que ceux dont elle
faifoit profeffion elle-même. Le Comte d'Uhlefeld
a ajouté que cette Princeffe ne fe difpofoit à foriner
un camp en Moravie , qu'afin d'être en état
de remplir , fi les circonstances l'exigeoient , les
engagemens qu'elle avoit contractés avec la Cour
de Pétersbourg. On affûre que ce camp fera de
trente mille hommes.
En même tems que les lettres , qu'on reçoit da
Nord , confirment les puiffans armemens qui fe
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
font en Suéde & en Ruffie , elles affûrent que ni
P'une ni l'autre Puiffance ne penſe à une rupture ,
& que fi l'on prend de part & d'autre des mesures
qui femblent annoncer le contraire , ce n'eft que
pour n'être pas furpris , fi contre toute attente il
arrivoit quelque événement , capable de nuire à la
tranquillité générale .
La Cour de Rome , en confentant que le Gouvernement
levât cinq cens mille florins dans le
Royaume de Hongrie fur les Biens Eccléfiaftiques,
avoit ftipulé que cette fomme feroit deſtinée à
augmenter les fortifications des Villes frontieres
de la Turquie. Comme ces Places font en auffi
bon état qu'elles puiffent être , l'Impératrice
Reine a écrit au Pape , pour lui demander la
liberté d'employer cet argent à des befoins plus
importans.
Le Pere Odilo Pitzol a été élû Abbé de Gottwieg,
& le 14 Mrs de Brumer de Tapfern & de Lichler ,
qui avoient affifté à fon Election de la part de
P'Empereur , donnerent à ce Religieux , au nom
de ce Prince , l'Inveftiture du Temporel de cette
Abbaye.
Ces jours derniers , le Bailli Colloredo , Ambaffadeur
de la Religion de Malte , a eu fes audiences
de congé de l'Empereur , de l'Impératrice Reine
& de l'Archiduc Jofeph. On affûre que ce Miniftre
fe rendra à Londres en qualité d'Ambaſſadeur de
leurs Majeftés Impériales. Le bruit court que le
Prince Efterhafi ira réfider à la Cour de France
avec le même caractere , & qu'il fe rendra à Paris ,
après avoir affifté à la Diette des Etats du Royaume
de Hongrie .
Quelques raifons ont fait différer le départ du
Prince Charles de Lorraine pour les Pays- Bas.
à caufe d'une indifpofition du Baton
On n'a pu ,
1
MA 1. 1749. 199
de Wolzogen , Miniftre du Duc de Saxe - Gotha ,
commencer les conférences , dans lesquelles on
doit régler ce qui concerne la Tutelle du Duc de
Saxe-Weymar.
L'Impératrice Reine a difpofé du Gouvernement
de la Ville d'Ath , vacant par la mort du Comte
de Wurmbrand , en faveur du Prince Louis de
Brunfwick -Wolfenbuttel , Général d'Infanterie .
On attend inceffamment d'Italie le Comte de
Grune. Le Régiment d'Infanterie de Molck &
celui de Cuiraffiers de Bernes doivent marcher en
Moravie , & l'on y fera défiler encore quelques
autres troupes , pour former un des camps projettés.
•
Il y a eu à Dobreczin , entre les troupes de la
Garnifon & la Bourgeoifie , un combat très-vif,
dans lequel deux cens hommes ont été tués où
bleffés.
Les lettres de Pologne marquent que toutes les
troupes Ruffiennes , qui ont été fournies au Roi
de la Grande Bretagne & à la République des Provinces-
Unies par la Cour de Pétersbourg,marchent
avec beaucoup de diligence , & que la tête de leur
premiere Colonne eft arrivée dans les environs de
Warfovie. Le Baron de Lieven , qui commande
ces troupes , a ordre que le 28 du mois prochain
elles foient toutes arrivées à Bausken près de
Mittau.
L'Empereur a acheté du Comte de Zobern pour
cent mille florins en argent comptant , & fix mille
florins de rente , une terre voifine du Château de
Hollitfch. On attend ici M. Blondel qui y fera
chargé des affaires du Roi de France , jufqu'à ce
que Sa Majefté Très - Chrétienne y envoye un
Ambaffadeur , & M. Marshall doit fe rendre à
Paris pour y réfider en qualité de Miniftre de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
I'Impératrice Reine , Le Prince d'Aremberg & le
Général Comte de Grune font arrivés du Brabant.
Cent cinq Eglifes ayant été ô ées depuis peu aux
Proteftans dans le Royaume de Hongrie par ordre
du Gouvernement , ils ont envoyé ici des Députés
pour demander qu'elles leur foient rendues , &
pour folliciter la révocation d'un Edit , par lequel
il eft enjoint indiftin&tement à toute la Jeuneffe da
District de Raab , d'affifter régulièrement aux Proceffions
& aux autres Cérémonies de l'Eglife Catholique
, fous peine de payer une amende.
DE BERLIN , le 17 Avril.
Le Comte de Keyferling , qui étoit Miniftre
Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie en cette
Cour , & qui va réfider à celle de Drefde , a pris
congé du Roi , & fa Majefté , pour témoigner fa
fatisfaction de la conduite qu'a tenue ici ce Miniftie
, lui a fait préfent d'un diamant de très grand
prix.
Plufieurs Officiers Généraux ont été mandés ,
pour affifter à un Confeil de guerre que le Roi
tiendra la femaine prochaine , & le Prince Ferdinand
de Brunſwick eft arrivé de Wolfenbuttel
cet effet .
pour
Sa Majefté a chargé du Département des Affaires
Eccléfiaftiques le Baron Dankelman , Miniftre
d'Etat & de Guerre.
Les lettres de Drefde marquent qu'on y attend
inceffamment le Comte de Bertin, qui y va relever
le Comte du Perron en qualité d'Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Sardaigne.
M.A I. 1749. 201
DE RATISBONNE , le 18 Avril.
L'article XX , du Traité définitif de Paix portant
que tous les Etats , poffedés en Allemagne par le
Roi de la Grande Bretagne , feront garantis à ce
Prince , & les différentes Branches de la Maifon
d'Anhalt ayant des prétentions fur le Duché de
Lauwenbourg , les . Princes d'Anhalt - Coethen ,
d'Anhalt Bernbourg , d'Anhalt- Deffau , & la
Princefle Douairiere d'Anhalt- Zerbſt , ont adreflé
à la Diette de l'Empire une Proteftation , par laquelle
ils fe réfervent tous leurs droits . Ils ont
demandé qu'elle fût dépofée dans les Regiftres de
l'Affemblée.
-
DE HAMBOURG , le 19 Avril.
Selon les nouvelles de Riga , on y a fait pendant
deux jours une vifite exacte de toutes les
maifons de la Ville , & l'on y a arrêté plufieurs
perfonnes , dont la conduite a paru fufpecte au
Gouvernement de Ruffie . On a reçu avis de Cur-
Jande , que le Comte Poniatowski & M. Rolo-
KOWSKI , Vice - Chancelier de Pologne , étoient
allés à Doblen , pour exécuter une commiffion da
Roi & de la République de Pologne auprès des
Etats du Duché. Ces avis ajoutent , que ces Etats
s'affemb'eront bientôt pour procéder à l'Election
d'un nouveau Souverain , & que fix mille hommes
des troupes Polonoifes fe rendront en Curlande ,
afin de prévenir les défordres qui pourroient arri
ver pendant la Diette . On mande de Drefde , que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe a nommé le
Général d'Arnhim , fon Envoyé Extraordinare
auprès de l'Impératrice de Ruffie , & que le Comte
I
202 MERCURE DE FRANCE.
de Flemming doit retourner à Londres pour y réfider
en la même qualité.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 15 Avril.
A mauvaiſe fanté du Duc d'Alburquerque ,
l'ayant obligé de fe démettre de la Charge de
Grand Ecuyer , le Roi a difpofé de cette Charge
en faveur du Duc de Medinacoeli. Le Duc de San
Iftevan a été nommé Capitaine de la Compagnie
Royale des Hallebardiers , & le Duc de Medina
Sidonia a obtenu la place de Gentilhomme de la
Chambre , dont le Duc de San Iftevan étoit en
poffeffion .
Sa Majesté a accordé le Gouvernement de la
Province de Guipuzcoa à Don Manuel de Sada
d'Antillon , Lieutenant Général , celui de l'Eftramadoure
au Marquis de Campo Fuerte ; le commandement
d'Oran , & des Châteaux qui en dépendent
, à Don Pedre d'Argain , Marquis de Real
Corona ; la Sous-Lieutenance de la Compagnie
Italienne des Gardes du Corps à Don Juan Dominique
Pignatelli , Clonel du Régiment d'Infanterie
de Naples ; celle d'Enfeigne de cette Compagnie
au Marquis de Botta d'Adorno ; la Lieutenance
de Roi de Jaca à Don Jean - Baptiste Coppoli
, Exempt de la même Compagnie ; le Gouvernement
de Merida au Comte de la Roca , Colonel
du Régiment de Dragons d'Eftramadoure ;
celui de Thuy à Don Manuel de Menefez , Lieutenant
Colonel d'un Régiment de Milice ; le Gouvernement
du Château de Fermofelle à Don Nicolas
d'Yebra de Bolanos ; la place de Sergent Major
de Tarragone à M. Fitzgeral , Capitaine de GreMA
I. 1749. 203
nadiers du Régiment d'Irlande ; le Régiment de
Dragons de Flandre à Don Michel Irumberry de
Balanza , ci - devant Major Général des Dragons
dans l'armée commandée par l'Infant Duc de
Parme ; le Régiment de Milice d'Oviedo à Don
François Valdes Bernard de Quiros , Capitaine de
Grenadiers du Régiment de Mayorque ; celui de
Milice de Burgos à Don Juan Manuel de Burgos ,
& la Lieutenance Colonelle du premier de ces deux
Régimens à Don Joachim de Velarde .
Don Pedre Antoine Cevallos , Maréchal des
*Camps & Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre
'de Saint Jacques , a obtenu la Commanderie de
Sagra de Cenat.
Don Pedre Torre , Evêque de Ciudad Rodrigo ,
& Don François Quartero , Evêque de Segorbe ,
furent facrés , il y a quelques jours , dans l'Eglife
du Monaftére de l'Incarnation par Don Gafpard
Jacques Tablada , Evêque d'Oviedo , & Gouverneur
du Confeil de Caſtille , affifté des Evêques de
Barbaftro & de Lugo. Le Nonce du Pape à facré
dans la même Eglife Don Manuel Quintano , Archevêque
Titulaire de Pharfale , & Don François
Solis de Cardone , Archevêque de Trajanopolis.
Don Pedre Gordillo , Commiffaire Ordonnateur
, a obtenu le Titre d'Intendant d'Armée . Sa
Majefté a accordé la Lieutenance Colonelle du
Régiment d'Infanterie d'Afrique à Don Nicolas
Lopez , qui commandoit le fecond Bataillon de ce
Régiment ; celle du Régiment d'Infanterie de
Zamora à Don Gaëtan Pignatelli ; cel'e du Régiment
de Cavalerie de Flandre à Don Antoine de
Guzman , Lieutenant Colonel du Régiment de
Quantiofos , & celle du Régiment de Dragons de
Pavie à Don Juan Manrique , Lieutenant Colonel
de celui d'Oran.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Don Jofeph de Chaves Offorio , Marquis d'Almodovar
, Capitaine Général des Armées de fa
Majefté , & le plus ancien des Membres du Confeil
Suprême de Guerre , eft mort en cette Ville
âgé de foixante & ſeize ans.
La Paix fut publiée ici le 26 du mois dernier
avec les cérémonies accoûtumées : on chanta le
même jour à cette occafion dans l'Eglife des
Hyeronimites le Te Deum , auquel le Roi affifta :
le foir , on tira un très beau feu d'artifice , & toute
la Ville a été illuminée pendant trois nuits confécutives
.
Suivant les avis reçus de Lisbonne , Don Juan
Maldonado d'Azevedo de Gama Lobo , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , & Gentilhomme de la
Maifon du Roi de Portugal , a épousé Dona
Marie Bonaventure- Magdelaine Zuzart de Gama
Lobo. Il avoit épousé en premieres nôces Dona
Marie-Elizabeth Pinto de Soufa . On a été informé
par les mêmes lettres , que Dona Marie de Lancaftre
, Marquife d'Alorna , époufe de Don Pedre
d'Almeida de Portugal , Viceroi & Capitaine Gé.
néral des établiſſemens poffedés par les Portugais
dans le Indes , étoit morte à Lifbonne le 14 du
mois dernier , âgée de cinquante & un ans. Don
Pedre Viçofo Botelho da Veiga , fils aîné de Don
Antoine Vicolo Botelho , Gentilhomme de la
Maifon de la Majefté Portugaife , mourut le 27 à
Oliveira de Frades , dans la vingtiéme année de
fon âge.
MAI. 1749. 205
L
ITALI E.
DE ROME , le 6 Avril .
E Commandeur Sampayo , Miniftre du Roi
de Portugal , prendra le caractére d'Ambaffadeur
Extraordinaire de ce Prince , pour remercier
le Pape du Titre de Tr.s-Fidéle , accordé à fa Majefté
Portugaise .
On aflû.e que le Roi des Deux Siciles follicite
un Bref , pour faire obferver dans fes Etats la
même régle qui vient d'être établie en Allemagne
dans le Diocéfe de Breslau , & par laquelle il eft
enjoint aux Religieufes , de ne laiffer aucune
Novice prononcer fes voeux avant l'âge de vingtdeux
ans .
Suivant des Lettres particulieres , le Cardinal
Archevêque de Naples , ayant fait arrêter deux
perfonnes qu'il prétendoit ne s'être pas conformées
aux ordres de l'Eglife pour la folemnité d'une fête,
cet acte de lévérité a excité quelque tumulte dans
la Ville , & le Roi des Deux Siciles , pour calmer
les habitans , a fait remettre les prifonniers en
liberté. En même tems ce Prince a établi une
Commiffion de Juges Séculiers , pour connoître à
l'avenir des affaires femblables à celle qui avoit
donné occafion au mécontentement de la Bourgeoifte.
›
DE LIVOURNE , le 16 Avril.
Depuis la Paix que l'Empereur , comme Grand
Duc de Tofcane , à conclue avec les Régences de
Tunis , d'Alger & de Tripoli , le Pavillon Impé
rial eft devenu le faufconduit général de tous les
Navires Italiens , & les Affûreurs de cette Ville
206 MERCURE DE FRANCE.
font difficulté d'affûrer les Bâtimens qui navigent
fous un autre Pavillon. Une des conditions du
Traité , figné par fa Majefté Impériale & par la
Régence d'Alger , eft que cette Régence renverra
fans rançon les efclaves , nés en Toscane , qui
font au pouvoir du Dey , & qu'elle fera rendre ,
moyennant le rembourfement de la fomme pour
laquelle ils ont été achetés , ceux qui appartiennent
à des particuliers.
Un courier eft arrivé ces jours- ci de Vienne , &
a remis des dépêches au Conful qui réfidoit de la
part de l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boëme
auprès de la République de Génes , & qui s'étoit
établi ici , lorfque les Génois dans la derniere
guerre contracterent leur alliance avec le Roi
Très- Chrétien & avec fa Majefté Catholique.
Comme ce Conful travaille à des préparatifs pour
fon départ , & qu'il a même déja pris congé du
Gouverneur de cette Ville , on conjecture qu'il a
reçû ordre de retourner à Génes .
DE PARME , le 18 Avril.
L'Infant Duc continue fa réfidence à Sala , où il
employe au divertiffement de la chaffe les momens
qu'il ne donne pas aux affaires du Gouverne
ment. On compte que chaque année ce Prince
demeurera trois mois dans cette Capitale , un à
Plaifance , & le refte du tems à Sala ou à Colorno.
Il a difpofé du Gouvernement de Parme en faveur
de M. Arcelli , Pavefan de Nation , & il a accordé
à M. Pelizieri , d'une Maiſon diftinguée
de Calabre , la Charge de Grand Tréforier de ce
Duché , ainfi que la place de Préſident de la
Chambre Ducale , & celle de Commandant Général
des Milices , tant des Villes que de la cam
pagne.
MAI. 1749. 207
>
Tous les Seigneurs & les Gentilshommes , qui
foit pen- s'étoient retirés à Naples , foit avant , dant la derniere guerre reviennent fucceffivement
pour rendre leurs refpects à notre nouveau
Souverain . On a publié deux Ordonnançes
, l'une pour interdire généralement toutes fortes
de jeux de hazard , l'autre pour bannir des Etats
de l'Infant tous les aventuriers , vagabonds & gens
fans aveu.
1
Le Comte Palma eft chargé de faire préparer le
grand Théatre , afin qu'on puiffe y repréſenter
Opéra à l'arrivée de Madame Infante.
DE GENES , le 14. Avril.
•
Le Triduum , que le Gouvernement avoit ord
donné de célébrer en action de graces de la Paix
commença le 23 du mois dernier dans l'Eglife
Cathédrale de cette Ville , par l'expofition du
Saint Sacrement. Il y eut le matin une Proceffion
générale du Clergé Séculier & Régulier , après la
quelle le Te Deum fut chanté fans Mufique & fans
aucune forte d'inftrumens . La principale Cloche
de la Tour ayant enfuite donné le fignal , toutes
celles de la Ville fonnerent , & l'on fit une
ainfi falve de l'artillerie des remparts , que
celle des Vaiffe ux qui étoient dans le Port . Les
Milices Bougeoifes firent auffi trois falves de
moufqueterie. La nuit fuivante , toutes les rues
furent illuminées .
de
Une difficulté , furvenue au fujet du cérémonial,
a empêché l'Archevêque de Génes d'affifter à la
fé-
Proceffion du 23. Ce Prélat vouloit marcher ,
parement de fon Clergé , devant les Reliques de
Saint Laurent , ayant la Noblefle entre lui & le
Chapitre de l'Eglife Cathédrale. Cela s'étoit pra208
MERCURE DE FRANCE.
tiqué ainfi dans les trois Proceffions précédentes ,
mais la Nobleffe a réfolu de rétablir l'ancien ufa
ge , qui eft que l'Archevêque avec les Chanoines
ferme la marche du Clergé.
On a appris avec une grande fatisfaction , que le
Bâtiment Hollandois , parti de Cadix il y a plus de
trois mois , & dont on étoit fi inquiet , avoit relâché
à Alicante. Il doit actuellement avoir remis
à la voile , pour fe rendre en cette Ville . La Barque
, armée en courfe par la République , s'eft em
parée d'un Corfaire Barbarefque , de cinquantefix
hommes d'équipage .
O fe propofe d'établir une Pofte reglée pour
la Corfe , par le moyen de quelques Felouques de
Captara , qui partiront toutes les femaines pour
la Baftie. Les couriers , qui vont d'Eſpagne à Naples
, & de Naples en Espagne , ne pafferont plus
par Florence , & ils prendront leur route par le
Duché de l'arme .
Dans une affemblée que le Grand. Confeil a
tenue dernierement on a renouvelé quelques
loix , dont le terme étoit expiré.
,
Le 31 du mois dernier , le Corſaire dont la Barque
& le Chabec , armés pour donner la chaffe
aux Barbarefques , fe font emparés vers les Bouches
de Saint Boniface , entra dans ce Port . C'eft
un Pinque Catalan , qui avoit été pris il y a quel
que tems par un Pirate de Tripoli , & avec lequel
ce Pirate faifoit la courfe . Il s'eft trouvé fur ce
Bâtiment trois Renegats , un Efpagnol , un Mayorquain
& un Maltois. On enverra l'équipage au
Lazaret de la Spécie , pour y faire la Quarantaine .
La Barque & le Chabec de la République fe remettront
inceffamment en mer , & ils continueront
leur croiftere jufqu'à ce que la faifon permette
aux Galéres & à la Galioue de les aller relever.
MAI. 1749. 209
Ces jours derniers , le Marquis Doria , ci- devant
Miniftre Plénipotentiaire de la République
aux conférences pour la Paix , eft revenu d'Aix -la-
Chapelle. En arrivant , il alla fur le champ ,felon
l'ufage , au Palais Ducal , & il rendit compte aa
Sénat de fa commiffion.
La plupart des Oratoires de cette Ville étant en
fort mauvais état , par la néceffité dans laquelle
on s'eft trouvé d'y établir des magafins ou d'y
loger des troupes ; la Proceffion , qu'on a coû
tume de faire le Jeudi Saint , n'a point eu lien
cette année.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 21 Avril.
Ladecemois, de l'ordre de la Jarretiere,
E 6 de ce mois , Fête de Pâques , le Roi re
accompagné du Prince de Galles , du Duc de
Cumberland , & de la Princeffe Amelie , fe rendit
à la Chapelle Royale du Palais de Saint James , &
y entendit le Sermon prononcé par l'Archevêque
d'Yorck , fon Grand Aumônier. Sa Majefté reçut
enfuite la communion par les mains de l'Evêque
de Londres , & elle fit fur l'Autel l'offrande accoû
tumée.
M. Wall , Miniftre Plénipotentiaire de fa Ma
jefté Catholique , fut admis le 2 à l'audience du
Prince de Galles , le 4 à celle du Duc de Cumberland
, & le 7 à celle de la Princeffe Amelie . Il a
été conduit à toutes ces audiences par le Chevalier
Clement Cotterel , Maître des Cérémonies . Dans
peu de jours , le Chevalier Offorio , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Sardaigne , & que ce Prince
a nommé pour aller réſider à Madrid en qualité
210 MERCURE DE FRANCE.
de fon Ambaffadeur , prendra congé du Roi & de
la Famille Royale , le Comte du Perron , qui doit
le remplacer ici , étant arrivé avant-hier . On af.
fûre que le Lord Cooke ſe rendra à Liſbonne avec
caractére d'Ambaffadeur de fa Majefté , à la place
de M. Keene. Le Comte d'Albermale & le Comte
d'Holderneff font fur leur départ , le premier pour
l'Ambaffade de France , le fecond pour celle de
Hollande.
Sa Majefté alla le 2 au Parlement , & donna
fon confentement au Bill contre les foldats mutins
& les déferteurs . Dans la féance du 31 du
mois dernier , la Chambre des Communes affigna
un fond de cent mille livres fterlings pour payer
le refte des fubfides dús à l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme . Il fut décidé qu'on payeroit
en Annuités à quatre pour cent les dettes contractées
par le Bureau de la Marine & par celui
de l'Artillerie . Le 2 , la Chambre accorda foixante-
trois mille deux cens foixante & quatorze livres
fterlings pour les Invalides externes de l'Hôpital
du Chelfea , & quarante mille pour les Officiers
, les foldats & les matelots , congédiés du
fervice de fa Majefté , qui ont demandé de s'établir
à la Nouvelle Yorck . La Chambre approuva
le 3 , les réfolutions prifes le jour précédent . Elle
réfolut enfuite , d'examiner le 16 en grand Com
mité le Bill pour réunir en un feul Acte tous les
Réglemens qui concernent la Marine. Les délibérations
des deux Chambres font fufpendues juf
qu'au 15.
On parle de l'armement d'une Efcadre dont on
ignore la deftination , & les ordres font donnés à
un grand nombre de Canoniers de fe tenir prêts
à s'embarquer, Le Major Général Churchill aura
le commandement des troupes du Roi en Ecoffe ,
pendant l'abfence du Comte d'Albermale.
1
M A 1. 1749. 217
La place de Controlleur Général de la Marine a
été donnée à M. Savage Moftyn , Chef d'Efcadre.
des Armées Navales de fa Majeſté .
La jeune Princeffe , fille du Prince de Galles ,
fut baptifée le 12 à l'Hôtel de Leicefter : elle a eu
pour parein le Prince de Heffe , & pour maraines
Ja Reine de Dannemarck & la Princeffe de Naffau
, & elle a été nommée Louife- Anne. Il fe tint
le 14 au Palais de Saint James un Confeil extraordinaire
, à l'occafion de quelques dépêches qu'on
a reçues de M. Greenville , Gouverneur de l'Ifle
de la Barbade. En conféquence des réfolutions prifes
dans ce Confeil , on a expédié des ordres aux
Commiffaires de l'Amirauté . Le Roi fe rendra le
17 à Kenſington.
Le is , les deux Chambres du Parlement reprirent
leurs délibérations . Les Seigneurs ordonnerent
que l'Evêque de Saint Afaph feroit prié de
prêcher devant eux dans l'Abbaye de Weſtminſter
le jour qu'on rendra de folemnelles actions de
graces à Dieu pour la Paix. Hier , le Marquis de
Rockingham informa la Chambre , que conjoin
tement avec le Lord Montford , il avoit préſenté
à la Princeffe de Galles l'Adreſſe de félicitation de
cette Chambre fur la naiffance de la jeune Princeffe
, & que fon Altefle Royale remercioit les
Seigneurs de cette marque de leur attachement
pour fa perfonne . La Chambre des Communes
fit le 15 la premiere lecture d'un Bil ' , pour défendre
l'ufage des galons , des dentelles & des broderies
d'or & d'argent , des manufactures étrangeres.
On préfenta à la Chambre une Requête , par
laquelle les habitans de Chefter & de Newcattle
demandent qu'on rende libre pour tous les fujets
du Roi le commerce d'Afrique .
On équipe en diligence à Portſmouth cinq Vai
212 MERCURE DE FRANCE.
feaux & une Chaloupe de guerre , deſtinés à faire
voile pour la Nouvelle Ecoffe . Il paroît divers
écrits , dans lefquels on infifte beaucoup fur l'im
portance dont il eft d'y établir une puiffante Colonie.
Les nouvelles qu'on reçoit des progrès de
l'établiffement des François dans l'Ile de Tabago
, caufent beaucoup d'inquiétude à nos Négocians
.
Le bruit court que le feu d'artifice , qui devoit
être tiré le 6 , ne le fera qu'après le départ du
Roi.
On fit le 10 à Windfor , en préfence du Duc de
Cumberland , l'épreuve d'un canon , inventé en
Saxe . Elle ne réuffit pas , & l'affut de ce canon fe
rompit à la cinquantiéme décharge. On eflaya en
même tems un canon Anglois , de fix livres de
balle , lequel tira quatre- vingt fix coups en neuf
minutes.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent fix , trois quarts ; celles de la Banque ,
à cent trente , un quart . Les Compagnies des
Indes Orientales & les Annuités n'ont point de
prix fixe.
L
PAYS - BAS.
DE LA HAYE , le 22 Avril.
E Titre de Directeur & Gouverneur Général
de la Compagnie des Indes Orientales , ayant
été conféré au Prince Stathouder , les Députés ,
nommés par cetteCompagnie pour lui en remettre
le Diplôme , s'acquitterent avant - hier de cette
commiffion En vertu de ce Titre , ce Prince préfidera
à l'affemblée des Dix-Sept , ainfi qu'aux
conférences qui fe tiendront , foit ici , foit dans
MAI. 273
1749.
les autres Départemens de la Compagnie. Il y
aura voix déliberative & prépondérante , avec le
droit de s'y faire repréfenter par un ou plufieurs
Députés , munis de telles inftructions qu'il jugera
-à propos de leur donner. Ces Députés pourront
faire dans les affemblées des Chambres toutes les
propofitions qui leur paroîtront utiles , & convoquer
extraordinairement les Directeurs & les Intéreffés
de la Compagnie , toutes les fois qu'ils le
croiront néceffaire . Une de leurs principales at
tentions fera de protéger & de maintenir les Priviléges
& les Réglemens de la Compagnie , & de
la faire jouir de tous les Octrois qui lui ont été
accordés. Ils feront toujours choifis parmi les
principaux des Actionnaires , domiciliés dans cette
Province , ou dans celle de Zelande. Le Prince
Stathouder & fes Repréfentans , veilleront avec
exactitude à l'adminiftration des fonds de la Compagnie
: ils feront auffi autoriſés à prendre connoiffance
de toutes les affaires qui regarderont la
Compagnie , & ils s'appliqueront à réformer les
abus introduits. Tous les differends , qui pourront
furvenir entre les Chambres refpectives , feront
remis à la décision du Prince Stathouder. Pour
remplir les places de Directeurs , il choifira une
des trois perfonnes qui lui feront propofées par la
Compagnie. Il en lera de même par rapport aux
autres emplois de quelque importance , qui va
queront , tant aux Indes que dans les Chambres .
A l'égard des Fortereffes & du maintien de la dif
cipline aux Indes , ce Prince établira tous les Ré,
glemens qu'il croira les plus convenables Lorfqu'il
lui plaira , il communiquera par les Repré
fentans aux Actionnaires la connoiflance des affai,
res de la Compagnie , qui ne demanderont point
d'être tenues abfolument fecrettes . Dans ce cas
214 MERCURE DE FRANCE.
les Actionnaires pourront donner leurs avis fur
ces affaires , & fi leurs propofitions font appprouvées
, elles feront préfentées à la Chambre des
Dix-fept.
Le Prince Stathouder devoit partiz cette femaine
, avec la Princeffe de Naffau , le Comte de
Buren & la Princeffe Caroline , pour aller paffer
quelque tems au Château de Loo , dans la Gueldre
, mais fon voyage eft differé d'une quinzaine
de jours.
Leurs Hautes Puiffances ont nommé leur Envoyé
Extraordinaire auprès du Roi de Suede , M.
Guillaume de Haren , Député à leur affemblée.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 30 Mars , Dimanche des Rameaux , le Roi
accompagné de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine & de Mefdames de
France , affifta dans la Chapelle du Château à la
Bénédiction des Palmes . Sa Majefté alla à la Proceffion
, adora la Croix , & entendit enfuite la
grande Meffe. La Reine affifta à l'Office dans la
Tribune.
Leurs Majeftés entendirent l'après - midi la Prédication
de l'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe de
Saint Barthelemi ,
Le 2 Avril , Mercredi Saint , leurs Majeftés
affifterent dans la même Chapelle à l'Office des
Ténébres .
Le 3 , Jeudi Saint , le Roi entendit le Sermon
de la Cêne de l'Abbé Veres , Docteur de SorbonMA
I.
1749. 215
ne , & l'Evêque d'Autun fit l'Abfoute , après laquelle
Sa Majefté lava les pieds à douze Pauvres,
& les fervit à table. Le Comte de Cha olois , faifant
les fonctions de Grand Maître de la Mailon
du Roi , étoit à la tête des Maîtres d'Hôtel , & il
précédoit le fervice , dont les plats étoient portés
par Monfeigneur le Dauphin , le Duc de Chartres,
le Prince de Condé , le Comte de Clermont , le
Prince de Conty , le Comte de la Marche , le Prin
ce de Dombes , le Comte d'Eu , le Duc de Pen
thiévre , & par les principaux Officiers de Sa Ma
jefté. Après cette cérémonie , le Roi & la Reine
fe rendirent à la Chapelle , où leurs Majeftés
entendirent la grande Meffe , & affifterent à la
Proceffion .
Le Roi a difpofé du Gouvernement des Illes
de Sainte Marguerite , vacant par la mort du
Marquis de Dreux , en faveur du Marquis de
Brezé , fon fils , Lieutenant Général des Armées de
Sa Majesté , & Infpecteur Général de l'Infanterie .
Sa Majefté ayant jugé à propos de créer deux
Régimens de Cavalerie , de deux Efcadrons chacun
, lefquels feront formés des Compagnies détachées
des Régimens de la tête de la Cavalerie ,
qui doivent être réduits au même nombre d'Efcadrons
, elle a choisi pour être Meftre - de- Camp du
premier de ces deux Régimens , le Marquis de
Moncalm , Brigadier , ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie d'Auxerrois , & pour être
Meftre- de-Camp du fecond , le Marquis de Bezons
, auffi Brigadier , qui étoit Colonel du Régiment
de Beaujollois ."
Le Roi a reçu avis de Naples que l'Infante ,
fille aînée de leurs Majeftés Siciliennes, étoit morte
de la petite vérole le dix - feptiéme jour de la
maladie.
216 MERCURE DE FRANCE.
On n'a point jufqu'à préfent de M. Dupleix ,
Commandant Général des établiffemens poffedés
par la Compagnie des Indes , des lettres plus
récentes que du 28 du mois d'Août dernier. Ainfi
on n'eft informé par ce Commandant que des premiers
détails de l'entrepriſe formée par les Anglois
contre Pondichery. Il mande que l'Amiral
Boscawen , ayant fait les approches du côté
Archiouack , avoit attaqué avec quinze cens
hommes de troupes reglées & deux mille Noirs ,
1e camp retranché que les François y tenoient
depuis fix mois , & de la défenfe duquel on avoit
chargé des Sypays ; que ces derniers , quoiqu'il
leur eût été ordonné de ne faire que quelques décharges
de moufqueterie , & de fe replier enfuite
fur un corps de troupes pofté à Ariancoupan ,
avoient foutenu l'affaut avec la plus grande intrépidité
, & avoient repouflé trois fois les Anglois ,
qui en cette occafion avoient fait une perte confidérable
; que l'ordre ayant été récidivé aux Sypays
de fe retirer , ils avoient fait une fort belle
retraite , que ce premier échec avoit fort décou
ragé les troupes Noires des Anglois , & qu'euxmêmes
ne l'avoient pas moins été par le mauvais
fuccès de l'attaque du Fort d'Ariancoupan , dont
ils avoient tenté de s'emparer fans échelles & fans
grenades ; que cette témérité leur avoit coûté au
moins cent de leurs plus braves foldars , & la plûpart
de leurs meilleurs Officiers ; que depuis cette
action ils s'étoient occupés à élever une batterie ,
qui battoit en même tems le Fort d'Ariancoupan
& deux batteries établies par les François , & que
cette batterie avoit commencé à tirer le 28 au
matin. M. Dupleix fait de grands éloges de la
Valeur & de la conduite de Meffieurs Prévôt de
a Touche , Law & de la Borderie , qui ont dé
endu Ariancoupan,
Voici
M A I. 1749. -217
le
Voici ce que la Gazette Angloife nous apprend
de la fuite du fiége , depuis le jour de la datte des
dépêches de M. Dupleix. Le Fort d'Ariancoupan
ayant fauté , & les Anglois ayant paflé la riviere
qui étoit entre eux & Pondichery , l'Amiral Bofcawen
ordonna à ſa flotte de s'avancer vers le
Nord , & après avoir établi une communication
de ce côté , il fit ouvrir la tranchée devant la
Place le 30 du mois d'Août au foir. Le premier
Septembre , les Affiégés firent une fortie de trois
cens Européens & de fept cens Noirs , mais ils
furent repouffés. Trois de leurs Officiers furent
tués , & M. de Paradis , leur Ingénieur en chef ,
fut bleflé mortellement. Divers obftacles nuifant
aux progrès des travaux des Affiégeans , ils ne
purent achever l'établiſſement de leurs batteries
que 25 Septembre. Elles étoient au nombre de
quatre , la premiere de cinq gros mortiers & de
quinze Royales , la feconde de quinze Coëhorns ,
la troifiéme de huit piéces de canon , dont fix de
vingt-quatre. livres de balle & deux de dix - huit ,
la quatriéme de quatre piéces , dont deux de vingtquatre.
Deux batteries que les Affiégés éleverent
de leur côté , & qui incommodoient fort la tranchée
, mirent les Anglois dans la néceffité d'en
établir deux nouvelles , l'une de trois piéces de
canon , l'autre de deux . Afin que leurs Ingénieurs
ne fuffent point détournés de la conduite des autres
ouvrages , leurs Officiers d'Artillerie le chargerent
de la direction de ce travail. Dès le tems
de l'ouverture de la tranchée , l'Amiral Boscawen
avoit fait approcher une Galiotte à bombes pour
bombarder nuit & jour la Citadelle . Les François
coulerent à fond la chaloupe amarrée à la poupe
de cette Galiotte , & ils l'accablerent d'un tel feu ,
qu'elle fut obligée de s'éloigner. Cependant la
K
218 - MERCURE DE FRANCE.
faifon s'avançoit , & les Affiégés étant parvenus
à former une inondation fur le front de l'attaque
il fut impoffible aux Anglois de la pouffer plus
loin. Ces raifons déterminerent l'Amiral Bofcawen
, à tenter un dernier effort pour contraindre
la Ville de fe rendie . I fit étendre , en
Croiffant, les Vaiffeaux de la Flotte , qui commencerent
tous en même tems à canonner la Place
dont l'Artillerie répondit par un feu très- vif
Comme les Vaiffeaux Anglois confommoient une
grande quantité de poudre , fans produire beaucoup
d'effet , l'Amiral Eofcawen leur donna ordre
de fe mettre hors de la portée du canon , mais un
vent de mer , qui s'éleva pendant la nuit , les empêcha
de fe retirer affez loin , & le lendemain au
matin ils fouffrirent quelque dommage du feu de
la Ville. Un homme fut tué à bord du Vaiffeau le
Vigilant , & M. Adam , commandant le Harwich ,
ayant eu la cuiffe emportée d'un boulet de canon ,
mourut de fa bleffure. Les jours fuivans , les batteries
des Affiégeans continuerent de tirer &
renverferent plufieurs ouvrages. L'Amiral Bofcawen
fe propofoit de faire brêche à la Courtine du
front de l'attaque , mais cela fut impoffible , les
Affiégés ayant démafqué une batterie de fx pié .
ces de canon dans cette même courtine , & une
autre dans la courtine voifine . Le 14 Octobre ,
les Commandans de la Flotte Angloiſe tinrent un
Confeil de guerre , dans lequel il fut décidé que la
perte , faite par les Affiégeans dans les differentes
attaques,montant déja à près de fept cens hommes,
leurs troupes s'affoibliffant tous les jours par les
maladies , les Vaiſleaux de guerre n'étant d'aucun
fecours pour le fiége , & le tems des pluyes ap
prochant , ils courroient rifque , en s'obſtinant à
demeurer devant la Place , de perdre leurs muni
MA I. 1749. 219
tions & leur artillerie ; que peut - être les chemins
deviendroient impraticables , même pour les
troupes de terre , fi elles attendoient plus longtems
à fe retirer ; que d'ailleurs il étoit à craindre
que la Flotte ne fût chaffée de la côte , qu'ainfi les
Anglois ne pouvoient faire rien de plus fage que
de renoncer à leur entreprife , pendant qu'ils
étoient encore furs de pouvoir regagner le Fort
Saint David. En conféquence de cette décision ,
ils rembarquerent leur artillerie , & le 16 ils mirent
le feu à leurs batteries . Le 17 au matin , leurs
troupes de terre commencerent à reprendre la
route du Fort Saint David , cù elles arriverent le
même jour. Les rivieres qu'elles eurent à paffer ,
étoient fi groffies , & les chemins fi rompus par
une forte pluye qui étoit tombée la nuit précédente
, qu'il n'y a point de doute que la retraite ne
fût devenue impoffible , fi elle avoit été differée de
quelques jours. La garnifon de Pondichery étoit
compofée de dix -neuf cens Européens & de trois
mille Noirs. Les forces de l'Amiral Boscawen
quand il partit du Fort Saint David pour affiéger
cette Place , confiftoient en deux mille fix cens
quatre- vingt dix foldats , cent quarante huit hommes
du Corps de l'Artillerie , mille quatre - vingt
dix- fept de Marine , & deux mille Noirs , qui
n'ont été que de peu d'utilité . Cet Amiral a perdu
pendant le fiége fept cens cinquante - fept foldats ,
quarante-trois canoniers , & deux cens foixantecinq
matelots .
Le 2 Avril , les Actions de la Compagnie des
Indes étoient à quinze cens vingt- fept & demi ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq
cens foixante & cinq , & ceux de la feconde à cinq
cens quarante.
Le 3 Avril après midi , la Reine entendit le
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Sermon de la Céne de l'Abbé Carrelet , ci- devant
Chanoine de la Cathédrale de Dijon , & l'Evêque
d'Autun ayant fait l'Abfoute , Sa Majefté lava les
pieds à douze pauvres filles qu'elle fervit à table.
Le Marquis de Chalmazel , Premier Maître d'Hôtel
de la Reine , précédoit le fervice , dont les
plats furent portés par Madame la Dauphine , par
Meldames de France , par la Ducheffe de Chartres
, la Ducheſſe, de Penthiévre & par les Damęs
du Palais.
Le même jour , le Roi & la Reine affifterent
dans la Chapelle du Château à l'Office des Ténébres.
Le 4 , Vendredi Saint , le Roi & la Reine , aç
compagnés de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Mefdames de France
entendirent le Sermon de la Paffion de l'Abbé
Adam , Curé de Saint Barthelemi. Leurs Majeftés
affifterent enfuite à l'Office , & elles allerent
l'Adoration de la Croix . L'après- midi , le Roi &
la Reine affifterent à l'Office des Ténébres.
Les , Samedi Saint , la Reine affifta aux Complies
& au Salut , pendant lequel l'Ofilii fut chanté
par la Mufique.
Le 6 , Fête de Pâques , le Roi & la Reine , ac
compagnés de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Mefdames de France ,
entendirent la grande Meffe , célébrée pontificale.
ment par l'Evêque d'Autun , & chantée par la
Mufique. L'après-midi leurs Majeftés entendirent
la Prédication de l'Abbé Adam , Curé de Saint
Barthelemi , & enfuite les Vêpres , aufquelles le
même Prélat officia.
Le même jour , le Roi rendit à la Paroiffe du
Château les Pains Benits , qui furent préſentés par
l'Abbé de Caulincourt , Aumônier de Sa Majeſté
on Quartier.
MAI. 221 .
1749 .
L'Abbé de Hunolftain s'étant demis volontairement
de la Charge de Maître de l'Oratoire du
Roi , Sa Majesté en a difpofé en faveur de l'Abbé
de Bouillé , Comte de Lyon , & Vicaire Général
de l'Archevêché de la même Ville .
La Place de Médecin Confultant du Roi , vacante
par
la mort de M. Sidobre , a été accordée
par Sa Majefté à M Quefnay , Secretaire Perpétuel
de l'Académie Royale de Chirurgie ; confirmée
par des Lettres Patentes du 2 Juillet de l'année
derniere.
Le 10 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens foixante quinze livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq cens
quatre-vingt cinq livres , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante.
Le 13 , la Reine fit rendre à la Paroiffe du Château
les Pains Benits , qui furent préfentés par
l'Abbé de Sainte Hermine , Aumônier de Sa Majefté
en Quartier.
Le Roi entendit le lendemain la Meſſe de Requiem
, pendant laquelle le De profundis fut chanté
par la Mufique , pour l'Anniverfaire de Monfeigneur
le Dauphin , Ayeul de Sa Majefté .
Le Duc de Huefcar , Ambaffadeur Extraordinaire
d'Efpagne , eut le 13 une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de Sa
Majefté. Il fut conduit à cette audience , ainfi qu'à
celles de la Reine , de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madanie la Dauphine & de Mesdames de
France , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 14 , le Roi , après avoir chaffé , alla coucher .
à Choify. Sa Majefté ne fortit point le 15. Le
16 , elle prit le divertiffement de la Chaffe . Le
Roi tint le 17 Confeil d'Etat . Le 18 , il y eut chaffe
Kij
222 MERCURE DE FRANCE .
du vol , & Sa Majefté retourna à Verfalles le 19.
Le Roi a agréé que l'Evêque Comte de Beauvais
, Pair de France , acceptât du Roi de Pologne
Electeur de Saxe fa nomination au Cardinalat
pour
la premiere Promotion des Couronnes.
La Demoiſelle de Marconnay , née en Pruffe ,
& d'une des familles de Poitou les plus diftinguées
, ayant renoncé aux opinions du Calvinisme ,
dans lefquelles elle avoit été élevée , fit abjaration
au commencement du mois du dernier dans l'Eglife
des Capucins , entre les mains de l'Abbé de
Launay , Prieur d'Argenteuil , lequel l'a inftruit
des dogines de la Religion Catholique.
Un Juif a auf abjuré les erreurs , & cette
derniere cérémonie s'eft faite dans l'Eglife de Saint
Sulpice.
>
L'Abbé de Bernis , Chanoine & Comte de
Brioude & l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , a été admis par les Chanoines Comtes..
de Lyon , pour remplir une des premieres places
qui vaqueront dans leur Chapitre."
Le 17 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quatre-vingt livres , les Billets
de la premiere Lotterie Royale à cinq cens
foixante-dix livres , & ceux de la feconde à cinq
ceus quarante fix .
L'Académie Royale des Belles Lettres tint le
15 fon affemblée publique d'après Pâques. Après
qu'on eut annoncé que le Prix de cette année avoit
été adjugé à l'Abbé de Guafco , qui avoit été déja
couronné deux fois par l'Académie , M. de Bougainville
, Secretaire Perpétuel , lut l'éloge hifto
rique de feu M Otter. Le Baron de Zurlauben &
M. Capperonier firent enfuite la lecture , le premier
, d'un Mémoire fur la fondation de la République
Helvétique ; le fecond , d'une Differtation.
fur les Pilotes , cfclaves des Lacédémoniens.
MA I. 1749. 223
Le 16 , l'Académie Royale des Sciences tint
auffi la premiere des deux affemblées publiques
qu'elle à coûtume de tenir chaque année . La
féance commença par la lecture d'un Mémoire de
M. du Hamel fur les plantes aquatiques , particu
lierement fur quelques - unes de nouvelles efpéces ,
dont la culture fe fait dans l'eau fans le fecours
de la terre. Le Marquis de Montalembert lut une
Differtation fur la maniere dont on fait évaporer
les eaux falées dans les hangars d'évaporation , &
fur les moyens de fimplifier cette opération , & de
diminuer confidérablement les frais qu'on eft
obligé de faire pour extraire le fel . La lecture de
Pouvrage du Marquis de Montalembert fut fuivie
de celle d'un Mémoire de M. Macker fur l'application
du bleu de Pruffe à la teinture . Le dernier
Mémoire qui fut lû , eft de M. d'Arci , & contient
la defcription d'un inftrument deſtiné à mefuter
la force de l'électricité , lequel a été inventé
par ce jeune Académicien , conjointement avec le
fils de M. Julien le Roi , célébre Horlogeur .
Le Marquis Pallavicini , Envoyé Extraordinaire
de la République de Génes , eut le 22 du mois
dernier une audience particuliere du Roi . Il fut
conduit à cette audience , ainſi qu'à celles de la
Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame"
la Dauphine , de Madame Infante & de Mefda--
mes de France , par le Marquis de Verneuil , Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 19 , la Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France , entendit
dans la Chapelle du Château la Meffe de Requiem ,
pendant laquelle le De profundis fut chanré par la
Mufique , pour l'Anniverfaire de Madame la Dau
phine , Ayeule du Roi.
Monfeigneur le Dauphin fit rendre le 20 à la
Kiiij
224 MERCURE DE FRANCE.
Paroiffe du Château les Pains Bénits , qui furent
préfentés par l'Abbé de Termonde , Aumônier du
Roi en Quartier.
Le 24 , le Maréchal Duc de Belle- Ifle fut reçû
& prit féance au Parlement , en qualité de Pair de
France.
La Ducheffe de Boufflers accoucha d'une fille
le 23.
Le 24 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à quinze cens quatre- vingt quinze livres ;
les Billets de la premiere Lotterie Royale à cinq
cens foixante dix - neuf livres , & ceux de la fecon
de à cinq cens cinquante .
Õ : གུ : ❁༧ ཨཽ
MARIAGES ET MORTS.
LE
E 19 Mars , Louis - François - Henri de Menon ,
Chevalier , Marquis de Turbilli , Chevalier de
POrdreMilitaire de S.Louis , Lieutenant Colonel de
Cavalerie , & Major du Régiment de Royal Rouffillon
, Cavalerie , époufa dans l'Eglife Paroiffiale
de Saint Gervais Marie- Félicité Midy , file mineure
de défunt Denis - Claude Midy , Ecuyer ,
Confeiller du Roi , Auditeur honoraire en fa
Chambre des Comptes de Paris , & de Marie-
Jeanne le Marchand. Louis François Henri eft
fils de défunt Louis -Philippe de Menon , Chevalier
, Marquis de Turbilli & autres lieux , Cheva .
lier de l'Ordre Militaire de Saint Louis , Infpecteur
Général d'Infanterie , & Maréchal des Camps &
Armées du Roi , & de Marie- Anne de Gouin de
Chapizeaux. Le Château de Turbilli eſt ſitué en
Anjou , Paroiffe de Vaulandry.
Le 22 , fut célébré dans la Chapelle de l'Hôtel
MA I.
225 1749.
de M. le Marquis de Saffenage , rue de l'Univer
fité , Fauxbourg Saint Germain , par M. l'Evêque
Comte de Beauvais , le Mariage de Joachim Charles
de Seigliere de Belleforiere de Soyecourt , appellé
le Comte de Soyecourt , Chevalier , Seigneur de
Guerbigni , Regnieréclufe , & autres lieux , Capitaine
de Dragons dans le Regiment d'Asfeld , avec
Marie Silvine de Berenger. , fille de Pierre ,
Comte de Berenger , Seigneur du Gua , Charmes ,
Chanlay , & autres lieux , Chevalier des Ordres du
Roi, LieutenantGénéral des Armées de Sa Majefté ,
& de DameAntoinette-FrançoileBoucher d'Orlay.
Le Comte de Soyecourt eft frere puîné du
Marquis de Soyecourt , Brigadier des Armées du
Roi , & Meftre de Camp du Régiment Dauphin
Etranger , Cavalerie , dont le fecond Mariage
avec Mademoiſelle de Béthune a été annoncé dans
le Mercure du mois d'Avril 1748 ; & d'Antoine
Adolphe de Seigliere de Belleforiere de Soyecourt,
dit le Marquis de Feuquieres , Major du Régiment
Dauphin Etranger , Cavalerie .
La Comteffe de Soyecourt a pour freres Raymond
de Berenger & N... . de Berenger du Gua ,
& elle eft foeur puînée de Marie Françoife de Berenger
, époufe de François de Gratet , Marquis
de Dolomieu , Comte de Saint Paul , Seigneur de
Tuelin , Saint Didier - lès -Champagne , & autres
lieux , Capitaine dans le Régiment Colonel Général
des Dragons,
Le 26 , Louis Antoine du Prat , Marquis de
Barbançon , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & veuf en premieres nôces d'Angélique-
Françoife Séraphine de Thiard de Biffy , époufa
fur la Paroiffe de S. Sulpice Antoinette Eléonore
du Fay de la Tour Maubourg. Le Mariage fat
élébré par M. l'Evêque de Carcaffonne , en préfence
du Curé de S. Sulpice.
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
Louis Antoine eft fils de François du Prat , ..
Comte de Barbançon , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , & de Claire- Charlotte- Séraphine du
Tillet de S. Matthieu , & petit- fils de François du:
Prat , dit le Chevalier de Nantouillet , Comte de
Barbançon & Marquis de Cani , fubftitué au nom
& aux Armes de Barbançon , par Louis de Barhançon
, Marquis de Cani , mort fans alliance , &
frere d'Anne de Barbançon , bifayeule de Louis-
Antoine . La Maifon de du Prat a pris naiffance
dans la Robe. Antoine du Prat , Chancelier de
France , fi connu dans l'Hiftoire , feptiéme ayeul
de Louis Antoine , a répandu fur fes defcendans..
un luftre qu'ils ont toujours dignement foutenu ...
Son fils & fon petit - fils furent fucceffivementa
Prevêts de Paris , & Michel- Antoine nous paroît
avoir été le premier de fa Maifon qui ait porté les .
armes .
(
Antoinette Eléonore eft fille de Jean - Hector
du Fay , Marquis de la Tour Maubourg , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de
les Armées , & Infpecteur général d'Infanterie , &
de défunte Marie -Sufanne Bazin de Befons. La
Maifon du Fay. eft une des plus anciennes & des
plus illuftres du Royaume ; le premier de cette
Maifon dont on ait connoiffance , eft Etienne du
Fay , qui vivoit en 1240. Ses defcendans ont formé.
deux branches, dont celle ci, la plus éclatante, s'éteindra
malheureufement en la perfonne de Jean-
Hector , qui n'a eu que deux filles de fon Mariage.
Le 29 , Denis - Pierre Jean Papillon de la Ferté ,
Ecuyer , fils de Pierre Papillon de la Ferté , Ecuyer,
Premier Préfident du Bureau des Finances de la
Généralité de Chaalons en Champagne , & , de
Jeanne du Verdier , a époufé dans l'Eglife ParoifM
A I. 1749 : 227
"
fiale de Saint Eustache , Marie - Anne Victoire
Guichard , fille de Jacques Guichard Caiffier
Général des fous- Fermes du Roi , & de Marie
Françoiſe Labiche .
Le 14 Avril , Charles Louis , Comte de Carvoi
fin , Brigadier des Armées du Roi , & Cornette de
la premiere Compagnie des Moufquetaires , fils ›
de Charles , Comte de Carvoifin , Seigneur d'Achi
, & autres lieux , & de Jeanne- Louiſe de Cochelin
, a époufé fur la Paroiffe de Saint Euftache :
Jeanne- Charlotte d'Artaguette , fille de feu Jean-
Baptifte-Martin d'Artaguette d'Hiron , Receveur r
Général des Finances de la Généralité d'Auch , &
de Victoire de Guillard . Le Mariage a été célébré é
par M. l'Evêque de Chartres en préſence du Curéé
de S. Euftache .
Le 21 , Marie- Louis- Bruno- Claude de Motte--
ville , Chevalier , Confeiller au Parlement de
Rouen , fils de Marie - Louis - Bruno - Emmanuel i
de Motteville , Chevalier , Seigneur de Motte--
ville , Marquis de la Haie du Puis , Confeiller du
Roi en fes Confeils , & Préfident au Mortier hono
raire du Parlement de Rouen , & de Claude- Louife ·
le Peigné , a époufé dans la Chapelle de l'Hôtel
de Lamoignon , fur la Paroiffe de S. Paul , Marie,
Geneviève- Role- Urſule Pajot , fille mineure de :
Pierre Pajat , Seigneur du Port , Confeiller du Roi
en fes Confeils, & Maître des Requêtes honoraire,
& de feue Geneviève- Françoife Verforis,
Le 8 Mars , Nicolas Freret , Secretaire perpétuel
de l'Académie Royale des Belles- Lettres , & Affocié
bonoraire de celle de Peinture & de Sculpture
mourut âgé de 6.1 ans , & fut inhumé à S. Roch
Son profond fçavoir lui ouvrit l'entrée de l'Académie
des Belles Lettres en 1714 , lorſqu'il n'était
encore que dans la fleur de la jeuneffe. I en fut t
Kvji
228 MERCURE DE FRANCE.
nommé Secretaire perpétuel fur la démiffion de
M. de Boze , en 1742. Il avoit été aflocié d'abord
à l'Académie de Peinture , en qualité d'honoraire-
Amateur , mais lorsque l'on eut formé le Corps
des honoraires- Affociés libres , il demanda de defcendre
dans cette nouvelle claffe , où pouvant
également fatisfaire fa noble curiofité , il étoit
diſpenſé de porter aucun jugement fur des matieres
qu'il ne connoiffoit pas encore autant qu'il
auroit voulu. On n'a de lui que plufieurs Differta.
tions imprimées dans les Mémoires de l'Académie
, mais comme il a toute fa vie beaucoup tra
vaillé , & que même en dernier lieu fes études
particulieres prenoient confidérablement fur fes
autres foins , on trouvera dans fon Cabinet des
Manufcrits , qui pourront nous confoler de la përte
de ce Sçavant , l'un des plus diftingués de l'Europe
. Son attachement à l'étude étoit peu compatible
avec les embarras du mariage , & il eft mort
dans le célibat.
Le 9 , Jean -Baptifte Macheto , Ecuyer , Sr de
Thernai , mourut âgé de 66 ans , & fut inhomé à
S. Sulpice.
Le 10 , Claude du Bois , Seigneur de Courceviers
, ancien Capitaine au Régiment du
Roi , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
mourut à Paris , & fut inhumé ſur la Paroiffe de
S. Roch.
Le 12 , Genevieve Catherine Françoiſe La'lemant
, époufe de Paul Hebert , Seigneur de Buc ,
Confeiller du Roi en fes Confils , Maître- des-
Requêtes honoraire de fon Hôtel , mourut âgée de
57 ans & fut inhumée à S. Roch.
:
Le même jour Barbe Marguerite du Chefne des
Chateliers , époufe de Gabriel Rodolphe Benoit ,
Seigneur de Deflincourt , mourut âgée de près de
MA I. 229 1749.
40 ans , & fut inhumée ſur la Paroiffe de S. Roch
Le 16 , Marie Jeanne- Françoile de Rouffe d'A
Lembon , époufe d'Achilles- François Vicomte d'Ifque,
Marquis de Colemberg , mourut âgée de 32 ans , &
fut inhumée à S. Euſtache.
·
·
Le même jour , Marie Louife - Maurice de
Furftemberg , veuve de Jean Baptifte Colbert de
Seignelay , Marquis de Sergnelay , Maître de la
Garde- robe du Roi , & Colonel du Régiment de
Champagne , mourut âgée de 61 ans , & fut inhumée
à S. Roch.
Le Marquis de Seignelay , fon époux , mors
le 26 Février 1711 à l'âge de vingt - neuf ans ,
étoit fils aîné du feu Marquis de Seignelay , Miniftre
& Secretaire d'Etat , dont le pere étoit le
grand Colbert .
Le 17 , Charles - Louis Falcot de la Blache ,
mourut âgé de 8 ans , & fur inhumé à S Nicolas
des Champs. Il étoit fils d'Aléxandre - Laurent-
François de Falcot , Marquis de la Blache , Meftre
de Camp du Régiment Royal Dragons , & Brigadier
des Armées du Roi,, & de Jofephe- Marguerite
Michelle de Roffi , fon époule .
Le 18 , Geneviève Rambaud , veuve de Jean
Baron de Soiffons , mourut âgée de 65 ans , & fur
inhumée à S. Euftache .
Le même jour Charles- Alexandre d'Orléans de
Rothelin , Vicomte de Lavedan , fils d'Alexandre
d'Orléans,Marquis de Rothelin , Lieutenant Général
des Armées du Roi , & Gouverneur du Port Louis,
mourut âgé de 6 ans ƒ mois , & fut inhumé fur la
Paroifle de S. Sulpice .
Le 21 , Louife - Renée du Louet de Coëgenval
Dame de Kengoal , de Kerquilio , Quijat , Penneret
, Coegenval , Colmeneck , & de la Prévôté
de Ploudimer , veuve d'Achilles de Harlai , Chevalier
, Comte de Beaumont , & Marquis de Bre
230 MERCURE DE FRANCE
val , mourut au Convent de Belle Chaffe fur la
Paroiffé de S. Sulpice , âgée de 77 ans , & fut
tranfportée à Beaumont en Gâtinois.
Le même jour , Henri Roger de la Rochefou
caut , Marquis de Liancourt , le plus ancien des
Lieutenans Généraux des Armées du Roi , mourut
en fon Château de Liancourt , âgé de près de $4
ans. Il étoit né le 14 Juin 1665 , & fut d'abord
/ Colonel du Régiment de la Marine . Il fe diftingua
extrêmement à la bataille de Staffarde , où il fur
bleffé . Il fut fait Lieutenant Général des Armées
du Roi , le 23 Décembre 1702. Le Roi Louis XIV...
de glorieufe mémoire , le qualifie de Coufin dans
fa commiffion de Colonel , dans fes provifions de
Lieutenant Général , & dans plufieurs Lettres.
Il étoit fils puîné de François VII . du nom , Duc
de la Rochefoucault , Pair & Grand Veneur de
France , Prince de Marfillac , Marquis de Guercheville
, Duc de la Rocheguion & de Liancourt ,
Baron de Verteuil , &c. Chevalier des Ordres du
Roi , & Grand- Maître de la Garde robe , & de
Jeanne Charlotte du Pleffis Liancourt , fille uni
que de Henri du Pleffis , Comte de la Rochegaion
, premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi , & d'Elifabeth de Lannoi , petite fille &
héritiere de Roger du Pleffis , Duc de la Rocheguion
, Chevalier des Ordres du Roi , Marquis de
Liancourt.
Henri Roger , étoit le vingt- deuxiéme defcendant
de Foucaut I. du nom , Seigneur de la Roche
én Angoûmois , dont le mérite fut fi grand & fi
univerfellement reconnu , que fa poftérité n'a crû
pouvoir mieux faire pour fa propre gloire , que de
fe conferver fon nom , en le joignant à celui de la
Roche. Henri Roger n'a point été matié.
Le 23 , François de Netz , Ecuyer Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ancien Capitaine -
Μ Α Ι . 17493 237-
·
au Régiment de Conti, Infanterie , mourut âgé de
49 ans , & fut inhumé fur la Paroiffe de S. Sulpice.
Le 25 , Frere Philippe Ifarn de Villefort de-
Montien , Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de
Jerufalem , mourut âgé de 47 ans . Il avoit été
Enfeigne des Gardes Françoifes dans la Compagnie
de Balzac , puis Colonel- Lieutenant du Régimente
de Clermont Prince , & Chevalier de Malthe de
majorité en 1931. Il étoit fils de Jacques - Jofeph
Ifarn de Villefort , & de Marie - Sufanne de Valicourt
, qui furent mariés par Contrat du 2 Sep
tembre 1684 ; petit- fils de Henri Ifarn de Villefort
& de Marguerite de Belan , que Henri époufa
par Contrat du premier Juin 1650 ; & arrierepetit-
fils de Jacques Ifarn de Villefort , & de
Marie de la Garde de Chambonas , dont le Contrat i
de Mariage fut paffé le 27 Mai 1613 .
Le 27 , Louife- Françoife d'Ailly , veuve de Jac- :
ques-Amable Claude , Chevalier , Baron d'Enfre
el , mourut , & fut inhumée fur la Paroiffe de S.
Jacques du Haut- Pas . Voyezfur la famille d'Ailly
le Mercure du mois de de cette année .
Le 28 , Thomas Dreux , Marquis de Brezé ,
Grand- Maître des Cérémonies de France , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Gouverneur
des Ifles de Sainte Marguerite & Saint Honorat ,
mourut âgé d'environ 72 ans , & fut inhumé fur
la Paroifle de S. Sulpice . Il avoit époulé le 14 Mai
1698 Catherine Angélique de Chamillard , fille
de Michel de Chamillard , Chevalier , Marquis de
Cani , Seigneur de Courcelles , Miniftre & Secre
taire d'Etat , Commandeur , Grand Tréforier des
Ordres du Roi , & de Marie- Thére fe le Rebours ,
dont il a eu M. le Marquis de Brezé , Lieutenant ;
Général des Armées du Koi , & qui avoit la furvi
vance de la Charge de Grand - Maître des Cérémonies.
Il étoit fils de Thomas Dreux , Conite de
232 MERCURE DE FRANCE.
Brezé , Marquis de la Floceliere , Confeiller en la
feconde des Requêtes du Palais de Paris , qui y fut
reçu en 1667 , & de Marie- Marguerite Bodinet.
Cette Maifon eft originaire de Ligueuil , fur les -
frontieres des Provinces de Poitou & d'Anjou. Elle
reconnoît pour Auteur Thomas Dreux , Seigneur
de Ligueil , de la Grandiere , & autres lieux . Il
vivoit en 1400 , & eut trois fils , qui ont fait les
trois branches de Dreux Nancré , de la Turdairiere
& de Brezé. C'eft de cette derniere dont eft forti M.
le Marquis de Dreux, qui donne lieu à cet article.
Le même jour , Aléxandre de Bernard de Hatte,
Chevalier , Seigneur de Longuerue , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut , &
fut inhumé fur la Paroiffe de S. Jean- en - Gréve.
Le 29 , Geneviève Eléonore Mignot de Montigni,
époufe de N. Dejean , Ecuyer , mourut , & fut
inhumée à S. Roch..
I
Le 1 Avril, Julienne Aubin, veuve de N.Girocel- ,
ly , Ecuyer , mourut , & fut inhumée à S. Sulpice .
Le 2 , François du Pouget de Nadaillac V. de
nom , Chevalier , Marquis de Nadaillac en Quercy
, Baron de la Villeneuve & de la Farge , Seigneur
du Roc , & autres lieux en la haute Marche ,
mourut en fon Château de Nadaillac , âgé de
84 ans , étant né le 11 Juin 1665. Il entra dans ,
le Régiment des Gardes Françoiſes en qualité
d'Enfeigne en 1685 , où il fervit long tems , & od
fon frere Charles- François du Pouget de Nadaillac,
Baron de S. Pardoux , fon frere aîné , étoit Lieutenant.
Il avoit épousé le 17 Août 1700 , étant pour
lors fous Lieutenant des Gardes Françoiſes , Aimée-
Léonore de Plas , file de Guyon de Plas ,
Baron de Marillac , Seigneur de Fonfac & Sennac.
Voyez fur la famille de Plas le Mercure du mois
de Mars 1746 , à l'article du Mariage de Gai
Jofeph , Comte de Plas, Marquis du Tillet , Baron
MA I. 1749. 233
de Marfillac , avec Marie- Françoife de Cordeboeuf
Beauverger de Montgon . Il laiffe de ce Mariage
quatre enfans , fçavoir 1 ° . François . Louis du Pouget,
Comte de Nadaillac , Vicomte de Monteil ,
Baron de la Farge , & Seigneur de la Villeneuve ,
reçu le 19 Juillet 1721 , dans la premiere Compaguie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , puis
fucceffivement Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de la Tour en 1730 , dans celui de Chabrillant
en 1738 , puis Exempt des Gardes du
Corps du Roi , par Brevet du 30 Juin 1743 , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis la même
année , Meſtre de Camp de Cavalerie par Commiffion
du 3 Janvier 1745 , Brigadier des Armées.
du Roi le 10 Mai 1748 , & marié le 30 Mars
1740 avec Adélaïde- Françoiſe du Pille , fille de
Jacques-André du Pille , Vicomte de Monteil en
la Marche , Baron de la Boffe , & Seigneur de
Larfeuillere , Tréforier Général des troupes de la
Maifon du Roi , & de Marie Anne - Chriftine
Rollot de la Tour. 2° . François-Jofeph du Fouger
de Nadaillac , actuellement Capitaine dans le
Régiment de Condé , Infanterie , non - marié , &
deux filles Religieufes, l'une aux Carmelites de Limoges
, l'autre en l'Abbaye de Leifne en Querci.
-
François V. étoit fils de François du Pouget, IV.
du nom , Marquis de Nadaillac , Baron de la Ville-'
neuve & de S. Pardoux , Seigneur du Roc & de
Saint Simphorien , Capitaine d'une Compagnie de
Chevau- légers de quatre-vingt Maîtres , entrete
nue pour le fervice du Roi , par Commiffion du
3 Décembre 1631 , & de Françoife du Douhet ,
Baronne de S. Pardoux en Limoufin.
La Maiſon du Pouget de Nadaillac eft trèsancienne
dans le Querci , & a contracté des alliances
avec quantité d'illuftres Maiſons , comme avec
celles d'Aubuffon , de la Gorfe , de Chapt- de234
MERCURE DE FRANCE .
Raftignac , de Beaumont , des Seigneurs de Mont
fort en'Dauphiné , de Brezons , de Pot- de - Rhodes ,
de Lufignan , de la Roche Aimon , de Ligondés ,
de Plas , de Lemartin , de Nuaillé , &c .
On nous fçauroit avec raiſon mauvais gré de ne
pas jetter du moins quelques fleurs fur le tombeau
de la fameufe Peliffier. Cette admirable & char-
· mante Actrice eft morte à Paris le 21 Mars , âgée
de 42 ans. Le Public n'oubliera de long- tems le
plaifir qu'elle lui a fait fur la fcène Lyrique ; &
l'on peut dire qu'elle a été au Théatre de l'Opéra ,
pour le léger & le gracieux , ce que Mile le Maure
y a été pour le noble & le pathétique .
MMMMMMMMMMMMMMK
ARREST NOTABLE.
ARREST du 12
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 12
Avril , au fujet des conteftations qui le font
formées entre les Médecins & les Chirurgiens de
Paris
Le Roi ayant été informé des difficultés qui s'é
toient élévées entre la Faculté de Médecine & le
Corps des Chirurgiens de la Ville de Paris , depuis
la Déclaration du 23 Avril 1743 , & qui ont fait le
fujet d'un très- grand nombre de requêtes & de
mémoires publiés de part & d'autre , auxquels
l'Univerfité de Paris a joint auffi les fiens , Sa Majefté
auroit jugé à propos de les faire examiner par
des Commiffaires de fon Confeil , & le compte
qu'ils lui en ont rendu , lui a donné lieu de reconnoître
que s'il eft important d'établir dans la Capitale
de fon Koyaume un nombre confidérable
de Chirurgiens, qui , par l'étude des Lettres, ayent
acquis une connoiffance plus parfaite des régles
d'un art fi néceffaire au genre humain , il n'étoit
MA I 1749 . 235
pas moins de l'intérêt commun des habitans d'une
fi grande Ville , qu'on ne les privât pas du fecours,
de ceux qui , fans être lettrés , fe feroient rendus
capables ,par la pratique & l'expérience jointes aux
talens naturels , d'exercer l'art de la Chirurgie , &
qui en auroient donné des preuves fuffifantes , en
forte que pour concilier les differentes vûes
dont une matiere fi importante eft fufceptible , on
pouvoit admettre les uns & les autres au fervice du
Public , mais en accordant aux premiers des dif
tinctions & des prérogatives convenables à leur
qualité de Maître- ès- Arts, & propres à exciter une
louable émulation entre ceux qui fe diftinent à en
trer dans le Corps des Chirurgiens de la Ville de
Paris. Sa Majefté auroit d'ailleurs confideré , que;
quelque progrès que la Médecine & la Chirurgie
ayent fait jufqu'à préfent dans fon Royaume , il
pouvoit être avantageux à fes Sujets d'ajouter de
nouvelles difpofitions aux anciens reglemens , foit
pour établir une meilleure intelligence.entre deux
profeffions qui ont une liaiſon f étroite , fort pour
les porter , autant qu'il eft poffible , à leur plus ,
grande perfection , & que c'eft même ce qui réfulte
d'une partie des mémoires qui ont été donnés
par les Médecins & par les Chirurgiens depuis .
le commencement de leurs conteftations. Mais
comme un objet de cette nature pourroit demander
encore de nouvelles réflexions , Sa Majefté a
crû devoir fe contenter de pourvoir , quant à préfent
, aux difficultés qui demandent une plus.
prompte décifion , afin que le Public ne foit pas.
privé plus long- tems du fecours qu'il peut rece
voir d'un grand nombre d'Eleves dans l'art de la
Chirurgie , dont la réception a été fufpendue à
Poccafion defdites conteftations. Sur quoi Sa Ma→
jefté voulant expliquer les intentions , Oui le rapport
, & tout confideré , le Roi étant en fon Con
feil , a ordonné & ordonne ce qui fuit ;
236 MERCURE DE FRANCE .
ART. I. Les Maîtres-ès- Arts qui , après s'être
formés à la profeffion de la Chirurgie , fuivant ce
qui eft prefcrit par les ftatuts de l'année 1699 , &
avoir fait en outre les Cours établis par les Lettres
Patentes du mois de Septembre 1724 , le font préfentés
ou qui fe préfenteront à l'avenir pour être
reçûs Maîtres en l'art & fcience de la Chirurgie ,
feront tenus de faire toutes les épreuves & fubir
tous les examens prefcrits par lefdits ftatuts de l'année
1699. Et Sa Majefté voulant , par diftinction
pour eux , leur donner lieu de faire connoître au
Public le fruit qu'ils auront tiré de l'étude des Lettres,
a ordonné & ordonne , qu'au lieu de ce qui
eft porté par lefdits ftatuts , ſur l'affiftance des Médecins
à une partie defdits examens , ils foutiendront
un acte ou examen public fur des matieres
concernant l'anatomie & les opérations de Chirur
gie , auquel examen feul la Faculté de Médecine
fera invitée par le Répondant , pour y envoyer
trois Docteurs qu'elle choifira , lefquels y auront
une féance diftinguée , & recevront les mêmes
diftributions & honoraires qu'ils avoient auxdits
examens.
y
ré-
II . Ledit acte ou examen public fera de quatre
heures au moins , & celui qui le ſoutiendra
pondra pendant la premiere heure aux difficultés
qui pourront lui être propofées par leſdits trois
Docteurs en Médecine , fur les matieres dudit
les
examen , & pendant les trois autres heures , par
Maîtres en Chirurgie , pour être enfuite procedé ,
s'il y échet , à fa réception par le premier Chirur
gien de Sa Majefté , ou fon Lieutenant , & les
Maîtres en Chirurgie feulement , & celui qui aura
été reçû ſera tenu de remettre au Doyen de la Faculté
de Médecine une copie en bonne forine des .
Lettres qui lui feront expédiées.
III. Tous ceux, qui à l'avenir voudront être reΜ
Α Ι.
237 1749.
"
çûs dans le Corps des Chirurgiens de Paris en qualité
de gradués , conformément aux deux articles
précédens , feront tenus d'obtenir le titre de Maftfe
- ès - Arts dans l'Univerfité de ladite Ville , fans
néanmoins que la préfente difpofition puiffe avoir
fon effet à l'égard des Eleves qui auroient obtenu
ledit titre , avant le préfent Arrêt, dans quelqu'une
des Univerfités du Royaume.
IV. Les Eleves qui fans être Mattres- ès - Arts fe
feront formés à la profeffion de la Chirurgie pen
dant le tems & ainfi qu'il eft porté par les ftatuts
de l'année 1699 , pourront être admis à l'exercer
dans la Ville & Fauxbourgs de Paris , ſous le titre
de Maîtres aflociés aux Corps des Maîtres en l'art
& fcience de la Chirurgie , après qu'ils auront fait
les Cours établis par les Lettres Patentes du mois
de Septembre 1724 , & qu'ils fe feront conformés :
pour les examens & les épreuves à tout le contenu
aux titres X. & XI . defdits ftatuts , lefquels feront
obfervés à cet égard , ainfi que fur tous les points
auxquels il n'aura été apporté aucun changement
par le préfent Arrêt .
V. N'entend auffi Sa Majefté , qu'il foit rien
innové en ce qui concerne la réception de ceux
qui auront fervi en qualité de premiers Eleves dans
fes Hôpitaux de Paris.
VI.Les Maîtres ès- Arts, qui auront été reçûs en
la forme marquée par les articles 1. & II , auront
feuls l'avantage de porter la robe & le bonnet ,
d'entrer de droit dans l'Académie Royale de Chirurgie
, & de pouvoir être préfentés à Sa Majesté
pour remplir la fonction de Démonftrateur dans
l'Amphithéatre de Saint Côme , fans qu'ils puiffent
au furplus jouir d'autres droits ou prérogatives
que ceux qui ae feront pas gradués .
VII. Les Prévôts en charge préfenteront cha
que année , à la premiere affemblée de la Faculté
238 MERCURE DE FRANCE.
de Médecine , qui fe tiendra après la Fête de Saint
Luc , un catalogue contenant les nom & demeure
de tous les Maîtres en Chirurgie , gradués ou non
gradués , qui exerceront l'art de la Chirurgie dans
la Ville & Fauxbourgs de Paris , lequel catalogue
fera dépofé dans les archives de la Faculté.
VIII. Chacun des Maîtres en Chirurgie , gradués
ou non gradués , fera tenu de faire mettre fur
la porte de la maifon où il demeurera ,
fon nom
& fa qualité , comme auffi d'avoir une falle baſſe
au rez de-chauffée de fadite maiſon , où il y aura
toujours un de fes éleves au moins , pour donner
en fou abfence , les fecours néceffaires à ceux qui
en auront befoin .
IX . Dans toutes les confultations , où il fera
appellé des Médecins & des Chirurgiens , foit fur
des maladies procédantes de caufes extérieures ,
foit fur des maladies d'un autre genre , dans lefquelles
il pourra y avoir lieu de faire une opération
chirurgicale comme la Taille , ou autres
femblables, les Chirurgiens donneront leur avis les
premiers , fuivant l'ufage ordinaire , & leurs voix
feront comptées comme celle des Médecins , qui
opineront après tous les Chirurgiens.
X. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions &
'défenfes à tous Chirurgiens , de quelque qualité
qu'ils foient , de compofer , vendre ou débiter
aucuns médicamens ou remédes deſtinés à entrer
dans le corps humain , & de figner des ordonnances
pour en faire compofer par des Apothicaires
ou autres : le tout conformément aux difpofitions
des Ordonnances , Statuts & Réglemens , & fous
les peines y portées. Veut & entend Sa Majefté
que lefdits Maîtres Chirurgiens foient tenus de fe
conduire , à l'egard des Médecins , avec la déférence
qu'ils leur doivent , & que les Médecins
ayent de leur part pour lefdits Maîtres en l'art de
>
MA I. 1749.
239
Chirurgie , tous les égards que méritent l'utilité
& l'importance de leur profeffion ..
XI. Il fera procédé inceffamment à la réception
des Maîtreffes Sages - femmes , en la maniere accoûtumée
, & conformément à ce qui eft porté par
les Statuts de l'année 1.699.
XII. Permet au furplus Sa Majesté aux Doyen
& Docteurs de la Faculté de Médecine , comme
auffi à fon premier Chirurgien , de lui préſenter ,
chacun de leur part , tels mémoires & projets de
réglemens qu'ils eftimeront devoir propofer , fur
les moyens de porter la Médecine & la Chirurgie
à leur plus grande perfection , pour y être pourvû
par Sa Majefté , ainfi qu'elle le jugera à propos
fur le compte qui lui en fera rendu . Fait Sa Majefté
très- expreffes inhibitions & défenfes , tant aux
Médecins qu'aux Chirurgiens , de faire imprimer
& diftribuer aucuns nouveaux écrits ou mémoires,
au fujet des difficultés qui fe font formées entr'eux
, & pareillement à tous Imprimeurs & Libraires
, d'en imprimer , vendre où débiter , à
peine d'amende , ou de plus grande punition s'il y
échet . Et fera le préfent Arrêt exécuté par provifion
, felon fa forme & teneur , nonobftant toutes
oppofitions ou empêchemens quelconques , dont fi
aucuns interviennent , Sa Majefté fe réſerve la
connoiffance , & l'interdit à toutes les Cours &
autres Juges. Fait , & c.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Suite des vies des Carthaginois ,
Vers de M. de Voltaire fur le Louvre
Differtation fur la Police des Fourmis ,
Vers à M. L. D. B. au jour de l'an ,
3
27
28
56
Autres à une Quêteule ; 18
Lettre de M. le Comte Algarotti ,
Chanfon à une Dane ,
60
61
63
64
70
Envoi du Sopha , Roman , à Mad. *** ,
Mémoire fur l'achevement du Louvre ,
Vers pour l'Eftampe de M. de Fontenelle ,
Lettre fur la conftru&t.d'un nouvel Hôtel-Dieu ,ibid.
Vers à Mlle Granet de Manville , & c. 83
Lettre à M.de M.J.fur un chemin de Beauvais, ibid.
Solution de la Queftion propofée dans le Mercure
de Mars , 91
97
Remarques fur la nouvelle Notice de l'Artois , 93
Epitre à M. Bouguier , fur la relation des voyages
dans l'Amérique , par M. Desforges Maillard, 95
Epigramme par le même ,
Extrait de lettre fur les découvertes des Ruffiens , 98
Vers à Mad, du Boccage, par J. F. Guichard , 102
Epitre à Mile Brillant ,
Enigme & Logogryphes ,
104
106
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c .
Election de l'Acad . Royale des Belles-Lertres, 1 2
Affemblée publiq. de la Société Litt . d'Arras , 133
Lettre de M. *** à M. Remond de Ste Albine , 134
Autre de M. Louis au même , 147
Remarques fur la Defcription de Paris , 152
Lettre de M. Gouye de Longuemare , 156
Spectacles. 162. Complimens du Sr Rofely, & c.168
Naïs , Opera pour la Paix , Extrait , 179
191
ibid.
192
Chanfon notée
Remarque fur celle du dernier Mercure ,
Nouvelles Etrangeres , & c .
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 214
Mariages & Morts ,
Arrêt notable ,
La Carte gravée doit regarderlapage
La Chanjon notée la page
224
234
98
191
MERCURE
DE FRANCE ,
DE DIE AU ROI.
JUIN. 1749 .
PREMIER VOLUME.
UTYSPARGAR
LIGITU
Chez <
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
LA
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICourt ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon . Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à eux, celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE
,
1
DÉDIÉ AU ROI.
1749.
JUI N.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LA CONVENTION TEMERAIRE .
COMEDIE EN UN ACTE.
La Scene eft dans une Maifon de Campagne.
L
*
SCENE PREMIERE.
LISETTE , ARLEQUIN,
Arlequin , voulant embraffer Lifette.
Ifette ! mon cher coeur !
M. R. D. S. A. n'avoit que dix - neufans , lorf
qu'il compofa cette Comédie. On reconnoîtrafacile-
I. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Oh ! tu dois être content .
Arlequin.
1
Quatre baifers feulement , après quatre
mois d'abfence . Cela eft- il raiſonnable ?
Encore un du moins , pour la nouvelle
que je vais t'annoncer. Je fais ta fortune.
Lifette.
Ma fortune ?
Arlequin,
Qui. Je t'épouse . Pendant mon féjour
à Paris , je me fuis arrangé pour cela .
Tout mon embarras eft de fçavoir , fi ta
Maîtreffe & la mienne approuveront mon
projet.
Lifette.
Elles ne pourront le blâmer.
Arlequin
Pourquoi ?
Lifette.
Elles en méditent un à peu près femblable
pour elles- mêmes.
ment qu'elle manque d'action. L'Auteur l'a reconnu
lui-même , & c'eft la raison pour laquelle il a toujours
gardé fa Piéce , fans être même tenté de la lire
aux Comédiens. Il la donne donc ici , non comme un
ouvrage , dont on doive être fâché que le Théatrefoit ·
privé, mais comme un amusement de jeuneſſe , dont la
lecturefera peut-être jugéefupportable.
• Il l'embraffe.
JUIN.
1749. 5.
Bon !
Arlequin.
..
Lifette.
pour
Rien n'eft plus certain . Ergafte a fait
perdre à Silvia le goût , qu'elle avoit
la condition de veuve . Angélique a oublié
en faveur de Valére les charmes , qu'elle
trouvoit dans celle de fille.
Arlequin .
Silvia , malgré les mécontemens qu'elle
a reçus de fon premier époux....
Lifette.
Auroit envie d'effayer , fi elle fe trouvera
mieux d'un fecond.
Arlequin.
Angélique , nonobftant l'exemple de ſa
foeur...
Lifette.
Eft curieufe d'éprouver , fi les cadettes
rencontrent mieux que les aînées.
Arlequin.
A quand les nôces ?
Lifette.
