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1749, 01-03
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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER.
1749 .
SPARGAT
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LIGIT
UT
"
Spiller
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU, rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf,
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
DES LIBRAIRES
THE NEW YORK PUBLIC LIBRR debitent le Mercure dans les
Provinces
du Royaume.
5252
LENOR
ASTOR, LA Bordeaux , chés Raimond Labottiere , & chés. TILDEN FOUNChappuis
l'aîné , Libraires , Place du Palais , à
1005côté de la Bourfe.
Nantes , chés Nicolas Verger & Jofeph Vatar.
Rennes , chés Jouanet Vatar , & Vatar le fils , rue
Dauphine.
Blois , chés Maffon.
Tours , chés Gripon .
Rouen , chés François - Euftache Herault , & chés
Cailloüé,
Châlons -fur-Marne , chés Seneuze.
Amiens, chés la veuve François , & la veuve Godart
Arras , chés C. Duchamp , & chés Barbier.
Orleans , chés Rouzeaux .
Angers , à la Pofte , & chés Boffard , Libraire.
Dijon , à la Pofte , & chés Mailly.
Verſailles , chés Monnier .
Befançon
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Saint Germain , chés Chavepeyre .
Lyon , à la Pofte.
Marſeille , chés Sibié , Libraire , fur le Port.
Beauvais
, chés Deflaint.
Troyes , chés le Febvre , Michelin , Imprimeurs
Libraires , & Bouillerot , Libraire.
Charleville
, chés Pierre Thefin.
Moulins
, chés Faure.
Mâcon , chés Deffaint , fils.
Auxerre
, chés Fournier
.
Nancy
, chés Nicolas
.
Touloufe
; chés Robert.
Aire , chés Corbeville
..
PRIX
XXX . SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
JANVIER. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
LETTRE
De Dom Touffaints du Pleffis , Benedictin de
la Congrégation de Saint Maur , à M.
Bonamy , de l'Académie Royale des Belles-
Lettres , au fujet de deux anciennes Eglifes
de Paris.
Ous me fîtes entrevoir , Monfieur
, dans un entretien que j'eus
avec vous ces jours paffés, au fujer
des deux Eglifes ou Chapelles de
S. Martin & de S. Laurent de Paris , dont
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
que
il eft fait mention dans Grégoire de Tours,
celle de S. Martin devoit être fituée au
Midi de la riviere , dans le quartier que
nous appellons aujourd'hui de l'Univerſité.
La position de ces deux Eglifes a déja donné
de l'exercice à plus d'un Sçavant. Le
célebre Adrien de Valois (a ) a foutenu que
celle de S. Martin , renfermée dans l'enceinte
de l'Ifle , ou de l'ancien Paris , étoit
voifine d'une porte qu'il fuppofe au Nord
de la Ville , comme en effet il eft très probable
qu'il y en avoit là une , & que celle
de S. Laurent étoit dans le fauxbourg Méridional
, à une diftance peu éloignée de
la riviere.
Au contraire le fameux Docteur Jean de
Launoy , (6) guidé en partie par du Breüil,
(c) a prétendu que ces deux Eglifes ne
doivent point être diftinguées de celles qui
fubfiftent aujourd'hui fous le même nom ,
& qui par conféquent, du tems de Grégoire
de Tours , devoient être fort éloignées de
la Ville du côté du Nord . Dom Mabillon
(a ) a penfé de même , & il a été fuivi , du
moins pour ce qui regarde l'Eglife de faint
1 (a )Valef.de Bafil. reg. cap. 2. & 3 .
(b) Launoi. de Bafil. Paris. cap . 2. & 8.
(c) Du Breuil , Antiq. de Paris.
(d) Mabill. Diplomat .pag. 483. Not.
JANVIER. 1749. S
Laurent , par Dom Bouquet , ( a ) & par les
Auteurs du feptiéme tome de la nouvelle
Gaule Chrétienne. (b)
Les raifons de tous ces derniers ne m'avoient
point frappé , & je penchois plutôt
pour le fentiment de M. de Valois , mais
quelques-unes de vos réflexions m'ont porté
à relire , plus attentivement que je n'avois
encore fait , le texte de Grégoire de
Tours, & je trouve maintenant que fi ceuxci
fe font trompés fur l'Eglife de S. Laurent
, Adrien de Valois s'eft également
trompé fur celle de Saint Martin , & le
Docteur de Launoy , auffi-bien que Dom
Mabillon , fur toutes les deux .
Serois - je affez heureux , Monfieur, pour
penſer en tout comme vous au fujet de ces
deux Eglifes , dont vous avez fans doute
trouvé la véritable pofition ; & les obfer-
, que je vais prendre la liberté de
vous propofer , feroient- elles précisément
les vôtres ? Je commence par l'Eglife ou la
Chapelle de Saint Martin .
vations
SAINT MARTIN..
Cet Oratoire ( car c'eft ainfi que Grégoire
de Tours l'appelle ) fut bâti à la place
(a ) Bouquet , Collect. Hiftor . Franc. Tom. II.
pag. 271. Not. G. & pag. 279. Not. D.
(b) Gall. Chrift. Tom. VII. pag. 250. 251.
A 11)
6 MERCURE DE FRANCE.
même où ce faint Evêque avoit guéri un
lépreux . Sulpice Severe rapporte ce Miracle
en ces termes : (a ) Apud Parifios verò ,
dum portar Civitatis illius magnis fecum turbis
euntibus introiret , leprofum miferabili facie,
horrentibus cunétis , ofculatus eft, atque bc.
nedixit ; ftatimque omni malo emundatus eft.
Et voici au fujet de la Chapelle , de quelle
maniere Grégoire de Tours s'exprime : (b) .
Incendium adpropinquare ad aliam portam
coepit , in qua B. Martini Oratorium habebatur
, quod ob hoc aliquando factumfuerat ,
eo quod ibi lepram maculofi hominis ofculo.
depuliffet.
Or ces deux textes , pris à la rigueur ,
ne paroiffent laiffer aucun lieu de douter
que la Chapelle de Saint Martin , trèsvoifine
de l'une des portes de la Ville , ne
fût fituée au- dedans de la Ville même . Ce-.
pendant , en donnant à l'expreffion de Sulpice
Severe , dum portam introiret , un fens
plus étendu , on pourroit croire que le lé
preux fe tenoit à quelque diftance de la ,
porte en- dehors , & que ce fut là feulement
que Saint Martin entrant , c'est-àdire,
étant fur le point d'entrer dans la Ville
, le guérit miraculeufement.
Mais depuis ce miracle jufqu'à l'incen
(a) Vita S. Martini , lib. 1 .
(b) Greg. Tur. Hift . Franc. lib . 8. cap . 33 .
JANVIER . 1749. 7
die , dont parle Grégoire de Tours , &
qui arriva en 585 ou 586 , il s'écoula deux
cens ans ou environ , & pendant cet intervalle
de tems , la Ville dut s'accroître confidérablement.
Ainfi quand même la place
, où fe fit le miracle , auroit été hors de
la Ville vers l'an 390 , il eft bien à préfumer
qu'en 585 elle fe trouvoit renfermée
au-dedans. Il femble même que ce n'eſt
pas une fimple présomption , & que Grégoire
de Tours en fournit la preuve au même
endroit , puifque felon lui , comme
l'incendie alloit toujours croiffant du côté
d'une autre porte , & qu'il touchoit déja le
mur de la Chapelle , ce fut à cette Chapelle
qu'il s'arrêta tout court , de maniere que
les maifons mêmes qui l'environnoient
en furent préfervées : Incendium adpro
pinquare ad aliam portam coepit , in qua B.
Martini Oratorium habebatur .... adpropinquante
enim illuc incendio , ferebantur validi
globi flammarum , qui percutientes parietem
Oratorii protinus tepefcebant... tantaque
fuit virtus beati Pontificis , ut non folum hoc
Oratorium cum alumni proprii domo ſalvaret ,
verum etiam nec aliis domibus , quæ in circuitu
erant , nocere flammis dominantibus permififfet;
ibique cecidit incendium.
Après tout , il importe peu pour déterminer
la pofition de cette Chapelle , qu'el-
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
le fût au-dehors on en dedans de la Ville ;
le point effentiel auquel il faut s'attacher
ici , eft qu'elle étoit très voiſine de la porte
, ad portam in qua B. Martini Oratorium
habebatur ; & il n'en faut pas davantage
pour conclure contre le Docteur de Launoy
& contre Dom Mabillon , que cette
Chapelle n'étoit point fituée à l'endroit où
eft aujourd'hui le Prieuré de Saint Martindes-
Champs. Quelque étendue que l'on
veuille donner à la Ville de Paris fur la fin
du fixiéme fiécle , il eft bien certain que
fes portes du côté du Nord n'étoient pas
alors reculées jufques -là , & qu'elle étoir
renfermée dans des bornes bien plus étroi
tes.
Mais il y a plus ; c'eft que la Chapelle
de Saint Martin , loin d'être fituée au
Nord de la Ville , étoit au contraire fituée
au Midi ; & ceci à fon tour combat de
front l'opinion de M. de Valois .
Je laiffe là deux raifons de convenance :
la premiere , que la porte du Midi devoit
être beaucoup plus fréquentée qu'aucune
autre , puifque c'eft de ce côté - là qu'étoit
le Palais des Thermes , & que par conféquent
le lépreux devoit y trouver plus de
fecours qu'ailleurs : la feconde , que
, que Saint
Martin , qu'on peut fuppofer arrivant de
la Ville de Tours , n'avoit point d'autre
J'AN VIER. 1749.

porte à prendre , pour entrer dans Paris ›
que celle du Midi . Le texte de Grégoire.
de Tours paroît encore décififici
côté-là , plutôt que pour le Nord .
pour ce
Suivant cet Hiftorien , l'incendie commença
par la maifon la plus voifine d'une
porte du Midi : Erat domus hæc prima fecùs
portam que ad meridiem pandit egreffum.
C'eft auffi ce que portent expreffément les
paroles d'une efpéce de Prophéteffe , qui
avoit prédit l'incendie trois jours auparavant
: Vidiper fomnium , difoit- elle , à ba
filica , ou ad bafilicam S. Vincentii ( c'eſt
l'Abbaye de S. Germain - des- Prez ) ve
nientem virum inluminatum , tenentem manu
cereum , & domos negociantium ex ordine
fuccendentem. On voit par ces mêmes paroles
, qu'il y avoit là des maiſons de Marchands
, ou des magafins & des boutiques
& on voit encore par le texte de Grégoire.
de Tours , qu'il y avoit auffi une prifon ,
tunc diruente igne fuper vinctos carceris :
deux circonſtances de détail, qui peuvent
fervir à éclaircir d'autres points de l'Hiftoire
de Paris , mais dont la derniere n'eft.
pas étrangere à la queftion préfente , puif
que le même Grégoire de Tours remar
que ailleurs que lorsque l'on porta.le
*
* Greg Tur; Hift. Franc, lib. § . cap. Bi
A.V
10 MERCURE DE FRANCE.
corps de Saint Germain , Evêque de Paris ,
au lieu de fa fépulture en 576 ,il artiva luimême
à fa rencontre , proche de la priſon ,
d'où il s'enfuit que cette prifon devoit être
fur le chemin de la Cathédrale à l'Abbaye
de Saint Vincent , où le faint Prélat fut
enterré.
te,
Mais retournons au premier texte de
notre Hiftorien . L'incendie commença ,
dit-il , par une porte fituée au Midi , &
ce fut là le centre d'où il fe répandit à
droite & à gauche par toute la Ville. A
ce centre là étoit non -feulement cette pormais
encore le pont , ou un des ponts
de la Ville , & fi ce n'eft pas celui que nous
appellons depuis plufieurs fiécles le petit-
Pont , quoique tout porte à le croire , &:
que rien ne paroiffe s'y oppofet , ce devoit
en être un autre peu éloigné de celui - là
& à la place à peu près où eft aujourd'hui
le pont Saint Michel , puifque l'un &
Pautre font fitués vers le Midi , qu'ils conduifent
au Palais des Thermes , & à l'Abbaye
de Saint Germain- des-Prez , & qu'ils
fe trouvent à la tête de deux grands chemins
, qui vraisemblablement font tels de
toute antiquité. Il n'eft pas marqué fi cetteporte
étoit fur la rive droite , c'est- à- dire ,
dans l'Ifle même , ou fur la rive gauche de
la Seine. Très - probablement elle étoit
*
>
JANVIER. 1749 . II
dans l'Ifle à la tête du pont : ce pont , fui
vant l'Auteur de la vie de Saint Lubin
Evêque de Chartres * , étoit bordé de mai ™
fons , qui furent brûlées dans un premier
incendie vers le milieu du fixéme fiécle
; & elles le furent encore dans celui
de l'an 585 , ou 586 , dont il s'agit ici ,
foit que la porte
porte du pont fût à la droite ou
à la gauche de la riviere . Sans cela le feu
n'auroit pas pû fe communiquer d'un quartier
de la Ville à l'autre , & c'eft cependant
ce qui arriva , puifque , felon Grégoire de
Tours , l'incendie gagna d'un côté du
pont , jufqu'à l'Oratoire de Saint Martin
où il s'arrêta , ibique cecidit incendium quod
ab una parte pontis coeperat defavire , & que
de l'autre côté tout fut confumé juſquà la
riviere , ab alia verò parte tam valide cuncta
conflagravit , ut amnis finem imponeret.
On voit que c'eft ceci , qui dans la fup--
pofition de M. de Valois devient abfolument
inintelligible & inexplicable . Le feu
commença par une maifon contigue au
petit-Pont , ou au pont Saint Michel , &
d'un côté il fe répandit jufqu'à la Chapelle
de Saint Martin. Suppofons donc , avec
Adrien de Valois , que cette Chapelle étoit
à l'extrêmité de l'Ifle au Nord , vers le
* · A & . SS. Bened . Tom . I. pag. 126. Bouquet
collect. Hift . Franc . Tom . III . pag . 431 .
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
lieu à peu près où font aujourd'hui Saint-
Denis de la Chartre , ou l'Horloge du Palais.
Que reftoit-il à confumer de l'autre
côté? Cependant de cet autre coté-là en--
core , tout fut réduit en cendres jufqu'à la .
riviere , qui feule s'oppofa au progrès de
l'incendie. Il faut donc de toute néceffité ,
que ce fecond côté fût celui , qui s'étend
aujourd'hui depuis le petit- Pont , ou le
pont Saint Michel , jufqu'au pont Notre-
Dame , ou au pont-au- Change , & que le
premier côté qui s'étendoit jufqu'à l'Oratoire
de Saint Martin , fût celui qui s'étend
depuis le même ,petit-Pont , ou le
pont Saint Michel , jufqu'à une certaine
diſtance dans la rue Saint Jacques , ou dans
la rue de la Harpe . Et delà il s'enfuit encore
néceffairement , qu'outre la porte qui
étoit à la tête, du petit-Pont , ou du pont
Saint Michel , & qui fermoit la Ville de
ce côté-là , il y en avoit encore une autre
plus loin , celle du lépreux , qui fermoit
l'accroiffement de la Ville , ou le fauxbourg
, du même côté..

Jufqu'où s'étendoit cette nouvelle clôture
? C'eft ce qu'on ne voit pas diftinctement.
Peut-être alloit - elle jufques vers
l'endroit où font aujourd'hui la rue des
Noyers & la Chapelle de Saint Yves. L'Oratoire
de Saint Martin , qui pourroit nous-
E
JANVIER. 1749.- 132
en marquer les bornes préciſes , s'il étoit
encore fur pied , ou ne fubfifte plus , ou a
changé de nom depuis bien des fiécles.
Seroit- ce l'Eglife de Saint Séverin , qui ,
dit-on , compte encore aujourd'hui Saint
Martin au nombre de fes Patrons ? Il n'y
a pas d'apparence. L'Eglife de Saint Séverin
étoit fans doute celle , où une de
celles du Monaftére , dont Saint Séverin
même étoit Abbé dès l'an 526 ou environ ,
lorfque Saint Cloud , fils du Roi Clodomir
,fe mit fous fa difcipline ( a ) , & prit
de lui l'habit Monaftique. Au contraire ,
l'Oratoire de Saint Martin n'étoit qu'une -
fimple Chapelle de dévotion , bâtie par un
Particulier , & même peu folidement ,.
puiſqu'elle n'étoir que de branchages ( b ) ,
intextis virgultis. Elle étoit à la vérité fur
pied vers l'an 560 , du vivant de Clotairs
I. felon Grégoire de Tours ( c ) , mais alors
ce devoit être un édifice affez récemment
conftruit , puifque le même Hiftorien af
fure ( d ) , que celui qui l'avoit bâti , vivoit
encore en 585 ou 586 , dans le tems du
fecond incendie. On peut croire néan
( a ) Vita S. Clodoaldi , in nova collect. Hift .
Franc. Tom. III. pag. 423.
(b ) Greg. Tür. Hift. Franc. lib. 8. cap. 33.
( c) Ibid. lib. 6. cap. 9..
( d) Ibil. lib. 8. cap. 330-
14 MERCURE DE FRANCE ..
ރ
moins que cet Oratoire , dont il n'eft plus
fait mention dans l'Hiftoire depuis ce trifte.
évenement , a été uni dans la fuite à l'Eglife
Abbatiale de Saint Séverin , & que
c'eft par cette raison que celle - ci aura mis .
Saint Martin au nombre de fes Patrons.
Cette Abbaye fans doute a dû avoir dès
fon origine un autre nom que celui de
Saint Séverin , car il eft impoffible que, du :
vivant même de ce faint Abbé , elle ait porté
le fien : mais ne feroit- ce pas en effet celle
de Saint Laurent , dont il me reste àvous :
entretenir ?
SAINT LAURENT.
L'Eglife de S. Laurent étoit fur pied au
plus tard en 5 47 , ou environ ; c'eft le tems
où arriva le premier des deux incendies
dont il a été parlé plus haut. Celui- ci
commença , fuivant l'Auteur de la vie de
Saint Lubin * , du côté de l'Eglife de Saint
Laurent ; emporta les maifons qui étoient
fur le pont , & menaça de confumer toute
la Ville : le Roi éveillé par les cris des habitans
, fit prier Saint Lubin d'aller à leur
fecours , & le faint Evêque éteignit le feu
par fes prieres : Aparte bafilica B.Laurentii,
noctu edax ignis exiliens domos pendulas que
* Af . SS . Bened. Tom. I. pag. 126 Bouquet ,
collect. Hift. Franc . Tom. III. pag. 431...
JANVIER. 1749.
per pontem conftructa erant exurere, coepit ,&...
Civitati...ut univerfa confumeret , magnum timorem
incuff Ut autem Rex - ob clamorem
populi expergefactus ...caufam tumultus agnovit
, confeftim ad B: Leobinum dirigit mif
fum..... Mox ignis ejus oratione compreffus:
in femetipfo deficit , &c.
A la fimple lecture de ce récit , il n'eſt
perfonne qui ne croye voir qu'il s'agit ici
du pont de la Ville le plus voifin du Palais
des Thermes , où logeoit le Roi , & que
par conféquent l'Eglife de Saint Laurent ,
fituée du même côté , n'en étoit pas éloignée.
Suppofons que le feu prenne aujourd'hui
vers l'Hôpital Sainte Cathérine ,
ou vers Saint Jacques de la Boucherie :
quel eft l'Hiftorien qui s'avifera de dire ,.
qu'il a pris du côté des Peres de S. Lazare
ou de Saint Laurent ? Ces fortes d'indications-
là fe tirent toujours d'un lieu voifin
qui foit remarquable , & en accordantmême
que du tems de Grégoire de Tours ,
l'Eglife Paroiffiale , que nous connoiffons
aujourd'hui fous le nom de Saint Laurent ,
fût déja fur pied , n'y avoit-il donc au
Nord de Paris aucun autre édifice remar
quable , & plus voifin de la Ville , que
celui-là ? Il s'en trouvoit déja un fi grand.
nombre du côté du Midi ; feroit-il poffible
qu'il n'y en eût cû aucun du côté du
Norda
G MERCURE DE FRANCE:
Avant la mort de Clotaire I. qui arriva
en 561 , cette Eglife de Saint Laurent
étoit Abbatiale , puifque , fuivant Gré
goire de Tours ( a ) , Saint Domnole en
étoit Abbé du vivant de ce Prince : circonftance
effentielle pour la fuite , de ces.
obfervations.
>
Au mois de Février 583 , la Seine fut fi
confidérablement enflée , qu'entre la Ville
, Civitatem, felon Grégoire de Tours (6) ,
c'est -à-dire l'ancienne Ville renfermée
dans l'Iffe , & la Bafilique de Saint Laurents
, il y eut de fréquens naufrages ,
aque verò extra folitum invaluerunt ; nam
tantam inundationem Sequana Matronaque
circa Parifios intulerunt , ut inter Civitatem
bafilicam S. Laurentii naufragia Sape
contingerent.
Or cela fe comprend à merveille , fi
l'on fuppofe que cette Eglife de Saint Lau¬
rent n'étoit pas éloignée du lit ordinaire
de la riviere . Mais fi l'on veut que ce
foit celle qui fubfifte aujourd'hui , il
faut avouer que Grégoire de Tours s'eft
exprimé de la maniere du monde la plus
impropre . A la bonne heure , fi les Phyficiens
l'accordent , que les eaux foient venues
battre le pied de cette Eglife : Peut-
( a ) Greg. Tur. Hift . Franc. lib. 6. cap. I...
(b) Ibid. cap. 250-
JANVIER. 1749. 17
être le fol des environs deParis étoit-il alors
affez bas pour donner lieu à une pareille
inondation. Mais fi cela eft , Grégoire de
Tours devoit dire fimplement que les
eaux fe répandirent jufqu'à l'Eglife de Saint
Laurent du moins ne devoit- il pas fe
contenter de parler des naufrages. Ces
malheurs arriverent fans doute bien plus
près de l'Ifle , où étoit renfermée l'ancienne
Ville , que de cette Eglife ; celle de Saint
Gervais étoit alors fur pied , puifque fuivant
Fortunat , Evêque de Poitiers ( a ) ,
elle exiftoit même du tems de S. Germain,
Evêque de Paris , qui mourut en 576 ;
celle que nous connoiffons aujourd'hui
fous le nom de Saint Martin , auroit exifté
auffi , fi l'opinion que l'on a combattue
plus haut , étoit vraie , puifque Saint
Domnole , Abbé de Saint Laurent , y. alla
faire fa priere ( b ) , fous le regne de Clotaire
I. qui mourut en 561. S'il n'étoit
donc queftion que de naufrages , Grégoire
de Tours devoit dire qu'il y en eut beaucoup
entre la Ville & l'Eglife de Saint
Gervais , ou entre la Ville & l'Eglife de
Saint Martin , plutôt qu'entre la Ville &
L'Eglife de Saint Laurent..
*
(a ) Vita S. Germani Epifc. Parif. in A&t. SS..
Bened. Tom. I. pag. 243.
(b ) Greg. Tur. Hift . Franc. lib. 6. cap. giv
TS MERCURE DE FRANCE
Mais il y a ici quelque chofe de plus
car s'il y eut des naufrages au-delà même
de l'Eglife de Saint Gervais , non-feulement
cette Eglife , mais encore une infinité
d'autres édifices dûrent être engloutis fous.
les eaux ; & ce défaftre étoit bien autrement
à remarquer que de fimples naufrages.
Or Grégoire de Tours ne nous parle
que de naufrages , & nullement d'édifices
renversés ou fubmergés : donc les naufrages
arriverent fur le canal ordinaire de la
riviere , ou bien près de ce canal , dont
Peau avoit franchi les barrieres ; donc l'Eglife
de Saint Laurent , dont parle Grégoire
de Tours , en étoit elle-même trèsvoifine
; donc ce n'eft point celle d'aujourd'hui.
On oppofe en faveur de cette derniere
, que dans un Diplôme du Roi Childebert
III . rapporté dans la Diplomațique
, il eft parlé de deux Eglifes voisines
de Paris , l'une de Saint Laurent , l'autre
de Saint Martin , comme étant fituées au
Nord de la Ville du côté de l'Abbaye de
Saint Denis . Par cette Charte , le Roi confirme
à ce Monaftére , à l'exemple de Clovis
II. fon Ayeul , de Thierri , fon pere ,
& de Clotaire , ou Clovis III . fon frere ,
* Diplomat. lib . 4. cap . 110. pag. 309. & lib. 6.
pag. 483. not. s
JANVIER. 1749. 19
les droits d'un Marché , qui de S. Denis
même , où il étoit auparavant , avoit été
transferé près de Paris , entre l'Egliſe de
Saint Martin & celle de Saint Laurent :
Quatenus ante actis temporibus clade intercedente
de ipfo vigo fancti Dionifii ipfe marcadus
fuit emutatus , & ad Parifios civitate
inter fancti Martini & fancti Laurentii baſe-
Licis ipfe marcadus fuit factus ; & inde præ .
ceptionis prædictorum Principum acceperunt
&c.
A cela , M. de Valois répond , que fi
ce titre n'eft point fufpect , il faut en conclure
qu'à la vérité , fous le regne de Clovis
II . vers l'an 650 , les deux Eglifes de
Saint Martin & de S. Laurent , que nous
voyons aujourd'hui , étoient déja fur
pied , mais qu'il ne s'enfuit pas pour cela
que ce fuffent celles dont parle Grégoire
de Tours , & qui exiftoient en 561 , du
tems de l'Abbé Saint Domnole . Je ne ferai
pas fi.libéral que lui , & il me femble
que tout ce qu'on peut conclure de la
Charte de Childebert III . c'eft qu'avant le
regne de ce Prince , le Marché dont il s'a-.
git , & qui eft l'origine de la Foire Saint
Laurent , avoit été transferé dans le voifinage
de Paris , fur un terrain qui en 710 ,,
Vales.defenf. notit. Gall.pag. 164.
20 MERCURE DE FRANCE.
que
fe trouvoit fitué entre les deux Eglifes de
Saint Laurent & de Saint Martin , leſquelles
pourtant n'étoient peut-être bâties
depuis fept ou huit ans. Après tout , fuffent-
elles du tems même de Clovis II . la
réponſe de M. de Valois eft folide. Qui
nous affùrera en effet , que ces deux Eglifes
qui exiſtoient en 710 , & même ſi l'on
veut en 650 , font celles-là mêmes qui
étoient fur pied cent ans ou environ auparavant
? N'eft-il
démontré par
pas
de Grégoire de Tours , que celles de la
Charte de Childebert ne peuvent pas être
celles dont parle cet Hiftorien , puifque
celles- ci étoient incontestablement bien
plus près de la riviere , que ne font celleslà
, & que celle de Saint Martin furtout
étoit au Midi de la Ville .
le texte
Refte encore une objection tirée de la
découverte qui fut faite , dit-on , au fiécle
paffé , auprès de l'Eglife Paroiffiale de
Saint Laurent , de plufieurs cercueils de
plâtre , dans lefquels fe trouverent des
Moines enfévelis avec leurs vêtemens
noirs. L'Eglife de Saint Laurent, dont parle
Grégoire de Tours , étoit deffervie par
des Moines , puifque Saint Domnole en
étoit Abbé , donc , conclut- on , ce dor
* Bouquet , collect. Hift . Franc. Tom . II. pag. 2714.
net . G. Gall Chrift . Tom. VII . pag. 250.
JANVIER. 1749. 27
1
être précisément la même que l'Eglife de
Saint Laurent , proche de laquelle fe font
trouvés des cercueils de Moines .
J'infifte peu fur ce que nous n'avons
aucun procès- verbal authentique de cette
découverte
, fi ce n'eft pourtant que j'ai
droit de demander une preuve bien concluante
de ce qu'on ajoute , que ces cercueils
avoient bien neuf cens ans d'antiquité.
Rien n'empêche néanmoins que ce
ne fuffent de vrais cercueils de Moines.
Mais Adrien de Valois n'a-t-il pas répondu
que felon du Breuil , & les autres
Ecrivains des Antiquités de Paris , l'Eglife
Paroiffiale de Saint Laurent a appartenu
autrefois aux Religieux de Saint Martindes
Champs ? Et en faut-il davantage pour
qu'il y ait eu là des Moines enterrés ? Il
eft vrai que ces Moines feront morts au
onziéme fiécle , mais on ne voit pas non
plus qu'ils ayent vêcu au fixiéme ou au
feptiéme. Et de tout ceci il me femble
qu'on ne peut s'empêcher de conclure
FEglife de Saint Laurent , dont parle Grégoire
de Tours , étoit , auffi- bien que 1'0-
ratoire de Saint Martin , hors de l'ancienne
Ville , & peu éloignée de la riviere.
que
Mais en quel endroit préciſement étoitelle
donc fituée ? C'eft fur quoi , Mon-
* Valef. de Bafil. Parif. pag. 454• ··
22 MERCURE DE FRANCE.
fieur , je n'ai qu'une conjecture à vous propofer
. Elle étoit Abbatiale du tems de
Saint Domnole . Ne feroit-ce pas celle
dont Saint Séverin étoit Abbé vers l'an
526 ? Celle- ci , comme il a été dit plus
haut , ne pouvoit point porter fon nom
de fon vivant ; elle l'a pris dans la fuite
des tems , comme il eft arrivé à une infinité
d'autres , dont les noms ont été changés
à l'occafion de quelques Saints ou de
quelques Saintes, qui y avoient leurs fépultures.
Dans cette fuppofition , direz - vous
peut-être , Saint Laurent feroit encore regardé
aujourd'hui , comme le premier
Patron de l'Eglife de Saint Séverin , &
cependant il n'y eft nullement connu fous
ce titre. Je répons qu'un très-grand nombre
d'anciens Monaftéres renfermoient
plus d'une Eglife. On peut donc fuppofer
que dans celui de Saint Laurent, il y avoit
la principale Eglife dédiée fous le nom de
ce faint Martyr , & une feconde , où Saint
Séverin fut enterré ; la premiere fera tombée
ſoit de vétufté , foit par quelque accident
, & n'aura point été réparée ; la feconde
qui fe fera maintenue , & qui infenfiblement
aura pris le nom du ſaint
Abbé , fera celle qui fubfifte encore aujourd'hui
fous ce même nom. Je fuis , &c .
A Paris , ce 29 Novembre 1748 .
JANVIER. 1749. 23
CACDCACACACDCDCACA VECA CO
EPITRE
Vous qui de la
Chronologie
Avez réformé les erreurs ;
Vous , dont la main cueillit les fleurs
De la plus belle Poëfie ;
9
Vous , qui de la Philoſophie
Avez fondé les profondeurs ,
Malgré les plaifirs féducteurs
Qui partagerent votre vie :
** Dites- moi , je vous prie ,
Par quel art , par quelle magie
Parmi tant de fuccès flateurs ,
Vous avez défarmé l'envie ,
Tandis que moi , placé plus bas
Qui devrois être inconnu d'elle ,
Je vois chaque jour la cruelle
Verfer fes poiſons fur mes pas.
Il ne faut point s'en faire accroire ;
J'eus l'air de vouloir m'afficher
Aux murs du Temple de Mémoire ;
Aux fots vous fçûtes vous cacher :
Je parus trop chercher la gloire ,
Et la gloire vint vous chercher.
Qu'un chêne , l'honneur d'un boccage ;
24 MERCURE DE FRANCE
·
Domine fur mille arbriffeaux ;
On refpecte les verds rameaux
Et l'on danfe fous fon ombrage :
Mais quand du tapis du gazon
Quelque brin d'herbe ou de fougere
S'éleve un peu fur l'horiſon ,
On l'en arrache avec colere.
Je plains le fort de tout Auteur ,
Que les autres ne plaignent guére.
Si dans ſes travaux Littéraires
al veut goûter quelque douceur ,
Il doit fuir , comme un grand malheur ;
Tous les beaux efprits , les confreres ,
Les lieux , les tems , l'occafion ,
Font votre gloire ou votre chûte ;
Hier on aimoit votre nom ,
Aujourd'hui l'on vous perfécute .
La Gréce à l'infenfé Pirrhon
Fait élever une ftatuë ,
Socrate prêche la raifon ,
Et Socrate boit la ciguë.
Heureux , qui dans d'obſcurs travaux
A foi-même fe rend utile !
Il faudroit , pour vivre tranquille ,
Des amis & point de rivaux.
La gloire eft toujours inquiéte ;
Le
JANVIER.
25
1749.
Le bel efprit eft un tourment ;
On eft dupe de fon talent.
C'eft comme une épouse coquette ;
'lui faut toujours quelque amant :
Sa vanité , qui vous obféde ,
S'expofe à tout imprudemment ;
Elle eft des autres l'agrément ,
Et le mal de qui la pofféde.
Mais finiffons ce trifte ton .
Eft-ilfi malheureux de plaire ?
L'envie eft un mal néceffaire ;
C'est un petit coup d'éguillon ,
Qui vous force encor à mieux faire ;
Dans la carriere des vertus
L'ame noble en eft excitée .
Virgile avoit fon Mævius ,
Hercule avoit fon Euriftée .
Que m'importent de vains diſcours ,
Qui s'envolent , & qu'on oublie ?
Je coule ici mes heureux jours
Dans la plus tranquille des Cours ,
Sans intrigue , fans jalouſie ,
Auprès d'un Roi fans Courtisans ,
Près de Boufflers & d'Emilie
Je les vois & je les entends ;
;
Il faut bien que je faſſe envie .
A Lunéville , le 20 Novembre 1748.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
L'AMOUR AU VILLAGE,
Comédie en un Acte.
ACTEURS.
L'AMOUR.
PSICHE'.
MOMUS.
COLETTE.
LICAS.
SCENE PREMIERE.
LICAS , COLETTE.
Colette.
MEfuivras- tu continuellement ?
Oüi .
Licas.
Colette.
Licas.
C'eft m'importuner .
Vous êtes une perfide , & je vous le re
procherai fans ceffe.
Colette.
Quoi ! chercher à me tourmenter ?
Licas.
Peut- on être traîtreffe à ce point ?
JANVIER .
27 1749.
Colette.
On n'eft pas maître de ne point changer .
Licas.
Ça crie vengeance. Je vous demande
en mariage , on y confent , vous n'y révo
pugnez pas , on fait les accordailles . Puis ,
quand nous fommes prefque mariés , parce
qu'il paffe un petit freluquet fans barbe
Vous vous amourachez l'un de l'autre , &
l'on ne fonge plus à Licas.
Colette.
Il eft fi different de toi.
Licas.
Pourquoi me dire ces chofes-là ?
Colette.
As-tu remarqué combien fes yeux font
enfemble & vifs & doux ? la régularité
de fes traits ? Il eft plus beau
que moi .
Licas.
Reviens à moi , Colette : il te trompera
Te fouviens-tu de Javotte ? Un beau Monfieur
vint comme ça , elle fe laiffa attrapper
, & il la planta là . Il t'en arrivera
autant.
Colette.
Tout ce que tu me diras contre lui ,
fera inutile je ne puis m'empêcher de
l'aimer.
ܪ܂
Licas.
J'aurai mon tour. Tu viendras quelque
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
jour me dire , oublie tout , Licas , &
cela d'un petit air ; car je connois tes
façons friponnes ; mais je n'aurai point
d'oreilles , & je ne ferai plus le Licas de
Colette .
SCENE IL
MOMUS , LICAS › COLETTE
Momus.
Vous femblez vous quereller.
Licas.
Jugez , Monfieur , fi je n'ai pas raifon.
Elle m'aimoit , je l'aimois , & elle m'a
changé pour un autre : ce procedé convientil
entre Bergers ?
Momus.
Inconftante au Village ! Vous avez tort.
Colette.
Le jeune homme , qui m'aime , eft fi
beau , que je n'ai pû m'empêcher d'avoir du
retour.
Momus au Berger.
C'eft une raiſon .
Licas.
Elle appelle beau, une petite figure fuette:
Momus.
Ah ! ah ! c'eſt une Novice , elle ne s'y
connoît point.
Colette.
Si vous fçaviez , Monfieur , de quel ton
JANVIER: 1749: 79
me dit qu'il me trouve la plus jolie perfonne
du monde.
Au Berger.
Momus.
Comment pouvoir y réſiſter ›
Licas.
Elle m'avoit promis d'être conftante,'
Momus.
Promeffe indifcrette
rien.
Colette.
> cela
n'oblige à
Si vous le voyiez , vous en feriez vousmême
charmé.
Momus.
Je le connois , & je fçais combien il eſt
fripon.
Licas.
Vous fçavez du mal de lui , n'eft - il
vrai ?
Colette.
Fas
Convenez qu'on ne peut réſiſter à ſes manieres.
Momus.
Je veux vous rendre fervice à tous les
deux.
Colette.
M'époufera-t- il , Monfieur ?
Momus.
Ne vous inquiétez point , j'arrangerai les
chofes , de façon que chacun fera content.
Biij
30 MERCURE
DE FRANCE
Licas.
Faites qu'il ne l'aime plus.
Colette.
N'écoutez pas , au moins , ce que dit celourdaut
, & fi vous y pouvez quelque
chofe , tâchez que mon amant ait encore
plus d'amitié pour
moi
vante , Moufieur.
Licas.
:je fuis votre fer-
Je fuis votre ferviteur . ( à Colette. ) Tu
feras obligée de revenir à moi.
SCENE III.
MOMUS feul.
Elle ignore encore qui eft fon amant.
Ma foi , elle eft drolette , & je ne fuis
pas furpris que l'Amour abandonné pour
elle les Déeffes . Mais qu'apperçois - je ?
Pfiché dans ces lieux ? Eft - ce quelqu'amourette
qui la conduit ici ? Ce feroit
du nouveau , elle n'a pas encore fait parler
d'elle.
ONE
IV
.
MOMUS PSICHE }
Momus .
Belle Pfiché !
Pfiché.
Je vous cherchois , Momus.
JANVIER 1749. 31
Momus.
Ne chercheriez-vous pas plutôt quelque
jeune mortel ?
Pfiché
Vous êtes dans l'erreur.
Momus.
Ah ! faire la difcrette !
Pfiché.
Quand je vous aurai expliqué …… ..
Momus.
Les Déeffes vont bien à vos dépens exereer
leur langue médifante.
Pfiché.
Si vous vouliez m'entendre.
Momus.
Et les Dieux vont bien fe venger de vos
rigueurs .
Pfiché
Encore un coup , vous vous trompez
dans vos conjectures.Le fujet , qui m'amene
ici , eſt le deffein de corriger un époux
volage.
Momus.
Songez plutôt à vous venger de fes infidélités.
tre
Pfiché.
pour
Mon coeur eft indifferent tout auque
lui. Eh ! que pourroit-on m'offrir
de plus aimable ?
Momus.
11 eft depuis long - tems l'aîné des
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE:
Amours , & fi l'on ne peut vous préſenter
aucun objet plus aimable , il en eft du moins
de plus nouveaux . Quoique notre qualité
de Dieu nous laiffe toujours l'éclat de la jeuneffe
, elle ne nous donne pas le privilége
de fixer éternellement les Belles.
Pfiché.
Momus eft toujours railleur ; fi la tendreffe
s'éteint avec le tems , l'efprit critique
ne devroit- il pas auffi avec le tems.
Sadoucir ?
Momus.
La chofe eft bien differente . On fe laffe
d'admirer les mêmes charmes. On ne fe
laffe point de cenfurer de nouveaux ridicules.
Pfiché.
Et c'eft en quoi Momus excelle ; fans.
doute , il n'a pas oublié de remarquer les
miens.
Momus:
Si je les apperçois , j'ai foin de ne les pas.
publier ; vous êtes trop jolie Déeffe , pour
qu'on ne vous ménage pas .
Pfiché
Du moins , cachez -les à mon époux ; car
j'ai formé le projet de le rendre une feconde
fois amoureux de moi.
Momus.
Si vous n'êtiez point unis par l'Hymen
JANVIER. 1749. 33
cela ne feroit peut- être pas difficile.
Pfiché.
Auffi ne parois-je pas aux yeux de mon
inconſtant fous ma véritable figure.
Momus.
Avez-vous quelque efpérance de réuffic
à triompher de lui.
Pfiché.
Quoique j'employe tous les airs de coqueterie
la plus rafinée , la fimplicité ingénue
de ma rivale contre - balance toutes
mes agaceries , & l'Amour ne fçait
encore pour laquelle des deux il fe décidera.
Momus.
Je ne fuis pas furpris qu'il vous réfiſte.
Vous êtes Coquette novice , & coquetter
avec un mari , cela n'anime pas.
Pfiché.
Si je ne l'ai point déterminé en ma faveur
, je l'oblige au moins d'héfiter ſur le
choix , & c'est beaucoup . Je veux chercher
à préfent les moyens de brouiller enſemble
nos deux Amans.
Momus.
Je puis en cela vous être de quelque
utilité. Voici votre époux . Laiffez-moi feul
avec lui.
Pfiché.
Secondez -moi dans mes projets , &
somptez fur ma reconnoiffance
.
BY
34 MERCURE DE FRANCE .
SCENE V.
MOMUS , L'AMOUR .
Momus.
A votre air mystérieux , on foupçonne:
que vous allez en bonne fortune..
L'Amour.
Et vous , vous m'avez l'air d'être défoeuvré
, puifque vous vous amufez à critiquer
les paffans .
Momus.
Chercher à connoître le ridicule , n'eftce
pas une occupation ? Je remarque , par
exemple , que l'Amour eft devenu furieufe
ment petit Maître.
L'Amour..
àpart. Je fuis reconnu..
Momus.
En vain vous auriez voulu me tromper.
Sous quelque déguifement que ce fût , je
Vous aurois deviné , & je ferois fâché d'a
voir échappé une fi belle occafion .....
L'Amour.
Il m'a pris fantaiſie de defcendre chez
les hommes. J'y trouve plus d'amufement,
Leurs défauts mêmes jettent dans leurs actions
une variété , qui ne laiffe pas d'avoir :
des, charmes...
Momus.
Vous faites bien de les défendre. Ce font:
JAN VIER .
35
1749.
vos coups , qui produifent les plus grandes
bizarreries qu'on rencontre chez eux.
L'Amour.
Ils ne s'en plaignent point..
Momus.
J'en connois cependant un , qui fe plaint
très- vivement de vous. Un certain Licas ....
L'Amour.
Il eft vrai que fa Bergere fimple & fans
fard a fixé mon attention : j'avois commencé
à la rendre fenfible pour lui . L'air
aimable & naïf , dont elle exprimoit fes
fentimens , m'a charmé. Je l'ai priſe pour
moi.
bas. Momus.
Ma foi , il n'a pas tant de tort.
L'Amour.
Momus va fe hâter de divulguer mon
hiftoire..
Momus.
Oh! je n'ai garde ; je n'en parlerai qu'à
Pfiché. L'Amour.
Momus , je ne vous pardonnerois point
une pareille indifcrétion .
Momus.
Quand je me tairois , croyez- vous pou
voir vous cacher à des yeux jaloux ? Une
femme a trop d'intérêt à fçavoir la conduite
de fon mari , ne fut-ce que pour agir
fuivant les circonftances..
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour. avec vivacité.
Tout le monde connoît la conduite de
Pfiché , & vous feriez le feul qui asât:
l'attaquer.
Momus.
S'il y avoit quelque chofe à dire , vien-.
droit-on vous en informer ?
L'Amour
Brifons fur cette matiere . Vous êtes aujourd'hui
d'un efprit fi fatirique , que vous
pourriez à la fin exciter mon courroux .
Momus.
Je veux éviter ce malheur. Adieu , fi je
rencontre Pfiché , je vous l'enverrai.
SCENE VI
L'AMOUR.. Seul..
Il feroit capable de le faire comme
il le dit , & Pfiché feroit ici de trop. J'y
ai affez d'occupation fans elle ; attaquer
une- coquette & une Bergere , c'eft ne pas
manquer de befogne . Avec l'une je fais .
parler le coeur ,avec l'autre , l'efprit . La coquette
auroit pu remporter l'avantage
mais fes manieres reffemblent trop à cellés .
des Déeffes. Colette eft plus mon fait. Je
la vois qui vient à notre rendez- vous.
9+
JAN VLER.. 1749 37
SCENE VII.
L'AMOUR , COLETTE.
L'Amour.
Que fes regards font touchans..... bella:
Colette ! fi vous n'aviez pas mon coeur , je:
vous le donnerois en ce moment.
Colette.
Vous me trouvez donc bien ?
L'Amour.
La perfonne la plus indifférente vous
trouveroit belle. Jugez de ce que vous,
êtes à mes yeux..
Colette.
Vous êtes toujours galant.
L'Amour.
Ces fleurs marquent qu'il y a chez vous
du deffein de plaire.

Colette
Il est vrai , je les ai prifes pour me parer.
Tant que j'ai aimé Licas , je me fuis;
toujours crue affez jolie ; mais depuis que
je vous ai vû , je voudrois continuellement :
m'embellir.
L'Amour.
Si ces fleurs vous prêtent quelqu'agré
ment , vous leur en rendez bien davantage..
Colette.
J'en ai auffi cueilli pour vous, acceptez
celles- ci .
38 MERCURE DE FRANCE
L'Amour.
Elles font belles , mais elles autont tout:
un autre éclat dans vos cheveux.
Colette.
Je fuis perfuadée qu'elles feroient bien:
auffi dans les vôtres ; effayons.
L'Amour.
Je ferai tout ce qu'il vous plaira , mais
ces ornemens étrangers ne font pas faits
pour nous. Nous ne devons chercher à
plaire que par nous mêmes , par notre
amour ..
Colette.
Eh bien , n'en mettons donc point : ce n'eft
pas que je change de fentiment ; par exemple,
cela iroit ridiculement à Licas , mais à
vous , vos traits font fi délicats , que vous
pourriez vous fervir de toutes les mêmes
parures que moi.
L'Amour.
Vous m'aimez donc mieux- que lui ?
Colette.
Cela n'eft pas furprenant. Il y a une fi
grande difference entre vous deux .
L'Amour.
Je ne puis m'empêcher de concevoir
quelque jaloufie ; vous l'avez aimé ?
Colette...
Hélas ! vous connoillois- je alors ? Je vous
avouerai cependant que quand je ne vous
JANVIER. 1749. 3.9
vois pas , j'ai regret de l'avoir quitté , car
il n'eft pas bien de changer , & le pauvregarçon
m'aimoit bien , mais quand je vous
vois , je me trouve excufable.
L'Amour.
Qué ce fentiment eft flateur pour moi !
Il veut lui baifer la main .
Colette.
Laiffez-moi , on m'a dit que fi je
fije ne me:
deffendois pas, cela pourroit diminuer vo
tre amour ?:
L'Amour..
Quoi ! vous retirez votre main d'entre
les miennes.
Il la lui baife.
Colette.
Ne voilà-t'il pas? vous la baifez ... Ah 1
l'on nous a vûs..
L'Amour.
Que craignez- vous ?
Colette,
Allons nous-en; je ne veux plus refter ici..
La politeffe .
L'Amour.
Colette.
Vous ne me fuivez pas ? Si j'en avois die
autant à Licas, il ne feroit pas comme vous.
L'Amour.
Arrêtez, charmante Colette, quoi ! vous,
partez. ?:
45 MERCURE DEFRANCE
SCENE VIII.
PSICHE , L'AMOUR.
Pfiché.
En êtes-vous fâché ?
L'Amour. embarraffe.
Toutes les deux remplies de graces dans
un goût différent je voudrois ....
Pfiché.
Je ne m'attendois point à une pareille
concurrence .
L'Amour.
Ne vous en offenfez point , Mada
me , fi la nature a mis quelque reffemblance
entre vous deux , l'art vous a
rendues totalement differentes . Vous avez
l'ane & l'autre un teint d'une blancheur
éclatante ; les couleurs naturelles
du fien lui donnent un air de candeur inexprimable
, & le vermilton que vous avez
ajouté au vôtre , vous rend plus animée .
Ses yeux & les vôtres font faits pour être
des modéles . Les vôtres exigent notre
hommage : les fiens femblent fe contenter
de. l'attendre.
Pfiche.
La façon , dont vous me parlez de cette
Bergere , me fait voir que vous en êtes
épris ; mais êtes-vous sûr de fon coeur ?
JANVIER
1749% 71
L'Amour.
Moi , en être aimé ? Vous badinez ſang
doute.
Pfiche.
Non , je fçais qu'un Berger lui fait fa
cour.
L'Amour..
C'est un ruftre .
Pfiché.
Si la Nature eft un peu brute en lui , elle
lui a donné un air naturel qui peut plaire..
A la vérité , ces façons minaudieres que le
monde s'eft avifé de nommer graces , lui
manquent.
L'Amour.
En le louant , vous voulez me piquer .
Craignez que je ne vous quitte , & ne revienne
plus .
Pfiché.
Ce feroit dommage de vous retenir, allez
rejoindre votre Belle , je ne vous troublerai
point.
L'Amour.
Non , c'eſt auprès de vous que je veux
demeurer. Tout en vous me charme , juf
qu'à votre ton railleur .
Pfiché.
Pour vous , vous m'ennuyez à la mort
L'Amour.
Vous ne le pensez pas.
42 MERCURE DE FRANCE
Pfiché.
Si vous reftež , vous m'obligerez de
vous céder la place.
L'Amour. bas.
Mais cela devient férieux . Elle prend
fur moi un empire que je ne comprens
point.
Eh bien !
Pfiché.
L'Amour.
Je veux fuivre par tout vos pas.
Pfiché.
Et moi , je vous fuitai fans ceffe.
L'Amour.
Quoi !...il faudra donc vous obéir ..
Pfiché.
M'en irai-je ?
Oii.
L'Amour.
Adieu donc .
Pfiché
Si je l'avois pris fur un autre ton , j'étois
perdue dans fon efprit. Colette revient.
SCENE IX.
PSICHE , COLETTE..
Colette.
Il vous a donc quittée ?
Pfiché.
Il m'ennuyoit , & je l'ai renvoyé..
JANVIER.
1749.
Colette.
Vous êtes bien difficile .
Pfiché
Il me difoit qu'il m'aimoit.
Colette.
Cela ne fe peut , car c'eft moi qu'il
Pfiché.
aime.
Croyez-vous être la feule à qui puiffent
s'adreffer fes voeux ?
Colette.
Je fçais bien que je ne fuis pas fijolie que
vous , mais on ne peut pas en aimer deux.
Pfiché.
Votre candeur me plaît , ce feroit
dommage , belle Colette , qu'un coeur
comme le vôtre fût trompé..
Colette:
Cela ne feroit pas bien difficile..
Pfiché.
Vous l'aimez donc fincérement ?
Colette.
Oui vraiment , & vous avez tort de
vouloir mé l'enlever , puifque vous fçavêz :
qu'il eft mon amant .
Pfiché.
Mon aimable enfant , vous ne le con--
noiffez pas. Si vous fuiviez votre penchant
, fon humeur volage vous en feroit
bien tôt repentir . Aimez Licas ; fa frans
chiſe eſt égale à la vôtrẻ.
44 MERCURE DE FRANCE
Colette.
Peut-être avez-vous vos raifons pour me
dire cela ,
Pfiché.
J'en ai , fans doute , & de très fortes. Ce
jeune homme , pour qui vous reffentez de
l'inclination , me faifoit autrefois mille fermens
qu'il n'aimeroit que moi ; il n'avoit
d'attention , de complaifances , que pour
moi. Perfuadée par tous fes foins , je l'ai
pris pour mon mari .
Colette.
L'abominable ! je vais le haïr autant
que je l'aimois.
Pfiché.
Défiez-vous davantage de votre coeur.
Quand un objet nous a une fois touchées, il
eft moins facile,que vous ne penfez , de s'en
défendre.Plus nous faifons d'efforts pour la
chaffer , plus il prend d'empire fur nos fens.
Colette..
Vous me faites trembler. Que je ferois.
malheureufe , fi je ne pouvois furmonter
ma foibleffe !
Pfiché
L'amour que vous reffentiez pour Licas,
eft feul capable de vous faire oublier le
petit étourdi qui vous a féduite. Votre
coeur eft né conftant ; il vous a été enlevé
malgré vous , & je fuis füre que ce n'eft
JANVIER. 1749. 45
pas:pas fans remords que vous avez quitté votre
premier amant.
Colette.
Ce que vous me dites, eft vrai. Je comptois
l'aimer toute ma vie.
Pfiché
Songez donc à vous racommoder avec lui.
Pour moi , mon fort eft d'aimer toujours
mon époux , de connoître fon inconftance,
& de le fuivre partout, pour tâcher de le ra
mener à moi.
SCENE X.
COLETTE feule.
Elle eft trop aimable pour ne pas fixer um
amant ....Mais j'ai pensé réellement me
laiffer attraper. Quoi j'aurois aimé de tout
mon coeur ce traître , cet ingrat , & après
cela il auroit été faire fa cour à quelqu'au
tre. Quel plaifir un homme peut-il trouver
de nous rendre fenfibles , pour nous
laiffer enfuite aimer toutes feules ? Il faut
être affûrément bien méchant , & je plains
cette belle perfonne d'avoir un marí de ce
caractére. Mais peut-elle être malheureu- **
fe : Il eft fi charmant . Licas n'a que de la
franchiſe , & lui , il dit fi bien tout ce qu'il
dit. Ah ! ne penfens point à toutes les
46 MERCURE DE FRANCE.
graces. C'eft Licas que je veux aimer , mais
peut- être ne voudra- t'il plus de moit Le
voilà. Que mon coeur et agité !
SCENE XI.
COLETTE , LICAS.
Colette.
As-tu encore de l'amitié pour moi , Licast
Licas.
Tu ne le mérites gueres : tout le monde
dit dans le village que tu as tort de m'abandonner
; que je fuis un bon garçon, qui
t'auroit rendue heureufe.
Colette.
Si je me racommodois avec toi ?
Licas.
Tu dis cela pour te moquer ; mais fi j'ai
encore quelque chofe là , qui parle pour
toi , je m'en déferai bien- tôt.
Colette
Attens encore un peu.
Licas.
C'est à toi de te déterminer. Tiens , je ne
fuis pas changeux , & fi je boute une
fois mon amitié à une autre , il ne fera plus
tems.
Colette.
Je t'ai toujours aimé un peu.
JANVIER. 1749. 47
Licas.
Qu'est-ce que ça m'avance , quand il y
en a que tu aimes encore davantage.
Colette.
Oublie tout cela ,
Licas.
Vois-tu , Colette? Tu es encore celle que
j'aime le mieux ; fi tu te racommodes , ne
vaspas me tromper.
Colette.
Je ne te changerai point.
Licas.
Pour une premiere fois, paffe; je croyons
être encore dans le cas d'être oublieux
mais quand je ferons mariés , je n'en
tends point raillerie.
Colette.
Si ce jeune homme vient chez nous , tu
verras comment je le recevrai .
Licas.
Ce n'eft point celà que j'entends : premierement
il faut qu'on ne le voye plus.
SCENE XII.
L'AMOUR , COLETTE , LICAS.
L'Amour.
Je vous cherche partout , belle Colette
Colette. }
Et moi, je ne veux plus de vous .
48 MERCURE DE FRANCE:
#
Licas.
Il la prend par le bras.
Bon. Laiffons - le là .
Colette à Licas.
Je veux auparavant le confondre.
L'Amour.
Ce que j'ai fait , eft- il fi confidérable ;
qu'il vous infpire une jaloufie qui ne me
laiffe aucun efpoir de pardon ?
Colette.
J'ai trop de fujets de me plaindre ; je ne
puis me racommoder avec vous.
L'Amour.
Si lorfque vous m'avez dit de vous fuivre
,je ne l'ai pas fait , c'étoit pour éprouver
votre délicateffe. Vous la pouffez trop
loin , belle Colette. Je ne croyois pas vous
cauſer tant de peine ....Quoi ! vous ne
ceffez de détourner la vûe de deffus moi,
Licas..
Courage. Ne mollis
pas.
Colette.
Si je n'avois contre vous que les fujets
'de jaloufie , dont vous me parlez , je l'avouerai
, je n'aurois pû y tenir ; mais on
m'a dit que vous étiez volage , inconftant,
& que vous ne cherchiez qu'à tromper .
L'Amour.
L'impofture eft facile à prouver. Qui me
connoît dans ce Village ›
Licas
JANVIER . 1749. 42
Licas.
Que je crains qu'ils ne fe racommodent !
Colette.
Ce n'eft pas tout.
L'Amour.
Ne me cachez rien , je vous prie,
Colette.
On dit que vous êtes marié ?
Licas
Pourquoi tant d'explications , puifqu'on
ne veut plus vous voir ?
Colette.
Licas , fi par hazard il fe trouvoit innocent
?
L'Amour , avec vivacité.
Ah ! n'en doutez pas.
Ilfe met à fes genoux.
Licas la tire par le bras.
Viens donc. Tu vois bien qu'il eft coupable.
Colette,
Comme mon coeur bat ... levez - vous.
L'Amour.
Dites-moi donc quels font les auteurs
de ce bruit ?
Colette.
Cette Dame avec laquelle vous étiez.
Eh bien !
L'Amour,
Colette.
Elle fe dit votre femme.
jo MERCURE DEFRANCE.
Licas.
Oui , votre femme.
L'Amour.
Vous m'étonnez ...... Mais quelques
traits malins me feront-ils perdre votre
coeur ? Me refuferez - vous un pardon dont
je ſuis fi digne ?
Licas.
Dont il eft fi digne ! Morbleu , j'en
rage.
Colette.
Vous ne cherchez donc pas à me tromper
?
Licas.
Non , je ne puis plus y tenir. Il faut
queje m'en aille,
L'Amour.
Je fuis heureux ....
Licas.
Ah , Madame , venez à mon fecours ;
on veut m'enlever Colette.
SCENE XIII.
PSICHE , L'AMOUR , LICAS , COLETTE,
Colette.
Il dit que vous n'êtes point fa femme .
Pfiché.
Nous verrons ce qu'il me répondra.
Pour vous , Licas , emmenez Colette. Je
protége vos amours,
JANVIER.
51
1749.
L'Amour.
Mais , Madame.... quel fentiment fecret
me retient ? Je ne puis lui parler.
Licas.
Viens donc , Colette , puifque Madame
le veut.
Colette.
Je veux voir la confufion de ce trom
peur.
Licas.
Ne vois-tu pas fon embarras
Colette.
Je ne m'en apperçois que trop. Eft- ce
ainfi que vous m'aviez promis de me défabufer
?
L'Amour.
Elle part , & je ne l'arrête pas.
SCENE XIV.
L'AMOUR , PSICHE'
Pfiché.
Je vous ai joué un cruel tour .
L'Amour.
Je ne puis m'en plaindre , fi vous y avez
été portée par l'intérêt que vous prenez à
ce qui me regarde.
Pfiché.
J'y ai été portée par l'envie de m'amuſer.
En vous failant perdre une conquête , j'ai
Cij
52 MERCURE DE FRANCE:
voulu venger celles que vous avez trom .
pées .
L'Amour.
La façon , dont vous vous y êtes prife ,
me paroît extraordinaire ; vous me dites
votre époux.
Pfiché.
Quoique vous foyez aimable , ce titre
vous déshonore- t- il ?
L'Amour.
Il me flateroit beaucoup , & il ne feroit
qu'augmenter ma tendreffe.
Pfiché.
Peut-être avez - vous donné à une autre
les mêmes affûrances ? Et peut-être riez
vous à préfent de vos promeffes ?
L'Amour.
On ne fe mocquera jamais de celles
qu'on vous fera. Quelque penchant qu'on
eût à être volage , on le perdroit avec
vous .
Pfiché.
Parce que Colette vous échappe , tous
vos voeux font actuellement pour moi.
L'Amour.
Colette ne m'échappe point. Je l'ai laiffé
aller , parce que vous me plaifez davantage.
}
JANVIER.
1749.
Pfiché.
de
difpo
Tant pis , car je fens peu
fition à m'acquitter avec vous.
L'Amour.
Vos dédains font trop cruels. Puifque
vous me traitez ainfi , je pars. Mon dépit
va me cacher pour toujours à l'univers.
bas. Pfiché.
Le croirai-je ? Il m'en a dit plufieurs fois
autant , mais il me femble qu'il le dit d'un
ton different.
Adieu , Madame.
L'Amour
Pfiché.
Il
part.
Arrêtez . ...
L'Amour.
Puis - je fouffrir vos rigueurs
Pfiché.
Que ne font- elles réelles !
L'Amour.
J'aurois le bonheur de vous avoir tou
chée ?
Pfiché.
Hélas ! je ne puis m'en défendre ; c'eſt
parce que je vous aimois , que j'ai cherché
à vous détruire dans l'efprit de cette jeune
Bergere. A préfent que vous connoiflez
mon coeur , je crains bien d'éprouver la
legéreté du vôtre.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE. t
L'Amour.
Mes jours ne feront employés qu'à vous
plaire ; & puis-je trop vous aimer ? Vous
avez l'enjouement d'une coquette , & le
coeur d'une perfonne tendre .
Pfiché.
Je ne puis me repentir de l'aveu de ma
fenfibilité.
L'Amour.
Quand je vous croyois indifferente , je
me trouvois entraîné vers vous , malgré
moi. Votre tendreffe m'y attache pour
toujours.
Pfiché.
Pourrois-je fixer le Dieu des amans ?
L'Amour.
Qui êtes vous donc pour m'avoir reconnu
Seriez vous une Déeffe cachée fous
les traits d'une mortelle ? Que je ferois.
heureux ! nos feux feroient éternels .
SCENE X V.
L'AMOUR , PSICHE' , MOмUS ,
COLETTE , LICAS.
Momus.
Je vous affure qu'il n'y a aucun danger.
Licas.
Non , je ne veux pas m'expofer davan
tage à la perdre .
JANVIER.
1749.
Colette.
Eh ! que
crains- tu ?
L'Amour.
N'appréhendez rien , mes enfans . Malgré
les charmes de Colette , je ne prétends
plus troubler l'amour de Licas. Voilà l'ob
jet qui déformais aura tous mes voeux .
Licas.
Vous avez raiſon. Pourquoi venir nous
enlever nos Maîtreffes ? vous en avez tant
dans vos Villes ?
Momus à l'Amour , & à Pfiché.
Il me paroît que vous êtes d'accord ,
mais vous connoiffez-vous ?
L'Amour.
Cette belle fçait qui je fuis... Auriez-
Vous trahi mon fecret ?
Momus.
Ne vous ai-je pas bien dit qu'on reconnoiffoit
difficilement fa femme ?
Pfiché.
Que dis- tu , Momus ? Je voulois lui cacher
toujours mon nom .
Momus.
Le projet étoit d'une femme habile.
Un galant ne vous accommoderoit point ;
vous êtes trop bien élevée : un mari , c'eſt
quelque chofe de bien froid ! Tâcher d'allier
les chofes de façon , que votre mari
Ciiij
< MERCURE DE FRANCE:
ne fe crût que votre galant . Voilà ce qu'on
appelle connoître ſes intérêts.
L'Amour,
Belle Pfiché , vous êtes faite pour me
plaire , quelque nom que vous empruntiez.
Momus.
Peut-être de tems en tems le caprice
l'emportera- t'il ailleurs , mais vous voyez
que ce n'eft que le nom de femme qui
vous fait tort , & que le coeur eft toujours
pour vous.
A Licas & à Colette.
Mes enfans , voilà l'Amour . Avezvous
quelque grace à lui demander ?
Colette.
Seigneur , que Licas foit toujours amoureux.
Licas..
Et Colette toujours fidelle.
L'Amour.
Licas fera toujours aimé de Colette ;:
Colette fera toujours belle aux yeux de
Licas.
Momus.
Oui , oui , pourvû que le Dieu de
P'Hymen ne s'oppofe point aux décrets
de l'Amour,
JANVIER.
57 . 1749.
ETRENNES à Madame *** .
L'Etre -
' Etre puiſſant - à qui tout rend hommage ; ,
Et qui difpofe à fon gré des tréſors ,
Joint rarement dans fon plus bel ouvrage
Ceux de l'efprit avec les biens du corps.
Si quelquefois il fait cet affemblage ,
Ce n'eft hélas ! que pour peu de momens ::
De fon efprit à peine on fait uſage ,
Que le corps perd fes plus doux agrémens).
De l'un , Iris , vous fûtes une preuve ,
Vous éprouvez déja l'autre en ce jour ,
Et vous fçavez , par cette double épreuve ,,
De combien eft le regne de l'Amour.
Comme un éclair , vos beaux yeux gros de
larmes
Ont vû leurs feux briller & s'éclipfer ,
Mais en perdant quelques- uns de leurs charmes ,
Ils en ont vû d'autres les remplacer..
Ces yeux , Itis , trouvent fur leur paſſage:
Plus de jaloux encor que de rivaux ;
Cv?
58 MERCURE DE FRANCE.
Et votre esprit , amuſant , quoique fage ,
Offre toujours quelques appas nouveaux..
Les ans n'ont fait que changer votre empire .
Celui des coeurs vaut fans doute fon prix ;
Mais après lui foiblement on foupire ,
Lorfque l'on monte à celui des efprits..
Vous joüiffez d'un firare partage.
Toutes les voix difent qu'il vous eft dû.
Quand on poffède un pareil avantage ,,
Peut-on penfer à ce qu'en a perdu a
3
L'Amour , qui veille aux intérêts des Belles ,,
Traîne , il eft vrai , nos coeurs à leurs genoux ::
Une heure ou deux , on s'amuſe avec elles ,
Mais on fe plaît toujours auprès de vous.
Par M. le Chevalier D. R. C'est de luz
qu'est le Logogryphe du premier Mercure de
Décembre dernier , dont le mot eſt Mi
chelle..
JANVIER, 1749. 59
VERS
Sur la glace d'une Etrenne Mignonne , préfentée
pour étrennes à Mlle D ***.
Quand vos yeux , jeune Iris, confultent cette
glace ,
La flateuſe tonjours vous offre vos attraits ;
Sans ceffe vous ſemblez y garder votre place ,
Er dès qu'un feul inftant vos regards font diftraits,
De fon perfide ſein votre image s'efface ,
Mais de mon tendre coeur elle ne fort jamais.
Par le même.
AUTRES
Ecrits fur la premiere page d'un Almanach
appartenant à Mlle ***.
Lorſqu'ils fe mêlent de prédire,
Mes camarades trompent tous ,
Mais , à quelque moment qu'il vous plaiſe me lire ,
Sans jamais vous tromper , belle Iris , je puis dire ,
Tircis à préfent penſe à vous.
Par le même.
€ vj
60 MERCURE DEFRANCE.
AUTRES
Ecrits fur le haut de laglace d'un Colombat
préfenté pour étrennes à Madame De *** .
D
Es coeurs que vos beaux yeux ont rangés fous :
leur loi ,
Iris , vous recevrez en ce jour agréable.
Mille jolis bijoux , doux tributs de leur foi :
Sans doute , je n'ai rien qui leur foit comparable ,
Mais , fi vous m'honorez d'un regard favorable ,.
Ces bijoux fi charmans le feront moins que moi..
Par le même..
E TRENNES
A Raton , chien de Mad. D. B...
Petit Raton , je voudrois - bien
Louer un peu ta gentilleffe ,
Mais vainement Iris m'en preffe ::
En ta faveur je ne puis rien .
Dès qu'à te célébrer ma Muſe s'intéreffe ;
Un plus doux fouvenir vient effacer le tien ::
Je penfe tant à la maîtreffe ,.
Que je ne penfe plus au chien .
Par le même..
JANVIER... 1749
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE de M. Chevre , Doyen de
Villemor, à M. l'Evêquè de la Ravaliere ,.
de l'Académie Royale des Belles- Lettres..
"3
»
J
E vous prie , Monfieur , de me mander
fi l'on fçait quelque chofe de certain
a fur la Ville ou le Fort de Mont-Aimé
» ou Edmé , dans la plaine de Châlons.
Baugier dit qu'elle foutint un fiége en
» 1407 , tenant pour le Duc d'Orleans .
» contre celui de Bourgogne. Fut- elle prife
» alors ? On ajoute que cette Fortereffe
fut détruite en 1443 par les habitans :
» des Villes, voiſines , parce qu'elle étoit
→ devenue une retraite de voleurs . Y eut-
» il une permiffion du Roi
pour cette def
» truction Eft- il parlé de cette Ville quel
que part: dans l'Hiftoire M. Fleury
» en dit deux mots à l'an 1 239. Connoiffez
vous des Seigneurs de cette Place ? J'ai
» eu la curiofité dans ma jeuneffe d'y monter
; c'eft, la plus belle découverte du :
monde ; il ya une très- belle fontaine vous-
»tée , & un beau refte de Tour fur un coin .
de la montagne..
62 MERCURE DE FRANCE.
REPONSE de M..de la Ravaliere..
Meft:
Ont Ymer , en Latin Mons Ymeri ,,
eft quelquefois appellé par abrévia--
tion Moimer , & par corruption Montemé
ou Montaimé ; il n'en refte que la campa--
gne & le nom , campos ubi Troja fuit ; on ne
trouve point Montaimé , dans le Dépouillé
de l'Eglife de Châlons , ni dans le Département
de l'Election de la même Ville ; c'eft
une preuve qu'il n'existe plus..
Guillaume de l'Ifle a marqué Montaimé
dans la partie Méridionale de fa Carte
de Champagne , au Sud de Vertus , près
du Village de Bergere , ayant à l'Eît le
Village de Conflans , & celui de Coligny,
à l'Ouest. Je vous prie d'avoir fous vos:
yeux cette Carte , pour reconnoître l'exactitude
de cette pofition , par les Titres
dont je vais vous faire l'extrait Chronolo
gique..
Le plus ancien que je connoiffe , dans
lequel il foit fait mention de ce lieu.
eft un Acte de l'an 1219 , de Guillaume
Abbé de Cluny , Prieur de Gaye , qui permet
à Blanche , Comteffe de Troyes , d'é
tablir des Chapelains dans fa Chapelle du
MontYmer , in Capellâ fuâ de Monte Ymeri ,
que fita eft in Parochia noftra de Bergeriis..
?
JANVIER.. 631 1749:
, D'où il fuit que Mont Ymer étoit dans
ce tems-là , de la Paroiffe de Bergere,
qui dès lors appartenoit au Prieur de Gaye ::
puiſque Mont Ymer n'étoit qu'une Annexe
de Bergere , il n'étoit donc point auffi
confidérable qu'il le devint dans la fuire ; ,
ce fut la Comteffe Blanche , qui fuivant:
toute apparence y bâtit la premiere Eglife
& le premier Château. Et fuivant la defcription
que vous faites du lieu , la place
étoit bien choisie .
Vous verrez par l'extrait du Feoda Campania
, concernant Villemor , qu'en 12 17,
un Errard de Foiffy rendit fon hommage:
au Comte de Troyes , apud Moimer : ce
qui marque que ce Comte. ( Thibaut le
pofthume ) fils de Blanche , s'y plaifoit
puifqu'il y féjournoit quelquefois ; ce fut :
fur cette montagne qu'il fit bruler en 1239 .
200 Bulgares , comme un holocaufte agréa
ble à Dieu ; c'eft ainfi qu'Alberic de Troiss
Fontaines n'a pas honte de qualifier cette
barbare exécution . M. l'Abbé Fleury a répeté
le fait dans fon Hiftoire , comme vous ;
l'avez remarqué.
MontYmer avoit été aggrandi ; en 1256 :
plufieurs Fiefs en relevoient ; dans le Regiftre
intitulé , hommagia Campania , dreffé
en cette année- là on trouve un article :
concernant les Fiefs de Vertus & de Moi .
,
64 MERCURE DE FRANCE.
mer , Feoda Virtuti & Moimeri , dans lequel
Euſtache de Conflans , entr'autres Chevaliers
, étoit infcrit en qualité d'hommelige
du Comte , à caufe de Conflans , Ma--
reuil , Montmor , Oye & Congi .
Le même Euſtache de Conflans fit en
1263 , avec le Chapitre de Saint Etienne
de Troyes , un échange de ce qui lui appartenoit
dans la Vicomté de Troyes , &
il donna au Chapitre le Village de Vert *
deffous Mont Ymer ou Moimer . L'Acte.
eft imprimé dans le Traité des Fiefs de-
Chantereau , avec une faute d'impreffion
qu'il faut corriger ; on a mis Vert deffous
Monymes , au lieu de Vert deffous Moimer.
Henri III . Roi de Navarrre , Comtede
Champagne , réunit en 1273 , au Chapitre
de Saint Jean de Vertus , la Chapelle
des Comtes qui étoit près de Vertus ; le
lieu de la Chapelle n'eft point nommé
dans l'Acte , mais il eft très - vraisemblable ,
que c'étoit celle qui avoit été fondée au
Mont Ymer.. Les Comtes , abandonnant:
La Chapelle de Moimer , en abandonnerent
fans doute auffi le lieu où elle étoit fituée
& lui préférerent le Château de Vertus , auquel
il a été réuni. Souvenez-vous , je vous
prie , que dès l'an 1256 les Fiefs dépen-
* Ce lieu eft auffi marqué dans la Carte. de
M: de l'Ile..
1
JANVIER. 1749.
dans de Vertus & de Moimer étoient rangés
fous le même Chapitre.
Dans les guerres que Charles le Mauvais,
Roi de Navarre , fit en Champagne en
1358 , Froiffart dit que les Villes de Damery
, Epernai , Vertus , & d'autres fur
la riviere de Marne , furent prifes & brulées
; il ne nomme point Moimer , mais il
eft vraisemblable qu'il eut le même fort
que Vertus..
Cinq ans après ce défaftre , le Roi Jean,
ayant érigé dans la même Province un
Comté pour Jean Galeas , Vicomte de Milan
, fon gendre , il le forma de quatre
Châtellenies : fçavoir , de celle de Moimer
( Caftrum Moimeri ) de Vertus , de Ronay,
& de la Ferté fur Aube , qu'il unit fous le titre
de Comté de Vertus.
Remi de Foly étoit Châtelain de Moimer .
dans le tems de cette érection , depuis laquelle
il eft demeuré annexé fans retour à
Vertus ; les Seigneurs de trois ou quatre
Terres voisines devoient monter alternativement
la garde pendant 40 jours dans ce
Château.
9
Il y eur , à caufe de l'érection du nou
veau Comté , une prifée faite en 1367 :
dans laquelle il étoit parlé de Moimer en
ces termes : » Item , le Châtel & Fortereffe
de Moimer , lequel eft noble , beau &:
66 MERCURE DE FRANCE.:
grand & de grande antiquité , & eft au
dit Monfeigneur le Comte de Vertus.
Je ne fçais où Baugier a pris ce qu'il dit
du Mont Aime en 1407 : l'Histoire de
Charles V I. ne marque ni guerre ni courſe
en cette année - là , elle dit feulement qu'en
1411 , le Comte Waleran de Saint Pol fut
envoyé en Valois par le Roi , où il prit les
Villes & Fortereffes qui tenoient pour le
Duc d'Orleans ; le femblable , ajoute-t - elle ,
fut fait en la Comté de Vertus , & en celle de
Clermont en Beauvoifis. Il n'eft point fait
mention d'un fiége particulier de Moimer.
Je n'ai point trouvé en quelle année il fut
enlevé par les Anglois , mais ce ne fut que
depuis l'année 1417 ; les François le reprirent
en 1426 ; ils ne le garderent pas longtems
; les Anglois & les Picards vinrent
l'affiéger , & ils l'emporterent.
Tant de fiéges , de prifes & de reprifes,
ruinerent la Place ; il n'en eft plus parlé dans
l'Hiftoire , mais j'ai lû ce qui fuit dans un
dénombrement du Comté de Vertus rendu
en 1528. » Item , appartient & compette
» audit Seigneur Comte de Vertus , la Mo-
>> the ( c'est ainsi qu'on nomme le lieu , où
y a eu autrefois un Château ) » de Moi-
» mer - le-Chaftel , affifè lès ledit Vertus , fur
laquelle il fouloit avoir Ville fermée
Chaſtelet , donjon , tout fermé de foffés.
il
JANVIER. 1749 67
taillés en roc , avec une belle groffe Tour ,
lefquelles chofes font la plupart en ruine ,
» & de nulle valeur dès le tems des guerres,
" excepté un petit pays dans ledit Moimer,
» où il y a des conins qui y repairent , qui
»font mis en garenne de conins valant par
» an quatre livres.
On embellit, fans tirer à conféquence ,
les lieux ruinés , quand on en parle dans
les Dénombremens ; quoique celui que je
viens de tranfcrire , qualifie Moimer de
Ville fermée , quoiqu'il dife que fes foffé's
étoient taillés en roc , je me tiens aux expreffions
de la prifée de 1367 , Moimer
fut autrefois un Château , noble , bean &
grand , qui étoit fitué fur un lieu éminent
, d'où l'on découvre un pays de vingt
lieues à la ronde . Vous ne me marquez
point fi le terrein eft du roc , ce qui
me fait douter des foffés taillés dans le
LOC..
68 MERCURE DE FRANCE .
*XX*XX* X* X * XXXX
A Madame *** , le premier Janvier 1749
Quand on eft jeune & belle ,
On a les attributs de la Divinité ;
Le coeur d'une mortelle
Jadis fouvent d'un Dieu fit la félicité.
Qui l'eût pû mieux
que vous ? L'aſtre qui nous
éclaire ,
Difois-je hier au foir,
Demain d'un nouvel an commence la carriere
J'étois au défefpoir.
Par qui d'un coeur fincére
Pouvois-je me flater de vous offrir les voeux ;
Quand par un fort contraire ,
Cloris , à votre nom parurent tous les Dieux ;
Jupin , Pallas , Apollon , Vénus même
Et Cupidon , fuivant pas à pas le Reſpect .
Je les ai vûs tous de leur rang fuprême
par le Défir . Conduits
Chacun briguoit la gloire
20
D'un choix qui lui fembloit une infigne faveur ;.
L'honneur de la victoire
Devoit combler les voeux du fortuné Vainqueure
Un filence attentif régnoit dans l'affemblée ,.
En attendant le fort..
JANVIER . 1749. 69
Déjà fur le Respect ma vûe étoit fixée ………..
L'Amour rarement dort ,
Ce Dieu s'en apperçut , il pâlit de colére ;
Mais modérant l'excès de fa vive douleur ,
Je connois ton deffein , dit- il , que vas- tu faire
Mortel , écoute-moi ; reconnois ton erreur.
L'AMOUR ET L'AUTEUR.
L'Amour.
Reffouviens-toi , que fouvent mon fuffrage
T'a couronné ; tu me vois à mon tour
Briguer le tien , mais penſe qu'à ton âge
On a beſoin de me faire fa cour.
L'Auteur.
Dieux , mortels, tout ce qui refpire ,
Connoît les droits de ton empire ;
J'adore , comme eux , ton pouvoir ,
Mais tu fçais les loix du devoir :
De mon choix & de ta préſence
Je crains que Cloris ne s'offenſe ,
Le Reſpect peut , fans conféquence ,'
Pour moi lui parler & la voir.
L'Amour.
'Ainfi qu'un Magiftrat en robe détrouffée ;
Déclame en bégayant ſa harangue glacée ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Que dans les triftes plis de fon front hériffé ,
Un difcours mal appris ſe trouve embarraſſé
Tel on voit inhabile
En termes éloquens ,
Le Refpect au froid ſtyle ,
Et fade en complimens.
Un feul de mes fouris a cent fois plus de graces ;
Que le pompeux maintien qui marche fur fes tra
ces.
L'Auteur.
Je fçais , charmant Dieu de Cythere
Quel eft ton talent féducteur ,
Cet art d'enchanter & de plaire ,
Mais hélas ! tel eft mon malheur
Queje ne puis te fatisfaire ,
Malgré le penchant de mon coeur ,
Son fuffrage eft pour toi ; je ne puis y ſouſcrire :
Je fçaisque notre amour n'offenſe point les Dieux,
Lorfque par le reſpect on le voile à leurs yeux ;
Mais il eft criminel quand on ofe le dire .
L'Amour.
Quelque dure , pour moi , que foit la préference ;
Je ne puis cependant condamner ton filence :
Je m'y foumets , non fans dépit ,
Mais du Reſpect la groteſque parure
Me met quelque chofe en l'eſprit :
Son manteau m'offre une retraite fûre ;
JANVIER 1749. 71
Sans être vû , de cet azile ,
Afa mélancolique bile
Je veux mêler quelque enjouement ;
Et lui fouffler ſon compliment.
Ne m'oppofe plus rien ; que ta délicateffe
Par un refus ceffe de m'outrager ,
Je n'écouterai plus ta vaine & fauffe adreſſe ;
Crains mon courroux ,l'amour fçait le venger]
L'Auteur.
Vas-y;rien à ta voix ne peut être rébelle ;
Mais cache-toi fi bien
Qu'on ne puiffe te voir . Sur tout que cette Belle
Ne fe doute de rien .
Renout?
72 MERCURE DEFRANCE.
宗宗宗宗宗宗宗宗宗宗宗宗
PROBLEME d'Arithmétique.
en mourant , laiffe fa
Ufemmeenceinte , & cent mille francs
de fon chef. Il ordonne par fon Teftament,
que fi elle accouche d'un garçon , l'enfant
aura les trois cinquièmes de la fomme , &
la mere les deux cinquiémes ; & que fi
elle accouche d'une fille , l'enfant aura
les trois feptiémes , & la mere les quatre
feptiémes.
Il arrive que cette veuve accouche à
la fois d'une fille & d'un garçon ; fçavoir
combien chacun doit avoir à ladite fomme
de cent mille livres , en confervant toujours
la proportion de la mere aux enfans. Barrême
, oùje trouve cette queftion , l'explique
& la réfout de la maniere fuivante.
page 273 .
"
Suppofant trois portions pour la fille ,
" on eft forcé de donner quatre portions
» à la mere , par rapport à fa fille , la mere
»ayant quatre feptièmes , qui eft un tiers
» en fus plus que fa fille .
» Il refte à faire la portion du fils , par
» rapport à la mere . Ayant donné quatre
portions à la mere , qui fe trouvent pour
les deux cinquièmes , par rapport au fils ,
>> elle
JANVIER . 1749. 73
elle a par conféquent deux portions pour
>> chaque cinquième, Ainfi le fils doit avoir
»fix portions pour trois cinquiémes , let
fils ayant
moitié en fus plus que fa mere ,
» qui n'a que deux cinquièmes , au lieu que
» le fils a trois cinquièmes .
»
"
» La proportion de la mere aux enfans ,
»fe trouvant confervée en donnant
» trois portions à la fille ,
» quatre portions à la mere ,
. & fix portions au fils , qui font enſemble
≫treize portions.
Barrême fait enfuite trois régles de proportion
, en difant pour la fille ,
Si treize portions donnent 100000 liv.
combien trois portions ?
Après les multiplication & divifion néceffaires
, vient au quotient pour la fille ,
23076 1. 18 f. 5 d .
Puis pour la mere , fi treize portions
donnent 100000 liv. combien quatre , &
il vient pour la mere , 30769 1.4 f. 7d.
Enfin pour le fils , fi treize donnent
100000 liv.combien fix , & il vient
le fils ,
pour
46153 l. 16 f. 11 d.
L'addition donne 100000 1.
Tout cela fe trouve fort jufte , fuivant
la proportion de Barrême ; le mal eft , à
mon avis , qu'il n'attrappe nullement lin-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tention du pere , & qu'il s'éloigne fenfiblement
de la proportion énoncée au Teſtament
, en ce qu'il donne au fils le double
de ce qu'il donne à la fille . En effet il
eft contre toute apparence , que le pere
en affignant trois cinquièmes au fils
& trois feptiémes à la fille , ait prétendu
donner au frere le double de ce qu'il deſtine
à la foeur , puifqu'enfin trois cinquièmes
ne font point le double de trois feptiémes.
Les trois cinquièmes de 35 font 21 , &
les trois feptiémes font 15 or 21 n'est
pas double de 15. Voilà donc une injuſtice
à l'égard de la fille ; injuftice qui ſe fait
auffi fentir à la mere , comme nous verrons
bien-tôt. Voici ce qui a induit en erreur
le grand Arithméticien que je reprens ;
c'eft qu'après avoir donné trois feptiémes
à la fille , & conféquemment quatre feptiémes
à la mere , il confond enfuite , ou
plutôt il identifie ces quatre feptiémes
avec les deux cinquièmes qu'elle doit avoir
dans un autre cas , ce qui fait une erreur
confidérable à l'avantage du fils , erreur
qui provient de ce que l'Aureur , au lieu
d'avoir pris pour la mere une quotité proportionnelle
entre deux cinquièmes & quatre
feptiémes , qui font les deux quocités
à elle attribuées dans les deux cas où elle
fe trouve ; l'Auteur , dis -je , a mis deux
}
JANVIER . 1749. 75
cinquièmes au niveau de quatre feptiémes ,
& en cela donne trop à la mere : puis
établiffant la quotité du fils fur ce faux
fuppofé , & donnant au fils un demi en
fus de ce qu'il adonné à la mere , il affigne
au fils les quatre feptièmes de la mere
plus la moitié de ces quatre feptiémes
ce qui fait fix feptiémes pour le fils , de
forte qu'au lieu de qu'il devroit avoir
pour les trois cinquièmes à lui attribués
par le Teſtateur , il reçoir véritablement
32 tandis la mere ne reçoit que 20 &
la fille , erreur comme je l'ai déja dit , qui
devient dommageable à la mere & à la
fille .
35 que
21
35
>
Voici donc la proportion que j'établis ,
& que je préfére à celle de Barrême. Je
prens un nombre qui ait des cinquiémes
& des feptiémes . Tel eft 35. Je tire fur
ce nombre la portion de la mere , dans les
deux cas énoncés ci - deffus ; c'est- à - dire
deux cinquièmes de 35 qui font 14 , &
quatre feptiémes du même nombre qui font
20 , le tout faifant enfemble 34. Cependant
voilà deux portions pour la mere ,
& elle n'en doit avoir qu'une , qui foit
proportionnelle entre ces deux ; c'eft pour
cela que fur 34 ,
fur 34 , je prens la moitié 17 ,
afin d'établir la jufte proportion de la mere ,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
& de la faire participer aux deux circonftances
que le Teftateur a marquées , &
qu'il ne prévoyoit pas devoir le rencontrer
en même tems.
Je dis donc
ci 17 dégrés de prétention pour la mere.
Pour le fils , je prens les trois cinquiémes
de 35 qui font 21 , & je dis ,
ci
21 dégrés de prétention pour le fils .
Je prens pour la fille les trois feptiémes
de 35 qui font 15 , & je dis
ci
15 dégrés de prétention pour la fille,
J'ajoute ces trois fommes , qui font enfemble
53 , & je dis par trois régles de
proportion directe , fi 53 dégrés de prétention
ont 100000 l . combien auront 17
dégrés de la mere.
& je
Je multiplie 100000 1. par 17 ,
divife le produit 1700000 l. par 53 , il
vient au quotient pour la mere ,
fils ,
32075 1.9 f. 5 d.
11 de den .
53
53
de
le
Je dis de même pour le fils , fi 53 ont
100000 l . combien 21 ; je multiplie & je
divife comme ci- deffus , & il vient pour
39622 l. 12 f. 9 d . de den .
Je dis enfin , fi 53 ont 100000 l . combien
15;après les multiplication & divifion
néceffaires, il vient au quotient pour la fille,
283011, 171, 8 d . d
44 de den.
53
JANVIER. 97 17497
L'addition de ces trois fommes donne
100000 1 .
Si les portions réunies que doit avoirla
mere dans les deux cas énoncés , avoient
produit un nombre impair , j'aurois réduit
ce nombre impair en demi , & j'en aurois
pris la moitié , mais alors j'aurois également
réduit en demi les portions du frere & de
la foeur, & j'aurois enfuite opéré comme j'ai
fait ci-devant. La proportion n'en feroit
aucunement changée ; en effet, c'eft comme
fi au lieu de 17 entiers , qui expriment
la part proportionnelle de la mere , je lui
avois donné 34 demis , & qu'en même
tems , au lieu de 21 entiers pour le fils ,
& 15 pour la fille , j'euffe affigné 42 demis
pour le fils , & 30 demis pour la fille . Il eft
vifible que la proportion feroit abfolument
la même , & c'eft ce qu'il eft aifé de vérifier
.
Aufurplus , je laiffe aux habiles à décider ,
fi j'ai mieux rencontré que Barrême.
Faigust.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE .
ဦး ဦး ဦး ဦး ဦး
A M. Pierre , Profeffeur de l'Académie
Royale de Peinture.
A
Mi , dont le brillant génie
Des grands Maîtres de l'Italie
Nous promet les talens divers ;
Ma Mufe, avec plaifir , te rend un jufte hommage .
Du Public éclairé , Pierre , c'eſt le langage
Qu'elle t'expofe dans mes vers.
Quel fouffle divin , quelle flamme ,
'Anime tes pinceaux , & les rend fi touchans !
Et quel charme puiffant fait naître dans mon
ame
Les paffions que tu reffens !
Sur une toile inanimée ,
Comment d'une main affurée
Peins- tu la joie , & la douleur
Et quelle magique impoſture
Peut donner à chaque figure
Du relief & de la rondeur ?
Du clair obfcur l'étude négligée ;.
Dans tes tableaux , ſe diftingue toujours ,
Et chaque maffe , artiſtement placée ,
S'y prête , en s'oppofant un mutuel fecours..
JANVIER. 1749. 79
Tu fçais par les effets & d'ombre & de lumiere
Produire ces accords heureux ,
Ces doux repos , cette union fi chère ,
Qui fait tout le plaifir des yeux.
Guidé par l'antique Sculpture ,
Ton Art embellit la nature ,
Et l'annoblit par un beau choix :
Rien n'échape à tes mains fçavantes ;
Et les couleurs obéiffantes ,
Semblent foumifes à tes loix.
Hiftoire , Fable , Allégorie
Tu répands fur tous tes fujets
Ce feu , ces graces , ces attraits ,
Qui donnent la force & la vie.
Pourfuis de fi nobles travaux ,
Ils font honneur à ta Patrie ::
C'eſt en furpaffant tes rivaux ,
Que tu feras taire l'envie .
Par M. Sireüil , ancien Valet- de-Cham
bre du Roi,
D iiij
30 MERCURE DE FRANCE
An R. P. C. J. l'un des Auteurs du Journal
P
de Trevoux .
Ourquoi faudroit- il un fiécle pour
débrouiller ce que Newton a em
brouillé par des démonftrations apparen
tes , fous un mafque algébrique & géométrique
qu'on n'ole pas leur lever ? La befogne
eft bien avancée dans le ſyſtême
folaire du Monde & de Phyfique , dont
Jombert a publié l'Analyfe raifonnée : il
s'agit de vouloir bien la lire , & d'examiner
fans prévention pour Newton , Defcartes
& Copernic , les réflexions & les
principes d'un Auteur qui cherche fincérement
l'approfondiffement des vérités dans
le genre Phyfique ; qui afpire à les difcerner
dans leur combinaiſon , par les indices
du fentiment & de l'inftinct naturel que
l'éducation ni l'étude ni les paffions
n'ont point altérés dans fon ame, fon coeur
& fon efprit ; qui n'a catholiquement d'autre
but que
de montrer, en développant fes .
recherches , que le vrai doit l'être théologiquement
& philofophiquement .
2.
Auriez-vous penfé qu'il feroit befoin
de recourir à un moyen nouveau , d'expliquer
l'augmentation du poids du plomb,
JANVIER. 77491 81
calciné , par une difpofition differente de
la matérialité , fi le feul principe de l'électricité
, qui eft exposé dans cette Analyfe
, dont la lecture vous manque , fuffit
pour expliquer ce Phénoméne ? C'en eft:
une fuite,que la même quantité de matiere :
quelconque dans un corps folide peut ren--
dre fon poids variable , non par fa diſpofition
& fa figure qui eft indifferente , mais
par fa contraction ou dilatation , à proportion
qu'elle forme un volume plus ou
moins fpacieux , & même plus ou moins
ouvert par fes pores au paffage tranſverſal
de l'élement , dans lequel ce corps eft vé+
rifié dans fa pefanteur .
Un pouce cubique d'or pefe plus qu'un
pouce cubique de tout autre métal , parce
qu'il contient plus de matiere homogéne..
La même quantité de plomb , ou même
une moindre quantité , venant à occuper
un plus grand eſpace , plutôt qu'à former
un volume plus ample dans fa furface &
fa folidité apparente & extérieure , pefera
moins ; & elle pefera plus, fi elle eft réduite
à un moindre volume qui occupe en réalité
encore plus qu'en apparence un moindre
efpace. La calcination produit ce lecond
cas dans une maffe de plomb de vingt
livres , dont elle porte le poids à vingtcinq
livres , & par conféquent à un qua-
D.V
82 MERCURE DE FRANCE.
triéme en fus. La réhabilitation de cette :
chaux de plombà fon état primitif amene
le premier cas , & rend fon volume moins :
pelant d'un cinquiéme au moins , par la
même raifon qu'un volume d'eau pefe plus
que le morceau de glace , dans lequel il .
fera transformé dans un tems de gelée , &
que ce glaçon fera moins pefant que le
volume d'eau , dans lequel par le dégel il .
fera reftitué..
Cette remarque eft tirée d'une note que
j'ai lûe, dans l'explication du flux & reflux .
qui eft fous preffe , où il eft démontré
qu'on n'a pas moins été réduit à diffimuler
& déguifer les principales circonſtances
de ce Phénomene & des autres Phénomenes
généraux , pour favorifer les principes
de trois grands génies , que j'ai cités plus :
haut , qu'à fuppofer des expériences nulles.
& illufoires dans leurs principes & leurs
conféquences ; j'en expoferai trois fameux
exemples , après avoir obfervé que le principe
d'Electricité active & réactive eft em--
ployé ,fans le fçavoir, dans prefque tous les
ufages de la vie civile , & dans l'exercice de
la plupart des Arts , & qu'il doit enfin ſe
manifefter à ceux qui ne ferment point les
yeux du corps , ni de. l'efprit pour ne
voir par conjectures qu'une attraction prétenduë
, jufques dans les goûtes de cire réJANVIER
. 1749. S3
pandue fur un habit , qu'on enleve avec
un charbon ardent & un papier brouillard ,
qui la boit à mesure qu'elle eft fondue.
Faute de s'en tenir à ce principe réel
d'Electricité , employé en tout par la nature
, & prefqu'en tout par l'Art , il eſt
naturel qu'on reffemble fans le vouloir au
Bourgeois Gentilhomme , de Moliere , qui
ignoroit qu'il faifoit depuis quarante ans
de la profe , faute d'avoir eu foin de s'inf
truire de ce qu'il falloit entendre par le
mot de profe , c'est - à- dire , pour parler
fans figure , faute d'avoir voulu lire un
ouvrage qui s'écarte des principes des
Péripatéticiens , des Cartéfiens & des:
Neutoniens , & faute d'eftimer un François
, & un contemporain capable de déveloper
la caufe naturelle des Phénomenes
généraux & particuliers..
Ne convient-il pas du moins que
trois
expériences auffifauffes que fameufes
ceffent de faire illufion aux Phyficiens ,
puifqu'elles ont fervi à caufer une révolution
dans la Phyfique jufqu'en fes principes
innés , pour ainsi dire , avec les ſyſtêmes
de Copernic , de Deſcartes & de
Newton , au défaut de ceux de Ptolomée
& d'Ariftote & autres Philofophes Grecs ,
de même que l'expofition du flux &
reflux encore plus que fon explication ,
Divj
84 MERCURE DE FRANCE.
qui ne pouvoit être que leur écueil , ya
contribué ?
M. Hugens , voulant établir l'immen
fité de la diſtance des étoiles , dont la fuppofition
eft indifpenfable pour l'honneur
du fyftême terreftre , fans l'être moins de
la part des Planettes majeures & de la portée
de nos yeux , fi elle étoit auffi aifément
tolérable , eut recours à la fiction de la
fimilarité de toutes les étoiles avec le Soleil
pour la nature & le volume , afin
d'inferer leur diftance de la comparaifon
de leur diamètre apparent avec celui decet
Aftre, qui eft trés-facile , puifqu'on fçait
que fon difque moyen étant de trente- deux
minutes , onze fecondes , celui des étoiles
de las premiere grandeur , comme Sirius ,
eft 322 fois plus petit , n'étant que de fix
fecondes ; celui des étoiles de la feconde
grandeur , qui eft de cinq fecondes 386 ,.
& ainfi à proportion pour les étoiles des
quatre ou cinq autres claffes inférieures .
Au lieu de s'en tenir à cette détermination
fimple de leur difque avec un héliof
cope fans préparation , qui ne lui eût pas
fourni le moyen d'en induire la conclufion
qu'il avoit en vûë , il prit le parti de
la fuppofer fort difficile , & en confé
quence d'effayer de réduire optiquement
le difque du Soleil , jufqu'au point de le
JANVIER. 1749% 89
rendre égal à celui de Sirius. Pour y par
venir , comme on a pû l'apprendre dans le
chapitre huitiéme de la feconde partie de
fa pluralité des Mondes, ou dans l'Histoire
de l'Académie pour 1717 , il imagina.
d'adapter, en place du verre objectif d'une
lunette de douze pieds , une lame de cui
vre percée d'un trou qui n'étoit que de la
douzième partie d'une ligne , & de la
couvrir d'une lentille de microfcope : en
regardant le Soleil à travers , il crut trouver
fon difque réduit à quatre tierces ou
à fa 27664 partie , ainfi qu'il réfultoit de
fon calcul : mais comment cette apparence
n'étoit elle point trompeufe , fi en même
tems ce difque ainfi réduit , lui
parut femblable
à celui de Sirius , qui étant de 6 fe
condes , n'eft que 322 , & non 27664 fois
plus petit ?
Sans examiner fi le hazard le feroit
autant que la théorie , ou plutôt que fon,
préjugé, & fi ce n'étoit pas plutôt un moyen
plus louable , & plus méthodique de faire
comparaifon de leur difque , en le confidérant
avec un télescope ordinaire , &
de fupputer combien de fois l'arc de 6
fecondes , dont paroît être celui de Si
rius , eft contenu dans l'arc de 3,2 mi
nutes , I fecondes , qu'occupe le Soleil
en. la moyenne diftance ; bien qu'il foi
86 MERCURE DE FRANCE
évident, que fi pour trouver une égale appa
rence à leur difque, il falloit contre les indi--
ces de l'expérience , réduire l'un à fa 27664°
partie , ou augmenter l'autre 27664 fois ,
il feroit conféquent , qu'étant obfervés
Fun & l'autre fans un Teleſcope préparé
pour cette opération prétendue , celui du
Soleil devroit paroître 27664 fois plus
grand . Pourquoi donc ne le paroît- il que
3.22 avec tout Teleſcope ordinaire ? Pourquoi
l'autre paroît- il de 6 fecondes , au
lieu de ne paroître que de 4 tierces ,
me il devroit , afin de ſembler 27664 fois
plus petit ?
com-
Sans vérifier fi le Soleil pourroit refter
viſible à travers un auffi petit trou couvert
d'une lentille de Microfcope , placée au
Bout d'une lunette de douze pieds , ou ,
encore après une auffi grande réduction
optique dans fon difque , jufqu'au point
d'être comparable ? Si les Teleſcopes les
plus excellens qui ayent été fabriqués ,
peuvent rendre fenfible aucun Aftre ſous
un difque moindre que de 30 tierces ? S'il
y a aucun Aftre vifible avec un difque
4000 , ou du moins 2000 fois plus petitque
celui du Soleil ; ce calcul de la réduc--
tion fuivant des régles de Dioptrique
& de Catoptrique , qui font encore un
myftére , puifque fans les rapporter , M..
>
TANVIER. 1749. 87
gran
Hugens a voulu en être crû fur fon autorité
, étoit-il fufceptible d'une auffi
de préciſion , pour fa détermination pofitive
à fa 27664° partie , ou à 4 tierces ?
Quoiqu'il en foit , M. Hugens , en fup
pofant que Sirius étoit un Soleil entiere--
ment femblable , qui n'étoit que plus éloigné
, crut avoir fait la même chofe pour
découvrir la vraie diſtance par la comparaifon
de leur difque , après cette réduction
optique , que s'il avoit augmenté la
diſtance moyenne du vrai Soleil , qui eft de
11000 diamétres terreftres, ou de 31515000 ›
lieues communes de France , autant de
fois que fon diamétre apparent paroiffoit:
diminué , & par conféquent , felon fon .
calcul 27664 fois , enforte qu'il en conclut
que Sirius doit avoir un éloignement
de 304304000 diamétres terreftres .
Mais en fuppofant même que le difque
de Sirius pût paroître , avec tout autre Te--
leſcope , 27664 fois moins étendu que celuis
du Soleil , M. Hugens étoit- il fondé à inférer
de la réduction du Solaire à fa
27664° partie , & de fa fimilarité, trouvée
par hazard en cet état prétendu de dimi--
nution avec le difque de Sirius , que la:
diſtance de cette étoile excédoit 27664 fois ,
la moyenne du Soleil ? En diffimulant mê--
me , qu'aucun Aftre foit vifible fous un
difque de 4 tierces , ni fous un angle plus
38 MERCURE DE FRANCE.
grand dans une telle diftance , puifqu'on
trouve des preuves dans la fixiéme & la
huitiéme des Lettres fur la Cofmographie ,
que le Soleil même ne conferveroit point
fa vifibilité dans une diſtance 45 , ou du
moins 60 fois fuperieure à fa moyenne ,
& qu'aucun télescope n'a une portée auffi
étendue que la diftance fuppofée par les
Coperniciens aux étoiles , n'eft- il pas abfurde
d'affirmer que le Soleil dût s'éloi
gner de 1 1000 diamètres terreftres , afin
que fon difque diminuât de la 2.7664e partie
, & avoir une diſtance 27664 fois mul
tiple , afin qu'il parût réduit à cette
27664 partie , tandis que la Connoiffance
des tems enfeigne que quatre fois
par an une fimple difference de 187 diamétres
terreftres , qui n'eft que la 59 ° partie
environ de fa diftance moyenne , fait
varier fon difque d'une difference de 33 fecondes
, qui eft la 59 partie à peu près de
32 min. 1 1 fecondes , dont eft fa moyenne
grandeur apparente , & tandis qu'il eft
démontré , tant par les obfervations que
par trois Cartes , qu'on trouve d'après la
Table de la Connoiffance des tems dans le
fyftême moderne de Cofmographie , que
fon difque décroît dans tout le courant de
l'année d'une partie proportionnelle dont
fa diftance augmente , & s'accroît de la
partie.proportionnelle dont elle diminue ?
JAN VIER. 1749. SO
Mais bien plus , M. Hugens & les Phyficiens
qui ont loué fon expérience comme
digne de fa fagacité , & qui ont admis
fon principe & fa conclufion , ontils
bien confidéré que l'arc d'une feconde
dans un orbe , dont le rayon excéderoit
27664 fois celui de l'Ecliptique , vaudroit .
1475 diamétres terreftres & un tiers ,
& que par conféquent un arc de 3 tierces.
45 quartes dans un tel orbe , comporte-
Loit une étendue de 92 trois feizièmes
diamètres terreftres , à peu près , & qu'ou
bien Sirius n'a qu'un diamètre réel de cette
étendue , fi fon apparent même n'eft
fuppofé que de 4 tierces & égal au réel ,.
ce qui eft impoffible , ou que fi Sirius ,
dont le difque occupe un arc de 6 fecondes
, de l'aveu commun , étoit 27664 fois
plus éloigné que le Soleil , il devroit occuper
par conféquent un arc de 8852 dia
métres terreftres ?
Comment donc M. Hugens a- t- il pû
déduire de fa prétendue expérience , que
le difque de Sirius , quoique de 6 fecondes ,
étoit femblable à celui du Soleil , réduit
par fa lunette préparée à 4 tierces,, &
que cette étoile étant fuppofée d'une même
nature & grandeur , devoit avoir une dif
tance , non 322 fois , mais 27664 fois
plus grande ? C'eſt cependant cette exgo
MERCURE DE FRANCE :
périence qui fait régle dogmatique , pour
ainfi dire , parmi les Phyficiens , pour admettre
l'immenfité de la diſtance des étoiles
, que Kepler a déclarée néceffaire pour
fauver la nullité du fyftême terreftre , en
même tems qu'il a jugé que leur plus grande
diſtance ne pouvant excéder l'étendue du
monde , elle devoit être comme fon rayon
de 1200000 diametres terreftres au plus ,
ainfi
que M. Hugens s'en plaint , Chapitre
8 de la feconde Partie de fa Pluralité des
Mondes.
M. Neuton pouvoit-il être plus exact
que M. Hugens , en étant auffi hardi pour
établir fans aucun fondement folide , que
la lumiere avoit un mouvement fucceffif .
& que la prétendue force centrifuge devoit
être nulle fous l'Equateur , comme
il leur étoit indifpenfable de le perfuader
afin de favorifer l'attraction contre l'hypothefe
des tourbillons , qui eft affez caduque
, fans employer , pour la ruiner , de
fauffes expériences? Je vous fcandalife peutêtre
, en nommant Neuton à côté d'Hu
gens , pour un génie qui n'étoit
faillible dans fes principes , fes conféquences
& fes expériences . Mais plus leur autorité
eft grande , plus je m'empreffe d'après
les découvertes du même Phyficien ,
de réclamer contre des erreurs que les plus
pas
inJANVIER.
1749%. 9:0
célebres Géometres n'ont encore ofé fufpecter
, & qu'ils ont même fait fervir à la
folution de plufieurs problêmes auffi importans
que curieux .
C'est l'expérience de Rocmer , qu'aucun
Phyficien n'ignore , qui a induit ces deux
grands hommes à calculer en compromis ,
que la lumiere du Soleil ne parvenoit à
la Terre , felon l'un , qu'en 8 minutes
& felon l'autre , qu'en 11 minutes , & M.
Bradlei , qui a découvert l'aberration des
étoiles , à ne pas ofer contefter qu'ellefoit
fucceffive dans fa progreffion , depuis
le Soleil & depuis les Planetes fupérieures.
jufqu'à la Terre , en même tems qu'il ſoutient
que la vîteffe des rayons vifuels de
toutes les étoiles eft la même , malgré l'inégalité
de leur diſtance. Cependant l'inftantanéité
de la lumiere n'eft- elle pas rétablie
dans tous fes droits , page 37 & 38 du
fyftême moderne , après y en avoir indiqué
une preuve fenfible dans les prompts
effets des miroirs ardens , qui n'employent
pas 8 minutes à fondre du plomb , &
par l'anomalie , que des Telefcopes d'inégale
bonté font voir dans la même im
merfion & émerfion d'un fatellite , & dans .
les phaſes des mêmes Eclipfes ; après y
avoir rappellé les autres preuves qu'on.
affecte d'en oublier , n'y fait-on pas fentire
2 MERCURE DE FRANCE.
>
que cette hypotheſe de la progreffion fuc
ceffive de la lumiere tombe d'elle-même
avec la révolution annuelle fuppofée à la
Terre , indépendamment de l'obfervation
de M.Bradlei que je viens de citer, qui eft
décifive , & que l'équation additive ou
fouftractive qu'il convient de faire dans le
calcul de l'immerſion ou émerfion des Satellites
de Jupiter , à chaque occultation
n'eft qu'une fuite néceffaire du cours annuel
du Soleil , qui change la direction de leurs
phafes , de leur mouvement propre autour
de cette Planete principale , & de leur
mouvement commun dans un orbe compofé
d'épicicloides & de courbes feuillées,
où il eft incontestablement
apparent , &
où il eft démontré qu'il eft réel , tant dans
les Lettres fur la Cofmographie , qu'à la
fuite du fyftême moderne , en forte que
c'eft la même caufe pour laquelle les conjonctions
de Jupiter & de Saturne paroiffent
fujettes à plufieurs anomalies
comme il eft avéré par le fujet du Prix qu'a
propofé une feconde fois l'illuftre Académie
de Paris , après avoir couronné la
Differtation de M. Euler ?
N'est- ce pas le grand Aftronome , que le
feu Roi par fes bienfaits a dévoué , comme
fes defcendans , aux progrès de l'Aftronomie
en France , qui reconnut le premier
JANVIER. 1749. 93
la néceffité de cette équation, & qui en imagina
pour caufe cette même progreffion
fucceffive de la lumiere , qu'on s'obſtine
encore à foutenir , quoiqu'il fût le premier
en même tems à en publier la fauffeté ?
Pourquoi la reconnut- il , finon parce qu'il
fentoit celle du cours annuel de la Terre
avec lequel elle tombe , & la réalité de
celui du Soleil , & du cours commun des
Planetes de Jupiter & de Saturne , & de
leurs Satellites, dans les orbes où il eſt apparent
, & dont il a donné des Planches
dans les Mémoires de l'Académie de 1709 ,
finon parce qu'il a vû intuitivement,comme
exact Obfervateur , le fyftême folaire qui
vient d'être perfectionné , ainfi que doit
le voir tout Aftronome , qui ne ſe laiſſe
point féduire par l'autorité & les idées
de Copernic , & qui fe contente d'obſerver
l'ordre naturel & apparent , dont la réalité
ne devroit pas être litigieufe , puifqu'il
conferve fon apparence de tous les points
de vûe de l'Aftronomie comparative , &
puifqu'il eft démontré par la reffemblance
des Planches , qui le repréfentent d'après les
Ephemerides en nombres , avec des Ephemerides
en figures ?
Bien loin de m'arrêter à relever toutes
les inconféquences qui fortent du principe
de la fucceffion de la lumiere , puifqu'el
94 MERCURE DE FRANCE.
le les font devenues trop manifeftes par
fyftême folaire du Monde , & par le fyftême
Phyfique de l'Electricité , ne vaut- il pas
mieux me hâter de vous apprendre d'après
le mêmeTraité , qui va illuftrer l'un & l'autre
, que l'affertion par laquelle M. Hugens
a perfuadé aux Phyficomathématiciens ,
que la force centrifuge eft fous l'Equateur ,
comme 288 à 289 , eft abfolument nulle
dans le calcul même , quand même cette
force ne feroit pas idéale par- tout où elle
eft fuppofée ; car il n'a eu d'autre raiſon ,
que d'affigner le nombre quarré de 17 ,
après avoir imaginé qu'un pendule , auffi
long que le demi diametre de la Terre
ne feroit fes ofcillations qu'en un tems
34 fois plus court que la durée de fa ro
tation ; c'est - à - dire , en 42 minutes 1 2
fecondes ? Cependant j'ai vû dans une note
du Traité que j'ai cité , qu'un pendule ,
avoir des vibrations de 42 minutes pour
12 fecondes , n'auroit befoin d'avoir
une longueur excedente de 60 toifes , fi
un pendule même à 45 minutes par ofcillation
, n'avoit qu'une longueur de 65
toifes 1 pied 7 pouces 5 lignes 1 feptiéme.
pas
Par la même raifon que le pendule à
fecondes eft quadruple , dans fa longueur,
du pendule à demi feconde par ofcillation ,
il eft à inférer que la longueur quadruple
>
JAN VIER . 1749. 95
du premier feroit effentielle au pendule
à 30 fecondes ou à demi minute ; fçavoir ,
2 toifes o pieds 2 pouces 10 lignes 2 feptiémes
, & que le quadruple de celui- ci
donnant la longueur du pendule à minute ,
qui feroit de 8 toifes o pieds 11 pouces
5 lignes 1 feptiéme , on trouveroit, en la
quadruplant , celle du pendule à 30 minutes
, qui feroit 32 toifes 3 pieds 9 pouces
8 lignes 4 feptiémes , & par le même
procedé , pour la longueur de ce dernier
pendule , celle qui eft compétente à un
pendule à heure ; fçavoir , 130 toiles 3
pieds 2 pouces 10 lignes 2 feptiémes. On
trouvera une Table de la longueur de tous
ces pendules , dans le nouveau Traité qui
contient bien d'autres découvertes fur les
proportions du pendule Parifien , Equinoxial
& Polaire , & fur le nombre des
ofcillations du premier , dans les endroits
qui ont fervi de bafe à la détermination
des dégrés terreftres en Laponie & au Perou
, dont il résulte que la difference, du
rayon de l'Equinoxial & du Polaire Arctique
, & de la hauteur de la colonne d'air
qui leur eft verticale , eft d'une 184 partie,
qui revient à 7 lieues 3 quarts.
Mes conclufions font qu'un moindre attachement
pour le fyftême de Copernic
expliqué par Defcartes ou Neuton , &
6 MERCURE DE FRANCE.
une moindre indifference pour le fyftême
moderne du Monde & de Phyfique , ne feroient
que convenables : faut-il qu'il étende
des bornes de la Philofophie Cartéfienne ou
Neutonienne , en rempliflant leurs lacunes,
& en réparant leurs brêches ? N'eft- il
pas
mieux qu'il ramene aux plus anciens principes
de la Cofmographie , aux élémens
-primitifs de la Sphère , aux enfeignemens
de l'Aftronomie comparative , & aux documens
de la Phyfique expérimentale
& qu'enfin tout Phénomene y foit expliqué
d'une maniere fimple & naturelle , que
tout Phyficien impartial croiroit avoir pû
& dû imaginer ? J'ai l'honneur d'être , & c.
A. L. C. J.
A Paris ces Décembre 1748.
се
>
ZASS
E PITRE
JANVIER. 1749. 97
洗洗洗洗洗洗洗送送送送送洗浴
EPITRE
Pour le premier Janvier de l'an 1749 .
AM. Titon du Tillet , Auteur du Parnaffe
François en bronze , Affocié des Académies
Royales des Belles- Lettres d'Angers , de la
Rochelle , de Marfeille , des Jeux Floraux
de Toulouse , de Lyon , de Bordeaux , de
Caën , de Rouen & de Montauban. Par
M. des Forges Maillard , Affocié de celles
d'Angers & de la Rochelle,
NE' dans les jours les plus froids ,
Et dans fa marche fubite
Tremblant comme un chien d'Hermite ;
Quoique fuivi de trois Rois ,
Quarante - neuf met en fuite
Quarante -huit aux abois ,
Que l'âge de douze mois
Avoit rendu décrépite :
Et dans fon individu
On s'aime , on ſe félicite
De n'être point defcendu
Au fombre manoir qu'habite
Le cruel Pluton , toujours

98 MERCURE DE FRANCE.
Preffé de notre visite ,
Er qui faisant mille tours
Sur la rive du Cocyte ,
Tient le compte de nos jours ,
A fon goût héteroclite
Trop longs , au nôtre trop courts,
Item , chacua congratulé ,
Gaîment les premiers venus ,
Pour peu qu'ils lui foient connus
Suivant l'antique formule
Qu'inventa certain Seigneur ,
Fin doreur , fubtil donneur
D'orvietan & de pilule ,
Habile à ferrer la mule.
Il s'appelle Compliment,
J'ai lu dans un Opufcule ,
Dont je ne fuis point garant ,
Que fa mere étoit Gafconne ,
Née aux bords de la Garonne
Et j'ai vu dans un Roman ,
Que fon pere étoit Normand.
Jamais il ne vous falue ,
Qu'il n'ait en main des filets ,
Qui font fi dextrement faits
Qu'ils échappent à la vûë ,
Et furprennent mainte gruë.
Il femble en ces jours précis
JANVIER . 1749: 92
Que de ce Docteur frivole
Et fi fertile en lazzis ,
Les grands , comme les petits ,
Ayent fréquenté l'école.
Je vous fouhaite , dit- on ,
Santé , joye , honneur , chevance ,
Biens de tout genre à foiſon ,
Enfin , ce qu'avec inftance.
Mon coeur fincére & loyal
Au Ciel jufte & libéral
Peut demander pour moi- même ;
Mais cette gente oraifon
N'eft fouvent qu'un vain probléme ;
A moins toutefois qu'on n'aime ,
Comme je chéris Titon .
Quelques- uns , doublant le ton
De leur tendre liturgie ,››
Pouffent même l'énergie
Des fleurs de leurs doux
propos ,
Jufqu'à prier Atropos
De retrancher de leur vie
Plus grande ou moindre partie ,
Au gré du premier moment ,.
Pour en faire un fupplément
A la pure & noble trame
De l'ami , que leur belle ame
Aime généreufement.
E ij
100 MERCURE DE FRANCE. 1
Pour toi , Titon , fi chaque homme ,
Qu'obligea ton crédit , comme
Ton or , dont part fe fondit
'A la fuite d'un fantôme ,
( Car ainfi que ton efprit ,
Ton coeur charmant te renomme )
Te pouvoit par un accord ,
Qu'il feroit avec le fort ,
Céder un peu de la fomme ,
Des ans que Dame Cloto
Pour lui file incognitò ,
Il t'en reſteroit à vivre ,
Plus qu'au compte , calculé
Dans un refpectable livre ,
N'en vêcut Mathufalé.
JANVIER. 1749. Ior
MEARDEDÉDED CARDEDEDVALA
Lettre à M. le Cat.
Onfieur , on vient de lire avec fur-
Mprife dans le Mercure de France
d'Octobre dernier votre obſervation fur
les Polypes d'eau douce , & l'on a cru
vous faire plaifir de vous tirer de la profonde
erreur où vous êtes là- deffus , Ìorfque
vous en faitesun animal , un reptile ,
comme un tuyau dont la peau renferme
tout ce qui fert à former l'animal . On
vous connoît affez généreux pour détromper
le Public , lorfque vous ferez averti
que cet infecte n'eft rien autre choſe qu'une
famille , une ruche d'infectes qui font
attachés l'un à l'autre , & qui fe multiplient
fans fe quitter. Vous ne ferez donc plus
furpris de voir votre infecte fe reproduire,
& vivre , quand il eft divifé . Toutes ces
parties font autant d'infectes que vous
avez détachés. Ce n'eft plus un phenoméne
, & il n'y a plus de doute ; c'eſt la
même chofe que le corail, qu'on a crû longtems
une plante. Vous fçavez , Monfieur ,
que c'eft un amas de petits coquillages qui
multiplient par famille , ou qui fortant de
leurs coquilles , forment une nouvelle plantation
fur l'ancienne , pour trouver de
4
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
quoi fubfifter , ou pour fe débarraffer de
l'ancienne , où l'on ne peut plus être à l'aife .
Cette méprife de votre part n'empêche
pas qu'on ne vous rende toute la justice
qui vous eft dûë , & qu'on ne fe félicite
d'avoir en vous un auffi bon Phyficien
qu'un habile Praticien . Vous ferez de cet
avis l'ufage que vous jugerez à propos.
Ceux qui vous l'envoyent , vous eſtiment
fincérement , & vous exhortent à continuer
vos recherches utiles & curieufes.
A
A Paris , ce 17 Décembre 1748 .
Réponse de M. le Cat.
Près avoir rempli les intentions de
l'Anonyme par la publication de fa
Lettre , il me permettra de lui faire obferver.....
que ce qu'il a lû de ma façon
dans le Mercure fur les Polypes , n'eft pas
un recueil d'obfervations nouvelles fur ce
reptile , mais des réflexions fur celles qui
ont été faites par des Auteurs les plus célé
bres , entr'autres par M. Tremblay. C'eſt
d'après eux que j'ai avancé , que ..... Le
Polype n'eft qu'un canal creux d'un bout à
l'autre, tant dans le corps que dans les bras...
qu'une fimple peau forme ces tuyaux5 &que
ces tuyauxfont l'animal.
JANVIER. 1749. 103
M. Tremblay avoit dit avant moi , p .
125...que le fuc nourricier fe répand..
dans tout le tuyau que forme le corps , & dans
ceux que forme chaque bras des polypes. Il
dit , p. 123 , après avoit parlé des canaux
étroits où fe diftribue la nourriture......
-Ces canaux font les bras de ces polypes. Ils
font percés en dedans , & forment , comme le
corps même des polypes , une espèce de boyau .
Chacun de ces boyaux que forment les bras
des polypes , communique avec celui que forme
le corps... Il prouve par des expétiences
, p. 50 & 51 ... que ces boyaux font percés
d'un bout à l'autre , & enfin il dit nettement
, p. 52. Tout l'animal ne confifte que
dans une feule peau , difpofée en forme de
tuyau , ou de boyau , ouvert par les deux extrémités.
Voilà donc mon expreffion mot
pour mot autorisée de M. Tremblay , qui
eft l'Auteur de la découverte des phenoménes
admirables du polype , & qui , de
l'aveu de tous les Sçavans , a fait cette découverte
avec toute la prudence , la lenteur
, la fagacité , & les fecours propres à
rendre fon autorité irréfragable..
M. Henri Baker , de la Société Royale
de Londres , qui travailloit de concert
avec M. Tremblay fur les polypes , & qui
même a publié fes obfervations avant celui-
ci... dit , p. 36 , de la Traduction de
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE:
qu'il
M. de Mours.... que le polype paroît comme
un tuyau rond , quand il est étendu , ou
qu'il eft formé de deux membranes dont
il a reconnu le creux , comme M. Trem
blay , & a tâché , comme lui , de les retourner
, comme on retourne un doigt de
gand. I differe de M. Tremblay , en ce
qu'il croit , p. 58 , 59 , avec M. Folques ,
Préfident de la Société Royale , que cette
peau du polype a des articulations , des
noeuds , &c. mais il eft bien éloigné de regarder
ces articulations , comme des jonctions
de plufieurs animaux en un. Les Annales
de l'Académie Royale des Sciences ,
1741 , 42 ne nous en difent pas davantage
que M. Tremblay . M. de Reaumur
le chef des Hiftoriens des Infectes , dan's
la curieufe Préface qui eft à la tête de fon
fixiéme tome , traite fort au long des polypes
multipliés , en les hachant , pour
ainfi dire , par morceaux , & il regarde
chaque polype , comme un individu fort
diftinct , & non comme un compofé de
plufieurs. Il a même découvert , conjointement
avec plufieurs Sçavans qu'il cite ,
que cette propriété du polype lui eft
commune avec plufieurs autres animaux
entr'autres avec des vers affez grands , &
dont toutes les parties font affez vifibles
pour pouvoir affûrer qu'ils ne peuvent pas
,
>
JANVIER 1749. IOS
être compofés de plufieurs autres animaux
raffemblés. Il est heureux , dit- il p. 65 ,
que ·les vers de terre puiffent nous faire voir
cette reproduction , étant très longs ,
-
d'affez gros infectes .... Ils offrent des facilités
pour fuivre les progrès d'un développement
fi digne d'être étudié , que ne donneroient
pas des infectes plus petits.... La diffection
qui peut nous faire voir combien la portion
antérieure du corps de ces vers renferme de
parties , qui ne fe trouvent pas dans la portion
poftérieure , combien celles qui font contenues
dans l'une , different de celles qui font logées
dans l'autre la diffection , dis-je , aide à nous
faire concevoir une plus grande & plus jufte
idée des prodiges qui arrivent , lorsqu'une
portion du corps redevient un corps entier ,
lorfqu'elle acquiert toutes les parties qui étoient
reftées aux portions , dont elle a été feparée.
>
Voilà donc tous les prodiges que l'Anonyme
veut faire évanouir , foutenus par
M. de Reaumur , & l'erreur profonde , ou
je fuis , eft auffi celle de ce grand homme
mais où l'Anonyme a- t'il pris que c'étoitlà
une erreur ? Si c'eſt une conjecture de
fa façon , comment a-t'il ofé la propofer
vis- à- vis des obfervations que je viens de
citer , & qui font le fruit des travaux de
plufieurs années de diffections , & d'examens
au Microſcope , les plus exacts &
E v
106 MERCURE DE FRANCE .
>
les plus fcrupuleux ? S'il a trouvé lui- même
les moyens de furpaffer ces grands Auteurs
, de voir de fes propres yeux cette
multitude d'animaux qui compoſent le
polype , il falloit citer les obfervations
fes témoins , fes preuves , ou au moins fon
nom , qui auroit peut-être fuffi . J'avoue
que je fuis dans une erreur profonde , fi cette
découverte eft faite , bien conftante , &
qu'elle foit publique ; mais l'Anonyme ,
qui me paroît fi charitable , & fi plein de
politeffe , de bonté à mon égard , auroit
bien dû me donner là-deffus quelque détail
capable de me détromper , & de fatisfaire
ma curiofité. Ne fçachant point fon
nom , je fuis obligé de me fervir de la voie
du Mercure , pour le prier de me donner
des preuves de fon opinion , fans quoi je
croirai bien fermement qu'il eft lui-même
dans une erreur d'autant plus profonde ,
qu'elle eft contradictoire à une opinion
généralement reçue , & folidement établie.
A Rouen , le 22 Décembre 1748 .
;
JANVIER . 1749. 107
A Mile *** ,furfon mariage avec
M ***
UN plaifant de nos jours , criant à la merveille;
Peut- être , aimable Iris , vous chatoüilla l'oreille ,
Quand fur un vain prodige , éclos de fon cerveau;
Il prédit au beau féxe un empire nouveau .
Mainte épouse , comptant fur fa grandeur pro
chaine ,
En devint tout-à- coup plus aigre & plus hautaine
Et telle ** en fon orgueil , à fes fuprêmes loix
Crut foumettre dans peu les bergers & les Rois.
De ce Prophéte , hélas ! l'ingénieux délire
Nous traçoit de nos moeurs la plus fine fatyre ;
Mais le jour annoncé pour ce fameux revers
N'a point troublé chez nous l'ordre de l'univers .
Confolez -vous , Iris , Dieu , pour vous favorable ;
Voulant vous affûrer un regne plus durable ,
Sur vous de fa puiffance étala les effets ,
Sur vous à pleines mains répandit ſes bienfaits.
Oui , vous tenez de lui cette rare fageffe ,
Qui feule eût d'un amant mérité la tendreffe ;
* L'Auteur badin de l'Année merveilleule , qui
nous annonçoit l'Eté dernier , que les femmes métamorphofées
en hommes , alloient dominer de droitfur
les hommes amollis , devenus femmes .
** Telle Princeffe , telle Reine.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
"
Cette noble candeur , cet air de dignité ,
Qu'accompagne toujours une douce gayeté ;
Ces attraits enchanteurs , ces talens , ce génie ,
Qui font de mille appas la touchante harmonie.
A ces dons précieux le Ciel joint un époux ,
Tendre , fage , en un mot , Iris , digne de vous..
Il vous vit , & bientôt entraîné par vos charmes ,
Il ne put s'en défendre , il vous rendit les armes ;
Recevez donc fes voeux , & regnez fur un coeur
Qui, fidéle & conftant , fe livre à fon vainqueur.
Faiguet.
DISSERTATION
Sur un Symbole de puiffance & d'autorité,
qui fe voyoit autrefois élevé dans le lieu de
Séjour d'un Souverain , ou d'un Gentilhomme
titré. Par M. Beneton de Perrin .
L
A marque ou fymbole , dont j'ai à traiter
ici , étoit une Banniere , un Dra
peau ou un Etendart, qui étant expofé publiquement
& en cérémonie , foit que
ce ne fûr que pour une feule action , comme
cela pouvoit arriver , foit que l'expofition
fût pour refter en place , ce qui
étoit le plus ordinaire , montroit également
JANVIER. 100 1749.
dans l'un ou l'autre cas les chofes differentes
dont je vais parler .
Depuis qu'il y a des Dominations , on a
connu une Puiſſance fuprême & primitive,
qui n'a rien au- deffus d'elle ; que la volonté
de Dieu, mais cette Puiffance , qui s'appelle
Souveraineté , en a produit d'autres fubordonnées
à elle , & entre autres , celle
pellé Suferaineté.
ap-
La fupériorité d'une Puiffance fur une
autre fait la Suferaineté ; c'eft l'établiffement
des Fiefs , qui a fait naître cet arrangement
parmi prefque toutes les Nations
de l'Europe , étant conftant que depuis
qu'ily a des Fiefs, il y a des Suferains ;
que ces Suferains font entre eux de differentes
claffes , & que dans une même Domination
, le Souverain , qui eft auffi Suferain
au premier dégré , a fur un de fes
fujets , qui eft Gentilhomme & Seigneur
de Fief , outre le droit de Souveraineté
celui de Suferaineté , ce qui n'empêche
pas que ce même fujet , qui fe trouve
être Suferain du fecond ordre , ne foit à
fon tour Suferain fur un autre Noble relevant
de lui , & ce Noble à ſon tour
s'il a lui -même des Vallaux , comme la chofe
peut être fe trouvera être feniblablement
Suferain , mais il ne le fera qu'à un dégré
bien plus bas que le Suferain du premier
ordre.
5
>
10 MERCURE DE FRANCE .
Le partage des Fiefs & des arriere - Fiefs a
produit ces gradations de fuferainetés.
J'ai déja commencé à traiter cette matiere
dans mon Commentaire fur les Enfeignes
d'Armées : cependant je me flate
que ce que je vais dire par addition à ce
Commentaire , ne déplaira pas au Public.
L'expofition , d'une Enfeigne qui étoit
deftinée à être marque ou fignal démonftrátif
de la Souveraineté , fervoit d'abord ,
& par rapport à un Souverain , à annoncer
à tout un peuple qu'il alloit avoir un noutveau
Monarque , ou que le Souverain
alloit entrer en guerre , ou bien encore
que ce Souverain vouloit que l'Enſeigne
qu'il faifoit expofer , fût mife pour marquer
le lieu par lui deftiné , ou pour y
réfider , ou pour y faire exercer en fon nom
le pouvoir que lui donnoit fa haute dignité.
Les tems n'ont prefque rien changé far
cet ufage pour certains peuples ; chez ceux
de ces peuples qui me ferviront d'exemple,
la levée de l'Enfeigne fe faifant encore à
préfent , à l'occafion de l'avenement au
Trône d'un Roi nouveau. Elle fe fait avec
cérémonie , elle eft accompagnée d'une
proclamation , de fanfares & de cris d'allégreffe
, & eft ordinairement précedée
& fuivie d'une fuperbe cavalcade , compo
fée des Chefs des principaux Ordres de
JANVIER . 1749. THE
I'Etat , & cela pour qu'il paroiffe que
l'Etat entier reconnoît le Roi que le Ciel
lui donne. Une telle cérémonie s'appelle
Inauguration.
L'Ecriture apprend que David , voulant
faire reconnoître fon fils Salomon pour
fon fucceffeur dans la Royauté fur Ifrael ,
envoya des Hérauts , des Officiers & des
Muficiens , proclamer ce fils par toute la
Ville de Jerufalem . On fçait ce qu'Affuerus
, Roi des Perfes , fit à l'occafion de la
Reine Efther , & Pharaon , Roi d'Egypte,
à l'égard de Jofeph . Chez les Mufulmans,
au commencement d'un Regne , on expo
foit à une fenêtre du Palais du Calife
un long morceau d'étoffe , de la couleur
qui fervoit de livrée à ce Calife , & c'étoit
au devant de ce figne que les Grands de
l'Etat alloient faire des génuflexions , en
témoignage d'affujettiffement . J'ai montré
dans ma Differtation fur les Tentes & Pavillons
de Guerre , imprimée chez Briaffon
en 1735 , qu'à la Chine & à Siam , de
grands Parafols à plufieurs ombels , qui fe
mettent au- devant des Palais & des Salles
du Divan , n'y font qu'en témoignage de
plénitude de puiffance.
En Eſpagne , en Portugal & à Naples ,
la prife de poffeffion de la Couronne par
un Roi qui fuccede , confiſte d'abord dans
112 MERCURE DE FRANCE.`
la proclamation qui fe fait du nom du
Roi dans la Ville Capitale de chacun de
ces Royaumes , au fon des trompettes , en
même tems qu'un Etendart Royal fe déploye
aux cris du peuple affemblé . Quelque
chofe d'approchant fe faifoit autrefois
en France , après qu'on eut ceffé d'inaugurer
nos Rois , en les élevant fur un bouclier
foutenu par les Grands ; mais depuis
qu'ils font facrés , on fe contente de faire
porter l'Etendart de France dans ces auguftes
cérémonies , fans en faire d'expofition
.
>
Nos Rois étant à la guerre , il paroiffoit
dans leur armée deux principales Enfeignes
: l'une , fous le nom de Banniere , défignoit
la Nation ; & l'autre , fous le nom
d'Oriflame , défignoit le Monarque : de
plus , quand une guerre avoit été déterminée
, l'ordre s'envoyoit dans les lieux
où il y avoit des Gouverneurs des Sénéchaux
& des Baillifs , afin que ces Officiers
, qui étoient deftinés à conduire &
à commander les troupes dont l'armée devoit
être compofée , euffent à expofer des
Bannieres , & à avertir tous les Vaffaux
du Roi , compris dans chaque Gouvernement
, de faire femblable expofition , pour
gens de guerre s'allemblaffent, & fe
tinffent prêts à marcher ,ce que cesVaffaux ,
queles
JANVIER.
1749. ilf
qui avoient à leur tour des Vaffaux , ne
manquoient pas de faire. De-là , chaque
Saferain, de quelque dégré qu'il fût , pou
voit faire dans faTerre la même cérémonie,
qui fe faifoit au nom du Roi dans une
Province je veux dire , pouvoit faire
élévation de fa Banniere dans tel lieu qu'il
lui plaifoit de fa Seigneurie . Un Seigneur
Vaffal du Roi , qui avoit des Vaffaux , avoit
( ainfi que je l'ai dit ) le Roi pour Souverain
& pour Suferain , & ce Seigneur
étoit en même tems Suferain fur d'autres
Nobles. L'expofition qu'il faifoit de
fa Banniere de guerre fur fon Château ,
ou dans une Place publique de fa Seigneurie
, marquoit à la fois fa Vaffalité
envers fon Souverain (puifqu'il n'auroit
pû faire cette expofition , quand il s'agiffoit
d'affembler des gens de guerre , que de l'ordre
du Roi ) & marquoit auffi fa Suferaineté
fur d'autres Gentilshommes , ceux - ci
étant à leur tour obligés d'obéir à leur Su
ferain .
Ce droit d'expofition de Banniere étoit
beau , tant pour les Souverains , à qui appartient
l'entiere Puiffance , que pour les
Gentilshommes , qui n'ont qu'une Puiffance
foumife & conditionnelle . Ce droit
pour les premiers (je veux dire pour les
Souverains ) avoit occafion de paroître four
114 MERCURE DE FRANCE.
"
vent dans leurs Etats , & quelquefois même
au-dehors ; on fçait que les Princes , s'ils
fe trouvoient plufieurs enſemble dans un
Etat neutre obfervoient entre eux des
prééminences de rang : ces affemblées fe
voyoient autrefois plus fréquemment qu'à
préfent , fur-tout au tems des Croiſades ;
un feul exemple le prouvera , & fuffira
auffi pour prouver que les Souverains ont
fait ufage de Banniere , pour fymbolifer
leur dignité. Il fe voit dans l'Hiftoire
d'une de ces Croifades, qu'au fiége de Saint
Jean d'Acre , Ville de la Paleſtine , où fe
trouverent le Roi d'Angleterre & le Duc
d'Autriche , ce dernier ayant fait planter
fon Etendart fur une bréche de la Ville
où il venoit de fe loger , le Roi d'Angleterre
le fit ôter , prétendant qu'étant Souverain
au- deffus du Duc, fon Etendart devoit
paroître par préférence .
C'est par la ceffion que les Souverains
ont faite à des Nobles leurs fujets , des portions
de leurs Domaines , à la charge de
l'hommage , & autres conditions qui fe
voyent dans les Loix Féodales , que ces Nobles
font entrés dans le droit d'élévation
de Banniere fur leurs Terres , dont ils
jouiffoient déja dans les XII . & XIII.
fiécles , & lorfque cela fe fit , la plupart de
tes Nobles , qui fe titroient de Barons , acJANVIER
. 1749% IFS
quirent au moyen de ce droit un titre
nouveau , qui fut celui de Banneret : il doit
donc refter pour conftant , par ce que je
viens de dire , qu'il eft certain qu'autrefois
chaque Seigneur , foit Baron , foit Banneret
ou haut Jufticier , ne manquoit pas
de faire élever fur fon Manoir d'habitation
l'Etendart dont il fe faifoit fuivre
à la guerre. Quand il n'y avoit pas de
guerre , & qu'il ne s'agilfoit pas de convoquer
des Vaffaux pour les mettre en troupes
, l'Etendart ne laiffoit pas de refter en
place, ou au moins il y reftoit tout le tems,
pendant lequel chaque Suferain tenoit fes
Aflifes , pour recevoir les hommages & reconnoiffances
que lui devoient fes Vaffaux
Une Enfeigne élevée fur une tour de Châ
teau , avoit quelque chofe qui témoignoir
la grande Nobleffe en faveur d'un Seigneur
qui avoit ce pouvoir , & l'exemple
qui fuit , apprendra quelle étoit la cérémonie
qui s'obfervoit à l'élévation de
ces fymboles de la Suferaineté. Dans
la Généalogie de la Maiſon de Cardaillac
en Rouergue , imprimée à Paris chez Martin
en 1654 , il fe voit d'après une Charte
de l'an 1316 , qu'un Vaffal de Bertrand
de Cardaillac , Seigneur de Bieule , ayant
fait hommage à ce Seigneur pour la
moitié du Château d'Aynac , le Vaffal
116 MERCURE DE FRANCE.
reçut des mains de fon Suferain les clefs
de ce Château , enfuite de quoi , Bertrand
de Cardaillac commanda à Raymond de
Moullieres , Damoifeau, fon Porte Banniere
, d'aller planter cette Banniere fur la
grande tour de ce Château , & de crier trois
fois Cardaillac , & ces chofes fe firent pour
conferver au Seigneur de Bieule la Suferaineté
fur ce Château d'Aynac.
Les Seigneurs étoient fi foigneux de fe
conferver dans la Suferaineté des lieux
où ils l'avoient , qu'auffi- tôt qu'il arrivoit
mutation dans des Fiefs relevans d'eux
,
ils en prenoient fur le champ poffeffion
fauf par la fuite à reftituer , & cette prife de
poffeflion confiftoit à faire mettre leur Banniere
dans le lieu qu'ils réunifoient au Fief
dominant.
Dans les Mémoires de Jean Beneton ,
mon grand oncle , & dans l'Hiftoire da
Dauphiné , imprimée à Geneve en 1722 ,
page 230 , il eft parlé d'un Gentilhomme
appellé Pierre de Morges , qui ayant été
fait prifonnier dans une guerre qu'il eut
contre un autre Gentilhomme , le Chapitre
de l'Eglife de Die , en qualité de Seigneur
fupérieur des Terres du Seigneur de Morges
, fon Vaflal , s'empara de ces Terres , à
l'effet de les conferver , tant que le Vaffal
feroit retenu , & pour cela , le Chapitre
JANVIER. 1749. IIT
at mettre des Bannieres fur les tours des
Châteaux de Torane & de Saint Martin
qui appartenoient à ce Pierre de Morges.
S'il arrivoit encore qu'un Suferain fît
ceffion d'un lieu à un de fes Vaffaux ou
autre , il fe réſervoit le plus fouvent le
droit de faire paroître fa Banniere dans
le lieu cedé , à chaque vacance . Par un
Titre , qu'on dit être dans la Chambre des
Comptes du Dauphiné , il eft mention d'un
échange de Terre fait en Septembre de
l'an 1343 , entre Humbert , dernier Dauphin
de la Maifon de la Tour du Pin , &
Amblard , Seigneur de Beaumont : par cet
échange , le Dauphin , en retirant la Terre
de Beaumont en Trieve , donne celle de
Montfort , & la donne , à la charge d'y
expofer l'Etendart du Dauphiné pendant
trois jours , lorfqu'elle changeroit de Seigneur.
Au refte , l'ufage de faire emploi des
Bannieres , Pavillons , & de toutes autres
Enfeignes défignatives de Puiffance , pour
les mettre fur les Fortereffes & Châteaux
n'a pas encore ceffé entierement ; les Na
tions & les Souverains l'ont confervé . Dans
notre Royaume & dans les Etats nos voifins
, il fe voit des Pavillóns Nationaux
continuellement élevés fur certains Châ
teaux , dans la mouvance defquels il y a
118 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de Fiefs . A Rome , la Banniere de
l'Eglife paroît fur le Château Saint Ange .
De femblables Pavillons fe voyent affez
ordinairement fur les Forts & Phares qui
bordent la mer ; les Vaiffeaux de guerre ,
qui peuvent fe comparer à des Châteaux
flotans , portent en ornement les Pavillons
des Nations à qui ils appartiennent. Dans
les Indes , quand dans un lieu de Commerce
ouvert , qui appartient à un Sọuverain
Indien , il fe trouve differentes Nations
Européennes , qui chacune a dans ce
lieu un Comptoir ou une Loge , le Pavillon
de la Nation ne manque pas de le voir
élevé fur l'endroit le plus apparent de la
Loge de la Nation , à laquelle appartient
la Loge . Un étranger, qui d'Europe arrive
par mer , ou à la côte de Guinée en Afrique
, ou à Bengale en Afie , à l'afpect de
ces lieux , voit répandus de côté & d'autre
les Pavillons de France , d'Angleterre ,
d'Hollande & de Dannemarck , ce qui prê
te un ornement pour une Ville Indienne
ainfi parée. Cela fait même que cesVilles ,
avec d'autres fingularités qu'elles ont , tant
par leurs bâtimens , d'un goûr tout autre
que le nôtre , que par le paysage qui les
environne , ne manquent pas d'offrir
aux yeux de l'étranger, un fpectacle nouveau.
JANVIER. 1749. 119
ODE
Au Génie de la Paix.
AImable Paix , fille d'Aftrée ,
Tout l'Univers te tend les bras ;
Defcends de la voûte azurée ,
Ferme les portes du trépas .
Affez fur la terre & fur l'onde
Le glaive , deftructeur du monde ,
A porté de funeftes coups ;
La foudre a percé le nuage :
Expofés fans ceffe à l'orage ,
N'aurons-nous point de tems plus douxt
>
Chafte Déeffe , que j'adore ,
Qu'attends-tu pour quitter les Cieux
Viens ...Et que ton aſpect décore
Qu'il tranquillife ces bas lieux.
De tous les coeurs reçoi les gages;
Revien partager les hommages
Et les voeux des triftes mortels,
Depuis ta malheureuſe abſence ,
Nous n'avons que maux , que fouffrance ;
Et l'herbe a crû fur tes Autels,
20 MERCURE DE FRANCE
Verrions-nous les Dieux , infenfibles
'Au malheur des foibles humains ,
Par les fleaux les plus terribles
Appéfantir toujours leurs mains !
Tailez-vous , tambours & trompettes ;
Raifonnez, flûtes & mufettes ,
Rendez le calme à nos guerriers ;
C'eft à vous à vous faire entendre :
Votre harmonie , aimable & tendre ,
Doit prendre part à nos lauriers
***
Et toi , que la céleste troupe
Reconnoît pour fon Souverain
Jupiter , joins au divin groupe
Mars , ce deftructeur inhumain :
Nous fentons le poids de fes chaînes ,
Les dégâts, qu'on voit dans nos plaines ,
Sont les effets de fes fureurs ;
Qu'il retourne dans ton Empire ;
(
Qu'il y refte , qu'il y ſoupire ,
Qu'il ne dompte plus que des coeurs,
Quand pour l'honneur de la Couronne ,
LOUIS , fuyant de vains loifirs ,
Donnoit tout entier à Bellonne
Des momens faits pour les plaiſirs ,
On
JANVIER. 1749. 12F
On le vit gagner les batailles ,
Battre , renverfer des murailles ,
Forcer les fleuves & les Camps :
Auffi-tôt priſe qu'attaquée ,
Oftende eft encor étonnée
D'avoir jadis tenu trois ans.
X
Ces fougueux , devant qui la terre
Trembloit fur fon axe agité ,
Par une route bien contraire
Voloient à l'immortalité.
Leur valeur fe changeoit en rage ;
Ils vivoient de fang , de carnage ,
Et l'Hiftoire en a fait des Dieux :
De quels traits pourra - t'elle peindre
Un Roi chéri , qui fe fait craindre
Par des exploits plus glorieux ?
Ce Monarque avide de gloire ,
Mais prodigue de fes bienfaits ,
Entre les bras de la victoire
Adreffe fes voeux à la Paix.
Quand l'ardeur de tous fes Alcides
Porte chez nos voifins timides
Le glaive , l'horreur & l'effroi ,
LQUIS ,dont l'ame eft fatisfaite ,
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Content de les vaincre , les traite
Beaucoup plus en pere qu'en Roi.
**
'A la voix du Roi Pacifique ,
Déja le nuage fe fend ;
Déia fur un Char magnifique
la Paix defcend .
Avec
pompe
Eft-il plus galant
attelage ?
Sur cet admirable
équipage
Tout paroît femé de rubis.
Ce Char condui : par la Victoire
Eft le vrai Temple
de la gloire ,
Que fuivent
les jeux & les ris.
Les vents ceffent d'agiter l'onde ,
En rentrant dans leur antre affreux :
Ainfi la paix , renduë au monde,
Ne doit faire que des heureux.
L'Aquilon fait place au Zéphire.
Le guerrier, las de tout détruire ,
S'abandonne aux tendres plaifirs .
On n'entendra plus dans nos plaines
Que le murmure des fontaines ,
Des chants , ou d'amoureux foupirs .
1
L
JANVIER. 123 1749 :
Les Dieux ont mis fin à la guerre ;
Ne redoutons plus fes fureurs.
Qu'aucun bruit déformais n'altére
La tranquillité de nos coeurs.
Que le Laboureur , plus tranquille,
Travaille au bonheur de la Ville ,
En chargeant de grains fes guerets :
Du foldat , de butin avide ,
Que le bras , jadis homicide ,
Laiffe nos moiffonneurs en paix,
Arrêtez , audace guerriere ,
Contentez -vous de vos fuccès.
Le blond Phébus dans fa carriere
N'éclairera plus vos progrès.
Аи repos il faut vous réfoudre.
Vous n'irez plus , malgré la foudre ,
Affronter le plus haut rempart ,
Par une bréche inabordable
Surprendre une Ville imprenable ,
Et forcer la Nature & l'Art .
Si dans cette guerre commune
Chaque François parut foldat ,
Si cent cohortes plutôt qu'une ,
* Berg-op-zoom.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Venoient pour défendre l'Etat ;
Ces bras , dans les Camps , inutiles ,
Sçauront s'exercer dans les Villes ,
Soit au négoce , foit aux Arts ;
Ainfi l'homme fe multiplie ,
'Ainfi du Gaulois le génie
Sert tour à tour Minerve & Mars,
***
Oui , tous les biens qu'on doit attendre
De la bénignité des Dieux ,
Leur bras s'apprête à les répandre ;
L'or dans peu doit tomber des Cieux,
Le fiécle riant de Saturne
Va renaître. Déja Neptune
Rend le premier calme à fes eaux ,
'Au fond de l'Inde & dans la Perfe ,
Le feul intérêt du commerce
Transporte nos frêles Vaiffeaux,
L'afpect riant de nos montagnes ,
La tranquillité des forêts ,
La fertilité des campagnes ,.
Voilà l'image de la Paix .
En bûvant à l'ombre d'un chêne ;
Le Villageois près de Climenę
Chante les biens dont il jouit ;
I
JANVIER. 129
1749.
Sans crainte pour fon héritage ,
Il dort à l'abri du pillage ;
Son coq feul l'éveille la nuit ,
Puiffe la Paix , des mains des Princes ;
Paffer jufqu'aux moindres foldats ,
Voler de Province en Provinces ,
Tranquillifer tous les Etats !
Que la fiere difcorde enrage
De ne trouver aucun ménage ,
Où l'on le prête à ſes avis ;
Que tout l'Univers foit paisible ,
que partout , s'il eft poffible ,
L'homme & la femme foient amis !
* x+
Dans un Regne auffi plein de gloire
Que l'eft le Regne de LOUIS,
Sur vos lauriers dormez , Victoire ;
La Paix prendra foin de nos Lys.
Que notre invincible Monarque ,
Défendu des coups de la Parque ,
Soit le témoin de notre amour !
Qu'à fon bonheur tout s'intéreffe ,
Et qu'une conftante allégreffe
Regne pour toujours à la Cour !
*****
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
Auteurs célebres , point d'excules,
Annoncez à tout l'Univers
Ce Héros , Protecteur des Mules ,
Et fi digne des plus beaux vers.
Pour moi , dont la plume badine
Trace toar ce que j'imagine ,
Sans ordre & fans fuivre de loix ,
Je crains d'emboucher les trompettes.
Il n'appartient qu'aux grands Poetes
D'immortaliser les grands Rois.
D. C.
D'Amiens , le 7 Décembre 1748 .
On a dû expliquer l'Enigme & les Lo
gogryphes du fecond volume de Décembre
par la Cométe , la Samaritaine & Circonftance.
On trouve dans le premier Logogryphe
la , mari , Sire , Martin , mine
Marin , Marine , rien , rat , Amiens , Mans,
Reims , Maine , mi , re , fi , Mine , Matines,
ame , air , Siam , mats , ami , Marie , Serin,
étaim , anis , amant , main , Iris & Samaritaine.
On trouve dans le fecond
Cefar , Circé, rofe , Socrate , Caton, Narcés,
Conti , Neftor & Sire .
JANVIER, 1749: 127
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
J
ENIGM E.
E fuis feul de mon nom, qui vive fur la terre ;
Ma naiſſance eſt à tous une pure chimere ;
Je ne meurs point percé des fléches des Chaffeurs ,
Ni même empoisonné de terreftres vapeurs;
Je ne fuis point nourri par les foins d'une mere ;
Je n'ai ni pour parent ni pour ami mon pere ;
Le lieu de ma naiffance eft celui de ma mort ,
Et la foudre ne peut décider de mon fort.
Jamard.
L
LOGOG RYP HE.
Es hommes tous les jours reffentent mes
bienfaits ,
Et quelquefois mon pouvoir eft funefte ;
Redoutable inftrument des vengeances célestes ;
Autrefois je fervis à punir leurs forfaits.
On fuit auffi , dès qu'on me voit paroîtres
J'offre à qui cherche à me connoître ,
S'il dérange cinq pieds dont je fuis compofé ,
La patrie d'un Héros par Homere chanté ;
Un Saint en France reſpecté ,
Par un corps nombreux reclamé ,
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE:
Mais très rarement imité ;
Ce que toute bonne femelle
Souhaite à fon époux fidelle ;
A trois membres réduit , je fçais défennuyer ,
Et bien fouvent mécontenter
Petits Maîtres, Laquais , Bourgeoifes & Ducheffes,
Qui viennent avec moi partager leurs richeſſes .
En combinant mon corps entier ,
Je fuis chez votre Apoticaire ,
Remede utile & falutaire ;
Je contiens un endroit, où le meilleur courfier
En dix ans ne peut vous conduire ;
Ce que le vin laiſſe , quand on l'a bû ;
Un oiſeau babillard ; un poiffon fort connus
Le nom d'un Evêché , mais fi j'allois décrire
Tout ce qu'on voit chez moi , je pourrois ennuyer,
Et je ne veux qu'embarraffer.
AUTRE.
DIx membres compofent mon corps ;
Ma puiffance s'étend fur la terre & fur l'onde ;
J'enferme dans mon fein des foibles & des forts.
Souvent j'ai bien, du monde ,
Souvent j'en ai très- peu , fouvent j'en mets dehors,
Et fouvent je ne veux donner des paffeports ,
Pour un motif divin fur lequel je me fonde.
Chapeaux , coëffes & capuchons ,
JANVIER.
1749. 129
Peuvent dans toutes les faifons
Trouver ma porte ouverte ;
J'aime le gain, je hais la perte ;
Les ris , les jeux & les amours
Chez moi fouvent paffent les plus beaux jours
Un pacifique Roi d'un illuftre Royaume ;
Un grand Patriarche , inventeur
D'une aimable liqueur ;
Un Sage qui dans Rome
Fit admirer fa gravité ;
Le ftupide animal que la Nature enfante ,
Et Pennemi des fourís redouté ,
Ont la gloire d'avoir une place éclatante
Dans mon grand corps en tous lieux reſpecté.
De plus , un acier fin qui fert lorfque tu minges
Pain , boeuf, mouton , perdrix , oranges ;
Ce qui fe forme dans les airs ;
Un figne fait pour les Concerts ; "
Celui qui ne fçauroit , quoiqu'il ait une langue ,
Faire la plus courte karangue ;
Ce que faifoient valoir les Peres des Deferts ;
Trois Villes , l'une en France ,
A l'Eft de Rouen & d'Anvers ;
L'autre fouffre de Rome une grande diſtance ;
Ovide en fon exil y fit de tendres vers ;
La troifiéme eft le lieu de l'heureuſe naiffance
D'un Poëte Latin , connu dans l'Univers ;
Ce que la Fontaine a-ſçû faire '
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Avec un peu trop d'enjoument ;
Ce que l'on trouve d'ordinaire
A côté d'un vieux Secretaire
De Procureur au Parlement ,
Jamais chez le Notaire ;
Ce que pour fon amuſement ,
On achete chez un Libraire.
Ami Lecteur , tu vois
Que j'enferme des Villes ;
Des hommes illuftres , habiles ;
Des animaux , des Saints , des Rois:
Ma force peut encor porter un Temple antique
Où le fameux guerrier, qui paffa le Granique ,
Comme s'il eût manqué de folides ayeux ,
Voulut par les accens d'un Oracle authentique ,
Se faire déclarer fils du plus grand des Dieux.
J'ajoûte un Pays plein de charmes ,
Qui d'un Vice - Légat exécute les loix ;
Un autre très- voifin de ces fuperbes toits ,
Qu'un nouveau Maréchal a laiffé fans allarmes ,
Depuis qu'ils ont reçû les armes
Des Eſpagnols & des François.
Je pourrois mettre fin à ce genre d'écrire ,
Par cet illuftre nom que l'Univers admire.
Le Héros qui le porte , ô France , avec ton Roi,
Triompha des Anglois aux champs de Fontenoi
Avec lui fa valeur gagna d'autres batailles ,
Du riche habitant des Marais
JANVIER. 1749. 137
Renverfa les murailles ,
Força les ennemis à demander la paix.
Qu'elle regne à jamais
Dans l'Europe & dans mes entrailles !
Par M...
AUTRE.
Dix lettres font mon tout , Lecteur , devine- moi ,
De fon fein arrofé la terre me fait naître ;
Je puis me préfenter à la table d'un Roi ;
Je ne fuis pas trop bon à qui fçait me connoître ;
Qui ne me connoît pas , qu'il ſe garde de moi.
Je flate quelquefois en traître ,
Et du fort d'un Romain , trop amoureux de moi,
Je me fuis vu jadis le maître.
Dans mon corps divifé , mutilé , tranſporté ,
Tu trouveras d'abord le lieu de ma naiſſance ;
Plus un terme dans l'Art des Maçons ufité ,
Et qu'on connoît partout en France.
A cinq membres réduit , j'ai de l'autorité ;
Le Prince , le Prélat , le peuple me révere.
Pris dans un autre fens , je me vois redouté ;
Si je parle , ma voix ébranlera la terre ;
Je n'annonce la paix que par des cris de guerre ;
J'allarme , je raffûre un peuple épouvanté ,
Et de ma bouche en feu vomiffant le tonnerre,
Si je fais les périls , je fais fa fûreté.
Par Louis Coulard; i' Aſſeſſeur.'
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
P
DES BEAUX - ARTS , &c.
ENSE'ES fur differens fujets de morale
& de pieté , tirées des ouvrages
de feu M. Maffillon , Evêque de Clermont ,
ci-devant Prêtre de l'Oratoire , un dest
quarante de l'Académie Françoife . A Paris
, chez Hériffant & la veuve Etienne.-
Les Lecteurs éclairés & judicieux fons .
rares , & la plupart ne font pas en état, ou
ne fe donnent pas la peine de diftinguer ,
en lifant un ouvrage , tout ce qu'il renferme
d'eftimable.
Ils doivent donc fçavoir gré à un hom
me de Lettres , qui veut bien, pour les mettre
plus à portée de profiter du travail
d'un Auteur de réputation , extraire fes
réflexions les plus utiles ou les plus ingénieufes
, & les préfenter détachées. Telle
idée fine , à laquelle nous n'avions pas fait
attention , lorfqu'elle faifoit partie d'un
long difcours , nous frappe , nous faifit ,
lorfqu'elle s'offre ifolée de tout autre objet.
Nous retenons telle maxime , ſi l'on
nous avertit qu'elle mérite de trouver place
dans notre fouvenir , & peut -être fans
JANVIER.
1749 135
te fecours ne l'aurions-nous. pas feulement
remarquée .
Les éloges ne femblent faits que pour
relever un mérite inconnu . Ils font inutiles
ici , puifqu'il s'agit de M. Maffillon.
C'eft , à proprement parler , fon efprit
qu'on nous donne dans ce Recueil . Il s'eft
toujours appliqué à établir l'empire de la
vertu fur les ruines du vice , mais il n'a pas
toujours employé les mêmes moyens.
Là , c'est un Orateur Chrétien , qui fſe
fert des puiffantes armes que lui fournit
la Religion ; il a recours à l'autorité de
l'Ecriture , aux décifions de l'Eglife , aux
témoignages des Peres , & voila les fources
fécondes où il puife cette éloquence
vive & touchante , qui éclaire , qui perfuade
& qui entraîne . Ici , il entre en
Philofophe dans le coeur de l'homme, il en
pénetre tous les fecrets , il en démêle tous
les mouvemens , il en développe tous les
replis. De- là il paffe fur le théatre du
monde , il en parcourt tous les états , il en
fait connoître les peines & les dangers .
Là , il foumet toujours les lumieres de la
raifon à la révélation ; il parle au Chrétien :
ici,il prouve par les lumieres de fa raifon les
vérités révélées , il parle à l'homme . Dans
fes Sermons , c'eft un Apôtre , qui avec
des traits de flamme foûtient les droits
134 MERCURE DE FRANCE.
de la Religion. Dans ce Livre , c'eſt un
homme du monde , qui peint fous des couleurs
vives & riantes nos défauts &
nos ridicules , & qui nous ramene à la
vertu par les voyes de l'agrément.
M. l'Abbé de la Porte , à qui nous fommes
redevables de ce Recueil , a rangé fous
differens titres les differentes matieres.
Quelquefois il a pris la liberté de changer
les tours & les expreffions de l'Auteur ,
mais fi ce ne font pas toujours entierement
les propres
frafes de M. Maffillon , ce font
toujours fes idées .
Un goût extrêmement délicat eft néceffaire
pour bien exécuter un ouvrage de
cette nature.
COURS DE BELLES LETTRES , diftribué
par Exercices . A Paris , chez Deffaint &
Saillant.
M. Batteux , Profeffeur d'Eloquence au
College Royal de Navarre, déja connu dans
la République Littéraire par le Livre intitulé
, les Beaux Arts réduits à un même
principe , eft l'Auteur de l'Ouvrage dont
nous donnons ici l'extrait . Nous avons des
abrégés de toutes les Hiftoires ; nous en
avons de Chronologie , de Géographie ;
on a donné des leçons de Phyfique ; on
ne s'étoit point encore avifé de fuivre la
même idée pour les Belles Lettres , dont
"
L
4
4
"
JANVIER. 1749. 135
l'utilité eft beaucoup plus étendue . Il a
paru à M. Batteux , qu'un Ouvrage , où
l'on entreroit dans l'examen de ce qu'on
appelle dans les Auteurs , beautés de
fonds , de conduite , de détail , feroit
d'un grand fecours aux jeunes gens , tant
pour les mettre fur les voyes , que pour
pour
leur faire connoître leurs forces , & la
maniere de s'en fervir avec fuccès. L'exécution
de cette idée demandoit deux chofes
; la premiere , qu'on donnât des principes
clairs fur chaque genre de Littérature;
la feconde , que ces principes fuffent vérifiés
par
des exemples analyfés avec jufteffe
dans toutes leurs parties. Nous laiffons aux
Lecteurs , à juger fi M. Batteux remplit toujours
ces conditions.
Jufqu'à préfent , ce Livre n'a encore
que trois volumes. Le premier contient
des notions préliminaires , effentielles aux
jeunes gens , pour entendre la fignification
& la valeur des termes que l'Auteur eft
obligé d'employer . M. Batteux commence
par expliquer ce qui regarde la penſée
& l'expreffion . Après avoir fait connoître
leurs efpeces , il traite des differentes opé
tations , que fait l'efprit lorfqu'il veut s'exercer
fur un fujet. Ces notions préliminaires
font fuivies de deux Exercices. L'un
eft fur l'Apologue . Notre Profeffeur exa
136 MERCURE DE FRANCE .
mine la nature & les régles de ce Poëme i
il en donne l'Hiftoire abrégée ; de-là il
paffe à l'examen de quelques pieces d'Efope
, & de diverfes Fables Latines , dont
certaines font comparées avec celles de la
Fontaine, M. Batteux analyfe plufieurs Fables
de cet Auteur , & quelques- unes de
celles de M. de la Mothe.
Le fecond Exercice eft fur l'Eglogue.
Il eft précedé de quelques remarques générales
fur la verfification . L'Auteur donne
les régles abrégées de la verfification Françoife.
Il paffe enfuite à la nature & aux
régles de l'Eglogue ; il donne l'Hiftoire
abrégée de la Poëfie Paſtorale ; il examine
quelques Pieces de Théocrite , de Mofchus
de Bion , quelques Eglogues de Virgile , &
quelques pieces Françoiles .
Dans le fecond volume > on trouve des
Exercices fur l'Ode , fur la Satyre , fur l'Epigramme
, & fix Lettres fur la phrafe
Françoife comparée avec la phrafe Latine .
L'Auteur fuit toujours la même divifion ;
il explique la nature du genre , donne
les régles en conféquence , & après avoir
marqué les caractéres des differens Ecrivains
dans chaque genre , il fait l'application
des régles aux pieces Grecques , Latines
& Françoifes , des meilleurs Auteurs.
Les Lettres font adreffées à M. l'Abbé d'OJANVIER.
1749 137.
livet. L'Auteur dans la premiere , examine
fi c'est dans le Latin ou dans le François ,
que le trouve ce qu'on appelle inverfion
dans ces Langues.
Dans la feconde , il effaye de prouver
que l'inverſion eſt dans le François.
Dans la troifiéme , il donne les régles de
la traduction , tirées , comme autant de
conféquences, de la comparaiſon des deux
Langues.
Dans la quatrième , il examine fila Langue
Françoiſe a plus d'inverfions en vers ,
qu'en profe ..
Dans la cinquième , il montre que la
Poëfie du vers François ne confifte point
dans l'inverfion.
Dans la fixième , il enfeigne la maniere
dont on peut traduire les Poëtes .
, Le troifiéme volume renferme la fuite
des Lettres adreffées à M. l'Abbé d'Oli
vet & un Exercice fur la Poëfie Didactique
.
La feptiéme Lettre eft fur la naïveté du
ftyle ; la huitiéme, fur l'harmonie oratoire;
la neuviéme , fur le nombre oratoire ; la
dixième , fur la déclamation.
Ces Lettres font fuivies de l'Exercice fur
la Poëfie Didactique.
M. Batteux explique la nature de ce
Poëme il en fait connoître les efpeces ;
138 MERCURE DE FRANCE:
J
& les régles , il y joint quelques obfer
vations particulieres à chaque efpece , il
traite du Poëme Hiftorique , du Poëme
Philofophique , & du Poëme Didactique
proprement dit c'est - à- dire , de celui
qui ne renferme que des obfervations &
des préceptes. Notre Auteur compare quelques
endroits de Lucrece avec quelques
morceaux de Virgile , & il paffe enfuite
à l'Art Poëtique d'Horace , qu'il traduit
avec force & précifion . Il joint des notes
au texte pour l'éclaircir , & il explique les
endroits difficiles d'une façon quelquefois
nouvelle.
Le quatrième volume aura pour objet ,
l'Epopée , la Tragédie & la Comédie .
OBSERVATIONS fur les Arts , & fur
quelques morceaux de Peinture & de
Sculpture, expofés au Louvre en 1748 , où
il eft parlé de l'utilité des embelliſſemens
dans les Villes. A Leyde, chez Elias LuZac,
Junior. 1748 .
Parmi ces Obfervations , il en eft plufieurs
très - fines & très - judicieuſes ; il
en eft d'autres, qui peuvent être contredites.
L'Auteur paroît joindre beaucoup de Littérature
à la connoiffance des Arts dont
il parle. Il n'écrit pas toujours avec toute
la clarté qu'on pourroit défirer , mais il
a le fecret d'amufer fes Lecteurs. Pour
JANVIER. 1749. 139

l'ordinaire , il montre plus un défir fincere
de contribuer aux progrès des Artiſtes ,
qu'un deffein malin de diminuer leur réputation.
Cependant quelques-uns d'entre
eux ont autant déclamé contre cette brochure
, que contre les autres dans leſquelles
ils ont été attaqués . Malgré les raifons
qu'ils alléguent pour nous perfuader qu'on
ne doit pas faire connoître au public les
imperfections de leurs ouvrages ,
il ne
feroit pas difficile de leur prouver , qu'à cet
égard ils n'ont pas plus de privilége que
les Ecrivains . Les Orateurs & les Poëtes
les plus illuftres effuyent tous les jours
des critiques auffi peu juftes que peu polies.
Pourquoi les Peintres & les Sculpteurs en
feroient- ils exempts ? Au refte , de même
qu'eux , nous condamnerons toujours celles
qui feront dans l'un des deux cas énoncés
ci- deffus. Quoique celle , dont il s'agit
ici , ne foit pas en général de cette efpece
il faut convenir que l'Auteur en quelques
endroits n'eſt pas abfolument équitable. En
voici un exemple , à l'occafion duquel on
nous prie d'inferer ici les remarques fuivantes.
Elles font de M. Gravelot , qui étant
lui-même digne d'être compté au nombre
des hommes diftingués par leurs talens , a
intérêt de leur faire rendre la juftice qui
leur eft dûe.
40 MERCURE DE FRANCE;
REMARQUES
De M. GRAVELOT , fur la Brochure
intitulée , Obfervations , &c .
L'Auteur , adoptant le fentiment de
ceux qui ont conſeillé à M. Pierre de
renoncer aux Bambochades , & voulant
bien lui reconnoître du goût pour le
grand , ajoûte : Mais un talent auffi extraordinaire
peut fe perdre peut fe perdre en peu d'années ,
M. Pierre , qui n'a pas le don de fe plier , fidéle
à fuivre le mauvais exemple de ceux qui
d'une aile légere volent d'un genre à l'autre
vent comme eux être univerfel , & s'amuser
faire des Bambochades. Depuis quand done
n'eft il plus permis à un Artifte de fe délaffer
? N'eft- il pas louable au contraire
lorfqu'il cherche ce délaffement dans fon
Art même ? Le genre qu'on reproche ici à
M. Pierre , exige l'étude des Cieux , des
Lointains , des Terraffes , des Fabriques .
du Payfage & même des Animaux . Eh !
comment concevra- t'on que de pareils repos
nuifent au Peintre d'Hiftoire , qui par
là fe met au- deffus du befoin d'emprunter
une autre main , lorfque ces parties de
l'Art deviennent partie de fon ouvrage ?
Befoin où fe font fouvent trouvés des Peintres
, d'ailleurs habiles , mais qui pour n'e
JANVIER. 141 1749.
fre
pas affez généraux , ont presque tou
jours vû l'union de leur machine fouffrir
de cette affociation de travail . Mais il faut
qu'en même tems l'Auteur faffe le procès
aux Titiens , aux Caraches , aux Rubens
aux Pouffins , qui ont fans doute perdu leur
tems en s'occupant à de fimples Payfages ,
quoiqu'aujourd'hui ces fruits de leurs
amufemens ne fe retrouvent plus que
parmi les richeffes des plus célebres Cas
binets.
J'en viens à la feconde partie de la phra
fe citée, oùil plaît à l'Auteur de trouver M,
Pierre incapable de fe plier aux confeils falutaires
qu'on veut bien lui donner. Peutil
faire une pareille querelle à un homme
qui a donné un fi rare exemple du contraire
dans le concours des Tableaux pour le
Roi en 1747 M. Pierre inftruit par les
fentimens du public , que le fien ne répon
doit pas à l'idée qu'on avoit de lui , en
quinze jours de tems fe mit en état de le
retirer & d'en fubftituer un nouveau ,
dans lequel , fi la brieveté du tems laiffoir
quelque chofe à défirer par rapport au fini ,
au moins l'Artifte ne laiffoit rien de douteux
fur fa modeftie. On a admiré dans ce
Tableau cette belle fimplicité & ces graces
du pinceau , qui annoncent & terminent
les grands Ouvrages.
142. MERCURE DE FRANCE.
Tout ceci feroit fouhaiter , que lorfqu'on
veut expofer au public fes fentimens fur
les productions d'un Art aufli difficile , on
y apportât le ménagement fincére & la politeffe
naturellement due aux Artiftes dont
les travaux contribuent à l'honneur de
leur fiècle. Il eſt à craindre qu'une critique
dénuée de ces égards , loin de tourner
au profit des Beaux- Arts , ne ferve au contraire
qu'au découragement de ceux qui
les cultivent.
SUITE de la Defcription des Maladies
Vénériennes, Ouvrage dans lequel on traite
des Rétentions d'urine , & en général des
maladies de l'uretre. Par M. Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans la Compagnie
des Cent-Suiffes de la Garde de Sa
Majesté. A Paris , chez de la Guette , Im-:
primeur , rue S. Jacques , à l'Olivier ; bro
chure in- 12.
foit
L'Auteur de cet Ecrit eft très-connu
par fon expérience dans le traitement
des Maladies Vénériennes , foit par plufieurs
Ouvrages , tels que la Differtation
qu'il donna en 1726 fur ces Maladies , & la
Defcription Phyfiologique des differentes
caufes qui les produifent. En 1741 il parut
une fuite de ce dernier Traité , dans
laquelle M. Dibon entreprend de démonJANVIER.
1749.. 143
trer l'infuffifance des fumigations , & à
laquelle il a joint plufieurs obfervations
curicufes fur les fleurs blanches.
Quant à la Brochure que nous annonçons
, elle a été faite à l'occafion d'une
lettre anonyme , apparemment fort ignorée
, mais qui contient des fairs calomnieux
, dont il étoit intéreffant pour M.
Dibon de fe juftifier. Il dit à ce fujet dans
fa Préface , que la moitié de la vie ſe paſſe à
défendre les productions de l'autre , d'où il
arrive qu'au lieu d'ajoûter àſes connoiffances,
& de faire de nouvelles acquifitions , on n'est
occupé qu'à fe battre pour la poffeffion des anciennes.
Les differends de M. Dibon ne
l'ont pourtant point empêché d'ajoûter àfes
connoiffances, & ce dernier Ecrit en eft une
preuve, puifqu'il contient un grand nombre
de remarques utiles fur les Rétentions d'u
rine , & fur les autres maladies de l'uretre.
On ne peut même trop applaudir au
défintéreſſement de l'Auteur , qui donne à
la fin de fon ouvrage la compofition de
plufieurs Remedes , dont les Artiftes pourront
profiter.
Il fournit des moyens capables de détruire
toutes les digues ou carnofités , qui
fe forment dans l'intérieur du canal de
l'uretre , & il répond du fuccès de ces
moyens , lorfqu'ils feront accompagnés
44 MERCURE DE FRANCE.
du Remede , qu'il met en ufage pour la
guérifon des Maladies Vénériennes. M.
Dibon obferve que les maladies de l'uretre
peuvent être entretenues par un vice interieur.
Il prétend qu'on ne doit pas fe borner
à l'application des bougies introduites
dans le canal , mais que ce dernier topique
, fecondé par fon Remede , dont les
fuccès font connus depuis long-tems ,
feulement détruira la maladie qui fe trouve
dans l'uretre , mais encore mettra les
malades à l'abri des récidives.
ART DE LA GUERRE , par principes &
par régles. Ouvrage de M. le Maréchal
de Puyfegur , mis au jour par M. le Marquis
de Puyfegur , fon fils , Brigadier des Armées
du Roi , Colonel du Régiment de Vexin.
Nouvelle édition , propofée par foufcription
. En deux volumes in-4°. ornés de
vignettes , & accompagnés de plus de cinquante
planches. A Paris , chez Charles-
Antoine Jombert , Libraire du Roi pour
l'Artillerie & le Génie , Quai des Augufrins
, à l'Image Notre-Dame , 1749 .
Cet excellent ouvrage , que l'on propofe.
aujourd'hui par foufcription , a déja paru
au commencement de l'année 1748 , en
deux volumes in-folio , grand papier , accompagnés
de plus de quarante grandes
Planches & Cartes , & ornés de fort belles
vignetttes
JANVIER. 1749. 1.45
vignettes & fleutons , mais la grandeur de
ce format , & la magnificence avec laquelle
cette édition eft exécutée , en ont
tellement augmenté le prix , que la plupart
des Militaires , malgré le befoin & le
defir qu'ils ont de cet ouvrage , fe font
trouvés hors d'état de pouvoir l'acquerir.
Et comme cette édition in-folio n'a pû paroître
qu'au mois de Mars dernier , prefque
tous les Officiers étant déja partis , &
le peu qui en reftoit alors à Paris , é aut
occupé aux préparatifs néceffaires pour leuz
départ , ils n'ont pû fonger à acheter ce
Livre , qui d'ailleurs étoit d'une grandeur
à ne pouvoir être facilement tranfporté.
Ce font ces confidérations & l'envie
de diminuer le prix d'un Livre fi néceffaire
, qui ont déterminé le Libraire à propofer
aujourd'hui au Public ( fous le bon
plaifir de M. le Chancelier ) de foufcrire
pour une nouvelle édition du même ouvrage
, réduit à une forme plus commode
& plus portative , & dont le prix , étanc
beaucoup plus modique , conviendra
mieux aux perfonnes , qui fans beaucoup
de moyens defireront de s'inftruire dans le
grand Art de la Guerre. On efpére que
cette édition fera d'autant mieux reçue du
Public , que fans rien fupprimer ni du diſ-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
cours , ni des planches , qui font feulement
deffinées & gravées plus en petit , &
fans retrancher les vignettes & les autres
ornemens qui embelliffent l'édition in
folio , chacun pourra avoir ce Livre par
foufcription pour le tiers du prix que
coûte cette premiere édition , au moyen
de quoi beaucoup plus de Militaires fe
trouveront à portée d'en faire l'acquifition
.
Cet ouvrage , qui eft actuellement fous
preffe, formera deux volumes in-4°. d'environ
foixante feuilles chacun , de caractére
de faint-Auguftin , pareil au Profpectus ,
imprimées fur de beau Carré fin d'Auver
gne : il fera orné de vignettes & de fleurons
, & accompagné de cinquante & une
planches , qui feront gravées avec foin &
rirées fur du Carré fin double d'Auvergne .
Le prix pour les Soufcripteurs fera de
18 liv . en feuilles pour chaque exemplaire
, dont on payera 12 liv. en foufcrivant
, & les 6 liv. reftans , en retirant les
exemplaires . Les Soufcriptions ne feront
ouvertes que jufqu'à la fin de Mars
chain , paffé lequel tems on ne fera plus
admis à foufcrire . Cette nouvelle édition
fera achevée d'être imprimée vers la fin du
mois de Septembre 1749 , & fera délivrée
proJANVIER.
147 1749 .
alors par . préference aux Soufcripteurs á
ceux qui n'auront pas foufcrit , payerout.
ce Livre 24 liv . en feuilles .
Le prix de l'édition in-folio fera toujours
de liv. en feuilles , 60 liv . relié en un
54
volume , & 66 liv. relié en deux .
Le même Libraire vient d'imprimer
l'Arithmétique & la Géométrie de l'Officier
, avec un effai fur la Caftrametation ,
ou fur la mefure & fur la formation des
Camps. Par M. le Blond , Profeffeur de
Mathématique des Pages du Roi. En trois
volumes; in-8° . avec plus de cinquante
planches , 1748. Le prix eft de 18 liv.
L'effai fur la Caftramétation fe vend
auffi féparément , en un volume in- 8 °.
avec figures. 6 liv.
On trouve dans la même Boutique uns
nouvelle édition' augmentée de l'Art de
tourner en perfection , ou de faire toutes
fortes d'ouvrages au Tour. Par le Pere.
Plumier , Minime , in-folio , avec quatrevingt
planches, 1749. 24 liv.
BIBLIOTHEQUE choifie de Médecine ,
tirée des ouvrages périodiques , tant François
qu'Etrangers , avec plufieurs autres
piéces rares , & des remarques utiles &
curieuſes , par M. Planque , Docteur en
Médecine. Tome I. A Paris chez
d'Houry , pere , Imprimeur-Libraire de
Gj
>
148 MERCURE DE FRANCE.
,
M. le Duc d'Orleans rue de la vieille
Bouclerie , 1748 , in- 4° .
OBSERVATIONS fur les cauſes & les accidens
de pluſieurs accouchemens laborieux
, avec des remarques fur ce qui a été
propofé ou mis en ufage pour les terminer ,
& de nouveaux moyens pour y parvenir
plus aifément , par M. Levret , Maître en
Chirurgie , de l'Académie Royale de Chirurgie
, & Chirurgien ordinaire du Roi
en fon Artillerie. A Paris , chez de la
Guette , Imprimeur de l'Académie Royale
de Chirurgie , rue Saint Jacques , in - 8 ° .
1747 , de 160 pages , fans la Préface de
16 , & la Table des matieres de 8 , planche
détachée. 1
On publie à Londres par foufcription
un ouvrage intitulé , Uranographia Britannica
, fur cinquante grandes planches
en taille douce , actuellement gravées. Ces
planches feront précédées d'une introduction
, qui fera imprimée en Anglois & en
François , & les Soufcripteurs auront la
liberté du choix , ou de prendre les deux.
L'introduction fera fuivie d'une table alphabétique
de toutes les particularités contenues
dans l'introduction & les remarques
, & d'un Catalogue complet de toutes
les étoiles renfermées dans l'Uranographie.
Le tout fera imprimé fur de trèsJANVIER
. 1749. 149
beau papier , fait exprès pour cet ouvrage,
qui a été compofé fous la direction & avec
le fecours des Aftronômes Anglois les plus
diftingués. Le prix de la foufcription eft
de deux guinées , qui feront payées en foufcrivant
, & fera de deux livres fterlings
quinze fchellings pour ceux qui n'auront
point foufcrit. On n'a reçû ce projet de
foufcription que depuis peu de jours , &
il auroit été inutile d'en annoncer les conditions
, puifqu'elle a été fermée à Noël
dernier , fi M. Julien , demeurant à Paris
à l'Hôtel de Soubize , n'avoit foufcrit pour
cent exemplaires , pour lefquels il recevra
des foufcriptions jufqu'au mois de Mars
prochain , à raifon de 48 liv . l'exemplaire ,
après quoi , s'il lui en refte , il ne les délivrera
que pour le prix de 66 liv . On trouvera
l'Uranographie à Nuremberg , chez
les Héritiers d'Homann, Géographes ; à Berlin
, chez S. Paul , chez S. E. M. le Comte
de Schmettau ; chez Schatz , Profeffeur en
l'Univerfité de Strasbourg ; chez Reimfand,
Libraire à Turin ; Jeandron , Marchand à
Liſbonne ; Dandet , Marchand d'Eftampes
à Lyon Covens & Mortier , Libraires à
Amfterdam ; Bourguignon , Libraire à Liège ;
J. Leonard , Libraire à Bruxelles ; P. de
Goëfin , Libraire à Gand , & Bachelet
Marchand , rue des Soeurs noires , à Lille,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
On pourra voir des épreuves de cet ouvra
chez le Sieur Julien , & fçavoir en quel
tems on le délivrera tout complet.
-ge
NOUVELLE CARTE , dreffée par M. Bellin
, Ingénieur ordinaire de la Marine . A,
Paris , chez l'Auteur , rue Dauphine .
ELEMENS de Chymie théorique , par
M. Macquer , Docteur Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , & de l'Académie
Royale des Sciences. A Paris , chez
Jean-Thomas Hériffant , Libraire , à Saint
Paul & à Saint Hilaire , 1749 , in- 12 .
TRAITE d'Education Chrétienne &
Littéraire , propre à infpirer aux jeunes
gens les fentimens d'une folide piété , &
à leur donner le goût des Belles Lettres .
Ouvrage également utile aux Maîtres , aux
parens & à la jeuneffe. Deux volumes in-
12. chez le même Libraire.
LES TABLETTES de l'Oracle , Etrennes
pour les Demoifelles , contenant un jeu
nouveau , propre à amufer toutes fortes de
compagnies , fans crainte d'aucune perte ,
pour l'année 1749. A Paris , chez Mefnier
, Libraire- Imprimeur du Confeil du
Roi , rue Saint Séverin , au Soleil d'or.
LE CALENDRIER des Dames , contenant
le portrait des Femmes Illuftres à chaque
mois , un ordre chronologique de la Monarchie
Françoiſe , avec les curiofités du
JANVIER. 1749. 151
Parc de Versailles , & un Plan de Paris ,
pour l'année 1749 , chez le même Libraire.
RECUEIL de Traités fur l'Electricité , traduit
de l'Allemand & de l'Anglois , divifé
en trois parties avec des planches , contenant
1 °. un effai fur la nature , les effets &
les caufes de l'Electricité , traduit de l'Aldemand
de M. Winckler , Profeffeur à
Leipfick ; 2 °. des expériences & obfervations
pour fervir à l'explication de la nature
& des propriétés de l'Electricité , traduites
de l'Anglois d'après la feconde édition
de M. Watfon , de la Société Royale
de Londres , avec la fuite de ces mêmes
expériences & obfervations ; 3 ° . un effai
fur la caufe de l'Electricité , & fur fon influence
dans les rhumatifmes du corps humain
, dans la nielle des arbres , dans les
vapeurs des mines , dans la plante fenfitive
, &c. traduit de l'Anglois d'après la
feconde édition de M. Freke , de la Société
Royale de Londres , & Chirurgien de
l'Hôpital de Saint Barthélemi à Londres ,
avec un fupplément ; 4° . un effai fur l'Electricité
, contenant des recherches fur fa
nature , fes caufes & fes propriétés , fondées
fur la théorie du mouvement de vibration
, de la lumiere & du feu , de M.
Newton , & fur les phenoménes expofés
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
dans quarante- deux expériences capitales ,
avec quelques obfervations qui ont rapport
à l'utilité de la vertu électrique , traduit
de l'Anglois de M. Martin , Lecteur.
de Phyfique . Ce Recueil fe trouve à Paris,
chez Sebaftien Jorry , Imprimeur-Libiaire,
Quai des Auguftins, près le Pont S. Michel,
aux Cigognes , 1748 , in- 12 .
RECUEIL de differens Traités de Phyfi
que & d'Hiftoire naturelle , propres à perfectionner
ces deux Sciences , par M. Def-
Landes. Seconde édition , corrigée & augmentée
de plufieurs nouveaux Traités. A
Paris , chez J. F. Quillan , fils , Libraire ,
rue Saint Jacques , vis- à- vis celle des Mathurins
, aux Armes de l'Univerfité , 1748.
Volume in- 12. de 316 pages.
BIBLIOTHEQUE des Ecrivains de Milan ,
par M. Argelati , précédée de l'Hiſtoire
Littéraire Typographique de la même
Ville , par M. Saxi . Deux volumes in -fol .
A Milan , 1745.
TRAITE' de la Céphalatomie , ou Def
cription anatomique des parties que la
tête renferme. Ouvrage enrichi de figures.
en taille douce , deffinées & gravées d'après
nature , par J. B***. Chirurgien Juré
d'Avignon. A Avignon chez François
Girard , Imprimeur-Libraire , Place Saint
Didier , & fe vend à Paris , chez. Huart
JANVIER. 1749. 153
& Moreau , fils , Libraire de la Reine , &
Libraire -Imprimeur de Monfeigneur le
Dauphin , rue Saint Jacques , à la Juftice ,
in-4° . de 448 pages.
DEFENSE des principaux articles de la
Foi Catholique , contre M. Elms , Miniftre
de l'Eglife Anglicane , par M. Tilly , Chanoine
Régulier de Prémontré , de l'Abbaye
de Valfery , Docteur en Théologie .
A Soiffons , chez Pierre-Nicolas Waroquier,.
1748 , in- 12 . de 422 pages.
OUVRAGE de piété , divifé en quatre
parties , fçavoir , Réflexions , Actions de
graces , Prieres & Méditations fur les
principaux Myftéres , & fur les vérités les
plus importantes de la Religion , par M.
Guéroult , Prêtre du Diocéfe de Rouen .
A Paris , chez Mérigot , Quai des Auguf
tins , aux Armes de France , in- 12 , de:
346 pages.
LA GRANDE COLLECTION des Annales
de Baronius , avec la Critique du Pagi , &
la continuation de Raynaldi , le tout im
primé à Luques , en 32 volumes in -folio ,
fe trouve à Paris , chez Montalant , Quai
des Auguftins .
HORLOGE PERPETUELLE pour tout le
tour de la Terre , depuis le trente-huitiéme
jufqu'au cinquante-deuxième degré de
latitude , particulierement pour les Vil-
G.v.
154 MERCURE DE FRANCE.
les de Paris , de Lyon , & leurs Pays circonvoifins.
A Lyon , chez de la Roche ,,
& fe trouve à Paris , chez Coignard , rue
Saint Jacques..
ALMANACH de poche , ou abregé trèscurieux
& très-utile au commerce du monde
, pour l'année 1749. A Paris , chez:
Lefclapart , Quai de Conty , & chez Lef
ciapart , pere , rue Saint André , vis - à- vis
la rue Pavée.
LE TABLEAU des Théatres , Almanach
nouveau pour l'année 1749 , où l'on
trouve leur origine , le nom des Acteurs ,
Actrices , Danfeurs , Danfeufes , & des.
perfonnes qui y font attachées ' , avec les
piéces qui ont été repréfentées l'année précédente
, & le nom des Auteurs , revû ,.
corrigé & augmenté de plufieurs portraits:
nouveaux. A Paris , chez la veuve Delor-.
mel & fils , Imprimeurs , Libraires de l'Académie
Royale de Mufique , rue du Foin ,.
vis- à- vis la rue des Noyers , à l'Image
Sainte Geneviève .
ALMANACH merveilleux , contenant
'des évenemens rares arrivés dans differens
Pays , chez les mêmes .
ETRENNES MIGNONES , curieufes & uti
les , A Paris , chez Durand , Libraire , rue
SaintJacques , au Griffon .
ALMANACH de Cabinet , cliez le même..
JANVIER. 1749. 355
ALMANACH ROYAL pour l'année 1749 ,
in-8°. A Paris , chez Lebreton , rue de la
Harpe , au Saint Efprit .
Le CALENDRIER DE LA COUR , imprimé
pour la Famille Royale & la Maiſon
de Sa Majesté. A Paris , chez J. F. Colombat
, rue Saint Jacques .
>
ALMANACH SPIRITUEL pour l'année
1749 , où font marquées les folemnités
Prédications , Indulgences , expofitions
qu'il y aura dans les Eglifes , &c. A Paris,
chez de la Guette , Imprimeur- Libraire ,
rue Saint Jacques , à l'Olivier.
REFLEXIONS fur la divinité de la Religion
& contre le Déifme , par M, Cazalez
, Docteur , in- 12. A Paris , chez Langlois
, Libraire , rue Saint Jacques , à la
Couronne d'or.
NOUVELLE TRADUCTION de Salufte ,
ou de l'Hiftoire de la conjuration de Cauilina
, & de la guerre des Romains contre
Jugurtha , avec des notes critiques fur le
texte , par M***. de l'Oratoire . A Paris ,
chez Lottin & Butard, Libraires , rue Saint
Jacques , à la Vérité.
L'HISTOIRE de la France & l'Hiftoire
Romaine , par demandes & par réponſes.
Nouvelle édition , corrigée & confidérablement
augmentée. Deux volumes in - 1 2 .
Brix 6 liv. A Paris , chez le Gras , Li-
G vj
150 MERCURE DEFRANCE .
braire , grande Salle du Palais , chez Poirion
, rue Saint Jacques , & chez Defprez.
& Cavelier , Libraires , rue Saint Jac
ques..
DEFENSE du Dogme Catholique fur l'éternité
des peines , par Dom Sinfart , Abbé
Régulier de Munfter , au Val S. Gré
goire , Ordre de Saint Benoît , de la Congrégation
de Saint Vanne , ouvrage dans :
lequel on réfute les erreurs de quelques .
modernes , & principalement celles d'un
Anglois. A Strasbourg , & fe trouve à
Paris , chez Quillan , fils , Libraire , rue
Saint Jacques..
LES AMUSEMENS du coeur & de l'efprit,.
pour l'année 1748. Seconde divifion in-
12. A Paris , chez le même.
PORTRAIT de la femme forte & vertueufe
, tiré de l'Ecriture Sainte. A Paris ,
chez Babuty , Libraire , rue Saint Jacques ,
à Saint Chryfoftome.
L'ORDINAIRE de la fainte Meffè, en La.
rin & en François , avec les fept Pfeaumes,
les Litanies des Saints , les Vêpres- dù Di---
manche , les Complies , lès Hymnes & ;
Profes de l'année , & celles dù· nouveau
Breviaire , le Salur du Saint Sacrément ,.
A Paris , cliez André Morin , Librairerue
Saint Jacques , à Saint François de
Sadeas
JANVIER.. 1749%
STYLE & régles de procédure des differens
Tribunaux du Royaume en matiere
civile , criminelle & bénéficiale , fuivant
les Ordonnances , Edits & Déclarations ,.
intervenusjufqu'à préfent , in-4 . AParis,
chez Legras , au Palais..
LES VIES des Hommes Illuftres de la
France , continuées par M. l'Abbé Peran,
Licentié de la Maifon & Faculté de Sorbonne
.. Tome XVI. A Amfterdam , & fe:
vend à Paris , chez le même.

ALMANACH galant , dédié au beau fexe ,
pour l'année 1749. A Paris , chez Guef
fer , Parvis Notre Dame , à la Liberalité.
TABLETTES hiftoriques , généalogiques
& chronologiques. Premiere partie ,
qui comprend la fucceffion des Papes ,
Empereurs , Rois , & autres , Souverains
de l'Allemagne & de l'Italie , avec l'état
préfent des Maifons regnantes , les Grands
Maîtres de Malthe & de l'Ordre Teutonique
, les Ordres Militaires & de Che
valeries qui fubfiftent: Deuxième partie
qui comprend la fucceffion des Rois &
Reines de France , des anciens Souverains :
de differentes Provinces du Royaume , &:
des Poffeffeurs des grands.Fiefs , avec des
Bemarques hiftoriques & généalogiques.
Troifiéme, partie qui comprend la fuccef .
fon des Ducs , Princes & Grands d'Efpa
~ 158 MERCURE DE FRANCE.
gne François , avec l'état préfent de leurs
familles ; la fuite des Grands Officiers de
la Couronne , des Chevaliers & Officiers
de l'Ordre du Saint Efprit , depuis fon inftitution
; les Chevaliers de la Toifon d'or
qui font en France ; les Gouvernenrs actuels
des Provinces ; les Papes & les Cardinaux
François , & les Prévôts de Paris .
A Paris, chez Legras , au Palais.
>
ALPHABETHOMANCIE ou l'Almanach
des Dames , pour l'année 1749. A Am-
•·fterdam , & fe trouve à Paris , chez Grangé,
au Palais.
י
CALENDRIER du Théatre François ,
depuis fon origine jufqu'à préfent. A
Paris , chez Cailleau , rue S. Jacques.
ETRENNES GALANTES pour l'année
1749 , & un nouveau Recueil de Vaudevilles
, Mufettes , & c. A Paris , chez Daumont
, rue de la Féronnerie , à l'Aigle d'or ..
POESIES Françoifes & Latines , fur la
prife de Bergoploom , & fur la Paix ,
dédiées
à M. le Maréchal de Lowendalh , par
M. des Forges- Maillard , Affocié de l'Académie
des Belles - Lettres de la Rochelle
& de celle d'Angers. A Rennes , chez Jofeph
Vatard , 1748 .
EUVRES de M. Autreau. 4. vol . in- 12..
A Paris , chez Briaffon , rue S. Jacques ,,
ala Science ,, 1749%.
JANVIER. 1749. 1599
M
de-
Onfieur Tarin , Démonftrateur en
Anatomie à la Charité , ayant ,
puis la mort de M. Duverney , continué:
de concert avec M. Gautier les planches,
anatomiques en couleur , annonce pour
fin de Mars cinq planches , concernant l'anatomie
de la tête , avec leur explication
en François & en Latin..
la
La premiere planche eft compofée de
quatre figures elle repréfente la tête
dépouillée de régumens , du crâne & de
la dure-mere , de maniere . ༠ qu'on puiffe
voir de côté le cerveau , le cervelet , les
cornes de befier , & quelques parties des :
narines. 2°. Le cerveau & le cervelet vûs
en arriere. 3º. La partie fupérieure de la .
langue. 40. Sa partie inférieure.
9:
9
La feconde planche repréfente la tête
coupée de façon qu'on voit dans la même
figure la face inférieure du cerveau
du cervelet & de la moëlle allongée
l'origine des nerfs , la baze du crâne , la
fortie des nerfs par cette baze , & quelques:
parties de l'oeil ; les autres figures concer--
nent les autres parties de l'oeil.
On donne dans la troifiéme planche la
figure d'une coupe de la tête & du col conçus
, divifés par un plan vertical en deux
parties égales & fymmétriques , de maniere
1:50 MERCURE DE FRANCE .
néanmoins que les parties communes à l'un
& à l'autre côté font confervées. On y
fait voir , autant qu'il eft poffible , tout ce
que peut préfenter une pareille coupe.
La quatriéme planche renferme , 10. la
figure de quelques parties des narines .
2. La tête coupée , de maniere qu'on puiffe
voir la partie antérieure du cerveau , le
fac lacrymal , toutes les parties de la bouche
& c. & fa fituation . 3. Une сопре horizontale
de la tête , qui repréfente les corps
cannelés , les cornes de belier , les couches
des nerfs optiques , la voute à trois.
pilliers , la face inférieure du corps
leux , & c .
cal-
La cinquiéme planche eft compofée , 1º.
d'une coupe horizontale de la tête , dans
laquelle on voit le corps calleux , le centre
ovale , la glande pinéale , les nates
les tetres , la face fupérieure du cerveler,
&c. 2°. d'une coupe horizontale des narines
& dés finus maxillaires. 3. d'une
coupe verticale de la tête , d'une oreille à
l'autre .
Le public pourroit fe plaindre de ce
qu'on l'a fait attendre . Cependant pour
peu qu'on foit inftruit de la difficulté de
l'ouvrage , on conviendra fans peine qu'on
ne pouvoit s'en tirer qu'avec le tems...
Heureux encore , fi avec tous les foins que
JANVIER. 1749 . 161
l'on y a apportés , on peut avoir le bonheur
de fatisfaire les fçavans & les curieux
; on compte donner dans la fuite
douze planches pour fervir de continuation
à celles- ci. Elles repréfenteront les
parties de la génération de l'un & l'autre
téxe , le fetus , & c. Mais comme il n'y en
a encore que très- peu d'ébauchées , on les
annoncera de nouveau , lorfqu'elles feront
toutes prêtes à être gravées , telles que
font celles dont il s'agit préfentement.
M. Tarin aura l'honneur de foumettre
les planches , avant qu'elles foient gravées,
au jugement des Anatomiftes , fur lesquels
le Public pourra compter, & il témoignera
fa reconnoiffance à ceux qui voudront
bien lui donner des avis , comme il le fait
aujourd'hui à M. Fager , Chirurgien Major
de la Charité , & à Meffieurs de la Charité,
furtout au Pere Souprieur , qui ont bien
voulu lui procurer toutes les commodités.
poffibles pour l'exécution de cet ouvrage.
162 MERCURE DE FRANCE
PRIX d'éloquence & de Poësie ,
pour l'année 1749.
L'Avirgrau ,Fetede Saint Louis,
E vingt-cinquième jour du mois
l'Académie Françoife donnera le prix d'Eloquence
, fondé par M. de Balzac , l'un
des Quarante de l'Académie. Elle propofe
pour fujet : Il est avantageux d'avoir éprouvé
l'adverfité , fuivant ces paroles de l'Ecriture
, Bonum mihi quia humiliafti me. Pfalm .
118. v . 71.
On ne recevra aucun Difcours fans une
Approbation fignée de deux Docteurs de
la Faculté de Théologie de Paris , & y réſidant
actuellement.
Le même jour , elle donnera le prix
de Poëfie , fondé par M. de Clermont-
Tonnerre , Evêque & Comte de Noyon ,
Pair de France , & l'un des Quarante de
P'Académie. Le fujet qu'elle propofe , eft :
L'Amour des François pour leurs Rois , con-
Sacré par des monumens publics . La Piéce
n'excédera point le nombre de cent vers ,
& on y ajoutera une courte priere à Dieu
pour le Roi , feparée du corps de l'ouvrage
, & de telle mefure de vers qu'on voudra.
Elle donnera auffi le même jour un auJANVIER.
1749 163
tre prix de Poëfie , fondé par M. Gaudron ,
& dont le fujet fera : Les malheurs attachés
à la vengeance. Cette Piéce doit être de
même étendue que la premiere , c'est- àdire
, d'environ cent vers.
Les Auteurs ne mettront point leur nom
à leurs ouvrages , mais une marque ou un
paraphe, avec un paffage de l'Ecriture Sainte
pour les Difcours de Profe , & telle autre
Sentence qu'il leur plaira , pour les Piéces
de Poëfie.
Toutes perfonnes , excepté les Quarante
de l'Académie , feront reçues à compofer
pour ces trois prix .
Ceux qui prétendent aux prix , font
avertis que les piéces des Auteurs qui fe
feront fait connoître , foit par eux- mêmes,
foit par leurs amis , ne concourront point ,
Meffieurs les Académiciens ont promis
de ne point opiner fur les piéces , dont
les Auteurs leur feront connus.
&
que
Les Auteurs feront obligés de faire remettre
leurs ouvrages , avant le premier
jour du mois de Juillet prochain , à M.
Coignard , Imprimeur ordinaire du Roi ,
& de l'Académie Françoiſe , rue S. Jacques ,
& d'en affranchir le port , autrement ils
me feront point retirés.
164 MERCURE DE FRANCE .
ESTAMPE NOUVELLE.
MOyrean , Graveur du Roi , vient de
metttre au jour une nouvelle Eftampe
, d'après Pierre Wouvermens , c'eſt la
foixantiéme de fa fuite , & elle a pour
titre , les Marchands Forains . Le Tableau
vient du Cabinet du Comte de Bruhl ,
Premier Miniftre du Roi de Pologne ,
Electeur de Saxe.
NOUVELLES ETRANGERES.
DE WARSOVIE, le 22 Décembre.
E départ de leurs Majeftés pour Drefde eft
>
croit ici
plus grande partie de l'hyver. Il paroît une Lifte
des Seigneurs Polonois , qui doivent , fuivant l'ufage
, demeurer fucceffivement auprès du Roi pendant
l'année prochaine . Les nouvelles de Prague
du précédent ordinaire portoient que les troupes
Ruffiennes , qui font en Boheme & en Moravie
devoient reprendre la route de Ruffie , auffi - tôt
que la gelée auroit rendu les chemins plus praticables
, mais depuis il s'eft répandu un bruit qu'elles
ne le mettroient point en marche avant le
payement de ce qui eft dû à la Cour de Péterf
bourg fur le fubfide que le Roi de la Grande Bre- .
tagne & les Etats Généraux des Provinces Unies
·
JANVIER. 1749. 165
font convenus de lui payer. On mande de cette
derniere Ville , que l'on continuë de travailler aux
préparatifs néceffaires pour le voyage que l'Impé
ratrice de Ruffie fe propofe de faire à Moscou .
Selon les mêmes lettres , le Comte de Finckeinftein
, Miniſtre Plénipotentiaire du Roi de Prufle à
Pétersbourg , a reçû fes Lettres de rappel , & il
aura ces jours-ci fon audience de congé de l'Impératrice
de Ruffie. Il fera remplacé par le Baron
de Goltz , Confeiller Privé d'Ambaffade, qui prendra
la qualité d'Envoyé Extraordinaire. Ces lettres:
ajoûtent que le 24 du mois dernier M. Leftocq ,
Confeiller Privé , Intendant Général des Colléges
de Médecine & de Chirurgie de la Ruffie , fut arrêté
dans fa maiſon , en revenant du Palais , par un
Détachement des Gardes Préobrafinsky , & l'on
mit le fcellé fur tous fes papiers. On s'eft auffi
aflûré de fon époufe & de trois autres perfonnes
avec lesquelles il avoit une étroite liaiſon . Il eft
accufé d'avoir voulu troubler la bonne intelligence
qui regne entre les Cours de Vienne & de Péterfbourg.
Les Commiffaires , chargés d'examiner
ces prifonniers , leur ont déja fait fubir plufieurs
interrogatoires . On prétend que le Gouver
nement de Ruffie a tiré de la Dame Leftocq plufieurs
éclairciffemens fur les fairs dont il prétendoit
être inftruit .
Quoique dans le dernier Senatus - Confilium
il ait été décidé que les circonftances n'étoient pas
favorables pour affembler une Diette extraordinaire
, cependant on a laiffé au Roi la liberté
de la convoquer , mais il y a apparence que
Sa Majefté ne prendra pas ce parti . Ainfi Pon
ne s'attend point à voir d'affemblée des Etats avant
celle qui doit fe tenir à la fin de l'année 1750.
Ilfe confirme que Leurs Majeftés ne retourneront
166 MERCURE DE FRANCE .
"
à Drefde , que dans le mois de Mars prochain .
On prépare diverfes Fêtes pour le Carnaval , &
l'on attend plufieurs perfonnes de diftinction , qui
doivent venir y prendre part. L'anniverſaire de
la naiffance de la Reine qui eft entrée dans
la cinquantiéme année de fon âge , fut célebré le
8 de ce mois avec beaucoup d'éclat . A cette occafion
, leurs Majeftés reçurent les complimens des
Miniftres étrangers , des Sénateurs & des Grands
Officiers de la Couronne . Elles dînerent en public
à une table de cinquante couverts , & le foir
il y eut un magnifique Bal. Il y a eu auffi de
grandes réjouiffances à la Cour pour la naiffance
du fecond Prince , dont la Reine des Deux Siciles
eft accouchée. On ne parle point encore de la
marche des troupes Ruffiennes , qui ont leurs
quartiers dans la Boheme & dans la Moravie.
Les Lettres de Pétersbourg marquent que le départ
de l'Impératrice de Ruffie pour Mofcou , eft
fixé au 26 de ce mois. Selon les mêmes lettres
, M. Leftocq , qui , ainfi que ſon épouſe , a
été conduit à la Citadelle de Pétersbourg , a été
dépouillé des marques des Ordres dont il avoit
été nommé Chevalier , & celles de l'Ordre de
l'Aigle Noir , dont le Roi de Pruffe l'avoit honoré,
ont été reportées chez le Miniftre de Sa Majefté
Pruffienne. Le 3 les Commiffaires qui ont été
donnés à ce prifonnier , lui firent fubir un nouvel
interrogatoire . Il fit demander les à l'Impératrice
de Ruffie la permiffion de lui adreffer un Mémoire,
& cette grace lui fut accordée mais ce qu'il
a écrit pour fa juftification , n'a produit aucun
effet . Le 7 , on publia que toutes les perfonnes à
qui il devoit , ou qui pouvoient lui devoir quelque
chofe, euffent à faire leurs déclarations à fes Commiffaires.
Un Inventaire de tous les effets a été
>
>
JANVIER. 1749. 167
dreffé par ordre du Gouvernement de Ruffie , &
on les fait monter à plus de trois cens mille roubles
. On arrêta le 8 un Négociant étranger, accufé
d'avoir part à l'affaire pour laquelle on fait le procès
à M. Leftocq , mais ce Négociant , après avoir
été examiné , a été remis en liberté .
DE STOCKHOLM , le 23 Décembre.
M. de Wind , Envoyé Extraordinaire du Roi
de Dannemarck , s'étant plaint de certains bruits
qu'il prétendoit avoir été répandus par des fujets
du Roi , & qui pouvoient altérer la bonne intelligence
entre les deux Cours , Sa Majesté a
défendu de continuer de répandre de pareils bruits
& elle a ordonné d'en chercher les auteurs . Elle
a en même tems fait affûrer M. de Wind , qu'elle
n'avoit rien plus à coeur que de conferver une
parfaite union avec le Roi de Dannemarck , &
qu'il étoit faux qu'elle pensât à former la moindre
entreprife contre la Norwege. Le Prince Succeffeur
a déclaré que dans le mois de Mars prochain
, il iroit vifiter les réparations & les aug
mentations faites aux Places de la Finlande , d'ou
l'on mande qu'on a ajouté deux nouveaux Forts
à ceux qui avoient été déja conftruits fur les bords
de la riviere de Kimen . Suivant les avis reçus
deWarfovie , le Roi de Pologne Electeur de Saxe,
a difpofé de la Châtellenie de Samogitie en faveur
de M. Van Pas , Starofte de Schwaidan . Le Comte
Potocky , Palatin de Belcz , & le Comté de Sulluhub
, Caftellan de Willebfch , ont terminé à l'amiable
les differends qui fubfiftoient entr'eux depuis
long - tems. On a appris de Pétersbourg ,
que le 6 de ce mois , jour de l'anniverfaire de
l'avenement de l'Impératrice de Ruffie au Trône
168 MERCURE DE FRANCE.
1
les Miniftres étrangers & les Seigneurs & Dames .
de la Cour , s'étant affemblés vers les onze heures
du matin dans l'appartement de cette Princeffe
elle fe rendit à fa Chapelle , où elle entendit
l'Office , qu'elle reçut enfuite les complimens de
la Nobleffe ; que l'après- midi , elle fit la revue
de la Compagnie de fes Gardes du Corps , &
qu'elle foupa le foir avec les principaux Officiers
de cette Compagnie. Pendant la journée , on fit
plufieurs falves de l'artillerie de la Citadelle &
de l'Arfenal , & il y eut des illuminations pendant
la nuit dans toute la Ville La Fête de Sainte Catherine
, dont la Grande Ducheffe de Ruffie porte
le nom, fut celebrée les avec beaucoup de magnificence.
Le Grand Duc donna l'après - midi un
Bal , & le foir un fouper , auquel cent foixante &
dix Seigneurs & Dames furent invités . M. Lomonozow
, Profeffeur en Chymie , & Académicien
de l'Académie de Pétersbourg a composé à la
louange de l'Impératrice de Ruffie une Ode , pour.
laquelle cette Princeffe lui a fait préfent de deux
mille roubles.
DE BERGEN en Norvege, le 15 Décembre.
Il y eut ces jours derniers une des Aurores
Borcales , les plus confidérables qu'on ait vûes dans
ce Royaume depuis un grand nombre d'années .
D'abord , il parut deux arcs lumineux , l'un d'une
beaucoup plus grande courbure que l'autre , qui
Occupoient tout l'efpace de l'horifon , compris
entre l'endroit où le Soleil s'étoit couché , & celui
du lever de la Lune. On voyoit fortir de ces arcs
diverfes colomnes d'une lumiere blanchâtre . Elles
s'élevoient à la hauteur de trente- cinq dégrés ,
& étoient paralleles. Vers les huit heures du foir ,
on
JANVIER, 1749. 169
on apperçut des ondulations de feu , qui fe portoient
en tout fens avec un mouvement fort rapide.
Les deux arcs fe rempirent en plufieurs endroits
, & laifferent échapper des efpeces de globes
, dont la plupart fembloient jetter des flammes.
A ces globes fucceda une quantité prodigieufe
de rayons , qui couvroient toute la partie
feptentrionale du Ciel . Ils y répandirent des vapeurs
blanches , que leur agitation diffippoit prefque
auffi-tôt qu'elles fe formoient. Au Zenith ,
appercevoit une place circulaire , où le formoient
differentes apparences , dont la variété dépendoit
du mouvement d'un nuage qui y réfléchiffoit la lumiere.
Ce Phénomene dura jufqu'à près de minuit
dans fa plus grande force. Enfuite , diminuant in
fenfiblement, il difparut entierement vers les deux
heures du matin.
on
DE COPPENHAGUE , le 28 Décembre:
Leurs Majeftés , acompagnées de la Princeffe
Louife , fe rendirent le 18 de ce mois , au nouveau
Théâtre qu'on a conftruit pour les Comédiens
François , & elles virent repréfenter la Comédie
intitulée le Joueur. Les Vaiffeaux , deftinés pour la
Chine , font prêts à faire voile . Ils font commandés
par les Capitaines Witen & Acqueleye . On a
lancé à l'eau la femaine derniere , dans le chantier
de la Compagnie des Indes Orientales , une
fregate qui a été nommée Ringernes Onske , Le
Roi a fait payer ces jours ci une fomme confidéra .
ble fur les anciens emprunts faits par l'Etat . Plufieurs
des perfonnes , qui étoient dans le cas d'être remboui
fées , avoient demandé de ne pas l'être , & elles
propofoient qu'on réduisit de cinq à quatre
pour cent les intérêts qu'elles recevoient pour
H
170 MERCURE DE FRANCE.
leurs capitaux , mais Sa Majesté n'a pas voulu
confentir à cet arrangement. M. de Gerfdoiff ,"
Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc , Conſeiller
Privé , Maître des Cérémonies , Grand Bailly de
Zélande , & Bailly de cette Ville , mourut la nuit
du 16 au 17. M. Rafmuffen , Confeiller d'Etat
Secrétaire de la Chancellerie , Affeffeur de la
Haute Juftice , & Membre de la Commiffion des
Pauvres , eft mort il y a quelques jours . On a appris
d'Elfeneur , que M, Heilsberg , Gentilhomme
de la Chambre du Roi , y étoit mort auffi la femaine
derniere , Sa Majefté a accordé au Baron de
Pleffen , un de fes Chambellans , la Charge de
Maître des Cérémonies , qu'avoit M. de Gerfdorff.
Depuis le rétabliffement de la paix générale ,
plufieurs des matelots qui ont déferté , ayant fait
repréfenter au Confeil de la Marine que file
tems fixé par l'amnistie qui leur avoit été accordée
fous le regne du feu Roi , & dont ils n'avoient
pu profiter à caufe des engagemens qu'ils avoient
pris pendant la guerre , n'étoit pas expiré , ils
ne défireroient rien avec plus d'ardeur que de
revenir dans leur patrie ; le Roi a fait publier un
pardon général pour tous ceux qui fe rendroient
d'ici à trois ans , dans un des Ports de ce Royaume
ou de celui de Norwege. Sa Majefté a bien voulu
ne pas preferire un moindre terme , afin que les
matelots , qui font engagés dans des voyages de
long cours , puiffent profiter de la grace qui leur
eft offerte. On a embarqué fur les deux Vaiffeaux,
deftinés à faire voile pour la Chine un grand
nombre de pieces de drap fin , de la Manufacture
de M. Vie de Courtonne , Conſeiller du Confeil
de Commerce. La place de Député au Commiffariat
Général , vacante par la mort de M. Wardorff,
a été donnée à M, Lincs , Auditeur Général des
>
JANVIER.
171 1749:
?
troupes. M Hauch , Lieutenant Colonel du Régiment
de Faifter eft allé en Norwege exécu
ter un ordre du Gouvernement. On a porté avec
beaucoup de pompe à l'Eglife Allemande le corps
de feu M. de Gerfdorff Le convoi étoit compofé
de cinq caroffes de deuil , attelés de fix chevaux
, & dans l'un defquels étoient M. Viereg ,
Capitaine d'une Compagnie dans les Gardes Danoifes
, & le Colonel Neftin , qui portoient fur des
couffins le cordon de l'Ordre de l'Eléphant , & la
clefde Chambellan.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 4 Janvier.
1
Ne Commiffion particuliere vient d'être éta
blie par l'Impératrice Reine , pour régler ce
qui concerne l'aliénation de quelques - unes de fes
Terres domaniales . C'eft fans fondement qu'on
avoit publié que le Roi de Bologne Electeur de Sa
xe avoit nommé le Comte de Vizthum , fon Minif
tre auprès de L. M. Imp. & l'on a appris que le
Comte de Flemming devoit venir réfider ici en
cette qualité. Le Feldt Maréchal Comte de Bathiany
a été déclaré Gouverneur de l'Archiduc Jofeph.
L'impératrice Reine a dif ofé du commandement
des troupes dans la baffe & dans la haute
Autriche , en faveur du Comte de Daun . Par un
Courier arrivé depuis peu de Nice , on a reçû le
rélultat des premieres Conférences que le Général
Comte de Browne y a eues avec le Maréchal
Duc de Belle- Ife & le Marquis de la Mina Un
differend étant furvenu entre l'Evêque de Conftance
, & les Religieufes du Monaftere de Reichenau
ce Prélat s'eft adreflé à l'Empereur , & a
> Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
obtenu un Conclufum du Confeil Aulique , par
lequel il eft ordonné auxdites Religieufes de fe
foumettre dans quinze jours à leur Evêque ,
fous
peine d'être privées de la protection de l'Empire ,
& d'être exilées de fon territoire ,
Il paroît certain que les Régimens d'Infanterie
de Winceflas Wallis , de Henri Daun , d'Andlau ,
de Merci , de Pallavicini , de Staremberg , de
Jeune Konigseg , de Hagenbach , de Leopold
Palfy , de Giulay , de Vettes & de Sprecher ,
& ceux de Dragons de Savoye , de Saxe- Gotha ,
de Ballayra & de Holli , refteront en Italie ;
qu'on laiffera dans les Pays- Bas les Régimens
d'Infanterie de Charles de Lorraine , de los Rios ,
de Prié , d'Aremberg , de Bayreuth , de Salm ,
de Damnitz & de Platz ; celui de Cuiraffiers de
Bentheim , & celui de Dragons de Ligne ; qu'on
diftribuera des quartiers en Boheme , aux Régimens
de Neuperg , de Vivary , de Hallen , de
Botta, de Bethlem, de Wurmbrand , de Browne , de
Geifruck , de Vieux Konigfeg & de Waldeck , Infanterie
,& à celui de Cuiraffiers de Lobkowitz ; en
Moravie , aux Régimens d'Infanterie de Wolfenbuttel
,de François de Lorraine, de Leopold Daun &
d'Efterhafi , & à celui de Cuiraffiers de Luchefe ;
en Silefie au Régiment d'Infanterie de Colloredo
; dans le Tirol , la Styrie , la Carinthie &
la Carniole , aux Régimens d'Infanterie de Saxe-
Hildburfghaufen , de Marulli , du Grand Maître
de l'Ordre Teutonique , de Marshall , de Kei
& de Forgatfch , & à celui de Huffards de Baroniay
; dans la Haute & la Baffe Autriche
Régimens d'Infanterie de Molck , de Maximilier
de Heffe , de Harrach & d'Andreafi , & au Ré
giment de Cuiraffiers de Bernes ; en Hongrie.
aux Régimens d'Infanterie de Piccolomini
>

aux
d
JANVIER.. 1749. 171

"
>
>
2
Vieux Wolfenbuttel , de Grune & de Clerici ;
à ceux de Cuiraffiers de Jean Palfy , de Portugal ,
de Hoheneims , de Charles Palfy , de Cordoue ,
de Birckenfeld , de Diemar , de Hohenzolern
de Serbelloni , de Czernin de Saint Ignon &
de Schmerzing ; à ceux de Dragons de l'Archiduc
Jofeph , de Bathiani , de Wirtemberg , de Cohary,
de Preyfing , de Philibert , de Lichtenftein &
de Stirum & à ceux de Huffards d'Efterhafi
de Nadafti , de Spleni , de Defoffy , de Caroli
de Ghebany , de Feftetitz & de Bellefnay ; en
Tranfylvanie , aux Régimens de Kollowrath ,
de Vafquez & de Schullembourg , Infanterie ,
aux Régimens de Cuiraffiers de Breitlach & de
Berlichingen , à celui de Huffards de Kollnocky
& dans le Bannat de Temefwar , au Régiment
d'Infanterie de Bade , & à celui de Dragons de
Darmstadt. Suivant cet état de répartition , l'Impératrice
Reine conferve fur pied cinquante-trois
Régimens d'Infanterie , dix-huit de Cuiraffiers ,
treize de Dragons , & dix de Huffards , ce qui
compofe cent trente- huit mille huit cens hommes,
en fuppofant les Régimens d'Infanterie de deux
mille hommes chacun , & les Régimens de Cuiraffiers
, de Dragons & de Huflards , chacun
de huit cens. L'Impératrice Reine a été fort inalade
il y a quelques jours ; mais une faignée
qu'on lui a faite , l'a beaucoup foulagée . Il s'eft
tenu depuis peu plufieurs Conférences entre les
Minifties de cette Princeffe & le Baron de Burmania
, Envoyé Extraordinaire des Etats Géné
raux des Provinces Unies , & l'on y eft convenu
du nombre des troupes , qui doivent être miles
par les deux Puiffances , dans les Places de la Barriere
. On affure que le Comte d'Albermale fe rendra
ici en qualité d'Ambaſſadeur du Roi de la
Grande Bretagne.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE:
>
L'Impératrice Reine a établi un Confeil Extraordinaire
de Guerre , auquel le Prince Charles
de Lorraine préfide , & qui eft composé du
Feldt Maréchal Comte de Bathiani , du Prince
Winceflas de Lichtenftein , de M. Van Webern
Référendaire du Confeil Aulique , & de quelques
autres Officiers Généraux & Confeillers Privés.
Ce nouveau Confeil , qui eft chargé d'exécuter
les changemens projettés par rapport au
Militaire a commencé les féances & a déja
donné trois Décrets . Par le premier , il eft ordonné
de conferver toujours dans la Caiffe militaire
une certaine fomme pour les recrues. Le
fecond fixe à huit cens hommes chaque Régiment
d'Infanterie , & à fept cens , ceux de Ca-,
valerie.On régle par le troifiéme certaines marques.
dé diftinction , auxquelles on reconnoîtra les differens
grades des Officiers. Il a été réfolu d'habiller
du même drap tous les Régimens . L'affaire
concernant la tutelle du Duc de Saxe-Weymar
a été décidée le 24 de ce mois par le Confeil
Aulique. On ne fçait point encore quel a été le
jugement , & il ne fera rendu public , qu'après
qu'il aura été approuvé par l'Empereur . M. de
Beer doit aller à Hanover , chargé d'une commiffion
particuliere de l'Impératrice Reine . Cette
Princeffe a accordé au Comte Notolinsky la
Charge de Grand Juge des Fiefs du Royaume de
Boheme , & elle a nommé le Lieutenant Colonel
Breitlach Colonel Commandant du Régiment de
Wirtemberg . Le Prince Efterhafi a été dangereusement
malade , mais fa fanté eſt entierement rétablie
. L'Abbé de Clofter- Neubourg eft mort le 23 du
mois dernier , âgé de quatre- vingt ans .
JANVIER. 1749. 175
DE DRESDE , le 31 Décembre.
On s'étoit propofé de faire cette année les tirages
de toutes les Claffes des Rentes Viageres & de
Famille. Quelques obftacles n'ayant pas permis
d'exécuter cette réfolution , on s'eft déterminé à
délivrer de nouvelles Actions jufqu'au 31 Mai de
l'année prochaine. Chacune fera de quatre cens
florias , & cette fomme pourra être payée en Obligations
de la Steur , dont les échéances feront d'ici
à la Foire de Pâques. En attendant les prochains
tirages , lefquels feront annoncés du moins quinze
jours d'avance , les Actionnaires , qui ont fourni
leurs mifes en argent comptant pour les premieres
Actions , toucheront les intérêts fur le pied de cinq
pour cent depuis le premier jour du mois de la
mife jufqu'au tirage. Les intérêts ne courront
que depuis la Foire de Saint Michel pour les Actionnaires
, de qui l'on n'a reçû que des obligations
de la Steur. Le Colonel Sternftein , Commandant
du Corps des Cadets , s'étant démis de
cette place , elle a été donnée au Colonel Vander
Poblen.
DE BERLIN , les Janvier.
Le Prince Regnant d'Anhalt - Deffau eft depuis
peu en cette Ville , où l'on attend de jour à autre
le Baron de Wolfenftierna , Miniftre du Roi de
Suéde. Ces jours derniers , le Comte de Keyzerfing
, Envoyé Extraordinaire de l'Impératrice de
Ruffie , reçut de Pétersbourg un courier , qu'il fit
partir le lendemain pour Coppenhague Le 24 ,
M. Legge , Miniftre Plénipotentiaire du Roi de
la Grande Bretagne , fe mit en chemin pour retourner
en Angleterre. Il a pris fa route par
H
176 MERCURE DE FRANCE.
Drefde & par Leipfick , & il doit aller s'embarquer
à Calais. On compte que le 9 de ce mois le
Prince de Lobсkowitz recevra des mains du Roi
l'inveftiture de la Principauté de Sagan . Cette cérémonie
fe fera avec toutes les formalités ufitées.
dans les preftations d'hommage pour les Fiefs immédiats.
On a reçû avis que Jean Charles , Prince
de Lichtenſtein , Prince de l'Empire , Duc de
Jagerfdorff & de Troppau , Grand d'Espagne de la
Premiere Claffe , & Chambellan Actuel de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , étoit
mort le 21 du mois dernier à fon Château de Wifchau
près d'Olmutz , dans la vingt- cinquième année
de fon âge. Il laiffe une fille , & fon époufe eft
grofle de cinq mois . Si elle n'accouche pas d'un
fils , la Principauté de Lichtenftein , les Duchés de
Jagerfdorff & de Troppau , & les autres Fiefs mafculins
de cette fucceffion , pafferont au PrinceWin
ceflas de Lichtenſtein , ci- devant Ambaffadeur Extraordinaire
de l'Empereur Charles V I. auprès de
Sa Majesté Très- Chrétienne.
DE HAMBOURG , le 15 Janvier.
Quelques Enrolleurs Etrangers ayant voulu em
ployer la violence pour engager des Artifans dans
Altena , le Peuple s'eft affemblé tumultueufement .
On n'eft parvenu à appaifer l'émeute , qu'en faifant
prendre les armes à la Bourgeoifie , & en prenant
les meſures néceffaires pour prévenir la fuite
de ces Enrolleurs . Ils ont été mis en priſon , & l'on
a dépêché un courier à Coppenhague , pour informer
de cer incident le Roi de Dannemaick , Les
nouvelles de Stockholm portent que le Roi de
Suéde a nommé M. Albert Grevefmuhl Juge Territorial
de la Jurifdiction Septentrionale de la
1
JANVIER. 1749. 177
0
S
Gotlande , & que M. Gafpard Bodker eft chargé
de la Traduction des anciennes Archives. Sa Majesté
Suédoise a reglé que la penfion des Demoifelles
de la troifiéme Claffe de la Communauté de
Walftena feroit de fix cens Dalers . Dans cette
Claffe ont été reçues depuis peu les Demoiselles
Elifabeth de Gillembourg , Catherine- Charlotte
de Berzelftiern , Elfa Marguerite Kurck , & Marguerite
de Cederhielm . La plupart des Officiers
Suédois , qui avoient paflé au fervice de France
pendant la guerre , font de retour en Suéde . On
continue d'inftruire le procès de l'Eccléfiaftique
qui a été arrêté en Finlande , & qu'on accuſe d'avoir
entretenu des correfpondances illicites . Le froid.
le fait fentir avec une extrême violence dans les
Provinces Septentrionales de la Suéde , & les plus
grandes riviéres y font gelées. Selon les lettres de
Pétersbourg, M. Leftocq a été condamné à un exil
en Siberie ; mais on ne l'a pas encore fait partir
pour cette Province. Les places de Confeiller Pri
vé, de Premier Médecin de l'Impératrice deRuffie,
& de Directeur Général de tous les Colléges de
Médecine & de Chirurgie , dont il avoit été gratifié
, ont été conférées à M. Caau Boerhave , avec
fept mille roubles d'appointemens
ESPAGNE.
DE MADRID , le I Décembre.
On Gafpard de Bardales a été nommé Miniftre
Surnuméraire de Cape & d'Epée du
Confeil des Finances. Le Roi a difpofé de la charge
de Préfident de la Chancellerie de Valladolid
en faveur de Don Simon de Banos , Régent de
Audience de Galice. Sa Majefté a accordé le
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Gouvernement de Martos à Don Juan de Melgar
Barrio , Chevalier de l'Ordre de Calatrava ; la place
de Lieutenant de Roi de Ceuta au Marquis de
la M tilla , Brigadier de fes armées ; le Régiment
d'Infanterie d'Arragon à Don Antoine Manfo , &
celui de Mayorque au Marquis de la Simada . Don
André de Maravar , Auditeur de la Chancellerie de
Vallado id a obtenu l'emploi de Corregidor de la
Principaute de Biscaye . Le Roi a confere la Dignité
de Tréforier de l'Eglife Cathédrale d'Alméria à
Don François de Montalve; un Canonicat de l'Eglife
Métropolitaine de Grenade à Don Joſeph Corona;
une place de Chapelain de la même Egliſe à Don
Pedre Guazo; un Canonicat de l'Eglife Cathédrale
d'Orihuela à Don Antoine d'Auſejo de Jover , &
la place de Premier Chapelain de la Chapelle-
Royale de la Reine Catherine à Don François
Ambroise Jarillo de Caftro. Les lettres de Lifbonne
marquent que Dona Marguerite Louiſe Pereïra
Ferraz de Sarmento , époule de Don Bonaventure
Malheiro Reiman Marinho de Lobato , Gen
tilhomme de la Maiſon du Roi de Portugal , eft
accouchée d'un fils.
A
ITALIE.
DE NAPLES , le 25 Décembre.
Uffi-tôt après l'arrivée du Miniftre qu'on attend
de la part de la République des Provinces.
Unies , on renouera les négociations pour
conclure un Traité de commerce avec les Etats
Généraux. Cette affaire rencontrera d'autant moins
de difficultés , qu'on étoit déja convenu de la plûpart
des articles , lorfque M. d'Egmont de Nyenbourg
étoit ici Envoyé Extraordinaire de cette
JANVIER . 179 1749.
République. On eft occupé à l'embarquement des
troupes , que la Cour d'Efpagne avoit fait paffer
dans ce Royaume pendant la guerre . La Marquile
Douairiere de Bonito a été nommée Gouvernante
du Duc de Calabre . Les Commiffaires , que le Roi
avoit chargés de faire des perquifitions au fujet
d'une émeute qui eft arrivée à Marigliano , ont
condamné aux galeres les principaux auteurs de ce
défordre .
DE ROME ,
le
24 Décembre.
L'affaire concernant les Déferteurs Napolitains ;
qui ont été enlevés d'une Eglife par leurs Officiers
fur les terres de l'Etat Ecclefiaftique , a été terminée
à l'amiable , & le Pape , fur une lettre qui lui
a été écrite à ce ſujet par fa Majefté Sicilienne , a
relevé ces Officiers des Cenfures qui avoient été
lancées contre eux. Le Cardinal Portocarrero ,
ayant reçû les Lettres par lefquelles le Roi d'Efpa
gne le charge de fes affaires auprès du Saint Siége
à la place du feu Cardinal Acquaviva , les préfenta
le 13 de ce mois à Sa Sainteté. Il s'eft tenu la femaine
derniere plufieurs Congrégations particulieres,
& le 12 le Pape affifta à celle de Propaganda
Fide. Le Duc d'Agenois eft arrivé depuis peu en
cette Capitale. Suivant les avis reçûs de Naples ,
les Négocians de cette derniere Ville ont renouvellé
leurs inftances , pour obtenir du Roi des
Deux Siciles la permiffion d'armer à leurs dépens
quelques Frégates , afin de donner la chaffe aux
Corfaires de Barbarie.
DE MILAN , le 29 Décembre.
Le Comte de Harrach , Gouverneur Général du
Milanez , a écrit à l'Impératrice Reine , pour la
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
détourner du deffein qu'elle a formé de diminuer
confidérablement le nombre des charges & des
emplois dans cette Province.Il lui a repréſenté que
la plupart étoient remplis par des Gentilshommes ,
dont les Maifons étant déchuës de leur ancien
luftre , foit par les fuites de la guerre , foit par
quelques infortunes , n'ont eu d'autre reflource
pour fe foutenir ; qu'ils feroient réduits à la plus
fâcheufe extrémité par la réforme projettée , &
que le moindre inconvénient de cette réforme feroit
de les empêcher de fe marier & de donner
des fujets à fa Majefté Impériale. On efpere que
lá Lettre du Comte de Harrach produira un effet
favorable.
DE LIVOURNE , le 28 Décembre.
L'équipage d'un Bâtiment , venu depuis peu de
Ja Baftie , a rapporté qu'il eft refté à San Fiorenzo
plufieurs malades du Détachement de troupes , que
Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme &
le Roi de Sardaigne avoient envoyé en Corfe. On
écrit de Genes , que les Allemands s'étoient entierement
retirés des Etats de la République. Les
lettres de Rome marquent que le Bailly de Solar
nommé Ambaffadeur de la Religion de Malte auprès
du Saint Siége , a demandé à Sa Sainteté , que
s'il mouroit dans le cours de fon Ambaffade , la
Cour de Rome ne prétendît point , fous prétexte
de vacance in Curia , pouvoir difpofer du Grand
Prieuré de Lombardie , dont il jouit depuis quel
que tems. Il a témoigné auffi défirer qu'on reglât
par rapport au cérémonial divers articles , fur lef
quels jufqu'à préfent il n'y a rien eu de décidé.
JANVIER . 1749. IST
DE GENES , le 6 Janvier.
On a appris de Corfe , que M. de Curzay , qui y
commande les troupes Françoifes , ayant convoqué
à Bigouglia une affemblée des Infulaires du
parti oppofé au Gouvernement , il leur avoit perfuadé
de fe remettre entierement fous la Protectection
& la Médiation du Roi Très- Chrétien . Il
doit venir inceffamment deux Galeres d'Espagne
avec deux cens cinquante mille piaftres , qui feront
portées à Parme pour y être converties en .
efpeces au coin de l'Infant Don Philippe . L'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme reftituera ,
à ce qu'on prétend , l'artillerie qu'elle a prife aux
Elpagnols.
Les troupes que le Roi de France a envoyées
au fecours de la République , ont été partagées
en huit divifions , dont la premiere , compofée de
quatre bataillons , partit de Voltri le 15 du mois
dernier , pour prendre la route de la Provence. La
feconde , confiftant en un même nombre de troupes
, a marché de Nervi le 17. Elle a été fuivie le
21 de la troifiéme , qui eft auffi de
quatre bataillons
, & qui avoit fon quartier d'affemblée à
Chiavari. Le 18 , les Allemands qui étoient ici prifonniers
, furent conduits à Pietra Lavezara , où ,
ils ont été échangés le 20. De quatre mille qu'ils.
étoient , lorsqu'ils ont été obligés de rendre les armes
, il n'en refte plus que dix- fept cens. On dit
qu'un grand nombre d'entre eux a déferté . Nos
otages font de retour de Milan , & il eft arrivé
auffi la plus grande partie des Eſpagnols , des Napolitains
& des Genois , faits prifonniers par les
troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , & par celles du Roi de Sardaigne . Les
premiers font au nombre de trois mille , & le
182 MERCURE DE FRANCE.
Marquis d'Ahumada , afin de les renvoyer en Efpagne
, frete tous les Bâtimens qui le préfentent :
Les douze cens hommes qu'on envoye en Corfe
pour relever les garnifons de la Baftie , de Calvi ,
de Saint Boniface & d'Ajaccio , mirent à la voile
le 19 avec un vent très-favorable. Ce convoi eft
compofé de trois Tartanes , d'un Chabec & d'une
Polaque , & eft efcorté par une Galere de la République.
On tira le 16 au fort les noms des cinq
nouveaux Sénateurs , & les jours fuivans on travailla
à la réforme du Petit Confeil. La Républi
que ,fuivant l'ufage qu'elle s'eft prefcrit en mé
moire du fuccès de la derniere révolution , a fait
diftribuer des dots à dix - huit filles , dont les peres
ou les fiancés ont été tués en combattant pour la
défenfe de la liberté.
Les troupes Elpagnoles, qui étoient embarquées
depuis plufieurs jours , mirent à la voile le 28 ,
mais le vent ayant changé pendant la nuit , ce
convoi fut obligé le lendemain de regagner la
terre. Une partie des Bâtimens dont il eft compofé
, eft revenue ici , & l'autre partie s'eft rendue
à Savone. Quelques difficultés furvenues , au ſujer
d'une prétention que l'Impératrice Reine de Hon
grie & de Boheme , formoit contre les Genois
ont un peu retardé l'entiere exécution des arran
gemens pris pour l'évacuation des Places & la
marche des troupes. Par cette raifon , les dernieres
divifions des troupes Françoifes ne font point parties
le 4 de ce mois , ainfi qu'on s'y attendoit
mais on compte qu'il s'eft tenu ces jours - ci à Aixla
- Chapelle de nouvelles Conferences , dans lef
quelles ces difficultés ont été levées. Le Duc de
Nivernois qui va réfider à Rome , en qualité d'Am
baffadeur du Roi Très - Chrétien , arriva ici lè 24
du mois dernier , avec la Ducheffe fon époule. Ils
JANVIER . 1749. 183
font venus de Nice par mer , leur Feloucon étant
eſcorté de deux autres . Toute la Nobleffe s'eft empreffée
à l'envi de leur rendre agréable le féjour
de cette Ville , & chaque jour a été marqué par
quelque fête. Le Chevalier Chauvelin s'étoit propofé
d'affembler dans les environs de Cornigliano
un Corps de troupes Françoifes , qui auroient fait
Fexercice en leur préfence , mais cela n'a pas été
poffible à caufe des pluyes continuelles . Le départ
du Marquis d'Ahumada , pour aller prendre poffeffion
des Etats de Parme , de Plaifance & de
Guastalla , au nom de l'Infant Don Philippe , a
été differé.
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 6 Janvier.
t
A Chambre des Communes fit le 26 du mois
L dernier , quelques changemens au Bill pour
continuer les Droits fur les Boiffons fortes. Elle
but le 27 l'Etat de la dépenfe des troupes qui feront
employées l'année prochaine dans la Grande Bretagne
, & de celles qui compoferont les garnifons
de Gibraltar & de Port Mahon Dans la même
féance , elle approuva les changemens faits au
Bill concernant les Boiffons , & elle ordonna qu'il
fût mis au net. Le 25 , M. de Klingraff , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Pruffe , eut la premiere
Audience du Prince & de la Princeffe de Galles.
Il en eut le lendemain une de la Princeffe Amélie ,
& il a été conduit à l'une & à l'autre , par le
Chevalier Clément Cotterel , Maître des Céré❤
monies. On affûre que le Duc de Sommerlet ,
Général de Cavalerie , le Duc de Bedforr , Secrétaire
d'Etat , le Lord Gower , Garde du Scean