Un obftacle les différe .
Arlequin .
Eh ! quel obftacle ?
Lifette .
La convention , que nos Maîtreffes ont
faite enfemble , de ne jamais fe marier.
Chacune d'elles eft retenue par la honte
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
de paroître moins ferme dans fes réfolutions
, que fon amie.
Arlequin.
Elles t'ont mife dans leur confidence ?
Lifette.
Non , mais je n'en fuis pas moins inf
truite de leur fecret. Premierement , on
ne trouve plus les affiduités des deux
amans trop marquées . Depuis deux mois
ils ont pris dans le voifinage une maifon de
campagne , & ils paffent les jours entiers
dans celle- ci. De plus , Angélique & Silvia
font rêveufes , inquiettes , taciturnes. Si
elles rompent le filence , quand elles font
enfemble , ce n'eft que pour parler du pouvoir
de l'amour , de l'impoffibilité qu'il
y a de réfifter à fes traits , furtout des bonnes
qualités d'Ergafte & de Valére. C'eſt à
qui louera le plus l'amant de fa compagne .
On la trouve cruelle , de ne pas récompenfer
des feux fi purs & fi ardens . On la fomme
de rendre heureux un homme , qui
mérite tant de l'être. Enfin elles femblent
fe demander l'exemple l'une à l'autre ,
pour s'autorifer à fuivre un penchant ,
dont ni l'une ni l'autre n'eft plus maîtreffe.
Arlequin.
Les Cavaliers connoiffent- ils les difpo
fitions , où l'on eft à leur égard ?
JU IN. 1749:
Lifette.
Ils ne font que s'en douter. On leur
refuſe obſtinément un aveu , qu'on brûle
d'impatience de leur faire. Quelquefois
ils paroiffent fe laffer de l'attendre fi
long- tems. Valére fe plaint . Ergafte fe
fâche. Valére fait des reproches. Ergafte
fe répand en menaces. Le premier , perdant
courage , promet de ne plus fatiguer
de fes voeux fa Maîtreffe . Le fecond , fe
livrant à fon dépit , jure d'abandonner la
henne. Les tranfports de l'un , & les emportemens
de l'autre , ont un égal fuccès .
Plus ils prennent leur férieux , plus leurs
belles s'arment d'une ironie phlegmatique ,
propre à déconcerter le chagrin le plus
auftére ou le courroux le plus violent .
Mais j'entends quelqu'un. C'eſt Angélique.
Elle eft avec Silvia.
Arlequin.
Prépare-les à la nouvelle de notre mariage.
Je viendrai enfuite leur en faire la
propofition.
SCENE 1 I.
SILVIA , ANGELIQUE , LISETTE.
Silvia.
Lifette , l'abfence n'a point diminué
l'amour d'Arlequin.
A j
$ MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Il fait ce qu'il peut , Madame , pour me
le perfuader.
Angélique.
J'ai toujours remarqué du bon dans ce
garçon - là.
Silvia.
Je le crois capable de bien aimer , &
cette qualité en fuppofe toujours d'autres
eftimables.
Lifette.
S'il n'en a pas de fort dignes d'eftime
il en a du moins, qui font qu'on s'intéreſſe
à lui.
Angélique.
Eh ! comment ne pas nous intéreffer à
quelqu'un , qui met tout fon bonheur à
nous plaire ?
Lifetter
C'eft dommage , qu'il ne foit pas permis
à notre fexe , d'être fenfible.
Silvia.
Qui vous a dit , que cela lui fût défendu
?
Angélique.
On peut regarder , comme un bonheur,
de ne l'être point. Mais on ne peut nous
faire un crime de donner notre coeur à
qui nous voue toute fa tendreffe.
JUIN. 1749. -
Silvia.
D'ailleurs fommes-nous libres d'aimer ,
ou de n'aimer pas ?
Lifette.
A ce compte , vous excuferiez donc ma
foibleffe , fi j'étois difpofée à répondre aux
yoeux d'Arlequin ?
Angélique.
Je nommerois cette difpofition , non
pas foibleffe , mais reconnoiffance , & reconnoiffance
louable .
Lifette.
Cependant l'une & l'autre , vous n'avez
pas parlé toujours ainfi.
Silvia.
Nous avons combattu vos feux , tant
que nous avons crû qu'il ne s'agiffoit
que d'une amourette . Mais un amour férieux
, tendre , conftant , & qui fans doute
a des vûes légitimes , il faudroit n'avoir
foi-même aucune fenfibilité pour le condamner.
Angélique.
Croyez- vous que je blâmerois Silvia ,
de payer de quelque retour les fentimens
d'Ergafte ?
Silvia.
Moi , j'approuverois fort , que ceux de
Valére touchaffent Angélique.
1
Αγ
10 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
En effet ces deux amans mériteroient
d'être mieux traités.
Silvia.
Une femme fera certainement très- heureufe
avec Valere .
Angelique.
Je juge Ergafte auffi très- propre à faire
le bonheur d'une époufe raifonnable.
Silvia.
Et la main de Valere a de quoi flater
une fille , qui feroit ambitieufe.
Angélique.
La condition d'époufe d'Ergafte a de
quoi fatisfaire la femme , qui feroit la plus
difficile.
Silvia.
Valere peut efperer une très-haute fortune.
Angélique.
Celle d'Ergafte eft des plus brillantes.
Silvia,
Le pofte , que Valere occupe , lui donne
dans le monde un rang diftingué , &
la charge , qu'il vient d'obtenir , le met en
état d'afpirer aux premiers honneurs.
Angélique.
Ergafte , outre les grands biens , doit
jouir encore pendant long-tems des revenus
de fa fille , & ils font confidérables .
JU IN. II 1749:
Silvia.
De plus , Angélique , le crédit de Valere
peut être fort utile au Chevalier.
Angélique.
Quand le petit Comte fera en âge d'entrer
dans le fervice , il ne trouvera pas un
médiocre fecours dans les richeffes d'Ergafte.
Silvia.
Valere eft ami effentiel , & votre couſin
en fera l'expérience.
Angélique.
Je connois Ergafte. Il fervira de pere à
votre fils.
Silvia.
Oh !il y a peu de caractéres comme
celui de votre amant. Je fuis amoureufe
de lui.
Angélique.
Et moi , d'Ergafte,
Silvia.
La douceur de Valere me charme.
Angélique.
La vivacité d'Ergafte me plaît beau
coup .
Silvia.
Je fuis enchantée de la maniere refpectuenfe
,dont Valere explique fes fentimens.
Angélique..
J'aime tout- à-fait la façon cavaliere ,
dont Ergafte exprime les fiens.
A vj
12 MERCURE DEFRANCE.
-Silvia.
Vous aurez beau vous en défendre , ma
chere Angélique. Il faudra tôt ou tard
rendre juftice à Valere .
Angélique.
Mais vraiment je la lui rends déja,
J'ai pour lui toute l'eftime qu'il mérite .
Lifette.
Toute l'eftime qu'il mérite ! En confcience
, eft- ce là vous acquitter avec lui ?
Silvia.
Affûrément vous lui devez plus que
cela.
N'a-t'il
Lifetie.
pas droit d'exiger
un pen de
cette reconnoiffance , dont vous faifiez
tout à l'heure l'éloge ?
Angélique.
J'ai dit qu'elle étoit louable , mais je
n'ai pas dit qu'elle fût néceffaire . Elle
peut n'être pas un crime , fans être un devoir.
SCENE III.
SILVIA , LISETTE.
Lifette.
Angélique nous quitte bien précipitam
ment , Madame
.
Silvia.
J'en devine la raiſon.
JUI N. 1749.
13
Lifette.
Quelle raifon peut - elle avoir ?
Silvia
La converfation commençoit à l'embarraffer.
Lifette.
Comment ?
Silvia.
Elle craignoit de laiffer échapper un
fecret , qu'elle veut me cacher .
. Un fecret ?
Lfette.
Silvia.
Cette fille - là eft prévenue d'une forte
paffion.
Lifette , feignant d'être étonnée.
Qui ?
Silvia:
Elle adore Valere .
Lifette.
Silvia .
Eft-il poffible ?
Elle ne peut plus vivre , fi elle ne l'é
pouſe.
Lifette.
Qui fe feroit attendu à ce changement ?
Silvia.
Maintenant je fuis au déſeſpoir d'avoir
confenti à l'efpéce d'engagement , qu'elle
a pris avec moi , de demeurer libre.
14 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
Je le crois.
Silvia.
Je voudrois pour toutes chofes au monde
, que nous n'y euffions jamais pensé.
Lifette.
Cela ne me furprend point. Votre amitié
pour Angélique m'eft connue . Mais
n'y a- t'il pas moyen ....
Silvia.
Angélique eft fille à ne démordre que
difficilement de fes réfolutions . Elle aimera
mieux prefque être malheureufe ,
que paroître inconftante .
Lifette.
Il faut lui faire entendre raifon.
Silvia.
Je me le propoſe.
Lifette.
Lui montrer qu'elle donne dans un
travers ridicule.
Silvia.
J'y ferai mes efforts.
Lifette.
La forcer de foufcrire à fon bonheur,
Silvia.
C'eft à quoi je penſe.
Lifette.
Si les remontrances ne réuffiffent point,
employer l'autorité de fa famille .
JUIN. 1749
Silvia.
J'y fuis bien réfolue. Il n'eft pas naturel ,
qu'une façon de penfer finguliere lui coute
fon repos. Ses parens ne doivent point
fouffrir qu'elle foit la victime d'une délicateffe
, frivole , bifarre , extravagante.
Sans doute.
Lifette.
Silvia.
Lifette , il me vient une idée. On ne
pourra vaincre l'obftination d'Angélique ,
tant qu'elle fe croira maîtreffe de fon fecret.
Lifette.
Eft- ce que vous voudricz ....
Silvia.
Ah ! Valere vient ici à propos. Laiffe
nous.
SCENE I V.
SILVIA , VALERE.
Valere.
Je vous cherchois , aimable Silvia.
Silvia.
Et moi , Valere , je défirois d'avoir un
entretien avec vous.
Valere.
Vous êtes trop mon amie , pour que je
vous laiffe ignorer ce que je médite. Je
vais exiger d'Angélique , qu'enfin elle dé
cide de mon fort,
18 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Quel eft ce caprice ?
Valere.
Et fi elle m'ordonne de renoncer à fa
main , je la délivre pour toujours d'un
amant importun .
Silvia.
Vous n'y pensez pas , Valere . Quand
même elle perfifteroit dans les refus , je
vous défends de nous quitter.
Valere.
Ma réſolution eft priſe.
Silvia.
Je ne confentirai point que vous l'exécutiez
.
Valere .
Aujourd'hui mon arrêt prononcé , demain
je pars , pour ne revoir jamais l'in-
Silvia.
grate.
Angélique ne mérite pas ce nom.
Valere.
Ah ! belle Silvia ! n'effayez point d'adoucir
mon malheur , en me le déguifant.
Silvia.
Vous êtes moins malheureux , que vous
ne penfez.
Valere.
Non. Angélique ne réferve d'autre prix
à mes foupirs , que la complaifance de les
écouter fans colere.
J U IN. 1749. 17
Silvia.
Ils obtiendront une autre récompenfe.
Valere.
Vous voulez , pour me faire abandonner
mon deffein , me flatter d'un faux
clpoir ?
Non .
Silvia.
Valere.
Ou vous avez été féduire vous-même
par de trompeufes apparences ?
Non , vous dis-je .
Silvia.
Valere.
Un
peu d'eftime , que votre amie me
témoigne , vous a fait illufion.
Silvia , avec impatience.
Eh ! non , non non .
Valere.
Mais fur quoi jugez - vous.....
Silvia.
Oh ! Valere ! vous êtes impatien
tant. Qu'il vous fuffife de fçavoir , que
j'ai lu dans le coeur de votre Maîtreffe.
Elle n'eft point infenfible. Elle vous aimera.
Elle vous aime. Un feul obftacle l'empêche
de confentir à votre bonheur. Cet
obftacle eft leger. Il peut être levé facile .
ment. Il le fera bientôt. Fiez-vous à ma
parole.
18 MERCURE DE FRANCE .
Valere.
Hélas ! un amant ne croit que trop légerement
ce qu'il fouhaite .
Silvia.
L'effet juftifiera la promeffe.
Valere.
Que je ferois de jaloux , fi Angélique
elle- même daignoit me la confirmer !
Souffrez que j'aille eflayer de tirer d'elle
ún aveu fi plein de charmes.
SCENE V,
SILVIA , ERGASTE.
Silvia.
Vous paroiffez bien joyeux , Ergaſte.
Ergafte.
Je fuis le plus heureux des hommes.
Silvia.
Que vous eft-il arrivé ?
Ergafte.
On vient de me donner la nouvelle la
plus agréable , que je puffe recevoir de
ma vie.
Silvia,
Quelle nouvelle ?
Ergafte.
Que je puis efperer de me voir bientôt
votre époux.
Silvia.
Eh ! qui vous a fi bien inftruit .de mes
intentions ?
JUIN.
19 1749.
Ergafte.
1
Quelqu'un , qui eft à portée de les
connoître .
Silvia.
Mais encore , ne peut- on apprendre de
vous , qui eft ce quelqu'un ?
Ergafte.
Il eft inutile de vous en faire un myſtére.
Angélique n'a point exigé de moi le
fecret.
Silvia,
C'eſt Angélique !..
A qui je dois le
Ergafte.
repos.
Silvia.
Vous voilà donc à préfent tranquille ?
Ergafte.
Je commence à reſpirer.
Silvia.
Il ne vous reste plus d'inquiétude ?
Ergafte.
Aucune. Je vous diftingue trop du refte
des femmes , pour vous foupçonner de
légereté.
Silvia.
Ce n'eft pas cela que je vous demande.
Je veux fçavoir , fi vous croyez bien fermement
tout ce que vous a dit Angélique.
Ergafte.
Je crois qu'elle m'a parlé fincérement.
20 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Vous avez tort. Elle s'eft mocquée de
vous.
Ergafte.
Oh ! il regnoit dans fes difcours une
candeur , que la raillerie peut effayer d'imiter
, mais qu'elle n'attrape jamais.
Silvia.
Eh bien ! Ergafte ! Si notre amie n'a pas
voulu fe divertir , elle rêvoit donc.
Ergafte.
Toutes les efpérances qu'elle m'a don
nées , feroient ..
De
pures
Silvia.
chimeres.
Ergafte.
Et c'est vous , cruelle , qui me l'annoncez
?
Silvia.
C'eft à moi , ce me femble , à vous guérir
de votre erreur.
Ergafte.
Ah ! laiffez- la moi , cette erreur charmante
.
Silvia , vivement.
Mais j'ai intérêt de vous détromper.
Ergafte.
Je ne le fçais que trop , ingrate. Votre
haine pour moi ne feroit pas contente
, fi je pouvois me flatterun feul moment
JUIN. 1749.
que mes feux ne feront pas toujours dédaignés.
Mais vous ne jouirez pas encore
long -tems du plaifir barbare que vous
trouvez dans ma peine . Je fuis las enfin
de fervir qui me méprife.
Silvia , d'un ton ironique,
Sérieufement.
Ergafte.
Oui , oüi , férieufement . Vous en aurez
bien-tôt la preuve.
Silvia.
Une preuve convainquante ?
Ergafte.
Elle le fera peut-être plus que vous në
voudrez,
Silvia.
Mais vraiment vous deviez prendre plus
de précautions pour me faire cette terrible
menace . N'êtes -vous pas effrayé de la révolution
qu'elle va me caufer ?
Ergafte.
Vous riez maintenant de mon défefpoir.
Peut-être vous repentirez - vous un jour de
n'en avoir pas prévenu l'effet ? Vous me
regretterez peut-être, lorfqu'il ne dépendra
plus de vous de recouvrer votre amant ?
Silvia.
Quoi ? Si dans la fuite il me prenoit
fantaifie de vouloir votre main , vous au
riez l'inhumanité de me la refufer ?
22 MERCURE DE FRANCE.
Ergafte.
C'est l'eftimer bien peu , que de croire
qu'en attendant ce tems , je ne pourrai
trouver où l'engager.
Silvia.
Je ne pense pas cela. Mais je me perfuade
que vous voudrez demeurer en état de
pouvoir toujours me l'offrir .
Ergafte.
Vous vous trompez.
Silvia.
Inutilement l'on vous parleroit de mariage
!
Ergafte.
Oh ! je n'attens cependant que votre
derniere réſolution pour me déterminer
fur des propofitions qu'on me preffe d'accepter.
Silvia.
Quoique j'ordonne de votre fort , vous
les rejetterez certainement.
Ergafte.
Certainement je les écouterai .
Silvia.
Je fçais quelle eft votre façon de fentir.
Ergafte.
Et moi je fçais quels font mes deffeins .
Silvia,
Vous ferez fidéle.
JUIN. 1749.
Ergafte , en colere,
Je ne le ferai point *.
Silvia , le regardant aller.
Vous voulez donc bien me donner encore
du tems pour me réfoudre.
Ergafte.
Dans le trouble où je fuis , j'ignore ce
que je veux .
SCENE VI.
ANGELIQUE SILVIA:
Silvia
Angélique , qu'avez-vous donc fait entendre
à Ergafte ?
Angélique.
Et vous , Silvia , quel conte avez- vous
fait à Valere ?
Silvia.
Je ne fçaurois diffimuler avec vous. Je
lui ai laiffé deviner qu'il avoit triomphé
de votre indifference.
Angélique.
Je ne vous cacherai rien non-plus. J'ai
affùré Ergafte qu'il avoit trouvé le che
min de votre coeur.
Silvia , vivement.
Mais il n'en eft rien .
Angélique.
Croyez-vous plus de réalité dans ce que
* Il s'en va.
24 MERCURE DE FRANCE .
vous avez dit à Valere , que dans ce que
j'ai dit à Ergafte ? Quel effet a produit la
converfation que vous venez d'avoir enfemble
?
Silvia.
Le même qu'ont produit toutes celles
que j'avois déja eues avec lui . Quel a été
le fuccès de la vôtre avec Valere ?
Angélique.
Celui auquel il eft accoûtumé.
Silvia.
Vous avez eu un long entretien avec
Ergafte ?
Angélique.
Et vous, vous avez caufé long-tems avee
Valere ?
dre à
Silvia.
Penfez vous qu'Ergafte puiffe fe réfou
porter ailleurs fa main ?
Angélique.
Valere vous paroît-il homme à partir ,
comme il le dit ?
Silvia.
Je fuis perfuadée qu'il mourra plutôt
que de fe priver de votre vûe .
Angélique.
⚫ Certainement aucune autre main que
vôtre ne pourra tenter Ergafte .
Silvia.
la
N'allez pas cependant fur cette affûrance
JUI N.
25
1749.
ce vous expofer à rebuter votre Amant.
Angélique.
Je ne vous confeillerois pas néanmoins
de pouffer à bout la patience du vôtre.
Silvia,
Au bout du compte , vous n'avez pas les
mêmes raiſons que moi de fuir le mariage.
Angélique.
Je ne vois pas moi , que vous en ayez
d'affez fortes pour ne pas époufer un homme
qui vous aime véritablement .
Silvia.
Tant qu'il ne s'eft préfenté que de certains
partis , j'ai approuvé l'indifference
avec laquelle vous les avez reçus. Mais
Valére eft un époux que vous feriez folle
de laiffer échapper.
Angélique.
Votre mari , fans doute , avoit des défauts.
Il vous a donné des fujets de plainte
, mais à vous parler franchement , j'ai
toujours trouvé que vous les exageriez un
peu. Son goût pour le plaifir vous le déroboit
fouvent , mais il vous procuroit
tous les amuſemens qui pouvoient vous
confoler. Il jouoit , mais fon jeu n'a jamais
rien retranché à la magnificence de vos
habits , de votre table , de vos équipages.
Des maîtreffes , peu dignes de vous difputer
fon coeur , l'ont partagé quelquefois
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
avec vous , mais enfin elles n'ont jamais
fait que le partager ; vous y avez toujours
occupé la principale place. Damon n'accordoit
aux autres femmes qu'un amour
libertin, dont elles auroient dû plutôt s'offenfer
que s'applaudir . Il ne reffentoit que
pour vous cet amour délicat & flatteur
qui eft le feul dont une épouse vertueufe
doive être jaloufe. En un mot il vous aimoit
, & il n'aimoit que le plaifir dans vos
rivales.
Silvia.
D'ailleurs on auroit tort de juger d'Ergafte
par Damon . Jamais deux hommes
n'ont été fi differens. Tout le monde vante
les moeurs d'Ergafte.
Angélique.
On dit qu'il a vêcu dans une union parfaite
avec la premiere femme.
Silvia.
Il n'y a qu'une voix là - deffus.Auffi n'eft- ce
pas par la crainte de faire un mauvais choix ,
que je refufe ma main à Ergafte. Je pour
rois compter de faire mon bonheur en faifant
le fien , mais je me fuis comme engagée
folemnellement à ne point prendre
un fecond époux. Ma réſolution a été publique
. Toutes les maifons de ma connoiffance
ont retenti de mes traits cauftiques
contre les hommes , de mes déclamations
JUIN. 1749. 27
contre le mariage . Que diroient la prude
Célimene , la médifante Araminte , la jaloufe
Arfinoë , fi elles me voyoient reprendre
une chaîne que je me fuis glorifiée tant
de fois d'avoir fecouée pour toujours ?
Angélique.
Que pourroient- elles dire ? Que charmée
d'abord de l'état de veuve , vous aviez
projetté de n'en point fortir ; que depuis
vous avez vû Ergafte, & que vous avez bien
voulu en fa faveur changer de deffein.
Silvia.
Vous même , ma chere Angélique , ne
m'accuferiez - vous point de foibleffe &
d'inconftance ?
Angélique.
Pourquoi vous en accufer ? Il eft vrai
que nous étions convenues enfemble de
renoncer pour toujours au mariage , mais,
ces fortes de conventions font-elles des
engagemens réels ? Elles ne nous lient
qu'autant que nous n'avons point de raifons
de les violer .
Silvia.
Là , parlez-moi à coeur ouvert. Sérieuſement
, cette démarche ne m'ôteroit rien de
votre eſtime ?
Angélique.
Mais en vérité , Silvia , pouvez- vous me
faire cette question ? M'en eftimeriez- vous
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
moins , fi je confentois à faire de Valére
mon époux ?
Silvia.
Vous ne me faites pas apparemment l'injuftice
de le croire.
Angélique.
Bien loin que cela changeât rien à vos fentimens
pour moi , vous m'en fçauriez gré?
Affûrément .
Silvia,
SCENE VII.
SILVIA , ANGELIQUE , LISSETTE ,
ARLEQUIN.
Arlequin , à Lifette.
Angélique & Silvia font enſemble. Profitons
de l'occafion .
Silvia.
De quoi s'agit- il ?
Arlequin,
Lifette & moi, Madame, nous avons pris
une réfolution que vous allez traiter de
ridicule .
Angélique.
Je parie qu'ils fongent à ſe marier.
Lifette.
Vous l'avez deviné , Mademoiſelle ;
nous efperons d'obtenir votre confentement
& celui de Madame .
!
JUI N. 1749. 29
Silvia.
4.
Mais je ne vois point de raifon de ne
pas leur accorder leur demande . Qu'en
penfez -vous , Angélique ?
Angélique.
Il me femble que nous aurions tort de
nous oppofer à leur fatisfaction .
Arlequin , avec transport.
Ma chere Lifette !
Angélique.
Tout bien examiné , Liſette choifit le
meilleur parti.
Silvia.
A tout prendre , le mariage eft peut-être
de tous les états celui qui doit être préferé.
Angélique.
Le célibat a quelques douceurs , mais il
eft fujet à bien des défagrémens .
Silvia.
Le mariage a fes inconvéniens , mais il
a bien auffi fes avantages
.
Angélique.
Une perfonne qui n'eft point mariée , eſt
comme ifolée du refte de la Nature . Sans
compagnie au milieu de la fociété ; pour
ainfi-dire , fans parens au milieu de ſa
famille , elle n'a aucun intérêt commun
avec tout ce qu'elle connoît . Prefque
tout ce qui l'environne , en a d'oppofés
aux fiens.
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
Silvia.
Du moins , en fe mariant , l'on fe tire de
cette affligeante folitude & de cet abandon
fâcheux. On fe donne un fecond ; ce
fecond devient un autre nous - même
notre fortune & la fienne fe confondenr.
La fociété que nous contractons avec lui ,
nous en fait néceffairement un confident ,
toujours prêt à partager & notre joye &
nos chagrins ; un confeiller , toujours intereffé
à nous fournir les expédiens les
plus fûrs & les plus falutaires ; un ami toujours
engagé d'honneur à nous garantir
des maux qui nous menacent , à nous procurer
les biens que nous avons droit d'ef
perer.
Lifette.
Pour moi , je ne connois point de fort
plus heureux que celui d'une femme qui
poffede le coeur de fon mari .
Arlequin.
Je ne fçais point de bonheur égal à celui
là , fi ce n'eft celui du mari qui eft aimé de
fa femme & qui l'aime véritablement.
Lifeite.
Ne me vantez point la condition de
fille ni celle de veuve.
Angélique.
C'eft en effet une trifte fituation que
celle d'une vieille Douairiere .
}
JUIN. 1749. 31
Silvia
Jugez-vous celle d'une fille âgée, beaucoup
moins à plaindre ?
Angélique.
Quoi de plus infupportable que d'être
expofée à la mauvaife humeur d'héritiers
avides , qui , ou vous difputent vos droits ,
ou vous font fentir qu'à leur gré vous en
jouillez trop long- tems ?
Silvia
Quoi de plus mortifiant que de traîner
dans les compagnies un titre auquel les
hommes ont attaché une espece de deshonneur
; de penfer que peut-être ils vous
foupçonnent d'avoir gardé ce titre , moins
par choix que par néceffité ; de vous appercevoir
qu'ils réglent leurs fentimens
fur ceux qu'ils fuppofent que leurs peres
ont eus pour vous ; enfin de les voir trai
ter votre vieilleffe avec mépris , fous prétexte
que vous avez paffé votre jeuneſſe
fans confidération ?
Angélique.
Nous oublions infenfiblement Arlequin
& Lifette. Puifqu'ils font déterminés à
s'unir , je ferois d'avis que nous fiffions ce
mariage plutôt que plus tard.
Arlequin
Je fuis auffi de cer avis- là , Mademoiſelle.
Quel eft le tien , Lifette ?
Biiij
32 MERCURE DEFRANCE.
Silvia.
Il faut voir ce dont nous pourrons les
aider.
Angélique.
Je fuivrai là-deffus vos volontés & votre
exemple .
Silvia.
Si vous voulez, nous réglerons cela pendant
que nous fommes ſeules .
Angélique.
Non , non , allez régler tout cela avec
Arlequin.
Arlequin.
Lifette ! ma petite Lifette ! tu ne montres
pas affez de joye .
Lifette .
Vas , vas , je ferai plus aife le jour de
nos nôces.
Arlequin.
Et moi , la nuit qui le ſuivra.
SCENE VIIL
ANGELIQUE , LISETTE.
Angélique.
Que dis-tu de ta maîtreffe , Lifette ? Je
t'avouerai qu'elle m'impatiente .
Lifette.
Pourquoi donc , Mademoiſelle ?
Angélique.
On ne peut compter fur rien avec Silvia.
JUIN. 1749 .
33
Lifette.
Cependant je l'ai vûe toujours affez
conftante dans fes réfolutions.
Angélique.
Elle eft incapable d'en prendre ; on ne
fçait jamais à quoi elle fe déterminera ; elle
ne le fçait jamais elle- même.
Lifette.
Je ne lui connois point ce défaut .
Angélique.
Vous croyez qu'elle eft prête à embraffer
un parti. Elle convient que ce parti eft
le plus fage. Elle vous invite à le fuivre .
Qui ne s'imagineroit pas qu'elle a fait tou
tes fes réflexions ? Tout le monde penferoit
cela naturellement , & tout le monde
auroit tort. Le choix de ta maîtreffe n'eft
rien moins qu'arrêté ; il ne le fera pas fitôt
peut-être ne le fera- t'il jamais? Oh !
ces incertitudes - là me fatiguent , m'excedent.
Lifette.
Eh ! que vous importe que votre amie
foit irréfolue ou non ?
Angélique.
Comment ! que m'importe ? Je me repofe
fur les fentimens qu'elle me fait paroître.
Je ne doute point qu'elle n'agiffe
en conféquence. Elle me laiffe entrevoir
qu'elle n'a plus d'éloignement pour le ma-
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
riage. Son penchant pour Ergafte m'eft
connu . Je m'attends à la voir bien - tôt femme
d'un homme qu'elle aime , qu'elle
eftime , qui lui convient. Là deffus je fais
mon plan , je m'arrange , je prends des
mefures : mefures inutiles ! Il ne plaît pas
à Silvia de finir le martyre de fon amant.
Quand le finira- t'elle ? C'eft ce qu'on ignore.
Le finira-t'elle un jour ? On n'en fçait ,
rien . En attendant,tous vos projets font fufpendus;
il faut prendre patience; je t'avertis
que la mienne eft bien- tôt à bout.
Lifette.
Si vous ouvriez votre coeur à ma maîtreffe
, peut-être fe réfoudroit-elle plus
promptement.
Angélique.
Ne le lui ai- je pas ouvert cent & cent foist
Quand tu es entrée , ne l'exhortois - je pas à
couronner laconftance d'Ergafte? Ne lui remontrois-
je pas qu'elle ne devoit regarder
que comme conditionnelle la promeffe
que nous nous étions faite ? Ne la raffurois-
je pas fur la crainte où elle eft qu'une
infidélité à cette promeffe ne lui faffe tort
dans mon efprit & dans celui de fes connoiffances
Encore tout- à- l'heure n'as-tu
pas entendu toutes les raifons que je lui ai
fournies pour l'autorifer à fe donner un
époux ? J'ai été payée de mon zéle par l'ef
JUI N. 1749 .
35
frayante prédiction de l'avenir le plus humiliant.
Que ne me le faifoit-elle enviſager,
cet avenir cruel , lorfque je formai le deffein
de ne renoncer jamais à ma liberté ? C'étoit
alors qu'il falloit m'avertir de tous les maux
queje me préparois . Mais non ; il ne convenoit
point aux projets de Silvia que je fongeaffe
au mariage ; elle n'avoit garde de.
me dégoûter du célibat. Maintenant elle
a changé de vûes ; elle change auffi de difcours.
Et voila comme font faits les amis
de ce tems ; leurs confeils font toujours
relatifs à leurs goûts ou à leurs intérêts .
Cette avanture- ci me corrigera , Lifette ,
de mon trop de confiance. Je n'en ferai
plus la duppe . Si j'ai à me tromper , j'aime
encore mieux que ce foit en fuivant mes
fantaifies , qu'en fuivant les caprices d'autrui.
Lifette.
Cachez votre agitation , Mademoifelle.
Angélique.
Que veux-tu dire ? Je ne fus jamais plus
tranquille.
Lifette.
Ergafte & Valere viennent ici .
Angélique.
Tâche de les arrêter ; je veux faire une
derniere tentative pour fixer enfin l'irréfolution
de Silvia, -
B vj
36 MERCURE DEFRANCE.
SCENE IX.
ERGASTE , VALERE , LISETTE .
Lifette , retenant Ergafte & Valere , qui
veulent fuivre Angélique .
Angélique vous prie de ne point fuivre
Les
pas.
Ergafte.
Il faut qu'elle éclairciffe mes doutes.
Lifette.
Ce n'eft pas à préſent le tems.
Valere.
Il faut qu'elle termine mon incertitude,
Lifette.
Donnez- vous patience.
Valere.
Je crains bien , Lifette , que toutes nos
conjectures ne fe trouvent fauffes .
Ergafte.
Je commence à croire qu'elles le font.
Lifette.
Et moi , je fuis certaine que ( à Valere
, ) votre crainte & ( à Ergafte , ) votre
perfuafion font très- mal fondées.
Ergafie.
Les affûrances qu'Angélique m'avoit
données , flattoient mon amour de l'efpoir
le plus doux .
Valere.
Celles que j'avois reçûes de Silvia ,
1
JUI N. 37
1749.
promettoient à mon coeur le bonheur le
plus charmant.
Lifette.
Votre attente fera remplie.
Valere.
Ah ! Silvia fe trompoit.
Non .
Lifette.
Ergafte.
Angélique a pris un plaifir cruel à m'abufer.
Lifette.
Je vous dis que non .
Valere.
Si tu avois vû le
peu
de fenfibilité qu'on
Ergafte.
m'a fait
appercevoir.
Si tu avois été témoin des mépris que
j'ai effuyés.
Lifette.
Et l'indifference & les mépris dont vous
vous plaignez , ne me font point pren
dre le change fur les fentimens de vos maîtreffes.
Je m'y connois ; le trouble qu'elles
reffentent, eft pour le moins égal à la tran--
quillité qu'elles affectent . Elles craignent
encore plus de vous perdre , que vous ne
craignez de ne pouvoir les poffeder. Enfin
il ne leur manque plus qu'un prétexte pour
confentir à vous rendre heureux . Que me
38 MERCURE DE FRANCE .
donneriez - vous , fi je leur fourniffois ce
prétexte ?
Valere.
Ah ! tu pourrois compter
Ergafte.
Que la récompenfe fuivroit de près un
fervice fi important,
SCENE X.
ERGASTE , VALERE , LISETTE ,
ARLEQUI N.
Arlequin.
Tu m'as promis , Lifette , d'être bien
aife le jour de nos nôces. Tiens -moi parole
; nous nous marions aujourd'hui.
Valere , à Arlequin.
T
Tu te maries à Lifette !
Arlequin.
Je récompenfe fa fidélité.
Ergafte , à Lifette.
Tu époufes Arlequin ?
Lifette.
Je veux bien vous faire le plaifir de donner
l'exemple à vos Maîtreffes .
Arlequin , a Lifette.
Mad. Silvia te fait préfent de cinquante
piſtoles ; j'en dois recevoir autant de Mademoiſelle
Angélique , & l'on est allé chercher
le Notaire .
JUI N. 1749. 39
Lifette.
On eft allé chercher le Notaire ? Oh
bien ! il ne fera pas dit qu'il viendra pour
notre feul contrat ; je veux qu'il en faſſe
deux autres. Çà, mon cher futur , j'aurai
befoin ici de ton fecours. Sçais-tu mentir ?
Arlequin.
Belle demande ! j'ai fervi trois ans un
Gaſcon.
Ergafte.
Ah ! Lifette ! fi pour fervir mon amour
il faut trahir la vérité , je ne puis profiter
de ton zéle .
Lifette.
Vous mocquez- vous ?
Valere.
Si tu ne peux que par un menfonge affûrer
mon bonheur , je ne ferai pas ufage de
ta bonne volonté.
Arlequin.
Avez-vous perdu l'efprit ?
Ergafte.
Je ne veux point que Silvia foit en droit
de m'accufer du moindre artifice .
Valere.
Je ferois au défefpoir qu'Angélique eût.
à me reprocher la moindre démarche contre
l'exacte fincérité.
Arlequin.
Mais voilà des fentimens propres à vous
donner un ridicule.
40 MERCURE DE FRANCE.
Lifette.
N'importe , il faut les refpecter. J'entrevois
un moyen qui pourra convenir en
même tems à votre délicateffe & à vos
intérêts.
Valere.
Quel eft-il ? Satisfais mon impatience ....
Ergafte.
Ne me fais pas languir.
Lifette.
Oui , ce moyen eft bon . Il reste à fçavoir
fi vous confentirez aux arrangemens
que j'imagine.
Ergafte , vivement .
Ne crains aucun obſtacle de notre part .
Apprends-nous.
.....
Arlequin.
Elle ne vous apprendra rien pour le préfent,
car voici Angélique & Silvia .
Lifette.
Nous allons , Arlequin & moi , mettre
la derniere main à mon plan. Vous viendrez
nous trouver , lorfque vous ferez libres.
SCENE XI.
SILVIA , ANGELIQUE , ERGASTE ,
VALERE.
Angélique , à Valere ( d'un ton railleur. )
Vous êtes encore ici ?
JUIN. 1749. 41
Valere.
Je n'aurois pas quitté ces lieux , fans
prendre congé de vous. Votre indifference
peut me faire défirer de vous oublier ,
mais elle ne peut m'autorifer à manquer
de politeffe .
Silvia , à Ergafie.
Vous marquez peu d'empreffement de
répondre aux avances qu'on vous fait . Un
parti , fans doute avantageux , le préfente.
On vous recherche; on vous follicite ; vous
n'avez pas encore pris la pofte pour aller
vous mettre en poffeffion de votre nouvelle
conquête ?
Ergafte.
Quand j'aurois droit d'appeller de ce
nom le préfent d'une main offerte
par les
parens de qui elle dépend , penfez- vous
que la crainte de le perdre , ou l'impatientience
de l'obtenir , m'eût fait manquer à
ce que je vous dois ? Je fçais furmonter
mon amour , mais je fçais auffi conferver
des égards.
Silvia à Ergafte ( d'un ton radouci. )
Quoi ! fi vous n'êtes point parti fans me
dire adieu , je n'en fuis redevable qu'à de
fimples égards ?
Ergafte.
Cruelle ! vous n'êtes que trop perfuadée
du contraire.
42 MERCURE DE FRANCE.
€
Angélique à Valere...
Si je vous revois encore , j'en ai obligation
à votre feule politeffe .
Valere,
Quand je le dirois , vous ne m'en croiriez
pas.
Ergaſte à Silvia.
Vous connoiffez trop ma foibleffe.
Valere à Angélique.
Vous fçavez trop , quel eft le pouvoir
de vos charmes.
Ergafte.
Mais vous n'avez plus que peu de tems
à en abufer.
Valere.
Mais , quel que foit leur pouvoir , j'au
rai , fi vous m'y forcez , le courage de les
fuir ,heureux fi je pouvois , en ne les
voyant plus , m'affranchir de leur tyrannie
!
Angélique à Valere.
Vous trouvez donc votre joug bien
dur ?
Silvia à Ergafte.
Il vous paroît donc que j'en ufe bien
mal avec les gens qui m'aiment ?
Valere.
Eft-il tourment égal à celui de reffentir
l'amour le plus violent , & d'ignorer quel
prix obtiendra cet amour a
JUIN. 1749.
43-
Angelique.
Je vous plains extrêmement.
Ergafte.
Eft-il barbarie comparable à celle d'infpirer
la plus ardente paffion , & de ne pas
vouloir la payer feulement d'une legere
efperance
Silvia.
Vraiment , je conviens que j'ai là un
très- mauvais procédé .
Valere.
Je ne puis fupporter plus long - tems un
fupplice fi cruel .
Ergafte.
Enfin cette inhumanité rebute ma conftance
.
Valere.
Si vous ne finiffez pas bientôt , ma mört
.eft certaine.
Ergafte.
Si je n'éprouve pas bientôt un autre trai
tement , je vous oublie pour toujours.
Angélique bas à Silvia.
Le trouble d'Ergafte me touche.
Silvia bas à Angélique.
La douleur de Valere m'attendrit.
Angélique bas à Silvia.
Vous m'avez promis, en venant, de tranquillifer
Ergafte.
44 MERCURE DE FRANCE.
Silvia bas à Angélique.
J'ai mis dans mon marché , que vous
confoleriez Valere .
Valere.
Eh bien trop aimable Angélique !
m'ordonnerez - vous de mourir ?
Silvia bas à Angélique.
Dites-lui donc quelque chofe .
Ergafte.
vous de
Et vous , Madame , me contraindrezrenoncer
à mon amour ?
Angélique bas à Silvia.
Répondez-lui donc au moins.
Ergafte.
Ne romprez -vous point un funefte fi
lence ?
Angélique bas à Silvia.
Etes-vous muette ?
Valere.
Je ne vous demande qu'un mot ; ne
pourrai-je l'obtenir ?
Ergafte à Silvia.
Faites-moi penfer du moins , que l'obftacle
qui s'oppose à mon bonheur , n'eſt
pas invincible ; que vous le furmonterez
un jour , ou que vous me verrez fans peine
en triompher.
Angélique.
Silvia , ne lui refufez pas cette fatisfaction.
JUIN.
45 1749.
Valere à Angéliqne .
Que du moins il me foit permis de croire
que mon malheur pent finir , que vous
y prenez part ; enfin que , s'il dure , je
n'en dois point chercher la caufe dans le
fond de votre coeur.
Silvia.
Allons , ma chere Angélique , laiffezvous
fléchir.
Angélique.
Pourquoi ne pas fuivre les confeils
vous donnez aux autres ?
Silvia.
que
J'aurois , ce me femble , le même reproche
à vous faire .
Angélique.
Mais je ne fuis point infenfible .
Silvia.
Je n'ai pas non plus un coeur de marbre .
Angélique.
Je ne défire point la mort de Valere .
Silvia.
Je ferois fâchée de m'attirer la haine
d'Ergafte .
Valere.
Ce mot , belle Angélique , a bien des
charmes , mais il ne diffipe pas mon incertitude
.
Ergafte.
Cet aveu foulage mes maux , aimable
Silvia , mais il ne les termine
pas.
46 MERCURE DE FRANCE.
Angélique.
Ergaſte a raiſon.
Silvia.
Je fuis du fentiment de Valére.
*
Angéliqne.
Je veux faire enfin ceffer le tourment
d'Ergaſte.
Silvia.
Moi , je veux rendre le repos à Valere.
Angélique.
Oh ça , Ergafte , il faut commencer par
vous dire que je me fuis trompée , & que
Silvia ne vous aime point.
Ergafte.
Eft- ce par cette accablante nouvelle
vous prétendez finir mon tourment ?
Angélique.
que
Patience. Silvia ne vous aime point
mais elle a pour vous beaucoup d'eftime.
Silvia , interrompant fa converſation
avec Valere avec vivacité,
De l'amitié même.
Angélique.
Une amitié tendre.
Silvia.
Oui , l'on peut la nommer ainfi.
•
Angelique paffe du côté d'Ergafte , & Silvia de
celui de Valere. Pendant que l'une parle haut à l'amant
de fa compagne , l'autre fait avec l'amant de la
fienne unefcéne muette.
JUIN.
47
1749.
Eft - ce affez
, pour tour
Ergafte,
que de l'amitié
l'amour que je reffens ?
Angélique.
Oh ! il ne faut pas non plus être trop
difficile. On vous dit une amitié tendre ,
une amitié qui reffemble prefque à de l'amour.
Valere *.
Non , charmante Silvia , fi je n'ai point
le coeur de votre amie , je renonce à tour.
Silvia.
Vous devez auffi être raisonnable , Valere
, Angélique vous chérit. Elle fait cas
de vous.
Angélique , interrompant ce qu'elle dit bas
à Ergafte.
Ah ! très-grand cas.
Silvia.
Elle connoît votre mérite ; elle fent
tout le prix de votre tendreffe.
Valere.
Mais elle ne juge pas que je fois digne
de la fienne .
Silvia,
Vous êtes toujours ingénieux à croire
vos maux plus grands qu'ils ne font ; Angélique
vous rend plus de juftice. Si quel-
* Il eft fuppofe continuer haut la conversation qu'il
avoit avec Silvia.
48 MERCURE DE FRANCE.
qu'un pouvoit lui infpirer une paffion , ce
feroit vous. Angélique , ne puis- je pas
donner cette affùrance à Valere ?
Angélique.
Certainement. Silvia , je difois à Ergafte
, que vous avez de l'éloignement
pour le mariage .
Silvia , languiffamment.
Il est vrai.
Angélique.
Mais qu'il n'étoit pas impoffible de
vaincre cette répugnance.
Silvia.
Cela fera difficile , mais cela n'eft pas
impoffible. Cette répugnance même , a
parler exactement , n'en eft pas une. Vous
l'aviez bien nommée d'abord , éloignement.
Je fuis précisément à cet égard , dans
les mêmes difpofitions que vous.
Angélique.
Moi , j'ai pour l'hymen moins d'averfion
que d'indifference ; on diroit à tort
que je hais le mariage. On peut feulement
dire , que je n'ai point de goût pour cet
engagement.
Silvia.
Voilà juſtement ma fituation.
Ergafte à Silvia.
·
Quelle difficulté trouvez vous donc
à récompenfer ma flamme ?
Valere
JUIN. 1749. 49
Valere à Angélique.
Quelles raifons peuvent vous empêcher
de me rendre heureux ?
Silvia.
Angélique fçait que j'en ai plus d'une
pour ne point changer d'état .
Angélique.
Silvia vous dira que j'en ai plufieurs
pour demeurer fille.
Silvia.
Des raifons fortes.
Angélique.
Des raifons puiffantes.
Silvia.
Je prens Angélique pour Juge .
Angélique.
Je m'en rapporte à Silvia.
Valere à Angélique.
Oh ! votre amie fera pour moi.
Ergafte à Silvia.
Angélique fera contre vous.
Angélique.
Il faut convenir que certaines raiſons
peuvent détourner Silvia du mariage .
Ergafte à Angélique.
Quoi ? vous prenez fon parti ?
4 Silvia.
avoir
J'avouerai qu'Angélique peut
quelque peine à prendre un état , auquel
I. Vol C
so MERCURE DE FRANCE.
elle avoit renoncé comme folemnellement.
Valere à Silvia.
Quoi ? vous abandonnez ma défenſe ?
Angelique.
1
Mais ce qui eft raifon dans un tems , ne
l'eft pas toujours dans un autre .
Silvia.
Mais ce qui feroit inconftance dans
quelques occafions , eft dans d'autres , ou
prudence , ou juſtice.
Angelique.
Changer de conduite , lorfque la raifon
l'exige , ce n'eft pas être inconftant , c'eſt
être fage.
Silvia.
Changer de réfolution , lorfque le devoir
l'ordonne , ce n'eft pas légereté , c'eſt
vertu .
Valere.
La raifon n'exige - t - elle pas qu'entre
deux états , l'on choififfe le plus conforme
aux deffeins de la nature , & aux intérêts
de la fociété ?
Ergafte.
Et n'eft - il pas de notre devoir de fuivre
en tout l'exacte raifon ?
Angélique.
Vous verrez , Silvia , que vous ferez
obligée d'époufer Ergafte , pour rentrer
dans l'ordre.
JUIN.
1749. SI
Silvia,
Et vous , vous ferez dans la néceffité de
donner la main à Valere , pour qu'il vous
trouve raiſonnable.
Valere.
Vous rougiffez , belle Angélique &
Ergafte.
Vous détournez la vûe charmante
J
Silvia ?
Angélique bas à Ergafte.
Vos affaires vont bien.
Silvia bas à Valere.
Vous réuffirez .
Angélique bas à Valere.
Laiffez-moi les conduire.
Ergafte.
Je remets mon fort entre vos mains.
Silvia bas à Valere,
Repofez-vous du fuccès fur moi.
Valere.
Souvenez- vous que ma vie en dépend,
SCENE XII.
SILVIA . ANGELIQUE.
Silvia..
Ma complaifance pour vous m'a fait aller
plus loin que je ne voulois.
Angélique.
Vous en repentez-vous ?
C ij
12 MERCURE DE FRANCE.
Non.
Silvia.
Angélique.
Pour moi , je fuis charmée que vous
ayez guéri Valere de fes inquiétudes. Il
fçait du moins , que, fi je ne fais pas en ſa
faveur ce qu'il mériteroit que je fiſſe , ce
n'eft ni par haine pour lui , ni
price.
Silvia,
par ca-
Je ne fuis pas fâchée non plus , d'être à
couvert des reproches d'Ergafte, à ces deux
égards.
Angélique.
On n'aime point à paffer pour fantafque.
Silvia.
Il n'eft pas agréable de paroître ne pas
difcerner le mérite , & n'avoir pas pour les
perfonnes les fentimens , qu'elles ont droit
d'efpérer.
Angélique.
Je pense à une choſe , ma chere Silvia . Il
ne faudra pas que notre changement d'état
nuife à notre liaiſon.
Silvia.
Non vraiment. Nous pourrons
continuer
de vivre enſemble,
Angélique.
Ergafte & Valere font intimes;
JUI N. 1749.
53
Silvia,
Ils confentiront aifément à ne fe point
féparer.
Angélique.
Cela fera une fociété charmante.
Silvia .
L'ennui en fera banni.
Angélique vivement.
Nous allons goûter des plaifirs parfaits.
Silvia.
Mais il femble que nous y foyons déja.
On diroit que nos mariages font conclus.
Angélique.
Oh ! nous parlons ici pour parler.
SCENE XIII.
SILVIA. ANGELIQUE . LISETTE.
Lifette à Silvia.
Aimez-vous votre fils , Madame ?
Silvia.
Pourquoi me fais-tu cette queſtion ?
Lifette.
Il s'agit de ménager à ce cher fils une
fortune confidérable.
Silvia.
Comment ?
Lifette.
Votre fils n'eft pas riche . La fille d'Ergaftea
vingt-cinq mille livres de rente . Vo-
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
tre fils a trois ans . La fille d'Ergafte n'en a
que deux,
Silvia.
Eh bien !
Lifette.
Ergafte vous promet fa fille pour bru , fi
vous confentez de le donner
pere au petit Comte.
pour beau-
SCENE XIV.
SILVIA. ANGELIQUE. LISETTE.
ARLEQUI N.
Arlequin.
Lifette , le Notaire eft arrivé. Monfieur
Valere vous cherche , Mademoiſelle.
Angélique.
A-t-il quelque chofe à me dire ?
Arlequin.
Oui . Quelque chofe , qui , je crois, vous
fera plaifir. Il fe propofe de ne garder
que fa Charge , & d'abandonner fon autre
place à Monfieur le Chevalier. Votre
main eft le prix , auquel il met ce fervice
.
Silvia.
Angélique , cette offre eft digne d'attention
.
Angélique.
La promeffe d'Ergafte en mérite bien
autant.
JUIN.
55 1749.
Silvia.
Valere ne fait pas un médiocre préfent à
votre coufin.
Angélique.
Ergafte affure à votre fils un établiffement
, qui paffe votre espérance.
Silvia,
C'eſt un grand avantage pour le petit
Comte.
Angélique.
Mon oncle auroit une grande joye , de
voir le Chevalier dans un pofte également
utile & honorable .
Silvia.
L'un & l'autre auroient lieu de fe plaindre
, fi vous faifiez manquer cette affaire .
Affurément.
Lifette.
Angélique.
Tous les parens de votre fils vous fçauroient
mauvais gré , fi vous mettiez obftacle
à fa fortune.
Arlequin.
Il n'y a point de doute .
Silvia,
>
Au moment que nous y penfions le
moins , nous fommes tombées dans le cas
dont nous parlions. Par exemple , feroit- il
juſte , même raiſonnable, de perſiſter dans
Ċ iiij
56 MERCURE DE FRANCE:
la réfolution , que nous avions prife de ne
point nous marier ?
Lifette.
Vous ne le pouvez avec bienféance.
Arlequin.
Cette opiniâtreté feroit traitée de folie.
Silvia.
A quoi vous déterminez -vous , Angé
lique ?
Angélique.
Quelle eft votre réfolution , Silvia ?
Silvia.
J'aime tendrement mon fils.
Angélique.
J'ai de grandes obligations à mon oncle.
SCENE X V. & derniere.
SILVIA. ANGELIQUE. ERGASTE
VALERE . LISETTE . ARLEQUIN.
Arlequin à Valere.
De forte que Mademoiſelle ,
› pour
être
niéce reconnoiffante , fe fera la violence .
de vous époufer.
Lifette à Ergafte.
Et Madame , pour être bonne mere, veut
bien confentir à votre bonheur.
Valere.
Aimable Angélique , dois-je en croire
Arlequin ?
JUIN.
57.
1749.
Oui , Valere.
Angélique.
Ergafte.
Lifette ne me trompe- t - elle point, chara
mante Silvia ?
Silvia.
Non , Ergaſte.
Angélique.
Ce queje dois à un oncle,qui m'aime ... *
Silvia.
L'intérêt d'un fils qui m'eft cher .....
Valere à Angélique.
Votre feule reconnoiffance pour cet oncle
me procure votre main ?
Ergafte à Silvia.
Votre feul amour pour ce fils me rend
poffeffeur de la vôtre ?
Lifette.
Oh ! vous êtes
trop
curieux. Notre ſexe
veut bien avoir des foibleffes , mais il ne
veut pas , qu'on le force de leur donner ce
nom .
Cv
58 MERCURE DE FRANCE :
EDEDEDEDEDEDEDEDED CARDIA
DIALOGUE
Entre Thémis , Apollon , l'Hymen , l'Amour,
& l'Amitié , fur le mariage de Mademoifelle
DE MAUPE OU avec M. le Comte
DE LAVAL.
La Scéne eft chez M. le Premier Préfident."
Thémis tient à la main , de l'Olivier ; Apollon
, du Laurier ; l'Hymen , du Lierre ;
l'Amour , du Mirthe , & l'Amitié , des
Fleurs.
THEMIS.
Pour célébrer cette journée ,
J'aime à voir que chacun m'apporte fon tribut :
Tous doivent m'être chers ; mais à quel attribut
La Couronne aujourd'hui doit- elle être donnée
Sans décider quant- à- préſent ,
Je veux examiner le prix de chaque offrande :
Le zéle fait fouvent agréer le préfent
De la plus petite guirlande.
Dites-moi vos raifons '; c'eft pour les écouter ,
Qu'en ce Palais je vous raſſemble ;
C'eft un travail de plus : mais rien ne doit coûter
Pour vous remettre bien enfeinble,
JUIN. 59 1749
L'Hymen.
Dans un tout autre tems je céderois le pas ;
Mais enfin puifque c'eſt ma fête ,
Je pense qu'en ce jour on ne blâmera pas
Que je veuille être à votre tête.
Quant au tribut , affûrement
Le mien ne peut être un problême
Le jour d'un tendre engagement :
Le Lierre fut toujours l'emblême
D'un éternel attachement.
L'Amour.
Mon Mirthe vaut bien votre Lierre
;
Si l'Epoux le nioit, j'en appelle à l'Amant :
Peut-on être heureux qu'en aimant ?
Et n'eft- ce pas à ma priere
Que vous êtes reçû chez un couple charmant ?
Vous avez grand befoin que je fuive vos traces
Pour vous rendre un peu féduifant
Votre lien cft bien peſant,
Quand il n'eft pas formé par l'Amour & les Gra
ces.
L'Amitié.
Pour orner ce lien , Hymen , reçois les Fleurs ,
Dont je fçais mieux qu'un autre affortir les couleurs
;
De ce malin enfant les riantes fleurettes
C vj
60
MERCURE DE FRANCE.
Ne rempliroient ici notre objet qu'à moitié ;
L'Hymen a moins beſoin de folles amourettes ,
Que d'une folide Amitié.
Sans en exclure la tendreffe ,
J'en bannis la légéreté
Et je répare avec adreſſe
Ce que le tems enleve à la vivacité.
Je ne prétends fur vous remporter la victoire ,
Que pour mieux vous la confacrer ;
Hymen , Amour , ce jour eſt tout à votre gloire ,
Mais laiffez-moi le célébrer .
Apollon.
Ajoutez qu'il faudroit m'avoir pour interprête.
Que feriez-vous fans mes accens ?
Ce font les chants que je vous prête ,
Qui font agréer votre encens.
J'ofe donc infifter fur quelque déférence
Pour cet arbriffeau glorieux ,
Dont les rameaux victorieux
Doivent avoir la préference.
Le doute même ici feroit injurieux.
Modérez votre humeur jaloufe ;
Tout parle , en ce moment , pour l'arbre des vainqueurs
,
Puifque l'époux & l'épouſe
Sçavent fubjuguer tous les coeurs.
JUIN. 68- 1749.
Le Laurier eft d'ailleurs la jufte récompenfe
De l'efprit , des talens , du goût & du fçavoir ;
Tout ici les annonce , & prouve le pouvoir
De la raison qui plaît , & de l'efprit qui penſe.
Dirai-je que Laval chez le Dieu des Guerriers
Soutient, avec honneur , un nom cher à Bellonne ,
Et que les Héros qu'on couronne ,
Ont le front orné de Lauriers a
Thémis.
A mon tour je pourrois prétendre
Au choix que vous follicitez ;
C'est ici que je fais entendre
Mes oracles les plus vantez:
Mais pour vous accorder , à mes droits je renonce.
Le bonheur des époux eft mon feul intérêt ,
Et vous reconnoîtrez , je crois , dans mon arrêt
Que le coeur même le prononce.
Je vous condamne donc à refter bons amis ;
Tous quatre aniffez-vous pour la Fête prochaine
Que tous vos préfens foient admis ,
Et que l'Hymen en forme une agréable chaîne ,
Dont la durée & les douceurs
Egalent des époux les vertus & les graces
Et qui fe perpétue entiere & fans difgraces
Chez leurs aimables fuccefleurs !
Peffelier
62 MERCURE DE FRANCE.
་
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Belles - Lettres.
Nous avons déja annoncé dans le Mercure
dernier , que cette féance avoit
été remplie par la lecture de l'éloge hiftorique
de M. Otter ; par celle d'un Mémoire
de M. le Baron de Zurlauben , fur
la fondation de la République Helvetique
, & par celle d'une Differtation de M.
Capperonier fur les Hilotes , Efclaves des
Lacédémoniens.
Quand la réputation que M. de Bougainville
s'eft acquife , ne juftifieroit pas
le choix que l'Académie Royale des Belles-
Lettres a fait de lui pour Secretaire ,
l'éloge hiftorique de M. Otter fuffiroit
pour faire applaudir à ce choix . Peu de
gens devineront , en lifant cet Ouvrage ,
que ce foit le premier que l'Auteur ait
compofé dans ce genre , & la furprife augmentera
, lorfqu'on fçaura qu'il n'a eû
que quinze jours pour raffembler fes matériaux
,pour les rédiger , & pour les revêtir
de tous les agrémens que pouvoient leur
prêter une imagination fleurie , mais fage ,
& une érudition variée , mais exempte
JUIN. 1749. 63
de fafte, & qui ne fe montre qu'autant qu'il
eft néceffaire pour plaire & pour inftruire.
Ce feroit avec grande fatisfaction pour
nous & pour nos Lecteurs , que nous
donnerions une analy fe détaillée d'un morceau
qui fait également honneur & à M.
Otter & à fon élégant Hiftorien , mais
nous ne devons point abufer de la complaifance
que celui-ci a eûe de nous confier
fon manufcrit , & nous n'en préfenterons
ici qu'une légere efquiffe , afin qu'il conferve
tout fon air de nouveauté , lorfqu'il
paroîtra dans le recueil de l'Académie.
Jean Otter naquit le 23 Octobre 1707,
à Chriftienftad dans la Province de Sca
nie. Ses parens jouiffoient d'un bien honnête
, acquis par le commerce. Sans rien
dérober aux exercices dont le cours rem
plit nos premieres années , il apprit dès
La jeuneffe la plupart des Langues du Nord.
La Paix de Neustadt ayant fait revivre en
Suede les Arts & les Etudes , il en profita
pour aller en 1724 prendre des Leçons
dans l'Univerfité de Lund. Pendant
les trois années fuivantes la Phyfique
& la Théologie l'occuperent , fous les yeux
d'André Rhydelius , Evêque de cette Ville.
Des doutes , qui s'éleverent dans fon efprit
au fujet de la Réforme de Luther
64 MERCURE DE FRANCE.
l'engagerent à paffer à Stockolm pour chercher
de nouvelles lumieres. On le préfenta
, peu de tems après , à M. le Comte
de Cereſt Brancas , alors Ambaffadeur de
France en Suéde , qui bientôt le connut
& l'eftima. Après un féjour de quelques
mois dans la Capitale , M. Otter abjura
le Luthéranifme , & M. le Comte de Cereft
, pour le mettre à l'abri des peines
auxquelles l'expofoit cette courageufe défertion
, le fit paffer en France au mois de
Mai 1728.
M. le Cardinal de Fleuri , inftruit des
motifs du voyage de ce nouveau Catholique
, le mit au Séminaire de Rouen ,
dans le deffein de lui faire embraffer l'Etat
Eccléfiaftique. Quoique M. Otter eût
les moeurs & l'efprit de cet état , il ne
fe fentoit pas né pour le fuivre. Il en écrivit
à M. le Cardinal de Fleuri , & ce Miniftre
, l'ayant appellé à Paris , le plaça
dans les Poftes. Dès - lors M. Otter parloit
avec facilité , non-feulement le François
, mais encore le Danois , l'Allemand
& tous fes Dialectes , l'Anglois , l'Eſpagnol
& l'Italien. » Ce talent fi rare ,
ajoute M. de Bougainville , que ne fup-
» pofe - t- il point dans ceux qui le por-
» tent à un degré fupérieur ? Une conception
vive , une mémoire heureuſe
JUI N. 1749. 65
39
» une conftance à l'épreuve de mille dégoûts
, ne font pas les feules qualités ef-
» fentielles. Il faut y joindre le jugement,
a l'art de combiner une multitude de rap-
» ports , d'autant plus difficiles à démêler,
qu'ils font tous arbitraires ; affez de pé-
» nétration pour connoître le génie de
>> chaque Langue , affez de jufteffe pour
en faifir les régles , affez de raiſonne-
» ment pour les rapprocher des principes
» de la Grammaire générale , qu'on doit
> regarder comme une Métaphyfique très-
» déliée. Il faut , en chargeant fa mé-
» moire d'une infinité de termes differens
» les y diftribuer fans confufion , les y resy
» tenir fans contrainte , les affujettir tel-
» lement à fes idées , que toujours prêts
» à fe montrer , ils ne fe montrent qu'au
> befoin .
Les Lettres pouvoient tirer de grands
fecours du talent de M. Otter . D'ailleurs
fon intelligence & fon zéle le rendoient
propre
à fervir l'Etat , en même tems que
la Littérature. M. le Comte de Maurepas
fe détermina par ce double motif , à l'envoyer
en Orient. L'objet de fon voyage
devoit être d'étudier à fond les Langues
Orientales , dont la connoiffance influe
beaucoup fur celle de l'Hiftoire moderne,
& de voir quelles mefures on pourroit
66 MERCURE DE FRANCE.
prendre pour rétablir le Commercé des
François dans la Perſe .
S'étant embarqué à Marſeille en 1734,
il fe rendit à Conftantinople en 1736 ;
la conclufion de la Paix entre la Turquie
& la Perfe lui permit d'entreprendre le
voyage d'Ifpaham , où il arriva dans le
mois de Juillet de l'année fuivante . Il y
demeura vingt mois , & paffa enfuite à
Bafra , où il a fait un féjour de près dé
quatre ans , partie fans caractére , & partie
en qualité de Conful . Non -feulement
il y rendit à la Nation Françoiſe tous les
fervices qu'elle pouvoit attendre de lui ,
mais il y acquit une parfaite connoiffance
de la Langue Arabe & de la Langue Turque
, & lorfqu'il quitta Baf ra en 1743
pour revenir en France , il parloit la premiere
de ces Langues avec la même facilité
que les naturels du Pays.
La Géographie , la Politique , l'Hil
toire , avoient partagé le loifir de M. Otter
, avec l'étude des Langues Orientales.
» Capable d'obferver & de réflechir , dit
» M. de Bougainville , il s'étoit fait une
» jufte idée de tous les Pays qu'il avoit
parcourus . Il connoiffoit les moeurs des
» Habitans , leur génie , leurs loix , la for-
» me de leur Gouvernement , les productions
des differentes contrées , fur tout
JUI N. 1749. 67
» les intérêts de leurs Princes... En joi-
"gnant à fes obfervations tout ce qu'il
» avoit appris d'intéreffant dans fes entretiens
avec les Grands & les Sçavans
qu'il avoit cultivés dans les voyages , il
»en a compofé depuis fon retour une Re-
»lation curieufe qu'il fit imprimer l'année
>> derniere .
»
Ce fut le 28 Février 1744 qu'il revint du
Levant. Auffi-tôt qu'il arriva , une penfion ,
qu'il ne demandoit point , fut la récompenfe
de fes fervices . Peu de tems après
il fut attaché à la Bibliothéque du Roi ,
en qualité d'Interprête pour les Langues
Orientales. En 1746 , il fut nommé Profeffeur
Royal en Langue Arabe , & l'année
derniere l'Académie Royale des Belles
Lettres , qui depuis long- tems avoit les yeux
fur lui , l'élut d'une voix unanime pour un
de fes Affociés. Une fiévre maligne l'a enlevé
cet Automne, au grand regret de cette
Compagnie , & il eft mort le 26 Septembre
, dans la quarante & uniéme année de
fon âge.
:
La lecture & l'éloge de M. Otter fu
rent fuivis de celle d'un Mémoire de M. le
Baron de Zurlauben , fur l'Hiftoire Helvétique
depuis l'origine de la République
des Suiffes jufqu'en 1514 .
Le Pays , que l'on nomme aujourd'hui
68 MERCURE DE FRANCE.
la Suiffe , étoit connu vers la fin du treiziéme
fiécle fous le nom de Haute Allemagne
, & étoit divifé en plufieurs Etars
indépendans les uns des autres , mais tous
foumis à la Jurifdiction de l'Empire. It
y avoit feulement quelques confédérations
particulieres d'une Ville à l'autre , pour fe
garantir mutuellement de l'oppreffion des
Nobles , précaution alors très-ufitée dans
l'Empire , où les interrégnes & les fchifmes
donnoient lieu à toutes fortes d'invafions
& de violences . M. le Baron de
Zurlauben décrit l'état des Villes & des
Pays , qui ont depuis formé le Corps Helvétique.
Il donne une idée de l'origine
de la puiffance des Comtes de Habspourg,
& retrace l'ambition extrême de l'Empereur
Albert I. Ce Prince qui défiroit de
réunir fous un feul Duché les differentes
Seigneuries qui partageoient l'Helvétie ,
fut la caufe de la révolution qui établit la
République des Suiffes . Entre les autres
actes de violence qu'Albert , on fes Officiers
exercerent , l'Hiftoire de Guillaume
Tell , qui fut contraint d'abbattre d'un
coup d'arbalête une pomme placée deffus
la tête de fon fils , âgé de fix ans , n'eft
point oubliée . M. le Baron de Zurlauben
dépeint la réfolution inébranlable des
Pays d'Uri , de Schweitz & d'UnderwalJUIN.
69 1749.
den , qui ne voulurent jamais fe foumettre
à l'Empereur Albert comme Comte
d'Habspourg , & qui rejetterent avec
conftance les propofitions que ce Prince
leur avoit faites de s'affujettir à fa Maifon.
La tyrannie des Gouverneurs engagea
trois Particuliers de ces trois Pays , à
faire entr'eux , le 17 Octobre 1307 , un
traité , par lequel ils s'obligeoient avec
ferment , de répandre jufqu'à la derniere
goûte de leur fang , pour rendre à leur Pa
trie fa premiereliberté. Les Tyrans furent
-chaffés au commencement de 1308.
L'Empereur Albert avoit réſolu de venger
l'outrage qu'il prétendoit avoir reçu en la
perfonne de fes Officiers. Mais il fut af
faffiné en la même année par fon propre
-neyeu. Sa mort donna le tems aux trois
Cantons de s'affermir. Léopold , Duc
d'Autriche , fils d'Albert & frere de Frederic
, qui difputoit l'Empire à Louis de
Baviere , avoit hérité des fentimens de
haine de fon pere. Sous prétexte que les
Cantons adhéroient au parti de Louis , il
·les attaqua en 1315 , mais il fut entierement
défait avec 9000 hommes le 15
Novembre de cette année à Morgarten ,
par
treize cens confédérés. Une victoire
fi éclatante porta les trois Cantons à jurer
entr'eux une alliance perpétuelle. Ce
70 MERCURE DE FRANCE .
Traité , la baze de tous ceux qui depuis
cimenterent la Conftitution du Corps
Helvétique , fut dreffé à Brunnen le Mardi
après la Saint Nicolas 13 15. M. le Baron
de Zurlauben expoſe la formation des
Cantons de Lucerne , de Zurich , de Glaris
, de Zug & de Berne , le précis des
guerres qu'ils foutinrent pour affûrer leur
indépendance , & comment l'Empereur
Charles IV, à qui les Autrichiens avoient
porté leurs plaintes , affiégea inutilement
Zurich en 1354. Ce Prince , après bien
des tergiverfations , fut contraint de confirmer
à Conftance , en 1362 , les alliances
de Zurich & des Confédérés . Ainfi fe
forma la ligue des huit anciens Cantons ,
qui font diftingués encore aujourd'hui des
autres par ce nom. Ils prirent rang entr'eux
, non fuivant l'ordre de la réception ,
mais fuivant la confidération de leur puiffance.
Les affaires refterent dans un état
affez paifible jufques vers l'année 1385 ;
les violences de Léopold II . Duc d'Autriche
, contre Lucerne , rallumerent la
guerre. Elle fut fanglante. Léopold perdit
la vie avec fix cens Nobles des meilleures
Maifons de l'Empire , à la bataille
de Sempach , le 9 Juillet 1386. Les confédérés
remporterent une feconde victoire
, prefqu'auffi confidérable, fur les AutriJUI
N.
71 1749.
chiens à Nefels , le 9 Avril 1388. Tant
de malheurs obligerent ces derniers à faire
une trêve de fept ans , en vertu de laquelle
les Cantons demeuroient en poffeffion de
tout ce qu'ils avoient conquis. Le Traité
fut enfuite prolongé de vingt ans , puis de
cinquante. Il fembloit devoir fixer l'état
des uns & des autres : il en arriva autrement
par la fauffe démarche que fit bientôt
après Frederic , Duc d'Autriche . Le
Concile de Conftance l'excommunia , &
l'Empereur Sigifmond le mit au Ban de
l'Empire , parce qu'il avoit favorisé l'évafion
du Pape Jean XXIII .
/
Les huit Cantons , preffés par le Concile
& par l'Empereur , fe chargerent de l'exécution
de cette rigoureufe Sentence , qui
dépouilloit Frederic de toutes fes digni,
tés & de toutes les terres. Ils s'emparerent
en fort peu de tems de l'Argew , &
la poffeffion de ce Comté leur refta à ti
tre d'engagement , pour des fommes d'argent
qu'ils prêterent à l'Empereur. Le feul
Canton d'Uri pour lors ne voulut point
conferver fa part dans cette conquête. Il
allégua qu'il avoit exécuté les ordres de
l'Empereur , mais qu'il n'étoit ni jufte ni
honnête de s'enrichir aux dépens d'un allié,
qui avoit fait avec les Cantons en 1412
une trève pour cinquante ans.
72 MERCURE DE FRANCE.
Cependant la diviſion ſe gliffa parmi
les Confédérés en 1436 , au fujet de la
fucceffion du dernier Comte de Tockembourg.
Zurich & Schweitz prétendoient
chacun en difpofer , parce que ce Seigneur
avoit pris droit de Bourgeoifie dans
l'un & l'autre de ces Cantons . Les fix autres
offrirent leur arbitrage , & fe déclarerent
enfin contre les Zurichois , qui refufoient
de s'y foumettre. Cette guerre
civile ,foible dans fon origine , s'anima particulierement
en 1443. Zurich avoit conclu
une alliance avec la Maifon d'Autriche,
dont étoit chef l'Empereur Frederic III .
fils du Duc Erneft , & neveu de Frederic
qui avoit été excommunié au Concile de
Conftance. L'Empereur affifta les Zurichois.
La guerre devint très - fanglante ,
& comme eile fe faifoit uniquement pour
l'intérêt de ceux de Schweitz , le vulgaire
s'accoûtuma à appeller tous les confédérés
du nom de Schweitzer ou Suiffes.
Rien ne put réſiſter aux Cantons. Après
avoir terraffé les forces unies des Autrichiens
& des Zurichois , ils obligerent ces
derniers le 13 Juillet 1450 , de renoncer
à leur nouvelle alliance , & de reprendre
leur place dans la ligue Helvétique . Ce
fut dans le fort de cette guerre , que les
Suiffes commencerent à faire liaiſon avec
les
JUIN. 1749. 73
les François. L'Empereur Frederic les ayant
appellés à fon fecours , Charles VII . qui
venoit de faire une tréve avec les Anglois
, fut charmé de trouver ce prétexte
pour occuper les troupes. Le Dauphin
Louis conduifit une armée de foixante mille
hommes dans le Sundgaw. A fon approche
, les Bâlois , craignant qu'il n'attaquât
leur Ville pour diffiper le Concile , eurent
recours aux Suiffes. Ceux - ci envoyerent
au plus vîte un corps de 1200 hommes
, avec ordre de fe jetter dans Eâle ;
& ce fecours , ayant rencontré fur fon
paffage l'armée Françoife , foutint un des
plus rudes combats dont il foit fait mention
dans l'Hiftoire . La bataille fe donna
près de l'Hôpital de Saint Jacques , à une
demie lieue de Bâle , le 26 Août 1444. M.
le Baron de Zurlauben en donne un détail
affez circonftancié. Les Suiffes , fuccombant
fous le nombre , furent taillés
en pieces , fans avoir jamais voulu demander
quartier. Il ne s'en fauva que dix , qui
étant retournés chez eux , eurent encore
bien de la peine d'échapper à la main du
bourreau , étant regardés comme des lâches
pour avoir voulu furvivre à tous leurs
camarades. Le Dauphin perdit Soco hommes.
Piqué contre Frederic , qui manquant
à fes promeffes , ne lui avoit envoyé ni
1. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
hommes ni vivres , & rempli d'eftime pour
la bravoure des Suiffes , il conclut avec
ces derniers à Enfisheim , le 28 Octobre
1444 , un Traité de paix . Il fit plus ; il
porta infenfiblement le Roi fon pere à
rechercher l'amitié de cette Nation . Ce
fut l'an 1452 , que fe fit la premiere alliance
entre Charles VII. & les Cantons.
M. le Baron de Zurlauben l'indique , ainfi
que les Traités fuivans qui furent conclus
fous les regnes de Louis XI . Charles VIII .
& Louis XII. avec les noms des Ambaſſadeurs
qui les fignerent. Il détermine l'époque
à laquelle on doit fixer l'arrivée
des premieres troupes Suiffes en France.
Il donne auffi le précis de la guerre de Sigifmond
, Duc d'Autriche , contre les Confédérés
en 1450. Elle fut fatale à ce Prince ,
& elle eût eû des fuites très-funeftes pour
lui , fi Louis XI . n'eût rétabli la paix
entre les deux partis par fa médiation . Sigifmond
, accablé de dettes , avoit engagé
à Charles , Duc de Bourgogne ,
Comté de Ferrette , & tous fes Domaines
dans l'Alface & dans le Brifgaw. Le Gouverneur,
que Charles envoya dans ces Pays,
commit de grandes vexations fur les nouveaux
Sujets de fon Maître. Sigifmond ,
indigné de fa tyrannie , & irrité contre
Charles , qui venoit de rejetter le rembourla
JUIN.1749 .. 75
fement pour les Domaines engagés , fit
arrêter le Gouverneur , & de l'avis des
Cantons , il le fit décapiter. Cet évenesment
, & enfuite la conquête de Romont
= fur le Comte de ce nom par les Bernois
& les Fribourgeois , attirerent aux Suiffes
cette mémorable guerre , dans laquelle
Charles en trois batailles perdit toutes fes
forces , fon riche équipage à Granſon &
à Morat , & la vie devant Nanci.
Prália trina tibi , Dux Carole , dira fuêre ;
Divitiis Granfon , grege Murten , corpore Nanci.
>
Le Duc de Bourgogne ayant été tué
aucun Prince du Royaume de Louis XI.
n'ofa depuis lever la tête contre lui , ni
s'opposer à fes volontés . Comme il devoit
aux Suiffes la défaite de ce redoutable ennemi
, il leur en marqua fa reconnoiſſance ,
par les Lettres Patentes du mois de Septem
bre 1481. Elles renferment tout le fondement
des Priviléges dont les Militaires
Suiffes font en droit de jouir en France .
2
M. le Baron de Zurlauben rapporte enfuite
l'affociation des Villes de Fribourg
de Soleurre , de Bâle , de Schaffhaufen
& du Pays d'Appenzell , dans la Ligue
Helvétique , & il n'a pas oublié la médiation
de Louis XII . pour terminer la
guerre qui s'étoit allumée en 1499 entre
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
l'Empereur Maximilien I. & les Cantons.
Il termine le précis de l'Hiftoire Helvétique
par les réflexions fuivantes.
Ainfi s'eft formée la République des
Suiffes dans l'espace de deux cens fix années
, non par des appuis étrangers , comme
celle de Hollande , qui doit fon établiſſement
aux fecours de la France , de l'Angleterre
, de l'Allemagne , & aux reſſour
ces qu'elle a trouvées dans la navigation ,
mais uniquement par la vertu de fes ha
bitans. Une conduite également prudente
& ferme , une union qui n'avoit alors
pour objet que le bien de la caufe commune
, enfin une bravoure pouffée fouvent
jufqu'à la témérité , leur ont acquis
entre la France , l'Allemagne & l'Italie ,
un Etat indépendant qui peut influer beau
coup fur les affaires de ces trois Puiffances
. M. le Baron de Zurlauben ajoute . » Les
» évenemens qui fe font paffés dans le
cours de ces deux fiécles , & dont je n'ai
rapporté qu'une petite partie , font en
» fi grand nombre , & ont fi fouvent rap-
» port avec l'Hiftoire de France , qu'il
» eft furprenant qu'ils n'ayent pas excité
39
la curiofité des Ecrivains François , car
» la plupart d'entr'eux ne les connoiflent
» que fuperficiellement Notre Académi
cien réfute entre autres Mezerai , dans ce
JUIN. 1749. 77
qu'il a avancé fur les Suiffes au fujet de
la guerre de Bourgogne. Il finit , en expolant
l'indépendance des Cantons, recon-
Due par le Traité de Weftphalie , & en
difant qu'il eft vraisemblable qu'ils conferveront
leur liberté , tant que l'union regnera
entr'eux , ou bien jufqu'à ce qu'une
Puiffance auffi confidérable que celle des
Romains s'éleve de nouveau , & falfe la
conquête de toute l'Europe.
Le dernier Ouvrage qui fut lû dans cette
féance , & qui eft de M. Capperonier,
contient des recherches fur l'Hiftoire &
Efclavage des Hilotes , & il eft compofé
de deux parties. Dans la premiere ,
l'Auteur donne la pofition d'Helos. C'étoit
une Ville de la Laconie. Elle fut
fondée par Helius , le plus jeune des fils
de Perfée , & les habitans prirent de lui
le nom d'Hilotes. Ils demeurerent paifibles
poffeffeurs du Pays qu'ils occupoient,
jufqu'au retour des Héraclides dans le Péloponefe
, environ quatre vingt ans après
la prife de Troye . Les defcendans d'Ĥercule
, s'étant emparés de Lacédémone ,
joignirent bien-tôt à leur Empire tous les
peuples qui les environnoient , & les Hilotes
y furent compris . Il ne paroît pas
cependant que dès - lors ceux- ci ayent été
réduits en efclavage ; ils n'éprouverent ce
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
malheur que fous le regne d'Agis. Ce Roi
de Sparte fit une Loi qui défendoit de rendre
la liberté aux Hilotes , & de les vendre
hors du Pays . Dans la fuite , cette Loi eut
des exceptions
.
Les Lacédémoniens ,, par ambition , ou
pour augmenter le nombre de leurs efclaves
, déclarerent la guerre aux Meſſéniens
, qui fubirent le même fort que
les
Hilotes. Ces deux peuples chercherent plus
d'une fois à fecouer le joug. M. Capperonier
les fuit dans les differentes tentatives
que leur fit hazarder l'amour de
fa liberté , & il termine la premiere partie
de fon Mémoire , au tems où la Grece
tomba au pouvoir des Romains , tems où
les Lacédémoniens & leurs efclaves furent
confondus fous ces nouveaux Maîtres.
,
La feconde partie commence par cette
remarque générale , que les differens Etats
avoient chacun leurs efclaves , dont la
plûpart avoient été fubjugués comme le
furent les Hilotes . M. Capperonier dit que
les Lacédémoniens avoient fait deux claffes
des Hilotes , les Domestiques, qui n'étoient
employés qu'aux offices du ménage , & les
Hilotes Laboureurs , qui cultivoient leurs
terres , fous la redevance d'un tribut déterminé
par les Loix , & qu'il étoit défendu
d'augmenter. Les Hilotes exerçoient auffi
JUIN. 79 1749 .
toutes les profeffions méchaniques. L'ex
cès de leur malheur étoit tel , qu'ils étoient
à la fois Efclaves des Particuliers & du
Public. Ils étoient regardés avec un extrême
mépris , & c'étoit par une fuite
de ce mépris , qu'on les forçoit de boire
jufqu'à s'enyvrer , & que dans cet état
on les offroit aux yeux des jeunes Lacédémoniens
, à qui on vouloit infpirer
l'horreur de ce vice . Rien ne peut excufer
les cruautés auxquelles Sparte le porta
contre les Hilotes. Nous ne citerons que
l'exemple de la Cryptie , qui reffemble
affez à ce que nous nommons le guet-àpens.
Ariftote, cité par Plutarque , rapporte
que les Ephores , en entrant en charge
déclaroient la guerre aux Hilotes , afin
qu'il fût permis de les tuer impunément.
On envoyoit en conféquence à la campagne,
dans de certains tems , les jeunes Lacédémoniens
les plus adroits, avec des poignards
& quelques provifions. Ils paffoient
le jour dans des lieux couverts , où ils fe
tenoient cachés & la nuit , fe répandant
fur les grands chemins , ils égorgeoient
tous les Hilotes qu'ils pouvoient
furprendre.
On ne fçauroit douter que des gens
traités fi durement ne donnaffent beaucoup
d'inquiétude aux Lacédémoniens par
>
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
leur grand nombre ; auffi ceux - ci les emmenoient-
ils à la guerre avec eux , pour leur
ôter les moyens de fe foulever pendant leur
abfence. Dans la feule circonftance de la
guerre , les Hilotes pouvoient , ou par
des actions de bravoure , ou par d'autres
fervices rendus à la République , efpérer
de recouvrer leur liberté. On couronnoit
de fleurs ceux qui avoient été affranchis ,
& on leur faifoit faire le tour desTemples.
Les affranchis portoient differens noms ,
qui tous avoient rapport au nouvel état
dans lequel ils avoient pallé. M. Capperonier
cire à la fin de fon Mémoire une
réflexion d'Ariftote , laquelle prouve l'embarras
où les Hilotes avoient jetté plus
d'une fois les Lacédémoniens , & qui montre
la difficulté qu'il y avoit à les contenir
dans le devoir.
D
LE PAPILLON.
FABLE.