184 MERCURE DE FRANCE .
"
"
Privé , & le Comte de Sandwich , Miniftre Plénipotentiaire
à Aix - la - Chapelle , & Premier Commiffaire
de l'Amirauté , feront nommés Cheva→
liers de l'Ordre du Bain . Le Duc de Newcaſtle
Secrétaire d'Etat a été élû Chancelier de l'Univerſité
de Cambridge , à la place du feu Duc
de Sommerfet. Trois des Yachts du Roi ont reçû
ordre de fe tenir prêts à conduire en France le
Duc de Richmond , qui fe difpofe à partir pour
aller y réfider en qualité d'Ambaffadeur de Sa
Majefté. Le Comte d'Holderneff , Ambaffadeur
du Roi auprès des Etats Généraux des Provinces
Unies , fe difpofe auffi à s'embarquer inceffamment
pour la Hollande. A l'iffue d'un Confeil qui
s'eft tenu pour délibérer fur quelques dépêches
que Sa Majefté a reçûes du Comte de Suffex &
du Lord Catchart , on a dépêché un Courier à ces
deux Seigneurs. Il y eut ici le 28 un des plus terribles
ouragans qu'on ait effuyés depuis très - longtems.
La plupart des maifons de cette Ville ont
été confidérablement endommagées , & plufieurs
perfonnes ont été tuées ou dangereufement bleffées
par la chûte des tuilles & des cheminées. Divers
Bâtimens fur la Tamife ont perdu leurs mâts , &.
quelques uns qui étoient aux Dunes , ont beau-
Coup fouffert. Les Actions de la Compagnie des
Indes Orientales , n'ont point de prix fixe , celles
de la mer du Sud font à cent cinq trois quarts , celles
de la Banque à cent vingt- cinq trois quarts , &
les Annuités à cent un huitiéme.
Une Requête fut préfentée le z de ce mois à
la Chambre par la Compagnie Royale d'Afrique ,
qui repréfente qu'elle a dépenfé des fommes trèsconfidérables
pour faire conftruire & pour entretenir
plufieurs Forts & établiffemens ; que quoi
que la Compagnie eût obtenu en 1672 un privi
JANVIER. 1749. 185
lége exclufif , le Parlement avoit jugé à propos
d'étendre le commerce d'Afrique à tous les fujets
de fa Majefté ; qu'en même tems il avoit reconnu
que les Ports conftruits par la Compagnie étoient
abfolument néceffaires ; que pour la dédommager,
il lui avoit accordé differens fubfides ; que ces fecours
ne s'étant pas trouvés fuffifans , elle avoit
été dans l'obligation de contracter plufieurs dettes
; qu'elle ne fera point en état de les acquitter ,
& qu'elle perdra fon crédit , fi elle n'eft protegée
efficacement par le Gouvernement ; que les efforts
qu'elle a faits pour l'avantage de la Nation , courront
rifque de devenir inutiles , & que le com
merce des fujets de fa Majefté en fouffrira un dommage
qui ne pourra être fitôt réparé . Le Roi , qui
eft Gouverneur de cette Compagnie , en a fait
recommander les intérêts à la Chambre par le
Chancelier de l'Echiquier. Il doit être porté un
Bill pour défendre l'introduction de tous galons
d'or & d'argent de fabriques étrangeres. Une partie
des Bâtimens de tranfport , fur lefquels les troupes
Angloifes , qui ont été employées à l'armée
des Alliés dans les Pays - Bas , fe font embarquées
pour repaffer dans la Grande Bretagne , font arrivés
en Angleterre , & les autres font attendus inceffamment
. Près de trois cens chevaux ont péri
dans la traversée . Les Régimens d'Infanterie de
Lée , de Kennedy , d'Irwin & d'Otway , deftinés.
à aller relever ceux qui font en garnifon à Gibraltar
, ont ordre de fe tenir prêts à partir. Celui
d'Herbert , qui étoit au Fort Augufte , y a été
remplacé par le Régiment de Pulteney. On a appris
d'Ecoffe , que le Duc d'Argyle & plufieurs
autres perfonnes de diftinction , fentant combien
il étoit avantageux de pratiquer des chemins dans
les montagnes , avoient fait diftribuer de l'argent
186 MERCURE DE FRANCE .
aux troupes dont on fe fert pour ce travail , mais
qui depuis quelque tems l'ont fufpendu à caufe de
la rigueur de la faifon . Les Commiffaires de l'Amirauté
font occupés à prendre des arrangemens ,
pour faire payer tout ce qui eft dû aux équipages
de l'Eſcadre que les Amiraux Rowley , Medley
& Bing , ont commandée fucceffivement dans la
Méditerranée . Ils ont ordonné d'équiper avec
toute la diligence poffible les Vaiffeaux de guerre
le Tawiftok , le Glocefter , le Sherneeff & le Roffignol,
qu'ils fe propofent d'envoyer fur la côte de Guinée.
On parle de faire croifer cinq Vaiffeaux dans la
Mer Baltique , fous les ordres de M , Forbes ,
Contre-Amiral de l'Efcadre Bleue, Deux Chaloupes
, fur lefquelles font les équipages du Roi , ont
été contraintes de relâcher à Hellevoet- Sluys ,
après avoir été battues pendant onze jours par la
tempête. Le Roi a envoyé ordre à M. Bitles ,
retourner à Génes , pour y reprendre les fonctions
de Conful de la Nation Angloife.
PAYS - BA S.
DE LA HAYE , le 10 Janvier.
Toutes les perfonnes , qui avoient été arrêtées
pendant les derniers troubles , on été remifes
en liberté. On a publié à ce fujet une Ordonnan◄
ce , par laquelle il eft dit que le Gouvernement
veut bien oublier les excès qu'elles ont commis
mais qu'à l'avenir celles , qui tomberont dans de
pareilles fautes , feront punies felon toute la rigueur
des loix. Il eft enjoint aux fujets de la République
par la même Ordonnance , de s'oppofer
de tout leur pouvoir , & même à main armée , aux
entreprises des féditieux , & de prêter main forte ,
JANVIER. 1749. 187
en cas de befoin , aux Commis préposés pour percevoir
les impofitions . Le Marquis del Puerto ,
Ambaffadeur du Roi d'Efpagne , donna le 3 de ce
mois au Duc de Cumberland une fête extrêmement
magnifique , à laquelle furent invités tous
les Miniftres Etrangers. Ce Prince eft parti le
avec toute la fuite pour Hellevoet - Sluys , & le
même jour il mit à la voile fous l'escorte de quelques
Vaiffeaux de guerre. Le 7 , le Comte de Sandwich
, Miniftre Plénipotentiaire du Roi de la
Grande Bretagne , communiqua aux Etats Généraux
quelques dépêches qu'il avoit reçues de Londres
par un courier extraordinaire . Le Comte de
la Chavanne a eu une conference avec plufieurs
Députés de la même affemblée . Le conimande
ment du Sas de Gand a été donné par les Etats
Généraux au Baron Jean Frederic de Burmania
Colonel Commandant du Régiment de Glinftra ;
celui du Fort Philippe , dans la Flandre Hollandoife
, l'a été à M. Marin Staveniffe Pons , & l'on
croit que celui de la Ville de Hulft , & des Forts
qui en dépendent , le fera au Major Général
Swanenbourg. M. Martin- Guillaume Van Haeften
a été nommé Colonel Commandant du Régiment
de Holstein- Gottorp , & M. Jean Adolphe
de Lindman a obtenu la Lieutenance Colonelle
de ce Régiment. Le Major Général Mordaunt ,
que le Roi de la Grande Bretagne avoit chargé de
conduire aux Pays-Bas les troupes auxiliaires de
Ruffie , eft revenu de Boheme. On a appris d'Aixla-
Chapelle , que le 26 du mois dernier il y avoit
été figné par le Comte de Kaunitz , Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme , & par M. du Theil , Miniſtre Plénipotentiaire
du Roi de France , une Convention ,
par laquelle il a été ftipulé que toute la partie du
788 MERCURE DE FRANCE.
Haynault , qui appartient à l'Impératrice Reine
de Hongrie , refteroit en la poffeffion de Sa Majefté
Très Chrétienne , jufqu'à ce que cette Princeffe
eût fatisfait à certains arrangemens. Les mêmes
nouvelles portent que le Prince de Croy Solre
a fait fignifier fes Proteftations à cauſe de ſes droits
fur les Ville & Comté de Buren , Léerdam , Pays
de Leden , & autres énoncés en fon Mémoire
aufquels il doit prétendre comme plus proche héritier
d'Anne d'Egmond , époufe de Guillaume de
Naflau , Prince d'Orange , lefquelles terres font
actuellement poffedées par le Prince de Naflau , &
à caufe de fes droits , comme appellé à la fucceffion
féodale du Comté de Moeurs , étant defcendu
en ligne directe de Vincent , Comte de Moeurs
lequel Comté de Moeurs eft poffedé par le Roi de
Prufle.
L
FRANCE.
༄།།
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E premier de ce mois , les Princes & Princeffes
du Sang , & les Seigneurs & Dames de la
Cour , eurent l'honneur de complimenter le Roi
& la Reine fur la nouvelle année .
Le Corps de Ville a rendu à cette occafion fes
refpects à leurs Majeftés , à Monfeigneur le Dauphin
, à Madame la Dauphine , & à Mefdames de
France. Il complimenta Madame Infante fur fon .
arrivée , & lui offrit les préfens accoûtumés en pareilles
circonstances , étant préſenté par le Duc de
Gefvres , Gouverneur de Paris , & conduit par le
JANVIER . 1749. 189
Grand Maître & le Maître des Cérémonies. M. de
Bernage , Prévôt des Marchands , porta la parole.
Le même jour , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Efprit , s'étant affemblés
dans le Cabinet du Roi vers les onze heures
du matin , Sa Majefté tint un Chapitre , dans
lequel elle nomma Chevaliers le Duc d'Ayen',
le Duc d'Eftiffac , le Marquis de Lanmary , Ambaffadeur
auprès du Roi de Suéde , & le Comte
de Vaulgrenant, nommé pourréfider avec le même.
caractére auprès du Roi d'Espagne,
Louis de Noailles , Duc d'Ayen , fils , & petitfils
de Maréchaux de France , eft d'une Maiſon ſi
comblée d'honneurs , & en poffeffion depuis longtems
de tant de dignités , qu'il en eft peu qui foient
auffi connues en France ; & ce feroit abuſer de la
patience du Lecteur , que d'entreprendre de lui
rapporter tout ce que l'on en peut dire . Nous
nous contenterons de marquer que la Maifon de
Noailles prouve une filiation fuivie depuis Pierre ,
Seigneur de Noailles , mort avant 1248 , & que
par les preuves que l'on tire de differens titres détachés
, on ne peut point raifonnablement douter
, qu'elle ne remonte jufqu'à Regnaud , Seigneur
de Noailles , qui vivoit en 1023 , fous le
Regne du Roi Robert .
Louis- François -Armand de Roye , dit ci- devant
le Comte de Marthon , puis le Comte de Roucy
aujourd'hui le Duc d'Eftiffac , eft fils de Charles
de Roye , Duc de la Rochefoucauld , Comte de
Blanzac , Lieutenant Général des armées du Roi ,
& Gouverneur de Bapaume ; & de Marie - Henriette
d'Aloigni de Rochefort , fille de Henri-
Louis d'Aloigni , Marquis de Rochefort , Maréchal
de France. Il a pour trifayeul Charles de la
190 MERCURE DE FRANCE.
Rochefoucault , Comte de Roucy , en qui a commencé
la branche des Comtes de Roucy. Ce
Charles étoit fils de François III . du nom , Comte
de la Rochefoucault , dix huitiéme deſcendant de
Foucaud I. du nom , qui vivoit en 1019. Cette
ancienne & illuftre Maiſon , dont l'éclat fe foutient
dans fon entier depuis tant de fiécles , ſe flate
de defcendre des anciens Ducs de Guyenne.
2.
Marc -Antoine Front de Beaupoil de Saint Aulaire
, Marquis de Lanmary , Seigneur de Forge
& de Chabanne , Baron de Milly , Seigneur de
Toufon , Angerville , Boulemer & Rouvre , cidevant
Grand Echanfon de France , Capitaine
Lieutenant des Gendarmes de Bretagne , Brigadier
en 173 , Maréchal de Camp en 1736 , Ambaffadeur
en Suéde en 1741 , Lieutenant Général en
1747 , eft fils de Louis de Beaupoil , Marquis de
Lanmary , Grand Echanfon de France & de
Jeanne- Marie Perrault , Baronne de Milli , Dame
d'Angerville , &c. Son quatrifayeul fut Pierre de
Beaupoil , qui époufa Catherine de Lauriere , fille
du Seigneur de Lanmary , & commença la branche
des Beaupoil , Marquis de Lanmary , car il
étoit le troifiéme fils de Jean II. du nom. Cette
Maiſon étoit connue dès l'an 1369. M. le Marquis
de Lanmary époufa le 12 Mars 1711 , Elizabeth
Noyret de la Ravoye , fille de Jean Noyret
de la Ravoye , Seigneur de Lyft & de Beaurepaire
, Grand Audiencier de France ; & d'Anne
Varier de Valiere , dont il a eu une fille qu'il
a donnée en mariage à Jean-François , Comi .
te de Lanmary , fon frere puîné , dont eft iffu
un fils , dit le Marquis de Milli.
François Marie de Villers- la Faye , Comte de
Vaulgrenant , nommé Ambaffadeur du Roi près
de Sa Majefté Catholique , eft d'une ancienne &
JANVIER. 1749. 191
l'on ne
illuftre Maifon de Franche- Comté, Nous efperc ns
que
tardera pas à nous remettre les Mémoires
que nous avons demandés , & que le mois
prochain nous ferons en état de faire connoître
combien , & par fes ayeux & par lui- même , il est
digne de l'honneur que Sa Majefté lui a fait.
Enfuite le Roi , précedé de Monſeigneur le
Dauphin , du Duc de Chartres , du Comte de
Clermont , du Price de Conty , du Comte d'Eu ,
du Duc de Penthievre , & des Chevaliers Commandeurs
& Officiers de l'Ordre , fe rendit à la
Chapelle . Sa Majefté , devant laquelle les deux
Huiffiers de la Chambre portoient leurs Maffes ,
étoit en Manteau , le Colier de l'Ordre par deffus ,
ainfi que celui de l'Ordre de la Toilon d'Or,
Après la grande Meffe , célebrée par l'Archevêque
de Tours , Prélat Commandeur de l'Ordre , le Roi
monta à fon Trône , & reçut Chevalier avec les
cérémonies accoûtumées le Comte de Saint Severin
, qui eut pour pareins le Maréchal de Cler
mont- Tonnere & le Marquis de Matignon. Le
Comte de Saint Severin ayant pris fa place , Sa
Majesté retourna à fon appartement , & y fut res
conduite dans l'ordre obſervé à la Chapelle.
Le 2 , le Roi accompagné comme le jour pré
eédent , a aſſiſté au Service qui a été célébré dans
la Chapelle pour le repos des ames des Chevaliers
morts dans le cours de l'année derniere , & auquel
le même Prélat a officié .
Les , la Reine entendit dans la Chapelle du
Château là Meffe , pendant laquelle Sa Majefté
communia par les mains de l'Evêque de Chartres,
fon Premier Amônier.
L'Infante Ifabelle eft arrivée le 6 , & a été reçûe
de leurs Majeftés & de la Famille Royale avec
les démonſtrations de la plus vive tendreſſe.
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a nommé à la place de Confeiller d'Etat
vacante par la mort de M. le Pelletier de la Houf
faye , Intendant des Finances , M. le Pelletier de
Beaupré , Intendant de Champagne.
Sa Majesté a difpofé du Régiment de Dragons ,
vacant par la mort de M. de Bartillat, en faveur du
Comte d'Apchon , Capitaine dans le Régiment de
Dragons d'Egmont , & a accordé à M. Barrin de
la Galiffoniere , Capitaine dans le Régiment de
Cavalerie de Berry , le Regiment de Dragons de
Languedoc , dont le Comte de Secy , nommé
Meftre de Camp -Lieutenant du Régiment de Dragons
de Sa Majefté , étoit Meftre de Camp.
BENEFICES DONNE'S
E Roi a accordé l'Abbaye de Figeac , Ordre
L de Saint Benoit , Diocèle de Cahors , à l'Abbé
Lafcaris de Vintimille , un de fes Aumôniers .
Celle de Troarn , même Ordre , Diocèſe de
Bayeux, à l'Abbé de Giry de Saint Cyr, Aumônier
Ordinaire de Madame la Dauphine .
Celle de Clairefontaine , Ordre de Câteaux ,
Diocèle de Befançon , à l'Abbé d'Avanne , Doyen
du Chapitre de Dole.
Celle de Saint André de Villeneuve , Ordre de
Saint Benoît , Diocèle d'Avignon , à l'Abbé de
Belloy , Vicaire Général de l'Evêché de Beauvais .
Celle de Beaulieu , Ordre de Saint Auguſtin ,
Diocèle de Saint Malo , à l'Abbé de Montlouet ,
Vicaire Général de l'Evêché de Dol .
L'Abbaye Réguliere de Saint Auguftin , Ordre
de Prémontré Diocèfe de Saint Omer , à Dom
Bourderel , Religieux de la même Abbaye.
Le Prieuré de Saint Etienne d'Ars , Diocèſe de
la
JANVIER .
193 1749.
la Rochelle , à l'Abbé de Bar , Aumônier de S. A.
R. Madame la Ducheffe d'Orleans .
4
La Princerie de l'Eglife Cathédrale de Metz , à
l'Abbé de Majainville , Vicaire Général de l'Evêché
de Chaalons- fur- Marre.
L'Abbaye Réguliere de Soyon , Ordre de S. Benoît
, Diocèle de Valence , à la Dame de la Rivoire
de Chadenac , Religieufe de la même Abbaye.
Le Prieuré des Filles- Dieu , Ordre de Saint Auguftin
, Diocèſe & Ville de Rouen , à la Dame de
Morant , Religieufe de l'Ordre de Câteaux .
Dom François Trouvé , élû Abbé Général de
l'Ordre de Cîteaux le 25 Novembre dernier , a eu
leii l'honneur d'être préſenté au Roi par M. l'ancien
Evêque de Mirepoix , & par M. le Comte de
Saint Florentin , Secretaire d'Etat.
Le Duc de Boufflers & le Chevalier de Biffy ont
été faits Brigadiers des Armées du Roi.
Sa Majefté a difpofé de la place de Dame d'A
tours de Mefdames de France en faveur de la Comteffe
d'Eftrades .
Le Roi a nommé Intendant de Champagne , M.
de Caze de la Bove , qui fera remplacé dans l'In
tendance d'Auch par M. d'Aligre de Boiſlandry ,
Maître des Requêtes.
LETTRE
Du Doge & du Sénat de Genes à M. le Duc
de Boufflers.
EXCELLENTISSIME DUX.
Qu
Ua fit rerum à Jofepho Duce de Boufflers pa
rente tuo in hac Republicâ geftarum magnitu
do, tum Italia , tum univerfa novit Europa , & nos
I
194 MERCURE
DE FRANCE.
maximè quibus res ipſa incolumitatem,quâ nuncfruimur,
pepererunt.
Simul , ac vir fortiffimus Genuam appulit , totus in
Ro fuit ut fe illum factis exhiberet , quem in concione
ad Senatum habitâ profitebatur , Gallum videlicet
meliorem ubi civis inter Ligures verfaretur. Quod
quam abundè praftiterit , argumentofunt ea omnia
qua & fentire , & dicere,& facere non deftitit , donec
faderatorum hoftium Urbi impendentium conatus
eluderet , iifque demùm ab urbe propulfatis , veluti
voti compos , gloriofam quidemfibi , fed fervatis per
ipfum civibus acerbiffimam mortem obiret.
Quamobrem , ut quam vita non poffumus , nomini
quam debemus immortalitatem tribuamus , Senatus-
Confulto marmoreum illi monumentum fancitum eft ;
tibi verò , ut parentis optimi , atque ita de Republica.
poftrâ meriti filio gratum infuper animum teftaremur
, non modo ejufdem Senatus , verum etiam utriuf
que Concilii fuffragiis , decretum eft ut nomen tuum
thaquejugiter fobolis in aureum librum Genuenfium
Nobilium referatur ; illud etiam tibi muneris largie
mur , ut tuo ftemmati gentilitio Reipublica noftraftemma
poffis adjicere.
Non dubitamus quin tu libenter excipias noftram
hanc grati animi tefferam , ratus te tuofque liberos
in pofterum habitum perindè ac filios amantiffimos a
nobis iri , quemadmodum parentem tuum hujus Reipublica
filii perinde ac parentem fuum , quamdiù bac
civitas fteterit , reputabunt .
Sofpitem te Deus & incolumem invictiffimo atqus
erga nos beneficentiffimo Francorum Regi & Reipu
blica noftra votis tueatur ,
vale.
Dux & Gubernatores Reipublicæ Genuenfis,
Joannes-Baptifta BICCALUGA à Secretis Status.
JANVIER . 1749. 195
TRADUCTION
De la Lettre précédente.
TRE'S EXCELLENT DUC , -
Non- feulementl'Italie, mais l'Europe entiere,
a été inſtruite des grandes actions que Jofeph
, Duc de Boufflers , votre pere , a faites dans
cette République ; & nous furtout avons été plus
que perfonne à portée de les connoître dans toute
leur étendue , puifqu'elles nous ont procuré le
falut & la tranquillité dont nous joüiffons.
Ce Héros ne fut pas plutôt arrivé à Genes , que
toutes les attentions fe réunirent à fe montrer tel
qu'il l'avoit annoncé dans le difcours qu'il prononça
au Sénat , c'eft- à dire , à prouver qu'il n'en
feroit que meilleur François , dès qu'il feroit le
plus zelé des Citoyens Genois ; il n'a été occupé
depuis que du foin de remplir un pareil engagement
, & il l'a fait avec une exactitude qui ne s'eft
pas démentie jufqu'au moment , où après avoir
rendu inutiles les efforts des ennemis ligués contre
cette Ville , & leur en avoir fait lever le fiége ;
ayant pour ainfi dire confommé fon vou , ila
fuccombé à une mort , glorieuſe à la vérité pour
Jui , mais cruelle pour des Citoyens qu'il avoit
fauvés .
C'est pourquoi , reconnoiffans comme nous le
devons être , & défirant procurer à fon nom une immortalité
que nous n'avons pu donner à les jours ,
nous avons réfolu qu'il lui feroit élevé un Mau
folée de marbre. Pour vous , fils d'un pere qui a
rendu un fervice fi important à notre République
, voulant auffi vous donner un témoignage
de notre reconnoiffance ; il a été arrêté , tant par
un Décret du Sénat, que par les fuffrages réunis de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
nos deux Confeils , que votre nom & ceux de vos
defcendans , feroient infcrits dans le Livre d'or des
Nobles Génois. Nous vous donnons de plus le droit
de joindre les Armes de la République à celles de
votre Maifon . Nous ne doutons pas que vous ne
receviez avec plaifir cette marque authentique de
notre reconnoiffance , & nous espérons que vous
voudrez bien être perfuadé que vous & vos defcendans
, ferez toujours regardés par cette République
comme fes enfans les plus cheris , de même
que nos enfans regarderont votre illuftre pere ,
comme le leur propre , tant que cette Ville fubfiftera
.
Que Dieu vous ait en fa fainte garde , & vous
conferve pour le fervice du Roi de France , tolljours
invincible , & qui nous a comblé de fes bienfaits
. Ce font les voeux de toute la République,
J. Baptifte BICCALUGA , Secretaire d'Etat.
DIPLOME
Envoyé au même Duc par la République
de Génes.
Dux , GUBERNATORES ET PROCURATORES
REIPUBLICÆ GENUENSIS ..
Um ea qua in hac Republicâ à D. Jofepho Duce
de Bouflers , Pari Francia , Gallobelgii Gubernatore
, &c. gefta funt , aliquod à nobis grati animi
monumentum etiam ergà ejus filium repetere videantur
, nos buic muneri fatisfacere duximus , fi eumdem
tanti parentisfilium , ( quod maximi apud nos decoris
meriti argumentum eft ) in aureum librum
JANVIER. 1749. 197
>
Genuenfium Nobilium adfcriberemus . Quod eum nuper
& noftris & utriufque concilii calculis ingentique
totius Reipublica gaudio facium fit , omnibus & fingulis
Diploma boc noftrum infpecturis fignificamus D.
Carolum Ducem de Boufflers memorati Jofephi
filium , in aureo Genuenfium Nobilium libro recenfitum
efle. Hoc autem nobilitatis noftra decus nedum illi ,
verum etiam liberis ab eo maribus legitimis & naturalibus
nafcituris jugiter & perpetuò ita impertitum
efte , ut ipfe D. Carolus , & quotquot ab eo mares
legitimi & naturales futuri funt , Genuenfium Nobilium,
nomine, caractere, juribus , privilegiis & dignitatibus
hujus Reipublica , aque ac cæteri Genuenfes
aureo Nobilitatis libro adfcripti , perfruantur . Demum
ut Refpublica noftra bui familis arctioris amoris &
benevolentia vinculo adftringatur , in noftris Comitiis
decretum eft ut gentilitio ejus ftemmati noftra
bujus Reipublica ftemma poffit adfcifcere : in quorum
fidem has litteras figillo noftro noftrique Cancellarii
Secretarii manu munitas dedimus. Genua in noftro
Regali Palatio , &c.
TRADUCTION
De ce Diplôme.
LES DOGE , GOUVERNEURS ET PROCURATEURS
DE LA REPUBLIQUE DE GENES.
LBservicesqu'aren,uait de France ,
Es fervices qu'a rendus à la République Jofeph,
9
Gouver
neur de la Flandre, exigeant de nous que nous nous
acquittions , en la perfonne du fils , de la reconnoiffance
que nous devons au pere ; nous avons cru
ne pouvoir en donner un témoignage plus authentique
, qu'en infcrivant dans le Livre d'or des
Nobles Génois le fils d'un pere fi illuftre , grace
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.

parmi nous de la plus grande diftinction , & la
récompenfe des fervices les plus importans.
C'eft pourquoi , nous fignifions à tous ceux qui
verront le préfent Diplome , qu'en conféquence
de ce qui a été réfolu par les fuffrages réunis de
nos deux Confeils , & confirmé par l'applaudiffement
unanime de toute la République , Charles ,
Duc de Boufflers , fils de Jofeph , de glorieufe
mémoire , a été infcrit dans le Livre d'or des Nobles
Génois .
Voulons que cette marque d'honneur foit atta-
-chée non feulement à ſa perfonne , mais encore à
fes enfans mâles légitimes & naturels à naître , faurs .
aucune interruption pour l'avenir , de façon que lui
Charles , & tous fes enfans mâles légitimes &
naturels , joüiffent du nom , des droits , priviléges,
& dignités des Nobles Génois , ainfi qu'en jouiffent
ceux qui font infcrits dans le même Livre
d'or.
à
Enfin défirant que notre République foit unie
cette Maiſon par des liens encore plus intimes ,
de bienveillance & d'affection , il a été réfolu dans.
nos Confeils de lui permettre d'ajouter à fes
Armes celles de la République ; en foi de quoi
nous avons fait fceller le préfènt Diplome , &
figner par notre Chancelier & Secretaire d'Etat.
Donné à Génes dans notre Palais Royal , & c .
CACƏVAYƏCƏYƏCAVAYA DA CO
1
SPECTACLES.
{
'Académie Royale de Mufique continue la
repréſentation du Ballet des Dieux d'Egypte ,
& fe difpofe à donner inceffamment Platée , dont.
la Mufique eft de M. Rameau
1
C
·UBLIC
TES
ALFOR
, TILDEN
FOUNDAT
JANVIER. 1749. 199
La Comédie Italienne donne toujours les Fées
Rivales, dont le fpectacle & les Ballets attirent des
affemblées nombreuſes.
Elle a auffi joué une petite Comédie en profe
intitulée la Cabale. Cet Ouvrage , qui pouvoit
être mordant & fatyrique , prouve la délicateffe du
ftile de l'Auteur & la retenue de fon imagination ,
qui pouvoit s'égayer aux dépens de bien de nos Poë
tes , dans un fujet qui femble permettre & même
exiger des portraits , dont les Originaux n'auroient
pas été contens. Nous en parlerons plus amplement.
On y a joint un Ballet pantomime , où M. Des
hayes a femé tout l'agrément & le pittorefque
que l'on trouve dans toutes fes danfes . On y a
inferé un Vaudeville de l'excellent Chanfonier M.
Panard , dont les paroles méritent des lecteurs
fins. Les voici :
VAUDEVILLE.
D'Ans un folide & jufte écrit
Fuir le clinquant & la baffeffe ,
D'un aimable & galant habit
Sçavoir embellir la fageffe ,
Voilà le bon efprit.
Dans le brillant phébus d'une Oda
Prodiguer un fervile encens ,
A quelques traits éblouiſſans
Immoler raiſon & bon fens.
Voila l'efprit à la mode.
200 MERCURE DE FRANCE
Des autres goûter le récit ,
Vouloir que tout le monde plaife ,
Se prêter à tout ce qu'on dit
Et mettre chacun à fon aiſe
Voila le bon efprit :

Du cercle cenfeur incommode ,
S'emparer de tout l'entretien ,
Ne trouver brillant que le fien,
Parler beaucoup , ne dire rien ,
Voila l'efprit à la mode.
**
Tenir avec gens qu'on choifit
De doux propos qu'on affaifonne ,
Répandre un fel qui divertit
Sans jamais offenfer perfonne ,
Voila le bon efprit :
Dans une hiſtoire que l'on brode ,
Charger vivement les portraits ,
D'Iris mettre au jour les fecrets ,
Accabler les abfens de traits ,
Voila l'efprit à la mode.
***
Vivre comme un coeur noble vit ,
Et volontiers ouvrir la bourſe ,
Mais pour le tems où l'on vieillit ,
Se ménager une reſſource ;
Voila le bon efprit ;
JANVIER.
201 1749.
Jufqu'à leur dernier période ,
Pouffer la dépenfe & les frais ,
Se livrer aux plus grands excès ,
Pour manquer & languir après ,
Voila l'efprit à la mode.
Comme au Grand , parler au petit
Au foible comme au fort complaire ,
Généreux fans fafte & fans bruit.
Faire des plaifirs & les taire ,
Voila le bon efprit :
Fair ceux que la peine incommode,
Chercher ceux de qui l'on attend ;
Du moindre ſervice qu'on rend
Faire le Public confident ,
Voila l'efprit à la mode.
M
Avant de fe rendre érudit ,
Se mettre au fait de ſa patrie ,
Sçavoir Paris avant Madrid ,
Sçavoir l'Europe avant l'Afie ,
Voila le bon eſprit :
Connoître le peuple Antipode ,
Sans fçavoir où Londre eft placé ;
Dans l'hiftoire Grecque verfé ,
Sur la nôtre être à l'Abécé ,
Voila l'efprit à la mode.
202 MERCURE DE FRANCE
Sans regarder comme on conduit .
La barque de la République ,
Vivre en repos dans fon réduit ,
Et bien regler fon domestique ,.
Voila le bon efprit :
Des Grands cenfurer la méthode ,
Fronder tout haut les Potentats
Pour arranger tous les Etats ,
A fon chez foi ne penſer pas ;
Voila l'efprit à la mode..
**
Pour la probité qui languit ,
Pour le client dans l'indigence
Des loix employer le crédit ,
A peu de frais , en diligence ;
Voila le bon efprit :·
En dépit du Droit & du Code ,,
Faire jouir des héritiers ,
Pendant des quarante ans entiers
A la barbe des créanciers ,,
Voila l'efprit à la mode..
CONCERTS de la Cour
On chanta chez la Reine le Lundi trente Dẻ-
cembre , le Prologue & le premier Acte de la
charmante Paftorale d'Iflét , & le onze & dixJANVIER
. 1749. 203
huit Janvier les autres Actes , exécutés par les
Demoiselles de Selle, Canavas , Matthieu & Godonefche
, & les fieurs Jeliotte , le Page , la Garde ,
Dubourg , Godonefche & d'Aigremont.
Le Samedi quatre Janvier, on chanta chez Ma
dame la Dauphine Roland , Prologue & premier
Acte. Les rolles furent très- bien remplis, par Mlles
la Lande, deSelle& Chevalier,& par les fieursJeliotte
& le Page. On ajoûta des Ariettes Françoiſes &
Italiennes qui charmerent , chantées par Mlle Fel.
Mrs. Mondonville & Blavet ſe diftinguerent dans
des Concerto.
Le Samedi treize , le Prologue & le premier
Acte de l'ingénieux Ballet du Carnaval & de la
Folie amuferent ce refpectable auditoire . Il entendit
avec plaifir Mlles Chevalier , de Selle &
Matthieu , & les fieurs Chaffé , le Page , Poirier ,
Dubourg & Bazin..
EXTRAIT * de la Tragédie de Catilina..
ONaccufe Racine mauvais fervice , ednenonuosuaseacvòoûiturmraenntdàu cuess
larmes voluptueufes , qu'il fçait fi bien , quand il
* M. FUSELIER s'étant chargé de la partie , qui
dans ce recueil concerne les Spectacles , & quelques
morceaux relatifs à cette partie n'étant point de lui ,
on pourroit lui imputer des fautes dont il ne feroit
pas refponfable. Pour qu'il ne foit pas exposé à ce
rifque , les lecteurs font avertis que les Extraits
de. Piéces de Théatre , feparés de l'article des Spectaeles
par un réglet , ainsi que l'eft ici l'Extrait d:
Catilina , que l'ont été dans des Mercurés précé-
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
veut , nous faire répandre. On prétend que le langage
féduifant , qu'il prête à l'amour dans fes
Tragées , nous a fait infenfiblement perdre nothe
goût pour celles où cette paffion ne joue pas
le prival rôle. Il feroit difficile de dire , fur quel
fordement ce reproche cft appuyé . Peut -être fe
trouve parmi nous un certain nombre d'ames
foibles , peu fufceptibles des impreffions du grand
Tragique , & qui feulement occupées d'ane frivole
tendreffe , veulent qu'un Auteur ne leur offre
que des obje s propres à les entretenir dans les
fentimens dont ils font dépendre leur bonheur ?
Cette claffe de fpectateurs ne connoît fans doute
d'autre intérêt que celui qui naît de la ſituation de
deux amans malheureux . Sous prétexte que la
Tragédie doit remuer , ils veulent qu'elle attendr
fle , fi on les en croyoit , elle feroit bientôt dépouillée
de fon plus beau privilége , & au lieu
d'élever l'ame , elle ne feroit plus que l'énerver &
Pamollir.
La faine partie de notre Nation ne pense pas
ainfi . Elle n'ignore pas que le tendre eft , auffibien
que le majestueux & le terrible , du reffort de
la Tragédie , mais elle n'affignera jamais à ce
gente que le troifiéme rang , & fi Racine n'avoit
d'autre mérite que celui d'exciter notre compaffion
pour de jeunes Princes traver fés dans leurs
amours , ne craignons point de le dire , avec quelque
délicateffe qu'il faffe parler le fentiment , quel
que continue que foit l'élegance de fa verfification,
il ne jouiroit pas certainement d'une réputation f
éclatante.
dens ceux de Semiramis & du Ballet des Fêtes de
' Hymen & de l'Amour , font de M. REMOND DI
SAINTE ALBINI.
JANVIER . 1749 205
Quand même l'admiration conftante que nous
accordons aux chefs-d'oeuvre de Corneille , quand
le fuccès brillant qu'ont eû dans tous les tems les
ouvrages de M. de Crebillon , ne montreroient
point que nous fommes fenfibles au grand , lorfqu'on
nous le préfente , les applaudiffemens
donnés à Catilina feroient une preuve fuffifante
que le vrai Tragique a confervé tous fes droits
fur nous .
Ordinairement les Auteurs Dramatiques n'abandonnent
à l'impreffion une Piéce , que lorf
qu'elle n'attire plus au Théatre un certain con-
Cours. Ils apprehendent , avec raifon , que les défauts
qui ont échapé fur la fcéne , ne frappent dans
la lecture , & ne nuifent aux repréfentations. M.
de Crebillon eft au- deffus d'une pareille crainte.
Il n'a point attendu , pour faire paroître fa Tragédie
imprimée , que l'empreffement de la voir
jouer fe rallentît , & il s'eft hâté de s'affûrer ,
que n'ayant pas befoin du jeu des Acteurs pour
fe foûtenir , il ne doit qu'à lui - même fa réuffite.
D
Le parti qu'il apris , pourroit nous diſpenſer
d'entrer dans une analyſe détaillée d'un ouvrage ,
qui a déja été lû de tant de perfonnes , même de
la plupart de celles , à qui leur état , ou la févérité
de leurs moeurs , interdit le Spectacle. Cependant,
pour fatisfaire la curiofité de celles , qui , à cauſe
de leur trop grand éloignement de Paris , n'ont
pû encore recevoir des exemplaires de cette Tragédie
, nous fommes obligés de leur en donner
une idée.
a
Pendant la nuit , qui a précedé le jour de l'action
de la Piéce , Catilina à fait égorger Nonius.
Lentulus dans la premiere Scéne demande ce que
Catilina s'eft propofé par ce meurtre . Celui - ci
répond ,
206 MERCURE DE FRANCE
... D'épouvanter le premier téméraire ,
Qui , de mes volontés fecret dépofitaire ,
Ofera , comme lui , balancer un moment ,
Et s'expoſer aux traits de mon reffentiment.
Lentulus dans le fond doit affez me connoître ,
Pour croire que je n'ai facrifié qu'un traître ,
Et que ces cruautés , qui lui font tant d'horreur ,
Sont de ma politique , & non pas de mon coeur.
..
Je ne vois fous mes loix qu'un parti redoutable ,
A qui je dois me rendre encor plus formidable..
S'il ne fe fût rempli que d'hommes vertueux ,
Je n'aurois pas de peine à l'être encor plus qu'eux..
Après avoir expofe les raifons qu'il a de porter
Tullie , fille de Ciceron , les voeux qu'il adreffoit
auparavant à Fulvie , il rend compte des me
fares qu'il a prifes pour faire réuffir la conjuration.
La feconde Scene fe paffe entre Catilina & Pro-*
bus , qui prétendoit au Pontificat , & qui apprenant
que Céfar l'emporte fur lui par la brigue de
Ciceron , employe toute fon éloquence , afin de
déterminer Catilina , dont il ne connoît encore
qu'en partie les deffeins , à changer la face de
Rome , & à s'emparer de l'autorité fouveraine.
Probus fe retire , en voyant arriver Tullie . La fille
de Ciceron déclare à Catilina qu'elle eft inftruite
de tous les projets qu'il médite. Ne pouvant obrenir
de lui ni aveu ni repentir , elle fait venir Fulvie
, dont le déguifement la trompe , & qu'elke
prend pour un efclave . Parlez , dit - elle 2 .
JANVIER 17497 207
Et dépouillez ce frivole reſpect.
.
Connoiffez -vous celui qui paroît à vos yeux ?-
Répondez , quel eft - il ?
Fulvie.
C'eft un féditieux.
Je ne connois que trop ce mortel redoutable ,
Et le plus grand de tous , s'il étoit moins coupa
ble.
Oui , Madame , c'eft lui , voilà le furieux ,
Qui veut fouiller de ſang ſa Patrie & ſes Dieux. -
Catilina , fans être ébranlé par la découverte
de fon complot , feint de ne pas connoître fon
accufatrice. Il reproche à Tullie de le commettre
avec un pareil témoin , & rappellant Probus , il
le charge de garder le faux efclave. Bien loin ,.
ajoute-t'il,
...... Que ma fierté .... le recufe ,
C'eſt devant le Sénat que je veux qu'il m'accuſe;
Tullie.
Songe , Catilina , qu'il y va de ta vie.
Catilina.
Allez ; fongez , Madame , à ſauver la Patrie,
C'eft des jours d'un ingrat prendre trop de fouci ; ,
Et l'amour n'a plus rien à démêler ici .
Fulvie & Prebus ouvrent le fecond Acte. Probus
par ce difcours adroit prépare l'artifice , an
108 MERCURE DE FRANCE.
quel Catilina fe propofe d'avoir recours pour re
gagner Fulvie.
Yous croyez vous venger. Vous vous perdez vous
même ,
Et de plus , un amant , qui peut être vous aime ,
Le dépit n'a jamais fatisfait fes tranſports ,
Qu'il n'ait livré notre ame à d'éternels remords.
L'amour le mieux vengé , quelle que foit l'offenfe,
Eft fouvent le premier à pleurer fa vengeance.
On punit l'inconftant , mais on perd en un jour
L'objet de fa tendreffe & l'efpoir d'un retour.
Cette fcéne , & la fuivante entre Catilina &
Fulvie , font des plus belles de la Piéce . Catilina
en joignant fon ancienne amante , tâche de lui
perfuader qu'il n'afpire au Trône , que pour le
partager avec elle .
Fulvie.
Pourfuis , Catilina ; le reproche fied bien
A des coeurs innocens & purs comme le tien ,
Mais dans l'art de tromper , ( ta fcience fuprême ) ,
Tu m'en as trop appris pour me tromper moimême.
.....De quoi te plains- tu ?
…….. Tandis que pour toi je féduifois les coeurs ,
Tu préparois au mien le comble des horreurs ,
Et le tien , trop épris des charmes de Tallic ,
JANVIER . 1749:
209
A bientôt oublié ce qu'il doit à Fulvie.
Cependant , qui de nous s'arme ici contre toi ?
C'est elle qui te perd , ingrat , ce n'eſt pas moi.
Il eft vrai , qu'en ſon coeur j'ai voulu te détruire ,
Mais c'eft-là feulement qu'attachée à te nuire ,
Contente de pouvoir vous déſunir tous deux ,
Je n'ai rien oublié pour te rendre odieux.
Abandonne à mon coeur le foin de ta défenſe.
... Par un defaveu fouffre que j'humilie ,
A l'afpect du Sénat , l'orgueilleuſe Tullie.
Une telle propofition ne s'accordant point avec
la politique de Catilina , il la rejette , & il congédie
Fulvie & Probus , pour s'entretenir feul avec
Ciceron . Le Conful lui offre de la part du Sénat
le Gouvernement de l'Afie , mais Catilina reconnoît
le piége qu'on lui tend . Il refufe avec hauteur
un emploi , qu'il ne regarde que comme un
honorable exil , & dont les ennemis ne veulent
le revêtir que pour l'accabler avec plus de facilité.
Dans le troiséme Acte Sunnon , Ambaffadeur
des Gaulois , fait part à fon confident de l'inquiétude
que
lui donnent les menées de Catilina & le
caractére de Céfar , & il peint ainfi ce dernier.
Ce
que
Eurent
de plus
parfait
, dans
Céfar
fe raffemble
.
Prudent
, ambitieux
, l'homme
de tous
les tems
De toutes
les vertus
, & de tous
les talens
;
la Gréce , Rome , & l'Univers enfemble ,
210 MERCURE DE FRANCE!
Intrépide , éclairé , d'autant plus redoutable ,
Que de tous les mortels il eft le plus aimable.
Ils font interrompus par Catilina. Ce Chef des
conjurés calme une partie des craintes de l'Ambaſ
fadeur , en l'affûurant qu'il ne veut que réprimer
les injuftices du Sénat , rétablir le pouvoir des
Loix , & rendre les Romains heureux. Lorſque
Sunnon l'a quitté , Tullie , qui a appris que le témoin
, dont les dépofitions l'ont jettée dans un ft
grand trouble , n'eft autre que Fulvie , vient ſe
plaindre à Catilina du filence qu'il a gardé fur le
traveftiffement de cette amante irritée . Faifons -la ,
dit- elle ,
De ces lieux fortir fecrettement.
Loin de vous préfenter l'un & l'autre au Sénat
Evitez pour moi- même un dangereux éclat .
Catilina.
Lorfqu'on ofe attaquer mon honneur & ma vie ,
Vous voulez qu'en tremblant je me cache , ou je
fuyesa
Que j'éloigne Fulvie , afin que votre pere ;
Sur fon abfence même , au Sénat me défere a
Tullie.
Si vous vous obftinez encore à vous défendre ;
Le Conful à fon tour voudra s'y faire entendre ,
Et bientôt vos amis ardens & furieux ,,
JANVIER. 1749. 215
De carnage & d'horreur vont remplir tous ces
lieux.
:
Eaiſſez - moi défarmer vos redoutables mains ;
Accordez à mes pleurs la grace des Romains ,
Et qu'il ſoit dit du moins de l'heureuſe Tullie ,
Que le Dieu de fon coeur fut Dieu de ſa Patrie.
Tous les difcours de Tullie ne peuvent faire
changer Catilina de réſolution , & l'Acte eſt terminé
par une Scéne , dans laquelle Probusannonce
à ce fameux criminel , que tout s'arnie contre les
Conjurés , & que le Sénat s'affemble .
Le quatriéme Acte commence par l'affemblée
du Sénat. On y délibére fur les moyens de diffiper
l'orage qui menace la République. Catilina en
tre dans le moment que Caton , dont il entend les
derniers mots , le condamne à là mort. Loin d'ê
tre déconcerté par la rigidité du Cenfeur , & par le
reproche que lui fait Ciceron , d'ofer ſe préfentet
armé devant fes Juges , il fe répand en invectives
contre les accufateurs. Il porte plus loin l'audace.
Il perfuade à une partie des Sénatents , que toutes
fes démarches n'ont eû que leur falut pour objet ,
& que Manlius eft le feul ennemi qu'ils ayent à redouter.
Caton lui - même , fe laiflant féduire par
l'éloquence perfide de ce pernicieux Orateur , ne
peut s'empêcher de dire ,
Catilina , je crois que tu n'es point coupable ,
Mais fi tu l'es , tu n'es qu'un homme déteftable ,
Car je ne vois en toi que l'eſprit & l'éclat
Du plus grand des mortels ou du plus fcéleratą.
212 MERCURE DE FRANCE.
Le Sénat fe fépare , & Catilina demeuré feul
avec Cethegus , qui eft furpris qu'il ait dénoncé
Manlius , lui apprend qu'il a poignardé ce Conjuré
, dont la fidélité lui étoit fufpecte .
Cethegus à fon tour lui rend compte de la cérémonie
terrible , par laquelle les autres complices
de l'entrepriſe ont fcellé leur union. Ils ont rempli
une coupe du fang de Nonius , & ils fe font tous
abreuvés de cette affreuſe boiſſon.
Satisfait du récit de Cethegus , Catilina , en le
congédiant , lui recommande de facrifier Probus
& Fulvie . Plus de ménagemens , ajoûte- t'il , de pitié,
ni d'égards ;
Le fer , le feu , le fang , voila mes étendarts.
Entre le quatriéme & le cinquiéme Acte , la con
juration a éclaté . Caton au commencement de ce
dernier Acte informe Ciceron , que victorieux
vaincu , il a combattu long tems ,
Sans pouvoir reconnoître un feul des combattans.
Et que Rome n'offre plus que l'effroyable image
D'un champ couvert de morts & fouillé de
carnage.
"
Il a encore de la peiné à croire Catilina l'auteur
du défordre , mais Ciceron ne lui laiffe pas lieu
d'en douter. Cependant Lucius leur apporte la
nouvelle de l'arrivée de Petreïus , qui avec des
troupes choifies vole à leur fecours , En même tems
il leur annonce que Catilina s'eft enfin déclaré le
Chef des Conjurés ; qu'à leur tête , il a renversé
les plus vaillantes cohortes , & que trois fois , il a
tenté de forcer la porte de Prænefte. Tullie , qui
JANVIER. 1749. 213
furvient , veut envain détourner fon pere de s'expofer
au péril . Ciceron part avec Caton , pour
joindre fes efforts à ceux des défenfeurs de la
Patrie. Notre amante infortunée s'abandonne à
tout fon trouble , & Catilina acheve de la défef
pérer , en paroiflant fans épée , tout couvert da
fang , & un poignard à la main.
Que vois-je ?
Tullie.
Catilina.
Un malheureux qui vient d'être vaincu
Honteux de vivre encore, ou d'avoir tant vêcu,
O de mon défefpoir vil & foible inftrument !
Tu me reftes donc feul dans ce fatal moment
Mes généreux amis font morts pour ma défenſe ,
Et pour comble d'horreur je mourrai fans vengeance,
Tullie.
• ,, Que dis- tu ? Quand la mort t'environne ,
Ton coeur refpire encor le fiel qui l'empoisonne,
Et gémit de laiffer des crimes in parfaits ?
Catilina.
Qu'entens-je ? On m'ofe ici reprocher des forfaits
Tullie.
Ecoutez- moi , cruel ! avant que la fureur
Acheve d'aveugler votre indomptable coeur ;
214 MERCURE DE FRANCE .
Les momens nous font chers ..
Je vais vous dérober au coup qui vous menace
Ce que j'ai fait pour Rome , obtiendra votre grace
Catilina.
Moi , demander la vie
Tullie,
Eh bien , cruel , méprife un pardon généreux ;
J'y confens , mais du moins dans ton fort malheux
,
De la part d'une amante accepte une retraite .
Catilina.
M'y pourriez -vous cacher ma honte & ma défaites
Tullie.
Le Sénat va bien- tôt revenir en ces lieux ,
Veux-tu que je te voye égorger à mes yeux ?
Ingrat, fuis- moi. Du moins une fois en ta vie ,
Reconnois par pitié l'empire de Tullie ;
Tu n'as que trop bravé fa tendreffe & fes pleurs ;
Remets-moi ce poignard.
Catilina , fe perçant & donnant le poignard à
Tullie.
Le voilà.
Tullie.
Je me meurs ,
JANVIER. 1749. 215
Avec tous les détails admirables que nous venons
de mettre fous les yeux du Lecteur , & une grande
multitude d'autres , que les bornes d'un extrait ne
nous ont pas permis de rapporter , eft -il étonnant
que cette Tragédie ait réuni tant de fuffrages ?
·
Nous conviendrons avec les Cenfeurs , que peutêtre
elle feroit plus parfaite , fi M. de Crebillon en
eût retranché les perfonnages de Sunnon & de
Lentulus ; que peut être même , à la rigueur ,
n'auroit- il fallu d'autre rôle de femme que celui
de Fulvie , & que Ciceron méritoit de figurer plus
avantageufement dans la Piéce. Si l'on veut , nous
conviendrons auffi , que dans l'affemblée du Sénat,
Catilina ne ménage pas fes expreffions , autant que
la bienséance & même la politique fembleroient
l'exiger. Nous ne nierons pas non plus , que plus
le rôle de Fulvie intéreffe , plus on a raison d'être
fâché de ne la pas voir reparoître au cinquiéme
Acte. Il nous femble qu'elle pouvoit y produire
un très - grand effet ,,en montrant , pour fauver fon
amant , lorfqu'il eft prêt à périr , la même ardeur
qu'elle a montrée pour l'accufer , lorſqu'elle
croyoit ne lui faire courir d'autre rifque, que celui
de perdre le coeur de Tullie . Mais même ,
adoptant ces critiques , nous perfifterons à dire
que les rôles de Catilina , & ceux de Fulvie & de
Probus , font trois des plus beaux rôles qu'il y ait
au Théâtre ; qu'en général le Poëme , eût- il plus
de défauts , mérite tous les éloges qu'il a reçûs , &
que nous ne pouvons avoir trop de reconnoiffance
pour l'illuftre Protectrice des Arts , qui par
prévenances dignes d'elle a engagé M. de Crébillon
à finir un Ouvrage , que le Public depuis fi
long tems voyoit avec douleur demeurer imparfait,
en
des
216 MERCURE DE FRANCE
MARIAGE ET MORTS.
E 12 Décembre dernier , Honoré- Thomas
Micheldes Michels de Champorcin ,Baron de
Champorcin , Seigneur de la Jarie , Sainte Co.
lombe , Chaudol & autres lieux , époufa dans la
Chapelle Prebitérale de M. le Cuté de S. Roch ,
Charlotte-Hélene- Catherine de Grefillemont , fille
de feu Charles - Jean - Chrifoftôme de Grefillemont
, Seigneur de Marfontaine & de Careil ,
Confeiller du Roi , Tréforier Général des Ponts
& Chauffées de France , & de feue Dame Jeanne-
Marguerite de Carvoifon d'Armancourt , & niéce
de Jean - Claude - Adrien Helvetius , Confeiller
d'Etat , Premier Médecin de la Reine , & de N.
veuve de N. Marquis de Jouy , Maréchal des
Camps & Armées du Roi , & Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis,
Honoré Thomas-Michel des Michels de Cham .
poroin eft fils de Henri des Michels de Champorcin,
Seigneur de la Jarie , Sainte Colombe , Chaudoi
& antres lieux , ci -devant Gouverneur pour le Roi
de la Ville de Digne , & ancien Procureur Général
des trois Etats de Provence , & de Thérefe de Brochier.
Il a pour freres N. des Michels de Champorcin
, Enfeigne de Vaiffeau , & N, des Michels
de Champorcin , Cornette dans le Régiment des
Dragons de la Reine.
La Maifon des Michels de Champorcin , trèsancienne
en Provence, eft originaire de Piedmont.
Jean des Michels étoit Juge- Mage du Piedmont ,
vers l'an 1296 , & en cette qualité , il fut préſent
&
JANVIER .
1749. 217
& autorifa les remontrances & hommages , qui
furent prêtés dans la Ville de Deinont à Robert
fils de Charles , Roi de Naples , Comte de Provence
& de Piedmont , devant Raimond des Baux ,
Sénéchal de Provence , après la donation que le
Roi fon pere lui en avoit faite à Naples le 20 Avril
1309. Les defcendans de ce Jean des Michels pal
ferent en Provence , & leur Nobleffe fut confirmée
par Jean Duc de Calabre , fils du Roi René , la
terre de Champorcin qu'ils poffedent depuis ce
tems , fut ennoblie en leur faveur , & exemptée de
toutes charges & impofitions . Ils le font également
diftingués dans l'Eglife & dans l'Epée , & ont contracté
des alliances avec les principales Maifons de
la Province , comme celles d'Agout , de Valbelle-
Baumelle , de Puget , de Felix la Regnarde , de
Gafparés , &c.
"
#
Les Michels de Champorcin portent pour Armes
, d'azur à un Cor de Chafle d'or , virolé &
lié de même , furmonté à droite d'une Croix de
Lorraine auffi d'or , & à gauche d'une épée d'argent,
la pointe en haut. L'épée étoit l'Armoirie de
cette Maifon ; elle porte le Cor de Chaffe par fucceffion
de la Maifon de Cornut , & la Croix de
Lorraine par conceffion de Jean , Duc de Calabre ;
fes fupports font deux Génies , tenant , Pun P'épée
d'argent haute, l'autre , le Cor de Chaffe : Cimier
la Croix de Lorraine : Devile , Signo , manu , voce
vinco . Voyez l'Abbé Robert , Nobil . de Provence .
Megnier ; Armorial général de M. d'Hofier.
Le 17 , Louis Dufoir , Lieutenant Colonel ',
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , mourut âgé de 67 ans , & fut inhumé
à S. Euſtache.
Le 29 , Marie- Anne Baude , époufe de Georges-
"Louis de Poilvillain , Comte de Montaigu , Sei-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
gueur de Crenai , Saint Laurent , Marié des Bois ;
& autres lieux , mourut âgée de 34 ans , & fut inhumée
à S. Euftache .
Le 31 , Jean-Hercules de Roflet , Duc de Fleuri,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Gouverneur des Ville & Viguerie d'Aigues-mortes-
& Tour de Carbonniere , mourut en fon Château
de Fleuri , âgé de 66 ans. Il étoit né le 10 Juillet
1683 , & baptifé le même jour en la Paroiffe de
Ceils , Diocèse de Beziers , & fut reçû Duc & Pair,
le 11 Mai 1736 , & Chevalier des Ordres du Roi ,
le zo du même mois. Il époufa par Contrat de
Mariage du 7 Octobre 1714 , Marie de Rey , fille
de Pierre de Rey & d'Elifabeth de Rey. Il étoit fils
de Bernard de Roflet de Rocozel , Seigneur de
Ceils , Rocozel , Bouloc & Verneudés , qui époufa
par Contrat du 28 Janvier 1680 , Marie de Fleuri,
fille de Jean de Fleuri , Seigneur de Dio & de Valquiers
, & de Diane de la Treille , & foeur de feu
S. E. M. le Cardinal de Fleuri.
Il a laiffé huit enfans , fçavoir 1 ° . André- Hetcules
, Duc de Fleuri , Pair de France , né le 27
Septembre 1715 , qui a épousé le 6 Janvier 1736 ,
Marie- Magdeleine - Françoife d'Auxi deMonceaux,
fille de Georges d'Auxi de Monceaux , & de Marie.
Magdeleine de la Grange Trianon. 2 °. Pierre-
Augufte Bernardin de Roffet de Rocozel , Evêque
de Chartres , Premier Aumônier de la Reine , ne le
3 Mai 1717. 3 °. Henri Marie-Bernardin de Roffet
de Ceils , né le 25 Août 1718 , Abbé Commendataire
de Royaumont & de Boucherville . 4° . Guillaume-
Jean - Ignace de Roffet de Perignan , né le
17 Mars 1723. s . Jean- André-Hercules de Roffer
de Vonquieres , né le 25 Août 1726 , reçû Chevalier
de Malthe au Grand Prieuré de France , le 28 Ocobre
1731, 6 °. Pierre- François de Roffet , né le
JANVIER. 1749. 219
18 Août 1727, reçu Chevalier au Grand Prieuré de
Toulouſe , le 22 Décembre 1731. 7° , Marie-
Antoinette de Roffer de Rocozel , née le 6 Août
1721 , qui a époufé François- Raimond Joſeph ,
Vicomte de Narbonne- Pelet , Lieutenant des
Gardes- du -Corps . 8 ° . Gabrielle - Ifabelle- Thérefe
de Roffet de Rocózeł , née le 28 Octobre 1728.
La Maiſon de Roffer defcend de Philippe Roffet
II. du nom , Baron de Montpapon , Seigneur d'Arbaſſe
& de la Valette , qui époufa 1º . Eliſabeth de
Promilhac ; 2º.
par Contrat du 15 Mars 1444
Perronne de Pavie. Il étoit fils de Philippe de Roffet
I , du nom , Seigneur de Montpapon , nommé
avec fa feconde femnie au Contrat de Mariage de
fon bls. Ce Philippe II . du nom étoit le feptiéme
Ayeul du Duc de Fleuri , qui vient de mourir.
Le même jour , Marie- Anne Brouet , veuve de
Charles de Frefne, Ecuyer, mourut, & fut inhumée
à Saint Sauveur.
·
Le premier Janvier 1749 , Marie Eléonore
d'Ailly mourut en cette Ville , âgée d'environ
64 ans. Elle étoit fille de Jacques, Marquis d'Ailly,
Chevalier , Marquis d'Anneci , d'Annebaut & de
Montfort , Comte de Pontaudenier & de Pontau
ton , Vicomte de Berneuil , & c. & de Françoife-
Jofephine de Gouffier , de la Branche d'Epagny.
Elle étoit foeur de Philippe d'Ailly, dit le Chevalier
d'Ailly , Maréchal des Camps & Armées du Roi ;
de Louife- Françoife d'Ailly , veuve de N. Baron
d'Enfrenel , & de Marie-Elifabeth d'Ailly , morte
Chanoineffe d'Avefnes , & four confanguine de
Pierre Louis Comte d'Ailly , Comte de S Agnan ,
Marquis de Senecey , Baron de Sipolieres- Layves ,
&c. premier Capitaine de Grenadiers dans le Kégiment
du Roi , Infanterie , mort le ༡ Août 1741 ,
lequel a laiffé de fon mariage avec Marie Louife-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
Magdeleine de Beauveau, fille de Gabriel - Henri
dé Beauveau , Marquis de Montgoger , & de Marie-
Magdeleine de Brancas , un fils unique , nommé
Louis-Jofeph d'Ailly , né le 29 Octobre 1735.
Le 4 , Catherine-Magdeleine-Thérefe Carrel ,
Veuve de Charles , Marquis de Houderot , Lieutenant
Général des Armées du Roi , & Lieutenant
pour Sa Majefté dans la Province de
Picardie & Pays reconquis , mourut âgée de 48
ans , & fuc inhumée à Saint Sulpice . Elle étoit fille
de Louis Carrel , Préſident de la Cour des Comptes
, Aides & Finances de Normandie, & de Marie-
Thérefe de Bec- de- Lievre , à préſent Religieufe
Carmelite à Rouen. Elle laiffe quatre enfans
vivans , dé fix qu'elle a éus de fon Mariage avec
le Marquis de Houdetot . Voyez les Mercures de
Février & Juin 1748 , aux articles de la Maifon de
Houdetor.
Le 10 , Charlotte Polixene de Thibergeau
Abbeffe de l'Abbaye Royale de Saint Etienne de
Rheims , mourut âgée de 70 ans.
4 Le 13 , Nicolas Guerin , Ecuyer , Confeiller du
Roi , Auditeur ordinaire en fa Chambre des
Comptes de Paris , mourut & fut inhumé à Saing
Merry
Le 17 , Charles-Jules Tauxier , Préfident au Bureau
des Finances & Chambre du Domaine de la
Généralité de Paris , mourut , & fut inhumé à S
Louis dans l'Ifle.
JANVIER. 1749. 221
薪洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗澡.
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du
A to Décembre , qui modére , à commencer
du premier Janvier 1749 , les Droits de marc
d'or, d'enregiftsement chez les Gardes des rôles ,
fceau & autres frais de provifions des Offices vacans
& autres réputés tels , qui feront levés aux
Revenus Cafuels.
ORDONNANCE du Roi , du 20 , pour
l'incorporation du Régiment d'Albanie dans les
Régimens de Royal -Ecoffois & d'Ogilvy.
AUTRE du 22 , pour réduire le Régiment
de Ponthieu , de fon Infanterie Françoiſe , à un
Bataillon.
AUTRE , du 27. pour réformer un- Bataillon
de chacun des Régimens de fon Infanterie .
Françoife , y dénommés.
AUTRE du 31 , pour la fuppreffion du Régiment
Royal Lorraine.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi, du même ·
jo qui renouvelle les défenſes à tous Merciers &
Por balles , & à toutes perfonnes autres que les
Marcds Libraires , de vendre , débiter ou autrėmen
:ftribuer des livres , même dans les cam-~ -
pagnes ,
des Almans lesfoires ou ailleurs , à l'exception
cederont på & petits Livres de prieres qui n'es
ux feuilles d'impreffion , &c .
K-iij- j
222 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE du 14 Janvier 1749 , qui permet
l'entrée dans le Royaume , pendant une année ☀
des Beurres venant d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande
, en payant les droits qui font dûs..
L
AVIS AU PUBLIC.
Es Directeurs des Poftes du Royaume
renvoyent ici tous les trois mois une
quantité immenfe de Lettres de rebut ,,
qui n'ont pû être diftribuées faute de bonne:
adreffe , principalement lorsqu'on oublie
de défigner la Province on la Ville la plus
prochaine du lieu où l'on écrit , lorsqu'il
yen a plufieurs du même nom dans le
Royaume. Le Public qui ne reçoit point
de réponſes , fe plaint & fe croit fondé à
faire . Ces Lettres d'ailleurs fe trouvent
dans les paquets des Bureaux où elles n'auroient
point dû être envoyées , parce que
l'adreffe en eft vicieufe , & lorfque le Pu-.
blic en réclame une , il n'eft pas poffiblede
la trouver , parce qu'on ne peut fçavoi
où elle a été mal- à propos adreffée , ce
fair foupçonner qu'elle a été fuppriée ,
quoiqu'elle ne foit qu'égarée , m
une fi prodigieufe quantité d'autr.
de pareille efpéce , qu'un CeCoutes avant
plus de fix mois à les parcour
da la démêler..
11:
dans :
Eertres:
mis feroit:
JANVIER 1749. 2:23
Pour obvier à ces deux inconvéniens ,
les Directeurs des Poftes des Provinces.
ont ordre de renvoyer à l'avenir ici , tous
les mois , les Lettres de rebut . If en fera:
fait un triage général , pour les renvoyer
enfuite aux Bureaux d'où elles font parties..
Celles qui auront été écrites de Paris , y
feront gardées ; par ce moyen , foit ici ,.
foit dans les Bureaux des Provinces , on
pourra voir dans le mois de Mars , pare
exemple , files Lettres écrites dans le mois
de Janvier précédent , & dont on ne reçoit
point de réponſe , y font revenues ;;
en ce cas il feraloifible de les retirer , mais .
en payant le port dont elles feront taxées.
Ce
port fera le même que celui dont elles.
auront été chargées en partant des Bureaux..
Si l'on fe contente de réformer l'adreffe ,
les Directeurs les renverront à leur vraiedeftination
. Dans aucun cas les Particu
liers ne pourront être forcés de reprendre
ces fortes de Lettres , qui feront timbrées
d'une R à l'encre rouge , pour les diftinguer.
Le Public , par-là , fera tranquille fur
les paquets qui contiennent des Lettres de :
Change , des Refcriptions ou autres Pa--
piers d'importance , par la certitude où il
fera que ces paquets reviendront dans les
Bureaux d'où ils feront parris , fi l'adreffe
224 MERCURE DE FRANCE .

a été mal mife ; à l'exception cependant
de ceux venans des Pays Etrangers , qui
refteront à Paris , où ils pourront être réclamés.
Ces Lettres de rebut , ainfi renvoyées s
dans les Bureaux des Provinces d'où elles
feront parties , & qui n'auront été ni retirées
par le Public , ni renvoyées à leur
deftination , féjourneront pendant deux
mois , après quoi elles feront renvoyées
à Paris , pour y être gardées : mais par
le nouvel ordre qu'on fe propofe de mettre
dans cette partie , on pourra trouver
dans l'inftant , & pour ainfi dire , fous la
main , une Lettre réclamée , quand même
elle auroit plufieurs années de date , en
indiquant le Bureau d'où elle eft partie ,
l'année , s'il eft poffible , le mois où elle :
a été écrite , pourvû , cependant , que la
Lettre n'ait pas été adreffée , par mépriſe ,
hors du Royaume , & que celui à qui elle
aura été adreffée , n'ait pas des raiſons »
particulieres pour en défavoüer la récep
tion.
3925

+
JANVIER.
1749. 225
L
que M. Seignette , E Public eft averti
Confeiller au Préfidial de la Rochelle
, demeurant en ladite Ville , rue &
vis - à-vis l'Eglife des Auguftins , continue
de compoſer & débiter le véritable Sel
Polichrefte , ainfi qu'il l'a toujours fait depuis
la mort de fon pere , Medecin de S.
A. R. M. le Duc d'Orleans ; il met fa
ра-
Faphe dedans chaque paquet , comme cidevant
, & tous ceux qui ne font pas paraphés
, font faux & fuppofés.
On trouve auffi du même Sel à Paris .
chez le Sieur le Febvre , Marchand Epicier
, rue des Arcis , au coin de la rue de
la Vannerie , à côté de la Petite Vertu , &
chez le Sieur Quignon , Marchand Epicier,
rue & près Saint André des Arcs , à l'Image
Saint Nicolas.
AVIS AU PUBLIC.
A veuve du Sieur Bunon , Dentiste des Enfans
L'de France , donne avis qu'elle débite journellement
chez elle rue Sainte Avoye , au coin
de la rue de Braque , chez M. Georget fon frere
Chirurgien , les remedes de feu fon mari , dont elle
a feule la compofition , & qu'elle a toujours prépa
rés ; fçavoir ,
1º. Un Elixir Antifcorbutique , qui raffermit
les dents , diflipe le gonflement & l'inflammation
226 MERCURE DE FRANCE.
des gencives , les fortifie , les fait recroître , diffipe
& prévient toutes les affections fcorbutiques , &
appaife la douleur des dents ..
2. Une Eau , appellée Souveraine , qui affermit
auffi les dents , rétablit les gencives , en diffipe
toutes tumeurs, chancres & boutons , qui viennent
auffi à la langue , à l'intérieur des lèvres & joues ,
en fe rinçant la bouche de quelques goutes dans
de l'eau tous les jours ; elle la rend fraîche , fans
odeur , en éloigne les corruptions , & calme la
douleur des dents .
3°. Un Opiat pour affermir & blanchir les dents ,
diffiper le fang épais & groffier des gencives, qui
les rend tendres & mollaffes,& caufe de l'odeur à la
bouche. 1
4°.Une Poudre de Corail pour blanchir les dents
& les entretenir , pour empêcher que le limor
ne fe forme en tartre , & qu'il ne corrompe
les gencives ; elle les conferve fermes & bonnes ,
de forte qu'elle peut fuffire pour les perfonnes
qui ont foin de leurs dents , fans qu'il foit néceffaire
de les faire nettoyer. Les plus petites bouteilles
de l'Elixir font d'une liv . dix f.
Les petites bouteilles d'Eau Souveraine , font
d'une liv . quatre f. mais plus grandes que celles de
l'Elixir.
Les pots d'Opiat les plus petits , font d'une liv.
dix f.
Les boëtes de Poudre de Corail , font d'une liv.
quatre f.
On trouve auffi chez elle des Racines préparées,
& des Eponges fines .
La veuve Bunon ofe affûrer que le Public fera
asfi fatisfait de la bonté defdits remedes, qu'il l'étoit
du vivant de fon mari .
APPROBATION,
J
lier le Mercure
'Ai lú par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Janvier
1749. A Paris le vingt Janvier 1749.
BONAMY.
PIECE
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe:
Lettre de Dom Touffaint Dupleffis , Bénédic
tin de la Congrégation de S Maur ,à M. Bonamy,
de l'Académie Royale des Beiles - Lettres , aut
fajet de deux anciennes Eglifes de Paris , 3
Epitre ,
L'Amour au Village , Comédie en un Acte ,
Etrennes à Madame * * *
23
26
57
19. Vers fur la glace d'une Etrenne mignonne ,
Autres écrits fur la premiere page d'un Almanach
,
Autres écrits fur la glace Pun Colombat ,
Etrennes à Raton , chien de Mad. D. B.
ibid.
60
ibid.
Lettre de M. Chevre à M. l'Evêque de la Ravaliere.
Réponse de M. de la Ravaliere,
Vers à Mad. *** le premier Janvier 1749 ,
Problême d'Arithmétique ,
61
62
6.8
70
Vers à M. Pierre , de l'Académie Royale de Peinture
,
78
Au R. P. C, l'un des Auteurs du Journal de Trévoux
,
Epitre à M. Titon du Tiller pour le premier jour
de l'an 1749 , par M. Desforges Maillard , 97
Lettre à M. le Cat , IOL
Réponse du même , 102
Vers à Mile *** fur fon mariage avec M. *** 107
Differtation fur un Symbole de puiffance , & c.
par M. Beneton de Perrin ,
Ode au Génie de la Paix ,
108
119
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du fecond
volume de Décembre , 126
127 Enigme & Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , &c . 132
Planches concernant l'Anatomie de la tête , avec
leur explication en François & en Latin ,
Programme de l'Académie Françoife pour 1749 ,
Eftampe nouvelle ,
Nouvelles Etrangeres ,
159
162
164
ibid.
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 188
Bénéfices donnés le Roi ,
par
Lettre du Doge & du Sénat de Génes à
Duc de Boufflers ,
Traduction de la Lettre précédente ,
192
M. lė
193
195
Diplôme envoyé au même Duc par la même Ré-
Traduction de ce Diplôme ,
publique ,
196
197
Spectacles ,
198
Concerts de la Cour ,
202
Extrait de la Tragédie de Catilina , 203
Mariage & Morts ,
216
Arrêts notables , 222
Avis au Public ,
212
Sel de M. Seignettes , 225
Remedes de la veuve Bunon , ibid.
198 La Chanfon notée doit regarder la page-
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
FEVRIER . 1749 .
SPARGAT
LIGIT
UT
IT
Papillon
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saing
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àla defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais ,
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.

M. DCC. XLIX.
Avec Approbation& Privilege du Roi. ·
L
A VIS.
ADRESSE générale du Mercure eſt
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon, Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE
FRANCE ,
1 1
ÉDIE
AU
ROI.
FEVRIER.
1749.
IECES
FUGITIVES,
en
Vers && en
Profe.
EXTRAIT
Mémoire lû le 12
Novembre
1748 .
ar
M.de
Sainte
Palaye ,
dans
l'Affemblée
ublique de
l'Académie
Royale des
Belles-
Lettres.
Onfieur de
Sainte
Palaye a déja
lû à
cette
Académie
deux
Mémoires
fur la
Chevalerie , dont
ce
fçavant
Académicien
a fair
toire dans
cinq
Mémoires , qui
comnt
un
ouvrage ,
également
utile &
A ij
4 MERCURE DE FRANCE .
agréable. Nous avons donné dans le tem
l'extrait des deux premiers Mémoires
L'un rouloit fur les fonctions & les de
voirs des Ecuyers . L'Auteur traite dans
fecond des cérémonies qui s'obſervoier
à la reception des Chevaliers ; des vert
& des qualités qu'on exigeoit pour
décorer de ce titre d'honneur ; de leu
devoirs , de leurs armes , des tournois
& c.
En expofant dans celui - ci l'utilité de
Chevalerie , l'Auteur entre dans un pl
grand détail. Il montre par quels moye
la valeur des Chevaliers étoit excitée ,
comment elle étoit employée & réco
penſée.
Les cérémonies extérieures , fi puiff
tes fur l'efprit des hommes, même dans
tems les plus éclairés , les engageoier
leurs entrepriſes par des voeux folemne
où la Religion, l'honneur , & la galante
fe trouvoient mêlés avec une bizarr
que l'ignorance de ces tems ne permet
pas de fentir.
Le plus authentique de tous les v
étoit celui , que l'on appelloit le var
paon ou du faifan. La chair de ces oiſe
étoit , felon nos vieux Romanciers .
nourriture particuliere des Preux &
Amoureux.
FEVRIER. 1749. 3
Le jour que l'on devoit prendre l'engagement
, un paon , ou un faifan , quelquefois
rôti , mais toujours paré de fes plus
belles plumes , étoit apporté majestueufe
ment par des Dames , ou par des Demoifelles
, dans un grand baffin d'or ou d'argent
; on le préfentoit à chacun des Chevaliers
, lequel faifoit fon voru fur l'oifeau
, après quoi on le rapportoit fur une
table pour être diftribué à tous les affiftans .
L'habileté de celui qui le tranchoit , confiftoit
à le partager de maniere que tous
puffent en avoir.
On vit à Lille en 1453 un exemple de
cette cérémonie finguliere . Il s'agiffoit
d'une Croifade contre les Turcs , laquelle
n'eut pas lieu , pat differens évenemens
étrangers à la Chevalerie .
Plufieurs feftins furent d'abord donnés
par les principaux Seigneurs , & au dernier
, qui étoit celui du Duc de Cleves ,
on proclama le banquet du Duc de Bourgogne
( Philippe le Bon ) , qui devoit ſe
donner dix-huit jours après , fuivant la coûtume.
Par un degré fait exprès , une Dame
monta fur la table où le Duc de Bourgogne
avoit pris place , ſe mit à genoux
devant
lui , & pofa fur la tête de ce Prince
un chapelet , c'est- à - dire, une couronne ou
guirlande de fleurs, L'ufage d'offrir dans les
A ïij
I
bals un bouquet à la perfonne qui doi
donner le bal fuivant , eft apparemment un
refte de l'ancienne coûtume.
Enfin le jour du banquet arriva ; les
fpectacles , connus alors fous le nom d'entre
mets , rendirent la fête plus folemnelle.
Tout à coup entra un géant , armé en
Sarrafin de Grenade, &à l'antique ; il conduifoit
un élephant , qui portoit un châ
teau dans lequel étoit une Dame vêtue de
longs habits de deuil ; lorfqu'elle fut dans
la falle , elle récita un triolet pour ordonner
au géant d'arrêter ; mais celui- ci , la regardant
d'un oeil fixe , continua fa marche,
jufqu'à ce qu'il fût arrivé devant la table
du Duc. Dans ce moment , la Dame cap.
tive , qui repréfentoit la Religion , fit une
longue complainte en vers fur les maux
que lui faifoit fouffrir la tyrannie des Infidéles.
Elle fe plaignoit de la lenteur de
ceux qui devoient la délivrer .
Cette lamentation finie , Toifon d'or
Roi d'Armes de l'Ordre de la Toifon
portant fur le poing un faiſan en vie , orné
d'un colier d'or , enrichi de pierreries & de
perles , s'avança vers le Duc , & lui préfenta
deux Demoifelles , dont l'une étoit
Yoland , fille bâtarde de ce Prince , &
l'autre Ifabeau de Neufchatel . Le Roi
d'Armes offrit au Duc l'oifeau qu'il portoit,
FEVRIER. 1749 .
& ce Prince , après avoir écouté attentivement
fa requête , lui remit un billet dont
la lecture fut faite à haute voix , & qui
commençoit par ces mots : Je vone à Dieu
mon Créateur tout premierement , & à la trèsglorieufe
Vierge fa Mere , & après aux Dames
& au faifan , &c. Le refte contenoit
les promeffes authentiques de porter la
guerre chez les Infidéles.
Le voeu du Duc fut un fignal , auquel
toute la Cour répondit par d'autres voeux
diverfifiés à l'infini les uns devoient ne
point coucher dans un lit , les autres ne
point manger fur nappe , ceux - ci s'abftenir
de viande ou de vin , certains jours de la
femaine , &c. jufqu'à l'accompliffement de
leur you.
La Chevalerie fe conferoit en tems de
guerre d'une maniere bien plus expéditive
qu'en tems de paix . On préfentoit
fon épée par la croix , ou la garde,au Prince,
ou au Général de qui on vouloit recevoir
l'accolade ; peut- être cette efpéce de Chevalerie
ne donnoit- elle que des droits &
des priviléges attachés à la perfonne , &
qui ne paffoient point des peres aux enfans.
Les évenemens importans de la guerre
étoient précédés , ou fuivis d'une
promotion de Chevaliers. L'efpoir de
A iiij
MERCURE DE FRANCE .
cette récompenfe excitoit l'ardeur des
combattans , & faifoit faire fouvent des
prodiges de valeur. Nos guerres contre
les Anglois les firent conſidérablement
multiplier. Sept ou neuf mille Chevaliers
furent créés fous Charles VI. au
fége d'une feule Place. Le regne de
Charles VII. fit éclore un peuple de Chevaliers.
Ils rendirent des fervices confidérables.
M. de Sainte Palaye en cite plufieurs
exemples , & entr'autres celui du
Comte de Foix , & du Captal Bufch , Anglois
de Nation , qui , avec foixante Chevaliers
, difperferent les troupes nombreufes
de Jacques , & délivrerent le Duc , la
Ducheffe d'Orléans , & la Ducheffe de
Normandie , qu'elles affiégeoient dans le
terrain , appellé le Marche de Meaux , &
qu'elles étoient prêtes à prendre.
M. de S. P. croit que c'est au fecours
de la Chevalerie que nous dûmes le recou
vrement de nos Provinces , & il faut convenir
en effet, que les autres corps de notre
milice contribuoient foiblement à la gloire
de nos armes. Quelques Archers , qui pour
l'ordinaire valoient encore moins que ceux
de nos ennemis , des Communes mal difciplinées
, encore moins aguerries , ne rendoient
prefque d'autre fervice que d'égorger
& de dépouiller les troupes que la
FEVRIER, 1749.
9
,
Chevalerie avoit enfoncées.
Dans les tems de trêves les Chevaliers
ne reſtoient pas oififs , & les Champions des
deux partis prenoient les armes les uns
contre les autres , pour foutenir la prééminence
de leur Nation , la fupériorité de
beauté ou de vertu de leurs Dames .
Tout alors fe prouvoit par les armes , le
bon droit dans un procès , l'innocence ,
&c. M. de S. P. donne , à l'égard de la
beauté des Dames , une raifon. qui eft fort
ingénieufe . On fuppofoit , dit- il , que la
plus belle des Dames ne pouvoit aimer
que le plus brave des Chevaliers ; il connoit
trop bien les moeurs de ce tems- là
pour affûrer férieuſement qu'on penfât
alors avec tant de délicateffe . On voit
dans Froiffart , que des affiégeans & des
affiégés fufpendirent leurs coups au fort de
l'action , pour laiffer un champ libre à des
Ecuyers qui vouloient immortalifer la
beauté de leurs Dames en combattant pour
elles : c'eft ce qu'on vit arriver au fiége de
Four en Beauce .
Les combats des mines étoient les plus
dangereux , & ceux dont on rapportoit
plus de gloire. On s'y précipitoit à l'envi ,
pour mériter , ou pour obtenir le titre de
Chevalier. En 1388 , le Duc de Bourbon,
affiégeant le Château de Verfeuil en An-
Αν
to MERCURE DE FRANCE.
·
goumois , fit ouvrir une mine dans laquelle
il combattit long- tems contre un
Ecuyer , qui commandoit en l'abſence dú
Capitaine . Ils s'étoient portés plufieurs
coups , lorfque l'Ecuyer entendant crier ,
Bourbon , Bourbon , Notre - Dame , ( c'étoit
le cri du Duc ) apprend avec étonnement
qu'il eft aux mains avec ce Prince , il recule
par refpect , rend les armes , remet
la clef de la place , & eft fait Chevalier
par cet illuftre ennemi , contre lequel il
promet de ne s'armer jamais. L'Hiftoire
parle fouvent de ces combats fouterrains ,
mais elle n'en rapporte point d'exemple
plus mémorable que celui du fiége de
Melun , en 1420. Comme on difoit , ( ce
font les propres termes de Juvenal des
Urfins , ) qu'en mines fefaifoient les vaillantes
armes , on fit fçavoir que s'il y avoit perfonne
qui voulut faire armes , qu'il y vint.
Plufieurs Chevaliers & Ecuyers fe préfenterent
pour combattre feul à feul
deux contre deux , dans cette mine. Elle
étoit fi étroite & fi tortueufe , qu'on ne
pouvoit aifément y manier la hache d'armes
; il falloit en couper le manche pour
l'accourcir. Là ne pouvoit- on prendre l'un à
Fautre , car il y avoit un gros chevron au travers
de la mine, de hauteurjufqu'à la poitrine,
& ilétoit défendu que nul ne paſſat par deffus
> ou
FEVRIER . 1749.
no par deffous. Des flambeaux & d'autres lu
mieres éclairoient ces hauts faits d'armes
qui autrement euffent été enfévelis dans
ce lieu ténébreux . Le Roi d'Angleterre & le
Duc de Bourgogne firent plufieurs Chevaliers
degrands Seigneurs , lefquels vaillamment
s'étoient portés aux faits d'armes qui qui avoient
été faits dans ladite mine , & fonnoient à ce
Sujet trompettes & Menetriers en leurfiége
faifoient une grande joie. Le Seigneur de
Barbafan , qui commandoit dans la Place
n'en ayant pas un affez grand nombre , y
fuppléoit par les cloches de la Ville .
Les Ecuyers , qui fe diftinguoient , recevoient
la Chevalerie , & la politique avoit
fagement imaginé une autre efpéce de récompenfe
pour les Chevaliers. On propofoit
dans chaque armée un prix pour celui
qui dans une bataille , à un fiége , &c.
auroit le mieux fait . Les Héraults d'armes
étoient chargés d'examiner les combattans:
dans l'action.
Outre ce prix , on donnoit encore quel
quefois des chaînes d'or à ceux qui s'étoient
fignalés. M. de S. P. conjecture
avec raifon , que des chaînes femblables
avoient originairement fervi d'attache aut
bouclier qui fe paffoit dans le cou. On
donna depuis à ce préfent une fignifica
tion allégorique. Par la Paſque- Dieu , die
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Louis XI. en donnant une chaîne d'or de
cinq cens écus au brave Raoul de Lannoi ,
Mon ami , vous êtes trop furieux en un combat
, il vous faut enchaîner , car je ne veux
pas vous perdre , defirant me fervir de vous
plus d'une fois. C'eft ainfi que les Romains
avoient imaginé les differentes couronnes
, les coliers , les bracelets , pour
récompenfer & encourager la valeur de
leurs troupes. M. de S. P. traitera plus au
long dans un des Mémoires , qui fuivront
celui- ci , des autres récompenfes & diftinctions
attachées à l'état de Chevalier.
Ce Mémoire eft terminé par une courte
expofition des fraternités d'armes , ufitées
parmi les Chevaliers. L'Auteur préfume
que ceux qui avoient conferé l'Ordre
étoient regardés comme autant de peres
de famille ; les Confeillers ou Affiftans ,
comme les parrains des nouveaux Chevaliers
, & ceux-ci comme les enfans d'un
même pere. Il y avoit des affociations plus
marquées , par lefquelles les Chevaliers
devenoient freres ou compagnons d'armes.
Ils s'affocioient pour quelque entreprife
qui devoit avoir un terme fixe , ou
même pour toutes celles qu'ils pourroient
jamais faire ; ils juroient d'en partager
également les travaux , la gloire , les dépenfes
& le profit , & de ne fe point abanFEVRIER.
1749. IS
donner , tant qu'ils auroient befoin l'un de
l'autre.
Ces fraternités d'armes fe contractoient
de plufieurs façons differentes . Trois Chevaliers
, fuivant le Roman de Perceforeft ,
fe firent faigner enfemble , & mêlerent
leur fang. M. du Cange cite plufieurs exemples
pareils. D'autres baifoient enſemble
la paix , ou recevoient en même- tems la
Communion .
L'affiftance qu'on devoit à fon frere
d'armes , l'emportoit fur celle que les Dames
étoient en droit d'exiger , mais les
freres d'armes de Nation differente n'étoient
liés enfemble , qu'autant que leurs
Souverains étoient unis. Une déclaration
de guerre entraînoit la diffolution de toute
fociété entre les Chevaliers des deux
Nations ennemies . Excepté ce cas , rien
n'étoit plus indiffoluble que cette fraternité.
Les Freres d'armes portoient une même
armure & des habits femblables , afin
que l'ennemi pût s'y méprendre & qu'ils
couruffent les mêmes dangers.
L'union des Freres d'armes ne leur permettoit
pas d'avouer , du moins ouvertement
, des amis qui ne l'auroient pas été
' de l'un & de l'autre. Le Duc de Bourbon
crut devoir refufer de Henri de Trifte14
MERCURE DE FRANCE.
mare , Roi de Caftille , une fomme confi
dérable , uniquement parce que ce Prince
étoit ennemi de Boucicaut , fon frere d'armes.
Lorfque la fin de l'exception , ou une
rupture entre les Souverains , annulloit la
fociété , on fe rendoit mutuellement un
compte exact de la dépenfe & de la recette,
de la perte ou du gain , le Roi , voyant
partir Saintré pour la Croifade de Pruffe
lui demanda fi lui & fes compagnons d'armes
étoient à bourse commune . On voit dans
l'Hiftoire de Boucicaut, qu'il fit un compte
de fociété avec l'Anglois Carvalai , lorſque
la guerre fut délarée entre la France
& l'Angleterre .
Les fraternités militaires donnoient à
des Seigneurs particuliers le moyen de
faire des entreprifes dignes des plus puiffans
Souverains. On peut voir dans l'Hiftoire
l'entreprife du Duc de Bourbon contre
les Brigands du Lyonnois ; de celle de
Saintré , en Pruffe , contre les Payens ; de
du Gueſclin , en Arragon , contre Pierre le
Cruel. Boucicaut forma un Ordre de
Chevalerie fous le nom de la Blanche Da
me, à l'Ecu verd, pour faire reftituer à des
Dames les biens dont elles avoient été dépouillées
dans le trouble des guerres préFEVRIER.
1749.
cédentes. Il fit feul une autre entrepriſe
pour venger la mémoire d'un Seigneur
qu'on avoit affaffiné .
Ce Mémoire , qui fut écouté aves beau
coup de plaifir , fait attendre impat.emment
la fuite . Tous ces Mémoires raffemblés
formeront une Hiftoire de la Chevalerie
, intéreffante pour ceux mêmes qui
n'ont que le goût des lectures frivoles.
Rechercher quels ont été les vieux habil
lemens , ou d'anciens ufages indifferens ,
eft un travail qui ne peut contenter qu'une
vaine curiofité, mais approfondir les moeurs
de nos peres , démêler par quels refforts ils
s'excitoient à la vertu , par quels motifs
on animoit leur courage , ce n'eft point là
l'objet d'une étude ftérile, c'eft un fonds où
un efprit philofophique peut puifer des
vûës utiles pour le bien général , en retirant
de la connoiffance des tems paffés le
même avantage qu'il retireroit de fa propre
expérience ; on a toujours beſoin d'en
agrandir la fphere , trop étroite , en perçant
, à l'aide du flambeau de l'Histoire
dans les tems reculés .
On a admiré dans ce Mémoire , comme
dans les deux premiers , la profondeur des
recherches , la fagacité des conjectures , la
méthode & l'efprit philofophique qui y
regnent, C'eſt à l'affemblage de toutes ces
16 MERCURE DE FRANCE.
qualités que M. de S. P. doit l'agrément
qui réfulte de la lecture de fon ouvrage ,
dont le fond , en apparence fec & ſtérile
avoit befoin d'une main auffi habile , pour
ne pas rebuter ceux qui , peu touchés des
fçavantes difcuffions , rejettent avec dédain
tout ce qui n'eft qu'utile , fans être
agréable.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
REPROCHES
A l'Imprimeur du Mercure au sujet des
Vers à Mlle Cleron , inférés fans nom
d'Auteur , dans le volume d'Octobre.
V
Ous par qui je reffens les plus triftes atteintes,
Croyez-vous éviter mes plaintes ?
Quoi ! vous me raviffez le fruit de mes travaux ;
Et me faites mille rivaux ?
J'ai chanté la Vénus d'Hefione & des Graces ,
Et l'Amour volant fur fes traces ;
J'ai payé le tribut que je dois à Cleron ,
Et vous n'y mettez pas mon nom ?
Ce n'eft pas qu'à tel point un fol orgueil m'abuſe,
Qu'ennyvré des vains fruits d'une naiffante Muſe
Je pense que ce nom importe à l'Univers.
Plein du charmant objet qui m'inſpire mes vers
FEVRIER..
17 1749.
Je ne vois que lui feul , & ne veux d'autre gloire
Que d'apprendre fur moi fa facile victoire ;
Car pour lui rendre un hommage immortel,
Un coeur ne fuffit pas, fi l'on n'eft Marmontel.
Par M. de la Louptiere.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
N
Otre fiècle feroit le fiécle des chefd'oeuvre
, fi la perfection des Sciences
& des Arts dépendoit des Prix , des
récompenfes honorables & des encourage
mens , qui peuvent exciter l'émulation.
Outre les penfions & les diftributions journalieres
que la libéralité des Princes répand
dans les Académies , combien de
Prix fondés dans ces mêmes Académies
par
de bons Citoyens en faveur des talens qui
ne font pas encore connus? La Géométrie,
prefque oubliée dans le dernier fiécle , doit
à ces établiffemens l'empire qu'elle exerce
aujourd'hui fur les autres fciences ; les penfions,
les prix volent de toutes parts au devant
des Géométres ; l'Algébre en un mot
femble avoir fixé l'inconftance de la fortune.
Mais ce n'eft pas entierement aux dépens
des autres fciences, que la Géométrie
s'eft réconciliée avec la fortune ; les Prix
18 MERCURE DE FRANCE.
fondés depuis peu en faveur des Eleves
de l'Univerfité de Paris & des Ecoles de
Deffeing , l'Académie de Peinture récompenſée
fi libéralement par Sa Majefté , en
font une preuve.
En attendant la moiffon que l'on doit
efpérer d'une femence jettée, pour ainfi
dire , à pleines mains , permettez , Monfieur
, qu'au milieu de ce défrichement
général je m'intéreffe auprès des bons Citoyens
pour un champ qui femble n'attendre
que la culture .
Un Problême de Géométrie réfolu , un
Difcours Moral fur un Paffage de l'Ecclé
fiafte ou de Job , une Differtation fur les
Aziles ou fur les Métropoles de l'ancienne
Greće, font intéreſfans pour la fociété, foit
par l'utilité préfente qu'ils offrent , foit
par les talens qu'ils annoncent dans leurs
Auteurs. Un point de Jurifprudence approfondi
, difcuté , analyfé & préfenté avec
toutes les graces de l'expreffion que comportent
de tels fujets , feroit-il donc à tous
égards moins intéreffant pour la focieté?"
Le nom d'Avocat eft aujourd'hui auffi
commun , que les qualités qui forment le
bon , le parfait Avocat , ont été rares dans
tous les tems Combien de jeunes gens ,
bornés à une honnête médiocrité, enfouif
FEVRIER. 1749. 19
;
fent des talens qui feroient utiles à la fo
ciété , s'ils avoient le courage d'exercer
une profeffion dont ils fe contentent de
porter le titre ? Epouvantés par les épines
qui en croifent les avenues , ils n'ofent s'y
enfoncer la lenteur des fuccès les empêche
d'entrer dans la carriere ; en un mot
la profeffion d'Avocat , défertée par ceux
qui feroient fouvent le plus en état de lui
faire honneur , devient , furtout dans les
Provinces, la proye ou des plus déterminés,
ou de ceux que l'état de leur fortune force
au travail
Pour mettre en valeur la plupart des
talens perdus en ce genre pour la fociété ,
il ne manque peut- être qu'une occafion de
les faire paroître une fois avec éclat . Un
prix , établi pour couronner tous les ans
une confultation raifonnée fur un point
de Jurifprudence , fourniroit cette occa
fion. L'efpérance du prix tireroit de leur
léthargie une infinité de jeunes Avocats ,
qui y afpireroient d'autant plus hardiment
, que leurs efforts pour y parvenir
feroient fecrets , s'ils étoient infructueux.
Une question de Droit ne peut fouvent
être bien approfondie , fans l'examen de
plufieurs autres , qui y tiennent & qui en
font comme les théorêmes ; ceux qui afpi
to MERCURE DE FRANCË.
reroient au Prix , feroient obligés de fe
préparer par l'étude de ces queftions , à la
décifion de celle qui feroit propofée , &
par-là ils fe trouveroient engagés,fans s'en
appercevoir, dans une étude férieuſe , conforme
à leur état , & qui les mettroit dans
la voye , & peut-être dans le goût du travail.
Je ne parle point de la réputation
qu'un jeune Avocat acquereroit par la victoire
dans un tel combat. La difcuffion de
Droits litigieux pourroit- elle être mieux
confiée qu'à un jeune homme , qui au jugement
des plus célébres Jurifconfultes ,
auroit donné des preuves non équivoques
de capacité ?
En attendant que quelque Citoyen zélé
pour le bien public , ou que Sa Majesté
elle-même , fur les repréfentations de M.
le Chancelier , ait ouvert une carriere ,dont
il fuffit de repréfentes l'utilité pour la démontrer
, à qui convient-il mieux qu'à
l'Ordre de Meffieurs les Avocats du Patlement
de Paris , d'entrer dans des vûes dont
ils doivent les premiers fentir l'importance
? Ils font les Oracles de la Jurifprudence
du Royaume ; c'eft parmi eux que fe
trouvent les premiers modéles de l'Eloquence
du Barreau François qui peut
mieux qu'eux propofer des questions im
FEVRIER. 1749 . 21
portantes avec netteté & précifion ? Qui
peut mieuxjuger qu'eux fi ces queſtions font
traitées fuivant les véritables principes , fi
elles font difcutées avec cette méthode lu
minenfe qui prépare les décifions fûreş de
la Juftice, enfin s'il y regne la pureté & l'é
légance du ftyle convenable aux fujets ?
Un Prix de 30 ou 40 piftoles , à diftribuer
tous les ans , feroit- il un objet effrayant
pour un Ordre auffi confidérable
le nombre de ceux qui le compofent ,
que refpectable par fon zéle pour l'hon
neur de la Profeffion qu'il embraffe ?
par
Ce projet fera peut être regardé comme
le fruit de l'oifiveté d'un Politique , que
la Paix ramene des frontieres dans l'intérieur
du Royaume ; mais fi le confeil eft
bon , qu'importe d'où il parte ; il eft fondé
fur un axiome vérifié par l'expérience
dans tous les tems.
Omnes incenduntur adftudia , gloria. Cic.
22 MERCURE DE FRANCE:
CBCDCƏ CACDVACDC)~{ÜDCƏVƏ
L'Illuftre Hongroife.
Soliman (a) fecondé de cinq cens mille bras
Conduit devant Sigeth (b ) l'horreur & le trépas ;
Sigeth , de tes efforts n'ofe plus rien attendre ,
Serin (c) ni fa valeur ne peuvent te défendre ;
Que d'exploits glorieux quels prodiges nou
veaux !
Compter fes habitans , c'eft compter les héros.
A l'éguille des mains n'a guéres occupées ,
Sur des murs aujourd'hui font briller des épées ;
Ce fexe , dont le propre eft la timidité ,
Verfe à grands flots le fang d'un foldat indompté.
Mufe , admire furtout cette (d) Hongroife illuftre,
A peine parvenue à fon cinquième luſtre ,
Qui tient ce fer en main , au bras ce bouclier ;
L'amour ſemble avoir pris la forme d'un guerrier;
Son tendre époux l'adore ; elle eſt jeune , elle eſt
belle ,
Mais plus elle a d'appas , & plus il craint pour elle.
Il a crû déja voir la brutale fureur ,,
( a ) Soliman II.
(b) Placeforte de la Baffe-Hongrie.
( c ) Nicolas ', Comte de Serin.
( d ) L'Hiftoire ne dit point fon nom , ni celui de
fon époux.
FEVRIER 23 1749.
Sans honte lui ravir , & la vie , & l'honneur.
Tragique & noir projet d'une ame trop jalouſe !
Le cruel doit bientôt dans le fein d'une épouse
Enfoncer.... mais déja fur fon front , dans les ·
yeur ,
La triste époule a la fon deffein odieux.
Ton air fombre & rêveur, ton humeur inquiette;
Dévoilent le forfait que ton ame projette ,
Lui dit-elle : Qui t'arme aujourd'hui contre moi
Paroître trop aimable , eft - ce un crime chez toi
Crois-tu donc que , partant de ta main criminelle
La mort feroit pour moi plus douce ou moins
cruelle ?
?
T'es-tu bien conſulté ? Pourras-tu fans horreur
Apprendre à ton poignard le chemin de mon
coeur ?
De ton efprit jaloux je ferois la victime !
Peut être à cet excès un tendre amour t'anime:
Je le veux , mais l'amour , l'amour eft-il cruel
Par ton ordre peut- il porter un coup mortel ?
L'époux confus fe tait , & déja ſon filence
N'a que trop confirmé ce que l'épouſe penſe :
Viens , dit -elle , oublions un projet trop honteux
J'en conçois un plus noble , & digne de tous deux
Sui- moi , rien aux grands coeurs ne paroît diffi
cile ;
Regarde la mort court fur les murs de la Ville
14 MERCURE DE FRANCE .
Viens, fi tu m'aimes, viens l'affronter avec moi,
Et connoître l'amour que mon coeur a pour toi.
Sous des dehors trompeurs l'héroine s'avance ;
La valear la foutient , la terreur la dévance ;
L'endroit où le péril eft plus prompt & plus grand,
Où le trépas eft für , c'eft celui qu'elle prend
Elle frappe , déja mille morts font portées.
Etonné , le Turc fuit fes armes redoutées.
Ah! mourir à fes pieds , & mourir de fa main ;
Mufe , feroit-ce donc un fi cruel Deftin ?
L'aurois-tu pû penfer que les Graces armées ,
Ainfi dans les combats påffent être animées ♪
Son époux imitant fes efforts généreux ,
Voit tout céder aux coups de fon bras valeureux.
L'amour eft triomphant , & lui , qui craint les
armes ,
S'applaudit aujourd'hui d'y trouver tant de chare
mes,
>
C'estlui qui vers la gloire a dirigé leurs pas
Et pour plaire à l'Amour elle guide leur bras.
L'ennemi cependant , que leur courage étonne ,
Conduit par la fureur , de près les environne ;
Le péril qui s'augmente , augmente cette ardeur
Qui brille dans leurs yeux , & dont brûle leur
coeur.
De cent Turcs immolés à leur fureur guerriere
Les corps enfanglantés roulent fur la pouffiere ;
Mais eux- mêmes enfin , par le nombre accablés,
Sont
FEVRIER .
25 1749.
Sont contraints de plier fous des coups redoublés.
Lancés de toute part , des traits mortels les percent ,
Et fans force leurs corps fur leur fang fe renver
fent.
Telles on voit deux Aeurs , aux jours de leur pring
tems ,
Succomber fous l'effort des orageux Autans.
Ils le tendent encore une main languiffante ;
L'amour s'exprime encor fur leur lévre mourantes
La lumiere du jour s'enfuit loin de leurs yeux ;
Ils vont le réunir à jamais dans les Cieux .
Par un Eleve d'Apollon.
MMMMMMMMMMMMMMM
EXAMEN de cette Queſtion : Y a-t'il
quelque chofe de nouveau fous le Soleil ?
Chaque objet , animé par la haine ou l'amour ,
Sort du néant , y rentre , & périt tour à tour.
N pourroit peut- être réduire cette
cette
Queftion à ceci ; Dieu crée- t'il de
nouveaux objets , ou ne fait- il que retracer
à nos yeux ceux qu'il a créés dès le
commencement ? Ces objets ne font- ils
que fe développer fucceffivement ? Après
avoir paffé par differentes formes , reprennent-
ils enfin leur figure primitive & originale
?
B
26 MERCURE DE FRANCE.
La Nature eft- elle éternelle ?
De fon fein fécond tire-t'elle
Les Plantes & les Animaux ?
Et cet objet qu'on voit paroître ,
Ne périt- il que pour renaître
Sous des afpects toujours nouveaux §
Le Poëte Lucrece a eu à peu près la même
idée , voici comme il l'exprime :
Mutat enim mundi naturam totius atas ,
Ex alioque alius ftatus excipere omnia debet,
Nec manet ulla fui fimilis res , omnia migrant
Omnia commutat natura & vertere cogit .
Mais ne pourroit- il pas être, que fans rien
changer à la décoration de cet Univers ,
Dieu ne fit que changer la fituation des
objets , & en varier la perfpective ? Alors
la nouveauté ne feroit qu'apparente. Ce
feroit toujours la même décoration ; nos
yeux feuls en feroient la difference . Comme
cette décoration eft très- vafte , & qu'on
ne fçauroit en découvrir les differentes faces
tout à la fois ; à mesure que chacune fe
développe , elle nous paroît nouvelle , parce
que le Créateur a mis une extrême vaj
rieté dans chaque partie de fon plan.
Dieu parle , à fon gré tout s'arrange ;
Du fein d'un ténebreux mêlange
FEVRIER.
27 1749.
Sortent les Elemens divers .
Un fage , mais puiſſant Génie ,
Eft l'Auteur de cette harmonie ,
Qu'on admire dans l'Univers .
Ceux qui foutiennent l'affirmative de
cette question , penfent que c'eft borner
la puiffance de l'Etre fuprême , que de
fuppofer qu'il ne crée plus rien de nouveau.
Quoi ! difent ils, le bras du Créateur
eftil raccourci ? Lui , à qui ce vaſteUnivers
n'a coûté qu'un fouffle , ne nous donnera-
t'il plus de preuves de fon pouvoir ?
Ne fera- t-il que nous montrer le même
fpectacle , & répéter les mêmes fcénes ?
Cet Etre magnifique eft - il épuifé , ou
avare de fes dons ? Craint- il de les prodiguer
à nos yeux ? Les découvertes que
les modernes ont faites , ne prouvent- elles
pas qu'il y a effectivement quelque chofe
de nouveau fous le Soleil? La Phyfique s'eft
extrêmement enrichie depuis environ 60 à
80 ans. L'étude de l'Hiftoire naturelle s'eft
fort perfectionnée depuis quelques années
; nous lui devons la curieufe & admirable
découverte du Polype , qui fe multiplie
à mesure qu'on le coupe , & qu'on le
divife.Et que dirons-nous de la merveilleafe
découverte de l'Electricité, qui étale tous
les jours à nos regards de nouveaux Phé-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
·
nomenes , & qu'un fçavant & ingénieux
Profeffeur de Geneve a tirée , en quelque
forte , de fon inutilité , en la rendant propre
à la guérifon de quelques maladies ? *
L'invention du Microſcope , celle du Télescope
, ne nous ont- elles pas ouvert un
nouveau Monde ? Ces découvertes n'ontelles
pas mis, fous nos yeux des objets
ignorés des anciens , & qui avoient échapé
aux recherches de nos prédéceffeurs ?
Combien de végétaux , d'animaux & de
minéraux , inconnus à nos peres , & dont
une heureuse expérience a démontré l'utilité ?
L'hypothefe de ceux qui prétendent que
Dieu a produit dès le commencement du
monde tous les germes , qui ne font enfuite
que fe développer , eft fujette à de
grandes difficultés. Ces germes ont par
eux-mêmes une certaine force & une certaine
activité , ou ils font purement paffifs :
s'ils ont de l'activité voilà la créature
qui devient , pour ainfi dire , l'Architecte
de l'édifice , & le Créateur de fon propre
ouvrage. Il femble que par - là on tire la
créature de la dépendance naturelle où
elle doit être . Ne craint - on point de faire
,
* M. Jallabert , Profeffeur en Phyfique Expérimentale
à Genéve , a guéri un Paralytique par
l'opération de l'Electricité.
FEVRIER. 1749 29
par- là, du Dieu que nous adorons , une Divinité
Epicurienne , qui contemplera avec
indolence le jeu des refforts , dont l'action
feule fuffira à former ce nombre & cette
variété de fubftances répandues fur la face
de la terre ? Si au contraire , ces germes
font purement paffifs , ne font- ils pas ab
folument inutiles Dieu a - t - il beſoin
de ce moyen , pour produire des êtres
qu'il peut créer par un fimple acte de fa
volonté ? Il me femble que cette difficulté
n'eft pas moins forte contre les formes
fubftantielles d'Ariftote , & les natures plaf
tiques de Cudword. On pourroit leur oppofer
également ce principe : Pourquoi le
Créateur , dont la puissance n'a aucunes bornes,
employeroit-il le plus , lorfque le moins peut
Suffere?
Je fçais que Platon a admis des fubftances
mitoyennes entre Dieu & l'homme ; quoique
leur pouvoir , felon lui , fût borné
jufques à un certain point , elles en avoient
fuffifamment pour fervir d'aides & de fubftituts
au Créateur , comme s'il avoit befoin
de fecours dans fes opérations ; mais la
Théologie de Platon eft fi défectueuse &
fi imparfaite , qu'elle ne fçauroit fervir de
régle.
Mais fi l'Etre fuprême ne ceffe point
de créer , fe renfermera - t- il dans un pe-
B iij,
30 MERCURE DE FRANCE.
tit cercle d'objets ? Doit- on donner des
bornes à fon activité , & à la variété de
fes ouvrages Réduire tout à une fimple
circulation , ce n'eft pas avoir une juſte
idée de l'étendue du plan que le Créateur
s'eft propofé ; c'eft donner des limites à fon
pouvoir c'eft mefurer fes forces à notre
propre foibleffe.
Ramenons la queftion : ra-t-il quelque
chofe de nouveau jous le Soleil ? Oui , fans.
doute , il y a véritablement quelque chofe
de nouveau par rapport à nous : la nature
fait éclore dans chaque faifon de nouvelles.
fleurs , & fait mûrir de nouveaux fruits.
Le fpectacle change d'une année à l'autre..
Quand nous ne ferions qu'appercevoir les.
caufes Phyfiques de certains Phénomenes ,
dont les anciens ne pouvoient rendre raifen
; quand nous ne ferions que décou
vrir les divers rapports des êtres entr'eux
la convenance & l'harmonie des parties
avec le tout , ces découvertes , quelque
imparfaites qu'elles fuffent , feroient cependant
nouvelles pour nous. Un objet
ancien devient , pour ainfi dire, nouveau ,
lorfque nous en pouvons confidérer les.
faces qui nous étoient inconnues , & lorfque
nous appercevons les caufes qui l'ont
produit , & les effets qu'il fait naître à fon
tour..
FEVRIER. 1749. 31
Si du Phyfique nous paffons au Moral ,
on peut encore dire à cet égard , qu'il
y a quelque chofe de nouveau fous le
Soleil. Chaque jour fait éclore de nouveaux
évenemens & de nouvelles révolutions.
L'établiffement des Etats , leurs
progrès , leur décadence , tout cela n'offre-
t-il pas un nouveau fpectacle , & ne
donne -t - il pas lieu à de nouvelles réflexions
?
Ceux qui foutiennent qu'il n'y a rien de
nouveau fous le Soleil , ont leur réplique.
toute prête , & ne manquent pas de bonnes
raifons.
Dieu , difent-ils , dont la fageffe eft infinie
, n'a pas jugé à propos de multiplier les
êtres fans néceffité ; nous en avons autant
qu'il en faut pour fatisfaire nos befoins ,
nos plaifirs & notre curiofité , nous ne fçaurions
même parcourir tous les ouvrages du
Créateur , bien- loin de les épuifer. Dieu
nous a donné des yeux, qui fuffifent à nous
conduire & à contempler les divers objets
qu'il met à notre portée , mais ils ne font
pas affezpénétrans pour voir toutes fes productions.
Le fyftême de l'Univers n'exige pas une
création continuée & pouffée jufqu'à l'infini
; il fuffit que l'Etre fuprême y maintienne
l'ordre qu'il a établi dès le commen-
B iiij
32 MERCURE
DE
FRANCE
. cement . C'eft un Machiniſte qui n'a befoin
que d'un petit nombre de refforts pour varier
fes décorations , elles font cependant fi
diverfes & en fi grand nombre , que bienqu'elles
foient fucceffives , elles nous paroiffent
toujours nouvelles. Il ne s'agit
point de décider , fi la puiffance du Créareur
s'eft bornée au développement des
êtres que nous connoiffons , il nous fuffit de
jouir avec reconnoiffance de fes ouvrages
fans prétendre en fonder la profondeur
& en examiner l'étendue : L'Univers eftfi
vafte , dit Pafcal , qu'on peut le comparer à une
Sphere infinie , dont le centre eft par-tout ,
circonférence nulle part. Cette immenfitéoù
notre imagination fe perd , quand elle a la
hardieffe de la vouloir pénétrer , eft comme
le caractere & le fceau de l'Etre feprême ; à
cette vue nous fommes comme forcés de reculer
, & d'avouer notre néant : rien n'eft
plus vrai que ce que dit Saint Cyrille ::
Que la Philofophie eft le Catéchisme de la
Foi.
>
la
Mais , dira-t- on , n'a- t-on pas fait depuis:
quelques années de grandes découvertes ,
n'avons nous pas étendu fort loin nos
connoiffances , notre pénétration n'a - t - ellepas
reculé , en quelque forte , les bornes de
chaque fcience ? Ne nous vantons pas tantde
ces découvertes, & de ces prétendues:
FEVRIER.
33 1749 .