Ans un jardin charmant , où la naiffante
Aurore
Recevoit chaque jour mille préfens de Flore ,
Un papillon , au printems des défirs ,
Badin , tendre , volage
Et folâtre en un mot , tel qu'on l'eft à cet âge ,
JUIN. 81
1749.
Laiffoit errer fon vol au gré des doux Zéphirs.
Les plus aimables fleurs avoient frappé fa vûë ;
Aucune de fon coeur
N'avoit fixé l'ardeur.
Paifible , il ignoroit qu'une flamme imprévûë
D'une agréable liberté
Lui raviroit le tréfor fi vanté ,
Mais tandis qu'il voltige , une nouvelle rofe
Naît devant lui : le vif éclat ,
i
Qu'en s'ouvrant elle expofe ,
Lui plaît & l'enchante , il s'abbat
Il contemple , il admire ;
Mille beautés charment fes yeux ;
Déja fon jeune coeur foupire ,
Et bientôt il eft amoureux.
Auffi -tôt devenu timide
Il s'agite , il approche , il fuit ,
Il voltige , & toujours il fuit
Le nouvel inftinet qui le guide.
Il youdroit fur la fleur cueillir un doux baifer ;
A fon projet Zéphir s'oppofe ;
A l'inftant qu'il veut fe pofer ,
Un fouffle vif & pur naît & défend la rofe.
Il rêve ;
Papillon enrage en fecret ;
Cependant fon amour s'accroft,
Dans cet état que faire ?
des amans c'eft affez l'ordinaire ;
Puis franchiffons le "
pas ,
DY
82 MERCURE DE FRANCE.
Dit-il , l'amour eft-il une merveille
Et pour chofe pareille
» Faut- il tant d'embarras ?
Quand il s'agit d'aimer , mille de mes confreres
»Le font , & de la fuite ils ne s'intriguent guéres
00 Quoi qu'il en coute enfin , je ferai fatisfait .
» Auffi-bien une fleur fi belle
A fes amans ne peut être cruelle. «e
Auffi - tôt dit , auffi tôt fait :
Le coeur plein d'un nouveau courage
Il prend l'effor , vole , & fur le feuillage
Qui fert de trône à fes appas ,
Le Papillon fixe fes pas ,
Et fe croit plus heureux que maître d'un empire ;
Dans les feuilles cachée , hélas !
Une épine le bleffe , il chanchelle , il expire.
Reconnois à ces traits l'amour qui te féduit ; .
Sous un voile trompeur , il t'offre mille charmes ;
Aveuglé , tu te rends , & le moment qui ſuit ,
A ton coeur confondu n'enfante que des larmes.
Annette de Lorme.
A Befançon , le 18 Avril 1749 .
JUIN. 1749. 83
CaravacacacacaciaCICAKA
A Mademoifelle de V **** .
MADRIGAL,
D'une froideur extrême ,
Difoit Mirthil , vous recevez mes voeux ;
A l'amour même
Vous ordonnez d'éteindre fes beaux feux ;
A cet ordre fuprême
Il obéit ; je ne fuis plus heureux ,
Et cependant , Iris , mon coeur vous aime,
Par la même.
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:選澹
THESE GALANTE
Qui fera foutenue dans le Temple de Paphos
, par Truphero Procris , du Pays
d'Amathonte , pour la Couronne Cytheréenne.
A Aglé , la plus belle des Graces.
I Ecoles ou l'on enfeigne la
Philofophie L n'eft point extraordinaire
, dans les
& le Droit , de voir dédier des Théfes à
quelque perfonne recommandable ; paur-
}
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
quoi ne pourrois- je pas vous dédier celle
que je vais foûtenir dans peu , & qui doit
décider de mon entrée à Cythere ? Je me
fouviens , que lorfque je vis pour la premiere
fois le Pays des Amours , je vous
pris pour la Déeffe du lieu. Quel mortel ,
en vous voyant , ne s'y feroit pas trompé
comme moi ? Auffi la mere des Graces ne
m'en fçut point mauvais gré , à moins que
les cruelles épreuves par lefquelles j'ai
paffé il y a quelque tems , & dans lefquelles
vous entriez pour quelque chofe , ne
foient une vengeance de fa part : au refte
cela eft paffé, n'en parlons plus . Permettezmai
, charmante Eglé , de vous dédier
la Théfe qui doit me donner la Couronne
de roſes ; votre nom qu'on verra à la tête,
rendra encore plus intéreffant un problême
qui eft fingulier par lui - même ; il
conviendroit parfaitement à quelque galant
inquiet ; je ne fçaurois trop vous dire
par qui il m'a été propofé.
Procris.
En matiere de galanterie , toute queftion
eſt embarraffante ; je ne crois cependant
point que la difficulté vienne de l'obfcurité
des chofes en elles- mêmes . Qu'on
écoute un moment le bon fens & la raifon
, qu'on s'abandonne entierement à ces
JUIN. 1749 85
guides , & l'on verra porter au tribunal de
Cythére des décifions fages & prudentes
; on n'aura pas befoin de moyens plus
recherchés pour réfoudre le problême propofé
, le voici :
Thémire a fait un fonge en faveur de
Tircis qu'il foit vrai ou fuppofé , on
demande lequel eft le plus flatteur pour
Tircis.
Il femble qu'il n'y ait point à balancer
fur cette queftion ; on ne peut regarder
comme plus flatteur le fonge vrai , qu'en
admettant le préjugé vulgaire , qui eft que
l'on ne rêve qu'à ce l'on penfe dans la
journée , & que de rêver à quelque chofe,
marque qu'on en eft occupé ; mais c'eft
ce qui n'eft point du tout certain . Au
contraire l'expérience démontre tous les
jours la fauſſeté de ce préjugé. Combien
de gens amoureux rêvent à des perfonnes
qui ne font rien moins que l'objet de leurs
penfées , encore moins de leurs voeux ! En
un mot , il arrive tous les jours de rêver à
des chofes aufquelles on n'a jamais penfé ;
& l'on fe demande à foi -même le matin ,
où l'on a été chercher les idées qu'on a euës
pendant la nuit ; au refte quand il ne feroit
point démontré , que ce n'eft pas
toujours à ce qui fait plaifir qu'on rêve ,
Thémire ne peut- elle pas avoir fait récl
"
86 MERCURE DE FRANCE.
lement un fonge en faveur de Tircis , &
n'en être pas plus portée pour cela pour
ce berger ? Peut-il tirer quelque gloire ou
quelqu'avantage d'un fonge dont il n'eft
redevable qu'à quelques efprits animaux
qui feront venus par hazard faire dans le
cerveau de Thémire une impreffion qu'ils
pouvoient ne pas faire ? N'auroit-il pas lieu
de s'eftimer plus heureux , s'il pouvoit
l'attribuer à une douce fympathie , qui
tient toutes les idées de Thémire occupées
de lui ?
Le fecond cas eft bien different. Que
vous êtes heureux , Tircis , fi vous pou
vez être affûré que Thémire a forgé fon
fonge à tête repofée , les yeux bien ouverts
! C'eft de deffein prémedité qu'elle
vous favorife dans fon fonge , & elle fe
fert d'un moyen adroit pour vous déclarer
que vous avez fçu gagner fon coeur : en un
mot, vous pouvez vous applaudir d'avance
de votre victoire ; vous êtes près de votre
triomphe ; hâtez-le, fi vous pouvez ; le moment
perdu ne revient plus.
Je vous en appelle à témoins , galans Sénateurs
de Cythére ; n'eft-il pas bien plus
naturel d'embraffer le parti le plus fûr ? Ou
'fi ce fentiment n'eft pas le plus vraifemblable
, il eſt du moins plus agréable pour
l'amour propre : ainfije conclus hardinient,
JUIN. 7749 87
donc le fonge fuppofé eft plus flatteur
pour Tircis.
XXXXXXXXXXX+ 3X+ 3X
ACTE ON ,
CANTATE
Mife en Mufique par M. ****.
COntre les feux ardens , que d'un oeil redoutable
Lance fur nous l'aftre du jour ,
Thétis offroit un fecours favorable
A la chafte Diane & la brillante Cour ,
Quand Acteon , qu'agite un violent amour
Las d'étouffer fes tranfports de tendreffe ,
Abandonne auffi- tôt les hôtes des forêts
Qu'ilpourfuivoit avec vîteffe ,
Et fans prévoir, hélas ! de funeftes regrets ,
De ces tranquilles bords vient enlever la paix,
Arrête d'un regard profane :
Garde-toi de fouiller ces lieux.
Tremble , amant trop audacieux ,
Et crains le courroux de Diane .
Tu vas allarmer la pudeur
De ces innocentes Déeffes.
88 MERCURE DE FRANCE .
Ah ! de ces eaux enchantereſſes
Laiffe-leur goûter la fraîcheur.
Arrête , &c.
Ce chaffeur, aveuglé par l'amour & les feux,
Refufe d'écouter la raifon qui l'éclaire ;
Vers ces beautés porte un pas témeraire.
Il fuit les mouvemens d'un defit curieux.
Mais Ciel ! tandis qu'il confidére
De leurs fecrets appas les tréfors précieux ,
Et que rien n'échappe à fa vûë ,
Tous les fens font glacés d'une crainte imprévûë ,
Qui vient dans fon deffein tout à coup le troubler,
D'invifibles refforts l'empêchent de parler :
Cependant il approche , il fe flatte , il admire .
Et fon coeur en fecret ſoupire .
Seroit-il poffible , grands Dieux
Que l'amour n'embrasât nos ames
De fes pures & vives flammes ,
Que pour nous rendre malheureux ?
Serai-je toujours dans la crainte !
Amour , accomplis mes défirs ,
Et vous ,
& vous , tendres foupirs ,
Sortez , éclattez fans contrainte.
Sergit-il , & c .
JUIN. 89 1749.
C'est ainsi qu'Actéon & fe plaint & murmure ;
Son zéle le trahit ; lui- même il fe fait voir :
Alors pleines de déſeſpoir ,
Ces Nymphes à l'envi , pour venger cette injure ,
Ont recours à Diane , implorent fon pouvoir.
Elle parle. Actéon prend d'un cerfla figure
Déplorable & trop juſte fort !
De fes chiens à l'inftant fon corps devient la proye;
Il gémit , & tandis qu'ils lui donnent la mort ,
Toute la troupe rit , & ſe livre à la joye.
Si jamais quelque jeune objet
Triomphe de nous par ſes charmes ,
Et nous force à rendre les armes ,
A l'amour joignons le refpect .
Quand on ne fuit que fon penchant,
On fuit ſouvent un mauvais guide.
Qu'on ne foit pourtant pas timide ;
C'eſt un défaut dans un amant.
Si jamais quelque jeune objet
Triomphe de nous par fes charmes ,
Et nous force à rendre les armes ,
A l'amour joignons le reſpect.
J. F. Guichard.
Pictoribus atque Poëtis
Quid libet audendi femper fuit aqua poteftas. Hor.
art. Poët.
90 MERCURE DE FRANCE.
OBSERVATIONS Hiftoire naturelle
, faites aux environs de Beauvais , par
M. Defmars , Docteur en Médecine.
M
Onfieur de Tournefort , dans fon
Hiftoire des Plantes des environs
de Paris , & M. Bernard de Juffieu , dans
la feconde édition qu'il a donnée de cet ouvrage
avec des augmentations , font mention
de quelques plantes , qui croiffent à
des diftances affez confidérables de Paris ,
& que le hazard a fait appercevoir à des
Botaniſtes dans des voyages. Telle est une
efpéce de Gentiane , obfervée par M. Danty
d'Ifnard , proche une Chapelle , à deux
lieues & demie de Clermont en Beauvoifis.
Telle une autre plante que M. de
Juffieu indique auprès de Gifors , & qu'il
appelle , Millefolium aquaticum umbellatum
coriandri folio. Il n'eft donc pas
douteux
que ces illuftres Botaniftes n'euffent
inferé dans leur Hiftoire les autres plantes
qui fe trouvent à pareille ou à moindre
diftance , s'ils avoient eu occafion de
les voir , & c'eft entrer dans leurs vûes
que d'en faire la recherche. J'ai déja indiqué
, dans un des Mercures de l'année
précédente , une plante qui croît aux en-
1
JUI N. 1749.
91
virons de Beauvais , & que M. de Tourne-
-fort nomme dans fes inftitutes : Caryophyl
lata aquatica mutante flore.
J'ai trouvé depuis le Chryfofplenium foliis
amplioribus auriculatis , T. inft . 146 , que
C. Bauhin appelle , Saxifraga aurea. II
vient abondamment le long du ruiſſeau ,
dans lequel fe déchargent les fources
minérales d'un marais , qui eft derriere le
parc de l'Abbaye de Saint Paul . Il étoit
en fleur dès les premiers jours d'Avril.
On l'appelle en François Herbe de faint
Chryftophe. Il eft cité dans les Catalogues
feptentrionaux . Au même lieu fe trouve
quantité de l'efpéce de Mercuriale , que
C. Bauhin n'a diftingué de celle des jardins
, qu'en l'appellant Mercuriale de
montagne. On y trouve auffi l'Oxys flore
albo. T. inft. qui n'eft pas commun dans
nos environs .
Ce marais eft remarquable par quantité
de fources minérales fort abondantes , qui
fe fuivent de près. Au mois de Février
dernier , ces fources faifoient monter le
-thermométre , conftruit fuivant les prin-
-cipes de M. de Reaumur , du n° . I. audeffous
de o , terme de la congélation , où
il étoit à l'air libre au degré 13 , & partant
de deux degrés trois quarts au- deffus de la
temperature des caves de l'Obfervatoire ,
92 MERCURE DE FRANCE.
tandis que d'autres fources pareillement
minérales , fituées de l'autre côté de la montagne
, tenoient en même tems le thermométre
au degré 10 un quart , qui eft celui
de la température des caves de l'Obfervatoire.
Ces fecondes fources font celles qu'on
appellaici Eaux minérales de Goüincourt ;
qu'il me foit permis d'appeller les premieres
, Eaux de faint Paul. Parmi celles de
Goüincourt, il y a une fource qui ne prend
aucune couleur par le mêlange de l'infufion
de noix de Galle , & qui tenoit au
même tems le thermométre au degré 9` ;
c'eft la derniere en montant vers le bois.
Les Eaux de Goüincourt ont leur réfervoir
moins profond que celles de faint
Paul , & tel , qu'il eft difficile d'y enfoncer
une bouteille fans troubler l'eau. Les teintes
qu'elles prennent par l'infufion de
noix de Galles , font à peu près les mêmes
que celles que prennent les Eaux de Saint
Paul. Le côté le plus efcarpé de la montagne
eft justement celui au pied duquel
font les fources de faint Paul , & il femble
que le terrein foit affaiflé dans cet endroit
.
J'ai obfervé vers le commencement du
Printems , que l'air de ce marais avoit une
odeur affez femblable à celle qu'ont au
1
JUIN. 1749. 93
bout de plufieurs jours des bouteilles
d'eaux minérales débouchées , fur tout le
matin , avant que la chaleur du Soleil éleve
les exhalaifons , ou quelque tems avant la
pluie. Le nom de Camp pourri , en Langue
Picarde , qu'on a donné à une por
tion de ce marais féparé par le chemin ,
tire peut-être de là fon origine ; à moins
qu'on ne veuille que la couleur de rouille,
dont le teignent par leur partie baignée
tous les végétaux qui y croiffent , ne lui
ait fait donner ce nom,
Cette montagne , quoique d'une trèspetite
étendue , fait appercevoir fur fa furface
bien des corps differens , dont le détail
peut êrre de quelque utilité pour connoître
quels font les ingrédiens qui peu
yent entrer dans la compofition de ces
Eaux minérales ,
On y voit des glaifes de plufieurs fortes,
& de differentes couleurs. Le bol rouge
des boutiques s'y trouve auffi . C'eft de ce
bol , dont parle M. Louvet au fecond chapitre
de fon Hiftoire de la Ville de Beauvais.
J'y ai trouvé un autre bol noir , rempli
de coquillages fort petits , & une terre
marneufe , qui contient des grains noirs
d'une nature indéterminée. Il eft aifé de
féparer ces grains noirs de la marne , en
mettant diffoudre cette terre dans l'eau ,
94 MERCURE DE FRANCE.
Alors ces grains noirs , écrasés fur le papier
, le teignent en verd. La même terre,
tenue dans l'eau en diſſolution , donne au
bout de vingt-quatre heures , fur la furface
de l'eau , des couleurs de gorge de pigeon ,
comme on en voit fur les eaux minérales.
Outre ces terres , la mine de fer y eſt
fort abondante. On en tiroit apparemment
dans ce Canton , lorſqu'il y avoit des forges
dans le voisinage . Les laitiers qui fo
trouvent à quelque diftance delà , ne per
mettent pas d'en douter . Quantité de pyrytes
martiales couvrent cette montagne ;
& prefque toutes les pierres, qui s'y voyent,
font ferrugineufes. Prefque tous ces differens
foffiles font voir à leur ſurface des
paillettes talqueules.
Les Eaux minérales du Becquay ne font
pas fort éloignées de celles- ci ; elles vont
fe rendre dans la même riviere. Elles m'ont
paru d'une qualité fort inférieure à celles
de faint Paul.
Il eft remarquable que depuis les fources
du Becquay , jufqu'au milieu de la
Ville , le marais donne prefque par tout
des indices de minéraux . J'ai éprouvé dans
quantité d'endroits avec l'infufion de noix.
de Galles les Eaux qui fe trouvent dans
les tranchées qu'on creufe pour dégorger
les terres , & je les ai trouvées prefque toujours
plus ou moins minérales.
JUIN. 1749.
95
M. Arbuthnot , dans fon Effai des effets
de l'air fur le corps humain , attribue cer
taines maladies endemiques , telles que les
maladies fcrophuleufes , aux impreffions
que l'air reçoit des vapeurs minérales. Il
conjecture que l'air , chargé des exhalaifons
de la grande quantité de fources minérales
qui font en Angleterre , caufe ces
maladies. On peut faire dans ce pays- ci les
Emêmes obfervations.
1 QUANAUDUQUAUĻAUDUAVAUSIDY DURU
VERS
A M.... la veille de mon départ
du Château de....
JEE croyois mon malheur extrême ,
Il est prêt cependant d'augmenter en ce jour :
Je vais quitter l'objet que j'aime.
Sa vûe adouciffoit ma peine en ce féjour ;
Bientôt j'en fentirai toute la violence.
Envain de le revoir je conçois l'efpérance .
Mon trépas préviendra l'inftant de mon retour,
Pour m'aider à porter le poids de votre abſence ,
Iris , faites-moi part de votre indifference ,
Ou plutôt , recevez un peu de mon amour.
Le Chevalier D. R.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
EPITRE
A Mad......
AH ! que vous me traitez avec indifference !
Trop cher & trop charmant vainqueur ,
Que vous poflédez bien la fatale ſcience ,
De tourmenter un tendre coeur !
Sçavez-vous raffiner ainfi fur fon bonheur ?
Le mien n'en fera- t'il jamais l'expérience ?
Il ne peut plus tenir contre tant de froideur.
C'est donc trop peu pour lui des peines de l'abfence ?
Le vôtre prend plaifir à doubler leur rigueur
Par celle de votre filence,
N'eft- ce pas me ravir deux fois votre préfence ?
Oui , c'eft me la ravir deux fois ,
Avec la feule difference
Que d'un triſte devoir les trop févéres loix
Me font fupporter l'une avec impatience ,
Et que l'autre eft l'effet de votre propre choix ;
Pour m'en dédommager ,fans ceffe à vous je penſe ;
C'est vous rendre préfente autant que je le peux.
Puiffe ainfi , belle Iris , un fouvenir heureux
Vous faire quelquefois oublier la diftance
*
Que le fort met entre nous deux !
Hélas ! quoiqu'enchaîné loin des aimables lieux ,
ой
JUIN.
97 1749:
Où l'amour fur vos pas fixe fa réſidence ,
Je fuis , felon toute apparence ,
Plus loin de votre coeur encor que de vos yeux.
Par le même.
SUR le Problême d'Arithmétique , inferé
dans le Mercure defanvier dernier , de la
part de M. Faiguet.
N'Ignorant pas que M. Faiguet ne s'eft
adreffé qu'aux Sçavans , je commence
par déclarer que je n'entends , ni m'arroger
un titre honorable , ni travailler à me
le procurer par ce qui fuit ; la forte perfuafion
dans laquelle je fuis , que le Propofant
fouhaite fincérement une réponſe conforme
à la vérité , & que je peux le fatisfaire ,
m'engage à lui confacrer quelques -uns de
mes momens ; mais pour ne point perdre
de tems à un long préambule , j'entre en
matiere,& je vais tâcher de ne point abuſer
de la patience de ceux qui n'ont aucun befoin
d'inftruction en ce genre. Voyez le
Mercure de Janvier 1749 .
·
Sans faire injure à Barême , je dis qu'il
a employé une prétendue régle dont on
* Ce Mémoire nous a été envoyé dès le mois
de Mars.
1. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
trouve le modéle au chapitre 3 du douziéme
livre de l'Arithmétique de Nicolao
Tartaglia , qu'on a francifé Tartaléa , écrite
durant le feiziéme fiécle ; & quant à M.
Faiguet , auquel je ne nie point qu'il foit
Auteur de celle qu'il croit à propos de lui
fubftituer , s'il veut bien prendre la peine
de chercher & de confulter le tréfor d'Arithmétique
de le Roux , il y verra qu'il
n'eft point le premier qui ait operé comme
il défire qu'on opére en pareille conjoncture
; les deux Arithméticiens que je viens
de citer ( les plus anciens que je connoiffe
dans ce cas ) Tartaléa & le Roux , ſe taxant
mutuellement d'erreur , demandent qu'on
prononce qui d'eux a rencontré le plus
jufte , & je ne crains point d'ouvrir mon
avis fur leur conteftation.
Par l'expreffion de prétendue régle , j'ai
déja fuffifamment articulé que le Roux a
eu raifon de blâmer Tartaléa , mais ce
triomphe apparent fera de courte durée ,
& le Roux doit ceffer de fe flatter de rem .
porter la palme , puifqu'il n'a pas lui-même
rencontré jufte , quoiqu'il femble s'être
moins écarté de l'équité. Le Teſtament
énoncé dans le Mercure marque affez
clairement que l'intention du Teftateur ,
qui ne comptoit que fur un fils ou que fur
une fille , a été qu'une fille feule eût trois
JUIN. 1749. 99
- feptiémes ou de fes biens , & qu'un fils
feul en eût trois cinquiémes ou ce qui
établit la propofition de 5 à 7 entre le fort
d'une fille & celui d'un fils , & de frere à
foeur. Tartaléa léfe les intérêts de la fille
Een ne lui donnant que 15 , pendant que le
fils a 30 ; le Roux ( après avoir fenti que
le degré de probabilité que la mere n'accouchât
que d'une fille , étoit égal au degré
de probabilité qu'elle n'enfantât qu'un
fils ) a pris un moyen proportionnel arith-
Emétique entre les deux forts de la mere ,
& cela avec une légere vraisemblance .
Si ces deux Auteurs font mécontens de
ma maniere de penfer à leur égard , j'entreprends
de leur démontrer qu'ils ne rempliffent
point toutes les intentions du Teftateur.
Tartaléa tient ferme fur les forts
de fils à mere & de mere à fille , mais il lâche
pied fur les forts de frere à foeur ; au
= contraire , le Roux ne touche point aux
forts de four à frere , mais il altére les
forts de fille à mere & de mere à fils , &
cependant cette double altération paroît
l'éloigner moins de la juftice , pour ne pas
dire de la juftoffe qui eft impoffible , du
moins en s'obftinant à faire le fils plus riche
que la mere.
Je veux , fans ufer de violence , tirer de
la propre bouche de Tartaléa l'arrêt de ſa
E ij
FOO MERCURE DEFRANCE.
condamnation en cette forte. J'admets
le difpofitif du Teftament propofé aux Sçavans
, & fuppofant que la mere foit morre
à la fin de fon enfantement , & une minute
avant fon mari, je demande quel eft le
rapport des forts de frere à four ; Tartaléa
me répond que le rapport eft tout reglé
par le Teftament , de 5 pour la foeur , à 7
pour le frere , & dans l'inſtant je le fomme
de me dire s'il a découvert quelque principe
, en vertu duquel la vie de la mere
doive changer ce rapport ; il avoue qu'un
tel principe lui eft inconnu , & qu'il n'apperçoit
point de route capable de conduire
à exécuter conjointement des volontés
qui ne font fufceptibles d'aucune liaiſon.
J'ai accordé tacitement à Tartaléa , &
j'accorde à le Roux expreffément , qu'on a
tout fujet de penfer que l'intention du
Teftateur ait été que la mere eût plus que
fa fille & moins que fon fils , mais d'un au
tre côté il eft hors de doute que les vûes
de ce Teftateur n'ont point paffé au- delà
d'un feul enfant , puifqu'il n'a rien ordonné
pour deux : j'accorde encore à le Roux
que les forts de frere à four tenant état ,
le fils ne peut avoir plus que la mére , &
celle-ci plus que la fille , fans que les forts
de fille à mere & ceux de mere à fils foient
dérangés , & je fuis prêt à recevoir fon
JUIN. 1749. 101
I
opération comme parfaitement bonne, s'il
réuffit à me prouver qu'elle foit du goût
dudit Teftateur , & que l'évenement de la
naiffance d'un fils & d'une fille foit moyen
arithmétique entre l'évenement de la naiffance
d'un fils & l'évenement de la naiſſance
d'une fille ; cette condition en deux parties,
qui bien entendues n'en font qu'une , eft
très onéreufe;je le crois cependant affez raifonnable
pour l'accepter & pour convenirque
le nouveau fort de la mere doir dépendre
de la nature de l'événement non
attendu , & qu'une chofe égale à deux autres
enſemble n'eft pas moyenne Arithmétique
entre ces deux . Il ne fe trompera
$ point en défefpérant de me perfuader fur
cet article , plus aifément qu'il ne perfuaderoit
la mere , qui fçait ce qu'il lui en a
coûté.
En un mot , s'il paroît que le Teftateur
ait voulu féparément que les forts de fille
à mere fuffent 3 & 4 , & de mere à fils 4
& 6 , il ne paroît pas moins qu'il ait voulu
féparément que les forts de fille à fils
fuffent 5 & 7 ; or fi on laifle les forts de
fille à mere & de mere à fils en leur entier,
on doit y laiffer auffi les forts de fille à
fils , de-même qu'en retenant ceux - ci , on
doit retenir auffi ceux-là, vû qu'il n'y a point
de raifon pour l'un plus que pour l'autre
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
des deux partis , qui détruiſent inévitablement
les proportions de quelques- uns de
ces forts ; mais on ne fatisferoit conjointement
à toutes les intentions du Teftateur
, qu'en gardant exactement les proportions
de tous ces forts , & c'eft ce que
nos champions n'ont ni fait ni pû faire
par ce qu'on lit dans leurs ouvrages . Donc
ils n'ont point rempli conjointement toutes
les intentions ftipulées par le Teſtament.
Il y a des Problêmes qu'on ne réfoud
que
proportionnellement , & qui font bien
réfolus , parce qu'on ne peut les réfoudre
au pied de la lettre. En voici un exemple.
Pierre donne 130000 liv . à partager entre
Paul , Jean & Simon , de maniere de maniere que Pauk
en ait la moitié , Jean un tiers, & Simon un
quart ; ces trois fractions valent enſemble
, qui font plus que 1 entier , & pour faipartage
, on dit fi on dit fi 13 viennent à 12 ,
à combien 130000 ? On trouve 120000
livres , dont moitié ou 60000 liv . eft la
part de Paul , un tiers ou 40000 liv. la
re le
part de Jean , & un quart ou 30000 liv.
la part de Simon , & le Problême eft bien
réfolu , en ce que les rapports de ces trois
parts , combinées 2 à 2 , font toujours précifément
égaux aux rapports que le Problême
établit entre elles. Tartaléa & le
JUIN. 1749. 103
Roux ne jouiffent pas d'un tel bonheur , &
j'ai déja dit qu'il n'étoit pas poffible qu'ils
en jouiffent ; il eft étonnant que Tartaléa
n'ait point tenté la folution en la maniere
fuivante , qui met le tort de le Roux
dans un grand jour ; ce n'eft pas que j'aye
deffein de la vanter , c'eft tout au plus par
l'envie de montrer un autre chemin qu'il
auroit pû fe frayer . Primò , on fuppofe la
mere morte, & le fils prend fept douzièmes
de la fucceffion , dont la fille faifit les cinq
douziémes reftans . 2 ° . la mere qu'une fuppofition
de mort n'a pas rayée du nombre
des vivans ( on fçait que la vie d'une femme
eft plus forte qu'une fuppofition ) la mere ,
dis -je , partage féparément avec fon fils &
avec fa fille , & au terme du Teſtament ( ce
n'eſt pas moi qui parle , c'eft Tartaléa réfuté)
elle reçoit du fils , & de la fille . 3 °. on
met enſemble ces deux fractions , & on trouve
que leur fomme eft . Quartò , on ôte
de , & de , & les deux reftes font L
21
კი 21
& Ainfi le fils a 2 de la fucceffion , la
· 20
mere , & la fille , ou le fils 4 , la mere
65
140 1,40
140
, & la fille 2 , ce qui réduit en fumée
le triomphe de le Roux, & démontre qu'il
eft dangereux de fe fier à des apparences
fpécieufes .
Si j'étois moins attentif que je le fuis ,
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Tartaléa qui l'eft devenu plus qu'il ne
l'étoit , feroit fondé à me foupçonner de
ménager le Roux , en taifant que ce dernier
a perdu à beaucoup plus beau jeu que
lui , & s'eft rendu plus défavorable à la
mere , en fe détournant du but , lorſqu'il
devoit croire l'avoir frappé très-jufte , par
un autre tour où il n'avoit qu'à s'abftenir de
réduire à 17 les 34 qu'il trouvoit pour
mere.
la
Ordinairement les hypothéfes ne font
pas cheres. Formons- en une qui n'intéreffe
point nos bourfes. Tartaléa prétend
avoir réfolu le problême , en donnant 49
au fils , 66 à la mere , & 25 à la fille . Le
Roux lui difpute cet honneur , en attribuant
42 au fils , 68 à la mere , & 30 à
la fille. Après quelques invectives réciproques
, ils s'en rapportent au jugement des
Sçavans.
J'ofe encore produire mon fentiment
fur ce nouveau débat , mais je ne m'expliquerai
ici qu'en partie. Je me borne
à remarquer, 1 °. Que Tartaléa y garde les
forts de fils à mere , & de mere à fille , &
qu'il néglige les forts de frere à four dans
les trois parts rapprochées. 2 °. Que le Roux
qui fait parade de l'obfervance de tous
ces forts , fe raccommode avec la mere
aux dépens des enfans , car vraiſemblaJUIN.
105 1749.
blement la part de ladite mere excede celle
du fils , plus que le Teftateur n'auroit voulu .
3° . Et enfin , que Tartaléa eft admiflible
à avancer & à foutenir qu'il eft tout naturel
de confidérer deux fucceffions en raifon
de 7 à 5 , l'une pour le fils & la
mere l'autre pour la mere & la fille
enfuite de quoi il n'y a plus d'embarras .
Certainement ce moyen de défenſe eft plaufible
, mais fi Tartaléa entend le François ,
il ne fe hâtera point de crier victoire .
>
>
•
Les quatre prétendues folutions font
élevées fur ces quatre bafes . Fils 30 , mere
20 , fille 15. Fils 49 , mere 66 , fille 25.
Fils 21 mere 17 , fille Fils 15. 42 , mere
68 fille 30. Les deux premieres font
fuppofées fournies par des Tartaléa , &
les deux dernieres par des le Roux . Toutes
ces bafes font portées , non par un
Teftament du mort ( qui a été muet fur
la naiffance poffible de deux enfans , qu'il
n'a point prévûe ) mais par des Teftamens
émanés de quatre Arithméticiens , un pour
chacune ; car Tartaléa & le Roux jouans
chacun deux perfonnages differens , il eſt
néceffaire de diftinguer l'un en vieux & en
jeune Tartaléa , & l'autre en vieux & en
jeune le Roux.
Dans le cas de fils & fille , les forts
de fils à mere & de mere à fille
•
font
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
•
déterminés par ordre , felon le vieux Tartaléa
3 à 2 ,
Tartaléa 49 à 66 , & 66 à 25. Selon le
vieux le Roux 21 à 17 , & 17 à 15. Et felon
le jeune leRoux 2 1 à 34 , & 34à 15. De
tels Teftamens n'offrent point de difficultés
, rien n'y manque , & les bafes de leurs
exécutions font des plus folides ; mais il
en est tout autrement , des que les Tartaléa
& les le Roux fe mêlent de tefter
pour
un étranger , en interprétant, chacun à fon
gré , un Teſtament qui n'a point de rapport
à ce cas , & qui n'exprime que féparément ,
des forts de 3 à 2 entre fils & mere , où
de 4 à 3 entre mere & fille. Je le répete :
fi les forts de fils à mere & de mere à
fille font indiqués pleinement de 3 à 2 ,
& de 4 à 3 , par le Teftament qui cauſe
tant d'altercations , ceux de frere à four
font fuffisamment indiqués de 7 à 5 , &
ces forts font tous également refpectables ;
or en retournant aux bafes ci- deffus ,
nous verrons une feconde fois que la pre-
&
4 à 3.
Selon
le
jeune
J
> miere viole les forts de frere à foeur &
la troifiéme ceux de fils à mere & de mere
à fille ; & que par conféquent , les vieux
Tartaléa & le Roux n'ont pas rencontré
jufte , d'où il fuit que l'un n'a point rencontré
mieux que l'autre. Je compre
fur la docilité de ces deux vieillards , &
JUIN 1749. 107
je n'en attends pas moins de leurs deux
Difciples , au fujet defquelles je dis fans
prédilection , que dans une occurrence où
il feroit ftatué que je fiffe ufage de la feconde
ou de la quatriéme baſe à mon choix,
pour la diftribution des biens du Teftateur
, dont le Mercure de Janvier parle , je
préférerois la feconde à la quatrième.
Mais que le jeune Tartaléa modere la
vivacité de fes tranfports. Mon fuffrage
ne réunit pas en foi tous les fuffrages
& on m'interpelle déja de motiver la préférence
que j'ai donnée à cet Arithméticien,
Qu'il fe réjouiffe même de ce
qu'on ne le laiffe point fe repaître d'une
vaine & fauffe gloire. Tout prêt que je
fuis à répondre à la prompte & légitime
interpellation , je ne renonce pas en fa
faveur , au plaifir de ne point augmenter
le nombre des tyrans de penfées. Le jeune
Le Roux trouvera peut - être plus de partifans
que fon adverfaire , parce que le premier
préfente une bafe dans laquelle il
maintient féparément les forts de fils à mere
& de mere à fille , & conjointement ceux
de frere à foeur , ce qui eft en quelque forte
plus qu'on n'exigeroit raifonnablement
& avec fon imperfection de favorifer
la mere , cette bafe m'a paru trop parfaite.
Celle qu'il a conftruite, m'a été moins
و د
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
car
fufpecte par fon moins de fafte , & à raifon
de ce que j'ai crû y entrevoir plus
de connexion avec les termes du Teftament
, & avec l'intention tacite du Teftateur
, de ne point mettre entre les parts
de fa veuve & de fon fils > autant de
difference que de 68 à 42 : mais dans tous
les cas , il n'y aura jamais beaucoup à
rabattre pour le jeune Tartaléa
outre que le dérangement final des
forts de frere à foeur , choquera bon
nombre de gens , je n'ai ni dit `ni infinué
qu'il ait bien réfolu le problême , &
lorfque je l'aurois dit , je ne me formaliferois
point qu'on en appellât. De plus
on ne peut honnêtement refufer d'écouter
le jeune le Roux qui me réclame contre
moi -même , & qui me reproche doucement
d'avoir précipité un choix , auquel
j'aurois dû regarder de plus près. Rien ,
dit- il , n'eft plus fimple que l'exécution
du Teftament ; il ne faut que fuppofer
deux hommes également riches , qui ayent
tefté de la même maniere , & que la veuve
de l'un n'ayant enfanté qu'un fils , la veuve
de l'autre n'ait enfanté qu'une fille ; n'eft- il
pas évident que de fils à mere , les parts
feront 42 & 28 , & de mere à fille 40
& 30 Et les deux meres n'en faifant
qu'une , les parts de mere & d'enfans ne
JUIN. 1749. 100
font- elles pas 42 , 68 & 30 Comment
donc vous êtes - vous fié à des apparences
peu fpécieufes ( c'eft à moi qu'il fait
apostrophe ) & quel bandeau vous a empêché
de voir au milieu de l'éclat des rayons
de la vérité ?
Que le jeune Tartaléa murmure tant
qu'il voudra contre l'inſtabilité des joyes
de ce monde; il me voit obligé de confeffer
ma méprife . Qu'il ne devienne pourtant
point la proye d'une douleur exceffive ; il
n'y a peut-être encore que des apparences
trompeufes , & pour le confoler autant
qu'il eft en mon pouvoir , je l'affûre que
dans la réalité d'une conjoncture de l'efpece
de celle qui n'eft que fuppofée par
M. Faiguet , fi on déféroit à mon avis , fon
Compétiteur ne feroit pas moins mécor
tent que lui : le Teftateur n'y étant pluspour
ordonner la diftribution de fes biens ,
fuivant les proportions que le cas imprévâ
fui dicteroit , & le jeune le Roux n'étant
porteur d'aucune piece authentique, par lequel
il puiffe prouver que le décedé l'aït
prié ou chargé de tefter pour lui , ou feulement
qu'il l'y ait autorifé , je confeillerois
de recourir à l'ufage obfervé pour
partage des fucceffions des morts ab inteftat.
le
Je ne m'étendrai pas davantage préfen
110 MERCURE DE FRANCE.
tement , efpérant que quand l'Académie
de Rouen fe livrera en corps à l'impreffion ,
elle communiquera un Mémoire que j'ai
eû l'honneur de lui préfenter , auquel ce
que je viens d'écrire auroit pû fervir de
fupplément , & dont la lecture fera connoître
aux Tartaléa & aux le Roux , qu'il n'eft`
pas féant ( la modeftie de M. Faiguet le
fauve de ce blâme ) de donner fes propres
idées pour regles abfolues des idées d'autrui
, lorfqu'on n'a que des conjectures
mal fondées , comme les vieux Tartaléa
& le Roux ont fait dans leurs Arithmétiques
, & que jamais un Juge fenfé n'ordonnera
que les biens de Pierre , qui n'aura
point tefté , foient partagés conformément
aux claufes & ftipulations du Teftament de
Paul.
Si les Sçavans ne vouloient pas convenir
que j'ai raifon , je pafferois malgré
moi pour avoir réfolu un problême qui
a fait prendre le change aux plus habiles
Arithméticiens , & la regle générale feroit
de divifer la fucceffion par le nombre
des enfans nés de la mere , & de
partager le quotient entre ladite mere , &
chacun de fes enfans disjonctivement
felon le Teftament. Que dis- je ? Les Sçavans
ne rompront point avec le bon fens ,
pour m'affliger de cet honneur que je re-
,
JUIN. 1749 III
jetterois conftamment comme inalliable à
mes fentimens. Au refte , fi quelqu'un fe
prépare à m'oppofer quelque chofe , je
le prie de fe fervir de la voye du Mercure
; mais en attendant , je tiens. pour
maxime certaine , que l'Empereur même
de toutes les vaftes régions Arithmétiques
n'eft pas revêtu du droit de conjecturer
des intentions , & de juger irréfragablement
& irrévocablement fur fes
conjectures.
說說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選
LETT RE
De l'Auteur de la Differtation précédente ,
à M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur , la Differtation que j'ai eû
l'honneur de vous envoyer le dixiéme
jour du mois courant , eft restée un peu
plus courte que je n'aurois voulu , fans.
que cependant elle y ait perdu rien d'effentiel
; les étroites bornes du papier m'ont
fait en retrancher ce qui fuit , dont j'ai
d'autant moins regretté la fuppreffion , que
j'ai crû moins néceffaire de le mettre au
jour , & que j'ai plus compté fur l'intelligence
des Lecteurs & fur leur équité ::
mais ( en ne rabattant point à l'égard de
112 MERCURE DE FRANCE.
l'équité , & feulement parce qu'il eft préfumable
que dans le grand nombre il y
en aura qui ne comprendroient pas aifément
toute l'étendue de la regle générale
que j'ai énoncée en deux mots ) pour
épargner la peine de me deviner , ou le
chagrin de n'être pas un Oedipe , je vous
prie , Monfieur , de m'aider par le Mercure
, à reftituer à ladite Differtation ce que
je lui ai ôté , & que voici.
>
> le
à
Le problême propofé va être le fujer
d'un premier exemple de la regle génétale.
Que la fucceffion foit 70 , en la divifant
par le nombre z des enfans
quotient eft 35 , & ce quotient partagé
féparément entre fils & mere , & entre
mere & fille , donne 21 au fils & 14
la mere puis 20 à la mere & 15 à la
fille ; ainfi les parts à toute la fucceffion
font 21 pour le fils , 34 pour la mere ,
& 15 pour la fille ; & la fomme 70 de
ces trois parts , ne prouve qu'à gens trop
crédules , que la regle foit valide : c'eſt par
les principes fur lefquels une regleeft fondée
, & non par les réfultats de la même
regle , qu'on s'affûre de fa bonté , & le
refte démontre tout au plus qu'on a opéré
felon la regle bonne ou mauvaiſe.
Pour le plus court , renfermons tous les
cas poffibles de cette efpece , en ce feul
JUI N. 1749. 113
exemple. La fucceffion efts dont le Tefta
teur a ordonné qu'un fils eût a s + b ;
& la mere cs + d , ou qu'une fille eût
n sp , & la mere qsr; la veuve
a mis au monde m enfans mâles , & fenfans
femelles comment partagera-t-on la fucceffion
?
Suivant la regle , on auroit
m + f
partager féparément entre un fils & la
mere , & entre la mere & une fille , ce
qui feroit fans difficulté fi as + b + cs
d étoits, & s'il en étoit autant de
n s + p + g s + r , car chaque fils pren
as + b
m +f
droit
& la mere-
& chaque fille
nst p
m + f
cms + m d fqs +f
+
m + f m + f
ams + bm + fns + fp; mais lorsque
mtf s
as+b +cstd ne feroit pass; il fau
droit faire cette analogie , fi as + b + cs
+ d , devients , que devient
as + b ?
m + f
as² + 65
Et on trouveroit
m c
(as+b+cs + d) x (m +f)
Ms d
pour chaq.fils, &.
(as + b + cs + d) x ( m +f)
114 MERCURE DE FRANCE.
ms ams² + bms
m +f ( as+b + cs + d ) x ( m +f)
pour la mere , & par une opération femblable
fins+p+qs+r n'étoit point=s ,
ns² + ps
(ns+ p+qs +r) x (m+f)
fqs²+frs
pour
il viendroit
chaque fille, &
(ns +p+qs +r) x ( m +f)
fns² + fps
m +f ( ns+p+qs +r) × ( m+f)
encore pour la mere qui auroit s➡
ams² + bm s
( as+ b + cs + d ) x ( m +f)
- fns² +fps.
( ns+p+qs + r ) × ( m +f) .
part
de la mere
Il eſt évident que la
ne feroit pas moindre avec m fils , qu'avec
un feul fils , ni fils , ni avec ƒfilles , qu'avec
une feule fille , ni avec m fils &ƒfilles ( en
fuppofant fm) qu'avec un feul fils &
une feule fille , & je crois qu'il n'eft be
foin de rien de plus pour faire voir bien
clairement l'abfurdité dé la prétendue regle
générale , dont la réprobation à pofte
riori doit avoir force de Loi en Arithmétique
, tant qu'on n'aura point démontré
à priori , qu'il foit raifonnable que les
JUIN. 1749. TIS
feals enfans perdent à être venus plufieurs
au lieu d'un .
Si vous jugez mon écrit trop long pour
être imprimé en une fois , il pourra paroître
en deux : fçavoir , premierement ,
jufqu'à l'article qui commence à la feconde
ligne de la troifiéme page , par le mot ,
ordinairement ; & fecondement , ledit article
& le refte , y compriſe la fuite cideffus
: je me flatte que vous aurez la bonté
de ne pas le mettre au rebut , & j'ai l'honneur
d'être , & c.
Le Monnier , Affocié à l'Académie des
Belles- Lettres , des Sciences & des Arts ,
établie à Rouen.
ن م
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Mai , font la lettre O,
le Soleil , circonftance , Misantrope. On
trouve dans le premier Logogryphe , oye ,
oeil , fel , loi , foye , os , fole , lis , Ifle , lie ,
le vafe quifert à expofer le Saint Sacrement.
On trouve dans le fecond , Antoine , Antonie
, Ofca , ira , Nora , Racine , pere &
fils , Ciceron , Antenor , Ino Jo , aftre
& or.
116 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Avec foin tout détour je fuis:
Pour tout peuple , pour tout pays,
• Je ſuis un objet de louanges.
Trop ftrictement , des railleurs cependant
Aprendre les propos étranges,
On va s'écrier à l'inſtant ,
Qu'en France même , il eft mainte Province
Où mon crédit eft affez mince.
Qui que tu fois , Lecteur , ou Gafcon ou Normand
,
Prends peu garde à des traits , où la noire im
poſture
Plus que toute autre chofe a part.
Chacun a ſes vertus , préfens de la nature ,
Et l'on n'en vaut pas moins pour n'être point Pi
card .
Neuf pieds compofent ma ftructure ,
Dont le renverfement & la combinaiſon
Peuvent te procurer bien de la tablature ,
Et produire mots à foifon.
Pour commencer , je t'offre la maifon ,
Où certain grave perfonnage
Tranquillement vivoit en fon ménage ,
Et chaque jour diſoit fon oraiſon,
JUIN.
117
1749.
Tandis que fes pareils bûvoient hors de raiſon,
Titre dont fait peu cas le véritable ſage.
Ce tranfport fi délicieux ,
Dont la mauvaiſe humeur méconnoît l'avantage
L'animal qui chargé d'un harnois précieux ,
Du peuple profterné , nous dit-on , prit l'hom
mage ,
Comme un honneur à lui- même rendu,
Un inftrument , qui fans être tendu ,
Ne te rendra jamais d'uſage.
Un fruit petit , mais excellent.
Le beau pays , dont nous arrive
De nos buffets le plus noble ornement :
Le témoin peu ſuſpect d'une douleur trop vive
D'un timide animal le plus timide enfant.
Ce qui dans une maladie
Annonce mort ou guériſon .
Terme connu dans le blazon. ·
fa
Ce qu'en commençant ſa partie ,
Chaque joueur á foin d'avoir.
Un fluide fort bon , mais quand il est bien noir.
Ville de Baffe Normandie.
')
Autre en Gaſcogne , ou bien en Picardie
L'ouvrage d'un infecte . Un des péchés mortels.
Ornement qu'aux grands jours on met fur les
Autels ,
Ou fi tu veux la tromperie
Qu'entr'eux fe font les jeunes gens
118 MERCURE DE FRANCE.
La glorieufe & brillante voiture ,
Dont fe fervoient jadis les Guerriers triomphans.
Ce que l'on garde bien fans porte ni ferrure.
Meuble utile , & fur tout fait pour ſe repofer.
Aux paffions ce qu'on doit oppoſer.
Ce qu'on met devant fa figure ,
Pour rendre vains les traits d'un feu trop violent.
De l'homme né fuperbe , orgueilleux , infolent ,
L'épithète aflez ordinaire .
Incommodité de cheval.
Funefte fentiment , qu'il convient toujours mal
Et d'avoir & de fatisfaire.
Ce qu'on aime à porter d'une aimable bergere.
Ce qui s'est écoulé pour ne revenir plus.
L'enveloppe de cette eflence ,
Dont le fot , l'étourdi , ne font guéres pourvûs.
Mets marqué quelquefois pour en faire abſtinence.
Le compofé de ces globes charmans ,
Dont la ferme circonference
-Excite , en qui les voit , des défirs très - ardens .
Signe Arabe ou Romain , d'une frequente ufance;
Un Royaume en Europe , & des plus floriflans .
Toiffon; mauvaiſe odeur ; arbre verd en tout tems,
Le coquillage ou prend naiffance
Un fort joli bijou ,
Que plus d'une beauté fait briller à ſon cou.
Mot de dégoût. Théatre où l'éloquence ;
Loin d'émouvoir les paffions ,
JUIN. 119. 1749.
Cherche au contraire à dompter leur puiflance.
Herbe que de nos jours on employe aux bouilions
,
Et qui fut autrefois un figne de victoire.
t
Ce qu'au Palais portent les Procureurs.
Ce qu'on propofe à réfoudre aux Docteurs."
Ciré dont un Concile a relevé la gloire.
Soutien des végé.aux , plus ou moins vigoureux,
Le peuple d'un pays affez vaſte en Afrique,
Dans un terrein vuide ou marécageux ,
Le marchepied qu'a la guerre on pratique,
Le modéle parfait de la fidélité.... `
Le tendre amant de Galathée.
Ce qu'on craint en hyver, & qu'on cherche en été,
Du genre humain nourriture ufitée •
Mais qui veut avec art pourtant être apprêtée.
Ce que nous ſommes tous à nos premiers parens ,
Et ce qu'à notre égard feront nos defcendans .
Comique amuſement que le bas peuple admire ,
Mais où l'homme ſenſe rarement daigne rire,
Aux héritages fcis aux champs
Ce qu'on fait fervir de limites.
Un métal moins que tous l'objet de nos défirs
Inftrument par lequel périrent maints Martyrs ,
Et qui dut leur caufer des peines non petites,
Element tantôt doux , & tantôt furieux.
Pour dévoiler enfin le prétendu mystére ,
Objet de tes foins curieux ,
120 MERCURE DE FRANCE.
D'un voyageur qu'on nous peint très-pieux ;
Cherche , Lecteur , le bon-homme de pere ;
Sitôt que tu le connoîtras ,
Je te fuis garant très-fincére
Qu'au deffus de tout embarras ,
Mon nom , à déviner , ne te coûtera guére
V.A. A.P. D. R...
AUTRE.
2
EN neuf lettres je donne une illuftre Princeffe,
Dont pour un époux mort on vante la tendreffe
On peut dans certains tems de deuil & de douleurs
,
De l'un & l'autre époux fe rappeller l'hiſtoire.
Quel mortel à la femme ofe ravir la gloire
D'avoir fçû la premiere éternifer fes pleurs ?
De tous les mots divers que fon corps peut prò
duire ,
Je ne prendrai que ceux qui ſemblent mieux inf
truire.
Monftre qui dans l'excèsde fa noire fureur ,
Nerougit pas d'offrir à fon malheureux frere
Un mets fi révoltant, que Phébus par horreur
'A cet affreux feftin refuſa ſa lumiere.
Dans les faſtes facrés je lis & j'apperçoi
Du peuple Moabite un infidéle Roi ,
Qui prêt de perdre enfemble & le trône & la vie
De
JUIN. 1749. 12
De les Dieux prétendus pour contenter l'envie ,
Ofa fur les remparts , aux yeux des ennemis ,
Enfoncer le couteau dans le coeur de fon fils.
Cet effroyable trait de fon aveugle rage
Fit plus pour fon falut, que n'eût fait fon couraget
Du Docteur des Gentils le glorieux berceau.
Genre de Poëfie où triompha Boileau.
Un Juifféditieux , qui dans fon voiſinage
Fit au Prophéte Roi le plus cruel outrage ,
Quand ce Prince trop bon , chaffé de fes Etats ,
D'un fils dénaturé fuyoit les attentats.
Le nom du Dieu fanglant qui préſidoit aux guer
res :
D'un autre qui fervoit à féparer les terres.
Oublirai -je , en paffant ,un Roi des dix Tribus ,
Méchant , mais dont le fils le fut encore plus ?
Dans la Ville de Tyr ce fils prit une femme
Propre à le feconder dans fa conduite infâme.
Les farnoms de Cibéle & de fon vieil époux :
Celui d'un autre Dieu , le Héros des filoux.
Deux foeurs , dont par fa foi l'une obtint un mi
racle ;
Et l'autre , de l'aveu du véritable oracle ,
Fir le choix très- ſenſé du parti le meilleur.
Tu peux en faire autant : penſes-y bien , Lecteur:
7. Vol F
122
MERCURE
DE FRANCE.
Ν
AUTRE
N'E te fatigue pas , Lecteur , à me chercher,
Dans le coeur où je fuis ,je ne puis me cacher,,
J'éclate ouvertement , & j'aime à me répandre : [
Je m'éleve en effet , quand je parois defcendre .
Des fiens , des étrangers un Roi qui fait l'amour ,
Louis dernierement me mit dans tout mon jour.
Tour t'apprendre mon nom ; comme femelle af
fable ,
Je teveux bien ouvrir & l'Hiftoire & la Fable.
Lis . Un Roi , qui de taille égale à ſa vigueur ,
Avoit un lit de fer d'une énorme longueur :
Ce géant eut le fort du fier Amalécite ;
11 périt fous les coups du peuple Ifraëlite, a
L'esclave généreux qui par fon lang verfé ,
Signala fon amour pour ce Maître infenféle
Qu'Octave triomphant vit jadis en Epire ,
Perdre tout à la fois & l'honneur & PEmpire..
Un bâtard de Thiefte , éleve de Bergers ,
Après plus de dix ans de gloire & de dangers ;
Agamemnon trahi par fa perfide femme ,
Vint périr dans les bras de ce parent infâme.
Attends , barbare , & vois le chef de tes bourreaux....
Mais fe contiendra- t'il , ce vengeur d'un Héros ?
Pour avoir fans égards pris trop d'une victime ,
D'affreuses vifions lui reprochent fon crime.
JUIN. 1749.
123
Un voyage entrepris fur les feithiques bords
De fon coeur déchiré calmera les remords.
Roi , qui donna fon nom à la Ville de Troye .
De Jupin , qui l'aimoit , fon fils devint la proye
Prince du même fang , qu'un Poëte Latin ,
Se fervant à propos des Dieux & du Deſtin
Prétend avoit mené dans les champs d'Aufonie
De fa Patrie en feux une troupe bannie .
Un cruel Roi de Thrace , incefte fans pitié ,
Qui fous l'appas trompeur d'une fimple amitié ,
A la fage Procné devenant infidéle ,
>
Ofa forcer la four , la trifte Philoméle.
Autre Roi , que Minos obligea lâchement
De payer à la Créte un tribut infamant.
Une mer fous fon nom fameufe dans l'Hiftoire ,
De fa funefte mort conſerve la mémoire,
Déeffe avec laquelle un Roi , d'ailleurs difcret ,
Feignit d'entretenir un commerce fecret ,
Pour faire mieux goûter à fon peuple fauvage
D'un état policé le folide avantage.
Je t'accompagnerois , Lecteur , jufqu'à demain ,
( Qui marche fur dix pieds , fait beaucoup de chemin.
)
Mais on m'attend ailleurs : contente de ton zéle ,
Je retourne à la Cour , où ton Prince m'appelle.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE.
JE
AUTR E. *
E ſuis deux mots , & ne fuis qu'un ;
Sans le dernier le premier refte ,
Sans le premier le dernier , lefte ,
Va toujours d'un pas peu commun .
J'habite les vaftes campagnes ,
Je me déplais dans les bas lieux.
Si l'on me voit fur les montagnes ,
On peut dire que j'en vaux mieux,
Par l'Art de la méthamorphoſe ,
Si tu changes le vent en eau ,
Je ſuis toujours la même choſe ,
Mais je fuis au bas du côteau.
C'eft allez pour une famille
D'avoir ce qui fe trouve en moi ;
Je contiens un fleuve , une Ville ,
Je donne un Prophéte & la Loi.
Chez moi l'on peut trouver un âge ,
Comme un célébre Médecin ,
Un mulet avec de la manne ,
Et de quoi revêtir Colin.
L'eau , le vin , la laine & latoile ,
Sont en moi prêts à tout beſoin.
* On ne nous a point envoyé le mot de ce Logogryphe.
Nous avertiffens que nous neferons point imprimer
, ni les Logogryphes , ni les Enigmes que les Auteurs
nous laiferont ainfi deviner,
JUIN. 1749. 125
Amans vous y trouvez le voilé ,,
Mais il ne va pas fans témoin.
Pour abréger ce cocalâne ,
Si tu ne peux me deviner ,
Lecteur , entends- tu braire un âne ?
De ce côté vas me chercher.
Par **** de Falaife.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX- ARTS , &c.
ALTHE , ou l'ISLE- ADAM , dernier
Grand-Maître de Rhodes , & premier
Grand- Maître de Malthe. Poëme ,
dédié à M. le Duc de Valentinois. Par M.
Privat de Fontanilles, A Paris , rue Saint
Jacques , chez Huart & Moreau , fils
Libraires de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , à la Juftice & au grand Saint
Bafile , & chez Durand , an Griffon & à
Saint Landry , 1749 , in- 8 ° . 196 pages.
Avec Approbation & Privilége.
Le fujet de ce Poëme eft l'établiffement
des Chevaliers de l'Ordre de Saint Jean
de Jerufalem , dans l'Ifle de Malthe. Cet
ouvrage eft divifé en ' dix Chants . Ici ,
comme dans l'Eneïde , les deux Héros
F iij
126 MERCURE DEFRANCE.
ont à peu près la même deftinée & les
mêmes vûes ; mais le Poëte Latin , n'ayant
travaillé que fur un
fur un plan preſque entierement
fabuleux , ne l'a dû qu'au travail de
fon imagination , au lieu que M. Privas
de Fontanilles a trouvé le fien prefque tour
formé par la vérité de l'Hiftoire. Autant
que nous pouvons juger de ce Poëme , en
parcourant les fommaires des Chants , il
nous paroît que l'ordonnance en eft ingénieufe
& fage ; que les épifodes ont une
liaifon naturelle avec l'action principale ,
& qu'en général l'ouvrage doit recevoir
un favorable accueil , fi la majefté de la
verfification répond à celle des évene
mens.
TRAITE DES SYSTE'MES , où l'on en
démêle les inconvéniens & les avantages ,
par l'Auteur de l'Effui fur l'origine des
Connoiffances Humaines . Ala Haye , chez
Neauline , 1749 , 2 vol . in- 12 .
Une des parties qu'on lira avec le plus
de fatisfaction dans cet ouvrage eft l'expofition
& la réfutation du Systême des Monades.
L'Auteur détruit auffi le Systême de
Spinola . Ce n'étoit pas affez de nous montrer
, par l'exemple de plufieurs inventeurs
de fyftêmes, combien les principes abftraits
font inutiles & dangereux . M. l'Abbé de
Condillac effaye de découvrir ceux dont
JUIN. 127 1749 .
on peut faireufage, & il remarque judicieufement
, qu'on eft bien près de connoître la
méthode qui conduit à la vérité , quant on
connoit celle qui en éloigne. Après avoir établi
, que pour s'affûrer de la vérité d'une
fuppofition , il faut 1. pouvoir épuifer ,
par rapport à la queftion , toutes les hypothefes
poffibles ; 2. avoit un moyen qui
confirme notre choix , on qui nous faffe
reconnoître notre erreur , il convient que
lorfque ces deux conditions font réunies ,
Pulage des fuppofitions eft utile & même
néceffaire. L'Auteur examine enfuite les
cas , dans fefquels on peut faire des fyfte
mes fur des principes conftatés par l'expé-`
rience . It reconnoît la néceffité dont eft
Tufage des fyftemes en Politique , en Phyfique
& dans les Arts , mais en même tems
il indique les vues qu'on doit fe propofer ,
& les précautions qu'on doit prendre , en
employant cette maniere de procéder &
de philofopher.
RELATION des conquêtes faites dans les
Indes , par D. P. M. d'Almeida , Marquis
de Caftel - Nuovo , Comte d'Affumar , Viceroi
& Capitaine Général des Etabliffemens
Portugais , dans les Indes. Tradui
te du Portugais de Don Emanuel de Meirelles
, qui s'y eft trouvé préfent , & de
Italien d'un Auteur Anonyme , imprimé
Fj
128 MERCURE DE FRANCE.
à Rome l'année derniere. A Paris , chez
Bordelet , rue Saint Jacques vis - à- vis le
Collége des Jefuites , 1749 , in- 12 . Avec
Approbation & Privilége .
*
Cette Relation préfente le tableau des
deux dernieres Campagnes des Portugais
de Goa dans les Indes. On y voit briller,
d'un côté , tant de capacité & de prudence
de la part du Général , & de l'autre , tant
de bravoure & d'amour de la gloire de la
part des foldats , que de fi belles actions
méritoient de ne pas demeurer enfevelies
dans un petit coin de la terre . Il ne faut
pas s'attendre à voir ici de grandes armées,
de longs fiéges , de fanglantes batailles ;
mais ce n'eft pas toujours au milieu d'une
nombreufe multitude de foldats , qu'un
Général fe fait le plus admirer par les juf
tes appréciateurs du mérite des Guerriers,
Dans les expéditions dont cette Relation
contient le détail , on ne voir qu'environ
trois mille hommes agir , mais la plupart
agiffent en Héros . On ne peut lire fans
étonnement tout ce qu'une poignée d'Efpagnols
& de Portugais a fait autrefois
dans les Indes. Ici , l'on reconnoîtra fans
peine les defcendans de ces anciens Condu
querans nouveau monde.
L'OMBRE du Grand Colbert , le Lou
vre , & la Ville de Paris. Dialogue. Ale
Haye , 1749.
JUIN. 129 1749.
Bien des gens aiment le vrai , le fentent,
mais n'ont pas le courage de le dire . L'Auteur
de ce Dialogue réunit ces trois qualités.
Il avoit déja , dans plufieurs brochures précédentes
, donné des preuves de fon zéle
pour la perfection des Arts ; aujourd'hui
il éleve de nouveau la voix , pour retracer
les grands projets que, feu M. Colbert
avoit formés , & commencé à exécuter ,
relativement à cet objet. Les Lecteurs
trouveront dans cet ouvrage plufieurs morceaux
écrits avec beaucoup de feu & d'é
loquence , & diverfes anecdotes intéref
fantes , qui n'étoient fçues que d'un petit
nombre de perfonnes. Par tout , l'Auteur
fe montre également homme de goût &
bon Citoyen.
CONSIDERATIONS fur le génie & les
moeurs de ce fiécle. A Paris , chez Durand,
rue Saint Jacques , au Griffon , & Piffet,
Quai des Auguftins , à la Sageffe , 1749.
Avec Privilége.
2
Nous nous contenterons de copier quelques
endroits de ce Livre , qui n'eft con
pofé que de réflexions détachées. En voici
quelques-unes de morales.
"L'avarice regne dans le monde : elle
» en partage l'empire avec la volupté. Je
»l'ai furprife avec le fafte même ; on
la démêle à travers l'affectation de la
FY
130 MERCURE DE FRANCE.
dépenfe . La médiocrité feule , fi amie de
la raifon , a l'honneur d'être toujours
égale , fimple & naturelle .
"
Il n'y a pas plus de mérite à avoir de
» l'efprit , qu'à avoir de beaux yeux . L'efprit
& la beauté , fans ceffer d'être dignes
d'admiration , peuvent devenir méprifables
par l'abus qu'on en fera.
»
..
» Il n'y a que celui qui voit tout , qui
fçait la caufe de tout , qui voit- la defti-
» nation & le terme de tout , qui n'ait de
» préjugé fur rien . Or quel homme con-
» çut jamais une telle audace ? Celui qui
trouvant cette voie inacceffible à la foi-
» bleffe humaine , pour ſe débarraffer de
» tous les préjugés , a pris le parti de tout
» nier & de ne rien croire ; celui-là même
en a un bien humiliant à force d'extra-
»vagance , c'eft qu'il ne puiffe point y
avoir de vérité connue , & que tous les
»hommes de tous les fiécles ayent toujours
» été dans l'erreur.
»
» Un homme qui menace de plaider ,
» reffemble affez au Médecin de Moliere ,
qui menace de donner la fiévre .
On craint toujours d'offenſer ceux que
»l'on aime : on fe plaît quelquefois à of-
>> fenfer ceux que l'on craint.
La réflexion fuivante renferme une
très -bonne leçon pour certains maîtres de
maiſons.
JU. IN. 1749, 131
و ر
33
Il eft ridicule de fixer les places aux
gens qu'on reçoit dans le cercle , ou qu'on
appelle aux feftins. Les diftinctions fen-
»fibles & trop marquées font embarraffan-
»tes pour les uns , & défobligeantes pour
» les autres dans la fociété. C'est une République
: l'équité doit y régler les rangs.
» Je fuppofe qu'elle eft éclairée par Ja
politeffe & par le refpect des bienféances.
» Comme on ne doit vivre qu'avec des
» gens de ce caractère , il faut leur laiffer
» la gloire de fe faire juftice eux mêmes.
» Celui qui auroit cedé , écoute avec répu-
» gnance qu'on l'avertiffe de le faire . Il
ne faut pas enlever à l'homme de mérite
» le plaifir de céder à l'homme qualifié , ni
» à l'homme qualifié la gloire de s'affeoir
» après l'homme de mérite.....
»
DE PACE , ORATIO GRATULATORIA
habita à Ludovico Petit , Humanitatis Profeffore
, in Collegio Mazarinao. Difcours für
la Paix , prononcé au Collège Mazarin
par M. Petit , Régent de Seconde . A Paris,
chez Thibonft , Imprimeur du Roi & de
l'Univerfité.
La magnanimité du Roi dans la guerre ,
l'équité & le défintéreffement de Sa Majefté
dans la Paix , fourniffent la matiere
des deux Parties de ce Difcours , qui méri
FV)
132 MERCURE DE FRANCE.
te fort d'être lû par les amateurs de la belle
Latinité.
L'ANTI-LUCRECE , Poëme fur la Religion
naturelle , compofé par M. le Cardinal
de Polignac , traduit par M. de Bougainville
, de l'Académie Royale des Belles
Lettres. Deux tomes in- 8° . Le premier
de 338 pages , dont 85 pour le Difcours
préliminaire , 19 pour la vie de M. le
Cardinal de Polignac , & le refte pour la
traduction . Le fecond tome de 338 pages
, y compris la Table des matieres. A
Paris , chez les freres Guerin , rue Saint
Jacques , 1749.
ANNALES abregées des Rois de Syrie ,
& de ce qui s'y eft paffé depuis la mort
d'Alexandre le Grand , jufqu'à l'arrivée de
Pompée , avec les Médailles qui éclairciffent
ces Annales , & d'amples Prolégoménes
, &c. Par Erafme Froelich , à Vienne,
en Autriche , 1744 , in-folio , de 136. pages
, fans compter l'Epitre Dédicatoire &
les Tables qui en tiennent 18. L'ouvrage
eft en Latin.
ELEMENS de l'Art Militaire , par M.
d'Hericourt , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Capitaine & Premier
Aide-Major du Régiment du Roi . Deux
yolumes in- 12 . Nouvelle édition. APaJUIN
. 1749. 135
ris , chez Giffey , rue de fa vieille Bou
clerie , & David , le jeune , rue du Hurepois
, 1748.
>
DISSERTATION hiftorique , facrée &
profane , fur l'Amphithéatre Flavien de
Rome , appellé vulgairement le Collifée
par le Chanoine Jean Marangoni , de Vicenze
, dédiée à M. le Marquis Alexandre-
Gregoire Capponi , Grand Fourier du Sacré
Palais Apoftolique. A Rome , 1746 )
chez les Pagliarini , Libraires-Imprimeurs,
Volume in-4°. de 88 pages , fans y comprendre
l'Epitre Dédicatoire & la Table
des matieres. Le frontifpice du Livre eft
orné du type de deux Médailles , qui
repréfentent le Collifée. L'ouvrage est en
Italien.
M. C. HENRICI LANGII Gymnaf. Lubec.
Confr. Societ. Inftitutiones Stili Romani fecundum
difciplinam veterum , præceptis &
exemplis adornata. Accedunt indices neceffarii.
Editio auctior & emendatior , Lubecæ,
Sumptibus Jena Schimidii , 1747. in 80.
RERUM Mecleburgicarum Libri VIII……..
tam ex hiftoria antiqua quam ex recentiori...
à Matthia Joanne Beehr , Equite Mecleburgico
ex M. edidit... Joannes Erhardus
Kappius Eloquentia in Academia Lipfienfi
Profeffor. Lipfia , Sumptibus Joannis Chrif
tiani Martini , 1741 , in-folia.
134 MERCURE DE FRANCE.
CAROLI du Frefne , Domini Ducange
Illyricum vetus & novum , &c. Pofonii
1747 , in-folio.
MAGNI HYPPOCRATIS Coi opufcula apho
riftica Semico- therapeutica VIII. Una cum
jurejurando , Græcè & Latinè , ex interpretatione
Anutii Fafii , aliorumque , in ufum
Jacra gentis Afclepiadea enarrata. Bafileæ ,
Sumptibus Joannis-Jacobi Epifcopii , Bibliopola
, 1747 , in- 8°.
DISCOURS en vers & autres Poëfies ,
avec cet Epigraphe , Sermone opus eft triſti ,
Sape jocofo. Horat. Brochure de 52 pages ,
1749. A Geneve , chez Boufquet.
On a imprimé dans la même Ville un
ouvrage fur la Phyfiologie , par le célébré
M. Haller.
NOUVELLE METHODE pour perfectionner
la manipulation des drogues , où l'on
prend pour exemple l'élixir de proprieté .
A Londres , chez C. Davis , près de la porte
de Grui's inn , Imprimeur de la Societé
Royale en 1747 , in - 8 ° .
EXPERIENCES de Médécine fur les animaux
, faites pour découvrir une méthode.
fûre & facile pour diffoudre la pierre de
la veffie par injections , aufquelles on a
ajouté un cours d'expériences fur le Laurier
cérife ., pour connoître les effets fur
les animaux , lorfqu'on le leur fait pren
JUÍN. 1749.3 135
dre en trop petite quantité pour leur caufer
la mort , & un nombre d'obſervations
& d'expériences fur les vapeurs du foufre ,
oùl'on voit de quelle maniere elles nuifent
au corps humain , qui ont été lûes à la
Société Royale par M. Browne Langrish ,
du Collège des Médecins de Londres , &
Membre de la Société Royale. A Londres,
chez Hitch au Lion rouge , dans Pater
nofter-Row , 1746 , in- 8 ° .
›
ABREGE de la pratique de la Médecine
, ou plan d'un fyftême de Médecine
pratique , en vingt- quatre leçons , &c. par
M.Théophile Labb, du Collège des Méde
cins de Londres , & de la Société Royale.
ALondres , chez James Buckland , Libraire
dans Pater nofter Row , 1747 , in- 8 ° .
REMARQUES fur le plan de la nouvelle
Pharmacopie de Londres , propofée par
le Collège de Médecine , & publiée par le
Committé formé à cet effet en 1745. A
Londres , chez R. Willook , à l'enſeigne de
la tête de M. Newton , dans Cornhill
1745 , in- 8°.
SYSTEME de Médecine , conforme aux
loix de la nature , ou nouvelle pratique
méchanique de Médecine , contenant des
principes , & une méthode nouvelle pour
conferver la fanté & guérir les maladies ,
fondés fur les loix de la nature , du
136 MERCURE DE FRÅNCE.
mouvement & de l'économie animale , où
l'on téfout le problême de l'application
des propriétés & qualités méchaniques des
trois agens univerfels , l'air , l'eau & le
mouvement , par des machines qu'on peut ,
appliquer à tout le corps humain , ou à
quelqu'une de fes parties en particulier
par David Stephenfon , Maître ès Arts. A
Londres , imprimé chez J. Han , pour le,
compte de l'Auteur , 1745. Volume infolio
, avec figures.
EXPLICATION des premieres caufes
d'action dans la matiere , & de la caufe
de la gravitation , par Cudwallader Polden
, imprimée en premier lieu dans la
Nouvelle Yorck en 1745 ,. & réimprimée
à Londres , chez J. Brindley , Libraire de
Son Alteffe Royale le Prince de Galles , à
P'Enfeigne des Plumes , dans le nouveau
Bond-Street , 1746 , in- octavo .
VOYAGE autour du monde dans les années
1740 , 1 , 2 , 3 & 4 , par Georges
Anfon , Commandant en Chef une Efcadre
de Sa Majefté Britannique , envoyée
pour une expédition fecrette dans les Meis -
du Sud , in-quarto. A Londres , chez Jean
& Paul Knapton , 1748 , avec figures . Ces
fept derniers Ouvrages font en Anglois.
ELEMENTA Phyfiologia juxtafolertiora,
noviffimaque Phyficorum experimenta , & acJUI
N 1749. 1137
suratiores Anatomicorum obfervationes, concinnata.
Auctore Jofepho Lieutaud , Regis Confi
liario , Anatomes Profeffore Regio in Univerſi
tate Aquifextienfi , & Societatis Regia Londinenfis.
Amftelodami , fumptibus Fratrum
de Toumes , 1749. in octavo .
€
ON TROUVE à Paris , chez Durand
rue Saint Jacques , au Griffon , & Piffot
fils , Quai des Auguftins , la Callipedie
traduite du Poëme Latin de Claude Quil
Let , avec le Latin à côté , imprimée à
Amfterdam .
DISSERTATION fur les Eaux de Bourbonne
, par M. Charles , Profeffeur en
F'Univerfité de Befançon , ci- devant Intendant
de ces Eaux. A Befançon, chez Claude-
Jofeph Daclin , Imprimeur ordinaire du
Roi , 1749 , in- 12 .
ANNALES GALANTES de la Cour
de Henri II. par Mademoiſelle de Luffan,
1749 , deux volumes in- 12. A Amfterdam
chez Jacques Defbordes , près le
Comptoir de Cologne ; tous les Ouvrages
de cette Demoifelle fe trouvent à Paris ,
chez la veuve Piffot , Quai de Conty.
LES DELICES de la Paix , Divertiffement
, par M. Pipereau. Les paroles
& la mufique font du même Auteur. A
Paris , chez la veuve Knapen , au bas du
Pont Saint Michel , du côté de la ruc
i
138 MERCURE DE FRANCE.
Saint André des Arcs. , au bon Protecteur ,
1748. Brochure in- quarto de douze pages.
HISTOIRE duThéâtre François depuis
fon origine jufqu'à préfent. Tome XIII.
in- 12. A Paris , chez P. G. le Mercier ?
Imprimeur-Libraire , rue Saint Jacques
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , rue
Saint Jean de Beauvais, vis- à - vis le College ,
1748 .
Avis pour la conduite d'un jeune
homme , par M. le M. D... ..à Vitry ,
chez Jobart , Libraire fur la Place , vis - à- vis
l'Eglife de N. D. 1748 , in- 12 , de 102 pages
, fans l'avant-propos & la Préface qui
en contiennent zo ..
M. Fel fait graver le premier volume
d'un recueil d'Airs & de Duo de fa compo
fition. Ce volume ne tardera pas d'être
fuivi d'un fecond. La diferte , dans laquelle
on eft de ces fortes de recueils , donne lieu à
M. Fel d'efpérer que ceux - ci feront bien reçus
du Public.
David , le jeune , Libraire , à Paris ,
Quai des Auguftins , au Saint Efprit , dé
bite une nouvelle édition de la Théorie
des Sentimens agréables , où après avoir
indiqué les régles que la Nature fuit dans
la diftribution du plaifir , on établit les
principes de la Théologie naturelle, & ceux
JUIN. 139 1749.
de la Philofophle morale , in- octavo . I vo
lume. 2 livres fols relié .
C
Les Oeuvres de Moliere . & vol . petit format,
ornés de figures gravées fur les deffeins
de M. Boucher. 16 I. relié.
Oeuvres de Corneille. 11 vol . Nouvelle
édition . 33 1. relić.
Les Mémoires de M. de Pontis , in- 12
2 vols 1. relié.
Le même Libraire a reçû d'Angleterre &* ?
d'Ecoffe les Livres ci-après .
Sophocle Grec & Latin , in- octavo . 2
vol imprimé à Glafcou , en 1744. 12 l.
relié.
Homere Grec & Latin , in- octavo . 2 vol.
1744. 12 1. relié.
Echile Grec & Latin , in- octavo, 2 vol.
1744. 12 l. relié.
Pindare Grec & Latin , in - octavo. I vol.
1743 6 1. relié.
in- Les Philippiques de Démosthene
octavo , grand papier , Grec & Latin . 7. L
telić .
Marc Antonin , in- octavo. 1 vol. Grec &
Latin. 6 1. relié.
Efope & Lucain, in - octavo. 1 vol . Gree
& Latin, 6 l.
Virgile , petit format , fuperbement imprimé.
61. relié.
140 MERCURE DE FRANCE.
Horace , in-octavo. 1 vol. édition de
Glafcoù . 6 I.
Livres Anglois.
Abrégé desTranfactions Philofophiques,
in-octavo. 10 vol . 1745. Sol. blanc .
Hiftoire naturelle de 400 animaux re .
préſentés en figures , in- 12. 1 vol . 6 I.
blanc .
Les Ouvrages de Mathématique de
Sempfon , in-quarto , 7 vol 49 I. blanc.
Idem , de Muller , in-quarto . 4 vol . 28 1,
Hiftoire de Gilblas de Santillanne, 4
vol. 101. blanc.
AVERTISSEMENT
Qui nous est envoyé par M. Haller ,
inferé dans le Mercure.
L'ayant
pour
être
'Auteur anonyme de l'Homme machine ,
m'ayant adreffé fon Ouvrage , également
dangereux & peu fondé , je crois,
devoir à Dieu , à la Religion , & à moimême
, l'avertiffement que je prie Meffieurs
les Auteurs du Mercure , d'inférer
dans leur Ouvrage périodique. Je
défavoue ce Livre comme entierement op
pofé à mes fentimens , je regarde fa Dédicace
comme un affront plus cruel , que
JUI N. 1749.
147
tous ceux que l'Auteur anonyme a faits
à tant d'honnêtes gens , & je prie le Public
d'être affuré que je n'ai jamais eû de
liaifons , de connoiffance , de correfpondance
ou d'amitié,avec l'Auteur de l'Homme
machine , & que je regarderois , comme le
plus grand des malheurs , toute conformité
d'opinions avec lui . Signé, Haller, Confeiller
Aulique , Medecin du Corps de Sa
Majefté Britannique , & Profeffeur ordinaire
de l'Univerfité , Membre du Confeil
Souverain de la République de Berne,
A Gottingen , le 12 Mars 1749.
I
PRIX
Propofe par l'Académie Royale des Sciences,
pour l'année 1751.
Eu M. Rouillé de Meflay , ancien Confeiller
au Parlement de Paris , ayant conçû le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
J'utilité que le Public en pouvoit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribués à ceux qui , au
jugement de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de fujets qu'il a
indiqués dans fon teftament , & dont il a donné
: des exemples.
Les fujets du premier Prix regardent le Syftême
général du Monde & l'Aftronomie phyfique,
142 MERCURE DE FRANCE.
Ce Pix devoit être de 2000 livres , aux termes
du teſtament , & ſe diftribuer tous les ans ; mais la
diminution des rentes a obligé de ne le donner
que tous les deux ans , afin de le rendre plus confidérable
, & il fera de 2500 livres.
Les fujets du fecond Prix regardent la Navigation
& le Commerce.
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & ſera
de 1000 livres.
L'Académie avoit proposé pour le fujet du Prix
de l'année 1749 , la meilleure maniere de déterminer
, lorsqu'on eft en mer, les courans , leur force
-leur direction.
Il lui a paru que cette question étoit à peine
effleurée dans les recherches qu'elle a reçues : ainfi
elle croit devoir propofer de nouveau le même
fujet pour l'année 1751. Le Prix fera double , c'eſtà
dire de 4000 livres .
Les piéces déja envoyées concourront , & les
Auteurs pourront y faire tels changemens qu'il ju
geront à propos .
Quoique la queftion propofée appartienne à la
pratique , néanmoins l'Académie croit qu'on
pourroit trouver des vues pour la réfoudre dans
une bonne théorie fur la caufe des courans ; ainfi
elle ne regardera pas , comme étrangetés aŭ ſujet
propofé , les réflexions phyfiques fur la nature des
courans , qui pourront fe trouver dans les pièces
qu'elle recevra , pourvu que les Auteurs ne perdent
pas de vue la queftion de pratique , qui eſt la
principale.
Les Sçavans de toutes les Nations font invités à
travailler fur ce fujet , & même les Affociés Berangers
de l'Académie . Elle s'eft fait la loi d'exclare
les Académiciens régnicoles de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoſeront , fant invités à écriro en
I
1749. 143
François ou en Latin , mais fans aucune obligation
; ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudronr, & l'Académie fera traduire leurs ou
vrages.
On les prie que leurs écrits foient fort lifibles ,
fur-tout quand il y aura des Calculs d'Algébre,
Ils ne mettront point leur nom à leurs ouvrages,
mais feulement une Sentence ou Devife. Ilss pour.
ront , s'ils veulent , attacher à leur écrit un billet
Léparé & cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence leur nom , leurs qualités & leur
adreffe , & ce billet ne fera ouvert par l'Acadé
mic qu'en cas que la piéce ait remporté le Prix,
t
Ceux qui travailleront pour le Prix , adrefferont
leurs ouvrages à Paris au Secretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre les
mains. Dans ce fecond cas le Secretaire en don❤
nera en même tems, à celui qui les loi aura remis,
fon récépiffe , où fera marquée la Sentence de
Pouvrage & fon numéro , felon l'ordre ou le tems
dans lequel il aura é é reçû ..
""
Les Ouvrages ne feront reçûs que jufqu'au pres
mier Septembre 1750 exclufivement.:
L'Académie , à ſon affemblée publique d'après
Pâques 1791 , proclamera la Piéce qui aura remporté
ce Prix.
S'il y a un récépiffé du Secretaire pour la Piéce
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui
lui rapportera ce récépiflé. Il n'y aura à cela nulle
autre formalité.
S'il n'y a pas de récépiffé du Secretaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à Auteur même,
qui fe fera connoitre , on au porteur d'une procu
ration de fa part.
I
144 MERCURE DE FRANCE,
PLANCHES ANATOMIQUES.
Dans le Mercure de Janvier 1749 , on trouvera
le détail des cinq nouvelles Planches
Anatomiques , que M. Gautier diſtribue actuellement
au Public . Ces cinq Planches , jointes aux
trois qui ont été délivrées au mois d'Octobre
dernier , font une Céphalatomie complette & trèsdétaillée
, de couleur & grandeur naturelle , dans
laquelle toutes les parties du cerveau , de la face
& du col , font démontrées. Les originaux de ces
pieces , peints par M. Gautier , & démontrés par
M. Tarin , ont été préfentés à l'Académie des
Sciences avant d'être graves . Meffieurs Vinflow
& Morand , Commiffaires nommés pour Pexamen
de cet Ouvrage , en ont donné leurs approbations,
On a lieu d'efpérer que le Public , amateur de
l'étude du corps humain , trouvera dans ces dernieres
planches , de quoi fatisfaire fa curiofité,
Pour completter le cours entier d'Anatomie ;
M. Gautier propose une quatrième & derniere
foufcription de dix - huit grandes planches ,
dont le prix fera un peu plus fort que celui des
précédentes : c'eft pourquoi , il eft à propos d'avertir
le Public qué les Planches que l'on va don
ner , feront doubles de celles de la Myologie & de
Ja Céphalatomie , que l'on diſtribue actuellement ;
foit par le détail ou par la grandeur. On les auroit
données au même prix en les multipliant davantage
, ce qui auroit empêché de les affembler
pour former des corps entiers de grandeur naturelle.
Projet
JUIN. 1749. 145
Projet de la quatrième & derniere Sufcription
qu'on annonce préfentement au Public.
On donnera , pour completter ce qui reste à
démontrer dans l'Anatomie de couleur & grandeur
naturelle , encore dix- huit planches , comme
avoit promis feu M. Duverney dans fon projet
publié en 1748 , & l'on ne fupprime de ce projet
que l'Anatomie comparée des animaux , qui eft
une partie plus curieufe qu'utile . Le fupplément
qu'il vouloit donner en petites figures pour voir
le corps affemblé , fera compris dans les dixhuit
Planches de cette Soufcription , en forte
que douze de ces Planches formeront fix figures
de grandeur naturelle , deux d'homme , deux de
femme , & deux d'enfant.
C'eſt- à-dire , que les trois premieres Planches
qu'on livrera d'abord , formeront une femme de
cinq pieds deux pouces la premiere Planche
contiendra la tête , & une partie des épaules , &
le bras : la feconde contiendra le corps & l'autre
bras diffequés , la matrice ouverte , & le foetus
dans la matrice ; & la troifiéme contiendra la
Névrologie & l'Angéiologie des extrémités inférieures
, c'est- à-dire , des cuiffes , des jambes &
des pieds.
>
Les trois de la feconde diftribution pourront
fe joindre , fi l'on veut à côté de celles- ci , &
formeront un homme de cinq pieds & trois ou
quatre pouces de haut , dont la tête fera vûe de
profil dans la premiere Planche . Dans la deuxième
Planche , fera contenu le corps ouvert , où l'on
verra le coeur , les poulmons , le foye , les reins ,
la veffie , & les parties de l'homme , avec l'Angéiologie
du tronc , &c . & la troifiéme Planche
Contiendra les cuiffes , les jambes ,; & les pieds
I. Vol.
"
G
146 MERCURE DE FRANCE.
diffequés & injectés ; & à côté , dans cette Planche,
il y aura un fquelette d'enfant debout , vú latéra
lement.
Ces fix Planches qui ne feront qu'un feul tableau
, quand on voudra les joindre , feront le
morceau le plus rare & le plus curieux qui ait
jamais paru en Anatomie ; il fera voir tout à la
fois un homme , une femme & un enfant , diffequés
, de couleur & grandeur naturelle , le foetus.
& le placenta dans leur fituation véritable , contenus
dans la matrice , & le cordon ombilical , & c .
On verra dans ces figures , prefque tous les vifceres
en fituation , & toute l'Angéiologie à la
fois , & une grande partie de la Névrologie , de
l'Oftéologie , & des parties de la génération des
deux fexes , & les fix Planches fuivantes feront
pour démontrer l'Anatomie des vifceres en particulier
. Les fix dernieres pourront auffi fe joindre
enfemble comme les précédentes , & formeront
deux figures entieres de grandeur naturelle , une
d'homme & une de femme , pour l'Angéiologie
extérieure de la tête aux pieds , tant de la partie
antérieure que de la partie poftérieure , & un fquelette
d'enfant , ce qui fera l'Anatomie complette,
Voici les payemens de cette derniere Soufcription
, & le tems des diftributions.
En recevant les cinq dernieres Planches de l'Anatomie
de la tête , on foufcrira pour la premiere
diftribution de cette partie , & on donnera
dix- huit livres , ci
En recevant les trois premieres Planches
qui formeront le corps de la femme on
donnera dix huit livres , ci
"
En recevant les trois Planches fuivantes
qui formeront le corps de l'homme , on donpera
douze livres , ci
-18 1.
18 1
12 1.
JUIN. 1749 .
147
En recevant les trois Planches qui fuivront
cette feconde diftribution, on donnera douze
livres , ci ·
En recevant les trois autres on donnera
>
douze livres , ci
En recevant celle de la quatriéme diſtribution
qui fera une troifiéme figure entiere
, compriſe en trois Planches , on donaera
encore douze livres , ci
Total , ci
121.
12 1.
12 1.
841. On délivrera enfuite les trois dernieres Planches
de l'Anatomie , & de cette Soufcription , qui
feront une quatriéme figure fur pied , & fans rien
recevoir de tous ceux qui auront foufcrit. Ceux
qui ne fouferiront point , payeront les dix- huit
dernieres Planches , 125 liv.
On fera reçu à foufcrire , foit que l'on ait pris
les précédentes Soufcriptions ou que l'on ne
prenne que celle- ci , juſques à la fin d'Août, prochain
.
•
La premiere diftribution fe fera dans le courant
de Septembre , Octobre , Novembre & Décembre
prochains : la feconde dans le courant de Janvier,
Février , Mars , Avril 1750 : la troifiéme dans
le courant de Mai , Juin , Juillet & Août fuivans : `
la quatrième dans le courant de Septembre , Octobre
, Novembre & Décembre de la même année
1750 : la cinquiéme dans le courant de Janvier ,
Février & Mars 1751 : & la fixiéme & derniere
diftribution dans le courant d'Ayril , Mai & Juin
fuivans ; en forte que tout fera fini , comme on
l'avoit promis , avant les fix premiers mois de l'année
1751 .
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plicatives.
Récapitulation des Soufcriptions qui ont été
propofées pour cet Ouvrage.
Planches avec leurs tables ex- Ont coûte A ceux qui
Les huit premieres de l'Effai
aux Souf- n'ont pas
cripteurs. foufcrit.
de Myologie , ci 24 liv. 36 liv.
Les douze fuivantes qui complettent
la Myologie , ci 36 liv. 54 liv.
Total de la Myologie , ci 60 liv.
90 liv. Les huit de la troifiéme Soufcription
, contenant l'Anatomie
de la tête , çi
24liv. 36 liv
Les dix-huit de la quatriéme &
derniere Soufcription qu'on
propofe actuellement , couteront
ci 84 liv. 126 liv
Total général des 46 Planches, 168 liv . 252 liv .
On regardera de tout tems comme un Phénomene
, qu'un Particulier ait lui feul exécuté
dans cinq années de tems un fi vaſte projet , qui
avoit échoué en plufieurs endroits de l'Europe , &
pour lequel il a fallu 40000 livres de fonds , que
le Public a fourni ; car il s'agiffoit ici de peindre
les originaux de grandeur naturelle de 46 Planches
, avoir pour cet effet la diffection de plus
de 300 fujets entiers ou en parties , graver 184
cuivres , dont quatre ne peuvent former qu'une
feule Planche , par rapport aux couleurs dont
elles font compofées ; fupporter un procès de
quatorze mois , & avoir un autre retard force.
Le tout compris dans un fi petit efpace de tems
qui à peine quelquefois a pû fuffire pour former
Les arrangemens de certains projets de moindre
JUIN. 1749. 149
conféquence. C'eft cependant ce que le Sieut
Gautier efpere exécuter , en ayant déja donné
une preuve convaincante , par la diftribution des
trois quarts de cet Ouvrage , fait jufqu'à ce jour ,
que lui feul a peint & gravé d'après nature.
On foufcrit chez le Sieur Gautier , Graveur
du Roi , feul en France Privilégié pour ces Planches
Anatomiques , qui demeure préfentement
rue de la Harpe , à la feconde maifon neuve entre
la rue Poupée & la rue Percée , où eft fon Enfeigne.
Chez Quillau, Libraire de l'Univerfité & de Me
decine , rue Galande.
Chez Boudet , Libraire-Imprimeur du Châtelet ,
rue Saint Jacques.
On pourra relier cet Ouvrage avec les Tables explicatives
des Planches , en un ou deux volumes , en
forme d'Atlas, ou in- folio , en pliant les grandes Planches
en deux.
Les Sieurs Viguiers & Villars , ci - devant Aſſociés
du Sieur Gautier , doivent ( à ce qu'ils lui
ont fait dire ) inférer dans le Mercure du préienz
mois , une réplique fous le nom du Sieur Robert.
C'est la feconde fois que le Graveur , qui travaille
pour lefdits Sieurs Viguiers & Villars , paroît
dans le Mercure . Le Sieur Gautier juge à propos
, pour éviter à ces Meffieurs le foin d'autres
reparties , qui pourroient les détourner de leurs
grandes occupations , de terminer ici la querelle .
Pour réponse à ce qu'ils diront , quoiqu'il ne
fache pas un mot du contenu de ce difcours
il renvoye les Lecteurs qui voudront s'en donner
la peine , à ce qu'il a dit dans le Mercure de
Décembre 1748 , page 179 , & fi l'on veut encore
avoir cette complaifance , à celui d'Août 1742 ,
"
Gij
150 MERCURE DE FRANCE .
page 1839 , & à celui de Mars 1745 , page 143. 11
croit que cela fuffit , & que les hommes, qui fe don..
nent aux Arts muets , doivent briller par leurs ouvrages
, & non par leurs écrits.
LETTRE
De M. Robert , Graveur en couleur naturelle,
à M. Rémond de Sainte Albine.
P
Ermettez- moi , Monfieur , de vous adreffer
une réponse que je crois devoir à M. Gautier
, fur ce qu'il a dit de moi dans le fecond volume
de votre Mercure de Décembre dernier , p .
179 , & dont je n'ai été inftruit qu'un peu tard .
Il a vú , dit il , avec étonnement que le Sieur Robert
Je dit Graveur avec Privilége du Roi , dans le nouvel
Art , & éleve du Sieur le Blond , qui eft mort
le 18 Mai 1741. Ce Graveur ne poffédé aucun Privilége
en fon nom . Il eft vrai que je ne pofféde
aucun Privilége pour cet Art , mais il est également
vrai que je ne me fuis jamais donné ce titre
; & M. Gautier auroit dû faire attention qu'annoncer
une Eftampe munie d'un Privilége , n'eft
pas dire que l'on ait un Privilége général , tel que
celui dont il eft décoré.Que le Privilége de ce Chrift
foit à moi , ou qu'il appartienne à d'autres qui
m'en font part ; c'eft un fait étranger à M. Gautier.
Il fuffit que mon ouvrage ne paroît au jour
que revêtu du Sceau de l'autorité publique , &
qu'il ne peut lui faire d'ombre que dans le cas , ou
mis en paralelle avec les fiens , il courroit rifque
de faire balancer les fuffrages. Les allarmes de M.
Gautier fur ce point , s'il étoit poffible qu'il en
JUIN. 1749. 15!
conçêt aucune , me flatteroient plus que je ne puis
l'exprimer.
Quant à ce qu'il paroît s'offenfer de ce que je
prends la qualité d'élève du Sieur le Blond , qu'il
prétend fans doute n'appartenir qu'à lui feul ; je
vous avoue , Monfieur , qu'à mon tour j'en fuis
fort étonné. Car comme , en entrant chez feu M.
le Blond , je fçûs que M. Gautier m'avoit précédé
dans la place que j'y occupai , il apû fçavoir
de même que je l'y avois remplacé jufqu'à la mort
de cet habile Artifte .
M. Gautier , pour mettre la raiſon de fon côté ,
avance que M. le Blond ne travailloit que fur trois
planches ,que lui M.Gautier eft inventeur de la maniere
d'en employer une quatriéme, & le Reftaura
teur de cet Art qui feroit péri fans lui , & que le
Chrift que j'ai publié étant fur quatre planches ,
eft le fruit des études que j'ai faites fur les cuivres :
d'où il infinue affez clairement que c'eft lui que je
dois reconnoître pour mon maître dans un talent
qui a manqué à M. le Blond .
M. Gautier qui défire que l'on rende juſtice à
qui elle eft dûe , ne peut trouver mauvais que je
commence par mon cher maître feu M. le Blond ,
dont la mémoire me fera toujours infiniment
refpectable , & que je déclare qu'il a eu le premier
l'idée d'employer plus de trois planches.
Dans le Portrait de feu S. E. M. le Cardinal de
Fleuri , auquel M. Gautier a travaillé fous fa direction
, aux trois planches ordinaires il en ajouta
une quatrième pour la chevelure blanche. Le
portrait de Sa Majefté , auquel j'ai eu l'honneur
de travailler , lorfque j'eus pris la place de M.
Gautier , eft fur quatre planches . Dans le tems
que M. le Blond mourut , j'avois commencé ,
entre autres ouvrages , un morceau d'Anatomie ,
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
repréfentant la fituation des inteftins dans le bas
ventre de grandeur naturelle , pour Mellieurs
Hunaut & Bertin , Docteurs Reges de la Facul
té de Médecine de Paris , ( morceau que j'ai fini
dans la fuite par l'ordre de M. de Mondorge , fous
les yeux & la conduite de M. Delobel , Peintre ordinaire
du Roi ) Je tiens même de M. le Blond ,
que felon les tableaux que l'on entreprendra de
copier , il conviendra pour la beauté de l'exécution
, d'employer jufqu'à cinq & fix planches.
Quoique pour lors j'entraffe dans les vûes avec
aflez de facilité , pour être en droit de dire que
je les avois eues comme lui , je pafferois pour le
plus injufte & le plus ingrat des hommes , fi j'ofois
l'avancer. Car tant qu'un éleve a le bonheur de
travailler & de converſer avec ſon maître , il eſt
cenfé que les progrès qu'il fait dans fon Art , ont
leur principe dans les leçons qu'il en reçoit , &
dans lutilité qu'il tire de fes entretiens ; de forte
qu'il ne lui appartient que l'honneur d'avoir bica
profité : mais la gloire de la perfection retourne
toujours au maître , & la hardieffe de fe l'attribuer
n'eft pas moins qu'un vol fait à la réputation
. Je n'ai garde de commettre une femblable
faute. Je reconnois que je tiens de M. le Blond
la fcience de travailler fur quatre planches , &
lorfque M. Gautier me taxe d'avoir étudié fes cuivres
, je protelle que je n'en ai jamais ni vû , ni
touché , qui fuffent partis de fa main.
Au refte le degré de perfection , où M. Gautier
fe flatte d'avoir porté le nouveau genre de gravûre
, n'eft point fi fort éloigné des principes que
tous deux nous avons reçûs de notre commua
maître , pour qu'il perfuade jamais que M. le
Blond n'en a point eu l'idée . La fimple expofition
de cet Art le fera fuffiſamment fentir.
JUI N. 153 1749.
Les planches font gravées en maniere noire
& avec trois couleurs , le bleu , le jaune & le
rouge , fans compter le fond du papier pour le
blanc , on invite , à peu de chofe près , toutes cel
les de la Peinture. M. le Blond dans le commen
cement ne gravoit que trois planches . Sur la premiere
, qui contenoit les grands noirs & les demiteintes
, il plaçoit le bleu : les deux autres préparées
pour les clairs étoient , & font encore deftinées
feparément au jaune & au rouge . A-til
donc fallu un grand effort d'imagination pour
penfer , que fi on laiffoit la premiere planche feulement
pour les grands noirs , & que l'on en fit
une autre pour le bleu , les demi- teintes feroient
traitées plus nettement ; que l'ouvrage en feroit
plus propre , & que l'on en tireroit un plus grand
nombre d'Eftampes ? C'est ce que M. le Blond a
reconnu , c'est ce qu'il m'a fait exécuter , c'eft ce
que M. Gautier exécute aujourd'hui , & qu'il
appelle une perfection que lut feu ! a trouvé . Je
Conviens que c'eft une perfection ; mais celui qui
pour imiter le coloris d'un tableau , difficile à copier
avec quatre planches feules , en employeroit
une ou deux autres dont M. Gautier ne parle
point , l'emporteroit fur lui en perfection , & cependant
ne feroit que fuivre encore les lumieres
de M. le Blond .
Cet illuftre Artifte n'eft plus parmi nous pour
fe défendre. Que M. Gautier laiffe donc en entier
à fa mémoire l'honneur qui lui eft dû , nonfeulement
d'avoir apporté cet Art d'Angleterre em
France , mais même d'avoir ouvert le chemin à la
perfection ;& que content de fon Privilége & de
fes fuccès , il me laiffe la fatisfaction de penfer
avec tous ceux qui l'ont vû, qu'ayant été formé par
cegrand homme , & ayant travaillé fous lui juf-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
qu'à fa mort , j'ai droit , comme tout autre ,
me dire fon éleve. J'ai l'honneur d'être , &c .
Robert.
Ce 14 Mars 1749 .
de
ESTAMPES NOUVELLES .
N vient de mettre en vente une Eftampe qui
eft extrêmement recherchée , & qui mérite
de l'être ; elle eft inventée & gravée par M. Bellanger
, Subftitut de M. le Procureur du Roi au
Châtelet. Cette ingénieufe compofition , où il y a
plus de cent figures , repréfente Saint Paul , qui
prêche dans l'Areopage d'Athenes au milieu des
differentes festes de Philofophes ; ce morceau qui
fait voir jufques à quel point les Arts font eftimés
en France , puifqu'ils font cultivés par ceux mêmes
, à qui leur naiffance & leurs charges ne devroient
permettre que de les aimer , doit flatter
infiniment la Nation en général , & tous les Curieux
en particulier.
Cette Eftampe fe vend à Paris ; chez l'Auteur,
e des Marmouzets , près la porte du Cloître
Notre- Dame , & chez Joullain , Marchand d'El
tampes , Quai de la Megifferie , à la Ville de
Rome.
Il paroit une autre Eftampe très -belle , intitulée
la Baraque du Pêcheur. Elle a été gravée par le
Sieur Moyreau , d'après le tableau de Philippe
Wouvermans , & elle fe vend chez l'Auteur , rue
Saint Jacques , vis -à- vis la rue du Plâtre.
JUIN.
ISS 1749.
·
T
ARTICLE IMPORTANT.
Ous ceux qui prennent quelque intérêt particulier
à la foye , apprendront fans doute
avec plaifir , qu'on a découvert la véritable cauſe
du vitrage , & qu'on y a trouvé un remède auffi
infaillible que fimple & peu coûteux. Ce défaut
le plus commun , & le plus rébelle de tous ceux
qu'on éprouve dans la filature , le fait ailément
remarquer , par un arrangement vicieux du fil de
foye fur le devidoir , à mesure que l'écheveau fe
forme. On en diftingue douze espéces , plus ou
moins nuifibles les unes que les autres. Une perfonne
, que M. le Nain , Confeiller d'Etat & Intendant
du Languedoc , avoit chargé de travailler à
cette correction , ayant reconnu que tout le mal
venoit du manque de proportion entre la roulette ,
& la partie arrondie de l'arbre du devidoir
imaginé une roulette à triple canal , qui corrige
radicalement toutes les espéces de vitrage...
Cette piéce demande beaucoup d'exactitude de la
part du tourneur : le compas fphérique ordinaire
ne feroit pas fuffifant pour en mefurer les dimenfions
; il a fallu recourir à une mefure plus exacte ,
en forte qu'il eft à craindre que les ouvriers qui
s'immifceront d'en faire , fans en connoître la
véritable jufteffe , ne retombent dans le même défaut
qu'on a fi bien corrigé.
•
L'Auteur , qui a été amplement récompenfé de
fes peines par les liberalités de M. l'Intendant , fe
croit obligé par reconnoiffance autant que par
devoir , de fuivre les vûes de ce digne Magiftrat ,
en répandant fans intérêt dans le public une invention
qui n'a été faite que pour fon utilité . C'eſt
G vj
156 MERCURE DE FRANCE
pourquoi il a fait conftruire fous les yeux
quelques- unes de ces machines avec la derniere
économie, pour pouvoir fixer au plus bas prix le
travail & les fournitures du Tourneur , du Menuifier
& du Serrurier. Deux motifs i'ont engagé à
faire cette épreuve ; 1 ° . afin que les perfonnes , qui
out de nombreuſes filatures , ne le rébutent pas
par l'objet de la dépenfe , & fe portent plus volon
tiers à la réforme ; 2 °, afin de contenir dans les
commencemens certains ouvriers top avides de
gain , qui toujours prêts à contrefaire les nouvelles
inventions , les détruifent bien fouvent , faute
d'en connoître les parties effentielles . L'expédient
ci- deffus remédiera fuffifamment à cet abus,
puifque ces machines font au plus bas prix qu'elles
puiffent être , & que l'ouvrer le plus adroit ,
s'il les exécute bien , n'y trouvera pas plus de pro
fit qu'aux autres ouvrages ordinaires ; à plus forte
raiton n'y fera- t'il pas un rabais , qui feroit une
marque infaillible d'une mauvaiſe exécution ...
La roulette à triple - canal , le fer dont elle ett garnie
, les deux fupports particuliers , & le fupport
total , l'épée ou guide , & deux autres piéces effentielles
, ne coûtent que trente - fix fols pour chaque
tour à corriger , au moyen de quoi ces tours
ne fçauroient vitrer , que par la négligence de
la tireufe à changer la corde dans l'un ou dans
l'autre des trois canaux. Ce prix , qui eft trèsmodique
pour corriger les vieux tours , diminue
confidérablement pour les tours neufs qu'on voudra
faire , attendu que plufieurs piéces des tours
ordinaires fe trouvent comprifes dans l'affortiment
de la roulette en queftion .
....
L'Auteur a fait imprimer une explication de
trois grandes pages in folio , ornée de deux planches
, où il rend compte au Public des moyens
JUIN. 1749. 197
qu'il a pris pour parvenir à cette heureuſe décou
verte , & il détaille en même tems la maniere de
placer la nouvelle roulette fur les tours qu'on
veut corriger.... On trouve dans cette feuille ,
que non-feulement la roulette à triple- canal corrige
toute forte de vitrage , vis- à - vis toute forte
de devidoirs , fans avoir égard au plus ou moins de
groffeur des arbres , mais encore, que , fi l'on veut
donner aux arbres de ces devidoits la proportion
que l'Auteur prefcrit , qui eft de 23 à 36 ) on fera
allûté d'avoir les écheveaux les plus parfaits qu'il
foit poffible de faire , ce qui eft un bien pour la
filature , auffi important que la correction même
du vitrage. Or , comme dans les manufactures
tous les arbres ne font pas de la même groffeur ,
& que l'Auteur veut applanir toutes les difficultés
qu'il peut prévoir , il avertit les Filateurs , qu'ilfair
conftruire des roulettes de fix differens calibres ,
depuis douze jufques à quatorze pouces de circonference
, afin qu'on puiffe les affortir plus
commodement. Il prie les perfonnes qui vou
dront profiter de ce lecond avantage , de marquer
dans leurs Lettres , la groffeur approchante des
arbres de leurs devidoirs , en mefurant avec un fik
la circonference du canal où fe place la corde -fansfin
, & en défignant enfuite cette mesure par pouces
lignes , prites fur le pied de Roi , afin qu'on
puifle leur envoyer les roulettes les plus approchantes
de ces mêmes arbres.
Les perfonnes qui voudront en avoir , adrefferont
leurs Lettres franches deport , au Sieur Pascal
Roche , Maitre Menuisier à Villeneuve lès-Avignon,
qui a reçu de l'Auteur toutes les inftructions né
ceffaires pour bien exécuter cette nouvelle invention.
Il délivrera tout l'affortiment pour trente - 1
fols , & emballera avec foin celles qui auront un
e- fix
15S MERCURE DE FRANCE.
long trajet à faire , moyennenant le rembourfement
des modiques frais d'emballage .... Les
roulettes font marquées d'une empreinte de feu
pareille à celle- ci On y joint une explication
imprimée.
B. L.
S
REPONSE de M. Cantwel , Docteur
Regent de la Faculté de Médecine de Paris ,
à la Lettre de M. J. P. D. V. imprimée
dans le Mercure de Mars .
Monfieur ,j'ai là la Lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'adreffer dans le
Mercure . On ne peut rien de plus obligeant que
tout ce que vous m'y dites , & j'y dois être fenfible
par plus d'une raifon . Les hommes font natu
rellement attachés à leur réputation. Elle eft pour
Pordinaire le principal but de toutes leurs recherches
, de leurs veilles , de leurs travaux , fur tout
en fait de ſcience. Ils n'afpirent le plus fouvent
qu'à la gloire d'un nom fameux , & dans la carriere
qu'ils courent pour l'acquerir , rien ne doit
les flatter davantage que les éloges qu'ils reçoivent
des gens . de leur profeffion , parce qu'ils ne
peuvent les donner qu'avec connoiffance de caufe ,
ce qui en augmente le prix , & parce que la jalobfie
qui regne la plupart du tems entr'eux , les rend extrêmement
rares .
A cette réflexion , vous concevez , Monfieur ,
que je vous.fuppofe Médecin , quoique vous gardiez
l'anonyme. Qui que vous puiffiez être au
furplus , ma reconnoiflance eft égale ; elle devroit
même redoubler à proportion de ce que je
vous connoîtrai moins. Je dois vous fçavoir gré
JUIN. 1749. 159
d'avoir pris la peine de lire exactement tout ce
qui porte mon nom , & d'en être content. Les informations
que vous avez fait faire de la route
que je tiens dans les maladies que je fuis chargé
de conduire , l'envie de fçavoir mon fentiment
fur certaines méthodes que d'autres obfervent ,
le foin que vous prenez d'annoncer au Public que
la Faculté m'a honoré d'une Chaire , qu'elle m'avoit
nommé l'un des Cenfeurs qui ont examiné
la Traduction du Livre de M. Cheyne par M.
l'Abbé de la Chapelle , & que j'ai découvert la
compofition des bougies de M. Daran ; tout cela
marque un intérêt bien fingulier ; tout cela m'indique
quelqu'un , qui , s'il n'eft pas mon ami , ou
mérite de l'être , ou cherche à le devenir. Croyez,
Monfieur , que je ferai-charmé de répondre à toutes
ces avances , ainfi qu'à toutes les questions
que vous me faites. Mes occupations ne me permettent
pas d'y fatisfaire en un jour ; elles font f
multipliées ; les matieres font fi abondantes
qu'une feule Lettre ne fuffiroit pas. D'ailleurs
Vous me mettez dans le cas de rendre mes réponfes
publiques , & le Public , comme vous ne
Piguorez pas fans doute , ne fçauroit fe contenter
de raifons fuperficielles. 11 exige qu'on appro
fondiffe , qu'on éclairciffe , il veut des détails en
un mot , & les détails demandent du tems . Vous
me permettrez donc de diftribuer en plufieurs
Lettres ce que j'ai à vous dire fur divers fujets.
Vous en trouverez une dans le Mercure de chaque
mois , jufqu'à ce que j'aye rempli vos défirs.
Soyez perfuadé d'avance , que je ne fuis point
un homme à fecret . Un Médecin ne doit point
en avoir ; les fruits de fes recherches & de fon
expérience font un tréfor qui doit être ouvert à
tout le monde. Il fe doit tout entier au Public
160 MERCURE DE FRANCE.
x
il ſe doit à l'humanité . Vous trouverez bon cependant
que je ne vous dife rien de pofitit fur les
bougies de M. Daran . Vous pouvez ufer , pour
en démêler la compofition , du même moyen que
jai employé , l'infpection , l'obfervation , la inéditation
& la lecture . On eft bien maître de communiquer
au Public les découvertes qu'on a pû
faire , c'eft fon propre bien qu'on lui donne
mais on ne doit pas divulguer celles où l'on a été
devancé , fur tout lorfque la fortune de quelqu'un
y eft intéreffée ; la probité le défend. " Je fçais
compofer la bougie , il eft vrai , je m'en fuis fervi
avec fuccès , mais je fuis bien éloigné de croire,
qu'elle foit infaillible dans tous les cas . J'efpére ,
de vous convaincre du contraire par la Lettre que
je vous adrefferai à ce fujet.
Je finirai par répondre à une partie de votre.
derniere queftion , touchant la traduction du
Livre de M. Cheyne , intitulé , Méthode naturelle
de guérir les maladies du corps , & les déréglemens
de l'efprit , qui en dépendent.
Meffieurs Falconet , Malouin & moi , avons été
nommés par la Faculté pour l'examiner , notre
Approbation eft imprimée , de forte que je me
tairai fur le mérite de l'original . L'Auteur Anglois
eft fort connu dans la République des Lettres
, fes écrits en differens genres font très- efti
més. Le feul reproche qu'on puiffe lui faire , c'eft
d'être un peu bourfoufflé , & d'avoir un ftyle qui
n'eft qu'à lui. Cependant M. l'Abbé de la Chapelle
l'a traduit , fans être Médecin , fans avoir un
grand ufage de la Langue Angioife , avec le ſecours
d'un Dictionnaire & du bon fens. Il s'eft
crú obligé d'ailleurs de retrancher quelques lignes.
en certains endroits , ou de faire quelques changemens
dans d'autres , fans doute pour le confor
JUIN. 161 1749.
mer au génie , au goût , aux moeurs des François
pour lesquels il écrivoit , & qui lui doivent tenir
compte de fon travail , puifque c'eſt un tréfor de
plus dont leur Littérature s'enrichit.
J'acheverai de répondre au refte de votre
queftion à ce fujet dans une autre Lettre.
Je fuis , & c.
Seconde Lettre de M. Cantel , Docteur
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , à M………….
Vous voulez fçavoir, Monfieur , quel eft mon
fentiment fur la fameufe transfusion , dont
parle M. l'Abbé de la Chapelle dans la Préface de fa
Traduction du Livre de M. Cheyne . Si je ne devois
m'ouvrir en cette occafion qu'à vous feul , que
le zele le plus louable pour le bien de la fociété
rend attentif fur tous les Ouvrages qui paroiffent .
je me contenterois de dire qu'on n'a pas examiné
aflez férieuſement cette opération , dont on ne
fe promettoit rien moins , que de guérir prompte
ment & à peu de frais prefque toutes les maladies
qui affligent l'humanité , de rajeunir les vieillards ,
& de donner aux valétudinaires une fanté ferme
& inaltérable . Mais je vous avoue que je ne penfe
pas comme le Public fur l'effet de la transfuſion :
pour peu qu'on foit au fait de l'économie animale
, & des principes de la Pathalogie , je ne
vois pas qu'on puitle ſe laiffer éblouir juſqu'au
point de croire que deux
ou trois livres de
fang parfait & bien conditionné , quand même
il feroit homogéne avec celui de l'animal qui le
reçoit , puiffe rouvrir des vaiffeaux oblitérés par
162 MERCURE DE FRANCE.
"
les actions de fa vie précedente, rétablir l'ancienne
foupleffe des fibres roidies & deffechées par la
vieilleffe , étendre & multiplier la circulation qui
fe rallentit , & fe fait dans moins de vaiſſeaux , à
proportion qu'on avance en âge , en un mot , que
deux ou trois fois cette quantité de fang tranfmife
dans les veines d'un vieillard , puiffe réparer les
ravages des ans , ou guérir des maladies qui dépendent
principalement des folides. Cependant malgré
toute la force & la multiplicité des objections
que la raifon fuggere contre la transfuſion , on
n'eft pas en droit de la rejetter entierement
jufqu'à ce qu'on ait fait affez d'expériences pour
prouver qu'elle eft inutile dans tous les cas . Une
partie de celles qu'on a faites en Angleterre
à Paris & ailleurs , femblent favorifer cette opé
ration , comme la troifiéme expérience rapportée
par M. l'Abbé de la Chapelle dans fa Préface , fes
quatrième , cinquième , fixième , feptiéme , neuviéme
& dixiéme ; celles de M. Denis , Profeffeur
de Philofophie & de Mathématiques à Paris , fur
une paralytique & fur un fou , & celle qu'il a
faite fur un garçon de quinze ans devenu ftupide
& hébêté , après une fiévre violente de deux mois.*
Il fuffit que cette opération ait eû quelque fuccès
entre les mains de deux ou trois perfonnes
pour exciter la curiofité des Sçavans à la tenter
* Voyez les Lettres de M. Sorbierre , Docteur
en Medecine ; de M. Denis , Profeſſeur de Philofophie
de Mathématiques; de M. Gardoys &
M. l'Abbé Bourdelot , Docteur en Medecine de la
Faculté de Paris , pour fervir de réponse à celle de
M. Lamy contre la transfufion , & celle de M. de
Montpolly , contenant les raifons & les expériences
pour & contre la transfufion .
JUIN. 1749. 163
dans tous les cas , où elle ne paroît pas évidem
ment nuiſible ou inutile. On ne connoît pas affez
la ftructure du corps humain , ni la nature du
fang , pour voir au jufte les effets que doit produire
un fang étranger mêlé avec le nôtre. On
a beau dire le raifonnement, qui n'eft pas appuyé
fur l'expérience , eſt toujours fujet à caution. II
eft certain qu'il y a quelque chofe de particulier
dans le tempérament de chaque individu ; qu'on
auroit de la peine à trouver deux perfonnes
dont les fibres ayent précisément le même dégré
de force & de ton ; que le fang de tout animal
eft pétri , pour ainfi dire , au ton de fes fibres ;
que la fanté n'eft autre chofe qu'une harmonie
entre les folides & les fluides , que le fang n'eft
pas un fimple produit ou élixir des nourritures
que l'on prend , qu'il entre dans fa compofition
une grande quantité des recremens , qui ſe féparent
dans nos organes ; que le chyle même
ne s'affimile avec le fang , que parce qu'il reçoit
de ces recremens depuis la maftication jusques à
fon entrée dans la veine fouclaviere , & qu'il eft
improbable que le fang d'un animal acquiert les
qualités requifes à celui de l'homme ou que
celui d'un homme acquiert les qualités requifes
à celui d'un autre homme , fans avoir paffé par
les voyes de la digeftion. Mais s'il eft vrai que
la transfufion ait guéri une folie opiniâtre & invétérée
, quoique l'homme foit mort deux mois
après , une paralyfie rebelle , un engourdiffement
, un affoupiffement , & une ftupeur que rien .
ne pouvoit vaincre , une furdité , une foibleffe &
une mélancholie marquée dans un chien de treize
ans : fi tout cela , dis- je , eft vrai , la force de mes
objections diminue , & l'opération mérite d'être
encore tentée. Inventam Medicinam fequitur ratio ,
non rationem Medicina , J'ai l'honneur d'être , & c.
>
164 MERCURE DE FRANCE.
LE TRIOMPHE DE LA PAIX ,
On le Feu de Joye élevé par les foins de
Meffieurs les Lieutenant , Gens du Confeil
Echevins de la Vilie de Rheims , & tiré
devant l'Hôtel de Ville pour la publication
de la Paix , le Jeudi 13 Mars 1749.
L
E corps de bafe de l'Edifice offroit quatre faces
, & dans chacune on avoit pratiqué de
grandes niches où étoient pofées la Prudence , la
Juftice , la Force & la Tempérance , pour exprimer
que toutes ces Vertus ,qui préfident aux actions
de notre augufte Monarque, concourent au triomphe
de la paix qu'il donne à fes peuples.
Chaque niche étoit accompagnée de deux montans
ornés de Mafcarons , qui foutenoient des Médaillons
où étoient peints en camayeux les Devifes
& les Emblêmes.
Chaque figure repréfentant une des Vertus Cardinales
, étoit diftinguée par les attributs ; & dans
un cartouche , pofé au deffus des niches , on lifoit
quatre vers qui avoient rapport à la figure.
La Juftice , les yeux couverts de fon bandeau ,
tenoit d'une main une Epée , & de l'autre une Balance
; d'un côté étoit le Livre de fes Loix , fur lequel
étoit pofée la Couronne de France , de l'autre
étoient les Couronnes d'Angleteire , d'Autriche
, de Sardaigne & de Hollande , & dans cette
attitude elle annonçoit que la paix que Louis
vient de donner, eft l'ouvrage de la plus religieufe
équité.
Arbitres des humains , dont le pouvoir ſuprême
JUIN.
165
1749.
Balance des Etats les deftins & les droits ,
De Louis en ce jour apprenez que les Rois
Doivent de mon bandeau fe faire un Diadême,
La Prudence , le bras entouré d'un Serpent , con
fidéroit avec complaifance les Portraits de Louis
XII , de Henri IV , de Louis XIV , de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ; elle montroit la joię
de voir que Louis XV, retraçant ces grands modéles
, fe montre tout à la fois , par l'intrépidité
de fon courage & la bonté de fon coeur , la terreu
de fes ennemis & le pere de fon peuple.
Louis inftruit par mes oracles ,
France , retrace encor ces modéles fameux
Et tu le yois auffi grand qu'eux
Etonner les mortels par de nouveaux miracles.
La Force , armée d'une maffue , terraffoit à fes
pieds une Hydre repréſentant la Difcorde ; elle
annoncoit que l'ufage de fa puiflance fous le regne
de Louis ne fera plus deftiné à répandre lę
fang des humains , mais à enchaîner pour toujours
le démon de la guerre.
Chez le Belge tremblant , par fes travaux divers ,
Louis égala ceux d'Alcide ;
Aujourd'hui pacifique & toujours intrépide ,
Il remet la difcorde à jamais dans les fers.
La Tempérance , défignée par les attributs , exptimoit
la modération de Sa Majefté , qui facrifie
au bonheur de fes peuples l'efpoir affûré des
victoires que lui promettoient fes conftantes prof166
MERCURE DE FRANCE.
pérités , fon courage , la fagefle de fes Généraux
& la bravoure de fes foldats.
Quand bornant à mon gré le cours de fes exploits,
Louis entre mes mains dépoſe ſon tonnerre ,
Il fe montre aux yeux de la terre
Et le plus fage & le meilleur des Rois.
Sur les angles de ce premier corps d'Architec
ture s'élevoient quatreObélifques décorés de fleurs
de Lys, de Chifres du Roi , de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Caducées. ChaqueObélifque étoit couvert fymétriquement
de matieres deftinées à l'illumination.
Au milieu de ces quatre Obélifques étoit un
Attique , fur lequel étoit appuyé un piédeſtal ſurmonté
d'un grand Obélifque enrichi de fleurs de
Lys & deCaducées ; cet Obélifque chargé d'illuminations
terminoit l'ouvrage par un Soleil rayonnant.
Les quatre faces du piédeftal offroient des basreliefs
en camayeu ; & fur chaque face du piédeftal
on lifoit une infcription qui annonçoit le
fujet qu'elle reprefentoit.
Le premier bas relief , qui faifoit face à l'Hôtel
'de Ville , repréfentoit notre augufte Monarque au
milieu d'un camp ; à fes côtés étoit le Dieu Mars
qui lui montroit les Villes qu'il a conquifes , les
plans de la bataille de Fontenoy, de Laufeldt & de
Raucoux , & fembloit d'une main , en lui montrant
la Hollande , l'animer à de nouvelles conquêtes
. Sa Majefté , moins flatée de fes promeffes
que du défir de rendre la tranquillité à l'Europe .
portoit fes regards vers le Temple de la Paix avec
ces mots.
JUI N. 1749: 167
Tu t'efforces en vain de féduire mon coeur ,
Dieu des combats ; je préfere la gloire
D'un Titus pacifique aux lauriers d'un vainqueur ;
La Paix a fes Héros , ainfi que la Victoire .
Dans le bas - relief, placé à l'Occident , on
voyoit le Roi accompagné de la Sageffe & de la
Victoire, recevoir favorablement la Paix préfentée
par Mercure.
Hâte-toi, Paix divine, & comble nos fouhaits ;
Approche de Louis ; la Sageffe l'inſpire.
Il veut qu'aujourd'hui ſon Empire
Soit le vrai Temple de la Paix.
Au bas-relief qui regardoit le Midi , étoit repréſentée
au pied du Trône de Sa Majefté , la
France ; le Roi lui donnoit une branche d'olivier ;
à côté duTrône on voyoit Apollon , & l'Abondance
avec les attributs. Sa Majefté exprimoit ainfi
à la France les fentimens de fon coeur.
France , dont le bonheur eft l'objet de mes voeux,
Pour toi de mon amour j'ai conſommé l'ouvrage ;
Qu'à tes yeux ce rameau foit le fidéle gage
De mon ardeur à faire des heureux .
Le bas-relief tourné vers l'Orient , repréfentoit
les Génies des Arts , s'invitant réciproquement à
fignaler leur ardeur , pour confacrer par des ouvrages
dignes de l'immortalité la mémoire de
Louis XV.
Par divers monumens , émules de l'Hiftoire ,
168 MERCURE DEFRANCE.
Eternifons un Roi , le premier des humains ,
Et rendons fes hauts faits , retracés par nos mains,
Le plus digne ornement du Temple de Mémoire.
Explications des Devifes des Emblèmes
peintsfur les Médaillons dont les quatre
faces du corps de baſe étoient ornées.
A la droite de la figure de la Justice étoit un
Lys , dont l'extrême biancheur frappoit les yeux ,
fymbole naturel de la fidélité inviolable du Roi
dans fes engagemens ; vertu qui lui attire l'amour
de toute l'Europe. Candore meretur amorem,
Objet chéri de la Nature
Par mon éclat aux fleurs je dois donner la loi ;
J'exprime de Louis cette infigne droiture ,
Qui réunit en lui l'honnête homme au grand Roi,
A la droite de la figure de la Juſtice , un Orphée
entouré d'Hommes , d'Aigles , de Lions &
de Léopards , qui de contemploient avec raviffement
, repréfentoit Louis XV refpecté & admiré
de les ennemis mêmes. Diverfos Concordiajunxit,
Par la puiffance de mon art ,
'Autour de moi tout cede aux loix de l'harmonie ;
Des mortels à mon gré maîtriſant le génie
J'adoucis le Lion , l'Aigle & le Léopard.
A la gauche de la figure de la Juftice étoit un
Laurier dont les branches fervoient à former di̟-
verfes Couronnes ; les unes pour les Guerriers ,
les autres pour les Sçavans ; image de l'équité ,
ave
JUIN. 1749. 169
vec laquelle Sa Majefté récompenfe les enfans
de Mars & les amis des Muſes , Martem Phoebun
que coronat.
Les récompenfes que je donne
Sont le prix flateur des talens ,
Et les Héros & les Sçavans
Sont les mortels que je couronne.
A la gauche de la figure de la Juſtice, dans une
riche caifle aux Armes d'Elpagne , étoit un grenadier
qui offroit aux yeux une grenade couverte
d'une Couronne , effet des vives impreffions du
Soleil , pour exprimer que l'Infant Don Philippe
doit à la protection de Sa Majesté la reftitution des
Souverainetés de Parme & de Plaiſance , A Sole
Corona.
A l'Aftre , qui fur moi répandit fes ardeurs ;
Je dois l'éclat qui m'environne ,
Et fi je porte une Couronne ,
Elle eft le fruit de fes faveurs.
A la droite de la figure de la Tempérance , on
voyoit Mars affis fur un fuperbe Trophée d'armes;
une troupe de Génies venoit le défarmer,& parta
geoit les inftrumens militaires entre Diane & Cérès.
Mars applaudiffoit à ce partage , & annonçoit
les exercices pacifiques qui vont occuper les guerriers
, & les travaux de l'agriculture que la Paix
va ranimer. Melior nunc confecrat ufus.
Terribles inftrumens qu'employa mon courage ,
Vous ne donnerez plus de fpectacles cruels ;
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
•
Un plus aimable & plus utile uſage
Vous confacre à jamais au bonheur des mortels.
A la droite de la figure de la Tempérance , l'Amour
& l'Hymen , couronnés de rofes & de myrthe
, accompagnés des trois Graces , formoient des
danfes légéres devant les Buftes de Monfeigneur le
Dauphin & de Madame la Dauphine . A côté étoit
Lucine , portant d'une main un berceau d'or, & de
l'autre une Fleur de Lys ,ainfi que la Fable l'a quelfois
repréſentée . Lucine ranimoit la joye de leurs
danfes par ces mots. Complebunt gaudia Cuna.
De ces Amours imitons l'allégreffe ;
Mêlons nos voeux à leurs plaifirs :
Lucine , rempliffant l'effet de ſa promeffe ,
Par fes bienfaits dans peu comblera nos défirs.
A la gauche de la Tempérance , le Génie de la
Peinture , entouré d'une foule de Génies fur leurs
Atteliers , leur propofoit pour fujet de leurs travaux,
de peindre les faits éclatans de notre augufte
Monarque. Rheims dans cet Emblême annonçoit
que le principal objet de fon Ecole de Deffeing fera
de préparer les éleves à rétracer les grandes actions
de Louis XV, à l'imitation d'Apelles qui ne
peignoit qu'Alexandre . Unum fic pinxit Apelles.
Vos pinceaux déformais ne fe plairont qu'à rendre
Les vertus de Louis , les traits & fes exploits ;
C'eft ainfi qu'Apelle autrefois
Ne vouloit peindre qu'Aléxandre.
A la gauche de la figure de la Tempérance ,
Uranie , la Mufe qui préfide aux Mathématiques ,
JUI N. 1749. i7i
aiffant négligemment à fes pieds plufieurs Plans
de Fortifications , fe propofoit de former mainte
nant les éleves dans l'art d'élever des Temples
de bâtir des Palais ; elle vouloit dans fes Ecoles
travailler à rendre par fes leçons la France le plus
beau des Empires.Majus opus moveo . Æneid . lib . v11 .
Des Temples , des Palais, le goût & l'ordonnance.
Exerceront déformais mon compas :
J'abhorre maintenant la fatale ſcience ,
Qui dirige la foudre, & hâte le trépas.
A la droite de la figure de la Force , une Pallas
ayant déposé fon cafque , fa lance & fa cotte d'armes
, s'occupoit l'aiguille à la main à tracer fur un
deffeing de tapifferie le Temple de la Paix ; elle
animoit par fon exemple les Nymphes , qui l'envi
ronnoient,à enrichir par leur induftrie les differentes
Manufactures . On fe propofoit d'exprimer
par cette image l'accroiffement des Manufactures
pendant la paix. Sic operumfolertia creſcet.
De l'émulation , mere de l'induftrie ,
Vont s'accroître partout les utiles travaux
Et chaque jour mille ouvrages nouveaux
Enrichiront l'Artiſte & la Patrie.
2
+
>
A la droite de la figure de la Force , un Vaiffeau
environné d'une foule de Tritons & de Néréides
fonnant de leurs conques marines , & voguant
paisiblement fur la mer , annonçoit la liberté rendue
à la navigation , un des principaux avantages
du retour de la Paix. Pacatum volitant per mare
Navita, Hor. Od. lib. xv.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Je ne fuis plus craintif , retenu dans les Ports :
de parcours à mon gré l'empire de Neptune ,
Et miniftre de la Fortune ,
De l'Aurore au Couchant je porte fes tréſors.
A la gauche de la figure de la Force étoit un olivier
dont les branches courboient fous le poids des
fruits , image naturelle des avantages que les peuples
vont retirer de la paix. Spes quinta!
De fruits quelle heureuſe eſpérance !
Sous leur poids précieux s'affaiffent mes rameaux,
Et dans peu de fes dons nouveaux
Les peuples fortunés goûteront l'abondance.
A la gauche de la figure de la Force , Mercure
portant d'une main fon caducée , & de l'autre les
ordres de Jupiter , exprimoit par la joye de fon
vifage la fatisfaction qu'il a d'être le miniftre d'un
Dieu , l'ami des mortels , pour fignifier combien
pour des hommes vertueux , fous un Roi fage &
rendre pour fes peuples , il eft heureux d'être exécuteur
de fes ordres . Boni juftique fequefter.
Miniftre du plus grand des Dieux ,
De ce titre Aateur quel eft le caractére ?
Tu n'exerces ton miniſtére
fa Que pour la gloire & faire des heureux.
A la droite de la figure de la Pruderce étoit un
chêne dont le vafte contour défendoit des oliviers
contre les efforts des vents , pour exprimer les fecours
que le Roi a fournis à la République de
Génes. Umbra tutatur amicâ.
JUI N. 1749: 173
A ceux, qui de mon ombre éprouvent l'avantage ,
J'affûre du repos le bienfait précieux :
Ma cime inébranlable & voifine des Cieux .
Ecarte le tonnerre , & défend de l'orage .
A la droite de la figure de la Prudence , on voyoit
un Soleil bienfaiſant , dont la douce chaleur répandoit
partout la férénité , figure naturelle des tranfports
d'amour & de joye qu'a fait naître diverfes
fois dans la Ville de Rheims la préfence de Sa Majefté.
Oculos & corda ferenat.
Frappe t'il nos regards ? A l'inftant fa présence
Répand le plaifir en tous lieux :
Tel eft l'effet de fa puiffance
Et fur les coeurs & fur les yeux.
A la gauche de la figure de la Prudence , un
Cirque préfentant des courfes de chevaux dans la
folemnité des Jeux Olympiques où fe diftribuoient
des Prix à tous les talens , défignoit l'Académie
que la Ville de Rheims fe propofe d'établir inceffamment
, dont les exercices ne fembleront prefque
deftinés qu'à former tous les ans des Caroufels
, où fe diftribueront non - feulement aux Artiftes
& aux Manufacturiers , mais encore aux
Académiftes , des Médaillons fur lefquels fera gravée
la Statue du Roi Stimulabunt Pramia curfum.
Leurs courfes n'offriront qu'un fpectacle flatteur ;
Leur arene de fang ne fera jamais teinte ,
Et de Louis la glorieuſe empreinte
Sera le prix qu'on deftine au vainqueur.
A la gauche de la figure de la Prudence ,étoit une
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Renommée dans les airs avec deux trompettes ,
chacune defquelles étoit attachée une Banniere
fur l'une on lifoit ces mots . LUD . XV . Felicitatis
temporum reparatori . Et fur l'autre ces paroles. Famam
qui terminat aftris . Æneid. lib. 1 .
;
A LOUIS pacifique au ſein de la victoire ,
Que l'Univers entier applaudiffe avec moi :
Plus prompte que les vents, je vais de ce grand Roi
Porterjufques aux Cieux les vertus & la gloire .
Dans deux niches à côté de la porte de l'Hôtel
de Ville , on voyoit deux grandes ftatues , dont
P'une repréfentoit la Ville de Rheims , & l'autre la
riviere de Velle.
La Ville de Rheims couronnée de tours , montrant
d'une main les Arcs de triomphe élevés à la
gloire de Jules Céfar , dont elle conferve les reftes.
précieux , portoit fes regards fur le plan de la Place
où fera érigée la Statue de Louis XV. donnant
la paix à l'Europe , monument que Sa Majesté veut
bien lui accorder comme le prix de fon zéle & de
fon amour : un objet fi flatteur & fi glorieux la
pénétroit des plus vifs tranfports , & elle exprimoit
ainfi l'excès de ſa joye.
Vous ne fixez plus mes regards ,
Arcs fuperbes , des ans qui bravez les outrages ;
Je n'admire plus les Céfars :
Louis que je contemple , a feul tous mes hommages.
La Nymphe de la Vefle couronnée de fleurs &
de roſeaux , mollement appuyée ſur ſon Urne
prenoit part à l'allegreffe publique ; elle invitoit
2.
JUI N. 175 1749.
les Nayades des fontaines nouvelles qui commen
çoient à couler dans Rheims , à confacrer leur entrée
dans cette Ville , en uniffant le bruit de leurs
eaux aux acclamations univerſelles.
Nayades , qui venez enrichir ce féjour ,
Ranimez de vos caux les fources bienfaifantes ;
Uniffez leur murmure aux fêtes éclatantes
D'un Peuple à qui Louis infpire tant d'amour.
Au- deffus de la porte de l'Hôtel de Ville , on lis
foit dans un cartouche l'Infcription ſuivante :
LUDOVICO DECIMO - QUINTO ,
Regi Maximo & Optimo , de Auftriacis , Anglis ,
Batavis tert. Triumphatori , Victori Pacifico , Regum
Exemplari , Europa Amori ; & fuorum Deliciis
Pacem , fuá beneficentiâ reftitutam exundante
votorum latitia Gratulatur S. P. 2. R. Anne
M. D C C. XLIX.
"
Au - deffus étoit dans un autre Cartouche la
traduction de l'Infcription.
Le Confeil & le peuple de la Ville de Rheims ,
dans les effufions de la joye la plus vive , félicitent
Louis XV , Roi très- grand , & très- bon , trois fois
vainqueur des Autrichiens , des Anglois & des
Hollandois , Conquérant pacifique , le modele des
Rois , l'amour de l'Europe , les délices de la Fran
ce , fur la paix qu'il vient de donner à fes Peuples,
l'an mil fept cens quarante - neuf.
Cette Infcription étoit furmontée d'un autre
grand Cartouche , où étoient peintes les Armes du
Roi d'une façon qui a rapport à l'Inſcription. Trois
Génies fortoient du fond d'une nue rayonnante ,
Hii
76 MERCURE DE FRANCE .
portant chacun une fleur de lys , qu'ils difpofoient
felon l'arrangement ordinaire ; du haut de cette
nue s'élevoient encore trois Génies , ayant en main
chacun une Couronne qu'ils s'empreffoient de pofer
fur l'Ecuffon ; l'une étoit de chêne , pour marquer
la puiffance de Sa Majefté , l'autre de laurier ,
pour annoncer le Vainqueur , & la troifiéme d'olivier
, pour exprimer le Roi pacifique , avec ces
mots : Tanto non fufficit una.
Nous
France , au Vainqueur de Fontenoy
portons ces tributs que l'équité lui donne :
Pour les vertus d'un fi grand Roi
C'étoit trop peu d'une Couronne .
La façade de l'Hôtel de Ville préfentoit par fon
illumination un autre fpectacle . Au - deffus du balcon
s'élevoit une eftrade de fix degrés , où l'on
yoyoit les portraits du Roi & de la Reine , fous un
dais enrichi de bioderies & des chiffres de Leurs
Majeftés.
La fête fut annoncée dès le matin par le bruis
du canon des remparts . L'illumination du feu de
joye & de la façade de l'Hôtel de Ville commença
vers les fept heures du foir au fon des trompettes ,
des fifres , des haut bois , des tambours & des timbales,
& fut fuivie des décharges du canon , & de la
moufqueterie des Chevaliers de l'Arquebute.
L'illumination , l'artifice & les fufées volantes ,
femblerent donner une espece de vie aux figures
fymboliques dont le bâtiment du feu de joye étoit
décoré , & pour donner un nouvel agrément à ce
fpectacle , on avoit placé au balcon de l'Hôtel de
Ville un choeur nombreux de Symphonistes , dont
les airs exprimoient la joye univerfelle . Des fontaines
de vin couloient aux quatre coins de la Pla
JUIN.
177 1749.
te. Une joye vive annonçoit le zéle , les voeux &
l'amour de toute la Ville pour notre augufte Monarque
, & ces fentimens étoient éloquemment
exprimés par des acclamations & des cris redoublés
de vive LOUIS le Bien- aimé , vive la REINE ,
vive Monſeigneur LE DAUPHIN & Madame
LA DAUPH NB.
Chacun s'empreffa de feconder le zéle du Confeil
de Ville par des illuminations & des feux qui
furent allumés dans toute la Ville , & par une
émulation d'amour , chaque quartier fe préparoit
à fe difputer la gloire de mieux fignaler fa joye
par les fêtes & les feux d'artifices qu'on difpofoit
de tous côtés.
Les Devifes & les Emblêmes ont été imaginés ,
& les Infcriptions en vers , compofées par M. de
Saulx , Chanoine de l'Eglife de Rheims , Recteur .
de l'Univerfité & Principal du Collége .
RELATION des Fêtes quife font données
à Bayonne pour la publication de la Paix.
Ja
>
E vous obéis , Monfieur ; voici la relation
de nos Fêtes pour la publication de la Paix
Vous ne connoiffiez notre Ville que par la devife
honorable qui décore fes armes. Vous étiez étonné ,
lorfque vous paffâtes ici il y a deux ans , de voir
le nombre de nos armemens & celui de nos
prifes fur les ennemis. Nous avons donné pendant
la guerre des preuves de notre courage
& de
notre zele pour l'Etat aujourd'hui que la Paix
nous fait quitter les armes , nous nous livrons à
la joye , & nous n'y mettons d'autres bornes que
celles de notre amour pour le Roi Bien Aimé ,
dont elle eft l'ouvrage . Jamais Prince ne mérita
:
Hv
17S MERCURE DE FRANCE ;
:
plus ce titre glorieux , jamais Sujets n'ont mieux
rempli que nous les heureufes obligations qu'il
nous impofe être fideles , c'eft notre vertu diftinctive
; mais être pleins de tendreffe pour le Souverain
qui nous gouverne, c'eft le jufte tribut qu'un
chacun de nous fçait rendre au meilleur de tous les
Monarques.
Les ordres pour la publication étant arrivés , on
en fixa la cérémonie au 8 de ce mois. La cavalcade
alloit commencer , mais le tems devint fi affreux
que Meffieurs nos Magiftrats furent forcés de la
renvoyer au Lundi ; cependant la Paix fut publiée
dans la grande Place , au bruit des inftrumens militaires
, & d'une falve de pierrie .
Le Dimanche , jour pris pour le Te Deum , M..
le Marquis Damou , Lieutenant de Roi de notre-
Place , donna un dîner fplendide à nos Magiftrats
& aux Notables , à deux tables de trente cou
verts , fervies avec une délicate profufion : il fit
les honneurs du repas avec cet air d'aifance & de
politefle qui lui eft fi naturel , & qui lui attire
le refpect & l'eftime de tous les citoyens . Vers.
les trois heures , on fe rendit à la Cathédrale .
M. l'Evêque officia au Te Deum qui fut chantéen
muſique , & pendant lequel les troupes Bourgeoiles
fe mirent en parade fur la place , où l'on
avoit dreflé le feu de joye ; il fut allumé par M.,
le Marquis Damou & M. Brethous , Maire , qui:
s'étant mis enfuite à la tête des Compagnies Bour
geoifes , les mena fur les remparts , tandis que
le Régiment d'Artois s'y rendoit d'un autre côté :
on fit une triple décharge du canon de la Ville , des.
Châteaux , de la Citadelle , & de la moufqueterie
de toutes les troupes.
Ce même jour , les Comédiens repréfenterent
Pourceaugnac gratis pour le peuple. Les femmes ,,
JUIN. 179 1749.
qui dans le rang des artifans , font diftinguées ,
occupoient les premieres loges. M. le Marquis Damou
avoit dès le matin envoyé la clef de la fienne
à la plus confidérée d'entre elles .
A huit heures , les illuminations commencerent
, elles furent répetées trois jours confécutifs
celle du Gouvernement , qu'occupe M. le Marquis
Damou , étoit très-bien entendue , ornée
d'emblêmes propres au fujet.
Comme on avoit été prévenu de la publication
, plufieurs jeunes Meffieurs préparerent une
pamperruque ; c'eft une espece de danfe particuliere
à notre Ville . Pour la rendre tout - à - fait
brillante , ils choifirent entre cux quatorze Cavaliers
, qui prierent treize Demoiselles vous en
lirez les noms avec plaifir , & je me difpenfe de
vous dire que c'eft ce que nous avons de mieux
dans l'un & l'autre fexe.
Cafaubon.
Defbici.
Labatur.
Vanoofterom Dubec.
Dufau.
Vanoofterom.
Mefdemoiſelles.
Brethous.
Biaudos.
Darreche.
Duhamel .
Commarieu.
Darreche. Dalincour.
Meffieurs.
Moracin. Courthiau.
Darguibel. Vanoofterom.
Foffecave. Duhamel.
Delacourtaudiere. Arnaud .
Vanoofterom Dubec. · Commarieu.
Labatut. Brettes .
Cafaubon . Bourdettes.
Les Demoiselles étoient vêtues d'un cafaquin
de droguet blanc , orné de rubans couleur de rofe
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
découpés , la jupe de même avec le falbala , un
tablier de gaze bordé & garni de fouci d'hanneton
, l'écharpe , le noeud d'épaule & celui des
cheveux , tout en couleur de rofe Elles étoiens
coeffées en cheveux avec des fleurs artificielles ,
elles avoient un petit chapeau de carton , couvert
de roſe & de blanc , avec des rubans ondés
& bouillonnés qui tomboient fur un côté . Les
Cavaliers étoient habillés dans le même goût , d'une
vefte de droguet blanc garnie fur toutes les tailles
de taffetas couleur de rofe , l'écharpe , le noeud
d'épaule & la cadenette comme les Demoiselles , &
deux rubans de ces couleurs mélangées fervoient
à fe tenir par la main. Les tambours au nombre
de fix , étoient auffi des Meffieurs de la Ville ,
même des plus diftingués , deux autres donnoient
du cor , & un neuviéme faifoit les fonctions de
Major. Cette troupe lefte & galante fe rendit
chez M. Brethous , où elle fut reçûe par Madame
fon époufe , avec cette politeffe qui rend ſa maifon
fi gracieufe . A dix heures , la pamperruque
fortit ; elle étoit éclairée par cent flambeaux de
cire blanche ; après avoir fait une dabedabe devant
la porte de M. le Maire , elle fut à l'Evêché ,
& enfuite au Gouvernement ; M. le Marquis &
Madame la Marquife Damou la reçurent ; quel
ques inftances que l'un & l'autre fiflent pour engager
ces Demoifelles à fe repofer , & à prendre
les raffraîchiffemens qu'ils avoient fait préparer ,
l'ardeur de fe laiffer voir au refte de la Ville fut
une excufe légitime de ſe refuſer à cette follicitazion
. La pamperruque parcourut les principales.
rues , elle formoit un coup d'oeil unique qu'on
admireroit à Paris , par le galant de l'ajuftenient ,
& la finefle des Danfeurs , auxquels M. de Moracin
qui étoit à la tête donnoit l'exemple ; enfin elle
JUIN. 1749. 181
rentra chez M. le Maire , où elle trouva toute
dreffée une table de quarante couverts avec un trèsbel
ambigu.
>
Le lendemain Lundi , Meffieurs nos Magiftrats.
fe rendirent à l'Hôtel de Ville pour la cavalcade
elle commença vers les quatre heures ; la marche
étoit ouverte par un détachement de cinquante
hommes choifis des troupes Bourgeoifes , conduits
par leurs Officiers ; enfuite venoient trente jeunes
Meffieurs habillés uniformément d'un furtout rouge
à boutonnieres d'or , montés für de très beaux
chevaux galamment enharnachés , & ornés de
noeuds de differentes couleurs ; ils avoient à leur
tête M. le Chevalier d'Arnaud ; à quelque diftance
fuivoient Meffieurs les Magiftrats , précedés des
Maffiers & des Capitaines du Guet, auffi à cheval;
la marche étoit fermée par un détachement égal
au premier.La Ville retentie d'acclamations de vive
Le Roi ; chaque citoyen lui donnoit les noms les
plus tendres ; jamais il n'a été loué auffi dignement
que par la bouche d'un peuple ingénu , qui
méconnoiffant Part de flatter , parle ainfi que le
coeur l'infpire. La cavalcade finit devant l'Hôtel
de Ville ; on fit couler de nouveau pour le peuple
des fontaines de vin , & les Cavaliers , après s'être
délaffés , parcoururent la Ville en pamperruque.
A fept heures , les illuminations recommencerent
; celle de l'Hôtel de Ville étoit très belle ; nos.
Poëtes en fournirent quelques ornemens . Voici le
fruit de leur zele .
Principis arbitrio pofuit Bellona furores
Quid mirum ? Martem noverat eſſeſuum-
Au côté droit,
Intrépide guerrier & toujours invincible ,
182 MERCURE DE FRANCE.
Louis eft un Héros digne d'être admiré,
Arbitre de la paix , jufte , tendre & ſenſible ,
Louis eft un grand Roi , digne d'être adoré .
Au côté gauche.
A la voix de Louis la paix defcend des Cieux
Venez ; peuple venez prendre part à des fêtes
Plus cheres à fon coeur , plus beiles à fes yeux
Que les monumens glorieux ,
Par lefquels vous avez célebré fes conquêtes.
?'
A dix heures , l'affemblée pour le bal à l'Hôtel
de Ville fe forma ; elle étoit auffi nombreuſe que
brillante ; il fut ouvert par M. le Maire avec
Madame Damou , dont le moindre des avantages.
eft de danfer à ravir ; vous fçavez qu'aux graces
d'une aimable figure , elle joint un efprit infini
beaucoup de politeffe , & encore plus de douceur.
Elle prit M. le Comte de Brienne , Colonel du
Régiment d'Artois ; les autres Dames en place , &
les étrangeres , danferent à leur tour. Celles de la
Ville , qui étoient cenfées faire les honneurs de
Cette fête , commencerent les contre- danfes , qui
ne finirent qu'à fix heures du matin : cette nombreufe
affemblée n'a pu qu'être enchantée des
attentions de Meffieurs Brethous , Duvergier
, Patoureau Labatut , Pinkeveer , Maifonneuve
& Broffé , Magiftrats ; ils firent diftribuer
toute forte de raffraîchiflemens. Rien n'a échappé à
leur attention ni à leur politeffe, on ne peut en faire:
affez d'éloges.
"
Le Mardi , il y eut une très belle courfe fur la
place de Gramont préparée pour ce fpectacle
plufieurs Toreadores Efpagnols firent briller leur
JUIN. 1749. 183
adrele. C'est par- là que finirent les fêtes données
au nom de la Ville . Limitée dans les revenus , elle
a dú y proportionner fes dépenfes ; mais elle a
trouvé des reffources dans le zele de fes habitans
fur- tout de Meffieurs les principaux Capitaines de
nos Vaiffeaux Marchands , qui s'étant cotifés au
nombre de quarante , ont donné une fête magnifique.
Ils firent entrer dans les chaînes une Fregate
de 200 tonneaux , fur laquelle on conftruifit :
deux fales, La Fregate étoit entierement pavoifée
, ornée de toute forte de pavillons & de banderoles
, tous les mâts garnis de laurier & de cou
ronnes de fleurs. Le Lundi , on y cîna à deux tables
de vingt-cinq couverts. M. le Marquis Da
mou , M. le Comte de Brienne , M. le Maire ,,
M. de Laborde Lieutenant Général de l'Amirauté
, M. de la Courtaudiere , y furent invités ;
le repas étoit fplendide par la variété & la beauté
du poiffon ; on but la fanté du Roi au bruit d'une
décharge de vingt pieces de canon , montées ( ur
une autre Fregate qui étoit dans la rade , & à
qui on donnoit le fignal pour les falves , en hiffant :
une flamme bleue. Lorfque la cavalcade paffa fur le
pont Mayou , on ferra tous les pavillons , pour ne
laiffer paroître que celui de France , que la feconde
Fregate falua d'une triple décharge , & à
laquelle la premiere répondit par des vive le Roi ;
les falves & les acclamations continuerent pendant
tout le tems que la cavalcade parcourut la Ville , &
ne ceflerent que lorfque tous ces Meffieurs furent à
terre .
"H
Le lendemain , il y eut un autre repas , comme
la veille . Plufieurs Dames furent à bord pour voir
la courfe que donnoit la Ville , elles furent reçûes.
au bruit du canon , des tambours , violons , cors
de chaffe & tambourins. Meffieurs les Capitainas :
184 MERCURE DE FRANCE!
firent fervir avec profufion des raffraîchiffemens
il y avoit trois buffets dreffés , où l'on trouvoit des
vins & des liqueurs de differentes efpeces , furtout
du Champagne exquis. On danía jufqu'à la fin du
jour , & lorique cette brillante compagnie fe
rendit à terre , elle fut faluée de dix - neuf coups de
canon .
Il y eut le Mercredi un troifiéme dîner , qui ne
cedoit en rien aux deux précedens . Madame la
Marquife Damou , Madame Brethous , & les autres
Dames les plus diftinguées , ayant été invitées
de fe rendre à bord de la grande Fregate , pour
voir la courfe que donnoient ces Meffieurs , y
arriverent vers les trois heures ; à quatre , on préfenta
un ambigu ; les Dames feules étoient à table
fervies par les Cavaliers ; la feconde Fregate
fit des falves continuelles ; après l'ambigu , le bal
commença ; Madame la Marquife Damou l'ouvrit
avec M. Bourlafteguy , Doyen des Capitaines.
La courfe finie , on fe retira. Ces trois
fêtes ont été fupeibes ; ces Meffieurs en opt fait
les honneurs, de façon à contenter tout le monde;
rien n'y a manqué , rien n'a été épargné , le
moindre goût y étoit fatisfait dans l'inſtant , on
n'avoit qu'à fouhaiter. Je voudrois pouvoir vous
nommer tous ces Meffieurs , pour leur rendre la
juftice qu'ils méritent chacun en particulier . M.
Dupuy fut chargé d'orner la Fregate ; Meffieurs
Lano , Duler , Dubefin , de faire fervir les tables
Meffieurs Piqueflarry de faire les cérémonies : &
par les foins d'eux tous , jamais on n'a donné une
fête plus magnifique.
;
Cette relation eft déja trop longue , cependant
je ne fçaurois obmettre que les pauvres n'ont
point été oubliés dans cette allégreffe générale ,
ils y ont participé par la charité de pluſieurs parJUIN.
1749. 185
ticuliers , qui firent dreffer dans les rues des tables
pour les mendians , & le Dimanche , M. Brethous
fit donner à dîner à fes dépens à tous les prifonniers.
M. de Villere , Directeur de l'Artillerie du Châ
teau neuf , fit tirer le Mardi un petit feu d'artifice
qui réuffit très-bien ; en un mot , il n'eft point de
citoyen qui dans cette occafion n'ait donné des
preuves éclatantes de fon zéle. La Compagnie des
Tonneliers a fait auffi une pamperruque , les Comédiens
fe font encore fignalés par un spectacle
fingulier. Montés fur des chevaux choifis exprès
ils parcoururent la Ville habillés uniformement ;
au lieu de chapeau , ils avoient fur leur tête une
lanterne de carton aux armes de France avec des
devifes , & chacun jouant d'un inftrument different
, ils donnoient une efpece de concert devant
les principales maifons . Tous ces détails ne vous
paroîtront point ennuyeux , puiſqu'ils vous prou
veront , que fi notre Ville n'a pas égalé les autres
par la magnificence de fes fêtes , elle les a furpaffées
peut être par fon zéle & fa joye.
J'ai l'honneur d'être , & c.
De Fourgues.
Bayonne le 22 Mars 1749.
A Meffieurs du Magiftrat de Lille , fur la
Fête qu'ils ont donnée pour la publication
de la Paix.
M Effieurs,j'ai trouvé la fête fibelle , fi flatteufe
, fi brillante , qu'à mon retour de votre
Temple de la Paix , fur le champ je me fuis
transporté dans celui des Mufes , pour fçavoir ce
qu'on en difoit , le voisi
186 MERCURE DE FRANCE .
Q Uel Temple fuperbe s'éleve
Au nom de l'immortelle Paix !
L'ouvrage eft un prodige , & la main qui l'acheve è
A raffemblé les plus beaux traits.
Dans le fein de la Ville , au centre de la Place ,
En fon vafte contour , fa pompeufe rondeur
Offre le goût léger , la grace ,
Et l'image de la grandeur.
L'Art , qui par fes efforts imite la Nature ,
A voulu fans doute honorer
D'un chef- d'oeuvre d'Architecture
Un chef-d'oeuvre de Paix qui ſe fait adorer.
Partout l'agréable Peinture ,
Semant les feftons & les fleurs ,
Embellit encor la Sculpture ,
Et l'anime de fes couleurs.
Huit colonnes de marbre , appuyant l'édifice ,
Soutiennent de la Paix leTemple , & des Autels ,
Où doit brûler en facrifice
Le plus doux encens des mortels.
Le monument augufte ouvre quatre portiques ,
Et regardant du Ciel les quatre points divers ,
Semble inviter tout l'Univers
Aux réjouiffances publiques.
Les vertus de Louis , par qui l'art du Sculpteur
Veut inftruire le fpectateur ,
Obfervent à l'entour un éloquent filence :
JUI N. 1749. 387
La Juftice dans fa balance
Pefe les droits des Souverains.
Mais la valeur guerriere en fixe les deftins ,
Se conduifant par la Prudence ;
D'un air empreffé la Clémence
Releve les vaincus , & pardonne aux humains.
Cependant au milieu du Temple
La Paix fur un trône d'azur ,
Defcend dans l'éclat le plus pur ,
Et charme l'oeil qui la contemple ;
La douceur & la majefté
Qu'on voit briller fur fon viſage ,
Attirent l'amour & l'hommage
A l'heureufe Divinité ;
Groupe frappant , ſublime ouvrage ,
Qui porte la félicité.
Elle tient en fes mains l'olive & l'abondance ;
Au deffous d'elle on lit : Louis triomphateur ,
Venant d'épouvanter l'Europe à fa vengeance ,
En eft le pacificateur .
Sur un Globe , au fommet , on admire Mercure ;
De la France fon bras fait flotter l'Etendart ;
Rapide & volante figure ,
Il prend fon Caducée , & part.
Que d'emblêmes fçavans retracent les conquêtes,
Et que de traits ingénieux .
Par l'Hiftoire & la Fable embelliffent ces fêtes. !
188 MERCURE DE FRANCE:
Tout refpire, tout penfe, & tout y parle aux yeux.
Mais déja le feu d'artifice
Parmi les foudres , les éclairs ,
Vient confommer le facrifice ,
Part , petille , allume les airs.
A l'entour de la Paix le falpêtre fe joue ;
Il vole en gerbe , il tourne en roue ;
En cent façons il veut charmer ;
Il eft ferpent , couronne , étoile ,
Et la nuit repliant fes voiles ,
Croit que le Ciel va s'enflâmer .
La Paix regne , dit- elle , & ſa main triomphante
Des Lillois enchantés recevant mille voeux ,
Sans doute me les lance en feux ;
Ou bien fon Temple les enfante.....
Le feu vole toujours , & le couronnement ,
Les portiques , les girandoles ,
Les balustrades , les confoles ,
Tout enfin dans le mouvement
Veut être de la fête & de l'embraſement.
Le Globe en des clartés fi belles ,
Sous les pieds de Mercure offre un feu d'étincelles ,
Un Aftré fur la tête , image du Soleil ,
Répandant un éclat pareil ,
Vient rallumer le jour à fes flâmes nouvelles.
L'artifice , après un grand bruit ,
S'éteint & rend l'ombre à la nuit.
JUIN.
189 17493
Mais la populace animée ,
Voit, pour irriter fon déſir ,
Deux fontaines de vin qui coulent à loifir ;
Par fes cris , & les feux, la troupe confumée ,
Boit ce nectar & le plaifir.
Refpectable Sénat , & vous peuple de Lille ,
En confacrant ce monument ,
Puiffiez-vous éternellement
Vous affûrer la paix tranquille ,
Et puiffe la paix à ſon tour
Egaler fa reconnoiffance
A la rare magnificence
Dont vous célébrez fon retour !
A publier partout votre réjouiffance ,
Vous employez le Mercure des Dieux ;
Mais
pour
l'annoncer encor mieux,
Il faut le Mercure de France.
C'eft ainfi , Meffieurs , qu'on parloit de vous &
de votre Fête dans le temple des Muſes ; je viens
vous le redire , trop heureux de vous témoigner
par mon zéle la foumiffion profonde & relpec-
Lueufe dans laquelle je fuis , &c.
De C.
A Lille , le 17 Mars 1749.
190 MERCURE DEFRANCE.
A M. de Séchelles , Intendant de Lille , fur
le magnifique Divertiffement qu'il a donné
chez lui après le feu d'artifice , la nuit du
16 au 17 pour la publication de la Paix.
D
UTemple de la Paix , que tu fçais bien ,
Séchelles ,
Dans ce jour de triomphe , achever le tableau
Par un dernier coup de pinceau !
Chez toi cent colombes fidelles
Portent de l'olivier les branches immortelles ;
La tempête n'eft plus. La Paix dans un repas
A raffemblé tous ſes appas ,
En raflemblant toutes les belles .
Quel fpectacle riant de pas ingénieux ,
Qui tracent la penſée & qui parlent aux yeux !
La Paix y fait danfer les Graces ,
Les Graces font chérir la Paix ,
Etle folâtre Amour , qui vole fur leurs traces ,
Sans doute Y lance de fes traits.
Le feftin fuccede à la danfe ,
Et le goût, l'ordre , l'abondance ,
En ont fait la table des Dieux ,
Ou plutôt celle des Déeffes :
Huit tables leur offroient des mets délicieux ,
Et cent mortels, des foins officieux ,
Ne vivant que de leurs largeffes ,
JUI N.
191 1749.
Trop contens du charme des yeux.
• La liberté rioit là fans licence
Et fous les yeux de la décence ,
D'un air aimable , le défir
Boit à la coupe du plaifir ,
Et n'y trouve que l'innocence .
Mais à fon tour la danſe a chaffé le feftin ;
Le jeu fe met de la partie ;
Le ris avec eux s'affocie
Tous trois vont à l'envi regner juſqu'au matin :
O l'agréable compagnie !
Voilà tous les fallons en train :
Encor faut-il un peu de plaifir dans la vie.
Sa voix , fans qu'on y penſe , entraîne l'inſomnie ,
Et dort qui peut le lendemain.
De flambeaux radieux la fête illuminée ,
Et des plus beaux luftres ornée ,
Répand un jour heureux, qui donne à tout le prize
Les jeux , les danſes , & les ris ,
L'art dans les ornemens , & la riche matiere ,
Du tableau font le coloris ;
Les belles en font la lumiere :
Rien n'eft ombre : tout brille : & fur fon char la
nuit
"
Voyant ainfi la paix qui luit ,
Va finir plus loin fa carriere ,
Fort furpriſe que tant de bruit
Ofe troubler la courſe entiere ,
Et le filence qui la ſuit.
752 MERCURE DE FRANCE.
Chacun à fes plaifirs felon fon goût s'arrête ,
Mais dans le divertiffement ,
Aux yeux du connoiffeur , le plus bel ornement
Etoit la Reine de la fête .
Ainfi des coeurs François , ou la gloire , ou l'amour,
Tu fais briller la guerre , & la paix tour à tour :
La guerre fut le champ de ta rare prudence ;
Son regne t'illuftre à jamais ,
Mais le triomphe de la paix
Ne doit pas moins d'éclat à ta magnificence :
Son empire charmant commence
Par ton hommage , & tes bienfaits.
* Madame Herault.
Par le même.
EPIGRAMME
Du Regne de Louis le Grand ,
Un Juge de Province obtint par fa droiture
Un des premiers emplois de la Magiftrature.
Avant que de remplir un pofte fi brillant ,.
Il fe préfente au Roi dans une humble pofture
Pour lui marquer fincérement
Son zéle , fon reſpect & fa reconnoiſſance.
Le Monarque lui dit , d'un air grave & charmant ;
Monfieur , quoique mon coeur dans cette cir
conftance
Goûte
JUI N. 195
1749 .
Goûte , à vous obliger , le plaifir le plus doux ;
Sur mille concurrens de votre fort jaloux ,
Je ne vous aurois point donné la préference,
Si j'avois pú trouver en France
Un plus honnête - homme que vous.
Par M. Cotterean , Curé de Donnemaries
AUTRE.
Vous êtes Philemon , dans une erreur extrême
;
Un chacun vous connoît beaucoup mieux que
vous-même ;
De votre caractére en traçant le tableau ,
Dans un certain écrit dont j'ai pris la lecture ,
Vous croyiez avoir fait un chef- d'oeuvre nouveau.
Permettez que ma main , retouchant la peinture ,
Y donne, fans flatter , quelques coups de pinceau,
Vous verrez un portrait tiré d'après nature ,
Par le même.
KATDKD3AEDEDEDEDENKARDIA
SPECTACLES.
'Opéra de Naïs a le fort des autres ouvrages de
M. Rameau . Il eft honoré des repréſentations
les p'us nombreuſes , & plus on l'entend , plus il
eft applaudi. La double fête du premier Acte , &
PEpifode de Tiréfie , paroiffent fur tout acqueria
1. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
chaque jour de nouveaux charmes , & l'on ne
peut fe laffer d'admirer l'art avec lequel la Demoiſelle
Fel chante & joue fon rôle , particulierement
dans la Scéne intéreffante du troifiéme
Acte.
Le 20 du mois dernier , le Sieur Cuvillier , fils ,
qui s'est déja fait une grande réputation dans les
Provinces , débuta avec beaucoup de fuccès fur le
Théatre de l'Académie Royale de Mufique. Il a
une très belle baffe - taille , & les cadences parfaites
. On nous promet deux haute- contre nouvelles
, qui n'excelleront pas moins dans leur
genre. Cet empreffement des Dire&eurs de l'Académie
à faire ainfi des recrues pour la Scéne lyrique
, & leur attention à remettre en vigueur les
Ecoles de Chant & de Danfe , deftinées à fournir
des fujets à l'Opéra , méritent nos éloges & la reconnoillance
du Public.
Lés Comédiens Franço's donnerent le 30 Avril
la premiere repréfentation de la Tragédie d'Ariftoméne.
M. de Marmontel , Auteur de cet ouvrage ,
avoit déja fait concevoir de hautes efperances de
fon talent par la piéce de Denis le Tyran. Nonfeulement
il les foutient , mais il les a confidérablement
augmentées par fa nouvelle Tragédie.
Dans le tems que cette Piéce attiroit le plus la
foule des Spectateurs , elle a été interrompue à la
feptiéme repréfentation par une maladie fubite
& dangereufe furvenue à un jeune Acteur , qui
y joue d'une maniere fupérieure un rôle impor
tant. Cet accident oblige M. de Marmontel d'attendre
l'hyver pour faire reprendre fa Tragédie
par les Comédiens , & ne l'ayant pas vûe affez de
fois pour pouvoir en hazarder un extrait raisonné ,
nous differerons jufqu'à ce tems de parler plus au
long de cet ouvrage.
JUIN. 1749. 195
"
Le Concert Spirituel a exécuté le Jeudi 15
Mai , jour de la Fête de l'Afcenfion , une ſymphonie
del Signor Geminiani ; le Venite exultemus ,
Motet à grand Choeur , de M. d'Aveſne. M. La-
-vaux a joué fur le haut- bois un Duo avec M. Pagin.
M. Poirier a chanté feul Benedictus Dominus ,
petit Motet très gracieux de feu M. Mouret .