connoiffances , la plupart font moins le
fruit de notre habileté , qu'un effet du ha
zard, ou de nos befoins . A mefure qu'ils fe
font multipliés , il nous a fallu de nouveaux
fecours , & la Providence nous les a four--
nis ; mais ces fecours fubfiftoient avant que:
nous en fiffions la découverte , notre igno--
rance feule nous les cachoit . Les plantes &
les minéraux dont on nous parle, exiftoient:
dans le fein de la terre ou far fa furface
avant que les recherches & le travail des
Naturaliftes les expofallent à nos yeux. On
dit qu'un Amériquain , ayant arraché un
arbriffeau , découvrit au- deffous une mine
d'or : cet objet fut nouveau pour lui ; mais
il exiftoit déja lorfqu'il le découvrit ; PALmérique
, cette vafte contrée , dont la dé--
couverte fait tant d'honneur à Cristophe Colomb
, n'eft pas un Pays nouveau , il exiſtoit:
lang- tems avant que les Efpagnols y por
taffent leur avarice , & y fiffent fentir leurr
cruauté.
Les anciens ont prefque touché aux déscouvertes
qui nous font le plus d'honneur ,,
comme l'a montré depuis peu le Père : Rea
gnault . Qu'on ouvre leurs Livres , & qu'om
les life avec attention , on trouvera quee
nous ne formes guéres que leurs échos , ou!
dimoins , qu'ils nous ont conduit dans la
toute de la vérité . Ariftote aentrevûdamer--
By
.
34 MERCURE DE FRANCE .
› par 2.2
veilleufe multiplication des Polypes , qui
fe fait , en quelque forte bouture
comme celle de quelques plantes , ce qui
fait qu'il nomme ce genre de vers , Zéophytes.
Seneque croyoit que les Cométes
avoient leurs révolutions fixes & déterminées
; il avoit prédit que les Aftronomes annonceroient
un jour , de la maniere la plus
précife , le retour régulier des Cométes. 11.
femble que Ciceron a entrevû la découverte
de l'Imprimerie , lorſqu'il parle de ces ca--
racteres , qui jettés au hazard , ne fçauroient
former un Livre , tel que les Annales d'En-.
nius. Les anciens , d'ailleurs, avoient trouvé
le fecret de jetter des Médailles en moule ;;
de-là jufqu'à l'Imprimerie , il n'y avoit
plus qu'un pas , ils étoient dans la voye de
la découverté , & il eft furprenant qu'elle
leur foit échapée.Nosinventions modernes
paroiffent donc copiées d'après celles des
anciens , & nous n'avons fait , en quelque :
forte , que les reffufciter . Comment les productions
de l'Art n'auroient - elles pas des
limites , puifque celles de la nature ont
des bornes? Chacun fçait que les premieres
ne font belles & utiles , qu'autant qu'elles
imitent de plus près les fecondes , & que:
l'Art eft plus ou moins parfait, à proportion
qu'il fe cache davantage , & qu'il prend
l'air & la reffemblance de la Nature.
FEVRIER.
35
1749.
Les fyftêmes les plus vraisemblables des
modernes ne font pas fi bien affermis ,
qu'ils ne foient menacés de quelques révolutions
on commence déja à former des
doutes fur l'hypothefe de Neuton touchant
les couleurs , qui paroiffoit fondée fur
l'expérience ; à l'égard de plufieurs chofes,
il femble qu'on foit forcé de retourner en
arriere, & qu'on veuille fe rapprocher des
anciens . Le fameux Bayle a remarqué que
la plupart des Sçavans ne font propres qu'à
cultiver les terres qui ont déja été défrichées
: Ils peuvent , dit - il , applanir ou
élargir un chemin que d'autres ont déja fait ,.
mais il y en a fort peu qui fçachent défricher
des terres incultes , & fefrayer une route
dans des forêts où perfonne n'a paſſé avant:
eux..
Les monftres mêmes , qui par leur irrégu--
larité apparente fembleroient devoir nous
préfenter quelque chofe de nouveau , &
que le peuple regarde comme un Phénomene
rare & extraordinaire , ne forment
point une espece particuliere . On les peut
rous ranger dans la claffe des êtres avec lefquels
ils ont le plus de rapport. Ils feront ,
l'on veut , des ébauches imparfaites , des
portraits défectueux , mais ils ne different :
des originaux , que par la difformité de leur
figure. Ainfi , à cet égard , il n'y a encore
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
prorien
de nouveau . Telle chofe fera nou...
velle pour un ignorant , qui ne le fera point.
pourun fçavant : à mesure que l'on connoît;
moins , on admire davantage. Qu'on tranfporte
tout- à- coup un Amériquain dans Paris
, qu'on lui falſe voir les machines de-
L'Obfervatoire , qu'on lui enfeigne quel eft
leur ufage , & la maniere de s'en fervir , il
fera furpris d'appercevoir ce nombre
digieux d'aftres & de planettes, qui par leur
éloignement fe déroboient à fes regards.
Un Sauvage qui n'a jamais contemplé que
la Nature , doit être rempli d'admiration
à la vue des merveilles de l'Art . Pour l'ordinaire
, ce que l'on appelle: nouveau ,
prouve feulement notre ignorance , & le
peu d'ufage que nous faifons de nos facultés
: il eft vrai auffi qu'un homme qui a du
génie , & qui poffede l'art de faire des obfervations,
étend fa vûe plus loin qu'un aut
tre:la Nature a peu de fecrets qu'il ne foit
en état de développer ; ainfi il apperçoit du
nouveau là où l'homme inepte ne voit rien
de rare & d'extraordinaire : les talens &
Pattention étendent & multiplient , pourainfi
dire , les objets : le premier qui décou
vrit les Satellites de Jupiter, apperçut quel
que chofe de nouveau , du moins par rap
port à lui , & aux autres Spectateurs , à qui
ces étoiles avoient échappé. Le Ciel n'eft :
FEVRIER 1749. 37

pour l'ignorant qu'une voute immenfe
éclairée tour à tour par le Soleil & par la
Lune , & ornée d'une multitude infinie:
d'étoiles placées au hazard , & feulement
pour la beauté & la magnificence de la décoration
: il'ne voit au-delà qu'un yafte efpace
, ou plutôt il ne voit rien : fa vûe ne
s'étend pas plus loin que fes yeux ; le Phyficien
découvre, par lavûe de l'efprit, des ob--
jets qu'il ne fçauroit appercevoir par les .
yeux du corps. Ce qu'il voit le mene natu
rellement à ce qu'il ne voit point : le cours
des planettes , leurs differentes révolutions
, leur apparition fixe & déterminée ,,
rien ne lui échappe , & tout le remplit d'ad--
miration le Créateur . Le Phyficien ap
perçoit par- tout un plan fage & régulier ,.
une harmonie qui ne fe dément point , um
but auffi grand dans le deffein , qu'admira
ble dans l'exécution . Les fpéculations & les
recherches du Philofophe , nous l'avons
déja dit , font prefque toujours au profit de
la Religion..
pour
Si du Phyfique nous paffons au Moral ,
& que nous examinions les divers évene--
mens qui fe fuccedènt lès uns aux autres ,&
qui femblent établir une nouveauté mora--
le , nous verrons que les faits ne different:
gueres entre eux que dans certaines circonftances
particulières ; mais que le fondi
38 MERCURE DE FRANCE.
1
eft prefque toujours le même. Que l'on
parcoure l'Hiftoire des differentes Nations
, on fera obligé de dire , comme Co-
Lombine , en parlant du Royaume de la Lune
, c'est tout comme ici ; que l'on fuive ce
qui s'eft paffé dans les fiécles qui fe font
écoulés avant nous , on y verra les mêmes
faits qui fe reproduifent fous divers
noms & fous diverfes faces ; il femble:
qu'ils ne font que circuler. Je vais en don--
ner quelques exemples . On a dit que le
grand Scipion prenoit plaifir à fe dépouiller
de l'éclat qu'il tiroit de fes victoires &
de fes conquêtes , pour ne fe montrer
qu'accompagné de fes feules vertus , &
qu'il préféroit la qualité d'homme à celle
de Conquérant ; on a dit la même chofe
de l'illuftre Turenne. Le barbare Chriftiern ,
Roi de Dannemrck , a été nommé avec
justice le Néron du Nord . Louis XI , Roi
de France , a renouvellé la diffimulation:
profonde , la politique fombre & cruelle
de l'Empereur Tibere. Donnez à Charles
XII, Roi de Suéde , un degré de bonheur
de plus , ce fera un autre Alexandre. On az
vû briller fous le regne de Louis XIV. les
Beaux-Arts & les Sciences , comme fous le
regne d'Augufte. Que l'on confidere les
évolutions les plus confidérables , foit
anciennes , foit modernes on trou
و ر
FEVRIER 1749. 39
vera qu'elles ont prefque toutes les mêmes
cauſes ; d'un côté l'ambition effrenée des :
Grands , leur avarice & leur cruauté ; de
l'autre l'inquiétude du peuple , un amour
exceffif pour la nouveauté & l'indépendance
, voila les caufes les plus ordinaires :
de la décadence & de la chûte des Empires
les plus puiffans & des Etats les mieux
affermis. L'Hiftoire ne nous préfente que
le jeu des paffions humaines. La terre eft
comme un grand théatre , où les mêmes :
fcénes font fouvent répetées ; il n'y a gueres
de difference que dans les divers caractéres
des Peuples & dans les titres des
Acteurs. La décoration frappe nos yeux
& nous furprend , parce que les refforts ;
en font cachés ; fi nous pouvions les ap--
percevoir , le merveilleux difparoîtroit , &
nous n'admirerions plus que l'art infini de
l'Ouvrier.
Je finirai cet Effai par une réflexion im--
portante. Si le Monde étoit l'ouvrage du
hazard ou du concours fortuit des Arômes,.
comme le difoit Lucrece , nous verrions de
tems en tems de nouvelles productions ;
la matiere peut fe modifier à l'infini , &
rien ne borneroit le jeu des Atômes : d'où
vient donc ne fe forme- t'il plus de nouvelles
espéces de Plantes & d'Animaux ??
C'est que tout eft dirigé par une fuprême.
40 MERCURE DE FRANCE.
fageffe, qui voit que ce qu'elle a créé, fuffic
à nos befoins & à nos plaifirs ; elle ne fait
rien à l'avanture & par caprice ; tous les
événemens font déterminés dans fon Con--
feil , & enchaînés les uns aux autres . Les
créatures fe meuvent ; l'Univers entier fe
foutient par le concours des regles généra--
les & primitives ; tout porte un caractére
d'ordre , mais de grandeur , qui prouve un
Etre unique , mais infini .
7. B. Tollot
A Geneve le 27 Septembre..
說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
STANCES
Préfentées le jour de l'an à M. le Préfident
de M *** par M. fon fils..
C
Her Auteur de mes jours , en qui le nom de
Pere
N'eft pas ce nom vulgaire
Far la voix d'un enfant fans ceffé répeté
Prodigué tant de fois & fi peu mérité ,,
Mais cet augufte nom , ce titre légitime ,
Virai tribut.de.l'eftime ,,
1
FEVRIER . 1749.
Dicté par le devoir , avoué par l'amour ,
Vainqueur de l'habitude ,& plus cher chaque jour
Qu'il m'eft doux de fentir & de pouvoir bien dire
Ce que ce nom infpire ;
De fçavoir difcerner par une jufte loi ,
Tout ce qu'il eft en vous, tout ce qu'il eft pour mail
Il fut un tems, ce tems de pleurs & d'innocence ,
Où les jeux de l'enfance ,
Dans d'indignes liens retenant ma raiſon ,
A peine m'en laiffoient l'ufage d'un rayon .
Four lors le feul inftinct dirigeoit ma tendreffe ;
J'aimois , mais par foibleffe ,
Et mes débiles mains, quand elles vous preffoient
Ne fçavoient pas encor ce qu'elles embraffoient .
Mais depuis que , fuivant ce falutaire guide
Qui voit , juge & décide ;
Depuis que
la raifon a dirigé mes pas ,
Tadore ce qu'en vous je ne connoiffois pas ..
L'exemple , le confeil , ce zéle inaltérable ,,
Tendreffe véritable ,.
42 MERCURE
DE FRANCE :
Et par laquelle un pere à fon futur appui
Sçait faire mériter le jour qu'il tient de lui.
Le jour est un grand bien , mais quand ſa jouiſſance
Mettroit en ma puiſſance
L'Univers tout entier , cet Empire étendu
Ne vaudroit pas le goût d'une feule vertu.
Amour de la vertu ! délicieuſe flamme !
Appanage de l'ame ,
Dont j'ai , graces au Ciel , par un double bonheury
Le tableaufous les yeux, & l'attrait dans le coeur.
Cet attrait enchanteur , cette image fi chere,
Je vous les dois , mon Pere :
Puiffe à jamais mon ame en tous fes mouvemens
Les fuivre , & fe regler fur vos feuls fentimens !:
Tels font mes juftes voeux, & dans cette journée,
Aux fouhaits deſtinée ,
Mon coeur n'ajoûte rien au feu de fon amour ;
Le jour de l'an, mon pere ,
que jour.
eft pour moi cha
FEVRIER. 1749. 43
A Mademoiselle.....
Claudine , de vos traits pour crayonner l'imag
ge ,
Ma verve bien des fois s'épuiſa vainement.
Venus , à qui vos yeux fans doute font ombrage ,
M'empêche d'achever un portrait fi charmant.
Jamais un ſujet plus fertile
N'encouragea pourtant une Mufe docile ;
C'est vous , de qui l'efprit plein de vivacité ,
La grace , l'enjouement , la taille enchantereffe ,
Nous font voir avec vérité ,
Qu'il eft certains attraits , dont la délicateffe,
Peut même quelquefois furpaffer la beauté.
Tout vous fied , & foit que vos charmes
Daignent de notre féxe emprunter les habits
Soit qu'infpirant aux coeurs les plus tendres allar
mes ,
Vos difcours dans un cercle enchantent les efprits,
De mille qualités vous offrez l'aſſemblage ,
Et l'Amour même en vous adore fon ouvrage .
Mais à peine je puis ébaucher ce morceau :
Je fuccombe déja fous le pefant fardeau.
De l'entrepriſe où je m'engage ,.
* Mademoiselle..... fe plait à danfer quelquefois .
Ligufée en Cavalier..
44 MERCURE DE FRANCE
Et ma tremblante main laiffe aller le pinceau.
Pour étrennes , & pour hommage
Souffrez qu'en ce jour feulement ,
Ma Mufe naïve & fincére ,
>
En vous offrant des voeux , gages d'un zéle ardent
Y joigne de vos traits cette ébauche legére.
G. D.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗潔洗洗洗浴
LETTRE à M. *** , fur le projet de
bâtir un nouvel Hopital pour les malades.
J'Ai lû , Monfieur , avec attention dans
le Journal d'Octobre , page 268 , l'extrait
du Mémoire de M. le Jeune , ancien
Vicaire de Saint Laurent , fur le projet
d'un nouvel Hôtel- Dieu , pour cette Capi
tale , dans l'ile des Cignes , vis - à - vis
Chaillot.
Le deffein de ce Mémoire eft de porter:
LE ROI , les Princes , les Grands du Royaume
, le Public , & toutes les ames pieuſes , à
entrer dans les vûes de cette oeuvre de
charité , en confidérant que la quantité
prodigieufe de malheureux qui fe trouvent
journellement en cette Maifon , font dans
la plus trifte & la plus humiliante fitua
tion couchés cinq ou fix , quelquefois
fept dans un même lit , & qu'il feroit
FEVRIER . ( 1749 45
'convenable d'apporter tous fes foins
donner à cet établiſſement une étendue ,
pour
capable de contenir facilement un nombre
de lits fuffifans , pour pouvoir en donner
un à chacun des malades.
M. le Jeune a fait connoître qu'il en réfulteroit
un bien infini ; que la fanté des
malades feroit , non-feulement beaucoup
plutôt rétablie , étant dans un lieu plus
pur & que plufieurs milliers qui périffent
par la fréquentation des autres malades ,
éviteroient la mort , ce qui feroit un
avantage très-grand pour le bien de l'Etat.
Ce projet intéreffe , non-feulement les
Provinces du Royaume , mais même les
quatre parties du monde , puifqu'on reçoit
également dans l'Hôtel- Dieu les pauvres
de tout fexe , de tous âges , de quelque
Nation qu'ils foient , chargés de telles
maladies ou bleffures dont ils ſe trouvent
affligés .
On voit que le zéle & la charité , qui
animent ce digne Eccléfiaftique , lui laiffent
efperer d'applanir la multitude des difficultés
qui fe font préfentées jufques ici à
l'exécution de ce vafte & important projet.
Nous nous flatons qu'il trouvera bon que
nouslui propofions quelques obfervations,
i
46 MERCURE DE FRANCE. 1
dont les conféquences paroiffent nuire à la
réuffite de cette entrepriſe.
1º. Eloigner l'Hôtel -Dieu de la Métropolitaine
, eft une chofe qui paroît impraticable
. M. l'Archevêque repréfente Saint
Landry , premier Fondateur de cette Maifon
, pofée par fon établiffement dans l'enceinte
Epifcopale , afin d'être toute entiere
fous fes yeux , fous fon gouvernement
immédiat , & fous l'adminiftration des
Chefs du Chapitre de cette Métropole ,
qui en font nés les feuls Administrateurs
Spirituels. La Religion a en cette partie le
principal intérêt , foit pour ce qui regarde
la manutention d'une Communauté réguliere
, & la plus nombreuſe qui foit dans
le monde Chrétien , foit pour ranimer &
foûtenir avec zéle ces Saintes Filles dans
leurs pénibles travaux , foit pour ne rien
laiffer échaper aux bonnes oeuvres & aux
actes extraordinaires de ferveur & de Religion
, qui fe préfentent journellement dans
les Salles de cet Hôpital.
2. La diftance qu'il y auroit de ce nouvel
Hôtel- Dieu aux divers quartiers de
Paris , rendroit le tranfport des malades
de cette Ville , extrêmement pénible &
difficile. Il y a lieu de croire que pour leyer
cette difficulté , M. le Jeune a compris
FEVRIER . 1749. 47
dans fon projet de laiffer dans le lieu où
eft actuellement l'Hôtel - Dieu ( à l'exemple
des Enfans trouvés , & vis-à-vis leur nouveau
bâtiment ) un hofpice fuccurfal qui
fervira d'entrepôt à la Maifon de l'Iledes-
Cignes * , afin d'être en état en tous
les tems , même à toute heure de nuit &
de jour , d'y recevoir les pauvres , dont les
bleffures dangereufes & preffantes exigeroient
un prompt fecours. C'eft fans doute
ce que M. le Jeune nous laiffe appercevoir
dans l'extrait de fon Mémoire , lorfqu'il
dit , que l'exécution de ce projet fera , nonfeulement
très-falutaire aux pauvres , mais
qu'il procurera encore à la Ville des embelliffemens
confidérables & des commodités infinies.
3 °. Le terrein de l'Ifle des Cignes eft une
place bien choifie dans fon étendue , &
pour la falubrité de l'air : on ne peut s'empêcher
d'en convenir , mais cet efpace im-
* Quelques perfonnes difent auffi que le deffein
de M. le Jeune eft l'établiffement de plufieurs
bâteaux fur la riviere de Seine , depuis Charenton
jufqu'à l'Ile des Cignes , pour recevoir les
malades dans cette étendue , & les tranſporter
dans le nouvel Hôtel- Dieu ; fi cela eft , M. le
Jeune ne prévoit -il pas les inconvéniens qui en
réfultent ? Quelle diftance ! quel tems pour arriver
! que de rifques pour les maladies preflantes ,
& que de dépenfes !
48 MERCURE DE FRANCE.
'
menfe , eft celui fur lequel il faut élever
de fond en comble tous les bâtimens néceffaires
de ce prodigieux Hôpital. Cette entrepriſe
paroît auffi étonnante , que fi quelqu'un
propofoit la conftruction d'une
Ville , où quatre ou cinq mille hommes
trouveroient des logemens , du linge , des
hardes , des vivres , & tout ce qui eft néceffaire
à la vie . Néanmoins M. le Jeune
dit qu'il a des moyens fürs & faciles pour
qu'en quinze ou feize années la plus grande
depenſe néceſſaire pour élever ces bâtimens , fe
trouve payée fans qu'il en coûte rien au Roi ,
& fans charger le peuple. M. le Jeune
n'ayant pas déclaré fon fecret dans l'extrait
de fon Mémoire , il eft impoffible de juger
du mérite de fes reffources ; il paroît cependant
qu'il les fonde , pour la plus
grande partie , fur les charités & les aumônes
, efperant qu'elles viendront au fecours
de fes pieufes intentions * . Mais ces bon-
* M. le Jeune a encore , dit- on , une reſſource
certaine , c'eft une Lotterie. Mais il y en a déja
trois d'établies , & il faut que le plan de celle de
M. le Jeune foit bien avantageux , s'il fournit
un produit fuffifant pour payer en quinze ou feize
années la plus grande partie des bâtimens du nouvel
Hôtel -Dieu , incomparablement plus immenfes
que ceux de Saint Sulpice , dont la Loterie n'a
pas encore fuffi pour leur conftruction , malgré
la louable économie & le zélé du digne Paſteur à
nes

FEVRIER . 1749. 49
nes oeuvres fi abondantes qu'on puiffe les
imaginer, ne défrayeront certainement pas
la dépenfe d'une augmentation confidérable
de perfonnes pour le fervice des pauvres,
& pour garnir deux maiſons , leurs falles,
dortoirs, cuifines , infirmeries, apoticai
rerie & autres lieux , d'un nombre infini
de meubles & effets , & autres chofes
pour
les befoins immenfes de cette adminiftration
, que l'on compte en outre furcharger
de cinq à fix mille lits qu'il faudra
joindre ( fuivant le nouveau projet ) à
1382 lits , actuellement exiftans dans
l'Hôtel-Dieu. !
Qui ignore que les aumônes font un
cafuel très-arbitraire , & un revenu trèscaduc
? Qui fera celui des Architectes ou
des Entrepreneurs , qui voudra bien bâtir
un édifice de l'étendue propofée , fur les
revenus & les fonds d'une caiffe de cette
nature , dans un tems où la guerre a forcé
les riches à être plus qu'économes de leur
fortune préfente ?
Propofera-t'on de chercher les reffources
de cette entrepriſe dans la bourſe des
pauvres ? Dépôt facré , effentiel à leurs
befoins , au bien public & à la tranquillité
de l'Etat ; parce qu'on préfume de la fage
qui la Capitale doit l'élevation de ce monument
de fa piété.
C
So MERCURE DE FRANCE.
économie des Adminiftrateurs , d'avoit
des fonds réfervés aux befoins extraordi
naires , foit pour les tems de contagion
ou des autres calamités , qui , graces
Dieu , n'arrivent pas fouvent , mais qui ,
en furvenant , exigent que le Bureau de
l'Hôtel- Dieu ne foit pas au dépourvû.
à
Tous ceux qui font l'évaluation de cet
objet réfervé aux befoins extraordinaires
des pauvres , donnent carriere à leur imagination
, mais toutes ces perfonnes qui
s'en occupent , tombent dans l'erreur , ou
du plus ou du moins , puifqu'il y en a
très-peu qui foient inftruites du vrai de cette
partie.
Ce fecret eft réfervé aux perfonnes
fages & prudentes, qui en ont immediatement
le foin & l'adminiſtration ; aucun
ne peut mieux juger , & ne doit mieux
connoître l'état des affaires de l'Hôtel-
Dieu, que M. l'Archevêque de Paris , & les
Magiftrats Illuftres , fous les yeux , & par
les ordres defquels les douze Adminiftrateurs
ordinaires gouvernent les biens &
les revenus de cette Maiſon .
Avant que de jetter dans le Public l'extrait
de ce Mémoire , il femble que M. le
Jeune auroit dû communiquer fes pieufes
intentions à ces perfonnes éclairées : il n'y
a aucun doute qu'il les auroit trouvés favo
FEVRIER. 1749 SI
rables à fa piété ; il auroit en outre été informé
de beaucoup de chofes convenables
au détail inconnu au fujet de l'adminif
tration de cet Hôpital.
il
Sur cette route nouvelle pour lui , s'il
eût defiré faire quelques tentatives
pouvoit encore s'adreffer à l'ancien de ces
Meffieurs , fi connu par fa réputation ,
par fon zéle ardent & fans bornes , & par
fon intelligence dans le fingulier détail de
tout ce qu'il eft à propos d'y pratiquer
pour le bien & l'avantage des pauvres . Il
auroit pefé les poffibilités de cette entreprife
, & fe feroit chargé d'en conferer
avec fes Supérieurs. Si le bien public &
celui des pauvres s'étoient trouvés réunis
en ce projet , alors ce Mémoire auroit été
d'un plus grand poids dans le Public , qui
ne peut êtrejuge d'une matiere, qui eft réfervée
à la prudence & à l'approbation des
Magiftrats. Mais paffons cette formalité
en faveur du zéle , & examinons à préfent
ce que deviendront tant de dépenfes , & s'il
en réfultera pour toujours un bien réel
à l'Etat , à la Ville & aux pauvres de
l'Univers .
Nous ofons dire , dans cette fuppofition
, que cet accroiffement de bâtimens
& de dépenses extraordinaires , ne feroit
qu'un bien très-momentané , parce que les
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
perfontes , tant foit peu indigentes des
Paroiffes , & qui fe trouveroient dans une
fituation moins avantageufe en leur malheureux
ménage , n'auroient aucune légere
infirmité, qu'elles ne fe rendiffent trèspromptement
en un lieu , où la propreté
& le bon air leur feroit regarder l'Hôpital
neuf, comme une maifon de campagne,
où ils iroient confommer la fubftance des
vrais pauvres , & des vrais malades de
l'Hôtel- Dieu , Peu après l'énorme dépense
faite pour donner à chacun fon lit , il fau
droit donc doubler les rangs ; ainſi M. le
Jeune verroit avec déplaifir fon projet fans
exécution , & fi dans la Providence il avoit
des fources inépuisables inépuifables , on le verroit
tenter d'élever un troifiéme Hôtel - Dieu ,
pour fuppléer, & y placer ceux qui ne pourroient
être contenus dans les deux qu'il
auroit ci-devant établis.
Nous voyons donc que les grandes
entrepriſes
font affujetties
à de grands incon véniens , mais pour les éviter & ces dépenfes
immenfes
, ne pourroit-on pas fe
contenter
de fuivre l'ancien projet , mis
déja en partie à exécution
, qui eft de joindre
à l'Hôtel- Dieu , qui fubfifte actuellement
, un fupplément
de bâtimens fuffifans
, tant fur la rue neuve Notre- Dame ,
vis-à-vis les Enfans trouvés
, que par arca-
>
FEVRIER .
53 1749 .
des fur la rue de la Bucherie , même
par accroiffement jufqu'à la rue Galande .
La chofe paroît d'autant plus facile , que
prefque toutes les maiſons, qui fubfiftent à
préfent dans la rue neuve N. Dame , appartiennent
à l'Hôtel - Dieu : il n'y auroit point
d'acquifition à faire , & fi l'Hôtel- Dieu y
perdoit des loyers , il y gagneroit d'une
autre part , par l'exemption de quantité
de réparations ruineufes , qui confomment
une grande partie de ces mêmes loyers. Il
refteroit à faire l'acquifition de quelques
maifons dans la rue de la Bucherie , du
Fouard , & autres adjacentes , enfermées
dans ce canton , dont une grande partie ,
& entr'autres le Prieuré de Saint Julienle-
Pauvre , appartiennent déja à l'Hôtel-
Dieu , tant de fes anciennes poffeffions ,
que par les nouvelles acquifitions faites
depuis environ vingt ou trente ans , dans
la vûe de faire cette augmentation de
bâtimens , qui n'ont pû avoir juſqu'à préfent
leur exécution , fans doute par quelque
confidération particuliere connue des
Magiftrats.
Je crois , Monfieur , que ce dernier
parti feroit le plus bref, & le moins couteux
, conféquemment le plus facile en
tout point à exécuter : on trouveroit en
cette augmentation le moyen de mettre
Cij
54 MERCURE DEFRANCE.
les pauvres plus à leur aife , & un trèsgrand
nombre de lits , ce qui eft défiré de
M. le Jeune , & qui effectivement doit
l'être de toutes les perfonnes pieufes &
charitables comme lui. Le lieu étant plus
vafte , l'air ne feroit plus infecté , les pauvres
y feroient bien , & ils ne fe nuiroient plus les
uns aux autres, en fe communiquant leurs maladies
: ils feroient par ce moyen en état de
guérir plusfacilement & plus promptement.
Les immondices , dit encore M. le Jeune ,
altérent & corrompent la pureté des eaux de
La riviere de Seine , ce qui les rend préjudi
ciables à la fanté des Citoyens. Cela n'eſt pas
tout- à-fait jufte , parce que , fi l'on compare
la maffe des immondices avec l'étendue
des eaux de la Seine , fecondée de la force
de fon courant , alors ces parties deviennent
de nul objet.
Au reste cet inconvénient ceffant
pour
Paris , n'auroit - il pas lieu pour les habitans
des Villages , & pour les maifons qui font
au-deffous du courant de l'eau après l'Ifledes
Cignes , fi ces immondices étoient autant
nuifibles que M. le Jeune nous l'expofe.
En ce cas , la fanté de ces Citoyens
on habitans limitrophes eft-elle moins
précieufe à l'Etat , que celle des habitans
de Paris ? Si cette propofition eft vraie ,
il s'enfuit qu'il ne faut pas plus placer la
FEVRIER. 1749.
55
pefte aux portes de Paris , que dans l'inté
rieur de la Ville , & qu'il eft auffi fage d'é
viter l'un que l'autre pour l'avantage de
tous les deux .
Mais outre toutes les raifons que nous
venons de dire , il y en a une qui paroît
fans réplique ; c'eft la néceffité abfolue
qu'il y a de laiffer cette Maifon dans le
voifinage de la Métropole , afin de ne
point tirer les reffources de cet Hôpital ,
qui eft riche , & qui fera toujours abondant
, tant qu'il fera expofé aux yeux de
tout Paris , mais qui ceffera de l'être , s'il
eeffe d'être en chaque moment l'objet de
la fer veur , la charité n'étant plus excitée
par la mifére extrême qui revendique fes
droits à chaque pas , où l'homme voit fon
femblable inquiet des foins que lui doit
l'humanité.
L'objet n'eft point agréable ; on ne le
recherche point ; fi l'on a tant de raiſons
pour qu'il foit vû , il faut le mettre & le
placer à la rencontre de tous les voyageurs
, de tous les paffans , de ceux qui
cherchent même à l'éviter : c'eft pourquoi
il faut qu'il foit au centre de la Ville , &
dans le voisinage où les Fidéles font attirés
par une puiffance fupérieure.
Puifque des motifs & un interêt fi
effentiels tiennent cette Maifon unie à
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
'Eglife principale de Paris , il ne conviên
pas de la tranfporter en aucun autre lieu ,
en fe perfuadant que la beauté de l'Edifice,
que l'on doit conftruire , attirera les yeux,
les coeurs , & les aumônes de tous ceux
qui y viendront de toutes parts une pre
miere fois contenter leur curiofité .
Il feroit bien défirable de pouvoir pla
cer les pauvres dans les Hôpitaux , avec
tout le bien être que nous infpire la Religion
, qui veut que nous les regardions
comme les membres précieux de JESUSCHRIST.
La commiferation & la pitié
nous infpirent ces fentimens , mais leur
nombre & le défaut de moyens ôtent la
poffibilité de fatisfaire à tous leurs befoins
, qui font bien préferables aux agrémens
des édifices qu'on propofe de faire
hors de Paris .
Au furplus , on ne peut qu'applaudir
au zéle ardent qui anime M. le Jeune ; &
nous verrions avec un plaifir inexprimable
, qu'en répondant folidement à nos.
obfervations , & aux difficultés qui pourront
encore fe préfenter , il réufsît dans
fon projet , à la fatisfaction de la Cour ,
des Magiftrats & du Public.
FEVRIER. 1749. $ 7
LES DEUX CHIENS .
FA- BL E.
CHez un Seigneur Bas -Normand ,
Cuifine la plus mince
De toute la Province ,
Un chien vivoit , mais très-fuccinctement
Il croyoit que fon infortune
N'étoit pas commune ,
Et que de fes confreres chiens
Nul ne couloit des jours fi fâcheux que les fiens!
Traverfant un jour un Village
Du voisinage ,
Il apperçut un chien d'une extrême maigreur ;
Qui traînant triftement une pefante chaîne ,
Sembloit ne refpirer , n'aboyer qu'avec peine.
Ce fpectacle lui fit horreur ,
Et de cette utile avanture
En animal fenfé tirant la conjecture ,
Ah! je ceffe , dit- il , de me plaindre des Dieux ; Y
Sur mon malheur cent fois mes yeux
Ont verfé des torrens de larmes ,
Mais déformais le fort, dont je fubis la loi ,
C v
AVE L
ETRANCE.
Ne m'offrira que plus de charmes §
Par ce mâtin , il en eft , je le voi ,
Plus à plaindre encore que moi.
LA
Par M. Gaudet.
VESAPARARA YA PARALDEANata
MADRIGAL .
A Imable Iffé , devant vos charmes
Le tendre Amour ayant baiffé les armes ,
En voulut l'autre jour ébaucher le portrait ,
Mais par une malice extrême ,
Pour rendre ce tour plus fecret ,
Il s'avifa d'un plaifant ftratagême ;
Me trouvant endormi fur le bord d'un ruiffeau
De fes yeux promptement il arracha le voile ,
D'un de fes traits il fe fit un pinçeau ,
Et mon coeur lui fervit de toile.
Par le même.
FEVRIER . 1749. 59
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗
OBSERVATIONS fur la forme des
Galéres des Anciens , à plufieurs rangs
T
de rames.
Ous les Hiftoriens Grecs ou Latins
n'ont pas parlé clairement de la Marine
des Anciens ; ils ont négligé d'expliquer
la forme de leurs Galéres à 1 , 2 , 3 ,
4 & 5 rangs de rames , ce qui a fait que
plufieurs modernes ont penfé que ces
rangs étoient les uns fur les autres.
Polybe dit , dans fon cinquiéme Livre
Chapitre XIV. » qu'Antiochus entra dans
Tyr & dans Prolémaïde ; qu'il y prit
tout ce qu'il y avoit de munitions , en-
>> tr'autres quarante Vaiffeaux , dont vingt
>> étoient pontés & bien équipés ; ils
avoient au moins chacun 4 rangs de rames
les autres étoient à 3 , à 2 , & à unfeul
rang.
J
Au chapitre XX . du même Livre , il dit,
» que Prolomée équipa une Flotte de
» douze Vaiffeaux pontés , & de huit qui
>>ne l'étoient pas , & qui étoient à 2 , & à
3 rangs de rames.
Dans les Commentaires fur cet Auteur,
par M. le Chevalier Folart , ce fçivant
Militaire s'explique ainfi : A l'égard des
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
}
» armées navales des Anciens , ce qui me
furprend , c'eft le nombre d'hommes qui
» combattoient deffus , car fi l'on compre
» la quantité de leurs Vaiffeaux ou Galé-
"res , il falloit que celles du troifiéme
" rang , qui étoient les triremes , cuffent
pour le moins fept à huit cens hommes
d'équipage , ce qui ne laiffe aucun lieu
» de douter , quand même les Auteurs ne
l'affureroient pas, que leurs differens ordres de
rames étoient les uns fur les autres.
»
>>
En lifant cette obfervation , je n'ai pû
m'empêcher de la combattre par les démonftrations
qui fuivent.
J'ai fenti de la répugnance à croire
l'amas nombreux de rames que ce Commentateur
fuppofe. Quelle longueur auroient
eû celles du cinquième étage ?
Quelle force , quelle puiffance auroient pû
les faire mouvoir ? Et quelle élevation auroit-
il fallu donner à une Galére de cinq
rang de rames , depuis le fond- de-cale ,
jufqu'au pont fupérieur ?
Malgré la décifion de plufieurs Hiftoriens
modernes , malgré le cas que je
fais du Commentateur de Polybe , je ne
peux m'empêcher de m'élever contre l'opinion
des rangs de rames placées les unes
fur les autres.
Je me fuis enfin déterminé à croire que
FEVRIER. 1749. Gr™
les Argonautes , ou d'autres Navigateurs ,
en un mot les premiers qui fe font hazar
dés à perdre de vite les côtes de la mer ,
ont imaginé la conftruction de Vaiffeaux ,
qui n'étoient que de petites barques demipontées
, ayant quatre rames de chaque
côté; que par la fuite des tems , on en à
conftruit de plus grandes du double , du
triple , & c. dans les mêmes dimenfions que
la premiere ; l'on a ajouté chaque longueur
à la fuite l'une de l'autre, & la largeur proportionnelle
, mais on a confervé chaque
divifion de 4 en 4 rames par des montans
de charpente , qui fervoient à foûtenir le
pont , ou la platte forme fupérieure où
étoient placés les combattans , enforte
que chaque rang , comme autant de fections
fymétriques & proportionnées d'un
tout , contenoit quatre rames à bas bord
& à tribord fur une même ligne : ainfi ces
divifions de 4 en 4 rames , caractériſoient
le bireme , le trireme , le quatrireme , & c .
Démonftration.
A. Eft la premiere Galére imaginée ,
demi-pontée , à un rang de quatre rames
de chaque côté.
}
AB , Eft un bireme , ou à deux rangs de
rames , quatre de chaque côté fur la même
62 MERCURE DE FRANCE.
ligne , féparées par un montant de char.
pente.
A B C. Eft un trireme , ou à trois rángs
de rames , chaque rang féparé comme ceux
du bireme.
A BC D. Eft un quatrireme , qui a quatre
divifions de quatre rames .
ABCDE. Eft une Galére à cinq rangs
de rames à bas bord , & autant à tribord
fur une même ligne .
Or cette Galére des Anciens ne contenoit
en tout que vingt rames de chaque
côté , divifé par cinq rangs de quatre rames
; mais ces côtés auroient pû tenir huit
rames de plus , fi dans l'efpace des quatre
montans , qui foutenoient le pont fupérieur
, il y avoit eu deux rames à la place
de ces montans , ce qui auroit fait en tout
vingt huit rames à chaque côté.
Une Galére à cinq rangs de rames
étoit donc de même grandeur que les nô
tres qui ont vingt- huit rames à bas bord
& autant à tribord , placées fans intervalle
, à égale diſtance , & fur la même ligne.
La dénomination des Galéres à 1 , 2 , 3 ,
4 & 5 rangs de rames , fi fouvent répétée
par les Hiftoriens , fervoit aux Anciens
à fixer chaque équipage , & le nombre de
combattans que chaque Galére pouvoit
contenir , de même que dans nos armées na
FEVRIER. 1749.
63
vales le nombre de canons de chaque Vaiffeau
de guerre en défigne la force , comme
le nombre de tonneaux défigne la char
des Navires Marchands. D.D.
ge
nununun
A M. Bafton , jeune homme de 17 ans , fir
fon Epitre à M. de Voltaire , & fes vers
à M. de Fontenelle.
CEtte nuit le fommeil , contre fon ordinaire,
Me refufoit un doux repos ,
Mais comme mon amour fait mon unique affaire) ,
Sans perdre tems en fots propos ,
Je fus d'efprit voir Iſabelle ,
Et duppe avec plaifir d'un fouhait trop flateur ,
Quoique pour moi toujours cruelle ,
Amant heureux , je crus avoir touché fon coeurs
J'idolâtrois cette chimére ,
Et je formois les plus doux voeux ,
Lorsqu'un fommeil , dirai - je heureux ?
Survint , me ferma la paupiere.
Le croiras-tu , Baſton ? tous mes fens affectés
Ne firent que changer en un gracieux fonge
Le tendre fentiment qui les avoit flatés.
Quel étoit mon bonheur , quoi qu'enfant du men
Longe !
64 MERCURE DE FRANCE .
Dans mon rêve je crus que par quelques couplets,
Je devois célebrer le bonheur de ma flâme ,
Ypeindre en traits de feu les tranfports de mon
ame ,
Y jurer à l'Amour de le fuivre à jamais.
Pour remplir ce deffein , j'entrepris le voyage
De ce brillant Empire où regnent les neuf Soeurs ;
Le Parnaffe eft , dit- on , d'un difficile abord ;
J'en franchis en rêvant le fommet fans effort ,
Sans obftacle auffi-tôt vers le Temple j'avance ;
Des vers nouveaux l'on mefuroit le poids
Defpréaux y tenoit la critique balance ,
Du Dieu du goût il exerçoit les Droits ;
Je crûs ce lieu le Temple de la haine ,
Tant les Auteurs avec aigreur
Du Dieu des vers deffendoient le domaine.
Au fçavant Tribunal préfidoit la rigueur.
Je vis fans balancer rejetter maint ouvrage
Que je penfois au moins mériter le péfage ;
Ton nom qu'on appelloit , intereffa mon coeur ;
Tes vers , eſſai de ta jeuneſſe ,
Furent pefés avec jufteffe ;
Il faut te l'avouer , pour toi j'avois grand pear ;
Mon zéle fit mon tort , reçois- en mes excuſes ;
Le poids te fit honneur auffi , jeune Baſton ;
D'un accord général dans le Livre des Muſes ,
FÉVRIER.
1749. 65
Par la main de Phébus je vis tracer ton nom .
Certes , difoit le galant Fontenelle ,
Les vers préfens ne font qu'une étincelle
Du feu que nos neveux verront un jour briller
Voltaire , ainſi que lui , t'accorda fon fuffrage
Son goût , guide certain , toujours fçut difcernes
L'apparent & le vrai , le faux & l'alliage ;
L'art fe démafque à ſon afpect .
Où d'or nous voyons une couche
Il n'apperçoit que du pinfbec.
Oii , fon tact , du Parnaffe eft la pierre de touche
Voila des vers , dit -il, j'en connois la valeur ;
Ils font enfans de la Nature ;
De cet heureux pinceau j'admire la vigueur,
Et cet air vrai de la Peinture.
Ami , je fus dans cet inſtant
Si frappé de l'éclat dont te couvroit la gloire
Qu'éveillé par le fentiment ,
Ici finit le cours de mon hiftoire .
Ne fuivant plus une folle chimére ,
Je ne vois plus qu'une froide bergere ,
Mais l'amitié feule peut en ce jour
Me confoler des pertes de l'Amour.
D. S.
A Dieppe , le 26 Décembre 1748 .
66 MERCURE DE FRANCE:
* és és és és és és és és és és ésés as
LETTRE de M. de Montcarville
Lecteur du Roi , & Profeffeur en Mathématiques
, Cenfeur Royal , du Journal
des Sçavans , à M. Remond de Sainte
Albine.
Mma
Onfieur , je me fuis engagé dans
ma Lettre ( inférée dans le Mercure
du mois d'Octobre 1748 ) à montrer que
M. Deflandes , Auteur de l'Effai fur la Marine
des Anciens , avoit commis plufieurs
fautes de Géométrie & d'Hydroftatique : je
m'en acquitte aujourd'hui .
Je fuis très-fâché d'être réduit à cette néceffité
, tant par rapport à lui , que par l'éloignement
que j'ai pour toute difpute Lit
téraire . Mon devoir a été de rendre compte
de fon Ouvrage dans le Journal des Sçavans
; je l'ai fait avec beaucoup de ménagement
& de politeffe : j'ai penſé fur la matiere
dont il étoit queftion, comme tous mes
Confreres , qui font infiniment plus habiles
que moi malgré cette modération , M.
Deflandes a eu recours aux invectives perfonnelles
, dont je me flate qu'il s'eft fait
quelques reproches : j'ai donc fait la trifte
expérience de ce qu'il nous apprend luiFEVRIER.
1749. 67
rité >
même , que * vouloir dire aux hommes la véquelqu'avantageufe
qu'elle puiffe leur
être , c'eft s'attirer de la part des hommes toutes
fortes de mauvais traitemens. Il ne fongeoit
pas alors , qu'on pourroit lui appliquer ce
qu'il condamne avec tant de raiſon : **
Mais quoi ! Lesgens de Lettres ne doivent-ilsfe
parler que par injures ? Je le prie d'être
perfuadé qu'il n'entre aucune paffion particuliere
, ni aucun intérêt Académique , dans
ma réponſe , mais je dois me juftifier : ***
Je ne me mettrai point en colere ( comme il en
accufe le faifeur d'extrait ) afin de mieux
réuffir. J'entre en matiere,
M. Deflandes voulant montrer ce que
l'on entend par le port d'un Vaiffeau , &
par la meilleure maniere de le jauger
s'exprime ainfi dans le difcours prélimi
naire ( page xxvj ) de fon Effai fur la Ma
rine des Anciens.
»
Je fuppofe maintenant que le poids
» du Vaiffeau, lancé à la mer , foit connu :
» on fçaura, à peu de choſe près , le poids
» de fes agrès & apparaux , car ces deux
»poids font égaux entr'eux dans les gros
» Vaiffeaux, & ne different pas beaucoup dans
» les petits.
Il n'y a perfonne qui ne voye que

M ,
* Page ( xxiij ) du Recueil. Patoles de l'Auteur
*** Brochure. ** Idem
´S MERCURE DE FRANCE.
Deflandes s'oblige par cet expofé , à dễ→
montrer que les poids des petits Vaiffeaux
& des grands fuivent le rapport des corps
femblables cependant les Vaiffeaux ne
le font ici qu'en apparence & qu'extérieurement
; n'eft - il pas évident que f
le rapport que l'Auteur affigne , fe trouve
vrai dans un Vaiffeau , la chofe ne fera
qu'accidentelle , & n'eft pas admiffible généralement
, puifque les uns ont deux
ponts , d'autres n'en ont qu'un , les uns ont
une artillerie confidérable , les autres n'en
ont qu'une médiocre . Enfin ils different
dans leurs oeuvres mortes , d'une infinité de
manieres : il est donc certain qu'on ne peut
faire une femblable fuppofition. On apporte
pour preuve de ce qu'on a avancé , ce
qui fuit , ( page xxvj ) du même difcours
préliminaire.
» Soit une Frégate de 26 canons armée
pour fix mois de campagne : je trouve ,
1 °. que le corps du Bâtiment en bois
» de toute efpece , en fers , clous •
"
&t
» autres marchandiſes, qui entrent dans ſa
»compofition , pefe 416000 livres , ou
» 208 tonneaux . Je trouve , 2º. que les
agrès & apparaux de ce Bâtiment, réunis
enfemble , pefent 374000 livres , ou 18.7
tonneaux.
Je ne trouve point du tout ici la preuve
FEVRIER. 1749. 69
que les poids des agrès font égaux , au corps
du Bâtiment , dans les gros Vaiffeaux , &
n'en different pas beaucoup dans les petits .
car ces deux produits different entr'eux
de 21 tonneaux , ce qui , me femble , n'eſt
ni égal , ni un à peu près. Je prie M.
Deflandes de faire un moment de réflexion
fur ce qu'il a avancé les poids des
agrès étoient en même raifon dans les petits
Vaiffeaux que dans les gros ; ne s'enfuivroit-
il pas qu'en connoiffant la charge
d'un Vaiffeau quelconque , on détermineroit
le port de tous les autres , puifqu'ils
fuivroient la raifon triplée . Cette maniere
de jauger feroit fort commode , mais elle
part d'un faux principe.
و
que
» A l'égard de la figure , il faut , pour
» la trouver , partager le folide en plufieurs
» tranches infiniment petites, & paralleles à la
»bafe , & calculer enfuite l'épaiffeur & les
contours de chaque tranche.
M. Deflandes perd de vûe fon objet.
Il ne s'agit pas de trouver la figure du
Vaiffeau , on a fous les yeux cettefigure ; il
s'agit au contraire de déterminer fa
сара-
cité. Notre Auteur a blâmé les méthodes al-
Longées & les formules algébriques , que les
plus célebres Géometres ont données : cependant
il nous enſeigne à partager lefolide
- ( Page xxviij . Į
70 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs tranches infiniment petites : je ne
conçois pas ce que c'eft que des tranches infiniment
petites dans la pratique : eft- ce propofer
une méthode courte , que de partager
un folide en une infinité de tranches ? C'est
comme fi l'on difoit que les formules de M.
Newton fur les quadratures des courbes,
font inutiles & allongées : il fuffira , dirat-
on , de partager l'aire de la courbe en une
infinité de tranches fuperficielles , & trouwer
enfuite la valeur de chacune . Au contraire
, quiconque connoît l'efprit & l'a
vantage de l'algébre , fçait que les for
mules nous difpenfent de faire réellement
des divifions en une infinité de parties ; la.
divifion en uneinfinité de parties , n'eſt que
mentale ou idéale.
J'ajouterai que cette expreffion , calculer
L'épaiffeur & les contours de chaque tranche
eft inintelligible , car quel produit exprimera
un pareil calcul : Eft- ce le contour
par l'épaiffeur qu'il faut multiplier ? Qu'eſtce
qu'on aura ? Sera- ce le corps du Bâtiment
, fera-ce fa capacité ? Non affurément
; il eft impoffible de l'affigner :
a - t - on voulu dire qu'il faut multiplier
la fuperficie d'une des tranches par fon
épaiffeur ? Je ne le crois pas ; de plus
les circuits d'une figure ne déterminent
rien pour connoître fa furface : enfin ces
FEVRIER . 1749: 71
memes tranches infiniment petites font-elles
fuperficielles ? font- elles folides ? Je n'en
fçais encore rien:M.Deflandes fait ici un tel
mélange de ces quantités , que je ne fuis pas
aſſez habile , ni tous les Géometres, pour découvrir
fa méthode , ou ce qu'il a voulu fignifier.
Il fuit de tout ce que nous venons
de dire, que M. Deflandes nous a donné une
-fauffe idée du port d'un Vaiffeau , & de la maniere
de le jauger ; maniere , dit- il , que peu
d'Auteurs ont bien entendue ; & cela eft
vrai .
Je vais , Monfieur , vous rapporter une
erreur de Géometrie des plus remarquables
, dans laquelle l'Auteur est tombé ; elle
eft tirée de la page 43 de ſon Eſſai ſur la
Marine.
» Cette premiere obfervation en amena
» une autre qui y étoit néceffairement liée ;
» c'eft qu'un espace terminé par des lignes
» courbes , eft plus grand qu'un efpace de
» même circuit , terminé par des lignes droi-
» tes ; &
Je dis que cette propofition eft fauffe ,
& que j'alignerai une infinité d'efpaces terminés
par des lignes courbes , moindres qu'un
efpace de même circuit terminé par
des lignes
droites. J'aurai recours à un exemple des
plus fenfibles : imaginez l'efpace terminé
par trois arcs de cercle qui fe touchent ,
2 MERCURE DE FRANCE.
ou fi vous l'aimez mieux , la lunule d'Hypocrate
; il n'y a perfonne qui n'apperçoive
que cet efpace curviligne eft moindre
qu'un triangle équilateral de même circuit :
c'eſt donc à tort que M. Deflandes a avancé
ce théoreme : il ne falloit fçavoir que le
quarré de l'hypoténufe , pour éviter cette
faute.
» Et par conféquent , qu'un folide ter
» miné par des furfaces courbes a plus de
» capacité , qu'un folide de même étendue ter
miné par des ſurfaces planes.
Vous voyez , Monfieur , qu'aucun Géometre
ne peut admettre la conféquence ,
puifque le principe eft faux , mais je prie
M. Deflandes de m'expliquer ce que c'eft
que deux folides de même étendue , & dont
cependant l'un a plus de capacité que l'autre :
la capacité & l'étendue font donc deux
chofes differentes chez notre Auteur : fai
tes attention , dit M. Deflandes , que l'un
de ces folides eft terminé par des furfaces
planes ; je le fçais , & je fçais encore
que M. Deflandes l'a répeté avec grand
foin dans fa brochure , fans quoi j'aurois
été tenté de croire que c'étoit une inattention
de fa part , mais cette redite rend
la chofe tout- à- fait finguliere. Je confens
donc que ces deux folides foient terminés
par tout ce qu'il vous plaira , & vous
appercevez
1
FEVRIER. 1749. 73
appercevez que fi ces deux corps ont même.
capacité , ils ont même étendue ; ou s'ils ont
même étendue , ils ont même capacité : c'eſt
en vérité , vert jus & jus vert ; permettezmoi
ce proverbe fi trivial.
*
Croiriez- vous , Monfieur , que l'Auteurdéfend
fon pur galimatias ( excuſez le terme,
il eft de M. Deflandes ) avec autant de chaleur
que fi c'étoit une vérité claire comme
un axiome ? Il accufe le faiſeur d'extrait
d'être méchant fans être judicieux ; il nous
invite à relire ce même endroit , & il
eft perfuadé qu'on y verra une fuite de raifonnemens
qui ne déplairont point. Il ajoute ,
c'eft le comble de la folie d'attribuer à un
Auteur des fautes qui ne font point dans fon
Ouvrage. Soyons plus fage que M. Deflandes
;je prie le Lecteur de répondre pour moi
à ces douces paroles ; j'efpere que s'il n'eft
pas content du jugement & de la maniere
de s'exprimer de notre Auteur , il le fera
du moins de ma modération ,
J'avance encore que cette fuite de rai-
Jonnemens qui ne doivent point déplaire , n'a
aucun fens car fuppofons deux folides ,
dont l'un foit terminé par des furfaces courbes
, l'autre terminé par des furfaces planes
on ne peut rien conclure de cette
feule hypothéfe ; fi l'on ajoute que les
* Brochure.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
deux corps font égaux en furface , il ne
fera pas encore vrai généralement , &
par cette feule condition , que celui qui
fera terminé par une furface courbe
ait
plus d'étendue ou de capacité , que celui
qui fera terminé par des furfaces planes,
Qu'a donc voulu dire M. Deflandes ? Je ne
le fçais pas , ni lui non plus : fi l'on veut
déterminer quelque chofe à ce fujet , il
faut affigner la nature des corps Géometriques
que l'on confidere , fans quoi il
ne peut y avoir de queftion , Vous voyez
préfentement combien il y a de chofes à
reprendre dans le principe , dans la conféquence
& dans l'expreflion de notre Auteur
, & à quoi le réduir cettefuite de raisonnemens
qui ne déplairont point.
Je vais rapporter quelques endroits d'Hydroftatique
; ils feront tirés des pages
107 & 108 , de l'Effai fur la Marine des
Anciens.
» Car tout Bâtiment de mer peut être
» regardé comme un levier , dont le point
de fufpenfion eft la coupe horisontale, qui
fépare la partie fubmergée de celle qui eft
» élevée au-deffus de l'eau ; &
29
Il eft clair que M. Deflandes place le
point de fufpenfion ( ou le centre de gravité
) dans la coupe bo ifontale, qui fépare la
partie fubmergée de celle qui ne l'eftpas, mais
FEVRIER. 75% 1749.
afin que l'on ne doute pas du fentiment de
l'Auteur , je vous prie de lire la fuite .
>>> Et comme ces deux parties ( la partie
fubmergée & celle qui eft élevée au-
» deffus de l'eau ) repréſentent les deux
➡ bras du levier , il eft certain qu'elles ne
» peuvent être en équilibre , que les diftan-
» ces au point de fufpenfion n'ayent récipro-
» quement entr'elles la même raifon
que
» les hauteurs , ou les poids correfpondans
à ces hauteurs .
En voulez - vous davantage , pour être
convaincu , que c'eft à juste titre que j'ai
avancé dans mon extrait , que M. Deflandes
fuppofoit que le centre commun de gra
vité , où le point de fufpenfion d'un Vaiſſeau
plongé dans l'eau , étoit dans la coupe horifontale
qui fepare la partie fubmergée de celle qui
eft élevée au-dessus de l'eau ?
Cependant on lit dans la brochure de M.
Deflandes , qui fert de réponſe aux objections
que le Journaliſte lui avoit faites.
» C'eft ce Public que j'invite avec toute
la défiance que j'ai de moi-même , à examiner
les pages 107 & 108 de mon Effai ;
» il verra que je n'ai point parlé du centre
» commun de gravité du Navire , mais que
» j'ai parlé feulement du rapport que doivent
avoir entr'elles la partie Submergée
La partie qui eft élevée au-deffus de l'eau
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
"
» le tout encore relativement à la coupe
»horisontale qui fépare ces deux parties ,
ou au plan de flottaifon , qui doit toujours
fe trouver dans le plus large du Navire
» qui eft ce qu'on appelle fon fort.
Voila affûrément un Auteur qui a fon
dit & fon dédit , ou qui n'entend pas la
force de fes expreffions ; j'aimerois mieux
croire le dernier , mais comment accorder
ce qui fuit immédiatement ? » & quand
»j'aurois dit que dans un Vaiffeau bien
conftruit, bien agréé , bien lefté , le centre
32 de gravité doit toujours le trouver dans le
»plan de la flottaifon , ou dans la coupe ho-
»rifontale formée par les lignes du fort , je
» n'aurois dit qu'une chefe füre & conftante ,
pro
a
Que penfez-vous , M ? vous attendiezyous
à un pareil changement ? M. D* a
commencé par nier qu'il eût avancé la
pofition , puis il fe rétracte ; je fuis prefque
tenté de croire que c'est très-férieufement
que l'Auteur invite le Public à fe défier
de fes lumieres je n'avois d'abord regardé
cette expreffion que comme l'avertiffe
ment d'un homme qui affecte la modeftie ,
mais je vois qu'elle part d'une perfonne.
véridique . Soyons donc perfuadés que M.
D* fuppofe le centre commun degravité d'un
Navire dans le plan de laflottaifon . Après ceci
ne trouvez - vous pas bien fingulier , que
FEVRIER. 1749. 77
'Auteur éleve le ton , & s'écrie: * Quoi ! fautil
toujours que je me plaigne de fa mauvaiſe
foi?Ne vous femble-t'il pas qu'on parle d'un
impofteur , qui a attribué à quelqu'un un
fentiment qu'il n'a point & qu'il n'a jamais
eu ; cependant vous venez de lire , & malgré
cela je fuis accufé du crime de faux ,
je fuis taxé de mauvaiſe foi ; relifez encore ,
M. je vous prie, c'eft ainfi que je répondrai
aux expreffions indécentes & injurieufes
de notre Auteur. Il ne fuffit pas d'avoir
affûré que M.D* nous propoſe un principe
qui eft contraire aux loix de l'Hydroftatique
, nous allons le démontrer , quoique
tous les Géométres en conviennent.
Imaginons deux Vaiffeaux creux qui
foient parallelepipedes , mais de matiere
differente , l'un de bois , l'autre de liège ; on
fçait queleur centre de gravité eft dans l'interfection
des deux perpendiculaires , éle,
vées chacune fur le milieu des deux faces
qui forment entre elles un angle droit ; je
fuppofe encore que la pefanteur fpécifique
du Vaiffeau de bois foit à celle de l'eau ,
comme ( à 2 ) , il eft évident que le centre
de gravité fera alors dans le plan de la
flottaifon , ce qui deviendra une fituatio.n
defavantageufe pour conferver fon éta
d'équilibre , fi néceffaire à tout Vaiffeau ;
Idem Broc
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
quant au Vaiffeau dont la matiere eft de
liége , il eft affez clair que fon centre de
gravité fera beaucoup au - deffus du plan de
Hottaifon ; ce Vaiffeau aura donc peu d'affiette
ou de fermeté en mer.
Suppofons deux autres Vaiffeaux creux
de la même matiere. que les précédents ,
mais de figure ellipfoïde , il nous fera facile
d'affigner , en connoiffant les dimenfions
& la nature de la courbe , à quel
point de la profondeur du Vaiffeau fera
placé leur centre de gravité : or de quelque
matiere que foient ces deux Vaiffeaux
ellipfoïdes , ils auront leur centre de gra
vité dans le même point , pourvû que leurs
dimenfions & la courbe foient les mêmes.
Commençons par lefter , enfuite charger
ces deux Vaiffeaux de la même matiere ou
du même poids , on doit fçavoir que le
centre de gravité ( qui a été d'abord déterminé
dans un certain point ) baiffera dans
l'un & dans l'autre ; mais il faut bien re
marquer que le plan de la flottaifon ne fera
pas le même dans l'un comme dans l'autre,
puifque les deux Vaiffeaux different ſenfiblement
de pefanteur fpécifique ; il s'enfuit
donc que fi par hazard le centre de gravité
fe trouve dans le plan de la flottaifon ,
ce même centre ne fera pas dans l'autre Vaif
feau , dans le plan de la flottaifon ; il faut
FEVRIER. 1749. 19
donc conclure que fi l'un eft bien agréé ,
bien lefté , & fon centre de gravité bien
placé , l'autre Vaiffeau n'aura aucune de
ces conditions ; d'un autre côté l'on change
le left ou la charge , alors le centre de
gravité fera auffi changé ; fi donc la premiere
pofition du Vaiffeau B, par exemple,
étoit boune , la feconde du Vaiffeau L ne
vaudra rien. Voila déja de quoi décider la
queftion , puifque nous avons deux Vaiffeaux
qui ont les mêmes dimenfions , la
même figure , la même capacité , les mê
mes agrès , charges & apparaux , & qui
n'ont point l'un & l'autre leur centre de
gravité dans le plan de la flottaifon , ce
qui cependant devroit être, fuivant la propofition
de M. Deflandes. Quelle reffour ,
ce refte - t'il à notre Auteur ? je n'en connois
point ; je m'imagine qu'il dira qu'il
faudra augmenter la charge du Vaiffeau L,
dont le centre de gravité eft au - deffus du
plan de flottaiſon ; foit , je le veux , mais
rappellez- vous que le Vaiffeau B avoit ,
felon la fuppofition , fon centre de gravité
dans cette coupe horizontale , formée par la
ligne du fort ; fi donc l'on augmente la
charge du vaiffeau L , afin que le centre de
gravité baiffe , il arrivera que ce même
point ne fera plus dans cette coupe horizontale
formée par la ligne du fort : donc l'hypo-
D iiij
So MERCURE DE FRANCE .
thefe de M. D* eft infoutenable. Il s'enfui
vroit encore de la fuppofition de M. D*
que les Vaiffeaux differant d'une infinité
de manieres , il feroit impoffible de
rendre leurs pofitions bonnes , ou de les
corriger , lorfque quelqu'unes ne feroient
pas avantageufes , puifque le centre de
gravité feroit toujours à la même diftance ,
ou fitué dans le même plan . S'il arrive
que le centre de gravité fe trouve par hazard
dans le plan de la flottaiſon pour un
tel Vaiſſeau , il eſt évident qu'il n'y fera pas
pour un autre , puifque les Vaiffeaux ne
font pas des corps femblables. N'eft- il pas
démontré dans tous les traités de Méchani
que, que les centres de gravité dépendent
de leur éloignement à l'axe de révolution ,
& de la pefanteur de chacune de leurs
parties multipliées par leur diftance à ce
même axe ? Si donc les parties de deux
Vaiffeaux, égaux en capacité, font plus pefantes
& à differentes diftances , alors le
centre de gravité fera different , comme il
eft avantageux qu'il le foit pour une infinité
de circonftances : ajoûtons encore
que le rapport qu'ont ces mêmes parties
folides & pefantes avec celles de l'eau ,
occafionne un enfoncement plus ou
moins grand. C'est donc une chofe certai
ne que ce centre de gravité fera tantôt plus
FEVRIER. 1749. Si
& tantôt moins éloigné du plan de la flottaifon.
Nous avons dit que ce même centre
doit changer felon les diverfes quantités
& les differentes fituations de la charge ;
un Géometre du premier ordre ( M. Bouguer)
vient, depuis quelques années, de déterminer
dans un ouvrage très- profond
jufqu'où ce centre de gravité doit s'étendre
, afin qu'il foit placé de la maniere la
plus avantageufe ; on peut appeller cette
diftance le metacentre ; il y a donc des limites
que le centre de gravité ne doit
point exceder , & s'il étoit vrai qu'il dût
toujours être pofé dans le même endroit ,
il n'y auroit point de métacentre : ce point
doit changer relativement au poids du Navire
, à la charge , à la mâture , &c . & ne
doit pas être toujours fixé dans le plan de la
flottaifon , ou cette coupe horisontale formée par
la ligne dufort , ce que M. Deflandes avoit
avancé comme une chofe fure & conftante .*Enfin
la chofe eft fi claire que je vous fais des
excufes d'avoir été fi long fur cet article.
Je vous exhorte , M. à lire la fuite de la
page 107 , que j'ai citée , & vous verrez .
Il fuit de-là que la partie d'un Batiment
qui eft bors de l'eau , doit être égale à la
» partie qui y eft enfoncée, à moins que par
des capacités plus grandes , ou par des
* Idem Brochuree
*
>>
DY
S2 MERCURE DE FRANCE.
ןכ
poids ménagés à propos , on ne retran
» che quelque chofe de cette partie fub_
» mergée .
Ainfi mettez dans l'eau un cône , un
parallelepipede , un cylindre , une fphere
de la même ou de differente pefanteur fpécifique,
les parties qui feront hors de l'eau , devront
être égales aux parties qni yferont enfoncées
. En vérité, M. il y a ici autant de fautes
que de mots; je ne m'amuferai pas à les dif
cuter ; ne fied- t'il pas bien après cela à
M. D* de renvoyer le faifeur d'extrait aux
Traités d'Hydroftatique ? *
Je vous prie de jetter les yeux fur la page
154 de cet Effai fur la Marine , & vous lirez :
» Il n'y a point de réponſe à cette objec-
» tion , qui dépend d'un principe invartable
de la méchanique des liqueurs , c'eft
» que dans tout corps quiflotte , la partie qui
» eft élevée au deffus de l'eau , doit être à la
partie qui y eft enfoncée , comme les poids
de la premiere font aux poids de la feconde ,
» fans quoi tout l'édifice fe renverferoit
tout l'édifice périroit.
*
>
J'ai beau me rappeller tous les principes
d'Hydroftatique, je n'en trouve aucun qui
reffemble au principe invariable de M. D*.
Voyons cependant où nous conduiroit ce
grand principe , dont il ne faut pas s'écar-
* Idem Broc.
FEVRIER. 1749. 83
ter , fans quoi tout l'édifice fe renverseroit ,
tout l'édifice périroit. Imaginons un bâton
cylindrique d'une longueur quelconque &
de quelques lignes de bafe , & fuppofons
qu'il foit enfoncé verticalement dans l'eau,
de la trentiéme ou de la vingtiéme partie
de fa longueur , parce que telles feront les
pefanteurs fpécifiques ; il s'enfuivra , felon
le principe invariable de M. D* , que ce bâton
cylindrique, quelle que foit fa pefanteur
fpécifique , fe tiendra droit comme
un piquet fur l'eau , puifque les deux parties
(l'inférieure & la fupérieure ) feront
entre elles comme leurs poids. J'aimerois bien
que notre Auteur me fît voir de pareils
phénomenes , on n'auroit jamais rien vû
de fi curieux ; la bonne réponſe au principe
invariable de M. D* , c'eft qu'il ne peut
exifter , ainfi gare l'édifice , il eft certain
qu'il fera renverfé .
Vous ne ferez peut-être pas fâché de fçavoir
comment M. D* a répondu , dans ſa
brochure imprimée furtivement , à cette
propofition que j'avois attaquée dans le
Journal des Sçavans . Voici ce que dit
l'Auteur : Mais cette propofition n'est point
du tout dans mon ouvrage. Vous voyez par
là il'on peut le fier à la mémoire de M.
D*, & à quel point il poffede fon livre ;
mais puifque M.D* nie des faits que tout
D vi
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
Lecteur peut vérifier , je vous promets authentiquement
que fi cette propofition ,
ainfi que toutes les autres que j'ai rappor
tées , ne font pas dans fon ouvrage , je ferai
à l'Auteur la réparation la plus éclatante
qu'il pourra défirer ; je la laiffe à fon
choix ; j'efpere , & vous le croyez avec
moi , qu'il ne me ménagera pas ; mais en
revanche , je le prie de trouver bon qu'il
m'accorde une fatisfaction égale à celle
que je fuis prêt de lui faire , fi quelqu'un
de nous deux en impofe au Public , que
P'on doit refpecter.
Comme il eft principalement queftion M.
de vous faire connoître la confiance que
le Public doit avoir pour les Ouvrages de
M. Deflandes , quand il parle de Géométrie
, d'Hydroftatique & même de Phyfi
que , je ne ferai pas difficulté de relever
quelques- unes des méprifes que j'ai trouvées
en parcourant fon Recueil de Phyfique
, qui vient de paroître , & de paroître
pour la feconde fois . Je le fais d'autant plus
volontiers que l'Auteur nous dit :
و ر
>> Ce Recueil eft fufceptible d'accroiffe-
» mens, j'efpere chaque année le groffir
» d'on nouveau volume ; le défir d'être
» utile au Public , me touchera plus que
>> celui de l'amufer.Qu'il feroit à fouhaiter
» que tant d'Auteurs , capables de réuflir ,
"
FEVRIER 1749.85
euffent le noble courage de penfer de
» la même maniere ! J'entre dans les vûës
de M. D* , & le defir d'être utile au Public
me touche infiniment ; je me fens le noble
courage de l'avertir que toutes les fois que
M. Deflandes veut parler de Mathématiques
, c'est toujours en faifant des fautes ,
& avec beaucoup d'inexactitude . Commençons
par la neuviéme page du premier.
Chapitre de ce Recueil ; on lit ,
» On fçait que ces rayons ( du Soleil )
diminuent de force & d'activité , à mefure
qu'ils tombent plus obliquement
» fur la terre , les angles d'incidence étant
» comme leurs Sinus.
Il ne faut qu'avoir la plus petite teinture
de Géométrie , pour fçavoir que les
angles ne font point proportionnels à
leurs finus paffons à une autre méprife.
Voici un endroit où il s'agit de Phyfique ;
M. Deflandes , patlant de l'allongement
& du raccourciffement des métaux par le
chaud & par le froid , dit dans une note
de la page 75 du Recueil.
» La glace eft dans le même cas , l'eau con-
»denfée par le froid eft d'un plus grand volume,
que lorfqu'elle étoit liquide & fluide.
On a ignoré jufqu'ici , que quelque
chofe pût fe condenfer , & cependant acquerir
par- là un plus grand volume,
86 MERCURE DE FRANCE.
Vous fçavez que l'Auteur fe pique
d'entendre la marine & la conftruction des
Vaiffeaux , & vous fçavez auffi à quoi
Vous en tenir les échantillons que
par
nous vous avons montrés : voici un nouvel
endroit à la page 287 ; il s'agit de la
proue qui fait la moindre réſiſtance . Il
naît delà une condition effentielle auproblême,
c'est que le folide doit fe mouvoir parallelement
à cet axe dans le fluide immobile , ou
uniformement mâ.
M. Deflandes ne parle pas d'après les
Geométres qui ont réfolu ce problême ,
puifqu'il fuppofe que la condition effentielle,
pour la proue de moindre réfiftance , eft
de fe mouvoir parallelement à l'axe ; mais .
fi le problême n'étoit réfolu que pour ce
cas particulier, il ne le feroit point du tout,
ou il le feroit très-imparfaitement la
condition effentielle du problême eft de convenir
également à toutes les routes directes
& obliques. On peut lire à ce fujer
l'excellent Livre de M. Bouguer fur la
conftruction du Navire.
:
Nous allons rapporter une note de notre
Auteur, qui regarde l'Aftronomie , car
de quoi M. Deflandes n'a-t'il pas cherché
à nous inftruire ? on la trouvera à la
page
308. Notre Auteur veut nous donner une
idée des taches du Soleil.
FEVRIER. 1749. 82
Ces taches font des corps opaques qui
fe meuvent prefque continuellement
d'une figure irréguliere & changeante.
» Les unes tiennent au globe du Soleil


t
les autres en font très- voifines ,& paroif-
» fent enveloppées d'une legére Atmofphére
. Jean Hevelius , dans fa Comé-
>> tographie , nomme ces dernieres nucleos,
des noyaux. Elles démontrent manifef
tement , que le Soleil tourne fur fon axe ,
» tantôt en 27 , tantôt en 28 jours. Quand
ces taches font vers les bords du Soleil ,
» leur mouvement eft plus lent : au lieu
» vers le centre de fon difque , elles augmentent
de grandeur , & leur mouve-
• ment eft plus rapide.
que
D'où M. Deflandes a-t'il tiré que le So
leil tourne fur fon axe , tantôt en 27 , tantôt
en 28 jours ? cette irrégularité , & cette
alternative peut paffer pour une découverte
en Aftronomie , mais il n'eft pas vrai
que le Soleil tourne fur fon axe, tantôt en27
jours , tantôt en 28. Hevelius , que l'Auteur
a voulu prendre pour guide , dit expreffément
, page 698 de fa Cometographie, que le
Soleil tourne prefque en 27 jours. Spatio
fere 27 dierum , fimul quoque ; effluvia ifta ,
avec toutes ces émanations , où font comprifes
les taches qui partent de fon Globe .Je
dis de plus que le Soleil tourne fur fon axe,
88 MERCURE DE FRANCE.
1
par rapport aux fixes en 25 jours & demi ,
ou à peu près , & non pas tantôt en 25»,
tantôt en 26 jours. Si je voulois corriger
tout ce qu'il y a à reprendre fur le mouvement
plus leni & plus rapide de ces taches ,
je deviendrois trop long : je ne veux plus
vous rapporter qu'un endroit qui comprend
tout à la fois plufieurs erreurs de Géométrie
, vous le trouverez à la page 313.
» Toutes ces Planettes & ces Cométes
gravitent vers le Soleil , en proportion
double , réciproque de leur diſtance , &
» par-là elles font retenues , chacune dans
» leurs orbites.
f
Vous remarquez fans doute , que M.
Deflandes a oublié la difference qu'il y a
entre la raifon double & la raifon doublée.
Oh , s'écriera - t'on ? Vous êtes trop rigoureux
, c'eft l'Imprimeur qui a tort , mais
comment fe fait- il que deux lignes plus
bas , on trouve ?
» A l'égard de leurs tems périodiques,
toutes les obfervations s'accordent à les
» trouver en proportion fefquialtére avec
» leurs diftances , c'est- à-dire que le triple
où le cube de leurs diftances eft comme
» le double ou le quarré de leurs tems périodiques.
Etes - vous maintenant perfuadé qu'il
n'y a plus de la faute de l'Imprimeur ? ReFEVRIER.
1749.
89
marquez- vous que M. Deflandes veut que
le triple ou le cube foient fynonymes , que,
la raifon triple & la raifon triplée foient
égales , qu'enfin le double ou le quarré
fignifient la même chofe ? Vous vous rappellez
cette fameufe régle de Képler , que
les quarrés des tems font comme les cubes
des diſtances ; au contraire on nous apprend
que les tems périodiques font en proportionfefquialtére,
c'eft- à- dire comme 3 à 2,
ce qui détruit totalement la régle & le calcul
. Vous voyez , Monfieur, que notre Auteur
a eu peur qu'on ne faisit pas affez bien
fa penfée , en ne la difant qu'une fois ; il l'a
répétée fous diverfes expreffions également
fauffes : vous fçavez que M. Deflandes
m'a renvoyé très- hardiment aux Traités
d'Hydroftatique oferois- je prendre la liberté
de le renvoyer aux élemens d'Euclide ?
Je m'apperçois , Monfieur , qu'il faut
que je termine cette Lettre : je fuis cependant
embarraffé ; il me refte tant de chofes
à dire ; n'importe , je m'ennuye & je
me laffe de vous ennuyer ; je vous fais mes
excufes de n'avoir point affaifonné ma
Lettre de Grec , de Latin , de vers de toute
efpéce , & d'un grand nombre de citations
, ainfi que M. Deflandes ; c'est que
j'ai préferé l'utile à l'agréable : j'ai mieux
go MERCURE DE FRANCE.
aimé de bonnes démonftrations. * Qu'il
feroit à fouhaiter que tant d' Auteurs, capables.
de réuffir , euffent le noble courage de penfer
de la même maniere !
» La Philofophie ( dit notre Auteur )
a deux emplois , le premier eft de dé-
» couvrir par une heureufe adreffe de nouvelles
vérités , & le fecond de corriger
»fans aucune complaifance les erreurs anciennes
j'ajouterai & les nouvelles.
J'efpére donc que l'Auteur me pardonmé
nera , fi j'ai corrigé fes erreurs fans aucune
complaisance : j'eftime & j'honore toutes
les bonnes qualités qu'il peut avoir ; c'eft
ainfi que les gens de Lettres doivent fe
parler & s'écrire : Mais , quoi ! Les gens
Lettres ne doivent- ils fe parler que par isjures
?
je fuis , & c.
1
Page (xxiv) du Recueil.
de
FEVRIER. 1749. 9T
CARMEN Paftorale ob reftitutam valetudinem
fapientiffimi Moderatoris Collegis
Marchiani .
Menalcas , Coridon, Lycas.
Men. UNde repens ergo , Coridon , trepidantia
Corda pavor ? Quantis humefcunt imbribus ora !
Nafcitur unde gravis noftra inter gaudia mæror ?
Cor. Gaudia quid memoras ? Dum fors inimica
recidit
Ómnia , dum ceffant calami , tenuefque camænæ,
Dum neque fubfiliens arent a rura loquaci
Agmine rivus obit , cytifum nec carpit agreftem
Molle pecus , luditve humili levis hædus in herba
O me infelicem ! quæ numina faufta precabor ,
Ut lapfis finem properent imponere rebus ?
Sed quid ego hæc dum cuncta mihi contraria
pugnant ,
Atque iracundi riget inclementia cæli,
Tu quoque
fævus amas noftros ridere dolores.
Men. Quid tandem ifta volunt fibi ? Caufam
evolve
latentem ,
Caufam evolve mali tanti , nec flere recufo »
Si mihi fuccurrat juſtiſſima cauſa doloris
91 MERCURE DE FRANCE.
Cor. Ergo animus quamvis renuat meminiffe ,
docebo.
Perdidimus Daphnim , nec jam fpes ulla falutis >
Ante dies etenim quàm bis illuxerit orbi ,
Exangues temere per ovile videbimus agnos ,.
Vos agnos aliquando meos ! pinguiffima ovilis
Pignora dico vale , æternum vale dico , Robine,
Ante alios dilecte mihi , & quem Daphnis amavit,
Dico vale : Domini nimis heu ! fera fata fecutus
Ocius es , neque enim , fublato Daphnide , vitam
Ultra ducere erat ; me fat contemnere mortem
Mors iterata docet , ftygias vos lætus ad umbra's
Pone fequar ; mea forte alios exempla docebunt;
Scilicet exceffit vitæ melioris amore ,
Et Tedes colit æthereas , fruiturque Deorum
Colloquio , & facros placido bibit ore liquorés.
Ergo Daphnis abeft : Ergo non Daphnidis unquam
Jam dabitur nobis fpectare volentibus ora ?
Eheu qualis erat ! Cum re perfunctus ovina
Sefe fæpe dabat noftris amplexibus ultrò ;
Olli lætus erat candor , placidâque nitebat
Fronte decus ; quantâ famulos pietate fodales
Compellabat ( ut ipfe potes nfeminiffe Menalca )
Ut virides una nobis comitantibus agros -
Per longum peragrabat iter , fragilique cicuta
Silveftrefque Deum ludos....
Capripedes Faunos , & monticolas Silvanos ,
FEVRIER. 1749 .
93
Saltantes Satyros , & amantem Pana canebat ;
Et memorabat oyes ; proh tunc quæ dulcia nobis
Gaudia ! proh qualifque fuit cum Daphnide vita
O miferos ! ô invifam fine Daphnide lucem !
Ergo fimul miferæ linquamus triftia vitæ
Tempora quæ fuperant , Daphnim moriamas
amando.
Men. Ergo præcipiti fublatus morte fuiffet
Daphnis , honos terræ , quem lux fanctiffima vite
Aquavit Superis ? Facinus num tale credendum a
·
Ergo ferrea nox fufcis involveret umbris
Daphnim paftorem , cujus notiffima fama
Et calamos inflare leves & dicere verfus,
Siccine in æternum Daphnis meus abforet ille ;
Ille meus , dum longa fonant fefto atria plaufu
Num & dile&tum rapuiffent impia Daphnim
Funera , tu Coridon hæc cognita folus haberes à
Plurima funeftum monuiffent omina cafum ,
Mæftaque luxiffent abfentem prædia Daphnim ,
Ecce autem paftor greffu feftinat anhelo ,
Nofque petit : ni longa mihi caligo locorum
Mortales hebetat vifus , agnofco colonum ,
Ipfum agnofco Lycam , cui funt hæc proxima
curæ
Jugera fperandum quid fit , quæramus ab illo ,
Heu nofter ; fcires fi quid de Daphnide noftre
I
94
MERCURE DE FRANCE.
Fama ferat ?
Lycas.... Valet , & noftris jam præfidet agnis .
Olli equidem nuper torrenti frigore vinxit
Languentes artus , dudumque enixa jacentem
Frangere , multimodis exercuit improba febris.
Sed tandem pepulêre gravem præfentia morbum
Pharmaca : vidi egomet fanato corpore Daphnim
Os vidi placidum quo tædia noftra ferenat ,
Nec fi verba fidem faciunt , teftantur ubique
Gaudia, nafcenteſque novo lub pignore ludi ,
Et faltus , choreæque leves cantufque, jocique .
Vivere io nobis dulciffima pignora Daphnim
Omnia refpondent , & amabilis affonat Echo.
Mæfta,filenfque diu , jam tum lætabile nomen
Garrula reddere amat , nec iniqua filentia petfert
Ignorata diu , & per opacas abdita filvas ,
Flebilis orbatos , quæ , dum pafcebat amores
Murmuribus late querelis Philomela , tacentes
Flere docebat aves ; nunc feffa fub ilice cantus
Integrat antiquos , & noftri Daphnidis ortus ,
Fulgentes ortus reparatâ voce falutat .
Ergo pelle metum , & tumidi fufpiria cordis
Lætitia excipiat nova vota , diefque fereni .
Signa faris manifefta jubent fpes palcere longas
Pergere felices, noftrumque revifere Daphnim .
Huic ego , florentes quamvis vaftaverit hortos
FEVRIER.
95 1749.
Turbida hyems , nec ferre finat ſpectabilis anni
Munera , lanigerâ lectas de gente bidentes ,
Aut quem militibus, multumque latrante Lycifca
Mori nuper aprum crudeli dente minantem ,
Mactatum adducam lætus , menfifque reponami .
Cor. Heu ! quibus afficior curis, dum talia profers a
Quanti confurgunt dubio fub corde tumultus ?
Credula depreffam modo defperatio mentem
Extemplo rapit, extemplo modo gaudia firmant
Heu ! fugitiva nimis. Cum candida Daphnidis ora
Contemplor tacitè mecum , Daphnique beni
gnum
'Alloquor , ardentes innoxia flamma medullaş
Occupat , illucentque novæ primordia vita.
O utinam tandem pofuiffet mitior iras
Juppiter , & vultu nos afpexiffet amico !
Sed tardaffe fat eft , Domini properemus ad ædes
Munera larga feres , teneas cum plurima dives !
Aft ego , cui tacitæ acceffit tenuiffima vitæ
Conditio , unde manu donabo munere Daphaim?
Nil habeo quam quod fortuna invifa reliquit
Pectus , & hoc utinam donum fat gratius effet!
Et ni finceros pervertant tempora mores ,
Accipiet facilis fibi dedita pectora , ut olim
Sæpius accepit , nec quæ jam nuncupo vota
Temnet, ut optanti fibi profpera quæque fluat res;
96 MERCURE DE FRANCE:
Et fol quando novum remeabilis integrat orbem
Tranquillofque dies melioraque fata reducit ,
Quæ nevit Lodoix virtute infignis & armis ,
Nos longâ afpiciat felices pace colonos ,
Et Daphnim & Lodoicum æternâ laude ferentes ↓
· Authore Deprat de Montégris , in Uni
verfitate Parifienfi Auditore.
*X*XX+3X+ 3X +3XXXXX
EPIGRAM ME.
L'Aimable Iris , auffi fage que belle ,
De fon balcon certain jour laiffa cheoir
Près d'un quidam à pefante cervelle ,
Son blanc mouchoir .
De là les monts , de pareille avanture
Un petit- maître eût tiré bon augure ,
Mais , parmi nous , different eft le cas ;
Tout autrement l'amour y fait fracas ,
Tout autrement Vénus y fait la guerre :
En France , hélas ! c'eft un mouchoir par terre
t
IDE'ES
FEVRIER 97
$
, 1749.
宗宗宗宗᛬宗宗宗宗宗宗宗宗
IDEES Théoriques fur les taffemens &
mouvemens intérieurs , & fur les avantages
defavantages des pierres , pofées en lit
& en délit , appliqués à la pratique. Par
M. de Montfort , dans les Ponts & Chauf
fées à Alençon.
Left paffé , en maxime de conftruction ,
que la pierre de taille , pofée en lit
naturel , ou de carriere , eft une pofition
plus avantageufe en tous points , fans reftriction
, que celle en délit , & qu'elle eft
la feule qu'on doive pratiquer. Cependant,
malgré l'ancienneté , la fortune & la généralité
de cette autorité , j'ofe , en diſtinguant
, conjecturer le contraire ; j'oſe même
caver plus fort , j'ofe foûtenir que la
pierre pofée en délit eft beaucoup moins
fufceptible de mouvemens intérieurs &
d'affaiffemens , que la pierre pofée en lit
de carriere : celle- là ne taffepas , ou trèspeu
, & fi elle raffe par l'évaporation
c'eft en fuivant des mouvemens horifon
taux , qui ne produifent , & dont il ne
réfulte aucuns changemens dans les hauteurs
; point bien effentiel : & celle- ci
taffe verticalement de haut en bas , d'où
paiffent dès mouvemens paralleles & des ra-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
courcis très préjudiciables , & fouvent
très- dangereux. Je le prouve .
Toute pierre foffille , en genéral , eß
formée & pétrifiée, ou par couches de
grains de fable, unis par des dépôts continuels
de fels , & de fédimens , que l'eau
charie à mille & mille reprifes fucceffives ,
où par feuilles , ou lames compactes , entaffées
& appliquées intimement , & de
fuire les unes fur les autres , ce qui revient
au même pour les réſultats & les
conféquences que j'en veux tirer. Dans
toute pierre pofée en délit , les couches ,
ou feuilles élementaires font donc de
bout ; elles ne peuvent donc , ni fe racourcir
, ni le courber , fi elles font bien perpendiculaires
à leur effort & à leur appui
& fi leurs puiffances font bien en équili
bre : donc elles ne peuvent céder qu'en
fe brifant toutes à la fois , puifqu'elles fe
foutiennent matuellement ; donc c'eft leur
fituation la moins taffante & la moins variable
; ne pourrois-je pas dire auffi , que
c'eft la plus rigide & la plus forte ?
>
Dans une pierre pofée en lit de carriere,
toutes les feuilles ou couches fe chargent
progreffivement de haut en bas par leur
propre gravité, ou, fi l'on veut, par la ver
tu électrique ; peuvent gliffer par la mobilité
des molécules fluides & des humi
FEVRIER. 1749. 99
C
des fphéroides qui les féparent , mis en
mouvement , ou par la chaleur , ou par la
gelée , & doivent abſolument taffer , & le
rapprocher les unes des autres par l'échapement
de ces molécules . La gelée augmente
prodigieufement le volume d'air
compris dans les corps ; la chaleur , ou la
féchereffe , en diffipe l'eau ; l'eau dans fa
retraite retire & emporte l'air , dont elle
eft toujours faifie ; l'air eft pénétré de feu ;
ces trois corps occupent des efpaces : donc
ils ne peuvent s'échaper fans faire vuide
dans chaque célule qu'ils occupoient entre
chaque feuille ; donc la cohésion doit
augmenter ; donc les furfaces doivent s'approcher
de leurs collatérales , les toucher
en plufieurs points & s'y unir plus immédiatement
, plus intimement qu'avant ,
par la preffion de la gravité , mais il faut
convenir que ce mouvement eft fans répétition
: une fois fait , il ne fe fait plus , ou
s'il le fait, il n'eft pas fenfible & à compter,
ainfi que le mouvement de cohéfion entre
les élemens mêmes de chaque feuille .
Le taffement des couches en lit , qui eſt
comme la preffion , doit augmenter de
haut en bas en progreffion arithmétique des
impairs I , 3 , 5 , 7 , & c. ou, ce qui est
lemême, les taffemens doivent être entr'eux
comme les quarrés des efpaces ou hau-
-
E ij
Too MERCURE DE FRANCE.
teurs , ce qui eft très- facile à démontrer .
Je fuppofe qu'A eft une pierre de taille
je la idéalement en cent degrés partage
d'efpaces , ou , fi on l'aime mieux , en tille
couches d'égale hauteur : je dis que le taffement
, fuppofé comme I , dans la premiere
couche , fera comme 3 dans la feconde
& comme dans la troifiéme ; je prouve
La premiere couche fupérieure du corps
A s'applique fur la feconde & la comprime
, mais moins que cette feconde ne
comprime la troiliéme , & ainfi de fuite ;
le taffement eft donc plus grand dans les
plus baffes que dans les plus hautes : je
fuppofe que la premiere couche par
pre denfité , & par la preffion univerfelle ,
ait acquis , par degrés , un degré de taſſement;
ce dégré, qui eft commun & moyen
à toutes les autres couches , en produira
deux dans la feconde , fur laquelle il agira
avec toute la valeur ; voilà donc deux degrés
de taffement dans la feconde couche
emanés du degré , ou de la pefanteur de
la premiere , qui , joints avec fon degré
de taffement , moyen & commun géneré ,
comme dans la premiere , par fa propre
& intrinfeque gravité , donneront trois
degrés de taffement.
fa
pro-
Les deux degrés de la preffion de la
Leconde couche , produits par le premier
FEVRIER. ΙΟΥ 1749.
degré de la premiere , plus les deux degrés
produits dans la troifiéme par le degré intrinfeque
& commun de la feconde , plus le
degré de la propre pefanteur de cette
troifiéme , égaleront cinq degrés pour. fon
taffement.
>
Par cette formule on démontre que la
quatriéme couche acquerrera 7 degrés de
taffement , la cinquiéme 9 , la fixiéme 11 ,
& c. & que ces taffemens doivent avoir
entr'eux la propriété de cette progreffion ,
qui eft d'être en raifon ou comme les
quarrés des efpaces , ce què je prouve : le
premier espace du corps A acquiert i degré
de taffement , le fecond 3 , le troifiéme
5, or 1 + 3 + 5 = 9 quarré de 3 , nombre
qui exprime & qui contient la quantité
des efpaces , donc , & c . C. Q. F. D.
Voilà , je penfe , les differens mouve
mens intérieurs des pierres , affez difcutés
& établis , & les avantages de la pofition
en délit , fur celle en lit de carriere , évidemment
démontrés ; il ne me reste plus
à ce qu'il me femble , qu'à faire obſerver
le feul cas où ces avantages ne font plus à
compter , & font , pour ainfi dire , détruits
par un réſultat & des accidens inévitables
dans cette pofition , qui exigent & concourent
à lui préferer l'autre,
Lorfque les pierres mifes en délit fe-
Eij
102 MERCURE DE FRANCE.
font exposées à la vivacité de l'air , à la
fucceffion de fes fecouffes & de fes frotte
mens , alors bien loin d'être dans une pofition
avantageufe , elles feront dans une
très-défectueufe par ce qui en réfulte , car
l'air par fes coups & fes paffages inégaux ,
& continuellement fucceffifs , par fa pénétration
entre les lames , ou couches , & par
le défordre qu'il y portera avec le tems , ik
les détachera , il les décolera ,pour ainfi dire,
toutes entieres de leurs patemens les unes
après les autres , au lieu que pofées fur
leur lit naturel , il n'aura de prife que
fur
les extrêmités d'une infinité de furfaces
très-réfiftantes par leur exacte contiguité.
Quiconque admettra ces idées , & recevra
ces effets , ne fera plus furpris , pour
quoi dans un cours de baluftres , de co
lonnes , de pilaftres , de vafes , & c . placés
dans des dehors , les uns s'exfolient , fe
pulvérifent & périffent , & les autres reftent
entiers , fans altération , quoique de
même carriere , de même banc , & fou
vent de même bloc.
Partint de-là , & de l'expérience , j'ofe
conclure qu'il eft très- effentiel d'obferver
le délit dans les dedans pour les colonnes ,
pilaftres , pilliers , &c. qui portent des
platfonds , des arcs , des berceaux , des dô
mes , & c. & le lit de carriere dans les deFEVRIER.
t
103 1749.
hors , avec cette obfervation cependant ,
que fi de deux fupports , qui ferviroient à
porter la même maffe , l'un étoit en dedans
, & à couvert , & l'autre en dehors ,
expofé aux influences & aux injures de
l'air , ils ne devroient pas être , l'un en
délit , & l'autre en lit , parce que la rigi,
dité de celui- là , & le taffement de celuiçi
, produifant des réfultats boiteux , concourreroient
à un dérangement , à un décrochement
des parties portées ; il faut en ce
cas conftruire les deux fupports en pierres
pofées en lit.
Je pense qu'on doit indifpenfablement
pratiquer le délit , lorfqu'en des intérieurs
on coût du neuf à du vieux , ou qu'on reprend
fous oeuvre des pilliers , des co-
Jonnes , des piédroits , ou autres foûtiens ,
afin de n'avoir de taffemens que ceux des
mortiers , de n'en avoir prefque point , fi
on veut fe fervir de calles ambulantes , &
d'éviter le décrochement. Le délit feroit
il déplacé dans les fondemens ? Ils en feroient
plus rigides , & l'air ne pourroit y
porter le défordre.
J'ofe encore avancer qu'il eft abfolument
effentiel d'obferver , contre l'ufage
le lit dans les claveaux des platebindes ,
des platfonds , &c. parce que le taffement
des feuilles ou couches élémentaires de
E ii
104 MERCURE DE FRANCE.
chaque claveau fe faifant de haut en bas ,
il n'en réfulte point de retréciffement dans
la largeur des faces ou paneaux de tête
ou de lit , & que la contiguité horifontale
des parties refte la même , ainfr
que les joints ou efpaces des coupes , ce
qui sûrement n'arriveroit pas , fi les claveaux
étoient en délit ; parce que les taſſemens
ou mouvemens intérieurs des élémens
de chaque piece fe faifant horisontalement
, ils doivent produire un retréciffement
dans les largeurs ou profondeurs , &
une augmentation d'efpace dans les joints
de coupe : donc il en doit naître une déliaifon
dans les parties du tout & un dépla
cement , faute de point d'appui & d'obftacles
ou de réfiftance à l'action de gra
vité de chaque claveau : fi ce mouvement
fe faifoit tout d'une piece , je conjecture
que fa courbe pourroit être comparée à celle
de la chaînette .
Je crois qu'il faudroit , pour mêmes
raifons , pratiquer cette pofition dans les
voaffoirs des voûtes & arcs de toutes efpeces
je m'explique , je voudrois que
les couches ou feuilles qui compofent
la clef , fuffent dans une pofition horiſontale
, & que celles qui compofent les contre-
clefs , & les vouffoirs qui fuivent à
'droite & à gauche , s'éloignaſſent de cette
FEVRIER. 1749. 109
prepofition
, & approchaffent de la verticale
à mesure qu'elles approcheroient de la
miere retombée , qui auroit fes feuilles
ou couches élémentaires perpendiculaires
à celles de la clef , afin que leurs rapports
fuffent les mêmes chacun à chacun , &
leurs taffemens depuis la clef , en progreffion
décroiffante qui ne détruiroit
point la contiguité ; alors il en résulteroit
une convenance & une rigidité dans les
vouffoirs de même aflife , & la folidité
dans le tout.
Je voudrois encore qu'on obfervât dans
les piles & culées des ponts , dans les pilaftres
, colonnes , &c . de ne mettre que
des pierres de même qualité , de même
carriere , & s'il étoit poffible , de mêmes
bancs & toujours de mêmes hauteurs &
niveaux d'affifes ; que les boutiffes euffent
entr'elles , comme les quarreaux entr'eux
des proportions femblables, & qu'on les pofât
ou en lit ou en délit, pour que tous leurs
mouvemens fuffent analogues , fe fiffent
dans le même fens , & tendiffent à uge efpece
d'unité :
Denique fit quodvis fimplex duntaxat , unum
Horat . de arte Poet.
Seroit-il mal d'avoir cette attention
les arcs des ponts , portique , portes,
pour
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
crèches en demi cercle & en ogive , radiers
, platebandes , & c. afin que d'un
même nombre de piéces , alternativement
de même volume , & à peu près d'égale
denfité , il en réfultât , dans toutes les parties
du tout , des mouvemens femblables ,
des réfiftances uniformes , des accords ,
un parfait équilibre , enfin une harmonie
qui concoureroit à la folidité de l'édifice ?
A
ODE ,
Tirée du Pfeaume XLV.
Rmez-vous contre ma foibleffe ,
Fiers ennemis de mon repos.
Epuifez contre moi l'adreffe
De vos plus dangereux complots.
Que l'affreux démon de l'envie
Verfe fur les jours de ma vie
Son ingénieufe noirceur ;
Bientôt mon triomphe & ma gloire .
Etern feront la mémoire
De vore impuiffante fureur.
En vain la terre dévorée
Du feu defes fouffres brûlans ,
FEVRIER. 1749. 107
Au fein de l'abîme égarée ,
S'écoule fous mes pas tremblans ;
En vain l'Océan implacable
Franchit dans fa courfe indomptable.
Le fommet des monts ébranlés ;
Le jour fuit , le Ciel étincéle ,
L'Univers éperdu chancéle
Sur les fondemens écroulés,
Vains efforts , ftériles orages ,
Contre moi que prérendez - vous ?
Redoublez donc toutes vos rages ,
Noirs démons , confondez vos coups ;
Voyons fi votre haleine impure
Sçaura d'un coeur , que Dieu raflûre ,
Forcer l'impénétrable acier .
Tonnez ; au fort de la tempête ,
Mon Dieu fufpendra fur ma tête
La foudre prête d'éclater.
C'eft lui , dont la main falutaire
Trace fur un fable argenté
La courfe féconde & légere
Des eaux qui baignent la Cité ;
Aux ruiffeaux ikdonne leur pente ;
Aux Cieux leur majefté frappante ,
Evi
108 MERCURE DE FRANCE .
'Aux champs les fleurs & la moiffon ;
Au foible il donne la conftance ,
Aux fils de Juda la préſence ,
Aux Rois la terreur de fon nom.
Il parle ; à fa voix la vengeance
Ouvre les portes de la mort ;
L'Univers attend en filence
Le fatal arrêt de ſon fort ;
Déja plus d'un peuple rebelle
Voit mêler fon fang infidelle .
Au fang de fes Rois expirans ,
Et les Idoles renversées
Roulent , fur la poudre entaffées ,
Aux pieds de leurs Prêtres tremblans
***
Fayez , profanateurs ſuperbes ,
Qui de nos Autels démolis
Bien-tôt efperiez fous les herbes
Fafouir les fanglans débris';
Fuyez . quoi rien ne les arrête ;
Ils marchent ; déja fur ma tête
Siffie le démon des combats ;
Déja le meurtre & l'incendie