M. Pagin a joué la Tempête di Mare del Signor
Vivaldi , & le Concert a fini par Beatus
gifti , tiré du Pleaume Te decet , Motet à grand
choeur de feu M. Gilles , enrichi de plufieurs mor❤
ceaux excellens par un Muficien célébre.
quem ele.
CONCERTS DE LA COUR.
Li
E Lundi 21 Avril , on chanta chez Madame
la Dauphine l'Acte de Zelindor ou le Silphe,
de Meffieurs Rebel & Francoeur , Sur- Intendans
de la Mufique de la Chambre du Roi. Les paroles
font de M. de Moncrif , Lecteur de la Reine , &
P'un des quarante de l'Académie Françoife . Les
rôles ont été chantés par les Demoiſelles Chevalier
& de Selle , & par les Sieurs Jeliotte , &
Lagarde.
Le Mercredi 23 , le Samedi 26 , & le Lundi 28,
on chanta chez Madame la Dauphine le Prologue
& les cinq actes de l'Opéra de Calliroé , de
feu M. Deftouches ; les rôles ont été chantés
par
les Demoiselles de Selle , Romainville , Godonnefche
& Canavas , & par les Sieurs Jéliotte ,
Benoît & Dubourg.
>
Le Mercredi 30 , chez Madame la Dauphine à
Verfailles , le Samedi 3 & le Lundi s Mai , à
Marly , on chanta le Prologue & les cinq Actes
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
de l'Opera d'Amadis de Gréce , de feu M. Deftouches
, les Demoifelles Chevalier , de Selle &
Fel , & les Sieurs Poirier , Benoît , la Garde ,
Godonnefche & Dubourg , exécuterent les rôles.
Le Mardi 6 & le Jeudi 8 , on chanta à Verſailles
, chez Madame la Dauphine l'Opéra de Phaéton
; les rôles furent remplis par les Demoiselles
Chevalier , Lalande & Mathieu , ainfi que par les
Sieurs Jéliotte , Poirier , Benoît , la Garde &
Dubourg.
Le Mercredi 7 , le Samedi 10 & le Lundi 12 ,
on chanta à Marly le Prologue, le premier , le fe
cond & le troifiéme Actes de l'Opéra de Pirame
& Thiſbé , la Reine ayant redemandé le fecond &
le troifiéme Actes.
Le Samedi 17 , on exécuta à Verſailles , chez la
Reine , les quatrième & cinquiéine Actes du même
Opéra ; les paroles font de M. de la Serre , & la
Mufique de Meffieurs Rébel & Francoeur , Sur-
Intendans de la Mufique de la Chambre du Roi .
Les Demoiselles Chevalier , Canavas , Romainville
& Mathieu , ont chanté , ainfi que les Sieurs
Jéliotte , Benoît , de Chaffé & Poirier ,
Le Lundi 12 , à Marly , la Demoiſelle Peza ,
jeune perfonne , fut préfentée à la Reine pour la
Mufique du Roi , par M. le Maréchal Duc de Richelieu
, Premier Gentilhomme de la Chambre.
Cette Demoiſelle chanta un Monologue . L'éten
due de la voix furprit & Alatta tout l'auditoire , &
fait efperer qu'elle deviendra dans peu un trèsgrand
fujet pour les Concerts de Leurs Majeftés.
A Décoration qui paroît à la fin du cinquié
me Acte de l'Opéra de Naïs , & qui repréente
le Palais de Neptune, a été faite & inventée
JUIN. 1749. 197
par le Sieur Pietre Algieri , Italien , Peintre ordinaire
de l'Académie Royale de Mufique. Il eft
très- connu par les talens , & il en a donné fouvent
des preuves au Public , notamment dans la
Décoration qu'il a inventée & exécutée pour le
Théatre Italien , dans la Piéce intitulée les Fées
Rivalés , données au Public l'année derniere .
LETTRE à M. Rémond de Sainte Albine.
J
E fuis infiniment fenfible , Monfieur , à la
façon obligeante , dont vous avez bien voulu
parler dans votre dernier Mercure de mon nouvel
Opéra , mais je fens trop le prix de vos éloges ,
pour ne pas me hâter de rendre à M. Arnould ,
Machinifte du Roi & de l'Académie Royale de
Mufique , la jufte portion qui lui en eftdue.
C'eft lui , Monfieur , qui eft feul l'inventeur de
toutes les Machines que le Public a daigné ap
plaudir dans mes Opéra , & fi en formant mes
plans j'en ai prévû la poffibilité , c'est parce que
j'ai une connoiffance particuliere du talent ſupérieur
de cet habile Artiſte .
Je vous dirai plus ; c'eft cette même connoif.
fance qui m'a enhardi à ramener fur le Théatre
Lyrique la grande Machine , qui depuis M. Quinault
avoit été totalement abandonnée . La diffi .
culté de l'exécution a fans doute rebuté juſqu'ici
ceux de nos illuftres modernes , qui ont coure
avec diftinction la même carriere .
Il n'eft plus d'obftacle aujourd'hui ; avec M.
Arnould tout devient facile , & rien n'eft impoffible.
Je fuis ravi d'avoir cette occafion de lui donner
un témoignage public de mon eftime , &
I iij
198 MERCURE DE FRANČE.
de vous affûrer de tout l'attachement avec lequel
j'ai l'honneur d'être , & c.
A Paris , ce 27 Mai 1749.
De Cahufac.
LE RETOUR DU PRINTEMS.
ODE ANACREONTIQUE.
Q Uel bruit ! Quel charmant murmure
Semble animer les rofeaux !
Par tout la libre nature
Prend des agrémens nouveaux.
Que vois-je ? Le froid Borée
Ne bannit plus les Zéphirs ;
Vertumne fait fon entrée ,
Et ramene les plaiſirs .
**+
Le Soleil flattant la terre
De fes doux embraſemens ·
De nos prés fait un parterre ,
Qui fert de lit aux Amans.
Les oifeaux fous les feuillages
Rappellent le tendre Amour ;
KX
AND
YORK
ARY
JUI N. 1749 199
Hymen fait des mariages ,
Et célébre un fi beau jour.
Les agneaux quittant l'étable ,
Bondiffent fur le gazon :
Ceffant d'être impitoyable ,
Philis fouffre Coridon .
Ce berger des dons de Flore
Se plaît à parer fon fein ,
Voulant la furprendre encore
Par un plus hardi deffein .
+3x+
Novices , dans le jeune âge ,
De l'Amour craignez les traits ;
Le plus charmant badinage
Se changeroit en regrets ;
Ses promeffes femblent belles ;
Il vous paroît un mouton
Mais penfez qu'il a les aîles
Et l'humeur du papillon.
Ce Dieu , quand des fleurs naiffantes
L'éclat a frappé fes yeux ,
Les trouvant toutes charmantes ,
Ne fçait où fixer les feux ;
Sur chacune il fe repofe ,
I
200 MERCURE DE FRANCE.
Lui donnant un doux baiſer ;
Du lys il vole à la rofe ,
Puis il laiffe le rofier .
Ou bien , lorsqu'en jeune abeille ,
Qui veut compofer fon miel ,
Il bourdonne à votre oreille ,
Vous n'y trouvez point de fiel ,
Mais fi votre ame amoureuſe
Ofe le ferrer trop fort ,
Sa piqueure eft douloureufe ,
Et vous lui donnez la mort.
306506502 106 107 106 32 56:50
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
Es Députés des Etats de Bourgogne eurent le
20 du mois d'Avril une audience du Roi. Ils
furent préfentés par le Duc de Saint Aignan ,
Gouverneur de la Province , & par le Comte de
Saint Florentin , Secretaire d'Etat , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Grand Maître & le
Maitre des Cérémonies. La Députation étoit
compofée pour le Clergé , de l'Abbé de Groſbois ,
Doyen de la Sainte Chapelle de Dijon , lequel
porta la parole ; du Marquis d'Anlezy , pour la
Nobleffe & de M. Doublot , pour le Tiers-
Etat.
JUIN. 201
1749.
"
Le Roi fe rendit le 30 Mai au Château de Mar.
ly, & la Reine y joignit le Roi le jour fuivant.
Madame la Dauphine rendit le 27 Avril à la
Paroifle du Château de Versailles , les Pains Bénits ,
qui furent préſentés par l'Abbé de Poudens , fon
Aumônier en Quartier.
M. le Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , donna le 24 la démiſſion de ſes emplois.
Le Roi a difpofé de la Charge de Sécretaire
d'Etat du Département de la Marine en faveur de
M. Rouillé , Confeiller d'Etat , Commiflaire de
Sa Majefté à la Compagnie des Indes , & ci devant
Intendant du Commerce.
Sa Majesté a chargé le Comte d'Argenson du
Département de Paris , de celui des Académies ,
& de celui des Haras , & le Comte de Saint Florentin
, du Département de la Maifon du Roi .
Le Roi anommé fon Ambaffadeur auprès du
Roi de Sardaigne , le Marquis de la Chétardie ,
Lieutenant Général.
Sa Majeſté a accordé au Marquis de Saflenage ,
fecond Baron des Etats de la Province de Dauphiné
, Brigadier des Armées du Roi , Menin de
Monfeigneur le Dauphin , & nommé Chevalier
des Ordres de Sa Majefté , la furvivance de
la Charge de Chevalier d'honneur de Madame
la Dauphine , dont eft pourvû le Maréchal de la
Fare.
Le 30 Avril , M. Rouillé prêta ferment de fidé
lité entre les mains de Sa Majeſté , pour la Charge
de Secretaire d'Etat du Département de la Ma
rine.
Le Marquis de Saffenage le prêtà le 27 entre les
mains de Madame la Dauphine , pour la Charge
de Chevalier d'honneur de cette Princeffe.
202 MERCURED EFRANCE.
Il eft arrivé au Port Louis un Navire ; par lequel
M. du Pleix , Gouverneur Général des Etabliffemens
poffedés par la Compagnie des Indes ,
a envoyé à cette Compagnie un détail circonstan
cié de ce qui s'eft paflé pendant le fiége , que les
Anglois ont mis devant Pondichery , & qu'ils ont
été obligés de lever après une attaque de près de
cinquante jours.
Le Roi a nommé Pair de France le Comte de
Taillebourg , fils du Prince de Talmont.
Un foldat Turc , fervant dans le Régiment
Royal Corfe , ayant été converti à la Religion
Chrétienne par M. Roftini , Aumônier de ce Régiment
, il a reçû le Baptême. Il a eu pour parein
M. d'Ornano , Capitaine de ce Régiment , &
pour maraine l'époufe de M. de Saint Gal , Lieutenant
de Roi de Bouchain , où le Régiment
Royal Corfe eft en garnison.
Le 30 Avril, les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à ſeize cens cinq livres , les Billets de la
premiere Lotterie Royale , à cinq cens foixantetreize
livres , & ceux de la feconde , à cinq cens
quarante-huit.
Le 9 du mois dernier , le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin fit dans la Plaine des
Sablons la revûë du Régiment des Gardes Françoifes
, & de celui des Gardes Suifles , lefquels
après avoir fait l'exercice , défilerent en préfence
de Sa Majesté .
Sa Majeſté a nommé Confeiller d'Etat à la place
de M. Rouillé , qui a été fait Secretaire d'Etat du
Département de la Marine , M. Pallu , Intendant
de la Généralité de Lyon,
Le Roi a ordonné qu'il fûr délivré , le prémier
du mois d'Octobre prochain , deux Congés abfolus
dans chaque Compagnie de Fufiliers , de Gré
JUIN. 1749. 203
nadiers & d'Ouvriers , & dans celles de Cavalerie
& de Dragons à cheval , & trois Congés dans
chaque Compagnie du Régiment Royal Artillerie,
de Mineurs & de Dragons à pied , autant qu'il fe
trouvera dans lefdites Compagnies un pareil nom
bre de Cavaliers , Dragons, ou Soldats , dont les
engagemens feront expirés , & indépendamment
des Congés qui feront accordés aux Miliciens incorporés
, qui ont fini le tems de leur fervice. Si
un Cavalier , Dragon ou Soldat , qui fera dans le
cas d'obtenir fon congé abfolu , préfere de renouveller
fon engagement , celui qui le fuivra ne
pourra demander d'être congédié à fa place.
Quoique fuivant le Réglement du 3 Janvier
1710 , aucun Sergent , Brigadier , Cavalier , Dragon
ou Soldat , ne puiffe être reçû à l'Hôtel
Royal des Invalides , à moins qu'il n'ait fervi pen
dant vingt ans , ou qu'il n'ait été eftropié au fervice
du Roi , l'intention de Sa Majesté eft cependant
qu'on reçoive audit Hôtel ceux aufquels ,
après qu'ils auront renouvellé deux fois des engagemens
de fix ans dans la même Compagnie , il
furviendra , pendant le cours de leur troifiéme engagement
, des infirmités qui les mettront hors
d'état de continuer leur fervice. Le Roi exigeant
que les Cavaliers , Dragons & Soldats , fervent
exactement pendant tout le tems pour lequel ils
s'engagent , Sa Majefté veut qu'aucun d'eux ne
puiffe prétendre fon congé abfolu , qu'après avoir
fait réellement le fervice dans la Compagnie pendant
fix années entieres , & que ceux qui le feront
abſentés, foient obligés de fervir à leur troupe
un tems égal à celui de leur abfence , par delà le
terme de leur engagement . Dans cette derniere
difpofition ne font pas compris ceux quife feront
abfentes pour travailler à des recrues.
1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Il paroît des Lettres Patentes , portant défenfes
aux Collecteurs des Paroiffes reffortiffantes des
dépôts des fels établis dans les Pays rédimés des
Droits des Gabelles , d'employer les enfans audeffous
de huit ans dans les Rolles qu'ils font obligés
de fournir aux Commis du Fermier dans l'éfendue
de ces dépôrs.
Les Religieux de l'Ordre de la Trinité , & Redemption
des Captifs , ont tenu à Cerfroid , dans
le Diocéfe de Meaux , un Chapitre Général ,
dans lequel ils ont élû pour Général & Grand
Miniftre de leur Ordre le Pere Guillaume le Febvre
, Docteur en Théologie de la Faculté de Paris ,
& Miniftre de la Maifon qu'ils ont dans cette
Capitale.
>
En action de graces des heureux fuccès da
Chevalier Dupleix Commandant des Forts &
Etabliffemens François aux Grandes Indes , M.
Dupleix , fon frere , Fermier Général , marie
douze filles qu'il a fait choifir , depuis dix- huit
jufqu'à vingt fix ans , entre les plus pauvres de fes
Paroiffes du Soiffonnois . Il dote chaque ménage
de cent cinquante livres en argent , outre l'habillement
uniforme complet , & le linge double ,
sant des filles que des garçons qu'elles épouferont
de leur propre gré. Il le charge des frais des Contrats
, & des nôces qui fe feront toutes le même
jour & à la même Meffe. De plus , il promet cinquante
livres à celle des douze mariées , qui accouchera
la premiere d'un enfant vivant ; à la
feconde , quarante livres ; à la troifiéme , trente ;
à la quatrième , vingt , & à la cinquiéme , dix .
Pour engager ces ménages à conferver leurs
enfans , M. Dupleix affûre quatre cens livres à
celui qui en aura le plus dans dix ans ; trois cens
livres à celui qui viendra après pour le nombre
JUIN. 1749. 205
d'enfans ; deux cens livres à celui enfuite , & dix
piftoles au quatrième , obfervant qu'à nombre
égal , la pluralité des garçons aura la préference .
Voulant en même tems exciter l'induftrie &
P'économie dans ces familles , il donnera auffi
dans dix ans , vingt piftoles au premier , & cent
francs au fecond des deux ménages les plus aifés ,
en comprenant , dans l'état de leurs biens qu'ils
produiront alors , les enfans qu'ils auront élevés ,
évalués chacun à dix écus par an , enforte qu'un
enfant de cinq ans fera porté dans cet état pour
cent cinquante livres , un autre de huit ans pour
deux cens quarante livres , & ainfi des autres
fuivant leur âge.
2
Le 14 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à feize cens quatre- vingt cinq livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq
cens foixante- dix- huit , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante.
"
Comme il eft important de donner aux Propriétaires
des Actions de la Compagnie des Indes
toutes les facilités qu'il eft poffible de leur procurer
foit pour rendre ces Actions fufceptibles
des conventions que les Particuliers veulent
faire entr'eux , foit pour prévenir les vols , incendies
, & autres accidens qui peuvent caufer la
perte defdites Actions , le Roi a ordonné que l'établiffement
fait , en l'Hôtel de la Compagnie ,
d'un dépôt libre & volontaire , continuât d'avoir
hieu , & Sa Majesté a fait publier une Déclaration
, qui , en autorifant ce dépôt , lui donne une
forme folide & authentique. Chaque Actionnaire,
qui voudra dépofer fes Actions , les remettra luimême
en préfence d'un Syndic & d'un Directeur
de la Compagnie , avec un Bordereau , qui en
contiendra le nombre & les numeros , au Dépo206
MERCURE DE FRANCE.
fitaire que la Compagnie commettra à cet effet.
Il fera ouvert un compte au Dévolant , pour porter
à ſon crédit les Actions , dixièmes d'Actions ,
& Dividendes y attachés , & à ſon débit ceux de
ces effets qu'il retirera , ou qu'il cédera & tranfportera
à d'autres Particuliers , par vente , négociation
ou autrement , aufquels Particuliers il fera
pareillement ouvert , ſans aucun frais , un compte
en débit & en crédit. Les Etrangers & les autres
Propriétaires abfens , qui auront des Actions en
compte fur les Regiftres de la Compagnie , pourront
en difpofer par procuration , auquel cas le
fondé de procuration fera tenu de figner fur les
Regiftres , & de remettre au Dépofitaire l'original
de la procuration , bien & duement légalifé , ou
l'expédition d'icelle , pour demeurer jointe au
Bordereau des effets déposés . Ces effets feront renfermés
dans un coffre fermant à trois clefs differentes
, dont une reftera entre les mains d'un Syndic
, l'autre en celles d'un Directeur de la Com.
pagnie , & l'autre en celles du Commis au Dépôt,
Leflits effets ne pourront être faifis entre les mains
du Dépofitaire par aucune perfonne , fous quelque
prétexte que ce puiffe ê:re , pas même pour
les propres deniers de Sa Majefté , fi ce n'eft dans
le cas de faillite ou de décès des Actionnaires.
Le dépôt conditionnel , établi à la Compagnie
des Indes , continuera de fubfifter , & il fera libre
à tout Propriétaire d'Actions de les déposer avec
telles conditions & reftrictions qu'il jugera à propos.
On tiendra pour cet effet un Registre fecret
de compte ouvert , & l'on délivrera au Dépofant
un Acte paffé pardevant Notaires , & vifé par un
Syndic & un Directeur. Cet Acte contiendra les
conditions & reftrictions ftipulées , aufquelles le
Dépofitaire commis par la Compaguie fata obligé
de fe conformer.
JUIN. 1740. 207
Les , les Actions de la Compagnie des Indes
toient à dix-fept cens livres ; les Billets de la
premiere Lotterie Royale , à cinq cens quatre.
vingt-un , & ceux de la feconde à cinq cens cinquante
- un.
Le 14 du mois dernier , le Roi revint de Marly.
Sa Majefté partit le 18 pour aller paffer quelques
jours au Château de Choify. Monfeigneur le
Dauphin y alla le lendemain dîner avec le Roi ,
& Mefdames de France s'y rendirent le 21 au
foir. Sa Majesté ne fortit point le zo , & elle prit
le 21 , ainfi que Mefdames , le divertiffement de
la Chaffe. On comptoit que le Roi retourneroit
à Versailles le 23.
La Reine entendit le 16 la Meffe dans l'Eglife
des Religieux Recolets , qui célébroient la Fête
de Saint Jean Nepomucene , & elle communia
par les mains de l'Abbé de Sainte Hermine , fon
Aumônier en Quartier. Sa Majesté aſſiſta le même
jour dans cette Eglife aux Vêpres , au Salt , &
au Panégyrique du Saint , qui fut prononcé par le
Pere Edme Willemfens , Exprovincial de l'Ordre.
Le 22 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à feize cens quatre -vingt cinq livres ; les
Billets de la premiere Lotterie Royale , à cinq
cens foixante - dix- neuf , & ceux de la feconde à
cinq cens cinquante- un.
MARIAGES ET MORTS.
E 25 Mars dernier , Charles François-Antoine ,
·
de Jean Baptifte - François , Marquis de Lenoncourt
& de Blainville , Comte du Saint Empire ,
& de Louiſe-Catherine-Antoinette , née Comtefle
208 MERCURE DE FRANCE.
de Lamberti , ci- devant Chanoineffe de Mons ,
époufa à Nanci Marie-Jeanne - Théreſe de Cleron
d'Hauffonville , Chanoineffe de Remiremont , fille
de Charles Bernard , Comte d'Hauffonville , grand
Louvetier du Roi de Pologne , Duc de Lorraine
& de Bar , Brigadier des Armées du Roi , & Colonel
du Régiment Royal Rouffillon , & de Marie-
Françoiſe de Menſbaque , décedée en 1747.
La Maiſon de Lenoncourt , l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Lorraine , étoit
autrefois connue fous le nom de Nancy ou Nancey.
Ses armes font d'argent à la croix engrelée
de gueule. Elle eft la quatrième de l'ancienne
Chevalerie de Lorraine , & le flatte de deſcendre
d'Obebric , frere de Gerard , premier Duc héréditaire
de Lorraine. Il eft certain que Gerard
d'Alface eut un frere , nommé Adelecq dans le
Titre de la fondation de Bouzonville , & Odebric
dans les Titres du Pays des années 1065 , 1069
& 1102, L'Abbé Hugo dans fa Differtation fur
la Lorraine , imprimée dans l'Atlas de Guedeville
, nomme Odelric ce frere de Gerard d'Alface
, qu'il donne pour tige à la Maiſon de Lenoncourt.
Quoiqu'il en foit , indépendamment d'une origine
fi vraisemblable , on ne peut douter qu'elle
n'ait toujours été dans une très grande confidération
en Lorraine , où elle a poffedé les premiers
emplois. Dreux de Nancey fut Sénéchal
de Lorraine fous le Duc Mathieu . Maheu de
Lenoncourt fut le premier Primat de l'Eglife Collégiale
de Saint Georges de Nancy en 1339. Robert
de Lenoncourt fut Cardinal & Evêque de
Metz. Antoine de Lenoncourt fut le fecond Primat
de Lorraine . Un autre Robert de Lenoncourt
fut Cardinal & Archevêque de Rheims.
Les alliances que cette Maiſon a contractées
JUIN. 1749. 209
avec les plus confidérables du Pays , ont foutenu
dans tous les tems fon éclat & fa pureté. Voyez
le Pere Anfelme , Hiftoire des Grands Officiers de
la Couronne , tome 11. Dom Calmet , Differtation fur
la Noblefle de Lorraine. e Pere Viguier, l'Armorial
de Lorraine de J. F. N. Et ceux de Callot
d'Huffon. Au refte , on en peut juger par les deux
dernieres alliances , je veux dire par celle de Lamberti
& d'Hauffonville .
La Maiſon de Lamberti eft originaire du Perigord.
François ,Seigneur du Château de Lamberti,
vivoit en 1022. Depuis que fes defcendans ont paffé
en Lorraine , ils s'y font alliés avec les Maiſons
les plus illuftres , & ils font mis au nombre des
anciens Chevaliers de ce Duché. Gabriel , Comte
de Lamberti , fut Gouverneur de Nancy fous
le regne Duc Charles. Nicolas- François , Marquis
de Lamberti , premier Gentilhomme de
la Chambre du Duc Leopold I. & fon Envoyé
à la Cour d'Angleterre en 1714 , mourut en 1741 ,
Capitaine des Gardes du Corps du Roi de Po
logne. Il avoit épousé Elizabeth de Ligneville ,
dont il a eû entre autres enfans , Louiſe - Catherine,
épouse de Jean-Baptifte - François , Marquis de Lenoncourt
, & mere de Charles - François Antoine ,
qui donne lieu à cet article .
La Maifon d'Hauffonville n'eftpas moins diftinguée
en Lorraine , où elle a poffedé les principaux
emplois , & où elle tient un des premiers rangs
dans l'ancienne Chevalerie. Le pere de Charles-
Bernard, ayeul de la nouvelle Marquife de Lenoncourt
, étoit Grand Maître de l'Artillerie de Lorraine.
La Maifon de Menfbaque eft égaleement illuftre
, & eft originaire d'Allemagne.
Les armes d'Hauffonville font de gueule à la
croix d'argent , cantonnées de quatre croix de
210 MERCURE DE FRANCE.
même & trefflées , la pointe de même , couronnées
d'or , & fur le tout parti de gueule chargé
de 3 befants d'argent às aiglettes de gueule , 2 , 1
}
& 2.
Le 15 Avril , Pierre Jofeph , Comte de Laval-
Montmorenci , époufa dans l'Eglife de Saint Sulpice
, avec difpenfe de M. l'Archevêque , Eliza,
beth Renée de Maupeon.
Pierre Joſeph eft fils de Gui - Claude - Roland
de Laval - Montmorenci , Maréchal de France en
1747 , & de Marie Elizabeth de Rouvroi Saint
Simon , fille d'Euftache Titus , Marquis de Saint
Simon , & d'Elizabeth - Claire - Eugenie d'Hauterive.
Le nom de Montmorenci eft fi grand & fi
connu par l'éclat qui l'accompagne depuis une
longue fuite de fiécles , qu'il fuffit de le prononcer
pour imprimer le refpect . Cependant comme cette
Maifon a été auffi féconde qu'illuſtre , nous ne
jugeons pas pouvoir nous difpenfer de rapporter ,
du moins en abrégé , par quelles branches Pierre
Jofeph , dont il s'agit , en defcend .
Gui -Claude - Roland de Laval - Montmorenci ,
Maréchal de France , eft fils de Gabriel de Laval ,
fecond fils de Thomas de Laval , Baron de la Fai
gne , Seigneur de Tarrigoi. Thomas étoit arriere
petic fils de Hugues de Laval , Seigneur de Tartigni
, Chevalier de l'Ordre du Roi , qui a fait la
branche de Tartigni.
Hugues étoit fecond fils de René II . du nom ,
fils de René I. de Laval , Seigneur de la Faigne au
Maine , qui a fait la branche de la Faigne.
René étoit quatriéme fils de Gui de Laval II . du
nom , Seigneur de Loué , arriere petit- fils de Gui
de Laval , qui a fait la branche des Seigneurs de
Loué .
Ce Gui de Laval étoit fecond fils d'André de
JUIN. 1749. 211
Laval , Seigneur de Châtillon en Vendelais , fils
aîné du ſecond lit de Gui V. Sire de Laval , fils
de Gui de Montmorenci V I. du nom , fils puîné
de Mathieu II. du nom , Connétable de France , &
d'Edme , Dame de Laval , fa feconde femme.
Mathieu de Montmorenci I. du nom , can.
tonna de quatre alerions la croix de fes armes
en mémoire de quatre Enfeignes Impériales qu'il
gagna fur l'Empereur Othon .... lors de l'invafion
de ce Prince en France. Mathieu II, les
augmenta du nombre de douze , à cauſe d'autant
d'étendarts qu'il remporta en 1214 à la bataille de
Bouvines , où Philippe Augufte défit l'Empereur
Othon IV . avec les Anglois & les Flamans ſes
alliés.
Les armes de Laval font de Montmorenci , la
Croix chargée de cinq coquilles d'argent .
Elizabeth- Renée de Maupeou eft fille de feu
René Theophile de Maupeou , .Lieutenant Géné
ral des Armées du Roi , & de Jeanne Blanchard
de Banneville , & foeur de René -Theophile de
Maupeou , Colonel du Régiment de Bigorre. Elle a
pour ayeul René de Maupeou , Lieutenant Géné
ral des Armées du Roi , & Directeur Général
d'Infanterie , & pour bifayeul René , Lieutes
nant Général des Armées du Roi & Gouverneur
d'Ath.
La Maison de Maupeou a pris naiffance dans
la Robe , & jouit depuis long tems d'une grande
illuftration . Elle eft en deux branches , dont l'une
a continué de fiéger fur les fleurs de lys , & l'autre
a fuivi le parti des armes. Elle fe montre éga
lement féconde en Prélats illuftres. Le nouvel éclat
qu'eile reçoit par M. de Maupeou , Premier Préfi,
dent du Parlement de Paris , la rend de plus en plus
précieufe à la France . }
Le treize Mai , François - Leonard de Cher
212 MERCURE DEFRANCE .
1
-
vrier , Marquis de Chevrier , libre Seigneur de
Saint Maurice , Vicomte du Thil Emeringe , & c.
fous-Lieutenant des Gendarmes Bourguignons ,
né au mois de Mars 1715 , épouſa dans la Chapelle
particuliere du Curé de Saint Roch , Marie-
Anne- Genevieve Duqu noy . Il eft refté fils unique
de Claude -Jofeph - François de Chevrier , libre
Seigneur de Saint Maurice , &c. qui avoit époulé
le 9 Octobre 1709 , Magdeleine - Elizabeth de
PHôpital , fille aînée de Guillaume- François de
P'Hôpital , Comte de Sainte Même , & de Marie-
Charlotte de Romillei de la Chenelaye .
La Maiſon des nobles Chevriers , qui paroît être
iffue des anciens Comtes de Mâcon , eft une des
plus anciennes du Mâconnois , où elle poffede depuis
plus de 600 ans la Terre de Saint Maurice ,
& une partie du péage de Mâcon en Fieflige. On
peut voir dans Moreri & les Auteurs Généalogiques
, la filiation , les alliances & les fervices de
cette illuftre Maifon , dont celui , qui fait le ſujet
de cet article , eft le chef. Mademoiſelle Duquenoy
, aujourd'hui Marquife de Chevrier , née le z
Avril 1726 , eft fille de Pierre Duquenoy , Seigneur
de Mouffi - Duquenoy , Secretaire du Roi ,
Receveur Général des Finances de la Généralité
de Montauban , mort à Montauban au mois
d'Octobre 1746 , & de Dame Anonime le Févre
de Givry , fa veuve. Leurs autres enfans font Marie-
Louife- Adelaide Duquenoy , née les Mai
1724 , mariée le Juin 1743 , à M. Charles-
Blaiſe Meliand , Maître des Requêtes , Intendant
de la Généralité de Soiffons , & Pierre-Louis-Cafimir
Duquenoy , Seigneur de Mouffi - Duquenoy ,
né le 15 Octobre 1728.
Le 25 Janvier dernier , Nicolas-Jofeph , Comte
de Franquemont , Chanoine de la Primatiale de
Lorraine , mourut à Nanci , âgé de 34 ans. Il
JUIN. 1749. 215
toit fils de Georges - Gabriel , Comte de Franquemont
, Chambellan du Duc Leopold , & de
Rofe de Barrois , fille de François de Barrois ,
Baron de Manonville , Envoyé de Lorraine à la
Cour de France. Georges - Gabriel , marié en
1701 avec Rofe de Barrois , a eû de fon mariage ,
1º. Melchior , Comte de Franquemont. 2°. Nicolas
Jofeph , qui donne lieu à cet article. 3º.
Louis. 4. Marguerite qui a été Fille d'Honneur
de S. A. R. Madame la Ducheffe de Lorraine
& a été mariée à Cefar d'Hoffelize , Capitaine
au Régiment des Gardes du Duc Leopold , mort
en 1741. 5 ° . Jeanne , mariée à Jean , Comte
de Milty. 6°. & 7°. N. N. de Franquemont , Religieufes.
Georges- Gabriel étoit fils de Nicolas-Jofeph de
Franquemont , Conte de Montbeliard , & de
Jeanne de Maillet , qu'il époufa avec difpenfe en
1678 , & petit fils de Georges- Gabriel & d'Angélique
de Maillet mariés en 1641 .
Ce Georges- Gabriel étoit né pofthume de Geor,
ges de Franquemont , Seigneur de Tramoing ,
Gentilhomme de la Chambre du Duc de Wirtemberg
, & qui eft mort en 1615. Il avoit épouse
en 1604 Angélique du Châtelet , foeur de Lidie
du Châtelet , qu'avoit épousée en 1590 Henri
de Franquemont , Seigneur d'Audenne en Franche
Comté , dont le fils unique Jacques fur Chamoine
de la Primatiale de Lorraine. Georges ayant
abandonné fa femme , elle ſe retira en Lorraine
où leur fille Anne- Angélique , d'abord Chanoineffe
de Bouxiere , fut mariée enfuite en premieres
noces en 1633 , à François Beaugaire , Seigneur de
Blanchecourt , & en fecondes nôces à François de
Condé , Seigneur de Clevant.
La Maifon de Franquemont tire fon origine des
anciens Ducs de Montbeliard , fondus dans ceux
214 MERCURE DE FRANCE .
de Wirtemberg , elle eft comptée dans l'ancienne
Chevalerie de Lorraine. Voyez Dom Calmet
Hiftoire de la Maiſon du Châtelet. Huffon , l'Ecoffois,
Crayon de la Noblesse de Lorraine. L'Armorial de
Lorraine & de Bar de M. N.
Le 25 Mars , Louife - Françoife d'Ali , veuve
de Jacques- Amable Claude , Baron d'Enfrenel ,
mourut à Paris , âgée d'environ 60 ans , & fut
inhumée à Saint Jacques du Haut Pas. Elle étoit
fille de Jacques , Marquis d'Ailli , Baron d'Annery,
Marquis d'Annebaut & de Montfort , Comte
de Pontaudemer & de Portautou , Vicomte de Berneuil
, & c. & de Françoife- Jofephine de Gouffier ,
de la branche d'Epagny. Elle a eû de fon mariage
deux filles . 1 ° . Louile-Jofephine d'Enfrenel , mariée
à François- Louis le Conte de Nonant , Marquis
de Nery , dont un fils , nommé Louis Jofeph
le Conte de Nonant , Marquis de Rarai , Guidon
de Gendarmerie , a époufé le 14 Mars 1747 , Elizabeth
de Bazan de Flamenville , fille de Jean-
Jacques de Bazan , Marquis de Flamenville ,
de Françoife Bonaventure de Mauconvenant . 2 °.
N d'Entrenel mariée à Guillaume Antoine , Marquis
de Bouillé , Chevalier , Seigneur d'Alret , du
Clufel & autres lieux , mort en 1748 , ayant laiffé
deux filles de ce mariage, & un fils d'un premier lit, -
âgé d'environ dix ans .
&
Le 3 Avril , N. Bernard , Ecuyer , ci - devant
Grand Exempt des Cent Suifles de la Garde du
Roi , mourut , & fuc inhumé à Iffy.
Le 6 , Louife du Bouchet de Sourches , veuve de
Louis Colbert , Comte de Lignieres , Seigneur de la
Forêt de Civry- Heras , S. Lubin , & autres lieux ,
mourut âgée de 84 ans fur la Paroiffe de S. Sulpice,
& fut tranfportée à S. Euftache.
Le fieur Breard, Ouvrier en Etamine au Mans ,
y mourut le 25 du mois d'Avril. Nous avons renJUIN.
1749. 215
du compte dans nos Mercures précédens de la
traduction en vers Latins qu'il avoit faite du Poëme
de la Religion de M. Racine , & de la gratification
que M. le Chancelier lui avoit envoyée.
J
APPROBATION.
'Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le premier volume du Mercure de France
du mois de Juin 1749. A Paris le premier Juin
1749.
BONAMY.
TABL E.
IECES FUGITIVES en Vers & en Proſe.
3 Acte , par M. R. de S. A.
Dialogue entre Thémis , Apollon , l'Hymen ,
l'Amour & l'Amitié , fur le mariage de Mlle de
Maupeou avec M. le Comte de Laval , 58
Séance publique de l'Académie Royale des Belles-
Letties ,
Le Papilion , Fable ,
A Mile de V. * × * , Madrigal ,
Thele galante ,
Actéon , Cantate ,
Obfervations d'Hiftoire naturelle ,
Vers à M. ***
Epitre à Mad . *** *
62
80
83
ibid.
87
90
95
96
Mémoire fur le Problême d'Arithmétique , inféré
dans le Mercure de Janvier ,
Lettre de l'Auteur de ce Mémoire ,
97
III
Mot de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Mai , 115
Logogryphes ,
117
Nouvelles Litteraires , des Beaux -Arts , &c . 125
Avertiffement de M. Haller ,
Prix proposé par l'Académie Royale des Sciences ,
pour l'année 1751 ,
140
141
Planches anatomiques ,
144
Lettre à M. Remond de Sainte Albine , 150
154
Article important
355
158
161
Eftampes nouvelles ,
"
Réponſe de M. de Cantwel , &c.
Seconde Lettre du même ,
164
Le Triomphe de la Paix , ou le Feu de joye élevé
à Rheims pour la publication de la Paix ,
Relation des Fêtes qui fe font données à Bayonne
à la même occafion , 177
A Mrs du Magiftrat de Lille fur la fête qu'ils ont
donnée au même ſujet , 185
A M. de Sechelles fur le divertiffement qu'il a
donné à la même occafion ,
Epigramme ,
Autre ,
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
*190
192
193
ibid.
195
Lettre de M. de Cahuſac à M. Remond de Sainte
Albine 197
Le retour du Printems , Ode anacréontique , 198
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 200
Mariages & Morts ,
207
La Chanfon notée doit regarder la page
198
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
21
DE FRANCE ,
V
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN. 1749 .
SECOND VOLUME.
o
Stavio 2 SPA
2T3.b
M
-gilarg
TU -૧૩
LIGIT
UT
21 .
NIN
Chez
A PARIS ,
a
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S And : é .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont - Neuf. I
JEAN DE NULLY , au Palais ,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Rei.
A VIS.
LIA
'ADRESSEgénérale duMercure eſt
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Sain
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter, & à
leurs Ouvrx, celui de nepas voirparoître
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera tres - exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
t 2 ups
19: 57 C
PRIX XXX. SoLs. :
5
DOG M
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JUI N. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SEANCE PUBLIQUE ,
Tenue par
M
l'Académie Royale des Sciences
le 16 Avril de cette année.
Onfieur du Hamel du Monceau
ouvrit la Séance par la lecture
d'un Mémoire fur les Plantes
qu'on peut élever dans l'eau . Cer
Académicien annonça qu'il ne prétendoir
point parler de celles qui croiffent flottant
dans l'eau , fans tenir du tout à la terre
telles que la Lentille d'eau & le Lentibu
11. Vol.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
laria , mais qu'il fe propofoit d'examiner
fi les plantes qui ont coûtume de jetter
leurs racines dans la terre , & d'en tirer
leur nourriture , peuvent fubfifter & croître
dans l'eau la plus pure & la plus limpide.
Cette idée , dit M. D. H. n'eſt pas nouvelle
: on fçait que quand Wanhelmont
éleva une branche de faule dans un fable
pur qu'il arrofoit , fon projet étoit de connoître
fi l'eau fuffiroit pour la végétation
de cette efpece d'arbre. Dans les Mémoires
de l'Académie de Berlin , il eft rapporté
qu'on a élevé plufieurs plantes fans terre
, en les femant dans de la mouffe , qu'on
arrofoit au befoin . M. Bonner , Correfpondant
de l'Académie , ayant repeté les
expériences de Berlin , prouve qu'à certains
égards & dans certaines circonftances
, la mouffe eft auffi avantageufe que la
terre pour la végétation . Prefque perfonne
n'ignore que les Jacintes , le Narciffe ,
&c. fleuriffent fans terre , étant réduits à
tirer leur fubfiftance de l'eau ..
*
C'est un spectacle , continue M. D. H.
dont tout le monde peut jouir , mais il en
eft un d'un autre genre qui eft réſervé aux
Phyficiens ; c'eft pour eux un phénoméne
bien fingulier, que de voir de l'eau pure perdre
fa fluidité dans les organes d'une planJUIN.
te, & y former un corps folide . Accoûtumé
qu'on eft à penfer que les fubftances folides
font les feules propres à former des
corps doués de cette proprieté , on regarde
l'eau comme un diffolvant qui s'échappe
par la tranſpiration , après avoir dépolé
dans la plante les parties folides qu'il contient.
Nous fupprimons un détail affez
étendu d'obſervations qui tendent à prouver
ce fentiment .
Si on veut faire cadrer ces idées avec les
expériences que M. D. H. a rapportées au
commencement de fon Mémoire , on fuppofe
que le fable de Wanhelmont n'étoit
point abfolument dépourvû de la fubftance
propre à la végétation , & l'on veut que
la mouffe fourniffe de fa fubftance aux
plantes qu'on y éleve. A l'égard des oignons
, fi on les voit faire de belles productions
fur des caraffes pleines d'eau , on
imagine que l'oignon contient un amas de
fubftance , qui étant diffoute par l'eau que
pompent les racines , paffe dans la plante ,
& fuffit pour les productions qui en
naiffent.
>
M. D. H. rapporte plufieurs obfervations
qui juftifient cette opinion , mais
pott
pour abreger , nous ne rapporterons que
la troifiéme.
Une Joubarbe féparée de fa touffe , &
A iij
URE DEFRANCE.
>
mife dans un endroit un peu frais , conti →
nue de faire de nouvelles productions
mais on peut remarquer qu'à mefure qu'il
fe développe de nouvelles feuilles , il y en
a d'anciennes qui fe deffechent , ce qui
pourroit faire penfer que la fubftance de
celles- ci fert au développement de celleslà,
& qu'il en feroit comme d'un animal
qui au défaut d'alimens , trouve une certaine
reffource dans fa graiffe .
Ces réflexions font appercevoir que les
expériences qu'on a faites avant M. D. H.
ne fuffifent pas pour détruire l'idée commune
de l'infuffifance de l'eau pour la végétation
des plantes , & c'eft ce qui a déterminé
M. D. H. à examiner la chofe de
plus près . Il éleva des plantes dans de la
moulle & dans des morceaux d'éponge
humectée , & il eut des plantes capillaires
d'une beauté admirable ; il fit germer des
féves de marais dans des éponges humides,
& quand elles eurent pouffé leurs racines
de deux travers de doigt de longueur , il
les ajufta fur des caraffes , de façon que la
racine feule trempoit dans l'eau. Ces féves
s'éleverent à près de trois pieds de
hauteur elles produifirent de grandes
feuilles , de belles fleurs , & quelques -unes
donnerent de petits fruits .
>
Il fit de-même germer des amandes , des
JAUAIAN. 7 1749:
marons d'Inde & des glands ; il les ajuſta
fut des vafes pleins d'eau.
Les maroniers ayant bien pouffé pen
dant deux ans , il les mit en terre , où ils
Teprirent fort bien ; un des amandiers fubfifta
pendant quatre ans , & ne périt que
faute d'eau. Notre Académicien a encore
un chêne qui eft dans l'eau depuis huit ans,
& qui produit tous les printems de belles
feuilles . Cet arbres qui a actuellement
quatre ou cinq branches , dont la tige principale
a par le pied 19 à 20 lignes de circonférence
, & plus de 18 pouces de lon
gueur , a mieux pouffé les deux prémieres
années que s'il eût été dans la meilleure
terre. Il eft vrai que depuis ce tems il a
toujours diminué de vigueur , ce qui doit
être attribuéplutôt au mauvais état de fes
racines qu'au défaut de fubftance. M.D.H.
fait à ce fujet fur le développement des racines
une digreffion que nous fommes
obligés de fupprimer!
Voila du bois , de l'écorce , des feuilles ,
qui ne peuvent avoir été formés que de la
fubftance de l'eau la plus claire & la plus
pure , car notre Académicien n'employoit
que de l'eau de la Seine , qui avoit été filtrée
dans une fontaine fablée , & qui étoit
reftée des mois entiers dans une cruche de
grais. L'expérience prouve donc qu'une
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
ود
eau très- épurée fuffit feule pour la germination
des femences & l'accroiffement des
plantes . Les foupçons qu'auroient pûfaire
naître le fable & la mouffe , n'ont point
lieu ici , non- plus que la provifion d'alimens
qu'on peut admettre dans les oignons
; de plus, les petits arbres élevés dans
l'eau ont donné par la diftillation à la
cornue les principes ordinaires. M. D. H.
dit à cette occafion , » je prévois qu'on ob-
» jectera que l'eau que j'ai employée
quelque clarifiée qu'elle fût , n'étoit
point un flegme pur ou une eau élémen
raire , & que dans mmeess expériences le
» flegme pur s'échappoit par la tranfpiration
, après avoir dépofé dans la plante
» les parties huileufes , falines & terreufes,
qu'il tenoit en diffolution : à la bonne
» heure , continue cet Académicien , mais
» comme je ne connois point de procedé
Chymique par lequel on tire de l'huile
» & du fel de l'eau pure , il réfulteroit
» toujours de mes expériences , que la Na-
» ture fait dans cette occafion une analyfe
» de l'eau , qui eft au-deffus des forces de
* l'Art. Néanmoins fi M. Hallés a prouvé
que l'air entre dans la compofition du
calcul humain & de plufieurs autres fub
» ftances , de telle forte qu'il contribue à
» leur dureté & à leur poids , feroit- il plus
ود
>>
ود
JUIN. 1748 .
و
"
> extraordinaire de croire que l'eau que
» nos plantes afpirent , & l'air dont elles
» font environnées , fe puffent fixer dans
» leur organe, & y faire partie de leur fub-
» ftance ? Au refte je ne me fuis pas propofé
d'établir que les plantes fé nour-
» riffent d'un flegme élémentaire ; j'aurois
» été bien embarraffé de me procurer ce
» fluide ; j'ai feulement voulu m'affûrer fi
» l'eau la plus pure & la plus fimple pouvoit
fournir aux plantes la nourriture
qui leur eft néceffaire .
Nous ne rapporterons des expériences
que M. D. H. a faites fur les oignons , que
ce qui regarde une obfervation finguliere,
fur le développement de leurs racines , de
leurs feuilles & de leur tige.
Il feroit naturel de penfer que ces differentes
parties , produites par le même oignon
, fuivroient le même ordre dans leur
accroiffement , mais il en eft tout autrement
, comme le démontrent les expérien
ces de M. D. H ..
Il coupa quelques- unes des plus fortes
racines d'une Jacinte , à un ou deux travers
de doigt de leur extrémité.
Il difpofa tellement l'oignon fur fa caraffe
, que l'extrémité de la racine coupée
touchât à la parois intérieure du våfe ; il
marqua avec du vernis coloré fur l'exté-
A v
10 MERCURE DE FRANCE:
rieur du verre l'endroit où répondoit le
bout de la racine coupée, il marqua de même
où fe terminoient les extrémités de
quelques - unes des racines qu'il avoit laiffées
entieres : celles- ci continuerent de s'allonger
, ainfi elles ne répondirent bien - tôt
plus à la marque qui indiquoit leur longueur
au commencement de l'expérience ,
mais les bouts des racines coupées refterent
conftamment vis-à-vis la marque qui
leur appartenoit. Cette expérience prouve
que les racines ne s'étendent que par leur
extrémité ; néanmoins M. D. H. avertit
qu'il faut , pour que les racines ne s'étendent
plus , en couper une certaine longueur,
& qu'elles continuent de s'étendre ,
quand on n'en coupe qu'environ une
ligne .
M. D. H. fait le paralléle fuivant entre
le développement des bourgeons & celui
des racines.
J'ai dit dans plufieurs de mes précé-
» dens Mémoires , que les bourgeons des
» arbres s'étendent dans toute leur lon-
»gueur , tant qu'ils font tendres & herba-
» cés , mais qu'ils ceffent de s'étendre
quand le corps ligneux eft endurci . Dans
»mon expérience toutes les racines étoient
» fort tendres , néanmoins elles ne s'éten-
» dent que par
que par leur extrémité , & j'ai ob-
و د
JUIN. 1749.
fervé la même chofe à l'égard des raci-
» nes des arbres que j'ai élevés dans l'eau ;
la tranfparence du verre & de l'eau
» m'a donc mis à portée d'appercevoir une
difference entre le développement des
» jeunes racines & celui des jeunes bour-
> geons.
.M. D. H. prouve par des expériences ,
dont nous fupprimons de détail , que les
feuilles , au contraire des racines , ne s'é
tendent point du tout par le bout , & que
l'extenfion fe fait prefque entiérement par
la partie qui tient à l'oignon. Cette obſer
vation eft d'autant plus finguliere que les
feuilles des arbres ne croiffent point de
même , & qu'elles s'étendent dans toute
leur partię . i
Nous fupprimons auffi les expériences
par lefquelles M. D. H. prouve que les tiges
des Jacintes s'étendent dans toute leur
longueur , auffi-bien que la comparaifon
qu'il fait de leur développement avec les
bourgeons des arbres . Nous nous contentêrons
de dire que ces expériences font
appercevoir que les trois parties que l'oignon
produit, fe développent chacune d'une
façon qui lui eft propre ; les racines
s'étendent par leur feule extrémité , les
feuilles principalement par la partie qui
A vj
12 MERCURE DEFRANCE.
tient à l'oignon , & les riges dans toute
leur longueur..
M. D. H. ayant remarqué qu'il périt
beaucoup de jeunes arbres peu de tems
après qu'ils font fortis de terre , s'attacha
à reconnoître quelle en étoit la principale
caufe , & ayant découvert qu'il le forme à
fleur de terre une efpece de gangréne , il
jugea qu'elle venoit d'une meurtriffure
qui étoit occafionnée par la preffion de la
terre endurcie contre la jeune tige , principalement
quand il fait du vent ; cette
remarque l'a engagé à femer des graines
de pin , de fapin , de mûrier , &c. fur la
fuperficie de la terre . Après les avoir recouvertes
d'une couche très mince de terre
paffée au crible , il mettoit par deffus
une couche de mouffe de deux doigts d'épaiffeur
, qu'il retenoit avec des petites ba
guettes & des crochets enfoncés en terre.
Les expériences qu'il a faites à ce ſujet ,
ayant affez bien réuffi , pourront fournir
le moyen d'élever plus fûrement des arbres
de graine .
Le fecond Mémoire , qui fut lû , eft de
M. le Marquis de Montalembert . Cet Académicien
y examine la maniere dont on
fait évaporer les caux falées dans les hangards
d'opération . Il donne les moyens de
JUI N. 1749. 13
fimplifier cette opération , & de diminuer
confidérablement les frais qu'on eft obligé
de faire pour extraire le fel. Quelques raifons
ayant empêché M. de Montalembert ,
de nous communiquer fon Ouvrage , nous
ne pouvons en donner l'extrait .
Dans la même féance , M. Macker lut un
Mémoire fur une nouvelle teinture bleue ,
dans laquelle il n'entre ni paftel ni indigo
.
La beauté du bleu de Pruffe , couleur
fort éclatante dont la Chymie a enrichi
la Peinture depuis quelques années , a fait
naître à M. Macker l'envie de le rendre
utile à la Teinture , & la conformité qui
fe trouve entre plufieurs procedés des Teinturiers
, & les opérations par le moyen defquelles
on fait ce bleu , ont fait concevoir
à cet Académicien l'efpérance d'y réuffir.
Avant de préfenter une idée des expériences
que M. Macker a faites fur cette
matiere , il eft bon de dire en deux mots ,
comment on prépare le bleu de Pruffe pour
la Peinture.
On commence par mêler enfemble un
fel , nommé en Chymie alkali fixe , quí
eft de la nature de celui qui fe rencontre
dans les cendres , avec quelque matiere huileufe
& inflammable. Le fang deffeché eft
une de celles qui réuffiffent le mieux . On
14 MERCURE DE FRANCE.
fait enfuite calciner ce mélange dans un
creufet , jufqu'à ce qu'on n'apperçoive plus
à la fuperficie de la matiere qu'une petite,
flamme bleue ; on diffout avec de l'eau
chaude tout ce qu'il y a de falin dans cette
matiere ainfi calcinée , & l'on filtre cette
diffolution , qui eft une véritable leffive .
La leffive doit être enfuite mêlée avec de
l'alun & de la couperofe verte , qu'on
a diffouts auparavant à part dans de l'eau,
Auffi - tôt que ces liqueurs falines fe mêlent
enfemble , il s'excite une effervefcence;
elles fe troublent & prennent une couleur
de verd de montagne. On filtre en
fuite le tout dans des entonnoirs de verre ,
garnis de papier gris : la liqueur paffe clai-
& il refte fur le filtre une fécule verte .
Si l'on verfe fur cette fécule une liqueur,
acide , telle que l'eau forte , par exemple
, elle prend une belle couleur bleue,
Cette couleur ainfi préparée porte le nomi
de bleu de Pruffe , parce que c'eft par un
Chymifte Pruffien qu'elle a d'abord été inre,
ventée .
M. Macker confidérant que l'alun eſt
un mordant très - ufité dans la teinture ,
c'eft-à - dire une matiere qui difpofe les
pores & les fibres de l'étoffe à recevoir
Por
les particules colorantes , a commencé par
faire bouillir dans la diffolution d'alun &
JUI N.
15 1749.
de couperofe les étoffes qu'il vouloit teindre.
Il les a enfuite trenipées dans la leffive,
préparée , ainfi que nous venons de l'indiquer
, pour l'opération ordinaire du bleu
de Prufle. Comme ces étoffes étoient impregnées
d'alun & de couperofe , lorfqu'il
les a trempées dans la leffive , il s'eft excité
une effervefcence ; la liqueur a pris
une couleur verte , & il en a été de même
des étoffes , qui y étoient plongées. Enfin
la fécule , qui fe précipite , lorfqu'on mêle
enfemble les liqueurs falines , ayant
befoin d'être détrempée par un acide
pour devenir bleue , M. Macker a trempé
ces échantillons , ainfi verdis par la fécule
qui s'étoit appliquée deffus , dans un acide
affoibli par beaucoup d'eau. Cet acide a
donné auffi- tôt aux échantillons une couleur
bleue , infiniment plus belle que celle
qu'on fait
par le moyen du paftel & de l'indigo.
M. Macker fait dans fon Mémoire le récit
abrégé des principales expériences qu'il
a faites pour perfectionner la nouvelle teinture.
Il s'agiffoit de trouver les moyens
de l'appliquer également & uniment fur
toutes les parties de l'étoffe , de donner
à volonté les differentes nuances claires
& foncées , d'empêcher que les matieres
falines , dont on fe fert pour faire ce bleu ,
16 MERCURE DE FRANCE:
و
-n'altéraffent la bonté des étoffes , enfin
de diminuer les frais le plus qu'il feroit
poffible.
Il n'y a que les perfonnes qui font dans
l'habitude de faire des expériences , qui
puiffent fe former une jufte idée de toutes
les difficultés qu'on rencontre , quand
il fe trouve en même tems autant d'objets
differens à remplir , & du nombre prodigieux
de tentatives qu'il faut faire pour
furmonter toutes ces difficultés.
M. Macker avertit dans fon Mémoire ,
que pendant qu'il étoit occupé à faire ces
expériences , M. l'Abbé Menou , Correfpondant
de l'Académie , & ancien Secretaire
de celle d'Angers , a communiqué
à l'Académie un Mémoire fur le bleu
de Pruffe , dans lequel fe trouve l'idée
d'appliquer cette couleur à la teinture ,
& le détail du procedé qu'il a tenu pour
y parvenir. Comme cette découverte pourroit
avoir beaucoup de faites , & devenir
très-utile , M. Macker croit qu'il eſt à
propos de nnee pas laiffer ignorer , qu'il a
fur M. l'Abbé Menou une priorité de datte
bien marquée . Dès le mois d'Octobre de
l'année 1748 , il a fait voir , à M. le Contrôleur
Général , des échantillons en laine
& en foye , auxquels il a joint un Mémoire
qui contient toutes les propriétés
JUIN. 1749. 17
de la nouvelle teinture . Plufieurs Phyficiens
, du nombre defquels eft M. l'Abbé
Menou , ont eû occafion depuis ce tems de
voir ces échantillons.
Toutes ces confidérations , qui prouvent
qu'il y avoit déja fix mois que M.
Macker avoit fait la découverte , lorfque
M. l'Abbé Menou a lû fon Mémoire qui
n'eft que de la fin du mois de Mars dernier
, n'empêchent cependant point M.
Macker de rendre juſtice à M. l'Abbé Menou
, & de reconnoître que cet Abbé a
le mérite d'avoir travaillé de fon côté ſur
cette matiere , avant que le premier Auteur
de la découverte cât rendu public le détail
de fes expériences.
Nous n'entrerons point ici dans le détail
des expériences que M. Macker a faites.
Ce détail feroit beaucoup trop long
& l'Auteur ne l'a rapporté lui-même , que
par extrait , dans fon Mémoire. Conten
rons-nous d'indiquer ici les propriétés de
la nouvelle teinture , par l'énumération
defquelles M. Macker termine fon Mémoire
.
e Premierement , cette nouvelle teinture
eft auffi fupérieure en beauté & en éclat
à la teinture, ordinaire de paftel & d'indigo
, que l'écarlatte l'eft au rouge de ga
rance, Si on compare les étoffes qui en
18 MERCURE DE FRANCE.
font teintes , avec celles qui le font par
le plus bel indigo , la comparaifon , eft fi
défavantageufe à ces dernieres , qu'on a de
la peine à croire qu'elles foient teintes en
bleu.
Secondement , le bleu ordinaire ne teint
que la fuperficie des étoffes foulées , &
ne pénetre point dans l'intérieur , d'où
il arrive que les draps bleus montrent une
couleur blanchâtre , quand ils commencent
à s'ufer, La nouvelle teinture pépétrant
l'étoffe dans toutes fes parties ;
n'aura pas cet inconvénient , & les draps ,
qui en feront teints , pourront s'ufer jufqu'à
être troués , fans avoir ce coup d'oeil défagréable
.
و
Troifiémement , la nouvelle teinture ne
foutient pas , à la vérité , le débouilli du
favon , & par conféquent ne peut pas être
d'ufage pour le fil & pour le coton , mais
elle foutient très - bien le débouilli de l'alun
ordonné pour la laine , & elle reffemble
en cela à la teinture écarlatte . L'épreuve
la plus sûre pour les teintures étant
l'action de l'air & du Soleil , M. Macker
a expofé , des échantillons de fa teinture
en plein air & à l'ardeur du Soleil , pendant
les mois entiers de Septembre & d'Oc
tobre de l'année 1748 , & ces échantillons
n'ont point été déteints : il n'y a eu que
JUIN. 19 1749.
leurs angles & les points faillans qui fe
foient trouvés au bout de ce tems un peu
ternis & éclaircis , mais cette efpece d'é
preuve ne doit durer , fuivant les Ordonnances
que douze jours , les meilleures
teintures ne pouvant la foutenir un plus
long tems ,fans fe ternir & s'éclaircir confidérablement.
Quatrièmement , cette teinture n'altére
point la bonté des étoffes , pourvu qu'on
prenne les précautions que M. Macker a
indiquées dans fonMémoire.Pour s'en affurer,
M. Macker a fufpendu , à des fils teints
fuivant fa méthode , des poids qu'il a toujours
augmentés jufqu'à ce que le fil fe
rompît , & le fil de cette expérience ne s'eft
caffé , que lorsqu'il a commencé à foutenir
un poids , qui faifoit rompre le même fil
avant qu'il eût été teint .
Cinquiémement , en conféquence des
moyens d'économie que M. Macker a propofées
, la nouvelle teinture n'exigera pas
beaucoup de frais ; les drogues qu'on y
employe, font à très -bon marché , & la dépenfe
la plus confidérable fera la main
d'oeuvre .
Il y a tout lieu d'efpérer que cette découverte
à préfent qu'elle eft publique, fera
bientôt perfectionnée , les gens de l'Art
qui font en grand nombre , & dont plu20
•
MERCURE DE FRANCE.
fieurs font fort intelligens , pouvant facilement
en faire des expériences. M. Macker
ajoute cependant qu'il a paffé fous filence
dans fon Mémoire quelques faits dont
il feroit effentiel d'avoir connoiffance , fi
on vouloit faire des expériences fur cette
matiere , fur-tout en grand , mais comme
ces faits ont fait entrevoir à l'Auteur des
chofes très fingulieres fur la nature du bleu
de Pruffe , & qu'il a befoin de faire encore
d'autres expériences , pour fe confirmer
dans les idées qu'elles lui ont fait naître,
il s'eft déterminé à n'en parler, que lorfqu'il
fera en état de publier une théorie
bien établie fur la nature de ce bleu .
Comme fon intention eft que fa découverte
puiffe devenir utile , & que
c'eft le principal motif qui l'a engagé à la
rendre publique , M. Macker avertit qu'il
communiquera volontiers ces obſervations
aux gens de l'Art , qui auroient deffein de
travailler fur cette matiere .
A la fin de la féance , M. d'Arcy lut
un Mémoire , dans lequel après avoir fait
voir,combien un Electrometre, ou un inftrument
qui mefureroit la force électrique
feroit utile dans un grand nombre d'expériences
fur l'Electricité , il donne la defcription
d'un inftrument de cette efpece ,
qu'il a inventé conjointement avec le fils
JUIN. 1749.
de M. Julien le Roy, M. d'Arcy remarque
que la fameufe expérience de Leyde ,
ayant excité la curiofité de toute l'Europe ,
a fait naître une foule de Traités fur l'Electricité
, où l'on ne promettoit pas moins
que d'en expliquer nettement la caufe ;
mais que fi l'on en excepte celui de M.
l'Abbé Nollet , & ceux de quelques habiles
gens , la plupart de ces Traités fe
réduifent à mili fuppofitions vagues &
gratuites , qu'un homme fenfé n'adoptera
jamais. Il ajoute que des Phyficiens plus
fages ont fait un grand nombre d'expériences
pour pénétrer la caufe de l'Electricité
, mais qu'il paroît que féduits par la
fingularité des Phénomenes , ils n'ont pas
fuivi la véritable route qui étoit , avant de
paſſer outre , de bien conftater la nature &
le rapport mutuel desPhénoménes déja con
nus. Qu'il eft de certaines regles qu'un Phy,
ficien doit fuivre dans fes expériences , &
que
l'identité des circonstances eft une des
plus importantes à obferver , fur tout dans
I'Electricité. Que dans mille circonftances
, fi un Phyficien ne fuit pas cette regle ,
il s'expofe à tirer de fes expériences des
conféquences fauffes. Qu'il réfulte de ces
réflexions , qu'un Electrométre feroit d'une
utilité infinie dans l'Electricité. Notre
Académicien prouve ceci plus fenfible22
MERCURE DE FRANCE.
ment par une expérience qu'il rapporte
& par laquelle il fait voir que la feule dif
ference dans la force électrique femble
produire des effets contradictoires ; qu'un
Electrométre , mefurant précisément cette
force , feroit voir clairement la caufe de
ces effets ; enfin que la fameufe question , fi
l'Electricité eft comme la maffe ou comme
la furface des corps , ne peut être décidée
fans cet inftrument , & qu'il feroit de même
impoffible de rien donner de certain
fur les loix d'attraction , de répulfion , & c.
des corps électriques, fans l'employer. Céci
eft fuivi de la deſcription de l'inftrument .
Nous ne la rapporterons point dans cet Extrait
, nous ellayerons feulement d'en donner
une efquiffe. Qu'on fefigure un pefe- liqueur
, tel qu'il foit beaucoup plus parfait
que ceux qu'on employe ordinairement ;
on aura une idée affez préciſe de l'Electrométre.
Il n'eft effentiellement compofé que
d'une espece de fiole , au col de laquelle,
eft adaptée une verge parfaitement cilindrique
, d'une ligne de diamètre & de 12
pouces de longueur , le tout trempé dans
un grand vafe plein d'eau , de façon cependant
, que lorfque l'inftrument eft en
repos , une partie affez confidérable de la
verge refte élevée au deffus de la furface.
de l'eau. La fiole eft leftée avec du mer
JUIN. 1749 . 23
cure , afin qu'elle fe tienne parfaitement
verticale. On voit que fi l'on fuppofe des
forces qui foutiennent cet inftrument à
differentes hauteurs au - deffus du point de
repos , ces forces feront entre elles coinme
ces hauteurs , puifqu'elles foutiendront
des colonnes d'eau qui feront en même
proportion.
Il fait de- là que fi l'Electricité , › par un
moyen quelconque , fait élever cet inftru
ment de 1 , 2 , 3 , 4 pouces , & c. au deffus
du point de repos , on fçaura que fes
differentes forces feront comme ces nombres
, c'est-à-dire fimples , doublés , tri
ples , &c. Cela s'exécute facilement en ajuftant
à l'extrémité fupérieure de la verge
cilindrique une plaque circulaire de is ou
Is
20 lignes de diamétre. Par ce moyen , fi
on fuppofe que tout le vafe devienne électrique
, & qu'il foit fitué fur un guéridon
de verre , ou fur quelqu'autre corps qui
conferve l'électricité , on verra au même
inftant l'inftrument s'élever , c'est - à- dire
qu'il fera foutenu par la force de l'électricité
, à 1 , 2 , 3 pouces , &c. au-deffus du
point de repos . On concevra facilement
cet effet , fil'on fait attention à la proprié
té qu'ont les corps électriques de s'écarter
l'un de l'autre , car il s'enfuit que la pe
tite plaque de la verge, étant repouffée par
24 MERCURE DE FRANCE.
la ſurface de l'eau , eft obligée de s'élever
& de monter jufqu'au point où la force de
répulfion devenant égale à la pefanteur de
la colonne d'eau qu'elle foutient , ces deux
forces font en équilibre. Pour avoir une
idée encore plus nette de l'Electrométre
de ces Meffieurs , on imaginera le vaſe
recouvert d'une plaque de laiton, percée à
fon centre d'un grand trou , pour laiffer
paffer la verge ; fur cette plaque on concevra
des fils doubles, extrêmement déliés ,
qui forment une croix , & qui laiffent au
milieu de la plaque , par conféquent au
centre du trou , un petit efpace quarré , au
travers duquel la verge paffe, & fe meat
librement, Cette invention ne fert qu'à
contenir au milieu du vafe la fiole , qui
fans cela nageroit tantôt d'un côté , tantôt
de l'autre, Auffi tout ce que nous avons
avancé de la répulfion de la furface de
l'eau , s'applique - t'il également à celle de
la plaque qui couvre le vafe, On vient de
yoir que les élévations de l'inftrument
font toujours en proportion des differentes
forces de l'Electricité, & par conféquent,
que
c'eſt un véritable Electrométre ; mais ce
n'eft pas affez , il falloit pouvoir juger avec
précifion de toutes ces élévations , ce qui
n'étoit pas facile, vû l'inconvénient qu'ont
les corps électriques de perdre leur électricité
JUIN. 1749 .
25
tricité auffi- tôt qu'on en approche. Cependant
M. d'Arcy rapporte dans fon Mémoire
un moyen affez fimple de remédier à
cet inconvénient ; le voici . On obfcurcit
la chambre , & éclairant l'Electrométre par
la projection de la lumiere d'une lanterne ,
on en reçoit l'ombre fur un tranſparent
gradué. De cette maniere , un Obfervateur
placé derriere ce tranfparent , peut juger
avec la derniere jufteffe de tous les mouvemens
de l'inftrument . Après la defcription
de l'Electrométre , M. d'Arcy fait voir
qu'il a les qualités effentielles à un inftrument
de cette efpece ; qu'il eft 1 ° . fort fûr;
2°. fort fenfible , & 3 ° . univerfel . Cet
inftrument a une proprieté qui n'eſt pas
moins importante que celle de meſurer la
force électrique ; c'eft de pouvoir être employé
comme inftrument pour faire un
grand nombre d'expériences fur l'électricité
, foit pour déterminer les loix d'attraction
, de répulfion , de diffufion , de
tranfmiffion , &c. des corps électriques.
Expériences qui feroient très difficiles à
faire par les moyens que l'on employe ordinairement.
Pour donner une idée de cette maniere
d'employer l'Electrométre comme inftrument
, M. d'Arcy rapporte une expérience
qu'il a faite pour découvrir fi la force de
11 , Vol . B
26 MERCURE DE FRANCE.
l'électricité eft comme la maffe ou la furface.
des corps.Dans cette expérience,un Electrométre
fervoit à indiquer fi la force électrique
étoit toujours la même , tandis qu'un
autre Electrométre , employé comme inftrument
,fervoit à faire l'expérience. Le réfultat
fut , qu'un corps , dont la furface
étoit toujours la même , mais dont on rendoit
la maffe 60 fois plus pefante , parut
conftamment avoir la même force électrique
, foit que cette maffe fût augmentée
dans cette proportion , foit qu'elle reftât
la même , ce qui fembleroit indiquer
que cette force eft comme les furfaces
& non comme les maffes. On rapporte
ici une autre expérience , qui fait voir
le double ufage de l'Electrométre , comme
inftrument & comme fervant à mefurer
la force électrique. Il étoit queftion
de fçavoir fi le different volume d'un corps
qui tranfmet l'électricité à un autre corps ,
augmente ou diminue la quantité d'électricité
tranfmife ; cette expérience prouva
que la quantité tranfmife étoit toujours
la même , de quelque volume que fût le
corps. Enfin M. d'Arcy termine fon Mémoire
en répondant aux objections qu'on
pourroit faire contre le nouvel inftrument.
Il ajoûte que malgré ce qu'il a avancé , il
ne fe fatte pas que cet inftrument foit à fa
JUIN.
27 1749.
plus grande perfection , & que peut -être
d'habiles gens , fçachant que la chofe a été
tentée & même exécutée , tâcheront de la
porter à un plus haut degré de jufteffe.
VERS
A M. le Duc de Caumont.
asesasas
SI pour te bien louer , Caumont ,
La volonté pouvoit fuffire
Sans aller mandier la lyre
Du Dieu qui regne au double mont,
Moins éloquent , mais plus fidéle ,
Je laifferois parler mon zélé . . . .
Que ne diroit- il pas de ce coeur généreux ,
Qui fait revivre en toi tes ancêtres fameux ?
Que ne diroit- il pas de la douceur aimable,
Et de la franchiſe adorable ,
Dont la noble fimplicité ,
Beaucoup plus que ta qualité ;
Nous donne un goût de préférence
Pour les charmes de ta préfence ? .. ¡
Je connois de ton nom l'héroïque fplendeur ,
Caumont , mais ta bonté touche ſeule mon coeur.
C'eft elle feule, & non l'uſage ,
Qui m'invite à te rendre hommage..
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Qu'importe à nous autres petits
Cet orgueil faftueux dont le poids nous affomme
Mon coeur jamais n'en fut épris ;
Je hais le grand Seigneur qui ne fçait pas être
homme.
Pidanfat de Mairobert.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
'D'un Militaire pour fervir de réponse à celle
de M. *** , imprimée à la imprimée à page 44 du
Mercure de France du premier Février
1749 , fur le projet d'un nouvel Hôtel-
Dieu dans l'Ile des Cygnes,
Onfieur , fi nous avons admiré le
zéle de M. le Jeune dans fon plan,
d'un nouvel Hôtel-Dieu dans l'Ile des
Cygnes , & les reffources que nous avons
vû qu'il a trouvées pour un bâtiment
fi confidérable nous devons auffi le
défendre contre tout ce qui pourroit traverſer
un deffein fi beau , fi important , &
qui regarde généralement tout le monde.
Ménager le peuple , eft ménager l'Etat,
Heureux cet Etat , qui poffède des hommes
qui veulent bien fe facrifier eux- mêmes
& leur tems , pour lui procurer plus
JUI N.
19 1749.
d'avantages , plus d'aifances & dont la
charité s'étend jufqu'à vouloir arracher
du fein de la mort des fujets , qui , faute
de certains fecours , font obligés d'y fuccomber
!
Voilà , Monfieur , comme vous le fçavez
, ce qu'on a la douleur de voir dans
l'Hôtel- Dieu de Paris par fon grand étouffement
: voilà ce qui eft la fource de tant
de rechûtes & de tant de morts , dont une
partie échaperoit au fatal çizeau d'une parque
impitoyable , fi l'air y étoit moins infecté
; voilà auffi ce qui avoit déterminé
la pitié & la commifération de M. le
Jeune , à rendre public un Mémoire ſur le
projet d'un nouvel Hôtel- Dieu , qu'il propofe
de conftruire dans l'Ile des Cygnes ;
Place des mieux choifies pour fon étendue &
pour la falubrité de l'air.
Un Auteur anonyme dans le Mercure
de Février dernier lui propofe des difficultés
, dont les conféquences femblent
nuire à la réuffite d'une entrepriſe fi charitable
, goûtée déja non-feulement du Public
, mais même applaudie d'une partie
des Grands , & des principaux du Royaume.
La premiere & la plus intéreffante , eft
qu'éloigner l'Hôtel- Dieu de la Métropolitaine
, est une chose qui parois impraticable ;
B iij
jo MERCURE DE FRANCE.
la raifon eft , que M. l'Archevêque de Paris
repréfente S. Landry , premier Fondateur de
cette Maifon , &c .
L'Auteur n'a pas affez réfléchi fur le
tems que Saint Landry fonda cette Maifon.
Quelle difference du fixiéme fiécle
au dix-feptiéme ! Quelle difference de Paris
exiftant aujourd'hui , où à peine on
peut mettre des bornes , à Paris du tems
de Saint Landry , qui étoit renfermé dans
l'Ifle de Notre -Dame ! Qué le nombre de
malades s'eft multiplié depuis ! Avouez
donc plutôt , Monfieur , que Saint Landry
trouva cet emplacement propre pour lors
aux faintes vûes qu'il avoit pour les pauvres
malades , & convenable au nombre
qu'il pouvoit y avoir de fon tems. Aujourd'hui
, fpectacle non-feulement affligeant
, mais terrible , pitoyable même aux
yeux les plus barbares ! Les malades entaffés
jufqu'à fix dans un lit , fe corrompent
, s'infectent & s'entretuent ! L'Hôtel-
Dieu devient plutôt une maifon meurtriere
, ( comme le dit fort bien un des
Grands du Royaume ) qu'un hoſpice pour
le foulagement des membres précieux de
Jefus- Chrift. Qu'il eft triſte que des malades
trouvent la mort , où ils vont chercher
la fanté !
Si Louis XIV . de glorieufe mémoire ,
JUIN. 1749. 31
a éternifé fa gloire par un monument
pieux pour le repos militaire , eft-il à douter
qu'un Roi auffi humain & bienfaiſant
qu'eſt Louis XV . ne veuille faire éclater
à jamais fon amour paternel pour tout un
Royaume , qu'il chérit comme lui- même ?
Pour entretenir la ferveur de ces faintes
Filles , qui fe vouent uniquement pour le
fervice des malades ; le zéle , tant de M.
l'Archevêque , que de Meffieurs du Chapitre
, qui en font nés les Adminiftrateurs
fpirituels , fera-t'il borné par une telle
diſtance ? Qui empêchera de fuivre en cela
ce que l'on fait pour les Soeurs de la Charité,
qui font dans l'Hôtel Royal des Invalides,
& de leur donner un Adminiſtrateur
fpirituel , qui repréſente la perfonne de
Saint Landry ?
On fuivra pour lors l'intention du
Fondateur , la Religion aurafon principal
interêt dans le projet de M. le Jeune , foit
pour ce qui regarde la manutention d'une
Communauté la plus nombreuſe qui foit dans
le monde , foit pour ranimer & foûtenir le
zéle de ces faintes Filles dans leurs pénibles
travaux. Effectivement tout le monde
avouera , que cette ferveur , cette charité,
cette Religion , qui animent ces pieufes
ames, fera d'autant plus facile à entretenir ,
qu'elles feront dans un air plus épuré , plus
B
32 MERCURE DEFRANCE.
gai , plus étendu , & plus fain ; moins
fujettes par conféquent à tant de maladies
& d'infirmités , dont les fuites très - fâcheufes
leur caufent des langueurs , qui les
obligent de chercher ailleurs un fecours
naturel , qu'elles ne peuvent rencontrer
dans la confufion de l'Hôtel - Dieu de Paris .
Dans la feconde objection , l'on entre
affez dans le deffein de M. le Jeune , &-
même on femble l'applaudir . On lui réferve
cependant quelque chofe par apoftille.
Ce font les inconvéniens du tranfport,
& les rifques pour les maladies preffantes.
Laiffant un entrepôt affez confidérable
pour contenir quatre cens lits , comme fe
le propofe M. le Jeune , cette derniere
difficulté fe leve d'elle- même , & par cet
hofpice fuccurfal , les pauvres , dangereufement
bleffés , feront reçûs , comme actuellement
, à toutes heures de nuit & de
jour. Pour ce qui eft de la diftance , elle
ne regarde qu'un tiers de Paris , lequel
trouve des commodités qui en peu de tems
le récompenferont d'un tranfport un peu
plus long par un rétabliffement plus
prompt.
La troifiéme objection fronde les ref
fources de M. le Jeune far les aumônes
& fur une Lotterie. On s'apperçoit bien
que notre Auteur n'eft nullement inforJUIN.
1749.
33
mé , ni du projet ni des fonds exiftans.
Cependant qui lui feroit voir cinq à fix
millions , même plus , fans que le Roi ,
ni le peuple en foit chargé en aucune
façon , que diroit- il ? M. le Jeune penfe
trop bien , & eft d'accord avec le Critique.
Il fçait que les aumônes font un cafuel
très-arbitraire , & un revenu très- caduc. Il
ne penfe à rien moins qu'à s'occuper l'efprit
d'une Lotterie. Il veut élever ces bâtimens
avec de l'argent comptant ; demain
même il peut commencer. Le feul agrément
de l'exécution lui manque. Loin
de vouloir puifer dans la bourfe des pauvres
, dépôt facré , effentiel à leurs befoins ,
au bien public , & à la tranquillité de l'Etat
, par fon arrangement , il veut pour un
premier article , que l'Hôtel- Dieu lui foit
déja redevable d'une rente de cent mille
livres au moins , & procurer aux Adminiftrateurs
de plus grands fonds , réſervés
aux befoins extraordinaires pour les tems
preffans. Voilà fa vraie façon de penfer.
Il feroit à fouhaiter pour le bien des
pauvres , que notre Auteur vît M. le Jeune.
Il fait appercevoir en fuivant fa Lettre
, qu'il s'eft donné beaucoup de peine
pour voir tous Meffieurs les Adminiftrateurs
de l'Hôtel-Dieu , & s'informer fi les
intentions de M. le Jeune leur avoient
By
34
MERCURE
DE FRANCE.
été communiquées. Il n'a pas été bien inf
truit. Je fçais que M. le Jeune a envoyé
un Mémoire de fon projet aux principaux
Administrateurs , tant fpirituels que temporels
, & qu'ils lui ont tous témoigné
avec zéle , qu'ils en fouhaitoient très-ardemment
l'exécution pour la fatisfaction
de tous les pauvres.
On eft en peine de ce que deviendra
une dépenfe fi confidérable , & s'il en réfultera
pour toujours un bien réel à l'Etat , à la
Ville , & aux pauvres de l'univers, Notre
Auteur ofe même dire , que cet accroiffement
de bâtimens , de dépense , ne feroit
qu'un bien momentané , parce que les perfonnes
tant foit peu indigentes des Paroiffes , & c.
n'auroient aucune légére infirmité , qu'elles
ne fe rendiffent très- promptement en un lieu ,
où la propreté & le bon air leur feroit regarder
l'Hôpital neuf, comme une maison de
campagne , & c. Notre Auteur me permettra
de lui dire que cette réflexion fait tort
& à la lageffe, & à la prudence de ces
Perfonnes éclairées , qui font à la tête de
l'adminiftration de l'Hôtel - Dieu , elle
femble même vouloir attenter à leur vigilance
. Que fait- on dans Paris , même dans
les Bureaux des aumônes de chaque Paroiffe
? Que fait- on dans ces Villes dont
les Citoyens n'ont rien fi à coeur , que de
JUIN. 1749.
35
fignaler leur zéle pour les pauvres , en leur
procurant un Hôpital convenable & capa
ble de rétablir leur fanté , qui leur eft auffi
chere que lleess lleeuurrss propres ? N'eſt-il pas
même furprenant que des Villes de Province
, dont les richeffes n'approcheront
jamais de celles de cette Capitale , préfentent
des exemples , que Paris dans
fon opulence ne peut pás , ou n'ofe
fuivre?
pas
Il paroît que notre Auteur par un faint
zéle pour les pauvres , reffent avec peine
les acquifitions qu'un projet fi vafte
pourroit occafionner. Il n'y en a pas à faire
dans l'Ile des Cygnes ; la Ville à qui appartient
cette Ifle , & à qui elle a été donnée
depuis environ trente ans par une faveur
fpéciale , ne peut la refufer à l'Hôtel-
Dieu , en reconnoiffance des biens qu'il
lui procure , tant pour la fanté des Citoyens
, que pour les embelliffemens qu'il
lui produira , les commodités qu'il lui
fournira , & une falubrité d'air qui la mettra
à l'abri de toute contagion , dont cette
Capitale eft menacée , fur tout dans les
chaleurs exceffives de l'été , & dans les
tems où les maladies font fi fréquentes . Les
revenus des maifons , qui font dans la rue
neuve Notre-Dame , & dans les environs
de la rue du Fouarre, fe confervent par- là ;
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les réparations n'en emportent pas la
rente , & il eft bon de ne rien diminuer
du bien d'une maiſon auffi confidérable .
Je fuppofe que l'on fuive le projet de
l'augmenter dans fes environs. Ce projet
refferré dans tous fes points de vûes , n'empêchera
pas qu'elle ne foit très limitée , &
qu'elle ne foit fujette aux mêmes calamités
; que dis-je ? capables même de répandre
la contagion & la pefte dans l'enceinte
de Paris. Quelles graces n'a- t'on pas à rendre
au Ciel , qu'une pareille playe n'ait
pas encore affligé une Ville , dont le centre
regorge d'un égout de mille puanteurs
& de mille immondices , & qui n'a pour
tout écoulement , fur tout l'été , tems le
plus dangereux , qu'un fimple bras de
Seine , qui fouvent eft à fec ! Au lieu que
dans l'Ile des Cygnes , l'Hôtel- Dieu n'eſt
limité que par lui même, il s'y trouve entre
deux caux , aëré de toutes parts ,
fain par
conféquent , & hors de la portée de pouvoir
communiquer aucun mauvais air à Paris ,
qui a obligation de fa confervation à la
fageffe de fon Gouvernement , & à la police
réguliere qui s'y exerce journellement.
Puifque notre Auteur avoue lui-même ,
qu'il eft très à propos que les pauvres malades
foient plus à leur aife , & qu'il est
JUIN. 1749. 37
même de conféquence d'augmenter le
nombre des lits , ne vaut- il pas mieux pla
cer cette augmentation dans un endro t ,
qui ne peut nuire à qui que ce foit , comme
celui de l'Ifle des Cygnes , qui loin
d'augmenter le projet de la dépenfe , le
diminue , en lui confervant fes revenus ,
& le difpenfant de toutes nouvelles acqui
fitions ?
Si notre Auteur ne convient pas eneore
que les immondices alterent & corrompent
la pureté des eaux de la Seine ,
pourquoi tous les ans la Police défendelle
d'y puifer de l'eau , depuis le Petit-
Pont jufqu'au deffous du Pont- neuf ? S'il
ne fût pas arrivé quelques inconvéniens
à ce fujet , ou que l'on n'en eût pas eû à appréhender
, on n'auroit pas eu lieu de faire
de telles défenfes.
Mais quand on compare cet inconvénient
, avec celui qui pourroit avoir lieu
pour les habitans des Villages , & pour
pour
les maifons qui font au-deffous du courant
de l'eau après l'Ifle des Cygnes , je ne trou
ve pas la comparaifon jufte ; l'Ile des
Cygnes forme fa pointe , ( où aboutiront
tous les égouts de l'Hôtel-Dieu ) vis- à-vis
les Bons-Hommes. Cette pointe est trèsécartée
des bords habités , elle ſe jette ,
38 MERCURE DE FRANCE.
pour
où ,
ainfi dire , à l'autre bord du côté des
Invalides où il n'y a point d'habitation ,
au lieu qu'à l'Hôtel-Dieu actuel tous les
égouts fe répandent dans un petit bras ,
l'été fur tout , comme nous l'avons
dit , il n'y a pas la cent milliéme partie
d'eau , qu'il y en peut avoir de la pointe
de l'Ifle des Cygnes au rivage des Bons-
Hommes. Quelle difproportion , & pour
la profondeur & pour la rapidité !
Je crois , Monfieur , que l'Auteur de
ces objections avouera lui-même , qu'un
projet d'auffi grande conféquence qu'eft
celui de M. le Jeune , loin d'être traversé
d'avantage, mérite plutôt l'attention , nonfeulement
des Grands du Royaume , mais
-même du Public & de l'Etranger. La Maifon
par fon entrepôt fera toujours dans la
même enceinte de la Métropole , expofée
aux charités de tout le monde. Que de bénédictions
› que d'avantages , que de reffources
, ce projet procurera- t'il à l'Hôtel-
Dieu ! Que de ferveur , que de charités
on verra éclater en fur-abondance ! Quiconque
n'ofoit mettre les pieds , ni même
approcher de l'Hôtel - Dieu par fon mauvais
air , fe fera un vrai plaifir d'y venir dans
l'Ile des Cygnes , d'être les témoins oculaires
de la maniere dont on traite les
JUIN.
1749. 39
membres chéris de Jefus - Chrift , & de
contribuer par de bonnes oeuvres , à leur
faciliter un rétabliffement plus prompt.
Signé , Millet.
**
A Paris , ce 18 Mars 1749.
EPITRE A M....
Heureux Eureux celui dont le fage génie ,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers
Peut dans un Livre oublier l'univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour à tour des droits fur fes momens ;
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois , pour inftruire & pour plaire
Ses fentimens & les goûts differens
Trouvent toujours de quoi le fatisfaire ;
Le beau l'enchante , & la raifon l'éclaire
Il ne voit point d'ennemis dans fes fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême
Il n'eft point Roi de cent peuples divers ;
Il est bien plus , il eft Roi de lui - même.
Il fut un tems , où mes tranquilles jours
Couloient ainfi ; le Dieu de la fageffe ,
Le Dieu des vers , le Dieu de la molieffe ;
Y préfidoient , en partageoient le cours.
**
40 MERCURE DE FRANCE.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés ,
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe .
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Plus grand encor , tranfmettoit à mon coeur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire ;
Mon coeur privé de ſentimens à lui ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui ;
Ce tems n'eft plus , une fource étrangere
Ne fournit plus les pleurs que je répands.
Je pleure , hélas ! fur ma propre miſére ;
Defefperé du trouble de mes fens ,
Depuis l'inftant que mes yeux vous ont vûe ,
Je pleure , hélas ! ma liberté perdue.
A Dieppe , ce 26 Avril 1749 .
B***** .
;
JUIN. 41 1749.
REFLEXIONS DIVERSES .
E bonheur qu'on croit attaché aux
grandeurs , n'eft qu'un fantôme qui
difparoît auffi-tôt que nous croyons le
toucher.
Cette multitude d'hommes qui peuplent
nos campagnes , ignore jufqu'au nom même
de grandeur ; en font-ils moins heu
reux Leur état a fouvent fait les délices
des plus grands Hommes de la Républi
que Romaine .
les
Tous les hommes conviennent que
louanges ne font dûes qu'au mérite. Cependant
chacun les prodigue à des gens ,
qui n'ont pour toute vertu que leurs richeffes
, ou des dignités aufquelles la fortune
aveugle les aélevés. Quelle contradiction
entre nos fentimens & notre maniere
d'agir !
Arifte qui convient avec moi du néant
des grandeurs , remue ciel & terre pour y
parvenir . Quel contrafte Le mépris des
grandeurs n'eft gueres que dans la fpéculation
, & rarement dans la pratique.
On colore fouvent les intrigues qu'on
employe pour fupplanter un homme en
place , du fpécieux prétexte de fe rendre
42 MERCURE DE FRANCE.
utile à la Patrie , tandis qu'on ne cherche
véritablement qu'à s'enrichir aux dépens
de cette même Patrie , dont on trahira les
intérêts , lorfqu'ils fe trouveront en concurrence
avec les nôtres .
Antifthéne , qui a paru avoir les qualités
requifes pour remplir un emploi élevé ,
montre fon incapacité dans tout fon jour ,
lorfqu'après avoir trompé les yeux du Public
, il a obtenu le pofte qu'il briguoit
avec tant d'ardeur .
L'orgueil des Grands n'eft jamais plus
flatté , que lorfqu'ils font la comparaifon
de leur état avec celui des autres. Ce qui
excite les plaintes de ces derniers , fait le
triomphe des premiers.
On refpecte celui qui eft en place :
cela eft dans l'ordre , mais il ne faut pas
que le refpect dû à fon rang , s'étende jufqu'à
fes défauts. Autrement nous éleverions
des autels au vice auffi bien qu'à la
vertu .
Combien d'hommes ne femblent poffe.
der des richeffes , que pour augmenter le
dépit de leurs parens qu'ils laiffent dans
l'indigence !
J. F. C. de Semur , en Auxois.
JUI N. 1749.
43
CAPRICE.
Tum'éblouis envain , profane volupté !
De tes plaifirs trompeurs je ne fuis plus flatté.
Tu ne me verras plus , jouet de tes caprices ,
Rechercher avec foin tes honteufes délices .
Ceffe de m'affervir fous tes perfides loix ;
Senfible à la vertu , je fuis fourd à ta voix.
Mon coeur défabufé quitte ton culte infame
Et commence à brûler d'une plus pure flamme.
Pour fuivre la vertu , je brife ton lien ;
Te fervir eft un crime , & te quitter, un bien .
Ainfi qu'un jeune cerf , quand la trompeufe neige
A blanchi les fillons , ignorant fon malheur ,
Folâtre dans la plaine , & va ſe prendre au piége
Qu'avoit tendu la veille un rufé Laboureur :
Telle la volupté, dans fa route fleurie ,
Ne montroit que douceurs à mon ame ravie.
Epris de fes attraits , je courois à grand pas
'Avaler unpoifon que je ne fentois pas.
Quel étoit mon deftin ? Imprudente jeuneffe !
Charmé de mon erreur , j'adorois mon yvreffe.
C'en eft fait , loin d'ici tes plaifirs dangereux ,
Trompeufe volupté ! de mes indignes voeux
Je hais le fouvenir , ton culte eft trop funefte ;
La vertu de mes jours confervera le refte.
2
44 MERCURE DE FRANCE.
Profélite nouveau , fur fon autel facré ,
J'offrirai pour victime un coeur défenyvré .
J'irai dans ce lieu faint où regnent l'innocence ,
La naïve candeur , la pure confcience ...
?
Là , le plaifir n'eft point de remords combattu`.
Aux foucis dévorans le coeur n'eft point en proye ;
Les jours coulent fereins dans le fein de la joye.
Quel heureux avenir , adorable vertu ,
Ne réſerves -tu point aux ames fortunées ,
Qui vers le vrai bonheur font par ta main guidées ?
Que de biens précieux tu promets aux mortels
Qui d'un fincére encens font fumer tes autels ?
C'est donc là déform is le feul bien où j'alpire.
Oui , tant que je vivrai fous un fi bel empire ,
Loin du brillant fracas du monde ambitieux ,
Loin de vouloir fixer la fortune ennemie ,
Borné dans mes projets , fans défirs , fans envie ;
Je vais me préparer un fort délicieux.
O toi , quí dans mon coeur déracines le vice ,
Toi, qui m'as retiré de l'affreux précipice ,
Que mon aveuglement entraînoit fous mes pas
Vertu , fais préceder ta plus vive lumiere .
J'ofe , nouvel athléte , entrer en ta carriere ,
Mais déja je chancelle ; accours , tends moi les
bras ,
Seconde mes efforts , acheve ta victoire ,
Je publirai par tout ta puiffance & ta gloire.
JUIN. 1749.
45
REMARQUES
An fujet d'une Differtation fur la Rage,
Par M. de Sauvages .
A Differtation dont nous parlons ,
mérite non- feulement les éloges des
connoiffeurs , mais même des perfonnes
les plus indifferentes pour la profeffion ;
la matiere qui en fait le fujet eft trop inté
reffante pour ne pas réveiller l'attention
du Public , & l'érudition répandue dans
ce petit ouvrage , où l'on cite un grand
nombre d'Auteurs dont plufieurs font auffi
connus que recommandables
, a un droit
acquis fur tout le monde , à quoi contribuera
encore beaucoup l'ordre qui y
regne.
Cependant M. de Sauvages me permet
tra bien de lui faire quelques réflexions
que je foumettrai toujours à fon jugement,
J'ai d'abord été furpris de ne point trou,
ver qu'il fe foit bien fixé fur la nature de
la maladie ; c'étoit un point requis par le
Programme , & felon moi , il ne fuffifoit
pas de répandre confufément , & épars çà
& là , les fymptômes de la rage , avec ce
qu'il a dit fur la caufe de cette maladie .
46 MERCURE DE FRANCE.
Notre Auteur prévient d'abord fon Lecteur
, numéro I , qu'il ne veut ni compiler
ni répéter ce qui fe trouve ailleurs ; vraifemblablement
ce ne feroit pas compiler
que de copier d'excellens livres , tels que
Palmarius, Bonet, Aftruc, Deffault, & fur fetout
le Dictionnaire de Médecine ; ce ne
roit pas non- plus repeter que de
rapporter
en deux ou trois endroits l'obfervation du
Clerc de l'Abbaye d'Alais , affez étendue
pour qu'on pût le la rappeller.
M. de S. croit que l'homme n'eft pas abfolument
exempt d'une rage qu'il dénomme
fpontanée numéro 3 , & il commence
par citer un Auteur qui aime , dit- il , fort
le merveilleux , mais ne pourrions- nous
pas , en nous éloignant de ce merveilleux ,
rallûrer le genre humain , puifqu'il ne
doit rien craindre de femblable , & que fi
quelquefois il eft furvenu aux hommes
des fymptômes de peur de l'eau fans morfure
ou embavûre , ils étoient caufés
d'autres maladies , & non par la rage , qui
n'a de prife fur l'homme que par communication
?
>
par
C'est cette déference pour le merveilleux
, qui a fait inferer à M. de S. les obfervations
les plus dépourvûes de vraifemblance
& de certitude , telle eft celle
du numéro 7 ; la rage fe communique en
JUI N. 1749. 47
tirant le fouffle d'un animal enragé ; & numéro
17 , la bave deffechée ſur des habits
ou fur un couteau de chaffe rouillé , abandonné
depuis plufieurs années , ne laiffe
pas de donner la rage. Les anciens Médecins
font remplis d'obfervations dont on a
reconnu le peu de fondement. On fçait
combien on doit s'en défier , & que ce
n'eft pas fur leur autorité qu'on ſe décide.
Les grands efforts de M. de S. font fur
la caufe de la rage ; il y parle fort au long
de l'électricité , & même , par une addition
, des vers luifans : il explique la cauſe
de la rage par un alkaly volatil , qui coagule
le fang de l'hydrophobe ; il rejette
toute idée d'acides ; il eft pourtant certain
que le vinaigre, qui , je crois, eft acide , injecté
dans les veines, coagule le fang, mais
comme l'Auteur fe détermine pour l'alkaly ,
il s'appuye principalement fur ce que des.
alkalys coagulent le fang dans la poëlete ,
ce qui ne dit encore rien pour celui qui eft
dans les veines , car le fang fe coagule à
l'air froid , même fans le fecours des alkalys.
La bave de l'animal enragé , dit l'Auteur
, eft un levain pourriffant qui infecte
le fang , & qui après l'avoir coagulé , le
rend fluide ; Stalh , dit-il encore , s'étonne
l'on ait tant fait de bruit de la fermen
que
48 MERCURE DE FRANCE.
tation , qui n'a jamais eu lieu dans le fang ,
& qu'on ne dife pas un mot de la corruption
qui y eft fi commune ; mais que M.
de S. me permette de lui demander fi les
putréfactions ou corruptions , ( comme il
voudra ) s'operent fans fermentation &
fans que les acides y ayent la meilleure
part. Je penfe même que la fuppofition
qu'il fait d'un alkaly , admet une fermentation.
Enfin les numéros 91 , 92 , 93 & 94,.
font employés à enhardir aux amputations
des doigts , du bout de l'oreille , du bout
du nés , de la main , avant-bras , pieds ,
jambes & des autres parties ; cerner la
playe & enlever les chairs au de-là du
fond , n'ayant égard qu'aux gros vaiffeaux ,
aux nerfs & aux tendons ; couper même
un peu avant dans le fain , & ne pas
differer
d'un inftant l'opération. C'eft dabord
s'éloigner beaucoup de la pratique des Médecins
on pourroit prefque dire à M. de
S. ce que difoit un grand Médecin Me- :
lius eft agrotare quam fanari , & toutes ces
cruautés ne feront - elles pas inutiles , fi le
fang a été infecté? Comment s'affûrer qu'il
ne l'aura point été ? Alors qui fera à tems
ces amputations ? Une minute de retardement
portera le venin hydrophobique au
travers des plus petits vaiffeaux,à fix pouces
JUIN.
49 1749.
es au- delà de la playe . Voilà pourtant les
bons préfervatifs de notre Auteur, qui font,
fans contredit , en état de troubler beaucoup
l'imagination , ce qui eft aller contre
l'intention.
Pour fon reméde, c'eft le même que Palmarius
, que Default & le Dictionnaire
des Médecins ont célébré , c'eſt- à-dire
l'onguent mercuriel ; & quoique numero
il ne voulût point répeter , il s'eft trouvé
obligé de rappeller ce reméde , dont
l'ufage pour préfervatif vaut fans doute
bien mieux que les amputations.
>
Je ferai encore à M. de S. deux queſtions
; la premiere , pourquoi parlant numero
10. de la rage périodique , il n'a pas
expliqué un phénoméne fi confidérable.
Seroit-il poffible qu'une telle explication
fût au-deffus d'un auffi grand Médecin ?
Ma feconde queftion eft , que M. de S. ad◄
mettant dans fon fyftême une rage fpontanée
pour les hommes , je ne fçais com
ment il s'affûre que la rage eft reftée affoupie
dix ans dans le malade de M. Chirac,
& que ce ne fut ppaass pplluuttôôtt une de
ces rages fpontanées.
Au refte on a été furpris de voir M. de
S. rapporter , numéro 18 , ce que dit M.
Hamberger de l'adhérence des Auides aux
folides ; il n'eft point de Phyficien qui ne
11, Vol, C
so MERCURE DE FRANCE .
fcache que le célebre Muffenbrock a de
montré la fauffeté de cette fuppofition.
La Differtation eft d'ailleurs digne de la
réputation de fon Auteur . Si ce n'étoit
pas un Ouvrage médico- phyfique, on pour
roit y relever des expreffions peu Françoi
fes ; mais ce défaut , fi cela en eft un , vient
fans doute de la multiplicité des Langues
que poffede M. de S. & voila ce qui a caufé
une espece de confufion. Que fi M. de
S. trouve mes Remarques utiles , je pourrai
les étendre, & y ajoûter bien des choſes ,
A Bordeaux , le premier Mai 1749.
VIPARALARATO GARAPA YAKA
LE LA CET ,
1
FABL E.
A Mademoiselle .... 7.... A....
CEE
Et enfant qu'on nous peint avec des traits
charmans ,
Eft un tyran cruel , jaloux de fon Empire.
Tandis même qu'un coeur foupire,
Au beau milieu de fes tourmens
Il veut qu'il foit toujours content de fon martyre.
Cet Enfant eft celui qu'on appelle l'Amour ;
Il fatte & punit tour à tour.
JUIN.
"51 1749.
Ainfi la flatteufe eſpérance
Eſt le feul remede à ſes coups :
Ce n'eft que par la patience
Qu'on peut défarmer fon courroux .
Voila pourquoi piqué de votre indifference ,
Je ne murmure point , chere Iris , contre vous.
Un jeune oifeau voltigeant dans les airs ,
Libre des foins des amours printannieres ,
Loin des voluptés paffageres
Vivoit en Solitaire au milieu des deferts.
Sa fierté par cent traits marquoit l'indifference
Dont il enchaînoit fes defirs .
Le changement & l'inconftance
Camel Compofoient fès plus doux plaifirs. ! IN
Dans une molle négligence ,
Il ne connoiffoit point l'ufage des foupirs ,
Qu'Amour a ſoin de nous apprendre.
Les Nymphes , les Bergers furpris ,
Dans fes chanfons fouvent croyoient entendre
de CCA
Les mépris du fils de Cypris ,
Et fouvent le berger Philandre
Avoit craint que fa Lycoris
Ne profitât de fes avis.
Des habitans aîlés le Phénix , plein de joye ;
Alors même vantoit fa douce liberté ,
Quand un lacet trompeus,toujours fûr de fa proye,
52 MERCURE DE FRANCE.
Par l'ordre de Philis le retint arrêté ……..
Il s'efforce , il s'agite , & pour finir fes peines,
Toujours nouvel effort ... mais il n'avance rien ,
Le même effort hélas ! qui doit brifſer ſes chaînes ;
En fait refferter le lien ,
Auteur de fon propre martyre ,
Lui- même attife fa douleur
Et par la plus funefte erreur,
4 Il expire .
L'impatience hélas ! caufa tout fon malheur,
Sur cet inftant Philis arrive ;
Elle apperçoit l'oiſeau , ſon état , fon deſtin. . ::
Elle veut rappeller fon ame fugitive ......
Mais en vain. , .
Ah ! malheureux oiſeau , dit- elle , toute en larmes,
Tu méritois un heureux fort, i
Et ce n'étoit pas à la mort
Que t'avoient deftiné tes charmes,
Le défefpoir eft dangereux ;
Amans , nourriffez l'efpérance ;
Souvent après la patience
Viennent les plaifirs & les jeux.
Ce font-là des fecrets de l'Enfant de Cythere ;
L'efpoir nous rend toujours heureux ;
On poffede à demi les biens que l'on eſpere.
Par M. François Reynalt , natif de la
Ville d'Eftagel en Rouffillon .
CUIN. 1749) 53
LETTRE
De D *** , R. Bénédictin de Clugny
à D. R. du même Ordre.
V
Ous fçavez , mon Révérend Pere ,
que pendant le tems que nous avons
demeuré enſemble dans notre Maifon de
Nevers , nous nous fommes quelquefois
étudiés à faire des découvertes fur l'Hiftoire
de la Province du Nivernois , pour tâcher
d'éclairer cette partie de l'Hiftoire
du Royaume , qui eft une de celles qui jufqu'aujourd'hui
font le plus demeurées dans
l'obscurité .
›
à
Il me vient de tomber entre les mains
un Livre imprimé depuis deux ans
Paris , chez Moreau intitulé : Mémoires
pourfervir à l'Histoire du Nivernois & Donziois,
par M. N. D. L. R. A. E. P. Leftyle
en eft agréable, & j'ai reconnu fans peine
à fa diction fleurie l'Auteur des Hiftoires
Romanefques du Maréchal de Boucicaut &
du faux Démétrius. *
Jai crû devoir faire fur cet Ouvrage
* Ces Hiftoires font écrites dans le goût d'Hyppolite
Comte de Duglas , de Jean de Bourbon ,
Prince de Carency , & autres ſemblables .
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
quelques remarques , que je vais vous.
communiquer , quoique perfuadé que dans
le deffein où vous êtes de travailler à
l'Hiftoire de cette Province , vous puiferez
aux fources , & ne vous en rapporterez pas
à la foi d'autrui
J
Ces remarques ne rouleront principalement
, que far ce qui regarde la Ville
de Nevers , fes Comtes & fes Ducs . Je
veux croire que l'Auteur , né à Clamecy,
eft mieux inftruit de ce qui concerne cette
Ville & fes environs , que du reste du
Nivernois , au moins je le foulaite : S'il
en eft autrement , je laiffe à quelqu'un
plus au fait que moi de cette partie de
la Province , à relever les erreurs où il
peut être tombé : entrons en matiere . L'Auteur
dans fa Préface , page 5 , dit : Queles
premiers Seigneurs du Nivernois l'étoient auffi
des Comtés de Tonnerre , d'Auxerre , de Gin,
de Rethel , de Flandre , & , ajoute t -il ,
Pays-Bas.
nof
des
Tout le monde fçait que ce qu'on appelle
les Pays - Bas , comprend dix - fept
Provinces , il eft vrai que les Seigneurs
du Nivernois des Maifons de Flandre
& de Bourgogne , en ont poffedé quelqu'unes
des dix- fept , & ont pris le titre
de Seigneurs de quelques autres , mais ils
n'ont jamais poffedé ni pris le titre de
JUI N. 1749 . 55
Comtes de Hollande , ni de Seigneurs
d'aucunes des fept Provinces des Pays - Bas ,
qui compofent aujourd'hui cette République
, non plus que la qualité de Ducs de
Gueldres; pourquoi donc les dire Seigneurs
indéfiniment des Pays-Bas ?
Paffons à l'Hiftoire . Page 9 , il dit :
Que le Chapitre de Saint Cyr ( Cathédrale )
- eft compofe d'un Doyen , de l'Archidiacre de
Nevers , d'un Tréforier , d'un Chantre , &
de l'Archidiacre de Dezize , qui font Digni
tés , d'un Sacriftain , d'un Scholaftique , qui
font Perſonnats , & de quarante Prébendes
dont quatre font amorties.
>
Le Chapitre de Saint Cyr n'eft compofé
que de trente-cinq Prébendes , dont cinq
font poffedées par les cinq Dignitaires ci-
V
deffus . Des trente autres , une feule eft
Perfonnat , c'eft la Théologale. La Scholaftique,
Ecolâtre ou Préceptoriale , de quelque
façon qu'il plaife l'appeller , eft fupprimée
depuis long - tems : fon revenu eft
donné aux Jéfuites du Collège de Nevers.
Le Sacriftain n'eft pas Chanoine , il eft
tout au plus le premier du bas Choeur ,
& fa place eft dans les ftales baffes : il ne
porte pas même l'aumuffe , comme les femi-
Prébendés.
Page 10, l'Auteur ajoute : Prefque tous ces
Bénéfices font à la nomination de l'Evêque : il
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE .
auroit dû dire , qu'ils y font tous , à l'exception
du Doyenné , qui eft électif; à l'égard
du Sacriftain , qui , comme nous l'avous
dit , n'eft pas Chanoine , il eft nommé
par le Tréforier.
Page 11 , il dit : Qu'il y a dans Nevers
trois Abbayes , & pour les trouver ,
il y place celle de Bellevaux , Ordre de
Prémontré , qui eft , il eft vrai , dans le
Diocèle de Nevers , mais à dix ou onze
lieues de cette Ville , Paroiffe de Limanton
, près Moulins en Gilbert.
Même page 11 , parlant d'un prétendu
tombeau découvert en 1719 , à l'Abbaye
Notre- Dame , il dit : Qu'on y voyoit une figure
, dont la tête portoit une couronne radiale
, & c.
Cette figure qui eft à préfent dans l'Eglife
de cette Abbaye , après avoir été
long-temps à la porte , fe voit encore ;
elle n'a pas de couronne fur la tête , ni de
rayons autour ; les deux Anges encen .
fans , qui font à côté , me font penfer que
c'eft la figure d'un Saint , & non celle
d'un Comte de Nevers ( comme le dit l'Auteur
) & l'épée vraiſemblement défigne que
ce Saint eft un Martyr , & l'inftrument
de fon martyre. A l'égard des pieces prétendues
trouvées dans ce tombeau , les
Dames Religieufes affûrent n'avoir aucune
JUIN.
57
1749.
connoiffance de ce fait , dont l'Auteur n'a
pour garant , que celui de la nouvelle
Defcription de la France , P. D. L. F. Pour
moi , je penferois volontiers que cette
figure qui s'eft trouvée en terre ? fans
que rien indique qu'elle fût la couver
ture d'un tombeau , repréſente Saint Reverien
dont on a des Reliques en cette
Eglife ; & dans le jardin des Dames Religieufes
, il y a une Chapelle fous l'invocation
de ce Saint , bâtie à l'endroit
où la tradition veut qu'il fe foit repofé ,
étant pourfuivi par les ennemis de notre
Religion , qui l'ayant atteint au lieu qui
porte aujourd'hui fon nom , & oùil y a un
Prieuré dépendant de Clugny , ils le martyriferent.
Page 13 : Il y a, dit notre Auteur , dans
leDiocèfe de Nevers quatre Convents de Chartreux.
Il n'y a que celui d'Apponay dans le
Diocèfe. Il eft vrai qu'il y en a quatre
dans la Province , comme il le dit luimême
dans le détail qu'il en fait : pourquoi
donc les placer d'abord dans le Diocèle
?
: Page 18 Ily a dans le Nivernois deux
Bailliages , une Sénéchauffée & un Préfi
dial ; l'un de ces Bailliages , la Sénéchauffée
& le Préfidialfont à Saint Pierre- le- Moutier.
Cy
SS MERCURE DE FRANCE.
>
Bailliage & Sénéchauffée font deux mots
équivalens , & la Jurifdiction , qui dans
certaines Provinces s'appelle Bailliage , dans
d'autres s'appelle Sénéchauffée , à Saint
Pierre- le -Moutier , il y a un Grand Bailli
il y a un Bailliage & un Préfidial ; à Moulins
en Bourbonnois , il y a un Sénéchal ,
il y a une Sénéchauffée & un Préſidial ; mais
dans aucune Province du Royaume on ne
trouvera un Bailliage uni avec une Sénéchauffée
; ceci eft bien de la connoiffance
de Meffieurs les Avocars : fi cependant
il y avoit en quelqu'endroit une femblable
réunion , il est bien conftant que cela n'eft
pas à Saint Pierre- le- Moutier.
Page 19 : La Chambre des Comptes de Nevers
eft composée d'un Préfident , quatre Maîtres
, deux Secretaires , un Greffier.
Cette Chambre n'eft aujourd'hui compofée
que d'un Préſident , trois Maîtres , un
Procureur au Domaine , & un Secretaire ,
qui eft le Greffier. }
Page 20 , parlant toujours de Nevers :
Il y a une Maitrife Particuliere des Eaux
Forêts , une Maîtrife Ducale , l'une ponr
les Forêts du Roi les Communautés , l'autre
, & c.
Cette Maîtrife que l'Auteur auroit dû
appeller Royale , pour la diftinguer de la
Ducale , n'eft que pour les Communautés ,
JUIN. 1749.
59
le Roi n'ayant pas une feule Forêt en Nivernois
.
Page 21 : lly a un Prevot Provincial à Nevers
, &fa Compagnie eft composée d'un Prevôt
, un Lieutenant , un Affeffeur , & dix -ſept
Archers.
Cela étoit ainfi , & même en plus grand
nombre , avant le nouvel établiffement
des Maréchauffées le Prevôt eft préfen
tement à Moulins ; il n'y a plus à Nevers
qu'un Lieutenant , un Affeffeur , un Procureur
du Roi , un Exempt , & quatre Cavaliers.
Même page 21 : Dans les differentes guer
res que la France a foutenues contre les Anglois
, & dans les differentes révolutions que
ce Royaume a éprouvées , Nevers eft ionjours
demeurée fous l'obéiffance des Rois ; un
peu plus bas , l'Auteur ajoute : Et dans
les troubles que le Calvinifme & le Lutheranifme
exciterent , Nevers conferva toujours
la Religion qu'elle avoit reçûe , & n'écouta ni
tespropofitions des Ligueurs , ni les difcours des
Sectaires.
Ceci eft dit d'après Coquille en fon
Hiftoire de Nivernois , page 376 , édition
in-quarto examinons fi cela eft bien vrai ,
& confultons d'abord notre nouvel Auteur
lui- même .
A la page 187 , il dit : Que Philippe
ת
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Nevers & de Rethel , étant entré
dans les intérêts du Duc de Bourgogne , Chef
de fa Maifon , entra dans fon reffentiment
&fut de toutes les guerres qu'ilfoutint contre le
Roi ; *fon Comté de Nevers en fouffrit beancoup
, &c.
•
Le Prince Philippe , dont il parle en
cet endroit , avoit été tué à la bataille
d'Azincourt dès le 25 Octobre 1415. L'Auteur
l'a dit lui-même page 51. Le reffentiment
de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, Chef de cette Maifon , étoit caufé
par l'affaffinat commis en la perfonne de
fon pere à Montereau-faut-Yonne , le 10
Septembre 1419 ; quelle erreur de vouloir
faire entrer un Prince, mort quatre ans
auparavant , dans le reffentiment de fon neveu
, chef de fa Maiſon !
>
Ce qui a induit notre Auteur en erreur
eft le nom de Philippe de Bourgogne , que
portoient ces deux Princes , & qui quoiqu'oncle
& neveu, épouferent tous les deux
Bonne d'Artois , mere des Comtes de Nevers
, Charles & Jean de Bourgogne , enfans
de Philippe , Comte de Nevers , tué
à Azincourt , & coufins germains de leur
beau-pere Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, qui époufa leur mere le 30 Novembre
1424 , & prit la tutelle de ces
Charles VII
JUIN. 1749. Gi
deux jeunes Princes , qu'il garda jufqu'au
7 Septembre 1435 , année du Traité d'Arras
, par lequel le Roi Charles VII . & le
Duc de Bourgogne fe réconcilierent.
Or je demande à l'Auteur , fi le Nivernois
étant refté fous la puiffance du
Duc de Bourgogne
comme tuteur de
fes coufins , depuis 1424 jufqu'en 1435 s
fi , dis- je , il a dû dire que Nevers eft
toujours resté fous l'obéiffance des Rois ,
& fi cette Ville & la Province n'étoient pas
dans ces tems-là forcées de fuivre le parti
des Bourguignons , & par conféquent des
Anglois .
Un fait qui eft conftant , c'eft que parmi
les Patentes de nos Rois qui ont confirmé
les octrois accordés à la Ville de Nevers ,
il s'en trouve une de Henri , Roi de
France & d'Angleterre ( qui eft Henri VI .
Roi d'Angleterre ) dont la datte que je
n'ai pas bien préfente , eft de ce tems- là
ce qui prouve que l'Auteur s'eft trompé
d'abord en fuivant Coquille ' , & en difant
que Nevers dans les guerres des Anglois
, avoit toujours été fous l'obéiffance
des Rois , & enfuite s'eft contredit luimême
, en difant que Philippe , Comte
de Nevers , entra dans les reffentimens du
Duc de Bourgogne , tandis que c'est ce
Prince lui-même qui fit entrer dans fon
62 MERCURE DE FRANCE
reffentiment tous les vaffaux qu'il avoit
fous fa puiffance , & ceux du Nivernois
y ont étécomme je viens de le dire , depuis
1424 jufqu'en 1435 , en la qualité qu'il
avoit de tuteur des deux jeunes Princes fes
coufins .
"
A l'égard de ce que l'Auteur ajoute enfuite
à la même page 187 , fur la prife
de Clamecy en 1443 par le Capitaine
Aubert , Bailli de Melun , dit Forte- Epée
pour le Roi Charles VII. il auroit dû
s'expliquer davantage fur les motifs de
cette prife. Peut-être même s'eft- il trompé
de datte , car cela doit être arrivé avant
le Traité d'Arras ( 1435 ) & alors le Philippe
qui fit fuir Aubert , & le pourſuivit
jufqu'à Avalon , fera Philippe le Bon ,
Duc de Bourgogne. Si au contraire la
datte de 1443 eft sûre ce fera Charles
de Bourgogne qui jouiffoit alors par luimême
de fon Comté , mais qui vraifemblablement
n'étoit pas en guerre avec le
Roi , non plus que le Duc de Bourgogne ,
fon coufin , qui cette année prit avec le
Dauphin ( depuis Louis XI. ) les armes contre
les Suiffes & les Lorrains.
Revenons à la page 21 , & répetons
d'après l'Auteur : Que dans les troubles que
le Calvinifme & le Lutheranisme exciterent ,
Nevers conferva toujoursla Religion qu'elle
JUI N. 1749. 63
avoit reçûe , n'écouta ni les propofitions des
Ligueurs , ni les difcours des Sectaires.
Ici l'Auteur parle des troubles le
que
Calvinifme & le Luthéranifme exciterent
en France. Tout le monde fçait que le
Luthéranifme n'a pas excité de troubles
en France , du moins ce n'a été méque
diatement ; ce fut le Calvinisme qui les excita.
Il eft vrai que jamais les Calvinistes
n'ont dominé à Nevers , mais il y en avoit
pourtant , & on connoît encore aujourd'hui
leur cimetiere , quoiqu'ils n'euffent
pas de Prêche.
*
Lors de la Saint Barthelemi , la Compagnie
d'Italiens de Ludovic de Gonzague
Duc de Nevers , qui étoit en garnifon
la Charité , où jointe aux Catholiques ,
elle maffacra les Huguenots , députa un
de fes Officiers aux Echevins de Nevers ,
pour fçavoir s'ils vouloient la recevoir
pour les aider à contenir ceux qui
étoient dans leur Ville ; ils répondirent
fagement que les Huguenots étoient en
trop petit nombre pour ofer rien entreprendre
& refuferent le fecours
qu'ils leur offroient. Ces Magiftrats pri
rent le parti d'emprifonner les Sectaires
, qui compofoient peu de famil
-* Voyez l'Etat de la France fous Charles IX.
*
>
64 MERCURE DE FRANCE.
9 les , dont les noms des pere mere &
enfans , fe lifent encore fur les registres
de la Ville ; il ne leur fut fait aucun mal ; le
fait eft vrai , quoique Mezerai * mette Nevers
au nombre des Villes où les malfacres
eurent lieu.
Pour ce qui concerne la Ligue , tout
le monde fçait que Louis de Gonzague ,
Duc de Nevers , en fut d'abord un des
plus zelés partifans , mais qu'ayant découvert
que le deffein du Duc de Guife ,
fon beaufrere , étoit moins de foutenir
la Religion , que d'envahir la Couronne ,
il s'en détacha , & fut un des Seigneurs Ca
tholiques qui fervirent avec ardeur Henri
IV. avant même fon abjuration . Ce Duc
écouta donc au commencement les propofitions
des Ligueurs , ( quelqu'uns même
penfent qu'il commença par zele , & fe
retracta par jaloufie ** ) mais il changea
fi bien de ton , qu'il força Arnaud Sorbin,
dit de Sainte Foy , alors Evêque de Nevers
, d'en changer aufii; on peut voir fur ce
dernier fait le Thuana , qui eft à la fuite-du
Perroniana ,
Un autre fait qui eft encore conftant" ,
c'eft qu'en 1590 , on portoir ( à Nevers )
dans la falle de l'Officialité les registres
*
Abregé de Mezerai , fur l'année 1572 .
** Voyez Mezerai , Eglife du feizième fiécle .
JUIN. 1749.
de l'Hôtel de Ville , & les habitanssyy alloient
en foule figner & jurer entre les mains
de ce Prélat la fainte union ; mais malgré
cela , ils fe continrent toujours , & ne
firent aucuns mouvemens contre leur Roi
légitime. Les propofitions des Ligueurs
furent donc écoutées à Nevers ; mais heureufement
, il n'en fuivit aucun mauvais
effet.
Page 56 , l'Auteur parlant de Jean de
Bourgogne , Comte de Nevers , dit : Que
ce Prince enfecondes nôces époufa Paule de Bretagne
, dont il n'eut pas d'enfans , & en troifiémes
noces Françoife d'Albret, dont il eut Char
Lotte de Bourgogne
.
Cette Princeffe ( Charlotte de Bourgogne
) étoit fille de Paule de Bretagne ,
& non pas de Françoiſe d'Albret , comme
le rapportent Coquille , Hiftoire de Nivernois
, page 241 , édition in quarto , &
Meffieurs de Sainte Marthe , Hiftoire Généalogique
de la Maifon de France , pages 571
& 591 , édition in - quarto.
Ces deux Auteurs atteftent que ce Prince
( Jean de Bourgogne ) n'eut point d'enfans
de fa troifiéme femme , qui fut Françoiſe
d'Albret , & fa prédilection ( dont
on va parler ci - après ) pour Charlotte
au préjudice des enfans d'Elizabeth de
Bourgogne , qui avoit époufé le Duc de
>
66 MERCURE DE FRANCE.
Cleves , & étoit décedée avant fon pere *,
venoit de ce que Charlotte avoit époufé
Jean d'Albret , Sire d'Orval , qui étoit
fon frere , & par conféquent elle étoit fa
belle-foeur , & non fa fille.* *
"
L'Auteur ajoute enfuite : Que le Duc de
Cleves arguoit de nullité la donation faite en
faveur de Charlotte de Bourgogne parfonpere ,
comme arrachée à lafoibleffe d'un marifexagenaire
, par une femme adroite & jolie.
Ce n'étoit pas le Duc de Cleves qui
attaquoit la donation , mais Engilbert de
Cleves fon frere , comme repréfentant
Elizabeth de Bourgogne fa mere , auquel
Engilbert , pour fon partage , fes
pere &
mere avoient délaiffé les biens de France ,
mais Nevers & Rethel , les principales pieces
, lui étoient difputées , en vertu d'une
donation fuggéréé par une femme adroite &
jolie.
Est - ce donc - là la façon dont on doit
parler d'une Princefle de l'illuftre Maifon
d'Albret , qui a donné des Rois à la
Navarre , & dont la Maifon régnante def
cend , par Jeanne d'Albret , mere d'Henri
le Grand Et pour femer dans un Ouvrage
* Morte en 1483. Jean de Bourgogne , fon
pere , en 1491 .
** Voyez Coquille , page 297 , & Sainte Marthe
, page 823.
C
67
JUIN. 1749.
7
nine pincée de fleurs , eft- il permis de la repréfenter
avec l'adreffe & la gentilleffe
d'une coquette du fiécle où nous vivons ?
Coquille , page 147 de fon Hiftoire ,
rapporte » Qu'Engilbert difoit contre
» la donation , qu'elle avoit été faite par
» les inductions de Madame Françoife
» d'Albret , tierce femme dudit Jean de
» Bourgogne , qui étant jeune & fraîche
» avoit époufé ledit Jean , grandement âgé
» & caduc , & qui pour complaire à fa
femine , honnête , fage & pudique , faifoit
» tout ce qu'elle vouloit .
»
Lequel de ces portraits de caractere convient
le mieux à une Princeffe , dont on
voit encore celui de la figure , ainfi que
du Prince fon époux , à genoux & priant ,
fur les vitres de la Chapelle de Bourgogne
, dans la Cathédrale de Nevers ? C'eft
fans doute celui de Coquille , Auteur pref
que contemporain , né la même année que
Icette Princeffe eft morte . ( 1523 )
་ ་
Mêmes pages 56 & 57 , parlant du Roi
Louis XII . il ordonna le 4 Octobre 1507 :
Que Charles , fils aîné du Duc de Cleves
épouferoit Marie , fille aînée du Sire d'Or
: val.
Charles étoit fils aîné d'Engilbert de
Cleves , Comte de Nevers , & non pas
68 MERCURE DE FRANCE.
fils aîné du Duc de Cleves ; mais l'Auteur
qui au fujet de la donation a déja
fait Engilbert , Duc de Cleves , veut encore
ici qu'il le foit , en faifant fon fils
aîné Charles , fils du Duc de Cleves ; cependant
à la page 58 , il rapporte luimême
: Que Jean de Cleves , mari d'Ifabelle
de Bourgogne , fille aînée de Jean , Comte
de Nevers , eurent de leur mariage troisfils
dont l'aîné qui porta le nom de fonpere , lui
fucceda dans les Duché de Cleves & Comté
de la Marke ; les deux autres , fçavoir ,
Engilbert de Cleves & Philippe de Cleves
s'établirent en France , Philippe fut Evêque
d'Amiens , enfuite d'Autun & enfin de
Nevers.
Voilà donc enfin l'Auteur qui convient
qu'Engilbert n'a jamais été Duc de Cleves
, mais feulement Comte de Nevers ;
à l'égard de Philippe , il étoit Evêque de
Nevers & d'Amiens en même tems , fuivant
l'ufage de ce tems - là.
Belleforêt , Traducteur de la Coſmographie
de Munster , & qui a augmenté
cet Ouvrage , met un Philippe de Cleves
au nombre desEvêques d'Autun ; mais je
ne fçais fi c'eſt le même. En tout cas , fi c'eſt
lui , il n'y a pas d'apparence qu'il ait gardé
jufqu'à la mort ce dernier Évêché ; Co.
}
JUI N. 1749. 69
quille , Auteur à
Même
peu près contemporain ,
n'en dit rien ; on peut éclaircir ce fait . *
page 57 : La Baronnie de Donzy
fut le partage de Charlotte de Bourgogne ; elle
époufa Odet de Foix, Comte de Lautrec & Sire
d'Orval,
L'Auteur , comme je l'ai dit ci-deffus ,
a prétendu que Charlotte de Bourgogne
étoit fille de Françoife d'Albret ; j'ai prouvé
qu'elle l'étoit de Paule de Bretagne , & j'ai
montré qu'elle avoit époufé Jean d'Albret,
Sire d'Orval , frere de fa belle - mere ;
la voilà à préfent femme d'Odet de Foix ,
Comte de Lautrec & Sire d'Orval ( ſuivant
l'Auteur. )
Autre méprife ; cette Princeffe eut de
Jean d'Albret deux filles , ( fans parler
d'Helene , morte jeune ) Marie qui époufa
Charles de Cleves , Comte de Nevers, après
Engilbert fon pere , & Charlotte d'Albret
qui époufa Odet de Foix , Comte de Lautrec
: c'est donc la mere qu'il a prife pour
la fille.
Voyez Coquille , pages 248 , 249 , 251
& 297 , & Sainte Marthe , pages 592 &
823.
Je crois, mon Révérend Pere , qu'en voilà .
* Sainte Marthe ne le fait qu'Evêque de Ne
vers & d'Amiens , page $77.
70 MERCURE DE FRANCE.
bien affez pour une Lettre ; il me reſte à
vous prier de m'éclaircir un fair , fi vous en
avez connoiffance .
J'ai eû un manuſcrit entre les mains , qui
me paroît être du commencement du fiécle
paffé , & qui contient une généalogie
de la Maifon de Cleves , & enfuite
des anecdotes fur la branche de Cleves-
Nevers , & même de Gonzague-Cleves :
il y eft dit que Charles de Cleves , Comte
de Nevers , mort à Paris le 17 Août 15.21,
étoit lors de fa mort prifonnier au Louvre ;
je n'ai pu rien découvrir là - deffus ; je
préfume que ce fait eft avancé fauffement
dans ce manufcrit , n'étant pas naturel que
nos Hiftoriens euffent obmis la priſon d'un
Prince , auffi confidérable , & n'euffent
pas tranfmis à la poftérité les raifons de la
détention.
Si mes remarques vous paroiffent juftes &
judicieufes , je continuerai de vous en faire
part ; en attendant , je fuis , & c.
JU. IN. 1749. 71
Q
ODE
Sur la Paix.
Uel feu facré perce la nuë ?
Quel char s'élance dans les airs
Il vole & s'abaiſſe à ma vûe ,
Au fon des plus tendres concerts .
Jamais la plas brillante aurore
Sur ces climats me fit éclore
Un jour fi vif & fi pompeux.
Tel jadis l'amant de Seméle ,
Des feux de fa gloire immortelle ,
Etoqna la terre & les Cieux.
**
Toujours les monts de la Sicile
Ne tremblent pas des mêmes coups ;
Toujours l'Océan indocile
Ne bouillonne pas de courroux :
Paix , fi long - tems defirée ,
Tu viens enfin , Vierge facrée ,
Combler nos voeux & nos defirs :
Devant toi marchent l'efpérance
Les arts , les talens , l'abondance ,
Suivis des ris & des plaiſirs,
72 MERCURE DE FRANCE.
Fuyez , homicides orages ,
Qui n'avez que trop éclatté ;
Enfer , retire tes nuages ;
Ciel , reprends ta vive clarté,
Que le bruit des jeux & des fêtes
Succéde à l'éclat des tempêtes
Dont l'Univers fut allarmé ,
Et
que bien- tôt la terre entiere
Goûte la vapeur ſalutaire
D'un encens trop tard allumé.
Et toi , qu'ont attiré nos crimes ,
Haine des Dieux & des mortels ,
Mars , combien d'illuftres victimes
Ont- elles rougi tes Autels ›
Va , Dieu de fang & de colere ,
Epuifer un autre hémiſphére
Des inftrumens de tes fureurs.
Affez de meurtre & de carnage ;
Nous confervera d'âge en âge
Le fouvenir de nos malheurs,
**
Mais fous quel Aftre favorable
Les Dieux ont- ils porté mes pas ?
Un Ciel pur , un air délectable ;
Embellit ces heureux climats ;
Soudain
JUIN. 1749. 73
Soudain mille cris d'allegreffe
Ont banni l'obſcure trifteffe ,
Qui glaçoit mes yeux & mes fens ;
Je ne vois que fleurs , que guirlandes ,
Et les Autels , chargés d'offrandes ,
Ne m'offrent que myrthe & qu'encens.
+3
Un monde entier femble renaître ,
Tout rit , tout annonce la paix.
Quel oeil pourroit la méconnoître
A la clarté de fes bienfaits ?
Errez , troupeaux , dans vos prairies ;
Dormez fur ces herbes fleuries ,
Nymphes , Silvains ; chantez , oiſeaux ;
Vous n'entendrez plus dans la plaine
Que du Zéphir la tendre haleine ,
Et le murmure des ruiffeaux .
Brillez enfin de tous vos charmes ,
Brillez d'un éternel printems ,
Beaux lieux , qui fous le poids des armes
Gémiffiez depuis fi long- temss ;
Ce fut vers ce fombre boccage ,
Que Mars vint allumer la rage
De fes indomptables foldats ,
Et fous ce jeune ficomore
`II. Vol. D
74 MERCURE DEFRANCE.
L'Amour en riant montre encore
L'affreuſe trace de leurs pas,
Oubliez le bruit des trompettes ,
Echos de ces charmans vallons.
Les hautbois , les tendres mufettes
Vous préparent de plus doux fons ;
L'aimable Reine de Cithere
Vient fur un trône de fougere
Prendre l'Empire des vergers ;
Et déja l'épine fleurie ,
Qu'épargna Bellonne en furie ,
Orne le front de nos bergers,
De vos retraites fouterraines
Sortez , Néréïdes , Tritons.
La paix enfin rend à vos plaines
Les Zéphirs & les Alcyons ;
Déja de l'un à l'autre monde ,
Sa voix, en miracles féconde ,
A fait retentir les deux mers ,
Et fa main augufte & ſacrée
Devant nos pas ouvre l'entrée
De tous les Royaumes diyers,
JUIN.
7*
1749.
Objets chéris de nos allarmes ,
Jeunes amans , tendres époux ,
Venez enfin tarir des larmes ,
pour vous. Qui n'ont que trop coulé
Foibles vieillards , meres tremblantes
Courez de vos mains défaillantes
Embraffer vos fils triomphans ;
Et vous , veuves inconfolables ,
N'allez point par des pleurs coupables
Troubler de fi tendres inftans.
***
Triomphes , conquêtes , victoires ,
Noms terribles , fatals fuccès ,
Soyez bannis de la mémoire
Er du coeur des heureux François ;
Votre folle & brillante yvreſſe
En coûte trop a la tendreffe
Du Roi Bien aimé des vainqueurs ;
LOUIS ne va plus à la gloire
Que par la conftante victoire
Qu'il remporte fur tous les coeurs.
Du Coudray , Officier au Régiment Royal
Infanterie.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
J
LETTRE
Ecrite à Mademoiselle M. S. C.
E crûs devoir hier , Mademoiſelle ,
étant à votre toilette , prendre le parti
de l'Amour contre l'Amitié ; & quel homme
ne l'auroit pas fait en pareille circonftance
? Je traitai de contes & de fables
tout ce qu'on nous rapporte de ces amis
fameux , qui n'ont jamais exifté que dans
l'imagination de certains Auteurs. Je prétendis
que la véritable amitié , cette amitié
à l'épreuve de toutes les difgraces , étoit
une chimére , un phantôme , & qu'elle
étoit dans la fociété ce que la pierre philofophale
eft dans la Chymie , le mouvement
perpétuel dans les Méchaniques , la
quadrature du cercle dans la Géométrie .
J'appuyai mon fentiment de quelques raifons
tirées du coeur de l'homme . Non
contente de les avoir entendues ,vous voulez
les voir rédigées par écrit. Quelle tyrannie
! Ignorez -vous donc qu'un fentiment
hardi peut en impofer dans la converfation
, & paroître ridicule , abfurde ,
impertinent fur le papier ? Mon opinion ,
quoique très véritable,a quelque chofe de
JUIN. 1749. 77
fi monftrueux , que je n'avois jamais oſé
la produire au grand jour. Je la tenois
cachée , & comme enfermée dans mon
fein. En effet , fi le Public venoit à fçavoir
que je fuis dans ce fentiment , dé quel oeil
me regarderoit- il ? Cet homme , diroitil
, n'aime perfonne , il croit que tout le
monde lui reffemble. Il ne nous aime
donc pas véritablement , ne l'aimons pas
non plus , rompons avec lui . Plus de commerce
avec ce Philofophe milantrope.
Pour vous , Mademoiſelle , il n'y a rien
à craindre. Des liens plus étroits que ceux
de l'amitié uniffent nos coeurs ; tout ce que
je vous demande pour prix de ma complaifance
, c'eft de ne montrer cette Lettre à
perfonne , ou fi vous la faites voir , de ne
dire que j'en fois l'Auteur. pas
Nous ne pouvons trouver de véritables
amis , parce que nous nous aimons trop
nous- mêmes ; telle eft la nature de l'homme.
Il ne fe perd point de vue dans toutes
fes actions , il les rapporte toutes à lui ſeul.
Toutes fes démarches font animées par
l'amour propre , fon intérêt lui eft toujours
préfent , lorfqu'il paroît y moins.
penfer ; fa propre utilité eft comme l'ame
de toute fa conduite. Il ne voit que lui ,
il ne penfe qu'à lui dans tout ce qu'il fait.
Cette forte inclination qu'il a pour lui-
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
même , eft comme la bouffole qui le conduit
; c'eſt ſon étoile qu'il contemple fans
ceffe ; il en reçoit fa direction , fon impulfion
; c'eft elle qui influe fur toutes les démarches.
La vertu n'eft prefque jamais
qu'en fecond dans tout ce qu'il fait. Voilà
, Mademoiſelle , mon principe : c'eſt ſur
lui ſeul que roule tout mon argument.
Au reste je ne crois pas qu'on puiſſe me
nier , qu'il n'y ait dans tous les hommes
un grand fond d'amour-propre. Je ne fçais
même , s'il y a du plus ou du moins . Je
ferois affez porté à croire que nous en
avons tous une portion égale . Il ſe montre
plus à découvert , à la vérité , chez les uns
que chez les autres , mais pour être plus
caché , en eft-il moindre ? Florimond eft
fans doute le plus grand Egotifte que je
connoiffe ; fans ceffe il parle de lui . Il ne
fçauroit raconter une hiftoire , qu'il ne
s'y donne un perfonnage brillant : mais
eft- il pour cela plus préfomptueux que
Médor qui affecte de rougir , lorfqu'on
parle de lui ? Non , fans doute ; ils ont la
même paffion , mais ils la ſatisfont par des
voies differentes. C'eft un rafinement de
vanité que de fe méprifer , & de vouloir
paroître humble.
L'amour propre eft donc le mobile de
toutes nos actions. Ce principe inconteftaJUIN.
79 1749
ble une fois pofé , je raiſonne ainfi en pa
courant toutes les differentes fituations où
fe peut trouver un homme.
l'on a
: Sera-ce entre deux Sçavans , entre deux
Guerriers , entre deux hommes d'Eglife ,
entre deux femmes , entre deux perſonnes
de different ſexe , que fe trouvera cette
prétendue amitié L'afage prouve le contraire.
J'avoue à la vérité , que
quelques exemples de gens qui ont paru
s'aimer avec conftance , & en qui une certaine
fympathie a tenu lieu de cette tendre
amitié , mais je parle ici d'amis parfaits
, & non pas de ces ombres , de ces
phantômes , de ces repréſentations mutilées
de la tendre amitié : je parle de ces
hommes en qui eft renfermée , pour ainfi
dire , la plénitude de la tendreffè , & c'eft
ce que je crois qu'il n'eft pas facile de
trouver.
Damon étoit toujours avec Licidas ; ils
étudioicnt enſemble ; ils ne fe quittoient
point d'un feul moment ; ils compofoient
dans le même cabinet. On n'avoit jamais
vû deux Sçavans plus étroitement unis ;
un rien cependant a rompu ces liens fi
étroits. Damon communique à Licidas
un Rondeau , qu'il croit être admirable
fon ami ne le trouve pas de fon goût, il en
critique les expreffions , les penfées , le
;
Diiij
So MERCURE DEFRANCE .
Lour. Damon s'en fcandalife ; il prend le
parti de fon Rondeau . La difpute s'échauffe
, & dégenere bientôt en injures . Ils fe
féparent , ils ne fe voyent plus. Ils vont
plus loin , ils deviennent ennemis irréconciliables
: ils fe déchirent dans toutes
les compagnies. Pourquoi cela ? C'eſt que
Licidas a bleffé l'amour propre de Damon
dans fa partie la plus fenfible.
Tout Paris admire l'amitié qui regne
entre Floridor & Acanthe ; ils n'ont qu'un
lit , qu'une table , qu'une bourfe ; loin de
s'abandonner dans le danger , ils fe font
vingt fois expofés généreusement l'un
pour l'autre. Ces noeuds que l'afpect hideux
de la mort n'a pû briſer , ſont enfin
rompus par l'amour. Iris paroît à leurs
yeux , elle enflamme leurs coeurs . Nos
deux amis commencent à fe faire un fecret
de cette paffion naiffante ; la jaloufie s'empare
d'eux . Ils ne fe voyent plus qu'avec
des yeux finiftres ; ils fe fuyent avec autant
de foin qu'ils fe cherchoient auparavant ;
ils s'épient . Bref : Iris accorde une legere
faveur à Acanthe. Floridor l'apprend , &
en eft tranfporté de fureur . Ces deux amis
qu'on auroit mis au rang des Oreftes &
des Pilades fans Iris , en viennent bientôt
aux mains ; on eft furpris d'appren
dre qu'ils fe font battus en duel , & qu'un
JUIN. 8x 1749.
des deux eft refté fur le champ de ba
taille.
La bravoure eft , àproprement parler , ce
qui fait l'effence de la Nobleffe Françoife.
Témoigner à un Officier qu'il ne s'eft pas
comporté dans certaine action avec toute
la valeur qu'il auroit dû , c'eft s'en faire
un ennemi irréconciliable ; de femblables
affronts ne fe peuvent laver que dans le
fang :il n'y a point d'amitié qui puiffe
balancer le reffentiment. Qui croiroit que
Guife & Coligni , ces deux fameux rivaux
, ces ennemis irréconciliables , dont
les inimitiés particulieres ont prefque caufé
la perte générale de la Patrie , ayent été
dans leurs premieres Campagnes unis d'une
amitié fi étroite , qu'elle faifoit l'admiration
de toute la Cour. Ils ne pouvoient
fe féparer d'un inftant ; leurs divertiffemens
étoient les mêmes ; le plaifir n'avoit
ni pointe ni attraits pour eux , lorsqu'ils
étoient féparés l'un de l'autre ; toujours
habillés de la même façon : qui auroit ,
dis-je , pû s'imaginer qu'une amitié fi
étroite dût fe terminer un jour par une
haine implacable , qui caufa enfin la mort
de tous les deux ? C'eft cependant ce qui
arriva ; une parole changea leurs coeurs ,
ou pour mieux dire , les métamorphofa entierement.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
› Mais peut- être me direz -vous , le
monde eft trop agité , trop en proye à toutes
les paffions , pour renfermer dans fon
fein des amis parfaits. La retraite peut
feule en fournir ; il faut les chercher dans
le fecret du tabernacle. Sans doute la charité
chrétienne a beaucoup de part dans
toutes les actions de ces faintes victimes ,
mais je cherche quelque chofe de plus que
de la charité . On peut fort bien fupporter
les infirmités de les freres , vivre en paix
avec eux , & ne pas les aimer ; je vais plus
loin . Je foutiens , qu'il eft impoffible de
trouver de véritables amis dans les Cloîtres
; je pourrois ici en apporter mille raifons
, mais une feule fuffira. Il en eft des.
perfonnes Religieufes , comme des gens
mariés ; une femme nous voit , nous examine
, a les yeux fans ceffe ouverts fur notre
conduite ; nos défauts ne peuvent lui:
échapper. Nous témoigne - t'elle par quelques
fignes , même équivoques , qu'elle a
fait cette découverte dans notre caractére ?
Que dis-je ? L'en foupçonnons- nous feulement
Nous ne pouvons plus l'aimer .
Notre amour propre ne peut fouffrir l'afpect
d'une perfonne qu'il croit avoir du
mépris pour nous ; il en eft ainfi des perfonnes
Religieufes ; elles fe voyent de trop
près. Tout homme a des défauts , aucun ne
JUI N. 1749% 83
peut fouffrir le mépris ; donc point d'amitié
: voilà où en font logés la plupart des
hommes.
peu
Pourquoi fi d'amis parmi les parens
? Pourquoi tant de méfintelligence
parmi ceux que le fang a unis ? Pfiché a
dans fes foeurs fes plus mortelles ennemies.
Thémistocle
, ce grand homme , l'admiration
de ceux même qu'il avoit plufieurs
fois vaincus , eft haï , perfécuté
, exilé par
fes propres Concitoyens
, qui lui étoient
redevables
de tout. Pourquoi cela ? Sinon
parce que l'éclat de fes vertus bleffoit leur
amour propre
.
que
Sera- ce entre deux perfonnes du fexe ,
fe formeront ces doux liens ? Que l'ufage
eft contraire ? Le fexe eft fait
pour plai
re; c'eft fon unique ambition . Faire fentir
à une perfonne qu'elle manque d'agrémens
, c'eft s'en faire une ennemie implacable.
Jamais elle ne pardonnera cet attentat
plus jaloufe de fes attraits que de fa
vertu , elle aimera mieux fe voir infultée
dans fes moeurs que dans fa beauté. Mais
quelle amitié peut fubfifter entre deux rivales
? Loin de s'aimer , elles fe déchireront
impitoyablement. Si l'on voit donc quelquefois
deux jeunes Dames unies d'une
amitié étroite , c'eſt qu'elles ne font jamais
entrées en lice , c'eft qu'elles n'ont jamais été
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
en concurrence d'attraits . Or peut- on appeller
amitié folide celle que fi peu
chofe peut anéantir ?
de
Que conclure de tout cela , Mademoifelle
, finon que la véritable amitié est
comme impoffible ? C'eft une douceur qui
ne nous eft réservée que pour l'autre vie.
Comme dans le féjour des Bienheureux il
n'y a plus ni jaloufie , ni ambition , ni intérêt
comme l'amour propre , principe de
toutes nos actions , fera pour lors parfaitement
éteint , nous pourrons enfin goûter
les plaifirs purs de la parfaite amitié.
Ce n'eft point cependant que je prétende
qu'on ne puiffe goûter dès cette vie des
douceurs infinies dans la fociété de certaines
perfonnes bien nées , mais il faut
toujours s'obferver , toujours être en garde
fur fes paroles ; il faut les étudier , connoître
leurs paffions dominantes , flatter
leur amour propre , déguifer leurs foibleffes
; fans cela point d'amitié à efperer.
Telles. font , Mademoiſelle , mes raifons :
je fouhaite qu'elles foient de votre goût..
Si je les ai produites au grand jour , ce n'a
été que pour vous obéir , & vous prouver
la foumiffion avec laquelle je fuis , &c.
7. H
JUIN. 1749. 89
VERS
A Mademoiselle Gauffin. *
A Dorable Gauffin , pourquoi quitter la Scénè
Pourquoi lui dérober fon plus bel ornement ?
Hélas ! que peut fans vous la fiere Melpoméne 2
Qui pourra , comme vous , au fort d'un tendre
amant ,
Intéreſfer un Critique ſévére ,
Et lui faire envier le bonheur trop charmant
De vous aimer fans vous déplaire ?
Ah ! s'il faut renoncer à l'eſpoir malheureux
De pouvoir à vos pieds vous déclarer ma flamme
De voir récompenfer d'un coup d'oeil amoureux ,
Et peut-être d'un bien plus doux , plus glorieux ,
Les droits que mon amour vous donne, fur mon
ame ;
Que fur la fcéne au moins je goûte les douceurs ,,
De vous voir chaque jour , & joindre mes hom
mages
Aux applaudiffemens de tous les fpectateurs ,
Dont vos rares talens , vos attraits enchanteurs
Captivent à la fois le coeur & les fuffrages.
* Un bruit qui avoit couru que Mlle Gauffin voulois
abandonner le Théatre , a donné occaſion à ces vers
$6 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE
A M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur
, ayant jetté la vûe ſur le
Problême que le Mercure de Mars
nous a propofé , & fur les folutions qui
en ont été données dans celui d'Avril , je
n'ai point hésité de vous écrire , moins
pour cenfurer les raifons des Barêmes ,
des Faiguets & des autres , que pour expofer
à la judicieufe critique du Public un
fentiment qui m'a paru approcher de plus
près de l'équité. Si vous l'eftimez digne de
paroître , donnez lui le jour , mais fi quelque
difformité s'y trouve , vous pouvez le
fupprimer , fans que ma vanité fouffre
aucune atteinte ; éloigné , débarraffé &
mort au monde , je ne dois point envier
les vains honneurs qu'il offres je dois agir ,
me comporter , travailler avec un parfait
défintéreffement ainfi fans m'affujettir
aux louanges ou aux blâmes qui naîtront
de cette entrepriſe , je vous la propoſe
ainfi.
Un pere , dit-on , laiffe 100000 livres à
fon époufe enceinte , fous condition que
fi elle accouche d'un fils elle lui donnera
trois cinquièmes du bien , & gardera le refJUIN.
87
1749.
I
te ; fi au contraire elle accouche d'une
fille , elle lui donnera trois feptiémes du
total , & le reste eft pour elle . Mais cet
homme étant mort , & la veuve ayant accouché
d'un fils & d'une fille , il eft queftion
de partager le bien , & de doter les
uns & les autres felon l'intention du
Teftateur.
,
N'ayant nul égard aux differentes folutions
qui font parvenues jufqu'à vous , je
raiſonne par un autre principe qui me
fait joindre deux cinquièmes du reftant du
legs fait au fils , avec un feptiéme de plus.
que la mere a fur la portion de la fille ,
qui font 2 , portion de la mere. Ainfi 35:
étant mon nombre cherché , je prends
maintenant les trois cinquièmes de 21
pour le fils ; les trois feptièmes de 15 pour
la fille , & les 19 trouvés pour la mere ,
qui me valent en total 55 .
35
Enfuite je dis , fi 55 gagnent 100000 ,
combien 21 pour le fils , & cette premiere
regle lui donne
fiss gagnent 100000
38181 k 16 f. 4 d .
27272 14 6
14 combien 15 pour la
fille ,
fi
5.5 gagnent 100000 .
combien 19 pour la
1X
mere ,
Total
I.
34545 2 I XX:
100000,
88 MERCURE DEFRANCE.
Comme l'obscurité de mon nom , de
mon état & de mon origine , m'affùre l'impunité
, je veux encore hazarder un Problême
pour le Mercure prochain ; voici
en quoi il conſiſte.
Cinq Marchands ont fait Compagnie ,
je ne fçais ce qu'ils ont mis chacun en particulier,
je fçais feulement que le cinquiéme
& le premier ont mis 672 livres
le cinquième & le quatrième , 864 liv .
le quatriéme & le troifiéme , 684 liv . le
fecond & le premier , 436 liv . le troifiéme
& le fecond , 584 liv . ils ont gagné 1509
livres , je demande ce que chacun doit
avoir felon fa mife. J'ai l'honneur d'être
&c .
F. S. F. R.
De Lyon le 30
Avril 1749.
A MLLE N **
Le 27 Janvier , jour de ſa naiſſance..
HOROSCOPE..
Quoique je doive ma naiffance:
A ces fçavans & chers climats ,
D'où nous viennent en abondance:
JUIN. 89 174%%
Les plus célebres Almanachs ;
Soit de ma part indifference ,
Soit mépris pour cette ſcience ,
Qui croit combiner des humains
Et la fortune & les deftins ,
Onques ne me ſuis de ma vie
Voulu mêler d'Aftrologie.
Je ne puis même concevoir
Que dans le Ciel on puiffe voir
La fuite de nos deſtinées ,
Et le nombre de nos années.
Quoique me dife un impofteur ,
Pour appuyer fes vains menfonges ,
Il n'eft à mes yeux qu'un menteur
Et je n'y crois non plus qu'aux fonges.
Mais fans jour & nuit s'obſtiner
L'oeil collé fur une lunette
A fuivre en vain une Planette ,
Ne pourroit- on pas deviner
Ce qu'ici bas le fort bifarre
De biens ou de maux nous prépare à
Sans doute , le front & les yeux ,
· Et furtout les yeux d'une belle ,
Sont pour nous des decrets des Dieux
L'interprête le plus fidéle .
Tout , Iris , annonce chez vous.
La plus heureuſe deſtinée ;
go MERCURE DE FRANCE.
Tout nous dit que vous êtes née
Pour jouir du fort le plus doux.
On voudroit en vain s'y méprendre ,
Le coeur , même le plus jaloux ,!
Doit en dépit de fon courroux
A ces fignes certains fe rer.dre.
Quelle fineffe dans les traits ?
Quelle grace dans les attraits ?
Quel feu dans vos beaux yeux pétille ?
Dans votre esprit quel enjoûment ?
Toujours nouveau , partout il brille ,
Partout il feme l'agrément.
Loin de ce vain amuſement ,
Qui fans ceffe de vos pareilles
Partage les jours & les veilles
Vous confacrez tout votre tems
A cultiver tous les talens ,
Que vous prodigua la nature.
Les vers , l'hiftoire , la peinture ,
La mufique & les inftrumens ,
Font vos plus doux délaffemens.
Vous n'avez encór que trois luftres ,
Et ceux qu'entre fes écrivains
Rome compte les plus illuftres ,.
Sont tous les jours entre vos mains ,
Oui , quelque foit de la fortune
L'injuftice & l'aveuglement ,
JUIN. 1749. 21
Efperez tout , objet charmant.
Qui fort de la route commune
Ne pent avoir qu'un fort brillant.
說說說說說說洗洗澡洗洗洗洗洗
M
REVE
A Mademoifelle de .....
Ademoiselle , l'impreffion que vos
charmes & vos attraits ont fait fur
moi , agite continuellement mon imaginarion
: les rêves , qui ont occupé mon efprit
cette nuit, en font des marques bien authentiques
; les plaifirs que j'ai reffentis pendant
mon doux fommeil , devoient être
bien fenfibles , puifque de foibles veftiges
me font encore goûter les douceurs d'un
bonheur , quoiqu'imparfait & imaginaire.
Le fommeil s'est éclipfé , mais l'impreffion
des plaifirs , où mon ame nageoit , étoit
trop grande & trop forte pour que j'oubliaffe
que j'avois rêvé. Aurois- je pû oublier
un tel rêve , à moins d'être infenfible
aux charmes de l'amour & à mon propre
bonheur ?
>
Les Dieux pour éprouver la fincérité de
mon coeur , & pour voir qui je choifirois.
pour Reine , m'ont fait monter au rang des
Rois. Pouvois- je choifir autre que vous ,
92 MERCURE DE FRANCE.
Mademoiſelle , vous aimant & brûlant
pour vous de l'amour le plus vif & le plus
fincere ? Les Dieux , étonnés que le fceptre
& l'éclat ne puffent me faire oublier que
je vous aimois , m'environnerent de Nymphes
& de Nayades pour féduire mon
coeur. Pouvois-je être fenfible à leurs attraits
, vous ayant toujours dans l'efprit
, & me fouvenant des fentimens que
yous aviez pour moi , n'étant que fimple
fujet Si j'ai perdu un trône , je ne le regrette
que parce que vous avez perdu une
couronne. Si quelque chofe eft en état de
me faire oublier que ce n'étoit qu'un rêve
impofteur qui fe divertiffoit à m'éprouver,
c'est vous qui le pouvez, étant perfuadée de
mes fentimens & en les couronnant de
votre amitié ; fi rien ne me reſte de mon
empire , il me restera toujours le fouvenir
d'avoir choisi pourReine celle que j'adore,
& d'avoir goûté avec elle les plaiſirs les
plus vifs , les délices les plus fenfibles , enfin
ce que l'amour a de plus doux & de
plus charmant. Vous m'aimiez étant Roi ,
je l'ai éprouvé , ne rougiffez pas , ce n'eſt
qu'un rêve , peut-être tout s'eft évanoui à
mon réveil. Si je fuis affez infortuné pour
avoir perdu votre coeur en perdant mon
Empire , je fouhaite le
pour
de ma
vie,qu'un femblable rêve accompagne tourepos
JUIN. 1749. 93
jours mon fommeil ; le jour me fera amer
& infupportable , il eft vrai , mais la nuit
je repoferai entre les bras des plaiſirs &
des délices , & je me glorifierai de poffeder
un coeur que je pourrai couronner.
Recevez ce rêve , je vous en conjure ,
comme une marque fenfible de mon
amour : les couronnes y font imaginaires ,
mais les fentimens y font réels & fincéres.
Continuez - moi vos bonnes graces , &
croyez m'en digne , quoique je ne fois plus
Roi. Je fuis , Mademoiſelle , &c.
L. C. D.
A Toulouse le 16 Avril 1749.
VERS TRISSYLLABIQUES ,
B Elle Iris ,
Je ne puis
Définir
Le plaifir
Que je fens
A Mile Coquelin .
Dans mes fens ,
Quand je vois
A la fois
Tant d'attraits
Si parfaits .
De tes yeux
Gracieux
Mille feux
Vont fortans ,
Puis rentrans
Dans les ames ,
24 MERCURE DE FRANCE.
Que l'Amour, C'eft le mai
Afon tour
De fes flâmes
Perce àjour:
L'incarnat
Et l'éclat
De ta bouche ,
Si farouche ,
Qui ne veut
Qu'on la touche,
Nous émeut.
Perles fines
Et divines ,
En s'ouvrant
J'y découvre.
Rarement
Elle s'ouvre
Aux foupirs.
Tant eft belle ,
Les defirs
Sont par elle
Excités ,
Irrités ,
Mais hélas !
Ne font pas
Soulagés.
Sort fatal !
Que j'y trouve.
Tous les jours
Je l'éprouve ,
Et le cours
De ma vie
N'eft qu'envie.
Trifte loi ,
Ah ! pourquoi
Viens-tu donc
Sans raifon
Mettre un frein
Inhumain
A mes feux
Amoureux ,
Traverfer
Ma tendreffe ,
Et fans ceffe
T'oppofer
A l'yvreffe
D'une ardeur
Qui me plaît ,
Et d'où naît
Mon bonheur ?
Tout m'enchante ,
Tout me tente ,
Air malin
JUI N.
25 1749**
Minois fin.
Chers tréfors
D'un beau corps
Blanc , bien fait ,
Qu'une robe
Tout-à-fait
Nous dérobe .
En volage ;
Dureté
Cruauté ,
C'eft le gage
Et retour
D'un amour
Sans égal ,
Font languir
Et fouffrir
Mille amans,
Accufans
La rigueur
De ton coeur,
Chere Iris ,
Quant à moi
Qui ne fuis
D'autre loi
Que la tienne ,
Dont la foi
T'eft certaine
Les mépris ,
Les foucis ,
Et la peine
Sont pourtant
Mon partage
Et l'amant
Le plus fage
Eft traité
Sort fatal !
Je me plains ,
C'eft en vain
Mais au moins
Les Echos
Sont témoins ·
De mes maux.
L'efpérance
Me confole.
Apparence
Trop frivole !
Je la crois
Quelquefois,
Quel aflaut!
Aufh-tôt
Ce vain fonge
Me féduit ,
Il replonge
Mon efprit
Dans l'horreur
Du malheur
96 MERCURE DE FRANCE;
Et l'abbat.
C'est l'état
Où me met
Cet objet
Infenfible.
Dans ce cas
Le trepas
Si terrible ,
Combleroit
Tous mes voeux ,
Et vaudroit
Beaucoup mieux,
Tendre Amour ,
Que j'implore
Chaque jour,
Dont j'adore
La puiffance ,
Tu connois
Ma conftance,
Et je crois
Qu'à tes loix
Un mortel
Sous le Ciel
Plus docile ,>
Ne feroit
Si facile , i
Qu'on diroit
A trouver ,
Conferver
Moins encore.
Puiffant Dieu ,
Dont le feu
Me dévore ,
Ah ! mets fin
Au chagrin
Qui m'obféde ;
Toi feul tiens
Dans tes mains
Mon remède ,
Je l'attends
Ardemment.
Cette Belle
Si cruelle ,
A le don
De charmer ,
D'aimer , non ;
Il faut donc
L'enflammer.
N'aimer rien ,
Eft-ce un bien ?
Non , fans doute ,
Tont dégoûté ,
1
Fais
JUIN. 97 1749
Fais fi bien ,
Qu'un lien
Pur ,fans tache ,
Nous attache .
Pleins d'appas ;
Tu rendras
Tous les deux
Bien heureux.
Par ces noeuds
J. F. G.
**
Du 19 Mai 1749 .
REMARQUE
Adreffée à M. le Principal du Collège de
Rheims , fondé à Paris , au sujet d'un
endroit de la defcription de cette Capitale ,
Par M. Piganiol de la Force .
L
E Mercure de France , mois de Mai ,
que j'ai dans l'inftant fous les yeux ,
Monfieur , & où je viens de lire une remarque
adreffée à M. le Bibliothéquaire
de Sorbonne , par laquelle j'apprends que
M. Piganiol de la Force va donner une
nouvelle édition de fa Defcription de
Paris , me met dans le goût de vous faire
part d'une Remarque que j'ai faite , il y a
déja long- tems fur ce que cet Auteur dit,
en parlant de votre College.
Je vois qu'il y a une édition de cet ou-
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE ;
vrage de 1742 que je n'ai pas luë. Peutêtre
l'Auteur fe fera- t'il corrigé lui -même
par cette édition , de ce quiva faire l'ob.
jet de ma Critique ; mais comme j'en doute
, voilà toujours ma Remarque que j'ai
faite fur l'édition de 1736 , où j'ai lû , tome
I. page 399.
93
"Le Collège de Rheims fut fondé en
» 1412 , par les héritiers de Guy de
» Roye , Archevêque de Rheims , qui l'a
» voit ainfi ordonné. C'étoit autrefois
» l'Hôtel de Bourgogne , que Philippe ,
>> Comte de Nevers , & depuis Duc de Bour-
"gogne , vendit le 12 Mai 1412 à l'Archevêque
de Rheims , & de-là eft venu ,
» &c. C'eſt ſur ces mots , & depuis Duc de
Bourgogne , que tombe ma Critique , & je
foutiens à M. de la Force , que jamais le
Philippe , Comte de Nevers , qui vendit
l'Hôtel de Bourgogne en 1412 à l'Archevêque
de Rheims , n'a été Duc de Bourgogne
.
Ce Philippe de Bourgogne , vendeur ,
étoit troifiéme fils de Philippe le Hardi ,
premier des quatre derniers Ducs de Bourgogne
, defcendus du Roi Jean . Il eut en
fon partage les Comtés de Nevers & de
Rhetel , & apparemment cet Hôtel de
Bourgogne ; il fut appellé , après la mort
de fon pere, Comte de Nevers, & fut tué,
JUIN. 1749:
99
•
portant ce nom , à la bataille d'Azincour en
1415 , laiffant deux fils de fa femme Bonne
d'Artois , Charles & Jean de Bourgogne
, qui ont été fucceffivement Comtes
de Nevers. Ce Jean a été le dernier mâle
de la Maifon de Bourgogne , n'étant mort
qu'en 1491 , & par conféquent ayant furvêcu
à Charles le Terrible, fon couſin , tué
devant Nancy dès le 5 Janvier 1476 , ou
1477 , nouveau ftyle . M. de la Force s'eft
apparemment imaginé qu'il n'y a eu dans
la Maifon de Bourgogne que les fils aînés
des derniers Ducs , qui ayent porté le nom
de Comtes de Nevers , mais il s'eft trompé.
Jean , fils aîné de Philippe le Hardi, l'a porté
, il eft vrai , avant la mort de fon pere ,
& on l'appelloit Comte de Nevers , lorfqu'il
fut pris par les Turcs au combat de
Nicopolis en1396 ; mais Nevers, après la
mort de fon pere , étant tombé en partage
au plus jeune de fes freres , le fils aîné de
Jean , qui fut Philippe le Bon , n'a jamais
été appellé Comte de Nevers ; & fi M.
Piganiol a crû que ce fut ce Philippe le
Bon , qui avant la mort de fon pere avoit
vendu l'Hôtel de Bourgogne à l'Archevêque
de Rheims , il s'eft trompé : c'eſt
Philippe , Comte de Nevers & de Rhetel
. Je croi , Monfieur
› que vous fçavez
cela auffi -bien que moi , mais je fuis
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
bien aife de m'en entretenir avec vous , &
encore pour engager M. Piganiol d'ôter
dans fa nouvelle édition ces cinq mots ,
depnis Duc de Bourgogne.
A Nevers , ce 23 Mai 1749 .
新洗洗洗洗洗洗洗洗求:洗洗洗洗洗洗
D
BOUQUET
A IP HIS E.
Ans deux jours on célébre votre Fête
, & je me félicitois , belle & charmante
Iphife , du nouveau fujet qui s'offroit
de vous faire ma cour. Mon coeur &
mon efprit étoient fort bien enſemble , &
étudioient de concert un compliment où
le fentiment prévaloit : l'efprit avoit recherché
avec foin les termes les plus propres
à bien exprimer une vive tendreffe ,
& mon coeur trouvoit un plaifir infini à
peindre au vrai tout ce qu'il fent : je voulois
y ajouter quelques-unes de ces fleurs
dont Flore embellit nos jardins , & je me
faifois une fecrete joie d'en compofer un
Bouquet , dont l'arrangement , dirigé par
mon coeur , eût été l'image de vos charmes
& de vos vertus , comme il eût repréſenté
mon amour & ma tendreffe.
JUIN. 10 . 1749.
:
tou-
La rofe , dirai-je en moi -même , tiendra
la premiere place , c'eft la Reine des fleurs ;
elle paroît au-deffus de toutes , comme
l'aimable Iphife brille au milieu de fes
compagnes ; fes couleurs douces & agréables
feront le fymbole de fes attraits : l'oeillet
qui plaît par la variété de fes couleurs ,
indiquera les graces qu'Iphife a
jours à fa fuite dans tout ce qu'elle fait
elles ne la quittent jamais ; que ne puis-je
en autant de manieres lui prouver combien
je l'adore ? Le lys par fa blancheur repréfentera
l'éclat de fes vertus : il lui exprimera
auffi la fincérité de mes fentimens
la violette fera l'éloge de fa modeftie
; elle lui dira auffi cette crainte continuelle
de lui déplaire , qui ne me quitte
jamais. Que n'exprimera point la penſée ?
Les plus petites chofes font fouvent celles
qui en difent le plus : le velouté de fes
couleurs peindra au mieux la douceur du
caractére de la Belle : leur diverfité fera la
marque de l'étendue de fes lumieres : cette
fleur lui dira auffi combien je fuis occupé
de fes charmes. Je n'oublierai pas l'immortelle
je fuis trop intéréffé à la mettre
de la partie , puifqu'elle annoncera la
durée de mes fentimens qui ne finiront .
qu'avec ma vie.
:
J'étois enchanté , adorable Iphife , de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
cet arrangement , & je cherchois à l'exé
cuter , mais quel n'a pas été mon étonnement
, lors qu'entrant dans un de nos plus
beaux jardins , j'ai vû la déſolation la plus
complette l'affreux hyver , exerçant fa
rage , avoit détruit les reftes précieux de
l'aimable Printems , & l'impétueux Borée
avoit dans fa colére anéanti tout ce qui
s'étoit oppofé à fes premiers efforts. Mon
erreur n'eft- elle excufable ? J'étois trop
occupé de vous , belle Iphife , pour m'ap
percevoir du changement des faifons , &
le Printems ne devroit-il pas être toujours
prêt à vous faire un hommage de fes tréfors
?
pas
Frappé du contretems qui s'oppofoit à
mes defirs , j'étois fort embarraffé de pou
voir le réparer, lorfque l'Amour m'a donné
ce confeil ; ce que ces fleurs auroient pû exprimer
à l'aimable Iphife , ta main ne fçau
roit-elle le tracer ? Le tems & l'éloignement
font contre toi ; peins - lui ton amour
& tes fentimens : lorfque le coeur conduit la
plume , il eft plus éloquent que l'efprit ;
la fincérité & la conftance font les marques
de ta tendreffe ; ces fleurs auroient
mal repréfenté ce que tu voulois expri
mer ; elles paffent en un moment , & tu
aimeras toujours l'adorable Iphife.
Conduit par le Dieu du fentiment ;
JUI N. 1749.