Servent dans nos champs la furie
De leurs impitoyables bras.
FEVRIER. 1749. rog
Mais de combien de fang rougiffent
Jourdain , tes rivages troublés ?
De quels cris affreux retentiffent
Sion , tes échos défolés ?
;
Dieu frappe , les Cieux s'obfcurciffent ,
Les guerriers acharnés gémiffent
Sous leurs propres chars écrasés
Leurs traits font brifés par la foudre ,
Et leurs foldats réduits en poudre
Sous leurs boucliers embrafés.
*X *X
Superbe , dont la bouche impre
Ne s'ouvre qu'à l'iniquité ,
Et dont la main ne facrifie
Qu'aux Dieux de l'infidélité ,
Lorfqu'enfin la voix du tonnerre
T'annonce le Dieu de la terre ,
Crois-en ton coeur épouvanté ;
L'éclair , qui brille fur ta tête"
Publie affez dans la tempête
Sa foudroyante majefté.
**
Ainfi qu'échappé de fa fource ,
Un frais & débile ruiffeau
Cherche, pour dérober fa courfe ,
L'ombre du faule & du rofeau ;
110 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi , Seigneur , en ta préſence
Je viens de ma foible innocence
Enfévelir l'obfcurité ,
Et dans ma pénible carriere ,
Contre leur fraude meurtriere
Je n'invoque que ta bonté.
D. C. Officier au Régiment Royal Infanterie
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
› pour fervir
LETTRE écrite à M***
d'addition à celle inférée dans le premier
volume du Mercure de Décembre , aufujet
d'une Place pour un Monument à la gloire
du Roi.
LE refpect qui m'a preferit des bornes
dans ma premiere lettre , Monfieur ,
m'ayant empêché de circonftancier le détail
du projet qu'elle contient , je fuis obligé
d'y ajouter , ainfi que vous m'y exhortez ,
pour , dites- vous , ne rien laiffer à défirer
au Public , toujours lent à faifir le vrai
fens de nos deffeins , & à les applaudir
quand nous ne les lui préfentons qu'obfcurément
. C'est un Juge inexorable qui
n'interprete rien , & qui veut tout trouver
éclos fous fes yeux ; c'eft donc pour le fatisfaire
, & pour vous obéir , Monfieur , que
FEVRIER. 1749. 1 ° IIP
je vais rapporter ici toutes les particularités
de mon projet, & réfléchiffant fur chacune
j'en démontrerai toutes les utilités .
Plan de la Place de Louis le Bien- Aimé.
1º. Rafer toutes les maifons du pont
Notre- Dame , du pont Marie , du pont au
Change, du Quai de Gêvres & le petit Châ
telet.
Cette idée n'eft pas nouvelle . Tout le
monde fçait combien ces mailons , qu'on
dit appartenir à la Ville , font ignobles
foit par les immondices qui en découlent
continuellement dans la riviere , que le Pu
blic & les pompes puiſent au - deffous
foit par l'incommodité des déménagemens
que leur fituation périlleufe occafionne a
ceux qui les occupent , importante raifon
même pour laquelle la Police a fagement
empêché la reconftruction de celles que le
feu a détruit fur quelqu'uns de ces ponts ,
foit parce que ces maifons mafquent entierement
de l'un & de l'autre côté les
plus belles vûes du monde , & multiplient
les embarras dans les quartiers circonvoi
fins , déja trop fombres & ferrés , foit enfin
à caufe des débouchés & de l'élargiffement
que procureroit l'article ci- après.
Il en eft ainfi du petit Châtelet .
2º. Pratiquer deux Quais entre les ponts
112 MERCURE DE FRANCE.
P
au Change & de Notre Dame , pour ferviť
de continuation à ceux de la Mégifferie
& de l'Horloge du Palais , & en achever
un troifiéme , du pont Notre Dame au pont
Rouge , déja prefque fait par l'efpace de
plufieurs jardins.
Après l'exécution de l'article précedent ,
on comprend aifément combien auffi la continuation
de ces quais , & la chûte des environs,
feroit néceffaire : je n'en ferai donc
point le détail , non plus que du pont de
Pierre , que le rétabliffement du Quai Saint
Landry paroît exiger , pour le lier avec
l'Ifle.
3 °. Elargir le pont Notre Dame , le re
conftruire même , s'il eft néceffaire , & le
décorer de parapets en balustrades de marbre
, & de hyérogliphes aux quatre coins.
La reconſtruction entiere de ce pont paroît
inévitable, pour qu'il puiffe dignement
remplir l'objet auquel je te deftine ; il le
faudroit donc conftruire fuivant l'efquiffe
que j'en ai donnée , c'eft - à - dire , de fix
arcades partagées au milieu par une maffe
de fondement de 30 pieds de large , le
tout fous 100 pieds d'efpace de
pont for
les arcades , & de 130 pieds fur la maſſe
de fondement à caufe de la place ovale
que j'y pratiquerai ci-après , pour la Statue
du Roi , lefquels 30 pieds de plus feroient
,
FEVRIER. 1749.
gagnés par deux demi octogones , que l'on
feroit fortir fur la riviere , à la faveur des
deux grands angles faillans des deux bouts
de la maffe , lefquels , formant un éloignement
aux deux côtés de la place ovale , en
marqueroient plus de majesté.
Le marbre blanc feroit le plus apparent
pour la balustrade , & les piédeftaux des
groupes hyérogliphiques préfentent affez
de place , pour y graver toutes les idées
de l'Auteur des Colonnes Trajane & Antonine.
*
4°. Faire une place ovale au milieu de
ce pont , & fur une maffe de fondement
inébranlable , & y élever la Statue Equeſtre
de Louis XV . en face de laquelle , au
midi , on exhaufferoit au bout du pont , &
parallelement à l'autre bout , fur un empla
cement demi cercle , comme celui des Quatre
Nations , deux fuperbes édifices à la Romaine
, furmontés de deux dômes chacun,
un à chaque bout .
La Statue du Roi dans cette pofition
domine fur toute la Ville , & fe trouve
au point de réunion des vûes du pont
Royal , du pont Neuf, du pont au Change ,
du pont Marie , du pont Rouge , du pont
de la Tournelle & de tous les Quais.
* Voyez fa Lettre inférée dans le Mercure ci
devant cité.
114 MERCURE DE FRANCE.
Quant à la crainte que quelqu'un pourroit
avoir du renversement de cette Statue,
qu'il en foit diffuadé par l'immensité de
la maffe de fondement fur laquelle elle
feroit pofée , par l'exemple d'un magnifique
& pareil pont à Berlin , fur lequel
la Statue Equeftre de Frederic Guillaume
eft ainfi placée , & par le bon goût des
Romains , qui préféroient cette place pour
La plus grande expofition de leurs Em- .
pereurs.
L'emplacement des deux édifices , &
des bâtimens qui les accompagneroient
comprendroit moitié de l'étendue des
quar
tiers de Saint Jacques de la Boucherie &
des Urfins, qui depuis trop long- tems fubfiftent
au fein de cette Capitale, & que l'on
ne pourra jamais réformer , qu'en profitant
des occafions, celle que celle où nous avons
le bonheur de nous trouver. Quelle perte
en effet que ces peftilens quartiers ,
dont les maifons font prefque écroulées
& parmi lesquelles font comprifes plufieurs
Eglifes ? Le remboursement n'en feroit pas
confidérable , & le recouvrement en feroit
bien-tôt fait , en fuivant la combinaiſon
d'un projet que j'offre de préfenter . Si la
décifion fe déclare pour mon plan , il feroit
autant avantageux aux propriétaires de ces
mailons qu'à la Ville , qui ne débourferait
FEVRIÉ R. 1749. If
tien pour les rembourfer , & à laquelle cependant
les nouvelles maifons reconſtruites
appartiendroient dans quelques années.
5. Deftiner l'édifice , que la rue des Areis
partageroit , pour l'Hôtel de Ville , em
deux corps , dont un feroit paré , & l'édifice
que la rue de Notre Dame partageroit
pareillement , pour l'Hôtel des Ambaffadeurs.
Je ne vois point dans París de plus belle
infpection pour un Hôtel de Ville que
celle - ci tout s'y réunit , l'afpect de la
riviere , la diverfité des objets qui regnent
fur fes bords , des vûes de tous côtés , même
jufqu'à Mendon , & une place au bout du
pont , d'où partiroient les feux d'artifice.
qu'on verroit ainfi que
les illuminations
de toutes parts , & même fans fortir de chez
foi , fur les quais & du fond des rues Saint
Jacques & Saint Martin .
Mais pour rendre cet Hôtel encore plus
pompeux , divifez - le , comme je dis cideffus
, en deux corps , l'un pour recevoir
la Cour , quand elle honore Paris de fa
préfence , & l'autre pour comprendre les
logemens du Prevôt des Marchands , fes
Bureaux , ceux de la Ville & fes Archives ,
& des falles particulieres pour les Payeurs
des rentes , & pour toutes les Fêtes & céré
monies ordinaires de Ville.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il en eft de même de l'autre côté ; l'Hôtel
des Ambaffadeurs ne doit-il pas être
après le Louvre , le premier bâtiment de
la Ville ? Quel endroit peut donc mieux
en remplir l'exécution , que celui parallele
à l'Hôtel de Ville , & fous la Statue d'un
Roi , dont la gloire fera toujours chere à
F'Europe , qui par ce moyen , Faura fans
ceffe devant les yeux ? D'ailleurs les entrées
d'Ambaffade feront plus brillantes &
mieux vûes du Public , en les faifant circuler
de la porte Saint Antoine à celle de
Saint Honoré , & en retournant par le pont
Royal & les quais jufqu'à cet Hôtel . Voilà
Tout le plus beau de Paris , vû d'un coup
d'oeil.
C

Et comme ce bâtiment fe trouve plus
que fuffifamment fpacieux pour deux ob-
Jets , on pourroit , pour que tout réponde
à la grandeur de mon projet , y
intére Ter
la valeur du plus grand guerrier de nos
jours , en en deftinant la moitié fon
pour
Hôtel , lequel faifant partie de ce beau
monument & durant autant que lui ,
perpétueroit fa mémoire avec celle de ce
Roi qu'il a fi héroïquement fervi , & en
porteroit notre jufte reconnoiffance dans
l'avenir , à l'exemple du tombeau de M.
de Turenne , & du fameux fonnet gravé
autour du piédeftal de la Statue de Louis,
و
FEVRIER. 1749: 117
XIII. à la place Royale. Puiffions nousmême
, à l'imitation des anciens , mais avec
plus de raiſon , donner à cet Hôtel le titre
deTemple de Mars !
6. Et enfin pour conferver cette Pompe
, dont l'utilité qui paroît être le feul
obftacle à ce plan , en feroit au contraire
le plus bel ornement , la laiffer telle qu'elle
eft appliquée contre le pont , & à fon
niveau , fans l'offufquer , & en divifer le
réfervoir en deux parties , que l'on tranf
porteroit , l'une fur le dôme droit de l'Hôtel
de Ville , & l'autre fur le dôme gauche
de l'Hôtel des- Ambaffadeurs , dans lesquels
l'eau feroitfecrettement pompée, pour être
produite non-feulement dans les lieux ordinaires
, mais encore à des jets d'eau que
l'on pourroit merveilleufement pratiquer
fur la plate-forme de ces deux Hôtels.
Cet article exigeant un détail hydrau
lique , je n'y entrerai point ; mais j'obferverai
feulement que l'effet de ces eaux
jailliffantes fur ces bâtimens feroit merveilleux
& nouveau , & leur procureroit
toutes fortes de commodités , & fur-tout à
la Ville , des réfervoirs de prompt fecours,
au cas de feu.
རྞ །
Voilà mes idées éclaircies , Monfieur ,
& je n'ai plus qu'une obfervation généale
à faire fur le deffeing des bâtimens
118 MERCURE DE FRANCE.
qui accompagneroient cette Place, je crois
qu'il faudroit fe modeler fur le dôme du
portail du Luxembourg , fur le Palais Bour
bon , fur l'unité de la grande aîle du Louvre
, & fur la colonade de l'Hôtel Soubife ,
je laiffe cependant tout l'honneur de l'Eurithmie
à une Académie célebre , & que ne
doit-on pas attendre d'elle ?
Je vous remercie , Monfieur , de la
façon avantageufe avec laquelle vous applaudiffez
mon projet , en l'exaltant ( ce
font vos paroles ) au - deffus de tous ceux
qu'on pourroit imaginer , parce que, ditesvous
, il eft le feul qui puiffe non-feulement
caractérifer la puiffance & la gloire du
Roi , mais encore embellir & prefqu'entierement
changer Paris , par les endroits
les plus vilains , les plus puans & les moins
coûteux. Sentiment de goût que vous dites
réunir avec ceux de l'Artifte , du Sçavant
& du Vulgaire , dont l'accord eft toujours
fi effentiel à la réuffite des plus grands
deffeins.
Je ne puis inférer ici l'expédient que
vous me priez de trouver , pour pouvoir
faire découvrir la colonade du Louvre :
mes idées font cependant formées , & je
compte pouvoir vous les communiquer
dans peu . J'ai l'honneur d'être , & c.
AParis , ce 10 Décembre 1748.
FEVRIER. 1749. 119
EPITAPHE.
Cy gît qui ne reçût jamais aucun outrage , Y
Et qui paffa fes jours en ne manquant de rien ;
Il mourut , fans fçavoir s'il avoit du courage ,
Et s'il étoit homme de bien.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Janvier font Phénix
pluye , Communauté, champignon. On trouve
dans le premier Logogryphe Pile, Patrie de
Neftor , Tve, vie , jeu , julep , Ile, ³la, lie, Pie,
oifeau , Plie , poiffon , le Pui , Evêché. On
trouve dans le fecond, Numa , Noë, Caton,
ane maton couteau , nuë , note muet
Mante , Tome , Mantouë , conte , côté , tome,
Ammon , Comtat d'Avignon , Comté On
trouve dans le troifiéme , champ , pignon
Ganon. Le Romain eft l'Empereur Claude,
>
>
20 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
Mon nom n'eft pas fort étendu ;
Avec fix lettres on m'appelle ,
Et maint mâles , compris dans mon individu ,
De mon tout cependant ne font qu'une femelle,
Ote ma tête feulement ;
Lecteur , autant j'étois aimable ,
Autant je deviens effroyable.
Par ce fusefte changement
Je fuis une noire ſubſtance
A qui le feu donne naiſſance
Qui ſe tient dans des lieux de difficile accès ,
N'en fort que pour périr , & n'y rentrer jamais,
Tu vas voir une autre merveille ;
'Autant que j'étois noire, autant je fuis vermeille;
Je déguifai jadis des Acteurs ambulans ;
J'embellis des métaux peu chers , mais importans
Ce n'eft pas tout encore ; à tes yeux je déploye
Le plus riche ornement que le beau fexe employe
L'on me voit à la Cour , l'on me voit aux Autels
Qu'un religieux culte éleve aux immortels.
Partout l'on me recherche , & je prends ma naif
fance
Aux climats dont leGange entretient l'abondance.
Vous
FEVRIER. 1749. 121
Vous trouverez encore en moi , Lecteur ,
Un objet de peu de valeur ;
Et cependant , qui'ne l'a pas en France ,
A peu d'amis & fort peu de puiffance ;
Ce qui du plus lourd bâtiment
Supporte le fardeau peſant ;
Ce qui d'un morne aveugle adoucit la trifteffe ;
Ce qui d'un fourd fait l'allegreffe ;
Une Ville de Judée , un pronom ;
Deux rivieres de grand nom ,
L'une qui d'un cours infenfible
Vient d'une Province paisible
Farichir l'heureux habitant ,
L'autre , dont l'onde fugitive
N'a vu que trop fa triſte rive
Teinte d'un déluge de fang ;
Une Ville & Comté de France ;
Un être de peu d'apparence ,
A qui pourtant les fiers Aufoniens
Dârent leur liberté , leur falut & leurs biens;
Ce qui foutient le plus grand homme ;
Ce que l'Ocean environne.
J'exprime en 2 , 3 , 4 , un mot que tout amant
Attend de fa bergere ; il finit fon tourment.
Mettez 5 , 6 , 3 , 1 , je fuis tout en détrefle ,
A moins que je ne fois aux pieds de ma Maîtreffe ;
Tu trouveras encor , i tu veux chercher,
F
122 MERCURE DE FRANCE.
La fille d'un grand Roi , que je ne veux nom,
mer ,
Qui fut changée ... Hola , ma Mufe ,
ufons de rufe , Arrêtons- nous
?
Car à force d'approfondir ,
Nous ferions tout découvrir.
Retranche un de mes pieds,duCouchant à l'Aurore
On me chérit , on m'aime.
m'adore.
Mes Alliés , & mes Sujets
on me craint , on
Comptent mes jours par mes bienfaits ;
Mes ennemis , par mes victoires.
Enfin de moi long- tems parleront les Hiſtoires,
Prefentement , Lecteur , fi tu me méconnois ,
Ah ! parbleu ! tu n'es pas François,
N
AUTRE.
E' pour l'amufement , fingulier caractére !
J'en tourmente beaucoup , fans épargner mon
pere ;
Mais pour me bien connoître,il faut me diffequers
C'eft ainfi , cher Lecteur , que l'on doit m'expliquer.
On voit dans mes dix pieds ce que fait une Ac
trice ;
Un métal précieux , ami de l'injuftice ;
Un grain à longue barbe ; un pays tout glacé ;
Deux rivieres en France ; un jour déja paffé ;
FEVRIER.
127 1749
Une liqueur qui fert à faire l'eau - de vie ;
Une belle machine , & qui regle la vie ;
Un inftrument ; un trou; ce qu'on nomme laurier,
Dont la poffeffion anime le guerrier ;
Une note ; un oiſeau qui contrefait les femmes ....
aifons- Quai-je dit ? nous ; pardonnez-moi ,
Meldames.
D. Moufquetaire noir.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX -ARTS , &c.
L
ES VIES des Hommes Illuftres de la
France , continuées par M. l'Abbé Pérau
Licentié de la Maifon & Société.
de Sorbonne. Tome XVI . A Amfterdam
& fe vend à Paris , chez le Gras , Grande
Salle du Palais, à l'L couronnée. 1749. Pages
694 , fans la Table des Matieres.
M. d'Auvigny , qui a commencé cesVies ,
n'en a compofé que dix volumes , dont
les huit premiers ont été imprimés fous
fes
yeux , & les deux autres l'année d'après ,
fa mort. Il avoit raffemblé plufieurs matériaux
pour le XI . & XII. volumes
qui contiennent les Vies du Connêtable
Anne de Montmorency , & des Maréchaux
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
1
de Briffac , de la Vieille Ville , de Montluc
, & de Matignon . Le Public ayant
défiré de voir quelque main habile continuer
l'Ouvrage de M. d'Auvigny , M. l'Abbé
Pérau s'eft chargé de ce travail. En
1745 , il donna les deux volumes dont
nous venons de parler , & quoiqu'il y
eût la principale part , il eut la modeftie
de les faire paroître fous le nom de M.
d'Auvigny. L'année fuivante , M. l'Abbé
Pérau fit imprimer un treiziéme tome ,
qui eft entierement de lui. On y trouve
la Vie de Louis I. Prince de Condé , celles
des Maréchaux de Thermes & de Strozzi
& celles de deux autres grands Capitaines ,
fçavoir d'Auflun & Montalembert d'Effe.
Il publia en 1747 , la Vie de l'Amiral Coligni
, laquelle forme feule deux volumes.
Le feizième , qui donne lieu à cet article ,
renferme celle de Gafpard de Saulx , Seigneur
de Tavanes , Maréchal de France ,
Amiral des Mers du Levant , Gouverneur
de Provence , Lieutenant Général pour
le Roi en Bourgogne , & Capitaine de
cent Hommes d'armes ; & celle de François
de Coligni , Seigneur d'Andelot , Colonel
Général de l'Infanterie Françoife , qu'on
fçait avoir vêcu l'un & l'autre fous les Rois
François I. Henri II . François II. & Charles
IX.
FEVRIER. 1749. 123
On me reprochera peut- être , dit l'Au-
» teur , d'avoir un peu trop négligé les
» ornemens du ftyle , & les agrémens de
» la narration ; mais j'ai crû y ſuppléer
» fuffifamment par une recherche fcrupu-
» leuſe de la vérité , qui eſt toujours belle
» par elle-même , & dont le récit , quoi-
" que fimple , fait toute la beauté de l'Hif
❞ toire.
Les perfonnes inftruites reconnoîtront
qu'à ce dernier égard M. l'Abbé Péran
tient tout ce qu'il promet ; & celles qui
ont du goût , ne lui feront point , fur le
premier article , le reproche qu'il paroît
appréhender. Il écrit naturellement , mais
avec nobleffe . Ses tours font variés , fes
réflexions judicieuſes , ſes tranfitions mé
nagées avec art. Ce font- là les vrais ornemens
du ftyle hiftorique. Pour l'ordinaire
, les Continuateurs ne jouiffent que
d'une réputation fort inférieure à celle des
Auteurs , dont ils achevent les Ouvrages.
Nous ofons prédire un autre fort à M.
l'Abbé Péran .
OEUVRES de M. Autreau . A Paris ,
chez Briaffon , rue Saint Jacques , à la
Science . 1749. Avec Approbation & Privilége
du Roi .
Il eft des Ecrivains beaucoup moins connus
que leurs Ouvrages , & ce font ceux
F iij
26 MERCURE DE FRANCE .
"
que leur mauvaiſe fortune & la fingularité
de leur caractere ont éloignés du commerce
du monde. De ce nombre étoit feu M. Autreau
, dont nous annonçons ici lesOuvrages.
NéMifantrope, il faifoit affez peu de cas
detout ce que lemondeeftime; &, ce qui eft
moins ordinaire dans les hommes de fon
efpece , il ne s'eftimoit guéres plus luimême.
Par état , il étoit Peintre. Par goût
al devint Poëte. Ainfi il n'eft pas furprenant
qu'il ait plus réuffi dans un genre
que dans l'autre. Cependant on a de lui
quelques tableaux qui lui font honneur.
Le plus eftimé , eft celui qui repréfente dans
une falle Meffieurs de Fontenelle , la Mothe
& Danchet , difputans fur un Ouvrage
d'efprit. Tout le monde a entendu parler
de fon dernier morceau de peinture , &
le moyen ingénieux,qu'il y employe * pour
faire l'éloge de feu M. le Cardinal de Fleury
, a été généralement admiré.
Quoique M. Autreau eût près de foixante
ans , lorfqu'il commença à faire des Comédies
, les Ouvrages qu'il a compofés dans
ce genre , forment un Recueil de trois
volumes. Voici la liste de ces Ouvrages.
* Dans ce tableau , Diogene cherche un homme
la lanterne à la main , & il eft fuppofé l'avoir trouvé
dans la perfonne du Cardinal , dont il montre le
portrait.
FEVRIER. 1749. 127
-Le Port à l'Anglois , ou les Nouvelles débarquées.
L'Amante Romanesque , ou la Capricienfe.
Les Amans ignorans. La Fille inquiette
, ou le Befoin d'aimer. Démocrite prétendufon.
Panurge à marier , où la Coquetterie
univerfelle. Panurge marié dans les efpaces
imaginaires. Le Chevalier Bayard. La magie
de l'Amour. Les fanx Amis.
Les cinq premieres de ces Comédies
ont été données par l'Auteur au Théâtre
Italien ; la feptiéme & la huitiéme l'ont
été au Théâtre François : la derniere étoit
deftinée au même Théâtre ; mais elle n'a ja→
mais été repréfentée , non plus que les deux
Comédies de Panurge à marier , & de Panurge
marié , qui avoient été faites pour les
Comédiens Italiens .
Dans le tems que ces Comédiens méditoient
leur retour en Italie , M. Autreau
hazarda fur leur Théâtre le Port à l'Anglois.
C'eſt la première Piece dans laquelle ils
ayent parlé François , & elle eut affez
de fuccès pour leur faire naître le défir
de fe fixer à Paris. Les repréſentations
nombreuſes , que leur procura la Comédie
des Amans ignorans , acheverent de les
confirmer dans cette réfolution. Démocrite
pretendu fou est un Ouvrage trop connu ,
pour qu'il foit befoin d'en faire l'éloge.
Fij
28 MERCURE DE FRANCE .
Il en eft de même de la magie de l'Amour.
Ainfi que ces deux Pieces , celles du
Chevalier Bayard & des faux Amis , l'une
& l'autre en cinq Actes , font écrites en
vers. Notre Auteur entendoit parfaitement
la verſification libre , qui ne permet pas
autant de liberté que bien des Verfificateurs
fe l'imaginent , & qui peut-être eft
d'autant moins facile , qu'elle a plus beſoin
de conferver l'air de facilité.
On s'apperçoit dans les Comédies de
M. Autreau
, que que l'intrigue n'eſt pas la
partie à laquelle il s'eft le plus attaché.
Rarement l'action de fes Fables eft vive.
Ses dénouemens caufent rarement cette furprife
agréable , fi néceffaire pour que les
Spectateurs fortent fatisfaits. Mais il rachete
communément ces défauts par un
Dialogue , fouvent très- fin , toujours extrêmement
naturel , & fi toutes fes Pieces
ne font pas propres à réuffir au Théâtre ,
prefque toutés méritent du moins d'être
Îûes avec plaifir .
Aux trois volumes qui contiennent ces
Comédies , l'Editeur en a joint un quatriéme
, dans lequel il a raffemblé los Poëmes
lyriques de l'Auteur . Ces Poëmes font
Rodope ou l'Opera perdu . Platée ou la NaifFEVRIER.
129 1749.
fance de la Comédie. Les Fêtes de Corinthe.
Le Galant Corfaire . Mercure & Dryope. De
tous ces Ouvrages , Platée eft le feul qui air
été mis en mufique , mais en récompenſe , il
l'a été par le célebre M. Rameau.
L'Editeur après ces Poëmes lyriques a
placé les vers préfentés par l'Auteur à feu
M. le Cardinal de Fleury , & plufieurs
chanfons dont on trouvera les airs notés à la
fin de ce quatriéine volunie .
LE NOUVEL ESOPE . Fables choifies.
A Paris , chez la veuve Delormel & fon
fils , Imprimeur de l'Académie Royale de
Mufique , rue du Foin , à l'Image Sainte
Genevieve. 1749. Avec Permiffion . Prix ,
24 fols.
Pour que les Lecteurs puiffent décider
eux-mêmes du mérite du nouveau Fabulifte
, nous allons copier fa premiere Fable .
L'Aigle & la Pie.
UN Aigle , qu'un fonge inquiéte ;
Fait publier dans les Etats ,
Que parmi les ſujets, s'il fe trouve un Prophéte
Qui puiffe defon réve éclaircir l'embarras ‚'
Il récompenfera largement l'interprête :
Auffi - tôt accourt maints oifeaux.
A bon titre paroît un Doyen des Corbeaux ,
Puis le Vautour , puis la Chouette ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE
Puis le Hibou fournois ; mais la Pie indifcrette
Tranche de la Sybille , & comme faits conftans ,.
Se vante d'annoncer la pluye & le beau tems.
Eh ! qui n'eût crû la babillarde ?
Bref, à prophétifer la belle fe haſarde .
Montrez , dit- elle , un peu ce gros bec rabattu ,
Cette griffe affilée , & cet ongle pointu ,
Ouvrez la ferre. Eh quoi ! Voilà des doigts bien
croches ,
Et des yeux bien hagards; vous foit dit ſans reproches,
Mais ça , voyons un peu la conftellation ,
Qui préfida fur vous lors de votre naiſſance.
C'eft juftement le Signe du Lion ..
Ah , Ciel ! quelle noire influence !
Tant de meurtres , de vols & d'autres attentats:
Me paroiffent par vous commis dans votre Empire;,
Que le Ciel irrité , puiſqu'il faut vous le dire ,
Vous menace d'un prompt & funefte trépas.
Mais vous , Madame la caufeuſe ,
Lui répondit l'Aigle en courroux ;
Vous , que par tout on connoît pour
Ce Ciel , que fera -t'il de vous?
voleufe
Moi , dit- elle , jamais fur la gent volatile
Je n'ai porté de parricides coups ..
J'ai pu gruger par fois quelque petit reptile ,.
Mais ces vils animaux ne font faits que pour nous,
Partant j'efpére une fin bien tranquille ,
FEVRIER.
1749% 135
Et mon étoile me prédit ,
Que dans vingt ans je mourrai dans mon nid,
Or , pour faire mentir le Prophéte & l'Epoque ,
Apprenez ce que l'Aigle fit ,
Il prend la Pie , & vous la croque.
Tout préfage , dit- il , ayant failli pour toi ,
Peut bien encor mentir pour moi
Il faut toujours agir avec prudence ,
Et ne jamais aux Grands dire tout ce qu'on penfe
LETTRES de divers Auteurs , fur le
projet d'une place devant la colonade du
Louvre , pour y mettre la Statue Equeftre
du Roi.
On a vû dans le Mercure de Juillet de
Fannée derniere , une Lettre fur le projet
en queftion. Dans le Mercure d'Octobre
nous avons inféré deux autres Lettres adreffées
à l'Auteur de la premiere. Une troifiéme
Lettre, écrite au même Auteur, a paru
dans le Mercure de Novembre. A ces quatre
Lettres en a fuccedé une cinquiémé
qu'on a lûe dans le premier volume de
Décembre , & dont le titre étoit : Deftination
propofée pour le vieux Louvre . Ce font
ces differentes Lettres qui ont été réunies
en une petite brochure .
"
LA CYROPEDIE , ou l'Hiftoire de
Cyrus , traduite du Grec de Xenophon , par
F vjj
132 MERCURE DE FRANCE.
feu M. Charpentier , de l'Académie Françoife.
Deux volumes in- 12 . fe vend chez
Savoye , rue Saint Jacques , à l'Espérance.
Prix , 4 livres .
NOUVEAU TRAITE' fur les Fortifi
cations , dans lequel on fe propofe de renforcer
quelques ouvrages de la Fortification
de M. le Maréchal de Vauban , &
d'en établir une nouvelle , & c . Avec
Ja defcription & l'ufage de la Broüette
Icgnographique pour lever les plans , inventée
par M. Ruevelles ,
M. Ruevelles , Auteur de ce
nouveau Traité. A Paris , chez le même Libraire.
1749. in- octavo. Prix , 2 livres.
les
EXHORTATIONS courtes , pour
perfonnes affligées ou malades , tirées des
Epitres & Evangiles , & des Vies des Saints,
&c. in - 12 . Prix , 2 livres , chez le même
Libraire.
ANTOINE LESEURE , Imprimeur ordinaire
du Roi , demeurant à Nancy , avertit
le Public qu'il diftribue actuellement
les premier , fecond & troifiéme tomes de
' Hiftoire de Lorraine , nouvelle édition ,
revûe , corrigée & confidérablement augmentée
, par le Révérend Pere Dom Auguftin
Calmet , Abbé de Senones , & qui
contiendra fix volumes in folio.On trouvera
dans ces trois premiers tomes plufieurs
Differtations nouvelles fur la Nobleffe de
FEVRIER . 1749.
113
Lorraine , fur l'origine des Dixmes Eccléfiaftiques
, fur la Jurifprudence ancienne
de la Lorraine & des trois Evêchés , & c.
Des Remarques fur les Sceaux : & Monnoyes
, des Généalogies des plus illuftres
Maifons de la Province & des Pays adjacens.
Le quatriéme tome , qui eft fous la
preffe , renfermera auffi plufieurs Differtations
& pieces curieufes & nouvelles.
L'Ouvrage eft enrichi des portraits des
Ducs & Ducheffes de Lorraine , gravés
parfaitement en taille-douce , d'après les
originaux du fameux Saint Urbain , le Ro
main.
Quelqu'un avoit fait annoncer un Supplément
à l'ancienne édition de certe Hif
toire , lequel devoit être mis au jour en
un feul tome , & contenir tout ce que
Dom Calmet promet de nouveau dans la
nouvelle édition ; M. le Baron *** célebre
Hiftoriographe d'une des premieres Cours
d'Allemagne , &c. étoit donné pour Aateur
du prétendu Supplément , & Henri Wefthein
, Imprimeur à Amfterdam , pour
Editeur . Mais 1º. le prétendu Auteur n'a
eu aucuré communication des defleings ,
Mémoires & pieces de Dom Calmet , de
forte qu'il ne peut par conféquent promettre
raisonnablement de les donner au Public.
2 ° . On a approfondi la chofe , & on a
134 MERCURE DE FRANCE.
trouvé que
la promeffe de ce Supplément
étoit une piece rifquée , dans laquelle on
n'avoit pour objet que de nuire à l'Impri
meur de la nouvelle édition ,
Savoye débitera les trois premiers vo-
Jumes & les autres , à mefure qu'ils paroîtront.
SYSTE'ME MODERNE de Cofmographie
& de Phyfique générale. Gofmogra
phia ficut Geographia .
Sidereos motus , tractus maris atque receffus
Pingere terrarum , fimili labor at opus arte.
à Pa
Unvolume in-quarto de 82 pages ,
ris , Quai des Auguftins , chez Charles -Antoine
Jombert , Libraire du Roi , pour l'Ar
illerie & le Génie . 1748 .
,
TRAITE' de Plutarque fur Ifis & Offris
en Grec & en Anglois , corrigé &
traduit par M. Samuel Squire , Maître- ès-
Arts , Archidiacre de Bath , à Cambridge
1744, in-octavo de 189 pages pour le texte
Grec , & 112 pour la verfion Angloife ,
fans y comprendre la Préface , laquelle eft
en Latin.
CORPS des illuftres Poëtes Portugais ,
qui ont écrit en Latin , publié pour la
premiere fois par Antoine Dos Reys , Prêtre
de la Congrégation de l'Oratoire de Saint
Philippe de Neri de Lisbonne , Hiftorien
FEVRIER. 1749 135
Royal Latin de Portugal , & Cenfeur de
'Académie Royale , augmenté de plufeurs
Vies de ces Poëtes , par Emmanuel
Monteiro , Prêtre de la même Congrégation
, & Affocié à la même Academie..
Deux tomes in-quarto. Le premier de 405
pages , non compris l'Epître , Dédicatoire
& la Préface , & le fecond de 482 pages
à Lisbonne , de l'Imprimerie Royale , & de
PAcadémie Royale . 1745 .
HISTOIRE générale d'Allemagne par
Je Pere Barre , Chanoine Régulier de Sainre
Geneviève , & Chancelier de l'Univerfité
de Paris. Tome VI . qui comprend
les regnes depuis 1250 jufqu'en 1378 ,
in-quarto de 868 pages , non compris la
Table des Matieres , & tome VII. à Paris
, chez Charles - Jean- Baptifte de l'Epine ,
& Jean- Thomas Hériſſant , rue Saint Jacques.
1748.
LETTERA del Dottor Gianbattista Gifmondi
, &c. In Pefaro. 1748 , in - octavo.
NOUVEL ATLAS CELESTE , qui
repréſente le monde vifible , & les Phénomenes
remarquables des étoiles errantes .
& fixes qui s'y trouvent , relativement
à leur lumiere , à leur figure , à leurs.
faces , leurs mouvemens , leurs éclipfes
leurs occultations , leurs paffages , leurs
grandeurs , leurs diftances & autres , fui
136 MERCURE DE FRANCE .
vant l'hypotheſe de Copernic , & en partie
de Tichobrahé ces Pliénomenes repréfentés
particulierement fuivant leurs apparences
vifibles pour nous , & généralement
fuivant ce qu'elles doivent être dans
les planettes principales , & dans la Lune ,
d'après les obfervations des Aftronomes
les plus célebres . Ouvrage compofé par
M. Jean-Gabriel Doppelmaier , des Académies
Impériales des Curieus de la Nature
, & de Pétersbourg , des Sociétés
Royales des Sciences d'Angleterre & de
Pruffe , & Profeffeur de Mathématiques
à Nuremberg. A Nuremberg , aux dépens
des héritiers Homann , 1742. Cet Ouvrage
fe trouve à Paris , à l'Hôtel de Soubife ,
chez M. Julien , qui en diftribue le Profpectus
, avec un catalogue des nouveaux
morceaux de Géographie , publiés depuis
peu en Angleterre , Suede , Ruffie & Alle
magne.
D. SALOMONIS DEYLINGII , P.
P. Eeclef. Cat. Mifienfis Canonici .... obfervationum
facrarum pars quinta , in quibus
oracula utriufque foederis difficiliora , & loci
veterum Doctorum obfcuriores illuftrantur
omniaque à diffentientium , imprimis recentiorum,
depravatione folidé vindicantur . Appen
dicis vice acceffit obfervatio de Alia Capitoline
Hiftoria & origine , Auctore Chrift . Erd.
FEVRIER. 1749. 137
Deylingio ..... cum indicibus neceffariis.
Lipfiæ , fumptibus hæredum Lanckifianorum ;
1748 , in-quarto.
D. CAROLI Ferdinandi Hommelii , fuprema
Curia Advocati propofitum de nove
fyftemate Juris natura & gentium , ex fententia
veterum Jurifconfultorum, concinnando,
five de Jure quod natura omnia animalia docuit
, commentatio. Lipfiæ , apud Bern . Chrift.
Breitkophium , 1747. in-octavo.
DECISIONS fommaires du Palais
par
ordre alphabétique , illuftrées de Notes ,
& de plufieurs Arrêts de la Cour du Parlement
de Bordeaux , par feu M. Abraham
la Peyrere , ancien Avocat en ladite Cour.
Sixième édition , revûe , corrigée & augmentée
d'un grand nombre de déciſions
& d'Arrêts , recueillis des Mémoires de
plufieurs illuftres Sénateurs de ce Parlement
, & à laquelle on a ajouté plufieurs
Arrêts notables , & une Table très - ample
des mots & des matieres y contenus . A Bordeaux
, chez Jean Baptifte la Cornée , Imprimeur
de la Cour du Parlement & de l'Univerfité
, rue Saint James , vis- à- vis la rue de
Gourgues. 1749. in -folio.
COUTUMES générales du Pays & Duché
de Bretagne , & c. par M. Poullain du Parc.
A Rennes , chez Guillaume Vatar , Imprimeur
ordinaire du Roi , & du Parlement
138 MERCURE DE FRANCE :
& du Droit , au coin du Palais , à l'Imprimerie
Royale , & à la Palme d'or . Tome
troifiéme , 1748 , in 4° .
PENSE ES fur les plus importantes vérités
de la Religion , & fur les principaux devoirs
du Chriftianifme , par un Docteur
en Théologie ; feconde édition , revûë ,
corrigée & augmentée . A Besançon , chez
J. Cl. Rogillet , Imprimeur de la Cité
Royale , grande rue , près le Pont de Saint
Auguftin , 1748 , in- 12.
La veuve Etienne & fils , & Jean Deffaint,
Libraires à Paris , vont débiter inceffamment
les deux premiers volumes de l'Hiftoire
Romaine , par M. Crevier. C'est une
continuation des feize volumes de l'Hiftoire
Romaine de Meffieurs Rollin & Crevier
, qui commencera au regne d'Augufte,
& ne finira qu'avec celui de Conftantin.
L'HISTOIRE de France & l'Hiftoire Romaine
, par demandes & par réponfes.
Nouvelle édition , corrigée & confidérablement
augmentée , 1749 , chez le même
Libraire. Deux volumes in- 12 . dédiés à
M. le Prince de Conty . La premiere partie
contient l'Hiftoire de France , & la
feconde l'Hiftoire Romaine Cet ouvrage
ne peur qu'être d'une grande utilité pour
les enfans & les jeunes perfonnes , qui y
trouveront du premier coup d'oeil les
FEVRIER. 1749. 139
traits remarquables de l'Hiftoire avec leurs
époques. On s'eft exactement attaché dans
la partie qui concerne l'Hiftoire de France
, à copier prefque mot à mot les plus
beaux endroits du nouvel abregé chronologique
de M. le P. H. de l'édition de
1746.
"
STYLE & régles de procédures , des dif
ferens Tribunaux du Royaume , en ma
riere civile , criminelle & bénéficiale
fuivant les Ordonnances , Edits & Décla
rations du Roi , intervenus jufqu'à préfent
, divifés en cinq parties , 1749 , in-
4°. chez le Gras , Libraire , au Palais .
L'ARITHMETIQUE par fes développemens
, par M. Tois , Commis aux Fermes.
A Paris , chez Brunet , Libraire , au Palais,
1748.
GRAMMAIRE des Sciences Philofophiphes
, ou analyfe abregée de la Philofophie
moderne , appuyée fur les expériences
, traduite de l'Anglois de M. Benjamin
Martin. A Paris , chez Briaffon , rue Saint
Jacques , à la Science , & à l'Ange Gardien.
1749. in-octavo , avec beaucoup de
figures.
>
INTRODUCTION aux droits Seigneu
riaux contenant les définitions des termes
, & un recueil de décifions , fondées
fur la Jurifprudence des Arrêts , & les
40 MERCURE DE FRANCE.
obfervations & fentimens des meilleurs
Feudiftes . Ouvrage très-utile & très - commode
à tous Seigneurs , Juges & Avocats ,
par M. A. la Place , Avocat au Préfidial
de Périgueux . A Paris , au Palais , chez
de Nully , Libraire , dans la grand'Salle ,
du côté de la Cour des Aides , à l'Ecu de
France & à la Palme , 1749 , in- 12 . de
523 pages .
graces ,
C
NOUVEAUX ELEMENS d'Anatomie raifonnée.
A Paris , chez Deſſaint & Saillant ,
Libraires , rue Saint Jean de Beauvais
1749. Volume in-8 ° . avec figures.
OUVRAGE de piété , divifé en quatre
parties , fçavoir , Réflexions , Actions de
Prieres & Méditations fur les
principaux Myféres , & fur les vérités les
plus importantes de la Religion , par M.
Gueronlt , Prêtre du Diocéfe de Rouen . A
Paris , chez Merigot , Quai des Auguſtins ,
à la defcente du Pont Saint Michel , près
la rue Gît- le- coeur , aux Armes de France,
1749 , in- 12.
Il paroît depuis le mois de Novembre
1748 , un ouvrage in- 12 , imprimé par
les foins des Sieurs Defprez , Imprimeur
& Libraire , & Cavelier , Libraire , à Paris,
& qui eft intitulé : Notice de l'état ancien
& moderne de la Province & Comté
d'Artois.
FEVRIER. 1749. 141
ESSAI fur l'Electricité , par M. Nicolas
Bammacare , Profeffeur de Philofophie à
Naples. A Naples , 1748 , in- 8 ° . L'ou
vrage eft en Latin.
On vient de faire à Rome une nouvelle
Edition de la Théologie morale du Pere
Gabriel Antoine , Jéfuite François , dédié à
N. S, P. le Pape Benoît XIV. par les foins
du P. Philippe Carbognano , Frere Mineur
Obfervantin.
NOTIZIE del memorabile fcoprimento dell'
antica Città Ercolana vicina à Neapoli. A
Florence , grand in- 8°. de 106 pages.
:
DE BONONIENSI Scientiarum & Artium
Inftituto atque Academià Commentarii ,
Tomi fecundipars tertia , 1748 , in -folio, A
Bologne.
RIME DIVERSE del R. P. Luigi Lucia da
S. Angelo , Maëftro in Theologia , già Miniftro
Provinciale , eletto pro-Patriarcha di
Gerufalemme , e dichiaroto Theologo della
Real Macfta del noftro invitiffimo Rè Carlo
Borbone ; raccolte & date alla luce da Guif-
Jeppe Antonio Macri Auvocato Napolitano,
Tom. I. & II. in-4° . A Naples,
ANTIQUITATUM Sacrarum Thefaurus
complectens felectiffima doctiffimorum virorum
opufcula , in quibus veterum Hebræorum mores
, leges , inftituta , ritus facri & civiles il
Luftrantur. Opus ad illuſtrationem utriufque
142 MERCURE DE FRANCE .
Teftamenti, & ad Philologiam facram & prophanam
utiliffimum , maximèque neceffarium.
Studio & curâ Blafii Ugolini . A Veniſe . Il
y aura environ vingt- cinq volumes , grand
in-folio dans ce Recueil d'Antiquités Hebraiques.
L'Edition fera ornée de planches
, & l'on pourra foufcrire à Paris ,
chez Debure , l'aîné , moyennant la fomme
de 44 liv. monnoye de Venife , pour cha- >
que volume. Il y a déja fix tomes d'imprimés.
CAUSA Immaculate Conceptionis fanctif
fime Matris Dei Maria , Domina noftra ,
facris teftimoniis utrinque allegatis , & ad
examen Theologico- Criticum revocatis , agi
tata &conclufa , Auctore Benedicto Plazza ,
Syracufano , Soc. Jef. Theologo , in-4 ° . in
officina Francifci Valenza , Bibliop . Panor
mitani. A Palerme.
HISTOIRE du Royaume de Suéde , depuis
fon commencement jufqu'à nos tems ,
écrite par ordre de Sa Majefté Suédoife ,
& des Etats du Royaume , par Olaus Dalin.
Tome premier. A Stockolm , chez Salvius,
in-4° . de 730 pages , fans la Préface & la
Table.
DESCRIPTION de la Laponie , fujette
à la Couronne de Suéde > par Pierre
Hagftrom , Maître ès Arts , &c. 1747.
Volume in-8°, de 271 pages , chez le
même.
FEVRIER. 1749: 143
HISTOIRE GENERALE d'Angleterre ,
vo!. I. qui roule fur les premiers habitans
de ce Pays , & fur les évenemens qui y
font arrivés , depuis les tems les plus anciens
, jufqu'à la mort du Roi Jean en
1216 , par
Thomas Carte , Anglois , infolio
, à Londres. L'ouvrage eft en Anglois.
DESCRIPTION de la fageffe de Dieu
dans les oeuvres de la Création , où l'on
prouve philofophiquement la vérité du
récit de Moyfe , &c . par Benjamin Parker,
in-8°. dans la même Ville. L'ouvrage eft
auffi en Anglois.
LE CABINET Mathématique , ou Recueil
de cinq cens Queſtions choifies & réfolues
analytiquement , pour conduire par
degrés les commençans aux propriétés les
plus difficiles des nombres , par Jacques Dod
Jon , Maître de Mathématiques , in- octavo ,
dans la même Ville .
NOUVELLE THEORIE de la figure applatie
de la Terre , où l'on montre les caufes
méchaniques de la figure déterminée
par les obfervations , par Rowland Jackson,
Docteur en Médecine , in - 8 °, Ces deux
derniers ouvrages font auffi en Anglois.
Il paroît à Cambridge une nouvelle
Edition de Demofthene , en cinq volumes
144 MERCURE DE FRANCE.
in-4° . dédiée à Mylord Granville. L'Edi
teur eft M. Taylor.
Il paroit auffi dans cette Ville une nouvelle
Traduction des oeuvres d'Ifocrate ,
avec les variantes & les notes de l'Editeur
M. Guillaume Battie, Volume in-8°.
DISSERTATION fur la maladie épidemique
des Beftiaux , où après avoir donné
une courte hiftoire de fon origine , de fes
progrès & de fa nature , on détermine
felon les principes de la Médecine & de
la Phyfique , les remédes les plus conve
nables pour le traitement de cette maladie.
Par M. Blondet , Docteur en Médecine
de l'Univerfité de Montpellier , Confeiller-
Médecin ordinaire du Roi , Inten
dant des Eaux Minérales de Segrai , & de
la Societé des Belles Lettres d'Orleans,
A Paris , chez Jean -Noël Leloup , Libraire
, Quai des Auguftins , à Saint Jean
Chryfoftôme , 1749 .
M. le Baron de Zurlauben , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , Capitaine
au Régiment des Gardes Suiffes ,
& Brigadier d'Infanterie , de la derniere
Promotion , ayant été nommé par Sa Majefté
pour remplir la place d'Académicien
Correfpondant Honoraire , qu'avoit eue
feu M. de Surbeck , dans l'Académie
Royale
FEVRIER. 1749.3 145
Royale des Belles Lettres , il y vint prendre
féance le 31 Janvier . Nous avons
donné dans le Mercure du mois de Juin
dernier un long extrait de fa Differtation
,
qui a remporté le Prix propofé par l'Acadé
mie , & nous avons eu foin de remarquet
que le Public feroit étonné de voir , qu'au
milieu du tumulte des armes , un jeune Mifitaire
, âgé de vingt- fix ans , ait pu acque
rir tant de connoiffances
, & faire un G.
grand progrès dans la Littérature : M. le
Baron de Zurlauben eft neveu de M. de
Zurlauben, Lieutenant Général des Armées
dů Rof , Commandeur
de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & actuellement
Colonel
du Régiment des Gardes Suiffes.
J
Les adieux à la Mélancolie , Cantate
à voix feule , avec fymphonie. A Paris ,
chez Madame Boivin , rue Saint Honoré
à la Régle d'or . M. le Clerc , rue du Roule ,
à la Croix d'or. Mlle Caftagneri , rue des
Prouvaires , à la Mufique Royale.
Lorfque dans le Mercure du moisde
Décembre dernier , vol. I. nous avons
rendu compte d'une Traduction en vers
Latins , du Poëme de la Religion de M.
Racine , faite par le Sr Etienne Bréard , que
nous difions être Menuifier dans la Ville
G
146 MERCURE DE FRANCE .
du Mans , les morceaux de cette Traduction
, que nous avons rapportés, ont excité
la curiofité de plufieurs perfonnes , & ont
en même tems donné lieu à quelques doutes.
On a demandé fi le Traducteur ne s'étoit
point caché fous un nom fuppofé ,
parce qu'on a eu peine à croire un artifan ,
capable d'avoir entrepris & exécuté la Traduction
entiere d'un Poëme de cette nature.
M. le Chancelier , ayant entendu parler
de ce prodige littéraire , & voulant en
fçavoir la vérité , s'eft donné la peine d'écrire
au Lieutenant Général de la Ville du
Mans , qui d'abord furpris lui- même d'entendre
parler d'un Poëte de fa Ville , qu'il
ne connoiffoit pas , le fit chercher , & le
trouva parmi les ouvriers qui travaillent à
la journée dans les fabfiques d'étamine .
Le Sr Etienne Bréard n'eft donc point Menuifier
, comme nous l'avions dit d'abord ,
parce qu'on ne nous avoit pas exactement
informés ; il eft du nombre de ces ouvriers
qu'il appelle dans la pièce de vers , que
nous allons rapporter , Pannorum artifices
leviorum.
M. le Chancelier, inftruit de l'état d'infirmité
& d'indigence de cet ouvrier , &
édifié de l'emploi qu'il fait de fes momens
de loifir , lui a fait donner une preuve de
FEVRIER. 1749 .
147
fa bienveillance par une gratification . Le
Poëte , furpris d'une récompenfe à laquelle
il s'attendoit fi peu , a dans fon transport
de reconnoiffance , invoqué fon Apollon ,
qui lui a infpiré la Piéce fuivante. Nous
y joindrons la Lettre qu'il a écrite à M.Racine
, & c'est avec plaifir que nous faisons
connoître un homme, qui n'ajamais fongé
à être connu .
O
Illuftriffimo Galliarum Cancellario
Grates.
Uid dubitas , liber , è manibus prodire
dolorum
Filius es , genuit te in fletibus ægra fenectus.
I , proper , & genitus pro Relligionis amore ,
Patris in extremis , ieris quocunque , memento:
Infignem pietate virum , meritifque nitentem,
Ultorem fceleris , folidæ pietatis amicum ,
Cujus confilio regitur fuprema poteftas ,
Confpice follicitum patris puerique patronum .
Pannorum artifices leviorum , attendite ; noftro
Præfectura favet tenui fuprema labori :
Hic non de mifero tentoris pectine res eft,
Non de lanifico fubigenti vellera fabro ;
Condita fed tumulojampridem Mufa refurgens ;
Candidior poftquam tondenti barba cadebar ,
Ingemuit longos fruftrà fenuiffe per annos,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Quid faciet Spretos Heliconis fcandere montes
Nititur , antiqui revocans elementa laboris .
Nec te poeniteat ( præfagiit una fororum )
Infolitus tentare vias , pro viribus aude.
Cynthius ad fuperos breviter te ducet honores
Eft liber in manibus faciâ de lege canentis
Racinii , divinum opus. Hunc divina canentem
Infequere , & vertas latiali carmine carmen.
Macte fenex animo , generofum imitare Poëtam ,
Dixit , & Aonio ftillans de fonte liquorem.
Fundit Apollineos , agitatâ mente, furores .
Relligionis amans , de Relligione peritum
Racinii aggredior vigili fudore Poema.
Quanta molis opus ! tremulo fed quanta voluptas:
In latium vatis reddenti carmina , cujus
Gallica Virgilium refonant redolentque Poetam !
Racinio placuit veftitum more latino
Carmen , & immodicâ celebravit laude Camoenas!
Sed quid plura loquor ? Merces & quanta laboris
Dagueffæus adeft , Francorum Regis amicus
Omnia Regali firmans decreta figillo :
Immemor ipfe fui , celsâ de fede Minifter
Largus , ámat noftram,quamvis fit ruftica , mufam.
Scripfit , & immeritas dat munificentia laudes.
Nec mora , largitur lapfis folatia rebus.
SummeTogatorum Princeps , clariffima Regni
FEVRIER . 149 1749.
Lumina , quale tuum dicant mea carmina nomen
Indulgere fenis vigilans dignare diebus ,
Æternas memori folvam modulamine grates.
Amplitudinis tue humillimus & obfequens
tiffimus Stephanus Bréard.
COPIE de la Lettre écrite par le Sr Etienne
Bréard , à M. Racine.
CC
מ
Onfieur , s'il eft vrai que
la Tra+
Mduction de vos fublimes Chants
» fur la Religion ait pû trouver auprès de
» vous un accueil favorable , c'eft à l'Au-
» teur de cette même Religion , que j'en
» dois rendre graces. Sans fon fecours aurois-
je pû réuffit , furtout dans le tems
qu'une paralyfie m'avoit jetté dans un
état digne de compaffion ? Ce malheur
cependant a été favorable pour moi ,
" puifqu'en m'arrachant à la profeffion
» méchanique que j'exerçois , il m'a rappellé
à mes études de mes premieres an-
» nées..
» Né d'un pere fabriquant en étamine ,
» je fus mis d'abord au Collége des Peres
» de l'Oratoire de cette Ville ; j'y fus affez
» bon Ecolier. Je remportai plufieurs fois
» des prix en particulier , & dans les diftri-
" butions publiques. Après ma Philofophie,
» je fis deux ans de Théologie , & j'ai
Giij
ajo MERCURE DE FRANCE .
toujours eû de, mes Maîtres des atteſta-
»tions favorables. A vingt deux ans , j'al
lai à la Trappe , où je paffai quatre mois
en habit de Novice. J'abandonnai enfuite
ce lieu très-faint , mais trop auftére
" pour moi , & je me fouviens que le
» Maître des Novices , en me donnant le
» baifer de paix , me dit, quoique vous nous
» abandonniez , confervez toujours les fentimens
de Religion que nous vous avons infpirés.
Je fortis en pleurant , & je retour-
" nai au Mans , où je fus quelque tems
» Maître d'Ecole . J'avois l'ambition d'ê-
» tre Prêtre , mais ne pouvant efperer
» d'avoir un titre , & d'ailleurs étant un
» peu volage , je renonçai à toute idée de
l'état Eccléfiaftique , & j'embraffai la
" profeffion paternelle , dans laquelle ,
comme fils d'ouvrier , je fus reçu à peu
» de frais . J'ai exercé cette profeffion depuis
l'âge de vingt- quatre ans , & je dois
» remercier Dieu de n'y avoir jamais perdu
de vûe les fentimens de Religion que
j'avois puifés à la Trappe.
»
» En 1744 , étant attaqué d'une påralyfie
qui me laiffoit quelques intervalles ,
» dans lefquels je pouvois lire & m'appli
quer , je trouvai dans le Journal de Ver-
» dun une pièce de vers de M. Roi , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , fur
FEVRIER. 1749. 151
» la convalefcence du Roi. Je voulus voir
» fi , quoiqu'âgé de près de foixante ans ,
»je ferois encore capable de quelque cho-
» fe ; je traduifis cette piéce en vers Lå-
» tins , & je traduifis encore quelques au-
» tres piéces du même Chevalier , com-
» me un Poëme fur le retour du Roi ; &
» un autre fait pour la Maifon de Saint
» Cyr , un autre enfin , que je doute être
» de lui , fur la bataille de Fontenoi . Un
39
jour que je me fentis quelques forces ,
» je me fis mener à l'Abbaye de Saint Vin
» cent , pour rendre vifite à D. Dodart
» & à D. Rivet , célébre par fes vertus &
» fon Hiftoire Littéraire des Gaules , & je
» leur fis voir mes Traductions , qu'ils
» n'attendoient pas d'un homme de inon
âge & de ma profeffion. Ces deux bons
» Religieux , après m'avoir félicité fur ces
» ouvrages , qui ne méritoient pas leur at-
≫tention , me donnerent votre Poëme fur
» la Religion , & m'exhorterent à le tra-
» duire . Je tremblai à cette propofition,
Cependant , me fentant animé intérieu-
» rement , j'entrepris l'ouvrage , & avec
» le fecours de cette grace que vous avez
chantée , je fuis parvenu à achever la
» Traduction entiere. M. l'Abbé de Paris
» a cû la bonté de vous la remettre , & la
» maniere avantageufe , dont vous en
»
G iiij
52. MERCURE DE FRANCE
» avez parlé , m'a infpiré une reconnoif
« fance qui durera toute ma vie. Vous êtes
caufe , fans doute , que la connoiffance ,
» de cette Traduction a été jufqu'à M. le
Chancelier , qui a bien voulu me faire
» affurer , par le premier Magiftrat de no-
» tre Ville , de fa protection , dont il m'a
fait reffentir les effets , par une gratifica-
» tion à laquelle je n'aurois jamais crû
" devoir penfer. Il me reste à vous prier
d'être perfuadé , Monfieur , du refpect , » &c.
Réponse de M. Racine..
»Vous me faites des remerciemens ,
» Monfieur , lorfque c'eft à moi à vous en
faire. Vous ignorez , fans doute , l'hon-
» neur que votre ouvrage fait au mien , &
» parce que vous êtes fort éloigné de pen-.
» fer qu'il foit pour vous un fujet d'amour.
"propre, vous ne foupçonnez pas qu'il en
22
puiffe être un pour moi. La peine qu'on
" a eue à vous découvrir dans votre Ville ; .
» l'indifference que vous avez pour un ta-
» lent , que vous avez toujours facrifié à
» des travaux , aufquels l'efprit n'a point
de part ; une vie obfcure & laborieuſe ,
qu'affligent l'indigence & l'infirmité; en-
» fin les momens les moins douloureux .
que vous laiffe la maladie, employés par
.
FEVRIER . 1749. 153
»
vous à mettre en vers les vérités dont
» vous êtes pénétré. Que de raifons me
» perfuadent , Monfieur , que vous êtes
» bien plus digne que moi de chanter la
Religion , & que fi dans la carriere Poëtique
vous croyez ne marcher qu'après
→ moi comme mon Traducteur , je ne
» marche que bien loin après vous , dans
» le chemin qui conduit à l'objet de nos
vers ! Par le .peu d'empreffement que
» vous avez eu à les faire connoître , il
»paroît affez que ce n'eft
n'eft pas des hommes
» que vous en avez attendu la récompenfe
..
>> Elle vous a cependant
cherché malgré
و ر
fi
vous , & quelle récompenfe ! Vous ne
» vous attendiez pas que votre nom , fi
»peu connu dans votre Ville , dût tout à
coup pénétrer jufqu'à la Cour. Aipfi
lorfque vous voyez celui , qui par fa
» dignité & fes lumieres tient un rang
» élevé , jetter fur vous des regards bien-
" faifans , parce qu'il a été édifié de vos
» faintes occupations , & attendri fur vo
» tre trifte état , vous pouvez bien vous
wécrier ,
y
Sunt hic etiam fua premia laudi ,
Sunt lachryma rerum…….
Je fuis , Monfieur , & c.
Giv
154 MERCURE DE FRANCE.
*
SPECTACLES.
>
E Concert Spirituel , exécuté dans la
Safle ornée nouvellement au Louvre ,
a donné le Samedi premier jour de Février
la premiere Sonate des pieces de
Clavecin de M. Mondonville mife
en grand Concerto. Exaltabo te ,. Domine
, Motet à grand choeur de M. de
la Lande. M. Blavet , accompagné de
M. Gavinies a joué une Sonate de fa
compofition , & M. l'Abbé Joguet , Ordinaire
de la Mufique du Roi , a chanté
Paratum cor meum , petit Motet. M. Canavas
a joué feul avant Bonum eft , Motet à
grand choeur de M. Mondonville : tous ces
beaux morceaux & ces célebres Acteurs
ont été fort applaudis .
Le lendemain , Fête de la Purification
le Concert a commencé par la précedente
Sonate de M. Mondonville. Enfuite on a
chanté Diligam te , Motet à grand choeur
de défunt M. l'Abbé Madin , Maître de
Mufique de la Chapelle du Roi. M. Taillard
a joué feul . M. l'Abbé Joguet a encore
chanté le Paratum cor meum , toujours avec
les mêmes applaudiffemens. M. Pagin a
jeue feul avec fon fuccès ordinaire , & le
ORE
RY
E NEW YORK
BLIC LIBRARY.
ASTOR , LENOX AND
TIDEN FOUNDATIONS.
FEVRIER .
155 1749 .
Concert a fini, au gré de l'affemblée , par Do
minus regnavit, Motet à grand choeur de M
Mondonville.
La mort d'une refpectable Princeffe a
interrompu les repréfentations de tous les
Spectacles , & l'Académie Royale de Mufique
a rouvert fon Théâtre par le nouyeau
Ballet : intitulé , Platée.
La Comédie Françoiſe a fini par une trèsnombreuſe
& très - applaudie repréfentation
de Catilina , que fon illuftre Auteur a
retirée.
CACSY acacaya
CHANSON.
L'Amour remporte fur mon coeur
Une entiere victoire ,
Et Bacchus , jaloux de la gloire
De ce charmant vainqueur ,
Envain me force à boire.
Si , pour aimer trop conftamment ,
La raiſon me livre la guerre ,
J'aime mieux la vaincre en aimant
Que de la noyer dans mon verre.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES..
DE PETERSBOURG , le 7 Janvier.
Es Commiffaires, qui ont inftruit le Procès de
LM. Lehocq , Font condamné à mort , mais
'Impératrice lui a fait grace de la vie , & elle
l'a relegué dans le diftrict de Kamfchatska , audelà
de la Siberie. Il a été accordé à ce prifonnierun
rouble par jour pour fon entretien. De plus ,
il lui eft permis d'emporter une partie de fa bibliotheque
, & les inftrumens de fon laboratoire
de Chymie. Madame Leftocq doit aller finir fes
jours en Siberie , où elle jouira d'ape modique .
penfion . On affure que les deux Officiers , qui
ont été arrêtés en même tems que M. & Madame-
Leftocq , conferveront leurs grades , mais qu'ils
ne demeureront point dans leurs Régimens , &
qu'on les employera dans les Etats Majors de quelques
Places éloignées . M. de Pezold , après avoir
paflé plufieurs années dans cette Cour , en qualité
de Réfident du Roi de Pologne , Electeur de Saxe
a obtenu fon rappel , qu'il follicitoit depuis longtems.
Il fera remplacé par M. Funck, Confeiller de
Légation de la Cour de Drefde .
Le Comte de Finckenftein , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de Pruffe , eut le 22 du mois
dernier fon audience de congé de l'Impératrice ,
& il lui préfenta le Baron de Goltz , qui doit
1 remplacer. Sa Majesté Impériale tint le 26 un
Confeil d'Etat , après lequel on expédia deux Cou--
riers , l'un pour Londres , & l'autre pour la Haye
FEVRIER.. 1749 157%
Le 27 , elle partit pour Mofcou , après avoir établi
un Confeil de Régence , à la tête duquel font
le Knées Joufoupoff , Préfident du Confeil de
Commerce , le Knées Mefchtfcherskoу & M. Chitrow
, Major Général. Il paroît divers Edits , par
lefquels il eft ordonné de lever avec toute la
diligence poffible 32000 hommes , tant pour aug.
menter les troupes que pour les recruter ; de tenir
celles qui fontcantonnées dans les diſtricts voiſins »
de la Province de Nowogrod , prêtes à marcher
pour s'avancer vers cette Province , avec un train
d'artillerie de campagne ; de prendre en même
tems les mesures néceflaires , pour qu'un corps de
Cofaques du Don puiffe joindre ces troupes ; de
tranfporter au plutôt en Finlande 80000 quintaux :
de farine , 30000 d'avoine & sooooo de foin ;
'équiper les Vaiffeaux de guerre , les Fregates ,
les Brulots & les Galiottes à bombes qui font
dans ce port ; & dans celui de Revel ; d'armer auffi
toutes les Galeres qui font à Revel , à Cromstadt z
& à Frederichsham , & de preffer la conftruction
de tous les Bâtimens qui font fur les chantiers.
On a envoyé ordre aux Commandans de la Livonie
& des Provinces voisines , d'y préparer des
quartiers pour les troupes qu'on attend de Boheme-
& de Moravie. Des Députés des Calmouques
& des Cofaques du Don font en chemin , pour
aller aflurer Sa Majesté Impériale de la continuation
de l'attachement de ces Nations , & pour
lui offrir de la fervir dans les occafions où elle
aura befoin de les employer. L'Impératrice a 'fait
préfent de la maifon de M. Leftocq , au Comte :
Etienne Frederowicz Apraxin. Le Baron de Munich
, Grand Maître de la Maifon de l'Impératrice
, & l'un de fes Confeillers Privés , a obtenu
la permiffion d'aller paffer un an dans fes Terres en ..
Livonic
158 MERCURE DE FRANCE.
Selon les nouvelles de Perfe , il y regne tou
jours de très - grands troubles , & le Roi Adil
Ali , bien loin d'être parvenu à affermir fon autorité
, la voit s'affoiblir de jour en jour. A la
tête de la principale des quatre factions , qui fe
font élevées contre lui , eft fon propre frere , qui
à ce qu'on prétend , marche à Hifpahan pour le
détrôner. Les Lettres de Conftantinople marquent
que le Baron de Penckler , Internonce de l'Empereur
a eu une audience du Grand Vifir , &
qu'il l'a remercié des bons offices employés par
Sa Hautefle , dans la négociation des Traités de
la Cour de Vienne avec les Régences de Barbarie.
Ces Lettres ajoutent que le Grand Vifir a envoyé
le premier Interprete de la Porte , complimenter
le Baron de Penckler fur la conclufion de la paix
entre le Roi de France , le Roi d'Eſpagne & l'Im
pératrice Reine de Hongrie & de Boheme.
>
DE STOCKHOLM ,' le 14 Janvier.
Le Chevalier Aldecone , Miniftre du Roi d'Efpagne
en cette Cour , a préſenté au Roi dans une
audience particuliere , une Lettre par laquelle la
Reine Douairiere d'Efpagne a notifié à Sa Majeſté
la mort de la Ducheffe Douairiere de Parme. Ce
Miniftre a été adinis auffi aux audiences du Prince
& de la Princeffe Royale. Il s'eft tenu ces joursci
au Palais un Confeil , à l'occafion de quelques
dépêches qu'on avoit reçues de Pétersbourg par
un Courier extraordinaire . Sa Majesté a conféré
au Comte de Lagerberg , un de fes Chambellans ,
la Charge de Maître des Cérémonies de l'Ordre
des Séraphins. Elle a donné le Régiment d'Infanterie
de Scarabourg au Baron Frederic de Sparre ,
Commandeur de POrdre de l'Epée , & Capitaine
FEVRIER. 1749. 159
d'une Compagnie dans le Régiment des Gardes,
M.. Charles -Jean de Kolhen a été fait Major
du Régiment de Wermland. La Comteffe d'Eckeblad
a été aggrégée à la Société Royale des
Sciences.
DE COPPENHAGUE , le 20 Janvier.
>
Il a été ftipulé par un Traité de Commerce ,
conclu par le Roi avec Sa Majesté Sicilienne
que les Sujets du Roi pourront trafiquer libre
ment , tant par mer que par terre , dans les Royaumes
de Naples & de Sicile , ainsi que dans l'Etat
degli Prafidii , & que réciproquement les Sujets
de Sa Majesté Sicilienne , auront la même liberté
dans les Pays de la domination du Roi , à l'exception
de l'lflande , du Groenland , du Nordland
, du Finmarck , & des autres endroits où
le Commerce eft interdit aux Nations , même les
plus favorisées ; qu'il fera établi dans les principaux
ports des deux Puiffances des Confuls
& des Vice-Confuls qui feront chargés de faire
jouir les Sujets refpectifs de tous les avantages
que le Traité leur accorde ; que le Commerce
direct entre les deux Nations fera affermi par tous
les moyens poffibles qu'afin de prévenir la contrebande
, l'une & l'autre Puiffance confentent
que ceux de leurs Sujets , qui feront furpris en
contravention , foient punis dans chaque Pays
felon la rigueur des Loix portées contre les Sujets.
naturels ; qu'en général , on ne pourra , à l'égard
des marchandifes introduites dans les maifons ,
en faire la vifite , fous prétexte que les Droits n'ont
pas été payés , mais que cependant on dérogefa
à cet article , fi l'on a de forts indices qu'il fe
trouve quelque part des marchandifes prohibées
160 MERCURE DE FRANCE .
que lorsqu'un Sujet de l'une des deux Puiffance
mourra dans les Etats de l'autre fes biens &
fes effets pafferont de droit à fes héritiers , fans
aucune procédure ou formalité judiciaire ; que fi
l'une des deux Puiffance s'engage dans une guerre ,
les Sujets de l'autre pourront continuer leur Commerce
avec les ennemis de la belligerente , &
leur porter toutes fortes de marchandiſes , à l'exception
de celles dont le tranfport eft défendu
en pareille circonftance ; qu'ils feront tenus feulément
de fe munir de Lettres de mer , & de Cer- -
tificats qui indiquent la nature des marchandifes
de leur cargaifon , les ports d'où ils feront partis ,
& ceux pour lefquels ils feront deftinés ; qu'aucun
Maître de Navire ne recevra fur fon bord aucun
Sujet fugitif , & que s'il s'y en rencontre , on .
fera en droit de s'en faifir ; qu'en tems de guerre ,.
les Commandans des Vaiffeaux.de Roi & les Capiraines
de Corfaires , qui commettront quelque
acte d'hoftilité contre les Navires marchands de
la Puiffance amie , fans y être autorisés par un
des cas énoncés ci- deffus , feront condamnés à
une amende de 4000 florins , & à réparer le dommage
qu'ils auront caufé ; que lorsqu'un Bâtiment
échouera fur les côtes de la domination d'un des
deux Rois , le Conful ou le Vice - Conful de la Nation
, à laquelle le Vaiffeau appartiendra , pourra
feul receuillir les marchandifes fauvées & les débris
du Navire , que s'il n'y a point de Conful ni
de Vice -Conful dans l'endroit où le malheur fera
arrivé , le Commandant ou les ' Magiſtrats du lieu
fourniront tous les fecours qui feront néceffaires ;;
que les Vaiffeaux qui pafferont le long des côtes
des Etats refpectifs , & qui feront contraints.d'yjetter
l'ancre , ou d'entrer dans quelque port , nepayeront
aucun Droit , lorfqu'ils ne débarqueront
FEVRIER. 1749% 161
point de marchandifes , qu'en cas qu'ils en dé
barquent , ils ne feront foumis qu'aux mêmes
réglemens faits pour les habitans du Pays ; qu'ils
ne feront pas plus gênés que ces habitans , dans
leurs ventes ni dans leurs Contrats , & que s'ils
font dans la néceffité d'avoir recours à la Juftice
ils l'obtiendront prompte & à peu de frais , que les
Bâtimens & effets d'une des Puiffances contractan
tes ou de fes Sujets , ni les Marchands , Capitaines
, Maîtres de Navires , Matelots ou antres ,
ne pourront être enlevés & retenus par force dans
les Etats de l'autre Puiffance , pour le fervice des
Particuliers, ni même pour celui du Public ; qu'èn
conféquence , il ne fera point permis d'engager
perfonne de l'équipage d'un Vaiffeau , pas même
les Domeftiques , & les Navires ne pourront être
confifqués pour quelque motif que ce foit , fans
une Sentence de l'Amirauté , qui conftate quelque
délit concernant la contrebande , ou en tems
de guerre le tranſport des marchandifes illicites ;
que les Sujets d'une Puiffance ne prendront d'au-
Cun Prince ou Etat , ennemi de l'autre , des Commiffions
pour faire la courfe ; que fi l'une des
deux Puiflances eft en guerre , l'autre , demeurant
neutre , fera libre de recevoir ou non dans les
ports les prifes , & de juger de leur validité ;.
mais qu'elle ne fouffrira point que les Navires .
& marchandifes des Sujets de l'autre Puiffance
foient pris fur fes côtes , ni dans- les.ports & rivieres .
de fa domination ; que pour ce qui concerne la
Religion , les Sujets refpectifs feront traités comme
les Sujets des autres Puiflances , d'une Religion
differente de la dominante , à condition qu'ils fe
conduiront avec difcrétion , & qu'ils n'exciteront
aucun fcandale ; que lorfqu'il y aura une Quarantaine
ordonnée , ils feront obligés réciproque
162 MERCURE DE FRANCE.
ment de s'y conformer ; que refpectivement leurs
perfonnes , leurs Bâtimens & leurs effets , ne pourront
être arrêtés pour dettes ou pour crimes qui
ne les regarderont point perfonnellement , ni pour
les prétentions que Leurs Majeftés pourroient avoir
P'une contre l'autre ; que quand même il arriveroit
quelque contravention au préfent Traité ,
la bonne intelligence entre les deux Rois ne fera
pas pour cela interrompue ; & que fi contre toute
attente ils viennent à fe déclarer la guerre , les
Sujets refpectifs établis dans les Etats de l'un &
de l'autre auront deux ans pour ſe retirer avec
leurs effets . Ce Traité a été figné au nom du Roi ,
par le Comte de Dehn , & au nom du Roi des Deux
Siciles , par le Prince Jacci.
Les Vaiffeaux le Roi & la Reine , mirent le 6 à la
voile pour la Chine. Deux jours après , ils ont été
fuivis par le Navire l'Elé, hant , qui va aux Indes
Orientales.
Une des Fregates de Sa Majefté a fait naufrage
fur les côtes de Norwege , entre Dronthem & Ber
gen. Le Lieutenant & quelques Matelots ont eu
Te malheur de périr , mais le refte de l'équipage
s'eft fauvé. Ce Bâtiment étoit parti d'ici il y a
environ fix femaines , & fa charge , dans laquelle
étoient compris les préfens que le Roi envoyoit
au Dey d'Alger , étoit eftimée 200000 florins .
Les Lettres de Stockholm marquent que le Miniftre
qui y réfide de la part du Roi de Pruffe
a eu plufieurs conférences avec le Comte deTeffin ,
Préfident du Collège de la Chancellerie , au fujet
des armemens qui fe font en Ruffie. Ces Lettres
ajoutent que M. Charles Rumpf , Envoyé Extraordinaire
des Etats Généraux des Provinces-
Unies auprès du Roi de Suede , eft mort à Stoc
xholm dans la foixante & quatrième année de
FEVRIER.
1749. 163
fon age. On apprend de Warfovie , que le Roi de
Pologne , Electeur de Saxe , a conféré à M. Garczinski
, Caftellan de Pofnanie , le Palatinat de
Kalifch , qui vacquoit par la mort de M. Kozyminsky
, & que Sa Majefté Polonoiſe a difpofé de
diverſes Châtellenies . Des Commiſſaires Ruſſiens
fe font rendus en Pologne , afin d'établir les magafins
néceffaires pour le corps de troupes de leur
Nation , commandé par le Général Lieven. Il
n'y a encore rien de décidé fur le tems auquel
ces troupes fe remettront en marche. Les avis reçus
de Mofcou portent que l'Impératrice de Ruſſie
y eft arrivée le 28 du mois dernier , n'ayant
pas mis plus de 60 heures à faire fon voyage . Quelques
jours auparavant , M. & Madame Leftocq
ont paffé près de Mofcou , en allant au lieu de
leur exil . On écrit de Pétersbourg , que l'Ordonnance
pour faire une nouvelle levée de 32000
hommes y a été publiée. Le Chambellan Galliczin
a été nommé Envoyé Extraordinaire de l'Impératrice
de Ruffie , auprès du Cercle de la Bagle
Saxe.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 21 Janvier.
Naffure qu'il le négocie un Traité de Commerce
, entre cette Cour & celle de Munich ,
pour régler les Droits d'entrée & de fortie des
marchandifes , particuliérement à l'égard des vins
que les fujets de l'Impératrice Reine tranſportent
en Baviere. L'Evêque de Triefte & le Comte de
Salm- Neubourg ont été déclarés Confeillers Privés
Actuels de l'Empereur . L'Impératrice a accordé
des Brevets de Colonels à M. d'Argenteau & au
164 MERCURE DE FRANCE.

Baron de Kolbert , Majors ; le premier , du Régi
ment de Philibert ; le fecond , du Régiment de
Hobeneims ,
La négociation , pour l'échange que l'Impéra
trice Reine a propofé aux Vénitiens , rencontre
plufieurs difficultés. On compte que le Prince
Charles de Lorraine partira au mois d'Avril , pour
aller prendre poffeffion du Gouvernement des
Pays-Bas. a été réfolu de fortifier les Villes de
Rheinfelden , de Seckingen , de Laufferfbourg &
de Waldshut , & l'on deftine à cet ufage les revenus
de l'Autriche antérieure . L'Empereur fe propofe
de demander à l'Empire quelques mois Romains ,
qui feront employés à réparer les fortifications de
Philifbourg & de Kehl. Il doit paroître un Edit ,.
par lequel l'Impératrice Reine accordera une
amniftie générale aux déferteurs de fes troupes , à
condition qu'ils reviennent dans un certain tems.
Elle permettra même à ceux qui voudront quitter
le fervice , pour fe donner à la culture des terres
d'acheter leurs congés. On parle de fupprimer la
Charge de Préfident de la Banque. Les Comtes de
Neuperg, de Harrach & de Staremberg , prirent
féance le 10 de ce mois dans le Confeil Aulique..
Le Baron de Lieven , Général en chef des troupes
auxiliaires de Ruffie , arriva hier de Prague. Philippe
, Comte de Kinski, Confeiller d'Etat de Leurs
Majeftés Impériales , mourut en cette Ville le 12 ,
âgé de quarante-neuf ans.

DE BERLIN , le 22 Janvier.
Le 9 de ce mois , jour que le Roi avoit fixé pour
donner l'Investiture de la Principauté de Sagan au
Prince de Lobckowitz , ce Prince fe rendit au
Palais vers les onze heures du matin dans un ca ་ན་
FEVRIER. 1749. 165
4
roffe à fix chevaux , précedé de plufieurs autres
caroffes , dans lesquels étoient les Gentilshommes
de fa fuite. Ses Pages & fa Livrée marchoient à la
tête du cortége . Lorfque le Prince de Lobckowitz
fut arrivé au Palais , il trouva , dans leur Salle , les
Gardes du Corps en haye & fous les armes. Il fut
reçu à la porte de la premiere antichambre pår le
Baron de Buddenbroeck , Premier Adjudant Général
de Sa Majefté , lequel le conduifit à la Salle ,
où devoit fe faire la cérémonie. Le Roi y étoit fur
fon Trône , ayant à fa droite le Feldt-Maréchal
de Schwerin , Grand Maréchal , qui tenoit l'Epée
Royale , & àfa gauche le Comte de Podewils
Miniftre du Cabinet . Des deux côtés du Trône
étoient les Princes de la Famille Royale , les principaux
Officiers de la Couronne , les Généraux. &
les Miniftres. En entrant , le Prince de Lobckowitz
fit trois profondes inclinations , & il alla fe
mettre à genoux fur le bord du tapis du marchepied
du Trône. Après qu'il eut demandé l'Inveftire
de la Principauté de Sagan , le Comte de Podewils
lui répondit au nom du Roi. Le Prince s'avança
enfuite vers le Fauteuil de Sa Majefté , & s'étant
mis de nouveau à genoux fur un carreau de velours
, il prêta le ferment de fidélité , dont M.
Wockerod , Confeiller Privé , lut la formule. Le
Feldt-Maréchal , Comte de Schwerin , ayant remis
au Roi l'Epée Royale , Sa Majefté en donna le
pommeau à bailer au Prince de Lobckowitz , qui ,
après s'être remis à genoux fur le bord du tapis ,
prononça fa harangue de remerciment . Le 13 , le
Roi fit auffi la cérémonie de donner au Comte de
Schaffgotfch , Evêque de Bréflau , l'Inveftiture des
Principautés de Neiff & de Grotkau. Un particu
lier de cette Ville prétend avoir le fecret de fabriquer
d'auffi belle porcelaine que celle de Saxe , &
il en a préfenté quelques effais à Sa Majeſté,
156 MERCURE DE FRANCE.
DE DUSSELDORP , le 28 Janvier.
Le Prince Frederic viendra dans peu faire la
revue des troupes , qui font dans ce Duché , & qu'on
affure devoir former un camp près de cette ville.
La Promotion des nouveaux Chevaliers de l'Ordre
de Saint Hubett eft fixée au 2 du mois prochain,
. Les nouvelles de Hanover portent , que les troupes
du Duc de Wolfenbuttel , qui étoient à la folde de
la République des Provinces Unies , font de retour
dans les Etats de ce Prince. On a appris de Berlin ,
que le Roi de Pruffe a donné ordre de faire achat
d'un grand nombre de chevaux , pour la remonte
' de fa Cavalerie. Le bruit court , que ce Prince fera
dans le mois de Mai un voyage en Pruffe.
ESPAGNE.
DE MADRID , le 21 Janvier.
E de ce mois , Fête de l'Epiphanie , Sa Ma-
Ljeté ,
autres Miniftres Etrangers , affifta dans l'Eglife des
Hyeronimites à la grande Meffe , qui fut célébrée
pontificalement par le Nonce du Pape , & pendant
Jaquelle le Roi , felon la coûtume , fit fon offrande
d'or , de mirre & d'encens. La Reine & l'Infante
Marie-Antoinette entendirent la même Meffe dans
une Tribune. Leurs Majeftés virent le foir la premiere
repréſentation d'un Opéra , intitulé Artaxerxès.
Don François Vela de la Cueva , Grand
Alcade de l'Audience de Galice , a été nommé
Confeiller Honoraire du Confeil des Finances ;
& Don André Fernand Montanez , Régent de
l'Audience de Sarragoffe , a obtenu une place de
Gonfeiller du Confeil de Caftille, Le Roi a accordé
FEVRIER. 1749. 167
celle de Miniſtre du Civil de l'Audience de Catalogne
, vacante par la démiffion de Don Gabriel-
François de Saavedra , à Don Jofeph Ameller ;
celles de Miniftres du Criminel de la même Audience
, à Don Antoine Beyan & à Don Juan- Frarçois
Montenegro ; trois places d'Alcades de la
Cour à Don Hyacinthe Jover , Alcade des Bâtimens
, Arts & Manufactures ; à Don Sanche Inclan
, Auditeur de la Chancellerie de Grenade , &
à Don Pedre-Martin Feyjoo , Auditeur de la Chancellerie
de Valladolid ; celle de Grand Alcade du
Royaume de Galice , à Don Nicolas del Regio
Nunez ; celle d'Alcade des Bâtimens , Arts &
Manufactures , à Don Raphael-Jaramillo de Loyafa
; celle de Juge de l'Audience des Canaries , à
Don Michel- Arredondo de Carmone ; celle de
Corregidor de Bujance , à Don Juan de Pozada
Zelis ; celle de Fifcal de la Chambre des Alcades
de la Cour, à Don Thomas Maldonado , Auditeur
de la Chancellerie de Grenade ; & celle de Fifcal
de l'Audience de Galice , à Don Bernard Cavallero.
ITALIE.
DE GENES , le 20 fanvier.
Es Bâtimens , à bord defquels font les troupes
pes
Eſpagnoles , qui retournent en Catalogne , remirent
enfin le 7 de ce mois à la voile . La veille de
leur départ , il arriva quelque défordre fur un Navire
Hollandois de ce Convoi. Le ' Capitaine ,
voyant que l'on faifoit entrer dans fon Vaiffeau
quelques filles proftituées , voulut les obliger d'en
fortir. Auffi-tôt , le Commandant d'une Compagnie
Suiffe , embarquée fur ce Bâtiment , le fit lier
au grand mats , & l'y retint expofé aux injures de
168 MERCURE DE FRANCE.
fair , pendant tout l'après-midi. Sur l'avis qui en
fut donné au Conful de la Nation Hollandoife , ce
dernier en porta des plaintes au Gouvernement &
au Marquis d'Ahumada , qui ordonna qu'on fit
paffer l'Officier Suiffe fur un autre Navire , & qui
promit qu'il feroit févérement puni en arrivant à
Barcelonne.
Quoique le tems du départ des vingt Bataillons
François , qui font reftés dans les Etats de la Ré
publique ne foit pas encore fixé ; cependant
plufieurs des Officiers d'Artillerie de cette Nation
ont déją repris la route de France , & l'on
a fait embarquer une grande quantité d'armes , de
cartouches , de munitions , d'affuts & d'autres
attirails de guerre , appartenans à Sa Majefté Très-
Chrétienne. On affure que le Chevalier Chauvelin
a reçu des pouvoits du Roi de France , pour travailler
, conjointement avec M. Guymont , Envoyé
Extraordinaire de ce Prince , à régler avec les
Commiffaires de la République ce qui concerne
les affaires de Corfe. Selon les nouvelles de cette
Ifle , M. de Curzay , qui y commande les troupes
Françoifes , eft allé aſſiſter à l'Aſſemblée générale ,
qui a dû fe tenir à Corte le 14 de ce mois. Cinq
Piquets font encore partis depuis peu d'ici , pour
fe rendre à la Baftie. Les Allemands ne fe font pas
encore retirés de Gavi ni de Novi , & les Piedmontois
occupent toujours une partie de la Riviere
du Ponent , où ils continuent d'exiger de fortes
contributions.
DE TURIN , le 22 Janvier.
Il a paffé par cette Ville un Courier , qui alloit
en toute diligence à Nice , & qu'on dit y porter les
dernieres réfolutions de l'Impératrice Reine de
Hongrie
FEVRIER . 1749. 169
Hongrie & de Bohême , au fujet des reftitutions
& des ceffions à faire en Italie. Le Prince de Valguainera
, Viceroi de Sardaigne , a informé Sa
Majefté , qu'il avoit fait attaquer par un Détache
ment d'Infanterie , de Dragons , & de Payfans
armés , une troupe de trois cens voleurs , qui
commettoient beaucoup de défordres fur la route
de Cagliari à Saffari ; qu'il n'y avoit eu dans l'action
que cinq d'entr'eux de tués , & que les autres
s'étoient enfuis du côté de Corte- Monti. Afin
d'empêcher qu'ils ne fe réfugient en Corfe , le
Prince de Valguarnera a fait armer un Chabec &
deux Galiottes , qui croifent continuellement fue
la côte. Les nommés Efcano & Serafino , deux
des principaux de ces Brigands , ont été arrêtés à
cinq mille de Cagliari. Plufieurs Compagnies de la
Garnifon de cette derniere Ville , ont été détachées
pour aller occuper divers poftes dans les montagnes
de Cucuru . Un Vaifleau de guerre Maltois .
commandé par le Chevalier deGeomont, a mouillé
dans le Port de Cagliari .
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 30 Janvier.
Monfieur Legge doit aller réfider à Turin en
qualité d'Envoyé Extraordinaire & Plénipotentiaire
de Sa Majefté . Le Miniftre, qui remplacera
M. Legge à la Cour de Berlin , n'eft pas encore
déclaré. On croit que le Roi enverra dans pen
Naples un Envoyé Extraordinaire, Sa Majesté a
difpofé de la Charge de Grand- Aumônier , en
faveur de l'Archevêque d'Yorck , & elle a donné
au Duc de Richemond celle de Grand Sénéchal
H :
170 MERCURE DE FRANCE,
de Chichester , qui vacquoit par la mort du Due
de Sommerlet . Le Duc de Newcaſtle a demandé
de le démettre de la Charge de Grand Sénéchal de
Cambridge , & Pon dit qu'elle pourra être con
ferée au Marquis de Rockingham. La Décoration
du fet d'artifice , qui fera tiré à l'occafion de la
Paix , aura quatre cens dix pieds de face , & le
principal corps de l'Edifice en aura cent quarantequarte.
Au- deffus de ce Corps , qui a cent pieds de
haut, & fur le fronton duquel on a placé les Armes
du Roi , fera un Soleil de trente- deux pieds de
diamêtre . Dans les deux extrêmités de la Décorazion
, on a conftruit des Pavillons , qui ferviront
de décharge aux Artificiers. Sur les Galeries qui
communiquent de ces Pavillons au principal Corps
de l'Edifice , on mettra plufieurs piéces de canon ,
qui feront différentes falves avant & après le feu,
On arrive par un efcalier de marbre feint au Periftile
, qui conduit à la principale entrée de l'Edifice
, & où cent Muficiens exécuteront , avant le
feu , une fuite de fymphonies compofées par le
célébre Handel. L'entablement de ce Periftile fera
couronné par un groupe , qui repréſentera le Roi
donnant la Paix à la Grande Bretagne. On verra
d'un côté , Mars au char duquel des Lions feront
attelés ; & de l'autre , Neptune tiré par des chevaux
marins. Le feu commencera par mille fufées ,
qu'on tirera à la fois. Du milieu de la Décoration ,
il fortira une grande quantité d'artifice , de forme
& de couleurs différentes. Il partira enſemble à la
fin du feu fix mille fufées.
1 La Chambre des Communes , s'étant affemblée
hier en grand Committé , pour délibérer far le
fubfide , a décidé à la pluralité de deux cens quatrevingt
-quinze voix contre cent quatorze , qu'on
entretiendroit dix- huit mille huit cens cinquanteFEVRIER.
1749: 171
fepthommes dé troupes , fur l'établiffement d'Angleterre.
Dans la même féance , elle accorda au
Roi fix cens douze mille deux cens trente livres
fterlings pour la payé de ces troupes ; deux cens
dix -huit mille huit cens foixante quatre pour les
Garnifons de Gibraltar & de Port Mahon , & pour
les troupes qui font dans les Colonies ; quarantequatre
mille fept cens quaranté quatre , pour
mettre Sa Majesté en état de remplir les éngagemens
avec l'Electeur de Baviere ; trente mille
cinq cens quarante huit, pour acquitter les fubfides
dus au Duc de Brunfwick-Wolfenbuttel ; trente
mille pour les troupes Heffoifes , & huit mille fix
cens pour l'Electeur de Mayencé. Cette Chambre
a demande qu'on lui remît un état des non valeurs
des nouveaux droits établis fur les vins , fur les
autres boiffons , & fur les verreries ; un état des
dettes contractées pour l'entretien des forces navales
, & ane lifte des Matelots qui ont été émployés
pendant l'année derniere. L'Evêque de Londres &
le Comte d'Halifax ont été déclarés Confeillers
du Confeil Privé . Il a été réfolu de mettre fur
P'établiffement d'Irlande les Régimens d'Infanterie
de Sinclair , d'Harriſon , d'Anftruther , du Lord
Jean Murray, dé Fowke , de Conway , d'Handafyde
, de Kennedy , de Blackeney , de Bragg
Irwin , de Wynyard , de Hobfon , de Hargrave,.
de Folliót , de Frampton , de Reed , de Warburfon
, d'Offarell , d'Otway , de Tirauley , de
Murray , de Richberg , de Penmure & de Laf
celles , compofant enſemble vingt -fept Bataillons ,
chacun de dix Compagnies ; les Régimens de
Cavalerie de Brown , de Bligh , de Bowles & de
Ligonier & ceux de Dragons de Moleforth
de Saint Georges , d'Hamilton , de Mordaunt , de
Degrange & de Nayzon . Au commencement du
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.

Y
mois prochain , le Duc de Cumberland fera la
revue des trois Régimens des Gardes à pied , dont
on tirera tous les vieux foldats pour les envoyer en
garnifon dans divers Forts ou Châteaux. On a
réformé le Régiment de Montagnards d'Ecoffe ,
commandé par le Lord Loudon. La réforme projettée
dans le Corps de l'Artillerie a eu fon exécution.
On croit qu'il y aura encore avant peu une
nouvelle réduction dans ce Corps . Il y a apparence
que l'on gardera fur pied quatre Régimens de
Marine . Le Vaiffeau de guerre le Centurion ,
qui eft à Sherneeff , doit aller croifer dans le Détroit
fous les ordres de M. Augufte Keppell. On a
reçu avis de la Jamaïque , que l'Amiral Knowles
étoit de retour avec fon Eſcadre , & que les Vaiffeaux
l'Elizabeth , le Tilbury , le Cornouaille & le
Stafford , & le Corfaire le Leoftaff, devoient mettre
inceffamment à la voile pour revenir en Europe.
Demain , on payera les équipages des Vailleaux
le Melford & le Haftings . Le bruit qui avoit couru
que l'Impératrice Reine de Hongrie & de Bohême ,
n'ayant point eu dans les Pays - Bas toutes les
troupes qu'elle devoit y entretenir , ne recevroit
qu'une partie des fubfides qui Ini avoient été promis
, étoit fans fondement , & elle a touché toutes
les fommes que le Roi s'étoit engagé de lui fournir.
Un Navire Anglois ayant fejourné long- tems fur,
une des côtes d'Afrique , le Capitaine s'infinua
dans la familiarité d'un des Rois Negres les plus
puiffans du Pays. Ce Souverain porta même l'amiré
, jufqu'a lui confier un fils , âgé de dix-huir ans ,
à qui il défiroit de faire donner une éducation Européenne.
Au lieu de conduire ce jeune homme en
Angleterre , le Capitaine a eu la perfidie de le vendre
comme efclave dans un de nos établiffemens. Le
Navire étant revenu en Angleterre après la mort
FEVRIER . 1749. 173
de fon Commandant , & le Gouvernement ayant
fçu toutes les circonftances rapportées ci - deſſus
on a donné ordre de racheter le jeune Negre , &
de l'amener ici . Il y eft arrivé , & il a été remis
entre les mains du Comte d'Halifax , Premier
Commiffaire des Plantations , lequel a été chargé
de le faire inftruire.
L
PAYS- BA S.
DE LA HAYE , le 3 Février.
Es Etats Généraux ont difpofé du Commande.
ment de la Ville d'Ypres en faveur de M. Lely ,
Lieutenant Général des troupes de la République ,
& a accordé à M. Baltazar Vander- Cloofter le
Régiment dont le feu Lieutenant Général Muller
étoit Colonel . Selon le plan propofé pour la réforme
, on congédiera un Quartier Maiftre & trentequatre
hommes dans chaque Compagnie des Gardes
à cheval ; un Sergent & vingt - deux foldats
dans chaque Compagnie du Régiment des Gardes
à pied ; un pareil nombre d'hommes par Compa
pagnie dans tous les Régimens d'Infanterie Natio
nale , Allemande , Walonne & Ecoffoiſe ; un Bri- .
gadier , un Trompette & trente- cinq hommes dans
chaque Compagnie de Cavalerie ; un Sergent , un
Tambour & vingt- neuf hommes dans les Compagnies
de Dragons . Le Régiment de Bade- Baden
fera mis au nombre des troupes Nationales , &
l'on fupprimera les quatre Compagnies dont il a
été augmenté. Des deux Bataillons de Drumlanrigh
, on n'en formera qu'un de dix Compagnies.
On ne compoſera que deux Bataillons des Régimens
d'Aylva , de Burmania , d'Acronius & de
Glinftra. Les Régimens de Stolberg & de Totleben
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
feront réformés. Les Compagnies Suifles & Gri
fonnes de Conftant , de Vieux Sturler , de Greif
fenriedt & de Planta , feront réduites chacune à
cent cinquante hommes , & celles de Hirtzel , de
Budé , de Jeune Sturler & de Chambrier, à cent dix.
On réduira le Corps d'Artillerie à quinze Compagnies
de deux cens hommes chacune , & on le par
tagera en trois Bataillons. Le Comte de Sandwich
fit voile de Hellevoet- Sluys le 26 du mois dernier
à bord d'un Pacquetbot , pour repaffer en Angle
terre ; mais la Comteffe fon époufe attend pour
s'embarquer , un tems plus favorable. Les Etats
Généraux ont accordé une exemption des Droits
for les mailons, pendant trente ans; aux Propriétai
res de celles qui ont été entiérement ruinées à
Bergopfoom pendant le fiége , pourvû qu'elles
foient rebâties dans l'intervalle de fix années.
Ceux dont les maifons n'ont été qu'endommagées,
jouitont de la même exemption pendant dix ans ,
à condition qu'avant l'année 1751 elles foient
réparées. A l'égard des habitans de la Banlieue , ils
feront déchargés , pendant fix ans , de la taxe fur
les terres. Cette taxe ne fera point payée pendant
deux ans par les Irabitans de quelques Districts
voifins , & les quatre années fuivantes , ils n'en
payeront que les trois quarts.
FEVRIER. 1749. 179
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
I⚫E
E 26 du mois dernier , le Pere Etienne
Galland , Abbé Général de l'Ordre
des Chanoines Réguliers de S. Antoi
ne , eut une audience publique du Roi ,
& enfuite de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine , de
Madame Infante & de Madame Victoire.
Il fut conduit à ces audiences par le Marquis
de Verneuil , Introducteur des Ambaffadeurs
, qui étoit allé le prendre dans
les carolfes du Roi, & de la Reine ; &
après avoir été traité par les Officiers du
Roi , il fut reconduit à Paris dans les Caroffes
de leurs Majeftés avec les cérémonies
ordinaires.
Le même jour , M. de Paulmy d'Argenfon
, nommé Ambaffadeur du Roi auprès
des Cantons Suiffes , prêta ferment de fidélité
entre les mains de Sa Majesté pour
la charge de Chancelier Garde des Sceaux
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis.
Selon des lettres de l'Ile de France, dattées
du 12 Octobre de l'année derniere
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
& apportées par la Frégate l'Aimable Nanon
, qui a fait naufrage le 22 du mois dernier
à S. Gilles,fur la côte de Poitou ,l'Amiral
Boscawen fe préfenta devant cette Ifle
le ; Juillet. Le 4 au foir,il mouilla au vent
du Port du Nord- Oueft avec vingt - fix
Vaiffeaux , dont quatre avoient Pavillon
Hollandois. Cette Efcadre , rangeant la
côte en ligne , canonna vivement toutes
les Batteries , mais ce grand feu ne bleifa
perfonne , & aucune des Batteries ne fut
dérangée. Elle tint le mouillage pendant
quatre jours complets , & après avoir tenté
inutilement une defcente en plufieurs endroits
, elle fe retira , la bonne conte- .
nance des troupes & des habitans , & les
préparatifs faits pour s'oppofer aux entreprifes
des Anglois , les ayant déterminés
vraisemblablement à prendre ce parti . Le
9 au matin , ils leverent l'ancre . Dès que
Ieur Efcadre fut fous voiles , les quatre
Vaiffeaux Hollandois parurent faire une
differente route , & s'en féparer. Pendant
& après le féjour de l'Amiral Bofcawen ,
plufieurs Navires , qu'on a jugés avoir été
détachés de fa Flotte , ont paru au vent du
Port du Sud- Eft , & le 22 on vit encore
fous le vent de l'Ile trois Vaiffeaux avec
Pavillon Hollandois . Lorfque l'Efcadre
Angloife parut à l'Ile de France , il y
(
FEVRIER.: 1749. 177
avoit dans le Port du Nord- Oueft le Vail
feau de Roi l'Alcide , commandé par M. de
Kerfaint ; quatre Navires de la Compagnie
& un autre Bâtiment. Depuis le départ
de cette Efcadre , les Vaiffeaux du Roi
Arc-en-Ciel & le Cumberland y étoient
heureufement arrivés , ainfi que tous les
Vaiffeaux de la Compagnie , & ceux frettés
pour fon compte , qui avoient été expédiés
de France depuis le mois d'Août
1747 jufqu'en Avril 1748 .
La Compagnie des Indes a appris par
les mêmes lettres , que l'Efcadre de huit
Vaiffeaux , qui étoit partie de l'Ile de
France à la fin d'Avril pour les Indes , fous
les ordres de M. Bouvet , s'étoit trouvée le
21 Juin au foir par le travers de Goudelour
à la vûe de vingt- deux Vaiffeaux Anglois
, commandés par l'Amiral Griffin , &
que M. Bouvet , ayant des forces trop inférieures
pour rifquer un engagement , s'étoit
rendu à. Madras , où le lendemain il
avoit fait débarquer fon argent & quatre
cens cinquante foldats , & laiffé un Vaiffeau
de tranfport , chargé de differentes
munitions , après quoi il étoit revenu à
l'Ile de France le 25 Juillet. C'est par le
retour de cette Eſcadre , que l'on a fçû la
nouvelle du combat qu'avoit effuyé dans
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
,
la Rade de Mahé M. Penlan , Comman
dant le Vaiffeau de la Compagnie le Saint
Louis contre deux Vaiffeaux de guerre
Anglois de foixante & de cinquante- fix
canons , qui n'ont pu s'emparer de.ce Bâtiment.
On avoit reçû des nouvelles encore
plus récentes des Indes par le Vaiffeau
'Hercule , arrivé de Mahé le 29 Septem
bre , & les lettres de Pondichery du 8.
Août marquoient que moyennant les fe
cours reçûs par l'Efcadre de M. Bouvet,
on attendoit fans inquiétude la jonction
des forces de l'Amiral Bofcawen , & de
celles de l'Amiral Griffin. Au départ du
courier expedié de S. Gilles, on avoit déja
fauvé une forte partie de la cargaifon de la
Frégate l'Aimable Nanon , & il n'avoit péri
perfonne de l'équipage , ni des paffagers.
Le premier de ce mois la Reine enten
dit la Meffe dans la Chapelle du Château ,
& Sa Majesté communia par les mains de
P'Evêque de Chartres , fon Premier Au
mônier .
Le 2 , Fête de la Purification de la Sain
te Vierge , les Chevaliers , Commandeurs
& Officiers de l'Ordre du Saint Esprit ,
s'étant affemblés vers les onze heures du
matin dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté
int un Chapitre , dans lequel ellenomma
(
FEVRIER. · 1749. 179
Chevaliers le Duc de la Valliere , le Baron
de Montmorency , le Comte de Mailly
, le Marquis de Saffenage , le Marquis
de Souvré , & le Marquis de Chalmazel.
Enfuite , le Roi accompagné de Monfei
gneur le Dauphin , & des Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre , fe
rendit à la Chapelle du Château. Sa Ma
jefté , devant laquelle les deux Huiffiers de
la Chambre portoient leurs Maffes, étoit en
Manteau , le Colier de l'Ordre pardeſſus ,
ainsi que celui de l'Ordre de la Toifon
d'or. Après avoir aſſiſté à la Bénédiction
des Cierges , & à la Proceffion qui fe fit
dans la Chapelle , & après avoir entendu
la . Meffe , célebrée pontificalement par
L'Evêque Duc de Langres , Prélat Commandeur
de l'Ordre , le Roi monta à
fon Trône , & reçut Chevaliers le Duc
d'Ayen , le Duc d'Eftiffac & le Comte de
Vaulgrenant , qui eurent pour pareins le
Duc de Biron & le Maréchal Duc de
Coigny. Les nouveaux Chevaliers ayant
pris leurs places , Sa Majeſté retourna à
fon appartement , & y fut reconduite dans
l'ordre obfervé en allant à la Chapelle .
La Reine & Mefdames de France en
tendirent la même Meffe dans la Tribune.
L'après midi , leurs Majeftés , accompa-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
gnées de Monfeigneur le Dauphin & de
Mesdames de France , affifterent à la Prédication
de l'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe
de Saint Barthelemy , & enfuite
aux Vêpres chantées par la Mufique.
Le Roi prit le 6 le deuil pour trois femaines
à l'occafion de la mort de Madame
la Ducheffe d'Orléans .
Le premier de ce mois , M. Hamelin ,
Recteur de l'Univerfité , fe rendit à Verfailles
, érant accompagné des Doyens des
Facultés & des Procureurs des Nations ; &
fuivant l'ancien ufage , il eut l'honneur
de préfenter un cierge au Roi , à la Reine
, & à Monfeigneur le Dauphin.
Le même jour , le Pere Olive , Vicaire
Général des Religieux de la Mercy , accompagné
de trois Religeux de leur Convent
du Marais , eut l'honneur de préfenter
un Cierge à la Reine , pour fatiffaire
à l'une des conditions de leur établiffement
, fait à Paris en 1615 par la
Reine Marie de Médicis ,
(
FEVRIER . 1749. 180
J
LET RE écrite de Barbefieux.
E m'acquitte avec plaifir , Monfieur ,
de la promeffe que je vous ai faite , de
vous donner le détail du paffage de Mef
dames Infantes Dona Louife & Dona
Ifabelle dans la Généralité de la Ro
chelle.
Je n'ai pas à vous annoncer des prodiges
, ou des fêtes plus rares & plus brillantes
que toutes celles que vous avez vûës :
cependant attendez vous à des chofes fort
fingulieres , à des préparatifs bien mena
gés , & ce qu'il y a de plus fatisfaiſant , à
un fuccès qui a furpaffé toutes nos efperances.
Vous connoiffez cette partie de la Généralité
, que traverfe le chemin de Bordeaux
à Poitiers : Montlieu , Barbefieux ,
Aigre , quel féjour pour des immortelles !
Tout ce pays eft pauvre , ingrat , dénué
de tout on n'y trouve nulle reffource ,
nul fecours , pas même pour les chofes
qui font ailleurs les plus communes. C'eſtlà
pourtant qu'ont paru des Palais enchantés
, des logemens commodes , & une
abondance délicieufe. Mais que ne peut
* Cette Lettre nous a été remife trop tard , pour
pouvoir être placée dans le Mercure de janvier.
182: MERCURE DE FRANCE
point le zéle , foutenu des talens & du
génie , dans le coeur d'un homme en pla→
ce * , qui brûle de faire éclatter fon amour
pour le Roi & fon augufte famille !
*
Montlieu étoit le premier endroit de la
Province , où les Princeffes devoient coucher.
C'eft un Village , ou plutôt un amas
de quelques chaumieres ; la feule maifon
où l'on pouvoit établir un logement , étoit
en fi mauvais état , qu'au premier coup
d'oeil , on avoit été tenté de l'abandonner,
Mais M. de Pleurre , que de pareils obftacles
n'arrêtent point , en avoit penſé autrement
; après avoir pourvû à la folidité
& à la fûreté de la maifon par les répara
tions ordinaires , il fongea à l'embellir
& à la diftribuer en appartemens propres
& gracieux , qu'il orna des plus beaux
meubles qu'il put tirer de Bordeaux & des
Villes voifines. Ce nouveau Palais avoir
une avenue , qui n'en étoit pas le plus
petit ornement. M. de Pleurre avoit fait
planter une longue allée de Pins , chargés
de leurs fruits, & tous d'égale hauteur . Des
arcades , ou portiques de lauriers à fleurs ,
-uniffoient les Pins , & en couvroient
la tige , qui avoit pour baze une banquer
te du même laurier. L'avenue étoit fablée ,
M. de Pleurre , Intendant de la Province.
FEVRIER. - 1749%
183
& parfaitement unie ; on n'avoit rien ou
blié dans l'exécution de tout ce qui contri
bue à rendre ces fortes de décorations
brillantes ; la verdure & la fraîcheur de
ses arbres au coeur de l'hyver formoient
feules le fpectacle le plus fingulier. Au
déclin dujour tous les arbres , tous les por
tiques , toute la façade du Palais , furent
illuminés fur le plan de l'architecture la
plus réguliere. Le coup d'oeil étoit frappant.
Madame Infante Dona Louiſe , qui
ne laiffe échaper aucune occafion de donner
des preuves de fa bonté , & de l'attention
qu'elle prête au zéle de ceux qui la
fervent , pouffa la complaifance jufqu'à fe
promener le long de cette avenue dans une
chaife â
porteurs.
On avoit placé fur un côteau voifin up
feu d'artifice , que la Princeffe vit tirer
avant que de rentrer dans le Palais . Le
bruit des trompettes & des hautbois qui,
tant que dura le feu , fe répétoit au loin
dans la campagne , donnoit à cette fête un
éclat faififfant .
Dès que la Princeffe fut rentrée dans
fon appartement, fa table fut fervie , & les
fanfares recommencerent. Il feroit difficile
, Monfieur , de vous donner une jufte
idée de la beauté & de l'ordre d'un pareil
fervice. Faites feulement attention à
184 MERCURE DE FRANCE .
ce
que doit une Nation , qui adore fes
Rois , à une Princeffe du Sang de France ,
& imaginez enfuite ce que le goût , la connoiffance
du monde , & le defir de faire fa
cour , avoient infpiré à celui qui préfidoit
à ces fêtes. Tout ce que je puis vous dire ,
c'eft que l'abondance , la délicateffe , une
recherche exquife , y étoient jointes à la
décence , à l'arrangement , & à l'ordonnance
la mieux entendue .
La Princeffe trouva à fon arrivée à Barbefieux
, à peu près les mêmes difpofitions
qu'on avoit faites à Montlieu. M. de
Pleurre , par la réunion de plufieurs maifons
en une , en avoit fait un logement
fpacieux & commode , aù regnoient les
mêmes beautés & les mêmes ornemens
que dans le premier ; on avoit élevé visa-
vis la façade du Palais un Arc de triomphe,
orné de chiffres , de devifes, d'emblemes.
Le Palais & l'Arc-de-triomphe furent
illuminés avec tout l'art imaginable.
Le Bourg d'Aigre étoit le dernier endroit
où devoit coucher la Princeffe ; on
avoit long tems défefperé d'y pouvoir pratiquer
un logement , tant par la fituation
défavantageufe du Bourg , que par la difficulté
de tirer parti des maifons qui y font
conftruites : malgré cela il y eut encore
un Palais , dont la beauté & les ornemens

1
FEVRIER. 1749
189
ne le cédoient en rien aux deux premiers ,
non plus que l'illumination qui couvroit
l'entrée du Palais , & la cour intérieure .
- C'est dans cet endroit que la Princeffe
voulut bien témoigner plus particulierement
à M. de Pleurre la fatisfaction qu'elle
avoit des foins qu'il s'étoit donnés pour
elle & pour toutes les perfonnes de fa
fuite. Une approbation fr fateufe vous
donneroit feute , Monfieur , l'idée que
vous devez vous former de toutes les circonftances
de cette réception.
M. le Comte de Noailles , dont la politeffe
eft l'appanage , marqua auffi à M. de
Pleurre , par les démonftrations les plus
obligeantes de fatisfaction & d'amitié ,
combien il étoit fenfible à tout ce qui s'eft
fait dans cette occafion .
Il eft certain , Monfieur , qu'en voyant
les lieux où fe font opérés ces espéces de
prodiges , on conçoit à peine par quels
moyens on a pû les exécuter. C'eût été
beaucoup que d'y faire trouver les chofes
les plus néceffaires ; c'eft le chef- d'oeuvre
de l'Art d'y avoir porté l'ornement & la
magnificence , & cela à un tel degré ,
qu'elle a rejailli fur toute la fuite de la
Princefle , qui a trouvé par tout des logemens
gracieux , & une abondance exquife.
Y
186 MERCURE DE FRANCE.
Je ne vous parle point des altes à la
Grolle & à Châteauneuf ; tout y a répon
du à la décence & à la beauté des fervices
que je viens de vous peindre. La maiſon
de Châteauneuf, où fut fervie la ſeconde
alte , étoit extrêmement ornée ; les embelliffemens
y étoient répandus avec une
forte de profufion , mais cependant avec
beaucoup de goût.
F
Il faut avouer , Monfieur , que M. de
Pleurre à eu du bonheur dans toute l'exé→
cution . Il étoit parfaitement fecondé , &
vous fçavez avec quelle douceur il donne
fes ordres. L'Ingénieur des Ponts & Chauf
fées s'eft diftingué par fon goûr & par les
talens. Le Prevot Général de la Maré-,
chauffée étoit au paffage avec toutes fes
Brigades . Le fervice de ce Corps , qui
s'eft fait par tout avec beaucoup d'ordre
& de dignité , a été pour M. de Pleurre
d'une utilité infinie , pour la diftribution
de fes ordres , qu'il falloit porter dans le
moment d'un bout de la Généralité à l'au
tre . M. de Pleurre a trouvé autant de capacité
& d'expérience dans les perfonnes
qui font chargées de le repréfenter , que
de zéle & d'activité dans tous ceux qui
Font fuivi ; vous me difpenferez de vous
les nommer , mais je vous prierai ſeulement
d'obſerver , que quand un Intendang
FEVRIER. 187 1749-
eft affûré des coeurs de toute fa Province ,
il eft rare que le fuccès manque à fes entrepriſes.
Après que M. de Pleurre eut pourvû au
fervice d'Aigre , il reprit dans la nuit la
route de Montlieu , pour y attendre S.A.R.
Madame Infante Ifabelle . Cette Princeffe
y arriva le lendemain de fort bonne heure.
Les mêmes fêtes ont été répétées dans tous
à les endroits où la Princeffe s'eft arrêtée .
Les logemens étoient les mêmes , & il n'y
eut de changé que la couchée à Saint Cibardeau
, où M. de Pleurre avoit fait des
préparatifs pareils à tous ceux que je viens
de décrire. Il reçut de cette jeune Prin
ceffe , & de toutes les perfonnes qui l'ac
compagnoient , les mêmes preuves de fatisfaction
que lui avoit données Madame
Infante Dona Louiſe. J'ai l'honneur d'ê
tre , & c.
188 MERCURE DE FRANCE
+
DEVISES pour les Jettons de l'année
UN
1749.
TRESOR ROYAL.
N champ couvert d'une moiflon.
Pour Légende, Sibi credita reidit.
Il rend ce qu'on lui a confié. Exergue.
Trefor Royal.
PARTIES CASUELLES.
Un Serpent qui quitte fa vieille peau .
Légende. Juvat pofuiffe quot annis. Chaque
année il fe rejouir de l'avoir quittée. Exer
gue . Parties Cafuelles.
MAISON DE LA REINE .
L'Etoile du foir , visible , quoique le
Soleil foit encore fur l'horifon. Légende.
Quamvis vicino fole refulget. Elle brille
quoique près du Soleil. Exergue. Maiſon
de la Reine
MAISON DE MADAME LA DAUPHINE.
Un arbre fruitier en fleurs , & feul au
milieu d'un champ. Légende. Magni Spes
anica ruris. La feule efperance d'une vafte
campagne. Exergue. Maifon de Madame
la Dauphine.
ETTONS DE L'ANNEE 174
PA
JUVAT
POSUISSE
II
QUOT
PARTIES CASUELLES
1249
IV
ORBE
ORDINAIRE DES
GUERRES
1749
ALES
ΕΙΔΟΣ
FULMEN
QUIESCITA
ANNIS
S
CREDITA
TRESOR BOYAL
1749
REX
CONIUNGE
CHRISTIA
CLAUSIT
RE
DDIT
PAX
IN
III
VIRTUTE
CHAMBRE AUX
DONIERA
1749
ET
SERVAT
TUA
MUTAT
IX
UROPA
ARTILLERIE
1749
QUAMVIS
VICINO
OLIVA
VIDAR
BATIMENS DU ROY
1749
VII
REFULGET
VI
VIII
SPES
EXTRAORDINAIRE
DES GUERRES
1749
CONCUSSU
MARINE
1749
UNICA
RURIS
SILVA
X
RESURGET
SOLE
MAISON DE LANETNE
37 49
MAISON DE MADAME
LA DAUPHINE
D.Sornique
1749

XV
VICTORI
PACIFICO
QUOD
SUBACTIS TOTIUS
BELGII CIVITATIBUS,
AUSTR - ANGL ET BAT
TER ACIE SUPERATIS,
TRAJECTOQUE AD MOSAM
DEDITIONI ADACTO,
PACIS CONDITIONES PREVIAS
AQUISGRANI SANCIVIT
ET GLORIAM ARMIS PARTAM
MODERATIONE CUMULAVIT
M.DCC.XLVII.
YORK
ARY
MAX AND
5.
(
F
FEVRIER . 1749. 189
CHAMBRE AUX DENIERS.
La Juftice , tenant la balance à la main ,
dans l'un des baffins le Sceptre , dans l'autre
la main de Juftice . Légende. Pax in
virtute tua. La paix fe trouve dans votre
équité. Exergue. Chambre aux Deniers.
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES ,
Mars armé & debout au - devant du
Temple de Janus fermé. Legende , Clanfie
fervat. Ille garde après l'avoir fermé
Exergue. Extraordinaire des guerres,
3
ORDINAIRE DES GUERRES.
Hercule debout , appuyé fur fa maſſuë ,
Les armes à fes pieds. Légende. Pacato
rbe quiefcit. Il fe repofe , après avoir pacifié
l'Univers . Exergue. Ordinaire des
guerres,
MARINE .
*
Un chêne agité par les vents , qui en
font tomber les glands. Légende. Concuffu
filva refurget. De ces fecouffes il renaîtra
une forêt. Exergue. Marine.
BATIMENS DU ROI
La Paix & la Déefle des Arts , s'avan
çant l'une vers l'autre , pour fe donner la
go MERCURE DE FRANCE.
main. Légende. Avide conjungere dextras
Elles font empreffées de fe donner la main.
Exergue. Bâtimens du Roi,
ARTILLERIE .
Un Aigle tenant une branche d'olivier,
& au-deffous le globe de la terre. Légen
de. Mutat Jovis ales fulmen oliva . L'oi
feau de Jupiter dépofe la foudre pour
prendre l'olive . Exergue . Artillerie.
PUBLICATION DE LA PAIX,
La Publication de la Paix fe fit le 12 de
ce mois dans les principales Places de
cette Ville avec les cérémonies accoûtur
mées. Le Châtelet & le Corps de Ville fe
trouverent à cette Publication , qui fut
faite par le Roi d'Armes , accompagné
des Hérauts , au bruit des Timbales & des
Trompettes , & des acclamations du Peu
ple.
FEVRIER. $749. 19%
MARIAGES ET MORTS.
LE
·
E 22 Janvier , Anne François d'Harcourt ;
Marquis de Beuvron , Méftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de fon nom , a époulé, dans
l'Eglife Paroiffiale de Saint Germain P'Auxerrois
Marie Catherine Rouillé , fille d'Antoine- Louis
Rouillé , Comte de Joui & autres lieux , Confeilles
d'Etat , & de Marie-Catherine Pallu .
Le Marquis de Beuvron , né le 4 O&obre 1727,
eft fils d'Anne- Pierre d'Harcourt , Comte de Beu
vron & de Lillebonne, Lieutenant Général des Ar
mées du Roi , & de feue Dame Thérefe Eulalie de
Beaupoil de Saint Aulaire ; petit-fils de Henri Duc
de Harcourt , Pair & Maréchal de France , &
neveu de François Duc d'Harcourt , Pair & Maréchal
de France , & Capitaine d'une des quatre
Compagnies des Gardes du Corps de Sa Majesté.
La Maison d'Harcourt , l'une des plus anciennes
de la Normandie , remonte par filiation fuivie &
non interrompue , jufqu'à Turchetil , qui vivoir
en 1001 , & qui avoit été Gouverneur de Guillau
me II , Duc de Normandie. Le Marquis de Beuyron
cft fon vingt- troifiéme defcendant,
" Le même jour , Guillaume Pavé, Commiffaire
Provincial Ordonnateur des Guerres de la Province
de Champagne , als de Gabriel - Jean Baptifte
Pavé , Confeiller Secretaire du Roi , Maifon &
Couronne de France & de fes Finances , & de feue
Claudine le Gros , a époufé , dans l'Eglife Paroif
fiale de Saint Roch , Petronille d'Avignon , fille
de Jean-Baptifte d'Avignon , Confeiller- Secretaire
192 MERCURE DE FRANCE.

du Roi , Maiſon & Couronne de France & de fes
Finances , & de Charlotte Maugeterre..
Le 25 , Pierre- Louis le Chanoine de Noffetat ;
ci-devant Capitaine dans le Régiment de Cambrefis
, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , fils de défunt Georges le Chanoine &
de Marguerite de Mezeray , a époufé dans l'Eglife
Paroiffiale de Saint Eustache Marguerite-
Elifabeth Vergne , veuve de Nicolas Bouillon.
·
Le mêmejour , Pierre Randon de Sommery , fils
de Louis Randon de Sommery , Confeiller-Secretaire
du Roi , Maiſon & Couronne de France & de
fes Finances , & de Marie Françoiſe Juillet , a
époufé , dans l'Eglife Paroiffiale de Saint Roch ,
Marie-Thérefe de Floffac , fille de Louis de Floffac
, Confeiller Secretaire du Roi , & c. & de Francoife-
Nicole Coupelle de Vaucé.
Le 30 , Marie- Antoine Bourgogne , fils de Pierre-
François Bourgogne , Confeiller - Secretaire du
Roi , Maifon & Couronne de France & de fes
Finances , & de feue Marie Anne le Doux , a
épousé dans l'Eglife Paroiffiale de S. Eustache ,
Anne du Vergier , fille de N. du Vergier , Commis
du Grand Comptant du Tréfor Royal , & d'Angé
lique-Bertrand de Noinville.
Le 3 Février , Henri Philippe , Marquis de Segur,
Brigadier des Armées du Roi , Gouverneur &
Grand Sénéchal de la Province de Foix , Lieute
Яant Général des Provinces de Champagne & de
Brie , Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de
Saint Louis , & Colonel d'un Régiment d'Infante
rie de fon nom , a épousé dans l'Eglife Paroiffiale
de S. Euftache Anne Magdeleine de Vernon ,
fille de feu Alexandre de Vernon , Confeiller hono
raire du Confeil Souverain de Leogane , Ifle Saint
Domingue , & d'Anne du-Vivier.
Hemi
FEVRIER.
1749. 193
Henri-Philippe de Segur eft fils de Henri-
François , Comte de Segur , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant général de fes Armées , Commandant
pour le Roi dans les trois Evêchés & fur
Ia Saare , Gouverneur & Grand Sénéchal de la
Province de Foix , en ſurvivance de fon fils , & de
Philippe- Angélique de Froiffy. Voyez le Mercure
de Septembre 1748.
Le même jour , Joachim de Sainte -Luce , fils
de Charles de Sainte Luce , Confeiller du Roi ,
Premier Préfident en l'Election de Lion , & d'Anne
Guillaumont , a époufé , dans l'Eglife Paroiffiale
de S Roch , Bibiane- Florimonde Ermengard , fille
de Hiacinte Ermengard , Confeiller- Secretaire du
Roi , Maiſon & Couronne de France & de fes
Finances , & de Marie-Julienne de Ferne.
Le 4 , Chrétien - Guillaume de Lamoignon de
Malesherbes , Confeiller du Roi en fa Cour de
Parlement , a époufé , dans l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache , Françoife- Thérele Grimod , fille de
Gafpard Grimod de la Reyniere , l'un des Fermiers
Généraux de Sa Majeſté & des Poftes de France ,
& de Marie Magdelaine Mazade.
Il eft fils de Guillaume de Lamoignon , Seigneur
de Montmenil, Malesherbes & autres lieux , Confeiller
d'Etat , & Premier Préfident en la Cour des
Aydes , & d'Anne - Elifabeth Rougeaut.
Le mérite , héréditaire depuis long- tems dans la
Maifon de Lamoignon , l'a tellement illuftrée dans
la Robe , qu'il fuffit de la nommer pour en faire
P'éloge.
Le 2 Janvier , Michel des Gouttes de la Salle ,
Chevalier , Seigneur de Briard , Lieutenant de
Vaiffeau de Roi , Capitaine d'une Compagnie
Franche de Marine , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , mourut à Paris , âgé de
I
194 MERCURE DE FRANCE.
45 ans ou environ , & fut inhumé à S. Germain
l'Auxerrois.
Le même jour , Louife - Françoife- Edme Loyfon
d'Alençon , veuve de Jean- Louis - Mathieu de Bouraffé
, Contrôleur Général de l'Extraordinaire des
Guerres , mourut à Paris , & fut inhumée à Saint
Roch.
Le 17 , N. Prince de Robeca , fils ondoyé de N.
'de Montmorenci , Grand d'Efpagne de la premie.
re Claffe , Brigadier des Armées du Roi , mourut
âgé d'environ trois ans.
Le 18 , Marie- Anne Chouart de Bufenval , épouſe
de Guy- Balthafar - Edme Guefferey , Marquis de
Marcieux , Maréchal des Camps & Armées du Roi,
Gouverneur de Grenoble , & Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut âgée d'environ
32 ans , & fut inhumée à S. Germain l'Auxerrois
.

Le 19 , Jean- Alexandre Regnauld de Bazarne ,
ancien Capitaine de Cavalerie , & Chevalier de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , mourut
âgé d'environ 60 ans , & fut inhumé à Saint
Sulpice.
Le 26 , Hercule - Meriadec , Prince de Rohan &
de Soubize , Duc de Rohan , Pair de France , Lieutenant
général des Armées du Roi , Gouverneur
des Provinces de Champagne & de Brie , ci- devant
Capitaine Lieutenant des Gendarmes de la Garde
du Roi , mourut à Paris , âgé de 79 ans , & après
avoir été porté à S. Jean fa Paroiffe , il fut transferé
en l'Eglife des Religieux de la Merci , où eft
la fépulture de fa Maifon.
Il étoit fils de François , Prince de Soubize , &
de Catherine de Lyonne , petit- fils de Charles de
Rohan , Duc de Montbazon , & de Marie d'Avaugour
de Bretagne , fa feconde femme . L'éclat &
FEVRIER . 1749. 195
l'ancienneté de cette grande Maifon , connus de
tout le monde , nous difpenfent d'en dire davantage.
>
Il étoit né le 8 Mai 1669 ,& avoit d'abord embraffé
l'état Eccléfiaftique ; mais après la mort de fon
frere aîné , il réfigna fes Bénéfices , & prit le.
nom de Prince de Rohan. Il fut reçû Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de la Garde du Roi
le 11 Janvier 1704 , & fut fait Lieutenant Général
le 26 Octobre de la même année . Ce fut en fa
faveur que Louis XIV. érigea en Duché-Pane
la Baronnie de Frontenai , fous le nom de Rohan-
Rohan , par Lettres Patentes données à Fontainebleau
le 20 Octobre 1714 , regiſtrées le 8 Décembre
fuivant , & le même jour il prit féance
au Parlement en cette qualité . Il reçut fur la frontiere
l'Infante accordée au Roi , & il remit aux Ef
pagnols la Princeffe d'Orleans accordée au Prince
des Afturies , le 9 Janvier 1722. Il a eu deux femmes.
La premiere a été Anne- Geneviève de Levi
Ventadour , veuve de Louis de la Tour , Prince
de Turenne , fille unique de Louis Charles de
Levi , Duc de Ventadour , Pair de France , & de
Charlotte- Thérefe - Magdeleine de la Mothe Hou
dancourt , Gouvernante des Enfans de France` ,
mariée le 19 Février 1694 , & morte la nuit du
20 au 21 Mars 1727 , dont il a eu 1 ° . Louis-
François -Jules de Rohan , Prince de Soubife
qui fuit. 2 ° . Louiſe Françoile de Rohan , née le
4 Janvier 1695 , mariée le 5 Mai 1717 , à Gui-
Paul-Jules de la Porte Mazarini , Duc de la Meilleraye.
3. Charlotte Armande de Rohan , née
le 19 Janvier 1696 , Abbeffe de Jouarre , où elle
' fit Profeffion le 24 Septembre 1715. 49. Marie-
Iſabelle Gabrielle de Rohan , née le 1 Janvier
1699 , mariée le 16 Mars 1713 , à Marie -Jofeph
>
- I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
d'Hoftung , Duc d'Hoftung , Pair de France ;
dit le Duc de Tallard , fils du Maréchal de France
de ce nom. 5. Louife- Gabrielle- Julie de Rohan
née le 11 Août 1704 , mariée le 3 Août 1718 ,
Hercules-Meriadec de Rohan , Prince de Montbazon
, fon coufin .
Louis- François-Jules , dont il a été fait mention
ci - deffus , né le 16 Janvier 1697 , eſt mort à Paris .
de la petite vérole, le 6 Mai 1724 , & avoit épousé le
18 Septembre 1714 , Anne-Julie- Adelaide de Melun
, fille de Louis de Melun , Prince d'Epinoi , &
d'Elizabeth de Lorraine Lillebonne , qui mourut
auffi à Paris de la petite vérole , le 18 Mai 1724.
De ce mariage font iffus , Charles , Prince de Soubife
, né en Juillet 1715 , & le Cardinal de Sou
bife , né en 1719 .
La feconde femme du Prince de Rohan , eft N,
de Dangeau de Courcillon , veuve de N. Duc de
Picquigny.
Le 27, Françoife- Marguerite du Buiffon , époufe
de François- Chriftophe de ta Live , Confeiller au
Parlement de Metz , Receveur Général des Finances
, Seigneur de Suci & autres Lieux , mourut
Paris , & fut inhumée à Saint Roch.
La maladie dont Madanie la Ducheffe d'Orleans
étoit attaquée depuis plufieurs mois , étant devenue
de plus en plus dangereufe , cette Princeffe
s'eft préparée à la mort avec la fermeté d'une
grande ame , vivement pénétrée des vérités de la
Religion Chrétienne. Elle reçut le 28 du mois
dernier le Viatique , & le premier de ce mois , elle
mourut à onze heures du foir , âgée de 71 ans ,
8 mois & 23 jours ,, étant née le 9 Mai 1677.
Madame la Ducheffe d'Orleans , qui fe nommoit
Marie - Françoife , étoit Princeffe légitimée de
FEVRIER .
1749. 197
-
"
France , & fille de Louis XIV . En 1692 , elle avoit
époufé Philippe , Petit-Fils de France , Duc d'Orleans
, qui a été Régent du Royaume pendant la
minorité du Roi . De ce mariage font nés Louis
Duc d'Orleans , premier Prince du Sang , & Charlotte
Agla d'Orleans , Demoifelle de Valois ,
mariée en 1720 au Duc de Modene. Les autres
enfans de M. le Duc & de Madame la Ducheffe
d'Orleans, ont été N. d'Orleans, née le 17 Décembre
1693 , morte le 17 Octobre de l'année fuivante.
Marie-Louife-Elizabeth d'Orleans , appellée Mademoiſelle
, née le 20 Août 1695 , mariée le 6 Juiller
1710 à Charles de France , Duc de Berri , & morte
le 21 Juillet 1719. Louife- Adelaide d'Orleans
Abbeffe de Chelles , née le 13 Août 1698 , morte
le 19 Février 1743. Louife - Elizabeth d'Orleans,
née le 11 Décembre 1709 , mariée en 1721 à
Louis - Philippe , Prince des Afturies , depuis Roi
d'Espagne par l'abdication de Philippe V. fon
pere , morte le 16 Juin 1742. Philippine - Elizabeth
d'Orleans , Demoifelle de Beaujolois , née le 18
Décembre 1714 , morte le 21 Mai 1734. Et Louife-
Diane d'Orleans , Demoifelle de Chartres , née le
27Juin 1716 , mariée le 22Janvier 1732 , au Prince
de Conti , morte le 26 Septembre 1736. Madame
la Ducheffe d'Orleans par fa piété , ainfi que par
la dignité qui regnoit dans fes actions , s'étoit attiré
le refpect de tous les François. Par fa bonté ,
par fa charité toujours prompte à foulager les
malheureux , & par l'affabilité dont elle accompa
gnoit fes bienfaits , elle avoit gagné les coeurs de
toutes les perfonnes qui avoient l'honneur d'approcher
de fon Alteffe Royale.
I' iij
198 MERCURE DE FRANCE.
CEREMONIES obfervées à l'occafion
de la maladie & des obfeques de feue S. A.
R. Madame la Ducheſſe d'Orléans.
M
Adame la Ducheffe d'Orléans s'étant
trouvée le 28 du mois dernier
en état de recevoir le Viatique , le cortége
, qui devoit accompagner le Saint Sacrement
fe rendit à Saint Euftache , fa
Paroiffe & en fortit dans l'ordre qui
fuit :
>

A la tête marchoient , fur deux colomnes
, cent Valets de pied ,
ou autres gens
de livrée , des Maifons de S. A. R. de
M. le Duc d'Orléans , & de M. le Duc de
Chartres , avec des flambeaux.
Vingt- quatre Pages defdites Maiſons ,
avec des flambeaux .
Seize Eccléfiaftiques defdites Maifons ,
avec des cierges.
Douze Suiffes de la garde de S. A. R.
& de la Garde du Palais Royal , avec leurs
hallebardes , portant des flambeaux , &
marchant à droit & à gauche de ces Meffieurs.
Enfuite le Saint Sacrement , porté par
M. de Curé fous le Dais , lequel étoit porté
par deux Ecclefiaftiques de la Paroiffe.
Douze Gardes du Corps de S. A. R. le
FEVRIER. 1749. 199
moufqueton fur l'épaule , & un flambeau
à la main , marchoient à droite & à gauche
du Dais , depuis le Clergé jufques & après
les Princes , qui fuivoient le Saint Sacrement.
Deux Brigadiers- des Gardes du Corps ,
avec leurs Officiers Supérieurs , fermoient
ces deux colonnes .
Les Princes , qui fuivoient le Saint Sacrement
, étoient M. le Duc d'Orléans ,
feul , M. le Duc de Chartres , feul , M. le.
Prince de Conti , M. le Comte de la Marche
, fon fils , & M. le Duc de Penthiévre ,
enfemble .
Après les Princes fuivoient tous les
principaux Officiers , le Chevalier d'honneur
& le Premier Ecuyer de S. A. R. les
premiers Gentilshommes , & le Premier
Ecuyer de M. le Duc d'Orléans & des autres
Princes , & auffi tous leurs Officiers
de tous Ordres , qui compofoient environ
cent perfonnes.
#
Dans la premiere cour du Palais Royal,
fe trouverent Madame la Ducheffe de
Chartres , Madame la Princeffe de Conti ,
fa mere , Madame la Ducheffe de Penthiévre
, & toutes les Dames de leur Cour ,
qui attendoient à genoux l'arrivée du S.
Sacrement , dont elles reçurent la Bénédiction
de M. le Curé , qui adminiftra en-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE
faite à S. A. R. l'Extrême. Onction & le-
Saint Viatique.
Le Cortége dans le même ordre reconduifit
le Saint Sacrement , accompagné des
mêmes Princes.
Les Princeffes & leurs Dames -attendirent
au même endroit la fortie du Saint-
Sacrement , & reçurent pareillement la
Bénédiction .
Depuis ce jour la fanté de S. A. R. allant
toujours en dépériffant , il fut fait dans .
P'Eglife de la Paroiffe , & ailleurs , des
Prieres de Quarante heures , & enfin Dieu
en difpofa le Samedi fuivant , premier Fé
vrier , à onze heures du foir.
A l'inftant furent mandés huit Eccléfiaftiques
de fa Paroiffe , & huit Religieux
Feuillans , qui étant relevés de tems en
tems d'un pareil nombre , n'ont point cellé
de pfalmodier auprès de fon corps , qui
refta expofé fans la pompe & les appareils
ordinaires ( ainfi que S. A. R. l'avoit ór
donné par fon teftament ) fur un lit de
parade , élevé fur une eftrade garnie de
chandeliers & cierges , entre deux Autels ,
où, furent célébrées continuellement des
Meffes pour le repos de fon ame , jufqu'au
jour choifi pour fes funerailles.
Pendant que le corps
de S. A. R..fut
expofé dans fon appartement , le Curé de
FEVRIER. 1749. 201
1
Saint Euſtache , à la tête de fon Clergé ,
vint lui jetter de l'eau- bénite , ce que firenr
pareillement d'office , & fans y être invi--
tées, par la raifon ci - deffus, quelques Communautés
de Religieux.
Le Jeudi 6 Février ayant été fixé pour
ła cérémonie des obféques , le Curé & le
Clergé de Saint Euftache fe rendirent
proceffionnellement au Palais Royal à qua
tre heures après-midi , & firent en pré--
fence du corps les prieres ordinaires , après:
lefquelles il fut porté & pofé , par les Gardes
de S. A. R. dans le caroffe qui lui avoit
été préparé.
Alors la marche commença.
Trente Cavaliers du Guet à la tête.
Soixante Suiffes des Gardes , en deuil' ,
erefpes , pleureufes , baudriers , &avec des
flambeaux , marchoient enfuite fur deux.
colonnes.
Puis un caroffe à huit chevaux caparaçonnés
, où étoient Meffieurs les Ecuyers
portant la Couronne ; un autre caroffe à
huit chevaux , auffi caparaçonnés , où étoit
le cercueil , autour duquel étoient les
Pages en deuil, portant des flambeaux ; les
Gardes du Corps de S. A. R. fesfix Suiffes,
précédés de vingt - un Officiers de la Chambre
, montés fur des chevaux caparagonnés.
I'v
202 MERCURE DEFRANCE.
Le caro fe du corps étoit ſuivi d'un autre
à huit chevaux caparaçonnés , deftiné pour
M. le Cré & un Vicaire , Meffieurs
les Aumôniers dont un portoit le coeur ,
& Meffieurs les Clercs de Chapelle . La
marche étoit terminée par deux autres caroffes
, dans l'un defquels à huir chevaux
étoient les Dames d'Honneur de S. A. R.
Des deux côtés du Cortége étoient foixante
Valets de pied portant flambeaux.
Lorfqu'on fut arrivé au Couvent des Dames
de la Magdeléne de Trefnel, où S. A.R.
avoit par fon teftament défigné fa fépulture ,
dans le même caveau fous le Cloître , où
Madame l'Abbeffe de Chelles , fa fille ,
avoit été mife ; M. le Curé préfenta le
corps au milieu du Cloître , à Madame
d'Artagnan , Prieure perpétuelle , à la tête
de fa Communauté. Après les Harangues
Françoiles réciproques , dans lefquelles on
conna à S. A. R. les juftes éloges que fes
vertus lui ont mérités de toutes parts , on
paffa dans le Choeur des Dames , où le corps
& le coeur , ayant été mis fur un lit de parade
, élevé à cet effet fur une eftrade à
plufieurs degrés , on chanta à deux Choeurs
alternatifs , d'Eccléfiaftiques & des Dames
Religienfes, les Vêpres des Morts, auxquelles
Dom Dubié, premier Affiftant du Géné
ral des Benedictins , & Supérieur defaitesFEVRIER.
1749.
203
Religieufes , accompagné de plufieurs Re-
Higieux de fa Maifon , officia. Enfuite
l'enterrement fe fit par le Reverend Pere
Supérieur , à l'endroit ci deffus marqué.
Au fortir de cette cérémonie , à laquelle
fe font trouvés M. le Duc d'Orleans , M. le
Comte de la Marche , & M. le Duc de
Penthiévre ; M. le Duc de Chartres.
n'ayant pu s'y trouver , parce qu'il avoit
été faigné deux fois ; le même cortège , à
l'exception du caroffe du corps , prit la
route du Val-de Grace , où S. A. R. par le
même teftament avoit ordonné
coeur fût dépofé.
que fon
Il fut préfenté à Madame l'Abbeffe par
un des Aumôniers de S. A. R. & après les
difcours accoûtumés & les prieres ordinaires
, il fut dépofé dans un caveau deftiné
à cet effet , au- deffous d'une des Chapelles
de cette Eglife Royale.
Au refte toute cette cérémonie s'eft
faire avec beaucoup de fimplicité , & fans
aucune pompe , ainfi que S. A. R. l'avoit
expreffément ordonné dans fon teftament,
dont il a été parlé ci - deſſus.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE..
薪說說說說說說說說說:說說說洗洗澹
ARRESTS NOTABLES..
O
RDONNANCE du Roi , du 18 Dé
cembre , pour la fuppreffion des Régimens
de Royal-Walon & de Boufflers-Walon .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 24
portant que les Sucres qui feront déclarés pour
paffer d'une Province des cinę groffes Fermes danse
une autre Province des mêmes cinq groffes Fermes
, en empruntant le paffage d'une Province réputée
étrangere , ne pourront être expédiés que
dans les Bureaux principaux des Fermes , où il fera
pris des acquits à caution pour les lieux de la
deftination , à peine de confifcation des Sucres qui
Le trouveront fans expédition , ou qui auront été,
expédiés dans de petits Bureaux , & de trois cens
livres d'amende..
ORDONNANCE du Roi , du 28 , pours
réformer un Bataillon de chacun des Régimens de
Matan & de Brie , de fon Infanterie Françoiſe .
AUTRE du 8 Janvier , pour la fuppreffion
des cent-vingt Surnuméraires qui ont été établis
dans les quatre Compagnies de fes Gardes du
Corps.
AUTRE , du 15 , pour réformer un Bataillon
de chacun des Régimens de fon. Infanterie-
Françoife , y dénommés.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 13 .
FEVRIER. 1749% 205
qui ordonne que l'Arrêt du Confeil du 12 Juillet
1748 , concernant les Polices d'aflurance paffées .
avant la fignature des Préliminaires de la paix ,
féra exécuté
par rapport aux Navires qui ont été
employés au commerce des Echelles du Levant ,
& regle les Primes dûes aux affûreurs , dans les
cas y défignés ..
AUTRE du 20 , en interprétation de celui
du 12 Juillet 1748 , concernant les Aflûrances,
AUTRE du 4 Février , portant fuppreffion
de la plus grande partie des Droits établis par les
Edits des mois de Février 1745 & 1748 .
Le Roi s'étant fait repréſenter en fon Conſeil
lés Edits du mois de Février 1745, & du mois de
Février 1748 , par lefquels Sa Majefté , dans la
néceffité de fournir aux dépenfes inévitables de la .
guerre , a été forcée d'ordonner la levée de quelques
nouveaux droits , & le rétabliffement de:
quelques autres qui avoient été anciennement impolés.
Et Sa Majesté voulant donner à fes Sujets
des marques de fon attention pour leur foulagement
, & de la fatisfaction qu'elle a de leur zéle
pour fon fervice ; après avoir ordonné la remife
d'une partie des impofitions militaires dans les
Provinces de fon Royaume , même avant que lesréformes
qu'elle s'eft propofée de faire dans fes
troupes euffent diminué les dépenfes de la guerre ,
elle s'eft déterminée à fupprimer dès -à- préfent :
la plus grande partie des droits porés par lefdits .
Edits , en attendant que la ceffation totale des dépenfes
de la guerre , le payement de ce qui peut:
en refter dû , & l'extinction fucceffive des charges
aufquelles elle a donné lieu , permettent à Sa Ma.
jefté de procurer auffi fucceffivement à fes Sujets ,,
206 MERCURE DE FRANCE.
t
avec la fuppreffion du Dixiéme , des foulagemens
plus confidérables en établiffant toujours la proportion
qui doit être entre les revenus & les charges
de l'Etat , & qui a été interrompue par les dépenfes
extraordinaires aufquelles Sa Majefté a été
engagée depuis plufieurs années. Vû lefdits Edits :
Oui le rapport du fieur de Machault Confeiller or
dinaire au Confeil Royal , Contrôleur Général des
Finances, le Roi étant en fon Confeil , a ordonné, &
ordonne que les droit de marque fur les cuivres ,
établis par l'Edit du mois de Février 174j , comme
auffi les droits fur la poudre à poudrer & fur la
çire , établis par l'Edit du mois de Février 1748 ,
enfemble les droits fur les fuifs & fur les papiers.
& cartons , rétablis par le même Edit & Tarifs y
joints , feront & demeureront fupprimés , & que
la perception d'iceux ceffera , à compter du our
de la publication du préfent Arrêt . Fait au Confeil
d'Etat du Roi , Sa Majesté y étant , tenu à
Verfailles le quatrième jour de Février mil fept.
cens quarante-neuf. Signé , PHELY PEAUX. ›
PASS
FEVRIER. 1749. 207
AVIS AU PUBLIC.
Auffin , ancien Apoticaire Major des Camps &
Armées du Roi , & Maître Apoticaire de Paris
de pere en fils , a l'honneur d'informer le Public
qu'il ne s'occupe plus maintenant que des princi
pales branches de fon Art . On trouve toujours à
préfent chez lui un affortiment complet , sûr & fidele
, des chofes les plus intéreffantes & les plus
nécefaires à la fanté , tirées de la Pharmacie Galés
nique & Chymique : fçavoir , la gelée de viande
& le blanc manger , compolés par lui & le Sieur
Taffart , auffi Maître Apoticaire , & fon Aflocié
pour tous les articles que contient ce Mémoire .
On ofe affurer que par leur extrême bonté , ce
blanc manger & cette gelée de viande contenteront
les perfonnes du goût le plus difficile & le
plus délicat . Les pilules ftomachiques du célebre
Stahl , préparées felon la véritable recette que le
Sieur Jauffin a apportée de ohême ; le fameux
fondant de Rotrou , le vin de quinquina fait exactement
fuivant les ordonnances de Meffieurs les
Medecins de la Faculté de Paris , & d'autres Docteurs
en Medecine , approuvés & connus ; le cachon
en grains , à la violetre , à la Bergamotte , à
l'ambre , au cedra , au citron , à la fieni d'orange ,
à la régliffe & f ns odeur ; les véritables pilules fa
voneufes de Mademoifelle Stephens pour la pierre,
le remede de M. de Bâville contre la nephiétique ,
les excel ens grains de vie de Nuremberg , moins
échauffins que les vulgaires ; le beurre de cacao
fimple & à la vanille , le firop de longue vie de
Man oue , fupérieur à tous ceux qu'on vend dans
le Royaume fous le même nom ; le firop baliami
208 MERCURE DE FRANCE.
que pectoral , fi efficace pour l'afthme ; le firop
d'orgeat incorruptible , le frop de limons à la
Maltoife , la thériaque de Venile , celle de Paris ,
la confection d'hyacinthe , l'orviétan fi admirable
pour les maladies des beftiaux , le diafcordium de
Paris , le firop de capilaire véritable du Languedoc
à la fleur d'orange & fans odeur , l'extrait fébrifuge
, remede abfolument certain pour les fié
vres intermittentes ; la potion purgative , agréable
à prendre dans les cas de précaution , faiſant
de bons effets , fans douleur ni tranchées , la tein--
ture defobftructive , pour les jauniffes telles qu'elles
foient , tous remedes donnés par feu M. de
Santeuil , Docteur-Régent de la Faculté de Paris ,
& fage Praticien, au Sieur Jauffin fon ami ; la véritable
pâte de guimauve , telle qu'on la vendoit
chez feu fon pere , au Muletiet de Montpellier
rue de la Huchette ; le jus de régliffe de Blois blanc
& noir l'Elixit pour la poitrine , l'eau générale
, l'eau Impériale , l'efprit rectifié de lavande
dit eau de lavande la boule de Mercure pour
purifier l'eau , les boules de Mars , l'eau de lus
jaune à la façon Allemande , l'eau de lus blanche
le fel volatil d'Angleterre , ces trois articles font
très-pénétrans ; le vinaigre des quatre voleurs
merveilleux pour la pefte ; l'eau de miel royal
d'Angleterre , l'eau cofmétique pour le teint des
Dames , unique dans fon efpece ; la véritable eau
vulnéraire rouge de Capperon , d'une couleur parfaite
& nullement changeante ; l'eau vulnéraireblanche
, l'eau de Schaffoufe , l'eau de Cologne ,
L'eau d'émeraude pour les maux de tête , l'élixir de
geniévre des Allemands , les parfums fins & aromas
iques; pour garantir les appartemens du mauvais
air ; les gouttes anodines minérales du fameux
Hoffmann, préparées fuivant la recette de ce grand
FEVRIER. 209 1749.
D
Homme ; la véritable eau de méliffe de Montpellier
, l'excellente eau divine , ni fade ni brulante
& très- bonne à boire ; l'élixir de Garus jaune &
blanc , le camphorata de Montpellier , la petite.
fauge fauvage de Provence , le bȧume du Commandeur.
Le Sieur Jauffin joint à tous ces articles :
les remedes connus de feu M. Dalibour , fon
grand pere , Maître Chirurgien de Paris , de l'Académie
Royale de Chirurgie , & qui avoit été .
Chirurgien Major de la Gendarmerie pendant 60-
ans ; fçavoir , ſon eau Dalibour , fi célebre en Europe
pour les playes , fa potion bien éprouvée :
pour les humeurs froides & les écrouelles , fon onguent
nerval , fi vanté pour les enfans noués , &
pour les douleurs de nerf des grandes perfonnes
fes calotes céphaliques , fi falutaires pour guérir
les fluxions à la tête des vieillards , & pour en ga
rantir tout le monde , à quelque âge qu'on foit. Il
a encore de lui plufieurs autres fpécifiques . Tous
les remedes ci- deffus auront chacun un Mémoire.
inftructif , qui en expliquera l'ufage , muni du ca
chet commun des Sieurs Taffart & Jauffin . Onpourra
compter für leur fidélité ; parce qu'ils les
prépareront avec la plus fcrupuleuſe exactitude ..
L'amour de leur profeffion , & l'envie de la cùltiver
d'une maniere auffi honorable pour eux , qu'utile
au Public , font les feuls motifs qui les ont engagés
à s'unir & à s'affocier enfemble . Pour la
commodité du même Public & pour celle des per--
fonnes de Province , notamment de Meffieurs les
Apoticaires & Chirurgiens qui y demeurent , &
qui pourroient avoir befoin de leur miniftere , il y
a deux maifons à Paris , & dans des quartiers diffeoù
l'on diftribue toujours les médicamens .
qu'on annonce : fçavoir , dans la maison du Sieur
Tallart , vieille rue du Temple , à côté de l'Hôtel
rens ,
210 MERCURE DE FRANCE.
de Soubife , & au Fauxbourg Saint Germain , chez
le Sieur Jauffin , à l'Hôtel des deux Ponts , vis-àvis
le Luxembourg , la premiere porte cochere à
droite , par la rue de Tournon au rez - de- chauffée ,
au fond de la cour & au deuxième étage. On fera
les envois dans les Provinces diligemment ; mais ,
on prie d'affranchir les ports de Lettres , quand
on demandera quelque chofe . Perfonne n'aura
à fe plaindre de la cherté de ces marchandifes
, & fi l'on en excepte de certains remedes , qui
pour être bons , doivent vieillir , on fera toujours
sûr d'en avoir de frais & de récens de toutes les efpeces
; comme par exemple , la gelée de viande &
le blanc manger qu'on renouvellera le matin &.le
foir. Au refte on trouvera dans le magafin du
Sieur Taffart , la manne , la rhubarbe , le quinquina
, & généralement les autres drogues fimples
, les meilleures & les plus belles qu'on pourra
défirer. Ses longs voyages à la Chine lui ont appris
à connoître parfaitement cette importante partie
de l'Hiftoire naturelle. Le Sieur Jauffin en ſera
de même fourni.
EAU Royale du Sieur Dardel, de Chambery,
dont voici les vertus & l'uſage.
L'Experit cesbonne pour toutes les 'Expérience à fait connoître que cette
maladies du cerveau : comme pour l'apo .
pléxie , freneſie , kéthargie , affection foporeufe
, tranfport au cerveau , tant d'hom .
mes , que de femmes enceintes ou non ;
dans ces incidens , la doze ordinaire eft de
deux bonnes caillieres à caffé , & autant
FEVRIER. 1749 . 211
de vin , du meilleur que l'on ait ; fi les
accidens continuent après la premiere prife
, on peut la donner pure en plus grande
quantité & fans crainte , parce qu'elle ne
peut jamais faire de mal ; il eft bon auffi
d'en frotter aux malades , les tempes , le
pouls , & leur en faire humer par le nez.
Elle eft merveilleufe pour les vertiges ,
tourmens de tête , vapeurs , paffions hifteriques
, affections mélancoliques ; les femmés
enceintes en peuvent ufer fans crainte
; on en prend dans ces cas une bonne
cuilliere à caffé , dans moitié autant de
vin .
Elle eft auffi bonne pour la paralyfie ,
en s'en frottant la partie affligée , & y tenant
deffus un linge fin blanc , mouillé
dans ladite eau , de laquelle on prendra
deux cuillieres , comme deffus , toutes les
nuits dans moitié autant de vin.
Elle foulage dans les accidens de l'épilepfie
; l'ufage de cette eau les fufpend ,
on en prend deux cuillieres à caffé dans
moitié de vin. :
Elle purifie le fang , fortifie le cerveau ,
foulage les maux de tête , en s'en frottant
& en la prenant par les narines.
On s'en fert dans les efquinancies , en
s'en frottant le gofier , appliquant deffus .
de la flaffe , trempée dans ladice cau , &
212 MERCURE DE FRANCE.
en ufant d'un gargarifme compofé du tiers
de ladite eau & de deux de vin.
Elle fait très- bien dans les Peripneumonies
malignes ou autres , & dans toutes les
maladies où il s'agit de décoaguler le fang,
& faire pouffer par les fueurs on en
prend deux cuillieres à caffé dans la moitié
autant de vin ; on en frotte auffi au
malade le côté de la partie où fe fait fentir
la douleur.
Elle agit puiffamment dans les fyncopes,
défaillances , évanoüiffemens , maux &
tremblemens de coeur , en en prenant la
quantité ci-deffus , & plus grande fi les
accidens le demandent.
Elle guérit fur le champ les coliques
bilieufes ou venteufes , en en prenant deux
cuillieres à caffé dans une demie de vin ;
on s'en frotte auffi le ventre dans les grandes
douleurs on en peut donner à des
enfans même à la mamelle , jufqu'à fix
gouttes , & autres plus avancés en âge à
proportion ; fi le mal réfifte après la premiere
prife , on continuera à en prendreen
plus grande quantité , d'intervalle à
autre.
Elle guérit la galle , dartres , feu volage,
érefipele , en appliquant deffus un linge
trempé dans ladite eau ; outre lefdites applications
il en faut faire prendre une cuillerée
FEVRIER. 1749 . 213
comme deffus , avec moitié autant de vin
chaque jour. On s'en fert avec fuccès pour
la gangrenne en s'en frottant la partie , &
appliquant deffus un linge trempé dans ladite
eau ; outre ladite application , il faut
de deux heures en deux heures en prendre
au moins une cinquantaine de gouttes , la
moitié autant de bon vin.
Elle fait des effets furprenans dans les
maladies épidémiques , comme fiévres pu
trides, malignes, peftilentielles, & peſte, en
en donnant dans ces trois premieres , deux
pleines cuillieres à caffé , moitié moins de
vin après le redoublement , ou quelques
heures avant qu'il revienne ; & pour la
pefte , il faut doubler la dofe : fi dans
ces fortes de maladies il furvient des bubons
, entrax & autres ulcéres malins , outre
l'eau que l'on prendra intérieurement
pour faire pouffer au dehors la malignité ,
on lavera trois ou quatre fois le jour les
ulcéres avec ladite eau , mêlée avec le tiers
de vin fans le faire chauffer , & il eft fort
bon d'y tenir deffus un linge fin trempé
dans ladite eau , mêlée comme deffus, c'eft
un préfervatif merveilleux contre ces maladies
, en en prenant tous les matins une
demi cuillerée avec moitié de vin.
Elle fait pouffer avec fuccès & doucement
la petite vérole ou rougeole ; fi ce
214 MERCURE DE FRANCE .
font des enfans depuis deux années jufqu'à
fept , on en donne depuis fix jufqu'à dix
gouttes dans moitié moins de vin ; depuis
fept jufqu'à un âge plus avancé , on augmente
jufqu'à une cuillerée à caffé avec
moitié de vin . Elle arrête auffi fur le champ
les mouvemens convulfifs qui arrivent au
commencement ou dans le cours de la petite
vérole;pour les enfans on n'en donne que
les deux tiers d'une cuilliere , & aux autres
la cuilliere pleine . Elle eft généralement
bonne pour tous les autres mouvemens
convulfifs.
Elle facilite les accouchemens aux femmes,
& la vuidange de l'arriere- faix ; elle arrête
la perte de fang : on en prend dans les
accouchemens un peu plus d'une cuilliere
dans autant de vin , on continue d'en donner
fuivant le befoin. Les femmes en peuvent
ufer avec fuccès dans les tranchées
qui fuivent les accouchemens , en en donnant
une cuilliere à caffé dans huit ou dix
cuillerées de bouillon dégraiffé, & on continuera
, s'il en eft befoin , de deux en
deux heures .
On s'en est très bien trouvé pour les
maladies peftilentielles du bétail , en en
donnant les deux tiers d'une bouteille dans
la moitié moins de vin , & couvrant bien
ledit bétail : elle arrête le flux de fang qui
FEVRIER . 215 1749.
leur arrive , en fe fervant de ladite eau
en même quantité.
Se vend chez le Sieur Audet , au petit
Jardinet , au coin de la rue des Barres.
J
APPROBATION.
' Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Février
1749. A Paris le vingt Février 1749.
BONAMY.
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
P Extrait d'un Memoire de M.de Sainte Palaye , 3
Reproches à l'Imprimeur du Mercure , au fujet des
vers à Mile Cleron , inferés fans nom d'Auteur
dans celui d'Octobre ,
Lettre à M Remond de Sainte Albine ,
L'illuftre Hongroife ,
16
17
22
Examen de cette Queftion. Y a- t'il quelque chofe
de nouveau fous le Soleil ?
Stances à M. le Préfi lent de M ***
Vers à Mademoiſelle
>
25
40
43
Lettre fur le projet de bâtir un nouvel Hôpital, 44
Les deux Chiens , Fable ,
Madrigal ,
57
58
Obfervations fur la forme des Galeres des Anciens
, 59
Vers à M. Bafton , &c. 63
Lettre de M. de Montcarville à M. Remond de
Sainte Albine , 66
Carmen Paftorale , &c. 91
Epigramme , 96
Idées théoriques fur les tallemens & mouvemens
intérieurs , &c. par M. de Montfort , dans les
Ponts & Chauffées à Alençon ,
Ode tirée du Pleaume XLV.
97
106
Lettre pour fervir de réponſe à celle inferée dans
le premier volume de Décembre au fujet d'une
Place pour un Monument à la gloire du Roi, 110
Epitaphe ,
119
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Janvier ,
Logogryphes ,
ibid.
120
Nouvelles Litteraires , des Beaux- Arts , & c . 123
Spectacles ,
Chanfon notée ,
154
155
Nouvelles Etrangeres , de Pétersbourg , &c. 156
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 175
Lettre de Barbefieux au fujet du paflage de Mefdames
les Infantes Dona Louiſe & Dona Ifabeile
,
Devifes pour les Jettons de l'année 1749 ,
Publication de la Paix ,
Mariages & Morts ,
184
188
190
191
Cérémonies obſervées à l'occafion de la maladie &
des obfeques de feuë S. A. R. Madame la Ducheffe
d'Orléans ,
Arrêts notables
Avis au Public ,
193
204
207
210
Eau du Sr Dardel ,
La Chanfon notée doit regarder la page ISS
La gravûre des Jettons & de la Médaille doit regarder
la page
188
De l'Imprimerie de J. BULLOг.
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1749 .
LIGIT
UT
SPARGAT
Chez
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers,
M. DCC. XLIX.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICourt ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; onfe conformera très- exactement à
leurs intentions. \
Ainfi il faudra mettre ſur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
MARS. 1749.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EXAMEN DE CETTE QUESTION ;
Les Livres ne font- ils pas trop multipliés , &
quelles précautions faudroit - il prendre
pour n'en avoir que
C
de bons?
'Eft en quélque forte l'orgueil ,
c'eft- à-dire le défir de perpétuer
fon nom à la Poftérité , qui a fait
naître les Livres , & c'eft le défir
de s'inftruire ou de s'amufer , qui leur a
donné cours . Suppofé , comme le penfoit
Diodore de Sicile , que les preiniers hom
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
mes fuffent l'ouvrage d'un coup
de Soleil ,
qu'ils n'habitaffent que le creux des rochers
, & qu'ils ne prononçaffent que des
fons informes & confus ; fans fociété , fans
loix , fans difcipline; guidés par un inſtinct
aveugle & très-borné , comment auroientils
pû former un langage, & convenir d'u
ne écriture qui fût l'interpréte de leurs
fentimens & de leurs idées ? Dans cet état
d'ignorance , des hommes groffiers , tout
occupés de leurs befoins , n'auroient pu
cultiver leur efprit & perfectionner leur
goût . Beaucoup moins auroient - ils pû communiquer
aux autres leurs penfées. Ces penfées
elles-mêmes dépendant de l'attention
que nous donnons aux objets qui les occafionnent
, elles s'étendent à proportion du
commerce que nous avons les uns avec les
autres.Or cela fuppofe un certain loifir, une
certaine abondance , qui tirent les hommes
de la néceffité urgente où les réduit l'état de
pure nature. Auffi , lorfque l'on dit que
Ï'Ecriture a pris naiffance dans la Phénicie;*
par
* Chacunfçait les vers de Lucain , fi bien traduits
Brébeuf.
C'eft de-là que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ;
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penſées.
MARS. 1749. ་
on prétend que les Arts avoient commencé
à s'y développer , & que la douceur du
climat & la fertilité de ce beau Pays l'avoient
peuplé de fort bonne heure.
Nous ne connoiffons rien de plus ancient
que les Ecrits de Moyfe. Avant lui les
hommes fe contentoient d'ériger quelques
monumens. On dreffa enfuite des Actes ,
pour terminer les differends , qui pourroient
naître entre les Peuples voifins , à l'occafion
de leurs limites ; après cela on fentit
la néceffité d'avoir des loix écrites , auxquelles
chaque Nation fut obligée de fé
conformer. Quand la fociété eut pris quelque
confiftence , & que l'affujettiffement
à la régle eut établi l'ordre & la paix , on
vint à écrire les évenemens les plus confidérables
; de- là s'eft formée l'hiftoire de
chaque Peuple . On affùre que les Egyptiens
furent les premiers qui drefferent des
Annales , & qui perpétuerent ainfi la mémoire
des faits les plus importans ; on dit
auffi que les Chinois font remonter fort
haut l'hiftoire de leur Nation ; les Athé
niens gardoient avec foin dans leurs Archives
les lettres de leurs Capitaines ,
les difcours de leurs Archontes , les Jour
naux & les Arrêts de leur Sénat . Il y a
beaucoup d'apparence que la grande Bibliothéque
d'Ariftote étoit principale-
A iij
6 MERCURE DE FRANCE:
ment compofée de ces fortes d'ouvrages.
Les Romains n'étoient pas moins attentifs
à conferver leurs faftes , Le premier des
Chrétiens , qui s'appliqua à raffembler des
Livres , fut le Pape Hilaire ; il forma deux
Bibliothèques pour l'ufage public . Les manufcrits
étoient alors rares & fort chers
l'Imprimerie n'ayant été inventée que longtems
après. Voila à peu près l'origine de
l'Ecriture , & par conféquent des Livres.
Après cette petite digreffion , qui m'a paru
néceffaire , je viens à l'examen de la Queftion
propofée.
Les opinions font affez partagées fur
cette Queſtion . Afin d'être en état de ju
ger fainement , examinons -les , chacune en
particulier , & rapportons les principales
raifons qui peuvent les appuyer.
La plupart des Queftions problématiques
ont quelque chofe d'équivoque ou dans le
fens ou dans les termes. Par exemple , les
idées varient extrêmement fur ce qu'on appelle
bons Livres ; les uns regardent les
Contes de laFontaine & plufieurs de nos Romans,
comme des ouvrages très-dangereux ,
& par conféquent fort mauvais ; les autres
confidérant cesLivres, moins du côté des
moeurs que du côté du ftyle , des fituations
& des fentimens , les eftiment , non-feulement
comme des ouvrages agréables &
MARS. 1749. 7
amufans , mais encore comme ayant leur
utilité , en ce qu'ils font propres à faire
connoître le monde & à développer le
coeur humain . Ils peuvent du moins , diton
, fervir à former le goût & à le rendre
plus délicat. Un bon arbre eft celui qui
porte des fleurs & des fruits .
Pourquoi empêcher , ajoûtent quelques
perfonnes , la multiplicité des Livres ? Les
plus mauvais ne peuvent - ils pas contenir
quelque chofe de bon ? Un Ancien trouvoit
des diamans dans le fumier d'Ennius.
& Bayle difoit qu'il n'avoit jamais lû de
Livres où il n'eût trouvé à profiter. On
fçait quelle eft la varieté des goûts ; pour
fe prêter à cette diverfité , il eft néceffaire
que plufieurs Ecrivains travaillent fur le
même fujet , & qu'ils le préfentent fous diverfes
formes. Mettre en vers des idées
fublimes , que l'on ne fçauroit rendre en
profe avec autant d'énergie & de dignité ;
rajeunir de bons Livres , qu'un ftyle antique
, un langage furanné , ont mis hors de
mode ; donner de l'ordre , de la préciſion ,
de l'agrément à des ouvrages de Philofophie
ou de Morale , abftraits , fecs & diffus ;
en rendre la lecture plus facile & plus
agréable , c'eft multiplier le même Livre ,
il eft vrai , mais c'eft faire naître des fleurs
fur un terrain qui ne produifoit aupara-
A iiij
MERCURE DE FRANCE
vant que des ronces & des épines ; agit
ainfi , ce n'eft être ni copifte , ni plagiaire ,
c'eft lutter contre l'original , c'eft effayer
de le furpaffer. Un feul homme ne fçauroit
voir toutes les faces d'un objet qui a
quelque étendue ; il convient que plufieurs
l'examinent attentivement : c'eft ainfi que
dans la Morale on peut découvrir de nouveaux
motifs pour nous porter à la vertu
que dans l'Hiftoire on peut nous appren
dre des circonstances & des événemens qui
avoient échappé aux premiers Hiftoriens ;
les uns corrigent les autres. Le Critique
nous inftruit & peut nous conduire à la vérité.
On ne sçauroit trop permettre à l'émulation
: elle a fait naître les Arts ; c'eſt
elle qui nous a engagés à étudier les principes
des Sciences , & qui nous aide à les développer
; c'est elle qui nous infpire ce
goût pour les Belles- Lettres , aujourd'hui
fi généralement répandu .
que
Mais ramenons la Queftion . Les Livres
font- ils trop multipliés Plufieurs perfonnes
ne lifent que des ouvrages nouveaux . A
leur égard , on ne fçauroit trop multiplier
les Livres ; par-là on tire ces perfonnes de
l'oifiveté , en leur donnant du goût pour
la lecture ; on peut efperer de les éloigner
peu à peu de ces plaifirs dangereux dont
elles fe faifoient une occupation ; on feroit
MARS. 1749.
prefque tenté de pardonner en leur faveur,
dirai-je la friponnerie ou l'avarice de certains
Libraires , qui déguifent fous des titres
nouveaux des Livres anciens , ou même
des Livres modernes.
*
En permettant la multiplicité des Livres,
on met les Imprimeurs à portée de perfectionnerun
Art très-utile . Les Auteurs s'exercent
& forment leur goût. Tel qui a com
mencé par un Ouvrage médiocre , pourra
produire dans la fuite un Livre excellent.Le
goût s'épure & fe perfectionne. Eclairé par
une critique judicieufe , foutenu par le défir
d'étendre fa réputation , un Auteur qui aura
échoué dans un premier ouvrage , pourra
fe furpaffer dans un fecond ; il pourra reparoître
fur la fcéne avec des forces nouvelles
, atteindre le but qu'il s'eft propofé,
& ne donner d'autres limites à fes talens
que celles de l'art.
La République des Lettres doit être un
pays de liberté ; il fuffit qu'un Ecrivain ne
bleffe point la Religion & les loix établies ,
pour y jouir de tous les priviléges de Citoyen
; ce feroit éteindre le génie , que de
Paffervir à des régles féveres ; les produc
tions de l'efprit reffemblent à certaines
plantes , qui fe flétriffent & qui tombent,
Forfqu'on veut les empêcher de prendre
Feffor & de s'élever ,
A v
Io MERCURE DE FRANCE.
Enfin , ce qui détermine la Queſtion en
faveur de la multiplicité des Livres , c'eſt
la néceffité même où nous fommes de les
augmenter. Chacun fçait à quel point les
expériences & les obfervations Phyſi
ques fe font multipliées de nos jours , &
combien elles font utiles & importantes.
Perfonne n'ignore qu'elles rendent la pra
tique de la Médecine plus fûre , la navi
gation plus facile & moins dangereuſe ,
les fondemens de nos connoiffances plus
certains, & qu'elles perfectionnent les Arts
les plus néceffaires à la fociété. L'Hiſtoire ,
d'ailleurs , ne fournit - elle pas tous les jours
de nouveaux évenemens ? A mesure qu'ils
fe développent , n'eft- on pas obligé de les
écrire pour les tranfmettre à la Poftérité , &
pour la rendre juge des bonnes & des mauvaifes
actions des hommes , & de la differen
te maniere dont les plus fameux Acteurs ont
joué leur rôle fur le grand théatre du monde
? C'eſt ainfi que les morts peuvent inftruire
les vivans. A tous ces égards , les
Livres font le moyen le plus propre & le
plus aifé , foit pour répandre les décou
vertes , & en faciliter l'ufage à toutes les
Nations , foit pour communiquer aux
hommes de beaux & de grands exemples
de vertu , & les porter à les fuivre.
Toutes les précautions que l'on propo
'MAR S. 1749. II
feroit , pour empêcher la multiplicité des
Livres , feroient peut-être inutiles , toujours
dangereufes. On l'a déja dit ; la République
des Lettres ne doit fouffrir aucune
inquifition . Un mauvais Auteur eft
affez puni par le mépris où il voit tomber
fon ouvrage ; il doit être permis à tout le
monde d'effayer fes forces ; plus on exercera
l'art d'écrire , & plus on le perfectionnera.
Chacun à ce métier
Peut perdre impunément fon encre & ſon papier.
Voila ce qu'alleguent les partifans de la
multiplicité des Livres ; Lecteurs indulgens
, qui croyent qu'il vaut mieux fouffrir
l'impreffion d'un mauvais ouvrage, que
d'empêcher celle d'un Livre qui peut avoir
quelque utilité.
Mais il y a des perfonnes délicates ou
plus févéres , qui raiſonnent bien differemment.
La vie eſt trop courte , difent
ces Cenfeurs rigides , pour lire toutes fortes
de Livres ; il importe beaucoup de faire
un bon choix , autrement on s'expoſe
à ne fe remplir la tête que de bagatelles ,
fouvent pernicieufes , & il ne reste plus de
place pour des vérités utiles.
Ce qu'un homme à rêvé la nuit
A vi
12 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'il a dit à ſa ſervante , ´´
Ce qu'il fait entre fept & huit ,
On l'imprime , on le met en vente.
:
Encore fi toutes les rêveries reffembloient
à celles de l'Abbé de Saint Pierre , dont
les projets ont été nommés les rêves d'un
homme de bien ; mais la plûpart font fi
frivoles , qu'elles ne méritent pas la moindre
attention auffi Montagne lui -même
fronde extrêmement cette multitude d'écrits
, qui ne font qu'embrouiller les matieres
, & fous le poids defquels l'efprit
femble accablé : il croit que c'eft cela
qui lui ôte fa force , & ce beau naturel
qu'on admire dans les génies fupérieurs :
en effet , Xenophon , Demofthene , Tite- Live,
Ciceron , Horace , Virgile , n'avoient pas
tous les Livres qui ont paru depuis eux ,
& ils fe font bien paffés de ce prétendu
fecours. Les grands hommes de l'antiquité
avoient peu lû , mais ils méditoient beaucoup.
Puifons dans les mêmes fources où
ils ont puifé , nous aurons la fatisfaction
de faire nous-mêmes des découvertes , que
nous ne devrons qu'à nos recherches & à
notre travail ; nos richeffes alors ne font
plus des richeffes d'emprunt , elles nous
appartiendront véritablement ; la Nature
eft toujours inépurfable , & fes trésors nous
MARS. F749%
13
font encore ouverts : c'eft ce grand Livre
que nous devons étudier avec foin : c'eft-là
où les Socrates, les Homeres & les Platons, ont
trouvé la fource du vrai & du beau , & c'eft
là où nous devons la chercher .
-
Souvent trop d'abondance appauvrit la matiere
Une vafte lecture charge la mémoire
elle l'enrichit , fi l'on veut , mais c'eft prefque
toujours aux dépens du jugement ;
Te génie s'affoiblit & s'éteint. Il y a plus
de 300000 volumes en Europe . Qui au
roit tout cela dans la tête , quel défordre
& quels ravages cela n'y feroit - il pas
Combien parmi tout cela , de répétitions
& de rapfodies ! M. Huet prétendoit que
tout ce qui s'eft écrit depuis que le monde
eft monde , pourroit tenir dans neuf ou
dix volumes in -folio , fi chaque chofe n'avoit
été dite qu'une feule fois : il en exceptoit
cependant le détail de l'Hiftoire.
Par - là , un homme à l'âge de 30 ans
pourroit fçavoir tout ce que les autres hom
mes ont penfé , au lieu que le nombre
des Livres s'étant multiplié à l'infini , un
homme , qui à l'âge de 100 ans n'auroit
fait que lire , pourroit à peine fe flater
d'avoir lû. Parmi ce fatras , on ne fçait
que choifir , on prend quelquefois le pire
& jugeant de tous les Livres par celui
14 MERCURE DE FRANCE.
que le hazard nous a mis entre les mains ;
on vient à fe dégoûter pour jamais & de
la lecture & de l'étude . Chacun n'eft pas
auffi heureux qu'un certain Curé fort ignorant
, dont parle le Marquis d'Argens dans
fon Traité fur le Goût. N'étant affez riche
que pour acheter trois Livres , & s'étant
adreffé à un Libraire, qui n'en fçavoit guéres
plus que lui, le fort tomba fur les OEuvres de
Defpreaux , fur les Comédies de Moliere &
fur les Fables de la Fontaine . Un Académi
gien,dit le Marquis, auroit- il pû mieux choifir?
La Mothe le Vayer croyoit qu'une Bibliotheque
de 100 volumes peut fuffire : Agrippa
n'en vouloit pas un fi grand nombre
Pline & Plutarque lui fuffifoient . Gui Patin
n'en demandoit guéres davantage ; l'Hif
toire de Pline eft , felon lui , un des plus
/ beaux & des meilleurs Livres ; il vaut lui
feul une Bibliotheque : fi pour lui faire
compagnie , on veut lui joindre Ariftote ,
Plutarque & Seneque , toute la famille des
bons Livres , dit-il , y fera , pere , mere ,
aîné & cadet. Le Pere du Cerceau vouloir
Horace , Virgile , Ciceron & Quintilien.
Pour moi , qui ne fuis pas fi fçavant que
ces Meffieurs & qui aime nos Auteurs
François , je demanderois Boffuet , Fenelon
Flechier , la Bruyere , Fontenelle , Rouffeau ,
Racine , Voltaire , Greffet & Rollin. Si on
,
MARS. 1749%.
15
vouloit y ajouter Defpreaux , Bayle , Montaigne
, Mefdames de Sevigné & des Hou
lieres , on me feroit plaifir. Avec cela , je
crois que je pourrois me paffer de tous les
Livres anciens & modernes. J'oubliois les
Euvres du célebre M. de Montesquieu. Je
ne parle ici que des Ouvrages qu'on lit par
goût , & non de ceux que la Religion or
donné de méditer.
Il conviendroit de n'imprimer que des
Livres dignes de l'impreffion , & jugés
tels par des gens fages & éclairés : alors
les Lecteurs , qui ne verroient rien que de
bon , feroient comme forcés de s'inftruire.
A quoi fervent ces énormes & indigeftes
compilations , qu'à charger d'un poids inu
tile les tablettes des Bibliotheques ? Ornement
frivole , qui coûte beaucoup plus
qu'il ne vaut. Nous ne faifons plus que glaner
après les Anciens , dit la Bruyere. La France,
l'Allemagne & l'Angleterre , comptent à
peine chacune quatre ou cinq génies Originaux
, les autres ne font que des Copiftes
, tout au plus de fimples Imitateurs,
Si on dépouilloit plufieurs Sçavans des
richeffes qui ne leur appartiennent pas ,
ils feroient réduits à la plus honteufe pauvreté.
Nous fçavons dire , Cicéron parle
ainfi , voilà les moeurs de Platon , mais nous *
1G MERCURE DE FRANCE.
que difons-nous ? Nous- mêmes , que faiſons.
nous , que jugeons - nous ? Autant en diroit
bien un perroquet. Si notre ame n'en va un
un meilleur brante , fi nous n'en avons le
jugement plusfain, j'aimerois autant qu'on
cût
paffe le tems à la paume , au moins le corps en
feroit plus alegre. Au lieu de rapporter l'ame
pleine , elle n'en eft que bouffie .
Une perfonne qui liroit de fuite les Livres
qu'on a compofés fur chaque Science ,
en commençant par les Originaux , feroit
bien furprife de ne trouver enfuite que
de fades répétitions : on pourroit réduire
à quelques feuilles , comme le dit M. de
Voltaire , les gros Ouvrages de plufieurs
Compilateurs. Il n'y a guéres que l'Hiftoire
& la Phyfique , qui puiffent nous offrir
quelque chofe de nouveau. Dans l'Eloquence
& dans la Poëfie , les Cicerons &
les Démofthenes , les Horaces & les Virgiles
font nos Maîtres , & le font emparés des
meilleures routes . Il ne nous refte qu'à
fuivre des guides fi excellens , & d'effayer
de les égaler. Cette multitude d'opinions
frivoles ou téméraires , ces Romans phi
lofophiques fi ingénieux , mais que l'expérience
renverfe , tous ces Ouvrages d'imagination
ne font propres qu'à faire naître
des doutes les idées s'embarraffent & fe
MARS. 1749% 17
brouillent ; l'évidence qu'on cherche s'éclipfe
& s'évanouit . On dit que Bayle avoit
lû tout ce qu'on peut lire , & retent
tout ce qu'on peut retenir ; qu'arriva-t- il
d'une fi vafte lecture ? Il ne fcut plus à
quoi s'en tenir , il détruifoit d'une main
ce qu'il édifioit de l'autre , la certitude.
fembloit fe dérober à ſes recherches , & il
tomba enfin dans un affreux Pyrrhoniſme .
Mais quels moyens conviendroit-il de
prendre pour n'avoir que des Livres excellens
? Il faudroit établir des Examinateurs
intelligens & équitables , qui refulaffent
leur Approbation à tous les Ecrits inutiles ou
dangereux : on purgeroit ainfi laRépublique
des Lettres de ces Ouvrages féduifans , qui
bleffent également la bienféance & la Religion.
CesExaminateursferoient, en quelque
forte , l'Office de fages Magiftrats, qui dans
une République bien réglée répriment la
licence , pour maintenir l'ordre & la paix.
On ne verroit plus de Libelles , ni de ces
Critiques dictées par l'envie ou par la malignité,
qui deshonorent leurs Auteurs , plus
que ceux qui en font les objets. Malheureu
fement un projet fi beau & fi utile eft impra
ticable . Où trouver cesJuges éclairés & impartiaux
, dont le Tribunal foit infaillible ?
Les Journaliſtes les plus fçavans & les plus
18 MERCURE DE FRANCE
judicieux ne fe trompent-ils pas quelque
fois dans le jugement des Livres fur lefquels
ils donnent leur déciſion ? Patru par
fon goût & par fes lumieres a été regardé
comme l'Ariftarque de la France , & il
étoit digne de l'être ; cependant cet homme
fi fenfé , ce Connoiffeur fi habile , ne
goûta pas deux Ouvrages qui font beaucoup
d'honneur à la Langue Françoife
& qui ont mérité les plus grands éloges ;
je veux dire l'Art Poëtique de Boilean ,
& lés Fables de la Fontaine. Les Sçavans
ont leurs préjugés . Dans quel état ne fe
foient pas aujourd'hui les Sciences , fi les
Ecrits des Defcartes , des Copernics & des
Gaffendis , euffent été affujettis à une inquifition
rigoureufe ? La bonne Philofophie
feroit encore au berceau : des opinions
fcholaftiques, des idées fauffes & ridicules,
tiendroient la place de la vérité & de l'évidence
; nous refpecterions encore des
erreurs antiques. Chacun fçait qu'il s'en
fallut très- peu , que l'Univerfité de Paris
ne furprît un Arrêt du Parlement , pour
défendre l'étude de la Philofophie moderne
, comme fi le tems ou l'autorité pou
voient jamais prévaloir fur la vérité.
Après toutes ces confidérations , il.paroît
que l'on peut conclure que les chofes font
MARS. 1749. 19
bien , telles qu'elles font dans tous les Pays
bien policés : il y a une barriere qui empêche
le cours des Ouvrages qui bleffent
la Religion , les Loix ou les bienféances .
Les Auteurs travaillent & s'exercent , le
Lecteur s'amufe ou s'inftruit. Le Public , arbitre
équitable , apprécie la valeur de chaque
Livre , & ne fe trompe guéres dans
fa décifion . Il s'éleve des difputes entre
les gens de Lettres , chacun fait des efforts
pour triompher de fon concurrent , & la
vérité en profite. L'attention de l'Ecrivain
redouble , & celle du Lecteur fe trouve
excitée ; en même tems que nous approu
vons un fentiment qui eft appuyé fur des
preuves évidentes
, nous réprouvons
une
opinion dont on nous démontre la fauſſeté.
La vérité ne brille jamais avec plus d'éclat ,
que lorfqu'elle a été combattue . Il n'y a
que l'erreur qui doive craindre l'examen .
Geneve. J. B. Tollot
3
10 MERCURE DE FRANCE :
ODE AU ROI,
SUR LA PAIX
P Euples François , chantez la gloire
Du Héros qui vous rend heureux >
Et qu'une éternelle mémoire
Confacre fes faits généreux ;
Préparez des fêtes nouvelles ,
Et par des chanſons immortelles
Rappellez les jeux du tombeau ?
Louis arrête fon tonnerre ;
Mars eft las d'allarmer la terre ,
Et Bellonne éteint lon flambeau .
茶茶
Ĉe Roi , que le Ciel a fait naître
Pour partager les foins des Dieux
Ordonne à la Paix de paroître ,
Fixe fon féjour en ces lieux.
Moins fenfible au noble avantage
De faire éclater fon courage ,
Qu'au vrai bonheur de fes Sujets ,
Il veut en lettres mémorables
Faire graver fes faits durables
Par la main feule de la Paix.
MARS . . 1749. 21
Au pied de fon augufte Trône ,
Mufes , venez fécher vos pleurs ;
Des traits enflammés de Bellonne
Ne redoutez plus les rigueurs,
Au fond de la nuit éternelle
Foudroyant fa ligue cruelle ,
Il a fçû brifer fes Autels :
Ceffez de répandre des larmes ,
Banniffez de vaines allarmes ;
Louis rend la Paix aux mortels.
Mais quel fpectacle ici s'apprête ?
Suis -je donc au féjour des Dieux ?
La foudre éclate . & fur ma tête
Je vois ferpenter mille feux,
La flamme , qui dans l'air s'élance,
Forme une agréable nuance ,
Que mon oeil admire , furpris
Et des étoiles petillantes ,
Des foleils , des gerbes brillantes ;
S'échappent de la main des ris.
***
Quelle eft ta divine puiſſance
Déeffe aimable des plaifirs ? **
Les Feux d'artifice.
** Les Concerts & divertiſſemens.
22 MERCURE DE FRANCE.
Charmante Paix , que ta préſence
Offre d'attraits à nos defirs !
Déja Terpficore exilée ,
>
Dans ces lieux par toi rappellée ,
Signale ton heureux retour
Et fon éloquente harmonie
Paye à ta douceur infinie
Le vrai tribut de fon amour,
Roi puiffant , ton bras nous procure
Ce calme , objet de nos ſouhaits :
affüre C'eft ta bonté qui nous af
Ces jours charmans & pleins d'attraits.
Toujours Maître de la victoire ,
Tu pouvois étendre ta gloire
Par ta valeur & tes guerriers ,
Mais dreffant de plus beaux trophées
Sur les difcordes étouffées ,
Tu joins l'olive à tes lauriers.
Qu'ils font charmans fous ton empire
Les Deftins dont nous jouiffons !
A notre bonheur tout conſpire ;
Nous comptons nos jours par tes dons-
Sous tes loix les Beaux Arts fleuriffent ,
A l'envi tes peuples uniffent
MA'R S. 1749. 21 .
La fageffe aux plaifirs parfaits,
Et dans une heureuſe abondance
Au fein d'une aimable innocence ,
Goûtent le fruit de tes bienfaits.
Que pour la Paix vos chants s'uniffent ;
Mufes ; célébrez fes douceurs ,
Et que vos échos retentiffent
De Louis & de fes faveurs.
Mais non : mieux que votre fuffrage ,
Sa grandeur d'ame , fon courage ,
Ses combats , fes exploits divers ,
Apprendront-par tout fon hiftoire ,
Et porteront plus loin fa gloire
Que ne pourroient faire vos vers.
Par M. Morin
4 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE aux Auteurs du Mercure,
Mau
Effieurs , la réponſe qu'on trouve
au Mercure de Novembre dernier ,
aux queſtions propofées dans le Mémoire
inferé dans le Mercure de Septembre
1748 , à l'occafion du projet d'une mefure
univerfelle , ne contient que des
éclairciffemens , dont des Phyficiens ne
peuvent être fupofès avoir befoin : l'Auteur
de cette réponſe en auroit fenti l'inutilité
, s'il n'avoit pas regardé ces queſtions
en qualité d'objections plutôt que de
confidérations , malgré l'avis préliminai
? & fur tout fi vous n'aviez point retranché
l'indication de l'ouvrage qui eft ſous
preffe , d'où ces queftions font extraites ,
ni la derniere période qui contenoit la
conclufion portée au Tribunal des Sçavans,
Cet Auteur auroit -il imaginé , que propofer
la troifiéme queftion , c'étoit n'être
pas parfaitement au fait de la matiere dont
il s'agit ? La meilleure maniere de le déprévenir
, c'eft de le renvoyer à un ouvrage
où il trouvera la caufe de la péſanteur
exactement dévelopée , & des recherches
folides fur les inductions de fes rapports
avec les ofcillations du Pendule fimple.
Par provifion doit-on lui laiffer lieu
do
MARS.
1749. 25
de fe flater , de n'avoir pas éludé dans fa
réponſe l'état de la queftion , fi le Pendule
à fecondes peut fervir de mefure immuable
, malgré toutes les perfections que M.
de la Condamine eft très capable de donner
à cet ancien projet , qui en reçoit une
bien réelle , en préferant le pendule équinoxial
à tout autre ?
pour tout
Ces questions ont fait affez entendre
par leur expofition , fans attendre les
éclairciffemens qu'on trouvera dans l'explication
du flux & reflux , qu'il n'eſt pas
douteux que ce Pendule actuel pourroit
fervir à une mefure univerfelle
le refte de ce fiécle , à peu près : mais fournit-
il une meſure invariable pour tous
les fiécles ? Afin de l'affirmer , il faudroit
être affûré que fa longueur eft immuable
& que la pefanteur feroit telle , & ignorer
1. que la viteffe de la propagation du
fon dans l'air femble avoir varié , à en
juger par les expériences , qui fans pouvoir
être fufpectes , l'ont déterminée en
differens tems pour l'efpace d'une feconde
à 180 & à 172 toifes ; 2 °. que M. Bouguer
a reconnu , comme on le dit dans les
Mémoires de l'Académie pour 1744 ,
que la pefanteur étoit moindre d'une
douze centiéme partie , fur le fommet ,
qu'au bas de la montagne de Pichincha
B
2
26 MERCURE DE FRANCE.
+
& que la longueur du Pendule fimple à
fecondes y exigeoit en conféquence une
inégalité dede ligne ; 3 ° . que le Pendule
Parifien, qui avoit été exactement déterminé
en fon tems par Meffieurs Picard
& Hugens à trente- fix pouces huit lignes
& demie , ne l'eft depuis plufieurs années
qu'à trente- fix pouces huit lignes quatre
feptiémes dans la connoiffance des tems ,
dont la décifion refpectable eft actuelle
ment expérimentale en feroit- il fur ces
articles , de la part des Mathématiciens
comme des Aftronômes, qui blâment leurs
Précurfeurs fur chaque anomalie qu'ils
découvrent ; qui l'attribuent du moins à
la diverfité des inftrumens , fans vouloir
l'imputer au cours des années , & au méchanifme
du monde ?
C'est donc à un Phyficien , dont le fyftême
du monde & de Phyfique développe
la vraie caufe de la diminution de la pafanteur
, en approchant de l'Equateur , &
en s'éloignant de l'axe de la terre , à mefure
qu'on s'éleve fur les montagnes , d'ap
prendre que non- feulement le Pendule de
Paris , ni du Polaire , ni de l'équinoxial ,
ni de tout autre parallele , n'eft pas plus
immuable avec le cours des fiécles , que la
pefanteur , & que fa propre longueur a
differentes diftances de l'axe de la terre
MARS. 1749 .
ST
fur le même parallele , quand même il feroit
réfident en expérience dans une boëte
fcellée contre un mur ; que par conféquent
il ne peut fervir de mefure univerfelle ,
qu'au plus pour quelques années ; fans
avoir cette prérogative pour tout l'avenir
, en faifant même la fuppofition qu'il
feroit à l'abri de toute altération & de
tout accident c'eft ce qui ne feroit pas
effentiel , ſi l'on en retrouvoit toujours le
talon ou l'original dans le ciel même ,
comme dans le cas de fon invariabilité, attachée
à celle de la pefanteur.
De même que le Pendule, ne fait pas
des ofcillations d'égale durée en un jour
dans les differentes faifons de l'année ( ce
que l'Auteur de la réponſe traite de claufe
équivoque , qu'il a exprès retranchée dans
la quatriéme queftion pour la rendre plus
imple & plus claire ) un Pendule réfident
pour battre exactement les fecondes à
l'Obfervatoire , par exemple de Paris ,
aura befoin avec un laps de tems ( confidérable
à la vérité , ) d'une modique variation
dans fa longueur primitive , qui
fera proportionnelle à la variation contin
gente graduellement dans la pefanteur.
Il faudroit être bien prévenu en faveur
du fyftême de Newton , pour croire qu'il
n'y auroit que la rencontre d'une Cométe,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
qui pût altérer fenfiblement les loix de la
pefanteur fur la terre ; la Religion & lą
faine Phyfique , de même que l'expérience
de tous les fiécles précédens , & la connoiffance
de la nature & du cours des
Cométes , peuvent- elles permettre de croire
ce cas poffible Leur cours eft trop bien
réglé , comme celui de tout Aftre , & le
méchantme du monde et trop digne de
fon Auteur , infiniment fage & tour- puiffant
, pour craindre qu'une Cométe , en
venant heurter notre Globe , produiroit
des changemens , tels que perfonne n'y
pourroit plus regretter la perte de la mefure
du Pendule.
Comment donc la gravitation de l'atmofphére
peut-elle changer fur les mers
d'une maniere fi périodique & fi merveilleufe
en des tems réglés , fans varier d'une
maniere fenfible fur les continens & fur
Les folides ? C'eft à la nouvelle explication
du flux & reflux , dont l'impreffion s'avance
, d'expofer & d'expliquer ce Phénomene
dans toutes fes circonftances , & celles
même qui ont été le plus diffimulées &
déguifées mais comment la pefanteur ,
fous l'équinoxial même , par exemple ,.
pourroit- elle changer relativement au
cours des fiécles ? Qui fera changer l'étar
du Ciel par la poſition de la terre ? C'eſt
MARS. 1749 29
encore au fyftême folaire de Coſmographie
& de Phyfique de l'enfeigner. L'at
tente ne fera pas longue , fuppofé que par
provifion on ne veuille l'apprendre dans
Î'Analyſe raiſonnée de ce fyftême moderne
, dont la lecture a dû paroître plus
qu'indifferente , dès qu'on aura lû dans le
Mercure de Janvier 1748 , par une erreur
contradictoire dans fa propre expreffion ,
que ce fyftême favorise l'immobilité de la
terre , & en même tems l'hypothèſe aſtronomique
de Thalés.
Cependant il s'en faut bien , puifque ce
fyftême , qu'en l'un & l'autre genre on
peut caractérifer de folaire , attribue à la
terre trois mouvemens combinés , en rotation
d'Occident en Orient , en regref
fion pour la direction de fon axe & de fon
équateur contre l'ordre des Signes , & en
progreffion pour fa tranfpofition directe ,
mais fort lente , en une orbite concentrique
, avec l'orbe immuable que le Soleil
parcourt en un an fous le nom de l'Ecliptique
: cette orbite , où la terre n'avance
par an que d'un arc de vingt fecondes ,
quatre tierces , dix quartes , trente- cinq
quintes , dont eft l'élongation de l'apogée
folaire fur l'anticipation des Signes du
Zodiaque à l'égard des Signes de l'Ecliptique
, n'a qu'un rayon de la même éten-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
due
quel'excentricité du Soleil , & coupe
Ecliptique diamétralement fous un angle
de trois dégrés , ou bien de trois dégrés
trente- cinq minutes , vingt fecondes , afin
d'adopter l'opinion de Kepler fur la variation
poffible de l'Equateur avec l'Ecliptique.
Cette orbite fera cenfée elliptique , fi
l'excentricité du Soleil eft variable ; finon
elle doit être reconnue circulaire comme
l'Ecliptique , & dans ce fecond cas la pefanteur
doit varier beaucoup moins que
dans le premier. C'est donc une premiere
queftion à éclaircir , fi l'excentricité du
Soleil change . Elle eft annoncée dans la
Connoiffance des tems de 374 demi- diamétres
terreftres ; & elle eft démontrée par
trois Cartes dans l'Analyſe raiſonnée du
Systême moderne . Mais cette démonftration
, & l'autorité de ce Journal , n'établiſfent
que fon exiftence , & n'empêchent
point de douter pour & contre la variabilité
: fi jamais elle eft reconnue variable
d'une maniere un peu fenfible , en même
tems on éprouvera. des indices frappans
que la pefanteur à proportion aura varié ;
inais quand même cette orbite , au lieu
d'être une ellipfe , feroit un cercle comme
l'Ecliptique , fi fe nouveau fyftême Cofmographique
& le fyftême Phyfique de
MARS.
32 1749.
l'électricité font conformes à l'ordre de la
nature , on doit prévoir dans la pefanteur
des changemens , qui feront feulement
moins confidérables & plus lents .
Il est conféquent dans l'un & l'autre
fyftêmes , indiviſibles & inféparables , 1º.
que la Terre , en s'éloignant du noeud af
cendant de fon orbite , par lequel elle a
dû paffer en 1734 , où l'obliquité, de l'Equateur
avec l'Ecliptique étoit en fon plus
grand décroiffement , & en s'approchant
de fon abfide fupérieur , auquel elle n'arrivera
qu'en 10140 ans , à compter de
cette datte , acquiert infenfiblement une
pofition , qui pourra & devra faire paroître
l'excentricité du Soleil un peu differente
à fon égard , quoique fon cours annyel
foit invariable dans l'Ecliptique , &
quand même l'orbite terreftre feroit auffi
exactement circulaire que cet orbe folaire
, parce qu'elle en coupe le plan , bien
loin de lui être parallele , comme concentrique
. 2 °. Qu'à proportion de la déclinaifon
, qu'en conféquence la Terre acquerera
à l'égard du plan de l'Ecliptique ,
qui augmente chaque année du finus d'un
arc de quarante -fept tierces à peu près ,
la pefanteur doit infenfiblement varier
d'une partie proportionnelle , qui eft auſſi
modique , que la lenteur de cette varia-
Bij
32 MERCURE DE FRANCE
tion eft extrême , mais dont le change
ment , bien que très - petit dans la longueur
du Pendule Parifien , fournit une
preuve actuellement expérimentale . M. de
Mairan en feroit un excellent Juge , comme
bien éclairé & exercé.
A Paris , ee 19 Décembre 1748.
VEPARARARAYO GAEDED YDEDED
LE TRIOMPHE
DE LA PAIX.
Applaudis , Europe étonnée ,
Aux impénétrables fecrets ,
Far qui la difcorde enchaînée
Voit foudain rompre tous les traits.
Tranquille au milieu de l'orage ,
Louis le brave avec courage :
Germains , il prévient vos fouhaits ;
François , il veille à notre gloire ;
Le plus beau droit de la victoire ,
C'est d'être arbitre de la Paix .
Par une alliance durable ,
Tous les interêts confondus ,
En rendront le noeud formidable
A tous les peuples éperdus.
MARS.
3X 1749.
Beaux Arts , que la Paix vous réveille ;
Fixez fes regards careffans :
LOUIS veut bien prêter l'oreille
A vos prodiges renaiffans.
Depuis les Monts Hyperborées
Jufques aux brûlantes contrées ,
Cherchez des fecrets inouis
Par les progrès qui vont éclore , 】
Que notre fiécle foit encore
Celui d'AUGUSTE & de LOUIS.
Doux fruits d'une paix defirée
Que nos coeurs n'ofoient efperer ,
Les jours de Saturne & de Rhée.
Viennent encor nous éclairer.
L'ambition & l'artifice ;
Jadis au gré de leur caprice ,
En troublerent les fages loix ;
La bonne foi , long- tems bannie ,
Eft aujourd'hui le feul génie
Qui préfide aux Traités des Rois
Paix folide, autant que durable ,
Vous n'amollirez point nos coeurs ;
inaltérable
De ce repos
Rien ne corrompra les douceurs.
By
34 MERCURE DE FRANCE
Toi , Religion adorable ,
Dont Louis protége les droits ,
Grave le récit mémorable
Des triomphes que tu lui dois.
Toujours guidé par la clémence ;
D'une redoutable vengeance
Il craignit de lancer les traits ;
Defirant appaifer la guerre ,
Il a voulu calmer la terre ,
Et rendre à fes peuples la Paix.
Que tous fes Sujets applaudiffent
Aux tributs d'éloge & d'amour ,
Dont tous les climats retentiffent
Où commence & finit le jour
Qu'au fein de cette Paix profonde ,
Ses jours pour le bonheur du monde
Egalent fes bienfaits divers :
;
Des Héros digne récompenfe ,
Le grand Saxe eft cher à la France ;
Et Louis l'eft à l'univers,
Par A. M. Le Fevre , Prêtre,
MAR S. 1749.
35
洗洗洗洗洗菜洗洗洗洗洗洗:洗
PENSEES MORALES.
Ourquoi murmurer contre l'adver
fité ? La Religion s'en fert pour nous
éprouver ; la raifon pour nous faire juger
plus fainement , la volupté pour nous rendre
plus fenfibles.
Sçavoir la Mufique , c'eft un mérite de
plus , fi l'on a de l'efprit. Si l'on n'en a
point , ce n'eft qu'un fupplément .
Le vice ne pouvoit mieux décréditer la
vertu , qu'en en prenant les apparences .
Une volupté rafinée demande peu , le
défordre demande beaucoup.
Attendons - nous à tout ; je défie la forrune
de nous abbattre , & la mechanceté des
hommes de nous allarmer.
Les yeux & les defirs , fources fécondes
d'erreurs oppofées ! Si l'objet eft éloigné ,
ceux- là le diminuent , ceux-ci le groffiffent.
Quelque envie qu'un homme ait d'être
foué ; s'il a du bon fens , le louer avec excès
, c'eſt le moyen de le corriger .
L'efperance rend l'homme prodigue , la
crainte le rend avare.
Commettre des fautes , c'eft être hom
me penfer à s'en corriger , c'eft être rai
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
fonnable les réparer , c'eſt être honnêtehomme
: vouloir les commettre de nou
veau , c'est être vicieux : s'en applaudir ,.
c'eft être fol.
"
>
On eft étonné qu'un homme de bon
fens foit moins content de fon efprit
qu'un fot ne l'eft du fien ; celui-là voit ce
qui lui manque , celui- ci ne s'en apperçoit,
point.
D * ... vient d'être élevé à un grand
emploi ; s'il eût reconnu qu'il devoit le
refufer , il l'auroit du moins un peu mérité.
M. de... vient d'être fort admiré ; que
fert- il de mériter de l'être , quand on a un
Panégyrifte éloquent ?
Les vieillards ne font qu'eftimés ; il faut
être complaifant pour être aimé.
S*, & B*. font parfaitement connus de
Lifee ; l'un en dit beaucoup de bien , l'autre
en dit beaucoup de mal ; lequel eft le plus
politique ?
A Paris , ce 28 Janvier 1749.
A. N. S. D.
MARS. 1749.
37
AZARAKAYDEDEDEDEDED EDIDIA
LES adieux de M. Roi , fils , au R. P. de
la Tour , Principal du Collège de Louis
Le Grand.
P Aifible Souverain , qui fous votre puiffance
Tenez tant de Sujets , & tous dans leur printems ¿
De vos leçons la féconde influence
Nourrit en eux le germe des talens ,
Qui doivent foûtenir , ou décorer la France :
Daignez agréer les effais
D'une jufte reconnoiffance
Et puiffe l'avenir connoître à nos fuccès
La main qui forma notre enfance .
L'augufte Rejetton des Rois * •
Ce rapide Vainqueur , ce Héros avant l'âge ,
De Célar ,fous vos yeux , avoit lû les exploits ,
Et bientôt du Romain égalant le courage ,
Des Alpes , comme lui , força l'affreux paffage.
Nous autres Citoyens , deſtinés à remplir
Une carriere moins brillante ,
Nous apprenons de vous à l'annoblir ,
A joindre à nos travaux une vie innocente :
Enfans de la Patrie , elle a fur nous des droits ,
Et nous parle par votre voix ,
* S. A. S. M. le Prince de Conty.
38 MERCURE DE FRANCE.
Heureux ,fi nous pouvons répondre à fon attente
Un Pere dès long- tems connu par des écrits ,
Dont les faveurs du Prince ont relevé le prix ,
Apperçut les rayons d'une célefte flamme
Dans ce Temple des Arts , où vous m'avez ad+
mis
;
Ses Maitres font pour lui de précieux amis
Vos foins ont achevé de pénétrer mon ame
Des mêmes fentimens qu'un Pere m'a tranſmis,
EPIGRAMME
De M. Roi , Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel , fur Catilina.
Si Quinaut vivoit encor ,
Loin d'ofer toucher ſa lyre ,
Je ne me ferois pas dire
De prendre ailleurs mon effor :
Ufurpateurs de la fcéne ,
Petits bâtards d'Apollon ,
Attendez que Melpomene
Soit veuve de Crebillon
MARS. 1749% 32
AUTRE du même.
Contre les mauvais Critiques de Catilinas
UN jour tout le peuple Pigmée į
De taille au- deffus de fourmi ,
Sur le bon Hercule endormi
Vint s'afflembler , en corps d'armée
Tout ce camp , d'aiguillons muni ,
A le picoter s'évertue,
Que fait Hercule ? Il éternue ,
Et voilà le combat fini ,
Son Alteffe Electorale l'Archevêque do
Cologne ayant fait demander à M. Roy
le Recueil de fes ouvrages , imprimés en
1727 ; dont il nefe trouve plus d'exemplaires
chez les Libraires , M. Roy les lui
envoya avec ces vers.
PA
Ar l'amour des beaux Arts votre Alteffy
guidée ,
Sur la foi des bienfaits dont m'a comblé mon Roi ,
Sans doute aura conçu de moi
Une trop favorable idée.
f'apprends que vous voulez en juger par vos yeux
Que cet ordre m'eſt précieux ! .
8 MERCURE DE FRANCE.
S'offrir , & s'annoncer , porte un air d'affûrance ¿
L'hommage , qui nous fied le mieux ,
Eft celui de l'obéiffance.
Nos Souverains font grace aux talens nés chez
eux :
Aux talens étrangers on ne fait que juftice .
A quel péril mes vers me vont- ils expofer ,
Si par quelque regard propice ,
Prince , vous ne daignez les naturalifer'?
L'HOROSCOPE.
CANTATE du même.

Pour Mlle de Soubize. Ouvrage mis en Mufique
par Mile Mars , exécuté devant
la Princeffe , le 21 Novembre 1748.
U Ne illuftre Princefle , objet de notre zéle ;
A la clarté céleſte à peine ouvroit les yeux ,
Que le Deftin , propice au fang des demi- Dieux,
Annonça les fuccès qu'il préparoit pour elle ,
Et tout ce qui la rend digne de fes ayeux.
Les graces d'une main legere
Formeront fes premiers ans ;
Elle plaira dès le tems >
Où l'on fonge le moins à plaire.
De la raifon & des talens
MARS. 1749:
41
Elrez les foibles mortels les progrès font trop lents)
Mais chez elle ils devançent l'age :
Muſes , vous faifirez ces précieux momens ;
Avide de leçons , fourde aux amuſemens,
Elle abregera votre ouvrage.
Le fexe a gémi long- tems
Dans un loifir inutile
;
Pour lui l'étude eft fertile
En folides agrémene.
Loin cet encens dangereux ,
Que la beauté nous attire ,
Les talens ont un empire
Plus durable , & plus heureux.
Mais bientôt ſur vos pas vont éclore les fleurs
Dans une route nouvelle ,
Et le féjour des honneurs ,
Le Palais des Rois vous appelle.
Allez paroître au grand jour ,
Allez , divine mortelle ;
Vous deviendrez de la Cour
L'ornement & le modéle.
L'éclat d'un nom glorieux ,
Le fafte de la richeſſe ,
Attireront tous les yeux ,
Fixez les par la fageffe.
Allez , & c.
42 MERCURE DE FRANCE:
Eux de nos Lecteurs , qui , vivant
dans les Provinces , n'ont point entendu
un Compliment que M. Roy compofa
l'année derniere pour la clôture du
Théatre Italien, & qui fut prononcé par le
Sr Rochard , nous fçauront gré de joindre
ici cette piéce fugitive.
JtUdicieux
Aréopage ,
Azile du difcernement ,
Chez vous tout état & tout âge
Opine , & juge fainement :
Vous voulez qu'un Sexe charmant ,
Qui toujours eut pour appanage
La fineffe du fentiment ,
Avec vous ait droit de fuffrage ,
Tous les ans un nouveau ferment
Nous lie à vous , & nous engage
'Au foin de votre amuſement :
Aujourd'hui j'ajoûte à l'hommage
L'excufe & le remerciment.
Heureux , que fans impatience
Vous laiffiez à l'expérience
Le tems de murir les talems į
MARS.
· 1749.
Heureux , fi nos foins vigilans
Peuvent payer votre indulgence !
Je fçais tout ce que je lui doi ;
L'art étoit tout nouveau pour moi;
11 faut s'y former dès l'enfance ;
Vous avez adouci la loi ,
Et rafluré ma défiance.
Vous favorifez des Acteurs ;
Dès long- tems inftruits à vous plaire
de leurs progrès flateurs
Loin que
S'éleve un eſpoir téméraire ,
D'eux- mêmes rigoureux Cenfeurs ,
L'étude leur devient plus chere.
Pour réparer ce que les ans
Peuvent nous ôter d'agrémens
C'eft la reffource néceffaire .
Je fuis député près de vous
D'un peuple plus libre que nous ,
D'un peuple amoureux de la gloire
Que vous feuls pouvez difpenfer.
Eh ! quel titre vaut la victoire
careffer D'un Auteur que peut
L'accueil d'un fi bel Auditoire !
Voilà le Temple de Mémoire ;
Vous feuls avez droit d'y placer,
44 MERCURE DE FRANCE .
Nous fçavons quel péril menace
L'épreuve des jeunes Auteurs ;
Faut-il redoubler leurs frayeurs ,
Leur demander avec audace ,
S'ils ont quelque nom au Parnaſſe ,
Ou quelques bruyans Protecteurs ?
N'aurions nous pas mauvaiſe grace
D'étouffer les germes des fleurs ?
Que les Mufes font journalieres!
On voit profpérer tels effais ,
Et du fiécle on voit les lumiéres
S'éteindre après bien des fuccès .
Pour la gloire de nos Spectacles
Nous fouhaitons votre équité ,
Autant que de tous vos oracles
Nous refpectons l'autorité.
Rivaux , fans envie & fans haine ,
Des jeux qu'offrent à vos loifirs
Et Terpficore & Melpomene ,
Nous fçavons regler nos défirs...
Puiffe la Scéne , plus féconde
Rendre tous les talens du monde
Tributaires de vos plaifirs
Par M. Roy.
MARS. 1749:
45
OBSERVATIONS fur quelques fingularités
de l'Hiftoire Naturelle , qui font
au lieu de la Roquette , près de Caftres:
Par M. Marcorelle , de l'Académie Roya
le des Sciences , Infcriptions & Belles- Lettres
, de Toulouse , Correfpondant de
celle des Sciences de Paris.
U
Ne des parties les plus utiles & les
plus curieufes de la Phyfique eft
l'Hiftoire Naturelle . Les obfervations, qui
peuvent la perfectionner , font fi intéref
Lantes , que les Académies des Sciences &
Les Journaliſtes ont grand foin de les inférer
dans leurs Recueils, Ces raiſons m'ont
déterminé à en faire quelques - unes fur les
fingularités qui font au lieu de la Roquerte
près de Caftres , & principalement fur
un Rocher qui tremble , fi l'on en croit le
préjugé vulgaire , lorfque le moindre yent
agit fur lui , ou qu'une légere force lui eſt
communiquée , & qui devient immobile ,
une plus grande lui eft appliquée. Par
les faits rapportés dans ce Mémoire , &
que j'ai obfervés de concert avec un ami
fort connu dans la République des Lettres,
j'établirai quelles font les propriétés que
le Rocher, qui tremble, a réellement, Quoi26
MERCURE DE FRANCE.
que dépouillé d'une partie de fon merveilleux
, il ne laiffe pas d'être frappant en luimême
, & digne de l'attention d'un Phi
lofophe.
Ce rocher n'eft pas le feul auquel on
ait attribué la proprieté de fe mouvoir &
de trembler , lorfqu'une force lui eft appliquée
. Pline parle dans fon Histoire Natu
relle d'un femblable rocher , fitué près
d'Harpau , Ville de la Carie , dans l'Afie
Mineure , que l'on comptoit de fon tems
parmi les plus grandes merveilles de la
Nature.Baptifte Porta en fait auffi mention
dans un de fes ouvrages . Celui dont il eſt
aujourd'hui queſtion , eft vulgairement appellé
par les gens du Pays le Roc qui tremble
; il eſt diſtant de Caftres d'environ une
lieuë , & fitué au Nord-Eft de cette Ville ;
il eft placé au lieu de la Roquette , ainfi
nommé à caufe de la multitude des rochers
qui y font tumultueufement difperfés. Parmi
ces rochers énormes,dont les angles extérieurs
font arrondis , on en voit qui font
rompus & difloqués , pour ainfi dire , par
quartiers , les uns inclinés à l'horifon , &
les autres pofés dans une fituation paralle
le , felon la nature & la difpofition des
terres qui leur fervent d'appui . Ces roches
font cultivées ; on y met par deffus,
une couche de terre , de l'épaiffeur de cinq .
MARS. 1749: 47