103
je vous offre pour bouquet l'hommage
de mon coeur : il vous eft voué pour toujours
, charmante Iphife ; fi le vôtre daignoit
être perfuadé de mes fentimens ,
que je ferois heureux ! L'an paffé , j'eus le
plaifir de vous préfenter des fleurs ; aujourd'hui
je n'ai pas le même bonheur ,
mais l'an paffé le coeur dicta mon compliment
; c'eſt le même aujourd'hui qui s'offre
à vous reconnoiffez - le à ces affûrances
de la plus vive tendreffe qui l'anime
toujours .
*
L'AMOUR .
IDYLL E.
E Dieu de l'univers , l'Amour ;
Jeune encor , s'envola du milieu de Cythere ;
Son coeur étoit épris d'une jeune bergére ,
Qui le favorifoit du plus jufte retour :
Tendre , vif& fincére ,
Son bonheur étoit de lui plaire ;
Il fe taifoit , mais de les yeux
Souvent l'ingénieux langage
De fon coeur amoureux
Lui préfentoit l'hommage ,
Voilé par le refpect.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Souvent il fe mêloit aux Graces ,
Pour cueillir en fecret
Les fleurs qui naiffoient fur les traces.
Toujours ardent , toujours difcret ,
Jamais fon feu.ne fut fufpect .
Quelques regards , ravis à la bergére ,
Contentoient alors tous fes voeux.
A la faveur de ce tendre myſtére ,
Ils s'aimoient , ils étoient heureux ,
Tandis que Cupidon , fon frere ,
Qui n'avoit point formé ces noeuds ,
Sous un air d'amitié déguiſant ſa colére ,
Epioit le moment de troubler ces beaux feux.
Un jour donc pour le fuivre , abandonnant Cythére
,
Entraînant après foi les plaifirs & les jeux
Sans fon cortége gracieux
Il laiffa Vénus folitaire.
•
Guidés par les Zéphirs ,
Ils volent , & bientôt ils arrivent enſemble
Dans l'heureufe contrée , où loin de tous defirs ,
Ceux qu'un tendre penchant chaque jour y raſ
femble ,
Goûtent en liberté mille innocens plaifirs
L'intérêt & la jaloufie
Ne troublent point leurs jours heureux ;
De leurs coeurs,amoureux
Toute politique eft bannie ;
JUIN .
105
1749.
Se voir , s'aimer fans
Se le dire fans fard ,
art
>
Fait l'unique foin de leur vie.
Nos charmans voyageurs , difperfés à l'inftant ,
Augmentent de ces bords le fpectacle brillant ,
L'Amour écoute feul la voix toujours timide
D'un doux preffentiment ;
De fon coeur qui le guide
Il fuit le fecret mouvement,
Au bord d'une onde pure ,
Dans un lieu folitaire , où d'antiques ormeaux
Formoient , en s'enlaçant , de differens berceaux ,
Sur un lit de verdure ,
L'adorable Zirphille , à l'abri du Soleil
Mollement étendue ,
Goûtoit tranquillement les douceurs du fommeil.
Le Dieu l'apperçoit ; à ſa vûe
D'un tendre battement fon coeur eft agité ,
Près d'elle il vole tranſporté.
Chaque inftant à fes yeux offre quelque merveille,
Quand Zéphir folatrant , non loin de ces ormeaux
De fon fouffle indifcret agita leurs rameaux.
Zirphille auffi - tôt fe reveille ;
Interdite à ce bruit , les fens épouvantés:
Sa terreur fe diffipe , ô moment de délices !
L'Amour de les regards reçoit les doux prémices ;
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Ces amans à l'inftant reftent comme enchantés ;
Remplis de la plus vive joye ,
Sur leurs lévres leurs coeurs paroiffent arrêtés :
Par leur filence feul leur amour ſe déploye ,
Et leur fait reffentir mille felicités ;
De la douceur fecrette
Dont ils font enyvrés ,
Leur regard eft feul l'interprête ,
Et dans l'ardeur des feux dont ils font pénétrés ,
L'innocence les guide , & la paix les infpire :
Ils s'aiment trop enfin pour fçavoir ſe le dire.
Cupidon qui marchoit fur les pas de fon frere
Témoin de ces momens heureux ,
Jaloux & bientôt téméraire ,
Ofa pour cette fois fe montrer à leurs
A cè coup , Zirphille éperdue
yeux
Par la fuite auffi - tôt ſe dérobe à la vue ,
Et l'Amour transporté du plus jufte dépit ,
S'adreffe par ces mots à fon frere interdit ::
ג כ
Frere cruel , ainfi donc ta préfence
Porte dans les plaifirs & la honte & l'effroi ,
Et fait fuir auffi- tôt la timide innocence ;
» Jamais l'Amour ne fera-t'il fans toi !
Je fçaurai t'y forcer , va , fuis , & loin de moi
Que l'univers t'encenſe :
» Dans ces lieux avec moi renfermant les plaiſirs ,
"
Je te laifle le foin d'enfanter des defirs.
JUIN. 107 1749.
» Adoré fous mon nom , l'on chérira tes charmes ,
» Et par tout triomphant , guidés par l'intérêt ,
» Les humains par ta voix apprendront le fecret
» De chercher des plaiſirs , & de trouver des lar-
>> mes .
Il dit : & Cupidon confus
S'envole de ces lieux pour n'y revenir plus ;
Bientôt une épaiffe nuée
Se forme dans les airs ,
Et dérobe à jamais cette Ifle fortunée
Aux yeux de l'univers.
Annette de Lorme.
A Befançon le 21 Mai 1749 .
EPITRE
Au Chien de Madame H ** , qui avois
été perdu huit jours.
A Imable objet de nos allarmes ,
Qu'on croyoir perdu pour toujours
Eft -il bien vrai que de nos larmes
Nous pouvons arrêter le cours ,
2 .
Et qu'après huit grands jours d'abſence ;
Tu trouves enfin l'escalier
Qui te conduit en affûrance
F vj
108 MERCURE DE FRANCE
Sur ton cher & tendre paillier
J'en fuis enchanté , je te jure ,
Et je t'en fais mon compliment.
Mais dis -moi par quelle avanture
Tu nous quittas fi brufquement.
Sçais- tu que ta belle maîtreffe
En penfa mourir de douleur ,
Et que tes amis par tendreffe
En pleurerent de tout leur coeur ?
Ce n'eft , d'honneur , point impofture ;
Tels étoient à tous nos chagrins ;
C'eft la vérité toute pure ;
Tu peux demander aux voifins ;
Ils te diront que le langage
De Pataraphe , * ton ami ,
Sur tous les toits du voifinage
S'eft fait entendre jour & nuit.
Il difoit à tous fes confreres ,
En miaulant lugubrement ,
Le long de toutes les goutieres ,
Amis , n'avez- vous pas vu Jean ?
N'en apprenant point de nouvelles ,
Il revenoit auprès du feu
Pour y fecher les pleurs mortellest
Que répandoient fes triftes yeux.
C
Chat de la maison.
JUI N. 109 1749.
Juge par là de la trifteffe
Dont tous les coeurs étoient épris ,
Et quel fentiment d'allegreffe
Prend la place de nos ennuis.
Près de ta maîtreffe fidelle
Demeure , crainte de malheur ;
Peut-on être mieux qu'auprès d'elle
Tu ne lens pas tout ton bonheur.
Terraffon.
A MLLE de ***
La veille de Jon Mariage.
L'Hymen ,dit- on , doit bien- tôt à Paris
Donner une fête divine ,
Où des plaifirs , des jeux , des ris
La troupe brillante & badine
Doit le trouver avec l'Amour ;
On dit encor que les trois Graces
Orneront auffi cette Cour ,
Et qu'en venant prendre leurs places ;
Elles y doivent préſenter
Un couple heureux , qui doit s'y rendre
Pour y jurer & protefter
Qu'à jamais l'amour le plus tendre
Serrera les folides noeuds
110 MERCURE DE FRANCE,
Que dans ce moment l'hymenée
Doit former pour le rendre heureux.
De ce récit tu parois étonnée ,
Jeune beauté ; feroit- ce toi
Que regarderoit cette fête ?
Tu voudrois feindre , je le vois ;
L'amour que la pudeur arrête ,
S'échappe & paroît à nos yeux.
N'en rougis point , l'amour n'eft point un crime,
Toutes les fois que de fes feux
Il n'a qu'un objet légitime .
Jouis toujours des tranquilles douceurs
De la naïve & charmante innocence ;
Si l'Amour protege les coeurs
Le tien aura la préférence.
Par le même.
3
On a dû expliquer les Logogryphes du
premier volume de Juin , par Franchiſe
Arthémife , femme du Roi Maufole , & générofité.
On trouve dans le premier arche
riche , ris , âne , fraife , Chine , cri , fan ,
crife , face , fiche , ancre , Caën , Aire , cire,
ire , niche , char , rien , chaife , frein , écran,
fier , farcin , haine , chaine , hier , crâne ,
chair , fein , chifre , France , raie , rance , If,
nacre , fi , chaire , ache , fac , cas , Nice
racine , Cafre , fafcine , chien , Acis , frais ,
JUIN. 1749 . III
farine , race , farce , haïe , fer , fcie , air &
Anchife. On trouve dans le fecond , Atrée ,
Méfa , Tharfe , Satyre , Séméi , Mars , le
Dieu Therme , Amri , pere d'Achab , Rhée ,
tems, Hermès , Marthe & Marie. On trouve
dans le troifiéme , Og , Eros , Egifte ,
Orefte , Tros , Enée , Terée , Egée & Egerie.
ENIGM E.
Comme à l'Amour , on me donne des
aîles :
Auffi ce n'eft pas fans befoin ;
Je cours fans ceffe en des pays au loin ,
Et j'endure pour toi les fatigues cruelles
D'un long voyage & cent courfes nouvelles,
N'en doute pas , te plaire eft mon unique foin.
Que de graces , Lecteur , n'as-tu pas à me rendre
Pour ce bienfait généreux & fi tendre !
Toujours de mes travaux tu recueilles le fruit ;
Mon zéle eft ma bouffolle , en tout il me conduit.
De mes prodigues mains , je me plais à répandre
que de tous côtés avec choix je fçais prendre
Je diffipe fouvent tes chagrins , tes ennuis ,
Et même , fi tu veux, en tous lieux je te fuis.
Ce
J. F. Guichard.
112 MERCURE DEFRANCE.
J
AUTRE.
E fuis un être comme un autre ;
Chacun peut me voir ici - bas.
Meffieurs , vous avez tous le vôtre ;
Mais j'en fçais un , qui ne l'a pas .
JE
AUTRE.
E fuis un meuble de toilette ;
Mon derriere fait ma beauté ;
Sans lui je ferois peu goûté ;
Voyez où le monde s'arrête .
J
AUTR E.
En fuis un autre , un autre auffi me fuit
Je fuis , mais je vas ceffer d'être ,
* Car celui qui vient , me détruit :
Je meurs , pour ne plus reparoître
Ainfi chacun vient , paroît & s'enfuit.
J
AUTRE.
E fais pivot d'admirable ftructure
Sur lequel tourne un globe curieux ,
Ayant nez , bouche , oreilles , yeux ,
Non de l'art , mais de la nature.
A Châlons-fur- Marne . Janvier 1749.
JUIN. 1749. 113
LOGOGRYPHE.
JE fuis chofe de peu de prix .
Cherche ce qu'en certain pays
L'on ne traverſe qu'avec peine :
Quand tu l'aufas , tu verras que mon nom
Fait un des termes du Blazon ;
Qu'en peu de tems , dans une plaine ,
J'éleve un banc , où plus d'un compagnon .
Malgré lui fe trouve à la géne ;
Je fuis encor une horloge , dit - on :
Mais un accent de plus me fait changer de ton :
Dis-moi ce que je fuis dans le pays du Maine ,
Et nous viendrons enfuite à la combinaiſon .
Cinq pieds font toute ma richeffe :
J'offre d'abord un lieu de joie & d'allegreffe ;
Une Ville du Montferrat ;
Une autre qui jadis fut bonne Catholique ,
Dans laquelle fe tint Concile cuménique ;
Maintenant un petit Etat
D'une puiffante République ;
D'une Maiſon certain appartement ;
Une espéce de vêtement ;
Le foutien des grands corps ;un ton de la mufiques
Celui qui le premier prit le foin des troupeaux ,
114 MERCURE DE FRANCE.
Qui tomba fous les coups de la plus noire envie
Leportrait d'un qui cherche du repos ;
Le nom de trois Rois de Hongrie ;
Un des Rois d'Ifraël , qui fut mal à propos
Maffacré par le Chef de fa Cavalerie ;
Enfin celui qui par fupercherie
Dans toutes les Tribus mit la divifion ;
Et qui , pour fruit de fa fédition ,
Périt par une femme , avec ignominie :
La paix par-là fut rendue à Sion.
Ajoutons le furnom de deux Rois de la France ;
Ce que cherche celui qui s'exerce à rimer ;
Ce qui donne la mort , fans aucune fouffrance
Chofe affez néceffaire à qui veut imprimer ;
Ce que certain joueur pouffe avec violence.
C'en eft affez ; l'ami , fans me nommer
Tu dois avoir de moi l'entiere connoiffance.
AUTRE.
TRois pieds me donnent l'être ¸
Qui combinés diverſement ,
Vont te faire paroître , -
Premierement ,
Une Ville de la Champagne ;
Ou dans une belle campagne
Croit un vin recherché du plus fameux gourmet
Terme connu dans l'Allemagne ,
JUI N.
115 1749.
Un Diſciple de Mahomet ,
Qui fe fit Auteur d'une Secte ,
Que le peuple Perfan reſpecte :
Pouffe plus loin , & tu verras
De Jacob l'époufe premiere ;
Un ton de la mufique , une fille d'Atlas ;
Je finis , faute de matiere ..
J
AUTR E.
E fuis luc & lac , vache & veau ;
Je fuis cheval , cave & caveau :
Je fuis lame & calme , âche & cale ;
Je fuis mal & val , luce & hale ,
Eau , chaume , & chelm , aâ , mâle & claveau ;
Je fuis écu , cal , mule & mâle ;
Je fuis lâche , hâle , ame & hameau ,
Ham , Cham , Lamech , Amalech & chameau ,
Ulm, culm , eu , lech, achem, ave , Auch, Aumale.
A Châlons-fur-Marne. Janvier 1749 .
116 MERCURE DE FRANCE:
•
說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗浴
NOUVELLES LITTERAIRES ,
L
DES BEAUX - ARTS , &c.
E COMEDIEN , ouvrage divifé en deux
parties. Par M. Rémond de Sainte
Albine, Nouvelle édition corrigée & augmentée.
A Paris , chez Vincent , fils , Libraire
, rue Saint Severin , 1749 , in - 8 °.
PP. 331 .
Par l'Avertiffement , qui eft à la tête de
cette feconde édition , & que nous avons
inferé dans le Mercure de Mai , on a été
inftruit que l'Auteur a fait divers changemens
& quelques additions à fon ouvrage.
M. Rémond de Sainte Albine , en analyfant
les régles de l'art des Comédiens , avoit
confidéré feulement ce qu'ils doivent être,
rélativement aux perfonnages qu'ils repréfentent
. Dans un des nouveaux chapitres
qu'il a ajoutés à fa feconde Partie , il
examine ce que les Comédiens doivent
obferver , indépendamment de l'effet
qu'ils veulent que tel ou tel perfonnage
produife. Entre les remarques qu'il fait à
ce fujet , il en eft une fort contraire à un
préjugé adopté par le Public , & même par
plufieurs perfonnes de Théâtre. On penſe
JUI N. 1749. 117
prefque généralement qu'il en eft du Dialogue
déclamé , comme de celui mis en
mufique , & qu'un Acteur , en répondant
à celui avec qui il eft en fcéne , doit emprunter
la même modulation , dont celuici
s'eft fervi .
. و ر
L'Auteur combat cette opinion . » Sans
doute il eft néceffaire , dit-il , que tous
»les Comédiens parlent affez haut pour
» être entendus. Donc il eft une modula-
» tion , au deffous de laquelle ils ne peu-
»vent jamais defcendre ,, parce qu'autre-
» ment ce qu'ils diroient feroit en pure
"perte pour une partie des Spectateurs.
5. Il eft auffi peut- être néceffaire que dans
les Scénes de pur raifonnement &
» dans celles entre deux perfonnages qui
éprouvent la même impreflion , les In-
» terlocuteurs employent une modulation
» commune. Mais dans les autres Scénes
» ils peuvent s'en difpenfer . Il convient
95
»
›
même que pour répandre plus de va-
» riété , ils en ufent ainfi . Les Tragiques
» principalement doivent avoir cette attention
, & pour cela ils ont une raifon
» de plus. Un fujet , quelque élevé qu'il
* On trouve dans le Livre VIVACITE ' , au lieu de
VARITE' . Il eft à remarquer que c'eft peut- être
fa feule faute d'impreffion , qui foit dans tout l'ou
vrage.
18 MERCURE DE FRANCE!
I
» ſoit , a coûtume , lorsqu'il parle à ſon
Monarque , de mettre dans fes tons la
» même fubordination qui eft entre fon
»rang & celui de ce Souverain. Nous
exigeons au Théatre cette dégradation
} de nuances entre un Héros & fon confi-
» dent .
33
Le fecond des quatre chapitres , dont
M. R. de S. A. a augmenté fon ouvrage,
contient les réponses à plufieurs objections
, fur lefquelles on pourroit s'appuyer
pour foutenir , que l'art des Comédiens
n'eft pas auffi difficile que l'Auteur le repréfente.
M. R. de S. A. dans le troifiéme de fes
nouveaux chapitres , exhorte les Acteurs
à ne pas entreprendre au-delà de ce que
leurs forces leur permettent. » De tems
» en tems , dit- il , le Théatre nous offre
»des Prothées , capables de prendre toutes
» fortes de formes. On a vû la même Co-
»médienne , également habile dans la
»fcience de toucher & dans celle de di-
>> vertir , exciter à fon gré les larmes & les
» ris des Spectateurs. Un moment après
»avoir été prife pour la veuve de Pompée
, elle paroiffoit être la foubrette de
l'époufe de Georges Dandin , & Clau-
»dine rejouiffoit autant que Cornélic
» s'étoit fait plaindre & admirer. De mê-
3
JUIN. 17 49: 119
me le Rofcius François , avant fes dernieres
années , étoit tout ce qu'il vouloit
être.... Vous auriez crû que la na-
»ture dans cet Acteur avoit mis plufieurs
»hommes differens . Il eft des perfonnes
» de Théatre qui , en fe renfermant dans
» les bornes de leur talent , fe diftingueroient
fur la Scéne. A l'exemple de
» ces grands modéles , elles embraſſent
tous les genres , & dans tous elles de-
» meurent médiocres. D'autres plus mo-
>> deftes n'en choififfent qu'un , mais elles
>> ne choiffent pas celui pour lequel la na-
» ture les deftinoit.....
Un examen fuccinct de trois queftions ,
dont l'éclairciffement importe àla perfection
du Spectacle , compofe le quatrième
chapitre ajouté à l'édition nouvelle .
Vis -à- vis des Lecteurs François , nous
ferions difpenfés d'entrer dans un plus
grand détail . Mais comme le Livre de M.
Ř . de S. A. ayant été publié pendant la
guerre, eft moins connu des Etrangers , ils
feront peut- être bien aifes que nous leur
donnions quelque idée de cet ouvrage.
Afin d'éviter les longueurs inutiles ,
nous ne ferons point ici l'analyse du
Traité dont il s'agit , & nous renverrons
pour cet article au Journal des Sçavans * ,
* Vol. du mois d'Août - 1748 , p. 460 .
120 MERCURE DE FRANCE.
& à celui de Trevoux * . Nous contentant
d'avertir que M. R. de S. A. employe
la premiere partie de fon ouvrage , à
montrer quels avantages naturels font néceffaires
, foit aux Comédiens en général ,
foit à certains Acteurs en particulier , &
jufqu'à quel degré on a befoin de ces
avantages felon les differens emplois
qu'on remplit fur la fcéne , nous parlerons.
feulement de la feconde partie , dans laquelle
l'Auteur effaye d'établir des principes
fixes , d'où l'on puiffe déduire toutes
les régles de l'art de repréfenter les Poëmes
Dramatiques. Il nous femble que, par
plus d'une raifon , cette partie étoit celle
que les Journalistes devoient le plus s'attacher
à faire connoître , & c'eſt néanmoins
celle fur laquelle ils fe font le moins
étendus.
M. R. de S. A. pofe d'abord pour maxime
fondamentale , que les fictions théatrales
nous plaifant d'autant plus qu'elles
font plus femblables à des aventures réelles
; la perfection que nous defirons le plus
dans la repréfentation , eft ce qu'au Théatre
on nomme vérité. Selon l'Auteur » on
» doit entendre par ce mot le concours des
apparences , qui peuvent fervir à trom-
»per les Spectateurs . Elles fe divifent en
★ Vol. du mois de Février , 1749 , p. 265.
deux
JUIN . 1749 . 12T
deux claffes. Le jeu des Acteurs produit
les unes les autres .font étrangères à ce
» jeu , & elles font l'effet de certaines mòdifications
qui fe trouvent dans le Co-
» médien , ou nous les devons au travel-
» tiffement qu'il emprunte , & à la déco-
» ration de l'endroit où il joue .... Les ap-
» parences du premier genre , c'eſt- à dire
» celles qui naillent du jeu Théatral …………….
» confiftent dans l'obfervation parfaite
» des convenances . Le jeu d'une perſonne
» de Théatre , n'eft vrai qu'autant qu'on y
» apperçoit tout ce qui convient à l'âge ,
à la condition , au caractére & à la fitua-
>> tion du perfonnage... Un Acteur , qui
»fe propofe de repréfenter les effets d'une
D
paflion , ne doit donc pas , s'il veut jouer
» avec vérité , fe contenter d'emprunter
» les mouvemens que cette paffion excite
Ȏgalement chez tous les hommes. Il faut
» qu'elle prenne chez lui la forme parti-
» culiere , qui la diftingue dans le fujet
» dont il entreprend d'être la copie. La
» colére d'Achille n'eft la même que
pas
» celle de Chremès , & la douleur d'A-
» rianne eft differente de celle d'une Bour-
» geoife , qui pleure l'infidélité de fon
39
>> amant.
L'expreffion doit , aiņſi que les mouvemens
, varier felon le perfonnage . » Une
11. Vol . F
122, MERCURE DE FRANCE.
>>»perfonne d'un rang fupérieur , dit M.
» R. de S. A. met dans fes regrets , .dans
» fes plaintes , dans fes menaces , plus de
» décence & moins d'emportement qu'un
»homme fans naiffance & fans éducation.
» L'affliction , caufée par la perte d'un tré-
» for , fe peint fur le vifage d'un avare
» avec des couleurs tout autrement vives
>> que fur celui d'un prodigue , & le glo-
>> rieux ne rougit pas de la même façon que
» l'homme modefte .
"
Comme la vérité de l'expreffion dépend
de la vérité de l'action , & de la vérité
de la récitation , l'Auteur examine
les moyens qui peuvent contribuer , &
les obftacles qui peuvent nuire à la perfection
de l'une & de l'autre. Par rapport
aux moyens de rendre la récitation vraie ,
il remarque que le principal eft de ne
point employer indifferemment des tons ,
qui à peu près femblables en apparence ,
doivent cependant être diftingués.
» Les
» tons peuvent être rangés fous differens
»genres qui comprennent plufieurs eſpé-
» ces , de même que chaque couleur pri
» mitive fe divife en plufieurs nuances.
» On regarde , par exemple , le ton fier &
»le ton orgueilleux , comme appartenant
» à un même genre , mais ces tons different
évidemment entr'eux. Par le pre
JUIN. 1749.
123
»
mier , nous ne marquons fouvent que le
»jufte fentiment que nous avons de notre
dignité. Nous faifons toujours connoître
par le fecond , que nous portons ce
»fentiment beaucoup loin qu'il ne doit
s'étendre. Quoique le ton naïf & le ton
ingénu foient auffi des efpéces d'un mê-
» me genre , on auroit tort de prendre
>>l'un pour l'autre. L'un eft celui d'une
» perfonne , qui n'ayant pas l'efprit ou la
» force de cacher fes idées & fes fenti-
»mens , laiffe échapper les fecrets de fon
» ame , même lorfqu'elle a intérêt
"
99
, où
qu'elle defire de les faire ignorer. L'au
» tre eft le figne de la candeur , plutôt que
» de la fottife & de la foibleffe. Il eft le
»lot des perfonnes , .qui feroient affez
»adroites , ou affez maîtreffes d'elle- mê-
» mes , pour déguiſer leur façon de penfer
»ou de fentir , mais qui ne peuvent fe ré-
» foudre à trahir la vérité .
Dans la néceffité de jouer avec vérité ,
eft renfermée celle de préparer & de graduer
les grands mouvemens , & de nuer
les paffages de l'un à l'autre . M. R. de S.
A. traite amplement de ces trois importantes
parties de l'art du Comédien .
11 fe peut faire que 'le jeu d'une perfonne
de Théatre , quoiqu'ayant les principaux
caractéres , dont dépend la vérité
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
de l'action & de la récitation , cependant
ne foit pas naturel ; & l'on demande à cetto
occafion , fi le naturel eft toujours néceffaire
au Théatre. Cette question eft
éclaircie par l'Auteur. Il dit , que fi l'on
entend feulement par jeu naturel celui qui
n'a pas l'air peiné , tous les Acteurs , foit
que leurs rôles exigent un jeu fimple ,
foit que ces rôles ne l'exigent pas , font
dans l'obligation de joner naturellement ;
mais que fi l'on donne plus d'étendue à la
fignification du mot naturel , & fi l'on veut
qu'il défigne l'imitation exacte de la nature
commune , les Comédiens dans certains
cas paroîtroient froids & infipides
en jouant toujours naturellement . M. R.
de S. A. va plus loin , & après avoir fait
obferver qu'on le fert mal à propos du mot
charge , lorfqu'on parle du trop de véhémence
de la déclamation d'un Acteur Tragique
, il démontre que la charge dans le
Comique eft fouvent permife , & quelquefois
néceffaire .
En même tems il avertit qu'elle ne convient
à aucun des Acteurs deftinés à repréfenter
ce qu'on appelle dans le monde
les honnêtes gens , furtout lorfque les
perfonnages de ces Acteurs doivent exciter
l'intérêt . Une objection ſe préſente.
Si l'intrigue d'une Comédie demande
JUI N. 1749 . 125
qu'un Valet ou une Suivante , emprunte
les habits & les airs d'une perfonne d'importance
, la charge employée en ce caspar
l'Acteur ou par l'Actrice , fera certainement
agréable , pourvû qu'ils ne la pouffent
pas à tel point que le perfonnage.
qu'il s'agit de tromper , ne puiffe être leur
dupe. Pourquoi n'aura-t'elle pas le même
agrément chez un Acteur , qui, repréſentant
une perfonne de naiffance , eft obligé
par fon rôle de fe traveftir en valet ou en
payfan ? Une perfonne de naiffance ,
répond l'Auteur , fe dégrade en quelque
» forte par un déguiſement indigne de fon
» état ; nous ne voulons pas qu'elle s'avi-
»liffe encore davantage en paroiffant s'y
complaire , & elle s'expofe au rifque
» d'en être foupçonnée , fi elle ne ſe borne.
» pas à ce qui lui eft abfolument néceffaire
» pour éviter d'être reconnue. Au con-
»traire une perfonne du peuple gagne ,
en fe montrant jaloufe de reffembler à:
»des perfonnes au-deffus d'elle . D'ailleurs,
» comme elle ne peut en être qu'une copie
>> fort défectueufe , elle ajoute le plaifir
que nous fait la vanité de fes efforts , au
" plaifir que nous avons de voir les perfon-
» nages qu'elle trompe , ne pas s'apperce-
» voir de leur erreur.
Pour preuve de la néceffité dans laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
les Acteurs Comiques font quelquefois
de charger , M. R. de S. A. rapporte entr'autres
exemples celui d'une Scéne des
fourberies de Scapin . » Ce valet contre-
» fait Argante ; pour aguerrir Octave à
» foûtenir la présence d'un pere irrité.
L'Acteur en cet endroit , non - feulement
» eft obligé d'ufer de charge , mais eft le
» maître de la porter auffi loin qu'elle peut
aller , parce qu'au lieu de nuire ici à la
» reffemblance , elle l'augmente. Il feroit
moins vraisemblable qu'Octave demeu-
» rât interdit , fi l'extrême véhémence des
» difcours de Scapin , & la violence de
»fon emportement , ne faifoient illufion
Ȉ ce jeune amant , & ne le conduifoient
» à s'imaginer voir dans Scapin le redou
» table Argante .
"
Nous donnerons la fuite de cet extrait
dans le prochain Mercure.
Le Public s'eft apperçu que la Gazette de
France n'étoit plus de la même plume , qui la
compofoit depuis dix -fept ans. Il eft donc inutile
d'annoncer , que M. Remond de Sainte
Albine n'écrit plus cette feuille périodique.
Il ne l'eft pas d'informer les Lecteurs , que
M. le Préfident Aunillon , qui a acheté le
Privilége de M. de Verneuil , ayant crû
trouver des avantages à charger de ce travail.
M. le Chevalier de Mouhy , l'a donné pour,
JUIN.. 1749. 127
•
fucceffeur à M. Remond de Sainte Al
bine.
LE THEATRE ANGLOIS . Tomes VII. &
VIII. A Londres . 1749.
Ces deux volumes font les derniers du
Recueil , que M. de la Place avoit promis
au Public. L'Auteur convient qu'il auroit
pû donner plus d'étendue à fon plan , mais
il aime mieux y revenir un jour , fi l'on
paroît le defirer , que de s'expofer à déplaire
aux Lecteurs , en les accablant par
un trop grand nombre de volumes . D'ailleurs
, il s'étoit propofé feulement de raffembler
un précis de ce que les differens
genres , tant du Tragique que du Comique
Anglois , ont de plus intéreffant , &
compte avoir rempli fon projet . il
^
On trouvera dans le tome VII . lefiége de
Damas , Tragédie de M. Hughes ; Bufiris
Tragédie de M. Young ; Amour pour
Amour , Comédie de M. Congreve ; dans
le dernier tome , l'Adultére innocent , Tragi-
Comédie de M. Southerne ; Caton , Tragé
die de M. Addiſfon ; le Deuil à la mode
Comédie de M. Steelle .
INSTRUCTION PRELIMINAIRE , pour ceux
qui veulent enfeigner à lire par la méthode
typographique. A Paris , chez Louis- Franfois
de la Tour , rue Saint Jacques à Saint
Fij
128 MERCURE DE FRANCE.
Thomas d'Aquin , 1749. Avec Approbation
Privilége.
Voici un article qu'on nous prie d'inferer
ici au fujet de cette brochure.
Une chofe nouvellement inventée ,
lorfqu'elle eft bonne & utile , fe foutient
toujours malgré les obftacles . La préven
tion , la défiance , l'attachement aux ufages
reçus , contraires à la choſe nouvellement
découverte ; la paffion , enfin l'impéritie
de ceux qui veulent effayer de s'en
fervir , & les mauvais fuccès qui la fuivent
néceffairement , peuvent bien en rallentir
le progrès , mais elles ne fçauroient l'anéantir.
La prétendue invention de tranſmuer
les métaux n'a point encore fait la
moindre fortune dans les efprits : la deftruction
de la matiere eft encore au même
point les élemens font toujours indeftructibles
& immuables. Ce n'eft cependant
pas faute d'efforts de la part des Chimiftes
pour faire croire la poffibilité de
ces changemens ou anéantiffemens. Toutes
ces fauffes découvertes ont péri , en voulant
fe montrer. C'eft le fort de ce qui
n'eft pas fondé fur le vrai , & comme on
n'a été que trop fouvent dupe des belles
promeffes des inventeurs , on ne fçauroit
être trop réfervé. fur les nouveautés. Mais
J U IN. 1749. 129 .
venons à la brochure que nous annonçons.
Il parut à Paris en 1725 une Méthode
nouvelle pour enfeigner aux enfans les
premiers élemens , d'une maniere à faire
faire des progrès rapides à ceux qui ont de
la facilité , & à réuffir à coup sûr agréablement
avec ceux qu'on abandonne communément
par la méthode vulgaire. Cette
invention eft aujourd'hui connue fous le
nom de Méthode Typographique. Elle
parut d'une façon à révolter les efprits du
premier coup d'oeil. C'étoit un inftrument
gigantefque , un bâtiment de fept pieds de
long fur une table de même longueur , percé '
de près deux cens petits caffaux propres :
à contenir chacun une poignée de cartes
à jouer , au dos defquelles étoit imprimé
avec des caractéres à jour tout ce qui peut
fervir à former un difcours fans fçavoir
écrire. Cette machine étoit accompagnée
d'une caffette pour fervir de magazin ,
d'un tablier chargé de petites pochés pour
l'ufage du difciple , de plufieurs régles de
bois imprimées aux quatre côtés : enfin
c'étoit un attirail infini.
L'inventeur étoit un homme ferieux
qui n'avoit de complaifance que pour les
enfans. Jamais d'impatience avec eux , &
toujours prêt à tourner le dos aux autres , ›
Fav
130 MERCURE DE FRANCE.
pour peu qu'il en fût contrarié ; difant
même des chofes défobligeantes
, quand
on ne l'entendoit pas d'abord ; enfin aigriffant
les efprits au lieu de les convain
cre. Quelques-uns de ceux à qui il avoit
procuré le moyen de vivre , rougirent de
lui devoir leur petite fortune : ils lui difputerent
la gloire d'avoir imaginéce fyftême
, & pour déguifer leur larcin , ils fubftituerent,
à la place de la machine , d'autres
inftrumens repréfentans des objets ridicules
, quelquefois même indécens , qu'ils.
firent paffer quelque tems dans le monde
au préjudice du premier inventeur. Celuici
par fa gravité & ſa franchiſe trop énergique
s'attira des critiques. On tourna fa
Méthode en ridicule ; fa perfonnne même
devint l'objet de fatyres améres. On lui
prêta ce qu'il n'avoit jamais dit ni penſé.
Il fit un gros Livre in-4°. en quatre par
ties , & des alphabets Latins & François
où fa doctrine eft étalée d'une façon conforme
à la vie férieufe qu'il menoit . Pendant
l'impreffion de ce long ouvrage , les:
Tribunaux & les Colléges s'éleverent
contre cette nouveauté. Elle trouva quelques
Approbateurs , mais en très-petit
nombre ; enfin M. Dumas , l'inventeur de
cette Méthode , fent la fin de fa vie approcher
, fair fon teftament , légue aux
JUIN. 1749. 131
Hôpitaux de Paris , & de Toulouſe fa
Patrie , l'édition entiere de fes Livres , &
meurt. On enferme les legs fous la clé , &
fon ouvrage fembloit être enfeveli avec lui
dans fon tombeau.
Cependant malgré tant d'obftacles , fa
Méthode fe défend par elle-même , elle
fait des progrès peu à peu. Etayée par des
efprits droits , & qui fe font donné la peine
de l'approfondir , elle s'établit tantôt
d'un côté , tantôt d'un autre ; elle pénétre
jufques dans les Palais , & même chez les
Rois , & s'y maintient . Toutes les Méthodes
qu'on a voulu établir fur les prétendues
ruines de celle - là , font tombées
dans un oubli profond. La feule Méthode
vulgaire fe foûtient encore par fon antiquité
qui lui fert de rempart unique , car
quand on la compare avec la nouvelle , elle
perd tout fon crédit. Celle- ci , malgré la
prifon des Livres de M. Dumas , remporte
chaque jour de nouveaux fuccès. La brochure
dont il eft queftion , en montre en
peu de mots la fimplicité , l'utilité , même
la néceffité. Et la Méthode vulgaire eft
obligée d'y revenir après de longs circuits
On l'a employée pour enfeigner à lire aux
auguftes Enfans de France : elle eft chez des Prindes
d'Italie , d'Allemagne , & actuellement à la
Cour de Suéde pour le Prince Héréditaire.
F vj
1 3 2 MERCURE DE FRANCE.
& une infinité de peines inutiles : en voici
la preuve.
La Méthode Typographique , dans fon
alphabet , donne une fillabifation toute
faite en montrant à l'enfant pluſieurs lettres
enſemble comme une feule. Par exemple
e , a , u , s'appellent o , felon cette Méthode
; & c'eft -là juftement le réfùltat ,
quoique mal fondé fur les principes , que
la Méthode vulgaire donne de l'allemblage
de ces trois lettres e , a , u . Cette
Méthode fait dire e , enfuite a , enfin u ,
puis elle fait prononcer o , & l'on eft aufli
fondé à prononceri , qu'à prononcer o.
Ce grand tour pour arriver à prononcer le
fon o eft fatiguant à pure perte , inutile
par conféquent , & même faux. La Méthode
Typographique va tour d'un coup
au fait : elle appelle o , cet affemblage de
lettres qu'elle préfente fous le même point
de vûe , & leur donne la dénomination
qu'elles ont , quand elles font réunies .
Lorfqu'on rencontre p & h , on devroit
dire pache , felon les principes de la Méthode
vulgaire , qui fait cependant dire
feu ; ainfi l'on retombe toujours , malgré
qu'on en ait , dans la Méthode Typographique
, quand il s'agit de donner le réfultat
de plufieurs lettres réunies. Ce n'a
donc été que par cette conféquence que
JUIN 1749 . 1332
nous avons appris à lire par la . Méthode
vulgaire même. Qu'on nous eût épargné
de larmes & de chagrins , fi l'on nous eût
enfeigué tout d'un coup à prononcer cette
conféquence , comme fait la nouvelle Méthode
!
On annonce dans la brochure dont nous
parlons , une petite boëte élementaire , qui
contient cent cartes qui font les principes
fondamentaux de la lecture ; & une forme
de bureaux portatifs , moins embarraffans .
que les anciens , & qui coûtent moins.:
THEATRE Hiftorique , Geographique , &`
Chronologique du Regne de Louis XV. dit ,
le Bien- Aimé , dédié & préſenté à Sa Ma- .
jefté , le 15 Mai 1749. A Paris, chez le Sr
Riolet , Ingénieur & Graveur , rue & montagne
Sainte Genevieve ; vis -à-vis le Collége
de la Marche.
Le deffein de cet ouvrage eft de mantrer
réunis fous un même point de vue ,
dans une Carte de Géographie , les dates :
des évenemens du glorieux Regne de Sa
Majefté, les évenemens mêmes , & la pofition
des lieux où ils fe font paffés. Le Plan
Géographique eft orné d'un - cartouche
d'annonce en emblême. Le Roi faifant
ceffer les allarmes de la guerre , eft repréfenté
fous l'image d'un Soleil qui diffipe
des nuages épais , & qui ranime des Lys
# 34MERCURE DE FRANCE.
épanouis : on lit cès mots , Splendidiorpulfis
nubibus . Les nuages diffipés lui donnent un
nouvel éclat. On voit de plus un médaillon
fur la paix. La France eft placée au Temple
de la gloire : elle voit des génies fupplians
; fa foudre lui tombe des mains ; elle
leur préfente un rameau d'olivier : on lit
cette infcription , Orantes vidit , inermis
erat. A leur priere fon bras eft défarmé. Le
médaillon du Roi forme le couronnement
de l'ouvrage ; on voit cette legende : Ludovicus
XV. pacis amans & gentis amor. Louis
le Pacifique & le Bien- Aimé. Aux marges
de face font les faftes de Louis XV. aufquels
les chiffres fervent de renvoi. L'accueil
que leurs Majeftés ont bien voulu
faire à ce deffein , aflûre le fuffrage des
connoiffeurs. On efpére que le Public recevra
favorablement un ouvrage infpiré
par le zéle pour la gloire de Sa Majefté ,
& dicté par l'intérêt de l'utilité publique .
Le Sieur Riolet n'a rien omis pour donner
à cette Carte toute la clarté & toute la
netteté poffibles .
CATALOGUE DES LIVRES ( ceux de Médecine
exceptés ) de la Bibliothèque de
feu M. Larchevefque , Docteur en Médecine
, de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Rouen , qui a été achetée de fes
héritiers par M. Simon , Médecin de la
JUIN. 1749 139
Faculté de Paris , &c. dont la vente a été
ordonnée , & fe fera à l'enchere , le 16
Juin 1749 & jours fuivans , depuis deux
heures de relevée jufqu'au foir , à Rouen ,
rue Encriére. Avec une Table, alphabétique
des Auteurs. A Rouen , chez Charles
Lucas , fur le Port . A Paris , chez Jacques
Barrois , Quai des Auguftins , & à Lyon ,
chez les freres Bruyffet, rue Merciere, 1749 .
TRAITE' des Droits Seigneuriaux &
des matieres féodales , par noble François
de Boutaric , Profeffeur en Droit François
dans l'Univerfité de Toulouſe , avec une
Inftruction fur les droits d'Echange , & un
Recueil des Reglemens qui concernent
cette matiere. A Paris , chez Pierre Prault,
Imprimeur des Fermes & Droits du Roi ,
Quai de Gèvres , au Paradis , 1746 , volu
me in- 12 . de 616 pages , non compris l'Avertiffement
, & plus de so pages de tables.
Prix fix livres.
DISSERTATION. fur une Médaille de la
Colonie de Terragone , qui repréſente
l'Empereur Tibere , Julie , fille d'Auguſte ,
femme de Tibere , & Drufus Céfar , leur
fils , par le P. Alexandre- Xavier Panel ,
Prêtre de la Compagnie de Jéfus , Précepteur
des Sereniffimes Infants d'Efpagne ,
& Garde du Cabinet des Médailles de Sa
Majefté Catholique ; la Differtation tra
136 MERCURE DE FRANCE.
daite en Espagnol par le Docteur Don Bonaventure
Garcia , Prêtre , Avocat aux
Confeils , &c. A Zurich , chez Fuesflin ,
1748. volume in- octavo , de 183 pages ,
avec fept planches dé Médailles gravées.
L'ouvrage eft en Latin.
LA FIGURE DE LA TERRE , déterminée ·
par les obfervations faites au Pérou par
Mrs Bouguer & de la Condamine , de l'Académie
Royale des Sciences , envoyés par
ordre du Roi, pour obferver aux environs
de l'Equateur. Par M. Bouguer. Volume
in- quarto, avec figures. A Paris , chez Charlès-
Antoine Forbert , Libraire du Rôi ,
pour l'Artillerie & le Génie , Quai des Aú .
guftins , à l'Image Notre-Dame , 1749 .
SUPPLEMENT au Tréfor de la Langue
Grecque , par Henri Etienne , & aux Lexiques
de Conftantin & de Scapula , par M.
Daniel Scott , Docteur en Droit. A Landres
, de l'Imprimerie de Jacques Bettenham
, fe vend dans la même Ville chez Jean
Noon, Libraire, dans la rue, appellée Cheapfide
, 1745. Deux volumes in folio , dont
le premier finiffant à la lettre E , contient
1263 pages , & le fecond commençant à la
lettre Z, contient 1311 pages. L'ouvrage
eft en Latin.
DISSERTATION fur la nature & les qualités
des Eaux Minérales & Médicinales
t
JUL N. * 1749.
T 137
›
de Segray près Pithivièrs , par M. Blondet,
Docteur en Médecine de Montpellier
Confeiller-Médecin ordinaire du Roi , Intendant
des Eaux Minérales de Segray , &
Affocié Corefpondant de la Société des
Belles- Lettres d'Orléans. A Orleans , chez
L. F. Couret de Ville - neuve , Imprimeur or
dinaire du Roi & de l'Evêché , 1747 ,
Brochure in- 12 , de 39 pages.
JOANNIS Dominici Manfi S. S. Conciliorum
& Decretorum collectio nova , feu collec
tionis Conciliorum à P. P. Labbeo & G.
Collartio Soc . J. primum vulgata , dein emendatioris
& amplioris operâ Nic . Coleti recufa
Supplementum , in quo additamenta , variantes
lectiones , emendationes ad Concilia Veneta
Labbeana ; nova itidem Concilia ac Decreta
permulta exhibentis. Omnia ex Gracis ,
Latinis editis & MSS . Codd. undique que
fuis collegit , digeffit , additisque præfationi..
bus , notis , differtationibufque illuftravit pradictas
Manfi . Tomus primus , à Sac . 1. ad .
1073. Luca , 1743. fol. mag..
BIBLIOTHECA Ordinis Minorum S.Fran .
cifci Cappucinorum retexta & extenfa à Fra-.
tre Bernardo à Bononia Cappucino , S. Th. ,
Lectore , qua prius fuerat à P. Dyonifio Genuenfi
ejuflem Ordinis contexta. Venetiis ,
1747, in-folio.
HYERONIMI Vielmi de Divi Thoma
138 MERCURE DE FRANCE.
Aquinatis doctrina & Scriptis ad fo. Delphinum
lib. II, nunc primum adnotationibus illuftrati.
Accedunt ejufdem Autoris orationes
dua ; his omnibus Autoris vita præmittitur.
Brixiæ , 1748 , in-quarto.
tens ,
ن م
LUDOVICI Antonii Muratorii Liturgia
Romana vetus , tria Sacramentaria complec-
Leonianum fcilicet , Gelafianum ,
antiquum Gregorianum , cum aliarum Gentium
liturgiis collata. Accedunt Miffale Gothicum
, Miffale Francorum , duo Gallicana,
& duo omnium vetuftiffimi Romana Ecclefia
Rituales libri. Venetiis , 1748 , in-folio.
GEORGIO Foffati ftoria dell' Architettu
ra; nella quale oltre le vite degli Architetti
fi efaminano le vicende , i progreffi , la deoadenza
, il riforgimento , è la perfezione dell*
arte , adornata di rami reprefentanti le fabriche
piu cofpicue degli antichi , e de mo
derni. In Venezia, 1748, in-octavo, cum fig.
Ces cinq Ouvrages fe trouvent à Rome ,
chez les frères Pagliarini , Imprimeurs - Libraires
, à la Place du Pafquin .
TROISIEME & quatrième parties du' cinquiéme
Tome de l'ouvrage connu fous le
titre de Mifcellanea Lipfienfia nova ad incrementum
fcientiarum , ab iis qui funt colligendis
eruditorum novis Altis occupati , per
partes publicata. Lipfiæ , in Officina Lanckifianorum
, 1747 , deux volumes in-octavo
JUI N. 1749. 139
M. WILKS. , Peintre à Londres , éleve
de M.Dorigny, a donné au public un Pro
gramme par lequel il annonce qu'il travaille
actuellement à l'Hiftoire naturelle
des Infectes qu'on nomme , fuivant leurs
divers états , Chenilles , Chryfalides &
Papillons.
DIABOTANUS , ou l'Orviétan de Salins ,
Poëme héroï-comique , traduit du Languedocien
. A Paris , de l'Imprimerie de
Laguette , rue S. Jacques , à l'Olivier ,
1749 , in-12.
L'ART de diffequer méthodiquement
les muſcles du corps humain , mis à la
portée des Commençans, par M.Duverney,
Maître en Chirurgie , & Démonftrateur
Royal en Anatomie & en Chirurgie au
Jardin du Roi , & c. A Paris , chez le même
Libraire , 1749 , in- 12.
OBSERVATIONS & remarques fur les
effets du virus cancereux , & fur les tentatives
qu'on peut faire pour decouvrir un
fpécifique contre ce viee . Par M. Louis ,
Chirurgien de l'Hôpital de la Salpêtriere,
ci-devant Chirurgien Major des troupes.
du Roi , & Aide-Major des Camps & Armées
de Sa Majesté. A Paris , chez le même
, 1749 , in- 12.
LE BONHEUR de la mort Chrétienne
Retraite de huit jours . Nouvelle Edition,
140 MERCURE DE FRANCE.
.
revûe , corrigée & augmentée , du fond
de Mrs Joffe & Deleſpine . A Paris , chez
David , fils , Libraire , Quar des Auguftins,
au S. Efprit , 1747 , in- 12 .
GEOMETRIE élémentaire d'Euclide ,
avec des Supplémens de Géométrie , &
l'ufage de chaque propofition pour toutes
les parties des Mathématiques , accompagnée
d'une méthode générale de conftrurre
les tables des Sinus , tangentes & fécantes.
Cet Ouvrage , où l'on trouve les
principes généraux de toutes les fciences
& des méchaniques , eft traité avec ordre,
& démontré d'une façon claire & diftinc .
te , de maniere à pouvoir foi menre s'en
donner une prompte & facile intelligence.
Par M. Gallimard, Nouvelle Edition , revûe
, corrigée & augmentée. A Paris ,
chez Quillau , pere , rue Galande , à l'Annonciation
; Chaubert , Quai des Auguftins,
à l'Eſpérance ; Jombert , Quai des Au▴-
guftins , à l'Image Notre-Dame ; Quillau ',
fils, rue S. Jacques , aux Armes de l'Uuniverfité
, & Jofeph Barbou , même rue , aux.
Cigognes , 1749 , in- 12 , prix 30 fols ,
broché avec les figures en taille- douce.
TRAITE' de la petite vérole , par M.
Théophile Lobb , Docteur en Médecine &
Membre de la Société Royale de Londres,
traduit de l'Anglois fur la feconde EdiJUI
N. 1749. 141
tion , par M. B... P.... Docteur en Médecine.
A Paris , chez Guillaume Cavelier,
pere , rue S. Jacques , au Lys d'or , 1749 .
Deux volumes in- 12.
DE PACE gratio gratulatoria , habita Univerfitatis
nomine in interioribus Sorbona Scholis,
die Jovis 27 menfis, Februarii anno Domini
1749 , à Carolo Lebeau , Rethorices in
Graffineo Profeffore , & in Regia Infcriptionum
& Litterarum Academia Socio , Univerfitatis
juffu edita . Parifiis apud Thibouſt,
Regis nec non Academia Parifienfis Typographum
in plateâ Cameracenfi. 1749 , in- quarto.
Ce difcours a mérité les applaudiflemens
de tous les connoiffeurs.
L'EVANGILE des Chrétiens , ou l'art du
Salut , tiré de l'Ecriture Sainte. A Paris ,
chez Alexis Mefnier , Libraire - Imprimeur ,
rue S. Severin , au Soleil d'or , & rue de
la Harpe , au bon Paſteur , 1732 , in 12 .
Cet ouvrage eft dédié au feu Cardinal de
Polignac par le Commandeur de Bar- fur-
Aube & de Toul , Procureur Général de
l'Ordre Hofpitalier du S. Efprit en France.
LES PENSE ES de la folitude Chrétienne
fur l'Eternité , le mépris du monde , &
la pénitence , par le R. P. Touffaint de
S. Luc , Religieux Carme du Convent du
très- S. Sacrement des Billettes . Douziéme
Edition , revûe , corrigée & augmentée
142 MERCURE DEFRANCE .
des prieres pendant la fainte Meffe.A Paris,
chez Mefnier , rue S.Severin, au Soleil d'or,
ou en la boutique au Palais , Grand' Salle,
même Enfeigne , 1745 , in- 12.
SPECIMEN Litteratura Florentina Sæculi
XV. in quo , dum Chriftophori Landini gefta
narrantur , virorum ea atate doctiffimorum in
Rempublicam Litterariam merita..... recenfentur
& illuftrantur. Autore Ang. Marc.
Bandinio , Academia Florentina Socio . Tomus
primus. Florentiæ , anno 1748 , in-octavo,
p. 236.
TELLIAMED , Ou Entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire François
, fur la mer , la formation de la terre,
l'origine de l'homme , &c. mis en ordre
fur les Mémoires de feu M. de Maillet. Par
J. A. G. * * * . A Amfterdam , chez l'Honoré
, pere & fils , Libraires , 1748. Deux
volumes in- 12.
ACTA Sanctorum Septembris , collecta ,
digefta , Commentariifque & Obfervationibus
illuftrata , àJoanne Pinio , Joanne Stiltingo ,
Joanne Limpeno , Joanne Veldio , è Societate
Jefu Prefbiteris Theologis. Tom. I. дно
I. II. III, continentur , cum Tractatu praliliminari
de Diaconiffis , autore Foanne Pinio.
Antuerpiæ , 1746 , vol in-fol . p . 788 .
dies
PETRI de Ebulo Carmen de Motibus Siculis
, & rebus inter Henricum VI. RomanoJUIN.
1749. 1149
rum Imperatorem & Tancredum faculo XIL
geftis , nunc primum è M. S. Codice Biblio
theca publica Bernenfis erutum , notiſque cùm
criticis , tùm hiftoricis, illuftratum cumfiguris
edidit Samuel Engel , Supremi in Republica
Helveto-Bernenfi , ut & Academici Senatus
Adfeffor , & Bibliotheca publica Præfectus.
Bafilea , Typis Emmanuelis Thurnifii , 1746.
CAROLI Porée , è Soc. Jefu Sacerdotis
Fabula Dramatica , edita ab uno ejuſdem Societatis
Sacerdote. Parifiis , apud Marcum
Bordelet , via Jacobaa.
RECUEIL des Piéces galantes en Profe &
en Vers,de Mad.la Comteffe de la Suze & de
M. Peliffon. Nouvelle Edition in- 12 , cinq
volumes , à laquelle on a joint le voyage
de Bachaumont - la- Chapelle , les Poëfies
du Chevalier d'Aceilly ou de Ceilly, & les
Viſionnaires , Comédie de Jean Defmarets
, de l'Académie Françoife. Prix 12 livres
10 fols.
DISSERTATION fur les Eaux de Bourbonne
, par M. Charles , Profeffeur en l'Univerfité
de Befançon , ci- devant Inten
dant de ces Eaux . A Besançon , chez Claude-
Jofeph Daclin , Imprimeur ordinaire
du Roi , 1749 .
ETAT de la France , in- 1 2. fix volumes.
A Paris , chez Louis- Etienne Ganeau , &
Compagnie. Le premier volume contient
144 MERCURE DE FRANCE.
les qualités & Prérogatives du Roi, la Généalogie
abregée de la Maiſon Royale , le
Clergé de la Cour , les Officiers de la Chapelle
Mufique du Roi , de fa Maifon , de
fa Chambre , de fa Garderobe , des Bâtimens
& des Maiſons Royales.
Le fecond , les Troupes de la Maiſon
.du Roi , le Grand Ecuyer , les Officiers de
la grande & petite Ecurie , les plaifirs du
Roi , Juges de fa Cour , Grand Maître ,
Tréforiers , Marchands & Artifans fuivant
la Cour. La Maiſon de la Reine. Les Enfans
de France, Princes & Princeffes du
Sang , Princes Légitimés & Princes Etrangers.
Le troifiéme , le Clergé de France. Les
Bénéfices à la nomination du Roi , & de
l'Ordre de Malte , les Pairies & Duchés de
France .
Le quatrième , les Ordres du Roi , les
Chevaliers du S. Efprit , de S. Michel , de
Ha Toifon d'Or , & de S. Lazare . Le Connétable
, les Maréchaux de France & autres
Officiers de guerre . Le Grand -Maître .
de l'Artillerie. L'Amiral & la Marine . Le
Général des Galeres. Les Confeils du Roi,
& Gouvernemens de Provinces .
Le cinquiéme , l'établiffement des Parlemens.
Cours Supérieures , & autres Jurifdictions
du Royaume. Les Généralités
,
JUI N. 1749. 145
tés , Intendances & Recettes générales.
Le fixième , les Univerfités & Académies
du Royaume . Les differentes Bibliothéques
de la Ville de Paris. Les Ambaſſadeurs
, Envoyés & Réſidens dans les Cours
Etrangeres , & une Table générale de tout
l'ouvrage . Prix 18 liv . relié.
Il paroît deux Romans nouveaux , im
primés à Amfterdam , & écrits par la plume
ingénieufe & délicate à qui on doit
la Comteffe de Gondés , & tant d'autres ouvrages
galans , où l'intérêt & l'amuſement
marchent enſemble . L'un eft Marie d'Angleterre
, en un volume , à la tête duquel
eft une Epitre à Madame la Marquife de
Pompadour , digne objet des éloges de
toutes les Mufes. L'autre ouvrage eft intitulé
, Annales galantes de la Cour de Henri
II. en 2 volumes. Par Mlle de Luffan.
Le fieur Antoine - Nicolas Caziot , de
Nevers , Docteur Aggregé en l'Univerfité
d'Orleans , donne avis au Public qu'il a réduit
tout le Texte des Inftituts de Juftinien
dans un nouvel ordre , dont voici la
plus jufte idée qu'il puiffe donner. L'ouvrage
, dont le plan eft entierement executé
,fera diftribué fur environ foixante
'demi- feuilles en placard. Le commencement
de chaque ligne eft renfermé dans
un crochet , au centre duquel on trouve
11. Vol, G
146 MERCURE DE FRANCE,
un ou plusieurs mots avec lefquels font na
turellement & grammaticalement conftruits
tous les premiers mots des lignes
renfermées dans ce crochet ; prefque toutes
les lignes fe trouvent doublées à caufe
de la nouvelle forme dans laquelle l'Auteur
, foumis avec reconnoiffance à des ordres
refpectables , va rédiger l'ouvrage ;
mais le commencement n'en eft pas moins
diftingué , foit par les lettres capitales ,
foit par la difpofition de la partie doublée
de la ligne ; chaque ligne fimple ou doublée
a un fens fini , elle porte la partie entiere
du texte qui lui convient , & elle finit
par la citation du paragraphe qui fournit
le texte.
Par le moyen des mots mis au centre de
chaque crochet , la connexion de tous eft
telle , qu'en partant du centre du premier
crochet , on peut d'abord , même à travers
de plufieurs crochets , faifir les idées génés
rales qui enchaînent avec une conftruction
exacte & claire tout le texte du même
titre. Ces mêmes idées générales reçoivent
d'une façon fimple & attrayante ,
foit pour la vûe , foit pour la mémoire ,
toutes les divifions & fubdivifions dont
le texte les rend fufceptibles ; enfin elles
deviennent, pour la plupart,autant de principes
de droit , fur lefquels il faut s'arrêter
JUI N. 1749. 147
& refléchir quelque tems avant de paffer
outre ; on peut enfuite & même on doit
defcendre toujours avec la même conſtruc
tion jufques dans les lignes les plus éloignées
, ne faifant qu'une feule & même
phrafe qui fe termine par la citation du
paragraphe. Les expofitions les plus diffu
fes , lorfquelles font dénuées d'exemples ,
faifant moins d'impreffion , quàm qui fune
oculisfubjecta fidelibus ; l'Auteur prie le Lecteur
de voir le Journal des Sçavans du mois
de Juin 1749 , dont chaque exemplaire
porte une demi- feuille contenant l'execu→
tion des Titres 23 & 24 du Livre trois
des Inftituts. La même demi-feuille fe done
ne chez Quillau , pere , rue Galande ; Bal
lard , fils , Imprimeur de la Faculté de
Droit , rue S. Jean de Beauvais , & de Nul
ly , Libraire au Palais , à la Palme.
L'Auteur faifant imprimer à fes rifques
cet ouvrage , dont les frais font néceffairement
plus confidérables que ceux des impreffions
ordinaires , a propofé dans le
même Journal une foufcription , qui ne paroît
fufceptible d'aucun inconvénient , &
dont voici les conditions.
10. Chaque Soufcripteur confignera pour
les quatre Livres des Inftituts, qui forment
tout l'ouvrage dont il s'agit à préfent , la
fomme de quatre livres dix fols.
Gij
1.48 MERCURE DE FRANCE.
3
20. Cette confignation fe fera à Paris ,
chez Quillau , pere , Imprimeur Juré- Libraire
de l'Univerfité ; Ballard , fils , Imprimeur
Libraire de la Faculté de Droit ,
& de Nully , Libraire au Palais , à la Palme,
& dans chaque Ville où il y a Faculté de
Droit , entre les mains principalement de
I'Imprimeur- Libraire de ladite Faculté.
3. La confignation fera reçûe jufqu'au
premier Avril 1750 , & non plus tard.
4. La livraifon des Exemplaires en
feuilles dans toutes les Villes où il y a Faculté
de Droit , & entre les mains de tous
ceux qui auront reçû les confignations , fe
fera au plus tard dans le courant du mois
d'Août de la même année 1750 ; & à défaut
de cette livraifon dans ce terme , il
fera permis à chaque Soufcripteur de retirer
, en vertu de fa feule foufcription &
fans autre forme , les quatre livres dix fols
par lui confignées.
L'Auteur a fait tirer un certain nombre
d'exemplaires du premier Livre entier des
Inftituts , diftribué fur deux grandes feuilles
in-folio , collées enfemble , & préfentant
d'un feul coup d'oeil tout se premier
Livre avec une conftruction , & une connexion
raiſonnée , partant du premier
mot jus , & continuant non - feulement
entre les paragraphes d'un même titre , &
JUIN 1749. 149
entre plufieurs titres , mais même entre
differentes matieres ; de Nully en débite au
Palais. Si les Imprimeurs - Libraires des
Univerfités étrangeres veulent en avoir
quelques exemplaires , ils pourront , en
affranchiffant les lettres , s'adreffer à l'Auteur,
à l'adreffe de de Nully, Libraire au Pa
bais à Paris ; l'Auteur leur en fera volontiers
préfent de quelques- uns.
REMARQUE
Adreffée à M. Remond de Sainte Albine
fur la Géographie Sacrée , mife au jour
par M. Robert.
Ermettez , Monfieur , que par le canal
du Mercure le Public puiffe être détrompé
au fujet d'une méprife , qui n'ayant
point été relevée, quand elle s'eft montrée,
commence déja à fe répéter. Quelques
Journaux ( Journaux des Sçavans & deTré-
Voux 1748 ) en annonçant la Géographie
Sacrée & Hiftorique , imprimée en 2 vol.
in- 12 . à Paris , chez Durand en 1747 ,
l'ont attribuée à M. Robert , Géographe
du Roi. Il eft vrai que le nom de cet habile
Géographe paroît fur le frontispice
du Livre ; mais non pas en qualité d'Au-
J
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
ور
teur , & lui même dans fa Préface reconnoît
que c'eft l'ouvrage d'un de fes amis,
Après y avoir fait fentir la néceffité d'une
nouvelle Géographie Sacrée , il s'exprime
lui-même aini ( page 10 ) » Nous nous y
étions déja appliqués , lorſqu'un ami par-
» ticulier qui avoit travaillé fur cette matiere,
nous a remis entre les mains fon ouvrage ,
dont il nous a permis de diſpoſer à notre
gré , fans vouloir pourtant nous permettre
» de le nommer pour lui en rendre l'honneur
» qui lui eft dû. Le même ami nous a donné
auffi une Chronologie & des principes &
» obfervations pour l'intelligence de l'Hiftoi-
» re Sainte ; c'est ce qui forme la matiere
» du fecond volume . Voila pourquoi M.
Robert , trop modefte & trop équitable
pour vouloir fe faire honneur d'un ouvrage
qui n'eft pas de lui , a affecté de mettre
fur le frontifpice : Géographie Sacrée &
Hiftorique .... MISE AU JOUR par M. Robert
, &c. Cette expreffion , rapprochée des
paroles que je viens de rapporter , auroit
dû faire affez connoître aux Journalistes ,
que M. Robert n'eft point l'Auteur de cet
buvrage & cependant dans le dernier
Journal de Trévoux ( I vol. de Mai 1749, )
en parlant de nouveau de cette Géogra
phie & de cette Chronologie , on y répéte
: Ces deux ouvrages font de M. Robert.
JUI N. 1749
151
( pag. 944 & 945 ) c'eft ainfi que les méprifes
fe perpétuent.Je connois le véritable
Auteur de ces deux ouvrages, l'ami particu
tier de qui M. Robert les tient , & je puis
vous affurer que le fait exposé par M. Ro
bert dans fa Préface eft tel qu'il l'expofe
Je fuis , & c .
E. D. L. N. B.
Ce 13 Mai 1749.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Royale des Sciences , Infcriptions
Belles Lettres de Toulouſe , du
Jeudi 17 Avril 1749.
M
-
, Onfieur Marcorelle , Directeur
préfida à l'Affemblée en l'abſence
de M. de Maniban , Premier Préfident du
Parlement , & Préfident de l'Académie
pour la préfente année ; il fit l'ouverture
de la Séance par un difcours dans lequel il
louoit le zéle que les Académiciens marquoient
pour hâter le progrès des Sciences
& des Belles Lettres , & pour procuret &
l'Académie un logement convenable . *
* Plufieurs Académiciens ont donné des fommes
affez confidérables pour être employées à
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
M. Garipuy fit la lecture d'un Mémoire
fur les moyens d'empêcher les cheminées
de fumer .
M. Darquier donna des obfervations fus
un Méphitis découvert dans un puits de
Toulouſe , voifin du Canal Royal de communication
des deux Mers.
M. de Rabaudy lut une Differtation critique
fur deux paffages de Tite-Live .
M. Marcorelle , Directeur , termina la
Séance par la réfomption des Mémoires
& dit :
Meffieurs , nous fommes fouvent ingrats
envers ceux qui ont le plus de droit
à notre reconnoiffance . Qu'on annonce un
Lyftême , quelque théorie brillante ; féduits
, entraînés par l'éclat , nous donnons:
du corps & de la grandeur à cet ouvrage :
il s'empare de notre imagination avec une
forte d'empire , tandis que nous jouiffons
avec une indifference dédaigneufe d'une
pratique humble & modefte , qui marche
lentement à la faveur des obfervations réïtérées
: en un mot nous donnons prefque
toujours aux conceptions bizarres , & fi je
L'acquifition d'une maison deftinée pour le loge-.
ment de l'Académie ; nous mettons cet exemple
fous les yeux de nos Lecteurs avec d'autant plus
de plaifir , qu'il eft rare de nos jours , & qu'il femble
appartenir à l'ancienne Grece.
JUI N. 1749. 1537
Pofois dire , au Roman de la nature , l'admiration
qui devroit être réſervée à fon
Hiftoire fidelle ; & ceux qui fe confacrent
aux obfervations qui ont pour objet notre
utilité , nous trouvent le plus fouvent
froids fur leurs découvertes , lorfqu'elles
ne tiennent pas à des objets brillans , ou
qu'elle découlent de quelque principe fim--
ple & familier.
Quelle injuftice ! Si l'on fçavoirce qu'il
en coûte à un efprit fort & élevé , de defcendre
des fpéculations fublimes à des recherches
communes , on applaudiroit aut
contraire à cet héroïſme de Citoyen , qui ,
pour les befoins de l'humanité , lui fait fa
crifier fa gloire à l'utilité publique..
L'efprit créateur , qui doit fans doute
tenir le premier rang dans notre eſtime ,
ne manque pas à ces obfervateurs exacts:
& induftrieux ; c'eft inventer , peut-être
de la feule maniere d'invention dont peut:
s'honorer le Phyficien , que de forcer
la nature à dévoiler fon fecret , en la fui--
vant , en l'importunant par des expérien
ces bien entendues , bien fuivies. Le gé
nie feul peut préfider à ces opérations uti
les.
Eh ! ne devrions- nous pas encourager
par nos éloges , & par notre reconnoiffanee,
ces Géométres & ces Phyficiens- modef
Gw
154 MERCURE DE FRANCE
tes , loin de femer des dégoûts dans la car
riere pénible qu'ils courent ? Nos intérêts
font liés à leurs travaux, nous leur fommes
redevables des commodités & des agrémens
de la vie.
Meffieurs Garipuy , Darquier & Mengaut ,
n'ont pas fans doute à craindre cette ingratitude
d'une Ville éclairée , dans les recherches
pénibles qu'ils ont faites , l'un
pour affujettir , s'il fe peut , les vents qui
font refouler la fumée dans nos cheminées;
les autres pour découvrir & fixer la caufe
d'un Méphitis funefte à nos concitoyens .
Il y a long- tems qu'on cherche à garan
tir nos maifons de l'inconvénient de la
fumée ; des perfonnes de réputation , ſanscraindre
de dégrader leurs talens , y ont
travaillé , & travaillé fans fuccès . Comme
une commodité de plus vaut bien une découverte
de fpéculation , M. Garipuy l'a
tentée comme eux , & femble tenir ce que
les autres promettoient.
C'eft faire un premier pas vers la lu
miere que d'entrevoir la fource de l'erreur
des autres. M. Garipuy foupçonne avec
affez de vraisemblance , que trop attentifs
à des cas particuliers , ils ne fe font pas
affez attachés à remonter au principe général
: cependant c'eft delà qu'il faut partir
pour marcher avec ordre & avec fûreté.
JUI N. 1749. 155
Auffi M. Garipuy commence-t'il par expofer
la maniere , dont la fumée s'éleve ,
& les obftacles qui peuvent en changer la
direction : la fumée reflue de la cheminée,
dit- il , lorfque le courant d'air que le feu
forme de bas en haut dans le tuyau , & qui
eft deſtiné à entraîner la fumée , eft arrêté
dans fon cours , ou qu'il reçoit une direction
oppofée à fa faillie : fi l'air extérieur
ne peut pas s'introduire librement
dans la chambre pour y remplacer celui
qui doit monter , il faut
procurer dans la
chambre une libre entrée à l'air du dehors.
Or il y a plusieurs moyens d'y réuffir , M. *
Garipuy les indique , & les nomme moyens
de la premiere claffe.
Mais lorsque les tourbillons de vent ,
produits par diverfes caufes au haut des
fouches,y arrêtent le courant d'air qui s'éleve,
on le rétablit en difpofant le haut de la
fouche , de maniere qu'elle offre toujours
au courant une iffue dont la direction foit
oppofée à celle du vent.
M. Garipuy rapporte encore les differens
moyens qu'on a inventés pour cela, &
qu'il nomme moyens de la feconde claffe .
Il va même plus loin ; ce n'eft pas tout de
connoître ces moyens , il faut difcerner
dans le nombre le plus propre à chaque
circonftance particuliere, & pour nepas le
G vj.
456 MERCURE DE FRANCE
conduire au hazard dans ce choix , on doit:
fçavoir jufques à un certain point quelle·
eft la direction , la force & l'étendue des
tourbillons. Vous avez vû , Meffieurs ,
qu'on ne peut acquerir une connoiffance
rigoureufe , fans réfoudre dans chaque cas .
particulier un problême d'hydrodinamique
, fouvent très compliqué ; peu de gens:
en font capables . M. Garipuy trouve dans .
les reffources de fon génie une voie fimple
, générale & facile , pour fuppléer ces .
folutions ; elle confifte à élever au haut de
la fouche une longue perche , chargée à
diverfes hauteurs de bandelettes legéres
dont le mouvement fait connoître celui de-
Fair que de peines , que de tentatives .
inutiles cette connoiffance ne va - t - elle :
pas nous épargner ? C'eſt à M. Garipuy à
qui nous en fommes redevables. Il'eft lo
premier qui ait eu cette idée , beaucoup ,
plus utile qu'on ne fe l'imagineroit d'abord..
Mais quand l'air eft fortement comprimé
au haut de la cheminée par les bâti
mens & autres ouvrages extérieurs ; de.
quelque côté que vous tourniez l'ouverture
de votre cheminée , l'air du dehors y
entrera avec force , & l'air du dedans ne
pouvant le vaincre, la fumée refoulera dans .
la chambre..
JUIN. 1749. 157
Il s'agit donc de produire par art dans
fe tuyau un courant d'air , qui forte avec.
une force fuffifante pour vaincre la pref
fion de l'air extérieur : dans ce cas défefperé
jufqu'à préfent , il faut avoir recours.
à une force étrangere ; le mal eft fenfible,.
le reméde n'eft pas auffi fimple , voici celui:
que M. Garipuy met en ufage.
Il place au haut de la cheminée un
foufflet à vannes, qui en bouche toute l'ous
verture. Le vent ou un poids font aller ce
foufflet, la fumée eft pompée avec une force
égale à celle de l'air extérieur ; cette fumée
reçûe dans l'ame du foufflet , qui répond:
au tuyau de la cheminée , n'y trouve d'autre
iffue qu'une ouverture ménagée fur le
bord de ce foufflet , & qui doit être pratiquée
du côté où la preffion eft la moins
forte..
Vous avez vû , Meffieurs , dans le Mémoire
de M. Garipuy , le détail des pieces
qui compofent cette machine , elle peut
être exécutée de plus d'une maniere . Quel
que Méchanicien , guidé par les vûes de
M. Garipuy , pourroit en la fimplifiant la
rendre moins coûtenfe. M. Garipuy , plus.
jaloux de l'utilité publique que de fes découvertes
, en forme lui- même l'aveu ; c'eft
par de pareils traits que l'homme vérita--
blement fupérieur. fe diftingue du fimple
Artifte..
158 MERCURE DE FRANCE.
On connoît l'émulation & non pas la
jaloufie,dans la pratique fublime des Sciences.
Auffi voit-on que Meffieurs Darquier
& Mengaut concoururent avec un zele
commun & une intrépidité égale , dans les
obfervations pénibles & dangereufes qu'il
fallut faire au mois de Septembre 1747,
dans un puits voifin du canal Royal de
communication des deux Mers , hors de la
porte Saint Etienne.
par Ce puits reçoit fes eaux du canal.
filtration , & le canal deffeché , le puits
fut auffi à fec. Un homme de journée
qui y defcendit pour le rendre plus profond
, y tomba en fyncope dans peu de
minutes ; fon compagnon de travail ,
ayant couru à fon fecours , y eut le même
fort ; on les en retira avec peine , & ils
furent long-tems à fe rétablir : la nouvelle
s'en répandit bien-tôt : une Académie des
Sciences ne pouvoit pas manquer d'y pren
dre intérêt. Meffieurs Darquier & Mengaut
n'y porterent pas une curiofité oi-
Live ; ils oferent y faire des expériences
par eux -mêmes , pour en obferver la nature
& les mauvaifes qualités , pour en
découvrir les cauſes , & préparer par - là les
remedes contre des influences aufli malignes
.
JUIN. 1749 159
Que ne leur doit- on pas , fi l'on mefure
le prix du bienfait à fon utilité , &
fi l'on réfléchit, que quoique ces Méphitis ,
vapeurs malignes & empeftées , ne foient
pas inconnus des Anciens , nos Obfervateurs
modernes marchent pourtant fans
guide & fans fecours dans la recherche
des caufes de ces phénomenes funeftes , &
qu'ils font abandonnés à leur feule faga- 1
cité.
●་
Ciceron , Galien , Strabon , qui nous
ont raconté avec exactitude les triftes effets
du Méphitis d'Hierapolis , & de celui de
la caverne de Coricie dans la Cilicie
appellée l'antre de Typhon , ne nous ont
rien dit de leur nature; c'eft donc de leurs
propres obfervations , que nos Phyficiens
doivent attendre les éclairciffemens qu'ils
cherchent.
Cependant c'eft-là une recherche plus
profitable , & d'un ufage plus journalier
qu'on ne penfe. On trouve des Méphitis
dans les mines , dans les puits , & dans
prefque tous les autres lieux fouterrains ;
ces vapeurs meurtrieres s'élevent auffi quelquefois
de la furface de la terre , furtout
dans les Pays qui abondent en minéraux ,
& qui renferment des feux fouterrains , tels
que la Hongrie & l'Italie.
Outre ces Méphitis ordinaires , il y en a
Too MERCURE DE FRANCE.
encore d'accidentels , qui fe forment à l'entour
des volcans ; il y en a de permanens
& de périodiques , comme ceux de la
grotte du Chien , à deux mille de Naples
, & du puits de Perols , près de Montpellier.
J'ai crû ces obfervations préliminaires ,
propres à diminuer la terreur fuperftitieufe
du peuple fur ces fortes d'évenemens , & à
accroître le mérite des travaux de Meffieurs
Darquier & Mengault, Affociés à cette dé--
couverte ; je n'ai pourtant à vous entre
tenir maintenant que du Mémoire de M.
Darquier , celui de M. Mengault fuivra
fans doute de bien près. Il eft agréable
& utile de voir , comment fur les mêmes:
faits deux hommes de mérite peuvent va
rier leurs conféquences , & envifager le
même objet fous des points de vûe diffe
rens.
En attendant cette comparaifon utile aux
progrès de l'efprit humain , M. Darquier
nous rend compte des obfervations fuivantes.
La premiere , que les feux les plus ardens
s'éteignoient fubitement dans la vapeur
du fond du puits .
La feconde , que les animaux les plus
vivaces , ceux même qui refpirent commu
nément. l'air le moins pur , y expirenten
peu de minutes..
{
JUIN. 1749. 161
La troifiéme , que par un effet contraire
en apparence , les plantes qu'on y plongeoit
avec la terre néceffaire à leur nourriture
, y acquéroient plus de fraîcheur
mais qu'elles fechoient peu d'heures après.
en avoir été retirées , de maniere que leur
vie en étoit plus riante , mais plus courte.
4°. Les Obfervateurs étant eux- mêmes
defcendus à huit pieds avant dans la vapeur
, avec les précautions des fages Scrutateurs
de la Nature , qui ne veulent pas ,
comme Pline l'ancien , être les victimes.
d'une curiofité téméraire ; c'eft- à dire ,
l'aide d'un inftrument qui leur fervoir à
reſpirer l'air pur ils éprouverent que
les meilleures armes à feu n'y prenoient
point.
à
5 °. Que l'aimant n'y perdoit rien de fa
force.
6°. Que le phofphore de mercure , &
celui de Cunquel , y rendoient leur clarté
ordinaire.
7°. Qu'une chandelle d'artifice , de com
pofition propre à bruler dans l'eau , ne s'y
éteignoit point.
8 ° . Que la fumée de l'huile embrafée
qui s'étoit éteinte , avoit diminué ſenſiblement
la malignité de la vapeur..
2°. Que le thermometre & le barometre:
n'y éprouvoient que de légeres variations.
162 MERCURE DE FRANCE.
comparées à ce qu'ils éprouvoient dans les
puits voifins,
10°. L'Electricité , cette matiere nouvelle
, objet merveilleux des veilles de
nos Phyficiens , devoit entrer dans le plan
des obfervations. Pour les rendre plus piquantes
, on plaça la machine électrique à
l'ouverture du puits , on y defcendit une
chaîne de fer double qui retournoit vers
le haut : l'Electricité fe fit fentir dans la
vapeur ; c'est- à-dire , qu'on éprouva la fecouffe
& qu'on entendit le petillement ,
mais fans voir d'étincelle . On a enrichi
-là en paffant , le phénomene de l'Electricité
, qui fixe l'attention du monde
fçavant.
11 °. Au milieu de ces expériences , les
yeux fçavans des Obfervateurs fuivirent
exactement & conftamment la marche de
la vapeur méphitique ; fa hauteur varia trèsirrégulierement
, tantôt elle monta jufqu'à
16 pieds , tantôt elle ne s'éleva qu'à 18
pouces.
12. Ces variations fembloient avoir
quelque liaison , quelque analogie , avec
celles du vent ; mais elles étoient indépen
dantes de celles du poids de l'air. Quoique
ce fût jufqu'alors l'opinion la plus accrédirée
, avec cette provifion avantageufe
d'expériences diverfes , M. Darquier haJUIN.
1749. 163
zarde fes inductions , & il les tire principalement
de trois faits remarquables , l'extinction
conftante de la lumiere , la fuffocation
des animaux , & la fraîcheur des
plantes.
L'explication des deux premiers a fait
la matiere d'un précedent Mémoire ; dans
celui- ci , il s'attache au troifiéme , c'eſt -àdire
, à la fraîcheur des plantes.
L'air renfermé dans les végétaux , étant,
dit- il , moins preffé par l'air extérieur devenu
moins élastique , fe dilate avec effort ,
& doit chaffer hors du végétal une grande
partie du liquide contenu dans fes vaiffeaux
› parce qu'étant rarefié à caufe d'une
moindre preffion , il occupe plus d'efpace ;
le reffort de cet air intérieur pouffe donc
& chaffe le liquide de la plante , & de-là
fa plus grande fraîcheur pendant fon féjour
dans la vapeur méphitique .
Ce méchanifme eft rendu fenfible par
l'exemple d'une veffie qu'on introduit dans
la machine pneumatique , après y avoir
laiffé très-peu d'air , & l'avoir bouchée
exactement. A chaque coup de pifton la
veflie fe gonfle , au point que le fameux
Boile a éprouvé qu'une bulle d'air dans ſa
plus grande dilatation occupoit un efpace
dix mille fois plus grand.
Il feroit difficile de fuivre M. Darquier
164 MERCURE DE FRANCE:
dans un extrait , nous nous contenterons
de remarquer en finiffant , qu'il conjecture
que les effets pernicieux de la vapeur du
puits viennent de la diminution du reffort
de l'air.
Je dis , Meffieurs , qu'il le conjecture .
Ce langage modefte eft celur de la bonne
Phyfique , elle ne fe propoſe pas d'élever
des fyftêmes , elle s'occupe à ramaffer des
matériaux.
Les grandes chaleurs , mêlées de pluyes
abondantes , engendrent en Afrique &
dans les Indes Orientales des fiévres opi
niâtres.
Les maladies de l'Hyver 1748 ne pour
roient - elles pas également trouver leur
principe dans les pluyes fréquentes , & les
ardentes chaleurs du mois d'Août 1747 ?
Et comme c'est l'époque du mephitis ,
qui a été l'objet des recherches de M. Darquier
, les mêmes pluyes & les mêmes chaleurs
ne pourroient elles pas être la caufe de
l'un & de l'autre ?
Si cette conjecture étoit vraye , elle
tourneroit au profit du fyftême de M. Darquier
, puifque ces pluyes & ces chaleurs
exceffives diminuent confidérablement le
reffort de l'air .
C'eſt ainfi que les Sciences fe tiennent
par la main , & que la Phyfique prépare des
JUIN. 1749. 105
connoiffances au Medecin , tandis que la
Medecine s'occupe de la fanté & de la vie
des hommes. Quelle chaîne précieuſe à
conferver & à fuivre !
La vérité eft, pour ainsi dire , la ſanté de
l'efprit. On ne peut trop louer ceux qui
efent la tirer du milieu des contradictions.
M.de Rabaudy, pour les intérêts précieux
de cette vérité , n'a pas craint de troubler
Tite Live dans la poffeffion où il étoit de
l'Empire hiftorique.
Il rend toute la juftice qu'il doit aux
talens fupérieurs de cet homme de Lettres ;
& fi Tite- Live n'étoit qu'Orateur , fon
amour propre auroit lieu d'être fatisfait de
l'éloge , & du portrait brillant que M. de
Rabaudy fait de fon éloquence.
Mais il eft Hiftorien , & la fidélité doit
faire fa premiere vertu ; l'agrément n'eſt
qu'un mérite fubordonné en lui ; on exige
de celui qui écrit l'Hiftoire , la fincérité
d'un témoin qui dépofe ; il faudroit , s'il
étoit poffible , qu'il fût fans patrie , fans
rens & fans Religion .
pa-
Mais où le trouver cet homme iſolé &
dépouillé des préjugés de l'humanité ? Ne
tient-on pas toujours à quelque chofe ?