à fix pouces , on y plante enfuite des feps
de vigne , & bientôt après ils produifent
d'excellens vins. Indépendamment de cet
avantage que l'on retire de ces roches , on
s'en fert encore pour en faire des meules
de moulin, des auges & des pierres à foyer,
On les employe auffi à la bâtiffe , à laquel
le elles font très - propres à caufe de la du
reté de leur grain.
*
Dans le même lieu de la Roquette , &
au pied de la montagne où eft le roc qui
tremble , on trouve la Grotte de Saint Dominique.
Elle a 28 pieds de long , fur 10
pieds de largeur moyenne & 15 pieds de
hauteur. L'entrée eft une ouverture irréguliere
de 4 ou 5 pieds de hauteur , fur z
ou 4 de large ; elle eft , comme l'on voit ,
fort baffe , & pour y paffer il faut fe cour
ber , mais dans l'inftant on peut fe redreffer
, & on s'y trouve au large. L'intérieur
reffemble à un falon affez vafte . Le deffus,
qui eft en voûte en berceau , & les côtés ,font
formés par des maffes énormes de roches
dégarnies de terre , & qui ne fe foutiennent
entre elles que par leur feul contact
mutuel. On y voit clair par tout à cauſe
de deux ouvertures qui font au- deffus , &
dont l'une eft à la droite & l'autre à la
gauche. Le pavé , qui eft irrégulier & raboteux
, eft formé par des rochers entaflés
48 MERCURE DE FRANCE.
les uns fur les autres , qui laiffent entre
eux plufieurs crevaffes de huir pieds de
profondeur , entre lefquelles coule un
quiffeau. On dit que cette Grotte fervoit
d'afile à S. Dominique , lors de la perfécution
des Albigeois , & qu'il s'y réfugioit ,
pour y inftruire le peuple. On y fait voir
encore une espece de Chaire , & ceux du
pays y montrent , comme un prodige , une
efpece de Bénitier dans lequel il y a toujours
de l'eau ; le merveilleux de ce dernier
effet difparoîtra , lorfque l'on fçaura
que l'eau découle de toute part dans cette
Grotte.
Au fond , il y a une ouverture , femblable
à peu près à celle qui eft à l'entrée . Par
là on pénetre dans les caves fouterraines
qui ont 7 à 800 toifes de longueur , fur
10 à 12 de largeur, & environ 30 pieds de
hauteur. Comme elles ne reçoivent point
de jour , on ne peut les voir qu'avec le ſecours
de flambeaux de poing ; elles font
formées par un tas de rochers ,qui ont pref
que tous la figure d'un fphéroide allongé ;
ils font rangés de façon qu'ils forment une
voûte qui paroît être l'effet de l'art , plutôt
que celui de la nature. Ces rochers
énormes , dont quelques-uns ont juſqu'à
deux toifes de diamètre , ne font unis par
aucun men t ; ils font au contraire dégar
nis
MARS. 1749. 49
·
nis de terre de tous les côtés, & ils ne fe foutiennent
que par leur contact. La chaîne
qu'ils forment, vûe en dehors , eft un fpectacle
qui frappe. Elle fuit la pente des montagnes
qui font au voifinage , & elle en imite
fenfiblement la chûte. Sous ces voûtes ,
qui s'élevent en s'éloignant de la Grotte ,
coule un ruiffeau qui fait un bruit affez
confidérable , & dont l'eau , qui eft en petite
quantité , a alfez de vîteffe pour mettre
en jeu des moulins à bled , lefquels font
au voisinage de la Grotte.
S'il étoit néceffaire d'affigner une cauſe
à l'arrangement fingulier de ces rochers
il feroit aifé d'en imaginer plufieurs , ou
dans la formation même du Globe que
nous habitons , ou dans le changement
univerfel arrivé lors du Déluge , ou dans
les autres changemens , qui quoique l'effet
d'une caufe infenfible , deviennent cependant
très-grands après une longue fuite
d'années ; mais comme on ne formeroit làdeffus
que des conjectures , il faut les abandonner
pour ne s'occuper que du roc qui
tremble. Il eft le plus élevé de tous ceux
qui paroiffent à l'entour de la Roquette.
Sa fituation eft près du faîte & fur le penchant
de la montagne qui regarde le Levant
; il eft placé fur le bord d'un gros rocher
qui fort de deffous les terres avec une
C
50 MERCURE DE FRANCE..
pente d'environ fix pouces du côté du penchant
, vers lequel il eft coupé à plomb audeffous
d'un petit arrondiffement,
Le roc qui tremble, eft d'une figure irré
guliere , il approche beaucoup de celle
d'un ceuf aplari qui porte fur le petit bout ;
fa plus grande circonférence , qui eſt vers
les deux tiers de fa hauteur , eft de 26
pieds ; fa plus petite , qui eft à la baze , eſt
de 12 , & fa hauteur eft de 11 pieds , ce
qui fait un folide de 360 pieds cubes, dont
le poids eft de plus de 600 quintaux . Il
eft placé à un des angles du rocher qui
lui fert de bafe, fi près du bord, que fa circonférence
inférieure n'en eft éloignée
que d'environ un pied & demi , & qu'un
aplomb , qui pafferoit par les endroits du
roc les plus avancés , tomberoit au-delà
de celui qui lui feṛt de baſe .
On a déja remarqué que la figure du rocher
eft à peu près celle d'un oeuf aplati,
A caufe de cet aplatiffement, les diamétres
de fa baſe font inégaux , & elle eſt
convexe , fibien qu'aux extrémités du plus
grand diamétre , il s'en faut de 8 pouces
qu'elle ne touche le rocher fur lequel elle
eft placée , mais le rocher appuye fur toute
la longueur du petit diamétre. Cette pofition
d'une maffe de roche d'un fi grand
poids & d'une fi grande hauteur , dans un
MARS . 1749.
SI
penchant où elle n'a prefque d'autre point
d'appui qu'une ligne , n'eft pas la partie du
phénoméne la moins digne d'attention .
>
La nature de la pierre , dont ce rocher
eft formé paroît fort dure & fort compacte
; on dit communément dans le Pays
qu'il eft compofé de fidobre : fidobre elt
un terrein près du lieu de la Roquette
où l'on trouve quantité de rochers qui
ont la figure de certains animaux. Quel
que dur cependant que foit le rocher ,
les curieux & les étrangers , qui font allés
de voir , y ont gravé des caracteres , dont
il ne m'a pas été poffible de découvrir
le fens , quelque combinaifon que j'en
aye faite. Un Particulier du lieu de la
Roquette , & dont une des principales
occupations eft de fervir de guide à ceux
qui vont voir le roc tremblant , m'en donna
l'explication qu'il tenoit de fes ayeux ,
& qui s'étoit tranfmife fucceffivement des
peres aux fils , comme une portion de leur.
patrimoine : il dit d'un ton de Législateur ,
que les lettres gravées fur le rocher conte
noient deux infcriptions en Langue Italienne
; l'une exprimée par ces termes , Il
più alto è quel che teme , eft une réflexion
morale fur les dangers où font exposés ceux
qui fe trouvent placés dans les poftes les
plus élevés ; ils font dans une crainte conti-
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE.
nuelle , ils tremblent toujours ; l'autre conçue
en ces mots , Cofi almen ti moveſſi, ô dura
Phili , renferme les fouhaits d'un amant ,
pour que fon amante puiffe être émue auffi
facilement que ce roc qui tremble .
Ces réflexions morales & galantes ont ,
comme l'on voit , pour ame le tremblement
du rocher , qui eft fans doute ce qu'il
a de plus furprenant & de plus digne de
l'attention d'un Phyficien : il n'eſt
pas moins
remarquable en effet , que celui du pilier
branlant de l'Eglife de Reims . Si cette
derniere merveille a été en 1717 le fujet
des réflexions du Czar Pierre I. l'autre
a attiré les regards & a intéreffé la curiofité
de S. A. R. M. le Duc d'Orleans , Régent
du Royaume. Ce Prince , qui avoit un
goût naturel pour les Sciences les plus éle
vées , donna des ordres en 1718 , pour
qu'on lui envoyât le plan du roc tremblant ,
avec un détail de toutes les particularités
qui pouvoient fervir à le caractériſer ;
le fameux pilier branlant de Reims , ſuivant
les obfervations qui m'en ont été
communiquées , s'agite au mouvement de
celle de quatre cloches , qui eft exclufivement
en poffeffion de le mouvoir, & il refte
immobile au branle des autres cloches fufpendues
à la même tour méridionale . Le
mouvement qu'il exerce , ne fe fait point
MARS .
53 1749..
par
maniere de fecoufle ; c'eft un bercement
doux , s'il eft permis de parler ainfi , d'Orient
en Occident , & qui fuit la direction
& le tems du mouvement de la cloche
privilégiée. Je ne rapporterai point les expériences
& les differentes recherches qui
ont été faites à ce fujet , on peut en voir
un détail très- circonftancié dans le Specta
cle de la Nature . L'ingénieux Auteur de
cet Ouvrage a raffemblé celles qui pouvoient
fervir à éclaircir ce fait , & il publie
lui- même qu'il en eft redevable à Dom
Jean Garreau , Religieux Benedictin , qui
les lui communiqua en 1708 il réfulte
de l'explication qu'il en donne , & qui eft
bien capable de fatisfaire tous les efprits :
que le merveilleux ne confifte que dans
le poids , l'élévation , la direction du branle
de la cloche, dans la ftructure & la grandeur
du béfroi , & dans le maffif de la tour, & fa
liaifon avec le mur collatéral , auquel le pilier
branlant eft adhérent par le bas.
Comme ces circonftances ne fe rencontrent
point dans le mouvement du rocher
oviforme, & qu'on y en trouve au contraire
de bien differentes , tâchons de raffembler
celles qui peuvent nous conduire à la véritable
caufe ; le grand fecret pour y arriver
, eft de n'envifager précisément que
les cas où il en entre le moins.
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Il eft conftant que le rocher fe meut
vifiblement , & d'une maniere fenfible ,
lorfqu'une certaine force lui eft appliquée
du Midi au Nord ; une expérience plufieurs
fois réitérée le prouve évidemment : on
appuye un bâton ou quelque autre corps ,
près de ce rocher du côté du Midi , on
lui donne quelques fecouffes , il fe meut
& il exerce des vibrations & des balancemens
; ces balancemens & ces vibrations
font que le bâton , ne fe trouvant pas continuellement
appuyé , tombe par dégrés fur
la bafe du rocher. Cependant toute force
n'eft
fuffifante pour
pas
le mouvoir ; celle
par exemple , qui feroit moindre que la
force ordinaire d'un homme , ne lui cauferoit
point un ébranlement fenfible. Des
obfervations atteftent ce fait , qui détruit
l'opinion commune , qui veut que le mouvement
le plus léger , le vent , le faffe .
mouvoir un feul homme toucha ce rocher
légerement , & n'y appliqua pas toute la
force du corps ; alors il refta immobile ,
& il ne commença de fe mouvoir , qu'après
qu'il lui eût donné fucceffivement plufieurs
fecouffes quatre perfonnes agiffant de
concert , & en même tems , ne purent pas
auffi à la premiere impulfion lui caufer
le moindre ébranlement : le vent ne fut
pas capable non plus de lui communiquer
MARS. 1749.
55
tin mouvement fenfible . Un vent de Sud-
Eft qui regnoit dans le tems des obſervations
, & d'une maniere fi violente que
les Obfervateurs avoient peine de réfiſter à
fes fecouffes, ne le mût point fenfiblement,
quoique ce vent foufflât quafi dans la direction
dans laquelle le rocher exerce fes branlemens
il eft vrai que lorfqu'il eft une
fois en mouvement , une action très légere
fuffit pour le lui conferver, & c'eft peut -être
ce qui a donné lieu aux erreurs que l'on
vient de détruire .
La propriété de trembler par l'impreffion
de la plus légere force , n'eft pas la feule
que le vulgaire attribue au rocher : pour
augmenter la merveille , il lui en donne
gratuitement une autre , qui femble oppofée
& tout-à-fait contraire à la premiere ;
c'eft de ne trembler point & de refter
immobile , lorsqu'une plus grande lui eft
communiquée : de nouvelles expériences
ont encore détruit cette idée , & ont enlevé
au rocher une autre partie de fon merveilleux
: le roc n'a commencé de fe mouvoir,
que lorfqu'un homme y a appliqué prefque
toute la force ; & lorfque plufieurs le pouf
ferent à la fois , & avec toute la leur ,
il remua de la même maniere qu'il s'étoit
temué , lorfqu'une feule perfonne y avoit
appliqué la fienne : ces dernieres obfer-
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
vations qui détruifent une partie du merveilleux
, que l'ignorance où la prévention
attribuoient au roc tremblant , font autant
intéreffantes & auffi précieufes que celles
qui établiffent fon tremblement. On fert
également le Public , foit qu'on le défabuſe
des fauffes merveilles , foit qu'on lui apprenne
les véritables.
Il reste donc pour conftant que le vent,
ou qu'une trop légere action , ne fuffit pas
pour mouvoir le rocher oviforme ; qu'il
ne fe meut que lorfqu'une certaine force.
lui eft appliquée , & qu'il fe meut auffi ,
quoique la force imprimée foit égale à celle
de plufieurs hommes . Ce rocher exerce toujours
fes balancemens quafi du Septentrion
au Midi , dans une direction perpendi
culaire à la coupe de la pente du rocher
fur lequel il eft aflis : fes balancemens font
actuellement tels , que le Bord de la baſe
fe fouleve de trois lignes , fa cime parcourt
environ un pouce à chaque balancement ,
il fait fept ou huit vibrations fenfibles ,
après lefquelles il perd prefque tout le mouvement
qui lui a été communiqué , & il
revient dans fon premier état .
Ces faits expofés , il reste à expliquer
comment un homme peut agiter fenfiblement
une maſſe auffi énorme , & pourquoi
cette même maffe , quand elle eft une fois
MARS: 1749.
57
en mouvement , continue enfuite fes
vibrations pendant quelque tems. C'eft
à ces deux points que fe réduit toute la
queftion. Pour en donner une folution fatisfaifante
, je ferai ufage de quelques principes
inconteſtables ; & pour plus de clarté,
je les expoferai d'avance dans leur fimplicité
naturelle , l'explication que nous cherchons
, en découlera d'elle-même.
1º. Tous les corps durs ont une élasticité
fenfible , & un reffort qui agit , lorsqu'ils fe
choquent ; c'eft par-là qu'ils font pouffés en
même tems qu'ils pouffent les pierres
jouiffent de cette propriété générale , un
éclat de pierre réfléchit , lorsqu'il a étéjetté
contre une autre pierre.
2. Un corps pefant n'eft plus foutenu ,
lorfque la ligne à plomb qui paffe par fon
centre de gravité , tombe en dehors de la
partie de la baſe fur laquelle il appuye ;
ce cas arrive toutes les fois qu'un corps
fe meat , fans qu'on y applique aucune
force .
3°. Deux forces font en équilibre , fi
elles font en raifon réciproque de la longueur
des bras du levier auquel elles font
appliquées. ·
4°. Un corps qui peut rouler , cede à la
force la plus légere , fi fon centre de gravité
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
eft à plomb du point ou de la ligne qui lui
fert d'appui.
5.Si le centre de gravité n'eft point dans
le plan perpendiculaire qui paffe par la ligne
d'appui , la force néceffaire pour mettre
le corps en mouvement eſt égale à ſon
poids multiplié par cette distance.
Le premier de ces principes eft fondé ſur
l'expérience , les autres fuivent les loix de
la Méchanique , & ils font tous avoués de
tous les Phyficiens ; il ne fera pas difficile
d'en faire l'application aux faits que nous
avons rapportés.
Le rocher oviforme , dans fa fituation
ordinaire , appuye fur une ligne qui va du
levant au couchant , & fur quelques éminences
de fa baſe qui l'empêchent de fe
renverfer ; dans cette pofition , fon centre
de gravité , lorfqu'il eft en repos , eft dans
une verticale qui paffe entre cette ligne &
ces éminences .
Si on pouffe le roc vers le Nord avec:
une force fuffifante , fa cimę s'avance de
ce côté d'environ un pouce , fon centre
de gravité parcourt alors par conféquent
peu près un demi pouce de chemin :
abandonné à lui- même , il exerce une direction
toute oppofée , & il revient vers
le Midi ; il s'enfuit donc que lorfque fon
à
MARS. 1749% 5.9
centre de gravité eft le plus près du Nord ,
il est cependant toujours au Midi du plan
perpendiculaire , qui paffe par la ligne fur
Jaquelle il fe balance ; il faut donc que
le centre de gravité du rocher , quand il
eft en repos , foit éloigné de ce plan de plus
d'un demi pouce vers le Midi.
Les obfervations qui ont été rapportées ,
ont déja fait voir que le poids du rocher
tremblant étoit de plus de 600 quintaux :
ce poids multiplié par plus d'un demi pouce
, qui eſt la diſtance horifontale du poids
au point d'appui , le produit trois cens démontre
que la force capable de faire mouvoir
le rocher , exprimée en quintaux , &
multipliée par le nombre des pouces qui
mefurent fa diſtance au point d'appui , doit
être plus de trois cens : , or le lieu où le
placent ceux qui veulent mouvoir le rocher
, eft éloigné de 75 pouces au plus
au de- là de la ligne fur laquelle il exerce
fes balancemens ; il faudroit donc qu'ils
employaffent , pour le foulever en entier
à la premiere fecouffe , une force fupérieure
å quatre quintaux ; ce raifonnement eft
confirmé par les expériences dont on a
rendu compte.Quatre hommes , agiffant de
concert & en même tems , ne purent pas
mouvoir le rocher à la premiere impulfion
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE
qu'ils lui donnerent , quoique la force avec
laquelle chacun d'eux pouvoit agir , fût
d'environ 100 livres.
Si l'expérience nous a appris que la force
de plufieurs perfonnes agiffant de concert ,
ne fut pas capable de caufer à la premiere
impulfion le moindre ébranlement du rocher
, elle nous a appris auffi que celle d'un
feul homme étoit fuffifante pour le mouvoir
, après plufieurs fecouffes fucceffivement
multipliées , & que lorfqu'il étoit
une fois en nrouvement , il faifoit quelques
vibrations , après lefquelles il revenoit dans
fon premier état. C'eft le dernier fait qu'il
refte à expliquer , en faisant toujours ufage
des mêmes principes.
A la premiere fecouffe , on diminue la
preffion du roc fur fa baſe , & par- là fon
reffort fe débande ; lorſqu'il eſt abandonné
à lui même , il preffe fa bafe avec une nouvelle
force. Ainfi la feconde fecouffe eft
aidée par l'action du reffort , qui tend d'autant
plus à fe déployer , qu'il a été plus
tendu la bafe eft donc plus foulagée à
cette feconde impulfion qu'à la premiere ,
& par conféquent le rocher rendu à luimême
repreffe la bafe avec un nouveau
dégré de force. Par ces preffions fucceffives
, le reffort de la bafe acquiert une nou-
:
MAR S. 6-1
* 1749.
velle action , jufques à ce qu'enfin aidée
d'une nouvelle fecoufte , la force du reffort
mis en jeu foit capable de donner au roc
tout le mouvement que les inégalités de
fa baſe peuvent lui laiffer prendre.Lorsqu'il
eft une fois mis en branle , il continue fes
vibrations & fes balancemens , à cauſe du
reffort de fa baſe , qui a permis à une force
aflez légere de le mettre en mouvement.
Telle eft la caufe du mouvement du rocher
& de fes differens balancemens ; par elle
on rend facilement raifon de fes vibra
tions ', de la maniere dont il les exerce
& de toutes les particularités qui ont été
remarquées. Comme elle n'eft fondée fur
aucune hypothefe , & qu'elle eft déduite
des principes de Méchanique les plus inconteftables
, & des farts vérifiés fur les
lieux , on ne craint point de trop avancer ,
en difant qu'elle a la force de la démonftra
tion.
62 MERCURE DE FRANCE.
V
EPITRE
En profe & en vers , à M. l'Abbé **
Otre aimable lettre m'apprend une
nouvelle bien agréable . Dans peu de
jours j'aurai le bonheur de vous voir & de
vous parler.
Dans un mois notre ami viendra.
Lys & rofes , croiffez fur les monts , dans la plaine
Par où notre ami paffera ;
Zéphirs , préparez votre haleine .
Un fage fans févérité ,
Un Philofophe tendre & plein d'amenité ,
Chez qui l'on ne voit point de ces vertus fardées
Que le moindre enjoûment n'a jamais déridées ;
Un aimable mortel , qui fur l'austére ton
Ne fait point parler la raiſon ,
Viendra dans mon fecret afile ,
Où partageant fes fentimens ,
Aux loix de fon bon goût docile ,
J'entendrai fes difcours charmans.
Vous me faites part du défir extrême
que vous avez de voir mon Museum ; il
vous femble que vous allez paffer les plus
belles heures du monde dans ma petite foMARS..
1749.
63
litude. C'eſt à moi à parler des avantages
précieux que vous me procurerez en daignant
y paroître. Elle ne peut rien vous
offrir qui foit digne de vous.
Les meubles de ma folitude
Ne font pas meubles délicats
Je ne trouve de vrais appas
Qu'à ceux qui fervent à l'étude.
En bon oeconome , je hais
Toute cette vaing dépense
De ces meubles en abondance ,,
Que l'on ne met qu'ad honores.
Ces petits meubles ordinaires ,
Tels qu'un Prophéte en accepta ,,
Comme abfolument néceffaires .
Chez la veuve de Sarepta ,
Voila les miens ; ce font les mêmes à peu près..
Au furplus , un peu d'élégance ,
Qui n'a pas augmenté les frais ,
En fait la feule différence.
Mais je comprends ce qu'un homme de
Lettres comme vous peut trouver de fon
goût chez moi . Vous y trouverez peut - être
des ouvrages qui ne font point encore tombés
entre vos mains . Vous y feuilleterez
encore avec 'plaifir des livres qui ne perdent
rien à être lûs plufieurs fois.
64 MERCURE DE FRANCE,
Vous en verrez de toute Faculté.
Pour éviter un long grimoire ,
Epargnez m'en l'inutile mémoire:
Ce font les chers Auteurs de ma félicité.
En eux j'ai mis toute ma gloire ,
Chacun a fon goût ici bas ..
L'un ne fe plaît qu'à la Mufique ,
L'autre en fait affez peu de cas.
De celui-ci le jus Bacchique
Fut toujours l'attrait fpécifique
Et celui-la ne l'aime pas.
Quant à moi , j'aime la lecture .
Ni la chaleur , ni la froidure ,
Ne m'en ont jamais dégoûté .
Pour achever de lire un fait bien raconté ,
Quelque point de littérature ,
J'ai même fouvent diſputé
Aux heures ,que le corps prend pour la nourriture ,
Des momens dont quelqu'autre auroit bien profité.
Je connois certaines perfonnes à qui ma
Bibliothèque ne plairoit guéres , & qur ne
veulent amufer leur efprit que par des lectures
qui corrompent leur coeur . Dans ma
folitude
On ne lit point de ces libelles
Oùfont des propos de ruelles ,
MARS. 1749. 65
Où de mercenaires Auteurs ,
Que les cieux en courroux réfervent aux fupplices,
Ont rendu les langues complices
Des folles paffions qu'entretiennent leurs coeurs .
Par d'horribles écrits , d'un payen même indignes ,
Ils font les corrupteurs infignes
De Lecteurs infâmes comme eux ,
Qui boivent à long traits le crime par les yeux.
·
Heureux qui fçait fatisfaire fa curiofité ,
fans jamais fe rien permettre qui bleffe la
confcience ! Faut- il perdre pour des plaifirs
dangereux le tréfor fi eftimable de la tranquillité
intérieure ? Mais j'apperçois que
j'entre infenfiblement dans une morale qui
n'eft point d'une lettre. Voilà comment
Un efprit de Religion ,
Er la faine réflexion
Partagent dans mon domicile
Avec la fcience un afile .
L'étude ne doit point nous ôter le loifir
De méditer für le plaifir ,
Que peut goûter un coeur à la vertu docile.
Souci vain , inquiet défir ,
L'efprit aifément les enfante .
Quelques heureux inftans de penfers férieux
Font tôt difparoître à nos yeux
66 MERCURE DE FRANCE .
Un grave rien qui nous tourmente.
Loin du monde & de fon fracas ,
Je mépriſe les faux appas ;
Je paffe doucement ma vie ,
Sans permettre à mon coeur l'envie
De mille biens n'ai
que je pas ;
Je me ris de ces fous , qui révérent l'idole
D'une beauté fragile & d'un honneur frivole ,
Des avares jaloux d'un bien
Qui ne leur fert jamais de rien ;
Des foins de tant de petits Maîtres
Pour décorer leurs petis êtres ;
Deses gens avides de renom
Qui vont chercher la mort pour acquerir un nom
Du Courtifan formant la ligue ,
De l'envieux pouſſant ſa brigue ,
Du jafeur ridicule , auquel on applaudit ,
Du faquin qu'on met en crédit ,
Du faux dévot qu'on canoniſe ,
Et du fot qu'on monſeigneuriſe .
Toutes les richeffes enfin & tous ces
plaifirs, que le monde vante avec tant d'éloquence
, ne fçauroient fe comparer avec
les douceurs que me procurent mes occupations
littéraires . J'y découvre tous les
jours des avantages nouveaux , & fi j'ai le
bonheur de vous avoir une feule heure
MARS. 1749. 67
près de moi , je pourrai dire qu'elles m'en
ont procuré un que bien des gens voudroient
partager. Hâtez , de grace , votre
arrivée. Courez , volez , trop lentes heures
! Quand pourrai- je dire ? Enfin je le
vois , je l'embraffe.
En attendant ce doux moment ,
Je pense à vous , quand je fommeille
J'y penfe , quand je me réveille ,
Et je m'endors en vous nommant.
Par un Eleve d'Apollon.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
Mfur la
Grammaire Latine , je prens
Onfieur , j'ai compofé un Ouvrage
la liberté de vous en envoyer le plan . Si
vous le jugez digne du Mercure
je vous prie de vouloir bien l'y inférer.
C'est le premier fruit de mon travail ; je
fouhaiterois , avant que de le faire paroître,
de preffentir le goût du Public , & de profiter
des confeils des perfonnes expérimentées
fur cette matiere.
Le but que je me propofe , c'eft de
donner , pour apprendre la Langue Latine ,
une méthode qui foit claire , facile , agréa68
MERCURE DE FRANCE .
ble ; en un mot , tout-à-fait à la portée
de ceux qui ne font que commencer l'étude
de cette Langue. Voici le plan que j'ai fuivi ;
c'eft à vous, Monfieur , & au Public éclairé,
à décider fi j'ai réuſſi.
J'ai mis plufieurs phrafes détachées fut
les régles les plus communes de la fyntaxe.
Dans ces phrafes , les mots y font rangés
dans leur ordre naturel , de forte que les
mots François y font deffous les mots Latins
. Ces phrafes font en plus grand nombre
dans les autres méthodes , je veux
ire que
l'on
en
trouvera
cinq
à
fix
,
&
quelquefois
plus
fur
la
même
régle
.
J'ai
penfé
que
cela
pourroit
contribuer
à graver
plus
profondément
dans
la
mémoire
l'ufage
de
la
régle
.
Elles
font
tirées
des
Auteurs
Claffiques
.
Elles
ne
font
pas
prifes

hazard
, comme
ont
fait
la
plupart
des
Grammairiens
;
mais
j'ai
tâché
qu'elles
renfer
maffent
quelques
maximes
de
piété
&
de
morale
. Après
tous
ces
exemples
détachés
,
je
donne
des
traits
d'Hiftoire
&
des
apophtegmes
tirés
de
Ciceron
&
des
autres
Auteurs
Claffiques
.
C'eft
- là
ce
qui
fait
la
premiere
partie
,
à
côté
de
laquelle
,
fur
l'autre
page
, je
donne
des
remarques
fur
le
genre
, le
nombre
,
le
cas
&
la
déclinaifon
des
noms
,
fur
les
conjugaifons
l'infinitif
,
l'indicatif
, le
prétérit
,
le
fu-
"
MARS. 1749.
69
pin & le régime des verbes , fur les compa
ratifs & les fuperlatifs des adjectifs &
des adverbes , fur le régime des prépofitions
, & c.
La feconde partie contient le Latin de
la premiere , mais il y eft feul . Dans les
premieres pages , il n'y a ni ellipfes ni inverfions:
j'en laiffe après cela quelques perites
, qui augmentent à proportion du progrès
que peuvent faire les jeunes gens. Voici
comment le tout eft exécuté .
Phrafes détachées,
Parfimonia eft magnum vectigal.
L'épargne eft un grand revenu.
Summa pietas in fuos parents,
Un grand refpect pour les parents,
eft fundamentum omnium virtutum.
eft le fondement de toutes les vertus.
Bonitas immodica Sape parit contemptum,
Une bonté exceffive fouvent produit le mépris,
Parva fcintilla contempta, excitat fape
Une petite étincelle méprisée , excite ſouvent
magnum incendium. Nomen amici eft vulgare ,
un grand incendie. Le nom d'ami eft commun
fed fides eft rara. Donec eris
mais la fidélité eft rare . Tant que vous ferez
felix , numerabis multos amicos. Virtus
heureux, vous compterez plufieurs amis . La verr
70 MERCURE DE FRANCE.
eft in terris proprium atque unicum bonum
eft fur la terre le propre & l'unique bien
hominis. li quifunt inftructi & ornati
de l'homme. Ceux qui font donés & ornés
omnibus virtutibus, dicuntur tum fapientes
de toutes les vertus, font appellés & fages
tum viri boni.
& hommes de bien.
Remarquès.
Les adjectifs prennent les trois genres ,
quand ils ont trois terminaiſons , comme
magnus , a , um . La premiere eft mafculine ;
la feconde , féminine , & la troifiéme , neutre.
Quand ils n'en ont que deux , comme
vulgaris , e. La premiere eft maſculine &
féminine ; la feconde , neutre. Enfin quand
ils n'ont qu'une terminaiſon , commefelix ,
elle eft pour les trois genres .
Magnus , a , um , fait au comparatif, major,
us , génitif , oris , plus grand ; & aufuperlatif,
maximus , a , um , très-grand.
Les noms en a a as , atis , us , utis
es , ei , font ordinairement féminins , ainfi
parcimonia , a (fur mufa , a ) pietas , atis
pirtus , utis ( tous deux fur homo ,
fides , ei fur dies , ei ) font du genre
minin.
> ,
inis )
fé-
Les noms en l , m , en , inis , font neutres
ordinairement , ainſi vectigal , alis ( ſur ani-
>
MARS. 71 1749 .
nal , alis ) fundamentum , i ( ſur templum , i)
nomen , inis ( fur lumen , inis ) font neutres,
In , régit l'accufatif, quand il fignifie pour,
on envers.
Contempta , mot à mot , méprifée , mais
ici négligée .
Numerabis , vous compterez , vous aurez ,
Parentes , accufatif plurier de parens , entis ,
plurier , parentes , entum . Ce mot eft ici maf
culin. Il prend ordinairement deux genres.
Le mafculin , quand on parle des hommes,
Le féminin , quand on parle des femmes.
Fundamentum , i , neutre. Omnium , génitifplurier
d'omnis (fur fortis ), Virtutum, génitif
plurier de virtus , utis.
Immodicus , a , um. Immodicè ( adverbe )
exceffivement : parit , indicatif préfent de
parere , pario , peperi , partum , au participe
futur , pariturus , a , um , accufatif,
Les noms en us , i ; us , is , ordinairement
maſculins ; ainfi amicus , i ( fur Domi
nus , i ) ; Contemptus , ûs ( larfructus, ûs ) font
mafculins.
Parvus , a , um , fait au comparatif , minor
, us , moindre , plus petit , & au fuperlatif
, minimus , a , um , le moindre , le
plus petit. Scintilla , a , féminin ; contempta
de contemni , or , emptusfum ( fur legi , or ) à
l'actif, contemnere , o , empfi , emptum , mé,
prifer ( fur legere , o . )
72 MERCURE DE FRANCE.
Excitat , d'excitare, o , avi, atum ( ſur amare,
o ) accufatif, incendium , ii , neutre . Ce
mot eft ici à l'accufatif.
Felix , génitiffelicis. In régit l'ablatif ,
quand on ne marque point de mouvement
vers un lieu.
Les adjectifs en ius n'ont ni comparatifs
ni fuperlatifs , & alors , pour leur donner
la force du comparatif , on met magis devant
le pofitif. Comme magis proprius ,
plus propre , & pour leur donner la force
du fuperlatif , on met maximè devant le
pofitif . Comme maximè proprius , très-propre
, le plus propre.
Bonum , i , neutre. Homo , inis. Inſtructi
funt, d'inftructor , uctus fum , à l'actif, inftruere,
o, uxi , uctum .
Dicuntur , préfent de dici , or , dictus fum
(fur legi , or ). Viri , nominatif plurier de
vir , viri ( fur magifter , ri.)
Boni,de bonus , if fur Dominus , i ) plurier,
boni , orum.
Cet effai , je penfe , fuffira pour faire
juger du refte. On voit par ce que je viens
de donner › que Pon pourra fe fervir de
ma méthode , dès que Pon fçaura un peu
fes déclinaifons & fes conjugaifons , & que
l'on commencera à apprendre fa fyntaxe.
Dans les commencemens , on fera décliner
& conjuguer aux jeunes gens , fur les
noms

MARS. 1749.
73
noms & les verbes qu'ils ont appris dans
leurs Rudimens , les noms & les verbes
qu'ils trouveront dans leur explication.
Ĉet exercice les rendra en peu de tems imperturbables
fur les déclinaifons & les conjugaifons.
Je n'ai pas mis d'exceptions
après les régles générales que j'ai données
dans cet effai fur le genre des noms . Je
*crois d'abord il fuffit de faire connoître
au Commençant la régle générale , &
qu'il n'eft pas encore . tems de lui charger
la mémoire des exceptions. Je mettrai ces
exceptions , quand nous ferons un pea
plus avancés.
que
Voici le Latin feul qui fera la feconde
partie. Il n'y aura dans cet effai ni ellipfes
ni inverfions.
Parfimonia eft magnum vectigal. Summa
pietas in fuos parentes eft fundamentum om- .
nium virtutum. Bonitas immodica fæpe parit
contemptum. Parva fcintilla contempta exci
tat fæpè magnum incendium. Nomen amici eft
vulgare , fed fides eft rara. Donec eris felix
numerabis multos amicos. Virtus eft in terris
proprium atque unicum bonum hominis. It
qui funt inftructi & ornati omnibus virtu
ibus, dicuntur tum fapientes, tum viri boni.
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Raifons du plan que je viens de donner.
Comme ce font les ellipfes & les inverfions
qui rendent fur tout difficile l'explication
du Latin , j'ai crû devoir ôter d'abord
ces deux difficultés , qui fouvent rebutent
les enfans , & j'ai remarqué , qu'a-'
près avoir appris dans leur Syntaxe un
exemple Latin , & la traduction Françoiſe
de cet exemple , ils ne pouvoient pas faire
la conftruction du Latin , ni l'expliquer ,
quand on le leur préfentoit feul. Je prie
ceux qui croyent que j'avance cette réflexion
fans fondement , d'en faire l'expérience,
& de donner àun enfant, qui commence
fa Syntaxe , la phrafe qui fuit avec
fa traduction. Elle est tirée de M. Gaullier,
page fixiéme de fa Syntaxe.
Toti fit Provincia cognitum , tibi omnium
quibus prafis , falutem , liberos , famam , fortunas
effe chariffimas. Que tous ceux de la
Province reconnoiffent par votre conduite ,
que leur confervation & celle de leurs enfans
, de leurs biens & de leur réputation ,
vous font très-chers .
Quand le jeune Commençant aura appris
cette phraſe en Latin & en François , donnez-
lui le Latin feul , & vous verrez alors
s'il ne fera pas embarraffé à en faire la conftruction
& à l'expliquer. Faites apprendre
MARS.
1749. 75
au même Commençant la même phraſe ,
rangée & traduite de cette forte.
fit cognitum toti provincia falu
qu'il foit connu dans toute la province, que la con .
tem , liberos , famam & fortunas omnium
fervation, les enfans, l'honneur & les biens de tous
(corum ) quibus prafis ,
tibi effe
ceux à qui vous commandez
, vous font
chariffimas
très- chers.
Quand il l'aura apprife , préfentez -lui
le Latin feul, & vous reconnoîtrez laquelle
des deux traductions lui aura été la plus
urile , lequel des deux arrangemens l'aura
le moins embarraffé. Qa me dira, peutêtre
, que l'exemple n'eft plus fi élégant .
J'en demeure d'accord , mais à quoi fert
l'élégance , fi l'enfant , à caufe de l'élé
gance , ne comprend pas ce qu'on lui fait
apprendre ? J'ai mis le mot François audeffous
du Latin. Je crois que par cet ordre
le Latin & le François fe lieront enfemble
,, s'il eft permis de s'exprimer ainfi ,
dans la tête du Commençant, & que quand
il prononcera le mot Latin , la fignifica
tion Françoife fe préfentera alors à fon
efprit. D'ailleurs quand on commence à
apprendre la Langue Latine, le Maître , en
expliquant le Latin en François , eft obligé
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
de faire la conftruction c.a. d . de ranger
tous les mots dans leur ordre naturel , &
d'expliquer mot à mot. Ainfi en rangeant
les mots Latins dans leur ordre naturel
avec le François au-deffous , je ne fais
que
ranger fur le papier les mots, de la maniere
dont un bon Maître les range & les expli
de vive voix. Le Commençant trouque
vera donc , pour ainfi dire , un Maître
dans fon papier , mais ce fera un Maître
qui lui répétera fa leçon autant de fois
qu'il conviendra à fa mémoire , & toujours
d'une maniere uniforme , ce qui eft abſolument
néceffaire , pour imprimer profon
dément les mots dans la mémoire. J'ai placé
les remarques à côté de la premiere partie ,
afin que le Commençant , après avoir appris
la fignification Françoife des mots Latins
, puiffe facilement connoître , & d'un
coup d'oeil , le genre , le nombre , le cas
& la déclinaifon des noms qu'il expliquera
; à quel tems font les verbes , de quelle
conjugaifon ils font , comment ils font
à l'infinitif, à l'indicatif , au prétérit & au
fupin , quel eft leur régime ; comment les
adjectifs & les adverbes font au comparatif
& au fuperlatif ; quel cas régiffent les
prépofitions. J'aurois pû mettre ces remar
ques à côté de la feconde partie , mais j'ai
crû ne le devoir pas faire , parce que cette
MAR S. 1749* 77
le
feconde partie fervira d'auteur , & que
Commençant qui l'expliquera , rendra par
coeur raifon de tous les mots de l'explication
, comme je l'expoferai bientôt. Ce
font- là , Monfieur , les raifons qui m'ont
déterminé à fuivre le plan que je viens de
vous expofer. Je vais à préfent montrer
l'uſage que l'on pourra faire de mon ouvrage
.
La premiere partie fervira de préparation
pour expliquer la feconde. Or il ne
fera pas difficile de faire ufage de cette
premiere partie ; il fuffira pour cela de
fçavoir lire,& d'avoir un peu de mémoire,
puifque tout y fera exprimé , tout y fera
rangé dans l'ordre naturel , le mot François
au-deffous du mot Latin . Mais quand
on aura appris cette premiere partie , on
n'aura pas de peine à expliquer la feconde,
parce que fçachant la premiere partie ,
on aura dans la tête le Latin de la feconde
, avec la fignification Françoife de ce
Latin.
Les remarques que le Commençant aura
lûes en étudiant la premiere partie , pour .
ront donner lieu à un exercice fort'utile ,
& très-propre à exciter l'émulation des
jeunes gens. On fera expliquer à un Ecolier
la feconde partie , & on en nommera
un autre qui l'interrogera , & lui fera ren-
D`iij
78 MERCURE DE FRANCE.
dre raifon des mots de l'explication , en
lui demandant fi ce font des noms , quels
font leurs genres , leurs nombres , leurs.
cas , leurs déclinaifons. Si ce font des verbes
, de quelle conjugaifon ils font , quels
en font les prétérits , les fupins & les régimes
, & c. Les Ecoliers par de tels exercices
, qu'on aura foin de leur rendreagréables
, en leur propofant de petites:
récompenfes , apprendront & fçauront
imperturbablement le genre , le nombre ,.
le cas des noms ; l'infinitif , l'indicatif , te
prétérit , le fupin & le régime des verbes ;
la maniere dont fe forment les comparatifs.
& les fuperlatifs des adjectifs & des adverbes
; quels font ceux qui fe forment irrégulierement
quel eft le régime des prépofitions
, &c. en un mot , ils feront en
état de rendre raifon de tout genre , cas ,
nombre , perfonne , tems , régime , &c.
;
Mais , dira- t'on , toutes ces remarques
font-elles néceffaires pour apprendre plus.
fûrement & plus facilement la Langue Lati
ne ? Oui , fans doute. Qu'un Commençant
ait à traduire cette petite phrafe :
Immodica bonitas contemptum parit.
Il faut pour l'expliquer , 1. ranger chaque
mot dans l'ordre naturel . 2°. Connoître
la fignification de ces mots ,
le gens
MARS. $749. 79
G
"
fe, le nombre , le cas & la déclinaifon des
noms qui s'y trouvent , à quel tems eft le
verbe , quel en eft l'infinitif , l'indicatif,
Le prétérit , le fapin & le régime. S'il n'a
pas ces connoiffances , quand il expliquera
d'autres phrafes , où fe trouveront les noms
& le verbe de la premiere , il ne connoîtra
plus ces noms & ce verbe. Il ne fçaura
point , par exemple , fi bonitate , vient de
bonitas ; fi contemptuum , eft le même nom
que contemptum 3-li peperit , peperiffem , &c.
viennent du même verbe que parit. Par
une faite néceffaire , il ne connoîtra point
la fignification de tous ces mots , & il fera
encore obligé , ou de fe les faire expliquer ,
ou de les chercher dans fon Dictionnaire..
La connoiffance du genre , du nombre
du cas & de la déclinaifon des noms ; de
Finfinitif , de l'indicatif , du prérérit , du
fupin , & du régime des verbes , &c. eſt
donc néceffaire pour apprendre plus füre
ment & plus facilement la Langue Latine..
Or certe connoiffance , le Commençant ne
peut aifément l'acquerir que par le fecours
des remarques , ou écrites , ou faites de
vive voix. Sans ce fecours comment
fçaura- t'il que bonitas , aris , eft du feminin ,
que contemptum vient de contemptus , ûs, platôt
que de contemptus , i ou de contemptum ,
ices trois terminaifons , ayant également
Diiij.
80 MERCURE DEFRANCE.
l'accufatif fingulier en um ? Comment ap
prendra-t'il que parit vient de parere , io ,
peperi, partum, au participe futur,parituruss
a , um , & non pas de parere , o. , ouparire,
io , &c. Sera- t'il obligé de recourir à fon
Dictionnaire à chaque mot de l'explication
? Combien de tems ne pafferoit- il pas .
à une pareille recherche , & prefque tou
jours inutilement ?
Je regarde comme impraticable la mé
thode qui preferit au Commençant , do
chercher dans fon Dictionnaire les mots.
de l'explication. Car que l'on donne à
traduire à un Commençant cette petits
phraſe :
Vulgare amici nomen , fèd rara eftfidės :
Il eft obligé r . d'en faire la conſtruc
tion , 2 °.. d'en chercher les mots les uns .
après les autres dans un Dictionnaire . Il
ne fçait pas la fignification de ces mots ,
dès qu'on le fuppofe Commençant . Il cher
che donc premierement le mot nomen , Es ·
il trouve que ce nom fignific , nom , répu
ration , renom , renommée , prétexte ,
cauſe , fujet , raifon , &c . le voilà fort em
barraffe ; de toutes ces fignifications il n'en
faut choifir qu'une , qui eft la plus propre
& la plus convenable . Mais comment con
noître laquelle eft la plus convenable ? I¢:
MARS. 1749 .** SI
ne vois qu'un feul moyen , c'eft de connoître
la fignification propre & convenable
des autres mots de la phraſe. Mais
comme il eſt Commençant , il ne connoît
pas du tout la fignification de ces mots.
Que fera-t'il , je vous prie , pour la connoître?
On me répondra , fans doute , qu'il
faut qu'il cherche ces mots dans fon Dictionnaire.
C'eft là en effet le feul moyen
qu'il puiffe employer . Mais en cherchant
ces derniers mots dans fon Dictionnaire.
il trouve que chacun de ces mots a auſſi
differentes fignifications , & il n'eft pas
moins embarraffé qu'au premier mot, pour
choifir la fignification propre & conve→
nable de ces derniers. De ce que je viens
de dire , il me femble que je puis conclure,
que les premiers Commençans ne peuvent
pas choifir dans leur Dictionnaire la fignification
propre & convenable des mots
qu'ils ont à traduire , qu'on doit les leur
donner tout cherchés & tout choifis , &
qu'ainfi une méthode , pareille à celle
je propofe ,leur eft néceffaire.
que
Mais , me dira quelqu'un , l'explication
du Maître n'eft-elle pas un jufte équivalent
des fecours que vous propofez ? Je ne le
srois pas , car premierement , on retient
mieux ce qu'on lit, que ce que l'on entend
Leulement..
D v
82 MERCURE DE FRANCE..
Segnius irritant animum demiffa per aurem,.
Quam que funt oculis fubjecta fidelibus
que
Ipfe fibi tradit fpectator . Hor. art. poët.
2º. Avec notre méthode un Commen
gant travaillera feul , & auffi long- tems :
qu'il voudra. Il préparera feul avec la premiere
partie ; l'explication de la feconde..
Rien ne l'embarraſſera , rien ne l'arrêtera..
la répétera feul , quand il voudra ; il:
trouvera dans fon papier un Maître toujours
prêt à l'inftruire . Sans ce fecours un
Commençant ne peut guéres travailler que
fous les yeux de fon Maître. Seul il ne
fcauroit rien faire , il ne peut pas préparer
fon explication ; il faudroit pour cela choi--
fr la fignification propre des mots dans
fon Dictionnaire , & il n'eft pas en état de
faire ce choix , comme nous l'avons fait
voir. Il fe trouve auffi fort embarraffé
quand il veut répéter feul ce que le Maîtrela
a expliqué , car , quand un Maître explique
, il faut que le Commençant retienne
, 1º. la maniere dont on fait la conftruction
de la phrafe , 2 ° . la fignification >
des mots , 3º le tour François qui répond
au Latin , 4° . les remarques que les
Maître peut faire fur le genre , le nombre,,
le cas & la déclinaifon des noms ; fur l'ins

3
MAR.S. 1749. S3
dicatif , l'infinitif , le prétérit , le fupin &
le régime des verbes ; fur la formation des
comparatifs & des fuperlatifs ; fur le régime
des prépofitions. Toutes ces remarques
font néceffaires , pour apprendre plus
promptement & plus facilement la Langue
Latine , comme je crois l'avoir démontré
plus haut.
Or voilà bien de l'ouvrage à la fois pour
des Commençans, & il me paroît prefque :
impoffible qu'ils n'oublient rien de toutes.
ces chofes , après avoir entendu feulement
l'explication du Maître. Le Commençant
fe trouvera donc embarraffé , quand il
voudra répéter l'explication que fon Maî
tre lui aura faite ; il fera , dis je , embar--
raffé , foit parce qu'il ne pourra fe rappeller
la construction , foit parce qu'il aura
oublié la fignification de quelques mots
foit parce qu'il ne fe fouviendra plus du
tour François qui répond au Latin . Je
prie d'obferver , qu'avec notre méthode
le Commençant pourra auffi apprendre
avec la même facilité , à traduire le Fran--
pois en Latin. Pour cela il dira d'abord le
mot François , & enfuite le mot Latin
comme fi le François & le Latin étoient
rangés en cette forte..
>
Dvji
34 MERCURE DE FRANCE
L'épargne eft un grand revenu , &c.
Parfimonia eft magnum vectigal , & c.
Quand il aura appris le François & le
Latin de cette forte , on lui écrira , ou on
lui fera écrire le François feul , & fur ce
François , il dira la fignification Latine ,
ce qui ne lui fera pas difficile , ayant fait
la premiere opération
De tout ce que j'ai dit jufqu'ici , je crois .
pouvoir conclure que la méthode que je
propofe eft claire , facile & tout-à-fait à la
portée des premiers Commençans , puifque
pour faire ufage de la premiere partie
, il fuffira d'avoir des yeux & un peu
de mémoire , & que fçachant une fois
cette premiere partie , la feconde n'aura
plus de difficulté je puis auffi , ce me femble
, ajouter que ceux qui feront ufage de
ma méthode , apprendront fûrement le
Latin , & plus promptement que par les
méthodes ordinaires , parce qu'en l'étu
diant , ils apprendront à traduire le Latin
en François & le François en Latin , fans :
qu'ils foient obligés de feuilleter leurs
Dictionnaires. Je dis fans feuilleter leurs
Dictionnaires. La premiere partie leur en
tiendra lieu , parce qu'elle contiendra le
Latin de la feconde , & la fignification
Françoife de ce Latin , avec le genre &la
C
MARS 1749.
déclinaifon des noms ; l'indicatif, l'infini--
tif , le prétérit , le fupin & le régime.des
verbes , & c.
J'avertis ceux qui me feront l'honneur
de lire ma Lettre , que j'ai beaucoup profité
des excellentes réflexions du fçavant M.
Vallart , dans fon Livre intitulé : Parabolas
Evangelica.
J'ai l'honneur d'être , &c.
SUR LA LECTURE.
Non, mon deffein , belle Clacton-
>
N'eft point de pénétrer dans le facré Vallon ;
A mes foibles talens je fçais rendre juſtice ,
Et je connois trop qu'Apollon
N'affifta point au jour de ma.naiffance.
Vous le fçavez , de l'Eloquence
Par les peilles on peut acquerir le talent a :
Mais le don de la Poëfie
Dépend feulement du génie ; ..
Et nous l'apportons en naiſſant,
Sij'ofe donc en vers vous traçer cet ouvrago,,
J'en connois la difficulté ;
Mais obéir eft mon partage ,,
Quand j'entends parler la beauté.
Dès mon printems , de la lecture.
$6 MERCURE DE FRANCE .
J'ai fçu me faire un doux amuſement. .
C'est elle qui polit les dons de la nature ,
Qui nous donne du ſentiment ;
Dans les maux reffource infaillible ,.
Quand j'ai fujet de me plaindre du forts.
Elle diffipe mon tranfport ,
Non ,
1
Et me ramene à la raiſon paiſible.
que
fur un amas de frivoles Auteurs
J'attache une vûe imbecile ;
En cherchant à former mes moeurs ,
Je joins l'agréable à l'utile..
Dans les Livres , belle Clarice ;
Il eft un choix , comme dans les amis ;
Ce choix ne doit jamais dépendre du caprice ,
Au goût il doit être foumis.
C'eft fur ce choix que j'ole vous écrire .
De ce projet je connois la grandeur ,
Mais malgré ma jufte terreur ,
Vous le voulez , j'y dois foufcrirer.
Il eft permis dans fon printems ,
De s'amufer à lire des Romans .
Les premiers , pleins de fariboles ,
De Paladins , de Preux & de Geans ,
De nos ayeux , en dépit du bon ſens ,,
Comme les anciennes idoles ,
S'attiroient un ſtupide encens.
Durfé parut : dans fon Aftrées
MARS. 877
1749.
Il peignit fes propres malheurs ;
Il effaça fes précurseurs
Et même de nos jours fa profe eft admirée
Des plus habiles connoiffeurs .
Scuderi , juftement nommé l'infatigable ,
A ce genre d'écrite employa fes talens,
Sa foeur , fous de grands noms , d'un ftyle pluss
aimable ,
Raconta les amours des bourgeois de fon tems.
Par la bouche d'un fou , parlant en homme ſage } ,
Cervantes détruifit les Héros fabuleux ;
Son Dom Quichotte eft le plus bel ouvrage ,
Qui foit , felon moi , fous les Cieux;
L'aimable Desjardins , la fage la Fayette ,
Le burleſque Scarron , & le tendre Segrais ,,
Célébrerent une amourette .
D'un ftyle doux & plein d'attraits ;
Frayant une route nouvelle ,.
Ils profcrivirent la longueur ,
Et nous firent fentir qu'une hiftoire éternelle-
Devoit fatiguer fon lecteur.
Ce goût plus que jamais domine ;
L'homme de qualité , Cleveland , des Grieuxy,
Et le Doyen de Killerine ,'
Ont de Prevôt rendu le nom fameux
On a de Marivaux chéri la Márianne ,
On lit avec plaifir Gilblas de Santillane ;
Almodée a les partiſans ,
88 MERCURE.DE FRANCE:
Ces deux derniers d'une mòrale aimable
Donnent des préceptes charmans
Et fi dans nos autres Romans
L'éloge des vertus étoit joint à la fable , ·
Peut-être la lecture en feroit profitable .
Aux Romans nous voyons fucceder aujourd'hui i
Des fables , du bon fens rivales éternelles ;
Des anecdotes infidelles ,
Et toujours meres de l'ennui.
De ce faux préjugé vous fçaurez vous défendre ; ;
Votre efprit n'eft point fait pour les abfurdités ,,
Vous rougiffez de les entendre ,
Et n'aimez que les vérités.
Ce vrai qui vous eft cher , environné de gloire ,
Brille avec éclat dans l'Hiftoire ;
Elle tire de lui fon plus bel ornement ;
Un fait peu même intéreflant ,
S'il eft certain , nous touche , nous occupe
Et le plus grand évenement
Dont notre croyance eft la dupe ,.
Sil eft douteux , ne féduit qu'un moment.
Rollin , de P'Hiftoire ancienne
Sçavant , fidéle rédacteur ,
Rempli de la vertu Chrétienne ,
Eleve l'efprit & le coeur.
A cette folide lecture
Employez vos plus doux momeasį ,
MAR S.. • 1742
Vous y verrez que la nature
Eft la même dans tous les tems ..
Joignez-y de ces bons mémoires
Dans lefquels leurs Auteurs , racontans leurs Hi
toires,
Ont mêlé mille évenemens ,
Aufquels ils ont été préfens.
Mais fçachez en faire la difference ;
Saulx , Sully , d'Epernon , la Fare , Montrefor,,
Méritent,votre confiance ;
Rejettez d'Artagnan , mépriſez Rochefort.
Craignez auffi ces hiftoires fecrettes ,
Dont les fades Auteurs , fous des noms empruntés;
Pour de tendres amours donnent des amourettes
Des fonges pour des vérités..
Infenfiblement à la fable
Je retourne ici malgré moi ;
Il faut pour la rendre excufable
Fixer fa place & fon emploi.¸
Ce grand , ce fublime langage ,
Inventé pour parler aux Dieux ,
Dont , faifant un honteux ufage ,.
Nous chantons l'amour & fes feux ,
Eft le véritable partage
Du François , né vif & volage .
Qui déteſte le férieux ,
Et s'occupe du badinage.
30 MERCURE DE FRANCE
Oui , ce n'eft plus fur l'Hélicon ,.
Qu'avec les foeurs réfide Melpomene ;
C'eft fur les rives de la Seine.
Paris eft le facré vallon ,
Où coulent les eaux d'Hypocréne ;;
Où j'entends chanter Apollon.
Sous Richelieu , la Tragédie
En France fut portée à ſa perfection ;,
A la plus douce mélodie
Le Poëte joignit le feu de l'action.
Racine & l'aîné des Corneilles
Acquirent l'immortalité ;
A leurs rares talens , à leurs illuftres veilles
Le Théatre François devra fa majefté.
L'un fublime , nous fait entendre
Les plus beaux fentimens du coeur ;
Et l'autre plus doux , plus flateur ,.
Ce que l'amour a de plus tendre.
Crebillon , Voltaire , Greffet ,,
Afpirans à la même gloire ,
Au bas de ce couple parfait
Doivent être placés au Temple de Mémoire:
Le même tems , fertile en beaux efprits .
Vit naître pour la Comédie
Ce rare & fublime génie ,
Qui des jeux de Thalie a remporté le prixa
Des Précieuses , des Marquis,.
MARS. 17491 21
Moliere , fleau redoutable ,
Fin connoiffeur , Auteur exquis ,
Acteur enfin inimitable .
< Après lui nous cûmes Regnard ,
Génie heureux , & fecond dans fon Art.
Ce n'eft point feulement au genre dramatique
Qu'excelle l'efprit des François ;
Atouet , en chantant un de nos plus grands Rois ,
A franchi du Poëme Epique-
La difficulté chimérique..
Poëte , Hiftorien , Philofophe profond ' ,
Pour faire fon panégyrique ,
Il fuffit de nommer fon nom.
De Juvenal , de Perfe , imitateur fidéle ,,
Dans les écrits mordans Boileau
Des rimailleurs fut le fleau;
Prenant enfuite Horace pour modéle ,,
Il donna de ſon Art les préceptes divers..
De l'efprit le plus fin fon Lutrin étincelle ,
Et tant que l'on fera des vers ,
Son nom fera fameux dans l'univers.
Plus inftructif & plus aimable ,
La Fontaine , fimple , charmant ,
Empruntant la voix de la Fáble
Nous inftruit en nous amufant ..
Les préceptes de la morale
Semblent émanés de fon coeur ;,
42 MERCURE DE FRANCE.
Ce n'eft pas le grand 'qu'il étale ,
C'eff la droiture , c'eft l'honneur.
Dans l'illuftre Rouffeau vous trouvez du fablime':
Mais le ferpent eft caché fous les fleurs ;
Souvent il en veut à nos moeurs ,
Et s'y trop plaire , c'eſt un crime.
Au ftyle burlefque & boufon ,
Qui plut quelque tems dáns Scaron ;
'A ſuccedé l'âimable badinage ;
Chapelle , Chaulieu , Pavillon
Ont apprivoifé la raiſon ,
En lui faisant quitter ſon air ſauvage;
Inventeur d'ouvrages charmans ,
Treffet dans fon Vert-Vert , & mieux dans f
Chartreufe ,
A dépeint nos égaremens',
Et fait voir que la vie heureufe
Ne dépend que des fentimens.
Ces chefs- d'oeuvre de Poëfie
Méritent d'être lûs & mille & mille fois.
J'en conviens cependant ; des momens de la vi
Il faut fairefouvent de plus fages emplois.
De l'aimable Philofophie
Attachez vous à connoître les loixa
La Rochefoucault , la Bruyere ,,
Vous conduiront à la lumiere ;;
MARS. 93 1749%
C'eft , pour y parvenir , deux Livres excellens ,
Où vous trouvez raiſon , fageffe , efprit, bon fensa
Non , quetje craigne , adorable Clarice ;
Qu'ils puiffent tromper votre coeur
Vous ne ferez point leur complice,,
Vous fçavez trop connoître, & confondre l'erreges
Bren loin de vous laiffer féduire ,
N'oubliez jamais , en lifant ,
Clarice , qu'en vous amuſant ,
Il faut chercher à vous inftruire .
C'eft affez pour ce jour ébaucher ce fujet ;
Heureux, fi cet effai pouvoit vous fatisfaire
Mon deffein étoit de vous plaire ;
Si j'y fuis parvenu , j'ai rempli mon projet.
E. D. L. C. Confeiller au Parlemen
A Dijon , ce 26 Novembre..
94 MERCURE DE FRANCE .
"
洗洗洗洗洗洗洗洗洗渗渗洗洗洗洗洗
REMARQUES
Sur le plan propofe dans le Mercure , premier
volume de Décembre , pour placer
la Statue du Roi.
L n'eft perfonne de bon goût , qui n'ait
été frappé de la grandeur & de la hardieffe
du projet d'une Place pour le Roi
fur le Pont de Notre-Dame , dont le plan
& la defcription étoient inferés dans le
Mercure du mois de Décembre dernier ;
mais plus l'idée en eft belle , moins on doit
у fouffrir d'imperfection. Une place deftinée
pour un Roi , qu'on ne fçauroit trop
aimer , tant il fe montre aimable ne
Içauroit être trop belle ; il faudroit même,
s'il étoit poffible , que la magnificence
de ce monument
éternel de l'amour de fon
peuple répondît
à l'amour qu'il a pour
eux , & à la grandeur
du premier & du
plus grand Roi du monde.
Bien des gens ont trouvé le plan propofé
un peu irrégulier . Si c'eft un pont ,
difent-ils , il eft trop large & peu proportionné
; d'ailleurs c'eft une place que l'on
demande , & non pas un pont; & fi c'est une
place , conftamment le pont eft trop étroit,
MARS.
95 1749.
&
en coupant les deux efpéces de place ,
qui font aux deux extrêmités de ce pont ,
ce n'eft plus ni place ni pont , ou fi l'on aime
mieux , c'eſt un pont trop large , & une
place trop petite & trop irréguliere. Ces
deux enfoncemens fur les quais ne paroiffent
faits que pour l'ornement & le dégagement
des Hôtels , que l'on projette
d'élever à ces endroits au lieu que ces
Hôtels doivent être principalement pour
l'embelliffement de la place , qui à fon tour
les embelliroit bien davantage encore , fi
à ce premier plan on fubftituoit celui- ci ,
qui n'en eft guére different,

Il faudroit donner au pont trente - fix à
quarante toiles de largeur fur le milieu ;
cette largeur répondant aux deux petites
places , ou enfoncemens aux extrêmités du
pont fur les quais , formeroit un feul &
même tout , une place unique , & peutêtre
la plus belle qui foit en Europe. On
ne voudroit point de ftatue fur les par
pets ; la ftatue du Roi au milieu doit feule
fixer tous les regards ; un groupe aux
quatre coins de la place , ou même des
Hôtels aux points B.Bou D.D. feroit fort
bien avec quatre fontaines .
Dans ce nouveau projet les magnifiques
perfpectives du Louvre , du Pont- neuf,
de l'Arfenal , des quais , &c. marquées
96 MERCURE DE FRANCE.
dans le premier deffein , n'en deviennent
que plus belles , & tous les avantages du
premier plan font pour le moins encore
plus confidérables dans ce nouveau. Il faut
prendre garde au contour , que l'on donnera
à la façade des quatre Hôtels que l'on
projette d'élever , afin que le milieu des
Cours , jardins , & c . de ces Hôtels , réponde
toujours au milieu de la place.
Pour la dépenfe , fi l'eftime du précétient
eft jufte , celui ci ne coûteroit pas
. cent mille écus de plus , & qu'est- ce que
deux ou trois cens mille francs , fur quinze
millions ? C'est tout au plus un cinquaniéme
, & qu'est-ce qu'un cinquantiéme ?
Ya- t'il la même proportion entre les deux
deffeins ? Ce dernier ne l'emporte- t'il en
beauté en grandeur , en magnificence ,
que d'un cinquantiéme fur le précédent ?
>
On ajoute. dans le nouveau plan quatre
nouvelles rues , qui ne font pas à la
tité abfolument néceffaires pour la régularité
de la place , mais qui acheveroient
de la rendre parfaite. Si le plan routier
de Paris , par J. B. Nolin , eft exact , la
premiere de ces rues pourroit aller aboutir
vis-à - vis le portail de Notre-Dame , la
feconde dans la cour du Palais ; de forte
de ces deux endroits , on verroit tout
à la fois le Sanctuaire de la Religion , &
celui
que
MARS. 1749.
97
celui des Loix. La troifiéme répondant à
celle qui va à Notre- Dame , pour peu
qu'on la prolongeât , iroit rencontrer la
belle rue de Saint Denis , à l'endroit précifement
, ou à peu de chofe près , où la
magnifique ruë de Saint Honoré , ou de
la Feronnerie , rencontre celle de Saint
Denis ; & fi on vouloit dans la fuite
pouffer plus loin cette nouvelle rue , elle
iroit enfiler la rue Montmartre. Enfin pour
la fymmétrie, il faudroit faire une quatriéme
rue , répondant à la feconde , qui va au
Palais , & qui iroit rencontrer la ruë de la
Tifferanderie. Par - là cette fuperbe Place
réuniroit les plus belles rues de Paris ,
comme celui qui en fait le plus bel ornement
réunit tous les coeurs.


Il est vrai , ces quatre nouvelles rues
coûteroient beaucoup , mais ce qui ne fe
fait dans un tems fe fait dans un aupas
tre. Paris doit durer autant que le monde,
& tant que Paris durera fes habitans
s'emprefferont de travailler pour la gloire
d'un Roi , que fes grandes & aimables qualités
ont fait furnommer le Bien- aimé,
D'ailleurs , comme on l'a déja remarqué
ces rues ne font point abfolument néceffaires
pour la régularité de la Place . Pour
le rendre moins difpendieux , il faudroit
que le Roi , ou la Ville , ordonnât que
E
98 MERCURE DE FRANCE
quand les particuliers , qui font dans ces
quartiers , bâtiront , ils bâtiffent fur l'alignement
affigné, en les dédommageant des
pertes que cet arrangement pourroit leur
caufer.
L. A. C.
ཀྱི % D
EPITRE
De M. l'Abbé Delaporte , à M. J. P.
Chardoillet ,fon confin,
Toi , que la voix de la tendreffe
Rappelle fans ceffe à mon coeur
Et dont le fouvenir flateur
Remplit mon ame d'allegreffe ;
Ami , la confanguinité ,

Qu'un vulgaire ignorant révére ;
N'a fur moi nulle autorité ,
A moins qu'une amitié fincere
Ne foit jointe à la parenté.
Les noms de coufin & de frere
Ne font dans la réalité
Que titres vains , qu'une chimere ;
Quand l'amour , qui les a dicté ,
N'en forme plus le caractére .
Ce qui te rend cher à mes yeux
MARS.
1749.
N'eft pas la bizarre influence
De cet aftre capricieux ,
Qui préfidant à ma naiffance ,
Me fit naître de tes ayeux ;
Non , jamais le fang qui nous lie,
Ne m'auroit rendu ton ami ,
Si dans ton coeur mal affermi
L'amitié fe fût rallentie ,
Et je ne compterois pour rien
D'avoir eu le même grand- pere, -
Si le doux noeud qui nous refferre ;
Ne tenoit que par ce lien.
Ami , ce qui fait que je t'aime ,`
Ce n'eft donc pas la loi du fang ,
C'eſt un lien bien plus puiffant ,
Et qui ne vient que de toi -même ;
C'eſt l'amitié , qui de ton coeur
Bannit pour moi l'indifference ,
Et dont , ni le tems , ni l'abſence ,
N'ont jamais rallenti l'ardeur.
Ce font ces qualités aimables ,
Qu'avec plaifir je vois en toi ,
Et qui font chaque jour fur moi
Des impreffions favorables.
C'eſt ce coeur tendre & généreux ,
Cette ame noble & bienfaiſante ,
Cette gayté toujours conftante ,
E
ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Enfin ce caractére heureux ;
Et tout ce que tu fais paroître
De bon , de louable , de grand
Si je n'étois pas ton parent ,
Me feroit défirer de l'être.
Voilà , voilà ce qui toujours
Te rendra cher à ma mémoire ;
fur la rive noire
Et tant que
La Parque fiera mes jours ,
'Ami , de ma vive tendrefle
Tu ne verras jamais la fin ;
C'eſt dans mon coeur , non fur l'airain ,
Que j'ai gravé cette promeffe ,
Et je confens à perdre enfin
La qualité de ton coufin
Avant que celle d'ami ceffe.
De mon plus tendre attachement
'Ami , reçois ce témoignage ;
Du coeur dont il eft le langage,
Il exprime le fentiment.
Mais afin que chacun connoiffe
Combien je t'aime tendrement,
Ces vers- ci font le monument
Que j'érige à notre tendreffe. •
Que d'autres dans leurs chants pompeux ,
Des fiers enfans de la victoire
Célébrent les exploits fameux
MARS. 161
1749:
Je n'afpire point à la gloire
De m'élever auffi haut qu'eux.
C'est notre amitié que je chante,
C'eft la chofe de l'Univers
Pour moi la plus intéreffante ,
Et la plus digne de mes vers.
Crois- tu , pour exercer ma veine ;,
Que j'irois choisir des ſujets
Dans ces magnifiques palais ,
Bâtis fur les bords de la Seine ?
Non , non , dans ces lieux où jamais
L'amitié ne s'eft fait connoître ,
Jamais non plus , je te promets ,
Que l'on ne me verra paroître ;
J'irois , j'irois plutôt chercher .
Un tendre ami , que la difette
Au fond d'une obfcure retraite
Auroit contraint de fe cacher ;
Ou , dans cette Ville fameufe
Si je ne trouvois plus d'amis ,
Tu me verrois quitter Paris ,
Pour rejoindre la Savoureufe. *
C'eſt-là qu'aux tendres fentimens
Ma mufe entierement livrée,.
* Petite riviere qui paſſe à Belfort , dans la haute
Alface.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
De cette riviere ignorée
Iroit chanter les agrémens.
J'aurois , fans doute , l'avantage ,
'Ami , de t'y trouver fouvent ,
Tantôt fous le bofquet naiffant,
Dont tu viens d'orner ce rivage ,
Et dont un jour l'épais feuillage
Embellira ce lieu charmant ,
Et tantôt , crainte de l'orage ,
Dans ce falon délicieux ,
Où fouvent en pélerinage
Tu menes Bachus & les Jeux.
C'eft- là que la Philofophie ,
Le front environné de fleurs ,
Sur tous les jours de notre vie
Viendroit répandre fes douceurs .
Notre ame , à fes confeils docile ,
N'iroit pas indifcrettement
Prendre part aux bruits d'une Ville
Où tu fçais que l'emportement
D'un peuple auffi fou qu'imbécile ,
S'éteint , s'allume à tout moment.
A l'abri des haines cruelles ,
Que forme la divifion ,
Nous mépriferions les querelles
De l'une & l'autre faction .
Contens d'une honnête abondance ,
MAR S.
1749. 103
Nous verrions , fans être jaloux ,
L'homme riche dans l'opulence ;
Et fi , du fein de l'indigence ,
Le pauvre s'adreffoit à nous ,
Le foin d'adoucir la fouffrance,
Feroit nos plaifirs les plus doux .
Pour égayer notre fageffe ,
Ami , nous irions quelquefois
Dans ce pays de l'allegreffe ,
Où , pour chercher de la fineſſe
On dit qu'on alloit autrefois.
Là , charmé de notre vifite,
Notre oncle , cher & revéré ,
Nous offriroit en bon Curé ,
Son meilleur vin pour eau- benite
Et puis de- là nous pafferions
Jufqu'au plus voifin Prefbytere ,
Ou tu fçais que nous trouverions
Bon coeur , bon vin & bonne chere.
Pour rendre nos plaifirs parfaits ,
Nous voudrions que ta compagne
Ne nous abandonnât jamais ,
Tant en Ville qu'à la campagne,
Son efprit & fon enjoûment
Seroit le fel de nos parties ,
Et fans elle nos compagnies
Seroient toujours fans agrément.
iiij
104 MERCURE DE FRANCE
Si jamais ma chere Patrie
Me voit revivre dans fon.fein ,
Ami , voilà le plan de vie.
Que je fuivrai jufqu'à la fin.
Mais le rivage de la Seine
Me tient par des liens fi forts ,
Que ce ne feroit qu'avec peine
Que j'abandonnerois fes bords.
Ne viendras tu jamais toi - même
Vifiter ce charmant féjour ?
Que j'aurois une joye extrême
Si je pouvois t'y voir un jour!
Dans cette eſpérance flateuſe
Tu m'entretiens depuis long- tems,
Mais c'eft envain que je t'attens ;
Sans doute que fa Savoureuſe
Te fournit plus d'amufemens.""
Eh bien ! reftes-y , j'y confens ,'
Mais du moins que jamais l'abfence
Ne faffe naître entre nous deux
Ni de froid , ni d'indifference ;
Il faut de la petſévérance
En amitié , pour être heureux .
MARS. 1749
105
CACƏVİCƏØDVI~I ~I~I VIVO VA
Al'Auteurdes Obfervationsfur les Corbeaux,,
inférées dans le Mercure du mois
d'Ottobre dernier..
J'ai le Mercure du
"Ai lû , Monfieur , dans le Mercure da
mois d'Octobre dernier , vos Obſervations
en réponſe à la Lettre que je fis infé
rer dans le Mercure du mois de Juillet :
précédent , au fujet des Corbeaux qui niehent
fur l'Eglife de Saint Julien du Mans..
Permettez - moi de vous repréfenter que :
vous vous êtes écarté de la queftion. Lorf
que je témoignai ma furprife fur un évé
ment qui me paroît encore extrêmement
fingulier , ce n'eft pas que je crûffe que lá
Tour du Mans fût la feule qui contînt de
ces animaux ; il devoit me paroître affez
vrai-femblable que ce que je voyois fous
mes yeux , pouvoit également s'appercevoir
ailleurs: Outre que j'avois la Ville de
Worms pour exemple , comme j'ai foin
de le citer dans ma Lettre , pouvois je me
figurer avec quelque raifon , que l'Eglife.
du Mans fût le feul Edifice de l'Univers ,
que les Corbeaux euffent choiſi ‹ pour y
perpétuer leur efpece ? Ce qui caufoit donc
mon étonnement, & ce qui le caufe encore
aujourd'hui , c'étoit de voir les Corbeaux .
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
>
bâtir fur l'Eglife du Mans préférablement
aux Eglifes d'Orléans , de Tours & d'Angers
, taillées à peu près fur le même
modéle , où l'on n'en ajamais apperçû ,
quoi qu'elles foient peu diftantes de cette
premiere Ville . Parmi les endroits que
vous citez , & où l'on voit de ces oiſeaux ,
vous auriez pû joindre la Ville de Caën ,
où je fuis actuellement , mais tout cela ne
répond que foiblement à ma queſtion. On
yoit dites-vous , nicher des Corbeaux fur
l'Eglife d'Iffoudun en Berry : pourquoi
n'en apperçoit-on point fur la Tour de
Bourges , qui n'en eft éloignée que de fept
lieues , & qui eft fi propre à en contenir ,
fa hauteur exceffive , que par fa
vafte capacité Voilà ce qui me furprend
voilà le problême , il s'agit d'en donner la
folution . Il y a des Hirondelles dans toutes
les Villes de France . On ne voit point
qu'elles choififfent un endroit préférablement
àun autre ; cette particularité eft ré
fervée aux feuls Corbeaux . Confeflons ,
Monfieur , que ce font de ces événemens
dont on ne fçauroit rendre raifon , tant
il eft vrai que les plus petites chofes font:
capables de confondre notre jugement , à
moins que nous n'aimions mieux dire que
les Corbeaux ont cela de particulier fur
tous les autres oifeaux , & même fur tous
tant par
MARS. 1749. 107
Tes autres animaux , que tous les endroits
qui leur font convenables , ne leur plai
fent point , foit par une raifon qui
nous eft inconnue , ou par une espece de
caprice que nous ne fçaurions comprendre.
Comme ce dernier fentiment n'eft annéxé
qu'aux feuls êtres raifonnables , permettez-
moi de conclure par une réflexion
entierement oppofée à la vôtre , fçavoir ,
que puifque les Corbeaux paroiffent avoir
de la raifon ou du caprice , il faut abfolument
que le Dogme des Automates foit
infoutenable.
dent
J'ajoûterai que ce que vous dites , au
fujet de la pofition que les Corbeaux gar
par rapport à la fuperficie de la Terre,
ne fe trouve pas exactement vrai , puifqu'on
voit fur la Tour du Mans ces oiſeaux
bâtir indifferemment à la hauteur des maifons
ordinaires & au fommet , ce qui fait
une difference affez confidérable pour dé
truire ce que vous avancez . D'ailleurs cela
eft entierement étranger au fujet dont il
s'agit , étant de la derniere évidence que
les Eglifes d'Orléans , de Tours & d'Angers
, font dans la même pofition que celle
du Mans , refpectivement à l'horiſon .
Permettez qu'avant de finir cette Lettre
je vous demande , Monfieur , ce que vous
entendez par Crapeau volant ; excufez
E vj
108 MERCURE DEFRANCE.
mon ignorance , je n'ai jamais connu cette
forte d'oifeaux , & je fuis perfuadé qu'il
y a bien des perfonnes qui fe trouvent
dans le même cas. Voici encore une quef
tion qui s'offre naturellement. Les Corbeaux
qui bâtiffent fur les Edifices ſont
de la petite efpece . Le vulgaire les appelle:
des Corneilles. I eft vrai que je n'en ai
jamais . vû d'autres fur les clochers . Ils ont.
même un cri different des Corbeaux proprement
dits , auquel ils mêlent cependant
quelquefois le cri ordinaire , & qui eft fi
défagréable. A l'égard du nom de Corneille
, que le vulgaire donne à cette petite
efpece , il n'eft pas facile de déterminer
à quelle efpece il convient le mieux ;
les uns prétendent qu'on doit nommer ain.
fi les femelles de tous les , Corbeaux ; les:
autres difent que ce nom a été donné aux
Corbeaux dont le corps eft de couleur gri
fe , & qui n'ont que les aîles de noires ;
quelques - uns enfin foûtiennent avec le
vulgaire , qu'on ne doit appeller ainfi que
la petite efpece qui habite fur les Edifices.
Les Auteurs varient même fur ce fujet. Or
je vous demande , Monfieur , votre fenti
ment fur une matiere que vous paroiffez.
très en état d'éclaircir , & j'ofe me flatter.
que vous ne dédaignerez pas de me répon
dre. Il eft bon de faire encore une petite
MAR S. 1749: 10g
>:
remarque ; plufieurs perfonnes pourroient
penfer que ce qui fait que les Corbeaux.
préférent un Edifice à un autre , viendroit
peut- être de ce qu'il y a des bâtimens qui
n'offrent point des trous commodes à ces
animaux. Ce n'eft affûrément point pour
cette raiſon , car la Tour de Saint . Etienne
de Bourges , par exemple , & que j'ai déja
citée, eft pleine de trous propres à contenir
de ces oifeaux , & cela eft fi vrai ,, que les .
Pigeons en profitent , tellement qu'on y
en voit en quantité. Dans les Cloîtres des.
Bénédictins de cette Ville , on voit indifferemment
des Corbeaux & des Pi
geons ; comment cette derniere remarque
s'accorde-t'elle avec le fyftême de M. Pluche
, qui dit dans fon Spectacle de la Nar
ture , que les Corbeaux mangent les Pi
geons ? J'ai l'honneur d'être , & c.
E. S. V. P.
A Caën , le 15 Décembre 1748 .
Question à propofer.
Thémire raconte à Tircis un fonge qu'el
a fait en fa faveur , le fonge peut être vrai
ou fuppofé ; on demande lequel de ces
deux.cas eft le plus flateur pour Tircis..
Tro MERCURE DE FRANCE.
1
Creed'apré
VERS
" Eft d'après fes écrits que ma plume & ma voi
D'un célebre François tracent le caractére
On le reconnoîtra , je crois ;
Pour le bien peindre , il faudroit toute fois
Sa plume hardie & légere .
PORTRAIT
IL vole du Pindle à Cithere
Le Dieu de l'enjoûment s'applaudit de fon chois
Fleau du mérite vulgaire ,
Sa plume dans le fiel fe trempe auffi par fois
Eleve d'Uranie , il en ſoutient les droits,
De la vertu peintre fincére ,
De la vérité ſeule il emprunte la voix.
Ami du Genre humain , chéri même des Rois ;
Rival du grand Corneille & notre unique Homere,
D'un goût univerfel , délicat , fait pour plaire ,
D'un efprit vraiment grand, il n'eft foumis qu'aux
loix.
Bar J. J. B.-
MARS. TTT 1749
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
A Monfieur Remond de Sainte Albine.
' Ai lû , Monfieur , dans le Mercure
d'Août dernier , deux Lettres de M..
Louis , en réponse à la mienne , inferée
dans le Mercure de Juin. Dans la premierede
ces Lettres M. Louis , fous le manteau:
d'un Anonime , * me dit que mes préten
tions font injuftes , quand je revendique le
titre d'inventeur ou de reftaurateur de la
Taille latérale des femmes , & cependant
M. Louis fçait que j'ai pratiqué cette Taille
fept ans avant l'impreffion du Livre de
M. le Dran , auquel il s'efforce d'attribuer
l'honneur de cette invention , fans citer
en fa faveur d'autre époque que cette Edition.
Il ajoûte que je fabrique à fon opération
des inconvéniens que la pratique dément.
Sur quoi vous remarquerez , Monfieur ,
que de trois perfonnes que M. Louis a taillées
par cette méthode , & qui font venues
à ma connoiffance , deux font mortes de
Fopération , & la troifiéme languit dans
des tourmens qui en font les fuites . Ces
faits que je ne fçavois point , quand j'ais
sondamné l'opération de M. Louis , prou
* Ceci n'eft pas une conjecture , c'eſt un fain
dont j'ai preuve en main
TIZ MERCURE DE FRANCE.
tain
vent incontestablement que je lui ai fabri
qué des inconvéniens d'après nature. Mais,
s'écrie M. Louis , comment M. le Cat peutil
revendiquer une opération qu'il blame beau
coup? Cela eft' tout fimple !. Je revendique
à certains égards fon opération & fon
inftrument, parce que le méchanifme m'en
appartient ; & je les blâme,parce qu'il en a
fait un mauvais ufage : qui eft- ce qui n'en
feroit pas autant ? Je ne pratique pas la même
méthode que vous , réplique M. Louis ,
vous débridéz l'uretre le col de la veffie
d'unfeul côté , & moi j'ouvre l'un & l'autre
de chaque côté. Oh ! rien de plus cerque
je ne pratique pas la même méque
M. Louis , & je lui promets que
je ne la pratiquerai jamais ; je me garderai
bien toute ma vie de faire deux incifions
là où une feule fuffit toujours , & où quelquefois
même il n'eft pas néceffaire d'en
faire aucune , comme lès Praticiens les plus
célébres l'ont reconnu . Mais quoique je
fois fort éloigné d'approuver & encore
plus d'adopter la pratique de M. Louis ,
mes inftrumens , mon opération , la fauſſe
defcription qu'en a donnée M. Gunz´, ne :
font pas moins les fources de fa méthode ,,
au moins on l'y retrouve toute entiere ; ellen'eft
pas la même que la mienne , mais elleeft
la même que celle qu'on a сcuиû que je
thode
MAR S ..1740..
faifois , & qu'on a décrite en conféquence :
de cette erreur. Son inftrument n'eſt pas le
mien , mais le méchaniſme du dernier y a
été copié , on l'y retrouve dépouillé du
gorgeret , & rendu dangereux par le double
tranchant , ppuuiifféé encore dans l'hiftoire
erronnée de ma Taille , par M. Gunz.
M.Louis anonime finit par feindre d'ap
prouver la derniere correction que j'ai fai--
te à mes inftrumens pour la Taille des
hommes ; afin de donner occafion à M.
Louis démafqué dans la feconde Lettre , de
Ia blâmer, ne fe reffouvenant plus que dans
le tems même oùnotre difpute étoit la plus
vive , il m'écrivit expreffément , en par
Tant de cette correction , je lone cette invention.
Dans la feconde Lettre , M. Louis ne
manque pas de trouverfort judicienfes les
remarques de M. Louis anonime , pour ce
qui concerne fon operation , mais il impofe
au dernier le ton moderé qui lui convient.
Il fe déclare même de mes amis ; à l'entendre
, nous fommes d'accord fur les faits.
Je conviens , felon lui , non-feulement de
Lopération de M. le Dran , mais que Paré,
Collot & plufieurs autres , la pratiquoient s
c'eft-à -dire , je conviens que les anciens
ont taillé les femmes par une incifion
comme M. le Dran & moi le faiſons , &
".
9
114 MERCURE DE FRANCE.
qu'il n'eſt queſtion entre nous que du re
nouvellement de cette opération ; mais
M. Louis n'ofe dire , que je conviens que
l'opération de M. le Dran eft antérieure à
la mienne , car il fçait pofitivement le
contraire ; auffi , dit-il fimplement , M.
le -Cat convient de l'opération de M. le Dran ;
propofition vraie , qui en infinue une autre
qui ne l'eft pas. Il y a du ftratagême
jufques dans les phraſes de M. Louis. A
l'égard du jugement que j'ai porté fur fon
opération , il a la bonté de m'excufer fur
ce qu'il prétend que j'en ai été mal informé.
Je puis l'affûrer très-pofitivement ,
que les inftructions que j'ai reçûes de M.
le Blanc , Lithotomifte d'Orleans , trèséclairé
, très habile , & témoin oculaire
de tous les faits qu'il m'a rapportés , ne
font point fauffes ; que je poffède fon opération
comme lui- même , & que fi j'en ai
mal jugé , c'eft ma propre faute. Au reste,
M. Louis renvoie fes preuves à un ouvrage
qui eft fous preffe , dans lequel ce point
fera pleinement difcuté , & l'excellence
de fon opération prouvée par les raifons
par les faits , car le Mercure ne peut Le
charger d'un fi grand détail.
&
Par cette même raifon , Monfieur , cette
Lettre- ci ne fera qu'une annonce d'un
ouvrage plus étendu , en réponſe aux deux
MARS. 1749. Try
Lettres de M. Louis . Pour répondre à M.
Louis de façon à mettre le Public au fait, il
faut entrer dans des détails hiftoriques &
dogmatiques fur la Taille. Il n'y a pointlà
, Monfieur, de quoi amufer vos lecteurs ;
ces matieres n'intéreffent que les Chirur
giens , & pour les intéreffer véritablement,
il leur faut plus que des phrafes légères ,
malignes ou fophiftiques , il leur faut des
chofes , & des chofes utiles à l'Art ; c'eft
ce que je me propofe dans ma réponſe ,
qui me paroît être affez étendue, pour former
une brochure divifée en deux parties
La premiere contiendra l'analyfe de l'opé
ration pratiquée par M. Louis , & l'exa
men de ce qui peut lui appartenir, & de
ce que je fuis en droit d'y révendiquer.
Dans la feconde , je traiterai le point que
M. Louis appelle la queftion de Droit.
Je prouverai , mais folidement , que
pération de M. Louis eft tout-à- fait contraire
aux principes de notre Art , les plus
évidens , & les plus univerfellement reçûs,
ce qui fera confirmé par l'Hiftoire des
triftes accidens , qui ont fuivi toutes celles
dont j'ai connoiffance. F'ai des preuves.
inconteftables des faits que j'avance , &
quand je compare ces faits avec le projet
que nous donne ce Chirurgien , d'appuyer
T'oTIG
MERCURE DE FRANCE
fes raisons de préference fur des faits , fur des
obfervations conftantes , fur les fuccès de fon
opération , je vous avoue , à mon tour ,
qu'il m'eft impoffible de pénétrer les motifs de
fa prétention. Puifqu'il fe déclare de mes
amis dans fa Lettre , je lui dois du retour ,
& en cette qualité , j'ai un vrai confeil
d'ami à lui donner , c'eft de fufpendre
l'impreffion de cet ouvrage fur la Taille
des femmes , jufqu'à ce que je lui aye fait
préfent d'un exemplaire de ma réponſe ,
parce que je compte affez fur fes lumieres
& fa prudence , pour croire qu'après qu'il
en aura pris lecture , fon traité de la Taille
ne verra jamais le jour.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Cat
Rouen , ce 23 Octobre 1748%
MARS. L11 1749.
*** X* X +3X333X
VERS
Ecrits le premierjour de l'an à M. ***,
EN ce jour , où chacun s'empreſſe
Aformer des fouhaits heureux ,
Tes talens , cher ami , ton goût voluptueux ;
Ton efprit , ta délicateffe
Ne permettent rien à mes voeux.
Des doctes Nymphes d'Hyppocréne
Te fouhaiter les conftantes faveurs ,
C'est à la plus belle des fleurs
Souhaiter des Zéphirs la gracieuſe haleine ,
C'est à Cleron fouhaiter qu'elle enchaîne
Par les divins appas , fes talens féducteurs ,
Le plus fier de fes ſpectateurs.
Par M. de la Louptiere.
On a dû expliquer les Logogryphes du
Mercure de Février par Louife & Logogryphe.
On trouve dans le premier fuie ,
lie , foie , fon ou fol , fol , ouie , oeil , Siloe , il,
-Oife , la Lis , Eu , oie , os , Ifle , oui , feui, Jo,
Louis. On trouve dans le fecond rôle , or ,
orge , Pôle , Loire , Pile , hier , lie , horloge ,
tyre , pore , gloire , re & Pie.
118 MERCURE DE FRANCE.
O
ENIGM E.
4
N vous annonce une maifon
A louer en toute faiſon
Elle a deux portes , trois fenêtres ,
Du logement pour quatre maîtres ,
Même pour cinq en un befoin ,'
Ecurie , & grenier à foin .
Eft-elle en un quartier qui pourroit ne pas plaire ?
Auffi tôt le proprietaire >
Avec quelques mots qui font peur ,
Et fa baguette d'enchanteur ,
Enleve la maifon , meubles & locataire ,
Et fera tant qu'il la mettra
En tel endroit qu'il vous plaira.
On connoît cet Hôtel célébre
A fon écriteau fingulier ,
Pris dans Barême & dans l'Algébre ;
Et l'on trouve au Calendrier
Son nom & celui du forcier.
Par Mademoiselle D. B;
MARS. 1749.
119
LOGOGRT PH E.
* Par M. G***, de la Rochelle.
N'ne fait point fortune en fon païs ;
Etre fort ordinaire aux lieux de ma naiſſance ,
Je fais ailleurs un être d'importance ;
J'attire autour de moi les peuples ébahis.
Dix lettres font mon tout. Je porte un fleuve en
tête ;
En diffequant mon corps , je t'en offre encoreun
Je présente à tes yeux un métal peu commun ,
Les plus grands des mortels , la plus petite bête
D'un Héros Grec le fage Gouverneur
Un Mont faint , une Iſle rébelle ,
Un Empire fameux , un animal fidéle ,
Un bon Roi , deux oifeaux , deux Nymphes , ane
Aeur ,
Un favori de la fortune ,
Un Patriarche , un fuivant de Neptune }}
A ces pauvres maris ce qui fait tant de
peur ,
La veille d'aujourd'hui , la fin de la journée ,
Un fruit , l'apprêt de l'Hymenée ,
Ce qui n'eft pas mouillé , Pinſtrument d'un chaſ
feur ,
Et ce qu'enfin pour me connoître
Il n'eft pas néceffaire d'être,
120 MERCURE DE FRANCE.
JE
AUTRE.
E fuis , quand tu le veux , lecteur , mâle ov
femelle ,
Mais aujourd'hui je prends le fexe d'une belle ,
Pour un peu t'amufer & te faire rêver.
trouver : Dans moi voici ce que tu peux
Un très-beau nom que le monde révére ;
Un petit animal , un très - petit encor ,
Qui du premier a quelque caractére ;
Un troifiéme plus gros , à poil roux , gorge d'or ,
Du moins fi pour fon nom l'on fuit l'Académie ;
Ce qu'un amant veut être à fon amie ;
Mot commun, dans ſon ſens , & rare & précieux ;
Un certain Chef en certains lieux ;
Arbufte , dont voudroit fe couronner Clarice ,
Qualité qui fe donne à des gens de Juſtice ,
Et fous un autre fens , je regente par fois ;
De nos vers la plus dure & la plus belle lõi ;
Terme du jeu d'échecs ; ornement en partie
D'un Prélat célébrant avec cérémonie.
Plus utile en guerre qu'en paix ,
Plufieurs fans moi ne fe montrent jamais ; -
Deux chofes aux Vailleaux tout- à- fait néceffaires,
Eft- ce tout ? Non , voici nouveaux myſtéres ,
Deux notes de mufique , & l'un des élemens ,
Si vous prenez ce terme un peu moins ftrictement
Autre
MARS . 121 1749.
Autre élement. Enfin mon tout dans ton ménage
Eft chaque jour d'un très utile uſage.
Par M. G. de Mont,
AUTRE.
Souvent
fynonime de fot ,
Trèsfouvent , je n'ai rien du vrai ſens de ce mot ;
Et l'application , que l'on m'en fait, me bleffe.
Je fuis, en combinant , un doux amuſement
Qui plaît fur tout à la jeuneſſe ,
>
Plus l'endroit même , où ce plaifir fe prend ;
D'un des fiécles derniers un Auteur admirable ;
Mais à certains égards blâmable .
Ce qu'on eft , quand on a du plaifir , du bonheur ;
Je fuis encor une Aeur magnifique.
Enfin deux notes de mufique.
Par le même.
AUTRE.
Chaquejour tu me vois , Lecteur , & dans un
tems ,
Tu ne pourrois fans moi vivre à l'aiſe & content ;
Ote mon dernier membre , alors je te préfente
Une partie intéreffante
De l'homme & de tous animaux ,
Dont le dérangement leur caufe bien des maux;
F
# 22 MERCURE DE FRANCE.
Pourfuis , retranche encore , comme tu viens de
faire ;
Tu vois une vertu tout à-fait néceffaire.
Combine enfin , je t'offre un perfonnage ,
A qui tu dois le refpect & l'hommage,
Par le même.
) 9
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX- ARTS , &c.
G
RAMMAIRE des Sciences philofophiques
, ou Analyfe abregée de la Philofophie
moderne , appuyée fur les Expériences.
Traduction de l'Anglois , de Benj,
Martin. A Paris , chez Briaffon , rue Saint
Jacques , à la Science & à l'Ange Gardien ,
1749 , in-8°. Orné de vingt- deux planches.
Cet abregé , qui eft divifé en quatre
parties , eft précédé d'une Introduction
dans laquelle l'Auteur donne diverfes notions
préliminaires fur la Philofophie ch
général , far la Philofophie naturelle , fur
les parties dont elle eft compofée , fur les
Hypothéfes , fur les Expériences , & fur
les inftrumens qui y font néceffaires .
La premiere partie de l'ouvrage contient
un court examen des propriétés des
MARS.1749 .
123
corps naturels ; de leur extenfion , & de
leurs dimenfions ; de la diviſibilité de la
matiere ; de la ductilité furprenante de
certains corps ; de la folidité & de la figurabilité
; de la nature du mouvement &
du repos ; de la lumiere ; des couleurs ; du
fon ; de la légéreté & de la pefanteur : de
l'attraction & de l'Electricité , de l'opacité
& de la tranfparence ; de la denlité
& de la rareté ; de la dureté & de la molleffe
; de la roideur & de la flexibilité ; de
la confiftence & de la fluidité ; de la chaleur
& de la froidure ; de l'humidité & de
la féchereffe ; de l'élafticité ; des odeurs
& des faveurs.
;
L'Auteur , dans la feconde partie , traite
de la Cofmologie , de la Théorie du
Soleil & de la Lune , de la
Planétographie ,
des Cométes & des Etoiles fixes.
Sa troifiéme partie eft deftinée à l'explication
de ce qui regarde l'air , les vents,
les principaux metéores , les
apparences
céleftes , telles que l'Arc- en- Ciel ,
Parhelies , les Parafelenes , & c.
les
Dans la quatrième & derniere partie ,
on trouve la connoiffance générale du
Globe , fes differentes divifions & fubdivifions
, une deſcription des parties qui
conftituent la Terre. L'Auteur raffemble
les détails les plus intéreffans fur les foffi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
les , les métaux & les minéraux ; fur l'Hy
drographie ; fur les loix de la preffion &
de la gravité de l'eau ; fur l'origine , la
rondeur , la falure , le flux & le reflux de
la Mer ; fur les Rivieres , les Lacs & les
Fontaines ; fur les Plantes & les Végétables.
Il termine fon ouvrage par un chapitre
fur le corps humain , fur les animaux,
fur les coquillages , fur la fanté , là maladie
, la veille , le fommeil , les fonges , la
faim , la foif & la mort.
Tout le Livre eft par demandes & par
réponſes , mais il ne faut pas pour cela le
confidérer comme un ouvrage fuperficiel ,
fait feulement pour enfeigner aux enfans
le Rudiment de la Phyfique & de l'Hiftoire
Naturelle . Il peut être utile même
à bien des perfonnes , qui fe croyent trèsinftruites
.
La premiere édition a eu beaucoup de
fuccès en Angleterre , & cela a déterminé
l'Auteur , à en donner une feconde , dans
laquelle il a inferé plufieurs additions . C'eft
cette nouvelle édition , qu'on a traduite.
ELEMENS d'Anatomis raifonnée , vol. in-
S°.
Quoique nous ayons un grand nombre
d'excellens ouvrages fur l'Anatomie , on
peut dire qu'on avoit encore befoin de
celui-ci pour faciliter l'intelligence de cette
MAR S. 1749. 125
fcience , & pour en rendre le goût plus
général .
En effet il y a deux fortes de perfonnes
à qui l'étude de l'Anatomie peut conve
nir.
Elle eft abfolument néceffaire à ceux
qui fe deftinent à la profeffion de Médecin
ou de Chirurgien. Ils ne peuvent ef
perer de réuffir & de fe rendre utiles ,
qu'autant qu'ils auront fait de progrès dans
fa connoiffance du corps humain. C'eft
aux Livres , qui leur en offrent la defcription
la plus circonftanciée , qu'ils doivent
avoir recours. Mais il ne faut pas qu'ils
s'en tiennent là , il faut qu'ils étudient les
cadavres , & qu'en les diffequant ils découvrent
& reconnoiffent par eux -mêmes ce
qu'ils ont vu dans les Livres. Ceux qui ne
font point obligés par état , d'apprendre
l'Anatomic , n'ont pas befoin de tant de
détails , mais il ne peut être qu'utile &
agréable pour eux, de s'inftruire , jufqu'à-un
certain point , de cette partie de l'Histoire
naturelle.
C'estpour cette derniere efpéce de Lecteurs
, que l'ouvrage que nous annonçons
a été compofé. Les jeunes gens ,
furtout ,
paroiffent avoir été le principal objet de
l'Auteur. Ce qu'on leur enfeigne d'Ana
tomie dans les Claffes , eft fort fuperficiel ;
Fij
126 MERCURE DE FRANCE.
& ne leur en donne que des notions trèsimparfaites.
D'ailleurs ,nous n'avions aucun
Livre élementaire , qu'on pût mettre entre
leurs mains fans danger , & où ils trouvaffent
la defcription des parties du corps animal
, jointe à l'explication de leurs divers
ufages. Voilà le point de vue que l'Auteur
s'eft propofé , & voici comment il a exé
cuté fon plan.
Trop de briéveté auroit rendu fon difcours
obfcur , fur tout pour des perfonnes
qui n'ont jamais vû , & qui ne verront
peut-être jamais l'ouverture d'aucun cada
vre. Une étendue trop diffuſe pouvoit embarrafler
le lecteur , loin de l'éclairer .
L'Auteur a pris un jufte milieu , qui le
tient également éloigné de ces deux incon,
véniens. Il donne la defcription de tous
les os , parce qu'on trouve ailément des
fquelettes , fur lefquels il eft facile de
les reconnoître. Il n'entre pas dans un ft
grand détail fur les mufcles , les vaiffeaux
& les nerfs. Ce n'eft que par la diffection
qu'on peut en acquerir une connoiffance
parfaite. L'Auteur décrit avec foin la forme
& la ftructure des organes. Il en ex
plique clairement les ufages , & il fait con
noître en quoi confifte ce qu'on appelle
économie animale ; fouvent il indique
quelles font les caufes qui peuvent la déMARS.
$749. 127
ranger. L'homme eft le plus bel ouvrage
du Créateur , & la ftructure de fon corps
attefte hautement la fageffe & l'intelligence
fouveraine de celui qui l'a formé .
On propofe ici de tems en tems quelques
réflexions , qui peuvent rendre les jeunes
gens attentifs à cet important objet . En
travaillant , dit l'Auteur , à leur orner l'efprit
, il faut auffi avoir en vûe de leur former
le coeur , & l'on ne peut trop leur apprendre
à rapporter tout ce qu'ils voyent ,
à celui qui en doit être la fin , comme il
en eft le principe & la fource .
Nous croyons qu'on trouvera dans cer
ouvrage de l'ordre , de la clarté , de la
jufteffe & de la précifion . Il ne fuppofe
aucunes connoiffances préliminaires qu'on
foit obligé d'aller chercher ailleurs , &
l'Auteur nous paroît n'avoir rien négligé
pour fe rendre intelligible à toutes fortes
de lecteurs. Il a omis un article qui feroit
effentiel à un Traité complet d'Anatomie ,
mais la confidération des perfonnes , pour
lefquelles il travailloit , l'a obligé de le
fupprimer. Et morum quidem in his haud
dubiè prior ratio habenda eft.
Pour confirmer le jugement que nous
avons porté de ce Livre , nous allons en
citer un article.
L'Auteur , après avoir décrit tous les
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
vifceres qui fervent à la digeſtion , expli
que ainfi de quelle maniere fe fait cette
fonction animale.
On entend par digeftion le changement
que les alimens éprouvent pour être convertis
en chyle. Ce changement s'opére
dans la bouche , dans l'eftomach & dans
les inteftins grêles .
La préparation que les alimens reçoivent
dans la bouche , eft l'effet de la maftication
; chaque machoire eft bordée d'une
rangée de dents , entre lefquelles nous
portons les alimens folides. La machoire
inférieure , qui eft mobile , s'abaiffe & fe
releve , au moyen des mufcles qui lui font
propres. Les dents de l'une & de l'autre
machoire s'appliquent fortement les unes
contre les autres. Les alimens font d'abord
coupés & tranchés en plufieurs morceaux.
La langue d'une part , & les muſcles
des joues de l'autre , repouffent ces
mêmes alimens fous les dents , jufqu'à ce
qu'ils foient parfaitement divifés , & comme
moulus. Pendant ce tems les glandes
falivales , qui font légérement irritées ou
ftimulées par les parties falites des alimens
, & qui fe trouvent doucement comprimées
par la contraction des muſcles
de la machoire inférieure , fe refferrent &
verfent dans la bouche une quantité fufi,
MARS. 1749. 129
Fante de falive , pour délayer & détrem.
per les alimens , & par - là en former une
pâte , que la langue amaffe en une efpéce
de bol , & qu'elle porte vers fa racine , en
s'élevant & s'appliquant contre le palais.
L'Auteur explique enfuite comment les
alimens , tant folides que liquides , font
pouffés dans l'ouverture du pharynx , fans
s'échapper par aucune des autres ouvertures
qui communiquent avec la bouche , &
il fait fentir l'art admirable avec lequel
tout cela s'exécute .
Les alimens broyés , imbibés , préparés
dans la bouche , defcendent dans l'eftomach
par le canal de l'éfophage , pour recevðir
de nouveaux changemens. Tant que ces
matieres ne font pas parvenues à un certain
point de diffolution , & qu'elles ne font
pas encore bien mêlées avec les fucs de
l'eftomach , elles confervent une qualité ,
capable de faire quelque irritation fur les
fibres du ventricule , qui occafionne le
refferrement de fes orifices . Là , les alimens
fe trouvent enfermés balottés &
agités , tant par l'action alternative des
nufcles du bas ventre & du diaphragme ,
que par un leger mouvement de l'eftomach
même. Cette agiration des alimens fait
que toutes les parties fe trouvent fucceffi
vement expofées à l'action de l'humeur fo
>
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
machale , qui pénétre , divife & attenue
chaque molécule.
Les alimens , après une , deux ou trois
heures de féjour dans l'eftomach , fuivant
qu'ils font plus ou moins faciles à digerer ,
& que l'eftomach , ou les fucs digeftifs
ont plus ou moins de force & de vertu
fee
trouvent convertis en une matiere grifâtre
, qu'on appelte chymus , terme Grec,
qui veut dire fuc. Ce qu'il y a de plus.
liquide & de plus travaillé , paffe peu à
peu dans l'inteftin duodenum. Les molécules
les plus groffieres, les plus compactes,
& par conféquent les plus pefantes, reftent
au fond de l'eftomach , jufqu'à ce qu'elles
ayent été divifées , & qu'elles ayent acquis
un degré de tenuité & de fluidité , qui les
mette en état de prendre auffi la route de
l'orifice inférieur de l'eftomach , & de paffer
dans les inteftins. C'eft-là que les alimens
changent abfolument de nature. La
bile , le fuc pancréatique , qui y abondent
par les conduits qui leur font propres ; ,
l'humeur inteftinale qui dégoutte de toute
la furface interne desinteftins par une in-.
finité de petits vaiffeaux excrétoires, deſtinés
à cet ufage , fe mêlent avec les alimens
qui viennent de l'eftomach . Ils achevent .
de les délayer & de les diffoudre . Il en
réfulte deux matieres bien differentes par
MARS. 1749.
131
Leur nature & par leur deftination , &c .
Il paroît depuis le mois de Novembre
1748 un ouvrage in- 12, qui eft imprimé par
les foins des Sieurs Defprez , Imprimeur &
Libraire , & Cavelier , Libraire à Paris . Ce
Livre eft intitulé , Notice de l'Etat ancien &
moderne de la Province & Comté d'Artois.
L'idée de cet ouvrage a été priſe à l'oc
cafion du nouvel Etat de la France qui paroît
en fix volumes in- 12 . depuis le mois
de Décembre. Il feroit à fouhaiter que les:
principaux points , qui intéreffent les Provinces
du Royaume , fuffent donnés au
Public par des ouvrages féparés , avec autant
de détails qu'on en trouve,fur l'Artois,
dans l'abregé dont nous rendons compte.
Quoique ce ne foit qu'un précis des principaux
faits hiftoriques , par rapport à tous
les états differens des peuples de cette Pro
vince , on peut y puifer beaucoup de connoiffances
fur ce qui concerne les Comtes
& les Souverains , le Clergé , la Nobleffe ,
le Tiers-Etat , les Tribunaux , les Privilé
ges des Habitans , le Commerce , les Chemins
& les Rivieres du Pays ; fur les
Loix , les moeurs , Coûtumes , ufages &
conftitutions qui y font en vigueur ; fur
leur difference dans les principaux points ,
avec la meilleure partie des Coûtumes &
des ufages des autres Provinces , &c . Avec
F vi
132 MERCURE DE FRANCE.

le fecours de ce Livre , les perfonnes qui
ont des intérêts à ménager dans l'Artois ,
feront en état de s'inftruire de la maniere
dont elles doivent les traiter. C'est tout ce
que l'on peut attendre d'un ouvrage fr
court. L'Auteur y a joint une table fort
ample. Ce Livre fe vend à Paris , chez lefdits
Sieurs Defprez & Cavelier , & à Arras
, chez le Sieur de la Sabloniere , Imprimeur.

STYLE ET REGLES DE PROCEDURE des
differens Tribunaux du Royaume en matiere
civile , criminelle & bénéficiale ,
fuivant les Ordonnances , Edits & Déclarations
du Roi , intervenus jufqu'à préfent.
A Paris , au Palais , chez Théodore
le Gras , au troifiéme pillier de la grand
Salle , à l'L couronnée , 1749.
Ce nouveau Style eft divifé en cinq
párties.
La premiere traite des ajournemens .
La feconde , de la maniere de procéder
fur les demandes en premiere inftance , en
matiere civile & bénéficiale , depuis l'a
journement jufqu'au jugement définitif.
La troifiéme , de la maniere de procéder
en appofition de fcellés , levée d'iceux,
confection d'inventaire , élection de Tureur
, reddition de compte , de tutelle &
de communauté , partage , licitation , féMARS.
1749. 133
paration de biens entre mari & femme ,
ou d'habitation & de biens , réception de
caution , pourſuite de faifie réelle , inſtance
de préference , & confection de papiers
terriers.
La quatrième , de l'appel fimple & come
me d'abus.
La cinquième , de la procédure en matiere
criminelle .
Cet
ouvrage raſſemble
, comme
on voit,
tout ce qu'il y a de plus effentiel
en ftyle
& ordre
judiciaire
univerfel
, concernant
la fonction
des Huiffiers
& Sergens
, celle
des Procureurs
, Greffiers
& Juges, pour la
conduite
de la procédure
dans les caufes
,
inftances
ou procès
en matiere
civile , criminelle
& bénéficiale
; aux principal
, incident,
& procès
contre
les Eccléfiaftiques
,
fur délit commun
du cas privilégié
.
Enfin pour ne rien laiffer à defirer dans
cet ouvrage , on a joint à la fin tous les
Arrêts & Réglemens anciens & nouveaux,
concernant la taxe des dépens.
ABREGE' de l'Hiftoire de France & Romaine
, diftingué de tous les autres par la
fûreté de la Chronologie , fait fous les
yeux de feu l'Abbé des Fontaines , qui l'a
corrigé & augmenté confidérablement de
fon vivant. Cet ouvrage a été continué
depuis la mort de cet Abbé , par M***
134 MERCURE DE FRANCE.
qui a fuivi exactement le plan du premier
Auteur , en renfermant dans une médiocre
étendue tous les faits principaux de
F'Hiftoire , liés exactement par le fil de la
Chronologie , en forte que l'on y trouvera
du premier coup d'oeil tous les traits remarquables
de l'Hiftoire de France avec
leurs époques.
mes , A
Le même plan a été obfervé dans l'Hiſtoire
Romaine. On y a mis feulement tout
ce qu'on a jugé de plus néceffaire , par le
choix des faits , & par le caractere des hom-
, que leurs vertus ou leurs vices ont
rendu célébres ; les lecteurs y trouveront
des réflexions tirées du fond du fujet , &
plufieurs traits agréables , recueillis des
differens Ecrivains qui ont traité cette ma
tiere. On y a marqué auffi les caufes de la
puiffance & de la décadence de ce vaſte
Empire , & les refforts qui ont fait élever
& tomber le formidable Coloffe de la gran
deur Romaine.
Cet abregé contient deux volumes in- 12,
qui fe vendent à Paris , chez le Gras ,
grand' Salle du Palais ; chez Poirion , rue
Saint Jacques , à l'Empereur , & Desprez
& Cavelier , même rue , à S. Profper.
COÛTUMES GENERALES du Pays & Duche
de Bretagne , & ufemens locaux de la même
Province , avec les procès verbaux des
MAR S. 1749. 135
deux réformations , les notes de M. Pierre
Hevin , Doyen des Avocats du Parlement,
les Arrêts recueillis par le même Auteur
fur les Articles de la Coûtume , l'Aitiologie
de M. Bertrand d'Argentré , Sénéchal
de Rennes , la Traduction abregée
de fon Commentaire fur l'ancienne Coùtume
de Bretagne , par M. H. E. Poulain
de Belair , Doyen des Avocats du même
Parlement , & les notes de M. Charles du
Moulin , fur la même Coûtume. Revû ,
corrigé & augmenté de la Conference
des trois Coûtumes de la Province , deş
autres Coûtumes du Royaume , & des Ordonnances
des Rois , depuis le commen
cement de la Monarchie Françoiſe , avec
des notes par M. A. M. Poullain du Parc ,
Avocat au même Parlement , & Profeffeur
Royal en Droit François des Facultés de
Rennes . Volume in-4° . Tome III . 10
liv . A Paris , chez Ganeau , Libraire , rue
Saint Severin , aux Armes de Dombes
1748. On trouvera au même endroit les
deux premiers tomes.
LES MEMOIRES de Littérature & d'Hif
toire, par le P. Defmolets . onze vol . in - 12 .
27 liv . 10. A Paris , chez Nyon , fils .
Quai des Auguftins , à l'Occafion .
CONTES MOGOLS . Trois volumes in- 12 .
A la Haye , chez. Jean Neaulme & Le
136 MERCURE DE FRANCE.
í
trouvent à Paris , chez Charles Robustel
Quai des Auguftins , du côté du Pont
Saint Michel , à la Reine des Reines ,
1749.

COMMENTAIRES fur la Coûtume du Bailliage
& Comté d'Auxerre , anciens Refforts
& enclaves , rédigée en préfence &
du confentement des trois Etats du Pays.
Par M. Jean-Baptifte Née de la Rochelle ,
Avocat au Parlement. A Paris , chez
Claude-Jean - Baptiste Bauche fils , Libraire
, Quai des Auguftins , près le Pont
Saint Michel , à l'Image Sainte Geneviève.
OBSERVATIONS Chirurgicales fur
les maladies de l'uretrhe , traitées fuivant
une nouvelle méthode , par Jacques Daran
, Confeiller , Chirurgien Ordinaire du
Roi , fervant par quartier , Chirurgien de
Paris , & ci-devant Chirurgien Major des
Hôpitaux & Armées de l'Empereur Charles
VI. Nouvelle Edition . A Paris , chez
Debure l'aîné , Libraire , Quai des Auguſtins
, à S. Paul , 1748 , volume in- 12 . de
429 pages , fans le dernier préliminaire ,
qui en contient 220 , & à la fin duquel eft
une Planche gravée en couleur , par Gautier
, Graveur Privilégié du Roi . On lit
au revers du frontifpice cet Epigraphe.
Quibus in urine fistula tuberculum innafcitur,
eo in pus verfo & rupto , folutio contingit.
Hipp. Aph. 81. Sect. IV.
MARS. 1749. F37
Le plus intéreffant pour la plupart des Lecteurs
, eft de connoître les maux que guérit
M. Daran; ces maux font un écoulement
opiniâtre par l'urethre,&une difficulté d'u
riner. L'écoulement eft la fuite d'un ulcére
toujours fubfiftant , & les caufes de la difficulté
d'uriner font principalement les
cicatrices dures & calleufes que les ulcé
res ont laiffées dans le canal les caroncules
que les ulcéres devenus fougueux y
ont fair pulluler ; les ulcéres calleux qui
occupent les canaux fecretoires des lacunes
de l'uretre , &c. & le gonflement du ve
ramontanum , qui devient quelquefois
fquirreux , l'endurcillement , le ſquirre ,
les callofités ou fongofités, &c.
Il n'y aucune de ces caufes que M. Daran
ne difcute avec toute l'étendue qu'elles
méritent , & après avoir lû fon ouvrage , il
n'eft plus poflible de douter de l'existence
long- tems conteftée des caroncules. On
eft même également convaincu que ce
qu'on nomme relochement de vaiffeaux , eft
un ulcére qui a toujours fubfifté depuis
certains accidens caufés par la débauche ,
& l'on voit avec frayeur les accidens fâcheux
auxquels les progrès de ces ulcéres
ont exposé plus d'un malade .
Ces accidens , qui leur font communs
Avec toutes les autres caufes de la difficulté
13S MERCURE DE FRANCE.
d'uriner , font de fréquentes envies d'uri
ner , d'autant plus incommodes , que l'urine
ne fort que comme un fil , quelquefois
fourchu , ou qu'on ne la rend que
goutte à goutte , & avec de grands efforts.
Le défaut de régime fait fouvent dégénérer
cette difficulté d'uriner en fuppreflion
totale d'urine.
Il n'eft pas poffible de fuivre l'Auteur
dans la difcuffion qu'il fait des fecours
qui ont été employés pour remédier à la
fuppreffion d'urine. M. Daran prétend
prouver qu'ils ne font que palliatifs , mais
comme tout le monde n'eft pas à portée
de fon remede , il s'étend fur cet article ,
afin qu'on fçache du moins la maniére de
rendre la vie moins infupportable aux ma
lades , en leur procurant les fecours les
plus avantageux & les moins capables de
nuire. On ne doit pas être étonné qu'après
vingt années confacrées au traitement
des maladies de l'urethre , M. Daran parle
fur cette matiére d'une maniere très-fatif
faifante .
La difcuffion des fecours , employés
contre la difficulté d'uriner habituelle , ne
mérite pas moins l'attention des Lecteurs,
qui ont le malheur d'avoir un intérêt parriculier
à s'inftruire de ce qui concerne la
guériſon de ce cruel fymptôme ; & la jeu
MARS. 1749.
139 ,
neffe y trouvera un excellent préfervatif
contre des fautes auxquelles elle n'eft que
trop fujette.
En lifant les réflexions que nous venons
d'indiquer , on applaudira néceffairement
à la découverte d'un remede, tel que celui
de M. Daran , qui guérit promptement &
fûrement des accidens qui fouvent ont coû
té la vie aux malades , & qui plus fouvent
encore la leur font payer beaucoup plus
qu'elle ne vaut , par les douleurs cruelles
dont ils font habituellement tourmentés.
Que le remede de M. Daran guériſſe
furement ; c'est ce dont il n'eft prefque
point poffible de douter, après le défi qu'il
fait qu'on produife un feul exemple de
malade , dont la maladie n'étoit pas com
pliquée , qui foit retombé dans les mêmes
accidens. Mais l'Auteur ne promet point
des miracles ; & même indépendamment
des complications , il avertir que fon remede
n'agit que par le contact immédiat ,
& par conféquent que s'il fe fait des fufées
de matiere dans des parties auxquelles il
ne peut s'appliquer , il ne faut point atten--
dre de guétifon . Il 11 eft bon de remarquer
que le défi de M. Daran ne paroît pas téméraire
, aucun des malades qu'il a traités
à Marſeille n'étant retombé : c'est ce qui
eft attefté par une lettre de M. Bertrand ,
140 MERCURE DE FRANCE.
Doyen du Collège des Médecins de Mar
feille , adreffée à M. le Premier Médecin
du Roi , qui lui avoit écrit pour s'inftrui
*e für ce fait.
La découverte de M. Daran eft d'autant
plus utile , que fon remede n'eft pas feule
ment propre à remédier aux vices de l'uretrhe
, caufés par les débauches , & qu'il
détruit également tous les obftacles qui s'y
forment contre nature. M. de Maisonneuve,
Valet de Garde - robe du Roi , étoit déf
efperé , en conféquence d'une fuppreffion
totale d'urine , produité par de petits graviers
& par une paille qu'une fonde de
plomb , employée pour en faciliter la fortie
dans une attaque antérieure de plufieurs
années , avoit laiffée dans l'urethre.
Le malade a éte fauvé par M. Daran. Cet
te hiftoire , qui fait la centiéme obferva
tion de la troifiéme partie du Livre de M,
Daran , eft certifiée par plufieurs perfonnes
, dont on ne peut révoquer le témoi
gnage en doute , & entre autres par M.
Chycoineau , Premier Médecin du Roi , &
par M Henin , Premier Chirurgien de Madame
la Dauphine.
Prault , le fils , Libraire , quai de Conti,
à la Charité , débite une Comédie nouvelle
d'un Acte , laquelle a pour titre

Rivalfuppofé. Quoiqu'elle n'ait point été
MARS. - 1749.
14 #
repréfentée , il fuffit , pour donner la cu
riofité de la lire , d'annoncer qu'elle eft de
M. de Sainte Foy.
POESIES Françoifes & Latines , fur la
prife de Bergopfoom , & fur la Paix , dédiées
à M. le Maréchal de Lowendalh , par
M. des Forges- Maillard , Affocié de l'Académie
Royale des Belles- Lettres de la Rochelle
, & de celle d'Angers . A Renkes
chez Jofeph Vatar , Imprimeur- Libraire du
Collége , Place du Palais , 1748 .
La nouvelle Edition du Traité de M.
Remond de Sainte Albine, fur l'art de repréfenter
les Piéces de Théatre, fera inceffamment
en vente chez Vincent , fils , rue faint
Severin .
M. Aubert , Muficien de la Chambre du
Roi , & Intendant de la Mufique de feu
S. A. S. M. le Duc de Bourbon , vient
de donner au Public un quatriéme Livre
de Jolis Airs , dans lequel il a inferéles plus
beaux Noels . Comme les variations, dont
il les a remplis , répondent parfaitement
aux graces , à la gayeté & à la naïveté de
la plupart de ces chants , nous ne doutons
pas qu'on ne reçoive ce nouvel ouvrage
avec le même plaifir qu'on a toujours reçû
ceux de l'Auteur. Son adreffe eft à Paris ,
rue Saint Honoré, vis- à- vis du Grand Confeil.
142 MERCURE DEFRANCE.
LETTRE à M. Cantwel , Docteur Régent
des Facultés de Paris & de Montpellier ,
& Membre de la Société Royale de Lon
dres.
J
'Ai lû avec plaisir , Monfieur, les Théfes
que vous avés écrites & foutenuës
aux Ecoles de Médecine de Paris ; ce ne
font point , comme il s'en voit , de ces
queftions d'une Phyfique verbeufe , qui
n'appartiennent que de très -loin à l'art de
guérir ; le choix des matiéres , l'abondance
& l'énergie du ftyle , l'érudition la plus recherchée,
l'affemblage méthodique des expériences
les mieux afforties au fujet , y
brillent par tout ; la fcience & l'obfervation
font , pour ainfi- dire , prodiguées
dans votre Théfe , an aer ab inundatione
falubris J'ai lu auffi votre découverte du
remede du Médecin Arabe contre l'hydropifie
, dont le Public doit vous tenir comp
te , auffi-bien que de votre Lettre à l'Abbé
des Fontaines , fur le choix de l'eau de Goudron
, la façon de la faire , & ſes uſages,
Votre hiftoire d'an remede efficace contre
la rougeur & les maux des yeux , vos expériences
fur le remede de Mlle Stephens ,
& votre Traduction de celles de M. Hales,
me font fort connues ; j'y vois un Méde
2
C
C
MAR S. 1749. 145
cin généreux & attaché à fa Profeffion,
Comptez , Monfieur , fur la reconnoiffan
ce du Public ; vous vous êtes acquis des
droits fur fon amitié & fur fon eſtime , &
il me paroît très-bien difpofé à votre égard.
Que ne vous devroit-il pas, fi vous vouliez
bien fatisfaire aux demandes fuivantes ?
1 °. Quelle eft précifément votre métho
de d'adminiftrer les frictions? Quelle est là
préparation de votre onguent ? Comment
vous eft- il poffible de donner tant de Mercure
fans caufer les accidens ordinaires de
la falivation , & c ? Eft- il vrai que vous tiriez
un foufre du Mercure ? Quel eft l'ufage
que vous en faites ? On dit qu'avec ce
foufre vous foulagez les ulcéres & les autres
maux qui arrivent à la bouche dans le
tems de la falivation .
2º. Votre fentiment fur la fumigation , &
vos raifons pour la rejetter , car on m'a affuré
que vous ne l'approuviez pas.
par
3. Eft-il vrai que vous ayez découvert
la compofition des bougies de M. Daran
que vous ayez guéri plufieurs malades
l'ufage de ces bougies,& que vous en ayez
donné la compofition à quelques Chirurgiens
de votre pays ?
Comme vous êtes nommé aujourd'hui
Profeffeur en Chirurgie , on a lieu d'eſpérer
que vous n'en ferez point de myftere .
44 MERCURE DE FRANCE
.
4°. Votre façon de faire la faignée de
la tête.
5. Votre penfée fur le remede de Defmourettes
contre le fcorbut.
que
Enfin comme vous êtes un des trois Com.
miffaires la Faculté a nommés pour
examiner la Traduction du Livre de M.
Cheyne , intitulé: Méthode naturelle de guérir
les maladies du corps & les déreglemens
de l'efprit qui en dépendent , on attend une
réponſe fincére & naïve à cette queftion ,
fçavoir fi la Traduction de M. dela Chapelle
, de la Societé Royale de Londres , eft
vraiment conforme à l'original. On prérend
que le Traducteur y a joint une Préface
fort ample & très-curieufe , qui contient
entre autres la defcription , l'hiftoire
, la méthode & les effets de la fameufe
transfufion du fang. Qu'en penfez- vous
Votre jugement eft fort propre à déterminer
celui du Public ; j'efpere que vous
voudrez bien nous parler fur tout cela
avec une netteté & une franchiſe digne da
yos talens & de votre réputation.
i
Je fuis , & c.
J. P. D. V.
MOTENM
MARS. 1749. 145
MOTEN de détruire les Rochers ,
qui empêcheroient la navigation.
A
Yant lû dans les nouvelles publiques,'
il y a quelques jours , des Reglemens
du Roi de Pruffe pour rétablir & conftrui,
re des Ports de mer, & y faciliter la navigation
, j'ai fait à cette occafion les réflexions
Liivantes , lesquelles pourront fervir gépéralement.
C'eft que , quoiqu'il y ait des endroits où
les Ports feroient très - néceffaires , à cauſe
des Villes confidérables qui y font & des
chemins & riviereš navigables qui faciliteroient
le commerce de ces Villes avec beaucoup
d'autres , & mettroient l'abondance
dans tous les pays , fouvent il arrive qu'on
n'y a pas fait de Port à caufe des rochers
qui forment comme une chaîne, & barrent
les avenues de ces côtes de mer : ou , s'il y a
un Port , il y a grand rifque à ces avenues,
à caufe de ces rochers : ou du moins il n'y
auroit que des petits Navires qui y pûffent
aborder, ce qui donneroit l'embarras de dé
charger dans des barques, & de conduire ces
Vaiffeaux peut être bien loin, pour y trouver
un Port & les mettre à l'abri . Rien ne
feroit donc fi intereffant au bien public que
de pouvoir fupprimer les rochers .
G
$46 MERCURE DE FRANCE
Mais d'aller couper des rochers dans le
fond de la mer , de les faire fauter par des
mines , l'idée paroît d'abord fi extraordire
, qu'on la rejette auffi tôt , & je ne fçache
pas même qu'on ait jamais rien propofé
là-deffus , mais fi on veut bien
donner quelques momens d'attention aų
moyen que je vais propofer , on verra que
cela fe peut faire , & que dans bien des cas
la dépenfe feroit petite en comparaiſon
des grands avantages qui en reviendroient,
fur tout quand il n'y auroit pas beaucoup
de rochers dans les avenues de mer vers
les endroits où un Port feroit bien né
ceffaire.
On dit d'abord , comment des Plongeurs
pourroient- il refter dans le fond de la mer
à couper dans des rochers ? Quel moyen de
leur procurer la refpiration , & de confer
ver leur chaleur naturelle malgré le froid
de l'eau ? Et comment pour les détruire ,
comme on fait ceux fur terre , mettre au
fond de l'eau les poudres & les méches ,
afin de les faire fauter ? Je vais en expofer
les moyens.

D'abord les Plongeurs auroient un vête
ment de la forme que je dirai , lequel fera
de peau de veau préparée , comme celle
dont font faites les bottes molles des Poiffonniers
& autres , lefquels par ce moyen
MARS. ´1749.. ·147
reftent à travailler , ayant les jambes dans
les Etangs , fans en être aucunement mouillés.
Ces peaux font auffi molles & auffi
douces que des étoffes , & on ne feroit pas
plus gêné dans des vêtemens faits de ces
peaux ; elles font à bon marché , & peuvent
durer bien des années.
Ces vêtemens auront la forme ſuivante .
Cette peau formeroit un pourtour comme
un fac, dans lequel feroit le tronc du corps;
vers le haut feroient coufues les manches ,
dont les extrémités feroient liées & ferrées
fur les poignets de l'homme au bas &
de fuite feroient la culotte & les bas ou
bottes molles , le tout de même peau , &
coufu , comme ne faifant qu'une vêture
continue. L'homme vêtiroit cet habit
en paffant d'abord les jambes dedans , &
relevant l'habit il pafferoit les bras dans
les manches , qu'on lui lieroit & ferreroit ,
comme j'ai dit , vers les poignets ; ainfi
cet habit ne feroit ouvert que vers le haut :
or à ce haut ouvert fera attachée au tour
une bordure de fer , affez mince pour ne
pas être pefante , & cette partie de l'habit,
qui répond tout autour au deffus de la
hauteur des épaules , fera faite affez longue
, afin que cette bordure de fer , qui
forme une espece d'ovale , pour laiffer entrer
le corps quand on le vêtira , puiffe
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
être enfuite tournée de l'autre fens . Gette
bordure ovale fera courbée vers l'un de fes
bouts , & ainfi , en maintenant le haut de
l'habit par un cordon qu'on paffera &
nouera autour du col , & retournant cet
ovale & l'abaiffant , il fe trouvera que l'un
de fes bords tombera le long du dos &
l'autre vers le bas du col au devant , ou , fi
on veut, une partie tombera le long du devant
du corps & l'autre au bas du col vers le
dos , & le refte des rebords de cette bordure
fe trouvera foutenu fur les épaules ,
& on maintiendra cette bordure ferme
Contre le corps par des courroyes qui y
feront attachées , & qui paffant fous les
aiffelles , fe noueront par devant. Sur
cette bordure il y en aura une feconde
reille , laquelle tiendra une couverture de
tête avant que les deux bordures foient
ajuftées l'une fur l'autre , on paffera entre
elles une bande de cuir , & on les ferrera
l'une contre l'autre par des vis qui entreront
dans les écrous qu'on y aura pratiqués
, & ainfi l'eau ne pourra pas y entrer.
pa-
Avant que de propofer de joindre l'habit
avec le couvre- tête par deux bordures de
fer appliquées l'une fur l'autre , j'avois
eu l'idée de faire le couvre- tête en forme
de camail de Prêtre , fi ce n'eft qu'il y auroit
des manches , le faifant affez ample
MARS. 149 1749 .
pour y paffer les bras . L'habit , on le feroit
comme deffus , fi ce n'eft qu'il n'iroit que
jufqu'au-deffous des aiffelles ; on joindroit
le bas du camail & le haut de l'habit l'un
Lur l'autre , & on les feroit tenir par une
ceinture. C'eſt ainfi que les Lapons , dans
leur pêche fur mer , portent une espece de
camail à manche , le tout de peau de veau
marin, dont le bas eft joint par une ceinture
à une forte de peau qui couvre une très petite
nacelle dans laquelle eft le Lapon
qui la fait aller avec une palette qui lui
fert de rame . Que les tempêtes le jettent au
fond de la mer , il s'en mocque , parce
que fa nacelle couverte & pleine d'air , où
l'eau ne peut pénetrer , remonte toujours
au -deffus. Je n'ai pas pû fçavoir quelle
étoit l'épaiffeur & la molleffe de cette
peau de veau marin , pour la comparer à
celle de notre veau , afin de connoître
parlà
fi le nôtre étant joint avec une ceinture,
on pourroit faire enforte que les plis fuffent
fibien couchés les uns fur les autres, que
l'eau ne paffât pas par des vuides que formeroient
les rebords de ces plis entre le cuir
& la ceinture , quand elle ne feroit ferrée
que de maniere à ne pas incommoder
l'homme qui travaille . Ce feroit une
épreuve à faire , parce que fi elle réuffiffoit
, cette méthode feroit plus fimple que
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
celle où il y auroit des bordures de fer.
Pour que l'homme puiffe voir , il y aura
au-devant de ce bonnet , qui lui couvrira
la tête & les épaules , à peu près comme
les anciens cafques , un rebord de fer ou
de bois un peu avancé , afin d'y enchaffer
& maſtiquer un verre qui foit un peu élois
gné des yeux ; les rebords feront continués
au-delà de ce verre , & il y aura en- dehors
des mailles de gros fil d'archal de crainte
que des éclats de rochers , en les caflant ,
ne vinffent à choquer le verre. Et pour la
refpiration de l'homme au fond de l'eau ,
il y aura un boyau de la peau fufdite , bien
coufu à une ouverture de devant le couvre-
tête , lequel aura à fon bout du liége
pour nager fur la furface de l'eau. L'ou
verture de ce boyau fera entretenue par
des anneaux de diftance en diftance , & il
fera tenu & bien arrêté fur le fond de l'eau,
à l'endroit où l'homme travaillera , felon
une longueur affez grande pour être bien
lâche, & pour cela l'homme , avant que de
travailler dans l'eau , mettra un poids : il
le
liera le boyau , afin que quand le haut de
ce boyau , qui nage fur la furface de l'eau ,
viendra à être agité violemment par
niouvement de l'eau que pourroit caufer
le vent , afin , dis- je , que ce boyau ne tiraille
pas le couvre- tête ni la tête de l'hom
me qui travaille.
MARS. 1749. 151
-
On voit à préfent qu'il ne fera pas diffi
cile au Plongeur de couper dans le rocher,
afin d'y faire des places pour y loger la
poudre , laquelle dans les rochers fait des
effets prodigieux , mais voyons comment
on mettra cette poudre & les méches dans
le fond des eaux , deforte que la mine y
produife fes grands effets ; c'eft ce qu'il
me refte à expliquer.
D'abord les logemens ou fourneaux étant
creufés , on y mettra des barils de poudre ,
lefquels feront bien goudronnés , parce
que quand même les joints du tonneaú feroient
affez ferrés pour que l'ayant rempli
d'eau avant d'y mettre la poudre , elle n'en
fortît pas , il pourroit arriver que fe trouvant
fort avant dans l'eau , quand il feroit
en place , l'eau le pénetreroit , parce qu'alors
la preffion de l'eau feroit bien plus
grande. Les logemens auront été taillés de
maniere que les tonneaux y étant mis , il ne
reftera guere de vuide , & le peu fera rempli
des décombres de rochers qu'on a taillés
: c'eft afin que quand dans le jeu de la
mine les barils de poudre viendront à crever
, il n'y ait gueres d'eau dans les fourneaux
, laquelle amortiroit peut- être un
peu l'effet de la poudre , s'il y en avoit
trop , au lieu que ne reftant que peu d'eau,
cela ne feroit qu'augmenter l'activité de
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE .
lá flâme , comme il arrive au feu que font
les Artifans en fer , qui jettent même exprès
de l'eau dedans, afin de le rendre plus
grand & plus actif.
Voici de quelle maniere on mettra la
méche ; d'abord à chaque tonneau il y aura
fur l'un des fonds une rondelle de fer
attaché à ce fond ; au - dedans cette rondelle
fera percée & bouchée de goudron ,
laquelle aura des trous à l'ufage que je dirai.
C'eft que pour conduire ces méches
on aura des tuyaux de bois , dans lesquels
elles feront mifes tout de long ; les extrémités
de chacun de ces tuyaux feront bouchées
exactement d'une plaque de goudron
& dans ce goudron feront tenues les extré
mités de la méche. Les bouts de chaque
tuyau feront encore garnis de rebords de
fer avec des écrous , & ainfi pour joindre
les tuyaux , on n'aura qu'à ajuster les rebords
en paffant entre une bande de cuir
& mettant des vis . Ainfi l'eau ne paffera
pas entre , ainfi les tonneaux étant pofés ,
on attache le premier tuyau de cette ma
niere au cercle de fer qui eft au fond de
ce tonneau , & attachant ainfi ces tuyaux
l'un au bout de l'autre , ils fe trouveront
ajuftés , & les méches qui font en dedans
fe trouveront répondre de faite les unes au
bout des autres , fans être aucunement
M A. R S. 1749 .
353
mouillées , & l'un des tuyaux répondant
au-deffus de la furface de l'eau , alors en
mettant le feu à cette méche , quand il fera
venu par elle au bout de ce tuyau , il brûlera
le goudron qui eft à la fin de ce tuyau
& au commencement de l'autre qui lui eft
joint , & le feu continuera de gagner la
méche fuivante , & ainfi de fuite jufqu'aux
tonneaux de poudre . Or le tuyau , dont un
bout donne au- deffus de la furface de l'eau,
pour le faire refter dans cette fituation
on pourra l'amarer ou l'étayer , mettant à
côté des morceaux de bois qui le foutienment.
Mais fi la mine avoit plufieurs fourneaux
; alors, comme les méches qui aboutiroient
à chaque tonneau , viendroient répondre
à une méche commune , il s'enfuivra
qu'il faudra un tuyau commun pour
contenir l'axe , auquel viendront ſe rendre
plufieurs tuyaux qui contiennent les
autres. Or afin que les tuyaux , qui vont
fe rendre fur les rondelles des barils de
poudre , ayent leurs extrêmités capables
de s'ajufter parfaitement , comme il est néceffaire
, au tuyau commun ; il faudra
que
ce dernier ait des branches de tuyau , lefquelles
y foient attachées , & que chacune
de les branches s'ajuste , ou du moins que
le dernier foit d'un grand contour en cet
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
endroit , & ait autant de rondelles de fer
& des ouvertures goudronnées dedans ,
pour les aufter , comme j'ai dit an fujet
des tonneaux avec les tuyaux , & il
faudra encore de plus que chacun des
tuyaux qui vont aux tonneaux , ou chacun
de ceux qui font au tuyau commun , s'il y
en a , que chacun , dis-je , foit compoſé de
deux tuyaux au moins , qui entrent l'un
dans l'autre , & que celui de dedans foit
beaucoup plus étroit, afin de n'être pas affujetti
à prendre l'alignement du tuyau dans
lequel il entre , mais qu'on le puiffe hauffer
ou baiffer , quoique celui qui le contient
refte attaché fixe , & qu'ainfi en le tirant
plus ou moins , & le hauffant ou baiffant ,
felon qu'il en fera befoin , on puiffe l'ajufter
avec les rondelles ou tuyaux qui font
au commun. Afin que l'eau ne s'infinue
pas dans le vuide que laifferoient les deux
tuyaux , dont celui qui eft dans l'autre eft
fi étroit , il faudra y attacher au tour une
enveloppe de
peau fafdite , laiffant cette
peau fort lâche du fens de la longueur du
tuyau , pour pouvoir avancer & hauffer
plus ou moins le tuyau dedans avec liberté.
La méche qui fera dans ce tuyau
double , fe fera auffi un peu lâche , afin
que fi le tuyau de dedans eft tiré en avant,
elle fe trouve toujours d'une extré
MAR S. 1749.
ISS
mité à l'autre de ce double tuyau .
Or , tout cela fait , il eft certain que
la
mine doit brifer le rocher par morceaux ,
car dès que dans les fourneaux il n'y aura
pas trop de vuide qui foit rempli d'eau , &
que la communication fera bien bouchée
avec le dehors , il eft clair qu'avant que
l'eau qui environne le rocher , entre dans
le tourbillon de feu , il faudra que le rocher
foit brifé , puifqu'autrement il ne lui
feroit pas de la place pour entrer dedans .
Or comme toutes les parties du rocher ſautent
en même - tems , vû leur continuité &
leur dureté , il s'enfuivra que l'effet de
l'eau environnante pourroit être au plus
d'empêcher la flâme de continuer à s'étendre,
& que le rocher étant toujours brifé par
morceaux féparés, ils n'iront pas frloin , mais
que peut- être ce feroit une néceffité , pour
laiffer libre la place que tenoit le rocher
de débarraffer les éclats qui fe trouveroient
encore trop affemblés , quoique détachés ,
mais quand même il y en auroit de fort
gros , il fera aifé de les dégager , par exem
ple , en la maniere fuivante .
Après que la mine auroit joué , on conduiroit
deux bateaux auprès de cet endroit ,
& on les joindroit par les côtés , pour d'un
bout à l'autre placer un cabeftan , autour
duquel feroit un cable , dont l'extrémité
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
"'
iroit vers les morceaux de rochers , que
les Plongeurs envelopperoient de cordes
' bien liées. Pour paffer le crochet attaché
au bas de ce cable , on commenceroit par
les gros morceaux de rochers qui feroient
les plus élevés , & faifant avancer les deux
bateaux tenus enfemble , on laifferoit filer
le cable , afin que ce quartier de rocher
defcende fur un fond affez profondément,
pour qu'il ne foit pas en état de nuire
ce que ceux qui font au cabeſtan , connoîtroient
par la longueur du cable qui fe feroit
devuidé , & alors s'ils ne fentent plus
le poids du roc , c'eft une marque qu'il eft
pofé , & les Plongeurs n'auront plus qu'à
ôter le crochet du cable ; mais tant qu'il
n'y aura pas affez de longueur de cable devuidé
, il faudra faire mouvoir les bateaux ,
afin de rencontrer un fond affez avant , en
devuidant toujours le cable , & faifant le
contraire , quand on ne fentira plus le
poids du roc par le relevement du fond.
Il eft inutile de m'étendre davantage
fur le détail de toutes les manoeuvres fufdites
, & des précautions qui font encore
à prendre il fuffit que j'aye feulement expofé
mes idées , pour que les gens de manoeuvre
, & ceux qui font au fait des mines,
faifant ufage de leur fçavoir & de leur expérience
, foient en état d'exécuter les cho-
1
MARS. 1749% 157
fes , dans les differentes circonftances où ils
pourront le trouver .
Le Chevalier de Rhode.
De Paris , le 11 Février 1749.
DESCRIPTION d'une Armure propre
à défendre les bras du coup de fabre , in-.
ventée par M. l'Abbé Picault de la Rin
bertiere , d'Orleans , approuvée par l'Académie
Royale des Sciences de Paris , le
19 Décembre 1744 , qu'elle vient de
rendre publique dans le dernier volume de
Les Mémoires , imprimé en 1748 .
Ette Armure , qui depuis l'approba
CEtion de l'Académie a été deffinée
& préfentée à M. le Comte d'Argenson ,
Miniftre & Secretaire d'Etat de la Guerre ,
confifte en quelques chaînes légeres , attachées
à un collier paffé autour du col ,
d'où elles defcendent en couvrant l'épaule
& le bras : elles font foutenues dans une
direction parallele entre elles par quatrecercles
de fer , qu'on attache de diſtance
en diftance fur le bras jufqu'au poignet.
La légereté extraordinaire de cette Armure
, & la facilité que l'on a donnée aux
chaînons , conftruits d'une figure ovale ,
158 MERCURE DE FRANCE
>
de fe plier & replier en même tems , &
de la même maniere dans les differens
mouvemens du bras , fait qu'il conferve
fa même liberté , & qu'il n'en eſt aucunement
embarraffé. Outre cela , on peut
la mettre indifferemment ou deffus l'habit
ou deffous. Elle eft propre aux Cavaliers &
Dragons , qui font les plus expofés à l'arme
blanche tranchante.
Lorfque Madame Infante a paffé par
Bordeaux , en venant de Madrid , il y eut
le foir une magnifique illumination , & l'on
tira un très-beau feu d'artifice . Pendant le
fouper de cette Princeffe , la Demoiselle:
Bourbonnois , Muficienne célebre, & ci- devant
Actrice de l'Opera de Paris , chanta
la Cantatille fuivante , miſe en mufique
par M. Levens , Maître de Mufique de
I'Eglife Métropolitaine de Bordeaux .
CANTATILLE.
DE ces monts fourcilleux, limites de l'Eſpagne,
Quelle Divinité s'avance vers nos bords !
Mars fuit devant fes pas , la gloire l'accompagne,
Afa fuite la paix prodigue fes tréfors .
Les Graces & l'Amour conduifent l'Immortelle
Dans ces lieux enchantés où l'Hymen la rapelle ,
MARS. 1749. 159
Et tandis que l'Ibere exhale fes regrets ", "
La Nymphe, qui préfide aux eaux de la Garonne,
Quitte , pour la revoir , fon humide Palais .
Le plaifir d'admirer de fi-brillans attraits ,
La confole des maux que lui caufa Bellonne.
Elle fufpend le cours de fes rapides flots ,
Etfur ces bords heureux fait entendre ces motsa
Voici la Déeffe du Tage ;
Nayades , venez ſur les eaux ;
Pour l'arrêter à fon paffage ,
Tritons , fortez de vos roſeaux ,
Venez , de ces liquides plaines
Venez chaffer les noirs frimats ;
Zéphirs , de vos douces haleines ,
Venez tempérer nos climats .
Voici la Déeffe , &c.,
Mais qu'entens-je ? Quels cris viennent frapper
les airs !
Je vois la, Princeffe fur l'onde ;
Les ris vont s'éloigner , une douleur profonde
Va fuccéder à no Concerts.
Les momens d'un bonheur extrême
Sont toujours des momens trop courts 7,
160 MERCURE DE FRANCE.
Quand on jouit de ce qu'on aime.
Que n'en peut-on jouir toujours
Partez, volez , Princeffe ,
Sur les pas de l'Amour ,
Allez recueillir la tendreffe
D'une brillante Cour.
Allez revoir un Pere ,
Le modéle des Rois ,
Dont, l'Univers révére
La clémence & les loix.
Partez , volez , &c ,
Louis fçait par
fes armes
Dompter de fiers vainqueurs ;
Vous fçavez par vos charmes
Enchaîner tous les coeurs.
Partez , volez , Princeffe , &c.
MARS. 1749 161
NOUVELLES ETRANGERES,
DE PETERSBOURG , le 26 Janvier.
Quelques jours avant que le Comte de Finc
kenftein , Envoyé Extraordinaire du Roi de
Pruffe , partit pour retourner à Berlin , le Comte
de Beftuchef , Grand Chancelier , lui a remis un
Mémoire touchant une affaire , qui concerne
Meffieurs de Reutern & de Kurfele , Gentilhommes
Livoniens , Lieutenans dans les troupes
du Roi de Pruffe . Ces deux Officiers , ayant quitté
fans congé le fervice de fa Majefté Pruffienne ,
ont été arrêtés par ordre de ce Prince , & conduits
à la Citadelle de Spandau. Sur les inftances que
l'impératrice a faites pour obtenir leur liberté , le
Roi de Pruffe a répondu qu'il la leur accorderoit
fifa Majefté Impériale confentoit de lui rendre le
Baron de Stackelberg qu'elle retient prifonnier,
L'une & l'autre Cour n'ont pû encore s'accorder
à ce fujet , parce que la premiere prétend que les
deux cas font differens , Meffieurs de Reutern &
de Kurfele , n'étant point fujets du Roi de Pruffe ,
& le Baron de Stackelberg l'étant de l'Impératrice;
ce Baron s'étant d'ailleurs endu puniffable de
mort , fuivant les loix de Ruffie , en enrôlant du
monde en Livonie pour le fervice d'une Puiffance
Etrangère. On efpére cependant que ce differend
n'altérera point la bonne intelligence entre les
deux Puiffances. Depuis le 10 jufqu'au 13 , il a
fait un froid fi vif, qu'on ne fe fouvient point d'en
avoir éprouvé un femblable dans ce pays , & te
62 MERCURE DE FRANCE.

Thermométre de Fahrenheid a baiffé de trentedeux
degrés au- deffous de la congélation. On a
trouvé dans les rues plus de cent perfonnes mortes
de la rigueur du tems . La derniere divifion du Ré
giment des Gardes du Corps , n'a pu continuer fa
route vers Mofcou , & prefque tous les domeftiques
, qui y conduifoient les équipages du Comte
de Bernes , ont péri en chemin , ou ont perdu par
la gêlée quelque partie de leur corps . Le feu prit
le 7 à Cronstadt dans l'Hôpital de la Marine , qui
n'étant conftruit que de bois , fut bientôt entiere
ment réduit en cendres.
DE
WARSOVIE , le S Février.
Le Roi a figné les Univerfaux pour la convoca
tion d'une Diette extraordinaire , mais fa Majefté
a laiffé la datte en blanc , afin de pouvoir les faire
expédier, lorfqu'elle le jugera à propos. On affûre
que le Comte de Beftuchef , Miniftre de l'Impé
ratrice de Ruffie auprès du Roi , doit fe rendre à
Vienne en qualité d'Envoyé Extraordinaire de la
même Princeffe . Il eft du moins certain qu'il ne
demeurera pas encore long- tems en cette Cour ,
& qu'il aura fes audiences de congé de leurs Majeftés
, auffi-tôt après leur retour à Drefde , où
l'on croit qu'il fera remplacé par le Comte de
Keyferling , M. Beno , Inftigateur de la Couronne
, a obtenu la place de Caftellan de Warfovie ,
vacante par la démiffion volontaire du Comte de
Weffel. Celle de Caftellan de Gnefne a été don'-
née à M. Libionski , Grand Juge de Kaliſch , & le
Roia difpofé de la Charge de Grand Inftigateur
de la Couronne , en faveur de M. Krusjewsky
Podozas y de Cyrbanow.
MARS.
163 1749.
DE STOCKHOLM , le 8 Février.
Le 27 du mois dernier , le Roi prit le deui
pour la mort de la Ducheffe Douairiere de Parme.
Le Prince Succeffeur , & la Princeffe fon époufe ,
font revenus d'Urichfdahl depuis quelques jours.
Ce Prince , en vertu des pouvoirs qu'il a reçûs®
du Roi , a fait la cérémonie de revêtir des marques
de l'Ordre de l'Epée les nouveaux Cheva
liers , nommés par fa Majefté , à l'occafion de la
naiffance du Prince Charles. La Compagnie des
Indes Orientales a fait fçavoir à ceux qui ont pris
des intérêts fur les Vaiffeaux le Frederic Adolphe
& le Calmar , qu'on leur remettroit ces jours- ci
leurs Capitaux avec les benefices qui leur revien
nent.
La nuit du au 6 de ce mois , le Roi reffentit
des douleurs très-vives , & les Médecins , ayant
trouvé avant- hier matin de la fiévre à fa Majefté ,
ils la firent faigner l'après-midi. Elle eft aujour
d'hui dans un état , qui fait efperer que fa maladie
n'aura point de fuite. On célébra le 24 du mois
dernier l'Anniverſaire de la naiffance du Prince
Guftave , qui eft entré dans la quatrième année de
fon âge. Le Miniftre , qui réfide ici de la part du
Roi de Dannemarcx , a affûré les Miniftres du
Roi , que les troupes , qui doivent paffer en Norwege
, ne font deftinées qu'à remplacer celles que
fa Majefté Danoife fe propofe d'en retirer. Il a
ajouté que le Roi de Dannemarcx fe flatoit de ne
donner par- là aucune inquiétude à cette Cour ,
& qu'il défiroit fincérement d'entretenir avec elle
la plus parfaite intelligence . On continue de travailler
avec toute la diligence poffible à équiper la
Flotte , & il a été ordonné à tous les matelots,
qui avoient obtenu des congés , de fe rendre fans
164 MERCURE DE FRANCE.
délai aux Départemens dont ils dépendent. Dans
les Provinces Septentrionales de ce Royaume , &
particulierement dans la Laponie , le troid a été
plus rigoureux cette année , qu'il ne l'a été de
mémoire d'homme , il y eft mort un grand nom
bre d'habitans , & les bêtes feroces fondant de
toutes parts
dans les Villages , on n'y eft point en
fuûreté. Tous les paylans , en état de porter les ar
mes , ont été commandés pour donner la chaffe à
ces animaux. La rigueur de la ſaiſon a fait fufpendre
en Finlande les travaux , commencés pour
mettre la frontiere à l'abri de toute furpriſe.
DE COPPENHAGUE , le 15 Février.
Le 29 du mois dernier , à une heure après mihuit
, la Reine accoucha d'un Prince , dont là
naiffance fut annoncée auffi-tôt au peuple par
une triple falve de l'artillerie des remparts , de la
Citadelle & de l'Arfenal. Sur les onze heures du
matin , on chanta le Te Deum en action de gra
ces de cet heureux évenenient . L'après midi vers
les cinq heures , le jeune Prince fut baptifé dans le
Cabinet de la Reine par le Docteur Bluhm , Premier
Aumônier du Roi , & il eut pour parain ce
Prince , & pour maraine la Reine Douairiere , qui
le nommerent Chriftian . Le Roi reçut le même
jour les complimens des Miniftres Etrangers , &
de toutes les perfonnes de diftinétion de l'un & de
Pautre fexe. Cent foixante & dix Seigneurs &
Dames furent admis le 30 & le 31 à la table de fa
Majefté. Le z de ce mois , le Te Deum fut chanté
dans toutes les Eglifes de cette Ville : toutes les
maiſons ont été illuminées plufieurs nuits confécutives
, & il feroit difficile d'exprimer la joie qu'a
caufée aux habitans la naiflance d'un héritier pré
MARS. 1749: 165
fomptif de la Couronne . Sa Majefté a conferé la
charge de Grand Bailli de cette Capitale & de la
Selande , vacante par la mort de M. de Gerfdorff ,
au Comte de Reventlau , Confeiller du Confeil
Privé & du Collège de Commerce , & celle d'Au
diteur Général à M. Schroder , Premier Audi .
teur.
On parle beaucoup d'une alliance défenfive ;
propofée au Roi par l'Imperatrice de Ruffie , &
l'on affûre que cette Princeffe , afin d'engager fa
Majefté à y confentir , lui promet d'employer fes
bons offices , pour terminer , à la fatisfaction du
Rei , les differends qui fubfiftent entre lui & le
Grand Duc de Ruffie . Il paroît que le Roi perfifte
dans la réfolution de faire un voyage en Norwege
le printems prochain. Quelques - uns des Officiers
de la Maifon de fa Majeftë s'y font rendus d'avance
,& l'on y travaille déja à des préparatifs pour
fa réception. Le Roi a fait remettre plufieurs pri
fonniers en liberté , & diftribuer des lommes confidérables
aux pauvres , à l'occafion de la naiffance
du Prince Royal . Il y a très-fréquemment des
fêtes à la Cour & les Seigneurs & Dames , dont
elle eft compofée , foupent alternativement avec
fa Majefté Les lettres de Warfovie marquent que
les Univerfaux , pour la convocation d'une Diette
extraordinaire , ont été publiés , mais que le tems
de l'ouverture de cette Diette n'eft pas encore fixé,
& qu'on croit qu'elle ne fe tiendra au plutôt que
Pannée prochaine. Ces nouvelles ajoutent que les
ordres ont été expédiés , pour que dans tous les
dieux , où les troupes Ruffiennes , commandées par
le Général Lieven , do vent paffer , il leur foig .
fourni tout ce dont elles auron: befoing
166 MERCURE DE FRANCE.
ALLEMAGNE.
DE VIENNE , le 16 Février.
fe
ON continue d'affarer qu'il le négocie entre
at-
P'Impérattice Reine , l'Impératrice de Rufe
& le Roi de la Grande Bretagne , un Traité qui a
pour objet le maintien de la tranquillité dans le
Nord. Le Prince Charles de Lorraine partira le 24
ou le 25 de ce mois pour aller prendre poffeffion
du Gouvernement des Pays-Bas ,où le Marquis
de Botta , qui aura fous luí l'adminiftration de ces
Provinces , doit fe rendre inceflamment. On at
tend ici un Miniftre du Duc de Modéne . La marche
des troupes auxiliaires de Ruffie, étant fixée au 20
ou au 21 ,le Baron de Lieven eft retourné en Bobeme,
afin d'ordonner les difpofitions néceffaires pour
cet effet. Avant fon départ , il a eu l'honneur ,
ainfi que fon époufe , de fouper avec leurs Majeftés
Impériales. Il y eut après le repas chez l'Impératrice
Reine un Bal mafqué , à la fin duquel
certe Princeffe fit préfent à la Baronne de Lieven ,
de divers bijoux , dont la valeur eft eftimée dix
mille ducats. Le Régiment de Molck , qui eft en
garnifon dans cette Ville , a reçu ordre d'aller en
Hongrie il fera remplacé ici par deux Bataillons
du Régiment Maximilien de Heffe , & par le Régiment
d'Andreafi. On fait des levées de foldats
dans tous les Pays Héréditaires de l'Impératrice
Reine , ainfi que dans les principales Villes de
l'Empire , pour recrûter les troupes de cette Prin
ceffe. Elle a envoyé dans la Haute Autriche un
Commiffaire , pour examiner les moyens d'améliorer
les revenus de cette Province , & d'en augmenter
le commerce.
Depuis quelques jours , PImpératrice Reine a
MARS. 1749. 167
affifté deux fois à la Députation générale , dans
laquelle on a pris diverfes réfolutions touchant,
l'adminiſtration des revenus des Pays Héréditaires,
Le Comte de Spaur , neveu de l'Evêque de Brixen,
reçut le 6 des mains de l'Empereur , au nom de
cet Evêque , en vertu des pouvoirs qu'il avoic
reçûs de lui , l'Inveftiture des Fiefs que ce Prélat
tient de l'Empire. Comme on veut , avant le départ
du Prince Charles de Lorraine , achever de
régler tout ce qui regarde le militaire , le nouveau
Confeil de guerre s'aflemble fréquemment
chez ce Prince. Il eft arrivé de Nice un courier
par lequel on a été informé que les difficultés ,
qui retardoient les Reftitutions & les Ceffions en
Italie , étoient entierement levées. Ce courier
apporté la copie des dernieres Conventions
fignées par les Commiffaires des Puiffances refpec
tives. En conféquence de ce qui y eft ftipulé , pour
affûrer au Duc de Modene & à la République de
Génes , l'exécution totale des articles qui les concernent
dans le Traité définitif de Paix , on
dreffé les Actes néceffaires à cet effet , lefquels
doivent être envoyés à Bruxelles , pour être communiqués
par les Commiffaires de l'Impéatrice
Reine à ceux du Roi Très Chrétien . Moyennant
ces arrangemens , pris pour fatisfaire la Cour de
France , on fe flate , qu'avant la fin du mois l'évacuation
des Villes de Mons , de Saint Guillain ,
d'Ath & de Chatleroy , fera effectuée . Le Baron
de Beckers , Miniftre de l'Electeur Palatin , doir
avoir inceffamment fa premiere audience publique
de l'Impératrice Reine , ainfi que de l'Empereur
, des Archiducs & des Archiducheffes . Les
charges de Prefident & de Vice-Préſident de la Banque
ont été conferées , la premiere au Comte de
Choteck , la feconde au Comte de Haugwitz .
168 MERCURE DE FRANCE.
a été refolu de faire une grande réforme dans le
Commiffariat des Guerres. Près des deux tiers des
perfonnes qui le compofent , feront congédiées ,
& l'on diminuera les appointemens de celles qui
feront confervées. On eft occupé des projets de
plufieurs autres épargnes , par lefquelles l'Impératrice
Reine fe mettra en état d'acquitter les dettes
qu'elle a contractées pendant la guerre . Cette
Princeffe a ordonné de fournir à tous les Régimens
les fommes néceffaires pour les rendre
complets.
M. Serbelloni , Nonce du Pape , a reçû la
Bulle , par laquelle Sa Sainteté confent que l'Impératrice
Reine leve en cinq ans fix cens mille
Horins fur les Bénéfices fitués en Hongrie , à condition
qu'elle employe cette fomine à faire réparer
les fortifications des Places voisines de la Turquie .
Le Comte d'Ooedt , Vice- Chancelier , eut le
28 du mois dernier une attaque d'apoplexie , mais
fa fanté eft parfaitement rétablie. Suivant les
nouvelles de Conftantinople , la pefte y a entie
rement ceffé.
DE BERLIN , le 18 Février,
La Princeffe Amélie , foeur du Roi , s'étant
trouvée indifpofée , on s'apperçut le lendemain
qu'elle étoit attaquée d'une petite verole volante.
Čet accident n'a eu aucunes fuites fâcheufes , &
dès le troisième jour cette Princeffe a été guérie.
Le Prince de Pruffe eft parti de Potſdam pour
Bareith le 4 de ce mois . Il arriva le même jour à
Deffau , où le Prince d'Anhalt lui donna une fête ,
& le lendemain il continua fa route par Gera. Le
Roi a accordé au Margrave Henri la Commanerie
de Liezen , de l'Ordre de Saint Jean , va-
Canto
MARS.
169 749.
bante par la mort du Comte Chreftien Erneſt de
Munchau , pere du Miniftre d'Etat , chargé du
Département de la Siléfie. Sa Majesté a diípolé
'du Bailliage de Limberg , fitué dans le Comté de
Ravenfberg , en faveur du Comte de Podewils ,
Major Général d'Infanterie . Plufieurs Officiers
Généraux ſe font rendus ces jours - ci à Poridam
où il s'eft tenu diverfes conferences . On a reçû
avis de Drefde , que leurs Majeftés Polonoifes ,
étant parties de Warfovie le 3 , étoient arrivées le
5 dans la premiere de ces deux Villes . Les mêmes
nouvelles portent que plufieurs Piquets des troupes
Ruffiennes , qui font fous les ordres du Généxal
Lieven , font déja en chemin vers la Pologne .
DE FRANCFORT , le 17 Février.
Plufieurs raifons ayant donné lieu de croire
que la plupart des ducats rognés , qui depuis quelque
tems le font répandus en Allemagne & en
Hollande , avoient été altérés dans cette Ville ,
les Magiftrats ont fait des perquifitions à ce fujet ,
& l'on a trouvé dans une maiſon , non - feulement
plufieurs ducats ainfi affoiblis , mais encore les
inftrumens dont on fe fervoit pour cet ufage. Le
maître de cette maifon a pris la fuite , mais on a
arrêté fa femme , fes enfans & fes domestiques.
Les Lettres de Neuhaus marquent que l'Electeur
de Cologne compte d'y demeurer jufqu'au mois
d'Avril . Ce Prince , qui malgré les mauvais chemins
a fait le voyage en quatre jours , a été extrêmement
fatisfait de la reception qui lui a été
faite par le Baron de Reck , au Château de Heefen
, & à celui d'Oberhagen par le Baron de
Schommerler. On a appris de Leipfick , que le
Comte de Manteuffel , Chevalier de l'Ordre de
H
170 MERCURE DE FRANCE.
·
l'Aigle Blanc , ci-devant Confeiller Privé de
l'Emperear Charles VI . & enfuite Premier Miniftre
du feu Roi de Pologne Electeur de Saxe
étoit mort le 31 du mois dernier , dans la foixantetreizième
année de fon âge . Ce Seigneur , qui
étoit de plufieurs Académies célébres de l'Europe ,
s'étoit acquis un nom diftingué dans la République
des Lettres.
DE HAMBOURG , le 19 Février.
Il eft furvenu de nouveaux differends entre le
Duc de Meckelbourg & la Nobleffe de fon Duché ,
parce que ce Prince exige d'elle certaines redevances
, dont elle prétend devoir être exempte.
On efpere que fans qu'il foit néceffaire d'avoir
recours à l'autorité de l'Empereur , cette affaire
fe terminera dans l'affemblée que les Etats de la
Province doivent tenir inceffamment. Les lettres
de Bareith marquent que le Prince de Pruffe y eft
depuis le 7 de ce mois. Suivant les nouvelles d'Arolfen
, la Princeffe de Waldeck en eft partie pour
aller paffer quelque tems auprès du Duc de Deux
Ponts , fon frere , & le Prince de Waldeck s'y
rendra auffi dans pea. On a appris que l'Evêque
de Wurtzbourg étoit mort d'ane attaque d'apoplexie
la nuit du 8 au 9. Il fe nommoit Anfelme
François , & il étoit de la Maifon des Comtes d'Ingelheim
Echter Mefpelbrun . Ce Prélat avoit occupé
fon Siége pendant deux ans , cinq mois &
treize jours , ayant été élû le 26 Août 1746. Les
Barons de Franckenftein , de Wolfskel , de Fechenbach
& de Greiffenclau , font fur les rangs pour
fui fuccéder , & ils ont pour concurrent l'Electeur
de Mayence.
MARS.. 1749.
171
ITALI Ε.
DE GENES , le 17 Février.
Uelques piquets des troupes Françoiles , qui
font reftées dans les Etats de la République
fe mirentle 3 de ce mois en marche pour retourner
en Provence , & le lendemain , ils furent fuivis
d'une divifion compofée de quatre bataillons. Un
détachement des troupes de la République eft
parti quelques heures après cette premiere divifion
, & ley , il a pris poffeffion de la Citadelle
de Savone . Les babitans de cette derniere Place
ont nommé trois Députés de la Nobleffe , & trois
du Tiers Etat , pour affurer la République de leur
fidélité , & pour témoigner au Gouvernement
la joye qu'ils ont de rentrer, lous fa domination.
Il eft arrivé de Corfe un Courier mais fes dé
pêches ont été tenues fecrettes. Le Vaiffeau de
guerre Anglois , qui a apporté foo00 pieces d'or
de Portugal , init les à la voile pour Livourne .
Selon les apparences , l'Infant Don Philippe ne
tardera pas à paffer en Italie , mais on ne fçait
pas encore s'il le rendra en cette Ville . Les avis .
reçus de Tofcane portent que l'Empereur a réfolu
d'y impofer fur tous les revenus une taxe de fix
Pour cent , dont perfonne ne fera exempt. Les
garnifons des Places de ce Grand Duché doivent
être changées , & les troupes font déja en mou--
vement pour cet effet. Il arrive de tems en tems
à Livourne des efclaves Tofcans , qui ont été
remis en liberté , conformément au Traité conclu
par Sa Majesté Impériale avec les Régences d'Alger
& de Tunis . On eft informé par des lettres
de l'Etat Eccléfiaftique , que la Régence de Tofcane
ayant confenti que l'Evêque de Volterra fitt
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
transféré à Rome , ce Prelat y étoit conduit par
le Gouverneur d'Aquapendente , fous l'escorte d'un
détachement des Cuiraffiers de la Garde du Pape ,
DE NICE , le 22 Février.
La Ville de Parme fut évacuée le 3 de ce mois
par les troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme. Les Efpagnols de leur côté ont
retiré le 9 toutes les troupes qui étoient en Savoye,
à l'exception du Régiment Suiffe de Schwaller
, lequel a occupé Chamberry juſqu'au 11 , &
Montmelian jufqu'au 13. Les troupes de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme fe font
retirées le 7 du Duché de la Mirandole , le 10
du Duché de Reggio , & le 11 du Duché de
Modene & de la Grafagnana. Depuis quelque
tems , la Savoye eft infeftée de voleurs , qui y
commettent les plus grands excès , & les habitans
font obligés d'être prefque continuellement fous
les armes pour fe délivrer de ces brigands.
L
GRANDE BRETAGNE.
DE LONDRES , le 23 Février.
Es Seigneurs firent le 6 de ce mois la feconde
lecture des pouvoirs des Commiffaires nommés
par le Roi , pour juger définitivement toutes
les affaires qui regardent les prifes faites fur mer.
Ils confulterent enfuite les fix Grands Juges
pour fçavoir fi la Commiffion étoit légale , &
ceux- ci fe trouverent partagés , les Barons Clive ,
Legge & Clarke , ayant décidé pour l'affirmative ,
& Meffieurs Birch , Forfter, & Denniſſor , ayant
été d'un avis contraire. Le lendemain , les Sei-
<
MARS. 1749:
x73
gneurs continuerent de délibérer fur la même ma
tiere , & ils demanderent les fentimens du Lord
Chef de Juftice de la Cour du Banc du Roi
du Lord Chef de la Cour de l'Echiquier , du
Lord Chef de la Cour des Communs Plaidoyers
& de Meffieurs Abney & Wright. Les deux premiers
le déclarerent en faveur de la Commiffion
& les trois autres foutinrent que Sa Majefté n'a-,
voit pû l'établir fans le confentement du Par
lement. Dans la même féance , il fut réfolu de
préfenter une Adreffe au Roi , pour fupplier Sa
Majefté de faire remettre à la Chambre des copies
des Traités conclus l'an 1667 & l'an 1674. avec
la Hollande , & dans les années 1677 & 1713-
avec la France . La Chambre des Communes réfolut
le 4 , d'accorder au Roi 285878 livres pour
les dépenfes ordinaires de la Flotte , en y comprenant
les Officiers de Marine qui font à la demi
paye 10000 pour l'Hôpital de Greenwich
134366 pour le Bureau de l'Artillerie ; 42780 pour
les dépenfes extraordinaires du même Bureau
111612 pour la garnifon que Sa Majeſté a été
obligée d'entretenir au Cap Breton , & pour les
douze Compagnies Indépendantes qui font dans
les établiffemens poffedés aux Indes Orientales
par la Nation ; 35000 pour payer les intérêts de
la fomme empruntée fur les droits du Sel ; 7180-
pour les non- valeurs de certains droits Aditionels ;.
9308 pour les non-valeurs du produit de la vente
des Permiffions de débiter des Liqueurs fortes .
15297 pour les non-valeurs des nouvelles impoſitions
fur le Vin ; 13827 pour les non- valeurs
des droits fur les Confitures ; 33804 pour les
non-valeurs des droits fur les Verreries ; 28268
pour les non - valeurs du nouveau droit fur les
Maiſons , & 48822 pour les non - valeurs de di-
;
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
verfes autres impofitions. Les , la Chambre décida
que la taxe de quatre fchelings par livre
fterlingfur les terres , fubfifteroit pendant cette
année.
Cette Chambre ordonna le 14 de porter un
Bill , pour expliquer un Acte du Parlement , paffé
dans la treizième année du regne du Roi , au fujet
des Manufactures de toile , & d'étoffes de laine.
On propofa le 18 de préfenter une Adreſſe à
Sa Majefté pour la fupplier de faire remettre
devant la Chambre les copies des propofitions d'accommodement
faites par cette Cour au Roi de
France , ou par Sa Majefté Très - Chrétienne à
cette Cour , dans l'année 1744 , & des Lettres
ou autres papiers qui peuvent y avoir rapport ,
mais le projet de cette Adreffe fut rejetté à la
pluralité de deux cens vingt & une voix contre
cent vingt. Il fut propofé avec auffi peu de fuccès ,
de demander communication des autres négo-
-ciations entamées en 1745 & en 1747 , pour par
venir à la pacification générale. Hier , la Chambre
lut pour la premiere fois , le Bill contre les
foldats mutins & les déferteurs. Les Négocians
de cette Ville font de fortes, inftances auprès de
la Chambre , pour qu'il foit fait près des Dunes
un havre propre à mettre les Navires en sûreté ,
& ils ont repréfenté , que fi on avoit pris cette
précaution , le Commerce de la Nation n'auroit
pas fait une perte de plus de cent mille livres
fterlings , que lui ont coûté les dernieres tempêtes
qu'on a effuyées dans la Manche, Six cens hommes
des Gardes à pied , qu'on croyoit avoir fait
naufrage en revenant des Pays - Bas , font débarqués
à Ramfgatte. Quatre Navires , qui ramenoient
d'autres troupes en Angleterre , ont
été pouflés fur la côte de Norwege , mais ils
MARS. 1749. 175
·
L
n'ont point fouffert de dommages confidérables.
Il manque encore du dernier convoi , qui a fait
voile de Willemstadt pour l'Angleterre , fix Bàtimens
de tranfport , dont on n'a aucune nouvelle.
Ona réduit à quarante huit hommes chaque Compagnie
du premier Régiment des Gardes , & l'on
a diftribué douze fchelings à chaque foldat congédié.
Il a été expédié par le Bureau de la Guerre
un ordre de réformer le Régiment de Dragons
du Duc de Cumberland. Le Comte de Sandwich ',
Premier Commiffaire de l'Amirauté , ci - devant
Premier Miniftre Plénipotentiaire du Roi aux Conférences
d'Aix -la- Chapelle , & le Chevalier Jean
Ligonier , Général d'Artillerie ont été déclarés
Confeillers du Confeil Privé . On prétend que
Comte de Loudon fera fait Gouverneur Général
de tous les Forts & Châteaux du Royaume d'E-.
coffe. Les deux Secretaires d'Etat ont écrit par
ordre du Roi à tous les Miniftres dans les Cours
étrangeres , pour leur donner avis que le 13 la
publication de la Paix s'eft faite en cetteVille avec
les formalités accoutumées. Les Actions de la
Compagnie de la mer du Sud font à cent quatre ,
trois quarts ; celles de la Banque à cent vingt- huit;
celles de la Compagnie des Indes Orientales à cent
foixante quatorze , trois quarts , & les Annuités à
cent un , fept huitièmes.
:
PAYS - BAS.
DE LA HAYE , le 28 Février.
le
Es Etats Généraux ont accordé le Gouverneburfghaufen
, celui d'Arnhem au Lieutenant Général
Rode Van Heeckeren , le Commandement
Hij
176 MERCURE DE FRANCE
de la Ville de Zutphen , au Major Général Lintelo,
& la place de Grand Major de Tournay au Major
Général Cræme. Le Baron Augufte de Bode a été
fait Major Général d'Infanterie. Un convoi de
vingt - quatre Bâtimens , à bord defquels étoit
le refte de la Cavalerie Angloife , qui été employée
dans les Pays- Bas pendant la guerre
a fait voile de Willemstadt. Les Régimens Suiffes
de Chambrier & de Conftant de Rebecque , des
troupes de la République , ont été diftribués à
Ypres , à Menin , à Courtray & à Namur. Ces .
jours - ci , le Vaiffeau de guerre le Watervliet ,
commandé par le Contre- Amiral Frenfel , partit
du Texel > pour porter les préfens que les Etats
Généraux deftinent au Dey & aux principaux
Membres de la Régence d'Alger. 1 eft accompagné
des Vaiffeaux le Waterland , le Maarſen & le .
Rotterdam , que commandent M. Jean - Jacob Pie-.
terfon , le Comte Louis de Byland , & M. Jean.
de Heemskerke. Les tempêtes dernieres ont caufé?
de très-grands dommages fur nos côtes . Le Ba-.
timent du Patron Silke Menders , qui alloit à Lifbonne
, a péri à la hauteur d'Egmond. Un Navire
François , nommé la Marthe Marie , a échoué .
près de Santwort , en retournant d'Oftende à
Rouen. Il eft arrivé le même accident au Navire-
Hollandois le Saint Antoine , & au Navire An-.
glois le Comte de Buren , fur les fables entre Hyxduin
& le Helker. La Flute la Demoiselle Cathevine
, deftinée pour les Illes Canaries , s'eft briſée
contre . P'écueil de Calanfoog . Quelques-unes des
marchandifes qui étoient à bord , ont été jettées
fur le rivage avec les débris de ce Bâtiment . M
Guillaume Buys , Secretaire des Etats de Hollande
& de Weft - Friſe mourut en cette Ville .
Je zo , dans la quatre - vingt - huitième année de
MARS. 1749. 177
fon âge. Depuis 23 ans , il remplifoit cette Charge.
I avoit été Miniftre Plénipotentiaire des Etats Généraux
aux Conférences de Gertrudemberg & au
Congrès d'Utrecht , & leur Ambaffadeur en
France , en Angleterre & en Dannemarck .
Ali Effendi , Chancelier de la Régence de Tri---
poli , & fon Envoyé auprès des Etats Généraux ,.
eft arrivé en cette Ville . Le 14 , M. Preys , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , remit un
Mémoire au Préfident de l'Affemblée des Etats
Généraux . En arrivant ici , M. Groff , Miniftre
Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie auprès
de Sa Majefté Très-Chrétienne , a trouvé fes Lettres
de rappel , avec un ordre d'aller à Berlin.
La néceffité de partir promptement , pour s'y ren--
dre , ne lui permettant pas de retourner à Paris ,,
il a écrit au Marquis de Puyfieulx pour prendre
congé de la Cour de France . Tous les prifonnierss
Hollandois qui étoient en France , font de retour
dans les Etats de la République , & ceux du Régi
ment des Gardes à pied font ici depuis le 18.
D'AIX-LA-CHAPELLE , le 26 Février
La proteftation , remife de la part du Pape par
1'Evêque d'Hyppone aux Miniftres Plénipatentiaires
qui ont figné le Traité définitif de Paix ,
porte qu'aucune autorité ne peut infirmer les
droits du Saint Siége fur les Duchés de Parme
& de Plaifance ; que pendant deux fiécles le Saint
Siége a été en poffeffion de ces Etats , que cette
poffeffion a été approuvée par le filence de l'Em--
pire , de l'Empereur , & de toutes les Puiffances
de l'Europe ; que quoique fortifiée d'une filongue
prefcription , elle a été attaquée dans le Congrès
tenu à Londres en 17184 , dans lequel less
H.v
178 MERCURE DE FRANCE,
Parties contractantes convinrent que Don Carlos,
Infant d'Espagne , maintenant Roi des Deux Si
ciles , recevroit l'inveftiture provifionnelle des Duchés
de Parme & de Plaifance , fur le pied de
Fiefs de l'Empire , lorfque la postérité malculine
de la Maifon de Farnefe feroit éteinte ; que ladite
difpofition a été confirmée par les Traités de Seville
, de Vienne & de Cambray , ainſi que par
plufieurs autres Actes tant publics que particu
liers ; que les Papes Clement XL. Innocent XIII .
Benoît XIII. & Clement XII pour conferver
les droits du Saint Siége , fe font oppofés , autant
qu'il étoit en leur pouvoir , à ladite difpofition ,
foit en faifant fignifier les proteſtations.conve
nables , foit par les autres précautions qu'il leur
étoit permis de prendre , & que Sa Sainteté ayant
appris que les Duchés de Parme & de Plaisance
avoient été cedés à l'Infant Don Philippe , elle a
ordonné à l'Evêque d'Hyppone de protefter contre
cette ceffion.
MEMOIRE
Par lequel M. Van Hoey , ci - devant
Ambaffadeur de la République des Provinces-
Unies. auprès du Roi , a pris congé de
Sa Majesté.
SIRE ,
L'Ambaffadeur de la République des Provinces
Unies des Pays -Bas , chargé depuis plus de vingt
années du foin de travailler à affermit & perpétuer
Ilunion,qui detous les tems a fubfiftéeutre les deux
MARS. 1749. 179
Nations , n'a pas ceffé de s'acquitter de ce devoir
avec d'autant plus de zéle , qu'il fçavoit combien
amitié de Votre Majefté pour la République étoit
précieuse à leurs Hautes - Puiffances.
11 n'eft que trop vrai , SI RE , que les malheurs
des tems ont fait naître des préjugés , qui malgré
tous les efforts à les combattre , n'ont pas ceflé
d'augmenter de jour en jour , jufqu'à ce qu'enfin
ils ayent produit les plus funeftes effets.
Mais , SIRE, ces préjugés ont été entierement
diffipés par la conclufion de la Paix générale , fignée
à Aix la- Chapelle .
Les anciennes liaiſons entre la France & la République
viennent d'être renouées. La fituation
des deux Etats , la nature du commerce des Sujets
de part & d'autre , l'intérêt de la République , les
difpofitions de leurs Hautes-Puiffances pour laFranee,
& les fentimens dont Votre Majefté , à l'exem
ple de fes auguftes Ayeux, a toujours honoré notre
Etat , font tous des heureux préfages de leur durée.
Dans ces heureufes circonftances , SIRE , il
m'a parû qu'il m'étoit permis de représenter à
leurs Hautes-Puiffances mon âge avancé , & les
occupations de mon emploi dans ma patrie,
J'avois de plus , SIRE , appris à connoître la
grande étendue des devoirs attachés à l'Ambaſſade
de la République auprès de Votre Majefté , &
combien il étoit au- deffus de moi de les remplir.
C'est ce qui m'a fait ardemment fouhaiter , il y a
déja bien du tems , qu'elle fût dépofée dans de plus
dignes mains, & leurs Hautes - Puiflances ont écouté
mes voeux.
Ledit Ambaffadeur eft véritablement touché ,
SIRE , de ne pouvoir en perfonne préfenter à Votre
Majefté la Lettre de leurs Hautes- Puiffances , dans
laquelle vous trouverez , SI RE , de nouvelles &
H vj
So MERCURE DE FRANCE:
fortes affûrances de leur parfaite vénération pour
Voue Majefté ; mais , SIRE , des devoirs de ma
Gharge , abfolument indifpenfables , me privent à
mon grand regret de ce bonheur.
J'ai eu la fatisfaction extrême de voir le juſte , le
bon , le grand , réunis dans votre Perfonne facrée.
Ma plus chere occupation , SI RE , fera déformais
de célébrer les hautes vertus , & de faire
connoître combien elles vous font aimer de votre
peuple , & combien elles élevent Votre Majeſté
an-deflus de fon Trône:
Je ferois , SIRE , le plus ingrat de tous les
hommes , fi je ne confervois précieufement la mémoire
de tant de bontés dont Votre Majefté m'a
Boujours honoré pendant le cours de ma longue.
Ambaffade.
Pénétré de ces fentimens , SIRE , le fouffigné
Ambaffadeur fe recommande très humblement à lære
bienveillance Royale de Votre Majeſté.-
Fait à la Haye , ce 22 Janvier 1749.
Signé , A. VAN HOE Y..
LETTRE
Des Etats Généraux des Provinces- Unies
an Rois
SIRET
Après vingt ans de fervice que le SieurVanhoey,
nous a rendus en qualité d'Ambaffâdeur auprès de
Votre Majefté , il nous a demandé la permiffion
de. fe démettre de fa fonction , pour vaquer aux
emplois qui lui font confiés dans notre Républi
MAR S. 181
1749 .
que. Nous n'avons pû lui refufer cette fatifaction ,
& nous avons crû devoir informer Votre Majeftede
la raifon de fon rappel . Nous nous flattons que
pendant le féjour qu'il a fait à la Cour de France ,
il ne fe fera pas rendu défagréable à Votre Majefté.
Il s'eft toujours appliqué avec zéle à l'affer
hiffement de la bonne intelligence entre Votre
Majesté & notre République, & s'il y a eu des tems
malheureux qui y ont fait quelque interruption , ..
ce n'eft affûrément qu'avec une peine infinie que.
nous nous en rappellons le fouvenir . Nous ne
manquerons point de nommer inceffamment en
fa place un autre Ambaffadeur , qui puiffe être ,
agréable à Votre Majefté , & travailler foigneule
ment à la convaincre de la haute vénération que
nous avons pour fa Perfonne facrée , & du défir
fincére que nous avons d'acquérir de plus en plus
fa bienveillance , & de ferrer les noeuds de l'heu
reuſe union dans laquelle nous avons l'honneur
de vivre avec elle . En attendant nous ſommes ›
avec le plus profond respect ,
SIRE,
De Votre Majefté ;
les bien -humbles ferviteurs ,
les Eats Généraux des Provinces Unies
des Pays- Bas ,
Ala Haye , le 20 Janvier 1749. -
W. BORSSELE
Par ordonnance d'iceux , H. FAGE LO
(
182 MERCURE DE FRANCE.
nunum
SPECTACLES.
Na remis au Théatre de l'Opera la
Tragédie de Médée e fajon , dont la
Mufique eft de feu M. Salomon , & les paroles
de l'Abbé Pellegrin , fous le nom de
M. de la Roque. Les Amateurs du beau fime
ple , & les perfonnes qui défirent de rencontrer
de l'intérêt dans les Poëmes Lyriques
, voyent avec grand plaifir par le fuccès
de cette Tragédie , que le goût pour les
ouvrages de ce genre n'eft pas abfolument
perdu.
LesComédiens François donnerent le 22
du mois dernier la premiére Repréfentation
de l'Ecole de la Jeuneffe . Cette Piéce
n'a pas eu les mêmes applaudiffemens , &
n'eft peut-être pas auffi intéreffante que les
autres ouvrages dramatiques de M. de la
Chauffée ; mais elle méritoit du Public un
traitement plus favorable que celui qu'elle
a reçû. Nous en parlerons plus au long
dans le prochain Mercure.
La petite Comédie intitulée le Retour de
la Paix , fut repréfentée le même jour pour
la premiere fois par les Comédiens Italiens.
Elle eft de M. de Boiffy , célébre par
plufieurs Piéces brillantes , écrites avec
MARS. 1749. 18.3.
une élégance naturelle , qui s'eft toujours
fauvée du néologifme du fiécle . De même
que la plupart des autres Comédies de cet
Auteur , celle ci eft de Scénes détachées .
Voici la premiere qui fe paffe fur le Théatre
Italien entre la Joye & une Actrice.
L'Actrice.
Eh ! bon jour , mon aimable Joye ...
Quel plaifir de vous voir ! Quel bonheur vous
envoye !
La Foye.
C'eft la fête du jour , le Retour de la Paix .
L'Actrice.
Déja votre préfence eft un de fes bienfaits.
La Joye.
Comme il fait mon triomphe , & qu'ici c'eft mon
centres,
Je viens en faire les honneurs.
L'Aftrice.
Viendra-t'elle aujourd'hui ?
La
Joye.
Non , on l'arrête ailleurs ,
Mais , ma chere , par tout où j'entre,
On est sûr de la voir regner.
La guerre trop long- tems avoit fçû l'éloigner ;
Dans ce beau jour qui la rappelle ,
184 MERCURE DE FRANCE
Je ne sçaurois trop éclater ;
Jé fuis fa fille , & comme telle
Pour elle je dois écouter
Tous les mortels qui vont fe préfenter.
Je viens leur infpirer fon efprit qui m'anime
Et faire voir à tout Paris
Un fpectacle nouveau dont il fera furpris
Plus de procès , plus de querelles :
Tous les Auteurs feront liés .
Ce nouvel an, des noeuds les plus fidelles ;
Tous les Comédiens, vrais dans leurs amitiés ,
Vivront fans nuls débats comme des Tourterelles,
La cordialité va regner chés les belles, ›

L'Actrice.
Vous aurez une peine extrême
A pacifier les efprits ,..
Car la guerre a brifé le joug des plus foumis
Et la révolte a paflé même
Júfques dans le corps des maris.
La Joye.
Mais dites-moi , ma chere , aurai -je de la danfe ? *
J'aime à fauter , c'eſt - là ma paſſion .
L'Actrice.
Vous en aurez en abondance ,
Sans qu'elle tienne à l'action,
MARS. 1749.
Le bon goût chez nous a déferté la fcéne ;
La feule farce Italienne
Triomphe & régne impunément.
Cinq ou fix vieux lazi , qu'on ne fait que rebatre,
En forment tout le neend, comme le fel piquanta
Les machines en font les grands coups de Théatre,
Et les Ballets le dénouement .
Par ces détails , on peut juger du fel répandu
dans le refte de l'Ouvrage .
A la feconde ſcene , la Décence ſe pré-›»
fente. Elle eft méconnue d'abord par l'Actrice
Italienne , qui la voit rarement fur fon
Théâtre .
La Décence invite la Joye à la fuivre ,
& s'efforcé de la mener chez les Comédiens
François. Cette fcene contient un éloge:
de Catilina & de fon illuftre Auteur ; elles
eſt ſuivie d'une ſcene bouffonne d'Arlequin
en Bouquetiere établie à la porte de la
Comédie. La Comédie finit par la difputefinguliere
d'un Avocat & d'un Officier:
manchor. L'Orateur bruyant prend le parti
de la Guerre , & le Militarre eftropié celuis
de la Paix.
Un Ballet , auffi agréable que la Comé--
die , renvoye les Spectateurs fatisfaits . On :
ne peut trop louer les jolis enfans qui exé
cutent la Pantomime.
Lorsqu'on a annoncé dans le Mercure
186 MERCURE DE FRANCE.
dernier , à l'article de la Comédie Italienne
, la Pantomime de l'Opérateur Chinois
, que le Sr de Heffe a ajoutée à
la Piece qui a pour titre , la Cabale ; on
a oublié d'y joindre le nom de l'Auteur
de la Mufique de ce divertiffement . Elle a
eu un applaudiffement trop général , pour
laiffer ignorer qu'elle eft de la compofition
de M.Guillemain, Ordinaire de la Mufique
deS.M.fort connu par fes talens pour le violon
, & par les quatorze Oeuvres de Mufiqueluftrumentale
qu'il adonnées auPublic..
Cette Pantomime qui a fi fort réufft à
Paris , n'y avoit cependant pas tous les or
nemens dont elle étoitembellie à la Cour ,
aù elle étoit accompagnée de la fcéne de la
Dragée de Momus . Fabulifte , & d'un jeu de
Marionettes qui amufa fort par le lazi que
fit avec Polichinelle un petit neveu du Sr
de Heffe , âgé de 5 ans , vêru en Pierrot ..
Concerts & Comédies de la Cour,
E Lundi 20 , le Samedi 25 , & le Lundi
LE27 Janvier , le Concert de la Cour
fut exécuté dans l'appartement de Madame
la Dauphine. On y chanta le Prologue &
la Tragédie d'Armide de l'immortel Lulli..
Les rôles furent remplis par Mefdemoiſel-
1
MAR S. 1749. 187
les Chevalier , de Selles , Canavaz & Guefdon
, & par les Sieurs de Chaffé , Jéliotte ,
Godoneſche & Filleul.
Le Samedi 15 Février , on exécuta dans
l'appartement de la Reine le Prologue &
le premier Acte de Bellerophon . On fçait
que les paroles de ce dernier Opera font
de Thomas Corneille & de M. de Fontenelle
. Les rôles furent diftribués à Mefdemoifettes
la Lande , Romainville & de Selles
, & aux Sieurs Benoît , Poirier , Godonefche
& Bazire.
Les Comédiens François ont repréfenté
le 21 Janvier à la Cour , le Joueur & les
Freres Rivaux.
Le 23 , Cinna & la Comteffe d'Efcarbagnas.
Le 28 , le Tartuffe & le Rendez- vous .
Le Mardi 11 Février , Démocrite & les Fo-
Ties Amoureufes. La Demoiſelle Armand a
débuté dans les deux rôles de Soubrette .
Le Jeudi 13 , Rodogune & l'Esprit de
Contradiction.
Les Italiens y ont donné le Mercredi
22 Janvier , Arlequin Faloux , fuivi d'un
Ballet.
Le Mercredi 29 , Arlequin muet par
crainte , fuivi auffi d'un Ballet.
Le Mercredi 12 Février , les Folies de Coraline
.
18'S MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS
De M. Remond de Sainte Albine,
fur le Ballet , intitulé Platée.
U -dis
UN
x
Njour , à ce querapporte Paufanias
* dans fes Booriques, Junon fe fâcha
contre Jupiter , & dans fon dépit elle fet
retira en Eubée. Jupiter , n'ayant pû la
fléchir , alla trouver Ĉitheron , qui paffoit
pour un des hommes les plus fages de
fon tems. Ce Prince confeilla à Jupiter
de faire habiller en femme une Statue
de la conduire avec pompe , & de publier
qué c'étoit une Nymphe qu'il alloit époufer.
Le confeil de Citheron fut fuivi . Auffitôt
la nouvelle du prétendu . mariage de
Jupiter parvient à Junon . La Déeffe jalouſe
vole aux lieux où l'on dit que les nôces
de fa rivale doivent fe célebrer ; elle s'approche
du chat fur lequel on promene l'ob
jet de fa haine , & en déchirant les vêtemens
de fon ennemie elle reconnoît
que c'est une Statue . Charmée de l'avanture
, elle pardonne à Jupiter fa tromperie,
& elle fe réconcilie avec lui..
...
La fageffe , qu'on attribue à Citheron
ne fe fait pas remarquer dans le projet
* Hiftorien .
MARS. 1 1749. 189
qu'on fuppofe qu'il imagina pour procurer
cette réconciliation. Junon n'étoit pas d'un
caractere fort défiant , fi ce badinage pou
voit la rendre tranquille fur la conduite
de fon époux ; & une femme , dont l'humeur
auroit été beaucoup moins aigre que
celle de cette Déeffe , n'auroit pas trouvé
bon qu'on fe jouât ainfi d'elle .
Cette Fable feroit donc mal choifie
pour compofer l'intrigue d'une Piece qu'on
voudroit faire jouer fur des Théâtres où
l'on exige la raifon & la vraisemblance.
Au Théâtre Lyrique , on eft moins f
vere. C'eft fans Jute ce qui a détermine
fes M. Autreau à hazarder de prendre le
Conte en queſtion pour le fujet d'un Ballet.
Subftituant à la Statue une Nymphe ridicule,
il prépare fon action par une ſcene,
dans laquelle Citheron propofe à Mercure
d'engager jupiter à feindre , pour ramener
Junon , une paffion violente pour Platée :
c'eft le nom de l'héroïne de la Comédie.
A la vûe de Platée , Mercure n'hésite poinc
à donner à Jupiter le confeil dicté par Citheron.
Pendant que le Meffager des Dieux
va dans ce deffein trouver le Souverain
de l'Olympe , Platée fait à Citheron plufieurs
tendres avances , auxquelles il ne
répond que par de grandes proteftations.de
respect. Bientôt Mercure revient , & il an190
MERCURE DEFRANCE.
nonce à la Nymphe , qu'elle peut compter
Jupiter au nombre de les Amans .
Dans la premiere Scène du fecond Acte,
Junon fe plaint à Iris de l'infidélité d'un
époux volage. Elles font interrompues par
Citheron. Afin d'éloigner la Déeffe jufqu'au
moment où l'on aura befoin d'elle
pour le dénouement , ce Prince lui perfua+
de que Jupiter eft dans Athénes avec la
Beauté , dont il a réfolu de faire une feconde
épouse. Junon court chercher ſa
Rivale , & Jupiter profite du ftratagêne
de Citheron , pour avoir une entrevûe
avec Platće. Il lui confirme la nouvelle
qu'il lui a fait porter par Mercure.
Junon de retour d'Athénes , où elle n'a
pas rencontré Platée, ouvre le troifiéme
Acte. Mercure , à qui elle demande impatiemment
fon époux , l'exhorte à modérer
fa colere, & à fe livrer moins à fes foupcons.
Il la quitte , fans lui donner aucun
éclairciffement. Cependant Platée paroît
fur un char , à côté duquel marchent Jupiter
& Momus. Elle eft couverte du voile
nuptial. Après quelque réſiſtance , fondée
fur la crainte que lui infpire la jaloufie de
Junon , elle confent de donner la main à
Jupiter. Dans le tems qu'elle s'y difpofe
, Junon , qui s'étoit retirée à l'écart ,
Le montre. Furieufe , elle arrache le voile
FRANC
MARS.
1749. 191
per qui lui
cachoit
la
Nimphe
, &
l'afpect
de
cet
objet hideux produit
la
réconciliation
dont parle
Panfanias
.
S
Telle
eft
la
marche
du
Poëme
de
M.
Autreau.
M.
Rameau ,
qui
du
vivant
de
l'Auteur
avoit
acheté
le
manufcrit
de
cet
ouvrage ,
n'a
pas
été
content
de
la
maniére
dont
il
étoit
ordonné ,
&
il a
emprunté
une
main
étrangere
pour
y
faire
divers
changemens.
De - là
viennent
les
differences
qui
font
entre
le
Ballet
que
nous
venons
d'analifer,&
celui
qui a
été
repréſenté
pendant
le
Carnaval
fur
le
Théatre
de
l'Opera.
Elles
font
en
grand
nombre,
&
les
unes
regardent
la
diftribution
&
la
coupe
des
Scé
nes ,
les
autres
le
Dialogue .
Plufieurs
des
changemens
de
l'une
&
de
l'autre
espece
étoient
néceffaires ,
pour
que
M.Rameau
pût
répandre
dans
fon
chant
cette
aimable
variété ,
as
laquelle la
plus
bel
le.
Mufique
devient
infailliblement
ennuyeafe.
Nous
allons
en
citer
des
exem
ples.
Ona

que
chez
M.
Autreau
le
troifiéme
Acte,
de
même
que
le
fecond,
commence
par
une
Scéne
entre
Janon
&
Iris .
Cette
uniformité
nuit à
l'agrément.
De
plus
,
lạ
premiere
Scéne
du
fecond
Acte
eft
extrême
ment
froide.
Elle
eft
fuivie
d'une
aut

92 MERCURE DE FRANCE.
qui n'eft pas plus animée . Le nouvel Autent
nous épargne ces deux Scénes , en ne faifant
paroître Junon que dans le troifiéme
Acte. Il auroit encore mieux fait de ne la
faire paroître qu'à la fin de la Piéce , les
charmes de la Mufique de M. Rameau ne
fauvant pas le défaut de vrai - femblance
du fang froid de Junon , qui fpectatrice
du triomphe apparent de fa Rivale , attend
fi long-tems pour venir le troubler.
Au fecond Acte , M. Autreau met une
longue Scéne de Jupiter & de Platée. Les
difcours en font ingénieux , mais ils prêtent
peu au Muficien , & ils font traités
trop férieufement pour le fujet. Par la forme
nouvelle donnée au Ballet , cette ſcene
ne fubfifte plus. L'Auteur, dans celle qu'il y
fubftituée , s'eft trompé fans doute fur le
enre anaifant qui convient à l'Opera ,
mais du moim eft louable d'avoir fenti
le vice de celle qu'il a retranchée.
En faisant ufage du Poëme de M. Autreau
, le Muficien auroit été obligé de
nous faire effuyer au commencement
dernier Acte trois Scénes , toutes de récitatif.
On abrége ici confidérablement la
feconde , & l'on fupprime la troifiéme.
Ce feroit flater le nouvel Auteur , que
de dire qu'il a été auffi heureux dans les
changemens qui regardent le Dialogue ,
que
MARS. 1749: 193
que dans quelques- uns de ceux qui concernent
la diftribution & la coupe des Scénes.
Souvent il abufe de la liberté qu'il a
prétendu fe donner , en intitulant la Piéce
, Ballet Bouffon. Mais peut - être , même
à cet égard , a- t'il été jugé trop rigoureufement
? Peut-être a- t'on condamné chez lui
comme trop ignobles certaines expreffions,
qu'on ne s'avife pas de blâmer dans d'autres
Ouvrages Lyriques ? Cette difference
d'impreffion naît de la difference des perfonnages.
Une façon de parler paroît triviale
dans la bouche d'une Divinité, d'une
Nymphe , d'un Souverain, & elle ne bleffe
point dans la bouche d'un Payfan. D'ailleurs
, nous foupçonnerions volontiers
qu'on a fauffement attribué au Dialogue
en plus d'un endroit du Poëme dont il s'agit
, une baffeffe qui n'eft que dans l'action
.
Jupiter fe déguifant fous la forme d'un
Quadrupede , dont le nom feul excite la
rifée , Platée lui dit ,
Apprenez -moi ce qu'Amour vous infpire ,
Et ce que votre coeur prétend .
Vous foupirez , & je foupie.
Il fuffit d'un fi doux accent.
Vous dites tout , fans me rien dire.
Ah! que l'amour est éloquent !
I
194 MERCURE , DE FRANCE.
Certainement ce n'eft point, le difcours
qui doit choquer puifqu'il a même une
forte de grace , mais c'eft le choix de l'animal
dont Jupiter emprunte la figure .
D'autres détails , il faut l'avouer , font
répréhenfibles par l'ignobilité même de
l'expreffion . Quelques - uns le font
équivoques qu'ils fourniffent. Du nombre
de ces derniers morceaux eft celui- ci.
Je crois qu'il me découvre ⋆ ·
Mon adorable Amant.
par
On peut compter parmi les premiers.
... Ouffe.
Pardonnez-moi. J'étouffe.
Le charmant objet que voilà.
Ah ! qu'elle eft belle !
Ah ah ah ah !

Donnez , donnez , ce fera tout de- même.
Eh,fi ! votre espérance
N'eft qu'une fouffrance ,
Un vraifigne d'ennui ,
Eb ,fi !
les
de man-
Quoique cette phrafe en elle-même ne mérite aucun
reproche , l'Auteur auroit du prévoir que
vais plaifans , pour en changer la fignification , placeroient
une virgule à lafin du premier vers.
MARS. 1749. 195.
Nimphe , votre conquête
Fait tant de bruit , qu'elle tourne la tête
Atous les Hameaux d'alentour.
S'il eft dans le Poëme quelques traits ,
qui peuvent faire foupçonner le Correcteur
de M. Autreau de n'avoir pas le goût
toujours fûr , il n'en eft dans la Mulique
prefque aucun , qui ne prouve la fécondité
du génie de M. Rameau . Plus on a entendu
la Mufique de ce Ballet , plus on y a
découvert de beautés. Nous ne dirons
point , comme on le dit fur le Théatre
Italien ,
**
Que ce grand Maître en G Re Sol
Fait mieux croaffer les Grenouilles ,
Que les autres ne font chanter le Roffignol.
Mais nous avancerons avec hardieffe ,
Platée eft un de fes
que
brillans.
ouvrages les
plus
* Il eft jufte d'avertir que fi en certains endroits il,
n'eft pas fort élégant , en d'autres il corrige avec
fuccès la diction de fon original . Par exemple , dans
l'ouvrage de M. Autreau , ce vers,
L'amour ambitieux me fut toujours fafpect ,
préfente un fens different de celui que l'Auteur veut
lui donner. Cette faute ne fe rencontre pas dans le
vers fubftitué par le nouvel Auteur.
** Dans la Comédie du Retour de la Paix.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
JUPITER ET EUROPE ,
Divertiffement nouveau , exécuté devant le
Roi ,fur le Théatre des petits Appartemens
à Versailles.
LE plan de cet Acte eft extrêmement
fimple. Cette Scéne en expofe
le fujet.
JUPITER , PALES.
Pales.
Expliquez-vous enfin , puiſſant Maître des Dieux;
Pourquoi déguifez - vous votre grandeur ſuprême ?
Jupiter.
Jupiter en fecret foupire dans ces lieux ,
Europe eft la Beauté qu'il aime,
La fille d'Agenor ? .
Pales.
Jupiter.
Sur les bords chaque jour j'adore fes appas
Et de ma vive ardeur j'y cache le miſtere.
Pour transporter ici l'objet, qui m'a charmé
Par l'ordre du Dieu de Cithere
Je me fuis transformé .
Europe ne fait pas encore
1
MARS. 197 1749%
Que c'eft Jupiter qui l'adore.
Elle m'en croit le Confident.
Je tâche fous ce nom d'appaifer fa colere ;
Du plus puiffant des Dieux l'amour le plus ardent
Rencontre enfin une Beauté ſévere.
Pour donner à nos Lecteurs une idée
fuffifante de l'ouvrage , nous copicrons la
cinquiéme Scéne , dans laquelle Jupiter fe
fait connoître à la fille d'Agenor.
Jupiter:
Je vois ce qui vous rend ce féjour odieux ,
Princeffe , d'un Amant vous y pleurez l'abſence;
Europe.
Non , il n'eft point d'objet éloigné de mes yeux ?
De qui mon coeur ici regrette la préſence.
Jupiter.
Vous prétendez en vain diffimuler';
Jupiter eft trahi .... Son Rival doit tremblera
Europe.
Quel funefte tranſport !
Jupiter.
Vous frémiffez , cruelle
Votre coeur éperdu laiffe échapper fes feux;
Liij.
198 MERCURE DE FRANCE .
Jupiter trouvera ce Rival trop heureux ;
Je cours le découvrir.
'Arrêtez.
Europe , l'arrêtant.
Quelle peine mortelle
Jupiter , voulant partir.
C'en eft fait,
Europe.
Barbare ! Hélas , c'eſt vous
Que vous allez livrer à Jupiter jaloux.
Jupiter.
Qu'entens-je ? Quel aveu ! Vous m'aimez
Europe.
Je vous aime ;
Tandis que votre bouche, avec un foin extrême,
Pour un autre que vous mè demandoit mon coeur ,
Vos yeux,toujours remplis d'une tendre langueur,
Me le demandoient pour vous- même.
Jupiter.
Tous mes voeux font comblés .
Europe.
Votre tranfport m'apprend
Que le même noeud nous engage .
Que n'êtes- vous indifferent !
Vous êtes trop charmé pour cacher l'avantage
Que mon coeur aujourd'hui vous laiffe remporter.
MARS. 1749. 199
1
Jupiter va fur vous faire éclatter fa rage:
Jupiter.
.. Je voudrois jouir plus long- tems de vos plaintes,
Si ces momens , pour moi fi doux ,
N'étoient pas trop cruels pour vous .
Apprenez des plaifirs que vous avez fait naître ;
Jupiter ne doit rien à fon rang glorieux ,
Et vous l'avez rendu le plus heureux des Dieux ,
Sans fçavoir qu'il en fût le maître.

En lifant ces morceaux on ne fera
point furpris que cet Acte ait été fort applaudi.
Il eft de M. Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure , & qui s'eft acquis une
fi grande réputation par fes Poëmes Lyriques
, ainfi que par tant d'autres ouvrages
de differens genres. La Mufique eft de
M. *** & de M. Dugué , Ordinaire de la
Muſique du Roi.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
J
MENU E T
'Avois juré de n'aimer jamais ;
Loin de l'Amour , loin de fes traits ,
L'aimable paix
Faifoit de mon coeur les plus doux attraits .
L'Enfant malin ,
T
Jaloux de fa gloire ,
Sûr de fa victoire
Vint me préfènter Catim
Douce indifference ;
Heureuſe innocence,
Sortez de mon coeur ,
Cedez à votre vainquent
MUSETTE.
U veux mon aimable Lifette
Que je t'apprenne
fur l'herbette
A chanter les plus doux plaifirs
Pour rendre ma leçon parfaite ,
Réponds aux fons de ma Mufette ,
Et mêlons fi bien nos défirs ,
Que l'écho jamais ne répete
Que l'uniffon de nos foupirs..
2

и
MARS. 1749. 201
assasasasasasas
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c..
Ľ
E r2 du mois dernier , le Roi & la Reine entens
dirent dans la Chapelle du Château la Meffe
le Requiem , pendant laquelle le De profundis fut
chantépar la Mufique, pour l'Anniverſaire de Ma
dame la Dauphine , mere du Roi .
en!
Le Duc de Chartres , le Prince de Conty , lee
Comte de la Marche & le Duc de Penthievre ,
grand deuil , rendirent le même jour leurs refpectss
au Roi , à l'occafion de la mort de Madame la Ducheffe
d'Orleans.
L'après-midi , le Roi alla voir la Ducheffe de:
Chartres , la Ducheffe de Modéne & la Ducheffe
de Penthievre. Ces Princeffes reçurent auffi la vi
fire de la Reine , & celles de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France ..
On chanta le 13 dans l'Eglife Métropolitaine ,.
en action de graces de la Paix , le Te Deum , auquell'Archevêque
de Paris officia pontificalement
Le Chancelier de France , à la tête du Confeil , y
affifta , ainfi que le Parlement , la Chambre des
Comptes , la Cour des Aides , l'Univerfité & lee
Corps de Ville.
Le foir , on tira devant l'Hôtel de Ville un trèsebeau
feu d'artifice , & toutes les maifons de lar
Ville furent illuminées.
Madame la Ducheffe d'Orleans , ayant demandé
par fon teftament , d'être inhumée fans
pompe dans l'Eglife de la Magdeleine de Trefnel,..
le corps de cette Princeffe y fut porté le 6 fans
Ily
202 MERCURE DE FRANCE.
aucune cérémonie , le convoi étant feulement
composé de la Maiſon de Son Alteffe Royale. Le
Duc d'Orleans , le Comte de la Marche & le Duc
de Penthievre , affifterent à la préſentation du
corps, laquelle fut faite par le Curé de Saint Euftache.
De l'Eglife de la Magdeleine de Trefnel , le
convoi fe rendit au Val de Grace , où le coeur de
cette Princeffe fut préſenté par l'Abbé de Bar ; un
de fes Aumôniers .
Le 17 , pendant la Meffe du Roi , le Te Deum
fut chanté par la Mufique pour la publication de la
Paix.
1
Le Roi & la Reine entendirent le 18 dans la
Chapelle du Château , la Mefle de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté par la Mufique,
pour l'Anniverfaire de Monfeigneur le Dauphin
, pere du Roi.
Le 19 , Mercredi des Cendres , le Roi reçut les
Cendres des mains du Cardinal de Soubife. La
Reine les reçut des mains de l'Archevêque de
Rouen , fon Grand Aumônier. Monfeigneur le
Dauphin , des mains de l'Abbé de Raigecourt
Aumônier du Roi , & Madame la Dauphine ,
de celles de l'Evêque de Bayeux, fon Premier Au
monier.
Le is , le Pere Geoffroy , l'un des Profeffeurs
de Réthorique du Collège de Louis le Grand , y
prononça un Diſcours Latin fur le retour de la
Paix. L'Affemblée étoit compofée du Cardinal de
la Rochefoucault , du Nonce du Pape , de plu-
Leurs Archevêques & Evêques, & d'un grand nom
bre de perfonnes de diftinction .
Le 23 , premier Dimanche du Carême , le
Roi & la Reine entendirent dans la Chapèle du
Château , la Meffe chantée par la Mufique. Leurs
Majeftes affifterent l'après- midi à la prédication de

MARS. 1749.
203
1'Abbé Adam , Curé de la Paroiffe de Saint Barthe.
lemi ,
Le Roi & la Reine , accompagnés de Monfeigner
le Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdaines de France , entendirent le 26 le fermon
du même Prédicateur.
Le 25 , le Baron de Bernstorff, Envoyé Extraordinaire
du Roi de Dannemarck auprès du Roi , eut
une Audience particuliere de Sa Majefté , à laquelle
il donna part de la naiffance du Prince
dont la Reine de Dannemark eft accouchée le 29
du mois dernier .
Le même jour 25 , le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aides , la Cour des
Monnoyes & le Corps de Ville , eurent Audience
du Roi , & ils complimenterent Sa Majefté fur la
Paix. M. de Maupeou , Premier Préfident du Parlement
, M. de Nicolay , Premier Préſident de la
Chambre des Comptes ; M. de Lamoignon de
Blancmefnil, Premier Préfident de la Cour des Aides
,M. Chopin de Gouzangré , Premier Préfident
de la Cour des Monnoyes , & M. de Bernage, Prevôt
des Marchands , porterent la parole.
L'après midi , le Grand Confeil , l'Univerfité
& l'Académie Françoife , eurent l'honneur de
complimenter Sa Majefté ſur le même fujet . M.
Pouletier , Confeiller d'Etat , nommé pour préfider
cette année au Grand Confeil , parla au nom de
cette Compagnie. M. Hamelin , Recteur, porta la
parole pour l'Univerfité , & le Maréchal Duc de
Richelieu , Directeur de l'Académie Françoife ,
pour cette Compagnie.
Ils furent tous préfentés par le Comte de Maurepas
, Miniftre & Secretaire d'Etat , & ils fu-
Fent conduits par M. Defgranges, Maître des Cérémonico.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
Madame la Ducheffe de Fleury étant accou
chée d'une fille le 24 du mois dernier , le Rois
la Reine , Monfeigneur le Dauphin & Meſdames
de France, ont envoyé complimenter M. le Duc de
Fleury
M. de Lamoignon de Malesherbe , Confeiller
au Parlement , & qui a obtenu la furvivance de
la Charge de Premier Préfident de la Cour des
Aides , remplie par M. de Lamoignon de
Blancmefnil , fon pere , fut inftallé le 26 en cette
qualité dans cette Compagnie , & le même jour
il fut reçû Confeiller d'Honneur dans la même
Cour. Depuis très-long- tems , la famille de Lamoignon
eft illuftre , & dès le regne de Saint
Louis , Pierre de Lamoignon , Seigneur de Poincy,.
figuroit avec diftinction Cette famille a fourni
à la Robe divers grands perfonnages , qui ont
mérité le nom de doctes & fages Magiftrats
& la confiance de plufieurs de nos Rois . M. de
Malesherbe eft arriere petit- fils du célebre Chrêtien
de Lamoignon , mort en 1677 Premier . Préfident
du Parlement. 2
M. le Marquis de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs , & Secretaire du Cabinet du Roi
s'eft démis du Privilége de la Gazette , avec l'a
grément de Sa Majefté , en faveur de M. Aunillon
, Premier Préſident de l'Election de Pa
ris. Ce Préfident a engagé M. Remond de Sainte
Albine , qui depuis dix fept ans compoſe cet Ouvrage
périodique , à continuer de fe charger de ce
travail.
On mande de Rome du 11 du mois dernier
que le 8 M. le Duc de Nivernois , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi , fe rendit à l'Académie
de France , pour y faire les honneurs aux perfonnes
de diftinction qui vont y voir les mal
MAR S.. 17498 205
carades ; qu'il en ufa de même le 9 & le 10 ,
& qu'il devoit continuer jufqu'à la fin du Carnaval.
Le 9 , cet Ambaffadeur donna une Fête à laquelle
plufieurs Cardinaux & la principale Noblefle
affifterent , & dont tout le monde admira l'élé
gance & la magnificence..
ANECDOTES concernant un Aventurier
, qui depuis quelque tems a été arrêté
dans le Village d'Antonny.
L
E 21 Décembre dernier , il paffa par Antonny
un homme qui s'y arrêta chez un Maçon de
fa connoiffance , auquel il fit part d'une Commif
Gon en chef qu'il venoit d'obtenir , pour établir
un Bureau des affaires de la guerre à Paris , aux
appointemens de 6000 liv . avec quinze Commis
fous lui . Cet homme ajouta qu'il étoit chargé
d'autres commiffions particulieres , pour les af→
faires fecrettes de l'Etat. Le Mâçon , pour lui marquer
la part qu'il prenoit à ces nouvelles , voulut
lui donner à fouper , & n'étant pas logé commodément
, il le conduifit à l'enfeigne du Lion d'or ,
chez le nommé de Brie , Hôtellier. Il y annonça
fon ami , comme un homme puiffant. Auffi - tốc :
l'Hôtellier , qui a deux fils fort fages , dont le cadet
âgé de dix- neuf ans a pris le parti de l'emploi
& cherchoit de l'occupation , demanda la
protection du Mâçon auprès de . M. l'Employé ,
pour ce fils. On en parla , & cette propofition fut
reçue fi gracieuſement, qu'on invita M. l'Employe
à coucher . Le lendemain , en partant il affûra que
dans peu de jours on auroit de fes nouvelles. En
effet , trois ou quatre jours après il envoya un ex
+
206 MERCURE
DE FRANCE
.
ce
près avec une Lettre , par laquelle il mandoit à
PHôtellier , qu'il avoit infcrit le jeune homme
parmi fes Commis , aux appointemens de 1000 liv.
qu'il feroit inceffamment expédier fa Commiffion;
& que les appointemens courroient du premier de
l'année , quoique le travail ne commençât pas
encore , attendu que les affaires n'étoient pas en
état . Ces bonnes gens , ravis de joie , allerent remercier
leur Protecteur , rue des quatre Fils au
Marais , où eft fa demeure , & ils l'inviterent à
aller les voir , pour lui témoigner toute leur fenfibilité
, ce qu'il promit de faire , en allant , dit-il ,
aux rendez-vous fecrets que le Roi lui donnoit ,
A quelque tems delà , il fe rendit chez eux , s'y
établit , demanda d'y être nourri à 4 liv . par jour ,
& voulut que le fils cadet de la maiſon le fût
fur le pied de la moitié de ce prix , difant que
dernier article feroit pris fur les appointemens ,
dont le jeune homme toucheroit bientôt le premier
quartier. Notre Aventurier , pendant fon
féjour à Antonny , fortoit de tems en tems , tantôt
à pied , tantôt à cheval , fous prétexte d'aller aux
endroits où le Roi devoit avoir des conferences
avec lui. Sa Majefté , difoit - il, lui faifoit la grace de
lui accorder ce qu'il lui demandoit dans ces rendez
-vous , & il étoit par cette faveur en état d'obliger
beaucoup de perfonnes . Avec de pareils
difcours , il en a impofé à toute cette Paroiffe ,
promettant à l'un un congé , à l'autre les Invalides
, à celui- ci une commiffion , à celui- là une
penfion , & entre autres à la Communauté Religieufe
de....... le franc- falé , dont il a fait voir
les Lettres expédiées. Il a même eu la hardieffe
d'annoncer , que par un ordre exprès de Sa Majefté
, lequel il a montré , il devoit donner un Bal
public à Amtonny. En conféquence il a fait marché,
en
MARS. 1749. 207
avec divers Marchands pour les fournitures , dont
il a demandé les livraifons pour un jour indiqué.
Des chofes fi bruyantes firent de l'éclat , & le
bruit en vint à M. de la Bernardiere , qui s'étant
informé du ſujet , le reconnut pour un fourbe.
Pour mieux s'affûrer de ce qu'étoit ce perfonnage ,
M. de la Bernardiere lui rendit vifite en fon Hôtellerie
, & M. l'Employé , étant allé le lendemain
chez M. de la Bernardiere , y fut arrêté. On trouva
fur lui plufieurs papiers , avec des fignatures des
Miniftres contrefaites. M. de la Bernardiere , après
les avoir envoyés à la Cour , a fait transferer cet
Aventurier au Châtelet , où il eft actuellement.
L'homme dont il s'agit , étoit laquais de M.
Bertin de Vaugiens , il y a onze à douze ans . Son
Maître , qui lui trouva du goût & de l'intelligence ,
lui donna un Maître à écrire , & lui fit apprendre
l'Arithmétique , les Changes étrangers , & la
tenue des Livres en parties doubles . Enfuite il le
fit fon Secretaire , & l'envoya travailler chez fon
Notaire & aux Parties Cafuelles , lui confervant
fon logement & fa table. Il le porta même fur fon
teftament pour 300 liv , de rente viagére. Le même
homme a depuis été employé chez M. Bonneau ,
Secretaire du Roi , dans l'affaire des Charges Municipales.
淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
BAPTES MES , MARIAGES
& Morts.
L
E 13 Février eft née & a été baptiſée Marie-
Henriette-Auguftine-Renée , fille de Jacques-
Augufte- Laurent- Ferdinand- Philippe- Marie d'Al208
MERCURE DE FRANCE.

Pozzo , Marquis de la Trouffe , Seigneur de Lify
fur- Ourq , Mari-fur -Marne , Viel Moulin , Crepoil ,
Cochart , Radmont, Saint Jean les deux Jumeaux,
Fief- verd , Vendreft, & c. & de Marie-Anne- Au
guftine de la Vieuville , fon époufe . Elle a été
venue fur les Fonts de Baptême par René -Jean-
Baptifte de la Vieuville , fon ayeul maternel , &
par Henriette Marie le Hardi , Marquise de la
Trouffe veuve d'Amé-Alphonfe d'Alpozzo ,
Prince de la Cifterne , Marquis de Voguhere ,
Comte de Pondran & autres lieux , Grand Veneur
& Grand Fauconnier du feu Roi de Sardaigne ,
Maréchal des Camps & Armées de ce Prince , &
Colonel du Régiment de Saluces , fon ayeule paternelle
, repréfentée par Marie-Magdeleine du
Port , époufe de Philippe-Augufte le Hardi , Chevalier
, Seigneur de Bolard , Grand Baillif de
Meaux.
Le 17 les cérémonies du Baptême ont été fup.
pléées au Prince de Poix , fils du Comte & de
la Comteffe de Noailles , qui étoit né le 10
Juillet dernier . Il a été nommé Louis - Philippe ; les
parrain & marraine ont été L. A. R. l'Infant Don
Philippe , Duc de Parme , de Plaiſance & de
Guaftalla , & Madame Louife- Elifabeth de France ,
fon épouse , repréfentés , l'un par le Duc de Monteillano
, Grand d'Efpagne & Mayordome Mayor
de Madame Infante , l'autre par la Marquife de
Lede , Grande d'Eſpagne , & Camarera Mayor de
la même Princeffe ..
Le premier Février , Pierre Paul Doffun ;
Marquis Doffun , Capitaine Lieutenant des Che--
vau- Legers de la Reine , & Brigadier des Armées :
du Roi , a épousé dans l'Eglife Paroiffale de Saint
Roch Thérefe-Louife Hocquart , fille de Jean-
Hyacinthe Hocquart , Secretaire du Roi , Maiſon
MARS. 1749: 20%
Couronne de France & de fes Finances , l'un
des quarante Fermiers Généraux , & de Marie-
Françoife Gaillard. M. de la Boexiere , ancien
Fermier Général , & qui eft fi digne de fa fortune
par le noble ufage qu'il en fait , eft ayenl maternel
de la nouvelle Marquife Doffun.
au com-
La Maiſon Doffun , ou Dauffun , car les Auteurs
varient fur la façon d'écrire ce nom , eft trèsilluftre.
Son ancienneté , qui remonte
mencement du onziéme fiécle ; le rang diftingué:
qu'elle a toujours tenu dans le Comté de Bigorre
fes fervices militaires , & fes grandes alliances ,
l'égalent aux Maifons les plus confidérables du
Royaume. Elle eft, comme celle d'Antin , une des
fix premieres du Comté de Bigorre, dans lesquelles
le Comte a ce qu'on appelle le Droit de Repas.
L'abondance des matieres ne nous permet pas de
placer ici quelques recherches hiftoriques que
nous avons eu occafion de faire fur cette Maifon
Nous les renvoyons au prochain Mercure .
Le 18 , Louis , Marquis de Gouy , Seigneur
d'Arly , Avrigny , &c. Colonel du Régiment de las
Reine , Infanterie , Brigadier des Armées du Roi,
& Chevalier de l'Ordre Royal & militaire de
Saint Louis , fils de feu Michel Henri de Gouy,
Chevalier , Marquis d'Arfy , Seigneur d'Avrigny ,
& autres lieux , Meftre- de- Camp de Cavalerie
Gentilhomme de la Manche de Sa Majefté , Gouverneur
de Beziers , & de Françoiſe Melanie de
Salomon Boulard de Lalante , a épouſé dans l'E--
glife Paroiffiale de Saint Eustache Anne- Yvonette-
Marguerite Esther de Rivié , veuve de Pierre - Céfar
da S. Georges , Comte deVérac , Brigadier des Ar
mées du Roi , Premier Cornette des Chevau.Légers
de la Garde de Sa Majefté , & Chevalier de l'Ordre
Royal & militaire de Saint Louis..
210 MERCURE DE FRANCE. 1
Le 18 Janvier , Charles- Godefroi- Sophie- Jules-
Marie , fils de Jules-Hercule , Prince de Rohan ,
Duc de Montbazon , mourut à Paris , âgé d'envi
ron fix mois , & fut tranſporté de la Paroiffe de
Saint Paul , aux Feuillans de la rue Saint Honoré.
Le 28 , Anne Rougier , veuve de N. Textoris ,
Avocat au Parlement , mourut d'apoplexie à Aurillac
, âgée de cent deux ans , neuf mois , onze,
jours , étant née le 17 Mars 1646.
Le 6 Février , Marguerite Ġaunet , veuve de
François le Rebour , Ecuyer , Sieur du Tremblai ,
mourut âgée de trente- cinq ans , & fut inhumée
à Saint Paul.
un
Le 11 , Jeanne -Angelique Danglejan de Beaumefort,
veuve de Jean-Roland Maler , Ecuyer, Seigneur
de la Terre-de-la- Miraut, Gouverneur de la Ville de
Lagni , Chevalier de l'Ordre de Saint Michel ,
des quarante de l'Académie Françoife , Confeiller
Secretaire du Roi , & Gentilhommme ordinaire
de la Maifon de Sa Majefté , mourut à Paris , &
fut inhumée à Saint Paul.
Le 17 , Charles-Nicolas le Clerc de Leffeville ;
Chevalier , Comte de Charbonniers , Baron d'Authan
, Seigneur de Buis , du grand Boucher &
autres lieux , Maître des Requêtes honoraire ,
mourut & fut tranfporté de la Paroiffe de S. Paul
aux grands Auguftins.
Le 23 , François , Marquis du Perier , mourut
à Paris dans un âge très -avancé , & fut inhumé à
S. Sulpice. Il étoit né en Provence, & s'étant établi
à Paris , il y avoit époufé N. Hamart , morte
l'année derniere , & dont nous avons fait mention
dans le mois d'Octobre. Il ne laiffe de fon mariage
qu'un fils unique.
Le premier Mars , Françoiſe - Thereſe de Baſſompierre
, veuve de Jean Baptifte - Louis Picon , MarMARS.
1749. 211
quis de Maillanne & d'Andrezel , Confeiller d'Etat
, Secretaire du Cabinet & de la Chambre du
Roi , & Ambaffadeur de Sa Majefté à la Porte ,
lequel avoit été Commiffaire- Ordonnateur des
armées d'Italie , & enfuite Intendant de la Province
de Rouffillon , mourut au Château d'Andrezel
en Brie , âgée de foixante & treize ans .
Elle étoit fille de Gafton-Jean- Baptifte , Marquis
de Baffompierre , Lieutenant Général des troupes
de Charles IV. Duc de Lorraine , & de Henriette
Raulin . Son ayeul étoit Georges Africain de Balfompierre
, Marquis de Remauville , frere de
François , Baron de Baffompierre , Chevalier des
Ordres du Roi , & Maréchal de France. M. d'Andrezel
, dont elle étoit veuve , étoit fils d'Antoine-
Hercule Picon , Secretaire du Confeil de la feue
Reine , époufe de Louis XIV . & de Marguerite-
Anne Villedor. Il est mort en 1727 à Conſtantinople
pendant fon Ambaffade .
Le même jour , Elifabeth-Marguerite Tardif ,
veuve de Claude-Jacques Patu , Ecuyer , Commiffaire
de la Marine , Ancien Payeur des Rentes
de l'Hôtel-de-Ville , mourut à Paris , & fut inhumée
à Saint Merry.
L'inadvertance d'un Copiſte a occafionné une
erreur & une omiffion dans le dernier Mercure ,
à l'article d'Hercule de Meriadec , Prince de
Rohan . Il y eft dit fils de François , Prince de
Soubize & de Catherine de Lyonne , & fur ce
point on s'eft trompé . François , Prince de Soubize
a eu deux femmes , dont la premiere à la
vérité , fut cette Catherine de Lyonne , mais elle
mourut en 1660 , âgée de vingt-fept ans , fans
avoir eu d'enfans ; la feconde , qu'il époufa le 17
Avril 1663 , fut Anne de Rohan- Chabot , fille de
Henri Chabot , Duc de Rohan , & de Marguerite,
212 MERCURE DE FRANCE
Ducheffe de Rohan. C'eft d'elle que font iffus le
feu Prince de Rohan , & le Cardinal de Rohan, fon
frere. L'omiffion confifte en ce que l'on a oublié
d'ajouter aux enfans de François - Jules de Rohan ,
Prince de Soubize , & d'Anne- Julie - Adelaide de
Melun , Marie-Louiſe de Rohan Soubize , née le
5 Janvier 1720 , veuve de Gafton -Jean -Baptifte
Charles de Lorraine , Comte de Marfan , né le 7
Février 1721 , mort de la petite vérole à Strasbourg
lee premier Mai 1742。
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗落
ARRESTS NOTABLES.
a
ORDONNANCE du Roi,du toJanvier 1749 , portant réduction dans les cinq Bataillons
du Régiment Royal- Artillerie , & dans les
Compagnies de Mineurs & d'Ouvriers.
ARRESTS de la Cour des Aides, des 22 Jui
1748 & 14 Janvier 1749 , contre les Officiers du
Grenier à fel de Mayenne , qui , fur les conclufions
de M. le Procureur Général , ordonnent que les
contraintes décernées contre les Collecteurs de
Pimpôt du fel , feront vifées fans frais , & par le
premier defquels lefdits Officiers avoient été condamnés
à la reftitution des épices & droits par eux
perçus..
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi , du 14
Janvier , qui déclare commun pour la Paroiffe de
Bouzillé en Anjou , celui du 14 Septembre 1745
portant modération des droits des cinq groffes Fermes
, fubvention par doublement , jauge & courrage
, anciens & nouveaux cinq fols , & Courtiers
Jaugeurs , fur les vins du crû de la Châtellenie de
MARS. 1749:
218
Chantoceaux , qui paffent en Bretagne , en obfers
vant les formalités prefcrites par lefdits Arrêts .
ORDONNANCE du Roi , du premier Fé
vrier , portant une nouvelle réforme dans quelques
Régimens d'Infanterie Allemande.
AUTRE du même jour , pour la publication
de la Paix.
AUTRE du 1o , concernant les Régimens de
fon Infanterie Françoiſe.
Mademoiselle de la Croix avertit le Public ,
qu'en conféquence d'un Brevet du Roi , elle
eft la feule qui vende & débite un Rob pectoral , de
fa compofition .
Ce Remede eft très gracieux à prendre , & eft
fouverain pour toutes les maladies qui attaquent
la poitrine , comme inflammations ,
ulceres aux
poulmons , rhumes , coqueluches , quelqu'invétérés
qu'ils foient . Elle donne la façon de s'en
fervir , lorfqu'on lui fait connoître de laquelle de
çes maladies on eft attaqué.
Elle demeure à Paris , rue du petit Bourbon , proche
Saint Sulpice , la troifiéme porte cochere , du côté
de la Foire Saint Germain.
A veuve du Sieur Durand , Chirurgien Dentifte
, reçû à Saint Côme , fi connu par les
bons effets de fon Opiat Royal , de fon Elixir
& de fon Eau d'or de Grenade , avertit le Public
qu'ayant hérité de fes fecrets & remedes , elle en
continue la diftribution , en conféquence du Priyilége
qu'elle en a obtenu.
L'Opiat Royal , ci-devant dit des Sultanes
214 MERCURE DE FRANCE.
affermit les dents branlantes , anime & fait croître
fes gencives rongées , blanchit parfaitement les
dents , fans offenfer le luftre de l'émail , prévient
& diffipe les mauvaiſes odeurs de la bouche.
Les pots font de 2 liv. de 3 liv. de 4 liv. & de
liv . piéce.
L'Elixir , par la vertu pénétrante & balfamique ;
détruit toutes les corruptions qui minent les dents
fous les alveoles , réfout les tumeurs , mûrit les
, abfcès , guérit les chancres du palais , de la langue
& des gencives ; il corrige auffi les humeurs âcres
arrête le qui tiennent de la nature du ſcorbut , progrès
de la gangrene , & prévient tous les maux de
la bouche.
Les bouteilles font de 3 liv. 10 f. & de 6 liv.
piéce .
L'Eau d'or de Grenade diffipe en très - peu
de tems les fluxions les plus confidérables , en exprimant
les acrimonies tartereufes & glaireufes
qui les produifent & les entretiennent , détache
les limons qui font les fuites des mauvaiſes digeftions
, appaife les douleurs de dents , & procure
à toutes les parties de la bouche , ainfi que l'Opiat
& l'Elixir ci - deffus , des avantages prompts , réels
& permanens. Les bouteilles font de 2 liv . & 4 liv.
piéce .
La veuve Durand ne commettant perfonne pour
vendre fes remedes , elle en fait elle même les enyois
, tant en Province que dans les Pays étrangers,
en lui écrivant à fon adreffe à Paris , & en affran
chiflant les Lettres : elle a foin , pour éviter la falfification
qu'on en pourroit faire , de cacheter les
pots & les bouteilles de la même empreinte qui eft
à la tête de fes imprimés.
Sa demeure eft avec Tableau rue Saint Honoré ,
vis-à-vis la Croix du Traboir , entre la Coupe d'or
& le Bas de chamois , au premier appartement fur le
devant.
APPROBATION.
J
"Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Mars
1749. A Paris le huit Mars 1749.
BONAMY.
P
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe:
Examen de certe Queftion. Les Livres ne fontils
pas trop multipliés, & quelles précautions faudroit-
il prendre pout n'en avoir que de bons? 3
Ode au Roi fur la Paix ,
Lettre aux Auteurs du Mercure ,
Le triomphe de la Paix ,
Penfées morales ,
20
24
32
35
Les adieux de M. Roi , fils ; au P. de la Tour , 37
Epigramme de M. Koi , pere , 38
Autre du même , & vers à l'Archevêque de Co.
logne ,
L'horofcope , Cantate , du même ,
39
40 Compliment par le même pour la clôture du
Théatre Italien ,
42
Obfervations fur quelques fingularités de l'Histoire
Naturelle , au lieu de la Roquette ,
Epitre en Profe & en Vers à M. l'Abbé * *
Lettre à M. Remond de Sainte Albine >
Vers fur la lecture ,
45
62 .
67
85
Remarques fur le plan propofé dans le premier
volume de Décembre , pour placer la Statue
du Roi , 94
Epitre de M. l'Abbé Delaporte à M. Chardoillet ;
98
A l'Auteur des Obſervations fur les Corbeaux, TOT
Queſtion à propoſer ,
Vers & Portrait ,
A M. Remond de Sainte Albine
Vers écrits le premier jour de l'an à M. ***
Mots des Logogryphes de Février ,
Enigme & Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , &c .
Lettre à M. Cantwel , & c.
Moyen de détruire les Rochers ,
109
110
JLI
, 117
ibid.
118
123
142
145
Defcription d'une Armure propre à défendre les
bras du coup de fabre , 157
Cantatille chantée au paffage de Madame Infante
à Bordeaux , 158
Nouvelles Etrangeres , de Pétersbourg , & c. 161
Mémoire de M. Van-Hoey , par lequel il prend
congé du Roi ,
Lettre des Etats Généraux au Roi ,
Spectacles ,
178
180
182
Le Retour de la Paix , repréfenté fur le Théatre
Italien , Extrait ,
Concerts & Comédies de la Cour ,
ibid.
186
Obfervations de M. Remond de Sainte Albine fur
le Ballet intitulé Platée , 188
Jupiter & Europe , Divertiffement nouveau , exété
devant le Roi à Versailles ,
Menuet & Mufette
196
200
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 201
Anecdotes concernant un Aventurier , arrêté dans
le Village d'Antonny ,
Baptêmes , Mariages & Morts ,
Arrêts notables ,
205
207
212
Rob pectoral de Mademoiſelle de la Croix , 213
Opiat Royal de la veuve du Sr Durand ,
La Chanfon notée doit regarder la page
>
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le