On fent toute la difficulté de ce qu'on
exige , fans perdre le droit de l'exiger
166 MERCURE DE FRANCE
Sur ce principe , M. de Rabaudy examine
le récit de Tite Live fur la prife de
Rome par les Gaulois l'an 362 de Rome ,
fuivant le calcul de Denis d'Halicarnaffe.
Ce récit , dit- il , manque , 1º . de vraiſemblance
; 2° . de vérité ; 3 ° . c'eft une fable
inventée par Tite Live, pour flatter les Ro
mains aux dépens des Gaulois leurs anciens
& redoutables ennemis.
Les mêmes motifs & les mêmes vices
corrompent fon récit fur la mort de Regulus
: il eft animé de la haine de Rome
contre Carthage , haine injufte & ambitieufe
, qui permet de mettre la foi Romaine
en parallele avec la foi Punique , fi
décriée.
Dans le parti que M. de Rabaudy embraffe
, il feroit difficile de trouver plus de
reffources dans fon génie , & de faire plus
de recherches pour foutenir fon accufation
contre cet Hiftorien .
Mais Tite Live , dont l'Hiftoire eft rem .
plie de tant de traits de grandeur , de force
& de magnanimité , à l'honneur des Pompée
& des Brutus , les derniers Héros de la
liberté opprimée ; Tite Live qui a ofé
ler fi haut pour la vertu profcrite , aux
oreilles des premiers Ufurpateurs ; Tite
Live qui a bravé les dangers attachés à une
fincérité auffi fiere & auffi peu politique ;
parJUI
N. 1749: 167
Tite Live en un mot , qui n'a pas craint
d'avoir raifon , & de la publier contre des
hommes qui commandoit à trente Légions
& à l'Univers founis ; Tite Live
aura -t- il échoué contre ta faveur d'un
peuple qui paroiffoit calmé fur les allarmes
que leur avoient données les Gaulois
domptés , & les Carthaginois détruits ?
M. de Rabaudy reconnoît tous ces beaux
traits dans le caractére de Tire Live , & il
eft le premier à les publier ; mais convaincu
que cet Hiftorien peut être exact fur certains
faits , & ne pas l'être fur d'autres ,
il ramaffe des preuves pour faire voir que
fon récit fur la prife de Rome par les Gaulois
, manque de vraisemblance & d'exactitude
.
Il faut même convenir que le fel , dont
ce morceau de fa Differtation eft affaifonné
, le rend d'autant plus piquant, qu'on
voit , qu'on fent que M. de Rabaudy a
été animé d'un amour national , honorable
pour fon coeur ; je veux dire , du défir de
juftifier les Gaulois nos ancêtres , de la perfidie
dont le récit de Tite Live les couvre.
Si l'on en croit cet Hiftorien , les Romains
, enfermés dans le Capitole après la
déroute d'Allia , avoient demandé à capituler
, & l'on étoit convenu du prix de la
rançon à 1000 livres pefant d'or . Sans
8 MERCURE DE FRANCE.
e
perdre du tems , on apporta des balances ;
les Gaulois ne rougirent pas de fe fervit
de faux poids Tribun s'étant plaint de
cette fuperc Brennus , Chef des -vainqueurs,
mettant fon épée dans un des baffins
de la balance , dit ces mots : Malheur aux
vaincus , va victis. Dans le même inftant ,
Camille arriva avec l'armée formée par
fes foins dans la Ville d'Ardée , fit rapporter
cet or dans le Capitole , repouffa les
Gaulois , & les détruifit tous, au point qu'il
n'en refta pas un feul pour porter la nouvelle
dans les Gaules.
,
M. de Rabaudy , après avoir remarqué
combien cette derniere circonftance étoit
dénuée de toute vraiſemblance , & combien
il étoit difficile d'ajouter quelque foi à
l'armée formée par Camille dans la Ville
d'Ardée & qui vient délivrerRome des fers,
rapporte les deux paffages de Polybe au
livre 2 , où il eft parlé de la paix faite par les
Gaulois avec les Romains , & de leur retour
tranquille dans leur patrie , lefquels femblent
détruire l'exploit de Camille , & l'idée
de la défaite des Gaulois.
M. de Rabaudy prend également droit
du filence de Trogue Pompée , d'Heraclide
de Pont de Juftin. Il tire encore une
preuve de la contradiction qu'il croit appercevoir
dansTite Live , en comparant fon
›
récir
L
JUIN. 1749. 169
récit fur la prise de Rome par les Gaulois ,
& la harangue des Samnites aux Etruriens ,
afin de les engager dans la guerre contre les
Romains, que le même Hiftorien a inférée.
au dixiéme livre de fon Hiftoire.
Le même caractere de feu & de fagacité
regne dans la deuxième partie de la Differtation
.
M. de Rabaudy, en parcourant les divers
Auteurs qui ont parlé du genre de mort
de Regulus , comme Aulugeile, Lucius Coelius
Tubero , Ciceron , Appien, & c . trouve
entre eux & Tite Live une contradiction
manifefte; les uns le font périr par le poifon,
les autres par une infoninie involontaire ,
ceux ci dans un tonneau hériflé de pointes ,
ceux- là fur une croix . De cette variété de
circonftances, M. de Rabaudy en éleve un
doute contre le fait concernant la mort
de Regulus , tel que Tite Live le 1aconte .
Le filence de Polybe fur un point auffi
important autorile encore ce doute hiſtorique,
qui eft fortifié , furtout par les ingénieufes
conjectures de M. de Rabaudi , fur
le fragment qu'il rapporte du vingt quatriéme
livre de Diodore de Sicile .
Il feroit difficile de faire plus de recherches
, & de trouver plus de preuves
que M. de Rabaudy, pour appuyer fon ſentiment
fur les deux paffages de Tire Live ,
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
qui ont fait l'objet de fa Differtation .
On reconnoît toujours fes talens , éprouvés
déja dans tant d'autres genres de Littérature.
ADDITIONS au Mémoire donné dans
le Mercure de Mars dernier , & dont le
titre étoit , Moyens de détruire les rochers
qui empêchent la navigation.
1º . 'Ai dit que cette opération
feroit
furtout de grand ufage , lorsqu'il fe
trouveroit
des rochers aux entrées des
Ports. Je puis ajouter qu'elle feroit de la.
même utilité dans les détroits de mer , où
affez fouvent quelques
rochers embarraffent
auffi la navigation
. Les Vaiffeaux
étant fréquemment
dans le cas de paſſer
entre ces écueils , & ne pouvant toujours
prendre le large ou s'y maintenir
, il feroit
important
de pourvoir
à leur fûreté par le
moyen propofé.
2º. J'ai obfervé que la méche , avec laquelle
on met le feu au tonneau de poudre
qui eft dans le fourneau taillé dans le
rocher , devoit être tendue dans les tuyaux
où elle eft enfermée , & qu'il falloit qu'elle
fût retenue à l'extrêmité de chaque tuyau
par une plaque de goudron. Il eft auffi à
JUI N. 1749. 171
propos que le tuyau foit affez grand , afin
qu'il fe trouve entre fes parois intérieurs &
la méche , affez de vuide pour donner de
l'air au feu de çette méche. L'air du dedans
de ces tuyaux communiquera avec
l'air extérieur par l'extrêmité d'en haut
du tuyau le plus élevé , & quand le feu qui
eft à la méche , fera parvenu à une jonction
de tuyau , il fera fondre le goudron qui le
bouche. Voici encore une pratique qu'il
convient d'ajouter . A l'extrêmité d'en haut
de chaque tuyau , on fera deux petites entailles
en dedans à quelques pouces de l'endroit
où l'on doit appliquer le goudron ,
afin d'y paffer un bâton , ou plutôt une
petite broche de fer , à laquelle la méche
lera attachée par un fil d'archal , & l'on
fera une marque en dehors à cette extrêmité.
En joignant ces tuyaux , on aura
foin d'en mettre le bout en haut . Lorsque
le goudron, qui eft en haut , fe fondra par
le feu qui gagnera à la partie de la méche
qui y répond , quand même la méche fe
brûleroit en cet endroit par le feu que
pourroit faire le goudron , le haut de cette
méche dans fon tuyau fera toujours foutenue
: ainfi ne tombant pas , & ne fe -joignant
pas avec fes parties inférieures , elle
ne bouchera point la communication de
l'air, lequel est toujours néceflaire, afin que
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
la méche continue de s'enflammer dans les
endroits au- deffous , juſqu'à ce qu'elle ait
gagné les tonneaux .
3. Les tuyaux de bois , & les moyens
que j'ai indiqués pour les joindre , fans
que l'air y entre , & de les foutenir , de
forte que le fommet de celui , par où com
mence le feu , fe trouve au - deſſus de
la furface de l'eau , exigent une certaine
dépenfe. Ainfije propofe un autre moyen,
par lequel le feu ira le long de la méche ,
fans qu'il foit befoin de tuyaux . C'eſt aux
perfonnes qui font au fait de l'Artillerie
& de la Chymie , de décider laquelle de
ces deux méthodes fera la moins coûteufe . "
Le nouveau moyen , auquel on peut avoir
recours , eft d'avoir une méche faite avec
une compofition qui brûle dans l'eau . Un
bout feroit attaché au tonneau de poudre,
vers fon ouverture dans le goudron dont
elle eft bouchée . S'il y avoit plufieurs tonneaux
, on attacheroit au bout de cette
premiere méche autant d'autres méches
qu'il y auroit de tonneaux auxquels elles
aboutiroient , & le haut de cette méche feroit
fixé fur la furface de l'eau par un
corps flottant , telle qu'une planche à laquelle
on l'attacheroit. D'une barque , on
mettroit le feu à cette extrémité , & l'on ſe
retireroit.
JUIN.
173
1749.
3
Si l'endroit étoit peu profond, & qu'ainfi
la méche qui nage fur l'eau
joint les tonneaux , fût courte
, & qui
il feroit
à craindre que le feu dans la méche de
cette finguliere compofition , ne gagnât
- trop vîte
, ce qu'on pourra éprouver en
particulier. On auroit auffi à appréhender
que , quand même la méche feroit prife
bien longue , les parties venant par hazard
à fe toucher , le feu ne parvînt
aux tonneaux avant qu'on fût retiré affez
loin. Mais il eft aifé de fe garantir de
ce danger. Pour cela , il fuffit de prolonger
la méche autant qu'on voudra , & de ne
mettre le feu qu'à l'extrémité de cette partie
prolongée. Comme il importe de la
tenir bandée , de forte que fes parties ne
fe rencontrent pas les unes les autres
on auroit deux ou trois pieds de longucur
d'une petite chaîne de fer , à laquelle on
attacheroit l'extrémité de la méche avant
d'y mettre le feu . A l'autre bout de cette
chaîne , on attacheroit une ficelle , & en
fe retirant , on laifferoit filer la ficelle
autour de fa pelotte , laquelle tiendroit la
méche bandée. Quand même on ne trouveroit
pas d'endroit fixe pour y attacher)
l'autre extrémité , on pourroit fe retirer
de cette façon auffi loin qu'il feroit néceffaire,
,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
Les compofitions qui brûlent dans l'eau,
& dont on peut faire des méches , font
connues des gens d'Artillerie & des Chymiftes.
Nous avons quantité de Livres qui
en font differentes deferiptions , & il eft
inutile que j'en rapporte aucune. On peut
perfectionner ces compofitions , &les rendre
moins coûteufes. Selon les apparences ,
les Sçavans s'y appliqueront volontiers
lorfqu'ils les verront employées à un ufage
folide & intéreffant , au lieu que jufqu'ici
elles n'étoient que l'objet d'une frivole curiofité.
4°. J'ai dit que pour ôter ( après que
la mine auroit joué ) ce qui pourroit refter
de morceaux détachés de rochers , affez
élevés pour nuire encore à la navigation
on auroit deux navires accolés , portant
entr'eux un cabeftan , au cable duquel
on attacheroit ces morceaux . Avec le cabeſtan
, on éleveroit chaque fragment de
rocher , & on le tranfporteroit ailleurs ,
en faifant mouvoir le navire . Enfuite , en
filant le cable , on le feroit defcendre
& l'on détacheroit du fragment de rocher
le bout du cable. Il eft bon que j'ajoute
ici la manoeuvre par laquelle les Ouvriers ,
qui feront au cabeftan , fçauront quand
il faut laiffer devider le cable , de quel
côté il faut aller , & jufqu'à quel endroit ,
JUIN.
175 1749 .
ce qui autrement ne pourroit être connu
que par les plongeurs .
Comme entre les deux navires on a
befoin d'un efpace libre pour le cable du
cabeftan , il doit y avoir deux ou trois
folives clouées d'un bout à l'autre , pour
les maintenir. Or fur l'une on élevera une
piece de bois à plomb , foutenue , fi l'on
veut , par des appuis. Vers le haut , il y
aura une poulie , fur laquelle paffera une
corde qui aura à un bout un poids , &
dont l'autre bout ira en bas au fond . On
paffera un bâton à cette corde au- deffous
de la poulie , afin que le poids ne defcende
pas plus qu'il n'eft néceffaire. La corde
fera roulée en pelotte , & au fond l'on
mettra quelque chofe de pefant , afin que
cette pelotte ne remonte pas. Il fera à propos
, pour qu'elle ne continue pas de fe
devider en roulant , de l'enfermer dans
un petit fac qu'on liera. Les gens d'en :
bas , tirant la ficelle , feront lever le poids ,
& le lâcheront enfuite. Par- là , ils avertiront
ceux qui feront au cabeftan . On
conviendra du nombre de fois qu'on levera
le poids , pour fçavoir quand il faudra
lever ou baiffer le morceau de rocher , ou
faire avancer le navire , & de quel côté.
Je ne propofe point de fonnettes, parce que
le mouvement des navires rendroit la fon-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
nerie prefque perpétuelle , & par conféquent
inutile à fa deſtination .
>
5°. J'ajoute encore , que puifqu'il fau
droit cet équipage de navires & de cabeftan
, pour tirer les rocs hors de la place
qui doit être libre à la navigation ; dans
les cas où les morceaux ne pourroient être
déplacés avec des leviers , on fera fort
bien de ſe ſervir de ce même équipage
au commencement de toare l'opération
& qu'on en fera quitte pour les faire retirer
avant que la mine joue. Il fera d'un
ufage bien commode , pour faire defcendre
au fond de l'eau , & pour faire remonter
les travailleurs au befoin car au cable
de ce cabeftan il peut y avoir un crochet de
fer , dans lequel on pafferoit un bout de
cable portant une felle & des étriers , femblables
à la machine dont fe fervent les
Couvreurs , pour fe fufpendre aux couvertures
des clochers. Ainfi , en devidant
le cable du cabeftan , l'homme defcendroit
au fond de l'eau , & quand il voudroit
remonter , il en avertiroit ceux d'en haut
en levant le poids. Lorfqu'il s'agiroit de
faire ufage du cable pour déplacer les fragmens
détachés de rocs , on mettroit à ce crochet
, qui eft au bas du cable , la corde néceffaire
pour les envelopper.
Je propoferai dans la fuite l'effai d'un nou
JUIN. 1749. 177
veau moyen de produire des forces mouvantes
, lequel pourroit être fort avantageux
, s'il réuffiffoit.
Le Chevalier de Rhode.
De Paris , le 15 Avril 1749.
Plan , Coquilles & Eftampes.
PLANike
LAN & élevation du feu d'artifice qui
a été tiré à Londres à l'occafion de la
Paix générale , fignée à Aix- la-Chapelle le
7 Octobre 1748 , & publiée à Londres le
Février 1749 , gravée d'après les deffeins
de M. Servandoni en une Carte infolio.
A Paris , chez le fieur Groffet , rue
de Braque , vis -à- vis le Caffé , au premier
fur la porte cochere , deffiné par Mongin ,
& gravé par Durand. Les figures font de
Mlle Fonbonne . Le prix eft de 25 fols.
CATALOGUE d'une collection de Coquilles
, confidérable par le nombre , &
des plus précieufes dans le choix , qui fera
divifée en plufieurs lots, & dont la vente
au plus offrant & dernier enchériffeur a
commencé le 21 Avril 1749 de relevée ,
& a été continuée les jours fuivans à l'a
même heure . Chez Gerfaint, Marchand fur
le Pont Notre- Dame , à la Pagode ; Prault,
Hy
178 MERCURE DEFRANCE.
pere , Quai de Gêvres , au Paradis , &
Barrois , Quai des Auguftins , à la Ville de
Nevers , 1749 , in- 12.
On vend conjointement avec ces Coquil
les plufieurs Eftampes détachées de differens
Maîtres François & Etrangers , entre
autres , quelques- unes de la Galerie du Luxembourg
d'après Rubens , des premieres
épreuves , & plufieurs volumes du Cabinet
du Roi , avec plufieurs planches gravées.
SPECTACLES.
•
'Académie Royale de Mufique continue les
repréfentations de l'Opera de Nais.
Le Concert Spirituel , executé au Louvre le jour
de la Fête de la Pentecôte , 25 Mai , a commencé
par un Concerto Del Signor Martini , qui a été
fuivi du beau Motet Quare fremuerunt , de la compofition
de M. Fanton , habile Maître de Mufique
de la Sainte Chapelle. M. Geopffem , Allemand
a joué de la Harpe , & a été fort applaudi. Un
Concerto de M. Pagin a précedé Bonum eft ,
fameux
Motet à grand choeur de M. Mondonville.
Le nouveau Feu d'artifice du Théatre Italien
attire un grand nombre de Spectateurs . On a don
né à ce Feu le nom de Palais des Fées.
Un jeune Acteur parut pour la premiere fois le
31 du mois dernier fur ce Théatre . Il fe deftine à
jouer les rôles d'Amans , & il paroît avoir tout ce
qu'il faut pour les jouer avec fuccès.
JUIN . 1749. 179
梁游
NOUVELLES ETRANGERES.
DE PETERSBOURG , le 1 Mai..
L eft arrivé de Stockholm un courier , par leon
a appris
י
qualité d'Envoyé Extraordinaire de l'Impératrice ,
avoit déclaré au Comte de Teffin , Préfident du
Collége de la Chancellerie du Royaume de Suéde
, que l'Impératrice perfiftoit dans la réfolution
de conferver une parfaite intelligence avec les
Puiffances voisines de la Ruffie ; qu'elle étoit de
même déterminée à ne point ſe mêler des affaires
de l'intérieur de la Suéde , mais que le bruit s'étant
répandu qu'on fe propofoit d'y changer la forme
du Gouvernement après la mort de fa Majefté
Suédoife , l'Impératrice croyoit devoir avertir que
comme un pareil projet , fi on venoit à l'exécuter,
mettroit en danger la tranquillité du Nord , fa
Majefté Impériale ne pourroit fe difpenfer de
prendre intérêt à une affaire fi importante ; que
par l'article VH. du Traité de Nystadt il a été ftipulé
expreffément , que la Ruffie tâcheroit de s'oppofer
par toute forte de voies à ce qu'il n'y eût aucune
innovation dans la Régence établie & approuvée
par les Etats de Suéde ; que cette claufe avoit
été confirmée par plufieurs Traités fubfequens ;
qu'ainfi l'Impératrice ne négligeroit rien pour la
faire obferver . Les dépêches du même courier
marquent que M. de Wind , Miniftre du Roi de
Dannemarck à Stockholm a auffi annoncé au
Comte de Teffin & au Comte d'Eckeblad , que (a
Majefté Danoife éoit dans les mêmes difpofitions
que l'Impératrice .
"
Hvj
150 MERCURE DEFRANCE.
Cette Princeffe étant informée que malgré l'in
clination , qui doit porter des fujets à fervir plutôt
leur Souverain que d'autres Puiffances , un
grand nombre d'Efthoniens & de Livoniens ont
pris parti dans des troupes étrangeres , elle a fait:
publier qu'elle leur ordonnoit de revenir d'ici à un
an dans les Etats , fous peine d'être regardés comme
défobéiſfans , & d'être privés du droit de Citoyens.
Il eft dit par le même Décret , que ceux
qui voudront s'engager dans les troupes Ruffien
nes , yferont employés d'une maniere convenable
à leur naiſſance & à leur mérite ; qu'ils peuvent
compter fur le foin qu'on aura de pourvoir à leur
avancement , & que lorfqu'ils defireront d'avoir
leur congé , il leur fera accordé fans la moindre
difficulté. On a envoyé des copies de cette Ordon
nance à tous les Miniftres, de l'Impératrice dans
les Cours Etrangères.
Le bruit du prochain retour de fa Majeſté Impériale
dans cette Ville ne fe confirme pas . On
affûre au contraire , qu'ayant deffein de paffer tour
l'Eté à Moscou , elle a donné ordre d'y conftruire
un nouveau Palais de bois , dans lequel elle fe pro
pofe de demeurer pendant cette faifon.
DE DANTZICK , le 6 Mai,
Les Commiffaires , chargés par le Roi de tra
vailler à terminer les differends furvenus entre la
Régence & la Bourgeoifie de cette Ville , conti
nuent d'avoir à ce fujet de fréquentes conferences
avec les Députés des Magiftrats. On le flatte de
trouver les moyens de régler cette affaire à la fatisfaction
des deux parties.
Deux mille hommes font employés journelle .
ment à augmenter les fortifications de cette Place .
JUIN. 1749 181
Il a été réſolu d'y ajouter un ouvrage à corne , &
de conftruire plufieurs retranchemens , tant fur le
bord de la mer que le long de la Viſtule .
La République a ordonné que celles de fes
troupes , qui font dans le Grand Duché de Lithuanie
, fe tinffent prêtes à marcher , pour renforcer
celles qu'elle a fair entrer dans la Curlande. Selon
les avis reçûs de ce dernier Duché , le Comte
Poniatowski & M. Rofokowski , qui fe font rendus
à Doblen pour exécuter une commiffion du
Roi , y ont déja conferé plufieurs fois avec les Députés
des Etats de la Province.
Les lettres de Warlovie annoncent la mort du
Comte de Tarlo , Caftellan de Lublin , celle du
Comte Oftrorog , Caftellan de Zackroczin , &
celle de la Comteffe Douairiere de Flemming.
DE STOCKHOLM, le 15 Mai..
Le Prince Succeſſeur a remis au Comte de Teffin
une Inftruction fur la maniere , dont il veut que le
Prince Guftave foit élevé. Cette inftruction renfer
me quatorze articles , par lefquels le Prince Succeffeur
recommande de former le coeur du jeune
Prince à la piété ; de lui infpirer fu tout des fentimens
de douceur & d'affabilité ; de l'accoûtumer
à fe garantir des prédilections , contraires à la
bienveillance générale qu'il doit à toutes les per
fonnes destinées à vivre fous fon obéiffance ; de
lui donner une connoiffance exacte de la forme
du Gouvernement , & des Conſtitutions établies
en Suéde ; de lui faire comprendre de bonne heure
que la profpérité du Royaume dépend de la confervation
des droits du Roi , & du maintien de la
liberté des Etats ; de lui mettre continuellement
devant les yeux les exemples des Grands Princess
181 MERCURE DE FRANCE.
qui ont gouverné la Monarchie ; de lui enſeigner
avec foin tout ce qui peut concerner l'art mili-,
saire ; de lui faire fentir la néceffité dont eft dans
cet art l'obfervation du bon ordre & de la difcipline
; de le perfuader des avantages que procure
une puiffante Marine ; furtout de lui apprendre à
étudier dans l'Hiftoire la fcience de regner ; de lui
faire connoître les véritables intérêts de la Nation,
& tout ce qui peut contribuer à la rendre
foriffante , de lui répéter fans ceffe qu'il ne fçau-,
roit avoir trop d'attention pour la partie des fujets
de l'Etat , employée à la culture des terres ,
& que
plus il contribuera au foulagement des habitans '
de la campagne , plus il pourra compter fur leur
affection & fur leur fidélité ; de lui faire enviſager
combien il eft important à un Souverain , de voir,
autant qu'il eft poffible , tout par fes yeux , & de
n'avoir pour favori que fon Confeil aflemblé ; de
l'exercer à connoître les perfonnes qui approchent
de lui , & de lui inſpirer de l'éloignement pour les
médifans , pour les railleurs & pour les caractéres
frivoles , de lui faire aimer la régle par celle qu'on
mettra dans fes occupations & dans fes divertiffe
mens ; de faire naître chez lui l'amour des Scien
ces & des Arts , & de lui repréfenter de quelle uti
lité leurs progrès font à un Royaume.
Il fe tient fréquemment des Confeils d'Etat &
de guerre , & l'on continue de prendre les précautions
convenables pour mettre les frontieres à l'abri
de toute furprife . On fonge auffi à prévenir les
deffeins des mal intentionnés , qui pourroient , s'il
furvenoit une guerre , vouloir en profiter pour
troubler la tranquillité intérieure de l'Etat. En
conféquence , on a envoyé ordre dans les Provinces
d'y exécuter divers arrangemens pris à ce
Lujet.
JUIN. 1749. -183·
Le Roi a difpofé d'une place de Confeiller dans .
Je Confeil Royal de la Chancellerie , en faveur de
M. Oelrich , & a accordé un brevet de Lieutenant
Colonel au Baron Charles de Sparre .
M. Jean d'Utfall , Amiral de Suéde , & Cheva- ,
lier de l'Ordre de l'Epée , eft mort à Carelfcroon le.
22 du mois dernier.
Par un Refcrit que le Roi a envoyé à tous les
Miniftres dans les Cours Etrangères , fa Majefté
déclare qu'elle a eu un fenfible déplaifir d'apprendre
qu'on ait ofé accufer dans des écrits publics le
Comte de Teffin , d'être le Chef d'un parti qui fe
feroit formé dans le Royaume , & qui auroit intention
d'y introduire après la mort du Roi le
Gouvernement defpotique ; que fa Majeſté regarde
une faufleté fi groffiere avec d'autant plus d'indignation
, qu'elle eft pleinement convamcue des
fentimens de ce Miniftre ; que d'ailleurs aucun
Suédois ne peut être foupçonné d'un pareil deffein
, & que pour ces raifons fa Majefté ordonne à
chacun de fes Ambafladeurs , Envoyés & autres
Miniftres , de communiquer fon Refcrit à la Cour
près de laquelle il réfide , afin qu'une calomnie fi
odieufe foit pleinement détruite.
Le Comte de Tefin en même tems leur a écrit
qu'ayant l'honneur d'être Membre du Sénat , il
étoit uni de coeur & d'intérêt avec cet augufte
Corps pour défendre le dépôt facré de la liberté ,
& que les allégations contraires , femées par des
calomniateurs , étoient fi deftituées de toute vraifemblance
, qu'il n'y auroit répondu que par un
parfait mépris , fi l'on n'avoit pas affecté de les
faire inferer dans plufieurs Gazettes & dans divers
Journaux.
Le 28 Avril , le Roitint un Chapitre de l'Or
dre des Séraphins. Le Prince Succefleur , accom184
MERCURE DEFRANCE.
pagné des Chevaliers de cet Ordre , ainfique de
ceux de l'Ordre de l'Epée & de l'Ordre de l'Etoile
da Nord , fe rendit le même jour à l'Eglife de
Ridderholm , & y affifta à l'Office , après leque !
ce Prince dina en public avec les Commandeurs
des trois Ordres.
Sa Majesté a nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès du Roi de la Grande Bretagne , le Baron
Charles Othon d'Hamilton , Chancelier & Chevalier
de l'Ordre de Sainte Anne. Le tems du dé- `
part de ce Miniftre n'eft pas encore fixé , & il ne
le fera que lorsqu'on aura été informé de la nomimation
du Miniftre Anglois qui viendra en cette
Cour , où depuis deux ans il n'en a point réfidé de
la part de fa Majefté Britannique.
Les Lettres de Warfovie marquent que les troupes
Ruffiennes , commandées par le Général Lieven
, continuent de traverfer la Lithuanie , pour
fe raffembler , partie fur les frontieres du Duché
de Curlande , & partie fur celles de la Livonie..
On a appris par ces Lettres la mort du Comte Sie
nowski , Caftellan de Wielun..
DE COPPENHAGUE , le 17 Mai.
Le 26 da mois dernier , le Roi fe rendit au nous
veau Holm , & fa Majefté y vit les quatre Vaiffeaux
de guerre , deftinés à la conduire en Norwege
, lefquels fe mirent le lendemain en rade.
Leurs Majeftés dînerent le 28 chez la Reine
Douairiere , & elles partirent l'après- midi pour
Fredensbourg.
Inceffamment le Comte de Lynar , Chambellam
du Roi , un de fes Confeillers Privés , & fon Envoyé
Extraordinaire auprès de l'Impératrice de
Ruffie , prendra la route de Péterfbourg,
JUIN. 1749. 185
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 19 Mai.
CE
Es jours-ci , M. Lanczinski , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , a eu
de l'impératrice Reine une audience particuliere ,
dans laquelle il a communiqué à cette P inceffe
quelques dépêches , qu'il avoit reçûes de Mofcou
par un courier extraordinaire. Le Baron de Ceifmar
reçut des mains de l'Empereur le 30 du mois
dernier , au nom du Cardinal de Rohan , l'Inveftiture
des Fiefs que ce Cardinal , en qualité d'Evêque
de Strasbourg , poffede dans l'Empire. Leurs
Majeftés Impériales firent le même jour la revûe
du Régiment d'Infanterie de Maximilien de Heffe,
qui depuis quelque tems eft cantonné dans les environs
de cette Ville.
Deux Bataillons de celui de Molck fe font mis
en marche le 29 , pour aller prendre des quartiers
dans la Haute Autriche. If a paffé ici cent cinquante
hommes de recrues pour le Régiment de
Betlem , qui eft en garnifon à Prague . On vient
de publier diverfes Ordonnances du Confeil Au
lique de guege , concernant la difcipline des
troupes.
Le projet du feu Feldt- Maréchal Comte de
Khevenhuller , pour augmenter les fortifications
de cette Capitale , fera exécuté dans peu , & M.
Bohm , Ingénieur général , en aura la direction .
Le Feldt - Maréchal Prince de Lichtenſtein doit
fe rendre en Boheme , afin de vifiter l'artillerie
qui eft à Budeweiff , & dans quelques autres Places
de ce Royaume. Avant- hier , le Comte Charles
Palfy , Général de Cavalerie , & le Baron de Phi186
MERCURE DE FRANCE.
libert , Lieutenant Feldt- Maréchal , arriverent de
Moravie.
On a appris que les Etats de Tranfilvanie s'étoient
feparés , après avoir remis aux Commiffaires
de l'Impératrice Reine un Mémoire des griefs
dont fe plaigaent les habitans de cette Principauté.
DE BERLIN , le 17 Mai.
Un courier , arrivé de Siléfie , a rapporté que le
Roi avoit fait le 2 de ce mois la revue des Régimens
d'Infanterie de Schultz & de Kreytzen , &.
le lendemain celle des Régimens de Leftewitz &
de Buddenbroeck ; que le 4 fa Majesté étoit partie
de Breflau ; qu'elle s'étoit rendue à Oppelen & à
Neiff , & qu'en paffant à Ohlau , elle y avoit fait
la revue du Régiment d'Infanterie de Hautchar
moy & de celui de Cuiraffiers de Rochau.
Le Margrave de Brandebourg Schwedt a dépêché
M. de Mengden , Gentilhomme de fa Chambre
, pour informer les deux Reines , que la Mar
grave étoit accouchée le 4 d'un Prince.
Sa Majesté a chargé le Baron de Kniphaufen
d'une commiffion auprès du Roi de Suéde.
Depuis quelques jours , le Prince Frederic Eugene
de Wirtemberg eft en cette Cour , & l'on
confirme qu'il entrera au fervice du Roi.
JUI N. 1749. 187.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 14 Mai.
Don Raymond de Ferran de Viofca , Grand
'Alcade de Tarragone , a été nommé Miniſtre du
Criminel de l'Audience de Catalogne. Le Roi a
accordé le Régiment d'Infanterie de Brabant à
Don Jofeph Werner , Colonel Réformé ; une
Compagnie dans le Régiment des Gardes Efpagnoles
à Don Fernand de Prado , Lieutenant des Gré
nadiers , & la Lieutenance Colonelle du Régie
ment de Dragons de Numance à Don Felix Roca
de Malferrit , Lieutenant Colonel Réformé .
Ces jours derniers , Don Barthelemi Ladron de
Guevara , Lieutenant Général des Armées de Sa
Majefté , & ci-devant Gouverneur de Cadix
mourut en cette Ville , âgé d'environ cinquantequatre
ans.
>
DE CADIX , le 7 Mai.
Il eft entré dans ce Port un Navire nommé le
Saint Martin , qui revient de l'Amérique , & qui,
outre une cargaifon confidérable de fucre & de
tabac a rapporté deux cens cinquante mille
piaftres. On a lçû par l'équipage de ce Bâtiment ,
que la Flotte de la Vera Cruz étoit arrivée à la
Havane , le 22 du mois de Février , fous Pefcorte
du Vaiffeau de guerre le Lyon , qui avoit à bord
quinze cens vingt-fix mille piéces de huit pour le
Roi , & neuf millions cent fix mille pour le compte
des particuliers ; douze mille marcs de vaiffelle
d'argent , deux mille balles de cochenille & huit
cens tonneaux d'Indigo . En joignant ce charge
ment à celui des autres Bâtimens de la Flotte , le
188 MERCURE DE FRANCE.
tout monte à près de vingt- fix millions de piéces
de huit . L'Amiral Regio doit ramener avec fon
Efcadre cette Flotte en Europe , & comme il fe
propofoit de mettre à la vo le le 20 du mois dernier
, on l'attend ici dans le courant du mois de
Juin. On compte que le Chef d'Eſcadre Spinola
arrivera auffi dans quelque tems avec deux Vaif
feaux de guerre , fur lefquels on a embarqué à
Cartagéne une fomme confidérable.
ITALI E.
DE MALTE , le 4 Mars.
Out ce qu'on publie en Europe de la prétenentrepriſe
des Turcs contre cette Ifle , eft fans
fondement. Les Chevaliers & les Habitans font
dans une parfaite fécurité à cet égard ; on eft inf
truit que cette Ifle n'a rien à appréhender de la
part de l'Empire Ottoman , & quand même elle
feroit attaquée , elle feroit en état de réſiſter à
toutes les forces navales de cette Puiffance .
L'Efcadre Hollandoife commandée
Contre Amiral Lynflager , laquelle a fait voile des
les d'Ourle le 19 du mois de Janvier dernier , a
été obligée par les vents conttaires , de relâcher à
l'Ile de Tenedos , ainfi qu'à Negrepont & à
Sciro. Elle eft entrée dans ce Port le 28 du mois
dernier.
›
DE GENES , le 12 Mai.
par le
Les Bâtimens , armés pour donner la chaffe aux
Barbarelques , mirent à la voile le 29 du mois
dernier au foir , mais un vent forcé de Sud s'étant
JUIN.
189 1749.
élevé pendant la nuit , ils furent obligés de rentrer
dans ce Port . Ils en font fortis de nouveau le
2 de ce mois , & ils font allés croifer dans le Golfe
de la Spécie.
Il s'eft tenu ces jours- ci un Confeil , dans lequel
on a examiné les moyens de rétablir le crédit
de la Banque de Saint Georges. On parle de
plufieurs changemens avantageux au commerce ,
& de l'établiflement dun chemin qui conduira
directement à Parme.
Don Jote h de Caftagnos , Comm fire Or
donnateur des Guerres , & ci - devant Intendant de
Parmée du Roi d'Espagne en Itale a reçu de
Madrid un ordre de régler avec le Commiffaire ,
nommé par l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , les comptes des dépenfes faites par les
deux Puiffances pour les prifonniers de guerre ref
pectifs . Un Colonel Suiffe , au fervice de la Majefté
Catholique , eft venu ici pour faire des recrues
, & le Directeur de la Pofte d'Eſpagne doit
lui remettre vingt-cinq mille piaftres.
Il vient d'arriver un avis que les Rebelles de
PIfe de Corfe font rentrés dans le devoir , &
qu'ils fe font foumis à la République aux conditions
qu'il plaira à Sa Majesté Très - Chrétienne de
leur impofer.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 22 Mai.
1
E Roi & la famille Royale partirent le 17
de ce mois pour le Château de Kensington.
On attend ici dans peu le Prince Charles de Lorraine
, & on lui a préparé pour fon logement.
Je Palajs de Sommerſet, Sa Majeſté a nommé Che
190 MERCURE DE FRANCE.
valiers de l'Ordre du Bain , les Lieutenans Géné◄
raux Mordaunt , Howard , Fowlett , & M. de
Sackville .
Les Seigneurs ont paffé le Bill qui ordonne
de prendre fur le fond d'Amortiffement , les fommes
néceflaires pour acquitter les Billets du Bureau
de la Marine . Ils ont approuvé les changemens
faits au Bill concernant les Freres Unis
de Moravie & ils ont lû pour la fecon ie fois
celui dont l'objet eſt d'affûrer l'exécution des Loix
contre les voleurs . Dans une de leurs deinieres
féances , ils firent la feconde lecture du Bill pour
réunir en un feul Afte tous ceux qui regardent le
fervice de la Flotte.
·
La Chambre des Communes a fait quelques
changemens au Bill , par lequel il eft défendu
d'introduire dans la Grande Bretagne des , broderies
, dentelles & galons d'or & d'argent , fa
briqués en Pays étranger. Il a été réfolu d'accorder
une paye à un ce tain nombre de Matelots au de-là
de ceux qui font actuellement employés , afin de
pouvoir , fans nuire au commerce , équipper avec
plus de diligence lesVaiffeaux du Roi , lorſqu'il fera
néceffaire
M. Caftres doit fe rendre à Liſbonne en qualité
d'Envoyé Extraordinaire du Roi , & M. Georges
Crowle a été choiſi par Sa Majesté pour y exercer
les fonctions de Conful.
Le Duc de Modene eft arrivé le 19 : le lende
main , il alla faluer le Roi à Kenſington.
On dit que le Roi nommera Chevaliers de l'Or
dre de la Jarretiere , le Prince Georges , le Roi de
Dannemarck le Duc de Bedfort le Comte
d'Harrington , le Lord Gower , & le Comte de
Sandwich.
>
JUIN. 191 1749
PAYS - BA S.
DE LA HAYE , le 23 Mai.
Orfque le Prince Stathouder fe rendit le z
lande & de Weft- Frife , il leur repréfents qu'il
les avoit follicités très -inftamment , de trouver le
plutôt qu'il feroit poffible , les moyens de fuppleer
aux Fermes abolies , & qu'il les avoit invites à
examiner , fi entre les mesures qu'il conviendroit
de prendre pour cet effet , on ne pourroit point
fonger à l'établiffement d'une Capitation , qu'il
ne leur avoit point fait cette propofition , dans
le deffein d'anticiper fur les délibérations de leur
Affemblée , mais uniquement pour indiquer l'ef
pece de taxe , qui , ayant le moins befoin d'être
affermée , étoit la plus conforme aux inclinations
des habitans , qu'il s'étoit attendu que ces confi
dérations auroient réveillé l'attention des Etats
& qu'ils n'auroient point perdu de tems ni épar
gne aucun foin pour terminer une affaire , qui
dans les conjonctures préfentes devoit être leur
principal objet ; que cependant le fuccès n'a point
répondu à fes efpérances ; qu'il auroit fort fouhaité
pouvoir fe difpenfer de faire ces réflexions ;
qu'il s'abftenoit de les étendre , & qu'il pafloit
fous filence plufieurs chofes qui pouvoient fe dire
fur cette matiere ; mais que ne voulant pas être
refponfable du tort que la lenteur des délibérations.
des Etats , fur une matiere fi importante , cauſoir
à la République , il n'avoit pú fe taire plus
long - tems ; que comme long - tems avant la
fuppreffion des Fermes , les habitans défitoient
unanimement de fe voir délivrés des vexations
qui accompagnoient fouvent la perception des im
192 MERCURE DE FRANCE .
pôts , on avoir vu paroître , auffi tôt après que
les Fermiers avoient été congédiés , plufieurs projets
dont la plupart ten loient à établir une taxe
par tête , que par l'ardeur avec laquelle chacun
avort four diffrentes vues pour contribuer à
perfectionner ces projets , Son Alteſſe avoit été
Confi. uée dans I opinion que le zéle pour la patrie
n'etoit point éteint dans les coeurs ; qu'il ne fe
prélen oit que deux moyens de remplacer le produit
des fermes , le premier, d'établit la Capitation
indiquée ci deflus ; le fecond , de faire percevoir
par des Collecteurs les impôts ci devant affermés ;
que Son Altele s'étoit fait donner fur ces deux
taxes les éclairciffemens néceflaires ; que depuis
long tems il avoit été tracé fous les yeux un plan
de Capitation fur les familes ; que Son Alteffe
l'auroit remis il y a plufieurs mois aux Etats
pour l'examiner mais qu'elle avoit été jufq'à
prélent dérou.née d'en faire uſage , par la crainte
de donner occafion à plus de négligence dans
Lexécution de la taxe provifionelle , qu'il étoit
tems de le défaire de cette appréhenſion , & de
rétablir enfin un ordre fixe dans la perception
des revenus publics ; que cette raiſon obligeoit
Son Alteffe de foumettre à l'examen des Etats
Le plan d'une Capitation générale fur les familles.
par claffes , & l'efquiffe d'un projet pour lever
par voye de Collecte les impôts ci -devant affermés
, afin que leurs nobles & grandes Puiffances
puffent fe déterminer en faveur d'un de ces deux
moyens ; que Son Alteffe , ignorant auquel de
ces deux plans les Etats donneroient la préférence
, ne jugeoit point à propos de difcuter
les avantages ni les inconvéniens de l'un & de
Pautre , & qu'elle laiffoit à leurs nobles & grandes
Puiffances , à décider lequel des deux dans les préfentes
JUIN. 193 1749.
fentes circonstances , feroit le moins onéreux pour
la Province & pour fes habitans , qu'elle ne pouvoit
fe difpenfer de demander que les délibérations
fur ce fujet fuffent inceffamment entamées , &
qu'on terminât l'affaire auffi diligemment que le
requeroit la néceffité preffante où l'on fe trouvoit ;
furtout qu'il ne fût caufé par ces délibérations aucun
délai ni empêchement à la perception de la
taxe provifionelle , qui ne peut & ne doit prendre
fin qu'après l'établiffement d'une taxe ftable ; que
files Etats le déterminoient en faveur du projet
de faire percevoir par des Collecteurs les impôts
ci devant affermés , Son Alteffe prioit leurs nobles
& grandes Puiflances d'examiner s'il ne feroit pas
convenable de foulager le petit peuple , par une
diminution des impofitions fur les denrées qui fervent
le plus communément à fa nourriture , &
de faire enforte que les pauvres puflent avoir le
chauffage , principalement les tourbes , à plus bas
prix.
Ce Prince eft parti avec la Princeffe de Naffau ;
le Comte de Buren & la Princeffe Caroline , pour
aller paffer quelque tems au Château de Loo .
71. Vol. 2
194 MERCURE DEFRANCE.
光洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗膽
FRANCE.
L
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roi tint le 25 du mois dernier à Verſailles
un Chapitre de l'Ordre du Saint Efprit , &
nomma Chevalier de cet Ordre le Duc de Huef
car , ci- devant Ambaffadeur du Roi d'Espagne en
cette Cour. Sa Majefté le rendit enſuite à la Chas
pelle du Château , & après avoir entendu la Meffe,
elle reçut Chevaliers le Duc de la Valliere , le Mar
quis de Saffenage , le Comte de Mailly , le Baron'
de Montmorency , le Marquis de Souvré & le
Marquis de Chalmazel , qui avoient été nommés
dans le Chapitre du 2 Février de cette année. Les
trois premiers eurent pour pareins le Maréchal
Duc de Belle- Ifle & le Duc d'Ayen . Les pareins
des trois derniers furent le Marquis de Matignon
& le Maréchal de Clermont - Tonnetre .
Le 24 , pendant la Meffe du Roi , l'Evêque de
Poitiers prêta ferment de fidélité entre les mains
de Sa Majefté .
M. de Machault , Contrôleur Général des Finances
, a été fait Miniſtre d'Etat.
Sa Majesté a nommé le Marquis d'Avrincourt ,
fon Ambaffadeur auprès du Roi de Suéde .
Elle figna le 18 le Contrat de mariage du Comte
de Carcado , Brigadier , Colonel du Régiment de
Breffe , qui époufe la Demoiſelle Poncet de la
Riviere.
Les de ce mois , Fête du Saint Sacrement , le
Roi accompagné de Monfeigneur le Dauphin , de
Mefdames de France , & de fes principaux Offi
JUI N. 1749. 195
ciers , fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe , où Sa
Majefté entendit la grande Meffe , après avoir affifté
à la Proceffion . La Reine , accompagnée de
Madame la Dauphine & de Madame Adelaide , fe
rendit à la Paroiffe , & Sa Majefté y entendit la
même Meffe .
Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie de
Bourbon , vacant par la Promotion du Comte de
Vaux au grade de Maréchal de Camp , à M. de
Broc , ci - devant Colonel du Régiment d'Infanterie
d'Aunis , & Sa Majefté a difpofé en faveur de M.
de Paulin , Capitaine réformé à la fuite du Régiment
de Cavalerie de Bourbon , de la place de
Colonel , qui étoit deſtinée à M. de Broc , dans le
Régiment des Grenadiers de France.
Le Roi a nommé le Comte de Maulevrier ,
Lieutenant Général de fes armées , pour aller réfi ,
der à Parme , en qualité de fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de l'Infant Don Philippe.
Sa Majefté a reçû les Difpenfes du Pape , qui
permettent au Prince de Conty , de prendre pof
feffion du Grand Prieuré de France .
Le Roi a donné l'agrément de la Capitainerie ..
des Chaffes de la Varenne du Louvre , au Prince
de Soubife.
Le Marquis de Paulmy d'Argenfon , Ambaffa
deur du Roi auprès du Corps Helvétique , cut
l'honneur de prendre congé de Sa Majefté le 30
du mois derniér , & il ſe diſpoſe à partir inceffamment
pour fe rendre à Soleure.
M. de Wernick , qui a réfidé en France avec caractére
de Miniftre du Prince des Deux Ponts auprès
du Roi , eft revêtu du même caractére par
Duc de Wirtemberg.
le
Le Duc d'Orléans a donné le Gouvernement de
Beaugency au Baron de Boifferon , Lieutenant-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Colonel , & Major du Régiment de Chartres.
Le 4 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix-feptc ens cinq livres; lesBillets de la pre
miere LotterieRoyale, à cinq cens quatre- vingt-fix,
& ceux de la feconde à cinq cens cinquante- neuf.
香
L
fa
MARIAGES ET MORTS.
E 13 Mai , Pierre- Antoine Bourgeois , Seigneur
de Boynes , Gonfeiller du Roi en fes Confeils,
Maître des Requêtes ordinaire de fon Hôtel , pou-
Marguerite - Catherine Parat , fille de Jérôme
Louis Parat , Seigneur de Montgeron , Traiſneau ,
le Coudrai & autres lieux , Receveur Général des
Finances de Lorraine & Barrois , & de Marie- Antoinette
Dumas.
Il eft fils d'Etienne Bourgeois, Secretaire du Roi
honoraire , Seigneur de Boynes , la Motte & au
tres lieux , & de feue Helene Francini . Le mariage
a été célebré à Montgeron , près Villeneuve Saint
Georges , avec diſpenſe de l'Archevêché & le confentement
du Curé de la Paroiffe de S. Roch.
Le 29 , René de Gallard de Bearn , Marquis de
Braffac , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
époufa dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Roch
Marie-Anne -Catherine Morin , fille de feu Jean-
Gabriel Morin , & de Catherine Françoiſe Bouot .
te , demeurant ordinairement au Havre.de-Grace
Paroifle de Notre- Dame.
Le Marquis de Braffac eft fils de feu Alexandre
de Gallard de Bearn , Comte de Braffac , & de
Marie ..... de Foulle de Prunevaux ; petit- fils
d'Alexandre de Gallard & de Charlotte de la Ro
chefoucault ; arrière- petit-fils de Louis de Gallard
& de Marie de Ranconnet ; & arriere-petit- neve
JUI N. 197 1749.
de Jean de Gallard de Bearn , Comte de Braflac ,
Confeiller d'Etat , Capitaine de cept Hommes
d'Armes , Gouverneur de Nanci & de la Lorraine ,
puis de Saintonge & d'Angoumois , Miniftre d'Etat
, Chevalier des Ordres du Roi , Sur- Intendant
de la Maifon de la Reine , & Ambaffadeur à Rome
auprès du Pape Urbain VIII.
Le 10 Avril , Genevieve Magdeleine de Rafilli ,
veuve de René du Tertre, Marquis de Montalais , cidevant
Capitaine dans le Régiment du Roi , Infanterie
, mourut âgée de 16 ans , au Château du
Tertre en Anjou . Elle avoit été la feconde femme
de René du Tertre , qui en premieres nôces avoit
époufé N. de Froulai , foeur du feu Comte de Froulai
, Ambaffadeur du Roi à Venife , de N. dia
Froulai , Evêque du Mans , & du Bailli de Froulai
, Ambaffadeur de la Religion de Malte en France.
Elle étoit fille de Gabriel , Marquis de Rafilli ,
fous Gouverneur des Enfans de France , les Ducs
de Bourgogne , d'Anjou & de Berri , qui avoit
laiffé douze enfans , cinq garçons & fept filles ;
fçavoir , 1 ° . le Marquis de Rafilli , mort Colonel
du Régiment de fon nom ; 2 ° . le Marquis de
Rafilli , ci- devant Guidon de la Gendarmerie , &
Lieutenant général de la Province de Touraine ;
3. le Comte de Rafilli , Lieutenant général des
Armées du Roi , Capitaine Coinmandant du troifine
bataillon des Gardes Françoifes ; 4° . N.de
Rafilli , marié à Loudun ; 5 ° . Frere N. de Rafilli
Chevalier Profés de Malthe , mort à Tours, Des
fept filles , la premiere mariée à N. de Mongon ;
la feconde , veuve de N. de Marconnai ; la troifié
me , qui donne lieu à cet article , mariée à René
du Tertre , Marquis de Montalais ; la quatrième
morte mariée à Ñ. de Boiragon , & les trois autres
Religieufes aux Urfulines de Tours.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
La Marquife de Montalais ne laiffe que deux
filles; la premiere manée à N. de Lancro , & la
feconde à N. du Teilleuil.
La Maifon de Rafilli eft une des plus confidérables
de la Touraine , par la Nobleffe de fon
origine. Ses Armes font d'argent à trois Fleurs
de Lys de gueules , pofées comme celles de
France , ayant pour fupports deux Anges drapés
de gueule.
Le 12 , François Bellanger , Prêtre du Diocefe
de Liffeux , & Docteur de la Faculté de Théologie
de Paris , mourut en cette Ville , dans la
foixante-deuxième année de fon âge .
Il étoit né dans la Paroifle de Saint Gervais
d'Afniere Dioceſe de Lifieux , & avoit fait une
étude particuliere de la Langue Grecque qu'il
poffedoit parfaitement. Une Société de Libraires
fe propofant de donner au Public une Traduction
de l'origine des Antiquités Eccléfiaftiques de Bingham
, Ouvrage écrit en Anglois , s'étoit adreflé à
lui , & cette Traduction étoit pouflée à plus de
moitié. Il avoit eû auffi quelque part dans les feuilles
Périodiques de l'Abbé des Fontaines , & · les
morceaux qui contiennent quelque érudition ancienne
, font tous de lui. Ses Ouvrages font :
Les Antiquités Romaines de Denis d'Halicarnaffe ,
traduites en François.
Liber Pfalmorum , vulgata editionis , cum notis ,
in quibus explicatur titu's , occafio & argumentum
cujufque pfalmi , dilucidatur fenfus ' itteralis , paucis
attingitur fenfus mifticus de ftudio & pera U. E. S
F.P. D. F. B. P. L Ces lettres initiales fignifient
Unius è facra Facultatis Parifienfis Doctoribus, Francifci
Bellanger , Presbiteri Lexovienfis.
La Théologie aftronomique , ou démonftration de
l'existence & des attributs de Diou,par l'examen & la
JUI N. 199 1749.
*
defcription des Cieux , traduite de l'Anglois de M.
Guillaume Derham.
Les Vies des Hommes Illuftres , omis par Plutarque
, au nombre de huit, fçavoir : Enée , TullusHoftilius
, Ariftomene , Tarquin l'ancien , L. Junius Brutus
, Gelon , Cyrus , Jafon , traduites de l'Anglois de
Thomas Rowe. Ces huit Vies compofent un volume
, imprimé à la fuite des Vies de Plutarque ,
traduites par M. Dacier.
Hiftoire d'Herodote , traduite en François , avec un
grand nombre de notes d'éclairciffemens fur les endroits
les plus difficiles.Ouvrage manufcrit que l'Auteur
étoit fur le point de donner au Public, & dont
on attend l'impreffion avec beaucoup d'impatience
Quelques amis de l'Auteur nous ont affuré que
notes feules , dont nous venons de parler , pou
voient remplir plufieurs volumes .
les
Le 13 , Marguerite- Louife du Boisgelin de Cucé,
époufe de Louis- René Sénéchal , Chevalier , Marquis
de Carcado , mourut dans fes terres âgée de
76 ans. Elle laiffe deux enfans , qui font N. Marquis
de Carcado , Lieutenant général des Armées
du Roi , & N Comte de Carcado , Brigadier &
Colonel du Régiment d'Infanterie de Breffe.
Le même jour , Jean - Jacques Olier , Chevalier,
mourut , & fut inhumé à S. Sulpice.
Le 14 , Marie - Charlotte du Buiſſon , veuve de
Hugues Defnots , Ecuyer , Seigneur de la Mothe
Saint Lié , Bourgy, Malaife , & autres Lieux , premier
Fauconnier de feu S. A. R. Monfieur, mourut
à Paris , & fut inhumée à Saint Euſtache .
" Le 21 Gabriel - Thibaut de la Carte , ayant
Brevet de Mestre de Camp de Dragons, Chevalier
des Ordres Militaires de Saint Louis & de Notre-
Dame du Mont Carmel , mourut , âgé de 85 ans,
& futinhumé à Saint Rech.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
" >
Le 24 , Angélique de Plenneville , époufe de
Reré du Hallai Secretaire du Roi , Maifon
Couronne de France & de fes Finances , mourut
dans fa trente - deuxième année , & fut inhumée
à Saint Euftache . Un très excellent caractere foutenoit
en elle les graces les plus touchantes ,
qu'enrichiffoient toutes fortes de talens agréables.
Elle poffedoit les Langues Italienne & Efpagnole ,
& touchoit parfaitement du clavecin , au jugement
de nos plus grands Maîtres , & de ceux d'Italie ,
qui l'ont entendue . Plufieurs Poëtes l'ont célebrée
dans leurs Ouvrages , & les fix premiers volumes
des Amuſemens du coeur & de l'efprit contiennent
plufieurs éloges d'elle . Nous ne craignons point
d'exceder les bornes de cet article , en rendant à fa
mémoire un hommage que l'on s'eft tant de fois
empreffé de lui offrir pendant fa vie.
Le même jour , Marc- Antoine Fron de Beaupoil
de Samt Aulaire , Marquis de Lanmary , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général de fes
Armées, fon Ambaffadeur auprès du Roi de Suede,
& ci- devant grand Echanſon de France , mourut à
Stockholm , dans la foixantiéme année de fon âge.
Voyez le Mercure de Janvier de cette année, article de
la promotion des Chevaliers de l'Ordre da S. Efprit.
Le 27, Antoinette de Riants , Baronne de la Broffe
& de Notonville , mourut à Paris , & fut inhumée à
Saint Etienne du Mont,
Le 29, Françoife - Félicité Colbert , épouſe d'André
Jofeph d'Oraison , Marquis d'Ancezune , & de
Coudoulet , Comte de Sefanne , Baron de Tort ,
Seigneur de Chufelan , de Cabrietes , & autres
Lieux , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
mourut , âgée de so ans , fur la Paroifle de Saint
Sulpice , & fut tranfportée aux Filles de Saint Thomas
de la rue Vivienne , pour y être inhumée..
JUI N. 1749. 201
Le même jour , Françoiſe Borio , époufe de
Jofeph-François Water , Comte de Lutzelbourg ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi , & cidevant
Capitaine - Lieutenant des Gendarmes de
Bretagne, mourut , âgée de 26 ans , & fut inhumée
dans l'Eglife Paroiffiale de Sainte Marie- Magdeleine
de la Ville - l'Evêque.
Le 30 , Françoile Rouffel , veuve de Chriftophe
Ferapy Dufieux , Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , mourut , âgée de 70 ans, & fut inhumée
à Saint Sulpice .
Charlotte de Cailhou de Signac , Religieufe de la
Vifitation de Sainte Marie , cft morte dans le
Convent de Saint Denis , âgée de 69 ans. Elle étoit
fille de Charles de Cailhou de Signac , Premier
Ecuyer de S. A. S. Henri de Bourbon , Duc de
Verneuil , Prince légitimé de France , & de Jeanne
de Gallois de Vaudricourt , Dame d'honneur de
Charlotte Seguier , Ducheffe de Verneuil. La
Maifon de Signac eft une des anciennes du Poitou
, & a des alliances avec celles de Lufignan , .de
Frottier , de Chateignier & de Mauleon.
Le premier Mai , Louis - Sébastien Caftel de Saint
Pierre , Marquis de Crevecoeur , ci- devant Sous-
Lieutenant de la feconde Compagnie des Mouf
quetaires de la Garde du Roi , & Premier Ecuyerde
feue S. A. R. Madame la Duchefle d'Orléans ,
mourut , âgé de so ans.
Il avoit épousé le 8 Février 1720 Marie- Anne
Fargés , fille puînée de N. Fargés , & avoit été
reçû en furvivance de la Charge de Premier
Ecuyer de S. A. R. en Octobre 1722.
Il étoit fils de Louis - Hyacinte de Caftel de Saint
Pierre , Baron de Crevecoeur , Premier Ecuyer
de S. A.R. Madame la Duchefle d'Orleans . Louis-
Hyacinthe étoit fecond fils de Charles de Caftel ,
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
!
Grand Bailli du Cotentin , & Gouverneur de Va
logne. La mère de Louis Sébastien étoit Magdeleine
Gigault de Bellefond , foeur de la Maréchale
de Villars. Il étoit petit fils de N. du Caftel de
Saint Pierre , & de N. fille de Henri - Robert aux
Epaules , Seigneur de Sainte Marie du Mont , &
Chevalier des Ordres du Roi.
Le 2 , Charles- Philippe de Monhenault d'Egli
, Aflocié de l'Académie Royale des Belles-
Lettres , & Auteur du Journal de Verdun , mourut
, âgé de 52 ans , & fut inhumé dans l'Eglife du
Temple.
Le 4 , le Pere Baudory , de la Compagnie de
Jefus , l'un des Profeffeurs de Rhétorique du Collége
de Louis le Grand, mourut à Paris, âgé de 40
ans.
Le 6 , Paul- Louis de Levis , Marquis de Leran ,
Brigadier des Armées du Roi , mourut en fon
Château de Leran , dans la quatre- vingt- quatrième
année de fon âge , étant né en 1666. Il époufa
par contrat du 11 Mars 1703 Marie Marguerite
Thérefe de Lévis- Mirepoix , fille de Gafton Jean-
Baptifte de Lévis de Lomagne , Marquis de Mirepoix
, & de Magdeleine du Puy- du- Fou , dont il a
eu , 1. Gafton-Jean Baptifte , né en 1704 , qui a
époufé Jeanne Baillon , fille de François Baillon ,"
Secretaire du Roi , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
, dont il a plufieurs enfans . 2 °. Henri , Evê
que de Pamiers en 1741 , & cinq filles .
Paul -Louis étoit fils de Gafton VII de Lévis ,
neuviéme defcendant de Gafton de Lévis, premier
du nom , qui fit la branche des Lévis Leran , étant
fecond fils de Jean 1. Seigneur de Mirepoix &
Maréchal de la Foi . Ce Jean eut pour bifayeul
Gui de Lévis I qui fe croifa contre les Albigeois
avec Simon deMontfort , & conquit fur ces HéréJUI
N. 1749. 203
tiques plufieurs Terres , entre autres celle de Mi
repoix , qu'il a laiffée à fes defcendans , avec le
titre de Maréchal de la Foi. Il étoit fils de Philippe
, Seigneur de Lévis en Hurepoix , près de
Chevreufe , qui vivoit en 1179. Quoique Philippe
foit le premier de cette illuftre Maifon , dont les
Auteurs faffent mention , il eft aifé de conjecturer
par le ráng qu'il tenoit parmi les premiers Barons ,
qu'il étoit de la plus ancienne extraction , & que
le défordre feul & la confufion des fiécles précedens
nous ont fait perdre les monumens qui devoient
tranſmettre juſqu'à nous la mémoire de ſes
ancêtres.
>
Y
Le 7 , Jean - Jacques Amelot , Marquis de Combrande
Baron de Châtillon fur Indre , Seigneur
de Chaillou & autres Lieux , Commandeur des
Ordres du Roi , & Miniftre d'Etar ; Honoraire
de l'Académie Royale des Sciences , & l'un des
Quarante de l'Académie Françoife , mourut , âgé
de 60 ans , fur la Paroiffe de Saint Jean en Greve ,
& fut tranfporté à Saint Nicolas des Champs.
Il avoit été d'abord Avocat Général des Requêtes
de l'Hôtel , puis Maître des Requêtes , Intendant
de la Rochelle Confeiller d'Etat , Inteadant
des Finances en Juin 1726 , à la place de N. Berthelot
de Montchêne ; Miniftre & Secretaire d'E
tat des Affaires Etrangeres le z Janvier 1737 , &
Surintendant des Poftes au mois de Décembre fui
vant. Il avoit époulé en premieres nôces Marie-
Gertrude Bombarde , morte le 4 Juin 1719 ,
P'âge de 22 ans inliumée dans l'Eglife de Saine
Nicolas des Champs , fille de N. Bombarde , Tréforier
Général de l'Electeur de Baviere , dont il
ent Anne - Marie - Pauline morte jeune ; & en ſe
condes nôces le 2 Février 1726 , N. de Voigni ,
file de Jean - Marie deVoigni , Secretaire d
1 vi
204 MERCURE DE FRANCE.
Cabinet , & de Anne Moufe de Champign .
Il étoit fils de Michel Amelot , Seigneur de
Chaillou , Maître des Requêtes , & de Philiberte
Barillon , fille de Jean Paul Barillon , Confei ler
d'Etat , & Ambafladeur en Angleterre , petit - fils
de Jacques Amelot de Chaillou , mort le 20 Décembre
1699 , âgé de 83 ans , Doyen des Maîtres
des Requêtes ; arriere petit-fils de Denis Amelot ,
Seigneur de Chaillou , mort auffi Doyen des Maitres
des Requêtes.
Denis Amelot étoit le troifiéme fils de Charles
Amelot , Maître des Requêtes le 12 Août 1575 , de
qui eft fortie la branche des Amelot, Seigneurs de
Gournai , qui fubfifte aujourd'hui.
La Maifon d'Amelot porte pour armes d'azur à
trois coeurs d'or, pofés deux & un , furmontés d'un
foleil de même.
Le même jour, Marie-Louife de Coustard , veuve
en premieres nôces de Louis- Jofeph Demenant ,
Seigneur des Granges , & autres Lieux , & en fecondes
nôces de Martin de Chavigni , Comte de
Blot , Seigneur de Salles , mourut dans le Convent
des Hofpitalieres de la rue Mouffetard , & y futinhumée.
Le 10 , Marie Farouard ,veuve deJean Touffaint
Souard de Bonnemare , Préfident du Bureau des Fi-
Dances de Moulins , mourut à Paris , & fut inhumée
à Saint André des Arcs.
Le 12 , Claude le Begue de Majainville , Abbé
de l'Abbaye Royale de Marigni , Chanoine de
l'Eglife de Chartres , & Confeiller de la Grande
Chambre du Parlement de Paris , mourut en cette
Ville , & fut inhumé à Saint Jacques du Haut-
Pas.
Le 14 , Marie- Angélique Dugué , veuve , de N
Marquis de la Houſſaye , Lieutenant dans le RégiJUIN.
1749. 205
ment des Gardes Françoifes , mourut fur la Paroifle
de Saint Louis en l'Hfle , & fut tranfportée
aux Théatins.
Le 21 , Pierre René Fournier , Seigneur de Boifauvoyer
, Confeitler du Roi , Maître d'Hôtel ordinaire
de la Reine , & ci-devant Maître Hôtel
du Roi , mourut , âgé de 65 ans , & fut inhumé à
Saint Eustache.
Le même jour , Pierre Badoire , Docteur en la
Faculté de Théologie de Paris , & Curé de l'Eglife
Paroiffiale de Saint Roch , en cette Ville , y deceda
dans la foixante- troifiéme année de fon âge.
Le 22 , Angélique - Marguerite du Verguier,
veuve de Jofeph , Comte de Gournzi , Meftre de
Camp de Cavalerie , mourut dans la quatre vingtfeptième
année de fon age , & fut inhumée le 24 à
Saint Paul.
Le 23 , Louife Henriette de Crux , veuve de
Samuel le Clerc , Marquis de Juigné , Baron de
Champagnac , de la Lande , de la Chapelle , Thevenot
Boded , Roche- Serrieres , Bois- rouard- du-
Pleffis , la Guefne de Maubuiflon , de Villemorice ,
d'Andillon , de Belle-Fontaine , des Loges de la
Cour du Bois , de Loudieres , & autres Lieux , mourut
, & fut inhumée à Saint Sulpice .
Le 27, Marie Tirant , veuve de Guillaume Haillet
, Seigneur de Couronne , & autres Lieux , Lieutenant
Général Criminel & de Police de la Ville
de Rouen , mourut fur la Paroifle de Saint Euftache
, & fut tranfportée aux Auguftins de la Place
des Victoires.
Le même jour , Marie Louiſe-Avoye le Maître
de Ferrieres , veuve de Marc- Antoine de Cormis,
Seigneur de Fabregue , mourut fur la Paroiffe
de Saint Severin, & fut tranfportée aux Cordeliers.
206 MERCURE DE FRANCE:
Le premier Juin , Denis de Malbran de la Noue,
Miniftre du Koi à la Diette générale de l'Empire ,
mourut , âgé de 72 ans.
Le même jour , Geneviève le Mefle , veuve de
Jean -François Houdart , Secretaire du Roi , &
Contrôleur Général de la Chancellerie , mourut ,
& fut enterrée à Saint Denis du Pas.
Le 3 , Michel - Guillaume Luthier, Seigneur de
Saint Martin , Villi- le-Maréchal , & autres Lieux ,
Confeiller du Roi en ſes Conſeils , & Maître ordi
naire en fa Chambre des Comptes , mourut , & fut
inhumé à Saint Paul .
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, du 22 Mars , qui ordonne l'exécution de l'Edit´du .
mois de Février 1726 , fous les peines y portées ,
en ce qui concerne les eſpéces décriées & hors de
cours,fans que ces peines puiffent être réputées .
comminatoires , & qu'on puiffe en eſpérer aucune
zemife ni modération .
DECLARATION du Roi , donnée à Marły
le 4 Mai , qui ordonne la perception d'un droit
de trente fols par chacune livre de feize onces, fur
tous les Tabacs étrangers qui entreront dans le
Royaume pour autre deftination que pour celle de
la Ferme générale .
EDIT du Roi , donné à Marly au mois de Mai,
portant création de dix -huit cens mille livres de
Rentes audenier vingt , au principal de trente- fix
millions , rembourfables en douze années,
JU I N. 207 1749.
AUTRE , donné à Marly au mois de Mai ,
portant fuppreffion du Dixiéme établi par la Dé
claration du 29 Août 1741 ; l'établiffement d'une
Caiffe générale des Amortiffemens , pour le rembourfement
des dettes de l'Etat , & la levée du
Vingtiéme , pour le produit en être verfé dans
ladite Caiffe.
ORDONNANCE du Roi , du 6 Mai , použ
établir un cinquiéme Lieutenant en chaque Compagnie
détachée de l'Hôtel Royal des Invalides
& fixer les appointemens de chaque Lieutenant à
trente livres par mois.
AUTRE du 7 , concernant les Spectacles des
Foires de S. Laurent & de S. Germain des Prés .
AUTRE du même jour , portant reglement
pour les Colporteurs,
AUTRE du même jour , qui défend les
Jeux de hafard.
AUTRE du même jour , concernant l'inter
diction des Livres prohibés , & défend les étalages
de livres fur les Quais & Ponts .
AUTRE du même jour , concernant les Spec
tacles.
AUTRE du même jour , ponr la Police des
Eglifes.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 20 ,
qui permet aux acquereurs des Rentes créées par
Edit du préfent mois , de faire expédier leurs quis
3
208 MERCURE DE FRANCE .
tances de finance en leur nom , ou au Porteur , aut
choix defdits Acquéreurs.
AUTRE du même jour , qui nomme un Tréforier
& un Contrôleur de la Caifle générale des
Amortiffemens , établie par Edit du préfent mois. -
LETTRE de M. de Launay , Chirurgien
Juré à Paris , & de l'Académie Royale de
Chirurgie , contenant les moyens les plus
fürs & les plus faciles pour remédier aux
defcentes par le fecours des bandages de
nouvelle méthode , que l'on peutfaire tenir
dans les Provinces.
N ne peut fans un riſque évident n'avoir pas
recours au bandage , lorfque l'on fe fent attaqué
d'une defcente , foit dès le commencement
pour en prévenir le progrès , foit dans la faire
pour ne pas tomber dans les accidens funeftes de
l'étranglement , avant- coureur d'une mort auffi
cruelle , qu'imprévue & précipitée .
Mais comme il s'en faut beaucoup que les per
fonnes qui font en Province , foient à portée du
fecours dont elles ont befoin , voici la reflource
que je leur offre pour s'épargner les frais d'un
voyage long , & encore plus rifquable.
Avec un ruban ou un fil , on prend la meſure du
tour du corps , de façon que les deux bouts du
ruban ou du fil viennent fe joindre fur la racine
de la
verge.
Il faut marquer le côté de la defcente , c'eſtà-
dire , fi elie eft à droite , ou & elle eft à gauche ,
JU IN.
1749 209 .
dé quelle groffeur elle peut être , combien il y a
de tems que l'on s'en apperçoit , fi -elle rentre totalement
, ou s'il en refte une partie . L'âge & le
temperament de la perfonne , & enfin les exercices
où l'on eft employé par état ou par goûr.
Ces éclairciffemens une fois donnés , on s'affu
rera , & on aura bientôt les fecours qui conviendront
à la maladie , & au malade.
Il faut feulement ajouter une remarque , c'eft
que fi il y a deux defcentes, une à droite & l'autre
a gauche , il faut défigner de quel côté eft la plus
forte , & prendre avec un ruban la diftance d'une
aine à l'autre. Cette mefure fe mettra feparément
de l'autre qui fait le tour du corps , & tiendra parfaitement
bien dans la Lettre que l'on me fera tenir
à mon adreffe ci- jointe.
Indiquer enfin les Caroffes ou les Meffageries
des lieux où l'on enverra ce qui fera décidé de plus
utile , de plus commode & de plus avantageux.
A M. de Launay , Chirurgien Juré à Paris , &
de l'Académie Royale de Chirurgie , cul-de -fac de
L'Oratoire.
Un
découverte d'un Bechique fouve- N Sçavant dans la Pharmacie & Chymie
rain, qui a la propriété de fondre & d'aténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , & d'adoucir
l'acrimonie de la lymphe par fa vertu
-balfamique , par conféquent dans le rhume , la
coqueluche la difficulté de refpirer dans l'afthme
commencée & même invetérée dans les
maladies du poulmon , les toux opiniâtres .
Nombre de perfonnes qui en ont fait ufage , rendront
témoignage de la bonté , quand on voudra
s'en éclaircir. A ces fins , il l'a confié & abandonné
210 MERCURE DE FRANCE.
à la veuve Mouton , Marchande Apoticaire , rue
Saint Denis , vis - à- vis le Roi François , au- deflus
de la rue Thevenot.
Elle donne avis qu'elle feule eft en poffeffion
de ce Bechique , qui eft extrêmement agréable
tant à l'odorat qu'au goût , dont la doſe eſt dø
demi-once dans une taffe de thé ordinaire , pris un
peu chaudement le matin à jeun , une heure avant
le lever , ou même après s'être levé , & le
foir en fe couchant , une heure au moins après le
fouper.
De plus on peut le vérifier à peu de frais , &
fans nulle crainte ni répugnance , puifqu'il fe vend
chez un Apoticaire , qui ne voudroit pas décrier
fa Boutique en débitant quelque reméde que ce
fût , dont il ne feroit pas für par une heureufe
réuffite . La bouteille contient quatre prifes , ce
qui eft fufflant pour en juger par le prompt foulagement
; avec une feconde tout au plus , on fe
trouve entierement débarraffé . Le prix eft fur l'étiquete
de la bouteille.
ESieurHurtau,Maître ès - Arts de l'Univerfité de
Paris , donne avis au Public qu'il poflede le fe
cret de faire revivre les lettres les plus vieilles & les
plus caduques , tant fur le parchemin que fur le papier.
La liqueur qu'il employe à cet effet , n'agit
uniquement que fur l'encre , fans gâter le parchemin
ni le papier. Il en a fait plufieurs épreuves fur
de vieuxTitres ,qui ont parfaitement réuffi . Des écri
tures de 1300 ans, qui étoient fi blanches qu'il étoit
impoffible d'en rien tirer , ont paru far le champ
auffi noires que fi elles venoient d'être faites à
Finftant , & l'on affûre que pour peu qu'il refte
JUI N. 1749. 211:
d'encre, fi imperceptible qu'elle foit , on la décou
vrira auffi tôt que ledit fieur y aura impofé fa liqueur.
Il y a toute apparence que ces écritures ,
ainfi renouvellées , fe conferveront autfi longtems
qu'elles en avoient mis à s'altérer. Il déchiffre
encore les écritures les plus anciennes , gothiques
ou autres , & les titres latins.
Son adreffe eft rue de la Parcheminerie , chez M.
Prevôt , dans une maiſon neuve , vis - à - vis le paflages
de Saint Severin , la feconde allée du côté de las
rue Saint Jacques. On voit un puits au fond de
la cour.
Il prie ceux qui lui écrivont , d'affranchir le port.
VENTE d'un fecret pour l'établissement
d'une Manufacture.
E fieur Gervaife croit devoir donner avis au
Public d'un fecretqu'il a découvert pour , fabriquer
des étoffes entierement femblables à celles
qui fe fabriquent en Perfe ou dans les Indes ,
& également eftimables par la beauté du deffein
& des couleurs , il ne craint point d'affûter qu'il
eft en ét t de donner à ces fortes d'ouvrages le
dernier degré de perfection. Il offre de faire à ce
fujet toutes les expériences néceffaires , & de ré-.
duire les plus clair voyans à l'impoffibilité de dif
tinguer avec certitude les ouvrages faits aux Indes,
d'avec ceux qui feront fabriqués par le ſecours du
nouveau fecret qu'il propofe.
On a penſé jufqu'ici , qu'il étoit impoffible en
Europe de parvenir à la vraye compofition des
couleurs qu'on employe avec tant de fuccès en
Perfe ou dans les indes ; plufieurs perfonnes fe
212 MERCURE DE FRANCE.
font imaginé que les principales difficultés naiffoient
de la differente qualité des eaux , ce font
des préjugés de cette efpece qui s'oppofent fouvent
au progrès des Arts.
En effet cette opinion paroît fondée fur differentes
tentatives faites avec peu de fuccès par plufieurs
particuliers venus des Indes . Comme ils ne
connoiffoient pas la maniere de perfectionner les
couleurs , & qu'ils n'étoient pas exactement inftruits
de la main d'oeuvre , leurs ouvrages out
toujours été bien inférieurs en qualité à ceux qui
fe fabriquent dans les Indes ; ces Entrepreneurs
n'ont pu atteindre qu'à la médiocrité , & ont perfuadé
, pour juftifier leur ignorance , que la differente
qualité des eaux ne permettoit pas d'aller
plus loin.
Mais il eft facile de développer les véritables
caufes qui ont pû accréditer un pareil préjugé ; il
en eft des Manufactures des Indes comme de cel
les qui font établies dans d'autres païs ; chaque
ouvrier a fon diftrict , ſa tâche particulière à remplir
, mais il ne voit point au de-là ; le travail de
P'un eft effentiellement different de l'autre , & c'eſt
la réunion de ces divers travaux faits par des ouvriers
qu'un feul objet occupe féparément, qui forme
ces ouvrages parfaits ,fingulierement admirables
par les nuances & la vivacité des couleurs .
Mais le Chef de la Manufacture connoit feul la
véritable compofition des couleurs qu'il fant employer
, c'eft en lui feul, pour ainfi dire , que réfi le
la plénitude du fécret , il eft l'ame de tout le corps,
& il dirige avec une connoiffance certaine les opé
rations d'une infinité d'ouvriers qui agiffent en
aveugles & prefque michinalement. Or il n'eft
pas étonnant que des gens , qui n'avoient été em .
ployés que comme de fimples ouvriers dans les
JUIN . 1749. 213
Manufactures des Indes ; qui ne connoiffoient bien
que la portion d'ouvrage qui leur avoit été con
fiée , & n'avoient fur le reste que des idées confufes
& peu exactes ; il n'eft pas étonnant , dit - on ,
que ces particuliers , revenus enfuite en Europe ,
n'ayent pú y établir de bonnes Manufactures des
ouvrages dont il s'agit . Le défaut de lumieres &
de connoiffances les mettoit abfolument hors d'état
de donner à leurs ouvrages le degré de per
fection & de beauté qui fait rechercher avec tant
d'empreffement les Perfes & les Indiennes.
L'Auteur du nouveau fecret offre de faire tou
tes les épreuves convenables pour juftifier ce qu'il
avance relativement à la certitude de fes connoiffances.
Il n'ignore pas les fages Reglemens qui interdifent
en France le commerce des Indiennes &
des Toiles peintes ; les Sujets d'un Ètat fi floriſſant ,
& qui trouvent dans leur patrie des étoffes remar
quables par leur goût & par leur beauté, ne doivent
point négliger & facrifier tant d'avantages pour
payer cher l'induftrie des étrangers. Mais qu'il
foit permis au fieur Gervaise de dire que l'établif
fement dans le Royaume d'une Manufacture de
toiles entierement femblables aux Perfes & anx
Indiennes , pourroit être auffi d'une utilité infinie
, par rapport aux les de France pour la
confommation des cottons & des toiles qui s'y
fabriquent. On en peut juger par le profit confidérable
qu'ont produit differens établiflemens
dans le même genre , formés en Hollande & en
Angleterre , quoique cependant les ouvrages
qu'on y fabrique ne foient point fortis de la médiocrité
, & n'ayent rien de comparable à la beauté
des Perfes & des Indiennes.
Perfonne n'ignore qu'en général les Manufac
tures font la gloire de la Nation , elles méritent
214 MERCURE DE FRANCE.
fingulierement d'être protegées , lorfque leur éta
bliffement n'entraîne pas des frais trop onéreux ,
lorfque les marchandifes qu'on y fabrique font
rares dans leur efpece , & que leur débit ne peut
manquer de produire un bénéfice confidérable,
Celle dont il s'agit réuniroit tous ces avantages ;
Jes travaux qui affûrent la perfection des ouvrages
font & ignorés en Europe , & la qualité des
Ouvrages qui y feroient fabriqués , attireroit en
France l'argent des étrangers .
L'Auteur du fecret s'engage envers tous ceux
qui pourroient obtenir la permiffion de former
avec lui une pareille entrepriſe , ou qui pourroient
légitimement traiter de la vente de fon fecret , de
les convaincre de fa nouveauté & de fa beauté par
des expériences infaillibles. Il offre de prouver
qu'il poffede pleinement le fecret de faire tenir
les couleurs fur la toile , que toutes ces couleurs
foutiennent le favonnage & leffive aufli parfaitement
que celles des Indes ; il a auffi les rouges
foncés & les nuances par teintes de differens degrés
& par dégradation , juſqu'au couleur de role,
ainfi que les violets , les gris-de-lin & le pourpre,
& même les verds & le jaune , plus ftables que
ceux des Indes .
Ceux qui voudront traiter de la vente de ce fecret
, s'adrefferont à M. Gervaife , chez M. le
Duc d'Aumont , en fon Hôtel , rue de Beaune , à
Paris , en affranchiffant les ports.
APPROBATION.
Hier le fecond volume du Mercure de France
Ai la par ordre de Monfeigneur le Chancedu
mois de Juin 1749. A Paris le premier Juillet
$749.
BONAMY.
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Séance publique de l'Académie Royale des
Sciences , tenue le 16 Avril dernier ,
Vers à M. le Duc de Caumont ,
3
27
Lettre d'un Militaire au fujet d'un nouvel Hôtel-
Dien dans l'Ile des Cygnes ,
Epitre à M. **
Réflexions diverſes ,
Caprice ,
28
39
41
43
Remarques au fujet d'une Differtation fur la Rage,
par M. de Sauvages ,.
Le Lacet , Fable ,
45
iso
Lettre de D *** , Religieux Bénédictin de Clugny
, à D. R. du même Ordre ,
Ode fur la Paix ,
Lettre écrite à Mile M. S, C.
Vers à Mlle Gauffin
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Horoſcope à Mlie N . ** ,
Rêve à Mile de ...
Vers triffillabiques à Mlle Coquelin ,
53
71
76
85
86
88
93
Remarque fur un endroit de la Defcription de *
Paris par M. Piganiol de la force ,
Bouquet à Iphife ,
-*97
100
L'Amour , Idylle ,
103
Epitre au chien de Mad . H **
Vers à Mlle de ***
107
la veille de fon mariage, 109
Mots des Logogryphes du premier volume de
Juin ,
Enigmes & Logogryphes ,
110
III
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c . 116
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
de Toulouſe , ISI
'Additions au Mémoire fur les moyens, de détruire
les rochers ,
Plan , Coquilles & Eftampes ,
Spectacles
Nouvelles Etrangeres ,
170
177
178
179
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 194
Mariage & Morts ,
Arrêts notables ,
196
2.06
Lettre de M. de Launay , Chirurgien , fur des
Bandages d'une nouvelle méthode ,
Béchique fouverain ,
208
209
Secret de faire revivre les lettres les plus vieilles
& les plus caduques ,
210
Vente d'un autre fecret pour l'établiſſement d'une
Manufacture , 212
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères