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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
SPARGAT
Cepiller
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC XLVII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
HE NEW YORK
PUBLICERAN
330
ASTOR ,
A VIS.
A
TILDEN' FONDARESSE générate duMercare eft
1MDE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus
indiquée ; onfe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreffes à M.
de Cleves & Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX, SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748.
****
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SEANCE PUBLIQUE
tenue le 13 Aoûtpar l'Académie des Scien
ces, Belles- Lettres & Arts, de Rouën.
>
N diftribua aux Eleves de l'Ecole
gratuite de Deffeing les quatre
Prix , dont les deux premiers ont
été fondés parMadame de Marle,
la Claffe du Modéle , & les deux autres
par Madame le Cat , pour celles du
Deffeing & de la Boſſe.
pour
L'Académie avoit propofé pour le Prix
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
d'Hiftoire de cette année , l'état de la Normandie
, ou nouvelle Neuftrie , en 912
tant par rapport à fa fituation topographique
, que par rapport à la Religion. Ce
dernier objet n'ayant point été fuffifamment
rempli dans les Mémoires qui ont été
préfentés à cette Compagnie , M. de Premagny
, Secretaire pour les Belles- Lettres ,
annonça qu'elle s'étoit déterminée à remettre
le Prix à l'année prochaine. Les
Auteurs pourront faire les recherches néceffaires
pour l'éclairciffement de ce point
d'Hiftoire , & leurs Mémoires feront de
nouveau admis au concours , pourvû qu'on
les envoye avant le premier Juin 1749 ,
fous la forme ordinaire , à l'adreffe de
de M. de Premagny.
M. Guerin , Secretaire pour les Sciences,
déclara le Mémoire auquel l'Académie
avoit adjugé le Prix de Phyfique. Il y a
deux ans qu'elle propofa pour fujet de ce
prix , la caufe de l'afcenfion & de la fufpenfion
des liqueurs dans les tuyaux capillai
res , & l'application de cette cauſe aux phénoménes
de la nature , qui en dépendent.
Ayant jugé qu'on n'avoit point fatisfait
aux conditions qu'elle avoit impofées, elle
a propofé une feconde fois le même fujet
pour cette année , & elle a donné le Prix au
Mémoire qui a pour devife, Fortis eft veritas
OCTOBRE . 1748. $
pravalet , dont l'Auteur eft M. l'Abbé Si- *
gergue , Licencié de Sorbonne, & Profeſ
feur de Philofophie au Collège du Pleffis.
Parmi les Mémoires qui ont concouru
avec le précedent , celui qui en a le plus
approché , eft le Mémoire qui a pour de
vife.
Miraturquè novos femine non ſub
Arbor crefcere furculos.
L'Auteur eft M. Maillet du Boullay :
de cette Ville , âgé de dix - neuf ans.
>
Après avoir annoncé le fujet que l'Académie
propofe pour le Prix de 1749 ,
fçavoir , les differences effentielles du Foetus
comparé à l'Adulte , & les ufages particuliers
de ces differences * M. Guerin
lût les Eloges de M. l'Abbé de Saint
Hilaire , Chanoine & Chancelier de
l'Eglife de Rouën Vicaire Général
du Diocèfe , & Membre Honoraire de
l'Académie , & de M. le Rat , Directeur
des Pompes de la Ville , Membre de la Société
des Arts de Paris , & de l'Académie
de Rouën .
›
* Les Auteurs adrefferont leurs Mémoires , fous
la forme univerfellement ufitée , à M. Guerin ,
Secretaire de l'Académie , ruë S. Romain , avant
le premier Juin 1749 , & le Prix , qui confifte en
ane Médaille d'or de 300 liv . fera diftribué le
premier Mardi -d'Août , dans la Séance publique.
A iij
6 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Abbé de Saint Hilaire eft peint
dans fon Eloge, comme un de ces hommes
privilegiés , à qui la Nature a donné un
goût général pour tout ce qui eft beau . Ces
difpofitions furent foutenues par une éducation
digne de fa naiffance ,& dans la fuite
de fa vie, par des fituations avantageufes
qui développerent les précieux germes de
fcience & de vertu que la Nature avoit
mis dans fon ame.
La paffion dominante de M. le Rat étoit
l'amour de la Méchanique. Quelques circonftances
le fixerent à la conftruction des
Pompes. C'eft lui qui a donné , au moins
à celles de Rouen , le degré de perfection
qu'elles ont. Avant lui , les piéces des Pompes
n'étoient unies enfemble que par des
cuirs & des cordes poiffées. M. le Rat , à
la place de ces cordes & de ces cuirs, a mis
fur un des tuyaux un écrou mobile , & fur
l'autre une vis. On fent aifément dans l'ufage
la difference de l'une & de l'autre
pratique. L'eau qui fortoit d'une Pompe
n'étoit conduite que par un boyau . Pour
éviter l'embarras de la direction de cette
efpece de tuyau , & réparer fon peu de folidité
, M. le Rat inventa un genoüil , qu'il
ajufta au tuyau de fortie . Par ce moyen , la
conduite de l'eau fe dirige aifément en
tous fens , & fe fixe fuffifamment.
OCTOBRE. 1748.7
Il n'y a point de partie que M. le Rat
n'ait perfectionnée dans les Pompes , par
ce qu'il y en avoit peu de fon tems qui
n'euffent des défauts .
La lecture de ces deux Eloges fut fuivie
de celle d'un Mémoire de M. Guérin , ſur
nne Carriere finguliere , trouvée dans la
vallée de Bondeville à une lieuë de Rouen.
Cette Carriere n'a nulle reffemblance avec
les autres Carrieres. Elle eft un amas confus
de differentes fortes de matieres que le
hazard femble avoir raffemblées dans ce
lieu ; elle n'a qu'un feul lit de quatre pieds
de profondeur , au- deffous de deux pieds
environ de terre ordinaire , & elle s'étend
jufqu'au bord de la Seine . Au -deffous de
ce lir unique eft un bourbier dont on ne
fçauroit trouver le fond ....
M. Guerin , après avoir décrit l'efpece de
pierre qu'on tire de cette Carriere , en af
figne les ufages , & il expofe fes conjectures
fur fa formation. Cela lui donne occafion
d'expliquer comment le méchaniſ,
me établi dans notre Globe , & qui s'y
perpétue depuis l'origine des tems , répare
les défordres accidentels qui y arrivent.
· M. le Cat lut enfuite un Mémoire fur
la caufe des variations du Barométre . Ce
Phyficien ne veut pas qu'on attribuë la
fufpenfion du mercure dans cet inftrument
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
à la péfanteur de l'air , mais à la compref
fion de ce fluide. Il a long- tems foupçon
né que la principale caufe des variations
du Barométre étoit une certaine communication
entre le vuide de la partie fupérieure
du Barométre , & un air fubtil
mais il s'eft affûré par des expériences trèscurieufes
, faites avec des Baromètres , dont
quelques- uns avoient des boules confidérables
on des bouteilles à leur partie fupérieure
, que ce vuide & fa communication
avec l'air fubtil n'ont aucune part à ces variations.
Il les attribue donc à l'air des
differens climats apporté par les vents. Les
vents, qui apportent un air de l'Equateur
font bailler le Barométre , parce que l'air
de l'Equateur eft rare , fans confiftence, &
incapable d'une forte compreffion fur le
mercure. Les vents , qui apportent un air
du Nord , font hauffer le mercure , parce
ce vent eſt denſe & capable d'une forte
compreffion. M. le Cat remarque que c'est
le vent Sud- Sud- Ouest , & non pas le vent
Sud , qui apporte l'air de l'Equateur , & le
vent Eft-Nord - Eft , & non pas
le vent
Nord , qui apporte l'air du Nord , & il en
rend raiſon. Il a obfervé que ces vents
Sud- Sud- Oüeft & Eft-Nord- Eft ne produifent
pas toujours les mêmes effets , parce
que fouvent il
regne dans l'Atmoſphe
OCTOBRE . 1748 .
re plufieurs vents à la fois , & l'état du Barométre
dépend alors de la combinaiſon
de ces vents ou de la température qui réfulte
de la combinaifon des differens airs
qu'ils apportent. Cet Académicien a donné
ces conjectures d'après un grand nombre
d'obfervations. Les Baromètres de differens
calibres , dont M. le Cat s'eft fervi ,
lui ont auffi fourni l'occafion de découvrir
que dans ceux d'un grand calibre le mercure
fe foutient plufieurs lignes plus haut
que dans ceux d'un petit calibre & qu'ainfi
les obfervations faites par cet inftrument
ne fçauroient être comparables , que le
calibre des Barométres ne foit défigné.
Il rapporte enfuite les obfervations mé.
téorologiques de l'année.
La quantité d'eau de pluye , tombée à
Rouen , eft par ces obfervations de 23 pouces
3 lignes , ce qui eft 4 pouces de plus
que ne donne l'année commune à Paris. !
Le jour le plus froid de l'année a été à
Rouen le 15 Janvier , le Thermométre de
M. de Réaumur y étant à 7
un tiers
au-deffous du terme de la glace.
Q
Le jour le plus chaud a été le 23 Juin ,
le Thermométre y étant à 29 ° .
Nous paffons les autres obfervations du
Barométre , de l'Hygrométre, & des mala-
~dies de chaque faifon , qui font partie de
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ces obfervations , & nous finirons cet Extrait,
comme l'Auteur , par l'obfervation du
Parhelie , arrivé le 20 Juillet à 6 heures
37 minutes du foir , & qui a été vû pendant
minutes , à environ 24 degrés au
Nord Eft du Soleil , dans une portion de
Couronne Solaire , que les Phyficiens appellent
Halo.
7
Plufieurs Philofophes penfent que ce Phénomene
eft caufé par des vapeurs glacées ,
qui reflechiffent l'image du Soleil . L'obfervation
de M. le Cat femble convertir
cette conjecture en fait. Des gens qui n'ont
point vû le Parhelie , & qui n'en ont pas
même entendu parler , ont rapporté à cet
Académicien , qu'il étoit tombé à Caen &
à quelques lieues de Rouen , une grêle qui
avoit cela de fingulier , qu'elle n'avoit
point la figure arrondie de la grêle ordinaire
, mais qu'elle paroiffoit être des debris
d'une glace brifée .
A la lecture du Mémoire de M. le Cat
fucceda celle d'un Difcours dans lequel M.
l'Abbé Yart prouva que le fentiment eft le
principe & l'effet de la Poëfie . Il fit voir
dans la premiere partie , que les Poëtes
n'ont été originaux.qu'à proportion qu'ils
ont eu une ame plus fufceptible des paffions
convenables aux genres qu'ils ont
traités ; il montra dans la feconde , que le
OCTOBRE. 1748. 11
Lecteur n'a de plaifir qu'autant qu'il eft
ému de la paffion qui anime le Poëte .
M. de la Roche lût une Differtation fur
l'origine & le progrès de la Poudre à canon
en Europe , & principalement en
France. Il fait d'abord obferver par le témoignage
de nos propres Archives & par
celui de plufieurs Hiftoriens , que la Poudre
& les canons étoient en ufage en France
au commencement du quatorziéme fiécle
; que conféquemment c'est une erreur
dans l'opinion vulgaire , de fixer l'époque
de l'invention de la Poudre au milieu og
à la fin de ce même fiècle , & de l'attribuer
à Bertholde Schowart, Moine de Fribourg
en Allemagne. Selon M. de la Roche
, quoiqu'une foule d'Hiftoriens rapportent
que ce Moine fût le premier qui
en enfeigna l'ufage aux Vénitiens dans la
bataille qu'ils gagnerent contre les Génois
à Foffa Claudia en 1380 , ce ne peut être
tour au plus que quelque rafinement dans
le mêlange ou dans la proportion de fes
ingrédiens , puiſque dès le tems de Roger
Bacon , qui mourut à O ford en 1280 ,
elle confiftoir précisément , comme aujour
d'hui , en nitre , en fouffre & en charbon.
La defcription pofitive que cet Auteur Anglois
en donne dans fon Livre de Artis &
natura miraculis , a pû faire croire à quel-
A vj
1 MERCURE DE FRANCE.
ques Hiftoriens de fa Nation , qu'il en
étoit effectivement l'inventeur , ( fentiment
plus vrai - femblable que celui des
Allemands à l'égard de Schowart ) , mais
Roger Baçon parle de la compofition en
queftion , comme de chofe connue de fon
tems.
»
» On imite par art , dit- il , les Eclairs &
» le Tonnerre , car le fouffre, le nitre & le
charbon , qui féparés ne produifent au
cun effet fenfible , éclattent avec grand
bruit , lorfqu'on les mêle dans une pro
portion convenable , qu'on les enferme
» dans un lieu étroit & qu'on y met le feu .
Le úlence que les Hiftoriens antérieurs au
quatorziéme fiécle gårdent fur le tems de
Finvention de la Poudre , les compofitions
differentes qu'on en trouve dans les ouvrages
d'Elien , de Valturius , des Empereurs
Léon & Conftantin Porphyrogenete,
& dans Jules l'Afriquain , qui vivoit au
troifiéme fiécle de l'Ere Chrétienne , font ,
ajoûte M. de la Roche , une preuve qu'il
en a été de l'invention de - lá Poudre à canon
, comme de la plupart des autres inventions
humaines ; qu'elle a eu un commencement
foible & inconnu , & que ce
n'a été que par fuce flion de tems & par degrés
, qu'elle eft parvenue au point de fuk
mination qu'elle poffede aujourd'hui .
OCTOBRE. 19 1748 .
M. le Cat lût un fecond Mémoire fur
les Polypes d'eau douce , dans lequel en
raffemblant fous un même point de vûë
tous les prodiges obfervés jufqu'ici dans
ce reptile , il les accompagne de réfléxions
qui avoient parû manquer aux ouvrages
donnés fur cette matiere.
La premiere fingularité du Polype d'eau
douce eft l'extrême fimplicité de fa ftructure.
Le Polype , dit M. le Cat , n'eft
qu'un canal creux d'un bout à l'autre ,
tant dans le corps que dans les bras .... İl
n'y a nul vifcere , nul vaiffeau ; une fimple
peau forme ces tuyaux , & ces tuyaux font
l'animal .... Cette peau contient pourtant
tous les principes de l'animalité réduite
à la plus fimple expreffion , elle doit
donc exciter la curiofité des Phyficiens
& les engager à tâcher de découvrir
en quoi confifte cette animalité. C'eft
l'objet des efforts de M. le Cat , qui prétend
que tout fon méchaniſme confifte effentiellement
en trois chofes qu'il trouve
dans le Polype , fçavoir.... des grains
tanduleux qui y font l'office de cerveau ,
de poulmons , de glandes , de vifceres ;
une matiere gommeufe , ou un fuc nerveux ,
qui eft le fiége du fluide animal & moteur
, & enfin des fibres qui font les refforts
des fonctions de l'animal. M. le Cat
14 MERCURE DE FRANCE.
explique enfuite comment cet animal puife
ces efprits moteurs dans les fluides dè
l'univers. On fçait que depuis douze ans
il enfeigne que tous les animaux prennent
par la refpiration ce fluide infiniment plus
fubtil que l'air , mais il préſend qu'il n'eft
pas befoin d'avoir des poulmons pour le
recevoir , ni un cerveau pour le filtrer
qu'il ne faut qu'avoir un fuc analogue à
notre fuc nerveux , avec lequel ce fluide fe
lie , comme la matiere gommeufe trouvée
dans les Polypes & dans les autres ani
maux , dans les plantes mêmes , où , felon
lui , les gommes , les mucilages , les réfi
nes , font leur fuc nerveux & le fiége de
leur fluide vital .
;
Une autre fingularité remarquée dans
les Polypes , c'eft la maniere de fe perpétuer.
Ce reptile pofféde feul toutes les façons
de fe multiplier des animaux & des
végétaux , car il vient de boutures & de
rejettons , comme les plantes ; il eft ovipare
& vivipare , comme les animaux , &
cependant il n'y a chés lui aucun féxe , ni
féparés ni réunis. Toutes ces exceptions
aux régles générales fourniffent une ample
matiere aux raifonnemens phyfiologi
ques de M. le Cat.
Tout le monde fçait qu'on a beau cous
per un Polype en deux , en quatre , en
OCTOBRE. 1748 .
vingt morceaux ; que non feulement il n'en
meurt pas , mais que chaque morceau devient
un Polype parfait. Pourquoi mourroit-
il, dit M. le Cat, puifqu'il n'a ni vaiffeau
, ni vifcere,dont ces divifions rompent
la continuité ; que tout ce qui établit fes
principes de vie , fe retrouve auffi complettement
dans la moindre parcelle du
reptile , que dans le reptile entier ? Je fuis
donc moins étonné , ajoute- t'il , de cette
belle prérogative des Polypes , que je n'en
fuis jaloux. Quelle moiffon de lauriers
pour la Chirurgie , fi nos opérations fur
le corps humain avoient les fuccès brillans
, que ceux de M. Tremblay ont cû
fur les Polypes !
M. le Cat tâche d'expliquer ces
reproductions merveilleufes des Polypes
coupés , hachés à menus morceaux , lefquelles
achevent de mettre ce reptile an
rang des phenoménes les plus extraordinaires.
Ne femble - t'il pas , dit M. le Cat ,
que la nature ait épuifé pour lui tous fes
dons , tous fes fecrets , tous les miracles ,
& que nous, qui nous flations d'être fes fils
aînés , ne fummes prefque que des enfans
deshérités du côté des facul és corporellest.
N'accufons cependant point , ajoute M. le
Cat , cette bonne nature d'être une marâtre
à notre égard ; il faut qu'elle n'ait pû
16 MERCURE DE FRANCE.
mieux faire en notre faveur. L'Etre fuprême
a tout difpofé pour le mieux . 11
faut que le méchanifme qui concourt avec .
la fubftance immortelle qui nous diftingue
des autres animaux , pour produire la fupériorité
des facultés de notre ame , ait
exigé le facrifice de ces rares facultés corporelles
du Polype . Ce feu d'imagination
qui porte l'homme au-delà des bornes de
l'univers , n'a pû fans doute s'établir dans
notre machine qu'aux dépens de ces tor
rens de liqueurs pourprées , qui roulent
& préparent dans leurs ondes les fouphres
qui doivent lui fervir d'alimens . Ces
réfléxions fi vaſtes & fi profondes , qui forcent
à reconnoître dans l'homme une portion
de la fcience & de la fageffe divine ,
ont exigé , du côté de la machine , ces
poulmons amples , & fans ceffe en action ,
ce cerveau immenfe , comparé à celui des
animaux de même poids que nous . Ces
fenfations fi fines & fi variées , ces fentimens
délicats & réfléchis qui diftinguenr
notre efpéce , & caractérisent l'homme ,
vraiment digne de ce nom , pouvoit- on
nous en décorer , fans nous munir aupara
vant de tout l'attirail du fyftême des nerfs ,
de fes dépendances , & de fes liaiſons avec
les organes précédens ?
Tout eft donc bien , felon M. le Cat ,
OCTOBRE. 11774488.. 17
& ne peut apparemment être mieux . Cependant
, ajoute-t'il , l'homme n'ayant obtenu
le génie fupérieur dont il jouit , que
par la perte de ces priviléges admirables
du Polype , il faut convenir qu'il l'a payé
bien cher.
La féance fut terminée par la lecture
d'une Ode de M. de Rougeville , fur la
Paix.
Le Parnaffe François de M. Titon du
Tiller ; le Bufte du Roi , & celui de M.
de Fontenelle , par M.le Moyne , fils ; trois
nouvelles Eftampes de M. le Bas, Graveur
de Sa Majefté , ouvrages donnés à l'Acadêmie
par ces trois Affociés , furent expofés
pendant la féance dans la falle de l'Hôtelde-
Ville où l'Académie tient fes affemblées.
LA NONETTE *
A Són Alteſſe Séréniſſime M. le Prince do
Condé , arrivant pour la premierefois
à Chantilly.
JiEune & beau rejetton du fouverain des Dieux
Regarde-moi , je fuis ta Nayade Nonette :
C'eft le plus grand de tes ayeux ,
A
* Riviere de Chantilly.
18 MERCURE DE FRANCE.
Qui m'appella dans fa belle retraite ,
Lorfque las de la guerre , il voulut dans la paix
fa
M'avoir pour témoin de la gloire.
Il m'attacha par fes bienfaits ,
Comme il venoit d'enchaîner la Victoire ;
Je tiens de lui mon Urne ; & ces bords enchantés,
Où fe plaît mon cryftal liquide ,
Sont des bofquets que cet Alcide
De fa main immortelle a lui - même plantés.
Je n'en fus point ingrate , & fille de Protée
Qui m'inftruifit dans ſes leçons ,
Pour plaire à mon Héros par mon coeur excitée ;
Je me changeois en cent façons.
Tantôt Torrent , Cafcade , ou Nymphe non-chalante
,
Je paroiffois dormir aux yeux ,
Mais reprenant bientôt mon ardeur pétulante ,
Nouveau Titan , j'eſcaladois les Cieux.
Digne héritier de mon Achille,
Sois le de mon reſpect , fois le de mon amour
Mon onde impatiente en ce riant azile
Brûle de te faire ma cour.
Mais je pofféde encor d'autres talens de plaire ;
Je lis dans l'avenir , & cet art tout divin
M'eft un don tranſmis par mon pere.
A tes oncles jadis j'annonçai leur deftin :
Au-devant d'eux je vins fur mon rivage ,
OCTOBRE. 1748. 19
Pour promettre à leurs jeunes ans
Ces moiffons de lauriers qu'ouvroit à leur courage
La Gloire au milieu de fes champs.
Je les y vis voler dès leur premier printems.
Sois , comme eux , un Héros au fortir de l'enfance
;
Mais que tes moeurs,toujours dignes du fiécle d'or,
Faſſent honneur au coeur , à l'eſpérance
Du Prince , ton premier Mentor.
Sais toujours les confeils que dicte fa prudence:
Ecoute les Neuf- Soeurs dans tes bois révérés ;
Elles y font dans l'ombre & le filence ,
Que le Dieu de Rocroy leur avoit confacrés.
L'Abbé d'Alainval.
LES FRUITS DE LA PAIX.
Enfin l'aimable paix , fi long- tems attenduë ,
De fon trône célefte eft vers nous defcenduë.
Déja des malheureux elle féche les pleurs ,
Et partout fous les pas fait éclore les fleurs.
D'un tranquille avenir ô flateuſe eſpérance ,
Tu charmes tous nos maux , tu ranimes la Frances
On voit couler chés nous mille ruiffeaux de vin
Nos foucis font noyés dans ce nectar divin .
Les bergers , à l'envi, dans leurs danſes légeres ,
10 MERCURE DEFRANCÉ
Aux plaifirs renaiffans invitent les bergeres.
Tout refpire la joye , & des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime fes chansons.
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailles
Qu'échauffé de fa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
Il fe couvre avec eux de fang & de lauriers :
Pour moi, divine Paix, plus fenfible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui figuale nos armes ,
Je veux , de ta préfence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits .
Ton regne , de tout tems aux humains favorablė ;
Deviendra chaque jour plus doux & plus durable,
Et bien- tot de Louis fecondant le grand coeur ,
De cent monftres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes fens l'avenir fe découvre ;
Je lis dans les deftins , je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour les fujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre ,
Qui voudroit, s'il fe peut, en préferver la terre ,
Plus content de régit les paifibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire un Général chéri de la victoire ,.
Que l'on ne vit jamais enyvré de fa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
OCTOBRE. 1748. 21
Prés du trône placés paroiffent des Miniftres ,
Eternels ennemis de tous confeils finiftres ,
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au feul bien de l'Etat confacrant leurs travaux .
Je vois un ordre fage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des fubfides immenfes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans
Et les impôts rendus plus fimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par fes foins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , Aétris & réprimés.
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible ,
Plus que guerre même au Royaume nuifible.
Dans tes replis en vain tu prérens te cacher ;
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher.
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés fans
réſerve ,
Vos talens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés. }
Le commerce & les Arts, plus libres , plus faciles,
Augmenteront bien - tôt la ſplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiffeaux répandront les richeffes des mers.
Pour mieux nous affûrer l'efpoir de l'abondance ,
10 MERCURE DEFRANCE.
Aux plaifirs renaiffans invitent les bergeres.
Tout refpire la joye , & des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime fes chanſons .
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailless
Qu'échauffé de fa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
It fe couvre avec eux de fang & de lauriers :
Pour moi, divine Paix, plus fenfible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui figuale nos armes ,
Je veux , de ta préfence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits .
Ton regne , de tout tems aux humains favorable ;
Deviendra chaque jour plus doux & plus durable,
Et bien-tot de Louis fecondant le grand coeur ,
De cent monftres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes fens l'avenir fe découvre ;
Je lis dans les deftins , je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour les fujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre ,
Qui voudroit, s'il fe peut, en préſerver la terre ,
Plus content de régit fes paisibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire un Général chéri de la victoire ,.
Que l'on ne vit jamais eny vré de fa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
OCTOBRE. 21 1748 .
Près du trône placés paroiffent des Miniftres ,
Eternels ennemis de tous confeils finiftres
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au feul bien de l'Etat confacrant leurs travaux.
Je vois un ordre fage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des fubfides immenſes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans
Et les impôts rendus plus fimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par fes foins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , flétris & réprimés.
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible "
Plus que la guerre même au Royaume nuifible .
Dans tes replis en vain tu prétens te cacher ;
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher .
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés fans
réſerve ,
Vos talens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés .
Le commerce & les Arts, plus libres , plus faciles ,
Augmenteront bien- tôt la fplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiffeaux répandront les richeffes des mers.
Pour mieux nous affûrer l'efpoir de l'abondance ,
22 MERCURE DE FRANCE.
Du Prince & des Prélats l'heureuſe intelligence
Va retrancher partout tant de jours mal fêtés ,
Et rendre à leurs travaux les Peuples enchantés.
Vous , hélas ! qu'aujourd'hui la miſere accompagne
,
Habitans défolés de la trifte campagne ,
Confolez - vous , Louis inftruit de vos malheurs ,
Touché de votre fort, va calmer vos douleurs ,
Et vous aurez enfin , que ce trait vous ſuffile
L'aifance que Henri vous avoit tant promiſe.
Faiguet , M. de P.
蔬菜洗洗洗洗洗洗洗洗送洗
A IPHISE ,
En lui envoyant un Bouquet le jour de fa Fête.
J
E vous le difois hier , adorable Iphiſe;
la Divinité qui préfide aux fonges me
favorife quelquefois , mais jamais les faveurs
ne m'ont été auffi agréables que la
nuit derniere. Je me fuis crû tranfporté
dans un bois charmant , où fouvent je vais
promener mes rêveries , mais cette nuit il
étoit bien plus charmant encore. Le jour
étoit des plus beaux , le Ciel fans nuage , &
le Soleil brilloit de tout fon éclat. Ses
rayons, qui perçoient à peine l'épaiffeur du
OCTOBRE. 1745. 25
bois , ne donnoient de lumiere qu'autant
qu'il en falloit pour contempler la verdu
re & admirer l'agréable obfcurité qui regnoit
prefque partout, Des Zéphirs badins,
qui jouoient entre les feuillages , répandoient
une douce fraîcheur qu'on auroit
eu peine à trouver ailleurs ; l'herbe tendre
& touffue préfentoit plus d'un fiége commode
, dont la molleffe le difputoit à ceux
de l'art ; les oiſeaux par la varieté de leurs
ramages donnoient un Concert agréable
qu'on ne fe laffoit point d'entendre . Les
jeux & les plaifirs , diſperſés dans le bois ,
offroient mille amuſemens .
Dans un endroit un peu écarté , fous
l'ombrage d'un berceau de verdure , que la
nature avoit elle même formé , la Déeffe
de la Danfe tenoit les affifes; des Nymphes
fi belles qu'elles ne l'auroient cedé qu'à
vous , ornées de guirlandes de fleurs , avec
de jeunes garçons auffi beaux que l'Amour
, danfoient d'une legereté admirable ;
à peine leurs pieds touchoient la terre , &
l'herbe foulée par ces Divinités champêtres
n'en paroiffoit que plus fleurie ; leur
oreille délicate ſe prêtoit au doux fon de
cet inftrument gracieux dont Pan fut l'inventeur.
Les jeunes garçons danfoient
avec une nobleffe qui ne pouvoit être fur24
MERCURE DE FRANCE.
(
paffée que par les graces & la modeftie des
Nymphes ; certainement elles avoient apde
la Déeffe même.
pris
Plus loin , & dans un bofquet où la tendre
Echo contoit fes peines aux habitans
des bois , des Bergeres , qui ne devoient
qu'à la Nature tout leur éclat , mêloient
leurs voix à l'agréable fon d'une Mufette ;
le filence regnoit partout , les Zéphirs plus
tranquiles retenoient leurs douces balei
nes ; les Bergers prêtoient une oreille attentive
, & les oifeaux écoutoient avec
plaifir des airs qui leur fervoient de leçon.
Non loin de là , plus d'un Berger aux
pieds de fa bergere fe plaignoit de
fon martire ; au- deffus d'eux , voltigeans
de feuillage en feuillage , les tendres oifeaux
foupiroient leurs amours , mais comme
le mauvais exemple entraîne toujours ,
la Fauvette badinoit les feux du paffionné
Moineau , & la Bergere fe rioit des foupirs
de fon Berger.
Bacchus avoit plus d'un Autel ; d'aimąbles
Sacrificateurs offroient à cette Divinité
de fréquentes libations ; plus d'une victime
fuccomba fous le couteau facré , &
plus d'un Sacrificateur fe reffentit de fa
trop fervente dévotion.
Diane , la feule Diane fut oubliée : elle
voulut
OCTOBRE. 1748. 25
voulut en prendre vengeance ; c'est le nectar
le plus doux pour les Dééffes . Un jeune
Fan s'élança avec vivacité au milieu des
danfes ; les Nymphes troublées , tomberent
évanouies , mais un nuage officieux les cacha
auffi-tôt , & déroba aux yeux des mortels
leur chûte & leur foibleffe.
Dans un lieu affés obfcur , quelques Courtifans
du Parnaffe , peu favorifés d'Apollon
, le mettoient à la torture pour produire
' des vers dignes de leurs Iris , mais
Phébus , derriere eux fans en être apperçû,
effaçoit auffi-tôt les productions informes
de leur génie . Je m'approche de ce Dieu ,
& lui demande d'un air de curiofité , quel
eft le fujet de la Fête. Ignores-tu , m'a- t'il
dit , qu'on célebre aujourd'hui la naiffance
de la charmante & vertueufe Iphife ? Jugez
de ma furpriſe & de ma joye ; impatient de
fatisfaire mon refpect & mon amour , j'implore
le fecours d'Apollon , mais plus fincére
qu'on ne penſe ; nous autres Poëtes.
m'a-t'il dit , on nous accufe de dire rarement
la vérités pour exprimer tes fentimens
employe le langage de la Nature.
>
On ne fe trompe gueres en fuivant le
confeil des Dieux , Adorable Iphife
mon coeur fincere & fans fard vous préfente
refpectueufement ces fleurs ; mon
amour fera auffi conftant que leur éclas
B
26 MERCURE DE FRANCE.
eſt peu durable, Quel fera leur deftin, fi el
les meurent fous vos yeux ! Quel fera mon
bonheur , fi vous daignez les accepter !
****************
VERS.
D'une Sylphide à M. L. A. du M.
Vous, que le goût éclaire & guide ,
Vous , dont l'impartialité
Enhardit un Auteur timide ,
Et confond la témérité
Recevez avec vérité
Cet éloge mal apprêté ,
>
Que vous présente une Sylphide ,
Qui fur toute autre qualité
Donne avec vous la primauté
Au coeur droit , à l'efprit folide.
Autrefois de foibles mortels
Ne portoient aux fecrets Autels
Des habitans élémentaires ,
Que des offrandes mercenaires ;
Et leur creufet infructueux
Eût décrédité nos myftéres ,
Si les moins crédules d'entr'eux
N'euffent tranfmis à leurs neveux
¿
OCTOBRE. 1748. 27
Des notions plus falutaires.
Il eſt de vrais fages encor ,
Qui placent au - deffus de l'or
L'avantage de nous connoître ;
Qui d'eux mêmes prenant l'effor ;'
Par notre entremiſe font naître ,
Se jouant parfois fur un rien ,
Ce charme , ce fuprême bien
Dont l'efprit aime à ſe repaître ,
Où l'Automate ne ſent rien.
Dans mon féjour aërien ,
Ce fut moi , qu'on daigne m'en croire
Qui fans taliſman , fans grimoire ,
Tranſportai par un doux lien
Des champs un tendre Citoyen ,
Amant de la paifible gloire ,
Dont on a fait plus d'une hiftoire ,
Où le diable n'entendroit rien,
Laflé d'endurer fans le plaindre ,
Dans plus d'un emblême il fçut peindre
Le caquet frivole , odieux ,
D'un petit nombre d'envieux ;
Engeance de tout tems profcrite ,
Qui fe reproduit en tous lieux ,
Fait baiffer les yeux au mérite
Et leve fon front orgueilleux .
C'eft- là le prix injurieux ,
"
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
C'eft la récompenfe maudite
Qu'un vain talent traîne à ſa ſuite.
Si fur l'Autel des demi-Dieux ,
Dune voix foible , mais fincére ,
Il ne porta qu'un encens ordinaire ;
Le refpect le rend digne d'eux ,
Ou défarme du moins la vengeance ſevere:
Les Dieux font toujours généreux ;
S'ils tonnent , ils ne frappent guere.
* ፡
MEMORIÆ Incliti Prafulis
EPITAPHIUM,
HIC
JACET
Omnium hominum fimili forte tumulatus ;
Reverendus in Deo Pater
Hieronymus Ludovicus DE FOUDRAS ·
COURCINAY ,
Nobilis Lugduni Comes ,
In celeberrimâ Pictonum Univerfitate Doctor
emeritus ,
Afanétiffimo Anteceffore & Confanguineo Præfule
Coadjutor expetitus ,
Deinde Thloanenfis Epifcopus confecratus ,
Ac demum Pictavienfis factus Antiftes ,
Abbatiâ Sancti Leodegarii infuper donatus à Rege.
OCTOBRE. 1748. 29
In eo maximè effulferunt
Verus Dei Timor , candor morum ,
In Sacris celebrandis attenta pietas .
Is fuit ardens zelo , corde bono ,
In pauperes præfertim occultos mifericors ,
Romanæ Sedi devotus , Difciplinæ Eccleſiaſtica
Confervator ,
Vaſtiffimæ Dioecefis Luftrator providus ,
Per fexdecim annos Gubernator indefeffus ,
Domui fuæ benè Præpofitus.
Dirâ nece præventus occubuit
Die decimâ tertiâ menfis Augufti , anno
M. DCC. XLVII .
Etatis fuæ LXIII.
Ad aquas Rupi- Pozæas in regulari domo de Mifericordia
Dei ,
Ubi cor & vifcera hujus almi Patris humi data funt,
Corpus verò ad jufta vota fuorum ,
Confuetæ Epifcopali redditum Sepulturæ ,
Die decimâ- nonâ prædicti menfis :
Anima pia , faxit Deus , Beatorum in gaudio
quiefcat.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE:
D
MEMOIRE préfenté aux Etats de
Bretagne , tenus à Rennes en 1746.
NOSSEIGNEURS,
L'de la Nobleffe ,&r en cette qualité ,
'Auteur de ce Mémoire , de l'Ordre
›
l'un des Membres ordinaires de vos Affemblées
, eftime qu'on ne s'eft pas encore avifé
de vous en préfenter aucun d'une auff
confidérable importance
.
Quelle que puiffe être votre déciſion ,
Noffeigneurs , à l'égard des trois Projets
qu'il a l'honneur d'y foumettre , elle fera
fûrement à l'avantage d'un coeur toujours
pénetré d'un amour invariable pour le bien
de la Patrie ; amour dont il ofe eſperer
qu'on regardera cet écrit comme un nouveau
témoignage.
ARTICLE I.
Projet I.
Ce premier Projet tend , 1º. à faire entreprendre
un Canal , lequel établira la
correfpondance perpétuelle d'une Tranfnavigation
réciproque entre les Rivieres de
Rence & de Vilaine ; 2 ° . à rendre la Rence
OCTOBRE. 1748 . 3*
navigable , depuis l'embranchement de ce
Canal dans cette Riviere , jufqu'à la Mer..
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE PREM Į ER,
Reflexions fur quelques avantages réfultans
de l'exécution du Projet premier..
Les avantages qui résultent de l'exécu
tion de ce Projet font nombreux, ſenſibles,
importans ; en voici quelques-uns , tant
immédiats que médiats,
I. La Ville de Rennes eft l'une des principales
Villes du Royaume , la Capitale de
la Bretagne , le Siége fixe de fon Parlement,
& le lieu le plus ordinaire de vos Affemblées.
Située bien avant dans les Terres , &
privée jufqu'à préfent par cette raifon , de
la plus grande partie des commodités que
procurent à plufieurs Villes de cette Province
leurs fituations maritimes , elle attend
l'exécution de ce Projet , non- feulement
pour pouvoir jouir de ces commodités
, mais encore pour devenir le
centre du Commerce mutuel des plus confidérables
de ces Villes , & de quelques autres
aufquelles leurs fituations méditerranées
ont étéjufqu'à préſent très- déſavantageuſes
du côté du Commerce.
B iiij
3 MERCURE DE FRANCE.
La fuite de ce Mémoire mettra cette vérité
dans tout fon jour.
II. Les Villes de Rhedon & de S. Male
mettront à profit leur nouvelle correfpondance
, l'une pour fortir de l'état d'inaction
, qui femble mal- à - propos lui être naturel
, & l'autre pour revenir à celui d'activité
, qu'elle ne paroît avoir perdu que
du côté du Commerce.
Ces deux Villes font dignes d'une confidération
fpéciale. L'une , malgré la léthargie
préfente des Commerçans qui l'habitent
, eft l'unique porte ouverte pour tout
le Commerce de Rennes , & a produit autrefois
des Négocians célebres ; tel étoit
M. Meurier , que confultoit fouvent M. le
Cardinal de Richelieu . Les Habitans de
l'autre ont fouvent rendu & rendent encore
de grands fervices à l'Etat , & elle a
l'honneur d'être le lieu où font nés Mcffieurs
Jacques Cartier , le Typhis des Argonautes
Bretons qui ont découvert &
conquis la nouvelle France ; du Gué- Troüin,
le fléau de l'orgueil Anglois ; Moreau de
Maupertuis , le démonftrateur de la vraie
figure de la Terre .
III. L'établiffement de cette nouvelle
Navigation à travers le milieu de la partie
fupérieure , & parconféquent la plus large
& la plus grande, & cependant la moins
OCTOBER. 1748. 33
commerçante de Bretagne , excitera & ré
veillera , fous diverfes formes toutes utiles
, l'induftrie de tous les habitans intérieurs
de cette partie .
IV. Les Habitans des Côtes Septentrionale
& Méridionale de la Haute - Bretagne
commerceront enſemble , en tout
tems , en toute faifon , de tout vent , તે
l'aide d'une Navigation tranquille , fûré
pour tout le monde en général , & trèsprofitable
en particulier pour tous les voifins
, foit à l'Eft , foit à l'Ouest , tant de ces
deux Rivieres que du Canal qui aura établi
leur communication réciproque .
Il eft de remarque qu'à préfent les Habitans
des Côtes Septentrionale & Méridionale
de la Haute- Bretagne, & ceux des Provinces
Limitrophes , ont befoin d'autant
de differens vents , & ont même ſouvent
autant de rifques à courir du côté de là
Mer en tout tems, & du côté de l'Ennemi -
en tems de guerre , pour établir & entre
tenir d'une Côte à l'autre une correfpondance
active & continuelle , que pour entreprendre
des voyages de long cours &
porter au loin leur Commerce.
V. Il est évident que ce Canal fera pour
la Bretagne & pour les Provinces voifines,
par rapport à la Manche & à l'Océan , ce
qu'est le Canal de Riquet pour le Langue-
B v
34 MERCURE DE FRANCE:
doc & pour les Provinces voifines de celleci
, par rapport à l'Océan & à la Méliterrange
.
VI. Ce Canal fera encore une nouvelle
route & un nouvel entrepôt en faveur du
Commerce , tant né qu'i naître , non -feu
lement entre les autres Provinces de France
, fuées fur la Manche & fur l'Océan ,
mais même entre plufieurs Négocians des
Pays étrangers, qui font établis & domiciliés
, ou qui envoyent ordinairement des
Navires , les uns au Nord , les autres au
Sud des deux embranchemens de ce Canal.
Aucun de vous , Noffeigneurs , n'ignore
que le feul paffage de la Manche dans
P'Océan , ou de l'Océan dans la Manche ;
eft fouvent fujet à plus de contretems , de
rifques & d'accidens , que ne l'eft un
voyage de Cadix à Nantes , ou de Ham
bourg à S. Malo.
VII. Les denrées , les meubles , & en
un mot toutes les marchandifes de toutes
elpeces, qu'on ne vend, & qu'on n'échange
à préfent que de proche en proche & à
force de frais , & même en courant les rifques
de plufieurs avaries , fractures & autres
accidens ordinaires , tant fur mer que
fur terre , fe pourront échanger , vendre
& livrer de loin à loin & d'une Mer à
F'autre , à très -grand compte & fans aucu
ne forte de danger.
OCTOBRE. 1748 .
35
VIII. Cette Tranfnavigation méditerranée
& réciproque du Nord au Sud , &
du Sud au Nord de la Haute Bretagne ,
rendra inutiles une infinité de chariots
fourgons , &c. & enfin toutes les voitures
lourdes & péfantes par leurs propres poids
& par leurs charges , comme auffi plufieurs
bêtes de tirage & de fomme.
IX. Ces bêtes , & plus des trois quart's
des hommes qu'elles détournent de toutes
autres occupations , feront des reftitutions
d'un prix inestimable , faites en particulier
à l'Agriculture & à tous les Arts &
Métiers en général .
- X. De l'éclypfe éternelle de ces voitu
tures lourdes & péfantes fur les grands chemins
, il arrivera qu'ils ne feront plus effondrés
& rendus impraticables d'une an
née à l'autre , comme ils le font préfentement,
& que moyennant une légere réparation
ils auront le tems de devenir folides
& durables.
XI. Cette nouvelle Méthode d'expor
tation & de voiture rendra un grand nom
bre de fervices à tout le monde , & furtout
aux Négocians , en ce que dans leurs entreprifes
& commiffions , ils ne fe trouveront
plus à la merci des Rouliers & Voituriers
par terre. Les fommes exceffives que ces
derniers exigent de ceux qui ont befoin de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les employer , & les inconvéniens innombrables
des voitures par terre , augmentent
d'environ un tiers le prix de la plupart des
chofes qui entrent dans le Commerce , &
ils diminuent en même proportion le gain
que fans cet obſtacle on pourroit en attendre
de cabinet à cabinet.
XII . Les anciens Ponts de la Province,
dont les réparations & réédifications font
fi fréquentes & fi ruineufes , deviendront
durables , & ceux qui feront établis fur ce
nouveau Canal, augmenteront les commodités
anciennes & en procureront de nouvelles
à l'égard des chemins , tant Royaux
que Vicinaux. L'expofition des deux Projets
contenus dans les deux Articles fui
vans , fera la démonftration parfaite de
tout ce qu'on vient d'avancer ici .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE PREMIER .
Réflexionsfur la poffibilité des deux opérations
que l'Auteur propoſe.
I. Quant à la poffibilité d'établir une
communication entre la Rence & la Vilaine
par le moyen d'un Canal , elle eft connue
depuis plus d'un fiécle.
Cependant l'Auteur offre de la faire voir
OCTOBRE. 1748. 37
de plus d'une maniere , fur les lieux , aux
Commiffaires
qu'il vous fupplie , Noffeigneurs
, de nommer
pour examiner
les
moyens qu'il juge les plus expédiens
touchant
l'exécution
de cette premiere partie
de ce premier Projet .
II. Quant à la feconde & derniere opé
ration propofée dans ce premier Article ,
l'Auteur croit que la poffibilité de rendre
la Rence navigable , depuis fa communica
tion avec le Čanal propofé jufqu'à la Mer,
'eſt à l'abri de toute contradiction , parce
que , 1 ° . En conféquence d'un ménagement
prefque arbitraire & périodique ,
cette Riviere s'accroîtra de toute l'eau
qu'elle recevra de ce Canal ; 2 ° . le lit de
cette Riviere ,laquelle a été autrefois navigable
en la remontant depuis fon embouchure
jufqu'à deux lieues au - deffus de
Dinan , n'a prefque beſoin que d'être defencombré
pour être rétabli dans fon premier
état , 3 °. on pourra étrécir & creufer
ce lit , & placer dans les diftances convenables
quelques Eclufes entre l'embranchement
de ce Canal dans la Rence , & l'endroit
où cette Riviere commence , fuivant
fon état actuel , d'être navigable. Cela ſuffaire
difparoître toutes les diffi fira
pour
cultés
imaginables.
NB. 1. Au fujet de l'entrepriſe icì
38 MERCURE DE FRANCE.
projettée & de toutes autres pareilles , le
même Auteur offre d'indiquer des moyens
fimples de préſerver de tous fédimens , engorgemens
& encombremens , les Canaux
& les Rivieres qui ont befoin d'Ecluſes , &
de rendre continue , tant en montant qu'en
defcendant , & d'exempter de la multiplication
des Eclufes & du changement de
Bâteaux , toute navigation fluviale , qui
n'eft interrompue que par quelques fauts
ou cataractes. 2 °. Ce Canal peut auffi être
exécuté , de façon qu'on n'ait pas beſoin
d'entreprendre cette feconde opération.
ARTICLE SECOND.
Projet II.
Ce Projet tend à procurer une commu
nication réciproque, & , depuis cette communication
jufqu'à la Mer , une navigabi
lité continuelle aux Rivieres d'Ould & de
Blaved, Rien ne s'oppofe à ce Projet , fr
ce n'eft la fuppofition de l'inutilité ou de
l'impoffibilité de fon exécution.
OCTOBRE. 1748. 39
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE SECOND.
Réflexions fur l'importance du fujet qu'il
préfente.
I. Les parties méditerranées des Evêchés
de Cornouaille , de S. Brieux , & de
S. Malo , qui font voifines , foit de la
Riviere de Blaved , foit de celle d'Ould ,
participeront aux commodités de cette
nouvelle correfpondance dans toute fon
étenduë.
>
II. L'Evêché de Vannes , dont toute la
partie intérieure & la lifiere méditerranée
font fr languiffantes , tant par rapport à la
néceffité & à l'appas ruineux des Charrois ,
qui privent plufieurs champs de leurs Cultivateurs
, qu'à caufe de la difficulté de
toutes fortes de débouchés , fe reffentira
( dans toute fa circonference méditerranée
& de là jufques dans fes parties intérieures
) de tous les effets de cette
nouvelle Navigation , qui fera circuler
avec avantage & prefque fans frais les
productions des terrains aufquels elle reftituera
fes Colons , quand elle fuccédera aux
Charrois.
III. Les Villes du Port- Louis , de l'O
rient & de Hennebond , auront une com40
MERCURE DE FRANCE.
munication nouvelle , intérieure , fûre &
commode , non- feulement avec la Ville
de Pontivy , moyennant, quelques Eclufes
qui feront placées entr'elle & l'embranchement
de ce Canal dans Blaved , mais encore
avec celle de Joffelin , Malestroit ,
Rhedon , Rennes , Dinan & S. Malo.
IV. L'exécution du projet fecond lui
communiquera les commodités & utilités
du projet premier , & en même tems le
projet premier prendra part aux utilités
& commodités qui réſulteront de l'exécution
du projet fecond.
Après cette communication établie entre
toutes ces Villes , pour étendre celle
de toutes ces Villes , & l'établir avec les
plus confidérables du Royaume , il fuffic
d'exécuter le projet dont on parlera à
l'Article troifiéme .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE II.
Réflexions fur la poffibilité de l'entreprife
qu'il préfente.
I. La Riviere de Blaved , depuis qu'elle
coule auprès de Bienzy , jufqu'à fon embouchûre
, n'eft interrompue par aucunfaut
confidérable , & joüit ( pendant plufieurs
OCTOBRE. 1748. 41
vation
portions de fon cours ) d'une pente- de- dériordinairement
affés douce , &
·quelquefois prefque imperceptible.
II. On peut dire à peu près la même
chofe de la Riviere d'Ould , depuis le Pont
de Boquenenc , qui eft fitué à une lieuë audeffus
de Joffelin , jufqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
III. Après qu'on aura nettoyé , & par
la même opération , creufé & étreci en
quelques endroits les lits des Rivieres de
Blaved & d'Ould , elles fe trouveront devenues
continuellement navigables , au
moyen , 1º . du concours des eaux que
les
embranchemens du Canal intermédiaire
leur adrefferont , 2 °. des Efclufes , lefquelles
, excepté dans trois ou quatre en
droits , feront placées de loin à loin , pour
foûtenir & conferver ces eaux dans leurs
defcentes.
IV. Pour ménager en faveur de ce Cánal-
de-jonction , 1 °. les niveaux de pente ,
qui conviennent à fes embranchemens';
2º. les rigoles qui rempliront & tiendront
plein fon réfervoir ou baffin de proviſion ;
3 ° . un Canal- de- dérivation , toujours prêt
à vaider en tems requis les eaux de ce baffin
dans le Canal- de- diftribution , il faut
que la ligne que parcourera , de l'Ouest à
J'Eft , le Canal-de -jonction , évite , fçavoir ,
42 MERCURE DE FRANCE.
à fon Nord , le Bourg de Naizin , la Cha
pelle de la Villetual en Pleugriffet , & , a
fon Sud , les Bourgs de Pleumelliau , Rumengol
, Moreac , Buleon , & Lentillac ,
de telle façon que les deux embranchemens
de ce Canal aboutiront , l'un , à
peu-près vis-à-vis de Bieuzy , dans Blaved ,
& l'autre , par Canfroud au Pont de Boqueneuc
dans Ould , après quoi il ne restera
que de rendre la Riviere d'Ould navigable
depuis Boqueneuc jufqu'à Maleftroit , puifqu'elle
fe trouve dès-à- préfent navigable
depuis Maleftroit jufqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
V. L'Auteur de cet écrit ne croit pas ,
qu'en donnant une autre route à ce Canal ,
on puiffe ménager & conferver , en faveur
du Canal de diftribution , le volume d'eau
néceffaire & requis pour entretenir , fans
diſcontinuation , & la tranfnavigation réciproque
& la navigabilité de ces deux Rivie
res.
ARTICLE III.
Projet 111.
Ce projet tend à faire entreprendre la
cavation d'un Canal , qui établira une communication
mutuelle entre les Rivieres de
Loire & de Vilaine.
OCTOBRE. 1748. 43
PARTIE PREMIERE.
DE L'ARTICLE ITI.
Réflexions fur l'importance du projet
qu'il préfenie.
1. Tout le monde voit , fans qu'on ait
befoin de les montrer , les grands & divers
avantages que l'exécution du projet troifiéme
peut procurer par elle-même , étant
confidérée féparement de celle des deux
autres projets ;un de ces avantages fera l'établiſſement
d'une correfpondance continuelle
, commode & fûre entre les Villes
de Rennes & de Nantes.
II. Obſervation très-férieuſe en faveur
du Commerce. L'exécution des projets
& 2 , étant préalablement fuppofée , par
le moyen de celle du troifiéme , une navigation
exempte des avaries & des rifques
de la mer , & même de tous les accidens
tant des chemins que des voitures & tranf
ports par terre , communiquera & aux Villes
de Rennes , Port-Louis , l'Orient , Hennebond
, Pontivy , Joſſelin , Maleſtroit , Rhedon
, Dinan , Saint Malo & Nantes , & à
celles d'Orleans & de Paris , de même qu'à
Toutes celles qui font fituées , tant fur la
Loire que fur toutes les Rivieres navigables
, qui ont ou qui auront une communi
!
44 MERCURE DE FRANCE.
cation immédiate ou médiate avec ce
Aleuve , non-feulement toutes les denrées
& marchandifes differentes , qui font les
productions des territoires , & les produits
des differentes Manufactures de toutes ces
differentes Villes , mais encore toutes les
Marchindifes étrangeres , dont chacune de
ces Villes fait un commerce fpécial.
III. Il eſt donc évident que , par le
moyen de cette nouvelle navigation , prefque
toutes les Villes du Royaume verront
aborder chés elles , fans rifques , fans accidens
, & avec beaucoup moins de frais .
qu'auparavant , les differentes & précieufes
Marchandifes que la Compagnie des
Indes fait venir & vendre à l'Orient , de
même que toutes celles qu'on peut tirer de
Saint Malo.
Il eſt d'obſervation qu'on ne peut imaginer
aucuns autres projets auffi avantageux
pour la Compagnie des Indes , que
le font les trois ci-deffus mentionnés , &
que toutes les espéces de Marchandifes ,
que les Négocians de la Ville de S. Malo
tirent , ou pourront tirer de toutes les par- .
ties du monde , au lieu qu'elles s'y trou
vent à préfent emmenées comme dans un
cul-de-fac , d'où ces Négocians fe trouvent
obligés , à leur grand dommage & à celui de
leurs compatriotes , de les faire refluer chés.
OCTOBRE. 1748. 45
l'Etranger ,fe répandront avec une fûreté ,
une facilité & une utilité , générales & réciproques
, fur la furface de la Province ,
pendant que leurs Vaiffeaux feront des
voyages plus utiles & plus glorieux pour .
eux & pour l'Etat ,
IV. Cette nouvelle navigation fera va
loir les Manufactures établies , & en fera
établir plufieurs dans la Province , en même
tems qu'elle fervita au rétabliſſement
& à l'entretien de notre Marine. En effet,
par le moyen de ces trois Canaux , & de
La communication qu'ils procureront aux
Villes de l'Orient & de S. Malo avec la
Loire, & que la Loire leur procurera avec
les Villes les plus méditerrannées & les
plus éloignées du Royaume , ces deux Villes
tireront , avec fûreté , & prefque fans
frais , des endroits les plus écartés & des
lieux les plus intérieurs de la France , les
bois de conftruction , & tous les autres
matériaux propres à la Marine, dont on a &
dont on aura befoin dans ces deux Ports &
dans celui de Breft . La Marine pourvûë
de plufieurs bons Vaiffeaux & de toutes
les chofes néceffaires pour en augmenter
le nombre , felon que l'exigeront le bien
de l'Etat , l'honneur de la Nation , & la
gloire du Regne de NOTRE BIEN - AIME'
MONARQUE , le rendra feul & irréfraga46
MERCURE DE FRANCE.
ble Arbitre de toutes les querelles , qui
divifent ou tendront à divifer les differentes
Puiffances de l'Europe , & contraindra
les differentes Nations , & à plus
forte raiſon les Membres particuliers de
ces Nations , de ne pas inquiéter , que
dis-je ? de refpecter & de regarder comme
privilégiés & facrés les divers genres de
Commerce établis ou à établir entre ce
Royaume & toutes les autres parties du
Monde. C'est une vérité politique , auffi
facile à démontrer qu'un Théorême de
Géométrie.
V. De cette nouvelle navigation proviendront
encore plufieurs autres avantages
, entr'autres , ceux-ci. 1 ° . Les Marchands
& Commerçans , tant Etrangers
que Regnicoles , qui fe rendent actuellement
à l'Orient dans le tems de la l'ente ,
feront invités , plus qu'auparavant , de fréquenter
cette Ville , par la diminution
& par la fûreté que cette navigation ap
portera aux frais de tranfport & d'expor
tations de leurs emplettes . 2°. Ces nouveaux
avantages détermineront plufieurs
perfonnes de tous pays , états & métiers ,
qui n'ont pas encore été à la Vente , d'y
venir. 3 °. De l'inutilité , & par conféquent
de la fuppreffion d'une grande quantité
de voitures péfantes , & par leurs charges
OCTOBRE. 1745. 47
& par leurs poids , & de bêtes de tirage >
& de fomme , il s'enfuivra que tous les
grands chemins du Royaume deviendront
aifés & pratiquables aux Voitures légéres
& aux chevaux de felle , tant de ces Marchands
& Commerçans , que de tous les
autres voyageurs , &c, 4°. La Ville de
Nantes , l'une des principales Villes de cette
Province , deviendra l'une des principa
les Villes du Royaume , en devenant l'entrepôt
général.
VI. Autres avantages réſultans évidemment
de cette nouvelle Navigation. 1. Les
Négocians & autres particuliers étrangers,
qui, en conféquence du Franc-tranfit
font voiturer à travers le Royaume les emplettes
qu'ils font à l'Orient , trouveront
un profit clair , fûr , confidérable , exempt
de tous dangers & accidens , à faire voitu
rer ces emplettes par ces Canaux & par les
Rivieres , dont ils établiront les communications
réciproques , tant immédiates
que médiates. 2 °. De cette maniere les.
Erangers payeront à perpetuité une grande
partie des fommes qu'auront coûté &
coûteront la confection & l'entretien
que
de toutes les entrepriſes ci - deffus propofées.
3 ° . Il eft aifé de prouver que ces entrepriſes
importantes pour l'Etat , feront
encore avantageufes pour les Fermes du
48 MERCURE DE FRANCE.
Roi , & ne feront même aucun tort , mais
au contraire feront plaifir aux particu
liers , fur les fonds defquels elles feront
exécutées.
VII. Ajoutez à toutes les confidérations
précédentes , Noffeigneurs , celle de la
multiplication des Matelots d'eau douce
, que produira & dans cette Province
& dans les autres cette nouvelle navigation
méditerranée. Ils feront plus pro
pres que des hommes de labeur & de métier,
pour être Claffés & pour devenir dès
la premiere Campagne de bons Matelots
de Mer , & cette nouvelle efpece de Matelots
d'eau douce ne proviendra , ni de la
claffe des Laboureurs , ni de celle des Artifans
, mais bien de la claffe nouvelle des
Voituriers , Rouliers , Muletiers , &c. devenue
prefque toute inutile , au moyen de
l'établiffement de cette nouvelle navigation
,
VIII. Ajoûtez à cette derniere confidération
que l'éclipfe des Matelots , qu'on
prendra en tems de guerre fur les Rivieres
pour la Mer , ne fera aucun tort à la navigation
intérieure & fluviale du Royaume ,
parce qu'alors cette navigation n'aura prefque
lieu qu'entre les habitans du Royaume
, & n'aura parconféquent befoin que
d'environ la moitié des Matelots qu'elle
aura
OCTOBRE. 1748. 42
aura occupés & qu'elle occupera en tems
de
paix.
IX. La France ſera toujours lá Puiſſance
dominante de l'Europe , pendant qu'elle
aura en Mer durant la Paix , autant de
Vaiffeaux de guerre que l'Angleterre , &
qu'à chaque commencement de guerre elle
pourra promptement augmenter le nombre
de ces Vaiffeaux , & les armer tous
d'une façon avantageufe.
Toutes ces raifons promettent les éloges
unanimes de la poſtérité la plus reculée
aux perfonnes puiffantes , qui par leur crédit
& leurs repréfentations preffantes
faciliteront l'exécution de ces entrepriſes.
De telles propofitions n'ont befoin que
d'être préfentées à S. A. S. M. le Duc de
Penthievre , pour le trouver très juftement
recommandées à l'élevation de l'ame & à
la bonté du coeur de l'Amiral , & du Gouverneur
de cette Province. Ces propofitions
le trouveront encore ( pour toutes
ces raifons ) très-fpécialement recommandées
à la fagacité bienfaifante & courageufe
de Meffieurs les Miniftres d'Etat , des
Finances & du Commerce,
C
So MERCURE DE FRANCE.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE III.
Reflexions fur la poffibilité du Projet
qu'il préfente.
I. Cette exécution eft poffible , en établiffant
un Canal , qui , pour aboutir de
Vilaine en Loire & de Loire en Vilaine ,
contournera à mi -côteau quelques terrains
montueux , enjambera le cours de la petite
Riviere , appellée Izak , & lequel , outre
l'amas d'eau pluviale , qu'il exigera de fon
baffin de provifion fupérieur , recevra de
plus dans fon Canal de diftribution
par le moyen d'un Réfervoir inférieur ,
le tribut de quelques fources , avec un
volume d'eau qui y fera rendu par une
Rigole tortueufe & longue , tirée de la
tie fupérieure de la même Riviere , & à la→
quelle viendra même fe joindre , fi l'on
veut , une autre Rigole , tirée auffi de la
partie
fupérieure du Dôn , &c. La route , que
donneroit ce Canal , feroit la plus courte
de toutes celles qu'un Canal peut ménager
entre Rennes & Nantes , mais ce ne feroit
pas la moins chere quant à la dépense qu'il
faudroit faire pour l'établir .
parOCTOBRE.
1748.
II. On peut encore exécuter ce projet ,
en creufant un Canal , dont l'un des deux
embranchemens entreroit en Vilaine au
deffus de l'embouchûre d'Izak, & l'autre
fe rendroit fous Nort en Erdre. Ce Canal
enjamberoit la Riviere d'Izak , & par le
moyen de deux Rigoles amenées des
parties fupérieures de cette Riviere & de
celle du Don , auroit au- deffus de fes deux
points de partage un baffin de proviſion ,
lequel affembleroit , avec ces eaux , celles
de quelques ruiffeaux & de quelques torrens
, & pourroit , en tous tems , fournir.
à ce Canal toute l'eau néceffaire depuis
fa partie la plus élevée inclufivement , juf
qu'à fes deux embranchemens .
La route que donneroit ce Canal feroit
plus longue , mais moins chere , quant a
l'exécution , que celle qu'on vient d'indi
quer au nombre précédent.
III. Enfin la jonction de ces deux plus
grandes Rivieres de Bretagne peut aifément
être établie par un Canal , qui , pour
aboutir de Vilaine en Loire par la petite
Riviere de Pont- Château , parcoureroit une
ligne tirée d'auprès de Cran à Pont- Châ
teau. Ce Canal ,, par le moyen d'un baffin
de provifion oblong & voifin de fa
partie
la plus élevée , recevroit entre fes deux
points de partage , par un petit Cana! de
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
dérivation les eaux de deux ruiffeaux qui
ne tariffent guéres ; celles qui par une
rigole y pourroient être conduites de la
partie fupérieure de la Riviere d'Izak , & .
enfin tout l'amas d'eaux , tant pluviales
qu'autres , que deux rigoles , plus élevées
que celle- là , ameneroient dans ce ballin
de provifion , lequel fourniroit , en tous
tems , au Canal de diftribution un volume
d'eau fuffifant , pour procurer non -feulement
à ce Canal , mais encore à la Riviere
de Pont-Chateau une navigabilité continuel-.
le , moyennant quelques éclufes , quel
ques légéres opérations faites à fon lit , &
la réduction de fes deux embouchûres en
une.
La route que ce Canal ouvriroit , feroit
plus longue , mais moins chere qu'aucune
des deux autres quant à l'exécution , &
plus utile qu'aucune autre , à la Ville de
Nantes , & aux autres Villes qui prennent
ou prendront part au Commerce maritime
de celle- ci,
On donnera la fuite de ce Mémoire dans
la Mercure de Novembre,
OCTOBRE. 1748. 53
ESSAI d'un Ecolier du Collége
de Louis le Grand *.
Pour charmet fon inquiétude ,
Et fe plaindre à loifir du Deftin rigoureux ,
Qui l'éloignoit de l'objet de fes voeux ,
Le Berger Aléxis cherchoit la folitude ,
Lorſque l'Amour parut ; l'Amour , ce Dieu charmant
,
( Non celui , que le crime honore. )
Me voici , lui dit- il : au feu qui te dévore ,
J'apporte du foulagement.
Malgré la fatale distance ,
Qui fépare vos deux coeurs ,
L'objet dont tu pleures l'abſence ,
Peut être témoin de tes pleurs .
Pour adoucir les maux de ton ame inquiéte ,
Ecoute l'avis que je prête
A ceux qui vivent fous mes loix :
* Letitre ne doit pas détourner de lire cette Piéce .
Peut-être aucun des plus grands Poëtes ne s'eft-il annoncé
par des commencemens plus heureux.
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
·
Que ta mainfoit ton interpréte ,
Et que cette toile muette
Faffe l'office de ta voix.
Voulant recompenfer le zéle
De cet Amant tendre & conftant,
L'Amour dit , & de fon aîle
Il tire une plume à l'inſtant ;
Par fa flêche il la divife ,
Avec la pointe il l'aiguife ,
Le facrifice étoit beau.
Il fait plus ; fa main déchire ,
Et lui préfente , pour écrire,
La moitié de fon bandeau.
Le fenfible Alexis comprenant fa penſée ,
La lettre de mon fang , dit- il , fera tracée ;
Le fang coule en effet , & l'Amour applaudit ;
Il y trempe la plume , il la prend , il écrit ,
Et les doigts , parcourant cette bande legére ,
Tracent de fon autour le fanglant caractére.
La lettre part ; l'Amour en eft le meffager ,
Rapporte la réponſe au fidéle Berger ;
Va , revient plufieurs fois , par un bienfait fuprême.
Entre ce couple abfent , qui s'aime ,
Et dont l'Amour refferra les liens *
Ainfi l'Amour voulut lui -même
Nourrir les tendres entretiens.
OCTOBRE . 1748. 55
L'ABEILLE
ET L'ECOLIER
,
D
FABLE.
Par le même .
Es fleurs nouvellement écloſes ,
Pour compofer un nectar précieux ,
Une Abeille cueilloit le fuc délicieux ;
Elle erroit fur le thim , l'amarante , les roſes ,
Le ferpolet , le myrthe , ami des Dieux..
Un jeune adolefcent qui parcouroit ces lieux ,
Immobile , craignant de lui porter obſtacle ,
Jettoit fur fon travail un regard curieux.
Il s'avançe furpris , mais quel nouveau ſpectacle
Vient encor étonner fon efprit & fes yeux !
Dans une ruche tranſparente ,
•
Il voit une grande cité ,
Cité nombreufe , où de chaque habitant
Il admire l'activité ,
L'ardeur , la force & la dextérité.
La troupe toujours agiflante
Ignore l'art d'ufer d'un fecours emprunté ,
Elle travaille & fe tourmente
Pour les divers befoins de la fociété.
Chacune a fa tâche . Elle augmente
Selon l'âge , le tems & la néceſſité .
L'une forme la cire , & l'autre la cimente
Ciiijj
56
MERCURE DE FRANCE.
Pour bâtir des maifons à la
communauté.
Dans un refervoir apprêté ,
L'autre met en dépôt cette liqueur charmante
Dont on nourrit un jeune enfant gâté .
Un Roi , difons mieux , une Reine
Leur dicte un ordre reſpecté .
Elle parle , & l'on fuit avec docilité
Les décrets de la Souveraine ;
L'Ecolier étoit enchanté.
Dieux , difoit-il , quelle merveille ?
Filles du Ciel , quelle eft votre fagacité !
Que j'aime à voir dans mon oifiveté
Cette fageffe fans pareille ,
Ce bel ordre , cet art cette vivacité
"
Et cette ardeur qui me reveille !
Il louoit tout , lorfqu'une jeune Abeille ;
Après l'avoir bien écouté ,
D'une voix bourdonnante & fans obfcurité ,
Lui fifla ces mots à l'oreille.
Dans cet ouvrage fi vanté
'Adore & reconnois plutôt la Providence.
Son doigt nous a tracé le plan & l'ordonnance
'Des cafes que nous bâtiffons .
Il a marqué les fleurs , & nous les choififfons
Sa voix parle dans nous , & nous obéiffons.
Soumifes au Très-haut , à fes décrets fuprêmes ,
Notre mérite eft de fuivre fa loi ,
OCTOBRE. 57 1748.
Si nous formons le miel , ce n'eft pas pour nousmêines
,
C'est pour les hommes , c'eft pour toi.
Ainfi , jeune mortel , qui que tu puiffes être ,
Remplis comme nous ton emploi ,
Et fçache qu'ici bas le Ciel ne t'a fait naître
Que pour fervir les Dieux , ta Patrie , & ton Roi.
!
LETTRE à l'Auteur de celle inférée dans
le Mercure de Juillet 1748 , page 147 ,
fur leprojet d'une Place pour la ftatue du
Roi.
O
N ne peut , Monfieur , trop loiier
votre amour pour notre Nation , &
votre zéle pour tout ce qui intéreffe fa
gloire. Ce fentiment eft d'autant plus eftimable
, que bien des gens veulent fe donner
le bon air de s'en écarter . On croit
qu'il y a du courage à s'affranchir des
vieux préjugés , & que celui de l'amour
national doit être facrifié comme les autres.
On imagine que tout ce qui eft pris
fur le fentiment , eft autant de gagné pour
la raiſon , & l'on s'interdiroit volontiers
la faculté de fentir , comme fi elle ne faifoit
pas la plus heureufe partie de notre
exiſtence.
C.v
58 MERCURE DE FRANCE.
{
J'aime bien mieux ce Philofophe * aimable
, le modéle des fages de notre fiécle ,
qui dit que la Philofophie commence par
détacher de tout , mais qu'enfuite elle
nous ramene à tout , c'est- à- dire , que les
demi Philofophes veulent fe rendre indifferens
pour tout , mais que ceux qui ont
porté plus loin leurs réflexions , voyent la
néceflité de s'attacher à tout .
Si les heureux préjugés de l'amour pour
fa Patrie & pour les parens , de l'amour
pour la gloire & pour tout ce qui fait le
devoir , ainfi que le bonheur de la fociété ,
ont été profcrits par nos efprits forts , à
titre de préjugés vulgaires , du moins.
avons nous la fatisfaction de voir que
rien n'a pû encore altérer dans le coeur
des François l'amour qu'ils ont pour notre
Monarque. Graces à des vertus qui intéreffent
tous les hommes également , nos
prétendus Philofophes ne peuvent lui refufer
leurs hommages.
Outre cet amour pour le Roi , & l'amour
que vous faites voir , Monfieur ,
pour notre Nation , ajoute encore un
amour particulier pour notre fiècle , dont
j'efpere que vous ne me dedirez point ,
puifqu'il eft une fuite de l'un & de l'autre.
* M. de Fontenelle.
OCTOBRE. 1748. 55
Oui , j'aime encore notre fiécle ; & c'eſt
ce triple intérêt qui me fait défirer quelque
chofe de plus dans votre projet , pour
faire une Place devant la Colonade du
Louvre. Je voudrois que cette Place ,
dont vous avez fait valoir les avantages
fut ornée d'une ou de deux colonnes , faites
fur le modéle des colonnes Trajane &
Antonine. Que de reffources nos Sçavans
n'ont ils pas trouvées pour la connoiffance
des ufages Romains , & pour l'Histoire
des Empereurs Trajan & Antonin , dans
ces deux colonnes antiques ? Quelles reffources
ne trouveroit pas également pour
l'Histoire du Roi notre postérité la plus
reculée ? Car il faut vous l'avouer , je m'af
fectionne encore pour cette poftérité que
je ne verrai jamais. C'eſt- là qu'elle contempleroit
les exploits de notre Monarque
à Fontenoy & à Lawfeld , les fiéges
mémorables de Fribourg , d'Ypres , de
Menin , de Tournai , &c . qu'il fit en petfonne.
On y repréfenteroit les exemples
de courage & de fermeté de nos Princes ,
de nos Généraux , de nos Officiers , & les
actions d'intrépidité & de conſtance de nos
Grenadiers. On pourroit y faire confidérer
aux fiécles à venir le bon ordre de nos
Camps , de nos Gardes , de nos fourages ,
de nos fubfiftances , de nos marches , &
C
vj
MERCURE DE FRANCE.
de nos convois ; la diſcipline militaire ; a
l'induftrie de nos Ingénieurs & de nos
Artilleurs , nos machines de guerre , notre
fçavoir dans l'attaque & la défenfe des
Places , & c. ce feroit un livre toujours ouyert
pour les fiécles futurs . Ils y liroient
la gloire du Monarque de , la Nation ,
& du fiécle où nous vivons , & verroient
jufqu'où notre génie a porté les Arts ,,
dont la tradition fe perpétueroit encore
par le même moyen. On pourroit y faire
entrer quelques - uns de nos édifices & de
nos ufages , en repréfentant les fères &
les entrées que la reconnoiffance publique
a faites à notre Souverain , & le fpectacle
feroit couronné par celui des fêtes
que l'on prépare pour la publication de la
Paix. Ces colonnes feroient le bouclier
d'Achille , fi précieux pour la connoiffance
de l'Antiquité Grecque .
G
Que l'on ne foit point effrayé par la
difficulté de placer tant de fujets differens
fur deux colonnes , & que pour cette raifon
l'on n'en rejette pas le projet comme
chimérique. Les bas reliefs de quelquesuns
de nos Rois à Saint Denis nous offrent
les batailles qu'ils ont données , & les
plus éclatantes actions de leurs Regnes ,
dans un très - petit efpace . Le Sculpteur ,
qui dans la Cathédrale de Sens a repréOCTOBRE.
1748. 61
fenté fur quelques tablettes de marbre
d'une petite étendue toute l'hiftoire du
Cardinal du Prat , fon entrée en qualité
de Légat avec toute fa fuite à cheval , la
tenue d'un Concile , une foule de peuple
en proceffion , l'affemblée nombreufe qui
fe tint au fujet de la Pragmatique Sanction ,
&c. Ce Sculpteur n'avoit pas un champ
comparable , à beaucoup près , au champ de
nos deux colonnes propofées .
Si ces colonnes font doriques , fi on
leur fuppofe à chacune douze pieds de
diamétre , conféquemment il leur faut
donner quatre- vingt- quatre pieds de hauteur
de fuft fans la baze , le chapiteau & le
piedeftal ou focle ; le pourtour ou la
circonference fera de trente- fept pieds huit
pouces , les fractions abandonnées , fuivant
la régle d'Archimede, ce qui fait en fuperficie
3164 pieds.
Jamais peut-être il n'y eût de tems plus
favorable que celui - ci pour l'exécution
d'un tel deffein . Si nous avons un grand
nombre de beaux faits àrepréfenter , nous
avons autli un grand nombre d'excellens
Sculpteurs , capables de les tracer fur le
marbre & fur le bronze . On diroit que
régne de leur Art eft transporté en France
& que les autres Nations ne peuvent plus
avoir en ce genre que les ouvrages qui
le
P
62 MERCURE DE FRANCE.
fortent des atteliers de nos célébres Artiftes.
Le zéle , avec lequel ils fe font portés
à perfectionner la fculpture , mérite d'être
immortalifé par des monumens , qui en
prouvant leur habileté, leur fervent auffi de
récompenfe & d'encouragement. Comme
plufieurs Sculpteurs differens pourroient
y être employés , on exciteroit entre eux
une émulation qui mettroit le comble à
leurs talens , & par-là , fi j'ofe me metrre
en ligne de compte , je verrois fans ceffe
dans le même édifice , l'objet de tous les
fentimens qui m'animent ; mon attachement
pour notre augufte Monarque , mon
amour pour ma Patrie & pour mon fiècle ,
& même mon goût pour les Arts.
Je fuis , Monfieur , &c.
OCTOBRE. 1748. 63
AUTRE Lettre adreffée au même Auteur.
V
Ous avez raiſon , Monfieur , de regarder
la belle façade du Louvre
comme le plus noble côté déja trouvé d'une
Place digne de contenir la Statue de
Louis XV. Le Public , que vous dites avoir
faifi avant vous le projet que vous propo→
fez , mérite des éloges , pour avoir reconnu
le tort du fiécle de laiffer dans l'obfcurité
le chef-d'oeuvre d'Architecture de Pa
ris , que les Maîtres de l'art ont fouvent
comparé aux exécutions les plus hardies
des Grecs & des Romains , & la Ville Capitale
ne sçauroit mieux marquer fon
amour pour le Roi , qu'en s'empreffant de
démafquer un fi grand trophée de l'Art ,
pour le confacrer à l'immortalité de Sa
Majefté.
Mais en vain laiffez-vous aux gens du
métier le foin de donner des projets pour
les deux côtés qui font à faire ; il me pa
Foît ( & fi vous n'affectiez de flater l'opinion
publique , vous en tomberiez d'accord
vous même ) qu'il eft impoffible de
les trouver plaufiblement , tant qu'on laiffera
vuide le côté gauche fur la riviere.
Quel vis-àvis , quel ordre , quelle propor64
MERCURE DE FRANCE.
tion , quelle régularité voudriez - vousqu'on
pur imaginer dans cette hypothèſe ?
Si la Colonade étoit parallele au Quai & à
la Riviere, le Projet feroit de belle & facile
exécution . On n'auroit point de peine
à trouver les deux autres paralleles.
1
Donnez quatre côtés à votre Place ,
dont la Colonade feroit le principal. Alors
nos habiles Architectes fe feront un plaifir
de fournir à l'envi leurs Plans des trois côtés
à faire , & ils s'efforceront d'approcher
de la fublimité du génie qui créa ce chef.
d'oeuvre. Ou bien faites devant la Colonade
une Demie-Lune , percéé proportionnellement
dans le centre & les deux côtés,
demie-lune qui pourroit être exécutée en
Portique. Je ne conçois point d'autres
moyens de pouvoir faire entrer cette fuperbe
Colonade dans la conftruction de la
Place qu'on médire.
L'idée du Public, que vous appellez infpiration
, a deux objets . Le premier eft de
voir bâtir une Place à la gloire du Roi ; le
fecond , de produire dans tout fon jour
-T'incomparable morceau d'Architecture de
la façade du Louvre .
Mais il me femble qu'on pourroit fatisfaire
à la fois le zéle & le bon goût du Public
par un autre fyftême , peut-être plas
convenable à la mémoire d'un Roi trèsOCTOBRE.
1748. 65
Chrétien , & à la décoration de fa Capitale.
Ce feroit de découvrir la Colonade ,
en abattant les bâtimens qui l'offufquent ,
& de fe borner à former une fpacieuſe rue
entre elle & des Edifices réguliers qu'on
conftruiroit vis - à- vis . Cette Colonade ne
demande point d'accompagnement. Au
contraire la fimplicité de ce qui en appro
cheroit , en rehaufferoit le prix & le méri
te. Elle est une pièce unique , qui feule feroit
éternellement l'admiration publique .
J'y trouve cet avantage, qu'alors on tranf
porteroit la Place deſtinée à Louis XV.
dans un autre Quartier de la Ville , ce qui
multiplieroit fa magnificence. Eft ce bien
entrer dans vos vûës , Monfieur ? Nous.
n'avons de belles Places que d'un côté de
la riviere. Placez celle- ci de l'autre ; le
lieu qu'on doit choifir s'offre naturellement
à l'efprit ; l'Eglife de S. Sulpice n'eftelle
point l'ouvrage de la libéralité & du
regne de ce Roi ? Son Portail n'eft il point
affés majestueux pour former le côté prin
cipal d'une belle Place , où les plus nobles
habitans de Paris , fortant de rendre leur:
culte au Tout- Puiffant , feroient avertis
par la repréſentation du Roi qu'ils verroient
en face au milieu de cette Place ,
de ce qu'ils doivent , après Dieu , à leur
Prince ?
36 MERCURE DE FRANCE.
Je dois vous déclarer , Monfieur , qui
que vous foyez , afin que vous fupportiez
avec bonté la hardieffe que je prends de
vous communiquer mon fentiment , que
je n'ai ( comme vous le dites de vous - même
) d'autre connoiffance en Architecture
que celle que j'ai tirée d'un goût naturel,
Quelques jugemens que j'ai formés fur
differens ouvrages de cet Art , ont parû
juftes aux gens habiles , avec lefquels j'ai
quelquefois converfé fur cette matiere . La
curiofité m'a , comme vous , toujours porté
à voir & à m'arrêter devant les beaux
morceaux qui fe font trouvés en mon chemin
dans les voyages que j'ai faits , foit en
France , foit en Italie , où j'ai demeuré
quatre ans, & je crois avoir retiré, des belles
chofes que j'ai vûes & lûes en ce genre,
l'avantage d'être en état d'en juger raifonnablement
par comparaiſon .
Je finis en vous affùrant que cette réponfe
, que je fais à votre lettre , eft purement
l'effet du zéle que j'ai pour la gloire du
nom François que vous portez dans le
oeur. Je fuis , &c.
OCTOBRE . 1748. 67
M粥送洗洗洗洗洗求求求求求求洗洗
DISPUTE de l'Art & de la Nature.
JEE fuis plus habile que vous ,
Dit un jour l'Art à la Nature
De vos plus beaux objets je ne fuis point jaloux;
La plus parfaite Créature
Laiffe toujours à défirer ,
Mais je ferois bien la gageure
De vous forcer de m'admirer ,
En faisant une migniature
Qu'à Vér us elle- même on pourroit comparer.
Encor je crois que la Déefle
En craindroit la comparaiſon ,
Si l'amour propre & la molleffe
Permettoient à Vénus d'avoir de la raiſon.
La vanité de l'Art offenfa la Nature.
Tous tes traits font à moi , dit - elle , & la Peinture
N'eft qu'une heureuſe fiction ,
Une agréable expreffion
Des Etres que mon fein produit à l'aventure.
J'accepte ton défi , mais je prétens auffi
Te montrer un de mes ouvrages .
Celui qui de nous deux aura mieux réuffi ?,
Des Mortels & des Dieux recevra les hommages,
Plein d'émulation , l'Art invoque l'Amour ,
Et prend le pinceau de la Tour.
68 MERCURE DE FRANCE .
Pour exciter encor få verve ,
Il invoque à la fois Apollon & Minerve .
Il fit un chef- d'oeuvre nouveau .
La Nature avoua n'avois rien de plus beau.
L'Art triomphoit déja de ſa noble entrepriſe.
La Nature le mene à la Cour de Bareith
Il apperçût Sophie ; oh Dieux ! quelle ſurpriſe ,
Quand il reconnut trait pour trait
L'original de fon Portrait!
De Bonneval:
J
ELOGE
De M. de Fontenelle.
E connois un Mortel qui ne devroit point l'êtrej
Tant il a de rapport avec vos attributs ;
Dieu , c'est par vous qu'il fçait tout ce qu'on peut
connoître .
Son efprit à l'erreur ne doit point de tributs .
Philofophe éclairé , naturel & fublime , *
Il expofa fi bien l'aimable vérité ,
Que le moins pénetrant , avec facilité ,
De la Terre & du Ciel développa l'énigme.
Il ennoblit chés nous les chanfons des bergers , **
Poëte délicat , Rival de Théocrite ,
* La pluralité des Mondes.
** Les Eglogues.
OCTOBRE. 1748. 69
Et l'Echo diftingua dans nos rians vergers
Les fons d'Amarillis de ceux de Margueritte.
Sans bleffer le refpect que l'on doit aux Autels, (a )
Des Prêtres des faux Dieux il connut l'artifice ;
Il fit plus , il ofa montrer le préjudice
Qu'en fouffroit la raifon des timides mortels,
De ce riche dépôt de tant de connoiffances ( 5)
Il arrangea fi bien tous les materiaux ,
Qu'on le prend pour l'Auteur de ces expériences ,
Fruit du travail conftant de plus de cent rivaux.
Il fit parler les morts avec tant de fineffe (c).
Qu'on croit que Lucien , de jaloufie épris ,
Voulut , fans Apollon, qui plaignit ſa foibleſſe ,
Effacer de dépit fon nom & fes écrits,
Du fameux l'Hôpital annonçant l'analife , (d)
Ce projet étonna Londres , Rome & Paris ;
Mais deflors qu'on conout l'Auteur de l'entrepriſe ,
Newton & Bernoulli n'en furent point furpris.
Imaginons un coeur digne de cet efprit ,
Qu'aucune paffion n'a jamais contredit ,
Noble , compatiffant , généreux & fincére ;
C'eft celui dont le Ciel le fit dépofitaire,
-
(a) Les Oracles,
(b) Les Mémoires de l'Académie.
(c) Dialogue des Morts.
(d) Les infiniment petits,
70 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui pour nous former ce prodige du tems,
Daignâtes l'affranchir des routes ordinaires ,
Achevez le miracle , & prolongez les ans
Jufqu'au terme où jadis vivoient nos premiers.
Peres.
Il eft de la raiſon l'ornement & l'appui
L'Univers a beſoin d'un fage tel que
lui.
Par le même.
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie Royale des Belles - Lettres , Sciences
Arts , de Bordeaux.
'Académie célebra le 25 Août la fête
L'des . Louis . Le Panégyrique du Saint
fut prononcé le matin dans la Chapelle du
College de Guyenne par M. l'Abbé Gouez,
jeune Eccléfiaftique , qui s'en acquitta avec
beaucoup d'applaudiffemens. Pendant une
Meffe baffe , on chanta le Te Deum , det
Bernier , avec un nombreux corps de Mufique,
& on finit par un Motet , de la compofition
de M. Sarrau , Secretaire Perpétuel
de l'Académie pour les Belles Lettres
& Arts.
L'après- midi , on s'affembla en public.
M. de Secondat , fils de M. le Préfident de
Montefquieu , préfida à la Séance. It fic an
OCTOBRE. 1748.
difcours fçavant fur l'origine & le progrès
des connoiffances que nous avons du Magnétifme
& de l'Electricité.
Le Pere Lambert lât un Mémoire fur
l'Amiante & fur l'Albefte ; il y rapporta
les obfervations qu'il a faites fur les lieux
où l'on trouve cette Pierre & cette Plante
incombuftibles .
Le Pere Bonin , Jéſuite , lût enſuite une
Differtation , où il fixe la vraie époque de
Péxil d'Ovide , prouvée par des recherches
& des calculs Aftronomiques ; cet ouvrage
peut fervir de modéle pour corriger bien
des erreurs de Chronologie.
A la fin de la Séance on fit la lecture
d'un Mémoire de M. du Fau , Médecin de
Dax , Correfpondant de l'Académie , fur
les Eaux Acidules de Villefranche près
Bayonne. Ce fçavant Obfervateur avoit
déja donné à l'Académie d'autres Mémoires
très-curieux fur les Eaux Termales de
Dax & de Terfis.
72 MERCURE DE FRANCE
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選選淡淡
LETTRE écrite de Province à un Bénédietin
de l'Ordre de Clugny , pour être
communiquée aux Auteurs de la nouvelle
Edition du Gallia Chriftiana.
C Omme je ne doute pas , Mon Révérend
Pere , que vous n'alliez quelquefois
à Saint Germain des Prés , j'au
rois une grace à vous demander , qui ſeroit
d'obtenir des fçavans Religieux , qui y
travaillent à la nouvelle Gaule Chrétienne ,
un petit éclairciffement touchant les doutes
fuivan's.
On lit dans leur fecond Tome , en par-,
lant des Archevêques de Bourges , & en
particulier de Jacques le Roi , décedé en
1572 , que cet Archevêque fut enterré à
Paris dans l'Eglife de S. Landry , & qu'il,
y repofe. Cependant l'on voit fon tombeau
, fur lequel il eft repréfenté de toute
fa longueur , dans l'Eglife de l'Abbaye de
Villeloin , au Diocèle de Tours , de laquelle
il fut Abbé. Son corps auroit- il été
divifé en deux ? Et s'il n'y a que fon coeur
à Villeloin , pourquoi auroit on fait la dépenfe
d'un tombeau fi bien marqué ?
Je fais la même difficulté par rapport à
la fépulture de Foulques de Chanac , Evêque
OCTOBRE . 1748. 73
que de Paris , que le feptiéme Tome du
Gallia Chriftiana , imprimé depuis quatre
ans , marque être mort à Paris le 25 Juillet
1349 , & avoir été enterré à l'Abbaye de
S. Victor , fauxbourg de Paris , proche fon
oncle & fon prédéceffeur Guillaume de
Chanac. En effet , comment cela peut- il
s'accorder avec le Nécrologe d'une Collégiale
du Berry , qu'une perfonne y a vû en
paffant ? C'eſt celui de N. D. de Grançay
dans lequel il est marqué au 3 1 Juillet :
Reverendus Pater Dominus Fulco de Canaco,
infignis Ecclefia Parifienfis olim Pontifex ,
tranfitum per hoc oppidum faciens , vitafunctus
, apud hanc Bafilicamfepelitur fub tumbâ
marmorea Pontificali reprefentatione décora
tâ. Pro cujus anniverfario , vigini folidos fuper.
furno poffidemus , quos debet Capitulum.
>
La Théologie a , dit-on , fes incommodités
, mais il faut avouer que l'Hiftoire a
aufli les fiennes ; comment un même homme
peut- il avoir été inhumé en deux lieux
differens ? Je ne fuis pas à portée d'aller
vérifier ce qui eft marqué fur la fépulture
prétendue de Foulqués de Chanac à Saint
Victor. Il me paroît que les Réverends Peres
de S. Germain ne peuvent guéres fe
difpenfer de donner au Public dans un fupplément
ce qui eft écritfur fa tombe dans
certe Eglife. L'objection que je prends la
D
74 MERCURE DEFRANCE.
liberté de leur faire par votre canal , me
paroît allés forte, pour mériter leur atten
tion. Je ne fçus pourquoi ils ne donnent
plus de fupplément pour les derniers to
mes précédens . Une perfonne de Clermont
m'a affûré que ces fortes de fupplémens
lui avoient fort fervi pour ne laiffer rien à
défirer touchant la fépulture de Guy de la
Tour , Evêque de cette Ville , qui fe trou
voit aufli avoir été faite en deux Eglifes
differentes. Preffez-les ,je vous prie , de
s'expliquer fur Foulques de Chanac , pour
la fatisfaction d'un fçavant qui travaille à
l'Hiftoire du Limofin & des Illuftres de
cette Province.
A l'égard de Jacques le Roi , comme fon
article a été rédigé probablement par feu
Dom Denis de Sainte Marthe, ou au moins
de fon vivant & fous les yeux , je ne puis
attendre ni efperer avec tant de fondement,
des continuateurs du Gallia Chriftiana , l'é
clairciffement à fouhaiter fur ce qui fe trouwe
dès le commencement du fecond tome,
Peut-être donnera- t'on une folution com
mune à mes deux doutes. En tout cas , il
faudra fe contenter. du vrai-femblable , ſi
l'on ne peut pas atteindre au vrai ,
Je fuis , &c.
A S. Martin de la Montagne , ce premier
Août 1748.
OCTOBRE. 1748. 75
Q
ODE
Sur les routes de l'immortalité.
Uelle eft , ô Dieux , cette fumée ,
Dont fe repaiffent les mortels ?
Ce foible éclair de Renommée
Aura- t'il toujours des Autels ?
Quel eft ce faſte de mémoire ,
Le Temple brillant de la Gloire ,
Séjour de l'Immortalité ?
Un vain phantôme , une chimere ;
Que pour voiler notre miſere ,
Entanta notre vanité.
2
Pour arriver à cet azile ,
Quels font ces bizarres chemins ?
Avides d'un néant ſtérile ,
J'y vois s'égarer les humains.
Efclave né de qui le loue ,
L'homme que toujours l'homme joue ,
De fon orgueil fuit les accès.
Au fein du blâme qu'il évite ,
Tout l'entraîne , le précipite ,
Et fes chûtes & fes fuccès.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
De l'efprit fort erreur priſée ,
Ton éclat doit- il m'éblouir ?
Du coeur lâcheté déguiſée ,
D'un nom fameux crois- tu jouir ?
Surpris , frappé de ta baſſeſſe ,
Mon oeil découvre ta foiblefle
Sous le mafque de la fierté.
Le défeſpoir fait ton audace
Et tu pâlis de la menace,
Quand tu promets l'impunité.
Mais que vois- je ? Rien ne t'arrête
En tous lieux coule ton venin ;
Levant une fuperbe tête ,
L'impiété naît de ton ſein.
Non moins aveugle que farouche ,
Le blafphême fort de'ta bouche.
Quel eft le but de tes efforts ?
Vil efclave de la licence ,
Crois-tu donc fuir la dépendance ,
Etouffant le cri du remords ?
Une Euménide plus cruelle
Vient encor frapper mes regards ;
La Diſcorde marche avec elle ;
A fes côtés font les Hazards.
OCTOBRE. 1748. 77
Affile fur des debris d'armes ,
Elle s'abreuve de nos larmes ;
Arrêtez , féroces guerriers ;
Sortez d'une aveugle manie ;
Ne prodiguez pas votre vie
Pour d'imaginaires lauriers.
Moins braves que cruels , peut- être
N'êtes-vous grands qu'en vos fureurs >
Quoi ! ne vous ferez - vous connoître
Que par d'immortelles horreurs ?
Quel eft le démon qui vous prefle ?
Quelle eft cette fanglante yvreffe
Quel eft le prix de vos hauts faits
La haine & l'effroi de la Terre.
Qu'y laiffez- vous après la guerre ?
Le fouvenir de vos forfaits.
***
L'intérêt ou la jaloufie
Sont l'ame de tous vos travaux ;
En combattant pour la Patrie ,
Vous ne voyez que vos rivaux .
Dans le péril , dans les allarmes ,
Leurs regards foutiennent vos armes ;
Vous cedez , loin d'être vainqueurs.
La crainte vous rend intrépides ;
D iij
78 MERCURE DE FRANCE
Héros , que vous êtes timides ,
S'il faut mourir fans fpectateurs b
Le Philofophe au front févere
Du fort brave la dureté ,
Et peu touché de fa mifere ,
Ne voit que la poſtérité.
'Affranchi de la loi commune
Des caprices de la fortune
11 fe venge pår fes dédains.
Fierté fauffe ; vaine rudeffe.
Il est encor moins de foibleffe
Dans ma douleur qu'en fes chagrins.
Fier d'une fortune rapide ,
L'homme encor à peine ennobli,
Fidéle à l'orgueil qui le guide ', `
Cherche à triompher de l'oubli,
'Sa main prodigue les largeffes ;
De fon fafte , de fes richeffes ,
De fes bienfaits quel eft le prix
A fon obfcurité premiere ,
Qu'ajoute l'opulence altiere ?
Quelques flateurs & des mépris.
XX
OCсTтOBRE. 1748. 79
Cherchons une gloire durable ;
Domptons les âges & le fort ;
Mortel , fans devenir coupable ,
Ofe être vainqueur de la mort.
La vertu généreufe , utile ,
Contre l'oubli t'offre un afile ;
Qu'elle préfide à tes projets.
L'unique fentier de la gloire
Eft moins d'étonner dans l'hiftoire ,
Que de mériter des regrets.
**
Loin ces noms acquis par le crime ,
€es noms , le prix des grands travers,
Que jamais ne ſuivit l'eſtime
Ces noms ,
;
horreur de l'Univers.
Caligula , tu vis encore ;
Néron tu vis ; & Rome abhorre
Vos noms fameux par fes malheurs .
Qui peut fans frémir les entendre :
Vivons , mais que fur notre cendre
Nos neveux répaudent des pleurs.
J. Lacoste, fils.
A Dijon ce 23 Août 1748 .
}
Dift
to MERCURE DE FRANCE.
P
EPIGRAMME.
Hilis , qui jufqu'ici ne fut jamais cruelle ,
Dédaigne mes foupirs & méprife mes feux ;
Philis vent qu'on dife d'elle ,
Au moins fit- elle un malheureux.
Par le même.
OBSERVATIONS fur les Corbeaux,
en réponse à une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , inférée dans le mois de Juillet
dernier.
'Auteur d'une Lettre , datée du Mans ,
regarde comme un Phénomene furprenant
, que des Corbeaux nichent fur
I'Eglife de S. Julien de la même Ville , &
il demande des raifons plaufibles de cet
évenement.
Il n'eft
pas difficile de répondre à cette
obfervation , fi l'on fait attention que de
tems immémorial on a fait cette remarque.
Ariftote , dans fon Hiftoire des Animaux ,
dit que les Corbeaux nichent dans les lieux
les plus efcarpés. * .
*
Arif. de Hift . Animalium , lib. IX. cap. 31.
OCTOBRE . 1748. SI
Jonfton , Naturaliſte Allemand , obſerve
après plufieurs Auteurs , que ces fortes
d'oifeaux font leur féjour dans les Tours
& les hauts Edifices , Turribus & celfis
Edificiis morari compertum *. Qu'il me foit
permis de joindre aux obfervations de ces,
grands hommes les miennes propres. J'ai
vô au haut des Clochers de la Cathédrale
de Senlis des Corbeaux y nicher. ( Ces
Corbeaux font ce que le vulgaire appelle
Corneilles , qui eft une espece plas petite
que le Corbeau proprement dit , lequel fe
loge rarement dans les bâtimens. ) Le haut
des Tours du Château de Vincennes lès-
Paris eft garni de nids de ces fortes de
Corbeaux. La Tour d'Iffoudun en Berry ,
auffi -bien qu'un Château délabré du Village
de Paudis , à deux lieues de- là , en renferment
beaucoup , & dans les creux des
Rochers qui environnent la Ville de Buffy-
Rabutin en Bourgogne , il y a fouvent des
Corbeaux qui y font leur couvée. Ces mêmes
oifeaux , qui font leurs nids dans des
Bâtimens ou des Rochers , les font quelquefois
fur les plus hauts arbres , femblables
en cela àquelques oifeaux de proye qui
nichent tantôt fur les arbres , tantôt dans
les trous de montagnes , ce qui fe remarque
en Touraine , où l'on voit differentes ef-
* Jonft. tit. VI. cap. 1. de avibus.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
peces d'Eperviers , qui nichent quelquefois
fur les arbres , faire leurs nids dans le
haut des roches près de l'Abbaye de Marmoutier.
De ces autorités & obfervations , qu'il
me feroit aifé de multiplier , il réſulte
qu'on ne doit pas être étonné de voir des
Corbeaux faire leurs nids fur le haut de
l'Egliſe de S. Julien du Mars.Ce qu'il faut
remarquer ,
c'eft que ces fortes d'animaux ,
en nichant fur les arbres ou fur les Edifices
élevés , ne changent point de pofition refpectivement
à la fuperficie de la Terre . Un
cas , qui pourroit embarraffer les Phyficiens
, feroit , fi ces fortes d'oifeaux , qui
nichent dans les lieux élevés , venoient à
dépofer leurs oeufs fur la terre , comme le
Crapeau volant , mais on n'a pas encore
vû cela , & vrai- femblablement on ne le
verra jamais , les ufages établis entre les
animaux dans chaque efpece étant conftans
& invariables. Les Corbeaux de la Suéde ,
dans la même efpece , nichent dans les endroits
les plus élevés , comme ceux de France
, & la même chofe s'obferve dans tous
les genres d'oifeaux ; on peut vérifier ce
que j'avance ici , par la lecture de l'admirable
Traité de M. Linnæus , fçavant Suédois
, intitulé , Fauna Suecica.
Je finis
par cette réflexion . La pratique
OCTOBRE.
1748. 83
conftante des oifeaux à faire leur nid chacun
dans leur eſpece , toujours à la même
élevation relativement à l'horifon , ne
pourroit- elle pas paffer pour un argument
péremptoire en faveur des deffenfeurs du
Dogme des Automates ?
A Paris ce 25 Août 1748.
鋼洗洗淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗淡淡說濶
A Mile Cleron , fur deux rôles de Vénus ,
l'un qu'elle a chanté dans l'Opéra d'Héfione
en 1743 , & l'autre qu'elle a joué lannée
derniere dans la Comédie des Graces.
Ouffrez , belle Cleron ,, que votre Tributaire
Vous apprenne à quel titre il reconnoit vos loix.
Vénus , ayant entendu votre voix ,
En fut jaloufe, & voulut , pour nous plaire ,
Qu'au milieu des jeux & des ris ,
Sous l'aimable nom de Cypris ,
Vous parûffiez en Reine de Cythere.
L'imprudente ne voyoit pas
Qu'en voulant ajoûter à fes divins appas
De vos fons la grace légere ,
Elle rifquoit affûrément
De perdre pour jamais fon cortége brillant.
Auffi depuis cette journée ,
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
Les Graces , les Amours , les charmes féducteurs ,
Qui de nos fens fe rendent les vainqueurs
Et qui pour vous l'avoient abandonnée ,
A vous quitter né purent confentir.
De tous les Dieux elle devint la fable ;
Mais d'un état fi déplorable ,
Elle effaya n'a guére de fortir.
'A * des maux , dont la Scéne eft encore frappée ,
Ma rivale , dit-elle , eft à peine échappée 1
Je veux qu'elle paroiffe une feconde fois.
Ma Cour ingrate & fugitive ,
La
voyant moins fraîche & moins vive ,
Connoîtra fon erreur, rentrera fous mes loix ,
Et mon fils pénetré de douleur & de honte ,
Dans Paphos , Cythere , Amathonte ,
Viendra relever mes Autels.
Foible projet qui devint inutile !
Ce Dieu , pour échapper aux regards materncis ,
Dans mon coeur fe fit un azile .
* Il n'y avoit pas long - tems que la fanté de Mile
Cleron étoit rétablie, quand elle a joué ce dernier rôle.
O C T O B R E .. 1748. 85
T
EPITRE
De Madame des Forges Maillard ,
à M. Titon du Tillet.
Iton , charmant ami , tel qu'on feroit en peine
(Pour en trouver juſqu'au nombre de trois ,
Les cherchât-on de Rome au pays des Chinois ;)
Titon , qui des bords de la Seine ,
Youlez bien m'envoyer une feconde fois
Quelques gentils paquets de laine ,
Je devrois bien rougir en vérité ,
De ma double importunité.
Mais comme on m'a donné pour nouvelle certaine
,
Que vous aviez fouvent commerce avec les Dieux,.
t
(Et je l'avois penfé des talens précieux ,
Dont votre belle ame eft parée , )
De-là j'ai cru qu'Iris, que l'on voit dans les Cieux ,
A l'abri de fon arc , richement colorée ,
Pour vous faire un plaifir que je recueille tout ,
D'un certain air galant vous éfiloit un bout
De fon écharpe bigarée .
Simon idée eft jufte , affûrez- la , Titon ,
Qu'en revanche un beau Papillon ,
Dont l'afle portera fa diverfe livrée ,
$6 MERCURE DE FRANCE.
Lui fera fous un mirthe , où renaît le bouton ,
Dans la tunique demi cloſe ,
Immolé de ma main fur un Autel de rofe ,
Prémices de cette faifon .
Pour vous , dont mes vers ni ma profe
Ne peuvent exprimer la noble affection ;
Au lieu d'une libation ,
Vous recevrez ,
ami , la pure effufion
Desfentimens d'un coeur fincere entr'autres chofes,
Et mon mari fera ma caution.
REPONSE de la même Dame, au Compliment
de M. de la Soriniere , imprimé
dans le fecond volume du Mercure de Juin,
page 110.
JE devrois vous répondre en ftyle d'Apollon,
A vous qui poffedez tous les dons du Parnaffe ,
Mais je me tais avec raiſon.
Vous écrivez mieux que Phaon ,
Et je n'ai de Sapho ni l'eſprit ni la grace ,
Si ce n'eft dans vos vers dignes d'Anacréon.
OCTOBRE. 1748. 87
LETTRE de M. de Montcarville , Lecteur
& Profeffeur Royal en Mathématique ,
à M. Remond de Sainte Albine.
MONSIEUR ,
L'Auteur de l'Effai fur la Marine des
Anciens vient de faire paroître un
Ecrit fatyrique , qui attaque la perfonne
& la réputation d'un des Membres les plus
illuftres de l'Académie Françoiſe & de l'Académie
des Sciences . Dans ce Libelle ,
qui attire l'indignation de tous les honnêtes
gens , M. de Mairan eft défigné comme
l'Auteur d'un Extrait inféré dans le Journal
des Sçavans au mois d'Août dernier.
Il s'agiffoit dans cet Extrait de rendre
compte de l'ouvrage que je viens de citer ;
on a eu le malheur de déplaire à M. Deflandes
, qui en eft l'Auteur , parce qu'on
ne l'a pas affés loué , & qu'on a relevé plufieurs
fautes groffieres de Géometrie . Jugez
, Monfieur , quelle douleur doit reffentir
un homme qui veut à toute force
paffer pour Géométre , Méchanicien &
Phyficien .
La colere de M. Deflandes m'auroit peu
inquiété , & j'aurois läiffé le Public , excellent
juge du vrai mérite , décider de la ca
98. MERCURE DE FRANCE.
>
pacité de M. Deflandes en Mathématique,
mais j'avoue que j'ai vû avec grande peine
que M. de Mairan foit accufé d'être l'Auteur
d'un Extrait auquel il n'a eu aucune
part. Il eft dans l'ordre que M. Deflandes
publie & écrive que cetExtrait eft mal fait,
mal écrit , mal digeré , rempli de fautes
&c. je ne puis vous en dire trop de mal
puifque c'est moi qui l'ai fait , & je n'ai
garde de louer mes ouvrages , fuivant la
bonne coûtume de M. Deflandes ; oui
Monfieur , c'est moi qui fuis l'Auteur d'une
piéce fi foible , fi médiocre . Je n'en rougis
point ; tout ce que je puis me reprocher
fur cet Extrait , c'eft d'y avoir paffé fous ſilence
plufieurs autres erreurs für la Méchanique
& l'Hydroftatique , & dont j'aurois.
dû avertir le Public.
Je ne puis , Monfieur , réparer en entier
l'offenfe qu'on vient de faire à un de mes
intimes amis ( M. de Mairan ; ) je ne puis
empêcher qu'on ne l'ait traité indignement ;
jamais Ecrivain en fureur & le mieux convaincu
de fes erreurs & de fes torts , ne fe
lacha d'une maniere plus indécente contre
un homme fi refpectable. Comment accorder
de pareils excès avec l'eftime & le
refpect que M. Deflandes avoit il
quelques mois pour . M. de Mairan &
dont il a donné des témoignages autheny
a
OCTOBRE. 1748. 89
*
tiques. Vous me direz , Monfieur , que
ce problême eft difficile à réfoudre : auffi
je laifle à M. Deflandes à en donner la folution.
Quant à moi , il me fuffit d'avoir
défabufé le Public fur cette étrange méprife
; je prends fur mon compte tout le mal
que M. Deflandes a dit de mon Extrait ; je
fuis feulement très- mortifié de ne pouvoir
réparer qu'en partie l'injure que l'on a fai
te à un Sçavant du premier ordre , & qui
n'a jamais parlé des autres qu'avec toute la
politeffe poffible.
Je vous prie cependant , Monfieur , d'être
perfuadé que les fautes que j'ai repriſes
font très-réelles , quoiqu'en dife notre Au
teur dans fa Brochure ; j'aurai quelque jour
occafion de le faire voir . En attendant ,'
j'ai l'honneur de vous renvoyer à mon Extrait
& à l'ouvrage même ; perfonne n'en
peut mieux juger que vous , & je m'en rapporterai
avec plaifir à quelqu'un qui a autant
de connoiffance dans les Beaux -Arts ,
que de goût pour bien écrire . Je fuis , & c.
Montcarville,
A Paris ce 25 Septembre 1748 .
* Voyez les Mémoires pour les Sciences & les Beaux-
Arts , de l'année 1748 , mois de Juillet , page 1361 .
MERCURE DE FRANCE.
STANCE S.
A. M. L. B. pour l'engager à quitter la cam
& à venir paffer le reste de
l'Automne en Ville.
pagne,
Tout languit dans notre contrée 3
Flore a perdu foh cher Amant ;
Déja l'impétueux Borée
Fait fentir fon fouffle bruyant.
Les jeux ont quitté nos prairies ,
Les plaifirs ont fui nos côteaux ,
Et déja les Nymphes tranfies
Mont fe cacher au fond des eaur ,
Le Vendangeur fous fa chaumiere ;
Près du foyer de fes ayeux ,
Du Dieu , que couronne le liere ,
Boit le nectar délicieux .
Pour quitter ce lieu ſolitaire ,
Ces deferts , ces triftes climats
N'attends point que le Sagittaire
Ait ramené les noirs frimats.
OCTOBRE. 1745. 91
Laiffe , fans toi , regner Pomone ;
Pour cueillir fes tardifs préfens ,
A la rigueur des froids d'automne
N'expofe point tes jeunes ans,
On ne voit que trop - tôt les ombres
Trembler à l'afpect de Minos ,
Et la mort fous fes voiles fombres
Enfévelir notre repos.
Des jours, que le Ciel te réferve ,
Sçais ménager les doux inftans ,
1
Et dans le falon de Minerve *
Viens préfider à nos talens.
Viens , par ton aimable préſence ;
De tes amis combler les voeux ;
Fais leur oublier ton abſence ;
Hâte- toi , viens les rendre heureux.
Dans notre séjour agréable ,
Où regne un éternel plaifir ,
Avec un foin inimitable
Nous varierons notre loifir.
* Piéce nouvellement ajoutée au bâtiment de
M. le C. D. D. à qui l'on a donnéle nom de Salon de
Minerve.
2 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt de la douce harmonie
Subiffant les aimables loix ¿
Au goût brillant de l'Aufonie
Nous unirons l'art des François
Tantôt l'agile Terpficore ,
Ranimant nos tendres chansons ,
Viendra nous redonner encore
De fon art les vives leçons.
Aminte d'un guerrier farouche
Nous peindra les amours vainqueurs ;
Les graces conduiront fa touche ,
Venus mêlera fes couleurs.
Pour moi , fuyant le vain délire
Des fougueux Chantres .d'Apollon ,
Vous me verrez chanter & rire
Avec le tendre Anacreon.
Vous me verrez convive aimable ,
Etendu fur un lit de fleurs
D'une felicité durable
Avec vous goûter les douceurs.
* Tableau déja commencé par M. D. P. représen
tant Hercule aux pieds d'Omphale.
OCTOBRE.
1748,
Par quelque tendre chanfonnette
Egayer vos plaifirs , vos jeux :
Au fon de ma foible mufette
Vanter vos tranfports amoureux,
Dans ces voluptueufes fêtes ,
Loin des brayans fracas de Cour ,
De myrtes nous ceindrons nos têtes
Nous louerons Bacchus & l'Amour.
:Parmi les Mufes & les Graces ,
Au fein des vrais amuſemens ,
}
Nous trouverons , malgré les glaces ,
Des plaifirs , des jours de printems.
Robillard , d'Orleans,
张洗洗洗洗洗洗洗洗洗:送洗洗洗洗洗
D'U NE part , fécurité dangereuse , on de
l'autre , allarmes mal fondées.
T
Andis qu'un des plus fçavans & des
plus illuftres Médecins de Montpellier
s'éleve avec force contre l'ufage d'inhumer
dans les Eglifes ; tandis que les
Etats de Languedoc prennent les précautions
les plus efficaces pour faire enfin ceffer
chés eux cet abus meurtrier, on peut rapporter
un fait qui doit raffûrer Meffieurs
94 MERCURE DE FRANCE.
>
du Languedoc contre l'allarme générale
qui a fuivi le Difcours du célébre Académicien
ou répandre dans la Ville de
Troyes une terreur générale, fi les craintes
de Meffieurs du Languedoc font bien fondées.
Dans le centre de la Ville de Troyes ,
au milieu du quartier le plus peuplé , eft
une Eglife Paroiffiale , plus grande que
celle de Saint Gervais à Paris ; cette Eglife
refferrée de toutes parts par des maifons
n'a point de Cimétiere . Les Paroiffiens les
plus zélés voyoient depuis long- tems avec
douleur leur Eglife , comme un champ
que les enterremens fréquens mettoient
continuellement en labour. Pour fupprimer
un fpectacle contraire à la propreté ,
voici le parti que l'on a pris , fans s'embar
raffer s'il feroit du goût de l'Académie de
Montpellier. On a fait une grande cave
voûtée , ou catacombe , qui regne fous tou
te l'étendue de l'Eglife , & qui eft deftinée,
comme une voirie générale, à recevoir
pêle-mêle tous les morts de la Paroiffe la
plus étendue de cette Ville. Au milieu
de l'opération , la ruine , qui menaçoit
plufieurs des principaux pilliers de l'Eglife
, auroit pu faire abandonner ce projet
, mais les pilliers ont été foutenus , la
cave a été achevée , & ceux qui avoient
OCTOBRE. 1748 .
95
imaginé ce projet out eû la fatisfaction de
rendre une Eglife , où l'on enterre tous
les jours , auffi propre qu'une Eglife où
l'on n'enterre jamais.
On ne nous confulta point fur cette en
trepriſe ; quelques perfonnes crurent que
nous devions donner notre avis fans en être
priés; elles nous accuferent même de regar
der cette cave , de l'oeil dont on nous accufe
fauffement de voir les nouveaux
fruits. Quoiqu'il en foit , depuis trois ou
quatre ans , on jette prefque tous les jours
des cadavres dans cette cave. L'odeur infecte
qu'elle répandit dès les commence,
mens dans l'Eglife , lorfqu'on l'ouvroir
fit penser à lui donner de l'air par des
tuyaux ou efpéces de cheminées , qui ont
leur iffue hors de l'Eglife. Cet expédient
n'a point diminué l'odeur qu'elle exhale ,
mais quand le vent où le foleil rabat la
fumée des cheminées , les exhalaifons de
la cave prennent le même cours , & fe
répandent dans la Ville auffi loin qu'il
plaît au vent de les porter. Dans les prin
cipes de l'Académicien de Montpellier , il
femble que l'on pourroit en partie faire
honneur à cette cave , des maladies qui
depuis deux ans ont enlevé dans cette Vil
le prefque autant de monde qu'il en eft
96 MERCURE DE FRANCE .
mort dans les dix années antérieures. Si
fuivant les mêmes principes , nous portons
nos vûës fur l'avenir , quel ravage en doiton
attendre , lorfqu'elle fera entierement
remplie ? Comment la vuider ? Comment
approcher d'un lieu fur lequel les oiſeaux
même en volant ne pafferont pas impuné
ment ?
Je reviens donc à mon premier raiſonnement.
Si avec une telle cave au centre
de notre Ville , nous pouvons être fans
allarmes & fans crainte , rien de plus fri→
vole , rien de plus déraisonnable que les
craintes de Montpellier , mais fi les allar
mes de M. du Languedoc font bien fondées....
Il ne me conviendroit pas d'ajoûter aux
preuves du fçavant Académicien de Montpellier.
Cependant , pour fervir d'avis à
mes compatriotes , qui ne font pas à portée
de lire fa Differtation , voici ce que dit fur
cette matiere notre Boerhaave François
après avoir parlé dans fon Traité de Morborum
caufis l. 1. cap. 4. du ravage que
l'air fait dans les corps en certaines faifons
& fous certains climats , il ajoute : Vitiata
aëris fubftantia gignendorum Morborum
multò-majorem vim obtinet..... cadaverum
putrefcentium expiratione gravi inquinatur ,
polluitur
OCTOBRE . 1748. 97
polluitur , labefactatur , ut peftilentia feminibus
, vel coelitus immiffis , vel infe genitis.
Monuiffe fat eft.
Chappu , Medic.
EGLOGUE.
A M. M. S. qui avoit récité à l'Auteur la
neuviéme Eglogue de M. de Fontenelle.
TU voulo'sl'autre jour , pour m'éprouver fans
doute ,
Me faire de l'Amour appréhender les feux :
Tu te trompois : un coeur qui n'eft pas amoureux ,
Ignore des plaifirs la véritable route.
Non , Ifméne , l'Amour n'est pas trop dangereux .
Quel plaifir plus parfait de pouvoir fans contrainte
Dans les prés , dans les bois , aux accens des oi
feaux
Mêler les doux foupirs , & répéter ſa plainte ,
Ou chanter fes amours au rivage des eaux !
Tout trace de l'Amour les agréables charmes :
Sur l'écorce des bois galamment compaffés ,
Les chiffres des amans , l'un dans l'autre laffés ,
Excitent des paffans les amoureuſes larmes ,
Et l'on entend des monts les échos langoureux
Redire que l'Amour n'eft pas trop dangereux.
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Alcidor , languiffant aux genoux de ſa belle ,
N'ofoit lui dérober une foible faveur ,
Quand Amynte lui dit , je ne fuis pas cruelle.
Hélas ! Crains- tu , Berger , de m'engager to
coeur ?
Va , je vois à travers ton filence amoureux ,
Que l'Amour pour ton coeur n'eſt pas trop dange
reux .
Les leçons en Amour ont beaucoup de puiffance .
Le Berger s'en voulut de fa timidité ,
Mais bientôt fon amour, qui rompit le filence ,
Fit le premier effai de fa docilité.
1 devient plus hardi ; dans un tranfport charmant
11 embraffe le fein de fa jeune bergere ,
Et lui jure qu'il eft fon plus fidéle amant,
Il alloit le prouver , lorfque toute en colére
Amynte repouffa fon air audacieux.
Eh quoi ! dit le Berger devenu témériare ,
L'Amour , m'avez - vous dit , n'eft pas trop dange
reux,
Il avoit bien raiſon . Pourquoi dans le bel âge ,
Quand on peut s'accorder des innocens plaifirs
Redoute - t'on fi fort de l'Amour l'esclavage ,
Et fe refufe - t'on aux amoureux foupirs ?
Oui , tout eft raviffant dans les loix de Cythere ,
Et malgré qu'on y perd la fade liberté ,
OCTOBRE. 1748. 99
On s'aime , & la vertu , qui devient moins aufre ,
Trouve dans fes liens une félicité ,
Qui fait fentir aux coeurs , même aux plus dédai¬
gneux ,
Ilméne , que l'Amour n'eft pas trop dangereux,
Quel feroit ce danger ? Eft-il faux , véritable ?
Ah ! ſi je m'en rapporte à mes penchans fecrets ,
Si j'écoute l'ardeur qu'inſpirent tes attraits ;
Non , je ne trouve rien dans l'Amour que d'aimable.
Près de toi qu'il eft doux ! On chérit la foibleſſe ;
Et la vivacité , qui perċe tes beaux yeux ,
Dans le coeur d'un amant fait redire fans cefle
Ifmé ne , que l'Amour n'eft pas trop dangereux.
XXX:XXX **X*X*
S₁
A LA MESME.
Pour un jour qu'elle avoit quêté.
I nous euſſions vêcu dans les tems déplorables ;
Où les hommes trompés adoroient leurs femblables
,
Moi-même le premier , vous dreffant des Autels ,
Je vous euffe invoqué par des voeux folemnels .
D'une Déeſſe en vous j'ai vû la vraie image.
Non , fans doute , Urazie au printems de fon âge ,
N'étala dans Paphos les charmes précieux,
E ij
385261
100 MERCURE DE FRANCE
Que la nature en vous prefentoit à nos yeux ,
Lorfque des indigens vous quêtiez la fubftance;
Qu'on fe plaifoit à voir votre douce éloquence !
Un gefte , qui parloit , attendriffoit les coeurs :
Et l'éclat de vos yeux , par leurs charmes vain,
queurs ,
Bien mieux que le defir d'affifter l'indigence ,
Vous donnoit près de nous une fûre audience.
Par M. A. M. D.C.
De Châlons-fur- Marne , le 31 Août 1748.
KAYDID3D3DGDGARDED EAEDYA
LETTRE de M*** . à M. Nicole , de
l'Académie des Sciences. Du 18 Septem
bre 1748 .
V
Os confeils , Monfieur , & ceux de
mes amis , viennent de déterminer
mon amour-propre , à faire part au public
de mes idées fur le choix d'un endroit
pour placer la ftatue du Roi , mais le même
motifm'engage à vous prier de ne me point
nommer.
De quatorze emplacemens que j'ai examinés
, je n'ai trouvé de convenables à la
dignité de l'objet à remplir , que ceux qui
aboutiffent à la Riviere , parmi lesquels
j'ai crû que le préferable étoit de former
OCTOBRE. 1748. 101
tine Place en espéce de demi cercle ou entonnoir
, aboutillante pour la face fur le
Quai de Gefvres , dans toute l'étendue
d'environ foixante & douze toifes qui fe
trouvent entre le Pont Notre-Dame & le
Pont au Change ; par derriere proche l'Eglife
S. Jacques ; d'un côté à la ruë des
Arcis , & de l'autre à la rue de la vieille
Jouaillerie , proche le Grand- Châtelet.
Je ne vous parle point de la compofition
, ni de l'Architecture de cette Place ,
fur laquelle on ne doit attendre que du
beau de Meffieurs des Bâtimens & de l'Académie
d'Architecture , fur un objet fi
digne de leur émulation. Le mien eft de
fgavoir fi cer emplacement fera approuvé
du Public , & des Supérieurs chargés de la
décifion . Ainfi je ne ferai que quelques
obfervations fur l'ornement, la commodité;
& les points de vûë de cette Place , dont,
felon moi , le principal & le plus décent ,
feroit un Hôtel- de-Ville , fur lequel j'entrerai
dans un plus grand détail .
On peut donner à cette Place environ
foixante toifes d'ouverture du côté de la
Riviere , fur environ quarante-cinq ou
cinquante de profondeur ; le fond feroit
plus étroit , & terminé par un Arc- de-
Triomphe , qui déboucheroit du côté de
l'Eglife Saint Jacques de la Boucherie . On
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
pourroit même ouvrir une rue depuis cer
Arc-de-Triomphe jufques fur la rue des
Lombards , dans la partie aboutiffante proche
la rue des Cinq Diamans.
J'avois d'abord deftiné le côté de cette
Place , qui fait face au Pont au Change
à conftruire un Hôtel pour le Gouverneur
de Paris , & l'autre pour les Bâtimens du
Roi , mais on préferera peut- être d'autres
édifices , ou même d'entourer cette Place
de boutiques pour caractérifer par un
monument célébre l'amour du Roi pour
fon peuple.
Quant à l'Hôtel-de- Ville , je crois que
pour en conftruire un bien placé , il faur
prendre tout le terrain qui eft entre la
Riviere & la rue de la vieille Draperie ,
aboutiffant par les deux bouts au Pont
Notre-Dame & au Pont au Change ;
conftruire d'un Pont à l'autre un Quai parallele
à celui de Gefvres , & fur la même
parallele la face de l'Hôtel- de - Ville d'environ
foixante-douze toifes de longueur fur
quarante-fept de profondeur , y compris
les cours & le paffage du Quai . Tout cet
emplacement contient environ trois mille
toiles de fuperficie à acheter , ainfi que
celui ci- deffus propofé pour la Place du
Roi.
Je me propoſe de préſenter des plans
OCTOBRE . 1748. 107
ne
de diftribution & de conftruction pour
cet Hôtel - de - Ville , mais je me réferve de
le faire qu'après avoir vérifié fi les
emplacemens que j'indique ferontapprouvés
, ou s'il n'y a point de détermination
prife pour d'autres .
J'ai pour la maffe des bâtimens deux
projets differens , dont l'un coûteroit bien
moins que l'autre , parce qu'il logeroit
beaucoup moins de monde , que je crois
convenable de raffembler dans l'Hôtel- de-
Ville , & furtout le Prévôt des Marchands
& fes Bureaux , mais dans l'un & l'autre
je deſtine la face fur la . Riviere pour les
Fêtes , avec un falon accompagné de ce
qui convient pour la commodité & la fu
reté du Roi , quand il jugera à propos d'y
venir .
Il fe trouve des falles féparées pour les
differens ufages , & furtout pour les
Payeurs des Rentes , qui ne fe trouveront
plus dérangés , ou plutôt le public , par la
fufpenfion de payement qu'occafionnent
les échafaudages & préparatifs pour les
réjoüiffances que donne la Ville.
Ily aura des débouchés fur quatre ruës &
prefque tout fera voûté , ce qui rendra ċet
édifice d'une conftruction plus coûteuſe ,
mais plus durable , & hors des rifques des
bâtimens ordinaires.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
En face de la porte de derriere , du côté›
de la rue de la vieille Draperie , il conviendra
d'ouvrir une ruë neuve aboutiffante fur
le Marché Neuf, & par un tour d'équiere,
à la rue qui conduit à Notre- Dame.
On pourroit par la fuite former de la
Place du Roi , du canal de la Riviere , &
de l'Hôtel de -Ville , un enfemble , dont
la magnificence feroit l'admiration des
Etrangers . Ce feroit enfupprimant toutes
les maifons qui font fur le Pont Notre-Dame
& le Pont au Change; & en conftruifant
à la place des trotoirs une Colonade aboutiffante
d'un bout à la Place du Roi , & de
l'autre à l'Hôtel- de- Ville . Les projets cideffus
font fufceptibles de réduction de
moitié de dépenfe , fans ceffer d'être trèsbeaux
.
Je crois remplir plufieurs objets.
Je place le Roi au milieu de fon peuple ,
& d'une maniere qui répond , ce me femble
, à fa magnificence & à fa bonté .
De cette Place partiront les Feux d'arti
fice, qui fe verront de l'Hôtel - de-Ville d'une
façon plus agréable & moins dange
reufe que par le paffé.
Des débouchés partout , qui garantiront
du défordre ; & la commodité au peuple
de voir les fêtes fans courir de rifques.
L'Hôtel-de-Ville rentre dans l'ancienne
OCTOBRE.
1748. 105
Cité de Paris , dont on décore par ce
moyen les deux plus vilains quartiers.
Les réunions ou tranſlations de trois petites
Eglifes , qui fe trouvent proche la rue
de la Pelleterie , cauferont moins de dommage
que tous les autres projets .
. Il eft auffi à obferver que pour les deux
beaux atteliers que je propofe , on peut
faire par la Riviere les approches de tous
les matériaux , & les enlevemens des terres
& gravas, ce qui, par beaucoup de raifons,
doit encore entrer en confidération , ainfi
que la commodité complette pour
les niveaux
de pente.
Je laiffe , à ceux qui nous fuccéderont ;
l'exécution du projet de rétablir le Port S.
Landry dans toute l'étendue depuis le Pont
Notre- Dame, jufques proche le Pont- Rouge
, qui peut-être fera remplacé par un
pont de pierre , auffi inutile , à mon avis ,
que le courant de Riviere , qui y aboutit ,
& que je fupprimerois par la jonction des
Quais & des deux Ifles , qui n'en feroient
plus qu'une.
Je fuis , &c.
ET
106 MERCURE DEFRANCE.
CACACACACACƏCƏYAYAYAYA VI
O DE
CONTRE L'Auteur anonyme de plufieurs
libelles diffamatoires , affichés pendant la
nuit dans les rues de la Ville de de Vienne,
en Dauphiné.
I Mpitoyables Eumenides *
Vous , noires filles de la nuit ,
Dont d'ardens flambeaux font les guides ,
Et que Phorreur fans ceffe fuit ,
Sortez des goufres du Tartare.
Une main , cent fois plus barbare
Que celle qui conduit vos coups ,
Répand l'effroi deffus la terre ,
Et bravant l'effet du tonnerre ,
Devient plus à craindre que
vous.
Ceffez dans les Royaumes fombres
De tourmenter les malheureux.
D'un mortel , pire que vos ombres,
Venez punir le crime affreux
Il ofe tout , le téméraire !
2.
* Les furies occupées dans les enfers à tourmentor
les criminels.
OCTOBRE. 1748. 107
Rien ne l'arrête en fa colére ,
Et fans reſpecter aucun lieu ',
On lit les effets de fa rage
Aux portes de l'Aréopage * ,
Et jufques aux Temples de Dieu
*3x+
Toute époufe fe livre au crime
Suivant les infâmes écrits ;
Aucune n'eft digne d'eſtime .
Arthémiſe eſt une Cypris.
Des femmes , dont le caractére
Eft d'être fages , mais de plaire ,
Se proſtituent , ſelon lui ;
Il le dira dans un libelle ,
Tracé d'une main criminelle ,
Qui l'affiche pendant la nuit.
***
Monftre , d'autant plus homicide ,
Qu'il vit inconnu parmi nous ,
Et
que
l'innocence timide
Se prête peut-être à fes coups
Peut-être , en frappant ; il confole
Peut-être , en flatant , il immole
Car enfin , n'étant point connu
Qui fçait , fi notre domicile
"
* On a trouvé des affiches fur les portes du Palais
fur celles des Eglifes
Evi
108 MERCURE DEFRANCE.
Ne lui fert pas fouvent d'azile ,
Venant d'attaquer la vertu a
炒菜
Pourquoi fur le front d'un infâme
Ne pas découvrir la noirceur ,
Que le traître au fond de fon ame
Porte & recéle dans le coeur ?
Défaut honteux à la nature ,
De permettre que l'impofture
Se déguife aux yeux des mortels.
La main du coupable eft cachée
Et l'innocence eft accufée
Des projets les plus criminels..
**
Pour qui réfervez-vous la foudre ,
Puiffant Maître de l'Univers ?
Que ne réduifez- vous en poudre.
L'Auteur de la proſe & des vers ,
Qui caufent nos juftes allarmes ?
Nos femmes , nos filles en larmes ,
Se profternent à vos genoux..
Objets d'une injufte colére ,
L'une frémit aux yeux d'un
pere ;
L'autre tremble à ceux d'un époux,
De tant d'innocentes victimes
OCTOBRE . 1745. 109
Daignez terminer la douleur ;
Précipitez dans les abîmes
Ce lâche salomniateur.
Puniffez fa noire malice
D'un nouveau genre de fupplice ;
Qu'on n'ait point vû dans les enfers,
Et que fon nom foit une injure ,
Qui ferve à la race future ,
Pour défigner les coeurs pervers.
N..... à Vienne en Dauphiné.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine,
fur les accidens extraordinaires
d'une groffeffe.
Oici , Monfieur ,
une obfervation
Chirurgicale , que je lûs dernierement
dans une de nos Séances Académile
de Rouen , & dont je crois ques que
public a intérêt d'être inftruit . C'est dans
cette confiance que je vous l'adreffe , la
voie du Mercure étant la plus fûre pour les
Auteurs & les Curieux.
Une Dame de cette Ville , âgée d'envi
ron trente-trois ans , a eu en differentes
années cinq accouchemens, qui fe font trèsbien
terminés. Depuis cela , elle eſt reſtée
10 MERCURE DE FRANCE.
trois ans fans aucun dérangement , après
lefquels ce qui eft périodique à fon fexe ,
fe trouva fupprimé l'efpace de trois mois ,
mais une ample évacuation lui fit récou
vrer fon premier état . Un an après , elle
eft devenue enceinte. Sa groffeffe lui ayant
paru differente des autres , dès qu'elle fut
parvenue au terme de quatre mois , elle
me fit appeller le 27 de Juin dernier , &
me déclara que dès la fixiéme ſemaine elle
avoit fenti les mouvemens de fon enfant ,
ajoûtant qu'elle avoit le ventre fi particulierement
élevé , qu'elle ne connoiffoit
rien àfon état. Ce qui l'inquiétoit davanrage
, c'eft qu'elle avoit près de la hanche
droite une tumeur dure & tenduë , qui lui
étoit douloureuſe , furtout quand elle y
pofoit la main , ou qu'elle élevoit le bras
droit. Comme toutes les queftions qu'elle
me faifoit fur fon état étoient embarraffantes
, je touchai les tumeurs , & je remarquai
qu'elle avoit la partie moyenne
de l'hypogaftre , élevée , tendue & dure ,
& à côté , en tirant vers la hanche droite ,
une autre tumeur du volume d'un gros
euf de poule des Indes. Ces deux tumeurs
étoient féparées par une ligne , large d'environ
un demi doigt , & longue d'environ
trois pouces. J'appuyai un peu fur ces
tumeurs , pour fçavoir laquelle des deux
OCTOBRE . 1748. ITI
étoit la plus douloureufe. La Dame ne ſe
plaignit , que quand je touchai celle qui
étoit du côté de la hanche . Je m'informai fr
elle n'y fentoit pas quelques élancemens ,
& fi la couleur de la peau n'étoit point
changée ; elle me dit que non . Après cer
examen , je penfai que le diagnoftic que
j'avois à établir de cette groffeffe , étoit
plus
plus aifé à faire, qu'il ne l'étoit de corriger
les accidens qui l'accompagnoient. Le
danger étoit évident , mais fans faire connoître
à la malade l'état fâcheux où je la
trouvois , je lui propofai la faignée du
bras , ce qui fut exécuté le lendemain . Je
me flatai que cette faignée lui pourroit
apporter du foulagement , en relâchant les
vaiffeaux utérins qui étoient trop engorgés
, mais avant de faire la faignée , j'avois
eu la précaution d'expofer au mari le
danger que couroit la malade , non-feulement
parce que j'avois remarqué que le
fond de la matrice contenoit un enfant
mais parce que je foupçonnois encore
quelque corps étranger dans la corne
droite de la matrice , & que je concevois
ce corps , ou comme un foetus , ou comme
le placenta de celui qui étoit defcendu
dans le fond de la matrice , ou enfin comme
un faux germe. Le mari me demanda
ce qu'il convenoit de faire dans une pa
17 MERCURE DE FRANCE.
reille circonftance . Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les faignées du
bras provoquoient fouvent le détachement
des faux germes , & le relâchement des parties
trop tendues : que fi nous étions allés
heureux pour que la faignée produifit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de fe flater que la malade fe rétabliroit en
peu de tems..
>
Le fuccès répondit à mon pronoftic ,
car la nuit fuivante , la malade fut prife
d'une violente perte de fang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fut ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranfportai fur le champ
mais je fus fort furpris de trouver la malade
dans des foibleffes fi grandes , & fi
fouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'effayai cependant d'avoir le placenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que da
côté droit je la trouvai ſquirreufe , depuis
fon fond jufqu'à fon orifice.
Heureufement pour la malade , j'étois
inftruit de fon état . Je portai donc la´
main fur fon ventre , & je remarquai que
la matrice étoit bien diminuée , mais que
la feconde tumeur étoit telle , que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui .
m'obligea de rompre le cordon ombilical ,
OCTOBRE. 1745. 11$
& voici la raifon qui m'y détermina . Si
( difois je en moi- même ) l'arriere faix eft
dans la corne de la matrice , il eft impoffi
ble de l'avoir préfentement ; fi au contraire
il eft dans le fond de l'uterus , par
fon féjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
fuppuration qui doit fe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui fe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera auffi
diminuera de volume , & par la fuite tom
bera dans le fond de la matrice :ainfi on
aura lieu de les avoir tous deux .
Quoique toutes ces efpérances fuffent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poffibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois . J'expofai mes
craintes & mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penfa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleffe , & qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant fept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux
germe de la
longueur de quatre travers de doigt fur
environ trois de large , & épais de deux ;
il avoit à chaque extremité une languette,
11 MERCURE DEFRANCE.
reille circonftance . Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les faignées du
bras provoquoient fouvent le détachement
des faux germes, & le relâchement des parties
trop tendues : que fi nous étions allés
heureux pour que la faignée produifit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de fe flater que la malade fe rétabliroit en
peu de tems..
>
Le fuccès répondit à mon pronoftic
car la nuit fuivante , la malade fut priſe
d'une violente perte de fang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fat ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranfportai fur le champ
mais je fus fort furpris de trouver la malade
dans des foibleffes fi grandes , & fi
fouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'effayai cependant d'avoir le placenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que du
côté droit je la trouvai fquirreufe , depuis
fon fond jufqu'à fon orifice .
Heureufement pour la malade , j'étois
inftruit de fon état. Je portai donc la
main fur fon ventre , & je remarquai que
la matrice étoit bien diminuée , mais que
la feconde tumeur étoit telle , que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui .
m'obligea de rompre le cordon ombilical
OCTOBRE. 1745.
& voici la raifon qui m'y détermina . Si
( diſois je en moi- même ) l'arriere faix eft
dans la corne de la matrice , il eft impoffi
ble de l'avoir préfentement ; fi au contraire
il eſt dans le fond de l'uterus , par
fon féjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
fuppuration qui doit fe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui fe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera auffi ,
diminuera de volume , & par la fuite tombera
dans le fond de la matrice : ainfi on
aura lieu de les avoir tous deux .
"
Quoique toutes ces efpérances fuffent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poffibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois. J'expofai mes
craintes & mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penfa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleffe , & qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant fept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux germe de la
longueur de quatre travers de doigt fur
environ trois de large , & épais de deux
il avoit à chaque extrêmité une languette,
14 MERCURE DEFRANCE:
longue d'environ deux pouces. Par l'exa
men que nous en fîmes , nous remarquâmes
qu'il portoit l'empreinte de la cavité
d'une des cornes de l'uterus , & que la cu
meur étoit diffipée .
La malade par cet heureux évenement
a recouvré affés promptement un état de
fanté , auffi bon qu'on pouvoit le defirer ,
malgré le fquirre dont quelques parties de
la matrice font encore attaquées.
Telle eft , Monfieur , la conduite que
j'ai tenue , & quoique la réfidence de l'arriere-
faix dans la matrice , fept jours après
la fortie du foetus , doive paroître à bien
des perfonnes d'une dangereufe conféquence
, la réuffite prouve qu'il eft de
fa prudence d'un Chirurgien de faire
fervir à fes vûës , jufqu'aux chofes qui pa
roiffent répugner à la pratique ordinaire ,
dans les cas fur-tout où il n'a que fa raifon
pour le conduire. Je fuis , &c.
A Rouen ce z Septembre 1748 .
Thibault
OCTOBRE. 1748. 1 $
BOUQUET
Pour le jour de Saint Louis , à M. le Cheva
lier d'Andigné , Capitaine au Régiment
de Piémont , par M.
Q
par M. P....
Ue peut t'offrir mon coeur , Louis , pour
ton Bouquet ?
Flore dans fes jardins , dans fes plus beaux par
terres ,
N'étale rien d'affés parfait ?
Hélas ! que ces fleurs paffageres
Flatent peu ton ambition !
Je connois ta dévotion ,
Ta ferveur , & ton zéle en ce grand jour de Féte
De ton pieux Patron , du plus faint de nos Rois
Tu defires porter la Croix ;
Cher ami , je te la fouhaite.
116 MERCURE DE FRANCE
INSCRIPTION pour le Cadra
Solaire du Jardin d'une penfion.
Tia Ruris & Urbis opem locus exhiber iſte ,
Ludorum & ftudii dirigit hora vices.
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
du Mercure de Septembre , font la
Quenouille , le Limaçon , la Lettre A , la
Langue , Louife & Vertumnus . On trouve
dans le premier Logogryphe , en ajoûtant
les lettres défignées par l'Auteur , Lot, Sole,
Sol, Si, fel, oni, Lois, Voile de Navire , Voile
de Religieufe , Loup , Louis , Roi de France
, des Louis. Dans le fecond , ver , rus ,
mus , tres › nervus , Turnus , veru , nurus
& munus.
COROPORARA YO PARA SATsako
LOGOGRYPHE.
E fuis un enfant du génie ,
De la Nature un noble effort ,
Qui bien fouvent après la mort
Fais revivre celui qui me donne la vie .
Sans coeur , du Dieu de l'harmonie
Je fuis le plus cher inftrumens
OCTOBRE .
117
1748.
Chés moi, par plus d'an changement ,
Une Cité de Normandie ,
Des plus Normandes qu'il y ait ,
Se trouve avec ce que pas un ne hait.
Item. Un faint que l'Eglife conronne.
Ce qu'au fond du tonneau la liqueur abandonne
Ote ma tête , auffi -tôt fous tes yeux
Un fou plus effronté que le Dieu des batailles ,
Va le verre à la main , & fans quitter les Dieux ;
Foudroyer des remparts , renverfer des murailles
Et meubler les Palais qu'il bâtit en tous lieux,
D'en dire davantage ,
JE
Ami Lecteur , il ſeroit ſuperflu ,
Car-je crois qu'à ton âge
Plus d'une fois tu me vois , tu m'as va
AUTRE.
E parois chaque mois pour plaire aux curieux
On me trouve amufant , quelquefois ennuyeux.
Voila , Lecteur , ce que je fuis au jufte.
Pour découvrir mon nom , fi tu veux cependant
Un plus grand éclairciffement ,
Je vais te contenter, Sorti d'un fang augufte ,
On me connoît parmi les Dieux ;
J'y tiens un rang même affés glorieux .
Prends mes trois premiers pieds ; je fuis épouvan
table ,
>
118 MERCURE DE FRANCE.
Pour ma grandeur on ne vit rien de tel ;
C'eft de moi qu'on tire le fel.
De mes quatre derniers l'effet eft admirables
Aux maux les plus grands je mets fin ;
Dans la Ville mon nom te défigne un chemin
Je fais un mets qu'on fert à table ;
Le canal d'un petit ruiffeau ;
Une craffe qui vient fur l'eau ;
Une plante médicinale ;
Un Bouclier , ou bien une pièce d'argent,
La Mufique , ce beau talent ,
Sans moi feroit imparfaite , inégale.
Je fuis encore une Planette.
Mais n'allons pas chercher fi loin.
D'en dire tant qu'eft il beſoin ?
Ma langue , foyez donc difcrette ;
Toi , pour me deviner , n'implore pas les Dieux ;
Car tu me tiens , ou tu m'as fous tes yeux .
S
J. F. Guichard,
AUTRE.
Uis-je un bien ? Suis - je un mal ? Confultez l'U
nivers ,
Vous trouverez partout des fentimens divers .
Je fais fouvent votre mifere ,
Et ce cas par malheur ,
Hélas ! n'eft que trop ordinaire
OCTOBRE . 1748. 119
Souvent auffi je fais votre plus grand bonheur,
Faifons nous encor mieux connoître .
Sept membres font mon tout , qui pris diverſement,
Pourront bien- tôt peut être
Me dévoiler entierement .
J'offre d'abord un nom & faint & refpectable ;
Ce que dans ce moment vous touchez de la main ¿
Un mets utile & convenable
A Manon , Lifette & Catin ,
Ainfi qu'à bien d'autres femelles a
Ce chacune d'elles
que
Voudroit avoir , & dès demain.
Un grand & fçavant perfonnage,
Connu jadis dans l'Orient .
Un Roi riche , fçavant & fage ;
Un amas d'eau , meurtrier inftrument ;
Ce que voudroit cacher l'aimable Célimene ,
Servante allés connuë ; un nom doux , gracieux ,
Mais dont l'efpéce eft rare , & qu'on trouve aveo
peine ;
Ce qu'un Rimeur fait de fon mieux ,
Et cependant qui bien fort l'embarraffe;
Le principe de certain Art ;
Ce qui de nous eft la plus noble part ;
Elément , tantôt chaud , & tantôt plein de glace ;
Le contraire du doux ; mal horrible & cruel ,
Un poiiflon ; péché mortel ;
120 MERCURE DE FRANCE
A certain âge récompenfe ,
Dont parfois un Pédant fait libéralité ;
Dans la Turquie Officier reſpecté ;
Ville ancienne en lieu loin de la France ;
Inftrument de fupplice. Arrêtons , car je croi
Que plus d'un Lecteur jure & pefte contre moi,
P
LOGO GRYPHU S.
Ars hominum fublimior , aut nemo um decus
Aufer
Collum, mox faliens Cerealia curro per arva.
Collum & ventrem junge pedi , datur altera forma,
Et noctis fio tranquil æ argenteus humor,
Denique fiventrem poftremo cum pede jungas ,
Durior en hominis pars fum ,
feu gloria vultus.
M
ALTER.
Embris quinque , dolis inftructus & arte
malignâ
Tenator fum. Scinde pedes , liquor extat amarus.
Si caput & collum refeces , tunc inter amicos
Perfæpe ambiguas damnofafque excito rixas..
J
ENIG ME.
E fuis un tyran redoutable ,
Qui porte avec lui la terreur ,
Mais une ennemie implacable
Peut
OCTOBRE . 1748. 121
Peut feule arrêter ma fureur .
Quelquefois cependant je mépriſe ſa rage ,
Et , malgré les efforts, j'en fais plus de ravage.
Mais qui me donne l'être hélas fouvent un rien.
Prudent Lecteur , penfez - y bien ,
Ce rien , fi l'on n'y remédie
En un moment excite ma furie.
Pour lors , qui peut appaiſer mon courroux
Je Luis pourtant d'un uſage bien doux ;
Il eſt des tems où je ſuis néceſſaire ,
Et que je fais l'objet de vos défirs ;
Même fouvent on me préfere
A tous autres plaifirs .
AUTRE.
Mon art eft , dit- on, fort antique ;
Et quoiqu'en dife la critique ,
Je fuis un des plus beaux de tous ;
Lecteur , je m'en rapporte à vous.
A la Ville , à la Cour , je fuis toujours d'uſage ;
C'eftmoi qui produis les curieux ouvrages ;
Je fuis utile en guerre , en amour , en procès.
J'ai fouvent mis au jour les plus affreux forfaits
Vérités , faufletés , font pour moi même chofe ;
Je fournis aux Cenfeurs des ſujets à leur gloſe.
Je fais dans l'Univers ftablement établi .
Quelque habile & fçavant que devienne un Auteus;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Fût il beau Profateur, fut- il maître timeur ,
Sans mon fecours , hélas ! il refte dans l'oubli.
Je donne des louanges & je dis des injures ;
J'ai l'art de peindre au vrai , d'imiter la Nature.
Artifans , Roturiers , Marchands &grands Seigneur
Prélats , Maltotiers , reffentent mes faveurs ;
Aux petits , comme aux grands , je fuis très - n
ceffaire ;
Sans moi je ne crois pas qu'on puiffe faire affaire
C'est moi qui dévoilai les Myfteres des Dieux,
A ces traits aifément tu pourras me connoître ,
Je voudrois me cacher pour ne jamais paroître
Mais cependant, Lecteur, tu me vois fous tes yeu
Par M. de la Grée , le fils .
RECIT DE BASSE.
V
Ents déchaînés , Aquilons furieux ,
Vous ravagez toute la terre ;
Foudres bruyans , redoutable tonnerre ,
Vous rempliffez d'effroi les plus aimables lieux ;
Tout tremble à votre abord , tout frémit , & mon
ame
Croit tomber pour jamais dans l'éternelle nuit ;
Vous faites, il eft vrai , grand fracas & grand bruit , ”
Vous en faites moins que ma femme.
L'air & les paroles font de M. de Launay,
THE
RANI
UN
MOUNDATIONS
.
URARY
OX
AND
DATIONS
""
34
OCTOBRE. 1748. 12§ .
送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX -ARTS , &c.
L
EÇONS de Phyfique expérimentale .
Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres & Maître de Phyſique de '
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. TOme
IV. A Paris , chés les freres Guerin
rue Saint Jacques vis- à - vis les Mathurins ,
à Saint Thomas d'Aquin. 1748. pages'
528 , fans y comprendre la Table des Matieres.
*
Ce quatrième Tome contient les principales
expériences qu'on peut faire fur
l'eau & le feu , & qui fervent à faire connoître
la nature & les propriétés de ces
deux élémens. M. l'Abbé Nollet , confidérant
d'abord l'eau dans l'état de liquidité ,
donne les moyens de la purifier , & ſpécialement
de deffaler l'eau de la mer ; il
compare la péfanteur fpécifique de l'eau
la moins chargée de corps étrangers, à celle
de l'or , du mercure , &c ; il détermine
le degré de dilatation & de chaleur que
l'eau reçoit dans le vuide ; il fait voir que
leau s'échauffe , d'autant plus qu'elle a
moins la liberté de fe dilater ; qu'elle ne
Fij
124MERCURE DE FRANCE.
diffout pas également tous les fels , &.
qu'elle diffour plus du même fel , lorf
qu'elle eft chaude , que lorfqu'elle eft
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la fuppofe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce fecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus confidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éoly,
pile le recul des armes à feu. De-là , il
paffe à la defcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention à M.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
l'Univerfité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eft plus prompte & plus
complette , lorfque l'eau eft pure , que
lorfqu'elle renferme quelque fubftance
huileufe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlange des fels. Il dif
cute en même tems quelles font les
vraies caufes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau eft moins legere que la glace;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait brifer les vaiffeaux dans lef
quels elle eft contenue ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée fur les animaux , fur
OCTOBRE
. 1748 .
123
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences
fur l'eau fuccédent
dans ce
volume
celles fur le feu. L'Auteur
fait
paffer fous les yeux de fes lecteurs tous les
phénomenes
les plus intéreffans
, qui ont rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'eſprit de vin , l'inflammation
de l'efprit de terebenthine
par un fort
acide nitreux , la compofition
& les effets
du Phoſphore
de M.Homberg
, les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires
, la
dilatation
du verre & des liqueurs , &
l'allongement
du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans fes leçons fur le
feu fuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raifonnement
ac-
Cet
compagne
toujours
l'expérience
.
Académicien
ne fe contente pas d'étonner
l'imagination
; il tâche , autant qu'il lui eſt.
poffible , d'éclairer le jugement des perfonnes
qui ne font pas encore initiées dans les
myftéres de la Phyfique. Toutes celles qui
ont befoin de s'inftruire , liront ce volume
avec la même fatisfaction
qu'elles ont
éprouvée
dans la lecture des précédens .
RECUEIL
de plufieurs Piéces d'Eloquence
& de Poëfie , préfentées
à l'Acadé-
F iij
124MERCURE DE FRANCE.
diffout pas également tous les fels , &.
qu'elle diffour plus du même fel , lorf
qu'elle eft chaude , que lorfqu'elle eft
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la fuppofe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce fecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus confidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éoly
pile le recul des armes à feu. De-là , il
paffe à la defcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention à M.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
l'Univerfité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eft plus prompte & plus
complette , lorsque l'eau eft pure , que
lorfqu'elle renferme quelque fubftance
huileufe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlange des fels . Il difcute
en même tems quelles font les
vraies caufes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau eft moins legere que la glace;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait brifer les vaiffeaux dans lef
quels elle eft contenue ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée fur les animaux , fur
OCTOBRE. 1748. 123
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences fur l'eau fuccédent dans ce
volume celles fur le feu. L'Auteur fait
paffer fous les yeux de fes lecteurs tous les
phénomenes les plus intéreffans , qui ont
rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'efprit de vin , l'inflammation
de l'efprit de terebenthine par un fort
acide nitreux , la compofition & les effets
du Phoſphore de M. Homberg , les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires , la
dilatation du verre & des liqueurs , &
l'allongement du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans fes leçons fur le
feu fuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raifonnement accompagne
toujours l'expérience. Cet
Académicien ne fe contente pas d'étonner
l'imagination ; il tâche , autant qu'il lui eſt
poffible , d'éclairer le jugement des perſonnes
qui ne font pas encore initiées dans les
myftéres de la Phyfique . Toutes celles qui
ont befoin de s'inftruire , liront ce volume
avec la même fatisfaction qu'elles ont
éprouvée dans la lecture des précédens.
RECUEIL de plufieurs Piéces d'Eloquence
& de Poëfie , préfentées à l'Acadé-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
mie des Jeux Floraux en l'année 1748
avec les Difcours prononcés dans les af
Lemblées publiques de l'Académie. A Tou-
Joufe , chés Claude-Gilles le Camus , & à
Paris , chés Delaguette , ruë S. Jacques.
Le Difcours , qui a remporté cette année
le prix
d'Eloquence au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , & dont le
fujet eft les Avantages du Travail , eft un
des plus beaux qui ayent jamais été préfentés
à cette Académie Il eft de M. l'Abbé
Foreft , de Touloufe , Bachelier en Théologie
, réfidant à Paris dans la Maifon des
Prêtres de Saint Benoît.
: Parmi les Aureurs qui fe font propofés
de nous engager au travail , les uns nous
l'ont repréfenté comme un arrêt qu'il falloit
fubir , & les autres comme un devoir
de fociété dont nous ne pouvions nous
difpenfer. Les uns & les autres n'ont fait
au travail qu'un petit nombre de partiſans.
M. l'Abbé Foreſt remarque judicieuſement
que les hommes ne fe rendent qu'à regret
ces invitations rigoureufes , Il le faut ,
on le doit. Qu'on impofe , dit- il , aux vrais
Chrétiens le travail comme un joug ; ils
le porteront. Que les vrais Philofophes
l'envifagent comme un moyen d'être utiles
à leurs femblables ; c'en eft affés pour
eux , ils l'aimeront . Mais préfentons au
OCTOBRE. 1748. 127
commun des hommes , & les travaux du
corps , & ceux de l'efprit , comme la fource
de mille avantages perfonnels , c'eft parlà
feulement qu'on peut les leur rendre
aimables.
Dans la premiere Partie du Difcours ,
l'Orateur expofe avec autant de force que
de fagacité tous les avantages qui réfultent
des travaux du corps. Il feroit à fouhaiter,
pour la confolation & l'encouragement
des pauvres qui font condamnés à des fatigues
prefque continuelles , qu'ils pûffent
lire le parallele qu'on fait ici de leur fanté
mâle & vigoureufe à la foibleffe & aux
maladies , qui font les effets ordinaires de
la molleffe & de l'oifiveté . Le tableau
qu'à la fuire de ce parallele M. l'Abbé
Forest nous offre de la vie des anciens Romains
, eſt un de fes morceaux les plus éloquens.
Il n'en eft pas ainfi de vous , s'écrieil
, en adreffant la parole aux François . Votre
valeur , il eft vrai , votre zéle pour la
Patrie , votre amour pour la gloire , vous
fuivent par tout , mais vos forces vous
abandonnent fur des bords étrangers , &
la foibleffe de votre tempéramment fuccombe
aux périls que brave la grandeur de
votre ame. N'en cherchons la cauſe
que
dans votre éducation... Que ne s'applique-
t'on à former en vous des corps ro
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
2
S
buftes , comme on prend foin d'y former
des coeurs magnanimes ? Un préjugé faral
avilit parmi vous la plupart de ces exercices
, qui ont mis Hercule , Caftor & Pollux
, au rang des Dieux.Ainfi , par un prodige
qui étonne l'univers , les plaifirs & le
luxe où vous vivez énervent votre tempé
ramment , fans amollir votre courage , &
vos moeurs font les feules barrieres que
vos ennemis puiffent oppofer à vos conquêtes
.
La feconde Partie , deftinée à montrer
les avantages des travaux de l'efprit , n'eft ni
moins brillante , ni moins philofophique
que la premiere. M. l'Abbé Foreft prouve
d'une façon triomphante , que la probité
n'eft point folide , fi elle n'eft réflechie ;
que c'eft un édifice qu'il faut élever dans
fon coeur fur des fondemens à l'abri des
orages ; que la Religion & la Nature doivent
en fournir les matériaux , mais que
la Raifon doit en être l'Architecte , & que
ce n'eft qu'à force d'application & d'étude
qu'elle parvient à perfectionner fon ouvrage.
Il va plus loin , & il entreprend
de faire voir que le travail de l'efprit in-
Alue , non-feulement fur les moeurs , mais
encore fouvent fur la fortune. Il convient
qu'il eft certains genres d'étude , qui occupent
toute la capacité de l'efprit , &
OCTOBRE. 1748. 129
qui nous éloignant des affaires , peuvent
nous éloigner de la route des richeffes &
des dignités , mais , demande- t'il , quelle
eft la véritable grandeur , celle des Puiffans
, ou celle des Sages ? Les hommages
qu'on obtient par le mérite , ne font- ils
pas de beaucoup préferables à ceux qui ne
font rendus qu'à l'autorité ? Ici , l'Orateur
employe les traits les plus vifs de l'éloquence
, pour nous peindre la gloire dont
jouiffent ces génies rares , nés pour honorer
leur Patrie par leurs lumieres out par
leurs talens . Il termine fon Difcours , en
félicitant les Francois de vivre fous un
Monarque , dont le Trône eft l'afile des
Beaux Arts , & qui les couronne de la
même main dont il terraffe fes ennemis.
L'Académie a adjugé le Prix de l'Ode
au Pere Arcere , Prêtre de l'Oratoire ,
Affocié de l'Académie des Belles- Lettres
de la Rochelle ; celui du Poëme à M. d'Ichy
de Sabatery , Maire de Villefranche
du Lauraguais ; celui de l'Eglogue , an
même , & l'un des Prix réfervés du Poëme,
à M. de Viguier de Segadennes.
Caroli Noceti , è Societate Jefu , de Iride
& Aurora Boreali CARMINA , Illuft .
ac Reverend. Præfuli Bernardino Giraudio
Dicata. Cùm notis Jofephi Rogerii Bofcovich
, ex eâdem Societate. Roma , 1748.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Ex Typographiâ Palladis , in-4° . pp . 127.
Se vend à Paris , chés Guerin , ruë Saint
Jacques , à Saint Thomas d'Aquin .
Perfuadés que les Rapins , les Commires
& les Santeuils , ne feroient pas euxmêmes
juges compétens , pour décider fi
un Moderne parle correctement la Langue
de Virgile & d'Horace , nous ne prononcerons
point fur la pureté du ftyle des deux
Poëmes que nous annonçons . Nous affûrerons
feulement , que fi les Belles Lettres
Latines étoient plus cultivées , le Pere Noceti
auroit un grand nombre de lecteurs ,
& que tous rendroient juftice à la beauté
de fon génie , & à l'art avec lequel il prête
à la Phyfique les ornemens de la Poëfie la
plus fublime.
Ce Jefuite Italien étant en même tems
un Poëte diftingué & un Sçavant du premier
ordre , il auroit été furprenant qu'il
ne connût pas l'excellent Traité de M. de
Mairan fur l'Aurore Boréale , & il ne
pouvoit l'avoir lû , fans en fentir tout le
mérite. Pour montrer qu'on n'a là - deſſus
aucun reproche à lui faire , il adreſſe , en
commençant fon fecond Poëme , une efpéce
d'invocation à cet Académicien ,
comme à la Mufe par laquelle il défire le
plus d'être infpiré.
Les notes que le Pere Bofcovich a joinOCTOBRE.
1748. 137
tes à cet ouvrage & au Poëme fur l'Arc.
en - Ciel , font également inftructives &
agréables , & avec le fecours du Commentateur
le Poëte doit être entendu , même
des lecteurs les moins verfés dans les matieres
qu'il traite.
TRADUCTION des modéles de Latinité
, tirés des meilleurs Ecrivains . Second
Recueil de Profe . A Paris , chés Louis
François de la Tour , rue Saint Jacques visà-
vis les Mathurins , à S. Thomas d'Aquin.
1748. In- 8° . pp . 433 .
On a été informé par un des précédens
Mercures * , que M. Chompré a fait pa
roître un nouveau Tome de fon Recueil
intitulé , Latini Sermonis Exemplaria . II
donne aujourd'hui la Traduction de ce
ſecond volume , en avertiffant qu'il aſpire
moins à la gloire de paffer pour élégant
Ecrivain , qu'à l'avantage d'être utile à la
jeuneffe . En plufieurs endroits , il n'a
point fait difficulté de profiter du travail
des Traducteurs qui l'ont précédé , &,
autant qu'il a pû , ila rapproché de la lettre
les verfions qui lui ont paru trop hardies
. Moyennant le foin qu'il prend de
publier en François les fragmens qu'il propofe
pour modéles à ceux qui veulent
Second volume de Juin 1748 , p. 153.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE:
écrire purement en Latin , non- feulement
les commençans pourront juger , en comparant
leurs Traductions à celle - ci , s'ils
ont faifi le véritable fens de l'Auteur ,
mais une mere de famille , & toute autre
perfonne fans littérature , feront en état ,
le livre à la main , de fe faire traduire ces
fragmens par un enfant , & de s'affûrer fi
fon explication eft fidelle.
LETTRE fur la Peinture , Sculpture
& Architecture, A M. *** . 1748.
A la feule infpection du titre , on doit
s'attendre à ne pas trouver dans l'ouvrage
un ftyle abfolument correct , mais en récompenfe
on peut compter d'y puifer
beaucoup de connoiffances. Cette Lettre
eft divifée en trois Parties , dont la premiere
fert de réponse aux Réflexions fur
quelques caufes de l'état préfent de la Peinture
en France ; la feconde contient des Notes
critiques fur la Lettre publiée l'année derniere
par M. l'Abbé le B. , & la troifiéme
renferme l'examen des principaux ouvrages
de Peinture , de Sculpture & de Gravûre
, expofés cette année au Salon du
Louvre . En lifant cette Brochure , nous
avions foupçonné que plufieurs perfonnes
part. Nous avons été depuis
confirmés dans notre conjecture. On ne
peut trop exhorter des Juges , auffi capay
avoient
OCTOBRE. 1748.
133
bles que les Auteurs de cette Critique ,
de remarquer les défauts & les beautés des
productions des Artiſtes , à continuer chaque
année de communiquer au public leurs
obfervations .
SATYRE contre les Déiftes. A Paris,
au Palais , chés de Nully , Libraire , Grande
Salle , à l'Ecu de France , 1748 .
HISTOIRE du Théâtre François ,
depuis fon origine jufqu'à préſent . To-
Ime XII. A Paris , chés P. G. le Mercier
, Imprimeur Libraire , rue S. Jacques ,
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , ruë
S. Jean de Beauvais , vis - à- vis le Collége ,
1748.
CONFERENCES Eccléfiaftiques du
Diocèle d'Angers fur les cas réfervés . Tome
fecond . A Angers , chés Pierre - Louis
Dubé , Imprimeur de M. l'Evêque , 1748,
Volume in- 12 . de 493 pages.
HISTOIRE générale d'Allemagne par,
le P. Barre , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève , & Chancelier de l'Univerfité
de Paris . Tome III , qui comprend les
Regnes depuis 840 jufqu'en 1039. A Paris
, chés Delefpine , Thibouft & Heriffant ,
de 684 pages. .
FABLES NOUVELLES ,
mifes en
vers , avec la vie d'Eſope , tirée de Plutarque
& d'autres Auteurs , par M. Richer.
134 MERCURE DE FRANCE.
Nouvelle Edition corrigée & augmentée
d'environ 50 Fables. A Paris , chés Bar
rois , Quai des Auguftins , à la ville de
Nevers.
DISSERTATION fur la Chronologie
des Rois Mérovingiens , depuis la mort
de Dagobert I. jufqu'au Sacre de Pepin ,
qui a remporté le prix propofé par l'Académie
de Soiffons pour l'année 1746 ,
avee des réponſes aux Critiques de quel
ques articles de deux autres Differtations
de l'Auteur , couronnées par la même
Académie en 1743 & 1744 , & des éclair,
ciffemens fur le Roi des Ribauds , par M.
Gouye de Longuemare , Avocat au Parlement
& Greffier du Bailliage de Verſailles.
A Paris , chés Chaubert , à l'entrée du
Quai des Auguftins , 1748 , in - 12 . de 206
pages.
,
MEMORIAL de Paris & de fes environs
, à l'afage des Voyageurs , par M.
l'Abbé Antonini . Nouvelle Edition in- 1 2.
Chés Bauche, Quai des Auguſtins , à l'Image
Sainte Geneviève .
BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, par M. de la Rue , chés le même Libraire.
PRATICIEN 4 UNIVERSEL ,
Couchot , chés le même ..
de
HISTOIRE du Royaume de Suéde.
OCTOBRE. 1749. 139
Premier volume. A Stockholm , chés Salvius
, Imprimeur Libraire de cette Ville ,
1747 , in-4°.
DISSERTATION fur les ufages &
les moeurs des Lapons , par M. Pierre
Hoegftroem , Pafteur en Laponie. Dans la
même Ville.
On imprime actuellement à Coppenhague
les Mémoires du Comte de Greiffenfeld
, ci-devant Grand Chancelier de Dannematck
, & ceux de l'Amiral Adeler , &
du Vice-Amiral Tordensxield. Cet ouvra
fera in-4° . avec de belles figures. ge
PORTRAITS hiftoriques des Hommes
illuftres de Dannemarck , remarquables
par leur mérite , leurs Charges & leur
Nobleffe , avec leurs Tabies Généalogiques
, 1747 , in-4° . par M. Tycho Hoffmann
, Membre de la Société Royale de
Londres , Ibidem .
DE FORO DIVINO Commentatio Philofophica.
Auctore Godofr. Profé , Prof. Ph.
& Math. Hamburgi , 1747 , in-4 ° . Hamburgi.
JOANNIS VOGT Catalogus Hiftorico
criticus librorum rariorum , jam curis tertiis
recognitus , & copiosa acceffione ex fymbolis
& collatione Billiopolorum per Germaniam
doctiffimorum adauctus. Ibidem. Herol. 1747.
in-8°.
136 MERCURE DE FRANCE. RAN
CHRISTIANI Gottlieb Buderi ... Opuſ
cula, quibusfelectiora Jurispublici, Feudalis,
Ecclefiaftici , Germanici , & Hiftoria patria
ac litteraria , argumenta exhibentur. Jena ,
apud Chrift. Henricum Cuno , 1746 ;
in- 8°.
On va publier à Londres la Defcrip
tion hiftorique de la Hollande , fous ce titre
, Notice impartiale des Provinces- Unies.
L'Auteur y décrit l'origine & les accroiffe
mens de la République , l'étendue de fes
Provinces & la nature de fon terroir , les
moeurs & le caractére des habitans de ces
Pays , & les avantages dont ils peuvent
profiter , l'Etat Eccléfiaftique , l'adminif
tration de la puiffance fuprême , la forme
du Gouvernement qui eft aristocratique ,
la raifon d'état , Ragione di Stato . Il décrit
les armes & les titres des fept Provinces ;
il parle des Hon mes illuftres qui ont fait
honneur à la République , & des princi-
-paux Auteurs qui ont écrit de ce même
Pays.
Dans la même Ville , on travaille à une
fixiéme Edition du Dictionnaire Anglois &
François de Boyer , & à une Edition nonvelle
des ouvrages de Ciceron. Cette derniere
contiendra onze volumes in- 1 2. por
tatifs & commodes..
On a réimprimé dans la même Ville
OCTOBRE.
137 174S.
depuis quelque tems les Voyages d'Edouard
Pocock en Egypte & aux environs ,
deux volumes in-fol. & les voyages de M.
Shaw , in- 4°.
en
EUVRES pofthumes de Thomas
Chubb , contenant 1 °. des remarques fur
l'Ecriture , 2 °. des obfervations fur le
Livre de la Miffion divine de M. Warburton
, 3 ° . divers Traités fur les fujets les
plus importans de la Religion , 4° . un
pofterit à fes quatre dernieres Differtations
, & en particulier à celle qui roule
fur Melchifedech , 1748 , in- 8 ° . Deux
volumes. A Londres. L'ouvrage eft en
Anglois.
COLLECTION de trente Traités du
même Auteur , laquelle forme auffi deux
volumes in- 8 °. Ibidem.
APPENDIX ad Thefaurum Lingue
Graca ab Henrico Stephano conftructum , &
ad Lexica Conftantini , & Scapula , ftudio &
labore Danielis Scott , 1747 , in -fol. Deux
volumes. Ibidem.
蒙
NOUVELLE VERSION en Anglois,
par le même Auteur , de l'Evangile , de
Saint Mathieu , avec des notes pour juftifier
la maniere dont on l'a traduit , & pour
éclaircir par les meilleures autorités le fens
& la pureté des expreflions de l'original.
On y a ajouté un examen des notes du
138 MERCURE DE FRANCE.
Docteur Mill , fur cer Evangelifte. Ibi
dem.
TRAITE' fur le Sénat Romain , en
deux Parties , par M. Conyers Middleton ,
Docteur en Théologie , & Premier Bibliotécaire
de l'Univerfité de Cambridge. in-
8. Ibidem. L'ouvrage eft en Anglois.
CAAL BEN ZOHAIR carmen Pane
gyricum in laudem Muhammedis ; Amralkeifi
Moallakach , cum Scholiis Arabicis ,
verfione Latina Levini Warneri. Acce
dunt Sententia Imperatoris Ali & nonnulla
ex Hamafa & Divan Hudeilitarum. Omnia
ex Manufcripto Bibliotheca Batava edidit ,
vertit , notifque illuftravit Gerardus Joannes
Lette. Premiffa eft laudatio celeberrimi viri
Abb. Schultens. Lugduni Batavorum , apud
Corn, Haak , 1748 , in-4°.
LA NOUVELLE Edition des ouvrages
de Jean-Guillaume Hoffmann eft actuellement
fous preffe à Leyde , chés Combaak.
Cette Collection contient les piéces fuivantes.
1 ° . Commentarius ad legem Juliam
de Adulteriis , 2 ° . Meletemata ad Pandectas,
3°. Hiftoria Triumviratus , 4°. Differtatio
ad legem Oppiam de Matronarum cultu , 5°.
Prafatio Menagii Amoenitatibus Juris pramiffa.
SEBALDI RAVII.... Diatribe de
Epula funebri Gentibus dandâ ad Iſa. c. 25.
OCTOBR E. 1748. 135
v. 6. 7. 8. cum præfatione Davidıs Millii.
Tajedli ad Rhenum , apud Paddenburgios ,
1747 , in-8°.
INDEX verborum ac phrafium Luciani
five Lexicon Lucianeum , ad editiones omnes ,
maxime noviffimam Weftlenianam , concinnatum
à Cn. Conrado Reitzio. Ibidem. Ex
Typographia Hermanni Beffeling , 1747 ,
in-4°. Ce Lexicon eft Grec feulement
DISSERTATION NOUVELLE
fur l'électricité des corps , dans laquelle
on découvre le vrai méchanifme des plus
furprenans phénomenes qui ont paru jufqu'à
préfent , & d'une infinité d'expériences
nouvelles de l'invention de l'Auteur.
Par M. Morin , Profeffeur de Philofophie
au Collège Royal de Chartres . A
Chartres , chés la veuve Roux , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 , & à Paris , chés
la veuve Etienne & fils , Libraires , ruë
S. Jacques.
DEFENSE des principaux articles de
la Foi Catholique , contre M. Elms , Miniftre
de l'Eglife Anglicane , par M. Tilly ,
Chanoine Régulier de l'Ordre de Prémontré
de l'Abbaye de Valfery , Docteur
en Théologie ; avec ces paroles de l'Ecriture
à l'inſcription du livre. Soyez toujours
prêts de répondre pour votre défense , à tous
ceux qui vous demanderont raifon de l'efpé
140 MERCURE DE FRANCE,
A
rance que vous aveż. 1. P. 3. V. 15.
Souffons , chés P. Nic. Waroquier , Imprimeur
Libraire , 1748 , in - 12 . & à Paris ,
chés Antoine Boudet , rue S. Jacques , à la
Bible d'or.
CODEX MEDICAMENTARIUS ,
feu Pharmacopaa ex Mandato Facultatis
Medicina Parifienfis edita à Joanne- Baptifta
Thoma Martineng , Decano. E litio auction
& emendatior. Parifiis , apud Guillelmum
Cavelier , patrem , Bibliopolam , viâ facobaâ
, 1748 , in- 4° .
ON DE LIVRE préfentement aux Soufcripteurs
les trois premiers volumes de la
Bible en Latin & en François , avec des notes
littérales , critiques & hiftoriques , des
Préfaces & des Differtations tirées du Commentaire
de Dom Augustin Calmet , &c. chés
G. Martin ; J. B. Coignard & Ant . Boudett ;
P. J. Mariette & Hyp. L. Guerin , Libraires
, rue S. Jacques , in-quarto..
NOUVEAU TRAITE' des Criées , ventes
des Immeubles & des Offices par Décrer ,
avec des Obfervations fur les Décrets volontaires
, les Directions , la vente des rentes
foncieres & conftituées , & un Recueil
d'Edits , Déclarations du Roi , Coûtumes,
Reglemens , Certificats d'ufages & Formules
fur cette matiere , par Me Jean- Alexis
Thibault , Procureur au Parlement de DiOCTOBR
E. 1748. 142
jon. A Paris , chés Mefnier , Imprimeur
Libraire , rue S. Severin , 1748. Deux vo,
lumes in quarto,
TRADUCTION Italienne de la pluralité
des Mondes de M. de Fontenelle. A Paris,
chés Brunet , Libraire au Palais , 1748 ,
in-1 2.
LE VOLUME VI . de l'Hiftoire générale
des voyages paroît chés Didot , Libraire ,
Quai des Auguftins , à la Bible d'or
1748 , in-quarto,
TRACTATUS mechanicus de non naturali-`
bus , qui eft brevis explicatio mutationum ,
quas in humano corpore producunt aër , dieta
c. Simul cum inquifitione in naturam
ufum balneorum , quibus præfixa eſt Doctrina
Secretionis, pluribus in propofitionibus , à Do
mino Jofepho de Marco , Doctore Medico ,
in Linguam Latinam ex Anglicâ converfus,
Avenione , apud Francifcum Girard , in Pla
tea Sancti Defiderii , in- 12.
LE TRIOMPHE de la vérité , ou Mémoi
res de M. de la Villette , par Madame le
Prince D. B. A Nancy , chés Henri Thomas,
& fe trouve à Paris , chés Damonneville &
Bordelet , rue S. Jacques. Deux petits volumes
in - 12 , brochés , l'un de 130 pages,
& l'autre de 139 , 1748,
RELATION HISTORIQUE du voyage fait
à l'Amérique Méridionale par ordre du
142 MERCURE DE FRANCE.
Roi d'Espagne , pour mefurer quelques degrés
du Méridien terreftre , & tirer de là
des connoiffances pour déterminer la vraye
figure & grandeur de la terre , & c. par D.
Georges fuan & D. Antoine Ulloa , Capitaines
de Frégates , & c. Premiere Partie
deux tomes in-quarto , ddee 668822 pages , imprimée
à Madrid , par l'ordre de S. M.
chés Antoine Marin , 1748. L'ouvrage eft
en Eſpagnol.
OBSERVATIONS Aftronomiques & Phyfiques
, faites aux Royaumes du Pérou par
les mêmes Capitaines , imprimées à Madrid,
chés Jean de Zufiiga, volume in-quarto
de 396 pages , 1748 .
PIECES FUGITIVES pour fervir à l'Hiftoire
de France , dont la plûpart n'avoient
point encore été publiées,&dont quelquesunes
, quoiqu'imprimées , ne fe trouvent
plus . Avec des notes hiftoriques & géographiques
, par M. Menard , Confeiller au
Préfidial de Nifmes , Académicien honoraire
de l'Académie des Sciences &
des Belles - Lettres de Lyon , & Affocié à
celle des Belles Lettres de Marfeille . A
‚ Paris , chés Chaubert , Libraire , à l'entrée
du Quai des Auguftins , in- quarto,
LETTRES de Sainte Thérefe , traduites
de l'Espagnol en François par feue la Réwerende
Mere Marie Marguerite de Man--
OCTOBRE. 1748. 143
peou , dite Therefe de S. Jofeph , Religieufe
& Prieure du Convent des Carmélites
de S. Denis en France , & enfuite Prieure
des Carmelites de Pont-aux -Dames . Tome
fecond, A Paris , chés Garnier , tue faint
Jacques , à la Providence .
LA LOTERIE , Fête galante , par M **
à Paris , chés Babuty , rue S. Jacques ,
S. Chryfoftôme, Brochure in- 1 2 .
DISSERTATION fur l'utilité de la Soye
des Araignées , en Latin & en François , à
laquelle on a joint l'analyſe chymique de
certe Soye , avec quelques autres piéces
qui ont été faites à ce fujet , par M. Bon ,
Premier Préfident Honoraire en la Chambre
des Comptes , Aides & Finances , de
Montpellier ; imprimée à Avignon ,
chés
Girard , & fe vend a Paris , chés Huart &
Moreau , fils , Libraires , rue S. Jacques ,
in- 12.
HISTOIRE UNIVERSELLE , traduite du,
Latin du P. Turcellin , Jéfuite , avec des
notes fur l'Hiftoire , la Fable & la Géogra
phie. Deux volumes in 12 , chés le même.
ORAISONS FUNEBRES , prononcées par
feu M. Mabon!, Evêque d'Alet , ines 2. A
Paris , chés Ph. Vincent , fils , rue S. Severin
, à l'Ange .
L'ALPHABET NOUVEAU & amufant ,
avec figures , pour inftruire facilement les
144 MERCURE DE FRANCE.
enfans , dédié à M. le Duc de Montpenfier.
A Paris , chés Langlois , Libraire , rue
S. Jacques,
LES AIDES de France & leur Régie
fuivant les Ordonnances des mois de Juin
1680 , & de Juillet 1681 , & les Edits ,
Déclarations , Arrêts & Reglemens rendus
en interprétation d'icelle , par M. de Roquemont.
Seconde Edition , in - 12. A Paris,
chés Delaguette , Imprimeur Libraire , ruë
S. Jacques , à l'Olivier ,
COMMENTAIRE fur le fait des Aides.
Abregé méthodique dont on peut tirer un
éclairciffement folide pour régir & adminiftrer
avec ſuccès la Ferme générale des
Aides. Ouvrage utile & néceffaire à tous
les Fermiers , Sous- Fermiers , Employés ,
& à tous les Redevables des droits de la
Ferme des Aides , par M. Jean Henri Du
bois , Commis à la Régie de la même Ferme.
Troisiéme Edition , augmentée des
principaux Reglemens depuis l'Ordonnance
jufqu'à préfent , in- 12 . A Paris ,
chés le même.
TRAITE' des Aides , contenant les abus
qui s'y gliffent , les fraudes qui s'y commettent
, tant par les Redevables que par
les Employés , l'inftruction pour y remedier
par l'exercice , conformément à l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 ; tous les
Actes
OCTOBRE . 1748. 145
>
Actes concernant les Droits de leurs formalités
un Traité de l'infcription de
faux , & la maniere de les éviter. Ouvrage
utile & néceffaire à tous les Employés ,
pour apprendre en peu de tems l'exercice
des Aides , & à bien régir ; & aux Sous-
Fermiers à conferver leurs droits . Par Me
Pierre Aſſe , ci- devant Employé dans les
Aides . Seconde Edition in- 12 . A Paris ,
chés le même,
Dominique Seguin, Imprimeur Libraire,
près la Place S. Didier , à Avignon , vient
d'imprimer & vend avec fuccès un Livre
nouveau. Cet ouvrage a pour titre , la Cof
mographie divifée en cing parties , qui comprennent
l'Aftronomie , la Géographie ,
' Hiftoire Eccléfiaftique & la Chronologie .
Ony trouve un Traité de la Sphére, des Tables
Aftronomiques pour l'heure dulever &
du coucher du Soleil aux principaux lieux
de l'Univers , les principales mefures de la
Terre , la defcription de tous les Pays du
monde , les routes & les diftances des Villes
Capitales , le cours des Rivieres , les
Ports de Mer ; les Héréfies , les Saints Peres
, & autres Ecrivains Eccléfiaftiques de
chaque fiècle , les Conciles généraux , les
Patriarchats , Evêchés & Univerfités de
toute la Chrétienté ; la Chronologie des
Papes , des Empereurs , des Rois & autres
G
148 MERCURE DE FRANCE,
leur préfence , il m'a paru que M. Poulle
avoit fait d'heureux efforts pour tâcher de
répondre à l'honneur que l'Académie lui a
fait en cette occafion .
Le ftyle de fon Difcours eft orné , fans
être ni affecté ni recherché ; les figures qu'il
y employe confiftent pour la plupart dans
la variété des tours & dans les defcriptions;
tout s'y transforme en images ou en raifonnemens
, & les differens détails de cette
Piéce concourent à en perfectionner l'or
donnance , qui fe réduit à prouver que le
Saint Monarque fit triompher la Religion,
& comme Roi fur le trône , & comme Héros
à la tête des armées.
Dans la premiere Partie , l'Orateur Chré
tien fait voir que la Religion n'eft point
incompatible avec l'art de regner , & il en
montre la divinité » par les facrifices qu'el-
» le exige du Souverain , par l'éclat qu'elle
»prête à fa Couronne , par le bonheur
qu'elle affure à fes Sujets , & par la gloi-
» re qu'elle procure à Dieu.
Dans la feconde Partie , il s'attache à
prouver que le véritable héroïfme eft celui
qui eft fondé fur la Religion ; mais les plus
forts argumens en font tirés du fimple récit
des fuccès & des difgraces de S. Louis ,
parce qu'en effet cette vérité , mife en action
, ne devient alors que plus évidente,
2
OCTOBRE. 1748 . 149
•
La premiere Partie, moins refferrée que la
feconde , a paru plus travaillée & plus faillante
en même - tems ; mais n'eft- ce point
auffi que l'abondance de la matiere eft la
feule caufe de la difference qu'on y a remarquée
?
Je me figure que vous êtes impatient de
lire au moins quelques morceaux détachés
de ce Difcours , en attendant que l'ouvrage
entier vous parvienne , & je vais vous fatisfaire
.
.... » Les paffions des Rois font fouve-
» raines comme eux ; fûres d'être refpec-
» tées , elles s'annoncent avec bruit , elles
fe produifent avec confiance , la flaterie
les encenfe , la politique les entretient ,
» les objets volent au- devant d'elles , & ne
» leur laiffent que l'embarras de choisir ,
» elles n'ont à craindre que Dieu & les remors
.... Que de périls pour l'innocence
du jeune Louis ! .... Il a reçû , il eſt
» vrai , de la nature des penchans vertueux ;
» une mere attentive à cultiver avec foin
» ces femences précieufes , mais , & ces
» inftructions & ces penchans , tiendront-
"ils toujours contre cette confpiration
» univerfelle & perfévérante ? N'y aura- t'il
pas quelques momens d'oubli & de diffi-
» pation , où l'homme ennemi pourra fe.
mer l'ivroye parmi le bon grain ? Ne fe
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
» trouvera- t'il pas de ces Prophétes intré-
»pides de l'irreligion , de ces féducteurs
»ingénieux , habiles à jetter du ridicule
»fur la vertu , pour qui la piété du Prin-
»ce eft une difgrace , & qui n'exiftent que
par les foibleffes du Maître ?
"
..... A peine Saint Louis effaye la
» Couronne , qu'elle eft chancelante fur fa
» tête. Monte- t'il fur le trône , cet hérita-
" ge de fes Ancêtres ? Il ne s'y maintien-
" dra qu'à force de combats & de victoires .
» La mort de Louis VIII fut le fignal de la
» rebellion ; au premier bruit qui s'en
"
répand , les tempêtes s'élevent , les
» nuages fe raffemblent , le tonnerre gron-
» de , les haines , couvertes du voile de la
» diffimulation , éclatent ; la plupart des
» Vaffaux , Souverains eux -mêmes , retenus
jufques- là par la crainte , brifent avec
» dédain le joug de la dépendance ; ils ref-
»fufcitent des prétentions orgueilleufes &
"
chimériques ; ils murmurent , ils s'unif-
» fent, ils menacent , ils s'arment , ils com-
" mandent ; d'autant plus audacieux qu'ils
» voyent les rênes du Royaume entre les
» mains d'une femme & d'un Roi preſque
» enfant. Infenfés , que leur fureur aveu-
"gle ! Ils ne tarderont pas à s'appercevoir
» que cette Régente , qu'ils bravent avec
» tant d'oftentation , eft une femme forte,
OCTOBRE. 1748. 151
-39
» au-deflus de fon fexe par fes lumieres ,
» au- deffus des périls par fon courage , au-
» deffus des évenemens par fa piété , capa-
» ble de prévoir tout & de rémédier à tout;
prête, s'il le falloit , à s'enfevelir avec fon
» fils fous les ruines du trône , plutôt que
de fouffrir qu'on en viole impunément la
majefté. Ils apprendront à leurs propres
dépens , que ce Roi dont ils méprifent la
» jeuneffe , porte dans un corps encore foi-
» ble & délicat , la raifon d'un homme , le
» coeur d'un Souverain , la valeur d'un Hé-
"
99
">
» ros......
" Que les Peuples font heureux
quand ils ont leurs Maîtres pour Juges !
» Une fonction fi noble , l'appanage de la
» Divinité , n'eft jamais remplie fi digne-
» ment que par des Souverains . Semblables
" à Dieu , qui fe fuffit à lui -même , & devant
qui toute diftinction s'évanouit , les
»Rois apperçoivent les hommes à cette
» diſtance , qui les confond tous dans le
» même centre d'égalité . Ils ne font
fufceptibles , ni de cet intérêt qui céde à
» l'attrait des préfens , ni de cette lâcheté
qui facrifie la vérité aux égards , ni de
» cette crainte qui n'oſe réſiſter à la puiſ.
fance , ni de ces haines qui corrompent
les jugemens . Ces vapeurs groffieres de
» la terre ne montent pas jufqu'à la ré-
""
و ر
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE:
gion fupérieure qu'ils habitent. Ils ont
les paffions de l'humanité , il eſt rare
» qu'ils en ayent les vices . Plus heureux
nos Ancêtres , qui eurent pour Juge ,
» non -feulement un Roi , mais un Pere >
mais un Saint !
.... Provinces défolées , pour qui le
Ciel eft d'airain & la Terre de fer , ne
dites plus que Dieu vous abandonne ;
»les bons Rois font une feconde Providence
. Confolez -vous , Louis connoît
vos befoins , & comment les ignoreroit-
» il ? Il a le nom de tous les malheureux
répandus dans fes Etats . . . . .
... » Les Pays éloignés dont S. Louis
médite la conquête , font féparés par de
» vaſtes mers , munis de plufieurs Places
» fortes , coupés par des canaux fans nom-
»bre , défendus par l'air contagieux qu'on
"
y refpire. Les Peuples qu'il doit fubju-
»guer font hardis à l'attaque , cruels dans
» les fuccès , prompts à prendre l'allarme ,
plus ardens à revenir à la charge , auffitôt
ralliés que difperfés, toujours fugitifs,
toujours menaçans & invincibles par
leur foibleffe même. L'armée qu'il com-
" mande eft un affemblage de plufieurs Nations,
oppofées d'humeur & de caractére,
indépendantes , quoique foumifes à fes
ordres , fur lefquelles il n'a de pouvoir
53
OCTOBRE . 1748. 153
» que celui qu'elles lui cédent , & dont il
» eft forcé de tolérer les excès.
23
» Ces difficultés ne retardent pas la rapidité
de fes exploits ; il arrive , il combat
, il triomphe . Damiette ouvre ſes
" portes au Vainqueur. Superbes Sarrafins,
» raffemblez-vous de nouveau , & vous ferez
foumis ; honteux de tant de défaites,
» tentez encore une fois le deftin des ba
» tailles , & vous ferez détruits ....
">
.... Pourrois-je oublier ce jour fameux
» dans les Annales du Chriftianifme , où
notreHéros prit poffeffion de Damiette ?
" On ne le vit point étaler le fafte infultant
des Conquérans du fiécle ; il ne pa-
" rut pas fur un Char , traînant après lui
»les Nations enchaînées , mais pieds nuds
» & à la fuite de la Croix , que l'on por-
» &
>>toit en triomphe . Le fouffle du Seigneur
» a diffipé nos ennemis , dit alors cet autre
» Machabée ; faifons regner le Dieu qui nous
» a fait vaincre, & que ces lieux , témoins
» des abominations des Gentils , foient les té-
» moins du Sacrifice adorable des Chrétiens .
» Afcendamus nunc mundare fancta & reno-
» vare. Il dit , & il fut fait . Non , la Dé-
» dicace du Temple de Salomon n'eut rien
» de fi touchant. L'onction fainte purifie
»>& confacre ces Mofquées impures. Un
» nouveau Tabernacle s'éleve parmi les ac-
GY
$
54
MERCURE
DE
FRANCE
.
clamations de l'armée ; le parfum des
»prieres monte jufques au Ciel ; l'air re-
» tentit des gémiffemens & des fanglots ;
>> les Chérubins & la Milice Célefte s'em-
» preffent d'être les Spectateurs de ces Myf-
»teres redoutables. Un Pontife du Très-
»Haut , pénetré de la grandeur de fon Mi-
» niftére , entre dans le Saint des Saints . A
>>fa voix , la Victime de propitiation def-
» cend fur l'Autel . Saint Louis fond en lar-
»mes , fe profterne , jette fes palmes de-
»vant le Trône de l'Agneau , l'adore &
>> s'immole avec lui.
... » Saint Louis voit approcher l'E-
>> ternité avec confiance ; dans fa tente ,
» fur ce lit où il eft étendu , & que la mort
>> couvre de fon ombre , c'eſt un Héros qui
>>donne fes ordres avec tranquillité , qui
pourvoit à la fûreté de fon camp ; c'eft
>>un ami qui confole une Cour, que fa perte
» va jetter dans le défefpoir ; c'eft un Roi
>> qui recommande fon Peuple à l'Héritier
» du Trône ; c'eſt un Chrétien qui vole
» au - devant du glaive , qui s'offre lui - mê-
>> me tout entier en holocaufte ; c'eſt un
>> Citoyen du Ciel , qui n'a plus de conr-
>> merce avec la terre, qui eft en efprit dans
>> les Tabernacles éternels , & qui devan-
» çant fon bonheur par fes defirs , s'écrie :
»Seigneur, j'entrerai dans votre Maiſon ; je
OCTOBRE.
1748. ISS
» vous adorerai dans votre faint Temple , je
»glorifierai votre Nom. Enfin c'eft un Pé-
» nitent qui veut expirer fur la cendre , &
» y recevoir la Couronne de juftice.
و د
"
">
Que faifiez-vous cependant, Peuples in-
>> fortunés? Vous rendiez à Dieu de folem-
" nelles actions de graces de la prife de Carthage
; vous ne vous entretenicz des
que
conquêtes de S. Louis, Hélas ! il n'étoit
» plus. A cette nouvelle , quel deuil !
» Quelle confternation ! Ils le reverront ,
>> mais comment ? Repréfentez-vous Moy-
»fe rapportant de l'Egypte les offemens
» de Jofeph ; tel & plus lamentable encore
»fut le retour de Philippe , l'Héritier de
» la Couronne , lorſqu'il revint de l'Afri-
"> que , conduifant les corps inanimés du
» Comte de Nevers , fon frere ; d'Ifabelle,
"fon époufe ; de S. Louis , fon pere . Ce
fpectacle lugubre traverſe la France ; les
»Peuples défolés accourent de toutes
» parts ; ils veulent voir leur Pere ; en le
voyant , ils croyent le perdre une fecon-
» de fois ; ils arrofent fon corps de leurs
» larmes , & le fouvenir de fa fainteté les
» leur fait auffi-tôt condamner ; ils pleu-
» rent fur eux-mêmes , ils l'invoquent.
و د
Si je voulois , Monfieur , vous faire con
noître tous les beaux endroits de cette Piéce
; outre qu'ils ne pourroient que perdre
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
s'ils étoient déplacés , je ferois obligé de
les extraire en fi grand nombre , qu'infenfiblement
je pafferois les bornes d'une
Lettre.
Qu'il me fuffife maintenant de prévenir
une refléxion que vous ne manquerez pas
de faire à la lecture du Difcours . Les louanges
du Roi & du Héros fe mêlent fi naturellement
avec les preuves ; les tranſitions
font fi heureufes , & les traits de l'Hiftoire
de S. Louis font mis en oeuvre avec tant
d'art , qu'on a peine à difcerner fi c'eft de
la fainteté du Roi ou de l'éloquence de
l'Orateur , qu'on fe fent frappé davantage.
Je fuis , & c.
LETTRE de M. de la Soriniere à M.
Barriere , Imprimeur Libraire à Angers.
J
'Ai lû , Monfieur , les Deftinées de Louis
le Bien- Aimé , Poëme intitulé Héroïque,
que vous venez d'imprimer fans nom d'Au
teur , & j'ai en même tems appris que
quelques gens répandoient dans le public
que cet ouvrage étoit de moi.
Je vous prie , Monfieur , de faire tout
ce qui dépendra de vous pour empêcher ce
bruit de s'accréditer ; vous fçavez mieux
que perfonne le peu de part que j'ai à cette
nouvelleproduction .
OCTOBRE. 1748. 157
Ce n'eft pas , Monfieur , que ce Poëme
ne me fit peut-être beaucoup d'honneur
mais enfin il n'eft pas jufte que celui qui
l'a réellement compofé foit privé de la
gloire qui lui en doit revenir , & je me ferois
un vrai fcrupule de la lui dérober . Je
fuis , & c.
Scriniére.
A la Soriniere le 18 Juillet 1747 .
PROSPECTUS.
Hiftoire Naturelle , générale & particuliere ,
avec la defcription du Cabinet du Roi,
N imprime cet Ouvrage par ordre
du Roi ; il aura quinze volumes in-
4° . Ce livre eft en partie de M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , de la
Societé de Londres , de l'Académie de Berlin,
de celle d'Edimbourg , & Intendant du
Jardin du Roi ; & en partie de M. Daubenton
, Docteur en Médecine , de l'Académie
Royale des Sciences , Garde & Démonſtrateur
du Cabinet d'Hiftoire Naturelle au
Jardin du Roi. Cet ouvrage s'eft fait par
les ordres & fuivant les vûes de M. le Comte
de Maurepas. Ce Miniftre , après avoir
formé lui-même & par fa protection immé
158 MERCURE DE FRANCE .
médiate le Cabinet d'Hiftoire Naturelle,
a jugé que pour le rendre plus utile , il étoit
néceffaire d'en publier la defcription &
d'en former un corps d'Hiftoire Naturelle ;
les Auteurs ont tâché de remplir fes vûes ,
& de fatisfaire à fes ordres.
Le premier volume contient une Préface,
dans laquelle on donne un détail hiftorique
fur l'établiffement & l'utilité du Jardin
Royal , & en particulier fur celle du Cabinet
d'Hiftoire Naturelle , fur les foins
qu'on s'eft donné pour le former , fur les
graces particuliéres que le Roi a répanduës
fur cet établiffement ; on entre enfuite dans
le détail des parties qui compofent le Cabinet
, & on finit par une expofition fuccinte
de l'ouvrage qui doit fuivre.
Après cette Préface , on trouve un Diſcours
fur la maniere d'étudier & de traiter
l'Hiftoire Naturelle ; on y donne des regles
pour bien conduire fon efprit dans l'étude
de cette fcience ; on explique ce que c'eft
que les méthodes , on examine s'il y en a
de générales , s'il peut y en avoir de parfaites
; on compare enfuite les differentes
méthodes , & on en fait voir les erreurs
tant de principe que de détail . On expoſe
la méthode qu'on fuit dans cet ouvrage ,
on donne les raifons qu'on a eues de la
préferer aux autres , & on finit par des réOCTOBRE.
1748. 159
flexions fur la métaphyfique des Sciences
& fur la maniere dont on doit fe conduire
dans la recherche de la vérité .
Enfuite on entre en matiere par une fecond
Difcours qui a pour titre , Hiftoire &
Théorie de la Terre , c'eft la clef de l'Hiftoire
Naturelle générale . Il faut prendre des
idées des opérations de la Nature en grand,
avant que de l'examiner en petit dans fes
productions ; il faut connoître le Globe
terreftre, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur ,
foit pour la forme de fes parties , foit pour
l'arrangement des matiéres qui le compofent
: fans le fecours de ces connoiffances
on ne peut fe former aucun fyftême géné
ral fur l'Hiftoire Naturelle .
On donne enfuite les preuves de cette
théorie ; ces preuves font diftribuées en
dix-neuf articles , qui font comme autant
de petits traités féparés , autant de morceaux
d'Hiftoire détaillés , autant de fuites
de faits particuliers, qui fervent àprouver
les faits généraux de l'hiftoire de la Terre .
Voilà ce que contient le premier volume
qui eft actuellement imprimé.
Le fecond , dont l'impreffion eft fort
avancée , commence par une hiftoire géné
rale des animaux ;cette hiftoire eft divifée en
plufieurs chapitres : dans le premier on fait
la comparaifon des animaux , des végétaux
160 MERCURE DE FRANCE.
& des minéraux ; dans le fecond & dans le
troifiéme on traite de la réproduction en
général , de la nutrition & du développement
, chofes qui font communes aux végétaux
& aux animaux ; dans les autres on
traite de la génération des animaux & de
l'économie animale. On trouvera une fuite
d'expériences au fajet de la génération ,
& une expofition des principaux fyftêmes
que l'on a faits fur cette matiére depuis
Platon & Hyppocrate jufqu'à nous.
Après cette hiftoire des animaux , priſe
en général , on commence à defcendre dans
le détail , & avant que de donner l'hiftoire
particuliere de chaque animal , on a crû
devoir donner l'hiftoire naturelle de l'homme
; on ne la traite point en Anatomifte
en Médecin ou en Phylicien à fyftême
mais en Hiftorien : l'homme confideré
comme animal , les moeurs qui lui font nazurelles
, fuivant les differentes races & les
differens climats , font l'objet de cette hif
toire , dans laquelle on trouvera une infinité
de faits intéreffans .
Enfuite on donne une defcription exacte
de toutes les piéces d'Anatomie humaine
, qui font au Cabinet du Roi en grande
quantité , & qui pour la plupart font tra
vaillées avec le plus grand foin . Ces piéces
font numérotées , comme toutes les au
OCTOBRE. 1748. 161
tres du Cabinet , & le numéro fera impri
mé à la tête de la defcription ; ces defcrip
tions font accompagnées de faits hiftoriques
, utiles furtout à ceux qui veulent for
mer des Cabinets d'Hiftoire Naturelle .
Ces deux premiers volumes paroîtront
au commencement de l'année 1749 ; le
troifiéme & quatrième contiennent Phif
toire particuliere des animaux quadrupé
des , tirée des Auteurs d'Hiftoire Naturelle
& d'un grand nombre de Voyageurs , d'Auteurs
de Traités d'économie ruftique , de
chaffe , & c. l'hiftoire eft accompagnée
de la defcription de chaque animal. On
commence par les animaux domestiques ,
enfuite on fait l'hiftoire des animaux fau
vages , & enfin celle des animaux étrangers
; on n'a pas même oublié les animaux
fabuleux , ceux dont l'exiftence eft incer
taine , ceux dont on prétend que les efpéces
fe font perdues. On y donne auffi les
moeurs des differens animaux , leur nourriture
, le tems du rut des mâles & de la cha
leur des fémelles , leur maniere de s'accoupler
, de porter , de mettre bas , & c . lent
façon de chaffer , de rufer , la durée de
leur vie , & quelques obfervations princi
pales, tirées de l'Anatomie comparée. L'hiftoire
fera fuivie , article par article , de la
defcription du fquelette de l'animal & de
i
162 MERCURE DE FRANCE:
celle des differentes parties d'anatomie ,
qui appartiennent à chaque animal.
Le cinquiéme volume contient la def
cription & l'hiftoire des quadrupedes am
phibies & des Poiffons cétacées ; cette partie
fera précedée d'un Difcours fur la méchanique
& l'organiſation des animaux ;
on y fait mention des genres finguliers, des
efpéces bizarres , des monftres , &c. On y
donne auffi les differences particulieres de
l'économie animale , foit par rapport aux
parties qui fervent à la refpiration ,à la circulation
, à la génération , foit par rapport
aux autres fonctions animales .
Dans le fixiéme volume on trouvera la
deſcription & l'hiftoire particuliere de
tous les Poiffons de mer , de lacs & de rivieres
, une méthode pour en reconnoître
les efpéces ; une hiftoire abregée des pêches
, où l'on a raffemblé beaucoup de
faits fur la migration des poiffons .
L'Hiftoire & la defcription des coquillages
, des crustacées & des infectes de la
mer , font la matiere du feptiéme volume.
La collection de Coquilles,qui eft auCabinet
du Roi , eft peut-être la plus complette
qu'il y ait en Europe , auffi-bien que celle
des plantes marines , qui n'étant que l'ouvrage
des infectes de la mer , feront décrites
dans ce volume , où l'on traite de la
OCTOBRE . 163 1748 1748..
formation & de l'accroiffement des coquilles
, & l'on donnera des remarques gé
nérales pour apprendre à les diftribuer méthodiquement.
Le huitiéme volume contient l'Hiftoire
des Reptiles , des Infectes de terre , & des
animaux mycroſcopiques ; cette derniere
partie peut être intéreffante par les découvertes
que les Auteurs ont faites fur cette
matiere .
On donnera dans le neuviéme volume
une Ornithologie. L'Hiftoire des oiſeaux
auroit dû fuivre celle des quadrupedes ,
mais on a jugé à propos de la differer
parce que la collection d'oifeaux , qui eft
au Cabinet du Roi , n'a été commencée
que depuis peu de tems , & qu'elle n'eſt
pas complette ; on travaille à la former
& à mesure qu'il arrive quelque oifeau rare
, on en fait la defcription .
Ces neuf volumes contiendront tout le
regne animal , les trois fuivans comprendront
le regne végétal. Le premier de ces
trois volumes eft déja fait & achevé , c'eſt
un fyftême général de végétation & un
traité d'Agriculture , où l'on trouvera un
grand nombre d'expériences que l'on a
fuivies depuis dix-fept ans , après avoit traduit
& dépouillé ce qu'il y a de bon &
d'utile dans les Auteurs Anglois , Alle-
1
164 MERCURE DE FRANCE.
mands & Italiens , au fujet de la culture
des plantes.
Les trois derniers volumes , c'est -à- dire,
le treizième , le quatorziéme &le quinziéme
, feront pour le regne minéral . On
trouvera au commencement du treiziéme
volume un difcours fur la formation des
pierres & des minéraux , que l'on a com
pofé pour fervir de fuite à l'hiftoire de la
Terre, qu'on a donnée dans le premier vo
lume , mais on en differe l'impreffion ,
parce qu'il fe trouvera encore mieux placé
a la tête de l'Hiftoire des minéraux . Le
treiziéme volume contiendra auffi la defcription
& l'histoire des fofiles & des
pierres figurées. La collection des pétrifi
cations eft extrêmement abondante au Cabinet
du Roi.
Dans le quatorziéme volume on fait
P'hiftoire des terres , des fables , des pier
tes communes , des cailloux & des pierres
précieufes 3 on donne une méthode fimple,
naturelle & invariable pour connoître les
pierres précieufes ; cette belle partie de
I'Hiftoire Naturelle fera traitée avec foin .
La collection de ces pierres , foit tranfparentes
, foit opaques , qui eft au Cabinet
du Roi , cft extrêmement riche : on tachera
de rendre l'ouvrage digne de la matiere .
Enfin on finira par l'hiftoire des fels
OCTOBRE . 1748 . 16$
des foufres , des bitumes , des métaux &
de tous les minéraux que l'on tire du fein
de la terre , avec la préparation & les ufages
de toutes ces matieres .
Tous les volumes feront ornés de vi
gnettes & de planches en taille-douce : if
yaura, furtout, les gravûres qui font néceffaires
à l'inftruction , & celles qu'on pour
roit défirer pour l'intelligence des chofes.
Cet ouvrage fera fuivi fans interruption ,
& l'on compte pouvoir en donner tous les
ans quelques volumes au public. Il fera
imprimé fur le même papier & avec les
mêmes caractéres que le Profpectus , in-4°.
11 fe vendra à Paris , chés Durand ruë
Saint Jacques , an Griffon , & Piffot , Quai
des Auguftins , à la Sageffe.
PRIX proposés par l'Académie Royale des
Sciences , Infcriptions & Belles Lettres
de Touloufe. Pour les années 1749 &
1750.
A Ville de Touloufe , célébre par les
Prix qu'on y diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poefie , & aux
Arts , voulant contribuer auffi au progrès
des Sciences & des Lettres , a , fous le bon
plaifir du Roi , fondé un prix de la valeur
-de soo liv. pour être diftribué tous les
166MERCURE DE FRANCE.
ans par l'Académie Royale des Sciences ;
Infcriptions & Belles Lettres , à celui qui ,
au jugement de cette Compagnie , aura
le mieux traité le fujet qu'elle aura propolé.
Le fujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature,
L'Académie avoit propofé pour fujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature & la
caufe de la rage , & quels en peuvent être les
préfervatifs & les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n° . 3 ,
qui a pour dévife : Nec defperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eft M. Sauvages ,
Profeffeur Royal en Médecine , de la Société
Royale de Montpellier , & des Académies
d'Upfal & de Stokholm.
L'Académie a propofé en 1747 , pour
fujet du prix de 1749 , defixer le tems où
Les Sciences les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volfques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples,
Le fujet que l'Académie avoit propofé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva
étoit la caufe phyfique de l'applatiffement de
La terre , tel qu'il a été déterminépar les opé
OCTOBR E. 1748 , 167
rations faites au Cercle Polaire , en France &
fous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propofe
encore le même fujet,
>
Ceux qui ont déja remís des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préfenter
de nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables,
Comme quelques Auteurs dans les
ouvrages qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , fans, même
avoir égard aux variations de la péfanteur,
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une caufe , qui , en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiffement
déterminé par les mefures.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les Affociés étrangers
de l'Académie . Les autres Académiciens
font exclus de prétendre au Prix.
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages , qui
foit bien lifible , furtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ou
vrages une fentence ou devife , mais ils
166 MERCURE DE FRANCE .
ans par l'Académie Royale des Sciences ;
Inferiptions & Belles Lettres , à celui qui ,
au jugement de cette Compagnie , aura
le mieux traité le fujet qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature,
L'Académie avoit propofé pour fujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature & la
caufe de la rage , & quels en peuvent être les
préservatifs & les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n°. 3 ,
qui a pour dévife : Nec defperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eft M. Sauvages ,
Profeffeur Royal en Médecine , de la Société
Royale de Montpellier , & des Académies
d'Upfal & de Stokholm .
L'Académie a propofé en 1747 , pour
fujet du prix de 1749 , de fixer le tems où
les Sciences & les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volfques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
mours , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples,
Le fujet que l'Académie avoit propoſé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva
étoit la caufe phyfique de l'applatiffement de
la terre , tel qu'il a été déterminé par les opéOCTOBRE.
1748 , 167
rations faites au Cercle Polaire , en France Ó
fous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propofe
encore le même fujet,
Ceux qui ont déja remis des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préfenter
de nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables ,
Comme quelques Auteurs , dans les
ouvrages qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , fans, même
avoir égard aux variations de la péfanteur,
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une caufe , qui , en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiffement
déterminé par les mefures .
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les Affociés étrangers
de l'Académie. Les autres Académiciens
font exclus de prétendre au Prix .
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages , qui
foit bien lifible , furtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
une fentence ou devife , mais ils
168 MERCURE DE FRANCE;
n'y mettront point leur nom . Ils font exhortés
cependant à y attacher unbillet fé
paré & cacheté , qui contienne la même
devife ou fentence , avec leur nom , leurs
qualités & leur adreffe : l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution ,
lorfqu'ils adrefferont leurs Ecrits au Secré
taire. Ce billet ne fera point ouvert , fi la
Piéce n'a remporté le Prix .
Ceux qui travailleront pour les Prix ,
pourront adreffer leurs ouvrages à M,
P'Abbé de Sapte , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui faire remettre par
quelque perfonne domiciliée à Toulouſe,
Dans ce dernier cas , il en donnera fon récépiffé
, fur lequel fera écrite la fentence
de l'ouvrage avec fon numero , felon l'ordre
dans lequel il aura été reçû .
Les paquets adreffés au Secrétaire doi
yent être affranchis de port .
Les ouvrages , pour le Prix de 1749
doivent être remis avant le premier
Mars .
Et avant le premier Février pour l'année
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la Piéce qu'elle aura cou-
Fonnée .
Si l'ouvrage qui aura remporté le Prix
OCTOBRE. 1745. 169
été envoyé au Secrétaire en droiture , le
Tréforier de l'Académie ne délivrera ce
Prix qu'à l'Auteur même , qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration
de fa part.
S'il y a un récépiffé du Secrétaire , le
Prix fera délivré à celui qui le repréſenzera.
L'Académie , qui ne prefcrit aucun fyftême,
déclare auſſi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
PROGRAMME de l'Académie des
Belles Lettres , Sciences & Arts , établie à
Bordeaux.
Ette Académie diftribue chaque an-
Chce un Prix de Phyfique , fondé par
feu M. le Duc de la Force . C'eft une Médaille
d'or de la valeur de trois cens livres .
Le Pere Beraut Jéfuite , Profeffeur de
Mathématiques dans le Collége de Lyon ,
a remporté cette année le Prix de la queftion
, S'ily a quelque rapport entre la caufe
des effets de l'Aiman , & celle des phenoménes
de l'Electricité.
L'Académie propofe aujourd'hui deux
fujets pour les deux Prix qu'elle diftribuera
en l'année 1750. Le premier , De la Ducti
H
70 MERCURE DE FRANCE.
lité des métaux & des moyens de l'augmenter
Le fecond , S'il y a quelque rapport entre les
phenoménes du Tonnerre & ceux de l'Electri
cité.
Les Differtations fur ces deux fujets ne
feront reçues que jufqu'au premier Mai de
l'année 1750. Elles peuvent être en François
ou en Latin . On demande qu'elles
foient écrites en caractéres bien lifibles.
Au bas des Differtations , il y aura une
fentence , & l'Auteur mettra dans un billet
féparé & cacheté , la même fentence , avec
fon nom , fon adreſſe & ſes qualités .
Les paquets feront affranchis de Port ,
adreffes à M. le Préſident Barbot , Secretaire
de l'Académie , fur les Foffes du Chapeau
Rouge , ou à M. Brun , Imprimeur , aggregé
de ladite Académie , ruë Saint James.
PROGRAMME de l'Académie des Bel
les- Lettres de Montauban,
M
R. l'Evêque de Montauban , ayant
deftiné la fomme de deux cens cinquante
livres , pour donner un Prix de pareille
valeur , à celui qui , au jugement de
l'Académie des Belles Lettres de cette Ville
, fe trouvera avoir fait le meilleur Dif
cours fur un fujet relatifà quelque point
OCTOBRE. 1748. *
17£
de Morale tiré des Livres faints , l'Académie
diftribuera ce Prix le 25 Août prochain
, Fête de S. Louis , Roi de France.
Le fujet de ce Difcours fera pour l'année
1749.
Pourquoi le Sage eft- il émû de la calomnie ?
Conformément à ces paroles de l'Ecriture :
Calumnia conturbat fapientem. Ecclef. VII.
8.
Les difcours ne feront tout au plus que
de demi -heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à JESUSCHRIST.
On n'en recevra aucun qui
n'ait une Approbation fignée de deux
Docteurs en Théologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais ſeulement une
marque ou paraphe , avec un Paffage de
l'Ecriture Sainte , ou d'un Pere de l'Eglife,
qu'on écrira auffi fur le Regiſtre du Secretaire
de l'Académie.
Toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , feront reçûës à
prétendre au Prix , hors les Membres de
l'Académie , qui en doivent être les Juges.
Les Auteurs feront remettre leurs ouvrages
pendant tout le mois de Mai prochain ,
entre les mains de M. de Bernoy , Secretaire
perpétuel de l'Académie , en fa mai-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE.
fon rue Montmurat , ou en fon abſence
à M. l'Abbé Bellet , en fa maiſon ruë Courde-
Toulouſe.
Le Prix ne fera délivré à aucun , qu'il
ne fe nomme , & qu'il ne fe préfente en
perfonne , ou par Procureur , pour le recevoir
, & pour figner le Difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secretaire trois copies bien lifibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui feront envoyés par la Pofte: Sans ces
deux conditions , les ouvrages ne feront
point admis au concours .
Le Difcours qui a pour Sentence , Beati
mifericordes , a remporté le Prix de cette
année , & l'Ode qui a pour Sentence :
Redeunt Saturnia Regna , a remporté le Prix
réfervé.
PROGRAMME de l'Académie des .
Sciences de Dijon , fondée par M. Hector
Bernard Pouffer , Doyen du Parlement
de Bourgogne.
P
1749
Our le Prix de Phyfique de l'année
confiftant en une Médaille
d'or , qui fera délivrée le Dimanche. 24 du
mois d'Août de la même année , à celui
qui aura le mieux traité la queſtion fuivante.
OCTOBRE . 173 1748 .
Pourquoi les corps , électriques par eux-mêmes
, ne reçoivent pas l'électricité par communication
?
: Il fera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obfervant que leurs ouvrages foient lifibles
, & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe , & n'excéde point une demicheure
; les Mémoires francs de port (fans
quoi ils ne feront pas retirés ) feront adreffés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie ,
ruë du vieux Marché à Dijon , qui n'en
recevra aucun après le premier Avril,
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , fe feront fait connoître avant que
l'Académie ait décidé fur la diftribution
du Prix , feront exclus du concours . Pour
remédier à cet inconvénient , chaque Auteur
mettra au bas de fon Mémoire une
fentence ou devife , & y joindra une feuillede
papier cachetée , fur le dos de laquel .
le fera la même ſentence ou devife , & fous
le cachet fon nom , fes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la
diftribution du Prix . Ces feuilles , ainfi
cachetées de façon qu'on ne puiffe y rien
lire à travers , ne feront point ouvertes
avant ce tems- là , & le Secrétaire en tien
dra un Regiftre exact .
Ceux qui exigeront de lui un Récépiffé
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de leurs, ouvrages , le feront expédier fous
un autre nom que le leur , & dans le cas
où celui , qui auroit ufé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il fera obligé , en
chargeant une perfonne domiciliée à Dijon
de fa Procuration pardevant Notaire , d'y
joindre auffi le Récépiffé.
Si celui à qui le Prix eft adjugé n'eft pas
de Dijon , il enverra pareillement fa Procuration
en la forme fufdite , & s'il eft de
cette Ville , il fera tenu de venir le rece
voir en perfonne à l'Académie le jour de la
diftribution du Prix .
L'Académie des Sciences de Dijon déli- ·
vra dans une aſſemblée publique le jour de
S. Louis ; le Prix de Médecine propofé
pour l'année 1748 , à M. Chambon de la
Faculté de Montpellier , demeurant aux
Vans dans les Cevenes.
Les deux autres Mémoires , qui ont ba
lancé les fuffrages de l'Académie , ſont de
Mrs Rey , de la Faculté de Montpellier ,
aggregé au Collège des Médecins de Lyon ;.
des Académies des Sciences , Belles Let--
tres & Beaux Arts de la même Ville , réfidant
actuellement à S.Chaumont en Lyonnois
, & Gravier , Docteur en Médecine ,,
à Parray en Charollois.
OCTOBRE. 1748. 174$
La célébre Bibliothèque
de feu M. l'Ab- bé de Rothelin
fera vendue en détail , au
commencement
du mois de Mars 1749-
Le Catalogue
imprimé
fe trouve chés G
Martin , Libraire , à Paris.
L
É STAMPES
NOUVELLES
.
E Sieur le Bas , Graveur du Cabinet du Roi ,
& Membre de l'Académie Royale de Peinainfi
que de
ture , Sculpture & Gravûre de Paris , celle des Arts & Sciences de Rouen , étant auffi la.
borieux qu'habile dans fon Aft , continuë de fatisfaire
la curiofité du public & le goût des ama→ teurs, en produifant fans ceffe de nouvelles Eftam.
pes. Il vient d'en mettre au jour fix parfaitement
belles.
La premiere eft une troisiéme fête Flamande. & c'eft la cinquante-fixiéme qu'il a gravée d'après le célébre Teniers. Elle eft large de deux pieds quatre pouces , fur un pied neuf pouces & trois
ligues de hauteur , & elle contient 180 figures. Cet excellent morceau est dédié à M. le Comte de Choifeul , Lieutenant
Général de la Province du Dauphiné , Maréchal des Camps & Armées de Sa Majefté , lequel a dans fon Cabinet le tableau ori ginal. On lir au bas ces vers , de M. Moraine .
Le plus fage des Rois confeille l'allégreffe.
Ces gens auroient- ils la fes précieux Ecrits
Je vois que par la table , & la danfe & les ris
Ils banniffent bien loin l'importune trifteffe.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons beſoin dans l'amour des plaš
firs ,
Ni d'antiques confeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers , pour remplir leurs de
firs ,
Ne fuivent que l'avis de la fimple Nature .
La feconde eft large d'un pied cinq pouces ,
& haute d'un pied un pouce fept lignes. Ort
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiflons qu'ils viennent de prendre , & un
jeune garçon qui en jette d'un panier plufieurs au
tres fur le rivage . Teniers , d'après qui cette Ef
tampe eft gravée, a donné , contre la coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & fuivant fon talent ordinaire
il en a caractérifé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel. D'un côté , deux Pêcheurs
font jufqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élèvent une tour &
quelques mazures . Le ciel de ce tableau , qui eft
large de trois pieds neuf pouces & demi , & haut
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargé de pluye . Il eft du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui l'Eftampe eft dédiée.
La troifiéme & la quatrième Estampes font deux
Pendans. L'une repréfente Schevelinge , Village
de Hollande. Près de ce Village , & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon . Plu
fieurs groffes Barques y paroiffent fur les eaux.
On y lit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE 1748. 177
Ces Barques , ces Pêcheurs , cette mer poiſſon
neufe ,
Ce Village placé fi favorablement ,
Offrent aux yeux charmés une contrée heurenfe.
Là régnent l'embonpoint, le bon tempéramment;
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abſtinence .
Cette belle Eftampe eft dédiée à M. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain.
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
naifons s'offrent des deux côtés , & un agréable
lointain s'y préfente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage , & glacé une riviere fur
laquelle plufieurs perfonnes fe rejoüiflent de diverfes
façons. Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y jouent à la bille . Le même Auteur
a fait pour cette Eftampe , qui eft dédiée à M,
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une utile induftrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs ,
On croiroit que chés toi l'eau fe transforme ca
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode eſpace
A tous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eftampes font d'après Vandreveṛ ,
Peintre Hollandois,
1 y
176MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons befoin dans l'amour des plan
firs ,.
Ni d'antiques confeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers , pour remplir leurs de
firs ,
Ne fuivent que l'avis de la fimple Nature.
La feconde eft . large d'un pied cinq pouces ,
& haute d'un pied un pouce fept lignes. Ot
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiflons qu'ils viennent de prendre , & un
jeune garçon qui en jette d'un panier plufieurs au
tres fur le rivage. Teniers , d'après qui cette Ef
tampe eft gravée , a donné , contre la coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & fuivant fon talent ordinaire
il en a caractérisé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel . D'un côté , deux Pêcheurs
font jufqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élévent une tour &
quelques mazures . Le ciel de ce tableau , qui eft
large de trois pieds neuf pouces & demi , & haut
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargé de pluye . Il eft du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui PEftampe eft dédiée.
La troifiéme & la quatrième Eftampes font deux
Pendans . L'une repréfente Schevelinge , Village
de Hollande . Près de ce Village , & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon . Plu
fieurs groffes Barques y paroiffent fur les eaux.
On ylit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE 1748. 177
Ces Barques , ces Pêcheurs , cette mer poiſſon
neufe ,
Ce Village placé fi favorablement ,
Offrent aux yeux charmés une contrée heureufe.
Là régnent l'embonpoint , le bon tempéramment;
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abftinence,
Cette belle Eftampe eft dédiée à M. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain .
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
maifons s'offrent des deux côtés , & in agréable
lointain s'y préfente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage , & glacé une riviere fur
laquelle plufieurs perfonnes fe rejouiflent de diverfes
façons . Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y jouent à la bille . Le même Auteur
a fait pour cette Eftampe , qui eft dédiée à M.
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une ntile induftrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs ,
On croiroit que chés toi l'eau fe transforme ca
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode efpace
A tous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eftampes font d'après Vandrover ,
Peintre Hollandois,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE. ,
La cinquiéme Eftampe , gravée par le Sr Noël
Lemire , repréfente un Avocat , qui , d'un air menaçant
& plein d'autorité , fait rendre compte
un Tuteur des biens de fa Pupille , dont la contenance
eft fimple & timide . Le Cabinet de cet
Avocat eft orné d'une Bibliothéque . Un livre ouvert
& quelques facs de papiers font fur le plancher.
Un pauvre plaideur , un bâton à la main , ſe
préfente à la porte . Ce morceau , qui eft parfaitement
bien traité , eft haut d'un pied, & large d'en--
viron dix pouces. Il eft d'après le Tableau de M.
Defcamps , de l'Académie des Arts & Sciences de-
Rouen .
La fixiéme fait voir fous le plus agréable om--
brage , & près d'une fontaine ſculptée d'un trèsbon
goût , un jeune Berger , qui apprend à une
Bergére aimable & à la fleur de fon âge , à jouer
du flageolet. Derriere eux , un autre Paſteur &
une autre fille écoutent ces divertiſſantes leçons ..
Près de ce groupe , eft la ftatuë du Dieu Pan , qui
augmente l'ornement de ce lieu champêtre . Cette
Eftampe d'après le Tableau du fameux Lancret ,
qui eft au Cabinet du Roi , a pour titre , le Maître
galant , & eft dédiée par M. d'Arcy à M. le Comte -
de Teflin , Grand Chancelier & premier Miniftredu
Roi de Suéde .
Ces Eftampes fe vendent chés le Sieur le Bas , au
bas de la rue de la Harpe , à Paris .
1
OCTOBRE . 1748 . 179
MTOLOGIE complette , en couleur ,
grandeur naturelle , d'après les piéces diffequées
& préparées par M. Duverney
Demonftrateur Royal , peintes , gravées &ª
imprimées par le Sieur Gautier , Graveur
du Roi,
Canatomites de l'Europe , & qui eft le
Et ouvrage qui eft affés connu de tous less
premier
& l'unique dans fon genre , contient vingt
grandes Planches , dans lesquelles les Auteurs ont
démontré tous les mufcles du corps humain avec
toute l'exactitude
poffible.
Le Sieur Gautier a eu l'honneur de les préfenter
au Roi à Verſailles pour le Cabinet de Sa Majefté,
en préſence de M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi . Sa Majefté a approuvé cette entrepriſe ,
& par- là les Auteurs ont été encouragés à la conti .
nuer. Is diftribuent à préfent les trois premierespiéces
de l'Anatomie complette , dont voici le
projet Général,
Projet général des Planches Anatomiques :
dü Sieur Gautier.
On fe propofe de donner dans cet ouvrage tou
tes les parties du corps humain . D'abord on a faic
paroître pour effai la Myologie de la tête , & enfuite
celle du tronc & des extrêmités , ce qui a
formé une oeuvre complette que l'on joindra , fi
f'on veut , avec celles aufquelles le Sieur Gautier
travaille , & dans lefquelles les Auteurs obferve
ront Pordre fuivant.
Hvj
150 MERCURE DE FRANCE.
Premiere divifion .
Certe divifion eft celle que l'on donne préfen
tement en huit planches , qui contiennent toute
l'Anatomie de la tête . Chaque divifion fera une
oeuvre particuliere.
Deuxiéme divifion.
La deuxième divifion contiendra l'Anatomie
du.Thorax , c'eft à- dire , de la poitrine & du dos ,
celle du bas ventre , & des parties intérieures &
extérieures de la génération des deux fexes . Elle
fera compriſe en douze planches .
Troifiéme divifion .
La troifiéme divifion fera pour l'Anatomie
comparée de differens Animaux . Elle contiendra'
quatre Planches feulement .
Quatrieme divifion.
La quatriéme & derniere divifion comprendra
fix Planches : elle fera deftinée à repréfenter des
figures entieres de grandeur demi - naturelle , &
fervira de fupplément à tout l'ouvrage.
Prix de l'ouvrage.
La Myologie complette en vingt Planches fe
vend toute verniffée & reliée en demie feuille 96
liv ; brochée , 99 liv ; reliée en grand , 102 .
L'Anatomie de la tête en huit Planches coû
tera aux Soufcripteurs 24 liv . & ceux qui laifferont
paffer le tems de fouferire , la payeront 36 liv.
L'Anatomie du Thorax & du bas- ventre en
douze Planches coûtera à ceux qui foufcriront 36
liv. & à ceux qui n'auront pas foufcrit , 54 liv.
L'Anatomie comparée en quatre Planches coû
tera 12 liv . aux Soufcripteurs , & aux autres , 18
liv.
Le Supplément en fix Planches coûtera 18 liv.
& à ceux qui n'auront pas foufcrit 24 liv.
OCTOBRE . 1748. 181
Total.
Ceux qui auront toujours foufcrit , auront les
cinquante Planches pour fo écus , & ceux qui attendront
la fin de l'ouvrage les payeront 224
liv.
Le Sieur Gautier eſpére pouvoir completter cer
ouvrage dans le courant des années 1749 & 1750.
11 demeure préfentement rue de la Harpe , après
la rue Poupée , à la feconde maiſon neuve ou eft
fon Enfeigne.
Quelques jaloux ont écrit fauffement dans
tous les Pays étrangers que le Sieur Bizey ,
célébre dans l'Art de faire des inftrumens à vent ,
étoit mort. Il demeure rue Dauphine , vis - à - vis
l'Hôtel de Flandres , du côté de la Comédie Françoife
.
TESTAMENT en faveur de la Ville
de Lyon .
L
'An mil fept cens quarante - huit , & le trenteun
Août , pardevant le Notaire Royal , foufli
gné , & en préſence des témoins nommés , s'eft
perfonnellement établi , Charles le Loup , Premier
Préfident en l'Election de Breffe , Seigneur de Rivoire
, Revonnaz , Montagnat & autres lieux , lequel
, de gré , fain de fes fens , m'a dicté ainfi que
s'en fuit , en préfence deflits Témoins , fon Codi
cille , conféquemment au Teftament par lui fait ,
dont la fufcription a été reçue par Nevoret , Nataire
à Bourg , le 29 Mai mil fept cens quarante ,
& qui eft déposé dans les Archives du Bureau de
1
182 MERCURE DE FRANCE.
la Charité de la Ville de Bourg ; le fieur Codicil
dant , pour donner des marques de fon attachement
à la Patrie de fes Ancêtres , qui fuivant
'Hiftoire de la Ville de Lyon y ont pris naiflance
, donne & legue aux Habitans de la Ville de
Lyon , en la perfonne de Meffieurs les Prévôt &
Echevins de la Ville de Lyon , fon Etat & Office
de Premier Préfident en l'Election de Breffe , pour
refter uni à perpétuité à l'Hôtel de Ville de Lyon,
dont les Magiftrats donneront l'homme au Roi ,
pour remplir & exercer fa Charge.
Le motif qui détermine le fieur Codicillant à le
preferire ainsi , eft qu'il fçait que le privilége de
l'exemption des Tailles , accordée aux véritables ,
Bourgeois de Lyon pour leurs biens fitués en Bref--
fe,fuivant l'ancien dénombrement qui en a été fait ,
n'a pas tout fon effet pour eux. Par le moyen du
Préfident en l'Election de Breffe , ils pourront
avoir une connoiffance exacte des remplacemens
à faire , & eux feuls pourront fe faire fubroger..
L'intention du Prince fera ainfi remplie. Le pré--
fent legs eft fait fous les conditions ci - après .
Sçavoir, que Meffieurs les Prévôt des Marchands
& Echevins éleveront à perpétuité des jeunes Enfans
, fains & vigoureux , choifis parmi les Enfans-
Trouvés dans l'Hôtel- Dieu de Lyon , pour leur
faire faire leurs Etudes , en forte qu'il y en ait
toujours un qui étudie la Phyfique. Comme le
Codicillant ne laiffe point d'Enfans , il veut que
ceux qui étudieront en Phyfique portent fon nom
& fes Armes. Veut encore le fieur Codicillant que
Meffieurs les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Lyon fondent à perpétuité dans la
Chapelle de Life- Barbe , fous le vocable de Saint-
Loup,une grande Meffe de Requiem, qui y fera cé--
lebrée pour le repos de l'ame du fieur Codicillant
OCTOBRE. 183 1748. .
chaque année à l'époque de fon décès , & qu'ils
diftribuent cinq fols , par forme d'aumône , à cha
cun des pauvres qui y auront affifté .
Et dans le cas où Meffieurs les Prévôt des Mar
chands & Echevins de la Ville de Lyon , après délibération
prife , ne voudroient pas accepter le
préfent legs fous les conditions y attachées , le
fieur Codicillant le transfere à la Charité de Lyon,
à la charge d'exécuter les mêmes conditions , ayant
pour objet de faire un avantage réel à la Patrie de
fes Ancêtres , & d'engager par- là Meffieurs de
Lyon à s'intéreffer au falut de la Province de
Breffe , & pour que fon exemple réveille l'amour
de la Patrie & de la focieté dans le coeur de ceux
qui le fuivront , il exhorte fes Légataires à faire
imprimer le préfent Codicille pour en déposer des
copies collationnées dans les Archives de la Maifon
de Ville de Lyon & dans celles de la Maiſon de
Ville de Bourg, fa Patrie , & partout où il fera jugé
néceffaire , afin d'emporter en mourant la fatisfaction
d'avoir vêcu utilement , car telle eft fa
volonté , dont il a requis Acte , figné le Loup de
Rivoire , & Fays , Notaire Royal..
COPIE d'une Lettre écrite à Mad. la
Generalle la Motte , par M. Martiny ,
Docteur Médecin , Aggregé au Collège de
Lyon.
J
E penfe , Madame , que vous ne ferez pas fâchée
d'être informée de l'heureux fuccès de
votre Elixir d'or dans la maladie dont Madame
Chalut de cette Ville , & mere de M. Chalut , Trés
forier de Madame la Dauphine , a été attaqués .
184 MERCURE DE FRANCE.
Les vertiges , les mouvemens convulfifs , la bouthe
tournée & un begayement , fymptômes qui
annonçoient une apoplexie , ont entierement dif
paru , & cedé à l'ufage habituel qu'elle a fait dé
votre précieux Elixir. Sa bouche eft très- bien remife
, & elle fe porte actuellement fort bien. Je
croirois , Madame , manquer à mon devoir & à
l'intérêt que je prends à la confervation de la fanté
de nos Citoyens , fi je ne vous invitois à ne nous
pas laiffer manquer dans ce Pays de ce Remede ,
dont je fais un très- grand cas,& dont je connois le
mérite , en ayant fait plufieurs expériences .J'ai auffi
éprouvé l'excellence de votre Elixir blanc dans les
maladies du cerveau , dans les vapeurs épileptiques
, dans la démence ou imbécillité d'efprit , &
dans les maux qui tiennent d'une caufe vénérienne
ou fcorbutique. Je me ferai un vrai plaifir de vous
informer dans la fuite des effets que l'un ou l'autre
de ces Elixirs pourront opérer , comme je m'en
fais un de vous aflûrer combien j'ai l'honneur d'étre
, & c..
LETTRE de M. Jomoron , Tréforier de
France , Subdelegué Général de l'Intendance
de Grenoble , en date du 20 Août
1748 , écrite à M. Arnoult.
M:
Onfieur Portalis , Commiffaire des Guerres ,
"
tre que vous lui avez écrite le 18 Mai dernier , j'ai
fait tout ce qui étoit en mon pouvoir auprès des
Médecins , Chirurgiens & Apaticaires qui ont foi .
gué M. Bruno dans fa derniere maladie , pour les
engager à donner leur Certificat fur les admiraOCTOBRE.
1748 .
Bles effets de votre Sachet , qu'a éprouvé le fieur
Bruno , Commis dans les Bureaux de l'intendance
de cette Province , mais ils n'ont point voulu
adhérer à ma priere , en difant que votre Sachet
avoit été attaché au col du malade fans leur participation
; je me contenterai donc de vous dire au
vrai ce qui s'eft paffé. Le Sr Bruno étant tombé d'a
poplexie il y avoit trois jours , étant fans connoif
fance , M. Portalis arriva de Paris & entendit tous
les regrets dont les Bureaux de l'Intendance rětentifloient
ſur l'état de ce pauvre malheureux , qui
avoit été faigné & refaigné à plufieurs repriſes , & à
qui on avoit donné l'Emétique en abondance ,
qui n'avoit point operé. Comme M. Portalis
me dit qu'il portoit à Toulon un de vos Sachets
à un de fes amis , je lui demandai à le voir
je lûs les imprimés qui y étoient joints ; M. Portalis
m'offrit de me le remettre , en difant qu'il en
feroit venir un autre ; je lui rendis les 12 livres
qu'il m'a dit que lui avoit coûté ce Remede ; fur
le champ je priai un Religieux qui le trouva chés
moi , d'aller attacher au col du fieur Bruno ce Sachet
, ce qui fut auffi - tôt exécuté. Demie heure
après , le malade commença à donner des fignes de
connoiffance , le lendemain il fut fi bien à lui ,
qu'il fe confeffa , reçut le viatique & fit fon teftament
, il a vêcu l'efpace de quatre mois depuis. IL
vient de mourir, mais les Médecins affûrent que fon
apoplexie ne l'a point fait périr ; qu'étant afmati- ,
que , cette maladie , a empiré & en a été la feule
caufe ; qu'au furplus il a eu une parfaite connoif
fance jufqu'au moment de la mort , voila ce que
je puis vous certifier de cette affaire , en vous affû¬
rant qu'on ne peut être plus parfaitement , votre
&c. Signé , Jomoron , Tréforier de France & Sub
delegué Général de l'Intendance de Grenoble.
1
MERCURE DE FRANCE.
Pour éviter tout abus & pour la fûreté du Pu-*
blic, on avertit de nouveau que le remede du fieur-
Arnoult ne fe diftribue que chés lui , rue des cinq
Diamans à Paris ; qu'il ne commet perfonne pourle
diftribuer ailleurs , & qu'il n'en donne pas un
feul , fans qu'il foit accompagné d'un imprimé figné
de lui , & fans enregistrer les noms , qualités &-
demeures de ceux pour qui on les deftine .
4
Le Mercure & plufieurs autres Ouvrages Périodi
ques ont parlé plusieurs fois des effets furprenans
opérés par le Sachet antiapoplectique. Le fieur Arnoult
vient d'obtenir un Certificat beaucoup plus authentique
plus refpectable des vertus de ce merveilleux Sathet.
C'eſt un Arrêt du Confeil d'Etat de Sa Majefté,
qui maintient ce Marchand Droguifte dans le droit de
vendre feul ledit Remede , & dans lequel font déduites
amplement les preuves qu'on a de fon utilité:
LETTRE de M. de Launay , Maûre
Chirurgien Juré à Paris, & de l'Académie
Royale de Chirurgie .
Monfieur,c'effe Poufiance ,que je vous fais
Onfieur , c'est parce que vous m'avez hotenir
ma préfente adreffe .
Ayant été en relation avec vous , il eſt bien jufte
que vous fçachiez od me retrouver , furtout dans
Poccafion où je pourrois être utile à vos plus proches
ou à vos amis qui font dans la Province .
Je n'ai rien épargné pour les recherches , & je me
fuis affûré de l'expérience néceffaire pour remplir
Pattente de ceux qui s'adrefferont à moi ,foit pour la
fûreté , la durée & la commodité des Bandages nouyeaux
, foit pour les avis & le fuccès des Reme
OCTOBRE. 1748. 187
des qui conviennent aux Defcentes ou aux autres
maladies qui y ont quelque rapport.
Vous voila à préfent en état d'obliger qui vous
voudrez , & de difpofer de moi quand il vous plai
ra me mettre à l'épreuve ; vous ferez convaincu
de la fincérité avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Monfieur , & c. de Launay , Chirurgien Juré à
Paris , de l'Académie de Chirurgie ; Cul-de-fac
de l'Oratoire .
SPECTACLES.
L'AcadémieRoyale de Mufique a cedé fon pris
vilège du Concert Spirituel , exécuté au Cha
teau des Tuilleries , à M.Royer , fi eftimé à la Cour
& à la Ville par les talens & fes ouvrages; nous l'a:
vons déja annoncé au Public, mais nous ne l'avons
pas informé des foins & des frais qu'il en coûte à
de nouveau Directeur pour mettre la Salle de fon
Spectacle en état de plaire aux Dames par fa dif
tribution commode & l'arrangement des places.
Ce Concert fi bien préparé , ouvrira le premier
Novembre , jour de la Touffaint . !
L'Opéra continue avec fuccès les repréfentations
du Ballet des Fragmens . Mlle Coupée a joué
le rôle de Julie , & a été applaudie dans l'Acte de
l'Eftime , tiré du Ballet des Amans déguiſés .
La Tragédie de Sémiramis de M. de Voltaire ,
s'eft foutenue jufqu'à la clôture du Théatre , avec:
des affeinblées nombreuſes.
Le Mercredi 18 Septembre , la Comédie Italienne
a donné la premiere Repréfentation des Fées
Rivales , Piéce Italienne en quatre Actes , fuivie de
8S MERCURE DEFRANCÈ.
les
quatre Divertiffemens très -ingénieuſement deffinés
par M. Deshayes, qui eft connu pour exceller dans
plus d'un talent. Le fujet de cette Comédie ,
machines & le Spectacle , font de l'invention de
M. Veroneze , pere de l'inimit ble Coraline & de
la charmante Camille . La Mufique eft de M. Blaife
, & digne de lui . La peinture des Décorations
eft de M. Pietre Alejeri .
Le Prologue , qui précede cette Comédie , y eft
bien mieux lé que les parties de l'ouvrage ne le
font enfemble. Le fujet en a parû peu judicieux &
peu naturel. Lifidor , amoureux & aimé de Rofélinde
, fille du Roi des Rayons d'or , l'obtient de
fon pere , avec l'efpérance de fucceder à ſa Couronne
. Dans l'inftant que ces deux amans , charmés
l'un de l'autre , obtiennent le prix de leur
tendrefle , loin de jouir promptement de leur félici
té , ils demandent avec un vif empreffement la permiffion
d'aller ſe promener fur la terre . Elle leur eft
accordée , à des conditions qui n'ont pas été approuvées
par les amateurs des plans raifonnés , &
des intrigues vrai - femblables , mais il ne faut pas
examiner ces fortes de Comédies avec les yeux de
la raifon , & il feroit inutile d'en détailler les fautes
: il fuffit de dire qu'elle eft fort amulante par
les lazis & les danfes . Il y a furtout une Entrée de
Statues , qui forment differens Groupes très gracieux
& variés avec une intelligence & un goût
fupérieur. On ne peut trop louer le génie du Compofiteur
de ces Ballets enchanteurs .
OCTOBRE. 1748. 185
L
COMEDIES REPRESENTEES
à Fontainebleau,
Es Comédiens François jouerent le Mardi 8 le
Jaloux défabusé , fuivi de la Nouveauté.
Le Jeudi 10 , la Tragédie des Horaces , &
l'Epreuve réciproque .
Le Samedi 12 , les Comédiens Italiens jouerent
la Dame invifible , fuivie d'un Ballet .
Le Mardi 15 , les Comédiens François repré
fenterent les Femmes Sçavantes & la Famille Extravagante.
Ils jouerent le 17 , la Tragédie d'Oedipe & L
Comteffe d'Efcarbagnas.
CONCERTS à la Cour.
E Mercredi 18 , le Lundi 23 & le Mercredi
Les du mois de Septembre ?
on exécuta en
Concert chés la Reine le Prologue & les cinq
actes de l'Opéra de Thétis & Pelée. Mlles Romainville
, Canavas , de Selle , Mathieu , Godonnefche
& Guedon , en ont chanté les rôles ; ainfi
que Meffieurs Benoît , de Chaffé , Godonnefche ,
Dubourg , Poirier & le Cler.
Le Mercredi 18 & le Mardi 17 , le Sieur Champallanty
, jeune Muficien Italien , de la Mufique
du Roi , fit chanter pendant la Meffe devant leurs
Maieftés le Pfeaume Deus in nomine tuo , & c.Moter
de fa compofition , qui fut fort applaudi , & dans
lequel il a joint à l'expreffion des paroles le goûp
Italien.
Le Jeudi 19 & le Vendredi 20 , le Sieur An90
MERCURE DE FRANCE.
theaume , Maître de Mufique de la Cathédrale
de Senlis , & fils du Muficien du Roi , fit chanter
pendant la Meffe de Sa Majefté le Pleaume Dominus
Regnavit , &c. On a trouvé beaucoup de graces
dans les récits , & de force dans les choeurs de
ce Motet , qui eft de fa compofition.
Le Lundi7 , le Mercredi 9 , & le Lundi 14 de
ce mois , on chanta chés la Reine le Prologue &
les cinq Actes de l'Opera de Perfée. Les rôles
furent remplis par Mlles Romainville , Lalande ,
Defchants ,Mathieu , Godonnefche & Canavas ,
& .
& par Meffieurs Poirier , Lagarde , Dubourg ,
Richer , d'Aigremont , le Bague , & Bazize.
Le Mercredi 16 , on exécuta chés la Reine le
premier & le fecond Acte de la Paftorale héroïque de
Diane & Endimion , de M. de Blafmout , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi.
Miles Lalande , Defchants , Romainville , Ca
navas , Godonnefche , & d'Aigrémont , Meffieurs
Poirier , Dubourg & la Garde , en chanterent les
Bles.
M. Gautier , Profeffeur de Mufique , eſtimé de-
-puis long- tems, a compofé un troifiéme Recueil de
Chanfons , dont les paroles & les Airs méritent l'approbation
des Amateurs des Ouvrages Lyriques.
On le débite chés l'Auteur , rue de la Comédie
Françoife , & chés le Clerc ,rue du Roule, à la Croix
d'or, Voici un joli échantillon des paroles.
OCTOBRE. 1748 194
•
RONDE DE TABLE.
Que ce feftin eft aimable ,
Et qu'il a pour moi d'attraits !
Je vois les Graces à table ,
L'Amour doit être bien près.
**
Bacchus d'un vin qui pétille
Verfe les flors précieux ,
Et joint l'éclat dont il brille
A celui de leurs beaux
yeux.
Je leur confacre mon vetre ,
J'aime & je bois tour à tour
Toujours l'heureuſe fougere
Sert ou Bacchus ou l'Amour,
91 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGÈRES,
DE PETERSBOURG , le 24 Septembre.
'Efcadre que l'Impératrice avoit envoyé croi-
Ports de Revel & de Cromstadt , & l'on eft occupé
actuellement à défarmer les Vaifleaux & les
Frégates. Le Gouvernement donné ordre de
conftruire plufieurs nouveaux Vaiffeaux de guerre.
La nuit du 2 au 3 de ce mois , il arriva de
Vienne un courier , dont le Comte de Bernes ,
Ambaffadeur de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme , alla fur le champ communiquer
les dépéches au Comte de Beftachef , Grand Chancelier.
On recommence à publier que la liberté
fera bientôt rendue au Comte Erneft Biron.
Sa Majefté Impériale a nommé Chevaliers de
l'Ordre de Saint Alexandre Newsкy le Knées
Scherbatoff, le Vice Amiral Gollowgin , le Licutenant
Feldt- Maréchal Talifin , le Comte Henricow
, le Baron de Strogonof , le Comte Jefimonwsky
, le Knoees Bielofoflky , le Lieutenant
Feldt-Maréchal Dewitz , le Vice -Amiral Bars , &
le Comte André de Beftuchef.
Elle a déclaré qu'elle iroit à Mofcou dans le
mois de Décembre.
Le prix du loyer des maifons y étant devenu
exceffif depuis les derniers incendies , & tel habitant
, qui donnoit fa maifon à un Ambaffadeur
pour cinq cens roubles , en demandant actuelle,
ment jufqu'à cinq mille , les Miniftres Etrangers
ont fupplié fa Majefté Impériale d'interpofer fon
autorité
OCTOBRE. 1748. 193
autorité pour empêcher cette exaction . Ils ne
pourront être logés qu'à plus d'une lieue & demie
du Palais , parce que les quartiers , qui en font
les plus voisins , ont été les plus maltraités par les
fammes. L'Impératrice a fait préfent de fix mille
roubles à la veuve du Knées Repnin. Le Comte
de Befuchef ; Grand Chancelier , a reçu avis que
le 16 du mois dernier fon Château de Wenden
avoit été réduit en cendres , ainfi que la Ville qui
en dépend .
DE WARSOVIE , le 26 Septembre.
Left dit dans les Univerfaux publiés de la
part
I du Roi pour la Convocation de la Dicette gene
rale , que fi d'un côté la Majesté a lieu de fe rejouir
de la tranquillité , dont la Pologne a joiii pendant
les troubles qui ont agité les Etats voisins
elle voit de l'autre avec la plus grande douleur ,
qu'on a perdu des momens heureux qui auroient
dû être employés utilement , que le bonheur des
Polonois a paru leur être à charge , & qu'ils fe
font empreffés de fuivre les chemins qui les conduifoient
à leur perte ; que la Patrie eft dépouillée
de fon ancienne fplendeur , & réduite à la derniere
pauvreté , fans troupes , fans défenfe , fans aucune
fûreté pour fon commerce ; qu'on a été émû de
compaffion de la voir dans cette fituation dépiorable
; qu'on a été convaincu de la néceffité d'y apporter
un prompt reméde ; que les Patriotes zélés
ont fait les plus grands efforts pour y réuffir , mais
que la défunion y a toujours mis obftacle , & que
les.confeits les plus falutaires n'ont produit aucun
effet ; qu'il n'étoit pas naturel de s'attendre que
l'augmentation de l'armée de la Couronne , augmentation
demandée de chacun avec inftance ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
comme un article effentiel au bien public , eût dâ
être la caufe qui a rendu tant de Diettes infruc
tueules , que cependant les differentes difficultés ,
alleguées fur les moyens de trouver les fonds pour
l'entretien des troupes , ont empêché la Républi
que d'acquerir de nouvelles forces ; que même
les autres affaires , fur lesquelles on avoit a déliberer
, n'ont pû être terminées , vû la ſéparation
précipitée de plufieurs Diettes ; que le Roi , moins
offenfé de cet abus de la liberté , qu'animé de l'amour
de la Patrie , n'eft point rebuté par tant de
mauvais fuccès ; qu'il a convoqué les Diettes particulieres
des Palatinats pour le 19 du mois d'Août
dernier , & qu'il convoque la Diette générale
pour le 19 du mois prochain , que fa Majefté fou
haite que les Etats affemblés de la République
faffent voir que les tems de difcorde ne fubfiftent
plus ; que fi l'on continue de s'oppofer à l'augmentation
de l'armée , ou fi l'on juge à propos ,
avant que de fe déterminer fur cet article , de pourvoir
au fond néceffaire pour l'entretien des troupes
, le Roi s'en remet là - deffus à ce qui fera réglé
par la Diette ; qu'en attendant , il a recommandé
auxGrands Chanceliers de Pologne & de Lithuanie
d'inviter férieufement cette aflemblée à prendre
des mesures efficaces pour améliorer les Finances ,
pour favorifer le commerce , & pour abréger les
procédures .
L
DE STOCKHOLM , le 23 Septembre.
A fanté du Roi eft toujours fort chancelante ,
& ce Prince eût le 8 de ce mois une vive attaque
de gravelle . Sa Majefté rendit le lendemain
une pierre , & depuis eile s'eft trouvée un peu fou-
Jagée . On compte que la Princefle , époule du
OCTOBRE . 1748. 195
Prince Royal , accouchera vers la fin de ce mois.
Ce que quelques Gazettes étrangères ont publié
d'une prétendue Déclaration faite au ſujet de l'affaire
de M. de Guy dickens eft d'autant plus deftitué
de fondement , qu'il ne réfide ici perfonne de
la part du Roi de la Grande Bretagne. A la vérité,
le Roi avoit nommé M. de Wolfenftierna pour
fe rendre à Hannover , mais comme on a été
informé que fa Majefté Britannique étoit allée à
Goerden , & qu'elle vouloit employer uniquement
à ce qui concerne la Pacification générale le
refte du tems qu'elle doit paffer dans fon Electorat,
fa Majefté a changé la deſtination de ce Miniftre ,
& elle lui a ordonné d'aller remplacer le Baron de
Hopken à la Cour de Berlin. Il n'y a rien de nouveau
du côté de la Finlande , où les troupes Suédoifes
& Ruffiennes le tiennent également trans
quilles dans leurs quartiers refpectifs . M. Curonius
, ci-devant Bourguemeftre d'Upfal , qui a été
arrêté en Dannemarck à la requifition du Roi ,
été conduit en cette Ville . Il a été enfermé dans
les prifons de Caftenhoff.
a
Le Baron de During , en vertu des pouvoirs
qu'il avoit reçûs de fa Majefté , a revêtu des marques
de l'Ordre de l'Epée M. Grufle , Préſident dų
Confeil Royal de l'Amirauté ; les Amiraux Ulfal
& Gerdten , le Baron de Hamilton & M. de Kaulbarts
, Majors Généraux.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 28 Septembre.
Elon un état qui paroît des contingens que les
SPays Héréditaires doivent fournir à la Caille
Militaire , conformément au nouveau Plan adopté
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
pour l'entretien des troupes , la Baffe Autriche
payera deux millions huit mille neuf cens foixante
& huit florins ; la Haute Autriche douze cens
mille ; le Royaume de Boheme cinq millions deux .
cens foixante - dix mille quatre cens cinquantehuit
; celui de Hongrie deux millions quatre cens
quarante-fept mille fept cens foixanté & douze
la Tranfilvanie fept cens vingt & un mille huit
cèns trente deux ; le Bannat de Temelwar trois
ceus cinquante- cinq mille trois cens foixante;
PEſclavonie , la Sirmie , & les territoires qui en
dépendent , cent trente mille neuf cens trentequatre
; la Moravie dix - huit cens cinquante - fix
mille quatre cens quatre- vingt - dix ; la partie que
'Imperatrice Reine a confervée dans la Haute-
Silefie , deux cens quarante- cinq mille deux cens
quatre - vingt dix-huit ; la Stirie onze cens quatrevingt-
deux mille cinq cens quarante - cinq ; la Carinthie
fix cens trente- fept mille fept cens quatrevingt-
quinze ; la Croatie trois cens trente -fix mille
cent foixante & onze ; Gorice & Cradiska quaran
te & un mille cinq cens deux.
M. Keith , Miniftre du Roi de la Grande Bretagne
, eut le 8 de ce mois fa premiere audience
de l'Impératrice Reine , & lui préfenta fes Lettres
de Créance. Cette Princeffe affifta le même jour à
la confécration de la nouvelle Chapelle du Palais .
Elle vit le foir une repréfentation de l'Opera , &
elle retourna enfuite à Schombrun.
Les Régimens de Cuiraffiers de Jean Palfy , de
Diemar & de Hohenembs , & ceux de Dragons de
l'Archiduc Jofeph , de Philibert & de Lichtenſtein ,
feront envoyés dans le diftrict de Pétersbourg ;
ceux de Cuiraffiers de Birckenfeldt , de Hohen
zollern & de Charles Palfy , ceux de Dragons de
Bathiany & de Wittenberg , & ceux de Huffards
OCTOBRE. 1748. T97'
d'Efterhafi , de Spleni & de Nadafti , dans le diftrict
de Neuhefel ; ceux de Cuiraffiers de Czer
nin , de Serbelloni & de Portugal , celui de Dra
gons de Preiffing , & ceux de Huffards de Defoffi;-
de Carolis , de Bellefnay , de Giuliani & de Bario .
nay , dans les diſtricts d'Effeck & de Cafchau ;
ceux de Cuiraffiers de Saint Ignon & de Schmerzing
, & ceux de Huffards de Cohari & de Sti
rum ,fur le territoire d'Offen ; le Régiment do
Cuiraffiers de Darmstadt dans le Bannat de Tes
mefwar.
L'Empereur , accompagné du Prince Charles
de Lorraine , arriva de Prague le 16 de ce mois
il defcendit au Palais de la Favorite où il s'arrêta
quelque tems , & il fe rendit enfuite au Château de
Schombrunn. Leurs Majeftés Impériales allerent
l'après midi rendre vifite à l'impératrice Premiere
Douairiere . Elles revinrent le foir en cette Ville ,
& elles affifterent à la repréfentation d'un Opera:
Italien . Le lendemain entre fept & huit heures du
foir , l'Impératrice Reine accoucha d'une Princeffe
, qui mourut peu d'inftans après avoir été
baptifée . Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire
du Grand Seigneur , eût le 18 fon audience de
congé de l'Impératrice Reine , qui lui a fait remettre
par le Comte de Kevenhuller , Grand
Chambellan , les préfens deftinés pour la Hauteffe.
Fe 20 , M. Keith , nouveau Miniftre du Roi de la
Grande Bretagne , eût fa premiere audience de
l'Empereur , après laquelle il fût en conference
avec le Comte d'Uhlefeld , Grand Chancelier de
la Cour. Il arriva le 17 de Pétersbourg un courier
, dont les dépêches donnerent lieu à la tenuỡ
d'un Confeil , qui s'affembla chés le Feldt - Maréchal
Comte de Konigleg.
Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire de la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Porte , prendra après demain congé de l'Empe
reur. Sa Majefté Impériale affifta avant- hier a
l'affemblée du Collège qu'on nomme la Deputa
tion générale de la Cour. Le Comte de Linange a
déja conferé plufieurs fois avec le Comte de Coloredo
, Vice- Chancelier de l'Empire , au fujet des
prétentions de l'Electeur Palatin fur la Seigneurie
de Pleiftein. On efpere que cette affaire fe terminera
à l'amiable , & le bruit court que celle con
cernant le Comté de Zwingenberg eft entierement
réglée . Le Gouvernement a reçû de Pétersbourg
un courier,, par lequel on a appris que l'Impératrice
de Ruffie avoit accepté l'offre qui lui a été
faite par l'Impératrice Reine , de donner des quartiers
en Boheme & en Moravie aux troupes Ruffiennes
, qui font à la folde de la Grande Bretagne
& de la République des Provinces - Unies . M.
Jordan , Confeiller du Confeil Aulique du Royaume
de Boheme , & l'un des Membres de la Députa
tion générale , eft mort en cette Ville le 23 de ce
mois. Il avoit beaucoup travaillé aux nouveaux
arrangemens, propofés par le Comte de Haugwitz
pour la levée des impofitions deftinées à l'entretien
des troupes. On mande de Conftantinople ,
que la tranquillité paroît y être parfaitement réta
blie , & que le Grand Seigneur eft allé à une Maifon
de campagne , où il demeurera jufqu'à ce
qu'on ait achevé les réparations qu'il a ordonné de
faire au Serail,
P
DE BERLIN , le 1. Octobre.
Lufieurs des Seigneurs , qni ont accompagné
>
dernier , & fa Majefté en arriva le 17. Elle alla le
18 à Montbijoux rendre vifite à la Reine DouaiOCTOBRE
. 199 174S.
tiere . Le 19 , elle y dîna avec la Reine , le Prince
& la Princeffe de Pruffe , & la Princefle Amelie.
Après le repas , le Roi retourna à Potídam , où il
fut fuivi par le Feldt Maréchal Keith , le Major
Général de Winterfeldt , le Comte de Wartenfleben
, le Baron de Retzow , l'Adjudant Général
Buddenbroeck , le Baron de Lentulus , le Marquis
d'Argens , & le Baron de Bielefeld , Confeiller
Privé.
Les eaux minérales d'Egra , dont le Roi à fait
ufage il y a quelque tems , ayant beaucoup contri
bué au rétabliflement de fa fanté , fa Majefté à
jgé à propos de les prendre une feconde fois.
Le Prince de Pruffe a été de nouveau indifpofé , ·
mais depuis quelques jours il fe porte beaucoup
mieux. On a reçu avis de Drefde , que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe avoit envoyé les marques
de l'Ordre de l'Aigle Blanc au Comte Rafomowsky
, Préfident de l'Académie des Sciences
de Pétersbourg. Les nouvelles de Boheme portent
que le Général Lieven , qui commande en chefles
troupes Ruffiennes depuis la mort du Knées Repnin
, a fait fçavoir aux Commiffaires prépofés par
le Roi de la Grande Bretagne & par les Etats Généraux
des Provinces Unies pour leur conduite ,
qu'il fe chargeroit de pourvoir à la fubfiftance de
ces troupes , fi on vouloit lui remettre les fonds
affignés pour cette deſtination .
DEHANOVER , le 29 Septembre.
E 16 de ce mois , le Roi partit de Herrenhaufen
pour Goerden , où fi Majefté arriva le
jour fuivant , & ou elle a voulu que la Chancellerie
la fuivît , afin que les affaires d'Etat ne fouffriffent
point d'interruption par ce voyage. Quel-
I i!!
200 MERCURE DE FRANCE.
ques dépêches qu'un courier extraordinaire a ap
portées de Turin au Chevalier Offorio , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , obligeront
Ice Miniftre de fe rendre demain à Goerden. Le
Roi a refolu de faire un voyage à Lavenbourg , &
le Duc de Newcastle yaccompagnera la Majefté.
Ce Seigneur ira enfaite paffer quelque tems à
Hambourg.
DE BAREITH , le 26 Septembre.
Ur la nouvelle que le Duc de Wirtenberg de
voit fe rendre ici de Stuttgard le 18 de ce
mois , le Margrave envoya au- devant de ce Prince
jufqu'à Erlangen le Baron de Hesfberg , Confeil
ler Privé , avec un Chambellan , deux Gentilshommes
de la Chambre , & plufieurs Officiers.
Lorfque le Duc de Wirtenberg fut arrivé fur la
frontiere de cet Etat , il y trouva le Baron de
Luchau , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
qui l'y attendait , avec plufieurs caroffes du Margrave
, & qui le complimenta de la part de ce
Prince. Le Duc de Wittenberg monta dans le
caroffe qui lui étoit deſtiné , & la marche fe fit
dans l'ordre fuivant , Les Baillifs & Officiers de
Justice; the Compagnie de Chaffeurs ; les Offciers
de la Venerie , ayant à leur tête le Grand
Veneur une Compagnie de Huffirds ; le Baron
de Hesfberg dans un des caroffes du Margrave ;
deux Ecuyers ; les Gentilshommes de la Chambre ;
Nois caroffes du Margrave , remplis par des Gentilshommes
du Duc de Wirtenberg ; une Com
pagnie de Cuiraffiers ; le caroffe , dans lequel étoit
le Duc de Wirtemberg avec le Baron de Luchau ,
& aux deux côtés duquel marchoient plufieurs
Coureurs , Heyduques & Valets de pied , un
Détachement des Gardes du Margrave ; les ca--
OCTOBRE . 1748. 201
roffes de la Margrave , & ceux de la principale
Nobleffe , En entrant dans cette Ville , le Duc
de Wirtenberg fut falué d'une triple déchar
ge de vingt- quatre piéces de canon . Un Régiment
d'Infanterie formoit une double haye dans
les ruës par lesquelles ce Prince pafla . Le Margrave
le reçût à la porte du Château , & le conduifit à
l'appartement de la Margrave , où la Princeffe
étoit , ainfi que les Princes Henri & Ferdinand de
Pruffe. Après que le Duc de Wirtenberg eut falué
la Margrave & la Princeffe , il fe retira pour quel
que tems dans l'appartement qui lui avoit été pré--
paré. Il retourna enfuite chés la Margrave , où ily
eût un fouper fervi à plufieurs tables. La Ducheffe
Douairiere de Wirtenberg arriva le & chaque
jour a été marqué depuis par quelque fête . -
Aujourd'hui , les nôces du Duc de Wirtenberg &
de la Princeffe fe font faites avec un éclat qui a
répondu au rang des deux époux .
19 ,
DE HAMBOURG , le 10 Octobre...
Soixante mille écus , que la Régence de cette
Ville a prêtés au feu Duc de Holftein , étant hypotéqués
fur le District de Reebroeck qui fait partie
du Bailliage de Renbeck , & ce District étant enclavé
dans le territoire dépendant de Hambourg ,
les Magiftrats ont fait propofer au Grand Duc de
Ruffie de le leur céder pour la liquidation de la
fufdite fomme.
Quatre Vaiffeaux de guerre , que l'Impératrice
de Ruffie a fait conftruire à Archangel , ont paffé
le Sund , & font allés joindre à Cromstadt la Flotte
de cette Princeffe . Ils ont beaucoup fouffert
dans leur navigation par diverfes tempêtes qu'ils
ont effuyées . Le Roi de Dannemarck fe rendra
dans peu à Jagersbourg , où il fe propoſe de de-
1 *
202 MERCURE DE FRANCE.
meurer le refte de l'automne. On a été informé
par les lettres de Stockholm , que le Roi de Suéde
avoit recommencé à travailler avec fes Miniftres.
Les mêmes lettres marquent qu'on mande de Finlande
, que les troupes Ruffiennes y avoient été
renforcées de quelques Régimens.
ESPAGNE.
De Madrid le 1. Octobre.
Eurs Majeftés accompagnées de Madame ,
époufe de l'Infant Don Philippe ; de l'Infante
Marie- Louife , & des Grands , s'étant rendues le
15 de ce mois fur les cinq heures du ſoir à l'Eglife
des Hieronimites , le Cardinal de Mendoza , Grand
Aumônier du Roi , fit la cérémonie d'adminiftrer
à l'Infante Marie- Louiſe le Sacrement de Contirmation.
Elles affifterent enfuite au Te Deum , qui
fut chanté par la Mufique , & à la Bénédiction du
Saint Sacrement . Don Juan d'Ifla , Préfident de
l'Audience & de la Chancellerie de Grenade , &
Don Jofeph Manuel de Roxas , Fifcal de celui des
Indes , ont été nommés Confeillers du Confeil
Royal. Le Roi a difpofé de l'emploi de Miniftre
du Civil de l'Audience d'Arragon en faveur de
Don Mames Salvador de la Sala , & de celui de
Miniftre du Criminel de la même Audience en faveur
de Don Louis Urries . Sa Majeſté a accordé
les charges de Corregidors d'Epée des Villes de
Xeres , d'Ecija , de Plafencia , de Mancha Real de
Jaën , & de Palencia , à Don Juan Bafile d'Anguiano
, à Don Juan Antoine del Rio , à Don
Laurent Polanco y Zevallos , à Don Louis Fernand
de Quelada & à Don Jofeph Joachim de Vereterra.
OCTOBRE. 1748. 205
Depuis les premiers avis qu'on a reçûs de la prife
du Vaifleau de Registrelle Jefus MarieJofeph , qui
avoit fait voile de la Havane pour Cadix , on a été
informé que les Anglois l'ont enlevé à l'ancre
dans un Port d'une des Inles Terceres Ces lles
appartenantes à une Puiffance neutre , le Roi a envoyé
ordre à M. Wale , chargé de les affaires à
Londres , d'expofer au Miniftere Britannique les
circonftances du fait , & d'infifter pour la reftitution
de ce Vaiffeau & de tous les effets dont il
étoit chargé. Sa Majefté fe promet que le Roi de
la Grande Bretagne , par fon attention à faire droit
fur cette demande , donnera une preuve de les difpofitions
à établir une parfaite intelligence entre
les deux Nations. Les nouvelles Actions de la
Compagnie de Seville fe diftribuent à Madrid chés
Don François Antoine de la Cagiga , & à Séville
chés Don Nicolas del Campo , Tréforier Général
de la Compagnie . Dona Laure Julie Mentagaci ,
veuve du Marquis de Saint André , & Cameriste
de la Reine Douairiere , mourut à Saint Ildefonfe
le is , âgée de quatre- vingt - un ans, Le Pere Hyacinte
de Naxera , Religieux de l'Ordre des Minimes
, Examinateur Synodal & Hiftoriographe de
P'Archevêché de Séville & de l'Evêché de Cadix ,
eft mort à Moron de la Frontera , dans la foixante
& onzième année de fon âge . On mande de Gibraltar
, que M. François Butler , qui y réfide an
qualité de Conful de la Nation Hollandoiſe , a reçu
des inftructions des Etats Généraux des Provinces
Unies, pour renquer les négociations de paix
entamées ci - devant entre cette République & le
Roi de Maroc Muley Abdallah. En attendant la
conclufion d'un accommodement , la navigation
des Bâtimens Européens eft de nouveau menacée
par les Corfaires de Tanger. Ces Pirates viennent
de mettre en mer deux nouvelles Galeres .
I vi
204 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 29 Septembre..
E Comte de Härrach , Gouverneur Général
du Milanez ,ayant repréfenté à l'impératrice
Reine , qu'il convenoit de laiffer pour la garde de
' ce Duché les troupes qui y ont été employées depuis
plusieurs années , cette Princele a déferé à
cet avis. En conféquence , il a été décidé que les
Régimens d'Infanterie Allemande de Wallis , de
Pallavicin , de Piccolomini , du Jeune Konigleg,
du Grand Maître de l'Ordre Teutonique , d'Andlau
, de Hagenbach & de Sprecher ; ceux de Dragons
de Savoye , de Saxe Gotha & de Holly , &
ceux de Huffards de Léopold Falfi , de Vettes &
de Giulai , demeureroient dans cette Province..
On parle d'ajoûter à ce nombre les deux Régimens
d'Infanterie de Merci & Wolfenbuttel.Le Řégiment
de Cuirafliers de Lobckowitz eft en mar
che pour retourner dans le Royaume de Boheme.
L'Impératrice Reine a rétabli le Marquis de Litta
dans fes emplois. Il fe répand un bruit , que cette
Princefle pourroit céder la Ville de Pavie au Roi
de Sardaigne en échange du Haut Novarois &
d'un Diftrict qui s'étend le long de la rive gauche
du Lac Majeur & du Teſſin……
DE GENES , le 30 Sëptembre.-
Es cent vingt foldats qu'un Détachement dés
troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme, & de celles du Roi de Sardaigne , avoit
fait prifonniers dans l'action de Nonza , & qui
avoient été conduits de l'Ifle de Corfe à Savonne.,
ont été remis en liberté. On conje&ure qu'il en ›
fera inceffamment de même des Officiers Alle- -
mands, qui fontdétenus ici depuis la révolution. Le
OCTOBRE. 1748. 205
Bruit court que lorsqu'on les renverra , ils feront
escortés par des Bourgeois & des Artifans de cette
Ville , comme étant prifonniers du Peuple, & que
le même Détachement ramenera les quatre Nobles
, qui font en ôtage à Milan . Il y a apparence
que la communication fera entierement rétablie
avec la Lombardie , auffi - tôt après que tous les
prifonniers auront été rendus de part & d'autre.
Le Roi de Sardaigne a déja retiré de Savone la plus
grande partie des troupes qui y étoient en garnifon
, & ce Prince commence à faire vendre les
magafins qu'il y avoit établis .
Les lettres de Corfe , du 15 de ce mois , confirment
que la fuſpenſion d'armes y a été publiée
& que même elle a lieu entre les troupes de la
République & les Rebelles. On a fçu par les mêmes
lettres , que les Officiers du Corps des troupes
Allemandes & Piémontoifes, commandé par le
Chevalier Cumiana , alloient librement à la Baftie .
Le Gouvernement vient de nommer tous les
Commiffaires & les Juges des lieux que la République
poffede en terre ferme , même de ceux qui
font encore occupés par les troupes de la Reine de
Hongrie. De cette démarche , on infere qu'il fe
flate que la reftitution en ſera bien - tôt faite aux
Génois. Il eft arrivé dans ce Port un Navire Anglois
, chargé de draps , de plomb & d'autres marchandifes
de la Grande Bretagne. L'Opera , que
le Duc de Richelieu faifoit préparer depuis longtems
, fut repréfenté pour la premiere fois le 22.
de ce mois. C'eft un Ballet Héroïque , & il eft intitulé
Zima. La dépenfe de ce fpectacle a monté
2.plus de cinquante mille livres..
206 MERCURE DE FRANCE .
DE NICE , le 25 Septembre.
E Marquis de la Mina , qui commande l'armée
Espagnole fous les ordres de l'Infant
Don Philippe , a célebre avec beaucoup de magnificence
l'Anniverfaire de la naiffance de fa Majefté
Catholique . Tous les Officiers , tant des
troupes de France que de celles d'Espagne , s'étant
affemblés le 22 de ce mois au foir chés ce Général,
on y repréfenta une Comédie Françoife . Le Maréchal
Duc de Belle -Ifle s'y rendit quelque tems
après la Comédie , & on exécuta un très - beau
Concert. On tira enfuite un feu d'artifice , dont
la Décoration repréfentoit un fuperbe Palais , ofné
de ftatues & d'emblêmes relatifs au fujet de la
fête. Cette journée finit par un Bal , pendant lequel
on fervit continuellement des rafraîchiffemens
de toute efpéce . L'Hôtel & le Jardin du
Marquis de la Mina étoient éclairés de plus de
cinq mille pots à feu . Avant - hier , le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , accompagné de tous les Offciers
François , alla avec le Marquis de la Mina à
Eglife de Saint Dominique , où ils entendirent la
grande Meffe chantée en Mufique. A l'Introite ,
à la Confécration , & au dernier Evangile , les
Compagnies de Grenadiers , qui étoient en bataille
devant l'Eglife , firent plufieurs falves de moufqueterie.
On fe rendit après l'Office chés le Marquis
de la Mina , qui fit fervir trois tables , chacune
de cent trente couverts . Il y eut le foir Comédie
, & plufieurs falves de l'Artillerie des Châteaux
& des remparts. Toute la Ville fut illuminée , &
un Bal mafqué termina la fête .
OCTOBRE. 174S. 207
GRANDE BRETAGNE .
De Londres , le 8 Octobre.
N eft fort impatient d'apprendre l'arrivée
pour conférer avec les Miniftres de fa Majef
té Catholique fur ce qui regarde le commerce
entre l'Espagne & l'Angleterre. Il y a déja du
tems qu'il a reçû pour cet effet les dernieres inf
tructions. Un courier , venu d'Aix- la - Chapelle le
premier de ce mois , a apporté des dépêches fort
importantes , à l'occafion defquelles les Seigneurs
Regens de la Grande Bretagne ont tenu un Confeil.
Dès qu'elles eurent été remifes au Duc de
Bedfort , ce Secretaire d'Etat écrivit au Comte de
Sandwich pour lui en notifier la réception . Quoique
l'on continue de travailler avec toute la diligence
poffible à préparer le Palais de Saint James,
le bruit court que le Roi pourroit differer fon départ
de Hanover jufqu'au commencement du mois
prochain. Conféquemment à la réfolution qui a
été prise de mettre les côtes de la Grande Bretagne
en meilleur état de défenfe , on fait les difpofitions
néceffaires pour réparer les anciennes Fortereffes ,
& pour en conftruire de nouvelles Le 3 , le Commun
Confeil de Londres s'affembla , & il chargea
un Committé d'examiner l'état des fonds & des revenus
de la Ville , & de chercher les moyens ,
non - feulement de payer la fomme additionnelle
de deux mille livres fterlings qu'elle eft obligée de
fournir felon un Acte de la derniere Seffion du
Parlement , mais encore d'acquitter les dettes.
qu'elle a contractées pour l'entretien des Orphelins.
On conduifit le 2 à la Banque fous une nombreuſe
eſcorte plufieurs caiffes remplies d'or &
208 MERCURE DE FRANCE.
d'argent , qui font arrivées de Lisbonne pour le
compte des Négocians de cette Ville . Ils ont reçû
depuis trois mois plus de deux millions de livres
fterlings pour les marchandifes qu'ils ont fait paffer
en Portugal. Demain le Yacht le Fubbs fera
voile pour aller prendre en Hollande la Ducheffe
de Newcastle, qui revient de Hannover. On lança
les à l'eau dans le Port de Deptford un nouveau
Vaiffeau de guerre , de foixante piéces de canon.
La place de premier Commiflaire du Commerce
& des Plantations , vacante par la mort du Lord
Monſon , eft deſtinée au Comte d'Halifax , & on
dit que le Chevalier Charles Hambury Williams ,
Miniftre du Roi à Berlin , fuccedera au feu Chevalier
Guillaume Corbett dans la charge de Secre
taire de l'Echiquier. Les Actions de la Compagnie
de la Mer du Sud & celles de la Banque n'ont point
de prix fixe. Celles de la Compagnie des Indes
Orientales font à cent foixante & dix - neuf, trois
quarts , & les Annuités à cent & un quart. -
PAIS - BAS.
De la Haye , le 18 Octobre.
Es Magiftrats de Bois - le - Duc , de Dort , de la
Brille & de Harlem , ont été changés par le
Prince Stathouder , & les nouveaux Echevins de
la premiere de ces Villes font Meffieurs Jeremie
Storm de s'Gravefende , Léonard Jean Smits ,
Guillaume Corneille Ackerfdyck ; Afam Amende ,
Henri Jean Van Breugel , Guillaume Bopp, Treins
Van Heurn , Thierry Gregoire Van Teylingen ,
& Thierry Guillaume de s'Gravefend.
OCTOBRE. 1748. 209
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 29 du mois dernier , la Reine entendit la
Melle dans la du de vcrfailles
, & S. M. communia par les mains de l'Evêque
de Chartres , fon Premier Aumônier .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine & Mefdames de France , fe rendirent
le premier de ce mois au Château de Choily.
Le Pere Chambroy , élú en 1745 Abbé de l'Ab
baye de Sainte Géneviéve , & Supérieur Général
des Chanoines Réguliers de la Congrégation de
France , a été continué dans les mêmes Dignités
par les fuffrages unanimes du Chapitre Général.
de cette Congrégation , affemblé à Paris le 12 du
mois dernier .
Le 3 , le Roi & la Reine , Monfeigneur le Dau
phin , Madame la Dauphine & Mefdames de France
, arriverent à Fontainebleau du Château de
Choify.
Ley , pendant là Meffe du Roi , l'Evêque de
Montpellier & l'Evêque de Viviers , prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
M. le Maréchal Comte de Saxe arriva de Bru
relles à Paris le 10 , & le 12 il alla à Fontainebleau
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçu trèsfavorablement.
Sa Majefté a difpofé du Gouvernement de Montmedy
en faveur de M. le Comte de la Claviere,
Maréchal de Camp , & Commandant à Sedan .
Sa Majefté a accordé au Comte de Scey Monte
210 MERCURE DE FRANCE.
béliard le Regiment du Roi Dragons , vacant par
la démiſſion du Marquis d'Ormenans .
Les Comtes Sulkouski , fils du Comte de ce
nom , Miniftre & Général de Sa Majesté le Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eurent l'honneur d'être
preſentés le 24 du mois dernier par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
au Roi , à la Reine , à la Famille Royale , qui leur
firent un accueil favorable. Ces jeunes Seigneurs
dînerent enfuite chés M. le Marquis de Puyfieulx,
Miniftre d'Etat , ayant le Département des affaires
étrangeres , qui donnoit ce jour- là un repas
aux Ambaffadeurs .
M. de Klinglin , Premier Préfident du Confeil
Supérieur d'Alface , a été introduit dans le Cabihet
du Roi , & préfenté à Sa Majesté par M. le
Chancelier & M. le Duc de Fleury. Ce Magiftrat
a été nommé l'année derniere à cette Place ,
récompenfe des fervices que lui & fes ancêtres ont
Conftamment rendus à Sa Majesté & à l'Etat.
en
REPONSE de M. l'Abbé l'Advocat
Docteur Bibliothecaire de Sorbonne , à
M. Piganiol de la Force , fur le Fonda
teur de Sorbonne.
15
L ne m'a pas été poffible , Monfieur , de répondre
plutôt à la lettre que vous avez inférée
dans le Mercure du mois de juillet. J'étois en Province
lorfqu'elle a parû , & je n'en fuis de retour
que depuis quelques jours, Vous ne perdrez cependant
rien à ce retardement . Je vais terminer
notre differend de maniere à ne point fouffrir de
réplique.
OCTOBRE. 1748. 211
11 s'agit entre nous de fçavoir quel eft le Fon- ·
dateur de Sorbonne . On a toujours crû que c'étoit
Robert de Sorbonne , Chanoine de Cambrai , &
enfuite de Paris , Chapelain & Confeffeur du Roi
S. Louis . Telle a été jufqu'ici la croyance de tous
nos Docteurs ; croyance fondée fur nos Archives
& fur la tradition conftante de notre Maiſon. Vous
prétendez au contraire , Monfieur , que le Fondateur
de Sorbonne eft Robert de Douai , Chanoine
de S. Quentin , & enfuite de Senlis , Médecin de
la Reine Marguerite de Provence , femme de Saint
Louis. Vous rapportez vous - même comment cette
idée vous eft venue. C'eft qu'en lifant un Recueil
de Piéces fur la Faculté de Médecine de Paris ,
imprimé en 1714 , vous trouvâtes un Panégyrique
de cette même Faculté, prononcé par Gabriel Nau
dé , où il eft dit que Robert de Douai laiſſa par fon
Teftament quinze cens livres parifis pour achepter des
revenus à des Ecoliers étudians en Théologie , ce qu'il
entendoit faire par l'avis de Robert de Sorbonne.
Dès que vous eûtes fait cette découverte , vous
la vérifiâtes , dices- vous , fur l'original de ce Tef
tament , qui eft gardé dans les Archives de Sorbonne
, dès lors vous n'héfitátes plus à regarder
Robert de Douai comme le Fondateur de la Sorbonne.
Vous ajoûtez qu'ayant fait part au Public de cette
découverte dans votre Defcription de Paris en
1742 , vous ne fûtes pas peu furpris de ce que je vous
fis donner avis par M. l'Abbé d'Alinval , que vous
vous étiez trompé ſur le Fondateur de la Sorbonne ,
mais que vous répond tes que cela ne pouvoit point étre,
parce que vous aviez composé cet article fur l'Acte
qui eft dans les Archives de la Sorbonne , que depuis
ce tems-la , comme vous prépariez une nouvelle
Edition de votre Ouvrage , je vous avois fait dire
les mêmes chofes par un Avocat d'Auvergne , nommé
212 MERCURE DE FRANCE.
M. de Fraiffis , que vous m'aviez fait la même
réponſe . Enfin , Monfieur , vous perfiftez dans vo
tre opinion, & vous faites tous vos efforts pour aps
puyer ce que vous avez avancé en 1742 dans vo
tre Defcription de Paris , tom. 6. p. 499 , en ces
termes:
» Robert de Douai fut le premier Fondateur de
" ce College ( de Sorbonne ) & eft cependant ce
» lui qui eft le moins connu . Il étoit Chanoine de
Senlis & Médecin de la Reine Marguerite de
» Provence , femme du Roi S. Louis . Par fon Tef-
" tament , qui eft gardé dans les Archives de la
Maifon de Sorbonne , il donna quinze cens li
»vres monnoye de Paris , pour la fondation de ce
"College , & en confia l'exécution à Robert de
Sorbonne fon ami. Mille quingentas libras P
rifienfes reliquit ad opus quorumdam Scholarium ;
quos intendebat facere ex confilio magiftri Roberti
de Sorbona , in Theologia ftudentium . En confé
"
quence de ce legs , continuez - vous , Robert de
"Sorbonne commença la fondation de ce Collége
vers l'an 1252. Et comme on ne vit que lui , &
qu'on be connut que lui dans tout ce qui fut fait
"pour l'établiffement de ce Collége , le Public lui
" donna le nom de Collège de Sorbonne.
Telles font vos paroles . C'est donc uniquement
fur le Teftament de Robert de Douai que vous ap.
puyez votre prétention , & que vous voulez enlever
à Robert de Sorbonne la gloire d'avoir fondě
le premier Collège du monde . Mais on vous a déja
prouvé , & je vais vous prouver encore par le
Teftament même de Robert de Douai , que votre
prétention eft infoutenable . En effet la Maiſon de
Sorbonne a été fondée vers l'an 1252. Or le Tef
tament de Robert de Douai n'a été fait que le 13
Mai 1258. La fondation de Sorbonne eft dong
OCTOBRE . 1748 . 213
antérieure au Teftament de Robert de Douai,
Ainfi ce n'eft point en conféquence de ce Teftament
que la Sorbonne a été fondée. On ne peut donc
prouver par cette pièce , que Robert de Douai foit
le Fondateur de Sorbonne .
Vous avez fenti , & vous fentez encore la force
de ce raifonnement. Toute votre défenſe confifte
à nier la date du Teftament de Robert de Douai ,
& à foûtenir qu'il a été palé vers l'an 1252 , &
non point le 13 Mai 1258 , comme on l'a rapporté.
Mais j'en appelle ici , Monfieur , à votre
bonne foi , & à votre exactitude . Quoi ! Vous
êtes venu , dites - vous , en Sorbonne , confulter
l'original même de ce Teftament ; vous l'avez eu
entre les mains , vous l'avez collationné avec feu
M. Salmon , Bibliothéquaire de Sorbonne . Comment
donc fe peut il faire que vous en ignoriez , &
que vous en conteftiez même la date ? Nous confervons
ce Teftament en original dans nos Archi--
ves. J'offre de vous le faire voir , & à tous ceux
qui en auront la curiofité . Il eſt daté comme le
font tous les Teftamens authentiques . La date fait
foi. Elle porte : Paffé à Paris , l'an du Seigneur
1258 , le Samedi d'après la Pentecôte . Acum Parifiis
anno Domini millefimo ducentefimo quinqua➡
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. Il y adans
nos Archives.une ancienne copie en parchemin du
même Teftament. J'ai entre les mains plufieurs
autres copies faites par les foins des Docteurs ,
Edmond , Richer , Meufnier & Mauduifon . La
date eft la même par tout. Il eft impoflible de
contefter cette date , car elle n'eft point en chiffres
dans l'original , mais le mot octavo y est écrit tout
au long , en caractéres très- diftincts & très- lifibles.
Il n'y a donc aucun doute que le Teftament de
Robert de Douai n'ait éte fait , comme porte la
214 MERCURE DE FRANCE.
date , le Samedi d'après la Pentecôte , c'est-à- dire
le 13 Mai de l'année 1258. Or la Maifon de Sor
bonne étoit déja fondée . Vous en convenez vousmême
, puifque vous en mettez la fondation vers
l'an 1252. Il est donc démontré qu'elle n'a pas été
fondée en conféquence du Teftament de Robert de
Douai. D'où il fuit qu'on ne peut prouver par ce
Teftament , qu'il foit le Fondateur de Sorbonne.i
Une autre raison qui m'avoit fait dire que la
fondation de Sorbonne étoit antérieure au Teſtament
de Robert de Douai , c'eft qu'il dit dans fon
Teftament qu'il legue quinze cens livres parifis
pour de nouveaux Ecoliers. Ad opus quorumdam.
novorum Scho'arium. Or qui dit nouveaux Ecoliers
, fuppofe des Ecoliers plus anciens déja établis
auparavant. Robert de Sorbonne avoit donc déja
raffemblé & établi des Ecoliers , avant que Robert
de Douai fit fon Teftament . Par conséquent la
fondation du Collège de Sorbonne eft antérieure:
au legs de Robert de Douai,
Ce raifonnement ne vous preffe pas moins que
le précédent , mais vous y répondez beaucoup
plus mal . Si l'on vous en croit , au lieu de rapporter
le Teftament tel qu'il eft , nous l'avons falfifié ,
en ajoutant , novorum . Scholarium in Theologia
Audientium , & par l'intromiffion de ce mot novorum
, nous renverfons , ajoutez- vous , les tems
les faits , pour établir un fyftême qui n'est pas celui de
la vérité , & qui eft d'unegrande conféquence. J'eu
appelle encore ici à votre bonne foi . Eft- il bien
vrai confulté le Teftament original vous ayez
que
de Robert de Douai , comme vous le dites avec
tant d'affûrance ? Est - il bien vrai que vous l'ayez
eu entre les mains ? Eft il bien vrai que vous l'ayez
collationné dans nos Archives avec feu M, Sale
mon ? Si cela eft , Monfieur, c'eft donc vous qui
OCTOBRE. 1748.
1215
l'avez aktéré ; c'est vous qui l'avez rapporté autre
ment qu'il n'eft : c'eſt vous qui l'avez falfifié : c'e
vous enfin qui en avez retranché le mot novorum ,
pour bâtir un fyftême fingulier , inconnu juſqu'ici,
& contraire à la vérité, J'offre encore un coup ,
de
vous faire voir , & à tous ceux qui en auront la
curiofité , le Teftament original de Robert de
Douai , tel qu'il fe trouve dans nos Archives . Il
eit en parchemin & a été paflé pardevant Adam ,
Evêque de Senlis. On y trouve le mot novorum
très-diftinct & très bien écrit. En voici la claufe
en entier. In nomine fancta & individua Trinitatis
Ego Magifter Robertus de Douaco, Phyficus ( c'eſt- àdire
Médecin ) Canonicus Silvanectenfis , compos
mentis mea , condo ordino Teftamentum meum in
modum qui fequitur. In primis lego ad opus quorum.
dam novorumScholarium quos intendo facere de confilio
Magiftri Roberti de Sorbonâ , in Theologia ftuden
tium , qui boni & idonei inventifuerint vel inveniri
poterunt , de quacumque nationefuerint, mille quingentas
libras parifienfes pro emendis reditibus eifdem
Scholaribus per manus Executorum meorum inferiuş
contentorum diftribuendis ubicumque ftudiumfe transferat.
Item eifdem Scholaribus lego omnes libros
meos de Theologia , tam Biblias , tam originalia ,
( c'eſt- à- dire , les oeuvres des Saints Peres ) quam
alios libros Gloffaros , & aſſignabuntur eis coram Magiftris
Theologia qui tunc legent , etfi contingat aliquem
de Scholaribus recedere promittent bona fide
quod aliquem alium bonum fubftituent.
Item lego Ecclefia Beati Maturini , &c. Actum
Parifiis anno Domini millefimo ducentefimo quinqua
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. •
Voyez à préfent , Monfieur , lequel de nous
deux doit paffer pour avoir alteré le Teftament
de Robert de Douai , lequel a voulu établir un
216 MERCURE DE FRANCE.
t
fyftême fingulier , inoüi jufqu'aujourd'hui , &
contraire à la vérité ? Malgré l'affûrance avec la
quelle vous parlez dans votre Lettre , je ne puis
me perfuader que vous ayez véritablement une
copie du Teftament de Robert de Douai , ni que
vous l'ayez collationnée en Sorbonne avec l'original.
J'aime mieux croire que vous n'avez eu
fous les yeux que le fragment rapporté par Naudé
, fragment informe , qui eft fans date , & duquel
le mot novorum a été retranché . Mais quoi
qu'il en foit , ce n'eft point à un fragment interpollé
& alteré qu'il faut s'en rapporter. C'eft
à la piéce authentique , c'eft- à - dire , au Teftament
original qui eft dans nos Archives : C'eft - là
où vous trouverez que Robert de Douai eft à la
vérité le Bienfaicteur de la Maiſon de Sorbonne ,
mais qu'il n'en eft pas le Fondateur . Que fon intention
n'a pas été de fender un Collége , ni d'établir
des Ecoliers , mais de donner de plus grands
revenus au Collége , qui étoit déja fondé , & parlà
d'augmenter le nombre des Ecoliers déja raf
femblés par Robert de Sorbonne.
C'eft fur ces raiſons que M. Vofgien , dans fon
excellent Dictionnaire ( qui ne vous paroîtroit
pas moins portatif qu'il l'étoit ci-devant , fi on
n'avoit pas pris la liberté d'y contredire un lyftême,
dont vous êtes fi flaté d'avoir fait la découverte )
c'eſt fur ces raiſons , dis je , qu'il a avancé avec
tant de menagement que vous vous étiez trom
pé.
Voulez- vous de nouvelles preuves que la Sorbonne
a été fondée avant le Teftament de Robert ·
de Douai " , c'eſt à - dire , avant le treiziéme Mai
1258 , & que c'eft Robert de Sorbonne qui en eft
le Fondateur ? Au mois de Novembre de l'an
154, Guillaume de Chartres , Chanoine de Saint
Quentin
OCTOBRE. 1748. 217
Quentin , Chapelain du Roi Saint Louis , & ami
intime de Robert de Sorbonne , acheta pour l'oeuvre
d'un certain fien ami , ad opus cujufdam amiti
fui ( c'eft à dire , pour la fondation du Collège ,
felon le langage de toutes les piéces de ce tems - là )
acheta , dis je , de Robert de Douai une maiſon ,
plufieurs granges & plufieurs préaux , moyennant
le prix & fomme de fix cens livres parifis ; le même
Guillaume de Chartres acheta de differens
particuliers en 1254 & 1255 , pour la fondation
de Sorbonne , la plus grande partie des maiſons
qu'elle pofféde aujourd'hui . Guillaume de Memont
, Chapelain du Roi Saint Louis , & Chanoine
de Melun , autre ami intime de Robert de Sorbonne
, acheta auffi pour le College en 1254 &
1256 quelques maifons affés confidérables. Robert
de Sorbonne de fon côtéfit de grandes acquifitions
pour fes Ecoliers depuis 1254 jufqu'en
1258. Saint Louis lui donna , en 1256 , la maiſon
& les étables qu'il avoit dans la rue Coupe- gueule.
Je dis en 1256 , car telle eft la date de l'original ,
& non pas 1250 , comme vous l'avez mis dans
votre Defcription de Paris , pag. 500 , d'après du
Breul & le Maire. Enfin Jean de Douai donna au
même Collège le Fief des Rofiers que nous poffédons
encore aujourd'hui. Nous avons dans nos
Archives les Actes authentiques de toutes ces acquifitions.
Par conféquent le Collége de Sorbonne
avoit des revenus confidérables avant le legs de
Robert de Douai , fait le treiziéme Mai 1258.
Donc il ne peut être le Fondateur de Sorbonne
en vertu de ce legs . 11 en eft feulement Bienfaiteur,
tels que l'ont été S. Louis , & tous les amis de
Robert de Sorbonne , je veux dire Guillaume de
Chartres , Guillaume de Memont , Jean de Douai,
le Cardinal de Bar , & plufieurs autres.
K
218 MERCURE DEFRANCE.
1
Auffi le titre de Fondateur eſt- il réſervé à Rom
bert de Sorbonne , dans l'ancien Necrologe de
Sorbonne , fait fur la fin du XIIIe . fiécle , peu
de tems après la fondation . C'est ce qu'on y lit au
quinziéme d'Août , en ces termes. Obiit Magifter
Robertus de Sorbonio , Canonicus Parifienfis, Fundator
Domus hujus. Remarquez en même tems , que
Robert de Sorbonne eft mort le quinziéme d'Août,
c'eft-à- dire , le jour de l'Affomption de l'an 1274
au lieu que Robert de Douai mourut le 20 Mai
1268 ce qui n'a encore été obfervé par perfonne.
>
Le titre de Fondateur eft auffi donné à Robert
de Sorbonne dans plufieurs autres de nos manuf
crits. L'un des plus anciens porte . Anno Domini
millefimo ducentefimo quinquagefimo tertio , fub Ludovico
Francorum Rege Chriftianiffimo , fuit Domus
de Sorbond fundata per Patrem veneratiſſimum
Robertum de Sorbonio Sacrarum Litterarum Doctorem
devotiffimum , Dillique Regis Confefforem •
Ecclefiarum Parifienfis & Cameracenfis Canonicum.
Voilà Robert de Sorbonne reconnu par les
premiers Sorboniftes pour leur Fondateur. Or
pouvez- vous vous flater d'être mieux inftruit de
la fondation de Sorbonne qu'ils ne l'étoient
Le nom feul de la Maifon prouve clairement que
Robert de Sorbonne en eft le Fondateur. Parcou
rez tous les Colléges de l'Univerfité ; ils portent
prefque tous le nom de leurs Fondateurs , ou celui
des lieux où leurs Fondateurs ont pris naiffance .
Tels font les Colléges du Pleffis , d'Harcourt ,
des Cholets , du Cardinal - le- Moine , le Collége
Mazarin , &c. Il en eft de même du Collége de
Sorbonne, Il tire fon nom du Village de Sorbonne
au Diocèse de Rheims , Patrie de Robert fon Fondateur.
OCTOBRE. 1748. 219
Quel eft le Fondateur d'un College ? N'eſt- ce
pas celui qui l'a dotté ? Qui en a fait les Statuts &
les Réglemens ? Qui en a eu de premier la conduite
& la direction ? Or voilà préciſement ce
qu'a fait Robert de Sorbonne , par rapport à la
Maifon qui porte fon nom. C'eft lui qui l'a dottée,
qui en a fait de fa propre autorité les Statuts & les
Réglemens , qui en a obtenu la confirmation des
Souverains Pontifes , & les Lettres Patentes de
nos Rois ; qui en a eu le premier la conduite , la
direction , & la fupériorité pendant toute la vie.
Il a donc toutes les qualités de Fondateur.
Je crois , Monfieur , qu'en voilà plus qu'il n'en
faut faire abandonner un paradoxe que
pour
vous aviez avancé fans preuves . Si vous aviez
voulu prendre la peine de venir confulter les originaux
, comme je vous en avois fait prier , vous
auriez reconnu votre erreur , & vous auriez évité
un grand nombre de fautes , beaucoup plus conftdérables
où vous êtes tombé dans votre Defcrip
tion de Paris , en parlant de la Sorbonne,
Vous
Je fuis , &c.
En Sorbonne , ce 24 Septembre 1748 .
ADDITION au fournal de la Cour ,
de Paris , &c.
E 15 de ce mois , Fête de Sainte Theréfe ;
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
, & Mefdames de France , affifterent dans
Eglife des Carmes des Baffes- Loges au Salut , &
à la Benediction du S. Sacrement.
On a appris par un courier extraordinaire , arrivé
à Fontainebleau le 20 , que le Traité définitif
de la Paix générale avoit été figné à Aix -la-Cha-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
pèlle le 18 par les Miniftres Plénipotentiaires du
Roi , & par ceux du Roi de la Grande Bretagne
& des Etats Généraux des Provinces- Unies.
Les nouvelles , qu'on a reçûës en même tems
font efperer que les Cours de Madrid & de Vienne
, animées du même efprit de conciliation , ne
tarderont pas à donner leur acceffion à ce Traité.
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Poitiers l'Abbé
de la Marthonie de Cauffade , Vicaire Général
de l'Evêché de Tarbes.
Sa Majeſté a accordé l'Abbaye de Vermand ,
Ordre de Prémontré , Diocèfe de Noyon , à l'Ab
bé Hachette , Vifiteur Général des Carmelites de
France .
Celle de Saint Liguaire , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Xaintes , à l'Abbé Rabereul , Vicaire
Général de l'Evêché de Poitiers.
MARIAGES ET MORTS.
AVERTISSEMENT
CE
E n'eft point pour fatisfaire une vaine curiofité,
que nous nous efforçons de donner à cette
partie de notre ouvrage une certaine étenduë . L'utilité
publique eft le feul objet que nous nous propofons,
& c'est pour le remplir plus parfaitement
que nous prions avec inftance toutes les perfonnes
diftinguées , de nous aider dans notre travail ,
nous faifant tenir des Mémoires exacts & circonf
en
OCTOBRE. 1748. 227
ranciés fur les alliances que leurs familles contractent
& fur les morts qui y furviennent. On n'ignore
point que les guerres continue lles , qui défolerent
la France dans toutes fes Provinces fous
la feconde Race de nos Rois , & la confufion générale
qui s'éleva dans la Monarchie , détruifirent
l'ordre que Charlemagne avoit établi pour conferver
à la Nobleffe tout fon éclat & toute fa pureté.
L'autorité que s'attribuerent les differens Seigneurs
au commencement de la troifiéme Race ,
lorfque tous les Fiefs & Gouvernemens furent
rendus héréditaires , fut entr'eux une fource de
jalousie & de difcorde , qui les obligeant fans
ceffe de monter à cheval , fit tellement prévaloir
l'exercice des armes , que l'étude des Lettres fur
entierement négligée . Les Grands fe firent un dès.
honneur de fçavoir lire & écrire , & les petits fe
firent un devoir de les imiter ; de forte que l'ignorance
répandit fur l'hiftoire , & principalement
fur les Genéalogies , les ténébres les plus
épaiffes , dont même les plus illuftres Maiſons ne
furent pas exemptes. C'eft de- là que viennent ces
lacunes que l'on rencontre fi fréquemment dans
les fiécles dont nous parlons. En effet les Seigneurs
fe contentant de la preuve par témoin de
la filiation & nobleffe de ceux qui fe préfentoient
aux Tournois pour y être admis , & les Actes &
Contrats étant beaucoup plus rares que les incendies
& les ravages , on doit encore s'étonner com→
ment les lumieres , que l'on a fur les premieres
familles du Royaume , ont pû parvenir jufqu'à
nous , & certainement fans les titres des donations
faites aux Eglifes , ces tems feroient couverts d'u
ne nuit impénétrable .
D'un côté les Croifades ayant fait périr une
grande partie de la nobleffe, de l'autre Paffranchif
K iij
222 MERCURE DEFRANCE.
lės
fement des bonnes Villes , ayant excité les Rote
riers à ſe diftinguer , la lumiere des Sciences commença
à jetter fa premiere aurore. Si la Nobleffe
continua long - tems de fe borner aux armes ,
Lettres furent d'abord le partage du Tiers- Etat,
Les Ecrivains fe multiplierent , & depuis ce tenis
les familles illuftrées nous préfentent des filiations
fuivies.
"
Mais celles d'un rang inférieur effuyèrent encore
de terribles orages pendant la guerre avec
l'Angleterre , guerre que les Hiftoriens remar
quent avoir duré près de trois cens ans & qui ne
finit que fous Charles VII . La déſolation furtout
fut fi grande , depuis la prifon du Roi Jean jufqu'à
la levée du fiége d'Orleans fous Charles VII.
que le défordre introduit dans le Corps de la Nobleffe
mérita l'attention de ce Prince lorfque la
tranquillité fat rétablie. La fureur des guerres
avoit éteint quantité de familles , une infinité
d'autres avoit perdu fes titres , plufieurs de ceux
qni fuivoient la profeffion des armes s'étoient fubf
titués d'eux -mêmes aux familles éteintes , & en
avoient ufurpé les noms , & un beaucoup plus
grand nombre s'arrogeoient les honneurs & les
droits d'une Nobleffe qu'ils prétendoient avoir
acquife avec leur épée . Le Roi par de fages Ordonnances
purgea le premier Corps de l'Etat , &
ces Ordonnances font la feconde époque qui juftifie
fuffisamment la nobleffe des familles qui font
dans l'impoffibilité de produire des titres antérieurs.
Henri IV . au commencement du fiécle dernier
faivit l'exemple de Charles. Les troubles de
la Ligue avoient produit les mêmes malheurs &
les mêmes abus que la guerre avec les Anglois.
Le même remede y fut apporté , & la profpé, Y.
OCTOBRE. 1748 . 223
rité de l'Etat depuis le regne de ce Prince , nous
fait eſpérer qu'on ne les reverra point ſi tôt.
on
Cependant quelques néceffaires que fuffent ces
Ordonnances , quelques falutaires qu'elles ayent
été , il eft certain qu'on n'auroit jamais été en
état de les donner , fans le progrès que les Lettres
firent par la protection fpéciale des Rois . Elles fi
tent fentir de plus en plus combien il étoit inportant
de dreffer des Actes autentiques & de
tenir des Regiftres. On écrivit l'Hiftoire ,
drefla des Mémoires , on fit des Differtations qui
éclaircirent les chofes paffées , & conferverent
la mémoire des préfentes . A la faveur du jour
que répandirent tant d'Ecrits , on démêla plus
facilement la véritable Nobleffe d'avec la fuppofée
; & dans les derniers tems , on a dreffé deɔ
Nobiliaires particuliers dans chaque Province ,
qui remplacent en quelque façon les Hérauts éta
blis par Charlemagne , dont la Charge étoit de tenir
un rôle de la Nobleffe , & de prendre garde
qu'aucun Membre étranger ne s'y glifsât.
>
Mais ce que ces Hérauts , fe fuccedant les uns
aux autres pouvoient exécuter fans interruption
, le Nobiliaire ne peut le faire que de loin
en loin , non plus que les Livres Généalogiques.
Cette étude qui a cela de particulier , que
l'abondance de la matiere eft plus capable que
la ftérilité de rebuter un Auteur , exige d'ailleurs
un goût particulier & des fecours difficiles
à trouver. Ainfi pour exciter ce goût dans les
perfonnes qui l'auront , on ne peut trop s'attacher
à leur amaffer les matériaux néceffaires
& à leur fournir des Mémoires fûrs & inftructifs .
C'est dans cette vue que nous dreffons ce préfent
article , & que nous prenons la liberté d'exhorter
toute la Nobleffe Françoiſe à nous en-
Kilij
2/24 MERCURE DE FRANCE.
voyer les éclairciffemens les plus circonftanciés:
Pour les Mariages , il fuffira de marquer ducôté
de l'Epoux , fes noms de Baptême & de famille ,
fon furnom , fon âge , fes qualités & dignités ,
paffées & préfentes , avec leurs dattes précifes ,
les noms & qualités de fes pere & mere. Du
côté de l'Epoufe , fon nom & furnom , ceux autfide
fes pere & mere : fans oublier le jour de la célébration
du mariage.
9
Il conviendra pour les Morts , de marquer le
jour du décès, les noms & furnoms du décedé, fon
âge, fes qualités, fes dignités , fes actions militaires .
& celles où il s'eft trouvé , s'il a été marié , la
datte de fon mariage , le nom de fa femme , dont
on marquera auffi les pere & mere , les enfans
qu'il a eus ceux qu'il laiffe , s'ils font mariés
ou non , quel jour ils l'ont été , qui ils ont épousé
les freres & foeurs qu'il laiffe , fur - tout pour les
filles ou veuves qui meurent fans enfans ; & au
défaut de freres & foeurs , les neveux ou col
latéraux à qui les biens paffent : nous recom
mandons fur-tout la fidélité des dattes . Il fera auffi
utile de marquer de quelle Province eſt la famille...
;
Par ce moyen , la Nobleffe Françoiſe jouira de
fa gloire préfente , & fera affurée de la faire paffer
à la postérité..
Elle eft d'autant plus intéreffée à le faire , que
fi certaines Maiſons ſont univerſellement connues
par l'éclat des honneurs & des dignités qui y
font héréditaires ; il eft conftant qu'il y en a
de très- anciennes , qui faute de ces avantages
font tombées dans une efpece d'obfcurité , qu'il
eft du bien & de la gloire de l'Etat de diffiper.
On fçait comment les Narbonne - Pelet per
dirent au commencement du treiziéme fiécle ”, la
OCTOBRE . 1748. 225
Vicomté de Narbonne , & quelles injuftices leur
enleverent leurs grands biens ; cette famille fubfifte
encore . Il est encore des defcendans des anciens
Vicomtes de Turenne, dont l'héritiere d'une
branche aînée porta cette belle Seigneurie dans
la Maifon de la Tour d'Auvergne. Les branches
cadettes privées de leur patrimoine par la bifarrerie
d'une Coutume , qui , fe contredifant ellemême
en ce point , mériteroit une lérieuſe attention
, n'ont pû foutenir la fplendeur du fang
illuftre , qu'elles ont tranfmis jufqu'à nous dans
toute la pureté. L'attention publique a fuivi le
Fief. C'est donc pour obvier à cet inconvénient ,
que nous demandons des Mémoires qui ne peutvent
être remplacés d'aucune façon & il fe
roit bien trifte que nos intentions , entierement
tournées vers le bien général, reftaffent infructueufes
, lorfque l'intérêt particulier des familles leur C
prefcrit d'entrer dans nos vûes. ”
La Robe a part comme l'Epée à notre invi
tation. L'importance des fervices qu'elle rend à
PEtat foutient fa dignité contre les attaques que
femble lui livrer la vénalité des Charges . Ce n'eft
point ici le lieu de difcuter , s'il eft auffi glorieux
de maintenir la paix au - dedans qu'au - dehors :
bernons- nous à remarquer , que la Robe a beau
coup de familles , qu'une longue poffeffion d'hon
neurs rend illuftres ; qu'elle a donné de très
grands hommes à l'Etat , que grand nombre des
branches de familles de Robe paffe dans l'Epée ; &
enfin quelle eft la tige de quantité de Maifons "
qui tiennent aujourd'hui un rang diſtingué dans
l'Etat:
Nous devons à la Maifon d'Argouges ; auffi
illuſtre dans la Robe que dans l'Epée , de recti .
*
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
fier l'article de M. le Marquis de Rânes dont nous
avons annoncé le décès le mois dernier.
Louis d Argouges , Marquis de Ranes , Seigneur
de Dampierre , la Calonge , &c . aîné de la Maifon
d'Argouges , mourut le 13 Août 1748 , en fon
Château de Rânes en Normandie , âgé de 79 ans ,
3 mois , 13 jours , étant né à Paris le 2 Avril
1669. Il avoit été Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom , Brigadier , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi. Il s'eft extrêmement
diftingué dans plufieurs actions Militaires
, & entr'autres . dans la défenfe des Ville
& Citadelle de Lille , où il foutint le fiege avec
M. le Maréchal de Boufflers , & défendit la Place
très long- tems avec autant de capacité que de valeur.
Il s'acquit auffi beaucoup d'honneur à l'affaire
de Carpien Italie dans la précédente guerre , & en
plufieurs autres rencontres .
Il étoit fils de Charles d'Argouges , Chevalier,
Marquis de Rânes , Marquis de la Chapelle - la-
Reine , Seigneur de Fleuri & autres Lieux , Baillif
& Gouverneur des Ville & Château d'Alençon ,.
qui fut d'abord Cornette des Gendarmes de la
Garde du Roi , puis Colonel Général des Dragons
, & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
, & qui fe diftingua par tout à la tête des Dra-"
gons , fur- tout à la Bataille de Senef en 1674 ,
& en 1678 en Allemagne , où il mourut dans
le lit d'honneur , très- regretté de fon Prince &
de toute l'Armée . Charles d'Argouges avoit épousé
Charlotte de Beautru , femme en fecondes nôces
du Prince de Montauban .
Louis d'Argouges eut pour ayeul Henri d'Argouges
, Chevalier , Marquis de Rânes , & de
La Chapelle- la- Reine , Seigneur de Fleuri & aus
OCTOBRE . 174S. 227
tres Lieux , Gouverneur des Ville & Château
d'Alençon.
ton ,
Il époufa le 12 Novembre 1708 Catherine
d'Hernoton , fille de François. Jofeph d'Herno-
Baron de l'ancienne Baronnie du Pont , en
Bretagne , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , & de Marie Renée de Freſnoi , dont
il a laiffé trois enfans mâles. L'aîné , Charles-
Louis d'Argouges , Marquis de Rânes , ci - devant
Colonel du Régiment de Languedoc Dragons
, à la tête duquel il fe diftingua fort à l'affaire
de Montalban , où il reçut une bleffure ; eft aujourd'hui
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Il a épousé en 1742 , Marie- Angelique- Claudine-
Henriette Bec-de- Lievre de Cany , fille de Louis
Bec-de- Lievre , Marquis de Cany.
Le 26 Août , François Delphin d'Aulede de
Leftonac , Marquis de Margaux , en Medoc , mourut
à Paris dans la 89 année de fon âge , étant
né au mois d'Avril 1660 , & il fut inhumé le
27 , en l'Eglife des Celeftins , après avoir été porté
à celle de Saint Paul , fa Paroiffe ; il étoit fils
de Charles - Denis d'Aulede de Leftonac , Baron de
Margaux , nommé Premier Prefident du Parlement
de Bordeaux en 1673 , & de Therefe de Pontac ,
avec laquelle il avoit été marié le 30 Octobre 1654,
fille d'Arnaud de Pontac , Seigneur de Salles ,
Leffac & de la Mothe Souveraine , Premier Prefident
du Parlement de la même Ville , & de
Louiſe - Gabrielle de Thou , fille de Jacques-
Augufte de Thou , Prefident du Parlement de Paris
, célebre par les Ecrits , & de Gafparde de la
Châtre.
M. d'Aulede avoit été marié le 17 Juiller 1695
à Elizabeth- Antoinette le Fevre de Caumartin ,
morte à Bordeaux le 11 Avril 1713 , fans laifler
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
de poftérité , fille de Louis François le Fevre..
Seigneur de Caumartin , Confeiller d'Etat , &
de Catherine Magdeleine de Verthamon , fa feconde
femme. Il avoit époufé en fecondes nôces
le 11 Décembre 1715 , Antoinette Charlotte
de Lenoncourt , Chanoineffe de Remiremont. ,
fille de Charles - Henri-Gafpard de Lenoncourt ,
Marquis de Blainville , Comte de l'Empire , &
Grand Chambellan de Leopold , Duc de Lorraine,
& de Charlotte - Yoland de Nettancourt , de la
quelle il n'a point eu non- plus d'enfans .
Le 10 Septembre , Françoile de Graffe , veuve de
Jean-Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence ,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi , mourut au Château
de la Varenne en Forez , âgée de 79 ans . Elle
étoit fille d'Alexandre de Graffe , Baron de Mouans «
& de Satous , & de Françoife de l'Ifle , fille de
Guillaume de l'Ifle , des Seigneurs de Thulane..
Alexandre de Graffe étoit de la fixiéme branche
de fa Maiſon , & defcendoit en ligne directede
Rodoart de Graffe , nommé Prince d'Antibes
dans le Cartulaire de Merias , qui fut reçû de Guillaume
II . Comte de Provence , dans la moitié du ›
Diocèfe d'Antibes , l'an 993 , où fa femme & fes
enfans font nommés . Il eut de fon mariage avec
Françoife de l'Iffe cinq enfans , 19. Louis -Jofeph
Marquis de Graffe, Baron de Mouans & de Satous,
qui a fervi plufieurs années Capitaine de Dragons
dans le Régiment de l'Epinoi , & a été Capitaine
de la Ville de Graffe , N'ayant point eu d'enfans
de deux femmes qu'il avoit épousées ( Marguerite
Corbinelli , d'une illuftre Maifon de Florence , &
Thérefe- Albertine du Quenci , fille du Marquis de :
Coupigni ; ), il a cedé fon droit d'aîneffe fur l'hé
ritage de fon pere. 2 °. Jean de Graffe , Capitaine
des Vaiffeaux , mort à l'Amérique, 3º. Jean - Bap ཤ
3
OCTOBRE. 1748. 229:
tite de Graffe , qui de fon mariage avec Marie--
Françoise de l'Ifle , fille de N. de l'Ifle , Seigneur
de Tulanne , & de Sufanne de Graffe , a eu Auguftin
, Sufanne , Rofalie , Félicité & Jeanne Aléxandre
de Graffe . 4° . Françoise de Graffe , dont il
s'agit. 5. Sufanne de Graffe , mariée à Joſeph de
PIfe , Seigneur de Tulanne . Françoise de Graffe ...
de fon mariage avec le Comte de Vence , laiffe
plufieurs enfans , entr'autres Claude Aléxandre
de Villeneuve , Comte de Vence , Colonel du Régiment
Royal Corfe , Brigadier des Armées du Roi
du premier Mai 1745 , & Thérefe Rofalie de
Villeneuve , veuve d'Antoine Darci , Comte de la
Varenne , &c..
Dom Andoche Pernot , Abbé & Général de l'ON
dre de Cîteaux, eft mort le même jour à Dijon, âgé
de 74 ans ; il étoit entré au Noviciat à l'âge de 14
ans,& à 16 il prononça fes voeux . Après avoir paffé
par toutes les charges , il fut élû Abbé & Général
de tout l'Ordre , & il a rempli cette Dignité pendant
22 ans , il avoit 60 ans de Religion , & il avoit
auffi été premier Elu des Etats de Bourgogne.
Le 14 , Charlotte de Villars , époufe de Jacques
Comte de Vogué , mourut à Paris , âgée de 84 ›
ans. Elle étoit fille de Pierre de Villars , Seigneur
de la Chapelle , Baron de Mafenas , &c . Chevalier
des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme de la t
Chambre de S. A. S. M. le Prince de Conti ; Lieu
tenant Général des Armées du Roi ; Gouverneur »
de Befançon , Envoyé à Vienne , puis en Eſpagne,,
où il fut enfuite Ambaffadeur Extraordinaire , puis ..
en Savoye , & enfin pour la troifiéme fois en Efpagne
; Confeiller d'Etat en 1683 , & la même année
Ambaffadeur . Extraordinaire en Dannemarc ;
Chevalier d'honneur de Madame la Ducheffe de
Chartres, mort.le.zo Mars 1698 , âgé de 75 ans . L
+
230 MERCURE DE FRANCE.
avoit époufé le 24 Janvier 1651 Matie Gigaut de
Bellefonds fille de Bernardin Gigaut de Bellefonds,
Gouverneur des Ville & Château de Caën , & de
Valogne , & de Jeanne-aux -Epaules Sainte Marie,
de laquelle il avoit eu Charlotte dont il s'agit &
feu M. le Maréchal Duc de Villars ,
Le 19 , N. de la Hamayde de Saint Ange , Officier
du Régiment de Vallons - Salz , mourut à Paris.
Il étoit l'Auteur de la Poudre Céphalique' ,
dont les effets ont été falutaires à tant de perfonnes.
Le 20 , Marie- Louife Haudaille , époufe de Jean-
Baptifte-Maximilien Titon , Chevalier , Seigneur
de la Neuville , de Lormoy , &c . Confeiller au
Parlement , mourut à Paris , dans la 43 ° année de
âge , laiffant un fils unique , Jean Baptifte- Maximilien
-Pierre Titon , Chevalier Seigneur de Villotran
, Mifaugui & autres lieux , Confeiller au
Parlement.
Le même jour , François Courtin , Seigneur de
Frefolines , & c . Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , Lieutenant des Maréchaux de Francè,
mourut à Paris fans poftérité .
Le 26 , Jean Otter , de l'Académie Royale des
Belles Lettres , Profeffeur en Arabe au Collége
Royal & Interprete du Roi pour les Langues
Orientales , mourut à Paris , âgé de 39 ans. Il
étoit Suédois de nation .
Le 28 , Jean - Charles de Segur , ancien Evêque
de Saint Papoul ; Abbé Commendataire de l'Ab
baye de Vermans , Ordre de Prémontré , Diocèfe
de Noyon ; Docteur en Droit de l'Univerfité de
Rheims , mourut à Paris , dans la cinquante- troifiéme
année de fon âge , étant né à Paris le 28 Décembre
1695 Il reçut la Tonfure à Paris le 7 Juin
1716 dans l'Eglife de l'Inftitut de l'Oratoire , dont
OCTOBRE. 1748. 235
il étoit alors Confrere , par les mans de feu M.
Soanen , Evêque de Senez , les Quatre-mineurs
le 4 Juin 1719 par feu M d'Entragues , Evêque de
Leictoure , & le Soudiaconat le 25 Avril 1720 par
feu M. de Cambour , Evêque de Tarbes ; M. Cler
mont , Evêque de Laon , l'ordonna Diacre à Laon
le 21 Sept. 1721 , & fon fucceffeur , M. de S. Albin,
Fordonna Prêtre le 30 Mai 1722 , & le fit fon
Grand Vicaire . En 1720 , le Roi le nomma à l'Abbaye
de Vermans , & il en prit poffeffion le 24
Mars 1721. Il reçût le bonnet de Docteur dans la
Faculté de Droit de l'Univerfité de Rheims en
1722. Le Roi le nomma à l'Evêché de Saint Papoul
en Octobre 1723 ; il en prit poffeffion le &
Août 1724 , & s'en démit entre les mains de S. M.
le 26 Février 1736.
Il étoit fils de Henri-Jofeph Marquis de Segur
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , Lieutenant Général des Provinces de Bie
& de Champagne , & de Claude- Elifabeth Binet.i
De ce Mariage font iffus , 1 °. Henri - François
Comte de Segur , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes Armées , Commandant
pour le Roi dans les trois Evêchés & fur la Saare ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , en furvivance de N. Marquis de Segur , fon
fils , Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Régiment de fon nom , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis . 2 ° . Jean - Charles de Segur , qui:
donne lieu à cet article. 3 ° . Marie- Anne - Françoife
de Segur , Abbeffe de l'Abbaye Royale de Notre-
Dame du Vai- de -Gif. 4 °. N. de Segur , Religieufe
dans la même Abbaye.
La Famille de Segur eft très - ancienne parmi la
haute Nobleffe du Périgord. On trouvé des Se
32 MERCURE DE FRANCE.
gar de Pardaillan au nombre des hauts Nobles
préfens à l'Hôtel de Ville de Bordeaux lors de la
prife de poffeffion de la Guienne par Louis XI .
& les Mémoires de la vie de Henri IV . en font
mention en plus d'un endroit.
Le 30 , François de Frémont d'Auneuil, Seigneur
de Brie & autres lieux , Doyen des Maîtres des
Requêtes , mourut à Paris .
Le même jour Elifabeth Hemart , époufe de
Jean-Baptifte-Jofeph Saget , Chevalier, Confeiller
du Roi en fa Cour de Parlement , Seigneur de
Fontaine- l'Abbé , &c. mourut à Paris.
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗落
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 1
Juillet , en interprétation de celui du 5 Octobre
1747 , qui a révoqué le privilége exclufif , ac
cordé à Noel Chavillot , pour la culture du Rizi
en France.
AUTRE du 23 , qui fupprime le Droit de
péage ou travers , prétendu par le fieur Comte
d'Auteuil , au lieu & dans la Seigneurie d'Au
teuil.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes aux
Communautés Eccléfiaftiques , Séculieres , Régulieres
& Laïques , & même aux Particuliers
Propriétaires de Bois , de faire abattre aucun des
arbres futaye ou épars , & baliveaux fur taillis ,,
qui auront été marqués du marteau de la Ma
rine , &a...
OCTOBRE. 1748 233
AUTRE du 24 , qui accorde à Charles Adam
le privilége pour l'établiffement de la Manufacture
de Porcelaine façon de Saxe , au Château
de Vincennes.
du pre
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi ,
mier Août , portant établiſſement d'une fe
conde Loterie Royale.
AUTRE du 6 , qui confirme le Privilége ex
clufif accordé à Charles Adam pour la fabrique de
la Porcelaine façon de Saxe , & fait défenſes de
former aucun nouvel établiſſement pour travailler:
à la porcelaine , & c.
AUTRE du II , portant réglement pour la
fabrique des Etoffes à chaîne de foie , tramées ,
brochées , & lancées de foie , laine , fil & coton ,.
de la Généralité de Rouen.
AUTRE du 19 , portant réglement pour les
Ouvriers de la Manufacture de Porcelaine façon
de Saxe , établie au Château de Vincennes..
AUTRE du 24 , qui renouvelle les défenſes
précédemment faites par ceux des 24 Août 1715 .
7 Octobre 1717 , & 18 Novembre 1720 , d'intro
duire & faire entrer dans le Royaume des fardines
de pêches étrangeres.
AUTRE du même , qui permet l'entrée
dans le Royaume , fans payer aucuns droits , des
bards , fuifs , chandelles & faumons falés , deſtinés
pour les Illes & Colonies Françoifes .
134 MERCURE DE FRANCE.
DECLARATION du Roi , donnée à Verfailles
le 26 , qui ordonne que les Receveurs Généraux
des Domaines & Bois ne rapporteront
pour piéces juftificatives des comptes rendus ou
à rendre à l'avenir , du récouvrement des frais de
Juftice,, que les Arrêts qui auront accordé les décharges
fur les états de récouvrement.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 27 ,
qui ordonne l'élargiffement de la rue dite des Pâtiffiers
en la Ville de Meaux ; en conféquence ,
queles maifons faifant faillie dans ladite ruë , fe
ront démolies.
AUTRE contradictoire de la Cour des Aides,
du 28 , qui confirme une Sentence du Grenier
à Sel de Mayenne , du 9 Avril 1748 , en ce qu'elle
déclare nul un procès verbal de capture fait en
forme de fimple rapport par un Exempt & quatre
Cavaliers de Maréchauffée : & qui juge qu'ils ne
font point affujettis aux formalités requiles pour
les procès verbaux des Commis ; qu'il fuffit qu'ils
ayent affirmé leur rapport , & ayent été répétés
deffus pour opérer ces condamnations pécuniaires,
comme s'ils avoient rempli la difpofition de l'Article
XIX . du titre XVII. de l'Ordonnance
1680.
ORDONNANCE du Roi , du premier
Septembre , pour réformer un Bataillon de chacun
des Régimens de fon Infanterie Françoife , y
dénommés.
AUTRE de même jour , pour réformer un
Eſcadron de chacun des quatorze Régimens de
Cavalerie qui y font dénommés.
OCTOBRE 1748. 233
AUTRE du même jour , concernant la réforme
dans les Dragons.
AUTRE du même jour , concernant la réforme
dans differens Corps de Troupes légeres.
AUTRE du 8 , pour réformer une partie
des Compagnies à cheval du Régiment Royal
Cantabres .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 12 ,
qui déclare vacans au profit de Sa Majefté tous les
Offices des Officiers décédés après avoir payé
l'annuel , ou dont ils jouiffoient à titre de furvivance
ou d'hérédité , faute par les veuves , enfans,
héritiers , créanciers , adjudicataires ou proprié
taires , d'en avoir fait fceller les provifions dans
l'espace de trente années , à compter du jour du
décès defdits Officiers..
>
AUTRE du 20 concernant les frais de
Juftice qui doivent être payés par le Fermier de
la Régie.
ORDONNANCE du Roi , du 27 , portant
réunion du Corps des Galeres à celui de la
Marine.
AUTRE du premier Octobre , pour réformer
un Bataillon de chacun des Régimens de fon Infanterie
Françoife , y dénommés.
236 MERCURE DE FRANCE.
TISANNE appellée communément
de Vinache,
E fils du feu Sieur Vinache , Auteur de cette
Lifane ,anégligé depuis long -tems d'avertir
le Public des fuccès journaliers qu'elle opere
& il ne l'auroit point fait encore , fi des perfon
nes , témoins de fes fuccès ne l'y avoient eng
gagé.
>
Cette Tifanne eft un remede doux , qui´purge ·
fans violence , qui augmente l'appétit , & qui loin
d'affoiblir l'action de l'eftomach & des inteftins
la fortifie.
Les plus habiles Medecins ont toujours reconnu
P'utilité d'un tel purgatif , furtout dans les maladies
chroniques , dont les fymptômes font fouvent
aggravés par les purgatifs ordinaires!, qui déqrangent
à la longue les fonctions des vifceres , en
les affoibliflant .
Sans vouloir attribuer à cette Tifanne des guéri
fons inefpérées & miraculeufes , langage ordinaire
des Charlatans ; on peut dire , qu'elle eft employée
heureufement dans une infinité de maladies qui
exigent les purgatifs.
CetteTifanne eft peut être le feul purgatif, dont
ceux qui font affligés de l'affection hypochondria
que , fe foient mieux trouvés ; parce qu'en diffi
pant les obftructions , & en évacuant les humeurs
par les felles , elle hâte la digeftion , & rétablit le :
calme dans le mouvement des inteftins.
Par la même raifon , les filles qui ont les pâles
couleurs , font foulagées , & même guéries par l'
fage de cette Tilanne,
OCTOBRE . 237 1748.
Elle conviert auffi aux enfans ſcrophuleux & rachitiques
, qui ont toutes les glandes engorgées ;
parce qu'elle évacue fans violence toutes les impu
rerés du corps de ces enfans , & qu'elle empêche
Pamas des crudités dans les premieres voyes , en
fortifiant l'eftomach & les inteftins.
Elle est de même très-propre pour toutes les
obftructions au foye , à la ratte , au méſentere
&c. en un mot , elle eft efficace pour la cacochi
mie , & généralement pour toutes les maladies
chroniques , où il est néceffaire de divifer & évacuer
les humeurs.
On en fait un ufage journalier fans le moindre
inconvénient. On peut la prendre pour le purger
par précaution : ajoutez encore qu'elle eft très- gracieuſe
à boire , & que fans le nom de remede
qu'elle porte , on pourroit l'avaler avec plaifir.
Elle fe diftribue chés Madame Vinache , rue du
Chantre , dans la maison de M. Marteau , Me
nuifier du Roi. On donne avec la bouteille un
imprimé qui explique la maniere de s'en fervir.
L'ESSENCE BALSAMIQUE , ftomachique
& anti-vermineufe , continue à produire des effets
furprenans dans les maladies , qui tirent leur origine
des premieres voies , comme obſtructions
indigeftions & flux diffentériques , qu'elle guérit
dans peu de jours . M. de Pafturel demeure ruë
Simon- le-Franc , vis - à- vis un Perruquier , près un
Vinaigrier , entre le Signe de la Croix & le Lion
d'or. On peutyenvoyer à toutes les heures du
jour. Les perfonnes des Provinces ,qui fouhaiteront
de ce reméde, pourront s'adreffer à l'Auteur qui le
leur enverra fidélement ; il prie qu'on ait foin d'af
franchir le port.
APPROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Octobre
1748. A Paris le premier Novembre 1748.
BONAMY.
P
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe
Séance publique de l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres & Arts , de Rouen ,
La Nonette ,
Les Fruits de la Paix ,
3
17
19
Vers à Iphife , en lui envoyant un bouquet ,
22
Autres d'une Sylphide ,
Epitaphium ,
Mémoire préfenté aux Etats de Bretagne ,
Effai d'un Ecolier du Collège de Louis le Grand ,
26
28
30
53
L'Abeille & l'Ecolier , Fable , par le même , 55
Lettre fur le projet d'une Place
pour la Statuë
du Roi ,
37
Autre fur le même fujet ,
63
Difpute de l'Art & de la Nature , 67
Eloge de M, de Fontenelle , 68
Séance publique de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , 70
Lettre fur la nouvelle Edition du Gallia Chriftiana,
Ode fur les routes de l'immortalité ,
Epigramme ,
Obfervations fur les Corbeaux ,
72
71
80
ibide
>
Vers à Melle Cleron ,
Epitre de Mad. Desforges Maillard à M. Titon
du Tillet , 85
Réponse de la même Dame à M. de la Soriniere ,
85
Lettre de M. de Montcarville àM Remont de Sains
te Albine ,
Stances ,
Difcours & Remarques fur les enterremens ,
Eglogue à une Dame ,
Vers à la même ,
Lettre à M. Nicole fur la Statue du Roi ,
87
90
93
97
99
100
Ode contre l'Auteur de Libelles diffamatoires , 106
Lettre fur les accidens extraordinaires d'une groffeffe
, à M. Remond de Sainte Albine ,
Bouquet pour le jour de S. Louis ,
Infcription pour le Cadran Solaire du Jardin
d'une Penfion
,
Mots des Enigmes & des Logogryphes du
}
Mercure de Septembre ,
Logogryphes & Enigmes ,
W
Récit de Baffe ,
109
118
116
ibid
ibid
122
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c. 123
Lettre fur le Panégyrique de S. Louis par Ma
l'Abbé Poulle ,
Autre de M. de la Soriniere à un Libraire
d'Angers,
147
156
Profpectus de l'Hiftoire Naturelle , générale &
particuliere , avec la defcription du Cabinet du
Roi ,
157
165
Prix proposés par l'Académie de Toulouſe pour
··1749 & 1750 ,
Programme de celle des Belles- Lettres, Sciences &
Atts de Bordeaux , pour 1749 , 169
Celui de l'Académie des Belles-Lettres de Mon-
4 tauban
pour 1749 , 170
Celui de l'Académie des Sciences de Dijon ,
172
Eftampes nouvelles ; $75
Myologie complette par le fieur Gautier ,
Teftament en faveur de la Ville de Lyon ,
179
181
Copie de la lettre à Mad . la Générale la Motte , 183
Lettre à M. Arnoult fur le Sachet antiapoplectique
,
Lettre de M. Launay , au fujet des Bandages
nouvaux ,
184
186
187
Spectacles & Concerts de la Cour ,
Troifiéme Recueil de Chanfons par M. Gautier , 190
Nouvelles Etrangeres , 192
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 209
Réponse de M. l'Abbé l'Advocat à M Piganiol
de la Force , fur le Fondateur de Sorbonne, 210
Addition au Journal de la Cour, de Paris , &c. 219
Bénéfices donnés ,
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables ,
Tifanne de Vinache ,
Effence Balfamique,
220
ibid.
232
236
232
La Chanfon notée doit regarder la page 12
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE . 1748 .
IGIT
UT
SPARGGAT
2
Then
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers .
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L à
ADRESSE générale duMercure eft
M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon . Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
元
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions,
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt
, Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M, Remond de Sainte Albine,
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE
. 1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers en Profe.
SUITE du Mémoire préfenté aux Etats
de Bretagne , & dont le commencement
a été imprimé dans le Mercure du mois
dernier.
I.
ARTICLE IV.
Réfléxions détachées.
Eux desCanaux propofés pafferont
prefque entierement fur
des terrains fteriles & déferts ;
par conféquent ils n'exigeront
aucuns dédommagemens confidérables , &80
A ij
4 MERCURE
DE FRANCE
.
ils ferviront à fertilifer & à peupler des
lieux à préfent ingrats , & dénués de va- 、
leur & d'habitans .
II . L'exécution de chaque Projet en particulier
promet avec certitude plufieurs
utilités qui lui font propres , & chaque
Canal , dès l'inftant de fa perfection , indépendamment
de l'exécution des deux
autres , reftituera rapidement & fruçtueuſement
à fes Entrepreneurs leurs avan
ces .
III. Ces trois Projets peuvent être entrepris
féparément , & quant aux tems ,
& quant aux Sociétés ou Compagnies des
Entrepreneurs .
IV. Les Entrepreneurs
du Canal , qui
qui
aura été commencé
& achevé avant les
deux autres , tireront de très -grands avantages
de l'exécution
de ceux-ci , qu'il leur
feroit profitable d'entreprendre
auffi
toutes fortes de raiſons.
pour
V. Ces trois Canaux, en fuppofant bout
à bout leurs trois longueurs differentes ,
n'emporteroient
qu'environ le tiers de la
longueur du Canal de Riquet.
VI. Aucun des trois ne demandera une
opération auffi laborieuſe que la transforation
de la montagne de Malpas.
VII . Ces trois ouvrages auront fans
doute befoin de quelques Aqueducs , mais,
NOVEMBRE.
} , 1748.
fi
on en excepte un , les autres ne feront
pas d'une longueur remarquable.
VIII. Les ponts qui feront conftruits
pour foûtenir & porter ces Aqueducs , &
pour donner paffage à quelques ruiffeaux
& torrens , ne feront pas d'une exceffive
dépense.
IX. Quant à la Claffe d'hommes qu'il
feroit expédient d'occuper à ces fortes
d'ouvrages , l'Auteur fe flate d'avoir fait
voir ailleurs , qu'en tout tems , & furtout
en tems de paix , non-feulement pour le
bien du public , mais encore pour.celui du
fervice , il faudroit y employer , non deş
Laboureurs , mais des foldats,
X. On pourroit divifer le Corps de
Troupes , deftiné pour cette befogne , en
deux parts , lefquelles fe releveroient , &
pafferoient tour à tour un mois à la garnifon
, & un mois au Canal,
XI. Les foldats qu'on occuperoit dèsà-
préfent à la cavation du Canal propofé
pour faire la jonction des rivieres d'Ould
& de Blaved , y feroient à portée de fe
rendre promptement à l'endroit quelcon ..
que de nos Côtes , qui pourroit être menacé
d'une feconde defcente des Anglois.
XII. Le tems de guerre n'eft pas plus
contraire que le tems de paix à l'entrepiife
d'un ouvrage de cette nature , quand cet
A j
6 MERCURE DE FRANCE.
ouvrage eft entrepris par une Société ou
Compagnie ; & Sa Majesté peut , en tous
tems , faire naître de telles Compagnies ou
Sociétés. Il ne faut leur at- pour cela que
tribuer des prérogatives , lefquelles , de
même que l'exécution de ces Projets , ne
feront tort ni à l'Etat ni aux Fermes du
Roi , ainfi qu'on a commencé & qu'on
achevera de le prouver dans ce Mémoire.
XIII. Il n'eft pas inutile d'avertir ici
le Lecteur , que toutes les Cartes Géogra
phiques & même Topographiques de
Bretagne , ou de quelque partie de cette
Province que ce foit , qui ont para jufqu'à
préfent , placent très - mal les fituations
& les diftances refpectives de quelques
Bourgs , Châteaux , montagnes , paffages ,
& autres lieux remarquables , & même
des fources & cours de quelques rivieres
& ruiffeaux , que doivent traverfer ou cô
toyer les trois Canaux projettés.
Certaines perfonnes , dont le nom
bre fe trouve malheureufement impofant
à l'égard de plufieurs autres , ne manque
ront pas de paroître indifpofées contre
ces Projets de Canaux . Propofer une en
trepriſe de cette nature ( diront- elles ) c'eft
propofer un ouvrage moins encourageant
par les avantages qu'il préfente d'abord à
l'idée , qu'effrayant par la dépenſe dont il
annonce la néceffité.
NOVEMBRE. 1748 .
Un tel raifonnement peut- il ébranler
la folidité viſible de tous ceux qu'on viene
de lire , & de celui qui va fuivre ?
Il eft démontré que chaque pied cube
d'eau pefe 70 livres , & qu'ainfi chaque
charge , qui par fon poids force la matiere
flotante qui la porte , de prendre la place
d'un pied cube d'eau , pefe de même 70
livres.
Un Bâteau de 120 pieds de long fur
quinze de large , que le poids de fa charge
force de prendre deux pieds d'eau , portė
une charge qui pefe autant que peferoient
trois mille fix cens pieds cubes d'eau ,
parce que 120 multipliés par deux fois
quinze ( à caufe des deux pieds d'eau què
prend ce Bâteau ) font juftement 3600.
3600 pieds cubes d'eau pefent 252000
livres , puifque chaque pied cube d'eau
pefe 70 livres , & que 3600 multipliés
par 70 font 25 2000.
Il faut employer au moins trois chevaux
& un Chartier , pour mener loin &
de fuite une charette qui porte le poids de
trois mille livres.
Donc en fe fervant de cette forte de
voiture pour tranfporter de Nantes à Paris
des Marchandifes qui peferoient 252000
livres , il y faudroit employer 84 charet-
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
tes 84 Chartiers , & 252 chevaux
puifque trois fois 84 font 252 .
Il ne fera pas contefté qu'il ne faille
qu'un tel bâteau , quatre Matelots , & fix
médiocres chevaux au plus , pour tranfporter
par eau , fans rifques & prefque
fans frais , de Nantes à Paris , les meubles
& marchandifes que pourroient avec bien
de la peine , & certainement avec plufieurs
rifques , & non fans des frais trèsconfidérables
& très- embarraffans , emmener
, de l'une de ces Villes dans l'autre ,
quatre- vingt- quatre hommes qui conduiroient
quatre- vingt- quatre charettes tirées
chacune pour le moins par trois bons chevaux
, ce qui feroit néceffairement le nom
bre de 252 chevaux pour le moins .
Les conféquences , qui réfultent de cet
expofé en faveur de la Voiture-fluviale ,
font trop évidentes pour qu'on entre dans
un plus grand détail ,
NOVEMBRE. 1748. 9 .
ARTICLE V.
REFLEXIONS
Sur les deux plus fpécieuſes objections qu'on
oppofera au Mémoire.
Nous voulons bien ( diront plufieurs
perfonnes portées par differens motifs à
raifonner ainfi) nous voulons bien paffer à
l'Auteur de ce Mémoire , & lui accorder
comme deux faits démontrés , la poffibilité
& l'utilité des entrepriſes qu'il propofe ;
mais en quel tems , & à quelles perfonnes
en veut-il confeiller l'exécution ? Afin que
nous fçachtons fi tout tems comporte de
tels ouvrages , & afin que nous puiffions
juger par quelles perfonnes ils peuvent
être entrepris ; qu'il nous apprenne , en
quels tems , & par qui ont été entrepris
& achevés les Canaux du Royaume les
plus importans , tant du côté de l'ouvrage ,
que du côté des avantages qu'ils procurent
fçavoir , les Canaux de Briare , de
Languedoc & d'Orleans .
A
10 MERCURE DE FRANCE.
Réponse de l'Auteur.
Depuis trois ans la France étoit en
guerre ( a ) , & n'étoit pas fur le point de
faire la paix ( b ) avec l'Espagne , lorfque
deux Particuliers , nommés Jacques Guyon
& Guillaume Bouterouë , offrirent en 1637
à LOUIS LE JUSTE , de reprendre &
d'achever à leurs frais le Canal de Briare ,
commencé fous HENRI LE GRAND, &
abandonné depuis plufieurs années , dont
les premieres avoient été des années de
paix. SA MAJESTE ' accorda à ces deux
Entrepreneurs des Lettres Patentes, par lefquelles
elle leur céda le fond & le très-fond
de ce Canal , leur fit préfent de tous les
matériaux qui s'y trouveroient , & des par.
ties de ce même Canal , qui étoient déja
faites ou commencées , & régla les droits
qu'ils pourroient lever fur les Marchandifes
qui y pafferoient. Dans le mois d'Avril
1639 , ces Lettres furent enregistrées
au Parlement de Paris ; depuis cet enregiftrement
on travailla fans difcontinua
tion au Canal , jufqu'à ce qu'il fûr achevé ,
ce qui arriva en 1641 : depuis 1641 , jufqu'à
préfent , & à perpétuité , Guyon , Boufa
) Cette guerre avoit commencé en 1639.
(6 ) Elle ne finit qu'en 1659,
NOVEMBRE. 1748. II
teronë & leurs héritiers , ont joii , joüiffent
& jouiront des fond & très-fond de ce
Canal , & de tous les droits qui en dépendent
, aux charges & conditions portées
dans les Lettres accordées par LOUIS LE
JUSTE , & C... Pendant qu'on avoit travaillé
à cet ouvrage , la France avoir continué
la guerre avec la Maifon d'Autriche ;
le Portugal aidé par la France s'étoit donné
un Roi ( 4 ) malgré l'Espagne , & une
armée Françoife commandée par un Gentilhomme
(b ) de cette Province , jettoit
l'effroi ( c ) & la terreur dans l'Allemagne.
Paffons à un autre Canal .
. LOUIS LE GRAND alloit entrer en
guerre avec CHARLES II , Roi d'Eſpagne
, lorfque M. Riquet fut chargé de l'exécution
du Canal , qui , en traverfant la
Province de Languedoc , devoit établir la
communication de l'Océan avec la Méditerranée.
Le Sr André Offy , très- verfé dans
les Mathématiques , Science qui n'étoit
pas encore bien réconciliée avec la fortune
dans ces tems- là , avoit alors un mince.
emploi dans la Gabelle de cette Province .
Guidé par les lumieres & par les avis de
(a) Jean , Duc de Bragance.
(b ) M. de Budes de Guebriand , Maréchal de
France , & c.
( c) Surtout , dans les années 1640 & 1641-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
ce Sçavant & de quelques autres perfonnes,
M. Riquet , Directeur des Fermes de cette
même Province , fit ttaanntt par fes foins vifs
étendus , généreux & continuels, que cet ou
vrage fe trouva achevé aux dépens du Roi
& du Languedoc , l'an 1681. Ce zélé Citoyen
, pour n'avoir épargné ni dépenfes
ni peines , afin de parvenir à achever ce
Canal , a été gratifié , pour lui & pour fes
héritiers , d'un revenu annuel & perpétuel ,
qu'ils perçoivent au-delà des grandes fommes
néceffaires & requifes pour l'entretien
de ce merveilleux ouvrage..... Pendant
qu'on avoit travaillé à ce Canal , Louis
LE GRAND avoit été en guerre tour à
tour & à la fois avec le Roi d'Espagne ,
l'Empereur , le Brandebourg , la Suéde , la
Hollande , le Duc de Lorraine , le Roi de
Dannemark , l'Angleterre , &c. Cependant
il s'étoit emparé de la Franche - Comté
: fes troupes de terre avoient pris Efpinal
, Châtel-fur- Mofelle , Valenciennes ,
Cambrai , Fribourg , Gand , Ypres , &c.
& avoient gagné les batailles de Senef &
de Caffe!: fes troupes de mer avoient gagné
la bataille de Palerme , & après tous
ces avantages & plufieurs autres remportés
, tant par mer que par terre, fur toutes
* En
1674.
NOVEMBRE. 1749. Is
les Puiffances de l'Europe liguées contre
lui , il les avoit toutes forcées à recevoir la
paix qu'il avoit bien voulu leur donner .
Venons au troifiéme Canal.
L'an 1681 , MONSIEUR ceda à Lam
bert & Affociés la Faculté que Sa Majesté
avoit concedée à S. A. R. de faire établis
un Canal , qui depuis qu'il exifte eft appellé
le Canal d'Orléans . Lambert & les Affociés
commencerent cet ouvrage en 1682 ;
ils continuerent d'y faire travailler jufqu'à
la fin de 1684. En 1685 , Louis le Grand
leur prêta 75000 liv . pour les aider à finir
leur entreprife : en 1686 , dépourvûs
des moyens de l'achever , ils en firent une
rétroceffion à Monfieur: par les foins & aux
dépens de S. A. R. l'ouvrage fe trouva fair
en 1692. Depuis ce tems jufqu'en 1702 ,
Lambert & fes Affociés perçûrent tous les
droits du Canal d'Orléans, en payant à S. A.
R. 8.000 1. par an . Depuis 1702 , la Maifon
d'Orléans eft en poffeffion de ce Canal
& de tous les droits qui en dépendent , à
condition de faire aux héritiers de Lambert
& de fes Affociés 15000 liv. de rente annuelle
& fonciere , rachetable au denier
20.... Pendant qu'on avoir travaillé à ce
Canal , LOUIS LE GRAND avoit été en
guerre avec l'Espagne , l'Empereur , l'An
* Paix de Nimegue en 1679 .
14 MERCURE DE FRANCE .
gleterre , la Hollande & l'Electeur Palatin.
Il avoit fait bombarder Alger & Génes ,
& avoit reçû les foumiffions de ces Villes ;
avoit mis à la raifon les Corfaires de Tripoly
& de Tunis ; avoit reçû une Ambaffade
du Roi de Siam , & lui en avoit envoyé
une ; avoit gagné deux Batailles par
Mer , fçavoir , celle d'Alicante contre la
Flotte Efpagnole , & l'autre contre les Flottes
combinées des Anglois & des Hollan
dois , & avoit gagné par terre les fameufes
Batailles de Fleurus , de Staffarde , & c .
Vous voyez , Noffeigneurs , non -feulelement
que ces trois Canaux ( defquels le
fecond a coûté infiniment plus que ne coûteront
les trois projettés , & n'a commencé
d'être utile & de quelque rapport qu'après
qu'il a été totalement achevé ) ont été ( &
furtout ce fecond ) entrepris & perfectionnés
, pendant les plus grandes guerres du
fiécle paffé , mais encore que ces ouvrages
n'ont apporté aucun obftacle au bonheur &
à la gloire des Armes de la France.
Vous voyez auffi , qu'en tout tems les
ouvrages de cette efpece peuvent être entrepris
, foit par le Roi &
par une Province
d'Etats , foit par les trois Ordres de cette
Province, foit par une, ou deux , ou même
trois Soojetés ou Compagnies de Particuliers
, moyennant les fecours & les enNOVEMBRE.
1745. T
Couragemens que que Sa Majefté peut &
voudra bien fans doute leur fournir.
En cas que vous ne vous trouviez difpofés,
Noffeigneurs, à entreprendre aucun
des trois ouvrages propofés , veuillez avoir
pour agréable , que l'Auteur tâche de former
une ou deux , ou même trois Sociétés
ou Compagnies , pour exécuter le tout ou
partie de ces trois Projets , & honorezle
de votre intervention & de vos bons
offices , afin qu'il obtienne de Sa Majeſté
les Lettres Patentes néceffaires pour autorifer
, fecourir & encourager les Membres
de la Société ou des Sociétés qu'il pourra
former.
Faites attention , Noffeigneurs , 'que
tous les ouvrages confidérables de cette
nature , qui ont été faits en France depuis
l'établiffement de la Monarchie , font dûs
aux Regnes des Princes de la Branche de
BOURBON , & ont été faits , comme je
viens de le prouver , pendant & malgré la
guerre confidérations puiffantes , pour
Vous engager à demander , dans & pour le
tems préfent , au digne Rejetton & Succeffeur
de ces grands Rois , la grace de fi
gnaler par des monumens femblables , mais
moins coûteux & plus utiles , un Regne ,
d'ailleurs auffi illuftre & auffi glorieux que
Jes leurs
16 MERCURE DE FRANCE.
Lei finit le Mémoire que préſenta à Noffei
gneurs des Etats , tenus à Rennes en 1746 ,
un de leurs Membres ordinaires & leur trèsrefpectueux
très - dévoué ferviteur François-
Jofeph de Kerfauſon , aîné de la branche de
ce nom , laquelle de mâles en máles , defcend du
Mariage de Sebylle de Saint Georges
( héritiere du lieu de Saint Georges ) avec
Paul de Kerfaufon , fecond fils de Hervé de
Kerfaufon ( aîné de faMaifon ) d'Eliete
de Lauros , veuve de Penmarch , petit-fils
de Jahan de Kerſauſon , Chevalier, Sieur des
nom , armes & lien de Kerfauſon ( Olim Kerfaufen
) d'Amycete de Pont- Plancoër ,
héritiere , &c. nés vers le commencement du
quatorziéme fiécle.
POST- SCRIPTA.
1. Avec la permiffion du Roi , aux dépens
des Entrepreneurs , alternativement
ou concurremment avec des foldats de
Troupes reglées , les Miliciens de Bretagne
( fi S. M. en conferve le fond pendant
cette Paix ) pourront pendant une moitié
de chaque année être occupés à ces travaux
, pareils à ceux de la guerre , & pendant
l'autre moitié de la même année , travailler
à l'Agriculture.
Depuis leur fortie pour le Camp , jufqu'à
NOVEMBRE.
17 1748.
feur retour chés eux , ces Laboureurs-foldats
feroient commandés par leurs Officiers ordinaires
, qui pendant ce tems ne perdroient
aucune occafion de les contenir &
de les difcipliner.
Ainfi , Noffeigneurs , aux dépens des
Entrepreneurs de ces Ouvrages fi profitables
pour notre Patrie , on y formeroit
pour Sa Majefté des foldats infatigables ,
bien difciplinés , & toujours prêts , foit
de rentrer dans la précieufe claffe des Laboureurs
, foit de fe montrer dignes freres
& compatriotes de ces Miliciens Bretons ,
dont la valeur , dans les plus chaudes mêlées
de cette derniere guerre , s'eft renduë
remarquable aux yeux du HB Ros , dans
lequel la France voit revivre, & notre Bertrand
du Guefelin , & notre dernier Artur
de Bretagne , nés pour l'honneur de la Bretagne
, de la France & du Genre Humain.
Semblable en tout à ces deux Grands
Hommes , MAURICE a forcé nos ennemis
de défirer la Paix , & penfe que pour faire
révérer par toutes les Puiffances de l'Univers
la Majefté de cet Empire , il refte d'af
fûrer une nouvelle vigueur à fon Commerce
, en la donnant à fa Marine , laquelle
pourroit en fortant de fes Ports ( privilége
unique , réſervé pour ce beau Royaume
paroître dans le même inftant fur la Man18
MERCURÉ DE FRANCE .
che , fur l'Océan & fur la Méditerranée ';
avec cet air refpectable qui convient au
Pavillon du plus grand Roi du monde.
II. Vous vous abftiendrez peut-être ,
Noffeigneurs , d'entreprendre vous- memes
ces trois Canaux , pour deux raifons , 1 °.
parce que vous vous êtes épuifés pendant
cette guerre par des efforts plus convenables
à votre zéle qu'à vos forces. 2 °. parce
que les ouvrages faits aux dépens du Public
lui coûtent infiniment plus qu'ils ne
coûteroient à des Particuliers accoûtumés
à les faire exécuter fous leurs yeux & avec
oeconomic.
En ce cas , Noffeigneurs , vous rempliriez
peut-être tout ce que vous devez à
votre propre grandeur , à l'utilité publi
que , au courage des Particuliers , qui fe
pourront préfenter pour ces entrepriſes , fi ,
fous le bon plaifir du Roi , vous leur faifiez
efpérer à la fin de chacune un don qu'ils
recevroient comme une grace , pendant
qu'il feroit réellement la récompenſe d'un
bienfait , qui deviendroit de jour en jour
plus avantageux pour la Bretagne.
NOVEMBRE . 1748. 19
H
ODE
A la Probité.
Ate-toi , quitte l'Empirée ;
Defcends , digne fille des Cieux ,
Probité !, Du fiécle de Rhée
Ramene les jours précieux,
Viens faire regner la Droiture ;
Par elle confonds l'Imposture ,
Replonge -la dans les Enfers ;
Reprends un pouvoir légitime ,
Long-tems ufurpé par le crime
Qui nous forgea d'indignes fers.
Des maux , caufés par ton abſence
Voi l'affreux & fatal progrès.
Partout la timide Innocence
Se confume en de vaïns
regrets.
L'Ambition , la Tyrannie ,
Du Monde altérant l'harmonie ,
Font par de criminels deffeins .
Tour à tour triompher les vices,
Réglant , au gré de leurs caprices
Le fort des aveugles humains,
20 MERCURE DE FRANCE.
L'hypocrite , fans nuls obftacles ,
A l'abri d'un dehors menteur ,
Jufqu'au pied des faints Tabernacles
Porte fon mafque féducteur .
Infenfé ! quelle eft ton yvreffe ?
Crains la colere vengereffe
D'un Dieu justement irrité ;
Ta malice allume la foudre
Dont il va te réduire en poudre
Pour prix de ton iniquité .
Thémis ! ton glaive redoutable
Menace en vain ces forcenés ,
Dont l'avarice infatiable
Conduit les défirs effrénés :
La chicane prend leur défenſe ;
Elle fait pancher ta balance ,
Déguifant le criine en vertu ,
Et par ce preftige funefte ,
Offufquant ta clarté céleste ,
Le bon droit languit abbatu.
Je vois la déteftable Envie
Répandre à grands flots fon poiſon ,
Et par l'erreur toujours fuivie ,
Troubler la fragile raifone
NOVEMBRE . 1748 .
21
L'Envieux frémit & s'irrite ,
En voyant briller le mérite ,
Dont l'éclat fe fait respecter ,
Et bien loin de lui rendre
hommage ,
Il céde à la jalouſe rage ,
Qui le preffe de l'inſulter.
***
Amitié , fentiment de l'ame ,
Lien de la Société ,
Quel mortel connoît de ta flâme
L'inestimable pureté ?
Tel du titre d'ami fe pare ,
Dont le coeur , ingrat & barbare ;
N'a jamais entendu ta voix ,
Et qui par de vaines careffes ,
La flaterie & les foupleffes ,
Du feul intérêt fuit les loix.
Quelle Hydre , de venin nourrie ,
Fait entendre fes fiflemens ?
La plus implacable furic
Conduit fes affreux
mouvemens,
Jamais des profondes
bleffures
De fes incurables
morfures
Nous ne pouvons nous garantir,
Calomniateurs vils , indignes ,
22 MERCURE DE FRANCE .
Reconnoiffez -vous à ces fignes ,
Que vous ne pouvez démentir.
Par ces trop fideles images
Du déreglement des mortels
Probité ! connois les outrages
Qui deshonorent tes Autels.
Vole , il eft tems ; viens à notre aide,
Qu'à tes divins attraits tout céde.
Fais briller ton faéré flambeau ;
Qu'il diffipe les triftes ombres
Des nuages affreux & fombres ,
Qui nous cachent un jour ſi beau,
Qui peut te retenir encore ?
Quoi ! n'entends- tu pas nos clameurs &
Eft-ce vainement qu'on t'implore ?
N'as- tu point pitié de nos pleurs ,
Ou crains-tu de manquer de guides ,
Pour te garantir des perfides ,
Dont l'Univers femble inondé
Ne crains plus , viens en affûrance ,
Et par les Héros de la France
Ton effort fera fecondé .
tl eft en ces lieux un azile ,
NOVEMBRE.
1748. 23
Qu'habite un Mortel vertueux ,
Soumis aux loix de l'Evangile ,
A Dieu feul adreffant fes voeux.
Né dans un rang fublime , augufte ,
Mais affable , modefte , juste ,
Et des infortunés l'appui ,
Il t'offre une main fecourable,
Sous cet aufpice favorable
Cours te ranger auprès de lui.
C'est dans cette retraite fainte ,
Qu'à l'abri de tous les revers ,
Sans inquiétude & fans crainte ,
Tu veilleras fur l'Univers,
Les moeurs ,dès long- tems exilées ,
Par ton organe rappellées ,
Reprenant un jufte pouvoir ,
Vont faire chérir ton empire ,
Soumettant tout ce qui refpire
A la fage loi du devoir.
*
Par M. S. du C.
44 MERCURE DE FRANCE.
宗宗宗宗: 宗宗宗宗宗宗宗M
SEANCE publique de l'Académie
de Montauban,
'Académie des Belles Lettres de Montauban
tint ſon affemblée publique le
25 Août , Fête de Saint Louis . Elle avoit
entendu le matin la Meffe célébrée par
M. l'Evêque de Montauban , durant la
quelle on chanta le Pfeaume Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M.
Gilles , & elle avoit affifté enfuite au Panégyrique
du Saint , prononcé par le P.
Duhamel , Religieux de l'Ordre de Saint
François.
L'après- midi , l'Académie fe rendit dans
la Grand'Salle de l'Hôtel- de- Ville , où elle
fut reçue avec les honneurs marqués dans
le Réglement qui lui a été donné par le
Roi. M. de Savignac , Préſident du Préfidial
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un Difcours fur les avantages
de la lecture . Il prouva qu'elle eft pour
l'homme une fource de plaifirs & d'inftruction.
Les plaifirs qu'elle nous procure ,
font purs & tranquiles , en cela bien differens
de ceux que promettent l'ambition
& la volupté : ils renaiffent chaque jour ,
& fe diverfifient au gré de nos defirs . De
plus
NOVEMBRE . 25 1748 .
>
plus , la lecture augmente nos lumieres ,
étend nos vûës , forme notre goût , détruit
nos préjugés , perfectionne notre jugegement
; elle nous éclaire fur nos devoirs
& fur la maniere de les remplir dans les
differens états où nous fommes placés .
Mais on ne doit attendre ces effets que
d'une lecture fage , choifie , fixe & conftante.
Quel fruit , dit M. de Savignac
pourroit-on retirer d'une lecture vague , indé
terminée , fujette au caprice d'un efprit qui
voudroit tout lire , fans rien examiner , &
qui pafferoit à chaque inftant d'un genre à un
autre , & c. Quel jugement porter ſur le rápportconfus
d'une foule d'idées quife fuccédent,
à mesure qu'on change d'objet ? Comment découvrir
la vérité , qui ne cede qu'auxplus pénibles
recherches , & qui même ne ſe montre à
l'homme que par dégrés , l'abandonnant par
intervalles , pour mieux l'engager à fuivre la
route qu'elle veut lui tracer ? Cet Académicien
termina fon.Difcours , en montrant
aux Auteurs les fecours qu'ils peuvent puifer
dans l'imitation & dans la lecture.
Pour leur ouvrir le champ le plus vafte &
le plus propre à exercer leurs talens , il les
invita à tracer le tableau dés vertus guerricres
& pacifiques de notre augufte Moparque.
M. le Franc , Premier Préfident de la
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Cour des Aides , ayant bien voulu ſe char
ger de la plus noble & de la plus difficile
portion du travail hiftorique que le Roi
a jugé à propos d'affigner à l'Académie
il a entrepris des recherches fur les Rule
thénes & fur les Cadurques , avec une
Hiftoire abregée du Rouergue & du
Querci , qui compofent aujourd'hui la Généralité
de Montauban . Dans la féance
dont on rend compte , il lut une partie de
Yes recherches fur les Ruthénes , & de fon
Hiftoire abregée du Rouergue , & il répandir
le plus grand jour fur une matiere ,
fi obfcure par elle-même & fi peu connue,
Les Gaulois des anciens tems n'avoient
point d'Annaliſtes. M. le Franc a donc été
obligé de confulter une foule d'Auteurs ,
pour raffembler ce qu'il dit des Ruthénes.
Ces vieux Gaulois ayant été , remarque- t'il ,
moins mêlés que les autres Nations de la Gaule
avec les Romains , leurs tyrans , & avec les
François, leurs liberateurs , ils font à peu près
tes véritables ancêtres de ceux qui habitent
aujourd'hui ce pays. C'est ce qui doit faire
défirer davantage à ces derniers de les connoître
, & ce qui rend en même tems cette
connoiffance plus difficile à acquerir.
Les Ruthénes & les Cadurques n'étoient
pas les peuples les moins eftimables ni les
moins puiffans des Gaules ; ils foûtinrent
NOVEMBRE. 1748. 27
de grandes guerres contre les Romains ;
ces ufurpateurs ne les fubjuguerent que peu
peu , & ils ne les réduifirent en Province
qu'à differentes repriſes. De-là vient
ajoute M. le Franc , qu'avant l'arrivée de
Céfar dans les Gaules , il y avoit des Ruchénes
Eleutheres & des Ruthenes Provinciaux,
des Cadurques Provinciaux , & des Cadurques
Eleutheres. Cette diftinction fut clairement
expliquée, & notre fçavant Acadé
micien en fixa heureufement les differentes
époques . Selon lui, l'Elentherie étoit moins la
liberté proprement dite , qu'une indépendance
reconnue , quelquefois même accordée par les
Romains, lorsqu'ils n'étoientpas affes forts pour
foumettre certains Etats , on pour achever la
conquête de ceux qu'ils avoient entamés...
Le lyftême politique des Romains confiftoit à
réduire en Province les Pays qui ne pouvoient
plus défendre leur liberté , & à déclarer Elentheres
ceux qui tenoient bon encore , mais qu'ils
efperoient de foumettre un jour. M. le Franc
affûra incontestablement à une partie des
Ruthénes la qualité d'Eleutheres , & il en
dépouilla les Soiffonnois , appuyé fur l'antorité
de Planude , de Clarke & des Manufcrits
de la Bibliothéque Impériale de
Conftantinople , qui fubftituent Helviis à
Eleutheris dans les Commentaires de Céfar.
Après avoir remarqué que la Narbonnoife
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
étoit alors l'unique Province Romaine
dans les Gaules , il n'oublia rien pour faire
la féparation des territoires libres , & des
cantons unis à la Narbonnoife ; & fuivant
pas à pas les changemens arrivés dans le
Rouergue , il pofa comme un principe ,
fur la foi des époques les plus précites ,
que Q. Fabius Maximus n'avoit impofé ,
quoique vainqueur , aucune efpéce de
condition aux Ruthénes ; que quelques - uns
de leurs diftricts furent incorporés à la Narbonnoife
par les Généraux. Romains , qui
les vainquirent de nouveau ; & que ces
peuples ne furent entierement fubjugués
que fous le Gouvernement de Céfar. Tout
ce détail dans l'ouvrage de M. le Franc eft
femé de réflexions judicieufes. Les anciennes
Notices , les Poëtes mêmes , tout y eft
employé à caractériser les Ruthénes.
&
Avec une élegante , mais énergique
briéveté , M. le Franc décrivit enfuite
comment le Pays des Ruthénes fut enlevé
aux Romains par Euric , Roi des Vifigoths ,
par Vindemir , frere de Théodemir ,
Roi des Oftrogoths dans la Pannonie : comment
Julius Nepos , digne Souverain d'un:
Monarchie deshonorée , perdit non -feulement
le Rouergue , mais le refte de la
Narbonnoife jufqu'à Marfeille , n'ayant
d'abord oppofé aux Barbares que l'éloNOVEM
BR E. 1748 . 29
quence de l'Evêque Epiphane , & puis
ayant confié la défenfe des Gaules à un
Grand Maître de la Milice ', qui le trahit ,
& que fon origine auroit dû lui rendre
fufpect . Les Goths mirent une forte gar
nifon dans Rhodès , & joüirent paifiblement
de leur conquête. Mais les Ruthé
nes pafferent enfin fous la domination des
François , lorfque Clovis défit , & tua de
fa main Alaric dans les plaines de Vouillé.
Thierry , fils naturel de Clovis , & l'aîné
de fes enfans , entra dans le Rouergue ,
prit Rhodès , & pénétra dans l'Auvergne.
Il eft vrai qu'après la mort de Clovis , le
Rouergue fut repris fur les François par
Théoderic , Roi des Oftrogoths . Mais la
défaite d'Amalaric , vaincu auprès de Narbonne
par le Roi Childebert fon beaufrere
, ayant jetté la confternation parmi
les Vifigoths, Théodebert, fils de Thierry,
reprit à fon tour la Ville de Rhodès , & fir
par là rentrer le Rouergue fons la domination
Françoife , & dans le patrimoine
des Rois d'Auftrafie . Le Rouergue ne ceffa
d'être en proye aux invafions , que lorfque
Clotaire II , fils de Chilperic & de Fredegonde
, eut réuni fur la tête l'Empire
François. Divers Traités ne laifferent pas
cependant de démembrer plus d'une fois les
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Ruthénes des Etats auxquels ils avoient été
incorporés.
y
Il eft aifé de juger que cette courte
analyſe ne peut préfenter toutes les remarques
& tous les traits frappans , qui enrichiffent
l'ouvrage de M. le Franc. Pour le
rendre encore plus intéreffant , il fair
entrer l'Hiftoire de l'Eglife de Rhodès . II
obferve que l'idolâtriefe foûtint plus longtems
dans ce pays - là , qu'en aucun endroir
des Gaules ; il releve le mérite des premiers
Evêques qui y planterent la foi , ou
qui y cultiverent le Chriftianifme. En décrivant
de quelle maniere fe faifoient alors
les élections , il rapporte des anecdotes
qui paroiffent avoir échappé à M. l'Abbé
de Fleury . Il n'obmet rien enfin de ce
qui peut faire connoître les moeurs de
l'ancien Clergé de la Capitale du Rouergue.
Cette lecture fut fuivie de celle de deux
Pieces de vers de M. de la Mothe , Doyen
de la Cour des Aides & de l'Académie.
En attendant qu'elles paroiffent dans le
recueil que cette Compagnie doir donner
, on fe contentera de dire que l'âge ,
dont l'Auteur fe plaint , n'appéfantit point
fa plume , & qu'on trouve , dans le tableau
de l'augufte Prince qu'il loue , les graces
& le feu d'une jeune Mufe.
NOVEMBRE. 1748. 31
M. d'Aumont , Procureur Général de
la Cour des Aides , lut des recherches fur
les Couronnes d'Hercule , & ce fujet à la
fois hiftorique & poëtique lui fournit
un détail également utile & agréable.
Tout travail , qui a pour but d'inftruire &
de plaire , doit être cher aux Académies.....
D'autres , dit M. d'Aumont , peuvent s'ap
plaudir de la gloire paffagere d'avoir calme
par des ouvrages féduifans l'ennui de la vie
vifive de la plupart des hommes , fans leur
avoir rien appris ; mais ce frivole avantage
n'eft point à defirer pour ceux qui connoiffent
Le véritable emploi des talens , & qui ont à
coeur l'utilité publique. Après avoir indiqué
l'origine des Couronnes en général , il diftingua
trois efpéces de Couronnes dont
Hercule s'eft fervi ; une Couronne de peuplier
, une d'olivier fauvage , & une d'ache.
M. d'Aumont en expliqua enfuite
les divers ufages , & cette explication lui
donna lieu de fixer le fens de plufieurs paffages
des Poëtes. Il parcourut les Jeux
Olympiques , les Jeux Néméens , les Jeux
Ifthmiques , pour examiner laquelle de ces
Couronnes , dans chacun de ces jeux , avoit
le privilége d'orner la tête du Vainqueur.
Mais il ne décida pas féchement ces differens
points. Il les releva par beaucoup de
traits de la Fable & de l'Hiftoire , en
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
les que
ajoutant fon fentiment , & fur les Hercules
Auteurs ont fi fort multipliés ,
& fur les peuples nommés Hyperboréens,
placés , dit- il , dans un Pays & fous un climat
, que les Poëtes avoient pris foin de faire
& d'embellir à leur gré. Il conclut fon Mémoire
par cette vérité intéreffante : que Les
grands hommes de l'antiquité la plus reculée ,
en même tems qu'ils se font rendus recommandables
par de brillans exploits , ont tâché de
procurer à leurs Nations les avantages des
Arts de l'Agriculture. Non - feulement
Hercule purgea fon pays des brigands & des
tyrans qui l'infeftoient , mais ily porta le peuplier
& l'olivier ; il inftitua ou rétablit des
Jeux , qui par divers exercices contribuoient
à la force & à la fanté du corps , & en infpirant
aux Grecs une noble émulation , il fit naitre
ou il entretint en eux cet amour de la
gloire, qui les rendit fi long-tems fupérieurs
aux autres Nations . Bien plus , felon M.
d'Aumont , Hercule ne s'eft pas moins
fignalé par fon goût pour les Lettres , que
par fes travaux fi renommés ; il prouva
la fupériorité de fon génie par des productions
dignes de l'immortalité , il mérita
un nom qui l'établit chef & conducteur
des Mufes. Voilà pourquoi dans
quelques Médailles on lui donne le trépied
, le laurier & la lyre d'Apollon,
32 MERCURE DE FRANCE .
ajoutant fon fentiment , & fur les Hercules
que les Auteurs ont fi fort multipliés ,
& fur les peuples nommés Hyperboréens ,
placés , dit - il , dans un Pays & fous un climat
, que les Poëtes avoient pris foin de faire
& d'embellir à leur gré. Il conclut fon Mémoire
par cette vérité intéreffante : que les
grands hommes de l'antiquité la plus reculée ,
en même tems qu'ils se font rendus recommandables
par de brillans exploits , ont tâché de
procurer à leurs Nations les avantages des
Arts de l'Agriculture. Non -feulement
Hercule purgea fon pays des brigands & des
tyrans qui l'infeftoient , mais il y porta le peu-,
plier & l'olivier ; il inftitua ou rétablit des
Jeux , qui par divers exercices contribuoient
à la force & à la fanté du corps , & en inſpirant
aux Grecs une noble émulation , il fit naître
ou il entretint en eux cet amour de la
gloire , qui les rendit fi long-tems fupérieurs
aux autres Nations. Bien plus , felon M.
d'Aumont , Hercule ne s'eft pas moins
fignalé par fon goût pour les Lettres , que
par fes travaux fi renommés ; il prouva
a fupériorité de fon génie par des productions
dignes de l'immortalité , il mérita
un nom qui l'établit chef & conducteur
des Mufes. Voilà pourquoi dans
quelques Médailles on lui donne le trépied
, le laurier & la lyre d'Apollon,
NOVEMBRE . 1748. 33
Voilà pourquoi les Gaulois le révererent
comme le Dieu de l'Eloquence . Il eft glorieux
pour les Arts , d'avoir été chéris &
cultivés dans tous les tems par ceux que
l'eftime publique a placés au rang des
Héros .
La cinquiéme lecture , qui fut faite à
l'Académie , fut celle d'un difcours en vers
de M. de Bernoi , Secretaire perpétuel de
la Compagnie , fur les défagremens de la
campagne. C'est l'ouvrage d'un Philofophe
, qui enviſage les chofes dans leur état
naturel , & qui les dépouille du fard poëtique
, dont on a coûtume de les embellir ,
quelquefois jufqu'à les rendre méconnoiffables
.
M. l'Abbé Bellet , à l'occafion de la dif
tribution des prix , lut un effai fur les combats
littéraires. Il les compara d'abord
avec ces combats fanglans , qui portent la
terreur & la mort dans toutes les parties de
l'univers , & il effaya de prouver que dans
les combats littéraires les vainqueurs font
d'autant plus propres à faire honneur à la
Nation , que leurs triomphes lui affûrent
une fupériorité plus délicate & moins fanefte
au genre humain . Ce n'eft pas , ajouta→
t'il, que les Mufes, principalement les MM.
fes Françoifes , ne connoiffent tout le prix dis
mérite guerrier...... C'eft pour le célébrer ....
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
it
dignement , qu'elles prennent la trompette béroique.....
Minerve eft également fçavame
&guerriere. L'Académie auroit tort de l'onblier
, elle qui eft née , pour ainsi dire , fur le
champ de bataille ( a ) ; elle qui dans les Plaines
belgiques a reçû , de la main triomphante
de Louis, le bienfait fignalé defon existence &
les brillantes prérogatives qui la diftinguent.
M. l'Abbé Beller obferva que la victoire
eft d'elle-même cruelle & inhumaine ; que
pour la dépouiller de cet odieux caractére , il
faut être Céfar on Louis ; que la paix rend
oifive la valeur des Héros ; que l'uſage
n'autotife plus le féxe à fe fignaler par des
exploits militaires , & que le Conquerant
partage communément fa gloire ou avec
la fortune , ou avec cette multitude de
Guerriers, qui ont prêté leur bras à l'exécution
de fes projets : au lieu que les combats
littéraires font toujours innocens & paifibles
; que tous les ans on y peut cueillir de
nouveaux lauriers ; qu'on y a vû même de
nos jours des Corinnes ( b ) l'emporter fur
nos Pindares , & que la gloire qu'on y acquiert
et toute entiere au vainqueur.
( a ) Les Lettres Patentes de l'Académie de Montauban
font dattées de Dunkerque le 19 Juillet
1744.
(b ) Madame DU BOCAGE , à Rouen , &
Madame DE MONTEGUT , à Toulouse..
NOVEMBRE. 1748 35
Ayant enfuite avoué que les combats militaires
procurent quelquefois de grands
avantages à l'Etat , il fe borna à foutenir
que , dans un ordre fupérieur , les combats
littéraires produifent de femblables effets .
Ils font établis pour nous maintenir dans la
poffeffion des biens qui appartiennent à la plus
noble portion de nous mêmes ; ils étendent communément
les efprits d'un Pays , à peu près
comme un Conquerant en étend les bornes : ils
fervent à réprimer les attentats de l'ignorance
& du mauvais goût , ennemis de la Patrie ,
d'autant plus dangereux , que ce font des ennemis
domestiques , & c. Enfin M. L. B. compara
nos combats littéraires avec ceux qui
furent en ufage chés les Grecs & chés les
Romains , & il établit que les Couronnes
diftribuées dans nos Académies ont des
caractéres finguliers , qui doivent leur mériter
la préference dans notre eftime. Les
Couronnes y font réservées au génie & aux
talens , qui loin d'y tenir le fecond rang ,
comme chés les Anciens , ont feuls le droit
d'y enlever les fuffrages les Auteurs y
font affujettis à traiter des matieres qui s'affortiffent
à la dignité de leur Art ; & à
cette occafion M. L. B. juftifia les Modernes
du reproche qu'un Etranger leur a fait
de négliger la fcience des moeurs. On nous
dit que les anciens Philofophes étoient en
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
cela plus fages que nous . Mais on devroitfe
Souvenir que la Religion nous a été donnée pour
abreger nos recherches & notre travail à cet
égard. Eft-il étonnant que les Philofophes de
l'antiquité ayent employé tant de veilles à pofer
quelques principes de vertu , eux qui se tromperent
fi groffierement dès le premier pas qu'ils
firent dans l'étude de la fageffe ; eux qui ne
pûrent jamais fe réunir pour fixer d'un commun
accord le genre de bien qui doit faire la
félicité de l'homme ? Le plus fçavant des Romains
, Varron , nous apprend que cette feule
question , la bafe & le fondement de toute la
morale , enfanta deux cens quatre- vingt- huit
opinions differentes . Quelle immenfe difcuffion
ne nous épargne donc pas le flambeau de la révelation
, lorsqu'il nous fait diftinguer fürement,
comme d'un coup d'oeil , le bonheur
fuprême auquel nous fommes deftinés , & l'unique
route que nous devons fuivre pour y
· ver ? Ouvrons les Livres Sacrés ; ils nous
montreront le principe , les motifs , le modéle ,
la pratique , la récompenfe de toutes les vertus.
A l'exemple de l'Académie Françoife , c'est
de-là , continue M. l'Abbé Bellet › que
nous tirons nos fujets . Nous prenons donc
fuivant l'expreffion d'un illuftre Académicien,
nous prenons la Morale dans fa fource , bien
Toin de la négliger. De froides & vagues ſpέ-
culations nous inftruiroient- elles mieux ? Par
arriNOVEMBRE
. 1748. $7
Phonneur de la Nation , les Difcours que les
Académies couronnent , pourront ainfi faire
unjour , comme un corps de régles & de loix
dans lequel nos Neveux apprendront en même
tems à bien parler , à bien écrire à bien
vivre. En approfondiffant toujours fa
derniere comparaifon , M. L. B. ajouta
que les Arrêts qu'on prononce dans les
Tribunaux Académiques , font le fruit
d'un mûr examen & d'une exacte difcuffion
, & qué les Auteurs , qui fouhaitent
d'y remporter des prix , peuvent le faire ,
fans s'expofer comme dans les anciens
jeux , à la cruelle alternative de fortir du
combat , couverts de gloire ou d'ignominic.
•
>
Le R. P. Lombard , Jefuite , connu déja
par feize prix qu'il a remportés dans differentes
Académies , s'étant déclaré l'Auteur
du Difcours & de l'Ode aufquels l'Académie
a adjugé le Prix d'Eloquence de
cette année & le Prix réfervé , il reçut les
prix de la main du Directeur , & il pronorça
un ingénieux Difcours de remerciment
à l'Académie.
38 MERCURE DEFRANCE.
CACACA
A M. de Fontenelle.
E Tre enjoué , doux & badin ,
2
Faire par fois fa cour au Dieu du vin ,
Par gais propos & parole légere ,
Sçavoir encor flater une bergere
Faire des vers que le vif Arrouet
Voudroit de bon coeur avoir fait ,
Ne point choquer l'uſage ni la mode ,'
N'être point conteur incommode ,
Ne jamais s'écrier d'un ton dur & gaulois
Ah! le beau tems que le tems d'autrefois !
Sans murmurer contre Bafte ou Spadille ,
Voir nos François fe creufer le cerveau
'A combiner certains coups de Quadrille ;
Aimer Lulli , ne point haïr Rameau ,
Jamais de la raiſon n'éteindre le flambeau ;
Tel on te voit , illuftre Fontenelle.
Eft- il donc étonnant que plus d'un jouvenceau,
Sans prendre Sparte pour modéle ,
Te rende tous les jours un hommage nouveau ?
NOVEMBRE. 1748. 39
******3X+3X +3XXXX
VERS
Envoyés au Pere de Neufville , lorfqu'il vint
prêcher au mois de Septembre dernier à
Saint Germain en Laye. Par M.Trocherot.
CArmine re quonam celebrem , Neuville Profana
"
Te non Mufa decet. Valeant Aganippidis undæ ;
Cantibus afpirent facri, pia numina , fontes.
Fama tui ut primum noftras allabitur aures
Lætitiâ exultant, concurritur undique, portis
Fit via vi, propiùfque accedere pulpita certant
Sic Burdalaï quondam , fic fama Ruæï
Claruit , atque alii quos vexit ad æthera virtus.."
Te laus haud aliena manet , tu nomine fulges
Ipfe tuo. Ingenium dùm venâ divite mulces ,
Infra nunc pectus ftimulis haud mollibus urges
Blanditur , terret victrix fuadela , profundo
Ore ruit , fpargit flores & fulmina vibrat.
Cautior humanos quis te dignofcere fenfus
Pectoris arcanos ecquis penetrare receffus
Doctior , atque animi varios evolvere motus
Nam , licet affiduis jactentur pectora ventis
Anxia , magneticâ fretus quafi pixide , folus
Infeftas aperis Syrtes & inhoſpita faxa.
40 MERCURE DE FRANCE.
Sentibus attonitis animorum vulnera nudas ,
Vulneribufque pius rores infundis amicos.
Infidet omnipotens victrici Gratia linguæ ,
Quæ fenfus hebetat ; verbo nubem eripis ; alma
Lux tandem exoritur , turbato pectore pallet
Impius , agnovitque Deum , ingemuitque relicto.
Plura & adhuc , Venerande Pater , celebranda fu-
( perfint ,
Sed vires pudor infringit , cantufque coercet.
SECONDE Lettre à l'Auteur de celle
imprimée dans le Mercure de Juillet 1748 ,
page 147 , fur le projet d'une Place pour
la Statue du Roi.
E n'attends pas votre réponse à ma premiere
Lettre , Monfieur. En voici une
autre , pour vous demander quelques éclairciffemens
au fujet de la feconde partie de
votre Lettre. Vous y donnez des idées
très- juftes fur les moyens aifés d'embellir
une Ville ; mais il femble que vous ne vouliez
pas expliquer les caufes , qui jufqu'ici
fe font oppofées à l'embelliffement régilier
& à la perfection de la Ville de Paris ,
où vous ne trouvez point cet heureux accord
du tout avec fes parties , principe
NOVEMBRE. 1748. 4T
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous paroiffez auffi appréhender d'empiéter
fur les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être . J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très -flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe.
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reste
de la Nation , ne feroit- elle pas , avec d'au
tres circonftances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices
anciens ; & ceux, qu'ils font tous les jours,
en font la preuve : mais ils n'ont pû jufqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à au
eun Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices, le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'une
Place auffi belle, que le goût du tems le permettoit
. Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place. Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
NOVEMBRE. 1748. 4T
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous parciffez auffi appréhender d'empiéter
für les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être .J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très - flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe.
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reste
de la Nation , ne feroit- elle pas , avec d'autres
circonstances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices .
anciens ; & ceux, qu'ils font tous les jours ,
en font la preuve : mais ils n'ont pû jufqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à aueun
Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices, le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'une
Place auffi belle, que le goût du tems le permettoit
. Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place . Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
42 MERCURE DE FRANCE.
l'on a en même-tems traversé la Riviere ,
pour y faire d'un Fauxbourg une nouvelle
Ville , plus belle que tout le refte , & pour
laquelle on demande encore une nouvelle
Place. Je ne parle pas des dehors du Boulevard
, où, fous le nom de Petites Maifons
, nous voyons tous les jours s'élever
de nouveaux Edifices , qui feuls fuffiroient
pour former une très belle Ville. Qu'on
laiffe faire notre inconftance ; Paris , en
fuivant toujours le cours de la Riviere ,
ira toujours en augmentant , & on pourra
lui donner huit ou dix lieues de circuit,fans
qu'on parvienne à en faire cette belle Ville
que vous défirez. Ce ne fera jamais qu'un
mêlange confus de mafures & de Palais ,
Monumens éternels de notre opulence ,
qui feront auffi peu d'honneur à notre goût
qu'à notre raifon . Les Particuliers , dont
les maifons fucceffivement deviennent défertes
& inhabitables , verront dans la fuite
des tems périr avec leurs fortunes les
fruits de leur travail & de leur goût pour
les Arts.
L'indulgence & la douceur de notre
Gouvernement ont laiffé un libre cours à
ce défordre , qui ne va pas moins au détriment
de l'intérêt public de l'Etat & des
Arts , qu'à la ruine des Particuliers . Le
moyen qu'un Etat conferve fon opulence ,
NOVEMBRE. 1748. 43
quand on l'employera fans ceffe à des Bâtimens
qui dépériffent journellement , les
uns après les autres , par les caprices de la
mode ? Et le moyen qu'une Ville acquié
re le dégré de perfection néceffaire à ſa
beauté , tant qu'on l'étendra & qu'on la
prolongera par des efpaces indéterminés
comme nous le voyons tous les jours ?
Que les fages Reglemens pour borner
Fenceinte de Paris foient exactement obfervés
; que les grands Seigneus fe fixent
dans un Quartier ; que les gens riches fe
déterminent fur le choix d'un autre , dont
ils ne s'écarteront pas ; qu'ils y bâriffent
folidement : alors leurs fortunes ne fe diffiperont
plus , & Paris acquerera , furtout
dans cet heureux tems de paix , tout le
luftre & toute la magnificence que demande
la Capitale du plus grand Empire de
l'Europe.
Ne font- ce pas- là , Monfieur , les abus
dont intérieurement vous gémiffez , & auquel
vous voudriez pouvoir remedier comme
bon Citoyen ? Vous avez pû remarquer,
auffi-bien que moi, qu'on nerencontre
prefque point d'échafauds de Maçons
dans la Ville de Rome , parce qu'on l'a
bien bâtie une bonne fois pour toutes , &
que la mode n'y change point,comme chés
44 MERCURE DE FRANCE.
nous , ni pour les maiſons ni pour
Quartiers.
les
Voyons encore fi je vous ai entendu ,
quand vous parlez de rendre Paris à peu
de frais la plus belle Ville du monde. Ñ’avez-
vous pas voulu dire qu'il falloit chercher
, autant qu'il fe pourroit , à tirer parti
de fes avantages dans l'état où il eſt actuellement
? En voici trois moyens qui me
font venus dans l'efprit , en attendant qu'il
vous plaife de nous communiquer vos
idées , auxquelles je ferai toujours prêt de
foumettre les miennes.
Le premier eft de faire des alignemens
réguliers. Le fecond eft de former des
quarts de rond aux encoignures de quelques
carrefours , & le troifiéme , de faire
un certain nombre de petites Places.
Quand je demande des alignemens , ce
n'eft pas que je ne fçache bien quels font
les efforts que font nos Magiftrats de Police
pour redre fer les rues de Paris ,& queb
les difficultés fe rencontrent très -fouvent
dans l'exécution ; mais on pourroit remédier
aux inconvéniens qui fe préfentent ,
en fe contentant de redreffer de diftance
en diftance les rues les plus tortueufes ,
dans les endroits où l'on trouveroit le plus
d'avantage & de facilité . Ne pourroit- on
NOVEMBRE. 1748 35
Ayant enfuite avoué que les combats militaires
procurent quelquefois de grands
avantages à l'Etat , il fe borna à foutenir
que , dans un ordre fupérieur , les combats
littéraires produifent de femblables effets
Ils font établis pour nous maintenir dans la
poffeffion des biens qui appartiennent à la plus
noble portion de nous mêmes ; ils étendent communément
les efprits d'un Pays , à peu près
comme un Conquerant en étend les bornes : ils
fervent à réprimer les attentats de l'ignorance
& du mauvais goût , ennemis de la Patrie ,
d'autant plus dangereux , que ce font des ennemis
domestiques , &c. Enfin M. L. B. compara
nos combats littéraires avec ceux qui
furent en ufage chés les Grecs & chés les
Romains , & il établit que les Couronnes
diftribuées dans nos Académies ont des
caractéres finguliers , qui doivent leur mériter
la préference dans notre eftime . Les
Couronnes y font réfervées au génie & aux
talens , qui loin d'y tenir le fecond rang ,
comme chés les Anciens , ont feuls le droit
d'y enlever les fuffrages : les Auteurs y
font affujettis à traiter des matieres qui s'affortiffent
à la dignité de leur Art ; & à
cette occafion M. L. B. juftifia les Modernes
du reproche qu'un Etranger leur a fait
de négliger la fcience des moeurs. On nous
que Les anciens Philofophes étoient en dit
B vj
46 MERCURE DE FRANCE.
fonçant plus ou moins ces quarts de rond,
fuivant que le befoin l'exigeroit pour la
régularité du
coup d'oeil.
Que l'on décore ces encoignures de Refans
, de Boffages , de Pilaftres , de Cariatides
, de Balcons plus ou moins faillans, &
d'autres ornemens bien ménagés , on fera
de ces carrefours de petites Places trèsagréables
à la vûë & d'une très- grande
utilité , tant pour la circulation des gens
de pied , dont la vie fera moins en rifque ,
que pour la circulation des voitures.
Ces efpeces de Places ne font point encore
toutes celles que j'ai projettées ; il en
faudroit d'autres plus fpacieufes, telles que
vous en avez vû plufieurs, qui contribuent
beaucoup à l'embelliffement de Rome, & à
la commodité de fes habitans . Je vous indiquerai
dans un moment une de ces Places
qu'on pourroit faire. Si je me promenois
avec vous dans Paris , je voudrois vous en
montrerbeaucoup d'autres auffi aifées à exécuter,
& dont la dépenfe n'exigeroit que le
facrifice d'un petit nombre de Maifons prefqu'en
ruine , qu'il faudroit achever de démolir
:par ce moyen on découvriroit de
très-beaux Edifices , qui font, pour ainfi dire,
enterrés & abfolument perdus pour
nement de Paris. Ailleurs nous trouvel'orNOVEMBRE.
1748. $7
Phonneur de la Nation , les Difcours que les
Académies couronnent , pourront ainfi faire
un jour , comme un corps de régles & de loix ,
dans lequel nos Neveux apprendront en même
tems à bien parler , à bien écrire à bien
vivre.
En approfondiffant toujours fa
derniere comparaifon , M. L. B. ajouta
que les Arrêts qu'on prononce dans les
Tribunaux Académiques , font le fruit
d'un mûr examen & d'une exacte difcuffion
, & qué les Auteurs , qui fouhaitent
d'y remporter des prix , peuvent le faire ,
fans s'expofer comme dans les anciens
jeux , à la cruelle alternative de fortir du
combat , couverts de gloire ou d'ignominie.
¿
>
Le R. P. Lombard , Jefuite , connu déja
par feize prix qu'il a remportés dans differentes
Académies , s'étant déclaré l'Auteur
du Difcours & de l'Ode aufquels l'Académie
a adjugé le Prix d'Eloquence de
cette année & le Prix réfervé , il reçut les
prix de la main du Directeur , & il prononça
un ingénieux Difcours de remerciment
à l'Académie.
48 MERCURE DE FRANCE.
auxquels elles nous conduiſent . Je n'irai
pas bien loin de ce Quartier , pour vous
faire voir comment on peut à bon marché
faire fans aucune conftruction nouvelle
une jolie Place d'une grandeur raifonna
ble. Allons dans la rue S. Guillaume au
Fauxbourg S. Germain . Détruifons, en Citoyens
econômes & bien intentionnés , les
maifons qui font entre cette rue & la ruë
des Saints Peres . L'acquifition n'en fera
pas ruineufe ; dès lors j'aurai d'un côté
I'Hôtel de Mortemart & celui de M.le Procureur
Général ; le côté de la rue S. Dominique
me donnera l'Hôtel de Matignon
& je préfenterai pour objet à ces Maifons
& à ma petite Place le nouveau Portail de
la Charité.
Je ne finirois pas fi je voulois vous dire
toutes les idées qui me viennent quelquefois
en me promenant dans Paris , mais
yous verriez toujours que je ne veux point
le ruiner , en cherchant à l'embellir . La
Ville , avec une dépenfe modique , pourroit
faire les avances néeffaires pour parve
nir aux réformes que je propofe . Qu'on
foit attentif à obferver quels font les Particuliers
qui ont des Maifons fur la ruë
dont les façades font défagréables , ou qui
youdront bâtir dans de certains points de
vûe favorables à la décoration de Paris ;
qu'on
NOVEMBRE. 1748 . 42
qu'on leur diftribue à propos quelques
fommes pea confidérables , pour
, pour les engager
à orner leurs Maifons au dehors , d'un
joli morceau d'Architecture , & nous parviendrons
bien- tôt au but qui fait l'objet
de nos voeux. Tous ceux qui s'intéreffent
à la gloire de notre Capitale & à la perfection
des Arts , feront également fatisfaits.
Que la Ville achete encore les Maiſons
qui avoifinent les Places qu'elle projettera
de former par de fimples démolitions ;
l'augmentation de valeur, que ces Maiſons
acquereront par là , pourra l'indemnifer
du prix des Maiſons qu'elle aura détruites
pour y parvenir.
Ainfi vous auriez eu très - grande raifon ,
à tous égards , de dire que fi l'on vouloit ,
on pourroit faire de Paris , à peu de frais ,
la plus belle Ville du monde. Je ne fçais .
fi je fuis bien entré dans vos vûes . Du
moins fçachez-moi quelque gré de mon
zéle & de mes bonnes intentions , & føyez
perfuadé de tous les fentimens avec lefquels
je fuis , Monfieur , votre , & c.
C
40 MERCURE DE FRANCE.
Sontibus attonitis animorum vulnera nudas ,
Vulneribufque pius rores infundis amicos.
Infidet omnipotens victrici Gratia linguæ ,
Quæ fenfus hebetat ; verbo nubem eripis ; alma
Lux tandem exoritur , turbato pectore pallet
Impius , agnovitque Deum , ingemuitque relicto.
Plura & adhuc , Venerande Pater , celebranda fuperfint
,
Sed vires pudor infringit , cantufque coercet .
அ
SECONDE Lettre à l'Auteur de celle
imprimée dans le Mercure de Juillet 1748 ,
page 147 , fur le projet d'une Place pour
la Statue du Roi,
E n'attends pas votre réponse à ma premiere
Lettre , Monfieur. En voici une
autre, pour vous demander quelques éclairciffemens
au fujet de la feconde partie de
votre Lettre. Vous y donnez des idées
très-juftes fur les moyens aifés d'embellir
une Ville ; mais il femble que vous ne vouliez
pas expliquer les caufes , qui jufqu'ici
fe font oppofées à l'embelliffement régutlier
& à la perfection de la Ville de Paris ,
où vous ne trouvez point cet heureux accord
du tout avec fes parties , principe
NOVEMBR E. 1748 . 4t
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous parciffez auffi appréhender d'empiéter
fur les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être .J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très - flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe .
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reſte
de la Nation , ne feroit - elle pas , avec d'au
tres circonftances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices
anciens ; & ceux , qu'ils font tous les jours ,
en font la preuve : mais ils n'ont pû juſqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à au
eun Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices , le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'unẹ
Place auffi belle , que le goût du tems le permettoit.
Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place . Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
42 MERCURE DE FRANCE.
l'on a en même- tems traversé la Riviere ,
pour y faire d'un Fauxbourg une nouvelle
Ville , plus belle que tout le refte , & pour
laquelle on demande encore une nouvelle
Place. Je ne parle pas des dehors du Boulevard
, où, fous le nom de Petites Maifons
, nous voyons tous les jours s'élever
de nouveaux Édifices , qui feuls fuffiroient
pour former une très belle Ville . Qu'on
laiffe faire notre inconftance ; Paris , en
fuivant toujours le cours de la Riviere ,
ira toujours en augmentant , & on pourra
lui donner huit ou dix lieues de circuit ,fans
qu'on parvienne à en faire cette belle Ville
que vous défirez . Ce ne fera jamais qu'un
mêlange confus de mafures & de Palais ,
Monumens éternels de notre opulence ,
qui feront auffi peu d'honneur à notre goût
qu'à notre raifon . Les Particuliers , dont
les maifons fucceffivement deviennent défertes
& inhabitables , verront dans la fuite
des tems périr avec leurs fortunes les
fruits de leur travail & de leur goût pour
les Arts.
L'indulgence & la douceur de notre
Gouvernement ont laiffé un libre cours à
ce défordre , qui ne va pas moins au détriment
de l'intérêt public de l'Etat & des
Arts , qu'à la ruine des Particuliers. Le
moyen qu'un Etat conferve fon opulence ,
NOVEMBRE. 1748. 43
quand on l'employera fans ceffe à des Bâtimens
qui dépériffent journellement , les
uns après les autres , par les caprices de la
mode ? Et le moyen qu'une Ville acquié
re le dégré de perfection néceffaire à fa
beauté , tant qu'on l'étendra & qu'on la
prolongera par des efpaces indéterminés ,
comme nous le voyons tous les jours ?
Que les fages Reglemens pour borner
F'enceinte de Paris foient exactement obfervés
; que les grands Seigneurs fe fixent
dans un Quartier ; que les gens riches fe
déterminent fur le choix d'un autre , dont
ils ne s'écarteront pas ; qu'ils y bâtiffent
folidement : alors leurs fortunes ne fe diffiperont
plus , & Paris acquerera , furtout
dans cet heureux tems de paix , tout le
luftre & toute la magnificence que demande
la Capitale du plus grand Empire de
l'Europe.
Ne font- ce pas- là , Monfieur , les abus
dont intérieurement vous gémiffez , & auquel
vous voudriez pouvoir remedier comme
bon Citoyen ? Vous avez pû remarquer,
auffi-bien que moi , qu'on ne rencontre
prefque point d'échafauds de Maçons
dans la Ville de Rome , parce qu'on l'a
bien bâtie une bonne fois pour toutes , &
que la mode n'y change point,comme chés
44 MERCURE DE FRANCE .
> nous ni pour les maiſons ni pour les
Quartiers.
Voyons encore fi je vous ai entendu ,
quand vous parlez de rendre Paris à peu
de frais la plus belle Ville du monde . Ñ'avez-
vous pas voulu dire qu'il falloit chercher
, autant qu'il fe pourroit , à tirer parti
de fes avantages dans l'état où il eſt actuellement
? En voici trois moyens qui me
font venus dans l'efprit, en attendant qu'il
vous plaife de nous communiquer vos
idées , auxquelles je ferai toujours prêt de
foumettre les miennes.
Le premier eft de faire des alignemens
réguliers. Le fecond eft de former des
quarts de rond aux encoignures de quelques
carrefours , & le troifiéme , de faire
un certain nombre de petites Places.
Quand je demande des alignemens , ce
n'eft pas que je ne fçache bien quels font
les efforts que font nos Magiftrats de Police
pour redreffer les rues de Paris , & queb
les difficultés ſe rencontrent très-fouvent
dans l'exécution ; mais on pourroit remédier
aux inconvéniens qui fe préfentent ,
en fe contentant de redreffer de distance
en diftance les rues les plus tortúeufes ,
dans les endroits où l'on trouveroit le plus
d'avantage & de facilité. Ne pourroit - on
NOVEMBRE . 1748. 45
pas même fauver les défauts d'alignement
par quelque petite Fontaine , par quelque
Colonne , ou par quelqu'autre artifice ingénieux
, femblable à ceux que le Notre ,
ce Créateur de l'Art de nos Jardins , avoir
employés fi habilement pour rectifier à la
vue des inégalités de terrain , & des allées
ou des terraffes , qui ne pouvoient être
exactement alignées ? Ne feroit- ce pas- là
cette magie heureufe que vous auriez en
vûe? Vous tâcheriez fans doute de faire
trouver , au bout des alignemens que l'on
prendroit , les plus belles Maifons , les plus
belles Eglifes & autres Edifices , comme
les Jardiniers cherchent à faire tomber
leurs allées vis à- vis d'un Clocher , d'une
Maifon , d'un Moulin , d'un Canal , d'un
bouquet de bois éloigné , ou de tout autre
point , dont le coup d'oeil foit agréable . Il
ne faut pas douter que les Architectes
ne trouvaffent autant de reffources dans
les rues de Paris pour fon embelliffement
que les Jardiniers ou Architectes des Jardins
en trouvent dans les Campagnes
en
pour l'agrément d'un Jardin ou d'un Parc.
Les arrondiffemens ou Tours creufes que
je propofe , pourroient , s'ils étoient pris
avec art , rectifier en partie les deffauts inévitables
de certains alignemens , en ren46
MERCURE DE FRANCE.
fonçant plus ou moins ces quarts de rond,
fuivant que le befoin l'exigeroit pour la
régularité du
d'oeil.
coup
Que l'on décore ces encoignures de Refans
, de Boffages , de Pilaftres , de Cariatides
, de Balcons plus ou moins faillans, &
d'autres ornemens bien ménagés , on fera
de ces carrefours de petites Places trèsagréables
à la vûë & d'une très - grande
utilité , tant pour la circulation des gens
de pied , dont la vie fera moins en rifque ,
que pour la circulation des voitures .
Ces efpeces de Places ne font point encore
toutes celles que j'ai projettées ; il en
faudroit d'autres plus fpacieuſes, telles que
vous en avez vû plufieurs, qui contribuent
beaucoup à l'embelliffement de Rome , & à
la commodité de fes habitans. Je vous indiquerai
dans un moment une de ces Places
qu'on pourroit faire. Si je me promenois
avec vous dans Paris , je voudrois vous en
montrerbeaucoup d'autres auffi aifées à exécuter,
& dont la dépenfe n'exigeroit que le
facrifice d'un petit nombre de Maifons pref
qu'en ruine , qu'il faudroit achever de démolir
par ce moyen on découvriroit de
très-beaux Edifices, qui font, pour ainſi dire,
enterrés & abfolument perdus pour l'ornement
de Paris. Ailleurs nous trouveNOVEMBRE
. 1748. 47
"
*
tions de grandes & belles rues terminées
par des bâtimens qui les deshonorent , &
notre imagination auroit bientôt jetté
par terre les pans de murs extérieurs , pour
y faire une ample façade décorée , à peu.
de frais , d'une très-bonne Architecture. Je
pourrois citer les Quinze- Vingts ,ſi je ne fçavois
les beaux projets que l'on a conçus à
cet égard , mais je vous parlerai de la rue
de la Féronnerie. Cette rue très - bien bâtie
d'un côté , & très-bien alignée , préfente
en face , à qui veut entrer dans la ruë faint
Denis un pan de Maiſons de bois pourri ,
garni de briques , qui me choque toujours,
Avec deux mille écus,on y fera une façade
qui fatisfera la vûe, dès qu'on fera forti de
la ruë S. Honoré , & tant qu'on marchera
le long de la rue de la Féronnerie, Dans
d'autres endroits au contraire , nous ver
rions des rues droites & spacieufes , terminées
par des Edifices admirables , telles
que la rue de Tournon par le Luxembourg,
dont l'entrée & les côtés font bordés de
Maifons qu'on ne fçauroit voir fans indi
gnation. Alors nous en détruirions les faces
, pour en fubftituer d'autres , qui feroient
mieux afforties à ces beaux Bâtimens
*
Par M. des Touches , jeune Architecte , pleim
de génie.
48 MERCURE DE FRANCE.
auxquels elles nous conduifent . Je n'irai
pas bien loin de ce Quartier , pour vous
faire voir comment on peut à bon marché
faire fans aucune conftruction nouvelle
une jolie Place d'une grandeur raiſonnable.
Alions dans la rue S. Guillaume au
Fauxbourg S. Germain. Détruifons , en Citoyens
oeconômes & bien intentionnés , les
maifons qui font entre cette rue & la ruë
des Saints Peres . L'acquifition n'en fera
pas ruineufe ; dès lors j'aurai d'un côté
I'Hôtel de Mortemart & celui de M.le Procureur
Général ; le côté de la rue S. Dominique
me donnera l'Hôtel de Matignon ,
& je préfenterai pour objet à ces Maifons
& à ma petite Place le nouveau Portail de
la Charité .
Je ne finirois pas fi je voulois vous dire
toutes les idées qui me viennent quelquefois
en me promenant dans Paris , mais
yous verriez toujours que je ne veux point
le ruiner , en cherchant à l'embellir . La
Ville , avec une dépenfe modique , pourroit
faire les avances néeffaires pour parve
nir aux réformes que je propofe. Qu'on
foit attentif à obferver quels font les Particuliers
qui ont des Maiſons fur la ruë
dont les façades font déſagréables , ou qui
youdront bâtir dans de certains points de
vûe favorables à la décoration de Paris ;
qu'on
NOVEMBRE . 1748. 49
qu'on
on leur diftribue à propos quelques
fommes pea
confidérables , pour les engager
à orner leurs Maifons au dehors , d'un
joli morceau d'Architecture , & nous parviendrons
bien-tôt au but qui fait l'objet
de nos voeux. Tous ceux qui s'intéreſſent
à la gloire de notre Capitale & à la perfection
des Arts , feront également fatisfaits.
Que la Ville achete encore les Maifons
qui avoifinent les Places qu'elle projettera
de former par de fimples démolitions ;
l'augmentation de valeur, que ces Maiſons
acquereront par là, pourra l'indemnifer
du prix des Maifons qu'elle aura détruites
pour y parvenir.
Ainfi vous auriez eu très - grande raifon ,
à tous égards , de dire que l'on vouloit ,
on pourroit faire de Paris , à peu de fraïs ,
la plus belle Ville du monde . Je ne ſçais.
fi je fuis bien entré dans vos vûes. Du
moins fçachez- moi quelque gré de mon
zéle & de mes bonnes intentions , & føyez
perfuadé de tous les fentimens avec lefquels
je fuis , Monfieur , votre , &c.
C
so MERCURE DE FRANCE,
XXXXXXXXXXXXXX
EPITRE
AM. P ***
LA plus vive amitié pour toi ſe fait entendre ;
Tu ne peux, cher Tircis, en concevoir l'ardeur ,
Non , jamais d'une voix plus tendre
Elle ne parla dans mon coeur .
Mais quand je fuis de feu , tu ne fens que froideur,
L'Amour feul occupe ton ame ;
C'est lui qui te meut , qui t'enflâme ,
Et tu n'écoutes que fa voix.
Efclave des plus dures loix ,
Ton coeur chérit fa fervitude ,
Et pour plaire à l'objet dont il a fait le choix ,
Nul foin ne lui paroît trop rude .
Les vers , l'éloquence , l'étude ,
N'ont plus pour toi cette douceur,
Dont tu m'as fi fouvent vanté l'attrait Alateur.
Dans tes yeux égarés on lit l'inquiétude.
Abfent d'Amarillis , tu prens un air rêveur
Ton ame en proye à la langueur ,
Ne cherche que la folitude.
Racine , Voltaire & Boileau ,
r ;
Semblent avoir perdu ce qu'ils avoient de beau ,
Et tu laiffes dans la pouſſiere
NOVEMBRE. 1748.
5x
Boffuet , Fénelon , Rouffeau.
Pour te dérober la lumiere ,
L'Amour t'a t'il mis fon bandeau ?
Ou pour éclairer ta carriere ,
1
Ne choifis-tu que fon flambeau ?
Si le vice t'endort , que la vertu t'éveille.
Afa divine voix daigne ouvrir ton oreille.
Faut- il , pour goûter les plaifirs ,
Se livrer à tous les défirs ?
Aux dépens des vrais biens faut- il fe fatisfaire ?
Quand l'honneur a parlé, le penchant doit ſe taire.
Que ne puis - je , rompant le charme féducteur ,
Qui de la volupté te cache la laideur
Sous une trompeuſe apparence ,
Te rendre , cher ami , cette aimable innocence ;
Qui feule fait notre bonheur !
Quoiqu'Ovide en ait dit , l'amour n'eft qu'une
yvreffe ,
Dont le coeur eft trop agité ,
Et qui montre notre foibleffe .
La paifible amitié n'a pas moins de tendreffe ,
Mais a plus de folidité ;
Tout ce qu'approuve la ſageſſe
Affûre la félicité.
Ainfi donc , cher Tircis , que con ame égarée ,
De l'aimable vertu pratique la leçon.
L'homme vivroit encor fous l'empire de Rhée ,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Si le vice odieux n'infectoit la raiſon.
Pervertiffant ce que nous fommes ,
Il femble en animaux avoir changé les hommes.
Mais ne vas point auffi , trop follement épris
De l'éclat féduifant d'une vaine fumée ?
Eternifer par tes écrits
Ton amour pour la Renommée.
Rien n'eft plus dangereux qu'un nom trop tôt
connu .
Dès que la nouvelle eſt ſemée
Qu'au pied du Mont facré vous êtes parvenu ,
Soudain de mille Auteurs la troupe envenimée ,
Pour vous mieux décrier, vous prête leurs travers,
Et du plus noir venin , dont l'envie eft armée
Leur effain infecte les airs.
Quoi ! faut- il , enyvré d'une vaine fumée ,
Et conduit par la vanité ,
·
Au chimérique efpoir de l'immortalité
Immoler fon repos , fon bonheur & fa vie ?
Faut-il , pour obtenir de l'encens , des Autels ,
Sous un joug rigoureux affervir fon génie ?
Faut- il pallier fa folie ,
Pour rendre fages les mortels ?
L'Ecrivain , le Guerrier , s'ils vouloient bien m'en
croire ,
Par leurs feules vertus feroient grands & fameux ,
Up Héros, qui de fang a couvert la victoire ,
N'eftpour moi qu'un objet affreux .
NOVEMBRE.
1748. 53
r
Quoi ! de l'humanité faut-il rompre les noeuds ,
Pour immortalifer ſa gloire ?
Faut- il ; pour briller dans l'Histoire ,
Et pour graver fon nom au Temple de Mémoire ,
Faire d'illuftres malheureux ?
A Geneve le 26 Septembre 1748 .
இரு
甸甸
REPONSE aux Questions propofées dans
le Mémoire inferé dans le Mercure de
Septembre 1748 , à l'occafion du Projet
d'une Mefure univerfelle.
PREMIERE QUESTION.
Ette longueur ( celle du Pendule à
fecondes fous l'Equateur ) eft - elle actuellement
la même fous toute la circonfétence
de l'Equinoxial , en Amérique , en
Afrique & en Afie ?
Réponse.
Il faut diftinguer ici la queftion de fait
& la queftion de droit. Quant au fait ,
pour l'affûrer comme vérité d'expérience ,
il faudroit avoir fait cette expérience fous
la Ligne en Afrique & en Afie , comme on
l'a faite fous la Ligne en Amérique. Quant
au droit , il n'y a aucune raifon de douter
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
que la longueur du Pendule , qui bat les
fecondes fous l'Equateur , ne foit la même
à tous les points de ce cercle à la même
hauteur au - deffus de la furface de la Mer.
La longueur du Pendule à fecondes doit
être la même partout où la pefanteur fera
la même , & dans tous les fyftêmes la pefanteur
d'un corps quelconque fera la
même à la même diſtance du centre de la
terre, Donc , & c .
SECONDE QUESTION.
La longueur du Pendule fous l'Equinoxial
& fous les divers paralleles Auftraux
& Boréaux , eft - elle invariable , malgré le
cours des fiécles ?
Réponse.
Tant que les loix fondamentales de la
Nature , telles que celles de la gravité , ne
feront pas bouleverfées , la longueur du
Pendule à fecondes , qui ne dépend que
de la gravité , reftera la même dans les
mêmes lieux . Il eft vrai que dans le fyftême
de la gravitation univerfelle , les Planettes
s'attirant mutuellement & inégalement
fuivant leurs changemens de diftance
mutuelle , il femble que les mêmes caufes,
qui peuvent troubler dans quelques cas
l'uniformité du cours des Planettes , doi
NOVEMBRE . 1748. 55
vent produire quelque variation dans les
Phénoménes de la pefanteur fur la furface
même des Planettes , mais la difference de
pefanteur que la plus grande proximité du
Soleil , de la Lune ou des autres Corps céleftes
, peut produire fur la furface de la
terre, peut être regardée comme une quantité
infiniment petite & par conféquent
nulle , furtout dans le Phyfique ; la raiſon
en eft que fuivant les loix de la gravitation ,
un corps quelconque ,& furtout un très petit
corps
, voifin de la furface de la terre ,
tel que le poids fufpendu au fil du Pendule
d'expérience , eft infiniment plus attiré
par la maffe de la terre, que par tous les autres
Aftres , quand leur action feroit réunie
dans une même direction. L'expérience
vient ici à l'appui du raiſonnement ;
elle n'a jamais fait appercevoir aucune difference
fenfible dans la longueur du Pendule
à fecondes , éprouvée dans le même
lieu. M. Bouguer , un des Académiciens
qui ont fait le voyage à l'Equateur , s'en eft
affûré par des experiences faites exprès à
Quito dans les differentes faifons de l'année.
Il n'y auroit, dans le Syfteme de Newton,
que la rencontre d'une Cométe qui pût
altérer fenfiblement les loix de la pefanteur
fur la terre. En ce cas fi la Cométe ne
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE .
faifoit que paffer près de nous , ce changement
ne feroit que paffager , mais fi elle
heurtoit notre Globe , il y arriveroit vraifemblablement
des changemens , tels que
perfonne n'y pourroit plus regretter la
perte de la mefure du Pendule.
TROISIEME QUESTION.
J
Une maffe déterminée d'un poids connu
, par exemple de trois marcs , tanfportée
d'un parallele à un autre , y conferverat'elle
fa pefanteur identique de trois marcs?
Réponse.
Cette queftion & la fuivante donnent
lieu de croire que celui qui la propoſe , ou
s'eft mal expliqué , ou n'eft pas parfaitement
au fait de la matiere dont il s'agit.
Un corps quelconque , & pour prendre
l'exemple propofé , un corps qui peferoit
trois marcs à Paris , étant tanfporté fous la
Ligne équinoxiale , perdra , fans contredit,
une partie de fon poids , puifqu'il eft prouvé
par les expériences du Pendule , faites
à differentes latitudes , que la pefanteur
diminuë en approchant de l'Equateur. Cependant
ce même corps , tranfporté fous la
Ligne , y fera en équilibre avec le même
poids, qui aura fervi à le mefurer en France
, puifque le contrepoids perdra autant
NOVEMBRE . 1748. 57.
de fa pefanteur dans le tranfport , que le
corps pefe.
QUATRIEME QUESTION.
Le Pendule fimple auroit-il la propriété ,
d'avoir des vibrations de même durée , foit.
au pied , foit au fommet de la plus haute
montagne , fous le même parallele , en y
fuppofant la même température d'air, quoiqu'il
n'ait point cette propriété , c'eft-à - dire
, quoique la durée de fes ofcillations
varie au niveau des Mers fous divers paraileles
?
Réponse.
On appelle Pendule fimple un poids fuf.
pendu à un fil délié , dont la pefanteur eft
comme nulle à l'égard du poids fufpendu .
On appelle Pendule compofé , celui dont
la pefanteur eft répartie dans toute fa longueur
, tel , par exemple qu'un balancier
d'horloge ou un Pendule à verge de métal.
Cette diftinction eft inutile dans le cas préfest
, quoique la queftion femble limitée
au Pendule fimple.
Geci pofé , je dis qu'il eft évident par le
raifonnement, qu'un Pendule quelconque ,
de longueur déterminée , ofcillera plus
lentement au haut d'une montagne qu'au
pied , puifqu'au fommet de la
montagne it
C v
58 MERCURE DE FRANCE ..
fera plus loin du centre de la terre. L'expérience
confirme cette vérité. Les Académiciens
, qui ont fait le voyage de l'Equaquateur
, l'ont obſervé ainfi . M. de la Condamine
a remarqué qu'un Pendule à verge
de métal , d'environ 28 pouces de long ,
faifoit en 24 heures 19 ou 20 vibrations
de plus à Quito, que fur une montagne voifine
750 toifes au- deffus de Quito . Un
même Pendule, foit fimple , foit compofé ,
n'aura donc pas une proprieté , qui impli
queroit contradiction ; telle que feroit
celle de faire des ofcillations de même durée
au pied & au fommet de la même montagne
, & la durée de fes ofcillations variera
à differentes hauteurs , à proportion de
la plus grande ou de la moindre diftance
au centre de la terre, comme cette durée
varie par la même raifon fous les differens
paralleles du Spheroide terreftre .
J'ai retranché dans l'énoncé de la queftion
précedente , pour la rendre plus fimple
& plus claire, une claufe équivoque
que l'Auteur y avoit inferée, qui eft que le
Pendule ne fait pas des ofcillations d'égale
durée en un même lieu dans les differentes
faifons de l'année. Il faut diftinguer , fi
le Pendule eft d'une matiere fur laquelle
tes differentes températures d'air agiffent
fenfiblement ; par exemple , de métal , il
NOVEMBRE . 1748. 59
changera de longueur d'une faifon à l'autre
; il fera plus court en hyver , & plus
long en été , & par conféquent fes oſcillations
ne feront pas d'égale durée dans les
differentes faiſons , quoique dans le même
lieu , mais fi le Pendule refte de la même
longueur , ou fi on a égard au changement
de longueur , caufé par fon allongement ou
fon racourciffement , alors la durée de fes
vibrations fera fenfiblement égale dans
toutes les faifons.
CINQUIEME QUESTION .
La longueur du Pendule fimple à fecondes
fous le quarante-cinquiéme parallele
Boréal & fous le quarante- cinquiéme paral
lele Auftral , eft- elle femblable effentiellement
, ainfi que la vîteffe de fes vibrations ?
Réponse.
Cela ne fera vrai que dans la fuppofition
vrai-femblable que les deux moitiés des
Méridiens terreftres ont une même courbure,
fur quoi il eft permis de former des
doutes. Auffi eft-ce une des raiſons que M.
de la Condamine allégue dans fon Mémoire
en faveur de la préférence qu'il
donne fur tout autre au Pendule équinoxial
pour en faire la mefure univerfelle.
Cette question ne peut former une objec-
C vj
60
MERCURE DE FRANCE.
tion que contre ceux qui propoferoient
pour mefure univerfelle la longueur du
Pendule de quarante cinq degrés ou d'un
autre parallele à l'Equateur.
SUR une fauffe nouvelle qui avoit été
apportée à l'Auteur , qu'un lot confidérable
lui étoit échû .
ODE
A M. de Launay , Chirurgien Jure
de Saint Côme.
Homme
généreux , fincére ,
Dont l'aimable probité
Dédaigne le ton févere
D'une fombre austérité ;
I
Cher de Launay , que mes Muſes ,
Dont quelquefois tu t'amufes ,
Te retiennent un moment.
De la fortune inconftantes
Une trahifon récente .
Caufe leur
emportement.
Du calme après la tempêtè ,
J'allois goûter le bonheur
Et déja loin de ma tête
NOVEMBRE. 1748 .
61
J'entendois le flot grondeur.
Pouffé d'un vent favorable ,.
Je crois qu'un Dieu fecourable
Veut feconder mon effort . ...
Hélas ! que j'étois peu fage !
J'ai fait un triste naufrage ,
Prefqu'en arrivant au Port,
Non, non ; ce n'étoit qu'un fonge ,
Et la fortune au coeur faux ·
Vouloit par ce beau menfonge
Endormir un peu mes maux ...
Elle amufe , la traitreffe x
Par une feinte careffe ,
Les trop crédules humains ,
Et toujours elle affaifonne
Les plaifirs vains qu'elle donne ,
De maux réels & certains .
7.30 %
Cher de Launay , je t'avouë ,
Que telle fut mon erreur ;
Je crûs que tournant ſa rouë ,
Et fenfible à mon malheur ,
Elle alloit, enfin propice ,
Pour moi fixer fon caprice ;
Mais ce trait n'eft pas nouveau ;
62 MERCURE DE FRANCE
Et c'eft proverbe fidéle ,
Que promeffe de fémelle
Doit être écrite fur l'eau.
Une dure expérience
Me prouve enfin clairement ,
Que l'aveugle confiance
Nous féduit trop aifément...
L'homme croit ce qu'il defire ;
Et charmé de fon délire ,
Il fait taire la raiſon .
Toujours d'un bien chimérique
L'efperance magnifique
L'ennyvre d'un doux poiſon.
***
'Aux flots d'une onde inconftante
L'ambitieux Nautonnier ,
Que flate une riche attente ,
Craint-il de fe confer ?
Il part avec allegreffe ;
Envain l'utile fageffe
Tâche de s'en faire oüir ;
Une riante bonace ,
En fecondant fon audace
Acheve de l'éblouir.
NOVEMBRE . 1748. 63
Mais , & perfide apparence ↓
La mer s'enfle avec fureur ,
Et des vents la violence
Jette partout la terreur ;
Une nuit épouvantable
Couvre d'un voile effroyable
Les hommes & le vaiffeau ;
Le gouffre affreux fe découvre
Et femble , lorsqu'il s'entr'ouvre ,
Leur préfenter un tombeau.
De concert avec la terre ,
L'Olympe s'arme d'éclairs .
Un formidable tonnerre
Roule avec bruit dans les airs:
Prête à les réduire en poudre,
La prompte & rapide foudre
Se trace un fentier de feu.
Alors le plus intrépide ,
Craignant le coup homicide ,
Forme un inutile voeu
Sur les ondes agitées
Volent la mort & l'effroi
Et les vagues irritées
Ne connoiffent plus de loi
64 MERCURE DE FRANCE.
Envain le Pilote lage
Met tout fon Art en uſage ,
Et fait tête à leur orgueil ;
Il céde à la violence ,
Et court avec véhémence¿
Se brifer contre un écueil..
炒菜
Hommes vains & méprifables
A quoi fervent vos projets ?
Des Deftins inexorables
Elude -t'on les arrêts ?
Quelle eft votre infuffifance !
Vous mettiez votre esperance
Dans la richeffe de l'or.
L'or vous devient inutile ,
Et la planche la plus vile
Vaut mieux ici qu'un tréfor
NOVEMBRE . 1748. 65
SEANCE publique de l'Académie
de Dijon.
E premier Mémoire , qui fut lû dans
Doyen de la Collégiale de Saint Jean . Cet
Académicien expofa d'abord que certains
vices & certains défauts peuvent être appellés
à juste titre des maladies de l'ame ,
à caufe de leur analogie avec celles du
corps. L'avarice , par exemple , peut être
comparée à la foif des hydropiques ; l'envie
, à une fiévre lente ; l'amour , à la
phrénéfie , &c .
F
que
pa-
Il fit voir qu'il y a des vices & des dé
fauts de l'ame , que l'on hérite de fes
rens , ainfi des maladies du corps ;
qu'il y en a même qui s'étendent à des
Villes , à des Provinces , à des Nations entieres
. Quelques- unes de ces maladies de
l'ame ont leur fource dans le tempéramment.
Un fils hérite fouvent de fon pere
un fang vif & bouillant , qui le rendra ,
comme lui , colére & emporté . Une fille
peut recevoir de fa mere une compléxion
qui la porte à l'amour. Ces défauts de
tempéramment font difficiles à guérir . Ils
different toutefois des maladies héréditai
66 MERCURE DE FRANCE.
res du corps , en ce que celles -ci font toutà
fait incurables , & que ceux-là peuvent
être corrigés par des efforts falutaires.
Il est d'autres défauts que nous héritons
de nos parens , quoiqu'ils ne paroiffent
pas venir du tempéramment. Ces défauts
viennent de l'éducation , & fe contractent
par imitation. Les enfans , ayant reçu de
la nature un penchant à imiter tout ce
qu'ils voyent , & n'ayant pas affés de difcernement
pour diftinguer le bien & le
mal , il faut néceffairement qu'ils copient
les modéles qu'ils ont devant les yeux ,
furtout s'ils les voyent continuellement,
On en a vû reffembler en tout aux ours ,
pour avoir été nourri avec eux. L'enfant
qui eft plus fouvent avec fon pere & fa
mere qu'avec tout autre , copiera de même
leurs vertus & leurs vices, mais plus facile
ment les uns que les autres, parce que pour
imiter le bien , il faut s'élever au-deffus du
penchant de la nature corrompuë , & que
pour imiter le mal, il ne faut que s'y laiffer
aller :l'expérience nous convainc tous les
jours de cette tranfmiffion des vices & des
défauts des parens aux enfans. Un de ces
hommes vains, tels qu'il n'eftpas rare d'en
trouver dans le monde , & furtout dans
le grand monde ; un de ces hommes , chés
qui tout refpire le fafte & l'orgueil , ne
NOVEMBRE . 1748 . 67
manque guéres d'élever celui de fes fils ,
qu'il deftine à foutenir fa Maiſon , d'une
maniere qui réponde à ſon caractére . La
mere , ordinairement auffi vaine que le
pere , fortifiera la vanité naiffante de cet
enfant par des louanges , & elle admirera
jufqu'à fes actions les plus étourdies & les
plus indifcrettes. Quel doit être un jeune
homme élevé de la forte , lorfqu'il paroîtra
fur le théatre du monde ?
Les défauts qui font propres à certains
Royaumes , à certaines Provinces , à certaines
Villes , fe contractent par le commerce
continuel que l'on a avec les com
patriotes. On prend les défauts de fa Province
, comme on en prend l'accent. Ces
défauts peuvent être comparés à la mode
à laquelle il faut fe conformer , malgré
qu'on en air. La coûtume les autorife , &
il eft difficile de fe fouftraire à ſon empire.
Une preuve que ces défauts ne viennent
que du commerce fréquent qu'on a
avec d'autres qui y font fujets , c'eft que ,
fi vous tranfplantez un enfant dès le bas
âge dans une autre Province pour y
élevé , il n'aura peut- être aucun des défauts
de fon pays natal , & peut- être il en
contracterá de totalement oppofés .
être
Si l'ame a fes maladies , elle a auffi des .
remédes pour les guérir , & des Médecins
68 MERCURE DE FRANCE:
pour difpenfer ces remédes . La Morale ;
qui eft la fcience de diriger les moeurs ,
ainfi que la Médecine , a des aphorifmes ,
des recettes , des Docteurs , entre lefquels
il y en a d'indignes de ce nom , comme
entre les Médecins il y a des Charlatans .
Le grand reméde pour préferver les enfans
des vices qu'ils contractent par la voie de
l'éducation , c'eft de ne les confier , furtout
dans les premieres années , qu'à des per→
fonnes qui n'ayent point de défauts , ou
qui fçachent au moins les cacher , s'ils ne
peuvent s'en défaire. A l'égard des défauts
qui font propres au pays où l'on eft né ,
il faut , avant toute chofe , apprendre à les
connoître de quelque étranger qui veuille
ne nous point flater , travailler enfuite à
les corriger , ou à les diminuer par le commerce
que l'on aura avec ceux qui n'en
font point atteints , & rien n'y eft plus
propre que les voyages.
M. Hoin , Académicien Penfionnaire
de la Claffe de la Médecine , kut enfuite
le Mémoire de M. Chambon , qui expli
que la tranfmiffion des maladies héréditai
res ( fujer propofé pour le Prix ) Comme
M. Chambon , autant pour fa propre gloire
que pour l'utilité du public , ne peut
difpenfer de faire imprimer fon Mémoire ,
nous n'en ferons point l'extrait . Après la
NOVEMBRE . 1748. 69
Lecture de cet ouvrage , M. Hoin en lut
un de fa façon , lequel eft divifé en trois
parties.
Dans la premiere , cet Académicien rapporte
les differentes opinions des Phyli
ciens fur la génération , & il les examine
toutes . » Les obfervations , dit - il , en ont
» fondé la plûpart , mais l'efprit de fyf-
» tême a trop dominé. Suppléant fans
» ceffe à ce qu'on n'avoit pas remarqué , il
fuppofoit des chofes , dont de nouvelles
expériences ont prefque toujours fait
>> connoître le faux ; c'eft cet efprit de ſyſ
» tême , qui a fi long- tems rallenti les progrès
de la Phyfique . Quelques décou
» vertes firent hazarder des fuppofitions
» & des conféquences , qui féduifoient
» l'Auteur , flaté de la fécondité de fon
imagination , & le lecteur , ébloui par la
» nouvelle connoiffance qu'il venoit d'ac
querir. La Phyfique , aujourd'hui moins
» hardie , chetche , obferve , examine ,
»mer à profit ce qu'elle rencontre , mais
» n'oſe aller au delà ; c'eft furtout dans les
» Académies que la Phyfique expérimentale
domine ; les travaux y tendent tous
»à l'enrichir ; le vrai n'y eft plus fuppofé ,
» on l'y démontre.
M, Hoin convient que le méchanifme
de la génération eft toûjours un mystére ,
70 MERCURE DE FRANCE.
& que l'explication de la maniere , dont
fe tranfmettent les maladies héréditaires ,
ne peut paffer tout au plus que pour vrai.
femblable , jufqu'à ce qu'on ait dévoilé
comment les deux fexes réunis concourent
à la vivification d'un être qui leur reffemble.
La feconde partie de ce Mémoire eft
une analyfe de la differtation de M. Chambon
, fur la tranfmiffion des maladies héréditaires,
Dans la troifiéme partie , M. Hoin ayant
remarqué que puifque dans la tranfmiffion
de ces maladies , le tiffu des folides , ou la
conftitution des liquides , & peut - être
P'un & l'autre , ont été viciés dès les premiers
tems du développement du foetus
, il eft difficile à la Médecine de
les guérir radicalement ; il préfente aux
hommes , deſtinés par la nature & par les
loix à devenir peres , des moyens faciles ,
trouvés en eux - mêmes , d'éviter les maladies
qui peuvent devenir héréditaires . Il
réduit à un feul principe l'art de conferver
ſa ſanté. » Il eſt conſtant , dit- il , que la
plûpart des maladies , dont les hommes
» font attaqués , ne dépendent que du
» mauvais ufage qu'ils font des chofes qui
» leur font fournies pour leur confervation.
La nature bienfaifante , en nous
NOVEMB.R E. 1748. 71
accordant ces chofes , nous a laiffé la
» liberté du choix , & des principes fûrs
» pour choisir celles qui nous conviennent.
» Comme dans le Moral la raifon nous
»décide pour le vrai , l'inftin&t dans le
Phyfique nous détermine vers les choſes
» qui nous font utiles. Les fens font faits
» pour préfenter à l'homme les objets extérieurs
, & le fentiment pour les con
» noître. La variété des impreffions de
»ces objets fur les organes des fens , differencie
nos fentimens. Ces impreffions
»confiftent dans un mouvement de nos
organes , déterminé par la préfence des
objets.
»
M. Hoin diftingue les differentes efpéces
du mouvement organique , qui excitent
toujours dans l'ame divers fentimens,
qu'il réduit à ceux de douleur & de plaifir.
La douleur annonce que le mouvement
forcé tend à détruire l'organe ; le
plaifir avertit au contraire , que l'organe a
reçu un mouvement convenable à fon bien
être. L'Auteur confeille ici de faire une
grande attention à la nature du plaifir , &
il fait voir combien il y a de fentimens ,
auxquels les vices du coeur ont attaché
fauffement ce nom. Il définit le plaifir ,
» une affection de l'ame , excitée par
» des objets qui font fur nos organes des
72 MERCURE DE FRANCE..
ور
>
impreffions douces , modérées , toujours
fuivies d'une tranquille volupté . Selon
» lui , c'eſt un ſentiment agréable qui
» émeut l'ame , fans la fatiguer; qui la flate,
»fans l'éblouir ; qui la fatisfait , fans la
» troubler ; qui ne l'enyvre point & la fait
»joüir.
و ر
7
Notre Académicien confidére un rapport
établi entre l'ame & les objets exté
rieurs. Plus ce rapport eft grand , plus les
objets excitent le fentiment agréable , toujours
attaché à l'exercice modéré , à un
mouvement déterminé de nos organes ,
& c'eft cette espéce de mouvement qui eft
néceffaire à la fanté. M. Hoin examine
les differens effets de la température dé
l'air fur l'homme , & il fait voir que l'ame
n'eft affectée gracieufement , que par l'air
temperé , qui eft le plus fain , puifqu'il eft
le feul qui excite le fentiment agréable.
Il paffe enfuite à l'exercice .
"
» Chaque organe dans l'homme a befoin
, dit-il , d'un mouvement déter-
" miné qui foit en rapport avec la confti-
» tution de cet organe . La variété des
» tempérammens , qui dépend de la diffe-
» rente fabrique des organes , empêche
» qu'on ne puiffe affigner à chacun la
quantité de mouvement qui lui eft utile.
» N'en foyez pas inquiets ; le défir annoaa
ce
NOVEMBRE . 1748. 73
ce le befoin de l'exercice , le fentiment
agréable le régle , le fatiété le fufpend.
» Suivez ces guides , ils ne vous égareront
» jamais .
"
L'Auteur entre dans le détail des differens
exercices qui font propres à chaque
âge & à chaque tempéramment , fans fixer
néanmoins le tems & la nature du mouvement
néceffaire à la fanté de chaque particulier.
fait
>>> Le fentiment agréable n'eft pas
» pour vous ( continue t'il ) gens oififs ,
» appéfantis par la molleffe & par l'indo-
» lence; votre machine eft accablée fous
"le faix des humeurs ; le reffort de vos
» folides eft embarraffé par la vifcofité de
vos fucs ; vous végetez , encore n'eft- ce
» qu'imparfaitement ; prenez de l'exercice,
» vous joüirez .
33
»
Il fait voir enfuite que les alimens font
une des choſes dont l'homme abuſe le plus.
» La fenfualité , dit- il , bien plus que l'appetit
, a recours à l'art. Ici , la nature
de l'aliment eft changée par la prépara-
» tion ; là , c'eft un mets étranger , que
la peine de l'acquerir a rendu plus pré-
» cieux ; ailleurs , c'eft un mélange inconnu
» de plufieurs mixtes , étonnés , fi j'ofe le
» dire , de fe trouver réunis. Le convive
aujourd'hui ne doit pas les reconnoître ;
"
D
74 MERCURE DE FRANCE.
→
ils font faits pour piquer fa curiofité ,
aigaifer fon appetit fenfuel, irriter les fir
bres de fon eftomac ; on les dévore . Le
gibier vient après eux offrir des fucs ,
» alcalifés par la courfe rapide de l'animal,
» que des chaffeurs infatigables ont pour
»fuivi. L'appetit eft déja fatisfait , la ſenfualité
refte.
M. Hoin paffe en revûe les differentes
maladies , fuites de l'abus qu'on fait des alimens
, foit dans leur quantité , foit dans
Jeur choix. Il obferve qu'il ferait inutile
de vouloir établir des régles de fobrieté ,
quand chacun les a chez foi. » Qu'uñ
homme , ajoute - t'il , laiffe à fon appetit
» le foin de l'inviter à manger , à fon goût
» celui de le fatisfaire ; qu'il s'arrête an
point où la feule diverfité des alimens
» commence à lui annoncer que la fenfualité
veut fe mettre de la partie : la nature
» eft contente , le fentiment agréable l'a
>>prouvé.
199
Ce Mémoire eft terminé par des réflexions
fur les paffions. En voici une générale.
» Il eft un état de plufieurs paflions
de l'ame , que le fentiment agréable ac-
» compagne toujours. Faites un pas ; l'équilibre
eft rompu , le rapport eft dé-
» truir , la paffion devient une fource de
» maladies.
39
NOVEMBRE. 1748. 75
EPITRE
AS. E. M. le Comte de Manteuffel , Mi
niftre d'Etat & du Cabinet de S. M. le
Roi de Pologne , Chevalier de l'Orde de
l'Aigle Blanc , &c. fur fon aggregation
à la Société Royale de Londres. Par M.
Formey , Sécretaire Perpétuel de l'Aca
démie de Berlin , & Membre de celle de
Pétersbourg.
I
Lluftre ami du vrai , toi , dont l'oeil pénétrant
Des chimères du fiécle apperçoit le néant ;
Toi , qui fçus de bonne heure enrichir ton génie
Des feuls tréfors qui font le bonheur de la vie ,
Et qui vois à préfent , au ſein d'un calme heu
reux * ,
Rouler avec fracas les flots impétueux
De cette mer du monde , où d'éternels orages
Produifent chaque jour de funeftes naufrages ;
Que ton fort eſt brillant ! De quel éclat ton nom
Ne refplendit- il pas au haut de l'Helicon ?
* M, le Comte de Manteuffel , après avoir été
Premier Miniftre , quitta les affaires en 1720 ,
confervant fon rang & des appointemens confidé .
rables. Depuis ce tems là il n'a ceflé de procurer
l'avancement de toutes les Sciences.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Depuis long- tems tu vis dans ce féjour des
Mufes ,
Où méprifant des Cours les déteftables rufes ,
Las de ces vils humains , dont le coeur inconftant
Yeut , ne veut pas , recherche , & fuit au mềma
inftant ;
Tu voulus couronner cette courfe éclatante ,
Que la Parque pour toi file d'une main lente ** !
Chéri , prefqu'adoré dans le facré Vallon ,
Tu vois autour de toi les enfans d'Apollon
'Attentifs à ta voix , recueillant tes oracles ,
Tout d'une voix te mettre au nombre des mirag
cles ,
Et vanter leur bonheur d'être contemporains
D'un nouveau Mécenas , ami des Souverains ,
Qui du rang, où de longs & d'importans fervices
L'ont conduit au travers de mille précipices ,
Ne voit d'objets auxquels fon grand & noble
coeur
Puiffe & doiye donner une conftante ardeur ,
Que le vrai , que le bon , que le fçavoir folide
Qui dans l'art de bien vivre eft un fidéle guide,
On les voit à l'envi , ces Sçavans refpectés ,
Que renferme la fleur des plus doctes Cités
* Leipfik .
** M. le C. de M. eft âgé de 72 ans , & jouit
P'une parfaite fanté , confervant toujours un air
un port & des graces , qui l'ont rendu le plus bel
homme & le mieux fait de fon tems .
NOVEMBRE. 1748 . 77
Déployant fous tes yeux tout ce qu'ils ont de force,
Et trouvant dans ta voix la plus puiffante amorce ,
Enfanter coup fur coup des prodiges nouveaux
Et difputer le prix , comme autant de rivaux .
Ce prix eft ton fuffrage ; heureux qui le remporte !
De l'immortalité c'eſt la plus fûre porte.
Pour l'obtenir , Winckler * de l'électrique feu
Sonde les profondeurs , & démêle le jeu.
De les doctes travaux la riche récompenfe
Eft aux yeux de Gottfched ** ta feule bienveil
lance ;
Wolffmême , ce Héros , tout couvert de lauriers,
Ce Philofophe Roi , blanchi dans les dangers ***
Qui foulant à fes pieds l'audace & l'impofture ,
Tranfmet le plus grand nom à la race future ,
Wolfreconnoît en toi , généreux Manteuffel ,
De fa pure doctrine un témoin immortel ,
Dont la main & la voix , d'un zéle infatigable
Répouffant de l'erreur le monftre formidable ,
Et le faifant rentrer dans fon obſcurité ,
Célébre Profeffeur en Phyfique à Leipfix ,
qui a fait de grandes découvertes fur l'électricité ,
encouragé furtout par M. le C. de M.
** Autre Profeffeur , qui a publié plufieurs excellens
ouvrages de Littérature , d'Eloquence , de
Poëfie , de Philofophie , & c.
*** Il n'eft pas befoin, de faire connoître M. le
Baron de Wolf . Son nom n'a d'autres bornes que
celles du monde ſçavant .
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Mettent dans tout fon jour l'aimable vérité.
Mais quoi ! ta gloire vole , & d'une aîle rapide
Franchiffant les climats & la plaine liquide ,
Va frapper les regards de ce peuple éclairé ,
Qui toujours du bon feas fut l'organe épuré.
Cette vafte Cité qu'arroſe la Tamiſe ,
Parmi tant de beautés qu'à bon droit on y prife ,
N'en a point de plus rare aux yeux de la raiſon
Que ce célébre Corps , qui n'a pour fonction
Que d'éclairer les pas de la foible ignorance ,
Ou d'accabler l'erreur avec fon arrogance.
L'ardente foif du gain ne forma point les noeuds
Par lefquels font unis ces mortels vertueux.
Trouver la vérité , connoître la nature',
C'est pour eux le feul fruit de la longue culture ,
Des travaux affidus , des foins difpendieux
Que coûte l'examen de la Terre & des Cieux.
Dans ce vrai fanctuaire , où la vertu préfide ,
Tout fembloit t'appeller . Mais quelle main t'y
guide à
C'eſt un Prince * , en naiffant , au Trône deſtiné ,
Vraiment digne du rang pour lequel il est né.
Cet augufte héritier du Sceptre Britannique ,
Inftruit de tes vertus , & par la voix publique ,
* C'eſt S. A
propofé M. le
Londres.
R. M. le Prince de Galles qui
C. de M. à la Société Royale de
NOVEMBRE. 1748. " 19
Et parmille Témoins * , Juges & Connoiffeurs ,
Grave ton nom lui -même au Temple des neuf
Soeurs.
Les faſtes immortels font ouverts . On y trace
Ce que tu fis de grand à l'Olympe , au Parnaffe ,
Et nos derniers Neveux , aux titres éminens
Dont tu fus revêtu dès la fleur de tes ans ,
Joindront avec tranfport celui que ton mérite ,
Dont l'éclat feul pour toi fans brigue follicité ,
S'eft acquis dans ce jour ou d'unanimes voeux
Ont couronné ton front d'un laurier glorieux.
Če rate évenement , de ma Mufe affoupie
Diffipant tout à coup la longue lethargie ,
Enfante ce tribut. Reconnois- y , Seigneur
Et le zéle empreffé d'un ancien ferviteur ,
Et les vrais fentimens , dont mon ame eft remplie
Depuis cet heureux tems ** , le plus beau de ma
vie,
* Candidatusfact is es in focietate noftra Regali ,
Litteras commendatitias confignantibus . Legato Regis
Dania , Legato Veneto Principe de Lobkovik , Marthione
Nicolino , Reg. Societ, prafide ipfo , Domino
Martino Jolkes , nobili viro Carolo Stanhope , Andraa
Mitchele , Illufiri Scoto , & cliente tuo , me ipfo
Societatis Secretario. Extrait de la Lettre de notifi
cation de M. Mortimer , Secretaire de la Société
Royale de Londres , à M. le C. de M. du 7 Juin
V. St. 1748.
** M. le C. de M. a demeuré à Berlin depuis
1730 juſqu'en 1740 , & c'eft pendant ces années
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ou tous les jours admis au bonheur de te voir ,
Je goûtois à long traits , du matin juſqu'au ſoir,
Cette félicité , fi rarement connuë ,
D'admirer & d'aimer la vertu toute nuë ,
Une vertu fans fard , une noble grandeur ,
Non dans de vains dehors , mais dans le fond dia
coeur ;
Un efprit ennemi des préjugés frivoles ,
Dont le peuple fçavant fe fait autant d'idoles ;
Un Sage enfin , femblable à ceux dont le Portrait
Au Portique jadis fut tracé ttait pour trait.
que l'Auteur a eu le bonheur d'avoir ces douces
liaifons avec lui.
REPONSE de M. G. à la feconde Lettre
d'un Chirurgien de Province à un Mêdecin
de Paris fur la Garance , &c . inferée
dans le Mercure du mois de Septembre
1748.
V
Ous attendriez fans doute trop
long- tems , Monfieur , fi je ne fatisfaifois
vos défirs , que lorsque l'on fera
dans l'obligation de réimprimer les obfervations
fur les plantes . Je n'ofe efperer un
tel honneur pour ce livre , & peut-être
feroit-il mieux , furtout puifqu'il vous a
NOVEMBRE. 1748. 81
déplû , dé n'avoir jamais été dans le cas
d'avoir cette efperance. Je me fervirai
pour lever vos fcrupules , de la voie que
vous avez choifie pour me les faire con-
Boître . Elle eft plus prompte & plus fûre.
La réponse que l'on a faite à votre premiere
lettre eft de main de maître. Je le
reconnois avec vous d'autant plus volontiers
qu'elle n'eft pas de moi. Sçachant
combien il étoit délicat d'entrer en lice
avec un homme comme vous , j'avois laiffé
à quelqu'autre le foin de vous répondre.
Je ne connois pas celui qui a ofé le faire.
Je me félicitois en fecret de fa hardieffe.
Je jouiffois de la tranquillité d'un homme
qui a échappé à l'ennemi , mais vous n'avez
pas pofé les armes ; vous reparoiffez
plus terrible que vous n'étiez . Je me préfente
en tremblant pour repouffer vos
coups , & je fouhaite de tout mon coeur ,
que, me regardant comme vaincu , vous me
laiffiez goûter le plaifir de vous voir fatisfait;
au moins je me procurerai dorénavant
par mon filence cette agréable illufion.
D'auffi bonne foi que vous , je ne fetai
ancune difficulté de vous imiter dans l'aveu
que vous venez de faire ; ce feroit un
crime que de ne vous pas fuivre dans une
telle démarche . Je reconnois très-volontiers
que la note de M. Duhamel , inferés
Dy
S2 MERCURE DE FRANCE.
dans les Mémoires de l'Académie , m'avoit
échapé. Lorfque M. Duhamel lut fon Mé¬
moire , je ne tenois à l'Académie que par
le défir que j'avois de me rendre capable
d'y entrer , & en écrivant ce qui a ſcandalifé
votre exactitude , je n'avois pas fous
les yeux le Mémoire en queftion . Occupé
à rendre à M. Duhamel l'honneur qui lui
étoit dû , je ne voulois rien ôter à l'Auteur
Anglois de celui qu'il méritoit , & encore
moins à ma Patrie. Vous avez , Monfieur,:
rétabli les torts que j'avois pu faire ; vous .
devez être fatisfait de ce côté , & de l'aveu
fincére que je fais de mon peu d'érudition
. Je vous laifferai toujours , Monfieur,
la noble envie d'acquerir de la gloire en
feuilletant ce que la refpectable antiquité
peut fournir d'intéreffant fur ce point .
J'efperois même que votre réplique feroit
le flambeau qui nous éclaireroit dans cette
obfcurité , qu'il eft infiniment important
de diffiper , mais cette découverte eſt réfervée
à des jours plus heureux .
En attendant vos fçavantes Recherches ,
permettez moi , Monfieur , de vous prier
de remarquer que votre exactitude vous a
manqué , en rapportant l'endroit de l'Epitre
Dédicatoire des obfervations fur les
plantes ; vous m'y faites dire » que l'honneur
que fon Alteffe vient de me faire
NOVEMBRE. 1748. 83
"
» de me. nommer fon Médecin Botaniſte
eft un des motifs qui font que j'ofe lui
offrir cet ouvrage , qui regarde les glan-.
» des des plantes & leurs vaiffeaux excré-
» toires , comme des parties dignes d'être
» obfervées & qui l'avoient peu été julqu'ici.
Votre comme ne jette pas une.
grande clarté fur ce paffage. Voici mes
termes que je reprends d'un peu plus haut.
>> L'inclination que votre Alteffe Sereniffime
» témoigne pour cette partie de l'Hiftoire.
» Naturelle , & l'honneur qu'elle vient
»de me faire, en me nommant fon Méde-
» cin Botanifte , font les motifs qui font
» que j'ofe lui offrir cet Ouvrage . Il ren
garde les glandes des plantes & leurs
» vaiffeaux excrétoires. Ces parties , dignes
→ d'être obfervées , l'avoient peu été juf-
» qu'ici. Comparez , Monfieur , cet endroit
de l'Epître Dédicatoire avec celui de
votre réplique , & lorfque vous aurez rérabli
le texte , voyez fi vous pourrez en
conclure, comme vous faites dans les juftes
demandes qui font à la fin de votre lettre
, que les parties des plantes ont été рец
obfervées. Pour moi je n'ai pas voulu en tirer
cette conclufion . Si jamais il vous ar
rivoit de découvrir quelque chofe de nou-
La Botanique.
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE,
veau fur les glandes du foye , fur celles
des reins , du pancréas , des inteftins , &c.
& que ces parties ayant réellement été peu
obfervées , vous penfiez pouvoir le dire ,
ne ririez -vous pas de la bonne dialectique
du Critique fçavant , qui viendroit à en
conclure que vous prétendez que l'oeil , le
nez , l'oreille , & en général que toutes les
parties du corps humain ont été peu obfervées
? Relifez votre feconde lettre , & ne
dédaignez pas de revoir votre Logique.
Quant àmoi , je n'ai pas douté un inftant,
que , depuis les obfervations des Modernes
, plufieurs parties des plantes étoient
très -bien connues ; mais , Monfieur , j'oferai
avancer que ces Auteurs n'ont prefque.
qu'entrevû ce qui a fait l'objet de mes recherches
. Je crois même avoir affés entré
dans l'efprit de ces grands hommes , pour
penfer que
fi ma méthode leur eût été connuë
, ils n'auroient pas avancé avec le ton
décififque vous leur prêtez , qu'elle ne condu
foit à rien.
Rappellez vous , Monfieur , les differens
fyftêmes que l'on a donnés fur les plantes ,
& vous en trouverez un où l'on a fait entrer
des parties prefqu'auffi fines que celles
dont j'ai parlé. On les a fouvent admile
caractére diftinctif entre deux pour
genres. Je n'ai pas crûpouvoir me fervir
fes
NOVEMBRE . 1748. 84.
, !
à cet ufage des feules parties que j'ai ob
ſervées . Je n'ai même pas prétendu faire
un fyftême ; le contraire fe trouve prouvé
par l'endroit de la Préface des Obfervations
fur les Plantes , p. 27 , où je dis que
je ne prétens pas en donner un nou-
» veau , mais que je me fers de l'arrange-
» ment qui m'a paru le plus naturel , pour
» faire connoître des obfervations qui
" peuvent contribuer à en former un plus
» exact & plus général . J'efpére que
vous voudrez bien , Monfieur , prendre
cet ouvrage pour ce que je le donne , pour
même ce qu'il peut valoir dans votre efprit
, & penfer que , fi j'ai parlé autre part
avec moins de ménagement , ce font
ici mes vrais fentimens. J'ofe enfin efperes
que fi jamais vous daignez vérifier mes
Obfervations , vous accorderez aux parties
des plantes , fur lefquelles je les ai faites ,
une partie de l'admiration que vous pouvez
avoir pour celles que vous connoif-
Lez.
A Paris , ce 17 Septembre 1748.
86 MERCURE DE FRANCE.
LE CONCORDAT
De l'Esprit , de la Vertu & dis
Sentiment.
A L. LEGORI E.
A. M. D.
L'Efprit , cher Licidas , ayant choiſi ſon gîte ,
S'y trouvoit fort commodément :
Près de lui le bon goût , l'agréable enjoûment ,
S'étoient rangés tout au plus vite ,
Pour écarter les ennuyeux propos ,
Difcours guindés , & fades jeux de mors .
On n'entendoit dans ce charmant azile
Rien que de fin , de galant , de fenfé ,
On n'y parloit qu'après avoir penſé ::
Méthode rare , & pourtant bien utile.
Malgré ces féduifans plaifirs ,
Qui tenoient de l'Apothéoſe ,
L'efprit trouva qu'il manquoit quelque chofe ,
Pour arriver au but où tendoient fes defirs ;
C'étoit un point de conféquence :
Il s'agiffoit d'avoir la confiance
De la Vertu , de fe l'affocier.
Car elle feule a droit d'apprécier
Le vrai bonheur , la faine renommée ;
Et pour former la réputation ,
NOVEMBRE. 1748 . 87
Il faut que l'approbation
Par fa bouche foit confirmée.
L'efprit ,pour la chercher , jufqu'au féjour des
Dieux ,
Projettoit de faire un voyage ,
Mais il la voit fur fon paſſage ;
Il reconnoît fon air affable , gracieux ,
Et comprend auffi-tôt qu'il avoit l'avantage
D'habiter dans les mêmes lieux .
En cet inftant , pour comble d'allegreffe ,
On vit , majestueufement ,
S'approcher d'eux le Sentiment
Conduit par la délicateffe.
Tous trois firent un concordat ,
Où la Raiſon fervit de Sécretaire ;
Il fut paffé fans nul débat ,
Et Licidas en eft dépofitaire :
La Prudence inſpira ce conſeil ſalutaire ,
L'affemblée applaudit , ce fut le réfultat.
Dès ce moment leur union jurée ,
Mife au jour par les plus beaux traits ,
Nous retrace le tems d'Aftrée ,
Qu'on croyoit ne révoir jamais.
Par M. S. du C
$8 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES CRITIQUES
fur les Differtations contenues dans les trois
premiers volumes de la nouvelle Bible.
Ome 1 , page 262. Les Grecs ( Apollodore
, I. 1. Bibliothec . c. 6 ) prétendent
qu'il y avoit des Géans dans les campagnes
Phlegnés , & dans la Ville de Pellêne.
Lifez dans les campagnes Plegrées , ou
dans les plaines Phlegréennes ( in Phlegrais
campis. )
Pellêne dont il s'agit ici , n'étoit point
une Ville ; c'étoit une péninfule ou prefqu'Ifle
de Macédoine . Lifez donc , comme
dans Apollodore , d'autres difent en Pellêne.
Pag. 264 , Ephialtes & Orion . Lifez ,
Otos , le plus beau des hommes après le célebre
Orion .
Pag. 264. Celles ( les Statues ) des ayeux
d'Hecarée , Hérodot , I. 2. c. 30 , 43 , 175 ,
176.
Ici le Differtateur s'eft trompé . Hérodote
ne dit point que ce fuffent des Statuës
des ayeux d'Hécatée. En effet , qu'avoit de
commun Hécatée de Milet avec les Statues
Coloffales de Thébes dans la haute Egypte?
Confultez Hérodote , & vous verrez comNOVEMBRE.
89 1748.
ment le Differtateur a confondu les difcours
vains d'Hécatée , qui fe difoit defcendu
des Dieux, avec les Statues Coloffales
qui fe voyoient à Thèbes.
Pag. 265. Ce crâne avoit bien onze pieds
ou onze fpithames ; la fpithame eft de douze
doigts.
quarts
: Le pied Grec eft de feize doigts ; ces feize
doigts s'évaluent à douze pouces . Or la
fpithame n'eft que de donze doigts , &
non pas de douze
elle ne fait pas
pouces ;
un pied , mais feulement les trois
d'un pied. Corrigez donc ainfi : Ce crâne
avoit bien onze pieds , ou quatorze fpitha
mes , plus huit doigts, Il arrive plus d'une
fois au Docte Pere Hardouin ( dans fes notes
für Pline ) de confondre les doigts avec
les pouces
.
Pag. 265. Orion ( liſez Otos ou Otus , frere
d'Ephialtes. Voyez Odyff. x1 . v. 310.
Pag. 268. Theutonus , lifez Theutobochus.
Pag. 269. L'homoplate , lifez , l'omoplate.
Pag. 271. Xerxès menoit à la guerre
contre les Grecs un Géant , nommé Artachorus
, haut de cinq coudées de roi , qui
font fept pieds & demi.
Lifez , 1 ° . Artachaés , comme dans Herodote
, l . 7. c . 117. 2 ° . qui font ſept pieds
& demi, plus quinze doigts. Les Grecs avoient
trois fortes de coudées : La petite , qu'ils
90 MERCURE DE FRANCE.
appelloient Pygon ; la moyenne , ou la cou
dée ordinaire , qu'ils appelloient fimplement
coudée ( x ) ou coudée moyenne,
( йU METRI ), & la coudée royale ou
coudée de roi ( 7xus Bao ï ). Hérodote
parle de la premiere , l . 2. c . 175 ; de la
feconde , 1. 2. c. 149 , & de la feconde &
de la troifiéme , l. 1. c. 178. Cinq coudées
ordinaires font fpt pieds & demi . Mais il
s'agit ici de la coudée royale , laquelle
( felon Hérodote , 1. 1. c. 178. ) avoit trois
doigts plus que la coudée ordinaire. Artachés
étant donc haut de cinq coudées
de roi , avoit fept pieds & demi , ( qui font
cinq coudées moyennes ou ordinaires )
plus quinze doigts, puifque chacune des cinq
coudées de roi avoit trois doigts plus que
la coudée moyenne ou ordinaire ; mais
ôtez en quatre doigts , car Hérodote dit
cinq coudées de roi , moins quatre doigts ( ce
que le Differtateur a omis ) ; refte donefept
coudées & demie , plus onze doigts.
Pag. 279. Hérodote ( 1. 11. ) dit qu'il y
avoit deux fortes de coudées chês les Babyloniens
; que la coudée de roi étoit plus grande
de trois doigts que l'ordinaire.Ezéchiel,
qui écrivoit en ce pays- là , avertit que
la
coudée dont il fe fervoir , étoit plus grande
que l'ordinaire d'un palme , c. 40. .5 .
& c. 43. V. 13. Nous parlerons de ces
NOVEMBRE. 1748. 91
prétendues coudées Babyloniennes après
quelques articles que nous ajoûterons ici.
Pag. 324. Au-deffus de la ( lifez dans la
& voyez Hérodote , l . 1.c. 181 ) huitiéme
& derniere tour , on trouvoit un grand
Temple.
. Je dirois une grande Chapelle. Dans une
tour un Temple ! Et dans cette tour au huitiéme
étage , un grand Temple ! Cela eft- il
vrai- femblable ? N'eft ce pas affés d'une
grand: Chapelle ?
Plus bas dans le même Temple Plus bas
femble dire un peu plus bas que le huitième
étage , au lieu qu'Hérodote ( I. 1. c. 183 )
dit en bas. Lifez donc en bas.
Pag. 380 & 388. Thermodoon , lifez
Thermodon.
Tom. 2 , pag. 533. Hérodote intitula les
neuf livres de fon Hiftoire du nom des
neuf Muſes.
Le fait que le Differtateur avance ici ,
eft plus que douteux . Je crois qu'on peut
prouver qu'Hérodote ne fut jamais fi préfomptueux,
& que ce furent les Auditeurs,
qui il lut fon ouvrage , ou les Lecteurs
qui donnerent les noms des neuf Mufes à
fes livres .
à
Pag. 583. Thérès , pere de Sittacès. Lifez,
Térès.... Sitalcès.
Pag, 614. Hérodote , l . 1. c . 138 , die
12 MERCURE DE FRANCE.
que les Perfes chaffent de leur pays les
étrangers qui auroient été reçus chés un lépreux.
Hérodote ne dit point cela ; c'eſt ſon
Traducteur Latin qui le dit , externum qui
ab iifdem acceptus fuerit , Edition in- 16 . de
Gryph. 1557 , que le Differtateur cite
quelque part comme de 1558 , & de laquelle
il a trop légerement emprunté ce
qu'il dit ici , fans confulter le Texte . Il
s'agit dans cet endroit de la lépre & de la
la blanche ( qui eft une forte de lépre. )
Hérodote dit que ( chés les Perfes ) fi quel
qu'un des Citoyens a la lépre ou la blanche,
l'entrée dans la Ville lui eft interdite , &
qu'il n'a plus ni commerce ni fociété avec
les autres Perfes , & que tout étranger , qui
eft infecté ou attaqué ( de ces mêmes maladies
, qui iifdem correptus fuerit ) la plûpart
le chaffent du pays..
Combien de monftres , pour avoir fuivi
une verfion infidelle , les Sçavans n'ont- ils
pas enfantés depuis 250 ou 300 ans ?
Je mets au nombre de ces monftres la
Ville de Colchos ; monftre enfanté depuis
plus de deux cens- trente ans ; monftre careflé
, reçû , adopté depuis adopté depuis ce tems- là
la plupart des Ecrivains Académiciens ,
Differtateurs , Poëtes , & furtout, par les
Poëtes de Théatre ; monftre exterminé depar
NOVEMBRE. 1748 .
par
puis environ trois ans , mais reffufcité
l'Auteur des Differtations de la nouvelle
Bible.
De ce nombre eft auffi l'Eridan d'Hé,
rodote , tranfporté d'Italie dans la partie la
plus Septentrionale de l'Allemagne , &
identifié par les uns avec la Viftule , par les
autres avec le Radawn , petite Rivière qui
fe jette dans ce Fleuve ; monftre enfanté par
le commerce de Goropius Bécanus avec
l'infidelle verfion Latine de Laurent Valle;
monftre adopté par les plus habiles Géogra
phes ,tels que Cluvier , Paulus Merula , le
P. Briet , Cellarius , M. l'Abbé Bannier ,
de l'Académie des Belles - Lettres , &c .
Le nom de Denys ( nom refpectable ,
nom de Baptême ) donné à Bacchus par un
Sçavant de notre fiécle , parce qu'il a trouvé
dans la verfion Latine de quelqu'Auteur
Grec (peut- être d'Apollodore ) Dionyfius
au lieu de Dionyfos ou Dionysus , faute
que j'ai rencontrée plus d'une fois dans les
Differtations de la nouvelle Bible.
Nous mettons auffi de ce nombre ce
qu'on fait dire à Hérodote , qu'il y avoit
deux fortes de coudées chés les Babyloniens ; &
à Ezéchiel , que la coudée dont il fe fervoit ,
étoit plus grande que l'ordinaire , d'un palme.
Les mesures dont parle Hérodote , font
le doigt ( Surlua✪ ) 1 , 1. c. 178 , & 1. 7. c.
24 MERCURE DEFRANCE.
107 ; la Palaiſte ou Palæfte on Palafte , l . 1,
C. 150 ; la Spithame ou le fpithame , l . 2. c,
106 ; le pied , 1. 2. c. 124 , 127 , 149 ; le
Pygon, 1. 2. c. 175 3 la condée ( xus J. 1. 2.
c. 149; l'orgyie (' cgqved ) 1. 2. c. 149 ; le
plèthre 1. 2. c. 149 ; le ftade , 1. 2. c. 149 ;
la parafange ou le parafange , 1. 2. c . 6 ; le
Schoene , 1. 2. c. 6. & 149 ; l' Aroure ou
Arure , 1. 2. c. 168 .
>
Entre ces meſures, il y en avoit de communes
& ordinaires , & de royales , un
peu plus grandes que les communes . Hérodote
, outre le Pygon , qui eft la plus petite
coudée , diftingue deux fortes de coudées
; la coudée commune & ordinaire , ou
coudée moyenne ( τι μετείκ πεχεως ) 1. 1. C.
178 ; car μeTis fignifie commune ou
moyenne, mediorcis , comme portoit la verfion
Latine de Valle jufqu'au tems de Henri-
Etienne , ce que depuis on a changé malà
-propos en cubitus quo pro menfura utimur ,
& la coudée royale ou coudée de roi , Ba
añï☺ añxus , l . 1. c. 178. & l. 7. c. 117;
condée qu'il dit être plus grande de trois
doigts que la condée moyenne ou commune,
Il parle auffi de la coudée Samienne , & de
la coudée Egyptienne , l . 2. c. 168 , & il dit
expreffément que l'une étoit égale à l'autre,
On peut faire ici plufieurs questions.
Que doit- on entendre par le uμέrτριαanxve
NOVEMBRE. 1748. 25
d'Hérodote , l . 1. c. 178 ? La coudée royale
ou coudée de roi , eft- elle differente, quant
à fes élémens , de la coudée commune ou
coudée moyenne, de la coudée fimplement
dite aux chap. 83 du l . 1. 13 , & 149 dų
1.2 ? Eft-elle differente de la coudée nommée
fans épithete , de la coudée définie par
Hérodote , de la coudée qui contient fix
palaiſtes ou palaſtes , l . 2. c. 149 ?
Par leur aйxus du l. 1. c 178 , Val
le a entendu la coudée ordinaire , la cou
dée moyenne , la coudée commune , eft
autem cubitus regius quàm mediocris tribus
digitis major, Trois Traducteurs en Langues
vulgaires ont fuivi le même fens ; Saliat
, Traducteur Gaulois , Edit, in- 16 ,
fol . 66 , verfo , Boiardo , Traducteur Italien
, Edit. in S. in Venetia , 1539 , folią
29 , verfo Littlebury , Traducteur Anglois
, Edit, in- 8 ° , 1723 , pag. 111 ; le
Içavant Saumaife , Exercit . Plin . Edit , Paris
1629 , pag. 1233 & 1234 , & c. de
même.
Cette Traduction n'a pas plû à ceux qui
ont revû Hérodote , ou la verfion Latine
d'Hérodote, depuis Contard d'Herefbach ,
qui l'avoit revûe & fait imprimer à Cologue
, apud Eucharium Cervicornum , 1526,
laquelle fut réimprimée à Paris 1528 par
Badius Afcenfius , à Cologne par Cervi6
MERCURE DE FRANCE.
cornus, 1537 , à Lyon , par Gryph. 1542,
& par le même , 1557 , &c. Au lieu de
quam mediocris , ils ont mis quàm is quo pro
menfura utimur ; c'eft ainfi qu'on lit dans
l'Edition de Paul Etienne , 1618 , dans
celle d'Angleterre ou de Thomas Gale ,
1679 , dans celle de Gronovius , 1715 ,
qui font les trois dernieres Editions d'Hé
rodote ; je conjecture qu'on lit de -même
dans l'Edit. de Jungerman , 1608 , dans
celles de Henri Etienne , 1592 , 1570 ,
1566 , & que c'eft Henri Etienne qui a
inferé cette correction , ou plutôt cette
corruption dans le Texte. Le fameux Traducteur
du Ryer , de l'Académie Françoi
fe , l'a fuivie : La coudée de roi , dit- il , pag.
154 , Edit. de Troyes , 1667 , in- 12 . eft de
trois pouces ( il devoit dire doigts ) plus granque
celle dont on fe fert ordinairement pour
mefurer.
de
>
La premiere Edition de la Traduction
Françoife d'Hérodoté par du Ryer
Membre de l'Académie Françoiſe , eft
de 1645 ou de 1646 , deforte que depuis
plus de cent ans perfonne n'a eu le courage
de donner un habit neuf au Pere de
Ï'Hiftoire , qui néanmoins en a grand befoin.
Guillaume Colletet , Parifien , auffi
de l'Académie Françoife , mort en 1659 ;
en avoit traduit quatre livres , mais cet ou
vrage
NOVEMBRE. 1748. 97
Frage n'a point été imprimé. Depuis une
vingtaine d'années , M. l'Abbé Potonnier
( ou Pautonnier ) d'Orléans , Chapelain
chés le Roi , avoit commencé à traduire
cet Auteur ; M. de la Barre , de l'Académie
Royale des Belles-Lettres , en avoit aufli
entrepris une Traduction , mais l'ouvrage
leur paroiffant difficile & ingrat , ils fe
font rebutés & l'ont abandonné ; je fçais
que M. de la Barre n'en avoit pas fait deux
Livres .
Le mot Grec uerpos , fignifie qui a ſa jufte
mesure , modéré , médiocre , modique , qui
n'excede point , ὁ μεμετρημένην εσίαν ἔχων
difent les Lexiques d'Héfychius & de Varinus
Phavorinus , & c . il fe prend dans un
fens paffif, qui eft mesuré , & non pas dans
un fens actif , qui mefure ou qui fert à mefurer,
On doit fuppofer , juſqu'à- ce qu'on ait
trouvé de fortes preuves du contraire ,
qu'Hérodote fuit la bonne Logique , du
moins la Logique naturelle . Or le bon fens
ne permet pas de dire : la coudée royale ,
( la coudée de roi ) eft de trois doigts plus
grande que celle dont on fe fert pour mesurer.
Ce feroit diftinguer la coudée de roi de
l'autre coudée ( de la coudée moyenne )
par une proprieté qui eft commune à l'une
& à l'autre.
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Il eft certain que la coudée royale étoit
differente de la coudée commune ou coudée
moyenne , de Ja coudée fimplement
dite , des chap. 183 dál, 1 , & 13 & 149
du 1. 2 ; il eft certain qu'elle en étoit diffe
rente , quant au nombre de doigts , car la
coudée royale avoit trois doigts plus que
la coudée moyenne ou coudée commune ,
1.1.c. 178 , mais cette coudée royale étoit
elle une coudée Grecque , une coudée en
ufage chés les Grecs , une coudée compo
pofée de doigts Grecs ou de parties da
pied Grec ?
Saumaife ( exercitat. Plinian. ) pag. 1233
& 1234. Edit. Paris , 1629 ) & quelques
autres ( comme du Pinet , dans fa vieille
Traduction Françoiſe de Pline , l . 6. c, 26.
&c. ) prennent la coudée royale pour une
mefure Babylonienne , pour une meſure
differente de celle des Grecs , parce que
Hérodote , l. 1. c. 178 , l'employe en parlant
de l'épaiffeur & de la hauteur des
murs de Babylone.
Le fçavant & laborieux Pere Hardouin ,
dans une note fur le ch. 6. du 1. 6. de Pline
, où le Naturalifte Latin donne , d'après
Hérodote , la hauteur & l'épaiffeur des
murs de Babylone , dit , Digitis duodecim
pes Romanus conftabat , Babylonius undevi
gintis & dans fon Index , pedes Babylonii
NOVEMBRE. 1748. 99
ternis digitis ampliores quàm Romani , & il
renvoye au chap. 26 du 1. 6.
Je ne puis adhérer à cette opinion , &
la raifon dont on prétend l'appuyer , me
paroît nulle . Artachæès , Seigneur Perſe ,
avoit cinq coudées de roi , moins quatre
doigts , 1.7 . c. 117. De ce qu'Hérodote
mefure la taille de ce Seigneur Perfe par
coudées de roi , s'enfuit- il que la coudée
qu'il employe pour mefure , foit une me→
fure de Perfe , une coudée de Perfe , une
coudée compofée d'autres élémens que la
coudée Grecque ?
De ce qu'il dit , 1. 4. c. 85. que le Pont
Euxin a de longueur 11100 ftades , & de
largeur 3200 ftades , s'enfuit-il que le ftade,
dont il fe fert en cet endroit , foit un
ftade particulier , un ftade propre aux ha
bitans du Pont Euxin , un ftade different
du ftade Grec ?
L'idée d'une prétendue coudée royale
Babylonienne dans Hérodote, l. 1. c. 178,
n'a peut-être point d'autre fondement que
1. l'interprétation de ces mots To μergir
xsos , qu'on a rendus ( dans les dernieres
Editions de la verfion Latine d'Hérote
) par cubitus quo pro menfura utimur , inprétation
fauffe & induifante
en erreur ;
2º. l'ufage qu'en fait Hérodote
pour me-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE,
furer les murs de Babylone. Hérodote ,
aura-t'on dit , diſftingue la coudée royale
de celle dont on fe fervoit en Grece
pour
mefurer : donc la coudée royale n'étoit
point une mesure Grecque. Hérodote s'en
Lert mefurer les murs de Babylone ;
pour
donc c'étoit une mefure Babylonienne
une coudée Babylonienne.
"
La premiere raifon n'eft appuyée que
fur une fauffe interprétation du texte Grec,
ainfi elle eft vaine. La feconde ne l'eft pas
moins , puifqu'Hérodote fe fert de coudée
Grecque , du ftade Grec , &c. pour mefu
rer les longueurs , largeurs , diftances , & c.
de Perfe , d'Egypte , de Babylone , & d'au,
tres pays , d'où il ne s'enfuit nullement
qu'il admette autant de fortes de coudées,
de ftades , &c, qu'il y a de pays auxquels
il applique ces mefures.
Mais , dira-t'on , l'existence d'une coudée
Babylonienne eft reconnue par les Sçavans,
par les Commentateurs de l'Ecriture Sainte
, depuis deux cens ans , & ils l'appuyent
en partie fur Hérodore. A cela je réponds
que la fauffe exiſtence de la Ville de Colchos
, la tranflation de l'Eridan d'Hérodote
dans la partie Septentrionale de l'Allemagne
, & fon identification avec la Wif
sule ou avec le Radawn , &c , ne font pas .
NOVEMBRÉ. 101
1748.
moins anciennes , pas moins autorisées
par les Sçavans de la plus grande réputation
, & par une tradition non interrompue.
Cette ancienneté n'est que vetuftas
roris.
er-
Voyons maintenant fi l'existence des
prétendues coudées Babyloniennes n'eft
pas mieux appuyée fur Ezéchiel que
Hérodote.
....
fut
Ezéch. c . 40. . 1. La vingt- cinquiéme
année de la Tranfntigration . quatorze
ans après la ruine de la Ville de Jéruſalem;
Y. 2. Ezéchiel eft tranfporté en une viſion
divine au pays d'Ifraël ; v. 3. il rencontre
un homme qui tenoit d'une main un
cordeau de lin (funiculus lineus ) & de l'autre
une canne pour meſurer ( dans l'Hébreu
kene hammida ; ) . 5. & cette canne pour
meſurer avoit fix coudées en coudée & palme
(Tophach dans l'Hébreu , wands dans le
Grec. ) Je remarquerai en paffant, que dans
une nouvelle verſion Françoife de la Bible
entiere en un volume in- 12 . Cologne
1739 , appellée la Bible de M. le Gros
cette canne pour mefurer avoit , dit - on ,
fix coudées Hebraiques, dont chacune avoit
une coudée Babylonienne & un palme.
L'homme dont parle Ezéchiel, mefura avec
fa canne l'épaiffeur de la muraille extéricu-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
re qui environnoit le Temple ..... 42
les quatre tables , qui étoient pour les ho
locauftes , étoient faites de pierre de taille,
qui avoient une coudée & demie de long
une coudée & demie de large , & une coudée
de hauteur ; . 43. elles avoient un bord
d'un palme (d'un petit palme, d'un Tophach
dans l'Hébreu , d'une palaifte dans le Grec )
qui fe courboit en dedans tout autour ,
& c.
Dans tout ce que dit Ezéchiel concernant
la coudée , dans tout ce qu'en difent
les autres Livres de l'Ecriture Sainte, je ne
vois qu'une coudée Hébraique ; je n'y apperçois
pas la moindre mention , pas la
moindre indication , pas le moindre veftige
d'une coudée Babylonienne .
La canne pour mefurer avoit fix coudées ,
en coudée & Tophach , Ezech. 40. v. 5 ; on
mefura l'autel en coudées , coudée & To- 2
phạch ,
, Ezéch, 43. V. 13. J'entends cela de
la canne qui avoit fix coudées , qui étoit
divifée fix fois en coudée , ce qui faifoit
fix coudées , & dont chacune des fix coudées
étoit divifée en Tophachs ou petits.
palmes, afin que celui qui s'en fervoir, pût
mefurer & les demi-coudées , & les palmes.
ou Tophachs. Je ne vois rien là qui établifle
l'existence d'une coudée BabylonienNOVEMBRE.
1748. 103
nes je n'y vois rien qui marque que la
coudée Hébraïque eût une coudée Babylonienne
& un palme .
Il falloit que fur cette canne la coudée
fût marquée , & que le palme ( le petit
palme ) y fût marqué auffi , puifqu'il s'agiffoit
de mefurer non-feulement des coudées,
mais encore des Tophachs ou petits palmes
, c. 40. V. 43. La meſure de la canne
étoit de fix coudées , exactement , c. 41.
. 8. le palme qui y étoit marqué , n'étoit
ni en fus des fix coudées , ni en fus de chaque
coudée ; il étoit marqué dans chaque
coudée , c'est-à-dire que chaque coudée
étoit divifée en fix palmes , chacun de quatre
doigts , & les fix palmes faifoient vingtquatre
doigts , qui font la meſure de la
coudée , & par le moyen de trois de ces
palmes on mefuroit la demi coudée , c'eſtà-
dire le Zereth ( ou grand palme , ou la
fpithame ) c. 43. v. 13 & . 17.
Eu
104 MERCURE DE FRANCE.
ANTENOR ,
Ou l'origine de la République
de Veniſe.
A
POEM E.
Par M. Dourxigné.
Antenor potuit mediis elapfus Achizis
Illyricos penetrare finus , &c. Virg. Æn. L. H
Chercher un aziſe en tous lieux occupé ,
Aux flammes d'Ilion Antenor échappé ,
Errant de mers en mers au gré d'un fort funefte ,
Portoit de fes débris le déplorable refte.
D'Hénétes , de Troyens, bannis de leurs climats ,
Une troupe fidelle accompagnoit fes pas ,
Prête à facrifier pour ce généreux Guide
Des jours qu'avoit ſauvés fon courage intrépide ,
Quand l'Arbitre abfolu de la terre & des Cieux ,
Jettant fur ces mortels un regard gracieux ,
Aux Dieux , qu'en leur faveur il affemble luimême
,
Dicte par ce difcours.fa volonté fuprême :
O vous , qui tour à tour verfez fur l'univers
Et les brillans fuccès , & les triftes revers ,
N'eſt- il pas tems , ô Dieux , qu'après mille fupplices,
NOVEMBRE . 1748 .
105
Un Peuplé infortuné nous éprouve propices ?
Nous pouvons du repos lui fournir les moyens.
Accordons un'azile aux vertueux Troyens.
Que fur des bords nouveaux la gloire * & la puiffance
Soient le prix éclatant de leur longue conftance.
On verra naître un jour de ces Peuples vaincus
Des Héros , dont le Ciel chérira les vertus .
C'eft d'eux que doit fortir cette Ville immortelle
Illuftre monument de leur fplendeur nouvelle ,
Qui , dans tout l'univers étendant fes exploits ,
Au Golphe Adriatique impofera des loix ,
Et qui par fon pouvoir & fa haute fageffe
Doit enfin à fon tour triompher de la Gréce
Mars des deffeins d'Enéé a protégé le cours :
Mais quel Dieu d'Antenor veillera fur les jours
Il dit : le Souverain de l'Empire de l'onde
Au Dieu , dont le pouvoir embraffe tout le monde,
Se hâta le premier de répondre en ces mots :
C'est moi , grand Jupiter , qui fouvent dans les
Alots
Précipitant des Grecs la flotte criminelle ,
Pour les Héros de Troye ai fignalé mon zéle 5
Je n'ai pu prévenir fon deftin rigoureux ,
Mais j'en ai confervé les reftes malheureux
Si Troye à mes travaux a dû ſon origine ,
* Padones
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
J'en dois feul déformais réparer la ruine.
Jettons les fondemens d'un nouvel Ilion ,
Qui de les ennemis brave l'averfion .
A ces mots , empreffée à rompre le filence ,
Trop long tems , dit Minerve, une noire licence,
Par de honteux foupçons flétriffant mon hon
neur
M'imputa des Troyens le funefte malheur.
Non , mon Pere , jamais la baffe jaloufie
Ne m'infpira contr'eux une injufte furie.
Tant qu'ils ont poffedé l'image de Pallas ,
Les Grecs leur ont livré d'inutiles combats ,
Mais du Palladium la perte irréparable
Caufa feule , Ilion , ton deftin déplorable..
Enfin , pour effacer des foupçons odieux ,
Tes reftes à jamais me feront précieux.
Je veux fonder pour eux une Athénes nouvelle ,,
Plus digne de porter le nom d'une immortelle.
Le Deftin veut , reprit le vainqueur des Titans,
Qu'elle doive fon nom à fes feuls habitans.
Pour rebâtir les murs il a choifi Neptune;
Il n'appartient qu'à lui d'y fixer la fortune.
Ses flots lui ferviront de folides remparts ;
Il verra fes attraits briller de toutes parts ;.
Et formant avec elle une heureuſe alliance ;
*
Lui-même prendra foin d'étendre fa puiflance .
* Le Doge épouse la Mer.
NOVEMBRE. 1748 . 107
*
Venus tous les hyvers dans ce riant ſéjour
Ramenera les jeux , les plaifirs & l'Amour ,
Et de toute l'Europe y recevra l'hommage..
Mais vous aurez , Minerve , un plus noble avantage
:
Vous ferez le foutien des loix de cet Etat.
Votre Temple fera fon augufte Sénat ,
Et par vos loins Veniſe à l'abri des allarmes ,
D'une éternelle paix entretiendra les charmes
Comme un roc élevé , qui des flots & des vents
Méprife en fureté les efforts impuiffans.
Du Prince Phrygien les troupes fugitives
Déja de l'Heſpérie avoient atteint les rives ,
Quand le Maître des Dieux termina fon difcours;
Mille applaudiffemens en fuivirent le cours,
L'univers retentit de leur flateur murmure.
Antenor en conçut un favorable augure ,
Et par un Sacrifice en rendit grace aux Dieux ,
Mais le fort fürpaffa fon efpoir & fes voeux :
Et par mille périls fa conftance exercée
Dans fes Neveux encor ſe voit récompenſée;
* Ee Carnaval.
Evji
108 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M.Remond de Sainte Albine.
Onfieur , comme dans les Mercu-
M res , qui ont fuivi celui du mois de
Février dernier , il n'a rien paru contre
l'opinion d'un Auteur Italien * , cité dans
la lettre de M. le Marquis Maffei à M. de
la Condamine page 19 , touchant les coquillages
& poiffons pétrifiés qu'on trouve
fur les montagnes , ce filence, furtout de
la part des Sçavans , qui ont été invités à
examiner cette opinion , me donne lieu de
croire qu'on a négligé ,, ou d'en faire
l'examen , ou de la combattre fur un défaut
confidérable .
Ce défaut regarde la vérité de l'Hiftoire
Naturelle en ce point particulier , où l'Auteur
de cette opinion attribue les effets
merveilleux qu'il veut expliquer , au bouleverfement
général qui fe fit au commencement
du monde , & précifement au mament
que la parole du Créateur fépara les
eaux de la terre qui en étoit enveloppée ,
pour réduire celles - là en ur: lieu déterminé,
& pour faire paroître celle- ci en fon état
préfent.
* M. Antoine-Lazare Moro,
NOVEMBRE. 1743. 10༡
Je me borne à ce point feul , dont la
difcuffion ne fera pas fort longue , ne connoiffant
qu'imparfaitement le fyftême de
cet Auteur par l'idée que M. Maffei en
donne en fubftance dans fa lettre .
D'abord , je ne pense pas que M. Moro
veüille faire revivre l'erreur ancienne du
cahos , & nous perfuader avec les Philofophes
Payens, que tout fut créé confuſément
avec lui , de telle forte que les opérations.
fubféquentes du Créateur n'avoient confifté
qu'à débrouiller , feparer , & mettre
en place cette quantité prodigieufe de chofes
diverfes & contraires , qu'il avoit da
bord mêlées toutes enfemble dans un def
ordre général.
Cette idée eft non - feulement contraire
au deffein de Dieu , qui eft le
pere de l'ordre
& l'ordre même , mais encore à celle
que préfentent naturellement ces premieres
paroles de la Genefe ; Au commencement
, Dieu créa le Ciel & la terre , & la
terre étoit ftérile & dépouillée , Terra autemerat
inanis & vacna. C'eſt-à dire , fans
plantes , fans fruits , fans animaux , dénuée
, en un mot , de tout ce qui fit enfuite
Les richeffes & fa beauté . Ce feroit mal
entendre & mal expliquer ce texte , que
de le prendre dans un autre fens .
Dieu ,fouverainement libre & puiffant
FIO MERCURE DE FRANCE,
pouvoit à la vérité donner à fa parole, au
premier inftant de la création , cette fécondité
entiere & générale qu'il n'a fait écla
ter que par degrés , mais qui oferoit demander
pourquoi il ne l'a pas fait ainfi ?
N'eft- il pas plus jufte de penfer que dans
ee grand ouvrage fa fageffe ménagea , pour
ainfi dire , & diftribua les opérations de
fa puiffance , ou pour frapper d'une plus
grande admiration ceux qui contempleroient
les richeffes immenfes & les productions
inépuitables que fa parole enfanta
pour l'utilité & la parure de l'univers
; ou pour relever davantage fa gloire
par l'économie & la liberté avec lefquelles
il produifit toutes chofes , chacune
dans fon genre & fes efpéces , en fon tems
& à fon tour. Difons mieux : ne doit- il
pas fuffire d'apprendre par fon oracle ,
qu'il ne les produifit que dans l'efpace de
fix jours , jours réels & fucceffifs , durant
lefquels fa fageffe nous déclare elle - même
qu'elle fe fit un plaifir , & comme un jeu ,
des productions qui les diftinguerent * ?
Cela pofé , je viens au détail , & je vois
qu'au troifiéme jour Dieu ordonna aux
eaux qui étoient fous le Ciel , de s'affem-
* Cum eo eram cuncta componens & delectabar
per fingulos dies ; ludens in orbe terrarum. Prov.
NOVEMBRE. 1748.
bler en un lieu feul , & à la terre de paroître
(a) , & qu'au cinquiéme il créa les animaux
qui vivent dans l'eau & ceux qui
volent dans l'air ( b ) ; les autres animaux
terreftres ne furent créés que le fixiéme .
Or comment dans le bouleversement
fubit qui ( felon l'Auteur de la nouvelle
opinion ) fe fit lors de la féparation des
eaux d'avec la terre , les divers coquillages
, poiffons , &c ... peuvent- ils avoir été
portés aux endroits où on les trouve , &
conféquemment avoir été réduits en l'état
où on les admire , tandis que cette féparation
fe fit le troifiéme jour , & que les
poiffons & autres aquatiles n'ont été créés
que le cinquième ? De cette forte il feroit
arrivé une chofe impoffible. Leur tranfport
auroit précédé leur création , & ils
auroient pris une feconde. confiftence:
avant que d'avoir reçu la premiere. L'anaeroniſme
eft évident , & par-là très défavorable
à la nouvelle opinion qu'on veut
faire paffer pour la meilleure en ce genre ,
& pour la feule qui n'ait pas contre elle
( a ) Dixit verò Deus , congregentur aqua quafúb
coelofunt in locum unum & appareat arida. Gen. c.
1. verf. 9 .
( b) Dixit etiam Deus , producant aqua reptile anima
viventis & volatile fuper terram……. ibid. verf..
2.Q....
112 MERCURE DE FRANCE.
une impoflibilité abfolue & manifeſte ,
pag. 36. l . 14.
Si , moins jaloux de l'ancienneté de la
date du phénoméne , M. Moro l'eût rapporté
au tems du déluge , fon opinion auroit
été plus probable en tout fens : fon
fyftême ingénieux auroit tiré un plus
grand avantage des mêmes raiſons fur lefquelles
il l'appuye , parce que ces raifons
paroiffent d'ailleurs fondées fur la bonne
Phyfique.
11 eft vrai , qu'en fuppofant avec cet
Auteur » la terre au milieu des eaux , couverte
d'une croute épaiffe de pierre qui
contenoit le feu qui étoit , & qui e
encore aujourd'hui , en grande quantité
» dans fes entrailles. pag. 32. 1. 7. Le
bouleversement dont il s'agit dut fe faire
d'une maniere plus éclatante & plus éren
due , quand la parole du Créateur fépara
les deux élemens , dont l'un ( la terre ) fe
trouvoit enféveli dans l'autre ( l'eau ) .
Parce qu'alors la force de cette parole di
vine excita plus puiffamment l'effort vio
lent que le feu fit pour obéir , c'est-à- dire ,
pour rompre cette croute épaiffe , pour
» élever les montagnes , & pour réduire la
» terre à fon état préfent. Mais doit - on
eftimer le merveilleux , quand il n'eft pas
fondé fur le vrai 2
NOVEMBRE 174S. 11
Pourquoi les éruptions , les fecouffes ,
les foulevemens les renverfemens , les
écroulemens , &c . qu'on fuppofe s'être faits
au commencement du monde , n'ont-ils
pû arriver pour la plupart , en . plufieurs
endroits de l'univers , de la même maniere
& par la même caufe , lors du déluge univerfel
qui fembla réduire la terre au même
état où elle étoit avant que Dieu lui
ordonnât de paroître , c'est- à- dire , enfévelie
dans les eaux ?
En effet , quand les eaux du déluge eu
rent couvert toute la furface de la terre à
une hauteur extraordinaire , & qu'elles en
curent furpaffé les montagnes les plus élevées
* , ces eaux immenfes ne furent - elles
pas autour d'elle , comme une enveloppe
Très - péfante , & comme des cercles forts
qui la détinrent plufieurs mois fous leur
puiffance , & qui en même tems refferrerent
& rendirent captif dans les entrailles
le feu qui y étoit abondamment répandu 3
Or quelles agitations ! Quels efforts ne
dûrent-ils pas fe faire , lorfque ces eaux
venant à décroître , & que cet allégement
diminuant la pefanteur de l'enveloppe &
la force des cercles , le feu intérieur rom-
Aqua fravaluerunt nimis fuper terram, opcrtique
funt omnes montes excelfi fub univerfo coelo. Gen
€ 7. verf. 19.
R
114 MERCURE DE FRANCE.
pit enfin fes prifons , ſe pratiqua de nouvelles
iffuës , ou rouvrit celles qu'il avoit
auparavant ! Et de-là quels effets furprenans
! Combien de Volcans ouverts !
Combien d'éruptions fubites ! Combien
de montagnes foulevées ou bouleversées !
Combien de matieres , auparavant enfon
éées dans le fein de la terre , ou au fond
, de la mer pouffées
tout d'un coup &
tranfportées
jufqu'aux
endroits
les plus
hauts , & confufément
entaffées
dans les
lieux , où du depuis elles ont acquis les
degrés de mutation
& de pétrification
dans lefquels on les trouve aujourd'hui
!
Ainfi,pourquoi remonter jufqu'au commencement
du monde Ne vaut- il pas
mieux croire que ce qu'on penfe fans fondement
avoir été fait dans ce tems - là , a
pû fe faire véritablement dans celui- ci ?
Ce dernier parti paroît d'autant plus préférable
, que prefque tous les fiécles poſtérieurs
au déluge , & celui même où nous
vivons , ont fourni , par intervalles , des
preuves vifibles de pareils effets caufés par
les feux fouterrains *
* On n'en rapporte ici aucun après ceux.qui
font marqués dans la lettre de M. Maffei , Le' plus
récent eft celui qui arriva il y a environ quarante
ans dans l'Archipel , où l'on vit fortir &
Groître peu à peu la nouvelle Iſle de Santorin qui
NOVEMBRE. 1745. if
Fajoute encore une réflexion . Si le feu,
qui étoit dans les entrailles de la terre, eût
produit au commencement du monde , &
lors de la féparation des eaux d'avec la
terre , le phénoméne en queſtion , ne ſemble-
t'il pas , que ces aquatiles pétrifiés ( en
Les fuppofant créés avant cette féparation )
auroient été , ou laiffés dans un refte , pour
ainfi dire , de la maffe du cahos , ou condamnés
à perdre , fous les éclats & les entaffemens
du bouleverfement prétendu ,
les priviléges de leur création , comme des
piéces de rebut , & comme indignes de
eette bénediction d'accroiffement & de
fécondité, que le Créateur donna à tout le
refte de leur eſpéce à la fin du cinquième
jour *.
Mais pourquoi cette partie d'animaux
auroit- elle été privée de cette bénediction
? Pourquoi & comment dans un
tems de création , Dieu auroit- il été tout à
la fois Créateur & deftructeur ? Je n'en
vois aucune raifon . Peut-être l'Auteur de
la nouvelle opinion a- t'il voulu compo
a près de dix milles de circuit, & fur les montagnes
de laquelle on trouve des huitres d'une grandeur
extraordinaire.
*
Benedixitque eis dicens : crefcite & multiplica
mini& replete aquas . Et factum eft vefpere mana
dies quintus. Gen. 6. ♣. verſ, 22, 23,
16 MERCURE DE FRANCE.
fer , de cette troupe difgraciée , une claffe
part , uniquement créée pour être maudite
& ftérile , & fimplement deftinée ,
fous cet anathême , à fe pétrifier dès l'enfance
du monde , pour amufer dans lá
fuite des tems la curiofité des hommes :
curiofité qui fur ce point , comme fur une
infinité d'autres femblables , fera toujours,
ou inutile ou mal fatisfaire .
:
, les
Oüi : malgré la pénétration d'efprit la
plus vive & la plus étendue , malgré le
fecours des opinions les plus probables &
des fyftêmes les mieux concertés
hommes trouveront toujours dans l'examen
des ouvrages du Créateur , & même
dans celui des jeux de la nature , des obfcurités
impénétrables. La jufte & parfaite
connoillance de ces ouvrages admirables
n'appartient qu'à l'Auteur fuprême , de la
main duquel ils font partis , & dont ils pus
blient fans ceffe la puiffance & la gloire.
Je finis ces réflexions , & je vous prie ,
Monfieur d'en faire part au public ,
moins pour ma fatisfaction propre , que
pour inciter quelque lecteur plus verfé
que moi , à mieux difcuter ce point de la
lettre de M. Maffei , qui les a occafionnées.
Je fais avec refpect , Monfieur , &c.
Richaud , Curé de Manelez- Forcalquier
› en Provence,
•
NOVEMBRE. 1748. 117
EP IT RE
A M. le Comte de la Motte Jacquelot , Barom
de Kerjean & de Camprillon , Confeiller
au Parlement de Bretagne. Par M. des
Forges Maillard , Affocié de l'Académie
Royale des Belles- Lettres de la Rochelle .
C Her Comte , à qui dès ma jeuneſſe ,
Mon coeur s'eft tendrement lié
D'un doux commerce d'amitié ,
Vous , dont j'adorerai fans cele
L'efprit , l'honneur la probité ,
Et l'aimable affabilité ,
Vrais attributs de la nobleffe ;
J'aurois bien dû , je le confeſſe ,
Vous avoir plûtôt yifité ,
Oui , vifité , revifité..
Mais procès , famille , ménage ,
Et pour certaine hérédité
Un inutile & long voyage ,
Et cent trains divers , ont été
Caufe de ma morofité,
Toujours prêt à trouffer bagage ,
Pour voler à votre Château ,
Et par quelque incident nouveau
18 MERCURE DE FRANCE
Toujours arrêté , dont j'enrage.
Cependant , Monfieur Saint Martin
Sur les aîles du Nord arrive
Grelotant fous fon caſaquin ,
Et bien-tôt à Maître Saint Yve
Vous enverra loin d'une rive
Où fur les courfiers nébuleux
Eole la terreur du monde
Commence à galoper fur l'onde
Et réveille au bruit orageux
D'un cor noirâtre & tortueux
La vague qui s'éleve & gronde
Dans le fond de les antres creux ,
Mais où votre moitié divine ,
Des clairs rayons de fes beaux yeux
Suppléant à l'Aftre des Cieux ,
Adoucit l'air de la marine.
Cependant les jeux , les appas ,
Vont imiter les Hirondelles ,
Et bien- tôt déployant leurs aîles ;
Voler en troupe fur les pas.
Nos coeurs, durant leur trifte abſence,
Seront réduits aux feuls defirs ,
Entretenus de l'efpérance ,
Qui nous affûre leur préſence ,
Quand l'effain des jeunes Zéphirs
Viendra , les levres démi- clofes ,
NOVEMBRE. 1748. 119
Dans le fein des premieres roles ,
Souffler les amoureux foupirs.
Ainfi donc puifque pour la Ville
Vous quitterez en peu de jours
Votre champêtre & noble azile ,
De ces momens hélas trop courts
J'irai m'approprier le refte ,
Et grace à la bonté célefte ,
Y vivre de foins délivré ,
Avec un auſſi galant homme
Que Dieu jamais en ait créé
Des climats Bretons jufqu'à Rome,
Et du féjour du Vatican
Jufqu'aux lieux , où le Prêtre Jean ,
Prêtre, l'époux d'une Négreffe ,
A peu près vétu comme Adam ,
Chante à fa mode la grand'Meffe .
Mais n'ayant , à vous parler net ,
Que mon Pégale pour monture ,
Cheval bon pour le cabinet ,
Dont l'avoine eft dans mon cornet ,
D'ailleurs quinteux dans fon allure ,
Qui cheminant quand il lui plaît ,
* Prête Jean ou Prêtre Jean, Du Cange dit qu'un
grand Roi de l'Inde a eu ce nom , parce qu'il tiroitfor
origine d'un Joannes Presbiter Neftorien , lequel on
1145 tua Coirem - Cham & ufurpala Couronne. D'au
tres difent que le Prête Jean étoit le Roi ou l'Empereur
des Abyffins. Voyez Morery. Dict.
;
120 MERCURE DE FRANCE.
Quand on le veut , n'eft jamais prêt ,
Qui craint qu'au fortir de ma chambre
En tricotant fon traquenard ,
Le ténebreux & froid Novembre
Ne l'enthume de fon brouillard
Vous me rendrez un bon office
De m'en envoyer un qui foit
Doux & facile de fervice ,
Qualem me ( tel qu'en demandoit
A certain guerrier certain Pere )
Manfuetum effe decet.
Mais dans le calcul que j'ai fait
Ami , n'allez pas vous complaire
A me jouer au berniquet ,
Comme on fit ce Miffionnaire ,
Qui fur les arçons tremblotoit ,
Avec raifon l'ane allarmée ,
Quand tout au travers de l'armée
Le Bucéphale l'emportoit ,
Et comme un Daim toujours fautoit
Surpris de fa charge légere.
Afourchez- moi tout au contraire
Sur un paisible & franc courfier ,
Qui foit, comme fon Cavalier ,
Paifible & für de caractére .
J'attends donc ce cheval moreau ,
*Voyez les Oeuvres de Saint Evremont , où cette
petite Hifloire eft écrite avec beaucoup d'aménité.
Alezan ,
NOVEMBRE 1748 12X
´Alezan , bay , brun , iſabelle ,
Et ferai fans ferment nouveau ;
Avec une ardeur éternelle ,
Profond refpect , ou ſans façon ,
Votre Serf jufques chez Caron ;
Et votre ami le plus fidelle ,
Par de- là même fa nacelle.
送送送送送送洗洗洗求求求求求求
DISSERTATION
Sur le Piment.
Ans le Mercure de France du mois
d'Août 1747 , on a demandé ce
que Sauval , tome II. des Antiquités de
Paris , page 459 , a voulu dire , quand il
a avancé que les Prieurs du Doyenné de
Châteaufort , ou Macy , devoient au Chapitre
de Notre-Dame tous les ans , la veille
de l'Affomption , une charette de Picment.
L'Emery , dans fon Dictionnaire Univerfel
des Drogues fimples , attribuë le
nom de Piement , Piment , Piment ou Pigment
(duquel on n'a point encore donné l'explication
) à trois plantes toutes differentes
, fçavoir au Botrys , au Capficum & au
Gale . Il s'agiroit donc d'examiner duquel
des trois Sauval entend parler. D'abord
* F
112 MERCURE DE FRANCE.
pas
feroit- ce des deux premiers ? Où trouver
une charette de Botrys ? Cela ne ferois
aifé. Seroit-ce du Capficum , & à quoi .
bon ? Le Botrys eft d'allez bonne odeur ;
mais qu'auroit- on voulu faire en répandant
une charette de Capficum dans une
Eglife : Refte le Gale. L'Emery remarque
qu'on apportoit autrefois à Paris par charetées
les branches de cet arbriffeau , &
que les femmes les mettoient dans leurs
armoires parmi le linge & les hardes.
Mais fi l'on répandoit une charetée de
Gale dans l'Eglife . de Notre - Dame de Paris
, fut- elle encore du double plus grande
qu'elle n'eft , je défierois bien les plus fortes
têtes d'y tenir. Ce n'eft donc pas là le
Piment que nous cherchons. Selon Jean
Bauhin , notre Gale n'a été nommé
Piment Royal ( Meliffophylum regium , comme
qui diroit Meliffe' royale , Piment le plus
excellent & le plus exquis ) que relativement
à un Piment plus commun , qui n'eft
autre ( à mon avis ) que notre Meliffe de
Jardin , ou la Citronelle : d'autant qu'en
Normandie le petit peuple l'appelle encore
aujourd'hui Piment , & que le nom
de Piment royal, eft originaire deRouen.Or
il eft aifé de fournir une charetée de ce
Piment , qui d'ailleurs eft le cordial le plus
fimple & le plus ami de l'homme , ce qui
NOVEMBRE. 1748 123
pourroir aufli fignifier , dans un fens fpiris
tuel , la pureté de l'ame,
Si l'on demande maintenant l'étymologie
du mot Piment , je puis répondre qu'il
vient du Latin Pigmentum , dans la fignification
de fenteur , de parfum , de chofe
odoriferante ; mais ce n'est pas dans le
même fens qu'on appelle le Capficum , Pis
ment , parce qu'alors il vient du mot Elpagnol
Pimenta , Poivre.
Qu'il me foir permis de faire uns refléxion
fur l'explication des termes ,Fragon
, ou Fracon , qui a été mife dans le
Mercure au mois de Juin 1747 , où il n'a
pas été parlé de l'étymologie. Ne pourroit-
on pas la tirer ainfi ? Fragon ou Fré..
lon ne viendroit - il pas de fragilis on fréle ,
auquel cas de petit houx feroit ainsi appellé
ironiquement , ou par antiphacafe
dans le fens que des Grecs ont appellé ,
holoftcon (tour os ou tout dur ) ply
fieurs plantes melles & délicates .
>
Au refte tout ceci n'eft que conjectures
de ma part , & je n'ai pas la préfomption
de croire que mon opinion doive fubjuguer
celle de qui que ce foit.
A S. Lo le premier Juillet 1748.
A caufe de fa dureté.
Fij
124 MERCURE DEFRANCE .
L
VERS
De Mlle *** à Mlle fa foeur , le jour
de fa naiffance,
Es Dieux , en te formant , pour prouver leur
puiffance ,
T'ont prodigué mille agrémens ;
J'en conviens , c'eft à nos dépens ,
Que tu leur dois ton exiſtence.
On vit le jour de ta naiflance ;
La Nature de fes tréfors
Avec foin compoſer ton corps ;
Minerve foutint que fans elle
On ne pouvoit faire une belle ;
Les Jeux , les Graces & les Ris,
Voulurent remporter le prix ;
Enfin , pour embellir Sophie ,
Chacun briguoit l'honneur d'être de la partie ,
Mais l'Amour , en riant leur dit ,
Pour moi , fans faire tant de bruit ,
A vos voeux je m'en vais ſouſcrire ,
Dans les beaux yeux j'établis mon empire.
Par Mlle C. **
NOVEMBRE. 1748. 125
EPITRE
De M. de la Soriniere de l'Académie
Royale des Belles - Lettres d'Angers, à
l'occafion de celle que M. l'Abbé du Pleffisde-
Joué , a adreffée à M. de la Bruere
dans un Mercure de 1748.
B Eau Troubadour , c'eft vraiment grand dommage
.1.
Que chevauchiez fi paiſible troteur ;
Noble Courfier , vif & plein de vigueur,
A jeune Abbé conviendroit davantage.
Mais après tout , quand ce vieux Oreillard ,
Que dépeignez plus froid que Chevillard ,
Aura rendu fon ame entre vos jambes
Trouverez lors montures plus ingambes
Et Palefroi de des Forges-Maillard ;
Gentil Pégale à croupe redoublée ,
Tel qu'autrefois monta Bellerophon
Courfier aflé , plus vite qu'un Griffon ,
Que bon Rimeur trouve & monte d'emblée .
Piij
126 MERCURE DE FRANCE
Rimez vraiment bien mieux qu'aucun de nous ;
Et maint Barbon peut en être jaloux.
'Avant quinze ans donner au Dieu Mercure
Vers à porter dans les lointains pays ,
Peut-être dit » miracle de nature ;
Et ne pouvons en trop vanter le prix.
Fruit fort aigret n'eſt fruit de wotte weine j
Je m'y connois ; fur les bords d'Hyppocréne
Tels en cueilloit , en ſe jouant jadis , fe
Certain Abbé qui vous lailla fa Muſe ,
Lorſqu'à S. Maur , à Saulx , ou dans Anet»
'Aux demi-Dieux qu'il charme & qu'il amufe
En faux-hourdon ſes Hymings entonnoit
!Avec Courtins & Chapelle &c in Faure,
Maîtres jurés , qui n'eurent d'autre share ,
Pour abordet aux plagas d'iklólicon ,
Qu'efprit joyeux , politeffe & saiſon,
NOVEMBRE. 1748. 127
CACAVAYƏCƏKDYPHAYAWDED
VA
MADRIGAL
Imité du Guarini.
A Mans , pour calmer votre peine ,
Ecoutez ce que peut l'Amour.
L'adorable Cloris , cette belle inhumaine ,
Que j'aimai long - tems fans retour ,
Pour qui mon coeur en vain ſoupira nuit & jour ,
Que j'appellois , à tort , ma Bergére , ma Reine ,
Qui rioit de mes maux , loin de les foulager ,
Elle aime ; elle m'appelle à fon tour fon Berger.
Par Mile Ifoline.
D
FABLE.
L'Araignée la Mouche.
Ame Arachné mouroit de faim ,
Maudiffant fa toile & fa vie ;
Une mouche furvient enfin ;
Arachné fait la rencherie ,
Et neveut point d'un fi leger feftin .
Attendons plutôt qu'un effain
D'infectes volans nous convie ,
Dit- elle , à faire chere lie .
Elle attendit tant qu'à la fin
La mouche appercevant fa cruelle ennemie ,
Fil
28 MERCURE DE FRANCE .
Deguerpit fans cérémonie ,
Et lui cria , de loin , d'un ton malin :
Adieu , belle ouvriere ; au revoir , à demain .
L'occafion vous fourit elle ?
Ne la laiffez point échapper ;
Elle eft cha ve , & de plus femelle ;
On court après , trop tard , & fans la ratrapper.
Par la même.
AUTRE TIRE'E DE PHEDRE.
P
Le Sanglier & l'Ane.
Our s'égayer , un fat , à cervelle légére ,
Choque par fois , s'attire une méchante affaire.
Meffer Baudet , rencontrant par hazard
Le Sanglierà l'oeil fombre & févere ,
Tout en riant , lui dit : bon jour , compere.
Le compliment pris en mauvaiſe part ,
Déja le Sanglier écumoit de colère ,
Et dévoroit des yeux le Baudet gozuenard .
Si ponr moi la vengeance étoit plus difficile ,
Elle auroit , reprit - il , de quoi me chatouiller ,
Mais je ne veux point me foüiller
Du fang d'une bête auffi vile .
Si le plaifant par fois cüeille des fleurs ,
Un bon mot a ſouvent fait verfer bien des pleurs.
Par la même,
NOVEMBRE. 1748. 129
>
On a dû expliquer les Logogryphes &
les Enigmes du Mercure d'Octobre par
Livre , Mercure , mariage , frons , felis, feu,
& écriture. On trouve dans le premier
Logogryphe lire , Vire , vie , Ive , lie , &
ivre. On trouve dans le fecond , mer , cure,
ruë, crême
ru, écume , ruë , plante , écu
ré , Mercure, Planette . On trouve dans le
troifiéme Marie , marge , mie, mari, Mage,
Iram , mare , arme , âge , ami , rime , game ,
ame , air , aigre , rage , grime , ire , image ,
Aga , Mire , & rame. On trouve dans le
premier Logogryphe Latin fons , ros , os
& dans le fecond fel lis .
Q
ENIGM E.
Ui voudroit nous compter
Nous dépendons d'un chef , nous ſommes fa pa
rure ;
On a foin de nous ajuſter ;
Le chef fournit à notre nourriture ;
En vieilliffant , nous changeons de couleur ,
Mais c'eft alors qu'on nous fait plus d'honneur.
J. F. C. de Semur en Auxois
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
JEE fuis célébre en France.
Louis en me nommant montre fa complaiſance.
iffu de Sang Royal , I , 2 3 > , 4,5 ,
Je bravai des Troyens un dangereux rival ;
3 , 4 , joignez 5 , je ſuis figne de joye ;
C'eſt par moi qu'au dehors fon tranſport ſe dé→
ploye ;
2 , 1 , 4 , avec s , fils du pere des Dieux ,
J'ai vu l'Egyptien me préfenter fes voeux.
Par le même.
AUTRE .
D
Evine un mot , Lecteur , qui t'offre une maifon
,
Où l'on trouve plaifirs & chagrins à foifon ;
Si l'on coupe en deux parts le tout que je com
bine ,
On découvre dans l'une un mont de Paleſtine;
Plus une Ville affile au- deffus du Leman ,
Où fans être Germain l'on jargonne Allemand.
Prenant quatre für fept , il en vient par rubrique
Cité dans la Tofcane autrefois République.
Que l'on en mêle fix , il en naît un pendart
A qui l'amour du gain fait braver maint hazard.
NOVEMBRE r3r
4 . 1748.
Tirez cinq & placez à propos chaque figne ,
Paroît un Grec adroit , ou plutôt fourbe infigne.
Arrangez autres cinq , & vous aurez un nom
Qu'à Rome dénigra l'éloquent Ciceron .
Cherche à préfent , Lecteur , exerce ton génie ,
Et contente à loifir ton goût & ta manie .
AUTRE.
Faiguet.
L Ecteur , je fuis du pauvre une étoffe chérie ş
J'ai deux fois quatre pieds , & mon nom feminin
T'offre du monde une partie ,
Avec deux grands Etats renfermés dans ſon ſein ;
Une Riviere en France , une autre en Weftphalie
Certaine Iſle de l'Archipel :
Une montagne en Theffalie ,
Où regne un froid continuel :
'
Un fleuve ancien de Troade :
Un des Rois de Juda ; certaine Ifle Sporade
Où , fi l'on croit plus d'un Auteur ,
Eft le tombeau du Prince des Poëtes :
Enfin le nom des deux Prophétes :
Celui qui des Hebreux fut le Législateur :.
Le fils aîné de ce faint Parriarche ,
Qui fut du vin le premier inventeur :
Ce Prêtre infortuné que frappa le Seigneur ,
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Pour avoir ofé toucher l'Arche : •
Le nom comique d'un Acteur :
Le plus joli des mois : un meuble de menage
Ce qui du corps humain fait mouvoir les refforts
Terme pour exprimer une chofe d'ufage :
Ce dont on n'a que le dehors :
L'inftrument d'un Bedeau : deux notes de Mufique
:
Ce qu'on cherche par tout , quand on n'a plus de
dents.
Adieu , je ne veux pas t'amufer plus long-tems.
C'eft à R... que l'on me fabrique.
A Châlons-fur- Marne le 16. Juillet 1748.
AUTRE.
Expliquer qui je fuis n'eft pas chofe facile:
Effayons cependant , & pour te contenter ,
Voyons fans difcours inutile ,
Ce que huit pieds pourront nous préſenter.
En entier je fais voir chefe , que l'Evangile
Ordonne à tout Chrétien de fouvent méditer.
Renverfe-moi , d'abord tu vois à ta rencontre
Ce qui ne peut point exifter.
Si tu prends 2 6,7,8 , je te montre
>
Le nom d'un Empereur Romain,.
Qui fut nommé l'amour du genre humain ;
6,4 , 1 , 5 , 3 , 8 , je fuis un faint Evêque ;
NOVEMBRE, 1748. 1337
Le 8 ôté ,tu vois une Princeffe Grecque ,
Mere d'un Empereur , du nom de Conftantin ;
1,5 , 3 , 8 , c'eſt moi qu'un Poëte Latin
Célébra dans une Enéide ;
J'engendrai mainte Néreide ,
'
Avecs , 8 4 1
> mettant 3 , à la fin.
Ote s , & mets 7 , à la premiere place ,
Ne reconnois- tu pas ce pauvre Roi de Thrace ,
Auquel on fit manger fon fils dans un feftin 2
2 , 6 , 7 , 4 , & 3 , je fuis au dos d'un livre ;
4, 8,5,7,3 , pour le certain font vivre
Plus d'un particulier & plus d'un Hôpital ;
En tête ajoute deux ; chés moi , fuivant l'Hiftoire,.
S'eft conclu le dernier Concile général .
Penfe à moi , fi tu veux arriver à la gloire.
E
A Châlons -fur - Marne le 19 Juillet 1748.
AUTRE
Coure ou lis , dévine , & meurs d'amour ;
En fix traits differens je peins ce que j'adore ;
Ce n'eft point cette vieille Aurore
Qui depuis fept mille ans vient annoncer le jour.
Il te fouvient de cette jeune fole
Qu'Alcide adora follement ?
Hé bien , cet objet fi charmant ,
N'offre que les deux tiers de mon aimable Idole.
Mais te dirai-je encor un bizarre fecret. 2 .
132 MERCURE DE FRANCE.
Pour avoir ofé toucher l'Arche :
Le nom comique d'un Acteur :
Le plus joli des mois : un meuble de menage
Ce qui du corps humain fait mouvoir les refforts :
Terme pour exprimer une chofe d'ufage :
Ce dont on n'a que le dehors :
L'inftrument d'un Bedeau : deux notes de Mufique
:
Ce qu'on cherche par tout , quand on n'a plus de
dents.
Adieu , je ne veux pas t'amufer plus long-tems.
C'eft à R... que l'on me fabrique .
A Châlons-fur- Marne le 16. Juillet 1748 .
AUTRE.
Expliquer qui je fuis n'eft pas chofe facile:
Effayons cependant , & pour te contenter ,
Voyons fans difcours inutile ,
Ce que huit pieds pourront nous préfenter.
En entier je fais voir chefe , que l'Evangile
Ordonne à tout Chrétien de fouvent méditer .
Renverfe-moi , d'abord tu vois à ta rencontre
Ce qui ne peut point exifter.
6,4 ,
Si tu prends 2 6 > ,7,8 , je te montre
Le nom d'un Empereur Romain ,.
Qui fut nommé l'amour du genre humain ;
I
› £ , 3 , 8 , je fuis un faint Evêque ;
NOVEMBRE , 1748 .
133
Le 8 ôté , tu vois une Princeffe Grecque ,
Mere d'un Empereur , du nom de Conftantin ;
1,5, 3 , 8 , c'est moi qu'un Poëte Latin
Célébra dans une Enéïde
'Avec s
J'engendrai mainte Néreide
8,4
" mettant
à la fin.
3 >
Ote s , & mets 7 ,à la premiere place ,
Ne reconnois- tu pas ce pauvre Roi de Thrace ,
Auquet on fit manger fon fils dans un feftin 2
2 , 6 , 7 , 4 , & 3 , je fuis au dos d'un livre ;
4 , 8,5,7,3 , pour le certain font vivre
Plus d'un particulier & plus d'un Hôpital ;
En tête ajoute deux ; chés moi , fuivant l'Hiftoire,.
S'eft conclu le dernier Concile général .
Penfe à moi , fi tu veux arriver à la gloire.
A Châlons-fur - Marne le 19 Juillet 1748.
AUTRE
Ecoute ou lis , dévine , & meurs d'amour ;
En fix traits differens je peins ce que j'adore ;
Ce n'eft point cette vieille Aurore
Qui depuis fept mille ans vient annoncer le jour..
Il te fouvient de cette jeune lole
Qu'Alcide adora follement ?
N'offre
Hé bien , cet objęt fi charmant ,
que
Mais te dirai-je encor un bizarre fecret. 2 .
les deux tiers de mon aimable Idole.
134 MERCURE DE FRANCE.
Regarde-bien une ſolive ;
De mes amours tu vois & méconnois l'objet ;
Protée au changement ne fut pas plus ſujet ,
Quand il devint dragon , flamme , onde fugitive ;
Ma belle eft à la fois, fans beaucoup d'appareil ,
Une Ifle , un fimple aveu. Que te dirai - je ? Un oeil.
J'en ferois une image en merveilles féconde ,
Si j'analifois tous les traits .
Yeux-tu fçavoir ſon nom ? on le trouve à peu près
Dans l'Hiftoire du nouveau monde .
D Ans
PORTRAIT
De Madame de Ber....
Ans mon fommeil j'ai crû fuivre les traces
D'un jeune Enfant qui voloit vers Paphos ;
Il m'a conduit dans le Temple des Graces
Et fur l'Autel il a gravé ces mots :
Eglé paroît c'eſt affés , elle enchante ;
Sans le fecours de fes divers talens.
En l'écoutant , on dit : Qu'elle eft charmante!
Elle a de trop tous les traits du Printems.
Dès qu'un mortel la fuit , bientôt il aime ;
Fût il dans l'âge où l'on craint d'être amant,
Il faut céder . La Raifon , elle-même
Eft de moitié dans cet enchantement,
NOVEMBRE. 1748. 139
Eglė ne veut ni briller , ni féduire
Par fon efprit , par toute ſa gayté :
Elle vous plaît , comme une autre reſpire
On n'apperçoit jamais fa vanité.
Ceffons , dit- if ; Eglé toujours nouvelle ,
Eft le fujet de mille heureux Portraits.
Il faut avoir prefqu'autant d'efprit qu'elle ,
Pour définir tout ce qu'elle a d'attraits.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
L
E MARCH AND DE LONDRES ,
ou l'Hiftoire de Georges Barnwell. Tragédie
de M. Lillo , traduite de l'Anglois
1748.
» Une Tragédie qui a été repréſentée tren-
>> te-huit fois confécutives fur le Théatre
» de Drury Lane , avec des applaudiffemens
»foutenus & un nombre de Spectateurs
"
prefque toujours égal ; qui a eu le même
» fuccès fur tous les Théatres où elle a pa-
» ru ; dont il s'eft débité plufieurs milliers
d'exemplaires imprimés , & qu'on ne lic
pas avec moins d'ardeur & de plaifir
» qu'on en a eu à la voir repréfenter ;une
136 MERCURE DE FRANCE.
"
力
Tragédie qui s'eft attiré tant de marques
d'approbation & d'eftime , doit faire
naître , à ceux qui en entendront parler,
» l'une ou l'autre de ces deux penfées , ou
» qu'elle eſt un de ces chefs - d'oeuvres dont
» la parfaite beauté ſe fait fentir à tout le
» monde , ou qu'elle eft fi conforme au
goût particulier de la Nation dont elle
» fait ainfi les délices , qu'elle peut fervit
» de regle certaine pour juger du goût
préfent de cette Nation pour les Specta-
» cles . Tel eft le Dilemme que M. l'Abbé
Prévôt dans fon Pour & Contre * établit au
fujet de la réuflite prodigieufe & conftante
de la Tragédie de Barnwell.
Dans les matieres qui regardent le fentiment
, nous aurons toujours beaucoup de
déférence pour les décisions d'un Auteur ,
qui fachant fi bien lui-même exciter en
nous les impreffions qu'il veut nous faire
éprouver , doit connoître parfaitement les
refforts par lefquels on exerce cet empire
fur les Lecteurs & fur les Spectateurs . Cependant
nous croyons qu'une Piéce Tragique
peut jouir de l'honneur dont celle- ci
jouit en Angleterre , fans qu'on foit fondé
à conclure ; ni qu'elle eft un excellent ouvrage
, ni que les fingularités qui la caractérifent
doivent faire juger qu'il faut ab-
* Tome III. Nombre 45
NOVEMBRE . 1748. 137
folument les imiter fi l'on veut plaire à la
Nation pour laquelle elle a éré faite . De ce
qe la Tragédie de Barnwell charme les
Anglois , nous infererons feulement qu'elle
a des beautés du premier ordre , & qu'en
faveur de ces beautés les Anglois lui pardonnent
plufieurs défauts confidérables .
Le principal devoir d'un Auteur Tragique
eft de remuer. C'est ce qu'à Londres
on lui demande avant toutes chofes, Pourvû
qu'il rempliffe çet objet , on lui paffe
des fautes qui ne feroient pas tolerées ici .
Il ne s'enfuit point de- là , que s'il ne commettoit
pas ces fautes , il captivât moins
les fuffrages des honnêtes gens de fa Nation.
On penfe communément , que pour
frapper les Anglois dans la Tragédie , il
faut leur y préfenter des Scélérats , des
Poureaux & des Exécutions fanglantes.
Cela , fans doute , eft vrai de la Populaçe
d'Angleterre , mais cela l'eft peut- être auffi
des hommes de cetre claffe dans tous les
Pays du monde. Peut- être fi les Anglois
ont plus que d'autres Nations la réputation
d'aimer les ouvrages Dramatiques de
ce genre , c'eft parce que chez eux plus
qu'ailleurs le bas peuple va fréquemment
au Spectacle.
Nous n'entrerons point dans le détail
de ce qu'il y a de louable ou de blâmable
138 MERCURE DEFRANCE.
•
dans la Piéce , à l'occafion de laquelle nous .
venons de hafarder ces refléxions . Un examen
difcuté nous meneroit trop loin.
Nous nous contenterons de remarquer que
l'ouvrage de M. Lillo eft de nature à produire
an grand effet fur toutes les perfonnes
fenfibles , de quelque Nation & de
quelque condition qu'elles foient. En France
où l'on exige que le Tragique foit tou
jours majestueux , & qu'il ne préfente jamais
que des actions éclatantes & des per
fonnages importans , on refuſera vrai -femblablement
le nom deTragédie à un Drame
dont un Garçon Marchand & une femme
perdue font les Héros , mais à Paris , à Madrid
, à Rome , à Ifpahan , à Pekin , com
me à Londres , le malheur d'un jeune hom
me , né pour fuivre les confeils de la vertu
, & qu'un fatal amour entraîne malgré
lui dans les crimes les plus deshonorans &
les plus atroces , fera une leçon effrayante.
Partout , on fera vivement touché du repentir
fincére de cet infortuné , & des larmes
qu'un Maître généreux , un Ami tendre
& une fille adorable , donnent à fon
fort funefte.
Tous les Lecteurs équitables regarderont
donc comme un très - bon préfent la
Traduction qu'on leur donne de la Piéce
dont il s'agit. Au refte le Traducteur paNOVEMBRE
. 1748. 139
roît être convaincu , auffi-bien que nous ,
qu'elle n'eſt rien moins que parfaite , &
contre la coûtume des Traducteurs , il
prend la liberté de cenfurer , même de
railler fon Auteur en plufieurs endroits.
C'est à M. Clement que nous devons cet
te Traduction. * En général , elle est écrite
avec force , & l'on ne doit pas en être furpris.
M. Clement eft lui- même Auteur Dra
matique , & il a compofé , en même- tems
que M. de Voltaire , une Tragédie de Mérope
, qui fera bien- tôt imprimée .
ZADIG , ou la Deftinée. Hiftoire Orien
tale . In- 12 . pp. 195 .
Il fe trouve dans ce Livre plufieurs prin
cipes, qui ne feront pas approuvés généralement,
mais on y découvre beaucoup de génie
& d'invention , & l'Auteur a le fecret
de paroître original , même lorfqu'il n'eft
qu'imitateur. Son ftyle eft naturel , peutêtre
quelquefois négligé , mais toujours vif
& agréable. Son Héros eft un Philofophe
charmant , qui joint aux lumieres que fournit
l'étude , toutes les graces qu'on puife
*Il a copié prefque mot pour mot dans deux Scenes
la traduction donnée de ces Scénes dans le Pour &
Contre par M. l'Abbé Prévot , & il en avertit
dans fa Préface. » A quoi bon , dit- il , fe donner
la peine de redire en d'autres termes , & rifquer
de dire moins bien ce qui a déja.été bien dis a
140 MERCURE DE FRANCE.
dans le commerce du grand monde. On
attribue cet ouvrage à l'un de nos plus fameux
Poëtes , & nous fommes du moins
certains qu'il ne peut être que d'un homme
extrêmement fupérieur & d'un très - bel
efprit. Peu s'en faut même que nous ne
foyons tentés de foupçonner qu'une feule
tête n'a pas créé tout ce qu'on apperçoit
› de neuf dans une fiction fi ingénieufe .
EPITRE à M. de Tournebem , Directeur
& Ordonnateur général des Bâtimens ,
Jardins , Arts & Manufactures de Sa Majefté
, fur la Colonne de l'Hôtel de Soiffons.
Par M. Greffet , de l'Académie Fran
çoife , & de celle de Berlin . L'objet de M.
Greffet dans cette Epitre eft d'engager M.
de Tournehem à ne pas permettre qu'on
abatte une Colonne , à la confervation de
laquelle les Amateurs des Arts doivent
s'intéreffer. A cette occafion il s'écrie aves
juſtice ,
Souffriroit on ce trait honteux
D'une Gothique.barbarie ,
Dans les jours les plus lumineux
Des talens & de l'induftrie
Déja cette Ville chérie ,
Cette Souveraine des Arts
Et des agrémens de la vie ,
NOVEMBRE.
14% 1748 .
Qui les verfe de toutes parts
Sur l'Univers qui l'étudie,
Et tient fur elle fes regards ,
Paris , le Temple du Génie ,
Offre trop peu des Monumens ,
Où Rome , Athéne , Alexandrie ,
Confacroient les faits éclatans.
Verrions- nous dans notre indigence .
Le -vil intérêt , l'ignorance ,
Prévenir les efforts des ans
Et de nos embelliffemens
Précipiter la décadence ?
Je ne regrette point ici
L'Aftrologique Obfervatoire ,
Que Médicis avoit bâti
Pour le chimérique grimoire
De Gauric & de Ruggeri .
Non , c'est déja trop de l'Histoire
Pour ces faits dignes de l'oubli .
Qu'illuftré , changé , rajeuní ,
Ce Monument foit enrichi
Des attributs de la Victoire ,
* Célebres Aftrologues du XVIe fiécle.
142 MERCURE DE FRANCE.
Et que Lauwfelt ou Fontenoy
Y gravent l'immortelle gloire ,
Et les travaux du plus grand Roi.
Nous joignons nos voeux à ceux de M.
Greffet ; pour qu'on laiffe fubfifter un ouvrage
, dont on peut lire l'éloge dans
l'Histoire des Antiquités de Paris , & qui
eft un ornement de plus dans cette Capitale
. Mais cet Académicien nous permettra
de ne pas adopter la propofition qu'il
fait de placer fur cette Colonne la Statuë
de Sa Majesté. Nous foufcririons plus volontiers
à l'idée d'un autre homme d'ef
prit , qui defireroit qu'à la Sphere , qui eft
au haut de ce Monument , on fubftituat
un Trophée avec quelques attributs de la
Paix , & que fur le piedestal de la Colonne
on mit une courte Infcription , dont la
penfée feroit que ce Monument , élevé
autrefois pour un ufage frivole vient
d'être reftauré & confacré au Monarque ,
Pacificateur de l'Europe. On appelleroit
cette Colonne la Colonne de la Paix. Elle
conftateroit l'epoque de cet heureux &
grand évenement. A quelques égards , elle
reffembleroit à la Colonne Milliaire qui
étoit au milieu de la Ville de Rome , &
›
NOVEMBRE . 1748. 143
d'où partoient tous les grands chemins de
l'Empire Romain.
L'Auteur de cette idée a compofé l'Infcription
fuivante , pour être gravée fur le
piédeftal de la Colonne. Il fuppofe qu'on
y ajoutera l'embelliffement d'une fontaine.
Arti vanafieti vana , nune publica curo
Commoda, Confilio fic bona cunctaforent.
Reftauratores c.
Paci ac Pacificatori Ludovico XV. ¿c.
Dicaverunt
1749.
Au bas de l'Infcription feroient les noms
des Reſtaurateurs .
LA PRINCESSE DE MONTFERRAT. Ce
Roman n'eft pas encore parvenu juſqu'à
nous , mais de bons juges nous ont affuré
qu'il étoit intéreffant .
REFLEXIONS fur quelques circonftances
préfentes , contenant deux Lettres fur les
Tableaux qui ont été exposés au Louvre
cette année . A M. le Comte de R **, &
une autre Lettre à M. de Voltaire fur fa
Tragédie de Semiramis ,
»Je me fervirai de la Critique , dit
» l'Auteur de ces Réflexions, parce qu'elle
» honore les talens aufquels elle s'attache,
כ
142 MERCURE DE FRANCE.
Et que Lauwfelt ou Fontenoy
Y gravent l'immortelle gloire ,
Et les travaux du plus grand Roi.
Nous joignons nos voeux à ceux de M.
Greffet ; pour qu'on laiffe fubfifter un ouvrage
, dont on peut lire l'éloge dans
l'Histoire des Antiquités de Paris , & qui
eft un ornement de plus dans cette Capitale.
Mais cet Académicien nous permettra
de ne pas adopter la propofition qu'il
fait de placer fur cette Colonne la Statuë
de Sa Majesté. Nous foufcririons plus volontiers
à l'idée d'un autre homme d'ef
prit , qui defireroit qu'à la Sphère , qui cft
au haut de ce Monument , on ſubſtituât
un Trophée avec quelques attributs de la
Paix , & que fur le piedeſtal de la Colonne
on mit une courte Infcription , dont la
penfée feroit que ce Monument , élevé
autrefois pour un ufage frivole vient
d'être reftauré & confacré au Monarque ,
Pacificateur de l'Europe. On appelleroit
cette Colonne la Colonne de la Paix. Elle
conftateroit l'epoque de cet heureux &
grand évenement. A quelques égards , elle
reffembleroit à la Colonne Milliaire qui
étoit au milieu de la Ville de Rome , &
>
NOVEMBRE . 1748. 143
d'où partoient tous les grands chemins de
l'Empire Romain.
L'Auteur de cette idée a compofé l'Infcription
fuivante , pour être gravée fur le
piédeftal de la Colonne. Il fuppofe qu'on
y ajoutera l'embelliffement d'une fonraine.
Arti vanafieti vana , nune publica curo
Commoda, Confilio fic bona cunctaforent.
Reftauratores &c.
Paci ac Pacificatori Ludovico XV . &c.
Dicaverunt
1749.
Au bas de l'Inſcription feroient les noms
des Reſtaurateurs .
LA PRINCESSE DE MONTFERRAT , Ce
Roman n'eft pas encore parvenu jufqu'à
mais de bons juges nous ont affuré
,
qu'il étoit intéreffant .
REFLEXIONS fur quelques circonftances
préfentes , contenant deux Lettres fur les
Tableaux qui ont été expofés au Louvre
cette année. A M. le Comte de R**, &
une autre Lettre à M. de Voltaire fur fa
Tragédie de Semiramis ,
»Je me fervirai de la Critique , dit
» l'Auteur de ces Réflexions, parce qu'elle
» honore les talens aufquels elle s'attache,
144 MERCURE DE FRANCE.
» & par la même raifon j'en ferai grace à
» d'autres ouvrages , qui ne la méritent
» pas. Il fuit dans fes remarques l'ordre
dans lequel les differens morceaux de
Peinture , de Sculpture & de Gravûre ,
ont été placés au Salon . Pour l'ordinaire ,
il louë plus qu'il ne blâme . Quand il prend
le dernier parti , il n'employe pas toujours
les ménagemens qu'on doit aux talens
diftingués. Nous ne diffimulerons pas
même , que fes Critiques ne font pas toujours
également juftes , & l'on a lieu d'être
fort étonné du ton méprifant , avec lequel
il parle du Portrait de feuë Madame la
Dauphine , peint par M. Tocqué. Si les
amis de ce Peintre doivent être peu contens
de l'Auteur des Réflexions , les admirateurs
de Semiramis , doivent l'être beaucoup
des éloges qu'il donne à cette Tragédie.
Voici des vers qu'il adreffe à M. de
Voltaire .
O Phédre ! Eft - ce celui qui peignit tes fureurs ,
Et qui fçut, malgré nous, nous arracher des pleurs,
Dont la plume fertile , exacte , intéreſſante”,
Par un nouveau miracle aujourd'hui nous enchante
Ou plutôt n'eft- ce point ce mortel , dont la voix
Jufqu'à celle des Dieux s'égaloit autrefois ,
Quand déployant les traits de fon Art énergique ,
H
C
NOVEMBRE. 1748. 145
peignit des Romains la fiere politique ,
Ou que de leur efprit furpaffant la hauteur ,
Il éleva le nôtre aux fentimens du leur ?
Non , & Sémiramis me montre davantage *
D'amour , de fermeté , de grandeur ,
J'y reconnois le fceau de trois fameux Eſprits .
en falloit autant pour entraîner Paris ;
Il falloit pour dompter cet Hydre du Parterre ;
Raffembler & Corneille , & Racine , & Voltaire.
de courage.
LE PLAISIR . Comédie en un Acte , en
vers , avec un Divertiffement. Par M.
Marchadier. Repréfentée pour la premiere
fois fur le Théatre François , le 3
Août 1747. A Paris , chez Cailleau , ruë
Saint Jacques , au- deffus de la rue des
Mathurins , à Saint André , 1749.
Nous avons déja parlé de l'impreffion
qu'a faite fur nous la lecture de cette Comédie.
L'idée en eft riante , les fcénes vives
, la verfification élegante & facile , le
dialogue femé de penfées fines & brillantes
, mais toujours exprimées naturellement.
FRISII POETA ELEGIA , de adventu fuo in
Galliam. Parifiis , typis Valleyrii , via
fandti Severini, 1748 .
M. Heerkens , de Groningue , eft Auteur
de cette Elegie , & il la dédie aux Jefuites,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
qui fe diftinguent ici dans les Sciences &
dans les Lettres. On pourra juger de fon
talent par les vers que nous allons copier.
Venimus , ut licuitfactâjam Pace quibuſvis ;
Venimus in gremium , Gallia docta , tuum ;
Parrhifiifalvete Lares , Geniique Deique ,
Feffus in hacfi quos arbe Viator habet.
Vos quoque præcipuè dulces falvete Poeta ,
O mihi tam longa caufa ferè una via !
Efte mihifaciles , Pindumque fubire volentem
Ah precor , averfum nemo Bolaus eat.
Nec temerè , nimiumque altè ſpectabilis , ilo ,
> Imus in alterutro fit mihi colle locus
Hocfatis eft Juveni , procul à Permeſfide nato.
Frifia fubgelido me tulit alta Polo.
Orpheus ipfe quidem tali regione dabatur ,
Sed pater buic Phabus , Divaque mater erat .
·
LETTRES à M. D*** . fur celles qui ont
été publiées récemment , concernant la
Peinture , la Sculpture , l'Architecture ,
& c. 1748.
NOVEMBRE . 174S. 147
On reconnoît dans l'Auteur de cette
Lettre un homme d'efprit , amateur des
Arts , & zélé pour la gloire des Artiſtes .
Si on l'en croyoit , on ne publieroit jamais
de Critiques . Nous doutons que les Arts
y gagnaffent beaucoup , mais nous fommes
obligés d'applaudir à une réflexion , par
laquelle l'Auteur termine fa Lettre. » II
» ne faut jamais , dit- il , juger à la der
»niere rigueur , parce que les hommes ne
>> pouvant rien faire de parfait , ne font pas
» excufables d'oublier cette mifere de leur
» condition , jufqu'à exiger des autres une
» perfection à laquelle eux - mêmes ne
»fçauroient atteindre... J'aimerois à voir
»la Critique , faus rien perdre de fes
droits , s'appliquer à augmenter notre
plaifir , en nous faifant difcerner dans
les ouvrages les traits heureux , les finef-
» fes de l'Art , qui nous auroient échappé ,
plutôt que de le diminuer par trop de
» recherche des défauts que nous n'aurions
pas apperçûs. Je lui adrefferois
» volontiers ce que le Poëte Lainez adref
foit à la Raifon .
ן כ
3 .
Eclaire nos plaifirs , & ne les trouble pas.
TABLETTES HISTORIQUES , Génealogiques
& Chronologiques. II . & III . Parties
, à Paris , chez le Gras , Salle du Palais ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
& Langlois , rue Saint Jacques , près la
Fontaine Saint Severin .
La premiere Partie de cet ouvrage parut
il y a quelques mois. Dans la feconde ,
l'Auteur donne la fucceffion des Rois &
des Reines de France , des anciens Souve
rains des differentes Provinces du Royaume
, & des Poffeffeurs des grands Fiefs de
la Couronne . La troifiéme comprend la
-fucceffion des Ducs , des Princes , & des
Grands d'Espagne , François , avec l'état
préfent de leurs familles , les Grands Officiers
de la Couronne , les Chevaliers &
Officiers de l'Ordre du S. Efprit ; les Papes
& les Cardinaux nés en France , & les
Prévôts de Paris.
DESCRIPTION du Parnaffe François ,
exécuté en bronze , avec un extrait de la
vie de près de trois cens Poëtes ou Muſiciens
, qui y font raffemblés depuis la fin
du XV . fiécle ; un Catalogue de leurs ouvrages
, fur lefquels on rapporte les jugemens
des Sçavans ; un Effai fur la Poëfie
& fur la Mufique en général ; des Remarques
particulieres fur la Poëfie & fur la
Mufique Françoifes , fur l'origine & le
progrès de ces deux Arts en France , & fur
La perfection à laquelle ils font parvenus
Lous le Regne de Louis le Grand ; fur les
NOVEMBRE. 1748. 149
Spectacles , fur les fameux Acteurs & fur
les Actrices les plus célébres , fur leurs
caracteres & fur leurs principaux talens ,
&c.
Il a été fait plufieurs fois mention de
cet ouvrage dans le Mercure , & l'on a annoncé
que c'étoit un in -folio de près de
mille pages , orné de vignettes & de vingthuit
eftampes , fçavoir celle du Parnaffe
François ; douze , dans chacune defquelles
font deux Médaillons ; quatorze Portraits
des principaux Poëtes , & celui de Lulli .
On a auffi annoncé que ce volume broché
fe vendoit quinze francs ; qu'on diminuoit
trois livres aux perfonnes qui ne jugeoient
pas à propos de prendre les quinze Portraits
, & vingt fols de plus , lorfqu'elles
achetoient le volume en feuilles . M. Titon
du Tillet a défiré que nous réitéraffions cet
avis , afin que le Public fût informé an
jufte du prix des exemplaires qui reftent
chez les Libraires. Depuis que fon ouvra
ge a paru , il. y a ajouté un Supplément
d'environ cent quatre- vingt pages . Il nous
prie d'avertir que le prix de ce Supplé
ment eft de quarante fols . L'ouvrage & le
Supplément le trouvent chez Coignard, tuë
Saint Jacques ; le Gras , au Palais ; Chanbert
, à l'entrée du Quai des Auguftins ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
·
& la veuve Piffot , Quai de Conti à la defcente
du Pont-neuf. Les mêmes Libraires
débitent un autre ouvrage de M. Titon du
Tillet , fur les honneurs & les monumens
accordés aux Sçavans , lequel coute quarante
fols relié , & vingt - huit broché.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES pour les
jeunes gens , utiles à toutes fortes de perfonnes,&
mêlées de plufieurs traits d'hiftoire
& d'exemples édifians , imprimées à
Befançon. A Paris , chez Savoye , rue Saint
Jacques , à l'Efperance . 1748 , vol . in- 12.
2 liv. relié.
LE DIRECTEUR dans les voies du falut
fur les principes de S. Charles Borromée ,
imprimé à Amiens , & fe vend à Paris ,
chez le même : cinquiéme Edition , vol,
in- 12 . 2 liv.'s f. relié.
LA VIE de Saint François de Sales ,
Evêque & Prince de Geneve , par M. de
Marfolier , Doyen de l'Eglife Cathédrale
d'Uzès. Nouvelle édition , chez le même.
1748. 2. vol. in - 12 . 5 liv. relié.
DICTIONNAIRE Botanique & Pharmaceutique
, contenant les principales propriétés
des minéraux , des végétaux & des
animaux d'ufage , avec les préparations de
pharmacie internes & externes , les plus
ufitées en Médecine & en Chirurgie . NonNOVEMBRE.
1748. 151
velle édition , chez le même , 1748. Vol .
in-So. 5 liv. relié.
LA MEDECINE & la Chirurgie des pau
vres , contenant des remédes choifis , faciles
à préparer & fans dépenfe , pour la
plupart des maladies internes & externes ,
qui attaquent le corps humain . Nouvelle
édition , chez le même. 1748. Vol . in - 1 2 .
2 liv. 10 f. relié.
LES ELEMENS de Médecine pratique , tirés
des écrits d'Hippocrate , & de quelques
autres Médecins anciens & modernes , où
l'on traite des maladies les plus ordinaires
à chaque âge , dans les differentes faifons
de l'année , felon les differentes conftitutions
de l'air , &c. avec des remarques de
théorie & de pratique , pour fervir de
Prodrome à une Hiftoire générale des maladies.
Par M. Bouillet , correfpondant de
l'Académie Royale des Sciences , Docteur
en Médecine de Montpellier , Profeffeur
Royal de Mathématiques , Secretaire de
l'Académie des Sciences & Belles Lettres
de Beziers , & Médecin des Hôpitaux de
la même Ville. A Paris , chez David le
jeune , Libraire , Quai des Auguftins . Velume
in-4° . Le prix eft de 10 liv.
LE NOUVEAU & PARFAIT NOTAIRE , ICformé
fuivant les nouvelles Ordonnances,
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
contenant des formules , ftyles & proto
coles modernes , pour dreffer toutes fortes
de Contrats & Actes , tant en matieres civiles
que bénéficiales , fuivant l'ufage du
Pays Coûtumier , & des Provinces de
Droit Ecrit , avec des obfervations & des
remarques fur la nature & forme defdits
Contrats & Actes , enfemble les Edits ,
Déclarations , Arrêts , Actes de notoriété
& Réglemens , concernant les fonctions
des Notaires. Par Jean Caffan. Nouvelle
édition , augmentée & mife. par ordre alphabétique
en forme de Dictionnaire , par
François - Benoît de Vifme. A Paris , chez
Théodore le Gras , Grand’Salle du Palais.
METHODE Latine complette , contenant
les principes les plus difficiles & les plus
néceffaires de la Langue Latine , pour la
cinquiéme & quatriéme Claffe , à l'ufage
des Colléges & des Penfions. A Paris ,
chez Defaint & Saillant , ruë Saint Jean de
Beauvais .
ABREGE' littéral de la Méthode Latine ,
contenant les principes les plus fimples &
les plus communs de la Langue Latine ,
pour la fepriéme & fixiéme Claffe. A Paris,
chez les mêmes.
NOUVEAU RUDIMENT de la Langue
Latine , contenant les differentes déclinaiNOVEMBRE
. 153 174S .
fons & conjugaifons , avec les définitions
& les obfervations qui y ont rapport , chez
les mêmes.
ABREGE' de la Langue Françoife , contenant
les principes généraux du Difcours
, avec quelques régles de Syntaxe &
d'ortographe , pour fervir de préparation
à l'étude du nouveau Rudiment de la Laigue
Latine , chez les mêmes.
M. TULLII CICERONIS Orationes , qua
in Univerfitate Parifienfi vulgò explicantur ,
cum notis ex Manutio , Hottomano , Grævio,
&c.felectis , & novis aliquot additis , ad uſum
Scholarum , chez les mêmes.
P. VIRGILII MARONIS Opera , cum notis
brevioribus , ad ufum Scholarum , chez
les mêmes . On trouve aufli chez eux le
Tite- Live , in- 12 . avec les notes de M..
Crevier .
> LES LOIX des Bâtimens fuivant la
Coûtume de Paris , traitant de ce qui concerne
les fervitudes réelles , les rapports
des Jurés Experts , les réparations locatives
, doüairieres , uuffuuffrruuiittiieerreess ,, bénéficiales
, &c. enfeignées par M. Defgoders , Architecte
du Roi , dans l'Ecole de l'Acadé
mie d'Architecture , avec les notes de M.
Goupy , Architecte Expert Bourgeois.
Ouvrage utile à toutes perfonnes chargées
de la conftruction , auxproprietaires & lo
Gy
154 MERCURE DE FRANCE .
cataires , & aux Juges qui en connoiffent.
A Paris , chez Ganeau , Libraire , ruë S. Severin
près l'Eglife , aux Armes de Dombes
& à S. Louis.
LES PANDECTES de Juftinien , mifes
dans un nouvel ordre , avec les Loix du
Code & les Novelles , qui confirment ,
expliquent ou abrogent le droit contenu
dans les Pandectes , &c. Tome premier ,
contenant la Préface de l'ouvrage , & les
vingt- deux premiers Livres du Digefte.
A Paris , chez Saugrain , pere , ruë de
Savoye ; Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , & à Chartres , chez François
Le Tellier , Imprimeur Libraire , au Bon
Paſteur , 1748 , in -fol. de 650 pages à
deux colonnes.
BIBLIOTHEQUE choifie de Médecine ,
tirée des ouvrages périodiques , tant François
qu'Etrangers , avec plufieurs piéces
rares , & des remarques utiles & curieufes.
Par M. Planque , Docteur en Médecine.
Tome premier , à Paris , chez d'Houry ,
pere , Imprimeur Libraire de M. le Duc
d'Orleans , ruë de la vieille Bouclerie ,
1748. Volume in-4°. de 533 pages , la
table des matieres comprife , planches détachées
28 .
PETRI BALLARINI de Jure Divino &
Naturali circa ufuram Libri v1 . Bononia ,
1747 , in-4°. Deux volumes.
NOVEMBRE . 1748. 155
GIOVANNI BOTTARI Lezzioni fopra il
Tremoto. In Roma , 1748 , in- 8 ° .
JOANNIS CIAMPINI Opera , fcilicet vetera
monumenta de Sacris Edificiis , &
Opufcula , cum vitâ Auctoris , cum figuris.
Editio nova aucta. Roma , 1747 , in -folie.
Trois volumes.
CATALOGO de la Libreria Capponi , o fia
de Libri Italiani de fu Marchefe Alejandro
Georgio, con annotazioni ed Appendice de Libri
Latini , Mifcellanea , è Manufcritti. In
Roma , 1747 , in-4°.
LUDOV. HABERT Prattica del Sagramento
della Penitenza , per l'ufo de Confeffori.
In Palermo , 1748 , -4°.
DOMINICO Maria Manni... Offervázioni
iftoriche fopra i figilli antichi de fecoli
baffi configuris. In Firenze , in- 4° . Dix-fept
tomes. Le dix -feptiéme a été publié vers
la fin de l'année derniere.
MEMORIE fopra la Fifica e Hiftoria Naturale
, di diverfi valentuomini. In Lucca ,
1744 , 1747. Trois volumes in - 8 °.
PIETRO METASTASIO opere Drammatiche
, Oratori Sagri , e Poefie liriche . In Ro
ma , 1747. Cinq volumes in - 12.
J. G. A. ORSI .... della Storia Ecclefiaftica
. In Roma. Quatre volumes in -4º .
Le quatriéme paroît depuis peu .
Tous ces Livres fe trouvent à Rome ,
Gvi
156 MERCURE DE FRANCE .
chez les Freres Pagliarini , Imprimeurs
Libraires.
DELICIA Eruditorum , feu veterum Anecdoton
opufculorum collectanea , collegit , illuftravit
, edidit Joannes Lamius . Florentiæ ,
ex Typographio Petri Cajetani Viviani ,
1748 , in- 8 ° . Quinziéme & feiziéme tomes.
JOANNIS CALVI Cremonenfis de hodiernâ
Etrufca Clinice Commentarius , ad doctiffi
mum clariffimumque virum Francifcum Roncalli
Parolinum , Patricium Brixianum.....
Medicina Dolorem , &c. Florentie.
COMÆDIÆ ET TRAGEDIA Selecta ex
Plauto , Terentio & Senecâ , animadverfionibus&
interpretationibus illuftrata . Florentie,
1748 , in-8°.
Jo . FRID . CHRISTII Villaticum Libris
III. infunt Rufticationis laudes , villaque
amaniffima defcriptio.... Accedunt excurfus
in Hiftorian Pagi Sufelii , in res antiquas
in litteras diverfas , & cum his Tiburtinum ,
Surrentinumque Statii , Mofella Aufonii ,
alia veterum atque recentiorum fuper locis
manis carmina denuo recenfita. Lipfia ,
apud Gafp. Fritsch , 1746 , in- 8°.
Le même Auteur a donné un recueil
de Harangues qu'il a prononcées. Le titre
eft , Otii regalis acroamata Orationibus tribus
, quas habuit Jo. Frid, Chriftius , &c.
>
NOVEMBRE. 1748. 157
-1746 , in-8°. Voici les fujets de ces trois
Harangues. 1. De eo ftudiorum humanitatis
genere , quod & fortunam principalem ,
& omnem vita ftatum deceat. 2 ° . De laudatiffimo
virorum Principum inftituto audiendi
recitationes Litteratorum. 3 ° . De numero annorum
qui ab orbe condito fluxerunt accuratè
reddendo. Il y ajoint des remarques fous le
nom d'Excurfus.
AUTRE recueil de Harangues du même
Auteur , fous ce titre : Jo . Frid. Chriftii pro
patrimonio Poëtarum , in quo paganitas que
dam fabularum ftilique antiqua redolentis accufatur
, Orationes tres , Lipfiæ , 1746 ,
in-8°
THEODORI CRUGERI Theol. D.......
apparatus Theologia Moralis Chrifti , &
renatorum , variis obfervationibus illuftratus,
in quo fanctiffimum Jefu Chrifti exemplar ,
ex natura , & gratia ejus expreffum , in intellectu
, confcientia , Religione , imaginatione,
memoria , voluntate , affectibus , virtutibus
Senfibus , corpore , infirmitatibus , & Medicina
mentis confpicuum , accuratius & plenitus
regentis ad imitandum proponitur. Lipfiæ,
apud Bernhard. Criftoph. Breitkopfium ,
1747 , in- 4°.
>
por- PRINCIPES du Jeu de Trictrac , à la
tée des commençans , avec une Table alphabétique
des termes de ce Jeu . A Paris ,
158 MERCURE DE FRANCE.
e
chez Guyllin , Quai des Auguftins , au Lys
d'or , 1749. Le prix eft de 24 fols.
COURS de Belles- Lettres , diftribué par
exercices. Tome fecond , à Paris , chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de Beauvais
, in- 12 . de plus de 400 pages.
LA SAINTE . BIBLE ou le Vieux & le
Nouveau Teftament , avec un Commentaire
littéral , compofé de notes choifies ,
& tirées de divers Auteurs Anglois . Tome
troifiéme. Seconde partie , contenant le
Deuteronome. A la Haye, chez Jean Swart,
1747 , in-quarto , de 382 pages , fans la
Préface.
HISTOIRE & Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences & Belles- Lettres de
Berlin , pour l'année 1746. A Berlin , chez
Ambroile Haude , 1748 , in-quarto de 481
pages. .
HISTOIRE générale d'Allemagne par le
Pere Barne , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève . Tome V. A Paris , chez Delefpine
& Heriffant , ruë S. Jacques .
SERMON de Jacques Willemfen , intitulé
la Pierre couronnée & édifiée , fait à l'occafion
du Prince d'Orange , in - quarto , chez
Leendert Babber , à Midelbourg.
AUTRE d'Egydius Stochmans , intitulé :
le Devoir des Gens de guerre , quand ils font
en Campagne. A Goes , chez A. Huysman.
NOVEMBRE. 1748. 159
AUTRE de Corneille Van Velzen , intitulé
: la Force de Dien , montrée aux Provinces-
Unies , à l'occafion du Sthathouder. A
Groningue , chez Jacob Bolt.
AUTRE , chez le même , intitulé : le bon
plaifir deDien d'aider fon peuplefur le champ,
quand il lui obéit , prononcé à l'occafion de
la prife de Berg-op- zoom , par le même
Docteur.
ORAISON de Guillaume de la Borde
Lecteur en Mathématiques , à l'occafion
du Stathouder. A Leyde , chez Pierre Van-
Der-Eych , in-quarto.
DISSERTATION de Jérémie Holbech ,
pour montrer que le péché eſt la cauſe des
malheurs du Pays , dans la même Ville ,
chez Adrien Bonte.
LA TROMPETTE de pénitence , fonnée
dans les Provinces- Unies, par Jean Barueth,
& Sermon du même , fur l'élevation du
Prince d'Orange au Stathouderat , in octavo
, dans la même Ville , chez Jacob Bosch.
ORATIO ad Cels. Principem Araufii ,
&c. Decreto & nomine Senatus Academia
Batava , qua Leyda eft , habita à Tiberio
Heem fterhuys , ad diem 29 Jun. 1747 ,
in-fol. chez Samuel Luchtmans .
LE JOSUE ' des Pays- Bas , ou le Portrait
du Prince d'Orange , à l'occafion de ſon
élevation au Stathouderat , par Abraham
160 MERCURE DE FRANCE.
(
Oosterlandt , chez Nicolas & Paul Topyn.
A Rotterdam , in- quarto.
SERMON fait à l'occafion da Prince d'Orange
, par Kruythoff, chez Van Belbom . A
Amfterdam , in-quarto .
pour
AUTRE remercier Dieu d'avoir donné
un Stathouder aux Provinces Unies ,
chez Jacques Hayman , dans la même Ville
, in-quarto.
TRAITE où l'on démontre qu'il eft naturel
& néceffaire d'avoir un Chef dans les
tems de guerre , in-octavo , dans la même
Ville , chez J. W. Pruys.
SERMON , intitulé , le bonheur d'un Pays
dont le Roi eft fils d'un noble , à l'occafion du
Stathouder, dans la même Ville, par Pierre
Hofftede , chez Henri Vierroot , in-quarto.
DISSERTATION , intitulée , le dommage
des biens de la terre , & le profit de la Juftice
, à l'occafion du cinquantiéme denier ,
par Gerard de Broen , dans la même Ville ,
chez Gérard & Jean- Broen , in- quarto.
REMARQUES des tems, ou confidérations
de ce qui s'eft paffé autrefois , & de ce qui
fe palle aujourd'hui , pour émouvoir à la
repentance , par Corneille Grebben , dans
la même Ville , chez B. Van Gerrevinch &
les héritiers Ratelbant , in quarto .
SERMON fur l'ordre du Roi Joas , pour
mettre un coffre dans le Temple , afin de
NOVEMBRE. 1748. 161
recevoir le don libéral , à l'occafion du
don libéral du cinquantiéme denier , par
Jean Barbas , dans la même Ville , chez
Nicolas Byl , in-quarto.
ORATIO ad Principem Araufionis , Decreto
Senatus Acadèmia Trajectina , habita
ab Arnoldo Drahenborch. A Utrecht , chez
Jean Brædelet , in- quarto.
EGUILLON D'HONNEUR pour pouffer les
Hollandois à défendre leur liberté , dans
la même Ville , chez Herman Beffeling,
in quarto.
RELATION des divertiſſemens que les
étudians ont faits à Utrecht , au fujet de
l'élection du Stathouder , chez le même ,
in-quarto.
CONFERENCES Eccléfiaftiques du Diocèfe
d'Angers fur les cas réfervés . Tome troifiéme.
A Angers , chez Pierre- Louis Dubé,
& à Paris, chez les Freres Guerin, rue faint
Jacques.
STEPHANI FABRETTI Urbanitatis è Societate
Jefu , Lyrica & Epiftola. Lugduni ,
Sumptilus Fratrum Duplain , 1747 , in- 4° •
NOTICE de l'état ancien & moderne de
la Province & Comté d'Artois , par M. ***,
A Paris , chez Guillaume Defpre , Imprimeur-
Libraire , & P. Guillaume Cavelier
fils , Libraire , rue S. Jacques , à S. Profper
& aux trois Vertus , 1748 , in- 12.
"
162 MERCURE DE FRANCE.
t
Ο
ETAT GENERAL de la France , contenant
quatorze colomnes , ( °. la divifion ancienne
de la France. 2°. Les trente-deux
Gouvernemens Généraux . 3 ° . Les Gouver
nemens particuliers & Provinces . 4°. Les
Villes Capitales ; 9 ° & 6° . les degrés de
Longitude & de Latitude ; 7° . les Fleuves &
Rivieres: 8° .les Parlemens ,Cours & Hôtels
des Monnoyes ; 9°. les Univerfités & Académies;
10 °.les Intendances & Bureaux des
Finances ; 11 ° . le nombre des Archevêchés
& Evêchés compris dans chaque Province.
12 °. le commerce des Villes & des Provinces
; 13 ° . des Remarques hiftoriques &
Géographiques , 14° . enfin les Archevêchés
& Evêchés par ordre de Suffragans.
Cette Carte , qui a trois pieds de haut
fur deux de large , repréfente d'un coup
d'oeil tout l'état du Royaume . Le prix eft
de 36 fols. A Paris , chez Debure l'aîné ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul , & chez le fieur Desbois , fils de
Nicolas de Fer , à la Sphère Royale , fur le
Pont Notre-Dame.
NOVEMBRE . 1748. 163
L
ESTAMPE NOUVELLE.
E fieur J. Robert , Graveur , avec Privilége
du Roi, vient de mettre au jour
un morceau dans la nouvelle maniere des
Eftampes imprimées en couleur naturelle
à l'huile , repréfentant un Crucifix , d'après
un Tableau original de M. Delobel, Peintre
ordinaire du Roi ,grandeur de toile de huir.
Cette Eftampe fe vend chez l'Auteur , ruë
& vis-à - vis la Chapelle de la Juffienne ,
près la rue Montmartre , chez un Vitrier; ruë
& au Magazin , rue S Honoré , au coin
de la rue S. Nicaife , entre une Lingere &
un Chandelier, au deuxième appartement.
Le fieur Robert a été éleve du fieur le
Blond , à qui l'on doit en France cette maniere
de graver. Il fe diftingue furtout par
la netteté de fes ouvrages , où l'on ne voit
point regner le ton noir , très- difficile à
éviter dans les gravûres de cette espéce .
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur ,
Onfieur , voici une vûë qui me paroît
affez importante , & comme je
ne puis l'exécuter à préfent , étant engagé
dans des occupations qui demandent une
164 MERCURE DE FRANCE.
application longue & fuivie , je vous prie
de vouloir bien la rendre publique , car
beaucoup de perfonnes feroient en état de
l'exécuter , & je ferois également fatisfait ,
foit que ce fuffent d'autres ou moi , puifque
le bien public auroit toujours lieu de
même .
M. de Vaucanfon a fait une Machine ,
laquelle par le moyen d'un cheval fait
autant d'étoffe que trente- deux ouvriers.
Avec le fecours de cette Machine , on n'a
befoin que d'avoir de quatre en quatre mé
tiers un enfant pour renouer les fils qui
peuvent fe rompre. S'il pouffe fans aucun
effort un bouton ,. le métier s'arrête , tandis
que tous les autres vont , & quand il a
noué, il tire le bouton , & le métier va,&c .
J'ai fait refléxion qu'il feroit affez aifé ,
par la confidération de cette Machine ,
d'en faire une à laquelle un homme ou un
cheval feroit aller pareil nombre de métiers
à bas.
Les moulins à étoffe ne s'établiront que
petit à petit , à caufe que les Manufactures
fe trouvant raffemblées dans un perit
nombre de Villes , on laiffe aux ouvriers
d'à préfent la facilité de gagner leur vie ,
attendu que dans la grande multitude qu
ils font , il y en auroit beaucoup qui ne
fçauroient pas d'autre métier , & d'autres
NOVEMBRE . 1748. 165.
aroient peine à trouver chez eux de quoi
s'occuper dans une profeffion differente,
Mais comme celles des bas fe trouvent à
peu près également répandues , on pourroit
établir d'abord la Machine que je
propofe. On auroit les bas à bien meil
leur marché , puifque la façon coûtetoit fi
peu, & comme toutes les perfonnes , & même
les plus pauvres , ne peuvent fe paffer
d'en ufer continuellement , ce feroit un
grand avantage pour le Royaume , car
puifqu'il faut tant d'ouvriers de bas , fi un
feul faifoit autant d'ouvrage que quatre ,
ou un cheval autant que trente- deux hommes
, & fi un enfant , de qui d'ailleurs on
ne peut pas encore tirer de travail , fuffit .
à quatre métiers, plus de'gens refteroient à
cultiver les terres & à s'appliquer aux Arts,
& par-là à contribuer à l'abondance , à la
commodité & à la magnificence publique.
Je fuis , & c.
Le Chevalier de Rhodes.
166 MERCURE DE FRANCE
說說洗洗洗洗洗選選送送洗洗洗
RECIT DE BASSE
F.I de l'Amour , fi de fa Mere ,
Difoit Grégoire entre deux vins ,
Et vive le Dieu des Raifins ;
C'eft mon Roi , mon maître , mon pere.
Amour, jaloux de fon bonheur ,
Accourt au cabaret , s'y met en embuſcade
Et d'un trait perçant le bûveur ,
Apprens , dit-il , apprens à me faire bravade.
Tu m'as furpris , fils de Vénus ,
Lui répond fiérement Grégoire ,
Mais je fuivrai tes loix , fans rompre avec
chus ;
Je veux toujours aimer , & je veux toujours be
SPECTACLES.
E Concert Spirituel , conduit parA
Royer , Maître de Mufique célebre
qui a eu l'honneur de l'enfeigner à Mot
feigneur le Dauphin , & qui eft Auteur d
Zaide & de plufieurs ouvrages eftimés ,
été ouvert le Vendredi premier jour d
NOVE
THE N
ASTOR , LENOX **D
TILDEN FOUN ་ ་ ་
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MSTSHI
ANGE
NOVEMBRE. 1748. 167
Novembre , Fête de la Touffaints. Il y a
u un très- grand concours d'Auditeurs
urieux de voir la difpofition nouvelle
le la Salle , laquelle eft entierement chan
gée. On en a fort applaudi l'arrangement .
Le Théatre du Concert fait voir au fond
un grand ordre d'Architecture , divifé
un jeu d'orgues , qui embellit le Spectacle,
& fortifie l'accompagnement. Cet Orgue
eft fçavamment touché par M. Cheron.
L'Orqueftre eft mieux coupé , & les Concertans
font placés favorablement pour
les
par
voix ,
pour
, pour
la fymphonie
& pour
l'affemblée
. Un rang
de Loges
remplit
agréablement
le tour de la Salle
; on y entre
par un
corridor
& des efcaliers
commodes
. Ces
Loges
font
furmontées
d'une
galerie
qui
les couronne
, fans
les charger
. Le plein
pied
eft garni
de bancs
à dos & de chaiſes
.
Enfin
M. Royer
n'a rien
épargné
pour
mériter
l'approbation
du Public
.
Le Concert commença par In Exitu ,
Motet à grands choeurs de M. Adolfati ,
Maître de Mufique de l'Hôpital des Incurables
de Venife ; enfuite M. Taillard joüa
avec applaudiffement un Concerto fur la
flute Allemande.
On donna Jubilate Deo , omnis terra ,
Motet à grands choeurs de M. Fanton ,
Maître de Mulique de la Sainte Chapelle
68 MERCURE DE FRANCE.
de Paris , qui a auffi été approuvé. Mlle
Duval , jeune Ecoliere de M. Royer , débura
par un petit Motet de M. Mouret ; on
a loué fa voix & fa cadence . M. Pagin joüa
un Concerto du fameux Tartini , & felon
fa coûtume , il charma par la fineffe de fon
exécution les oreilles connoiffeufes . Le
De profundis , Motet de M. Mondonville ,
termina le Concert .
fenté
L'Académie Royale de Mufique a reprépour
la premiere fois fur fon Théa
tre le Mardi 5 Novembre les Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , Ballet Héroïque , repré
fenté à Verſailles le 15 Mars 1747. Le
Poëme eft de M. Cahufac ; la Mufique
M. Rameau ; les Danfes de M. Laval ,
Compofiteur des Ballets du Roi .
Une incommodité du Sr Jeliotte ayant
interrompu pendant quelques jours les répréfentations
des Fêtes de l'Hymen & de
Ï'Amour , on a joué dans cet intervalle
le Carnaval & la Folie.
Le 19 du mois dernier , les Comédiens
François donnerent une repréfentation de
Megare, Tragédie nouvelle de M.Morand.
Ils remirent le 13 de ce mois fur leur
Théatre la Comédie des Fils Ingrats.
CONCERTS
NOVEMBRE. 1748. 169
L
CONCERTS de la Cour.
E Mercredi 23 Octobre & le Lundi
28 , on exécuta en Concert chez
la Reine la Paftorale Héroïque de Diane
Endimion , dont les Paroles font de M.
de Fontenelle , & la Mufique de M. de
Blâmont , Sur-Intendant de la Mufique du
Roi . Les rôles ont été chantés par Mlles
Lalande , Defchamps , Romainville , Canavas
& Godonnefche , ainfi que par Mrs
Poirier , Benoît , la Garde & Godonnefche,
Le Mercredi 6 Novembre & dans les
Concerts fuivans , on exécuta le Ballet &
le Prologue des Amours des Dieux. Les Paroles
font de M. Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure, & la Mufique de feu M. Mouret.
Mlles Mathieu , Canavas , Guedon ,
& Mrs Benoît , Dubourg & Bafire , en ont
chanté les rôles.
COMEDIES à Fontainebleau.
Es Comédiens François donnerent le
21 Octobre à la Cour la Métromanie de
M. Piron , & le Deuil.
Le 24 , Sémiramis & le Triple Mariage.
H
170 MERCURE DEFRANCE.
Le 29 , Amphitrion & le double Veuvage,
Le 30 , le Cid & le Magnifique.
Les Italiens y repréſenterent le 21 le
Prince de Salerne, accompagné d'un Ballet,
qui plut infiniment .
Le 26 , Arlequin Voleur , avec le même
Ballet , que la Reine avoit redemandé.
Une Mufette , compofée & chantée par
le fieur Rochard , a eu un fuccès brillant
& mérité.
EXTRAIT
Du Ballet qui a pour titre :
Les Fêtes de l'Hymen & de l'Amour
C
ou
Les Dieux d'Egypte,
E Ballet ayant été repréſenté fur le
grand Theatre de Verſailles , à l'oc
cafion du premier Mariage de Monſeigneur
le Dauphin , le Prologue eft relatif
à cet évenement. M. de Cahufac en a fait
une espece d'Epithalame en action , qui
prépare les trois Entrées dont il eft fuivi.
L'Amour , fans armes , paroît plongé dans
une profonde trifteffe . En vain les Graces,
NOVEMBRE . 1748. 171
les Jeux & les Plaifirs , s'efforcent de le
confoler. Il leur annonce que rien ne peut
calmer fon dépit , & que le Deftin le condamne
à reconnoître les loix de l'Hymen .
Ses plaintes font interrompues par l'arrivée
du Dieu , l'objet de fon courroux . Les
Vertus de la fuite de l'Hymen portent les
armes & le flambeau de l'Amour. Le fils
de Vénus apprenant que l'Hymen ne veut
ufer de fa puiffance que pour le faire
triompher , ces deux Divinités fe réconcilient
. Elles fe promettent de s'unir pour
embellir les nouveaux noeuds , que l'Hymen
a formés entre deux auguftes Epoux.
L'Hymen.
Lancez , lancez vos traits .
L'Amour.
Faites briller vos feux:
Enfemble.
Qu'auprès d'eux les plaiſirs enchaînent la conſtance.
Par nos foins à les rendre heureux ,
Signalons notre intelligence.
L'Amour.
Volez , Plaifirs ; célebrez ce beau jour;
Volez , parez l'Hymen ; qu'il foit toujours aimable.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos aîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers.
Ensemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amass fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez -vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes.
Brillent fur les mêmes Autels.
2
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Feres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere. Le .
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies.
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente. Pendant
qu'elles fe préparent à marcher conNOVEMBRE
. 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus, fe préfente à elles .De
toutes parts, les Amazones accourent ponr
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
armies pour fa défenſe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez -vous que la haine ,
Quand je viens vous offrir la paix ?
Que craignez -vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis, quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fète dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Souveraine
elle- même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant . Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe. Bien-tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris. Orthefie , cedant alors
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
à la tendreffe qu'il lui infpire , n'eft occu
pée que du foin de le fauver. On défarme
Mirrine & fes compagnes. Oficis exprime
par ces vers fa reconnoiffance pour les
fentimens de la Reine.
Vous défendez des jours que j'offre à vos appas.
N'ayez plus d'allarmes..
Les Jeux & les Plaifirs, qui marchent fur mes pas ,
Contre vous font nos feules armes.
Orthefie.
Eh ! que feroit fans toi l'appareil qui te fuit ?
C'eft à la main qui les conduit ,
Que les plaifirs doivent leurs charmes..
Ofiris.
Qu'entens-je ? Je triomphe , & l'Amour eft vains
queur.
Orthefie.
L'Amour , en m'éclairant , commence mon bons
heur.
Par l'ordre d'Ofiris , les deferts & les
rochers , qui fervoient de retraite aux
Amazones , fe changent en une campagne
agréable & fertile , & l'Acte eft terminé
par une fête brillante qu'amene naturellement
l'union de ces femmes guerrieres . &
des Suivans d'Oliris .
Sous
Canope
CaneN
celebro
nearde d
avoirco
Ee barb
allarme
le fort
peintà
Font a
le
mo
fatale
enlai
C'el
LesP
trile d
fental
yplace
guirlan
le
coul
tombe
carcit;
éclatsfe
Botsfe
NOVEMBRE. 175
1748.
ACTE II.
Sous l'apparence d'un fimple Mortel ,
Canope , le Dieu des Eaux , s'eft fait aimer
d'une Nymphe , nommée Memphis. On
célébroit tous les ans en Egypte à l'honneur
de ce Dieu une fête folemnelle , qu'on
avoit coûtume d'enfanglanter par le facrifice
barbare d'une jeune fille . Un fonge
allarme Memphis , & lui fait craindre que
le fort ne la choififfe pour victime . Elle
peint à Canope les images effrayantes qui
Font agitée pendant le fommeil . Dans
le moment , elle eft inftruite que l'Urne
fatale a proferit fa vie. Canope la quitte
en lui difant ,
…. C'eſt à moi , Memphis , à vous défendre ,
Ce Peuple odieux va me voir.
Les Prêtres & le Peuple gémiffent fur la
trifte deftinée de Memphis , mais fe difpofent
à l'immoler.On éléve un Autel , & l'om
y place la Victime , après l'avoir ornée de
guirlandes de fleurs. Le Grand- Prêtre faifit
le couteau facré : il leve le bras : Memphis
tombe évanouie. Tout à coup le Ciel s'obfcurcit
; il part des Cataractes du Nil des
éclats femblables à ceux du tonnerre ; les
flots fe foulevent , & forment un affreux
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE :
débordement ; on voit Canope fur un
char traîné par des Crocodiles ; il s'élance
du haut des Cataractes jufqu'au milieu du
fleuve , & par ce difcours il détourne le
coup prêt à frapper ſon Amante .
Peuple aveugle ! peut-on m'honorer par un crime)
N'apprendras tu jamais à connoître les Dieux ?
Fuis & refpecte la victime ;
Entraîne loin de moi tes Prêtres odieux .
Tout fuit à ces paroles du Dieu irrité.
La voix de Canope rappelle Memphis à
la vie. Ce Dieu lui déclarant qu'il eft le
même qui lui eft apparu en fonge , elle
s'écrie :
Vous trompez mes regards , fans furprendre mon
coeur.
Ah ! je ne vois qu'un Dieu qui comble ma terreur,
Sous les traits de l'Amant que j'aime.
Dieu redoutable , hélas ! Laiffez - vous défarmer.
Ne le puniffez pas d'avoir charmé mon ame.
Tout doit vous attendrir en faveur de ma flâme ;
Par vous- même cent fois j'ai juré de l'aimer.
Cher Amant , je ferai fidéle ,
Dût le Ciel en courroux m'accabler de tourmens.
Ala face du Dieu qui reçut mes fermens ,
NOVEMBRE . 1748. 177
Ma fâme te les renouvelle .
Canope.
Vous pénetrez mon coeur de plaifir & d'amour.
Une erreur trop long- tems a caufé vos allarmes.
Je vous vis fur ces bords , je brûlai pour vos char-
' mes ;
Sous le nom d'un Mortel , j'efperai qu'à mon
tour ....
Memphis.
Qu'entens- je , ô Ciel ! Quel heureux jour ! }
Mon coeur parloit envain , & je n'ofois le croire .
Ensemble.
Vous m'aimez, je n'en puis douter.
Quel bonheur ! Quelle gloire !
Tout ce qui pouvoit me flater,
Embellit ma victoire.
L'empreffement des Divinités de la fuite
de Canope , & celui des Egyptiens , à cé-,
lebrer le bonheur & la gloire de Memphis,
fourniffent la fête qui terminent ce ſecond
Acte.
ACTE III.
4
On fçait qu'Arueris , fils d'Ofiris & &Ifis
, étoit reconnu chez les Egyptiens pour
le Dieu des Arts , & que les ffres étoient
Hv
164 MERCURE DE FRANCE.
application longue & fuivie , je vous prie
de vouloir bien la rendre publique , car
beaucoup de perfonnes feroient en état de
l'exécuter , & je ferois également fatisfait ,
foit que ce fuffent d'autres ou moi , puifque
le bien public auroit toujours lieu de
même.
M. de Vaucanfon a fait une Machine ,
laquelle par le moyen d'un cheval fait
autant d'étoffe que trente - deux ouvriers.
Avec le fecours de cette Machine , on n'a
befoin que d'avoir de quatre en quatre métiers
un enfant pour renouer les fils qui
peuvent le rompre. S'il pouffe fans aucun
effort un bouton ,. le métier s'arrête , tandis
que tous les autres vont , & quand il a
noué, il tire le bouton , & le métier va, &c.
J'ai fait refléxion qu'il feroit affez aifé ,
par la confidération de cette Machine ,
d'en faire une à laquelle un homme ou un
cheval feroit aller pareil nombre de métiers
à bas.
Les moulins à étoffe ne s'établiront que
petit à petit , à caufe que les Manufactu
res fe trouvant raffemblées dans un petit
nombre de Villes , on laiffe aux ouvriers
d'à préfent la facilité de gagner leur vie
attendu que dans la grande multitude qu
ils font , il y en auroit beaucoup qui ne
fçauroient pas d'autre métier , & d'autres
NOVEMBRE . 1748. 165
proient peine à trouver chez eux de quoi
s'occuper dans une profeflion differente,
Mais comme celles des bas fe trouvent à
peu près également répandues , on pourroit
établir d'abord la Machine que je
propofe. On auroit les bas à bien meilleur
marché , puifque la façon coûtetoit fi
peu, & comme toutes les perfonnes, & même
les plus pauvres , ne peuvent fe paffer
d'en ufer continuellement , ce feroit un
grand avantage pour le Royaume , car
puifqu'il faut tant d'ouvriers de bas , fi un
feul faifoit autant d'ouvrage que quatre ,
ou un cheval autant que trente-deux hommes
, & fi un enfant , de qui d'ailleurs on
ne peut pas encore tirer de travail , fuffie
à quatre métiers, plus de'gens refteroient à
cultiver les terres & à s'appliquer aux Arts,
& par--là à contribuer à l'abondance , à la
commodité & à la magnificence publique.
Je fuis , & c .
Le Chevalier de Rhodes.
166 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗送送洗洗洗洗
RECIT DE BASSE .
F1I de l'Amour , fi de fa Mere .
Difoit Grégoire entre deux vins
Et vive le Dieu des Raifins ;
›
C'eft mon Roi , mon maître , mon pere.
Amour, jaloux de fon bonheur ,
Accourt au cabaret , s'y met en embuſcade ,
Et d'un trait perçant le bûveur ,
Apprens , dit-il , apprens à me faire bravade.
Tu m'as furpris , fils de Vénus ,
Lui répond fiérement Grégoire ,
Mais je fuivrai tes loix , fans rompre avec Bac
chus ;
Je veux toujours aimer , & je veux toujours boire
SPECTACLES.
E Concert Spirituel , conduit par M.
Royer , Maître de Mufique célebre ,
qui a eu l'honneur de l'enfeigner à Monfeigneur
le Dauphin , & qui eft Auteur de
Zaide & de plufieurs ouvrages eftimés , a
été ouvert le Vendredi premier jour de
ORK
DIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
- NOVEMBRE . 1748. 167
Novembre , Fête de la Touffaints. Il y a
eu un très - grand concours d'Auditeurs
curieux de voir la difpofition nouvelle
de la Salle , laquelle eft entierement chan
gée. On en a fort applaudi l'arrangement .
Le Théatre du Concert fait voir au fond
un grand ordre d'Architecture , divifé
par
un jeu d'orgues , qui embellit le Spectacle,
& fortifie l'accompagnement . Cet Orgue
eft fçavamment touché par M. Cheron.
L'Orqueftre eft mieux coupé , & les Concertans
font placés favorablement pour les
voix , pour la fymphonie & pour l'affemblée.
Un rang de Loges remplit agréablement
le tour de la Salle ; on y entre par un
corridor & des efcaliers commodes. Ces
Loges font furmontées d'une galerie qui
les couronne , fans les charger. Le plein
pied eft garni de bancs à dos & de chaiſes,
Enfin M. Royer n'a rien épargné pour
mériter l'approbation du Public.
Le Concert commença par In Exitu ,
Motet à grands choeurs de M. Adolfati ,
Maître de Mufique de l'Hôpital des Incurables
de Venife ; enfuite M. Taillard joią
avec applaudiffement un Concerto fur la
flute Allemande .
On donna Jubilate Deo , omnis terra
Motet à grands choeurs de M. Fanton ,
Maître de Mulique de la Sainte Chapelle
168 MERCURE DE FRANCE.
3
de Paris , qui a auffi été approuvé. Mlle
Duval , jeune Ecoliere de M. Royer , débura
par un petit Motet de M.Mouret ; on
a loüé fa voix & ſa cadence . M. Pagin joüa
un Concerto du fameux Tartini , & felon
fa coûtume , il charma par la fineffe de fon
éxécution les oreilles connoiffeufes . Le
De profundis ,, Motet de M. Mondonville ,
termina le Concert.
fenté
L'Académie Royale de Mufique a reprépour
la premiere fois fur fon Théa
tre le Mardi 5 Novembre les Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , Ballet Héroïque , repré
fenté à Versailles le 15 Mars 1747 : Le
Poëme eft de M. Cahufac ; la Mufique
M. Rameau ; les Danfes de M. Laval ,
Compofiteur des Ballets du Roi .
Une incommodité du Sr Jeliotte ayant
interrompu pendant quelques jours les répréſentations
des Fêtes de l'Hymen & de
Ï'Amour , on a joué dans cet intervalle
le Carnaval & la Folie.
Le 19 du mois dernier , les Comédiens
François donnerent une repréſentation de
Megare , Tragédie nouvelle de M.Morand.
Ils remirent le 13 de ce mois fur leur
Théatre la Comédie des Fils Ingrats.
CONCERTS
NOVEMBRE. 1748. 169
L
CONCERTS de la Cour.
>
E Mercredi 23 Octobre & le Lund?
28 on exécuta en Concert chez
la Reine la Paftorale Héroïque de Diane
Endimion , dont les Paroles font de M.
de Fontenelle , & la Mufique de M. de-
Blâmont , Sur-Intendant de la Mufique du
Roi. Les rôles ont été chantés par Mlles
Lalande , Defchamps , Romainville , Canavas
& Godonnefche , ainfi que par Mrs
Poirier , Benoît , la Garde & Godonnefche,
Le Mercredi 6 Novembre & dans les
Concerts fuivans , on exécuta le Ballet &
le Prologue des Amours des Dieux. Les Paroles
font de M. Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure, & la Mufique de feu M. Mouret.
Mlles Mathieu , Canavas , Guedon ,
& Mrs Benoît , Dubourg & Bafire , en ont
chanté les rôles.
COMEDIES à Fontainebleau.
Es Comédiens François donnerent le
21 Octobre à la Cour la Métromanie de
M. Piron , & le Deuil.
Le 24 , Sémiramis & le Triple Mariage.
H
170 MERCURE DEFRANCE.
Le 29 , Amphitrion & le double Veuvage,
Le 30 , le Cid & le Magnifique.
Les Italiens y repréfenterent le 21 le
Prince de Salerne, accompagné d'un Baller,
qui plut infiniment.
Le 26 , Arlequin Voleur , avec le même
Ballet , que la Reine avoit redemandé.
Une Mufette , composée & chantée
le fieur Rochard , a eu un fuccès brillant
& mérité.
par
EXTRAIT
Du Ballet qui a pour titre :
Les Fêtes de l'Hymen & de l'Amour
ou
Les Dieux d'Egypte,
C grandTheatre de Verfailles , à l'oc-
E Ballet ayant été repréſenté fur le
cafion du premier Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , le Prologue eft relatif
à cet évenement . M. de Cahufac en a fait
une espece d'Epithalame en action , qui
prépare les trois Entrées dont il eft fuivi .
L'Amour , fans armes , paroît plongé dans
une profonde trifteffe. En vain les Graces,
NOVEMBRE . 1748. 171
les Jeux & les Plaifirs , s'efforcent de le
confoler. Il leur annonce que rien ne peut
calmer fon dépit , & que le Deftin le condamne
à reconnoître les loix de l'Hymen .
Ses plaintes font interrompues par l'arrivée
du Dieu , l'objet de fon courroux . Les
Vertus de la fuite de l'Hymen portent les
armes & le flambeau de l'Amour. Le fils
de Vénus apprenant que 'l'Hymen ne veut
ufer de fa puiffance que pour le faire
triompher , ces deux Divinités fe réconci
lient. Elles fe promettent de s'unir pour
embellir les nouveaux noeuds , que l'Hymen
a formés entre deux auguftes Epoux.
L'Hymen.
Lancez , lancez vos traits.
L'Amour.
Faites briller vos feux:
Enfemble.
Qu'auprès d'eux les plaiſirs enchaînent la conftance.
Par nos foins à les rendre heureux
Signalons notre intelligence.
L'Amour.
Volez , Plaifirs ; célebrez ce beau jour;
Volez , parez l'Hymen ; qu'il foit toujours ai
mable.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos aîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers .
Ensemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amans fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez-vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes
Brillent fur les mêmes Autels.
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Fêres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere. Le
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies .
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente . Pendant
qu'elles fe préparent à marcher con-
J
NOVEMBRE . 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus ,fe préfente à elles.De
toutes parts, les Amazones accourent pong
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
armies pour fa défenfe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez - vous que la haine,
Quand je viens vous offrir la paix ?
Que craignez -vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis , quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fête dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Sou
vetaine elle -même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant . Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe . Bien- tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris . Orthefie , cedant alors
H iij
172 MERCURE DE FRANCE .
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos áîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers .
Enfemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amans fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez- vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes
Brillent fur les mêmes Autels .
;
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Fêres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere . Le
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies .
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente . Pendant
qu'elles fe préparent à marcher con-
•
NOVEMBRE . 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus, fe préſente à elles . De
toutes parts, les Amazones accourent ponr
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
arries pour fa défenfe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez - vous que la haine ,
Quand je viens vous offrir la paix
Que craignez- vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis, quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fete dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Souveraine
elle-même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant. Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe . Bien-tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris , Orthefie , cedant alors
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
à la tendreffe qu'il lui infpire , n'eft occu
du foin de le fauver. On défarme
Mirrine & fes compagnes . Oficis exprime
par ces vers fa reconnoiffance pour les
fentimens de la Reine.
pée que
Vous défendez des jours que j'offre à vos appas.
N'ayez plus d'allarmes..
Les Jeux & les Plaifirs , qui marchent fur mes pas
Contre vous font nos feules armes.
Orthefie.
Ehque feroit fans toi l'appareil qui te fuit:? .
C'eft à la main qui les conduit ,
Que les plaifirs doivent leurs charmes..
Ofiris.
Qu'entens-je ? Je triomphe , & l'Amour eft vains
queur.
Orthefie.
L'Amour , en m'éclairant , commence mon bon
heur.
Par l'ordre d'Ofiris , les deferts & les
rochers
,
qui fervoient de retraite aux
Amazones , fe changent en une campagne
agréable & fertile , & l'Acte eft terminé
par une fête brillante qu'amene naturellement
l'union de ces femmes guerrieres . &
des Suivans d'Oliris ..
NOVEMBRE . 1748. 175
ACTE II.
Sous l'apparence d'un fimple Mortel ,
Canope , le Dieu des Eaux , s'eft fait aimer
d'une Nymphe , nommée Memphis. On
célébroit tous les ans en Egypte à l'honneur
de ce Dieu une fète folemnelle , qu'on
avoit coûtume d'enfanglanter par le facrifice
barbare d'une jeune fille. Un fonge
allarme Memphis , & lui fait craindre que
le fort ne la choififfe pour victime . Elle
peint à Canope les images effrayantes qui
Font agitée pendant le fommeil. Dans
le moment , elle eft inftruite que l'Urne
fatale a proferit fa vie. Canope la quitte
en lui difant ,
... C'eſt à moi , Memphis , à vous défendre ,
Ce Peuple odieux va me voir.
Les Prêtres & le Peuple gémiffent fur la
trifte deſtinée de Memphis , mais fe difpo
fent à l'immoler.On éléve un Autel , & l'or
y place la Victime , après l'avoir ornée de
guirlandes de fleurs , Le Grand- Prêtre faifit
le couteau facré il leve le bras : Memphis
tombe évanouie. Tout à coup le Ciel s'obf
curcit ; il part des Cataractes du Nil des
éclats femblables à ceux du tonnerre ; les
flots fe foulevent , & forment un affreux
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE:
débordement ; on voit Canope fur un
char traîné par des Crocodiles ; il s'élance
du haut des Cataractes juſqu'au milieu du
fleuve , & par ce difcours il détourne le
coup prêt à frapper fon Amante .
Peuple aveugle peut-on m'honorer par un crime)
N'apprendras- tu jamais à connoître les Dieux ?
Fuis & refpecte la victime ;
Entraîne loin de moi tes Prêtres odieux .
Tout fuit à ces paroles du Dieu irrité.
La voix de Canope rappelle Memphis à
la vie. Ce Dieu lui déclarant qu'il eſt le
même qui lui eft apparu en fonge , elle
s'écrie :
Vous trompez mes regards , fans furprendre mon
coeur.
'Ah ! je ne vois qu'un Dieu qui comble ma terreur,
Sous les traits de l'Amant que j'aime.
Dieu redoutable , hélas ! Laiffez- vous défarmer.
Ne le puniffez pas d'avoir charmé mon ame.
Tout doit vous attendrir en faveur de ma flâme ;
Par vous-même cent fois j'ai juré de l'aimer .
Cher Amant , je ferai fidéle ,
Dût le Ciel en courroux m'accabler de tourmens.
Ala face du Dieu qui reçut mes fermens ,
NOVEMBRE . 1748. 177
Ma flâme te les renouvelle.
Canope.
Vous penetrez mon coeur de plaifir & d'amour.
Une erreur trop long- tems a caufé vos allarmes.
Je vous vis fur ces bords , je brûlai pour vos char-
* mes ;
Sous le nom d'un Mortel , j'efperai qu'à mon
tour ....
Memphis.
Qu'entens- je , ô Ciel ! Quel heureux jour ? }
Mon coeur parloit envain , & je n'ofois le croire .
Ensemble.
Vous m'aimez, je n'en puis douter .
Quel bonheur ! Quelle gloire !
Tout ce qui pouvoit me flater ,
Embellit ma victoire.
L'empreffement des Divinités de la fuite
de Canope , & celui des Egyptiens , à cé-,
lebrer le bonheur & la gloire de Memphis,
fourniffent la fête qui terminent ce fecond
Acte.
ACTE III.
On fçait qu'Arueris , fils d'Ofiris & d'Ifis
, étoit reconnu chez les Egyptiens pour
le Dieu des Arts , & que les ftes étoient
H E
178 MERCURE DE FRANCE.
des fêtes inftituées en l'honneur d'Ifis
Arueris , dans la fuppofition de l'Auteur ,,
prend occafion de ces fêtes pour faire bril .
ler les talens & pour les couronner . Il or
donne que le prix des Vainqueurs foit:
d'être unis à l'objet de leur amour. Orie ,.
Amante d'Arueris , foupçonne du miftere
dans la nouvelle forme qu'il donne aux
Jeux établis . Elle appréhende que fon
Amant ne veuille la céder à quelque Rival.
Raffurée fur cet article , elle a un autre fujet
d'allarmes . Le peu de foin qu'elle a eu:
de cultiver fes talens , l'inquiéte. Elle ne :
fe connoît que celui d'aimer . C'eſt le plus
enchanteur , lui dit Arueris.
Lui feul les fait tous naître
Eh !que feroient les talens fans l'Amour? »
11 les infpire , il les force à paroître ,
leur prête les traits , les place dans leur jour ,
Et fa flâme eft leur premier maître.
Les Jeux commencent. Orie , fur la foi
des promeffes de fon Amant , ofe difputer
le prix , & elle le remporte au jugement:
même de fes Rivales ...
Indépendamment de plufieurs des mot
ceaux , que nous avons cités , il en eft dans
le Ballet de M. Cahufac quelques autres ,
NOVEMBRE. 1748. 179
très-dignes de louanges . Tel eft particulierement
celui- ci , chanté par un Berger
Egyptien dans les Jeux confacrés à la
gloire d'Ifis.
Ma Bergere fuyoit l'Amour ,
Mais elle écoutoit ma Mufette:
Ma bouche diſcrette ,
Pour ma flâme parfaite ,,
N'ofoit demander du retour .
Ma Bergere auroit craint l'Amour;
Mais je fis parler ma Mafette.
Ses fons , plus tendres chaque jour ,
Lui peignoient mon ardeur fecrette.
Si ma bouche étoit muette ,
Mes yeux s'expliquoient fans détour.
Ma Bergere écouta l'Amour ,
Croyant écouter ma Mufette.
fe
Nous ne diffimulerons point que M. de
Cahufac en divers endroits de fon Poë :
me tombe dans des négligences qu'il ne
devroit pas permettre. On ne lui pardonne
point de dire, Rien ne manque à"
mon défefpoir. Comblé ma terreur. DesClimats
ferains. L'art des Talens , &c.
Peut-être auroit- on droit auffi de lui défirer
plus de clarté dans certaines phraſes ,
H&vj
180 MERCURE DE FRANCE.
& plus de netteté dans l'expofition de fes
fujets ? Mais on ne peut lui refufer une
imagination féconde , agréable & variée .
Son premier Acte offre un tableau dont
toutes les figures font en action , &
contraſtent merveilleufement. L'idée du
troifiéme eft extrêmement délicate & galante.
Surtout l'Auteur poffede fupérieurement
le talent de donner au Muficien
les moyens d'exercer fon génie ,
& c'eft un des premiers devoirs des Poëtes
Liriques.
Aveace talent , ils feront toujours fûrs
de voir leurs Opéra réuflir , lorfqu'ils feront
affez heureux pour que M. Rameau
veuille en compoſer la Mufique . Nous
avons averti dans l'un des articles précédens
, que celle des Fêtes de l'Hymen &
de l'Amour eft de cet Orphée de notre fiécle.
Quand même les Paroles n'auroient
pas tout le mérite que nous leur reconnoiffons
, on ne feroit pas étonné du grand uccès de ce Ballet.
NOVEMBRE . 1748. 181
淡洗洗淡淡淡洗洗洗洗洗淡淡洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DE WARSOVIE , le 21 Ottobre.
E 28 du mois dernier , jour fixé pour l'ouver
ture de la Diette , le Roi accompagné des
Sénateurs , des Grands Officiers de la Couronne ,
& des Députés des Palatinats , affifta dans l'Eglife
de Saint Jean à la Meffe du Saint Eſprit , célébrée
pontificalement par l'Evêque de Plocko , & enfuite
au Sermon prononcé par M. Podocxy , Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine de Gnefne. Sa
Majefté s'étant renduë enſuite dans la Salle du
Sénat avec les cérémonies accoûtumées , & les
Sénateurs ayant pris leurs places , le Prince Lubomirsky
, Starofte de Cafimir , & Maréchal dela
Diette précédente , complimenta le Roi au nom
des Etats du Royaume affemblés . Après que fa
Majefté fe fut retirée , le Prince Labomirsky exhorta
les Députés des Palatinats par un difcours
très- pathétique , à concourir aux bonnes intentions
du Roi , à travailler avec zéle au bien de la Patrie,
& à éviter tout ce qui pourroit troubler l'union ,"
A néceffaire pour terminer les diverfes affaires
fur lefquelles la Diette fe propofe de déliberer. Ce
difcours fut fuivi de l'Election du nouveau Maréchal.
On eut d'abord beaucoup de peine à réunir
ks futfrages , qui étoient partagés entre M. Malachouski
, Régimentaire de la Couronne , & M.
Simienski , Starofte de Dombowroski , l'un des
Députés de la Ville de Léopol , mais ce dernier
l'emporta enfin fur fon concurrent . Il harangua
auffi les Etats , & après les avoir remerciés de la
182 MERCURE DE FRANCE.
M :
fort
confiance dont ils l'honoroient , il les affura qu'il
ne négligeroit rien de ce qui pourroit procurer le
fuccès de la Diette. Le premier de ce mois ,
Simienski pria les Députés , qu'il avoit nomméspour
donner part de fon élection au Roi , d'aller
au Sénat où la Majefté les attendoit. Peu après
ces Députés revinrent à la Chambre des Nonces ,
& ils rapporterent que le Roi non-feulement avoit
approuvé l'Election , mais encore avoit paru
fatisfait de la tranquillité avec laquelle s'étoit paffée
la premiere féance. Le Prince Lubomirski ,,
Nonce de Czersk , ayant demandé qu'on fit prê
ter ferment à M. Bienkowski , qui a été choifi
pour remplir les fonctions de Secrétaire de la
Diette , M. Pulawski , Nonce de Czechanow ,
s'éleva contre cette propofition ; & foutint que·
jamais cette formalité n'avoit été ufitée . Il y eut
à ce fujet de grands débats , mais le Nonce de
Czersk , ayant été appuyé daus fa demande par
M. Malachowski , premier Nonce de Cracovie , &
par plufieurs autres Députés , il fut décidé que le t
Secretaire de la Diette fe foumettroit à ce qu'on
exigeoit de lui. Cette difficulté levée , on procéda
à l'examen de la validité des Elections des Nonces.
Lorsqu'on fut venu à M. Stadnicky , fixiéme Député
de Cracovie , un Gentilhomme nommé
Czezamicki répréfenta que ce Député ne pouvoit
avoir féance à la Diette , parce qu'il y avoit une
Sentence contre lui . En conféquence M. Stadniky,
fut obligé de donner fa démiffion . Meffieurs
Szponowski & Gierzil produifirent auffi une Sentence
rendue contre M. Scipion , un des Députés
de Lida , mais quelques Nonces prirent la défenſe
de celui ci avec tant de chaleur , que le Maréchal !
de la Diette , craignant les fuites de ce differend ,.
termina la féance fans qu'on eût rien réglé à ces
•
NOVEMBRE 1748. 1834
fjet. Dans la féance du 2 , on examina la légiti™“
mité des Elections des Députés du Palatinat de
Novogrod , & elles le trouverent fi'irrégulieres
qu'on ne balança point , quoique ces Députés fuffent
abfens , à déclarer leurs places vacantes. On
forma diverfes oppofitions contre plufieurs autres
Nonces. Elles parurent mal fondées , & l'on n'y
eut point d'égard . La légitimation des Nonces .
étant finie , on propofa de difcuter d'avance quelques-
uns des points qui doivent être l'objet des
déliberations de la Diette . Cette propofition fut
rejettée par un des Députés de Razan ; le Maréchal
infifta , de même que ce Député , pour qu'as
vant tout on allât faluer le Roi dans le Sénat , & la
pluralité des Nonces s'étant rangée de ce fentiment
, l'Affemblée fe fépara. Le 3 , les Nonces
ainfi qu'il avoit été réfolu , rendirent leurs refpects
à fa Majefté , & le Maréchal de la Diette témoigna
au Roi la vive reconnoiffance , dont ils étoient
pénétrés pour l'attention paternelle , avec laquelle
fa Majefté prenoit à coeur les intérêts de la Nation.
Le Grand Chancelier de la Couronne répon
dit au nom du Roi dans les termes les plus favora
bles. Sa Majesté étant retournée le 4 au Sénat , le
Referendaire y fit la lecture des Paca Conventa ,
après laquelle le Grand Chancelier expofa les dif
ferens articles , fur lefquels on attend la décifion
de la Diette. Il dit que quoique le projet de l'augmentation
des troupes , déja propofée plufieurs
fois , & miſe encore fur le tapis dans la Diette précédente
, eût toujours échoué , le Roi ne perdoit
point de vue les moyens qui tôt ou tard pourroient
frayer les voies à un établiſſement fi utile ; que le
principal de ces moyens feroit de mettre un meil
leur ordre dans l'adminiftration des Finances ; que
ce n'étoit point affez de pourvoir à la fûreté du
184 MERCURE DE FRANCE.
Royaume , & qu'il importoit de veiller au bon
heur de fes habitans ; que pour cet effet il étoit
néceffaire de favorifer le commerce ; qu'il falloit
maintenir les Villes dans la joüiffance de leurs
droits & de leurs priviléges , établir une jufte proportion
entre les monnoyes de Pologne & celles
des Etats voifins , diminuer les Douanes & les
Péages , abolir tes exemptions dont les particuliers
abufent , exploiter les mines du Pays , particulierement
celles d'Oikus , & faire enforte que les
Polonois , trouvant dans leurs propres Manufactures
les ouvrages qu'ils ne tirent qu'à grands frais
des autres Nations , il fortît moins d'argent du
Royaume . Le Grand Chancelier ajouta que pour
mériter que le Tout - Puiffant benît des vûës fi ialutaires
, il convenoit de remédier aux abus qui s'étoient
introduits dans les Tribunaux & dans les
Cours de Judicature. Il finit fon difcours , en re
commandant de la part du Roi , de reprendre les
conferences avec les Miniftres des Puiflances
Etrangeres , & de remplacer les perfonnes qui
font mortes parmi les Deputés chargés de cette
commiffion . Le 5 , le Roi donna audience dans le
Sénat aux Députés de l'armée de la Couronne , &
à ceux du Grand Duché de Lithuanie , qui lûrene
publiquement leurs inftructions.
Dans la féance que la Diette rint le 3 de ce
mois , les Evêques opinerent fur les matieres qui
doivent faire l'objet des déliberations de cette
Affemblée , & tous , à l'exception de l'Evêque de
Warmie , infifterent pour l'augmentation des
troupes Ils furent d'avis qu'il convenoit d'établir
une Commiffion , pour examiner les moyens de
mettre un meilleur ordre dans les Finances ; que
fi on vouloit faire fleurir le commerce , il étoit
néceffaire de remédier aux véxations qui fe conNOVEMBRE
. 1748. 185
mettent contre les Négocians , & peut-être même
d'abolir toutes les Douanes particulieres ; qu'on
ne pouvoit non plus fe difpenfer de rendre aux
Bourgeois de diverfes Villes les priviléges dont
infenfiblement ils avoient été privés , & que par
apport aux monnoyes , on devoit prier le Roi ,
d'en faire frapper qui pûffent être en proportion
avec les monnoyes des Etats voisins. Quelquesuns
repréſenterent , combien il importoit de travailler
fans délai à lever les obſtacles qui nuifent
à la navigation dans les environs de Dantzick .
Les Palatins parleremt dans la féance du 9. Après
avoir donné leur approbation au projet d'augmenter
les troupes , ils propoferent d'impoſer à tous
Les Juifs , qui auroient atteint l'âge de quatorze
ans , une taxe annuelle d'un ducat par tête. Tous
demanderent la fuppreffion des Douanes que differens
particuliers fe font arrogées fans aucun titre
, & le redreffement des abus qui fe font introduits
dans l'adminiſtration de la Juftice . Ils témoignerent
defirer que les Princes fils du Roi , ou
du moins le Prince Xavier , demeuraflent ordinairement
en Pologne . Le Caftellan de Pofnanie
ouvrit la féance du 10 par un diſcours , dans lequel
il 's'étendit beaucoup fur la néceffité de fupprimer
les Douanes ufurpées par les particuliers , de
favorifer l'établiffement de certaines Manufactures,
& de faire des réglemens pour diminuer le luxe. Il
expofa diverſes raifons de ne plus tolérer les Juifs
dans ce Royaume , & il s'éleva avec une extrême
véhémence contre la longueur & les frais des procédures.
Les fept autres Caftellans , qui opinerent
après lui , fe conformerent à l'avis des Evêques &
des Palatins. Ils joignirent leurs inftances à celles
de ces derniers , pour que les jeunes Princes établiffent
leur réfidence dans ce Royaume , & ils
186 MERCURE DE FRANCE.
;
prierent fa Majefté d'y fixer elle- même la fienne
Le 11 , le Grand Maréchal de la Couronne , le
Grand Chancelier , le Vice- Chancelier , le Grand
Tréforier de Pologne , celui de Lithuanie , & les
deux Maréchaux de la Grande & de la Petite Pologne
, donnerent leurs fentimens fur les differens
articles propofés. Prefque tous leurs difcours tendirent
à montrer de quelle importance il étoit d'améliorer
les revenus de l'Etat , d'augmenter les
troupes , de maintenir les priviléges des Villes , &
de protéger le commerce . Lorfque les Grands Officiers
& les Miniftres eurent ceffé de parler , on
procéda à la nomination des Députés du Sénat ,
qui doivent rédiger les Conftitutions de la Diette ,
& examiner les comptes de la Trésorerie , & l'on
choifit le Comte Zaluski , Evêque de Cracovie
le Comte de Tarlo , Palatin de Sandomir ; le
Comte Podoski , Palatin de Plocko , & le Comte
Sapieha , Palatin de Meziflavie. Les Nonces re
tournerent enfuite à leur Chambre . Le 12 , le
Maréchal de la Diette leur ayant demandé s'ils
jugeoient à propos qu'on lear fir une nouvelle lecture
des articles fur lefquels ils avoient à déliberer,
la plupart répondirent que cela n'étoit point néceffaire.
Un des Députés du Palatinat de Plocko ſe
plaignit dans cette féance , de ce qu'on avoit refufé
d'admettre au Tribunal de Petrikow les Dé
putés que fon Palatinat y avoit envoyés , & il demanda
qu'ils puffent y prendre féance . Le fecond
des Députés de Czechanow harangua long- tems ,
pour perfuader à la Chambre d'obliger lé Grand"
Tréforier de la Couronne , de rendre fes comptes
dans une forme differente de celle qui a été jufqu'à
préfent en ufage..
L'affaire , concernant le refus que le Tribunal
de Petrikow a fait d'admettre les Députés du Pa
NOVEMBRE. 1748. 187
Tatinat de Plocko , fut terminée dans la féance
renue par la Diette le 14 de ce mois. Plufieurs
Nonces dans la même féance renouvellerent leurs
inftances , pour qu'on changeât la forme dans la
quelle le Grand Tréforier de la Couronne a coû
me de rendre fes comptes , & ils demanderent
que les Commiffaires , nommés pour examiner fes
états de dépense & de recette ne lui délivraffent
point de quittance avant que la Chambre eût exa
miné leur rapport. Il s'éleva des débats très- longs
& très vifs à ce fujet , mais le Comte Poniatowski ,
Starofte de Zobroczin , les fit ceffer , en offrant
d'être caution du Grand Tréforier. Le Secretaire
de l'Affemblée lut enfuite le difpofitif des nouvelles
Conftitutions. Dans la féance du 15 , le même
Secretaire lut le projet pour le maintien de la fûreté
publique , tant au- dedans qu'au- dehors. Ce
projet fut unanimement approuvé , ainfi que celui
pour la convocation de l'Arriere- Ban. Lorsqu'on
parla de renouer les conferences avec les Miniftres
Etrangers , divers Nonces infifterent pour qu'on
nommât ceux d'entr'eux , qui devoient être dépn--
tés par la Chambre pour affifter à ces conferences.
Inutilement le Maréchal de la Dierte leur repréfenta
que ce qu'ils exigeoient ne devoit avoir lieu
qu'après la réunion de la Chambre avec le Sénat..
Ils perfifterent dans leur demande , & ils prétexterent
, pour appuyer leurs prétentions , l'interêt
qu'on avoit d'obtenir des indemnités convenables ,
pour les dommages caufés à plufieurs Palatinats
par les fujets de quelques Puiffances voifines . Un
des Nonces d'Orfzan interrompit cette difpute
pour demander la révocation de la Commiffion ,
qui a été chargée de régler les differends entre les
Catholiques & les Chrériens du Rite Grec. Il fou
188 MERCURE DE FRANCE .
tint que l'établiffement de cette Commiffion étoir
préjudiciable aux intérêts de la Religion ; & un
grand nombre de Membres de l'affemblée , ayant dé
claré qu'ils ne délibéreroient fur aucune affaire , fi
celle- ci n'étoit terminée , on pria le Maréchal de la
Diette d'en informer le Roi. Le16 , ce Maréchal rendit
compte de la réponſe de fa Majefté. Comme le
Roi ne s'étoit pas expliqué fur la fuppreffion de la
Commiffion , les Députés , qui defiroient qu'elle
fût revoquée , engagerent le Maréchal de la Diette
à retourner chez fa Majefté , pour lui faire de
nouvelles repréſentations à ce fujet , En attendant
que les intentions de ces Députés fuffent remplies,
on fufpendit la lecture du projet fur la continuation
des conferences avec les Miniftres Etrangers,
& on lut celui qui regarde l'exploitation des mines,
& celui pour la jufte évaluation des monnoyes.
Le Maréchal de la Diette rapporta le 17 à la
Chambre , que le Roi confentoit de tenir un Tribunal
de Relation , pour examiner les griefs de la
Nobleffe contre les perfonnes de la Religion
Grecque. Cette Déclaration , & la nomination
qu'on fit des Députés qui devoient compofer le
Tribunal de Relation , calma les efprits. On continua
la lecture du projet pour recommencer les
conferences avec les Miniftres Etrangers , & ce
projet , ayant été approuvé fans aucune oppofition
, fut figné par le Maréchal de la Diette. Cette
lecture fut fuivie de celle d'un autre projet pour
fixer au dernier Lundi du mois d'Août l'ouverture
des Diettes ordinaires . Les Députés de Warfovie
de Grodno s'oppoferent à cette propofition .
*
NOVEMBRE. 1748. 18
DE STOCKHOLM , le 15 Oftobre.
E 7 de ce mois fur le midi , la Princeffe épouſe
du Prince Succeffeur , accoucha d'un Prince ,
& cette nouvelle fut annoncée au peuple par une
falve générale de l'artillerie des remparts de cette
Ville. Auffi-tôt que le Roi en fut informé , il fe fit
conduire en Chaife- à- porteurs à l'appartement de
la Princeffe , qu'il félicita fur cet heureux évenement.
Sa Majesté embraffa le jeune Prince , & le
revêtit des marques des Ordres du Séraphin , de
l'Epée , & de l'Etoile du Nord. Lorſqu'elle fut de
retour chez elle , elle nomma quatre- vingt -dixhuit
Chevaliers du fecond de ces Ordres , & feize
du troifiéme.
?
Les Miniftres Etrangers , les Sénateurs ,
les
Confeils & les Tribunaux , furent admis le 8 à
Paudience du Roi , & ils eurent l'honneur de
complimenter fa Majefté fur la naiffance du Prince
, dont la Princeffe , époufe du Prince Succef
feur , étoit accouchée le jour précédent. Le 9 ,
jour fixé pour le Baptême du jeune Prince , cette
cérémonie fut annoncée au peuple par le Carillon
de l'Eglife Allemande , & par les fanfares des timbales
& des trompettes , qui avoient été placées
fur les Tours des autres Eglifes . Deux Compagnies
du Régiment des Gardes fe mirent fous les
armes dans la Cour extérieure du Palais . Un autre
Détachement du même Régiment forma une
double haye depuis le bas de l'Escalier qui fépare
les deux Cours , jufqu'à la Salle des Trabans
du Roi , & dela jufqu'à celle des Trabans du Prin-
Ge Succeffeur, Les Comteffes de Ducker & de
Lagerberg , nommées pour repréfenter les Têtes
Couronnées & les Princeffes qui devoient être
Maraines , furent conduites au Palais dans un cas
190 MERCURE DE FRANCE.
roffe de fa Majefté , attelé de fix chevaux. Elles
furent reçues à la Porte par le Comte de Taube ,
Maréchal de la Cour , & au bas de l'Escalier par
le Baion de Lowen , auffi Maréchal de la Cour ,
qui précédé des Chambellans & des Gentilshommes
de la Maifon du Roi , les nena à l'apparte
ment de la Princeffe , époufe du Prince Succef
feur , où la Comteffe de Teffin , Dame d'Honneur
de la Princeffe , & les Dames du Palais , les
reçûrent avec les formalités accoûtumées . Les
Sénateurs , qui devoient repréfenter dans la cérémonie
les Etats du Royaume , & qui avoient été
invités le matin par des Chambellans du Roi , s'étant
affemblés dans la Salle du Sénat , ils furent
conduits par le Comte de Taube à l'appartement
de fa Majefté. Le Prince Succeffeur fe rendit enfuite
à la Salle où le Prince , fon fils , devoit être
baptifé , & la matche fe fit dans l'ordre fuivant.
Le Baron de Lowen & le Comte de Taube , Maréchaux
de la Cour , les Gentilshommes de la
Maifon du Roi , marchant deux à deux , deux
Hérauts d'Armes ; deux Secretaires de fa Ma
jefté ; le Baron de Taube , Sénateur & Grand Ma
réchal , tenant les marques de fa Dignité. Les autres
Sénateurs , rangés felon leur ancienneté , précédoient
le Prince Succeffeur , aux deux côtés duquel
étoient douze Gardes du Corps , & qui étoit
fuivi des principaux Officiers des Gardes du
Corps , & des Trabans. Lorfque le Prince Succeffeur
eut pris fa place , le jeune Prince fut apporté
de l'appartement de la Princefle fa mere , par la
Comtelle de Ducker. Cette Dame étoit foutenue
par le Baron de Fuchs & par le Comte de Frolich ,
& la queue de fa mante étoit portée par les Demoifelles
Ulrique & Agnès Stromberg. Le jeune
Prince étoit fur un Carreau de drap d'argent , &
NOVEMBRE . 1748. 191
quatre Colonels portoient au- deſſus de lui un Dais
de même étoffe . Il étoit accompagné de la Mai.
fon du Prince Succeffeur , les Pages marchant à la
tête , enfuite les Gentilshommes & les Chambellans
; les deux Maréchaux de la Cour du Prince ;
le Baron d'Hamilton , fon Premier Chambellan ;
le Comte de Teffin , fon Grand Maréchal- La
Comteffe de Lagerberg marchoit derriere le
Prince , entre le Biron de Nolcken , Chancelier
de la Cour , & le Baron de Lowenheim , Chancelier
de Juftice . Les Dames du Palais fermoient la
marche. L'Archevêque en Habits Pontificaux ,
affifté du Premier Chapelain du Roi , & d'un Chapelain
du Prince Succeffeur , adminiftra le Bap-
Tême au jeune Prince , que le Prince Succeffeur
tint fur les Fonts , au nom des Souverains choifis
M.
pour être Pareins. Après cette cérémonie ,
Kenna , Secretaire de fa Majefté , cria deux fois de fuite à haute voix , Vive Charles , né Prince des
Suédois , des Goths & des Vandales. On chanta le
Te Deum en Mufique , au bruit d'une ſalve de deux cens cinquante fix piéces de canon , & l'on porta enfuite le jeune Prince avec le même cortége dans
la Salle d'Audience
, où il fut mis dans fon ber- ceau de cérémonie,
•
Ses Parains ont été le Roi de la Grande Breta
gne le Prince de Pruffe & le Grand Duc de
Ruffie fes Maraines , la Reine de Pruffe , la
Margrave de Bareith & la Ducheffe de Zerbft.
Le Roi lui a conferé la charge de Grand Amiral
de Suéde , & les Patentes en ont été remiſes au
Prince Royal. On mande de Warfovie , que le
Roi de Pologne Electeur de Saxe a difpofé de la
place de Caftellan de Wittepsk en faveur de M.
Jollokub , Caftellan de Samogitie , à qui le Stasofte
de Feyden fuccéde dans cette derniere Digni
192 MERCURE DEFRANCE.
té . Sa Majefté Polonoife a déclaré Lieutenang
Feldt-Maréchal des troupes de Pologne M. Woreskowski
, Starofte de Dawkow
DE COPPENHAGUE , le 26 Octobre.
L
Eurs Majeftés revinrent ici de Jagersbourg le
15 de ce mois , & le même jour on lança à
l'eau en préſence du Roi un nouveau Vaiffeau de
guerre , qui fut nomme le Bornholm . Pendant ce
tems , la Compagnie des Gardes de Marine & un
Détachement de Matelots monterent la garde au
Vieux Holm , ce qui jufqu'alors ne s'étoit point
pratiqué. A l'arrivée du Roi , & lorfque fa Majefté
fe retira , la Fregate le Docke , qui étoit vis- àvis
du Holm , ornée de fes Pavillons , de fes Flam
mes & de fes Pavois , fit une falve de toute fon ar
tillerie. On a mis depuis peu en commiffion un
Vailleau de foixante & dix canons. Le 16 , leurs
Majeftés retournerent à Jagersbourg , d'où elles
fon: revenues avant hier en cette Ville.
L
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Octobre,
'Impératrice Reine fut relevée de fes couches
le 12 de ce mois , & elle fe rendit enfuite à
Marie Hitzing. Cette Princeffe alla le lendemain
rendre vifite à l'Impératrice Premiere Douairiere,
Elle fit le 14 près de Schombrun la revûë de quelques
Régimens , qui font revenus des Pays- Bas.
L'Empereur a écrit aux Electeurs & à quelques
Princes de l'Empire fur l'affaire de la Tutelle du
Duc de Saxe Weymar. Il paroît que dans le Col-
Jége Electoral & dans celui des Princes la pluralité
des
NOVEMBRE .
1748.193
1748 .
des voix ſera contre le Duc de Saxe Gotha. Les
Etats du Royaume de Hongrie doivent s'affembler
à Prefbourg au commencement du mois prochain.
On parle de convoquer auffi les Etats de
Boheme , & le bruit court qu'il y fera propofé
quelques arrangemens en faveur de l'Empereur.
Le Gouvernement a accordé à la Nation Hongroife
la permiffion de tranfporter les vins de
Hongrie dans les Pays Etrangers , à condition que
ceux qui pafferont par l'Autriche payeront un
florin par demi Quarteau .
Les Etats du Royaume de Hongrie ayant té
moigné defirer ardemment que l'Archiduc Jofeph
y établit fa réfidence , l'Impératrice Reine leur a
promis que dès qu'il auroit atteint l'âge de majorité
, il fe rendroit à Offen , qui a été autrefois la
demeure ordinaire des Rois de Hongrie. Sur cette
affurance , les Etats ont réfolu d'y faire bâtir un
magnifique Palais aux dépens de la Nation . Il s'eft
tenu ces jours-ci deux conferences chez le Feldt-
Maréchal Comte de Konigfeg La premiere a eu
pour objet les affaires qui regardent la Cour de
Baviere , & la feconde celle concernant la Seigneurie
de Zwingenberg M. Caravalho , Miniftre
du Roi de Portugal , a communiqué aux Miniftres
de l'Impératrice Reine quelques dépêches qu'il a
reçûës de fa Cour. Shaddi Meheinet Effendi ,
Envoyé Extraordinaire du Grand Seigneur , reprie
hier la route de Conftantinople . Il eft efcorté par
un Détachement du Régiment de Kollowrath , &
accompagné par le Comte de Soyer , qui le conduira
jufqu'aux frontieres de l'Empire Ottoman.
Le Comte de Linange , qui eft venu i i exécuter
une commiffion de l'Electeur Palatin , fe prépare
à retourner à Manheim. Il eſt arrivé de Pétersbourg
un courier avec des lettres du Comte de
194 MERGURE DE FRANCE.
que
P'Im Bernes , par lesquelles on a été informé
pératrice de Ruffie avoit approuvé les arrangemens
pris par rapport aux quartiers d'hyver des
troupes Ruffiennes. On attend plufieurs Régimens
qui reviennent d'Italie & des Pays- Bas
Ceux de François de Lorraine , de Léopold
Daun , de Joſeph Efterhafy , & de Jeune Wolfenbuttel
, iront en Moravie , & l'on enverra celui
de Maximilien de Heffe dans la partie de la Siléfie
, qui est restée fous la domination de l'Impératrice
Reine . On laiffera dans les Pays- Bas les Régimens
d'Infanterie du Prince Charles de Lorraine
, de los Rios , de Prié , d'Arenberg , de
Salm , de Bareith , de Damnirz & de Platz ; le
Régiment de Cuiraffiers de Bentheim , & celui
de Dragons de Ligne ; en Italie , douze Régimens
d'Infanterie & quatre de Dragons . Le Duc d'A
renberg commandera en chef les troupes dans les
Pays-Bas , & il aura fous les ordres le Feldt- Maré
chal Comte de Neuperg , les Contes de Chapclos,
d'Ungern & de Tornaco , Lientenans Feldt-Ma
réchaux , le Prince d'Arenberg , le Baron d'Ar
berg , le Comte de Geaimingen , les Marquis de
la Puebla & de Bournonville , Majors Généraux.
Les troupes qui feront ca Hongrie , feront commandées
par le Feldt - Maréchal Comte de Bathia
ny , lequel aura fous lui le Baron de Platz , le
Baron d'Engelshoffen
, le Marquis Guadagni
Lieutenans Feldt Maréchaux , & les Majors Géné
raux Ghiland , Winckelman , Rothern & Radicati
. Le commandement
des troupes fera donné , en Boheme , au Prince de Lobekowitz ; en Mo.
ravie , au Général Saint Ignon, dans la Bafle Au
triche , au Feldi+ Maréchal Prince de Save Hild.
burfghaufen ; dans PAutriche Antérieure , au
Lieutenant: Feldt Maréchal Hanfchdans
le Ti I
"
NOVEMBR E. 1748. 195.
rol , au Général Damnitz ; en Italie , au Feldt-
Maréchal Pallavicini , aux ordres duquel feront
les Lieutenans Feldt Maréchaux Novati & Neuhaus
, & les Majors Généraux Marini , Lizen
Hinderer , Defoffy , Wied , Sincere , O- Donell
& Kolb. Après la publication de la Paix , on pro
cédera à la réforme de divers Régimens , & ceux
d'Ogilvy & de Stolberg feront du nombre.
L
DE BERLIN , le 2 Novembre.
E 30 du mois dernier , le Roi vint ici de Potf
dam , où fa Majefté retourna le lendeinain
étant accompagnée du Comte de Rothenbourg ,
Lieutenant Général ; du Baron de Pollnitz , Premier
Chambellan , & du Marquis d'Argens. M.
d'Arnim , Miniftre d'Etat Actuel , & chargé du
Département de la guerre , ayant demandé de fe
démettre de fes emplois à caufe du mauvais état
de fa fanté , le Roi la lui a accordée avec les tés
moignages les plus convaincans de la fatisfa&tion
que fa Majefté reffent des fervices rendus par ce
Miniftre. La place qu'il occupoit a été donnée au
Baron de Danckelman , Préſident de la Régence
de la Principauté de Hohenloe. Il count un
bruit que le Prince de Lobсkowitz eft dans le deffein
de vendre au Roi la Principauté dé Sagan ,
fiturée en Siléfie. On a reçu avis de Drefde , qu'à
l'imitation des nouveaux réglemens faits par fa
fa Majefte , on alloit travailler en Saxe , à réfor
met les abus qui fe font introduits dans l'admiftration
de la Juftice , & principalement à abreger les
procédures .
I ij
396 MERCURE DE FRANCE.
DE FRANCFORT le le 6 Novembre.
Ldu mois dernier , a élú pour Coadjuteur de
E Chapitre de Worms , s'étant affemblé le 7
l'Evêque l'Electeur de Mayence. Le 9 , le Prince
Frederic de Heffe revint des Pays- Bas à Caffel.
On a appris que le Cardinal Querini étoit arrivé à
Ratisbonne , & qu'il étoit chargé de conferer
avec les Evêques d'Allemagne , fur le deffein que
le Pape a formé de diminuer le nombre des Fêtes.
Les Bourgeois de Nuremberg ont obtenu que
PEmpereur établit une Commiffion pour juger
les differends furvenus entr'eux & leurs Magif
trats,
ILY
a eu ces jours.ci une entrevûë entre l'Electeur
de Mayence & le Prince Guillaume de Heffe
Caffel. Ces deux Princes , s'étant rencontrés dans
la Forêt de Steinheim , ont pris enſemble le divertiffement
de la chaffe , & ils ont eu enfuite une
Conference , tant fur les affaires de l'Empire que
fur celles qui les concernent. Le Prince Guillau
me de Heffe retourna après cette conference à
Hanau. Le premier de ce mois , M. de la Noue ,
Miniftre du Roi de France auprès des Cercles ,
partit pour aller faire un voyage à Paris. Diverſes
difpofitions annoncent le prochain retour des troupes
Heffoifes dans leur Pays. Le Feldt- Maréchal
Comte de Bathiany arriva le premier de ce mois
à Cologne , & il alla le 3 à Bonn , d'où il a dû continuer
la route pour Vienne. Le Baron de Loë ,
Grand Prévôt de l'Eglife Cathédrale de Hildesheim
, Vicaire Général & Préſident de la Régence
de l'Evêché de ce nom , eſt mort à Hildesheim lạ
2 de ce mois. On a reçû de Gelder la nouvelle
de la mort du Baron de Krocher , Lieutenant Gé
méral des armées du Roi de Pruffe.
NOVEMBRE . 1748. 197
L
ESPAGNE.
De Madrid , le 29 Octobre.
E Roi prit le 8 de ce mois le deuil pour fix ſemaines
, & l'Infant Cardinal , ainfi que Ma
dame , épouſe de l'Infant Don Philippe , & les
Infantes , l'ont pris pour fix mois , à l'occaſion de
la mort de la Ducheffe Douairiere de Parme . Le
18 , leurs Majeftés partirent du Palais du Buen
Retiro pour l'Efcurial . Madame époufe de l'Infant
Don Philippe, & l'Infante Marie- Elizabeth, ſe
rendirent le 9 au Château de Saint Ildefonſe. L'Evêché
d'Oſma a été donné par le Roi à l'Archevê
que Titulaire de Lariffe.Don Manuel de Benavides
d'Arragon , Duc de San Iftevan , Chevalier de
l'Ordre du Saint Efprit , & de celui de Saint Janvier
; Commandeur de la Commanderie de Monreal
dans l'Ordre de Saint Jacques ; Premier
Ecuyer du Roi ; un de fes Gentilshommes de la
Chambre , Confeiller du Confeil d'Etat , & Préfident
du Confeil des Ordres , mourut en cette
Ville le 11 , âgé d'environ foixante fix ans. Il avoit
été Miniftre du Roi Louis I , & Majordôme Major
de la Majefté Sicilienne , & il avoit affifté au Congrès
de Cambray, en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
& de Premier Miniftre Plénipotentiai
re de Philippe V.
Madame , époufe de l'Infant Don Philippe , &
l'Infante Marie Louife , retournerent le 26 joindre
leurs Majeftés , & l'Infant Cardinal les accompagna.
Le Roi a nommé Don Cano Coadjuteur de
P'Evêché de Siguenza , & a difpofé de la Digniré
de Tréforier de l'Eglife Métropolitaine de Toléde
en faveur de Don Romuald de Velarde . Don
André Ibarra à obtenu un Titre de Caftille pour
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
lui & pour fes héritiers , même en ligne collate
rale. Sa Majefté a accordé à Don Jofeph Cabezon
de Seze la place de Corregidor de la Ville
d'Avila. Don Jofeph Borrul , Fifcal du Confeil
des Indes , & Don Raymond de Sobremonte y
Caftillo , viennent d'être déclarés , l'un , Confeiller
Honoraire de Confeil de Caftille , & l'autre
Juge Honoraire de l'Audience de Seville . Les Religieux
des Ecoles Pieufes , ayant reçu de Rome le
Bref pour la Beatification du Pere Jofeph Cala
fanz , leur Fondateur , ils chanterent le 21 du
mois dernier à cette occafion le Te Deum , auquel
l'Evêque d'Olma officia pontificalement. Le 12 de
ce mois , ils porterent dans une Proceffion folemnelle
le Corps du nouveau Béatifié , & pendant les
fix jours fuivans la Grande Meffe a été chantée
dans leur Eglife à plufieurs Cheurs de Mufique .
On a appris que le Pere Manuel Albarran , Religieux
de l'Obfervance , & Commiſſaire des Miftions
du Pérou , étant allé prêcher l'Evangile aux
Infidéles d'une Contrée de ce Royaume , ils l'a
voient maffacré , & que dix Efpagnols , qui l'avoient
acccompagné , avoient fouffert auffi le Marzyre.
I
ITALIE.
De Rome , le 22 Octobre.
L s'eft tenu en préfence du Pape une Congré
gation particuliere , compofée des Cardinaux
Corfini , Valenti Gonzaga , Tamburini & Belozzi.
Le nouveau Primat de Pologne a réitéré les inftances
, afin d'obtenir une diminution fur la fomme
qu'il doit payer pour l'expédition de fes Bul
les. On dit que l'Evêque de Volterra , qui est tou
NOVEMBRE
1748. 199
jours prifonnier à Florence , perfiftant à refuſer de
donner la démiffion , fon procès lui fera fait dans
les formes , & que Sa Sainteté nommera un Vi❤ -
caire Apoftolique pour exercer les fonctions Epifcopales
dans le Diocéfe de Volterra . Selon les
nouvelles de Naples , le Roi des Deux Siciles a
réfolu de réformer vingt hommes par Compagnie
dans fes anciens Régimens , & de réduire à la
moitié chacun de les Régimens Provinciaux . On
a fçû par les mêmes lettres , qu'il étoit entré dans
le Port de Naples deux -Galéres Maltoiles , deftinées
à aller en courfe contre les Corfaires de Barbarie
.
11.
DE GENES , le 28 Octobre.
Duc de Richelieu , le Duc d'Agenois , &
>
Génois. En conféquence , les noins de ces deux
Seigneurs ont été infcrits dans le Livre d'Or. On a
séfolu d'ériger une Statue de marbre au premier ,
& de la placer dans le Grand Salon du Palais. Le
17 de ce mois , le Duc de Richelieu reçut la nouvelle
que le Roi Très - Chrétien l'avoit nommé.
Maréchal de France . Ce Général alla le 14 vifiter
les fortifications extérieures de cette Ville . Il fe
rendit enfuite fur la montagne des Deux Freres &
fur celle du Diamant. Plufieurs Dames du premier
rang l'accompagnerent , les unes à cheval , les autres
en chaiſes à Porteurs , jufqu'à la montagne de
l'Eperon. Cette promenade fe termina par un magnifique
diner que le Duc de Richelieu donna
dans le Cafone . Le Marquis d'Ahumada , qui commande
les troupes de Sa Majefté Catholique .
continue fon féjour à Recco . Il y a fait encore embarquer
depuis peu onze ou douze cens hommes
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
de ces troupes , pour les renvoyer en Catalogne
On parle de réformer deux des cinq Galeres de la
République. Les Billets de la Banque de Saint
Georges perdent toujours vingt pour cent , & la
Chambre fe trouve endettée de douze cens mille
livres. Suivant les avis reçus de Corfe , un Navire
Anglois s'étant approché de l'Algaliola , & fa manoeuvre
ayant paru fufpecte , le Commandant de
ce Pofte lui fit tirer deux coups de canon fans bou
lets, pour l'obliger de venir à l'obéiffance. Ce Bâtiment
n'ayant point changé de manoeuvre , & ayant
même négligé d'arborer fon Pavillon , on foupçonna
qu'il étoit Barbarefque , & on lui envoya
deux boulets , dont il fut tellement endommagé
qu'il coula à fond , mais fon equipage eut le tems
de fe fauver à terre.
Dans le Confeil qui a réglé les marques que la
République donneroit de fa reconnoiflance auMaréchal
Duc de Richelieu , pour les ſervices rendus
par ce Général , il a été réfolu que le Gouverne
mont emprunteroit une fomme à trois & demi
d'interêt pour cent , afin de s'en fervir à la réparation
& à l'entretien des Galéres. Avant - hier ,
le Marquis d'Ahumada vint en cette Ville , pour
feliciter le Maréchal Duc de Richelieu fur fa nouvelle
Dignité , & il retourna le lendemain à Recco.
On compte que la République lui accordera
auffi la diftinction de l'inſctire dans le Livre d'Or
de la Nobleffe. Le Maréchal Duc de Richelieu
fe difpofe à partir dans huit ou dix jours , pour
aller tenir les Etats de la Province de Languedoc.
Après fon départ , le Chevalier Chauvelin aura le
commandement des troupes Françoifes , & le
btuit , qui avoit couru que le Chevalier d'Apcher
Le rendroit ici pour les commander , ne s'eft pas
confirmé. Le Gouvernement fait conftruire fur la
NOVEMBRE. 207
1748 .
Plage de Seftri di Ponente un Fort de quatre Bal
tions , dans lequel on placera dix piéces de canon ,
& qui pourra contenir deux cens hommes. Depuis
quelque tems , on donne un peu plus de liberté
aux Officiers des troupes de l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , qui font ici prifouniers.
Le 22 , le froid a commencé à fe faire fentir
ici avec vivacité , & toutes les montagnes
font
déja couvertes de neige.
D
GRANDE - BRETAGNE,
De Londres , le 7 Novembre.
Ans un Confeil tenu le 17 du mois dernier
par les Lords Regens deda Grande Bretague,
il a été réfolu que le Parlement , qui devoit s'affembler
le 24 , ne reprendroit fes féances que le
28 du mois prochain. Le bruit court qu'on préfentera
une Requête aux deux Chambres , pour
demander que le Gouvernement établiffe des Colonies
dans diverfes parties de l'Amérique Septen
trionale , qui font incultes. M. Legge , Envoyé
Extraordinaire de fa Majefté à Berlin , a écrit depuis
peu au Duc de Bedford , Secretaire d'Etat ,
que les Miniftres du Roi de Prufle avoient réïtéré
leurs plaintes au fujet des prifes faites par les
Anglois fur les Pruffiens , & qu'ils infiftoient vivement
pour la reftitution de divers Navires dont
nos Armateurs fe font emparés. Les Commiffaires
de l'Amirauté ont donné au Capitaine Dennis le
commandement du Vaiffeau de guerre le Centurion
, & ils ont mis en commiffion quelques Frégates
. On prétend que le Roi nommera le Duc de
Richmond fon Ambaffadeur Extraordinaire auprès
de Sa Majefté Très- Chrétienne . Les Direc
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
1
teurs de la Banque ont réſolu de propoſer de nouvelles
foufcriptions pour quinze cens mille livres
fterlings , dont ils payeront quatre pour cent
d'interêt .
Il fe tint le 23 une affemblée de la Compagnie
des Indes Orientales , & il y fut décidé qu'elle
prendroit à fon fervice les Navires la Britannia
PAugufte, le Sandwich, le Montford , le Tavistock,
le Walpool , le Warren & le Griffin . Les Directeurs
de cette Compagnie marqueront inceffamment les
differentes deftinations de ces Bâtimens , & ils ont
déclaré qu'ils mettroient ces jours - ci en vente une
grande quantité de thé , qui a été apporté des
Indes Orientales . On a reçû avis que les Ouvriers
employés à l'exploitation des mines d'étain dans le
Comté de Cornouailles , ayant été informés qu'on
fe propofoit de tranfporter beaucoup de bled en
pais étranger , ils s'étoient affemblés tumultuçufement
à Pladftow , dans le deffein de s'oppoſer à
Pembarquement de ces grains , mais qu'on avoit
appaifé cette fédition .
Aujourd'hui le Lord Anfon eft parti pour aller
arborer fon Pavillon à bord de l'Amiral des Vaiffeaux
de guerre , deftinés à eſcorter le Roi , & le
vent étant favorable , ces Vaiffeaux & les Yachts
doivent avoir mis à la voile pour la Hollande.
On a approvifionné tous les Bâtimens que le Gou
vernement a fretés pour ramener en Angleterre
les troupes qui font dans les Pays- Bas . Celles qui
font à préfent dans le Royaume d'Ecoffe , feront
tranfportées en Irlande , à l'exception des Régimens
de Barell , d'Herbert & d'Ancram . Les équi
pages du Duc de Cumberland font revenus de
P'armée des Alliés . On continue de publier que le
Duc de Richmond fera nommé Ambafl deur Extraordinaire
du Roi auprès de Sa MajeftéTrèsNOVEMBRE
. 1748. 203
Chrétienne ; que M. Benjamin Keene fera revêtu
du même caractére auprès du Roi d'Efpagne ;
le Comte de Rochefort à la Cour de Portugal , &
le Comte d'Holderneff auprès des Etats Généraux
des Provinces- Unies. Le Gouvernement a fait partir
de Plymouth une Allege , pour porter ordre au
Commandant de Louifbourg d'évacuer entierement
l'lfle Royale auffi- tôt après l'arrivée de ce
Bâtiment. On vient d'apprendre que le Navire
PAddington , qui revient de Terre- Neuve , a déchargé
la carguaifon à Malaga. C'eſt le premier
Vaiffeau Anglois , qui depuis la ceffation des hoftilités
ait eu cette permiffion dans les Ports d'Elpagne.
Les Actions de la Compagnie des Indes
Orientales n'ont point de prix fixe ; celles de la
mer du Sud font à cent fix ; celles de la Banque à
cent vingt-fix , trois quarts , & les Annuités à qua
tre-vingt-dix-neuf, un huitiéme.
S
PAYS - BAS.
i
D'Aix-la-Chapelle le 7 Novembre.
Elon les copies du Traité Définitif de Paix ,
répandues dans le Public , ce Traité contient
vingt - quatre Articles , par lefquels on eft convenu
qu'on oubliera de part & d'autre tout ce qui
s'eft pallé pendant la guerre ; que le Traité de
Weftphalie , ceux de Madrid de 1667 & de 1670 ,
ceux de Nimegue , de Rifwick , d'Uutrecht &
de Bade , celui de la Haye de 1717 , celui de la
Quadruple Alliance , & celui de Vienne , feront
confirmés en tous les points aufquels on n'a pas
dérogé par le préfent Traité ; qu'on rendra fans
rançon les Prifonniers & les Otages , faits ou donnés
réciproquement , & cela dans le terme de fix
I vi
104 MERCURE DE FRANCE .
femaines après l'échange des Ratifications , bien
entendu qu'ils payerontles dettes qu'ils auront contractées
; que tous les Vaiffeaux de guerre & les
Navires Marchands , pris depuis les tems ftipulés
par la ceffation d'armes , feront reftitués ; qu'on
reftituera de même toutes les Conquêtes faites
dans quelque Partie du monde que ce foit ; que
toutes les Reftitutions & les Ceffions fe feront fix
femaines après que les Ratifications amont été
échangées ; que les Places des Pays - Bas , où les
Etats Généraux des Provinces - Unies ont eu des
troupes , leur feront remifes , afin qu'ils les faffent
garder par leurs Garnifons ; que l'artillerie , qui a
été trouvée dans les Villes conquifes , fera renduë
de
part & d'autre fuivant l'état qui en a été faið
lors de leur reddition , à l'exception néanmoins de
celle qui étoit à Menin , Ath , Mons , Charleroy
& Oudenarde ; que les Duchés de Parme , de Plaifance
& de Guaftalla , feront cédés à l'Infant Don
Philippe avec tous leurs Droits & toutes leurs Dépendances
, pour lui fervir d'établiffement , ainfi
qu'à fes Héritiers mâles , fous la claufe que ces
Etats retourneront aux préfens Poffeffeurs , en cas
que l'Infant Don Philippe ne laiffe point d'enfans
mâles , ou que ce Prince ou quelqu'un de fes Defcendans
parvienne au Trône d'Elpagne ou à celui
des Deux Siciles ; qu'on nommera refpectivement
des Commiffaires , qui s'affembleront à Bruxelles
& à Nice pour effectuer les reftitutions & ceffions
mentionnées : que le Roi de la Grande Bretagne
enverra en France deux perfonnes de rang & de
confidération , pour fervir d'Otages , en attendant
qu'on ait reçû des nouvelles certaines de l'évacuation
du Cap Breton & de toutes les Places qui
pourroient avoir été prifes dans les Indes Orien
Tales qu'on prendra des arrangemens, convena
NOVEMBRE. 1748. 208
bles , afin que l'évacuation générale ſe faffe de la
maniere la plus commode pour les troupes & pour
les habitans ; que tous les Papiers & Documents
qu'on a trouvés dans les Villes , & dont on s'eft
faifi , feront rendus , nommément les Archives de
Malines ; que le Roi de Sardaigne fera maintenu
dans la poffeffion de tous les Etats , particulierement
de ceux qui lui ont été cedés en 1743 , excepté
la partie du Plaiſantin qu'il occupe , & qu'il
cedera à l'Infant Don Philippe , moyennant la
claufe du Droit de Reverfion fur le même pied
qu'il a été ftipulé ci- deffus ; qu'on rétablira le Duc
de Modéne dans tous les Etats , qu'on lui rendra
les Fiefs qu'il poffedoit en Hongrie , ou qu'on lui
en donnera l'équivalent , & qu'on lui fera juftice
par rapport aux biens allodiaux qui lui appartenoient
dans le Duché de Guaftalla ; que la République
de Génes fera rétablie auffi dans toutes les
Poffeffions dont elle jouifioit avant la guerre ; que
l'argent que la République au les habitans du Pays
de Génes ont aux Banques de Vienne & de Turin ,
& qui a été confifqué , leur fera rendu , & que le
payement des intérêts commencera àcourir depuis
le jour de l'échange des Ratifications ; que les chofes
demeureront en Italie fur le pied qu'elles étoient
avant la guerre , fi l'on en excepte les ceffions fai
tes au Roi de Sardaigne & à l'Infant Don Philippe;
que le Traité de l'Affiento en faveur de la Compagnie
Angloife de la mer du Sud fera confirmé
pour quatre années , & que l'Efpagne accordera à
cette Compagnie la permiffion d'envoyer aux Colonies
Efpagnoles un Vaiffeau pendant ces quatre
années , pour la dédommager de n'avoir pas jour
de cette permiffion pendant la guerre ; que les for
tifications de Dunkerque demeureront dans le mês
me état qu elles font du côté de la terre, mais qu'on
206 MERCURE DE FRANCE.
fuivra les anciens Traités pour ce qui regarde le
côté de la mer , qu'on terminera à l'amiable les
differends au fujet des fommes que fa Majeſté Britannique
, comme Electeur de Hanover , prétend
lui être dûës par l'Eſpagne ; qu'on reglera de même
ceux qui concernent l'Abbaye de Saint Hubert
, & les prétentions de l'Electeur Palatin ; que
P'Article du Traité de la Quadruple Alliance, dans
lequel la fucceffion à la Couronne de la Grande
Bretagne a été affûrée à la Maiſon de Hanover, eft
confirmé ; que tous les Etats poffedés en Allemagne
par fa Majefté Britannique , lui font garantis
par les Puiffaces contractantes ; que les Puiffances,
qui ont garanti la Pragmatique Sanction , renou
vellent cette garantie , autant qu'il n'y a pas été
dérogé par le préfent Traité ; qu'elles garantiffent
de même au Roi de Pruffe la Siléfie & le Comté de
Glatz ; que toutes les Puiffances intereffées ſe gaantiffent
réciproquement & refpectivement l'exécution
du Traité , que l'échange des Ratifications
fe fera ici dans un mois au plus tard par les
Miniftres de ces Puiffances , & dans fix femaines
par les Miniftres des Puiffances qui accederont audit
Traité . Il a été ftipulé que les Titres & les Prefféances
que les Puiffances Contractantes ont pris
dans ce Traité , ne tireroient point à conféquence,
& qu'il en feroit de même pour ce qui regarde la
Langue Françoife , dans laquelle il a été rédigé.
Le 20 de ce mois , le Marquis de Soto Major , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi d'Ffpagne , accéda
au Traité pour fa Majefté Catholique , & le 23 ,
le Comte de Kaunitz remit auffi l'acceffion de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme . Le
Comte de Monzone remit le 25 cetle du Duc de
Modene , & le 28 le Marquis Doria celle de la République
de Génes.
NOVEMBRE. 1748. 207
Les Miniftres Plénipotentiaires de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & ceux du Roi
de la Grande Bretagne , ont figné le 24 du mois
dernier un Acte , par lequel il eft dit que comme
dans le Traité Général & Définitif de Paix , & dans
les Acceffions données par le Marquis de Soto
Major de la part du Roi d'Eſpagne , & par le Comte
de Kaunitz de la part de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , il n'y a rien qui porte atteinte
à ce qui a été ftipulé par les Préliminaires
acceptés généralement , les Miniftres Plénipotentiaires
de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme & ceux du Roi de la Grande Bretagne font
convenus que dans le cas où quelqu'une des Puiffances
, qui ont pris part à la guerre , refuferoit ou
differeroit d'acceder audit. Traité , de forte que
Pon pût craindre du retardement à l'accompliffement
des arrangemens qui ont été reglés , l'Impe
ratrice Reine de Hongrie & de Boheme , & fa
Majefté Britannique , de concert tant entre elles.
qu'avec les Puiflances for Contractantes , foit
Accédentes , employeront les moyens les plus efficaces
pour l'exécution defdits arrangemens , afin
que toutes les Parties , foit Contractantes foit Accédentes,
fe trouvent, au terme fixé par le Traité
en pleine & paifible poffeffion de tout ce qui doit
leur revenir & appartenir , foit par reftitution , foit
par ceffion. Les Miniftres Plénipotentiaires des
Rois de France & d'Espagne , & ceux des Etats
Généraux des Provinces- Unies , ont figné auffi le
même Acte. Aujourd'hui , les Miniftres du Roi de
Sardaigne ont remis l'Acceffion de ce Prince an
Traité Définitif.
208 MERCURE DE FRANCE.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roia nommé le Duc de Richelieu Maréchal
de France.
Sa Majefté a accordé le Gouvernement desVille
& Château d'Alençon , au Comte de Rannes , ſecond
fils du feu Marquis de Rannes.
Le 31 du mois dernier , veille de la Fête de
Tous les Saints , le Roi accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Mefdames de France , affifta dans la Chapelle
du Château aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique , auxquelles l'Evêque de Chartres
officia.
Le premier de ce mois , jour de la Fête , le
Roi , accompagné de même que le jour précedent
, entendit la Grande Meffe , qui fut célebrée
pontificalement par le même Prélat , & chantée
par la Mufique. Sa Majefté affifta l'après midi à la
Prédication de l'Abbé Joffet , Chanoine de l'Eglife
Cathédrale de Metz , & aux Vêpres auxquelles
l'Evêque de Chartres officia. Le Roi entendit en.
fuite les Vêpres des Morts.
La Reine affifta à l'Office dans la Tribune , &
le 31 du mois dernier , Sa Majesté communia par
les mains de l'Evêque de Chartres , fon Premier
Aumônier.
Le Lundi 28 Octobre & Mardi
27, M. Champalanti
, Muficien Italien de la Chapelle du Roi ,
chanter pendant la Meffede Leurs Majeſtés le
NOVEMBRE. 1749 . 209
Pleaume Deus in nomine tuo falvum mefac , Motet
de fa compofition qui fut fort applaudi
M. l'Evêque de Rennes , Ambaffadeur de France
à la Cour d'Espagne, ne néglige point , malgré les
grandes occupations & fon eloignement , la direction
de la Mufique de la Chapelle , dont il eft
Gränd Maître. Il renouvelle les fujets , & récom
penfe les anciens fuivant les occafions . Dans le
deffein de donner de l'énialation aux Compofiteurs
de Mufique Latine , & de faire revivre celle
des Maîtres de Chapelle du Roi , qui font décedés
; il vient de propofer & a fait accepter à Sa
Majefté M. le Prince , ancien Muficien de la Chapelle
& de la Chambre , pour battre la meſure,
pendant le quartier d'Octobre , vacant par la mort
de M. l'Abbé Madin. Il a recommandé en même
tems à ce Muficien de faire chanter les Motets de
ce Compofiteur , & ceux de Meffieurs la Lande , *
Bernier , Campra ** & Gervais , qui ont tous été
Maîtres de Mufique de la Chapelle du Roi. M. le
Prince a recueilli plufieurs autres Motets des plus
grands Maîtres , ce qui fera un Quartier très diverfifié
& digne de l'attention des Amateurs.
L'ouverture du Parlement fe fit le 12 de ce
mois , avec les cérémonies accoûtumées , par une
Meffe folemnelle , que l'Evêque de Frejus célebra
pontificalement dans la Chapelle de la Grand'
Salle du Palis , & à laquelle M. de Maupeou ,
Premier Préfident , & les Chambres , affifterent.
* Les Motets de M. de la Lande font gravés au
nombre de quarante , faifant vingt volumes , defix
livres chacun.
** On a auffi gravé quatre Motets de M. Campra,
en deux volumes du même prix. Le tout se vend à la
Regle d'Or , rue Saint Honoré rue du Roule , chez
M , le Clerc.
210 MERCURE DE FRANCE.
宗宗宗宗宗宗宗宗宗装戀戀
MARIAGES ET MORTS.
L3 de -
Ε 3 Octobre , Louis - Charles de Lorraine
ée en furvivance , Gouverneur & Lieutenant
Général pour le Roi de la Province d'Anjou , des
Ville & Chateau d'Angers & du Pont- de - Cé ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté , & Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , époufa
Louife -Julie - Conftance de Rohan , auparavant
Chanoineffe de Remiremont. Le mariage fut cé-
Tébré en préfence de M. le Curé de Saint Sulpice ,
en l'Eglife de l'Abbaye de Panthemont , par le
Prince Louis- Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
du Roi ; Prévôt de PEglife Cathédrale de
Strasbourg, L'époux eft fils de feu Louis de Lorraine
, Prince de Lambefc, & de Jeanne- Marguerite-
Henriette de Durfort de Duras, & l'époufe eft
fille de Charles de Rohan , Prince de Montauban
Lieutenant Général dés Armées du Roi , Gouverneur
des Ville & Château de Nîmes & de Saint
Hippolite , & d'Eleonore - Eugenie de Bethify ,
Dame du Palais de la Reine.
>
,
Le 19 , Etienne Rivié , Seigneur de Chars , de
Resfons , de Boifé , de Marannes
de Marannes , de Riquebourg
&c. Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Grand Maître des Eaux & Forêts de France au
Département de l'Ile de France & du Soiffonnois
, Secretaire du Roi , Maiſon & Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris.
>
Le 23 , Anne- Sophie de Bulkelei , fille de Frangois
de Bulkelei , Chevalier des Ordres du Roi ,
NOVEMBRE . 1748 . 211
& Lieutenant Général de fes Armées , mourut dans
la treizième année de fon âge .
Le même jour , Agnès- Michelle de Pommereu ,
fille de Jacques de Pommereu , ancien Capitaine
au Régiment du Roi , mourut âgée de 13 ans.
Le même jour , Jacques- Amable Claude , Chevalier
, Baron d'Enfrenel mourut en cette ville .
Le 25 , Pierre Grimod du Fort , Fermier Général
, Intendant des Poftes , Couriers & Relais de
France , mourut âgé de 55 ans . Il avoit épousé le
25 Février dernier N. de Colincourt , qu'il laiffe
enceinte d'environ fept mois. On peut confulter
Particle de fon mariage qui fe trouve dans le Mer
cure du mois de Février de cette année .
Le 27 , André de Brancas , Comte de Rochefort
ci devant Gouverneur de Beaucaire
Avignon , âgé de 60 ans ou environ.
mourut
Le 28 , Marie -Jeanne - Angelique - Therefe ,
fille de Louis - François , Comte de Thiange &
d'Anlezi , Marquis de Roquefeuille , Comte Palatin
de Die , Baron de Caftelane , Marquis de Saligni ,
& c. mourut à Paris , âgée de 11 ans.
Le même jour , Jeanne- LouifeDuffon , fille
d'Armand Duffon , Marquis de Bonnac , Chevalier
de l'Ordre de Saint André de Ruffie , Lieute
nant de Roi , Commandant dans la Comté de
Foix , Gouverneur des Châteaux d'Uffon & de
Querigut, & Colonel du Régiment d'Infanterie de
fon nom , mourut âgée d'environ 3 ans.
Le 31 , Françoife-Armande de Jumilhac , fille de
N. de Jumilhac , Capitaine- Lieutenant de la Premiere
Compagnie des Moufquetaires , & Lientenant
Général des Armées du Roi , mourut dans la
quinziéme année de fon âge.
Le 3 Novembre , Françoife Salm de Guillan
falla de Mont-Juftin , veuve de N - Comte de Vinti
212,MERCURE DE FRANCE.
mille de Montpefat , mourut âgée de 8 ans .
Le même jour , Julie- Angelique de Hautefort ,
veuve de Paul Augufte Sublet , Marquis d'Hendicourt
, Lieutenant Général des Armées du Roi ,
& Grand Louvetier de France , mourut âgée de 6 1.
ans.
Le même jour , Jacques Tannegui le Veneur
Comte de Tillieres, Brigadier des Armées du Roi, eft
mort dans la foixante - dix - huitiéme année de
fon âge,
薪洗洗洗淡淡說洗洗:洗洗洗洗洗
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 21
Septembre , qui ordonne que l'argent comptant
, vaiffelle d'argent & les deniers provenans
de la vente des meubles & effets des Bénéficiers
décédés , feront remis entre les mains des Economes
, comme feuls dépofitaires .
AUTRE du 28 , qui permet aux Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes , de faire
faire les balanciers & planches néceffaires pour
graver de nouveaux Bulletins , pour fervir à la
marque des Mouffelines & Toiles de coton que la
Compagnie fera vendre à l'avenir.
AUTRE du 15 Octobre , portant reglement
fur les Chartes- parties d'affretement paffées avant
la fignature de Préliminaires de la Paix , pour les
Navires expédiés pour les Colonies Françoifes de
L'Amérique.
NOVEMBRE. 1748 . 213
AUTRE du 17 , portant que les Equipages
des Navires revenus des Iffes de l'Amérique
fous Peſcorte des Vaiffeaux de Sa Majefté , feront
payés de leurs falaires en entier pendant le féjour
que lefdits Navires auront faits dans lefdites Ifles,
jufqu'à concurrence du terme de fix mois , & feu
lement de la moitié pour tout le tems excédant
ledit tèrme.
AUTRE du 5 Novembre , qui proroge pour un
an , à compter du premier Janvier 1749 , jufqu'au
premier Janvier 1750 , l'exemption de droits fur
les beftiaux venans de l'étranger , ordonnée par
celui du 2 Janvier 1748 .
ORDONNANCE du Roi , du 10 Octobre;
portant une nouvelle réforme dans les Régimens
de Troupes légères de Graffin , de la Morliere
des Volontaires Bretons & de Geſchray , & dans le
Corps des Chaffeurs de Fischer,
AUTRE du même jour , pour fupprimer le
Corps de Troupes légéres des Volontaires de Dubrüelh
, ci -devant de Belloy .
AUTRE du 30 , pour réduire tous les Régimens
de la Cavalerie Françoife à trois Efcadrons ,
excepté le Régiment Royal desCarabiniers,qui fera
conlervé à dix Eſcadrons de cent-vingt Maîtres
chacun,
AUTRE du 30 , pour réformer un Bataillon
de chacun des Régimens de l'Infanterie Fran
coiſe , y dénommés,
AUTRE du même jour , pour réduire les
214 MERCURE DE FRANCE.
Régimens de Cavalerie de Royal- Allemand , Rofen
& Naffau à trois Efcadrons , fur le pied de
cent-vingt Maîtres par Efcadron , en quatre Compagnies
de trente Maîtres .
AUTRE du 31 , portant une nouvelle réforme
dans les Dragons.
APPROBATION,
' Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Novembre
1748. A Paris le premier Décembre 1748.
BONAMY.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe,
Psuitedu Mémoire préfenté aux Etats de Bretagne
,
Ode à la Probité ,
3
19
Séance publique de l'Académie de Montauban, 24
Vers à M. de Fontenelle ,
38
Vers Latins envoyés au P. de Neufville , &c. 39
Seconde Lettre à l'Auteur de celle inférée dans le
Mercure de Juillet , fur le projet d'une Place
pour là Statuë du Roi ,
Epitre à M. P *** .
40
Réponse aux Queftions propofées dans le Mémoire
inféré dans le Mercure de Septembre dernier
fur le projet d'une Meſure univerfelle , 53
Ode à M. de Launay , Chirurgien, Juré de S. Come
, fur une fauffe nouvelle qu'il avoit gagnë
un lot , 60
65 Séance publique de l'Académie de Dijon ,
Epitre à M. le Comte de Manteuffel , par M. Formey
, & c .
77
So
Réponse de M. G. à la feconde lettre d'un Chirur
gien à un Médecin fur la Garance ,
Le Concordat de l'efprit , de la vertu & du fenti
ment , Allégorie M. D.
Remarques cfitiques fur les Differtations contenuës
dans les trois premiers volumes de la nouvelle
Bible
86
88
Antenor, ou l'origine de la République de Venife,
Poëme ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
104
108
Epitre à M. le Comte de la Motte Jacquelot , par
M. Desforges Maillard ,
Differtation fur le Piment ,
117
121
Epitre de M. de la Soriniere , à l'occaſion de celle
que M. l'Abbé du Pleffis-de- Joué a adreffée
à M. de la Bruere ,
Madrigal imité du Guarini ,
L'Araignée & la Mouche , Fable ,
125
127
ibid.
Le Sanglier & PAne , autre , tirée de Phédre , 128
Mots des Logogryphes & des Enigmes du Mercure
d'Octobre ,
Enigmes & Logogryphes ,
Portrait de Mad. de B ****
129
ibid,
134
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . 135
Eftampe nouvelle ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Récit de Baffe ,
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
Comédies à Fontainebleau ,
163
ibid.
166
ibid.
169
ibid.
Extrait des Fêtes de l'Hymen & de l'Amour , 170
Nouvelles Etrangeres , de Warfovie , 181
De Stockholm , 189
De Coppenhague ,
Allemagne , de Vienne ,
De Berlin ,
De Francfort ,
Espagne , de Madrid ,
Italie , de Rome ,
De Génes ,
Grande Bretagne , de Londres ,
192
ibid.
195
196
197
198
199
201
203 Païs- Bas , d'Aix -la- Chapelle ,
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 208
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables ,
La Chanfon notée doit regarder la page
210
212
166
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE . 1748 .
PREMIER VOLUME,
SPARGAT
LIGIT
||
UT
",
Cepillen
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'ADRESSE
ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICourt ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon, Nous prions
très -inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le .
: Port pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
f
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus prompteinent,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus
indiquée on fe conformera très- exactement à
leurs intentions,
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX, SOLS .
t
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DÉCEMBRE. 1748 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers en Profe.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , du 11 Juin
1748 , à laquelle préfida M. de la Martiniere
, Premier Chirurgien du Roi.
M
Onfieur Hévin , Secretaire pour
les correfpondances , fit en l'abfence
de M. Quefnay , Secretaire ,
l'ouverture de la Séance . Il déclara
que l'Académie avoit adjugé le Prix
fur la matiere des Remedes Defficatifs &
Cauftiques, propofé pour cette année 1748,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE ,
au Mémoire No. 2 , qui a pour devife ,
Duo in morbis praftanda funt , adjuvare ,
aut faltem non nocere . Hyppocrat. Epidem.
Libr. 1. S. 2. v . 92. Ce Mémoire eft de M.
Charmetton , Maître ès Arts & en Chirurgie
, Profeffeur & Démonftrateur en Anatomie
, ci - devant Chirurgien en Chef dans
l'Hôpital Général de la Charité à Lyon.
L'Académie a jugé que le Mémoire La
tin , No. 4. a le plus approché de celui qui
a remporté le Prix ; l'Auteur de ce dernier
Mémoire eft M. Ange Nannoni , Maître en
Chirurgie , & l'un des Chirurgiens en chef
dans l'Hôpital Royal de Sainte Marie
Neuve à Florence.
Depuis la derniere Affemblée publique ,
l'Académie s'eft aggregée pour Affociés
Etrangers M.Guattani, Premier Chirurgien
de Sa Sainteté , & Chirurgien en Chef des
Hôpitaux du S. Efprit & de S. Gallican à
Rome ; & M. Willy, Docteur en Médecine
& en Chirurgie en l'Univerfité de Bâle ,
& Médecin- Chirurgien à Mulhaufen dans
Ja Haute Alface .
M. Hevin fit les Eloges hiftoriques de M.
de la Peyronie , Ecuyer , Confeiller , Premies
Chirurgien du Roi , Médecin Confultant
& par Quartier de Sa Majefté ,
Chef de la Chirurgie du Royaume , Membre
des Académies Royales Sciences
DECEMBRE. 174S.
de Paris & de Montpellier , Affocié de l'Académie
de l'Inftitut de Bologne , & Préfi .
dent de celle de Chirurgie , ancien Maître
d'Hôtel de la Reine , & Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi ,Seigneur de
Marigny & autres lieux , &c. & de M. Soumain
, Chirurgien de M. le Duc d'Orléans,
& Confeiller du Commité perpétuel de
l'Académie , morts depuis la Séance publique
de l'année 1747.
M. Petit lut quelques obfervations
pratiques fur la fuppuration de
la membrane propre du Tefticule.
» Quand le corps du tefticule eft alte-
" ré , & que la membrane albugineuſe
weft percée , l'ulçére , dit M. Petit , four-
»nit à chaque panfement une matiere gri
sâtre , que l'on prend pour un pûs mal
" digeré, & que l'on tire quelquefois pour
» des lambeaux de pourriture. Ce n'eft ce-
» pendant autre chofe que la propre fub-
»ftance du tefticule , qui , étant compofée
» d'un nombre prodigieux de petits vaif-
»feaux , fe développe comme un peloton
» de fil , de la même maniere qu'on l'ob-
» ferve dans les tefticules du Rat & de la
plupart des animaux . Or fi l'on ne con-
»noît point cette particularité , il arrive
» qu'on vuide mal-à- propos toute la mem-
"brane albugineufe ; ce vuide devient
A iij
MERCURE DE FRANCE.
.
» alors le réceptacle du pûs, lequel caufe &
entretient la fiévre & d'autres accidens ,
qui peuvent être fuivis de la mort.
M. Petit , animé par des fentimens bien
fupérieurs à l'amour propre , & qui lui font
communs avec le premier pere de l'art de
guérir , avoue ici publiquement qu'il eft
tombé dans cette faute ; il efpere que cet
aven volontaire , qu'il avoit déja fait à
plufieurs de fes Confreres en particulier
peut devenir très-inftructif pour les jeunes
Chirurgiens & très - avantageux pour le
bien public .
"
L'exemple qu'en rapporte M. Petit , eft
fuivi de deux autres femblables , qui font
confirmatifs de la propofition qu'il avance.
Il trouva dans l'un & l'autre de ces cas ,
où il fut appellé en confultation , la membrane
albugineufe prefque vuide de la fubftance
vafculeufe qu'elle contient naturellement
, & qui avoit été tirée à chaque
panfement , en forme de pûs de couleur
brune, & de filets qu'on avoit pris pour des
lambeaux d'efcarres . M. Petit avertit ici ,
pour l'inftruction des Eleves en Chirurgie,
que dans ces circonftances il ne faut point
tirer ni même effuyer ce qui fort de l'ouverture
de la membrane albugineufe , &
qu'on doit fe contenter de panfer cette
petite playe à fec ou avee quelque ſubDECEMBRE
. 1748.
ftance fpiritueufs , qui en procure bien-tôt
la réunion.
Dans la troifiéme des obfervations" citées,
& qui fait mention d'un coup de feu
au Scrotum , M. Petit , prend occafion
de parler des contufions du tefticule , &
donne des préceptes très effentiels & relatifs
à la cure de cet accident. " Quand il
» y a , dit-il , contufion au corps du . tefti-
» cule , il faut abfolument faire des fcarifications
plus ou moins profondes fur la
membrane albugineufe , & même fi la
contufion eft forte , comme par exemple
à la fuite d'une playe d'arme à feu , d'un
coup de pied de cheval , &c. il faut porter
l'inftrument juſques dans la fubſtance
du refticule, pour éviter la mortification
qui s'empare quelquefois très-prompte
»ment de cette partie ; lorfqu'elle eft vio-
"lemment contufe . Il confirme la néceffité
de cette pratique par une obfervation
très intéreffante qui termine fon
Mémoire.
M. Morand fit auffi la lecture d'un Mémoire
extrêmement intéreffant & digne
de lui , fur les abfcès au foye . Une théorie
brillante & une pratique folide ont
paru également dans cet excellent morceau
, dont on ne fera point l'extrait, parce
qu'il n'eft que le projet d'un ouvrage
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
*
plus confidérable , que l'Auteur a promis
cette matiére.
M. Bermingham lut enfuite deux obfervations
, dont la premiere a pour objet
une playe profonde , faite par une pique
de fer à la partie fupérieure un peu
moyenne & externe de la cuiffe. Le tronc
de l'artére mufculaire antérieure , qui part
immédiatement de la crurale , fut ouvert
tout près de fon origine , & fournit une
hémorragie confidérable , qu'on eût envain
tenté d'arrêter par la ligature qui
n'étoit point pratiquable , vû la proximité
du trone de l'artére de la cuiffe . M. Bermingham
, à qui fes lumieres anatomiques
rappellerent le trajet de l'artére muſculaire
fur la convéxité du Femur , profita du
point d'appui que lui préfentoit cet os . It
fit en cette partie une compreffion exacte
laquelle , fecondée de l'application du
tourniquet , qui ne laiffoir paffer que la
quantité de fang néceffaire pour
la nour
riture du membre , prévint le retour de
l'hémorragie , & facilita la confolidation
de l'artére .
L'Auteur fait néanmoins obferver qu'il
fut en partie redevable de ce fuccès à un
nombre de faignées qui furent faites dans
les premiers jours . » En effet, remarque-t'il,
>> une grande effufion de fang procurée par
1
DECEMBRE . 174S.
ور
» les faignées répetées, ou par des hémorragies
équivalentes à ces évacuations arti-
» ficielles , affoibliffant le mouvement &
» les pulfations du coeur , doit auffi diminuer
la force contractive des fibres cir-
» culaires des artéres , & favorifer par
conféquent la réunion du vaiſſeau di-
» vifé : ce moyen , continue- t'il , convient.
» donc toutes les fois qu'il eft queſtion de
» fe rendre maître du fang d'une artére ,
» & que la ligature n'y eft point pratiqua
» ble par quelque raifon que ce puiffe
"
» être .
M. Bermingham fortifie fon opinion de
deux faits des plus concluans en la faveur.
L'un eft de Boerhaave , & parle de l'ouverture
tranfverfale de l'artéré axillaire , dont
la réunion fe fit naturellement & fans aucun
fecours de l'Art l'autre fait a pour
objet la guériſon auffi heureuſe d'un Meûnier
Anglois , dont le bras avoit été totalement
arraché & féparé de l'omoplatte par lat
corde d'un moulin.Ces deux malades ne dûrent
leur guérifon qu'à l'hémorragie exceffive
qu'ils fubirent , & qui , jointe à une
dierte des plus exactes , les tint long - tems
dans une foibleffe favorable à la cicatrifation
de ces gros troncs d'artéres.
Cette lecture fur fuivie de celle d'un Mémoire
de M. Louis fur la Bronchotomic.
A v
30 MERCURE DE FRANCE.
Certe opération , par laquelle on fait une
ouverture à la.trachée artére, donne à l'air
la liberté d'entrer dans les poumons & d'en
fortir ; on regarde , avec raifon , ce fecours
comme un des plus importans que la Chirurgie
puiffe fournir , puifque par un effet
très-fenfible & des plus prompts , on peut
rappeller de la mort à la vie , & dès le
même inftant , un malade prêt à être fuffoqué
par le défaut d'air & de refpiration
.
L'Auteur ne cherche point à prouver
la poffibilité de cette opération ; elle eft
fuffisamment établie par beaucoup de faits,
& principalement par la facilité , avec laquelle
certaines playes de la trachée artére
, même des plus compliquées , ont été
guéries . On fçait de plus qu'Habicot , Chirurgien
en l'Univerfité de Paris , que fes
talens fupérieurs ont fait reconnoître pour
un des grands Maîtres de cette Ecole ,
publia en 1620 un petit Traité , où il
prouve par une théorie fort éclairée , &
par une pratique heureufe , la poffibilité
& la néceffité de l'opération de la Bronchotomie.
L'objet du Mémoire de M. Louis eft de
déterminer les cas où cette opération demande
d'être pratiquée , & de quelle façon
elle le doit être , fuivant les differentes circonftances.
DECEMBRE . II 1748.
Elle convient d'abord dans les inflammations
violentes qui attaquent le larinx ,
& qui font des progrès malgré les faignées,
& les autres fecours convenablement adminiftrés
: les malades font alors menacés de
fuffocation ; on ne la préviendra que par
l'opération de la Bronchotomie : quelque
efficace que foit ce moyen , on fent qu'il
ne remédie dans ce cas qu'à l'accident le
plus urgent , & qu'il ne difpenfe pas de
l'ufage des remédes , capables de calmer l'inflammation.
Les anciens n'ont propofé l'ouverture
de la trachée artére , que dans le danger
de fuffocation par une fquinancie violente;
& ils femblent n'avoir point entrevût
d'autres cas où elle puiffe convenir. Cette
opération eft néanmoins fpécialement indiquée
pour l'extraction des corps étrangers,
qui fe feroient gliffés dans la trachée
artére. M. Louis rapporte à ce fujet deux
obſervations ; l'une de M. Rauv , & l'autre
de M. Heifter , dont l'un tira une fêve ,
& l'autre un morceau de champignon ,
qui s'étant introduits dans le conduit de la
tranfpiration , menaçoient les malades d'une
mort prochaine .
L'opération de la Bronchotomie convient
auffi, lorsqu'il y a des corps étrangers,
qui font tellement engagés dans le pha
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
rinx , ou dans l'oefophage , qu'on n'a pû
par aucun fecours les retirer ni les enfor
cer , & que ces corps étrangers font d'un
volume confidérable , qui comprime la
trachée artére , & mer le malade dans le
danger de fuffocation . L'Auteur du Mémoirė
ajoute une obfervation très - frappante
en faveur de la Bronchotomie.
Après l'opération , la lividité & le gonflement
du col & de la face , qui rendoient
le fujet méconnoiffable , fe diffiperent , &
on fit defcendre enfuite très - facilement
dans l'eftomach le corps étranger qui étoit .
dans l'ofophage ; le malade le rendit huit
ou dix jours après par les felles , & guérit
très- promptement de la playe de la trachée
artére. Lorfque le danger de fuffocation
eft.évident par la préfence d'un corps
étranger dans l'ofophage , l'indication la
plus preffée eft fûrement de rétablir la liberté
de la refpiration.
Outre les cas qu'on vient de rapporter ,
on a cru que la Bronchotomie étoit un
moyen pour rappeller les noyés , d'une
mort apparente à la vie . M. Louis dit à
ce fujet, que la perfuafion où l'on a été jufqu'ici,
que les noyés mouroient faute d'air
& de refpiration , comme fi on leur eûr
bouché la trachée artére , a été le motif
de cette opinion . » Mais il eft conftant ,
DECEMBRE . 1748. 13
"
» dit-il , que les noyés meurent par l'eau
qu'ils ont infpirée , & dont leurs bron-
» ches fe trouvent entierement remplies
» & que l'épiglotte n'eft point collée fur la
» glotte, comme quelquesAuteurs l'ont gra-
>> tuitement avancé .J'ai eu l'honneur , ditM.
» Louis , de lire un Mémoire à l'Académie
»Royale des Sciences fur la caufe de la mort
» des noyés , oùje donne le détail de plu-
» fieurs expériences & obfervations dé-
» monftratives fur ce point. Il eft facile de
» les répeter en noyant des animaux dans
» des liqueurs colorées , & on verra leurs
>> bronchesentierementpleines de laliqueur
» dans laquelle ils auront été fubmergés.
Si les noyés ne meurent pas faute d'air
» & de refpiration comme je l'ai démontré
, la Bronchotomie leur eft abfolu-
» ment inutile dans le cas d'une mort ap-
>> parente. J'ai éprouvé l'inutilité de
» l'ouverture de la trachée artére fur plu-
»fieurs animaux qui étoient dans ce cas.
» J'ai réufli fouvent à en rappeller à la vie,
» en conféquence des indications que l'é-
» tat des noyés m'a fourni ; mais ce fut
» par d'autres moyens , lefquels ne font
» pas du reffort de la matiere que je traite
ici. J'en ai rendu compte à l'Académie
Royale des Sciences dans un ſecond
33
»
14 MERCURE DE FRANCE.
» Mémoire , fur les fecours qu'on doit donner
à ceux que l'on croit noyés.
Les differentes circonftances , dans lefquelles
oonn aavûque convenoit l'opération
de la Bronchotomie , demandent qu'on la
pratique differemment. M. Louis en juge
ainfi , pour avoir rapproché plufieurs faits
les uns des autres, les avoir comparés exactement,
& les avoir envifagés fous plufieurs
afpects differens.
» Pour pratiquer cette opération , fuivant
la méthode la plus généralement
"prefcrite , on fait , dit l'Auteur , à la
»peau & à la graiffe de la partie antérieure
du col , une incifion longitudinale , qui
» doit commencer au- deffus du cartilage
» cricoide , & s'étendre jufqu'au cinquié-
» me ou fixiéme anneau de la trachée ar-
» tére. On doit féparer avec le biftouri
» ou avec un déchauffoir les muſcles fternohyoidiens
, & porter enfuite la pointe
» d'une lancette tranfverfalement entre le
troifiéme & le quatrième anneau , où
» l'on place une canule qu'on affujettit par
» les moyens connus & décrits dans tous
» les Traités de Chirurgie.
»
M. Louis dit que cette opération peut
avoir lieu en partie , par rapport à l'incifion
longitudinale de la peau & de la graif- fa
DECEMBRE. 1748. 15
fe > lorfqu'il fera question de tirer des
corps étrangers qui fe feroient gliffés dans
la trachée artére ; mais qu'alors , outre l'incifion
des tegumens , on doit fendre la
trachée artére en long , de façon qu'on
coupe tranfverfalement trois ou quatre
cartilages , pour pouvoir faifir & tirer le
corps étranger avec des pincettes , ou aut
tres inftrumens convenables.
L'Auteur rappelle ici le précis de plufieurs
obfervations qui ont été communiquées
à l'Académie par plufreurs de fes
Membres , fur une terminarfon particuliere
de certaines inflammations du larinx
par
un dépouillement de la cavité de la trachée
artére . Plufieurs perfonnes ont été
fuffoquées par l'exfoliation de la membrane
interne de ce conduit , laquelle n'avoit
pû être rejettée par l'expectoration .
M. Louis demande , fi dans une extrêmité
auffi dangereufe , on ne pourroit pas être
fondé à pratiquer une incifion à la trachée
artére , pour faire l'extraction de fa membrane
interieure , devenue corps étranger.
» Comme l'Académie , dit l'Auteur , fui-
» vant fon inftitution
recherche avec
»tout le foin poffible tout ce qui peut
procurer les progrès de l'Art , defquels
l'utilité publique eft inféparable ; elle a
crû que l'accident dont nous parlons ,
»
>
16 MERCURE DE FRANCE.
» méritoit des attentions particulieres.
» Meffieurs de la Faye , Chauvin & autres
» Membres de la Compagnie , qui ont eu
» occafion d'obferver ces cas , fe font enga-
»gés à en rapporter toutes les circonftan-
»ces avec la plus fcrupuleufe exactitude ,
» afin que l'Académie puiffe en examinant
le rapport de ces diverfes obfervations ,
» reconnoître les avantages qu'on en pourra
retirer pour la confervation de la vie
» des hommes , objet inmmédiat des exerci
ces de l'Académie .
Lorfqu'il ne fera point queftion d'incifer
en long la trachée artére , & qu'on
n'aura d'autre indication que de donner
an paffage libre à l'air quidoit entrer &
fortir continuellement des poulmons , M.
Louis croit que l'opération de la Bronchotomie
par l'incifion longitudinale des tegumens
pourra être dangereufe. Il rapporte
à ce fujet une obfervation où l'on
voit que le malade a été fur le point de
perdre la vie , par le moyen qu'on employoit
pour le tirer des bras de la mort.
C'étoit un homnte menacé d'une mort
prochaine par une violente inflammation
de la gorge ; on fit une incifion longitu
dinale aux tegumens , & on ouvrit tranf
verfalement la trachée artére entre deux
anneaux . Cette ouverture ne fut
pas plû :
DECEMBRE. 1745. 17
tôt faite, que le fang , qui fortoit des lévres
de la playe , tomba dans la trachée artére ,
& excita une toux convulfive , fi violente,
qu'on ne put jamais mettre la canule en
place ; il fallut fendre la trachée artère en
Jong , & faire coucher le malade fur la
ventre , la tête panchée hors du lit , afin
d'empêcher le fang de gliffer dans la trachée.
Le malade obtint néanmoins une
parfaite guérifon.
L'Auteur parle enfuite d'un moyen moins
embarraffant pour le Chirurgien , & moins
douloureux
pour le malade.. Ce moyen
confifte à ne faire qu'une fimpte ponction
avec la lancette , laquelle ponetion feroit .
commune aux tegumens & à la trachée
artére. Mais cette méthode , qui eft ap
prouvée par plufieurs Maîtres de l'Art ,
ne met pas à l'abri de l'écoulement du
fang dans la trachée artére. M. Louis entre
dans le détail de cette opération , pour
faire voir que dans les differens mouve
mens , néceffaires pour placer la canule ,
le fang peut couler de la playe dans la trachée
artére , & y occafionner les mouvemens
convulfifs , qui font fi à craindre dans
une pareille conjoncture .
La méthode la moins embaraffante , &
celle qui eft de plus facile exécution , ſe
k
184
MERCURE DE FRANCE.
pratique avec un trocar armé de fa canule ;
celui qui a fait l'heureuſe application de
cet inftrument à l'opération de la Bronchotomie
, ne fe propofoit que la facilité
d'opérer ; on peut ajouter que cette métode
eft bien plus avantageufe : » La
ponction avec le trocar évite toute hémorragie
, parce que la canule , ayant
plus de volume que le poinçon qu'elle
» renferme , comprime tous les vaiffeaux
que la pointe divife pour fon paffage .
" Il femble , continue M. Louis , qu'il
n'y ait plus rien à défirer pour une opé
» ration auffi fimplifiée ; tout paroît épuiſé
du côté théorique du manuel : cependant
il étoit refervé à la pratique , en vé
rifiant l'utilité de cette méthode , d'y
apporter une perfection très- importante.
» La canule peut le boucher à tout inftant
par l'humeur que filtrent les glandes
bronchiques , & mettre le malade dans
» le cas de fuffocation . L'ufage d'une fe-
» conde canule, d'un diamétre égal à celui
» du poinçon du trocar , remediera très-
» efficacement à cet inconvénient , qui eft
terrible , puifqu'il menace le malade
» d'une mort prochaine. M. Louis cite à
ce fujet une obfervation qui lui a été communiquée
par un Médecin d'Edimbourg.
/ DECEMBRE. 1748. 19
Un malade , prêt à être fuffoqué par
une inflammation du larinx , reçut de
l'opération de la Bronchotomie pratiquée
avec le trocar , tout le foulagement qu'on
avoit lieu d'en efperer. Peu de tems après
il fut menacé de fuffocation , parce que
des matieres vifqueufes & épaiffes bouchoient
la canule on plaça une feconde
canule dans la premiere ; lorfque la matiere
des crachats s'oppofoit au paffage de l'air
on retiroit cette feconde canule , on la
nettoyoit & on la remettoit en place. Cette
conduite eut tout le fuccès poffible ; elle
étoit très importante pour le malade , &
avoit l'avantage de ne lui caufer aucune
douleur.
M. Van Suiten propofe une double canule
d'après un célébre Auteur , qui s'eft
apperçu du danger de l'obturation d'une
canule fimple ; mais outre que ce n'eft pas
tout-à-fait dans la même circonftance ,
puifqu'il blâme l'opération avec le trocar ,
ce n'eft qu'un projet , & les perfonnes expérimentées
fçavent affez , combien il y a
fouvent d'intervalle à remplir entre la
fpéculation & la pratique. On ne devine
pas toujours auffi jufte qu'on l'a fait pour
l'ufage des deux canules.
M. Levret termina la féance par la def
20 MERCURE DE FRANCE .
eription d'un moyen particulier qu'il a
employé avec fuccès , pour arrêter une
hémorragie confidérable , furvenue à la
fuite de l'opération d'une fiftule à l'anus :
il commence fon Mémoire par l'expofition
des differens moyens ufités jufqu'ici pour
remédier , en ce cas , à la perte du fang.
On fçait que ces moyens le réduifent effentiellement
à la ligature , à l'application
des remédes ftyptiques,& à la compreffion ,
qui eft toujours néceffaire pour feconder
l'effet des deux premiers moyens.
L'Auteur démontre que ces differens
fecours peuvent être inutiles , ou du meins
infuffifans , lorfque l'ouverture du vaiffeaut
qui fournit le fang , eft hors de la portée
de l'oeil ou de la main du Chirurgien , ce
qui peut arriver très-fréquemment dans le
cas des fiftules à l'anus , dont l'orifice intérieur
eft fitué profondément dans l'inteftin
rectum ; & alors le malade éprouve
divers accidens , aufquels la ceffation de
l'hémorragie peut feule remédier . C'eft
dans de telles circonftances que M. Levret
eut recours au moyen annoncé › pour arrêter
une perte de fang , qui avoit éludé, à
plufieurs reprifes , les fecours variés le plus
artiftement adminiftrés.
Il prit une veffie de mouton , récemment
DECEMBRE . 1748. 21
tirée du corps de l'animal ; il y ajuſta le
fyphon ou la canule d'une feringue , qu'il
y attacha folidement il pofa une ligature
lâche, entre la veffie & le fyphon ; il
introduifit enfuite peu à peu cette veflie
dans le fondement du malade , & lorfqu'elle
y fut entierement placée , il la
remplit d'air avec un foufflet à deux ames,
qu'il trouva fous fa main . Quand la veffic
fut exactement gonflée , il ferra la ligature
, dont il a été parlé plus haut , afin de
retenir l'air dans fa cavité , & ferma l'ouverture
du fyphon avec un bouchon proportionné.
L'intention de M. Levret , lorfqu'il
employa ce moyen fingulier , qui comprimoit
également toute l'étendue des parois
intérieures du boyau , étoit de ne pas
manquer les points d'ouverture d'où fortoit
le fang , & en effet il réuffit au gré
de fes defirs , car le malade ayant été vingtquatre
heures fans aller à la garde- robe ,
T'hémorragie fe trouva arrêtée folidement
& fans retour.
M. Levret annonce en finiffant fon
Mémoire , que ce moyen peut avoir fon
utilité dans d'autres maladies du rectum ,
& méme dans quelques cas particuliers
aux femmes ; il en promet le détail pour
22 MERCURE DE FRANCE.
quelqu'une des féances privées de l'Académie,
Quoique M.Levret foit le premier qui ait
mis ce moyen en ufage , & que la propriété
femble lui en être légitimement acquife ,
il fe trouve néanmoins obligé de partager
l'honneur de l'invention avec M. Belloq ,
Membre de l'Académie , qui avoit fait part
de l'idée de ce moyen , il y a feize ou dixfept
ans , à M. de Garengeot , La vérité de
ce fait a été confirmée par M. Morand à
M. Levret , qui , bien qu'il n'en eût eu
aucune connoiffance , a crû devoir rendre
publiquement à M. Belloq la juftice qu'il
méritoit , ce qu'il fit avec cette candeur
ffaturelle aux ames bien nées , que l'amour
propre ne peut féduire , & qui n'ont
d'autre fin que les progrès & l'avancement
de l'Art.
DECEMBRE. 1748. 27
6
C
A MADAME *** .
L'Auteur étant chez elle , à fa maison
de campagne,
Q
Ue ces lieux font charmans ! Eft-ce Venas
ou Flore ,
Dont l'aimable pouvoir les embellit encore ?
O toi * , Souveraine des eaux
Qui les arrofent dans leur courfe ,
Depuis que ton cristal s'éloigne de fa fource ;
En as tu fur tes bords remarqué de fi beaux ,
Ces prez par leur riche verdure ,
Le Ciel par fon azur , les oifeaux par leurs chants ;
Les fleurs par leur éclat , l'onde par fon murmure ,
Semblent au doux plaifir inviter tous mes fens.
Cependant , malgré moi , d'où vient que je fou
pire ,
Et m'occupe fi peu des beautés que j'admire ?
Hélas ! Il n'en eft point que ne m'offrent ces
champs ,
Et malgré les attraits de cette folitude ,
Malgré des objets fi touchans ,
J'éprouve de l'inquiétude !
J'en cherche la raifon , & ne la conçois pas.
Mais , Amour , toi qui fçais combien mon coeuЯ
eft tendre ,
* La Seine.
74 MERCURE DE FRANCE.
Et combien Philis a d'appas ,
Ne pourrois- tu point me l'apprendre ?
Par M. Porquet,
L
Maximes morales.
E malheur écarte de nous les petites
ames , & en rapproche les grandes .
Les femmes ont plus,de petits défauts ;
les hommes , plus de vices effentiels.
L'amour propre empêche d'être incon
folable.
L'amour propre , bien entendu , a dicté
' les loix ; le même amour propre engage.
les maintenir.
રે
Nous ne devrions être Alatés en fait de
confidences , .que de celles des perfonnes
difcrettes .
On ne fe donne ni l'efprit ni les talens ;
eenx qui les ont penfent & parlent comme
s'ils fe les donnoient.
Croire toujours la raifon , & jamais le
fentiment , c'eft être plus qu'homme ;
croire toujours le fentiment , & jamais la
raiſon , c'eft être moins qu'homme ; croire
tantôt l'un , tantôt l'autre , c'eft être préciſement
homme.
Les enfans & les ignorans regardent
les
DECEMBRE . 1748. 25
Les couleurs , la chaleur & le fon , comme
des qualités étrangeres à leurs ames , &
s'en dépouillent, pour en revêtir les chofes
extérieures . Nous faifons de même pour le
bonheur ; nous le cherchons hors de nous
où il n'eft pas , & nous ne le cherchons pas
feul endroit où il puiffe fe trou- en nous ,
ver.
Ceux qui défirent le plus d'être connus,
fe réfoudroient plutôt à ne l'être point du
tout , qu'à l'être tout à fait.
Nous fommes contens à coup fûr de
ceux qui nous rendent contens de nous.
Quand on a un bon efprit & un fens
droit , on eft bien près d'être honnête
homme.
On peut être prodigue par avarice , &
avare par prodigalité .
On aime mieux fe plaindre de l'embarras
d'une grande réputation , que de n'en
point avoir.
Dire tout ou taire tout , c'est détruire la
fociété ; fe taire à propos , & parler de
même, c'eſt le feul moyen de la maintenir.
A Dieppe, ce 14 Novembre.
Baflon.
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
A M. DES LANDES ,
Ancien Commiffaire de la Marine
·
Toi , dont la fagacité
A développé les fyftêmes
De la fçavante antiquité ,
Et dégagé tous les problémes
De fa docte prolixité ;
Deflandes , je vois avec peine
La foible raifon des humains
Parcourir les mêmes chemins
Sans avoir de route certaine ,
Et l'aveugle poftérité ,
Sans craindre de nouveaux naufrages ,
Hazarder encor des voyages
Pour découvrir la vérité .
Trifte effet de la vanité
De l'homme toujours témeraire !
Que ne fe tient- il dans la fphere ,
Où la fage Divinité
L'a fi bonnement limité ?
Sans doute que ce qu'il ignore ,
Feroit obftacle à fon bonheur.
L'inquiétude de fon coeur
Ouvre la bočte de Pandore.
DECEMBRE. 1748.
27
Depuis Thalès , qu'a-t'on appris
Sur la fructure de ce monde ?
Avons-nous beaucoup mieux compris
L'air , & le feu , la terre , & l'onde
Ces tourbillons ingénieux ,
Et la nature des Monades ,
Ne paroiffent plus à nos yeux
Que de fçavantes gaſconnades ;
Mais , dans des points plus importans,
Nos efprits font-ils bien contens ,
Et fe comprennent-ils eux - mêmes?
Hélas ! Sans les ordres fuprêmes
De la divine autorité
-Quel garant d'immortalité
Tiendroit contre le Pirrhonifme
Et certain matérialiſme ,
De nos jours tant accrédité
Par le libertin révolté ?
Défions-nous de nos lumieres ;
La raifon nous fervira mal ,
Ou n'y portons que les matieres
Du reffort de fon Tribunal,
De Bonneval,
Bij
18 MERCURE DE FRANCE;
EXTRAIT de la Lettre d'un Benedictin de
Province à un autre Benedictin , touchant
une Differtation qui a été couronnée à l'Académie
de Soiffons.
A
Près vous avoir fait part , mon Reverend
Pere , de toutes les nouvelles
de ce pays-ci , je ne puis m'empêcher
de vous dire un mot du nouveau Livre que
vous m'avez envoyé. Comme quelquesuns
de nos Peres travaillent fur des matieres
de Chronologie , j'ai crû devoir leur
communiquer cette brochure. Il a femblé
à l'un d'entr'eux ; que l'Auteur s'étoit
érigé une efpéce de petit Tribunal en forme
d'Affifes , pour y faire paroître tous
ceux de nos Sçavans modernes qui fe font
mêlés de parler fur la Chronologie des
Rois de France , diftribuant les louanges
& le blâme , comme bon lui femble . Là
paroiffent les Longueruë , les Mabillon ,
les Henfchenius , les Chifflet , les le Cointe
, les Bouquet , & tous font jugés fuivant
qu'il plaît à M. Gouje .
I. Je vous prie de lui faire demander ce
qu'il entend page 54 , par l'Auteur anonyme
de la vie de Saint Même , qui parle
de la Ville de Chaalons -fur - Marne. Il a
DECEMBRE. 1748. 29
apparemment voulu dire la vie de Saint
Memmie ou Saint Menge , que nous appellons
dans nos quartiers en Latin Memmius
:il eft étonnant qu'il ignore le nom
vulgaire de ce faint Apôtre de Chaalons
& qu'il lui donne le nom vulgaire alteré
de Saint Maximus.
II. H défigure auffi à la page 43 le nom
d'un de nos Saints , qui eft Condedus en
Latin , & qui fait Condedi augénitif. Il en
cite la vie, mais fans le faire connoître pour
ce qu'il eft. Ayezla bonté de lui faire demander
pourquoi il l'appelleCondedon enFrançois.
On diroit felon lui , que fon nom Latin
auroit été Condedo , Condedonis , ou bien
Condedonius. Le peuple n'eft guéres dans
l'afage de former les noms vulgaires fur
l'accufatif. Pourquoi donc dire Saint Condedon
? Eft ce à caufe que l'on dit Sainte
Euftochium ? Dans le Martyrologe François
univerfel , ce Saint eft appellé Saint
Condé, ce qui paroît conforme à l'ufage de
notre Langue , qui abrege communément
les noms propres.
III. L'un des endroits de fon Livre , où
il dit que le P. le Cointe a bien rencontré,
eft à la page 69 , & là il eft de fon fentiment
fur la raifon qu'il y a de rabailler la
date de l'épitaphe du Roi Thierri III .
tirée de fon tombeau à Saint Vaft d'Arras .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Il prétend que les vers , qui la compofent,
n'ont pû être faits que depuis le milieu du
douzième fiécle , parce que les hémiſti
ches riment avec le dernier mot. Il fuppofe
qu'avant le tems de Léonius , Chanoine
Régulier à Paris , perfonne ne s'étoit
encore avifé de rimer ainfi . Ce qui eft
une fauffe fuppofition , & qu'il a mal à
propos puifée dans te P. le Cointe , dont
les premiers tomes ont paru avant les découvertes
de nos confreres , & autres. Les
rimes à l'hémiſtiche font plus anciennes
que le milieu du douzième fiécle . M.
Gouje en conviendroit lui-même , s'il
vouloit prendre la peine de lire plus de
vieilles poëfies qu'il paroît n'avoir fait.
IV. Je me confirme dans la penſée que
M. Gouje n'a pas beaucoup de relations en
Champagne ni en Lorraine , lorfque je
vois qu'il s'attache , en parlant de l'Abbaye
de Saint Arnoul de Metz , pages 76 &
82 , à écrire toujours Saint Arnould ,
comme fice Saint eût eu nom en Latin
Arnoldus. Peut-il ignorer qu'il n'a jamais
été appellé autrement qu'Arnulfus ou Arnulphus
?
V. Portoit- on déja des noms propres ou
furnoms au commencement du huitiéme
fiécle ? Vous êtes à portée de le demander
aux Sçavans de Paris. M. Gouje fait paDECEMBRE
. 1748. 31
roître à la page 78 de fa Chronologie un
Odon Inftinc , Clerc , vivant dans la dixfeptième
année de Childebert III. Je
prévois que vous penferez que c'eſt une
faute d'impreffion , puifque dans la Chronique
il y a iftinc qui ne peut être pris
que pour un adverbe. Si c'en eft une ,
pourquoi l'oublier dans l'errata , & y mettre
des minuties, telles qu'après pour après,
ans pour an ?
VI. Nous fommes ici pour le moins
auffi curieux qu'on l'eft à Paris , de fçavoir
ce que deviennent les anciens manufcrits ,
& attentifs à ne les point perdre de vûë.
J'ai écrit à Saint Maur -des- Foffés , & à
l'Abbaye de Moiffac , pour fçavoir fi l'on
y conferve les deux livres manufcrits
que M. Gouje dit y être , page 10 & page
16 ; & l'on m'a fait réponſe des deux cotés
, que l'on ne fçait ce que c'eft , c'cftà
- dire , que l'on n'a point à Moiffac la vie
de Saint Didier , Evêque de Cahors , ni
à Saint Maur celle de St. Jean de Reomé
Cependant M. Gouje cite ces deux manufcrits
, comme étant actuellement dans
ces deux anciennes Abbayes. Il affûre cela
d'un ton auffi affirmatif, que s'il les y avoit
vûs , & que s'il eût tranfcrit dans le lieu
même ce qu'il en cite. Mais non , je vois
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
ce qui l'a trompé ; c'eft qu'en compilant le
troifiéme tome de la Collection de Dom
Bouquet , & furtout les Annales rédigées
par l'Abbé du Four de Longueruë , qui
font à la fin , & la Differtation du P. Mabillon
qui y eft jointe , il a regardé les
manufcrits , comme étant dans le même
lieu où ils étoient du tems de la compofition
de ces ouvrages , c'eft- à-dire , il
y a foixante ou quatre- vingt ans . Cela eft
néanmoins très-faux , & quiconque fur
fon indication ira à Moiffac demander à
voir le Legendaire où eft la vie de Saint
Didier , perdra fes pas , & de même à
Saint Maur. Mais M. Gouje veut apparemment
que le public croye , que pour
-être plus für de fon fait , il s'eft tranfporté
en ces deux Abbayes en 1744 ou 1745 ,
& qu'il y a vû fur les lieux les manufcrits
qu'il cite.
Dans le fond , fi j'avois été à portée de
donner quelque confeil à Meffieurs de
l'Académie de Soiffons , je les aurois avertis
que la matiere Chronologique , qu'ils ont
propofée pour 1746 , étoit toute digcrée
dans le troifiéme tome de Dom Bouquet ,
& qu il ne convenoit pas de propofer un
fujet qui étoit devenu fi facile à traiter.
Il y avoit déja environ deux ans que ce
DECEMBRE. 33 1748.
volume étoit public , mais peut- être
n'étoit- il pas encore connu dans Soiffons.
Saluez , je vous prie , tous nos amis ,
& me croyez , &c. ´
Au Val de
L'AMOUR PEINTRE,
en voyage ,
OU LE PORTRAI T.
IDYL E IDY
Par M. Auguftin Averos , de la Ville
d'Eftagel , en Rouſſillon.
'Amour , l'aimable Dieu que l'univers re
L'A vére ,
S'envoloit en triomphe à la Cour de fa mere ;
Ses fléches , fon carquois pendoient à fon côté ,
Et les coeurs des mortels étoient en fûreté .
D'un vol prompt & leger il traverſoit des plai
nes ,
Où pour mille plaifirs on reffent quelques peines.
Tout y peint de l'Amour le charme dangereux,
By
30 MERCURE DE FRANCE.
Il prétend que les vers , qui la compoſent,
n'ont pû être faits que depuis le milieu du
douzième fiécle , parce que les hémiftiches
riment avec le dernier mot . Il fup
pofe qu'avant le tems de Léonius , Chanoine
Régulier à Paris , perfonne ne s'étoit
encore avifé de rimer ainfi . Ce qui eft
une fauffe fuppofition , & qu'il a mal à
propos puifée dans te P. le Cointe , dont
les premiers tomes ont paru avant les découvertes
de nos confreres , & autres. Les
rimes à l'hémiſtiche font plus anciennes
que le milieu du douzième fiécle. M.
Gouje en conviendroit lui-même , s'il
vouloit prendre la peine de lire plus de
vieilles poëfies qu'il paroît n'avoir fait.
IV. Je me confirme dans la penſée que
M. Gouje n'a pas beaucoup de relations em
Champagne ni en Lorraine , lorfque je
vois qu'il s'attache , en parlant de l'Abbaye
de Saint Arnoul de Metz , pages 76 &
82 , à écrire toujours Saint Arnould ,
comme fice Saint eût eu nom en Latin
Arnoldus. Peut- il ignorer qu'il n'a jamaisété
appellé autrement qu'Arnulfus ou Arnulphus
?
V. Portoit-on déja des noms propres ou
furnoms au commencement du huitiéme
fiécle ? Vous êtes à portée de le demander
aux Sçavans de Paris. M. Gouje fait paDECEMBRE.
1748. 3 %
Foître à la page 78 de fa Chronologie un
Odon Inftinc , Clerc , vivant dans la dixfeptième
année de Childebert III. Je
prévois que vous penferez que c'eft une
faute d'impreffion , puifque dans la Chronique
il y a iftine qui ne peut être pris
que pour un adverbe . Si c'en eft une ,
pourquoi l'oublier dans l'errata , & y mettre
des minuties, telles qu'après pour après,
ans pour an ?
се
VI . Nous fommes ici pour le moins
auffi curieux qu'on l'eft à Paris , de fçavoir
ce que deviennent les anciens manufcrits ,
& attentifs à ne les point perdre de vûë.
J'ai écrit à Saint Maur- des-Foffés , & à
l'Abbaye de Moiffac , pour fçavoir fi l'on
y conferve les deux livres manufcrits
que M. Gouje dit y être , page 10 & page
16 ; & l'on m'a fait réponſe des deux cotés
, que l'on ne fçait ce que c'eft , c'eftà-
dire , que l'on n'a point à Moiffac la vie
de Saint Didier , Evêque de Cahors , ni
à Saint Maur celle de St. Jean de Reomé .
Cependant M. Gouje cite ces deux manufcrits
, comme étant actuellement dans
ces deux anciennes Abbayes. Il affûre cela
d'un ton auffi affirmatif, que s'il les y avoit
vûs , & que s'il eût tranfcrit dans le lieu
même ce qu'il en cite. Mais non , je vois
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
ce qui l'a trompé ; c'eft qu'en compilant le
troifiéme tome de la Collection de Dom
Bouquet , & furtout les Annales rédigées
par l'Abbé du Four de Longuerue , qui
font à la fin , & la Differtation du P. Mabillon
qui y eft jointe , il a regardé les
manufcrits , comme étant dans le même
lieu où ils étoient du tems de la compofition
de ces ouvrages , c'est- à-dire , il
y a foixante ou quatre- vingt ans . Cela eft
néanmoins très-faux , & quiconque fur
fon indication ira à Moiffac demander à
voir le Legendaire où eft la vie de Saint
Didier , perdra fes pas , & de même à
Saint Maur. Mais M. Gouje veut apparemment
que le public croye , que pour
-être plus fûr de fon fait , il s'eft tranfporté
en ces deux Abbayes en 1744 ou 1745 ›
& qu'il y a vû fur les lieux les manuſcrits
qu'il cite.
Dans le fond , fi j'avois été à portée de
donner quelque confeil à Meffieurs de
l'Académie de Soiffons , je les aurois avertis
que la matiere Chronologique , qu'ils ont
propofée pour 1746 , étoit toute digerée
dans le troifiéme tome de Dom Bouquet ,
& quil ne convenoit pas de propofer un
fujet qui étoit devenu fi facile à traiter .
Il y avoit déja environ deux ans que ce
DECEMBRE.
33 1748.
volume étoit public , mais peut- être
n'étoit-il pas encore connu dans Soiffons
.
Saluez , je vous prie , tous nos amis ,
& me croyez , &c.
Au Val de
@ : གུ གུ UD
L'AMOUR PEINTRE ,
en voyage ,
OU LE PORTRAIT.
IDYL E:
Par M. Auguftin Averos , de la Ville
d'Eftagel , en Rouffillon.
L'Amour,Paimable Dieu que l'univers re
vére ,
S'envoloit en triomphe à la Cour de fa mere ;
Ses fléches , fon carquois pendoient à ſon côté ,
Et les coeurs des mortels étoient en fûreté .
D'un vol prompt & leger il traverfoit des plai-
Où
nes ,
pour mille plaifirs on reffent quelques peines.
Tout y peint de l'Amour le charme dangereux,
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Les guirlandes de fleurs , les myrthes amoureux ,
Des arbres toujours verds , par des doux caractéres
Expriment dans ces lieux tous les noms des Ber
géres.
Ici fur un gazon cent fermens font tracés ;
Mille chiffres d'amour y font entrelacés ;
Le Dieu connoît les traits , dont fa main fut le
guide ,
En rit , & de ces lieux vole aux beaux champs de
Gnide.
A peine a-t'il quitté ce féjour fortuné ,
Qu'Amour voit ..... ( il fe trouble ) un amant
forcené.
Sa rage d'un poignard armoit fa main meur.
triere ,
Et devoit par ce fer terminer fa carriere.
L'enfant prend fon bandeau , le jette fur les yeux,
Vole , & faifi d'horreur, abandonne ces lieux...
D'un tendre & doux amant ce font donc les
manies :
» Eh quoi ! L'Amour feroit l'auteur de ces folies ?
» Non... Je défavouerai de femblables forfaits ;
םכ
La douceur de mes loix ne ſouffre pas ces traits.
» J'aime à voir un amant , qui gémit, qui ſoupire,
» Et brûle d'un beau feu pour l'aimable The
mire ;
» D'un feul trait même encor , je déchire ce coeur ,
Qui prétend fe fouftraire aux loix de fon vain
queur.
DECEMBRE. 1748. 35
Je force un fier Berger , couché fur la fougere,
» A pouffer des foupirs aux pieds de la Bergere ,
» Mais quand d'un fer cruel... A ces mots , Cu
pidon
D'une mourante voix entend le foible fon ;
11 fufpend dans les airs fon aîle fugitive ,
Ecoute les élans de cette voix plaintive ;
» Nymphes , à mes accens réuniffez vos voix ;
ככ
Fatiguons de nos cris les échos de ces bois.
Je ne puis foûtenir l'excès de ma triſteſſe ;
Que tout plaigne en ce jour le fort d'une Déeffe.
35 Zéphire n'a pour moi que mépris , que dédains :
Il ne voit qu'à regret mes vallons , mes jardins..
» Non , il ne m'aime plus , l'inconftant , le volage ;.
Tous les jours j'en reçois quelque nouvel outrage
:
» Mes tendres fleurs , pour lui vous n'avez plus
d'attraits ,
» Et l'ingrat ne fe plaît que parmi les forêts.
so De Cerès , vagabond , il parcourt les campagues,
Ou vole après Diane , au fommet des montagnes .
» Tantôt d'une Bergere , affife fous l'ormeau
Il cache la houlette , écarte le troupeau.
כ כ
Quelquefois la Nayade, abandonnant fon onde ,
» L'entraîne dans des lieux les plus affreux da
monde,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
» Toi
> témoin de mes maux , de la voute des
Cieux ,
» Flétris , brûle mes fleurs par l'ardeur de tes
feux.
» Ah ! mes fleurs , quels fouhaits ! . . Mais l'excès
וכ
de ma peine ! ...
Zéphire... Amour... Pourquoi formas- tu cette
chaîne ?
Le Dieu s'entend nommer.... Eh qui pouffe ces
cris ?
On s'en prendra toujours à l'enfant de Cypris.
Qui que tu fois , dit - il , ... Immortelle ……….. on
Bergere ; ...
'Alors s'abandonnant à fon afle legere ,
Il vole dans les champs de la Reine des fleurs.
Parmi le vif éclat des plus belles couleurs ,
Dans ces heureux climats , dans ces lieux pleins de
charmes ,
Voit..... Quel objet pour lui ... Une Immortelle
en larmes .
Il foupire , s'approche , & de fa douce main
Court effuyer les pleurs qui coulent dans fon
fein :
Reconnoît la Déeffe... Eh ! quelle inquiétude
»De vos riches jardins trouble la folitude ?
<D
Belle Flore , dit-il , qui caufe ces foupirs ,
Quand tout dans ces beaux lieux feconde vos
defirs ?
DECEMBRE.
37 1745.
20 L'abſence d'un cruel , lui répond la Déeffe .
» Ce Zéphir inconftant , l'objet de ma tendreffe ,
» Eft le perfide auteur de mes vives douleurs .
»Séchez , Flore , dit-il , féchez vos tendres pleurs
» Bientôt dans nos jardins vous le verrez paroître.
Jeunes fleurs , fous fes pas commencez à renat ,
tre ;
»Et vous , hôtes des airs , volez , raffemblez-vous;
» Charmez fon déplaifir par vos chants les plus
doux.
» Clairs ruiffeaux , redoublez votre aimable murmare
:
Bois charmans , de nouveau parez - vous de ver
dure ;
Que tout en ce beau jour obéiffe à ma voix,
Auffi tôt Cupidon dépofe fon carquois ,
Déchire fon bandeau , il l'étend , il l'attache ,
Et choisit de fon aile un pinceau qu'il arrache.
Bien-tôt Zéphire naît fous la main de l'Amour,
Son fouris..... fon regard..... fa bouche , fom
contour.
Flore admire.... elle rit , elle hâte l'ouvrage ;
Tous fes regards furpris font fixés fur l'image.
Enfin par le bel Art de l'enfant de Venus ,
Flore voit de l'amant les appas ingénus ,
Et pleine des tranſports , que la tendreffe inſpire ;
Cueille mille baifers fur ce nouveau Zéphire.
38 MERCURE DE FRANCE
Sa main prend le portrait.... furprife , ell
plaudit ....
Lui préfente des fleurs... l'en orne... & lui
rit.
Des rofes & des lys compofoient ſa couronn
Des myrthes , des jaſmins lui tenoient lie
Throne .
Des legers papillons d'un vol précipité
Difputoient à l'envi l'honneur de fon côté ,
Et du Dieu féducteur l'inconftance legere
Secouoit , en riant , une chaîne étrangere .
Ce fut pour l'Immortelle un remède à fes mat
L'Amour prend fon carquois , & s'envole à Pa
Son tourfimple & naïf, n'a rien de faftueux';
Et n'aimepoint l'orgueil d'un vers préſomptueux
Defpr. art. Poët. ch. 2.
ARTOR. NOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
YORK
LAXARY
ANA
DECEMBRE. 1748. 3.9
L
PROJET
D'une Place pour la Statue du Roi.
Es Peuples ne pouvant mieux témoigner
à leur Prince les fentimens de
reconnoiffance & d'amour dont ils font
pénetrés , qu'en gravant fur l'airain fes
faits héroïques & les événemens mémorables
de fon Regne , permettez-moi , Monfieur
, de vous expofer le Plan , que plein
de ce zéle refpectueux , j'ofe imaginer pour
le glorieux Monument qu'on a deffein d'élever
à notre augufte Monarque , & que la
France attend avec impatience.
Plan de la Place de Louis le Bien-aimé.
1°. Rafer toutes les maifons du Pont Notre-
Dame , du Pont au Change , du Pont
Marie , du Quai de Gêvres & le petit Châ
telet .
2. Pratiquer deux Quais entre les Ponts
au Change & de Notre-Dame , pour fervir
de continuation à ceux de la Mégifferie &
de l'horloge du Palais , & en achever un
troifiéme du Pont Notre- Dame au Pont
rouge , qui fe trouve prefque fait par l'ef
pace de plufieurs Jardins.
40 MERCURE DE FRANCE.
3 Elargir le Pont Notre- Dame , le re-
Conftruire même , s'il eft néceffaire , & le dé
corer de parapets en baluftrades de marbre
& de hieroglyphes aux quatre coins .
4. Faire une Place ovale au milieu de
ce Pont & fur une maffe de fondement
inébranlable , & y élever la Statue Equeftre
de Louis XV . en face de laquelle , au midi
, on conftruiroit au bout du Pont & patallelement
à l'autre bout , fur un emplacement
demi- cercle , comme celui des quatre
Nations , deux fuperbes Edifices à la
Romaine , furmontés de deux dômes ou
pavillons chacun , un à chaque bout .
5° . Deftiner l'Edifice que la rue des Arcis
partageroit, pour l'Hôtel de Ville, en deux
corps , dont un feroit paré , & l'Edifice
que la rue Notre-Dame partageroit pareillement
, pour l'Hôtel des Ambaffadeurs.
6. Et enfin pour conferver cette Pompe
fameufe , dont l'utilité , qui paroît être
le feul obftacle à ce Plan , en feroit le plus
bel ornement ; la laiffer telle qu'elle eft ,
appliquée contre le Pont & à fon niveau ,
fans l'offufquer, & en divifer le réfervoit
en deux parties , que l'on transporteroit ,
l'une fur le dôme droit de l'Hôtel de Ville ,
& l'autre fur le dôme gauche de l'Hôtel
des Ambaſſadeurs , dans lefquels réfervoirs
l'eau feroit fecrettement pompée pour être
DECEMBRE . 1748. 41
produite, non-feulement dans les lieux ordinaires
, mais encore à des Jets - d'eau , que
l'on pourroit merveilleufement pratiquer
fur les plate-formes de ces deux Hôtels.
Pour vous repréſenter , Monfieur , l'effet
de la décoration immenfe de ce Plan , figurez-
vous être fur ce Pont à admirer cette
belle Statue , & l'harmonie des façades de
ces deux grands Batiniens , qui paroiffent
s'entr'ouvrir ,pour vons laiffer voir les Perf
pectives des rues S. Jacques & S. Martin .
Jettez les yeux du côté où la Seine fort de
fa fource quelle impreffion ne vous fera
pas cette vue , diverfifiée par mille grands
objets , parmi lefquels eft un amas de magnifiques
maifons , formant une autre Ville
fur une Ifle que cette Riviere environne !
Quel raviffement ne vous offre pas auffi
l'autre côté ! quelle grandeur ! que de pompe
dans ce chef-d'oeuvre d'Architecture
je veux dire le Louvre , qui s'étend avec
majefté dans un lointain !
"
Mais ce n'eft pas affés. Parcourez & les
Ponts & les Quais. De tous les objets que
votre vûë embraffe à peine , celui qui fi
xera votre admiration ,fera toujours le Roi,
que Paris de ces quatre extrémités , c'eft-àdire
, du fond des rues S. Jacques & de S.
Martin , & de l'Arfenal au Pont Royal ,
voit de toutes parts.
40 MERCURE DE FRANCE.
3 Elargir le Pont Notre-Dame , le re-
Conſtruire même , s'il eft néceffaire , & le dé
corer de parapets en baluftrades de marbre
& de hieroglyphes aux quatre coins.
4. Faire une Place ovale au milieu de
ce Pont & fur une maffe de fondement
inébranlable , & y élever la Statue Equeſtre
de Louis XV . en face de laquelle , au midi
, on conſtruiroit au bout du Pont & patallelement
à l'autre bout , fur un emplacement
demi - cercle, comme celui des quatre
Nations , deux fuperbes Edifices à la
Romaine , furmontés de deux dômes ou
pavillons chacun , un à chaque bout .
5°. Deftiner l'Edifice que la rue des Arcis
partageroit, pour l'Hôtel de Ville , en deux
corps , dont un feroit paré , & l'Edifice
que la rue Notre - Dame partageroit pareillement
, pour l'Hôtel des Ambaffadeurs.
6. Et enfin pour conferver cette Pompe
fameufe , dont l'utilité, qui paroît être
le feul obftacle à ce Plan , en feroit le plus
bel ornement ; la laiffer telle qu'elle eft ,
appliquée contre le Pont & à fon niveau ,
fans l'offufquer, & en divifer le réſervoir
en deux parties , que l'on tranfporteroit ,
l'une fur le dôme droit de l'Hôtel de Ville ,
& l'autre fur le dôme gauche de l'Hôtel
des Ambaffadeurs , dans lefquels réfervoirs
l'eau feroit fecrettement pompée pour être
DECEMBRE . 1748. 41
produite, non-feulement dans les lieux ordinaires
, mais encore à des Jets- d'eau , que
l'on pourroit merveilleufement pratiquer
fur les plate-formes de ces deux Hôtels.
و ت
Pour vous repréſenter , Monfieur , l'effet
de la décoration immenfe de ce Plan , figurez-
vous être fur ce Pont à admirer cette
belle Statue , & l'harmonic des façades de
ces deux grands Batimens , qui paroiffent
s'entr'ouvrir,pour vons laiffer voir les Perfpectives
des rues S. Jacques & S. Martin.
Jettez les yeux du côté où la Seine fort de
fa fource quelle impreffion ne vous fera
pas cette vie , diverfifiée par mille grands
objets , parmi lefquels eft un amas de magnifiques
maifons, formant une autre Ville
fur une Ifle que cette Riviere environne !
Quel raviffement ne vous offre pas auffi
l'autre côté ! quelle grandeur ! que de pompe
dans ce chef- d'oeuvre d'Architecture ,
je veux dire le Louvre , qui s'étend avec
majefté dans un lointain !.
Mais ce n'eft pas affés. Parcourez & les
Ponts & les Quais. De tous les objets que
votre vûë embraffe à peine , celui qui fi
xera votre admiration ,fera toujours le Roi,
que Paris de ces quatre extrémités , c'est-àdire
, du fond des rues S. Jacques & de S.
Martin , & de l'Arfenal au Pont Royal ,
voit de toutes parts.
#2 MERCURE DE FRANCE.
D'ailleurs que d'heureuſes fituations réu
nies ! le Roi expofé à l'Univers dans un
paffage perpétuel . L'Hôtel de Ville , au
milieu de la Ville même , & dominant fur
elle ; celui des Ambaſſadeurs , au ſein de la
fplendeur de cette Capitale , qui annonce
fibien la puiffance & la grandeur de la
France ; deux Places uniques aux pieds de
ces deux Hôtels , réfervées pour l'exécu
tion des Fêtes publiques , & enfin l'embel
liffement de la plus belle Ville du monde ,
par l'enchaînement de fes Quais , auffi
Brillans que tumultueux , & l'inexprimable
variété de la Riviere à découvert.
Quant aux difficultés qu'on pourroit
oppoſer à ce Plan , je les prévois aflez ,
mais doivent - elles l'emporter fur notre
"jufte empreffement à faire paffer la gloire
du Roi dans les fiécles futurs ? Et qui le
peut mieux que l'exécution de mon Projet
? J'efpere donc , Monfieur , que vous
voudrez bien prendre la peine de l'examiner
& de recevoir avec bonté les
affûrances du profond reſpect avec lequel
j'ai l'honneur d'être , &c.
Z.
A Paris le zo Oftobre 174S
DECEMBRE. 1748. 43
Efquiffe de ce Plan.
Plus grande idée du coût de l'exécution
de ce Projet.
Remboursement de 300 maifons
à 30000 liv.
Achevement des trois Quais
Maiſons à bâtir fur ces Quais
Elevation des deux Edifices
Reconstruction du Pont &
fes décorations ,
9000000 1
100000
2000000
3000000
300000
Augmentations à la Pompe ,
100000
Statuë ,
500000
г5000000 I
Sur quoi déduire
L'Hôtel de Ville à
refaire , 3.000000
Et les maifons des 5000000 I
Quais qui lui reviennent
2000000
Refte dix millions 10000000
44 MERCURE DE FRANCE.
VERS
A M. le Comte de la Motte Jacquelot, Baron
de Kerjan & de Camprillon , Confeiller
au Parlement de Bretagne , fur fon Mariage
avec Mademoiselle des Marais-
Chomard. Par M. des Forges- Maillard,
Affocié de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle.
Myrthes d'Amour & rofes de Vénus
Dans le Jardin du Dieu du Mariage
Sont tot fanés , s'ils n'yfont foutenus
Du coloris de beauté qui r'engage ,
De vive effence & parfums ingénus ,
De noble efprit , & jolis revenus ,
De coeur fidéle & donné fans partage,
Adonc , Ami , puifque pour apanage
Dans ta moitié tu trouves ces vertus ,
Ces vrais appas , ces talens - reconnus ,
Sois affûré qu'au pourpris du ménage ,
Parmi les jeux toujours plaifans & drus ,
En t'ébattant fous un Ciel fans nuage ,
Tu cueilleras renaiflans d'âge en âge ,
Myrthes d'Amour & rofes de Vénus,
DECEMBRE . 1748. 49
AM. Remond de Sainte Albine,
MOnfieur , j'ai lû avec plaifir dans le
Mercure de Février dernier le projet
d'un Pouillé général de France. C'eſt
un ouvrage que le Public attend depuis
long tems ; il eft même étonnant que dans
un fiécle, auffi éclairé que le nôtre, ( où un
déluge de Livres fçavans & utiles en tous
genres , femble nous rapprocher fous un
point de vue fi facile tous les Arts & Sciences
, qu'il fuffit d'ouvrir ces mêmes Livres
pour les comprendre , ) que perfonne n'ait
entrepris d'écrire fur une matiere auffi belle
qu'elle devient intéreffante ; je conviens
que depuis quelques années on a vû paroître,
quelques volumes des Bénéfices à la
nomination du Roi & plufieurs Poüillés
de differens Diocèſes , affés juſtes , mais il
en faut un général , qui en corrigeant les
fautes groffieres qu'on trouve dans les précédentes
éditions , nous donne dans ce
genre un ouvrage auffi parfait que le mérite
un Corps auffi augufte que le Clergé
de France , qui eft le premier , le plus
magnifique , & le plus illuftre Corps du
Royaume.
Une réponse que j'ai auffi lûë dans le
48 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Juin dernier , à l'Auteur du
projet du Poüillé ci - deffus, n'eft pas moins
digne d'attention, puifque celui - ci promet,
outre des recherches curieufes & des faits
hiftoriques , d'enrichir fon Pouillé géneral
d'une Carte Géographique de chaque Diocèfe
, dans laquelle on verra exactement la
diftance qu'il y a du Chef-lieu à une Cure,
à un Prieuré , à une Chapelle , à une Abbaye,
à un Convent d'hommes ou de filles,
&c. Si cela eft levé jufte , on aura quelque
choſe de nouveau & de beau ; fi à l'avantage
de connoître la jufte pofition de tous
les Bénéfices du Royaume , de l'un & l'autre
fexe , on y joint l'année de fondation
le nom du Fondateur ou Bienfaicteur, fous
quel Ordre il eft , par une feule lettre ,
comme S. Benoît, un B. S. Auguftin , un A.
&c.file Bénéfice eft en Regale ou en Commande
; s'il eft àla nomination du Roi ou
de Patronage ; fon revenu ; ce qu'il paye
de florins ou d'argent de France en Cour
de Rome à chaque mutation ; enfin de
combien de feux chaque Cure , Prieuré-
Cure & Chapelle Succurfale , font compofées
, rien ne feroit plus agréable que ces
connoiffances.
Il feroit très- néceffaire de donner l'année
jufte de la fondation de chaque Evêché
& celle de fon érection en Archevê-
1
DECEMBRE. 1748. 47
ché ; bien diftinguer leurs priviléges &
droits ; le nombre détaillé par colonne des
Evêques connus depuis leur fondation juf
qu'au jour de l'impreffion , obfervant de
les mettre par ordre d'années qu'ils ont
rempli le Siége , ce qui feroit une fuite
chronologique qui auroit fon mérite; dire le
plus jufte qu'il eft poffible , le revenu de chaque
Evêché, ce qu'il paye en Cour de Rome
pour les Bulles , & le vrai dégré de latitude
& longitude de chaque Ville Epifcopale.
Bien défigner le nom des Cathédrales &
toutes les Dignités qui les compofent, le revenu
de chacune de ces dignités , le nombre
des autres Chanoines , le revenu de
chacun , le bas Choeur ou Corps de Mufique
, fon revenu , l'année de fondation
le nom du Fondateur ou Bienfaiteur , &
ce que paye en Cour de Rome chaque
permutation.
Les Ordres Religieux étant comme joints
au Clergé de France & en faifant partie
puifqu'on fçait qu'il y a des Ordres fi puiffans,
qu'ils ont droit d'envoyer des Députés
aux Affemblées ; d'autres dont le Roi
nomme aux premieres Dignités ; d'autres
qui ont droit d'élire leur Supérieur , &
d'autres enfin qui nomment à nombre de
Bénéfices par plufieurs Concordats & priviléges
qu'ils confervent : il femble que
48 MERCURE DE FRANCE.
pour rendre le Pouillé Général de France.
parfait , il faut détailler par Diocèfe tous
Îes Convens d'hommes & de filles qui s'y
trouvent , en marquant fur la Carte leur
jufte pofition , on verroit par là leur diftan
ce du Chef-lieu de ceux qui fe trouvent
hors la Ville , & dans l'abrégé qu'on en fe
roit ,, y marquer feulement l'année de fondation
, le nom du Fondateur ou Bienfaic
teur ; s'il y a eu réforme , l'année & le
nom de celui qui l'y a introduites fi la
maiſon eft Profeffe ou non ; le nombre ordinaire
des Religieux ou Religieufes ; leur
revenu total , s'il eft poffible ; leurs habillemens
; s'ils tiennent Colleges ou penfions;
le nombre des Penfionnaires & Etudians ,
& jufqu'à quelle claſſe on y pouffe l'étude ,
Les Hôpitaux & Hôtels - Dieu doivent
auffi entrer en lifte par Diocèfe ; marquer
l'année de fondation,le Fondateur ouBienfaicteur
, le nombre des Prêtres , Religieux
ou Religieufes qui les deffervent , le nombre
des lits d'hommes , de femmes & d'enfans
; leur revenu total ; ceux des Hôpitaux
ou Hôtels- Dieu , quife trouvent hors
le Chef-lieu , doivent être mis fur la Carte
du Diocèſe d'où ils dépendent.
A ces remarques il feroit avantageux d'y
en joindre d'autres bien fimples , qui feroient
très- intéreffantes, & qui, outre la force
&
DECEMBRE . 1748. 49
> en
Ferenduë du fpirituel , nous donneroient
une idée bien jufte du temporel
marquant par des lettres alphabétiques ce
qui fe trouve , tant dans la Ville Epifcopale
,, que dans les autres Paroiffes de chaque
Diocèfe , dont le Pouillé général de
France eft obligé de faire le dénombrement.
Pour trouver les Bénéfices plus aifément
, il faut que ce dénombrement foit
fait par ordre alphabétique .
Par exemple quand il y aura ,
A Parlement,
B Confeil Souverain.
C Chamb. des Comptes.
D Cour des Aides.
E Cour des Monnoyes.
F Province.
G Gouvernement,
H Généralité.
I Intendance.
L Election.
M Hôtel des Monnoyes .
a Juftice Royale.
b Maréchauffée.
c Hôtel de Ville.
d Table de Marbre,
e Univerfité.
f Maîtriſe particuliere.
Amirauté.
Grenier à fel,
i Ville.
1 Bourg.
m Château?
n Riviere .
1. Vol.
N Académie.
O Bibliothéq. publique .
P Bureau des Finances
Q Préfidial.
R Bailliage.
S Sénéchauffée.
T Prévôté.
V Juges Confuls.
X Vicomté.
Y Chatellenie.
Z Viguerie .
o Port de Mer.
p Principauté.
9 Duché Pairie
r Duché.
f Marquifat.
t Comté.
u Baronie.
x Vidamie.
y Seigneurie
z Marché .
& Foires.
So MERCURE DE FRANCE.
A ceci on joindra la diſtance de Paris
la Ville Epifcopale.
Il faut éviter de tomber dans les fautes.
que plufieurs ont faites , en difant qu'une
telle Abbaye jouit de tant de revenus, fans
faire mention qu'elle eft fouvent obligée
de le partager avec les Religieux ; quelquefois,
lorfqu'il eft Régulier, l'Abbé mange
ce revenu dans la maiſon avec fes Religieux
; quelquefois auffi il le mange hors
la maifon .
Il ne faut point obmettre non-plus les
Séminaires , le nombre des Prêtres & des
Profeffeurs , l'année de fondation , le nom
du Fondateur & fon revenu .
Le nom des Chapelles , tant celles de la
Ville que celles de la Campagne , j'entends
celles de la Ville qui font féparées, & non
celles qui font dans les Cathédrales, Paroiffes
, &c. & celles de la Campagne doivent
être fur la Carte , l'année de fondation , le
nom du Fondateur & le revenu annuel.
Les Abbayes , quoiqu'unies aux manfes
Epifcopales ou à d'autres maiſons , doivent
toujours être défignées dans la Carte
du Diocèſe où cft le fond , en marquant
l'année de réunion aux manfes ou maifons
aufquellos elles ont été unies, furtout l'année
de fondation , le nom du Fondateur ,
fous quel Ordre elle eft & fon revenu.
DECEMBRE. 1748.
51
Quant aux Abbayes hors le Royaume
quoique dépendantes d'un Archevêché ou
Évêché du Royaume , il femble qu'il eft
inutile d'en parler , à moins que le Roi ne
nomme à quelqu'une ; il y en a de féculari-,
fées , & la plupart poffedées par des Etrangers
, Luthériens , Calviniftes , &c.
On conviendra aifément qu'un Pouillé
général de France , fait avec tout le ſoin
& l'exactitude , que demande un ouvrage
auffi parfait , que ceux pour qui on le deſtine
, ont de lumiere & de goût , feroit un
préfent bien riche à leur faire , auquel ils
accorderoient leur fuffrage & leur augufte
protection.
1
Je m'estimerois heureux , fi entrant dans
les vûës de celui qui travaille au Pouillé
général de France , ( & qui pour le rendre
parfait , n'épargne aucune dépenfe ) j'avois
pû contribuer par mes réflexions
à lui donner ce vrai dégré de perfection où
l'Auteur & le Public le fouhaitent, & où je
penfe qu'il arriveroit , s'il veut bien faire
quelque attention aux remarques que je
prends la liberté de lui adreffer ; mais je
crains que fon ouvrage , peut - être trop
avancé, ne foit un obftacle qui le retienne,
& ne l'empêche d'en faire ufage ; dans ce
cas il pourroit arriver qu'une feconde Edi-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion bien parfaite l'emportât fur la premie
re , & lui fît perdre le jour dès la naif
fance.
Si vous jugez a propos de rendre ma
Lettré publique , ou de la communiquer
feulement à l'Auteur du Poüillé de France;
dans le premier cas , quelqu'un plus habile
que moi pourroit renchérir fur mes remarques,
& contribuer par- là à rendre l'Ouvra
ge encore plus parfait ; dans l'autre cas , je
prie l'Auteur d'être perfuadé que je fuis &
ferai toujours plein d'eftime , d'amour &
de refpect pour lui ; que comme Autent
d'un Ouvrage auffi fublime que celui -ci ,
je ne crains pas de dire , que le pouffant à
fa perfection , il ne foit digne des plus
hautes louanges.
Je viens de finir un pareil ouvrage dans
un genre different , puifque j'expofe fur
trois Cartes diftinguées par Diocèles ,
non-feulement la force & l'étendue de
chacun , mais encore celle de tout le Clergé
de France en général ; le tout a été travaillé
à Paris fur d'excellens manufcrits &
fur les meilleurs Auteurs qui ont écrit fur
les Bénéfices . Quelques perfonnes de mérite
& intelligentes , foit qu'elles ayent voulu
flater mon amour propre , ou faire ufage
de leurs connoiffances , ont eu la bonté
DECEMBRE. 1748 .
53
d'en approuver l'invention , & difent que
rien n'eft plus frappant que de voir d'un
coup d'oeil tout ce qui compofe l'illuſtre
Clergé de France .
Il ne merefte plus qu'à vous prier de mettre
le prix de chaque volume dans les annonces
littéraires , & les Libraires , de vouloir
bien mettre le prix auffi de chaque
volume fur l'intitulé , pour éviter d'être
trompés par ceux à qui nous donnons nos
,commiffions de Province pour Paris . Il eft
arrivé plufieurs fois qu'on a fait payer un
Livre le tiers & quelquefois moitié plus de
fon jufte prix ; c'eft une priere qui vous a été
fouvent faite ; fi vous jugez à propos d'y
donner vos foins , le Public , à l'abri d'être
trompé , tirera plus confidérablement
d'Ouvrages littéraires de Paris. J'ai l'honneur
d'être , & c.
A Blois le Octobre 1748.
S
C. L
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
1
ODE ,
Tirée du Pfeaume LXXXV.
S Ans appui , dans mon indigence ,
Seigneur , je n'implore que toi ;
Daigne t'abaiſſer juſqu'à moi ;
Entens ma voix tremblante & veille à ma défenſe,
En toi feul j'ai fondé toute mon eſpérance ;
Prolonge encor des jours éclairés par ta Loi.
***+
Jette les yeux fur ma mifere,
Seigneur , attendri par mes cris ,
Remets le calme en mes efprits.
Mon coeur eft élevé vers le Dieu qu'il révére ,
Dieu propice à celui de qui la voix fincére
A recours chaque jour à fes dons infinis
***
Prête l'oreille à ma priere ;
En ce jour pour moi tenebreux,
Laiffe-toi fléchir à mes voeux.
J'ai vu plus d'une fois traverfer ma carriere ;
Ton invincible main a brifé la barriere,
Qu'élevoient contre moi de lâches envieux.
DECEMBRE . 1748 .
Des Nations riches Idoles ,
Enfans de leurs debiles mains ,
Les Dieux font des fantômes vains .
Qu'ils égalent , ces Dieux impuiffans & frivoles ;
Les vaftes corps errans ou ſtables ſur leurs pôles.
Ta voix les enfanta, ces chefs- d'oeuvres divins.
*3 +
Les fieres Nations livrées
Au plus étrange aveuglement ,
Connoîtront leur égarement.
Du néant , comme nous , ta main les a tirées ;
Nous les verrons un jour,d'un faint effroitroublées,
Te benir , t'exalter , dans leur étonnement.
炒菜
En toi la puiflance réfide ;
Tout fuit de près ta volonté ;
Toi feul es l'Etre illimité.
Dans l'adorable voye où ton faint Nom préfide ,
Daigne à mon coeur charmé , Seigneur , t'offrir
pour guide ;
Mon coeur y marchera , de ta crainte affecté.
*
Mon coeur à te louer s'excite ;
Sans ceffe cette impreffion
Me fera chanter ton faint Nom.
Cij
36 MERCURE DE FRANCE :
Ta clémence envers moi fut toujours fans limite;
Tu veilles fur mes jours , & la mort que j'évite
M'eft un gage affûré de ta protection .
* x沖+
Les méchans ont juré ma perte ;
Devenus aveugles & fourds ,
Leur puiffance en veut à mes jours.
Ce n'eft point à ta Loi que leur ame eft ouverte ;
D'un voile ſpécieux leur malice eft couverte ,
De leurs rapides traits fufpens l'odieux cours.
Ta bonté , Seigneur , me raffûre ;
Jufte , miféricordieux ,
Vrai , fecourable aux malheureux ,
Jette un regard fur moi , ton humble créature ;
Tens pour me relever ta main viſible & sure
Sauve l'enfant , la mere étoit chere à tes yeux.
Fais , ô mon Dieu , fais qu'il éclate
En moi , par des fignes certains ,
L'effet de tes fecours divins.
Mes ennemis déchus de l'eſpoir qui les flate ,
Eperdus à leur tour , diſperſés à la hâte ,
Verront que tu te plais à confoler tes Saints .
A Lyon 1748. Par Boyer , de la Valette ,
en Provence.
DECEMBRE . 1748. $7
SEANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de Marseille.
-
Ette Académie tint , ſelon l'uſage ,
fou Affemblée publique le 25 Août
dernier , jour de S. Louis. M. Artaud
Avocat Confeil de la Communauté de
Marſeille , Orateur de la Ville , Procureur
du Roi en la Police , & Directeur de l'Académie
pendant cette année , ouvrit la
Séance par un Difcours , où il examina lequel
des deux eft le plus utile aux progrès
des Lettres , la févérité ou l'indulgence,
dans les jugemens des Académies. au fujet
des Prix qu'elles décernent.
On lut les Ouvrages couronnés. Le Difcours
fut déclaré être de M. l'Abbé Bellet ,
de l'Académie de Montauban , qui avoit
déja remporté le Prix de l'Eloquence en
F'année 1746 , & l'Ode, de M. l'Abbé Gervafi
, d'Amiens.
-La lecture de ce Difcours & de cette Ode
fut fuivie de celle d'un petit Ouvrage en
vers de M. le Marquis de Pennes , Officier
des Galeres , Académicien abfent. Ce
Poëme eft intitulé , Epitre à mes vers.
M. Dulard lut une Ode tirée du Pleaume
120,
CY
S MERCURE DE FRANCE.
M. de Chalamont de la Viſclede , Secretaire
perpétuel de l'Académie , lut les Eloges
des Académiciens morts pendant le
cours de l'année , lefquels font M.Pellifery,
M. le Commandeur de la Fare , & M. le
Chevalier d'Orléans .
La Séance fut terminée par la lecture
d'une Fable intitulée , les Ruiffeaux , de M.
de Seigneufe de Correvon , Gentilhomme
Suiffe , Affocié étranger de l'Académie.
PLAINTES DE LA NATURE ,
AM.le Comte de Tr. aufujet de fon Mémoire
fur l'Electricité. Par M. Chabaud ,
de l'Oratoire.
T
Ranſporté chez les Cimmeriens, j'entrai
dans un Palais , où l'on n'entend
que le doux murmure du Lethé ; nul bruit
n'éveille le Dieu que l'on y adore ; les foucis
ne voltigent point autour de lui ; le re
pos muet & les fonges agréables compofent
toute fa Cour. Je reconnus le Palais
du Sommeil , & j'éprouvai bien - tôt le pou
voir de fes pavots.
A leur gré nos maux difparoiffent ,
Nos befoins & nos larmes ceffent ,
DECEMBRE. 1748.
59
Les criminels font fans frayeur ,
Le captif eft fans fers , l'indigent fans miferes ,
L'avare fans vautours , l'envieux fans viperes ,
Les monftres perdent leur fureur.
Je jouiffois d'un calme délicieux dans
les bras de Morphée ; mon efprit fe livroit
à d'aimables fonges , avoués de la vertu ;
on auroit dit que l'Electricité s'étoit chargée
de l'amufer agréablement . Des étincelles
, des éclairs , une aigrette , formoient
pour lui un fpectacle réjouiffant ,mais la Nature
vint mêler fa trifteffe à ma joye ; elle
m'apparut dans le tems que la nuit faifoit
place à l'aurore,& que les fonges font autant
de vérités. Je n'eus pas de peine à la
reconnoître.
Quelle étoit belle fans parure!
L'élégante fimplicité
Avoit arrangé fa coëffure
Sans qu'un miroir eût été conſulté.
9
Rien d'affecté dans fon langage i
Dans fon port rien de concerté ;
Le fard ne gâtoit point fon modefte viſage ,
Où la vertu paroiffoit fans nuage ,
Et retraçoit fa dignité.
Elle fe plaignoit amérement de vous ,
Monfieur , en difant que la nouvelle Phi-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
*
lofophie avoit tort de révéler fes myſtercs,
& que vous en aviez encore davantage
d'expofer au grand jour le feul qui reftoit
inconnu. Ce qui lui fait craindre que les
efprits ne tombent dans la langueur , comme
font ceux qui joüiffent des biens qu'ils
ont défirés .
Peat- on être heureux dans la vie ?
Le coeur foupire envain pour un calme parfait s
Ce coeur, que rien ne ſatisfait ,
'Aime , défire , craint , eft en proye à l'envie .
L'ame au-dehors s'élance , & cherche un bien.
abfent;
Le défir d'en jouir l'agite , la tourmente ,
Et fi ce bien devient préfent ,
L'ame auffi-tôt eft languiffante ;
L'objet , qui promettoit un effain de plaifirs ,
Enfante les dégoûts , pires que les défirs.
Si les vérités font connuës ,
Si les erreurs font confondues ,
L'ennui dans l'efprit s'établit ,
Le travail le foutient , le repos l'affoiblie.
Ainfi raiſonnoit la Nature , en ajoûtant
que
le flux & le reflux de la mer , la vertu
de l'aiman , le méchaniſme de l'Univers ,
étant connus , il ne kui reftoit plus que l'EQuicité
pour exciter l'admiration & ta
DECEMBRE . 1748.
-euriofité du genre humain. Comme elle
étoit pénetrée de douleur , & que les grandes
figures font filles des grandes paffions,
elle vous adreffoit la parole en ces termes.
Enfant gâté de la Nature ,
Je t'engraiffai de mes bienfaits ,
Et pour prévenir tes ſouhaits ,
T
Je verſai dans ton coeur des vertus fans meſure.
Je voulois munir ta raifon
Contre le dangereux poiſon
De mille préjugés , refpectés du vulgaire..
Je façonnai-ton caractére ,
Sans aucune diſtraction ,
Et je m'applaudiffois fans ceffe
De ton goût décidé pour l'aimable fageffe,
Qui grave fans aufterité ,
Et badine avec dignité ,
Eft populaire avec nobleffe .
Humain par inclination ,
Sçavant fans obftination ,
Courtifan fans oblique adreſſe
Ennemi du raffinement ,
Et démêlant d'un ſentiment
La fubtile délicateffe
"..
Tu pouvois fans effort conquérir tous les coeurs
Pourquoi vouloir ensor-des flots.d'admirateurs
62 MERCURE DE FRANCE:
Je comptois , continua la Nature , triompher
de la pénétration de l'efprit par le
moyen de l'Electricité , mais tout le monde
fera éclairé par tes lumieres.
Je difois à l'efprit : te voilà donc vaincu
Un globe tourne avec vîteſſe
Il s'échauffe , la main le preffe ,
Il tranfmet au fer ſa vertů ;
Et mille étincelles actives
Qui ſemblent s'applaudir de n'être plus captives;
Des Spectateurs charmant les yeux,
Seront toujours l'écueil des mortels curieux.
Mais que dis-je , me voilà vaincue ? Ne
remportes tu pas , efprit humain , la victoire
fur moi , en franchiffant la feule barriere
que j'avois à t'oppofer ?
Par fa rotation la Terre
Eft femblable au globe de verre ,
Le fluide électrique en fon fein renfermé ,
Se dégage , & par -là le monde eft animé.
Tr .... dévoilant ce mystére ,
Eft entré dans mon Sanctuaire.
Lorſqu'au milieu des efcadrons poudreux
Le plomb traverfa fes cheveux ;
*
* M. de Tr…….. reçut un coup de balle dans fe
cheveux.
DECEMBRE, 1748. 63
Que ne pût-il, ce plomb, par amour pour ma gloire ,
Et l'honneur de mes fecrets trahis ,
pour
Lui faire paffer l'onde noire !
Mais non ... qu'il vive lil eft mon fils.
Telles furent les plaintes de la Nature, qui
difparut alors à mes yeux ; c'eft à vous ,
Monfieur , à chercher les moyens d'appaipaifer
cette mere , à qui vous avez tant
d'obligations. J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Secretaire de la Nature.
REPONSE de M. le Comte de Tr.
A
H , Monfieur deux mois de travail,
bien des expériences & des recherches
, bien des veilles , tout eft effacé
un feul de vos fonges.
Vous chantez l'Electricité ,
Vous avez aflûré la gloire.
De ce nouveau préſent de la Divinité
J'effayois vainement , dans un trifte Mémoire
De prouver la réalité.
Dans ces jours d'incrédulité
Le tortueux dilême , en la nuit la plus noire ,
Plonge l'aimable vérité,
Non , je n'aurois jamais remporté la victoire,
par
64 MERCURE DE FRANCE.
Si chantant l'Electricité ,
Vous n'aviez affûré la gloire.
Qu'il m'eft honorable , Monfieur , que
yous receviez mes idées ! pourrois-je craindre
encore pour mon fyftême , lorfque je
vois fon principe & fes conféquences foutenues
& annoblies par une Mufe qui raf-
Temble tous les talens & les charmes de
Les foeurs ?
La vive imagination .
A la jufteffe réunie ,
L'élégante préciſion ,
L'enchantement de l'harmonie
Et les traits hardis d'un crayon
Guidés par la main d'Uranie ,
Sont les refforts puiffans dont un brillant génie
Se fert pour entraîner à la conviction.
Vous n'êtes point borné , Monfieur , à
cette feule victoire ; le portrait que vous
faites de la Nature , ne me fait que trop
Lentir que je ne connoiffois encore qu'imparfaitement
fes véritables charmes ; il en
eft une coupable , elle ne m'a que trop
fouvent féduit ; celle que vous peignez
dans votre lettre , eft fans doute l'ouvrage
de la Divinité
DECEMBRE. 1748. GS
Hélas ! dans ma jeune ſaiſon ,
Privé d'une lumiere pure ,
Sans principes certains exerçant ma raiſon ;
Lorſque je m'éveillois à la voix de Zéno” ,
Mon efprit rebuté d'une leçon fi dure
En appelloit à la Nature,
Et d'une douce illufion
Recevant la féduction ,
S'endormoit avec Epicure
Que je rougis de l'afcendant
Que prit fur moi cette infi lelle guide !
Mon coeur tendre, & trop imprudent,
Sur la foi d'un fripon d'enfant ,
S'égara fur les pas qu'Ovide
Traça , lorſqu'il étoit amant,
Que d'erreurs , que de contradictions &
d'incertitudes fe fuccédoient alors dans ma
façon de penfer ! trompé fans ceffe par
les
promeffes des paffions , le vrai bonheur
fuyoit loin de moi ; également féduit par
une fauffe Philofophie , lorfque je faifois
quelques efforts pour m'élever , je cherchois
des fecours dans les leçons d'Epictere
& de Zenon , mais quelle force , quels
fecours pouvois-je efpérer de leurs principes
: Ils ne portent point le caractére ſu-
Bline de la vérité , je retombois bien-tôt
66 MERCURE DE FRANCE.
dans des chaînes plus étroites , plus.dange.
reuſes , en croyant y être ramené par la
raiſon.
Religion , lumiere pure ,
Seul recours des foibles mortels ,
Ce n'eft qu'au pied de tes autels
Qu'on doit confulter la Nature .
Envain d'un vol impétueur
Le fier Stoïcien fur les aîles d'Icare
S'éleve dans les airs , fe croit feul vertueux.
Un fentiment voluptueux
Vient troubler fon coeur & l'égare .
il retombe , il frémit , il céde à fon vainqueur.
Il rougit du pouvoir qu'a fur lui la Nature ;
Toujours neuve , toujours obfcure ,
Elle fait à fes yeux , eg ſoumettant fon coeur.
C'eft à vous , Monfieur , c'eft à Monfiear
Rabbe que je devrai le bonheur de refléchir
dans ces momens , où je jouis encore
de la force de l'âge : le fouvenir du paffé
eft humiliant , mais il ne faut point en être
accablé. L'avenir eft trop incertain , &
quand même ce tems nous feroit donné ,
peut-on s'afsûrer de pouvoir en faire un
bon ufage ?
Hélas ! quand fur nos fens l'hyver répand fes
glaces ,
DECEMBRE. 1748. 67
Les foucis volént fur nos traces ,
Et nous ne comptons plus que des jours malheu
reux.
La mémoire , l'efprit , tout devient infidelle.
Des liens d'une ame immortelle
Chaque instant voit brifer les noeuds.
Sans retour , fans efpoir , l'imbécile vieilleffe
Paffe fes jours dans la moleffe ;
La Parque impatiente obfcurcit leur flambeau
Si quelquefois encor la raifon étincelle ,
Elle s'étonne , elle chancelle ,
Au lugubre afpect du tombeau.
Il faut donc profiter de la force de l'âge' ;
Il faut donc rendre au Créateur
Un tendre , un pur , un libre hommage
Il prépare , il attend celui de notre coeur.
+
Dans un foible mortel quel titre de grandeur !
Il nous a faits à fon image.
Voyons donc tout en lui , joüiffons bien du don'
Qu'il nous a fait de la raiſon ;
Dieu quelle ingratitude ! avec fes propres armes
Olons-nous attaquer un objet plein de charmes?
Enfans de la dilection ,
Pouvons-nous préférer les doutes , les allarmes
A la jufte fouiniffion ?
O toi qui portes dans mon ame
68 MERCURE DE FRANCE;
Ces rayons inconnus , ces troubles renaiffans ,
Acheve , Dieu puiffant , fais triompher ta flame
Dans un torrent de feu viens détruire mes fens .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗濃濃
LE TEMPLE DE L'AMOUR .
Songe à Iphife pour lejour de fa fête.
Es Dieux , belle & vertueuſe Iphiſe
fe
:
fance que par les effets de leur bonté , ne
nous ont jamais impofé d'obligation , fans
en adoucir la néceffité par un plaifir intérieur
qu'ils y ont attaché quelquefois
même il eft fi délicat , ce plaifir , que nous
défirons d'en perpétuer la joiffance , en
éternifant le devoir. Le fommeil eſt une
preuve journaliere de cette bonté des
Dieux . Notre corps , après un court eſpace
de tems , eft contraint de fubir uneinacti on
totale , d'exifter dans une fufpenfion abfolue
de l'ufage de fes fens , & chaque
jour il eft obligé de faire cette preuve
de
fa foibleffe , mais , fi la puiffance céleſte
nous impofe cette loi , la bonté divine dédommage
notre amour propre par un plaifir
, qui nous met fouvent de pair avec les
Dieux , & tandis que nos corps font abDECEMBRE
. 1748. 69
forbés dans une léthargie momentanée ,
notre ame conſerve toute la vivacité. On
diroit même qu'elle augmente , & que
libre des liens de la matiere , elle foit plus
active & trouve plus facilement les
moyens de fe fatisfaite. Cependant , tou
jours conforme à elle-même , elle a les
mêmes inclinations , elle agit fur les mêmes
principes felon que de fon naturel
elle est vive ou non-chalante , fes rêves
font agités ou tranquilles , & fuivant les
difpofitions de trifteffe ou de plaifir où
elle fe rencontre , fes fonges font enfans
de la joye , ou naiffent du chagrin. Raifonnant
toujours d'après elle-même , elle
prend toujours la même route pour
aller
au bonheur , & fi ces démarches ne font
que des fictions , ces mêmes fictions font
partie de fa félicité , peut-être même la partie
la plus réelle. Le plus malheureux joüit
áu comble de la mifére , de la douceur d'un
repos qui fait plus d'un envieux ; & celui
qui fe croit au faîte du bonheur, eft ſouvent
contraint d'avouer à fon reveil , que dans
le fein même de l'inéxiſtence , il a trouvé
plus de réalité. L'homme d'affaires , le
guerrier, le Philofophe, ne rêvent que procès
que lauriers que fyftêmes. L'un
compte fur le gain de fa caufe , l'autre fe
,
70 MERCURE DE FRANCE,
félicite d'un avantage remporté , le dèr
nier eft tour glorieux d'une idée bien établie.
Le premier invoque le monftre de
la chicane , celui - là appelle à fon ſecours
le Dieu des Victoires , celui-ci la Déeffe
des Sciences. A leur réveil le procès eft
encore indécis , les lauriers font évanouis,
le fyftême eft anéanti.
L'amant , le véritable amant , occupé
de fa tendreffe , guidé par l'amour , &
conduit par le fentiment , ne rêve qu'aux
moyens de plaire , ne fonge qu'à faire
agréer fa flamme. Son ame eft toute entiere
à l'objet dont il eft épris. Il y penfe
fans ceffe ; les plus longs jours lui paroiffent
trop courts , parce qu'ils s'échappent
en un moment ; il lui confacre aufli les
inftans du repos. Toujours inquiet , agité,
s'il goûte quelque tranquillité , c'eft dans
l'efperance d'obtenir fon fuffrage.
Manquerois- je le portrait du véritable
amant ? Ah , charmante Iphife , je n'ai
qu'à vous peindre la fituation de mon
coeur, la vivacité de ma tendreffe , la fincérité
de mes fentimens , l'ardeur ..... Mais
pourrois -je y réuffir ; mon coeur est tout
entier à vous , & mon efprit qui me refuſe
fon pinceau, s'en tient au même office que
le coeur. J'effayerai cependant de vous en
DECEMBRE . 1748. 71
donner une efquiffe fous l'image d'un
fonge , dont j'ai l'idée encore toute recente.
Lorfque quelque chofe intérelle nos
fentimens , l'efprit & le coeur font d'intelligence
pour aider la mémoire.
:
,
Il n'y a pas long- tems qu'occupé de
vous , adorable Iphife ( & je ne fuis jamais
occupé d'autre objet ) je me rappellois ces
momens heureux, où joüiffant du plaiſir de
vous voir , j'ofai vous faire l'aveu de ma
flamme alors je pris la liberté de vous
dire mon amour & de vous préfenter
quelques-unes de ces fleurs , dont les bel
les fe parent , mais dont le fort eft bien
different auprès de vous , puifque vous les
effacez par vos attraits . Je penfois que
votre Fête arrive en peu de jours , & ce
fouvenir me faifoit paffer tour à tour de la
joie au chagrin , de la trifteffe au plaifir. Je
cédois tantôt à la douleur d'être éloigné
de vous , tantôt au plaifir d'avoir un fujet
de vous réiterer la fincérité de mes fentimens.
Mais comment vous tracer le portrait
de mon coeur ? Que vous préfenter
qui fût digne de vous ? Je m'abandonnois
à ces réflexions , & mon embarras augmen
toit,lorfqu'un doux fommeil s'emparant de
mes fens , je goûtai toutes fes faveurs.
Je me crus tranſporté dans une agréable
2 MERCURE DE FRANCE.
campagne , où tout ce qui s'offrit à ma vûë
me parut l'ouvrage du concert mutuel de
FArt & de la Nature : la Nature avoit pris
confeil de l'Art pour réparer les négligences
trop vifibles qui l'accompagnent ; l'Art
fe modelant fur la Nature , en avoit pris le
goût , & s'étoit défait de cet air guindé
qui le caractériſe : ils s'aidoient avec plaifir
, ou plutôt ils étoient confondus. Des
allées , féjour de la fraîcheur , préſentoient
ún lointain charmant, que l'oeil ne quittoit
qu'à regret , pour admirer un tapis de verdure
, où Flore avoit pris plaifir à raſſem.
bler toutes les fleurs qui naiffent fur les
pas. Non loin de -là , une caſcade , dont la
chûte naturelle récréoit la vûë , rendoit à
l'oreille un agréable murmure , qui rempliffoit
l'ame d'une douce inquiétude , &
l'efprit fe laiffoit aller à une rêverie imperceptible
, que la beauté d'un vallon admirable
ne faifoit qu'augmenter . Ah ! charmante
Iphife , difois- je en moi- même
vous feule êtes digne d'habiter ce féjour ;
il n'eft fait que pour vous. Les oifeaux par
leurs ramages fembloient célébrer leur
bonheur , & remercier les Dieux de leurs
bienfaits. Plus je découvrois de beautés ,
plus je fouhaitois d'en rencontrer de nou-
Velles : un côteau agréablement fitué , où
le
DECEMBR E. 1748. 7 ;
par une
x
le Soleil fe plaifoit vers la fin du jour à répandre
fes rayons , m'invitoit
pente douce & aifée à franchir la hauteur ,
pour chercher un plaifir de plus. Ma curiofité
fut bientôt fatisfaite , & je me
trouvai avec ſurpriſe dans une vaste forêt ,
qui paroiffoit confacrée à la retraite & au
filence , & dont les arbres l'auroient difputé
pour l'ancienneté aux fameux chênes
de Dodone. Les Zéphirs par une haleine
moderée n'agitoient qu'à peine les feüillages
, & rendoient un fon harmonieux , qui
occupoit avec délice tous mes fens . Que
n'étois-je auprès de vous , belle Iphile ,
dans ce lieu charmant ! chaque inftant que
j'y paffai , fut autant de défits de vous y
voir. Je marchois à pas incertains, lorfque
je me vis arrêté tout-à - coup par un édifice
immenfe, dont l'Architecture noble & fans
ornemens fixa mes regards autant qu'elle
les furprit. Elle ne paroiffoit point l'ouvrage
de ces mortels ambitieux , qui , fous
prétexte de rendre hommage à la Divinité
, élevent des Monumens à leur orgueil
; au contraire elle me parut fortir de
la main de ces premiers hommes , qui ne
confultant que leurs fentimens , confacroient
aux Dieux pour tribut de leur
obéiſſance des Temples auffi fimples que
D
74 MERCURE DE FRANCE.
leur coeur , car cet édifice ne me fembloit
pas fait pour la demeure d'un mortel . Une
fecrette crainte , un reſpect intérieur , me
faifirent à l'approche de ce lieu, l'odeur des
parfums ne le faifoit remarquer qu'imperceptiblement
; ce n'étoit point cet encens
qui fume fur les Autels de Vénus , & qui
paroît plutôt un poifon qu'on offre à la
Déelle , qu'un hommage qu'on lai rend ,
mais l'odorat étoit fi agréablement Alaté ,
que tous mes fens y participoient. Je n'ofois
avancer , la crainte me retenoit , le
reſpect m'arrêtoit , la timidité m'environnoit
, & je tremblois de profaner l'entrée
de ce Temple. Tout ce qui pouvoit marquer
la puiffance de la Divinité , je l'entrevoyois
, je ne voyois rien qui m'annon
çar fa bonté. Etonné & toujours indécis
, à l'inftant j'apperçus une Déeffe dont
l'air noble & majeftueux , le vifage doux
& affable , m'annoncerent cette Divinité ,
qui auroit remporté fur tout l'Olympe le
prix de la Pomme , s'il eût été deftiné à la
plus vertuenfe. Elle ne répandoit point
autour d'elle , comme Vénus , un parfum
féducteur , mais elle infpiroit dans les
coeurs l'amour de la vertu. Jeune Etranger
, me dit- elle , je connois votre embar
ras ; les mortels s'étonnent aisément de ce
DECEMBRE. 1748 .
75
qu'ils ne voyent pas d'ordinaire , & s'accoûtument
trop facilement à ce qu'ils
voyent tous les jours . Suivez-moi , je vais
vous délivrer de l'incertitude où vous êtes .
J'obéis à la Déeffe , qui me conduifoit vers
le Temple. Vous ferez furpris , dit- elle ,
d'être introduit par la Sageffe dans le
Temple de l'Amour , mais votre coeur eſt
exempt de préjugés. Diffipez les illufions
de votre efprit , & vous verrez que tout
ce que les Poëtes ont écrit de l'Amour
n'eft que pure fiction ; le goût pour le
merveilleux , l'ignorance & la vanité ont
été leurs guides. S'ils euffent été conduits
par le fentiment , ils auroient connu l'Amour
, car pour le connoître , il faut le
fentir . Ils auroient appris que l'Amour
n'eft point cette paffion turbulente & impérieufe
, qui mere de toutes les autres
paffions , fubjugue & tyrannife le coeur ;
qui maîtreffe de tous les fens , abforbe la
raifon & en ufurpe les droits ; que les defirs
déréglés conduifent toujours , & que
n'abandonnent jamais les remords ni le
repentir ; au contraire ils auroient connu
que l'Amour eft cettein clination du coeur,
qui attache à un objet préferablement à
un autre par la connoiffance de fa beauté ,
de fon efprit , de fes vertus. On aime par
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
moyens
un fentiment décidé ; on cherche tous les
de plaire ; fartout on pratique la
vertu , parce qu'on fe perfuade qu'on ne
fçauroit plaire qu'en imitant l'objet aimé
en un mot , l'Amour ne va jamais fans l'eftime
, car comment pourroit - on aimer ce
qu'on n'eftimeroit point ?
Nous parvînmes enfin au Sanctuaire de
l'Amour , & tout ce que je vis me confirma
le difcours de Minerve. Ce Temple ,
continua - t'elle , eſt tout de marbre blanc ,
pour caractériser la pureté des coeurs qui
l'ont élevé ; le Dieu même eft affis fur un
Trône femblable , pour marquer cette aimable
fimplicité d'où naiffent les véritables
plaifirs , parce qu'ils ne font jamais fuivis
d'aucuns remords. Il paroît tout occupé
du bonheur de fes fujets ; fon air eft majeftueux
, quoiqu'enfantin ; fon vifage alfûré
annonce fon expérience , & on ſe
fent entraîné vers lui par un charme fecret,
qu'on ne fçauroit définir . Il fait des heureux
, fes fujets font les miens . Autour de
l'Aurel & dans l'enceinte du Temple , font
difperfés les differens Génies,qui le faivent
partout . Ici vous voyez l'Eftime qui guide
le coeur vers l'objet aimé , qui l'attache ,
qui le fixe. A fon air pénétrant , mais réfervé
; à ſon abord prévenant , mais cir
DECEMBRE. 1748. 77
confpect , elle eft aifée à reconnoître ; fes
yeux vifs & perçans examinent avec foin.
elle ne fe contente pas à la premiere vûë
elle fonde fcrupuleufement , elle eſt la
confidente de l'Amour , & toujours fa
compagne.
Ce Génie qui la fuit d'un air décent &
foûmis , c'eft le Refpect . Bien different de
cette déference générale que les hommes
ont pour tout ce qui paroît mériter leurs
égards , c'èft une attention réflechie fur les
vertus de l'objet aimé , produite par la connoiffance
que l'on en a , & qui eft toujours
accompagnée de la Complaifance au vifage
riant, à l'air actif & empreffé, qui s'occupe
des moindres objets , du plus petit rien qui
intérelle l'objet de fa tendreffe , dont elle
cherche à prévenir les défirs ; elle ſe félicite
de les deviner , & pour récompenfe
de fes foins , elle ne demande que la grace
d'être un peu remarquée .
A leurs côtés eft la Sincérité , cette fille
du Ciel , fimple & fans détours , fi rare
chez les hommes , & qu'ils fe vantent tous
de connoître. Elle eft effentielle à l'Amour
, car où eft la vertu , la fincérité ſe
trouve , & elle eſt toujours fuivie de la
Confiance , dont là démarche affûrée & le
vifage ferain annoncent les fentimens ; on
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
a de l'eftime pour le caractére , du refpect
pour les vertus , de la complaifance pour
les volontés de la Beauté que l'on aime ,
& on ajoute à tout ce qu'elle dit une confiance
entiere , non pas celle qui naît de
la fécurité ou de la pareffe , elle a toujours
un bandeau fur les yeux , mais celle qui eft
éclairée , qui vient de la fincérité , & qui
a pour appui les vertus & le mérite de l'ob
jet aimé.
C
fe
Vous voyez ici le Sentiment humble &
fans parure , qui fans ceffe s'occupe de la
Beauté à laquelle il eft attaché ; timide &
craintif , il tremble de lui déplaire , il n'opas
même faire éclater fon amour , & il
conferveroit plutôt toute fa paffion dans
le fond de fon coeur , s'il croyoit que l'aveu
pût lui en attirer le courroux. Lorsqu'il
fe hazarde à déclarer fa flamme , le coeur
palpitant , fa bouche héfite , la parole lui
manque , & il n'exprime fon ardeur que
par des foupirs , & par un filence mille fois
plus éloquent que tout ce qu'il auroit pû
dire. Il n'eft jamais fans la Fidélité & la
Conftance. Celle- là eſt vouée à l'objet aimé
, rien ne fçauroit la faire changer , elle
a donné fon coeur , il eft trop bien placé ;
toute la vie eft confacrée à prouver fon
attachement . Celle- ci dans l'éloignement
DÉCEMBRE . 1748. 79
même de l'objet aimé,en conferve toujours
précieuſement l'idée ; aucun obſtacle ne fçau
roit la détourner de lui être attachée pout
jamais , & l'une & l'autre font égalemeut
l'éloge des fentimens de l'amant & des
vertus de fa maîtreffe.
L'Esperance les foutient , elle a toujours
un vilage riant & fatisfait , elle fe flate
d'obtenir les faveurs aufquelles elle afpiro,
elle fait tous fes efforts pour les mériter ,
elle ofe s'en promettre le fuccès , mais elle
eft fuivie de la Modeftie , cette vertu , qui
eft le vernis de toutes les autres , & fans
laquelle les autres ne font rien ; elle ne
s'en fait point accroire ; bien loin d'efperer
, elle craint toujours ; c'est elle qui produit
cette inquiétude , qui prend fa fource
dans un coeur timide & bien pénétré , cette
méfiance de foi- même , cette crainte de
n'être
pas aimé ,, parce qu'on ne fe croit pas
digne de l'être.
Vous voyez les Plaifirs former avec les
Defirs des danfes ingénues ; les uns rem
pliffent l'ame d'une douce fatisfaction , les
autres,enfans de l'Efperance,font quelquefois
oublier le bonheur préfent par l'idée
d'un plus grand.
Teleft le Temple de l'Amour , tels font
fes adorateurs : leur félicité eft affûrée , car
Dij
So MERCURE DE FRANCE .
le Dieu , qui les protége , veille fans ceffe
fur eux. Rendez- lui vos hommages , il a
formé votre coeur , c'eft fon ouvrage.
Adorable Iphife , jugez de ma joie par
la vivacité de ma tendreffe : je voulois témoigner
à la Déeffe toute ma reconnoiffance
, & que de chofes n'avois-je pas encore
à lui demander ? Mais un réveil fubit
me fit connoître trop tôt que ce n'étoit
qu'un fonge , comme fi les Dieux euffent
voulu me punir des lumieres que je venois
de recevoir.
Cependant leur bonté m'eft connuë ;
elle nous a accordé deux foutiens dans nos
maux , l'efperance & le fommeil ; l'un
met quelque intervalle à nos malheurs ,
l'autre les abforbe entierement par l'idée
de leur fin. Ils m'ont donné le doux fommeil
; vous feule , belle Iphife , pouvez
me donner la flateufe efperance : mon
bonheur eft dans vos mains ; j'attends de
vous une félicité qui ne peut
venir que
vous feule. Ah ! de grace ne refufez pas
de rendre heureux l'amant le plus foûmis ,
l'amant le plus tendre .
de
En traçant le Temple de l'Amour , j'ai
fait le portrait de mon coeur ; quel bonheur
, s'il peut vous plaire ? Dans ce jour
où l'on célébre votre Fête , recevez le
DECEMBRE. 1748. Si
comme le gage le plus fûr de mon amour ,
& de mon attachement.
Que ne puis-je y ajouter , comme l'an
paffé , un bouquet de ces fleurs cueillies
dans les jardins de Flore ! mais un fatal
éloignement me prive de ce plaifir. Rien
ne fçauroit me confoler de ma douleur
cependant elle diminueroit de moitié , fi
mon hommage vous étoit agréable ; fi je
pouvois l'apprendre de vous- même ; fi votre
main , charmante Iphiſe , traçoit fur le
papier ces caractéres de retour & de tendreffe
, le prix du véritable amour , & la
récompenfe de la vertu . Je fuis tout à
vous , ne pourriez- vous me dire que vous
penſez à moi ?
Mon amour est l'ouvrage de vos vertus
& de vos charmes ; j'attends mon bonheur
de ma fidélité & de ma conftance .
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
VERS
A M. Rameau , fur fon Ballet de Pigmalion .
UN connoiffeur , amateur du vrai beau
Enchanté des beautés de ton Ballet nouveau ,
L'efprit étonné, l'ame émue ,
S'écrioit , en voyant s'animer la ftatue ,
» Tu te trompes , Pigmalion ;
Ce n'eft point de Vénus la puiffance fupréme ;
Qui vient de donner l'ame à ce que ton coeur
aime. W
Rends graces aux accords d'un nouvel Ame
phion ,
A fon Art enchanteur tu dois tout ton honmage
; . t
» Lui feul anime ton ouvrage.
Sçavant Rameau , telle eft l'illufion
Que fait fur nous ta divine harmonie ;
Elle charme nos fens , & féduit nos efprits
Au point de n'être pas furpris
Qu'au marbre elle ait donné la vie.
C. G. B
DECEMBRE. 1748. 83
**MMMMMMMMMMMMMM
LETTRE de M. Lebeuf , Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , à un Chanoine Régu
lier , à l'occafion d'un Ecrit où il eft parlé
de lui dans le Mercure de Septembre
1748 .
V
Ous n'aurez pas été , Monfieur ,
moins furpris que moi , de voir dans
le Mercure de Septembre une petite lettre
, au fujet d'une Infcription qui fe trouve
à Nevers. Comme vous avez lû mes
Recueils de Differtations anciens & nouveaux
, l'Infcription dont il s'agit , ne peut
vous être inconnue. Vous fçavez que je
l'ai donnée au public dans le fecond tome
de mon premier Recueil , imprimé en
1738 , & qui fe débite chez Barrois .
L'Auteur de cet Ecrit auroit dû l'y voir à
la page 271 , avec l'explication que j'ai
crû pouvoir y donner , & il auroit pur
épargner aux Auteurs du Mercure la dépenfe
de la faire graver de nouveau . Il eft
bon que cet Auteur anonyme ceffe de
s'imaginer qu'elle me foit inconnuë , &
qu'elle le foit même au public , ni qu'elle
puifle me faire changer de fentiment.
Lorfque je l'ai fait paroître dans mon petit
Recueil , il y avoit déja plufieurs années
que feu M. Chalmeaux , Chanoine de la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Cathédrale de Nevers. , me l'avoit appor
tée à Auxerre , fa Patrie, où il venoit affez
fouvent. Dans fa copie , que j'ai encore ,
il y a un G pour premiere lettre de la feconde
ligne , mais cela ne change rien au
nom , puifqu'on a pû prononcer & écrire
Andegamulus
indifferemment comme
Andecamulus , de même qu'on a fouvent
dit Gains pour Caius.
›
Au refte l'Auteur, qui vient de la redon
ner , a raifon de méprifer très fort la maniere
dont le Sieur Cotignon lifoit &
entendoit cette Infcription. Il faut être
fur la défiance avec de pareils Ecrivains :.
je veux bien croire cependant que la pierre
où l'Infcription eft gravée , a été trouvée
en terre à Nevers , ou proche , ainfi que
le dit Cotignon . Mais comme cette pierre
n'eft pas d'une groffeur fort confidérable ,
elle a pû être apportée de quelque lieu
voifin. Si l'on n'a point d'autre preuve
que Nevers foit le Noviadunum Eduorum
des. Commentaires. de Céfar , je ne regarderai
point ce fait comme trop .bien prouvé.
D'ailleurs il faudroit , pour que cela.
eût quelque rapport , que la pierre par
lat de Nevers , ou de Noviodunum , ou des .
peuples dui. Lorfqu'on m'apportera de-
Bonnes raifons pour prouver la propofi
tion, que je conteſte , je fuis prêt de m'y
DECEMBRE. 1748. 85
rendte. Je ne demande qu'à m'inſtruire ,
& j'attendrai toujours une autre inſtruction
que celle de l'Infcription en queftion ,
laquelle ne dit rien au fujet du point controverfé.
Je fuis , &e.
AParis , ce 21 Octobre 1748,
LETTRE du même à un Chanoine de l'Eglife
d'Auxerre touchant une date de
l'Hiftoire d'Auxerre , relativement à la
prife que les Anglois firent de cette Ville
fous le regne du Roi Jean.
J.Confrere ,par expofition que vous
E me vois oblige , Monfieur & cher
m'avez faite de la contrariété qui fe trouve
entre deux ouvrages publics , de l'un
defquels je fuis Auteur , de juftifier ce que
j'ai avancé , & de faire voir que c'eft celui
qui n'a pas écrit comme moi , qui s'eft
trompé . Dom Dominique Fournier , Bénédictin
de l'Abbaye de Saint Germain
d'Auxerre , fit imprimer dans la même
Ville en 1714 , une Defcription des faintes
Grottes de cette Abbaye , & des Reliques
qui y font , ou qui y ont été confer
vécs. En parlant, à la page 103 , des Châ
fes & des Reliquaires qui furent engagés.
86 MERCURE DE FRANCE.
3
aux Anglois en 1359 , afin que les habitans
fuffent délivrés de leurs mains , & du
rapport de cette argenterie que le Pape
Urbain V. procura , il dit que Robert
Kanole , Général de l'armée Angloiſe ,
remit à ce Pape , outre les Reliquaires ,
les cédules & les obligations des fommes
de cent mille florins , que cette Ville étoit
obligée de payer aux Anglois ; que le faint
Pontife renvoya le tout gratuitement à la
Ville d'Auxerre ; que les Reliquaires furent
reçûs par une Proceffion folemnelle
dans l'Eglife de Saint Germain , le 17
Mars de l'année 1366 , & que pour éternifer
la mémoire de ce bienfait , on en
inftitua une Fête à pareil jour dans l'Abbaye
, laquelle s'y célébre encore , comme
il paroît par la Table des Fêtes locales de
ce Monaftére , imprimée à la fin du même
livre .
Sans vous arrêter à la quantité des florins
, qui pourroit fouffrir difficulté , vous
dites que je marque cette réception des
Reliquaires de l'Abbaye de Saint Germain,
à un autre jour bien éloigné du 17 Mars.
Je la fixe , dites-vous , au 16 Août dans
le fecond tome de mes Mémoires Hiftori.
ques d'Auxerre , publiés en 1743 , page
233. Vous ne fçavez auquel des deux témoignages
il faut ajouter foi
DECEMBRE . 87 1748.
Mais, en lifant attentivement le détail ,
dans lequel j'entre fur ce rapport des Reliquaires
, par Herman Schelderwalt , de
Cologne , Sergent d'Armes du Roi de
France , à qui le Pape Urbain V. fit remet
tre cette argenterie pour la rapporter à
Auxerre pouvez-vous douter que j'aie
Eravaillé fans avoir les piéces fous les yeux,
& croire que je me fois contenté de fuivre
aveuglément Dom Georges Viole
dans la date du jour de la réception de ces
Reliquaires , telle qu'il l'a marquée à la
page 206 , de fa vie de Saint Germain
d'Auxerre ? Vous avez pû obferver qu'il
ne nomme point le Sergent d'Armes du
Roi , d'où en ai - je donc eu connoiffance ,
auffi-bien que du jour & des circonstances
qui accompagnerent cette reftitution , faite
en préfence de l'Evêque & de quelques.
Dignités de la Cathédrale , dans le Chapitre
même de l'Abbaye ? C'eft par l'acte
même, qui en fut dreffé , que j'ai été informé
de ce détail. Je me fais un plaifir de
vous en tranfcrire ici le commencement &
la fin , de crainte d'être trop long ; je
vous prie même de le rendre public ,
afin de lever le doute dans lequel les deux
-dates differentes peuvent jetter la poſtérité
, qui ne fçauroit auquel des deux s'en
rapporter , du Bénédictin ou du Chanoine..
18 MERCURE DE FRANCE.
In nomine Domini , Amen. Per hoc prefens
publicum inftrumentum cunctis pateat
evidenter , quod anno à Nativitate ejufdem
Domini millefimo trecentefimofexagefimo fexto
, indictione quarta , menfis Augufti die decimafexta
in mane ante horam Prime , Pontificatus
Sanctiffimi in Chrifto Patris & Domini
noftri Domini Urbani divina Providentia
Papa Quinti anno quarto , in Capitulo
S. Germani Autifiodorenfis in quo loco perfonaliter
exiftebant Reverendus in Chrifto Pater
& Dominus Dominus Petrus Dei gratia
Autifiodorenf.Epifcopus, nec non Religiofi viri
Prior & Conventus Monafterii predicti cum
3
ad
Cleri populi Civitatis & ville Autif, multitudine
copiofa , vir prudens & honeftus
Hermannusdictus Schelderwalt , Serviens ar
morum Domini noftri Francorum Regis ,
infra fcripta ut decebat , à Domino noftro
Summo Pontifice pradicto fpecialiter & exprefsè
deftinatus in noftrorum publicorum
Notariorum.... prefentia prefentavit ac tradidit
ante omnia tria paria litterarum ſanarum
& integrarum.C'étoit 1 ° .l'état ou dénombrement
en François des: Châſſes &
Reliquaires dont ce Sergent étoit le Porteur.
2 °. L'acte d'emprunt fait en 1358 par
la Ville , pour les mettre en gage aux Anglois.
3. Un autre acte d'emprunt de
joyaux pour la même fin , en 1.3 5.9, c'eſt-àDECEMBRE.
1745. 89
dire, pour fûreté du payement des quarante
mille forins . Ipfis quoque litteris fic lectis
& publicatis, prædictus Serviens, nomine prædicti
Domini Roberti Kanole , & pro ipfo nec
non de mandato Domini noftri Papæ prædicsi
... omnia & fingula jocalia & vafa aurea
& argentea cum reliquiis in ipfis exiftentibus...
declarata , fupra quamdam tabulam
quodam pallio ferico ornatam in pradicto
Capitulo exiftentia de punto in punc-
LIEM , .. pradictis Religiofis... reddidit. Et
comme il y manquoit à une image de
Saint Jacques Apôtre le chapeau accoûtumé
, le Général Anglois avoit donné en
place un petit Reliquaire de Saint André ,
tant fut grande fon exactitude. J'obmets
la mention des remerciemens. L'acte qui
eft fort long , finit ainfi : Quibus fic actis ,
Reverendus Pater & Religiofi pradicta joca-
·lia & reliquias acceperunt; & ea devote , cantando
, ac Deo omnipotenti & Domino noftro
Papa pradicto gratias reddentes de premiffis ,
proceffionaliter ad Ecclefiam dicti Monafterii
fupra majus altare detulerunt , & ea, dimiferunt
ibidem. Acta fuerunt haec anno , Indictione
, menfe , die , hora & locis ac Pontifi
catu fupradictis,prafentibus unà cum prædictis
Reverendo Patre & Religiofis ac nobis Notariis
fubfcriptis, viris venerabilibus & difcretis
Dominis & Magiftris Johanne Mercerii
30 MERCURE DE FRANCE.
Decano , Ludovico Balbeti , Archidiacono
Pufeya ,Johanne Moronis , Petro de Buxeria,
Canonicis Ecclefie Autif. Stephano Priore de
Brena Caftro , Johanne Narduyni , Serviente
Regis , Petro Ayme , Regnaldo Balleti , Johanne
de Nerone, & pluribus aliis teftibus ad premiffa
vocatis fpecialiter & rogatis.
Les deux Notaires font Guillelmus Viandi
de Lano , Autif. Dioc. & Johannes Jocelli
de fancto Verano , Autif. Diocefis.
Veut- on un acte plus formel pour prouver
que ce fut le 16 Août 1366 , que tous
les Reliquaires furent rapportés dans le
Chapitre & dans l'Eglife de l'Abbaye de
Saint Germain ? Ainfi je vous laiffe à conclure
de quel côté eft la vérité.
Pour accorder quelque chofe à Dom
Dominique Fournier , qui paroît n'avois
pas vû les Archives que j'ai vifitées , &
avoir méprifé la date que Dom Georges
Viole avoit donnée à cet évenement , laquelle
doit être marquée dans quelquesans
des papiers de l'Abbaye ; j'ai pensé que
les Religieux ont pû croire qu'il convenoit
de faire chez eux une Fête de ce recouvrement
, & que n'ayant peut- être pas de
jour vacant dans leur Calendrier jufqu'au
17 Mars , ils l'auront fixée à ce jour- là
C'eft ainfi que parce que tous les jours du
Calendrier font remplis chez eux , attenda
DECEMBRE . 1748. 98
les Fêtes de l'Ordre & autres , ils ont por
té au 5 Septembre la Fête d'un Saint Felix
du 16 Juin , & d'un S. Moré du premier,
Juillet , ce qui a jetté dans l'erreur M.
l'Abbé Chatelain , qui dans fon Martyrologe
a pris ce 5 Septembre pour le jour
de leur mort , ce qui eft contraire aux anciens
Martyrologes & Calendriers du Pays.
Un jour de Fête de pur choix aura donc
fait croire par la fuite, que ce jour là même
étoit celui de l'évenement. C'eft de cette
forte qu'on a fouvent pris le change.
Je vous dirai en finiffant , que lorfque
la Deſcription des Grottes de Saint Germain
parut en 1714 , j'eftimois fort cet
ouvrage ; j'étois ami de l'Auteur, & je lui
avois fourni quelques remarques, mais de
puis que je me fus mis à étudier à 'fond
I'Hiftoire d'Auxerre, tant Eccléfiaftique que
Civile , dans les originaux , je commençai
ày appercevoir beaucoup de fautes & bien
des faits hazardés , qu'il affûre , comme s'il
en avoit été témoin oculaire . Il parle , par
exemple à la page 106 , de ce que les Huguenots
firent du corps de Saint Germain
comme s'il eût été préfent. Il fe prétend
plus inftruit que Dom Viole , qui vivoit
& écrivoit à Auxerre quatre- vingt ans
avant lui , & qui avoit connu beaucoup
de perfonnes , dont les peres étoient con-
2
92. MERCURE DE FRANCE.
temporains du fait. Dom Viole dit , à la
page 211 , de la vie de Saint Germain ,
que ce n'est que par conjecture & vraifemblance
qu'on croit que les Calviniſtes
brûlerent les os de ce Saint , & que ce fut
dans une maifon particuliere ; Dom Fournier
écrit pofitivement que ce fut dans
F'Eglife , & il accompagne fon récit de
circonstances qui font démenties par les
Monumens du tems. Vous fçavez , Monfieur
, ce que j'ai écrit pour le réfuter dès
l'an 1723 , dans les additions à l'Hiſtoire
de la prife d'Auxerre de l'an 1567 , &. ce
que j'ai continué d'en dire dans mes Mémoires
in-4°. publiés en 1743 , à la page
78 du premier tome. C'est ce que je ne
cefferai de répeter , tant que je vivrai. Les
offemens de Saint Germain furent à la
vérité jettés par terre dans l'Eglife de
l'Abbaye par les Huguenots , lorfqu'ils
prirent fa Châffe pour l'emporter . Mais ,
( quoiqu'en difent les Jéfuites d'Anvers
au 31 Juillet , alleguant de mauvaifes raifons
, pour n'avoir pas bien pefé la force
de mes preuves ) ces précieux offemens
furent aufli - tôt ramaffés par gens pieux ,
& depuis remis à un Notable d'une Communauté
de la même Ville , où ils ont été
confervés durant plus d'un fiécle, & on les
pofféde encore à Auxerre avec le Mémoire
DECEMBRE . 1748. 95
que cette perfonne en a laiffé , de même
que l'on y conferve à Saint Germain dans
deux grandes Châffes , & dans deux grandes
armoires des Grottes , les offemens de
toutes les autres anciennes. Châffes de la
même Eglife , mais confondus & mêlés
depuis qu'ils furent ramaffés fur le pavé où
ils étoient épars.
Les gens pieux de qui on tient ces offemens
de Saint Germain , qui forment la
plus grande partie de fon corps , les avoient
ramaflés en filence , fe contentant de gémir
intérieurement fur leur profanation .
Ils ne firent pas comme ce Chanoine de
Saint Martin de Tours , lequel voyant les
Calviniftes fe faifir de la Châffe de Saint
Martin & la brifer , s'emporta violemment
contre eux , & ne fit par-là qu'exciter
leur fareur , jufqu'au point qu'ils jetterent
les Reliques dans le feu , ſuivant
qu'on me l'a dit dans l'Eglife même , en
me montrant le lieu de cette Eglife où les
offemens furent brûlés. Ainfi le zéle de ce
Chanoine a été caufe qu'il ne refte de
Reliques du grand Saint Martin de Tours,
que ce qui en avoit été diſtribué à diverfes
Eglifes , ou qui pût être tiré du feu.
Vous ne ferez peut-être pas fâché d'apprendre
, par exemple , qu'alors un Huguenot
tolerant dans fon parti , étant pré94
MERCURE DE FRANCE.
fent , retira du feu un offement aſſez confidérable
de ce Saint , & le donna depuis
au Prieur de la Chartreufe de Mont-Regnaud,
proche Noyon, où il eft confervé.
Je fuis , & c.
Signé , Lebeuf, Chanoine d'Auxerre,
A Paris , ce 4 Novembre 1748 .
dehe
QUATRIEME EPITRE
Familiere , *
A M. de la Soriniere , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres d'Angers , fur la F.te
de faint François , dont il porte le nom.
L'Auteur remercie dans cette Epitre M.
Alain , Médecin de Chemillé en Anjou ,
dans le voifinage du Château de la Soriniere
, pour l'avoir guéri de la fiévre , dont
il fut attaqué en arrivant chez fon ami.
Par M. des Forges- Maillard , Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres de la
Rochelle.
Pour re fêter le jour qu'on fête ton Patron ,
Délices de mon coeur , illuftre Soriniere ,
* Les trois autres font imprimées en differensMer
Cures.
"
DECEMBRE. 1748 . 95
rmets qu'à mon efprit donnant libre carriere ,
vec le grand François , dont tu portes le nom ,
Je te mette en comparaison .
Inſpire-moi , docte Apollon ;
Ecoute , ami , j'entre en matiere.
Ton Patron renommé portoit un capuchon
On te voit , au gré de ta veine ,
Souvent autour de ta maiſon ,
Rêver au bord d'une fontaine ,
Dans ton jardin fleuri , dans un fombre vallon ;
Couvert d'un grand bonnet de laine ,
Conftruit, & retonibant comme un coqueluchon;
Et riant de la pompe vaine , *
Tu prends fans t'éblouir de l'éclat du galon ,
Et de celui dont Stras fait briller fon bouton ,
L'habit dont ton goût s'accommode ;
Je trouve, dit avec bien du bon fens M.Deflan
des , autant de foibleffe que de défiance de foi-même,
dans cette affectation pouffée à l'excès , de je bien mettre
& de fe parer. C'eft une vraye folie , avoue le
plus fincére de nos Hiftoriens , c'eft une marque
d'ignorance & de légereté. Mezeray fait cette remarque
à l'occafion des Gentilshommes François, qui
ayant toujours été fort retenus & fort modeftes dans
leurs habits, s'aviferent fous le malheureux Roi Jean,
de s'orner de pierreries , comme les femmes,& deporter
fur leurs bonnets des aigrettes de plumes de diverfes
couleurs , ce qui eft le comble de l'aveuglement , de
s'en eftimer davantage . Hift. Crit . de la Phil.
Tom. 2. pag. 91 & 92,
6 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'avec ta naiſſance & tes bons revenus ,
Sans craindre la cenfure on peut- être à la mode ;
Mais la Philofophie approuve ta méthode ,
Et les colifichets te femblent fuperflus.
Ton Patron , mépriſant la molleſle frivole ,
D'un lit bien préparé ne s'embarraffoit pas.
Tu couches fur un matelas ,
Et dédaignes la plume molle ,
Où fe plongent les délicats .
Tes hôtes cependant , accueillis à merveille ,
Se dorlottent chez toi fur le plus fin duvet ,
Et ne pouvant quitter les charmes du chevet ,
Ronflent jufqu'à midi fur l'une & l'autre oreille ,
Dans des lits ou , roulant avec un doux fracas ,
L'ample & double contour des rideaux de damas
Quadre avec la tapifferie ,
Où ſur le frêle canevas ,
L'éguille intelligente étale les appas
De fa parlante fymétrie.
Ton Patron diligent fe levoit à minuit ,
Afin de murmurer fes dévotes Matines ;
Tute leves , mon cher , fitôt que le jour luit ,
Mais ce font chants d'amour, ritournelles badines,
Que les Matines que tu dis ,
Telles qu'Anacréon les récitoit jadis
Aux Nymphes de Téos , autour de lui placées
Sous
DECEMBRE.
1748. 97
Fous des rideaux de myrthe & fur d'aimables lits ,
Semés d'oeillets & de penfées ,
Et dreffés joliment par les jeux & les ris .
Ton Patron réveilloit fa famille fidelle ,
Au bruit de fon aigre crefcelle ,
Au lieu que de ton violon
La douceur tendre & naturelle
Des pavots du fommeil dégagent ta maiſon ,
regne une joye éternelle :
Ou
Ton Patron ne faifoit fouvent qu'un feul repas.
Tu n'en fais jamais qu'un , mais je n'omettrai pas
Que fur beaux plats d'argent , des lapreaux , de
volailles ,
Des rales , des perdrix , des cailles ,
L'or à fon vrai dégré conduit
Par ton adroite Cuifiniere ,
Dont la main pique l'apétit ,
Tengage quelquefois , avant d'aller au fruit ;
De lâcher une boutonniere ,
'Avertilant Gafter , * que c'eft pour tout un jour,
Et qu'il faut déſormais , que s'amuſant à moudre
Les divers alimens qu'on lui donne à diffoudre ,
Il attende à midi le Soleil de retour.
Ton Patron bûvoit peu du mouffeux jus d'Octobre;
* Meffer Gafter , fobriquet que la Fontaine donne
à l'estomach.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Tu n'en bois point du tout , par conféquent plus
fobre.
'Avouons toutefois , pour ne te point flater ,
Que ton tempérament, plus que la tempérance
Te follicite à perfifter
Dans cette ennuyeufe abftinence.
Cela n'empêche pas que de l'excellent vin ,
Qu'élevent les côteaux de Champagne & du Rhin;
Ta table ne foit parfumée ,
Et que plus d'un convive , excité par ta voix ,
Et tes bons mots toujours débités avec choix ,
D'un vermeil coloris n'ait fa trogne allumée.
Des divers paffe-tems amateur ingénu ,
Je comptois , cher ami , profiter de ta chere ,
Et cent fois plus encor du plaifir continu
D'entendre tes difcours dont la force légere
M'eût fans ceffe à ta voix doucement ſuſpendu
Mais , & deftin toujours contraire !
.
Dans ton riant Château la fiévre atrabilaire
M'avoit , en arrivant , par malheur attendu .
Monftre affreux ! Sphinx obfcur ! redoutable ad
verfaire !
Qui dans mon fang t'ouvrois un fentier inconnu,
Si de me tourmenter c'étoit ta noire envie ,
Hélas ! que ne choififfois-tu ,
Sur tous les autres tems , qui compoſent ma vie
Cher Soriniere , enfin ta tendre activité ,
DECEMBRE. 99 1748.
Et les foins attentifs de ton aimable femme ,
Dont tous les traits charmans annoncent la beauté
Et la nobleffe de fon ame ,
Avec Monfieur Alain m'ont rendu la fanté.
Mortel de la plus douce & plus docte farine ,
Alain , puis- je jamais oublier ta bonté ;
Ton fçavoir fans orgueil , ta prudence divine ;
Et fur tout l'amitié , qui fans autres appas
Du fauxbourg fablonneux de la Cité voifine
Vers moi précipitoit tes pas ?
Ah ! fi c'est l'art des vers & leur noble maniere,
Qui font céder ton ame à leurs juftes attraits ,
Ton penchant décidé doit à la Soriniere
T'attirer en tout tems, par des chai mes fecrets ;
Et toi- même , Docteur , fur la double colline
Tu mérites un rang pour les vers que tu fais ,
Vers embellis de tous les traits
Qui parent la Mufe Latine.
Hipocrate , Chiron, vous , dont le genre humain
Prône pompeufement le fçavoir fouverain ,
Allez , quoique l'on vous renomme ,
Vous n'êtes tous pour moi que Fraters de S Côme
Auprès du cher Monfieur Alain .
Mais avant d'imprimer mon cachet fur ma lettre ,
Je fonge qu'en un point tu ne fçaurois point être
Avec ton Patron réveré ,
E ij
Too MERCURE DEFRANCE.
En nulle façon comparé.
C'eft que fans délier la bourſe ,
Avec un bout de toile & menus complimens ,
Tous les jours répetés du midi juſqu'à l'ourſe ,
Il nourrit un monde d'enfans ,
'Au lieu qu'avec nos biens & nos vers abondans
Nous n'avons pas même reſſource ;
Toi pour en nourrir neuf, moi trois, & l'Almanach
M'annonce que bien-tôt j'en aurai quatre même ;
Quatre hélas , jufqu'au cou me voici dans le lac;
Toutes fois , cher ami , je t'attends au Baptême.
N'écris au cher Titon rien de ce fupplément ;
L'inquiétude en ce moment
Agiteroit fon coeur trop tendre ,
Troublé de cet événement.
Je le vois confterné , je crois déja l'entendre
Me chanter fur le ton des Cignes de Méandre ,
Arrête , ô pauvre époux , ô plaifir décevant !
Paffe-tems ruineux des paifibles retraites !
Voilà chez tor bien- tôt quatre Mufes de faites ;
Prétends- tu te former un Parnafſe vivant ?
Ah ! la paternité n'eft bonne
Qu'à ceux qui jouiffant de meilleurs revenus ,
Incaguent la tempête & fes coups imprévus ,
Et qu'il pleuve , ou qu'il vente , ou qu'il grêle , ou
qu'il tonne ,
Soit en été, foit en automne,
Mefurant au boiffeau les louis , les écus ;
DECEMBRE. 1748. 10
Sont
exempts des foucis qui te font trop connus.
Eh ! comment réfuter fa jufte remontrance ,
Sinon par ces deux vers du Maître des Rouffeaux,
Vouloir ce que Dieu veut . eft lafeuleſcience
Qui nous met en repos.
Mais fi je rencontrois en quelque part.du monde
Un riche , un charitable , un courtois Financier ,
Qui des dons provignés de nature féconde
N'ayant fçû pleinement fe bénéficier ,
Auroit quelque défir de ſe patrifier ,
Je pafferois d'abord avec lui bail à ferme ,
Pour deux de mes provins dont il s'approprîroit ,
Ledit bail n'expireroit
Qu'après l'immenfité du terme ,
Où Louis quinze cefferoit,
(Louis , qui vaut lui feul tous les Héros enſemble
Par les qualités qu'il raffemble )
D'être admiré de l'Univers ,
Et tendrement aimé de fes peuples divers ;
Ou quand Lowendahl & Maurice
N'auront plus la fageffe & la haute valeur ,.
Qui par de grands exploits ont dans la noble lice
En toute occafion fignalé leur grand coeur ;
Mais il reste encore à joindre au parallele
De toǹ Patron & toi quatre mots feulement .
Je finis donc fuccinctement
Par une remarque nouvelle ,
* Malherbe.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
- Qui regarde ce que prefcrit
Le célébre François, ce féraphique efprit ,
Au fujet de la difcipline.
Sans rifquer de mentir , je croi ,
Que tu t'en paffes comme moi .
J'approuve néanmoins quiconque s'en feftine.
Mais je tiens pour mon lot que c'eft affez des maux
Que l'infirme Nature accumule & varie ,
Sans vouloir de tourmens nouveaux
Surcharger cette foible vie ..
Et fi trabit , difoit l'ami de Mecenas ,
Sua quemcumque voluptas ,
Chacun conféquemment penſe à fa fantaifie.
Cependant, & mon coeur enfin fe rectifie ;
Oui fans nulle équivoque & je fens & je vois
Que la Loi du Très- haut , la plus fainte des Loix,
Commande juftement que je lui facrifie ,
Pour gagner une place au Royaume du Ciel ;
De l'homme en tout état le but effentiel ;
Ariftipe , Epicure & leur Philofophie ,
Mais cette loi d'accord avec notre raiſon ,
Permet pour y monter qu'en diverſefaçon
Dans ce terreftre exil chacun fe mortifie.
Adieu , je fuis ton ferviteur ,
Et ton ami , toujours avec le même coeur.
Au Croific le trente Septembre ,
Où la froide haleine des vents
Me foufle déja qu'il eft tems
DECEMBRE. 1748. 109
De doubler ma robe de chambre ;
L'an d'après qu'un ſuperbe Etat
Crut affûrer la République ,
Sous la loi du Stathoudérat ,
Dans les bras éternels d'un Princc magnifique:
POSTSCRIPTU M.
Mon refpect très-profond & mon remercîment
A Madame la Soriniere ,
Qui belle , fans en être fiére ,
Sçait au charme du fentiment
Joindre celui de l'agrément.
Offre auffi mon respect fincére
A la Tullais , à Corvoifier ,
L'un de l'Académie élégant Chancelier ,
L'autre , fon poli Secretaire ;
Même falamalec à fon Corps Littéraire ;
Qui doit , dis-tu , m'aflocier ,
Quand tel qu'un vendangeur , crotté , couvert de
mouffe ,
Les mains dans fon manchon , Monſeigneur faint
Martin ,
Qui portera l'hyver en trouffe ,
Viendra nous avertir qu'il faut bonder le vin.
Mes complimens à Queneville ,
A fa Dame , tous deux dignes du fiécle d'or ,
Et loin du fracas de la Ville ,
Vivans en folitude au Château de Gonor.
Je dois comprendre auffi dans ma lifte civile
E iiij
702 MERCURE
DE FRANCE:
Qui regarde ce que preſcrit
Le célébre François , ce féraphique efprit ,
Au fujet de la difcipline .
- Sans rifquer de mentir , je croi ,
Que tu t'en paffes comme moi.
J'approuve néanmoins quiconque s'en feſtine .
Mais je tiens pour mon lot que c'eft affez des maux
Que l'infirme Nature accumule & varie ,
Sans vouloir de tourmens nouveaux
Surcharger cette foible vie .
Et fi trahit , difoit l'ami de Mecenas ,
Sua quemcumque voluptas ,
Chacun conféquemment penfe à fa fantaisie.
Cependant , & mon coeur enfin fe rectifie ;
Oui fans nulle équivoque & je lens & je vois
Que la Loi du Très- haut, la plus fainte des Loix,
Commande juftement que je lui facrifie ,
Pour gagner une place au Royaume du Ciel ;
De l'homme en tout état le but effentiel ;
'Ariftipe , Epicure & leur Philofophie ,
Mais cette loi d'accord avec notre raiſon ,
Permet pour y monter qu'en diverſe façon
Dans ce terreftre exil chacun fe mortifie.
Adieu , je fuis ton ferviteur ,
Et ton ami , toujours avec le même coeur.
Au Croific le trente Septembre ,
Où la froide haleine des vents
Me foufle déja qu'il eft tems
DECEMBRE . 1748. 103
De doubler ma robe de chambre ;
L'an d'après qu'un ſuperbe Etat
Crut affûrer la République ,
Sous la loi du Stathoudérat ,
Dans les bras éternels d'un Prince magnifique :
POSTSCRIPTU M.
Mon reſpect très-profond & mon remercîment
A Madame la Soriniere ,
Qui belle , fans en être fiére ,
Sçait au charme du ſentiment
Joindre celui de l'agrément.
Offre auffi mon respect fincére
A la Tullais, à Corvoifier ,
L'ande l'Académie élégant Chancelier ,
L'autre ,fon poli Secretaire
Même falamalec à fon Corps Littéraire ;
Qui doit , dis-tu , m'affocier ,
Quand tel qu'un vendangeur , crotté , couvert de
mouffe ,
Les mains dans fon manchon , Monfeigneur faint
Martin ,
Qui portera l'hyver en trouffe ,
Viendra nous avertir qu'il faut bonder le vin.
Mes complimens à Queneville ,
A fa Dame , tous deux dignes du fiécle d'or ,
Et loin du fracas de la Ville ,
Vivans en folitude au Château de Gonor.
Je dois comprendre auffi dans ma lifte civile
E j
104 MERCURE DEFRANCE.
Notre féal ami le Curé de Jallais ,
Qui, comme un Duc & Pair,fçait dans fon Preſbi
tere ,
Et de joyeuſe humeur & d'admirable chére ,
Avec un air aifé faire les doubles frais.
Tu lui diras que ſi jamais
J'ai la feuille des Bénéfices ,
Il peut, d'un ton bien guai fredonnant fes Offices ;
Se regarder déja comme pourvû d'un bon ,
Mais à cette condition ,
Faite fans intérêt , ergo jufte & permiſe ,
Qu'appropriant fon cabinet ,
Nos fçavans Peres de l'Eglife
S'y verront arrangés avec un air plus net.
Il ne veut pas qu'on y balie ,
Par la crainte , dit- il , qu'un tourbillon poudreux
N'aveugle indécemment ces Docteurs bienheu
reux .
Pour ne point l'allarmer , conte- lui , je te prie
Qu'afin que tout fe concilie ,
Il fera ftipulé par cet acte nouveau ,
Qu'il les couvrira d'un rideau .
Ce remede n'eft point un fecret de magie ,
D'où l'on peut inférer que le plus grand génie
Sur les moindres fujets , faute d'atttention ,
Se trouve embarraffé dans fa diftraction.
Pour la Mufe Angevine , elle eft jeune , elle eft
belle ,
La légere Thalie eft moins fpirituelle ;
DECEMBRE.
101 1748.
On connoît à ces mots Madame du Marais .
Mais je n'en dirai rien , cher ami , tu le fçais ,
( Et ma rancune eft éternelle )
Que vers les dangereux attraits ,
Par le plus chaud du jour voyageur fans ombrelle,
Le défir de la voir m'emportant avec toi ,
J'y gagnai pour tout fruit une fiévre cruelle ;
D'autres pour les attraits brûlerent avant moi
Moi j'ai tremblé , brûlé pour elle.
Si c'étoit , cher ami , t'apprendre une nouvelle ,
J'ajouterois que le diſcours ,
Qui te fit admirer dans ton Académie ,
Malgré la critique ennemie ,
Se fait lire & goûter toûjours ,
Et que les connoifleurs délicats & folides
En font du moins autant avides ,
Que les freresBrouffins pouvoient l'être autrefois
Sur la fin de l'hyver , d'un plat de petits pois.
Adieu , ce Poftfcriptum devient une autre Epitre,
Ombrello eft un mot Italien , qui veut dire en
François parafol. Il eft mis fans doute par l'ufage ,
à la place d'ombrella ombrette , petite ombre . Pertante
non afpetto il baldacchino, non aſpetto co piffers
l'ombrel'o Morg. L'Auteur a cru pouvoir gliffer
en notre Langue ombrelle au lieu de parafol , dans
une Epitre familiere & badine comme celle - ci .
* *
Voyez à ce fujet la note de Broffette , dans
la troifiéme Sat. de Defpreaux , & le voyage de
Chapelle , adreflé à Mrs du Brouffin .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Qui pour l'être effectivement ,
N'a befoin que d'un autre titre :
Ainfi, dit le proverbe , un tendre engagement
Mene plus loin que l'on ne penſe ;
Ainfi le coeur fans violence
Suit la pente du fentiment.
E
DESTINATION ,
Propofée pour le vieux Louvre.
St- il vrai , Monfieur , que tous les
Architectes de Paris ont eu ordre de la
Cour de donner des projets , tant pour le
lieu qu'on pourroit choifir,que pour la maniere
de conftruire une place pour y mettre
la ftatue du Roi , & que l'on veut aufli
déplacer l'Hôtel- de - Ville , qui fe trouve
aujourd'hui dans un lieu trop étroit ,
& trop incommode pour les fonctions de
fes Officiers , pour les Cérémonies , &
pour les Fêtes que la Ville eft obligée de
donner , y ayant d'ailleurs beaucoup de
réparations à faire , qui couteront des fommes
immenfes ?
Mais eft-il néceffaire d'être Architecte
expert , pour faire approuver un projet ,
& ne fuffit-il pas qu'il foit reconnu bon
DECEMBRE. 1748. , 107
pour être adopté ? Cela fuppofé , fans faire
un grand effort de génie , ni fans être
beaucoup verfé dans l'Art d'Architecture
on propoſe un lieu tout prêt & tout dif
-pofé pour remplir ces deux objets , fans
qu'il en coute rien au Roi , ni à la Ville ,
ni aux particuliers ; ce projet eft fi fimple
& fi facile dans fon exécution , qu'on ne
comprend pas comment il n'a pas déja été
rempli , depuis que l'on parle de faire
ériger une ftatue à un Roi , qui mérite à fi
jufte titre l'amour de fes Sujets.
Ce lieu eft l'emplacement du Château
du vieux Louvre , fi le Roi veut bien permettre
que l'on y tranfporte l'Hôtel- de-
Ville , à la charge que la. Ville en fera
achever les Bâtimens à fes frais & dépens ;
les matériaux , & le terrain qu'occupe aujourd'hui
l'Hôtel- de-Ville , feront plus
que fuffifans pour fournir à cette dépenfe,
& pour faire d'un lieu , à préfent inhabitable
, le chef- d'oeuvre de l'Architecture
.
C'eft cette place que l'on deftine pour
y mettre auffi la Statue du Roi , & qui deviendra
encore par ce précieux Monument
la plus belle & la plus magnifique Place
de Paris , & peut-être de l'Univers, en ouvrant
quatre entrées qui formeront trois
ruës , l'une du côté de la riviere , qui vien-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE:
dra aboutir dans la rue Saint Honoré , par
le cul- de-fac des Peres de l'Oratoire , & les
deux autres par la rue des Poulies , que
l'on pourra continuer jufqu'à la porte des
Tuilleries , en perçant une rue par celles
de Froid -manteau & de Saint Nicaife.
Quels points de vûë de tous côtés !
L'une du plus beau fleuve de la France , &
de la plus grande ruë de Paris , l'autre du
Palais des Tuilleries , & l'autre enfin de
cette belle colonade , le chef- d'oeuvre de
l'Architecture !
J. B. D. D. N.
VERS
Sur la mort de Mlle Mélanie , Actrice du
Théâtre François , par M. Gaud*.
Douce Innocence , & vous Graces plaintives,
D'où naiffent , en ce jour , vos funébres regrets ?
Pour qui préparez -vous ces flambeaux , ces cyprès ?
Tendre Amour , tu fuis de ces rives ,
Tu brifes tes traits , l'air rétentit de tes cris ! .. ♪
Dieux ! Quelle horreur vient faifir mes efprits ?
Da plus affreux ennui traînant la trifte chaîne ,
Ici Thalie & Melpoméne »
DECEMBRE . 1748. 109.
Ces Rivales qu'un art flateur
Divife par la jaloufie ,
Semblent fe réunir par l'égale douleur ,
Où leur ame eft enſévęlie .
Approchons..... Quel fpectacle ! ô Ciel ! c'eft
Mélanic,
Que le glaive fanglant de l'implacable more
Précipite à jamais dans la nuit éternelle.
C'en eft fait cet inftant a terminé fon fort.
Ainfi tombe au midi cette rofe nouvelle .
Que l'Aube matinale a vû s'épanouir ,
D'un fouffle empoisonné quand brufquement flé
trie ,
Elle céde au Deftin qui la force à périr.
Du féjour ténébreux qui t'arrache à la vie ,
Chere Ombre , Mélanie , ô toi que j'adorois ,
D'un coeur que je te confacrois ,
D'un coeur rempli de ton image ?
Dans ces vers , au hazard fous ma plume arran
gés ,
Reçois & le tribut & le dernier hommage ;
Des liens du fecret mes feux font dégagés,
110 MERCURE DE FRANCE.
說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
SEANCE publique de l'Académie Royale
A
Près
des Sciences.
que M. de Fouchy eut fait la
lecture de l'éloge de M. Bernoulli
M. de Mairan lut la préface qu'il deftine à
une quatrième édition de fa Differtation
fur la glace. Comme cette Differtation ,
qui remporta le prix à l'Académie de
Bordeaux en 1716 , eft écrite dans une
forme fyftématique , & que le fyftême, qui
y eft adopté, roule principalement fur la
matiere fubtile ou étherée , caufe de la liquidité
par fon mouvement & fon reffort
, & de la glace , par la diminution
de l'un & de l'autre M. de Mairan
en prend occafion de dire fon fentiment
fur ces deux fujets , les fyftêmes , & la
matiere fubtile. Sa préface fe trouve parlà
divifée en deux parties.
Dans la premiere , il fait voir que
dans le fiécle paffé on faifoit trop de cas
des fyftêmes , on en fait trop peu dans
celui-ci , & qu'on a tort de les regarder
comme infructueux , & nuifibles au progrès
des Sciences. Il le prouve par l'exemple
des grands hommes de qui nous tenons
le plus de vérités philofophiques ,
DECEMBRE. 1748. ITI
& qui ont prefque tous mérité le titre ,
ou , fi l'on veut , ajoute- t'il , le blâme de
gens à fyftême. Il remarque que le génie
de l'invention veut être échauffé , même
dans les Sciences exactes , & qu'il a fou
vent befoin d'une efpéce de verve, qui l'anime
& qui le développe ; que le fimple
defir de fçavoir ne produira jamais la mê-
*me ardeur , ni le même travail pour fe
fatisfaire , que l'interêt particulier ou national
d'un fyftême à foutenir , & fon contraire
à combattre ; que Kepler ne fe fût
vraisemblablemenr jamais avifé de la fameule
régle qui l'immortalife , fi elle n'étoit
venue à l'appui de fon fyftême hatmonique
des Cieux , qui l'occupa toute fa
vie , & qui eft d'ailleurs chimérique. M.
de M. releve l'efprit fyftématique , comme
ce qu'il y a en nous de plus précieux ,
de plus néceffaire , pour arriver aux connoiffances
les plus fublimes , & pour exécuter
les plus grandes chofes. Il fait voir
que cet efprit régne dans les obfervations ,
& les expériences bien faites , & il en
donne pour exemple celles de M. Newton
fur la lumiere & les couleurs . Il définit
cet efprit , une difpofition naturelle , tournée
en habitude , à nous faire un plan raifonné
de notre objet , & il ajoute que
c'eft abufer des termes , que de l'entendre
112 MERCURE DEFRANCE .
autrement , & de cet efprit même , fi l'on
s'en fert à forger des fyftêmes & des hypothéfes
fans néceffité & fans examen.
Toutes ces réflexions , & plufieurs autres ,
font précédéés d'une déclaration modeſte ,
par rapport à fon ouvrage , compofé il y
a trente- deux ans , & qu'il n'oferoit , dit-il,
entreprendre aujourd'hui , s'il étoit à le
commencer , du moins fous cette forme
de Traité complet & fyftématique , qui
fuppofe tant de connoiffances qui nous
manquent , ou que nous n'avons qu'imparfaitement:
Dans la feconde partie , il fouferit d'a
bord à la condamnation de la matiere fubtile
de Descartes , & fur tout des globules
durs & inflexibles , dont ce Philofophe
rempliffoit le monde , & que M. de M.
croit infoutenables , mais il ne pense pas
qu'on veuille exclure , avec la matiere fubtile
Cartefienne , tout autre fluide fubtil ,
cauſe invifible d'une infinité de phénomenes
qui tombent fous nos fens. Il parle à
cette occafion de la matiere électrique ,
dont nous éprouvons les effets à deux mille
toifes du lieu où elle eft mife en action .
Car feroit-ce , dit-il , un être métaphyfique
, ou le néant de matiere , qui auroit
befoin d'un véhicule matériel , d'une chaîne
ou d'une corde , pour fe tranfmettre
DECEMBRE. 1748. 113
pores
au-delà du tube , ou de la machine qui le
fait agir ? Et il s'autorife de l'exemple de
M. Newton , qui employe en cent endroits
de fon Optique , un fluide fubtil , actif &
élaftique , répandu dans les Cieux & fur
la terre , & pénétrant librement les
de tous les corps , en un mot tel
que M.
de M. a prétendu l'employer dans fa Differtation.
On trouve dans cette feconde
partie de la Préface , & qui eft la plus
étendue , des réflexions curicufes fur le
vuide , & fur la cohéfion des parties de la
matiere , que M. de M. qualifie de queftions
métaphyfiques , dont on peut fe paffer
dans la plupart des queftions purement
phyfiques. Le vuide hypothétique, par rapport
à ces dernieres , la cohéfion des parties
de la matiere , & les parties intégrantes
, qui constituent certains corps , & qui
les diftinguent des autres , font , felon lui,
autant de données pour le Phyficien ,
comme la pefanteur ou le reffort le font
pour l'Horlogeur, ou pour le Méchanicien ,
qui s'eft engagé à nous expliquer les mouvemens
d'une horloge . Mais c'eft ce qu'il
faudra lire dans la Préface même , ainfi
que le paradoxe par où il la termine ; fçavoir
, que M. Newton n'a pû raiſonner
d'après un fluide primitivement & méchaniquement
élastique , dans fon effai ſur
111 MERCURE DEFRANCE.
autrement , & de cet efprit même , fi l'on
s'en fert à forger des fyftêmes & des hypothéfes
fans néceffité & fans examen .
Toutes ces réflexions , & plufieurs autres ,
font précédéés d'une déclaration modeſte
par rapport à fon ouvrage , compofé il y
a trente- deux ans, & qu'il n'oferoit , dit- il,
entreprendre aujourd'hui , s'il étoit à le
commencer , du moins fous cette forme
de Traité complet & fyftématique , qui
fuppofe tant de connoiffances qui nous
manquent , ou que nous n'avons qu'imparfaitement:
Dans la feconde partie , il fouferit d'abord
à la condamnation de la matiere fubtile
de Defcartes , & fur tout des globules
durs & inflexibles , dont ce Philofophe
rempliffoit le monde , & que M. de M.
croit infoutenables , mais il ne pense pas
qu'on veuille exclure , avec la matiere fubtile
Cartefienne , tout autre fluide fubtil ,
caufe invifible d'une infinité de phénomenes
qui tombent fous nos fens . Il parle à
cette occafion de la matiere électrique ,
dont nous éprouvons les effets à deux mille
toifes du lieu où elle eft mife en action .
Car feroit- ce , dit-il , un être métaphyſique
, ou le néant de matiere , qui auroit
befoin d'un véhicule matériel , d'une chaîne
ou d'une corde , pour fe tranfmettre
DECEMBRE . 1745. 113
au- delà du tube , ou de la machine qui le
fait agir ? Et il s'autorife de l'exemple de
M. Newton , qui employe en cent endroits
de fon Optique , un fluide fubtil , actif &
élastique , répandu dans les Cieux & fur
la terre , & pénétrant librement les pores
de tous les corps , en un mot tel M.
que
de M. a prétendu l'employer dans fa Diſfertation.
On trouve dans cette feconde
partie de la Préface , & qui eft la plus
étendue , des réflexions curieufes fur le
vuide , & fur la cohéfion des parties de la
matiere , que M. de M. qualifie de queftions
métaphyfiques , dont on peut fe paffer
dans la plupart des queftions purement
phyfiques. Le vuide hypothétique, par rapport
à ces dernieres , la cohéfion des parties
de la matiere , & les parties intégrantes
, qui conftituent certains corps , & qui
les diftinguent des autres , font , felon lui ,
autant de données pour le Phyficien ,
comme la pefanteur ou le reffort le font
pour l'Horlogeur, ou pour le Méchanicien ,
qui s'eft engagé à nous expliquer les mouvemens
d'une horloge . Mais c'eft ce qu'il
faudra lire dans la Préface même , ainfi
que le paradoxe par où il la termine ; fçavoir
, que M. Newton n'a pû raifonner ,
d'après un fluide primitivement & méchaniquement
élastique , dans fon effai ſur
114 MERCURE DE FRANCE.
.
la péfanteur , fans admettre tacitemeut les
petits tourbillons de la matiere étherée du
P. Malebranche. M. de M. obferve auffi ,
que lorfque les plus grands Philoſophes
ont tant fait que de vouloir expliquer certains
effets généraux de la nature par une
caufe intelligible,ils ont tous été contraints
de recourir à quelque fluide fubtil , répan
du dans l'univers , & infiniment actif.
Il réfulte en général de tout ce difcours
préliminaire , que malgré l'efprit de parti ,
qui fe plaît à divifer les Sçavans , il n'y a
qu'une maniere de philofopher pour ceux qui
font équitables & véritablement Philofophes ;
elle confiftera toujours à ramener nos recherches
aux notions les plus claires & les plus
fimples , &c.
M. de Thury lut enfuite un Mémoire
fur la jonction de la méridienne de Paris
à celle de Snellius , tracée dans la Hollande
, avec des réflexions fur la Carte de
la Flandre.
Ce Mémoire eft divifé en deux parties :
dans la premiere , M. de Th. rend compte
des moyens qu'il a employés pour parvenir
à la defcription géométrique de la Flandre,
Les vûës que l'on a eues dans ces derniers
tems pour la perfection de la Géographie ,
ne fe bornoient point à la feule connoiffance
de l'étendue du Royaume ; elles deDECEMBRE.
1748. 115
étoit comvoient
s'étendre jufqu'à celles des Pays
Etrangers A peine la
guerre
mencée que M.de Th . qui venoit de terminet
la Carte de la France , fut chargé par
le Roi de faire la defcription des pays que
S.M. venoit de conquerir ; l'on fent affez de
quelle importance il eft pour les Militaires
de bien connoître le pays où ils font la
guerre ; fi le gain d'une bataille ne dépend
pas toujours de la connoiffance du terrain ,
on ne fçauroit nier que les avantages
que l'on en peut retirer , en dépendent
prefque toujours ; c'eft un bois que l'on ne
connoiffoit point , un ruiffeau qui eft mal
défigné dans la Carte , enfin un ravin qui
n'eft pas marqué , qui arrête la Cavalerie ,
& retarde la pourfuite de l'ennemi , qui
avant la bataille avoit préparé fa retraite' ;
s'il eft queftion de faire des marches précipitées
pour prévenir l'ennemi dans un
camp avantageux qu'il voudroit occuper ,
de faire arriver des convois pour la fubfiftance
des armées , d'établir des communications
avec des corps de troupes , féparés
les uns des autres , il faut toujours confulter
la Carte , & fi elle nous trompe , l'on
court rifque de faire de mauvaiſes manoeuvres
.
On avoit crû jufques à préfent les
Cartes de la Flandre plus exactes que celles
116 MERCURE DE FRANCE.
des autres pays; ce préjugé étoit fondé fur ce
que ce pays a prefque toujours été le Théatre
de la guerre; M. de Thury remarque cependant
des erreurs très- conſidérables dans
les diſtances des principales Villes , & il
en attribue la raifon à ce que l'on s'eft
toujours contenté de figurer le pays , fans
l'avoir affujetti à des opérations Trigonométriques.
Au moyen du travail de M. de
Thury , il fera aifé préfentement de corri
ger toutes les erreurs qui fe font gliffées
dans les Cartes particulierès , & en raffem
blant tout ce qui a été fait de part & d'au
tre dans la derniere guerre , on fera en
état de conftruire une Carte de la Flandre
très- exacte , & qui pourra être d'une trèsgrande
utilité dans la fuice.
La feconde partie du Memoire de M.
de Thury regarde la jonction de la mé
ridienne de Paris à celle de Snellius . Avant
que l'on eût déterminé la figure de la
terre par des mesures faites fous des pa
ralleles fort éloignés , & avec cette précifion
que l'on ne pouvoit acquerir que
lorfque les inftrumens feroient portés à
leur plus grande perfection ; on avoit été
obligé d'avoir recours à des mefures anciennes
faites dans differens pays. La mefure
de Snellius étoit une de celles qui
avoient été exécutées avec plus de foin ;
DECEMBRE . 1748. 117
le terme auftral de l'arc du méridien qu'il
a employé , n'étoit éloigné du terme boréal
de la méridienne de Paris que de quarante
lieuës , ce qui eft à peu près la diftance
de Dunkerque à Bergopfoom,
Comme le terrein qui fépare ces deux Villes
,fe trouve compris dans les conquêtes
du Roi , les mêmes triangles qui devoient
fervir à la defcription de la Flandre , pouvoient
être employés à la jonction des
deux méridiennes : auffi M. de Thury
ne laiffa pas échapper cette occafion de
réfoudre une partie des doutes que l'on
avoit eus fur l'exactitude de la meſure de
Snellius , dont les réſultats ne pouvoient fe
concilier avec ceux de la figure de la terre ,
nouvellement déterminée.
On avoit déja tenté , mais inutilement ,
de découvrir la caufe de la difference
exorbitante que l'on remarquoit entre le
degré de la Hollande & celui de Paris . M.
Caffini, le pere, dans fon voyage de la Hollande
, avoit remarqué une difference aſſez
confidérable dans la latitude d'Almaer ,
terme boréal de la méridienne de Snellius ,
mais comme il n'avoit point vérifié la latitude
de Bergopfocm , il n'a pu conclure
de fes obfervations l'amplitude de l'arc
célefte , correfpondant à la meſure de
Snellius. M. Muffenbroeck a vérifié en
118 MERCURE DE FRANCE.
>
partie les triangles de Snellius , mais comme
la nouvelle bafe, qu'il a employée, n'eft
pas beaucoup plus grande que celle de ce
Géométre on ne pouvoit encore ajouter
trop de foi à l'exactitude des opérationsTrigonométriques.
Nous pafferonsici
fous filence differentes autres remarques
que M. de Thury fait fur l'ouvrage de
Snellius ; il fuffira de donner ici le ré
fultat de fes nouvelles corrections . Il n'a
trouvé qu'une difference de trente to fes
fur la valeur du premier côté de la méri
dienne de Snellius , de forte que toute
l'erreur eft rombée fur l'amplitude de l'arc
célefte , que M. de Thury trouve moindre
de près de trois minutes ,que Snellius ne
l'avoit déterminé. Au moyen de cette correction,
la grandeur du degré dans la Hollande
eft de 57145 toifes plus grande que
celle de Paris , & telle qu'elle doit être, en
fuppofant la figure de la terre applatie vers
les Pôles.
A M. le Marquis de Gefvres.
Non , je n'en doute point , la célefte puiſ
fance ( # ) ,
Par d'invifibles traits , ou du moins peu connus,
(a) La phyfionomie,
DECEMBRE. 1748. , 119
•
Sur le front des mortels trace , dès leur naiffance,
Le penchant pour le vice ou l'amour des vertus.
Un regard , un inftant dévoile ce mystére ( a ) ,
Un mouvement ſecret en informe le coeur ;
Il nous en fait un don , où nous le rend contraire ;
Le coeur n'eft point un prix qu'obtienne la faveur.
Pour toi , jeune Marquis , quel fenfible préfage !
Gefvres , pour votre nom quel eſpoir fortuné !
Déja ce tendre Fils a les coeurs en partage ,
Et l'on voit dans fes yeux le fang dont il eft né.
Renout.
( a ) Lafympathie,
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Novembre font les
cheveux , Paris , Penfion , Siamoife , Eternité
& Louife. On trouve dans le premier
Logogryphe Paris , fils de Priam , ris &
Apis. Dans le troifiéme , Afie , Asem ,
Siam , Samos, Ofe , ems, offa , Simais , Ofias,
ios , Amos , Ifaie , Moïfe , Sem , Ofa , Sofie,
Mai , Sas , ame , ami , maſſe ,ſi , mi & mie,
Dans le quatrième , rien , Tite , Irenée
Irene , Enée , Nerée , Terée , Titre , rente &
Trente. Dans le cinquième , Jole , folive ,
Ifle , oni , oeil , & Solis , Auteur de l'Hiſtoire
du Mexique,
>
20 MERCURE DEFRANCE
༧❁
BOUQUET ,
A Madame *** , pour la Fête de S. Michel,
JE me fuis avifé de faire un logogryphe * ;
Iris en veut encor voir un de ma façon , -
Et le cruel Amour , qui me tient fous fa griffe ;
Ne permet pas
de dire non.
Le peut-on dire à ce qu'on aime ?
J'obéis , belle Iris , fitôt que vous parlez .
Vous avez fur mon coeur l'autorité ſuprême ;
Je fais depuis long-tems tout ce que voulez ;
Ne vous verrai-je , hélas ! jamais faire de même.
* C'eft celui du Mercure de Septembre dernier , à la
tête duquel devoit être une espéce d'envoi quife trouve
dans le même Mercure , page 115 ,fous le titre de
Bouquet , qui commence par ce vers :
Un fage pour bouquet ne doit point vous offrir ,
&c.
LOGOGRYPHE.
DECEMBRE . 1748. 121
HOP
LOGOGRYPHE.
Huit membres compofent mon corps ,
Et renferment en lui les plus rares tréſors .
On yvoit réunis l'agréable & l'utile ;
Le premier vient d'abord , l'autre fuit à la file.
De tous les fons du plus beau chant ,
J'ai peut-être le plus touchant.
Vient on à le doubler ? C'eft pour me rendre uni
que :
J'excelle dans la danfe , auffi bien qu'en mufique.
Mais , à ces Arts fi gracieux ,
Aux talens d'enchanter les yeux & les oreilles ,
J'ajoute d'autres dons , beaucoup plus précieux
Sur les lévres les plus merveilles
L'Amour feroit chercher en vain
Des douceurs , qui fuffent pareilles
A celles qu'on trouve en mon fein ;
Par deux côtés divers , émule des abeilles ,
Et fur tout pat celui de leur dard affaffin ,
Le nouveau monde a ſeul d'auffi douces merveil
છે.
les.
J'ai le fecret heureux , angélique , divin ,
Des plus rares fecrets le plus digne d'envie
De porter au coeur un levain
Dont le charme fécond , le ranimant foudain ;
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Rend aux corps languiffans une nouvelle vie?
Les Cieux heureufement m'ont fait l'efprit bénin;
Car j'ai de quoi briſer , ſans peine ,
Les liens les plus forts , la plus durable chaîne ;
Et nul effort ne peut brifer
Celles que je fçais impofer.
Je n'en fuis pourtant pas plus vaine.
Quoique la terre n'ait en foi
Rien de plus élevé que moi ,
Cette élevation ne me rend pas hautaine.
On diroit que dans le deffein
De foumettre au calcul mes charmes innombra
bles ,
Où tout au moins le tendre effain
Des fidéles amans qu'ils rendent miſérables ,
Mes deux extrêmités aux regards délicats
Offrent du nombre dix la troifieme puiſſance ;
Mais le cube de dix n'eft
La racine de mes appas ,
pas
F
Ni des coeurs , qui pour moi foupirent en filence.
Tout le monde chez moi voit l'objet de ſes voeux
Le vrai féjour des bienheureux ,
Après qui nuit & jour le plus fage ſoupire ,
Et que fon coeur préfere au plus puiffant empire.
Qu'on ôte , fi l'on veut, trois membres de ma fin ,
Je fuis encor l'amour de tout le genre humain.
Les plusindifferens fans moi ne fçaurcient vivre
Un aimable befoin les contraint à m'aimer ,
DECEMBRE. 1748 125
Et dès qu'à moi leur goût vient à s'accoûtumer ,
La mort , la ſeule mort de mon joug les délivred
Je pollede l'objet des voeux les plus ardens ,
De ceux même que l'âge a privés de leurs dents.
Pour ceux qui n'en ont plus , ou n'en ont pas encore
,
J'ai des appas peu differens :
Si le vieillard en moi trouve ce qu'il adore ,
Avec ce qui lui plaît j'amufe les enfans .
Jugez de mon pouvoir fur les adolefcens.
C'eft par moi que l'amour fçait embrafer leur ame
Son célefte flambeau tire de moi fa Aamme .
De mes membres , moins trois , ôtez -lui le fecours ,
Ce flambeau fi brillant s'éteind a pour toujours.
Ainfi l'Amour me doit fon éclat & fa gloire.
Cependant , ( le pourra- t'on croire ? )
Les trois quarts de mon corps , par mille affauts
divers ,
Ont enchaîné Satan dans le fond des enfers ,
Mais hélas ! trop fouvent , quand je fuis toute en
tiere ,
Je le rappelle à la lumiere :
Et , malgré moi , je romps fes fers ;
Pour en donner à l'Univers.
1
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
DE
AUTRE.
E dix lettres , Lecteur, eft compofé mon nom,
Des habitans de l'Hélicon
Quoique fade progéniture ,
De plus d'un bel efprit je fais l'amuſement.
Je renferme en mon corps de bizarre ftru&ture
La qualité de ceux qui fous le Firmament
Gouvernent les humains foumis à leur empire;
Le plus précieux des métaux ,
Diverſes efpéces d'oiseaux ,
Ce que l'on aime & qu'on admire ,
Deux fleuves d'affez grand renom
Un grain , un terme de mufique ,
Le foutien d'une République ,
Certain inftrument , dont le fon
Des mortels régle la conduite ,
Préfide à leurs actions ,
Et fait longer au tems , dont la rapide fuite
Donne une ample carriere à leurs réflexions.
J. B. Tarail
DECEMBRE . 1748. 125
LOGO GRYPHU S.
Uifquis Logogryphi tenebrofa volumina
quæris
Solvere , fifte gradum : nova denudanda recurrunt.
Sum pedibus feptem conflata , perutilis orbi
Machina. Diva potens olim mihi præbuit ortum ?
Poft hanc Rectores populi , Romæque Senatus ,
Patrum turba , meum non unquàm refpuit ufum ;
Sed me nunc vili dextræ potiuntur agreftes.
At fermone tibi nimio ne tædia ducam ,
Uno quinque brevi verbo cognomina pandes,
Invenies fedem , Priamus quam fanguine tinxit ,"
Cum Pirthus lateri capulo tenus abdidit enfem .
Mutatis pedibus , claro fum nomine flumen ;
Junge pedes pedibus , pavidis fum matribus hor.
ror .
Nunc paulò patiens inverte vocabula , jamjam
Nulla mora : herba potens ad opem , radixque
medendi
Utilis occurrer. Nullus labor ampliùs inftat ;
En facile advertes Elementum , exordia rerum
Delicias hominum , terreftris gaudia vitæ.
Illud amas, flereſque illud tibi , Lector, ademptum.
A Châteaudun , par E*** F ****
F iij
124 MERCURE DE FRANCE.
AUTR E.
DE dix lettres ,Lecteur, eft compofé mon nom,
Des habitans de l'Hélicon
Quoique fade progéniture ,
De plus d'un bel efprit je fais l'amufement .
Je renferme en mon corps de bizarre ſtructure
La qualité de ceux qui fous le Firmament
Gouvernent les humains foumis à leur empire;
Le plus précieux des métaux ,
Diverfes espéces d'oiſeaux ,
Ce que l'on aime & qu'on admire ,
Deux fleuves d'affez grand renom
Un grain , un terme de mufique ,
Le foutien d'une République ,
Certain inftrument , dont le fon
Des mortels régle la conduite ,
Préfide à leurs actions ,
Et fait fonger au tems , dont la rapide fuite
Donne une ample carriere à leurs réflexions.
J. B. Tarails
DECEMBRE . 1748. 125
LOGO GRYPHU S.
QUifquis Logogryphi tenebroſa volumina
quæris
Solvere , fifte gradum : nova denudanda recurrunt.
Sum pedibus feptem conflata , perutilis orbi
Machina. Diva potens olim mihi præbuit ortum ?
Poft hanc Rectores populi , Romæque Senatus ,
Patrum turba , meum non unquàm refpuit ufum ;
Sed me nunc vili dextræ potiuntur agreftes.
At fermone tibi nimio ne tædia ducam ,
Uno quinque brevi verbo cognomina pandes,
Invenies fedem , Priamus quam fanguine tinxit ,"
Cum Pirthus lateri capulo tenùs abdidit enfem.
Mutatis pedibus , claro fum nominc flumen ;
Junge pedes pedibus , pavidis fum matribus hor.
ror.
Nunc paulò patiens inverte vocabula , jamjam
Nulla mora herba potens ad opem , radixque
medendi
"
Utilis occurrer. Nullus labor ampliùs inftat ;
En facile advertes Elementum , exordia rerum
Delicias hominum , terreftris gaudia vitæ.
Illud amas, flerefque illud tibi , Lector, ademptum .
A Châteaudun , par E*** F****
Fiij
726 MERCURE DEFRANCE
*****
NOUVELLES LITTERAIRES ,
H
DES BEAUX - ARTS, &o:
ISTOIRE GENERALE des Voyages
, &c. Tome VI . 1748, pp. 608.
A Paris , chez Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or .
Dans le cinquiéme Tome de cet ouvra
ge , on nous avoit donné les Relations de
trois Ambaffades , envoyées à la Chine par
les Hollandois ; les extraits des voyages
faits dans ce vafte Empire par Everard Ifbrand
Idas , par Laurent Lange , par Gemelli
Careri , & par divers Miffionnaires ,
& une Hiftoire abregée de la Légation de
Charles Ambroife Mezzabarba , Patriarche
d'Alexandrie , vers l'Empereur Kang-hi.
Le Lecteur pouvoit tirer de ces Mémoires
beaucoup de fecours , pour s'inftruire de
ce qui regarde les Chinois & la Région
qu'ils habitent , mais dans des pièces détachées
, telles que le font celles dont il s'agit
, les obfervations relatives à la même
matiere fe trouvent éparfes de côté &
d'autre , & laiffent des traces moins profondes
dans l'efprit , que fi elles étoient
DECEMBRE . 1748. 127
les
raffemblées fous un même titre & dans un
feul chapitre. D'ailleurs les differens Relateurs
, ne voyant pas les objets avec les
mêmes yeux5
peignent avec des couleurs
differentes , & cette contrarieté, nonfeulement
met de la confufion dans nos
idées , mais nous rend incertains de ce que
nous devons croire.
Afin de fatisfaire plus parfaitement notre
curiofité fur une Nation , qui mérite ,
autant que la Chinoife, d'être connue , on
nous offre dans un fixiéme volume une
defcription fuivie de la Chine , de fon
étenduë , de la fituation & de la grandeur
de fes Provinces , du nombre prodigieux
de fes habitans ; de leurs moeurs , de leurs
uſages , de leurs amuſemens , de leurs Fêtes
& de leurs cérémonies ; de leur Langue
& de leurs progrès , foit dans les Sciences ,
foit dans les Arts ; de leur Religion ; de
leur Gouvernement ; de leur commerce ;
de leur magnificence dans leurs ouvrages
publics ; de la fameufe muraille qui cou,
vre au Nord les Provinces de Pe - che - li , de
Chan- fi & de Chen-fi, & qui , fi l'on comp
te tous fes détours , eft longue , felon le
Pere le Comte , d'environ cinq cens lieuës.
La Relation de ce Jéfuite , & celles de
Nieuhof , de Montanus , de Navarette , &
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
des autres Voyageurs que nous avons cités,
font les principales fources , dans lefquelles
les Auteurs de ce Recueil ont puifé ce
qu'ils avoient écrit précédemment au fujet
des Chinois. Ces Auteurs ont encore fait
ufage des mêmes guides , mais en mêmetems
ils ont profité des obfervations de
Nicolas Frigaut , d'Alvarez Samedo , de
Martin Martini , de Gabriel Magalhaëns ;
particulierement de celles du Pere du Halde
, qui eft toujours l'oracle qu'ils confultent
préférablement.
Outre la defcription de la Chine , ce
fixiéme tome contient plufieurs détails curieux
fur la Tartarie Chinoife , fur les
Tartares Mancheous , fur les Mongols Kalcas
& fur les Mongols proprement dits.
TRADUCTION du Poëme de la Religion
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
136 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. D *** fur celles qui
ont été publiées récemment , concernant
la Peinture , la Sculpture , l'Architecture ,
& c.
Noussommes priés d'inférer ici toute entiere
cette Lettre , que nous nous étions contentés
d'annoncer dans les Nouvelles Littéraires du
mois dernier.
J'ai lu , Monfieur , le Livre que vous
avez eu la bonté de m'envoyer . L'Au
teur y paffe en revûe , non-feulement les
Tableaux & les morceaux de Sculpture ,
qui viennent d'être expofés au Sallon
& quelques-uns même de ceux qui y ont
paru l'année derniere , mais encore d'autres
Tableaux , placés depuis quelque
tems en differentes Eglifes ; il s'érige un
Tribunal , & en Juge Souverain , il prononce
des Arrêts dont il femble qu'il ne
foit pas permis d'appeller. Je ne fuis pas
affez connoiffeur en Peinture ( car c'eſt de
cet Art fur- tout , dont il eft ici queſtion )
pour décider fi fes jugemens font équitables
ou non ; d'autres pourront examiner
fon Code. Mais je connois affez les bornes
d'une critique raifonnable & falutaire ,
pour fçavoir qu'il les a franchies dans plus
d'une occafion , & qu'il paroît être peu
jaloux des ménagemens avec lefquels il
convient de parler des gens de mérite &
de talens.
DECEMBRE. 1748. 137
Nous devons toujours des égards , je
dirois même de la reconnoiffance , aux
perfonnes qui confacrent leur vie à nous
procurer de l'agrément ou de l'utilité
quand même ces perfonnes ne reuffiroient
pas dans leurs ouvrages au point que nous
le fouhaiterions ; il fuffit qu'ils ayent fait
des efforts , pour avoir droit du moins
fur notre indulgence . Notre intérêt nous
porte à les encourager autant qu'à les
éclairer , & cet encouragement ne fçauroit
naître que d'une attention fcrupuleufe
de notre part , à relever dans leurs
productions les beautés qui s'y rencontrent
, à y découvrir le germe du talent
& à reprendre leurs défauts avec politeffe
& circonfpection . Quiconque , après
avoir arboré l'étendart de la critique , ne
garde aucunes mefures avec les Auteurs
eft comptable au Public du dégoût qu'il
leur donne , dégoût qui engourdit le ta
lent , glace le génie , émouffe cet aiguillon,
fi néceffaire pour lui faire développer toutes
fes forces. Les Auteurs les plus célébres
ne font pas à l'épreuve de cette efpéce
de congellation d'efprit , fi j'ofe mexprimer
de cette forte . On fçait que le mauvais
fuccès de Pertharite, & fans doute les cenfures
qu'effuya fon Auteur alors , avoient
pétrifié fa veine tragique ; qu'il fut plus
# 38 MERCURE DE FRANCE.
de douze années fans travailler pour le
Théâtre , & que fans un Miniftre , ama
teur des Lettres , qui le follicita vivement
de rentrer dans la carrière , nous ferions
privés d'Edipe & de plufieurs autres Poë
mes remplis de grandes beautés. Peut - on
penferfans regret , que ce Pere du Théâtre
François ait été fi long - tems fans rien
produire , & qu'on l'ait affez peu ménagé
pour l'y contraindre. C'eſt ainſi que le
public lui - même eft fouvent , pour me
fervir d'une expreffion que j'ai entendue
quelquefois , le bourreau de fon plaifir .
Il faut l'avouer. C'eft un grand malheur
, que la plupart des Critiques , furtout
celles qu'on imprime , foient toujours
parfemées d'un fel qui réveille &
pique la malignité du coeur humain ; on
n'y viole que trop fouvent les loix de la
vérité & de l'honnêteté ; on affecte de
répandre fur un Auteur un certain ridicule
, & d'affaifonner d'un enjouement
perfide le mets friand qu'on préfente aux
Lecteurs à fon préjudice . Ces dangereux
Ariftarques en impofent , mais ils nuifent
plus qu'ils ne fervent . Une critique grave
& modefte ne feroit pas leur compte ,
parce qu'elle fe répandroit moins , quoiqu'elle
inftruisît mieux . Je vous deman
de , Monfieur , où la probité peut trouDECEMBRE.
1745. 139
ver fa place dans un procédé fi peu cor
rect ? Je dis la probité , car il me femble
que les talens d'autrui ne doivent pas
nous être moins refpectables que fes autres
poffeffions , & qu'il ne nous eft pas
plus permis de lui ravir les uns que les autres
,
L'atteinte qu'on porte à la réputation
de quelqu'un , bleffe plus les qualités du
coeur , que vingt découvertes dans les
arts ne font d'honneur à l'efprit. Les Critiques
, les plus emportés , fe feroient fans.
doute un grand fcrupule de caufer à un
homme quelque perte dans fon bien , &
ils ne craignent pas de décrier fon talent ,
qui en eft ordinairement la fource . Quand
même un Ecrivain, de cette trempe , n'auroit
pas pour but d'oter aux Auteurs la
gloire de leurs Ouvrages , il fuffit , pour
le condamner , que fon travail produife
cet effet , fût-ce contre fon intention .
Je ne prétends pas appliquer abfolu →
ment à notre Auteur toutes les réflexions
que fan Livre me fait faire ici. Je veux
croire que fes vies ont été plus innocen
res. Toutefois il faut convenir qu'il donne
beaucoup de prife fur lui à cet égard.
>
Il eft des genres de talens , aufquels la
fortune de ceux qui les exercent , fe trouve
néceffairement attachée. La Peinture :
140 MERCURE DE FRANCE.
la Sculpture , & c. font dans ce cas. Or
un homme qui fe donnera pour connoiffeur
, & qui viendra d'un ton impofant
nous dire , en palant de l'Ouvrage d'un
Artifte qui aura de la réputation : Vous
ne vous étonnerez pas que je garde le filence
Sur le Grouppe de M ** , Profeſſeur de l'Academie
; c'est ce que j'ai cru faire de mieux
pour l'honneur de l'Auteur. Un homme ,
dis-je , qui s'exprime de cette maniere
ne couvre- t'il pas d'un voile épais le mérite
de cet Auteur , & ne doit-il pas craindre
d'écarter de lui ceux que fa premiere
réputation en avoit approchés ? Quoi !
n'y avoit - il rien dans fon Ouvrage qui
méritât quelque approbation , & qui pût
balancer, en quelque maniere , les défauts
qu'on y remarquoit ? Ou bien , ſi le morceau
eft totalement défectueux , ce qu'on
aura peine à croire de cet Artifte , ne
pouvoit on pas trouver , en en parlant ,
un tour moins défobligeant , & dire , par
exemple , que M *** n'a pas raffemblé les
traits de genie , d'élégance , la correction
du Deffein , &c. qu'on remarque dans fes
autres Ouvrages ? Cette obfervation modefte
, en rappellant un mérite connu , auroit
feulement fait fentir qu'un bon Auteur
n'eft pas toujours femblable à luimême
, & c'eft-là qu'on auroit pu appliquer
DECEMBRE. 1748. 140
'Aliquando bonus dormitat Homerus.
:
J'ai rapporté cet exemple, Je pourrai
en citer plufieurs autres , où les ménagenens
ne font pas plus obfervés . Prenezgarde
, Monfieur : les éloges que notre
Auteur donne à quelques - uns , c'eft , à
roprement parler , le ferpent caché fous
es fleurs ; il pare fes victimes avant que
le les immoler , & quelles victimes ! C'eft
in Vanloo , un Natoire un Reſtout
plufieurs autres Académiciens trèsftimés.
C'eft un Peintre célébre , refpectable
encore par mille talens réunis ,
x par la Dignité dont il eſt revêtu . Les
ouanges dont on affaifonne la cenfure
qu'on fait des Auteurs , eft un bien foiole
correctif. L'amertume de la médecine
berce au travers des effences dont on tâche
de l'adoucir. Le poifon en eft-il moins
oifon , pour avoir été introduit dans des
iqueurs Aatteufes au goût ? Il en eft feule,
nent plus traître.
Notre Critique y a-t'il bien penfé en
bubliant fes Lettres ? Eft - il poffible qu'il
n'ait pas prévu le foulévement qu'elles
devoient naturellement exciter dans les
efprits , que touche l'harmonie qui doit
regner entre le Public & les perfonnes de
talens ? Je le vois attaquer de front une
142 MERCURE DE FRANCE:
Ecole fameufe dans l'Europe , & qui fait
tant d'honneur à la Nation ; je le vois
diffequer hardiment les Ouvrages ' des
principaux Membres d'une Compagnie ,
que la Protection déclarée de Sa Majefté ,
& les foins fructueux de celui qui préſide
aux Arts , ont rendue , depuis quelques . ?
années fur tout , féconde en excellentes
productions. Je le vois par fes critiques
audacieuſes , détruire , contre fa penſée
bien fûrement , l'émulation qu'un fage
Miniftere cherche à donner à nos Peintres
& à nos Sculpteurs par l'expofition .
annuelle du Sallon . Car n'eft-il point à
craindre qu'en faifant, ainfi à tout propos,
main-baffe fur la plupart de leurs Ouvra
ges , on ne les porte à les retenir dans
leurs Cabinets , non pour ſe refufer à une
critique éclairée , mais pour mettre leur
réputation à l'abri d'une cenfure témé
raire? Je vois enfin cet Ecrivain décider
du mérite & des uns & des autres , avec
une confiance qui a bien l'air de tenir
plus de la préfomption que de la fagacité
d'une vafte connoiffance , Dites - moi
donc , Monfieur , ce qu'il a pu fe promettre
de cette fiere irruption , & quels lauriers
font dûs à fes travaux ? Je doute que
les Mufes l'en avouent , & que fa Minerve
foit couronnée par elles.
DECEMBRE. 1748. 143
Si on en croit pourtant cet Auteur , le
progrès des Arts , & la perfection de
ceux qui les profeffent , font les feuls refforts
de fa plume . Je le veux . A Dieu ne
plaife que je lui fuppofe une mauvaiſe intention
, mais nous nous aveuglons fouvent
nous-mêmes , & la prudence ne conduit
pas toujours nos projets. En vain ,
pour autorifer fa critique , s'appuie-t'il de
celle du Cid , faite par l'Académie Françoife.
La grande réputation de cette Piece
vient moins de la jufteffe de fes cenfures
, que de leur modération , & des bienféances
qu'on a gardées envers l'Auteur.
C'est un exemple qui a été ſi peu fuivi ,
que je le crois encore unique . Auffi por
te -t'il l'empreinte d'une Compagnie , qui
a autant de lumieres & de fageffe , qu'el
le eft éloignée de toute jaloufie & animofi
té.
Si l'Ecole Françoife tient tant au coeur
à notre Critique , pourquoi la décrier par
des Ecrits imprimés ? Que penferont les
Etrangers , fi prévenus en faveur de cette
Ecole , lorfqu'ils liront que de fes plus fumeux
Maîtres , les uns n'ont ni coloris ni def
fein , les autres ne fçavent pas groupper leurs
figures , ou même ne group pent point du tout.
Tous défauts effentiels dans la Peinture,
Que celui-ci ne connoit point la nature , qu'on
144 MERCURE DE FRANCE.
>
voit dans fes Tableaux un manque d'Enfemble
, & des airs de tête détestables . Que le
deffein de celui-là eſt manieré & peu fçavanı
fes figures lourdes , fes emmanchemens trop
foibles,fon coloris faux,tenant plus de la bron-
Ze que de la nature. Que tout fon Tableau eft
fatigué annonce la peine & letravail. Qu'il
faut efperer de cet autre , qu'un choix glorieux
& la nobleffe du fujet échaufferont fon
imagination d'un feu nouveau , & le feront
fortir de ce froid , & de cette maniére ronde
qu'on reproche prefque en général à tous fes
Ouvrages , &c.
·
>
Qu'en dites vous , Monfieur ? ne voilà
t'il pas , grace à l'Auteur des Lettres ,
notre Academie en belle pofture dans
toute l'Europe ? Et on appellera cela , de
l'amour pour la Patrie & pour la gloire ?
Quelles idées d'ailleurs fe formeront de
leurs modéles ces Eleves qu'on vient
d'établir ? C'eſt les prévenir violemment
contre l'infuffifance de leurs Maîtres , &
leur infpirer prefque du mépris pour les
leçons qu'ils en reçoivent .
Qu'est - ce qui entraîne après foi , Monfieur
, tous ces inconveniens ? La publicité
d'une critique ; mais , & j'ai peine à
le dire , à qui la doit- on cette publicité ?
à la vanité de fon Auteur. S'il n'avoit
uniquement pour objet que l'avancement
&
DECEMBRE. 1748. 145
& la perfection de l'Artifte ; il eft des
moyens honnêtes pour faire paffer julqu'à
lui la connoiffance des défauts qu'on
trouve dans fes ouvrages , & ces moyens ,
ne compromettant point fa réputation
produiroient fur lui les plus heureux
effets ;il feroit fenfible à la politefle dont
on auroit ufé envers lui ; on acquereroit
fon eftime , & le coeur gagné inclineroit.
bientôt le genie & la main à fe réformer
fur les avis d'un fi fage Cenfeur . Je le
foutiens. Rien n'eft plus digne d'un galant
homme que cet obligeant myftere ,
& je fuis fûr que je ferois regretter à
notre Auteur de ne l'avoir pas pratiqué .
Qu'il ne s'y trompe pas. Il eft tel ' Artifte
dont les fautes mêmes meritent quelque
refpect , & il ne faut pas apprendre à
ceux qui ne le fçavent pas , qu'il a été
capable de les faire. Mais les moyens
dont je parle , font fourds. On eft , avec
eux , Cenfeur fans éclat , Citoyen fans
fafte. Le Public ignore notre fagacité &
le fervice que nous rendons aux talens ;
difons le , à la honte de l'humanité , l'amour
propre ne s'accommode gueres des
vertus qui lui font infructueufes & d'an
merite exercé à pure perte,
Je finirai cette Lettre déja trop longue ,
par une réflexion fur ce que les hommes fe
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
doivent réciproquement. C'eft un axiome
commun , que le fouverain droit eft
une fouveraine injuftice . On entend par
là , qu'il ne faut jamais juger à la derniere
rigueur , parce que les hommes , ne pouvant
rien faire de parfait , ne font pas excufables
d'oublier cette mifere de leur
condition , jufqu'à exiger des autres une
perfection à laquelle eux-mêmes ne fçauroient
atteindre , & c'eft le fondement
naturel de l'indulgence dont les hommes
doivent ufer entr'eux .
J'aimerois à voir la Critique , fans rien
perdre de fes droits , s'appliquer à augmenter
notre plaiſir , en nous faiſant difcerner
dans les ouvrages , les traits heureux
, les fineffes de l'art qui nous auroient
échapés , plutôt que de le diminuer
par trop de recherches des défauts que
nous n'aurions pas apperçus. Je lui appli
querois volontiers ce que le Poëte Lainez
adreffoit à la raiſon ,
Eclaire nos plaifirs & ne les trouble pas.
Reconnoiffons toutefois l'utilité de la
critique , & plaignons feulement ceux qui
ne l'exercent pas avec cette candeur & cette
décence qui doivent ne l'abandonner
jamais. Je fuis , &c.
DECEMBRE. 1748. 147
TRAITE' DE LA FABLE , fous le titre de
Connoiffance de la Mythologie , nouvelle édi
tion , augmentée des traits d'histoire , qui ont
fervi de fondement à tout le fyftême de la Fable
, avec une Table commode pour les Lecteurs.
A Paris , chez Savoye , rue Saint Jacques
, à l'Esperance , au- deſſus de la Fontaine
Saint Severin.
11 paroît par les deux éditions qui ont
déja été faites de ce Livre, qu'il a été goûté
du Public ; les augmentations dont on a
enrichi cette troifiéme , rendent ce Traité
plus inftructif , & plus utile aux jeunes
gens , en faveur de qui il a été principalement
compofé.
Nous abuferions de la patience de nos
Lecteurs , fi nous nous étendions fur la
néceffité dont il eft aux jeunes gens d'être
inftruits de la Mythologie , foit pour
lire les ouvrages des anciens , foit pour
entendre nos propres Poëtes , foit pour
connoître la plupart des fujets traités par
des Peintres & des Sculpteurs célébres.
On a inferé dans ce Livre , ainfi qu'on
l'annonce par le titre , tous les faits de l'hif-'
toire , qui ont donné lieu aux traits fabuleux.
Par-là , le Lecteur a la fatisfaction
d'apprendre ce qui peut avoir occafionné
tout le corps bizarre & monftreux de la
Théologie Payenne. Au défaut des évene-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
mens vrais , on a développé dela manierę
la plus vraisemblable les moralités aufquelles
les fables font alluſion .
l'homme avec ›
ABREGE' de l'Anatomie du corps de
une méthode courte &
exacte , fur la maniere d'injecter & de
préparer les parties fraîches ou féches : à
Paris , chez C. F. Simon , Imprimeur Libraire
, rue de la Parcheminerie , & chez
M. Suë , Auteur de ce Livre , Chirurgien
de Paris , Profeffeur en Anatomie , rue
Saint André des Arcs , vis- à- vis la rue
Mâcon , 1748. Deux volumes in- 12 . Prix
s liv. reliés.
S
:
·
FRISII Poëta Elegia de adventu fuo in
Galliam à Paris , chez Valleyre , rue
Saint Severin , brochure in-4° . de 4 pages,
Prix 5 f.
CHRONOLOGIE hiftorique & univerfelle
, qui contient tous les évenemens mémorables
qui font arrivés depuis le commencement
du monde jufqu'à préfent ,
avec leurs époques & leurs principales circonftances
, par M.Gayot , Docteur ès Arts,
& Gradué de l'Univerfité de Paris, nommé
Hiftoriographe du Prince Evêque de Liége
: à Liège , chez l'Auteur , vingt volumes
in 8°. Le prix eft de 36 liv. monnoye de
France.
PHARMACOPE' univerfelle raifonnée ,
DECEMBRE. 1748. 149
où l'on trouve la critique des principales
préparations qui font dans les boutiques
des Apoticaires , la maniere de découvrir
celles qui font fophiftiquées , & les régles
qu'il faut fuivre pour compofer des formules
deftinées à être gardées ou mifes à ufage
fur le champ , par M. Quincy , Médecin
, traduite de l'Anglois , fur la onzième
édition , augmentée confidérablement &
corrigée par M. Claufier , Médecin de Paris.
A Paris , chez d'Houry , pere , & Laurent
d'oury , fils , rue de la vieille Bouclerie
, au Saint Efprit .
LE NOUVEL ESOPE , Fables choifies ; a
Paris , chez la veuve Delormel & fils , Imprimeurs
Libraires , rue du Foin , vis - à- vis
la rue des Noyers .
LEÇONS de Phyfique expérimentale ,
par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , & Maître de Phyfique de
Monfeigneur le Dauphin. Tome IV . A
Paris , chez les freres Guerin , rue Saint
Jacques , à S. Thomas d'Aquin .
DISCOURS de notre très Saint Pere le
Pape Benoît XIV . prononcé dans le Confiftoire
fecret du 16 Septembre 1748 , fur
la mort précieufe de Pierre Martyr , Religirux
de l'Ordre des Freres Prêcheurs ,
Evêque de Mauricaftre , Vicaire Apofto-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
lique pour la Province de Fokien , dans le
Royaume de la Chine. A Paris , chez
Quillau , pere , rue Galande , près la Place
Maubert , & Babuty , ruë Saint Jacques ,
à S. Chryfoftôme .
L'ART de tourner , ou de faire en perfection
toutes fortes d'ouvrages au tour ,
&c. compofé en François & en Latin , en
faveur des Etrangers , & enrichi de quatrevingt
planches , par le R. P. Charles Plu
mier , Religieux Minime. Nouvelle édition
, corrigée & augmentée , in-folio , à
Paris , chez Charles Antoine Jombert ,
Quai des Auguftins , à l'Image N. Dame.
LA GRAMMAIRE des Sciences philofophiques
, ou analyfe de toutes les Sciences ,
traduite de l'Anglois , de Martin , in- 8 ° .
avec figures. A Paris , chez Briaſſon , rue
Saint Jacques.
LA RELIGION CHRETIENNE , prouvée
les faits. Nouvelle édition , augmenpar
tée d'une Préface , d'une Lettre au fujet de
quelques difficultés faites fur les trois premieres
éditions de ce Livre , de huit chapitres
dans les deux premiers Livres , de
deux difficultés avec leurs réponſes , &
d'une Differtation fur les faux principes
des Incrédules , où l'on examine les divers
fyftêmes qu'ils oppofent à la Religion
Chrétienne . Quatre volumes 1-12 . le
DECEMBRE . 1748. 151
Prix 10 liv. reliés . AParis, chez le Mercier,
Imprimeur-Libraire ,. rue Saint Jacques ,
au Livre d'or,
ELEMENS d'Anatomie. Volume in- 8°.
avec figures. A Paris , chez Defaint &
Saillant , rue Saint Jean de Beauvais.
LETTRE & Confultation fur la Société
des Francs-Mâçons , in- 12 . A Paris , chez
les mêmes.
, ALMANACH CHANTANT ou Etrennes
lyriques , aftronomiques & phyfiques ,
avec la mufique pour l'année 1749 , par
M. Nau. A Paris , chez Cailleau , Libraire,
rue Saint Jacques , au-deffus de la rue des
Mathurins , à S. André.
On trouvera chez le même Libraire un
nouveau recueil de Piéces repréfentées au
Théatre Italien depuis l'année 1747 , ua
volume in-8°.
Plus les divertiffemens des Piéces qui
fe repréfentent aux Théatres François &
Italien , & plufieurs recueils de mufique.
C. CORNELII TACITI defitu , moribus ,
& populis Germania libellus , cum præfatione
& obfervationibus , atque indice gemino , iterùm
publicatus à Jo . Gotter. Hauptmanno.
Lipfia , apud hæredes Lanckifianos , 1747 ,
in-8°.
D. CHRISTIAN. G. Ludwig. Med. P.
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Definitiones generum Plantarum , olim in ufum
Auditorum collecta , nunc aucta & emendata.
Lipfix , apud Joan . Frider, Gleditſchium ,
1747 , in-8°.
JOANNIS HEUMANNI , Juris Profefforis
Altorfini , Commentarii de re Diplomatica ,
Imperatorum ac Regum Germanorum , inde à
Caroli Magni temporibus adornati . Norimberga
, fumptibus Joannis Georgit Lochneri,
1746, in-4° .
*
GENTIS ZALUSCIA Oracula rei Litterarie
aufpicatiffima recenfuit , & orationem
Varfovie in certamine Litterario recitatam
inferuit Erneftus Martinus Chladenius D.
Jur. Feud. Profeffor , Wittembergæ , typis
Schlomach , 1747 , in - 4°.
AMBITUM elegantioris furifprudentia dimetiendo
feudalém Provinciam capeffivit Erneftus
Martinus Chladenius ; &c. Wittemberga
, typis Schlomach , 1747 , in-4° .
DISSERTATIO periodica de difciplinis
economico-politico- cameralibus Praf. Alex.
Gottlieb Baumgarten Ph. Prof. Trajecti cis
Viadrum , 1747 , in-4° .
DE TESTAMENTO arcano ad L. XXI.C.
de Teftam. Pref. Joh. Chr . Peffero , &c .
Francofurti ad Viadrum , 1747 , in- 4° .
Ces deux Differtations fe trouvent auffi
à
Leipfick.
SCHEDIASMA de Jurisdictione Gallici
DECEMBRE. 1748. 153
Regiomontani pro loco Prof. Jur. ord. rite
capeffendo..... proponit Joannes Ludovicus
l'Etocq... Regioni , typis Académicis ,
1747 , in-4°.
ELEMENTA Philofophie rationalis , Sen
Logica , cùm generalis tùmfpecialis , Mathematica
methodo in ufum auditorumfuarum demonftrata
à Martino Knutzen , 1747 , in- 8°.
Regioni.
M. CHRIST. Nic. Kochii commentatio de
Legationibus Ecclefiafticis veterum Chriftianorum,
&c.Jena , 1747 , in- 8 °.
Cet ouvrage fe débite autfi à Leipfick ,
chez Ritter.
TRAITE' des Dieux & du monde , par
Salufte le Philofophe , traduit du Grec ,
avec des réflexions philofophiques & critiques
, par M. Formey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale des Sciences
& Belles Lettres de Berlin , avec le texte
Grec , à Berlin , chezChrétien- Louis Kunft,
1748 , in-8 °.
IL PAROÎT à Cambridge un des volumes
de la nouvelle Edition Grecque & Latine
de Démosthène . Ce volume qui eſt in-4°.
eft le troifiéme de cinq qu'elle formera.
Il paroît dans la même Ville une nouvelle
édition en un volume in- 8 ° . de quatorze
harangues d'Ifocrates , dont voici
les fujets . Archidamus Evagoras , Enco-
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
€
mium Helena , Bufiris , Panathenaica , contra
Sophiftas , Plataica , de permutatione ,
de bigis , Trapezitica , adverfus Callima
chum Aginetica , contra Lochitem , m
contra Euthynum ..
>
HISTOIRE univerfelle d'une fociété de
gens de Lettres in - 8 ° . dont on continue à
délivrer les dix-huit premiers volumes de
la nouvelle édition , aux Soufcripteurs.
Les deux derniers volumes font actuellement
fous preffe , & paroîtront dans peu
de tems , à Londres. L'ouvrage eft en Anglois
.
LA RELATION du voyage autour du
monde , par l'Amiral Anfon , vient d'être
réimprimée dans la même Ville enAnglois,
avec des Cartes & des figures. Les Mémoires
en font dreffés par le Chapelain qui
accompagnoit l'Amical .
On réimprime dans la même Ville le-
Dictionnaire Italien Anglois d'Altieri , dont
les exemplaires étoient devenus très- rares ,
& le prix exorbitant .
SUMMA Santi Thome hodiernis Academiarum
moribus accommodata... Prima pars,
de Deo uno , Trino & Angelis ... Tomus pri-
~`mus & fecundus , de Deo & ejus attributis . ....
Pralectiones Honorati Tournely , præfertim de
fasemia & voluntate Dei , nec non de Pradeftinatione
impugnantur. Tomus tertius , de D.
DECEMBRE . 1748 .
155
Trino & Angelis . Opera & ftudio F. Caroli
Billuart , Ord. Pred. &c. Leodii , apud
Everardum Kints , S. S. E. Typographum ,
1747 ,, in- 8 ° . Trois volumes . Cet ouvrage
fe trouve à Paris , chez Babury , Libraire
, rue Saint Jacques , à Saint Chri-
-foftôme .
HISTOIRE abregée de la vie , des vertus
& du culte de Saint Bonaventure , de
l'Ordre des Freres Mineurs , Cardinal
Evêque d'Albano , & Patron de la Ville
de Lyon , écrite par un Religieux Cordelier.
A Lyon , chez la veuve de la Roche ,
& fils , & les freres Duplain , Libraires ,
ruë Merciere , 1748 , in - 8 ° . Cette édition
eft fort belle , foit pour l'impreffion , foit
pour les vignettes & les autres tailles
douces , dont elle eft enrichie.
On trouve chez le Sieur Jean Roque ,
Ingénieur Géographe , à l'Hôtel Dauphiné,
rue des Boucheries , fauxbourg Saint Germain
, un grand nombre de Cartes Géographiques
& Topographiques , plans &
vûes de Villes , de Palais , &c . plans &
vûës de Vaiffeaux , combats de mer , Eftampes
fur divers fujets , avec le catalogue
de toutes ces pièces , au nombre de cent
foixante & dix numeros , ou piéces differentes.
Les plans & Cartes de Géographie
fe trouvent auffi chez le Sieur Julien , rue
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
de Braque , la premiere porte cochere ;
près la rue Sainte Avoye , au Marais.
La veuve Chereau , rue Saint Jacques ,
aux deux pilliers d'or , débite le nouveau
plan des Villes & Fauxbourgs de Londres
& de Weftminster , en 24 feuilles , grand
papier. Ce plan a été levé géométriquement
fur les lieux par Jean Rocque , fous
la conduite & direction de M. Martin
Tolher , Président de la Societé Royale
de Londres & de M. Pierre Davall ,
Membre de la même Société , dont l'Approbation
eft à l Index , & il eft gravé par
Jean Pine , Premier Graveur de fa Majefté
Britannique. On doit des éloges à l'exacritude
& à l'exécution de cet ouvrage ,
dans lequel on diftingue très- parfaitement
les principaux édifices , comme Eglifes ,
Palais , Jardins , Places , & tout ce qu'il
y a de remarquable dans cette grande
Ville.
Le Calendrier de Cabinet pour vingtdeux
années à l'uſage de differens Diocéfes
, enrichi de figures allégoriques , dédié
& préfenté à Madame la Dauphine , lequel
a été annoncé dans le Mercure de
Janvier 1748 , page 131 , ayant eu tout
le fuccès poflible , l'Auteur avertit qu'il a
prêts , outre le Diocéfe de Paris , ceux
de Rouen , de Lyon , de Sens , de TouDECEMBRE
. 174S . 157
loufe , de Montpellier , d'Autun , de
Chartres , de Senlis , de Beauvais , de
Meaux , & que plufieurs font fous preffe.
Il avertit aufli que ce n'eft point un Livre ,
comme plufieurs perfonnes fe le font imaginé
, mais que c'eft une eftampe collée fur
carton .
SONATE da Camera à violoncello folo , col
Baffo continuo , dedicate alli Amatori di Mufica
, compofte dal Sigňr Martino. Opera 1ª.
Le prix en blanc 9 I.Gravé par Mile Eftien.
A Paris , chez le Clerc , rue du Roule , à la
Croix d'or.
୨
M. Fel , Ordinaire de l'Académie Royale
de Mufique , a expofé en vente fon fecond
Livre de Cantatilles Françoifes . Les fix
Cantatilles , qui compofent ce fecond Livre
, font les yeux de l'Amour , l'épreuve réciproque
, l'heureufe faute , l'inconftant , l'accent
du coeur , l'heureufe vieilleffe. Cette derniere
eft à deux voix. Elles fe débitent aux
lieux ordinaires , & chez l'Auteur rue Saint
Thomas du Louvre.
158 MERCURE DEFRANCE.
PROGRAMME
De l'Académie des Belles Lettres de Marfeille
, pour l'année 1749 .
L'A
'Académie des Belles Lettres de Marfeille
ayant réſervé le prix de l'année
derniere , en a adjugé deux cette année ;
l'un à un difcours , dont l'Auteur eft M.
l'Abbé Bellet , de l'Académie de Montauban
, qui avoit déja remporté le prix de
l'Eloquence en 1746 , l'autre à une Ode ,
dont l'Auteur eft M. l'Abbé Gervafi , d'Amiens.
Elle avertit le Public que le 25 Août ,
jour & Fête de S. Louis de l'année prochaine
1749 , elle adjugera le prix à une
piéce de Poëfie de cent vers au plus , & de
quatre-vingt au moins , qui fera une Ode ,
ou Poëme à rimes plates , dont le fujet fera
L'Education .
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur
de 300 liv . portant d'un côté le bufte
de M. le Maréchal Duc de Villars , Fondateur
& Protecteur de l'Académie , &
fur le revers ces mots : Premium Académie
Maffilienfis , entourés d'une Couronne de
laurier.
On adreffera les ouvrages , comme de
DECEMBRE . 1748. 159
coûtume , à M. de Chalamont de la Vif
clede , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille , rue de
l'Evêché , à Marfeille. On affranchira les
paquets à la Pofte , fans quoi ils ne feront
point retirés. Ils ne feront reçûs que julques
au premier Mai inclufivement ..
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms au bas de leurs ouvrages , mais une
Sentence tirée de l'Ecriture Sainte , des
Peres de l'Eglife , ou des Auteurs Profanes..
Ils marqueront à M. le Secrétaire une
adreffe à laquelle il enverra fon récépiffé.
S'ils fouhaitent que leurs noms foient
imprimés à la tête de leurs ouvrages , ils
doivent les envoyer avec leurs titres à une
perfonne domiciliée à Marfeille , qui les
remettra à M. le Secrétaire le 25 Juiller ,
non plûtôt , ni plûtard .
On les prie de prendre les mesures nécelfaires
pour n'être point connus avant la
décifion de l'Académie , de ne point figner
les lettres qu'ils pourront écrire à M. le
Secrétaire , de ne point lui préfenter euxmêmes
leurs ouvrages , en feignant de n'en
être pas les Auteurs , ni de fe faire connoître
à lui , ou à quelqu'autre Académicien ;
on les avertit que s'ils font connus par leur
faute , leurs ouvrages feront exclus du
concours,, auffi-bien que tous ceux en fa
16 MERCURE DE FRANCE.
veur defquels on aura follicité , & tous
ceux qui contiendront quelque chofe de
trop libre.
L'Auteur qui aura remporté le prix ,
viendra le recevoir dans la Salle de l'Académie
le 25 Août , jour de la Séance publique
deftinée à l'adjuger , s'il eft à Marfeille
, & s'il eft abfent , il enverra à une
perfonne domiciliée en cette Ville le récé
piffé de M. le Secrétaire , moyennant lequel
le prix fera remis à cette perfonne .
FABRIQUE de Canons d'Artillerie , de
Pierriers , & de Mortiers de fer battu ,
forgés d'une feule pièce , tournés & forés .
Es Sieurs Jandin , Maîtres de Forges ,
L ayant trouvé le fecret de donner au
fer la douceur de l'argent , en ont profité
pour forger des Pierriers , des Mortiers ,
& des Canons d'Artillerie , depuis quatre
jufqu'à douze livres de balle : ils efperent
même pouffer cette découverte jufqu'aux
piéces de dix- huit & de vingt- quatre.
Ces piéces font forgées d'un feul morceau
, tournées & forées enfuite ; & conme
les differentes préparations , par lefquelles
le bloc de fer eft obligé de paffer ,
le purifient , & le rendent en même tems
DECEMBRE . 174. 181
plus doux , & plus condenſe , on eft enfin
parvenu à concilier la legéreté avec la folidité.
Le foible ordinaire de ceux qui font
auteurs d'un nouvel établiſſement , cft de
l'annoncer dans le Public d'une maniere
pompeufe , dont le but est moins d'inftruire
, que d'éblouir par un expofé brillant.
L'Art en impofe alors , mais femblable aux
fonges , fon illufion n'eft que momentanée ;
la feule vérité toute nue peut porter une
conviction qui ne craint aucun retour .
Pour éviter ce défaut fi commun , les
Sieurs Jandin ne feront point ici l'apologie
de leurs piéces , ni ne chercheront
point à prévenir la critique ; ils fe renfermeront
dans les faits , & ne rendront
compte que de ce qu'ils ne peuvent pas
laiffer ignorer.
Ce n'eft pas fans raifon qu'on a dit au
commencement de ce Mémoire , qu'on
étoit enfin parvenu à concilier la legéreté
avec la folidité ; il eſt aiſé de le juſtifier .
Par ordre de la Cour M. le Marquis de
Thiboutot , premier Lieutenant Général
de l'Artillerie de France , & M. Duhamel ,
Membre de l'Académie des Sciences , &
Inspecteur Général de la Marine , ont fait
éprouver à l'Arfenal de Paris quelques
piéces des Sieurs Jandin. Leurs procès ver162
MERCURE DEFRANCE .
baux font foi que l'une de ces piéces de
quatre livres de balle fur fept pieds de longueur
, ne péfe que 379 livres. Un canon
de bronze dans les mêmes proportions
péfe environ 1200 livres . On ne parle
point ici des Canons de fer coulé ; leur
poids plus énorme encore que ceux de
bronze , & leur peu de folidité , ne leur
permettent pas d'entrer en comparaiſon.
Une difference fi confidérable dans la
péfanteur des piéces n'a befoin de
pas
commentaire ; les Négocians qui aiment
mieux courir les rifques des Corfaires ,
que de fe charger de canons qui feroient
une partie du chargement de leur vaiffeau ;
les Officiers qui connoiffent les dépenfes ,
les embarras , &, les lenteurs que le poids
des pièces occafionne dans la manoeuvre ,
& les rifques aufquels il expofe un navire
dans un gros tems ; tous ceux en un mot
qui ont quelque habitude des opérations
de l'Artillerie , tant fur terre que fur mer ,
feroient fâchés qu'on prévint les réfléxions
qu'ils font en état de faire fur les avantages
qui doivent néceffairement en réfulter.
On aura fans doute bien de la peine à
croire qu'une legéreté fi furprenante n'altére
point la folidité. Cependant ces mêmes
piéces ont foutenu des épreuves , aufquelles
celles de bronze ne peuvent pas réDECEMBRE
. 1748. 16$
fifter. Meffieurs les Commiffaires de la
Cour les ont fait éprouver , felon l'ancienne
Ordonnance , c'eft-à- dire , que la charge
de poudre étoit égale à la pélanteur du
boulet. Cette Ordonnance n'eft plus fuivie
aujourd'hui fur les repréfentations des
Fondeurs , les charges ont été réduites aux
deux tiers du poids du boulet.
Non-feulement ces piéces ont triomphé
de l'épreuve établie par cette ancienne Ordonnance
, mais encore il a été prouvé
qu'elles n'étoient pas fujettes au fault ,
qu'elles reculoient moins que celles de
bronze , qu'elles s'échauffoient moins vîte,
& qu'elles fe refroidiffoient plus promptement
, ce qui ne paroîtra point probléma
tique à ceux qui voudront bien faire at-
Itention à la dureté de la matiere , & à la
I médiocrité du volume .
On ne doit point maintenant être furpris
que
Meffieurs les Commiffaires ayent
fait dans leur procès verbal l'éloge des piéces
des Sieurs Jandin ; auffi le Roi vient-il
de leur faire expédier des Lettres Patentes,
portant privilége exclufif , que le Parle
ment a enregistrées le S de Septembre
cette même année 1748 .
On préfente donc au Public des canons
de fer d'une feule pièce , forgés , tournés,
& forés ; des canons beaucoup plus legers
164 MERCURE DE FRANCE.
& plus folides que tout ce qui a paru jufqu'à
préfent , qui ne font fujets , ni à un
reculement violent , ni au fault , ni à tout
ce qu'on appelle folie , canons qui s'échauf
fent difficilement , & qui font bientôt re
froidis , qui ne s'égueulent point , & dont
la lumiere ne peut pas s'évafer, comme cel
les des piéces de bronze ; la qualité même
de leur matiere en répond .
Voilà les faits que les Sieurs Jandin vouloient
expofer avec la fimplicité que le fujet
demande . Ils ont voulu fe rendre utiles au
Particulier & à l'Etat , ils y ont réuſſi , &
dès- lors ils ont rempli le principal but
qu'ils s'étoient propofé.
Il faut s'adreffer dans les Ports aux Com
miffaires des Poudres , ou aux Sieurs Jandin ,
Place Saint Michel , Faubourg S. Germain
à Paris.
Le fieur Macary a obtenu de S. M. T.
Ch . le Privilége de trois différentes Machines
de fa compofition pour la fûreté du
commerce & de la navigation , pendant
vingt années , à commencer le 29 Avril
1745 , & fes Patentes ont été enregistrées
au Parlement de Paris le 20 Avril 1746 .
La premiere Machine fert à enlever les
DECEMBRE.
1748. 165
bancs de fables , bouës , vafes & attériffemens
, qui fe trouvent dans les Rivieres &
à leurs embouchures , à labourer les corps
durcis par les pierres & les cailloutages,
Avec la feconde le fieur Macary recherche,
coupe & enleve les pieux & troncs d'arbres
qui fe rencontrent , & par le moyen de la.
troifiéme il vient à bout d'enlever les Batteaux
& Vaiffeaux qui font coulés à fond
& enfevelis fous les bancs de fables ou vafes.
Il retire les canons & ancres perdus &
abandonnés. Actuellement il travaille à
Paris fur la Riviere de Seine , où il enleve,
tous les jours douze toifes cubes de fable
avec une Machine à fimple jeu. Une autre,
qui feroit conftruite en grand & à double
jeu , conformément au modéle qu'il en a
fait , pourroit avec une feule roue, qui fait
jouer trois pelles , enlever dans un Port
de mer ou de riviere trente toifes cubes
par jour.
Comme S. M. a permis au Sr Macary par
les Lettres Patentes qu'elle lui a accordées
de former telles fociétés qu'il jugera à propos,
il invite les Etrangers & les François
à s'intéreffer dans fes entreprifes. Il offre
même aux Etrangers d'aller faire les établiffemens
de fes Machines partout où l'on
aura befoin de fon miniftere pour l'avantage
du commerce. Il recevra les lettres &
166 MERCURE DE FRANCE.
paquets affranchis , & non-feulement il
fera ponctuellement réponſe , mais il donnera
avis des entreprifes qui lui feront
propofées. Son adreffe eft chez M. Roffignol
, Notaire au Châtelet de Paris , à la
Place du Palais Royal .
ESTAMPES
It
NOUVELLES.
une
L paroît une très-belle Eftampe du Portrait
du Prince Edouard , peint par M.
Tocqué. Ce Portrait a été admiré avec juftice
par les Connoiffeurs , & l'Eftampe.
rend parfaitement toute la force & toutes
les graces de l'original. Elle eft gravée par
M. Will
La répréfentation de la Chapelle du
Sacré Coeur de Jefus & de Marie. Cette
Eftampe fe vend à Paris chez le fieur Mondon
, rue Guénégaud , à la Manufacture
des Caftors. L'Auteur fe propoſe de graver
toutes les autres parties remarquables
de l'Eglife de S. Sulpice , & de donner de
mois en mois quelqu'un de ces morceaux.
DECEMBRE. 1748. 167
>
Raux le fils , rue du Petit Lion , quartier
Montmartre aux Armes du Dauphin
avertit les Connoiffeurs & les Seigneurs
étrangers nouvellement arrivés à Paris ,
qu'il cherche de plus en plus à fatisfaire le
goût du Public dans les Piéces qu'il exécu
te en Email. Elles furpaffent en nombre
& en variété celles des années précédentes .
Il exécute les deffeins qu'on lui propofe,
felon la forme qui lui eft prefcrite ; il tâche
même de l'annoblir , lorfqu'il eft poffible
, & il s'applique à donner à fes figures
les attitudes les plus élégantes & les plus
naturelles,
Il offre fes fervices aux perfonnes qui
fouhaiteroient de fe faire un amuſement
de fon art , & il fe flate que celles à qui
la Nature a donné du goût & de la dextérité
, acquereront en peu le moyen de remplir
agréablement certains momens de leur
loifir.
168 MERCURE DE FRANCE,
REPONSE
De M.de Joyeuse , Médecin des Hôpitaux
du Roi , à Marseille , à la Lettre inférée
dans le Mercure de Septembre dernier ,
de M. Daviel, Maîtré ès Arts , Confeiller
Chirurgien ordinaire du Roi par quartier ,
ci-devant Chirurgien du Roi fur les Galeres
, de l'Académie Royale des Sciences de
Toulouse, Affocié correspondant de l'Académie
Royale de Chirurgie de Paris, Membre
de l'Académie des Sciences de l'Inftitut de
Bologne , Profeffeur Démonftrateur
Royal en Chirurgie à Marseille.
M
Onfieur , vous ne pouviez rompre
votre filence à mon égard , d'une
maniere plus fatisfaifante pour
moi , que
par l'obligeante lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire. La part que
je prens à vos fuccès , vous eft connue
depuis long-tems , & vous n'ignorez point
celle que j'ai prife toujours à une profeffion
auffi étroitement liée avec celle
que j'exerce. Bien loin d'applaudir à des
difputes qui n'auroient jamais dû s'élever ,
j'ai toujours faifi avec empreffeinent les
occafions que j'ai pû trouver , de faire valoir
également les progrès qu'on fait dans
l'une & dans l'autre. Que nous importe
après
DECEMBRE. 1748. 169
›
après tout , de réjouir un Lecteur malin
par des diffenfions fcandaleufes , & combien
n'importe - t - il pas au Public , de
nous voir réunis , pour mieux réuffir à
lui être utiles ? Vous avez été témoin >
Monfieur , des contradictions que M. Daran
, aujourd'hui Chirurgien ordinaire du
Roi , effuya dans cette Ville , il n'y a
que quelques années ; vous l'avez également
été de la juftice que je lui rendis
pour lors ; & je ne crains point d'avancer ,
qu'elle ne contribua pas peu à celle que
les Medecins & les Chirurgiens les plus
célebres lui ont rendue fi autentiquement
dans la fuite. A mefure que j'étois témoin
de fes progrès dans le traitement des maladies
de l'urethre , je l'étois de ceux que
vous faifiez dans celui qui regarde les maladies
des yeux. Vous m'intéreffiez d'autant
plus l'un & l'autre , que je vous voyois
attachés aux maladies de la Chirurgie les
moins connues , quoiqu'elles foient pourtant
des plus importantes . Celles qui faifoient
votre partage , avoient été étudiées ,
à la vérité , par plufieurs grands hommes ,
dont les talens & les recherches avoient
eu déja beaucoup de fuccès ; mais que ces
fuccès fouffroient d'inconvéniens , & demandoient
encore de nouvelles recherches
! La cataracte , par exemple , un des
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
cas des plus importans , & dont nos Auteurs
ont le mieux écrit , ne cedoit juf
qu'à vous , qu'à une opération dangereuſe ,
ordinairement fuivie des accidens les plus
critiques. Vous avez fçû les éviter , à la
faveur d'un nouvel inftrument , dont la
découverte ne fçauroit recevoir trop d'é
loges . Celui qu'on employoit auparavant ,
étoit également dangereux & par fa pointe
& fes tranchans. Comment l'introduire en
effet dans un organe auffi délicat que celui
de la vûë , & comment l'y pouffer enfuite
autant qu'il le falloit , pour abattre le
criftallin , fans y porter des atteintes aufli
funeftes qu'inévitables ? Pour peu que la
ftructure & la délicateffe de cette partie
foient connues , eft- il beſoin d'en appeller
à l'expérience , pour fentir que chaque
effort qu'on fait dans cette opération ,
eft , pour ainfi dire , un coup de poignard
qu'on y porte , plus capable de faire beaucoup
de mal à bien des malades , qu'il
n'eft propre à rendre la vûë à un feul ?
Faut-il donc s'étonner , fi dans un Royaume
où la Chirurgie eft parvenue à un ſi haut
point de perfection , l'opération , dont
nous parlons , fait rarement le partage
de ceux qui exercent cet art , & n'eft
fouvent livrée qu'à des gens fans aveu ?
Quel courage ne falloit- il pas en effet ,
DECEMBRE . 1748. 171
pour fe charger d'une opération auffi ingrate
, & combien n'étoit- il pas à défirer ,
qu'on pût parvenir à la faire avec moins
de danger ? Par le moyen de votre nouvel
inftrument , qui n'a ni tranchant ni pointe ,
vous êtes parvenu à pouvoir opérer , fans
caufer la moindre bleffure , & je ne fuis
plus furpris des fuccès multipliés que vous
avez eus dans la Capitale , ainfi que vous
les aviez eus ci - devant en cette Ville , &
dans les Royaumes étrangers : ces fuccès ,
Monfieur , font le jufte fruit de vos veilles .
Je m'y fuis toujours attendu , depuis que
j'ai connu votre ardeur à bien examiner
la ftructure de cette partie , & à en confidérer
murement l'économie & le jeu. Bien
loin de vous borner à une notion commune
, combien d'années n'avez - vous pas
paffées à réitérer vos diffections , pour
que rien ne vous échappât dans l'examen
d'un organe fi digne de toutes vos peines ?
Après en avoir développé les reflorts
que d'expériences n'avez- vous pas
faites
pour perfectionner vos tentatives , & vous
mettre en état d'opérer avec plus de sûreté ?
A peine les cadavres de nos Hôpitaux pouvoient
fuffire à vos recherches . Vous ne
les borniez pas , ces recherches , à ce
qui intéreffe cette feule partie : jaloux
de les pouffer auffi loin que peut le de-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
mander votre art , vous faifiez régulie
rement tous les ans des Cours publics d'Anatomie
& de Chirurgie, deftinés, ce femble
, à la feule inftruction des Eleves ,
mais toujours très - utiles à ceux qui les
font. Un travail fi affidu étoit fecondé
par des réflexions folides , & devoit vous
valoir ces fuccès heureux , qui vous ont
fuivi dans les grandes opérations de la
Chirurgie , comme dans celles qui concernent
les maladies des yeux. Un fecret penchant
vous portoit néanmoins par préférence
vers celles- ci , & vos fuccès vous
y ont enfin fixé. Je ne puis , Monfieur , que
vous encourager à le fuivre. Quelque gloire
que vous puffiez vous promettre dans la
route générale de la Chirurgie , elle vous
feroit commune avec une foule de grands
hommes ; mais vous attacher par préfé
rence à une partie de cet art , des plus
délicates & des plus difficiles , & fçavoir
vous y diftinguer par une route nouvelle ,
que vous ne devez qu'à vous feul , cette
gloire vous devient propre , & vous vous
rendez d'ailleurs beaucoup plus utile . Quelle
fatisfaction n'avez -vous pas eu en effet
en guériffant le malade dont vous me parlez
à la page 13 de votre Lettre ? En vain
auroit- il confulté les Maîtres de l'art les
plus habiles ; M. de Saint Yves avoit déja
DECEMB R E. 1748.
173
prononcé que ce cas étoit incurable , &
cette autorité refpectable eût été une Loi
pour la plupart d'entr'eux. Une fage hardieffe
vous a affranchi de certe Loi , &
ce malade , qui eût inutilement gémi en
d'autres mains , a la confolation de guérir ,
en tombant entre les vôtres . Continuez
vos recherches , Monfieur , tout conſpire à
Vous y exciter . Je ne vous rappellerai
point les récompenfes que vous ont déja
vallu vos veilles . A peine eûtes- vous donné
vos foins aux malades de cette Province ,
du tems que la pefte la ravageoit , que
Meffieurs les Echevins de cette Ville vous
accorderent des Lettres de Maîtrife , &
Sa Majefté vous honora de la Croix de
Saint Roch. Sans m'arrêter à vos fervices
pendant plufieurs années , en qualité de
Chirurgien Major dans l'Hôtel Dieu de
la même Ville, ceux que vous avez rendus
depuis plus de douze ans , en qualité de
Chirurgien des Galeres , viennent de vous
valoir une retraite honorable. Indépendamment
de la réputation que vous vous
êtes acquife dans plufieurs Provinces de
ce Royaume , à mesure que vos talens
vous y ont fait appeller , votre voyage
à Lisbonne
, où vous vous rendîtes en
1736 , par ordre de la Cour de Portugal ,
& celui que vous fîtes enfuite en Espagne ,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ont été pour vous des évenemens également
flateurs & utiles . C'eft à ceux que
vous avez faits en Italie & ailleurs , que
vous devez votre affociation à plufieurs
Académies de l'Europe , mais dûffai - je
me borner à l'éclat que fit , il y a environ
trois ans , la guérifon d'un illuftre malade ,
qui partit de la Capitale , pour venir en
cette Ville s'y mettre entre vos mains
quelles n'en ont pas été les fuites heureuſes ?
A peine de retour en fa Patrie , où fa
reconnoiffance & le fuccès de fa cure parloient
également pour vous , un Seigneur
de la Cour vous demanda au Miniftre ,
& vous partîtes bien - tôt pour Paris. C'eſtlà
, Monfieur , que vous avez trouvé jour à
vous confirmer pleinement dans votre nouvelle
méthode pour opérer dans la cata
racte , & à donner des foins heureux &
utiles à plufieurs autres maladies des yeux .
C'eft-là que vous êtes parvenu à obtenir
une place auffi propre à vous faire fournir
la plus brillante carriere , qu'elle eft diftinguée
dans la Chirurgie. Achevez , Monfeur
, de la remplir par une fuite de foins &
d'applications , qui puiffent vous mériter
de nouveaux fuccès. Je les fouhaite autant
pour vous , que pour l'avancement de votre
art , & pour le bien des malades . J'ai
l'honneur d'être , & c.
·
ASTOR , LENDY AND
TILDEN FOUND 13.
ASTOR
, LENCX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
DECEMBRE . 1748. 175
ÉVANAUDUQUQUÝDUDU nunciatny K NY
AIR SERIEUX .
On , rien ne peut me confoler ;
Je ne vois plus la beauté qui m'enchante ,
Et ce qui fait l'excès du mal qui me tourmente ,
Mon coeur eft feul ici qui m'en puiffe parler.
VAUDEVILLE.
Au bord d'un clair ruiffeay
Une jeune Bergere
Dans la courfe légere
Regardoit couler l'eau ;
Ainfi paffent les jours ,
Dit -elle , du bel âge
Et pour en faire uſage ,
;
Donnons-les aux Amours.
Efclaves des défirs
Il ne faut point attendre
Q'on ne puiffe plus prendre
Les amoureux plaifirs.
Laiffons-nous enflâmer
Pendant notre jeuneſſe ;
Lorfque fon ardeur ceffe ,
Il n'eft plus tems d'aimer .
Hi
176 MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! comme le tems
x
L'Amour porte des aîles ;
Tous les deux peu fidéles ,
Tous les deux féduifans
On ne peut arrêter
Leur faveur paffagere ,
Et leur humeur légere
Nous dit d'en profiter.
Sans retour ,
**
Y
fans reflus ,
Quand l'onde fugitive
A quitté cette rive ,
Elle n'y revient plus :
Les charmes , les appas ,
Suivent les mêmes traces :
On ne voit point les Graces
Retourner fur leurs pas.
Rien ne fut fait envain :
Tout agit , tout défire ;
Aimer & fe le dire ,
C'eft remplir fon deftin
L'Aurore eft pour le jour ,
Le Soleil pour le monde ,
Le rivage pour l'onde ,
Notre coeur pour l'Amour,
DECEMBRE. 1748. 177
istsisisist
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
avec un fuccès foutenu les repréfentations
du Ballet des Fêtes de l'Hymen
& de l'Amour. La Mufique brillante & les
Ballets variés fatisfont les Connoiffeurs.
Mlle Lani la cadette s'y fait diftinguer.
Le Concert Spirituel exécuté au Louvre,
dont la nouvelle Salle a été décorée par M.
Royer avec tant de goût & d'ordre , a donné
le Lundi 9 Décembre , jour de la Fête
de la Conception , Cantate Domino , Motet
à grand choeur de la compofition de M.
Fanton , Maître de Mufique de la Sainte
Chapelle , dont les ouvrages font eftimés.
M. Solicoffe , Symphoniste Italien , a joué
fur le hautbois un concerto applaudi .
Enfuite Cantemus Domino , Motet à deux
voix du gracieux Mouret, a été chanté par
Mlle Chevalier , Actrice très- eftimée de
l'Opera , & par M. l'Abbé Joguet , Ordinaire
de la Mufique de la Chapelle du Roi ,
haute-contre très - forte & cependant trèsmoëlleufe.
M.Pagin a joué un concertoavec
fon fuccès ordinaire. Ce concerto a été
fuivi de Magnus Dominus , Motet à grand
choeur de M. Mondonville , qui a terminé
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Je Concert avec des applaudiffemens redoublés
.
Les Comédiens François ont donné, depuis
le retour de Fontainebleau , plufieurs
repréſentations de la Tragédie de Denis le
Tyran, & elle a eu le même fuccès à la reprife
que dans fa nouveauté , ce qui n'arrive
qu'aux ouvrages vraiment dignes de
réuffir.
On a vû auffi avec beaucoup de plaifir
reparoître fur le même Théatre une petite
Comédie de M. Guyot de Merville , intitulée
le Confentement forcé , Piéce en un
Acte , qui étoit prefque oubliée , & qui
mériteroit, mieux que plufieurs autres, d'être
fur le Répertoire des Comédiens.
Les Italiens ont repris les Fées Rivales ,
dont le Spectacle & le Ballet , ingénieuſement
deffinés , ont raffemblé la foule des
Spectateurs.
Ces Comédiens ont remis au Théatre
Amour Protée , Comédie en vers & en
trois Actes , de Romagnef. Le fujet eſt
amufant , & les divertiffemens font dignes
de M. Deshayes . M. Rochar y chante avec
fon goût ordinaire.
DECEMBRE. 174. 179
MMMMMMMMMM✶✶✶✶✶K
NOUVELLES ETRANGERES.
DE WARSOVIE , le 16 Novembre.
N recommença le 18 du mois dernier dans
mais
pour le rétabliffement des Mines d'Olkutz ,
à cette occafion il s'éleva des diſputes fi vives, que
le Maréchal de la Diette jugea à propos de renvoyer
cette affaire à un autre tems. Il propofa de
lire deux autres Projets , dont le premier regardoit
les arrangemens à prendre pour les nouvelles
impofitions , & le fecond avoit pour objet la noimination
d'une Commitlion générale. Ces deux
matieres ne furent pas debattuës avec moins de
chaleur , & les Nonces , ne pouvant s'accorder
demanderent des copies de l'un & de l'autre projet
, afin de les examiner . Le 19 , plufieurs Députés
des Palatinats infifterent fur la néceffité d'abolir
toutes les Douanes particulieres , de faire
fupporter au Clergé une partie des charges de l'Etat
, & d'obliger chaque Staroftie d'entretenir un
certain nombre de troupes , tant pour garder les
frontieres , que pour agir contre les Réfractaires
qui refuferoient de fe foumettre aux decrets des
Tribunaux. Après qu'ils eurent ceffé de parler ,
on lut deux projets dreffés par le Maréchal de la
Diette , lefquels pafferent fans aucune oppofition.
Dans la féance du 21 , le Maréchal repréfenta que
dans les difcours qui avoient été faits la furveille
par les Députés des Palatinats , le principal objet
des déliberations n'avoit point été traité , & ik
pria la Chambre de décider fi la Commiffion gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
nérale , qui feroit chargée de régler l'augmentation
des troupes , feroit revêtue d'une autorité abfolue
pour cet effet , ou fi on exigeroit qu'elle fît
Je rapport de ce qu'elle auroit arrêté , & fi fuppo
fé que la Diette vint à fe rompre , cette Commiffion
conferveroit l'autorité d'exécuter les réfolutions
. Les déliberations de la Chambre furent arrêtées
, le 22 , par un différend qui s'éleva entre
M. Sollohub , Général de l'Artillerie du Grand
Duché de Lithuanie , & M. Zaborowski , Député
du Palatinat de Mazovie . Ce dernier , qui a
d'anciennes prétentions à la charge de M. Sollohub
, demanda que la Diette. jugeât de leur validité
. Il y eut à ce fujet de grands débats , & les
deux adverfaires en étant venus à des reproches ,
quelques Députés crurent s'appercevoir que M.
Zaborowski avoit fait un mouvement infultant
pour M. Sollohub . Auffi - tôt ceux d'Orfzan déclarerent
qu'ils arrêtoient l'activité de la Diette,
Ils furent fecondés par tous ceux de Lithuanie
qui demanderent qu'on arrêtât M. Zaborowski ,
comme ayant violé le refpect dû à la Chambre ,
& offenfé la perfonne d'unNonce . Ceux de Mazovie
prirent la défenſe de M. Zaborowski , & foutinrent
qu'il n'étoit jufticiable que du Grand Maréchal
de la Couronne . Le 23 , l'activité fut rendue
à la Chambre par les Nonces de Lithuanie &
d'Orfzan , fur les affurances qu'on leur donna
que M. Sollohub , perfuadé que la Nobleffe feroit
caufe commune avec lui dans une affaire qui
intéreffoit les prérogatives de la Chambre , ne
vouloit point mettre obftacie à la décifion des
matieres, pour l'examen defquelles on étoit affem-
Llé , & qu'il comptoit qu'on prendroit foin de
lui procurer une fatisfaction convenable , En conféquence
, on reprit les déliberations , mais ce ne
DECEMBRE . 1745. 181
fut pas pour long- tems , & le lendemain l'activité
de la Diette fut fufpenduë de nouveau par
un des Nonces de Minsk , qui prétendit que M.
Zaborowski devoit être regardé comme criminel
de Leze- Majefté.
L'activité qui avoit été ôtée le 24 à la Cham
bre des Nonces par un des Députés de Minſk ,
fut rendue le même jour à cette Chambre , après
que le Maréchal de la Diette eut repréſenté à ce
Député , que les Miniftres d'Etat s'étant chargés
de procurer au Général de l'Artillerie de Lithua
nie la fatisfaction qui lui étoit dûe , il convenoit
de s'en rapporter à ce qu'ils décideroient fur
cette affaire . Dans la même féance , on délibera
fur les nouveaux impôts qu'il étoit néceffaire d'établit
, pour fubvenir aux dépenfes qu'exigeroit
l'augmentation des troupes , & cette matiere fit
nire des débats beaucoup plus vifs que n'avoient
été ceux des féances précédentes . Chaque Nonce
prétendit que fa Province devoit être exemptede
contribuer à ces dépenfes. Le Comte Ponia
towſki , Grand Chambellan de la Couronne , &
Député du Palatinat de Czerfk , s'efforça de calmer
les efprits , en propofant de régler que la
Commiffion générale fût autorisée feulement à
examiner les moyens par lefquels on pourroit
parvenir au but défiré , mais fes difcours ne produifirent
aucun effet . La féance du 25 ne fut pas
´plus tranquille . A peine eut on commencé à lire
le projet pour l'établiffement de la Commiffion
générale , qu'un des Nonces de Belf déclara qu'il
ne confentiroit point qu'on mît une taxe fur les
terres . Il fut fecondé par les Nonces des autres
Palatinats de Ruffie , qui protefterent tous contre
cette innovation . On lut un autre projet relatif
à l'augmentation des troupes , & il efluya les
182 MERCURE DE FRANCE.
mêmes contradictions. Le 26 on recommença la
lecture du projet pour l'établiffement de la Commiffion
générale , & les premiers articles furent
écoutés paifiblement , mais lorsqu'on vint à celui
de la nomination des Commiffaires , il s'éleva de
nouvelles difputes . Le Maréchal de la Diette,
voyant qu'il n'étoit pas poffible de concilier les
fentimens , demanda qu'on renvoyâr à la prochaine
féance la décifion de cet article , afin que
les Nonces euffent le tems de conferer à ce fujet
avec les Senateurs pendant les deux jours que la
Diette ne devoit point s'affembler. On ſouſcrivit
à cette propofition , & l'on convint enfuite unanimement
que les Staroftes s'engageroient par
ferment à donner à la Commiffion générale un
état exact de leurs revenus , fous peine d'être
privés de leurs Starofties. Il ne fut pas poffible
dans la féance du 29 de déterminer les Nonces
à s'accorder fur la nomination des Commiffaires
de l'Ordre Equeftre , qui conjointement avec ceux
du Sénat compoferoient la Commiffion générale.
Après de longs débats fur la maniere dont on
procederoit à la nomination des Députés qui compoferoient
la Commiffion générale , la Chambre
des Nonces décida le 3 de ce mois , que chaque
Palatinat nommeroit quatre de ces Députés , mais
- qu'il ne pourroit y en avoir qu'un de la part des
fimples Starofties & des autres Diſtricts particuliers.
Cet article étant reglé , on efperoit de pouvoir
continuer tranquillement les délibérations ,
lorfqu'il s'éleva dans une des féances fuivantes
une nouvelle difpute. Les Nonces de la Grande
& de la Petite Pologne refuferent de confentir à
l'établiffement de nouveaux impôts , à moins
qu'on ne déchargeât leurs Palatinats de la Capitation
particuliere qu'ils payoient depuis quelque
DECEMBRE . 1748. 183
rems. Sur cette propofition les Nonces du Pala
tinat de Ruffie parlerent avec beaucoup de véhémence
, & foutinrent qu'une pareille prétention
ne méritoit point d'être réfutée . Cependant à la
fin le Maréchal de la Diette parvint à réunir encore
les efprits , & l'on convint que les Palatinats ,
& les autres Diftricts & Territoires , qui payoient
la Capitation & la Taxe fur les cheminées , ne
feroient point obligés de contribuer aux dépenfes
de l'augmentation des troupes , jufqu'à ce qu'on
eût trouvé le moyen de les exempter de ces deux
impofitions. Les deux dernieres féances furent encore
plus tumultueufes que toutes les autres , &
les Nonces n'ayant pu s'accorder fur le choix
des mefures qu'on pourroit prendre pour fournir
à l'entretien des nouveaux Régimens qu'on propofoit
de lever , la Diette fut rompue le 9. Le
Roi a indiqué pour le 18 une affemblée des Senateurs
, afin de les confulter fur le deffein qu'il a
formé de convoquer une Diette extraordinaire .
Malgré la divifion qui a régné dans la Diette
pendant les derniers jours , quelques- uns des projets
qui y ont été propofés , ont paru être approuvés
prefque généralement . Tel eft celui d'impofer
aux juifs une taxe , en vertu de laquelle les
Rabins payeront deux ducats par an , les anciens
de la Synagogue feize florins , & les autres à
proportion.
DE STOCKHOLM , le 19 Novembre.
IL paroît un Edit, qui porte que comme de tems
en tems , le Roi a reçû des Requêtes de la part
de plufieurs matelots enrôlés ou enclaffés , qui par
ignorance ou par féduction font fortis du Royaume
fans congé, ou qui ayant obtenu la permiffion
184 MERCURE DE FRANCE.
de monter des NaviresMarchands étrangers , pour fe
rendre plus expérimentés & plus propres au fervice
de l'Etat , ont négligé de revenir dans le tems que
leurs Supérieurs leur avoient preferit , & qui ont demandé
de pouvoir rentrer en Suede, fans encourir les
peines portées par les Ordonnances , S. M. juge
qu'outre ceux qui ont follicité leur pardon il pourroit
y en avoir plufieurs qui n'ont pas ofé eſpérer la
même grace, qu'elle déclare qu'elle veut bien accorder
une amniftie générale à ceux qui reviendront en
ce Royaume dans le terme d'un an , à compter du
jour qu'ils auront pu avoir connoiffance du préfent
Edit ; qu'elle leur promet même qu'après
leur retour , ils pourront fans crainte d'enrôle
mens forcés , choifir de fervir fur les Vaiffeaux de
guerre , ou fur les Bâtimens deftinés pour la pëche
. Le Roi a accordé le Régiment des Gardes de
la Reine à M. d'Aldenftrale , qui en étoit Lieutenant
Colonel. Ces jours derniers , le Comte de
Panin , Miniftre de l'Impératrice de Ruffie , a préfenté
un Memoire à S. M. pour fe plaindre de ce
que deux de fes domestiques ont été bleffés par la
Garde Bourgeoise de cette Ville .
DE COPPENHAGUE , le 20 Novembre..
LEs
Es Commiffaires , chargés d'examiner laquelle
fabriquer les cordages mérite la préférence , conti
nuent leurs féances. Ces jours derniers , pendant
qu'on faifoit devant ces Commiffaires l'épreuve
d'un cable fait felon l'ancienne méthode , un des
cabeftans s'étant caffé , fes leviers tuerent trois
matelots , & en blefferent dangereufement quatre
autres . Sa Majesté a fait publier une Ordonnance ,
dattée de Jagersbourg le 11 du mois dernier , par
DECEMBRE. 1748. 184
laquelle l'exportation de l'avoine dans les pays
étrangers eft défendue , fous peine de confifcation
de la marchandife , & même de punition plus
rigoureuse en certaines circonstances . Depuis cette
Ordonnance, le prix de l'avoine , qui étoit exceffif,
eft diminué confidérablement.
Sur le rapport qui a été fait au Roi de l'état des
magafins de Norwege , Sa Majefté a donné ordre
de les remplir pendant l'hyver , afin que fi l'année
prochaine on juge à propos de faire canton
ner les troupes qui font dans ce Royaume , elles
puiffent fubfifter plus commodément . Les principaux
de ces magaſins font à Mos dans la Norwege
Meridionale. Le Roi perfiftant dans la réfolution
de liquider entierement fes revenus , il y a de
nouveaux fonds affignés pour le payement d'une
partie des anciennes dettes de l'Etat . Le 4 de ce
mois , le Baron de Flemming , nouveau Miniftre
du Roi de Suede , eut Audience du Roi & enfuite
de la Reine. Cette Princeffe avance heureuſement
dans fa groffeffe , & l'on fe prépare à faire de
grandes réjouiffances , fi elle accouche d'un Prince.
La Princeffe d'Ooft - Frife eft arrivée ces jours ci
d'Allemagne. L'époufe du Comte de Dehn , Miniftre
Plénipotentiaire de Sa Majefté auprès des
Etats Généraux des Provinces Unies , eft morte
en venant joindre ici ce Seigneur . Les Lettres de
Stockholm marquent que le Roi de Suede depuis
quelque tems fe porie beaucoup mieux , & qu'il
travaille régulierement avec les Miniftres. Ces
Lettres ajoutent que Sa Majesté Suedoife a nominé
le Docteur Aftrin , Evêque de Wexioë , à l'Evêché
de Strengnus , & qu'elle a difpofé de la
Charge de Secrétaire du département des Tribunaux
de Judicature , en faveur de M. Charles de
Lagerberg .
186 MERCURE DE FRANCE.
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 21 Novembre.
Es Bâtimens , à bord defquels s'étoit embarquè
l'Envoyé du Grand Seigneur , ont péri fur le
Danube , & on n'a pu fauver aucun des cent dix
hommes dont ce détachement étoit compofé. Suivant
les avis reçus de Conftantinople , la peſte
continue d'y caufer beaucoup de ravages . Elle
s'eft auffi manifeftée à Pera , & tous les Miniftres
étrangers s'en font retirés , pour aller fe renferiner
dans des maifons de campagne. Le Grand Sei
gneur eft toujours à Beficktagi , Palais fitué fur le
Bofphore. Ily a eu de magnifiques illuminations
& l'on y a tiré un très - beau feu d'artifice , à
Poccafion de la Fête du Bairam. Depuis qu'on a
été informé en Turquie qu'il y avoit eu des arti
cles préliminaires de paix fignés entre le Roi de
France le Roi de la Grande Bretagne , & la
République des Provinces Unies , & que l'Impératrice
Reine y avoit accedé , le Baron de
Penckler Internonce de l'Empereur , & l'Am
bafladeur de Sa Majesté Britannique , ont rendu
vifite au Comte des Alleurs , Ambaſſadeur de Sa
Majefté Très-Chrétienne à la Porte.
>
>
Leurs Majeftés Impériales firent le 3 de ce
mois la revue du Régiment d'Infanterie de Schul-
Jembourg ; & le lendemain ce Régiment continua
fa route vers la Tranfylvanie. Il fe tint le 7
un Confeil , dans lequel on examina un nouveau
plan pour le Gouvernement , tant civil que mili
taire, des Pays- Bas , & le même jour , on dépêcha
courier au Duc d'Aremberg. Le tems du déDECEMBRE.
1748. 187
part du Prince Charles de Lorraine pour Bruxelles
n'eft pas encore fixé . Le Prince Efterhafi arriva ici
de Hollande le 6 , & l'on attend inceffamment le
Feldt- Maréchal Comte de Bathiani , Trois bataillons
duRégiment de Grune ont paffé près de cette
Capitale, en allant en Hongrie.Les Etats de la Haute
Autriche ont confenti à toutes les demandes qui
leur ont été faites par l'Impératrice Reine.
La Maifon de l'Archiduc Jofeph fera formée
après le retour du Feldt- Maréchal Comte de
Bathiani. Le nouveau Confeil a été partagé en
divers Bureaux particuliers pour chaque Province ,
& l'Impératrice Reine a nommé le Comte Netoliski
, Président de celui du Royaume de Bo
heine , le Baron de Wiedman , le Comte de
Schaffgotfch & le Comte d'Andler , Préfidens de
ceux de Moravie , de Stirie & de la Haute Autriche.
Chacun de ces Bureaux connoîtra des differends
qui furviendront dans leurs départemens .
foit entre les Officiers civils , foit entre les mili
taires , & l'on ne pourra appeller de leurs Jugemens
qu'à l'Impératrice Reine. Le Comte Philippe
de Kollowrath prêta ferment le 12 entre les
mains de cette Princeffe , pour la Charge de Suprême
Burgrave du Royaume de Boheme.
O
'
DE BERLIN , le 2 Novembre.
N fit le 17 de ce mois dans l'Hôtel des Inva
lides la Confécration de la Chapelle , qui y a
été conftruite pour les Officiers & foldats des
Communions Lutherienne & Calvinifte , & l'on
fera inceffamment celle de la Chapelle deftinée
aux Catholiques. Quelques jours auparavant , le
Feldt- Maréchal Balkstein alla , avec le Baron de
Hacke & quelques autres Officiers Généraux , vi
188 MERCURE DE FRANCE.
fiter cet Hôtel , & donna les ordres néceffaires
pour la réception des foldats qui doivent y être
admis. Le Roi a fait diftribuer depuis peu une
fomme confidérable aux veuves & aux enfans des
Officiers qui ont été tués pendant la derniere querre.
Le 14 , le Comte de Defneval , Amiral au fervice
du Roi de Dannemarck , arriva en cette Ville.
On mande de Stockholm , que le Marquis de Lanmary
, qui y réfide en qualité d'Ambaffadeur de
France , ayant reçû la nouvelle de la conclufion da
Traité Définitif , figné le 18 du mois dernier à
Aix -la- Chapelle entre Sa Majesté Très- Chré
tienne , fa Majesté Britannique , & la République
des Provinces - Unies , il en donna part auffi- tôt au
Comte de Teffin , Préſident de la Chancellerie .
Les mêmes avis portent que le Roi de Suéde a réfolu
de former pour fa Marine un Corps de Cadets,
femblable à celui qu'il a formé pour fes troupes
de terre.
•
ESPAGNE.
De Madrid , le 19 Novembre.
On Pedro Samaniego , Miniftre du Confeil
des Finances , & Don François Mantels ,
Alcadé de la Cour , ont obtenu , le premier , la
place de Fifcal du Civil , & le fecond, celle defilcal
du Criminel du Confeil de Caftille. Sa Majesté
a envoyé ordre à M. Walle , d'informer les Lords
Régens de la Grande Bretagne , qu'on admettront,
comme avant la guerre , les Navires Angois dans
tous les Ports de la domination d'Espagne Les lettres
de Lisbonne marquent que Don Antoine Gaë
tin de Soufa , Député de la Junte de la Bulle de la
Croifade , & l'un des Cenfeurs de l'Académie Por
DECEMBRE. 174S . 189
gaife , a préfenté au Roi de Portugal le fixiéme
Tome des Preuves de fon Hiftoire Genéalogique
de la Maifon de Bragance.
Don Thomas Pinto Miguel , Régent du Cons
feil de Navarre , a obtenu la place de Miniftre du
Confeil des Finances , vacante par la nomination
de Don Pedre Samaniego , à la Charge de Fifcal
du Confeil de Caftille. Le Roi a nommé Don Salvador
de Bermea , Miniftre furnumeraire du fecond
de ces Confeils. Don André Dies Navarro , Confeiller
du Confeil d'Etat , Fiſcal de celui des Fi- .
nances , & ci-devant des Bâtimens , Arts & Manufactures
, mourut en cette Ville , âgé de foixante
& trois ans . Suivant les nouvelles de Lisbonne
Don Nuno Gaëtan Alvares Pereira de Melo ,
Comte de Tentugal , fils aîné du Duc de Cadaval ,
fe couvrit le 22 du mois dernier en préſence du
Roi de Portugal. Il entra le même jour dans le
Port de Lisbonne une partie de la Flotte qui revient
de la Baye de tous les Saints. Don Leonel
Abreu de Lima , Gentilhomme de la Chambre de
fa Majefté Portugaife , a époufé Dona Anne- Jofephine
Ozores Moſqueta de Heſpanha , fille de feu
Don Benoît Ozores de Souto Mayor. Don Jofeph
Joachim François Herculano de Lima Brandam
d'Alcaçova , & Don Jacques Benoit de Saldagne
de Soufa Menezes , font morts à Liſbonne depuis
quelques jours.
Le 17 de ce mois , jour de l'Anniverſaire de la
naiffance de l'Infante Marie Antoinette , qui eſt
entrée dans la vingtiéme année de fon âge , leurs
Majeftés admirent les Grands à leur baifer la
main . Don Juan Antoine Alvala a obtenu la place
de Fifcal du Confeil des Finances , vacante par la
mort de Don André Diez Navarro. Le Roi a dé.
claré Don François de Cafcajares , Préfident de la
190 MERCURE DE FRANCE.
Chancellerie de Grenade , & a difpofé de la charge
de Corregidor de la Ville de Truxillo , en faveur
de Don Michel Crifpe Ortiz , Ecuyer Cavalcadour
de la Reine. Sa Majefté a accordé au Pere
Feyjoo , Religieux Benedictin , célébre par plufieurs
ouvrages de Philofophie & de Littérature ,
le titre de Confeiller d'Etat , avec les honneurs &
les prérogatives dont les Evêques jouiffent à la
Cour. Don Jerôme Val , Confeiller des Confeils
du Roi , & Secrétaire de la Junte des Bâtimens ,
Arts & Manufactures , mourut en cette Ville le
premier de ce mois , dans la cinquante & uniéme
année de fon âge. Il avoit été Secrétaire de la
Junte de Santé , & enfuite du Gouvernement de
Caftille.
I
ITALIE.
De Rome , le 16 Novembre.
L s'eft tenu une Congrégation pour déliberer
fur une Requête de quelques Miffionnaires du
Levant. Sa Sainteté a reçû une lettre , par laquelie
le Chapitre de l'Eglife Cathédrale de Breflau lui
donne avis que le Roi de Pruffe a exilé l'Archidiacre
de cette Eglife . Les fouterrains , dans lesquels
l'ancienne Ville d'Heraclée eft enſévelie , continuant
d'offrir de plus en plus un riche fond de
monumens , précieux aux yeux des amateurs de
Pantiquité , le Roi des Deux Siciles a réfolu d'augmenter
le nombre des ouvriers qui travaillent à
tirer de ces fouterrains les morceaux les plus
dignes d'être confervés à la poftérité , & pour cet
effet il a demandé qu'on lui envoyât d'ici toutes
les perfonnes les plus expérimentées dans cette efpéce
de recherches. On apprend de Naples , que
DECEMBRE. 1748 . 191
ce Prince a conferé au Prince d'Arragona , fon
Majordome Major , la charge de Président de la
Junte de Sicile.
Le Prince de Viggiaria eft mort à Naples le 18 ,
& Il ne laiffe qu'une fille âgée de deux ans .
DE FLORENCE , le 18 Novembre.
UNvoyage que le Comte Chriftiani a fait ſe- crettement en cette Ville , donne lieu à diverfes
conjectures , dont la plus probable paroît
être qu'il s'agit de donner des quartiers d'hyver
dans ce Grand Duché à quelques troupes de l'Imperatrice
Reine de Hongrie & de Bohême. On
avoit formé le projet de faire d'ici à Bologne un
nouveau grand chemin , dont on ſe promettoit
des avantages confidérables , mais le Comte de
Richecourt , ayant trouvé l'entrepriſe trop difpendieufe
, a ordonné d'interrompre l'ouvrage ,
& de rétablir l'ancienne route , qui moyennant
quelques réparations fera pratiquable pour les
voitures. Le Gouvernement vient de donner un
Edit contre le luxe des Pompes Funébres , lequel
depuis un tems avoit été porté , même par le peuple
, à un excès déraisonnable . Cet Edit régle ,
felon les rangs des défunts , le nombre de Prêtres ,
de domeftiques & de pauvres , qui doivent afliſter
à chaque Convoi ; la quantité de luminaires , qui
y fera employée , & latenture noire qu'on mettra
dans les Eglifes. Il interdit même pour les plus
grands Seigneurs l'uſage des Catafalques & des
Oraifons Funébres, Il permet aux Nobles & aux
Citoyens feulement , de porter le deuil , & il leur
défend de le faire porter par leurs domeftiques
ainfi que de faire drapper leurs équipages,
192 MERCURE DE FRANCE.
DE LIVOURNE , le 21 Novembre,
L s'éleva lezz du mois dernier au foir un ou
ragan des plus violens , qui dura pendant toute
la nuit . Dix Navires , qui étoient à l'ancre dans ce
Port , furent emportés , les uns fur le ſable ,
les autrés
contre des écueils. Après cette tempête , il arriva
ici fept Vaiffeaux Marchands , qu'elle avoit
Léparés d'une Flotte Hollandoife. Les lettres de
Florence marquent qu'on y a fait l'Inventaire des
Effets de la fucceffion de la feue Ducheffe de Parme
, & qu'on attend le retour des Couriers qui
ont été dépêchés aux Cours de Vienne & de Madrid
par la Régence de ce Grand Duché , pour
fçavoir leurs intentions au fujet de ces effets. Ces
Lettres ajoutent qu'on avoit arrêté à Florence une
Dame étrangere , & qu'elle avoit été enfermée
dans une Maifon de Religieufes . On mande de
Rome , que les enfans du Duc de Nivernois , Ambaffadeur
du Roi de France auprès du Saint Siége,
font depuis les de ce mois . y
Le refte de la Flotte Hollandoife , dont il étoit
arrivé ici fept Navires après la tempête du 22 du
mois dernier , s'eft rendu dans ce Port , à l'exception
d'un des Vaiffeaux de guerre dont elle a
été efcortée . Ce Bâtiment a relâché au Golfe de
la Spécie, d'où il eft attendu d'un moment àl'autre.
On a appris que Mrs de Monmartz & Hippolite
avoient eu le 12 leur audience de congé du Dey ,
& que le lendemain ils avoient remis à la voile
pour continuer leur route vers Tunis. L'équipage
du même Vaiffeau a rapporté qu'il étoit forti depuis
peu du Port d'Alger quelques Bâtimens pour
aller en courfe , & qu'ils devoient être fuivis de
plufieurs autres Les lettres de Sardaigne marquent
que les côtes de cette lile , malgré les précautions
qu'on
DECEMBRE . 1748 .. 193
qu'on a prifes pour empêcher que la navigation
n'y fût troublée , font toujours infeftées par un
grand nombre de Corfaires, qui ofent même quelquefois
y tenter des defcentes. Les. Algériens ont
fait auffi fur les côtes d'Efpagne diverfes prifes
qu'ils ont conduites à Alger.
DE PARME , le 17 Novembre.
Lesde boheme défilent fucceffivement, pour re-
Es troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie
tourner en Allemagne , & on affure que cette Princeffe
ne laiffera en Italie que onze Régimens d'Infanterie
& quatre de Dragons . On a fupprimé
l'Hôpital qu'on avoit établi pour ces troupes , &
tous les foldats malades qui y étoient , ont été renvoyés
à leurs Corps. Il eft venu des ordres exprès
de la Cour de Vienne , de prendre foigneufement
garde qu'il ne foit rien détourné des effets de la
fucceffion de la feuë Ducheffe Douairiere de Parme
, & de les remettre en dépôt au Marquis Ubertino
Landi & à la Comteffe Bianco della Somaglia.
Le bruit court que la place de Secretaire d'Etat
de l'Infant Don Philippe eft deſtinée à Don Jofeph
Carpentero , Premier Commis du Bureau des
Affaires Etrangeres en Espagne , & que le Comte
de Sayve , Lieutenant Général des armées de fa
Majefté Catholique , fera nommé Gouverneur de
Plaifance . On attend ces jours- ci à Maffa les équi
pages du Duc de Modene.
L
DE GENES , le 18 Novembre.
E Gouvernement a nommé Meffieurs Pinelli
& Curlo , Nobles Génois , pour affifter aux
conferences qui doivent fe tenir à Nice . Deux
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
autres Nobles font chargés d'établir avec les Commiffaires
du Roi de Sardaigne , les limites ente
les Etats de ce Prince & ceux de la République.
Le Maréchal Duc de Richelieu a envoyé deux
Commiffaires des Guerres à Savone , avec ordre
d'y faire préparer les étapes pour les troupes Françoifes
, mais on ne dit pas encore quand elles e
mettront en marche. Le Marquis d'Ahumada ,
qui commande les troupes Efpagnoles , eft revenu
de Recco. Il a propofé aux Capitaines de quatre
Navires Suédois , de fréter ces Bâtimens , pour
transporter en Catalogne quelques- unes de ces
troupes.
Le Grand Confeil a réfolu le 4 de ce mois ,
d'inferire au Livre d'Or le Marquis d'Ahumada
Commandant des troupes Efpagnoles , mais ce
Lieutenant Général a déclaré qu'il ne pouvoit accepter
cette marque de diftinétion , jufqu'à ce
qu'il en eût la permiffion de fa Majefté Catholique.
Le 6 , le Maréchal Duc de Richelieu fit la
revûe des troupes Françoiles , qui font dans le
Fauxbourg de Saint Pierre d'Arena. Ce Général
eft parti le 9 fur une Galére de la République ,
pour retourner en France . Il s'eft fait accompa
gner d'un de fes Feloucons , afin de pouvoir , fi la
navigation eft troublée par quelque gros tems ,
prendre terre plus facilement le long de la côte.
Depuis fon départ , le Chevalier Chauvelin , Maréchal
de Camp , commande les troupes de
France.
On affûre qu'environ trois mille Espagnols ,
qui étoient prifonniers de guerre dans les Etats de
Imperatrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
font en route depuis quelque tems , pour retourner
en Espagne , & qu'ils viendront s'embarquer
dans ce Port. Les Officiers Allemands , qu'on reDECEMBRE.
1748. 195
tient en cette Ville , jouiffent à préfent de beaucoup
plus de liberté : ils reçoivent des vifites , &
ont même la permiffion d'en rendre. Le Roide
Sardaigne fait travailler à remplacer l'artillerie
qu'il avoit enlevée de la Citadelle de Savone. Un
Ingénieur & l'un de nos plus habiles Jurifconful
tes doivent accompagner Meffieurs Pinelli &
Curlo , nommés pour affifter de la part de la République
aux Conferences de Nice, Le Maréchal
Duc de Richelieu coucha le 9 de ce mois à Savone,
& le lendemain il arriva à Nice , d'où la Galére ,
qui l'y a conduit , eft revenue le 12. Depuis que
ce Général eft parti , le Marquis d'Ahumada a
prétendu que fa Garde , qui jufques- là n'avoit été
que de quinze hommes , devoit être augmentée ,
& le Gouvernement lui a député deux Nobles ,
pour l'aflurer qu'on le conformeroit à fes inten
tions. Quoique le tems foit fort contraire à la navigation
, il arrive ici un grand nombre de Navires.
On a fçu par quelques - uns qui ont touché à Vado ,
qu'il reftoit encore à la rade de ladite Ville , trois
Vaiffeaux de l'Efcadre commandée par l'Amiral
Bing.
DE TURIN , le 19 Novembre.
E Roi eft revenu ici de la Venerie avec le Duc
tion , par laquelle elle a accordé le Régiment de
Montferrat au Comte d'Arigano , Lieutenant Colonel
du Régiment de Lombardie ; celui des Fuftliers
au Chevalier Cuminiane , Colonel de celui
d'Afti , & ce dernier Régiment au Marquis Tana ,
qui en étoit Lieutenant Colonel ; des brevets dé
Colonels au Chevalier de Brifcherafque , Lieurenant
Colonel de celui de la Reine ; au Ghevalier
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
4
Villa , Lieutenant Colonel de celui de Corſe ; au
Chevalier Solar , Lieutenant Colonel des Fufiliers ,
à M. Favier , Lieutenant Colonel du Régiment de
Chablais ; au Marquis de Cirié , Lieutenant Colonel
du Régiment de Turin ; au Baron de Tournai ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Tarantaife ;
au Chevalier de la Trinité , Lieutenant Colonel
des Dragons du Duc de Savoye , au Chevalier de
Revelle , Capitaine dans le Régiment de la Marine,
& au Comte de Viancin , Quartier Maître Géné
ral ; la Lieutenance Colonelle du Régiment de
Montferrat au Chevalier de Saint Martin , Major
du Régiment de Turin ; celle du Régiment de Nice
à M. Pianavia , qui en étoit Major , & celle du
Régiment d'Afti au Comte de Cumiane.
Des brevets de Lieutenans Colonels à M. Jenner
, Major du Régiment de Schullenbourg ; à
M. Delalla , Major des Fufiliers ; au Baron de
Vallerieux , Major du Régiment de Chablais ; au
Chevalier Cacherano , Capitaine dans le Régiment
de la Reine , & au Comte Badat , Capitaine dans
le Régiment de la Marine ; des brevets de Majors
au Chevalier de Belmont , Capitaine dans le Ré
giment de Kalbermatten , à M. Zeydel , Capi
taine dans le Régiment de Schullenbourg ; à M.
Vercellone , Capitaine dans le Régiment de Verceil
; au Chevalier Cename , Capitaine dans le
Régiment de Sicile ; au Chevalier Chiefa , Capi
taine dans le Régiment de Montferrat ; au Chevalier
Malines ; au Chevalier Macello , Capitaine
dans le Régiment de la Reine ; au Marquis de
Cumerano , Capitaine dans les Fufiliers ; au Che
valier Vaflallo Alphino , Capitaine dans le Régi
ment de Saluces ; au Chevalier Leini , Capitaine
dans le Régiment de Piémont, & au Chevalier Mof,
fi , Capitaine dans Piémont Royal Cavalerie,
DECEMBRE. 1745. 197
DE NICE , le 16 Novembre.
A rapidité des eaux du Var , qui eft extrêmement
groffi par l'abondance des pluyes , ayant
emporté le pont qu'on avoit conftruit vis - à- vis du
Bourg de Saint Laurent , le Maréchal Duc de
Belle- Ifle s'eft tranfporté fur les lieux , & il a
ordonné de rétablir ce pont avec le plus de diligence
qu'il feroit poffible. Il vint le 7 de ce mois
au foir un Adjudant du Général Comte de
Browne , pour annoncer à ce Maréchal , que le
Comte de Browne s'embarqueroit le 15 à Livourne
, afin de fe rendre ici . Suivant les nouvelles
de Chamberi , la Cavalerie Efpagnole , qui refte
en Savoye , a ordre de fe tenir prête à marcher.
On compte que d'ici à deux mois , toute l'Infanterie
de la même Nation fe mettra auffi en marche
, & que vers ce tems l'Infant Don Philippe
quittera Chamberi . Les avis reçus de Turin confirment
que de Roi de Sardaigne a déja commencé
à faire une réforme dans fes troupes , & qu'il a rappellé
la plupart de celles qu'il avoit dans l'Etat de
Genes & dans le Duché de Plaifance .
DE CHAMBERY , le 14 Novembre.
PAr un Courier arrivé depuis peu d'Ax - la-
Chapelle , l'Infant Don Philippe a reçu la
copie de l'Acte , par lequel l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme lui cede les Duchés
de Parme , de Plaifance & de Guaftalla . Sa Majefté
Impériale déclare par cet Acte , qu'afin de
remplir les engagemens qu'elle a pris en accedant
au Traité Général & définitif de paix , figné le 18
du mois dernier par les Miniftres Plénipotentiai-
Jes du Roi de France , de Sa Majesté Britannique ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& des Etats Généraux des Provinces Unies , &
dans l'efpérance que Leurs Majeftés Très - Chré
tienne & Catholique , ainfi que l'Infant Don Philippe
& fes fucceffeurs , obferveront de bonne foi
la teneur dudit Traité , elle renonce à tous les
droits qu'elle peut avoir fur les trois Duchés cideffus
nommés , & elle transfere ces droits , dans
la forme la plus folemnelle qu'il foit poffible , à
P'Infant & à fes defcendans mâles , nés en légi
time mariage ; qu'elle dégage les habitans de ces
Provinces du ferment de fidélité qu'ils lui ont
prêté ; que cependant elle entend que ladite dif
pofition ne doit avoir lieu , que dans le cas où l'Infant
Don Philippe & fes defcendans ne monte
ront point fur le Trône d'Espagne ou fur celui
des Deux Siciles , & que dans cette circonstance ,
ainfi que dans celle où ce Prince mourroit fans
laiffer de poftérité mâle , elle fe réferve , tant,
pour elle que pour les fucceffeurs , toutes les,
prétentions fur les Duchés dont il s'agit. Le même
Courier a apporté la copie de l'Acte de ceffion du
Roi de Sardaigne , pour la Ville de Plaiſance &
pour la partie du Plaifantin , qui avoient été cedées
à ce Prince par l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme.
GRANDE BRETAGNE..
De Londres , le 28 Novembre.
A place de premier Commiffaire du Com
par la mort
du Lord Monfon , a été donnée au Comte d'Halifax
, & celle de Grand Maître des Eaux & Forêts
pays en-deçà de la riviere de Frent , au Duc de
Leeds. Le bruit court que le Comte de Sandwich
du
DECEMBRE. 1748. 199
premier Miniftre Plénipotentiaire du Roi aux
Conférences d'Aix - la - Chapelle , fera nommé
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere. Il cft vent
de Madrid un Courier , par lequel M. Walle a
appris que tous les ports d'Efpagne étoient ouverts
aux Navires Anglois. Les Commiffaires de la
Trésorerie ont fait tirer de l'Echiquier trois cens
foixante- quinze mille livres fterlings , pour le
payement de l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Bing , de laquelle le Bureau de l'Amirauté a mis
hors de commiffion les Vaiffeaux l'Antelope , PEdimbourg
, le Ruffel , l'Inverneſs , le Bedfort , le
Chatham , le Lion & le Montaigu. Le Gouvernement
a pris la ſemaine derniere à fon fervice vinge
nouveaux Bâtimens de tranfport , deſtinés à ra
mener en Angleterre les troupes Britanniques qui
font dans les Pays- Bas , d'où l'on mande que
le si
les troupes Hanoveriennes ont commencé à fe
mettre en mouvement pour retourner en Allemagne.
Le Général Honeivood eft chargé de licencier
les Régimens de Marine , & le foin de ce qui
regarde la réforme des autres troupes , eft confié
aux Généraux Howard & Offarell . S. M. a recommandé
auChapitre de l'Eglife Cathédrale de S.Paul,
pour être élû Evêque de Londres, l'Evêque de Salif
buri, en faveur duquel elle a difpofé de la place de
Doyen de la Chapelle Royale. Le 9 , le Chevalier
Calvert , nouveau Lord Maire de cette Ville ,
étant accompagné des Aldermans & des Scheriffs
fe rendit par eau à la Salle deWeftminster, & prêta
ferment à la Barre de l'Echiquier .
Selon ce qu'a rapporté l'équipage d'un Navire ,
revenu depuis peu de Louifbourg , le Vaiffeau de
guerre le Glasgow , qui y portoit les derniers ordres
pour l'entiere évacuation du Cap Breton , y
eft arrivé le 3 du mois de Septembre. On s'attend
Liiij
200 MERCURE DE FRANCE.
à recevoir inceffamment la nouvelle que les François
ont été remis en poffeffion de cet établiſſement.
Les Seigneurs , qui doivent fervir d'otages
à la France , font le Comte de Suflex & le Lord
Catchart. Le bruit court que le Prince Stathouder
des Provinces Unies , auffitôt que les affaires
de cette République pourront le permetre ,
fera
un voyage en Angleterre . Les Régimens de Ma,
rine de Pawlett , de Cornwall , de la Ferrier & de
Cockran , ont été congediés. Deux Régimens
d'Infanterie doivent aller relever à Gibraltar & à
Port-Mahon les troupes qui y font en garnifon
depuis quelques années. Les Commiffaires de
l'Amirauté ont ordonné d'équiper deux Vaiffeaux
de guerre , de foixante canons , deux de quarante,
& trois de vingt , qu'ils deftinent à proteger le
commerce de Nation en Amerique , d'où ils
doivent faire revenir les autres Efcadres qui y ont
été employées pendant la guerre. Il est déja entré
dans nos Ports plus de deux mille balots de laine
d'afpagne. Vingt mille Ouvriers font occupés dans
le Comté de Mancheſter , à préparer des futaines
que nos Négocians fe propofent d'envoyer dans
les pays de la domination de Sa Majesté Catholique
. On affure que le Comte de Rochefort fe
rendra à Drefde en qualité d'Ambaffadeur de Sa
Majefté
Une partie des équipages du Roi eft de retour ,
& les Seigneurs Regens ont reçu de Hanover un
courier , qui a rapporté que Sa Majesté en étoit
partie avant- hier . On écrit d'Edinbourg , que le
Régiment de Handafyde eft arrivé à Aberdeen.
Celui de Battereau fut congedié le 9 à Stirling .
Deux Régimens de Marine , de l'un defquels le
Lieutenant Général Churchill étoit Colonel , ont
été aufli réformés. Quatre Compagnies du RéDECEMBRE.
201-
1748 .
A
giment de Dragons du Lord Marckerr ont été
mifes en garnifon dans la Ville d'Yorck , & l'on a
diftribué des quartiers dans les environs au refte
de ce Régiment. Il a été ordonné par le Comte de
Harrington , Viceroi d'Irlande , à tous les Offi
ciers des troupes fur l'é abliffement de cette partie
de la Grande Bretagne , d'aller joindre leurs Corps.
Le 22 , le train d'artillerie Angloife , qui a été employé
dans les Païs - Bas , arriva à Wolwich à bord
de trois Bâtimens de tranſport , avec les Canotiers
& les Bombardiers . On a reçu avis que le
17 du mois de Février l'Amiral Griffin étoit à Bengale
avec les Vaiffeaux de guerre la Princeſſe Marie
, Yorck , & le Medway , chacun de foixante
canons ; le Harwich , de cinquante ; le Prefton ,
l'Eltham , & la la Prife du Medway ,de quarante;
te Lively , de vingt , & les Navires de la Compa
gnie de la mer du Sud l'Oxford , le Colchester , le
Winchelsea, l'Exceter , le Benjamin, & le Bombay
Caftle . Les mêmes lettres marquent que cet Amiral
avoit pris au fervice de Sa Majefté , pour les
employer dans une expédition qu'il méditoit , les
Batimens le Vrai Breton , le Prince Guillaume &
le Portobello , appartenans à la Compagnie des
Indes Orientales , lefquels font arrivés au Fort
S. David. Par les dernieres nouvelles de Lisbonne
, on a appris que le Navire le Warwick y a retâché
, en revenant de Bengale. On craint qu'il
ne foit obligé de décharger fa cargaison en Porrugal
, parce qu'il a une voye d'eau . Le Pacquetbot
le Saint Georges , étant parti du Fort Saint
David le 18 Avril , eft attendu ici d'un jour à¹
Pautre . Plus de vingt Bâtimens , chargés de grains,
ont fait voile des Dunes pour Marſeille. L'ouver
ture du Parlement fe fera le 10 du mois prochain ::
on doute qu'il approuve aucun des projets propofés
pour acquitter les dettes de la Nation , lefquel
202 MERCURE DE FRANCE.
les montent actuellement à plus de quatre - vingt.
millions de livres fterlings , & il y a apparence
qu'il fe contentera de rembourfer chaque année
une partie des fommes empruntées par l'Etat . On
parle de porter un Bill contre les Marchands qui
falfifient le vin ou qui le contrefont , & dont le:
nombre eft extrêmement confiderable , puiſqu'il
entre quarante fois moins de vin dans la Grande-
Bretagne , qu'il ne s'y confomme de boiflon por
tant ce nom. Malgré ce qui a été publié , il n'y
aura point l'année prochaine de foufcriptions
Rour les fubfides.
L
PAYS - BAS.
De la Haye , le 29 Novembre.
Es Députés , qui étoient venus ici pour exé
cuter une commiffion des Magiftrats du Pays
de Drenthe , ont eu audience du Prince Stathouder.
Ce Prince a conferé à M. Lambert la Charge
de Secretaire des Etats du Comté de Zutphen , qui
wacquoit par la mort de M: Jean Othon- Van-
Haffelt. Ila nommé MM. Van-Cafteele , de Sommerlatte
, & de Porte , Colonels Commandans ,
le premier du Régiment d'Infanterie du Comte de-
Elodorff Wartenfleben ; le fecond , du Régiment
de Rechteren , & le troifiéme , du Régie
ment de Soute , & il a accordé un brevet de Co
lonel à M. Beat Louis de Sturler , Lieutenant
Colonel d'un Régiment Suiffe ; la Lieutenance
Colonelle du Régiment de Flodorff Warrenleben
M. de Balfour ; celle du Régiment de Rechteren
au Baron de Hadell ; celle du Régiment Suiſſe
de Graffenried à M. Louis Samuel Pratoman ; des
brevets de Lieutenans Colonels à M. François-
Louis Sturler , & à M. Charles Lullin , Capitainedune
Compagnie de. Chaffeurs ; la place de Ma
DECEMBRE . 1748 . 203
jor du Régiment de Flodorff Wartenfleben an
Baron de Dopff , & celle de Major du Régiment
de Rechteren au Baron de Rofen. Le 1s
de ce mois , le Prince Stathouder afſiſta aux déliberations
de la Cour de Juftice de Hollande. Les
Commiffaires , que ce Prince avoit envoyés à
Gorcum , s'y font acquittés de la commiffion dont
il les avoit chargés. Ils y ont laiffé fubfifter la Régence
qui y étoit établie , & ils ont ajoûté feule .
ment fept Confeillers à ceux dont elle étoit compofée
. Ces Commiffaires font allés à Sconhoven ,,
pour y régler auffi diverfes affaires qui concernent
le Gouvernement & la Police de la Ville .
Le Roi de la Grande Bretagne n'eſt attendu dans
ce pays que vers la fin de ce mois . Après que Sa
MajeftéBritannique fe fera embarquée àHellevoet--
Sluys , pour repaffer en Angleterre , le Prince Sta
thouder fera , dit-on , un voyage en Frife.
Hier à cinq heures du foir , le Roi de la Grande
Bretagne arriva de Hannover à Utrecht . Un cou
rier extraordinaire apporta d'Aix la Chapelle le
2-3 de ce mois les Ratifications du Traité Défi
nitif de Paix , fignées par le Roi de France , par
Sa Majefté Catholique , par l'Imperatrice Reine
de Hongrie & de Boheme , par le Roi de la
Grande Bretagne & par les Etats Généraux des
Provinces Unies . Le Comte de Bentinck , premier
Miniftre Plénipotentiaire de cette République ,
eft revenu de la même Ville , ainfi que le Comte
de Sandwich , premier Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Britannique. Ils ont eu l'un & l'au
tre l'honneur de rendre leurs refpects au Prince
Stathouder , & le premier doit retourner inceffamment
à Aix la Chapelle: Ces jours derniers ,
M. d'Ayrolles , Réfident d'Angleterre , prefenta
un Mémoire aux Etats Généraux . Les Députés des
Etats de Hollande & de Weftfrife reprirent avant-
I vj.
204 MERCURE DE FRANCE.
८
hier leurs déliberations . On affure que les Etats
Généraux enverront dans peu un Miniftre à la
Cour du Roi des Deux Siciles. Le Duc de Neuwe
caftle , en paffant à Grave , a eu une conference
avec le Duc de Cumberland , & s'étant rendu
icile 26 , il a été admis le même jour à l'audience
du Prince Stathouder & à celle de la Princeffe de
Naffau. Le Baron de Waffenaer & le Confeiller
Pauw font allés à Sciedam , pour y exécuter une
commiffion concernant le changement des Magiftrats
. I paroît une Ordonnance du Prince.
Stathouder , par laquelle ileft enjoint aux Commandans
des Régimens , d'envoyer tous les fix
mois des notes exactes de l'état des Corps qui
font fous leurs ordres , & de rendre compte en
même tems de la conduite des Officiers qui y
font employés Ce Prince a accordé un brevet de
Colonel à M. Henri Sprecher , Lieutenant Colc
nel du Régiment de Planta. La Place de Confeiller
de la Ville de Ter Veer , vacante par la
mort du Comte Guillaume de Flodroff Wartenfleber,
a été conferée à M. Jacques Marin de Beaufort.
Suivant les nouvelles reçues de Zutphen , il
y a eu , pendant le ya peu de fejour que le Régi
ment Hanoverien de Middagten y a fait en retournant
en Allemagne , quelques voyes de fair
antre ce Régiment & celui de Burmania .. Une in
fulte commile par un Sergent du premier de ces
Corps irrita tellement tous les foldats du Régi
ment de Burmania , que malgré tous les efforts de
urs Officiers , ils chargerent le Régiment Hano
vorien , tuérent trois hommes , & en blefferentvingt-
deux. Les Etats de la Province d'Over Ifiel ,,
après avoir inutilement cherché les moyens de
fuppléenaus Fermes abolies , ont pris la réfolu
1 tim da les rétablit , & ils ont fait quelques nouwala
Réglemens, gaun remedien aux abus, qui,
DECEMBRE. 1748. 205
s'étoient introduits dans la perception des droits ,
& pour en empêcher les vexations des Fermiers.
M. Abraham Aker floot , Vice - Amiral de Hollande
& de Weſtfriſe , eſt mort à Harlem le 25 , âgé de
foixante & un ans.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 17 du mois dernier , la Ducheffe de Penthievre
accoucha d'un Prince qui a été nommé le
Duc de Châteauvilain.
La Frégate le Triton , expédiée le 12 Avril de
Eine de France , & arrivée à l'Orient le 5 du mois.
dernier , a apporté à la Compagnie des Indes les
pouvelles fuivantes.. L'Amiral Griffin avec cinq
Vaiffeaux de 50 à 60 canons , & avec quelques
Navires marchands armés en guerre , a tenu la
core de Coromandel , & croifé dans le Golfe de
Bengale jufqu'à la fin d'Octobre de l'année der
piere , mais fans faire aucune prife , & fans rien
entreprendre contre les Etabliffemens François .
Cette Escadre n'étoit point encore de retour à la
côte de Coromandel dans les premiers jours de
Javier 1748 , & l'on ignoroit dans quels Ports.
de la partie de l'Eft elle avoit paffé les mois de
Novembre & Décembre . Ce que l'on sçavoit pofitivement
, c'eft que plufieurs des Vaiffeaux , dont
alle étoit compofée , avoient beaucoup fouffert par
les coups de vent du mois d'Octobre , & que leurs
équipages étoient confidérablement diminués ..
Borfque le Triton a fait voile de l'Ile de France ,
it .Vaiffeaux dont, trois du Roi , & cinq de Tat
Compagnie armés en guerre,, dans le nombre def
206 MERCURE DE FRANCE.
quels étoit le Centaure , monté de quatre vinge
canons , devoient partir dans le courant du mois
pour aller porter à Pondichery les fecours en troupes
& en munitions de toutes efpeces , dont cette
Place pouvoit avoir beſoin , & M. David , Gouverneur
des Iles de France & de Bourbon , avoit élevé
plufieurs nouvelles batteries , & acheve de
prendre toutes les précautions néceffaires pour
mettre les deux Ifles à l'abri de toute infulte . Le
Gouverneur attendoit à chaque inftant trois autres
Vaiffeaux du Roi & plufieurs de la Compa
gnie , pour les joindre aux huit Vaiffeaux ci - deffus
, ou pour les envoyer peu après à la même
deftination de Coromandel & du Gange . Par le
même courier de l'Orient , la Compagnie a appris
que fes Vaiffeaux le Penthiévre , la Baleine & le
Malo , qui avoient été féparés de l'Achille & de
l'Argonaute , récemment arrivés , font de retour.
La Frégate la Valeur , appartenante également à
la Compagnie , & qui vient de Saint Domingue ,.
eft auffi entrée dans le Port de l'Orient le même
jour que le Triton.
Le Roi , qui s'étoit renda de Fontainebleau à
Choify le 17 du mois dernier , revint à Verſailless
le 23. La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine & Meldames de France , y
étoient arrivés le 20 .
M. Morofini , Ambaffadeur ordinaire de la Ré--
publique de Venife , lequel eft arrivé depuis quelques
jours à Paris , alla à Verfailles le 26 du mois
dernier avec M. Tron , Ambaffadeur de la même
République , auquel il fuccéde , & il eut une au
dience particuliere du Roi , & enfuite de la Reine ,
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France , étant conduits
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
DECEMBRE. 1748 207
Le même jour M. Tron , Ambaffadeur de la
même République , eut une audicence particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de Sa Majeſté.-
Il fut conduit à cette audience par le même Introducteur
, qui le conduifit enfuite à l'audience:
de la Reine & à celles de Monfeigneur le Dau .
phin , de Madame la Dauphine & de Mesdames ,
de France.
Le Comte de Suffex & le Lord Garchart , que le
Roi de la Grande Bretagne a envoyés en France
pour y demeurer en qualité d'Otages , conformé
ment à l'aticle IX . du Traité définitif de paix
figné à Aix- la -Chapelle le 18 Octobre dernier, eurent
le 27 Novembre l'honneur d'être préfentés au
Roi , & de remettre à Sa Majeſté une Lettre de Sa
Majefté Britannique ..
}
L'échange des ratifications du Traité définitif
de paix , fignées par le Roi , par le Roi d'Efpagne ,
par le Roi d'Angleterre , par l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , & par les Etats Géné
raux des Provinces- Unies , fut fait à Aix -la-Chapelle
le 19 & le 20 du mois dernier , par les Miniftres
Plénipotentiaires refpectifs de ces cinq Puiffances
, qui ayant toutes le même empreffement à
rendre à l'Europe une parfaite tranquillité, ne tar
deront pas à donner leurs ordres pour la publica
tion de la paix.
Le 29 du mois dernier, pendant la Meffe du Roi,.
le Pere Boutteville , Abbé de l'Abbaye de Châ
tillon , Ordre de Citeaux , Diocèſe de Verdun
prêta ferment de fidélité entre les mains de S. M.
Le premier de ce mois , premier Dimanche de
Avent , le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après-midi , leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dau
phine, & de. Mefdames de France , affifterent
208 MERCURE DE FRANCE.
la Prédication de l'Abbé Joffet , Chanoine de PEglife
Cathedrale de Metz . Le même jour , le
Roi prit le deuil pour la mort de la Ducheffe
Douairiere de Parme.
Le 28 du mois dernier , le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , fir dans la Plaine des
Sablons la revue du Régiment des Uhlans. Madame
la Dauphine & Meldames de France fe
trouverent à cette revûe.
Le premier du mois dernier , Sa Majefté accorda
au Comte de la Vauguyon , Maréchal de
Camp , l'un des Menins de Monfeigneur le Dauphin
, le renouvellement de la permiffion don
née en 1661 à fa famille , de " faire élever un
tombeau dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de
Saint Denis , à la mémoire de fon grand oncle paternel
le feu Marquis de Saint Megrein , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Viceroi & Commandant
en Chef en Catalogne , & Capitaine
des Chevaux-Legers de la Garde , tué au con
bat du Faubourg Saint Antoine , & que le feu Roi
fit inhumer dans le tombeau des Rois , après lui
avoir fait faire un fervice folemnel à fes dépens ,
pour honorer ainfi par la diftinction la plus glorieufe
fon courage & les importans fervices qu'il
avoit rendus à l'Etat.
On a appris par un Courier dépêché de Madrid
, que Madame , époufe de l'Infant Dom Phi-
Appe , en étoit partie le 26 du mois dernier , pour
fe rendre en France.
Suivant les avis reçus de Naples , la Reine des
Deux Siciles eft accouchée d'un fecond Prince ,
qui a été nommé le Prince de Tarente.
Les nouvelles . d'A' x la Chapelle portent que
Tes Miniftres Plénipotentiaires du Roi de Sardaigue
ont remis le 30 du mois dernier les Ratifica
sions.du. Traité définitif,fignées par ce Prince, &
DECEMBRE. 1748. 209
uls les ont échangées avec celles des autre
Puiffances.
On écrit de Londres , que le Roi de la Grande
Bretagne , qui a fait voile de Hallevoet Sluis le
2 de ce mois , étoit arrivé le lendemain au foirfur
la côte de Kent ; qu'il y étoit débarqué près de
Margate avec beaucoup de difficulté à cause d'un
vent d'Oueft qui éloignoit les Vaiffeaux de la ter-
& que Sa Majesté s'étoit rendue à Londres le.
à deux heures du matin .
re ,
4
TRAITE' général & définitif de Paix.
Au nom de la très - fainte & indiviſible Trinité ,
Pere , Fils & Saint - Efprit . Ainfi foit- il .
>
Oit notone a tous ceux qu'il appartiendra ou peut
appartenir en maniere quelconque. L'Europe
voit luire le jour que la Frovidence divine avoit marqué
pour le rétabliſſement de fon repos : une paix générale
fuccede à la longue & fanglante guerre qui s'étoit
élevée entre le Sénériffime & très- puiſſant Prince
Louis X V. par la grace de Dieu , Roi Très Chrétien
de France & de Navarre , d'une part ; le Séréniffime
tres-puiſſant Prince Georges II. par la grace de
Dieu , Roi de la Grande Bretagne , Duc de Brunf
wick & de Lunebourg , Archi-Tréforier & Electeur
du Saint Empire Romain ; & la Séréniffime &
très-puiflante Princeffe Marie - Therefe ,par la grace
de Dieu , Reine de Hongrie de Boheme , c.
Impératrice des Romains , de l'autre ; comme auffi
entre le Séréniffime très-puissant Prince Philippe V.
par la grace de Dieu, Roi d'Elpagne & des Indes (de
glorieuse mémoire, ) après fon décès , le Séréniffime
très -puiffant Prince Ferdinand VI . par la grace de
Dieu , Roi d'Efpagne & des Indes , d'une part ; le
Ri de la Grande Bretagne , l'Impératrice Reine da
Hongrie & de Boheme , & le Séréniffime & très210
MERCURE DE FRANCE.
Puissant Prince Charles-Emmanuel III. par la grace
de Dieu , Roi de Sardaigne , de l'autre ; à laquelle
guerre s'étoient intéreffés les hauts & puiffans Seigneurs
les Etats Généraux des Provinces-Unies des
Pays - Bas, comme auxiliaires du Roi de la Grande Bre
tagne, de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , le Séréniffime Duc de Modene , la
Séréniſſime République de Génes , comme auxiliaires
du Roid'Espagne,
Dieu dans fa miféricorde afait connoître à toutes
ees Puiffances en même tems la voye par laquelle il
voulou qu'elles fe réconciliaffent & rendiſſent la tran
quillité aux peuples qu'il a foumis à leur gouvernement
elles ont envoyé leursMiniftres Plénipotentiaires
à Aix la-Chapelle, où ceux du Roi Très Chrétien , du
Roi de la Grande Bretagne & des Etats Généraux
das Provinces- Unies , étant convenus des conditions
préliminaires d'une pacification générale , & ceux du
Roi Catholique, de l'Impératrice Reine de Hongrie
de Boheme , du Roi de Sardaigne , du Duc
de Modene de la République de Génes , y ayant
accedé , une ceffation générale d'hoftilités par mer
par terre en eft heureusement refultés . A l'effet
de confommer dans le même lieu d'Aix- la - Chapelle
Le grand ouvrage d'une paix auffi convenable à tous
que felide , les hauts Contractans ont nommé, commis
muni de leurs pleins -pouvoirs les très illuftres &
très - excellens Seigneurs , pour leurs Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaires : fça
voir , Sa facrée Majesté Très - Chrétienne , les
Seigneurs Alphonfe-Marie - Louis , Comte de Saint
Severin d'Arragon , Chevalier de fes Ordres ;
Jean Gabriel de la Porte du Theil , Chevalier de
P'Ordre de Notre - Dame de Mont Carmel & de S.
Lazare deJerufalem, Confeillerdu Roi en fes Confeils ,
Secrétaire de la Chambre & Cabinet de ja Majefté ,
des Commandemens de Monseigneur le Dauphin
DECEMBRE. 1748. 211
e Mefdames de France ; Sa facrée Majesté Britan
que , les Seigneurs Jean , Comte de Sandwich ,.
Vicomte de Hinchinbrock , Baron Montagu de S.
eols , Pair d'Angleterre , premier Seigneur Comriſſaire
de l'Amirauté , l'un des Seigneurs Régens du
Royaume, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès des Sei
neurs Etats Généraux des Provinces Unies ;
Sa
Thomas Robinſon , Chevalier du très -honorable Ordre
du Bain, & fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
Sa Majefté l'Empereur des Romains de Sa Ma
jesté l'Impératrice Reine de Hongrie de Boheme ;
facréeMajeftéCatholique , le Seigneur Don Jacques .
Maffones de Lima y Sotto Major , Gentilhomme de
La Chambre de Sadie Majefté Catholique , & Maré
chal de Camp de fes Armées ; Sa facrée Majefté l'Im
pératrice Reine de Hongrie de Boheme , le Sei
gneur Winceflas- Antoine , Comte de Caunitz - Ritt
berg, Seigneur de Effens , Heverfdorf , Wittmund,
Aufterlts , Hungriſchbrod, Wiete , &c. Confeiller
d'Etat intime actuel de Leurs Majeftés Impériales ; Shi
Sacrée Majefté le Roi de Sardaigne , les Seigneurs Don
Jofeph Offorio , Chevalier Grand- Croix Grand
Confervateurde l'Ordre Militaire des Saints Maurice
Lazare , Envoyé Extraordinaire auprès de Sa
Majefté le Roi de la Grande Bretagne , & Jofeph
Borré, Comte de la Chavanne , føn Confeiller d'Etat,
fon Miniftre auprès des Seigneurs Etats Généraux
des Provinces- Unies: Les Hauts & Puiffans Seigneurs
Les Etats Généraux des Provinces Unies ,les Seigneurs
Guillaume, Comte de Bentinck , Seigneur de Rhoon
de Pendrecht , du Corps des Nobles de la Province
de Hollande de Weft Frife , Curateur de l'Univerfité
de Leyden , &c. Frederic Henri , Baron de
Waffenaer , Seigneur de Catwick & Zand , du
Corps des Nobles de la Province de Hollande & de:
Wit-Frife, Hoogheemraade de Rhinland , & c. Ge ,
mard Aarnoud Haffelaar , Bourguemeftre & Confeil
212 MERCURE DE FRANCE.
ler de la Ville d'Amfterdam , Directeur de la Compa
gnie des Indes Orientales : Jean , Baron de Bor
fele , premier Noble, & représentant la Nobleffe da
les Etats , au Confeil à l'Amirauté de Zelande,
Directeur de la Compagnie des Indes Orientales
Onno Zwier de Haren , Grietman de Weftelling
werf , Confeiller Député de la Province de Frife , &
Commissaire Général de toutes les troupes Suiffes &
Grifonnes au fervice d -fdits Seigneurs Etats Géne
raux , & Députés refpectifs à l'Affemblée des Etars
Généraux,& au Confeil d'Etat, de la part des Provinces
de Hollande & de Weft - Frife , de Zélande
& de Frife : le Séréniffime Duc de Modene , M. le
Comte de Monzone , fon Confeiller d'Etat , & Colonel
à fon fervice , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de Sa MajestéTrès Chrétienne : la Séréniffime
République de Genes , M. François , Marquis Doria
: lefquels après s'être duement communiqué leurs
pleins-pouvoirs en bonne forme , dont les copies font
ajoutées à la fin du préfent Traité , & avoir conféré
fur les divers objets que leurs Souverains ont jugé devoir
entrer dans cet inftrument de paix générale , font
convenus des articles , dont la teneur s'enfuit.
ART. I. Il y aura une paix chrétienne , univerfelle
& perpétuelle , tant par mer que par terre , &
une amitié fincere & conftante entre les huit Fuiffances
ci- deffus nommées , & entre leurs héritiers
& fucceffeurs , Royaumes , Etats , Provinces ,
Pays , Sujets & Vaflaux de quelque qualité &
condition qu'ils foient , fans exception de lieu ni
de perfonne , en forte que les hautes Parties contractantes
apportent la plus grande attention à
maintenir entre elles & leurfdits Etats & Sujets
cette amitié & correfpondance réciproque , fans
permettre que de part ni d'autre on commette aucune
forte d'hoftilités , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce puifle être , & évitant
DECEMBRE. 1749. 213
out ce qui pourroit altérer à l'avenir l'union heueufement
rétablie entre elles , & s'attachant au
ontraire à procurer en toute occafion ce qui pouroit
contribuer à leur gloire , intérêts & avantages
nutuels, fans donner aucun fecours ou protection
directement ni indirectement , à ceux qui vou.
Iroient porter quelque préjudice à l'une où l'autre
lefdites hautes Parties contractantes .
II. Il y aura un oubli général de tout ce qui
pû être fait ou commis pendant la guerre qui
vient de finir , & chacun au jour de l'échange des
ratifications de toutes les Parties fera conferve ou
remis en poffeffion de tous fes biens , Dignités ,
Bénéfices Eccléfiaftiques , honneurs & rentes
dont il jouiffoit ou devoit jouir au commencement
de la guerre , nonobftant toutes les poffeffions ,
faifies ou confifcations occafionnées par ladite
guerre.
III. Les Traités de Weftphalie de 1648 ; ceux
de Madrid , entre les Couronnes d'Angleterre &
d'Espagne de 1667 & de 1670 , les Traités de paix
de Nimegue de 1678 & de 1679 ; de Rifwick de
1697 ; d'Utrecht de 1713 ; de Bade de 1714 ;
Traité de la Triple alliance de la Haye de 1717
celui de la Quadruple alliance de Londres de 1718 ;
& le Traité de paix de Vienne de 1738 , fervent
de bafe & de fondement à la paix générale & au
préfent Traité , & pour cet effet, ils font renouvel
lés & confirmés dans la meilleure forme, & comme
s'ils étoient inférés ici mot à mot ; en forte qu'ils
devront exactement être obfervés à l'avenir dans
toute leur teneur , & religieufement exécutés de
part & d'autre , à l'exception cependant des points
auxquels il eft dérogé par le préfent Traité,
IV. Tous les prifonniers faits de part & d'au
tre , tant fur terre que fur mer , & les ôtages exigés
ou donnés pendant la guerre , & juſqu'à eg
212 MERCURE DE FRANCE.
ler de la Ville d'Amfterdam , Directeur de la Compa
gnie des Indes Orientales : Jean , Baron de Borfele
, premier Noble , représentant la Nobleffe dans
les Etats , au Confeil & à l'Amirauté de Zelande ,
Directeur de la Compagnie des Indes Orientales; <
Onno Zwier de Haren , Grietman de Weſtelling.
werf , Confeiller Député de la Province de Frife , &
Commiffaire Général de toutes les troupes Suiffes &
Grifonnes au fervice defdits Seigneurs Etats Géné
raux , & Députés respectifs à l'Affemblée des Etats
Généraux, & au Confeil d'Etat, de la part des Provinces
de Hollande de Weft- Frife , de Zélande
& de Frife : le Séréniffime Duc de Modene , M. le
Comte de Monzone , fon Confeiller d'Etat , & Colonel
à fon fervice , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de Sa MajestéTrès Chrétienne : la Šéréniſſime
République de Genes , M. François , Marquis Doria
: lefquels après s'être duement communiqué leurs
pleins-pouvoirs en bonne forme , dont les copies font
ajoutées à la fin du préfent Traité , & avoir conféré
fur les divers objets que leurs Souverains ont jugé devoir
entrer dans cet inftrument de paix générale ,font
convenus des articles , dont la teneur s'enfuit.
ART. I. Il y aura une paix chrétienne , univerfelle
& perpétuelle , tant par mer que par terre , &
une amitié fincere & conftante entre les huit Puiffances
ci- deffus nommées , & entre leurs héritiers
& fucceffeurs , Royaumes , Etats , Provinces
Pays , Sujets & Vaflaux de quelque qualité &
condition qu'ils foient , fans exception de lieu ni
de perfonne , en forte que les hautes Parties contractantes
apportent la plus grande attention à
maintenir entre elles & leurfdits Etats & Sujets
cette amitié & correfpondance réciproque , fans
permettre que de part ni d'autre on commette aucune
forte d'hoftilités , pour quelque caufe & fons
quelque prétexte que ce puifle être , & évitant
DECEMBRE. 174S . 213
tout ce qui pourroit altérer à l'avenir l'union heureufement
rétablie entre elles , & s'attachant an
contraire à procurer en toute occafion ce qui pourroit
contribuer à leur gloire , intérêts & avantages
mutuels, fans donner aucun fecours ou protection
directement ni indirectement , à ceux qui vou
droient porter quelque préjudice à l'une où l'autre
defdites hautes Parties contractantes.
II. Il y aura un oubli général de tout ce qui a
pû être fait ou commis pendant la guerre qui
vient de finir , & chacun au jour de l'échange des
ratifications de toutes les Parties fera confervé ou
remis en poffeffion de tous fes biens , Dignités ,
Bénéfices Eccléfiaftiques , honneurs & rentes
dont il jouiffoit ou devoit jouir au commencement
de la guerre , nonobftant toutes les poffeffions ,
faifies ou confifcations occafionnées par ladite
guerre.
III. Les Traités de Weftphalie de 1648 ; ceux
de Madrid , entre les Couronnes d'Angleterre &
d'Espagne de 1667 & de 1670 ; les Traités de paix
de Nimegue de 1678 & de 1679 ; de Riſwick de
1697 ; d'Utrecht de 1713 ; de Bade de 1714 ;
Traité de la Triple alliance de la Haye de 1717 ;
celui de la Quadruple alliance de Londres de 1718;
& le Traité de paix de Vienne de 1738 , fervent
de bafe & de fondement à la paix générale & au
préfent Traité , & pour cet effet, ils font renouvel
lés & confirmés dans la meilleure forme , & comme
s'ils étoient inférés ici mot à mot ; en forte qu'ils
devront exactement être obfervés à l'avenir dans
toute leur teneur , & religieufement exécutés de
part & d'autre , à l'exception cependant des points
auxquels il eft dérogé par le préfent Traité,
IV. Tous les prifonniers faits de part & d'au
tre , tant fur terre que fur mer , & les ôtages exigés
ou donnés pendant la guerre , & jufqu'à ca
214 MERCURE DE FRANCE .
jour, feront reftitués fans rançon dans fix femaines
au plus tard , à compter de l'échange de la ratifi
cation du préfent Traité , & l'on y proceden
immédiatement après cet échange ; & tous le
Vaiffeaux tant de Guerre que Marchands , qui au
ront été pris depuis l'expiration des termes conve
nus pour la ceffation des hoftilités par mer , feron
pareillement rendus de bonne foi , avec tous leur
équipages & cargaifons ; & il fera donné de part &
d'autre des sûretés pour le payement des dettes ,
que les prifonniers ou ôtages auroient pû contracter
dans les Etats, où ils auront été détenus juſqu'à leur
entiere liberté .
V. Toutes les conquêtes qui ont été faites depuis
le commencement de la guerre , ou qui , depuis
la conclufion des articles préliminaires fignés
le 30 du mois d'Avril dernier , pourroient avoir
été ou être faites , foit en Europe , foit aux Indes
Orientales , ou en quelque partie du monde que ce
foit , devant être reftituées fans exception , confotmément
à ce qui a été ftipulé par lefdits articles
préliminaires , & par les déclarations fignées depuis,
les hautes Parties s'engagent à faire inceffamment
proceder à cette reftitution , ainfi qu'à la
mife en poffeffion du Séréniffime Infant Don Phi
lippe , dans les Etats qui lui doivent être cédés
en vertu defdits préliminaires , lesdites Parties renonçant
folemnellement, tant pour elles que pour
leurs héritiers & fucceffeurs , à tous droits & prétentions
, à quelque titre & fous quelque prétexte
que ce puifle être , à tous les Etats , Pays &
Places , qu'elles s'engagent respectivement à reftituer
ou à ceder , fauf cependant la réverfion ftipulée
des Etats cedés au Séréniffime Infant Don
-Philippe .
V I. Il eft arrêté & convenu que toutes les reftitutions
& ceffions refpectives en Europa feront
DECEMBRE . 1748. 215
Entierement faites & exécutées de part & d'autre
lans l'espace de fix femaines , ou plutôt fi faire ſe
beut , à compter du jour de l'échange des ratificaions
du préfent Traité , de toutes les huit Parties
i deffus nommées ; de forte que dans le même
terme de fix femaines , le Roi Très - Chrétien remettra
tant à l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , qu'aux Etats Généraux des Provinces.
Unies , toutes les conquêtes qu'il a faites ſur eux
pendant la guerre.
L'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme
fera remife en conféquence dans la pleine & paifible
poffeffion de tout ce qu'elle a poffedé avant la
préfente guerre dans les Pays-Bas & ailleurs , fauf
ce qui eft reglé autrement par le préſent Traité.
Dans le même tems , les Seigneurs Etats Généraux
des Provinces Unies feront remis dans la pleine &
paifible poffeffion , & telle qu'ils l'avoient avant la
préfente guerre , des Places de Berg - op - Zoom
& de Maestricht , & de tout ce qu'ils poffedoient
avant la préfente guerre dans la Flandre
Hollandoife & dans le Brabant dit Hollandois &
ailleurs .
Et les Villes & Places dans les Pays- Bas , dont
la Souveraineté appartient à l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , dans lesquelles Leurs
1 Hautes Puiffances ont le droit de Garniſon , feront
évacuées aux troupes de la République dans
le même efpace de tems. Le Roi de Sardaigne
fera de même , & dans le même terme , entierement
rétabli & maintenu dans le Duché de Savoye
& dans la Comté de Nice , auffi - bien que
dans tous les Etats ; pays , Places & Forts conquis
& occupés fur lui à l'occafion de la préfente guerre.
Le Séréniffime Duc de Modéne , & la Séréniffime
République de Génes , feront aufli dans le même
terme entierement rétablis & maintenus dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
Etats, Pays , Places & Forts conquis ou occupés fut
eux pendant la préfente guerre , & ce conformé
ment à la teneur des articles XIII & XIV.
de ce Traité, qui les concernent.
Toutes les reftitutions & ceffions defdites Vil.
les , Forts & Places , fe feront avec toute l'artille
rie & munitions de guerre , qui s'y font trouvées
au jour de leur occupation dans le cours de la
guerre , par les Puiffances qui ont à faire lefdites
ceffions & reftitutions , & ce fuivant les Inventa -
res qui en ont été faits , ou qui en feront délivrés
de bonne foi de part & d'autre , bien entendu qu'à
l'égard des pieces de l'artillerie qui ont été tranfpor
tées ailleurs pour être refondues ou pour d'autres
ufages,elles feront remplacées par le même nombre ,
de même calibre ou poids en métal ; bien entendu
auffi que les Places de Charleroi , Məns, Ath, Oude- ||
narde, & Menin , dont on a démoli tous les ou
vrages extérieurs , feront reftituées fans l'artillerie
on n'exigera rien pour les frais & dépen.
fes employés aux Fortifications de toutes les autres
, ni pour autres ouvrages publics ou particu.
liers, qui ont été faits dans les Pays qui doivent être
reftitués.
VII . En confidération des reftitutions que Sa
Majefté Très- Chrétienne & Sa Majeſté Catholi
que font par le préfent Traité , foit à Sa Majefté
Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme , foit
à Sa Majesté le Roi de Sarda gne , les Duchés de
Parme , de Plaisance & de Guastalla , appartien.
dront à l'avenir au Séréniffime Infant Don Phi
lippe , pour être poffedés par lui & fes defcendans
mâles , nés en légitime mariage , en la même maniere
& dans la même étendue qu'ils ont été ou
dû être poffedés par les préfens poffeffeurs , & ledit
Séréniffime Infant ou fes defcendans mâles
jouiront defdits trois Duchés , conformément &
foue
DECEMBRE. 1748. 217
fous les conditions exprimées dans les Actes de
ceffion de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , & du Roi de Sardaigne : ces Actes de
ceffion de l'Impératrice. Reine de Hongrie & de
Boheme , & du Roi de Sardaigne , feront remis
avec leurs ratifications du préfent Traité , à l'Ambaffadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire du
Roi Catholique , de même que les Ambaffadeurs
Extraordinaires & Plénipotentiaires du Roi Très
Chrétien & du Roi Catholique remettront , avec
les ratifications de Leurs Majestés , à celui du Roi
de Sardaigne , les ordres aux Généraux des troupes
Françoifes & Efpagnoles , de remettre la Savoye
& le Comté de Nice aux perfonnes commiſes
par ce Prince, à l'effet de les recevoir ; de forte
que
la reftitution defdits Etats , & la prife de poffeffion
des Duchés de Parme , Plaisance & Guastalla par ,
ou au nom du Séréniffime Infant Don Philippe ,
puiffent s'effectuer dans le même tems , conformé
ment aux articles de ceffion , dont la teneur s'enfuit.
( L'Ate de ceffion de l'Impératrice Reine ,
conçu en Langue Latine, fe trouvant inferé ici , on
en donne la Traduction,
•
Nous Marie -Therefe , &c.fçavoir faifons par les
préfentes , qu'afin de terminer cettefunefte guerre , les
Miniftres Plénipotentiaires du Séréniffime & trèspuiffant
Prince Louis XV. Roi Très - Chrétien ,
& du S réniffime très - puiſſant Trince Georges
II. Roi de la Grande Bretagne , comme auffi des
hauts & puiffants Seigneurs les Etats Généraux des
Provinces Unies , font convenus le 30 Avril de la
préſente année , de certains articles préliminaires
lefquels ont enfuite té acceptés & ratifiés par tous les
Princes qui yfont intéreffés. La teneur du IV. de ces
articles eft conçue de la maniere ſuivante.
I. Vol. K
"
218 MERCURE DE FRANCE,
" Les Duchés de Parme , de Plaisance & de
» Guastalla , feront cedés au Séréniffime Infant
» Don Philippe , pour lui tenir lieu d'établiſſement,
avec le droit de reverfion aux préfens poffeffeurs
, après que Sa Majesté le Roi des Deux
» Siciles aura paffé à la Couronne d'Espagne
» ainfi que dans le cas où ledit Séréniffime Infant
Don Philippe viendroit à mourir ſans en-
→ fans.
Et comme il s'en eft enfuivi un Traité définitifde
paix , dont les articles expliquent les divers chefs
concernant cette matiere , lefquels ont pareillement
été acceptés d'un confentement unanime par tous ceux
qui y ont intérêt , & il y eft dit entr'autres ce qui
fuit.
"
Di
» En conſidération des reftitutions que Sa Ma-
» jefté Très- Chrétienne & Sa Majesté Catholi
» que font par le préfent Traité , foit à Sa Majefté
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
» foit à Sa Majefté le Roi de Sardaigne , les Du.
chés de Parme , de Plaifance & de Guastalla , ap
partiendront à l'avenir au Séréniffime Infant
Don Philippe , pour être poffedés par lui & fes
defcendans mâles , nés en légitime mariage , en
» la même étendue qu'ils ont été ou dû être poffedés
par les piéfens poflefleurs ; & ledit Séré
» niffime Infant ou fes defcendans mâles jouiront
defdits trois Duchés , conformément & fous les
conditions exprimées dans les Actes de ceffion
de l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme,
& du Roi de Sardaigne.
ככ
92
03
» Ces Actes de ceffion de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , & du Roi de Sardaigne ,
ferant remis avec leurs ratifications du préfent
» Traité , à l'Ambaſſadeur Extraordinaire & PléDECEMBRE.
1748 219
•
כ כ
nipotentiaire du Roi Catholique , de même que
les Ambaffadeurs Extraordinaires & Plénipoten-
» tiaires du Roi Très- Chrétien & du Roi Catholique
, remettront avec les ratifications de Leurs
Majeftés, à celui du Roi de Sardaigne, les ordres
aux Généraux des troupes Françoiles & Efpagnoles
, de remetttre la Savoye & le Comté de
» Nice aux perfonnes commifes par ce Prince , à
l'effet de les recevoir ; de forte que la reftitution
» defdits Etats & la prife de poffeffion des Duchés
» de Parm , Plaisance & Guastalla, par ou au nom
» du Sérénißime Infant Don Philippe , puiffent
s'effectuer dans le même tems , conformément
auxdits articles de ceffion .
ස
C'est pourquoi, & afin defatisfaire à ce à quoi nous
femmes obligés par les préfens articles , comme auffi
dans laferme efpérance que les Rois Très- Chrétien
Catholique , ainfi que le futur poffeffeur des trois Duchés
, fes defcendans males , rempliront de bonnefoi
la tencur des articles ci-devant mentionnés, & que les
Etats Places qui nous doivent être rendus en vertu
des articles II. XVIII. des préliminaires
nous feront reftitués d'un pas égal, tant pour nous que
pour nos fucceffeurs , aux conditionsftipulées dans les
articles ci-devant mentionnés , nous cedons & nous renonçons
à tous droits , actions & prétentions qui peuvent
nous competer , fous quelque titre & de quelque
caufe que ce puifle étre , fur les fufdits trais Duchés de
Parme , Plaifance & Guastalla, par nous ci- devant
poffedés : lefquels droits , actions prétentions , nous
transférons dans la meilleure la plus folemnelle
•forme que ce puiffe , au Séréniffime Infant des Elpagnes
Don Philippe , ainfi qu'à fes defcendans males
ns d'un légitime mariage : nous abfalvons générale -
ment tous les habitans desfufdits Duchés duferment
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils nous ont prêté , bien entendu qu'ils ne feront
tenus de le prêter à ceux à qui nous cedons nos droits ,
que dans le cas où le fufdit Séréniffime Infant Don
Philippe , ou quelqu'un de fes de'cendans , n'auront
pas monté fur le Trône des Deux Siciles ou celui
d'Espagne , & nous nous réservons bien expreffément
tant pour nous que pour nos fucceffeurs , tous les droits ,
actions prétentions qui nous ont competé ci devant
fur ces Duchés, ainsi que le droit de Reverfion dans le
cas que le fufdit Infant pourra venir à mourirjans
enfans máles.
L'Acte de ceffion du Roi de Sardaigne le trouve
pareillement inferé ici : il eft conçû en Langue Italienne
& porte ce qui fuit.
Charles Emmanuel, & c. Le défir que nous avons
de contribuer de notre part au prompt rétabliſſement
de la tranquillité publique , nous a engagé
à acceder aux articles préliminaires fignés le 20
Avril dernier , entre les Miniftres de Sa Majesté
Très-Chrétienne , & de Sa Majefté Britannique ,
des Seigneurs Etats Généraux des Provinces Unies,
ainfi que nous l'avons fait le 31 Mai , au moyen
de notre Plénipotentiaire. Quant à ce que nous
devons accomplir de notre part , en conféquence
defdits préliminaires , particulierement pour ce
qui regarde l'exécution de l'article fy defdits
préliminaires , en vertu duquel les Dachés de
Parme, de Plailance & de Guastalla , doivent être
cedés au Séréniffime Prince Don Philippe d'Espa
gne , pour lui tenir lieu d'établiffement , avec le
droit de Reverfion aux préfens poffeffeurs , dès
que Sa Majefté le Roi des Deux Siciles fera monté
fur le Trône d'Espagne , ou que le ſuſdit Infant
vint à mourir fans enfans mâles ; nous renonçons
en vertu du préfent A&te , cedons & tranfportons,
DECEMBRE. 1748. 221
*tant pour nous que pour nos fucceffeurs, au fufdie
Séréniffime Infant Don Philippe & à fes enfans mâles
, nés d'un légitime mariage , la Ville de Plai-
Jance & le Plaisantin par nous poffedés , pour qu'il
puiffe en jouir , en qualité de Duc de Parme ; renonçant
pour cet effet à tous les droits , actions &
prétentions qui nous competent à cet égard ; & en
nous réfervant néanmoins bien expreflément , tant
pour nous que pour nos fucceffeurs , le droit de
Reverfion , dans les cas ci deffus mentionnés : en
foi de quoi , &c.
VIII. Pour affurer & effectuer lefdites reftitutions
& ceffions , on eft convenu qu'elles feront
entierement exécutées & accomplies de part &
d'autre en Europe dans l'espace de fix femaines, ou
plutôt fi faire le peut , à compter du jour de l'échange
des ratifications de toutes les huit Puiffances
, bien entendu que quinze jours après la fignature
du préfent Traité , les Généraux ou autres
Perfonnes que les Hauts Contractans de part &
d'autre jugeront à propos de commettre à cet effet
, s'affembleront à Bruxelles & à Nice pour concerter
& convenir des moyens de procéder aux
reftitutions & mifes en poffeffion d'une façon éga
lement convenable au bien des troupes , des habitans
& des pays reſpectifs , mais auffi de forte que
toutes & chacune des Hautes Parties contractantes
fe trouvent, conformément à leurs intentions & aux
engagemens contractés par le préfent Traité , en
poffeffion tranquille & entiere fans rien excepter
de tout ce qui doit leur revenir , feit par ceffion
ou autrement , dans ledit terme de fix femaines ou
plutôt fi faire le peut , après l'échange des ratifications
du préfent Traité de toutes lesdites huit
Puiflances.
Kiij.
222 MERCURE DE FRANCE.
IX. En confidération de ce que nonobſtant l'engagement
mutuel pris par l'Article 18 des Préliminaires
, portant que toutes les reftitutions & ceffrons
marcheront d'un pas égal & s'exécuteront en
même tems , S. M. Très - Chrétienne s'engage par
l'Article 6 du préfent Traité à reftituer dans l'efpace
de fix femaines , ou plutôt fi faire le peut , à
compter du jour de l'échange des ratifications du
préfent Traité , toutes les conquêtes qu'elle a fattes
dans les Pays- Bas , que ce qui concerne l'Amérique
ait fon effet dans le même tems , ou même
de fixer le terme de fa parfaite exécution .
Sa Majefté Britannique s'engage auffi de fon
côté à faire paffer auprès du Roi Très - Chrétien ,
auffi-tôt après l'échange des ratifications du préfent
Traité , deux Perfonnes de rang & de condition
qui y demeureront en ôtages , jufqu'à-ce
qu'on y air appris d'une façon certaine & authentique
la reftitution de l'Ifle Royale diteCap Breton,
& de toutes les conquêtes que les armes ou les fujets
de S. M. Britannique pourroient avoir faites
avant ou après la fignature des Préliminaires dans
les Indes Orientales & Occidentales. L. M. Très-
Chrétienne & Britannique s'obligent pareillement
de faire remettre à l'échange des ratifications du
préfent Traité, les duplicata des ordres adrefiés aux
Commiffaires nommés pour remettre & recevoir
refpectivement tout ce qui pourroit avoir été conquis
de part & d'autre dans les Indes Orientales &
Occidentales , conformément à l'Article II des
Préliminaires , & aux Déclarations du 21 &
31 Mai & 8 Juillet dernier , pour ce qui concerne
lefdites conquêtes dans les Indes Orientales & Occidentales.
Bien entendu néanmoins que l'Ifle Royale, dite
DECEMBRE. 223 1748.
le Cap-Breton , fera rendue avec toute l'artillerie
& munitions de guerre qui s'y feront trouvées au
jour de la reddition , quant aux autres reftitutions
elles auront leur effet , conformément à l'ef
prit de l'Article II des Préliminaires & des déclarations
& conventions du 21 & 31 Mai , & 8 Juil
ler, dans l'état où le feront trouvées les chofes le
11 Juin nouveau ftyle dans les Indes Occidentales,
& le 31 Octobre , pareillement nouveau ſtyle ,
dans les Indes Orientales . Toutes les chofes d'ailleurs
feront remifes fur le pied qu'elles étoient
ou devoient être avant la préfente guerre.
Lefdits Commiffaires refpectifs , tant ceux pour
les Indes Occidentales , que ceux pour les Indes
Orientales , devront être prêts à partir au premier
avis que L. M. Très - Chrétienne & Britannique
recevront l'échange des ratifications , munis de
toutes les inftructions , commiffions , pouvoirs &
ordres néceffaires pour le plus prompt accomplif
fement des intentions de leurfdites Majeftés , & des
engagemens qu'elles contractent par le préfent
Traité.
X. Les revenus ordinaires des Pays qui doivent
être reftitués ou cedés refpectivement , & les impofitions
faites dans ces Pays pour le traitement &
les quartiers d'hyver des troupes , appartiendront
aux Puiffances qui en font en poffeffion - jufqu'au
jour de l'échange des ratifications du préfent Traité
, fans néanmoins qu'il foit permis d'ufer d'aucune
voye d'exécution , pourvû qu'il ait été donné
caution fuffiflante pour le payement ; bien entendu
que les foutages & uftenciles pour les troupes fe
fourniront jufqu'aux évacuations ; au moyen de
quoi toutes ces Puiffances promettent & s'engagent
de ne rien répeter ni exiger des impofitions
K iiij
222 MERCURE DE FRANCE.
IX . En confidération de ce que nonobftant l'en
gagement mutuel pris par l'Article 18 des Préliminaires
, portant que toutes les reftitutions & ceffrons
marcheront d'un pas égal & s'exécuteront en
même tems , S. M. Très - Chrétienne s'engage par
l'Article 6 du préfent Traité à reftituer dans l'efpace
de fix femaines, ou plutôt fi faire fe peut , a
compter du jour de l'échange des ratifications du
préfent Traité , toutes les conquêtes qu'elle a faites
dans les Pays- Bas , que ce qui concerne l'Amérique
ait fon effet dans le même tems , ou même
de fixer le terme de fa parfaite exécution.
Sa Majefté Britannique s'engage auffi de fon
côté à faire paffer auprès du Roi Très - Chrétien ,
auffi -tôt après l'échange des ratifications du préfent
Traité , deux Perfonnes de rang & de condi- '
tion qui y demeureront en ôtages , jufqu'à-ce
qu'on y air appris d'une façon certaine & authentique
la reftitution de l'Ifle Royale dite Cap Breton,
& de toutes les conquêtes que les armes ou les fujets
de S. M. Britannique pourroient avoir faites
avant ou après la fignature des Préliminaires dans
les Indes Orientales & Occidentales. L. M. Très-
Chrétienne & Britannique s'obligent pareillement
de faire remettre à l'échange des ratifications du
préfent Traité, les duplicata des ordres adrefiés aux
Commiffaires nommés pour remettre & recevoir
refpectivement tout ce qui pourroit avoir été conquis
de part & d'autre dans les Indes Orientales &›
Occidentales conformément à l'Article II des
Préliminaires , & aux Déclarations du 21 &"
31 Mai & 8 Juillet dernier , pour ce qui concerne
lefdites conquêtes dans les Indes Orientales & Occidentales.
2
Bien entendu néanmoins que l'Ifle Royale , dite
DECEMBRE. 1748. 223
le Cap-Breton , fera renduë avec toute l'artillerie,
& munitions de guerre qui s'y feront trouvées au
jour de la reddition ; quant aux autres reftitutions
elles auront leur effet , conformément à l'efprit
de l'Article II des Préliminaires & des déclarations
& conventions du 21 & 31 Mai , & 8 Juil
ler, dans l'état où le feront trouvées les chofes le
11 Juin nouveau ftyle dans les Indes Occidentales,
& le 31 Octobre , pareillement nouveau ſtyle ,
dans les Indes Orientales. Toutes les chofes d'ailleurs
feront remifes fur le pied qu'elles étoient
ou devoient être avant la préfente guerre.
Lefdits Commiffaires refpectifs , tant ceux pour
les Indes Occidentales , que ceux pour les Indes
Orientales , devront être prêts à partir au premier
avis que L. M. Très-Chrétienne & Britannique
recevront l'échange des ratifications , munis de
toutes les inftructions , commiffions , pouvoirs &
ordres néceffaires pour le plus prompt accomplif
fement des intentions de leurfdites Majeftés, & des
engagemens qu'elles contractent par le préfent
Traité.
X. Les revenus ordinaires des Pays qui doivent
être reftitués ou cedés refpectivement , & les im→
pofitions faites dans ces Pays pour le traitement &
les quartiers d'hyver des troupes , appartiendront
aux Puiffances qui en font en poffeffion jufqu'au
jour de l'échange des ratifications du préfent Traité
, fans néanmoins qu'il foit permis d'ufer d'aucune
voye d'exécution , pourvû qu'il ait été donné
caution fuffifante pour le payement ; bien entendu
que les fourages & uftenciles pour les troupes fe
fourniront jufqu'aux évacuations ; au moyen de
quoi toutes ces Puiffances promettent & s'engagent
de ne rien répeter ni exiger des impofitions
Kinij
224 MERCURE DE FRANCE.
& contributions qu'elles pourroient avoir établies
fur les Pays , Villes & Places qu'elles ont occupées
dans le cours de la Guerre,& qui n'auroient point.
été payées au tems que les événemens de ladite
guerre les auroient obligées à abandonner lesdits.
Pays , Villes & Places ; toutes prétentions de cette
nature demeurant en vertu du préfent Traité
anéanties .
XI. Tous les papiers , Lettres , documens & Archives
, qui fe font trouvés dans les Pays , Terres ,
Villes & Places qui feront reftitués , & ceux appartenant
aux Pays cedés , feront délivrés ou fournis
refpectivement de bonne foi dans le même
tems , s'il eft poffible , de la prife de poffeffion , ou
au plútard deux mois après l'échange des ratifica -
tions du préfent Traité de toutes les huit Parties
en quelque lieu que lesdits papiers ou documens fe
puiffent trouver , nommément ceux qui auroient
été transportés de l'Archive du Grand Confeil de
Malines.
XII. S. M. le Roi de Sardaigne reftera en poffeffion
de ce dont il jouiffoit anciennement & nouvellement
, & particulierement de l'acquifition
qu'il a faite en 1743 du Vigevanafque , de la partie
du Pavefan & de la Comté d'Anghiera , de la
maniere que ce Prince les poffede aujourd'hui
en vertu des ceffions qui lui ont été faites .
XIII Le Séréniffime Duc de Modéne, en vertu ,
tant du préfent Traité que de fes droits , prérogatives
& digrités , prendra poffeffion fix femaines ou plu
tôt fi faire le peut , après l'échange des ratifications
dudit Traité , de tous les Etats , Places, Ports ,
biens & rentes , généralement de tout ce dont il
jouiffoit avant la guerre , lui feront rendus pareillement
dans le même tems les Archives , docu
DECEEMBRE. 1748. 225
mens , écrits & meubles de quelque nature que ce
puiffe être , comme auffi Partillerie , attirails &
inunitions de guerre , qui fe feront trouvés dans
fes Pays du tems de leurs occupations ; quant à ce
quimanquera ou qui aura été converti en une autre
forme , le jufte prix des chofes , ainſi ôtées , qui
doivent être reftituées , ſera payé en argent comp.
tant , lequel prix , ainfi que l'équivalent des Fiefs
que le Séréniffime Duc de Modéne poffedoit en
Hongrie , s'ils ne lui font pas remis , fera reglé &
conftaté par les Généraux ou Commiflaires ref
pectifs , qui , fuivant l'Article VIII . du préfent
Traité doivent s'affembler à Nice 15 jours après
la fignature , pour convenir des moyens d'exécuter
les reftitutions & mifes en poffeffion réciproques
; de forte que dans le même tems & le même
jour que le Séréniffime Duc de Modéne prendra
poffeffion de tous les Etats , il puiffe entrer ainfi
en jouiflance , foit de fes Fiefs en Hongrie , foit dudit
équivalent , & recevoir le prix des chofes qui
ne pourront lui être reftituées ; lui fera pareillement
fait juftice dans ledit terme de fix femaines
après l'échange des ratifications , fur les allodiaux
de la Maifon de Guastalla,
XIV. La Ser. République de Génes , en vertu ,
tant du préfent Traité que de fes droits , prérogatives
& dignités , rentrera en poffeffion fix femaines
ou plutôt fi faire fe peut , après l'échange des
ratifications dudit Traité , de tous les Etats , Forts,
Places, Pays, de quelque nature que ce puiffe être ,
rentes & revenus dont elle jouiffoit avant la guer
re ; fpécialement tous & chacun des Membres &
Sujets de ladite République rentreront dans le
terme fufdit après l'Echange des ratifications du
préfent Traité , en pofleflion , jouiffance & liberté
K v
226 MERCURE DE FRANCE .
de difpofer de tous les fonds qu'ils avoient ſur la
Banque de Vienne en Autriche , en Boheme ou en
quelque partie que ce foit des Etats de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme & de ceux da
Roi de Sardaigne , & les intérêts leur feront payés
exactement & régulierement , à compter dudit jour
de l'échange des ratifications du préfent Traité.
X V. Il a été arrêté & convenu entre les huit
Hautes Parties pour le bien & l'affermiſſement de
Ja Paix en général & pour la tranquillité de l'Italie
en particulier , que toutes chofes y demeureront
dans l'état où elles étoient avant la guerre , fauf& ,
après l'exécution des difpofitions faites par le.
préfent Traité .
XVI. Le Traité de l'Affiento pour la traite des
Negres , figné à Madrid le 26 Mars 1713 , & l'Ar.
ticle du Vaiffeau annuel , faifant partie dudit Traité,
font fpécialement confirmés par le préfent Traité
pour les quatre années , pendant lefquelles la
jouiffance en a été interrompue depuis le com- .
mencement de la préfente guerre , & feront exécutés
fur le même pied & fous les mêmes conditions
qu'ils ont été ou dû être exécutés avant ladite
guerre.
le
XVII Dunkerque reftera fortifié du côté de
terre en l'état qu'il eft actuellement , & pour
côté de la mer fur le pied des anciens Traités.
XVIII. Les prétentions d'argent de S. M. Britannique
, comme Electeur de Hanover , fur la
Couronne d'Espagne , les differends touchant l'Ab
baye de S. Hubert , les Er.claves du Hainaut & les
Bureaux nouvellement établis dans les Pays-Bas ,
les prétentions de l'Electeur Palatin, & les autres Ar
ticles qui n'ont pû être reglés pour entrer dans le
préfent Traité , le feront inceffamment à l'amiable
}
DECEMBRE. 227 1748 .
par des Commiffaires nommés à cet effet de part
& d'autre , ou autrement , felon qu'il en fera convenu
par les Puiffances intéreffées.
XIX. L'Article V. du Traité de la quadruple
Alliance, conclu à Londres le 2 Août 1718 , contenant
la garantie de la fucceffion au Royaume de
la Grande Bretagne dans la Maiſon de S. M. Britannique
à préfent regnante , & par lequel on a
pourvû à tout ce qui peut être relatif à la Perfonne
qui a pris le titre de Roi de la Grande
Bretagne & à fes defcendans des deux fexes , eft
expreffément rappellé & renouvellé par le préſent
Article comme s'il y étoit inferé dans tout fon
Contenu .
XX. S. M. Britannique en qualité d'Electeur
de Brunswick Lunebourg , tant pour lui que pour
fes héritiers & fucceffeurs , tous les Etats & poffeffions
de fadite Majefté en Allemagne , font compris
& garantis par le préfent Traité.
XXI. Toutes les Puiffances intéreffées au préfent
Traité, qui ont garanti la Sanelion Pragmatique da
19Avril 1713 pour tout l'héritage du feu Empereur
Charles VI. en faveur de fa fille l'Impératrice Rei
ne de Hongrie & de Boheme actuellement regnan
te & de fes defcendans à perpétuité , fuivant l'ordre
établi par ladite Sanction Pragmatique la renouvellent
dans la meilleure forme qu'il eft poffible , à
l'exception cependant des ceffions déja faites , foit
par ledit Empereur , foit par ladite Princeffe & de
celles qui font ftipulées par le préfent Traité .
XXII . Le Duché de Siléfie & le Comté de
Glatz , tels que S. M. Pruffienne les poffede aujourd'hui
, font garantis à ce Prince par toutes les
puiffances , & parties contractantes du préfent
Traité.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE .
•
XXIII. Toutes les Puiffances contractantes &
intéreffées au préfent Traité , en garantiront réciproquement
& refpectivement l'exécution.
XXI V. Les ratifications folemnelles du préfent
Traité expediées en bonne & dûë forme ,
feront échangées en cette Ville d'Aix- la -Chapelle
entre toutes les huic Parties , dans l'eſpace
d'un mois , ou plutôt , s'il eft poffible , à compter
du jour de la fignature.
En foi de quoi nous fouffignés , leurs Ambaffadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaites
, avons figné de notre main , en leur nom & en
vertu de nos pleins- pouvoirs, le préfentTraité définitif,
& avons fait appofer le cachet de nos Armes
, & c.
Fait à Aix-la-Chapelle le 18 Octobre 1748.
Articles feparés.
1. Quelques- uns des Titres employés par les
Puiffances contractantes , foit dans les pleins- Pouvoirs
& autres actes pendant le cours de la Négociation
, foit dans le préambule du préfent Traité
n'étant pas généralement reconnus , il a été convenu
qu'il ne pourroit jamais en résulter aucun
préjudice pour aucune defdites Parties.contractantes,
& que les Titres , pris ou omis de part & d'autre
à l'occafion de ladite Négociation & du préfent
Traité , ne pourront être cités ni tirés à con-
Léquence.
I. Il a été convenu & arrêté que la Langue
Françoife employée dans tous les exemplaires da
préfent Traité , & qui pourra l'être dans les Actes
d'acceffion, ne for mera point un exemple qui puiffe
être allegué ni tiré à conféquence , ni porter préDECEMBRE.
1748 .
2.39
ju dice en aucune maniere à aucune des Puiffances
contractantes , & que l'on fe conformera à l'avenir
à ce qui a été obfervé, & doit être obfervé à l'égard
& de la part des Puiffances qui font en ufage & en
poffeffion de donner & de recevoir des exemplaires
de femblables Traités & Actes en une autre
Langue que la Françoife.
Le préfent Traité & les acceffions, qui interviendront,
ne laiffent pas d'avoir la même force & vertu
, que fi le fufdit ufage y avoit été obſervé , &
Les préfens Articles féparés auront pareillement la
même force que s'ils étoient inférés dans le Traité.
En foi de quoi nous fouffignés Ambaffadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaires de
S. M. Très- Chrétienne & de S. M. Britannique ,
des Seigneurs Etats Généraux des Provinces Unies ,
avons figné les préfens Articles féparés , & y avons
fait appofer le cachet de nos Armes , & c.
Fait à Aix-la- Chapelle le 18 Octobre 1748.
230 MERCURE DE FRANCE.
薪洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
MORT S.
Le 30 Août , mourut au Château de l'Aage , en
Bourbonnois , Dame Marie-Françoile le Bel
veuve de M. Joachim Jebannot , Chevalier , Marquis
de Bertillac , Meftre-de-Camp de Cavalerie ;
de ce mariage font nés ,
1°. Louis-Joachim Jehannot , Chevalier , Mar
quis de Bertillac , Colonel d'un Régiment de Dra
gons de fon nom , mort le 10 Septembre de cette
année. Il avoit époulé Jeanne- Françoife Poyvet
de la Bliniere , dont il a laiffé quatre enfans.
2º. Marie- Anne Clotilde Jehannot de Bertillac ',
mariée à M. Louis - Alexandre de Lomblon , Chevalier
, Marquis des Effarts , Aurilly , Seigneur &
Patron de Cintray.
3. Louis Jehannot de Bertillac , Prêtre Licentié
en Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine de
l'Eglife Cathédrale d'Evreux .
4. François Jehannot de Bertillac , Cornette
au Régiment de Condé , Cavalerie , mort à Than
nes en Baviere , en 1742 .
5. Antoine Jehannot de Bertillac.
Le 8 Novembre , mourut en fon Château de
Bourgon , Province du Maine , Louis Ponyvet de
la Bliniere , Confeiller Honoraire au Grand Confeil
, Seigneur de Bourgon , Bois au- Parc , Prezen
- Pail , Couptrain , Neuvilette , &c. âgé de
74 ans. Il avoit époufé le dix - huit Avril 1714
Marie-Marguerite-Jofephe Dieuxivoie ; de ce mariage
il a eu ,
1º. Louis-Jofeph Pouyvet de la Bliniere , né
DECEMBRE . 1748. 231
le 19 Avril 1728 ; teçû Confeiller au Parlement
Commiffaire en la feconde Chambre des Requêtes
du Palais , le 22 Mai 1745 .
2. Marie - Louiſe Pouyvet de la Bliniere , mariée
le 3 Février 1733 à Jean - Baptifte François
Durey , Seigneur de Meiniere Bourneville ,
Mareuil , Marolles & autres lieux , Préfident au
Parlement en la feconde Chambre des Requêtes
du Palais , laquelle eft décedée le 12 Février 1741 ;
eile a laiffé deux enfans , fçavoir Antoine- Jean-
Baptifte Louis Durey de Meiniere , né le 18
Juillet 1734 , & Louife- Adelaide Durey de Meiniere
, née le 14 Février 1741. Voyez le Mercure
de Février de la même année .
30. Jeanne-Françoife Pouyvet de la Bliniere ,
veuve de Louis Joachim Jehannot , Marquis de
Bertillac , Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom , mort à Digne le 10 Septembre
1748 .
4. Genevieve Pouyvet de la Bliniere , mariée
le 6 Février 1746 à Claude- Gedeon- Denis du
Metz , Comte de Ronay
, reçu Préfident à la
Chambre des Comptes le 2 Septembre 1747.
Le 10 , Thérefe Botterel , Comte de la Marche ,
Brigadier des Armées du Roi , ci- devant Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes Françoifes
, mourut à Paris , âgé de 67 ans .
Le 11 , Charles Daverdoing , Confeiller au Parlement
& Doyen de la Grand'- Chambre , mourut
à Paris , âgé de 84 ans . Il laifle un fils Conſeiller au
Parlement.
Le 18 , Charles Billet Defpreaux , Ecuyer , an
cien Gouverneur des Pages de la Grande Ecurie du
Roi , mourut à Paris.
Le même jour , Marie- Françoife de Beauvilliers
232 MERCURE DE FRANCE.
de Saint Aignan , épouſe de Louis - François , Mar
quis de l'Aubefpine , mourut dans fon Château
de Varize en Beauce , dans la foixante-huitiéme
année de fon âge , étant née à Paris le 6 Avril
1581. Elle étoit tante de M. le Duc de Saint Aignan.
Elle avoit été mariée en premieres nôces
le 10 Janvier 1703 , dans l'Eglife Paro ffrale de
Vaucreffon, prèsVerfailles , à Jean- François , Marquis
de Marillac , Colonel du Régiment de Languedoc
, Brigadier des Armées du Roi , & Gouverneur
de Bethune , qui fut tué à la bataille de
Hochftet le 13 Août 1704 , & en fecondes nôces
, dans la Chapelle des Religieufes Urfulines
de la rue Sainte Avoye à Paris , le 12 Mai 1710 , à
Louis-François , Marquis de l'Aubeſpine .
La Maiſon de Beauvilliers eft des plus anciennes
de France. Elle tire fon nom de la Terre de
Beauvilliers , qu'elle poffede de tems immémorial.
Le premier de cette Maifon que l'on connoifle ,
donna l'an 1100 l'Eglife de Beauvilliers & les
Dixmes,qui lui appartenoient,auChapitre de Chartres.
Du Fourmi. Tome IV.
Le 19 , Claude de Moretton , Chevalier , Seigneur
de Boiffon Mandeman , Alegre , Saint
Jean le Centenier & autres Lieux , ancien Capitaine
d'Infanterie , mourut à Paris , âgé de 60 ans.
Il étoit d'une ancienne Maifon de Provence.
Le même jour Anne-Louife- Julie de Crevant
, Ducheffe d'Humieres , époufe de Louis-
François d'Aumont de Crevant , Duc d'Humieres,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Gouver
neur de Boulogne & Pays Boulonnois , de laTour
d'Ordre , d'Etaples & du Fort Monthulin , & cidevant
Gouverneur de Compiegne , mourut à Pa
is , âgée de 84 ans.
DECEMBRE. 174S . 233
es , -
>
Elle étoit fille de Louis de Crevant d'Humie-
Vicomte de Brigueil , Baron de Preuilly ,
Seigneur de Monchy, près Compiegne , & de Conai
, Chevalier des Ordres du Roi , Maréchal de
France , Grand Maître & Capitaine Général de
' Artillerie Gouverneur du Boulonnois , puis
Gouverneur & Lieutenant Général de Flandres ,
Hainaut & Pays conquis , & des Villes de Lille
& Compiegne , Colonel des Régimens de Fufeliers
& Bombardiers , & Capitaine de la premiere
Compagnie des cent Gentilshommes de
la Maiſon du Roi , mort à Verfalles le 30 Août
1694 , âgé de 66 ans , & de Louiſe - Antoinette - Thérefe
de la Châtre , Dame du Palais de la Reine ,
morte à Paris le 2 Décembre 1723 , dans la quatrevingt
buitiéme année de fon âge.
Le Maréchal d'Humieres , fe voyant fans enfans
mâles , obtint de Louis XIV . de glorieuſe
mémoire , en confidération de fes grands fervices
, l'érection de fes Terres d'Humieres , de Monchy
, de Coudun , & c . en Duché , fous le nom
d'Humieres , pár Lettres du mois d'Avril 1690 ,
enregistrées au Parlement le 28 du même mois ,
& à la Chambre des Comptes le 30 du mois
fuivant. Cette érection fut faite en faveur du Maréchal
, & de celui qui épouferoit fa fille puînée
Anne - Louife - Julie , leurs enfans légitimes &
defcendans mâles . Il la donna en mariage le
15 Mai de la même année à Louis François d'Aumont
Marquis de Chappes , ci- deffus mentionné
, né le 30 Mars 1671 , fils de Louis Ma.
rie-Victor , Duc d'Aumont Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentil
homme de la Chambre , & de Françoife Ange.
lique de la Mothe Houdancourt la feconde femme,
Il fut ftipulé par le Contrat de Mariage , que
>
234 MERCURE DE FRANCE.
Louis François d'Aumont prendroit le nom & les
armes de Grevant d'Humieres.
>
Anne- Louife- Julie n'a eu que deux enfans
fçavoir , 1º, Louis d'Aumont de Crevant d'Hu
mieres mort en Octobre 1708 , âgé de qua
tre ans. 2 ° . Louife- Françoife , mariée par Contra
du 2 Mars 1710 , à Antoine - Louis- Armand ,
Duc de Grammont Fair de France , Sire de
L'Efpart , Seigneur de la Guiche , Louvigni , &c.
Colonel du Régiment des Gardes Françoifes le 17
Février 1717 , Chevalier des Ordres du Roi le
Février 1718 , fils d'Antoine , Duc de Grammont,
& de Marie Chriſtine de Noailles .
,
2
Le Maréchal d'Humieres defcendoit de Jacques
de Crevant , Seigneur de Cingé , quatriéme fils
de Jean de Crevant , dont le trifayeul étoit Ar
chambaut de Crevant , Chevalier , Seigneur de
Bauché en Touraine , qui vivoit en 1339. On
ne voit point au- delà de filiation fuivie , quoique
l'on remo te jufqu'en 1069 , tems où vivoit
Raoul , fils d'Albert de Crevant ; mais on eft
fondé à dire , que cette Maiſon eft très- ancienne.
Il en refte encore une branche , la feconde
des Seigneurs de Cingé , dont René de Crevant a
été la tige. Il étoit fils de Louis de Crevant ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& bifayeul du Maréchal d'Humieres. La poftérité
de René de Crevant fubfifte en fon arriere
petit -fils , Louis - Emmanuel de Crevant , Marquis
de Cingé , qui de fon mariage avec Marie -Hen
fette de Saint Gelais de Lufignan, a eu trois fils &
une fille : fçavoir , Louis- Martin , Charles Louis ,
Philippe , & Françoife Henriette.
Le 22 , Claude de la Mothe , Chevalier , Seigneur
de Gremonville , Saint Jean des Champs ,
Ronfay , &c , mourut à Paris ,âgé de 64 ans.
DECEMBRE. 1748. 235
ARRESTS NOTABLES.
RDONNANCE du Roi , du 30 Octo
?
rlandoife de Filtzjames à trois eſcadrons de cent
zingt Maîtres chacun , en quatre Compagnies de
trente Maîtres.
AUTRE du 4 Novembre , pour réduire les
feize Compagnies de la Gendarmerie.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
8 , qui ordonne que les Officiers de Juftice
établis par feu l'Evêque de Dol , continue
ront leurs fonctions pendant la vacance dudit Evêché
, ainſi & de même qu'ils faifoient du vivant de
P'Evêque , à la réferve qu'ils rendront la juftice au
nom du Roi : & qui fait défenfes aux Juges'
Royaux de Bretagne de les troubler , ainsi que les
Econômes , dans leurs fonctions.
AUTRE du 13 Novembre , qui proroge
pour trois années , à compter du premier Janvier
1749 , la perception du droit d'un demi pour cent ,
ordonné par la Déclaration du ro Novembre
1727 être levé fur les Marchandiſes venant des
Ifles Françoifes de l'Amérique ; & cependant furfeoit
à la perception de ce droit fur les chargemens
des Navires arrivés , ou qui arriveront defdites
Illes , depuis le premier Octobre dernier jufqu'au
dernier Mars prochain.
ORDONNANCE du Roi du 15 , pour ré234
MERCURE DE FRANCE.
Louis François d'Aumont prendroit le nom & les
armes de Grevant d'Humieres.
>
Anne- Louife - Julie n'a eu que deux enfans :
fçavoir , 1 °. Louis d'Aumont de Crevant d'Hu
mieres mort en Octobre 1708 , âgé de qua
tre ans. 2 °. Louife- Françoife , mariée par Contratt
du 2 Mars 1710 , à Antoine - Louis- Armand , |
Duc de Grammont , Pair de France , Sire de
P'Efpart , Seigneur de la Guiche , Louvigni , &c. "
Colonel du Régiment des Gardes Françoifes le 17
Février 1717 , Chevalier des Ordres du Roi le a
Février 1718 , fils d'Antoine , Duc de Grammont,
& de Marie Chriftine de Noailles.
Le Maréchal d'Humieres defcendoit de Jacques
de Crevant , Seigneur de Cingé , quatriéme fils
de Jean de Crevant , dont le trifayeul étoit Ar
chambaut de Crevant , Chevalier , Seigneur de
Bauché en Touraine , qui vivoit en 1339. On
ne voit point au - delà de filiation fuivie , quoique
l'on remote jufqu'en 1069 , tems où vivoit
Raoul , fils d'Albert de Crevant ; mais on eft
fondé à dire , que cette Maiſon eft très -ancienne.
Il en refte encore une branche la feconde
des Seigneurs de Cingé , dont René de Crevant a
été la tige . Il étoit fils de Louis de Crevant ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& bifayeul du Maréchal d'Humieres . La poftérité
de René de Crevant fubfifte en fon arriere
petit-fils , Louis-Emmanuel de Crevant , Marquis
de Cingé , qui de fon mariage avec Marie - Heniiette
de Saint Gelais de Lufignan, a eu trois fils &
une fille : fçavoir , Louis-Martin , Charles- Louis ,
Philippe , & Françoife Henriette .
Le 22 , Claude de la Mothe , Chevalier , Seigneur
de Gremonville , Saint Jean des Champs ,
Ronfay , & c, mourut à Paris , âgé de 64 ans.
C
DECEMBRE. 1748. 235
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi , du 30 Octo
bre , pour mettre le Régiment de Cavalerie
Irlandoife de Filtzjames à trois efcadrons de cent
vingt Mattres chacun , en quatre Compagnies de
trente Maîtres .
AUTRE du 4 Novembre , pour réduire les
feize Compagnies de la Gendarmerie.
"
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
qui ordonne que les Officiers de Juftice
établis par feu l'Evêque de Dol , continue
ront leurs fonctions pendant la vacance dudit Evê
ché , ainfi & de même qu'ils faifoient du vivant de
P'Evêque , à la réſerve qu'ils rendront la juftice au
nom du Roi : & qui fait défenfes aux Juges'
Royaux de Bretagne de les troubler , ainfi que les
Econôines , dans leurs fonctions .
AUTRE du 13 Novembre , qui proroge
pour trois années , à compter du premier Janvier
1749 , la perception du droit d'un demi pour cent ,
ordonné par la Déclaration du 10 Novembre
1727 , être levé fur les Marchandiſes venant des
Ifles Françoifes de l'Amérique ; & cependant furfeoit
à la perception de ce droit fur les chargemens
des Navires arrivés , ou qui arriveront defdites
Illes , depuis le premier Octobre dernier jufqu'au
dernier Mars prochain.
ORDONNANCE du Roi du 15 , pour ré
136 MERCURE DE FRANCE.
former un Bataillon de chacun des douze Régimens
de fon Infanterie Françoiſe , y dénommés.
JUGEMENT rendu par M. le Lieutenant
Général de Police le 29 Octobre , contre Jean-
Baptifte Duval , Marchand forain de beftiaux , &
Jacques Bertrand , Boucher à Colombes , qui dé :
clare la faifie de trois Boeufs , à la requête de Dominique
Guérin , fur lefdits Duval & Bertrand
bonne & valable ; ordonne que le dits trois Boeufs
feront & demeureront confifqués au profit dudit
Guérin ; condamne lefdits Duval & Bertrand à cinquante
livres d'amende & aux dépens, fait défenſes
audit Bertrand & à tous autres Bouchers , d'acheter
ni faire acheter aucuns beftiaux dans les marchés
de Sceaux & de Poifly , qu'ils n'en ayent ac
quitté les droits , & de fe fervir du ministere des
Marchands forains pour faire leurs achats hors
lefd.ts marchés ; fait pareillement défenſes audit
Duval & à tous autres Marchands forains , de vendre
leurs beftiaux dans la diftance de vingt lieues
ailleurs que dans lefdits marchés , & de les fortir
defdits marchés fans en avoir acquitté les droits ,
tant du fol pour livre, qu'autres droits defdits marchés
, ordonne que ledit Jugement fera imprimé ,
l , publié & affiché partout où beſoin ſera , aux
frais defdits Bertrand & Duval.
La veuve du Sr Simon Bailly renouvelle au Public
fes afsurances qu'elle continuë de fabriquer les
véritables Savonettes légeres de pure crême de
favon , dont elle feule a le fecret ; comme plufieurs
fe mêlent de les contrefaire , & les marquent comme
elle , pour n'être point trompés , il faut s'adreffer
chez elle , rue Pavée S. Sauveur , au bout de
DECEMBRE. 1748. 237
celle du petit Lion , à l'image S. Nicolas , une porte
cochere, prefque vis- à - vis la ruë Françoise , quartier
de La Comédie Italienne.
F
;
Illion avertit le Public qu'il fabrique
toutes fortes de Chocolats vanillés &
de fanté , ambrés à la fleur d'orange fans
fucre , depuis quarante fols jufqu'à huit
livres ; Piftaches fines & Paftilles fines
& autres , depuis trois livres jufqu'à fix
livres il fait un Chocolat naturel pour
les perfonnes qui font incommodées de
la poitrine , il va auffi le faire en Ville
il fait du beurre de Cacao caraqué , qui
a beaucoup de vertus pour les perfonnes qui
ont le nez & les lévres gerfés , cuiffons
fur le vifage ou dartres , inflaminations
fur les yeux ; on en met fur les paupieres.
le foir en fe couchant , & on le trouve
confidérablement foulagé. Les Dames peuvent
s'en fervir pour ôter le rouge fur
leur viſage. Il eft bon pour toutes fortes
de brûlures , en en mettant fur la playe.
Il foulage beaucoup en diffipant le feu qui
fe met ordinairement fur les brûlures, Ledit
Fillion demeure à la Croix de Chevalier
dans l'Abbaye Saint Germain des Prés , cour
rue Abbatiale ; ily a un Tableau à fa
238 MERCURE DE FRANCE.
fenêtre , & une Enfeigne au coin de la rue ,
au premier étage , la premiere allée en entrant
par la cour ; ledit Chocolat eft marqué!
d'une Croix de Chevalier.
L
- mois.
AV I S.
Es Particuliers qui nous doivent ,
fonParisdepayerdans le courantdu
priés
J
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le premier volume du Mercure de France du
mois de Décembre 1748. A Paris le quinze Décembre
1748.
BONAMY.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie 3
Vers à Mad. *** , l'Auteur étant chez elle à fa
,
maifon de
campagne ,
Maximes Morales ,
23
24
Vers à M. Deflandes , ancien Commiflaire de la
Marine , 26
Extrait de la Lettre d'un Bénédictin de Province
6
28
à un autre Bénédictin , fur une Differtation qui
a été couronnée à l'Académie de Soiffons ,
L'Amour Peintre en voyage , ou le Portrait
Idile >
Projet d'une Place pour la Statue du Roi ,
Vers à M. le Comte de la Motte Jacquelot ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Ode tirée du Pfeaume 85 ,
35
39
44
45
54
57
Séance publique de l'Académie des Belles - Lettres
de Marſeille ,
Plaintes de la Nature à M. le Comte de Tr. par
M. Chabaud de l'Oratoire ,
Réponse de M. le Comte de Tr,
58
65
68
Le Temple de l'Amour , Songe , à Iphiſe ,
Vers à M. Rameau fur fon Ballet de Pigmalion , 8 %
Lettre de M. le Beuf , Chanoine d'Auxerre , à un
Chanoine Régulier , 83
My
Autre du même , à un Chanoine de l'Eglife d'Auxerre
,
85
94
Quatriéme Epitre familiere à M. de la Soriniere ,
par M, des Forges Maillard ,
Deſtination propofée pour le vieux Louvre , 106
Vers fur la mort de Mlle Mélanie , par M. Gaud,
108
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
,
Vers à M. le Marquis de Gefvres ,
110
118
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Novembre , 119
Bouquet à Mad, * * * , pour la Fête de S. Mi-
120
Logogryphes , 121
chel ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 126
Programme de l'Académie des Belles - Lettres de
Marſeille pour l'année 1749 , 158
Fabrique de canons d'Artillerie , de pierrier , &
de mortiers de fer battu , forgés d'une feule
piéce , tournés & forés ; 160
Machines de la compofition du fieur Macary pou
la fûreté du commerce & de la navigation , 164
Eftampes nouvelles ,
16
161 Piéces exécutées en émail par le fieur Raux ,
Réponse de M. de Joyeuse à la lettre de M. Da
viel , inferée dans le Mercure de Septemb
dernier .
Air férieux & Vaudeville ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres , de Warſovie ,
De Stockholm ,
De Coppenhague ,
Allemagne , de Vienne,
168
17 :
177
179
183
184
186
De Berlin , 187
Elpagne , de Madrid , 188
Italie , de Rome , 190
De Génes , 193
Grande Bretagne , de Londres , 19
Païs- Pas , de la Haye , 201
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 205
Traité général & définitif de Paix , 206
Morts , 229
Arrêts Notables , 236
Savonettes de pure crême de Savon ,
Chocolats, & Beure de Cacao du Sr Fillon ,
Le Plan doit regarder la page 39
Les Chanfons notées doivent regarder la page 175
238
ibid,
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE .
SPARG
1748 .
SECOND VOLUME.
AGIT
UT
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec A probation & Privilege du Roi.
AVIS.
L'ADRESSE générale du Mercure eft
DE CLEVES D'ARNICOurt ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
´très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M, Remond de Sainte Albine
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE.
1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
VERS
A Madame du Boccage , par M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aides de Montauban
, & Académicien de l'Académie de
La même Ville, âgé de quatre- vingt -fix ans.
A votre fexe , illuftre du Boccage ,
A fes appas trop raviffans,
Mes chanfons , mes tendres accens
Ont rendu mille fois un éclatant hommage.
Je deplairois à la raifon ,
11. Vol
A
ij
4 MERCURE DE FRANCE,
Si je les chantois davantage .
De notre derniere faifon
L'indifference , hélas ! doit être le partage.
Mais en voyant votre portrait ,
En entendant votre langage ,
Je crois qu'Amour me garde un trait
Qui refpectera peu mon âge.
Quand je vous lis , quand je vous vois ,
Certain trouble agite mon ame ,
Et je me fouviens qu'autrefois
Ce trouble m'annonçoit une naiſſante flamme .
Des rivages du Tarn , loin de votre féjour ,
Et mes ans entre nous mettant trop de diſtance ,
Sans que la vertu s'en offenfe ,
Ne puis-je vous parler d'un innocent amour
Mais de cet aveu fans myſtére
Les malins enfans de Cythere
Riront , comme vous , à leur tour.
Dans mon hyver tout me rappelle
Nuit & jour , tous les inftans ,
Que l'amoureufe Philoméle
Jamais ne chante qu'au printems ; ]
Et dans mes vieux jours je ſoupire ,
Charmé de mille traits brillans
D'un génie , infpiré par le plus beau délire.
Comme de vos appas , épris de vos talens ,
En dépit de mes ans , je vis fous votre empire ,
DECEMBRE . 1748 .
Et furpris j'adore & j'admire
Vos chants divins , vos fons harmonieux ,
Quand vous nous faites la peinture
De ce jardin délicieux ,
Où pour Adam , l'Auteur de la nature
Répandit fes bienfaits fans nombre & fans meſure?
Vous vantez le bonheur , vous pleurez la foiblefa
Du coupable chef des humains ,
Avec la fublime nobleſſe
Et la tendre délicateffe ,
Non de nos fameux Ecrivains ,
Mais d'un fexe , qui ne nous laiffe
Que le foin heureux & l'adreffe
De recueillir les fleurs qui tombent de ſes mains ;
Et vous réuniffez , mais avec quelle gloire !
Et les talens & la beauté.
Joiiffez à jamais au Temple de Mémoire
D'une double immortalité ,
Et d'un admirateur fincére ,
Qui vous place au milieu de Virgile & d'Homére ;
Recevez un hommage en tout lieu respecté .
Quand l'Amour m'a perfécuté
L'efprit fans les attraits n'étoit point mon affaire ;
Les attraits fans l'efprit n'auroient pas fçû me plaire,
Mais fi de voir le jour je m'étois moins hâté ,
Jugez ce que j'aurois pû faire
Et de mon coeur , & de ma liberté .
A iij
MERCURE DE FRANCE.
1
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗源
PROJET
D'une Defcription géographique , oeconomique
& hiftorique , de la Province de Bretagne.
Préfenté aux Etats de Bretagne , tenus
Rennes au mois de Décembre 1746. Parun
Membre de l'Affemblée de l'Ordre de la
Nobleffe.
*
Ly a long- tems qu'on connoît l'impervince
de Bretagne. Le peu d'accord qu'elles
ont entr'elles ; des lieux mal pofés par
rapport aux autres parties de la terre , &
entr'eux ; des omiffions affez confidérables
, des noms eftropiés , des Côtes mal
figurées , font des défauts qui ont déja fait
penfer plus d'une fois à donner une defcription
plus exacte d'un pays où il y a tant
de lieux , dont il eft fi important aux Navigateurs
de connoître la véritable fituation.
Quoiqu'un projet , fi intéreffant par luimême
, foit refté jufqu'ici fans exécution ,
il y a lieu d'efperer que les Etats , chargés
aujourd'hui de l'adminiftration de leurs
affaires , ne négligeront rien pour le faire
réuffir , lorfqu'ils le verront renaître fous
* M.de Kermadec.
DECEMBRE. 1748: 7
une forme nouvelle , & plein de vûes ,
qui peuvent , fi elles font bien remplies ,
les éclairer dans plufieurs de leurs déci
fions. On peut également fe flater que la
Cour donnera aifément fon approbation à
un travail , qui procureroit à la Province
des avantages confidérables .
On voudroit joindre aux opérations
géographiques d'autres travaux , qui ne
font pas moins importans , comme l'alignement
& la conftruction des grands chemins
, l'examen des terres , des eaux & des
Manufactures de la Province , même toutes
fortes de recherches , propres à contribuer
à fon bien & à fa gloire.
Quelque peu de rapport que paroiffent
avoir entr'elles ces differentes parties , il
eft pourtant très - facile de les réunir toutes
dans la même entreprife.
Les Obfervations Aftronomiques
*
* Ces obfervations feront faites dans les endroits
les plus convenables de la partie orientale & occidentale
de la Province , & aux extrêmités voifines
de la mer , des Diocéfes de Vannes & de Treguier.
Les lieux , dont on aura déterminé la pofition
par ce moyen , donneront la vraie fituation de la
Province fur la terre , & feront les points fondamentaux
de la Carte , ceux aufquels on rapportera
les autres lieux .
Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE.
qu'on fait pour déterminer quelques -uns
des principaux lieux , obligent ceux qui
font chargés de ce travail , de paffer dans
les differentes routes de la Province. Un
autre objet non moins intéreffant fe préfente
alors néceffairement à leur examen :
ce font les grands chemins qui feroient
sûrement en meilleur état , & qui n'auroient
pas coûté à la Province tant de frais
inutiles , fi avant que d'y travailler on en
avoit dreffé un plan général , dans lequel
toutes les routes auroient été tracées dans
la direction la plus avantageufe ; direction
qui ne dépend pas d'un fimple alignement ,
mais qui demande encore une connoiffance
de la nature du terrain , & un nivellement
qui en indique la pente pour l'écoulement
des eaux , lefquelles perdent entierement
les chemins , tandis qu'elles pourroient
quelquefois être portées dans des
lieux qu'elles enrichiroient. La Province
a fait à cet égard des expériences
fort cheres ; les changemens qui ont été
faits dans la Direction de quelques - uns
de fes chemins , comme de celui de Rennes
à Vitré , coûtent autant que l'ouvrage
qu'on propofe aujourd'hui , qui auroit
épargné ces frais , & qui pourroit en épargner
d'auffi confidérables dans la fuite.
DECEMBRE. 174S .
9
›
De même le grand nombre d'obfervations
géométriques *
néceffaires pour
placer exactement chaque lieu un peu confidérable
, exige qu'on fe tranfporte dans
ces differens endroits. Ces opérations mer-
* La partie la plus importante de ces opérations
confiftera à former des fuites de triangles , dont les
angles feront placés dans les lieux les plus reinarquables,
depuis quelqu'un des points , dont on aura
déterminé la pofition par des obfervations,aftronomiques
, jufqu'à quelqu'autre de ces mêmes
points.
D
Pour connoître la longueur de tous les côtés de
ces triangles , il fuffit de mefurer avec un inftru
ment d'une grandeur convenable leurs angles
& de toifer réellement un feul côté , ou dans le
hieu le plus commode un efpace confidérable
qu'on rapporte à quelqu'un de ces triangles. Celuici
ayant un de fes côtés connu par la mefure ac
tuelle , on trouve aifément par le calcul la valeur
des deux autres , dont l'un étant commun au triangle
voifin , fert à trouver de la même maniere la
valeur de fes deux autres côtés , qui fervent à leur
tour à trouver celle des côtés du triangle fuivant ,
& toujours ainfi de fuite on parvient enfin à connoître
la longueur de tous les côtés de ces triangles
liés les uns aux autres par des côtés communs
, ou , ce qui eft la même chofe , la diftance
qui eft entre les lieux où les obfervations ont été
faites , & même celle qui eft entre les principaux
points , puifque la ligne , qui mefure cet intervalle ,
pafle avec une pofition déterminée au travers de
tous ces triangles . L'accord d'une feconde me➡
Fure actuelle avec la derniere diſtance calculée fair
la preuve de la jufteffe de toute cette opération.
Av
10 MERCURE DEFRANCE.
tront , non-feulement les Obfervateurs &
portée de continuer leur travail fur les
grands chemins ; mais elles leur donneront
de plus l'occasion , & à ceux , qui les accompagneront
, le tems d'examiner ce que
Comme on doit auffi connoître par les feules
obfervations aftronomiques la diftance , qui eft
entre les principaux points , depuis que la grandeur
& la figure de la terre ont été déterminées
plus exactement , toutes ces mefures ſe vérifieront
mutuellement .
Le point de perfection , où ont été portés de
nos jours les inftrumens , ne permet guéres de
commettre une erreur plus fenfible dans les mefures
céleftes , que dans les mefures terreftres d'un
arc du Méridien , qui mefure des differences en
latitude un peu confidérables. On peut également
fe flater d'approcher du même degré de précifion
à l'égard des longitudes par l'occultation des étoiles
fixes par la Lune ; & pour des diftances médiocres
une quantité fuffifante de poudre enflammée
dans un lieu convenable , ou en l'air par le fecours
d'une bombe lancée à une hauteur confidérable ,
préfente à deux fpectateurs , placés chacun dans
un lieu different avec une pendule bien réglée ,
un fpectacle commun & inftantané , qui donne la
plus grande exactitude qu'on puiffe défirer . C'eſt
furtout dans un ouvrage de la nature de celui - ci
qu'on eft fondé à efperer autant de précision des
mefures céleftes , que des mefures terreftres ; parce
qu'il exige qu'on place autant qu'il eft poffible ,
le fommet des angles à des objets permanens ;
condition , qui peut donner dans chaque fuite un
plus grand nombre de triangles , & des angles
DECEMBRE. 1748. I-L
chaque terrain produit d'utile ou de curieux
, ce qu'il pourroit produire de plus
utile , ce qu'il renferme dans fon fein , par
des fouillées , qui feront même affez profondes
pour découvrir des mines , lorsqu'il
y aura des indications fuffifantes pour entreprendre
ce travail. Si ces fouillées ne
préfentent pas toujours les matieres qu'on
eftime ordinairement le plus , elles peuvent
en faire connoître d'auffi utiles à nos
befoins , comme des eaux , des pierres *
moins favorables , que ceux que feroient des
fignaux qu'on placeroit plus avantageufement.
On formera deux fuites de triangles , dont l'une
ira de l'Eft à l'Oueſt par le milieu de la Province
Pautre de même du Nord au Sud elles feront fur
fon terrain une efpéce de croix qui le partagera en
quatre , & dont les extrêmités iront joindre les
opérations qui ont déja été faites dans la Province.
La diftance de la plupart des lieux renfermés
entre les côtés de ces triangles , & ceux de cette
efpéce de croix , fera mefurée par des opérations
moins longues , & moins pénibles.
* Si on en juge par le pavé de la plupart de nos
Villes , il ne paroît pas qu'on ait fait beaucoup de
ces fortes de recherches. Je fuis cependant perfuadé
qu'il n'en faudroit faire que de très-médiocres
pour trouver dans bien des lieux des pierres
propres à former un pavé uni & folide , qui dédommageroit
par fa durée de ce qu'il pourroit
cofiter de plus : il ne feroit peut- être pas non plus
bien difficile de procurer à quelques Villes des
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
des ardoiſes , des marbres , &c. & même
d'autres , qui ne vaudroient peut - être pas
dans la fuite moins que des mines , des
matieres propres à rendre fécondes des
terres , qui ont été regardées jufqu'ici
comme ftériles. Le mêlange de differentes
terres voifines , féparément infecondes ,
peut compofer une terre fertile , comme
celui de la marne avec differentes fortes de
terre ; les matieres aifées à calciner donnent
une chaux , qui fertilife de même les
terres les plus pauvres .
Lorfque la nature & la température du
lieu , avec tous les fecours qu'on en peur
tirer , feront bien connues , on peut avec
raifon préfumer , qu'entre les terres incultes
, il s'en trouvera beaucoup qui pourront
dans la fuite fournir du vin , des grains.
des pâturages , ou quelques fortes de bois,
marchandife aujourd'hui fi précieufe pour
le Royaume en général , & en particu
lier pour la Province , dont une des plus
grandes reffources fera toujours la navigation.
Les terres qui ne feront propres à aucune
de ces productions , pourront cependant
n'être pas fans valeur elles ne restent
:
eaux , qui les embelliroient en fourniffant de nouvelles
commodités à leurs habitans ,
DECEMBRE. 174S . 14
fouvent telles , que par le défaut de connoiffances
des gens de campagne , toujours
bornés aux mêmes occupations ; leurs
lumieres ne vont guéres au - delà de la
portée de leurs yeux peut - être même
la trop grande habitude de voir les mêmes
objets inutiles , empêche - t - elle des perfonnes
plus éclairées , de penfer à l'utilité
qu'on en pourroit tirer ? Combien avonsnous
été de tems , fans fçavoir que nous
avions chez nous de quoi faire de la fayance
? Dans combien de lieux trouveroit- on
des matieres plus belles , que celles qu'on
y employe aujourd'hui Cette fabrique
multipliée & améliorée par des ouvriers
plus habiles dans ce qui manque à fa perfection
, pour la peinture ou pour l'émail ,
nous mettroit en état de nous paffer de
tout ce qu'on tire du dehors en ce genre ,
& d'une grande partie de l'étain de nos
voifins. Des terres encore plus viles fervent
à des ouvrages , qui quoique plus
groffiers , ne font ne font pas moins utiles , comme
la poteric , la brique , & c. D'autres , qui
ne font pas moins ftériles , deviennent
précieufes par l'ufage qu'en font les plus
importantes Manufactures ; telle eft la terre
à foulon , celle qu'on employe à Faffi-
Les Anglois font fi jaloux de cette forte de
terre , qu'ils en ont défendu l'exportation fous
14 MERCURE DE FRANCE.
nage des fucres , à la conftruction des
fourneaux & des creufets de Verrerie , &c.
Toutes peuvent être miſes en valeur par des
établiffemens , qui procureroient à la Province
de nouvelles richeffes & de nouvelles
commodités .
Nous nejouirons jamais de tout l'avantage
de notre heureufe fituation , qu'en augmentant
notre commerce. Or le meilleur moyen
de le rendre riche & floriffant , eft de
multiplier & d'améliorer le produit des
terres & des Manufactures : c'eft à quoi
les recherches exactes , qu'on feroit fur
ce que le terroir de la Province produit
ou peut produire , foit en denrées , foit
en matieres propres à fes Fabriques , ou
à celles qu'on établiroit dans la fuite ,
peuvent certainement beaucoup contribuer
, en indiquant les moyens de fe procurer
abondamment les unes & les autres ,
& de les avoir de bonne qualité. Le point
le plus effentiel , à l'égard de toutes les
Manufactures eft S que la qualité de la
matiere qu'elles employent , foit bonne ;
fi elle eft mauvaiſe , l'habileté des meilleurs
ouvriers ne sçauroit réparer ce défaut. En
des peines auffi rigoureufes que celle de la laine .
Ils n'ont probablement fur nous que l'avantage
d'avoir fait plus de recherches , & d'avoir été attentifs
à en profiter.
DECEMBRE. 1748. Is
vain voudroit-on établir des Manufactures
de draps ou d'autres étoffes de laine de
quelque valeur , fi l'on n'a que des laines
courtes & groffieres ? Cette importante
Fabrique produit peu , & ne produit rien
que de très-médiocre en Bretagne ; mais
quand on examinera tous les terrains d'une
auffi grande Province , il y a toute apparence
qu'on en trouvera plufieurs qui
feront propres à nourrir des moutons , lefquels
fourniront peut- être d'auffi belles laines
que celles d'Angleterre. Nous avons des
Ifles & beaucoup d'autres lieux, où ils pourroient
parfaitement bien réuffir ; il femblet
qu'il ne faille pour cela , que faire venir dest
moutons d'Angleterre, ou d'Efpagne , d'où
les Anglois ont eux-mêmes tiré les leurs .
Cette efpece , plus grande que les nôtres ,
a la laine plus longue & plus fine , &
en porte une plus grande quantité. Le
grand cas que les Anglois font de leur
Laine , prouve que ce changement d'efpece
pour les moutons n'eft pas moins intéreffant
, que celui auquel les Etats travaillent
fi utilement depuis plufieurs années
pour les chevaux.
On trouveroit encore de nouvelles
reffources pour ce riche établiffement *
* Cet établiſſement feroit de fon côté très- utile
aux terres défrichées. On fçait dans les lieux ou
16 MERCURE DE FRANCE,
dans la culture de cette grande quantité
de terres incultes , qui attirent à la Province
autant de reproches de la part des étrangers
, qu'elles caufent de regrets aux bons
citoyens , & dont le défrichement doit
être un des objets du travail que je propofe
; importante affaire qui a eu jufqu'ici
bien peu de fuccès , malgré la bonne intention
des perfonnes qui s'en font mêlées :
peut- être même l'utilité en eft- elle devenue
douteufe à bien des gens , par le peu de
profit que la plupart des petits défrichemens
, qui ont été faits ou projettés dans
ces derniers tems , apportent ou peuvent
apporter à la Province , & par le grand
nombre de conteftations qu'ils font naître
tous les jours. Pour prévenir ces inconvéniens
, & pour retirer de ces fortes d'entreprifes
, qui méritent toute l'attention
du Gouvernement & des Etats , le fruit
qu'on en doit naturellement attendre
elles doivent être précedées d'un examen ,
y
le parquage des moutons , qui paroît prefque ignoré
en Bretagne , eft ufité , combien il contribue
à l'amandement des plus mauvaiſes terres . Ce défrichement
paroît d'ailleurs nécellaire pour la
confervation des toifons , dont une partie eft emportée
par les landes . Il eft vrai qu'elles font en
core plus gâtées par la mal propreté avec laquelle
les moutons font tenus , mais on en auroit proba
blement plus de foin , fi leur laine valoir mieux,
DECEMBRE . 1748. 17
qui en affûre la réuffite , & qui en régle
l'exécution , de maniere qu'elles ne portent
aucun préjudice aux terres cultivées.
Les afféagemens des parcelles de terres les
plus voisines de l'ancien Colon , lui font
quelquefois perdre plus , qu'ils ne produifent
au nouveau . Il faut toujours laiffer
au premier , de quoi fournir de l'engrais
à fes terres , & entretenir fes beftiaux.
On ne doit jamais oublier , qu'il eft le
premier qui ait mis le terrain en valeure
Ce ne font pas en effet de petites portions
de landes qu'il importe de défricher ; elles
fervent à faire porter tous les ans des
terres , qu'on n'enfemenceroit que tous
les trois ou quatre ans , fans l'engrais qu'on
en tire pour celles- ci . Ce font les vaftes
landes qu'il feroit néceffaire de mettre
en valeur . Elles fourniroient une nouvelle
récolte , fans diminuer en aucune maniere
l'ancienne . Mais comment y parvenir autrement
, que par les recherches qu'on
fera fur le terroir de la Province , &
dont ces landes feront le principal objet ?
Après avoir connu par cette voye la nature
du terrain , on appelleroit les voifins
on confulteroit des gens habiles & défintéreffés
, avec lefquels on détermineroit
P'ufage qu'on en peut faire , quelle partie
peut être afféagée avec quelque efpérance
و
18 MERCURE DE FRANCE.
de fuccès , fans que perfonne en fouffre ;
& puiffe faire de juftes plaintes. On feroit
enfuite un Mémoire , qui contiendroit
une defcription exacte de l'étendue
, des bornes & de la qualité du terrain ,
avec un plan figuratif, & l'on y indiquerojt
les moyens qu'on croiroit les plus propres
à le faire valoir , & les fecours qu'il feroit
néceffaire de donner à ceux qui s'en chargeroient
, foit par argent , foit par une
remife d'impofition pendant un certain
nombre d'années , jufqu'à ce que le défrichement
fût affez avancé , & produisît
affez pour faire jouir l'Entrepreneur da
fruit de fes travaux , & pour le mettre
en fituation de payer à l'Etat la protection
& les fecours qu'il lui auroit accordés . Car
je ne pense pas qu'on doive craindre de
faire des avances , même de courir des
rifques pour des entrepriſes auffi utiles.
Le Commerce qui entretient un grand
nombre d'hommes ,fe rallentit dans de certains
tems , il peut diminuer , être en partie
envahi par des voifins jaloux : les terres
cultivées nourriront toujours des Labouteurs.
Les eaux ne méritent pas un examen
moins férieux que les terres ; elles fervent
à la nourriture , aux Arts , aux voitures
& à la Medecine. Quoique ces dernieres
DECEMBRE. 1748. 19
ne produisent pas toujours l'effet qu'on
en attend , on ne doit pas négliger de
découvrir celles qui font dans un pays ;
elles peuvent lui être de quelque utilité
par leurs differentes propriétés , & procurer
du commerce au lieu où elles fe
trouvent. On fera fur les premieres des
épreuves propres à en développer toutes
les qualités , & des recherches pour en
trouver , s'il eft poffible , de plus faines ,
lorfqu'elles n'auront pas toute la falubrité
que leur ufage exige , & pour les avoir
en plus grande quantité & plus commodément
, lorfqu'elles ne feront pas
aufli
abondantes , ou auffi-bien fituées qu'on le
défireroit. Celles qui forment des rivieres
ou de gros ruiffeaux , demandent un examen
particulier.
Comme on ne fçauroit faire la Carte
d'un pays , fans fuivre le cours de fes rivieres
, afin de les décrire exactement ,
les perfonnes chargées de ce travail auront
foin d'examiner ce qu'on peut faire pour
rendre navigables celles qui ne le font
pas , & pour rendre plus facile & plus
commode la navigation de celles qui fervent
déja à cet ufage ; ces perfonnes verront
même fi des eaux raffemblées de
plufieurs ruiffeaux , on ne peut pas former
des efpeces de canaux , qui ferviroient
,
o MERCURE DE FRANCE.
fur -tout au tranfport des bois qu'on
tireroit avec affez peu de frais des terres
où ils croiffent facilement , pour les rendre
à la mer , où ils font fi néceffaires , &
dans le voisinage de laquelle ils viennent fi
difficilement. Č'eft de cette maniere qu'on
procure à la Ville de Paris une partie du
bois qui s'y confomme ; c'eft par ce moyen,
que quelques Peuples voiturent , de leurs
montagnes , des bois que leur ficuation rendroit
inutiles fans cette reffource qu'ils
ont eu l'art de fe procurer. Il femble au
contraire , que notre Province ait eté privée
de toutes celles que la nature lui avoit
données , par la grande quantité de mou
lins qui interrompent le cours de fes ri+
vieres. Comme on n'a penfé que fort tard
à fe fervir d'air au lieu d'eau pour moudre
les grains , le peu d'ancienneté de cette
découverte eft fans doute caufe de cet in
convénient , dont l'incommodité devient
›
* Toutes les marchandifes , comme le bled , le
bois , &c. dont le prix doit être fort bas relativemens
à leur poids , ne fçauroient être voiturées un
peu loin que par eau. Il n'y a que celles dont le
prix eft affez haut , relativement à leur poids ,
comme les étoffes de foye , de fil , de laine , &c.
qui puiffent foutenir les frais d'un long trajet par
ferre , & c'eft en partie fur ce principe , que dor
vent être reglés les établiffemiens qu'on peut faire
dans un pays.
DECEMBRE . 21
1748 .
fenfible à proportion que le commerce
s'augmente. Ne doit - on pas tâcher aujourd'hui
d'étendre , autant qu'il eft poſſible
, l'ufage d'une invention auffi utile dans
un pays où il vente prefque continuellement
? Et fi la néceffité nous oblige de
laiffer des moulins fur les rivieres , net
faut -il pas faire en forte qu'ils ne les
empêchent pas de fervir à nos autres befoins
?
Si le travail dont j'ai parlé jufqu'ici ,
eft bien exécuté , & qu'on ait de plus
reconnu par des expériences particulieres
la propriété des eaux pour les teintures ,
le blanchiffage , le dégraiffage , le foulage ,
& pour les autres ufages des differens Arts ,
il ne fera pas difficile de fournir des moyens
d'améliorer nos Manufactures , & de dé
terminer les lieux qui font les plus convenables
, foit aux anciennes , foit aux nouvelles
, qu'on jugeroit à propos d'établir
dans la fuite , puifqu'on ne le feroit qu'après
avoir connu qu'on a , ou qu'on peut aifément
avoir dans ces lieux , tout ce qui en
doit faire le principal foutien.
Le giffement & la configuration des
côtes de la Province font une des plus
effentielles parties de fa defcription , &
celle dont l'ufage eft le plus utile & le plus
fréquent, Quelque loin que fait poullés
22 MERCURE DE FRANCE.
la fcience de la Navigation , quelque accroiffement
qu'elle puiffe recevoir des dé-
Couvertes qui ont été faites dans ces derniers
tems , jamais le Navigateur n'aura
de reffource plus affurée à l'approche des
côtes , que la connoiffance de leur po
fition qui donne un moyen , auquel
rien ne fçauroit fuppléer , de fe reconnoître
, & d'éviter , autant qu'il eft poffible
, le naufrage dans de fâcheufes circonftances.
C
Cette opération mettra ceux qui en fe
ront chargés , à portée de vifiter & de ſonder
les ports
*
ports , pour chercher les moyens
d'en rendre l'entrée sûre & facile , la
Navigation commode & de peu de frais ;
elle leur donnera auffi occafion de remarquer
les établiſſemens utiles qu'on peut
faire fur la côte , foit par des deffechemens
de marais foit par des conftructions de
Salines , &c. tandis que leurs Affociés examineront
tout ce que la mer & le rivage
produiſent ou nourriffent , poiffons , oifeaux
, plantes , coquillages & autres infectes
de mer, entre lefquels on prétend que
Il ne s'agit point ici des Ports du Roi , où il y
a des perfonnes très habiles , mais des Ports Marchands
, qui ont leur utilité , & où il n'y a pas tou
jours des perfonnes affez éclairées pour remédier
à leurs défauts.
DECEMBRE. 1748.
23
nous en devons trouver , qui nous rendront
la pourpre , tant regrettée , des anciens .
Enfin les recherches & les découvertes ,
qui ne contribueront point à l'augmentation
des richeffes de la Province > ne .
feront pas néanmoins inutiles ; elles contribueront
à fa gloire , en fourniffant d'ex--
cellens matériaux pour fon hiftoire naturelle
, qui fera une partie du travail que je
propofe . Eh ! quelle ample moiffon ne
peuvent pas faire d'habiles Obfervateurs
fur des côtes, qui ont été jufqu'ici vifitées
avec fi peu d'attention , & fur des terres
qui n'ont pas été plus foigneufement examinées
? On va quelquefois au loin chercher
de fimples curiofités, tandis qu'on en
trouveroit dans fon pays , qui ne mériteroient
pas moins d'attention , & qu'il feroit
toujours plus utile de connoître.
Après avoir expofé une partie des avan
tages du travail que je viens de propoſer ,
il faut maintenant parler des perfonnes
que je crois néceffaires pour l'exécuter. Je
ne ferai mention que des principales ; il
me paroît qu'il en faut cinq. Deux Mathématiciens
, qui feront à la tête de l'ouvrage
, auquel ils auront la plus grande part ;
un Botaniste fçavant dans l'Agriculture &
dans l'Hiftoire naturelle , qui fera les obfervations
qui regardent ces deux parties }
24 MERCURE DE FRANCE.
un Chymifte habile dans la découverte des
Mines & dans le travail des Minéraux ,
pour conduire les recherches & les effais
qu'on fera fur cette matiere , & un homme
qui ait affez de connoiffance de tout ce
qui concerne les plus importantes Manufactures
du Royaume & celles des Etrangers
, pour nous aider à perfectionner les
nôtres , à les multiplier , s'il eft befoin , & :
à établir chez nous celles qui nous manquent
, & qui pourroient nous être avantageufes.
Outre le foin particulier que chacun
aura de fon propre travail , il pourra
aider de fes lumieres ceux qui feront chargés
d'une partie differente. Si les Sciences :
Le prêtent un fecours mutuel , les Sçavans
en differentes fortes de fciences peuvent .
encore plus aifément fe donner ce fecours,
en fe communiquant réciproquement leurs
lamieres , & porter par là l'ouvrage à un
plus haut point de perfection.
Quoiqu'il foit affez difficile d'apprécier
les frais d'un travail qui demande tant d'opérations
differentes , & que les fouillées
de terres , les nivellemens , l'examen des,
Ces fouillées fe font avec de longues tarieres ,
qui font connoître affez promptement la nature du
terrain á differente profondeur. Les Anglois s'en
fervent dans la reche che des mines . Il y a même
chez eux des gens dont l'unique métier eft d'en
iivieres
DECEMBRE . 1748. 25
Livieres & ruiſſeaux , puiffent coûter beaucoup
plus ou beaucoup moins , felon qu'on
les voudra pouffer plus ou moins loin ; je
ne crois pas cependant que toutes ces dépenfes
, avec les frais & récompenfes des
principales perfonnes employées à ce travail
, aillent par an à plus de trente
naille livres , fur lefquelles on prendroit
le prix de l'achat des inftrumens néceffaires
aux differentes opérations. J'eftime
auffi que cet ouvrage , en y travaillant affiduement
, peut être achevé dans fix ans.
Si je mets un tems fi court pour l'exécution
de ce projet , c'eft que je compte que l'on
tirera beaucoup de fecours , pour la partie
géographique , des ouvrages * qui ont été
faire ufage dans ce travail .Comme les Compagnies
qui exploitent les Mines dans la Province , pourroient,
en vertu de leur Privilége , demander à jouir
de celles qu'on découvriroit , en cas qu'on leur
accordât leur demande , il feroit jufte de leur faire
payer entiérement les frais de cette forte de recherche.
* Les Ouvrages dont j'entens parler ici , font
la Defcription des Côtes de la Province , inférée
dans le Neptune François , & la Carte de France ,
publiée en 1744 par MM. Marald: & Caffini de
Thury. Quoique le premier n'ait pas été fait avec
autant de foin que le fecond , & qu'on lui reproche
des erreurs effentielles ; comme il contient généra¬
lement tous les lieux de la Côte , dont l'autre détermine
feulement plufieurs points , c'est une
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
faits d'habiles Obfervateurs. D'ailleurs
par
il y a dans la Province un grand nombre
de perfonnes auffi éclairées
que zélées
qui fe feront un plaifir de communiquer
les connoiffances particulieres qu'elles ont
fur tout ce qui concerne les lieux qu'elles
grande avance que de n'avoir qu'à ajouter les changemens
qui peuvent être arrivés depuis à la Côte, &
a vérifier ou à rectifier des détails intéreffans pour
la navigation , qu'on ne fçauroit gueres fe promettre
d'avoir dans un grand degré de préciſion ,
qu'à force de les remanier ; ces deux ouvrages fe
roient l'un & l'autre d'un ufage plus commode &
plus étendu , fi on avoit les obfervations far lefquelles
ils ont été faits , parce qu'on connoîtroit
les termes précis des inefures qu'ils indiquent , &
qu'on pourroit les lier plus exactement à celles
qu'on prendra dans la fuite. Nous ne pouvons plus
efpérer ce que nous défirons ici à l'égard du premier
, mais nous aurons probablement bien - tôt
les Obfervations fur lesquelles le fecon: a été fait;
elles nous donneront une connoiffance particulie
re des erreurs qu'elles ont relevées dans le premier
, & dont il eft fait mention dans les Mémoi
res de l'Académie des Sciences de 1736 , feulement
en général , à l'exception de celle qui regar .
de la diftance de Saint - Brieux au Cap de Frehel ,
qu'on y a défignée , & dont on a déterminé la quantité
, mais celle- ci même a encore befoin d'éclairciffemens
, le difcours n'étant pas d'accord avec
la mesure qu'on peut prendre fur la Carte; ni cette
mefure, ni le diſcours , avec la détermination géométrique
de ces deux lieux , qui eft à côté de la
Carte.
DECEMBRE. 27 1748.
habitent , & qui ne refuferont pas de faire
fur les inftructions qui leur feront données
, les obfervations qui demandent un
trop long tems pour être faites, en parcou
rant la Province.
Ce travail paroîtra peut- être cher à
quelques perfonnes , mais fi on fait attention
à fon étenduë & à fon utilité , & à ce
que quelques ouvrages , qui ne feroient
qu'une portion incomparablement petite
de celui - ci , ont coûté * , on verra que je
n'en porte pas le prix trop haut . Il ne fera
pas néanmoins onéreux au général de la
Province , fi on fait fupporter aux octrois
des Villes , aufquelles il fera utile , une
partie des frais , puifqu'en prenant feulement
pendant fix ans le quarantiéme de
ces deniers , il ne faudroit pas , pour exécuter
ledit travail , prendre pendant le
même nombre d'années plus de vingt mille
livres par an fur les hors-fonds , ou fur
les fommes ** qui feront affectées à la ré-
* Le nivellement , par exemple , d'un efpace de
fept à huit lieues entre la Rance & la Vilaine
qu'on projettoit de joindre par un canal , a coûté
dix mille livres.
** J'ignorois , quand je fis cet Ecrit , la quantité
d'argent employé à la conftruction ou réparation
des chemins. Ces fonds ne vont actuellement
gueres au delà de quarante mille livres par an ; ils
paroiffent bien foibles par rapport à la dépenfe
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
paration des grands chemins , & fur lefquelles
une grande partie des frais de cet
ouvrage devroit naturellement être payée ,
au cas qu'elles foient affez fortes pour foutenir
cette nouvelle dépenfe , & celle à
laquelle elles font deſtinées.
La Province pourra d'ailleurs retirer
une partie confidérable de fes avances , en
fe faifant rembourfer , comme je l'ai déja
obfervé , par les Compagnies qui exploi
tent les mines,des frais qui auront été faits
pour leur recherche , fi elle eft heureuſe ,
car c'eft celle qui pourroit le plus coûter ,
mais on ne la pouffera qu'autant que les
qu'exigent encore aujourd'hui les grands chemins.
Il n'y a qu'une économie égale à celle , avec laquelle
les Etats font toutes les opérations dont ils
font chargés , & qu'ils fe propofent d'avoir dans la
régie des travaux des grands chemins , s'il plaît
au Roi de la leur confier , qui puiffe tirer un parti
bien avantageux d'une auffi petite fomme , encore
auront-ils bien de la peine à fuppléer par leurs foins
à fa modicité. Il ne paroît donc pas qu'on puiffe
rien prendre fur des fonds , qu'il faudroit peutêtre
augmenter, plutôt que diminuer, pour exécu
ter plus avantageufement les travaux , aufquels ils
font fpécialement destinés , mais les Etats pourront
employer très utilement à l'ouvrage que je propofe
, & à ceux qui en feront la fuite , une partie
des fommes , qu'ils efpérent avec raiſon retirer
de l'affaire des Entrées , affaire , ce me femble , qui
ne fçauroit être pouffée avec trop de vigueur & de
célérité ,
1
DECEMBRE. 1748. 29
Etats le jugeront à propos , ou la Com
miffion intermédiaire , à qui on en rendra
compte , auffi-bien que des autres recherches
, pendant la féparation des Etats.
Je ne parle pas de l'épargne qu'on pour
roit faire , en n'employant que les petites
pratiques ordinaires pour lever la Carte
de la Province fur les obfervations qui
ont été faites , & fur les mesures qui ont
été prises par de célébres Aftronômes ,
parce qu'il me paroît que le grand vuide *
que laiffent leurs opérations , ne peut être
bien rempli qu'en fuivant les traces de
guides auffi habiles , & les méthodes dont
ils fe font fervis . Il vaut mieux en effet
convaincre la poſtérité de l'exactitude d'un
ouvrage , qui demande un fi grand détail ,
par la vérification réciproque de leurs mefures
& des nôtres , que de chercher à faire
une fi legére épargne .
Il y a dans l'intérieur de la Province une
étendue de quarante lieues de longueur de l'Eft
à l'Ouest , fur près de 25 de largeur du Nord au
Sud , dans laquelle on n'a pris aucune mefure
exacte ; les principales opérations indiquées dans
la feconde Note , pafferont par le milieu de cet
efpace. Il feroit même néceffaire de les pouffer
un peu au delà de la partie Orientale de la Province
, afin de la mieux lier avec le Maine &
l'Anjou , dont les parties voifines n'ont pas été mefurées
exactement,
Biij.
30 MERCURE DE FRANCE.
On remettra à l'affemblée des Etats ,
outre la Carte & le détail des opérations
fur lefquelles elle aura été dreffée , l'Hiftoire
naturelle du Pays , des plans exacts
des lieux où il feroit utile de faire des travaux
, avec des projets & devis pour la
conftruction des grands chemins , le défrichement
des terres incultes , l'exploitation
des mines , la navigation des rivieres ,
l'établiffement de nouvelles manufactures ,
l'amélioration des anciennes , & généralement
pour une grande partie des ouvrages
publics. Comme on aura auffi ſoin , en
paffant par les differens endroits de la Province
, de prendre les dimenfions des diverfes
mefures qui y font établies , qu'on
les comparera toutes à la même mefure ,
pour déterminer le rapport qu'elles ont
entr'elles , & qu'on fera une pareille réduction
fur les poids , on remettra le réfultat
de cet examen aux Etats , qui en feront
l'ufage qu'ils croiront le plus utile au
Commerce..
Pour ne rien omettre dans la defcription
Géographique de la Province , qu'on
préfentera aux Etats , une lieue de deux.
mille deux cens quatre- vingt deux toiſes *
* Je ne fçais fur quel fondement les Géographes .
ont donné differentes longueurs à la lieue de Bretagne,
car je ne connois fur cela que des meſures
DÉCEMBRE. 1748. 31
occupera un espace de quatre pouces ,
de maniere qu'une ligne répondra à une
étendue de terrain de quarante-fept toifes
trois pieds trois pouces , mais comme une
ligne fe divife aifément en deux parties
qu'une vûe médiocre apperçoit fans peine ,
on y pourra repréfenter un objet de moins
de vingt- cing toifes. Le contour des côres
, le cours des rivieres , l'alignement
des grands chemins , & c . y feront par conféquent
très - diftinctement tracés. Ôn pourra
même , s'il eſt néceffaire , y repréfenter
jufqu'à un demi journal *. La Province
ayant de l'Eft à l'Oueft environ foixante &
onze lieues , & du Nord au Sud cinquanvagues
, à l'exception de celle qui eft déterminée
par l'Art . 383 de la Coûtume , qui donne à la lieue
deux mille quatre cens toifes ; on a préféré de ne
la faire ici que de deux mille deux cens quatrevingt
deux tifes , parce qu'elle divife de cette
maniere un degré du Méridien en vingt -cinq parties
égales, & que les meilleurs Géographes lui ont
donné cette longueur fur le degré meluré en Fran
ce par M. l'Abbé Picard , aux meſures duquel toutes
les opérations , qui ont été faites depuis dans
le Royaume , n'ont apporté à cet égard aucun
changement qui mérite attention .
* Le journal a en Bretagne quatre- vingt toiles
de longueur fur feize de largeur , & fait une furface
de douze cens quatre- vingt toifes quarrées.
Ainfi les côtés d'un demi journal ont plus de vingtcinq
toifes,
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
te ; cette Carte , qu'on pourra diviler
en autant de parties qu'on voudra , aura
au moins vingt- quatre pieds de longueur
fur feize pieds huit pouces de hauteur.
Ce Plan général , dans lequel toutes les
parties de la Province feront liées , & où
les moindres feront nettement repréfentées
, fera déposé au Greffe des Etats . II.
J'ai donné cette étendue à la Province fur les
dernieres mefures qui y ont été prifes , & fur l'eftimation
que j'ai faite de la pofition de ſes extrémis
tés , qui n'ont pas été déterminées avec autant de
foin. Je trouve qu'il y a environ quatre degrés
quatorze minutes en longitude entre Ingrande &
l'extrémité occidentale de l'Ile d'Oueſſan ; c'eft
Ja plus grande dimenfion de la Province : elle eft.
compofée de portions de differens paralleles , auf
quels j'ai cru qu'on pouvoit donner une valeur
commune de trente huit mille deux cens quarante
toiles par degré. La minute , ou la foixantiéme
partie de ce degré , vaut un peu plus de fix cens
trente- fept toifes .
Il m'a paru auffi que de l'endroit de la Province
le plus méridional , qui eft dans le Diocèfe de
Nantes , au plus Septentrional , qui appartient au
Diocèle de Tréguier , on pouvoit compter au
moins deux degrés. J'ai eftimé cinquante fept
mille foixante toifes , chacun de ces degrés , dont.
une minute , ou la foixantiéme partie , vaut neuf
cens cinquante-une toifes. Nous aurons une plus
grande certitude fur toutes ces mefures , quand
P'Ouvrage que je propoſe , ſera exécuté .
DECEMBRE.
1748. 33
fervira à donner toutes les lumieres néceffaires
pour juger plus fûrement , & de
l'utilité des projets particuliers qui feront
remis en même tems aux Etats , & de l'utilité
de ceux qui pourroient leur être préfentés
dans la fuite. Ce fera l'original
qu'on réduira à de plus petites dimenfions,
pour le graver dans une forme plus commode.
On donner à celui- ci depuis
un demi pouce jufqu'à un pouce par
peut
lieue's
Je ne parle pas de la proportion fur laquelle
la plupart des Cartes générales de la Province font
faites , & qui eft d'un quart de pouce par lieuë ,
parce qu'elle me paroît trop petite pour un Ouvra
ge de la conféquence & du détail de celui ci .
Si un demi pouce répond à une lieue , la Carte
en y comprenant fa bordure, aura environ quarante-
quatre pouces de longueur & trente- deux de
hauteur,une ligne y vaudra trois cens quatre-vingttoifes
deux pieds ; une minute , ou la foixantiéme
partie d'un dégré du Méridien , aura deux lignes &
demie; une minute du parallele, environ une ligne
& fept dixièmes de ligne .
En lui donnant trois quarts de pouce par lieue ,
elle aura avec la bordure foixante - deux pouces de
longueur, & environ quarante- cinq de hauteur ; fi
on la partage en neuf parties , chacune aura dans
un fens vingt- un pouces , & dans l'autre quinze.
Une ligne y répondra à deux cens cinquante- trois
toiles trois pieds quatre pouces. Une minute du
Méridien aura trois lignes trois quarts , & une mi--
nute du parallele deux lignes & demie.
Enfin à un pouce par lieue,elle aura quatre-vingt
By
34 MERCURE DE FRANCE .
ce font les limites, entre lefquelles je penfequ'il
faut choifir la proportion la plus con--
venable ; peut- être fuffira t'il de lui donner
un demi pouce par lieue.
La Carte auroit dans cette fuppofition
avec fa bordure quarante- quatre pouces de
longueur , & environ trente- deux de hauteur.
Sans être d'une grandeur incommode
pour l'ufage ordinaire , elle paroîtroit
avoir affez d'étendue pour contenir , fans
confufion, tout ce qui mérite d'y avoir place,
& pour faire aifément connoître la
vraie pofition de chaque lieu , puifque chaque
degré y feroit divifé en foixante parties
très -fenfibles. On l'imprimeroit fur fix .
feuilles, qu'on placeroit féparément dans le
livre de l'Hiftoire Naturelle , & qu'on affembleroit
pour en faire une Carte générale.
La grande inégalité d'étendue des
Diocèfes ne permettroit pas d'en faire auffi
commodément ces deux ufages, en la divifant
par Evêchés , mais on fuppléera à cette
divifion, que quelques-uns délireroient
pouces de longueur fur cinquante- fept de hauteur;
une ligne y repréfentera cent quatre- vingt dix tot.
fes, & en la divifant en neuf parties , chacune aura
dans un fens vingt- fept pouces , & dans l'autre
dix- neuf.
J'ai fait ce détail , afin qu'on puiffe choifir la
proportion la plus conven able..
DECEMBRE . 1748. 35
peut-être , en y marquant les limites de
chaque Evêché . Toutes les routes y feront
exactement tracées. On y diftinguera , par
des fignes particuliers , tout ce qui fera digne
de remarque , & on pourra , fi on le
juge à propos , mettre fur fes bordures ce
qu'il y a de plus effentiel à fçavoir , tant
fur le gouvernement Eccléfiaftique , Civil
& Militaire , que fur le commerce & la
navigation de la Province .
Al'égard des entreprifes , dont on propofera
l'exécution , on aura fur -tout attention
de n'en propofer aucune , dont les
profits ne furpaffent les dépenfes , à moins
qu'ane néceffité indifpenfable n'oblige à
des travaux onéreux. Entre celles qu'on
aura jugées utiles , il y en a dont les
commencemens mêmes peuvent être
avantageux celles -là fe feront entierement
aux frais des Entrepreneurs ; il femble
qu'il fuffife alors d'indiquer ce qu'il y
a à faire de bons confeils en pareil cas
font de vrais encouragemens . Mais il y en
a d'autres qui demandent des fecours réels :
tels font les grands défrichemens qu'on
pourroit entreprendre , l'établiffement de
nouvelles Manufactures , & l'amélioration
des anciennes , qui exigent qu'on faffe venir
d'ailleurs des ouvriers pour commencer
les unes , & perfectionner les autres.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE..
On jouit bien-tôt du fruit de cette der
niere dépenfe , qui apporte dans un Pays
les Arts dans toute leur perfection . Il y ens
a dont le fin ne confifte que dans un petit
fecret , d'autres ne doivent la fupériorité
de leurs ouvrages qu'à l'induftrie particufiere
, avec laquelle ils font pratiqués dans
certains lieux; les plus utiles ne demandent
pas de grands talens ; les ouvriers ne font
mal , que parce qu'ils ont été mal inftruirs..
Dès qu'une fois on en a d'habiles , leur
fcience s'étend & fe perpétue aifément
dans un Pays , & elle ne fe perd ordinairement
que par une trop grande cupidité ,
qu'il ne feroit pas difficile de réprimer.
de
2.
Les Mémoires inftructifs qu'on donnera
aux Etats les mettront à portée
prononcer avec une entiere connoiffan--
fur toutes les propofitions qui leur fe--
ront faites , lorfque la Cour leur aura
accordé les fommes qu'ils demandent , pour
le foutien du commerce & des Manufactures
de la Province . Ils pourront même aider
ceux qui , faute de lumieres ou de
repréſentans , ne fçauroient demander. Car
ce ne feront pas toujours les lieux pour
lefquels on demandera des encouragemens,,
qui en auront le plus de befoin , ni ceux
pour lefquels on propofera de nouveaux :
établiſſemens , qui y feront les plus pro-
.
DECEMBRE: 1748. 37
+ pres . Un génie plus actif , plus de hardieffe
& de conftance à faire des demandes ,
peuvent faire dépenfer des fommes affez :
confidérables dans de certains endroits ,
tandis que de bien moindres , employées
dans d'autres , auroient produit plus d'u
tilité aux particuliers , & ce qui doit être
fur- tout confidéré ici , au Public , dont le
bien doit toujours être l'objet de la dépenſe
de fes deniers ..
2
Les endroits , qui ont plus de befoin de
fecours , font les petits lieux , parce qu'ils
font ordinairement pauvres; ce font cependant
les plus confidérables & les plus riches
, dont les demandes font les plus fré
quentes & les plus écoutées , quoiqu'ils
ayent ordinairement beaucoup de reffources
, & qu'ils foient à proportion moins
chargés que les autres , aux habitans defquels,
même aux plus aifés , les differentes
Charges publiques laiffent à peine de quoi
fe nourrir & fe vêtir groffierement , pour
fruit d'un pénible & continuel travail ,
comme fi les richefles étoient par - tour
un titre pour en acquérir de nouvelles , & la
pauvreté , un mal qui ne dût jamais être
guéri.
Cependant quelque habiles , & il n'en
faut
que de telles , quelque habiles , dis -je,
que foient les perfonnes que la Province
38 MERCURE DE FRANCE.
employera pour l'exécution du vafte deffein
que je viens de propofer , & pour la direction
duquel je voudrois avoir des lumieres
égales à mon zele ; quelque exactes
que foient leurs obfervations , quelque
bien mefurés que foient leurs projets ,
on ne doit pas fe flater d'en voir réuflir
toutes les parties du premier coup , mais
on peut raifonnablement efpérer que la
plus grande partie aura du ſuccès , fi l'exécution
eft bien conduite , & que celle
qui n'aura pas d'abord réuffi , pourra être
rectifiée par les obfervations que feront
dans la fuite ceux qui feront chargés de
l'exécuter , & dont eux & les Commiffaires
des Evêchés rendront compte à la Commiffion
intermédiaire , & en particulier
à l'Affemblée des Etats , où l'on examinera
fila chofe péche par elle-même ou par l'exécution
, afin de l'abandonner ou de faire les
changemens néceffaires .
Si on n'agiffoit que fur des démonftrations
, on reſteroit fouvent dans l'inaction ,
le plus grand de tous les maux ; il faudroit
d'ailleurs joindre quelquefois les recherches
morales aux phyfiques , pour s'affurer
du fuccès d'un nouvel établiffement , qui
ne dépend pas feulement de la difpofitiondu
lieu , mais encore de celle de fes ha
bitans , auxquels la nature , ou plutôt l'éDECEMBRE
. 1748 39%
ducation , n'a pas toujours donné aſſez
d'induſtrie ou d'inclination au travail pour
fe rendre plus heureux , & quelque chofe
qu'on faffe , il faut compter que la réuffite
des grandes entrepriſes ne fçauroit être que:
l'effet des grands travaux & du tems .
EXTRAIT des Regiftres du Greffe des
Etats de Bretagne tenus à Rennes.
Du Dimanche 25 Décembre 1746 , huit :
heures & demie du matin .
M. l'Evêque de Dol.
M. le Prince , Comte & Baron de Leon..
M.le Sénéchal de Rennes.
M. le Président de Bedée ayant repréfentéun
Mémoire , qui lui avoit été remis ,
intitulé : Projet d'une Defcription Géographique
, Oeconomique & Hiftorique , de la Province
de Bretagne..
Les Etats ont ordonné & ordonnent
l'impreffion dudit Mémoire . La minute fignée
de Meffieurs les Préfidens des Ordres.
Pour Expédition conforme à la minute de-.
meurée déposée au Greffe des Etats de Bre--
tagne.
De Lalandelle ,
Greffier des Etats de Bretagne..
40 MERCURE DE FRANCE:
EPITRE
A M. de Voltaire:
HEritier du beau feu de Sophocle & d'Ho⇒
mére ,
Maître , ainfi qu'eux , dans l'Art d'étonner & de
plaire ;
Dont les heureux talens , par l'étude embellis ,.
Sont un digne ornement du regne de Louis ;
Prête l'oreille aux fons d'un jeune téméraire ,
Qui, fier de t'admirer , ne peut plus te le taire,
Et d'un noble defir las d'arrêter le cours ,
T'ofe dire aujourd'hui ce qu'il penfa toujours .
Oui , toujours de tes vers mon ame fut émue
Et pour mieux t'affurer que ma Muſe ingenue
Du vil adulateur dédaigne les détours ,
Daigne écouter ici l'hiftoire de mes jours.
3
Au fortir du berceau , dans l'âge le plus tendre,
Mon premier fentiment füt le defir d'apprendre.
Je fentois , mais fans voir. Le tems officieux
Vint lever le bandeau qui me couvroit les yeux,
Tout me parut alors une fcéne nouvelle ,
Et j'entrevis du beau la premiere étincelle ;
La Fontaine me plut , mon coeur en fut épris,
J'aimois à reconnoître , en fes fimples écrits ,
De la naïveté le charmant caractére.
DECEMBRE.
4T 1748.
Je goûtai Defpréaux , mais il étoit fevére ,
Er malgré tous les traits ingénieux & fins ,
Je riois à regret aux dépens des Cotins .
Le Peintre des Romains , le fublime Corneille ,
Echauffa mon efprit , étonna mon oreille ;
Il me paroiffoit fait pour marcher fans égal.
Mais je connus bientôt ſon aimable tival , -
Moins pompeux il eft vrai , mais plus doux & plus
tendre.
>
Par un trouble nouveau je me fentis furprendre ,
Je rendis mon hommage à ce maître des coeurs
Et mon premier tribut fut un tribut de pleurs..
Crebillon , confondant le fang avec les larmes ,
Au fein de la terreur me fit trouver des charmes ,
Tant il fçut exprimer , par fes mâles accords ,
Et les fureurs du crime , & l'horreur des remords
Du Parnaffe François parcourant les merveilles ,
Je vis enfin les fruits de tes illuftres veilles .
Que ne puis-je aujourd'hui te payer tout le prix
Du plaifir que je dois à tes divins écrits ?
Lorfque donnant l'effor à ta mufe fublime ,
Ta peins du Grand Henri la valeur magnanime ,,
Et du François féduit les pieufes fureurs ,
Quel éclatant tiffu des plus fortes couleurs !
Que de ton fier pinceau l'audace noble & fûre
Saifit heureufement les traits de la nature !
Chez toi , le vrai toujours accompagne le grandi
42 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , tout chez toi me frappe & me furprendi
J'admire avec tranſport ces vers pleins de génie ,
Dont les vives beautés ont fait frémit l'envie ,
Dont les tours , toujours neufs , toujours harmo
nieux ,
Sont nés pour embellir le langage des Dieux.
Des préfens d'Apollon la France étoit parée ;
Tout fleuriffoit chez elle , & la feule Epopée
Paroiffoit être un champ fermé pour les François.
Leurs efforts , difoit-on , ne l'ouvriront jamais.
Rome , Londres , Madrid , mille fois nous brave
rent.
Fon chef d'oeuvre parut , leurs infultes cefferent .
Mais un chef- d'oeuvre feul ne te fuffifoit
pas ,
Un triomphe aux grands coeurs n'eft que leur
premier pas.
Tel qu'un fougueux torrent , fier enfant de l'orage
S'échappe en frémiffant , inonde au loin la plage ,.
Vainqueur de cent remparts conftruits pour les
dompter ;
Dans fon rapide cours rien ne peut
l'arrêter.
Tel on t'a vû franchir les étroites limites ,
Qu'aux vulgaires humains la nature a preſcrites.
Un talent fuffiroit aux morte ls comme nous ;
Il n'appartient qu'à toi de les poffeder tous.
Du premier des Bourbons ayant chanté la gloire ,,
On te vit confacrer tes veilles à l'Hiftoire ,
Et de ton ftyle heureux la piquante douceur
DECEMBRE . 43 1748.
Par cent charmes divers attacha le lecteur.
Puis des bras de Clio volant à Melpomene ,
De tes brilians travaux tu vins orner la fcéne :
Le fceptre du théatre a paflé dans tes mains ;
J'admire , en frémiffant , ce Brutus que je plains :
Je gémis des fanglots de la tendre Zaïre ;
Je partage les pleurs de Mérope & d'Alzire ;
"
Tu répands à ton gré la tendreffe & l'effroi ;
Mon ame eft ébranlée , & mon coeur eft à toi..
Par cent titres divers au - deffus de l'envie ,
Tu jouis maintenant des fruits de ton génie ;
Le Titus des François , le modèle des Rois ,
T'a confié le foin d'écrire ſes exploits.
De cent lauriers divers Minerve te couronne 3
De rayons immortels la gloire t'environne..
PAS
Bafton..
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine
, pour fervir de réponſe aux remarques
fur les Differtations de la nouvelle
Bible.
J
'Ai lû , Monfieur , les Remarques Criti
ques fur les Differtations contenues dans
les trois premiers volumes de la nouvelle Bible
, inferées dans le Mercure de Novembre
dernier. Permettez-moi de vous propofer
les réflexions qu'elles m'ont fait naître.
Mériteront - elles de trouver place
dans votre Journal ? Je vous en laiſſe le
juge.
a Je vous avoue que je m'intéreffe peu
ce qui regarde les Campagnes Phlégrées ,
la Peninfule de Pellene , les Statues coloffales
de Thebes , le frere d'Ephialtes , le Roi
Theutobochus , le Géant Artachaès , le fleuve
Thermodon , & Teres , pere de Sitalcès . Les
fautes que l'Auteur des Remarques Critiques
releve fur ces differens points, ne font
pas nouvelles . Elles étoient dans les précédentes
éditions des Differtations & du-
Commentaire de D. Calmet : & le nouvel
Editeur s'applique plus à l'étude des Auteurs
Sacrés , qu'à celle des Auteurs Profanes.
DECEMBRE.
1748. 45
Quant à la deſcription du Temple de Betus
, mon deffein n'eft pas non plus de m'y
arrêter beaucoup. Voici feulement une réflexion
qui m'a d'abord frappé . L'Auteur
des Remarques reproche au Differtateur
d'avoir mis un grand Temple au- deffus de la
buitiéme derniere des huit tours , élevées
les unes fur les autres au milieu du terrain
confacré à Belus. Mais ce que dit fur cela
le Differtateur , s'accorde avec le deffeing
du Pere Lami joint à cette Differtation ,
& qui étoit par conféquent fous les yeux
de l'Auteur des Remarques. Le Pere Lami
fe croyoit, fans doute , fondé à repréſenter
ainfi le Temple de Belus. Que dit il ?
J'ouvre fon Livre de Tabernaculo , & au
Livre II. chap. 4. fection 4. col. 224 , je
trouve que ce Sçavant prétend être autorifé
par l'expreffion même d'Hérodote ,
qui dit précisément qu'il y avoit un grand
Temple , vnòs pezas , & que ce grand Temple
étoit conftruit au- deffus de la buitieme
tour , vnès éxes! μyus. C'eft à l'Auteur des
Remarques Critiques à fe défendre contre
le Pere Lami,
Mais je viens à la coudée Babylonienne.
S'il ne s'agiffoit ici que d'un texte d'Hérodote,
je ne m'y intérefferois pas beaucoup: il
s'agit d'un texte d'Ezéchiel ; voilà ce qui
m'intéreffe. La même queftion embraffe
46 MERCURE DE FRANCE.
également le texte d'Hérodote & le texte
d'Ezechiel : voilà ce qui me rend également
attentif à l'un & à l'autre.
L'Auteur des Remarques Critiques reproche
au Differtateur d'avoir fait dire à
Hérodote , qu'il y avoit deux fortes de coudées
chez les Babyloniens ; & à Ezéchiel ,
que la coudée dont il fe fervoir , étoit plus
grande d'un palme que l'ordinaire. Sur le
premier point , j'admire l'érudition de
l'Auteur. des Remarques ; fur le fecond
point , j'entre volontiers dans fa penſée
mais je fouhaiterois qu'il eût traité ce fecond
avec autant d'érudition que le premier
.
Il foutient fur le premier point , qu'Hérodote
ne compare pas deux coudées Babyloniennes
j'en conviens. Il prétend
qu'Hérodote compare deux coudées Grec.
ques ; je n'en conviens pas. Je penſe avec
le Pere Lami ( de I abernaculo , lib . 1. cap.
7. fect. 1. col . 86. ) qu'Hérodote compare
la coudée Babylonienne avec la coudée
Grecque : & c'étoit fans doute la penſée
de celui qui a traduit le texte d'Hérodote
en ces termes : Eft autem cubitus regius ,
quàm is quo pro menfura utimur , tribus digitis
major.
L'Auteur des Remarques fuppofe , que
cette interprétation vient de ce qu'on a
DECEMBRE . 47 1748.
mal entendu l'expreffion d'Hérodote
τα μετρία πήχεως . Mais il montre fort bien
lui-même , que le mot uel n'a jamais
pû être pris en ce fens. C'eft pourquoi je
penfe avec le Pere Lami , que celui qui a
traduit , quàm is quo pro menfurâ utimur ,
ne lifoit point ulpix , mais ueliç . Je
penfe avec le Pere Lami , que c'eft- là la
vraie leçon : & avec le Pere Lami , je le
prouve par le texte de Pline , ( Lib. VI.
cap. 26. ) qui décrivant la hauteur & l'épaiffeur
des murs de Babylone , & donnant
ces dimenfions d'après Hérodote ,
comme l'Auteur même des Remarques en
convient , ajoute : In fingulos pedes ternis
digitis menfura ampliore quàm noftrâ. Voilà
dans ce texte de Pline la traduction fimple
& naturelle du texte d'Hérodote : traduction
plus ancienne que celle de Laurent
Valle , traduction faite fans doute , fur des
exemplaires plus corrects que ceux de Laurent
Valle.
Il eft vrai que le texte de Pline appelle
pieds , ce qui fe trouve appellé con lées dans
le texte d'Hérodote : mais en cela même
je- préférerois encore le texte de Pline. Je
crois ainfi que le Pere Lami , que les
mefures Babyloniennes étoient les mêmes
que celles des Hébreux & des Egyptiens.
Je remarque que le pied Egyptien fur-
,
48 MERCURE DE FRANCE.
•
paffoit d'environ trois doigts le pied Grec
& le pied Latin : j'en conclus que le pied
Babylonien furpalloit de même de trois
doigts ces deux pieds. Voilà précisément
ce que dit Pline : in fingulos pedes ternis
digitis menfurâ ampliore quàm noftrâ. J'en
conclus qu'Hérodote avoit dit auffi luimême
ce que Pline a fibien exprimé d'après
lui. Je pense que dans les anciens manufcrits
le mot Grec пor , qui fignifie
pied, & fon génitif Ionique ПOaEos ,
ont bien pu fe confondre avec ΠΗ͂ΧΥΣ ,
ПнXENE , qui fignifie coudée. Le dialecte
Ionien eft précisément celui d'Hérodotę .
De ce qu'Hérodote employe , pour décrire
les dimenfions des murs de Babylone,
cette meſure Royale qu'il dit être de trois
doigts plus grande que la mefure des Grecs ,
on en conclut que cette mefure Royale
eft une mefure propre aux Babyloniens.
L'Auteur des Remarques rejette cette conféquence
: cette raifon lui paroît nulle. Il eft
étonnant qu'elle lui paroiffe telle. Je n'ai
ici qu'une queftion à lui faire. Quand Pline
employe , pour décrire les dimenfions des
murs de Babylone , la meſure d'un pied ,
qu'il dit être de trois doigts plus grand que
celui des Latins , quel eft ce pied dont Pline
parle ?
A l'égard du texte d'Ezechiel , je conviendrai
DECEMBRE. 1748. 42
viendrai avec l'Auteur des Remarques, que
ce Prophete ne compare point la coudée
Hebraique avec la coudée Babyloniene ,
ni même avec aucune autre coudée , mais
qu'il parle feulement d'une canne ou toile
fubdivifée en coudées & en tophach ou
petits palmes. Mais on pourroit former ſur
cela plufieurs difficultés , que je fouhaiterois
que l'Auteur eût prévenues . D'abord
je comprens bien , que ceux qui fçavent
'Hebreu , n'auront pas de peine à conve
nir , que l'expreffion de fix coudées en coudée
tophach , peut fort bien fignifier fix
coudées , dont chacune étoit fubdivifée en
tophach : mais je crains que cela n'ait pas
la même vraisemblance , pour ceux qui ne
connoiffent pas le génie de cette Langue
& je fouhaiterois que l'Auteur des Remarques
, qui me paroît être un homme fçavant
& laborieux , eût bien établi cette interprétation
; qu'il eût raffemblé les témoignages
des Interprétes qui ont penſé ainsi , & les
raifons fur lesquelles ils ont appuyé cette interprétation
.
De plus , le texte du Chapitre XLIII.
verfet 13. ne dit pas feulement qu'on mefura
l'Autel en coudées , coudée & tophach.
On trouve là dans le texte trois fois le mot
de coudées en coudées , coudée , coudée &
tophach : cela eft certainement très- obf-
11, Vol.
:
C
so MERCURE DE FRANCE.
cur , & méritoit bien d'être éclairci .
Je fçais qu'en cet endroit la verfion des
Septante porte fimplement : en coudées de
coudée & palme. Mais pourquoi ne retrouve
- t - on point là , la triple répétition
du mot de coudée , ni rien d'équivalent
Eft - ce une omiffion dans la
verfion des Septante ? Est - ce une interpolation
dans l'Hebreu ? Il me femble
que ces recherches ne feroient pas indignes
de l'application de l'Auteur des Remarques.
Je lui propoferois encore une queftion,
Je trouve au Chapitre XL. verfet 5. dans
la verfion Grecque , fix coudées en coudée
& de palme : ἐν πήχει καὶ παλαισης Ccla
eft certainement très-fufpect de faute . N’auroit-
on point lû originairement ici comme
aut Chapitre XLIII . εν πήχει το πήχεως
καὶ παλαισῆς , en coudées de coudee & palme.
Le fçavant Auteur de ces Remarques, qui a
pris la peine de comparer tant d'éditions
d'Herodote pour l'intelligence du uirg
xus , ne refuferoit peut- être pas de comparer
les differentes éditions des Septante ,
de confulter même les Manufcrits , pour l'éclairciffement
de ce texte.
D'ailleurs , quand on aura bien établi
qu'Ezechiel ne compare point la coudée
Hebraique avec la coudée Babyloniene ,
DECEMBRE. 1748. SI
quelqu'un objectera peut-être qu'il compare
deux coudées Hebraiques : c'eft même
l'opinion commune des Rabins. H feroit
encore digne de l'érudition de cet Auteur ,
de bien réfuter cette opinion . Quand on
aura bien démontré le faux , & même l'impoffible
de ces deux comparaiſons , l'interprétation
que l'Auteur des Remarques propofe,
en recevra beaucoup de force ; elle deviendra
même néceffaire , & on reconnoîtra
que c'eſt le vrai fens du Prophete .
Si vous jugez à propos , Monfieur
d'inférer ces réflexions dans votre Journal
, elles pourront donner lieu à quelques
réponfes , qui pourront contribuer à
Féclairciffement de ce texte d'Ezechiel. Je
fuis , & c .
E. D. L. N. B.
Le 20 Décembre 1748 .
52 MERCURE DE FRANCE.
EPITH ALAME.
L'Amour dernierement avec l'Hymen fon frere;
Laffés tous deux de jouer au volant
Dans le grand falon de Cythére ,
Allerent s'affeoir mollement
A côté de Venus , leur mere ,
Pour le rafraîchir un moment
Et caufer amicalement ;
?
Quand tout à coup l'Amour , feignant d'être en
colere ,
Fit à l'Hymen , d'un ton un peu levére ,
Cette querelle d'Allemand.
Sçavez-vous bien , Monfieur mon frere ,
Que par tout vous paffez pour fourbe , & pour
méchant ?
On yous voit à tout bout de champ ,
Sans nul égard auxſympathies ,
Attacher fous un mêmejoug
Des perfonnes mal afforties ,
Qui tôt après en viennent au dégoût.
Tu ne me feras plus un reproche ſemblable ,
Reprit l'Hymen ,car je fçais , quand je veux,
Rendre deux coeurs parfaitement heureux.
Pour t'en donner une preuve palpable ,
Je m'en vais de ce même
pas
DECEMBRE . 1748.
53
Vifiter un lieu plein d'appas ,
Que l'on nomme la Goupilliere.
C'est là que je veux engager
Notre plus brillante Bergére
Avec fon fidéle Berger.
J'ai forgé tout exprès deux des plus douces chaînes
Pour la belle...... & le tendre .....
Qui vont fe ranger fous ma loi ;
Viens donc Amour , viens avec moi ;
Tu fus l'Auteur de l'ardeur innocente
Qui les foumet à mon facré lien.
Pour rendre leur famme conftante ,
A ton flambeau j'allumerai le mien.
淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
SUITE de la Séance publique de l'Acadé
mie Royale des Sciences .
A lecture du Mémoire de M. Caffini
de Thury fut fuivie de celle d'un effai
d'expérience de M. le Marquis de Courtivron,
fur quelques voies de communication
de la maladie contagieufe du gros Bétail .
Ce Mémoire a pour objet une matiere
que les calamités publiques & la crainte
des peuples rendent malheureufement trop
intéreffante. Si les vûës des plus habiles
Médecins de Paris & des Provinces le font
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
pertournées
jufqu'à préfent fans fruit fur la
maladie du gros bétail , pour parvenir à
fa curation ; files vûës des Magiftrats n'ont
pas été moins iufructueuſes , pour en arrêter
le progrès , on peut confidérer les chofes
fous une autre face , & examiner fi des
Ordonnances fevéres ne condamnent pas
trop rigoureufement des matieres néceffaires
à l'ufage commun de la vie , & qui
périffent avec les beftiaux attaqués. Des
précautions outrées peuvent devenir
nicieufes , ainfi que la négligence. Leur
excès eft une forte d'abus, duquel il eft néceffaire
de fe défendre . L'Auteur a recherché
dans quelques Regiftres publics l'origine
de celles qui font en vigueur en Franre.
Nos Annales nous fourniffent en 810 ,
fous Charlemagne , l'exemple d'une pareille
contagion générale & fubite , mais
on ne trouve rien d'antérieur à 1714 , fur
les précautions . La maladie dans cette année
dévafta plufieurs Provinces du Royaume
, fans qu'il en refte d'autres obfervations
, comme le remarque M. le Marquis
de Courtivron , que la date de ces ravages.
Si cette maladie , continue -t-il , eft extrêmement
rare , c'eft une raifon de plus de
mettre à profit des tems fi malheureux , en
raffemblant , foit fur les voies de communication
, foit fur la nature de la maladie
<
DECEMBRE. 1748. 55
quelques connoiffances , qui en fe confirmant
, pourront faire reflerrer les limites
des précautions dans de plus juftes bornes,
& qui un jour , en fe multipliant & devenant
plus étendues , pourront fervir à les
fixer. L'Auteur examine d'abord l'origine
de ces Ordonnances , & il conjecture avec
beaucoup de vraisemblance , que comme
la maladie du bétail , qui infecta la France
en 1714 , nous étoit venue de l'Italie où
F'on en avoit reffenti les premiers effets ,
les précautions , qu'on y avoit prifes dans
les contagions précédentes , ont pû être
perfectionnées dans celle dont il s'agit. Il
avoit paru en 171 ;, une Differtation de
M. Lancifi , célébre Médecin du Pape Innocent
XI . laquelle contient prefque tout
ce qui fe pratique aujourd'hui chez nous ,
mais cet ouvrage ne rapporte point d'expériences
directes qui fondent ce que l'on
y preferit. C'est pour aller dans cette route
avec plus de certitude , que notre Académicien
donne l'effai qui fait le fujet de cet
article. Il est néceffaire , dit M. le Marquis
de Courtivron , que ceux qui feront
encore à portée d'examiner , nous fourniffent
des lumieres fur la même matiere ,
pour qu'on fçache fi les tems , fi les faifons
, fi quelques caractéres particuliers
dans l'épidémie , ne rendent pas la maladie
C iiij
56 MERCURE DEFRANCE.
fufceptible d'une propagation variée.
M. le Marquis de Courtivron paffe enfuite
aux expériences. La maladie du gros
bétail a été regardée par pluffeurs , comme
une forte de petite vérole , mais foit que
ce foit pefte , ou autre maladie , cet Académicien
a tenté trois principales voies de
communication ; fçavoir , celle de digeſtion
, de refpiration & d'inoculation. On
fent affez que les bornes d'un extrait ne
nous permettent pas de rendre exactement
tout ce que nous voudrions dire pour l'intelligence
de la matiere , & il -eft difficile
de rien retrancher de l'ouvrage fans en
ôter le néceffaire . Nous nous contenterons
donc d'annoncer que fept expériences
de communication de la maladie , tentées
par la voie d'inoculation , n'ont pas
réuffi. Il en a été de même de la voie de
refpiration , tentée en faifant refpirer des
animaux dans des couvertures de laine ,
de toile & de foye , où avoient refpiré &
expiré des animaux attaqués de la maladie.
Le lait des bêtes malades n'a point donné
la maladie à des veaux aufquels on en
avoit fait prendre. Le fang d'un animal
infecté , répandu fur l'aliment qu'on faifoit
prendre à un boeuf , n'a pas nui
non plus au dernier. La voie de digef
tion , tentée en fe fervant de lait , dans
DECEMBRE. 1748.
57
lequel on avoit mêlé de la bile tirée de la
vefficule du fiel , laquelle bile avoit tou
jours paru viciée , tant en quantité qu'en
qualité , dans tous les animaux morts pendant
le cours de la maladie qui a infecté
Ilurtille , petite Ville du Duché de Bourgogne
, a communiqué le mal à un animal,
ou du moins cet animal , qui mourut , fut
attaqué & eut les mêmes accidens que
ceux qui étoient morts infectés. La bile ,
tirée de la vefficule du fiel de cet animal
mort , a difpofé deux animaux , fur lefquels
on réitéra l'expérience , à avoir la
maladie. Ils furent attaqués du dévoyement
qui avoit toujours été le premier
fymptôme , mais cette maladie n'eut pas
de fuite plus funefte. Un de ces animaux
abandonné à lui - même , guérit naturellement
, ainfi que l'autre fur lequel on avoir
effayé quelques remédes . D'autres expériences
que nous ne détaillons point ,
n'ont pas eu de fuccès.
A la fin de ce Mémoire font plufieurs
réflexions & remarques utiles. L'Auteur
fe prefcrit de ne tirer aucune conclufion
de ces expériences , qu'il a rendues publiques
dans le deffein que d'autres les réïtéralfent.
Nous irons ici plus loin que lui
& nous ajouterons que le venin de la maladie
, dont l'Académicien remarque que la
Ст
$ 8 MERCURE DEFRANCE.
fphére d'activité n'eft point étendue ( ce
qu'il confirme par plufieurs obfervations )
a peut-être befoin , pour être puiffamment
dangereux , d'une certaine force que la
chaleur vitale des animaux attaqués lui
donne. Au moins il eft très - certain que
la communication d'animal fain à animal
vivant malade , eft la voie véritablement
pernicieufe. Mille funeftes , évenemens
le démontrent , & ces chofes vérifiées
& examinées avec l'attention que
l'Auteur demande , peuvent être d'une
grande importance. La France a peut-être
perdu dans cette calamité pour plufieurs
millions de cuirs qu'il auroit été poffible
de conferver, fi cette matiere avoit été examinée
plutôt.
Toutes les expériences dont nous venons
de parler , ont été faites pendant les
grands froids de l'Hyver dernier ; & les
matieres , qui fervoient à ces expériences ,
étoient tranfportées dans un efpace d'environ
deux lieues , avant que d'arriver
dans l'endroit où l'on gardoit les beftiaux
féparés , qui étoient deftinés à fubir les
épreuves.
Cette Séance fut terminée par la lecture
des obfervations de la derniere Eclipſe
du Soleil , faites en Ecoffe par M. le
Monnier,
DECEMBRE. 1748. 59
Quoiqu'en l'année 1737 , l'Eclipfe annulaire
du Soleil ait été obfervée au mois
de Mai en Ecoffe par un tems très - ferein
& avec un foin particulier ; quoique la
durée & la formation de l'anneau ayent
été fort exactement déterminées à Edimbourg
( la durée ayant paru précisément la
même au College que dans le Château , )
il ne paroît pas qu'on ait pu réuffir cette
fois - là à décider deux queftions effentielles
au progrès de l'Aftronomie , & que M. le
Monnier croit néceffaire de réfoudre , foit
pour perfectionner la théorie des mouvemens
de la Lune , foit pour déterminer enfin
la correction générale des Eclipfes.
Quelques circonftances affés heureufes fe
font préfentées plus avantageufement au
tems de la derniere Eclipfe annulaire du
mois deJuillet, qu'elles n'ont dû l'être il y
a environ onze ans. De plus , le Ciel a été
un peu plus ferein cette fois - ci au Nord
de l'Ecoffe , qu'en l'année 1737 , ce qui
peut fournir un moyen de déterminer fans.
le fecours d'aucun inftrument le diametre
de la Lune , en comparant les obfervations
faites vers les deux termes ou limites auftral
& boreal , où l'Eclipfe ceffoit d'être annulaire.
Cependant M. le Monnier n'a négligé
aucune des précautions ordinaires , &
fon principal objet a toujours été, pendant
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
le milieu de l'Eclipfe , de mefurer plufieurs
fois ce diametre avec l'inftrument
qu'on nomme Micrometre , qu'il avoit
emporté de France , & qui étoit adapté à
la lunette ordinaire de 8 pieds & demi .
On auroit pû auffi déterminer le demi
diametre de la Lune , en comparant les
obfervations faites en Ecoffe dans les lieux
où l'Eclipſe a dû être centrale , à celles qui
ont été faites vers le limite auftral de l'Eclipfe,
mais il auroit fallu pour cet effet , que
la plus grande durée de l'Eclipſe annulaire
eût été bien exactement obfervée & en dif
ferens lieux par quelques Obfervateurs
difperfés dans un même canton.
Pour revenir aux circonftances favora
bles dont on a parlé ci- deffus , on remarquera
qu'en l'année 1737 , la Lune étoit
moins éloignée de la terre qu'au tems de
la derniere Eclipfe , & qu'ainfi les obfervations
que nous fuppofons qu'on auroit
pû faire alors pour déterminer le diametre
& la variation de diftance de cet
Aftre à la terre , ne fe feroient pas trouvées
en cela à beaucoup près fi avantageufes
qu'en cette année- ci.
Mais afin de mettre tout le monde encore
plus au fait de l'état de cette question,
& de la néceffité de connoître le diamétre
apparent de la Lune au tems de fon paffage
DECEMBRE. 1748. 61
par l'apogée & de la nouvelle Lune , M. le
Monnier remonte à quelques découvertes
antérieures . Il raconte en pen de mots avec
quelques Hiftoriens de l'Aftronomie moderne
, comment en l'année 1668 M. Picard
, l'un des Aftronomes de l'Académie
des Sciences , avoit découvert une variation
finguliere dans les diamétres apparens
de la Lune au tems du perigée , c'est-à - dire
de la plus petite diftance de cet Aftre à la
terre , & comment on avoit enfin décidé
que le diamétre perigée paroiffoir d'une
minute ou d'une trentiéme partie plus
grand dans les pleines Lunes que dans les
quadratures ; qu'enfin M. Halley s'eft
alluré depuis , que le même phénomene
avoit lieu au tems d'une Eclipfe du Soleil
ou de la nouvelle Lune perigée .
On voit par- là, continue M. le Monnier ,
1 °.Que ces premieres découvertes ont merveilleufement
fervi à établir ou confirmer
les nouvelles théories , & qu'il n'eſt pas
douteux qu'elles ne puiffent encore aujourd'hui
nous conduire très fûrement à y
ajoûter de nouveaux degrés de perfection .
2°. Que la queftion fur le plus grand diametre
apparent de la Lune , ou fur les
variations des diamètres au tems du périgée
, ayant été depuis long- tems réfolue ,
& cela dans toute fon étendue ; il ne ref
62 MERCURE DE FRANCE.
toit plus qu'à s'afsûrer de la variation da
plus petit diamétre dans les pleines & nouvelles
Lunes & dans les quadratures , lorfque
cette planette eft apogée ou dans fa
plus grande diftance à la terre ; que cependant
depuis que les Aftronomes y travaillent
, nous ne voyons pas qu'on ait publié
jufqu'à ce jour aucun fait qui puiffe tendre
à décider cette question . Qu'au refte, les variations
du diamétre apogée, au tems des quadratures
& des pleines Lunes,font très-petites,
& qu'il n'eft pas étonnant que ces variations
ayant paru fi difficiles à bien établir , on
nous en ait àpeine laiffé jufqu'ici connoître
la différence . Qu'il fembloit de plus que la
connoiffance du diamétre apogée au tems
de la nouvelle Lune, étoit réſervée au jour
de l'obſervation de la derniere Eclipfe du
Soleil , laquelle étant annulaire dans prefque
toute l'Ecoffe , devoit par conféquent
laiffer voir la Lune toute entiere fur le Soleil
, & cela dans toute l'étendue du pays ,
compriſe depuis Edimbourg jufqu'aux Orcades.
Une autre queftion , non moins
importante , a été extrêmement agitée parmiles
Aftronomes, furtout depuis l'Eclipfe
partiale du Soleil de l'année 1684. Cette
queftion , qui concerne la correction gééral
e des Ec lipfes , étoit de s'afsûrer fi le
DECEMBRE . 174S . 63.
diamétre apparent d'un corps opaque vi
fur un fond lumineux , tel que le difque
entier de laLune vûe fur le Soleil au tems de
l'Eclipfe annulaire , étoit confidérablement
altéré , ou pour mieux dire fenfiblement
diminué la contraction des rayons de
lumiere , & cela par oppofition à un effet
tout contraire qui arrive au tems des autres
phafes , principalement au tems des
pleines Lunes , lorfque le difque lumineux
de cet Aftre paroît fur un fond obfcur .
par
Car fi l'apparence du diametre de la
Lune eft diminuée , comme l'avoit établi
M. de la Hire dès l'année 1684 , d'environ
30 fecondes ou d'une foixantiéme partie ,
au tems des Eclipfes du Soleil , il doit
s'enfuivre , que quand nous voyons con
mencer ces Eclipfes , il y a déja quelque
tems qu'elles font en effet commencées , &
qu'au contraire , quand nous les voyons
finir, ces mêmes Eclipfes ne font pas encore
finies.
Cela méritoit d'autant plus d'attention
au tems de la derniere Eclipfe , que peutêtre
c'étoit-là l'occafion la plus favorable
de faire ceffer tout embarras , & de mettre
fin à l'incertitude des Aftronomes touchant
cette correction , que les uns ont admife
plus grande que les autres , & fur la quan
tité de laquelle M. de la Hire ( qui n'avoit
64 MERCURE DE FRANCÉ.
pû obferver au tems des Eclipfes partiales,
que la diftance des cornes , dont les pointes
étoient émouflées ) avoit varié dans la derniere
édition de fes Tables .
On étoit donc perfuadé ici , que cette
correction devoit être fenfible , & il n'étoit
queftion que d'enaffigner la jufte quantité.
Cette incertitude, jointe aux autres motifs
précédens , a déterminé M. le Monnier
à entreprendre le voyage d'Ecoffe. Il y
étoit d'ailleurs invité par Mylord Comte
de Morton , qui par un goût naturel pour
les Sciences , par l'étendue de fes con
noiffances & par fon crédit , pouvoit faire
difparoître la plus grande partie des obſtacles
, qui auroient pû faire avorter une pa
reille entreprife.
Il fe préfentoit deux méthodes également
sûres & certaines , mais bien differentes
l'une de l'autre , & fur lesquelles
l'inconftance du tems pouvoit influer inégalement.
La plus ufitée eft affez connue
des Aftronomes , & M. le Monnier avoit
emporté de France fon Micrometre , afin
de la mettre en pratique. L'autre étoit
d'établir des correfpondans dans toute
l'Ecoffe , depuis Edimbourg jufqu'aux Orcades
, & de les engager à mefurer la
plus grande quantité de l'Eclipfe , ou bien
au défaut d'inftrument , d'examiner avec
DECEMBRE. 1748. 65
une fimple lunette , ou la durée de l'Eclipfe
annulaire , ou combien il s'en falloit que
l'Eclipfe ne fût annulaire vers les deux
termes auftral & boreal , ce qui devoit conduire
à déterminer la quantité du diametre
de la Lune.
Cette derniere méthode eft fort utile
& le faccès en eft plus affûré , lorfque le
Ciel ne refte pas affez long-tems ferein
dans le lieu où l'on obferve , ou lorfque
les nuages ne permettent pas de réitérer
ni même d'achever la mefure du diametre
apparent de la Lune , car en ce cas il vaut
mieux s'attacher à bien juger de la phafe
de l'Eclipfe , ce qui eft poffible , fi l'on
apperçoit feulement le Soleil pendant quelques
inftans , & fi à chaque obfervation
l'on a foin de marquer l'heure qu'indique
en ce moment une pendule bien reglée ,
au lieu que comme il faut employer trop
de tems pour mefurer , par le fecours d'un
Micrometre , un diametre fouvent oblique
au mouvement diurne , l'ufage d'un femblable
inftrument , quelqu'excellent qu'il
puiffe être , peut bien devenir inutile en
ces fortes d'occafions , & même impratiquable.
Heureufement le Ciel a favorifé cette
année- ci les obfervations , & même jufques
dans la partie la plus Septentrionale de
66 MERCURE DE FRANCE.
l'Ecoffe ,ce qui n'avoit pû réuffir à M. Maclaurin
en 1737 , en forte que ce fçavant
Géometre n'avoit pas été à portée d'employer
l'une où l'autre de ces deux méthodes,
n'étant pas d'ailleurs affez fourni des
inftrumens néceffaires.
Pendant le milieu de l'Eclipfe , M. le
Monnier , voyant que le Ciel continuoit
d'être parfaitement ferein , s'eft principalement
attaché à la meſure du diametre
de la Lune , par le moyen du Micrometre.
Il l'a réitérée cinq fois de fuite pendant
un intervalle de plus de 15 minutes :
ce diametre s'eft trouvé conftamment le
même , quoique meſuré en differens ſens ,
& ce qui eft digne de remarque , il a
paru beaucoup plus grand , qu'on ne s'y
étoit attendu. Voici le détail abrégé de la
relation que notre Académicien nous don
ne de fon voyage & de fes obfervations .
» Etant arrivé à Londres à la fin du
mois de Juin , où je trouvai encore le
» Comte de Morton qui partoit pour l'E
» coffe , j'appris de M. Short que ce Mylord
engagea à faire avec nous ce voyage ,
» qu'on trouveroit au Château d'Aberdour
un Teleſcope de 4 à 5 pieds , de fa conftruction
, qui pouvoit groffir jufqu'à
» 500 fois , & un autre Teleſcope d'environ
is pouces > monté fur differens
DECEMBRE . 1748. 67
axes & cercles divifés , qu'il étoit facile
» de difpofer parallelement au plan de l'ho-
» rifon & de l'Equateur , & avec lequek
» on pourroit affez exactement prendre
» des hauteurs correfpondantes du Soleil
» & regler les pendules. De plus il reftoit
» au Collège d'Edimbourg , dans l'Ecole
» de Mathématiques , un inftrument des
paffages & une pendule à fecondes ,
» qui avoient fervi à feu M. Maclaurin
» au tems de la derniere Eclipfe. M. Short
fe chargea auffi d'écrire aux mêmes Pro-
» feffeurs , qui avoient déja obfervé l'Eclipfe
annulaire de l'année 1737, & à M.
» Markenzel, qui achevoit de lever le plan
» des Orcades.
» Le matin du jour de l'Eclipfe , j'avois
» été obligé , pour avoir le libre ufage
» de mon Micrometre , & de ma lunette
» de 8 pieds & demi , de me placer au
» dehors , fur l'une des terraffes du Châ-
» teau , n'ayant d'autre inftrument que
>> cette lunette & ma montre à fecondes
» de la conftruction de M. Graham , que
» j'avois foin de comparer de tems en tems
avec la pendule . A la vérité , j'étois à
» l'abri du vent mais non pas de l'hu-
» midité ni de la pluye , qui m'avoit fort
" incommodé fur les huit heures du matin..
» A 8 heures 47 minutes , le difque da
>
68 MERCURE DE FRANCE.
» Soleil étant très -diftinct & bien terminé ,
» l'Eclipſe n'étoit pas encore commencée ,
quoiqu'elle auroit dû l'être fuivant le
» calcul. Les nuages nous ayant bien -tôt
» fait perdre de vue le difque du Soleil ,
≫ je n'ai pû appercevoir cet aftre qu'à huic
» heures 50 minutes & demie, entre quel-
'99 ques éclaircies , & c'eft l'heure que j'ai
"jugé par eftime devoit être le commen
» cement de l'Eclipfe. Peu de tems après ,
» le Ciel étant devenu ferein , onvoyoit
» déja très -diftinctement la phaſe de l'Eclipfe
, & comme le champ du Telef-
» cope , auquel obfervoit M. Short , étant
» circulaire , occupoit dans le Ciel un an-
" gle de 8 minutes & 24 fecondes &
» demie , on a déduit de la phafe obfervée
» à 8 heures 54 minutes 35 fecondes par
» M. Short , ( lorfque la corde de la quan
" tité de l'Eclipfe occupoit précifément le
» diametre du champ de ce Teleſcope ) le
» commencement de l'Eclipfe à 8 heures
50 minutes 17 fecondes & demie.
و د
39
" Les nuages s'étant enfin totalement
diffipés , le Ciel a refté conftamment
" ferein le refte du jour c'eft pourquoi
" nous n'avons rien négligé de tout ce
qui pouvoit rendre nos obfervations
complettes, Le vieux Château d'Aberdour
où nous étions , eft fitué environ
"
3
DECEMBRE. 1748. 69
9 milles au Nord d'Edimbourg , un peu
» vers l'Ouest on pourra en conclure la
» latitude & la longitude , par diverfes
» obfervations faites dans l'autre Château
» de Dalmahoy , qu'on a eu foin de lier
» par des triangles , tant à celui où nous
» avons obfervé l'Eclipfe , qu'à celui d'E-
» dimbourg , dont la diſtance au Collége
» étoit déja connue,
و ر
» Il y avoit long - tems que j'étois
» occupé à mesurer les phaſes lumineuſes
» de la portion du Soleil qui reftoit éclairée
, & alternativement la diſtance ´des
cornes , marquant foigneufement le tems
de chaque obfervation , lorfque je com
mençai à m'appercevoir à 10 heures 1 I
» minutes , c'eſt - à- dire , en- 4 fecondes
" viron 6 minutes & demie avant le milieu
» de l'Eclipfe , que la diftance entre les
pointes des cornes étoit devenue ſenfiblement
plus petite que le diametre
» de la Lune, Le diametre que je voyois
» pour lors tout entier fur le Soleil , me pa-
» rut dans cet inftant de 29 minutes so fes
» condes & demie.
"9
"
» A 10 heures 14 minutes , je trouvai
» la quantité du diametre vertical , de 29
»minutes 48 fecondes & demie, mais ayant
" effayé de mefurer , un inftant après
le diametre horisontal , quoique cette
70 MERCURE DE FRANCE.
détermination fût plus difficile à cauſe
du mouvement diurne , je le trouvai
» néanmoins fenfiblement le même ; car
» il n'étoit que d'une feconde plus petit.
» Enfin à 10 heures 25 minutes , c'eſt- àdire
, 7 minutes & un quart après le
» milieu de l'Eclipfe , le diametre apparent
» de la Lune , lequel le mouvoit entre
» deux fils paralleles à l'Equateur , obfervé
»pour la feconde fois dans l'efpace de
» 7 à 8 minutes , a paru conftamment de
» 29 minutes 47 fecondes & demie. Le
» diametre s'eft trouvé plus petit que celui
» du Soleil d'une minute & 51 fecondes
» & demie , ayant meſuré celui- ci un peu
après fon paffage par le Méridien , Pour
réduire les parties du Micrometre en fecondes
, on s'eft fervi d'une bafe de 2570
pieds , à l'extrêmité de laquelle ayant
fait affermir deux poteaux & placé deux
» mires , à la diſtance de 22 pieds , on
» a choifi les tems les plus favorables pour
» en réitérer les obfervations , fans avoir
jamais differé de plus d'une feconde , dans
» la valeur des parties de ce Micrometre.
» Comme l'extrêmité de cette baſe étoit
39
fituée dans l'ouverture d'une des fenêtres
» du Château de Dalmahoy , proche l'ap.
partement que j'occupois , j'ai eu oc-
» cafion de vérifier un grand nombre de
DECEMBRE . 71. 1748 .
fois l'amplitude de mon Micrometre
» pendant mon féjour en Ecoffe , lequel a
» duré plus d'un mois.
3
Comparant le diametre de la Lune ,
» obfervé le jour de l'Eclipfe , à celui que
donnent les Tables de M. Halley , on
» le trouve de 10 fecondes plus grand ,
» ce qui fait voir d'abord que ce diametre
>> a paru plus grand que nous ne nous y
» étions attendu . Mais la variation du dia-
» metre horisontal de la Lune , depuis l'apogée
jufqu'au perigée ; c'est - à - dire ,
» depuis le jour de l'Eclipfe du Soleil juf-
» qu'à celle de Lune , qui a fuivi immé
>>> diatement a dû être felon les mêmes
» Tables , de 4 minutes & 10 fecondes ,
» & de 4 minutes 4 fecondes feulement
" felon les Tables de Flamfteed. A Paris
» & à Greenvich , le diametre apparent
" de la pleine Lune ayant été foigneufement
» obfervé , on ne trouve plus , en com-
» parant les diametres horiſontaux de la
» nouvelle & de la pleine Lune , qu'une
>
de
difference de 3 minutes 45 fecondes
» au lieu des quantités que nous avons déduites
ci-deffus du calcul de nos meilleu-
» res Tables. Cela indique affez les défauts
» de la théorie dans cette partie de l'Orbite
» lunaire , auxquels par conféquent il fera
» néceffaire de remédier. Mais on voit
72 MERCURE DE FRANCE.
fur-tout, malgré les défauts de la théorie,
» que les deux corrections qu'il faut faire
» aux diametres apparens de la nouvelle
» & de la pleine Lune , vue alternati-
» vement fur un fond lumineux & for
» un fond obfcur , que la fomme , dis-je ,
» de ces deux corrections n'eft pas à beau
» coup près auffi confidérable qu'on ſe l'é-
» toit imaginé , & qu'à peine eft-elle fen-
» fible.
J
REGI PACIFICO .
CARMEN.
Am ceffat manare cruor , jam claſſica Mattis
Dira filent , lacerum bellis immanibus orbem
Pace beat victor , victriciaque exuit arma.
Vincendo magnus , major , LODOICE , videris ,
Victorem quando tua te clementia vincit.
Milite namque tuo dum fortis proruit hoftes
Mauricius , funditque acies , caftellaque flammis
Oppidaque evertit , qualis vafto impete torrens ,
Objicibus ruptis , filvas populatur & arva :
Dum tibi certa novas offert victoria lauros ,
Deponis gladium , & victis prætendis olivam.
Per te compofitis regnat Pax aurea terris,
Liber
DECEMBRE. 1748. 73
Liber & Oceanus nautis tuta æquora pandit ,
Et gemini reparata vigent cominércia mundi .
Nunc licet extremos fecuris navibus Indos ,
Atque Arabum penetrare finus , auftroque favente,
Mutare indigenis peregrinum mercibus aurum ,
Unde falus pendet regnorum , & robora crefcunt ,
Jam non agricolæ fegeti , non vinitor uvis ,
Non ovibus paftor metuit , fed rure quieto
Defuetas pubes renovat feftiva choreas ,
Agreftique tuum modulatur arundine nomen ;
Auguftum nomen phoebeo carmine dignum,
Vivite felices tanto fub Principe , Galli .
Gloria victori ingentes erexerat arcus ,
Bellorum effigies , Martiſque trophæa cruenti †
Nunc alios arcus certatim attollite Regi
Pacifico , decorent quos læta infignia Pacis
Bacchus ubi thyrfos , flavas ubi geftet ariftas
'Alma Ceres , Faunique hederas & lilia Nymphæ
Copia fundat opes ; foliis orn tus olivæ
In medio furgat LODOIX , citharâque decorus
Pacifici laudes recinat LODOICIS Apollo.
At vos , &populi , fævo quos plurima bello
Vexavit clades , pofitis hoftilibus armis ,
Exuite hoftiles animos , pacemque beati
Exercete diu , nec fan&tum rampite foedus
Par M. Tardy.
11. Vol. D
74
MERCUR E DE FRANCE.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
LE
IMITATION
Du Poëme précédent.
E bruit des armes ceffe, & le Dieu des combats
N'inonde plus les champs de fang & de foldats,
Un Roi victorieux , vaincu par fa clémence ,
Sacrifiant la gloire au repos de la France ,
Arrête la valeur de fes braves guerriers ,
Et préfére la Paix à l'éclat des lauriers.
Ta clémence , Louis , fignale plus ta gloire ,
Que cent lauriers cueillis des mains de la victoire,
Quand le vaillant Saxon , ce favori de Mars ,
Se fait des ennemis craindre de toutes parts ,
Qu'il renverfe & qu'il prend les remparts & les
Villes ,
Qui font contre fon bras des efforts inutiles ;
Quand la Victoire t'offre un triomphe nouveau ;
De la guerre allumée éteignant le flambeau ,
Prêt à tout foudroyer tu quittes ton tonnerre ,
Et tu calmes enfin & la mer & la terre .
De troubles & d'effroi l'Univers agité ,
Ates bontés, grand Roi , doir fa tranquillité.
Tout refpire la Paix. Le Marchand moins timide
Commerce en liberté ſur la plaine liquide ;
Il peut dans le Pérou conduire les Vaiffeaux ,
DECEMBRE. 75 1748 .
Qui n'ont plus d'ennemis que les vents & les flots;
Pénétrer jufqu'au Gange , & par l'or qu'il en tire,
Accroître & foutenir les forces de l'Empire.
Le tranquille berger voit paître fes moutons ;
Le Laboureur content recueille fes moiffons ;
La jeuneffe champêtre aux plaifirs s'abandonne ,
Renouvelle fes jeux que la Paix lui redonne ,
Et fur fes chalumeaux ofe chanter ton nom
>
Qui , pour être chanté , demande un Apollon.
Que vous êtes heureux , François, peuple fidéle ,
De vivre fous un Roi , des bons Rois le modélet
Vous avez célebré les exploits glorieux ,
Mais vos Arcs de triomphe, élevés jufqu'aux Cieux,
Ne nous repréfentoient qu'horreur & que carnage,
Et de Bellone en feu l'impitoyable rage ;
Par d'autres monumens célebrez fes bienfaits ,
Et nous y faites voir les doux fruits de la Paix.
Que de pampre Bacchus ait la tête parée ;
Que la blonde Cérès d'épics foit entourée ;
Que les Faunes badins , accompagnés des Ris ;
Soient couronnés de lierre , & les Nymphes de lis ;
Que Louis au milieu , fuivi de l'abondance ,
S'éleve fur un char où brille l'opulence ,
Et qu'Apollon, joignant fa lyre à nos concerts,
Chante avec nous la Paix qu'il donne à l'Univers,
Peuples, à qui la guerre a caulé tant d'allarmes ,
(
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ceffez d'être ennemis , quand vous quittez les
armes ,
Et pour votre bonheur , refpectez un Traité,
Que ce Roi magnanime & Thémis ont dicté.
Par le même.
Nousn'avons de la Littérature , é
Ous n'avons pas inutilement exhorté
nous faire part des Piéces fugitives , dignes
d'êtres confervées , qui n'ont pas vâ
le jour pendant la vie de leurs Auteurs.
M. Tollot , homme d'efprit , établi à Geneve
, & qui nous a fait déja de très - bons
préfens en nous envoyant plufieurs de fes
propres ouvrages , veut bien nous communiquer
diverfes lettres du célebre Rouf
feau , ainfi qu'on le verra par les deux articles
fuivans. Un tel fervice mérite notre
reconnoiffance & celle de nos Lecteurs.
LETTRE aux Auteurs du Mercure de
France , fur plufieurs Lettres de Rouffſeau ,
qui ne fe trouvent dans aucune des Editions
de fes Ouvrages.
M
Effieurs , il m'eft tombé entre les
mains diverfes Lettres de feu Rouffeau
, adreffées à M. de Crouzas , de l'ADECEMBRE
. 1748. 77
cadémie Royale des Sciences , & qui tient
un rang diftingué dans la République des
Lettres. L'Auteur,lorfqu'il les écrivit, étoit
à Soleure , chez M. le Comte du Luc ,
Ambaſſadeur de France , dans la Maifon
duquel il avoit trouvé un azile . Ce Seigneur
, qui aimoit les Lettres , & qui
fe plaifoit à protéger les malheureux , ne
put voir fans pitié un Poëte illuftre , abandonné
de tout le monde , réduit à fuir
fa propre patrie , & à s'envelopper dans
fa vertu , comme il le difoit lui - même . Il
ne m'appartient pas de douter de la juftice
de l'Arrêt prononcé contre ce fameux Ecrivain
cependant , bien des gens , trèséclairés
, mettent encore en problême
s'il étoit le pere des couplets. La Lettre
que M. l'Abbé d'Olivet a publiée pour
fa
juftification , fait beaucoup en fa faveur ;
elle me paroît du moins extrêmement
forte on m'a de plus affuré , & je le
tiens de bon lieu , que Rouffeau a refufé
conftamment , & avec cette noble fierté:
que donne l'innocence , les Lettres de Grace
qu'on lui offrit. Un coupable n'eft pas
fi délicat , fur-tout quand il s'agit de
revenir dans fa patrie , & d'y jouir des
avantages & des agrémens que procure
une grande réputation , Auffi , M. de Voltaire
, quelque raiſon qu'il prétendît avoir
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
>
de fe plaindre de Rouffeau , n'a pas ofe
décider contre lui ; en cela , plus réſervé-
& plus équitable que M, le Marquis d'Argens
, qui dans fon Traité du Goût , dit ,
qu'il regarde l'entrepriſe de ceux qui cherchent
à justifier Rouffeau , comme égale à celle de
ceux qui forment le projet de blanchir un
Maure , en le lavant avec de l'eau. Heureufement
, les jugemens de M. d'Argens.
ne font pas fans appel , & notre Poëte
ne feroit pas le feul Auteur célebre , que
ce Crique eût traité injuftement. Après
avoir examiné fi l'on peut regarder Def
preaux , comme un véritable honnête homme
il n'hésite pas à décider que non ;
parce , dit - il , qu'il a cherché à nuire à
certains Ecrivains : comme fi quelques traits.
de fatyre , qui lui font échappés , anéantiffoient
tout fentiment de probité. Comment
M. d'Argens auroit- il épargné Rouffean
& Defpreaux , puifque dans le même
Livre , il taxe d'envie & de jaloufie Madame
des Houlieres , pour avoir foutenu
le parti de Pradon contre Racine, Elle fentit ,
dit - il , la fupériorité des Ouvrages de cet
Auteurfur lesfiens , elle ne pouvoit s'empêcher
de les hair. Quel raifonnement ! Haiffonsnous
des Ouvrages , parce qu'ils font fupérieurs
aux nôtres ? Il me femble que la haine
ne tombe que fur les perfonnes , & non fur
les Livres ..
DECEMBRE. 79 1748.
On convient avec le Marquis d'Argens,
que Madame des Houlieres s'eft trompée
dans le jugement qu'elle a porté de la Phédre
de Pradon , & de celle de Racine . Cette
fentence a été trop précipitée ; elle l'a accordé
, fi l'on veut , à l'amitié & à la
recommandation ; mais Madame des Houlieres
avoit l'efprit trop éclairé , & le coeur
trop généreux , pour être fufceptible d'envie.
N'a-t- elle pas loué hautement le grand
Corneille? Ne parle-t- elle pas des Tragédies
de ce Poëte fublime avec les plus grands
éloges ? Cependant , ce rival étoit un concurrent
encore plus redoutable pour elle ,
que le tendre & l'élégant Racine.
4
Mon zéle pour Madame des Houlieres
m'a un peu écarté de mon fujet ; j'y reviens ,
mais c'eft encore pour combattre un des
fentimens du Marquis d'Argens , quoique
je ne fois point de ceux qui méprifent fes
Ouvrages.
Les derniers Ouvrages de Rouffeau , dit- il ,
font médiocres , il y en a même de mauvais ;
M. d'Argens place au rang de ces derniers
l'Epître à M. Racine le fils , dans laquelle
on fent la main d'un habile Maître , &
où il y a des morceaux que Rouffean n'auroit
pas défavoué , dans la plus grande vigueur
de fon génie. Je fuis tout - à - fait
de l'avis de M.Greffet , fi bon Juge, qui dit,
Dij
83 MERCURE DE FRANCE .
en parlant de ce Poete , quelque tems avang
fa mort.
En vain de fa gloire ennemie ,
La haine répand en tout lieu,
Que fa mufe enfin avilie
N'eft plus cette muſe chérie
De Duffé , la Fare & Chaulieu
Malgré les Arrêts de l'Envie ,
S'il revenoit dans fa Patrie ,
Il en feroit encor le Dieu.
Si fes derniers Ouvrages ne valent pas
tout à fait les premiers , ils ne font cependant
pas indignes de leur être affociés ;
c'eft ici où l'on peut appliquer ce judicieux
précepte d'Horace.
Verum ubi plura nitent in carmine , non ego paucis-
Offendar maculis.
En général , les Ouvrages de notre Auteur
font beaucoup d'honneur à la Poëfie
Françoife , & rendront fon nom immortel..
Perfonne n'a connu mieux que lui l'art
de rendre de grandes vérités avec beaucoup
de force , de nobleffe & d'énergie..
Ses Cantiques facrés feront toujours regardés
comme des chefs - d'oeuvre , & dés:
modéles qu'il fera difficile d'égaler . Il a
excellé dans les Cantates , genre de PoëfieDECEMBRE
. 1748. 81
dont il est l'Inventeur , & qu'il a perfectionné.
On trouve dans plufieurs de fes
Epîtres cette aimable naïveté qui plaît
d'autant plus , qu'elle cache d'importantesmaximes
fous une fimplicité apparente.
Ses Odes ne laiffent pas douter qu'il ne
fût en France ce qu'étoit Horace à Rome ,
c'est - à - dire , le premier des Poëtes Lyriques.
Le tour heureux & neuf qu'il a fçû:
donner à fes vers , le choix de fes images ,
l'ufage élégant & gracieux qu'il y fait de
l'Histoire & de la Fable , tout cela leur
prête un ornement qui appartenoit à lui :
feul , & que fes imitateurs , quelque habiles
qu'ils foient , ont bien de la peine
à copier. Ce qui le diftingue principalement
, c'eſt la richeffe des rimes , il ne
s'eft jamais permis à cet égard aucune licence
: & ce qu'il y a de furprenant, c'eft que
jamais le fens ni l'expreffion n'ont fouffert
de la contrainte des regles , qu'il obfervoir
très-exactement .
Rouffeau travailloit extrêmement fes ouvrages
; il difoit qu'un Poëte , qui fait des
vers avec facilité , & qui fe contente trop
aifément , fatisfait rarement le Public . Il
ne compofoit que lorfqu'il étoit en verve,
& que fon genie lui obéiffoit. Dès qu'il
trouvoit quelque réſiſtance , c'étoit pour
lui un avis de quitter la plume , & il ne la
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
reprenoit qu'au moment qu'il fe fentoit de
nouvelles forces. Quoique fes vers foient
le fruit d'une imagination vive & féconde ,
il ne fe livroit pas abfolument à fon feu.
Il corrigeoit de fang froid & à loifir . Il
n'étoit pas content du bien , lorfqu'il pouvoit
atteindre le mieux ; afin d'affûrer à
fes ouvrages un plus grand nombre d'admirateurs
, il étoit le dernier à approuver
ce qu'il écrivoit . J'ai fçû toutes ces particularités
de M. du Lignon , qui s'étoit retiré
à Lauſanne , & qui étoit proche parent
de M. le Comte du Luc. Comme il:
alloit voir de tems en tems cet Ambaffadeur
, il eut occafion de connoître particulierement
Rouffeau , avec lequel il conferva ,
même après que ce dernier fut parti de
Soleure , un affez long commerce.
Le même M. du Lignon m'a appris que
les moeurs de notre Poëte étoient très-réglées
, fur tout après qu'il eut étudié avec
foin la Religion. A cet égard , il mit fagement
à profit fon exil ; il n'employa l'heureux
loifir que lui procuroit fon Protecteur
, qu'à chercher l'évidence , & à perfectionner
fon coeur. Ainfi quand il feroit
vrai , que dans les Pays étrangers il eût
perdu quelque chofe comme Poëte , il y
auroit du moins beaucoup gagné comme
honnête -homme , & comme Chrétien..
DECEMBRE . 174S . 83
On reconnoîtra aifément dans les Lettres
qu'on m'a communiquées , & dont je
vous envoye un échantillon , fon expreffion
, fon tour d'efprit , & la maniere de
penfer ; on y verra qu'il étoit ennemi de
limpiété & de la fuperftition ; qu'il aimoit
fincérement la vérité , & qu'il avoit même
cette forte de fimplicité de coeur , qui fait
qu'on la reçoit avec plus de facilité , &
fans chicaner contre elle.
Rouſſeau haiſſoit mortellement la difpu
te , parce qu'il croyoit qu'elle ne fervoit
qu'à aigrir les efprits , & à les éloigner du
but ; il étoit perfuadé que fi l'on évitoit les
fophifmes , les logomachies , & qu'on s'expliquât
fans détour , clairement , & avec
précision , on détermineroit bientôt les
plus grandes difficultés , & qu'on abrége
roit bien des controverfes. On découvre
dans fes Lettres le caractére de franchiſe
& de candeur qu'il recommande fi fort ;:
on y trouve auffi quelques anecdotes littéraires
. Ses malheurs l'avoient indiſpoſé
contre diverfes perfonnes , & comme il
écrivoit à un ami , il croyoit pouvoir s'ou
vrir avec lui , & lui confier fes plus fecrettes
pensées. Il étoit né , il faut l'avouer ,
avec un génie fatyrique , que la morale a
bien de la peine à réprimer & à adoucir
entierement. Si la vengeance eft le plai-
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fir des Dieux , notre Poëte ne s'eft pas tous.
jours refufé cette dangereufe fatisfaction .
Ce feroit s'en rendre complice , que detrahir
fa confiance , & de divulguer ce
qu'il auroit peut-être fupprimé lui -même
s'il avoit pâ deviner que fes Lettres fuffent
mifes au jour. Par cette raison , Meffieurs ,
il y aura dans celles que je vous communi- .
querai , quelques lacunes , qui heureuſement
n'interrompent ni ne gâtent point le
fens . Nous devons ce refpect à fa mémoire,
& plus encore aux lamieres & à la
probité de quelques Sçavans qu'il n'apas
affez ménagés. Il en eft de cela comme
des chofes qui nous échappent en préfence
de nos amis ; on ne leur demande point
le fecret , ce feroit foupçonner leur dif
crétion , mais il fe recommande de luimême
, & les honnêtes gens s'en font une
Foi inviolable.
Un excellent Poëte peut n'être qu'un
très-médiocre Profateur. La lecture des
Lettres en queftion m'a attaché , & à travers
une certaine négligence , qui a peutêtre
fes graces , on y apperçoit beaucoup
de netteté & de jufteffe. A la vérité , ik
faut faire un choix ; comme l'efprit n'eft
pas toujours également bien difpofé ,
quand on écrit fans préparation , il arrive
quelquefois que la plume s'appéfantit , &
DECEMBRE . 1748. Sis
que le ftyle languit . Nous confentons de
voir un homme en deshabillé , mais il faut
que ce foit un deshabillé honnête qui n'ait
rien de rebutant. En voulant tout recueillir
& ne rien laiffer perdre , on a fait tort à
plufieurs Ecrivains célébres ; ce n'eft pas
ménager leur réputation , que de faire imprimer
de fimples billets qu'ils ont écrits à
la hâte, & qu'ils ont laiffés en quelque maniere
échapper de leurs mains .
On ne doit pas chercher dans les Lettres
de Rouffeau ce ftyle vif & coupé de Ma--
dame de Sévigné , ni ces faillies brillantes ,
ces jolies antithèſes , ces tours épigramma--
tiques , que certains Auteurs ont remis à
la mode , mais on y trouve , en revanche
dés idées folides , quelquefois hardies ,
exprimées d'un ftyle fimple , mais clair
proportionné à la matiere , & convenable
au ftyle épiftolaire . Il y a des Lettres
qui ne doivent leur fuccès qu'au choix &
à l'arrangement des mots : ce font de beaux
matériaux qu'on admire piéce à piéce ,
mais qui ne forment point un édifice régu
lier. Celles de Rouffeau ne font pas de ce
caractére , elles font moins recommandables
par les paroles que par les chofes ; prefque
tous les fujets qui y font traités , font utiles,
& s'ils ne font pas approfondis , c'eft qu'ils
ne peuvent , & ne doivent pas l'être danss
86 MERCURE DE FRANCE.
une Lettre. Ces Lettres font pour la plu
part plus longues & plus raifonnées que
celles inferées par M. Seguy , dans la magnifique
édition qu'il a donnée des oeuvres
de notre Poëte. Aufli Rouffeau les adref
foit-il à un Philofophe , dont les réponſes
ne feroient fans doute , moins dignes
de notre attention . J'ai l'honneur , & c.
pas,
KARAKAIAKARAKAIAKO KARAVA
LETTRE de ROUSSEAU à M. de C * ** .
de l'Académie des Sciences de Paris , &
•
.
de celle de Bourdeaux , ancien Gouver
neur defon A. S. le Prince de Heffe - Caffel ,
Profeffeur en Philofophie à Laufann:.
Uelque peine , Monfieur , que mes
ennemis m'ayent fait , en me mettant
dans la néceffité de donner mes ouvrages
au Public , je ne puis leur fçavoir
mauvais gré de m'avoir fait une violence ,
à laquelle je dois l'honneur d'être connu
d'une perfonne de votre mérite. La confiance
généreufe que vous me marquez ,
en me faifant part de l'excellent Traité *
que vous m'avez envoyé , a quelque chofe
de fi flareur pour moi , que je leur pardonne
prefque leur malice , en faveur de
* Traitéfur le Beau , de M. de Crouzas.
DECEMBRE. 1748. ST
l'avantage qu'elle m'a procuré. Mais comment
répondre , Monfieur , à ce que vous
attendez de moi , & quel fecours un Philofophe
, auffi couronné que vous l'êtes ,
peut-il recevoir de mes foibles lumieres ?
Je crois l'avoir deviné. Vous avez jugé
que votre ouvrage , lorfqu'il fera rendu
public , tomberoit entre les mains de dif--
ferentes perfonnes , plus au moins éclai
rées , & vous avez été bien aife de connoître
à l'avenir l'effet qu'il pourroit produire
fur les efprits médiocres, für que ceux d'un
ordre fupérieur ne pourroient lui refufer
leur approbation.
Je vous dirai donc , Monfieur , avec
toute la fincérité dont je fais profeffion ,.
que j'en ai été faifi dès la premiere lecture
que j'en ai faite , en ne le lifant que comme
les gens du monde ont coûtume de lire
toures fortes d'ouvrages ; que depuis ,
l'ayant relû avec des yeux un peu plus philofophiques
, j'en ai été d'autant plus fatisfait
, que j'ai trouvé dans les principes que
vous établiſſez , les fources du plaifir que
j'avois fenti en le lifant la premiere fois ;
qu'enfin , l'ayant encore regardé de plusprès
, je fuis demeuré entierement perfuadé
de votre fyftême , & convaincu que la
folidité de vos preuves entraînera égale
ment tous vos lecteurs , comme elles m'ont:
88 MERCURE DEFRANCE.
entraîné dans les differentes difpofitions
d'efprit où je me fuis mis en lifant votre
ouvrage. Voilà , Monfieur , l'effet qu'il a
produit fur moi , à quoi j'ajoûterai , avec
cette liberté que vous me faites l'honneur
de me demander , qu'après avoir diſcuté ,
auffi exactement que vous l'avez fait , la
nature de la beauté par rapport à nos idées,
il feroit à fouhaiter qu'un homme , auffi
éclairé que vous l'êtes , voulût prendre la
peine d'examiner la fource de tous les effets
qu'elle produit dans l'ame , puifqu'il
eft certain , comme vous le remarquez.
fort bien , que nos idées & nos fentimens
ne font pas toujours d'accord , & que la.
même beauté peut frapper les uns , fans:
faire d'impreffion fur les autres. Il y a ,
non feulement dans les objets matériels ,.
mais même dans les chofes de l'efprit , une
certaine beauté physique , s'il m'eft permis.
de parler ainfi , qui renferme en foi toutes
les propriétés du Beau , la variété & l'unité.
Car je crois que c'eft ce que vous
avez voulu dire par le mot d'uniformité.
L'ordre & l'harmonie des proportions attirent
néceffairement l'approbation de l'efprit
, mais il y a une autre beauté qui va
droit au coeur ; qui charme , qui ravit ,.
qui touche , fans donner le loifir à l'efprit
d'en examiner les raifons ; & c'est ce charDECEMBRE.
a
S
1748.
me qui eft le plus magnifique appanage de
la beauté , dont je voudrois qu'un homme
de votre mérite voulût chercher l'origine.
Je fçais que ce champ eft très-vafte , mais
y en a -t'il un plus digne d'un efprit auffi
étendu que le vôtre ? Et fi vous aviez le
loifir de donner à cette matiere tout le
jour qu'elle peur recevoir de vos réflexions
, nous aurions un jour un Traité du
Beau , qui ne laifferoit rien à défirer à la
curiofité de fes lecteurs : nous fçaurions.
pourquoi notre admiration eft excitée à la
vûë d'un objet moins régulier , d'un Payfage
par exemple , plutôt qu'à la vûë d'un
Edifice bâti dans toutes les proportions de
Vitruve , ou d'un Parterre deffiné avec une
parfaite régularité ; pourquoi nous fommes
remués & attendris à la lecture d'un .
ouvrage où il paroît une forte de défordre
, comme dans les Odes de Pyndare , ou
dans les Pfeaumes de David , pendant que
nous reftons immobiles , en lifant une
Piéce d'Eloquence ou de Poëfie , faite dans
toutes les régles , & qui ne manque gué
res de nous ennuyer à la longue , par cela
même qu'elle eft trop méthodique . C'est
fans doute pour cela , que les ouvrages ,,
où l'étude fé fait trop fentir , plaifent rarement
, & qu'une des grandes régles de
l'Art , c'eft de le cacher , pour ainfi dire.
90 MERCURE DE FRANCE.
Un génie fupérieur ne s'affujettit point à
une certaine marche , il aime mieux prendre
un vol élevé , au hazard de tomber
quelquefois , que d'aller terre à terre , &
de marcher plus fûrement ; c'eft ainſi que
notre grand Corneille fera toujours admiré,
malgré les défauts qu'on lui reproche , &
les chûtes qu'il fait quelquefois.
"
Mais , Monfieur il fuffit feulement
d'indiquer les chofes aux perfonnes comme
vous ils voyent , d'un coup d'oeil ,
tout ce que
les autres ne découvrent que
par de longues recherches . Je m'ailure
que , fur le peu que j'ai l'honneur de vous
dire , vous fçavez déja tout ce que vous
avez à dire vous- même , pour former un
fyftême parfait. Je fouhaite que vos occupations
vous en laiffent le tems. Donnez-
moi part , je vous fupplie , de vos découvertes
fur cette matiere , avec la même
bonté que vous m'avez témoignée
m'envoyant celles que vous avez faites fur
la beauté relative aux idées .
> en
Au refte , Monfieur , je n'ai garde d'ê
tre furpris de la générofité qui vous fair
embraffer mes intérêts , malgré les régles
vulgaires d'une bienféance , à laquelle
* M. de Crouzas étoit parent de M. Saurin , avec
lequel Rouffeau avoit eu fon fameux & funefte:
procès..
DECEMBRE.
1748. 9'1
il n'est que trop ordinaire aujourd'hui de
facrifier la juftice . Je regarde cette bonté
que vous me marquez en cette occafion ,
comme une fuite de la droiture d'efprit
& de coeur , qui m'a frappé dans tout ce
que j'ai vû de vous . Vous ne fçavez peutêtre
pas vous-même , à quel point vous
êtes jufte dans le parti que vous daignez
prendre , mais fi cette même bienféance
dont je viens de vous parler , me permettoit
de vous écrire tout ce que je pourrois.
vous dire fi j'avois l'honneur de vous voir,
je m'affure que quelque étude que vous
ayez faite du coeur humain , vous feriez
furpris des excès dont il eft capable, quand
après avoir abandonné Dieu , il a été affez
malheureux pour en être abandonné. Pour
moi , après avoir fait inutilement ce que
la vérité & mon honneur exigeoient de
moi , je laiffe le foin du refte à la Providence
, perfuadé que fi elle permet quel
quefois que l'innocence foit opprimée &
que le vice triomphe , ce n'eft qu'afin de
faire paroître dans la fuite la juftice avecplus
d'éclat ....
Toutes les traverfes , que la calomnie
m'a fufcitées , n'ont encore pû parvenir à
altérer la paix de ma confcience : je puis:
vous affûrer , Monfieur , qu'au milieu de
mes perfécutions , je goûte un repos
dont
92 MERCURE DE FRANCE.
mes perfécuteurs n'ont jamais joui au mi
lieu de leur félicité apparente.
Je fuis , & c.
D'Aran , le 6 Juillet 1712 .
EPIGRAMME.
Soit que je faffe bien , foit que je faſſe mal ;
Arpin , d'un ftyle trivial
Contre moi fans ceffe murmure ;
Tout eft fujet à fa cenfure ,
Et foumis à fon tribunal .
Les plaifirs innocens que fournit la nature ;
Les fleurs , les oifeaux , la lecture ,
Si l'on en croit Arpin , c'eſt un plaifir fatal ,
Que répand d'une main impure
Le démon , ce monftre infernal .
Enfin ce franc original
Adauber les humains prend un plaifir extrême ;
Le riche , l'indigent , pour lui tout eft egal,
Mais pour n'être point partial ,
Que ne fe fronde -t'il lui- même ?
Tollet'
DECEMBRE . 1748. 93
甸甸
EPITRE
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
TRADUCDECEMBRE
. 1748. 97
TRADUCTION d'une Scéne de la
Comédie Angloife , intitulée : la
derniere Reffource de l'Anour. *
U
N jeune homme débauché s'eft éloigné
de fa femme , & a été abfent
dix ans , il revient enfin dans fa Patrie , fur
le bruit que fa femme eft morte. Cette
femme , vrai modéle de fidélité , a paffé ce
tems dans les chagrins caufés par l'indifference
& les défordres de fon mari qu'elle
aime uniquement. Enfin prévenuë du
retour de ce mari par un ami commun , qui
conduit toute l'intrigue , l'époux paffe une
nuit avec fon époule qu'il n'a pas reconnue,
& qu'il prend pour une femme galante.
La méprife du valet, qui femble l'avoir,
introduit à la place d'un autre , eft concertée.
Enfin il faut fçavoir que pendant l'ab
fence du mari , la fucceffion d'un oncle a
remis l'époufe dans une grande opulence .
L'époufe dans la Piéce fe nomme Amanda
, qu'en François on pourroit rendre par
le mot d'Amantine. Loveleffeft le nom
de l'époux , & ce mot fignifie un homme
incapable de tout attachement.
Après une affés longue Scéne , qui com-
* Cette Comédie eft de Cybber.
11. Vol. E
9S MERCURE DE FRANCE.
mence le cinquiéme Acte , & qui appar
tient à un Epiſode de la Piéce , le Théatre
change & repréfente la maifon d'Aman.
tine. Elle entre feule , & dit ,
Jufques ici mes efpérances ont éte remplies,
& mon amour fous les traits du vice,
a fçû tranſporter mon infidéle jufqu'où la
volupté a marqué des bornes aux défirs ...
Ma crainte à préfent , c'eft que quittant
le mafque , la vertu , parée de les feuls at
traits , ne puiffe le retenir dans mes bras.
Cependant je fuis fûre qu'il eft des charmes
dans la vertu ; que dis-je ? Plus forts & plus
doux mille fois que ceux dont le vice odieux
ofe s'enorgueillir, Autrement pourquoi tant
de Héros fe feroient- ils librement facrifiés
pour elle , tandis que fon ennemi n'eft jamais
fuivi que du repentir & d'une ruine
toujours involontaire... Ciel , infpire mon
coeur , & donne à mes difcours la force
de la vérité. Que je puiffe ramener cer efprit
volage à l'amour & à la vertu.... Le
voici . Je tremble ; par où commencer ?
Loveleff qui a trouvé une riche toilette ,
paroît magnifiquement habillé.
Am, Peut-on , Monfieur , s'informer de
l'état de votre coeur ? Ce féjour eft-il pour
vous toujours le même ? Ne commenceriez-
vous pas à vous laffer des douceurs
d'un amour trop facile à
DECEMBRE . 1748. 99
Lov. Oh jamais , jamais . Le fouvenir de
nos plaifirs en eft une continuelle fource
qui ne peut plus tarir.
Am . Tréve de flaterie , Monfieur ; cè
font vos façons ingénues qui m'ont plû ;
ne les quittez point , fi vous voulez me
maintenir dans la bonne opinion qu'elles
m'ont donnée de vous. Elles font parfaite
ment d'un homme qui a vêcu dans le monde
. Permettez- moi donc de m'informer de
votre condition,ainfi que de votre fituation.
Lov. De tout mon coeur , Madame. Je
fuis par ma naiffance Gentilhomme ; par
les amis du fiécle , les jolies femmes , le
vin & le jeu , juftement vis - à-vis de rien
& par la mépriſe de votre valet , le plus
heureux mortel que l'Amour & fa mere
ayent jamais favorifé.
Am. Encore un mot , Monfieur. Etesvous
marié ? ( A part. ) A préfent mes
frayeurs !
Lov. Je l'ai été , mais fort jeune.
Am. Et votre femme , quelle perfonne
étoit-ce ?
Lov. Hélas , un bon petit coeur fans malice
, bâtiſſant des châteaux en l'air , juſqu'à
s'imaginer qu'un amant ne pouvoit jamais
fauffer fes fermens.
Am. Elle étoit donc vertueufe ?
Lov. Je le croirois prefque ; la vérité
E ij
100 MERCURE . DE FRANCE.
eft que je n'ai jaimais été jaloux d'elle.
Am. Vous ne l'avez peut-être jamais aimée
?
Lov. Aimée ? J'en ai été fou ; dans les
commencemens s'entend . Imaginez - vous
qu'il n'y avoit que deux femmes entre elle
& mes prémices d'amour.
Am. Qu'eft- elle donc devenue?
Lov. Eh mais ! après avoir été huit à dix
ans féparés l'un de l'autre , feulement par
des mers , elle a fait la fottife de fe lailler
mourir, ( des pâles couleurs , je penſe , ) &
me voilà le maître de me retourner comme
il me plaira.
Am. Vous l'avez donc quittée : & pourquoi
?
Lov . Ohparce que le goût s'ufe , & que
je me trouvois à tous momens gêné dans
mes nouveaux projets de plaifir , qu'elle
appelloit mes égaremens , & qui lui fourniffoient
un continuel fujet de plaintes.
Surtout les efforts , pour me faire revenir des
fureurs du jeu , m'y livrerent encore plus ;
deux ou trois malheureux inftans virent
évanouir des fommes confidérables deftinées
au payement de mes dettes , ce qui
rendit Meffieurs les intereffés encore plus
preffans. Il fallut cependant engager le
refte de mon bien pour fournir à un train de
vie , qui m'étoit trop agréable pour fonger
DECEMBRE. 174S. 101
à le réformer , mais je fentis qu'il falloit
l'aller continuer ailleurs , & je partis moins
fatigué des clameurs de mes créanciers que
des leçons infupportables de ma femme.
Am. Ne vous repentez -vous pas néan
moins aujourd'hui d'en avoir méprifé les
confeils ?
Lov. Moi ? Non.
Am. Comment ?
Lov. Sans doute cela ne ferviroit à rien ,
& Dieu merci j'ai affez de philofophie.
pour fçavoir qu'aux chofes fans remede ,
il n'y faut plus fonger. Mais à préfent, Ma
dame , me peut- il être permis de faire à
mon tour mes petites queftions fur ce qui
vous regarde ?
Am. Volontiers ; mais je commence par
vous prévenir que jufqu'à ce que vous me
connoiffiez parfaitement , je vous ferai
une vraie énigme.
Lov. Oh ! N'est - il question que de cela ?
Je ne fuis pas à apprendre que vous êtesfemme.
Quant aux circonftances , fi vous
êtes veuve ou mariée , c'eft ce que j'ignore..
Am. Eh bien , Monfieur , je fuis mariée ,
prétendant au titre glorieux de fidelle &
de vertuenfe épouſe.
Lov. Oh oh ! En effet , Madame , ce
début fent furieufement l'énigmë. Fidelle
époufe , dites- vous ? Comment ! n'avez-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
vous nulle idée d'avoit jamais manqué à
votre mari ?
Am. Jamais. Que le Ciel m'en foit tëmoin!
fans lui le monde entier ne m'eft
rien.
* Lov. Fort bien. Je vous prie , Madame ,
feriez-vous fujette à de certaines diſtractions
, qui vous feroient oublier le jour
ce qui s'eſt paffé la nuit ?
.
· Am. Je vous avois bien promis une énigme
, Monfieur , & fi le courage ne m'abandonne
pas , je m'engage à vous en développer
l'obfcurité . Mais il faut auparavant
que j'augmente votre étonnement.
Je vous prie , Monfieur , fatisfaites- moi fur
une chofe . La voici quelles font vos
idées fur ce qu'on appellé vertu ? Laiffez ,
s'il vous plaît , pour quelques inftans un
vain badinage , & faites un férieux uſage
de votre raifon .
,
Lov. Je vous avoue , Madame , que
voici une converſation qui de vous à moi
me paroît extraordinaire ; vous m'en voyez
tout interdit.
• Am.Vous auriez tort pourtant de prendre
ceci pour un jeu. Hier vous me trouviez
des lumieres au- deffus de mon fexe ,
difiez -vous . Vous auriez bien- tôt changé
à mon égard , fi vous me croyiez capable
de penfer que tout notre bonheur eft atDECEMBRE.
1748 . 105
taché à des jours également tiffus d'erreurs
& de chagrins. Non , Monfieur , mes vûes
ne font pas fi bornées ; j'ai idée enfin d'une
félicité plus parfaite.
Lov. ( A part. ) Parbleu j'ai eu raiſon
de penfer que le charme étoit trop grand
pour durer. Je m'imagine que tout à l'heu
fe il faudra la fuivre à fes dévotions . En
verité , Madame , tout ceci me paroît bien
déplacé ; je me fuis flatté que vous voudriez
bien m'inftruire de votre naiffance ,
de votre rang , de votre fortune , & c'eft
pour le préfent ce qui pourroit m'intéreſfer
le plus.
Am. Vous ferez fatisfait ; mais je vous
l'ai dit , Monfieur , ' avant tout j'attends
votre réponſe ; encore une fois quelle idée
vous formez-vous de ce qui porte le beaut
nom de vertu ? Par tout ce que j'ai de cher
au monde , ce que vous allez prononcer
décide à jamais de mon fort. Faut-il à vos
genoux vous prier d'en pefer l'importance?
J'exige au moins la même fincérité dont
vous uferiez à votre dernier foupir.
Lov. Madame , ceci commence à m'effrayer
: quel terrible fecret cherche donc à
fortir de votre fein , & qu'attendez- vous
enfin de moi ?
Am. Rien que votre fincere opinion fur
<ce qu'on nomme vertu . Croyez -vous qu'il
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
y ait jamais eu une femme qui en ait mérité
le glorieux prix , ou en regardez-vous l'idée
comme une pure chimere ?
Lov. Madame , ceci mérite quelque ré-
Alexion . ( à part ) Quel peut être le but
d'un fi étrange entretien ? Pourquoi tant
d'inftances de fa part , & pourquoi exiger
de la mienne une réponte fi précife , comme
fi le bonheur de fa vie en dépendoit ? ...
Certes , je ne dois ici avoir en vûë que ce
que mon devoir , la vérité , la raifon
& une fituationfi finguliere , demandent....
( haut ) La plupart des perfonnes de votre
fexe , paroiflent ignorer la fignification
du mot de vertu. Elles voudroient être
crues exemptes de défirs , ce qui bien loin
de fuppofer de la vertu , ne feroit que défigner
une nature imparfaite & incapable
de prétendre à un fi haut prix. Quelle
gloire en effet peut être acquife , où il
n'y a point à combattre ? Je ne croirois
donc réellement vertueufe , que celle à qui
les principes de l'honneur & les armes
de la raifon ont fait furmonter les efforts
des paffions & le danger des occafions : &je
ne fuis point éloigné de croire qu'une telle
femme peut être ....
Am . Puis-je croire que cette vérité forte
de votre bouche fans aucun déguiſement ?
Lov. Oui , Madame, Mais en vérité vous.
DECEMBRE. 1748. 105
me jettez de furpriſe en furpriſe. Que fignifie
encore cette queſtion ?
Am. Un moment encore , & vous ferez
fatisfait.... Puifque donc vous accordez
qu'une femme peut être vertueufe , comment
excuferez-vous celui , qui infenfible
à l'attachement légitime d'une pareille femme
, court après les fauffes careffes de
ces dangereufes créatures , la honte de notre
fexe ? Qui mépriſe les confeils de cette
tendre épouse , ruine fa fortune , fuit fes
embraffemens , & la laiffe abandonnée aux
douleurs de l'amour méprifé , tandis qu'el--
le ne fe venge que par fes larmes & par
mille voeux fecrets de le voir enfin rendu
à fa tendreffe : tandis , dis- je , qu'elle´
ne ceffe de l'aimer , & de lui être conftam--
ment fidelle ?-Croyez - vous donc , Monfieur
, que cet homme puiffe faire ufage
de fa raifon & vivre fans remords ? Quoi
n'en avez-vous jamais éprouvé au fouvenir
de votre épouse ?
. Lov. Madame , de ce que c'est vous
qui me tenez un pareil langage , je vous
avoue queje m'y perds. Cependant la force:
de vos difcours a pénétré mon ame. Oui ,
au trouble qui m'agite ,je fuis prêt à recon--
noître qu'il eft des remords .
Am. Eh bien ! fouffrez , s'il fe peut , que
je les augmente encore dans votre coeur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mais auparavant préparez- le à la pitié , ou
ma perte eft certaine.
Lov. Ah ! Madame , exigez tout de moi ;
mais de grace , tirez-moi de la confuſion où
je fuis.
>
Am. Regardez- moi bien , rappellez vo
tre fouvenir & par compaffion ne me
haiffez pas pour vous avoir fi long- tems
aimé. ( Elle tombe à fes genoux. ) Ah ! fi
vous pardonnez à l'innocent artifice qui
vous remet dans mes bras , je mourrai trop
contente .
Lov. Achevez , que voulez-vous dire ?
Am. Non ,je ne puis ..... ma langue
fe refuſe à mon fecret , j'en fuis accablée.
Oh ! ...
Lov. Elle s'évanouit ! ouvrez les yeux ,
charmante créature , & voyez mon coeur
qui faigne de vos peines , & brule de les
partager. Non , rien ne peut égaler le trou
ble & l'effroi dont tu m'as rempli .
Am. ( Elle revient à elle. ) Cela fe paffe.
Elle fe releve. ) L'agitation de mon ame
fe diffippe , & je fens mon courage de retour.
Ehbien ! fçachez donc que ces mêmes
délices de la nuit paffée , c'eft dans les
bras de votre époufe que vous les avez
éprouvés.
Lov. Ha !
im . Oui , c'eft Amantine , àjamais heu
DECEMBRE. 1748. 107
reuſe ou malheureufe , fur ce que votre bou
che va prononcer.
Lov. Mon époufe ! cela ne fe peut. N'eft-
-elle pas morte ? Comment te croire ?
Am. Combien le tems & les chagrins
ont pû me changer , c'est ce que je ne
fçais pas. Mais ce que vous ne pouvez démentir
, voyez ces caracteres , qui dans le
- commencement de notre amour , en furent
comme le fceau. ( Elle découvre fon
bras. )
&
Lov. Oui , je les reconnois. . . . Ce
n'eft point une illufion , c'est mon nom ,
ma confufion ne peut s'exprimer . Non , je
ne vois plus en moi qu'un parjure , & je ne
puis foutenir tes regards.
Am. Il faut pourtant que vous y lifiez
toute la tendreffe de mon coeur, & ce qu'un
rayon d'efpérance y mêle déja de contentement
.
Lov. Que tes embraffemens foient done
le fceau de mon pardon . Hélas ! le premier
moment qui m'éclaire fur mes erreurs , m'en
fait voir toute l'étendue.
Am. Qu'il n'en foit plus queftion , &
que des larmes de joye en effacent à jamais
le fouvenir.
Lov. Dieux quel a été mon aveuglement
! que j'ai été injufte ! eh ! que ne
dois-je pas faire pour réparer mes torts ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
envers ton amour , & ceux que j'ai faits à
ta fortune.
Am . Modérez ces témoignages trop violens
de votre repentir , ou je me reprocherai
bientôt d'avoir jetté trop d'agitation
dans votre ame. Qu'aucune inquiérude
au refte ne vienne troubler de fi délicieux
inftans . Pendant votre abfence , le
Ciel a daigné me fournir les moyens d'acquitter
tous vos engagemens , & vous laiffe
encore de quoi foutenir dignement votre
rang ; la fucceffion de mon oncle le Chevalier
Wealthy , a pourvû à tout cela :
heureufe que ma main puiffe vous offrir ce
qui doit achever de vous faire oublier le
paffé !
*
1
Lov. Il n'eft point de fortune qui vaille
les richeffes d'une ame comme la tienne.
Te tenant ainfi dans mes bras , je poffedeun
tréfor préférable à tout ce que le Soleil
embraffe dans fa courfe ; comment ai-je
pû être fi long- tems infenfible à tant de
perfections ? fans te connoître , j'ai trouvé
en toi tout ce que les plaifirs des fens
offrent de plus féduifant ; eft - ce doncun
vain nom qui en détruit le charme ?
Et l'aveugle fantaifie feroit - elle en cela.
un plus sûr guide , que le flambeau de las
Laifon ? Non fans doute : je n'ai fait qu'er-
*Comme qui diroit le Richard...
DECEMBRE. 1748.
rer jufqu'à ce jour , & c'eft de ce moment
feul que je connois ce qui mene au vrai :
bonheur.
Ici eft la vifite de l'ami qui aconduit l'intrigues
LA CHENILLE ET LE LAURIER..
Dans
FABLE.
Ans un jardin où la brillante Flore
Prenoit plaifir à cultiver des feurs ,
A les parer des plus vives couleurs ,
Les arrofant des larmes de l'Aurore ,
Une Chenille en rampant fè gliffa.
Ce monftre , horreur de la Nature ;
Traîna partout fa hideufe figure ,.
Et partout il laiſſa
D'affreux effets de fon paffage.
Sur les plus belles fleurs il promene fa rage.
L'efficace de fon venin
Les fait languir , leur fait pancher la tête ,
Les fait mourir enfin .
Par hazard la méchante bête
Apperçoit un Laurier qu'Apollon chériffoit ,
Et que Zéphire en jouant careffoit.
Elle s'y traîne , & d'une ardeur nouvelle :
110 MERCURE DE FRANCE
Le perce de fa dent cruelle.
Mais que cette témérité
Fut tôt & juſtement punie ;
Car le Dieu des vers irrité y
A l'inftant qu'elle mord, lui fait perdre la vie!
O médiſant , reconnois ton image ! )
Elle eft parfaite en ce vil animal ;
'Ainfi que lui , tu portes le ravage ,
Tu fouilles tout de ton poiſon fatal ;
Ne crains -tu point d'achever la peinture }
En périffant par femblable avanture ?
RECONCILIATION d'Hymen & de
l'Amour , à l'occaſion du Mariage de **.
Pourquoi , difoit Hymen à fon frere lª Amour ;
Voulez-vous avec moi toujours vivre en querelle?
Sitôt que j'ai reçu quelque belle en ma Cour,
Plus vite que l'éclair , vous vous éloignez d'elle.´
Mais de plus , en fuyant , vous emmenez encor
Nos compagnons chèris , les ris, les jeux, les graces,
Les plaifirs à l'envi prennent auffi l'effor ,
Et fe font un devoir de voler fur vos traces.
Cependant refté feul je ne puis rendre heureux
DECEMBRE. 1748. Ift
Ceux qui fous mes drapeaux s'empreffent de fe
rendre ;
Quelques jours écoulés , ils déteftent mes feux ,
Et m'accufent tout haut d'avoir fçû les furprendre.
*
Si nous étions unis , nous verrions les mortels
Joyeux & fatisfaits , bénir leur destinée ;
Ils ne formeroient plus tant de voeux criminels
Pour rompre les liens de leur trifte bymenée.
Vos traits entretenant une douce union
Dans les coeurs des fujets que mon empire
femble ,
Les époux fe verroient fans indignation ,
Et mettroient leur bonheur à vivre bien enſemble;
Je fçais, reprit l'Amour , que notre inimitié
Caufe les grands chagrins de la race mortelle ,
Et fouvent, fans mentir , j'ai ſenti la pitié
Dans mon coeur attendri s'intéreffer pour elle.
Quelquefois j'ai voulu remédier au mal ,
Dont vous faites ici des plaintes fi naïves ,
Mais toujours je trouvois quelque obſtacle fatal ;
Qui faifoit échouer toutes mes tentatives.
Or voulez- vous fçavoir ce qui met entre nous
Cette diffention, qui malgré tous vos charmes,
12 MERCURE DE FRANCE.
Fait trouver votre empire odieux aux époux , -
Et leur fait tous les jours répandre tant de larmes ?
A peine avez-vous mis une belle en vos fers ,
Vous la faites changer d'humeur, de caractere ;
Vous lui communiquez vos chagrins, vos travers;
Et la rendez hautaine , intraitable & ſévere.
Ce n'eft plus cet objet, dont les attraits vainqueurs
Se faifoient adorer des coeurs les plus rebelles ;
Son air doux , engageant, fait place à des rigueurs,
bles d'allumer des haines immortelles.
Vous le fçavez, l'Amour n'aime point les débats
Il fuit au moindre bruit , évite les vacarmes ;
Les plaifirs , avec moi, pour prendre leurs ébats ,
S'envolent loin des lieux où regnent les allarmes
Les graces & les ris , & les aimables jeux”,
Peuvent- ils demeurer où l'on gronde ſans ceffe
Non, non ; nous fommes faits pour vivre plusheureux
;
Eux & moi nous cherchons la joye & l'allégreffè.
Si donc vous défirez que
nous faffions la paix ,
Réformez cette humeur chagrine & rebutante,
'on remarque partout dans vos fombres fujets
Alors notre union fera fûre & conftante,
DECEMBRE.
113 1748.
Que l'époufe rencontre au coeur de fon époux
La douceur, les égards qu'elle a droit d'en attendre
Que l'époux à fon tour foit à l'abri des coups
Que lui porte fouvent une époufe peu tendre.
Rendez - les l'un pour- l'autre affables & polis ,
Complaifans , gracieux & tonjours fociables ;,
A ces conditions nous deviendrons amis ,
Autrement nous ferons irréconciliables.
Je le veux , dit Hymen , j'y ferai mes efforts.
Commençons aujourd'hui par l'aimable Thémire;.
Ses attraits , plus qu'humains , caufent mille tranf
ports
Dans l'efprit enchanté du jeune Silvanire ..
Uniffons ces amans par de folides noeuds ;
Allumez dans leur coeur une flâme immortelle g
Que jamais les plaiſirs , les graces , ni les jeux ,
Ne troublent par leur fuite une union fi belle.
Silvanire toujours docile à mes confeils ,.
Des époux déformais fera partout l'exemple ;
Ses charmes conftamment le trouveront pareils
A ceux qu'il fera voir en entrant dans mon Temple.
Et Thémire à fon tour , confervant fa tendreffe ,.
Sa douceur , les appas , fes rares qualités ,
114 MERCURÉ DE FRANCE.
Le fçaura préferver de l'affreufe trifteffe
Dont les jours des époux font fouvent agités.
Quel bonheur ! chers amans , quel aimable deſtin !
Si vous trouvez Hymen fidele à la parole !
Mais de crainte d'oubli , tenez - y bien la main ;
Il ne trompe que trop les fujets qu'il enrole.
in-
REPONSE de M. l'Abbé Lebenf, aux
remarques dduu PP.. TTeexxttee ,, Dominicain ,
ferées dans le Mercure de Septembre dernier
, page 37 , pour prouver qu'Amyor
étoit à la Cour dans le tems de la Saint-
Barthelemi.
J'A
'Avois penfé , mon Reverend Pere , qué
vous regardiez comme terminée la difpute
avec votre Anonyme , fur l'Evêque
Hennuyer , & qu'après huit années de débat
, il falloit refpecter le Public , qui s'ennuye
de répétitions frivoles qui ne menent
à rien ; mais vous me prenez à partie , &
il faut vous contenter.
Votre fçavant Anonyme , ayant vû
dans mon Hiftoire d'Auxerre , que Jacques
Amyot , Evêque de cette Ville , &
Grand Aumônier de France , après avoir
demandé au Roi Charles IX. la permillion
DECEMBRE . 1748. 11S
de quitter la Cour , pour venir prendre
poffeffion de fon Evêché , avoit veillé affidûment
, pendant les années 1571 &
1572 , aux befoins fpirituels & temporels
de fon Diocele , il en a conclu dans fa Lettre
inferée au fecond volume du Mercure
de Juin , 1746. qu'Amyot étoit abſent de
Fa Cour au mois d'Août 1572. & qu'il ne
vint faire un tour à Paris qu'au mois d'Avril
1573 *.
Sur cela vous dites que je me fuis vifiblement
trompé , & pour le prouver ,
voici ce que vous avancez dans le Mercure
de Septembre dernier , page 38 .
»
Le Roi Charles IX . eut une fille née le
» 29 Octobre 1572 , laquelle fut baptifée
» à Paris , le 2 Février 1573. L'Abbé Ar
chon , page 606 , Chapelle des Rois ,
a écrit que ce fut le Grand Aumônier
qui la baptifa dans l'Eglife de S. Germain
- l'Auxerrois . Voilà qui eſt po-
» fitif, & M. P ... qui en a été Chanoine ,
» a pourtant ignoré ce fait. Le Grand Aumônier
étoit donc à la Cour avant le
"mois d'Avril 1573. L'Abbé Archon
ajoute ce que vous n'avez pas dit , qu'on
lui avoit donné au Baptême le même nom qu'avoit
la Reine ,fa mere.
* Voyez ci-après la note ( 6 ) de la page 117/
116 MERCURE DE FRANCE.
Dans ce petit narré , je trouve prefque
autant de fautes que de mots .
de le 29
1º. La Princelle ne vint point au mon-
Octobre , comme vous le dites ,
mais le 27. c'eſt le fentiment de la Pope-
Liniere , de Belleforeſt , de Sauval , & de
ceux qui ont donné en 1726. la troifiéme
édition de l'Hiftoire Génealogique de la
Maifon de France , & des Grands Officiers
de la Couronne , Tome I. page 139. Le
Moreri de 1725. met fa naiffance au 25
Octobre , & il atort.
2º. Votre ami Archon dit qu'elle fur
baptifée par l'Evêque d'Auxerre , Grand
Aumônier . Quoique vous affûriez que cela
eft pofitif , je vous déclare qu'il n'y a rien
de plus incertain. Jacques Amyot prit
poffeffion de fon Evêché le 29 Mai 1571.
Le Vendredi 22 de Juin de la même année,
il fit la benediction de l'Eglife d'Auxerre ,
profanée par les Huguenots , & le 27 du
même mois il rebénit l'Eglife des Corde
liers , où avoit été le Prêche des Calviniftes
. Il fe donna tout entier à fon
Diocéfe pendant cette année , & les deux
fuivantes , & ne vint reprendre fes fonc
* Suivant quelques Auteurs , le Prêche des Calviniftes
d'Auxerre étoit à S. Amatre , hors la
Ville , & ils avoient fait une écurie de l'Eglife des
Cordeliers.j
DECEMBRE . 1748. 117
tions , & réfider à la Cour , que vers le mois
de Février 1574 , où la maladie du Roi ,
fuivant Sorbin ( a ) , commença à ſe déclarer.
Il affifta le 18 Avril de la même année
1574 ( 6 ) , au Sacre de Jacques Fourré
, Prédicateur de la Cour , votre confrere
, & ce Sacre fe fit aux Jacobins de la
rue Saint Jacques .
Mais , m'allez - vous dire , Archon a pour
caution Belleforeft , & ille cite à la marge.
A la bonne heure , voyons donc ce.
que dit François de Belleforeft , à la fin
de fes Annales ou Chroniques , page 535 ,
folio verfo , édition de 1573 , & tranfcrivons
fes propres paroles : » Le fecond jour
» de Février audit an , mil cinq cens fep-
» tante- trois , fut baptifée la fille du Très-
» Chrétien Roi , notre fouverain Prince ,
Charles IX . à Paris en l'Eglife Saint
Germain l'Auxerrois . La folemnité du
Baptême fut magnifique , & felon le mé-
»rite des Maifons , tant du pere & mere ,
» que des parrins & marrinnes...... Le
» Parrin étant Monfeigneur Philebert-
» Emanuel Duc de Savoye , & Prince de
"
ב כ
>>
( a ) Abregé de la vie de Charles IX . page 12
folio verfo .
( b ) L'Imprimeur s'eft trompé dans mon Hif
toire d'Auxerre en mettant 1573 , au lieu de
1574
>
118 MERCURE DE FRANCE.
•
Piémont.... Et les Marrines , très- il
luftre Princeffe Marie d'Autriche, Impé-
» ratrix de Rome * , & Royne d'Hongrie
» & de Boefme , & Madame Ifabel Royne
»Sereniffime d'Angleterre. Il ajoute que
» le Député pour l'Impératrix fut celui
» qui porta l'enfant au Sacre , où ſere
voient Meffieurs les Princes de Condé ,
» à fçavoir le Marquis de Conry , & Char-
» les Monfieur , & autres Princes & Sei-
» gneurs , lequel Député de l'Empereur
»nomma cette fille Marie , ainfi que celui
» d'Angleterre lui impofa auffi le nom
» d'Ifabel. Belleforeft ne dit pas un feul
mot , ni du Grand Aumônier de France ,
ni du Premier Aumônier , ni des Officiers
de la Chapelle du Roi , qui affifterent à ce
Baptême. Fiez -vous après cela à votre
Archon. Pour moi , je ne fuis pas furpris
que l'Abbé de Camps l'ait cenfuré dans
des Remarques critiques , dont le Pere Lelong
rapporte le titre page 70s de fa Bibliothéque
hiftorique , no. 13843 .
que
L'Abbé de Camps y dit dans fa Préface
que dans fes deux volumes , l'Abbé Archon
cite les Auteurs & les pièces , d'où il prétend
avoir tiré ce qu'il avance , mais qu'il les cite
avec tant d'infidélité , qu'on croit lui rendre
C'étoit l'expreflion du tems , Enunciativa
non probant.
DECEMBRE. 1748. rig.
jaftice en avançant qu'il ne les a pas lus .
lùs ...
que les fautes qu'il a faites fur Jacques
Amyot , ne lui permettent pas de croire qu'il
ait été plus exact pour les tems plus éloignés ,
c. & dans le corps de l'ouvrage à la page
116 , où il s'agit de la Chapelle de Charles
IX. après avoir fait mention de nouveau
des fautes fur Amyot , il finit de la forte , il
m'auroitfallu faire, pour les corriger , un ouvrage
plus gros de beaucoup que n'eft cette Hif
toire même .Le manufcrit de l'Abbé deCamps
eft en original à la Bibliothèque de M. l'Abbé
Denison , Chanoine de l'Eglife de Paris,
3º. M. P... dites- vous , qui a été Chanoine
de Saint Germain l'Auxerrois , a pourtant
ignoré ce fait. Qui vous a dit qu'il l'air
ignoré ? Grand malheur quand cela feroit !
Če n'en eft pas moins une lourde bévûe
de votre part , car ni dans les Regiſtres
de la Paroiffe de Saint Germain l'Auxerrois
, ni dans ceux du Chapitre , l'un &
l'autre bien feuilletés & examinés , il n'eſt
fait aucune mention de la cérémonie du
Baptême de la Princeffe. Il eft feulement
dit dans un Registre du Chapitre , au 7
Janvier 1573 , que Sa Majefté venoit de
faire écrire au Chapitre , d'ôter du Choeur
le Pupitre , les Livres & autres choſes ſemblables
, pour la célébration du Baptême
de la fille du Roi , qui devoit fe faire au120
MERCURE DE FRANCE.
dit Choeur le lundi fuivant *. Vous voyez
donc , mon R. P. que c'eft à pure perte que
vous agacez votre Anonyme .
4°. Votre Archon dit tout de fuite ,
qu'on avoit donné à la Princeffe le même
nom qu'avoit la Reine , fa mere , & vous
venez de lire que l'Impératrice l'avoit
nommée Marie , & la Reine d'Angleterre,
Ifabelle ou Elizabeth . Je ne fais cette note
que pour vous faire obferver l'inattention
de Louis Archon , & les rifques que vous
courez en copiant avec tant de confiance
tout ce que vous trouvez dans cet Auteur.,
Vous faites quelquefois bien pis , car
vous lui faites dire ce qu'il ne dit point ,
le voici . » Dans une autre occafion ,
>> ( le Roi ) pour lui témoigner ( à l'Evêque
Amyot ) combien la préfence lui
» étoit néceffaire , il lui dit : mon Maître ,
ne me quittez pas.
* Autoritate Regiâ fcriptum fuit Dominis Capitu
lantibus tollendi & amovendi à Choro ejufdem Ecclefia
fuggeftum, libros & alia fimilia , pro celebratione
baptifmifilia Regis die luna proximâ in eodem Choro
faciendi. Ce lundi fuivant devoit être le 12 de
Janvier. Sur la foi d'un monument auffi authentique
, on feroit tenté de croire , malgré le témoi
gnage uniforme des Hiftoriens contemporains ,
que le Baptême de cette Princeffe , née dès le mois
d'Octobre de l'année 1572 , ne fut pas differé plus
long- tems.
Premierement
DECEMBRE . 1748. Taf
Premierement , cette occafion n'étoit
tien moins que le moment où le Roi alfoit
expirer , ce que vous avez grand foin
de cacher , parce que vous voudriez faire
entendre que ceci fe paffa auffi-tôt après
la Saint-Barthelemi. En fecond lieu , les
paroles d'Archon font bien differentes de
celles que vous lui prétez : » La Meffe étant
" finie , dit cet Hiftorien page 605 , fon
» Grand Aumônier lui donna en Viatique
»le Corps adorable de notre Sauveur ;
» enfuite Sa Majefté ayant prié fon Grand
» Aumônier , & Arnaud de Sorbin , de ne
la pas quitter , & de l'entretenir des bon-
» tés de Dieu , l'un & l'autre lui firent faire
une profeffion de foi , &c.
Ce que vous ajoutez de M. de Thou , eft
déplacé. Je n'y répons pas . Vous concluez
de tout ceci , mon Reverend Pere , que
votre Anonyme n'ayant pû prouver qu'Amyot
n'étoit pas à la Cour pendant la
Saint- Barthelemi , ( quand cela feroit , je
viens de le prouver pour lui , mais n'importe
) il faut qu'il avoue que l'Evêque
Hennuyer , étant pour lors dans fon Diocéfe
, fut en état de faire l'action héroïque
de fauver du maffacre les Huguenots de
Lifieux , comme vous l'avez démontré ,
dites- vous , par une autre réponſe qui eft
dans le premier volume du Mercure do
11. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Décembre 1746. En vérité , vous n'auriez
pas dû , pour votre honneur , rappeller
cette réponſe. Ce n'eft qu'un tiflu de reproches
mal fondés , & de citations fauffes
& tronquées , & ce feroit du tems
perdu d'y répliquer. Je m'arrêterai feulement
à ce que vous y dites à votre Anonyqu'ayant
mis dans la Lettre qu'il
m'écrivit , & qui fut inferée dans le fecond
volume du Mercure de Juin , même année
1746 , que M. de Matignon , Lieutenant
de Roi en Normandie , avoit fauvé du
maffacre Saint Lô & Alençon , il ne laiffoit
pas de nous donner ce fait pour certain ,
fans même citer d'Auteur. J'avoue que votre
Anonyme a été trop concis. Cela demande
d'être éclairci , j'y vais fuppléer ,
bien perfuadé que ce trait du Maréchal de
Matignon , quoiqu'un peu long , fera impreffion
fur tout homme fenfé , & pourra
faire ceffer vos vaines clameurs , fur ce
qu'on s'efforce d'enlever au Prélat Hennuyer
le plus brillant fleuron de fa Couronne,
ce font vos termes .
Obſervez d'abord que le Roi Charles
IX. avoit divifé la Normandie en trois
Gouvernemens, qu'il donna aux Seigneurs
de Carouges ( le Veneur de Tillieres ) ,
de Matignon , & de la Millerée. Il attri
bua au premier les Bailliages de Rouen &
DECEMBRE. 1748. 125
d'Evreux ; au fecond , qui étoit dès 1559
Lieutenant Général en Normandie , les
Bailliages d'Alençon , de Caën & du Cotentin
; & au troifiéme , les Bailliages de
Caux & de Gifors. Or il eft certain que
Lifieux étoit du Bailliage & Diſtrict d'Alençon
, & par conféquent du Gouvernement
de M. de Matignon ; encore aujour
d'hui , Lifieux eft une des neuf Elections
qui font , quoiqu'au milieu de la Normandie
, du Département de l'Intendance
d'Alençon
Ceci fuppofé , voyons ce que fit M. de
Matignon , quand il fut queftion de la
Saint-Barthelemi . Il reçut une Lettre du
Duc d'Anjou , ( depuis Henri III. ) datée
du 22 d'Août 1572 , jour auque ! l'Amiral
de Coligny avoit été bleffé d'un coup
d'arquebufe , & la furveille du maſſacre.
Ce Prince , qui fçavoit ce qui devoit arriver
, lui ordonne de tenir la main à ce que
chacun vive doucement & en bonne difcipline,
fous l'obfervation de l'Edit de Pacification ,
fuivant ce que le Roi Monfeigneur & frere
vous en écrit. M. de Matignon étoit alors
à Lonrai , une de fes maifons fort voiline
d'Alençon , où étoit un grand nombre de
Huguenots ; il y alla , & fa préfence appaifa
les efprits , mais trois ou quatre jours
après les Catholiques crurent , qu'à l'e-
Fij
24 MERCURE DE FRANCE.
xemple de la Capitale du Royaume , ils
devoient traiter pareillement les Huguenots.
Matignon accourut auffi - tôt à Alen--
çon , & après avoir pofé des Corps- degarde
par tous les quartiers , il défendit
fur peine de la vie aux Catholiques de
rien attenter contre les Huguenots. Delà
il s'achemina à Saint Lô , où s'élevait
déja quelque tumulte , & fon autorité mit
le calme dans tout ce qui étoit de fon
Gouvernement. Ce grand Général après
de longs & fidéles fervices fut fait Maréchal
de France en 1579 , & ce que vous
venez de lire eft tiré de fon Hiftoire , écrite
par le Sieur de Cailliere , & imprimée
à Paris en 1661 chez Auguftin Courbé.
Il n'eft pas douteux que M. de Matignon
ne prit les mêmes mefures pour toutes
les Villes qui étoient de fa dépendance,
felon l'inftruction qui lui fut envoyée par
le Roi , & que nous lifons dans la même
Hiftoire , où il eft dit : Veut Sa Majesté
que ledit Sieur de Matignon , l'un de fes Lieutenans
Généraux au Gouvernement de Normandie
, aille diligemment par les Villes &
lieux defa Charge , & y étant arrivé , aviſera
par tous moyens de faire vivre en paix ,
union , repos, tous les Sujets de Sa Majefté,
tant de l'une que de l'autre Religion , &c.
Tout ce que l'on peut vous accorder ,
DECEMBRE . 1748 125
Mon Reverend Pere , c'eft que fi l'Evêque
Hennuyer s'eft trouvé dans fa Ville Epif
copale au mois d'Août 1572 ,
il aura concouru
avec M. de Matignon à faire exéeuter
les ordres du Roi ; mais d'y ajouter
les raifonnemens de Mallet , c'eft ce qu'on
ne fçauroit vous paffer , par rapport à la
Saint-Barthelemi , dont il ne paroît aucune
trace à Lifieux. L'épitaphe même
d'Hennuyer n'en fait pas la moindre mention
, & vous fçavez , qu'excepté fa Profeffion
Religieufe , rien n'y eft oublié.
Perfifterez- vous encore , M. P. après de
pareils éclairciffemens , à réaliſer le fonge
de votre confrere , & fpécialement quand
il s'agit de Lifieux , Ville toujours pacifique
, fans appui & fans défenfe , que le
Marquis de Matignon auroit rigoureufement
punie , pour peu qu'il y eût eu de
foulevement contre les ordres du Souverain
, que vous venez de voir vous-même ?.
Mais ce qui me fait le plus de peine ,
c'eft que vous négligiez la bonne- foi qui
doit faire notre caractére principal ; vous
dites à votre Anonyme,que Claude Hemeré
eft l'Auteur de la narration du fait deLifieux
: Relifez Mallet , dites-vous , vous
trouverez qu'ilcite à la marge Hemeré,& fon
ouvrage, Augufta , &c. Je le relis effectivement
par déférence pour vous , & je vois
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE:
à la page 246 , que le Convent de S. Quenrin
, oùJean de Guiancourt avoit faitfes voeux,
étoit redevable à fa liberalité des chaires de
teur Choeur, & dufubé , ouvrages qui, aujugement
desplus habiles , paffent pour achevés
à la perfection ; & à la marge eft cité Hemeré
, Augufta Viromanduorum illuftrata.
Je vais à la page 247 , où il eft parlé de
Jean Hennier , & il n'y a pas la moindre citation
fur fon article , ni dans le corps , ni
à la marge . Pour le coup , je ne vous reconnois
plus , M. P. vous auriez bien dû
vous reffouvenir de ce que votre Anonyme
vous répondit fur ce point , page 714
des Mémoires de Trevoux , Avril 1744.
Article 29.
Au reste ce n'a été qu'incidemment que
la cruelle fcéne du 24 d'Août 1572 a fait
une efpéce d'entr'acte dans votre difpute
avec votre Anonyme. L'unique queſtion
étoit de fçavoir , fi l'Evêque Hennuyer
avoit été Dominicain , ou non . Et il a été
prouvé & démontré fi folidement qu'il n'a
jamais porté votre habit , qu'à moins que
de s'aveugler à plaifir , on ne peut en difconvenir
.Vous ne laiffez pas , comme fi de
rien n'étoit , de finir votre derniere répon-
* Voyez le Mercure d'Octobre 1742 , Mémoires.
de Trevoux , Janvier & Avril 1744 , & Mercure
de Juin 1746 , fecond volume.
DECEMBRE. 1748. 127
fe à la Lettre de l'Anonyme , par cette phrafe
finguliere : Pour ce qui eft de la Profeffion de
Dominicain du Prélat , ce n'eft ni à vous , ni
à moi, d'en décider , vos écrits & ceux de votre
adverfaire font entre les mains du Public
pour enjuger , comme s'il y avoit encore à
balancer, & que le Public s'embarrafsât que
dans quelque Ordre que ce foit , il y ait ,
ou y ait eu un Religieux de plus ou de
moins. Il cherche feulement la vérité , &
fous prétexte d'un refpect qui eft dû à un
Ordre auffi diftingué que le vôtre , il n'en
multipliera jamais les êtres fans néceffité.
Croyez-moi , M. P. on n'aime pas les
redites fatiguantes. Vous avez vû , & dû
fentir , que nul de vos Confreres dans un
fi grand nombre n'a pris votre parti . Ils
ont tous refpecté le Pere Echard * : & fi
vous voulez un exemple plus récent , qui
vous frappe , qui foit fous vos yeux , &
dans la même Maiſon , confultez le R.
P. Antoine Touron , qui en eft déja au dixfeptiéme
fiécle de fon Hiftoire des Hommes
* Voici ce que ce fçavant Bibliothécaire penfoit
de l'ouvrage du P. Mallet : Opus quidem , ditil
, auctoris erga Ordinem ftudium exhibens , at quod
accuratius expectatum ab eo fuiffet , cui archivaſen
S. Jacobifeu facultatis patebant : hinc eum deferere
non rarò cogimur. Scripi . Ord. Pred. T. 2. p. 606,
col. 1 .
F iiij
Y28 MERCURE DE FRANCE.
Illuftres de l'Ordre de Saint Dominique , &
écoutez ce que dit ce fage Hiftorien dans
fa Préface. C'est moins par le nombre que par
le mérite des Auteurs , ou par la valeur des
preuves , que nous avons crû devoir nous déaider
fur les faits conteftés. Lifez enfuite ces
paroles remarquables Nous fommes bien
éloignés de vouloir groffir le nombre de nos
Hommes Illuftres , en nous en attribuant certains
autres , qu'on pourroit nous diſputer
avec quelque fondement . Vous entendez ce
que cela veut dire , il ne faut pas renous.
veller votre douleur. Je fuis , avec reſpect,
& c.
A Paris , le 6 Novembre 1748.
Les mots des Logogryphes du premier
volume de Décembre font Michelle , Logogryphe
, & Aratrum. On trouve dans lé
premier mi , Mimi , célébre Danfeufe
de l'Opera , miel , le , chile , lime , cime
mille , Ciel , miche , mie mêche , Mis
chel. On trouve dans le fecond , Roi , or ,.
Pie , oie , Pô , Loire , orge , Loi Horloge.
On trouve dans le Logogryphe Latin Aṛa ››
Arar , arma , ruta & aura..
>
DECEMBRE. 1748. 129
ENIGM E.
DAns deux fens differens je me montre à vos
yeux ,
J'amufe bien des gens , j'orne par fois les Cieux...
Tantôt pour le plus ignorant vulgaire
Mon étude devient un jeu ;
Tantôt , chofe finguliere ,
J'intrigue le Sçavant , & c'eft de fon aveu.
Je fuis volage , je fuis inconftante ,..
Je fuis blonde & brune à la fois ,
Et fuis toujours piquante ,
Pour qui fubit mes Loix.
-
Més faveurs font le prix , dit-on , de la mémoire ; .
Ufant de mon pouvoir je remplace les Rois ,
Eft- ce là ma plus grande gloire
Non , pour celui qui connoît tous mes droits s
Toujours je fuis commode ,..
Je te charme à la fin d'un Opéra ,
Aujourd'hui je plais à l'homme à la mode',.
}
T'en dis- je aflez ; Lecteur pour moi, je m'ena
tiens là
Par M. C**. d'Alençons.
Flyv
130 MERCURE DE FRANCE.
1
LOGOGRT PHE.
E marche fur cinq pieds , un autre y prend fa
part , JS
Mais, quoique le premier , je le mets à l'écart ;
Dans ces cinq pieds faites ravage ,
Vous trouverez , će que fans contredit ,
Fille à quinze ans defire davantage ,
Au Roi ce que d'abord on dit ,
Martin & fa piteufe mine ,
Frere Marin , & foeur Marine ,
Une ſcience , un rien , un petit animal ,
Trois Villes , un Pays , trois notes de mufique ;
Ce qui caufe un effet diabolique ;
Un office gênant dans l'Ordre Monachał ;
De vous , de moi , la plus noble partie ;
Un Elément ; un Royaume d'Afie ;
Ce dont nepeut fe pafler un Vaiffeau ;
Un tréfor , mais bien rare ; un nom faint , un cifeau
Un métal utile ; une plante ;
L'Amant donnant la main à fon Iris.
De moi tire fon nom machine bien fonnante.
Depuis long- tems je demeure à Paris.
P.J. F.D. P.
DECEMBRE. 174S. 333
AUTRE.
C'Eft par moi que l'on fe conduir ,
Quand on veut décider un cas avec prudence ;
Mais , pour connoître mon effence ,
Lecteur , remarque ce qui fuit :
Des lettres de mon nom je forme un Capitaine ,
Dont les vaftes projets , la valeur inhumaine, "
Remplirent l'univers de carnage & d'horreur ;.
Belle qu'Ulyffe aima ; cette charmante fleur ,
Dont l'éclat eft d'Iris le brillant appanage ,
Un Philofophe Grec , des Romains le plus fage ;
Un Eunuque fameux par fes travaux guerriers ;
Un Prince récemment couronné de lauriers ;
Ce vieillard , dont le fens ne fut pas moins utile
A la ligue des Grecs , que la valeur d'Achille ;
Un mot dont on ſe fert , quand on s'adreſſe au
Rois.
En voilà bien affez , Lecteur , pour cette fois.
Par M. de Lanevere , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax.
132 MERCURE DEFRANGE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,.
DES BEAUX- ARTS , ¿¿.
VINCENT le fils , prépare une ſeconde
édition du Livre intitulé, le Car
médien. La premiere qui a paru à la fin
de 1747 , & qui avoit été tirée à quinze ,
cens exemplaires , ayant été entierement .
épuifée dans un fi court intervalle , l'Aureur
a quelque lieu de fe flatter que fɔn
Ouvrage a été reçû favorablement des
Lecteurs. Il a profité , autant qu'il a pû ,
des critiques , pour corriger les endroits
qui ont été jugés repréhenfibles , & il
a fait quelques additions qu'il a crû néceffaires.
Lorfque la nouvelle édition feras
miſe en vente , nous rendrons compte de
ces divers changemens. Pour le préfent
nous nous contenterons d'annoncer qu'elle
ne fera point inférieure àl'ancienne , pour
la beauté du papier & des caracteres . A
l'égard du fond même de l'Ouvrage , il ne
nous convient pas d'en dire du bien , & il
ne feroit pas jufte d'exiger que nous en di- -
fions du mal .:
ON imprime fous le format des Mé--
moires del'Académie Royale des Sciences .
DECEMBRE 1748 132
n Ouvrage qui a pour titre , la Figure
de la Terre , déterminée par les Obfervations
que Meffieurs Bouguer & de la Condamine.
ont faites au Perou.
M.. Bouguer , Auteur de cet Ouvrage ,,
lé divife en fept Sections. Au détail des
Obfervations , qu'il rapporte , il joint fes
réflexions particulieres , & par-là il répand
une nouvelle lumiere fur toutes les parties
de fon fujet. En même tems qu'il expofe
aux Lecteurs les opérations qui ont été
faites, il donne à fon Livre, par fes diverfes
remarques , l'apparence d'un tout plus lié
& plus fyftématique , ce qui eft propre à intérefler
à fa lecture un plus grand nombre
de perfonnes.
Dans la premiere Section , l'Auteur fupe
pofe que lui & les autres Académiciens .
qui ont été envoyés avec lui fous l'Equa
teur , ayent eu la liberté de choifir entre
les opérations , par lefquelles ils pouvoient
parvenir à remplir leur objet. Il examine
la bonté de chacune , & il remarque fon
dégré d'importance , la précision dont elle
eft fufceptible , & l'infltience qu'elle auroit
fur la détermination de la figure de la
Terre , ou fur le rapport des deux axes.
Evitant , autant qu'il peur , d'avoir recours :
aux calculs algêbriques qui foulagent l'efprit
par leurs fynboles , & qui le mettent e
# 34 MERCURE DE FRANCE!
en état d'aller plus loin ; mais qui ne
l'éclairent & ne le fatisfont pas , pas , il n'employe
que la ſyntheſe & l'analyſe pure des
Géometres,
La feconde Section traite des Triangles
de la Méridienne , confidérés abfolument ,
ou dans tous les plans diverfement inclinés
, dans lefquels ils fe trouvoient . M.
Bouguer rend compte de la mefure de la
premiere baſe, choifie entre les deux chaînes
de montagnes de la Cordeliere dans
la plaine d'Yarouqui . Ce travail fut fait
en commun comme il devoit l'être ;
mais pour réduire à la ligne droite cette
bafe , dont toutes les parties ont differentes
inclinaifons , & font à differentes hauteurs ,
M. Bouguer a fait plufieurs recherches de
Géometrie , qu'on trouve dans cette Section
. Il paffe enfuite à l'examen du quart
de cercle dont il s'eft fervi . Comme chaque
Académicien étoit muni de fes inftrumens ,
il y a eu fouvent trois déterminations des
mêmes angles. M. Bouguer ne détaille ici
que fon travail , ou fa lifte particuliere de
la grandeur des angles de tous les triangles ,
quoique la communication qui s'eft faite
à cet égard ait été parfaitement réciproque ;
mais il n'a pas voulu , ainfi qu'il l'a déclaré
ailleurs , priver le Public du plaifir d'entendre
les deux autres Académiciens s'ex
DECEMBRE. 1748. 139
pliquer eux-mêmes. Il a feulement le foin
de nous avertir que les differences , qu'on
trouvera entre les déterminations , montreront
que ce font divers Obfervateurs
qui ont travaillé à part dans cette occafion ;
mais qui ont travaillé avec la plus grande
attention , & en pouffant le fcrupule auffi
loin qu'il étoit poffible.
Une difcuffion , particuliere à l'Auteur ,
eft celle du choix qu'on peut faire entre
differens fyftèmes de triangles , pour déterminer
par de grandes opérations , la longueur
d'une Méridienne ou de tout autre
intervalle. L'Auteur a déterminé la meilleure
forme des triangles dans tous les
cas poffibles ; il a diftingué les circonstances
dans lesquelles il faut multiplier les triangles
, & celles dans lesquelles il faut en
diminuer le nombre ; il a aprécié les avantages
auxquels on peut prétendre, de même
que les inconvéniens qu'on doit craindre,
A la vérité , lorfqu'il s'agit d'opérer fur
le terrain , on eft prefque continuellement
gêné par les circonftances locales : mais
il est toujours utile d'avoir préfentes à l'efprit
les vraies regles fur cette matiere
afin de ne les violer que le moins qu'il eft
poffible , dans le tems même qu'on les viole
le plus.
On verra dans la troifiéme Section les
36 MERCURE DE FRANCE..
,
réductions néceffaires aux triangles dont
on vient de parler. Il s'agit de les réduire
â un certain niveau , & de rapporter leurs
côtés à une certaine direction . M. Bouguer
démêle les effets de la réfraction , quant
â la grandeur des angles réputés horifon.
taux & quant
à la hauteur apparente
des objets. Il a égard aux changemens de
direction des lignes verticales , & c. Cette
Section eft terminée par le détail des opérations
qu'il a faites pour déterminer la
hauteur abfolue des montagnes qui avoient
férvi à appuyer les triangles . Il a entrepris
exprès pour cela un voyage vers la mer du
Sud , dans les déferts de la Province des
Emeraudes.
La quatriéme Section nous offre toutes
les précautions qu'il faut prendre , pour
déterminer l'amplitude d'un arc du Mé
ridien par voye aftronomique . On donne
ici une efpece de Traité fur la maniere
de faire réuffir les Obfervations › par lef
quelles on cherche la diſtance du Zenith
à un Aftre qui en eft peu éloigné . Les Lecteurs
trouveront dans cette Section plus
fieurs remarques curieufes , & qui font
de la plus grande importance , puifqu'elles
perfectionnent une partie très-étendue de
l'Aftronomie , & qu'elles affûroient le fuc
cès d'un voyage qui intéreffoit toute l'Europe
fçavante..
DECEMBRE. 1748. 137
L'Auteur deftine la cinquième Section
au détail des Obfervations qu'il a faites ,
foit feul , foit avec M. de la Condamine ,
pour déterminer l'amplitude de l'arc de la
Méridienne .
Après avoir découvert la grandeur de
dégré du Méridien aux environs de l'Equateur
, il ne reste plus , pour déterminer
la figure de la Terre , qu'à comparer ce
dégré avec les autres qui ont été mefurés
ailleurs. C'eft l'objet de la fixiéme Section ,
dans laquelle l'Auteur a donné la folution
générale de tous les problêmes qu'on peut
propofer fur cette matiere . Il avoit travaillé
à ces problêmes pendant qu'il étoit au
Perou & il lui a fuffi en revenant )
de faire fucceffivement de nouvelles applications
de fes folutions générales , a
mefure qu'il a été informé des diverfes
opérations qu'on avoit faites en Europe
pendant fon abfence . On voit , dans le
détail que fait notre Académicien , les
differentes formes qu'il a fucceffivement
attribuées à notre globe , jufqu'à ce qu'il fe
foit à la fin arrêté à une derniere , qui réfulte
des quatre grandes opérations faites par or
dre du Roi .
M. Bouguer a fupprimé toutes les réi
flexions fur la théorie de la Terre ; il
acrû devoir. exclure d'un Livre de l'efpece.
38 MERCURE DE FRANCE.
du fien , tout ce qui étoit hypothétique ;
& n'y pouvoir adopter que les feules conféquences
néceffaires , ou celles qu'il faut
abfolument admettre , pour ne pas aller
contre l'autorité des Obfervations & des
expériences. Il a jugé feulement , qu'après
avoir donné ce qui a rapport à la figure
extérieure de notre globe , il étoit à propos
de communiquer , dans une feptiéme & derniere
Section , les faits qui peuvent nous
éclairer autant que cela eft poffible , fur la
conformation intérieure de cette grande
maffe. Cette derniere Section contient les
expériences fur la longueur du pendule , &
fur les effets qui ont rapport à la gravitation
univerfelle .
L'Ouvrage , qui fait le fujet de cet article
, fe vendra chez Charles- Antoine fombert
, Libraire du Roi pour l'Artillerie & le
Génie , Quai des Auguſtins , à l'Image Notre-
Dame.
CONCORDANTIÆ Sacrorum Bibliorum
Hebraicorum ; in quibus Chaldaicæ ,
étiam Librorum Efdræ & Danielis , fuo
loco inferuntur : deinde poft Thematum
feu Radicum omnium derivata & ufus latius
deducta ; ac Lingua Chaldaica , Syriacæ
& Arabica , Vocabulorumque Rabbinicorum
cum Hebraicis convenientiam :
Latina ad verbum verfio adjungitur , ad
DECEMBRE. 1748. 139
quam vulgatæ , & Septuaginta editionum
differentia fideliter expenditur : demùm
nomina propria ad calcem novo ordine digeruntur.
Auct . R. P. Doct. F. Mario de Ca-
Lafio,Ord . Min.Obfer . Provinciæ Romanæ,
Linguæ Sanctæ Profeffore. Opus Reipublica
Chriftianæ, & præfertim divini Verbi
Concinatoribus , ac facræ Scripturæ ftudio
incumbentibus , fummè utile , & apprimè
neceffarium.
I. Cer Ouvrage , que farques Hodges
Libraire à Londres , annonce au Public
fera imprimé fur de très - bon papier , &
avec un très- beau caractere. On a fait
fondre exprès des caracteres Hebreux neufs.
II. Il y aura quatre volumes in folio.
III. Le prix de la foufcription ne peut
pas être moins de deux guinées & demie
chaque volume en feuilles , vû la grande
dépense de l'Hebreu , le foin qu'il faut
prendre pour compofer les caracteres numéraux
des Chapitres & des verfets qui
fe rencontrent prefque dans chaque li-
& le grand nombre de Notes margigne
,
nales.
IV. Afin que le Public foit affuré que
le Libraire n'a d'autre vûe , que de publier
cet excellent Ouvrage le plus promp
tement qu'il lui fera poffible , il ne demande
point d'argent , que lorsqu'on re$
40 MERCURE DE FRANCE.
Gevra les deux premiers volumes , & alors
chaque Soufcrivant payera cinq guinées ; le
refte fe payera en recevant les deux derniers
volumes.
V. Les deux premiers volumes font déjà
imprimés , & les deux autres le feront
au commencement du mois d'Avril 174 %
C'est pourquoi on prie les perfonnes qui
veulent contribuer à la publication de cet
Ouvrage , de foufcrire le plutôt qu'il leur
fera poffible , afin qu'on puiffe mettre leurs
noms dans la liste des Soufcrivans , qu'on
doit joindre à l'Ouvrage.
On peut foufcrire chez les Libraires
fuivans : Meffieurs , Briaffon , à Paris ; Wilmet
, à Mons en Hainaut ; Foppens , à
Bruxelles , Verduſſen , à Anvers , Kints ,
Liege ; Chevalier , à Luxembourg ; Waesberge
, à Amfterdam ; Verbeek , à Leyde
Pagliarini , à Rome ; AlbriZZi , à Venise ;
les héritiers Cramer & Philibert , à Geneve ;
Arkftée & Merkus , à Leypfick ; Varrentrap ;
à Francfort ; Walther , à Drefde ; Madame
Eelginer, à Hambourg , Meffieurs , Sauerman
& Rumph , à Breme , & Guillaume Meyer, à
Londres:
Pour donner aux Sçavans une idée de
L'Ouvrage & de fon Auteur , le Libraire
ajoint au Prospectus l'Avertiffement fuivant.
•do
DECEMBRE. 1748. *141*
On convient que l'étude des Saintes
Ecritures, dans l'Original , fied bien , & eft
très- utile à tous les Eccléfiaftiques. Ce
font-là les Livres qu'ils doivent enfeigner ,
expliquer & défendre. Ainfi il eft né
ceffaire qu'ils les entendent . Et'il eft certain
, que le meilleur moyen d'en découvrir
le fens , eft de les étudier dans la Langue
même dans laquelle ils ont été écrits. La
raiſon en eft fi évidente , qu'on a beaucoup
recommencé à s'attacher à l'étude de l'E
criture en Hebreu depuis quelques années.
Il y a particulierement dans l'Univerfité
d'Oxford un grand nombre de perfonnes
qui fe font appliquées à cette forte d'étude.
Et comme rien n'eft plus propre à entretenir
& à faire fleurir de plus en plus
le goût pour cette belle étude , que de
bons Lexicons & de bonnes Concordances 2
y ayant long-tems que l'Hebreu est une
Langue morte , cela m'a déterminé à propofer
aux Sçavans la publication d'un Ou
vrage , qui eft le plus grand de beaucoup
de tous ceux qui ont été achevés dans
le monde Chrétien , & qui feul fuppléera
au défaut de la plupart des autres Lexicons
& Concordances . En voici le titre : Diction
naire & Concordance de F. Marius de Calafio.
Je vais faire connoître l'Auteur &
Ouvrage en peu de mots,
142 MERCURE DE FRANCE,
›
F. Marius de Calafo naquit dans un
Village nommé Calafio , près de la Ville
d'Aquila , dans le Royaume de Naples ,
duquel il a pris fon nom. Il commença
de très-bonne heure à étudier l'Hebreu ,
& parfon application , fes grands talens
& fon fçavoir , il y fit des progrès étonnans.
Il fut célebre dans toute l'Italie, par
fon grand fçavoir dans les Langues Orien
tales. Sa réputation étoit fi bien établie
que le grand Protecteur des Lettres , Paul
V. d'abord après fon élection au Pontificat
fit Calafio Profeſſeur en Hebreu
à Rome , & Docteur en Théologie. Honneurs
qui ne lui firent plaifir , que parce
qu'ils lui donnoient une occafion de pouffer
le grand Ouvrage qu'il avoit en main .
Il y avoit long-tems qu'il déploroit l'imperfection
des Dictionnaires , & la défectuofité
des Concordances , & il avoit
employé plufieurs années à effayer de remédier
à ces maux , lorfque le Pape l'appella
à la Chaire de Profeffeur. Il avoit
affi été affifté pendant quelques an
nées , par tous les Sçavans de l'Ordre de
Saint François , dont il étoit , & ils avoient
fait quelques progrès dans l'Ouvrage. Mais
felon toutes les apparences , il n'eût jamais
pû être porté à la perfection où il est à
préfent , fi le Pape ne fe fût pas chargé
1. DECEMBRE
. 1748. 14)
è l'exécution , Il honoroit Calafio de fon
mitié , & à fa priere il engagea la plûpart
les Sçavans d'Italie , à travailler à l'exé
ution du deffein de compofer un Dictionnaire
& une Concordance qui fuffent complets.
L'Ouvrage fut achevé , & Calafio
le préparoit pour la preffe , lorsqu'il tomba
malade de la maladie dont il mourut. Le
Pape alla le voir dans fon lit de mort ,
& l'affuta qu'il feroit publier fon Ouvrage.
Ce jour-là même , Calafio mourut âgé de
plus de 70 ans . Le Pape fit imprimer fon
Livre à fes propres frais , mais il mourut
avant que l'impreffion en fût achevée . Gregoire
X V. fon fucceffeur s'attacha très-ſérieufement
à pouffer l'Ouvrage , & n'épargna
ni foius ni dépenfes pour le faire
publier promptement , ce dont il vint enfin
à bout en 1621 , en quatre volumes infolio.
Ainfi , par les travaux d'un des plus
habiles Profeffeurs en Hebreu , pendant
toute fa vie ; avec le fecours de tous les
Sçavans de fon Ordre , pendant 40 ans ,
& de tous les Profeffeurs & les Maîtres.
de la Langue facrée de toute l'Italie , pendant
environ 15 ans , ce Dictionnaire &
cette Concordance ont été amenés à la perfection
où ils font à préfent. Mais comme
cet Ouvrage n'a jamais été imprimé que
cette feule fois , il a toujours été fort rare,
44 MERCURE DE FRANCE.
1
& je n'en puis trouver que fortpeu d'exem
plaires en Angleterre : encore ils font prin
cipalement dans les deux Univerfités.
Voici le plan que Calafio a fuivi dans
ta compilation de ce grand Ouvrage. D'abord
il rangea en ordre alphabétique toutes
les racines. On avoit grand befoin de cela.
On n'avoit encore rien fait de ſemblable
dans un dégré fupportable de perfection.
La plupart des Lexicons avoient diviſé
& fubdivifé les thêmes , & en avoient
fait deux fois autant qu'il y en a réellement
dans la Bible. Calafio déploroit extrêmement
ce défaut. Il voyoit que cela étoit
contraire au génie de la Langue , & contribuoit
à en rendre l'étude plus embarraſſée.
C'est pourquoi il entreprit de remédier
au mal , & il y réuffit heureuſement
ayant réduit les racines à un beaucoup
plus petit nombre , que celui que les autres
Lexicographes en avoient marqué , & cependant
perfonne n'a pê montrer qu'il ait
commis aucune méprife dans cette partie
de fon Ouvrage , les perfonnes fçavantes
en Hebreu s'étant généralement accordées
à lui donner la louange , qui lui étoit dûe,
pour avoir ramené la Langue à fa fimplicité
originale , autant que les régles dela grammaire
le permettent .
Lorfqu'il cut rangé ainfi régulierement
les
DECEMBRE . 1748. 145
les racines , il collationna toute la Bible
- pour trouver tous les paffages , où chaque
-mot particulier fe rencontre ; il plaça
chaque mot fous fon chef, & il y ajou a
tout au long la propofition ou le verfet ,
dans lequel le mot étoit employé. Un
exemple fera entendre ceci clairement. Si
le mot qu'on traduit créer , étoit le thême
qu'on cherchoit , il commençoit à la Genefe
, & le trouvant au Chapitre 1. verſet 1 .
il le mettoit de cette maniere : au commencement
Dien créa les Cieux & la Terre ,
& de même tous les
Chapitres & tous
les verfets , avec la
propofition , & quelquefois
le verfet tout au long , où le mot
créer étoit employé , depuis là , jufqu'à
la fin de la Bible . C'étoit-là un Ouvrage
qui
demandoit le plus grand foin & la
plus grande exactitude ; cela demandeir
tant de tems &
d'application , que felon
: toutes les apparences l'Ouvrage n'eût
pas pû être amené au dégré de perfection
où il eft à préfent , fi un fi grand nombre de
Sçavans n'y avoient été engagés pendant
tant d'années avec Calafio , & ne l'avoient
affifté par leur travail.
Après qu'il eut avancé jufques là , qu'il
eut placé tous les thêmes dans l'ordre alphabétique
, qu'il eut raffemblé tous les
paffages , dans lefquels ils étoient em-
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ployés , & qu'il les eut placés tout de
fuite , depuis le commencement de la Genefe
jufqu'à la fin de Malachi , il commença
la principale partie de fon Ouvrage,
qui outre l'induftrie , demandoit encore
l'autres talens. Il confidéra le thême dans
chaque paffage particulier où il fe trouvoit.
Il compara , dans chacun de ces paffages ,
le fens dans lequel il y étoit employé , avec
le fens qu'on lui donnoit ordinairement ,
& enfuite il remarqua fi ce fens étoit le
même dans tous les paffages , où ce thème
fe trouvoit. Ce fut - là la méthode qu'il
prit pour découvrir la véritable idée originale
de chaque mot. D'affembler une Concordance
, étoit un Ouvrage qui ne demandoit
que de l'application ; mais ceci
demandoit beaucoup de jugement , & une
connoiffance parfaite du génie de la Langue
Hebraique & Calafio avoit ces qualités.
Ce n'étoit pas un de ces Sçavans , dont tout
le mérite confifte dans un travail affidu .
Il entendoit les chofes auffi-bien que les
mots. Les Langues Orientales , les Coatumes
& les Rites des Juifs , la Philofophie
& les Humanités , furent les fecours dont
il fe fervit pour étudier l'Hebreu , & par
leur moyen il arriva à une plus grande
connoiffance de cette Langue , qu'aucun
de fes contemporains ; c'eft ce dont on
DECEMBRE. 1748 . 147
voit encore aujourd'hui la preuve dans fon
Dictionnaire : il y a fixé le fens de chaque
racine d'une maniere plus précife , que
perfonne ne l'avoit encore fait avant lui ,
& je conçois qu'outre les raifons déja alléguées
, nous fommes redevables de celá
en grande partie , à la nouvelle méthode
qu'il fuivit , de comparer tous les paffages ,
dans lefquels chaque mot fe rencontre , afin
de découvrir par - là le principal fens du
mot , dans chacun de ces paffages.
Et pour rendre
l'Ouvrage
encore
plas
complet
, après
avoir
fixé de cette maniere
le fens de la racine
, il le confirmoit
par
l'ufage
de cette racine
dans les autres
Langues
Orientales
. D'abord
il fait voir , quel
en étoit
l'uſage
en Chaldéen
, enfuite
en
Syriaque
, dans
l'Hebreu
des Rabbins
, &
enfin
en Arabe
. Cela appuyoit
fortement
ce qu'il
avoit
avancé
, particulierement
dans ces exemples
, où un mot re fe trouve
qu'une
fois ou deux
dans
la Bible. Dans
ces cas - là , il étoit fort à propos
d'emprunter
le fecours
des Langues
que nous
venons
de nommer
, & s'il fe trouvoit
que le même
mot préfentât
, dans ces Langues
plus modernes
, la même
idée qu'on
avoit fuppofé
qu'il préfentoit
en Hebreu
,
c'étoit
une méthode
sûre d'en déterminer
le fens. Il eft donc
clair , que de montrer
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
•
L'accord qu'il y a entre l'Hebreu , & les Lan
gues des Pays voifins , eft une entrepriſe
très-utile , & Calafio y a réuffi au - delà de
toute attente .
190
,
Et comme une explication des noms
des perfonnes & des lieux répand beaucoup
de jour fur un grand nombre de
paffages de l'Ecriture , Calafio a crû que
ce ne feroit pas ajouter un petit ornement
à fon Livre , & que ce ne feroit pas contribuer
peu à le rendre plus utile • que de
tenter quelque chofe de femblable. Les
raifons pour lefquelles certains noms ont
été donnés à des perfonnes ou à des lieux ,
font fouvent rapportées , & cependant
le nom ne paroît pas exprimer la raifon
pour laquelle il a été donné. C'est ce dont
il y a de fréquens exemples dans la plupart
des Livres hiftoriques , & particulierement
dans la Genefe , & quantité de noms font
à préfent entierement obfcurs pour les Lecteurs
, ordinaires , qui font très-clairs pour
ceux qui entendent l'Original : c'est ce
que Calafio a fait voir en partie , & c'eſt
ce qui paroîtra encore plus clairement , par
les additions que je ferai à cette partie
de fon Ouvrage , car quoiqu'il ait raffemblé
avec beaucoup de foin tous les noms
d'hommes , de lieux de rivieres ,
montagnes , de temples , d'idoles , &c.
"
de
DECEMBRE. 174S. 149
& qu'il les ait rangés en ordre alphabétique
, il n'a cependant pas réuffì aufli
heureufement à les expliquer , qu'on cût
pû l'attendre de lui . Et je fuis porté à
croire qu'il n'a pas mis la derniere main
à cette partie de fon Ouvrage . Au lieu
d'être auffi exact qu'on eût pû le fouhaiter ,
en expliquant ces noms de l'Original
il a été fort court fur ce point , & il
s'eft étendu fur d'autres , mais il auroit
peut- être plû tout autant à quelques per-"
fonnes , s'il avoit pris plus de peine à en
donner l'explication de l'Hebreu. Aux
noms des lieux , il a ordinairement rendu
compte de leur qualité , de leur fituation
&c. & il a tiré ce qu'il en a dit , des meil
leurs Géographes anciens & modernes . En
parlant des Villes , il dit dans quel Pays
elles étoient , quand elles ont été fondées ,
par qui , &c. Aux noms des perfonnes
il donne une idée abrégée de leur hiftoire
& de leur caractere , en forte qu'il ne manque
rien, pour rendre cette partie de l'Ou
vrage un Dictionnaire Hiftorique & Géographique
de la Bible complet , qu'une explication
plus complette & plus exacte des
noms Hebreux. Et je tâcherai de fuppléer
à ce défaut en partie par Bochart , & par
d'autres qui ont écrit fur ce fujet depuis
Calafio , ou lorfqu'il y aura quelque mot
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
qu'ils n'ont pas expliqué , je tâcherai d'en
fixer le fens par mes propres lectures & pat
mes propres obfervations.
Jufques là , l'Ouvrage femble être principalement
compofé pour l'utilité des Sçavans
; mais Calafio a été encore plus loin
afin de le rendre d'un ufage plus univerfel :
il a inféré , fous chaque verfet Hebreu ,
la Traduction littérale Latine de la Bible
interlinéaire ; dans les endroits où cette
Traduction s'eft trouvée differer de la val
gate Latine , il a ajouté cette difference ;
& dans les endroits où les Septante different
de ces deux Traductions , il a inféré
auffi- la leur ; en forte que d'un coup d'oeil ,
on voit dans quel fens chacun de ces Tra
ducteurs a entendu chaque paffage difficile
, & ainfi cet Ouvrage peut être regardé
comme une Concordance de chacune de
ces Traductions , auffi -bien que de l'Hebreu.
Mais après cela , il y a une chofe
fort fâcheufe ; c'eft que toutes les citations
des Septante font d'une Traduction Latine
, qui eft la Traduction d'une Traduction.
Il eft certain , que le meilleur
moyen d'entendre le fens des Septante , eſt
de les lire dans la Langue même , dans
laquelle ils ont écrit , & aucun homme
de Lettres ne rogardera une Traduction Latine
, comme ayant quelque autorité . Cela
DECEMBRE. 1748. 151
m'a déterminé , au lieu du Latin , d'inférer
le texte même des Septante , & quoique
j'aye trouvé que c'eft un Ouvrage
qui demande beaucoup de tems & de peine;
cependant je le continuerai . En général ,
je fuivrai l'édition de Grabe , à moins qu'il
n'y ait une difference remarquable entre
cette édition & celle du Vatican , & alorsje
marquerai cette difference .
Tel eft l'Ouvrage que nous annonçons
à préfent au Public . Le Dictionnaire eft certainement
plus complet qu'aucun de ceux
qui exiftent à prefent. On convient que la
Concordance eft plus complette , & mieux
rangée , qu'aucune autre qu'on ait vûe
jufqu'à préfent , & elle eftenrichie des trois
Traductions , qui ont été le plus admirées.
Je crois qu'il feroit inutile de s'arrêter
prouver , que cet Ouvrage a ces avantages
par-deffus tous les autres du même
genre. C'eft une chofe que les Sçavans
fçavent , & qui a été reconnue , & le
défir qu'un grand nombre de grands hommes
ont témoigné de voir une nouvelle édition
de cet excellent Ouvrage , en eſt une
preuve fans replique.
à
Voilà ce que j'avois à dire fur ce que
Calafia a fait. Veici les additions & les
corrections que je me propoſe de faire
pour rendre fon Ouvrage encore plus com
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
plet. Premierement , j'inférerai une Concordance
de tous les mots qu'il a obmis
en mettant chaque mot dans fa place. Ca-
Tafio , je ne fçais pour quelles raifons ,
a obmis un grand nombre de mots , dont
quelques- uns me paroiffent de grande importance.
Il n'a mis que fort peu de particules
dans fa Concordance , & on fçait
que dans toutes les Langues , ce font les
mots les plus difficiles . C'eft ce qu'éprou
vent, & ce dont fe plaignent tous les jours,
ceux qui veulent apprendre bien quelqu'une
des Langues mortes , ou mème
des Langues vivantes , & c'eſt avec raiſon.
J'ai deffein de fuppléer à ce défaut , en
inférant une Concordance complette &
exacte de toutes les particules. Mais afin
qu'on ne dife pas , que c'eft-là faire une
feconde fois ce que Noldius a déja fait ,
je fouhaite qu'on faffe attention à la méthode
de Noldius. Premierement , il n'a
Foint du tout rangé les mots régulierement
, & tous ceux qui ont vû fon Ouvrage
, fçavent que fa méthode eft fort
confufe ; & que les textes ne font point
placés en ordre. Outre cela,il eft imparfaits
fous un grand nombre des particules , qui
ne fe rencontrent que rarement , j'ai fouvent
trouvé obmis un ou deux textes , qui
me paroiffent être les principaux. C'eft- h
DECEMBR E. 1748. 153
une choſe fort importante , & j'ai deffein
de la corriger. Mon deffein eft de faire
la Concordance des particules , de la même,
maniere que Calafio l'a faite , & de mettre
chaque particule dans fa place dans le corps.
de l'Ouvrage & j'employerai toute l'attention
qu'il me fera poffible , pour empêcher
qu'aucun texte ne m'échappe. Il
n'eft pas néceffaire que j'employe aucune
preuve , pour montrer l'utilité de cette partie
de mon deffein . La chofe parle d'ellemême..
Les autres additions feront les mots que
ces deux Auteurs ont obmis . Je collationnerai
les racines , qui ne fe trouvent pas
dans Calafio ou dans Noldius , avec tout
le foin & la fidélité dont je fuis capable ,
& je les rangerai de la même maniere
qu'ils l'ont fait j'efpere qu'on n'aura
point de fajet de fe plaindre que j'aye
fait quelque omiffion , mon deffein étant
entierement , de rendre cet Ouvrage , qui,
eft déja ce qu'il y a de plus parfait dans fon
fon genre , le plus utile au Public qu'il me
fera poffible .
Les corrections feront principalement
de ces fautes qui fe font gliffées dans l'Ouvrage
, par la négligence de ceux qui ont
eu foin de l'impreffion ; j'ai corrigé ces
fautes avec beaucoup de foin , & j'ap-.
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
porterai beaucoup d'attention à empêcher
qu'il ne s'en gliffe de nouvelles dans cette
édition , par la même caufe.
Ces additions & corrections rendront
cet Ouvrage encore plus complet. Lorfqu'il
fera publié , que pourra - t - on demander
de plus pour entendre & pour
expliquer l'Hebreu ? Il contiendra tout
ce qui eft néceffaire pour rendre la lecture
du vieux Teftament facile & utile. On
y trouvera un Dictionnaire, qui eft de beaucoup.
le meilleur que l'on ait , & une Con
cordance , qui pour fon exactitude , ſa
plénitude , la maniere dont elle eft rangée ,
& les Traductions qui y font jointes ,
furpaffe de beaucoup tout ce que l'on a
fait dans ce genre , dans le monde Chrétien.
On y a remarqué & fixé avec beau
coup de foin , fous chaque mot , l'accord
qui le trouve entre l'Hebreu & les Langues
des pays voifins : & tout ce qu'on peut
défirer pour rendre le Dictionnaire & la
Concordance entierement parfaits dans
leur genre , fera fait à préfent on aura
fupplée aux principales omiffions de Caafi
routes les particules Hebraïques fe-.
ront rangées régulierement dans le corps:
de la Concordance tous les autres:
mots.obinis par Calafio feront inférés dans
us place ; & tons les paffages où on les
DECEMBRE. 1748 . 155
trouve , feront remarqués. Je ne puis pas
imaginer qu'on puiffe rien ajouter pour
rendre la Concordance plus complette
que ce que je viens de propofer , & je ne
puis pas concevoir que la chofe foit fufcep
tible d'une plus grande perfection.
Avant que de m'adreffer au Public ,
j'ai montré ce projet à plufieurs Sçavans
hommes , & j'ai trouvé chez eux beaucoup
d'encouragement. Les Archevêques , les
Evêques , & un grand nombre des Ecclé
faftiques qui poffedent des Dignités dans
l'Eglife , ont généralement foufcrit pour
la publication de l'Ouvrage. Les Univerfités
d'Oxford & de Cambridge , toujours
prêtes à travailler à l'avancement des Sciences
& de la Religion , m'ont donné une
approbation toute particuliere , en ſouferivant
pour les Bibliotheques de tous les
Colléges , outre les Particuliers qui ont
foufcrit . Je n'ai pas manqué non plus de
Soufcrivans parmi le Clergé inférieur
ni même parmi les Laïques. Ce grand en
couragement m'a fait réfoudre à publier ce
projet , & j'efpere que tous ceux qui font cas
de l'Ecriture Sainte , fe croiront intéreffés à
contribuer à faire publier un Ouvrage , qui.
n'a pour but que la gloire de Dieu & le
bien de la Religion.
G. ROMAINE.
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE du Théatre François. Tome
XIV. A Paris , chez P. G. Le Mercier, Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , au
Livre d'or , & chez. Saillant , rue Saint
Jean de Beauvais , 1748 , in- 12 , pp.
$72 .
Ce volume commence en 1696 , &-
nous conduit jufqu'à la fin de1708. Il y eft
parlé de cent huit Tragédies ou Comédies,
& l'on nous y donne les vies de dix Aureurs
, & celles de quatorze Acteurs &
Actrices. Les Poëtes Dramatiques , fur lef
quels on entre ici dans quelque détail
font N. Belin , de Marſeille , qui a compofé
les Tragédies de la mort d'Othon,
de Vonones , & de Mustapha & Zeangir ;
N. de Brie , Auteur d'une Tragédie des
Heraclides , & d'une Comédie intitulée
de Lourdant , lesquelles n'ont été point in
primées ; David Auguftin Brueys , qui en
fociété avec Palaprat , a travaillé aux Comédies
du Muet , du Grondeur , du Concert
Ridicule & da Secret revelé , & qui
a fait feul celles de l'Important , de l'Avo
cat Patelin , de l'Opiniâtre , du Sot tou
jours Sot , & la Tragédie de Gabinie ; An-
1oine de la Foffe d'Aubigny , à qui nous de
vons l'excellente Tragédie de Manlius
Capitolinus , & celles . de Thefée , de Po ,
lixene & de Coréfus N. L'enfant defaint
DECEMBRE . 1748. I'57
Gilles , connu par une Tragédie d'Ariarathe
; Nicolas- Armand- Martial Guerin ,
qui a fait jouer Melicerte , Paftorale hé
roïque , & la Pfiché de Village , Comédie
en quatre Actes , avec un Prologue & des
Intermédes ; N. Pechantrés , Auteur des
Tragédies de Geta , de Jugurtha & de la
mort de Neron ; Regnard , dont les ouvra
ges font trop célébres pour qu'il foit néceffaire
d'en faire l'énumeration ; Théodore
de Riupeirous , qui a donné au Théâtre les
Tragédies d'Annibal , de Valerien , d'Hy.
permneftre , & de la mort d'Augufte
dont il n'y a que la troiftéme d'imprimée ;
& le fameux Jean- Baptifte Rouffeau , qui
joüiroit d'une réputation beaucoup moins .
éclatante , fi l'on n'avoit de lui. que fes
Piéces de Théâtre. Parmi les Acteurs &:
les Actrices , dont il eft fait mention dans
ce volume , il en eft plufieurs que le Public
avoit totalement oubliés ; mais il en :
eft auffi quelques autres , que l'éininence
de leurs talens a rendus dignes de ne point
l'être. On peut compter dans ce nombre
Villiers , & les Demoifelles Champmellé .
Raifin , & Beauval. Les articles , qui regardent
ces trois Comédiennes , renfer
ment diverfes anecdotes intéreffantes. En .
général ce volume fe fera lire avec plaifir ,,
& les Lecteurs y apprendront des faits
8 MERCURE DE FRANCE .
qui jufqu'à préfent étoient ignorés , ou
n'étoient fçûs que de très-peu de perfon
nes. Les Auteurs de cette Hiftoire efperent
qu'il décidera du fuccès de leur ouvrage.
Ils difent dans leur Préface , qu'un
Anonyme leur a envoyé quelques obfervations
critiques fur les tomes précédens ,
mais qu'elles font d'une fi petite conféquence
, qu'ils feroient trop fatisfaits fi
c'étoient les feules qu'ils euffent à craindre.
Au refte , ajoutent-ils , quel ouvrage ,
fur tout du genre de celui-ci , peut être
fans défauts , & du goût de tout le mon
de ?.... Pour répondre à leurs Cenfeurs ,
ils employent ces quatre vers de Ronfard.
L'un lit ce Livre pour apprendre ;
L'autre le lit comme envieux ;
Il eft " facile de reprendre ,
Et mal aifé de faire mieux.
GEOGRAPHIE MODERNE ABREGE'E , pré
eédée d'un Traité de la Sphére & du Globe
; ornée de plufieurs traits d'hiftoire ,
tant naturelle que politique , & terminée
par une Géographie Eccléfiaftique , où
Fon trouve tous les Archevêchés & Evêchés
de l'Eglife Catholique , & les principaux
des Eglifes Schifmatiques ; avec
une table des longitudes & latitudes des
Villes les plus confidérables , conforme
DECEMBRE. 1748 . 152
aux dernieres obfervations de Meffieurs de
F'Académie des Sciences, &c. A Paris, chez
la veuve Robinot , Quai des Auguſtins ;.
Simon , pere , rue des Maçons , & Simon
fils , rue de la Parcheminerie , 1748 , in
12. pp. 699 , fans y comprendre la Tablealphabétique
des noms des Villes , Bourgs.
& Châteaux , rapportés dans ce volume.
›
Une connoiffance exacte de tous les dé
tails de la Géographie , n'eft néceffaire qu'à
ceux qui fe deftinent à être Géographes deprofeffion
. Il n'importe aux autres , que
d'être inftruits de la pofition & de l'éten
due de chaque Pays , du nombre de fes.
Provinces des noms de fes principales :
Villes , du cours de fes rivieres , de la Religion
& des moeurs de fes habitans , des.
differentes révolutions qui y font arrivées,
de fon état actuel , & de ce qu'il renfermede
plus curieux , tant par rapport à l'Hif
toire politique que pour la naturelle. Tout
ce que nous venons d'expofer , eft ici raf
femblé dans un feul volume. On a eu foin
d'y faire entrer plufieurs particularités ,.
propres à réveiller l'attention des jeunes;
gens , qui la plupart ont coûtume de regar
der comme fort ennuyeufe une lifte denoms
de Villes & de Provinces , à moins
qu'on n'intéreffe leur efprit , en même tems
qu'on donne de l'exercice à leur mémoire.
260 MERCURE DE FRANCE.
Afin de leur épargner la peine de chercher
trop long- tems fur les Cartes les Villes
dont on leur parle , on marque vers
quels points cardinaux chacune eft fituée,
Lorfqu'elles font placées fur des rivieres
ou dans les environs , on ne manque pas
d'en avertir. A l'occafion de quelques Villes
, on fait mention de plufieurs des grands
hommes qui y ont pris naiffance.
En lifant une Géographie , les Lecteurs
veulent ordinairement trouver toutes les
Villes dans les premieres Cartes qui leur
tombent fous la main , s'ils defirent de lire
ce Livre-ci avec fruit , ils doivent fe fervir
préferablement de la Mappemonde & des
Cartes de l'Europe , de l'Afie , de l'Afrique
, de l'Amérique , de la France , de
Efpagne , de l'Italie , & des Ifles Britan
niques , de Guillaume Delifle . Pour l'Allemagne
, on fuit ici la Carte de M. Robert..
Des Villes , & même des Provinces , font
omifes dans quelques -unes des Cartes gé
nérales . L'Auteur de la Géographie moderne
a foin de défigner ces Provinces &
ses Villes par une étoilé , & d'indiquer .
clairement leur fituation par rapport aux
lieux les plus voifins.
*
Il ne fe flate point de n'avoir pas Jaillé
échapper plufieurs fautes , & il prie ceux:
qui prennent intérêt à l'inftruction de la
DECEMBRE . 1748. 161
jeuneffe , de vouloir bien adreffer aux Libraires,
chez qui fon Ouvrage eft en vente,
leurs notes fur les défauts qu'ils y auront
remarqués .
EXPLICATION de quelques Médailles
de la onzième année de Trebonien ; de la
treiziéme & de la quatorziéme année de
la Colonie de Viminiac , fous l'Empereur
Emilien ; de la onzième année de Valerien
l'Ancien , par le R. P. Panel , de la Com
pagnie de Jefus , Précepteur des Infans
d'Efpagne , & Garde des Médailles de Sa
Majefté Catholique. A Zurich , chez Gafpard
Fuesflin , Imprimeur- Libraire . L'ouvrage
eft en Latin.
DISSERTATION fur la caufe de l'augmentation
de poids que certaines matieres acquerent
dans leur calcination , qui a rem--
porté le prix au jugement de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux , par le R. P. Beraud , Jéfuite,
Profeffeur de Mathématique dans le Collége
de Lyon , & de l'Académie des Beaux
Arts de la même Ville . Brochure in - 12 .
de 98 pages. Ala Haye , chez Jean Neaul
me , 1748 .
HISTOIRE ROMAINE , Caligula &
Claude , Empereurs , avec des notes hiftoriques
, géographiques & critiques , des
gravûres en taille douce , des Cartes géa
162 MERCURE DE FRANCE
graphiques , & plufieurs Médailles authentiques
, par le P. Bernard Rothe , de la
Compagnie de Jefus. Tome XXI. depuis
l'an de Rome 789 juſqu'à l'an 798. A
Paris , chez Jacques Rollin , fils , Quai des
Auguftins , à Saint Athanafe , 1748 ,
4° . de 717 pages , fans la Préface .
SOMMAIRE de l'Hiftoire de France , en
vers. Brochure de §7 pages. A Paris , chez
Bordelet , rue Saint Jacques.
DELL' ANATOMIA Difcorfo d'Antonia
Cocchi. A Florence , chez Jean- Baptifte
Zannoni , 1745 , in-4° . de 91 pages.
,
RELATION de la Conquête des Places
d'Alorna de Biciolino , d'Avaro , de
Morli , &c. faite par D. Pierre-Michel
d'Almeida , Viceroi des Indes , écrite par.
le Capitaine Meirelles , traduite du Portugais
en Italien . A Rome , chez Salomoni ,
1748 , in- 8 °. de 75 pages.
COLLOQUES SACRE'S pour former les
enfans à la Langue Latine & aux bonnes
moeurs. A Paris , chez Babuty , rue Saint
Jacques , in- 1 S. de 347 pages.
RECUEIL de Traités fur l'Electricité ,
traduit de l'Allemand & de l'Anglois , divife
en trois parties , avec des planches.
A Paris , chez Antoine Boudet , Imprimeur
Libraire , rue Saint Jacques , & Sebaſtien
Farry, Imprimeur Libraire , Quai des AuDECEMBRE
. 1748. 163
guftins , près le Pont Saint Michel , aux
Cigognes.
HISTOIRE UNIVERSELLE d'une fociété
de gens
de Lettres , traduite de l'Anglois,
Tome IX . 1748 , in-4° . A Amfterdam ,
chez J. Wet-ftein , Imprimeur Libraire. Les
neuf volumes fe trouvent à Paris , chez
Montalant , Libraire , Quai des Auguſtins .
PETRI BURMANNI junioris fpecimen nove
editionis Anthologia Latina , & animadver.
fionum ad Epigrammata & Catalecta veterum
Poëtarum Latinorum Prodromus, dans la même
Ville.
EXPERIENCES fur l'Electricité , avec
quelques conjectures fur la caufe de fes effets.
A Geneve , chez Barillot &fils , Imprimeurs-
Libraires , 1748 , in- 8° .
DE L'ESPRIT DES Loix , ou du rapport
que les Loix doivent avoir avec la conftitution
de chaque Gouvernement , les
moeurs , le climat , la Religion , le commerce
, &c. à quoi l'Auteur a ajouté des
recherches nouvelles fur les Loix Romaines
touchant les fucceffions , fur les Loix
Françoiſes & fur les Loix féodales , 1748 ,
in-4°. Deux volumes , chez les mêmes.
MUSEUM HELVETICUM adjuvandas Lit
teras inpublicos ufus apertum. Tiguri , apud
Conradum Orell , 1746 , in- 8 °.
TRACTATUS mechanicus de non naturali
164 MERCURE DEFRANCE.
bas , qui eft brevis explicatio mutationism
quas in corpore humano producunt aër , diata
, & c . fimul cum inquifitione in naturam &
ufum Balneorum , quibus præfixa eft doctrina
fecretionis pluribus in propofitionibus , à D.
Jofepho de Marco , D. M. in Linguam Latinam
ex Anglicâ converfus. A Avignon ,,
chez Fr. Girard , 1748 , in- 12 , & à Paris,
chez Huart & Moreau , Libraires , ruë
Saint Jacques , à la Juſtice , & au grand
Saint Bafile.
RECUEIL de Piéces de Littérature , qui
ont été lûes aux Séances publiques de la
Societé Littéraire de Clermont-Ferrand.
A Clermont- Ferrand , chez Pierre Bon
taudon , feul Imprimeur du Roi , 1748 ,
in-8°.
>
LE XVI. volume de l'Hiftoire Générale
des Autears Sacrés & Eccléfiaftiques , par
le R. P. Dom Remi Ceillier , Religieux
Benedictin , paroît chez Ph . N. Lottin , rue
Saint Jacques , & Paulus du Mefnil , au
Palais , 1748 , in-4°.
: RECUEIL de Traités fur l'Electricité des
corps. A Paris , chez Sebaſtien Jorry , Imprimeur-
Libraire , Quai des Auguftins.
LE IV . TOME des Leçons de Phyfique
Expérimentale , par M. l'Abbé Nollet , pa-.
roît chez les freres Guerin , Libraires , ruë
Saint Jacques , 1748 , in- 1.2 ..
DECEMBRE . 1748. 165
*
Pierre-François Giffart , & P. G. Le Mercier
, Libraires , rue Saint Jacques , ont
publié depuis peu deux Lettres , la premiere
aux Auteurs de la nouvelle Gaule
Chrétienne , touchant plufieurs Abbés &
Abbeffes du Diocéfe de Meaux ; & la feconde
, en particulier , à D. Dupleffis , R.
B. au fujet d'un Jugement rendu par le Connétable
de Châtillon , enfaveur du Chapitre
de Meaux , contre plufieurs Nobles , à l'oc
cafion d'un Chanoine bleffe , & defon Clerc
tué , & d'un Arrêt du Parlement , qui condamne
un Bailly de Meaux à faire mener
une buche en forme d'homme dans une charette
à la Justice de Meaux , &c. avec les
- Lettres de Charles V. dit le Sage , données à
Montargis le 17 Septembre 1379 , enfaveur
du Bailly de Meaux , qui moderent l'Arrêt
du Parlement rendu contre lui , par M.
Charles - Jofeph Thomé , Prêtre , Chanoine
de l'Eglife de Meaux , &c. 1748 , in-4° .
›
LE NOUVEL ESOPE , Fables choifies . A
Paris , chez la veuve de Lormel &fils , Imprimeurs
de l'Académie Royale de Mufique
, rue du Foin , 1749 , in-8 °.
NOUVELLE DISSERTATION fur l'Electricité
des corps , dans laquelle on développe
le vrai méchanifme des plus furprenans
phenoménes , qui ont paru jufqu'à
préfent , & d'une infinité d'expérience s
166 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles , de l'invention de l'Auteur ,
par M. Morin , Profeffeur de Philofophie
au Collége Royal de Chartres , & correl
pondant de l'Académie Royale des Sciences,
imprimée à Chartres , chez la veuve de
J. Roux , Imprimeur de M. l'Evêque , &
fe trouve à Paris , chez la veuve Etienne
fils , Libraires , rue Saint Jacques , à la
Vertu , 1748 , in- 12.
LA BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, ou l'Arithmétique à leur ufage ,
démontrée depuis fes premiers élémens ,
jufqu'à fes derniers problêmes , où fe trouvent
compris le commerce des matieres
d'argent , avec les differens tarifs qui le
concernent. Une table du rapport des mefures
pour les grains , enfuite leurs divifions
& leurs poids. Le Traité de la correfpondance
des mefures des corps liquides
, & ceux des rapports des corps péfans
& des corps étendus , pour les poids &
pour les étoffes, &c. les changes des principales
Places de l'Europe fur leur cours
actuel & proportionné , & les principes
des arbitrages , pour faciliter les opérations
de la Banque , le tout operé & démontré
en entier par des Lettres miffives
du Sieur Jean Larue , Négociant à Lyon ,
avec une ample inftruction en forme de
table alphabétique , fur les termes & les
DECEMBRE . 1748. 167
principaux ufages du Commerce , pour les
jeunes gens qui veulent s'y dévouer , & y
faire des progrès fondés fur des principes
folides. Cette inftruction eft terminée par
un important Edit du Roi Charles IX. &
par le Réglement de la Place du Change
de la Ville de Lyon : imprimée à Lyon , &
fe vend à Paris , chez Briaffon , Libraire ,
rue Saint Jacques , à la Science ; à Lyon ,
chez les freres Bruyfet , Libraires , rue Merciere
, au Soleil & à la Croix d'or , 1747 .
Volume in-4°. de 656 pages , fans la table
des matieres & celle des changes , qui en
font 13 , l'Epître Dédicatoire à M. le
Comte de Maurepas , & la Préface , qui
en font 20.
RECUEIL de Lettres Latines écrites par
plufieurs illuftres Membres des Académies
de Leipfick , de Gottingen , de Hambourg,
de Memmingen & de Zurich , à M. le Cardinal
Querini , au fujet de fon voyage
dans le Tirol & dans la Suabe . Ces Lettres
, au nombre de 21 , forment une brochure
de 32 pages d'impreffion in-4° . M.
le Cardinal Querini y a joint une Lettre
qui en eft comme une fuite & une dépendance
; elle eft adreffée au Séréniffime
Prince Landgrave de Heffe , Evêque
d'Aufbourg , en lui envoyant ce Recueil.
Cette Lettre a pour titre : Specimen Huma168
MERCURE DE FRANCE.
nitatis quâ Eruditi quidem Germania Heterodoxi
profecuti funt Suevicum iter à Domino
Angelo Maria Cardinali Quirino peractum
anno 1748 , à Brescia.
GOTT WERNSDORFII .... Commentatio
Hiftorico-critica de fide Hiftorica Maccabaicorum
, quâ R. Er. Fralichii S. J. Sacerd.
annales Syria , eorumque prolegomena ex inftituto
examinantur ; plurima leca librorum
Maccab. aut illuftrantur aut emendantur ,
itemque Chronologia Syriaca & Judaa paffim
corrigitur , Wratislaviæ , fumptibus Jo. Jac.
Kornii , 1747 , in-4° ,
VATICINIA Chabacuci & Nachumi ,
itemque nonnulla Ifaiæ , Michea & Ezechielis
, oracula obfervationibus Hiftorico -philologicis
ex Hiftoria Diodori Siculi circa res
Sardanapali illuftrata. Accedit Commentatio
Hiftorico- philologica de leffu Jeremia in obi
tumFofie. Jer. 8. Auctore M. Jo . Gott, Kalinsky
, Wratislavix , 1748 , in. 4° .
JACOBI GRETSERI Soc. Jef. Theologi
·opera omnia ante ac ab ipfomet auctore accura
te recognita, opufculis multis, notis & paralippomenis
pluribus , propriis locis in hac editione
infertis , acta & illuftrata ; nunc felecto
ordine adcertos titulos revocata. Ratisbona,
Jumptibus Joannis Conradi Peez & Felicis
Bader , fociorum , ad pedem Pontis , typis
Maria Apollonie Hanckin , 1744 , &feq .
TENTAMINA
DECEMBRE . 1748. 169
$
TENTAMINA ELECTRICA tandem aliquando
Hydraulica , Chymia vegetabilibus
tilia , pars pofterior , auctore G. M. Boſe ,
Phyf. Ord. Prof. in Academia Wittemberg
, &c. Wittembergæ , apud 7o. Joach.
Ahlfeldium , 1747 , in-4°.
D. CHRISTIANI Gotliebi Glugii de Baptifmo
Adami Commentatio Theologica , quâ
fimul argumentum de tunicis pelliceis primorum
hominum paule uberibus enarratur ,
cogitata profana de peccato originis , nuper
admodumin LinguamGermanicam transfufa,
breviter ftrictimque confutantur. Wittemberge
, impenfis Gotliebi Henrici Schwarzii,
1747 , in-4° .
EXPOSITION des découvertes philofophiques
de M. J. Newton, en quatre Livres,
par feu M. Colin Mac - Laurin , de la Société
Royale de Londres , Profeffeur de
Mathématique en l'Univerfité d'Edimbourg
, publiée fur les manufcrits de l'Aureur
, & revûë par M. Patrick Murdoch
Maître ès Arts, & Membre de la Société
Royale , 1748 , in - 4° . A Londres . L'ouvrage
eft en Anglois . On le traduit actuellement
en François , & la traduction en eft
déja fort avancée .
XENIA PHYSICO - MEDICA. Accedunt
·quadam Epigrammata , Lugduni Batavorum
typis Elia Luzac , Jun . 1748 .
II, Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ETRENNES utiles & agréables , contenant
un Recueil de Chanfons morales & d'emblêmes
, fur des airs connus , notés à la fin
pour en faciliter le chant , avec un Calendrier
pour l'année 1749. A Paris , chez
P. N. Lottin & J. H. Buttard , rue Saint
Jacques , à la Vérité , près de la ruë de la
Parcheminerie , in- 24 . Relié en veau ,
doré fur tranche , ; liv. & broché , 2 1. 8 f. 3
Les mêmes Libraires nous prient d'annoncer
, qu'ils ont mis au jour une nouyelle
Traduction de Sallufte , avec des
notes.
ALMANACH de Polymnie , pour l'année
1749 , contenant la defcription du Ciel ,
la vie des Saints , l'Hiftoire de France fous
Louis XV ; l'Hiftoire de l'avenir , & plufears
chofes mystérieufes & incompréhen
fibles . A Paris , chez Cailleau , Libraire ,
rue Saint Jacques , au- deffus de la rue des
Mathurins , à Saint André , 1749 .
ETRENNES Hiftoriques , ou Mêlange curieux
, contenant plufieurs remarques de
Chronologie & d'Hiftoire , enfemble un
Recueil de plufieurs matieres variées , utiles
& amufantes. A Paris , de l'Imprimerie
de Giffey , rue de la vielle Bouclerie,
*1749.
ALMANACH des Curieux
1749. Chez le même. C
pour l'année
DECEMBRE. 1748. 171
PRIX
"Fropofés par l'Académie Royale des Sciences,
Infcriptions & Belles- Lettres de Toulouse,
pour les années 1749
ع ب ن م
1750.
A Ville de Toulouſe , célebre par les Prix
qu'on y diftribue depuis long- tems à l'Eloquence
, à la Poëfie & aux Arts , voulant contribuer
auffi au progrès des Sciences & des Lettres ,
a , fous le bon plaifir du Roi , fondé un Prix de la
valeur de 500 livres , pour être diftribué tous les
ans par l'Académie Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles- Lettres , à celui qui , au jugement
de cette Compagnie , aura le mieux traité le ſujet
qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement de Mathémathique
, de Médecine & de Littérature .
L'Académie avoit propofé pour fujet du Prix de
1748 , d'affigner la nature & la caufe de la Rage,
quels enpeuvent être les préfervatifs & les remedes
Ce Prix a été adjugé à la piéce n ° . 3 , qui a
pour devife : Nec defperandum de inveniendo tam
fingularis veneni fingulari antidoto , dont l'Auteur
eft M. Sauvages , Profeffeur Royal en Médecine ,
de la Société Royale de Montpellier , & des Academies
d'Upfal & de Stokholm .
L'Académie a propofé en 1747 , pour fujet du
prix de 1749 , defixer le tems où les Sciences & les
Arts ont commencé à être cultivés chez les Volfces , &
de marquer les changemens qu'ils occafionnerent dans
les moeurs , les coûtumes la Religion de ces Peuples. &
Le fujet que l'Académie avoit proposé pour le
prix de 1747 , qu'elle réferva , étoit la caufe phyfique
de l'aplatilement de la terre , tel qu'il a été dé
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
terminé par les opérations faites au cercle polaire , en
France fous l'Equateur . La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propoſe encore le
même fujet.
Ceux qui avoient déja remis des Ouvrages fur
cette matiére , pourront les préfenter de nouveau,
après y avoir fait les changemens qu'ils jugeront
convenables .
Comme quelques Auteurs , dans les Ouvrages
qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient que l'explication
d'un aplatiffement indéterminé de la terre,
fans même avoir égard aux variations de la pefanteur
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir qu'elle demande une caufe
qui en s'accordant avec ces variations , explique
le degré d'aplatiffement déterminé par les mesures,
Les Sçavans font invités à travailler fur ces fujets,
& même les Affociés étrangers de l'Académie .
Les autres Académiciens font exclus de prétendre
au Prix .
Ceux qui compoferont , font priés d'écrire en
François ou en Latin , & de remettre une copie de
leurs Ouvrages, qui foit bien lifib e, furtout quand
il y aura des calculs Algébriques,
Les Auteurs écriront au bas de leurs Ouvrages
une Sentence ou devife , mais ils n'y mettront
Foint leur nom. Ils font exhortés cependant à y
attacher un billet féparé & cacheté , qui contien
ne la même deviſe ou ſentence , avec leur nom
leurs qualités & leur adreffe ; l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution , lorsqu'ils
adrefferont leurs Ecrits au Secretaire . Ce billet ne
fera point ouvert , fi la Piéce n'a remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour les Prix , pourront
adreffer leurs Ouvrages à M. l'Abbé de Sapte ,
Secretaire perpétuel de l'Académie , ou les lui
DECEMBRE . 1748. 173
faire remettre par quelque perfonne domiciliée à
Toulouſe . Dans ce dernier cas il en donnera fon
récepiflé , fur lequel fera écrite la Sentence de
l'Ouvrage avec fon numéro , felón l'ordre dans
lequel il aura été reçû.
Les paquets adreffés au Secretaire doivent être
affranchis de port.
Les Ouvrages pour le prix de 1749, doivent être
remis avant le premier de Mars.
pour
l'année 1750.
Et avant le premier Février
L'Académic proclamera,dans fon Affemblée publique
du 25 du mois d'Août de chaque année , la
Piéce qu'elle aura couronnée .
Si l'Ouvrage qui aura remporté le Prix , a été
envoyé au Secretaire en droiture , le Tréforier de
l'Académie ne délivrera ce Prix qu'à l'Auteur même,
qui fe fera connoître , ou au porteur d'une
Procuration de fa part,
S'il y a un récepiffé du Secretaire , le Prix fera
délivré à celui qui le repréfentera.
L'Académie , qui ne prescrit aucunfyftême, déclare
auffi qu'elle n'entend point adopter les principes des
Ouvrages qu'elle couronnéra.
PRIX
Que propofe la Société des Beaux- Arts de la
même Ville. Mois & jours aufquels il ν
aura Concours pour ces Prix à l'Hôtel de
Ville , dans l'Ecole du Deffeing , en 1749 .
JANVIER.
L
E Lundi après le fecond Samedi , à huit heures
du matin , pour une Académie, d'après ,
' Eftampe , Prix d'une Médaille d'argent de la
valeur de 15 livres .
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE..
MARS.
Le Lundi , après le fecond Samedi , à fept heures
du matin , pour une autre Académie d'après
PEftampe , Prix d'une Médaille d'argent de la va →
leur de 15 livres.
Le même jour , à fept heures du matin , pour une
Tableau de deux ou trois figures , Prix d'une Médaille
d'or de la valeur de 60 livres.
AVRIL.
Le Lundi après le fecond Samedi , à fept heures.
du matin , pour un Bas- relief d'une figure en argile,
Prix d'une Médaille d'or de la valeur de 601 .
MAI.
Le Lundi après le fecond Samedi , à fept heures.
du matin , pour un morceau d'Architecture deffiné
, tant en Plan Géométral , qu'en Elévation &
en Profil , Prix d'une Médaille d'or de la valeur
de 60 livres.
Le même jour , & à la même heure , pour une
Académie d'après la Ronde- boffe , Prix d'une Médaille
d'argent de la valeur de 20 livres .
JUIN.
Le Lundi après le fecond Samedi , à cinq heures.
du foir , pour une Académie d'après le Modéle
vivant , un Prix d'une Médaille d'argent de la valeur
de 30 livres.
Un autre Prix réſervé de 1748 , d'une Médaille
de même valeur de 30 livres.
Tous ces Prix feront adjugés à ceux que la Société
trouvera avoir le mieux réuffi dans les differens
fujets que les Commiffaires qu'elle nommera
à cet effet , auront donnés.
Nul ne fera admis au Concours des Prix de
quinze , de vingt & de trente livres , qu'il n'ait été
affidu à l'Ecole du Defleing au moins pendant
trois mois ; & pour conftater l'affiduité de ceux
DECEMBRE. 1748. 175
qui voudront concourir pour le Prix de trente li
vres , ils feront obligés , pendant ces trois mois ,
de remettre chaque mois au Secretaire de la Société
, une Académie deffinée d'après le Modéle
vivant , & fignée du Profeffeur fous les yeux duquel
ils auront fait cette Académie.
Tous les Artiftes , de quelque Pays qu'ils foient ,
pourront concourir pour tous les autres Prix , fans
qu'il foit néceffaire qu'ils ayent été affidus à l'Ecole
du Deffeing , n'excluant du concours que
ceux qui font Membres de la Société .
Ceux qui voudront concourir pour tous ces Prix,
font avertis qu'ils doivent ſe trouver dans l'Ecole
du Deffeing au jour & à l'heure préciſe indiquée
pour y recevoir les fujets de leurs ouvrages , qui
feur feront propofés par les Commiffaires de la
Société .
His doivent être pourvûs de tout ce qui eſt néceſ.
faire , tant pour leur fubfiftance , que pour leur
ouvrage.
Ils font auffi avertis que la Société ne donne
qu'un jour pour faire l'Efquiffe des Ouvrages qui
doivent concourir pour les Prix de foixante livres;
que cette Efquiffe doit être faite fans déplacer , &
qu'elle doit être remife le foir entre les mains du
Secretaire , fignée des Commiffaires & de l'Auteur ;
mais on pourra le lendemain venir en tirer une copie
pour faire fon ouvrage , & il faut que cet ouvrage
foit conforme à l'Efquiffe , fans quoi il né
feroit point admis au concours .
Tous ceux qui voudront concourir pour quel.
que Prix que ce foit , auront foin , avant de faire
leur Efquifle ou leur Ouvrage , de faire figner par
les Commiffaires la feuille de papier fur laquelle
ils fe propofent de travailler , & d'y mettre leur
nom couvert d'un papier cacheté,
Hüj
176 MERCURE DE FRANCE .
Tous les Ouvrages doivent être faits dans l'Hô
tel de Ville , au lieu indiqué , fous peine de n'ètre
point admis au concours.
i
La Société accorde trois jours de fuite aux Eleves
qui concoureront pour les Prix de quinze ,
de vingt & de trente livres , pour achever leurs ouvrages
, fans qu'ils puiflent fortir que le foir à
cinq heures pour éviter tout inconvénient , ils
remettront leur ouvrage chaque foir à cinq heures
dans une boëte deftinée à cet ufage , & tous les
matins à fept heures un Commiffaire de la Société
ira le leur rendre pour le continuer juſqu'à la fin
du troifiéme jour , qu'il fera remis à M. le Secretaire.
Les ouvrages pour les Prix de foixante livres
doivent être remis à M. le Secretaire pour le plus
tard le Jeudi avant le fecond de Juin ; ce jour
paffé il ne les recevra plus , & il donnera fon ré
cepiffé aux Auteurs qui lui auront remis le leur
avant ce terme .
La diftribution de tous ces Prix fera faite par la
Société dans fon Affemblée publique , le premier
Dimanche de Juillet de l'année 1749 .
Les ouvrages qui auront été couronnés , feront
expofés dans le grand Confiftoire dès le matin du
jour de l'Affemblée publique.
Nul ne pourra remporter plus d'un Prix de chaque
genre , ni un Prix inférieur à celui qu'il aura
déja remporté.
Ceux qui defirent apprendre à deffiner ,font avertis
que l'Ecole du Deffeing , fondée par la Ville ,
fera ouverte tous les jours à cinq heures du foir
jufques à fept , depuis le 11 de Novembre jufques
au premier Septembre , excepté les Dimanches &
Fêtes ; & que pendant ce tems , outre que le Modéle
vivant fera en place , on y donnera gratuitement
à toute forte d'Eleves des leçons de Deffeing.
DECEMBRE. 1748. 177
I
ESTAMPES NOUVELLES.
3
L paroît nouvellement chez le fieur Tardieu ,
Graveur du Roi , deux Eftampes parfaitement
belles , dont l'une , gravée par lui , eft une vue de
l'Abbaye Royale de Poiffy , du côté de la forêt de
S. Germain. L'Auteur y a exprimé parfaitement
la légereté du Payfage & la touche admirable du
Paftel de M. Oudry , d'après lequel il l'a gravée.
La dégra :lation des Plans y eft obfervée d'une maniere
qui fatisfait la vûe , & on y découvre d'un
feul coup d'oeil une étendue confidérable de Pays.
La feconde Eftampe eft gravée par le fieur Tardieu
, fils d'après le Tableau original , connu en
Flandre fous le nom de la Dévote de Teniers , l'un
des plus précieux ouvrages de ce Peintre , & qui.
eft dans le Cabinet de M. le Comte de Vence .Deux
demi- figures , placées fur le devant du fujet , en
font l'objet principal ; c'eft un bûveur , dont la
gayeté femble annoncer l'excellence du vin qu'il
vient de verfer à une jeune Flamande , affife près de
lui Le caractére de tête de celle - ci eft extrêmement
fin , & fon habillement fimple & modefte
peut avoir donné lieu au titre fingulier que les
Flamands ont donné à ce Tableau. Dans le fond
font des Fumeurs près d'une cheminée , & une
vieille femme qui remonte de la cave .
Cette Eftampe, à laquelle le fieur Tardieu a donné
le titre de Déjeuner Flamand , fait pendant à
celle du Docteur Alchymifte , qu'il a gravée d'après
le même Auteur , & qu'il donna aŭ Public fur
la fin de l'année derniere. Il demeure rue S. Jacques
, près celle des Noyers , à Paris.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE
C
JETTON SINGULIER.
E Jetton repréfente un faint Jean- Baptifter
Sur le revers font ces caractéres .
HIIIIXX Z
VXXXIVL
IIXGOR-ELTI
MLAEENV-IE
SVXPLFA
On defireroit que quelque Sçavant prît la peine
d'en donner l'explication. Nous devons avertir
que le Jetton en queftion a été frappé en 1575 .
MEDAILLES A VENDRE..
Le fieur Guerin , Orfévre , demeurant à Mortagne
dans le Perche , avertit qu'il a à vendre plus
de cent-cinquante Médailles , grand & petit bronze,
& autres métaux , lefquelles proviennent de
la vente des effets mobiliers de feu M. Abot du
Bouchet , Grand Bailly du Perche , dont la réputa
tion ne peut que faire préfumer favorablement de
tout ce qui avoit place dans fon Cabinet.
Le fieur Gautier , Graveur du Roi , feul pour les
Planches Anatomiques , & Privilégié par sa Ma
DECEMBRE. 1748. 179
pefté pour les autres ouvrages du nouvel Art d'imrimer
les Tableaux , inftruira au prochain Mer
cure le Public des arrangemens qu'il a pris depuis
la mort de M. Duverney , arrivée vers la fin d'Octobre
dernier , pour la continuation de fes ouvrages,
& il avertira du tems précisément qu'il livrera
à fes Soufcripteurs les cinq dernieres Piéces , concernant
les organes des fens ,& la fuite de l'Anatomie
de la tête , auxquelles il travaille actuelle.
ment , & qu'il s'étoit engagé de leur fournir dans
la troifiéme Soufcription . Quant au furplus de cet
que feu M. Duverney faifoit eſpérer dans le Mercare
de France , qui a parù lorfque ce grand Anatomiſte
eft décedé , on le donnera dans un ordre
different , qui fatisfera beaucoup plus le Public ; ce
que l'on ne peut à préfent déterminer. Le travail
indiquera ce qu'il faudra faire .
Dans un article des Nouvelles Littéraires du
Mercure de Novembre dernier , le fieur Gautier a
vû avec étonnement , que le fieur Robert ſe dit Graveur
avec Privilége du Roi dans le nouvel Art , &
Eleve de le Blond , qui eft mort le 16 Mai 1741. Cé
Graveur ne poffede aucun Privilége en fon nom.
Les fieurs Viguier & Villars , anciens Affociés du
feur Gautier , & qui demearent encore rue faint
Honoré , au coin de la rue S. Nicaife , où le fieur:
Gautier avoit ci - devant fon magafin , font annon
cer par ledit fieur Robert une Eftampe qu'ils lui .
ont fait faire d'un Chrift , toile de huit. Ce morceau
eft le coup d'effai de ce Graveur , & étant en :
quatre Planches , il doit être regardé comme le:
fruit de l'étude que le fieur Robert a faite fur les
Cuivres du Sr Gautier, defquels les ci- devant Affo
ciés de ce dernier Graveur font en poffeffion de--
puis le 3 Mai 1747 , jour de leur féparation par:
Arrêt du Confeil de Sa Majefté.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
On fçait que le Blond ne travailloit qu'en trois
couleurs ; le Traité imprimé à Londres , qu'il a
donné au Public , les trois Planches qu'il a faites
à Paris , & le Privilége qu'il a obtenu , le prouvent
évidemment ; & ainfi le fieur Robert , en gravant
fur quatre Planches , ne peut pas fe dire Eleve de
feu le Blond .
Le fieur Gautier ne s'oppoſera jamais à la perpétuité
d'un Art qu'il a lui feul perfectionné &
rendu praticable ; il defire au contraire que fes ci
devant Affociés faffent beaucoup d'Eleves fur ces
Cuivres gravés , mais il fouhaiteroit en mêmetems,
que les Eleves de ces Cuivres ne s'écartaffent
pas des bornes de la vérité , & qu'ils rendiffent juftice
à qui ils la doivent .
Le fieur Gautier fera toujours reconnu pour le
reftaurateur de cet Art , & fans fa méthode les Eleves
de le Blond n'exifteroient pas plus en France ,
qu'ils n'ont exifté en Angleterre.
Il demeure préfentement rue de la Harpe , dans
la feconde maifon neuve après la rue Poupée. Il
diftribue les trois nouvelles piéces de fon Anatomie
de la tête , & la Myologie complette de M.
Duverney , en vingt Planches , où les figures font
de grandeur naturelle .
I
SPECTACLES.
E 20 de ce mois , les Comédiens François
donnerent la premiere Repréfentation de la
Tragédie de Catilina , de Pillulite M. de Crebillon,
Jaquelle a eu le plus grand fuccès. On en trouvera
P'Extrait dans le Mercure de Janvier.
L'Académie Royale de Mufique continue les
1
DECEMBRE. 1748. 181
Repréfentations nombreufes & toujours applaudies
du Ballet des Fêtes de l'Hymen & de l'Amour.
Elle a repris les Jeudis les fragmens donnés avant
l'Opera fubfiftant . On y a inferé Amphion , Entrée
tirée du Ballet du Triomphe de l'Harmonie ,
compofé par M. Granet. Les paroles font de M le
Franc, Auteur de la Tragédie de Didon & d'autres
Ouvrages eftimés .
M. Lani a donné une fort aimable Pantomime ,
qu'il exécute parfaitement avec Mlle fa focur
cadette.
Le Concert Spirituel , fi bien conduit par M,
Royer , qui eft fi bien fecondé par fon Aflocié M.
Caperan , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale de Mufique , habile Symphonifte
& Maître de Chant , a ouvert le Mardi veille
de Noël 24 Décembre , par la Notte natale de Corelli
. Après cette belle fymphonie , on a chanté
Diligam te Domine , Motet à grand choeur de
feu M. l'Abbé Madin , Maître de Mufique de la
Chapelle du Roi ; deux nouveaux Cors de chaffe
Allemands ont fonné une fuite de fymphonies de
M. Guignon.
Mlle Chevalier & M. l'Abbé Joguet ont charmé
la nombreufe affemblée , en chantant Cantemus
Domino , Motet gracieux de feu M Mouret . My
Gavinié a joué feul & a été applaudi .
L'excellent Motet Bonum eft de M. Mondonville
a terminé le Concert.
Et le lendemain , jour & Fête de Noël , le Concert
a commencé par une fuite de fymphonies de la
compofition de M. Guignon , exécutée par les
ceux nouveaux Cors de chaffe Allemands . Ce Concerto
a été fuivi du Cantate, Motet à grand choeur
de M. de la Lande.
M. Taillard a joué un Concerto de flute Alle
mande.
182 MERCURE DE FRANCE.
Beati omnes , Motet à deux voix de feu M. Gau
mé , a été chanté par M. l'Abbé Malines & M
l'Abbé Joguet.M.Pajin a joué ſeul , & le Concert a
fini par Venite Exultemus , Motet à grand choeur
de M. Mondonville.
CONCERTS de la Cour,
Le Lundi 25 Novembre, on chanta chez la Reine
Amimone , du Ballet des Amours des Dieux de feu
M. Mouret. Les paroles font de M Fuzelier , un
des Auteurs du Mercure . Les rôles furent exécatés
par Miles Fel , Canavas & d'Aigremont , &
par Mts Benoît & Bazin.
Le Lundi 2 , le Samedi 6 & le Lundi 16 Dé.
cembre , on chanta chez la Reine, Tancrede , Trasgédie
de feu Mrs Danchet & Campra. Les rôles
farent rendus très - bien , par Mllés la Lande, Chevalier
, Romainville , de Selles , Canavas , Godonnefche
, d'Aigremont & Guedon , & par Mis de
Chaffe , Dubourg , Benoît , Godonneſche , Bazin ,
d'Aigremont & le Begue.
Le Mardi 25 Novembre , M. l'Abbé Benoît ,
Maître de Mufique de l'Eglife Cathédrale de Chartres
, fit chanter pendant la Meffe de leurs Majeftés
Confitebor , Motet de fa compofition , qui fur
répeté le lendemain.
Le Mardi 11 Décembre , M. l'Abbé Bordier fit
chanter pendant la Meffe de leurs Majeſtés Jubi-
Late Deo , & le Vendredi 13 & Samedi 14 , Quem
admodum. Cet Auteur eft Maître de Mufique de la
Paroiffe des Innocens , & fort eftimé.
Le Mardi 18 & Mercredi 19 , M. Cardonne ',
Muficien de la Chambre du Roi , ci - devant Page
de fa Mufique , & Eleve de M. de Blamont , Sur-
Intendant de la Mufique de S. M. fit exécuter à la
Chapelle Superflumina Babylonis , c'eft le cinquiéme
Motet qu'il fait chanter devant le Roi , quoiqu'il
n'ait que dix- huit ans..
DECEMBRE. 1748. 183
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗淡淡說說淡淡
NOUVELLES ETRANGERES..
i
DE PETERSBOURG , le
E
LF
25
Novembre.
E 12 de ce mois , le Baron de Hoркеn , noueut
la premiere audience de l'Imperatrice , étant
préfenté par le Comte de Beftuchef, Grand Chancelier
de Ruffie , & conduit par le Grand Maître
des Cérémonies . M. de Wolfenftierna , qui eft :
remplacé par le Baron de Hopken , prit le même
jour congé de la Majefté Impériale , & il partira
ces jours- ci , pour retourner à Stockholm , Avant--
hier , l'Imperatrice fe rendit au Sénat , & donna
fon approbation à plufieurs réglemens concernant
l'adminiſtration de la Juftice. Le départ de :
cette Princeffe pour Mofcou eft fixé au commen-·
cement du mois prochain. Elle en a fait informer
les Miniftres Etrangers , & elle leur a fait ens
même tems annoncer , que fe propofant d'être
abfente pendant un an , à moins que: des circonf
tances imprévues ne l'obligent d'avancer fon retour
, elle défiroit qu'ils la fuiviffent dans fon
voyage. Les ordres font déja donnés pour les
cas , dans lefquels il conviendroit de faire quelque
changement à la répartition des quartiers diftri
bués aux troupes fur les frontieres de la Finlande.
Une des nuits dernieres , le Pont de Bâteaux , qui
étoit fur la riviere de Neva , a été emporté par less
glaces. Selon les avis reçus de Conftantinople ,
le Grand Seigneur eft allé vifiter quelques nou
veaux aqueducs , qu'il a ordonné de construire..
A la fin du mois dernier , le Grand Vifir a donné.
184 MERCURE DE FRANCE.
à fa Hauteffe une fête dans un Kioſk ſitué fur la
Mer Noire. L'Efcadre , qui étoit allée croifer dans
l'Archipel fous les ordres du Capitan Pacha , eft
retournée à Conftantinople. Il fe fait en Turquie.
divers préparatifs , qui fembleroient annoncer la
guerre , & le bruit s'étoit même répandu que le
Grand Seigneur méditoit quelque entreprife contre
l'Ile de Malte ; mais il n'y a point d'appa
rence que ce bruit foit fondé , & l'on a d'autant
plus lieu d'en douter , que la Marine de l'Empire
Ottoman n'eft pas en état d'affûrer le fuccès d'une
pareille expédition .
DE STOCKHOLM , le 3 Décembre.
On a reçu de Berlin plufieurs couriers , dont
les dépêches regardent un Traité de commerce
qui fe négocie entre la Suéde & les Etats du Roi
de Pruffe. Le 15 du mois dernier vers minuit
le courier de la Pofte fut arrêté à peu de diſtance
de cette Ville par deux hommes , qui ayant ouvert
ia malle , enleverent tout ce qu'ils y trouverent
de lettres de change , & ne toucherent point
aux autres papiers. Ces voleurs furent dénoncés
le 17 à la Juftice , & l'on fe faifit de leurs perfonnes
. Ils furent mis le 18 à la queftion , & ayant
avoué leur crime , ils ont été condamnés à mort
le 19. Leur dénonciateur a fubi le même arrêt ,
ayant été convaincu de divers forfaits dont ils
l'ont accufé. Afin que les Miniftres , qui réſident
de la part du Roi dans les Cours Etrangeres , ne
foient pas trompés par de faux rapports , le Gouvernement
a jugé à propos de leur envoyer un
Mémoire circulaire , dans lequel ces circonftances
font détaillées . Toutes les lettres des Provinces
ne parlent que des réjouiffances qu'on y a faiDECEMBRE
. 1748. 185
1
E
tes pour célébrer la naiffance du Prince Charles .
La Ville de Carelferoon fur-tout s'eft diftinguée
à cette occafion , & il eft difficile d'exprimer la
joye que les habitans ont reffentie d'apprendre
la nomination de ce Prince à la charge de Grand
Amiral de Suéde . Pendant fa minorité , le Prince
Succeffeur doit avoir la direction générale des
affaires de la Marine .
La Princeffe , époufe du Prince Succeffeur , für
relevée de fes couches le 17 avec les formalités
accoûtumées , & elle reçut la Bénédiction des
mains de l'Archevêque d'Upfal , Primat du Royaume.
Cette cérémonie fe fit dans les appartemens
de cette Princeffe à caufe de l'extrême rigueur du
froid . Les Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers,
ainfi que les Senateurs , complimenterent le même
jour le Prince Succeffeur , & le lendemain les
Confeils & les Tribunaux s'acquitterent du même
devoir. Le 19 , l'Académie Royale des Sciences
eut auffi l'honneur de rendre fes refpects à la
Princeffe , & le Baron de Hopken , Senateur , la
harangua au nom de cette Compagnie . Le Prince
Succeffeur , en vertu des pouvoirs qu'il avoit reçus
du Roi , a revêtu des marques des Ordres de
l'Epée & de l'Etoile du Nord les nouveaux Chevaliers
nommés par fa Majefté . C'eft fans fondement
que depuis quelque tems les Papiers publics
ont publié , qu'on avoit fait conftruire des
Vaiffeaux de guerre dans les Ports de ce Royaume
pour des Puiffances Etrangeres.
Il fe tint hier dans l'appartement du Roi un
Chapitre de l'Ordre des Seraphins : on y manda
tous les Pafteurs des Eglifes de cette Ville , afin
qu'ils rendiflent compte de l'emploi des fommes
qui leur font confiées pour le foulagement des
pauvres on examina enfuite l'état des revenus
186 MERCURE DE FRANCE.
des Hôpitaux , & l'on décida qu'on établiroit une
nouvelle maiſon pour les Orphelins avec le fond
qui a été legué pour une fondation pieufe par la
Veuve de l'Affeffeur Cederflicht. Ĉes jours - ci ,
fe Baron Charles de Нopken , ci - devant Miniftre
Plénipotentiaire du Roi à Coppenhague , eft revenu
en cette Ville , & il a pris poffeffion de la
charge de Secretaire d'Etat du Département de la
Guerre . Sa Majesté a nommé le Comte Axel
Oxenstierna & Mrs Axel Roos & André Tungerfeldt
, Commandeurs de l'Ordre de l'Epée , &
M. Bernard Cederholm Commandeur de l'Or.
dre de l'Etoile du Nord. On mande de Warfovie ,
que le Senatus- Confilium , qui y avoit commencé
fes féances le 22 du mois dernier , s'étoit féparé ;
que le Roi de Pologne Electeur de Saxe y avoit
affifté régulierement , & que toutes les propofitions
, qui y avoient été faites , y avoient éiá
approuvées , à l'exception de celle de convoquer
une Diette extraordinaire ; que la plupart des Senateurs
avoient jugé que les circonstances n'étoient
point favorables pour cette convocation ,
& que d'ailleurs elle n'étoit point néceffaire ,
puifque la Pologne jouiffoit d'une parfaite tranquillité.
Selon les nouvelles de Petersbourg, l'Im
pératrice Reine de Hongrie & de Boheme , & le
Roi de la Grande Bretagne , font de vives inftances
, pour que le Prince Antoine Ulrich de
Brunſwick Beveren obtienne la liberté de retourner
en Allemagne .
DE COPPENHAGUE , le 10 Décembre.
Aladian Joanffa , Roi d'Achem , avoit écrit une
Jettre au feu Roi , pour affûrer ſa Majeſté de la
difpofition où il étoit de procurer aux Danais
DECEMBRE.
1748. 187
es avantages , qui puffent les engager à faire le
ommerce dans les Etats. Par la même lettre , il
onnoit avis à ce Prince , qu'il avoit accordé le
tre d'Oram Caja Manraja au Capitaine Doë ,
Commandant le Vaifleau le Docke , & qu'il avoit
hargé cet Officier de plufieurs préfens pour fa
Aajefté. Cette lettre n'étant arrivée ici que depuis
a mort du feu Roi , fa Majefté Régnante y a fait.
éponſe . Elle mande au Roi d'Achem , qu'elle a
eçu avec plaifir les préfens de ce Prince , & qu'elle
beaucoup de reconnoiffance de l'amitié qu'il té
noigne aux Danois ; qu'elle fera fes efforts pour
entretenir la bonne intelligence qui fubfifte deuis
plus d'un fiécle entre fes fujets & ceux du Roi
PAchem ; qu'elle promer que ceux de ces der
iers , que le commerce pourra attirer dans festats
,y feront traités favorablement , & qu'elle
'oubliera point la diftinétion dont le Roi d'A❤
hem a honoré le Capitaine Doë.
ALLEMAGNE.
D: Vienne , le 11 Décembre.
E Baron de Burmania , Envoyé Extraordinaire
des Etats Généraux des Provinces-Unies,
a conferé plufieurs fois ces jours - ci avec les Miniftres
de l'Impératrice Reine , au fujet des troupes
Hollandoifes qui doivent rentrer dans les Places
des Païs - Bas , où l'on eft convenu que cette
République mettroit des Garnifons. Le Baron de
Loos , Envoyé Extraordinaire du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , a reçu les Lettres de Rappel ,
& il fe difpofe à retourner à Drefde le mois de
Janvier prochain. La femaine derniere , le Régiment
de Cuiraffiers de Hohenzolern & le Corps de
188 MERCURE DE FRANCE.
Pandoures , qu'a commandé le Baron de Trenck ;
ont paffé dans les environs de cette Ville , en allant
en Hongrie . On affûre que ce dernier Corps
fera congedié. Il arriva le 29 du mois dernier cinq
chariots chargés d'or & d'argent monnoyé du
produit des mines de Hongrie. L'Impératrice
Premiere Douairiere eft fort indifpofée depuis
quelques jours .
Les Miniftres de l'Impératrice Reine font occupés
à chercher les moyens de remplir le vuide ,
caufé dans les Finances de cette Princeffe par la
diminution qu'elle a accordée à ſes Etats Hereditaires
fur les taxes qui leur avoient été impofées
pendant la guerre. On publia le 8 un Edit , par
lequel il eft enjoint aux Proprietaires de maiſons ,
de donner dans trois jours un état des revenus
qu'elles produifent. Le Comte de Podewils ' , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Pruffs , revint ict
de Berlin le premier de ce mois . Leurs Majeftés
Impériales ont difpófé d'une Place de Confeiller
Intime en faveur du Comte d'Argenteau , Trée
foncier de la Ville de Liége.
DE DRESDE , le 8 Décembre.
La Commiffion , établie par le Roi pour ré
médier aux abus qui fe font introduits dans la Régie
des Finances de cet Electorat , eft composée
du Comte de Hennicke , du Comte Rex , du Général
Rutowsky & du Comte d'Unruhe . On parle
d'une propofition faite par l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , de prendre à fon fervice
deux Régimens de troupes Saxones , mais quelques
difficultés s'oppofent au fuccès de cette négociation.
Il paroît que fa Majefté eft diſpoſée à
employer les bons offices , pour terminer les difDECEMBRE
. 189 1748 ,
trends furvenus entre le Duc de Saxe - Gotha & le
Duc de Saxe - Coëtbourg au fujet de la Tutelle du
Dac de Saxe Weymar , & l'on efpere que cette afaire
ne tardera pas à s'accommoder . Le Comte
e Baudiffon , Chambellan du Roi , eft revenu du
Holſtein , où il étoit allé recueillir la fucceffion
du Comte fon pere . Il est déja arrivé de Warfovie
plufieurs des Officiers de leurs Majeftés , lefquelles
font attendues ici avant la fin du mois
prochain. On a reçu avis de Leipfick , que le
Comte de Manteuffel , Miniftre d'Etat & du Cabinet
, y étoit dangereufement malade , & M.
Neith , Médecin du Roi , eft parti pour ſe rendre
auprès de ce Seigneur. Les lettres de Vienne confirment
que le Marquis de Botta d'Adorno , cidevant
Général des troupes de l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme en Italie , exercera les
fonctions de Premier Miniftre auprès du Prince
Charles de Lorraine pour le Gouvernement des
Pais - Bas,
DE BERLIN , le 12 Décembre,
N comptoit que la Ducheffe de Saxe - Meinungen
n'ayant point laiffé d'enfans de fes
trois mariages avec Frederic - Cafimir , Duc de
Curlande ; avec Chiftian - Erneft , Margrave
de Bareith , & avec Erneft- Louis , Duc de Saxe-
Meinungen , fes biens reviendroient au Roi ; mais
par une convention qu'elle avoit faite avec la
Ducheffe de Saxe- Gotha , ils paffent à cette Princeffe.
Le Comte de la Lippe Schaumbourg eft
depuis quelques jours en cette Ville , & il eft
allé à Potfdam rendre fes refpects à Sa Majesté .
On conjecture que le Roi deftine au Comte de
Gorter la Charge de Grand Veneur , vacante par
190 MERCURE DE FRANCE.
la mort du Comte de Schlieben . M. Legge , Mniftre
de Sa Majesté Britannique , aura inceffam.
ment fon audience de congé du Roi. Ces
derniers , le feu prit à une poutre qui paff.:
fous la cheminée de la chambre de la Reine ,
mais heureuſement on fut averti aſſez tôt du diager
, pour prévenir les fuites de cet accident
M. de Tettau , Chevalier des Ordres du Roi ,
Commandeur de la Commanderie de Werben , dans
l'Ordre de Saint Jean , Miniſtre d'Etat , & Grand
Burgrave de Pruffe , mourut à Konisberg le 18
de ce mois , âgé de 85 ans. Sa Commandene de
Werben a été accordée à M. d'Arnhim , Minifie
d'Etat & de Guerre.
ESPAGNE.
De Madrid , le 12 Décembre.
Madame , époufe de l'infant Don Philippe ,
& l'Infante fille de ce Prince , ont pris leur
route par Lerme , Burgos & Vittoria , pour fe
rendre à Bayonne , où elles doivent arriver deanain.
Le Roi a reçu de Naples un courier , par
lequel fa Majefté a été informée que la Reine des
Deux Siciles étoit accouchée d'un fecond Prince.
On a chanté à cette occafion le Te Deum , & les
maifons de cette Ville ont été illuminées pendant
trois nuits confécutives . Sa Majesté a nommé à
l'Evêché de Salamanque , D. Jofeph Zorrilla de
Saint Martin , Confeiller du Confeil de l'Inquifition
, & à l'Evêché de Segorbe Don François
Quartero , Directeur Général des Religieufes Kecolettes
. Dona Cecile - Fauftine de Chaves Melia
Arias y Maldonado , Comtefle de Perelada ,
Dame de Compagnie de Madame épouſe de l'iaDECEMBRE.
1748. 191
Fant Don Philippe , mourut le 27 du mois dernier
, dans la trentiéme année de fon âge. Don
Pedre Jean Alfaro Rodriguez d'Efcobar , Confeil-
1er du Confeil de Caftille , eft mort le 29 , âgé de
foixante & dix ans ou environ.
ITALIE.
De Naples , le 2 Décembre.
E Prince , dont la Reine eft accouchée le 12
›
Lois dernier , a été nommé , en recevant
le Baptême , Charles- Antoine Pafchal- François Xavier
-Jean- Nepomucene - Jofeph - Janvier Seraphin
Diegue. Après que le Roi eut reçu le 13 les complimens
des Miniftres , de la principale Nobleffe ,
& du Corps de Ville , fa Majeſté fe rendit à l'Eglife
des Auguftins de Portici , où elle affifta au
Te Deum. Pendant trois jours , on a fait tous les
foirs une triple décharge de l'artillerie des Châteaux
de cette Ville. Les habitans des autres Villes
de ce Royaume n'ont pas montré moins d'em
preffement que ceux de cette Capitale , à célé
brer la naiffance du Prince de Tarente. Don Antoine
Buoninconti , Gouverneur de Torre di Greco
, s'eft furtout diftingué par la magnificence
qu'il a fait éclater en cette occafion . La Ville de
Salerne & celle de Barletta ont donné auffi des
preuves remarquables de leur zéle . Le 24 , jour
de l'anniverfaire de la naiſſance de la Reine , le
Roi admit les Seigneurs à lui baifer la main. A
la réquifition du Roi , le Pape a confenti que ce
Royanme prît la fainte Vierge pour fa principale
Protectrice. On fit le 16 un des tirages de la Loterie
, & les numeros quatorze , vingt-neuf , quarante-
trois , quatre- vingt- trois & quatre- vingtfept
, fortirent de la rouë,
192 MERCURE DE FRANCE.
DE GENES , le 9 Décembe.
&
1 1 eft venu de la Baftie un bâtiment,par lequel
on a appris que le Détachement de troupes
, qui avoit été envoyé en Corfe par l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & par le
Roi de Sardaigne , s'étoit retiré de cette Iſle ,
depuis on a été informé que les troupes Allemandes
de ce Détachement s'étoient rendues à Savone.
Les Piémontois , qui faifoient partie du même
Détachement , ont été tranfportés en Sardaigne.
La Cour de Turin a accordé un brevet de Colonel
au nommé Matra , principal Chef des Corfes qui
s'étoient joints aux troupes Allemandes & Piedmontoiſes.
Le Marquis d'Ahumada a reçû ordre
de Madrid , de faire embarquer les vingt canons
de bronze & les cinq mortiers , appartenans à la
Majefté Catholique , lefquels conformément à
une convention faite avec les Anglois ont été
long- tems en dépôt à San Bonifacio ,& qui avoient
été rapportés ici depuis la fignature des articles
préliminaires de la paix . Un Piquet de cinquante
hommes monte actuellement la garde chez ce
Lieutenant Général , ainfi que cela s'eft pratiqué
chez le Maréchal Duc de Richelieu. Quoique la
communication foit entierement rétablie avec les
Etats de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , on ne parle pas encore de remettre en
liberté les troupes de cette Princeffe , qui ont été
faites prifonnieres dans le tems de la derniere révolution
.
On mande de Livourne , que le Feide Maréchal
Comte de Browne s'y eft embarqué le 25 du
mois dernier fur un Vaiffeau de guerre Anglois ,
pour aller affifter aux conférences qui doivent fe
fenir à Nice. Le Roi d'Efpagne a nommé le Marquis
DECEMBRE. 1748. 193
quis d'Ahumada , pour aller prendre poffeffion
des Duchés de Parme , de Plaiſance & de Guaftalla
, an nom de l'Infant Don Philippe. Ce Général
a fait reprendre encore depuis peu la route de
Catalogne à trois des Bataillons , qui étoient fous
fes ordres . Il y a apparence qu'ils feront bientôt
fuivis du refte des troupes Efpagnoles , à l'exception
du Régiment de Parme & de celui des Grénadiers
Royaux. Selon les lettres de Rome ,
l'Ambaffadeur de la République de Veniſe eut le
as de ce mois une audience du Pape.
DE NICE , le 4 Décembre.
Le Général Comte de Browne , que l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme a nommé
fon Commiffaire pour affifter aux conferences qui
oat été indiquées en cette Ville , arriva ici le 28
du mois dernier. Il fut falué , en débarquant , de
fept coups de canon . L'ouverture des conferences
s'eft faite le premier de ce mois , & ce jour- là
il y eut chez le Maréchal Duc de Belle - ifle un
repas , où il n'y eut d'adinis que les Commiffaires
des Puiffances , qui ont des intérêts à démêler par
rapport aux reftitutions & aux ceffions à faire en
Italie , & quelques- unes des perfonnes qui les ont
accompagnés pour les aider dans la rédaction de
ce qui fera réglé. Les lettres de Turin marquent
qu'on y attend inceffamment le Baron de Leutrum
, qui commande le Corps de troupes Piedmontoiles
cantonné à San Remo & dans les eng
virons,
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE
GRANDE BRETAGNE.
·
De Londres , le 19 Décembre.
E Roi , qui avoit mis à la voile de Hellevoetfoir
fur la côte de Kent , où il débarqua près de
Margate avec beaucoup de difficulté à caufe d'un
vent d'Oueft qui éloignoit les Vaiffeaux de la
terre , & la Majefté ne put fe rendre en cette Ville
que le 4 à deux heures du matin. Il y eut le même
jour à S. James une Cour très nombreufe , & les
Seigneurs Régens remirent au Roi leur commiffion.
Les Yachts , qui ont tranfporté fa Majefté ,
doivent retourner inceffamment en Hollande ,
pour en ramener le Duc de Cumberland . Le 30 du
mois dernier, jour de l'Anniverfaire de la Princeffe
de Galles , cette Princeffe reçut les complimens
de la principale Nobleffe. Plufieurs Seigneurs &
Dames étoient vêtus ce jour -là d'étoffes fabriquées
en France . Il paroît décidé que la publication de la
Paix ne fe fera que vers le 25 du mois prochain,
Le bruit court que M. Keene , lorsqu'il fera nommé
Ambaffadeur de fa Majefté à la Cour de Madrid
, fera créé Pair de la Grande Bretagne , &
fait Chevalier de l'Ordre du Bain. On a réformé
dix-huit hommes dans chaque Compagnie du
Régiment des Gardes Bleues , vingt & un dans
chacune des Compagnies du Régiment de Dragons
du Lord Marcxerr , & trente- deux dans chacune
de celles du Régiment du Général Hawley,
Les avis reçus de Hollande portent que les Régimens
d'Infanterie de Saint Clair , de Penmure
& de Conway, fe font embarqués pour repaffer
dans la Grande Bretagne . On attend en Irlande fix
Régimens d'Infanterie , qui étoient en garnifon
DECEMBRE . 1748. 195
Gibraltar & à Port- Mahon , & deux autres qui
doivent revenir du Cap Breton. Il est parti de
Southampton le 29 du mois dernier trois Navires
, & le 3 de ce mois cinq autres , chargés de
prifonniers qu'on renvoye en France , & quinze
autres Bâtimens ont fait voile de Portſmouth pour
la même deftination . On a appris d'Amérique ,
que plufieurs Navires François , qui ont été pris
& conduits à la nouvelle Yorck par les Armateurs
des Colonies Angloifes depuis l'expiration du
terme auquel les hoftilités devoient ceffer , avoient
été relâchés.
Le Lord Maire , accompagné des Aldermans
s'étant rendu les de ce mois au Palais de Saint
James , M. Stracey , Juge Affeffeur , qui porta
la parole pour le Lord Maire , complimenta le
Roi au nom du Commun Confeil de cette Ville
fur l'heureux retour de fa Majefté . Il affûra le
Roi de la vive reconnoiffance qu'infpiroient aux
habitans de Londres les égards paternels de fa
Majefté pour l'intérêt de fon Peuple , & les foins
qu'elle avoit pris pour rendre la tranquillité à
l'Europe : il ajoûta que ces habitans ne pouvoient
être heureux qu'autant que le Roi feroit perfuadé
de leur fincere attachement à fa Perfonne & à la
Famille Royale , & il finit , en difant qu'ils employeroient
toujours tous leurs efforts pour le
maintien de fon Gouvernement. Sa Majesté répondit
: Je vous remercie de cette marque de votre affection.
En travaillant au rétablissement de la paix ,
j'ai eu attention à pourvoir efficacement à la fûreté du
Commerce de mes Sujets , c'est pour moi une grande
Satisfaction de voir que les fentimens de ma fidelle
Ville de Londres font tels que je puis les défirer. Tous
les Membres du Commun Confeil eurent l'honaeur
de baifer la main du Roi , & fa Majefté nom-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ma M. Stracey Chevalier. Le 7 , le Roi affifta
dans la Chapelle du Palais de Saint James avec le
Prince & la Princeffe de Galles à l'Office , après
lequel le Te Deum fut chanté par la Mufique . On
a appris qu'il y avoit eu près de la Havane une
action entre l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Knowles , & l'Eſcadre Eſpagnole qui eft fous les
ordres de l'Amiral Reggio. Voici les particularités
que les lettres reçues par les Commiffaires de
l'Amirauté rapportent de ce combat. Une Flotte
marchande ayant fait voile de la Jamaïque au
commencement du mois d'Octobre dernier , elle
découvrit le 11 du même mois l'Eſcadre de l'Amiral
Reggio , qui l'attendoit au paffage , & qui
s'étant approchée , s'empara du Navire la Marie.
Des feux , qu'on vit la nuit fuivante , firent juger
que quelques autres Bâtimens avoient été pris par
les Efpagnols . Le 12 à la pointe du jour , le Commandant
du Vaiffeau de guerre le Lenox , qui fervoit
d'efcorte à la Flotte , apperçut à l'Ouest fix
Vaiffeaux de guerre , & il reconnut aux fignaux ,
que c'étoit l'Efcadre de l'Amiral Knowles. Il fe
preffa auffitôt de la joindre avec la Flotte , & en
même tems les Espagnols firent leurs difpofitions
pour l'attaque. L'Efcadre Angloife étoit compofée
des Vaiffeaux le Cornouailles , de quatre - vingt
canons & de fix cens hommes d'équipage , que
l'Amiral Knowles montoit ; le Tilbury , le Stafford ,
leWarwick & le Cantorbery , chacun de foixante
canons & de quatre cens hommes ; le Lenox , de
cinquante fix canons & de quatre cens quatrevingt
hommes , & l'Oxford , de cinquante canons
& de trois cens hommes. Celle d'Elpagne l'étoit
des Vailleaux l'Afrique , de foixante - quatorze
canons & de fept cens dix hommes , monté par
l'Amiral Reggio ; l'Invincible , d'un pareil nombre
DECEMBRE. 1748. 197
de canons & de fept cens hommes ; le Conquerant,
le Dragon , la Nouvelle Espagne & la Famille
Royale , chacun de foixante quatre canons & de
fix cens dix hommes , & le Galgo , de trente- fix
canons & de trois cens hommes d'équipage.
L'action commença à trois heures après midi , &
ne finit qu'à neuf heures du foir . Les Vaiffeaux
le Warwick & le Cantorbery , après un ,combat
très -opiniâtre , forcerent le Vaiffeau de l'Amiral
Reggio d'aller échouer fur la côte , & l'on fe
rendit maître du Vaiffeau le Conquerant , qui a
perdu fes mats & fes vergues . Les Eſpagnols firent
fauter leur Vaiffeau Amiral , & fe retirerent à la
Havane. Le lendemain de ce combat , l'Amiral
Knowles prit un Bâtiment Efpagnol , qui portoit
en Amerique la nouvelle de l'Acceffion du Roi
d'Efpagne aux articles préliminaires de paix. Suivant
les avis reçus de Hollande , tous les Régi
mens , qui doivent être mis fur l'établiffement
d'Ecoffe & fur celui d'Irlande , fe font embarqués
à Hellevoet - Sluys , & ils n'attendoient qu'un
vent favorable pour mettre à la voile .
Le 10 de ce mois , le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoûtumées , & la
Majeſté , ayant mandé la Chambre des Communes
, fit aux deux Chambres le difcours fuivant ;
Milords & Meffieurs , Je vous informai à lafin de
La derniere Seffion du Parlement , que mon Miniftre
ainsi que ceux du Roi Très- Chrétien & des Etats Gé
néraux des Provinces Unies , avoit figné des Articles
Préliminaires pour la Pacification générale , &
que l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
Les Rois d Efpagne de Sardaigne , & les autres
Puiances engagées dans la guerre , y avoient enfuite
accedé. J'ai pris de concert avec mes Alliés , fans perdre
de tems , les mesures néceſſaires pour conclure le
I iij
196 MERCURE DE FRANCE.
ma M. Stracey Chevalier. Le 7 , le Roi affifta
dans la Chapelle du Palais de Saint James avec le
Prince & la Princeffe de Galles à l'Office , après
lequel le Te Deum fut chanté par la Mufique . On
a appris qu'il y avoit eu près de la Havane une
action entre l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Knowles , & l'Efcadre Efpagnole qui eft fous les
ordres de l'Amiral Reggio. Voici les particularités
que les lettres reçues par les Commiffaires de
l'Amirauté rapportent de ce combat . Une Flotte
marchande ayant fait voile de la Jamaïque au
commencement du mois d'Octobre dernier , elle
découvrit le 11 du même mois l'Efcadre de l'Amiral
Reggio , qui l'attendoit au paffage , & qui
s'étant approchée , s'empara du Navire la Marie.
Des feux , qu'on vit la nuit fuivante , firent juger
que quelques autres Bâtimens avoient été pris par
les Efpagnols. Le 12 à la pointe du jour , le Commandant
du Vaiſſeau de guerre le Lenox , qui fervoit
d'escorte à la Flotte , apperçut à l'Queſt fix
Vaiffeaux de guerre , & il reconnut aux fignaux ,
que c'étoit l'Efcadre de l'Amiral Knowles. Il fe
preffa auffitôt de la joindre avec la Flotte , & en
même tems les Espagnols firent leurs difpofitions
pour l'attaque, L'Efcadre Angloife étoit compofée
des Vaiffeaux le Cornouailles , de quatre - vingt
canons & de fix cens hommes d'équipage , que
l'Amiral Knowles montoit ; le Tilbury , le Stafford,
leWarwick & le Cantorbery , chacun de foixante
canons & de quatre cens hommes ; le Lenox , de
cinquante fix canons & de quatre cens quatrevingt
hommes , & l'Oxford , de cinquante canons
& de trois cens hommes . Celle d'Eſpagne l'étoit
des Vaiffeaux l'Afrique , de foixante - quatorze
canons & de fept cens dix hommes , monté par
l'Amiral Reggio ; l'Invincible , d'un pareil nombre
·
DECEMBRE. 174S. 197
de canons & de fept cens hommes ; le Conquerant,
le Dragon , la Nouvelle Espagne & la Famille
Royale , chacun de foixante - quatre canons & de
fix cens dix hommes , & le Galgo , de trente- fix
canons & de trois cens hommes d'équipage.
L'action commença à trois heures après midi , &
ne finit qu'à neuf heures du foir. Les Vaiffeaux
le Warwick & le Cantorbery , après un combat
très - opiniâtre , forcerent le Vaiffeau de l'Amiral
Reggio d'aller échouer fur la côte , & l'on ſe
rendit maître du Vaiffeau le Conquerant , qui a
perdu fes mats & fes vergues. Les Eſpagnols firent
fauter leur Vaifleau Amiral , & fe retirerent à la
Havane. Le lendemain de ce combat , l'Amiral
Knowles prit un Bâtiment Efpagnol , qui portoit
en Amerique la nouvelle de l'Acceffion du Roi
d'Efpagne aux articles préliminaires de paix . Suivant
les avis reçus de Hollande , tous les Régi
mens , qui doivent être mis fur l'établiſſement
d'Ecoffe & fur celui d'Irlande , fe font embarqués
à Hellevoet-Sluys , & ils n'attendoient qu'un
vent favorable pour mettre à la voile.
Le 10 de ce mois, le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoûtumées , & la
Majefté , ayant mandé la Chambre des Communes
, fit aux deux Chambres le difcours fuivant ;
Milords & Meffieurs , Je vous informai à la fin de
La derniere Seffion du Parlement , que mon Miniftre ,
ainsi que ceux du Roi Très- Chrétien & des Etats Gé
néraux des Provinces Unies , avoit figné des Articles
Préliminaires pour la Pacification générale , &
que l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
les Rois d'Espagne & de Sardaigne , & les autres
Puifances engagées dans la guerre , y avoient enfuite
accedé. J'ai pris de concert avec mes Alliés , fans perdre
de tems , les mesures néceffaires pour conclure le
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ن م
Traité Définitif de Paix , auquel toutes les Parties
devoient concourir .Moyennant la Bénédiction du Ciel,
j'ai réuffi malgréles difficultés qui fe préfentoient , a
confommer dans le cours de l'eté un ouvrage fi important
, & dans lequel il s'agiffoit de regler finalement
& d'un confentement commun les interêts ref
pectifs de tant de Puiffances. J'ai la fatisfaction
de vous annoncer que mes Miniftres ont figné avec
ceux de France des Etats Généraux un Traité Définitif
préalablement concerté avec mes Alliés ,
auquel toutes les autres Puiffances intéreffées dans la
guerre ont accedéfans réſerve . Ma principale attention
, en mettant fin aux calamités de la guerre , a
été d'affûrer de la maniere la plus efficace les droits &.
les interêts de mes Sujets , & de procurer à mes Alliés
les conditions les plus favorables que la fituation des
affaires pourroit faire efperer. C'est un grand plaisir
pour moi , de pouvoir vous apprendre que j'ai trouvé
dans toutes les Parties belligerentes une difpofition.
fincere à conduire la négociation à une heureuſe fin .
Nous devons nous promettre de ces circonstances , avec
le fecours du Tout Puiffant, de jouir long- tems des douceurs
de la Paix , pourvû que nous en faſſions un uſage
convenable. Meffieurs de la Chambre des Commines
, Les dépenfes publiques ont été déja reduites
autant que la conjoncture a pu le permettre . Tout ce
que je vous demande , eft de m'accorder les Subfides
néceffaires , non feulement pour le ſervice de l'année.
courante & pour votrepropre fûreté , mais encore pour
fatisfaire aux engagemens dans lesquels on est entré ,
"
dont on vous a donné communication.S'il eft un tems
propre pour travailler à la diminution des dettes natio
nales, & pour nous mettre en état de ne point craindre
les evenémens futurs , c'eft le tems de la Paix. Les
moyens les plusfurs , & ceux que je vous recommande
Le plus d'employer pour parvenir à ces fins , font l'a
DECEMBRE . 1748. 199
melioration des revenus publics , le maintien de
nos forces navales . Mylords & Meffieurs , Il ne m'eft
pas poffible de vour parler de l'heureux rétabliſſement
de la tranquillité générale , fans vous faire des remercimens
finceres des grands fecours que vous m'avez
fournis avec tant d'affection , pourfoutenir une guerre
dont dépendoit la Caufe Commune de l'Europe ,
dans laquelle notre indépendance nos interets les
plus effentiels étoientfi fortement engagés. Comme les
fardeaux extraordinaires , qui ont été imposés à mes
bons Sujets , m'ont cauſé un veritable déplaiſir , je defire
que le Peuple en foit déchargé le plutôt qu'ilfera
poffible. De quelque nature qu'ayent été lesfuccès de
la guerre , mes troupes n'ont pas laiffé de fe diftinguer
en toute occafion par leur bravoure , d'une maniere qui
perpetuera l'honneur qu'elles fe font acquis ; & les
avantages importans , remportés fur mer , doivent
rendre immortelle la gloire de la Marine Britannique
, ce qui mérite d'autant plus votre attention
qu'on doit regarder nos forces navalles comme le foutien
de la Nation . Vous devez auffi confiderer que des
hommesfi braves , qui ont fi bien fervifurmer &fur
terre , & qui ne peuvent plus à préfent être employés
font dignes de votre protection & de votre faveur.
Alon premierfoin ayant été de prendre de bonne heure
des mefures , afin que mon Peuple recueillit , lè plus
promptement qu'il fe pourroit , les fruits de la Paix ,
je ne doute pas que de votre côté vous ne concouriez
avec empreffement à perfectionner ce louable ouvrage.
Ainfije vous recommande l'avancement du commerce
la culture des arts . Vous pouvez compter que j'y contribuerai
autant que cela dépendra de moi. Jeferai en
même tems tous mes efforts , pour rendre ces avantages
durables , en rempliffant ponctuellement les engagemens
que je viens de prendre , & en confervans
la plus parfaite union avec les Amis & les Alliés de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE
la Grande Bretagne. L'experience que j'ai faite de
votre zéle , me repond de l'unanimité & de la promptitude
de vos déliberations , & la connoiffance que
vous avez de mes difpofitions , vous affûre que je ne
négligerai rien pour vous rendre un Peuple heureux
floriffant. Le lendemain , les Seigneurs préfenterent
au Roi leur Adreffe , laquelle porte » qu'on
ne peut rien ajouter à la joye que tous les fidéles
Sujets de Sa Majefté reffentent de fon retour ;
» que rien auffi ne leur donne plus de fatisfaction
que de voir ce retour accompagné d'une paix
générale , effectuée par la prudence & la fermeté
→ du Roi , aidées de la concurrence de fes Alliés ;
ם כ
55
que les Pairs de la Grande Bretagne felicitent de
• tout leur coeur Sa Majefté fur la conclufion de ce
grand ouvrage , & qu'ils reconnoiflent avec toute
la gratitude poffible , la fageffe & les travaux
infatigables du Roi dans la conduite d'une guerre
que Sa Majefté à foutenue pour maintenir la
liberté de l'Europe , & pour affûrer l'indepen-
" dance & les interêts les plus effentiels de la Nation
Britannique ; qu'ils font également fenfibles
aux tendres égards que le Roi fait voir pour fon
Peuple ; que les difficultés, qui ont dû fe rencontrer
dans une négociation fi importante & d'une
" fi grande étendue , ne leur font pas inconnues ;
qu'ils regardent comme l'effet des foins actifs &
vigilans de Sa Majefté pour le bien public , que
cet ouvrage ait été porté à la perfection , de concert
avec tant de Puiffances , dans un fi court
intervalle de tems ; que c'eft avec des coeurs
remplis de la plus vive affection , qu'ils remercient
le Roi des difpofitions qu'il montre au fujet
des fardeaux dont fon Peuple eft chargé , &
de la tendreffe paternelle qu'il fait éclatter , en
temoignant combien il défire qu'on profite de
15
DO
DECEMBRE . 1748. 201
»
la premiere occafion pour diminuer les impôts ;
qu'animés d'un tel exemple , & excités par l'a-
" mour de la Patrie , les Pairs de la Grande Bretagne
affûrent Sa Majefté , qu'ils concoureront
avec ardeur aux mefures , qui pourront tendre
à perfectionner ce qu'elle a commencé avec
tant de prudence ; qu'ils font les voeux les plus
finceres,pour que le commerce de la Nation Britannique
devienne de plas en plus floriſſant , &
pour que la tranquillité & l'harmonie foient parfaitement
rétablies dans l'interieur de la Grande
" Bretagne ; que par le zéle avec lequel ils tra-
"
כ
>>
vailleront à procurer ces avantages à la Patrie,
" ils prouveront combien ils font attentifs à l'honneur
de la Couronne à la fermeté du Trône
” du Roi , & à la fûreté de ſes Royaumes ; qu'ils
» ont une jufte eftime pour la valeur , avec laquelle
les troupes fe font diftinguées pendant cette
guerre , tant fur mer que fur terre ; qu'ils les
regardent comme l'honneur & la force de leur
Païs , & qu'ils applaudiffent à la bonté, qu'a euë
Sa Majefté de recommander à la faveur & à la
protection du Parlement , celles du fervice defquelles
on n'a plus befoin ; que les fentimens da
Roi au fujet des forces navales font dignes d'un
Souverain de la Grande Bretagne , qui a à coeur
" la gloire & les interêts de la Nation ; que les
fuccès de la Flotte Britannique , & les conféquences
qui en résultent pour le maintien de la
" Paix , font des preuves évidentes de la néceffité
ܕܕ܂
de conferver une puiffante Marine ; que les Pairs
demandent à Sa Majefté la permiffion de profi-
» ter de l'occaſion pour lui renouveller les affa
rances de leur fidelité inviolable ; qu'ils promet-
» tent au Roi de faire tous leurs efforts pour mettre
Sa Majefté en état de maintenir la tranquil
I v
202 MERCURE DE FRANCE
lité qu'elle a rétablie dans fes Royaumes , de
cultiver fon union avec les Amis & les Alliés de
»da Grande Bretagne , & d'affûrer la gloire & le-
» bonheur de fon regne. Le Roi répondit à cette
Adrefle, Mylords , Je vous remercie des témoigna
ges que vous me donnez de votre fidelité & de votre af
fection . La fatisfaction que vous me marquez fi unanimement
au fujet des mesures que j'ai prifes , m'eft
très-agréable , & vous pouvez être perfnadés que j'at
toujours eu & que j'aurai toujours pour objet , ſoit dans
la paix, foit dans la guerre , de favorifer les interêts de
mes Sujets , & de foutenir mes Alliés . La Chambre
des Communes prefenta auffi le 12 fon Adreſſe au,
Roi , & elle l'affura » qu'elle avoit toute la recon-
=>
noiffance poffible pour la conftante attentionaa
avec laquelle il travailloit au bien de fon Peuple;
»qu'elle le felicitoit fur l'heureux fuccès des efforts
qu'il avoit faits pour rendre la paix à l'Europe
par la conclufion du Traité Définitif , auquel
2 tous les Alliés de la Grande Bretagne ont concouru
fans réferve ; qu'on ne pouvoit en cetre
Da occafion qu'admirer la fageffe & la conduite de
» Sa Majeſté , d'avoir concilié & ajusté en fi peu
de tems des interêts fi differens ; que la Cham-
» bre remercioit très- humblement le Roi de la tendreffe
qu'il témoigne pour fes Sujets , en vottlant
profiter des circonstances pour diminuer les .
dépenfes publiques; qu'elle reconnoiffoit la pra-
» dence de Sa Majeſté dans l'exhortation que le
Roi avoit faite au Parlement , de s'attacher à:
» l'oeconomie & à l'amelioration des revenus de
l'Etat , l'une & l'autre étant abfolument néceffaires
dans la conjoncture préfente pour réduire
les dettes nationales , pour foulager le Peuple ,
& pour fe précautionner contre les évenemens
futurs ; que les Communes ne négligeroient :
03 .
DECEMBRE. 1748. 203
» rien de ce qui pourroit contribuer à ces fins im-
" portantes & falutaires ; qu'elles avoient vû avec
* le plus grand plaifir le Roi faire l'éloge de la valeur
de fes troupes , tant de terre que de mer ;
que la Chambre auroit de fon côté tous les
» égards dus aux fervices de tant de braves gens ,
» qui fe font fi glorieuſement fignalés dans la défenfe
de leur Païs ; qu'elle étoit veritablement
» fenfible aux fuccès éclatans , qui ont accompa
gné les armes de Sa Majefté fur mer , & que les
» Communes étoient pleinement convaincues de
la néceffité de maintenir la Marine dans un état
» à la faire refpecter ; qu'elles accorderoient les
fubfides qui feroient jugés néceffaires pour ren-
» dre la paix ftable , pour affermir le Gouvernement
prefent , pour conferver la gloire de la
"Nation , & pour fatisfaire aux engagemens dans
lefquels on étoit entré ; qu'elles prendroient
particulierement en confideration l'avancement
» du commerce , la culture des arts & l'augmen
ود
DO
tation du credit public . Le même jour , la
Chambre des Communes regla que le grand Committé
pour la Religion s'affembleroit tous les Mardis
, celui pour les Griefs les Jeudis , celui pour la
Juftice les Samedis , & celui pour le commerce les
Vendredis . On doit propofer de nouveau dans cette
Seffion du Parlement , de paffer un Bill pour natu
ralifer les Proteftans Etrangers , qui auront refidé
dans la Grande Bretagne pendant quatorze ans ,
mais on croit qu'il ne rencontrera pas moins d'oppofitions
que dans la Seffion précedente . Mi
Buffinello , Résident de la Republique de Venife' ,
eut le 11 une audience particuliere du Roi , étant
préfenté par le Duc de Newcastle , Secrétaire d'E--
tat , & conduit par le Chevalier Clement Cotterel
Dormer,Maître des Ceremonies. Suivant une réfo
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
lution prife par les Commiffaires de l'Amirauté, il
reftera foixante & dix Vaiffeaux de guerre en commiffion
, & l'on a envoyé ordre dans tous les Chantiers
de la Grande Bretagne , de fufpendre ju qu'à
nouvel ordre le renvoi des ouvriers qui y font employés.
On a appris de Newton dans le Comté de
Lancaftre , que plufieurs Gentils - hommes & autres
perfonnes y avoient paru avec des cocardes blauches
& d'autres marques exterieures de leur attachement
à la Maifon de Stuard, qu'ils s'étoient repandus
enfuite en divers endroits de la Ville , &
qu'ils avoient ufé de violence contre ceux qui
s'étoient déclarés du parti contraire ; que les habitans
du Bourg de Wiggan , voifin de Newton ,
ayant pris les armes auffi- tôt qu'ils avoient été
avertis de ce qui fe pafloit , avoient marché à
Newton au nombre de cinq cent ; qu'en même
tems ceux du Bourg de Newport , qui eft auffi
dans les environs , s'y étoient rendus en armes ,
pour attaquer les habitans de Wiggan ; qu'il y
avoit eu entr'eux un combat très - opinâtre , dars
lequel les derniers avoient eu l'avantage . Il y a eu
des deux côtés douze hommes de tués & trentefix
de bleffés . Le bruit court que le Comte d'Albermale
fera bientôt mis dans le Miniftere ; qu'à
fa place le Major Général Graham commandera
les troupes en Ecoffe , & que le Colonel Lée com
mandera en chef celles qui font fur l'établiſſemert
d'Irlande . Charles Seymour , Duc de Sommerfet. ,
Comte de Hertford , Vicomte de Beauchamp ,
Baron de Hache , mourut à ſa terre de Petworth
dans le Comté de Suffex, âgé de quatre- vingt- fept
ans.
DECEMBRE. 1748 105
RELATION du Paffage de Madame
Infante par Bayonne & par Bordeaux .
Adame Infante & l'Infante Ifabelle fa fille ,
étant parties de Madrid le 26 du mois dernier
, arriverent le 10 de ce mois fur les cinq
heures du foir à Iron , derniere Ville d'Espagne .
Le Comte de Noailles , que le Roi avoit envoyé
au-devant de Madame Infante , s'y étoit rendu
pour recevoir les ordres de cette Princeffe , après
le fouper de laquelle il retourna à Saint Jean
de Luz. Les Infantes partirent d'Iron le 11 au
matin. Auffi- tôt qu'elles furent fur le pont qui
avoit été conftruit fur la riviere de Bidaffoa pour
leur paffage , elles furent faluées par plufieurs
décharges réitérées du canon d'Andaye & de Fontarabie
. Le Sieur de Beaufort , Prevôr Général
de la Province , fe trouva avec fa Compagnie
au fortir du pont , pour les escorter- E.les fe rendirent
à Saint Jean de Luz , où elles furent reçues
par le Comte de Noailles , qui leur préſenta le
Marquis d'Amou , Commandant de Bayonne ;
le Sieur de la Bauve , Intendant de la Province ,
& les Magiftrats de la Ville . Après le dîner , pendant
lequel les troupes Bourgeoifes monterent la
garde devant la maifon qui avoit été préparée
pour les Infantes , ces Princeffes remonterent en
caroffe , & arriverent à Bayonne vers les quatre
heures au bruit du canon des remparts & de
la Citadelle , & de celui des Vaiffeaux qui étoient
dans le Port . Le Marquis d'Amou & les Magiftrats
les reçurent aux portes de la Ville , où elles entrerent
aux acclamations de tout le peuple. Les
rues par lefquelles elles paflerent , étoient bordées
9"
206 MERCURE DE FRANCE.
de troupes. Les Gardes du Corps du Roi d'Ef
pagne , ayant accompagné les Princeffes jufqu'à
la porte du Palais Epifcopal où elles logerent ,
fe retirerent , & alors ceux de Sa Majesté prirent
leur fervice. Il y eut le foir une belle illumination
devant les fenêtres de Madame Infante , & cette
Princeffe foupa en public , à la grande ſatisfaction
d'une affluence extraordinaire de monde , qui par
fes empreflemens montroit fa joye de la voir..
Le 12 , les Efpagnols , qui n'étoient pas deſtinésà
fuivre Madame Infante , prirent congé d'elle.
Ils en reçurent ces marques de bonté , qui luiavoient
gagné tous les coeurs en Eſpagne , & ils
donnerent des preuves fenfibles du regret qu'ils
avoient de la quitter. Ce jour , ainfi que le précedent
, il y eut à fon dîner & à fon fouper le
même concours de la Nobleffe & de la Bourgeoifie
, & l'on répeta l'illumination de la veille..
Lorfque les Princeffes partirent le 13 de Bayonne ,.
on rendit à Madame Infante les mêmes honneurs
qu'à fon arrivée. Cette Princeffe & l'Infante fa
fille coucherent le même jour à Dax , le 14 ài
Mont de Marfan , le 15 à Roquefort , le 16 à
Bazas , le 17 à Caftres. Le 18 fur le midi , elles fe
rendirent ici , au milieu d'une foule innombrablede
peuple , & elles furent faluées du canon
tant du Château Trompetre que des autres Forts..
Elles defcendirent à l'Intendance , où le Sieurs
de Tourny , Intendant de la Province , lequel
leur avoit été préfenté le 15 à Captioux , & qui
enfuite étoit revenu en cette Ville , les attendoit
avec les Jurats , que le Comte de Noailles leur
préfenta . L'Archevêque , le Premier Préfident &
les principaux Membres du Parlement , & une
grande quantité de Nobleffe , fe trouverent fur
le paffage des Princeffes pour leur rendre leurs.
DECEMBRE 207 1749
refpects . Les Infantes dînerent enfemble en: pu
blic. On tira le foir dans le jardin de l'Intendance
un feu d'artifice , accompagné d'illuminations ,.
& Madame Infante voulut bien pendant fon fouper
entendre une fymphonie , pendant laquelle
Ja Demoiſelle Bourbonnois chanta une Cantatille
compofée à la louange du Roi & de la Princeffe ..
Madame Infante partit le 19 à huit heures du
matin , étant faluée , ainfi qu'à ſon arrivée , par
l'artillerie du Château Trompette & des Forts ,
& fon paffage étant rempli de peuple , auquel elle
fir jetter de l'argent. Le tems étant beau , elle
a choifi de fe rendre à Lormont par la riviere ,
dans un Brigantin que l'Intendant lui avoit fait
préparer. Tous les Vaiffeaux du Port ont tiré leurs -
bordées , à mefure qu'elle a paflé. Après trois
jours de fejour en cette Ville , l'Infante Ifabelleeft
partie le 22 , & fon départ a été femblable
à celui de Madame Infante. La même multitude
de monde s'est trouvée fur fon paffage. Les canons
de tous les Forts l'ont faluée pendant fa marche
juſqu'à la riviere , & elle n'a pas été plutôt embarquée
, que ceux des Vaiffeaux du Port en ontfait
autant . Dans la traverſe des rivieres , les deux
Princeffes ont eu le tems le plus favorable . Le
Sieur de Tourny a fuivi l'Infante Ifabelle jufqu'à
Montlieu , où il a pris congé d'elle , la laiffant aux
foins du Sieur de Pleurre , Intendant de la Géné❤
ralité de la Rochelle .
208 MERCURE DE FRANCE .
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 8 de ce mois , fecond Dimanche de l'Avent,
LE
pelle du Château la Mefle chantée par la Mufique
.
La Reine communia le même jour par les
mains de l'Abbé d'Alegre , fon Aumônier en
Quartier.
Le 9 , Fête de la Conception de la Sainte Vierge
, leurs Majeftés entendirent la Meffe dans la
même Chapelle . Elles affifterent l'après - midi ,
étant accompagnées de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , & de Mefdames de
France , à la Prédication de l'Abbé Joffer , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Metz , & enfuite
aux Vêpres , qui furent chantées par la Mufique
.
Le mêmejour , le Roi quitta le deuil , qu'il avoit
pris pour la mort de la Ducheffe Douairiere de
Parme.
Le Roi a accordé à M. de Courteille , Confeiller
d'Etat , & Ambaffadeur de Sa Majesté auprès
du Corps Helvétique , la Charge d'Intendant des
Finances , vacante par la mort de M. le Pelletier
de la Houffaye.
Le 15 , troifiéme Dimanche de l'Avent , le Ror
& la Reine entendirent dans la Chapelle du Châreau
la Meffe chantée par la Mufique.
Leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
Je Dauphin & de Mefdames de France , affifterent
DECEMBRE . 1748. 200
Paprès-midi à la Prédication de l'Abbé Joffet ,
Chanoine de l'Eglife Cathédrale de Metz.
Le 17 , le Duc de Huefcar , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roi d'Espagne , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majefté le Marquis de Sotto Mayor , Ambaſſadeur
Extraordinaire de Sa Majefté Catholique aux
Conférences d'Aix - la-Chapelle , lequel s'en retournant
en Efpagne , prit congé du Roi . Le Duc
de Huefcar fut conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 4 , les Princes & Princeffes du Sang rendi→
rent en cérémonie , à l'occafion de la mort de la
Ducheffe Doüairiere de Parme , leurs refpects à
Monfeigneur le Dauphin & à Madame la Dauphine.
Les Seigneurs & Dames de la Cour , en
habits de grand deuil , s'acquitterent du même devoir.
Le Roi a nommé le Comte de Vaulgrenant fon
'Ambaffadeur auprès du Roi d'Efpagne , & M. de
Paulmy d'Argenfon doit aller réfider avec le même
caractére auprès des Cantons Suiffes.
Sa Majefté a auffi nommé le Comte de Saint-
Severin Miniftre d'Etat .
Le 22 , quatriéme Dimanche de l'Avent , Ie
Roi & la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique. L'après-
midi leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France
affifterent à la Prédication de l'Abbé , Joffer , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Metz .
Le 24 , veille de la Fête de la Nativité de Notre-
Seigneur , le Roi & la Reine , accompagnés de
même que le 22 , entendirent les premieres Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Evêque
ZIO MERCURE DEFRANCE.
de Lavaur officia . Le même jour , pendant la
Meffe du Roi , cet Evêque avoit prêté ferment de
fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 25 , jour de la Fête , leurs Majeftés , qui
après avoir affifté aux Matines , avoient entendu
trois Méfles à minuit , affifterent , étant accompagnées
comme le jour précédent , à la grande Meſſe
célébrée pontificalement par l'Evêque de Lavaur.
Elles entendirent l'après - midi le Sermon de l'Abbé
Joffet , & enfuite les Vêpres , aufquelles le même
Prélat officia.
Le Duc de Huefcar , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roi d'Efpagne , eut le 22 une audience
de la Reine , & il préfenta à fa Majefté le Marquis
de Sotto Mayor , Ambaſſadeur Extraordinaire de
Sa Majefté Catholique aux Conferences d'Aix-la-
Chapelle , qui prit congé de la Reine . Il le préfenta
enfuite à Monfeigneur le Dauphin , à Madame
la Dauphine & à Mefdames de France. Le
Duc de Huefcar fut conduit à toutes ces audiences :
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 20 du mois dernier , lendemain du jour auquel
Madame Infante partit de Bordeaux , cette
Princeffe coucha à Montlieu . Elle fe rendit le 21
à Barbezieux , le 22 à Aigre , le 23 au Château du
Marquis de Verac , le 24 à Poitiers , où il y eut le
même jour illumination & feu d'artifice . Le 25 , Fête
de la Nativité de Notre Seigneur, cette Princeſſe
entendit trois Meffes à cinq heures du matin , &
fit fes Dévotions. S'étant remiſe enfuite en route
elle arriva le même jour à Châtellerault , le 25 à
Loches , le 27 à Blois . Elle féjourna le 28 dans
sette derniere Ville , d'où elle fe rendit le 29 à
Thoury. M. de Pleurre , Intendant de la Géné
zalité de la Rochelle ; M. de Beaumont , Intendant
DÉCEMBRE . 1748. 211
de celle de Poitiers ; M. de Magnanville , Inten
dant de Touraine , & de M. Barentin , Intendant
d'Orléans , ne fe font pas moins diftingués que
Mrs de la Bauve & de Tourny , par les foins qu'ils
ont pris pour procurer à Madame Infante dans fon
paffage par leurs Généralités , une réception qui
répondît à leurs fentimens & à ceux de la Nation .
Cette Princeffe arriva le 30 à Villeroi , où le
Roi l'attendoit. Sa Majefté l'y reçut avec les plus
vives démonftrations de tendreffe , & l'après- midi
la conduifit à Choify , d'où le Roi eft retourné le
lendemain avec elle à Verſailles.
Le Roi a nommé fon Ambaſſadeur auprès du
Roi d'Angleterre le Marquis de Mirepoix , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majeſté , &
Chevalier de fes Ordres.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé le 25
de Génes , où il commandoit les Troupes de Sa
Majefté , qui l'a reçû très -favorablement.
PROMOTION
D'Officiers Généraux & de Brigadiers.
M
Lieutenans Généraux.
Effieurs la Bazecqué ,, Gouverneur de la
Citadelle de Lille ; le Brun , Commandant
en Languedoc ; du Chambon , Aide- Major des
Gendarmes de la Garde du Roi ; Vigier , Colonel
d'un Regiment Suifle ; Marquis de Calviere ,
Lieutenant d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Comte de Razilly , Commandant un Ba
212 MERCURE DE FRANCE:
taillon du Régiment des Gardes Françoiſes ; Bernage
de Chaumont ; Comte de Relingue ; Come
de Saint André ; Seedorff , Colonel d'un Régiment
Suifle , Marquis de Fougieres , Enfeigne
d'une des Compagnies des Gardes du Corps; Marquis
de Choifeul Beaupré , Comte de Logny
Montmorency, Commandant une Brigade du
Régiment Royal des Carabiniers ; Marquis de
Mezieres ; Comte de Treffan ; Comte de Balincourt
, Lieutenant d'une des Compagnies des
Gardes du Corps ; Vicomte de Suzy , Lieutenant
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Comte de Montefquiou , Sous-Lieutenant de la
premiere Compagnie des Moufquetaires de la
Garde du Roi ; Marquis de Crequy , Commandant
une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers ;
Gramont , Lieutenant d'une des Compagnies des
Gardes du Corps ; Marquis du Muy ; , Manherbe
Aide Major des Gardes du Corps; Marquis d'Anle
zy; Marquis de Pont Saint Pierre ; de Guers , Commandant
un Bataillon du Régiment des Gardes
Françoifes ; Comte de Laigle ; Comte de Levis ;
de Fremeur ; Comte de Coffé ; Marquis de Peruffy
, Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi ; Marquis de
Morangiés ; Marquis de Sourches ; Vicomte de
Canillac , Enfeigne de la feconde Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi ; Comte de
Rofen , Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
Allemande , Comte de Fitz - James , Colo .
nel du Régiment d'Infanterie Irlandoife de Berwick
; le Gendre ; Marquis de Cruffol Deffalles ;
Marquis de Bauffremont , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons ; Comte de Saulx ; Prince
de Tingry ; Comte de la Suze , Chevalier de NiDECEMBRE
. 1748 . 213
colay; Duc de Fleury ; Defcajeul , Lieutenant
d'une des Compagnies des Gardes du Corps , Duc
de Fitz James , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie Irlandoiſe ; Comte de Luffan ; Chevalier
d'Aboville , Lieutenant d'Artillerie ; Chevert
; Comte de Noailles ; Come de Maillebois ,
Inspecteur Général d'Infanterie ; Marquis de Choifeul
; Baffat , Lieutenant Général d'Artillerie ;
Marquis de Valory , Miniftre du Roi en Pruffe
Marquis de la Chetardie ; Comte de la Claviere ,
Gouverneur de Montmedy ; Duc de Broglie , Inf
pecteur Général d'Infanterie ; Marquis d'Auger ,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Dumefnil , Infpecteur Général de Cavalerie
; Marquis de la Luzerne , Lieutenant d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; Baron de
Montmorency ; Marquis du Poulpry ; Chevalier
du Muy; Chevalier de Pont Saint Pierre, Enfeigne
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Comte de Rothe , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
Irlandoife ; Marquis de Carcado ; Comte
de Rochechouart Faudoas ; Marquis de Montmorin
; Comte de Lorges ; Marquis de Vibraye ;
d'Herouville de Claye , Infpecteur Général d'Infanterie
; Duc de Lauraguais ; Duc de Duras
Comte de la Marche ; Marquis d'Eftrehan ; Mar
quis de Surgeres ; Comte de Mailly d'Haucourt ;
Comte d'Andlay ; Vicomte de Coetlogon ; Comte
de Montboiffier , Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires ; Marquis de la Salle ,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi ; Comte de Pons ; Comte de
Montbarrey ; Marquis de Beaupreau ; Comte de
la Vauguyon ; Comte de Grammont ; Marquis
de Gontault ; Duc d'Havré ; Marquis de Saint
Pern ; du Vivier , Ingenieur ; Bailly , Lieutenant
214 MERCURE DE FRANCE.
Général d'Artillerie ; de Vaudreuil , Major du Regiment
des Gardes Françoifes ; Comte de Saint
Germain , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
Allemande ; de Valliere , Lieutenant d'Artillerie ,
& Directeur Général des Ecoles d'Artillerie; Gourdon
de l'Eglifiere , Ingenieur.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs de Menou , Lieutenant de Roi de
Nantes ; de Coetmen , Commandant à Breft ; de
Pierrefeu , Lieutenant Colonel du Régiment de
Cavalerie de Conty ; Phiffer , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Chevalier de Bannes ,
Aide-Major de la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roi ; Nugent , Lieutenant
Colonel du Régiment de Cavalerie Irlandoiſe
de Fitz- James ; Réding de Biberegg , Capitaine
au Régiment des Gardes Suiffes ; Comte d'Orlick
, Colonel du Régiment Royal Pologne ;
Coock , Capitaine au Régiment de Cavalerie Irlandoife
de Fitz -James ; la Ferriere , Aide-Major
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ; Dunkell
, Commandant une Compagnie dans le Régiment
d'Infanterie Irlandoife de Clare ; Marquis
de Blaru , Exempt d'une des Compagnies des Gardes
du Corps , avec rang d'Enfeigne ; Marquis
d'Efpinchal , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps avec le même rang ; Marquis de
Gauville Pellerin , Commandant un Bataillon du
Régiment des Gardes Françoiſes ; Marquis d'Entragues
, Capitaine Lieutenant des Chevau-Legers
d'Anjou ; Marquis de Jonfac, Capitaine Lieurenant
des Chevau- Legers de Monfeigneur le
Dauphin ; Planta, Capitaine au Régiment des Gardes
Suiffes ; Marquis de Laftic , Enfeigne d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; Rodolphe
DECEMBRE. 1748. 215
Caftella , Capitaine au Régiment des Gardes Suiffes
; Marquis de Boufflers , Meftre de Camp du
Régiment de Dragons d'Orleans ; Villars- Chandieu
, Capitaine au Régiment des Gardes Suifles ;
Marquis d'Aubigné , Colonel du Régiment de la
Marine , Duc d'Olonne , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Touraine ; Marquis de Saint Simon
, Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Boccard , Major du Régiment des Gardes
Suiffes ; Comte de Lutzelbourg , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Bretagne , Marquis Dau
vet , Capitaine Lieutenant des Gendarmes Anglois
; Marquis de Chabrillant , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie ; d'Afpremont Lynden,
Mestre de Camp d'un Régiment de Huffards ;
Marquis d'Argens , Commandant une Compagnie
dans le Régiment des Dragons de Caraman ;
Marquis de Cuftine , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, Marquis de Rougé , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Vermandois ; Marquis d'Efcars
, Colonel du Régiment de Santerre Chevalier
de Dreux , Colonel du Régiment Royal Marine
; Marquis Deffalles , Colonel du Régiment
de Champagne ; Marquis d'Asfeld , Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons; Prince de Croy,
Meftre de Camp du Régiment Royal Rouffillon
Cavalerie ; Marquis de Puyfegur , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Vexin ; Marquis de Champinelles
, Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires ; Comte de Raugrave , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie Legere ; Beaufobre
, Meftre de Camp d'un Régiment de Huffards
; Comte de Lannion , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Lyonnois ; Comte du Luc , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Comte de
Vence, Colonel du Régiment Royal Corfe; Comte
216 MERCURE DE FRANCE.
de Bergeyck ,Colonel du Régiment Royal Wallon;
Comte de Lhofpital , Meftre de Camp d'un Régimentde
Dragons ; Prince de Monaco , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie ; Marquis de Marcien,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde ; Marquis de Brancas , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Marquis de
Saint Chamans , Enfeigne de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde ; Comte du Rumain
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
Comte de Brionne , Meftie de Camp d'un Régiment
de Cavalerie ; Comte de Sparre , Colonel
du Régiment Royal Suedois ; Marquis de Voyer ,
Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie de
Berry ; Chevalier de Braflac , Commandant une
Brigade du Régiment Royal des Carabiniers; Saint
Jal , Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes
du Corps ; Chevalier de la Touche , Lieutenant
Colonel du Régiment de Cavalerie Allemande
de Rofen ; Marquis de Laval , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , Ligondés , Enfeigne d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; La Vallelette
, Commandant une Brigade du Regiment
Royal des Carabiniers ; Graffin , Colonel d'un
Régiment d'Arquebufiers ; Lally , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie Irlandoife ; Marquis de
Monteynard , Colonel du Régiment d'Infanterie
d'Agenois ; Courmontagne , Dupont , Baudouin,
Courdoumer, Ingenieurs ; Chevalier de Croifmare,
Commandant une Compagnie dans le Régiment
de Cavalerie de Broglie ; Chevalier de Sommery ,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Chevalier de la Guette , Efmonin , Labinon
, Lieutenans d'Artillerie ; Comte de la Maffais
, Colonel du Régiment de Piedmont ; Comte
de Vaux , Colonel Lieutenant du Régiment d'Infanterie
DECEMBRE. 174$ . 217
fanterie de Bourbon ; Prince de Beauvau , Colo
nel du Régiment des Gardes de Lorraine ; La
Tour , Lieutenant Colonel du Regiment d'Infan
terie de la Tour du Pin ; Marquis de Narbonne ,
Commandant une Compagnie dans le Régiment
des Dragons d'Orleans , Comte de la Guiche , Meftre
de Camp , Lieutenant du Régiment de Cava-
Ierie de Condé ; Chevalier de Pons , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Baffigny ; Chevalier de
Maupeou , Colonel du Régiment d'Infanterie de
Bigorre ; Marquis de Stainville , Colonel du Regiment
de Navarre , Vicomte de Rohan , Meſtre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Comte de
Foucquet , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie ; Marquis du Fretoy, Lieutenant d'une .
des Compagnies des Gardes du Corps; Prince Ca
mille , Mettre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Prince de Turenne , Colonel Général de
la Cavalerie ; Comte de Friefe , Colonel du Régiment
d'Infanterie Allemande de Madame la
Dauphine ; Marquis de Bethune , Meftre de Camp
Général de la Cavalerie ; Marquis de Caftries ,
Commiflaire Général de la Cavalerie.
Brigadiers d'Infanterie.
Meffieurs Torrés , Colonel Réformé , Com-.
andant un Bataillon de Fufiliers de Montagne
de Tourville , Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; de Villars , Capitaine au Regiment
des Gardes Françoifes ; de la Rocque , Capitaine
Commandant la Compagnie Colonelle du Régiment
des Gardes Françoifes ; Rivray , Lieutenant.
Colonel du Régiment Royal Lorraine , avec rang
de Colonel , d'Agieu , Commandant un Bataillon
du Régiment d'Anjou , avec rang de Colonel
; de Rochegude , Capitaine au Régiment des
II. Vol.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
>
Gardes Françoiles , de Montureux , Colonel du
Régiment de la Milice de Lorraine ; Teeterman
Ajde Major au Régiment des Gardes Suiffes ;
Comte de Bezenval , Capitaine au Régiment des
Gardes Suifles ; de Zurlauben ; Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Lannoy , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoiles ; Bragelogne , Capitaine
de Grenadiers au Régiment des Gardes
Françoiles ; Defpiés , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes ; de la Ferriere , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes , de Poudens ,
Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
Comte de Ferfen , Colonel d'un Régiment Allemand
, Louis Drummond de Melfort , Colonel
du Régiment Royal Ecoffois, Comte de Matignon,
Colonel du Régiment de Forez , Valfons , Capitaine
au Régiment de Piedmont , avec rang de
Colonel ; de la Grandville , Colonel du Régiment
de Saintonge ; Chevalier de Fleury , Colonel d'un
Régiment du Trau de Villetang , Ingenieur ;
Marquis de Sailly , Colonel Lieutenant du Régimen
de Conty; Chevalier de Modene , Capitaine
au Régiment de Bourbonnois , avec rang de Co.
lonel ; Meyronnet , Major du Régiment du Roi ,
avec rang de Colonel ; Baron de Bergh , Colonel
d'un Régiment Allemand ; la Queuille , Colonel
du Régiment de Nice ; Baton de Wuimler , Lieu.
tenant Colonel du Régiment d'Allace , avec rang
de Colonel ; la Live de Pailly , Colo el d'Infante
rie & Maréchal des Lagis des Camps & Armées du
Roi , Coincy , Colonel d'Infanterie ; Chevalier
de Saint Simon , Major du Régiment de Trainel ,
avec rang de Colonel ; Chatelard , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Lorraine , avee
rang de Colonel Salis de Mayenfels , Colonel
d'un Régiment Grifon, Marquis de Talaru , Colo.
DECEMBRE. 1748. 219
nel d'un Régiment ; Marquis de la Rocheaymon,
Colonel d'un Régiment ; Chevalier de Valence ,
Colonel du Régiment de Bourbonnois ; Montigny,
Commandant un Bataillon du Régiment Royal
Baviere , avec rang de Colonel ; Dieskau , Lieutenant
Colonel du Régiment de Saxe Allemand ,
avec rang de Colonel , de Puifignieu , Colonel du
Régiment Royal , Marquis de Lugeac , Colonel
du Régiment de Beauvoifis , Leflié , Major du Régiment
Royal Suédois , avec rang de Colonel ;
Glaubitz , Lieutenant Colonel du Régiment de
Naflau Allemand , avec rang de Colonel ; Marquis
de Brehant , Colonel du Régiment de Médoc;
Marquis de Caux , Colonel du Régiment de Lorraine;
Comte de Carcado , Colonel du Régiment
de Breffe ; Marquis de la Rochecourbon , Colonel
du Régiment de Luxembourg ; Chevalier de Grof
folles , Major du Régiment de Languedoc , avec
rang de Colonel ; Chattillon , Commandant un
Bataillon du Régiment de Bretagne , avec rangde
Colonel ; Chevalier de Rochechouart , Colode!
du Régiment d'Anjou ; de Lanjamer , Colonel du
Régiment de Gattinois ; Comte Balbi , Colonel
Reformé , à la fuite du Régiment Royal Italien ;
Vialis , Ingenieur ; Antoine Reding , Lieutenant
Colonel du Régiment Suiffe de Monnin , avec
rang de Colonel ; de Curzay , Colonel da Régiment
de Tournaifis ; Laurencia de Chanzé Lieu .
tenant Colonel du Régiment de Vaftan ; du Defchaux,
Lieutenant Colonel du Régiment de Champagne
; d'Auteuil , Lieutenant Colonel du Régiinent
de Flandre ; Chevalier de Bye , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Wallon ; la Cofte,
Lieutenant Colonel du Régiment de Beauce ; Tra
zicourt , Lieutenant Colonel du Régiment des
Landes ; Hebert , Lieutenant Colonel du Régi
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
ment de Poitou ; Boifrenard , Lieutenant Colonel
du Régiment de Mailly ; Berry , Lieutenant Co
Jonel du Régiment de Normandie ; Varignon ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Provence ;
Monguyot , Lieutenant Colonel du Régiment de
Laval , Arthur Mannery , Lieutenant Colonel dir
Régiment de Dillon Irlandois ; Sourdeval , Lieutenant
Colonel du Régiment de Rohan ; Bourgmary
, Lieutenant Colonel du Régiment de Fufiliers
de la Morliere ; Stuard , Lieutenant Colonel
du Régiment d'Anjou ; Raulin de Belval ,
Lieutenant Colonel du Régiment Royal Italien ;
Bordenave , Lieutenant Colonel du Régiment de
Bourbonnois , la Roche Saint André , Lieutenant
Colonel du Régiment de Breffe ; Fonfaye , Lieutenant
Général d'Artillerie ; Brunet , Lieutenant
d'Artillerie ; Dallart , Lieutenant d'Artillerie ; de
Blanzy , Lieutenant d'Artillerie ; Thomaffin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; Biet de
Ï'Epinoy , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs.
Brigadiers de Cavalerie.
Meffieurs de Savoify , Maréchal des Logis
de la feconde Compagnie des Moufquetaires de
la Garde ; de Battincourt , Commandant la premiere
Compagnie des Gardes du Corps du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ; de Boifdelmets
, Exempt d'une des Compagnies des Gardes
du Corps ; de Merey , Exempt d'une des Com
pagnies des Gardes du Corps ; Chevalier d'Ormeffon
, Exempt d'une des Compagnies des Gar
des du Corps ; de Pierrepont , Maréchal des Logis
& Aide - Major de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde ; de Blangy , Exempt d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; de Laſtic,
DECEMBRE . 174S . 221
Capitaine au Régiment du Rumain , avec rang de
Mettre de Camp ; de Pujol , Exempt d'une des
Compagnies des Gardes du Corps ; Rheingraff de
Greweilher, Capitaine au Régiment Royal Allemand
, avec rang de Meftre de Camp , Vicomte
d'Efcars , Meftre de Camp d'un Régiment ; Comte
de Langhac , Meftre de Camp Lieutenant du
. Régiment de Conty ; Chevalier de Saint Jal ,
Meftre de Camp d'un Régiment ; de Soizy, Meftre
de Camp Reformé , à la fuite du Régiment du
Colonel Général ; Marquis de Cambis , Meftre
de Camp Lieutenant du Régiment de Bourbon ;
de Collande , Meftre de Camp du Régiment
Royal Piedmont ; Come Turpin , Meftre de
Camp d'un Régiment de Huffards ; de Scepeaux,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Comte de Lannoy , Capitaine Lieutenant
des Chevau- Legers d'Orleans ; Chevalier de Sou-*
pire , Major du Régiment de Lénoncourt , avec
rang de Mestre de Camp ; Marquis Defrolands ,.
Capitaine au Régiment de Clermont -Tonnerre ,
avec rang de Meftre de Camp ; de Corfac , Capitaine
au Régiment de Broglie , avec rang de
Meftre de Camp ; la Meffeliere , Capitaine au
Régiment d'Harcourt , avec rang de Mestre de
Camp de Saint Point , Enfeigne d'une des Com
pagnies des Gardes du Corps , de Goyon , Exempt
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Marquis d'Argouges , Sous - Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons; Marquis d'Offun , Capitaine
Lieutenant des Chevau- Legers de la Reine ; Vicomte
de Courtomer , Capitaine Lieutenant des
Chevau - Legers de Berry ; Marquis du Coudray
Capitaine Lieutenant des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin ; Comte de Querhoent Coetanfao
, Sous Lieutenant des Chevau -Legers
K. iij,
222 MERCURE DE FRANCE.
Anjou; de Boeffe , Sous-Lieutenant dès Cheván
Legers de Berry ; Marquis de Flavigny , Capitai
ne-Lieutenant des Gendarmes d'Anjou ; de Nadail
lac , Exempt d'une des Compagnies des Gardes.
du Corps ; de Gonidec , Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval, avec rang de Meſtre
de Camp ; Darbaud , Meftre de Camp Réformé ,
à la fuite du Regiment de Berry , Ferrary , Meftre
de Camp d'un Regiment de Huffards ; Defgroges ,
Lieutenant Colonel d'une Brigade de Carabiniers,
avec rang de Meftre de Camp ; . Bricqueville de la
Luzerne , Lieutenant Colonel du Régiment de
Defcars ; Saint Martin , Lieutenant Colonel du
Regiment de Bourbon Buffet ; Duchiron , Lieutenant
Colonel du Régiment de Beauvillier ; de
Hecre , Lieutenant Colonel du Régiment Royal
Rouffillon ; de Boncour , Lieutenant Colonel du,
Régiment Royal Etranger.
Brigadiers de Dragons.
Mrs le Chevalier de Mezieres, Capitaine au Ré
giment de Bauffremont , avec rang de Mestre de
Camp ; de la Blache , Meftre de Camp du Régiment
Royal; Marquis . de Goyon , Meftre de
Camp du Régiment du Colonel Général , Comte
de Montazet , Capitaine au Régiment d'Orleans ,
avec rang de Mettre de Camp , Marquis d'Amezaga
, Major du Régiment de Caraman , avec rang
de Meftre de Camp ; Defangles , Lieutenant Co ,
loael du Régiment de Bartillat ; de Mallevielle ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Roi
DECEMBRE. 1748 223
新光洗洗洗洗洗洗洗送:洗洗洗洗洗洗
L
MORT S..
E 27 Novembre , Jeanne - Françoife Potier ,
époufe de Jean-Louis de Montmaran , Seigneur
de Vievre , Villegenou & autres lieux , Grand
Bailli de l'Artillerie de France , Gentilhomme.or
dinaire de Son Alteffe Séréniffime M. le Prince de-
Dombes , mourut à Paris , & fut inhurée à S..
Paul.
Le 29 , Marie-Elifabeth Morin , veuve de René-
Jofeph de Rouxellé , Comte de la Roche - Melay,,
mourut , âgée de 83 ans , & fut inhumée à S.
Sulpice.
·
Le premier Décembre , Jean Baptifte Gouin ,
Seigneur de Branelle , Viché , Poncey , & autres :
lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils , & Préfident
en la Chambre des Comptes , Aides & Fr
nances de Rouen, mourut à Paris , âgé de 60 ans ;
& fut inhumé à S. Euftache.
Le 3 , Elifabeth- Placide de l'Ife-Marivaux ,.
fille, mourut à Paris , âgée d'environ 53 ans , & fut
inhumée à S. Sulpice.
Le 4 , Helene Marguerite- Therefe le Pelletier,.
mourut à Paris , âgée de 75 ans fur la Paroifle dé
S. Nicolas des Champs , & fut tranfportée aux
Garmes de la Place Maubert.
: Le 6 , Felix - Claude le Pelletier de la Houſſaye ,
Confeiller d'Etat , & Intendant des Finances,mou→
rut à Paris, âgé de 55 ans 6 mois, fur la Paroiffe de
S. André des Arcs , & fut tranſporté aux Feuillans
de la rue S. Honoré . Il étoit fils de N. le Pelle
tier de la Houffaye , Controlleur Général des Fi
nances , Commandeur des Ordres du Roi , &
Chancelier de S. A, R. M. le Duc d'Orleans ,
224 MERGURE DE FRANCE.
Régent du Royaume , mort le premier Décembre
1723 , & de N. Dubois de Guodreville , fille de
N. Dubois de Guodreville , Préfident du Grand
Confeil , morte le 21 Aout 1746 , âgée de 81
ans.
Il avoit époufé Charlotte - Marie Lallemant ,
foeur de N. de Levignan , Intendant d'Orleans ,
qu'il laiffe veuve avec trois enfans ; ſçavoir ,
u . fils &.deux filles . Le fils eft Jacques - Pierre-
Charles le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
au Parlement , âgé de près de 22 ans. Des deux
filles , Paînée époufé N. de la Bourdonnaye ,
Marquis de Bloff , Maître des Requêtes ; la
cadette eft mariée à N. le Bret , Avocat Général du
Parlement. Voyez les Mercures d'Août & de Décembre
de 1746..
2
Le même jour , Jean Baptifte Soubriac d'Efti
vege , Mettre de Camp de Cavalerie , Maréchal des
Logis de la premiere Compagnie des Moufquetais
res du Roi , mourut âgé de 65 ans , & fut inhumé à
Saint Sulpice .
Le même jour , Louife Françoife Adelaïde de
Maridor , fille de Louis- Augufte , Comte de Mari
dor , Grand Sénéchal du Maine , Seigneur de
Saint Ouen le Bourg , le Roi , & autres lieux ,
mourut âgée d'environ 12 ans , & fut inhumée à
Saint Sulpice.
Le 10 , René le Noir , Ecuyer , Sieur de Ver
neuil , ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment:
de Chepi , mourut à Paris , & fut inhumé à Saint
Come.
Le 11 , Amable- Charles Trudaine de la Sabliere ,
fils d'Alexandre Daniel- Charles Trudaine, Cheva--
lier , Seigneur de Montigni , Salm , Villeneuve le
Comte , & autres lieux , Intendant des Finances ,
mourut à Paris,âgé de 16 ans, & fut inhumé à Saint
Nicolas des Champs..
DECEMBRE. 1748. 22.5
Le 13 , Charles François de Galliffet , Capitaine
aux Gardes Françoifes , Chevalier de
l'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut à Paris ,
âgé de 52 ans , & fut inhumé à Saint Sulpice.
Le 15 , Marie-Marguerite de Lona , veuve de
N. d'Hermand Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Colonel d'Infanterie ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Germain
l'Auxerrois.
Le 16 , Marie-Anne- Jeanne Chambellain , vettve
de Nicolas Guigou , Ecuyer Sieur de Varaftre
, Confeiller Honoraire du Grand Confeil ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Nicolas du
Chardonnet .
Le 18, Marie- Anne Camphuon , veuve de Louis
le Febvre , Ecuyer , Sieur d'Ammecourt , Confeiller
, Secretaire du Roi , Maifon , Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris , & fut
inhumée à Saint Merri.
Rrêt de Noffeigneurs du Parlement du 17
>
moulins dans le Privilége que M. Chicoyneau , Confeiller
Ordinaire du Roi en fes Confeils d'Etat &
Privé , & fon Premier Medecin , avoit accordé à
feue Madame fa mere , & qu'il lui a renouvellé le s
Août 1746 , pour continuer de compofer , vendre
& débiter la Pâte de Guimauve , & Sua de Régliffe
fans fucre , fecret qu'elle tient par feue fa
mere , de Mademoiſelle Guy , morte en 1714 , &
qu'elle a continué depuis plus de 40 ans de compofer
, & débiter avec fuccès dans Paris , à la
Cour , dans le Royaume , & dans toutes les Cours
de l'Europe , de l'aveu , & approbation de Meffieursles
plus célebres Medecins de la Faculté de Paris ,2
224 MERGURE DE FRANCE.
Régent du Royaume , mort le premierDécembre
1723 , & de N. Dubois de Guodreville , fille de
N. Dubois de Guodreville , Préfident du Grand
Conte , morte le 21 Aout 1746 , âgée de 81
aps.
Il avoit épousé Charlotte - Marie Lallemant ,
facut de N. de Levignan , Intendant d'Orleans
qu'il laffe veuve avec trois enfans ; fçavoir
fils & deux filles . Le fils eft Jacques - Pierre-
Charles le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
au Parlement , âgé de près de 22 ans . Des deux
filles , Painée époufe N. de la Bourdonnaye ,
Marquis de Boff , Maître des Requêtes ; la
cadette eft mariée à N. le Bret , Avocat Général du
Parlement. Voyez les Mercures d'Août & de Décembre
de 1746.
Le même jour , Jean Baptifte Soubriac d'Efti
vege, Mestre de Camp de Cavalerie , Maréchal des
Logis de la premiere Compagnie des Moufquetais
res du Roi , mourut âgé de 65 ans , & fut inhumé à.
Saint Sulpice.
Le même jour , Louife Françoife Adelaide de
Maridor , fille de Louis- Augufte , Comte de Mari
dor , Grand Sénéchal du Maine , Seigneur de
Saint Ouen le Bourg , le Roi , & autres lieux ,
mourut âgée d'environ 12 ans , & fut inhumée à:
Saint Sulpice.
Le 10 , René le Noir , Ecuyer , Sieur de Ver
neul , ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment:
de Chepi , mourut à Paris , & fut inhumé à Saint
Côme.
Le 11 , Amable- Charles Trudaine de la Sabliere ,
fils d'Alexandre Daniel- Charles Trudaine , Cheva--
lier , Seigneur de Montigni , Salm , Villeneuve le
Comte , & autres lieux , Intendant des Finances ,
mourut à Paris,âgé de 16 ans, & fut inhumé à Saint
Nicolas des Champs..
DECEMBRE. 1748. 225
' Le 13 , Charles François de Galliffet , Capitaine
aux Gardes Françoiles , Chevalier de
'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut à Paris,
âgé de 52 ans , & fut inhumé à Saint Sulpice.
>
Le 15 , Marie-Marguerite de Lona , veuve de
N. d'Hermand Chevalier de l'Ordre Mili-
: taire de Saint Louis , Colonel d'Infanterie ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Germain
l'Auxerrois.
Le 16 , Marie-Anne- Jeanne Chambellain , veuve
de Nicolas Guigou , Ecuyer , Sieur de Varaftre
, Confeiller Honoraire du Grand Confeil
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Nicolas du
Chardonnet.
•
Le 18 , Marie- Anne Camphunn , veuve de Louis
le Febvre , Ecuyer , Sieur d'Ammecourt , Confeiller
, Secretaire du Roi , Maifon , Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris , & fut
inhumée à Saint Merri.
Rrêt de Noffeigneurs du Parlement du 17
Mai 1747 , qui confirme Mademoiſelle Def
moulins dans le Privilége que M. Chicoyneau , Confeiller
Ordinaire du Roi en ſes Confeils d'Etat &
Privé , & fon Premier Medecin , avoit accordé à
feue Madame fa mere, & qu'il lui a renouvellé le s
Août 1746 , pour continuer de compofer , vendre
& débiter la Pâte de Guimauve , & Sua de Régliffe
fans fucre , fecret qu'elle tient par feue fa
mere , de Mademoiſelle Guy , morte en 1714 ,
qu'elle a continué depuis plus de 40 ans de compoſer
, & débiter avec fuccès dans Paris , à la
Cour , dans le Royaume , & dans toutes les Cours
de l'Europe , de l'aveu , & approbation de Meffieurs
les plus célebres Medecins de la Faculté de Paris
&
116 MERCURE DE FRANCE.
lefquels ont reconnu la bonté & l'utilité de ladite
Pâte de Guimauve , & Suc de Réglifle fans fucre,
s'en fervent eux- mêmes , & en ordonnent l'ufage
dans toutes les maladies du poulmon , inflam
mations , toux , rhumes , afthmes , pituites , cha
leurs de gorge , enrouemens , fluxions de poitrine
& crachemens de fang.
Mademoiſelle Defmoulins avertit que la nommée
Marie Cirano , dite Guy , femme de Jean
Vergnaul , a tronqué l'Arrêt du 17 Mai , par
de fauffes Affiches qu'elle avoit fait mettre le
17 Juillet dans tout Paris , & jufques dans les Provinces
, où elle difoit fauflement que Mademoifelle
Defmoulins étoit une contrefaifeufe , & qu'el
le avoit feule le Privilége ; Mademoifelle Defimou
lins
pour fe juftifier des calomnies de ladite Cirano ,
a obtenu le 4 Septembre 1747 un fecond Arrêt
du Parlement , au rapport de M. de Salabery ,
Confeiller de la Grand Chambre , qui condamne
Jean Vergnault & Marie Cirano fa femme , aux
dépens .
Mademo felle Deſmoulins a les deux Arrêts chez
elle. Le prix de la Pâte de Guimauve & du Suc
de Régliffe eft de fix francs la livre ; on en peut
ufer en tout tems , la tranfporter par - tour , & la
garder fi long tems qu'on veut , fans qu'elle fe
gâte jamais ; quoiqu'elle féche , elle ne perd rien
de fa qualité , & afin qu'on ne fe méprenne point ,
elle fignera fur les pacquets qu'elle enverra dans
les Provinces , & mettra deffus fon cachet.
Mademoiselle Defmoulins demeure préfentement rue
Mazarine , près la rue Guenegaud , chez M. David,
Fayancier , au gros Raifia , au premier appartement.
Son Enfeigne eft entre les deux balcons.
AVIS.
L
Es Particuliers , qui nous doivent ,
font priés de rechef de payer dans le
ourant du mois.
J
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le fecond volume du Mercure de France dų
mois de Décembre 1748. A Paris le premiér Janwier
1749.
BONAMY,
P
TABLE.
IICES FUGITIVES en Vers & en Profe,
Vers à Mad du Boccage par M de la Mothe,
Doyen de la Cour des Andes de Montauban , &
Académicien de l'Académie de la même Ville ,
âgé de 86 ans , 3
Projet d'une Defcription géographique de la Pro--
vince de Bretagne , & c.
Epitre à M. de Voltaire ,
Lettre à M Remond de Sainte Albine ,
Epithalame ,
6
49
44-
52
Suite de la Séance publique de l'Académie Royale
des Sciences ,
Regi pacifico Carmen ,
Imitation de ce Poëme ,
13
7%
74
Lettre aux Auteurs du Mercure fur plufieurs let
tres de Rouleau , qui ne le trouvent dans aucune
des Edicions de les ouvrages ; 76
Lettre de Rouſſeau à M. de C. * **
Epigramme ,
Epitre à M. d'Arnaud ,
25
92
93
Traduction d'une Scéne de la Comédie Angloile ,
intitulée la derniere reffource de l'Amour , 97
La Chenille & le Laurier ; Fable ,
Réponse de M. l'Abbé le Beuf aux remarques da
P. Texte , & c .
109
114
Mots des Logogryphes du premier volume de
Décembre ,
Enigme & Logogryphes ,
128
1.29
132 Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , &c.
Prix propofés par l'Académie Royale des Sciences
de Toulouſe , 171
Autres propofés par l'Académie des Beaux- Arts de
la même Ville , 173
Eftampes nouvelles , 177
Jetton fingulier , 178
Médailles à vendre , ibid.
Avis du eur Gautier , Graveur du Roi, ibid.
Spectacles , ISO
181
183
Concerts de la Cour ,
Nouvelles Etrangeres ,
Relation du Paffage de Madame Infante par Bayone
& par Bordeaux , 205
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 208
Promotion d'Officiers Généraux & de Brigadiers
,
Morts ,
211
222
Arrêt du Parlement en faveur de Mlle Def
moulins. 224
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
SPARGAT
Cepiller
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC XLVII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
HE NEW YORK
PUBLICERAN
330
ASTOR ,
A VIS.
A
TILDEN' FONDARESSE générate duMercare eft
1MDE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus
indiquée ; onfe conformera très -exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreffes à M.
de Cleves & Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX, SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748.
****
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
SEANCE PUBLIQUE
tenue le 13 Aoûtpar l'Académie des Scien
ces, Belles- Lettres & Arts, de Rouën.
>
N diftribua aux Eleves de l'Ecole
gratuite de Deffeing les quatre
Prix , dont les deux premiers ont
été fondés parMadame de Marle,
la Claffe du Modéle , & les deux autres
par Madame le Cat , pour celles du
Deffeing & de la Boſſe.
pour
L'Académie avoit propofé pour le Prix
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
d'Hiftoire de cette année , l'état de la Normandie
, ou nouvelle Neuftrie , en 912
tant par rapport à fa fituation topographique
, que par rapport à la Religion. Ce
dernier objet n'ayant point été fuffifamment
rempli dans les Mémoires qui ont été
préfentés à cette Compagnie , M. de Premagny
, Secretaire pour les Belles- Lettres ,
annonça qu'elle s'étoit déterminée à remettre
le Prix à l'année prochaine. Les
Auteurs pourront faire les recherches néceffaires
pour l'éclairciffement de ce point
d'Hiftoire , & leurs Mémoires feront de
nouveau admis au concours , pourvû qu'on
les envoye avant le premier Juin 1749 ,
fous la forme ordinaire , à l'adreffe de
de M. de Premagny.
M. Guerin , Secretaire pour les Sciences,
déclara le Mémoire auquel l'Académie
avoit adjugé le Prix de Phyfique. Il y a
deux ans qu'elle propofa pour fujet de ce
prix , la caufe de l'afcenfion & de la fufpenfion
des liqueurs dans les tuyaux capillai
res , & l'application de cette cauſe aux phénoménes
de la nature , qui en dépendent.
Ayant jugé qu'on n'avoit point fatisfait
aux conditions qu'elle avoit impofées, elle
a propofé une feconde fois le même fujet
pour cette année , & elle a donné le Prix au
Mémoire qui a pour devife, Fortis eft veritas
OCTOBRE . 1748. $
pravalet , dont l'Auteur eft M. l'Abbé Si- *
gergue , Licencié de Sorbonne, & Profeſ
feur de Philofophie au Collège du Pleffis.
Parmi les Mémoires qui ont concouru
avec le précedent , celui qui en a le plus
approché , eft le Mémoire qui a pour de
vife.
Miraturquè novos femine non ſub
Arbor crefcere furculos.
L'Auteur eft M. Maillet du Boullay :
de cette Ville , âgé de dix - neuf ans.
>
Après avoir annoncé le fujet que l'Académie
propofe pour le Prix de 1749 ,
fçavoir , les differences effentielles du Foetus
comparé à l'Adulte , & les ufages particuliers
de ces differences * M. Guerin
lût les Eloges de M. l'Abbé de Saint
Hilaire , Chanoine & Chancelier de
l'Eglife de Rouën Vicaire Général
du Diocèfe , & Membre Honoraire de
l'Académie , & de M. le Rat , Directeur
des Pompes de la Ville , Membre de la Société
des Arts de Paris , & de l'Académie
de Rouën .
›
* Les Auteurs adrefferont leurs Mémoires , fous
la forme univerfellement ufitée , à M. Guerin ,
Secretaire de l'Académie , ruë S. Romain , avant
le premier Juin 1749 , & le Prix , qui confifte en
ane Médaille d'or de 300 liv . fera diftribué le
premier Mardi -d'Août , dans la Séance publique.
A iij
6 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Abbé de Saint Hilaire eft peint
dans fon Eloge, comme un de ces hommes
privilegiés , à qui la Nature a donné un
goût général pour tout ce qui eft beau . Ces
difpofitions furent foutenues par une éducation
digne de fa naiffance ,& dans la fuite
de fa vie, par des fituations avantageufes
qui développerent les précieux germes de
fcience & de vertu que la Nature avoit
mis dans fon ame.
La paffion dominante de M. le Rat étoit
l'amour de la Méchanique. Quelques circonftances
le fixerent à la conftruction des
Pompes. C'eft lui qui a donné , au moins
à celles de Rouen , le degré de perfection
qu'elles ont. Avant lui , les piéces des Pompes
n'étoient unies enfemble que par des
cuirs & des cordes poiffées. M. le Rat , à
la place de ces cordes & de ces cuirs, a mis
fur un des tuyaux un écrou mobile , & fur
l'autre une vis. On fent aifément dans l'ufage
la difference de l'une & de l'autre
pratique. L'eau qui fortoit d'une Pompe
n'étoit conduite que par un boyau . Pour
éviter l'embarras de la direction de cette
efpece de tuyau , & réparer fon peu de folidité
, M. le Rat inventa un genoüil , qu'il
ajufta au tuyau de fortie . Par ce moyen , la
conduite de l'eau fe dirige aifément en
tous fens , & fe fixe fuffifamment.
OCTOBRE. 1748.7
Il n'y a point de partie que M. le Rat
n'ait perfectionnée dans les Pompes , par
ce qu'il y en avoit peu de fon tems qui
n'euffent des défauts .
La lecture de ces deux Eloges fut fuivie
de celle d'un Mémoire de M. Guérin , ſur
nne Carriere finguliere , trouvée dans la
vallée de Bondeville à une lieuë de Rouen.
Cette Carriere n'a nulle reffemblance avec
les autres Carrieres. Elle eft un amas confus
de differentes fortes de matieres que le
hazard femble avoir raffemblées dans ce
lieu ; elle n'a qu'un feul lit de quatre pieds
de profondeur , au- deffous de deux pieds
environ de terre ordinaire , & elle s'étend
jufqu'au bord de la Seine . Au -deffous de
ce lir unique eft un bourbier dont on ne
fçauroit trouver le fond ....
M. Guerin , après avoir décrit l'efpece de
pierre qu'on tire de cette Carriere , en af
figne les ufages , & il expofe fes conjectures
fur fa formation. Cela lui donne occafion
d'expliquer comment le méchaniſ,
me établi dans notre Globe , & qui s'y
perpétue depuis l'origine des tems , répare
les défordres accidentels qui y arrivent.
· M. le Cat lut enfuite un Mémoire fur
la caufe des variations du Barométre . Ce
Phyficien ne veut pas qu'on attribuë la
fufpenfion du mercure dans cet inftrument
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
à la péfanteur de l'air , mais à la compref
fion de ce fluide. Il a long- tems foupçon
né que la principale caufe des variations
du Barométre étoit une certaine communication
entre le vuide de la partie fupérieure
du Barométre , & un air fubtil
mais il s'eft affûré par des expériences trèscurieufes
, faites avec des Baromètres , dont
quelques- uns avoient des boules confidérables
on des bouteilles à leur partie fupérieure
, que ce vuide & fa communication
avec l'air fubtil n'ont aucune part à ces variations.
Il les attribue donc à l'air des
differens climats apporté par les vents. Les
vents, qui apportent un air de l'Equateur
font bailler le Barométre , parce que l'air
de l'Equateur eft rare , fans confiftence, &
incapable d'une forte compreffion fur le
mercure. Les vents , qui apportent un air
du Nord , font hauffer le mercure , parce
ce vent eſt denſe & capable d'une forte
compreffion. M. le Cat remarque que c'est
le vent Sud- Sud- Ouest , & non pas le vent
Sud , qui apporte l'air de l'Equateur , & le
vent Eft-Nord - Eft , & non pas
le vent
Nord , qui apporte l'air du Nord , & il en
rend raiſon. Il a obfervé que ces vents
Sud- Sud- Oüeft & Eft-Nord- Eft ne produifent
pas toujours les mêmes effets , parce
que fouvent il
regne dans l'Atmoſphe
OCTOBRE . 1748 .
re plufieurs vents à la fois , & l'état du Barométre
dépend alors de la combinaiſon
de ces vents ou de la température qui réfulte
de la combinaifon des differens airs
qu'ils apportent. Cet Académicien a donné
ces conjectures d'après un grand nombre
d'obfervations. Les Baromètres de differens
calibres , dont M. le Cat s'eft fervi ,
lui ont auffi fourni l'occafion de découvrir
que dans ceux d'un grand calibre le mercure
fe foutient plufieurs lignes plus haut
que dans ceux d'un petit calibre & qu'ainfi
les obfervations faites par cet inftrument
ne fçauroient être comparables , que le
calibre des Barométres ne foit défigné.
Il rapporte enfuite les obfervations mé.
téorologiques de l'année.
La quantité d'eau de pluye , tombée à
Rouen , eft par ces obfervations de 23 pouces
3 lignes , ce qui eft 4 pouces de plus
que ne donne l'année commune à Paris. !
Le jour le plus froid de l'année a été à
Rouen le 15 Janvier , le Thermométre de
M. de Réaumur y étant à 7
un tiers
au-deffous du terme de la glace.
Q
Le jour le plus chaud a été le 23 Juin ,
le Thermométre y étant à 29 ° .
Nous paffons les autres obfervations du
Barométre , de l'Hygrométre, & des mala-
~dies de chaque faifon , qui font partie de
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ces obfervations , & nous finirons cet Extrait,
comme l'Auteur , par l'obfervation du
Parhelie , arrivé le 20 Juillet à 6 heures
37 minutes du foir , & qui a été vû pendant
minutes , à environ 24 degrés au
Nord Eft du Soleil , dans une portion de
Couronne Solaire , que les Phyficiens appellent
Halo.
7
Plufieurs Philofophes penfent que ce Phénomene
eft caufé par des vapeurs glacées ,
qui reflechiffent l'image du Soleil . L'obfervation
de M. le Cat femble convertir
cette conjecture en fait. Des gens qui n'ont
point vû le Parhelie , & qui n'en ont pas
même entendu parler , ont rapporté à cet
Académicien , qu'il étoit tombé à Caen &
à quelques lieues de Rouen , une grêle qui
avoit cela de fingulier , qu'elle n'avoit
point la figure arrondie de la grêle ordinaire
, mais qu'elle paroiffoit être des debris
d'une glace brifée .
A la lecture du Mémoire de M. le Cat
fucceda celle d'un Difcours dans lequel M.
l'Abbé Yart prouva que le fentiment eft le
principe & l'effet de la Poëfie . Il fit voir
dans la premiere partie , que les Poëtes
n'ont été originaux.qu'à proportion qu'ils
ont eu une ame plus fufceptible des paffions
convenables aux genres qu'ils ont
traités ; il montra dans la feconde , que le
OCTOBRE. 1748. 11
Lecteur n'a de plaifir qu'autant qu'il eft
ému de la paffion qui anime le Poëte .
M. de la Roche lût une Differtation fur
l'origine & le progrès de la Poudre à canon
en Europe , & principalement en
France. Il fait d'abord obferver par le témoignage
de nos propres Archives & par
celui de plufieurs Hiftoriens , que la Poudre
& les canons étoient en ufage en France
au commencement du quatorziéme fiécle
; que conféquemment c'est une erreur
dans l'opinion vulgaire , de fixer l'époque
de l'invention de la Poudre au milieu og
à la fin de ce même fiècle , & de l'attribuer
à Bertholde Schowart, Moine de Fribourg
en Allemagne. Selon M. de la Roche
, quoiqu'une foule d'Hiftoriens rapportent
que ce Moine fût le premier qui
en enfeigna l'ufage aux Vénitiens dans la
bataille qu'ils gagnerent contre les Génois
à Foffa Claudia en 1380 , ce ne peut être
tour au plus que quelque rafinement dans
le mêlange ou dans la proportion de fes
ingrédiens , puiſque dès le tems de Roger
Bacon , qui mourut à O ford en 1280 ,
elle confiftoir précisément , comme aujour
d'hui , en nitre , en fouffre & en charbon.
La defcription pofitive que cet Auteur Anglois
en donne dans fon Livre de Artis &
natura miraculis , a pû faire croire à quel-
A vj
1 MERCURE DE FRANCE.
ques Hiftoriens de fa Nation , qu'il en
étoit effectivement l'inventeur , ( fentiment
plus vrai - femblable que celui des
Allemands à l'égard de Schowart ) , mais
Roger Baçon parle de la compofition en
queftion , comme de chofe connue de fon
tems.
»
» On imite par art , dit- il , les Eclairs &
» le Tonnerre , car le fouffre, le nitre & le
charbon , qui féparés ne produifent au
cun effet fenfible , éclattent avec grand
bruit , lorfqu'on les mêle dans une pro
portion convenable , qu'on les enferme
» dans un lieu étroit & qu'on y met le feu .
Le úlence que les Hiftoriens antérieurs au
quatorziéme fiécle gårdent fur le tems de
Finvention de la Poudre , les compofitions
differentes qu'on en trouve dans les ouvrages
d'Elien , de Valturius , des Empereurs
Léon & Conftantin Porphyrogenete,
& dans Jules l'Afriquain , qui vivoit au
troifiéme fiécle de l'Ere Chrétienne , font ,
ajoûte M. de la Roche , une preuve qu'il
en a été de l'invention de - lá Poudre à canon
, comme de la plupart des autres inventions
humaines ; qu'elle a eu un commencement
foible & inconnu , & que ce
n'a été que par fuce flion de tems & par degrés
, qu'elle eft parvenue au point de fuk
mination qu'elle poffede aujourd'hui .
OCTOBRE. 19 1748 .
M. le Cat lût un fecond Mémoire fur
les Polypes d'eau douce , dans lequel en
raffemblant fous un même point de vûë
tous les prodiges obfervés jufqu'ici dans
ce reptile , il les accompagne de réfléxions
qui avoient parû manquer aux ouvrages
donnés fur cette matiere.
La premiere fingularité du Polype d'eau
douce eft l'extrême fimplicité de fa ftructure.
Le Polype , dit M. le Cat , n'eft
qu'un canal creux d'un bout à l'autre ,
tant dans le corps que dans les bras .... İl
n'y a nul vifcere , nul vaiffeau ; une fimple
peau forme ces tuyaux , & ces tuyaux font
l'animal .... Cette peau contient pourtant
tous les principes de l'animalité réduite
à la plus fimple expreffion , elle doit
donc exciter la curiofité des Phyficiens
& les engager à tâcher de découvrir
en quoi confifte cette animalité. C'eft
l'objet des efforts de M. le Cat , qui prétend
que tout fon méchaniſme confifte effentiellement
en trois chofes qu'il trouve
dans le Polype , fçavoir.... des grains
tanduleux qui y font l'office de cerveau ,
de poulmons , de glandes , de vifceres ;
une matiere gommeufe , ou un fuc nerveux ,
qui eft le fiége du fluide animal & moteur
, & enfin des fibres qui font les refforts
des fonctions de l'animal. M. le Cat
14 MERCURE DE FRANCE.
explique enfuite comment cet animal puife
ces efprits moteurs dans les fluides dè
l'univers. On fçait que depuis douze ans
il enfeigne que tous les animaux prennent
par la refpiration ce fluide infiniment plus
fubtil que l'air , mais il préſend qu'il n'eft
pas befoin d'avoir des poulmons pour le
recevoir , ni un cerveau pour le filtrer
qu'il ne faut qu'avoir un fuc analogue à
notre fuc nerveux , avec lequel ce fluide fe
lie , comme la matiere gommeufe trouvée
dans les Polypes & dans les autres ani
maux , dans les plantes mêmes , où , felon
lui , les gommes , les mucilages , les réfi
nes , font leur fuc nerveux & le fiége de
leur fluide vital .
;
Une autre fingularité remarquée dans
les Polypes , c'eft la maniere de fe perpétuer.
Ce reptile pofféde feul toutes les façons
de fe multiplier des animaux & des
végétaux , car il vient de boutures & de
rejettons , comme les plantes ; il eft ovipare
& vivipare , comme les animaux , &
cependant il n'y a chés lui aucun féxe , ni
féparés ni réunis. Toutes ces exceptions
aux régles générales fourniffent une ample
matiere aux raifonnemens phyfiologi
ques de M. le Cat.
Tout le monde fçait qu'on a beau cous
per un Polype en deux , en quatre , en
OCTOBRE. 1748 .
vingt morceaux ; que non feulement il n'en
meurt pas , mais que chaque morceau devient
un Polype parfait. Pourquoi mourroit-
il, dit M. le Cat, puifqu'il n'a ni vaiffeau
, ni vifcere,dont ces divifions rompent
la continuité ; que tout ce qui établit fes
principes de vie , fe retrouve auffi complettement
dans la moindre parcelle du
reptile , que dans le reptile entier ? Je fuis
donc moins étonné , ajoute- t'il , de cette
belle prérogative des Polypes , que je n'en
fuis jaloux. Quelle moiffon de lauriers
pour la Chirurgie , fi nos opérations fur
le corps humain avoient les fuccès brillans
, que ceux de M. Tremblay ont cû
fur les Polypes !
M. le Cat tâche d'expliquer ces
reproductions merveilleufes des Polypes
coupés , hachés à menus morceaux , lefquelles
achevent de mettre ce reptile an
rang des phenoménes les plus extraordinaires.
Ne femble - t'il pas , dit M. le Cat ,
que la nature ait épuifé pour lui tous fes
dons , tous fes fecrets , tous les miracles ,
& que nous, qui nous flations d'être fes fils
aînés , ne fummes prefque que des enfans
deshérités du côté des facul és corporellest.
N'accufons cependant point , ajoute M. le
Cat , cette bonne nature d'être une marâtre
à notre égard ; il faut qu'elle n'ait pû
16 MERCURE DE FRANCE.
mieux faire en notre faveur. L'Etre fuprême
a tout difpofé pour le mieux . 11
faut que le méchanifme qui concourt avec .
la fubftance immortelle qui nous diftingue
des autres animaux , pour produire la fupériorité
des facultés de notre ame , ait
exigé le facrifice de ces rares facultés corporelles
du Polype . Ce feu d'imagination
qui porte l'homme au-delà des bornes de
l'univers , n'a pû fans doute s'établir dans
notre machine qu'aux dépens de ces tor
rens de liqueurs pourprées , qui roulent
& préparent dans leurs ondes les fouphres
qui doivent lui fervir d'alimens . Ces
réfléxions fi vaſtes & fi profondes , qui forcent
à reconnoître dans l'homme une portion
de la fcience & de la fageffe divine ,
ont exigé , du côté de la machine , ces
poulmons amples , & fans ceffe en action ,
ce cerveau immenfe , comparé à celui des
animaux de même poids que nous . Ces
fenfations fi fines & fi variées , ces fentimens
délicats & réfléchis qui diftinguenr
notre efpéce , & caractérisent l'homme ,
vraiment digne de ce nom , pouvoit- on
nous en décorer , fans nous munir aupara
vant de tout l'attirail du fyftême des nerfs ,
de fes dépendances , & de fes liaiſons avec
les organes précédens ?
Tout eft donc bien , felon M. le Cat ,
OCTOBRE. 11774488.. 17
& ne peut apparemment être mieux . Cependant
, ajoute-t'il , l'homme n'ayant obtenu
le génie fupérieur dont il jouit , que
par la perte de ces priviléges admirables
du Polype , il faut convenir qu'il l'a payé
bien cher.
La féance fut terminée par la lecture
d'une Ode de M. de Rougeville , fur la
Paix.
Le Parnaffe François de M. Titon du
Tiller ; le Bufte du Roi , & celui de M.
de Fontenelle , par M.le Moyne , fils ; trois
nouvelles Eftampes de M. le Bas, Graveur
de Sa Majefté , ouvrages donnés à l'Acadêmie
par ces trois Affociés , furent expofés
pendant la féance dans la falle de l'Hôtelde-
Ville où l'Académie tient fes affemblées.
LA NONETTE *
A Són Alteſſe Séréniſſime M. le Prince do
Condé , arrivant pour la premierefois
à Chantilly.
JiEune & beau rejetton du fouverain des Dieux
Regarde-moi , je fuis ta Nayade Nonette :
C'eft le plus grand de tes ayeux ,
A
* Riviere de Chantilly.
18 MERCURE DE FRANCE.
Qui m'appella dans fa belle retraite ,
Lorfque las de la guerre , il voulut dans la paix
fa
M'avoir pour témoin de la gloire.
Il m'attacha par fes bienfaits ,
Comme il venoit d'enchaîner la Victoire ;
Je tiens de lui mon Urne ; & ces bords enchantés,
Où fe plaît mon cryftal liquide ,
Sont des bofquets que cet Alcide
De fa main immortelle a lui - même plantés.
Je n'en fus point ingrate , & fille de Protée
Qui m'inftruifit dans ſes leçons ,
Pour plaire à mon Héros par mon coeur excitée ;
Je me changeois en cent façons.
Tantôt Torrent , Cafcade , ou Nymphe non-chalante
,
Je paroiffois dormir aux yeux ,
Mais reprenant bientôt mon ardeur pétulante ,
Nouveau Titan , j'eſcaladois les Cieux.
Digne héritier de mon Achille,
Sois le de mon reſpect , fois le de mon amour
Mon onde impatiente en ce riant azile
Brûle de te faire ma cour.
Mais je pofféde encor d'autres talens de plaire ;
Je lis dans l'avenir , & cet art tout divin
M'eft un don tranſmis par mon pere.
A tes oncles jadis j'annonçai leur deftin :
Au-devant d'eux je vins fur mon rivage ,
OCTOBRE. 1748. 19
Pour promettre à leurs jeunes ans
Ces moiffons de lauriers qu'ouvroit à leur courage
La Gloire au milieu de fes champs.
Je les y vis voler dès leur premier printems.
Sois , comme eux , un Héros au fortir de l'enfance
;
Mais que tes moeurs,toujours dignes du fiécle d'or,
Faſſent honneur au coeur , à l'eſpérance
Du Prince , ton premier Mentor.
Sais toujours les confeils que dicte fa prudence:
Ecoute les Neuf- Soeurs dans tes bois révérés ;
Elles y font dans l'ombre & le filence ,
Que le Dieu de Rocroy leur avoit confacrés.
L'Abbé d'Alainval.
LES FRUITS DE LA PAIX.
Enfin l'aimable paix , fi long- tems attenduë ,
De fon trône célefte eft vers nous defcenduë.
Déja des malheureux elle féche les pleurs ,
Et partout fous les pas fait éclore les fleurs.
D'un tranquille avenir ô flateuſe eſpérance ,
Tu charmes tous nos maux , tu ranimes la Frances
On voit couler chés nous mille ruiffeaux de vin
Nos foucis font noyés dans ce nectar divin .
Les bergers , à l'envi, dans leurs danſes légeres ,
10 MERCURE DEFRANCÉ
Aux plaifirs renaiffans invitent les bergeres.
Tout refpire la joye , & des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime fes chansons.
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailles
Qu'échauffé de fa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
Il fe couvre avec eux de fang & de lauriers :
Pour moi, divine Paix, plus fenfible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui figuale nos armes ,
Je veux , de ta préfence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits .
Ton regne , de tout tems aux humains favorablė ;
Deviendra chaque jour plus doux & plus durable,
Et bien- tot de Louis fecondant le grand coeur ,
De cent monftres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes fens l'avenir fe découvre ;
Je lis dans les deftins , je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour les fujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre ,
Qui voudroit, s'il fe peut, en préferver la terre ,
Plus content de régit les paifibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire un Général chéri de la victoire ,.
Que l'on ne vit jamais enyvré de fa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
OCTOBRE. 1748. 21
Prés du trône placés paroiffent des Miniftres ,
Eternels ennemis de tous confeils finiftres ,
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au feul bien de l'Etat confacrant leurs travaux .
Je vois un ordre fage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des fubfides immenfes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans
Et les impôts rendus plus fimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par fes foins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , Aétris & réprimés.
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible ,
Plus que guerre même au Royaume nuifible.
Dans tes replis en vain tu prérens te cacher ;
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher.
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés fans
réſerve ,
Vos talens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés. }
Le commerce & les Arts, plus libres , plus faciles,
Augmenteront bien - tôt la ſplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiffeaux répandront les richeffes des mers.
Pour mieux nous affûrer l'efpoir de l'abondance ,
10 MERCURE DEFRANCE.
Aux plaifirs renaiffans invitent les bergeres.
Tout refpire la joye , & des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime fes chanſons .
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailless
Qu'échauffé de fa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
It fe couvre avec eux de fang & de lauriers :
Pour moi, divine Paix, plus fenfible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui figuale nos armes ,
Je veux , de ta préfence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits .
Ton regne , de tout tems aux humains favorable ;
Deviendra chaque jour plus doux & plus durable,
Et bien-tot de Louis fecondant le grand coeur ,
De cent monftres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes fens l'avenir fe découvre ;
Je lis dans les deftins , je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour les fujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre ,
Qui voudroit, s'il fe peut, en préſerver la terre ,
Plus content de régit fes paisibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire un Général chéri de la victoire ,.
Que l'on ne vit jamais eny vré de fa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
OCTOBRE. 21 1748 .
Près du trône placés paroiffent des Miniftres ,
Eternels ennemis de tous confeils finiftres
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au feul bien de l'Etat confacrant leurs travaux.
Je vois un ordre fage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des fubfides immenſes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans
Et les impôts rendus plus fimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par fes foins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , flétris & réprimés.
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible "
Plus que la guerre même au Royaume nuifible .
Dans tes replis en vain tu prétens te cacher ;
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher .
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés fans
réſerve ,
Vos talens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés .
Le commerce & les Arts, plus libres , plus faciles ,
Augmenteront bien- tôt la fplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiffeaux répandront les richeffes des mers.
Pour mieux nous affûrer l'efpoir de l'abondance ,
22 MERCURE DE FRANCE.
Du Prince & des Prélats l'heureuſe intelligence
Va retrancher partout tant de jours mal fêtés ,
Et rendre à leurs travaux les Peuples enchantés.
Vous , hélas ! qu'aujourd'hui la miſere accompagne
,
Habitans défolés de la trifte campagne ,
Confolez - vous , Louis inftruit de vos malheurs ,
Touché de votre fort, va calmer vos douleurs ,
Et vous aurez enfin , que ce trait vous ſuffile
L'aifance que Henri vous avoit tant promiſe.
Faiguet , M. de P.
蔬菜洗洗洗洗洗洗洗洗送洗
A IPHISE ,
En lui envoyant un Bouquet le jour de fa Fête.
J
E vous le difois hier , adorable Iphiſe;
la Divinité qui préfide aux fonges me
favorife quelquefois , mais jamais les faveurs
ne m'ont été auffi agréables que la
nuit derniere. Je me fuis crû tranfporté
dans un bois charmant , où fouvent je vais
promener mes rêveries , mais cette nuit il
étoit bien plus charmant encore. Le jour
étoit des plus beaux , le Ciel fans nuage , &
le Soleil brilloit de tout fon éclat. Ses
rayons, qui perçoient à peine l'épaiffeur du
OCTOBRE. 1745. 25
bois , ne donnoient de lumiere qu'autant
qu'il en falloit pour contempler la verdu
re & admirer l'agréable obfcurité qui regnoit
prefque partout, Des Zéphirs badins,
qui jouoient entre les feuillages , répandoient
une douce fraîcheur qu'on auroit
eu peine à trouver ailleurs ; l'herbe tendre
& touffue préfentoit plus d'un fiége commode
, dont la molleffe le difputoit à ceux
de l'art ; les oiſeaux par la varieté de leurs
ramages donnoient un Concert agréable
qu'on ne fe laffoit point d'entendre . Les
jeux & les plaifirs , diſperſés dans le bois ,
offroient mille amuſemens .
Dans un endroit un peu écarté , fous
l'ombrage d'un berceau de verdure , que la
nature avoit elle même formé , la Déeffe
de la Danfe tenoit les affifes; des Nymphes
fi belles qu'elles ne l'auroient cedé qu'à
vous , ornées de guirlandes de fleurs , avec
de jeunes garçons auffi beaux que l'Amour
, danfoient d'une legereté admirable ;
à peine leurs pieds touchoient la terre , &
l'herbe foulée par ces Divinités champêtres
n'en paroiffoit que plus fleurie ; leur
oreille délicate ſe prêtoit au doux fon de
cet inftrument gracieux dont Pan fut l'inventeur.
Les jeunes garçons danfoient
avec une nobleffe qui ne pouvoit être fur24
MERCURE DE FRANCE.
(
paffée que par les graces & la modeftie des
Nymphes ; certainement elles avoient apde
la Déeffe même.
pris
Plus loin , & dans un bofquet où la tendre
Echo contoit fes peines aux habitans
des bois , des Bergeres , qui ne devoient
qu'à la Nature tout leur éclat , mêloient
leurs voix à l'agréable fon d'une Mufette ;
le filence regnoit partout , les Zéphirs plus
tranquiles retenoient leurs douces balei
nes ; les Bergers prêtoient une oreille attentive
, & les oifeaux écoutoient avec
plaifir des airs qui leur fervoient de leçon.
Non loin de là , plus d'un Berger aux
pieds de fa bergere fe plaignoit de
fon martire ; au- deffus d'eux , voltigeans
de feuillage en feuillage , les tendres oifeaux
foupiroient leurs amours , mais comme
le mauvais exemple entraîne toujours ,
la Fauvette badinoit les feux du paffionné
Moineau , & la Bergere fe rioit des foupirs
de fon Berger.
Bacchus avoit plus d'un Autel ; d'aimąbles
Sacrificateurs offroient à cette Divinité
de fréquentes libations ; plus d'une victime
fuccomba fous le couteau facré , &
plus d'un Sacrificateur fe reffentit de fa
trop fervente dévotion.
Diane , la feule Diane fut oubliée : elle
voulut
OCTOBRE. 1748. 25
voulut en prendre vengeance ; c'est le nectar
le plus doux pour les Dééffes . Un jeune
Fan s'élança avec vivacité au milieu des
danfes ; les Nymphes troublées , tomberent
évanouies , mais un nuage officieux les cacha
auffi-tôt , & déroba aux yeux des mortels
leur chûte & leur foibleffe.
Dans un lieu affés obfcur , quelques Courtifans
du Parnaffe , peu favorifés d'Apollon
, le mettoient à la torture pour produire
' des vers dignes de leurs Iris , mais
Phébus , derriere eux fans en être apperçû,
effaçoit auffi-tôt les productions informes
de leur génie . Je m'approche de ce Dieu ,
& lui demande d'un air de curiofité , quel
eft le fujet de la Fête. Ignores-tu , m'a- t'il
dit , qu'on célebre aujourd'hui la naiffance
de la charmante & vertueufe Iphife ? Jugez
de ma furpriſe & de ma joye ; impatient de
fatisfaire mon refpect & mon amour , j'implore
le fecours d'Apollon , mais plus fincére
qu'on ne penſe ; nous autres Poëtes.
m'a-t'il dit , on nous accufe de dire rarement
la vérités pour exprimer tes fentimens
employe le langage de la Nature.
>
On ne fe trompe gueres en fuivant le
confeil des Dieux , Adorable Iphife
mon coeur fincere & fans fard vous préfente
refpectueufement ces fleurs ; mon
amour fera auffi conftant que leur éclas
B
26 MERCURE DE FRANCE.
eſt peu durable, Quel fera leur deftin, fi el
les meurent fous vos yeux ! Quel fera mon
bonheur , fi vous daignez les accepter !
****************
VERS.
D'une Sylphide à M. L. A. du M.
Vous, que le goût éclaire & guide ,
Vous , dont l'impartialité
Enhardit un Auteur timide ,
Et confond la témérité
Recevez avec vérité
Cet éloge mal apprêté ,
>
Que vous présente une Sylphide ,
Qui fur toute autre qualité
Donne avec vous la primauté
Au coeur droit , à l'efprit folide.
Autrefois de foibles mortels
Ne portoient aux fecrets Autels
Des habitans élémentaires ,
Que des offrandes mercenaires ;
Et leur creufet infructueux
Eût décrédité nos myftéres ,
Si les moins crédules d'entr'eux
N'euffent tranfmis à leurs neveux
¿
OCTOBRE. 1748. 27
Des notions plus falutaires.
Il eſt de vrais fages encor ,
Qui placent au - deffus de l'or
L'avantage de nous connoître ;
Qui d'eux mêmes prenant l'effor ;'
Par notre entremiſe font naître ,
Se jouant parfois fur un rien ,
Ce charme , ce fuprême bien
Dont l'efprit aime à ſe repaître ,
Où l'Automate ne ſent rien.
Dans mon féjour aërien ,
Ce fut moi , qu'on daigne m'en croire
Qui fans taliſman , fans grimoire ,
Tranſportai par un doux lien
Des champs un tendre Citoyen ,
Amant de la paifible gloire ,
Dont on a fait plus d'une hiftoire ,
Où le diable n'entendroit rien,
Laflé d'endurer fans le plaindre ,
Dans plus d'un emblême il fçut peindre
Le caquet frivole , odieux ,
D'un petit nombre d'envieux ;
Engeance de tout tems profcrite ,
Qui fe reproduit en tous lieux ,
Fait baiffer les yeux au mérite
Et leve fon front orgueilleux .
C'eft- là le prix injurieux ,
"
Bij
28 MERCURE DE FRANCE:
C'eft la récompenfe maudite
Qu'un vain talent traîne à ſa ſuite.
Si fur l'Autel des demi-Dieux ,
Dune voix foible , mais fincére ,
Il ne porta qu'un encens ordinaire ;
Le refpect le rend digne d'eux ,
Ou défarme du moins la vengeance ſevere:
Les Dieux font toujours généreux ;
S'ils tonnent , ils ne frappent guere.
* ፡
MEMORIÆ Incliti Prafulis
EPITAPHIUM,
HIC
JACET
Omnium hominum fimili forte tumulatus ;
Reverendus in Deo Pater
Hieronymus Ludovicus DE FOUDRAS ·
COURCINAY ,
Nobilis Lugduni Comes ,
In celeberrimâ Pictonum Univerfitate Doctor
emeritus ,
Afanétiffimo Anteceffore & Confanguineo Præfule
Coadjutor expetitus ,
Deinde Thloanenfis Epifcopus confecratus ,
Ac demum Pictavienfis factus Antiftes ,
Abbatiâ Sancti Leodegarii infuper donatus à Rege.
OCTOBRE. 1748. 29
In eo maximè effulferunt
Verus Dei Timor , candor morum ,
In Sacris celebrandis attenta pietas .
Is fuit ardens zelo , corde bono ,
In pauperes præfertim occultos mifericors ,
Romanæ Sedi devotus , Difciplinæ Eccleſiaſtica
Confervator ,
Vaſtiffimæ Dioecefis Luftrator providus ,
Per fexdecim annos Gubernator indefeffus ,
Domui fuæ benè Præpofitus.
Dirâ nece præventus occubuit
Die decimâ tertiâ menfis Augufti , anno
M. DCC. XLVII .
Etatis fuæ LXIII.
Ad aquas Rupi- Pozæas in regulari domo de Mifericordia
Dei ,
Ubi cor & vifcera hujus almi Patris humi data funt,
Corpus verò ad jufta vota fuorum ,
Confuetæ Epifcopali redditum Sepulturæ ,
Die decimâ- nonâ prædicti menfis :
Anima pia , faxit Deus , Beatorum in gaudio
quiefcat.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE:
D
MEMOIRE préfenté aux Etats de
Bretagne , tenus à Rennes en 1746.
NOSSEIGNEURS,
L'de la Nobleffe ,&r en cette qualité ,
'Auteur de ce Mémoire , de l'Ordre
›
l'un des Membres ordinaires de vos Affemblées
, eftime qu'on ne s'eft pas encore avifé
de vous en préfenter aucun d'une auff
confidérable importance
.
Quelle que puiffe être votre déciſion ,
Noffeigneurs , à l'égard des trois Projets
qu'il a l'honneur d'y foumettre , elle fera
fûrement à l'avantage d'un coeur toujours
pénetré d'un amour invariable pour le bien
de la Patrie ; amour dont il ofe eſperer
qu'on regardera cet écrit comme un nouveau
témoignage.
ARTICLE I.
Projet I.
Ce premier Projet tend , 1º. à faire entreprendre
un Canal , lequel établira la
correfpondance perpétuelle d'une Tranfnavigation
réciproque entre les Rivieres de
Rence & de Vilaine ; 2 ° . à rendre la Rence
OCTOBRE. 1748 . 3*
navigable , depuis l'embranchement de ce
Canal dans cette Riviere , jufqu'à la Mer..
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE PREM Į ER,
Reflexions fur quelques avantages réfultans
de l'exécution du Projet premier..
Les avantages qui résultent de l'exécu
tion de ce Projet font nombreux, ſenſibles,
importans ; en voici quelques-uns , tant
immédiats que médiats,
I. La Ville de Rennes eft l'une des principales
Villes du Royaume , la Capitale de
la Bretagne , le Siége fixe de fon Parlement,
& le lieu le plus ordinaire de vos Affemblées.
Située bien avant dans les Terres , &
privée jufqu'à préfent par cette raifon , de
la plus grande partie des commodités que
procurent à plufieurs Villes de cette Province
leurs fituations maritimes , elle attend
l'exécution de ce Projet , non- feulement
pour pouvoir jouir de ces commodités
, mais encore pour devenir le
centre du Commerce mutuel des plus confidérables
de ces Villes , & de quelques autres
aufquelles leurs fituations méditerranées
ont étéjufqu'à préſent très- déſavantageuſes
du côté du Commerce.
B iiij
3 MERCURE DE FRANCE.
La fuite de ce Mémoire mettra cette vérité
dans tout fon jour.
II. Les Villes de Rhedon & de S. Male
mettront à profit leur nouvelle correfpondance
, l'une pour fortir de l'état d'inaction
, qui femble mal- à - propos lui être naturel
, & l'autre pour revenir à celui d'activité
, qu'elle ne paroît avoir perdu que
du côté du Commerce.
Ces deux Villes font dignes d'une confidération
fpéciale. L'une , malgré la léthargie
préfente des Commerçans qui l'habitent
, eft l'unique porte ouverte pour tout
le Commerce de Rennes , & a produit autrefois
des Négocians célebres ; tel étoit
M. Meurier , que confultoit fouvent M. le
Cardinal de Richelieu . Les Habitans de
l'autre ont fouvent rendu & rendent encore
de grands fervices à l'Etat , & elle a
l'honneur d'être le lieu où font nés Mcffieurs
Jacques Cartier , le Typhis des Argonautes
Bretons qui ont découvert &
conquis la nouvelle France ; du Gué- Troüin,
le fléau de l'orgueil Anglois ; Moreau de
Maupertuis , le démonftrateur de la vraie
figure de la Terre .
III. L'établiffement de cette nouvelle
Navigation à travers le milieu de la partie
fupérieure , & parconféquent la plus large
& la plus grande, & cependant la moins
OCTOBER. 1748. 33
commerçante de Bretagne , excitera & ré
veillera , fous diverfes formes toutes utiles
, l'induftrie de tous les habitans intérieurs
de cette partie .
IV. Les Habitans des Côtes Septentrionale
& Méridionale de la Haute - Bretagne
commerceront enſemble , en tout
tems , en toute faifon , de tout vent , તે
l'aide d'une Navigation tranquille , fûré
pour tout le monde en général , & trèsprofitable
en particulier pour tous les voifins
, foit à l'Eft , foit à l'Ouest , tant de ces
deux Rivieres que du Canal qui aura établi
leur communication réciproque .
Il eft de remarque qu'à préfent les Habitans
des Côtes Septentrionale & Méridionale
de la Haute- Bretagne, & ceux des Provinces
Limitrophes , ont befoin d'autant
de differens vents , & ont même ſouvent
autant de rifques à courir du côté de là
Mer en tout tems, & du côté de l'Ennemi -
en tems de guerre , pour établir & entre
tenir d'une Côte à l'autre une correfpondance
active & continuelle , que pour entreprendre
des voyages de long cours &
porter au loin leur Commerce.
V. Il est évident que ce Canal fera pour
la Bretagne & pour les Provinces voifines,
par rapport à la Manche & à l'Océan , ce
qu'est le Canal de Riquet pour le Langue-
B v
34 MERCURE DE FRANCE:
doc & pour les Provinces voifines de celleci
, par rapport à l'Océan & à la Méliterrange
.
VI. Ce Canal fera encore une nouvelle
route & un nouvel entrepôt en faveur du
Commerce , tant né qu'i naître , non -feu
lement entre les autres Provinces de France
, fuées fur la Manche & fur l'Océan ,
mais même entre plufieurs Négocians des
Pays étrangers, qui font établis & domiciliés
, ou qui envoyent ordinairement des
Navires , les uns au Nord , les autres au
Sud des deux embranchemens de ce Canal.
Aucun de vous , Noffeigneurs , n'ignore
que le feul paffage de la Manche dans
P'Océan , ou de l'Océan dans la Manche ;
eft fouvent fujet à plus de contretems , de
rifques & d'accidens , que ne l'eft un
voyage de Cadix à Nantes , ou de Ham
bourg à S. Malo.
VII. Les denrées , les meubles , & en
un mot toutes les marchandifes de toutes
elpeces, qu'on ne vend, & qu'on n'échange
à préfent que de proche en proche & à
force de frais , & même en courant les rifques
de plufieurs avaries , fractures & autres
accidens ordinaires , tant fur mer que
fur terre , fe pourront échanger , vendre
& livrer de loin à loin & d'une Mer à
F'autre , à très -grand compte & fans aucu
ne forte de danger.
OCTOBRE. 1748 .
35
VIII. Cette Tranfnavigation méditerranée
& réciproque du Nord au Sud , &
du Sud au Nord de la Haute Bretagne ,
rendra inutiles une infinité de chariots
fourgons , &c. & enfin toutes les voitures
lourdes & péfantes par leurs propres poids
& par leurs charges , comme auffi plufieurs
bêtes de tirage & de fomme.
IX. Ces bêtes , & plus des trois quart's
des hommes qu'elles détournent de toutes
autres occupations , feront des reftitutions
d'un prix inestimable , faites en particulier
à l'Agriculture & à tous les Arts &
Métiers en général .
- X. De l'éclypfe éternelle de ces voitu
tures lourdes & péfantes fur les grands chemins
, il arrivera qu'ils ne feront plus effondrés
& rendus impraticables d'une an
née à l'autre , comme ils le font préfentement,
& que moyennant une légere réparation
ils auront le tems de devenir folides
& durables.
XI. Cette nouvelle Méthode d'expor
tation & de voiture rendra un grand nom
bre de fervices à tout le monde , & furtout
aux Négocians , en ce que dans leurs entreprifes
& commiffions , ils ne fe trouveront
plus à la merci des Rouliers & Voituriers
par terre. Les fommes exceffives que ces
derniers exigent de ceux qui ont befoin de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les employer , & les inconvéniens innombrables
des voitures par terre , augmentent
d'environ un tiers le prix de la plupart des
chofes qui entrent dans le Commerce , &
ils diminuent en même proportion le gain
que fans cet obſtacle on pourroit en attendre
de cabinet à cabinet.
XII . Les anciens Ponts de la Province,
dont les réparations & réédifications font
fi fréquentes & fi ruineufes , deviendront
durables , & ceux qui feront établis fur ce
nouveau Canal, augmenteront les commodités
anciennes & en procureront de nouvelles
à l'égard des chemins , tant Royaux
que Vicinaux. L'expofition des deux Projets
contenus dans les deux Articles fui
vans , fera la démonftration parfaite de
tout ce qu'on vient d'avancer ici .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE PREMIER .
Réflexionsfur la poffibilité des deux opérations
que l'Auteur propoſe.
I. Quant à la poffibilité d'établir une
communication entre la Rence & la Vilaine
par le moyen d'un Canal , elle eft connue
depuis plus d'un fiécle.
Cependant l'Auteur offre de la faire voir
OCTOBRE. 1748. 37
de plus d'une maniere , fur les lieux , aux
Commiffaires
qu'il vous fupplie , Noffeigneurs
, de nommer
pour examiner
les
moyens qu'il juge les plus expédiens
touchant
l'exécution
de cette premiere partie
de ce premier Projet .
II. Quant à la feconde & derniere opé
ration propofée dans ce premier Article ,
l'Auteur croit que la poffibilité de rendre
la Rence navigable , depuis fa communica
tion avec le Čanal propofé jufqu'à la Mer,
'eſt à l'abri de toute contradiction , parce
que , 1 ° . En conféquence d'un ménagement
prefque arbitraire & périodique ,
cette Riviere s'accroîtra de toute l'eau
qu'elle recevra de ce Canal ; 2 ° . le lit de
cette Riviere ,laquelle a été autrefois navigable
en la remontant depuis fon embouchure
jufqu'à deux lieues au - deffus de
Dinan , n'a prefque beſoin que d'être defencombré
pour être rétabli dans fon premier
état , 3 °. on pourra étrécir & creufer
ce lit , & placer dans les diftances convenables
quelques Eclufes entre l'embranchement
de ce Canal dans la Rence , & l'endroit
où cette Riviere commence , fuivant
fon état actuel , d'être navigable. Cela ſuffaire
difparoître toutes les diffi fira
pour
cultés
imaginables.
NB. 1. Au fujet de l'entrepriſe icì
38 MERCURE DE FRANCE.
projettée & de toutes autres pareilles , le
même Auteur offre d'indiquer des moyens
fimples de préſerver de tous fédimens , engorgemens
& encombremens , les Canaux
& les Rivieres qui ont befoin d'Ecluſes , &
de rendre continue , tant en montant qu'en
defcendant , & d'exempter de la multiplication
des Eclufes & du changement de
Bâteaux , toute navigation fluviale , qui
n'eft interrompue que par quelques fauts
ou cataractes. 2 °. Ce Canal peut auffi être
exécuté , de façon qu'on n'ait pas beſoin
d'entreprendre cette feconde opération.
ARTICLE SECOND.
Projet II.
Ce Projet tend à procurer une commu
nication réciproque, & , depuis cette communication
jufqu'à la Mer , une navigabi
lité continuelle aux Rivieres d'Ould & de
Blaved, Rien ne s'oppofe à ce Projet , fr
ce n'eft la fuppofition de l'inutilité ou de
l'impoffibilité de fon exécution.
OCTOBRE. 1748. 39
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE SECOND.
Réflexions fur l'importance du fujet qu'il
préfente.
I. Les parties méditerranées des Evêchés
de Cornouaille , de S. Brieux , & de
S. Malo , qui font voifines , foit de la
Riviere de Blaved , foit de celle d'Ould ,
participeront aux commodités de cette
nouvelle correfpondance dans toute fon
étenduë.
>
II. L'Evêché de Vannes , dont toute la
partie intérieure & la lifiere méditerranée
font fr languiffantes , tant par rapport à la
néceffité & à l'appas ruineux des Charrois ,
qui privent plufieurs champs de leurs Cultivateurs
, qu'à caufe de la difficulté de
toutes fortes de débouchés , fe reffentira
( dans toute fa circonference méditerranée
& de là jufques dans fes parties intérieures
) de tous les effets de cette
nouvelle Navigation , qui fera circuler
avec avantage & prefque fans frais les
productions des terrains aufquels elle reftituera
fes Colons , quand elle fuccédera aux
Charrois.
III. Les Villes du Port- Louis , de l'O
rient & de Hennebond , auront une com40
MERCURE DE FRANCE.
munication nouvelle , intérieure , fûre &
commode , non- feulement avec la Ville
de Pontivy , moyennant, quelques Eclufes
qui feront placées entr'elle & l'embranchement
de ce Canal dans Blaved , mais encore
avec celle de Joffelin , Malestroit ,
Rhedon , Rennes , Dinan & S. Malo.
IV. L'exécution du projet fecond lui
communiquera les commodités & utilités
du projet premier , & en même tems le
projet premier prendra part aux utilités
& commodités qui réſulteront de l'exécution
du projet fecond.
Après cette communication établie entre
toutes ces Villes , pour étendre celle
de toutes ces Villes , & l'établir avec les
plus confidérables du Royaume , il fuffic
d'exécuter le projet dont on parlera à
l'Article troifiéme .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE II.
Réflexions fur la poffibilité de l'entreprife
qu'il préfente.
I. La Riviere de Blaved , depuis qu'elle
coule auprès de Bienzy , jufqu'à fon embouchûre
, n'eft interrompue par aucunfaut
confidérable , & joüit ( pendant plufieurs
OCTOBRE. 1748. 41
vation
portions de fon cours ) d'une pente- de- dériordinairement
affés douce , &
·quelquefois prefque imperceptible.
II. On peut dire à peu près la même
chofe de la Riviere d'Ould , depuis le Pont
de Boquenenc , qui eft fitué à une lieuë audeffus
de Joffelin , jufqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
III. Après qu'on aura nettoyé , & par
la même opération , creufé & étreci en
quelques endroits les lits des Rivieres de
Blaved & d'Ould , elles fe trouveront devenues
continuellement navigables , au
moyen , 1º . du concours des eaux que
les
embranchemens du Canal intermédiaire
leur adrefferont , 2 °. des Efclufes , lefquelles
, excepté dans trois ou quatre en
droits , feront placées de loin à loin , pour
foûtenir & conferver ces eaux dans leurs
defcentes.
IV. Pour ménager en faveur de ce Cánal-
de-jonction , 1 °. les niveaux de pente ,
qui conviennent à fes embranchemens';
2º. les rigoles qui rempliront & tiendront
plein fon réfervoir ou baffin de proviſion ;
3 ° . un Canal- de- dérivation , toujours prêt
à vaider en tems requis les eaux de ce baffin
dans le Canal- de- diftribution , il faut
que la ligne que parcourera , de l'Ouest à
J'Eft , le Canal-de -jonction , évite , fçavoir ,
42 MERCURE DE FRANCE.
à fon Nord , le Bourg de Naizin , la Cha
pelle de la Villetual en Pleugriffet , & , a
fon Sud , les Bourgs de Pleumelliau , Rumengol
, Moreac , Buleon , & Lentillac ,
de telle façon que les deux embranchemens
de ce Canal aboutiront , l'un , à
peu-près vis-à-vis de Bieuzy , dans Blaved ,
& l'autre , par Canfroud au Pont de Boqueneuc
dans Ould , après quoi il ne restera
que de rendre la Riviere d'Ould navigable
depuis Boqueneuc jufqu'à Maleftroit , puifqu'elle
fe trouve dès-à- préfent navigable
depuis Maleftroit jufqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
V. L'Auteur de cet écrit ne croit pas ,
qu'en donnant une autre route à ce Canal ,
on puiffe ménager & conferver , en faveur
du Canal de diftribution , le volume d'eau
néceffaire & requis pour entretenir , fans
diſcontinuation , & la tranfnavigation réciproque
& la navigabilité de ces deux Rivie
res.
ARTICLE III.
Projet 111.
Ce projet tend à faire entreprendre la
cavation d'un Canal , qui établira une communication
mutuelle entre les Rivieres de
Loire & de Vilaine.
OCTOBRE. 1748. 43
PARTIE PREMIERE.
DE L'ARTICLE ITI.
Réflexions fur l'importance du projet
qu'il préfenie.
1. Tout le monde voit , fans qu'on ait
befoin de les montrer , les grands & divers
avantages que l'exécution du projet troifiéme
peut procurer par elle-même , étant
confidérée féparement de celle des deux
autres projets ;un de ces avantages fera l'établiſſement
d'une correfpondance continuelle
, commode & fûre entre les Villes
de Rennes & de Nantes.
II. Obſervation très-férieuſe en faveur
du Commerce. L'exécution des projets
& 2 , étant préalablement fuppofée , par
le moyen de celle du troifiéme , une navigation
exempte des avaries & des rifques
de la mer , & même de tous les accidens
tant des chemins que des voitures & tranf
ports par terre , communiquera & aux Villes
de Rennes , Port-Louis , l'Orient , Hennebond
, Pontivy , Joſſelin , Maleſtroit , Rhedon
, Dinan , Saint Malo & Nantes , & à
celles d'Orleans & de Paris , de même qu'à
Toutes celles qui font fituées , tant fur la
Loire que fur toutes les Rivieres navigables
, qui ont ou qui auront une communi
!
44 MERCURE DE FRANCE.
cation immédiate ou médiate avec ce
Aleuve , non-feulement toutes les denrées
& marchandifes differentes , qui font les
productions des territoires , & les produits
des differentes Manufactures de toutes ces
differentes Villes , mais encore toutes les
Marchindifes étrangeres , dont chacune de
ces Villes fait un commerce fpécial.
III. Il eſt donc évident que , par le
moyen de cette nouvelle navigation , prefque
toutes les Villes du Royaume verront
aborder chés elles , fans rifques , fans accidens
, & avec beaucoup moins de frais .
qu'auparavant , les differentes & précieufes
Marchandifes que la Compagnie des
Indes fait venir & vendre à l'Orient , de
même que toutes celles qu'on peut tirer de
Saint Malo.
Il eſt d'obſervation qu'on ne peut imaginer
aucuns autres projets auffi avantageux
pour la Compagnie des Indes , que
le font les trois ci-deffus mentionnés , &
que toutes les espéces de Marchandifes ,
que les Négocians de la Ville de S. Malo
tirent , ou pourront tirer de toutes les par- .
ties du monde , au lieu qu'elles s'y trou
vent à préfent emmenées comme dans un
cul-de-fac , d'où ces Négocians fe trouvent
obligés , à leur grand dommage & à celui de
leurs compatriotes , de les faire refluer chés.
OCTOBRE. 1748. 45
l'Etranger ,fe répandront avec une fûreté ,
une facilité & une utilité , générales & réciproques
, fur la furface de la Province ,
pendant que leurs Vaiffeaux feront des
voyages plus utiles & plus glorieux pour .
eux & pour l'Etat ,
IV. Cette nouvelle navigation fera va
loir les Manufactures établies , & en fera
établir plufieurs dans la Province , en même
tems qu'elle fervita au rétabliſſement
& à l'entretien de notre Marine. En effet,
par le moyen de ces trois Canaux , & de
La communication qu'ils procureront aux
Villes de l'Orient & de S. Malo avec la
Loire, & que la Loire leur procurera avec
les Villes les plus méditerrannées & les
plus éloignées du Royaume , ces deux Villes
tireront , avec fûreté , & prefque fans
frais , des endroits les plus écartés & des
lieux les plus intérieurs de la France , les
bois de conftruction , & tous les autres
matériaux propres à la Marine, dont on a &
dont on aura befoin dans ces deux Ports &
dans celui de Breft . La Marine pourvûë
de plufieurs bons Vaiffeaux & de toutes
les chofes néceffaires pour en augmenter
le nombre , felon que l'exigeront le bien
de l'Etat , l'honneur de la Nation , & la
gloire du Regne de NOTRE BIEN - AIME'
MONARQUE , le rendra feul & irréfraga46
MERCURE DE FRANCE.
ble Arbitre de toutes les querelles , qui
divifent ou tendront à divifer les differentes
Puiffances de l'Europe , & contraindra
les differentes Nations , & à plus
forte raiſon les Membres particuliers de
ces Nations , de ne pas inquiéter , que
dis-je ? de refpecter & de regarder comme
privilégiés & facrés les divers genres de
Commerce établis ou à établir entre ce
Royaume & toutes les autres parties du
Monde. C'est une vérité politique , auffi
facile à démontrer qu'un Théorême de
Géométrie.
V. De cette nouvelle navigation proviendront
encore plufieurs autres avantages
, entr'autres , ceux-ci. 1 ° . Les Marchands
& Commerçans , tant Etrangers
que Regnicoles , qui fe rendent actuellement
à l'Orient dans le tems de la l'ente ,
feront invités , plus qu'auparavant , de fréquenter
cette Ville , par la diminution
& par la fûreté que cette navigation ap
portera aux frais de tranfport & d'expor
tations de leurs emplettes . 2°. Ces nouveaux
avantages détermineront plufieurs
perfonnes de tous pays , états & métiers ,
qui n'ont pas encore été à la Vente , d'y
venir. 3 °. De l'inutilité , & par conféquent
de la fuppreffion d'une grande quantité
de voitures péfantes , & par leurs charges
OCTOBRE. 1745. 47
& par leurs poids , & de bêtes de tirage >
& de fomme , il s'enfuivra que tous les
grands chemins du Royaume deviendront
aifés & pratiquables aux Voitures légéres
& aux chevaux de felle , tant de ces Marchands
& Commerçans , que de tous les
autres voyageurs , &c, 4°. La Ville de
Nantes , l'une des principales Villes de cette
Province , deviendra l'une des principa
les Villes du Royaume , en devenant l'entrepôt
général.
VI. Autres avantages réſultans évidemment
de cette nouvelle Navigation. 1. Les
Négocians & autres particuliers étrangers,
qui, en conféquence du Franc-tranfit
font voiturer à travers le Royaume les emplettes
qu'ils font à l'Orient , trouveront
un profit clair , fûr , confidérable , exempt
de tous dangers & accidens , à faire voitu
rer ces emplettes par ces Canaux & par les
Rivieres , dont ils établiront les communications
réciproques , tant immédiates
que médiates. 2 °. De cette maniere les.
Erangers payeront à perpetuité une grande
partie des fommes qu'auront coûté &
coûteront la confection & l'entretien
que
de toutes les entrepriſes ci - deffus propofées.
3 ° . Il eft aifé de prouver que ces entrepriſes
importantes pour l'Etat , feront
encore avantageufes pour les Fermes du
48 MERCURE DE FRANCE.
Roi , & ne feront même aucun tort , mais
au contraire feront plaifir aux particu
liers , fur les fonds defquels elles feront
exécutées.
VII. Ajoutez à toutes les confidérations
précédentes , Noffeigneurs , celle de la
multiplication des Matelots d'eau douce
, que produira & dans cette Province
& dans les autres cette nouvelle navigation
méditerranée. Ils feront plus pro
pres que des hommes de labeur & de métier,
pour être Claffés & pour devenir dès
la premiere Campagne de bons Matelots
de Mer , & cette nouvelle efpece de Matelots
d'eau douce ne proviendra , ni de la
claffe des Laboureurs , ni de celle des Artifans
, mais bien de la claffe nouvelle des
Voituriers , Rouliers , Muletiers , &c. devenue
prefque toute inutile , au moyen de
l'établiffement de cette nouvelle navigation
,
VIII. Ajoûtez à cette derniere confidération
que l'éclipfe des Matelots , qu'on
prendra en tems de guerre fur les Rivieres
pour la Mer , ne fera aucun tort à la navigation
intérieure & fluviale du Royaume ,
parce qu'alors cette navigation n'aura prefque
lieu qu'entre les habitans du Royaume
, & n'aura parconféquent befoin que
d'environ la moitié des Matelots qu'elle
aura
OCTOBRE. 1748. 42
aura occupés & qu'elle occupera en tems
de
paix.
IX. La France ſera toujours lá Puiſſance
dominante de l'Europe , pendant qu'elle
aura en Mer durant la Paix , autant de
Vaiffeaux de guerre que l'Angleterre , &
qu'à chaque commencement de guerre elle
pourra promptement augmenter le nombre
de ces Vaiffeaux , & les armer tous
d'une façon avantageufe.
Toutes ces raifons promettent les éloges
unanimes de la poſtérité la plus reculée
aux perfonnes puiffantes , qui par leur crédit
& leurs repréfentations preffantes
faciliteront l'exécution de ces entrepriſes.
De telles propofitions n'ont befoin que
d'être préfentées à S. A. S. M. le Duc de
Penthievre , pour le trouver très juftement
recommandées à l'élevation de l'ame & à
la bonté du coeur de l'Amiral , & du Gouverneur
de cette Province. Ces propofitions
le trouveront encore ( pour toutes
ces raifons ) très-fpécialement recommandées
à la fagacité bienfaifante & courageufe
de Meffieurs les Miniftres d'Etat , des
Finances & du Commerce,
C
So MERCURE DE FRANCE.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE III.
Reflexions fur la poffibilité du Projet
qu'il préfente.
I. Cette exécution eft poffible , en établiffant
un Canal , qui , pour aboutir de
Vilaine en Loire & de Loire en Vilaine ,
contournera à mi -côteau quelques terrains
montueux , enjambera le cours de la petite
Riviere , appellée Izak , & lequel , outre
l'amas d'eau pluviale , qu'il exigera de fon
baffin de provifion fupérieur , recevra de
plus dans fon Canal de diftribution
par le moyen d'un Réfervoir inférieur ,
le tribut de quelques fources , avec un
volume d'eau qui y fera rendu par une
Rigole tortueufe & longue , tirée de la
tie fupérieure de la même Riviere , & à la→
quelle viendra même fe joindre , fi l'on
veut , une autre Rigole , tirée auffi de la
partie
fupérieure du Dôn , &c. La route , que
donneroit ce Canal , feroit la plus courte
de toutes celles qu'un Canal peut ménager
entre Rennes & Nantes , mais ce ne feroit
pas la moins chere quant à la dépense qu'il
faudroit faire pour l'établir .
parOCTOBRE.
1748.
II. On peut encore exécuter ce projet ,
en creufant un Canal , dont l'un des deux
embranchemens entreroit en Vilaine au
deffus de l'embouchûre d'Izak, & l'autre
fe rendroit fous Nort en Erdre. Ce Canal
enjamberoit la Riviere d'Izak , & par le
moyen de deux Rigoles amenées des
parties fupérieures de cette Riviere & de
celle du Don , auroit au- deffus de fes deux
points de partage un baffin de proviſion ,
lequel affembleroit , avec ces eaux , celles
de quelques ruiffeaux & de quelques torrens
, & pourroit , en tous tems , fournir.
à ce Canal toute l'eau néceffaire depuis
fa partie la plus élevée inclufivement , juf
qu'à fes deux embranchemens .
La route que donneroit ce Canal feroit
plus longue , mais moins chere , quant a
l'exécution , que celle qu'on vient d'indi
quer au nombre précédent.
III. Enfin la jonction de ces deux plus
grandes Rivieres de Bretagne peut aifément
être établie par un Canal , qui , pour
aboutir de Vilaine en Loire par la petite
Riviere de Pont- Château , parcoureroit une
ligne tirée d'auprès de Cran à Pont- Châ
teau. Ce Canal ,, par le moyen d'un baffin
de provifion oblong & voifin de fa
partie
la plus élevée , recevroit entre fes deux
points de partage , par un petit Cana! de
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
dérivation les eaux de deux ruiffeaux qui
ne tariffent guéres ; celles qui par une
rigole y pourroient être conduites de la
partie fupérieure de la Riviere d'Izak , & .
enfin tout l'amas d'eaux , tant pluviales
qu'autres , que deux rigoles , plus élevées
que celle- là , ameneroient dans ce ballin
de provifion , lequel fourniroit , en tous
tems , au Canal de diftribution un volume
d'eau fuffifant , pour procurer non -feulement
à ce Canal , mais encore à la Riviere
de Pont-Chateau une navigabilité continuel-.
le , moyennant quelques éclufes , quel
ques légéres opérations faites à fon lit , &
la réduction de fes deux embouchûres en
une.
La route que ce Canal ouvriroit , feroit
plus longue , mais moins chere qu'aucune
des deux autres quant à l'exécution , &
plus utile qu'aucune autre , à la Ville de
Nantes , & aux autres Villes qui prennent
ou prendront part au Commerce maritime
de celle- ci,
On donnera la fuite de ce Mémoire dans
la Mercure de Novembre,
OCTOBRE. 1748. 53
ESSAI d'un Ecolier du Collége
de Louis le Grand *.
Pour charmet fon inquiétude ,
Et fe plaindre à loifir du Deftin rigoureux ,
Qui l'éloignoit de l'objet de fes voeux ,
Le Berger Aléxis cherchoit la folitude ,
Lorſque l'Amour parut ; l'Amour , ce Dieu charmant
,
( Non celui , que le crime honore. )
Me voici , lui dit- il : au feu qui te dévore ,
J'apporte du foulagement.
Malgré la fatale distance ,
Qui fépare vos deux coeurs ,
L'objet dont tu pleures l'abſence ,
Peut être témoin de tes pleurs .
Pour adoucir les maux de ton ame inquiéte ,
Ecoute l'avis que je prête
A ceux qui vivent fous mes loix :
* Letitre ne doit pas détourner de lire cette Piéce .
Peut-être aucun des plus grands Poëtes ne s'eft-il annoncé
par des commencemens plus heureux.
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
·
Que ta mainfoit ton interpréte ,
Et que cette toile muette
Faffe l'office de ta voix.
Voulant recompenfer le zéle
De cet Amant tendre & conftant,
L'Amour dit , & de fon aîle
Il tire une plume à l'inſtant ;
Par fa flêche il la divife ,
Avec la pointe il l'aiguife ,
Le facrifice étoit beau.
Il fait plus ; fa main déchire ,
Et lui préfente , pour écrire,
La moitié de fon bandeau.
Le fenfible Alexis comprenant fa penſée ,
La lettre de mon fang , dit- il , fera tracée ;
Le fang coule en effet , & l'Amour applaudit ;
Il y trempe la plume , il la prend , il écrit ,
Et les doigts , parcourant cette bande legére ,
Tracent de fon autour le fanglant caractére.
La lettre part ; l'Amour en eft le meffager ,
Rapporte la réponſe au fidéle Berger ;
Va , revient plufieurs fois , par un bienfait fuprême.
Entre ce couple abfent , qui s'aime ,
Et dont l'Amour refferra les liens *
Ainfi l'Amour voulut lui -même
Nourrir les tendres entretiens.
OCTOBRE . 1748. 55
L'ABEILLE
ET L'ECOLIER
,
D
FABLE.
Par le même .
Es fleurs nouvellement écloſes ,
Pour compofer un nectar précieux ,
Une Abeille cueilloit le fuc délicieux ;
Elle erroit fur le thim , l'amarante , les roſes ,
Le ferpolet , le myrthe , ami des Dieux..
Un jeune adolefcent qui parcouroit ces lieux ,
Immobile , craignant de lui porter obſtacle ,
Jettoit fur fon travail un regard curieux.
Il s'avançe furpris , mais quel nouveau ſpectacle
Vient encor étonner fon efprit & fes yeux !
Dans une ruche tranſparente ,
•
Il voit une grande cité ,
Cité nombreufe , où de chaque habitant
Il admire l'activité ,
L'ardeur , la force & la dextérité.
La troupe toujours agiflante
Ignore l'art d'ufer d'un fecours emprunté ,
Elle travaille & fe tourmente
Pour les divers befoins de la fociété.
Chacune a fa tâche . Elle augmente
Selon l'âge , le tems & la néceſſité .
L'une forme la cire , & l'autre la cimente
Ciiijj
56
MERCURE DE FRANCE.
Pour bâtir des maifons à la
communauté.
Dans un refervoir apprêté ,
L'autre met en dépôt cette liqueur charmante
Dont on nourrit un jeune enfant gâté .
Un Roi , difons mieux , une Reine
Leur dicte un ordre reſpecté .
Elle parle , & l'on fuit avec docilité
Les décrets de la Souveraine ;
L'Ecolier étoit enchanté.
Dieux , difoit-il , quelle merveille ?
Filles du Ciel , quelle eft votre fagacité !
Que j'aime à voir dans mon oifiveté
Cette fageffe fans pareille ,
Ce bel ordre , cet art cette vivacité
"
Et cette ardeur qui me reveille !
Il louoit tout , lorfqu'une jeune Abeille ;
Après l'avoir bien écouté ,
D'une voix bourdonnante & fans obfcurité ,
Lui fifla ces mots à l'oreille.
Dans cet ouvrage fi vanté
'Adore & reconnois plutôt la Providence.
Son doigt nous a tracé le plan & l'ordonnance
'Des cafes que nous bâtiffons .
Il a marqué les fleurs , & nous les choififfons
Sa voix parle dans nous , & nous obéiffons.
Soumifes au Très-haut , à fes décrets fuprêmes ,
Notre mérite eft de fuivre fa loi ,
OCTOBRE. 57 1748.
Si nous formons le miel , ce n'eft pas pour nousmêines
,
C'est pour les hommes , c'eft pour toi.
Ainfi , jeune mortel , qui que tu puiffes être ,
Remplis comme nous ton emploi ,
Et fçache qu'ici bas le Ciel ne t'a fait naître
Que pour fervir les Dieux , ta Patrie , & ton Roi.
!
LETTRE à l'Auteur de celle inférée dans
le Mercure de Juillet 1748 , page 147 ,
fur leprojet d'une Place pour la ftatue du
Roi.
O
N ne peut , Monfieur , trop loiier
votre amour pour notre Nation , &
votre zéle pour tout ce qui intéreffe fa
gloire. Ce fentiment eft d'autant plus eftimable
, que bien des gens veulent fe donner
le bon air de s'en écarter . On croit
qu'il y a du courage à s'affranchir des
vieux préjugés , & que celui de l'amour
national doit être facrifié comme les autres.
On imagine que tout ce qui eft pris
fur le fentiment , eft autant de gagné pour
la raiſon , & l'on s'interdiroit volontiers
la faculté de fentir , comme fi elle ne faifoit
pas la plus heureufe partie de notre
exiſtence.
C.v
58 MERCURE DE FRANCE.
{
J'aime bien mieux ce Philofophe * aimable
, le modéle des fages de notre fiécle ,
qui dit que la Philofophie commence par
détacher de tout , mais qu'enfuite elle
nous ramene à tout , c'est- à- dire , que les
demi Philofophes veulent fe rendre indifferens
pour tout , mais que ceux qui ont
porté plus loin leurs réflexions , voyent la
néceflité de s'attacher à tout .
Si les heureux préjugés de l'amour pour
fa Patrie & pour les parens , de l'amour
pour la gloire & pour tout ce qui fait le
devoir , ainfi que le bonheur de la fociété ,
ont été profcrits par nos efprits forts , à
titre de préjugés vulgaires , du moins.
avons nous la fatisfaction de voir que
rien n'a pû encore altérer dans le coeur
des François l'amour qu'ils ont pour notre
Monarque. Graces à des vertus qui intéreffent
tous les hommes également , nos
prétendus Philofophes ne peuvent lui refufer
leurs hommages.
Outre cet amour pour le Roi , & l'amour
que vous faites voir , Monfieur ,
pour notre Nation , ajoute encore un
amour particulier pour notre fiècle , dont
j'efpere que vous ne me dedirez point ,
puifqu'il eft une fuite de l'un & de l'autre.
* M. de Fontenelle.
OCTOBRE. 1748. 55
Oui , j'aime encore notre fiécle ; & c'eſt
ce triple intérêt qui me fait défirer quelque
chofe de plus dans votre projet , pour
faire une Place devant la Colonade du
Louvre. Je voudrois que cette Place ,
dont vous avez fait valoir les avantages
fut ornée d'une ou de deux colonnes , faites
fur le modéle des colonnes Trajane &
Antonine. Que de reffources nos Sçavans
n'ont ils pas trouvées pour la connoiffance
des ufages Romains , & pour l'Histoire
des Empereurs Trajan & Antonin , dans
ces deux colonnes antiques ? Quelles reffources
ne trouveroit pas également pour
l'Histoire du Roi notre postérité la plus
reculée ? Car il faut vous l'avouer , je m'af
fectionne encore pour cette poftérité que
je ne verrai jamais. C'eſt- là qu'elle contempleroit
les exploits de notre Monarque
à Fontenoy & à Lawfeld , les fiéges
mémorables de Fribourg , d'Ypres , de
Menin , de Tournai , &c . qu'il fit en petfonne.
On y repréfenteroit les exemples
de courage & de fermeté de nos Princes ,
de nos Généraux , de nos Officiers , & les
actions d'intrépidité & de conſtance de nos
Grenadiers. On pourroit y faire confidérer
aux fiécles à venir le bon ordre de nos
Camps , de nos Gardes , de nos fourages ,
de nos fubfiftances , de nos marches , &
C
vj
MERCURE DE FRANCE.
de nos convois ; la diſcipline militaire ; a
l'induftrie de nos Ingénieurs & de nos
Artilleurs , nos machines de guerre , notre
fçavoir dans l'attaque & la défenfe des
Places , & c. ce feroit un livre toujours ouyert
pour les fiécles futurs . Ils y liroient
la gloire du Monarque de , la Nation ,
& du fiécle où nous vivons , & verroient
jufqu'où notre génie a porté les Arts ,,
dont la tradition fe perpétueroit encore
par le même moyen. On pourroit y faire
entrer quelques - uns de nos édifices & de
nos ufages , en repréfentant les fères &
les entrées que la reconnoiffance publique
a faites à notre Souverain , & le fpectacle
feroit couronné par celui des fêtes
que l'on prépare pour la publication de la
Paix. Ces colonnes feroient le bouclier
d'Achille , fi précieux pour la connoiffance
de l'Antiquité Grecque .
G
Que l'on ne foit point effrayé par la
difficulté de placer tant de fujets differens
fur deux colonnes , & que pour cette raifon
l'on n'en rejette pas le projet comme
chimérique. Les bas reliefs de quelquesuns
de nos Rois à Saint Denis nous offrent
les batailles qu'ils ont données , & les
plus éclatantes actions de leurs Regnes ,
dans un très - petit efpace . Le Sculpteur ,
qui dans la Cathédrale de Sens a repréOCTOBRE.
1748. 61
fenté fur quelques tablettes de marbre
d'une petite étendue toute l'hiftoire du
Cardinal du Prat , fon entrée en qualité
de Légat avec toute fa fuite à cheval , la
tenue d'un Concile , une foule de peuple
en proceffion , l'affemblée nombreufe qui
fe tint au fujet de la Pragmatique Sanction ,
&c. Ce Sculpteur n'avoit pas un champ
comparable , à beaucoup près , au champ de
nos deux colonnes propofées .
Si ces colonnes font doriques , fi on
leur fuppofe à chacune douze pieds de
diamétre , conféquemment il leur faut
donner quatre- vingt- quatre pieds de hauteur
de fuft fans la baze , le chapiteau & le
piedeftal ou focle ; le pourtour ou la
circonference fera de trente- fept pieds huit
pouces , les fractions abandonnées , fuivant
la régle d'Archimede, ce qui fait en fuperficie
3164 pieds.
Jamais peut-être il n'y eût de tems plus
favorable que celui - ci pour l'exécution
d'un tel deffein . Si nous avons un grand
nombre de beaux faits àrepréfenter , nous
avons autli un grand nombre d'excellens
Sculpteurs , capables de les tracer fur le
marbre & fur le bronze . On diroit que
régne de leur Art eft transporté en France
& que les autres Nations ne peuvent plus
avoir en ce genre que les ouvrages qui
le
P
62 MERCURE DE FRANCE.
fortent des atteliers de nos célébres Artiftes.
Le zéle , avec lequel ils fe font portés
à perfectionner la fculpture , mérite d'être
immortalifé par des monumens , qui en
prouvant leur habileté, leur fervent auffi de
récompenfe & d'encouragement. Comme
plufieurs Sculpteurs differens pourroient
y être employés , on exciteroit entre eux
une émulation qui mettroit le comble à
leurs talens , & par-là , fi j'ofe me metrre
en ligne de compte , je verrois fans ceffe
dans le même édifice , l'objet de tous les
fentimens qui m'animent ; mon attachement
pour notre augufte Monarque , mon
amour pour ma Patrie & pour mon fiècle ,
& même mon goût pour les Arts.
Je fuis , Monfieur , &c.
OCTOBRE. 1748. 63
AUTRE Lettre adreffée au même Auteur.
V
Ous avez raiſon , Monfieur , de regarder
la belle façade du Louvre
comme le plus noble côté déja trouvé d'une
Place digne de contenir la Statue de
Louis XV. Le Public , que vous dites avoir
faifi avant vous le projet que vous propo→
fez , mérite des éloges , pour avoir reconnu
le tort du fiécle de laiffer dans l'obfcurité
le chef-d'oeuvre d'Architecture de Pa
ris , que les Maîtres de l'art ont fouvent
comparé aux exécutions les plus hardies
des Grecs & des Romains , & la Ville Capitale
ne sçauroit mieux marquer fon
amour pour le Roi , qu'en s'empreffant de
démafquer un fi grand trophée de l'Art ,
pour le confacrer à l'immortalité de Sa
Majefté.
Mais en vain laiffez-vous aux gens du
métier le foin de donner des projets pour
les deux côtés qui font à faire ; il me pa
Foît ( & fi vous n'affectiez de flater l'opinion
publique , vous en tomberiez d'accord
vous même ) qu'il eft impoffible de
les trouver plaufiblement , tant qu'on laiffera
vuide le côté gauche fur la riviere.
Quel vis-àvis , quel ordre , quelle propor64
MERCURE DE FRANCE.
tion , quelle régularité voudriez - vousqu'on
pur imaginer dans cette hypothèſe ?
Si la Colonade étoit parallele au Quai & à
la Riviere, le Projet feroit de belle & facile
exécution . On n'auroit point de peine
à trouver les deux autres paralleles.
1
Donnez quatre côtés à votre Place ,
dont la Colonade feroit le principal. Alors
nos habiles Architectes fe feront un plaifir
de fournir à l'envi leurs Plans des trois côtés
à faire , & ils s'efforceront d'approcher
de la fublimité du génie qui créa ce chef.
d'oeuvre. Ou bien faites devant la Colonade
une Demie-Lune , percéé proportionnellement
dans le centre & les deux côtés,
demie-lune qui pourroit être exécutée en
Portique. Je ne conçois point d'autres
moyens de pouvoir faire entrer cette fuperbe
Colonade dans la conftruction de la
Place qu'on médire.
L'idée du Public, que vous appellez infpiration
, a deux objets . Le premier eft de
voir bâtir une Place à la gloire du Roi ; le
fecond , de produire dans tout fon jour
-T'incomparable morceau d'Architecture de
la façade du Louvre .
Mais il me femble qu'on pourroit fatisfaire
à la fois le zéle & le bon goût du Public
par un autre fyftême , peut-être plas
convenable à la mémoire d'un Roi trèsOCTOBRE.
1748. 65
Chrétien , & à la décoration de fa Capitale.
Ce feroit de découvrir la Colonade ,
en abattant les bâtimens qui l'offufquent ,
& de fe borner à former une fpacieuſe rue
entre elle & des Edifices réguliers qu'on
conftruiroit vis - à- vis . Cette Colonade ne
demande point d'accompagnement. Au
contraire la fimplicité de ce qui en appro
cheroit , en rehaufferoit le prix & le méri
te. Elle est une pièce unique , qui feule feroit
éternellement l'admiration publique .
J'y trouve cet avantage, qu'alors on tranf
porteroit la Place deſtinée à Louis XV.
dans un autre Quartier de la Ville , ce qui
multiplieroit fa magnificence. Eft ce bien
entrer dans vos vûës , Monfieur ? Nous.
n'avons de belles Places que d'un côté de
la riviere. Placez celle- ci de l'autre ; le
lieu qu'on doit choifir s'offre naturellement
à l'efprit ; l'Eglife de S. Sulpice n'eftelle
point l'ouvrage de la libéralité & du
regne de ce Roi ? Son Portail n'eft il point
affés majestueux pour former le côté prin
cipal d'une belle Place , où les plus nobles
habitans de Paris , fortant de rendre leur:
culte au Tout- Puiffant , feroient avertis
par la repréſentation du Roi qu'ils verroient
en face au milieu de cette Place ,
de ce qu'ils doivent , après Dieu , à leur
Prince ?
36 MERCURE DE FRANCE.
Je dois vous déclarer , Monfieur , qui
que vous foyez , afin que vous fupportiez
avec bonté la hardieffe que je prends de
vous communiquer mon fentiment , que
je n'ai ( comme vous le dites de vous - même
) d'autre connoiffance en Architecture
que celle que j'ai tirée d'un goût naturel,
Quelques jugemens que j'ai formés fur
differens ouvrages de cet Art , ont parû
juftes aux gens habiles , avec lefquels j'ai
quelquefois converfé fur cette matiere . La
curiofité m'a , comme vous , toujours porté
à voir & à m'arrêter devant les beaux
morceaux qui fe font trouvés en mon chemin
dans les voyages que j'ai faits , foit en
France , foit en Italie , où j'ai demeuré
quatre ans, & je crois avoir retiré, des belles
chofes que j'ai vûes & lûes en ce genre,
l'avantage d'être en état d'en juger raifonnablement
par comparaiſon .
Je finis en vous affùrant que cette réponfe
, que je fais à votre lettre , eft purement
l'effet du zéle que j'ai pour la gloire du
nom François que vous portez dans le
oeur. Je fuis , &c.
OCTOBRE . 1748. 67
M粥送洗洗洗洗洗求求求求求求洗洗
DISPUTE de l'Art & de la Nature.
JEE fuis plus habile que vous ,
Dit un jour l'Art à la Nature
De vos plus beaux objets je ne fuis point jaloux;
La plus parfaite Créature
Laiffe toujours à défirer ,
Mais je ferois bien la gageure
De vous forcer de m'admirer ,
En faisant une migniature
Qu'à Vér us elle- même on pourroit comparer.
Encor je crois que la Déefle
En craindroit la comparaiſon ,
Si l'amour propre & la molleffe
Permettoient à Vénus d'avoir de la raiſon.
La vanité de l'Art offenfa la Nature.
Tous tes traits font à moi , dit - elle , & la Peinture
N'eft qu'une heureuſe fiction ,
Une agréable expreffion
Des Etres que mon fein produit à l'aventure.
J'accepte ton défi , mais je prétens auffi
Te montrer un de mes ouvrages .
Celui qui de nous deux aura mieux réuffi ?,
Des Mortels & des Dieux recevra les hommages,
Plein d'émulation , l'Art invoque l'Amour ,
Et prend le pinceau de la Tour.
68 MERCURE DE FRANCE .
Pour exciter encor få verve ,
Il invoque à la fois Apollon & Minerve .
Il fit un chef- d'oeuvre nouveau .
La Nature avoua n'avois rien de plus beau.
L'Art triomphoit déja de ſa noble entrepriſe.
La Nature le mene à la Cour de Bareith
Il apperçût Sophie ; oh Dieux ! quelle ſurpriſe ,
Quand il reconnut trait pour trait
L'original de fon Portrait!
De Bonneval:
J
ELOGE
De M. de Fontenelle.
E connois un Mortel qui ne devroit point l'êtrej
Tant il a de rapport avec vos attributs ;
Dieu , c'est par vous qu'il fçait tout ce qu'on peut
connoître .
Son efprit à l'erreur ne doit point de tributs .
Philofophe éclairé , naturel & fublime , *
Il expofa fi bien l'aimable vérité ,
Que le moins pénetrant , avec facilité ,
De la Terre & du Ciel développa l'énigme.
Il ennoblit chés nous les chanfons des bergers , **
Poëte délicat , Rival de Théocrite ,
* La pluralité des Mondes.
** Les Eglogues.
OCTOBRE. 1748. 69
Et l'Echo diftingua dans nos rians vergers
Les fons d'Amarillis de ceux de Margueritte.
Sans bleffer le refpect que l'on doit aux Autels, (a )
Des Prêtres des faux Dieux il connut l'artifice ;
Il fit plus , il ofa montrer le préjudice
Qu'en fouffroit la raifon des timides mortels,
De ce riche dépôt de tant de connoiffances ( 5)
Il arrangea fi bien tous les materiaux ,
Qu'on le prend pour l'Auteur de ces expériences ,
Fruit du travail conftant de plus de cent rivaux.
Il fit parler les morts avec tant de fineffe (c).
Qu'on croit que Lucien , de jaloufie épris ,
Voulut , fans Apollon, qui plaignit ſa foibleſſe ,
Effacer de dépit fon nom & fes écrits,
Du fameux l'Hôpital annonçant l'analife , (d)
Ce projet étonna Londres , Rome & Paris ;
Mais deflors qu'on conout l'Auteur de l'entrepriſe ,
Newton & Bernoulli n'en furent point furpris.
Imaginons un coeur digne de cet efprit ,
Qu'aucune paffion n'a jamais contredit ,
Noble , compatiffant , généreux & fincére ;
C'eft celui dont le Ciel le fit dépofitaire,
-
(a) Les Oracles,
(b) Les Mémoires de l'Académie.
(c) Dialogue des Morts.
(d) Les infiniment petits,
70 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui pour nous former ce prodige du tems,
Daignâtes l'affranchir des routes ordinaires ,
Achevez le miracle , & prolongez les ans
Jufqu'au terme où jadis vivoient nos premiers.
Peres.
Il eft de la raiſon l'ornement & l'appui
L'Univers a beſoin d'un fage tel que
lui.
Par le même.
SEANCE PUBLIQUE de l'Aca
démie Royale des Belles - Lettres , Sciences
Arts , de Bordeaux.
'Académie célebra le 25 Août la fête
L'des . Louis . Le Panégyrique du Saint
fut prononcé le matin dans la Chapelle du
College de Guyenne par M. l'Abbé Gouez,
jeune Eccléfiaftique , qui s'en acquitta avec
beaucoup d'applaudiffemens. Pendant une
Meffe baffe , on chanta le Te Deum , det
Bernier , avec un nombreux corps de Mufique,
& on finit par un Motet , de la compofition
de M. Sarrau , Secretaire Perpétuel
de l'Académie pour les Belles Lettres
& Arts.
L'après- midi , on s'affembla en public.
M. de Secondat , fils de M. le Préfident de
Montefquieu , préfida à la Séance. It fic an
OCTOBRE. 1748.
difcours fçavant fur l'origine & le progrès
des connoiffances que nous avons du Magnétifme
& de l'Electricité.
Le Pere Lambert lât un Mémoire fur
l'Amiante & fur l'Albefte ; il y rapporta
les obfervations qu'il a faites fur les lieux
où l'on trouve cette Pierre & cette Plante
incombuftibles .
Le Pere Bonin , Jéſuite , lût enſuite une
Differtation , où il fixe la vraie époque de
Péxil d'Ovide , prouvée par des recherches
& des calculs Aftronomiques ; cet ouvrage
peut fervir de modéle pour corriger bien
des erreurs de Chronologie.
A la fin de la Séance on fit la lecture
d'un Mémoire de M. du Fau , Médecin de
Dax , Correfpondant de l'Académie , fur
les Eaux Acidules de Villefranche près
Bayonne. Ce fçavant Obfervateur avoit
déja donné à l'Académie d'autres Mémoires
très-curieux fur les Eaux Termales de
Dax & de Terfis.
72 MERCURE DE FRANCE
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗選選淡淡
LETTRE écrite de Province à un Bénédietin
de l'Ordre de Clugny , pour être
communiquée aux Auteurs de la nouvelle
Edition du Gallia Chriftiana.
C Omme je ne doute pas , Mon Révérend
Pere , que vous n'alliez quelquefois
à Saint Germain des Prés , j'au
rois une grace à vous demander , qui ſeroit
d'obtenir des fçavans Religieux , qui y
travaillent à la nouvelle Gaule Chrétienne ,
un petit éclairciffement touchant les doutes
fuivan's.
On lit dans leur fecond Tome , en par-,
lant des Archevêques de Bourges , & en
particulier de Jacques le Roi , décedé en
1572 , que cet Archevêque fut enterré à
Paris dans l'Eglife de S. Landry , & qu'il,
y repofe. Cependant l'on voit fon tombeau
, fur lequel il eft repréfenté de toute
fa longueur , dans l'Eglife de l'Abbaye de
Villeloin , au Diocèle de Tours , de laquelle
il fut Abbé. Son corps auroit- il été
divifé en deux ? Et s'il n'y a que fon coeur
à Villeloin , pourquoi auroit on fait la dépenfe
d'un tombeau fi bien marqué ?
Je fais la même difficulté par rapport à
la fépulture de Foulques de Chanac , Evêque
OCTOBRE . 1748. 73
que de Paris , que le feptiéme Tome du
Gallia Chriftiana , imprimé depuis quatre
ans , marque être mort à Paris le 25 Juillet
1349 , & avoir été enterré à l'Abbaye de
S. Victor , fauxbourg de Paris , proche fon
oncle & fon prédéceffeur Guillaume de
Chanac. En effet , comment cela peut- il
s'accorder avec le Nécrologe d'une Collégiale
du Berry , qu'une perfonne y a vû en
paffant ? C'eſt celui de N. D. de Grançay
dans lequel il est marqué au 3 1 Juillet :
Reverendus Pater Dominus Fulco de Canaco,
infignis Ecclefia Parifienfis olim Pontifex ,
tranfitum per hoc oppidum faciens , vitafunctus
, apud hanc Bafilicamfepelitur fub tumbâ
marmorea Pontificali reprefentatione décora
tâ. Pro cujus anniverfario , vigini folidos fuper.
furno poffidemus , quos debet Capitulum.
>
La Théologie a , dit-on , fes incommodités
, mais il faut avouer que l'Hiftoire a
aufli les fiennes ; comment un même homme
peut- il avoir été inhumé en deux lieux
differens ? Je ne fuis pas à portée d'aller
vérifier ce qui eft marqué fur la fépulture
prétendue de Foulqués de Chanac à Saint
Victor. Il me paroît que les Réverends Peres
de S. Germain ne peuvent guéres fe
difpenfer de donner au Public dans un fupplément
ce qui eft écritfur fa tombe dans
certe Eglife. L'objection que je prends la
D
74 MERCURE DEFRANCE.
liberté de leur faire par votre canal , me
paroît allés forte, pour mériter leur atten
tion. Je ne fçus pourquoi ils ne donnent
plus de fupplément pour les derniers to
mes précédens . Une perfonne de Clermont
m'a affûré que ces fortes de fupplémens
lui avoient fort fervi pour ne laiffer rien à
défirer touchant la fépulture de Guy de la
Tour , Evêque de cette Ville , qui fe trou
voit aufli avoir été faite en deux Eglifes
differentes. Preffez-les ,je vous prie , de
s'expliquer fur Foulques de Chanac , pour
la fatisfaction d'un fçavant qui travaille à
l'Hiftoire du Limofin & des Illuftres de
cette Province.
A l'égard de Jacques le Roi , comme fon
article a été rédigé probablement par feu
Dom Denis de Sainte Marthe, ou au moins
de fon vivant & fous les yeux , je ne puis
attendre ni efperer avec tant de fondement,
des continuateurs du Gallia Chriftiana , l'é
clairciffement à fouhaiter fur ce qui fe trouwe
dès le commencement du fecond tome,
Peut-être donnera- t'on une folution com
mune à mes deux doutes. En tout cas , il
faudra fe contenter. du vrai-femblable , ſi
l'on ne peut pas atteindre au vrai ,
Je fuis , &c.
A S. Martin de la Montagne , ce premier
Août 1748.
OCTOBRE. 1748. 75
Q
ODE
Sur les routes de l'immortalité.
Uelle eft , ô Dieux , cette fumée ,
Dont fe repaiffent les mortels ?
Ce foible éclair de Renommée
Aura- t'il toujours des Autels ?
Quel eft ce faſte de mémoire ,
Le Temple brillant de la Gloire ,
Séjour de l'Immortalité ?
Un vain phantôme , une chimere ;
Que pour voiler notre miſere ,
Entanta notre vanité.
2
Pour arriver à cet azile ,
Quels font ces bizarres chemins ?
Avides d'un néant ſtérile ,
J'y vois s'égarer les humains.
Efclave né de qui le loue ,
L'homme que toujours l'homme joue ,
De fon orgueil fuit les accès.
Au fein du blâme qu'il évite ,
Tout l'entraîne , le précipite ,
Et fes chûtes & fes fuccès.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
De l'efprit fort erreur priſée ,
Ton éclat doit- il m'éblouir ?
Du coeur lâcheté déguiſée ,
D'un nom fameux crois- tu jouir ?
Surpris , frappé de ta baſſeſſe ,
Mon oeil découvre ta foiblefle
Sous le mafque de la fierté.
Le défeſpoir fait ton audace
Et tu pâlis de la menace,
Quand tu promets l'impunité.
Mais que vois- je ? Rien ne t'arrête
En tous lieux coule ton venin ;
Levant une fuperbe tête ,
L'impiété naît de ton ſein.
Non moins aveugle que farouche ,
Le blafphême fort de'ta bouche.
Quel eft le but de tes efforts ?
Vil efclave de la licence ,
Crois-tu donc fuir la dépendance ,
Etouffant le cri du remords ?
Une Euménide plus cruelle
Vient encor frapper mes regards ;
La Diſcorde marche avec elle ;
A fes côtés font les Hazards.
OCTOBRE. 1748. 77
Affile fur des debris d'armes ,
Elle s'abreuve de nos larmes ;
Arrêtez , féroces guerriers ;
Sortez d'une aveugle manie ;
Ne prodiguez pas votre vie
Pour d'imaginaires lauriers.
Moins braves que cruels , peut- être
N'êtes-vous grands qu'en vos fureurs >
Quoi ! ne vous ferez - vous connoître
Que par d'immortelles horreurs ?
Quel eft le démon qui vous prefle ?
Quelle eft cette fanglante yvreffe
Quel eft le prix de vos hauts faits
La haine & l'effroi de la Terre.
Qu'y laiffez- vous après la guerre ?
Le fouvenir de vos forfaits.
***
L'intérêt ou la jaloufie
Sont l'ame de tous vos travaux ;
En combattant pour la Patrie ,
Vous ne voyez que vos rivaux .
Dans le péril , dans les allarmes ,
Leurs regards foutiennent vos armes ;
Vous cedez , loin d'être vainqueurs.
La crainte vous rend intrépides ;
D iij
78 MERCURE DE FRANCE
Héros , que vous êtes timides ,
S'il faut mourir fans fpectateurs b
Le Philofophe au front févere
Du fort brave la dureté ,
Et peu touché de fa mifere ,
Ne voit que la poſtérité.
'Affranchi de la loi commune
Des caprices de la fortune
11 fe venge pår fes dédains.
Fierté fauffe ; vaine rudeffe.
Il est encor moins de foibleffe
Dans ma douleur qu'en fes chagrins.
Fier d'une fortune rapide ,
L'homme encor à peine ennobli,
Fidéle à l'orgueil qui le guide ', `
Cherche à triompher de l'oubli,
'Sa main prodigue les largeffes ;
De fon fafte , de fes richeffes ,
De fes bienfaits quel eft le prix
A fon obfcurité premiere ,
Qu'ajoute l'opulence altiere ?
Quelques flateurs & des mépris.
XX
OCсTтOBRE. 1748. 79
Cherchons une gloire durable ;
Domptons les âges & le fort ;
Mortel , fans devenir coupable ,
Ofe être vainqueur de la mort.
La vertu généreufe , utile ,
Contre l'oubli t'offre un afile ;
Qu'elle préfide à tes projets.
L'unique fentier de la gloire
Eft moins d'étonner dans l'hiftoire ,
Que de mériter des regrets.
**
Loin ces noms acquis par le crime ,
€es noms , le prix des grands travers,
Que jamais ne ſuivit l'eſtime
Ces noms ,
;
horreur de l'Univers.
Caligula , tu vis encore ;
Néron tu vis ; & Rome abhorre
Vos noms fameux par fes malheurs .
Qui peut fans frémir les entendre :
Vivons , mais que fur notre cendre
Nos neveux répaudent des pleurs.
J. Lacoste, fils.
A Dijon ce 23 Août 1748 .
}
Dift
to MERCURE DE FRANCE.
P
EPIGRAMME.
Hilis , qui jufqu'ici ne fut jamais cruelle ,
Dédaigne mes foupirs & méprife mes feux ;
Philis vent qu'on dife d'elle ,
Au moins fit- elle un malheureux.
Par le même.
OBSERVATIONS fur les Corbeaux,
en réponse à une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure , inférée dans le mois de Juillet
dernier.
'Auteur d'une Lettre , datée du Mans ,
regarde comme un Phénomene furprenant
, que des Corbeaux nichent fur
I'Eglife de S. Julien de la même Ville , &
il demande des raifons plaufibles de cet
évenement.
Il n'eft
pas difficile de répondre à cette
obfervation , fi l'on fait attention que de
tems immémorial on a fait cette remarque.
Ariftote , dans fon Hiftoire des Animaux ,
dit que les Corbeaux nichent dans les lieux
les plus efcarpés. * .
*
Arif. de Hift . Animalium , lib. IX. cap. 31.
OCTOBRE . 1748. SI
Jonfton , Naturaliſte Allemand , obſerve
après plufieurs Auteurs , que ces fortes
d'oifeaux font leur féjour dans les Tours
& les hauts Edifices , Turribus & celfis
Edificiis morari compertum *. Qu'il me foit
permis de joindre aux obfervations de ces,
grands hommes les miennes propres. J'ai
vô au haut des Clochers de la Cathédrale
de Senlis des Corbeaux y nicher. ( Ces
Corbeaux font ce que le vulgaire appelle
Corneilles , qui eft une espece plas petite
que le Corbeau proprement dit , lequel fe
loge rarement dans les bâtimens. ) Le haut
des Tours du Château de Vincennes lès-
Paris eft garni de nids de ces fortes de
Corbeaux. La Tour d'Iffoudun en Berry ,
auffi -bien qu'un Château délabré du Village
de Paudis , à deux lieues de- là , en renferment
beaucoup , & dans les creux des
Rochers qui environnent la Ville de Buffy-
Rabutin en Bourgogne , il y a fouvent des
Corbeaux qui y font leur couvée. Ces mêmes
oifeaux , qui font leurs nids dans des
Bâtimens ou des Rochers , les font quelquefois
fur les plus hauts arbres , femblables
en cela àquelques oifeaux de proye qui
nichent tantôt fur les arbres , tantôt dans
les trous de montagnes , ce qui fe remarque
en Touraine , où l'on voit differentes ef-
* Jonft. tit. VI. cap. 1. de avibus.
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
peces d'Eperviers , qui nichent quelquefois
fur les arbres , faire leurs nids dans le
haut des roches près de l'Abbaye de Marmoutier.
De ces autorités & obfervations , qu'il
me feroit aifé de multiplier , il réſulte
qu'on ne doit pas être étonné de voir des
Corbeaux faire leurs nids fur le haut de
l'Egliſe de S. Julien du Mars.Ce qu'il faut
remarquer ,
c'eft que ces fortes d'animaux ,
en nichant fur les arbres ou fur les Edifices
élevés , ne changent point de pofition refpectivement
à la fuperficie de la Terre . Un
cas , qui pourroit embarraffer les Phyficiens
, feroit , fi ces fortes d'oifeaux , qui
nichent dans les lieux élevés , venoient à
dépofer leurs oeufs fur la terre , comme le
Crapeau volant , mais on n'a pas encore
vû cela , & vrai- femblablement on ne le
verra jamais , les ufages établis entre les
animaux dans chaque efpece étant conftans
& invariables. Les Corbeaux de la Suéde ,
dans la même efpece , nichent dans les endroits
les plus élevés , comme ceux de France
, & la même chofe s'obferve dans tous
les genres d'oifeaux ; on peut vérifier ce
que j'avance ici , par la lecture de l'admirable
Traité de M. Linnæus , fçavant Suédois
, intitulé , Fauna Suecica.
Je finis
par cette réflexion . La pratique
OCTOBRE.
1748. 83
conftante des oifeaux à faire leur nid chacun
dans leur eſpece , toujours à la même
élevation relativement à l'horifon , ne
pourroit- elle pas paffer pour un argument
péremptoire en faveur des deffenfeurs du
Dogme des Automates ?
A Paris ce 25 Août 1748.
鋼洗洗淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗淡淡說濶
A Mile Cleron , fur deux rôles de Vénus ,
l'un qu'elle a chanté dans l'Opéra d'Héfione
en 1743 , & l'autre qu'elle a joué lannée
derniere dans la Comédie des Graces.
Ouffrez , belle Cleron ,, que votre Tributaire
Vous apprenne à quel titre il reconnoit vos loix.
Vénus , ayant entendu votre voix ,
En fut jaloufe, & voulut , pour nous plaire ,
Qu'au milieu des jeux & des ris ,
Sous l'aimable nom de Cypris ,
Vous parûffiez en Reine de Cythere.
L'imprudente ne voyoit pas
Qu'en voulant ajoûter à fes divins appas
De vos fons la grace légere ,
Elle rifquoit affûrément
De perdre pour jamais fon cortége brillant.
Auffi depuis cette journée ,
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
Les Graces , les Amours , les charmes féducteurs ,
Qui de nos fens fe rendent les vainqueurs
Et qui pour vous l'avoient abandonnée ,
A vous quitter né purent confentir.
De tous les Dieux elle devint la fable ;
Mais d'un état fi déplorable ,
Elle effaya n'a guére de fortir.
'A * des maux , dont la Scéne eft encore frappée ,
Ma rivale , dit-elle , eft à peine échappée 1
Je veux qu'elle paroiffe une feconde fois.
Ma Cour ingrate & fugitive ,
La
voyant moins fraîche & moins vive ,
Connoîtra fon erreur, rentrera fous mes loix ,
Et mon fils pénetré de douleur & de honte ,
Dans Paphos , Cythere , Amathonte ,
Viendra relever mes Autels.
Foible projet qui devint inutile !
Ce Dieu , pour échapper aux regards materncis ,
Dans mon coeur fe fit un azile .
* Il n'y avoit pas long - tems que la fanté de Mile
Cleron étoit rétablie, quand elle a joué ce dernier rôle.
O C T O B R E .. 1748. 85
T
EPITRE
De Madame des Forges Maillard ,
à M. Titon du Tillet.
Iton , charmant ami , tel qu'on feroit en peine
(Pour en trouver juſqu'au nombre de trois ,
Les cherchât-on de Rome au pays des Chinois ;)
Titon , qui des bords de la Seine ,
Youlez bien m'envoyer une feconde fois
Quelques gentils paquets de laine ,
Je devrois bien rougir en vérité ,
De ma double importunité.
Mais comme on m'a donné pour nouvelle certaine
,
Que vous aviez fouvent commerce avec les Dieux,.
t
(Et je l'avois penfé des talens précieux ,
Dont votre belle ame eft parée , )
De-là j'ai cru qu'Iris, que l'on voit dans les Cieux ,
A l'abri de fon arc , richement colorée ,
Pour vous faire un plaifir que je recueille tout ,
D'un certain air galant vous éfiloit un bout
De fon écharpe bigarée .
Simon idée eft jufte , affûrez- la , Titon ,
Qu'en revanche un beau Papillon ,
Dont l'afle portera fa diverfe livrée ,
$6 MERCURE DE FRANCE.
Lui fera fous un mirthe , où renaît le bouton ,
Dans la tunique demi cloſe ,
Immolé de ma main fur un Autel de rofe ,
Prémices de cette faifon .
Pour vous , dont mes vers ni ma profe
Ne peuvent exprimer la noble affection ;
Au lieu d'une libation ,
Vous recevrez ,
ami , la pure effufion
Desfentimens d'un coeur fincere entr'autres chofes,
Et mon mari fera ma caution.
REPONSE de la même Dame, au Compliment
de M. de la Soriniere , imprimé
dans le fecond volume du Mercure de Juin,
page 110.
JE devrois vous répondre en ftyle d'Apollon,
A vous qui poffedez tous les dons du Parnaffe ,
Mais je me tais avec raiſon.
Vous écrivez mieux que Phaon ,
Et je n'ai de Sapho ni l'eſprit ni la grace ,
Si ce n'eft dans vos vers dignes d'Anacréon.
OCTOBRE. 1748. 87
LETTRE de M. de Montcarville , Lecteur
& Profeffeur Royal en Mathématique ,
à M. Remond de Sainte Albine.
MONSIEUR ,
L'Auteur de l'Effai fur la Marine des
Anciens vient de faire paroître un
Ecrit fatyrique , qui attaque la perfonne
& la réputation d'un des Membres les plus
illuftres de l'Académie Françoiſe & de l'Académie
des Sciences . Dans ce Libelle ,
qui attire l'indignation de tous les honnêtes
gens , M. de Mairan eft défigné comme
l'Auteur d'un Extrait inféré dans le Journal
des Sçavans au mois d'Août dernier.
Il s'agiffoit dans cet Extrait de rendre
compte de l'ouvrage que je viens de citer ;
on a eu le malheur de déplaire à M. Deflandes
, qui en eft l'Auteur , parce qu'on
ne l'a pas affés loué , & qu'on a relevé plufieurs
fautes groffieres de Géometrie . Jugez
, Monfieur , quelle douleur doit reffentir
un homme qui veut à toute force
paffer pour Géométre , Méchanicien &
Phyficien .
La colere de M. Deflandes m'auroit peu
inquiété , & j'aurois läiffé le Public , excellent
juge du vrai mérite , décider de la ca
98. MERCURE DE FRANCE.
>
pacité de M. Deflandes en Mathématique,
mais j'avoue que j'ai vû avec grande peine
que M. de Mairan foit accufé d'être l'Auteur
d'un Extrait auquel il n'a eu aucune
part. Il eft dans l'ordre que M. Deflandes
publie & écrive que cetExtrait eft mal fait,
mal écrit , mal digeré , rempli de fautes
&c. je ne puis vous en dire trop de mal
puifque c'est moi qui l'ai fait , & je n'ai
garde de louer mes ouvrages , fuivant la
bonne coûtume de M. Deflandes ; oui
Monfieur , c'est moi qui fuis l'Auteur d'une
piéce fi foible , fi médiocre . Je n'en rougis
point ; tout ce que je puis me reprocher
fur cet Extrait , c'eft d'y avoir paffé fous ſilence
plufieurs autres erreurs für la Méchanique
& l'Hydroftatique , & dont j'aurois.
dû avertir le Public.
Je ne puis , Monfieur , réparer en entier
l'offenfe qu'on vient de faire à un de mes
intimes amis ( M. de Mairan ; ) je ne puis
empêcher qu'on ne l'ait traité indignement ;
jamais Ecrivain en fureur & le mieux convaincu
de fes erreurs & de fes torts , ne fe
lacha d'une maniere plus indécente contre
un homme fi refpectable. Comment accorder
de pareils excès avec l'eftime & le
refpect que M. Deflandes avoit il
quelques mois pour . M. de Mairan &
dont il a donné des témoignages autheny
a
OCTOBRE. 1748. 89
*
tiques. Vous me direz , Monfieur , que
ce problême eft difficile à réfoudre : auffi
je laifle à M. Deflandes à en donner la folution.
Quant à moi , il me fuffit d'avoir
défabufé le Public fur cette étrange méprife
; je prends fur mon compte tout le mal
que M. Deflandes a dit de mon Extrait ; je
fuis feulement très- mortifié de ne pouvoir
réparer qu'en partie l'injure que l'on a fai
te à un Sçavant du premier ordre , & qui
n'a jamais parlé des autres qu'avec toute la
politeffe poffible.
Je vous prie cependant , Monfieur , d'être
perfuadé que les fautes que j'ai repriſes
font très-réelles , quoiqu'en dife notre Au
teur dans fa Brochure ; j'aurai quelque jour
occafion de le faire voir . En attendant ,'
j'ai l'honneur de vous renvoyer à mon Extrait
& à l'ouvrage même ; perfonne n'en
peut mieux juger que vous , & je m'en rapporterai
avec plaifir à quelqu'un qui a autant
de connoiffance dans les Beaux -Arts ,
que de goût pour bien écrire . Je fuis , & c.
Montcarville,
A Paris ce 25 Septembre 1748 .
* Voyez les Mémoires pour les Sciences & les Beaux-
Arts , de l'année 1748 , mois de Juillet , page 1361 .
MERCURE DE FRANCE.
STANCE S.
A. M. L. B. pour l'engager à quitter la cam
& à venir paffer le reste de
l'Automne en Ville.
pagne,
Tout languit dans notre contrée 3
Flore a perdu foh cher Amant ;
Déja l'impétueux Borée
Fait fentir fon fouffle bruyant.
Les jeux ont quitté nos prairies ,
Les plaifirs ont fui nos côteaux ,
Et déja les Nymphes tranfies
Mont fe cacher au fond des eaur ,
Le Vendangeur fous fa chaumiere ;
Près du foyer de fes ayeux ,
Du Dieu , que couronne le liere ,
Boit le nectar délicieux .
Pour quitter ce lieu ſolitaire ,
Ces deferts , ces triftes climats
N'attends point que le Sagittaire
Ait ramené les noirs frimats.
OCTOBRE. 1745. 91
Laiffe , fans toi , regner Pomone ;
Pour cueillir fes tardifs préfens ,
A la rigueur des froids d'automne
N'expofe point tes jeunes ans,
On ne voit que trop - tôt les ombres
Trembler à l'afpect de Minos ,
Et la mort fous fes voiles fombres
Enfévelir notre repos.
Des jours, que le Ciel te réferve ,
Sçais ménager les doux inftans ,
1
Et dans le falon de Minerve *
Viens préfider à nos talens.
Viens , par ton aimable préſence ;
De tes amis combler les voeux ;
Fais leur oublier ton abſence ;
Hâte- toi , viens les rendre heureux.
Dans notre séjour agréable ,
Où regne un éternel plaifir ,
Avec un foin inimitable
Nous varierons notre loifir.
* Piéce nouvellement ajoutée au bâtiment de
M. le C. D. D. à qui l'on a donnéle nom de Salon de
Minerve.
2 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt de la douce harmonie
Subiffant les aimables loix ¿
Au goût brillant de l'Aufonie
Nous unirons l'art des François
Tantôt l'agile Terpficore ,
Ranimant nos tendres chansons ,
Viendra nous redonner encore
De fon art les vives leçons.
Aminte d'un guerrier farouche
Nous peindra les amours vainqueurs ;
Les graces conduiront fa touche ,
Venus mêlera fes couleurs.
Pour moi , fuyant le vain délire
Des fougueux Chantres .d'Apollon ,
Vous me verrez chanter & rire
Avec le tendre Anacreon.
Vous me verrez convive aimable ,
Etendu fur un lit de fleurs
D'une felicité durable
Avec vous goûter les douceurs.
* Tableau déja commencé par M. D. P. représen
tant Hercule aux pieds d'Omphale.
OCTOBRE.
1748,
Par quelque tendre chanfonnette
Egayer vos plaifirs , vos jeux :
Au fon de ma foible mufette
Vanter vos tranfports amoureux,
Dans ces voluptueufes fêtes ,
Loin des brayans fracas de Cour ,
De myrtes nous ceindrons nos têtes
Nous louerons Bacchus & l'Amour.
:Parmi les Mufes & les Graces ,
Au fein des vrais amuſemens ,
}
Nous trouverons , malgré les glaces ,
Des plaifirs , des jours de printems.
Robillard , d'Orleans,
张洗洗洗洗洗洗洗洗洗:送洗洗洗洗洗
D'U NE part , fécurité dangereuse , on de
l'autre , allarmes mal fondées.
T
Andis qu'un des plus fçavans & des
plus illuftres Médecins de Montpellier
s'éleve avec force contre l'ufage d'inhumer
dans les Eglifes ; tandis que les
Etats de Languedoc prennent les précautions
les plus efficaces pour faire enfin ceffer
chés eux cet abus meurtrier, on peut rapporter
un fait qui doit raffûrer Meffieurs
94 MERCURE DE FRANCE.
>
du Languedoc contre l'allarme générale
qui a fuivi le Difcours du célébre Académicien
ou répandre dans la Ville de
Troyes une terreur générale, fi les craintes
de Meffieurs du Languedoc font bien fondées.
Dans le centre de la Ville de Troyes ,
au milieu du quartier le plus peuplé , eft
une Eglife Paroiffiale , plus grande que
celle de Saint Gervais à Paris ; cette Eglife
refferrée de toutes parts par des maifons
n'a point de Cimétiere . Les Paroiffiens les
plus zélés voyoient depuis long- tems avec
douleur leur Eglife , comme un champ
que les enterremens fréquens mettoient
continuellement en labour. Pour fupprimer
un fpectacle contraire à la propreté ,
voici le parti que l'on a pris , fans s'embar
raffer s'il feroit du goût de l'Académie de
Montpellier. On a fait une grande cave
voûtée , ou catacombe , qui regne fous tou
te l'étendue de l'Eglife , & qui eft deftinée,
comme une voirie générale, à recevoir
pêle-mêle tous les morts de la Paroiffe la
plus étendue de cette Ville. Au milieu
de l'opération , la ruine , qui menaçoit
plufieurs des principaux pilliers de l'Eglife
, auroit pu faire abandonner ce projet
, mais les pilliers ont été foutenus , la
cave a été achevée , & ceux qui avoient
OCTOBRE. 1748 .
95
imaginé ce projet out eû la fatisfaction de
rendre une Eglife , où l'on enterre tous
les jours , auffi propre qu'une Eglife où
l'on n'enterre jamais.
On ne nous confulta point fur cette en
trepriſe ; quelques perfonnes crurent que
nous devions donner notre avis fans en être
priés; elles nous accuferent même de regar
der cette cave , de l'oeil dont on nous accufe
fauffement de voir les nouveaux
fruits. Quoiqu'il en foit , depuis trois ou
quatre ans , on jette prefque tous les jours
des cadavres dans cette cave. L'odeur infecte
qu'elle répandit dès les commence,
mens dans l'Eglife , lorfqu'on l'ouvroir
fit penser à lui donner de l'air par des
tuyaux ou efpéces de cheminées , qui ont
leur iffue hors de l'Eglife. Cet expédient
n'a point diminué l'odeur qu'elle exhale ,
mais quand le vent où le foleil rabat la
fumée des cheminées , les exhalaifons de
la cave prennent le même cours , & fe
répandent dans la Ville auffi loin qu'il
plaît au vent de les porter. Dans les prin
cipes de l'Académicien de Montpellier , il
femble que l'on pourroit en partie faire
honneur à cette cave , des maladies qui
depuis deux ans ont enlevé dans cette Vil
le prefque autant de monde qu'il en eft
96 MERCURE DE FRANCE .
mort dans les dix années antérieures. Si
fuivant les mêmes principes , nous portons
nos vûës fur l'avenir , quel ravage en doiton
attendre , lorfqu'elle fera entierement
remplie ? Comment la vuider ? Comment
approcher d'un lieu fur lequel les oiſeaux
même en volant ne pafferont pas impuné
ment ?
Je reviens donc à mon premier raiſonnement.
Si avec une telle cave au centre
de notre Ville , nous pouvons être fans
allarmes & fans crainte , rien de plus fri→
vole , rien de plus déraisonnable que les
craintes de Montpellier , mais fi les allar
mes de M. du Languedoc font bien fondées....
Il ne me conviendroit pas d'ajoûter aux
preuves du fçavant Académicien de Montpellier.
Cependant , pour fervir d'avis à
mes compatriotes , qui ne font pas à portée
de lire fa Differtation , voici ce que dit fur
cette matiere notre Boerhaave François
après avoir parlé dans fon Traité de Morborum
caufis l. 1. cap. 4. du ravage que
l'air fait dans les corps en certaines faifons
& fous certains climats , il ajoute : Vitiata
aëris fubftantia gignendorum Morborum
multò-majorem vim obtinet..... cadaverum
putrefcentium expiratione gravi inquinatur ,
polluitur
OCTOBRE . 1748. 97
polluitur , labefactatur , ut peftilentia feminibus
, vel coelitus immiffis , vel infe genitis.
Monuiffe fat eft.
Chappu , Medic.
EGLOGUE.
A M. M. S. qui avoit récité à l'Auteur la
neuviéme Eglogue de M. de Fontenelle.
TU voulo'sl'autre jour , pour m'éprouver fans
doute ,
Me faire de l'Amour appréhender les feux :
Tu te trompois : un coeur qui n'eft pas amoureux ,
Ignore des plaifirs la véritable route.
Non , Ifméne , l'Amour n'est pas trop dangereux .
Quel plaifir plus parfait de pouvoir fans contrainte
Dans les prés , dans les bois , aux accens des oi
feaux
Mêler les doux foupirs , & répéter ſa plainte ,
Ou chanter fes amours au rivage des eaux !
Tout trace de l'Amour les agréables charmes :
Sur l'écorce des bois galamment compaffés ,
Les chiffres des amans , l'un dans l'autre laffés ,
Excitent des paffans les amoureuſes larmes ,
Et l'on entend des monts les échos langoureux
Redire que l'Amour n'eft pas trop dangereux.
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Alcidor , languiffant aux genoux de ſa belle ,
N'ofoit lui dérober une foible faveur ,
Quand Amynte lui dit , je ne fuis pas cruelle.
Hélas ! Crains- tu , Berger , de m'engager to
coeur ?
Va , je vois à travers ton filence amoureux ,
Que l'Amour pour ton coeur n'eſt pas trop dange
reux .
Les leçons en Amour ont beaucoup de puiffance .
Le Berger s'en voulut de fa timidité ,
Mais bientôt fon amour, qui rompit le filence ,
Fit le premier effai de fa docilité.
1 devient plus hardi ; dans un tranfport charmant
11 embraffe le fein de fa jeune bergere ,
Et lui jure qu'il eft fon plus fidéle amant,
Il alloit le prouver , lorfque toute en colére
Amynte repouffa fon air audacieux.
Eh quoi ! dit le Berger devenu témériare ,
L'Amour , m'avez - vous dit , n'eft pas trop dange
reux,
Il avoit bien raiſon . Pourquoi dans le bel âge ,
Quand on peut s'accorder des innocens plaifirs
Redoute - t'on fi fort de l'Amour l'esclavage ,
Et fe refufe - t'on aux amoureux foupirs ?
Oui , tout eft raviffant dans les loix de Cythere ,
Et malgré qu'on y perd la fade liberté ,
OCTOBRE. 1748. 99
On s'aime , & la vertu , qui devient moins aufre ,
Trouve dans fes liens une félicité ,
Qui fait fentir aux coeurs , même aux plus dédai¬
gneux ,
Ilméne , que l'Amour n'eft pas trop dangereux,
Quel feroit ce danger ? Eft-il faux , véritable ?
Ah ! ſi je m'en rapporte à mes penchans fecrets ,
Si j'écoute l'ardeur qu'inſpirent tes attraits ;
Non , je ne trouve rien dans l'Amour que d'aimable.
Près de toi qu'il eft doux ! On chérit la foibleſſe ;
Et la vivacité , qui perċe tes beaux yeux ,
Dans le coeur d'un amant fait redire fans cefle
Ifmé ne , que l'Amour n'eft pas trop dangereux.
XXX:XXX **X*X*
S₁
A LA MESME.
Pour un jour qu'elle avoit quêté.
I nous euſſions vêcu dans les tems déplorables ;
Où les hommes trompés adoroient leurs femblables
,
Moi-même le premier , vous dreffant des Autels ,
Je vous euffe invoqué par des voeux folemnels .
D'une Déeſſe en vous j'ai vû la vraie image.
Non , fans doute , Urazie au printems de fon âge ,
N'étala dans Paphos les charmes précieux,
E ij
385261
100 MERCURE DE FRANCE
Que la nature en vous prefentoit à nos yeux ,
Lorfque des indigens vous quêtiez la fubftance;
Qu'on fe plaifoit à voir votre douce éloquence !
Un gefte , qui parloit , attendriffoit les coeurs :
Et l'éclat de vos yeux , par leurs charmes vain,
queurs ,
Bien mieux que le defir d'affifter l'indigence ,
Vous donnoit près de nous une fûre audience.
Par M. A. M. D.C.
De Châlons-fur- Marne , le 31 Août 1748.
KAYDID3D3DGDGARDED EAEDYA
LETTRE de M*** . à M. Nicole , de
l'Académie des Sciences. Du 18 Septem
bre 1748 .
V
Os confeils , Monfieur , & ceux de
mes amis , viennent de déterminer
mon amour-propre , à faire part au public
de mes idées fur le choix d'un endroit
pour placer la ftatue du Roi , mais le même
motifm'engage à vous prier de ne me point
nommer.
De quatorze emplacemens que j'ai examinés
, je n'ai trouvé de convenables à la
dignité de l'objet à remplir , que ceux qui
aboutiffent à la Riviere , parmi lesquels
j'ai crû que le préferable étoit de former
OCTOBRE. 1748. 101
tine Place en espéce de demi cercle ou entonnoir
, aboutillante pour la face fur le
Quai de Gefvres , dans toute l'étendue
d'environ foixante & douze toifes qui fe
trouvent entre le Pont Notre-Dame & le
Pont au Change ; par derriere proche l'Eglife
S. Jacques ; d'un côté à la ruë des
Arcis , & de l'autre à la rue de la vieille
Jouaillerie , proche le Grand- Châtelet.
Je ne vous parle point de la compofition
, ni de l'Architecture de cette Place ,
fur laquelle on ne doit attendre que du
beau de Meffieurs des Bâtimens & de l'Académie
d'Architecture , fur un objet fi
digne de leur émulation. Le mien eft de
fgavoir fi cer emplacement fera approuvé
du Public , & des Supérieurs chargés de la
décifion . Ainfi je ne ferai que quelques
obfervations fur l'ornement, la commodité;
& les points de vûë de cette Place , dont,
felon moi , le principal & le plus décent ,
feroit un Hôtel- de-Ville , fur lequel j'entrerai
dans un plus grand détail .
On peut donner à cette Place environ
foixante toifes d'ouverture du côté de la
Riviere , fur environ quarante-cinq ou
cinquante de profondeur ; le fond feroit
plus étroit , & terminé par un Arc- de-
Triomphe , qui déboucheroit du côté de
l'Eglife Saint Jacques de la Boucherie . On
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
pourroit même ouvrir une rue depuis cer
Arc-de-Triomphe jufques fur la rue des
Lombards , dans la partie aboutiffante proche
la rue des Cinq Diamans.
J'avois d'abord deftiné le côté de cette
Place , qui fait face au Pont au Change
à conftruire un Hôtel pour le Gouverneur
de Paris , & l'autre pour les Bâtimens du
Roi , mais on préferera peut- être d'autres
édifices , ou même d'entourer cette Place
de boutiques pour caractérifer par un
monument célébre l'amour du Roi pour
fon peuple.
Quant à l'Hôtel-de- Ville , je crois que
pour en conftruire un bien placé , il faur
prendre tout le terrain qui eft entre la
Riviere & la rue de la vieille Draperie ,
aboutiffant par les deux bouts au Pont
Notre-Dame & au Pont au Change ;
conftruire d'un Pont à l'autre un Quai parallele
à celui de Gefvres , & fur la même
parallele la face de l'Hôtel- de - Ville d'environ
foixante-douze toifes de longueur fur
quarante-fept de profondeur , y compris
les cours & le paffage du Quai . Tout cet
emplacement contient environ trois mille
toiles de fuperficie à acheter , ainfi que
celui ci- deffus propofé pour la Place du
Roi.
Je me propoſe de préſenter des plans
OCTOBRE . 1748. 107
ne
de diftribution & de conftruction pour
cet Hôtel - de - Ville , mais je me réferve de
le faire qu'après avoir vérifié fi les
emplacemens que j'indique ferontapprouvés
, ou s'il n'y a point de détermination
prife pour d'autres .
J'ai pour la maffe des bâtimens deux
projets differens , dont l'un coûteroit bien
moins que l'autre , parce qu'il logeroit
beaucoup moins de monde , que je crois
convenable de raffembler dans l'Hôtel- de-
Ville , & furtout le Prévôt des Marchands
& fes Bureaux , mais dans l'un & l'autre
je deſtine la face fur la . Riviere pour les
Fêtes , avec un falon accompagné de ce
qui convient pour la commodité & la fu
reté du Roi , quand il jugera à propos d'y
venir .
Il fe trouve des falles féparées pour les
differens ufages , & furtout pour les
Payeurs des Rentes , qui ne fe trouveront
plus dérangés , ou plutôt le public , par la
fufpenfion de payement qu'occafionnent
les échafaudages & préparatifs pour les
réjoüiffances que donne la Ville.
Ily aura des débouchés fur quatre ruës &
prefque tout fera voûté , ce qui rendra ċet
édifice d'une conftruction plus coûteuſe ,
mais plus durable , & hors des rifques des
bâtimens ordinaires.
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
En face de la porte de derriere , du côté›
de la rue de la vieille Draperie , il conviendra
d'ouvrir une ruë neuve aboutiffante fur
le Marché Neuf, & par un tour d'équiere,
à la rue qui conduit à Notre- Dame.
On pourroit par la fuite former de la
Place du Roi , du canal de la Riviere , &
de l'Hôtel de -Ville , un enfemble , dont
la magnificence feroit l'admiration des
Etrangers . Ce feroit enfupprimant toutes
les maifons qui font fur le Pont Notre-Dame
& le Pont au Change; & en conftruifant
à la place des trotoirs une Colonade aboutiffante
d'un bout à la Place du Roi , & de
l'autre à l'Hôtel- de- Ville . Les projets cideffus
font fufceptibles de réduction de
moitié de dépenfe , fans ceffer d'être trèsbeaux
.
Je crois remplir plufieurs objets.
Je place le Roi au milieu de fon peuple ,
& d'une maniere qui répond , ce me femble
, à fa magnificence & à fa bonté .
De cette Place partiront les Feux d'arti
fice, qui fe verront de l'Hôtel - de-Ville d'une
façon plus agréable & moins dange
reufe que par le paffé.
Des débouchés partout , qui garantiront
du défordre ; & la commodité au peuple
de voir les fêtes fans courir de rifques.
L'Hôtel-de-Ville rentre dans l'ancienne
OCTOBRE.
1748. 105
Cité de Paris , dont on décore par ce
moyen les deux plus vilains quartiers.
Les réunions ou tranſlations de trois petites
Eglifes , qui fe trouvent proche la rue
de la Pelleterie , cauferont moins de dommage
que tous les autres projets .
. Il eft auffi à obferver que pour les deux
beaux atteliers que je propofe , on peut
faire par la Riviere les approches de tous
les matériaux , & les enlevemens des terres
& gravas, ce qui, par beaucoup de raifons,
doit encore entrer en confidération , ainfi
que la commodité complette pour
les niveaux
de pente.
Je laiffe , à ceux qui nous fuccéderont ;
l'exécution du projet de rétablir le Port S.
Landry dans toute l'étendue depuis le Pont
Notre- Dame, jufques proche le Pont- Rouge
, qui peut-être fera remplacé par un
pont de pierre , auffi inutile , à mon avis ,
que le courant de Riviere , qui y aboutit ,
& que je fupprimerois par la jonction des
Quais & des deux Ifles , qui n'en feroient
plus qu'une.
Je fuis , &c.
ET
106 MERCURE DEFRANCE.
CACACACACACƏCƏYAYAYAYA VI
O DE
CONTRE L'Auteur anonyme de plufieurs
libelles diffamatoires , affichés pendant la
nuit dans les rues de la Ville de de Vienne,
en Dauphiné.
I Mpitoyables Eumenides *
Vous , noires filles de la nuit ,
Dont d'ardens flambeaux font les guides ,
Et que Phorreur fans ceffe fuit ,
Sortez des goufres du Tartare.
Une main , cent fois plus barbare
Que celle qui conduit vos coups ,
Répand l'effroi deffus la terre ,
Et bravant l'effet du tonnerre ,
Devient plus à craindre que
vous.
Ceffez dans les Royaumes fombres
De tourmenter les malheureux.
D'un mortel , pire que vos ombres,
Venez punir le crime affreux
Il ofe tout , le téméraire !
2.
* Les furies occupées dans les enfers à tourmentor
les criminels.
OCTOBRE. 1748. 107
Rien ne l'arrête en fa colére ,
Et fans reſpecter aucun lieu ',
On lit les effets de fa rage
Aux portes de l'Aréopage * ,
Et jufques aux Temples de Dieu
*3x+
Toute époufe fe livre au crime
Suivant les infâmes écrits ;
Aucune n'eft digne d'eſtime .
Arthémiſe eſt une Cypris.
Des femmes , dont le caractére
Eft d'être fages , mais de plaire ,
Se proſtituent , ſelon lui ;
Il le dira dans un libelle ,
Tracé d'une main criminelle ,
Qui l'affiche pendant la nuit.
***
Monftre , d'autant plus homicide ,
Qu'il vit inconnu parmi nous ,
Et
que
l'innocence timide
Se prête peut-être à fes coups
Peut-être , en frappant ; il confole
Peut-être , en flatant , il immole
Car enfin , n'étant point connu
Qui fçait , fi notre domicile
"
* On a trouvé des affiches fur les portes du Palais
fur celles des Eglifes
Evi
108 MERCURE DEFRANCE.
Ne lui fert pas fouvent d'azile ,
Venant d'attaquer la vertu a
炒菜
Pourquoi fur le front d'un infâme
Ne pas découvrir la noirceur ,
Que le traître au fond de fon ame
Porte & recéle dans le coeur ?
Défaut honteux à la nature ,
De permettre que l'impofture
Se déguife aux yeux des mortels.
La main du coupable eft cachée
Et l'innocence eft accufée
Des projets les plus criminels..
**
Pour qui réfervez-vous la foudre ,
Puiffant Maître de l'Univers ?
Que ne réduifez- vous en poudre.
L'Auteur de la proſe & des vers ,
Qui caufent nos juftes allarmes ?
Nos femmes , nos filles en larmes ,
Se profternent à vos genoux..
Objets d'une injufte colére ,
L'une frémit aux yeux d'un
pere ;
L'autre tremble à ceux d'un époux,
De tant d'innocentes victimes
OCTOBRE . 1745. 109
Daignez terminer la douleur ;
Précipitez dans les abîmes
Ce lâche salomniateur.
Puniffez fa noire malice
D'un nouveau genre de fupplice ;
Qu'on n'ait point vû dans les enfers,
Et que fon nom foit une injure ,
Qui ferve à la race future ,
Pour défigner les coeurs pervers.
N..... à Vienne en Dauphiné.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine,
fur les accidens extraordinaires
d'une groffeffe.
Oici , Monfieur ,
une obfervation
Chirurgicale , que je lûs dernierement
dans une de nos Séances Académile
de Rouen , & dont je crois ques que
public a intérêt d'être inftruit . C'est dans
cette confiance que je vous l'adreffe , la
voie du Mercure étant la plus fûre pour les
Auteurs & les Curieux.
Une Dame de cette Ville , âgée d'envi
ron trente-trois ans , a eu en differentes
années cinq accouchemens, qui fe font trèsbien
terminés. Depuis cela , elle eſt reſtée
10 MERCURE DE FRANCE.
trois ans fans aucun dérangement , après
lefquels ce qui eft périodique à fon fexe ,
fe trouva fupprimé l'efpace de trois mois ,
mais une ample évacuation lui fit récou
vrer fon premier état . Un an après , elle
eft devenue enceinte. Sa groffeffe lui ayant
paru differente des autres , dès qu'elle fut
parvenue au terme de quatre mois , elle
me fit appeller le 27 de Juin dernier , &
me déclara que dès la fixiéme ſemaine elle
avoit fenti les mouvemens de fon enfant ,
ajoûtant qu'elle avoit le ventre fi particulierement
élevé , qu'elle ne connoiffoit
rien àfon état. Ce qui l'inquiétoit davanrage
, c'eft qu'elle avoit près de la hanche
droite une tumeur dure & tenduë , qui lui
étoit douloureuſe , furtout quand elle y
pofoit la main , ou qu'elle élevoit le bras
droit. Comme toutes les queftions qu'elle
me faifoit fur fon état étoient embarraffantes
, je touchai les tumeurs , & je remarquai
qu'elle avoit la partie moyenne
de l'hypogaftre , élevée , tendue & dure ,
& à côté , en tirant vers la hanche droite ,
une autre tumeur du volume d'un gros
euf de poule des Indes. Ces deux tumeurs
étoient féparées par une ligne , large d'environ
un demi doigt , & longue d'environ
trois pouces. J'appuyai un peu fur ces
tumeurs , pour fçavoir laquelle des deux
OCTOBRE . 1748. ITI
étoit la plus douloureufe. La Dame ne ſe
plaignit , que quand je touchai celle qui
étoit du côté de la hanche . Je m'informai fr
elle n'y fentoit pas quelques élancemens ,
& fi la couleur de la peau n'étoit point
changée ; elle me dit que non . Après cer
examen , je penfai que le diagnoftic que
j'avois à établir de cette groffeffe , étoit
plus
plus aifé à faire, qu'il ne l'étoit de corriger
les accidens qui l'accompagnoient. Le
danger étoit évident , mais fans faire connoître
à la malade l'état fâcheux où je la
trouvois , je lui propofai la faignée du
bras , ce qui fut exécuté le lendemain . Je
me flatai que cette faignée lui pourroit
apporter du foulagement , en relâchant les
vaiffeaux utérins qui étoient trop engorgés
, mais avant de faire la faignée , j'avois
eu la précaution d'expofer au mari le
danger que couroit la malade , non-feulement
parce que j'avois remarqué que le
fond de la matrice contenoit un enfant
mais parce que je foupçonnois encore
quelque corps étranger dans la corne
droite de la matrice , & que je concevois
ce corps , ou comme un foetus , ou comme
le placenta de celui qui étoit defcendu
dans le fond de la matrice , ou enfin comme
un faux germe. Le mari me demanda
ce qu'il convenoit de faire dans une pa
17 MERCURE DE FRANCE.
reille circonftance . Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les faignées du
bras provoquoient fouvent le détachement
des faux germes , & le relâchement des parties
trop tendues : que fi nous étions allés
heureux pour que la faignée produifit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de fe flater que la malade fe rétabliroit en
peu de tems..
>
Le fuccès répondit à mon pronoftic ,
car la nuit fuivante , la malade fut prife
d'une violente perte de fang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fut ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranfportai fur le champ
mais je fus fort furpris de trouver la malade
dans des foibleffes fi grandes , & fi
fouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'effayai cependant d'avoir le placenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que da
côté droit je la trouvai ſquirreufe , depuis
fon fond jufqu'à fon orifice.
Heureufement pour la malade , j'étois
inftruit de fon état . Je portai donc la´
main fur fon ventre , & je remarquai que
la matrice étoit bien diminuée , mais que
la feconde tumeur étoit telle , que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui .
m'obligea de rompre le cordon ombilical ,
OCTOBRE. 1745. 11$
& voici la raifon qui m'y détermina . Si
( difois je en moi- même ) l'arriere faix eft
dans la corne de la matrice , il eft impoffi
ble de l'avoir préfentement ; fi au contraire
il eft dans le fond de l'uterus , par
fon féjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
fuppuration qui doit fe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui fe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera auffi
diminuera de volume , & par la fuite tom
bera dans le fond de la matrice :ainfi on
aura lieu de les avoir tous deux .
Quoique toutes ces efpérances fuffent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poffibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois . J'expofai mes
craintes & mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penfa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleffe , & qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant fept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux
germe de la
longueur de quatre travers de doigt fur
environ trois de large , & épais de deux ;
il avoit à chaque extremité une languette,
11 MERCURE DEFRANCE.
reille circonftance . Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les faignées du
bras provoquoient fouvent le détachement
des faux germes, & le relâchement des parties
trop tendues : que fi nous étions allés
heureux pour que la faignée produifit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de fe flater que la malade fe rétabliroit en
peu de tems..
>
Le fuccès répondit à mon pronoftic
car la nuit fuivante , la malade fut priſe
d'une violente perte de fang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fat ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranfportai fur le champ
mais je fus fort furpris de trouver la malade
dans des foibleffes fi grandes , & fi
fouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'effayai cependant d'avoir le placenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que du
côté droit je la trouvai fquirreufe , depuis
fon fond jufqu'à fon orifice .
Heureufement pour la malade , j'étois
inftruit de fon état. Je portai donc la
main fur fon ventre , & je remarquai que
la matrice étoit bien diminuée , mais que
la feconde tumeur étoit telle , que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui .
m'obligea de rompre le cordon ombilical
OCTOBRE. 1745.
& voici la raifon qui m'y détermina . Si
( diſois je en moi- même ) l'arriere faix eft
dans la corne de la matrice , il eft impoffi
ble de l'avoir préfentement ; fi au contraire
il eſt dans le fond de l'uterus , par
fon féjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
fuppuration qui doit fe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui fe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera auffi ,
diminuera de volume , & par la fuite tombera
dans le fond de la matrice : ainfi on
aura lieu de les avoir tous deux .
"
Quoique toutes ces efpérances fuffent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poffibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois. J'expofai mes
craintes & mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penfa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleffe , & qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant fept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux germe de la
longueur de quatre travers de doigt fur
environ trois de large , & épais de deux
il avoit à chaque extrêmité une languette,
14 MERCURE DEFRANCE:
longue d'environ deux pouces. Par l'exa
men que nous en fîmes , nous remarquâmes
qu'il portoit l'empreinte de la cavité
d'une des cornes de l'uterus , & que la cu
meur étoit diffipée .
La malade par cet heureux évenement
a recouvré affés promptement un état de
fanté , auffi bon qu'on pouvoit le defirer ,
malgré le fquirre dont quelques parties de
la matrice font encore attaquées.
Telle eft , Monfieur , la conduite que
j'ai tenue , & quoique la réfidence de l'arriere-
faix dans la matrice , fept jours après
la fortie du foetus , doive paroître à bien
des perfonnes d'une dangereufe conféquence
, la réuffite prouve qu'il eft de
fa prudence d'un Chirurgien de faire
fervir à fes vûës , jufqu'aux chofes qui pa
roiffent répugner à la pratique ordinaire ,
dans les cas fur-tout où il n'a que fa raifon
pour le conduire. Je fuis , &c.
A Rouen ce z Septembre 1748 .
Thibault
OCTOBRE. 1748. 1 $
BOUQUET
Pour le jour de Saint Louis , à M. le Cheva
lier d'Andigné , Capitaine au Régiment
de Piémont , par M.
Q
par M. P....
Ue peut t'offrir mon coeur , Louis , pour
ton Bouquet ?
Flore dans fes jardins , dans fes plus beaux par
terres ,
N'étale rien d'affés parfait ?
Hélas ! que ces fleurs paffageres
Flatent peu ton ambition !
Je connois ta dévotion ,
Ta ferveur , & ton zéle en ce grand jour de Féte
De ton pieux Patron , du plus faint de nos Rois
Tu defires porter la Croix ;
Cher ami , je te la fouhaite.
116 MERCURE DE FRANCE
INSCRIPTION pour le Cadra
Solaire du Jardin d'une penfion.
Tia Ruris & Urbis opem locus exhiber iſte ,
Ludorum & ftudii dirigit hora vices.
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
du Mercure de Septembre , font la
Quenouille , le Limaçon , la Lettre A , la
Langue , Louife & Vertumnus . On trouve
dans le premier Logogryphe , en ajoûtant
les lettres défignées par l'Auteur , Lot, Sole,
Sol, Si, fel, oni, Lois, Voile de Navire , Voile
de Religieufe , Loup , Louis , Roi de France
, des Louis. Dans le fecond , ver , rus ,
mus , tres › nervus , Turnus , veru , nurus
& munus.
COROPORARA YO PARA SATsako
LOGOGRYPHE.
E fuis un enfant du génie ,
De la Nature un noble effort ,
Qui bien fouvent après la mort
Fais revivre celui qui me donne la vie .
Sans coeur , du Dieu de l'harmonie
Je fuis le plus cher inftrumens
OCTOBRE .
117
1748.
Chés moi, par plus d'an changement ,
Une Cité de Normandie ,
Des plus Normandes qu'il y ait ,
Se trouve avec ce que pas un ne hait.
Item. Un faint que l'Eglife conronne.
Ce qu'au fond du tonneau la liqueur abandonne
Ote ma tête , auffi -tôt fous tes yeux
Un fou plus effronté que le Dieu des batailles ,
Va le verre à la main , & fans quitter les Dieux ;
Foudroyer des remparts , renverfer des murailles
Et meubler les Palais qu'il bâtit en tous lieux,
D'en dire davantage ,
JE
Ami Lecteur , il ſeroit ſuperflu ,
Car-je crois qu'à ton âge
Plus d'une fois tu me vois , tu m'as va
AUTRE.
E parois chaque mois pour plaire aux curieux
On me trouve amufant , quelquefois ennuyeux.
Voila , Lecteur , ce que je fuis au jufte.
Pour découvrir mon nom , fi tu veux cependant
Un plus grand éclairciffement ,
Je vais te contenter, Sorti d'un fang augufte ,
On me connoît parmi les Dieux ;
J'y tiens un rang même affés glorieux .
Prends mes trois premiers pieds ; je fuis épouvan
table ,
>
118 MERCURE DE FRANCE.
Pour ma grandeur on ne vit rien de tel ;
C'eft de moi qu'on tire le fel.
De mes quatre derniers l'effet eft admirables
Aux maux les plus grands je mets fin ;
Dans la Ville mon nom te défigne un chemin
Je fais un mets qu'on fert à table ;
Le canal d'un petit ruiffeau ;
Une craffe qui vient fur l'eau ;
Une plante médicinale ;
Un Bouclier , ou bien une pièce d'argent,
La Mufique , ce beau talent ,
Sans moi feroit imparfaite , inégale.
Je fuis encore une Planette.
Mais n'allons pas chercher fi loin.
D'en dire tant qu'eft il beſoin ?
Ma langue , foyez donc difcrette ;
Toi , pour me deviner , n'implore pas les Dieux ;
Car tu me tiens , ou tu m'as fous tes yeux .
S
J. F. Guichard,
AUTRE.
Uis-je un bien ? Suis - je un mal ? Confultez l'U
nivers ,
Vous trouverez partout des fentimens divers .
Je fais fouvent votre mifere ,
Et ce cas par malheur ,
Hélas ! n'eft que trop ordinaire
OCTOBRE . 1748. 119
Souvent auffi je fais votre plus grand bonheur,
Faifons nous encor mieux connoître .
Sept membres font mon tout , qui pris diverſement,
Pourront bien- tôt peut être
Me dévoiler entierement .
J'offre d'abord un nom & faint & refpectable ;
Ce que dans ce moment vous touchez de la main ¿
Un mets utile & convenable
A Manon , Lifette & Catin ,
Ainfi qu'à bien d'autres femelles a
Ce chacune d'elles
que
Voudroit avoir , & dès demain.
Un grand & fçavant perfonnage,
Connu jadis dans l'Orient .
Un Roi riche , fçavant & fage ;
Un amas d'eau , meurtrier inftrument ;
Ce que voudroit cacher l'aimable Célimene ,
Servante allés connuë ; un nom doux , gracieux ,
Mais dont l'efpéce eft rare , & qu'on trouve aveo
peine ;
Ce qu'un Rimeur fait de fon mieux ,
Et cependant qui bien fort l'embarraffe;
Le principe de certain Art ;
Ce qui de nous eft la plus noble part ;
Elément , tantôt chaud , & tantôt plein de glace ;
Le contraire du doux ; mal horrible & cruel ,
Un poiiflon ; péché mortel ;
120 MERCURE DE FRANCE
A certain âge récompenfe ,
Dont parfois un Pédant fait libéralité ;
Dans la Turquie Officier reſpecté ;
Ville ancienne en lieu loin de la France ;
Inftrument de fupplice. Arrêtons , car je croi
Que plus d'un Lecteur jure & pefte contre moi,
P
LOGO GRYPHU S.
Ars hominum fublimior , aut nemo um decus
Aufer
Collum, mox faliens Cerealia curro per arva.
Collum & ventrem junge pedi , datur altera forma,
Et noctis fio tranquil æ argenteus humor,
Denique fiventrem poftremo cum pede jungas ,
Durior en hominis pars fum ,
feu gloria vultus.
M
ALTER.
Embris quinque , dolis inftructus & arte
malignâ
Tenator fum. Scinde pedes , liquor extat amarus.
Si caput & collum refeces , tunc inter amicos
Perfæpe ambiguas damnofafque excito rixas..
J
ENIG ME.
E fuis un tyran redoutable ,
Qui porte avec lui la terreur ,
Mais une ennemie implacable
Peut
OCTOBRE . 1748. 121
Peut feule arrêter ma fureur .
Quelquefois cependant je mépriſe ſa rage ,
Et , malgré les efforts, j'en fais plus de ravage.
Mais qui me donne l'être hélas fouvent un rien.
Prudent Lecteur , penfez - y bien ,
Ce rien , fi l'on n'y remédie
En un moment excite ma furie.
Pour lors , qui peut appaiſer mon courroux
Je Luis pourtant d'un uſage bien doux ;
Il eſt des tems où je ſuis néceſſaire ,
Et que je fais l'objet de vos défirs ;
Même fouvent on me préfere
A tous autres plaifirs .
AUTRE.
Mon art eft , dit- on, fort antique ;
Et quoiqu'en dife la critique ,
Je fuis un des plus beaux de tous ;
Lecteur , je m'en rapporte à vous.
A la Ville , à la Cour , je fuis toujours d'uſage ;
C'eftmoi qui produis les curieux ouvrages ;
Je fuis utile en guerre , en amour , en procès.
J'ai fouvent mis au jour les plus affreux forfaits
Vérités , faufletés , font pour moi même chofe ;
Je fournis aux Cenfeurs des ſujets à leur gloſe.
Je fais dans l'Univers ftablement établi .
Quelque habile & fçavant que devienne un Auteus;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Fût il beau Profateur, fut- il maître timeur ,
Sans mon fecours , hélas ! il refte dans l'oubli.
Je donne des louanges & je dis des injures ;
J'ai l'art de peindre au vrai , d'imiter la Nature.
Artifans , Roturiers , Marchands &grands Seigneur
Prélats , Maltotiers , reffentent mes faveurs ;
Aux petits , comme aux grands , je fuis très - n
ceffaire ;
Sans moi je ne crois pas qu'on puiffe faire affaire
C'est moi qui dévoilai les Myfteres des Dieux,
A ces traits aifément tu pourras me connoître ,
Je voudrois me cacher pour ne jamais paroître
Mais cependant, Lecteur, tu me vois fous tes yeu
Par M. de la Grée , le fils .
RECIT DE BASSE.
V
Ents déchaînés , Aquilons furieux ,
Vous ravagez toute la terre ;
Foudres bruyans , redoutable tonnerre ,
Vous rempliffez d'effroi les plus aimables lieux ;
Tout tremble à votre abord , tout frémit , & mon
ame
Croit tomber pour jamais dans l'éternelle nuit ;
Vous faites, il eft vrai , grand fracas & grand bruit , ”
Vous en faites moins que ma femme.
L'air & les paroles font de M. de Launay,
THE
RANI
UN
MOUNDATIONS
.
URARY
OX
AND
DATIONS
""
34
OCTOBRE. 1748. 12§ .
送洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX -ARTS , &c.
L
EÇONS de Phyfique expérimentale .
Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres & Maître de Phyſique de '
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. TOme
IV. A Paris , chés les freres Guerin
rue Saint Jacques vis- à - vis les Mathurins ,
à Saint Thomas d'Aquin. 1748. pages'
528 , fans y comprendre la Table des Matieres.
*
Ce quatrième Tome contient les principales
expériences qu'on peut faire fur
l'eau & le feu , & qui fervent à faire connoître
la nature & les propriétés de ces
deux élémens. M. l'Abbé Nollet , confidérant
d'abord l'eau dans l'état de liquidité ,
donne les moyens de la purifier , & ſpécialement
de deffaler l'eau de la mer ; il
compare la péfanteur fpécifique de l'eau
la moins chargée de corps étrangers, à celle
de l'or , du mercure , &c ; il détermine
le degré de dilatation & de chaleur que
l'eau reçoit dans le vuide ; il fait voir que
leau s'échauffe , d'autant plus qu'elle a
moins la liberté de fe dilater ; qu'elle ne
Fij
124MERCURE DE FRANCE.
diffout pas également tous les fels , &.
qu'elle diffour plus du même fel , lorf
qu'elle eft chaude , que lorfqu'elle eft
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la fuppofe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce fecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus confidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éoly,
pile le recul des armes à feu. De-là , il
paffe à la defcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention à M.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
l'Univerfité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eft plus prompte & plus
complette , lorfque l'eau eft pure , que
lorfqu'elle renferme quelque fubftance
huileufe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlange des fels. Il dif
cute en même tems quelles font les
vraies caufes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau eft moins legere que la glace;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait brifer les vaiffeaux dans lef
quels elle eft contenue ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée fur les animaux , fur
OCTOBRE
. 1748 .
123
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences
fur l'eau fuccédent
dans ce
volume
celles fur le feu. L'Auteur
fait
paffer fous les yeux de fes lecteurs tous les
phénomenes
les plus intéreffans
, qui ont rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'eſprit de vin , l'inflammation
de l'efprit de terebenthine
par un fort
acide nitreux , la compofition
& les effets
du Phoſphore
de M.Homberg
, les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires
, la
dilatation
du verre & des liqueurs , &
l'allongement
du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans fes leçons fur le
feu fuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raifonnement
ac-
Cet
compagne
toujours
l'expérience
.
Académicien
ne fe contente pas d'étonner
l'imagination
; il tâche , autant qu'il lui eſt.
poffible , d'éclairer le jugement des perfonnes
qui ne font pas encore initiées dans les
myftéres de la Phyfique. Toutes celles qui
ont befoin de s'inftruire , liront ce volume
avec la même fatisfaction
qu'elles ont
éprouvée
dans la lecture des précédens .
RECUEIL
de plufieurs Piéces d'Eloquence
& de Poëfie , préfentées
à l'Acadé-
F iij
124MERCURE DE FRANCE.
diffout pas également tous les fels , &.
qu'elle diffour plus du même fel , lorf
qu'elle eft chaude , que lorfqu'elle eft
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la fuppofe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce fecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus confidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éoly
pile le recul des armes à feu. De-là , il
paffe à la defcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention à M.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
l'Univerfité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eft plus prompte & plus
complette , lorsque l'eau eft pure , que
lorfqu'elle renferme quelque fubftance
huileufe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlange des fels . Il difcute
en même tems quelles font les
vraies caufes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau eft moins legere que la glace;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait brifer les vaiffeaux dans lef
quels elle eft contenue ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée fur les animaux , fur
OCTOBRE. 1748. 123
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences fur l'eau fuccédent dans ce
volume celles fur le feu. L'Auteur fait
paffer fous les yeux de fes lecteurs tous les
phénomenes les plus intéreffans , qui ont
rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'efprit de vin , l'inflammation
de l'efprit de terebenthine par un fort
acide nitreux , la compofition & les effets
du Phoſphore de M. Homberg , les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires , la
dilatation du verre & des liqueurs , &
l'allongement du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans fes leçons fur le
feu fuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raifonnement accompagne
toujours l'expérience. Cet
Académicien ne fe contente pas d'étonner
l'imagination ; il tâche , autant qu'il lui eſt
poffible , d'éclairer le jugement des perſonnes
qui ne font pas encore initiées dans les
myftéres de la Phyfique . Toutes celles qui
ont befoin de s'inftruire , liront ce volume
avec la même fatisfaction qu'elles ont
éprouvée dans la lecture des précédens.
RECUEIL de plufieurs Piéces d'Eloquence
& de Poëfie , préfentées à l'Acadé-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
mie des Jeux Floraux en l'année 1748
avec les Difcours prononcés dans les af
Lemblées publiques de l'Académie. A Tou-
Joufe , chés Claude-Gilles le Camus , & à
Paris , chés Delaguette , ruë S. Jacques.
Le Difcours , qui a remporté cette année
le prix
d'Eloquence au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , & dont le
fujet eft les Avantages du Travail , eft un
des plus beaux qui ayent jamais été préfentés
à cette Académie Il eft de M. l'Abbé
Foreft , de Touloufe , Bachelier en Théologie
, réfidant à Paris dans la Maifon des
Prêtres de Saint Benoît.
: Parmi les Aureurs qui fe font propofés
de nous engager au travail , les uns nous
l'ont repréfenté comme un arrêt qu'il falloit
fubir , & les autres comme un devoir
de fociété dont nous ne pouvions nous
difpenfer. Les uns & les autres n'ont fait
au travail qu'un petit nombre de partiſans.
M. l'Abbé Foreſt remarque judicieuſement
que les hommes ne fe rendent qu'à regret
ces invitations rigoureufes , Il le faut ,
on le doit. Qu'on impofe , dit- il , aux vrais
Chrétiens le travail comme un joug ; ils
le porteront. Que les vrais Philofophes
l'envifagent comme un moyen d'être utiles
à leurs femblables ; c'en eft affés pour
eux , ils l'aimeront . Mais préfentons au
OCTOBRE. 1748. 127
commun des hommes , & les travaux du
corps , & ceux de l'efprit , comme la fource
de mille avantages perfonnels , c'eft parlà
feulement qu'on peut les leur rendre
aimables.
Dans la premiere Partie du Difcours ,
l'Orateur expofe avec autant de force que
de fagacité tous les avantages qui réfultent
des travaux du corps. Il feroit à fouhaiter,
pour la confolation & l'encouragement
des pauvres qui font condamnés à des fatigues
prefque continuelles , qu'ils pûffent
lire le parallele qu'on fait ici de leur fanté
mâle & vigoureufe à la foibleffe & aux
maladies , qui font les effets ordinaires de
la molleffe & de l'oifiveté . Le tableau
qu'à la fuire de ce parallele M. l'Abbé
Forest nous offre de la vie des anciens Romains
, eſt un de fes morceaux les plus éloquens.
Il n'en eft pas ainfi de vous , s'écrieil
, en adreffant la parole aux François . Votre
valeur , il eft vrai , votre zéle pour la
Patrie , votre amour pour la gloire , vous
fuivent par tout , mais vos forces vous
abandonnent fur des bords étrangers , &
la foibleffe de votre tempéramment fuccombe
aux périls que brave la grandeur de
votre ame. N'en cherchons la cauſe
que
dans votre éducation... Que ne s'applique-
t'on à former en vous des corps ro
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
2
S
buftes , comme on prend foin d'y former
des coeurs magnanimes ? Un préjugé faral
avilit parmi vous la plupart de ces exercices
, qui ont mis Hercule , Caftor & Pollux
, au rang des Dieux.Ainfi , par un prodige
qui étonne l'univers , les plaifirs & le
luxe où vous vivez énervent votre tempé
ramment , fans amollir votre courage , &
vos moeurs font les feules barrieres que
vos ennemis puiffent oppofer à vos conquêtes
.
La feconde Partie , deftinée à montrer
les avantages des travaux de l'efprit , n'eft ni
moins brillante , ni moins philofophique
que la premiere. M. l'Abbé Foreft prouve
d'une façon triomphante , que la probité
n'eft point folide , fi elle n'eft réflechie ;
que c'eft un édifice qu'il faut élever dans
fon coeur fur des fondemens à l'abri des
orages ; que la Religion & la Nature doivent
en fournir les matériaux , mais que
la Raifon doit en être l'Architecte , & que
ce n'eft qu'à force d'application & d'étude
qu'elle parvient à perfectionner fon ouvrage.
Il va plus loin , & il entreprend
de faire voir que le travail de l'efprit in-
Alue , non-feulement fur les moeurs , mais
encore fouvent fur la fortune. Il convient
qu'il eft certains genres d'étude , qui occupent
toute la capacité de l'efprit , &
OCTOBRE. 1748. 129
qui nous éloignant des affaires , peuvent
nous éloigner de la route des richeffes &
des dignités , mais , demande- t'il , quelle
eft la véritable grandeur , celle des Puiffans
, ou celle des Sages ? Les hommages
qu'on obtient par le mérite , ne font- ils
pas de beaucoup préferables à ceux qui ne
font rendus qu'à l'autorité ? Ici , l'Orateur
employe les traits les plus vifs de l'éloquence
, pour nous peindre la gloire dont
jouiffent ces génies rares , nés pour honorer
leur Patrie par leurs lumieres out par
leurs talens . Il termine fon Difcours , en
félicitant les Francois de vivre fous un
Monarque , dont le Trône eft l'afile des
Beaux Arts , & qui les couronne de la
même main dont il terraffe fes ennemis.
L'Académie a adjugé le Prix de l'Ode
au Pere Arcere , Prêtre de l'Oratoire ,
Affocié de l'Académie des Belles- Lettres
de la Rochelle ; celui du Poëme à M. d'Ichy
de Sabatery , Maire de Villefranche
du Lauraguais ; celui de l'Eglogue , an
même , & l'un des Prix réfervés du Poëme,
à M. de Viguier de Segadennes.
Caroli Noceti , è Societate Jefu , de Iride
& Aurora Boreali CARMINA , Illuft .
ac Reverend. Præfuli Bernardino Giraudio
Dicata. Cùm notis Jofephi Rogerii Bofcovich
, ex eâdem Societate. Roma , 1748.
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
Ex Typographiâ Palladis , in-4° . pp . 127.
Se vend à Paris , chés Guerin , ruë Saint
Jacques , à Saint Thomas d'Aquin .
Perfuadés que les Rapins , les Commires
& les Santeuils , ne feroient pas euxmêmes
juges compétens , pour décider fi
un Moderne parle correctement la Langue
de Virgile & d'Horace , nous ne prononcerons
point fur la pureté du ftyle des deux
Poëmes que nous annonçons . Nous affûrerons
feulement , que fi les Belles Lettres
Latines étoient plus cultivées , le Pere Noceti
auroit un grand nombre de lecteurs ,
& que tous rendroient juftice à la beauté
de fon génie , & à l'art avec lequel il prête
à la Phyfique les ornemens de la Poëfie la
plus fublime.
Ce Jefuite Italien étant en même tems
un Poëte diftingué & un Sçavant du premier
ordre , il auroit été furprenant qu'il
ne connût pas l'excellent Traité de M. de
Mairan fur l'Aurore Boréale , & il ne
pouvoit l'avoir lû , fans en fentir tout le
mérite. Pour montrer qu'on n'a là - deſſus
aucun reproche à lui faire , il adreſſe , en
commençant fon fecond Poëme , une efpéce
d'invocation à cet Académicien ,
comme à la Mufe par laquelle il défire le
plus d'être infpiré.
Les notes que le Pere Bofcovich a joinOCTOBRE.
1748. 137
tes à cet ouvrage & au Poëme fur l'Arc.
en - Ciel , font également inftructives &
agréables , & avec le fecours du Commentateur
le Poëte doit être entendu , même
des lecteurs les moins verfés dans les matieres
qu'il traite.
TRADUCTION des modéles de Latinité
, tirés des meilleurs Ecrivains . Second
Recueil de Profe . A Paris , chés Louis
François de la Tour , rue Saint Jacques visà-
vis les Mathurins , à S. Thomas d'Aquin.
1748. In- 8° . pp . 433 .
On a été informé par un des précédens
Mercures * , que M. Chompré a fait pa
roître un nouveau Tome de fon Recueil
intitulé , Latini Sermonis Exemplaria . II
donne aujourd'hui la Traduction de ce
ſecond volume , en avertiffant qu'il aſpire
moins à la gloire de paffer pour élégant
Ecrivain , qu'à l'avantage d'être utile à la
jeuneffe . En plufieurs endroits , il n'a
point fait difficulté de profiter du travail
des Traducteurs qui l'ont précédé , &,
autant qu'il a pû , ila rapproché de la lettre
les verfions qui lui ont paru trop hardies
. Moyennant le foin qu'il prend de
publier en François les fragmens qu'il propofe
pour modéles à ceux qui veulent
Second volume de Juin 1748 , p. 153.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE:
écrire purement en Latin , non- feulement
les commençans pourront juger , en comparant
leurs Traductions à celle - ci , s'ils
ont faifi le véritable fens de l'Auteur ,
mais une mere de famille , & toute autre
perfonne fans littérature , feront en état ,
le livre à la main , de fe faire traduire ces
fragmens par un enfant , & de s'affûrer fi
fon explication eft fidelle.
LETTRE fur la Peinture , Sculpture
& Architecture, A M. *** . 1748.
A la feule infpection du titre , on doit
s'attendre à ne pas trouver dans l'ouvrage
un ftyle abfolument correct , mais en récompenfe
on peut compter d'y puifer
beaucoup de connoiffances. Cette Lettre
eft divifée en trois Parties , dont la premiere
fert de réponse aux Réflexions fur
quelques caufes de l'état préfent de la Peinture
en France ; la feconde contient des Notes
critiques fur la Lettre publiée l'année derniere
par M. l'Abbé le B. , & la troifiéme
renferme l'examen des principaux ouvrages
de Peinture , de Sculpture & de Gravûre
, expofés cette année au Salon du
Louvre . En lifant cette Brochure , nous
avions foupçonné que plufieurs perfonnes
part. Nous avons été depuis
confirmés dans notre conjecture. On ne
peut trop exhorter des Juges , auffi capay
avoient
OCTOBRE. 1748.
133
bles que les Auteurs de cette Critique ,
de remarquer les défauts & les beautés des
productions des Artiſtes , à continuer chaque
année de communiquer au public leurs
obfervations .
SATYRE contre les Déiftes. A Paris,
au Palais , chés de Nully , Libraire , Grande
Salle , à l'Ecu de France , 1748 .
HISTOIRE du Théâtre François ,
depuis fon origine jufqu'à préſent . To-
Ime XII. A Paris , chés P. G. le Mercier
, Imprimeur Libraire , rue S. Jacques ,
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , ruë
S. Jean de Beauvais , vis - à- vis le Collége ,
1748.
CONFERENCES Eccléfiaftiques du
Diocèle d'Angers fur les cas réfervés . Tome
fecond . A Angers , chés Pierre - Louis
Dubé , Imprimeur de M. l'Evêque , 1748,
Volume in- 12 . de 493 pages.
HISTOIRE générale d'Allemagne par,
le P. Barre , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève , & Chancelier de l'Univerfité
de Paris . Tome III , qui comprend les
Regnes depuis 840 jufqu'en 1039. A Paris
, chés Delefpine , Thibouft & Heriffant ,
de 684 pages. .
FABLES NOUVELLES ,
mifes en
vers , avec la vie d'Eſope , tirée de Plutarque
& d'autres Auteurs , par M. Richer.
134 MERCURE DE FRANCE.
Nouvelle Edition corrigée & augmentée
d'environ 50 Fables. A Paris , chés Bar
rois , Quai des Auguftins , à la ville de
Nevers.
DISSERTATION fur la Chronologie
des Rois Mérovingiens , depuis la mort
de Dagobert I. jufqu'au Sacre de Pepin ,
qui a remporté le prix propofé par l'Académie
de Soiffons pour l'année 1746 ,
avee des réponſes aux Critiques de quel
ques articles de deux autres Differtations
de l'Auteur , couronnées par la même
Académie en 1743 & 1744 , & des éclair,
ciffemens fur le Roi des Ribauds , par M.
Gouye de Longuemare , Avocat au Parlement
& Greffier du Bailliage de Verſailles.
A Paris , chés Chaubert , à l'entrée du
Quai des Auguftins , 1748 , in - 12 . de 206
pages.
,
MEMORIAL de Paris & de fes environs
, à l'afage des Voyageurs , par M.
l'Abbé Antonini . Nouvelle Edition in- 1 2.
Chés Bauche, Quai des Auguſtins , à l'Image
Sainte Geneviève .
BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, par M. de la Rue , chés le même Libraire.
PRATICIEN 4 UNIVERSEL ,
Couchot , chés le même ..
de
HISTOIRE du Royaume de Suéde.
OCTOBRE. 1749. 139
Premier volume. A Stockholm , chés Salvius
, Imprimeur Libraire de cette Ville ,
1747 , in-4°.
DISSERTATION fur les ufages &
les moeurs des Lapons , par M. Pierre
Hoegftroem , Pafteur en Laponie. Dans la
même Ville.
On imprime actuellement à Coppenhague
les Mémoires du Comte de Greiffenfeld
, ci-devant Grand Chancelier de Dannematck
, & ceux de l'Amiral Adeler , &
du Vice-Amiral Tordensxield. Cet ouvra
fera in-4° . avec de belles figures. ge
PORTRAITS hiftoriques des Hommes
illuftres de Dannemarck , remarquables
par leur mérite , leurs Charges & leur
Nobleffe , avec leurs Tabies Généalogiques
, 1747 , in-4° . par M. Tycho Hoffmann
, Membre de la Société Royale de
Londres , Ibidem .
DE FORO DIVINO Commentatio Philofophica.
Auctore Godofr. Profé , Prof. Ph.
& Math. Hamburgi , 1747 , in-4 ° . Hamburgi.
JOANNIS VOGT Catalogus Hiftorico
criticus librorum rariorum , jam curis tertiis
recognitus , & copiosa acceffione ex fymbolis
& collatione Billiopolorum per Germaniam
doctiffimorum adauctus. Ibidem. Herol. 1747.
in-8°.
136 MERCURE DE FRANCE. RAN
CHRISTIANI Gottlieb Buderi ... Opuſ
cula, quibusfelectiora Jurispublici, Feudalis,
Ecclefiaftici , Germanici , & Hiftoria patria
ac litteraria , argumenta exhibentur. Jena ,
apud Chrift. Henricum Cuno , 1746 ;
in- 8°.
On va publier à Londres la Defcrip
tion hiftorique de la Hollande , fous ce titre
, Notice impartiale des Provinces- Unies.
L'Auteur y décrit l'origine & les accroiffe
mens de la République , l'étendue de fes
Provinces & la nature de fon terroir , les
moeurs & le caractére des habitans de ces
Pays , & les avantages dont ils peuvent
profiter , l'Etat Eccléfiaftique , l'adminif
tration de la puiffance fuprême , la forme
du Gouvernement qui eft aristocratique ,
la raifon d'état , Ragione di Stato . Il décrit
les armes & les titres des fept Provinces ;
il parle des Hon mes illuftres qui ont fait
honneur à la République , & des princi-
-paux Auteurs qui ont écrit de ce même
Pays.
Dans la même Ville , on travaille à une
fixiéme Edition du Dictionnaire Anglois &
François de Boyer , & à une Edition nonvelle
des ouvrages de Ciceron. Cette derniere
contiendra onze volumes in- 1 2. por
tatifs & commodes..
On a réimprimé dans la même Ville
OCTOBRE.
137 174S.
depuis quelque tems les Voyages d'Edouard
Pocock en Egypte & aux environs ,
deux volumes in-fol. & les voyages de M.
Shaw , in- 4°.
en
EUVRES pofthumes de Thomas
Chubb , contenant 1 °. des remarques fur
l'Ecriture , 2 °. des obfervations fur le
Livre de la Miffion divine de M. Warburton
, 3 ° . divers Traités fur les fujets les
plus importans de la Religion , 4° . un
pofterit à fes quatre dernieres Differtations
, & en particulier à celle qui roule
fur Melchifedech , 1748 , in- 8 ° . Deux
volumes. A Londres. L'ouvrage eft en
Anglois.
COLLECTION de trente Traités du
même Auteur , laquelle forme auffi deux
volumes in- 8 °. Ibidem.
APPENDIX ad Thefaurum Lingue
Graca ab Henrico Stephano conftructum , &
ad Lexica Conftantini , & Scapula , ftudio &
labore Danielis Scott , 1747 , in -fol. Deux
volumes. Ibidem.
蒙
NOUVELLE VERSION en Anglois,
par le même Auteur , de l'Evangile , de
Saint Mathieu , avec des notes pour juftifier
la maniere dont on l'a traduit , & pour
éclaircir par les meilleures autorités le fens
& la pureté des expreflions de l'original.
On y a ajouté un examen des notes du
138 MERCURE DE FRANCE.
Docteur Mill , fur cer Evangelifte. Ibi
dem.
TRAITE' fur le Sénat Romain , en
deux Parties , par M. Conyers Middleton ,
Docteur en Théologie , & Premier Bibliotécaire
de l'Univerfité de Cambridge. in-
8. Ibidem. L'ouvrage eft en Anglois.
CAAL BEN ZOHAIR carmen Pane
gyricum in laudem Muhammedis ; Amralkeifi
Moallakach , cum Scholiis Arabicis ,
verfione Latina Levini Warneri. Acce
dunt Sententia Imperatoris Ali & nonnulla
ex Hamafa & Divan Hudeilitarum. Omnia
ex Manufcripto Bibliotheca Batava edidit ,
vertit , notifque illuftravit Gerardus Joannes
Lette. Premiffa eft laudatio celeberrimi viri
Abb. Schultens. Lugduni Batavorum , apud
Corn, Haak , 1748 , in-4°.
LA NOUVELLE Edition des ouvrages
de Jean-Guillaume Hoffmann eft actuellement
fous preffe à Leyde , chés Combaak.
Cette Collection contient les piéces fuivantes.
1 ° . Commentarius ad legem Juliam
de Adulteriis , 2 ° . Meletemata ad Pandectas,
3°. Hiftoria Triumviratus , 4°. Differtatio
ad legem Oppiam de Matronarum cultu , 5°.
Prafatio Menagii Amoenitatibus Juris pramiffa.
SEBALDI RAVII.... Diatribe de
Epula funebri Gentibus dandâ ad Iſa. c. 25.
OCTOBR E. 1748. 135
v. 6. 7. 8. cum præfatione Davidıs Millii.
Tajedli ad Rhenum , apud Paddenburgios ,
1747 , in-8°.
INDEX verborum ac phrafium Luciani
five Lexicon Lucianeum , ad editiones omnes ,
maxime noviffimam Weftlenianam , concinnatum
à Cn. Conrado Reitzio. Ibidem. Ex
Typographia Hermanni Beffeling , 1747 ,
in-4°. Ce Lexicon eft Grec feulement
DISSERTATION NOUVELLE
fur l'électricité des corps , dans laquelle
on découvre le vrai méchanifme des plus
furprenans phénomenes qui ont paru jufqu'à
préfent , & d'une infinité d'expériences
nouvelles de l'invention de l'Auteur.
Par M. Morin , Profeffeur de Philofophie
au Collège Royal de Chartres . A
Chartres , chés la veuve Roux , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 , & à Paris , chés
la veuve Etienne & fils , Libraires , ruë
S. Jacques.
DEFENSE des principaux articles de
la Foi Catholique , contre M. Elms , Miniftre
de l'Eglife Anglicane , par M. Tilly ,
Chanoine Régulier de l'Ordre de Prémontré
de l'Abbaye de Valfery , Docteur
en Théologie ; avec ces paroles de l'Ecriture
à l'inſcription du livre. Soyez toujours
prêts de répondre pour votre défense , à tous
ceux qui vous demanderont raifon de l'efpé
140 MERCURE DE FRANCE,
A
rance que vous aveż. 1. P. 3. V. 15.
Souffons , chés P. Nic. Waroquier , Imprimeur
Libraire , 1748 , in - 12 . & à Paris ,
chés Antoine Boudet , rue S. Jacques , à la
Bible d'or.
CODEX MEDICAMENTARIUS ,
feu Pharmacopaa ex Mandato Facultatis
Medicina Parifienfis edita à Joanne- Baptifta
Thoma Martineng , Decano. E litio auction
& emendatior. Parifiis , apud Guillelmum
Cavelier , patrem , Bibliopolam , viâ facobaâ
, 1748 , in- 4° .
ON DE LIVRE préfentement aux Soufcripteurs
les trois premiers volumes de la
Bible en Latin & en François , avec des notes
littérales , critiques & hiftoriques , des
Préfaces & des Differtations tirées du Commentaire
de Dom Augustin Calmet , &c. chés
G. Martin ; J. B. Coignard & Ant . Boudett ;
P. J. Mariette & Hyp. L. Guerin , Libraires
, rue S. Jacques , in-quarto..
NOUVEAU TRAITE' des Criées , ventes
des Immeubles & des Offices par Décrer ,
avec des Obfervations fur les Décrets volontaires
, les Directions , la vente des rentes
foncieres & conftituées , & un Recueil
d'Edits , Déclarations du Roi , Coûtumes,
Reglemens , Certificats d'ufages & Formules
fur cette matiere , par Me Jean- Alexis
Thibault , Procureur au Parlement de DiOCTOBR
E. 1748. 142
jon. A Paris , chés Mefnier , Imprimeur
Libraire , rue S. Severin , 1748. Deux vo,
lumes in quarto,
TRADUCTION Italienne de la pluralité
des Mondes de M. de Fontenelle. A Paris,
chés Brunet , Libraire au Palais , 1748 ,
in-1 2.
LE VOLUME VI . de l'Hiftoire générale
des voyages paroît chés Didot , Libraire ,
Quai des Auguftins , à la Bible d'or
1748 , in-quarto,
TRACTATUS mechanicus de non naturali-`
bus , qui eft brevis explicatio mutationum ,
quas in humano corpore producunt aër , dieta
c. Simul cum inquifitione in naturam
ufum balneorum , quibus præfixa eſt Doctrina
Secretionis, pluribus in propofitionibus , à Do
mino Jofepho de Marco , Doctore Medico ,
in Linguam Latinam ex Anglicâ converfus,
Avenione , apud Francifcum Girard , in Pla
tea Sancti Defiderii , in- 12.
LE TRIOMPHE de la vérité , ou Mémoi
res de M. de la Villette , par Madame le
Prince D. B. A Nancy , chés Henri Thomas,
& fe trouve à Paris , chés Damonneville &
Bordelet , rue S. Jacques. Deux petits volumes
in - 12 , brochés , l'un de 130 pages,
& l'autre de 139 , 1748,
RELATION HISTORIQUE du voyage fait
à l'Amérique Méridionale par ordre du
142 MERCURE DE FRANCE.
Roi d'Espagne , pour mefurer quelques degrés
du Méridien terreftre , & tirer de là
des connoiffances pour déterminer la vraye
figure & grandeur de la terre , & c. par D.
Georges fuan & D. Antoine Ulloa , Capitaines
de Frégates , & c. Premiere Partie
deux tomes in-quarto , ddee 668822 pages , imprimée
à Madrid , par l'ordre de S. M.
chés Antoine Marin , 1748. L'ouvrage eft
en Eſpagnol.
OBSERVATIONS Aftronomiques & Phyfiques
, faites aux Royaumes du Pérou par
les mêmes Capitaines , imprimées à Madrid,
chés Jean de Zufiiga, volume in-quarto
de 396 pages , 1748 .
PIECES FUGITIVES pour fervir à l'Hiftoire
de France , dont la plûpart n'avoient
point encore été publiées,&dont quelquesunes
, quoiqu'imprimées , ne fe trouvent
plus . Avec des notes hiftoriques & géographiques
, par M. Menard , Confeiller au
Préfidial de Nifmes , Académicien honoraire
de l'Académie des Sciences &
des Belles - Lettres de Lyon , & Affocié à
celle des Belles Lettres de Marfeille . A
‚ Paris , chés Chaubert , Libraire , à l'entrée
du Quai des Auguftins , in- quarto,
LETTRES de Sainte Thérefe , traduites
de l'Espagnol en François par feue la Réwerende
Mere Marie Marguerite de Man--
OCTOBRE. 1748. 143
peou , dite Therefe de S. Jofeph , Religieufe
& Prieure du Convent des Carmélites
de S. Denis en France , & enfuite Prieure
des Carmelites de Pont-aux -Dames . Tome
fecond, A Paris , chés Garnier , tue faint
Jacques , à la Providence .
LA LOTERIE , Fête galante , par M **
à Paris , chés Babuty , rue S. Jacques ,
S. Chryfoftôme, Brochure in- 1 2 .
DISSERTATION fur l'utilité de la Soye
des Araignées , en Latin & en François , à
laquelle on a joint l'analyſe chymique de
certe Soye , avec quelques autres piéces
qui ont été faites à ce fujet , par M. Bon ,
Premier Préfident Honoraire en la Chambre
des Comptes , Aides & Finances , de
Montpellier ; imprimée à Avignon ,
chés
Girard , & fe vend a Paris , chés Huart &
Moreau , fils , Libraires , rue S. Jacques ,
in- 12.
HISTOIRE UNIVERSELLE , traduite du,
Latin du P. Turcellin , Jéfuite , avec des
notes fur l'Hiftoire , la Fable & la Géogra
phie. Deux volumes in 12 , chés le même.
ORAISONS FUNEBRES , prononcées par
feu M. Mabon!, Evêque d'Alet , ines 2. A
Paris , chés Ph. Vincent , fils , rue S. Severin
, à l'Ange .
L'ALPHABET NOUVEAU & amufant ,
avec figures , pour inftruire facilement les
144 MERCURE DE FRANCE.
enfans , dédié à M. le Duc de Montpenfier.
A Paris , chés Langlois , Libraire , rue
S. Jacques,
LES AIDES de France & leur Régie
fuivant les Ordonnances des mois de Juin
1680 , & de Juillet 1681 , & les Edits ,
Déclarations , Arrêts & Reglemens rendus
en interprétation d'icelle , par M. de Roquemont.
Seconde Edition , in - 12. A Paris,
chés Delaguette , Imprimeur Libraire , ruë
S. Jacques , à l'Olivier ,
COMMENTAIRE fur le fait des Aides.
Abregé méthodique dont on peut tirer un
éclairciffement folide pour régir & adminiftrer
avec ſuccès la Ferme générale des
Aides. Ouvrage utile & néceffaire à tous
les Fermiers , Sous- Fermiers , Employés ,
& à tous les Redevables des droits de la
Ferme des Aides , par M. Jean Henri Du
bois , Commis à la Régie de la même Ferme.
Troisiéme Edition , augmentée des
principaux Reglemens depuis l'Ordonnance
jufqu'à préfent , in- 12 . A Paris ,
chés le même.
TRAITE' des Aides , contenant les abus
qui s'y gliffent , les fraudes qui s'y commettent
, tant par les Redevables que par
les Employés , l'inftruction pour y remedier
par l'exercice , conformément à l'Ordonnance
du mois de Juin 1680 ; tous les
Actes
OCTOBRE . 1748. 145
>
Actes concernant les Droits de leurs formalités
un Traité de l'infcription de
faux , & la maniere de les éviter. Ouvrage
utile & néceffaire à tous les Employés ,
pour apprendre en peu de tems l'exercice
des Aides , & à bien régir ; & aux Sous-
Fermiers à conferver leurs droits . Par Me
Pierre Aſſe , ci- devant Employé dans les
Aides . Seconde Edition in- 12 . A Paris ,
chés le même,
Dominique Seguin, Imprimeur Libraire,
près la Place S. Didier , à Avignon , vient
d'imprimer & vend avec fuccès un Livre
nouveau. Cet ouvrage a pour titre , la Cof
mographie divifée en cing parties , qui comprennent
l'Aftronomie , la Géographie ,
' Hiftoire Eccléfiaftique & la Chronologie .
Ony trouve un Traité de la Sphére, des Tables
Aftronomiques pour l'heure dulever &
du coucher du Soleil aux principaux lieux
de l'Univers , les principales mefures de la
Terre , la defcription de tous les Pays du
monde , les routes & les diftances des Villes
Capitales , le cours des Rivieres , les
Ports de Mer ; les Héréfies , les Saints Peres
, & autres Ecrivains Eccléfiaftiques de
chaque fiècle , les Conciles généraux , les
Patriarchats , Evêchés & Univerfités de
toute la Chrétienté ; la Chronologie des
Papes , des Empereurs , des Rois & autres
G
148 MERCURE DE FRANCE,
leur préfence , il m'a paru que M. Poulle
avoit fait d'heureux efforts pour tâcher de
répondre à l'honneur que l'Académie lui a
fait en cette occafion .
Le ftyle de fon Difcours eft orné , fans
être ni affecté ni recherché ; les figures qu'il
y employe confiftent pour la plupart dans
la variété des tours & dans les defcriptions;
tout s'y transforme en images ou en raifonnemens
, & les differens détails de cette
Piéce concourent à en perfectionner l'or
donnance , qui fe réduit à prouver que le
Saint Monarque fit triompher la Religion,
& comme Roi fur le trône , & comme Héros
à la tête des armées.
Dans la premiere Partie , l'Orateur Chré
tien fait voir que la Religion n'eft point
incompatible avec l'art de regner , & il en
montre la divinité » par les facrifices qu'el-
» le exige du Souverain , par l'éclat qu'elle
»prête à fa Couronne , par le bonheur
qu'elle affure à fes Sujets , & par la gloi-
» re qu'elle procure à Dieu.
Dans la feconde Partie , il s'attache à
prouver que le véritable héroïfme eft celui
qui eft fondé fur la Religion ; mais les plus
forts argumens en font tirés du fimple récit
des fuccès & des difgraces de S. Louis ,
parce qu'en effet cette vérité , mife en action
, ne devient alors que plus évidente,
2
OCTOBRE. 1748 . 149
•
La premiere Partie, moins refferrée que la
feconde , a paru plus travaillée & plus faillante
en même - tems ; mais n'eft- ce point
auffi que l'abondance de la matiere eft la
feule caufe de la difference qu'on y a remarquée
?
Je me figure que vous êtes impatient de
lire au moins quelques morceaux détachés
de ce Difcours , en attendant que l'ouvrage
entier vous parvienne , & je vais vous fatisfaire
.
.... » Les paffions des Rois font fouve-
» raines comme eux ; fûres d'être refpec-
» tées , elles s'annoncent avec bruit , elles
fe produifent avec confiance , la flaterie
les encenfe , la politique les entretient ,
» les objets volent au- devant d'elles , & ne
» leur laiffent que l'embarras de choisir ,
» elles n'ont à craindre que Dieu & les remors
.... Que de périls pour l'innocence
du jeune Louis ! .... Il a reçû , il eſt
» vrai , de la nature des penchans vertueux ;
» une mere attentive à cultiver avec foin
» ces femences précieufes , mais , & ces
» inftructions & ces penchans , tiendront-
"ils toujours contre cette confpiration
» univerfelle & perfévérante ? N'y aura- t'il
pas quelques momens d'oubli & de diffi-
» pation , où l'homme ennemi pourra fe.
mer l'ivroye parmi le bon grain ? Ne fe
Giij
Iso MERCURE DE FRANCE.
» trouvera- t'il pas de ces Prophétes intré-
»pides de l'irreligion , de ces féducteurs
»ingénieux , habiles à jetter du ridicule
»fur la vertu , pour qui la piété du Prin-
»ce eft une difgrace , & qui n'exiftent que
par les foibleffes du Maître ?
"
..... A peine Saint Louis effaye la
» Couronne , qu'elle eft chancelante fur fa
» tête. Monte- t'il fur le trône , cet hérita-
" ge de fes Ancêtres ? Il ne s'y maintien-
" dra qu'à force de combats & de victoires .
» La mort de Louis VIII fut le fignal de la
» rebellion ; au premier bruit qui s'en
"
répand , les tempêtes s'élevent , les
» nuages fe raffemblent , le tonnerre gron-
» de , les haines , couvertes du voile de la
» diffimulation , éclatent ; la plupart des
» Vaffaux , Souverains eux -mêmes , retenus
jufques- là par la crainte , brifent avec
» dédain le joug de la dépendance ; ils ref-
»fufcitent des prétentions orgueilleufes &
"
chimériques ; ils murmurent , ils s'unif-
» fent, ils menacent , ils s'arment , ils com-
" mandent ; d'autant plus audacieux qu'ils
» voyent les rênes du Royaume entre les
» mains d'une femme & d'un Roi preſque
» enfant. Infenfés , que leur fureur aveu-
"gle ! Ils ne tarderont pas à s'appercevoir
» que cette Régente , qu'ils bravent avec
» tant d'oftentation , eft une femme forte,
OCTOBRE. 1748. 151
-39
» au-deflus de fon fexe par fes lumieres ,
» au- deffus des périls par fon courage , au-
» deffus des évenemens par fa piété , capa-
» ble de prévoir tout & de rémédier à tout;
prête, s'il le falloit , à s'enfevelir avec fon
» fils fous les ruines du trône , plutôt que
de fouffrir qu'on en viole impunément la
majefté. Ils apprendront à leurs propres
dépens , que ce Roi dont ils méprifent la
» jeuneffe , porte dans un corps encore foi-
» ble & délicat , la raifon d'un homme , le
» coeur d'un Souverain , la valeur d'un Hé-
"
99
">
» ros......
" Que les Peuples font heureux
quand ils ont leurs Maîtres pour Juges !
» Une fonction fi noble , l'appanage de la
» Divinité , n'eft jamais remplie fi digne-
» ment que par des Souverains . Semblables
" à Dieu , qui fe fuffit à lui -même , & devant
qui toute diftinction s'évanouit , les
»Rois apperçoivent les hommes à cette
» diſtance , qui les confond tous dans le
» même centre d'égalité . Ils ne font
fufceptibles , ni de cet intérêt qui céde à
» l'attrait des préfens , ni de cette lâcheté
qui facrifie la vérité aux égards , ni de
» cette crainte qui n'oſe réſiſter à la puiſ.
fance , ni de ces haines qui corrompent
les jugemens . Ces vapeurs groffieres de
» la terre ne montent pas jufqu'à la ré-
""
و ر
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE:
gion fupérieure qu'ils habitent. Ils ont
les paffions de l'humanité , il eſt rare
» qu'ils en ayent les vices . Plus heureux
nos Ancêtres , qui eurent pour Juge ,
» non -feulement un Roi , mais un Pere >
mais un Saint !
.... Provinces défolées , pour qui le
Ciel eft d'airain & la Terre de fer , ne
dites plus que Dieu vous abandonne ;
»les bons Rois font une feconde Providence
. Confolez -vous , Louis connoît
vos befoins , & comment les ignoreroit-
» il ? Il a le nom de tous les malheureux
répandus dans fes Etats . . . . .
... » Les Pays éloignés dont S. Louis
médite la conquête , font féparés par de
» vaſtes mers , munis de plufieurs Places
» fortes , coupés par des canaux fans nom-
»bre , défendus par l'air contagieux qu'on
"
y refpire. Les Peuples qu'il doit fubju-
»guer font hardis à l'attaque , cruels dans
» les fuccès , prompts à prendre l'allarme ,
plus ardens à revenir à la charge , auffitôt
ralliés que difperfés, toujours fugitifs,
toujours menaçans & invincibles par
leur foibleffe même. L'armée qu'il com-
" mande eft un affemblage de plufieurs Nations,
oppofées d'humeur & de caractére,
indépendantes , quoique foumifes à fes
ordres , fur lefquelles il n'a de pouvoir
53
OCTOBRE . 1748. 153
» que celui qu'elles lui cédent , & dont il
» eft forcé de tolérer les excès.
23
» Ces difficultés ne retardent pas la rapidité
de fes exploits ; il arrive , il combat
, il triomphe . Damiette ouvre ſes
" portes au Vainqueur. Superbes Sarrafins,
» raffemblez-vous de nouveau , & vous ferez
foumis ; honteux de tant de défaites,
» tentez encore une fois le deftin des ba
» tailles , & vous ferez détruits ....
">
.... Pourrois-je oublier ce jour fameux
» dans les Annales du Chriftianifme , où
notreHéros prit poffeffion de Damiette ?
" On ne le vit point étaler le fafte infultant
des Conquérans du fiécle ; il ne pa-
" rut pas fur un Char , traînant après lui
»les Nations enchaînées , mais pieds nuds
» & à la fuite de la Croix , que l'on por-
» &
>>toit en triomphe . Le fouffle du Seigneur
» a diffipé nos ennemis , dit alors cet autre
» Machabée ; faifons regner le Dieu qui nous
» a fait vaincre, & que ces lieux , témoins
» des abominations des Gentils , foient les té-
» moins du Sacrifice adorable des Chrétiens .
» Afcendamus nunc mundare fancta & reno-
» vare. Il dit , & il fut fait . Non , la Dé-
» dicace du Temple de Salomon n'eut rien
» de fi touchant. L'onction fainte purifie
»>& confacre ces Mofquées impures. Un
» nouveau Tabernacle s'éleve parmi les ac-
GY
$
54
MERCURE
DE
FRANCE
.
clamations de l'armée ; le parfum des
»prieres monte jufques au Ciel ; l'air re-
» tentit des gémiffemens & des fanglots ;
>> les Chérubins & la Milice Célefte s'em-
» preffent d'être les Spectateurs de ces Myf-
»teres redoutables. Un Pontife du Très-
»Haut , pénetré de la grandeur de fon Mi-
» niftére , entre dans le Saint des Saints . A
>>fa voix , la Victime de propitiation def-
» cend fur l'Autel . Saint Louis fond en lar-
»mes , fe profterne , jette fes palmes de-
»vant le Trône de l'Agneau , l'adore &
>> s'immole avec lui.
... » Saint Louis voit approcher l'E-
>> ternité avec confiance ; dans fa tente ,
» fur ce lit où il eft étendu , & que la mort
>> couvre de fon ombre , c'eſt un Héros qui
>>donne fes ordres avec tranquillité , qui
pourvoit à la fûreté de fon camp ; c'eft
>>un ami qui confole une Cour, que fa perte
» va jetter dans le défefpoir ; c'eft un Roi
>> qui recommande fon Peuple à l'Héritier
» du Trône ; c'eſt un Chrétien qui vole
» au - devant du glaive , qui s'offre lui - mê-
>> me tout entier en holocaufte ; c'eſt un
>> Citoyen du Ciel , qui n'a plus de conr-
>> merce avec la terre, qui eft en efprit dans
>> les Tabernacles éternels , & qui devan-
» çant fon bonheur par fes defirs , s'écrie :
»Seigneur, j'entrerai dans votre Maiſon ; je
OCTOBRE.
1748. ISS
» vous adorerai dans votre faint Temple , je
»glorifierai votre Nom. Enfin c'eft un Pé-
» nitent qui veut expirer fur la cendre , &
» y recevoir la Couronne de juftice.
و د
"
">
Que faifiez-vous cependant, Peuples in-
>> fortunés? Vous rendiez à Dieu de folem-
" nelles actions de graces de la prife de Carthage
; vous ne vous entretenicz des
que
conquêtes de S. Louis, Hélas ! il n'étoit
» plus. A cette nouvelle , quel deuil !
» Quelle confternation ! Ils le reverront ,
>> mais comment ? Repréfentez-vous Moy-
»fe rapportant de l'Egypte les offemens
» de Jofeph ; tel & plus lamentable encore
»fut le retour de Philippe , l'Héritier de
» la Couronne , lorſqu'il revint de l'Afri-
"> que , conduifant les corps inanimés du
» Comte de Nevers , fon frere ; d'Ifabelle,
"fon époufe ; de S. Louis , fon pere . Ce
fpectacle lugubre traverſe la France ; les
»Peuples défolés accourent de toutes
» parts ; ils veulent voir leur Pere ; en le
voyant , ils croyent le perdre une fecon-
» de fois ; ils arrofent fon corps de leurs
» larmes , & le fouvenir de fa fainteté les
» leur fait auffi-tôt condamner ; ils pleu-
» rent fur eux-mêmes , ils l'invoquent.
و د
Si je voulois , Monfieur , vous faire con
noître tous les beaux endroits de cette Piéce
; outre qu'ils ne pourroient que perdre
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
s'ils étoient déplacés , je ferois obligé de
les extraire en fi grand nombre , qu'infenfiblement
je pafferois les bornes d'une
Lettre.
Qu'il me fuffife maintenant de prévenir
une refléxion que vous ne manquerez pas
de faire à la lecture du Difcours . Les louanges
du Roi & du Héros fe mêlent fi naturellement
avec les preuves ; les tranſitions
font fi heureufes , & les traits de l'Hiftoire
de S. Louis font mis en oeuvre avec tant
d'art , qu'on a peine à difcerner fi c'eft de
la fainteté du Roi ou de l'éloquence de
l'Orateur , qu'on fe fent frappé davantage.
Je fuis , & c.
LETTRE de M. de la Soriniere à M.
Barriere , Imprimeur Libraire à Angers.
J
'Ai lû , Monfieur , les Deftinées de Louis
le Bien- Aimé , Poëme intitulé Héroïque,
que vous venez d'imprimer fans nom d'Au
teur , & j'ai en même tems appris que
quelques gens répandoient dans le public
que cet ouvrage étoit de moi.
Je vous prie , Monfieur , de faire tout
ce qui dépendra de vous pour empêcher ce
bruit de s'accréditer ; vous fçavez mieux
que perfonne le peu de part que j'ai à cette
nouvelleproduction .
OCTOBRE. 1748. 157
Ce n'eft pas , Monfieur , que ce Poëme
ne me fit peut-être beaucoup d'honneur
mais enfin il n'eft pas jufte que celui qui
l'a réellement compofé foit privé de la
gloire qui lui en doit revenir , & je me ferois
un vrai fcrupule de la lui dérober . Je
fuis , & c.
Scriniére.
A la Soriniere le 18 Juillet 1747 .
PROSPECTUS.
Hiftoire Naturelle , générale & particuliere ,
avec la defcription du Cabinet du Roi,
N imprime cet Ouvrage par ordre
du Roi ; il aura quinze volumes in-
4° . Ce livre eft en partie de M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , de la
Societé de Londres , de l'Académie de Berlin,
de celle d'Edimbourg , & Intendant du
Jardin du Roi ; & en partie de M. Daubenton
, Docteur en Médecine , de l'Académie
Royale des Sciences , Garde & Démonſtrateur
du Cabinet d'Hiftoire Naturelle au
Jardin du Roi. Cet ouvrage s'eft fait par
les ordres & fuivant les vûes de M. le Comte
de Maurepas. Ce Miniftre , après avoir
formé lui-même & par fa protection immé
158 MERCURE DE FRANCE .
médiate le Cabinet d'Hiftoire Naturelle,
a jugé que pour le rendre plus utile , il étoit
néceffaire d'en publier la defcription &
d'en former un corps d'Hiftoire Naturelle ;
les Auteurs ont tâché de remplir fes vûes ,
& de fatisfaire à fes ordres.
Le premier volume contient une Préface,
dans laquelle on donne un détail hiftorique
fur l'établiffement & l'utilité du Jardin
Royal , & en particulier fur celle du Cabinet
d'Hiftoire Naturelle , fur les foins
qu'on s'eft donné pour le former , fur les
graces particuliéres que le Roi a répanduës
fur cet établiffement ; on entre enfuite dans
le détail des parties qui compofent le Cabinet
, & on finit par une expofition fuccinte
de l'ouvrage qui doit fuivre.
Après cette Préface , on trouve un Diſcours
fur la maniere d'étudier & de traiter
l'Hiftoire Naturelle ; on y donne des regles
pour bien conduire fon efprit dans l'étude
de cette fcience ; on explique ce que c'eft
que les méthodes , on examine s'il y en a
de générales , s'il peut y en avoir de parfaites
; on compare enfuite les differentes
méthodes , & on en fait voir les erreurs
tant de principe que de détail . On expoſe
la méthode qu'on fuit dans cet ouvrage ,
on donne les raifons qu'on a eues de la
préferer aux autres , & on finit par des réOCTOBRE.
1748. 159
flexions fur la métaphyfique des Sciences
& fur la maniere dont on doit fe conduire
dans la recherche de la vérité .
Enfuite on entre en matiere par une fecond
Difcours qui a pour titre , Hiftoire &
Théorie de la Terre , c'eft la clef de l'Hiftoire
Naturelle générale . Il faut prendre des
idées des opérations de la Nature en grand,
avant que de l'examiner en petit dans fes
productions ; il faut connoître le Globe
terreftre, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur ,
foit pour la forme de fes parties , foit pour
l'arrangement des matiéres qui le compofent
: fans le fecours de ces connoiffances
on ne peut fe former aucun fyftême géné
ral fur l'Hiftoire Naturelle .
On donne enfuite les preuves de cette
théorie ; ces preuves font diftribuées en
dix-neuf articles , qui font comme autant
de petits traités féparés , autant de morceaux
d'Hiftoire détaillés , autant de fuites
de faits particuliers, qui fervent àprouver
les faits généraux de l'hiftoire de la Terre .
Voilà ce que contient le premier volume
qui eft actuellement imprimé.
Le fecond , dont l'impreffion eft fort
avancée , commence par une hiftoire géné
rale des animaux ;cette hiftoire eft divifée en
plufieurs chapitres : dans le premier on fait
la comparaifon des animaux , des végétaux
160 MERCURE DE FRANCE.
& des minéraux ; dans le fecond & dans le
troifiéme on traite de la réproduction en
général , de la nutrition & du développement
, chofes qui font communes aux végétaux
& aux animaux ; dans les autres on
traite de la génération des animaux & de
l'économie animale. On trouvera une fuite
d'expériences au fajet de la génération ,
& une expofition des principaux fyftêmes
que l'on a faits fur cette matiére depuis
Platon & Hyppocrate jufqu'à nous.
Après cette hiftoire des animaux , priſe
en général , on commence à defcendre dans
le détail , & avant que de donner l'hiftoire
particuliere de chaque animal , on a crû
devoir donner l'hiftoire naturelle de l'homme
; on ne la traite point en Anatomifte
en Médecin ou en Phylicien à fyftême
mais en Hiftorien : l'homme confideré
comme animal , les moeurs qui lui font nazurelles
, fuivant les differentes races & les
differens climats , font l'objet de cette hif
toire , dans laquelle on trouvera une infinité
de faits intéreffans .
Enfuite on donne une defcription exacte
de toutes les piéces d'Anatomie humaine
, qui font au Cabinet du Roi en grande
quantité , & qui pour la plupart font tra
vaillées avec le plus grand foin . Ces piéces
font numérotées , comme toutes les au
OCTOBRE. 1748. 161
tres du Cabinet , & le numéro fera impri
mé à la tête de la defcription ; ces defcrip
tions font accompagnées de faits hiftoriques
, utiles furtout à ceux qui veulent for
mer des Cabinets d'Hiftoire Naturelle .
Ces deux premiers volumes paroîtront
au commencement de l'année 1749 ; le
troifiéme & quatrième contiennent Phif
toire particuliere des animaux quadrupé
des , tirée des Auteurs d'Hiftoire Naturelle
& d'un grand nombre de Voyageurs , d'Auteurs
de Traités d'économie ruftique , de
chaffe , & c. l'hiftoire eft accompagnée
de la defcription de chaque animal. On
commence par les animaux domestiques ,
enfuite on fait l'hiftoire des animaux fau
vages , & enfin celle des animaux étrangers
; on n'a pas même oublié les animaux
fabuleux , ceux dont l'exiftence eft incer
taine , ceux dont on prétend que les efpéces
fe font perdues. On y donne auffi les
moeurs des differens animaux , leur nourriture
, le tems du rut des mâles & de la cha
leur des fémelles , leur maniere de s'accoupler
, de porter , de mettre bas , & c . lent
façon de chaffer , de rufer , la durée de
leur vie , & quelques obfervations princi
pales, tirées de l'Anatomie comparée. L'hiftoire
fera fuivie , article par article , de la
defcription du fquelette de l'animal & de
i
162 MERCURE DE FRANCE:
celle des differentes parties d'anatomie ,
qui appartiennent à chaque animal.
Le cinquiéme volume contient la def
cription & l'hiftoire des quadrupedes am
phibies & des Poiffons cétacées ; cette partie
fera précedée d'un Difcours fur la méchanique
& l'organiſation des animaux ;
on y fait mention des genres finguliers, des
efpéces bizarres , des monftres , &c. On y
donne auffi les differences particulieres de
l'économie animale , foit par rapport aux
parties qui fervent à la refpiration ,à la circulation
, à la génération , foit par rapport
aux autres fonctions animales .
Dans le fixiéme volume on trouvera la
deſcription & l'hiftoire particuliere de
tous les Poiffons de mer , de lacs & de rivieres
, une méthode pour en reconnoître
les efpéces ; une hiftoire abregée des pêches
, où l'on a raffemblé beaucoup de
faits fur la migration des poiffons .
L'Hiftoire & la defcription des coquillages
, des crustacées & des infectes de la
mer , font la matiere du feptiéme volume.
La collection de Coquilles,qui eft auCabinet
du Roi , eft peut-être la plus complette
qu'il y ait en Europe , auffi-bien que celle
des plantes marines , qui n'étant que l'ouvrage
des infectes de la mer , feront décrites
dans ce volume , où l'on traite de la
OCTOBRE . 163 1748 1748..
formation & de l'accroiffement des coquilles
, & l'on donnera des remarques gé
nérales pour apprendre à les diftribuer méthodiquement.
Le huitiéme volume contient l'Hiftoire
des Reptiles , des Infectes de terre , & des
animaux mycroſcopiques ; cette derniere
partie peut être intéreffante par les découvertes
que les Auteurs ont faites fur cette
matiere .
On donnera dans le neuviéme volume
une Ornithologie. L'Hiftoire des oiſeaux
auroit dû fuivre celle des quadrupedes ,
mais on a jugé à propos de la differer
parce que la collection d'oifeaux , qui eft
au Cabinet du Roi , n'a été commencée
que depuis peu de tems , & qu'elle n'eſt
pas complette ; on travaille à la former
& à mesure qu'il arrive quelque oifeau rare
, on en fait la defcription .
Ces neuf volumes contiendront tout le
regne animal , les trois fuivans comprendront
le regne végétal. Le premier de ces
trois volumes eft déja fait & achevé , c'eſt
un fyftême général de végétation & un
traité d'Agriculture , où l'on trouvera un
grand nombre d'expériences que l'on a
fuivies depuis dix-fept ans , après avoit traduit
& dépouillé ce qu'il y a de bon &
d'utile dans les Auteurs Anglois , Alle-
1
164 MERCURE DE FRANCE.
mands & Italiens , au fujet de la culture
des plantes.
Les trois derniers volumes , c'est -à- dire,
le treizième , le quatorziéme &le quinziéme
, feront pour le regne minéral . On
trouvera au commencement du treiziéme
volume un difcours fur la formation des
pierres & des minéraux , que l'on a com
pofé pour fervir de fuite à l'hiftoire de la
Terre, qu'on a donnée dans le premier vo
lume , mais on en differe l'impreffion ,
parce qu'il fe trouvera encore mieux placé
a la tête de l'Hiftoire des minéraux . Le
treiziéme volume contiendra auffi la defcription
& l'histoire des fofiles & des
pierres figurées. La collection des pétrifi
cations eft extrêmement abondante au Cabinet
du Roi.
Dans le quatorziéme volume on fait
P'hiftoire des terres , des fables , des pier
tes communes , des cailloux & des pierres
précieufes 3 on donne une méthode fimple,
naturelle & invariable pour connoître les
pierres précieufes ; cette belle partie de
I'Hiftoire Naturelle fera traitée avec foin .
La collection de ces pierres , foit tranfparentes
, foit opaques , qui eft au Cabinet
du Roi , cft extrêmement riche : on tachera
de rendre l'ouvrage digne de la matiere .
Enfin on finira par l'hiftoire des fels
OCTOBRE . 1748 . 16$
des foufres , des bitumes , des métaux &
de tous les minéraux que l'on tire du fein
de la terre , avec la préparation & les ufages
de toutes ces matieres .
Tous les volumes feront ornés de vi
gnettes & de planches en taille-douce : if
yaura, furtout, les gravûres qui font néceffaires
à l'inftruction , & celles qu'on pour
roit défirer pour l'intelligence des chofes.
Cet ouvrage fera fuivi fans interruption ,
& l'on compte pouvoir en donner tous les
ans quelques volumes au public. Il fera
imprimé fur le même papier & avec les
mêmes caractéres que le Profpectus , in-4°.
11 fe vendra à Paris , chés Durand ruë
Saint Jacques , an Griffon , & Piffot , Quai
des Auguftins , à la Sageffe.
PRIX proposés par l'Académie Royale des
Sciences , Infcriptions & Belles Lettres
de Touloufe. Pour les années 1749 &
1750.
A Ville de Touloufe , célébre par les
Prix qu'on y diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poefie , & aux
Arts , voulant contribuer auffi au progrès
des Sciences & des Lettres , a , fous le bon
plaifir du Roi , fondé un prix de la valeur
-de soo liv. pour être diftribué tous les
166MERCURE DE FRANCE.
ans par l'Académie Royale des Sciences ;
Infcriptions & Belles Lettres , à celui qui ,
au jugement de cette Compagnie , aura
le mieux traité le fujet qu'elle aura propolé.
Le fujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature,
L'Académie avoit propofé pour fujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature & la
caufe de la rage , & quels en peuvent être les
préfervatifs & les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n° . 3 ,
qui a pour dévife : Nec defperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eft M. Sauvages ,
Profeffeur Royal en Médecine , de la Société
Royale de Montpellier , & des Académies
d'Upfal & de Stokholm.
L'Académie a propofé en 1747 , pour
fujet du prix de 1749 , defixer le tems où
Les Sciences les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volfques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples,
Le fujet que l'Académie avoit propofé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva
étoit la caufe phyfique de l'applatiffement de
La terre , tel qu'il a été déterminépar les opé
OCTOBR E. 1748 , 167
rations faites au Cercle Polaire , en France &
fous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propofe
encore le même fujet,
>
Ceux qui ont déja remís des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préfenter
de nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables,
Comme quelques Auteurs dans les
ouvrages qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , fans, même
avoir égard aux variations de la péfanteur,
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une caufe , qui , en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiffement
déterminé par les mefures.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les Affociés étrangers
de l'Académie . Les autres Académiciens
font exclus de prétendre au Prix.
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages , qui
foit bien lifible , furtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ou
vrages une fentence ou devife , mais ils
166 MERCURE DE FRANCE .
ans par l'Académie Royale des Sciences ;
Inferiptions & Belles Lettres , à celui qui ,
au jugement de cette Compagnie , aura
le mieux traité le fujet qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature,
L'Académie avoit propofé pour fujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature & la
caufe de la rage , & quels en peuvent être les
préservatifs & les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n°. 3 ,
qui a pour dévife : Nec defperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eft M. Sauvages ,
Profeffeur Royal en Médecine , de la Société
Royale de Montpellier , & des Académies
d'Upfal & de Stokholm .
L'Académie a propofé en 1747 , pour
fujet du prix de 1749 , de fixer le tems où
les Sciences & les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volfques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
mours , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples,
Le fujet que l'Académie avoit propoſé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva
étoit la caufe phyfique de l'applatiffement de
la terre , tel qu'il a été déterminé par les opéOCTOBRE.
1748 , 167
rations faites au Cercle Polaire , en France Ó
fous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propofe
encore le même fujet,
Ceux qui ont déja remis des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préfenter
de nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables ,
Comme quelques Auteurs , dans les
ouvrages qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , fans, même
avoir égard aux variations de la péfanteur,
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une caufe , qui , en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiffement
déterminé par les mefures .
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces fujets , & même les Affociés étrangers
de l'Académie. Les autres Académiciens
font exclus de prétendre au Prix .
Ceux qui compoferont font priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages , qui
foit bien lifible , furtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
une fentence ou devife , mais ils
168 MERCURE DE FRANCE;
n'y mettront point leur nom . Ils font exhortés
cependant à y attacher unbillet fé
paré & cacheté , qui contienne la même
devife ou fentence , avec leur nom , leurs
qualités & leur adreffe : l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution ,
lorfqu'ils adrefferont leurs Ecrits au Secré
taire. Ce billet ne fera point ouvert , fi la
Piéce n'a remporté le Prix .
Ceux qui travailleront pour les Prix ,
pourront adreffer leurs ouvrages à M,
P'Abbé de Sapte , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui faire remettre par
quelque perfonne domiciliée à Toulouſe,
Dans ce dernier cas , il en donnera fon récépiffé
, fur lequel fera écrite la fentence
de l'ouvrage avec fon numero , felon l'ordre
dans lequel il aura été reçû .
Les paquets adreffés au Secrétaire doi
yent être affranchis de port .
Les ouvrages , pour le Prix de 1749
doivent être remis avant le premier
Mars .
Et avant le premier Février pour l'année
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la Piéce qu'elle aura cou-
Fonnée .
Si l'ouvrage qui aura remporté le Prix
OCTOBRE. 1745. 169
été envoyé au Secrétaire en droiture , le
Tréforier de l'Académie ne délivrera ce
Prix qu'à l'Auteur même , qui fe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration
de fa part.
S'il y a un récépiffé du Secrétaire , le
Prix fera délivré à celui qui le repréſenzera.
L'Académie , qui ne prefcrit aucun fyftême,
déclare auſſi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
PROGRAMME de l'Académie des
Belles Lettres , Sciences & Arts , établie à
Bordeaux.
Ette Académie diftribue chaque an-
Chce un Prix de Phyfique , fondé par
feu M. le Duc de la Force . C'eft une Médaille
d'or de la valeur de trois cens livres .
Le Pere Beraut Jéfuite , Profeffeur de
Mathématiques dans le Collége de Lyon ,
a remporté cette année le Prix de la queftion
, S'ily a quelque rapport entre la caufe
des effets de l'Aiman , & celle des phenoménes
de l'Electricité.
L'Académie propofe aujourd'hui deux
fujets pour les deux Prix qu'elle diftribuera
en l'année 1750. Le premier , De la Ducti
H
70 MERCURE DE FRANCE.
lité des métaux & des moyens de l'augmenter
Le fecond , S'il y a quelque rapport entre les
phenoménes du Tonnerre & ceux de l'Electri
cité.
Les Differtations fur ces deux fujets ne
feront reçues que jufqu'au premier Mai de
l'année 1750. Elles peuvent être en François
ou en Latin . On demande qu'elles
foient écrites en caractéres bien lifibles.
Au bas des Differtations , il y aura une
fentence , & l'Auteur mettra dans un billet
féparé & cacheté , la même fentence , avec
fon nom , fon adreſſe & ſes qualités .
Les paquets feront affranchis de Port ,
adreffes à M. le Préſident Barbot , Secretaire
de l'Académie , fur les Foffes du Chapeau
Rouge , ou à M. Brun , Imprimeur , aggregé
de ladite Académie , ruë Saint James.
PROGRAMME de l'Académie des Bel
les- Lettres de Montauban,
M
R. l'Evêque de Montauban , ayant
deftiné la fomme de deux cens cinquante
livres , pour donner un Prix de pareille
valeur , à celui qui , au jugement de
l'Académie des Belles Lettres de cette Ville
, fe trouvera avoir fait le meilleur Dif
cours fur un fujet relatifà quelque point
OCTOBRE. 1748. *
17£
de Morale tiré des Livres faints , l'Académie
diftribuera ce Prix le 25 Août prochain
, Fête de S. Louis , Roi de France.
Le fujet de ce Difcours fera pour l'année
1749.
Pourquoi le Sage eft- il émû de la calomnie ?
Conformément à ces paroles de l'Ecriture :
Calumnia conturbat fapientem. Ecclef. VII.
8.
Les difcours ne feront tout au plus que
de demi -heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à JESUSCHRIST.
On n'en recevra aucun qui
n'ait une Approbation fignée de deux
Docteurs en Théologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais ſeulement une
marque ou paraphe , avec un Paffage de
l'Ecriture Sainte , ou d'un Pere de l'Eglife,
qu'on écrira auffi fur le Regiſtre du Secretaire
de l'Académie.
Toutes fortes de perfonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , feront reçûës à
prétendre au Prix , hors les Membres de
l'Académie , qui en doivent être les Juges.
Les Auteurs feront remettre leurs ouvrages
pendant tout le mois de Mai prochain ,
entre les mains de M. de Bernoy , Secretaire
perpétuel de l'Académie , en fa mai-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE.
fon rue Montmurat , ou en fon abſence
à M. l'Abbé Bellet , en fa maiſon ruë Courde-
Toulouſe.
Le Prix ne fera délivré à aucun , qu'il
ne fe nomme , & qu'il ne fe préfente en
perfonne , ou par Procureur , pour le recevoir
, & pour figner le Difcours.
Les Auteurs font priés d'adreffer à M.
le Secretaire trois copies bien lifibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui feront envoyés par la Pofte: Sans ces
deux conditions , les ouvrages ne feront
point admis au concours .
Le Difcours qui a pour Sentence , Beati
mifericordes , a remporté le Prix de cette
année , & l'Ode qui a pour Sentence :
Redeunt Saturnia Regna , a remporté le Prix
réfervé.
PROGRAMME de l'Académie des .
Sciences de Dijon , fondée par M. Hector
Bernard Pouffer , Doyen du Parlement
de Bourgogne.
P
1749
Our le Prix de Phyfique de l'année
confiftant en une Médaille
d'or , qui fera délivrée le Dimanche. 24 du
mois d'Août de la même année , à celui
qui aura le mieux traité la queſtion fuivante.
OCTOBRE . 173 1748 .
Pourquoi les corps , électriques par eux-mêmes
, ne reçoivent pas l'électricité par communication
?
: Il fera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obfervant que leurs ouvrages foient lifibles
, & que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe , & n'excéde point une demicheure
; les Mémoires francs de port (fans
quoi ils ne feront pas retirés ) feront adreffés
à M. Petit , Secretaire de l'Académie ,
ruë du vieux Marché à Dijon , qui n'en
recevra aucun après le premier Avril,
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , fe feront fait connoître avant que
l'Académie ait décidé fur la diftribution
du Prix , feront exclus du concours . Pour
remédier à cet inconvénient , chaque Auteur
mettra au bas de fon Mémoire une
fentence ou devife , & y joindra une feuillede
papier cachetée , fur le dos de laquel .
le fera la même ſentence ou devife , & fous
le cachet fon nom , fes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la
diftribution du Prix . Ces feuilles , ainfi
cachetées de façon qu'on ne puiffe y rien
lire à travers , ne feront point ouvertes
avant ce tems- là , & le Secrétaire en tien
dra un Regiftre exact .
Ceux qui exigeront de lui un Récépiffé
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
de leurs, ouvrages , le feront expédier fous
un autre nom que le leur , & dans le cas
où celui , qui auroit ufé de cette précaution ,
auroit obtenu le Prix , il fera obligé , en
chargeant une perfonne domiciliée à Dijon
de fa Procuration pardevant Notaire , d'y
joindre auffi le Récépiffé.
Si celui à qui le Prix eft adjugé n'eft pas
de Dijon , il enverra pareillement fa Procuration
en la forme fufdite , & s'il eft de
cette Ville , il fera tenu de venir le rece
voir en perfonne à l'Académie le jour de la
diftribution du Prix .
L'Académie des Sciences de Dijon déli- ·
vra dans une aſſemblée publique le jour de
S. Louis ; le Prix de Médecine propofé
pour l'année 1748 , à M. Chambon de la
Faculté de Montpellier , demeurant aux
Vans dans les Cevenes.
Les deux autres Mémoires , qui ont ba
lancé les fuffrages de l'Académie , ſont de
Mrs Rey , de la Faculté de Montpellier ,
aggregé au Collège des Médecins de Lyon ;.
des Académies des Sciences , Belles Let--
tres & Beaux Arts de la même Ville , réfidant
actuellement à S.Chaumont en Lyonnois
, & Gravier , Docteur en Médecine ,,
à Parray en Charollois.
OCTOBRE. 1748. 174$
La célébre Bibliothèque
de feu M. l'Ab- bé de Rothelin
fera vendue en détail , au
commencement
du mois de Mars 1749-
Le Catalogue
imprimé
fe trouve chés G
Martin , Libraire , à Paris.
L
É STAMPES
NOUVELLES
.
E Sieur le Bas , Graveur du Cabinet du Roi ,
& Membre de l'Académie Royale de Peinainfi
que de
ture , Sculpture & Gravûre de Paris , celle des Arts & Sciences de Rouen , étant auffi la.
borieux qu'habile dans fon Aft , continuë de fatisfaire
la curiofité du public & le goût des ama→ teurs, en produifant fans ceffe de nouvelles Eftam.
pes. Il vient d'en mettre au jour fix parfaitement
belles.
La premiere eft une troisiéme fête Flamande. & c'eft la cinquante-fixiéme qu'il a gravée d'après le célébre Teniers. Elle eft large de deux pieds quatre pouces , fur un pied neuf pouces & trois
ligues de hauteur , & elle contient 180 figures. Cet excellent morceau est dédié à M. le Comte de Choifeul , Lieutenant
Général de la Province du Dauphiné , Maréchal des Camps & Armées de Sa Majefté , lequel a dans fon Cabinet le tableau ori ginal. On lir au bas ces vers , de M. Moraine .
Le plus fage des Rois confeille l'allégreffe.
Ces gens auroient- ils la fes précieux Ecrits
Je vois que par la table , & la danfe & les ris
Ils banniffent bien loin l'importune trifteffe.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons beſoin dans l'amour des plaš
firs ,
Ni d'antiques confeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers , pour remplir leurs de
firs ,
Ne fuivent que l'avis de la fimple Nature .
La feconde eft large d'un pied cinq pouces ,
& haute d'un pied un pouce fept lignes. Ort
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiflons qu'ils viennent de prendre , & un
jeune garçon qui en jette d'un panier plufieurs au
tres fur le rivage . Teniers , d'après qui cette Ef
tampe eft gravée, a donné , contre la coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & fuivant fon talent ordinaire
il en a caractérifé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel. D'un côté , deux Pêcheurs
font jufqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élèvent une tour &
quelques mazures . Le ciel de ce tableau , qui eft
large de trois pieds neuf pouces & demi , & haut
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargé de pluye . Il eft du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui l'Eftampe eft dédiée.
La troifiéme & la quatrième Estampes font deux
Pendans. L'une repréfente Schevelinge , Village
de Hollande. Près de ce Village , & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon . Plu
fieurs groffes Barques y paroiffent fur les eaux.
On y lit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE 1748. 177
Ces Barques , ces Pêcheurs , cette mer poiſſon
neufe ,
Ce Village placé fi favorablement ,
Offrent aux yeux charmés une contrée heurenfe.
Là régnent l'embonpoint, le bon tempéramment;
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abſtinence .
Cette belle Eftampe eft dédiée à M. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain.
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
naifons s'offrent des deux côtés , & un agréable
lointain s'y préfente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage , & glacé une riviere fur
laquelle plufieurs perfonnes fe rejoüiflent de diverfes
façons. Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y jouent à la bille . Le même Auteur
a fait pour cette Eftampe , qui eft dédiée à M,
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une utile induftrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs ,
On croiroit que chés toi l'eau fe transforme ca
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode eſpace
A tous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eftampes font d'après Vandreveṛ ,
Peintre Hollandois,
1 y
176MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons befoin dans l'amour des plan
firs ,.
Ni d'antiques confeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers , pour remplir leurs de
firs ,
Ne fuivent que l'avis de la fimple Nature.
La feconde eft . large d'un pied cinq pouces ,
& haute d'un pied un pouce fept lignes. Ot
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiflons qu'ils viennent de prendre , & un
jeune garçon qui en jette d'un panier plufieurs au
tres fur le rivage. Teniers , d'après qui cette Ef
tampe eft gravée , a donné , contre la coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & fuivant fon talent ordinaire
il en a caractérisé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel . D'un côté , deux Pêcheurs
font jufqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élévent une tour &
quelques mazures . Le ciel de ce tableau , qui eft
large de trois pieds neuf pouces & demi , & haut
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargé de pluye . Il eft du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui PEftampe eft dédiée.
La troifiéme & la quatrième Eftampes font deux
Pendans . L'une repréfente Schevelinge , Village
de Hollande . Près de ce Village , & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon . Plu
fieurs groffes Barques y paroiffent fur les eaux.
On ylit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE 1748. 177
Ces Barques , ces Pêcheurs , cette mer poiſſon
neufe ,
Ce Village placé fi favorablement ,
Offrent aux yeux charmés une contrée heureufe.
Là régnent l'embonpoint , le bon tempéramment;
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abftinence,
Cette belle Eftampe eft dédiée à M. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain .
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
maifons s'offrent des deux côtés , & in agréable
lointain s'y préfente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage , & glacé une riviere fur
laquelle plufieurs perfonnes fe rejouiflent de diverfes
façons . Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y jouent à la bille . Le même Auteur
a fait pour cette Eftampe , qui eft dédiée à M.
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une ntile induftrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs ,
On croiroit que chés toi l'eau fe transforme ca
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode efpace
A tous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eftampes font d'après Vandrover ,
Peintre Hollandois,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE. ,
La cinquiéme Eftampe , gravée par le Sr Noël
Lemire , repréfente un Avocat , qui , d'un air menaçant
& plein d'autorité , fait rendre compte
un Tuteur des biens de fa Pupille , dont la contenance
eft fimple & timide . Le Cabinet de cet
Avocat eft orné d'une Bibliothéque . Un livre ouvert
& quelques facs de papiers font fur le plancher.
Un pauvre plaideur , un bâton à la main , ſe
préfente à la porte . Ce morceau , qui eft parfaitement
bien traité , eft haut d'un pied, & large d'en--
viron dix pouces. Il eft d'après le Tableau de M.
Defcamps , de l'Académie des Arts & Sciences de-
Rouen .
La fixiéme fait voir fous le plus agréable om--
brage , & près d'une fontaine ſculptée d'un trèsbon
goût , un jeune Berger , qui apprend à une
Bergére aimable & à la fleur de fon âge , à jouer
du flageolet. Derriere eux , un autre Paſteur &
une autre fille écoutent ces divertiſſantes leçons ..
Près de ce groupe , eft la ftatuë du Dieu Pan , qui
augmente l'ornement de ce lieu champêtre . Cette
Eftampe d'après le Tableau du fameux Lancret ,
qui eft au Cabinet du Roi , a pour titre , le Maître
galant , & eft dédiée par M. d'Arcy à M. le Comte -
de Teflin , Grand Chancelier & premier Miniftredu
Roi de Suéde .
Ces Eftampes fe vendent chés le Sieur le Bas , au
bas de la rue de la Harpe , à Paris .
1
OCTOBRE . 1748 . 179
MTOLOGIE complette , en couleur ,
grandeur naturelle , d'après les piéces diffequées
& préparées par M. Duverney
Demonftrateur Royal , peintes , gravées &ª
imprimées par le Sieur Gautier , Graveur
du Roi,
Canatomites de l'Europe , & qui eft le
Et ouvrage qui eft affés connu de tous less
premier
& l'unique dans fon genre , contient vingt
grandes Planches , dans lesquelles les Auteurs ont
démontré tous les mufcles du corps humain avec
toute l'exactitude
poffible.
Le Sieur Gautier a eu l'honneur de les préfenter
au Roi à Verſailles pour le Cabinet de Sa Majefté,
en préſence de M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi . Sa Majefté a approuvé cette entrepriſe ,
& par- là les Auteurs ont été encouragés à la conti .
nuer. Is diftribuent à préfent les trois premierespiéces
de l'Anatomie complette , dont voici le
projet Général,
Projet général des Planches Anatomiques :
dü Sieur Gautier.
On fe propofe de donner dans cet ouvrage tou
tes les parties du corps humain . D'abord on a faic
paroître pour effai la Myologie de la tête , & enfuite
celle du tronc & des extrêmités , ce qui a
formé une oeuvre complette que l'on joindra , fi
f'on veut , avec celles aufquelles le Sieur Gautier
travaille , & dans lefquelles les Auteurs obferve
ront Pordre fuivant.
Hvj
150 MERCURE DE FRANCE.
Premiere divifion .
Certe divifion eft celle que l'on donne préfen
tement en huit planches , qui contiennent toute
l'Anatomie de la tête . Chaque divifion fera une
oeuvre particuliere.
Deuxiéme divifion.
La deuxième divifion contiendra l'Anatomie
du.Thorax , c'eft à- dire , de la poitrine & du dos ,
celle du bas ventre , & des parties intérieures &
extérieures de la génération des deux fexes . Elle
fera compriſe en douze planches .
Troifiéme divifion .
La troifiéme divifion fera pour l'Anatomie
comparée de differens Animaux . Elle contiendra'
quatre Planches feulement .
Quatrieme divifion.
La quatriéme & derniere divifion comprendra
fix Planches : elle fera deftinée à repréfenter des
figures entieres de grandeur demi - naturelle , &
fervira de fupplément à tout l'ouvrage.
Prix de l'ouvrage.
La Myologie complette en vingt Planches fe
vend toute verniffée & reliée en demie feuille 96
liv ; brochée , 99 liv ; reliée en grand , 102 .
L'Anatomie de la tête en huit Planches coû
tera aux Soufcripteurs 24 liv . & ceux qui laifferont
paffer le tems de fouferire , la payeront 36 liv.
L'Anatomie du Thorax & du bas- ventre en
douze Planches coûtera à ceux qui foufcriront 36
liv. & à ceux qui n'auront pas foufcrit , 54 liv.
L'Anatomie comparée en quatre Planches coû
tera 12 liv . aux Soufcripteurs , & aux autres , 18
liv.
Le Supplément en fix Planches coûtera 18 liv.
& à ceux qui n'auront pas foufcrit 24 liv.
OCTOBRE . 1748. 181
Total.
Ceux qui auront toujours foufcrit , auront les
cinquante Planches pour fo écus , & ceux qui attendront
la fin de l'ouvrage les payeront 224
liv.
Le Sieur Gautier eſpére pouvoir completter cer
ouvrage dans le courant des années 1749 & 1750.
11 demeure préfentement rue de la Harpe , après
la rue Poupée , à la feconde maiſon neuve ou eft
fon Enfeigne.
Quelques jaloux ont écrit fauffement dans
tous les Pays étrangers que le Sieur Bizey ,
célébre dans l'Art de faire des inftrumens à vent ,
étoit mort. Il demeure rue Dauphine , vis - à - vis
l'Hôtel de Flandres , du côté de la Comédie Françoife
.
TESTAMENT en faveur de la Ville
de Lyon .
L
'An mil fept cens quarante - huit , & le trenteun
Août , pardevant le Notaire Royal , foufli
gné , & en préſence des témoins nommés , s'eft
perfonnellement établi , Charles le Loup , Premier
Préfident en l'Election de Breffe , Seigneur de Rivoire
, Revonnaz , Montagnat & autres lieux , lequel
, de gré , fain de fes fens , m'a dicté ainfi que
s'en fuit , en préfence deflits Témoins , fon Codi
cille , conféquemment au Teftament par lui fait ,
dont la fufcription a été reçue par Nevoret , Nataire
à Bourg , le 29 Mai mil fept cens quarante ,
& qui eft déposé dans les Archives du Bureau de
1
182 MERCURE DE FRANCE.
la Charité de la Ville de Bourg ; le fieur Codicil
dant , pour donner des marques de fon attachement
à la Patrie de fes Ancêtres , qui fuivant
'Hiftoire de la Ville de Lyon y ont pris naiflance
, donne & legue aux Habitans de la Ville de
Lyon , en la perfonne de Meffieurs les Prévôt &
Echevins de la Ville de Lyon , fon Etat & Office
de Premier Préfident en l'Election de Breffe , pour
refter uni à perpétuité à l'Hôtel de Ville de Lyon,
dont les Magiftrats donneront l'homme au Roi ,
pour remplir & exercer fa Charge.
Le motif qui détermine le fieur Codicillant à le
preferire ainsi , eft qu'il fçait que le privilége de
l'exemption des Tailles , accordée aux véritables ,
Bourgeois de Lyon pour leurs biens fitués en Bref--
fe,fuivant l'ancien dénombrement qui en a été fait ,
n'a pas tout fon effet pour eux. Par le moyen du
Préfident en l'Election de Breffe , ils pourront
avoir une connoiffance exacte des remplacemens
à faire , & eux feuls pourront fe faire fubroger..
L'intention du Prince fera ainfi remplie. Le pré--
fent legs eft fait fous les conditions ci - après .
Sçavoir, que Meffieurs les Prévôt des Marchands
& Echevins éleveront à perpétuité des jeunes Enfans
, fains & vigoureux , choifis parmi les Enfans-
Trouvés dans l'Hôtel- Dieu de Lyon , pour leur
faire faire leurs Etudes , en forte qu'il y en ait
toujours un qui étudie la Phyfique. Comme le
Codicillant ne laiffe point d'Enfans , il veut que
ceux qui étudieront en Phyfique portent fon nom
& fes Armes. Veut encore le fieur Codicillant que
Meffieurs les Prévôt des Marchands & Echevins
de la Ville de Lyon fondent à perpétuité dans la
Chapelle de Life- Barbe , fous le vocable de Saint-
Loup,une grande Meffe de Requiem, qui y fera cé--
lebrée pour le repos de l'ame du fieur Codicillant
OCTOBRE. 183 1748. .
chaque année à l'époque de fon décès , & qu'ils
diftribuent cinq fols , par forme d'aumône , à cha
cun des pauvres qui y auront affifté .
Et dans le cas où Meffieurs les Prévôt des Mar
chands & Echevins de la Ville de Lyon , après délibération
prife , ne voudroient pas accepter le
préfent legs fous les conditions y attachées , le
fieur Codicillant le transfere à la Charité de Lyon,
à la charge d'exécuter les mêmes conditions , ayant
pour objet de faire un avantage réel à la Patrie de
fes Ancêtres , & d'engager par- là Meffieurs de
Lyon à s'intéreffer au falut de la Province de
Breffe , & pour que fon exemple réveille l'amour
de la Patrie & de la focieté dans le coeur de ceux
qui le fuivront , il exhorte fes Légataires à faire
imprimer le préfent Codicille pour en déposer des
copies collationnées dans les Archives de la Maifon
de Ville de Lyon & dans celles de la Maiſon de
Ville de Bourg, fa Patrie , & partout où il fera jugé
néceffaire , afin d'emporter en mourant la fatisfaction
d'avoir vêcu utilement , car telle eft fa
volonté , dont il a requis Acte , figné le Loup de
Rivoire , & Fays , Notaire Royal..
COPIE d'une Lettre écrite à Mad. la
Generalle la Motte , par M. Martiny ,
Docteur Médecin , Aggregé au Collège de
Lyon.
J
E penfe , Madame , que vous ne ferez pas fâchée
d'être informée de l'heureux fuccès de
votre Elixir d'or dans la maladie dont Madame
Chalut de cette Ville , & mere de M. Chalut , Trés
forier de Madame la Dauphine , a été attaqués .
184 MERCURE DE FRANCE.
Les vertiges , les mouvemens convulfifs , la bouthe
tournée & un begayement , fymptômes qui
annonçoient une apoplexie , ont entierement dif
paru , & cedé à l'ufage habituel qu'elle a fait dé
votre précieux Elixir. Sa bouche eft très- bien remife
, & elle fe porte actuellement fort bien. Je
croirois , Madame , manquer à mon devoir & à
l'intérêt que je prends à la confervation de la fanté
de nos Citoyens , fi je ne vous invitois à ne nous
pas laiffer manquer dans ce Pays de ce Remede ,
dont je fais un très- grand cas,& dont je connois le
mérite , en ayant fait plufieurs expériences .J'ai auffi
éprouvé l'excellence de votre Elixir blanc dans les
maladies du cerveau , dans les vapeurs épileptiques
, dans la démence ou imbécillité d'efprit , &
dans les maux qui tiennent d'une caufe vénérienne
ou fcorbutique. Je me ferai un vrai plaifir de vous
informer dans la fuite des effets que l'un ou l'autre
de ces Elixirs pourront opérer , comme je m'en
fais un de vous aflûrer combien j'ai l'honneur d'étre
, & c..
LETTRE de M. Jomoron , Tréforier de
France , Subdelegué Général de l'Intendance
de Grenoble , en date du 20 Août
1748 , écrite à M. Arnoult.
M:
Onfieur Portalis , Commiffaire des Guerres ,
"
tre que vous lui avez écrite le 18 Mai dernier , j'ai
fait tout ce qui étoit en mon pouvoir auprès des
Médecins , Chirurgiens & Apaticaires qui ont foi .
gué M. Bruno dans fa derniere maladie , pour les
engager à donner leur Certificat fur les admiraOCTOBRE.
1748 .
Bles effets de votre Sachet , qu'a éprouvé le fieur
Bruno , Commis dans les Bureaux de l'intendance
de cette Province , mais ils n'ont point voulu
adhérer à ma priere , en difant que votre Sachet
avoit été attaché au col du malade fans leur participation
; je me contenterai donc de vous dire au
vrai ce qui s'eft paffé. Le Sr Bruno étant tombé d'a
poplexie il y avoit trois jours , étant fans connoif
fance , M. Portalis arriva de Paris & entendit tous
les regrets dont les Bureaux de l'Intendance rětentifloient
ſur l'état de ce pauvre malheureux , qui
avoit été faigné & refaigné à plufieurs repriſes , & à
qui on avoit donné l'Emétique en abondance ,
qui n'avoit point operé. Comme M. Portalis
me dit qu'il portoit à Toulon un de vos Sachets
à un de fes amis , je lui demandai à le voir
je lûs les imprimés qui y étoient joints ; M. Portalis
m'offrit de me le remettre , en difant qu'il en
feroit venir un autre ; je lui rendis les 12 livres
qu'il m'a dit que lui avoit coûté ce Remede ; fur
le champ je priai un Religieux qui le trouva chés
moi , d'aller attacher au col du fieur Bruno ce Sachet
, ce qui fut auffi - tôt exécuté. Demie heure
après , le malade commença à donner des fignes de
connoiffance , le lendemain il fut fi bien à lui ,
qu'il fe confeffa , reçut le viatique & fit fon teftament
, il a vêcu l'efpace de quatre mois depuis. IL
vient de mourir, mais les Médecins affûrent que fon
apoplexie ne l'a point fait périr ; qu'étant afmati- ,
que , cette maladie , a empiré & en a été la feule
caufe ; qu'au furplus il a eu une parfaite connoif
fance jufqu'au moment de la mort , voila ce que
je puis vous certifier de cette affaire , en vous affû¬
rant qu'on ne peut être plus parfaitement , votre
&c. Signé , Jomoron , Tréforier de France & Sub
delegué Général de l'Intendance de Grenoble.
1
MERCURE DE FRANCE.
Pour éviter tout abus & pour la fûreté du Pu-*
blic, on avertit de nouveau que le remede du fieur-
Arnoult ne fe diftribue que chés lui , rue des cinq
Diamans à Paris ; qu'il ne commet perfonne pourle
diftribuer ailleurs , & qu'il n'en donne pas un
feul , fans qu'il foit accompagné d'un imprimé figné
de lui , & fans enregistrer les noms , qualités &-
demeures de ceux pour qui on les deftine .
4
Le Mercure & plufieurs autres Ouvrages Périodi
ques ont parlé plusieurs fois des effets furprenans
opérés par le Sachet antiapoplectique. Le fieur Arnoult
vient d'obtenir un Certificat beaucoup plus authentique
plus refpectable des vertus de ce merveilleux Sathet.
C'eſt un Arrêt du Confeil d'Etat de Sa Majefté,
qui maintient ce Marchand Droguifte dans le droit de
vendre feul ledit Remede , & dans lequel font déduites
amplement les preuves qu'on a de fon utilité:
LETTRE de M. de Launay , Maûre
Chirurgien Juré à Paris, & de l'Académie
Royale de Chirurgie .
Monfieur,c'effe Poufiance ,que je vous fais
Onfieur , c'est parce que vous m'avez hotenir
ma préfente adreffe .
Ayant été en relation avec vous , il eſt bien jufte
que vous fçachiez od me retrouver , furtout dans
Poccafion où je pourrois être utile à vos plus proches
ou à vos amis qui font dans la Province .
Je n'ai rien épargné pour les recherches , & je me
fuis affûré de l'expérience néceffaire pour remplir
Pattente de ceux qui s'adrefferont à moi ,foit pour la
fûreté , la durée & la commodité des Bandages nouyeaux
, foit pour les avis & le fuccès des Reme
OCTOBRE. 1748. 187
des qui conviennent aux Defcentes ou aux autres
maladies qui y ont quelque rapport.
Vous voila à préfent en état d'obliger qui vous
voudrez , & de difpofer de moi quand il vous plai
ra me mettre à l'épreuve ; vous ferez convaincu
de la fincérité avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Monfieur , & c. de Launay , Chirurgien Juré à
Paris , de l'Académie de Chirurgie ; Cul-de-fac
de l'Oratoire .
SPECTACLES.
L'AcadémieRoyale de Mufique a cedé fon pris
vilège du Concert Spirituel , exécuté au Cha
teau des Tuilleries , à M.Royer , fi eftimé à la Cour
& à la Ville par les talens & fes ouvrages; nous l'a:
vons déja annoncé au Public, mais nous ne l'avons
pas informé des foins & des frais qu'il en coûte à
de nouveau Directeur pour mettre la Salle de fon
Spectacle en état de plaire aux Dames par fa dif
tribution commode & l'arrangement des places.
Ce Concert fi bien préparé , ouvrira le premier
Novembre , jour de la Touffaint . !
L'Opéra continue avec fuccès les repréfentations
du Ballet des Fragmens . Mlle Coupée a joué
le rôle de Julie , & a été applaudie dans l'Acte de
l'Eftime , tiré du Ballet des Amans déguiſés .
La Tragédie de Sémiramis de M. de Voltaire ,
s'eft foutenue jufqu'à la clôture du Théatre , avec:
des affeinblées nombreuſes.
Le Mercredi 18 Septembre , la Comédie Italienne
a donné la premiere Repréfentation des Fées
Rivales , Piéce Italienne en quatre Actes , fuivie de
8S MERCURE DEFRANCÈ.
les
quatre Divertiffemens très -ingénieuſement deffinés
par M. Deshayes, qui eft connu pour exceller dans
plus d'un talent. Le fujet de cette Comédie ,
machines & le Spectacle , font de l'invention de
M. Veroneze , pere de l'inimit ble Coraline & de
la charmante Camille . La Mufique eft de M. Blaife
, & digne de lui . La peinture des Décorations
eft de M. Pietre Alejeri .
Le Prologue , qui précede cette Comédie , y eft
bien mieux lé que les parties de l'ouvrage ne le
font enfemble. Le fujet en a parû peu judicieux &
peu naturel. Lifidor , amoureux & aimé de Rofélinde
, fille du Roi des Rayons d'or , l'obtient de
fon pere , avec l'efpérance de fucceder à ſa Couronne
. Dans l'inftant que ces deux amans , charmés
l'un de l'autre , obtiennent le prix de leur
tendrefle , loin de jouir promptement de leur félici
té , ils demandent avec un vif empreffement la permiffion
d'aller ſe promener fur la terre . Elle leur eft
accordée , à des conditions qui n'ont pas été approuvées
par les amateurs des plans raifonnés , &
des intrigues vrai - femblables , mais il ne faut pas
examiner ces fortes de Comédies avec les yeux de
la raifon , & il feroit inutile d'en détailler les fautes
: il fuffit de dire qu'elle eft fort amulante par
les lazis & les danfes . Il y a furtout une Entrée de
Statues , qui forment differens Groupes très gracieux
& variés avec une intelligence & un goût
fupérieur. On ne peut trop louer le génie du Compofiteur
de ces Ballets enchanteurs .
OCTOBRE. 1748. 185
L
COMEDIES REPRESENTEES
à Fontainebleau,
Es Comédiens François jouerent le Mardi 8 le
Jaloux défabusé , fuivi de la Nouveauté.
Le Jeudi 10 , la Tragédie des Horaces , &
l'Epreuve réciproque .
Le Samedi 12 , les Comédiens Italiens jouerent
la Dame invifible , fuivie d'un Ballet .
Le Mardi 15 , les Comédiens François repré
fenterent les Femmes Sçavantes & la Famille Extravagante.
Ils jouerent le 17 , la Tragédie d'Oedipe & L
Comteffe d'Efcarbagnas.
CONCERTS à la Cour.
E Mercredi 18 , le Lundi 23 & le Mercredi
Les du mois de Septembre ?
on exécuta en
Concert chés la Reine le Prologue & les cinq
actes de l'Opéra de Thétis & Pelée. Mlles Romainville
, Canavas , de Selle , Mathieu , Godonnefche
& Guedon , en ont chanté les rôles ; ainfi
que Meffieurs Benoît , de Chaffé , Godonnefche ,
Dubourg , Poirier & le Cler.
Le Mercredi 18 & le Mardi 17 , le Sieur Champallanty
, jeune Muficien Italien , de la Mufique
du Roi , fit chanter pendant la Meffe devant leurs
Maieftés le Pfeaume Deus in nomine tuo , & c.Moter
de fa compofition , qui fut fort applaudi , & dans
lequel il a joint à l'expreffion des paroles le goûp
Italien.
Le Jeudi 19 & le Vendredi 20 , le Sieur An90
MERCURE DE FRANCE.
theaume , Maître de Mufique de la Cathédrale
de Senlis , & fils du Muficien du Roi , fit chanter
pendant la Meffe de Sa Majefté le Pleaume Dominus
Regnavit , &c. On a trouvé beaucoup de graces
dans les récits , & de force dans les choeurs de
ce Motet , qui eft de fa compofition.
Le Lundi7 , le Mercredi 9 , & le Lundi 14 de
ce mois , on chanta chés la Reine le Prologue &
les cinq Actes de l'Opera de Perfée. Les rôles
furent remplis par Mlles Romainville , Lalande ,
Defchants ,Mathieu , Godonnefche & Canavas ,
& .
& par Meffieurs Poirier , Lagarde , Dubourg ,
Richer , d'Aigremont , le Bague , & Bazize.
Le Mercredi 16 , on exécuta chés la Reine le
premier & le fecond Acte de la Paftorale héroïque de
Diane & Endimion , de M. de Blafmout , Sur- Intendant
de la Mufique du Roi.
Miles Lalande , Defchants , Romainville , Ca
navas , Godonnefche , & d'Aigrémont , Meffieurs
Poirier , Dubourg & la Garde , en chanterent les
Bles.
M. Gautier , Profeffeur de Mufique , eſtimé de-
-puis long- tems, a compofé un troifiéme Recueil de
Chanfons , dont les paroles & les Airs méritent l'approbation
des Amateurs des Ouvrages Lyriques.
On le débite chés l'Auteur , rue de la Comédie
Françoife , & chés le Clerc ,rue du Roule, à la Croix
d'or, Voici un joli échantillon des paroles.
OCTOBRE. 1748 194
•
RONDE DE TABLE.
Que ce feftin eft aimable ,
Et qu'il a pour moi d'attraits !
Je vois les Graces à table ,
L'Amour doit être bien près.
**
Bacchus d'un vin qui pétille
Verfe les flors précieux ,
Et joint l'éclat dont il brille
A celui de leurs beaux
yeux.
Je leur confacre mon vetre ,
J'aime & je bois tour à tour
Toujours l'heureuſe fougere
Sert ou Bacchus ou l'Amour,
91 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGÈRES,
DE PETERSBOURG , le 24 Septembre.
'Efcadre que l'Impératrice avoit envoyé croi-
Ports de Revel & de Cromstadt , & l'on eft occupé
actuellement à défarmer les Vaifleaux & les
Frégates. Le Gouvernement donné ordre de
conftruire plufieurs nouveaux Vaiffeaux de guerre.
La nuit du 2 au 3 de ce mois , il arriva de
Vienne un courier , dont le Comte de Bernes ,
Ambaffadeur de l'Impératrice Reine de Hongrie
& de Boheme , alla fur le champ communiquer
les dépéches au Comte de Beftachef , Grand Chancelier.
On recommence à publier que la liberté
fera bientôt rendue au Comte Erneft Biron.
Sa Majefté Impériale a nommé Chevaliers de
l'Ordre de Saint Alexandre Newsкy le Knées
Scherbatoff, le Vice Amiral Gollowgin , le Licutenant
Feldt- Maréchal Talifin , le Comte Henricow
, le Baron de Strogonof , le Comte Jefimonwsky
, le Knoees Bielofoflky , le Lieutenant
Feldt-Maréchal Dewitz , le Vice -Amiral Bars , &
le Comte André de Beftuchef.
Elle a déclaré qu'elle iroit à Mofcou dans le
mois de Décembre.
Le prix du loyer des maifons y étant devenu
exceffif depuis les derniers incendies , & tel habitant
, qui donnoit fa maifon à un Ambaffadeur
pour cinq cens roubles , en demandant actuelle,
ment jufqu'à cinq mille , les Miniftres Etrangers
ont fupplié fa Majefté Impériale d'interpofer fon
autorité
OCTOBRE. 1748. 193
autorité pour empêcher cette exaction . Ils ne
pourront être logés qu'à plus d'une lieue & demie
du Palais , parce que les quartiers , qui en font
les plus voisins , ont été les plus maltraités par les
fammes. L'Impératrice a fait préfent de fix mille
roubles à la veuve du Knées Repnin. Le Comte
de Befuchef ; Grand Chancelier , a reçu avis que
le 16 du mois dernier fon Château de Wenden
avoit été réduit en cendres , ainfi que la Ville qui
en dépend .
DE WARSOVIE , le 26 Septembre.
Left dit dans les Univerfaux publiés de la
part
I du Roi pour la Convocation de la Dicette gene
rale , que fi d'un côté la Majesté a lieu de fe rejouir
de la tranquillité , dont la Pologne a joiii pendant
les troubles qui ont agité les Etats voisins
elle voit de l'autre avec la plus grande douleur ,
qu'on a perdu des momens heureux qui auroient
dû être employés utilement , que le bonheur des
Polonois a paru leur être à charge , & qu'ils fe
font empreffés de fuivre les chemins qui les conduifoient
à leur perte ; que la Patrie eft dépouillée
de fon ancienne fplendeur , & réduite à la derniere
pauvreté , fans troupes , fans défenfe , fans aucune
fûreté pour fon commerce ; qu'on a été émû de
compaffion de la voir dans cette fituation dépiorable
; qu'on a été convaincu de la néceffité d'y apporter
un prompt reméde ; que les Patriotes zélés
ont fait les plus grands efforts pour y réuffir , mais
que la défunion y a toujours mis obftacle , & que
les.confeits les plus falutaires n'ont produit aucun
effet ; qu'il n'étoit pas naturel de s'attendre que
l'augmentation de l'armée de la Couronne , augmentation
demandée de chacun avec inftance ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
comme un article effentiel au bien public , eût dâ
être la caufe qui a rendu tant de Diettes infruc
tueules , que cependant les differentes difficultés ,
alleguées fur les moyens de trouver les fonds pour
l'entretien des troupes , ont empêché la Républi
que d'acquerir de nouvelles forces ; que même
les autres affaires , fur lesquelles on avoit a déliberer
, n'ont pû être terminées , vû la ſéparation
précipitée de plufieurs Diettes ; que le Roi , moins
offenfé de cet abus de la liberté , qu'animé de l'amour
de la Patrie , n'eft point rebuté par tant de
mauvais fuccès ; qu'il a convoqué les Diettes particulieres
des Palatinats pour le 19 du mois d'Août
dernier , & qu'il convoque la Diette générale
pour le 19 du mois prochain , que fa Majefté fou
haite que les Etats affemblés de la République
faffent voir que les tems de difcorde ne fubfiftent
plus ; que fi l'on continue de s'oppofer à l'augmentation
de l'armée , ou fi l'on juge à propos ,
avant que de fe déterminer fur cet article , de pourvoir
au fond néceffaire pour l'entretien des troupes
, le Roi s'en remet là - deffus à ce qui fera réglé
par la Diette ; qu'en attendant , il a recommandé
auxGrands Chanceliers de Pologne & de Lithuanie
d'inviter férieufement cette aflemblée à prendre
des mesures efficaces pour améliorer les Finances ,
pour favorifer le commerce , & pour abréger les
procédures .
L
DE STOCKHOLM , le 23 Septembre.
A fanté du Roi eft toujours fort chancelante ,
& ce Prince eût le 8 de ce mois une vive attaque
de gravelle . Sa Majefté rendit le lendemain
une pierre , & depuis eile s'eft trouvée un peu fou-
Jagée . On compte que la Princefle , époule du
OCTOBRE . 1748. 195
Prince Royal , accouchera vers la fin de ce mois.
Ce que quelques Gazettes étrangères ont publié
d'une prétendue Déclaration faite au ſujet de l'affaire
de M. de Guy dickens eft d'autant plus deftitué
de fondement , qu'il ne réfide ici perfonne de
la part du Roi de la Grande Bretagne. A la vérité,
le Roi avoit nommé M. de Wolfenftierna pour
fe rendre à Hannover , mais comme on a été
informé que fa Majefté Britannique étoit allée à
Goerden , & qu'elle vouloit employer uniquement
à ce qui concerne la Pacification générale le
refte du tems qu'elle doit paffer dans fon Electorat,
fa Majefté a changé la deſtination de ce Miniftre ,
& elle lui a ordonné d'aller remplacer le Baron de
Hopken à la Cour de Berlin. Il n'y a rien de nouveau
du côté de la Finlande , où les troupes Suédoifes
& Ruffiennes le tiennent également trans
quilles dans leurs quartiers refpectifs . M. Curonius
, ci-devant Bourguemeftre d'Upfal , qui a été
arrêté en Dannemarck à la requifition du Roi ,
été conduit en cette Ville . Il a été enfermé dans
les prifons de Caftenhoff.
a
Le Baron de During , en vertu des pouvoirs
qu'il avoit reçûs de fa Majefté , a revêtu des marques
de l'Ordre de l'Epée M. Grufle , Préſident dų
Confeil Royal de l'Amirauté ; les Amiraux Ulfal
& Gerdten , le Baron de Hamilton & M. de Kaulbarts
, Majors Généraux.
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 28 Septembre.
Elon un état qui paroît des contingens que les
SPays Héréditaires doivent fournir à la Caille
Militaire , conformément au nouveau Plan adopté
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
pour l'entretien des troupes , la Baffe Autriche
payera deux millions huit mille neuf cens foixante
& huit florins ; la Haute Autriche douze cens
mille ; le Royaume de Boheme cinq millions deux .
cens foixante - dix mille quatre cens cinquantehuit
; celui de Hongrie deux millions quatre cens
quarante-fept mille fept cens foixanté & douze
la Tranfilvanie fept cens vingt & un mille huit
cèns trente deux ; le Bannat de Temelwar trois
ceus cinquante- cinq mille trois cens foixante;
PEſclavonie , la Sirmie , & les territoires qui en
dépendent , cent trente mille neuf cens trentequatre
; la Moravie dix - huit cens cinquante - fix
mille quatre cens quatre- vingt - dix ; la partie que
'Imperatrice Reine a confervée dans la Haute-
Silefie , deux cens quarante- cinq mille deux cens
quatre - vingt dix-huit ; la Stirie onze cens quatrevingt-
deux mille cinq cens quarante - cinq ; la Carinthie
fix cens trente- fept mille fept cens quatrevingt-
quinze ; la Croatie trois cens trente -fix mille
cent foixante & onze ; Gorice & Cradiska quaran
te & un mille cinq cens deux.
M. Keith , Miniftre du Roi de la Grande Bretagne
, eut le 8 de ce mois fa premiere audience
de l'Impératrice Reine , & lui préfenta fes Lettres
de Créance. Cette Princeffe affifta le même jour à
la confécration de la nouvelle Chapelle du Palais .
Elle vit le foir une repréfentation de l'Opera , &
elle retourna enfuite à Schombrun.
Les Régimens de Cuiraffiers de Jean Palfy , de
Diemar & de Hohenembs , & ceux de Dragons de
l'Archiduc Jofeph , de Philibert & de Lichtenſtein ,
feront envoyés dans le diftrict de Pétersbourg ;
ceux de Cuiraffiers de Birckenfeldt , de Hohen
zollern & de Charles Palfy , ceux de Dragons de
Bathiany & de Wittenberg , & ceux de Huffards
OCTOBRE. 1748. T97'
d'Efterhafi , de Spleni & de Nadafti , dans le diftrict
de Neuhefel ; ceux de Cuiraffiers de Czer
nin , de Serbelloni & de Portugal , celui de Dra
gons de Preiffing , & ceux de Huffards de Defoffi;-
de Carolis , de Bellefnay , de Giuliani & de Bario .
nay , dans les diſtricts d'Effeck & de Cafchau ;
ceux de Cuiraffiers de Saint Ignon & de Schmerzing
, & ceux de Huffards de Cohari & de Sti
rum ,fur le territoire d'Offen ; le Régiment do
Cuiraffiers de Darmstadt dans le Bannat de Tes
mefwar.
L'Empereur , accompagné du Prince Charles
de Lorraine , arriva de Prague le 16 de ce mois
il defcendit au Palais de la Favorite où il s'arrêta
quelque tems , & il fe rendit enfuite au Château de
Schombrunn. Leurs Majeftés Impériales allerent
l'après midi rendre vifite à l'impératrice Premiere
Douairiere . Elles revinrent le foir en cette Ville ,
& elles affifterent à la repréfentation d'un Opera:
Italien . Le lendemain entre fept & huit heures du
foir , l'Impératrice Reine accoucha d'une Princeffe
, qui mourut peu d'inftans après avoir été
baptifée . Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire
du Grand Seigneur , eût le 18 fon audience de
congé de l'Impératrice Reine , qui lui a fait remettre
par le Comte de Kevenhuller , Grand
Chambellan , les préfens deftinés pour la Hauteffe.
Fe 20 , M. Keith , nouveau Miniftre du Roi de la
Grande Bretagne , eût fa premiere audience de
l'Empereur , après laquelle il fût en conference
avec le Comte d'Uhlefeld , Grand Chancelier de
la Cour. Il arriva le 17 de Pétersbourg un courier
, dont les dépêches donnerent lieu à la tenuỡ
d'un Confeil , qui s'affembla chés le Feldt - Maréchal
Comte de Konigleg.
Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire de la
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
Porte , prendra après demain congé de l'Empe
reur. Sa Majefté Impériale affifta avant- hier a
l'affemblée du Collège qu'on nomme la Deputa
tion générale de la Cour. Le Comte de Linange a
déja conferé plufieurs fois avec le Comte de Coloredo
, Vice- Chancelier de l'Empire , au fujet des
prétentions de l'Electeur Palatin fur la Seigneurie
de Pleiftein. On efpere que cette affaire fe terminera
à l'amiable , & le bruit court que celle con
cernant le Comté de Zwingenberg eft entierement
réglée . Le Gouvernement a reçû de Pétersbourg
un courier,, par lequel on a appris que l'Impératrice
de Ruffie avoit accepté l'offre qui lui a été
faite par l'Impératrice Reine , de donner des quartiers
en Boheme & en Moravie aux troupes Ruffiennes
, qui font à la folde de la Grande Bretagne
& de la République des Provinces - Unies . M.
Jordan , Confeiller du Confeil Aulique du Royaume
de Boheme , & l'un des Membres de la Députa
tion générale , eft mort en cette Ville le 23 de ce
mois. Il avoit beaucoup travaillé aux nouveaux
arrangemens, propofés par le Comte de Haugwitz
pour la levée des impofitions deftinées à l'entretien
des troupes. On mande de Conftantinople ,
que la tranquillité paroît y être parfaitement réta
blie , & que le Grand Seigneur eft allé à une Maifon
de campagne , où il demeurera jufqu'à ce
qu'on ait achevé les réparations qu'il a ordonné de
faire au Serail,
P
DE BERLIN , le 1. Octobre.
Lufieurs des Seigneurs , qni ont accompagné
>
dernier , & fa Majefté en arriva le 17. Elle alla le
18 à Montbijoux rendre vifite à la Reine DouaiOCTOBRE
. 199 174S.
tiere . Le 19 , elle y dîna avec la Reine , le Prince
& la Princeffe de Pruffe , & la Princefle Amelie.
Après le repas , le Roi retourna à Potídam , où il
fut fuivi par le Feldt Maréchal Keith , le Major
Général de Winterfeldt , le Comte de Wartenfleben
, le Baron de Retzow , l'Adjudant Général
Buddenbroeck , le Baron de Lentulus , le Marquis
d'Argens , & le Baron de Bielefeld , Confeiller
Privé.
Les eaux minérales d'Egra , dont le Roi à fait
ufage il y a quelque tems , ayant beaucoup contri
bué au rétabliflement de fa fanté , fa Majefté à
jgé à propos de les prendre une feconde fois.
Le Prince de Pruffe a été de nouveau indifpofé , ·
mais depuis quelques jours il fe porte beaucoup
mieux. On a reçu avis de Drefde , que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe avoit envoyé les marques
de l'Ordre de l'Aigle Blanc au Comte Rafomowsky
, Préfident de l'Académie des Sciences
de Pétersbourg. Les nouvelles de Boheme portent
que le Général Lieven , qui commande en chefles
troupes Ruffiennes depuis la mort du Knées Repnin
, a fait fçavoir aux Commiffaires prépofés par
le Roi de la Grande Bretagne & par les Etats Généraux
des Provinces Unies pour leur conduite ,
qu'il fe chargeroit de pourvoir à la fubfiftance de
ces troupes , fi on vouloit lui remettre les fonds
affignés pour cette deſtination .
DEHANOVER , le 29 Septembre.
E 16 de ce mois , le Roi partit de Herrenhaufen
pour Goerden , où fi Majefté arriva le
jour fuivant , & ou elle a voulu que la Chancellerie
la fuivît , afin que les affaires d'Etat ne fouffriffent
point d'interruption par ce voyage. Quel-
I i!!
200 MERCURE DE FRANCE.
ques dépêches qu'un courier extraordinaire a ap
portées de Turin au Chevalier Offorio , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , obligeront
Ice Miniftre de fe rendre demain à Goerden. Le
Roi a refolu de faire un voyage à Lavenbourg , &
le Duc de Newcastle yaccompagnera la Majefté.
Ce Seigneur ira enfaite paffer quelque tems à
Hambourg.
DE BAREITH , le 26 Septembre.
Ur la nouvelle que le Duc de Wirtenberg de
voit fe rendre ici de Stuttgard le 18 de ce
mois , le Margrave envoya au- devant de ce Prince
jufqu'à Erlangen le Baron de Hesfberg , Confeil
ler Privé , avec un Chambellan , deux Gentilshommes
de la Chambre , & plufieurs Officiers.
Lorfque le Duc de Wirtenberg fut arrivé fur la
frontiere de cet Etat , il y trouva le Baron de
Luchau , Premier Gentilhomme de la Chambre ,
qui l'y attendait , avec plufieurs caroffes du Margrave
, & qui le complimenta de la part de ce
Prince. Le Duc de Wittenberg monta dans le
caroffe qui lui étoit deſtiné , & la marche fe fit
dans l'ordre fuivant , Les Baillifs & Officiers de
Justice; the Compagnie de Chaffeurs ; les Offciers
de la Venerie , ayant à leur tête le Grand
Veneur une Compagnie de Huffirds ; le Baron
de Hesfberg dans un des caroffes du Margrave ;
deux Ecuyers ; les Gentilshommes de la Chambre ;
Nois caroffes du Margrave , remplis par des Gentilshommes
du Duc de Wirtenberg ; une Com
pagnie de Cuiraffiers ; le caroffe , dans lequel étoit
le Duc de Wirtemberg avec le Baron de Luchau ,
& aux deux côtés duquel marchoient plufieurs
Coureurs , Heyduques & Valets de pied , un
Détachement des Gardes du Margrave ; les ca--
OCTOBRE . 1748. 201
roffes de la Margrave , & ceux de la principale
Nobleffe , En entrant dans cette Ville , le Duc
de Wirtenberg fut falué d'une triple déchar
ge de vingt- quatre piéces de canon . Un Régiment
d'Infanterie formoit une double haye dans
les ruës par lesquelles ce Prince pafla . Le Margrave
le reçût à la porte du Château , & le conduifit à
l'appartement de la Margrave , où la Princeffe
étoit , ainfi que les Princes Henri & Ferdinand de
Pruffe. Après que le Duc de Wirtenberg eut falué
la Margrave & la Princeffe , il fe retira pour quel
que tems dans l'appartement qui lui avoit été pré--
paré. Il retourna enfuite chés la Margrave , où ily
eût un fouper fervi à plufieurs tables. La Ducheffe
Douairiere de Wirtenberg arriva le & chaque
jour a été marqué depuis par quelque fête . -
Aujourd'hui , les nôces du Duc de Wirtenberg &
de la Princeffe fe font faites avec un éclat qui a
répondu au rang des deux époux .
19 ,
DE HAMBOURG , le 10 Octobre...
Soixante mille écus , que la Régence de cette
Ville a prêtés au feu Duc de Holftein , étant hypotéqués
fur le District de Reebroeck qui fait partie
du Bailliage de Renbeck , & ce District étant enclavé
dans le territoire dépendant de Hambourg ,
les Magiftrats ont fait propofer au Grand Duc de
Ruffie de le leur céder pour la liquidation de la
fufdite fomme.
Quatre Vaiffeaux de guerre , que l'Impératrice
de Ruffie a fait conftruire à Archangel , ont paffé
le Sund , & font allés joindre à Cromstadt la Flotte
de cette Princeffe . Ils ont beaucoup fouffert
dans leur navigation par diverfes tempêtes qu'ils
ont effuyées . Le Roi de Dannemarck fe rendra
dans peu à Jagersbourg , où il fe propoſe de de-
1 *
202 MERCURE DE FRANCE.
meurer le refte de l'automne. On a été informé
par les lettres de Stockholm , que le Roi de Suéde
avoit recommencé à travailler avec fes Miniftres.
Les mêmes lettres marquent qu'on mande de Finlande
, que les troupes Ruffiennes y avoient été
renforcées de quelques Régimens.
ESPAGNE.
De Madrid le 1. Octobre.
Eurs Majeftés accompagnées de Madame ,
époufe de l'Infant Don Philippe ; de l'Infante
Marie- Louife , & des Grands , s'étant rendues le
15 de ce mois fur les cinq heures du ſoir à l'Eglife
des Hieronimites , le Cardinal de Mendoza , Grand
Aumônier du Roi , fit la cérémonie d'adminiftrer
à l'Infante Marie- Louiſe le Sacrement de Contirmation.
Elles affifterent enfuite au Te Deum , qui
fut chanté par la Mufique , & à la Bénédiction du
Saint Sacrement . Don Juan d'Ifla , Préfident de
l'Audience & de la Chancellerie de Grenade , &
Don Jofeph Manuel de Roxas , Fifcal de celui des
Indes , ont été nommés Confeillers du Confeil
Royal. Le Roi a difpofé de l'emploi de Miniftre
du Civil de l'Audience d'Arragon en faveur de
Don Mames Salvador de la Sala , & de celui de
Miniftre du Criminel de la même Audience en faveur
de Don Louis Urries . Sa Majeſté a accordé
les charges de Corregidors d'Epée des Villes de
Xeres , d'Ecija , de Plafencia , de Mancha Real de
Jaën , & de Palencia , à Don Juan Bafile d'Anguiano
, à Don Juan Antoine del Rio , à Don
Laurent Polanco y Zevallos , à Don Louis Fernand
de Quelada & à Don Jofeph Joachim de Vereterra.
OCTOBRE. 1748. 205
Depuis les premiers avis qu'on a reçûs de la prife
du Vaifleau de Registrelle Jefus MarieJofeph , qui
avoit fait voile de la Havane pour Cadix , on a été
informé que les Anglois l'ont enlevé à l'ancre
dans un Port d'une des Inles Terceres Ces lles
appartenantes à une Puiffance neutre , le Roi a envoyé
ordre à M. Wale , chargé de les affaires à
Londres , d'expofer au Miniftere Britannique les
circonftances du fait , & d'infifter pour la reftitution
de ce Vaiffeau & de tous les effets dont il
étoit chargé. Sa Majefté fe promet que le Roi de
la Grande Bretagne , par fon attention à faire droit
fur cette demande , donnera une preuve de les difpofitions
à établir une parfaite intelligence entre
les deux Nations. Les nouvelles Actions de la
Compagnie de Seville fe diftribuent à Madrid chés
Don François Antoine de la Cagiga , & à Séville
chés Don Nicolas del Campo , Tréforier Général
de la Compagnie . Dona Laure Julie Mentagaci ,
veuve du Marquis de Saint André , & Cameriste
de la Reine Douairiere , mourut à Saint Ildefonfe
le is , âgée de quatre- vingt - un ans, Le Pere Hyacinte
de Naxera , Religieux de l'Ordre des Minimes
, Examinateur Synodal & Hiftoriographe de
P'Archevêché de Séville & de l'Evêché de Cadix ,
eft mort à Moron de la Frontera , dans la foixante
& onzième année de fon âge . On mande de Gibraltar
, que M. François Butler , qui y réfide an
qualité de Conful de la Nation Hollandoiſe , a reçu
des inftructions des Etats Généraux des Provinces
Unies, pour renquer les négociations de paix
entamées ci - devant entre cette République & le
Roi de Maroc Muley Abdallah. En attendant la
conclufion d'un accommodement , la navigation
des Bâtimens Européens eft de nouveau menacée
par les Corfaires de Tanger. Ces Pirates viennent
de mettre en mer deux nouvelles Galeres .
I vi
204 MERCURE DE FRANCE
DE MILAN , le 29 Septembre..
E Comte de Härrach , Gouverneur Général
du Milanez ,ayant repréfenté à l'impératrice
Reine , qu'il convenoit de laiffer pour la garde de
' ce Duché les troupes qui y ont été employées depuis
plusieurs années , cette Princele a déferé à
cet avis. En conféquence , il a été décidé que les
Régimens d'Infanterie Allemande de Wallis , de
Pallavicin , de Piccolomini , du Jeune Konigleg,
du Grand Maître de l'Ordre Teutonique , d'Andlau
, de Hagenbach & de Sprecher ; ceux de Dragons
de Savoye , de Saxe Gotha & de Holly , &
ceux de Huffards de Léopold Falfi , de Vettes &
de Giulai , demeureroient dans cette Province..
On parle d'ajoûter à ce nombre les deux Régimens
d'Infanterie de Merci & Wolfenbuttel.Le Řégiment
de Cuirafliers de Lobckowitz eft en mar
che pour retourner dans le Royaume de Boheme.
L'Impératrice Reine a rétabli le Marquis de Litta
dans fes emplois. Il fe répand un bruit , que cette
Princefle pourroit céder la Ville de Pavie au Roi
de Sardaigne en échange du Haut Novarois &
d'un Diftrict qui s'étend le long de la rive gauche
du Lac Majeur & du Teſſin……
DE GENES , le 30 Sëptembre.-
Es cent vingt foldats qu'un Détachement dés
troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme, & de celles du Roi de Sardaigne , avoit
fait prifonniers dans l'action de Nonza , & qui
avoient été conduits de l'Ifle de Corfe à Savonne.,
ont été remis en liberté. On conje&ure qu'il en ›
fera inceffamment de même des Officiers Alle- -
mands, qui fontdétenus ici depuis la révolution. Le
OCTOBRE. 1748. 205
Bruit court que lorsqu'on les renverra , ils feront
escortés par des Bourgeois & des Artifans de cette
Ville , comme étant prifonniers du Peuple, & que
le même Détachement ramenera les quatre Nobles
, qui font en ôtage à Milan . Il y a apparence
que la communication fera entierement rétablie
avec la Lombardie , auffi - tôt après que tous les
prifonniers auront été rendus de part & d'autre.
Le Roi de Sardaigne a déja retiré de Savone la plus
grande partie des troupes qui y étoient en garnifon
, & ce Prince commence à faire vendre les
magafins qu'il y avoit établis .
Les lettres de Corfe , du 15 de ce mois , confirment
que la fuſpenſion d'armes y a été publiée
& que même elle a lieu entre les troupes de la
République & les Rebelles. On a fçu par les mêmes
lettres , que les Officiers du Corps des troupes
Allemandes & Piémontoifes, commandé par le
Chevalier Cumiana , alloient librement à la Baftie .
Le Gouvernement vient de nommer tous les
Commiffaires & les Juges des lieux que la République
poffede en terre ferme , même de ceux qui
font encore occupés par les troupes de la Reine de
Hongrie. De cette démarche , on infere qu'il fe
flate que la reftitution en ſera bien - tôt faite aux
Génois. Il eft arrivé dans ce Port un Navire Anglois
, chargé de draps , de plomb & d'autres marchandifes
de la Grande Bretagne. L'Opera , que
le Duc de Richelieu faifoit préparer depuis longtems
, fut repréfenté pour la premiere fois le 22.
de ce mois. C'eft un Ballet Héroïque , & il eft intitulé
Zima. La dépenfe de ce fpectacle a monté
2.plus de cinquante mille livres..
206 MERCURE DE FRANCE .
DE NICE , le 25 Septembre.
E Marquis de la Mina , qui commande l'armée
Espagnole fous les ordres de l'Infant
Don Philippe , a célebre avec beaucoup de magnificence
l'Anniverfaire de la naiffance de fa Majefté
Catholique . Tous les Officiers , tant des
troupes de France que de celles d'Espagne , s'étant
affemblés le 22 de ce mois au foir chés ce Général,
on y repréfenta une Comédie Françoife . Le Maréchal
Duc de Belle -Ifle s'y rendit quelque tems
après la Comédie , & on exécuta un très - beau
Concert. On tira enfuite un feu d'artifice , dont
la Décoration repréfentoit un fuperbe Palais , ofné
de ftatues & d'emblêmes relatifs au fujet de la
fête. Cette journée finit par un Bal , pendant lequel
on fervit continuellement des rafraîchiffemens
de toute efpéce . L'Hôtel & le Jardin du
Marquis de la Mina étoient éclairés de plus de
cinq mille pots à feu . Avant - hier , le Maréchal
Duc de Belle-Ifle , accompagné de tous les Offciers
François , alla avec le Marquis de la Mina à
Eglife de Saint Dominique , où ils entendirent la
grande Meffe chantée en Mufique. A l'Introite ,
à la Confécration , & au dernier Evangile , les
Compagnies de Grenadiers , qui étoient en bataille
devant l'Eglife , firent plufieurs falves de moufqueterie.
On fe rendit après l'Office chés le Marquis
de la Mina , qui fit fervir trois tables , chacune
de cent trente couverts . Il y eut le foir Comédie
, & plufieurs falves de l'Artillerie des Châteaux
& des remparts. Toute la Ville fut illuminée , &
un Bal mafqué termina la fête .
OCTOBRE. 174S. 207
GRANDE BRETAGNE .
De Londres , le 8 Octobre.
N eft fort impatient d'apprendre l'arrivée
pour conférer avec les Miniftres de fa Majef
té Catholique fur ce qui regarde le commerce
entre l'Espagne & l'Angleterre. Il y a déja du
tems qu'il a reçû pour cet effet les dernieres inf
tructions. Un courier , venu d'Aix- la - Chapelle le
premier de ce mois , a apporté des dépêches fort
importantes , à l'occafion defquelles les Seigneurs
Regens de la Grande Bretagne ont tenu un Confeil.
Dès qu'elles eurent été remifes au Duc de
Bedfort , ce Secretaire d'Etat écrivit au Comte de
Sandwich pour lui en notifier la réception . Quoique
l'on continue de travailler avec toute la diligence
poffible à préparer le Palais de Saint James,
le bruit court que le Roi pourroit differer fon départ
de Hanover jufqu'au commencement du mois
prochain. Conféquemment à la réfolution qui a
été prise de mettre les côtes de la Grande Bretagne
en meilleur état de défenfe , on fait les difpofitions
néceffaires pour réparer les anciennes Fortereffes ,
& pour en conftruire de nouvelles Le 3 , le Commun
Confeil de Londres s'affembla , & il chargea
un Committé d'examiner l'état des fonds & des revenus
de la Ville , & de chercher les moyens ,
non - feulement de payer la fomme additionnelle
de deux mille livres fterlings qu'elle eft obligée de
fournir felon un Acte de la derniere Seffion du
Parlement , mais encore d'acquitter les dettes.
qu'elle a contractées pour l'entretien des Orphelins.
On conduifit le 2 à la Banque fous une nombreuſe
eſcorte plufieurs caiffes remplies d'or &
208 MERCURE DE FRANCE.
d'argent , qui font arrivées de Lisbonne pour le
compte des Négocians de cette Ville . Ils ont reçû
depuis trois mois plus de deux millions de livres
fterlings pour les marchandifes qu'ils ont fait paffer
en Portugal. Demain le Yacht le Fubbs fera
voile pour aller prendre en Hollande la Ducheffe
de Newcastle, qui revient de Hannover. On lança
les à l'eau dans le Port de Deptford un nouveau
Vaiffeau de guerre , de foixante piéces de canon.
La place de premier Commiflaire du Commerce
& des Plantations , vacante par la mort du Lord
Monſon , eft deſtinée au Comte d'Halifax , & on
dit que le Chevalier Charles Hambury Williams ,
Miniftre du Roi à Berlin , fuccedera au feu Chevalier
Guillaume Corbett dans la charge de Secre
taire de l'Echiquier. Les Actions de la Compagnie
de la Mer du Sud & celles de la Banque n'ont point
de prix fixe. Celles de la Compagnie des Indes
Orientales font à cent foixante & dix - neuf, trois
quarts , & les Annuités à cent & un quart. -
PAIS - BAS.
De la Haye , le 18 Octobre.
Es Magiftrats de Bois - le - Duc , de Dort , de la
Brille & de Harlem , ont été changés par le
Prince Stathouder , & les nouveaux Echevins de
la premiere de ces Villes font Meffieurs Jeremie
Storm de s'Gravefende , Léonard Jean Smits ,
Guillaume Corneille Ackerfdyck ; Afam Amende ,
Henri Jean Van Breugel , Guillaume Bopp, Treins
Van Heurn , Thierry Gregoire Van Teylingen ,
& Thierry Guillaume de s'Gravefend.
OCTOBRE. 1748. 209
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 29 du mois dernier , la Reine entendit la
Melle dans la du de vcrfailles
, & S. M. communia par les mains de l'Evêque
de Chartres , fon Premier Aumônier .
La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine & Mefdames de France , fe rendirent
le premier de ce mois au Château de Choily.
Le Pere Chambroy , élú en 1745 Abbé de l'Ab
baye de Sainte Géneviéve , & Supérieur Général
des Chanoines Réguliers de la Congrégation de
France , a été continué dans les mêmes Dignités
par les fuffrages unanimes du Chapitre Général.
de cette Congrégation , affemblé à Paris le 12 du
mois dernier .
Le 3 , le Roi & la Reine , Monfeigneur le Dau
phin , Madame la Dauphine & Mefdames de France
, arriverent à Fontainebleau du Château de
Choify.
Ley , pendant là Meffe du Roi , l'Evêque de
Montpellier & l'Evêque de Viviers , prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majesté.
M. le Maréchal Comte de Saxe arriva de Bru
relles à Paris le 10 , & le 12 il alla à Fontainebleau
rendre fes refpects au Roi , qui l'a reçu trèsfavorablement.
Sa Majefté a difpofé du Gouvernement de Montmedy
en faveur de M. le Comte de la Claviere,
Maréchal de Camp , & Commandant à Sedan .
Sa Majefté a accordé au Comte de Scey Monte
210 MERCURE DE FRANCE.
béliard le Regiment du Roi Dragons , vacant par
la démiſſion du Marquis d'Ormenans .
Les Comtes Sulkouski , fils du Comte de ce
nom , Miniftre & Général de Sa Majesté le Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eurent l'honneur d'être
preſentés le 24 du mois dernier par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs ,
au Roi , à la Reine , à la Famille Royale , qui leur
firent un accueil favorable. Ces jeunes Seigneurs
dînerent enfuite chés M. le Marquis de Puyfieulx,
Miniftre d'Etat , ayant le Département des affaires
étrangeres , qui donnoit ce jour- là un repas
aux Ambaffadeurs .
M. de Klinglin , Premier Préfident du Confeil
Supérieur d'Alface , a été introduit dans le Cabihet
du Roi , & préfenté à Sa Majesté par M. le
Chancelier & M. le Duc de Fleury. Ce Magiftrat
a été nommé l'année derniere à cette Place ,
récompenfe des fervices que lui & fes ancêtres ont
Conftamment rendus à Sa Majesté & à l'Etat.
en
REPONSE de M. l'Abbé l'Advocat
Docteur Bibliothecaire de Sorbonne , à
M. Piganiol de la Force , fur le Fonda
teur de Sorbonne.
15
L ne m'a pas été poffible , Monfieur , de répondre
plutôt à la lettre que vous avez inférée
dans le Mercure du mois de juillet. J'étois en Province
lorfqu'elle a parû , & je n'en fuis de retour
que depuis quelques jours, Vous ne perdrez cependant
rien à ce retardement . Je vais terminer
notre differend de maniere à ne point fouffrir de
réplique.
OCTOBRE. 1748. 211
11 s'agit entre nous de fçavoir quel eft le Fon- ·
dateur de Sorbonne . On a toujours crû que c'étoit
Robert de Sorbonne , Chanoine de Cambrai , &
enfuite de Paris , Chapelain & Confeffeur du Roi
S. Louis . Telle a été jufqu'ici la croyance de tous
nos Docteurs ; croyance fondée fur nos Archives
& fur la tradition conftante de notre Maiſon. Vous
prétendez au contraire , Monfieur , que le Fondateur
de Sorbonne eft Robert de Douai , Chanoine
de S. Quentin , & enfuite de Senlis , Médecin de
la Reine Marguerite de Provence , femme de Saint
Louis. Vous rapportez vous - même comment cette
idée vous eft venue. C'eft qu'en lifant un Recueil
de Piéces fur la Faculté de Médecine de Paris ,
imprimé en 1714 , vous trouvâtes un Panégyrique
de cette même Faculté, prononcé par Gabriel Nau
dé , où il eft dit que Robert de Douai laiſſa par fon
Teftament quinze cens livres parifis pour achepter des
revenus à des Ecoliers étudians en Théologie , ce qu'il
entendoit faire par l'avis de Robert de Sorbonne.
Dès que vous eûtes fait cette découverte , vous
la vérifiâtes , dices- vous , fur l'original de ce Tef
tament , qui eft gardé dans les Archives de Sorbonne
, dès lors vous n'héfitátes plus à regarder
Robert de Douai comme le Fondateur de la Sorbonne.
Vous ajoûtez qu'ayant fait part au Public de cette
découverte dans votre Defcription de Paris en
1742 , vous ne fûtes pas peu furpris de ce que je vous
fis donner avis par M. l'Abbé d'Alinval , que vous
vous étiez trompé ſur le Fondateur de la Sorbonne ,
mais que vous répond tes que cela ne pouvoit point étre,
parce que vous aviez composé cet article fur l'Acte
qui eft dans les Archives de la Sorbonne , que depuis
ce tems-la , comme vous prépariez une nouvelle
Edition de votre Ouvrage , je vous avois fait dire
les mêmes chofes par un Avocat d'Auvergne , nommé
212 MERCURE DE FRANCE.
M. de Fraiffis , que vous m'aviez fait la même
réponſe . Enfin , Monfieur , vous perfiftez dans vo
tre opinion, & vous faites tous vos efforts pour aps
puyer ce que vous avez avancé en 1742 dans vo
tre Defcription de Paris , tom. 6. p. 499 , en ces
termes:
» Robert de Douai fut le premier Fondateur de
" ce College ( de Sorbonne ) & eft cependant ce
» lui qui eft le moins connu . Il étoit Chanoine de
Senlis & Médecin de la Reine Marguerite de
» Provence , femme du Roi S. Louis . Par fon Tef-
" tament , qui eft gardé dans les Archives de la
Maifon de Sorbonne , il donna quinze cens li
»vres monnoye de Paris , pour la fondation de ce
"College , & en confia l'exécution à Robert de
Sorbonne fon ami. Mille quingentas libras P
rifienfes reliquit ad opus quorumdam Scholarium ;
quos intendebat facere ex confilio magiftri Roberti
de Sorbona , in Theologia ftudentium . En confé
"
quence de ce legs , continuez - vous , Robert de
"Sorbonne commença la fondation de ce Collége
vers l'an 1252. Et comme on ne vit que lui , &
qu'on be connut que lui dans tout ce qui fut fait
"pour l'établiffement de ce Collége , le Public lui
" donna le nom de Collège de Sorbonne.
Telles font vos paroles . C'est donc uniquement
fur le Teftament de Robert de Douai que vous ap.
puyez votre prétention , & que vous voulez enlever
à Robert de Sorbonne la gloire d'avoir fondě
le premier Collège du monde . Mais on vous a déja
prouvé , & je vais vous prouver encore par le
Teftament même de Robert de Douai , que votre
prétention eft infoutenable . En effet la Maiſon de
Sorbonne a été fondée vers l'an 1252. Or le Tef
tament de Robert de Douai n'a été fait que le 13
Mai 1258. La fondation de Sorbonne eft dong
OCTOBRE . 1748 . 213
antérieure au Teftament de Robert de Douai,
Ainfi ce n'eft point en conféquence de ce Teftament
que la Sorbonne a été fondée. On ne peut donc
prouver par cette pièce , que Robert de Douai foit
le Fondateur de Sorbonne .
Vous avez fenti , & vous fentez encore la force
de ce raifonnement. Toute votre défenſe confifte
à nier la date du Teftament de Robert de Douai ,
& à foûtenir qu'il a été palé vers l'an 1252 , &
non point le 13 Mai 1258 , comme on l'a rapporté.
Mais j'en appelle ici , Monfieur , à votre
bonne foi , & à votre exactitude . Quoi ! Vous
êtes venu , dites - vous , en Sorbonne , confulter
l'original même de ce Teftament ; vous l'avez eu
entre les mains , vous l'avez collationné avec feu
M. Salmon , Bibliothéquaire de Sorbonne . Comment
donc fe peut il faire que vous en ignoriez , &
que vous en conteftiez même la date ? Nous confervons
ce Teftament en original dans nos Archi--
ves. J'offre de vous le faire voir , & à tous ceux
qui en auront la curiofité . Il eſt daté comme le
font tous les Teftamens authentiques . La date fait
foi. Elle porte : Paffé à Paris , l'an du Seigneur
1258 , le Samedi d'après la Pentecôte . Acum Parifiis
anno Domini millefimo ducentefimo quinqua➡
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. Il y adans
nos Archives.une ancienne copie en parchemin du
même Teftament. J'ai entre les mains plufieurs
autres copies faites par les foins des Docteurs ,
Edmond , Richer , Meufnier & Mauduifon . La
date eft la même par tout. Il eft impoflible de
contefter cette date , car elle n'eft point en chiffres
dans l'original , mais le mot octavo y est écrit tout
au long , en caractéres très- diftincts & très- lifibles.
Il n'y a donc aucun doute que le Teftament de
Robert de Douai n'ait éte fait , comme porte la
214 MERCURE DE FRANCE.
date , le Samedi d'après la Pentecôte , c'est-à- dire
le 13 Mai de l'année 1258. Or la Maifon de Sor
bonne étoit déja fondée . Vous en convenez vousmême
, puifque vous en mettez la fondation vers
l'an 1252. Il est donc démontré qu'elle n'a pas été
fondée en conféquence du Teftament de Robert de
Douai. D'où il fuit qu'on ne peut prouver par ce
Teftament , qu'il foit le Fondateur de Sorbonne.i
Une autre raison qui m'avoit fait dire que la
fondation de Sorbonne étoit antérieure au Teſtament
de Robert de Douai , c'eft qu'il dit dans fon
Teftament qu'il legue quinze cens livres parifis
pour de nouveaux Ecoliers. Ad opus quorumdam.
novorum Scho'arium. Or qui dit nouveaux Ecoliers
, fuppofe des Ecoliers plus anciens déja établis
auparavant. Robert de Sorbonne avoit donc déja
raffemblé & établi des Ecoliers , avant que Robert
de Douai fit fon Teftament . Par conséquent la
fondation du Collège de Sorbonne eft antérieure:
au legs de Robert de Douai,
Ce raifonnement ne vous preffe pas moins que
le précédent , mais vous y répondez beaucoup
plus mal . Si l'on vous en croit , au lieu de rapporter
le Teftament tel qu'il eft , nous l'avons falfifié ,
en ajoutant , novorum . Scholarium in Theologia
Audientium , & par l'intromiffion de ce mot novorum
, nous renverfons , ajoutez- vous , les tems
les faits , pour établir un fyftême qui n'est pas celui de
la vérité , & qui eft d'unegrande conféquence. J'eu
appelle encore ici à votre bonne foi . Eft- il bien
vrai confulté le Teftament original vous ayez
que
de Robert de Douai , comme vous le dites avec
tant d'affûrance ? Est - il bien vrai que vous l'ayez
eu entre les mains ? Eft il bien vrai que vous l'ayez
collationné dans nos Archives avec feu M, Sale
mon ? Si cela eft , Monfieur, c'eft donc vous qui
OCTOBRE. 1748.
1215
l'avez aktéré ; c'est vous qui l'avez rapporté autre
ment qu'il n'eft : c'eſt vous qui l'avez falfifié : c'e
vous enfin qui en avez retranché le mot novorum ,
pour bâtir un fyftême fingulier , inconnu juſqu'ici,
& contraire à la vérité, J'offre encore un coup ,
de
vous faire voir , & à tous ceux qui en auront la
curiofité , le Teftament original de Robert de
Douai , tel qu'il fe trouve dans nos Archives . Il
eit en parchemin & a été paflé pardevant Adam ,
Evêque de Senlis. On y trouve le mot novorum
très-diftinct & très bien écrit. En voici la claufe
en entier. In nomine fancta & individua Trinitatis
Ego Magifter Robertus de Douaco, Phyficus ( c'eſt- àdire
Médecin ) Canonicus Silvanectenfis , compos
mentis mea , condo ordino Teftamentum meum in
modum qui fequitur. In primis lego ad opus quorum.
dam novorumScholarium quos intendo facere de confilio
Magiftri Roberti de Sorbonâ , in Theologia ftuden
tium , qui boni & idonei inventifuerint vel inveniri
poterunt , de quacumque nationefuerint, mille quingentas
libras parifienfes pro emendis reditibus eifdem
Scholaribus per manus Executorum meorum inferiuş
contentorum diftribuendis ubicumque ftudiumfe transferat.
Item eifdem Scholaribus lego omnes libros
meos de Theologia , tam Biblias , tam originalia ,
( c'eſt- à- dire , les oeuvres des Saints Peres ) quam
alios libros Gloffaros , & aſſignabuntur eis coram Magiftris
Theologia qui tunc legent , etfi contingat aliquem
de Scholaribus recedere promittent bona fide
quod aliquem alium bonum fubftituent.
Item lego Ecclefia Beati Maturini , &c. Actum
Parifiis anno Domini millefimo ducentefimo quinqua
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. •
Voyez à préfent , Monfieur , lequel de nous
deux doit paffer pour avoir alteré le Teftament
de Robert de Douai , lequel a voulu établir un
216 MERCURE DE FRANCE.
t
fyftême fingulier , inoüi jufqu'aujourd'hui , &
contraire à la vérité ? Malgré l'affûrance avec la
quelle vous parlez dans votre Lettre , je ne puis
me perfuader que vous ayez véritablement une
copie du Teftament de Robert de Douai , ni que
vous l'ayez collationnée en Sorbonne avec l'original.
J'aime mieux croire que vous n'avez eu
fous les yeux que le fragment rapporté par Naudé
, fragment informe , qui eft fans date , & duquel
le mot novorum a été retranché . Mais quoi
qu'il en foit , ce n'eft point à un fragment interpollé
& alteré qu'il faut s'en rapporter. C'eft
à la piéce authentique , c'eft- à - dire , au Teftament
original qui eft dans nos Archives : C'eft - là
où vous trouverez que Robert de Douai eft à la
vérité le Bienfaicteur de la Maiſon de Sorbonne ,
mais qu'il n'en eft pas le Fondateur . Que fon intention
n'a pas été de fender un Collége , ni d'établir
des Ecoliers , mais de donner de plus grands
revenus au Collége , qui étoit déja fondé , & parlà
d'augmenter le nombre des Ecoliers déja raf
femblés par Robert de Sorbonne.
C'eft fur ces raiſons que M. Vofgien , dans fon
excellent Dictionnaire ( qui ne vous paroîtroit
pas moins portatif qu'il l'étoit ci-devant , fi on
n'avoit pas pris la liberté d'y contredire un lyftême,
dont vous êtes fi flaté d'avoir fait la découverte )
c'eſt fur ces raiſons , dis je , qu'il a avancé avec
tant de menagement que vous vous étiez trom
pé.
Voulez- vous de nouvelles preuves que la Sorbonne
a été fondée avant le Teftament de Robert ·
de Douai " , c'eſt à - dire , avant le treiziéme Mai
1258 , & que c'eft Robert de Sorbonne qui en eft
le Fondateur ? Au mois de Novembre de l'an
154, Guillaume de Chartres , Chanoine de Saint
Quentin
OCTOBRE. 1748. 217
Quentin , Chapelain du Roi Saint Louis , & ami
intime de Robert de Sorbonne , acheta pour l'oeuvre
d'un certain fien ami , ad opus cujufdam amiti
fui ( c'eft à dire , pour la fondation du Collège ,
felon le langage de toutes les piéces de ce tems - là )
acheta , dis je , de Robert de Douai une maiſon ,
plufieurs granges & plufieurs préaux , moyennant
le prix & fomme de fix cens livres parifis ; le même
Guillaume de Chartres acheta de differens
particuliers en 1254 & 1255 , pour la fondation
de Sorbonne , la plus grande partie des maiſons
qu'elle pofféde aujourd'hui . Guillaume de Memont
, Chapelain du Roi Saint Louis , & Chanoine
de Melun , autre ami intime de Robert de Sorbonne
, acheta auffi pour le College en 1254 &
1256 quelques maifons affés confidérables. Robert
de Sorbonne de fon côtéfit de grandes acquifitions
pour fes Ecoliers depuis 1254 jufqu'en
1258. Saint Louis lui donna , en 1256 , la maiſon
& les étables qu'il avoit dans la rue Coupe- gueule.
Je dis en 1256 , car telle eft la date de l'original ,
& non pas 1250 , comme vous l'avez mis dans
votre Defcription de Paris , pag. 500 , d'après du
Breul & le Maire. Enfin Jean de Douai donna au
même Collège le Fief des Rofiers que nous poffédons
encore aujourd'hui. Nous avons dans nos
Archives les Actes authentiques de toutes ces acquifitions.
Par conféquent le Collége de Sorbonne
avoit des revenus confidérables avant le legs de
Robert de Douai , fait le treiziéme Mai 1258.
Donc il ne peut être le Fondateur de Sorbonne
en vertu de ce legs . 11 en eft feulement Bienfaiteur,
tels que l'ont été S. Louis , & tous les amis de
Robert de Sorbonne , je veux dire Guillaume de
Chartres , Guillaume de Memont , Jean de Douai,
le Cardinal de Bar , & plufieurs autres.
K
218 MERCURE DEFRANCE.
1
Auffi le titre de Fondateur eſt- il réſervé à Rom
bert de Sorbonne , dans l'ancien Necrologe de
Sorbonne , fait fur la fin du XIIIe . fiécle , peu
de tems après la fondation . C'est ce qu'on y lit au
quinziéme d'Août , en ces termes. Obiit Magifter
Robertus de Sorbonio , Canonicus Parifienfis, Fundator
Domus hujus. Remarquez en même tems , que
Robert de Sorbonne eft mort le quinziéme d'Août,
c'eft-à- dire , le jour de l'Affomption de l'an 1274
au lieu que Robert de Douai mourut le 20 Mai
1268 ce qui n'a encore été obfervé par perfonne.
>
Le titre de Fondateur eft auffi donné à Robert
de Sorbonne dans plufieurs autres de nos manuf
crits. L'un des plus anciens porte . Anno Domini
millefimo ducentefimo quinquagefimo tertio , fub Ludovico
Francorum Rege Chriftianiffimo , fuit Domus
de Sorbond fundata per Patrem veneratiſſimum
Robertum de Sorbonio Sacrarum Litterarum Doctorem
devotiffimum , Dillique Regis Confefforem •
Ecclefiarum Parifienfis & Cameracenfis Canonicum.
Voilà Robert de Sorbonne reconnu par les
premiers Sorboniftes pour leur Fondateur. Or
pouvez- vous vous flater d'être mieux inftruit de
la fondation de Sorbonne qu'ils ne l'étoient
Le nom feul de la Maifon prouve clairement que
Robert de Sorbonne en eft le Fondateur. Parcou
rez tous les Colléges de l'Univerfité ; ils portent
prefque tous le nom de leurs Fondateurs , ou celui
des lieux où leurs Fondateurs ont pris naiffance .
Tels font les Colléges du Pleffis , d'Harcourt ,
des Cholets , du Cardinal - le- Moine , le Collége
Mazarin , &c. Il en eft de même du Collége de
Sorbonne, Il tire fon nom du Village de Sorbonne
au Diocèse de Rheims , Patrie de Robert fon Fondateur.
OCTOBRE. 1748. 219
Quel eft le Fondateur d'un College ? N'eſt- ce
pas celui qui l'a dotté ? Qui en a fait les Statuts &
les Réglemens ? Qui en a eu de premier la conduite
& la direction ? Or voilà préciſement ce
qu'a fait Robert de Sorbonne , par rapport à la
Maifon qui porte fon nom. C'eft lui qui l'a dottée,
qui en a fait de fa propre autorité les Statuts & les
Réglemens , qui en a obtenu la confirmation des
Souverains Pontifes , & les Lettres Patentes de
nos Rois ; qui en a eu le premier la conduite , la
direction , & la fupériorité pendant toute la vie.
Il a donc toutes les qualités de Fondateur.
Je crois , Monfieur , qu'en voilà plus qu'il n'en
faut faire abandonner un paradoxe que
pour
vous aviez avancé fans preuves . Si vous aviez
voulu prendre la peine de venir confulter les originaux
, comme je vous en avois fait prier , vous
auriez reconnu votre erreur , & vous auriez évité
un grand nombre de fautes , beaucoup plus conftdérables
où vous êtes tombé dans votre Defcrip
tion de Paris , en parlant de la Sorbonne,
Vous
Je fuis , &c.
En Sorbonne , ce 24 Septembre 1748 .
ADDITION au fournal de la Cour ,
de Paris , &c.
E 15 de ce mois , Fête de Sainte Theréfe ;
Monfeigneur le Dauphin , Madame la Dauphine
, & Mefdames de France , affifterent dans
Eglife des Carmes des Baffes- Loges au Salut , &
à la Benediction du S. Sacrement.
On a appris par un courier extraordinaire , arrivé
à Fontainebleau le 20 , que le Traité définitif
de la Paix générale avoit été figné à Aix -la-Cha-
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
pèlle le 18 par les Miniftres Plénipotentiaires du
Roi , & par ceux du Roi de la Grande Bretagne
& des Etats Généraux des Provinces- Unies.
Les nouvelles , qu'on a reçûës en même tems
font efperer que les Cours de Madrid & de Vienne
, animées du même efprit de conciliation , ne
tarderont pas à donner leur acceffion à ce Traité.
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Poitiers l'Abbé
de la Marthonie de Cauffade , Vicaire Général
de l'Evêché de Tarbes.
Sa Majeſté a accordé l'Abbaye de Vermand ,
Ordre de Prémontré , Diocèfe de Noyon , à l'Ab
bé Hachette , Vifiteur Général des Carmelites de
France .
Celle de Saint Liguaire , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Xaintes , à l'Abbé Rabereul , Vicaire
Général de l'Evêché de Poitiers.
MARIAGES ET MORTS.
AVERTISSEMENT
CE
E n'eft point pour fatisfaire une vaine curiofité,
que nous nous efforçons de donner à cette
partie de notre ouvrage une certaine étenduë . L'utilité
publique eft le feul objet que nous nous propofons,
& c'est pour le remplir plus parfaitement
que nous prions avec inftance toutes les perfonnes
diftinguées , de nous aider dans notre travail ,
nous faifant tenir des Mémoires exacts & circonf
en
OCTOBRE. 1748. 227
ranciés fur les alliances que leurs familles contractent
& fur les morts qui y furviennent. On n'ignore
point que les guerres continue lles , qui défolerent
la France dans toutes fes Provinces fous
la feconde Race de nos Rois , & la confufion générale
qui s'éleva dans la Monarchie , détruifirent
l'ordre que Charlemagne avoit établi pour conferver
à la Nobleffe tout fon éclat & toute fa pureté.
L'autorité que s'attribuerent les differens Seigneurs
au commencement de la troifiéme Race ,
lorfque tous les Fiefs & Gouvernemens furent
rendus héréditaires , fut entr'eux une fource de
jalousie & de difcorde , qui les obligeant fans
ceffe de monter à cheval , fit tellement prévaloir
l'exercice des armes , que l'étude des Lettres fur
entierement négligée . Les Grands fe firent un dès.
honneur de fçavoir lire & écrire , & les petits fe
firent un devoir de les imiter ; de forte que l'ignorance
répandit fur l'hiftoire , & principalement
fur les Genéalogies , les ténébres les plus
épaiffes , dont même les plus illuftres Maiſons ne
furent pas exemptes. C'eft de- là que viennent ces
lacunes que l'on rencontre fi fréquemment dans
les fiécles dont nous parlons. En effet les Seigneurs
fe contentant de la preuve par témoin de
la filiation & nobleffe de ceux qui fe préfentoient
aux Tournois pour y être admis , & les Actes &
Contrats étant beaucoup plus rares que les incendies
& les ravages , on doit encore s'étonner com→
ment les lumieres , que l'on a fur les premieres
familles du Royaume , ont pû parvenir jufqu'à
nous , & certainement fans les titres des donations
faites aux Eglifes , ces tems feroient couverts d'u
ne nuit impénétrable .
D'un côté les Croifades ayant fait périr une
grande partie de la nobleffe, de l'autre Paffranchif
K iij
222 MERCURE DEFRANCE.
lės
fement des bonnes Villes , ayant excité les Rote
riers à ſe diftinguer , la lumiere des Sciences commença
à jetter fa premiere aurore. Si la Nobleffe
continua long - tems de fe borner aux armes ,
Lettres furent d'abord le partage du Tiers- Etat,
Les Ecrivains fe multiplierent , & depuis ce tenis
les familles illuftrées nous préfentent des filiations
fuivies.
"
Mais celles d'un rang inférieur effuyèrent encore
de terribles orages pendant la guerre avec
l'Angleterre , guerre que les Hiftoriens remar
quent avoir duré près de trois cens ans & qui ne
finit que fous Charles VII . La déſolation furtout
fut fi grande , depuis la prifon du Roi Jean jufqu'à
la levée du fiége d'Orleans fous Charles VII.
que le défordre introduit dans le Corps de la Nobleffe
mérita l'attention de ce Prince lorfque la
tranquillité fat rétablie. La fureur des guerres
avoit éteint quantité de familles , une infinité
d'autres avoit perdu fes titres , plufieurs de ceux
qni fuivoient la profeffion des armes s'étoient fubf
titués d'eux -mêmes aux familles éteintes , & en
avoient ufurpé les noms , & un beaucoup plus
grand nombre s'arrogeoient les honneurs & les
droits d'une Nobleffe qu'ils prétendoient avoir
acquife avec leur épée . Le Roi par de fages Ordonnances
purgea le premier Corps de l'Etat , &
ces Ordonnances font la feconde époque qui juftifie
fuffisamment la nobleffe des familles qui font
dans l'impoffibilité de produire des titres antérieurs.
Henri IV . au commencement du fiécle dernier
faivit l'exemple de Charles. Les troubles de
la Ligue avoient produit les mêmes malheurs &
les mêmes abus que la guerre avec les Anglois.
Le même remede y fut apporté , & la profpé, Y.
OCTOBRE. 1748 . 223
rité de l'Etat depuis le regne de ce Prince , nous
fait eſpérer qu'on ne les reverra point ſi tôt.
on
Cependant quelques néceffaires que fuffent ces
Ordonnances , quelques falutaires qu'elles ayent
été , il eft certain qu'on n'auroit jamais été en
état de les donner , fans le progrès que les Lettres
firent par la protection fpéciale des Rois . Elles fi
tent fentir de plus en plus combien il étoit inportant
de dreffer des Actes autentiques & de
tenir des Regiftres. On écrivit l'Hiftoire ,
drefla des Mémoires , on fit des Differtations qui
éclaircirent les chofes paffées , & conferverent
la mémoire des préfentes . A la faveur du jour
que répandirent tant d'Ecrits , on démêla plus
facilement la véritable Nobleffe d'avec la fuppofée
; & dans les derniers tems , on a dreffé deɔ
Nobiliaires particuliers dans chaque Province ,
qui remplacent en quelque façon les Hérauts éta
blis par Charlemagne , dont la Charge étoit de tenir
un rôle de la Nobleffe , & de prendre garde
qu'aucun Membre étranger ne s'y glifsât.
>
Mais ce que ces Hérauts , fe fuccedant les uns
aux autres pouvoient exécuter fans interruption
, le Nobiliaire ne peut le faire que de loin
en loin , non plus que les Livres Généalogiques.
Cette étude qui a cela de particulier , que
l'abondance de la matiere eft plus capable que
la ftérilité de rebuter un Auteur , exige d'ailleurs
un goût particulier & des fecours difficiles
à trouver. Ainfi pour exciter ce goût dans les
perfonnes qui l'auront , on ne peut trop s'attacher
à leur amaffer les matériaux néceffaires
& à leur fournir des Mémoires fûrs & inftructifs .
C'est dans cette vue que nous dreffons ce préfent
article , & que nous prenons la liberté d'exhorter
toute la Nobleffe Françoiſe à nous en-
Kilij
2/24 MERCURE DE FRANCE.
voyer les éclairciffemens les plus circonftanciés:
Pour les Mariages , il fuffira de marquer ducôté
de l'Epoux , fes noms de Baptême & de famille ,
fon furnom , fon âge , fes qualités & dignités ,
paffées & préfentes , avec leurs dattes précifes ,
les noms & qualités de fes pere & mere. Du
côté de l'Epoufe , fon nom & furnom , ceux autfide
fes pere & mere : fans oublier le jour de la célébration
du mariage.
9
Il conviendra pour les Morts , de marquer le
jour du décès, les noms & furnoms du décedé, fon
âge, fes qualités, fes dignités , fes actions militaires .
& celles où il s'eft trouvé , s'il a été marié , la
datte de fon mariage , le nom de fa femme , dont
on marquera auffi les pere & mere , les enfans
qu'il a eus ceux qu'il laiffe , s'ils font mariés
ou non , quel jour ils l'ont été , qui ils ont épousé
les freres & foeurs qu'il laiffe , fur - tout pour les
filles ou veuves qui meurent fans enfans ; & au
défaut de freres & foeurs , les neveux ou col
latéraux à qui les biens paffent : nous recom
mandons fur-tout la fidélité des dattes . Il fera auffi
utile de marquer de quelle Province eſt la famille...
;
Par ce moyen , la Nobleffe Françoiſe jouira de
fa gloire préfente , & fera affurée de la faire paffer
à la postérité..
Elle eft d'autant plus intéreffée à le faire , que
fi certaines Maiſons ſont univerſellement connues
par l'éclat des honneurs & des dignités qui y
font héréditaires ; il eft conftant qu'il y en a
de très- anciennes , qui faute de ces avantages
font tombées dans une efpece d'obfcurité , qu'il
eft du bien & de la gloire de l'Etat de diffiper.
On fçait comment les Narbonne - Pelet per
dirent au commencement du treiziéme fiécle ”, la
OCTOBRE . 1748. 225
Vicomté de Narbonne , & quelles injuftices leur
enleverent leurs grands biens ; cette famille fubfifte
encore . Il est encore des defcendans des anciens
Vicomtes de Turenne, dont l'héritiere d'une
branche aînée porta cette belle Seigneurie dans
la Maifon de la Tour d'Auvergne. Les branches
cadettes privées de leur patrimoine par la bifarrerie
d'une Coutume , qui , fe contredifant ellemême
en ce point , mériteroit une lérieuſe attention
, n'ont pû foutenir la fplendeur du fang
illuftre , qu'elles ont tranfmis jufqu'à nous dans
toute la pureté. L'attention publique a fuivi le
Fief. C'est donc pour obvier à cet inconvénient ,
que nous demandons des Mémoires qui ne peutvent
être remplacés d'aucune façon & il fe
roit bien trifte que nos intentions , entierement
tournées vers le bien général, reftaffent infructueufes
, lorfque l'intérêt particulier des familles leur C
prefcrit d'entrer dans nos vûes. ”
La Robe a part comme l'Epée à notre invi
tation. L'importance des fervices qu'elle rend à
PEtat foutient fa dignité contre les attaques que
femble lui livrer la vénalité des Charges . Ce n'eft
point ici le lieu de difcuter , s'il eft auffi glorieux
de maintenir la paix au - dedans qu'au - dehors :
bernons- nous à remarquer , que la Robe a beau
coup de familles , qu'une longue poffeffion d'hon
neurs rend illuftres ; qu'elle a donné de très
grands hommes à l'Etat , que grand nombre des
branches de familles de Robe paffe dans l'Epée ; &
enfin quelle eft la tige de quantité de Maifons "
qui tiennent aujourd'hui un rang diſtingué dans
l'Etat:
Nous devons à la Maifon d'Argouges ; auffi
illuſtre dans la Robe que dans l'Epée , de recti .
*
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
fier l'article de M. le Marquis de Rânes dont nous
avons annoncé le décès le mois dernier.
Louis d Argouges , Marquis de Ranes , Seigneur
de Dampierre , la Calonge , &c . aîné de la Maifon
d'Argouges , mourut le 13 Août 1748 , en fon
Château de Rânes en Normandie , âgé de 79 ans ,
3 mois , 13 jours , étant né à Paris le 2 Avril
1669. Il avoit été Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom , Brigadier , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi. Il s'eft extrêmement
diftingué dans plufieurs actions Militaires
, & entr'autres . dans la défenfe des Ville
& Citadelle de Lille , où il foutint le fiege avec
M. le Maréchal de Boufflers , & défendit la Place
très long- tems avec autant de capacité que de valeur.
Il s'acquit auffi beaucoup d'honneur à l'affaire
de Carpien Italie dans la précédente guerre , & en
plufieurs autres rencontres .
Il étoit fils de Charles d'Argouges , Chevalier,
Marquis de Rânes , Marquis de la Chapelle - la-
Reine , Seigneur de Fleuri & autres Lieux , Baillif
& Gouverneur des Ville & Château d'Alençon ,.
qui fut d'abord Cornette des Gendarmes de la
Garde du Roi , puis Colonel Général des Dragons
, & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
, & qui fe diftingua par tout à la tête des Dra-"
gons , fur- tout à la Bataille de Senef en 1674 ,
& en 1678 en Allemagne , où il mourut dans
le lit d'honneur , très- regretté de fon Prince &
de toute l'Armée . Charles d'Argouges avoit épousé
Charlotte de Beautru , femme en fecondes nôces
du Prince de Montauban .
Louis d'Argouges eut pour ayeul Henri d'Argouges
, Chevalier , Marquis de Rânes , & de
La Chapelle- la- Reine , Seigneur de Fleuri & aus
OCTOBRE . 174S. 227
tres Lieux , Gouverneur des Ville & Château
d'Alençon.
ton ,
Il époufa le 12 Novembre 1708 Catherine
d'Hernoton , fille de François. Jofeph d'Herno-
Baron de l'ancienne Baronnie du Pont , en
Bretagne , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , & de Marie Renée de Freſnoi , dont
il a laiffé trois enfans mâles. L'aîné , Charles-
Louis d'Argouges , Marquis de Rânes , ci - devant
Colonel du Régiment de Languedoc Dragons
, à la tête duquel il fe diftingua fort à l'affaire
de Montalban , où il reçut une bleffure ; eft aujourd'hui
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Il a épousé en 1742 , Marie- Angelique- Claudine-
Henriette Bec-de- Lievre de Cany , fille de Louis
Bec-de- Lievre , Marquis de Cany.
Le 26 Août , François Delphin d'Aulede de
Leftonac , Marquis de Margaux , en Medoc , mourut
à Paris dans la 89 année de fon âge , étant
né au mois d'Avril 1660 , & il fut inhumé le
27 , en l'Eglife des Celeftins , après avoir été porté
à celle de Saint Paul , fa Paroiffe ; il étoit fils
de Charles - Denis d'Aulede de Leftonac , Baron de
Margaux , nommé Premier Prefident du Parlement
de Bordeaux en 1673 , & de Therefe de Pontac ,
avec laquelle il avoit été marié le 30 Octobre 1654,
fille d'Arnaud de Pontac , Seigneur de Salles ,
Leffac & de la Mothe Souveraine , Premier Prefident
du Parlement de la même Ville , & de
Louiſe - Gabrielle de Thou , fille de Jacques-
Augufte de Thou , Prefident du Parlement de Paris
, célebre par les Ecrits , & de Gafparde de la
Châtre.
M. d'Aulede avoit été marié le 17 Juiller 1695
à Elizabeth- Antoinette le Fevre de Caumartin ,
morte à Bordeaux le 11 Avril 1713 , fans laifler
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
de poftérité , fille de Louis François le Fevre..
Seigneur de Caumartin , Confeiller d'Etat , &
de Catherine Magdeleine de Verthamon , fa feconde
femme. Il avoit époufé en fecondes nôces
le 11 Décembre 1715 , Antoinette Charlotte
de Lenoncourt , Chanoineffe de Remiremont. ,
fille de Charles - Henri-Gafpard de Lenoncourt ,
Marquis de Blainville , Comte de l'Empire , &
Grand Chambellan de Leopold , Duc de Lorraine,
& de Charlotte - Yoland de Nettancourt , de la
quelle il n'a point eu non- plus d'enfans .
Le 10 Septembre , Françoile de Graffe , veuve de
Jean-Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence ,
Capitaine des Vaiffeaux du Roi , mourut au Château
de la Varenne en Forez , âgée de 79 ans . Elle
étoit fille d'Alexandre de Graffe , Baron de Mouans «
& de Satous , & de Françoife de l'Ifle , fille de
Guillaume de l'Ifle , des Seigneurs de Thulane..
Alexandre de Graffe étoit de la fixiéme branche
de fa Maiſon , & defcendoit en ligne directede
Rodoart de Graffe , nommé Prince d'Antibes
dans le Cartulaire de Merias , qui fut reçû de Guillaume
II . Comte de Provence , dans la moitié du ›
Diocèfe d'Antibes , l'an 993 , où fa femme & fes
enfans font nommés . Il eut de fon mariage avec
Françoife de l'Iffe cinq enfans , 19. Louis -Jofeph
Marquis de Graffe, Baron de Mouans & de Satous,
qui a fervi plufieurs années Capitaine de Dragons
dans le Régiment de l'Epinoi , & a été Capitaine
de la Ville de Graffe , N'ayant point eu d'enfans
de deux femmes qu'il avoit épousées ( Marguerite
Corbinelli , d'une illuftre Maifon de Florence , &
Thérefe- Albertine du Quenci , fille du Marquis de :
Coupigni ; ), il a cedé fon droit d'aîneffe fur l'hé
ritage de fon pere. 2 °. Jean de Graffe , Capitaine
des Vaiffeaux , mort à l'Amérique, 3º. Jean - Bap ཤ
3
OCTOBRE. 1748. 229:
tite de Graffe , qui de fon mariage avec Marie--
Françoise de l'Ifle , fille de N. de l'Ifle , Seigneur
de Tulanne , & de Sufanne de Graffe , a eu Auguftin
, Sufanne , Rofalie , Félicité & Jeanne Aléxandre
de Graffe . 4° . Françoise de Graffe , dont il
s'agit. 5. Sufanne de Graffe , mariée à Joſeph de
PIfe , Seigneur de Tulanne . Françoise de Graffe ...
de fon mariage avec le Comte de Vence , laiffe
plufieurs enfans , entr'autres Claude Aléxandre
de Villeneuve , Comte de Vence , Colonel du Régiment
Royal Corfe , Brigadier des Armées du Roi
du premier Mai 1745 , & Thérefe Rofalie de
Villeneuve , veuve d'Antoine Darci , Comte de la
Varenne , &c..
Dom Andoche Pernot , Abbé & Général de l'ON
dre de Cîteaux, eft mort le même jour à Dijon, âgé
de 74 ans ; il étoit entré au Noviciat à l'âge de 14
ans,& à 16 il prononça fes voeux . Après avoir paffé
par toutes les charges , il fut élû Abbé & Général
de tout l'Ordre , & il a rempli cette Dignité pendant
22 ans , il avoit 60 ans de Religion , & il avoit
auffi été premier Elu des Etats de Bourgogne.
Le 14 , Charlotte de Villars , époufe de Jacques
Comte de Vogué , mourut à Paris , âgée de 84 ›
ans. Elle étoit fille de Pierre de Villars , Seigneur
de la Chapelle , Baron de Mafenas , &c . Chevalier
des Ordres du Roi , Premier Gentilhomme de la t
Chambre de S. A. S. M. le Prince de Conti ; Lieu
tenant Général des Armées du Roi ; Gouverneur »
de Befançon , Envoyé à Vienne , puis en Eſpagne,,
où il fut enfuite Ambaffadeur Extraordinaire , puis ..
en Savoye , & enfin pour la troifiéme fois en Efpagne
; Confeiller d'Etat en 1683 , & la même année
Ambaffadeur . Extraordinaire en Dannemarc ;
Chevalier d'honneur de Madame la Ducheffe de
Chartres, mort.le.zo Mars 1698 , âgé de 75 ans . L
+
230 MERCURE DE FRANCE.
avoit époufé le 24 Janvier 1651 Matie Gigaut de
Bellefonds fille de Bernardin Gigaut de Bellefonds,
Gouverneur des Ville & Château de Caën , & de
Valogne , & de Jeanne-aux -Epaules Sainte Marie,
de laquelle il avoit eu Charlotte dont il s'agit &
feu M. le Maréchal Duc de Villars ,
Le 19 , N. de la Hamayde de Saint Ange , Officier
du Régiment de Vallons - Salz , mourut à Paris.
Il étoit l'Auteur de la Poudre Céphalique' ,
dont les effets ont été falutaires à tant de perfonnes.
Le 20 , Marie- Louife Haudaille , époufe de Jean-
Baptifte-Maximilien Titon , Chevalier , Seigneur
de la Neuville , de Lormoy , &c . Confeiller au
Parlement , mourut à Paris , dans la 43 ° année de
âge , laiffant un fils unique , Jean Baptifte- Maximilien
-Pierre Titon , Chevalier Seigneur de Villotran
, Mifaugui & autres lieux , Confeiller au
Parlement.
Le même jour , François Courtin , Seigneur de
Frefolines , & c . Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , Lieutenant des Maréchaux de Francè,
mourut à Paris fans poftérité .
Le 26 , Jean Otter , de l'Académie Royale des
Belles Lettres , Profeffeur en Arabe au Collége
Royal & Interprete du Roi pour les Langues
Orientales , mourut à Paris , âgé de 39 ans. Il
étoit Suédois de nation .
Le 28 , Jean - Charles de Segur , ancien Evêque
de Saint Papoul ; Abbé Commendataire de l'Ab
baye de Vermans , Ordre de Prémontré , Diocèfe
de Noyon ; Docteur en Droit de l'Univerfité de
Rheims , mourut à Paris , dans la cinquante- troifiéme
année de fon âge , étant né à Paris le 28 Décembre
1695 Il reçut la Tonfure à Paris le 7 Juin
1716 dans l'Eglife de l'Inftitut de l'Oratoire , dont
OCTOBRE. 1748. 235
il étoit alors Confrere , par les mans de feu M.
Soanen , Evêque de Senez , les Quatre-mineurs
le 4 Juin 1719 par feu M d'Entragues , Evêque de
Leictoure , & le Soudiaconat le 25 Avril 1720 par
feu M. de Cambour , Evêque de Tarbes ; M. Cler
mont , Evêque de Laon , l'ordonna Diacre à Laon
le 21 Sept. 1721 , & fon fucceffeur , M. de S. Albin,
Fordonna Prêtre le 30 Mai 1722 , & le fit fon
Grand Vicaire . En 1720 , le Roi le nomma à l'Abbaye
de Vermans , & il en prit poffeffion le 24
Mars 1721. Il reçût le bonnet de Docteur dans la
Faculté de Droit de l'Univerfité de Rheims en
1722. Le Roi le nomma à l'Evêché de Saint Papoul
en Octobre 1723 ; il en prit poffeffion le &
Août 1724 , & s'en démit entre les mains de S. M.
le 26 Février 1736.
Il étoit fils de Henri-Jofeph Marquis de Segur
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , Lieutenant Général des Provinces de Bie
& de Champagne , & de Claude- Elifabeth Binet.i
De ce Mariage font iffus , 1 °. Henri - François
Comte de Segur , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes Armées , Commandant
pour le Roi dans les trois Evêchés & fur la Saare ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , en furvivance de N. Marquis de Segur , fon
fils , Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Régiment de fon nom , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis . 2 ° . Jean - Charles de Segur , qui:
donne lieu à cet article. 3 ° . Marie- Anne - Françoife
de Segur , Abbeffe de l'Abbaye Royale de Notre-
Dame du Vai- de -Gif. 4 °. N. de Segur , Religieufe
dans la même Abbaye.
La Famille de Segur eft très - ancienne parmi la
haute Nobleffe du Périgord. On trouvé des Se
32 MERCURE DE FRANCE.
gar de Pardaillan au nombre des hauts Nobles
préfens à l'Hôtel de Ville de Bordeaux lors de la
prife de poffeffion de la Guienne par Louis XI .
& les Mémoires de la vie de Henri IV . en font
mention en plus d'un endroit.
Le 30 , François de Frémont d'Auneuil, Seigneur
de Brie & autres lieux , Doyen des Maîtres des
Requêtes , mourut à Paris .
Le même jour Elifabeth Hemart , époufe de
Jean-Baptifte-Jofeph Saget , Chevalier, Confeiller
du Roi en fa Cour de Parlement , Seigneur de
Fontaine- l'Abbé , &c. mourut à Paris.
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗落
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 1
Juillet , en interprétation de celui du 5 Octobre
1747 , qui a révoqué le privilége exclufif , ac
cordé à Noel Chavillot , pour la culture du Rizi
en France.
AUTRE du 23 , qui fupprime le Droit de
péage ou travers , prétendu par le fieur Comte
d'Auteuil , au lieu & dans la Seigneurie d'Au
teuil.
AUTRE du même jour , qui fait défenfes aux
Communautés Eccléfiaftiques , Séculieres , Régulieres
& Laïques , & même aux Particuliers
Propriétaires de Bois , de faire abattre aucun des
arbres futaye ou épars , & baliveaux fur taillis ,,
qui auront été marqués du marteau de la Ma
rine , &a...
OCTOBRE. 1748 233
AUTRE du 24 , qui accorde à Charles Adam
le privilége pour l'établiffement de la Manufacture
de Porcelaine façon de Saxe , au Château
de Vincennes.
du pre
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi ,
mier Août , portant établiſſement d'une fe
conde Loterie Royale.
AUTRE du 6 , qui confirme le Privilége ex
clufif accordé à Charles Adam pour la fabrique de
la Porcelaine façon de Saxe , & fait défenſes de
former aucun nouvel établiſſement pour travailler:
à la porcelaine , & c.
AUTRE du II , portant réglement pour la
fabrique des Etoffes à chaîne de foie , tramées ,
brochées , & lancées de foie , laine , fil & coton ,.
de la Généralité de Rouen.
AUTRE du 19 , portant réglement pour les
Ouvriers de la Manufacture de Porcelaine façon
de Saxe , établie au Château de Vincennes..
AUTRE du 24 , qui renouvelle les défenſes
précédemment faites par ceux des 24 Août 1715 .
7 Octobre 1717 , & 18 Novembre 1720 , d'intro
duire & faire entrer dans le Royaume des fardines
de pêches étrangeres.
AUTRE du même , qui permet l'entrée
dans le Royaume , fans payer aucuns droits , des
bards , fuifs , chandelles & faumons falés , deſtinés
pour les Illes & Colonies Françoifes .
134 MERCURE DE FRANCE.
DECLARATION du Roi , donnée à Verfailles
le 26 , qui ordonne que les Receveurs Généraux
des Domaines & Bois ne rapporteront
pour piéces juftificatives des comptes rendus ou
à rendre à l'avenir , du récouvrement des frais de
Juftice,, que les Arrêts qui auront accordé les décharges
fur les états de récouvrement.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 27 ,
qui ordonne l'élargiffement de la rue dite des Pâtiffiers
en la Ville de Meaux ; en conféquence ,
queles maifons faifant faillie dans ladite ruë , fe
ront démolies.
AUTRE contradictoire de la Cour des Aides,
du 28 , qui confirme une Sentence du Grenier
à Sel de Mayenne , du 9 Avril 1748 , en ce qu'elle
déclare nul un procès verbal de capture fait en
forme de fimple rapport par un Exempt & quatre
Cavaliers de Maréchauffée : & qui juge qu'ils ne
font point affujettis aux formalités requiles pour
les procès verbaux des Commis ; qu'il fuffit qu'ils
ayent affirmé leur rapport , & ayent été répétés
deffus pour opérer ces condamnations pécuniaires,
comme s'ils avoient rempli la difpofition de l'Article
XIX . du titre XVII. de l'Ordonnance
1680.
ORDONNANCE du Roi , du premier
Septembre , pour réformer un Bataillon de chacun
des Régimens de fon Infanterie Françoife , y
dénommés.
AUTRE de même jour , pour réformer un
Eſcadron de chacun des quatorze Régimens de
Cavalerie qui y font dénommés.
OCTOBRE 1748. 233
AUTRE du même jour , concernant la réforme
dans les Dragons.
AUTRE du même jour , concernant la réforme
dans differens Corps de Troupes légeres.
AUTRE du 8 , pour réformer une partie
des Compagnies à cheval du Régiment Royal
Cantabres .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 12 ,
qui déclare vacans au profit de Sa Majefté tous les
Offices des Officiers décédés après avoir payé
l'annuel , ou dont ils jouiffoient à titre de furvivance
ou d'hérédité , faute par les veuves , enfans,
héritiers , créanciers , adjudicataires ou proprié
taires , d'en avoir fait fceller les provifions dans
l'espace de trente années , à compter du jour du
décès defdits Officiers..
>
AUTRE du 20 concernant les frais de
Juftice qui doivent être payés par le Fermier de
la Régie.
ORDONNANCE du Roi , du 27 , portant
réunion du Corps des Galeres à celui de la
Marine.
AUTRE du premier Octobre , pour réformer
un Bataillon de chacun des Régimens de fon Infanterie
Françoife , y dénommés.
236 MERCURE DE FRANCE.
TISANNE appellée communément
de Vinache,
E fils du feu Sieur Vinache , Auteur de cette
Lifane ,anégligé depuis long -tems d'avertir
le Public des fuccès journaliers qu'elle opere
& il ne l'auroit point fait encore , fi des perfon
nes , témoins de fes fuccès ne l'y avoient eng
gagé.
>
Cette Tifanne eft un remede doux , qui´purge ·
fans violence , qui augmente l'appétit , & qui loin
d'affoiblir l'action de l'eftomach & des inteftins
la fortifie.
Les plus habiles Medecins ont toujours reconnu
P'utilité d'un tel purgatif , furtout dans les maladies
chroniques , dont les fymptômes font fouvent
aggravés par les purgatifs ordinaires!, qui déqrangent
à la longue les fonctions des vifceres , en
les affoibliflant .
Sans vouloir attribuer à cette Tifanne des guéri
fons inefpérées & miraculeufes , langage ordinaire
des Charlatans ; on peut dire , qu'elle eft employée
heureufement dans une infinité de maladies qui
exigent les purgatifs.
CetteTifanne eft peut être le feul purgatif, dont
ceux qui font affligés de l'affection hypochondria
que , fe foient mieux trouvés ; parce qu'en diffi
pant les obftructions , & en évacuant les humeurs
par les felles , elle hâte la digeftion , & rétablit le :
calme dans le mouvement des inteftins.
Par la même raifon , les filles qui ont les pâles
couleurs , font foulagées , & même guéries par l'
fage de cette Tilanne,
OCTOBRE . 237 1748.
Elle conviert auffi aux enfans ſcrophuleux & rachitiques
, qui ont toutes les glandes engorgées ;
parce qu'elle évacue fans violence toutes les impu
rerés du corps de ces enfans , & qu'elle empêche
Pamas des crudités dans les premieres voyes , en
fortifiant l'eftomach & les inteftins.
Elle est de même très-propre pour toutes les
obftructions au foye , à la ratte , au méſentere
&c. en un mot , elle eft efficace pour la cacochi
mie , & généralement pour toutes les maladies
chroniques , où il est néceffaire de divifer & évacuer
les humeurs.
On en fait un ufage journalier fans le moindre
inconvénient. On peut la prendre pour le purger
par précaution : ajoutez encore qu'elle eft très- gracieuſe
à boire , & que fans le nom de remede
qu'elle porte , on pourroit l'avaler avec plaifir.
Elle fe diftribue chés Madame Vinache , rue du
Chantre , dans la maison de M. Marteau , Me
nuifier du Roi. On donne avec la bouteille un
imprimé qui explique la maniere de s'en fervir.
L'ESSENCE BALSAMIQUE , ftomachique
& anti-vermineufe , continue à produire des effets
furprenans dans les maladies , qui tirent leur origine
des premieres voies , comme obſtructions
indigeftions & flux diffentériques , qu'elle guérit
dans peu de jours . M. de Pafturel demeure ruë
Simon- le-Franc , vis - à- vis un Perruquier , près un
Vinaigrier , entre le Signe de la Croix & le Lion
d'or. On peutyenvoyer à toutes les heures du
jour. Les perfonnes des Provinces ,qui fouhaiteront
de ce reméde, pourront s'adreffer à l'Auteur qui le
leur enverra fidélement ; il prie qu'on ait foin d'af
franchir le port.
APPROBATION.
J
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Octobre
1748. A Paris le premier Novembre 1748.
BONAMY.
P
TABLE .
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe
Séance publique de l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres & Arts , de Rouen ,
La Nonette ,
Les Fruits de la Paix ,
3
17
19
Vers à Iphife , en lui envoyant un bouquet ,
22
Autres d'une Sylphide ,
Epitaphium ,
Mémoire préfenté aux Etats de Bretagne ,
Effai d'un Ecolier du Collège de Louis le Grand ,
26
28
30
53
L'Abeille & l'Ecolier , Fable , par le même , 55
Lettre fur le projet d'une Place
pour la Statuë
du Roi ,
37
Autre fur le même fujet ,
63
Difpute de l'Art & de la Nature , 67
Eloge de M, de Fontenelle , 68
Séance publique de l'Académie Royale des Belles
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , 70
Lettre fur la nouvelle Edition du Gallia Chriftiana,
Ode fur les routes de l'immortalité ,
Epigramme ,
Obfervations fur les Corbeaux ,
72
71
80
ibide
>
Vers à Melle Cleron ,
Epitre de Mad. Desforges Maillard à M. Titon
du Tillet , 85
Réponse de la même Dame à M. de la Soriniere ,
85
Lettre de M. de Montcarville àM Remont de Sains
te Albine ,
Stances ,
Difcours & Remarques fur les enterremens ,
Eglogue à une Dame ,
Vers à la même ,
Lettre à M. Nicole fur la Statue du Roi ,
87
90
93
97
99
100
Ode contre l'Auteur de Libelles diffamatoires , 106
Lettre fur les accidens extraordinaires d'une groffeffe
, à M. Remond de Sainte Albine ,
Bouquet pour le jour de S. Louis ,
Infcription pour le Cadran Solaire du Jardin
d'une Penfion
,
Mots des Enigmes & des Logogryphes du
}
Mercure de Septembre ,
Logogryphes & Enigmes ,
W
Récit de Baffe ,
109
118
116
ibid
ibid
122
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c. 123
Lettre fur le Panégyrique de S. Louis par Ma
l'Abbé Poulle ,
Autre de M. de la Soriniere à un Libraire
d'Angers,
147
156
Profpectus de l'Hiftoire Naturelle , générale &
particuliere , avec la defcription du Cabinet du
Roi ,
157
165
Prix proposés par l'Académie de Toulouſe pour
··1749 & 1750 ,
Programme de celle des Belles- Lettres, Sciences &
Atts de Bordeaux , pour 1749 , 169
Celui de l'Académie des Belles-Lettres de Mon-
4 tauban
pour 1749 , 170
Celui de l'Académie des Sciences de Dijon ,
172
Eftampes nouvelles ; $75
Myologie complette par le fieur Gautier ,
Teftament en faveur de la Ville de Lyon ,
179
181
Copie de la lettre à Mad . la Générale la Motte , 183
Lettre à M. Arnoult fur le Sachet antiapoplectique
,
Lettre de M. Launay , au fujet des Bandages
nouvaux ,
184
186
187
Spectacles & Concerts de la Cour ,
Troifiéme Recueil de Chanfons par M. Gautier , 190
Nouvelles Etrangeres , 192
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c . 209
Réponse de M. l'Abbé l'Advocat à M Piganiol
de la Force , fur le Fondateur de Sorbonne, 210
Addition au Journal de la Cour, de Paris , &c. 219
Bénéfices donnés ,
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables ,
Tifanne de Vinache ,
Effence Balfamique,
220
ibid.
232
236
232
La Chanfon notée doit regarder la page 12
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE . 1748 .
IGIT
UT
SPARGGAT
2
Then
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers .
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L à
ADRESSE générale duMercure eft
M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon . Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
元
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions,
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt
, Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M, Remond de Sainte Albine,
PRIX XXX . SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE
. 1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers en Profe.
SUITE du Mémoire préfenté aux Etats
de Bretagne , & dont le commencement
a été imprimé dans le Mercure du mois
dernier.
I.
ARTICLE IV.
Réfléxions détachées.
Eux desCanaux propofés pafferont
prefque entierement fur
des terrains fteriles & déferts ;
par conféquent ils n'exigeront
aucuns dédommagemens confidérables , &80
A ij
4 MERCURE
DE FRANCE
.
ils ferviront à fertilifer & à peupler des
lieux à préfent ingrats , & dénués de va- 、
leur & d'habitans .
II . L'exécution de chaque Projet en particulier
promet avec certitude plufieurs
utilités qui lui font propres , & chaque
Canal , dès l'inftant de fa perfection , indépendamment
de l'exécution des deux
autres , reftituera rapidement & fruçtueuſement
à fes Entrepreneurs leurs avan
ces .
III. Ces trois Projets peuvent être entrepris
féparément , & quant aux tems ,
& quant aux Sociétés ou Compagnies des
Entrepreneurs .
IV. Les Entrepreneurs
du Canal , qui
qui
aura été commencé
& achevé avant les
deux autres , tireront de très -grands avantages
de l'exécution
de ceux-ci , qu'il leur
feroit profitable d'entreprendre
auffi
toutes fortes de raiſons.
pour
V. Ces trois Canaux, en fuppofant bout
à bout leurs trois longueurs differentes ,
n'emporteroient
qu'environ le tiers de la
longueur du Canal de Riquet.
VI. Aucun des trois ne demandera une
opération auffi laborieuſe que la transforation
de la montagne de Malpas.
VII . Ces trois ouvrages auront fans
doute befoin de quelques Aqueducs , mais,
NOVEMBRE.
} , 1748.
fi
on en excepte un , les autres ne feront
pas d'une longueur remarquable.
VIII. Les ponts qui feront conftruits
pour foûtenir & porter ces Aqueducs , &
pour donner paffage à quelques ruiffeaux
& torrens , ne feront pas d'une exceffive
dépense.
IX. Quant à la Claffe d'hommes qu'il
feroit expédient d'occuper à ces fortes
d'ouvrages , l'Auteur fe flate d'avoir fait
voir ailleurs , qu'en tout tems , & furtout
en tems de paix , non-feulement pour le
bien du public , mais encore pour.celui du
fervice , il faudroit y employer , non deş
Laboureurs , mais des foldats,
X. On pourroit divifer le Corps de
Troupes , deftiné pour cette befogne , en
deux parts , lefquelles fe releveroient , &
pafferoient tour à tour un mois à la garnifon
, & un mois au Canal,
XI. Les foldats qu'on occuperoit dèsà-
préfent à la cavation du Canal propofé
pour faire la jonction des rivieres d'Ould
& de Blaved , y feroient à portée de fe
rendre promptement à l'endroit quelcon ..
que de nos Côtes , qui pourroit être menacé
d'une feconde defcente des Anglois.
XII. Le tems de guerre n'eft pas plus
contraire que le tems de paix à l'entrepiife
d'un ouvrage de cette nature , quand cet
A j
6 MERCURE DE FRANCE.
ouvrage eft entrepris par une Société ou
Compagnie ; & Sa Majesté peut , en tous
tems , faire naître de telles Compagnies ou
Sociétés. Il ne faut leur at- pour cela que
tribuer des prérogatives , lefquelles , de
même que l'exécution de ces Projets , ne
feront tort ni à l'Etat ni aux Fermes du
Roi , ainfi qu'on a commencé & qu'on
achevera de le prouver dans ce Mémoire.
XIII. Il n'eft pas inutile d'avertir ici
le Lecteur , que toutes les Cartes Géogra
phiques & même Topographiques de
Bretagne , ou de quelque partie de cette
Province que ce foit , qui ont para jufqu'à
préfent , placent très - mal les fituations
& les diftances refpectives de quelques
Bourgs , Châteaux , montagnes , paffages ,
& autres lieux remarquables , & même
des fources & cours de quelques rivieres
& ruiffeaux , que doivent traverfer ou cô
toyer les trois Canaux projettés.
Certaines perfonnes , dont le nom
bre fe trouve malheureufement impofant
à l'égard de plufieurs autres , ne manque
ront pas de paroître indifpofées contre
ces Projets de Canaux . Propofer une en
trepriſe de cette nature ( diront- elles ) c'eft
propofer un ouvrage moins encourageant
par les avantages qu'il préfente d'abord à
l'idée , qu'effrayant par la dépenſe dont il
annonce la néceffité.
NOVEMBRE. 1748 .
Un tel raifonnement peut- il ébranler
la folidité viſible de tous ceux qu'on viene
de lire , & de celui qui va fuivre ?
Il eft démontré que chaque pied cube
d'eau pefe 70 livres , & qu'ainfi chaque
charge , qui par fon poids force la matiere
flotante qui la porte , de prendre la place
d'un pied cube d'eau , pefe de même 70
livres.
Un Bâteau de 120 pieds de long fur
quinze de large , que le poids de fa charge
force de prendre deux pieds d'eau , portė
une charge qui pefe autant que peferoient
trois mille fix cens pieds cubes d'eau ,
parce que 120 multipliés par deux fois
quinze ( à caufe des deux pieds d'eau què
prend ce Bâteau ) font juftement 3600.
3600 pieds cubes d'eau pefent 252000
livres , puifque chaque pied cube d'eau
pefe 70 livres , & que 3600 multipliés
par 70 font 25 2000.
Il faut employer au moins trois chevaux
& un Chartier , pour mener loin &
de fuite une charette qui porte le poids de
trois mille livres.
Donc en fe fervant de cette forte de
voiture pour tranfporter de Nantes à Paris
des Marchandifes qui peferoient 252000
livres , il y faudroit employer 84 charet-
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
tes 84 Chartiers , & 252 chevaux
puifque trois fois 84 font 252 .
Il ne fera pas contefté qu'il ne faille
qu'un tel bâteau , quatre Matelots , & fix
médiocres chevaux au plus , pour tranfporter
par eau , fans rifques & prefque
fans frais , de Nantes à Paris , les meubles
& marchandifes que pourroient avec bien
de la peine , & certainement avec plufieurs
rifques , & non fans des frais trèsconfidérables
& très- embarraffans , emmener
, de l'une de ces Villes dans l'autre ,
quatre- vingt- quatre hommes qui conduiroient
quatre- vingt- quatre charettes tirées
chacune pour le moins par trois bons chevaux
, ce qui feroit néceffairement le nom
bre de 252 chevaux pour le moins .
Les conféquences , qui réfultent de cet
expofé en faveur de la Voiture-fluviale ,
font trop évidentes pour qu'on entre dans
un plus grand détail ,
NOVEMBRE. 1748. 9 .
ARTICLE V.
REFLEXIONS
Sur les deux plus fpécieuſes objections qu'on
oppofera au Mémoire.
Nous voulons bien ( diront plufieurs
perfonnes portées par differens motifs à
raifonner ainfi) nous voulons bien paffer à
l'Auteur de ce Mémoire , & lui accorder
comme deux faits démontrés , la poffibilité
& l'utilité des entrepriſes qu'il propofe ;
mais en quel tems , & à quelles perfonnes
en veut-il confeiller l'exécution ? Afin que
nous fçachtons fi tout tems comporte de
tels ouvrages , & afin que nous puiffions
juger par quelles perfonnes ils peuvent
être entrepris ; qu'il nous apprenne , en
quels tems , & par qui ont été entrepris
& achevés les Canaux du Royaume les
plus importans , tant du côté de l'ouvrage ,
que du côté des avantages qu'ils procurent
fçavoir , les Canaux de Briare , de
Languedoc & d'Orleans .
A
10 MERCURE DE FRANCE.
Réponse de l'Auteur.
Depuis trois ans la France étoit en
guerre ( a ) , & n'étoit pas fur le point de
faire la paix ( b ) avec l'Espagne , lorfque
deux Particuliers , nommés Jacques Guyon
& Guillaume Bouterouë , offrirent en 1637
à LOUIS LE JUSTE , de reprendre &
d'achever à leurs frais le Canal de Briare ,
commencé fous HENRI LE GRAND, &
abandonné depuis plufieurs années , dont
les premieres avoient été des années de
paix. SA MAJESTE ' accorda à ces deux
Entrepreneurs des Lettres Patentes, par lefquelles
elle leur céda le fond & le très-fond
de ce Canal , leur fit préfent de tous les
matériaux qui s'y trouveroient , & des par.
ties de ce même Canal , qui étoient déja
faites ou commencées , & régla les droits
qu'ils pourroient lever fur les Marchandifes
qui y pafferoient. Dans le mois d'Avril
1639 , ces Lettres furent enregistrées
au Parlement de Paris ; depuis cet enregiftrement
on travailla fans difcontinua
tion au Canal , jufqu'à ce qu'il fûr achevé ,
ce qui arriva en 1641 : depuis 1641 , jufqu'à
préfent , & à perpétuité , Guyon , Boufa
) Cette guerre avoit commencé en 1639.
(6 ) Elle ne finit qu'en 1659,
NOVEMBRE. 1748. II
teronë & leurs héritiers , ont joii , joüiffent
& jouiront des fond & très-fond de ce
Canal , & de tous les droits qui en dépendent
, aux charges & conditions portées
dans les Lettres accordées par LOUIS LE
JUSTE , & C... Pendant qu'on avoit travaillé
à cet ouvrage , la France avoir continué
la guerre avec la Maifon d'Autriche ;
le Portugal aidé par la France s'étoit donné
un Roi ( 4 ) malgré l'Espagne , & une
armée Françoife commandée par un Gentilhomme
(b ) de cette Province , jettoit
l'effroi ( c ) & la terreur dans l'Allemagne.
Paffons à un autre Canal .
. LOUIS LE GRAND alloit entrer en
guerre avec CHARLES II , Roi d'Eſpagne
, lorfque M. Riquet fut chargé de l'exécution
du Canal , qui , en traverfant la
Province de Languedoc , devoit établir la
communication de l'Océan avec la Méditerranée.
Le Sr André Offy , très- verfé dans
les Mathématiques , Science qui n'étoit
pas encore bien réconciliée avec la fortune
dans ces tems- là , avoit alors un mince.
emploi dans la Gabelle de cette Province .
Guidé par les lumieres & par les avis de
(a) Jean , Duc de Bragance.
(b ) M. de Budes de Guebriand , Maréchal de
France , & c.
( c) Surtout , dans les années 1640 & 1641-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
ce Sçavant & de quelques autres perfonnes,
M. Riquet , Directeur des Fermes de cette
même Province , fit ttaanntt par fes foins vifs
étendus , généreux & continuels, que cet ou
vrage fe trouva achevé aux dépens du Roi
& du Languedoc , l'an 1681. Ce zélé Citoyen
, pour n'avoir épargné ni dépenfes
ni peines , afin de parvenir à achever ce
Canal , a été gratifié , pour lui & pour fes
héritiers , d'un revenu annuel & perpétuel ,
qu'ils perçoivent au-delà des grandes fommes
néceffaires & requifes pour l'entretien
de ce merveilleux ouvrage..... Pendant
qu'on avoit travaillé à ce Canal , Louis
LE GRAND avoit été en guerre tour à
tour & à la fois avec le Roi d'Espagne ,
l'Empereur , le Brandebourg , la Suéde , la
Hollande , le Duc de Lorraine , le Roi de
Dannemark , l'Angleterre , &c. Cependant
il s'étoit emparé de la Franche - Comté
: fes troupes de terre avoient pris Efpinal
, Châtel-fur- Mofelle , Valenciennes ,
Cambrai , Fribourg , Gand , Ypres , &c.
& avoient gagné les batailles de Senef &
de Caffe!: fes troupes de mer avoient gagné
la bataille de Palerme , & après tous
ces avantages & plufieurs autres remportés
, tant par mer que par terre, fur toutes
* En
1674.
NOVEMBRE. 1749. Is
les Puiffances de l'Europe liguées contre
lui , il les avoit toutes forcées à recevoir la
paix qu'il avoit bien voulu leur donner .
Venons au troifiéme Canal.
L'an 1681 , MONSIEUR ceda à Lam
bert & Affociés la Faculté que Sa Majesté
avoit concedée à S. A. R. de faire établis
un Canal , qui depuis qu'il exifte eft appellé
le Canal d'Orléans . Lambert & les Affociés
commencerent cet ouvrage en 1682 ;
ils continuerent d'y faire travailler jufqu'à
la fin de 1684. En 1685 , Louis le Grand
leur prêta 75000 liv . pour les aider à finir
leur entreprife : en 1686 , dépourvûs
des moyens de l'achever , ils en firent une
rétroceffion à Monfieur: par les foins & aux
dépens de S. A. R. l'ouvrage fe trouva fair
en 1692. Depuis ce tems jufqu'en 1702 ,
Lambert & fes Affociés perçûrent tous les
droits du Canal d'Orléans, en payant à S. A.
R. 8.000 1. par an . Depuis 1702 , la Maifon
d'Orléans eft en poffeffion de ce Canal
& de tous les droits qui en dépendent , à
condition de faire aux héritiers de Lambert
& de fes Affociés 15000 liv. de rente annuelle
& fonciere , rachetable au denier
20.... Pendant qu'on avoir travaillé à ce
Canal , LOUIS LE GRAND avoit été en
guerre avec l'Espagne , l'Empereur , l'An
* Paix de Nimegue en 1679 .
14 MERCURE DE FRANCE .
gleterre , la Hollande & l'Electeur Palatin.
Il avoit fait bombarder Alger & Génes ,
& avoit reçû les foumiffions de ces Villes ;
avoit mis à la raifon les Corfaires de Tripoly
& de Tunis ; avoit reçû une Ambaffade
du Roi de Siam , & lui en avoit envoyé
une ; avoit gagné deux Batailles par
Mer , fçavoir , celle d'Alicante contre la
Flotte Efpagnole , & l'autre contre les Flottes
combinées des Anglois & des Hollan
dois , & avoit gagné par terre les fameufes
Batailles de Fleurus , de Staffarde , & c .
Vous voyez , Noffeigneurs , non -feulelement
que ces trois Canaux ( defquels le
fecond a coûté infiniment plus que ne coûteront
les trois projettés , & n'a commencé
d'être utile & de quelque rapport qu'après
qu'il a été totalement achevé ) ont été ( &
furtout ce fecond ) entrepris & perfectionnés
, pendant les plus grandes guerres du
fiécle paffé , mais encore que ces ouvrages
n'ont apporté aucun obftacle au bonheur &
à la gloire des Armes de la France.
Vous voyez auffi , qu'en tout tems les
ouvrages de cette efpece peuvent être entrepris
, foit par le Roi &
par une Province
d'Etats , foit par les trois Ordres de cette
Province, foit par une, ou deux , ou même
trois Soojetés ou Compagnies de Particuliers
, moyennant les fecours & les enNOVEMBRE.
1745. T
Couragemens que que Sa Majefté peut &
voudra bien fans doute leur fournir.
En cas que vous ne vous trouviez difpofés,
Noffeigneurs, à entreprendre aucun
des trois ouvrages propofés , veuillez avoir
pour agréable , que l'Auteur tâche de former
une ou deux , ou même trois Sociétés
ou Compagnies , pour exécuter le tout ou
partie de ces trois Projets , & honorezle
de votre intervention & de vos bons
offices , afin qu'il obtienne de Sa Majeſté
les Lettres Patentes néceffaires pour autorifer
, fecourir & encourager les Membres
de la Société ou des Sociétés qu'il pourra
former.
Faites attention , Noffeigneurs , 'que
tous les ouvrages confidérables de cette
nature , qui ont été faits en France depuis
l'établiffement de la Monarchie , font dûs
aux Regnes des Princes de la Branche de
BOURBON , & ont été faits , comme je
viens de le prouver , pendant & malgré la
guerre confidérations puiffantes , pour
Vous engager à demander , dans & pour le
tems préfent , au digne Rejetton & Succeffeur
de ces grands Rois , la grace de fi
gnaler par des monumens femblables , mais
moins coûteux & plus utiles , un Regne ,
d'ailleurs auffi illuftre & auffi glorieux que
Jes leurs
16 MERCURE DE FRANCE.
Lei finit le Mémoire que préſenta à Noffei
gneurs des Etats , tenus à Rennes en 1746 ,
un de leurs Membres ordinaires & leur trèsrefpectueux
très - dévoué ferviteur François-
Jofeph de Kerfauſon , aîné de la branche de
ce nom , laquelle de mâles en máles , defcend du
Mariage de Sebylle de Saint Georges
( héritiere du lieu de Saint Georges ) avec
Paul de Kerfaufon , fecond fils de Hervé de
Kerfaufon ( aîné de faMaifon ) d'Eliete
de Lauros , veuve de Penmarch , petit-fils
de Jahan de Kerſauſon , Chevalier, Sieur des
nom , armes & lien de Kerfauſon ( Olim Kerfaufen
) d'Amycete de Pont- Plancoër ,
héritiere , &c. nés vers le commencement du
quatorziéme fiécle.
POST- SCRIPTA.
1. Avec la permiffion du Roi , aux dépens
des Entrepreneurs , alternativement
ou concurremment avec des foldats de
Troupes reglées , les Miliciens de Bretagne
( fi S. M. en conferve le fond pendant
cette Paix ) pourront pendant une moitié
de chaque année être occupés à ces travaux
, pareils à ceux de la guerre , & pendant
l'autre moitié de la même année , travailler
à l'Agriculture.
Depuis leur fortie pour le Camp , jufqu'à
NOVEMBRE.
17 1748.
feur retour chés eux , ces Laboureurs-foldats
feroient commandés par leurs Officiers ordinaires
, qui pendant ce tems ne perdroient
aucune occafion de les contenir &
de les difcipliner.
Ainfi , Noffeigneurs , aux dépens des
Entrepreneurs de ces Ouvrages fi profitables
pour notre Patrie , on y formeroit
pour Sa Majefté des foldats infatigables ,
bien difciplinés , & toujours prêts , foit
de rentrer dans la précieufe claffe des Laboureurs
, foit de fe montrer dignes freres
& compatriotes de ces Miliciens Bretons ,
dont la valeur , dans les plus chaudes mêlées
de cette derniere guerre , s'eft renduë
remarquable aux yeux du HB Ros , dans
lequel la France voit revivre, & notre Bertrand
du Guefelin , & notre dernier Artur
de Bretagne , nés pour l'honneur de la Bretagne
, de la France & du Genre Humain.
Semblable en tout à ces deux Grands
Hommes , MAURICE a forcé nos ennemis
de défirer la Paix , & penfe que pour faire
révérer par toutes les Puiffances de l'Univers
la Majefté de cet Empire , il refte d'af
fûrer une nouvelle vigueur à fon Commerce
, en la donnant à fa Marine , laquelle
pourroit en fortant de fes Ports ( privilége
unique , réſervé pour ce beau Royaume
paroître dans le même inftant fur la Man18
MERCURÉ DE FRANCE .
che , fur l'Océan & fur la Méditerranée ';
avec cet air refpectable qui convient au
Pavillon du plus grand Roi du monde.
II. Vous vous abftiendrez peut-être ,
Noffeigneurs , d'entreprendre vous- memes
ces trois Canaux , pour deux raifons , 1 °.
parce que vous vous êtes épuifés pendant
cette guerre par des efforts plus convenables
à votre zéle qu'à vos forces. 2 °. parce
que les ouvrages faits aux dépens du Public
lui coûtent infiniment plus qu'ils ne
coûteroient à des Particuliers accoûtumés
à les faire exécuter fous leurs yeux & avec
oeconomic.
En ce cas , Noffeigneurs , vous rempliriez
peut-être tout ce que vous devez à
votre propre grandeur , à l'utilité publi
que , au courage des Particuliers , qui fe
pourront préfenter pour ces entrepriſes , fi ,
fous le bon plaifir du Roi , vous leur faifiez
efpérer à la fin de chacune un don qu'ils
recevroient comme une grace , pendant
qu'il feroit réellement la récompenſe d'un
bienfait , qui deviendroit de jour en jour
plus avantageux pour la Bretagne.
NOVEMBRE . 1748. 19
H
ODE
A la Probité.
Ate-toi , quitte l'Empirée ;
Defcends , digne fille des Cieux ,
Probité !, Du fiécle de Rhée
Ramene les jours précieux,
Viens faire regner la Droiture ;
Par elle confonds l'Imposture ,
Replonge -la dans les Enfers ;
Reprends un pouvoir légitime ,
Long-tems ufurpé par le crime
Qui nous forgea d'indignes fers.
Des maux , caufés par ton abſence
Voi l'affreux & fatal progrès.
Partout la timide Innocence
Se confume en de vaïns
regrets.
L'Ambition , la Tyrannie ,
Du Monde altérant l'harmonie ,
Font par de criminels deffeins .
Tour à tour triompher les vices,
Réglant , au gré de leurs caprices
Le fort des aveugles humains,
20 MERCURE DE FRANCE.
L'hypocrite , fans nuls obftacles ,
A l'abri d'un dehors menteur ,
Jufqu'au pied des faints Tabernacles
Porte fon mafque féducteur .
Infenfé ! quelle eft ton yvreffe ?
Crains la colere vengereffe
D'un Dieu justement irrité ;
Ta malice allume la foudre
Dont il va te réduire en poudre
Pour prix de ton iniquité .
Thémis ! ton glaive redoutable
Menace en vain ces forcenés ,
Dont l'avarice infatiable
Conduit les défirs effrénés :
La chicane prend leur défenſe ;
Elle fait pancher ta balance ,
Déguifant le criine en vertu ,
Et par ce preftige funefte ,
Offufquant ta clarté céleste ,
Le bon droit languit abbatu.
Je vois la déteftable Envie
Répandre à grands flots fon poiſon ,
Et par l'erreur toujours fuivie ,
Troubler la fragile raifone
NOVEMBRE . 1748 .
21
L'Envieux frémit & s'irrite ,
En voyant briller le mérite ,
Dont l'éclat fe fait respecter ,
Et bien loin de lui rendre
hommage ,
Il céde à la jalouſe rage ,
Qui le preffe de l'inſulter.
***
Amitié , fentiment de l'ame ,
Lien de la Société ,
Quel mortel connoît de ta flâme
L'inestimable pureté ?
Tel du titre d'ami fe pare ,
Dont le coeur , ingrat & barbare ;
N'a jamais entendu ta voix ,
Et qui par de vaines careffes ,
La flaterie & les foupleffes ,
Du feul intérêt fuit les loix.
Quelle Hydre , de venin nourrie ,
Fait entendre fes fiflemens ?
La plus implacable furic
Conduit fes affreux
mouvemens,
Jamais des profondes
bleffures
De fes incurables
morfures
Nous ne pouvons nous garantir,
Calomniateurs vils , indignes ,
22 MERCURE DE FRANCE .
Reconnoiffez -vous à ces fignes ,
Que vous ne pouvez démentir.
Par ces trop fideles images
Du déreglement des mortels
Probité ! connois les outrages
Qui deshonorent tes Autels.
Vole , il eft tems ; viens à notre aide,
Qu'à tes divins attraits tout céde.
Fais briller ton faéré flambeau ;
Qu'il diffipe les triftes ombres
Des nuages affreux & fombres ,
Qui nous cachent un jour ſi beau,
Qui peut te retenir encore ?
Quoi ! n'entends- tu pas nos clameurs &
Eft-ce vainement qu'on t'implore ?
N'as- tu point pitié de nos pleurs ,
Ou crains-tu de manquer de guides ,
Pour te garantir des perfides ,
Dont l'Univers femble inondé
Ne crains plus , viens en affûrance ,
Et par les Héros de la France
Ton effort fera fecondé .
tl eft en ces lieux un azile ,
NOVEMBRE.
1748. 23
Qu'habite un Mortel vertueux ,
Soumis aux loix de l'Evangile ,
A Dieu feul adreffant fes voeux.
Né dans un rang fublime , augufte ,
Mais affable , modefte , juste ,
Et des infortunés l'appui ,
Il t'offre une main fecourable,
Sous cet aufpice favorable
Cours te ranger auprès de lui.
C'est dans cette retraite fainte ,
Qu'à l'abri de tous les revers ,
Sans inquiétude & fans crainte ,
Tu veilleras fur l'Univers,
Les moeurs ,dès long- tems exilées ,
Par ton organe rappellées ,
Reprenant un jufte pouvoir ,
Vont faire chérir ton empire ,
Soumettant tout ce qui refpire
A la fage loi du devoir.
*
Par M. S. du C.
44 MERCURE DE FRANCE.
宗宗宗宗: 宗宗宗宗宗宗宗M
SEANCE publique de l'Académie
de Montauban,
'Académie des Belles Lettres de Montauban
tint ſon affemblée publique le
25 Août , Fête de Saint Louis . Elle avoit
entendu le matin la Meffe célébrée par
M. l'Evêque de Montauban , durant la
quelle on chanta le Pfeaume Diligam te
Domine , Motet à grand Choeur de M.
Gilles , & elle avoit affifté enfuite au Panégyrique
du Saint , prononcé par le P.
Duhamel , Religieux de l'Ordre de Saint
François.
L'après- midi , l'Académie fe rendit dans
la Grand'Salle de l'Hôtel- de- Ville , où elle
fut reçue avec les honneurs marqués dans
le Réglement qui lui a été donné par le
Roi. M. de Savignac , Préſident du Préfidial
, & Directeur de l'Académie , ouvrit
la Séance par un Difcours fur les avantages
de la lecture . Il prouva qu'elle eft pour
l'homme une fource de plaifirs & d'inftruction.
Les plaifirs qu'elle nous procure ,
font purs & tranquiles , en cela bien differens
de ceux que promettent l'ambition
& la volupté : ils renaiffent chaque jour ,
& fe diverfifient au gré de nos defirs . De
plus
NOVEMBRE . 25 1748 .
>
plus , la lecture augmente nos lumieres ,
étend nos vûës , forme notre goût , détruit
nos préjugés , perfectionne notre jugegement
; elle nous éclaire fur nos devoirs
& fur la maniere de les remplir dans les
differens états où nous fommes placés .
Mais on ne doit attendre ces effets que
d'une lecture fage , choifie , fixe & conftante.
Quel fruit , dit M. de Savignac
pourroit-on retirer d'une lecture vague , indé
terminée , fujette au caprice d'un efprit qui
voudroit tout lire , fans rien examiner , &
qui pafferoit à chaque inftant d'un genre à un
autre , & c. Quel jugement porter ſur le rápportconfus
d'une foule d'idées quife fuccédent,
à mesure qu'on change d'objet ? Comment découvrir
la vérité , qui ne cede qu'auxplus pénibles
recherches , & qui même ne ſe montre à
l'homme que par dégrés , l'abandonnant par
intervalles , pour mieux l'engager à fuivre la
route qu'elle veut lui tracer ? Cet Académicien
termina fon.Difcours , en montrant
aux Auteurs les fecours qu'ils peuvent puifer
dans l'imitation & dans la lecture.
Pour leur ouvrir le champ le plus vafte &
le plus propre à exercer leurs talens , il les
invita à tracer le tableau dés vertus guerricres
& pacifiques de notre augufte Moparque.
M. le Franc , Premier Préfident de la
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Cour des Aides , ayant bien voulu ſe char
ger de la plus noble & de la plus difficile
portion du travail hiftorique que le Roi
a jugé à propos d'affigner à l'Académie
il a entrepris des recherches fur les Rule
thénes & fur les Cadurques , avec une
Hiftoire abregée du Rouergue & du
Querci , qui compofent aujourd'hui la Généralité
de Montauban . Dans la féance
dont on rend compte , il lut une partie de
Yes recherches fur les Ruthénes , & de fon
Hiftoire abregée du Rouergue , & il répandir
le plus grand jour fur une matiere ,
fi obfcure par elle-même & fi peu connue,
Les Gaulois des anciens tems n'avoient
point d'Annaliſtes. M. le Franc a donc été
obligé de confulter une foule d'Auteurs ,
pour raffembler ce qu'il dit des Ruthénes.
Ces vieux Gaulois ayant été , remarque- t'il ,
moins mêlés que les autres Nations de la Gaule
avec les Romains , leurs tyrans , & avec les
François, leurs liberateurs , ils font à peu près
tes véritables ancêtres de ceux qui habitent
aujourd'hui ce pays. C'est ce qui doit faire
défirer davantage à ces derniers de les connoître
, & ce qui rend en même tems cette
connoiffance plus difficile à acquerir.
Les Ruthénes & les Cadurques n'étoient
pas les peuples les moins eftimables ni les
moins puiffans des Gaules ; ils foûtinrent
NOVEMBRE. 1748. 27
de grandes guerres contre les Romains ;
ces ufurpateurs ne les fubjuguerent que peu
peu , & ils ne les réduifirent en Province
qu'à differentes repriſes. De-là vient
ajoute M. le Franc , qu'avant l'arrivée de
Céfar dans les Gaules , il y avoit des Ruchénes
Eleutheres & des Ruthenes Provinciaux,
des Cadurques Provinciaux , & des Cadurques
Eleutheres. Cette diftinction fut clairement
expliquée, & notre fçavant Acadé
micien en fixa heureufement les differentes
époques . Selon lui, l'Elentherie étoit moins la
liberté proprement dite , qu'une indépendance
reconnue , quelquefois même accordée par les
Romains, lorsqu'ils n'étoientpas affes forts pour
foumettre certains Etats , on pour achever la
conquête de ceux qu'ils avoient entamés...
Le lyftême politique des Romains confiftoit à
réduire en Province les Pays qui ne pouvoient
plus défendre leur liberté , & à déclarer Elentheres
ceux qui tenoient bon encore , mais qu'ils
efperoient de foumettre un jour. M. le Franc
affûra incontestablement à une partie des
Ruthénes la qualité d'Eleutheres , & il en
dépouilla les Soiffonnois , appuyé fur l'antorité
de Planude , de Clarke & des Manufcrits
de la Bibliothéque Impériale de
Conftantinople , qui fubftituent Helviis à
Eleutheris dans les Commentaires de Céfar.
Après avoir remarqué que la Narbonnoife
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
étoit alors l'unique Province Romaine
dans les Gaules , il n'oublia rien pour faire
la féparation des territoires libres , & des
cantons unis à la Narbonnoife ; & fuivant
pas à pas les changemens arrivés dans le
Rouergue , il pofa comme un principe ,
fur la foi des époques les plus précites ,
que Q. Fabius Maximus n'avoit impofé ,
quoique vainqueur , aucune efpéce de
condition aux Ruthénes ; que quelques - uns
de leurs diftricts furent incorporés à la Narbonnoife
par les Généraux. Romains , qui
les vainquirent de nouveau ; & que ces
peuples ne furent entierement fubjugués
que fous le Gouvernement de Céfar. Tout
ce détail dans l'ouvrage de M. le Franc eft
femé de réflexions judicieufes. Les anciennes
Notices , les Poëtes mêmes , tout y eft
employé à caractériser les Ruthénes.
&
Avec une élegante , mais énergique
briéveté , M. le Franc décrivit enfuite
comment le Pays des Ruthénes fut enlevé
aux Romains par Euric , Roi des Vifigoths ,
par Vindemir , frere de Théodemir ,
Roi des Oftrogoths dans la Pannonie : comment
Julius Nepos , digne Souverain d'un:
Monarchie deshonorée , perdit non -feulement
le Rouergue , mais le refte de la
Narbonnoife jufqu'à Marfeille , n'ayant
d'abord oppofé aux Barbares que l'éloNOVEM
BR E. 1748 . 29
quence de l'Evêque Epiphane , & puis
ayant confié la défenfe des Gaules à un
Grand Maître de la Milice ', qui le trahit ,
& que fon origine auroit dû lui rendre
fufpect . Les Goths mirent une forte gar
nifon dans Rhodès , & joüirent paifiblement
de leur conquête. Mais les Ruthé
nes pafferent enfin fous la domination des
François , lorfque Clovis défit , & tua de
fa main Alaric dans les plaines de Vouillé.
Thierry , fils naturel de Clovis , & l'aîné
de fes enfans , entra dans le Rouergue ,
prit Rhodès , & pénétra dans l'Auvergne.
Il eft vrai qu'après la mort de Clovis , le
Rouergue fut repris fur les François par
Théoderic , Roi des Oftrogoths . Mais la
défaite d'Amalaric , vaincu auprès de Narbonne
par le Roi Childebert fon beaufrere
, ayant jetté la confternation parmi
les Vifigoths, Théodebert, fils de Thierry,
reprit à fon tour la Ville de Rhodès , & fir
par là rentrer le Rouergue fons la domination
Françoife , & dans le patrimoine
des Rois d'Auftrafie . Le Rouergue ne ceffa
d'être en proye aux invafions , que lorfque
Clotaire II , fils de Chilperic & de Fredegonde
, eut réuni fur la tête l'Empire
François. Divers Traités ne laifferent pas
cependant de démembrer plus d'une fois les
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Ruthénes des Etats auxquels ils avoient été
incorporés.
y
Il eft aifé de juger que cette courte
analyſe ne peut préfenter toutes les remarques
& tous les traits frappans , qui enrichiffent
l'ouvrage de M. le Franc. Pour le
rendre encore plus intéreffant , il fair
entrer l'Hiftoire de l'Eglife de Rhodès . II
obferve que l'idolâtriefe foûtint plus longtems
dans ce pays - là , qu'en aucun endroir
des Gaules ; il releve le mérite des premiers
Evêques qui y planterent la foi , ou
qui y cultiverent le Chriftianifme. En décrivant
de quelle maniere fe faifoient alors
les élections , il rapporte des anecdotes
qui paroiffent avoir échappé à M. l'Abbé
de Fleury . Il n'obmet rien enfin de ce
qui peut faire connoître les moeurs de
l'ancien Clergé de la Capitale du Rouergue.
Cette lecture fut fuivie de celle de deux
Pieces de vers de M. de la Mothe , Doyen
de la Cour des Aides & de l'Académie.
En attendant qu'elles paroiffent dans le
recueil que cette Compagnie doir donner
, on fe contentera de dire que l'âge ,
dont l'Auteur fe plaint , n'appéfantit point
fa plume , & qu'on trouve , dans le tableau
de l'augufte Prince qu'il loue , les graces
& le feu d'une jeune Mufe.
NOVEMBRE. 1748. 31
M. d'Aumont , Procureur Général de
la Cour des Aides , lut des recherches fur
les Couronnes d'Hercule , & ce fujet à la
fois hiftorique & poëtique lui fournit
un détail également utile & agréable.
Tout travail , qui a pour but d'inftruire &
de plaire , doit être cher aux Académies.....
D'autres , dit M. d'Aumont , peuvent s'ap
plaudir de la gloire paffagere d'avoir calme
par des ouvrages féduifans l'ennui de la vie
vifive de la plupart des hommes , fans leur
avoir rien appris ; mais ce frivole avantage
n'eft point à defirer pour ceux qui connoiffent
Le véritable emploi des talens , & qui ont à
coeur l'utilité publique. Après avoir indiqué
l'origine des Couronnes en général , il diftingua
trois efpéces de Couronnes dont
Hercule s'eft fervi ; une Couronne de peuplier
, une d'olivier fauvage , & une d'ache.
M. d'Aumont en expliqua enfuite
les divers ufages , & cette explication lui
donna lieu de fixer le fens de plufieurs paffages
des Poëtes. Il parcourut les Jeux
Olympiques , les Jeux Néméens , les Jeux
Ifthmiques , pour examiner laquelle de ces
Couronnes , dans chacun de ces jeux , avoit
le privilége d'orner la tête du Vainqueur.
Mais il ne décida pas féchement ces differens
points. Il les releva par beaucoup de
traits de la Fable & de l'Hiftoire , en
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
les que
ajoutant fon fentiment , & fur les Hercules
Auteurs ont fi fort multipliés ,
& fur les peuples nommés Hyperboréens,
placés , dit- il , dans un Pays & fous un climat
, que les Poëtes avoient pris foin de faire
& d'embellir à leur gré. Il conclut fon Mémoire
par cette vérité intéreffante : que Les
grands hommes de l'antiquité la plus reculée ,
en même tems qu'ils se font rendus recommandables
par de brillans exploits , ont tâché de
procurer à leurs Nations les avantages des
Arts de l'Agriculture. Non - feulement
Hercule purgea fon pays des brigands & des
tyrans qui l'infeftoient , mais ily porta le peuplier
& l'olivier ; il inftitua ou rétablit des
Jeux , qui par divers exercices contribuoient
à la force & à la fanté du corps , & en infpirant
aux Grecs une noble émulation , il fit naitre
ou il entretint en eux cet amour de la
gloire, qui les rendit fi long-tems fupérieurs
aux autres Nations . Bien plus , felon M.
d'Aumont , Hercule ne s'eft pas moins
fignalé par fon goût pour les Lettres , que
par fes travaux fi renommés ; il prouva
la fupériorité de fon génie par des productions
dignes de l'immortalité , il mérita
un nom qui l'établit chef & conducteur
des Mufes. Voilà pourquoi dans
quelques Médailles on lui donne le trépied
, le laurier & la lyre d'Apollon,
32 MERCURE DE FRANCE .
ajoutant fon fentiment , & fur les Hercules
que les Auteurs ont fi fort multipliés ,
& fur les peuples nommés Hyperboréens ,
placés , dit - il , dans un Pays & fous un climat
, que les Poëtes avoient pris foin de faire
& d'embellir à leur gré. Il conclut fon Mémoire
par cette vérité intéreffante : que les
grands hommes de l'antiquité la plus reculée ,
en même tems qu'ils se font rendus recommandables
par de brillans exploits , ont tâché de
procurer à leurs Nations les avantages des
Arts de l'Agriculture. Non -feulement
Hercule purgea fon pays des brigands & des
tyrans qui l'infeftoient , mais il y porta le peu-,
plier & l'olivier ; il inftitua ou rétablit des
Jeux , qui par divers exercices contribuoient
à la force & à la fanté du corps , & en inſpirant
aux Grecs une noble émulation , il fit naître
ou il entretint en eux cet amour de la
gloire , qui les rendit fi long-tems fupérieurs
aux autres Nations. Bien plus , felon M.
d'Aumont , Hercule ne s'eft pas moins
fignalé par fon goût pour les Lettres , que
par fes travaux fi renommés ; il prouva
a fupériorité de fon génie par des productions
dignes de l'immortalité , il mérita
un nom qui l'établit chef & conducteur
des Mufes. Voilà pourquoi dans
quelques Médailles on lui donne le trépied
, le laurier & la lyre d'Apollon,
NOVEMBRE . 1748. 33
Voilà pourquoi les Gaulois le révererent
comme le Dieu de l'Eloquence . Il eft glorieux
pour les Arts , d'avoir été chéris &
cultivés dans tous les tems par ceux que
l'eftime publique a placés au rang des
Héros .
La cinquiéme lecture , qui fut faite à
l'Académie , fut celle d'un difcours en vers
de M. de Bernoi , Secretaire perpétuel de
la Compagnie , fur les défagremens de la
campagne. C'est l'ouvrage d'un Philofophe
, qui enviſage les chofes dans leur état
naturel , & qui les dépouille du fard poëtique
, dont on a coûtume de les embellir ,
quelquefois jufqu'à les rendre méconnoiffables
.
M. l'Abbé Bellet , à l'occafion de la dif
tribution des prix , lut un effai fur les combats
littéraires. Il les compara d'abord
avec ces combats fanglans , qui portent la
terreur & la mort dans toutes les parties de
l'univers , & il effaya de prouver que dans
les combats littéraires les vainqueurs font
d'autant plus propres à faire honneur à la
Nation , que leurs triomphes lui affûrent
une fupériorité plus délicate & moins fanefte
au genre humain . Ce n'eft pas , ajouta→
t'il, que les Mufes, principalement les MM.
fes Françoifes , ne connoiffent tout le prix dis
mérite guerrier...... C'eft pour le célébrer ....
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
it
dignement , qu'elles prennent la trompette béroique.....
Minerve eft également fçavame
&guerriere. L'Académie auroit tort de l'onblier
, elle qui eft née , pour ainsi dire , fur le
champ de bataille ( a ) ; elle qui dans les Plaines
belgiques a reçû , de la main triomphante
de Louis, le bienfait fignalé defon existence &
les brillantes prérogatives qui la diftinguent.
M. l'Abbé Beller obferva que la victoire
eft d'elle-même cruelle & inhumaine ; que
pour la dépouiller de cet odieux caractére , il
faut être Céfar on Louis ; que la paix rend
oifive la valeur des Héros ; que l'uſage
n'autotife plus le féxe à fe fignaler par des
exploits militaires , & que le Conquerant
partage communément fa gloire ou avec
la fortune , ou avec cette multitude de
Guerriers, qui ont prêté leur bras à l'exécution
de fes projets : au lieu que les combats
littéraires font toujours innocens & paifibles
; que tous les ans on y peut cueillir de
nouveaux lauriers ; qu'on y a vû même de
nos jours des Corinnes ( b ) l'emporter fur
nos Pindares , & que la gloire qu'on y acquiert
et toute entiere au vainqueur.
( a ) Les Lettres Patentes de l'Académie de Montauban
font dattées de Dunkerque le 19 Juillet
1744.
(b ) Madame DU BOCAGE , à Rouen , &
Madame DE MONTEGUT , à Toulouse..
NOVEMBRE. 1748 35
Ayant enfuite avoué que les combats militaires
procurent quelquefois de grands
avantages à l'Etat , il fe borna à foutenir
que , dans un ordre fupérieur , les combats
littéraires produifent de femblables effets .
Ils font établis pour nous maintenir dans la
poffeffion des biens qui appartiennent à la plus
noble portion de nous mêmes ; ils étendent communément
les efprits d'un Pays , à peu près
comme un Conquerant en étend les bornes : ils
fervent à réprimer les attentats de l'ignorance
& du mauvais goût , ennemis de la Patrie ,
d'autant plus dangereux , que ce font des ennemis
domestiques , & c. Enfin M. L. B. compara
nos combats littéraires avec ceux qui
furent en ufage chés les Grecs & chés les
Romains , & il établit que les Couronnes
diftribuées dans nos Académies ont des
caractéres finguliers , qui doivent leur mériter
la préference dans notre eftime. Les
Couronnes y font réservées au génie & aux
talens , qui loin d'y tenir le fecond rang ,
comme chés les Anciens , ont feuls le droit
d'y enlever les fuffrages les Auteurs y
font affujettis à traiter des matieres qui s'affortiffent
à la dignité de leur Art ; & à
cette occafion M. L. B. juftifia les Modernes
du reproche qu'un Etranger leur a fait
de négliger la fcience des moeurs. On nous
dit que les anciens Philofophes étoient en
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
cela plus fages que nous . Mais on devroitfe
Souvenir que la Religion nous a été donnée pour
abreger nos recherches & notre travail à cet
égard. Eft-il étonnant que les Philofophes de
l'antiquité ayent employé tant de veilles à pofer
quelques principes de vertu , eux qui se tromperent
fi groffierement dès le premier pas qu'ils
firent dans l'étude de la fageffe ; eux qui ne
pûrent jamais fe réunir pour fixer d'un commun
accord le genre de bien qui doit faire la
félicité de l'homme ? Le plus fçavant des Romains
, Varron , nous apprend que cette feule
question , la bafe & le fondement de toute la
morale , enfanta deux cens quatre- vingt- huit
opinions differentes . Quelle immenfe difcuffion
ne nous épargne donc pas le flambeau de la révelation
, lorsqu'il nous fait diftinguer fürement,
comme d'un coup d'oeil , le bonheur
fuprême auquel nous fommes deftinés , & l'unique
route que nous devons fuivre pour y
· ver ? Ouvrons les Livres Sacrés ; ils nous
montreront le principe , les motifs , le modéle ,
la pratique , la récompenfe de toutes les vertus.
A l'exemple de l'Académie Françoife , c'est
de-là , continue M. l'Abbé Bellet › que
nous tirons nos fujets . Nous prenons donc
fuivant l'expreffion d'un illuftre Académicien,
nous prenons la Morale dans fa fource , bien
Toin de la négliger. De froides & vagues ſpέ-
culations nous inftruiroient- elles mieux ? Par
arriNOVEMBRE
. 1748. $7
Phonneur de la Nation , les Difcours que les
Académies couronnent , pourront ainfi faire
unjour , comme un corps de régles & de loix
dans lequel nos Neveux apprendront en même
tems à bien parler , à bien écrire à bien
vivre. En approfondiffant toujours fa
derniere comparaifon , M. L. B. ajouta
que les Arrêts qu'on prononce dans les
Tribunaux Académiques , font le fruit
d'un mûr examen & d'une exacte difcuffion
, & qué les Auteurs , qui fouhaitent
d'y remporter des prix , peuvent le faire ,
fans s'expofer comme dans les anciens
jeux , à la cruelle alternative de fortir du
combat , couverts de gloire ou d'ignominic.
•
>
Le R. P. Lombard , Jefuite , connu déja
par feize prix qu'il a remportés dans differentes
Académies , s'étant déclaré l'Auteur
du Difcours & de l'Ode aufquels l'Académie
a adjugé le Prix d'Eloquence de
cette année & le Prix réfervé , il reçut les
prix de la main du Directeur , & il pronorça
un ingénieux Difcours de remerciment
à l'Académie.
38 MERCURE DEFRANCE.
CACACA
A M. de Fontenelle.
E Tre enjoué , doux & badin ,
2
Faire par fois fa cour au Dieu du vin ,
Par gais propos & parole légere ,
Sçavoir encor flater une bergere
Faire des vers que le vif Arrouet
Voudroit de bon coeur avoir fait ,
Ne point choquer l'uſage ni la mode ,'
N'être point conteur incommode ,
Ne jamais s'écrier d'un ton dur & gaulois
Ah! le beau tems que le tems d'autrefois !
Sans murmurer contre Bafte ou Spadille ,
Voir nos François fe creufer le cerveau
'A combiner certains coups de Quadrille ;
Aimer Lulli , ne point haïr Rameau ,
Jamais de la raiſon n'éteindre le flambeau ;
Tel on te voit , illuftre Fontenelle.
Eft- il donc étonnant que plus d'un jouvenceau,
Sans prendre Sparte pour modéle ,
Te rende tous les jours un hommage nouveau ?
NOVEMBRE. 1748. 39
******3X+3X +3XXXX
VERS
Envoyés au Pere de Neufville , lorfqu'il vint
prêcher au mois de Septembre dernier à
Saint Germain en Laye. Par M.Trocherot.
CArmine re quonam celebrem , Neuville Profana
"
Te non Mufa decet. Valeant Aganippidis undæ ;
Cantibus afpirent facri, pia numina , fontes.
Fama tui ut primum noftras allabitur aures
Lætitiâ exultant, concurritur undique, portis
Fit via vi, propiùfque accedere pulpita certant
Sic Burdalaï quondam , fic fama Ruæï
Claruit , atque alii quos vexit ad æthera virtus.."
Te laus haud aliena manet , tu nomine fulges
Ipfe tuo. Ingenium dùm venâ divite mulces ,
Infra nunc pectus ftimulis haud mollibus urges
Blanditur , terret victrix fuadela , profundo
Ore ruit , fpargit flores & fulmina vibrat.
Cautior humanos quis te dignofcere fenfus
Pectoris arcanos ecquis penetrare receffus
Doctior , atque animi varios evolvere motus
Nam , licet affiduis jactentur pectora ventis
Anxia , magneticâ fretus quafi pixide , folus
Infeftas aperis Syrtes & inhoſpita faxa.
40 MERCURE DE FRANCE.
Sentibus attonitis animorum vulnera nudas ,
Vulneribufque pius rores infundis amicos.
Infidet omnipotens victrici Gratia linguæ ,
Quæ fenfus hebetat ; verbo nubem eripis ; alma
Lux tandem exoritur , turbato pectore pallet
Impius , agnovitque Deum , ingemuitque relicto.
Plura & adhuc , Venerande Pater , celebranda fu-
( perfint ,
Sed vires pudor infringit , cantufque coercet.
SECONDE Lettre à l'Auteur de celle
imprimée dans le Mercure de Juillet 1748 ,
page 147 , fur le projet d'une Place pour
la Statue du Roi.
E n'attends pas votre réponse à ma premiere
Lettre , Monfieur. En voici une
autre , pour vous demander quelques éclairciffemens
au fujet de la feconde partie de
votre Lettre. Vous y donnez des idées
très- juftes fur les moyens aifés d'embellir
une Ville ; mais il femble que vous ne vouliez
pas expliquer les caufes , qui jufqu'ici
fe font oppofées à l'embelliffement régilier
& à la perfection de la Ville de Paris ,
où vous ne trouvez point cet heureux accord
du tout avec fes parties , principe
NOVEMBRE. 1748. 4T
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous paroiffez auffi appréhender d'empiéter
fur les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être . J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très -flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe.
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reste
de la Nation , ne feroit- elle pas , avec d'au
tres circonftances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices
anciens ; & ceux, qu'ils font tous les jours,
en font la preuve : mais ils n'ont pû jufqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à au
eun Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices, le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'une
Place auffi belle, que le goût du tems le permettoit
. Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place. Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
NOVEMBRE. 1748. 4T
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous parciffez auffi appréhender d'empiéter
für les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être .J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très - flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe.
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reste
de la Nation , ne feroit- elle pas , avec d'autres
circonstances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices .
anciens ; & ceux, qu'ils font tous les jours ,
en font la preuve : mais ils n'ont pû jufqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à aueun
Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices, le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'une
Place auffi belle, que le goût du tems le permettoit
. Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place . Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
42 MERCURE DE FRANCE.
l'on a en même-tems traversé la Riviere ,
pour y faire d'un Fauxbourg une nouvelle
Ville , plus belle que tout le refte , & pour
laquelle on demande encore une nouvelle
Place. Je ne parle pas des dehors du Boulevard
, où, fous le nom de Petites Maifons
, nous voyons tous les jours s'élever
de nouveaux Edifices , qui feuls fuffiroient
pour former une très belle Ville. Qu'on
laiffe faire notre inconftance ; Paris , en
fuivant toujours le cours de la Riviere ,
ira toujours en augmentant , & on pourra
lui donner huit ou dix lieues de circuit,fans
qu'on parvienne à en faire cette belle Ville
que vous défirez. Ce ne fera jamais qu'un
mêlange confus de mafures & de Palais ,
Monumens éternels de notre opulence ,
qui feront auffi peu d'honneur à notre goût
qu'à notre raifon . Les Particuliers , dont
les maifons fucceffivement deviennent défertes
& inhabitables , verront dans la fuite
des tems périr avec leurs fortunes les
fruits de leur travail & de leur goût pour
les Arts.
L'indulgence & la douceur de notre
Gouvernement ont laiffé un libre cours à
ce défordre , qui ne va pas moins au détriment
de l'intérêt public de l'Etat & des
Arts , qu'à la ruine des Particuliers . Le
moyen qu'un Etat conferve fon opulence ,
NOVEMBRE. 1748. 43
quand on l'employera fans ceffe à des Bâtimens
qui dépériffent journellement , les
uns après les autres , par les caprices de la
mode ? Et le moyen qu'une Ville acquié
re le dégré de perfection néceffaire à ſa
beauté , tant qu'on l'étendra & qu'on la
prolongera par des efpaces indéterminés
comme nous le voyons tous les jours ?
Que les fages Reglemens pour borner
Fenceinte de Paris foient exactement obfervés
; que les grands Seigneus fe fixent
dans un Quartier ; que les gens riches fe
déterminent fur le choix d'un autre , dont
ils ne s'écarteront pas ; qu'ils y bâriffent
folidement : alors leurs fortunes ne fe diffiperont
plus , & Paris acquerera , furtout
dans cet heureux tems de paix , tout le
luftre & toute la magnificence que demande
la Capitale du plus grand Empire de
l'Europe.
Ne font- ce pas- là , Monfieur , les abus
dont intérieurement vous gémiffez , & auquel
vous voudriez pouvoir remedier comme
bon Citoyen ? Vous avez pû remarquer,
auffi-bien que moi, qu'on nerencontre
prefque point d'échafauds de Maçons
dans la Ville de Rome , parce qu'on l'a
bien bâtie une bonne fois pour toutes , &
que la mode n'y change point,comme chés
44 MERCURE DE FRANCE.
nous , ni pour les maiſons ni pour
Quartiers.
les
Voyons encore fi je vous ai entendu ,
quand vous parlez de rendre Paris à peu
de frais la plus belle Ville du monde. Ñ’avez-
vous pas voulu dire qu'il falloit chercher
, autant qu'il fe pourroit , à tirer parti
de fes avantages dans l'état où il eſt actuellement
? En voici trois moyens qui me
font venus dans l'efprit , en attendant qu'il
vous plaife de nous communiquer vos
idées , auxquelles je ferai toujours prêt de
foumettre les miennes.
Le premier eft de faire des alignemens
réguliers. Le fecond eft de former des
quarts de rond aux encoignures de quelques
carrefours , & le troifiéme , de faire
un certain nombre de petites Places.
Quand je demande des alignemens , ce
n'eft pas que je ne fçache bien quels font
les efforts que font nos Magiftrats de Police
pour redre fer les rues de Paris ,& queb
les difficultés fe rencontrent très -fouvent
dans l'exécution ; mais on pourroit remédier
aux inconvéniens qui fe préfentent ,
en fe contentant de redreffer de diftance
en diftance les rues les plus tortueufes ,
dans les endroits où l'on trouveroit le plus
d'avantage & de facilité . Ne pourroit- on
NOVEMBRE. 1748 35
Ayant enfuite avoué que les combats militaires
procurent quelquefois de grands
avantages à l'Etat , il fe borna à foutenir
que , dans un ordre fupérieur , les combats
littéraires produifent de femblables effets
Ils font établis pour nous maintenir dans la
poffeffion des biens qui appartiennent à la plus
noble portion de nous mêmes ; ils étendent communément
les efprits d'un Pays , à peu près
comme un Conquerant en étend les bornes : ils
fervent à réprimer les attentats de l'ignorance
& du mauvais goût , ennemis de la Patrie ,
d'autant plus dangereux , que ce font des ennemis
domestiques , &c. Enfin M. L. B. compara
nos combats littéraires avec ceux qui
furent en ufage chés les Grecs & chés les
Romains , & il établit que les Couronnes
diftribuées dans nos Académies ont des
caractéres finguliers , qui doivent leur mériter
la préference dans notre eftime . Les
Couronnes y font réfervées au génie & aux
talens , qui loin d'y tenir le fecond rang ,
comme chés les Anciens , ont feuls le droit
d'y enlever les fuffrages : les Auteurs y
font affujettis à traiter des matieres qui s'affortiffent
à la dignité de leur Art ; & à
cette occafion M. L. B. juftifia les Modernes
du reproche qu'un Etranger leur a fait
de négliger la fcience des moeurs. On nous
que Les anciens Philofophes étoient en dit
B vj
46 MERCURE DE FRANCE.
fonçant plus ou moins ces quarts de rond,
fuivant que le befoin l'exigeroit pour la
régularité du
coup d'oeil.
Que l'on décore ces encoignures de Refans
, de Boffages , de Pilaftres , de Cariatides
, de Balcons plus ou moins faillans, &
d'autres ornemens bien ménagés , on fera
de ces carrefours de petites Places trèsagréables
à la vûë & d'une très- grande
utilité , tant pour la circulation des gens
de pied , dont la vie fera moins en rifque ,
que pour la circulation des voitures.
Ces efpeces de Places ne font point encore
toutes celles que j'ai projettées ; il en
faudroit d'autres plus fpacieufes, telles que
vous en avez vû plufieurs, qui contribuent
beaucoup à l'embelliffement de Rome, & à
la commodité de fes habitans . Je vous indiquerai
dans un moment une de ces Places
qu'on pourroit faire. Si je me promenois
avec vous dans Paris , je voudrois vous en
montrerbeaucoup d'autres auffi aifées à exécuter,
& dont la dépenfe n'exigeroit que le
facrifice d'un petit nombre de Maifons prefqu'en
ruine , qu'il faudroit achever de démolir
:par ce moyen on découvriroit de
très-beaux Edifices , qui font, pour ainfi dire,
enterrés & abfolument perdus pour
nement de Paris. Ailleurs nous trouvel'orNOVEMBRE.
1748. $7
Phonneur de la Nation , les Difcours que les
Académies couronnent , pourront ainfi faire
un jour , comme un corps de régles & de loix ,
dans lequel nos Neveux apprendront en même
tems à bien parler , à bien écrire à bien
vivre.
En approfondiffant toujours fa
derniere comparaifon , M. L. B. ajouta
que les Arrêts qu'on prononce dans les
Tribunaux Académiques , font le fruit
d'un mûr examen & d'une exacte difcuffion
, & qué les Auteurs , qui fouhaitent
d'y remporter des prix , peuvent le faire ,
fans s'expofer comme dans les anciens
jeux , à la cruelle alternative de fortir du
combat , couverts de gloire ou d'ignominie.
¿
>
Le R. P. Lombard , Jefuite , connu déja
par feize prix qu'il a remportés dans differentes
Académies , s'étant déclaré l'Auteur
du Difcours & de l'Ode aufquels l'Académie
a adjugé le Prix d'Eloquence de
cette année & le Prix réfervé , il reçut les
prix de la main du Directeur , & il prononça
un ingénieux Difcours de remerciment
à l'Académie.
48 MERCURE DE FRANCE.
auxquels elles nous conduiſent . Je n'irai
pas bien loin de ce Quartier , pour vous
faire voir comment on peut à bon marché
faire fans aucune conftruction nouvelle
une jolie Place d'une grandeur raifonna
ble. Allons dans la rue S. Guillaume au
Fauxbourg S. Germain . Détruifons, en Citoyens
econômes & bien intentionnés , les
maifons qui font entre cette rue & la ruë
des Saints Peres . L'acquifition n'en fera
pas ruineufe ; dès lors j'aurai d'un côté
I'Hôtel de Mortemart & celui de M.le Procureur
Général ; le côté de la rue S. Dominique
me donnera l'Hôtel de Matignon
& je préfenterai pour objet à ces Maifons
& à ma petite Place le nouveau Portail de
la Charité.
Je ne finirois pas fi je voulois vous dire
toutes les idées qui me viennent quelquefois
en me promenant dans Paris , mais
yous verriez toujours que je ne veux point
le ruiner , en cherchant à l'embellir . La
Ville , avec une dépenfe modique , pourroit
faire les avances néeffaires pour parve
nir aux réformes que je propofe . Qu'on
foit attentif à obferver quels font les Particuliers
qui ont des Maifons fur la ruë
dont les façades font défagréables , ou qui
youdront bâtir dans de certains points de
vûe favorables à la décoration de Paris ;
qu'on
NOVEMBRE. 1748 . 42
qu'on leur diftribue à propos quelques
fommes pea confidérables , pour
, pour les engager
à orner leurs Maifons au dehors , d'un
joli morceau d'Architecture , & nous parviendrons
bien- tôt au but qui fait l'objet
de nos voeux. Tous ceux qui s'intéreffent
à la gloire de notre Capitale & à la perfection
des Arts , feront également fatisfaits.
Que la Ville achete encore les Maiſons
qui avoifinent les Places qu'elle projettera
de former par de fimples démolitions ;
l'augmentation de valeur, que ces Maiſons
acquereront par là , pourra l'indemnifer
du prix des Maiſons qu'elle aura détruites
pour y parvenir.
Ainfi vous auriez eu très - grande raifon ,
à tous égards , de dire que fi l'on vouloit ,
on pourroit faire de Paris , à peu de frais ,
la plus belle Ville du monde. Je ne fçais .
fi je fuis bien entré dans vos vûes . Du
moins fçachez-moi quelque gré de mon
zéle & de mes bonnes intentions , & føyez
perfuadé de tous les fentimens avec lefquels
je fuis , Monfieur , votre , & c.
C
40 MERCURE DE FRANCE.
Sontibus attonitis animorum vulnera nudas ,
Vulneribufque pius rores infundis amicos.
Infidet omnipotens victrici Gratia linguæ ,
Quæ fenfus hebetat ; verbo nubem eripis ; alma
Lux tandem exoritur , turbato pectore pallet
Impius , agnovitque Deum , ingemuitque relicto.
Plura & adhuc , Venerande Pater , celebranda fuperfint
,
Sed vires pudor infringit , cantufque coercet .
அ
SECONDE Lettre à l'Auteur de celle
imprimée dans le Mercure de Juillet 1748 ,
page 147 , fur le projet d'une Place pour
la Statue du Roi,
E n'attends pas votre réponse à ma premiere
Lettre , Monfieur. En voici une
autre, pour vous demander quelques éclairciffemens
au fujet de la feconde partie de
votre Lettre. Vous y donnez des idées
très-juftes fur les moyens aifés d'embellir
une Ville ; mais il femble que vous ne vouliez
pas expliquer les caufes , qui jufqu'ici
fe font oppofées à l'embelliffement régutlier
& à la perfection de la Ville de Paris ,
où vous ne trouvez point cet heureux accord
du tout avec fes parties , principe
NOVEMBR E. 1748 . 4t
conftant & invariable de la beauté , en
quelque genre que ce foit.
Vous parciffez auffi appréhender d'empiéter
fur les droits des Architectes , en
propofant de rendre Paris auffi beau qu'il
pourroit l'être .J'effayerai donc de deviner
ce que vous auriez dit pour le moins auffi
bien que moi , & je ferai très - flatté , fi je
puis me rencontrer avec vous en quelque
choſe .
L'inconftance & la légereté naturelle des
Parifiens , en cela plus François que le reſte
de la Nation , ne feroit - elle pas , avec d'au
tres circonftances , une des principales caufes,
qui les a empêchés de faire de leur Ville
la plus belle Ville du monde ? Ils n'ont
manqué ni d'opulence ni de goût , pour
bâtir le nombre immenfe de leurs Edifices
anciens ; & ceux , qu'ils font tous les jours ,
en font la preuve : mais ils n'ont pû juſqu'ici
fe fixer à aucun centre de réunion , à au
eun Quartier. Autrefois ils avoient pris ,
pour conftruire leurs plus beaux Edifices , le
Quartier S.Antoine, que l'on a décoré d'unẹ
Place auffi belle , que le goût du tems le permettoit.
Ils ont paffé depuis au Quartier de
Richelieu ; nouveaux bâtimens fans nombre
, & nouvelle Place . Ces deux Quartiers
ont cédé à celui de la Porte S. Honoré ,
aux environs de la Place de Vendôme , &
42 MERCURE DE FRANCE.
l'on a en même- tems traversé la Riviere ,
pour y faire d'un Fauxbourg une nouvelle
Ville , plus belle que tout le refte , & pour
laquelle on demande encore une nouvelle
Place. Je ne parle pas des dehors du Boulevard
, où, fous le nom de Petites Maifons
, nous voyons tous les jours s'élever
de nouveaux Édifices , qui feuls fuffiroient
pour former une très belle Ville . Qu'on
laiffe faire notre inconftance ; Paris , en
fuivant toujours le cours de la Riviere ,
ira toujours en augmentant , & on pourra
lui donner huit ou dix lieues de circuit ,fans
qu'on parvienne à en faire cette belle Ville
que vous défirez . Ce ne fera jamais qu'un
mêlange confus de mafures & de Palais ,
Monumens éternels de notre opulence ,
qui feront auffi peu d'honneur à notre goût
qu'à notre raifon . Les Particuliers , dont
les maifons fucceffivement deviennent défertes
& inhabitables , verront dans la fuite
des tems périr avec leurs fortunes les
fruits de leur travail & de leur goût pour
les Arts.
L'indulgence & la douceur de notre
Gouvernement ont laiffé un libre cours à
ce défordre , qui ne va pas moins au détriment
de l'intérêt public de l'Etat & des
Arts , qu'à la ruine des Particuliers. Le
moyen qu'un Etat conferve fon opulence ,
NOVEMBRE. 1748. 43
quand on l'employera fans ceffe à des Bâtimens
qui dépériffent journellement , les
uns après les autres , par les caprices de la
mode ? Et le moyen qu'une Ville acquié
re le dégré de perfection néceffaire à fa
beauté , tant qu'on l'étendra & qu'on la
prolongera par des efpaces indéterminés ,
comme nous le voyons tous les jours ?
Que les fages Reglemens pour borner
F'enceinte de Paris foient exactement obfervés
; que les grands Seigneurs fe fixent
dans un Quartier ; que les gens riches fe
déterminent fur le choix d'un autre , dont
ils ne s'écarteront pas ; qu'ils y bâtiffent
folidement : alors leurs fortunes ne fe diffiperont
plus , & Paris acquerera , furtout
dans cet heureux tems de paix , tout le
luftre & toute la magnificence que demande
la Capitale du plus grand Empire de
l'Europe.
Ne font- ce pas- là , Monfieur , les abus
dont intérieurement vous gémiffez , & auquel
vous voudriez pouvoir remedier comme
bon Citoyen ? Vous avez pû remarquer,
auffi-bien que moi , qu'on ne rencontre
prefque point d'échafauds de Maçons
dans la Ville de Rome , parce qu'on l'a
bien bâtie une bonne fois pour toutes , &
que la mode n'y change point,comme chés
44 MERCURE DE FRANCE .
> nous ni pour les maiſons ni pour les
Quartiers.
Voyons encore fi je vous ai entendu ,
quand vous parlez de rendre Paris à peu
de frais la plus belle Ville du monde . Ñ'avez-
vous pas voulu dire qu'il falloit chercher
, autant qu'il fe pourroit , à tirer parti
de fes avantages dans l'état où il eſt actuellement
? En voici trois moyens qui me
font venus dans l'efprit, en attendant qu'il
vous plaife de nous communiquer vos
idées , auxquelles je ferai toujours prêt de
foumettre les miennes.
Le premier eft de faire des alignemens
réguliers. Le fecond eft de former des
quarts de rond aux encoignures de quelques
carrefours , & le troifiéme , de faire
un certain nombre de petites Places.
Quand je demande des alignemens , ce
n'eft pas que je ne fçache bien quels font
les efforts que font nos Magiftrats de Police
pour redreffer les rues de Paris , & queb
les difficultés ſe rencontrent très-fouvent
dans l'exécution ; mais on pourroit remédier
aux inconvéniens qui fe préfentent ,
en fe contentant de redreffer de distance
en diftance les rues les plus tortúeufes ,
dans les endroits où l'on trouveroit le plus
d'avantage & de facilité. Ne pourroit - on
NOVEMBRE . 1748. 45
pas même fauver les défauts d'alignement
par quelque petite Fontaine , par quelque
Colonne , ou par quelqu'autre artifice ingénieux
, femblable à ceux que le Notre ,
ce Créateur de l'Art de nos Jardins , avoir
employés fi habilement pour rectifier à la
vue des inégalités de terrain , & des allées
ou des terraffes , qui ne pouvoient être
exactement alignées ? Ne feroit- ce pas- là
cette magie heureufe que vous auriez en
vûe? Vous tâcheriez fans doute de faire
trouver , au bout des alignemens que l'on
prendroit , les plus belles Maifons , les plus
belles Eglifes & autres Edifices , comme
les Jardiniers cherchent à faire tomber
leurs allées vis à- vis d'un Clocher , d'une
Maifon , d'un Moulin , d'un Canal , d'un
bouquet de bois éloigné , ou de tout autre
point , dont le coup d'oeil foit agréable . Il
ne faut pas douter que les Architectes
ne trouvaffent autant de reffources dans
les rues de Paris pour fon embelliffement
que les Jardiniers ou Architectes des Jardins
en trouvent dans les Campagnes
en
pour l'agrément d'un Jardin ou d'un Parc.
Les arrondiffemens ou Tours creufes que
je propofe , pourroient , s'ils étoient pris
avec art , rectifier en partie les deffauts inévitables
de certains alignemens , en ren46
MERCURE DE FRANCE.
fonçant plus ou moins ces quarts de rond,
fuivant que le befoin l'exigeroit pour la
régularité du
d'oeil.
coup
Que l'on décore ces encoignures de Refans
, de Boffages , de Pilaftres , de Cariatides
, de Balcons plus ou moins faillans, &
d'autres ornemens bien ménagés , on fera
de ces carrefours de petites Places trèsagréables
à la vûë & d'une très - grande
utilité , tant pour la circulation des gens
de pied , dont la vie fera moins en rifque ,
que pour la circulation des voitures .
Ces efpeces de Places ne font point encore
toutes celles que j'ai projettées ; il en
faudroit d'autres plus fpacieuſes, telles que
vous en avez vû plufieurs, qui contribuent
beaucoup à l'embelliffement de Rome , & à
la commodité de fes habitans. Je vous indiquerai
dans un moment une de ces Places
qu'on pourroit faire. Si je me promenois
avec vous dans Paris , je voudrois vous en
montrerbeaucoup d'autres auffi aifées à exécuter,
& dont la dépenfe n'exigeroit que le
facrifice d'un petit nombre de Maifons pref
qu'en ruine , qu'il faudroit achever de démolir
par ce moyen on découvriroit de
très-beaux Edifices, qui font, pour ainſi dire,
enterrés & abfolument perdus pour l'ornement
de Paris. Ailleurs nous trouveNOVEMBRE
. 1748. 47
"
*
tions de grandes & belles rues terminées
par des bâtimens qui les deshonorent , &
notre imagination auroit bientôt jetté
par terre les pans de murs extérieurs , pour
y faire une ample façade décorée , à peu.
de frais , d'une très-bonne Architecture. Je
pourrois citer les Quinze- Vingts ,ſi je ne fçavois
les beaux projets que l'on a conçus à
cet égard , mais je vous parlerai de la rue
de la Féronnerie. Cette rue très - bien bâtie
d'un côté , & très-bien alignée , préfente
en face , à qui veut entrer dans la ruë faint
Denis un pan de Maiſons de bois pourri ,
garni de briques , qui me choque toujours,
Avec deux mille écus,on y fera une façade
qui fatisfera la vûe, dès qu'on fera forti de
la ruë S. Honoré , & tant qu'on marchera
le long de la rue de la Féronnerie, Dans
d'autres endroits au contraire , nous ver
rions des rues droites & spacieufes , terminées
par des Edifices admirables , telles
que la rue de Tournon par le Luxembourg,
dont l'entrée & les côtés font bordés de
Maifons qu'on ne fçauroit voir fans indi
gnation. Alors nous en détruirions les faces
, pour en fubftituer d'autres , qui feroient
mieux afforties à ces beaux Bâtimens
*
Par M. des Touches , jeune Architecte , pleim
de génie.
48 MERCURE DE FRANCE.
auxquels elles nous conduifent . Je n'irai
pas bien loin de ce Quartier , pour vous
faire voir comment on peut à bon marché
faire fans aucune conftruction nouvelle
une jolie Place d'une grandeur raiſonnable.
Alions dans la rue S. Guillaume au
Fauxbourg S. Germain. Détruifons , en Citoyens
oeconômes & bien intentionnés , les
maifons qui font entre cette rue & la ruë
des Saints Peres . L'acquifition n'en fera
pas ruineufe ; dès lors j'aurai d'un côté
I'Hôtel de Mortemart & celui de M.le Procureur
Général ; le côté de la rue S. Dominique
me donnera l'Hôtel de Matignon ,
& je préfenterai pour objet à ces Maifons
& à ma petite Place le nouveau Portail de
la Charité .
Je ne finirois pas fi je voulois vous dire
toutes les idées qui me viennent quelquefois
en me promenant dans Paris , mais
yous verriez toujours que je ne veux point
le ruiner , en cherchant à l'embellir . La
Ville , avec une dépenfe modique , pourroit
faire les avances néeffaires pour parve
nir aux réformes que je propofe. Qu'on
foit attentif à obferver quels font les Particuliers
qui ont des Maiſons fur la ruë
dont les façades font déſagréables , ou qui
youdront bâtir dans de certains points de
vûe favorables à la décoration de Paris ;
qu'on
NOVEMBRE . 1748. 49
qu'on
on leur diftribue à propos quelques
fommes pea
confidérables , pour les engager
à orner leurs Maifons au dehors , d'un
joli morceau d'Architecture , & nous parviendrons
bien-tôt au but qui fait l'objet
de nos voeux. Tous ceux qui s'intéreſſent
à la gloire de notre Capitale & à la perfection
des Arts , feront également fatisfaits.
Que la Ville achete encore les Maifons
qui avoifinent les Places qu'elle projettera
de former par de fimples démolitions ;
l'augmentation de valeur, que ces Maiſons
acquereront par là, pourra l'indemnifer
du prix des Maifons qu'elle aura détruites
pour y parvenir.
Ainfi vous auriez eu très - grande raifon ,
à tous égards , de dire que l'on vouloit ,
on pourroit faire de Paris , à peu de fraïs ,
la plus belle Ville du monde . Je ne ſçais.
fi je fuis bien entré dans vos vûes. Du
moins fçachez- moi quelque gré de mon
zéle & de mes bonnes intentions , & føyez
perfuadé de tous les fentimens avec lefquels
je fuis , Monfieur , votre , &c.
C
so MERCURE DE FRANCE,
XXXXXXXXXXXXXX
EPITRE
AM. P ***
LA plus vive amitié pour toi ſe fait entendre ;
Tu ne peux, cher Tircis, en concevoir l'ardeur ,
Non , jamais d'une voix plus tendre
Elle ne parla dans mon coeur .
Mais quand je fuis de feu , tu ne fens que froideur,
L'Amour feul occupe ton ame ;
C'est lui qui te meut , qui t'enflâme ,
Et tu n'écoutes que fa voix.
Efclave des plus dures loix ,
Ton coeur chérit fa fervitude ,
Et pour plaire à l'objet dont il a fait le choix ,
Nul foin ne lui paroît trop rude .
Les vers , l'éloquence , l'étude ,
N'ont plus pour toi cette douceur,
Dont tu m'as fi fouvent vanté l'attrait Alateur.
Dans tes yeux égarés on lit l'inquiétude.
Abfent d'Amarillis , tu prens un air rêveur
Ton ame en proye à la langueur ,
Ne cherche que la folitude.
Racine , Voltaire & Boileau ,
r ;
Semblent avoir perdu ce qu'ils avoient de beau ,
Et tu laiffes dans la pouſſiere
NOVEMBRE. 1748.
5x
Boffuet , Fénelon , Rouffeau.
Pour te dérober la lumiere ,
L'Amour t'a t'il mis fon bandeau ?
Ou pour éclairer ta carriere ,
1
Ne choifis-tu que fon flambeau ?
Si le vice t'endort , que la vertu t'éveille.
Afa divine voix daigne ouvrir ton oreille.
Faut- il , pour goûter les plaifirs ,
Se livrer à tous les défirs ?
Aux dépens des vrais biens faut- il fe fatisfaire ?
Quand l'honneur a parlé, le penchant doit ſe taire.
Que ne puis - je , rompant le charme féducteur ,
Qui de la volupté te cache la laideur
Sous une trompeuſe apparence ,
Te rendre , cher ami , cette aimable innocence ;
Qui feule fait notre bonheur !
Quoiqu'Ovide en ait dit , l'amour n'eft qu'une
yvreffe ,
Dont le coeur eft trop agité ,
Et qui montre notre foibleffe .
La paifible amitié n'a pas moins de tendreffe ,
Mais a plus de folidité ;
Tout ce qu'approuve la ſageſſe
Affûre la félicité.
Ainfi donc , cher Tircis , que con ame égarée ,
De l'aimable vertu pratique la leçon.
L'homme vivroit encor fous l'empire de Rhée ,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Si le vice odieux n'infectoit la raiſon.
Pervertiffant ce que nous fommes ,
Il femble en animaux avoir changé les hommes.
Mais ne vas point auffi , trop follement épris
De l'éclat féduifant d'une vaine fumée ?
Eternifer par tes écrits
Ton amour pour la Renommée.
Rien n'eft plus dangereux qu'un nom trop tôt
connu .
Dès que la nouvelle eſt ſemée
Qu'au pied du Mont facré vous êtes parvenu ,
Soudain de mille Auteurs la troupe envenimée ,
Pour vous mieux décrier, vous prête leurs travers,
Et du plus noir venin , dont l'envie eft armée
Leur effain infecte les airs.
Quoi ! faut- il , enyvré d'une vaine fumée ,
Et conduit par la vanité ,
·
Au chimérique efpoir de l'immortalité
Immoler fon repos , fon bonheur & fa vie ?
Faut-il , pour obtenir de l'encens , des Autels ,
Sous un joug rigoureux affervir fon génie ?
Faut- il pallier fa folie ,
Pour rendre fages les mortels ?
L'Ecrivain , le Guerrier , s'ils vouloient bien m'en
croire ,
Par leurs feules vertus feroient grands & fameux ,
Up Héros, qui de fang a couvert la victoire ,
N'eftpour moi qu'un objet affreux .
NOVEMBRE.
1748. 53
r
Quoi ! de l'humanité faut-il rompre les noeuds ,
Pour immortalifer ſa gloire ?
Faut- il ; pour briller dans l'Histoire ,
Et pour graver fon nom au Temple de Mémoire ,
Faire d'illuftres malheureux ?
A Geneve le 26 Septembre 1748 .
இரு
甸甸
REPONSE aux Questions propofées dans
le Mémoire inferé dans le Mercure de
Septembre 1748 , à l'occafion du Projet
d'une Mefure univerfelle.
PREMIERE QUESTION.
Ette longueur ( celle du Pendule à
fecondes fous l'Equateur ) eft - elle actuellement
la même fous toute la circonfétence
de l'Equinoxial , en Amérique , en
Afrique & en Afie ?
Réponse.
Il faut diftinguer ici la queftion de fait
& la queftion de droit. Quant au fait ,
pour l'affûrer comme vérité d'expérience ,
il faudroit avoir fait cette expérience fous
la Ligne en Afrique & en Afie , comme on
l'a faite fous la Ligne en Amérique. Quant
au droit , il n'y a aucune raifon de douter
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
que la longueur du Pendule , qui bat les
fecondes fous l'Equateur , ne foit la même
à tous les points de ce cercle à la même
hauteur au - deffus de la furface de la Mer.
La longueur du Pendule à fecondes doit
être la même partout où la pefanteur fera
la même , & dans tous les fyftêmes la pefanteur
d'un corps quelconque fera la
même à la même diſtance du centre de la
terre, Donc , & c .
SECONDE QUESTION.
La longueur du Pendule fous l'Equinoxial
& fous les divers paralleles Auftraux
& Boréaux , eft - elle invariable , malgré le
cours des fiécles ?
Réponse.
Tant que les loix fondamentales de la
Nature , telles que celles de la gravité , ne
feront pas bouleverfées , la longueur du
Pendule à fecondes , qui ne dépend que
de la gravité , reftera la même dans les
mêmes lieux . Il eft vrai que dans le fyftême
de la gravitation univerfelle , les Planettes
s'attirant mutuellement & inégalement
fuivant leurs changemens de diftance
mutuelle , il femble que les mêmes caufes,
qui peuvent troubler dans quelques cas
l'uniformité du cours des Planettes , doi
NOVEMBRE . 1748. 55
vent produire quelque variation dans les
Phénoménes de la pefanteur fur la furface
même des Planettes , mais la difference de
pefanteur que la plus grande proximité du
Soleil , de la Lune ou des autres Corps céleftes
, peut produire fur la furface de la
terre, peut être regardée comme une quantité
infiniment petite & par conféquent
nulle , furtout dans le Phyfique ; la raiſon
en eft que fuivant les loix de la gravitation ,
un corps quelconque ,& furtout un très petit
corps
, voifin de la furface de la terre ,
tel que le poids fufpendu au fil du Pendule
d'expérience , eft infiniment plus attiré
par la maffe de la terre, que par tous les autres
Aftres , quand leur action feroit réunie
dans une même direction. L'expérience
vient ici à l'appui du raiſonnement ;
elle n'a jamais fait appercevoir aucune difference
fenfible dans la longueur du Pendule
à fecondes , éprouvée dans le même
lieu. M. Bouguer , un des Académiciens
qui ont fait le voyage à l'Equateur , s'en eft
affûré par des experiences faites exprès à
Quito dans les differentes faifons de l'année.
Il n'y auroit, dans le Syfteme de Newton,
que la rencontre d'une Cométe qui pût
altérer fenfiblement les loix de la pefanteur
fur la terre. En ce cas fi la Cométe ne
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE .
faifoit que paffer près de nous , ce changement
ne feroit que paffager , mais fi elle
heurtoit notre Globe , il y arriveroit vraifemblablement
des changemens , tels que
perfonne n'y pourroit plus regretter la
perte de la mefure du Pendule.
TROISIEME QUESTION.
J
Une maffe déterminée d'un poids connu
, par exemple de trois marcs , tanfportée
d'un parallele à un autre , y conferverat'elle
fa pefanteur identique de trois marcs?
Réponse.
Cette queftion & la fuivante donnent
lieu de croire que celui qui la propoſe , ou
s'eft mal expliqué , ou n'eft pas parfaitement
au fait de la matiere dont il s'agit.
Un corps quelconque , & pour prendre
l'exemple propofé , un corps qui peferoit
trois marcs à Paris , étant tanfporté fous la
Ligne équinoxiale , perdra , fans contredit,
une partie de fon poids , puifqu'il eft prouvé
par les expériences du Pendule , faites
à differentes latitudes , que la pefanteur
diminuë en approchant de l'Equateur. Cependant
ce même corps , tranfporté fous la
Ligne , y fera en équilibre avec le même
poids, qui aura fervi à le mefurer en France
, puifque le contrepoids perdra autant
NOVEMBRE . 1748. 57.
de fa pefanteur dans le tranfport , que le
corps pefe.
QUATRIEME QUESTION.
Le Pendule fimple auroit-il la propriété ,
d'avoir des vibrations de même durée , foit.
au pied , foit au fommet de la plus haute
montagne , fous le même parallele , en y
fuppofant la même température d'air, quoiqu'il
n'ait point cette propriété , c'eft-à - dire
, quoique la durée de fes ofcillations
varie au niveau des Mers fous divers paraileles
?
Réponse.
On appelle Pendule fimple un poids fuf.
pendu à un fil délié , dont la pefanteur eft
comme nulle à l'égard du poids fufpendu .
On appelle Pendule compofé , celui dont
la pefanteur eft répartie dans toute fa longueur
, tel , par exemple qu'un balancier
d'horloge ou un Pendule à verge de métal.
Cette diftinction eft inutile dans le cas préfest
, quoique la queftion femble limitée
au Pendule fimple.
Geci pofé , je dis qu'il eft évident par le
raifonnement, qu'un Pendule quelconque ,
de longueur déterminée , ofcillera plus
lentement au haut d'une montagne qu'au
pied , puifqu'au fommet de la
montagne it
C v
58 MERCURE DE FRANCE ..
fera plus loin du centre de la terre. L'expérience
confirme cette vérité. Les Académiciens
, qui ont fait le voyage de l'Equaquateur
, l'ont obſervé ainfi . M. de la Condamine
a remarqué qu'un Pendule à verge
de métal , d'environ 28 pouces de long ,
faifoit en 24 heures 19 ou 20 vibrations
de plus à Quito, que fur une montagne voifine
750 toifes au- deffus de Quito . Un
même Pendule, foit fimple , foit compofé ,
n'aura donc pas une proprieté , qui impli
queroit contradiction ; telle que feroit
celle de faire des ofcillations de même durée
au pied & au fommet de la même montagne
, & la durée de fes ofcillations variera
à differentes hauteurs , à proportion de
la plus grande ou de la moindre diftance
au centre de la terre, comme cette durée
varie par la même raifon fous les differens
paralleles du Spheroide terreftre .
J'ai retranché dans l'énoncé de la queftion
précedente , pour la rendre plus fimple
& plus claire, une claufe équivoque
que l'Auteur y avoit inferée, qui eft que le
Pendule ne fait pas des ofcillations d'égale
durée en un même lieu dans les differentes
faifons de l'année. Il faut diftinguer , fi
le Pendule eft d'une matiere fur laquelle
tes differentes températures d'air agiffent
fenfiblement ; par exemple , de métal , il
NOVEMBRE . 1748. 59
changera de longueur d'une faifon à l'autre
; il fera plus court en hyver , & plus
long en été , & par conféquent fes oſcillations
ne feront pas d'égale durée dans les
differentes faiſons , quoique dans le même
lieu , mais fi le Pendule refte de la même
longueur , ou fi on a égard au changement
de longueur , caufé par fon allongement ou
fon racourciffement , alors la durée de fes
vibrations fera fenfiblement égale dans
toutes les faifons.
CINQUIEME QUESTION .
La longueur du Pendule fimple à fecondes
fous le quarante-cinquiéme parallele
Boréal & fous le quarante- cinquiéme paral
lele Auftral , eft- elle femblable effentiellement
, ainfi que la vîteffe de fes vibrations ?
Réponse.
Cela ne fera vrai que dans la fuppofition
vrai-femblable que les deux moitiés des
Méridiens terreftres ont une même courbure,
fur quoi il eft permis de former des
doutes. Auffi eft-ce une des raiſons que M.
de la Condamine allégue dans fon Mémoire
en faveur de la préférence qu'il
donne fur tout autre au Pendule équinoxial
pour en faire la mefure univerfelle.
Cette question ne peut former une objec-
C vj
60
MERCURE DE FRANCE.
tion que contre ceux qui propoferoient
pour mefure univerfelle la longueur du
Pendule de quarante cinq degrés ou d'un
autre parallele à l'Equateur.
SUR une fauffe nouvelle qui avoit été
apportée à l'Auteur , qu'un lot confidérable
lui étoit échû .
ODE
A M. de Launay , Chirurgien Jure
de Saint Côme.
Homme
généreux , fincére ,
Dont l'aimable probité
Dédaigne le ton févere
D'une fombre austérité ;
I
Cher de Launay , que mes Muſes ,
Dont quelquefois tu t'amufes ,
Te retiennent un moment.
De la fortune inconftantes
Une trahifon récente .
Caufe leur
emportement.
Du calme après la tempêtè ,
J'allois goûter le bonheur
Et déja loin de ma tête
NOVEMBRE. 1748 .
61
J'entendois le flot grondeur.
Pouffé d'un vent favorable ,.
Je crois qu'un Dieu fecourable
Veut feconder mon effort . ...
Hélas ! que j'étois peu fage !
J'ai fait un triste naufrage ,
Prefqu'en arrivant au Port,
Non, non ; ce n'étoit qu'un fonge ,
Et la fortune au coeur faux ·
Vouloit par ce beau menfonge
Endormir un peu mes maux ...
Elle amufe , la traitreffe x
Par une feinte careffe ,
Les trop crédules humains ,
Et toujours elle affaifonne
Les plaifirs vains qu'elle donne ,
De maux réels & certains .
7.30 %
Cher de Launay , je t'avouë ,
Que telle fut mon erreur ;
Je crûs que tournant ſa rouë ,
Et fenfible à mon malheur ,
Elle alloit, enfin propice ,
Pour moi fixer fon caprice ;
Mais ce trait n'eft pas nouveau ;
62 MERCURE DE FRANCE
Et c'eft proverbe fidéle ,
Que promeffe de fémelle
Doit être écrite fur l'eau.
Une dure expérience
Me prouve enfin clairement ,
Que l'aveugle confiance
Nous féduit trop aifément...
L'homme croit ce qu'il defire ;
Et charmé de fon délire ,
Il fait taire la raiſon .
Toujours d'un bien chimérique
L'efperance magnifique
L'ennyvre d'un doux poiſon.
***
'Aux flots d'une onde inconftante
L'ambitieux Nautonnier ,
Que flate une riche attente ,
Craint-il de fe confer ?
Il part avec allegreffe ;
Envain l'utile fageffe
Tâche de s'en faire oüir ;
Une riante bonace ,
En fecondant fon audace
Acheve de l'éblouir.
NOVEMBRE . 1748. 63
Mais , & perfide apparence ↓
La mer s'enfle avec fureur ,
Et des vents la violence
Jette partout la terreur ;
Une nuit épouvantable
Couvre d'un voile effroyable
Les hommes & le vaiffeau ;
Le gouffre affreux fe découvre
Et femble , lorsqu'il s'entr'ouvre ,
Leur préfenter un tombeau.
De concert avec la terre ,
L'Olympe s'arme d'éclairs .
Un formidable tonnerre
Roule avec bruit dans les airs:
Prête à les réduire en poudre,
La prompte & rapide foudre
Se trace un fentier de feu.
Alors le plus intrépide ,
Craignant le coup homicide ,
Forme un inutile voeu
Sur les ondes agitées
Volent la mort & l'effroi
Et les vagues irritées
Ne connoiffent plus de loi
64 MERCURE DE FRANCE.
Envain le Pilote lage
Met tout fon Art en uſage ,
Et fait tête à leur orgueil ;
Il céde à la violence ,
Et court avec véhémence¿
Se brifer contre un écueil..
炒菜
Hommes vains & méprifables
A quoi fervent vos projets ?
Des Deftins inexorables
Elude -t'on les arrêts ?
Quelle eft votre infuffifance !
Vous mettiez votre esperance
Dans la richeffe de l'or.
L'or vous devient inutile ,
Et la planche la plus vile
Vaut mieux ici qu'un tréfor
NOVEMBRE . 1748. 65
SEANCE publique de l'Académie
de Dijon.
E premier Mémoire , qui fut lû dans
Doyen de la Collégiale de Saint Jean . Cet
Académicien expofa d'abord que certains
vices & certains défauts peuvent être appellés
à juste titre des maladies de l'ame ,
à caufe de leur analogie avec celles du
corps. L'avarice , par exemple , peut être
comparée à la foif des hydropiques ; l'envie
, à une fiévre lente ; l'amour , à la
phrénéfie , &c .
F
que
pa-
Il fit voir qu'il y a des vices & des dé
fauts de l'ame , que l'on hérite de fes
rens , ainfi des maladies du corps ;
qu'il y en a même qui s'étendent à des
Villes , à des Provinces , à des Nations entieres
. Quelques- unes de ces maladies de
l'ame ont leur fource dans le tempéramment.
Un fils hérite fouvent de fon pere
un fang vif & bouillant , qui le rendra ,
comme lui , colére & emporté . Une fille
peut recevoir de fa mere une compléxion
qui la porte à l'amour. Ces défauts de
tempéramment font difficiles à guérir . Ils
different toutefois des maladies héréditai
66 MERCURE DE FRANCE.
res du corps , en ce que celles -ci font toutà
fait incurables , & que ceux-là peuvent
être corrigés par des efforts falutaires.
Il est d'autres défauts que nous héritons
de nos parens , quoiqu'ils ne paroiffent
pas venir du tempéramment. Ces défauts
viennent de l'éducation , & fe contractent
par imitation. Les enfans , ayant reçu de
la nature un penchant à imiter tout ce
qu'ils voyent , & n'ayant pas affés de difcernement
pour diftinguer le bien & le
mal , il faut néceffairement qu'ils copient
les modéles qu'ils ont devant les yeux ,
furtout s'ils les voyent continuellement,
On en a vû reffembler en tout aux ours ,
pour avoir été nourri avec eux. L'enfant
qui eft plus fouvent avec fon pere & fa
mere qu'avec tout autre , copiera de même
leurs vertus & leurs vices, mais plus facile
ment les uns que les autres, parce que pour
imiter le bien , il faut s'élever au-deffus du
penchant de la nature corrompuë , & que
pour imiter le mal, il ne faut que s'y laiffer
aller :l'expérience nous convainc tous les
jours de cette tranfmiffion des vices & des
défauts des parens aux enfans. Un de ces
hommes vains, tels qu'il n'eftpas rare d'en
trouver dans le monde , & furtout dans
le grand monde ; un de ces hommes , chés
qui tout refpire le fafte & l'orgueil , ne
NOVEMBRE . 1748 . 67
manque guéres d'élever celui de fes fils ,
qu'il deftine à foutenir fa Maiſon , d'une
maniere qui réponde à ſon caractére . La
mere , ordinairement auffi vaine que le
pere , fortifiera la vanité naiffante de cet
enfant par des louanges , & elle admirera
jufqu'à fes actions les plus étourdies & les
plus indifcrettes. Quel doit être un jeune
homme élevé de la forte , lorfqu'il paroîtra
fur le théatre du monde ?
Les défauts qui font propres à certains
Royaumes , à certaines Provinces , à certaines
Villes , fe contractent par le commerce
continuel que l'on a avec les com
patriotes. On prend les défauts de fa Province
, comme on en prend l'accent. Ces
défauts peuvent être comparés à la mode
à laquelle il faut fe conformer , malgré
qu'on en air. La coûtume les autorife , &
il eft difficile de fe fouftraire à ſon empire.
Une preuve que ces défauts ne viennent
que du commerce fréquent qu'on a
avec d'autres qui y font fujets , c'eft que ,
fi vous tranfplantez un enfant dès le bas
âge dans une autre Province pour y
élevé , il n'aura peut- être aucun des défauts
de fon pays natal , & peut- être il en
contracterá de totalement oppofés .
être
Si l'ame a fes maladies , elle a auffi des .
remédes pour les guérir , & des Médecins
68 MERCURE DE FRANCE:
pour difpenfer ces remédes . La Morale ;
qui eft la fcience de diriger les moeurs ,
ainfi que la Médecine , a des aphorifmes ,
des recettes , des Docteurs , entre lefquels
il y en a d'indignes de ce nom , comme
entre les Médecins il y a des Charlatans .
Le grand reméde pour préferver les enfans
des vices qu'ils contractent par la voie de
l'éducation , c'eft de ne les confier , furtout
dans les premieres années , qu'à des per→
fonnes qui n'ayent point de défauts , ou
qui fçachent au moins les cacher , s'ils ne
peuvent s'en défaire. A l'égard des défauts
qui font propres au pays où l'on eft né ,
il faut , avant toute chofe , apprendre à les
connoître de quelque étranger qui veuille
ne nous point flater , travailler enfuite à
les corriger , ou à les diminuer par le commerce
que l'on aura avec ceux qui n'en
font point atteints , & rien n'y eft plus
propre que les voyages.
M. Hoin , Académicien Penfionnaire
de la Claffe de la Médecine , kut enfuite
le Mémoire de M. Chambon , qui expli
que la tranfmiffion des maladies héréditai
res ( fujer propofé pour le Prix ) Comme
M. Chambon , autant pour fa propre gloire
que pour l'utilité du public , ne peut
difpenfer de faire imprimer fon Mémoire ,
nous n'en ferons point l'extrait . Après la
NOVEMBRE . 1748. 69
Lecture de cet ouvrage , M. Hoin en lut
un de fa façon , lequel eft divifé en trois
parties.
Dans la premiere , cet Académicien rapporte
les differentes opinions des Phyli
ciens fur la génération , & il les examine
toutes . » Les obfervations , dit - il , en ont
» fondé la plûpart , mais l'efprit de fyf-
» tême a trop dominé. Suppléant fans
» ceffe à ce qu'on n'avoit pas remarqué , il
fuppofoit des chofes , dont de nouvelles
expériences ont prefque toujours fait
>> connoître le faux ; c'eft cet efprit de ſyſ
» tême , qui a fi long- tems rallenti les progrès
de la Phyfique . Quelques décou
» vertes firent hazarder des fuppofitions
» & des conféquences , qui féduifoient
» l'Auteur , flaté de la fécondité de fon
imagination , & le lecteur , ébloui par la
» nouvelle connoiffance qu'il venoit d'ac
querir. La Phyfique , aujourd'hui moins
» hardie , chetche , obferve , examine ,
»mer à profit ce qu'elle rencontre , mais
» n'oſe aller au delà ; c'eft furtout dans les
» Académies que la Phyfique expérimentale
domine ; les travaux y tendent tous
»à l'enrichir ; le vrai n'y eft plus fuppofé ,
» on l'y démontre.
M, Hoin convient que le méchanifme
de la génération eft toûjours un mystére ,
70 MERCURE DE FRANCE.
& que l'explication de la maniere , dont
fe tranfmettent les maladies héréditaires ,
ne peut paffer tout au plus que pour vrai.
femblable , jufqu'à ce qu'on ait dévoilé
comment les deux fexes réunis concourent
à la vivification d'un être qui leur reffemble.
La feconde partie de ce Mémoire eft
une analyfe de la differtation de M. Chambon
, fur la tranfmiffion des maladies héréditaires,
Dans la troifiéme partie , M. Hoin ayant
remarqué que puifque dans la tranfmiffion
de ces maladies , le tiffu des folides , ou la
conftitution des liquides , & peut - être
P'un & l'autre , ont été viciés dès les premiers
tems du développement du foetus
, il eft difficile à la Médecine de
les guérir radicalement ; il préfente aux
hommes , deſtinés par la nature & par les
loix à devenir peres , des moyens faciles ,
trouvés en eux - mêmes , d'éviter les maladies
qui peuvent devenir héréditaires . Il
réduit à un feul principe l'art de conferver
ſa ſanté. » Il eſt conſtant , dit- il , que la
plûpart des maladies , dont les hommes
» font attaqués , ne dépendent que du
» mauvais ufage qu'ils font des chofes qui
» leur font fournies pour leur confervation.
La nature bienfaifante , en nous
NOVEMB.R E. 1748. 71
accordant ces chofes , nous a laiffé la
» liberté du choix , & des principes fûrs
» pour choisir celles qui nous conviennent.
» Comme dans le Moral la raifon nous
»décide pour le vrai , l'inftin&t dans le
Phyfique nous détermine vers les choſes
» qui nous font utiles. Les fens font faits
» pour préfenter à l'homme les objets extérieurs
, & le fentiment pour les con
» noître. La variété des impreffions de
»ces objets fur les organes des fens , differencie
nos fentimens. Ces impreffions
»confiftent dans un mouvement de nos
organes , déterminé par la préfence des
objets.
»
M. Hoin diftingue les differentes efpéces
du mouvement organique , qui excitent
toujours dans l'ame divers fentimens,
qu'il réduit à ceux de douleur & de plaifir.
La douleur annonce que le mouvement
forcé tend à détruire l'organe ; le
plaifir avertit au contraire , que l'organe a
reçu un mouvement convenable à fon bien
être. L'Auteur confeille ici de faire une
grande attention à la nature du plaifir , &
il fait voir combien il y a de fentimens ,
auxquels les vices du coeur ont attaché
fauffement ce nom. Il définit le plaifir ,
» une affection de l'ame , excitée par
» des objets qui font fur nos organes des
72 MERCURE DE FRANCE..
ور
>
impreffions douces , modérées , toujours
fuivies d'une tranquille volupté . Selon
» lui , c'eſt un ſentiment agréable qui
» émeut l'ame , fans la fatiguer; qui la flate,
»fans l'éblouir ; qui la fatisfait , fans la
» troubler ; qui ne l'enyvre point & la fait
»joüir.
و ر
7
Notre Académicien confidére un rapport
établi entre l'ame & les objets exté
rieurs. Plus ce rapport eft grand , plus les
objets excitent le fentiment agréable , toujours
attaché à l'exercice modéré , à un
mouvement déterminé de nos organes ,
& c'eft cette espéce de mouvement qui eft
néceffaire à la fanté. M. Hoin examine
les differens effets de la température dé
l'air fur l'homme , & il fait voir que l'ame
n'eft affectée gracieufement , que par l'air
temperé , qui eft le plus fain , puifqu'il eft
le feul qui excite le fentiment agréable.
Il paffe enfuite à l'exercice .
"
» Chaque organe dans l'homme a befoin
, dit-il , d'un mouvement déter-
" miné qui foit en rapport avec la confti-
» tution de cet organe . La variété des
» tempérammens , qui dépend de la diffe-
» rente fabrique des organes , empêche
» qu'on ne puiffe affigner à chacun la
quantité de mouvement qui lui eft utile.
» N'en foyez pas inquiets ; le défir annoaa
ce
NOVEMBRE . 1748. 73
ce le befoin de l'exercice , le fentiment
agréable le régle , le fatiété le fufpend.
» Suivez ces guides , ils ne vous égareront
» jamais .
"
L'Auteur entre dans le détail des differens
exercices qui font propres à chaque
âge & à chaque tempéramment , fans fixer
néanmoins le tems & la nature du mouvement
néceffaire à la fanté de chaque particulier.
fait
>>> Le fentiment agréable n'eft pas
» pour vous ( continue t'il ) gens oififs ,
» appéfantis par la molleffe & par l'indo-
» lence; votre machine eft accablée fous
"le faix des humeurs ; le reffort de vos
» folides eft embarraffé par la vifcofité de
vos fucs ; vous végetez , encore n'eft- ce
» qu'imparfaitement ; prenez de l'exercice,
» vous joüirez .
33
»
Il fait voir enfuite que les alimens font
une des choſes dont l'homme abuſe le plus.
» La fenfualité , dit- il , bien plus que l'appetit
, a recours à l'art. Ici , la nature
de l'aliment eft changée par la prépara-
» tion ; là , c'eft un mets étranger , que
la peine de l'acquerir a rendu plus pré-
» cieux ; ailleurs , c'eft un mélange inconnu
» de plufieurs mixtes , étonnés , fi j'ofe le
» dire , de fe trouver réunis. Le convive
aujourd'hui ne doit pas les reconnoître ;
"
D
74 MERCURE DE FRANCE.
→
ils font faits pour piquer fa curiofité ,
aigaifer fon appetit fenfuel, irriter les fir
bres de fon eftomac ; on les dévore . Le
gibier vient après eux offrir des fucs ,
» alcalifés par la courfe rapide de l'animal,
» que des chaffeurs infatigables ont pour
»fuivi. L'appetit eft déja fatisfait , la ſenfualité
refte.
M. Hoin paffe en revûe les differentes
maladies , fuites de l'abus qu'on fait des alimens
, foit dans leur quantité , foit dans
Jeur choix. Il obferve qu'il ferait inutile
de vouloir établir des régles de fobrieté ,
quand chacun les a chez foi. » Qu'uñ
homme , ajoute - t'il , laiffe à fon appetit
» le foin de l'inviter à manger , à fon goût
» celui de le fatisfaire ; qu'il s'arrête an
point où la feule diverfité des alimens
» commence à lui annoncer que la fenfualité
veut fe mettre de la partie : la nature
» eft contente , le fentiment agréable l'a
>>prouvé.
199
Ce Mémoire eft terminé par des réflexions
fur les paffions. En voici une générale.
» Il eft un état de plufieurs paflions
de l'ame , que le fentiment agréable ac-
» compagne toujours. Faites un pas ; l'équilibre
eft rompu , le rapport eft dé-
» truir , la paffion devient une fource de
» maladies.
39
NOVEMBRE. 1748. 75
EPITRE
AS. E. M. le Comte de Manteuffel , Mi
niftre d'Etat & du Cabinet de S. M. le
Roi de Pologne , Chevalier de l'Orde de
l'Aigle Blanc , &c. fur fon aggregation
à la Société Royale de Londres. Par M.
Formey , Sécretaire Perpétuel de l'Aca
démie de Berlin , & Membre de celle de
Pétersbourg.
I
Lluftre ami du vrai , toi , dont l'oeil pénétrant
Des chimères du fiécle apperçoit le néant ;
Toi , qui fçus de bonne heure enrichir ton génie
Des feuls tréfors qui font le bonheur de la vie ,
Et qui vois à préfent , au ſein d'un calme heu
reux * ,
Rouler avec fracas les flots impétueux
De cette mer du monde , où d'éternels orages
Produifent chaque jour de funeftes naufrages ;
Que ton fort eſt brillant ! De quel éclat ton nom
Ne refplendit- il pas au haut de l'Helicon ?
* M, le Comte de Manteuffel , après avoir été
Premier Miniftre , quitta les affaires en 1720 ,
confervant fon rang & des appointemens confidé .
rables. Depuis ce tems là il n'a ceflé de procurer
l'avancement de toutes les Sciences.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Depuis long- tems tu vis dans ce féjour des
Mufes ,
Où méprifant des Cours les déteftables rufes ,
Las de ces vils humains , dont le coeur inconftant
Yeut , ne veut pas , recherche , & fuit au mềma
inftant ;
Tu voulus couronner cette courfe éclatante ,
Que la Parque pour toi file d'une main lente ** !
Chéri , prefqu'adoré dans le facré Vallon ,
Tu vois autour de toi les enfans d'Apollon
'Attentifs à ta voix , recueillant tes oracles ,
Tout d'une voix te mettre au nombre des mirag
cles ,
Et vanter leur bonheur d'être contemporains
D'un nouveau Mécenas , ami des Souverains ,
Qui du rang, où de longs & d'importans fervices
L'ont conduit au travers de mille précipices ,
Ne voit d'objets auxquels fon grand & noble
coeur
Puiffe & doiye donner une conftante ardeur ,
Que le vrai , que le bon , que le fçavoir folide
Qui dans l'art de bien vivre eft un fidéle guide,
On les voit à l'envi , ces Sçavans refpectés ,
Que renferme la fleur des plus doctes Cités
* Leipfik .
** M. le C. de M. eft âgé de 72 ans , & jouit
P'une parfaite fanté , confervant toujours un air
un port & des graces , qui l'ont rendu le plus bel
homme & le mieux fait de fon tems .
NOVEMBRE. 1748 . 77
Déployant fous tes yeux tout ce qu'ils ont de force,
Et trouvant dans ta voix la plus puiffante amorce ,
Enfanter coup fur coup des prodiges nouveaux
Et difputer le prix , comme autant de rivaux .
Ce prix eft ton fuffrage ; heureux qui le remporte !
De l'immortalité c'eſt la plus fûre porte.
Pour l'obtenir , Winckler * de l'électrique feu
Sonde les profondeurs , & démêle le jeu.
De les doctes travaux la riche récompenfe
Eft aux yeux de Gottfched ** ta feule bienveil
lance ;
Wolffmême , ce Héros , tout couvert de lauriers,
Ce Philofophe Roi , blanchi dans les dangers ***
Qui foulant à fes pieds l'audace & l'impofture ,
Tranfmet le plus grand nom à la race future ,
Wolfreconnoît en toi , généreux Manteuffel ,
De fa pure doctrine un témoin immortel ,
Dont la main & la voix , d'un zéle infatigable
Répouffant de l'erreur le monftre formidable ,
Et le faifant rentrer dans fon obſcurité ,
Célébre Profeffeur en Phyfique à Leipfix ,
qui a fait de grandes découvertes fur l'électricité ,
encouragé furtout par M. le C. de M.
** Autre Profeffeur , qui a publié plufieurs excellens
ouvrages de Littérature , d'Eloquence , de
Poëfie , de Philofophie , & c.
*** Il n'eft pas befoin, de faire connoître M. le
Baron de Wolf . Son nom n'a d'autres bornes que
celles du monde ſçavant .
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Mettent dans tout fon jour l'aimable vérité.
Mais quoi ! ta gloire vole , & d'une aîle rapide
Franchiffant les climats & la plaine liquide ,
Va frapper les regards de ce peuple éclairé ,
Qui toujours du bon feas fut l'organe épuré.
Cette vafte Cité qu'arroſe la Tamiſe ,
Parmi tant de beautés qu'à bon droit on y prife ,
N'en a point de plus rare aux yeux de la raiſon
Que ce célébre Corps , qui n'a pour fonction
Que d'éclairer les pas de la foible ignorance ,
Ou d'accabler l'erreur avec fon arrogance.
L'ardente foif du gain ne forma point les noeuds
Par lefquels font unis ces mortels vertueux.
Trouver la vérité , connoître la nature',
C'est pour eux le feul fruit de la longue culture ,
Des travaux affidus , des foins difpendieux
Que coûte l'examen de la Terre & des Cieux.
Dans ce vrai fanctuaire , où la vertu préfide ,
Tout fembloit t'appeller . Mais quelle main t'y
guide à
C'eſt un Prince * , en naiffant , au Trône deſtiné ,
Vraiment digne du rang pour lequel il est né.
Cet augufte héritier du Sceptre Britannique ,
Inftruit de tes vertus , & par la voix publique ,
* C'eſt S. A
propofé M. le
Londres.
R. M. le Prince de Galles qui
C. de M. à la Société Royale de
NOVEMBRE. 1748. " 19
Et parmille Témoins * , Juges & Connoiffeurs ,
Grave ton nom lui -même au Temple des neuf
Soeurs.
Les faſtes immortels font ouverts . On y trace
Ce que tu fis de grand à l'Olympe , au Parnaffe ,
Et nos derniers Neveux , aux titres éminens
Dont tu fus revêtu dès la fleur de tes ans ,
Joindront avec tranfport celui que ton mérite ,
Dont l'éclat feul pour toi fans brigue follicité ,
S'eft acquis dans ce jour ou d'unanimes voeux
Ont couronné ton front d'un laurier glorieux.
Če rate évenement , de ma Mufe affoupie
Diffipant tout à coup la longue lethargie ,
Enfante ce tribut. Reconnois- y , Seigneur
Et le zéle empreffé d'un ancien ferviteur ,
Et les vrais fentimens , dont mon ame eft remplie
Depuis cet heureux tems ** , le plus beau de ma
vie,
* Candidatusfact is es in focietate noftra Regali ,
Litteras commendatitias confignantibus . Legato Regis
Dania , Legato Veneto Principe de Lobkovik , Marthione
Nicolino , Reg. Societ, prafide ipfo , Domino
Martino Jolkes , nobili viro Carolo Stanhope , Andraa
Mitchele , Illufiri Scoto , & cliente tuo , me ipfo
Societatis Secretario. Extrait de la Lettre de notifi
cation de M. Mortimer , Secretaire de la Société
Royale de Londres , à M. le C. de M. du 7 Juin
V. St. 1748.
** M. le C. de M. a demeuré à Berlin depuis
1730 juſqu'en 1740 , & c'eft pendant ces années
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ou tous les jours admis au bonheur de te voir ,
Je goûtois à long traits , du matin juſqu'au ſoir,
Cette félicité , fi rarement connuë ,
D'admirer & d'aimer la vertu toute nuë ,
Une vertu fans fard , une noble grandeur ,
Non dans de vains dehors , mais dans le fond dia
coeur ;
Un efprit ennemi des préjugés frivoles ,
Dont le peuple fçavant fe fait autant d'idoles ;
Un Sage enfin , femblable à ceux dont le Portrait
Au Portique jadis fut tracé ttait pour trait.
que l'Auteur a eu le bonheur d'avoir ces douces
liaifons avec lui.
REPONSE de M. G. à la feconde Lettre
d'un Chirurgien de Province à un Mêdecin
de Paris fur la Garance , &c . inferée
dans le Mercure du mois de Septembre
1748.
V
Ous attendriez fans doute trop
long- tems , Monfieur , fi je ne fatisfaifois
vos défirs , que lorsque l'on fera
dans l'obligation de réimprimer les obfervations
fur les plantes . Je n'ofe efperer un
tel honneur pour ce livre , & peut-être
feroit-il mieux , furtout puifqu'il vous a
NOVEMBRE. 1748. 81
déplû , dé n'avoir jamais été dans le cas
d'avoir cette efperance. Je me fervirai
pour lever vos fcrupules , de la voie que
vous avez choifie pour me les faire con-
Boître . Elle eft plus prompte & plus fûre.
La réponse que l'on a faite à votre premiere
lettre eft de main de maître. Je le
reconnois avec vous d'autant plus volontiers
qu'elle n'eft pas de moi. Sçachant
combien il étoit délicat d'entrer en lice
avec un homme comme vous , j'avois laiffé
à quelqu'autre le foin de vous répondre.
Je ne connois pas celui qui a ofé le faire.
Je me félicitois en fecret de fa hardieffe.
Je jouiffois de la tranquillité d'un homme
qui a échappé à l'ennemi , mais vous n'avez
pas pofé les armes ; vous reparoiffez
plus terrible que vous n'étiez . Je me préfente
en tremblant pour repouffer vos
coups , & je fouhaite de tout mon coeur ,
que, me regardant comme vaincu , vous me
laiffiez goûter le plaifir de vous voir fatisfait;
au moins je me procurerai dorénavant
par mon filence cette agréable illufion.
D'auffi bonne foi que vous , je ne fetai
ancune difficulté de vous imiter dans l'aveu
que vous venez de faire ; ce feroit un
crime que de ne vous pas fuivre dans une
telle démarche . Je reconnois très-volontiers
que la note de M. Duhamel , inferés
Dy
S2 MERCURE DE FRANCE.
dans les Mémoires de l'Académie , m'avoit
échapé. Lorfque M. Duhamel lut fon Mé¬
moire , je ne tenois à l'Académie que par
le défir que j'avois de me rendre capable
d'y entrer , & en écrivant ce qui a ſcandalifé
votre exactitude , je n'avois pas fous
les yeux le Mémoire en queftion . Occupé
à rendre à M. Duhamel l'honneur qui lui
étoit dû , je ne voulois rien ôter à l'Auteur
Anglois de celui qu'il méritoit , & encore
moins à ma Patrie. Vous avez , Monfieur,:
rétabli les torts que j'avois pu faire ; vous .
devez être fatisfait de ce côté , & de l'aveu
fincére que je fais de mon peu d'érudition
. Je vous laifferai toujours , Monfieur,
la noble envie d'acquerir de la gloire en
feuilletant ce que la refpectable antiquité
peut fournir d'intéreffant fur ce point .
J'efperois même que votre réplique feroit
le flambeau qui nous éclaireroit dans cette
obfcurité , qu'il eft infiniment important
de diffiper , mais cette découverte eſt réfervée
à des jours plus heureux .
En attendant vos fçavantes Recherches ,
permettez moi , Monfieur , de vous prier
de remarquer que votre exactitude vous a
manqué , en rapportant l'endroit de l'Epitre
Dédicatoire des obfervations fur les
plantes ; vous m'y faites dire » que l'honneur
que fon Alteffe vient de me faire
NOVEMBRE. 1748. 83
"
» de me. nommer fon Médecin Botaniſte
eft un des motifs qui font que j'ofe lui
offrir cet ouvrage , qui regarde les glan-.
» des des plantes & leurs vaiffeaux excré-
» toires , comme des parties dignes d'être
» obfervées & qui l'avoient peu été julqu'ici.
Votre comme ne jette pas une.
grande clarté fur ce paffage. Voici mes
termes que je reprends d'un peu plus haut.
>> L'inclination que votre Alteffe Sereniffime
» témoigne pour cette partie de l'Hiftoire.
» Naturelle , & l'honneur qu'elle vient
»de me faire, en me nommant fon Méde-
» cin Botanifte , font les motifs qui font
» que j'ofe lui offrir cet Ouvrage . Il ren
garde les glandes des plantes & leurs
» vaiffeaux excrétoires. Ces parties , dignes
→ d'être obfervées , l'avoient peu été juf-
» qu'ici. Comparez , Monfieur , cet endroit
de l'Epître Dédicatoire avec celui de
votre réplique , & lorfque vous aurez rérabli
le texte , voyez fi vous pourrez en
conclure, comme vous faites dans les juftes
demandes qui font à la fin de votre lettre
, que les parties des plantes ont été рец
obfervées. Pour moi je n'ai pas voulu en tirer
cette conclufion . Si jamais il vous ar
rivoit de découvrir quelque chofe de nou-
La Botanique.
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE,
veau fur les glandes du foye , fur celles
des reins , du pancréas , des inteftins , &c.
& que ces parties ayant réellement été peu
obfervées , vous penfiez pouvoir le dire ,
ne ririez -vous pas de la bonne dialectique
du Critique fçavant , qui viendroit à en
conclure que vous prétendez que l'oeil , le
nez , l'oreille , & en général que toutes les
parties du corps humain ont été peu obfervées
? Relifez votre feconde lettre , & ne
dédaignez pas de revoir votre Logique.
Quant àmoi , je n'ai pas douté un inftant,
que , depuis les obfervations des Modernes
, plufieurs parties des plantes étoient
très -bien connues ; mais , Monfieur , j'oferai
avancer que ces Auteurs n'ont prefque.
qu'entrevû ce qui a fait l'objet de mes recherches
. Je crois même avoir affés entré
dans l'efprit de ces grands hommes , pour
penfer que
fi ma méthode leur eût été connuë
, ils n'auroient pas avancé avec le ton
décififque vous leur prêtez , qu'elle ne condu
foit à rien.
Rappellez vous , Monfieur , les differens
fyftêmes que l'on a donnés fur les plantes ,
& vous en trouverez un où l'on a fait entrer
des parties prefqu'auffi fines que celles
dont j'ai parlé. On les a fouvent admile
caractére diftinctif entre deux pour
genres. Je n'ai pas crûpouvoir me fervir
fes
NOVEMBRE . 1748. 84.
, !
à cet ufage des feules parties que j'ai ob
ſervées . Je n'ai même pas prétendu faire
un fyftême ; le contraire fe trouve prouvé
par l'endroit de la Préface des Obfervations
fur les Plantes , p. 27 , où je dis que
je ne prétens pas en donner un nou-
» veau , mais que je me fers de l'arrange-
» ment qui m'a paru le plus naturel , pour
» faire connoître des obfervations qui
" peuvent contribuer à en former un plus
» exact & plus général . J'efpére que
vous voudrez bien , Monfieur , prendre
cet ouvrage pour ce que je le donne , pour
même ce qu'il peut valoir dans votre efprit
, & penfer que , fi j'ai parlé autre part
avec moins de ménagement , ce font
ici mes vrais fentimens. J'ofe enfin efperes
que fi jamais vous daignez vérifier mes
Obfervations , vous accorderez aux parties
des plantes , fur lefquelles je les ai faites ,
une partie de l'admiration que vous pouvez
avoir pour celles que vous connoif-
Lez.
A Paris , ce 17 Septembre 1748.
86 MERCURE DE FRANCE.
LE CONCORDAT
De l'Esprit , de la Vertu & dis
Sentiment.
A L. LEGORI E.
A. M. D.
L'Efprit , cher Licidas , ayant choiſi ſon gîte ,
S'y trouvoit fort commodément :
Près de lui le bon goût , l'agréable enjoûment ,
S'étoient rangés tout au plus vite ,
Pour écarter les ennuyeux propos ,
Difcours guindés , & fades jeux de mors .
On n'entendoit dans ce charmant azile
Rien que de fin , de galant , de fenfé ,
On n'y parloit qu'après avoir penſé ::
Méthode rare , & pourtant bien utile.
Malgré ces féduifans plaifirs ,
Qui tenoient de l'Apothéoſe ,
L'efprit trouva qu'il manquoit quelque chofe ,
Pour arriver au but où tendoient fes defirs ;
C'étoit un point de conféquence :
Il s'agiffoit d'avoir la confiance
De la Vertu , de fe l'affocier.
Car elle feule a droit d'apprécier
Le vrai bonheur , la faine renommée ;
Et pour former la réputation ,
NOVEMBRE. 1748 . 87
Il faut que l'approbation
Par fa bouche foit confirmée.
L'efprit ,pour la chercher , jufqu'au féjour des
Dieux ,
Projettoit de faire un voyage ,
Mais il la voit fur fon paſſage ;
Il reconnoît fon air affable , gracieux ,
Et comprend auffi-tôt qu'il avoit l'avantage
D'habiter dans les mêmes lieux .
En cet inftant , pour comble d'allegreffe ,
On vit , majestueufement ,
S'approcher d'eux le Sentiment
Conduit par la délicateffe.
Tous trois firent un concordat ,
Où la Raiſon fervit de Sécretaire ;
Il fut paffé fans nul débat ,
Et Licidas en eft dépofitaire :
La Prudence inſpira ce conſeil ſalutaire ,
L'affemblée applaudit , ce fut le réfultat.
Dès ce moment leur union jurée ,
Mife au jour par les plus beaux traits ,
Nous retrace le tems d'Aftrée ,
Qu'on croyoit ne révoir jamais.
Par M. S. du C
$8 MERCURE DE FRANCE.
REMARQUES CRITIQUES
fur les Differtations contenues dans les trois
premiers volumes de la nouvelle Bible.
Ome 1 , page 262. Les Grecs ( Apollodore
, I. 1. Bibliothec . c. 6 ) prétendent
qu'il y avoit des Géans dans les campagnes
Phlegnés , & dans la Ville de Pellêne.
Lifez dans les campagnes Plegrées , ou
dans les plaines Phlegréennes ( in Phlegrais
campis. )
Pellêne dont il s'agit ici , n'étoit point
une Ville ; c'étoit une péninfule ou prefqu'Ifle
de Macédoine . Lifez donc , comme
dans Apollodore , d'autres difent en Pellêne.
Pag. 264 , Ephialtes & Orion . Lifez ,
Otos , le plus beau des hommes après le célebre
Orion .
Pag. 264. Celles ( les Statues ) des ayeux
d'Hecarée , Hérodot , I. 2. c. 30 , 43 , 175 ,
176.
Ici le Differtateur s'eft trompé . Hérodote
ne dit point que ce fuffent des Statuës
des ayeux d'Hécatée. En effet , qu'avoit de
commun Hécatée de Milet avec les Statues
Coloffales de Thébes dans la haute Egypte?
Confultez Hérodote , & vous verrez comNOVEMBRE.
89 1748.
ment le Differtateur a confondu les difcours
vains d'Hécatée , qui fe difoit defcendu
des Dieux, avec les Statues Coloffales
qui fe voyoient à Thèbes.
Pag. 265. Ce crâne avoit bien onze pieds
ou onze fpithames ; la fpithame eft de douze
doigts.
quarts
: Le pied Grec eft de feize doigts ; ces feize
doigts s'évaluent à douze pouces . Or la
fpithame n'eft que de donze doigts , &
non pas de douze
elle ne fait pas
pouces ;
un pied , mais feulement les trois
d'un pied. Corrigez donc ainfi : Ce crâne
avoit bien onze pieds , ou quatorze fpitha
mes , plus huit doigts, Il arrive plus d'une
fois au Docte Pere Hardouin ( dans fes notes
für Pline ) de confondre les doigts avec
les pouces
.
Pag. 265. Orion ( liſez Otos ou Otus , frere
d'Ephialtes. Voyez Odyff. x1 . v. 310.
Pag. 268. Theutonus , lifez Theutobochus.
Pag. 269. L'homoplate , lifez , l'omoplate.
Pag. 271. Xerxès menoit à la guerre
contre les Grecs un Géant , nommé Artachorus
, haut de cinq coudées de roi , qui
font fept pieds & demi.
Lifez , 1 ° . Artachaés , comme dans Herodote
, l . 7. c . 117. 2 ° . qui font ſept pieds
& demi, plus quinze doigts. Les Grecs avoient
trois fortes de coudées : La petite , qu'ils
90 MERCURE DE FRANCE.
appelloient Pygon ; la moyenne , ou la cou
dée ordinaire , qu'ils appelloient fimplement
coudée ( x ) ou coudée moyenne,
( йU METRI ), & la coudée royale ou
coudée de roi ( 7xus Bao ï ). Hérodote
parle de la premiere , l . 2. c . 175 ; de la
feconde , 1. 2. c. 149 , & de la feconde &
de la troifiéme , l. 1. c. 178. Cinq coudées
ordinaires font fpt pieds & demi . Mais il
s'agit ici de la coudée royale , laquelle
( felon Hérodote , 1. 1. c. 178. ) avoit trois
doigts plus que la coudée ordinaire. Artachés
étant donc haut de cinq coudées
de roi , avoit fept pieds & demi , ( qui font
cinq coudées moyennes ou ordinaires )
plus quinze doigts, puifque chacune des cinq
coudées de roi avoit trois doigts plus que
la coudée moyenne ou ordinaire ; mais
ôtez en quatre doigts , car Hérodote dit
cinq coudées de roi , moins quatre doigts ( ce
que le Differtateur a omis ) ; refte donefept
coudées & demie , plus onze doigts.
Pag. 279. Hérodote ( 1. 11. ) dit qu'il y
avoit deux fortes de coudées chês les Babyloniens
; que la coudée de roi étoit plus grande
de trois doigts que l'ordinaire.Ezéchiel,
qui écrivoit en ce pays- là , avertit que
la
coudée dont il fe fervoir , étoit plus grande
que l'ordinaire d'un palme , c. 40. .5 .
& c. 43. V. 13. Nous parlerons de ces
NOVEMBRE. 1748. 91
prétendues coudées Babyloniennes après
quelques articles que nous ajoûterons ici.
Pag. 324. Au-deffus de la ( lifez dans la
& voyez Hérodote , l . 1.c. 181 ) huitiéme
& derniere tour , on trouvoit un grand
Temple.
. Je dirois une grande Chapelle. Dans une
tour un Temple ! Et dans cette tour au huitiéme
étage , un grand Temple ! Cela eft- il
vrai- femblable ? N'eft ce pas affés d'une
grand: Chapelle ?
Plus bas dans le même Temple Plus bas
femble dire un peu plus bas que le huitième
étage , au lieu qu'Hérodote ( I. 1. c. 183 )
dit en bas. Lifez donc en bas.
Pag. 380 & 388. Thermodoon , lifez
Thermodon.
Tom. 2 , pag. 533. Hérodote intitula les
neuf livres de fon Hiftoire du nom des
neuf Muſes.
Le fait que le Differtateur avance ici ,
eft plus que douteux . Je crois qu'on peut
prouver qu'Hérodote ne fut jamais fi préfomptueux,
& que ce furent les Auditeurs,
qui il lut fon ouvrage , ou les Lecteurs
qui donnerent les noms des neuf Mufes à
fes livres .
à
Pag. 583. Thérès , pere de Sittacès. Lifez,
Térès.... Sitalcès.
Pag, 614. Hérodote , l . 1. c . 138 , die
12 MERCURE DE FRANCE.
que les Perfes chaffent de leur pays les
étrangers qui auroient été reçus chés un lépreux.
Hérodote ne dit point cela ; c'eſt ſon
Traducteur Latin qui le dit , externum qui
ab iifdem acceptus fuerit , Edition in- 16 . de
Gryph. 1557 , que le Differtateur cite
quelque part comme de 1558 , & de laquelle
il a trop légerement emprunté ce
qu'il dit ici , fans confulter le Texte . Il
s'agit dans cet endroit de la lépre & de la
la blanche ( qui eft une forte de lépre. )
Hérodote dit que ( chés les Perfes ) fi quel
qu'un des Citoyens a la lépre ou la blanche,
l'entrée dans la Ville lui eft interdite , &
qu'il n'a plus ni commerce ni fociété avec
les autres Perfes , & que tout étranger , qui
eft infecté ou attaqué ( de ces mêmes maladies
, qui iifdem correptus fuerit ) la plûpart
le chaffent du pays..
Combien de monftres , pour avoir fuivi
une verfion infidelle , les Sçavans n'ont- ils
pas enfantés depuis 250 ou 300 ans ?
Je mets au nombre de ces monftres la
Ville de Colchos ; monftre enfanté depuis
plus de deux cens- trente ans ; monftre careflé
, reçû , adopté depuis adopté depuis ce tems- là
la plupart des Ecrivains Académiciens ,
Differtateurs , Poëtes , & furtout, par les
Poëtes de Théatre ; monftre exterminé depar
NOVEMBRE. 1748 .
par
puis environ trois ans , mais reffufcité
l'Auteur des Differtations de la nouvelle
Bible.
De ce nombre eft auffi l'Eridan d'Hé,
rodote , tranfporté d'Italie dans la partie la
plus Septentrionale de l'Allemagne , &
identifié par les uns avec la Viftule , par les
autres avec le Radawn , petite Rivière qui
fe jette dans ce Fleuve ; monftre enfanté par
le commerce de Goropius Bécanus avec
l'infidelle verfion Latine de Laurent Valle;
monftre adopté par les plus habiles Géogra
phes ,tels que Cluvier , Paulus Merula , le
P. Briet , Cellarius , M. l'Abbé Bannier ,
de l'Académie des Belles - Lettres , &c .
Le nom de Denys ( nom refpectable ,
nom de Baptême ) donné à Bacchus par un
Sçavant de notre fiécle , parce qu'il a trouvé
dans la verfion Latine de quelqu'Auteur
Grec (peut- être d'Apollodore ) Dionyfius
au lieu de Dionyfos ou Dionysus , faute
que j'ai rencontrée plus d'une fois dans les
Differtations de la nouvelle Bible.
Nous mettons auffi de ce nombre ce
qu'on fait dire à Hérodote , qu'il y avoit
deux fortes de coudées chés les Babyloniens ; &
à Ezéchiel , que la coudée dont il fe fervoit ,
étoit plus grande que l'ordinaire , d'un palme.
Les mesures dont parle Hérodote , font
le doigt ( Surlua✪ ) 1 , 1. c. 178 , & 1. 7. c.
24 MERCURE DEFRANCE.
107 ; la Palaiſte ou Palæfte on Palafte , l . 1,
C. 150 ; la Spithame ou le fpithame , l . 2. c,
106 ; le pied , 1. 2. c. 124 , 127 , 149 ; le
Pygon, 1. 2. c. 175 3 la condée ( xus J. 1. 2.
c. 149; l'orgyie (' cgqved ) 1. 2. c. 149 ; le
plèthre 1. 2. c. 149 ; le ftade , 1. 2. c. 149 ;
la parafange ou le parafange , 1. 2. c . 6 ; le
Schoene , 1. 2. c. 6. & 149 ; l' Aroure ou
Arure , 1. 2. c. 168 .
>
Entre ces meſures, il y en avoit de communes
& ordinaires , & de royales , un
peu plus grandes que les communes . Hérodote
, outre le Pygon , qui eft la plus petite
coudée , diftingue deux fortes de coudées
; la coudée commune & ordinaire , ou
coudée moyenne ( τι μετείκ πεχεως ) 1. 1. C.
178 ; car μeTis fignifie commune ou
moyenne, mediorcis , comme portoit la verfion
Latine de Valle jufqu'au tems de Henri-
Etienne , ce que depuis on a changé malà
-propos en cubitus quo pro menfura utimur ,
& la coudée royale ou coudée de roi , Ba
añï☺ añxus , l . 1. c. 178. & l. 7. c. 117;
condée qu'il dit être plus grande de trois
doigts que la condée moyenne ou commune,
Il parle auffi de la coudée Samienne , & de
la coudée Egyptienne , l . 2. c. 168 , & il dit
expreffément que l'une étoit égale à l'autre,
On peut faire ici plufieurs questions.
Que doit- on entendre par le uμέrτριαanxve
NOVEMBRE. 1748. 25
d'Hérodote , l . 1. c. 178 ? La coudée royale
ou coudée de roi , eft- elle differente, quant
à fes élémens , de la coudée commune ou
coudée moyenne, de la coudée fimplement
dite aux chap. 83 du l . 1. 13 , & 149 dų
1.2 ? Eft-elle differente de la coudée nommée
fans épithete , de la coudée définie par
Hérodote , de la coudée qui contient fix
palaiſtes ou palaſtes , l . 2. c. 149 ?
Par leur aйxus du l. 1. c 178 , Val
le a entendu la coudée ordinaire , la cou
dée moyenne , la coudée commune , eft
autem cubitus regius quàm mediocris tribus
digitis major, Trois Traducteurs en Langues
vulgaires ont fuivi le même fens ; Saliat
, Traducteur Gaulois , Edit, in- 16 ,
fol . 66 , verfo , Boiardo , Traducteur Italien
, Edit. in S. in Venetia , 1539 , folią
29 , verfo Littlebury , Traducteur Anglois
, Edit, in- 8 ° , 1723 , pag. 111 ; le
Içavant Saumaife , Exercit . Plin . Edit , Paris
1629 , pag. 1233 & 1234 , & c. de
même.
Cette Traduction n'a pas plû à ceux qui
ont revû Hérodote , ou la verfion Latine
d'Hérodote, depuis Contard d'Herefbach ,
qui l'avoit revûe & fait imprimer à Cologue
, apud Eucharium Cervicornum , 1526,
laquelle fut réimprimée à Paris 1528 par
Badius Afcenfius , à Cologne par Cervi6
MERCURE DE FRANCE.
cornus, 1537 , à Lyon , par Gryph. 1542,
& par le même , 1557 , &c. Au lieu de
quam mediocris , ils ont mis quàm is quo pro
menfura utimur ; c'eft ainfi qu'on lit dans
l'Edition de Paul Etienne , 1618 , dans
celle d'Angleterre ou de Thomas Gale ,
1679 , dans celle de Gronovius , 1715 ,
qui font les trois dernieres Editions d'Hé
rodote ; je conjecture qu'on lit de -même
dans l'Edit. de Jungerman , 1608 , dans
celles de Henri Etienne , 1592 , 1570 ,
1566 , & que c'eft Henri Etienne qui a
inferé cette correction , ou plutôt cette
corruption dans le Texte. Le fameux Traducteur
du Ryer , de l'Académie Françoi
fe , l'a fuivie : La coudée de roi , dit- il , pag.
154 , Edit. de Troyes , 1667 , in- 12 . eft de
trois pouces ( il devoit dire doigts ) plus granque
celle dont on fe fert ordinairement pour
mefurer.
de
>
La premiere Edition de la Traduction
Françoife d'Hérodoté par du Ryer
Membre de l'Académie Françoiſe , eft
de 1645 ou de 1646 , deforte que depuis
plus de cent ans perfonne n'a eu le courage
de donner un habit neuf au Pere de
Ï'Hiftoire , qui néanmoins en a grand befoin.
Guillaume Colletet , Parifien , auffi
de l'Académie Françoife , mort en 1659 ;
en avoit traduit quatre livres , mais cet ou
vrage
NOVEMBRE. 1748. 97
Frage n'a point été imprimé. Depuis une
vingtaine d'années , M. l'Abbé Potonnier
( ou Pautonnier ) d'Orléans , Chapelain
chés le Roi , avoit commencé à traduire
cet Auteur ; M. de la Barre , de l'Académie
Royale des Belles-Lettres , en avoit aufli
entrepris une Traduction , mais l'ouvrage
leur paroiffant difficile & ingrat , ils fe
font rebutés & l'ont abandonné ; je fçais
que M. de la Barre n'en avoit pas fait deux
Livres .
Le mot Grec uerpos , fignifie qui a ſa jufte
mesure , modéré , médiocre , modique , qui
n'excede point , ὁ μεμετρημένην εσίαν ἔχων
difent les Lexiques d'Héfychius & de Varinus
Phavorinus , & c . il fe prend dans un
fens paffif, qui eft mesuré , & non pas dans
un fens actif , qui mefure ou qui fert à mefurer,
On doit fuppofer , juſqu'à- ce qu'on ait
trouvé de fortes preuves du contraire ,
qu'Hérodote fuit la bonne Logique , du
moins la Logique naturelle . Or le bon fens
ne permet pas de dire : la coudée royale ,
( la coudée de roi ) eft de trois doigts plus
grande que celle dont on fe fert pour mesurer.
Ce feroit diftinguer la coudée de roi de
l'autre coudée ( de la coudée moyenne )
par une proprieté qui eft commune à l'une
& à l'autre.
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Il eft certain que la coudée royale étoit
differente de la coudée commune ou coudée
moyenne , de Ja coudée fimplement
dite , des chap. 183 dál, 1 , & 13 & 149
du 1. 2 ; il eft certain qu'elle en étoit diffe
rente , quant au nombre de doigts , car la
coudée royale avoit trois doigts plus que
la coudée moyenne ou coudée commune ,
1.1.c. 178 , mais cette coudée royale étoit
elle une coudée Grecque , une coudée en
ufage chés les Grecs , une coudée compo
pofée de doigts Grecs ou de parties da
pied Grec ?
Saumaife ( exercitat. Plinian. ) pag. 1233
& 1234. Edit. Paris , 1629 ) & quelques
autres ( comme du Pinet , dans fa vieille
Traduction Françoiſe de Pline , l . 6. c, 26.
&c. ) prennent la coudée royale pour une
mefure Babylonienne , pour une meſure
differente de celle des Grecs , parce que
Hérodote , l. 1. c. 178 , l'employe en parlant
de l'épaiffeur & de la hauteur des
murs de Babylone.
Le fçavant & laborieux Pere Hardouin ,
dans une note fur le ch. 6. du 1. 6. de Pline
, où le Naturalifte Latin donne , d'après
Hérodote , la hauteur & l'épaiffeur des
murs de Babylone , dit , Digitis duodecim
pes Romanus conftabat , Babylonius undevi
gintis & dans fon Index , pedes Babylonii
NOVEMBRE. 1748. 99
ternis digitis ampliores quàm Romani , & il
renvoye au chap. 26 du 1. 6.
Je ne puis adhérer à cette opinion , &
la raifon dont on prétend l'appuyer , me
paroît nulle . Artachæès , Seigneur Perſe ,
avoit cinq coudées de roi , moins quatre
doigts , 1.7 . c. 117. De ce qu'Hérodote
mefure la taille de ce Seigneur Perfe par
coudées de roi , s'enfuit- il que la coudée
qu'il employe pour mefure , foit une me→
fure de Perfe , une coudée de Perfe , une
coudée compofée d'autres élémens que la
coudée Grecque ?
De ce qu'il dit , 1. 4. c. 85. que le Pont
Euxin a de longueur 11100 ftades , & de
largeur 3200 ftades , s'enfuit-il que le ftade,
dont il fe fert en cet endroit , foit un
ftade particulier , un ftade propre aux ha
bitans du Pont Euxin , un ftade different
du ftade Grec ?
L'idée d'une prétendue coudée royale
Babylonienne dans Hérodote, l. 1. c. 178,
n'a peut-être point d'autre fondement que
1. l'interprétation de ces mots To μergir
xsos , qu'on a rendus ( dans les dernieres
Editions de la verfion Latine d'Hérote
) par cubitus quo pro menfura utimur , inprétation
fauffe & induifante
en erreur ;
2º. l'ufage qu'en fait Hérodote
pour me-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE,
furer les murs de Babylone. Hérodote ,
aura-t'on dit , diſftingue la coudée royale
de celle dont on fe fervoit en Grece
pour
mefurer : donc la coudée royale n'étoit
point une mesure Grecque. Hérodote s'en
Lert mefurer les murs de Babylone ;
pour
donc c'étoit une mefure Babylonienne
une coudée Babylonienne.
"
La premiere raifon n'eft appuyée que
fur une fauffe interprétation du texte Grec,
ainfi elle eft vaine. La feconde ne l'eft pas
moins , puifqu'Hérodote fe fert de coudée
Grecque , du ftade Grec , &c. pour mefu
rer les longueurs , largeurs , diftances , & c.
de Perfe , d'Egypte , de Babylone , & d'au,
tres pays , d'où il ne s'enfuit nullement
qu'il admette autant de fortes de coudées,
de ftades , &c, qu'il y a de pays auxquels
il applique ces mefures.
Mais , dira-t'on , l'existence d'une coudée
Babylonienne eft reconnue par les Sçavans,
par les Commentateurs de l'Ecriture Sainte
, depuis deux cens ans , & ils l'appuyent
en partie fur Hérodore. A cela je réponds
que la fauffe exiſtence de la Ville de Colchos
, la tranflation de l'Eridan d'Hérodote
dans la partie Septentrionale de l'Allemagne
, & fon identification avec la Wif
sule ou avec le Radawn , &c , ne font pas .
NOVEMBRÉ. 101
1748.
moins anciennes , pas moins autorisées
par les Sçavans de la plus grande réputation
, & par une tradition non interrompue.
Cette ancienneté n'est que vetuftas
roris.
er-
Voyons maintenant fi l'existence des
prétendues coudées Babyloniennes n'eft
pas mieux appuyée fur Ezéchiel que
Hérodote.
....
fut
Ezéch. c . 40. . 1. La vingt- cinquiéme
année de la Tranfntigration . quatorze
ans après la ruine de la Ville de Jéruſalem;
Y. 2. Ezéchiel eft tranfporté en une viſion
divine au pays d'Ifraël ; v. 3. il rencontre
un homme qui tenoit d'une main un
cordeau de lin (funiculus lineus ) & de l'autre
une canne pour meſurer ( dans l'Hébreu
kene hammida ; ) . 5. & cette canne pour
meſurer avoit fix coudées en coudée & palme
(Tophach dans l'Hébreu , wands dans le
Grec. ) Je remarquerai en paffant, que dans
une nouvelle verſion Françoife de la Bible
entiere en un volume in- 12 . Cologne
1739 , appellée la Bible de M. le Gros
cette canne pour mefurer avoit , dit - on ,
fix coudées Hebraiques, dont chacune avoit
une coudée Babylonienne & un palme.
L'homme dont parle Ezéchiel, mefura avec
fa canne l'épaiffeur de la muraille extéricu-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
re qui environnoit le Temple ..... 42
les quatre tables , qui étoient pour les ho
locauftes , étoient faites de pierre de taille,
qui avoient une coudée & demie de long
une coudée & demie de large , & une coudée
de hauteur ; . 43. elles avoient un bord
d'un palme (d'un petit palme, d'un Tophach
dans l'Hébreu , d'une palaifte dans le Grec )
qui fe courboit en dedans tout autour ,
& c.
Dans tout ce que dit Ezéchiel concernant
la coudée , dans tout ce qu'en difent
les autres Livres de l'Ecriture Sainte, je ne
vois qu'une coudée Hébraique ; je n'y apperçois
pas la moindre mention , pas la
moindre indication , pas le moindre veftige
d'une coudée Babylonienne .
La canne pour mefurer avoit fix coudées ,
en coudée & Tophach , Ezech. 40. v. 5 ; on
mefura l'autel en coudées , coudée & To- 2
phạch ,
, Ezéch, 43. V. 13. J'entends cela de
la canne qui avoit fix coudées , qui étoit
divifée fix fois en coudée , ce qui faifoit
fix coudées , & dont chacune des fix coudées
étoit divifée en Tophachs ou petits.
palmes, afin que celui qui s'en fervoir, pût
mefurer & les demi-coudées , & les palmes.
ou Tophachs. Je ne vois rien là qui établifle
l'existence d'une coudée BabylonienNOVEMBRE.
1748. 103
nes je n'y vois rien qui marque que la
coudée Hébraïque eût une coudée Babylonienne
& un palme .
Il falloit que fur cette canne la coudée
fût marquée , & que le palme ( le petit
palme ) y fût marqué auffi , puifqu'il s'agiffoit
de mefurer non-feulement des coudées,
mais encore des Tophachs ou petits palmes
, c. 40. V. 43. La meſure de la canne
étoit de fix coudées , exactement , c. 41.
. 8. le palme qui y étoit marqué , n'étoit
ni en fus des fix coudées , ni en fus de chaque
coudée ; il étoit marqué dans chaque
coudée , c'est-à-dire que chaque coudée
étoit divifée en fix palmes , chacun de quatre
doigts , & les fix palmes faifoient vingtquatre
doigts , qui font la meſure de la
coudée , & par le moyen de trois de ces
palmes on mefuroit la demi coudée , c'eſtà-
dire le Zereth ( ou grand palme , ou la
fpithame ) c. 43. v. 13 & . 17.
Eu
104 MERCURE DE FRANCE.
ANTENOR ,
Ou l'origine de la République
de Veniſe.
A
POEM E.
Par M. Dourxigné.
Antenor potuit mediis elapfus Achizis
Illyricos penetrare finus , &c. Virg. Æn. L. H
Chercher un aziſe en tous lieux occupé ,
Aux flammes d'Ilion Antenor échappé ,
Errant de mers en mers au gré d'un fort funefte ,
Portoit de fes débris le déplorable refte.
D'Hénétes , de Troyens, bannis de leurs climats ,
Une troupe fidelle accompagnoit fes pas ,
Prête à facrifier pour ce généreux Guide
Des jours qu'avoit ſauvés fon courage intrépide ,
Quand l'Arbitre abfolu de la terre & des Cieux ,
Jettant fur ces mortels un regard gracieux ,
Aux Dieux , qu'en leur faveur il affemble luimême
,
Dicte par ce difcours.fa volonté fuprême :
O vous , qui tour à tour verfez fur l'univers
Et les brillans fuccès , & les triftes revers ,
N'eſt- il pas tems , ô Dieux , qu'après mille fupplices,
NOVEMBRE . 1748 .
105
Un Peuplé infortuné nous éprouve propices ?
Nous pouvons du repos lui fournir les moyens.
Accordons un'azile aux vertueux Troyens.
Que fur des bords nouveaux la gloire * & la puiffance
Soient le prix éclatant de leur longue conftance.
On verra naître un jour de ces Peuples vaincus
Des Héros , dont le Ciel chérira les vertus .
C'eft d'eux que doit fortir cette Ville immortelle
Illuftre monument de leur fplendeur nouvelle ,
Qui , dans tout l'univers étendant fes exploits ,
Au Golphe Adriatique impofera des loix ,
Et qui par fon pouvoir & fa haute fageffe
Doit enfin à fon tour triompher de la Gréce
Mars des deffeins d'Enéé a protégé le cours :
Mais quel Dieu d'Antenor veillera fur les jours
Il dit : le Souverain de l'Empire de l'onde
Au Dieu , dont le pouvoir embraffe tout le monde,
Se hâta le premier de répondre en ces mots :
C'est moi , grand Jupiter , qui fouvent dans les
Alots
Précipitant des Grecs la flotte criminelle ,
Pour les Héros de Troye ai fignalé mon zéle 5
Je n'ai pu prévenir fon deftin rigoureux ,
Mais j'en ai confervé les reftes malheureux
Si Troye à mes travaux a dû ſon origine ,
* Padones
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
J'en dois feul déformais réparer la ruine.
Jettons les fondemens d'un nouvel Ilion ,
Qui de les ennemis brave l'averfion .
A ces mots , empreffée à rompre le filence ,
Trop long tems , dit Minerve, une noire licence,
Par de honteux foupçons flétriffant mon hon
neur
M'imputa des Troyens le funefte malheur.
Non , mon Pere , jamais la baffe jaloufie
Ne m'infpira contr'eux une injufte furie.
Tant qu'ils ont poffedé l'image de Pallas ,
Les Grecs leur ont livré d'inutiles combats ,
Mais du Palladium la perte irréparable
Caufa feule , Ilion , ton deftin déplorable..
Enfin , pour effacer des foupçons odieux ,
Tes reftes à jamais me feront précieux.
Je veux fonder pour eux une Athénes nouvelle ,,
Plus digne de porter le nom d'une immortelle.
Le Deftin veut , reprit le vainqueur des Titans,
Qu'elle doive fon nom à fes feuls habitans.
Pour rebâtir les murs il a choifi Neptune;
Il n'appartient qu'à lui d'y fixer la fortune.
Ses flots lui ferviront de folides remparts ;
Il verra fes attraits briller de toutes parts ;.
Et formant avec elle une heureuſe alliance ;
*
Lui-même prendra foin d'étendre fa puiflance .
* Le Doge épouse la Mer.
NOVEMBRE. 1748 . 107
*
Venus tous les hyvers dans ce riant ſéjour
Ramenera les jeux , les plaifirs & l'Amour ,
Et de toute l'Europe y recevra l'hommage..
Mais vous aurez , Minerve , un plus noble avantage
:
Vous ferez le foutien des loix de cet Etat.
Votre Temple fera fon augufte Sénat ,
Et par vos loins Veniſe à l'abri des allarmes ,
D'une éternelle paix entretiendra les charmes
Comme un roc élevé , qui des flots & des vents
Méprife en fureté les efforts impuiffans.
Du Prince Phrygien les troupes fugitives
Déja de l'Heſpérie avoient atteint les rives ,
Quand le Maître des Dieux termina fon difcours;
Mille applaudiffemens en fuivirent le cours,
L'univers retentit de leur flateur murmure.
Antenor en conçut un favorable augure ,
Et par un Sacrifice en rendit grace aux Dieux ,
Mais le fort fürpaffa fon efpoir & fes voeux :
Et par mille périls fa conftance exercée
Dans fes Neveux encor ſe voit récompenſée;
* Ee Carnaval.
Evji
108 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M.Remond de Sainte Albine.
Onfieur , comme dans les Mercu-
M res , qui ont fuivi celui du mois de
Février dernier , il n'a rien paru contre
l'opinion d'un Auteur Italien * , cité dans
la lettre de M. le Marquis Maffei à M. de
la Condamine page 19 , touchant les coquillages
& poiffons pétrifiés qu'on trouve
fur les montagnes , ce filence, furtout de
la part des Sçavans , qui ont été invités à
examiner cette opinion , me donne lieu de
croire qu'on a négligé ,, ou d'en faire
l'examen , ou de la combattre fur un défaut
confidérable .
Ce défaut regarde la vérité de l'Hiftoire
Naturelle en ce point particulier , où l'Auteur
de cette opinion attribue les effets
merveilleux qu'il veut expliquer , au bouleverfement
général qui fe fit au commencement
du monde , & précifement au mament
que la parole du Créateur fépara les
eaux de la terre qui en étoit enveloppée ,
pour réduire celles - là en ur: lieu déterminé,
& pour faire paroître celle- ci en fon état
préfent.
* M. Antoine-Lazare Moro,
NOVEMBRE. 1743. 10༡
Je me borne à ce point feul , dont la
difcuffion ne fera pas fort longue , ne connoiffant
qu'imparfaitement le fyftême de
cet Auteur par l'idée que M. Maffei en
donne en fubftance dans fa lettre .
D'abord , je ne pense pas que M. Moro
veüille faire revivre l'erreur ancienne du
cahos , & nous perfuader avec les Philofophes
Payens, que tout fut créé confuſément
avec lui , de telle forte que les opérations.
fubféquentes du Créateur n'avoient confifté
qu'à débrouiller , feparer , & mettre
en place cette quantité prodigieufe de chofes
diverfes & contraires , qu'il avoit da
bord mêlées toutes enfemble dans un def
ordre général.
Cette idée eft non - feulement contraire
au deffein de Dieu , qui eft le
pere de l'ordre
& l'ordre même , mais encore à celle
que préfentent naturellement ces premieres
paroles de la Genefe ; Au commencement
, Dieu créa le Ciel & la terre , & la
terre étoit ftérile & dépouillée , Terra autemerat
inanis & vacna. C'eſt-à dire , fans
plantes , fans fruits , fans animaux , dénuée
, en un mot , de tout ce qui fit enfuite
Les richeffes & fa beauté . Ce feroit mal
entendre & mal expliquer ce texte , que
de le prendre dans un autre fens .
Dieu ,fouverainement libre & puiffant
FIO MERCURE DE FRANCE,
pouvoit à la vérité donner à fa parole, au
premier inftant de la création , cette fécondité
entiere & générale qu'il n'a fait écla
ter que par degrés , mais qui oferoit demander
pourquoi il ne l'a pas fait ainfi ?
N'eft- il pas plus jufte de penfer que dans
ee grand ouvrage fa fageffe ménagea , pour
ainfi dire , & diftribua les opérations de
fa puiffance , ou pour frapper d'une plus
grande admiration ceux qui contempleroient
les richeffes immenfes & les productions
inépuitables que fa parole enfanta
pour l'utilité & la parure de l'univers
; ou pour relever davantage fa gloire
par l'économie & la liberté avec lefquelles
il produifit toutes chofes , chacune
dans fon genre & fes efpéces , en fon tems
& à fon tour. Difons mieux : ne doit- il
pas fuffire d'apprendre par fon oracle ,
qu'il ne les produifit que dans l'efpace de
fix jours , jours réels & fucceffifs , durant
lefquels fa fageffe nous déclare elle - même
qu'elle fe fit un plaifir , & comme un jeu ,
des productions qui les diftinguerent * ?
Cela pofé , je viens au détail , & je vois
qu'au troifiéme jour Dieu ordonna aux
eaux qui étoient fous le Ciel , de s'affem-
* Cum eo eram cuncta componens & delectabar
per fingulos dies ; ludens in orbe terrarum. Prov.
NOVEMBRE. 1748.
bler en un lieu feul , & à la terre de paroître
(a) , & qu'au cinquiéme il créa les animaux
qui vivent dans l'eau & ceux qui
volent dans l'air ( b ) ; les autres animaux
terreftres ne furent créés que le fixiéme .
Or comment dans le bouleversement
fubit qui ( felon l'Auteur de la nouvelle
opinion ) fe fit lors de la féparation des
eaux d'avec la terre , les divers coquillages
, poiffons , &c ... peuvent- ils avoir été
portés aux endroits où on les trouve , &
conféquemment avoir été réduits en l'état
où on les admire , tandis que cette féparation
fe fit le troifiéme jour , & que les
poiffons & autres aquatiles n'ont été créés
que le cinquième ? De cette forte il feroit
arrivé une chofe impoffible. Leur tranfport
auroit précédé leur création , & ils
auroient pris une feconde. confiftence:
avant que d'avoir reçu la premiere. L'anaeroniſme
eft évident , & par-là très défavorable
à la nouvelle opinion qu'on veut
faire paffer pour la meilleure en ce genre ,
& pour la feule qui n'ait pas contre elle
( a ) Dixit verò Deus , congregentur aqua quafúb
coelofunt in locum unum & appareat arida. Gen. c.
1. verf. 9 .
( b) Dixit etiam Deus , producant aqua reptile anima
viventis & volatile fuper terram……. ibid. verf..
2.Q....
112 MERCURE DE FRANCE.
une impoflibilité abfolue & manifeſte ,
pag. 36. l . 14.
Si , moins jaloux de l'ancienneté de la
date du phénoméne , M. Moro l'eût rapporté
au tems du déluge , fon opinion auroit
été plus probable en tout fens : fon
fyftême ingénieux auroit tiré un plus
grand avantage des mêmes raiſons fur lefquelles
il l'appuye , parce que ces raifons
paroiffent d'ailleurs fondées fur la bonne
Phyfique.
11 eft vrai , qu'en fuppofant avec cet
Auteur » la terre au milieu des eaux , couverte
d'une croute épaiffe de pierre qui
contenoit le feu qui étoit , & qui e
encore aujourd'hui , en grande quantité
» dans fes entrailles. pag. 32. 1. 7. Le
bouleversement dont il s'agit dut fe faire
d'une maniere plus éclatante & plus éren
due , quand la parole du Créateur fépara
les deux élemens , dont l'un ( la terre ) fe
trouvoit enféveli dans l'autre ( l'eau ) .
Parce qu'alors la force de cette parole di
vine excita plus puiffamment l'effort vio
lent que le feu fit pour obéir , c'est-à- dire ,
pour rompre cette croute épaiffe , pour
» élever les montagnes , & pour réduire la
» terre à fon état préfent. Mais doit - on
eftimer le merveilleux , quand il n'eft pas
fondé fur le vrai 2
NOVEMBRE 174S. 11
Pourquoi les éruptions , les fecouffes ,
les foulevemens les renverfemens , les
écroulemens , &c . qu'on fuppofe s'être faits
au commencement du monde , n'ont-ils
pû arriver pour la plupart , en . plufieurs
endroits de l'univers , de la même maniere
& par la même caufe , lors du déluge univerfel
qui fembla réduire la terre au même
état où elle étoit avant que Dieu lui
ordonnât de paroître , c'est- à- dire , enfévelie
dans les eaux ?
En effet , quand les eaux du déluge eu
rent couvert toute la furface de la terre à
une hauteur extraordinaire , & qu'elles en
curent furpaffé les montagnes les plus élevées
* , ces eaux immenfes ne furent - elles
pas autour d'elle , comme une enveloppe
Très - péfante , & comme des cercles forts
qui la détinrent plufieurs mois fous leur
puiffance , & qui en même tems refferrerent
& rendirent captif dans les entrailles
le feu qui y étoit abondamment répandu 3
Or quelles agitations ! Quels efforts ne
dûrent-ils pas fe faire , lorfque ces eaux
venant à décroître , & que cet allégement
diminuant la pefanteur de l'enveloppe &
la force des cercles , le feu intérieur rom-
Aqua fravaluerunt nimis fuper terram, opcrtique
funt omnes montes excelfi fub univerfo coelo. Gen
€ 7. verf. 19.
R
114 MERCURE DE FRANCE.
pit enfin fes prifons , ſe pratiqua de nouvelles
iffuës , ou rouvrit celles qu'il avoit
auparavant ! Et de-là quels effets furprenans
! Combien de Volcans ouverts !
Combien d'éruptions fubites ! Combien
de montagnes foulevées ou bouleversées !
Combien de matieres , auparavant enfon
éées dans le fein de la terre , ou au fond
, de la mer pouffées
tout d'un coup &
tranfportées
jufqu'aux
endroits
les plus
hauts , & confufément
entaffées
dans les
lieux , où du depuis elles ont acquis les
degrés de mutation
& de pétrification
dans lefquels on les trouve aujourd'hui
!
Ainfi,pourquoi remonter jufqu'au commencement
du monde Ne vaut- il pas
mieux croire que ce qu'on penfe fans fondement
avoir été fait dans ce tems - là , a
pû fe faire véritablement dans celui- ci ?
Ce dernier parti paroît d'autant plus préférable
, que prefque tous les fiécles poſtérieurs
au déluge , & celui même où nous
vivons , ont fourni , par intervalles , des
preuves vifibles de pareils effets caufés par
les feux fouterrains *
* On n'en rapporte ici aucun après ceux.qui
font marqués dans la lettre de M. Maffei , Le' plus
récent eft celui qui arriva il y a environ quarante
ans dans l'Archipel , où l'on vit fortir &
Groître peu à peu la nouvelle Iſle de Santorin qui
NOVEMBRE. 1745. if
Fajoute encore une réflexion . Si le feu,
qui étoit dans les entrailles de la terre, eût
produit au commencement du monde , &
lors de la féparation des eaux d'avec la
terre , le phénoméne en queſtion , ne ſemble-
t'il pas , que ces aquatiles pétrifiés ( en
Les fuppofant créés avant cette féparation )
auroient été , ou laiffés dans un refte , pour
ainfi dire , de la maffe du cahos , ou condamnés
à perdre , fous les éclats & les entaffemens
du bouleverfement prétendu ,
les priviléges de leur création , comme des
piéces de rebut , & comme indignes de
eette bénediction d'accroiffement & de
fécondité, que le Créateur donna à tout le
refte de leur eſpéce à la fin du cinquième
jour *.
Mais pourquoi cette partie d'animaux
auroit- elle été privée de cette bénediction
? Pourquoi & comment dans un
tems de création , Dieu auroit- il été tout à
la fois Créateur & deftructeur ? Je n'en
vois aucune raifon . Peut-être l'Auteur de
la nouvelle opinion a- t'il voulu compo
a près de dix milles de circuit, & fur les montagnes
de laquelle on trouve des huitres d'une grandeur
extraordinaire.
*
Benedixitque eis dicens : crefcite & multiplica
mini& replete aquas . Et factum eft vefpere mana
dies quintus. Gen. 6. ♣. verſ, 22, 23,
16 MERCURE DE FRANCE.
fer , de cette troupe difgraciée , une claffe
part , uniquement créée pour être maudite
& ftérile , & fimplement deftinée ,
fous cet anathême , à fe pétrifier dès l'enfance
du monde , pour amufer dans lá
fuite des tems la curiofité des hommes :
curiofité qui fur ce point , comme fur une
infinité d'autres femblables , fera toujours,
ou inutile ou mal fatisfaire .
:
, les
Oüi : malgré la pénétration d'efprit la
plus vive & la plus étendue , malgré le
fecours des opinions les plus probables &
des fyftêmes les mieux concertés
hommes trouveront toujours dans l'examen
des ouvrages du Créateur , & même
dans celui des jeux de la nature , des obfcurités
impénétrables. La jufte & parfaite
connoillance de ces ouvrages admirables
n'appartient qu'à l'Auteur fuprême , de la
main duquel ils font partis , & dont ils pus
blient fans ceffe la puiffance & la gloire.
Je finis ces réflexions , & je vous prie ,
Monfieur d'en faire part au public ,
moins pour ma fatisfaction propre , que
pour inciter quelque lecteur plus verfé
que moi , à mieux difcuter ce point de la
lettre de M. Maffei , qui les a occafionnées.
Je fais avec refpect , Monfieur , &c.
Richaud , Curé de Manelez- Forcalquier
› en Provence,
•
NOVEMBRE. 1748. 117
EP IT RE
A M. le Comte de la Motte Jacquelot , Barom
de Kerjean & de Camprillon , Confeiller
au Parlement de Bretagne. Par M. des
Forges Maillard , Affocié de l'Académie
Royale des Belles- Lettres de la Rochelle .
C Her Comte , à qui dès ma jeuneſſe ,
Mon coeur s'eft tendrement lié
D'un doux commerce d'amitié ,
Vous , dont j'adorerai fans cele
L'efprit , l'honneur la probité ,
Et l'aimable affabilité ,
Vrais attributs de la nobleffe ;
J'aurois bien dû , je le confeſſe ,
Vous avoir plûtôt yifité ,
Oui , vifité , revifité..
Mais procès , famille , ménage ,
Et pour certaine hérédité
Un inutile & long voyage ,
Et cent trains divers , ont été
Caufe de ma morofité,
Toujours prêt à trouffer bagage ,
Pour voler à votre Château ,
Et par quelque incident nouveau
18 MERCURE DE FRANCE
Toujours arrêté , dont j'enrage.
Cependant , Monfieur Saint Martin
Sur les aîles du Nord arrive
Grelotant fous fon caſaquin ,
Et bien-tôt à Maître Saint Yve
Vous enverra loin d'une rive
Où fur les courfiers nébuleux
Eole la terreur du monde
Commence à galoper fur l'onde
Et réveille au bruit orageux
D'un cor noirâtre & tortueux
La vague qui s'éleve & gronde
Dans le fond de les antres creux ,
Mais où votre moitié divine ,
Des clairs rayons de fes beaux yeux
Suppléant à l'Aftre des Cieux ,
Adoucit l'air de la marine.
Cependant les jeux , les appas ,
Vont imiter les Hirondelles ,
Et bien- tôt déployant leurs aîles ;
Voler en troupe fur les pas.
Nos coeurs, durant leur trifte abſence,
Seront réduits aux feuls defirs ,
Entretenus de l'efpérance ,
Qui nous affûre leur préſence ,
Quand l'effain des jeunes Zéphirs
Viendra , les levres démi- clofes ,
NOVEMBRE. 1748. 119
Dans le fein des premieres roles ,
Souffler les amoureux foupirs.
Ainfi donc puifque pour la Ville
Vous quitterez en peu de jours
Votre champêtre & noble azile ,
De ces momens hélas trop courts
J'irai m'approprier le refte ,
Et grace à la bonté célefte ,
Y vivre de foins délivré ,
Avec un auſſi galant homme
Que Dieu jamais en ait créé
Des climats Bretons jufqu'à Rome,
Et du féjour du Vatican
Jufqu'aux lieux , où le Prêtre Jean ,
Prêtre, l'époux d'une Négreffe ,
A peu près vétu comme Adam ,
Chante à fa mode la grand'Meffe .
Mais n'ayant , à vous parler net ,
Que mon Pégale pour monture ,
Cheval bon pour le cabinet ,
Dont l'avoine eft dans mon cornet ,
D'ailleurs quinteux dans fon allure ,
Qui cheminant quand il lui plaît ,
* Prête Jean ou Prêtre Jean, Du Cange dit qu'un
grand Roi de l'Inde a eu ce nom , parce qu'il tiroitfor
origine d'un Joannes Presbiter Neftorien , lequel on
1145 tua Coirem - Cham & ufurpala Couronne. D'au
tres difent que le Prête Jean étoit le Roi ou l'Empereur
des Abyffins. Voyez Morery. Dict.
;
120 MERCURE DE FRANCE.
Quand on le veut , n'eft jamais prêt ,
Qui craint qu'au fortir de ma chambre
En tricotant fon traquenard ,
Le ténebreux & froid Novembre
Ne l'enthume de fon brouillard
Vous me rendrez un bon office
De m'en envoyer un qui foit
Doux & facile de fervice ,
Qualem me ( tel qu'en demandoit
A certain guerrier certain Pere )
Manfuetum effe decet.
Mais dans le calcul que j'ai fait
Ami , n'allez pas vous complaire
A me jouer au berniquet ,
Comme on fit ce Miffionnaire ,
Qui fur les arçons tremblotoit ,
Avec raifon l'ane allarmée ,
Quand tout au travers de l'armée
Le Bucéphale l'emportoit ,
Et comme un Daim toujours fautoit
Surpris de fa charge légere.
Afourchez- moi tout au contraire
Sur un paisible & franc courfier ,
Qui foit, comme fon Cavalier ,
Paifible & für de caractére .
J'attends donc ce cheval moreau ,
*Voyez les Oeuvres de Saint Evremont , où cette
petite Hifloire eft écrite avec beaucoup d'aménité.
Alezan ,
NOVEMBRE 1748 12X
´Alezan , bay , brun , iſabelle ,
Et ferai fans ferment nouveau ;
Avec une ardeur éternelle ,
Profond refpect , ou ſans façon ,
Votre Serf jufques chez Caron ;
Et votre ami le plus fidelle ,
Par de- là même fa nacelle.
送送送送送送洗洗洗求求求求求求
DISSERTATION
Sur le Piment.
Ans le Mercure de France du mois
d'Août 1747 , on a demandé ce
que Sauval , tome II. des Antiquités de
Paris , page 459 , a voulu dire , quand il
a avancé que les Prieurs du Doyenné de
Châteaufort , ou Macy , devoient au Chapitre
de Notre-Dame tous les ans , la veille
de l'Affomption , une charette de Picment.
L'Emery , dans fon Dictionnaire Univerfel
des Drogues fimples , attribuë le
nom de Piement , Piment , Piment ou Pigment
(duquel on n'a point encore donné l'explication
) à trois plantes toutes differentes
, fçavoir au Botrys , au Capficum & au
Gale . Il s'agiroit donc d'examiner duquel
des trois Sauval entend parler. D'abord
* F
112 MERCURE DE FRANCE.
pas
feroit- ce des deux premiers ? Où trouver
une charette de Botrys ? Cela ne ferois
aifé. Seroit-ce du Capficum , & à quoi .
bon ? Le Botrys eft d'allez bonne odeur ;
mais qu'auroit- on voulu faire en répandant
une charette de Capficum dans une
Eglife : Refte le Gale. L'Emery remarque
qu'on apportoit autrefois à Paris par charetées
les branches de cet arbriffeau , &
que les femmes les mettoient dans leurs
armoires parmi le linge & les hardes.
Mais fi l'on répandoit une charetée de
Gale dans l'Eglife . de Notre - Dame de Paris
, fut- elle encore du double plus grande
qu'elle n'eft , je défierois bien les plus fortes
têtes d'y tenir. Ce n'eft donc pas là le
Piment que nous cherchons. Selon Jean
Bauhin , notre Gale n'a été nommé
Piment Royal ( Meliffophylum regium , comme
qui diroit Meliffe' royale , Piment le plus
excellent & le plus exquis ) que relativement
à un Piment plus commun , qui n'eft
autre ( à mon avis ) que notre Meliffe de
Jardin , ou la Citronelle : d'autant qu'en
Normandie le petit peuple l'appelle encore
aujourd'hui Piment , & que le nom
de Piment royal, eft originaire deRouen.Or
il eft aifé de fournir une charetée de ce
Piment , qui d'ailleurs eft le cordial le plus
fimple & le plus ami de l'homme , ce qui
NOVEMBRE. 1748 123
pourroir aufli fignifier , dans un fens fpiris
tuel , la pureté de l'ame,
Si l'on demande maintenant l'étymologie
du mot Piment , je puis répondre qu'il
vient du Latin Pigmentum , dans la fignification
de fenteur , de parfum , de chofe
odoriferante ; mais ce n'est pas dans le
même fens qu'on appelle le Capficum , Pis
ment , parce qu'alors il vient du mot Elpagnol
Pimenta , Poivre.
Qu'il me foir permis de faire uns refléxion
fur l'explication des termes ,Fragon
, ou Fracon , qui a été mife dans le
Mercure au mois de Juin 1747 , où il n'a
pas été parlé de l'étymologie. Ne pourroit-
on pas la tirer ainfi ? Fragon ou Fré..
lon ne viendroit - il pas de fragilis on fréle ,
auquel cas de petit houx feroit ainsi appellé
ironiquement , ou par antiphacafe
dans le fens que des Grecs ont appellé ,
holoftcon (tour os ou tout dur ) ply
fieurs plantes melles & délicates .
>
Au refte tout ceci n'eft que conjectures
de ma part , & je n'ai pas la préfomption
de croire que mon opinion doive fubjuguer
celle de qui que ce foit.
A S. Lo le premier Juillet 1748.
A caufe de fa dureté.
Fij
124 MERCURE DEFRANCE .
L
VERS
De Mlle *** à Mlle fa foeur , le jour
de fa naiffance,
Es Dieux , en te formant , pour prouver leur
puiffance ,
T'ont prodigué mille agrémens ;
J'en conviens , c'eft à nos dépens ,
Que tu leur dois ton exiſtence.
On vit le jour de ta naiflance ;
La Nature de fes tréfors
Avec foin compoſer ton corps ;
Minerve foutint que fans elle
On ne pouvoit faire une belle ;
Les Jeux , les Graces & les Ris,
Voulurent remporter le prix ;
Enfin , pour embellir Sophie ,
Chacun briguoit l'honneur d'être de la partie ,
Mais l'Amour , en riant leur dit ,
Pour moi , fans faire tant de bruit ,
A vos voeux je m'en vais ſouſcrire ,
Dans les beaux yeux j'établis mon empire.
Par Mlle C. **
NOVEMBRE. 1748. 125
EPITRE
De M. de la Soriniere de l'Académie
Royale des Belles - Lettres d'Angers, à
l'occafion de celle que M. l'Abbé du Pleffisde-
Joué , a adreffée à M. de la Bruere
dans un Mercure de 1748.
B Eau Troubadour , c'eft vraiment grand dommage
.1.
Que chevauchiez fi paiſible troteur ;
Noble Courfier , vif & plein de vigueur,
A jeune Abbé conviendroit davantage.
Mais après tout , quand ce vieux Oreillard ,
Que dépeignez plus froid que Chevillard ,
Aura rendu fon ame entre vos jambes
Trouverez lors montures plus ingambes
Et Palefroi de des Forges-Maillard ;
Gentil Pégale à croupe redoublée ,
Tel qu'autrefois monta Bellerophon
Courfier aflé , plus vite qu'un Griffon ,
Que bon Rimeur trouve & monte d'emblée .
Piij
126 MERCURE DE FRANCE
Rimez vraiment bien mieux qu'aucun de nous ;
Et maint Barbon peut en être jaloux.
'Avant quinze ans donner au Dieu Mercure
Vers à porter dans les lointains pays ,
Peut-être dit » miracle de nature ;
Et ne pouvons en trop vanter le prix.
Fruit fort aigret n'eſt fruit de wotte weine j
Je m'y connois ; fur les bords d'Hyppocréne
Tels en cueilloit , en ſe jouant jadis , fe
Certain Abbé qui vous lailla fa Muſe ,
Lorſqu'à S. Maur , à Saulx , ou dans Anet»
'Aux demi-Dieux qu'il charme & qu'il amufe
En faux-hourdon ſes Hymings entonnoit
!Avec Courtins & Chapelle &c in Faure,
Maîtres jurés , qui n'eurent d'autre share ,
Pour abordet aux plagas d'iklólicon ,
Qu'efprit joyeux , politeffe & saiſon,
NOVEMBRE. 1748. 127
CACAVAYƏCƏKDYPHAYAWDED
VA
MADRIGAL
Imité du Guarini.
A Mans , pour calmer votre peine ,
Ecoutez ce que peut l'Amour.
L'adorable Cloris , cette belle inhumaine ,
Que j'aimai long - tems fans retour ,
Pour qui mon coeur en vain ſoupira nuit & jour ,
Que j'appellois , à tort , ma Bergére , ma Reine ,
Qui rioit de mes maux , loin de les foulager ,
Elle aime ; elle m'appelle à fon tour fon Berger.
Par Mile Ifoline.
D
FABLE.
L'Araignée la Mouche.
Ame Arachné mouroit de faim ,
Maudiffant fa toile & fa vie ;
Une mouche furvient enfin ;
Arachné fait la rencherie ,
Et neveut point d'un fi leger feftin .
Attendons plutôt qu'un effain
D'infectes volans nous convie ,
Dit- elle , à faire chere lie .
Elle attendit tant qu'à la fin
La mouche appercevant fa cruelle ennemie ,
Fil
28 MERCURE DE FRANCE .
Deguerpit fans cérémonie ,
Et lui cria , de loin , d'un ton malin :
Adieu , belle ouvriere ; au revoir , à demain .
L'occafion vous fourit elle ?
Ne la laiffez point échapper ;
Elle eft cha ve , & de plus femelle ;
On court après , trop tard , & fans la ratrapper.
Par la même.
AUTRE TIRE'E DE PHEDRE.
P
Le Sanglier & l'Ane.
Our s'égayer , un fat , à cervelle légére ,
Choque par fois , s'attire une méchante affaire.
Meffer Baudet , rencontrant par hazard
Le Sanglierà l'oeil fombre & févere ,
Tout en riant , lui dit : bon jour , compere.
Le compliment pris en mauvaiſe part ,
Déja le Sanglier écumoit de colère ,
Et dévoroit des yeux le Baudet gozuenard .
Si ponr moi la vengeance étoit plus difficile ,
Elle auroit , reprit - il , de quoi me chatouiller ,
Mais je ne veux point me foüiller
Du fang d'une bête auffi vile .
Si le plaifant par fois cüeille des fleurs ,
Un bon mot a ſouvent fait verfer bien des pleurs.
Par la même,
NOVEMBRE. 1748. 129
>
On a dû expliquer les Logogryphes &
les Enigmes du Mercure d'Octobre par
Livre , Mercure , mariage , frons , felis, feu,
& écriture. On trouve dans le premier
Logogryphe lire , Vire , vie , Ive , lie , &
ivre. On trouve dans le fecond , mer , cure,
ruë, crême
ru, écume , ruë , plante , écu
ré , Mercure, Planette . On trouve dans le
troifiéme Marie , marge , mie, mari, Mage,
Iram , mare , arme , âge , ami , rime , game ,
ame , air , aigre , rage , grime , ire , image ,
Aga , Mire , & rame. On trouve dans le
premier Logogryphe Latin fons , ros , os
& dans le fecond fel lis .
Q
ENIGM E.
Ui voudroit nous compter
Nous dépendons d'un chef , nous ſommes fa pa
rure ;
On a foin de nous ajuſter ;
Le chef fournit à notre nourriture ;
En vieilliffant , nous changeons de couleur ,
Mais c'eft alors qu'on nous fait plus d'honneur.
J. F. C. de Semur en Auxois
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHE.
JEE fuis célébre en France.
Louis en me nommant montre fa complaiſance.
iffu de Sang Royal , I , 2 3 > , 4,5 ,
Je bravai des Troyens un dangereux rival ;
3 , 4 , joignez 5 , je ſuis figne de joye ;
C'eſt par moi qu'au dehors fon tranſport ſe dé→
ploye ;
2 , 1 , 4 , avec s , fils du pere des Dieux ,
J'ai vu l'Egyptien me préfenter fes voeux.
Par le même.
AUTRE .
D
Evine un mot , Lecteur , qui t'offre une maifon
,
Où l'on trouve plaifirs & chagrins à foifon ;
Si l'on coupe en deux parts le tout que je com
bine ,
On découvre dans l'une un mont de Paleſtine;
Plus une Ville affile au- deffus du Leman ,
Où fans être Germain l'on jargonne Allemand.
Prenant quatre für fept , il en vient par rubrique
Cité dans la Tofcane autrefois République.
Que l'on en mêle fix , il en naît un pendart
A qui l'amour du gain fait braver maint hazard.
NOVEMBRE r3r
4 . 1748.
Tirez cinq & placez à propos chaque figne ,
Paroît un Grec adroit , ou plutôt fourbe infigne.
Arrangez autres cinq , & vous aurez un nom
Qu'à Rome dénigra l'éloquent Ciceron .
Cherche à préfent , Lecteur , exerce ton génie ,
Et contente à loifir ton goût & ta manie .
AUTRE.
Faiguet.
L Ecteur , je fuis du pauvre une étoffe chérie ş
J'ai deux fois quatre pieds , & mon nom feminin
T'offre du monde une partie ,
Avec deux grands Etats renfermés dans ſon ſein ;
Une Riviere en France , une autre en Weftphalie
Certaine Iſle de l'Archipel :
Une montagne en Theffalie ,
Où regne un froid continuel :
'
Un fleuve ancien de Troade :
Un des Rois de Juda ; certaine Ifle Sporade
Où , fi l'on croit plus d'un Auteur ,
Eft le tombeau du Prince des Poëtes :
Enfin le nom des deux Prophétes :
Celui qui des Hebreux fut le Législateur :.
Le fils aîné de ce faint Parriarche ,
Qui fut du vin le premier inventeur :
Ce Prêtre infortuné que frappa le Seigneur ,
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Pour avoir ofé toucher l'Arche : •
Le nom comique d'un Acteur :
Le plus joli des mois : un meuble de menage
Ce qui du corps humain fait mouvoir les refforts
Terme pour exprimer une chofe d'ufage :
Ce dont on n'a que le dehors :
L'inftrument d'un Bedeau : deux notes de Mufique
:
Ce qu'on cherche par tout , quand on n'a plus de
dents.
Adieu , je ne veux pas t'amufer plus long-tems.
C'eft à R... que l'on me fabrique.
A Châlons-fur- Marne le 16. Juillet 1748.
AUTRE.
Expliquer qui je fuis n'eft pas chofe facile:
Effayons cependant , & pour te contenter ,
Voyons fans difcours inutile ,
Ce que huit pieds pourront nous préſenter.
En entier je fais voir chefe , que l'Evangile
Ordonne à tout Chrétien de fouvent méditer.
Renverfe-moi , d'abord tu vois à ta rencontre
Ce qui ne peut point exifter.
Si tu prends 2 6,7,8 , je te montre
>
Le nom d'un Empereur Romain,.
Qui fut nommé l'amour du genre humain ;
6,4 , 1 , 5 , 3 , 8 , je fuis un faint Evêque ;
NOVEMBRE, 1748. 1337
Le 8 ôté ,tu vois une Princeffe Grecque ,
Mere d'un Empereur , du nom de Conftantin ;
1,5 , 3 , 8 , c'eſt moi qu'un Poëte Latin
Célébra dans une Enéide ;
J'engendrai mainte Néreide ,
'
Avecs , 8 4 1
> mettant 3 , à la fin.
Ote s , & mets 7 , à la premiere place ,
Ne reconnois- tu pas ce pauvre Roi de Thrace ,
Auquel on fit manger fon fils dans un feftin 2
2 , 6 , 7 , 4 , & 3 , je fuis au dos d'un livre ;
4, 8,5,7,3 , pour le certain font vivre
Plus d'un particulier & plus d'un Hôpital ;
En tête ajoute deux ; chés moi , fuivant l'Hiftoire,.
S'eft conclu le dernier Concile général .
Penfe à moi , fi tu veux arriver à la gloire.
E
A Châlons -fur - Marne le 19 Juillet 1748.
AUTRE
Coure ou lis , dévine , & meurs d'amour ;
En fix traits differens je peins ce que j'adore ;
Ce n'eft point cette vieille Aurore
Qui depuis fept mille ans vient annoncer le jour.
Il te fouvient de cette jeune fole
Qu'Alcide adora follement ?
Hé bien , cet objet fi charmant ,
N'offre que les deux tiers de mon aimable Idole.
Mais te dirai-je encor un bizarre fecret. 2 .
132 MERCURE DE FRANCE.
Pour avoir ofé toucher l'Arche :
Le nom comique d'un Acteur :
Le plus joli des mois : un meuble de menage
Ce qui du corps humain fait mouvoir les refforts :
Terme pour exprimer une chofe d'ufage :
Ce dont on n'a que le dehors :
L'inftrument d'un Bedeau : deux notes de Mufique
:
Ce qu'on cherche par tout , quand on n'a plus de
dents.
Adieu , je ne veux pas t'amufer plus long-tems.
C'eft à R... que l'on me fabrique .
A Châlons-fur- Marne le 16. Juillet 1748 .
AUTRE.
Expliquer qui je fuis n'eft pas chofe facile:
Effayons cependant , & pour te contenter ,
Voyons fans difcours inutile ,
Ce que huit pieds pourront nous préfenter.
En entier je fais voir chefe , que l'Evangile
Ordonne à tout Chrétien de fouvent méditer .
Renverfe-moi , d'abord tu vois à ta rencontre
Ce qui ne peut point exifter.
6,4 ,
Si tu prends 2 6 > ,7,8 , je te montre
Le nom d'un Empereur Romain ,.
Qui fut nommé l'amour du genre humain ;
I
› £ , 3 , 8 , je fuis un faint Evêque ;
NOVEMBRE , 1748 .
133
Le 8 ôté , tu vois une Princeffe Grecque ,
Mere d'un Empereur , du nom de Conftantin ;
1,5, 3 , 8 , c'est moi qu'un Poëte Latin
Célébra dans une Enéïde
'Avec s
J'engendrai mainte Néreide
8,4
" mettant
à la fin.
3 >
Ote s , & mets 7 ,à la premiere place ,
Ne reconnois- tu pas ce pauvre Roi de Thrace ,
Auquet on fit manger fon fils dans un feftin 2
2 , 6 , 7 , 4 , & 3 , je fuis au dos d'un livre ;
4 , 8,5,7,3 , pour le certain font vivre
Plus d'un particulier & plus d'un Hôpital ;
En tête ajoute deux ; chés moi , fuivant l'Hiftoire,.
S'eft conclu le dernier Concile général .
Penfe à moi , fi tu veux arriver à la gloire.
A Châlons-fur - Marne le 19 Juillet 1748.
AUTRE
Ecoute ou lis , dévine , & meurs d'amour ;
En fix traits differens je peins ce que j'adore ;
Ce n'eft point cette vieille Aurore
Qui depuis fept mille ans vient annoncer le jour..
Il te fouvient de cette jeune lole
Qu'Alcide adora follement ?
N'offre
Hé bien , cet objęt fi charmant ,
que
Mais te dirai-je encor un bizarre fecret. 2 .
les deux tiers de mon aimable Idole.
134 MERCURE DE FRANCE.
Regarde-bien une ſolive ;
De mes amours tu vois & méconnois l'objet ;
Protée au changement ne fut pas plus ſujet ,
Quand il devint dragon , flamme , onde fugitive ;
Ma belle eft à la fois, fans beaucoup d'appareil ,
Une Ifle , un fimple aveu. Que te dirai - je ? Un oeil.
J'en ferois une image en merveilles féconde ,
Si j'analifois tous les traits .
Yeux-tu fçavoir ſon nom ? on le trouve à peu près
Dans l'Hiftoire du nouveau monde .
D Ans
PORTRAIT
De Madame de Ber....
Ans mon fommeil j'ai crû fuivre les traces
D'un jeune Enfant qui voloit vers Paphos ;
Il m'a conduit dans le Temple des Graces
Et fur l'Autel il a gravé ces mots :
Eglé paroît c'eſt affés , elle enchante ;
Sans le fecours de fes divers talens.
En l'écoutant , on dit : Qu'elle eft charmante!
Elle a de trop tous les traits du Printems.
Dès qu'un mortel la fuit , bientôt il aime ;
Fût il dans l'âge où l'on craint d'être amant,
Il faut céder . La Raifon , elle-même
Eft de moitié dans cet enchantement,
NOVEMBRE. 1748. 139
Eglė ne veut ni briller , ni féduire
Par fon efprit , par toute ſa gayté :
Elle vous plaît , comme une autre reſpire
On n'apperçoit jamais fa vanité.
Ceffons , dit- if ; Eglé toujours nouvelle ,
Eft le fujet de mille heureux Portraits.
Il faut avoir prefqu'autant d'efprit qu'elle ,
Pour définir tout ce qu'elle a d'attraits.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
L
E MARCH AND DE LONDRES ,
ou l'Hiftoire de Georges Barnwell. Tragédie
de M. Lillo , traduite de l'Anglois
1748.
» Une Tragédie qui a été repréſentée tren-
>> te-huit fois confécutives fur le Théatre
» de Drury Lane , avec des applaudiffemens
»foutenus & un nombre de Spectateurs
"
prefque toujours égal ; qui a eu le même
» fuccès fur tous les Théatres où elle a pa-
» ru ; dont il s'eft débité plufieurs milliers
d'exemplaires imprimés , & qu'on ne lic
pas avec moins d'ardeur & de plaifir
» qu'on en a eu à la voir repréfenter ;une
136 MERCURE DE FRANCE.
"
力
Tragédie qui s'eft attiré tant de marques
d'approbation & d'eftime , doit faire
naître , à ceux qui en entendront parler,
» l'une ou l'autre de ces deux penfées , ou
» qu'elle eſt un de ces chefs - d'oeuvres dont
» la parfaite beauté ſe fait fentir à tout le
» monde , ou qu'elle eft fi conforme au
goût particulier de la Nation dont elle
» fait ainfi les délices , qu'elle peut fervit
» de regle certaine pour juger du goût
préfent de cette Nation pour les Specta-
» cles . Tel eft le Dilemme que M. l'Abbé
Prévôt dans fon Pour & Contre * établit au
fujet de la réuflite prodigieufe & conftante
de la Tragédie de Barnwell.
Dans les matieres qui regardent le fentiment
, nous aurons toujours beaucoup de
déférence pour les décisions d'un Auteur ,
qui fachant fi bien lui-même exciter en
nous les impreffions qu'il veut nous faire
éprouver , doit connoître parfaitement les
refforts par lefquels on exerce cet empire
fur les Lecteurs & fur les Spectateurs . Cependant
nous croyons qu'une Piéce Tragique
peut jouir de l'honneur dont celle- ci
jouit en Angleterre , fans qu'on foit fondé
à conclure ; ni qu'elle eft un excellent ouvrage
, ni que les fingularités qui la caractérifent
doivent faire juger qu'il faut ab-
* Tome III. Nombre 45
NOVEMBRE . 1748. 137
folument les imiter fi l'on veut plaire à la
Nation pour laquelle elle a éré faite . De ce
qe la Tragédie de Barnwell charme les
Anglois , nous infererons feulement qu'elle
a des beautés du premier ordre , & qu'en
faveur de ces beautés les Anglois lui pardonnent
plufieurs défauts confidérables .
Le principal devoir d'un Auteur Tragique
eft de remuer. C'est ce qu'à Londres
on lui demande avant toutes chofes, Pourvû
qu'il rempliffe çet objet , on lui paffe
des fautes qui ne feroient pas tolerées ici .
Il ne s'enfuit point de- là , que s'il ne commettoit
pas ces fautes , il captivât moins
les fuffrages des honnêtes gens de fa Nation.
On penfe communément , que pour
frapper les Anglois dans la Tragédie , il
faut leur y préfenter des Scélérats , des
Poureaux & des Exécutions fanglantes.
Cela , fans doute , eft vrai de la Populaçe
d'Angleterre , mais cela l'eft peut- être auffi
des hommes de cetre claffe dans tous les
Pays du monde. Peut- être fi les Anglois
ont plus que d'autres Nations la réputation
d'aimer les ouvrages Dramatiques de
ce genre , c'eft parce que chez eux plus
qu'ailleurs le bas peuple va fréquemment
au Spectacle.
Nous n'entrerons point dans le détail
de ce qu'il y a de louable ou de blâmable
138 MERCURE DEFRANCE.
•
dans la Piéce , à l'occafion de laquelle nous .
venons de hafarder ces refléxions . Un examen
difcuté nous meneroit trop loin.
Nous nous contenterons de remarquer que
l'ouvrage de M. Lillo eft de nature à produire
an grand effet fur toutes les perfonnes
fenfibles , de quelque Nation & de
quelque condition qu'elles foient. En France
où l'on exige que le Tragique foit tou
jours majestueux , & qu'il ne préfente jamais
que des actions éclatantes & des per
fonnages importans , on refuſera vrai -femblablement
le nom deTragédie à un Drame
dont un Garçon Marchand & une femme
perdue font les Héros , mais à Paris , à Madrid
, à Rome , à Ifpahan , à Pekin , com
me à Londres , le malheur d'un jeune hom
me , né pour fuivre les confeils de la vertu
, & qu'un fatal amour entraîne malgré
lui dans les crimes les plus deshonorans &
les plus atroces , fera une leçon effrayante.
Partout , on fera vivement touché du repentir
fincére de cet infortuné , & des larmes
qu'un Maître généreux , un Ami tendre
& une fille adorable , donnent à fon
fort funefte.
Tous les Lecteurs équitables regarderont
donc comme un très - bon préfent la
Traduction qu'on leur donne de la Piéce
dont il s'agit. Au refte le Traducteur paNOVEMBRE
. 1748. 139
roît être convaincu , auffi-bien que nous ,
qu'elle n'eſt rien moins que parfaite , &
contre la coûtume des Traducteurs , il
prend la liberté de cenfurer , même de
railler fon Auteur en plufieurs endroits.
C'est à M. Clement que nous devons cet
te Traduction. * En général , elle est écrite
avec force , & l'on ne doit pas en être furpris.
M. Clement eft lui- même Auteur Dra
matique , & il a compofé , en même- tems
que M. de Voltaire , une Tragédie de Mérope
, qui fera bien- tôt imprimée .
ZADIG , ou la Deftinée. Hiftoire Orien
tale . In- 12 . pp. 195 .
Il fe trouve dans ce Livre plufieurs prin
cipes, qui ne feront pas approuvés généralement,
mais on y découvre beaucoup de génie
& d'invention , & l'Auteur a le fecret
de paroître original , même lorfqu'il n'eft
qu'imitateur. Son ftyle eft naturel , peutêtre
quelquefois négligé , mais toujours vif
& agréable. Son Héros eft un Philofophe
charmant , qui joint aux lumieres que fournit
l'étude , toutes les graces qu'on puife
*Il a copié prefque mot pour mot dans deux Scenes
la traduction donnée de ces Scénes dans le Pour &
Contre par M. l'Abbé Prévot , & il en avertit
dans fa Préface. » A quoi bon , dit- il , fe donner
la peine de redire en d'autres termes , & rifquer
de dire moins bien ce qui a déja.été bien dis a
140 MERCURE DE FRANCE.
dans le commerce du grand monde. On
attribue cet ouvrage à l'un de nos plus fameux
Poëtes , & nous fommes du moins
certains qu'il ne peut être que d'un homme
extrêmement fupérieur & d'un très - bel
efprit. Peu s'en faut même que nous ne
foyons tentés de foupçonner qu'une feule
tête n'a pas créé tout ce qu'on apperçoit
› de neuf dans une fiction fi ingénieufe .
EPITRE à M. de Tournebem , Directeur
& Ordonnateur général des Bâtimens ,
Jardins , Arts & Manufactures de Sa Majefté
, fur la Colonne de l'Hôtel de Soiffons.
Par M. Greffet , de l'Académie Fran
çoife , & de celle de Berlin . L'objet de M.
Greffet dans cette Epitre eft d'engager M.
de Tournehem à ne pas permettre qu'on
abatte une Colonne , à la confervation de
laquelle les Amateurs des Arts doivent
s'intéreffer. A cette occafion il s'écrie aves
juſtice ,
Souffriroit on ce trait honteux
D'une Gothique.barbarie ,
Dans les jours les plus lumineux
Des talens & de l'induftrie
Déja cette Ville chérie ,
Cette Souveraine des Arts
Et des agrémens de la vie ,
NOVEMBRE.
14% 1748 .
Qui les verfe de toutes parts
Sur l'Univers qui l'étudie,
Et tient fur elle fes regards ,
Paris , le Temple du Génie ,
Offre trop peu des Monumens ,
Où Rome , Athéne , Alexandrie ,
Confacroient les faits éclatans.
Verrions- nous dans notre indigence .
Le -vil intérêt , l'ignorance ,
Prévenir les efforts des ans
Et de nos embelliffemens
Précipiter la décadence ?
Je ne regrette point ici
L'Aftrologique Obfervatoire ,
Que Médicis avoit bâti
Pour le chimérique grimoire
De Gauric & de Ruggeri .
Non , c'est déja trop de l'Histoire
Pour ces faits dignes de l'oubli .
Qu'illuftré , changé , rajeuní ,
Ce Monument foit enrichi
Des attributs de la Victoire ,
* Célebres Aftrologues du XVIe fiécle.
142 MERCURE DE FRANCE.
Et que Lauwfelt ou Fontenoy
Y gravent l'immortelle gloire ,
Et les travaux du plus grand Roi.
Nous joignons nos voeux à ceux de M.
Greffet ; pour qu'on laiffe fubfifter un ouvrage
, dont on peut lire l'éloge dans
l'Histoire des Antiquités de Paris , & qui
eft un ornement de plus dans cette Capitale
. Mais cet Académicien nous permettra
de ne pas adopter la propofition qu'il
fait de placer fur cette Colonne la Statuë
de Sa Majesté. Nous foufcririons plus volontiers
à l'idée d'un autre homme d'ef
prit , qui defireroit qu'à la Sphere , qui eft
au haut de ce Monument , on fubftituat
un Trophée avec quelques attributs de la
Paix , & que fur le piedestal de la Colonne
on mit une courte Infcription , dont la
penfée feroit que ce Monument , élevé
autrefois pour un ufage frivole vient
d'être reftauré & confacré au Monarque ,
Pacificateur de l'Europe. On appelleroit
cette Colonne la Colonne de la Paix. Elle
conftateroit l'epoque de cet heureux &
grand évenement. A quelques égards , elle
reffembleroit à la Colonne Milliaire qui
étoit au milieu de la Ville de Rome , &
›
NOVEMBRE . 1748. 143
d'où partoient tous les grands chemins de
l'Empire Romain.
L'Auteur de cette idée a compofé l'Infcription
fuivante , pour être gravée fur le
piédeftal de la Colonne. Il fuppofe qu'on
y ajoutera l'embelliffement d'une fontaine.
Arti vanafieti vana , nune publica curo
Commoda, Confilio fic bona cunctaforent.
Reftauratores c.
Paci ac Pacificatori Ludovico XV. ¿c.
Dicaverunt
1749.
Au bas de l'Infcription feroient les noms
des Reſtaurateurs .
LA PRINCESSE DE MONTFERRAT. Ce
Roman n'eft pas encore parvenu juſqu'à
nous , mais de bons juges nous ont affuré
qu'il étoit intéreffant .
REFLEXIONS fur quelques circonftances
préfentes , contenant deux Lettres fur les
Tableaux qui ont été exposés au Louvre
cette année . A M. le Comte de R **, &
une autre Lettre à M. de Voltaire fur fa
Tragédie de Semiramis ,
»Je me fervirai de la Critique , dit
» l'Auteur de ces Réflexions, parce qu'elle
» honore les talens aufquels elle s'attache,
כ
142 MERCURE DE FRANCE.
Et que Lauwfelt ou Fontenoy
Y gravent l'immortelle gloire ,
Et les travaux du plus grand Roi.
Nous joignons nos voeux à ceux de M.
Greffet ; pour qu'on laiffe fubfifter un ouvrage
, dont on peut lire l'éloge dans
l'Histoire des Antiquités de Paris , & qui
eft un ornement de plus dans cette Capitale.
Mais cet Académicien nous permettra
de ne pas adopter la propofition qu'il
fait de placer fur cette Colonne la Statuë
de Sa Majesté. Nous foufcririons plus volontiers
à l'idée d'un autre homme d'ef
prit , qui defireroit qu'à la Sphère , qui cft
au haut de ce Monument , on ſubſtituât
un Trophée avec quelques attributs de la
Paix , & que fur le piedeſtal de la Colonne
on mit une courte Infcription , dont la
penfée feroit que ce Monument , élevé
autrefois pour un ufage frivole vient
d'être reftauré & confacré au Monarque ,
Pacificateur de l'Europe. On appelleroit
cette Colonne la Colonne de la Paix. Elle
conftateroit l'epoque de cet heureux &
grand évenement. A quelques égards , elle
reffembleroit à la Colonne Milliaire qui
étoit au milieu de la Ville de Rome , &
>
NOVEMBRE . 1748. 143
d'où partoient tous les grands chemins de
l'Empire Romain.
L'Auteur de cette idée a compofé l'Infcription
fuivante , pour être gravée fur le
piédeftal de la Colonne. Il fuppofe qu'on
y ajoutera l'embelliffement d'une fonraine.
Arti vanafieti vana , nune publica curo
Commoda, Confilio fic bona cunctaforent.
Reftauratores &c.
Paci ac Pacificatori Ludovico XV . &c.
Dicaverunt
1749.
Au bas de l'Inſcription feroient les noms
des Reſtaurateurs .
LA PRINCESSE DE MONTFERRAT , Ce
Roman n'eft pas encore parvenu jufqu'à
mais de bons juges nous ont affuré
,
qu'il étoit intéreffant .
REFLEXIONS fur quelques circonftances
préfentes , contenant deux Lettres fur les
Tableaux qui ont été expofés au Louvre
cette année. A M. le Comte de R**, &
une autre Lettre à M. de Voltaire fur fa
Tragédie de Semiramis ,
»Je me fervirai de la Critique , dit
» l'Auteur de ces Réflexions, parce qu'elle
» honore les talens aufquels elle s'attache,
144 MERCURE DE FRANCE.
» & par la même raifon j'en ferai grace à
» d'autres ouvrages , qui ne la méritent
» pas. Il fuit dans fes remarques l'ordre
dans lequel les differens morceaux de
Peinture , de Sculpture & de Gravûre ,
ont été placés au Salon . Pour l'ordinaire ,
il louë plus qu'il ne blâme . Quand il prend
le dernier parti , il n'employe pas toujours
les ménagemens qu'on doit aux talens
diftingués. Nous ne diffimulerons pas
même , que fes Critiques ne font pas toujours
également juftes , & l'on a lieu d'être
fort étonné du ton méprifant , avec lequel
il parle du Portrait de feuë Madame la
Dauphine , peint par M. Tocqué. Si les
amis de ce Peintre doivent être peu contens
de l'Auteur des Réflexions , les admirateurs
de Semiramis , doivent l'être beaucoup
des éloges qu'il donne à cette Tragédie.
Voici des vers qu'il adreffe à M. de
Voltaire .
O Phédre ! Eft - ce celui qui peignit tes fureurs ,
Et qui fçut, malgré nous, nous arracher des pleurs,
Dont la plume fertile , exacte , intéreſſante”,
Par un nouveau miracle aujourd'hui nous enchante
Ou plutôt n'eft- ce point ce mortel , dont la voix
Jufqu'à celle des Dieux s'égaloit autrefois ,
Quand déployant les traits de fon Art énergique ,
H
C
NOVEMBRE. 1748. 145
peignit des Romains la fiere politique ,
Ou que de leur efprit furpaffant la hauteur ,
Il éleva le nôtre aux fentimens du leur ?
Non , & Sémiramis me montre davantage *
D'amour , de fermeté , de grandeur ,
J'y reconnois le fceau de trois fameux Eſprits .
en falloit autant pour entraîner Paris ;
Il falloit pour dompter cet Hydre du Parterre ;
Raffembler & Corneille , & Racine , & Voltaire.
de courage.
LE PLAISIR . Comédie en un Acte , en
vers , avec un Divertiffement. Par M.
Marchadier. Repréfentée pour la premiere
fois fur le Théatre François , le 3
Août 1747. A Paris , chez Cailleau , ruë
Saint Jacques , au- deffus de la rue des
Mathurins , à Saint André , 1749.
Nous avons déja parlé de l'impreffion
qu'a faite fur nous la lecture de cette Comédie.
L'idée en eft riante , les fcénes vives
, la verfification élegante & facile , le
dialogue femé de penfées fines & brillantes
, mais toujours exprimées naturellement.
FRISII POETA ELEGIA , de adventu fuo in
Galliam. Parifiis , typis Valleyrii , via
fandti Severini, 1748 .
M. Heerkens , de Groningue , eft Auteur
de cette Elegie , & il la dédie aux Jefuites,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
qui fe diftinguent ici dans les Sciences &
dans les Lettres. On pourra juger de fon
talent par les vers que nous allons copier.
Venimus , ut licuitfactâjam Pace quibuſvis ;
Venimus in gremium , Gallia docta , tuum ;
Parrhifiifalvete Lares , Geniique Deique ,
Feffus in hacfi quos arbe Viator habet.
Vos quoque præcipuè dulces falvete Poeta ,
O mihi tam longa caufa ferè una via !
Efte mihifaciles , Pindumque fubire volentem
Ah precor , averfum nemo Bolaus eat.
Nec temerè , nimiumque altè ſpectabilis , ilo ,
> Imus in alterutro fit mihi colle locus
Hocfatis eft Juveni , procul à Permeſfide nato.
Frifia fubgelido me tulit alta Polo.
Orpheus ipfe quidem tali regione dabatur ,
Sed pater buic Phabus , Divaque mater erat .
·
LETTRES à M. D*** . fur celles qui ont
été publiées récemment , concernant la
Peinture , la Sculpture , l'Architecture ,
& c. 1748.
NOVEMBRE . 174S. 147
On reconnoît dans l'Auteur de cette
Lettre un homme d'efprit , amateur des
Arts , & zélé pour la gloire des Artiſtes .
Si on l'en croyoit , on ne publieroit jamais
de Critiques . Nous doutons que les Arts
y gagnaffent beaucoup , mais nous fommes
obligés d'applaudir à une réflexion , par
laquelle l'Auteur termine fa Lettre. » II
» ne faut jamais , dit- il , juger à la der
»niere rigueur , parce que les hommes ne
>> pouvant rien faire de parfait , ne font pas
» excufables d'oublier cette mifere de leur
» condition , jufqu'à exiger des autres une
» perfection à laquelle eux - mêmes ne
»fçauroient atteindre... J'aimerois à voir
»la Critique , faus rien perdre de fes
droits , s'appliquer à augmenter notre
plaifir , en nous faifant difcerner dans
les ouvrages les traits heureux , les finef-
» fes de l'Art , qui nous auroient échappé ,
plutôt que de le diminuer par trop de
» recherche des défauts que nous n'aurions
pas apperçûs. Je lui adrefferois
» volontiers ce que le Poëte Lainez adref
foit à la Raifon .
ן כ
3 .
Eclaire nos plaifirs , & ne les trouble pas.
TABLETTES HISTORIQUES , Génealogiques
& Chronologiques. II . & III . Parties
, à Paris , chez le Gras , Salle du Palais ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
& Langlois , rue Saint Jacques , près la
Fontaine Saint Severin .
La premiere Partie de cet ouvrage parut
il y a quelques mois. Dans la feconde ,
l'Auteur donne la fucceffion des Rois &
des Reines de France , des anciens Souve
rains des differentes Provinces du Royaume
, & des Poffeffeurs des grands Fiefs de
la Couronne . La troifiéme comprend la
-fucceffion des Ducs , des Princes , & des
Grands d'Espagne , François , avec l'état
préfent de leurs familles , les Grands Officiers
de la Couronne , les Chevaliers &
Officiers de l'Ordre du S. Efprit ; les Papes
& les Cardinaux nés en France , & les
Prévôts de Paris.
DESCRIPTION du Parnaffe François ,
exécuté en bronze , avec un extrait de la
vie de près de trois cens Poëtes ou Muſiciens
, qui y font raffemblés depuis la fin
du XV . fiécle ; un Catalogue de leurs ouvrages
, fur lefquels on rapporte les jugemens
des Sçavans ; un Effai fur la Poëfie
& fur la Mufique en général ; des Remarques
particulieres fur la Poëfie & fur la
Mufique Françoifes , fur l'origine & le
progrès de ces deux Arts en France , & fur
La perfection à laquelle ils font parvenus
Lous le Regne de Louis le Grand ; fur les
NOVEMBRE. 1748. 149
Spectacles , fur les fameux Acteurs & fur
les Actrices les plus célébres , fur leurs
caracteres & fur leurs principaux talens ,
&c.
Il a été fait plufieurs fois mention de
cet ouvrage dans le Mercure , & l'on a annoncé
que c'étoit un in -folio de près de
mille pages , orné de vignettes & de vingthuit
eftampes , fçavoir celle du Parnaffe
François ; douze , dans chacune defquelles
font deux Médaillons ; quatorze Portraits
des principaux Poëtes , & celui de Lulli .
On a auffi annoncé que ce volume broché
fe vendoit quinze francs ; qu'on diminuoit
trois livres aux perfonnes qui ne jugeoient
pas à propos de prendre les quinze Portraits
, & vingt fols de plus , lorfqu'elles
achetoient le volume en feuilles . M. Titon
du Tillet a défiré que nous réitéraffions cet
avis , afin que le Public fût informé an
jufte du prix des exemplaires qui reftent
chez les Libraires. Depuis que fon ouvra
ge a paru , il. y a ajouté un Supplément
d'environ cent quatre- vingt pages . Il nous
prie d'avertir que le prix de ce Supplé
ment eft de quarante fols . L'ouvrage & le
Supplément le trouvent chez Coignard, tuë
Saint Jacques ; le Gras , au Palais ; Chanbert
, à l'entrée du Quai des Auguftins ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
·
& la veuve Piffot , Quai de Conti à la defcente
du Pont-neuf. Les mêmes Libraires
débitent un autre ouvrage de M. Titon du
Tillet , fur les honneurs & les monumens
accordés aux Sçavans , lequel coute quarante
fols relié , & vingt - huit broché.
INSTRUCTIONS CHRETIENNES pour les
jeunes gens , utiles à toutes fortes de perfonnes,&
mêlées de plufieurs traits d'hiftoire
& d'exemples édifians , imprimées à
Befançon. A Paris , chez Savoye , rue Saint
Jacques , à l'Efperance . 1748 , vol . in- 12.
2 liv. relié.
LE DIRECTEUR dans les voies du falut
fur les principes de S. Charles Borromée ,
imprimé à Amiens , & fe vend à Paris ,
chez le même : cinquiéme Edition , vol,
in- 12 . 2 liv.'s f. relié.
LA VIE de Saint François de Sales ,
Evêque & Prince de Geneve , par M. de
Marfolier , Doyen de l'Eglife Cathédrale
d'Uzès. Nouvelle édition , chez le même.
1748. 2. vol. in - 12 . 5 liv. relié.
DICTIONNAIRE Botanique & Pharmaceutique
, contenant les principales propriétés
des minéraux , des végétaux & des
animaux d'ufage , avec les préparations de
pharmacie internes & externes , les plus
ufitées en Médecine & en Chirurgie . NonNOVEMBRE.
1748. 151
velle édition , chez le même , 1748. Vol .
in-So. 5 liv. relié.
LA MEDECINE & la Chirurgie des pau
vres , contenant des remédes choifis , faciles
à préparer & fans dépenfe , pour la
plupart des maladies internes & externes ,
qui attaquent le corps humain . Nouvelle
édition , chez le même. 1748. Vol . in - 1 2 .
2 liv. 10 f. relié.
LES ELEMENS de Médecine pratique , tirés
des écrits d'Hippocrate , & de quelques
autres Médecins anciens & modernes , où
l'on traite des maladies les plus ordinaires
à chaque âge , dans les differentes faifons
de l'année , felon les differentes conftitutions
de l'air , &c. avec des remarques de
théorie & de pratique , pour fervir de
Prodrome à une Hiftoire générale des maladies.
Par M. Bouillet , correfpondant de
l'Académie Royale des Sciences , Docteur
en Médecine de Montpellier , Profeffeur
Royal de Mathématiques , Secretaire de
l'Académie des Sciences & Belles Lettres
de Beziers , & Médecin des Hôpitaux de
la même Ville. A Paris , chez David le
jeune , Libraire , Quai des Auguftins . Velume
in-4° . Le prix eft de 10 liv.
LE NOUVEAU & PARFAIT NOTAIRE , ICformé
fuivant les nouvelles Ordonnances,
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
contenant des formules , ftyles & proto
coles modernes , pour dreffer toutes fortes
de Contrats & Actes , tant en matieres civiles
que bénéficiales , fuivant l'ufage du
Pays Coûtumier , & des Provinces de
Droit Ecrit , avec des obfervations & des
remarques fur la nature & forme defdits
Contrats & Actes , enfemble les Edits ,
Déclarations , Arrêts , Actes de notoriété
& Réglemens , concernant les fonctions
des Notaires. Par Jean Caffan. Nouvelle
édition , augmentée & mife. par ordre alphabétique
en forme de Dictionnaire , par
François - Benoît de Vifme. A Paris , chez
Théodore le Gras , Grand’Salle du Palais.
METHODE Latine complette , contenant
les principes les plus difficiles & les plus
néceffaires de la Langue Latine , pour la
cinquiéme & quatriéme Claffe , à l'ufage
des Colléges & des Penfions. A Paris ,
chez Defaint & Saillant , ruë Saint Jean de
Beauvais .
ABREGE' littéral de la Méthode Latine ,
contenant les principes les plus fimples &
les plus communs de la Langue Latine ,
pour la fepriéme & fixiéme Claffe. A Paris,
chez les mêmes.
NOUVEAU RUDIMENT de la Langue
Latine , contenant les differentes déclinaiNOVEMBRE
. 153 174S .
fons & conjugaifons , avec les définitions
& les obfervations qui y ont rapport , chez
les mêmes.
ABREGE' de la Langue Françoife , contenant
les principes généraux du Difcours
, avec quelques régles de Syntaxe &
d'ortographe , pour fervir de préparation
à l'étude du nouveau Rudiment de la Laigue
Latine , chez les mêmes.
M. TULLII CICERONIS Orationes , qua
in Univerfitate Parifienfi vulgò explicantur ,
cum notis ex Manutio , Hottomano , Grævio,
&c.felectis , & novis aliquot additis , ad uſum
Scholarum , chez les mêmes.
P. VIRGILII MARONIS Opera , cum notis
brevioribus , ad ufum Scholarum , chez
les mêmes . On trouve aufli chez eux le
Tite- Live , in- 12 . avec les notes de M..
Crevier .
> LES LOIX des Bâtimens fuivant la
Coûtume de Paris , traitant de ce qui concerne
les fervitudes réelles , les rapports
des Jurés Experts , les réparations locatives
, doüairieres , uuffuuffrruuiittiieerreess ,, bénéficiales
, &c. enfeignées par M. Defgoders , Architecte
du Roi , dans l'Ecole de l'Acadé
mie d'Architecture , avec les notes de M.
Goupy , Architecte Expert Bourgeois.
Ouvrage utile à toutes perfonnes chargées
de la conftruction , auxproprietaires & lo
Gy
154 MERCURE DE FRANCE .
cataires , & aux Juges qui en connoiffent.
A Paris , chez Ganeau , Libraire , ruë S. Severin
près l'Eglife , aux Armes de Dombes
& à S. Louis.
LES PANDECTES de Juftinien , mifes
dans un nouvel ordre , avec les Loix du
Code & les Novelles , qui confirment ,
expliquent ou abrogent le droit contenu
dans les Pandectes , &c. Tome premier ,
contenant la Préface de l'ouvrage , & les
vingt- deux premiers Livres du Digefte.
A Paris , chez Saugrain , pere , ruë de
Savoye ; Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , & à Chartres , chez François
Le Tellier , Imprimeur Libraire , au Bon
Paſteur , 1748 , in -fol. de 650 pages à
deux colonnes.
BIBLIOTHEQUE choifie de Médecine ,
tirée des ouvrages périodiques , tant François
qu'Etrangers , avec plufieurs piéces
rares , & des remarques utiles & curieufes.
Par M. Planque , Docteur en Médecine.
Tome premier , à Paris , chez d'Houry ,
pere , Imprimeur Libraire de M. le Duc
d'Orleans , ruë de la vieille Bouclerie ,
1748. Volume in-4°. de 533 pages , la
table des matieres comprife , planches détachées
28 .
PETRI BALLARINI de Jure Divino &
Naturali circa ufuram Libri v1 . Bononia ,
1747 , in-4°. Deux volumes.
NOVEMBRE . 1748. 155
GIOVANNI BOTTARI Lezzioni fopra il
Tremoto. In Roma , 1748 , in- 8 ° .
JOANNIS CIAMPINI Opera , fcilicet vetera
monumenta de Sacris Edificiis , &
Opufcula , cum vitâ Auctoris , cum figuris.
Editio nova aucta. Roma , 1747 , in -folie.
Trois volumes.
CATALOGO de la Libreria Capponi , o fia
de Libri Italiani de fu Marchefe Alejandro
Georgio, con annotazioni ed Appendice de Libri
Latini , Mifcellanea , è Manufcritti. In
Roma , 1747 , in-4°.
LUDOV. HABERT Prattica del Sagramento
della Penitenza , per l'ufo de Confeffori.
In Palermo , 1748 , -4°.
DOMINICO Maria Manni... Offervázioni
iftoriche fopra i figilli antichi de fecoli
baffi configuris. In Firenze , in- 4° . Dix-fept
tomes. Le dix -feptiéme a été publié vers
la fin de l'année derniere.
MEMORIE fopra la Fifica e Hiftoria Naturale
, di diverfi valentuomini. In Lucca ,
1744 , 1747. Trois volumes in - 8 °.
PIETRO METASTASIO opere Drammatiche
, Oratori Sagri , e Poefie liriche . In Ro
ma , 1747. Cinq volumes in - 12.
J. G. A. ORSI .... della Storia Ecclefiaftica
. In Roma. Quatre volumes in -4º .
Le quatriéme paroît depuis peu .
Tous ces Livres fe trouvent à Rome ,
Gvi
156 MERCURE DE FRANCE .
chez les Freres Pagliarini , Imprimeurs
Libraires.
DELICIA Eruditorum , feu veterum Anecdoton
opufculorum collectanea , collegit , illuftravit
, edidit Joannes Lamius . Florentiæ ,
ex Typographio Petri Cajetani Viviani ,
1748 , in- 8 ° . Quinziéme & feiziéme tomes.
JOANNIS CALVI Cremonenfis de hodiernâ
Etrufca Clinice Commentarius , ad doctiffi
mum clariffimumque virum Francifcum Roncalli
Parolinum , Patricium Brixianum.....
Medicina Dolorem , &c. Florentie.
COMÆDIÆ ET TRAGEDIA Selecta ex
Plauto , Terentio & Senecâ , animadverfionibus&
interpretationibus illuftrata . Florentie,
1748 , in-8°.
Jo . FRID . CHRISTII Villaticum Libris
III. infunt Rufticationis laudes , villaque
amaniffima defcriptio.... Accedunt excurfus
in Hiftorian Pagi Sufelii , in res antiquas
in litteras diverfas , & cum his Tiburtinum ,
Surrentinumque Statii , Mofella Aufonii ,
alia veterum atque recentiorum fuper locis
manis carmina denuo recenfita. Lipfia ,
apud Gafp. Fritsch , 1746 , in- 8°.
Le même Auteur a donné un recueil
de Harangues qu'il a prononcées. Le titre
eft , Otii regalis acroamata Orationibus tribus
, quas habuit Jo. Frid, Chriftius , &c.
>
NOVEMBRE. 1748. 157
-1746 , in-8°. Voici les fujets de ces trois
Harangues. 1. De eo ftudiorum humanitatis
genere , quod & fortunam principalem ,
& omnem vita ftatum deceat. 2 ° . De laudatiffimo
virorum Principum inftituto audiendi
recitationes Litteratorum. 3 ° . De numero annorum
qui ab orbe condito fluxerunt accuratè
reddendo. Il y ajoint des remarques fous le
nom d'Excurfus.
AUTRE recueil de Harangues du même
Auteur , fous ce titre : Jo . Frid. Chriftii pro
patrimonio Poëtarum , in quo paganitas que
dam fabularum ftilique antiqua redolentis accufatur
, Orationes tres , Lipfiæ , 1746 ,
in-8°
THEODORI CRUGERI Theol. D.......
apparatus Theologia Moralis Chrifti , &
renatorum , variis obfervationibus illuftratus,
in quo fanctiffimum Jefu Chrifti exemplar ,
ex natura , & gratia ejus expreffum , in intellectu
, confcientia , Religione , imaginatione,
memoria , voluntate , affectibus , virtutibus
Senfibus , corpore , infirmitatibus , & Medicina
mentis confpicuum , accuratius & plenitus
regentis ad imitandum proponitur. Lipfiæ,
apud Bernhard. Criftoph. Breitkopfium ,
1747 , in- 4°.
>
por- PRINCIPES du Jeu de Trictrac , à la
tée des commençans , avec une Table alphabétique
des termes de ce Jeu . A Paris ,
158 MERCURE DE FRANCE.
e
chez Guyllin , Quai des Auguftins , au Lys
d'or , 1749. Le prix eft de 24 fols.
COURS de Belles- Lettres , diftribué par
exercices. Tome fecond , à Paris , chez
Defaint & Saillant , rue S. Jean de Beauvais
, in- 12 . de plus de 400 pages.
LA SAINTE . BIBLE ou le Vieux & le
Nouveau Teftament , avec un Commentaire
littéral , compofé de notes choifies ,
& tirées de divers Auteurs Anglois . Tome
troifiéme. Seconde partie , contenant le
Deuteronome. A la Haye, chez Jean Swart,
1747 , in-quarto , de 382 pages , fans la
Préface.
HISTOIRE & Mémoires de l'Académie
Royale des Sciences & Belles- Lettres de
Berlin , pour l'année 1746. A Berlin , chez
Ambroile Haude , 1748 , in-quarto de 481
pages. .
HISTOIRE générale d'Allemagne par le
Pere Barne , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève . Tome V. A Paris , chez Delefpine
& Heriffant , ruë S. Jacques .
SERMON de Jacques Willemfen , intitulé
la Pierre couronnée & édifiée , fait à l'occafion
du Prince d'Orange , in - quarto , chez
Leendert Babber , à Midelbourg.
AUTRE d'Egydius Stochmans , intitulé :
le Devoir des Gens de guerre , quand ils font
en Campagne. A Goes , chez A. Huysman.
NOVEMBRE. 1748. 159
AUTRE de Corneille Van Velzen , intitulé
: la Force de Dien , montrée aux Provinces-
Unies , à l'occafion du Sthathouder. A
Groningue , chez Jacob Bolt.
AUTRE , chez le même , intitulé : le bon
plaifir deDien d'aider fon peuplefur le champ,
quand il lui obéit , prononcé à l'occafion de
la prife de Berg-op- zoom , par le même
Docteur.
ORAISON de Guillaume de la Borde
Lecteur en Mathématiques , à l'occafion
du Stathouder. A Leyde , chez Pierre Van-
Der-Eych , in-quarto.
DISSERTATION de Jérémie Holbech ,
pour montrer que le péché eſt la cauſe des
malheurs du Pays , dans la même Ville ,
chez Adrien Bonte.
LA TROMPETTE de pénitence , fonnée
dans les Provinces- Unies, par Jean Barueth,
& Sermon du même , fur l'élevation du
Prince d'Orange au Stathouderat , in octavo
, dans la même Ville , chez Jacob Bosch.
ORATIO ad Cels. Principem Araufii ,
&c. Decreto & nomine Senatus Academia
Batava , qua Leyda eft , habita à Tiberio
Heem fterhuys , ad diem 29 Jun. 1747 ,
in-fol. chez Samuel Luchtmans .
LE JOSUE ' des Pays- Bas , ou le Portrait
du Prince d'Orange , à l'occafion de ſon
élevation au Stathouderat , par Abraham
160 MERCURE DE FRANCE.
(
Oosterlandt , chez Nicolas & Paul Topyn.
A Rotterdam , in- quarto.
SERMON fait à l'occafion da Prince d'Orange
, par Kruythoff, chez Van Belbom . A
Amfterdam , in-quarto .
pour
AUTRE remercier Dieu d'avoir donné
un Stathouder aux Provinces Unies ,
chez Jacques Hayman , dans la même Ville
, in-quarto.
TRAITE où l'on démontre qu'il eft naturel
& néceffaire d'avoir un Chef dans les
tems de guerre , in-octavo , dans la même
Ville , chez J. W. Pruys.
SERMON , intitulé , le bonheur d'un Pays
dont le Roi eft fils d'un noble , à l'occafion du
Stathouder, dans la même Ville, par Pierre
Hofftede , chez Henri Vierroot , in-quarto.
DISSERTATION , intitulée , le dommage
des biens de la terre , & le profit de la Juftice
, à l'occafion du cinquantiéme denier ,
par Gerard de Broen , dans la même Ville ,
chez Gérard & Jean- Broen , in- quarto.
REMARQUES des tems, ou confidérations
de ce qui s'eft paffé autrefois , & de ce qui
fe palle aujourd'hui , pour émouvoir à la
repentance , par Corneille Grebben , dans
la même Ville , chez B. Van Gerrevinch &
les héritiers Ratelbant , in quarto .
SERMON fur l'ordre du Roi Joas , pour
mettre un coffre dans le Temple , afin de
NOVEMBRE. 1748. 161
recevoir le don libéral , à l'occafion du
don libéral du cinquantiéme denier , par
Jean Barbas , dans la même Ville , chez
Nicolas Byl , in-quarto.
ORATIO ad Principem Araufionis , Decreto
Senatus Acadèmia Trajectina , habita
ab Arnoldo Drahenborch. A Utrecht , chez
Jean Brædelet , in- quarto.
EGUILLON D'HONNEUR pour pouffer les
Hollandois à défendre leur liberté , dans
la même Ville , chez Herman Beffeling,
in quarto.
RELATION des divertiſſemens que les
étudians ont faits à Utrecht , au fujet de
l'élection du Stathouder , chez le même ,
in-quarto.
CONFERENCES Eccléfiaftiques du Diocèfe
d'Angers fur les cas réfervés . Tome troifiéme.
A Angers , chez Pierre- Louis Dubé,
& à Paris, chez les Freres Guerin, rue faint
Jacques.
STEPHANI FABRETTI Urbanitatis è Societate
Jefu , Lyrica & Epiftola. Lugduni ,
Sumptilus Fratrum Duplain , 1747 , in- 4° •
NOTICE de l'état ancien & moderne de
la Province & Comté d'Artois , par M. ***,
A Paris , chez Guillaume Defpre , Imprimeur-
Libraire , & P. Guillaume Cavelier
fils , Libraire , rue S. Jacques , à S. Profper
& aux trois Vertus , 1748 , in- 12.
"
162 MERCURE DE FRANCE.
t
Ο
ETAT GENERAL de la France , contenant
quatorze colomnes , ( °. la divifion ancienne
de la France. 2°. Les trente-deux
Gouvernemens Généraux . 3 ° . Les Gouver
nemens particuliers & Provinces . 4°. Les
Villes Capitales ; 9 ° & 6° . les degrés de
Longitude & de Latitude ; 7° . les Fleuves &
Rivieres: 8° .les Parlemens ,Cours & Hôtels
des Monnoyes ; 9°. les Univerfités & Académies;
10 °.les Intendances & Bureaux des
Finances ; 11 ° . le nombre des Archevêchés
& Evêchés compris dans chaque Province.
12 °. le commerce des Villes & des Provinces
; 13 ° . des Remarques hiftoriques &
Géographiques , 14° . enfin les Archevêchés
& Evêchés par ordre de Suffragans.
Cette Carte , qui a trois pieds de haut
fur deux de large , repréfente d'un coup
d'oeil tout l'état du Royaume . Le prix eft
de 36 fols. A Paris , chez Debure l'aîné ,
Libraire , Quai des Auguftins , à l'Image
S. Paul , & chez le fieur Desbois , fils de
Nicolas de Fer , à la Sphère Royale , fur le
Pont Notre-Dame.
NOVEMBRE . 1748. 163
L
ESTAMPE NOUVELLE.
E fieur J. Robert , Graveur , avec Privilége
du Roi, vient de mettre au jour
un morceau dans la nouvelle maniere des
Eftampes imprimées en couleur naturelle
à l'huile , repréfentant un Crucifix , d'après
un Tableau original de M. Delobel, Peintre
ordinaire du Roi ,grandeur de toile de huir.
Cette Eftampe fe vend chez l'Auteur , ruë
& vis-à - vis la Chapelle de la Juffienne ,
près la rue Montmartre , chez un Vitrier; ruë
& au Magazin , rue S Honoré , au coin
de la rue S. Nicaife , entre une Lingere &
un Chandelier, au deuxième appartement.
Le fieur Robert a été éleve du fieur le
Blond , à qui l'on doit en France cette maniere
de graver. Il fe diftingue furtout par
la netteté de fes ouvrages , où l'on ne voit
point regner le ton noir , très- difficile à
éviter dans les gravûres de cette espéce .
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine.
Monfieur ,
Onfieur , voici une vûë qui me paroît
affez importante , & comme je
ne puis l'exécuter à préfent , étant engagé
dans des occupations qui demandent une
164 MERCURE DE FRANCE.
application longue & fuivie , je vous prie
de vouloir bien la rendre publique , car
beaucoup de perfonnes feroient en état de
l'exécuter , & je ferois également fatisfait ,
foit que ce fuffent d'autres ou moi , puifque
le bien public auroit toujours lieu de
même .
M. de Vaucanfon a fait une Machine ,
laquelle par le moyen d'un cheval fait
autant d'étoffe que trente- deux ouvriers.
Avec le fecours de cette Machine , on n'a
befoin que d'avoir de quatre en quatre mé
tiers un enfant pour renouer les fils qui
peuvent fe rompre. S'il pouffe fans aucun
effort un bouton ,. le métier s'arrête , tandis
que tous les autres vont , & quand il a
noué, il tire le bouton , & le métier va,&c .
J'ai fait refléxion qu'il feroit affez aifé ,
par la confidération de cette Machine ,
d'en faire une à laquelle un homme ou un
cheval feroit aller pareil nombre de métiers
à bas.
Les moulins à étoffe ne s'établiront que
petit à petit , à caufe que les Manufactures
fe trouvant raffemblées dans un perit
nombre de Villes , on laiffe aux ouvriers
d'à préfent la facilité de gagner leur vie ,
attendu que dans la grande multitude qu
ils font , il y en auroit beaucoup qui ne
fçauroient pas d'autre métier , & d'autres
NOVEMBRE . 1748. 165.
aroient peine à trouver chez eux de quoi
s'occuper dans une profeffion differente,
Mais comme celles des bas fe trouvent à
peu près également répandues , on pourroit
établir d'abord la Machine que je
propofe. On auroit les bas à bien meil
leur marché , puifque la façon coûtetoit fi
peu, & comme toutes les perfonnes , & même
les plus pauvres , ne peuvent fe paffer
d'en ufer continuellement , ce feroit un
grand avantage pour le Royaume , car
puifqu'il faut tant d'ouvriers de bas , fi un
feul faifoit autant d'ouvrage que quatre ,
ou un cheval autant que trente- deux hommes
, & fi un enfant , de qui d'ailleurs on
ne peut pas encore tirer de travail , fuffit .
à quatre métiers, plus de'gens refteroient à
cultiver les terres & à s'appliquer aux Arts,
& par-là à contribuer à l'abondance , à la
commodité & à la magnificence publique.
Je fuis , & c.
Le Chevalier de Rhodes.
166 MERCURE DE FRANCE
說說洗洗洗洗洗選選送送洗洗洗
RECIT DE BASSE
F.I de l'Amour , fi de fa Mere ,
Difoit Grégoire entre deux vins ,
Et vive le Dieu des Raifins ;
C'eft mon Roi , mon maître , mon pere.
Amour, jaloux de fon bonheur ,
Accourt au cabaret , s'y met en embuſcade
Et d'un trait perçant le bûveur ,
Apprens , dit-il , apprens à me faire bravade.
Tu m'as furpris , fils de Vénus ,
Lui répond fiérement Grégoire ,
Mais je fuivrai tes loix , fans rompre avec
chus ;
Je veux toujours aimer , & je veux toujours be
SPECTACLES.
E Concert Spirituel , conduit parA
Royer , Maître de Mufique célebre
qui a eu l'honneur de l'enfeigner à Mot
feigneur le Dauphin , & qui eft Auteur d
Zaide & de plufieurs ouvrages eftimés ,
été ouvert le Vendredi premier jour d
NOVE
THE N
ASTOR , LENOX **D
TILDEN FOUN ་ ་ ་
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MSTSHI
ANGE
NOVEMBRE. 1748. 167
Novembre , Fête de la Touffaints. Il y a
u un très- grand concours d'Auditeurs
urieux de voir la difpofition nouvelle
le la Salle , laquelle eft entierement chan
gée. On en a fort applaudi l'arrangement .
Le Théatre du Concert fait voir au fond
un grand ordre d'Architecture , divifé
un jeu d'orgues , qui embellit le Spectacle,
& fortifie l'accompagnement. Cet Orgue
eft fçavamment touché par M. Cheron.
L'Orqueftre eft mieux coupé , & les Concertans
font placés favorablement pour
les
par
voix ,
pour
, pour
la fymphonie
& pour
l'affemblée
. Un rang
de Loges
remplit
agréablement
le tour de la Salle
; on y entre
par un
corridor
& des efcaliers
commodes
. Ces
Loges
font
furmontées
d'une
galerie
qui
les couronne
, fans
les charger
. Le plein
pied
eft garni
de bancs
à dos & de chaiſes
.
Enfin
M. Royer
n'a rien
épargné
pour
mériter
l'approbation
du Public
.
Le Concert commença par In Exitu ,
Motet à grands choeurs de M. Adolfati ,
Maître de Mufique de l'Hôpital des Incurables
de Venife ; enfuite M. Taillard joüa
avec applaudiffement un Concerto fur la
flute Allemande.
On donna Jubilate Deo , omnis terra ,
Motet à grands choeurs de M. Fanton ,
Maître de Mulique de la Sainte Chapelle
68 MERCURE DE FRANCE.
de Paris , qui a auffi été approuvé. Mlle
Duval , jeune Ecoliere de M. Royer , débura
par un petit Motet de M. Mouret ; on
a loué fa voix & fa cadence . M. Pagin joüa
un Concerto du fameux Tartini , & felon
fa coûtume , il charma par la fineffe de fon
exécution les oreilles connoiffeufes . Le
De profundis , Motet de M. Mondonville ,
termina le Concert .
fenté
L'Académie Royale de Mufique a reprépour
la premiere fois fur fon Théa
tre le Mardi 5 Novembre les Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , Ballet Héroïque , repré
fenté à Verſailles le 15 Mars 1747. Le
Poëme eft de M. Cahufac ; la Mufique
M. Rameau ; les Danfes de M. Laval ,
Compofiteur des Ballets du Roi .
Une incommodité du Sr Jeliotte ayant
interrompu pendant quelques jours les répréfentations
des Fêtes de l'Hymen & de
Ï'Amour , on a joué dans cet intervalle
le Carnaval & la Folie.
Le 19 du mois dernier , les Comédiens
François donnerent une repréfentation de
Megare, Tragédie nouvelle de M.Morand.
Ils remirent le 13 de ce mois fur leur
Théatre la Comédie des Fils Ingrats.
CONCERTS
NOVEMBRE. 1748. 169
L
CONCERTS de la Cour.
E Mercredi 23 Octobre & le Lundi
28 , on exécuta en Concert chez
la Reine la Paftorale Héroïque de Diane
Endimion , dont les Paroles font de M.
de Fontenelle , & la Mufique de M. de
Blâmont , Sur-Intendant de la Mufique du
Roi . Les rôles ont été chantés par Mlles
Lalande , Defchamps , Romainville , Canavas
& Godonnefche , ainfi que par Mrs
Poirier , Benoît , la Garde & Godonnefche,
Le Mercredi 6 Novembre & dans les
Concerts fuivans , on exécuta le Ballet &
le Prologue des Amours des Dieux. Les Paroles
font de M. Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure, & la Mufique de feu M. Mouret.
Mlles Mathieu , Canavas , Guedon ,
& Mrs Benoît , Dubourg & Bafire , en ont
chanté les rôles.
COMEDIES à Fontainebleau.
Es Comédiens François donnerent le
21 Octobre à la Cour la Métromanie de
M. Piron , & le Deuil.
Le 24 , Sémiramis & le Triple Mariage.
H
170 MERCURE DEFRANCE.
Le 29 , Amphitrion & le double Veuvage,
Le 30 , le Cid & le Magnifique.
Les Italiens y repréſenterent le 21 le
Prince de Salerne, accompagné d'un Ballet,
qui plut infiniment .
Le 26 , Arlequin Voleur , avec le même
Ballet , que la Reine avoit redemandé.
Une Mufette , compofée & chantée par
le fieur Rochard , a eu un fuccès brillant
& mérité.
EXTRAIT
Du Ballet qui a pour titre :
Les Fêtes de l'Hymen & de l'Amour
C
ou
Les Dieux d'Egypte,
E Ballet ayant été repréſenté fur le
grand Theatre de Verſailles , à l'oc
cafion du premier Mariage de Monſeigneur
le Dauphin , le Prologue eft relatif
à cet évenement. M. de Cahufac en a fait
une espece d'Epithalame en action , qui
prépare les trois Entrées dont il eft fuivi.
L'Amour , fans armes , paroît plongé dans
une profonde trifteffe . En vain les Graces,
NOVEMBRE . 1748. 171
les Jeux & les Plaifirs , s'efforcent de le
confoler. Il leur annonce que rien ne peut
calmer fon dépit , & que le Deftin le condamne
à reconnoître les loix de l'Hymen .
Ses plaintes font interrompues par l'arrivée
du Dieu , l'objet de fon courroux . Les
Vertus de la fuite de l'Hymen portent les
armes & le flambeau de l'Amour. Le fils
de Vénus apprenant que l'Hymen ne veut
ufer de fa puiffance que pour le faire
triompher , ces deux Divinités fe réconcilient
. Elles fe promettent de s'unir pour
embellir les nouveaux noeuds , que l'Hymen
a formés entre deux auguftes Epoux.
L'Hymen.
Lancez , lancez vos traits .
L'Amour.
Faites briller vos feux:
Enfemble.
Qu'auprès d'eux les plaiſirs enchaînent la conſtance.
Par nos foins à les rendre heureux ,
Signalons notre intelligence.
L'Amour.
Volez , Plaifirs ; célebrez ce beau jour;
Volez , parez l'Hymen ; qu'il foit toujours aimable.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos aîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers.
Ensemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amass fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez -vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes.
Brillent fur les mêmes Autels.
2
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Feres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere. Le .
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies.
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente. Pendant
qu'elles fe préparent à marcher conNOVEMBRE
. 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus, fe préfente à elles .De
toutes parts, les Amazones accourent ponr
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
armies pour fa défenſe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez -vous que la haine ,
Quand je viens vous offrir la paix ?
Que craignez -vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis, quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fète dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Souveraine
elle- même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant . Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe. Bien-tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris. Orthefie , cedant alors
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
à la tendreffe qu'il lui infpire , n'eft occu
pée que du foin de le fauver. On défarme
Mirrine & fes compagnes. Oficis exprime
par ces vers fa reconnoiffance pour les
fentimens de la Reine.
Vous défendez des jours que j'offre à vos appas.
N'ayez plus d'allarmes..
Les Jeux & les Plaifirs, qui marchent fur mes pas ,
Contre vous font nos feules armes.
Orthefie.
Eh ! que feroit fans toi l'appareil qui te fuit ?
C'eft à la main qui les conduit ,
Que les plaifirs doivent leurs charmes..
Ofiris.
Qu'entens-je ? Je triomphe , & l'Amour eft vains
queur.
Orthefie.
L'Amour , en m'éclairant , commence mon bons
heur.
Par l'ordre d'Ofiris , les deferts & les
rochers , qui fervoient de retraite aux
Amazones , fe changent en une campagne
agréable & fertile , & l'Acte eft terminé
par une fête brillante qu'amene naturellement
l'union de ces femmes guerrieres . &
des Suivans d'Oliris .
Sous
Canope
CaneN
celebro
nearde d
avoirco
Ee barb
allarme
le fort
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Font a
le
mo
fatale
enlai
C'el
LesP
trile d
fental
yplace
guirlan
le
coul
tombe
carcit;
éclatsfe
Botsfe
NOVEMBRE. 175
1748.
ACTE II.
Sous l'apparence d'un fimple Mortel ,
Canope , le Dieu des Eaux , s'eft fait aimer
d'une Nymphe , nommée Memphis. On
célébroit tous les ans en Egypte à l'honneur
de ce Dieu une fête folemnelle , qu'on
avoit coûtume d'enfanglanter par le facrifice
barbare d'une jeune fille . Un fonge
allarme Memphis , & lui fait craindre que
le fort ne la choififfe pour victime . Elle
peint à Canope les images effrayantes qui
Font agitée pendant le fommeil . Dans
le moment , elle eft inftruite que l'Urne
fatale a proferit fa vie. Canope la quitte
en lui difant ,
…. C'eſt à moi , Memphis , à vous défendre ,
Ce Peuple odieux va me voir.
Les Prêtres & le Peuple gémiffent fur la
trifte deftinée de Memphis , mais fe difpofent
à l'immoler.On éléve un Autel , & l'om
y place la Victime , après l'avoir ornée de
guirlandes de fleurs. Le Grand- Prêtre faifit
le couteau facré : il leve le bras : Memphis
tombe évanouie. Tout à coup le Ciel s'obfcurcit
; il part des Cataractes du Nil des
éclats femblables à ceux du tonnerre ; les
flots fe foulevent , & forment un affreux
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE :
débordement ; on voit Canope fur un
char traîné par des Crocodiles ; il s'élance
du haut des Cataractes jufqu'au milieu du
fleuve , & par ce difcours il détourne le
coup prêt à frapper ſon Amante .
Peuple aveugle ! peut-on m'honorer par un crime)
N'apprendras tu jamais à connoître les Dieux ?
Fuis & refpecte la victime ;
Entraîne loin de moi tes Prêtres odieux .
Tout fuit à ces paroles du Dieu irrité.
La voix de Canope rappelle Memphis à
la vie. Ce Dieu lui déclarant qu'il eft le
même qui lui eft apparu en fonge , elle
s'écrie :
Vous trompez mes regards , fans furprendre mon
coeur.
Ah ! je ne vois qu'un Dieu qui comble ma terreur,
Sous les traits de l'Amant que j'aime.
Dieu redoutable , hélas ! Laiffez - vous défarmer.
Ne le puniffez pas d'avoir charmé mon ame.
Tout doit vous attendrir en faveur de ma flâme ;
Par vous- même cent fois j'ai juré de l'aimer.
Cher Amant , je ferai fidéle ,
Dût le Ciel en courroux m'accabler de tourmens.
Ala face du Dieu qui reçut mes fermens ,
NOVEMBRE . 1748. 177
Ma fâme te les renouvelle .
Canope.
Vous pénetrez mon coeur de plaifir & d'amour.
Une erreur trop long- tems a caufé vos allarmes.
Je vous vis fur ces bords , je brûlai pour vos char-
' mes ;
Sous le nom d'un Mortel , j'efperai qu'à mon
tour ....
Memphis.
Qu'entens- je , ô Ciel ! Quel heureux jour ! }
Mon coeur parloit envain , & je n'ofois le croire .
Ensemble.
Vous m'aimez, je n'en puis douter.
Quel bonheur ! Quelle gloire !
Tout ce qui pouvoit me flater,
Embellit ma victoire.
L'empreffement des Divinités de la fuite
de Canope , & celui des Egyptiens , à cé-,
lebrer le bonheur & la gloire de Memphis,
fourniffent la fête qui terminent ce ſecond
Acte.
ACTE III.
4
On fçait qu'Arueris , fils d'Ofiris & &Ifis
, étoit reconnu chez les Egyptiens pour
le Dieu des Arts , & que les ffres étoient
Hv
164 MERCURE DE FRANCE.
application longue & fuivie , je vous prie
de vouloir bien la rendre publique , car
beaucoup de perfonnes feroient en état de
l'exécuter , & je ferois également fatisfait ,
foit que ce fuffent d'autres ou moi , puifque
le bien public auroit toujours lieu de
même.
M. de Vaucanfon a fait une Machine ,
laquelle par le moyen d'un cheval fait
autant d'étoffe que trente - deux ouvriers.
Avec le fecours de cette Machine , on n'a
befoin que d'avoir de quatre en quatre métiers
un enfant pour renouer les fils qui
peuvent le rompre. S'il pouffe fans aucun
effort un bouton ,. le métier s'arrête , tandis
que tous les autres vont , & quand il a
noué, il tire le bouton , & le métier va, &c.
J'ai fait refléxion qu'il feroit affez aifé ,
par la confidération de cette Machine ,
d'en faire une à laquelle un homme ou un
cheval feroit aller pareil nombre de métiers
à bas.
Les moulins à étoffe ne s'établiront que
petit à petit , à caufe que les Manufactu
res fe trouvant raffemblées dans un petit
nombre de Villes , on laiffe aux ouvriers
d'à préfent la facilité de gagner leur vie
attendu que dans la grande multitude qu
ils font , il y en auroit beaucoup qui ne
fçauroient pas d'autre métier , & d'autres
NOVEMBRE . 1748. 165
proient peine à trouver chez eux de quoi
s'occuper dans une profeflion differente,
Mais comme celles des bas fe trouvent à
peu près également répandues , on pourroit
établir d'abord la Machine que je
propofe. On auroit les bas à bien meilleur
marché , puifque la façon coûtetoit fi
peu, & comme toutes les perfonnes, & même
les plus pauvres , ne peuvent fe paffer
d'en ufer continuellement , ce feroit un
grand avantage pour le Royaume , car
puifqu'il faut tant d'ouvriers de bas , fi un
feul faifoit autant d'ouvrage que quatre ,
ou un cheval autant que trente-deux hommes
, & fi un enfant , de qui d'ailleurs on
ne peut pas encore tirer de travail , fuffie
à quatre métiers, plus de'gens refteroient à
cultiver les terres & à s'appliquer aux Arts,
& par--là à contribuer à l'abondance , à la
commodité & à la magnificence publique.
Je fuis , & c .
Le Chevalier de Rhodes.
166 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗送送洗洗洗洗
RECIT DE BASSE .
F1I de l'Amour , fi de fa Mere .
Difoit Grégoire entre deux vins
Et vive le Dieu des Raifins ;
›
C'eft mon Roi , mon maître , mon pere.
Amour, jaloux de fon bonheur ,
Accourt au cabaret , s'y met en embuſcade ,
Et d'un trait perçant le bûveur ,
Apprens , dit-il , apprens à me faire bravade.
Tu m'as furpris , fils de Vénus ,
Lui répond fiérement Grégoire ,
Mais je fuivrai tes loix , fans rompre avec Bac
chus ;
Je veux toujours aimer , & je veux toujours boire
SPECTACLES.
E Concert Spirituel , conduit par M.
Royer , Maître de Mufique célebre ,
qui a eu l'honneur de l'enfeigner à Monfeigneur
le Dauphin , & qui eft Auteur de
Zaide & de plufieurs ouvrages eftimés , a
été ouvert le Vendredi premier jour de
ORK
DIC
LIBRARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
- NOVEMBRE . 1748. 167
Novembre , Fête de la Touffaints. Il y a
eu un très - grand concours d'Auditeurs
curieux de voir la difpofition nouvelle
de la Salle , laquelle eft entierement chan
gée. On en a fort applaudi l'arrangement .
Le Théatre du Concert fait voir au fond
un grand ordre d'Architecture , divifé
par
un jeu d'orgues , qui embellit le Spectacle,
& fortifie l'accompagnement . Cet Orgue
eft fçavamment touché par M. Cheron.
L'Orqueftre eft mieux coupé , & les Concertans
font placés favorablement pour les
voix , pour la fymphonie & pour l'affemblée.
Un rang de Loges remplit agréablement
le tour de la Salle ; on y entre par un
corridor & des efcaliers commodes. Ces
Loges font furmontées d'une galerie qui
les couronne , fans les charger. Le plein
pied eft garni de bancs à dos & de chaiſes,
Enfin M. Royer n'a rien épargné pour
mériter l'approbation du Public.
Le Concert commença par In Exitu ,
Motet à grands choeurs de M. Adolfati ,
Maître de Mufique de l'Hôpital des Incurables
de Venife ; enfuite M. Taillard joią
avec applaudiffement un Concerto fur la
flute Allemande .
On donna Jubilate Deo , omnis terra
Motet à grands choeurs de M. Fanton ,
Maître de Mulique de la Sainte Chapelle
168 MERCURE DE FRANCE.
3
de Paris , qui a auffi été approuvé. Mlle
Duval , jeune Ecoliere de M. Royer , débura
par un petit Motet de M.Mouret ; on
a loüé fa voix & ſa cadence . M. Pagin joüa
un Concerto du fameux Tartini , & felon
fa coûtume , il charma par la fineffe de fon
éxécution les oreilles connoiffeufes . Le
De profundis ,, Motet de M. Mondonville ,
termina le Concert.
fenté
L'Académie Royale de Mufique a reprépour
la premiere fois fur fon Théa
tre le Mardi 5 Novembre les Fêtes de l'Hymen
de l'Amour , Ballet Héroïque , repré
fenté à Versailles le 15 Mars 1747 : Le
Poëme eft de M. Cahufac ; la Mufique
M. Rameau ; les Danfes de M. Laval ,
Compofiteur des Ballets du Roi .
Une incommodité du Sr Jeliotte ayant
interrompu pendant quelques jours les répréſentations
des Fêtes de l'Hymen & de
Ï'Amour , on a joué dans cet intervalle
le Carnaval & la Folie.
Le 19 du mois dernier , les Comédiens
François donnerent une repréſentation de
Megare , Tragédie nouvelle de M.Morand.
Ils remirent le 13 de ce mois fur leur
Théatre la Comédie des Fils Ingrats.
CONCERTS
NOVEMBRE. 1748. 169
L
CONCERTS de la Cour.
>
E Mercredi 23 Octobre & le Lund?
28 on exécuta en Concert chez
la Reine la Paftorale Héroïque de Diane
Endimion , dont les Paroles font de M.
de Fontenelle , & la Mufique de M. de-
Blâmont , Sur-Intendant de la Mufique du
Roi. Les rôles ont été chantés par Mlles
Lalande , Defchamps , Romainville , Canavas
& Godonnefche , ainfi que par Mrs
Poirier , Benoît , la Garde & Godonnefche,
Le Mercredi 6 Novembre & dans les
Concerts fuivans , on exécuta le Ballet &
le Prologue des Amours des Dieux. Les Paroles
font de M. Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure, & la Mufique de feu M. Mouret.
Mlles Mathieu , Canavas , Guedon ,
& Mrs Benoît , Dubourg & Bafire , en ont
chanté les rôles.
COMEDIES à Fontainebleau.
Es Comédiens François donnerent le
21 Octobre à la Cour la Métromanie de
M. Piron , & le Deuil.
Le 24 , Sémiramis & le Triple Mariage.
H
170 MERCURE DEFRANCE.
Le 29 , Amphitrion & le double Veuvage,
Le 30 , le Cid & le Magnifique.
Les Italiens y repréfenterent le 21 le
Prince de Salerne, accompagné d'un Baller,
qui plut infiniment.
Le 26 , Arlequin Voleur , avec le même
Ballet , que la Reine avoit redemandé.
Une Mufette , composée & chantée
le fieur Rochard , a eu un fuccès brillant
& mérité.
par
EXTRAIT
Du Ballet qui a pour titre :
Les Fêtes de l'Hymen & de l'Amour
ou
Les Dieux d'Egypte,
C grandTheatre de Verfailles , à l'oc-
E Ballet ayant été repréſenté fur le
cafion du premier Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , le Prologue eft relatif
à cet évenement . M. de Cahufac en a fait
une espece d'Epithalame en action , qui
prépare les trois Entrées dont il eft fuivi .
L'Amour , fans armes , paroît plongé dans
une profonde trifteffe. En vain les Graces,
NOVEMBRE . 1748. 171
les Jeux & les Plaifirs , s'efforcent de le
confoler. Il leur annonce que rien ne peut
calmer fon dépit , & que le Deftin le condamne
à reconnoître les loix de l'Hymen .
Ses plaintes font interrompues par l'arrivée
du Dieu , l'objet de fon courroux . Les
Vertus de la fuite de l'Hymen portent les
armes & le flambeau de l'Amour. Le fils
de Vénus apprenant que 'l'Hymen ne veut
ufer de fa puiffance que pour le faire
triompher , ces deux Divinités fe réconci
lient. Elles fe promettent de s'unir pour
embellir les nouveaux noeuds , que l'Hymen
a formés entre deux auguftes Epoux.
L'Hymen.
Lancez , lancez vos traits.
L'Amour.
Faites briller vos feux:
Enfemble.
Qu'auprès d'eux les plaiſirs enchaînent la conftance.
Par nos foins à les rendre heureux
Signalons notre intelligence.
L'Amour.
Volez , Plaifirs ; célebrez ce beau jour;
Volez , parez l'Hymen ; qu'il foit toujours ai
mable.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos aîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers .
Ensemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amans fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez-vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes
Brillent fur les mêmes Autels.
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Fêres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere. Le
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies .
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente . Pendant
qu'elles fe préparent à marcher con-
J
NOVEMBRE . 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus ,fe préfente à elles.De
toutes parts, les Amazones accourent pong
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
armies pour fa défenfe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez - vous que la haine,
Quand je viens vous offrir la paix ?
Que craignez -vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis , quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fête dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Sou
vetaine elle -même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant . Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe . Bien- tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris . Orthefie , cedant alors
H iij
172 MERCURE DE FRANCE .
Pour rendre notre accord durable ,
Vertus qui le fuivez , ne quittez plus ma Cour.
L'Hymen.
Ne vous fervez plus de vos áîles,
L'Amour.
Sous mille fleurs cachez vos fers .
Enfemble.
Qu'on ne trouve dans l'Univers
Que des époux heureux , & des amans fidéles,
Choeur.
Regnez , offrez- vous aux Mortels
Sous des formes toujours riantes.
Que vos images triomphantes
Brillent fur les mêmes Autels .
;
Selon l'ufage fuivi le plus ordinairement
dans les Opera- Ballets , les trois Actes des
Fêres de l'Hymen & de l'Amour renferment
chacun une action particuliere . Le
premier eft intitulé Ofiris ; le fecond , Canope
; le dernier , Arueris ou les Ifies .
ACTE I.
Orthefie , Reine des Amazones , ouvre
la Scéne avec Mirrine fa Confidente . Pendant
qu'elles fe préparent à marcher con-
•
NOVEMBRE . 1748. 173
tre des audacieux , qui veulent pénetrer
dans le pays qu'elles habitent , Ofiris
Chefde ces Inconnus, fe préſente à elles . De
toutes parts, les Amazones accourent ponr
combattre le téméraire , qu'elles croyent
vouloir les fubjuguer.Il n'employe d'autres
arries pour fa défenfe que ces paroles qu'il
adreffe à Orthefie .
N'écouterez - vous que la haine ,
Quand je viens vous offrir la paix
Que craignez- vous , charmante Reine ?
On n'a point d'ennemis, quand on a tant d'attraits,
Et c'est l'Amour qui vous amene
Des coeurs foumis, & de nouveaux Sujets.
Peu à peu le charme des difcours d'Ofiris
, l'éclat de fes préfens , la pompe de la
fete dont il les accompagne , l'empreffement
des Egyptiens de fa fuite à feconder
fes intentions , adouciffent la fierté farouche
de la plupart des Amazones . Leur Souveraine
elle-même réfifte avec peine aux
accens enchanteurs de la voix d'un vainqueur
féduifant. Mirrine s'en apperçoit ,
& elle fe retire , en reprochant à la Reine
fa foibleffe . Bien-tôt elle revient avec une
troupe d'Amazones fauvages , déterminées
à faire périr Ofiris , Orthefie , cedant alors
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
à la tendreffe qu'il lui infpire , n'eft occu
du foin de le fauver. On défarme
Mirrine & fes compagnes . Oficis exprime
par ces vers fa reconnoiffance pour les
fentimens de la Reine.
pée que
Vous défendez des jours que j'offre à vos appas.
N'ayez plus d'allarmes..
Les Jeux & les Plaifirs , qui marchent fur mes pas
Contre vous font nos feules armes.
Orthefie.
Ehque feroit fans toi l'appareil qui te fuit:? .
C'eft à la main qui les conduit ,
Que les plaifirs doivent leurs charmes..
Ofiris.
Qu'entens-je ? Je triomphe , & l'Amour eft vains
queur.
Orthefie.
L'Amour , en m'éclairant , commence mon bon
heur.
Par l'ordre d'Ofiris , les deferts & les
rochers
,
qui fervoient de retraite aux
Amazones , fe changent en une campagne
agréable & fertile , & l'Acte eft terminé
par une fête brillante qu'amene naturellement
l'union de ces femmes guerrieres . &
des Suivans d'Oliris ..
NOVEMBRE . 1748. 175
ACTE II.
Sous l'apparence d'un fimple Mortel ,
Canope , le Dieu des Eaux , s'eft fait aimer
d'une Nymphe , nommée Memphis. On
célébroit tous les ans en Egypte à l'honneur
de ce Dieu une fète folemnelle , qu'on
avoit coûtume d'enfanglanter par le facrifice
barbare d'une jeune fille. Un fonge
allarme Memphis , & lui fait craindre que
le fort ne la choififfe pour victime . Elle
peint à Canope les images effrayantes qui
Font agitée pendant le fommeil. Dans
le moment , elle eft inftruite que l'Urne
fatale a proferit fa vie. Canope la quitte
en lui difant ,
... C'eſt à moi , Memphis , à vous défendre ,
Ce Peuple odieux va me voir.
Les Prêtres & le Peuple gémiffent fur la
trifte deſtinée de Memphis , mais fe difpo
fent à l'immoler.On éléve un Autel , & l'or
y place la Victime , après l'avoir ornée de
guirlandes de fleurs , Le Grand- Prêtre faifit
le couteau facré il leve le bras : Memphis
tombe évanouie. Tout à coup le Ciel s'obf
curcit ; il part des Cataractes du Nil des
éclats femblables à ceux du tonnerre ; les
flots fe foulevent , & forment un affreux
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE:
débordement ; on voit Canope fur un
char traîné par des Crocodiles ; il s'élance
du haut des Cataractes juſqu'au milieu du
fleuve , & par ce difcours il détourne le
coup prêt à frapper fon Amante .
Peuple aveugle peut-on m'honorer par un crime)
N'apprendras- tu jamais à connoître les Dieux ?
Fuis & refpecte la victime ;
Entraîne loin de moi tes Prêtres odieux .
Tout fuit à ces paroles du Dieu irrité.
La voix de Canope rappelle Memphis à
la vie. Ce Dieu lui déclarant qu'il eſt le
même qui lui eft apparu en fonge , elle
s'écrie :
Vous trompez mes regards , fans furprendre mon
coeur.
'Ah ! je ne vois qu'un Dieu qui comble ma terreur,
Sous les traits de l'Amant que j'aime.
Dieu redoutable , hélas ! Laiffez- vous défarmer.
Ne le puniffez pas d'avoir charmé mon ame.
Tout doit vous attendrir en faveur de ma flâme ;
Par vous-même cent fois j'ai juré de l'aimer .
Cher Amant , je ferai fidéle ,
Dût le Ciel en courroux m'accabler de tourmens.
Ala face du Dieu qui reçut mes fermens ,
NOVEMBRE . 1748. 177
Ma flâme te les renouvelle.
Canope.
Vous penetrez mon coeur de plaifir & d'amour.
Une erreur trop long- tems a caufé vos allarmes.
Je vous vis fur ces bords , je brûlai pour vos char-
* mes ;
Sous le nom d'un Mortel , j'efperai qu'à mon
tour ....
Memphis.
Qu'entens- je , ô Ciel ! Quel heureux jour ? }
Mon coeur parloit envain , & je n'ofois le croire .
Ensemble.
Vous m'aimez, je n'en puis douter .
Quel bonheur ! Quelle gloire !
Tout ce qui pouvoit me flater ,
Embellit ma victoire.
L'empreffement des Divinités de la fuite
de Canope , & celui des Egyptiens , à cé-,
lebrer le bonheur & la gloire de Memphis,
fourniffent la fête qui terminent ce fecond
Acte.
ACTE III.
On fçait qu'Arueris , fils d'Ofiris & d'Ifis
, étoit reconnu chez les Egyptiens pour
le Dieu des Arts , & que les ftes étoient
H E
178 MERCURE DE FRANCE.
des fêtes inftituées en l'honneur d'Ifis
Arueris , dans la fuppofition de l'Auteur ,,
prend occafion de ces fêtes pour faire bril .
ler les talens & pour les couronner . Il or
donne que le prix des Vainqueurs foit:
d'être unis à l'objet de leur amour. Orie ,.
Amante d'Arueris , foupçonne du miftere
dans la nouvelle forme qu'il donne aux
Jeux établis . Elle appréhende que fon
Amant ne veuille la céder à quelque Rival.
Raffurée fur cet article , elle a un autre fujet
d'allarmes . Le peu de foin qu'elle a eu:
de cultiver fes talens , l'inquiéte. Elle ne :
fe connoît que celui d'aimer . C'eſt le plus
enchanteur , lui dit Arueris.
Lui feul les fait tous naître
Eh !que feroient les talens fans l'Amour? »
11 les infpire , il les force à paroître ,
leur prête les traits , les place dans leur jour ,
Et fa flâme eft leur premier maître.
Les Jeux commencent. Orie , fur la foi
des promeffes de fon Amant , ofe difputer
le prix , & elle le remporte au jugement:
même de fes Rivales ...
Indépendamment de plufieurs des mot
ceaux , que nous avons cités , il en eft dans
le Ballet de M. Cahufac quelques autres ,
NOVEMBRE. 1748. 179
très-dignes de louanges . Tel eft particulierement
celui- ci , chanté par un Berger
Egyptien dans les Jeux confacrés à la
gloire d'Ifis.
Ma Bergere fuyoit l'Amour ,
Mais elle écoutoit ma Mufette:
Ma bouche diſcrette ,
Pour ma flâme parfaite ,,
N'ofoit demander du retour .
Ma Bergere auroit craint l'Amour;
Mais je fis parler ma Mafette.
Ses fons , plus tendres chaque jour ,
Lui peignoient mon ardeur fecrette.
Si ma bouche étoit muette ,
Mes yeux s'expliquoient fans détour.
Ma Bergere écouta l'Amour ,
Croyant écouter ma Mufette.
fe
Nous ne diffimulerons point que M. de
Cahufac en divers endroits de fon Poë :
me tombe dans des négligences qu'il ne
devroit pas permettre. On ne lui pardonne
point de dire, Rien ne manque à"
mon défefpoir. Comblé ma terreur. DesClimats
ferains. L'art des Talens , &c.
Peut-être auroit- on droit auffi de lui défirer
plus de clarté dans certaines phraſes ,
H&vj
180 MERCURE DE FRANCE.
& plus de netteté dans l'expofition de fes
fujets ? Mais on ne peut lui refufer une
imagination féconde , agréable & variée .
Son premier Acte offre un tableau dont
toutes les figures font en action , &
contraſtent merveilleufement. L'idée du
troifiéme eft extrêmement délicate & galante.
Surtout l'Auteur poffede fupérieurement
le talent de donner au Muficien
les moyens d'exercer fon génie ,
& c'eft un des premiers devoirs des Poëtes
Liriques.
Aveace talent , ils feront toujours fûrs
de voir leurs Opéra réuflir , lorfqu'ils feront
affez heureux pour que M. Rameau
veuille en compoſer la Mufique . Nous
avons averti dans l'un des articles précédens
, que celle des Fêtes de l'Hymen &
de l'Amour eft de cet Orphée de notre fiécle.
Quand même les Paroles n'auroient
pas tout le mérite que nous leur reconnoiffons
, on ne feroit pas étonné du grand uccès de ce Ballet.
NOVEMBRE . 1748. 181
淡洗洗淡淡淡洗洗洗洗洗淡淡洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
DE WARSOVIE , le 21 Ottobre.
E 28 du mois dernier , jour fixé pour l'ouver
ture de la Diette , le Roi accompagné des
Sénateurs , des Grands Officiers de la Couronne ,
& des Députés des Palatinats , affifta dans l'Eglife
de Saint Jean à la Meffe du Saint Eſprit , célébrée
pontificalement par l'Evêque de Plocko , & enfuite
au Sermon prononcé par M. Podocxy , Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine de Gnefne. Sa
Majefté s'étant renduë enſuite dans la Salle du
Sénat avec les cérémonies accoûtumées , & les
Sénateurs ayant pris leurs places , le Prince Lubomirsky
, Starofte de Cafimir , & Maréchal dela
Diette précédente , complimenta le Roi au nom
des Etats du Royaume affemblés . Après que fa
Majefté fe fut retirée , le Prince Labomirsky exhorta
les Députés des Palatinats par un difcours
très- pathétique , à concourir aux bonnes intentions
du Roi , à travailler avec zéle au bien de la Patrie,
& à éviter tout ce qui pourroit troubler l'union ,"
A néceffaire pour terminer les diverfes affaires
fur lefquelles la Diette fe propofe de déliberer. Ce
difcours fut fuivi de l'Election du nouveau Maréchal.
On eut d'abord beaucoup de peine à réunir
ks futfrages , qui étoient partagés entre M. Malachouski
, Régimentaire de la Couronne , & M.
Simienski , Starofte de Dombowroski , l'un des
Députés de la Ville de Léopol , mais ce dernier
l'emporta enfin fur fon concurrent . Il harangua
auffi les Etats , & après les avoir remerciés de la
182 MERCURE DE FRANCE.
M :
fort
confiance dont ils l'honoroient , il les affura qu'il
ne négligeroit rien de ce qui pourroit procurer le
fuccès de la Diette. Le premier de ce mois ,
Simienski pria les Députés , qu'il avoit nomméspour
donner part de fon élection au Roi , d'aller
au Sénat où la Majefté les attendoit. Peu après
ces Députés revinrent à la Chambre des Nonces ,
& ils rapporterent que le Roi non-feulement avoit
approuvé l'Election , mais encore avoit paru
fatisfait de la tranquillité avec laquelle s'étoit paffée
la premiere féance. Le Prince Lubomirski ,,
Nonce de Czersk , ayant demandé qu'on fit prê
ter ferment à M. Bienkowski , qui a été choifi
pour remplir les fonctions de Secrétaire de la
Diette , M. Pulawski , Nonce de Czechanow ,
s'éleva contre cette propofition ; & foutint que·
jamais cette formalité n'avoit été ufitée . Il y eut
à ce fujet de grands débats , mais le Nonce de
Czersk , ayant été appuyé daus fa demande par
M. Malachowski , premier Nonce de Cracovie , &
par plufieurs autres Députés , il fut décidé que le t
Secretaire de la Diette fe foumettroit à ce qu'on
exigeoit de lui. Cette difficulté levée , on procéda
à l'examen de la validité des Elections des Nonces.
Lorsqu'on fut venu à M. Stadnicky , fixiéme Député
de Cracovie , un Gentilhomme nommé
Czezamicki répréfenta que ce Député ne pouvoit
avoir féance à la Diette , parce qu'il y avoit une
Sentence contre lui . En conféquence M. Stadniky,
fut obligé de donner fa démiffion . Meffieurs
Szponowski & Gierzil produifirent auffi une Sentence
rendue contre M. Scipion , un des Députés
de Lida , mais quelques Nonces prirent la défenſe
de celui ci avec tant de chaleur , que le Maréchal !
de la Diette , craignant les fuites de ce differend ,.
termina la féance fans qu'on eût rien réglé à ces
•
NOVEMBRE 1748. 1834
fjet. Dans la féance du 2 , on examina la légiti™“
mité des Elections des Députés du Palatinat de
Novogrod , & elles le trouverent fi'irrégulieres
qu'on ne balança point , quoique ces Députés fuffent
abfens , à déclarer leurs places vacantes. On
forma diverfes oppofitions contre plufieurs autres
Nonces. Elles parurent mal fondées , & l'on n'y
eut point d'égard . La légitimation des Nonces .
étant finie , on propofa de difcuter d'avance quelques-
uns des points qui doivent être l'objet des
déliberations de la Diette . Cette propofition fut
rejettée par un des Députés de Razan ; le Maréchal
infifta , de même que ce Député , pour qu'as
vant tout on allât faluer le Roi dans le Sénat , & la
pluralité des Nonces s'étant rangée de ce fentiment
, l'Affemblée fe fépara. Le 3 , les Nonces
ainfi qu'il avoit été réfolu , rendirent leurs refpects
à fa Majefté , & le Maréchal de la Diette témoigna
au Roi la vive reconnoiffance , dont ils étoient
pénétrés pour l'attention paternelle , avec laquelle
fa Majefté prenoit à coeur les intérêts de la Nation.
Le Grand Chancelier de la Couronne répon
dit au nom du Roi dans les termes les plus favora
bles. Sa Majesté étant retournée le 4 au Sénat , le
Referendaire y fit la lecture des Paca Conventa ,
après laquelle le Grand Chancelier expofa les dif
ferens articles , fur lefquels on attend la décifion
de la Diette. Il dit que quoique le projet de l'augmentation
des troupes , déja propofée plufieurs
fois , & miſe encore fur le tapis dans la Diette précédente
, eût toujours échoué , le Roi ne perdoit
point de vue les moyens qui tôt ou tard pourroient
frayer les voies à un établiſſement fi utile ; que le
principal de ces moyens feroit de mettre un meil
leur ordre dans l'adminiftration des Finances ; que
ce n'étoit point affez de pourvoir à la fûreté du
184 MERCURE DE FRANCE.
Royaume , & qu'il importoit de veiller au bon
heur de fes habitans ; que pour cet effet il étoit
néceffaire de favorifer le commerce ; qu'il falloit
maintenir les Villes dans la joüiffance de leurs
droits & de leurs priviléges , établir une jufte proportion
entre les monnoyes de Pologne & celles
des Etats voifins , diminuer les Douanes & les
Péages , abolir tes exemptions dont les particuliers
abufent , exploiter les mines du Pays , particulierement
celles d'Oikus , & faire enforte que les
Polonois , trouvant dans leurs propres Manufactures
les ouvrages qu'ils ne tirent qu'à grands frais
des autres Nations , il fortît moins d'argent du
Royaume . Le Grand Chancelier ajouta que pour
mériter que le Tout - Puiffant benît des vûës fi ialutaires
, il convenoit de remédier aux abus qui s'étoient
introduits dans les Tribunaux & dans les
Cours de Judicature. Il finit fon difcours , en re
commandant de la part du Roi , de reprendre les
conferences avec les Miniftres des Puiflances
Etrangeres , & de remplacer les perfonnes qui
font mortes parmi les Deputés chargés de cette
commiffion . Le 5 , le Roi donna audience dans le
Sénat aux Députés de l'armée de la Couronne , &
à ceux du Grand Duché de Lithuanie , qui lûrene
publiquement leurs inftructions.
Dans la féance que la Diette rint le 3 de ce
mois , les Evêques opinerent fur les matieres qui
doivent faire l'objet des déliberations de cette
Affemblée , & tous , à l'exception de l'Evêque de
Warmie , infifterent pour l'augmentation des
troupes Ils furent d'avis qu'il convenoit d'établir
une Commiffion , pour examiner les moyens de
mettre un meilleur ordre dans les Finances ; que
fi on vouloit faire fleurir le commerce , il étoit
néceffaire de remédier aux véxations qui fe conNOVEMBRE
. 1748. 185
mettent contre les Négocians , & peut-être même
d'abolir toutes les Douanes particulieres ; qu'on
ne pouvoit non plus fe difpenfer de rendre aux
Bourgeois de diverfes Villes les priviléges dont
infenfiblement ils avoient été privés , & que par
apport aux monnoyes , on devoit prier le Roi ,
d'en faire frapper qui pûffent être en proportion
avec les monnoyes des Etats voisins. Quelquesuns
repréſenterent , combien il importoit de travailler
fans délai à lever les obſtacles qui nuifent
à la navigation dans les environs de Dantzick .
Les Palatins parleremt dans la féance du 9. Après
avoir donné leur approbation au projet d'augmenter
les troupes , ils propoferent d'impoſer à tous
Les Juifs , qui auroient atteint l'âge de quatorze
ans , une taxe annuelle d'un ducat par tête. Tous
demanderent la fuppreffion des Douanes que differens
particuliers fe font arrogées fans aucun titre
, & le redreffement des abus qui fe font introduits
dans l'adminiſtration de la Juftice . Ils témoignerent
defirer que les Princes fils du Roi , ou
du moins le Prince Xavier , demeuraflent ordinairement
en Pologne . Le Caftellan de Pofnanie
ouvrit la féance du 10 par un diſcours , dans lequel
il 's'étendit beaucoup fur la néceffité de fupprimer
les Douanes ufurpées par les particuliers , de
favorifer l'établiffement de certaines Manufactures,
& de faire des réglemens pour diminuer le luxe. Il
expofa diverſes raifons de ne plus tolérer les Juifs
dans ce Royaume , & il s'éleva avec une extrême
véhémence contre la longueur & les frais des procédures.
Les fept autres Caftellans , qui opinerent
après lui , fe conformerent à l'avis des Evêques &
des Palatins. Ils joignirent leurs inftances à celles
de ces derniers , pour que les jeunes Princes établiffent
leur réfidence dans ce Royaume , & ils
186 MERCURE DE FRANCE.
;
prierent fa Majefté d'y fixer elle- même la fienne
Le 11 , le Grand Maréchal de la Couronne , le
Grand Chancelier , le Vice- Chancelier , le Grand
Tréforier de Pologne , celui de Lithuanie , & les
deux Maréchaux de la Grande & de la Petite Pologne
, donnerent leurs fentimens fur les differens
articles propofés. Prefque tous leurs difcours tendirent
à montrer de quelle importance il étoit d'améliorer
les revenus de l'Etat , d'augmenter les
troupes , de maintenir les priviléges des Villes , &
de protéger le commerce . Lorfque les Grands Officiers
& les Miniftres eurent ceffé de parler , on
procéda à la nomination des Députés du Sénat ,
qui doivent rédiger les Conftitutions de la Diette ,
& examiner les comptes de la Trésorerie , & l'on
choifit le Comte Zaluski , Evêque de Cracovie
le Comte de Tarlo , Palatin de Sandomir ; le
Comte Podoski , Palatin de Plocko , & le Comte
Sapieha , Palatin de Meziflavie. Les Nonces re
tournerent enfuite à leur Chambre . Le 12 , le
Maréchal de la Diette leur ayant demandé s'ils
jugeoient à propos qu'on lear fir une nouvelle lecture
des articles fur lefquels ils avoient à déliberer,
la plupart répondirent que cela n'étoit point néceffaire.
Un des Députés du Palatinat de Plocko ſe
plaignit dans cette féance , de ce qu'on avoit refufé
d'admettre au Tribunal de Petrikow les Dé
putés que fon Palatinat y avoit envoyés , & il demanda
qu'ils puffent y prendre féance . Le fecond
des Députés de Czechanow harangua long- tems ,
pour perfuader à la Chambre d'obliger lé Grand"
Tréforier de la Couronne , de rendre fes comptes
dans une forme differente de celle qui a été jufqu'à
préfent en ufage..
L'affaire , concernant le refus que le Tribunal
de Petrikow a fait d'admettre les Députés du Pa
NOVEMBRE. 1748. 187
Tatinat de Plocko , fut terminée dans la féance
renue par la Diette le 14 de ce mois. Plufieurs
Nonces dans la même féance renouvellerent leurs
inftances , pour qu'on changeât la forme dans la
quelle le Grand Tréforier de la Couronne a coû
me de rendre fes comptes , & ils demanderent
que les Commiffaires , nommés pour examiner fes
états de dépense & de recette ne lui délivraffent
point de quittance avant que la Chambre eût exa
miné leur rapport. Il s'éleva des débats très- longs
& très vifs à ce fujet , mais le Comte Poniatowski ,
Starofte de Zobroczin , les fit ceffer , en offrant
d'être caution du Grand Tréforier. Le Secretaire
de l'Affemblée lut enfuite le difpofitif des nouvelles
Conftitutions. Dans la féance du 15 , le même
Secretaire lut le projet pour le maintien de la fûreté
publique , tant au- dedans qu'au- dehors. Ce
projet fut unanimement approuvé , ainfi que celui
pour la convocation de l'Arriere- Ban. Lorsqu'on
parla de renouer les conferences avec les Miniftres
Etrangers , divers Nonces infifterent pour qu'on
nommât ceux d'entr'eux , qui devoient être dépn--
tés par la Chambre pour affifter à ces conferences.
Inutilement le Maréchal de la Dierte leur repréfenta
que ce qu'ils exigeoient ne devoit avoir lieu
qu'après la réunion de la Chambre avec le Sénat..
Ils perfifterent dans leur demande , & ils prétexterent
, pour appuyer leurs prétentions , l'interêt
qu'on avoit d'obtenir des indemnités convenables ,
pour les dommages caufés à plufieurs Palatinats
par les fujets de quelques Puiffances voifines . Un
des Nonces d'Orfzan interrompit cette difpute
pour demander la révocation de la Commiffion ,
qui a été chargée de régler les differends entre les
Catholiques & les Chrériens du Rite Grec. Il fou
188 MERCURE DE FRANCE .
tint que l'établiffement de cette Commiffion étoir
préjudiciable aux intérêts de la Religion ; & un
grand nombre de Membres de l'affemblée , ayant dé
claré qu'ils ne délibéreroient fur aucune affaire , fi
celle- ci n'étoit terminée , on pria le Maréchal de la
Diette d'en informer le Roi. Le16 , ce Maréchal rendit
compte de la réponſe de fa Majefté. Comme le
Roi ne s'étoit pas expliqué fur la fuppreffion de la
Commiffion , les Députés , qui defiroient qu'elle
fût revoquée , engagerent le Maréchal de la Diette
à retourner chez fa Majefté , pour lui faire de
nouvelles repréſentations à ce fujet , En attendant
que les intentions de ces Députés fuffent remplies,
on fufpendit la lecture du projet fur la continuation
des conferences avec les Miniftres Etrangers,
& on lut celui qui regarde l'exploitation des mines,
& celui pour la jufte évaluation des monnoyes.
Le Maréchal de la Diette rapporta le 17 à la
Chambre , que le Roi confentoit de tenir un Tribunal
de Relation , pour examiner les griefs de la
Nobleffe contre les perfonnes de la Religion
Grecque. Cette Déclaration , & la nomination
qu'on fit des Députés qui devoient compofer le
Tribunal de Relation , calma les efprits. On continua
la lecture du projet pour recommencer les
conferences avec les Miniftres Etrangers , & ce
projet , ayant été approuvé fans aucune oppofition
, fut figné par le Maréchal de la Diette. Cette
lecture fut fuivie de celle d'un autre projet pour
fixer au dernier Lundi du mois d'Août l'ouverture
des Diettes ordinaires . Les Députés de Warfovie
de Grodno s'oppoferent à cette propofition .
*
NOVEMBRE. 1748. 18
DE STOCKHOLM , le 15 Oftobre.
E 7 de ce mois fur le midi , la Princeffe épouſe
du Prince Succeffeur , accoucha d'un Prince ,
& cette nouvelle fut annoncée au peuple par une
falve générale de l'artillerie des remparts de cette
Ville. Auffi-tôt que le Roi en fut informé , il fe fit
conduire en Chaife- à- porteurs à l'appartement de
la Princeffe , qu'il félicita fur cet heureux évenement.
Sa Majesté embraffa le jeune Prince , & le
revêtit des marques des Ordres du Séraphin , de
l'Epée , & de l'Etoile du Nord. Lorſqu'elle fut de
retour chez elle , elle nomma quatre- vingt -dixhuit
Chevaliers du fecond de ces Ordres , & feize
du troifiéme.
?
Les Miniftres Etrangers , les Sénateurs ,
les
Confeils & les Tribunaux , furent admis le 8 à
Paudience du Roi , & ils eurent l'honneur de
complimenter fa Majefté fur la naiffance du Prince
, dont la Princeffe , époufe du Prince Succef
feur , étoit accouchée le jour précédent. Le 9 ,
jour fixé pour le Baptême du jeune Prince , cette
cérémonie fut annoncée au peuple par le Carillon
de l'Eglife Allemande , & par les fanfares des timbales
& des trompettes , qui avoient été placées
fur les Tours des autres Eglifes . Deux Compagnies
du Régiment des Gardes fe mirent fous les
armes dans la Cour extérieure du Palais . Un autre
Détachement du même Régiment forma une
double haye depuis le bas de l'Escalier qui fépare
les deux Cours , jufqu'à la Salle des Trabans
du Roi , & dela jufqu'à celle des Trabans du Prin-
Ge Succeffeur, Les Comteffes de Ducker & de
Lagerberg , nommées pour repréfenter les Têtes
Couronnées & les Princeffes qui devoient être
Maraines , furent conduites au Palais dans un cas
190 MERCURE DE FRANCE.
roffe de fa Majefté , attelé de fix chevaux. Elles
furent reçues à la Porte par le Comte de Taube ,
Maréchal de la Cour , & au bas de l'Escalier par
le Baion de Lowen , auffi Maréchal de la Cour ,
qui précédé des Chambellans & des Gentilshommes
de la Maifon du Roi , les nena à l'apparte
ment de la Princeffe , époufe du Prince Succef
feur , où la Comteffe de Teffin , Dame d'Honneur
de la Princeffe , & les Dames du Palais , les
reçûrent avec les formalités accoûtumées . Les
Sénateurs , qui devoient repréfenter dans la cérémonie
les Etats du Royaume , & qui avoient été
invités le matin par des Chambellans du Roi , s'étant
affemblés dans la Salle du Sénat , ils furent
conduits par le Comte de Taube à l'appartement
de fa Majefté. Le Prince Succeffeur fe rendit enfuite
à la Salle où le Prince , fon fils , devoit être
baptifé , & la matche fe fit dans l'ordre fuivant.
Le Baron de Lowen & le Comte de Taube , Maréchaux
de la Cour , les Gentilshommes de la
Maifon du Roi , marchant deux à deux , deux
Hérauts d'Armes ; deux Secretaires de fa Ma
jefté ; le Baron de Taube , Sénateur & Grand Ma
réchal , tenant les marques de fa Dignité. Les autres
Sénateurs , rangés felon leur ancienneté , précédoient
le Prince Succeffeur , aux deux côtés duquel
étoient douze Gardes du Corps , & qui étoit
fuivi des principaux Officiers des Gardes du
Corps , & des Trabans. Lorfque le Prince Succeffeur
eut pris fa place , le jeune Prince fut apporté
de l'appartement de la Princefle fa mere , par la
Comtelle de Ducker. Cette Dame étoit foutenue
par le Baron de Fuchs & par le Comte de Frolich ,
& la queue de fa mante étoit portée par les Demoifelles
Ulrique & Agnès Stromberg. Le jeune
Prince étoit fur un Carreau de drap d'argent , &
NOVEMBRE . 1748. 191
quatre Colonels portoient au- deſſus de lui un Dais
de même étoffe . Il étoit accompagné de la Mai.
fon du Prince Succeffeur , les Pages marchant à la
tête , enfuite les Gentilshommes & les Chambellans
; les deux Maréchaux de la Cour du Prince ;
le Baron d'Hamilton , fon Premier Chambellan ;
le Comte de Teffin , fon Grand Maréchal- La
Comteffe de Lagerberg marchoit derriere le
Prince , entre le Biron de Nolcken , Chancelier
de la Cour , & le Baron de Lowenheim , Chancelier
de Juftice . Les Dames du Palais fermoient la
marche. L'Archevêque en Habits Pontificaux ,
affifté du Premier Chapelain du Roi , & d'un Chapelain
du Prince Succeffeur , adminiftra le Bap-
Tême au jeune Prince , que le Prince Succeffeur
tint fur les Fonts , au nom des Souverains choifis
M.
pour être Pareins. Après cette cérémonie ,
Kenna , Secretaire de fa Majefté , cria deux fois de fuite à haute voix , Vive Charles , né Prince des
Suédois , des Goths & des Vandales. On chanta le
Te Deum en Mufique , au bruit d'une ſalve de deux cens cinquante fix piéces de canon , & l'on porta enfuite le jeune Prince avec le même cortége dans
la Salle d'Audience
, où il fut mis dans fon ber- ceau de cérémonie,
•
Ses Parains ont été le Roi de la Grande Breta
gne le Prince de Pruffe & le Grand Duc de
Ruffie fes Maraines , la Reine de Pruffe , la
Margrave de Bareith & la Ducheffe de Zerbft.
Le Roi lui a conferé la charge de Grand Amiral
de Suéde , & les Patentes en ont été remiſes au
Prince Royal. On mande de Warfovie , que le
Roi de Pologne Electeur de Saxe a difpofé de la
place de Caftellan de Wittepsk en faveur de M.
Jollokub , Caftellan de Samogitie , à qui le Stasofte
de Feyden fuccéde dans cette derniere Digni
192 MERCURE DEFRANCE.
té . Sa Majefté Polonoife a déclaré Lieutenang
Feldt-Maréchal des troupes de Pologne M. Woreskowski
, Starofte de Dawkow
DE COPPENHAGUE , le 26 Octobre.
L
Eurs Majeftés revinrent ici de Jagersbourg le
15 de ce mois , & le même jour on lança à
l'eau en préſence du Roi un nouveau Vaiffeau de
guerre , qui fut nomme le Bornholm . Pendant ce
tems , la Compagnie des Gardes de Marine & un
Détachement de Matelots monterent la garde au
Vieux Holm , ce qui jufqu'alors ne s'étoit point
pratiqué. A l'arrivée du Roi , & lorfque fa Majefté
fe retira , la Fregate le Docke , qui étoit vis- àvis
du Holm , ornée de fes Pavillons , de fes Flam
mes & de fes Pavois , fit une falve de toute fon ar
tillerie. On a mis depuis peu en commiffion un
Vailleau de foixante & dix canons. Le 16 , leurs
Majeftés retournerent à Jagersbourg , d'où elles
fon: revenues avant hier en cette Ville.
L
ALLEMAGNE.
De Vienne , le 26 Octobre,
'Impératrice Reine fut relevée de fes couches
le 12 de ce mois , & elle fe rendit enfuite à
Marie Hitzing. Cette Princeffe alla le lendemain
rendre vifite à l'Impératrice Premiere Douairiere,
Elle fit le 14 près de Schombrun la revûë de quelques
Régimens , qui font revenus des Pays- Bas.
L'Empereur a écrit aux Electeurs & à quelques
Princes de l'Empire fur l'affaire de la Tutelle du
Duc de Saxe Weymar. Il paroît que dans le Col-
Jége Electoral & dans celui des Princes la pluralité
des
NOVEMBRE .
1748.193
1748 .
des voix ſera contre le Duc de Saxe Gotha. Les
Etats du Royaume de Hongrie doivent s'affembler
à Prefbourg au commencement du mois prochain.
On parle de convoquer auffi les Etats de
Boheme , & le bruit court qu'il y fera propofé
quelques arrangemens en faveur de l'Empereur.
Le Gouvernement a accordé à la Nation Hongroife
la permiffion de tranfporter les vins de
Hongrie dans les Pays Etrangers , à condition que
ceux qui pafferont par l'Autriche payeront un
florin par demi Quarteau .
Les Etats du Royaume de Hongrie ayant té
moigné defirer ardemment que l'Archiduc Jofeph
y établit fa réfidence , l'Impératrice Reine leur a
promis que dès qu'il auroit atteint l'âge de majorité
, il fe rendroit à Offen , qui a été autrefois la
demeure ordinaire des Rois de Hongrie. Sur cette
affurance , les Etats ont réfolu d'y faire bâtir un
magnifique Palais aux dépens de la Nation . Il s'eft
tenu ces jours-ci deux conferences chez le Feldt-
Maréchal Comte de Konigfeg La premiere a eu
pour objet les affaires qui regardent la Cour de
Baviere , & la feconde celle concernant la Seigneurie
de Zwingenberg M. Caravalho , Miniftre
du Roi de Portugal , a communiqué aux Miniftres
de l'Impératrice Reine quelques dépêches qu'il a
reçûës de fa Cour. Shaddi Meheinet Effendi ,
Envoyé Extraordinaire du Grand Seigneur , reprie
hier la route de Conftantinople . Il eft efcorté par
un Détachement du Régiment de Kollowrath , &
accompagné par le Comte de Soyer , qui le conduira
jufqu'aux frontieres de l'Empire Ottoman.
Le Comte de Linange , qui eft venu i i exécuter
une commiffion de l'Electeur Palatin , fe prépare
à retourner à Manheim. Il eſt arrivé de Pétersbourg
un courier avec des lettres du Comte de
194 MERGURE DE FRANCE.
que
P'Im Bernes , par lesquelles on a été informé
pératrice de Ruffie avoit approuvé les arrangemens
pris par rapport aux quartiers d'hyver des
troupes Ruffiennes. On attend plufieurs Régimens
qui reviennent d'Italie & des Pays- Bas
Ceux de François de Lorraine , de Léopold
Daun , de Joſeph Efterhafy , & de Jeune Wolfenbuttel
, iront en Moravie , & l'on enverra celui
de Maximilien de Heffe dans la partie de la Siléfie
, qui est restée fous la domination de l'Impératrice
Reine . On laiffera dans les Pays- Bas les Régimens
d'Infanterie du Prince Charles de Lorraine
, de los Rios , de Prié , d'Arenberg , de
Salm , de Bareith , de Damnirz & de Platz ; le
Régiment de Cuiraffiers de Bentheim , & celui
de Dragons de Ligne ; en Italie , douze Régimens
d'Infanterie & quatre de Dragons . Le Duc d'A
renberg commandera en chef les troupes dans les
Pays-Bas , & il aura fous les ordres le Feldt- Maré
chal Comte de Neuperg , les Contes de Chapclos,
d'Ungern & de Tornaco , Lientenans Feldt-Ma
réchaux , le Prince d'Arenberg , le Baron d'Ar
berg , le Comte de Geaimingen , les Marquis de
la Puebla & de Bournonville , Majors Généraux.
Les troupes qui feront ca Hongrie , feront commandées
par le Feldt - Maréchal Comte de Bathia
ny , lequel aura fous lui le Baron de Platz , le
Baron d'Engelshoffen
, le Marquis Guadagni
Lieutenans Feldt Maréchaux , & les Majors Géné
raux Ghiland , Winckelman , Rothern & Radicati
. Le commandement
des troupes fera donné , en Boheme , au Prince de Lobekowitz ; en Mo.
ravie , au Général Saint Ignon, dans la Bafle Au
triche , au Feldi+ Maréchal Prince de Save Hild.
burfghaufen ; dans PAutriche Antérieure , au
Lieutenant: Feldt Maréchal Hanfchdans
le Ti I
"
NOVEMBR E. 1748. 195.
rol , au Général Damnitz ; en Italie , au Feldt-
Maréchal Pallavicini , aux ordres duquel feront
les Lieutenans Feldt Maréchaux Novati & Neuhaus
, & les Majors Généraux Marini , Lizen
Hinderer , Defoffy , Wied , Sincere , O- Donell
& Kolb. Après la publication de la Paix , on pro
cédera à la réforme de divers Régimens , & ceux
d'Ogilvy & de Stolberg feront du nombre.
L
DE BERLIN , le 2 Novembre.
E 30 du mois dernier , le Roi vint ici de Potf
dam , où fa Majefté retourna le lendeinain
étant accompagnée du Comte de Rothenbourg ,
Lieutenant Général ; du Baron de Pollnitz , Premier
Chambellan , & du Marquis d'Argens. M.
d'Arnim , Miniftre d'Etat Actuel , & chargé du
Département de la guerre , ayant demandé de fe
démettre de fes emplois à caufe du mauvais état
de fa fanté , le Roi la lui a accordée avec les tés
moignages les plus convaincans de la fatisfa&tion
que fa Majefté reffent des fervices rendus par ce
Miniftre. La place qu'il occupoit a été donnée au
Baron de Danckelman , Préſident de la Régence
de la Principauté de Hohenloe. Il count un
bruit que le Prince de Lobсkowitz eft dans le deffein
de vendre au Roi la Principauté dé Sagan ,
fiturée en Siléfie. On a reçu avis de Drefde , qu'à
l'imitation des nouveaux réglemens faits par fa
fa Majefte , on alloit travailler en Saxe , à réfor
met les abus qui fe font introduits dans l'admiftration
de la Juftice , & principalement à abreger les
procédures .
I ij
396 MERCURE DE FRANCE.
DE FRANCFORT le le 6 Novembre.
Ldu mois dernier , a élú pour Coadjuteur de
E Chapitre de Worms , s'étant affemblé le 7
l'Evêque l'Electeur de Mayence. Le 9 , le Prince
Frederic de Heffe revint des Pays- Bas à Caffel.
On a appris que le Cardinal Querini étoit arrivé à
Ratisbonne , & qu'il étoit chargé de conferer
avec les Evêques d'Allemagne , fur le deffein que
le Pape a formé de diminuer le nombre des Fêtes.
Les Bourgeois de Nuremberg ont obtenu que
PEmpereur établit une Commiffion pour juger
les differends furvenus entr'eux & leurs Magif
trats,
ILY
a eu ces jours.ci une entrevûë entre l'Electeur
de Mayence & le Prince Guillaume de Heffe
Caffel. Ces deux Princes , s'étant rencontrés dans
la Forêt de Steinheim , ont pris enſemble le divertiffement
de la chaffe , & ils ont eu enfuite une
Conference , tant fur les affaires de l'Empire que
fur celles qui les concernent. Le Prince Guillau
me de Heffe retourna après cette conference à
Hanau. Le premier de ce mois , M. de la Noue ,
Miniftre du Roi de France auprès des Cercles ,
partit pour aller faire un voyage à Paris. Diverſes
difpofitions annoncent le prochain retour des troupes
Heffoifes dans leur Pays. Le Feldt- Maréchal
Comte de Bathiany arriva le premier de ce mois
à Cologne , & il alla le 3 à Bonn , d'où il a dû continuer
la route pour Vienne. Le Baron de Loë ,
Grand Prévôt de l'Eglife Cathédrale de Hildesheim
, Vicaire Général & Préſident de la Régence
de l'Evêché de ce nom , eſt mort à Hildesheim lạ
2 de ce mois. On a reçû de Gelder la nouvelle
de la mort du Baron de Krocher , Lieutenant Gé
méral des armées du Roi de Pruffe.
NOVEMBRE . 1748. 197
L
ESPAGNE.
De Madrid , le 29 Octobre.
E Roi prit le 8 de ce mois le deuil pour fix ſemaines
, & l'Infant Cardinal , ainfi que Ma
dame , épouſe de l'Infant Don Philippe , & les
Infantes , l'ont pris pour fix mois , à l'occaſion de
la mort de la Ducheffe Douairiere de Parme . Le
18 , leurs Majeftés partirent du Palais du Buen
Retiro pour l'Efcurial . Madame époufe de l'Infant
Don Philippe, & l'Infante Marie- Elizabeth, ſe
rendirent le 9 au Château de Saint Ildefonſe. L'Evêché
d'Oſma a été donné par le Roi à l'Archevê
que Titulaire de Lariffe.Don Manuel de Benavides
d'Arragon , Duc de San Iftevan , Chevalier de
l'Ordre du Saint Efprit , & de celui de Saint Janvier
; Commandeur de la Commanderie de Monreal
dans l'Ordre de Saint Jacques ; Premier
Ecuyer du Roi ; un de fes Gentilshommes de la
Chambre , Confeiller du Confeil d'Etat , & Préfident
du Confeil des Ordres , mourut en cette
Ville le 11 , âgé d'environ foixante fix ans. Il avoit
été Miniftre du Roi Louis I , & Majordôme Major
de la Majefté Sicilienne , & il avoit affifté au Congrès
de Cambray, en qualité d'Ambaffadeur Extraordinaire
& de Premier Miniftre Plénipotentiai
re de Philippe V.
Madame , époufe de l'Infant Don Philippe , &
l'Infante Marie Louife , retournerent le 26 joindre
leurs Majeftés , & l'Infant Cardinal les accompagna.
Le Roi a nommé Don Cano Coadjuteur de
P'Evêché de Siguenza , & a difpofé de la Digniré
de Tréforier de l'Eglife Métropolitaine de Toléde
en faveur de Don Romuald de Velarde . Don
André Ibarra à obtenu un Titre de Caftille pour
Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
lui & pour fes héritiers , même en ligne collate
rale. Sa Majefté a accordé à Don Jofeph Cabezon
de Seze la place de Corregidor de la Ville
d'Avila. Don Jofeph Borrul , Fifcal du Confeil
des Indes , & Don Raymond de Sobremonte y
Caftillo , viennent d'être déclarés , l'un , Confeiller
Honoraire de Confeil de Caftille , & l'autre
Juge Honoraire de l'Audience de Seville . Les Religieux
des Ecoles Pieufes , ayant reçu de Rome le
Bref pour la Beatification du Pere Jofeph Cala
fanz , leur Fondateur , ils chanterent le 21 du
mois dernier à cette occafion le Te Deum , auquel
l'Evêque d'Olma officia pontificalement. Le 12 de
ce mois , ils porterent dans une Proceffion folemnelle
le Corps du nouveau Béatifié , & pendant les
fix jours fuivans la Grande Meffe a été chantée
dans leur Eglife à plufieurs Cheurs de Mufique .
On a appris que le Pere Manuel Albarran , Religieux
de l'Obfervance , & Commiſſaire des Miftions
du Pérou , étant allé prêcher l'Evangile aux
Infidéles d'une Contrée de ce Royaume , ils l'a
voient maffacré , & que dix Efpagnols , qui l'avoient
acccompagné , avoient fouffert auffi le Marzyre.
I
ITALIE.
De Rome , le 22 Octobre.
L s'eft tenu en préfence du Pape une Congré
gation particuliere , compofée des Cardinaux
Corfini , Valenti Gonzaga , Tamburini & Belozzi.
Le nouveau Primat de Pologne a réitéré les inftances
, afin d'obtenir une diminution fur la fomme
qu'il doit payer pour l'expédition de fes Bul
les. On dit que l'Evêque de Volterra , qui est tou
NOVEMBRE
1748. 199
jours prifonnier à Florence , perfiftant à refuſer de
donner la démiffion , fon procès lui fera fait dans
les formes , & que Sa Sainteté nommera un Vi❤ -
caire Apoftolique pour exercer les fonctions Epifcopales
dans le Diocéfe de Volterra . Selon les
nouvelles de Naples , le Roi des Deux Siciles a
réfolu de réformer vingt hommes par Compagnie
dans fes anciens Régimens , & de réduire à la
moitié chacun de les Régimens Provinciaux . On
a fçû par les mêmes lettres , qu'il étoit entré dans
le Port de Naples deux -Galéres Maltoiles , deftinées
à aller en courfe contre les Corfaires de Barbarie
.
11.
DE GENES , le 28 Octobre.
Duc de Richelieu , le Duc d'Agenois , &
>
Génois. En conféquence , les noins de ces deux
Seigneurs ont été infcrits dans le Livre d'Or. On a
séfolu d'ériger une Statue de marbre au premier ,
& de la placer dans le Grand Salon du Palais. Le
17 de ce mois , le Duc de Richelieu reçut la nouvelle
que le Roi Très - Chrétien l'avoit nommé.
Maréchal de France . Ce Général alla le 14 vifiter
les fortifications extérieures de cette Ville . Il fe
rendit enfuite fur la montagne des Deux Freres &
fur celle du Diamant. Plufieurs Dames du premier
rang l'accompagnerent , les unes à cheval , les autres
en chaiſes à Porteurs , jufqu'à la montagne de
l'Eperon. Cette promenade fe termina par un magnifique
diner que le Duc de Richelieu donna
dans le Cafone . Le Marquis d'Ahumada , qui commande
les troupes de Sa Majefté Catholique .
continue fon féjour à Recco . Il y a fait encore embarquer
depuis peu onze ou douze cens hommes
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
de ces troupes , pour les renvoyer en Catalogne
On parle de réformer deux des cinq Galeres de la
République. Les Billets de la Banque de Saint
Georges perdent toujours vingt pour cent , & la
Chambre fe trouve endettée de douze cens mille
livres. Suivant les avis reçus de Corfe , un Navire
Anglois s'étant approché de l'Algaliola , & fa manoeuvre
ayant paru fufpecte , le Commandant de
ce Pofte lui fit tirer deux coups de canon fans bou
lets, pour l'obliger de venir à l'obéiffance. Ce Bâtiment
n'ayant point changé de manoeuvre , & ayant
même négligé d'arborer fon Pavillon , on foupçonna
qu'il étoit Barbarefque , & on lui envoya
deux boulets , dont il fut tellement endommagé
qu'il coula à fond , mais fon equipage eut le tems
de fe fauver à terre.
Dans le Confeil qui a réglé les marques que la
République donneroit de fa reconnoiflance auMaréchal
Duc de Richelieu , pour les ſervices rendus
par ce Général , il a été réfolu que le Gouverne
mont emprunteroit une fomme à trois & demi
d'interêt pour cent , afin de s'en fervir à la réparation
& à l'entretien des Galéres. Avant - hier ,
le Marquis d'Ahumada vint en cette Ville , pour
feliciter le Maréchal Duc de Richelieu fur fa nouvelle
Dignité , & il retourna le lendemain à Recco.
On compte que la République lui accordera
auffi la diftinction de l'inſctire dans le Livre d'Or
de la Nobleffe. Le Maréchal Duc de Richelieu
fe difpofe à partir dans huit ou dix jours , pour
aller tenir les Etats de la Province de Languedoc.
Après fon départ , le Chevalier Chauvelin aura le
commandement des troupes Françoifes , & le
btuit , qui avoit couru que le Chevalier d'Apcher
Le rendroit ici pour les commander , ne s'eft pas
confirmé. Le Gouvernement fait conftruire fur la
NOVEMBRE. 207
1748 .
Plage de Seftri di Ponente un Fort de quatre Bal
tions , dans lequel on placera dix piéces de canon ,
& qui pourra contenir deux cens hommes. Depuis
quelque tems , on donne un peu plus de liberté
aux Officiers des troupes de l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , qui font ici prifouniers.
Le 22 , le froid a commencé à fe faire fentir
ici avec vivacité , & toutes les montagnes
font
déja couvertes de neige.
D
GRANDE - BRETAGNE,
De Londres , le 7 Novembre.
Ans un Confeil tenu le 17 du mois dernier
par les Lords Regens deda Grande Bretague,
il a été réfolu que le Parlement , qui devoit s'affembler
le 24 , ne reprendroit fes féances que le
28 du mois prochain. Le bruit court qu'on préfentera
une Requête aux deux Chambres , pour
demander que le Gouvernement établiffe des Colonies
dans diverfes parties de l'Amérique Septen
trionale , qui font incultes. M. Legge , Envoyé
Extraordinaire de fa Majefté à Berlin , a écrit depuis
peu au Duc de Bedford , Secretaire d'Etat ,
que les Miniftres du Roi de Prufle avoient réïtéré
leurs plaintes au fujet des prifes faites par les
Anglois fur les Pruffiens , & qu'ils infiftoient vivement
pour la reftitution de divers Navires dont
nos Armateurs fe font emparés. Les Commiffaires
de l'Amirauté ont donné au Capitaine Dennis le
commandement du Vaiffeau de guerre le Centurion
, & ils ont mis en commiffion quelques Frégates
. On prétend que le Roi nommera le Duc de
Richmond fon Ambaffadeur Extraordinaire auprès
de Sa Majefté Très- Chrétienne . Les Direc
I v
202 MERCURE DE FRANCE .
1
teurs de la Banque ont réſolu de propoſer de nouvelles
foufcriptions pour quinze cens mille livres
fterlings , dont ils payeront quatre pour cent
d'interêt .
Il fe tint le 23 une affemblée de la Compagnie
des Indes Orientales , & il y fut décidé qu'elle
prendroit à fon fervice les Navires la Britannia
PAugufte, le Sandwich, le Montford , le Tavistock,
le Walpool , le Warren & le Griffin . Les Directeurs
de cette Compagnie marqueront inceffamment les
differentes deftinations de ces Bâtimens , & ils ont
déclaré qu'ils mettroient ces jours - ci en vente une
grande quantité de thé , qui a été apporté des
Indes Orientales . On a reçû avis que les Ouvriers
employés à l'exploitation des mines d'étain dans le
Comté de Cornouailles , ayant été informés qu'on
fe propofoit de tranfporter beaucoup de bled en
pais étranger , ils s'étoient affemblés tumultuçufement
à Pladftow , dans le deffein de s'oppoſer à
Pembarquement de ces grains , mais qu'on avoit
appaifé cette fédition .
Aujourd'hui le Lord Anfon eft parti pour aller
arborer fon Pavillon à bord de l'Amiral des Vaiffeaux
de guerre , deftinés à eſcorter le Roi , & le
vent étant favorable , ces Vaiffeaux & les Yachts
doivent avoir mis à la voile pour la Hollande.
On a approvifionné tous les Bâtimens que le Gou
vernement a fretés pour ramener en Angleterre
les troupes qui font dans les Pays- Bas . Celles qui
font à préfent dans le Royaume d'Ecoffe , feront
tranfportées en Irlande , à l'exception des Régimens
de Barell , d'Herbert & d'Ancram . Les équi
pages du Duc de Cumberland font revenus de
P'armée des Alliés . On continue de publier que le
Duc de Richmond fera nommé Ambafl deur Extraordinaire
du Roi auprès de Sa MajeftéTrèsNOVEMBRE
. 1748. 203
Chrétienne ; que M. Benjamin Keene fera revêtu
du même caractére auprès du Roi d'Efpagne ;
le Comte de Rochefort à la Cour de Portugal , &
le Comte d'Holderneff auprès des Etats Généraux
des Provinces- Unies. Le Gouvernement a fait partir
de Plymouth une Allege , pour porter ordre au
Commandant de Louifbourg d'évacuer entierement
l'lfle Royale auffi- tôt après l'arrivée de ce
Bâtiment. On vient d'apprendre que le Navire
PAddington , qui revient de Terre- Neuve , a déchargé
la carguaifon à Malaga. C'eſt le premier
Vaiffeau Anglois , qui depuis la ceffation des hoftilités
ait eu cette permiffion dans les Ports d'Elpagne.
Les Actions de la Compagnie des Indes
Orientales n'ont point de prix fixe ; celles de la
mer du Sud font à cent fix ; celles de la Banque à
cent vingt-fix , trois quarts , & les Annuités à qua
tre-vingt-dix-neuf, un huitiéme.
S
PAYS - BAS.
i
D'Aix-la-Chapelle le 7 Novembre.
Elon les copies du Traité Définitif de Paix ,
répandues dans le Public , ce Traité contient
vingt - quatre Articles , par lefquels on eft convenu
qu'on oubliera de part & d'autre tout ce qui
s'eft pallé pendant la guerre ; que le Traité de
Weftphalie , ceux de Madrid de 1667 & de 1670 ,
ceux de Nimegue , de Rifwick , d'Uutrecht &
de Bade , celui de la Haye de 1717 , celui de la
Quadruple Alliance , & celui de Vienne , feront
confirmés en tous les points aufquels on n'a pas
dérogé par le préfent Traité ; qu'on rendra fans
rançon les Prifonniers & les Otages , faits ou donnés
réciproquement , & cela dans le terme de fix
I vi
104 MERCURE DE FRANCE .
femaines après l'échange des Ratifications , bien
entendu qu'ils payerontles dettes qu'ils auront contractées
; que tous les Vaiffeaux de guerre & les
Navires Marchands , pris depuis les tems ftipulés
par la ceffation d'armes , feront reftitués ; qu'on
reftituera de même toutes les Conquêtes faites
dans quelque Partie du monde que ce foit ; que
toutes les Reftitutions & les Ceffions fe feront fix
femaines après que les Ratifications amont été
échangées ; que les Places des Pays - Bas , où les
Etats Généraux des Provinces - Unies ont eu des
troupes , leur feront remifes , afin qu'ils les faffent
garder par leurs Garnifons ; que l'artillerie , qui a
été trouvée dans les Villes conquifes , fera renduë
de
part & d'autre fuivant l'état qui en a été faið
lors de leur reddition , à l'exception néanmoins de
celle qui étoit à Menin , Ath , Mons , Charleroy
& Oudenarde ; que les Duchés de Parme , de Plaifance
& de Guaftalla , feront cédés à l'Infant Don
Philippe avec tous leurs Droits & toutes leurs Dépendances
, pour lui fervir d'établiffement , ainfi
qu'à fes Héritiers mâles , fous la claufe que ces
Etats retourneront aux préfens Poffeffeurs , en cas
que l'Infant Don Philippe ne laiffe point d'enfans
mâles , ou que ce Prince ou quelqu'un de fes Defcendans
parvienne au Trône d'Elpagne ou à celui
des Deux Siciles ; qu'on nommera refpectivement
des Commiffaires , qui s'affembleront à Bruxelles
& à Nice pour effectuer les reftitutions & ceffions
mentionnées : que le Roi de la Grande Bretagne
enverra en France deux perfonnes de rang & de
confidération , pour fervir d'Otages , en attendant
qu'on ait reçû des nouvelles certaines de l'évacuation
du Cap Breton & de toutes les Places qui
pourroient avoir été prifes dans les Indes Orien
Tales qu'on prendra des arrangemens, convena
NOVEMBRE. 1748. 208
bles , afin que l'évacuation générale ſe faffe de la
maniere la plus commode pour les troupes & pour
les habitans ; que tous les Papiers & Documents
qu'on a trouvés dans les Villes , & dont on s'eft
faifi , feront rendus , nommément les Archives de
Malines ; que le Roi de Sardaigne fera maintenu
dans la poffeffion de tous les Etats , particulierement
de ceux qui lui ont été cedés en 1743 , excepté
la partie du Plaiſantin qu'il occupe , & qu'il
cedera à l'Infant Don Philippe , moyennant la
claufe du Droit de Reverfion fur le même pied
qu'il a été ftipulé ci- deffus ; qu'on rétablira le Duc
de Modéne dans tous les Etats , qu'on lui rendra
les Fiefs qu'il poffedoit en Hongrie , ou qu'on lui
en donnera l'équivalent , & qu'on lui fera juftice
par rapport aux biens allodiaux qui lui appartenoient
dans le Duché de Guaftalla ; que la République
de Génes fera rétablie auffi dans toutes les
Poffeffions dont elle jouifioit avant la guerre ; que
l'argent que la République au les habitans du Pays
de Génes ont aux Banques de Vienne & de Turin ,
& qui a été confifqué , leur fera rendu , & que le
payement des intérêts commencera àcourir depuis
le jour de l'échange des Ratifications ; que les chofes
demeureront en Italie fur le pied qu'elles étoient
avant la guerre , fi l'on en excepte les ceffions fai
tes au Roi de Sardaigne & à l'Infant Don Philippe;
que le Traité de l'Affiento en faveur de la Compagnie
Angloife de la mer du Sud fera confirmé
pour quatre années , & que l'Efpagne accordera à
cette Compagnie la permiffion d'envoyer aux Colonies
Efpagnoles un Vaiffeau pendant ces quatre
années , pour la dédommager de n'avoir pas jour
de cette permiffion pendant la guerre ; que les for
tifications de Dunkerque demeureront dans le mês
me état qu elles font du côté de la terre, mais qu'on
206 MERCURE DE FRANCE.
fuivra les anciens Traités pour ce qui regarde le
côté de la mer , qu'on terminera à l'amiable les
differends au fujet des fommes que fa Majeſté Britannique
, comme Electeur de Hanover , prétend
lui être dûës par l'Eſpagne ; qu'on reglera de même
ceux qui concernent l'Abbaye de Saint Hubert
, & les prétentions de l'Electeur Palatin ; que
P'Article du Traité de la Quadruple Alliance, dans
lequel la fucceffion à la Couronne de la Grande
Bretagne a été affûrée à la Maiſon de Hanover, eft
confirmé ; que tous les Etats poffedés en Allemagne
par fa Majefté Britannique , lui font garantis
par les Puiffaces contractantes ; que les Puiffances,
qui ont garanti la Pragmatique Sanction , renou
vellent cette garantie , autant qu'il n'y a pas été
dérogé par le préfent Traité ; qu'elles garantiffent
de même au Roi de Pruffe la Siléfie & le Comté de
Glatz ; que toutes les Puiffances intereffées ſe gaantiffent
réciproquement & refpectivement l'exécution
du Traité , que l'échange des Ratifications
fe fera ici dans un mois au plus tard par les
Miniftres de ces Puiffances , & dans fix femaines
par les Miniftres des Puiffances qui accederont audit
Traité . Il a été ftipulé que les Titres & les Prefféances
que les Puiffances Contractantes ont pris
dans ce Traité , ne tireroient point à conféquence,
& qu'il en feroit de même pour ce qui regarde la
Langue Françoife , dans laquelle il a été rédigé.
Le 20 de ce mois , le Marquis de Soto Major , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi d'Ffpagne , accéda
au Traité pour fa Majefté Catholique , & le 23 ,
le Comte de Kaunitz remit auffi l'acceffion de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme . Le
Comte de Monzone remit le 25 cetle du Duc de
Modene , & le 28 le Marquis Doria celle de la République
de Génes.
NOVEMBRE. 1748. 207
Les Miniftres Plénipotentiaires de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & ceux du Roi
de la Grande Bretagne , ont figné le 24 du mois
dernier un Acte , par lequel il eft dit que comme
dans le Traité Général & Définitif de Paix , & dans
les Acceffions données par le Marquis de Soto
Major de la part du Roi d'Eſpagne , & par le Comte
de Kaunitz de la part de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , il n'y a rien qui porte atteinte
à ce qui a été ftipulé par les Préliminaires
acceptés généralement , les Miniftres Plénipotentiaires
de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme & ceux du Roi de la Grande Bretagne font
convenus que dans le cas où quelqu'une des Puiffances
, qui ont pris part à la guerre , refuferoit ou
differeroit d'acceder audit. Traité , de forte que
Pon pût craindre du retardement à l'accompliffement
des arrangemens qui ont été reglés , l'Impe
ratrice Reine de Hongrie & de Boheme , & fa
Majefté Britannique , de concert tant entre elles.
qu'avec les Puiflances for Contractantes , foit
Accédentes , employeront les moyens les plus efficaces
pour l'exécution defdits arrangemens , afin
que toutes les Parties , foit Contractantes foit Accédentes,
fe trouvent, au terme fixé par le Traité
en pleine & paifible poffeffion de tout ce qui doit
leur revenir & appartenir , foit par reftitution , foit
par ceffion. Les Miniftres Plénipotentiaires des
Rois de France & d'Espagne , & ceux des Etats
Généraux des Provinces- Unies , ont figné auffi le
même Acte. Aujourd'hui , les Miniftres du Roi de
Sardaigne ont remis l'Acceffion de ce Prince an
Traité Définitif.
208 MERCURE DE FRANCE.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E Roia nommé le Duc de Richelieu Maréchal
de France.
Sa Majefté a accordé le Gouvernement desVille
& Château d'Alençon , au Comte de Rannes , ſecond
fils du feu Marquis de Rannes.
Le 31 du mois dernier , veille de la Fête de
Tous les Saints , le Roi accompagné de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
& de Mefdames de France , affifta dans la Chapelle
du Château aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique , auxquelles l'Evêque de Chartres
officia.
Le premier de ce mois , jour de la Fête , le
Roi , accompagné de même que le jour précedent
, entendit la Grande Meffe , qui fut célebrée
pontificalement par le même Prélat , & chantée
par la Mufique. Sa Majefté affifta l'après midi à la
Prédication de l'Abbé Joffet , Chanoine de l'Eglife
Cathédrale de Metz , & aux Vêpres auxquelles
l'Evêque de Chartres officia. Le Roi entendit en.
fuite les Vêpres des Morts.
La Reine affifta à l'Office dans la Tribune , &
le 31 du mois dernier , Sa Majesté communia par
les mains de l'Evêque de Chartres , fon Premier
Aumônier.
Le Lundi 28 Octobre & Mardi
27, M. Champalanti
, Muficien Italien de la Chapelle du Roi ,
chanter pendant la Meffede Leurs Majeſtés le
NOVEMBRE. 1749 . 209
Pleaume Deus in nomine tuo falvum mefac , Motet
de fa compofition qui fut fort applaudi
M. l'Evêque de Rennes , Ambaffadeur de France
à la Cour d'Espagne, ne néglige point , malgré les
grandes occupations & fon eloignement , la direction
de la Mufique de la Chapelle , dont il eft
Gränd Maître. Il renouvelle les fujets , & récom
penfe les anciens fuivant les occafions . Dans le
deffein de donner de l'énialation aux Compofiteurs
de Mufique Latine , & de faire revivre celle
des Maîtres de Chapelle du Roi , qui font décedés
; il vient de propofer & a fait accepter à Sa
Majefté M. le Prince , ancien Muficien de la Chapelle
& de la Chambre , pour battre la meſure,
pendant le quartier d'Octobre , vacant par la mort
de M. l'Abbé Madin. Il a recommandé en même
tems à ce Muficien de faire chanter les Motets de
ce Compofiteur , & ceux de Meffieurs la Lande , *
Bernier , Campra ** & Gervais , qui ont tous été
Maîtres de Mufique de la Chapelle du Roi. M. le
Prince a recueilli plufieurs autres Motets des plus
grands Maîtres , ce qui fera un Quartier très diverfifié
& digne de l'attention des Amateurs.
L'ouverture du Parlement fe fit le 12 de ce
mois , avec les cérémonies accoûtumées , par une
Meffe folemnelle , que l'Evêque de Frejus célebra
pontificalement dans la Chapelle de la Grand'
Salle du Palis , & à laquelle M. de Maupeou ,
Premier Préfident , & les Chambres , affifterent.
* Les Motets de M. de la Lande font gravés au
nombre de quarante , faifant vingt volumes , defix
livres chacun.
** On a auffi gravé quatre Motets de M. Campra,
en deux volumes du même prix. Le tout se vend à la
Regle d'Or , rue Saint Honoré rue du Roule , chez
M , le Clerc.
210 MERCURE DE FRANCE.
宗宗宗宗宗宗宗宗宗装戀戀
MARIAGES ET MORTS.
L3 de -
Ε 3 Octobre , Louis - Charles de Lorraine
ée en furvivance , Gouverneur & Lieutenant
Général pour le Roi de la Province d'Anjou , des
Ville & Chateau d'Angers & du Pont- de - Cé ,
Brigadier des Armées de Sa Majefté , & Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie , époufa
Louife -Julie - Conftance de Rohan , auparavant
Chanoineffe de Remiremont. Le mariage fut cé-
Tébré en préfence de M. le Curé de Saint Sulpice ,
en l'Eglife de l'Abbaye de Panthemont , par le
Prince Louis- Conftantin de Rohan , Premier Aumônier
du Roi ; Prévôt de PEglife Cathédrale de
Strasbourg, L'époux eft fils de feu Louis de Lorraine
, Prince de Lambefc, & de Jeanne- Marguerite-
Henriette de Durfort de Duras, & l'époufe eft
fille de Charles de Rohan , Prince de Montauban
Lieutenant Général dés Armées du Roi , Gouverneur
des Ville & Château de Nîmes & de Saint
Hippolite , & d'Eleonore - Eugenie de Bethify ,
Dame du Palais de la Reine.
>
,
Le 19 , Etienne Rivié , Seigneur de Chars , de
Resfons , de Boifé , de Marannes
de Marannes , de Riquebourg
&c. Confeiller du Roi en fes Confeils ,
Grand Maître des Eaux & Forêts de France au
Département de l'Ile de France & du Soiffonnois
, Secretaire du Roi , Maiſon & Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris.
>
Le 23 , Anne- Sophie de Bulkelei , fille de Frangois
de Bulkelei , Chevalier des Ordres du Roi ,
NOVEMBRE . 1748 . 211
& Lieutenant Général de fes Armées , mourut dans
la treizième année de fon âge .
Le même jour , Agnès- Michelle de Pommereu ,
fille de Jacques de Pommereu , ancien Capitaine
au Régiment du Roi , mourut âgée de 13 ans.
Le même jour , Jacques- Amable Claude , Chevalier
, Baron d'Enfrenel mourut en cette ville .
Le 25 , Pierre Grimod du Fort , Fermier Général
, Intendant des Poftes , Couriers & Relais de
France , mourut âgé de 55 ans . Il avoit épousé le
25 Février dernier N. de Colincourt , qu'il laiffe
enceinte d'environ fept mois. On peut confulter
Particle de fon mariage qui fe trouve dans le Mer
cure du mois de Février de cette année .
Le 27 , André de Brancas , Comte de Rochefort
ci devant Gouverneur de Beaucaire
Avignon , âgé de 60 ans ou environ.
mourut
Le 28 , Marie -Jeanne - Angelique - Therefe ,
fille de Louis - François , Comte de Thiange &
d'Anlezi , Marquis de Roquefeuille , Comte Palatin
de Die , Baron de Caftelane , Marquis de Saligni ,
& c. mourut à Paris , âgée de 11 ans.
Le même jour , Jeanne- LouifeDuffon , fille
d'Armand Duffon , Marquis de Bonnac , Chevalier
de l'Ordre de Saint André de Ruffie , Lieute
nant de Roi , Commandant dans la Comté de
Foix , Gouverneur des Châteaux d'Uffon & de
Querigut, & Colonel du Régiment d'Infanterie de
fon nom , mourut âgée d'environ 3 ans.
Le 31 , Françoife-Armande de Jumilhac , fille de
N. de Jumilhac , Capitaine- Lieutenant de la Premiere
Compagnie des Moufquetaires , & Lientenant
Général des Armées du Roi , mourut dans la
quinziéme année de fon âge.
Le 3 Novembre , Françoife Salm de Guillan
falla de Mont-Juftin , veuve de N - Comte de Vinti
212,MERCURE DE FRANCE.
mille de Montpefat , mourut âgée de 8 ans .
Le même jour , Julie- Angelique de Hautefort ,
veuve de Paul Augufte Sublet , Marquis d'Hendicourt
, Lieutenant Général des Armées du Roi ,
& Grand Louvetier de France , mourut âgée de 6 1.
ans.
Le même jour , Jacques Tannegui le Veneur
Comte de Tillieres, Brigadier des Armées du Roi, eft
mort dans la foixante - dix - huitiéme année de
fon âge,
薪洗洗洗淡淡說洗洗:洗洗洗洗洗
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Confeil d'Etat du Roi , du 21
Septembre , qui ordonne que l'argent comptant
, vaiffelle d'argent & les deniers provenans
de la vente des meubles & effets des Bénéficiers
décédés , feront remis entre les mains des Economes
, comme feuls dépofitaires .
AUTRE du 28 , qui permet aux Syndics &
Directeurs de la Compagnie des Indes , de faire
faire les balanciers & planches néceffaires pour
graver de nouveaux Bulletins , pour fervir à la
marque des Mouffelines & Toiles de coton que la
Compagnie fera vendre à l'avenir.
AUTRE du 15 Octobre , portant reglement
fur les Chartes- parties d'affretement paffées avant
la fignature de Préliminaires de la Paix , pour les
Navires expédiés pour les Colonies Françoifes de
L'Amérique.
NOVEMBRE. 1748 . 213
AUTRE du 17 , portant que les Equipages
des Navires revenus des Iffes de l'Amérique
fous Peſcorte des Vaiffeaux de Sa Majefté , feront
payés de leurs falaires en entier pendant le féjour
que lefdits Navires auront faits dans lefdites Ifles,
jufqu'à concurrence du terme de fix mois , & feu
lement de la moitié pour tout le tems excédant
ledit tèrme.
AUTRE du 5 Novembre , qui proroge pour un
an , à compter du premier Janvier 1749 , jufqu'au
premier Janvier 1750 , l'exemption de droits fur
les beftiaux venans de l'étranger , ordonnée par
celui du 2 Janvier 1748 .
ORDONNANCE du Roi , du 10 Octobre;
portant une nouvelle réforme dans les Régimens
de Troupes légères de Graffin , de la Morliere
des Volontaires Bretons & de Geſchray , & dans le
Corps des Chaffeurs de Fischer,
AUTRE du même jour , pour fupprimer le
Corps de Troupes légéres des Volontaires de Dubrüelh
, ci -devant de Belloy .
AUTRE du 30 , pour réduire tous les Régimens
de la Cavalerie Françoife à trois Efcadrons ,
excepté le Régiment Royal desCarabiniers,qui fera
conlervé à dix Eſcadrons de cent-vingt Maîtres
chacun,
AUTRE du 30 , pour réformer un Bataillon
de chacun des Régimens de l'Infanterie Fran
coiſe , y dénommés,
AUTRE du même jour , pour réduire les
214 MERCURE DE FRANCE.
Régimens de Cavalerie de Royal- Allemand , Rofen
& Naffau à trois Efcadrons , fur le pied de
cent-vingt Maîtres par Efcadron , en quatre Compagnies
de trente Maîtres .
AUTRE du 31 , portant une nouvelle réforme
dans les Dragons.
APPROBATION,
' Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Novembre
1748. A Paris le premier Décembre 1748.
BONAMY.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe,
Psuitedu Mémoire préfenté aux Etats de Bretagne
,
Ode à la Probité ,
3
19
Séance publique de l'Académie de Montauban, 24
Vers à M. de Fontenelle ,
38
Vers Latins envoyés au P. de Neufville , &c. 39
Seconde Lettre à l'Auteur de celle inférée dans le
Mercure de Juillet , fur le projet d'une Place
pour là Statuë du Roi ,
Epitre à M. P *** .
40
Réponse aux Queftions propofées dans le Mémoire
inféré dans le Mercure de Septembre dernier
fur le projet d'une Meſure univerfelle , 53
Ode à M. de Launay , Chirurgien, Juré de S. Come
, fur une fauffe nouvelle qu'il avoit gagnë
un lot , 60
65 Séance publique de l'Académie de Dijon ,
Epitre à M. le Comte de Manteuffel , par M. Formey
, & c .
77
So
Réponse de M. G. à la feconde lettre d'un Chirur
gien à un Médecin fur la Garance ,
Le Concordat de l'efprit , de la vertu & du fenti
ment , Allégorie M. D.
Remarques cfitiques fur les Differtations contenuës
dans les trois premiers volumes de la nouvelle
Bible
86
88
Antenor, ou l'origine de la République de Venife,
Poëme ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
104
108
Epitre à M. le Comte de la Motte Jacquelot , par
M. Desforges Maillard ,
Differtation fur le Piment ,
117
121
Epitre de M. de la Soriniere , à l'occaſion de celle
que M. l'Abbé du Pleffis-de- Joué a adreffée
à M. de la Bruere ,
Madrigal imité du Guarini ,
L'Araignée & la Mouche , Fable ,
125
127
ibid.
Le Sanglier & PAne , autre , tirée de Phédre , 128
Mots des Logogryphes & des Enigmes du Mercure
d'Octobre ,
Enigmes & Logogryphes ,
Portrait de Mad. de B ****
129
ibid,
134
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . 135
Eftampe nouvelle ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Récit de Baffe ,
Spectacles ,
Concerts de la Cour ,
Comédies à Fontainebleau ,
163
ibid.
166
ibid.
169
ibid.
Extrait des Fêtes de l'Hymen & de l'Amour , 170
Nouvelles Etrangeres , de Warfovie , 181
De Stockholm , 189
De Coppenhague ,
Allemagne , de Vienne ,
De Berlin ,
De Francfort ,
Espagne , de Madrid ,
Italie , de Rome ,
De Génes ,
Grande Bretagne , de Londres ,
192
ibid.
195
196
197
198
199
201
203 Païs- Bas , d'Aix -la- Chapelle ,
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 208
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables ,
La Chanfon notée doit regarder la page
210
212
166
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE . 1748 .
PREMIER VOLUME,
SPARGAT
LIGIT
||
UT
",
Cepillen
S
Chés
A PARIS ,
ANDRE CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André .
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
L'ADRESSE
ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICourt ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon, Nous prions
très -inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le .
: Port pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
f
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus prompteinent,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci- deſſus
indiquée on fe conformera très- exactement à
leurs intentions,
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX, SOLS .
t
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DÉCEMBRE. 1748 .
PIECES FUGITIVES,
en Vers en Profe.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale de Chirurgie , du 11 Juin
1748 , à laquelle préfida M. de la Martiniere
, Premier Chirurgien du Roi.
M
Onfieur Hévin , Secretaire pour
les correfpondances , fit en l'abfence
de M. Quefnay , Secretaire ,
l'ouverture de la Séance . Il déclara
que l'Académie avoit adjugé le Prix
fur la matiere des Remedes Defficatifs &
Cauftiques, propofé pour cette année 1748,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE ,
au Mémoire No. 2 , qui a pour devife ,
Duo in morbis praftanda funt , adjuvare ,
aut faltem non nocere . Hyppocrat. Epidem.
Libr. 1. S. 2. v . 92. Ce Mémoire eft de M.
Charmetton , Maître ès Arts & en Chirurgie
, Profeffeur & Démonftrateur en Anatomie
, ci - devant Chirurgien en Chef dans
l'Hôpital Général de la Charité à Lyon.
L'Académie a jugé que le Mémoire La
tin , No. 4. a le plus approché de celui qui
a remporté le Prix ; l'Auteur de ce dernier
Mémoire eft M. Ange Nannoni , Maître en
Chirurgie , & l'un des Chirurgiens en chef
dans l'Hôpital Royal de Sainte Marie
Neuve à Florence.
Depuis la derniere Affemblée publique ,
l'Académie s'eft aggregée pour Affociés
Etrangers M.Guattani, Premier Chirurgien
de Sa Sainteté , & Chirurgien en Chef des
Hôpitaux du S. Efprit & de S. Gallican à
Rome ; & M. Willy, Docteur en Médecine
& en Chirurgie en l'Univerfité de Bâle ,
& Médecin- Chirurgien à Mulhaufen dans
Ja Haute Alface .
M. Hevin fit les Eloges hiftoriques de M.
de la Peyronie , Ecuyer , Confeiller , Premies
Chirurgien du Roi , Médecin Confultant
& par Quartier de Sa Majefté ,
Chef de la Chirurgie du Royaume , Membre
des Académies Royales Sciences
DECEMBRE. 174S.
de Paris & de Montpellier , Affocié de l'Académie
de l'Inftitut de Bologne , & Préfi .
dent de celle de Chirurgie , ancien Maître
d'Hôtel de la Reine , & Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi ,Seigneur de
Marigny & autres lieux , &c. & de M. Soumain
, Chirurgien de M. le Duc d'Orléans,
& Confeiller du Commité perpétuel de
l'Académie , morts depuis la Séance publique
de l'année 1747.
M. Petit lut quelques obfervations
pratiques fur la fuppuration de
la membrane propre du Tefticule.
» Quand le corps du tefticule eft alte-
" ré , & que la membrane albugineuſe
weft percée , l'ulçére , dit M. Petit , four-
»nit à chaque panfement une matiere gri
sâtre , que l'on prend pour un pûs mal
" digeré, & que l'on tire quelquefois pour
» des lambeaux de pourriture. Ce n'eft ce-
» pendant autre chofe que la propre fub-
»ftance du tefticule , qui , étant compofée
» d'un nombre prodigieux de petits vaif-
»feaux , fe développe comme un peloton
» de fil , de la même maniere qu'on l'ob-
» ferve dans les tefticules du Rat & de la
plupart des animaux . Or fi l'on ne con-
»noît point cette particularité , il arrive
» qu'on vuide mal-à- propos toute la mem-
"brane albugineufe ; ce vuide devient
A iij
MERCURE DE FRANCE.
.
» alors le réceptacle du pûs, lequel caufe &
entretient la fiévre & d'autres accidens ,
qui peuvent être fuivis de la mort.
M. Petit , animé par des fentimens bien
fupérieurs à l'amour propre , & qui lui font
communs avec le premier pere de l'art de
guérir , avoue ici publiquement qu'il eft
tombé dans cette faute ; il efpere que cet
aven volontaire , qu'il avoit déja fait à
plufieurs de fes Confreres en particulier
peut devenir très-inftructif pour les jeunes
Chirurgiens & très - avantageux pour le
bien public .
"
L'exemple qu'en rapporte M. Petit , eft
fuivi de deux autres femblables , qui font
confirmatifs de la propofition qu'il avance.
Il trouva dans l'un & l'autre de ces cas ,
où il fut appellé en confultation , la membrane
albugineufe prefque vuide de la fubftance
vafculeufe qu'elle contient naturellement
, & qui avoit été tirée à chaque
panfement , en forme de pûs de couleur
brune, & de filets qu'on avoit pris pour des
lambeaux d'efcarres . M. Petit avertit ici ,
pour l'inftruction des Eleves en Chirurgie,
que dans ces circonftances il ne faut point
tirer ni même effuyer ce qui fort de l'ouverture
de la membrane albugineufe , &
qu'on doit fe contenter de panfer cette
petite playe à fec ou avee quelque ſubDECEMBRE
. 1748.
ftance fpiritueufs , qui en procure bien-tôt
la réunion.
Dans la troifiéme des obfervations" citées,
& qui fait mention d'un coup de feu
au Scrotum , M. Petit , prend occafion
de parler des contufions du tefticule , &
donne des préceptes très effentiels & relatifs
à la cure de cet accident. " Quand il
» y a , dit-il , contufion au corps du . tefti-
» cule , il faut abfolument faire des fcarifications
plus ou moins profondes fur la
membrane albugineufe , & même fi la
contufion eft forte , comme par exemple
à la fuite d'une playe d'arme à feu , d'un
coup de pied de cheval , &c. il faut porter
l'inftrument juſques dans la fubſtance
du refticule, pour éviter la mortification
qui s'empare quelquefois très-prompte
»ment de cette partie ; lorfqu'elle eft vio-
"lemment contufe . Il confirme la néceffité
de cette pratique par une obfervation
très intéreffante qui termine fon
Mémoire.
M. Morand fit auffi la lecture d'un Mémoire
extrêmement intéreffant & digne
de lui , fur les abfcès au foye . Une théorie
brillante & une pratique folide ont
paru également dans cet excellent morceau
, dont on ne fera point l'extrait, parce
qu'il n'eft que le projet d'un ouvrage
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
*
plus confidérable , que l'Auteur a promis
cette matiére.
M. Bermingham lut enfuite deux obfervations
, dont la premiere a pour objet
une playe profonde , faite par une pique
de fer à la partie fupérieure un peu
moyenne & externe de la cuiffe. Le tronc
de l'artére mufculaire antérieure , qui part
immédiatement de la crurale , fut ouvert
tout près de fon origine , & fournit une
hémorragie confidérable , qu'on eût envain
tenté d'arrêter par la ligature qui
n'étoit point pratiquable , vû la proximité
du trone de l'artére de la cuiffe . M. Bermingham
, à qui fes lumieres anatomiques
rappellerent le trajet de l'artére muſculaire
fur la convéxité du Femur , profita du
point d'appui que lui préfentoit cet os . It
fit en cette partie une compreffion exacte
laquelle , fecondée de l'application du
tourniquet , qui ne laiffoir paffer que la
quantité de fang néceffaire pour
la nour
riture du membre , prévint le retour de
l'hémorragie , & facilita la confolidation
de l'artére .
L'Auteur fait néanmoins obferver qu'il
fut en partie redevable de ce fuccès à un
nombre de faignées qui furent faites dans
les premiers jours . » En effet, remarque-t'il,
>> une grande effufion de fang procurée par
1
DECEMBRE . 174S.
ور
» les faignées répetées, ou par des hémorragies
équivalentes à ces évacuations arti-
» ficielles , affoibliffant le mouvement &
» les pulfations du coeur , doit auffi diminuer
la force contractive des fibres cir-
» culaires des artéres , & favorifer par
conféquent la réunion du vaiſſeau di-
» vifé : ce moyen , continue- t'il , convient.
» donc toutes les fois qu'il eft queſtion de
» fe rendre maître du fang d'une artére ,
» & que la ligature n'y eft point pratiqua
» ble par quelque raifon que ce puiffe
"
» être .
M. Bermingham fortifie fon opinion de
deux faits des plus concluans en la faveur.
L'un eft de Boerhaave , & parle de l'ouverture
tranfverfale de l'artéré axillaire , dont
la réunion fe fit naturellement & fans aucun
fecours de l'Art l'autre fait a pour
objet la guériſon auffi heureuſe d'un Meûnier
Anglois , dont le bras avoit été totalement
arraché & féparé de l'omoplatte par lat
corde d'un moulin.Ces deux malades ne dûrent
leur guérifon qu'à l'hémorragie exceffive
qu'ils fubirent , & qui , jointe à une
dierte des plus exactes , les tint long - tems
dans une foibleffe favorable à la cicatrifation
de ces gros troncs d'artéres.
Cette lecture fur fuivie de celle d'un Mémoire
de M. Louis fur la Bronchotomic.
A v
30 MERCURE DE FRANCE.
Certe opération , par laquelle on fait une
ouverture à la.trachée artére, donne à l'air
la liberté d'entrer dans les poumons & d'en
fortir ; on regarde , avec raifon , ce fecours
comme un des plus importans que la Chirurgie
puiffe fournir , puifque par un effet
très-fenfible & des plus prompts , on peut
rappeller de la mort à la vie , & dès le
même inftant , un malade prêt à être fuffoqué
par le défaut d'air & de refpiration
.
L'Auteur ne cherche point à prouver
la poffibilité de cette opération ; elle eft
fuffisamment établie par beaucoup de faits,
& principalement par la facilité , avec laquelle
certaines playes de la trachée artére
, même des plus compliquées , ont été
guéries . On fçait de plus qu'Habicot , Chirurgien
en l'Univerfité de Paris , que fes
talens fupérieurs ont fait reconnoître pour
un des grands Maîtres de cette Ecole ,
publia en 1620 un petit Traité , où il
prouve par une théorie fort éclairée , &
par une pratique heureufe , la poffibilité
& la néceffité de l'opération de la Bronchotomie.
L'objet du Mémoire de M. Louis eft de
déterminer les cas où cette opération demande
d'être pratiquée , & de quelle façon
elle le doit être , fuivant les differentes circonftances.
DECEMBRE . II 1748.
Elle convient d'abord dans les inflammations
violentes qui attaquent le larinx ,
& qui font des progrès malgré les faignées,
& les autres fecours convenablement adminiftrés
: les malades font alors menacés de
fuffocation ; on ne la préviendra que par
l'opération de la Bronchotomie : quelque
efficace que foit ce moyen , on fent qu'il
ne remédie dans ce cas qu'à l'accident le
plus urgent , & qu'il ne difpenfe pas de
l'ufage des remédes , capables de calmer l'inflammation.
Les anciens n'ont propofé l'ouverture
de la trachée artére , que dans le danger
de fuffocation par une fquinancie violente;
& ils femblent n'avoir point entrevût
d'autres cas où elle puiffe convenir. Cette
opération eft néanmoins fpécialement indiquée
pour l'extraction des corps étrangers,
qui fe feroient gliffés dans la trachée
artére. M. Louis rapporte à ce fujet deux
obſervations ; l'une de M. Rauv , & l'autre
de M. Heifter , dont l'un tira une fêve ,
& l'autre un morceau de champignon ,
qui s'étant introduits dans le conduit de la
tranfpiration , menaçoient les malades d'une
mort prochaine .
L'opération de la Bronchotomie convient
auffi, lorsqu'il y a des corps étrangers,
qui font tellement engagés dans le pha
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
rinx , ou dans l'oefophage , qu'on n'a pû
par aucun fecours les retirer ni les enfor
cer , & que ces corps étrangers font d'un
volume confidérable , qui comprime la
trachée artére , & mer le malade dans le
danger de fuffocation . L'Auteur du Mémoirė
ajoute une obfervation très - frappante
en faveur de la Bronchotomie.
Après l'opération , la lividité & le gonflement
du col & de la face , qui rendoient
le fujet méconnoiffable , fe diffiperent , &
on fit defcendre enfuite très - facilement
dans l'eftomach le corps étranger qui étoit .
dans l'ofophage ; le malade le rendit huit
ou dix jours après par les felles , & guérit
très- promptement de la playe de la trachée
artére. Lorfque le danger de fuffocation
eft.évident par la préfence d'un corps
étranger dans l'ofophage , l'indication la
plus preffée eft fûrement de rétablir la liberté
de la refpiration.
Outre les cas qu'on vient de rapporter ,
on a cru que la Bronchotomie étoit un
moyen pour rappeller les noyés , d'une
mort apparente à la vie . M. Louis dit à
ce fujet, que la perfuafion où l'on a été jufqu'ici,
que les noyés mouroient faute d'air
& de refpiration , comme fi on leur eûr
bouché la trachée artére , a été le motif
de cette opinion . » Mais il eft conftant ,
DECEMBRE . 1748. 13
"
» dit-il , que les noyés meurent par l'eau
qu'ils ont infpirée , & dont leurs bron-
» ches fe trouvent entierement remplies
» & que l'épiglotte n'eft point collée fur la
» glotte, comme quelquesAuteurs l'ont gra-
>> tuitement avancé .J'ai eu l'honneur , ditM.
» Louis , de lire un Mémoire à l'Académie
»Royale des Sciences fur la caufe de la mort
» des noyés , oùje donne le détail de plu-
» fieurs expériences & obfervations dé-
» monftratives fur ce point. Il eft facile de
» les répeter en noyant des animaux dans
» des liqueurs colorées , & on verra leurs
>> bronchesentierementpleines de laliqueur
» dans laquelle ils auront été fubmergés.
Si les noyés ne meurent pas faute d'air
» & de refpiration comme je l'ai démontré
, la Bronchotomie leur eft abfolu-
» ment inutile dans le cas d'une mort ap-
>> parente. J'ai éprouvé l'inutilité de
» l'ouverture de la trachée artére fur plu-
»fieurs animaux qui étoient dans ce cas.
» J'ai réufli fouvent à en rappeller à la vie,
» en conféquence des indications que l'é-
» tat des noyés m'a fourni ; mais ce fut
» par d'autres moyens , lefquels ne font
» pas du reffort de la matiere que je traite
ici. J'en ai rendu compte à l'Académie
Royale des Sciences dans un ſecond
33
»
14 MERCURE DE FRANCE.
» Mémoire , fur les fecours qu'on doit donner
à ceux que l'on croit noyés.
Les differentes circonftances , dans lefquelles
oonn aavûque convenoit l'opération
de la Bronchotomie , demandent qu'on la
pratique differemment. M. Louis en juge
ainfi , pour avoir rapproché plufieurs faits
les uns des autres, les avoir comparés exactement,
& les avoir envifagés fous plufieurs
afpects differens.
» Pour pratiquer cette opération , fuivant
la méthode la plus généralement
"prefcrite , on fait , dit l'Auteur , à la
»peau & à la graiffe de la partie antérieure
du col , une incifion longitudinale , qui
» doit commencer au- deffus du cartilage
» cricoide , & s'étendre jufqu'au cinquié-
» me ou fixiéme anneau de la trachée ar-
» tére. On doit féparer avec le biftouri
» ou avec un déchauffoir les muſcles fternohyoidiens
, & porter enfuite la pointe
» d'une lancette tranfverfalement entre le
troifiéme & le quatrième anneau , où
» l'on place une canule qu'on affujettit par
» les moyens connus & décrits dans tous
» les Traités de Chirurgie.
»
M. Louis dit que cette opération peut
avoir lieu en partie , par rapport à l'incifion
longitudinale de la peau & de la graif- fa
DECEMBRE. 1748. 15
fe > lorfqu'il fera question de tirer des
corps étrangers qui fe feroient gliffés dans
la trachée artére ; mais qu'alors , outre l'incifion
des tegumens , on doit fendre la
trachée artére en long , de façon qu'on
coupe tranfverfalement trois ou quatre
cartilages , pour pouvoir faifir & tirer le
corps étranger avec des pincettes , ou aut
tres inftrumens convenables.
L'Auteur rappelle ici le précis de plufieurs
obfervations qui ont été communiquées
à l'Académie par plufreurs de fes
Membres , fur une terminarfon particuliere
de certaines inflammations du larinx
par
un dépouillement de la cavité de la trachée
artére . Plufieurs perfonnes ont été
fuffoquées par l'exfoliation de la membrane
interne de ce conduit , laquelle n'avoit
pû être rejettée par l'expectoration .
M. Louis demande , fi dans une extrêmité
auffi dangereufe , on ne pourroit pas être
fondé à pratiquer une incifion à la trachée
artére , pour faire l'extraction de fa membrane
interieure , devenue corps étranger.
» Comme l'Académie , dit l'Auteur , fui-
» vant fon inftitution
recherche avec
»tout le foin poffible tout ce qui peut
procurer les progrès de l'Art , defquels
l'utilité publique eft inféparable ; elle a
crû que l'accident dont nous parlons ,
»
>
16 MERCURE DE FRANCE.
» méritoit des attentions particulieres.
» Meffieurs de la Faye , Chauvin & autres
» Membres de la Compagnie , qui ont eu
» occafion d'obferver ces cas , fe font enga-
»gés à en rapporter toutes les circonftan-
»ces avec la plus fcrupuleufe exactitude ,
» afin que l'Académie puiffe en examinant
le rapport de ces diverfes obfervations ,
» reconnoître les avantages qu'on en pourra
retirer pour la confervation de la vie
» des hommes , objet inmmédiat des exerci
ces de l'Académie .
Lorfqu'il ne fera point queftion d'incifer
en long la trachée artére , & qu'on
n'aura d'autre indication que de donner
an paffage libre à l'air quidoit entrer &
fortir continuellement des poulmons , M.
Louis croit que l'opération de la Bronchotomie
par l'incifion longitudinale des tegumens
pourra être dangereufe. Il rapporte
à ce fujet une obfervation où l'on
voit que le malade a été fur le point de
perdre la vie , par le moyen qu'on employoit
pour le tirer des bras de la mort.
C'étoit un homnte menacé d'une mort
prochaine par une violente inflammation
de la gorge ; on fit une incifion longitu
dinale aux tegumens , & on ouvrit tranf
verfalement la trachée artére entre deux
anneaux . Cette ouverture ne fut
pas plû :
DECEMBRE. 1745. 17
tôt faite, que le fang , qui fortoit des lévres
de la playe , tomba dans la trachée artére ,
& excita une toux convulfive , fi violente,
qu'on ne put jamais mettre la canule en
place ; il fallut fendre la trachée artère en
Jong , & faire coucher le malade fur la
ventre , la tête panchée hors du lit , afin
d'empêcher le fang de gliffer dans la trachée.
Le malade obtint néanmoins une
parfaite guérifon.
L'Auteur parle enfuite d'un moyen moins
embarraffant pour le Chirurgien , & moins
douloureux
pour le malade.. Ce moyen
confifte à ne faire qu'une fimpte ponction
avec la lancette , laquelle ponetion feroit .
commune aux tegumens & à la trachée
artére. Mais cette méthode , qui eft ap
prouvée par plufieurs Maîtres de l'Art ,
ne met pas à l'abri de l'écoulement du
fang dans la trachée artére. M. Louis entre
dans le détail de cette opération , pour
faire voir que dans les differens mouve
mens , néceffaires pour placer la canule ,
le fang peut couler de la playe dans la trachée
artére , & y occafionner les mouvemens
convulfifs , qui font fi à craindre dans
une pareille conjoncture .
La méthode la moins embaraffante , &
celle qui eft de plus facile exécution , ſe
k
184
MERCURE DE FRANCE.
pratique avec un trocar armé de fa canule ;
celui qui a fait l'heureuſe application de
cet inftrument à l'opération de la Bronchotomie
, ne fe propofoit que la facilité
d'opérer ; on peut ajouter que cette métode
eft bien plus avantageufe : » La
ponction avec le trocar évite toute hémorragie
, parce que la canule , ayant
plus de volume que le poinçon qu'elle
» renferme , comprime tous les vaiffeaux
que la pointe divife pour fon paffage .
" Il femble , continue M. Louis , qu'il
n'y ait plus rien à défirer pour une opé
» ration auffi fimplifiée ; tout paroît épuiſé
du côté théorique du manuel : cependant
il étoit refervé à la pratique , en vé
rifiant l'utilité de cette méthode , d'y
apporter une perfection très- importante.
» La canule peut le boucher à tout inftant
par l'humeur que filtrent les glandes
bronchiques , & mettre le malade dans
» le cas de fuffocation . L'ufage d'une fe-
» conde canule, d'un diamétre égal à celui
» du poinçon du trocar , remediera très-
» efficacement à cet inconvénient , qui eft
terrible , puifqu'il menace le malade
» d'une mort prochaine. M. Louis cite à
ce fujet une obfervation qui lui a été communiquée
par un Médecin d'Edimbourg.
/ DECEMBRE. 1748. 19
Un malade , prêt à être fuffoqué par
une inflammation du larinx , reçut de
l'opération de la Bronchotomie pratiquée
avec le trocar , tout le foulagement qu'on
avoit lieu d'en efperer. Peu de tems après
il fut menacé de fuffocation , parce que
des matieres vifqueufes & épaiffes bouchoient
la canule on plaça une feconde
canule dans la premiere ; lorfque la matiere
des crachats s'oppofoit au paffage de l'air
on retiroit cette feconde canule , on la
nettoyoit & on la remettoit en place. Cette
conduite eut tout le fuccès poffible ; elle
étoit très importante pour le malade , &
avoit l'avantage de ne lui caufer aucune
douleur.
M. Van Suiten propofe une double canule
d'après un célébre Auteur , qui s'eft
apperçu du danger de l'obturation d'une
canule fimple ; mais outre que ce n'eft pas
tout-à-fait dans la même circonftance ,
puifqu'il blâme l'opération avec le trocar ,
ce n'eft qu'un projet , & les perfonnes expérimentées
fçavent affez , combien il y a
fouvent d'intervalle à remplir entre la
fpéculation & la pratique. On ne devine
pas toujours auffi jufte qu'on l'a fait pour
l'ufage des deux canules.
M. Levret termina la féance par la def
20 MERCURE DE FRANCE .
eription d'un moyen particulier qu'il a
employé avec fuccès , pour arrêter une
hémorragie confidérable , furvenue à la
fuite de l'opération d'une fiftule à l'anus :
il commence fon Mémoire par l'expofition
des differens moyens ufités jufqu'ici pour
remédier , en ce cas , à la perte du fang.
On fçait que ces moyens le réduifent effentiellement
à la ligature , à l'application
des remédes ftyptiques,& à la compreffion ,
qui eft toujours néceffaire pour feconder
l'effet des deux premiers moyens.
L'Auteur démontre que ces differens
fecours peuvent être inutiles , ou du meins
infuffifans , lorfque l'ouverture du vaiffeaut
qui fournit le fang , eft hors de la portée
de l'oeil ou de la main du Chirurgien , ce
qui peut arriver très-fréquemment dans le
cas des fiftules à l'anus , dont l'orifice intérieur
eft fitué profondément dans l'inteftin
rectum ; & alors le malade éprouve
divers accidens , aufquels la ceffation de
l'hémorragie peut feule remédier . C'eft
dans de telles circonftances que M. Levret
eut recours au moyen annoncé › pour arrêter
une perte de fang , qui avoit éludé, à
plufieurs reprifes , les fecours variés le plus
artiftement adminiftrés.
Il prit une veffie de mouton , récemment
DECEMBRE . 1748. 21
tirée du corps de l'animal ; il y ajuſta le
fyphon ou la canule d'une feringue , qu'il
y attacha folidement il pofa une ligature
lâche, entre la veffie & le fyphon ; il
introduifit enfuite peu à peu cette veflie
dans le fondement du malade , & lorfqu'elle
y fut entierement placée , il la
remplit d'air avec un foufflet à deux ames,
qu'il trouva fous fa main . Quand la veffic
fut exactement gonflée , il ferra la ligature
, dont il a été parlé plus haut , afin de
retenir l'air dans fa cavité , & ferma l'ouverture
du fyphon avec un bouchon proportionné.
L'intention de M. Levret , lorfqu'il
employa ce moyen fingulier , qui comprimoit
également toute l'étendue des parois
intérieures du boyau , étoit de ne pas
manquer les points d'ouverture d'où fortoit
le fang , & en effet il réuffit au gré
de fes defirs , car le malade ayant été vingtquatre
heures fans aller à la garde- robe ,
T'hémorragie fe trouva arrêtée folidement
& fans retour.
M. Levret annonce en finiffant fon
Mémoire , que ce moyen peut avoir fon
utilité dans d'autres maladies du rectum ,
& méme dans quelques cas particuliers
aux femmes ; il en promet le détail pour
22 MERCURE DE FRANCE.
quelqu'une des féances privées de l'Académie,
Quoique M.Levret foit le premier qui ait
mis ce moyen en ufage , & que la propriété
femble lui en être légitimement acquife ,
il fe trouve néanmoins obligé de partager
l'honneur de l'invention avec M. Belloq ,
Membre de l'Académie , qui avoit fait part
de l'idée de ce moyen , il y a feize ou dixfept
ans , à M. de Garengeot , La vérité de
ce fait a été confirmée par M. Morand à
M. Levret , qui , bien qu'il n'en eût eu
aucune connoiffance , a crû devoir rendre
publiquement à M. Belloq la juftice qu'il
méritoit , ce qu'il fit avec cette candeur
ffaturelle aux ames bien nées , que l'amour
propre ne peut féduire , & qui n'ont
d'autre fin que les progrès & l'avancement
de l'Art.
DECEMBRE. 1748. 27
6
C
A MADAME *** .
L'Auteur étant chez elle , à fa maison
de campagne,
Q
Ue ces lieux font charmans ! Eft-ce Venas
ou Flore ,
Dont l'aimable pouvoir les embellit encore ?
O toi * , Souveraine des eaux
Qui les arrofent dans leur courfe ,
Depuis que ton cristal s'éloigne de fa fource ;
En as tu fur tes bords remarqué de fi beaux ,
Ces prez par leur riche verdure ,
Le Ciel par fon azur , les oifeaux par leurs chants ;
Les fleurs par leur éclat , l'onde par fon murmure ,
Semblent au doux plaifir inviter tous mes fens.
Cependant , malgré moi , d'où vient que je fou
pire ,
Et m'occupe fi peu des beautés que j'admire ?
Hélas ! Il n'en eft point que ne m'offrent ces
champs ,
Et malgré les attraits de cette folitude ,
Malgré des objets fi touchans ,
J'éprouve de l'inquiétude !
J'en cherche la raifon , & ne la conçois pas.
Mais , Amour , toi qui fçais combien mon coeuЯ
eft tendre ,
* La Seine.
74 MERCURE DE FRANCE.
Et combien Philis a d'appas ,
Ne pourrois- tu point me l'apprendre ?
Par M. Porquet,
L
Maximes morales.
E malheur écarte de nous les petites
ames , & en rapproche les grandes .
Les femmes ont plus,de petits défauts ;
les hommes , plus de vices effentiels.
L'amour propre empêche d'être incon
folable.
L'amour propre , bien entendu , a dicté
' les loix ; le même amour propre engage.
les maintenir.
રે
Nous ne devrions être Alatés en fait de
confidences , .que de celles des perfonnes
difcrettes .
On ne fe donne ni l'efprit ni les talens ;
eenx qui les ont penfent & parlent comme
s'ils fe les donnoient.
Croire toujours la raifon , & jamais le
fentiment , c'eft être plus qu'homme ;
croire toujours le fentiment , & jamais la
raiſon , c'eft être moins qu'homme ; croire
tantôt l'un , tantôt l'autre , c'eft être préciſement
homme.
Les enfans & les ignorans regardent
les
DECEMBRE . 1748. 25
Les couleurs , la chaleur & le fon , comme
des qualités étrangeres à leurs ames , &
s'en dépouillent, pour en revêtir les chofes
extérieures . Nous faifons de même pour le
bonheur ; nous le cherchons hors de nous
où il n'eft pas , & nous ne le cherchons pas
feul endroit où il puiffe fe trou- en nous ,
ver.
Ceux qui défirent le plus d'être connus,
fe réfoudroient plutôt à ne l'être point du
tout , qu'à l'être tout à fait.
Nous fommes contens à coup fûr de
ceux qui nous rendent contens de nous.
Quand on a un bon efprit & un fens
droit , on eft bien près d'être honnête
homme.
On peut être prodigue par avarice , &
avare par prodigalité .
On aime mieux fe plaindre de l'embarras
d'une grande réputation , que de n'en
point avoir.
Dire tout ou taire tout , c'est détruire la
fociété ; fe taire à propos , & parler de
même, c'eſt le feul moyen de la maintenir.
A Dieppe, ce 14 Novembre.
Baflon.
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
A M. DES LANDES ,
Ancien Commiffaire de la Marine
·
Toi , dont la fagacité
A développé les fyftêmes
De la fçavante antiquité ,
Et dégagé tous les problémes
De fa docte prolixité ;
Deflandes , je vois avec peine
La foible raifon des humains
Parcourir les mêmes chemins
Sans avoir de route certaine ,
Et l'aveugle poftérité ,
Sans craindre de nouveaux naufrages ,
Hazarder encor des voyages
Pour découvrir la vérité .
Trifte effet de la vanité
De l'homme toujours témeraire !
Que ne fe tient- il dans la fphere ,
Où la fage Divinité
L'a fi bonnement limité ?
Sans doute que ce qu'il ignore ,
Feroit obftacle à fon bonheur.
L'inquiétude de fon coeur
Ouvre la bočte de Pandore.
DECEMBRE. 1748.
27
Depuis Thalès , qu'a-t'on appris
Sur la fructure de ce monde ?
Avons-nous beaucoup mieux compris
L'air , & le feu , la terre , & l'onde
Ces tourbillons ingénieux ,
Et la nature des Monades ,
Ne paroiffent plus à nos yeux
Que de fçavantes gaſconnades ;
Mais , dans des points plus importans,
Nos efprits font-ils bien contens ,
Et fe comprennent-ils eux - mêmes?
Hélas ! Sans les ordres fuprêmes
De la divine autorité
-Quel garant d'immortalité
Tiendroit contre le Pirrhonifme
Et certain matérialiſme ,
De nos jours tant accrédité
Par le libertin révolté ?
Défions-nous de nos lumieres ;
La raifon nous fervira mal ,
Ou n'y portons que les matieres
Du reffort de fon Tribunal,
De Bonneval,
Bij
18 MERCURE DE FRANCE;
EXTRAIT de la Lettre d'un Benedictin de
Province à un autre Benedictin , touchant
une Differtation qui a été couronnée à l'Académie
de Soiffons.
A
Près vous avoir fait part , mon Reverend
Pere , de toutes les nouvelles
de ce pays-ci , je ne puis m'empêcher
de vous dire un mot du nouveau Livre que
vous m'avez envoyé. Comme quelquesuns
de nos Peres travaillent fur des matieres
de Chronologie , j'ai crû devoir leur
communiquer cette brochure. Il a femblé
à l'un d'entr'eux ; que l'Auteur s'étoit
érigé une efpéce de petit Tribunal en forme
d'Affifes , pour y faire paroître tous
ceux de nos Sçavans modernes qui fe font
mêlés de parler fur la Chronologie des
Rois de France , diftribuant les louanges
& le blâme , comme bon lui femble . Là
paroiffent les Longueruë , les Mabillon ,
les Henfchenius , les Chifflet , les le Cointe
, les Bouquet , & tous font jugés fuivant
qu'il plaît à M. Gouje .
I. Je vous prie de lui faire demander ce
qu'il entend page 54 , par l'Auteur anonyme
de la vie de Saint Même , qui parle
de la Ville de Chaalons -fur - Marne. Il a
DECEMBRE. 1748. 29
apparemment voulu dire la vie de Saint
Memmie ou Saint Menge , que nous appellons
dans nos quartiers en Latin Memmius
:il eft étonnant qu'il ignore le nom
vulgaire de ce faint Apôtre de Chaalons
& qu'il lui donne le nom vulgaire alteré
de Saint Maximus.
II. H défigure auffi à la page 43 le nom
d'un de nos Saints , qui eft Condedus en
Latin , & qui fait Condedi augénitif. Il en
cite la vie, mais fans le faire connoître pour
ce qu'il eft. Ayezla bonté de lui faire demander
pourquoi il l'appelleCondedon enFrançois.
On diroit felon lui , que fon nom Latin
auroit été Condedo , Condedonis , ou bien
Condedonius. Le peuple n'eft guéres dans
l'afage de former les noms vulgaires fur
l'accufatif. Pourquoi donc dire Saint Condedon
? Eft ce à caufe que l'on dit Sainte
Euftochium ? Dans le Martyrologe François
univerfel , ce Saint eft appellé Saint
Condé, ce qui paroît conforme à l'ufage de
notre Langue , qui abrege communément
les noms propres.
III. L'un des endroits de fon Livre , où
il dit que le P. le Cointe a bien rencontré,
eft à la page 69 , & là il eft de fon fentiment
fur la raifon qu'il y a de rabailler la
date de l'épitaphe du Roi Thierri III .
tirée de fon tombeau à Saint Vaft d'Arras .
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Il prétend que les vers , qui la compofent,
n'ont pû être faits que depuis le milieu du
douzième fiécle , parce que les hémiſti
ches riment avec le dernier mot. Il fuppofe
qu'avant le tems de Léonius , Chanoine
Régulier à Paris , perfonne ne s'étoit
encore avifé de rimer ainfi . Ce qui eft
une fauffe fuppofition , & qu'il a mal à
propos puifée dans te P. le Cointe , dont
les premiers tomes ont paru avant les découvertes
de nos confreres , & autres. Les
rimes à l'hémiſtiche font plus anciennes
que le milieu du douzième fiécle . M.
Gouje en conviendroit lui-même , s'il
vouloit prendre la peine de lire plus de
vieilles poëfies qu'il paroît n'avoir fait.
IV. Je me confirme dans la penſée que
M. Gouje n'a pas beaucoup de relations en
Champagne ni en Lorraine , lorfque je
vois qu'il s'attache , en parlant de l'Abbaye
de Saint Arnoul de Metz , pages 76 &
82 , à écrire toujours Saint Arnould ,
comme fice Saint eût eu nom en Latin
Arnoldus. Peut-il ignorer qu'il n'a jamais
été appellé autrement qu'Arnulfus ou Arnulphus
?
V. Portoit- on déja des noms propres ou
furnoms au commencement du huitiéme
fiécle ? Vous êtes à portée de le demander
aux Sçavans de Paris. M. Gouje fait paDECEMBRE
. 1748. 31
roître à la page 78 de fa Chronologie un
Odon Inftinc , Clerc , vivant dans la dixfeptième
année de Childebert III. Je
prévois que vous penferez que c'eſt une
faute d'impreffion , puifque dans la Chronique
il y a iftinc qui ne peut être pris
que pour un adverbe. Si c'en eft une ,
pourquoi l'oublier dans l'errata , & y mettre
des minuties, telles qu'après pour après,
ans pour an ?
VI. Nous fommes ici pour le moins
auffi curieux qu'on l'eft à Paris , de fçavoir
ce que deviennent les anciens manufcrits ,
& attentifs à ne les point perdre de vûë.
J'ai écrit à Saint Maur -des- Foffés , & à
l'Abbaye de Moiffac , pour fçavoir fi l'on
y conferve les deux livres manufcrits
que M. Gouje dit y être , page 10 & page
16 ; & l'on m'a fait réponſe des deux cotés
, que l'on ne fçait ce que c'eft , c'cftà
- dire , que l'on n'a point à Moiffac la vie
de Saint Didier , Evêque de Cahors , ni
à Saint Maur celle de St. Jean de Reomé
Cependant M. Gouje cite ces deux manufcrits
, comme étant actuellement dans
ces deux anciennes Abbayes. Il affûre cela
d'un ton auffi affirmatif, que s'il les y avoit
vûs , & que s'il eût tranfcrit dans le lieu
même ce qu'il en cite. Mais non , je vois
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
ce qui l'a trompé ; c'eft qu'en compilant le
troifiéme tome de la Collection de Dom
Bouquet , & furtout les Annales rédigées
par l'Abbé du Four de Longueruë , qui
font à la fin , & la Differtation du P. Mabillon
qui y eft jointe , il a regardé les
manufcrits , comme étant dans le même
lieu où ils étoient du tems de la compofition
de ces ouvrages , c'eft- à-dire , il
y a foixante ou quatre- vingt ans . Cela eft
néanmoins très-faux , & quiconque fur
fon indication ira à Moiffac demander à
voir le Legendaire où eft la vie de Saint
Didier , perdra fes pas , & de même à
Saint Maur. Mais M. Gouje veut apparemment
que le public croye , que pour
-être plus für de fon fait , il s'eft tranfporté
en ces deux Abbayes en 1744 ou 1745 ,
& qu'il y a vû fur les lieux les manufcrits
qu'il cite.
Dans le fond , fi j'avois été à portée de
donner quelque confeil à Meffieurs de
l'Académie de Soiffons , je les aurois avertis
que la matiere Chronologique , qu'ils ont
propofée pour 1746 , étoit toute digcrée
dans le troifiéme tome de Dom Bouquet ,
& qu il ne convenoit pas de propofer un
fujet qui étoit devenu fi facile à traiter.
Il y avoit déja environ deux ans que ce
DECEMBRE. 33 1748.
volume étoit public , mais peut- être
n'étoit- il pas encore connu dans Soiffons.
Saluez , je vous prie , tous nos amis ,
& me croyez , &c. ´
Au Val de
L'AMOUR PEINTRE,
en voyage ,
OU LE PORTRAI T.
IDYL E IDY
Par M. Auguftin Averos , de la Ville
d'Eftagel , en Rouſſillon.
'Amour , l'aimable Dieu que l'univers re
L'A vére ,
S'envoloit en triomphe à la Cour de fa mere ;
Ses fléches , fon carquois pendoient à fon côté ,
Et les coeurs des mortels étoient en fûreté .
D'un vol prompt & leger il traverſoit des plai
nes ,
Où pour mille plaifirs on reffent quelques peines.
Tout y peint de l'Amour le charme dangereux,
By
30 MERCURE DE FRANCE.
Il prétend que les vers , qui la compoſent,
n'ont pû être faits que depuis le milieu du
douzième fiécle , parce que les hémiftiches
riment avec le dernier mot . Il fup
pofe qu'avant le tems de Léonius , Chanoine
Régulier à Paris , perfonne ne s'étoit
encore avifé de rimer ainfi . Ce qui eft
une fauffe fuppofition , & qu'il a mal à
propos puifée dans te P. le Cointe , dont
les premiers tomes ont paru avant les découvertes
de nos confreres , & autres. Les
rimes à l'hémiſtiche font plus anciennes
que le milieu du douzième fiécle. M.
Gouje en conviendroit lui-même , s'il
vouloit prendre la peine de lire plus de
vieilles poëfies qu'il paroît n'avoir fait.
IV. Je me confirme dans la penſée que
M. Gouje n'a pas beaucoup de relations em
Champagne ni en Lorraine , lorfque je
vois qu'il s'attache , en parlant de l'Abbaye
de Saint Arnoul de Metz , pages 76 &
82 , à écrire toujours Saint Arnould ,
comme fice Saint eût eu nom en Latin
Arnoldus. Peut- il ignorer qu'il n'a jamaisété
appellé autrement qu'Arnulfus ou Arnulphus
?
V. Portoit-on déja des noms propres ou
furnoms au commencement du huitiéme
fiécle ? Vous êtes à portée de le demander
aux Sçavans de Paris. M. Gouje fait paDECEMBRE.
1748. 3 %
Foître à la page 78 de fa Chronologie un
Odon Inftinc , Clerc , vivant dans la dixfeptième
année de Childebert III. Je
prévois que vous penferez que c'eft une
faute d'impreffion , puifque dans la Chronique
il y a iftine qui ne peut être pris
que pour un adverbe . Si c'en eft une ,
pourquoi l'oublier dans l'errata , & y mettre
des minuties, telles qu'après pour après,
ans pour an ?
се
VI . Nous fommes ici pour le moins
auffi curieux qu'on l'eft à Paris , de fçavoir
ce que deviennent les anciens manufcrits ,
& attentifs à ne les point perdre de vûë.
J'ai écrit à Saint Maur- des-Foffés , & à
l'Abbaye de Moiffac , pour fçavoir fi l'on
y conferve les deux livres manufcrits
que M. Gouje dit y être , page 10 & page
16 ; & l'on m'a fait réponſe des deux cotés
, que l'on ne fçait ce que c'eft , c'eftà-
dire , que l'on n'a point à Moiffac la vie
de Saint Didier , Evêque de Cahors , ni
à Saint Maur celle de St. Jean de Reomé .
Cependant M. Gouje cite ces deux manufcrits
, comme étant actuellement dans
ces deux anciennes Abbayes. Il affûre cela
d'un ton auffi affirmatif, que s'il les y avoit
vûs , & que s'il eût tranfcrit dans le lieu
même ce qu'il en cite. Mais non , je vois
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
ce qui l'a trompé ; c'eft qu'en compilant le
troifiéme tome de la Collection de Dom
Bouquet , & furtout les Annales rédigées
par l'Abbé du Four de Longuerue , qui
font à la fin , & la Differtation du P. Mabillon
qui y eft jointe , il a regardé les
manufcrits , comme étant dans le même
lieu où ils étoient du tems de la compofition
de ces ouvrages , c'est- à-dire , il
y a foixante ou quatre- vingt ans . Cela eft
néanmoins très-faux , & quiconque fur
fon indication ira à Moiffac demander à
voir le Legendaire où eft la vie de Saint
Didier , perdra fes pas , & de même à
Saint Maur. Mais M. Gouje veut apparemment
que le public croye , que pour
-être plus fûr de fon fait , il s'eft tranfporté
en ces deux Abbayes en 1744 ou 1745 ›
& qu'il y a vû fur les lieux les manuſcrits
qu'il cite.
Dans le fond , fi j'avois été à portée de
donner quelque confeil à Meffieurs de
l'Académie de Soiffons , je les aurois avertis
que la matiere Chronologique , qu'ils ont
propofée pour 1746 , étoit toute digerée
dans le troifiéme tome de Dom Bouquet ,
& quil ne convenoit pas de propofer un
fujet qui étoit devenu fi facile à traiter .
Il y avoit déja environ deux ans que ce
DECEMBRE.
33 1748.
volume étoit public , mais peut- être
n'étoit-il pas encore connu dans Soiffons
.
Saluez , je vous prie , tous nos amis ,
& me croyez , &c.
Au Val de
@ : གུ གུ UD
L'AMOUR PEINTRE ,
en voyage ,
OU LE PORTRAIT.
IDYL E:
Par M. Auguftin Averos , de la Ville
d'Eftagel , en Rouffillon.
L'Amour,Paimable Dieu que l'univers re
vére ,
S'envoloit en triomphe à la Cour de fa mere ;
Ses fléches , fon carquois pendoient à ſon côté ,
Et les coeurs des mortels étoient en fûreté .
D'un vol prompt & leger il traverfoit des plai-
Où
nes ,
pour mille plaifirs on reffent quelques peines.
Tout y peint de l'Amour le charme dangereux,
By
34 MERCURE DE FRANCE .
Les guirlandes de fleurs , les myrthes amoureux ,
Des arbres toujours verds , par des doux caractéres
Expriment dans ces lieux tous les noms des Ber
géres.
Ici fur un gazon cent fermens font tracés ;
Mille chiffres d'amour y font entrelacés ;
Le Dieu connoît les traits , dont fa main fut le
guide ,
En rit , & de ces lieux vole aux beaux champs de
Gnide.
A peine a-t'il quitté ce féjour fortuné ,
Qu'Amour voit ..... ( il fe trouble ) un amant
forcené.
Sa rage d'un poignard armoit fa main meur.
triere ,
Et devoit par ce fer terminer fa carriere.
L'enfant prend fon bandeau , le jette fur les yeux,
Vole , & faifi d'horreur, abandonne ces lieux...
D'un tendre & doux amant ce font donc les
manies :
» Eh quoi ! L'Amour feroit l'auteur de ces folies ?
» Non... Je défavouerai de femblables forfaits ;
םכ
La douceur de mes loix ne ſouffre pas ces traits.
» J'aime à voir un amant , qui gémit, qui ſoupire,
» Et brûle d'un beau feu pour l'aimable The
mire ;
» D'un feul trait même encor , je déchire ce coeur ,
Qui prétend fe fouftraire aux loix de fon vain
queur.
DECEMBRE. 1748. 35
Je force un fier Berger , couché fur la fougere,
» A pouffer des foupirs aux pieds de la Bergere ,
» Mais quand d'un fer cruel... A ces mots , Cu
pidon
D'une mourante voix entend le foible fon ;
11 fufpend dans les airs fon aîle fugitive ,
Ecoute les élans de cette voix plaintive ;
» Nymphes , à mes accens réuniffez vos voix ;
ככ
Fatiguons de nos cris les échos de ces bois.
Je ne puis foûtenir l'excès de ma triſteſſe ;
Que tout plaigne en ce jour le fort d'une Déeffe.
35 Zéphire n'a pour moi que mépris , que dédains :
Il ne voit qu'à regret mes vallons , mes jardins..
» Non , il ne m'aime plus , l'inconftant , le volage ;.
Tous les jours j'en reçois quelque nouvel outrage
:
» Mes tendres fleurs , pour lui vous n'avez plus
d'attraits ,
» Et l'ingrat ne fe plaît que parmi les forêts.
so De Cerès , vagabond , il parcourt les campagues,
Ou vole après Diane , au fommet des montagnes .
» Tantôt d'une Bergere , affife fous l'ormeau
Il cache la houlette , écarte le troupeau.
כ כ
Quelquefois la Nayade, abandonnant fon onde ,
» L'entraîne dans des lieux les plus affreux da
monde,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
» Toi
> témoin de mes maux , de la voute des
Cieux ,
» Flétris , brûle mes fleurs par l'ardeur de tes
feux.
» Ah ! mes fleurs , quels fouhaits ! . . Mais l'excès
וכ
de ma peine ! ...
Zéphire... Amour... Pourquoi formas- tu cette
chaîne ?
Le Dieu s'entend nommer.... Eh qui pouffe ces
cris ?
On s'en prendra toujours à l'enfant de Cypris.
Qui que tu fois , dit - il , ... Immortelle ……….. on
Bergere ; ...
'Alors s'abandonnant à fon afle legere ,
Il vole dans les champs de la Reine des fleurs.
Parmi le vif éclat des plus belles couleurs ,
Dans ces heureux climats , dans ces lieux pleins de
charmes ,
Voit..... Quel objet pour lui ... Une Immortelle
en larmes .
Il foupire , s'approche , & de fa douce main
Court effuyer les pleurs qui coulent dans fon
fein :
Reconnoît la Déeffe... Eh ! quelle inquiétude
»De vos riches jardins trouble la folitude ?
<D
Belle Flore , dit-il , qui caufe ces foupirs ,
Quand tout dans ces beaux lieux feconde vos
defirs ?
DECEMBRE.
37 1745.
20 L'abſence d'un cruel , lui répond la Déeffe .
» Ce Zéphir inconftant , l'objet de ma tendreffe ,
» Eft le perfide auteur de mes vives douleurs .
»Séchez , Flore , dit-il , féchez vos tendres pleurs
» Bientôt dans nos jardins vous le verrez paroître.
Jeunes fleurs , fous fes pas commencez à renat ,
tre ;
»Et vous , hôtes des airs , volez , raffemblez-vous;
» Charmez fon déplaifir par vos chants les plus
doux.
» Clairs ruiffeaux , redoublez votre aimable murmare
:
Bois charmans , de nouveau parez - vous de ver
dure ;
Que tout en ce beau jour obéiffe à ma voix,
Auffi tôt Cupidon dépofe fon carquois ,
Déchire fon bandeau , il l'étend , il l'attache ,
Et choisit de fon aile un pinceau qu'il arrache.
Bien-tôt Zéphire naît fous la main de l'Amour,
Son fouris..... fon regard..... fa bouche , fom
contour.
Flore admire.... elle rit , elle hâte l'ouvrage ;
Tous fes regards furpris font fixés fur l'image.
Enfin par le bel Art de l'enfant de Venus ,
Flore voit de l'amant les appas ingénus ,
Et pleine des tranſports , que la tendreffe inſpire ;
Cueille mille baifers fur ce nouveau Zéphire.
38 MERCURE DE FRANCE
Sa main prend le portrait.... furprife , ell
plaudit ....
Lui préfente des fleurs... l'en orne... & lui
rit.
Des rofes & des lys compofoient ſa couronn
Des myrthes , des jaſmins lui tenoient lie
Throne .
Des legers papillons d'un vol précipité
Difputoient à l'envi l'honneur de fon côté ,
Et du Dieu féducteur l'inconftance legere
Secouoit , en riant , une chaîne étrangere .
Ce fut pour l'Immortelle un remède à fes mat
L'Amour prend fon carquois , & s'envole à Pa
Son tourfimple & naïf, n'a rien de faftueux';
Et n'aimepoint l'orgueil d'un vers préſomptueux
Defpr. art. Poët. ch. 2.
ARTOR. NOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
YORK
LAXARY
ANA
DECEMBRE. 1748. 3.9
L
PROJET
D'une Place pour la Statue du Roi.
Es Peuples ne pouvant mieux témoigner
à leur Prince les fentimens de
reconnoiffance & d'amour dont ils font
pénetrés , qu'en gravant fur l'airain fes
faits héroïques & les événemens mémorables
de fon Regne , permettez-moi , Monfieur
, de vous expofer le Plan , que plein
de ce zéle refpectueux , j'ofe imaginer pour
le glorieux Monument qu'on a deffein d'élever
à notre augufte Monarque , & que la
France attend avec impatience.
Plan de la Place de Louis le Bien-aimé.
1°. Rafer toutes les maifons du Pont Notre-
Dame , du Pont au Change , du Pont
Marie , du Quai de Gêvres & le petit Châ
telet .
2. Pratiquer deux Quais entre les Ponts
au Change & de Notre-Dame , pour fervir
de continuation à ceux de la Mégifferie &
de l'horloge du Palais , & en achever un
troifiéme du Pont Notre- Dame au Pont
rouge , qui fe trouve prefque fait par l'ef
pace de plufieurs Jardins.
40 MERCURE DE FRANCE.
3 Elargir le Pont Notre- Dame , le re-
Conftruire même , s'il eft néceffaire , & le dé
corer de parapets en baluftrades de marbre
& de hieroglyphes aux quatre coins .
4. Faire une Place ovale au milieu de
ce Pont & fur une maffe de fondement
inébranlable , & y élever la Statue Equeftre
de Louis XV . en face de laquelle , au midi
, on conftruiroit au bout du Pont & patallelement
à l'autre bout , fur un emplacement
demi- cercle , comme celui des quatre
Nations , deux fuperbes Edifices à la
Romaine , furmontés de deux dômes ou
pavillons chacun , un à chaque bout .
5° . Deftiner l'Edifice que la rue des Arcis
partageroit, pour l'Hôtel de Ville, en deux
corps , dont un feroit paré , & l'Edifice
que la rue Notre-Dame partageroit pareillement
, pour l'Hôtel des Ambaffadeurs.
6. Et enfin pour conferver cette Pompe
fameufe , dont l'utilité , qui paroît être
le feul obftacle à ce Plan , en feroit le plus
bel ornement ; la laiffer telle qu'elle eft ,
appliquée contre le Pont & à fon niveau ,
fans l'offufquer, & en divifer le réfervoit
en deux parties , que l'on transporteroit ,
l'une fur le dôme droit de l'Hôtel de Ville ,
& l'autre fur le dôme gauche de l'Hôtel
des Ambaſſadeurs , dans lefquels réfervoirs
l'eau feroit fecrettement pompée pour être
DECEMBRE . 1748. 41
produite, non-feulement dans les lieux ordinaires
, mais encore à des Jets - d'eau , que
l'on pourroit merveilleufement pratiquer
fur les plate-formes de ces deux Hôtels.
Pour vous repréſenter , Monfieur , l'effet
de la décoration immenfe de ce Plan , figurez-
vous être fur ce Pont à admirer cette
belle Statue , & l'harmonie des façades de
ces deux grands Batiniens , qui paroiffent
s'entr'ouvrir ,pour vons laiffer voir les Perf
pectives des rues S. Jacques & S. Martin .
Jettez les yeux du côté où la Seine fort de
fa fource quelle impreffion ne vous fera
pas cette vue , diverfifiée par mille grands
objets , parmi lefquels eft un amas de magnifiques
maifons , formant une autre Ville
fur une Ifle que cette Riviere environne !
Quel raviffement ne vous offre pas auffi
l'autre côté ! quelle grandeur ! que de pompe
dans ce chef-d'oeuvre d'Architecture
je veux dire le Louvre , qui s'étend avec
majefté dans un lointain !
"
Mais ce n'eft pas affés. Parcourez & les
Ponts & les Quais. De tous les objets que
votre vûë embraffe à peine , celui qui fi
xera votre admiration ,fera toujours le Roi,
que Paris de ces quatre extrémités , c'eft-àdire
, du fond des rues S. Jacques & de S.
Martin , & de l'Arfenal au Pont Royal ,
voit de toutes parts.
40 MERCURE DE FRANCE.
3 Elargir le Pont Notre-Dame , le re-
Conſtruire même , s'il eft néceffaire , & le dé
corer de parapets en baluftrades de marbre
& de hieroglyphes aux quatre coins.
4. Faire une Place ovale au milieu de
ce Pont & fur une maffe de fondement
inébranlable , & y élever la Statue Equeſtre
de Louis XV . en face de laquelle , au midi
, on conſtruiroit au bout du Pont & patallelement
à l'autre bout , fur un emplacement
demi - cercle, comme celui des quatre
Nations , deux fuperbes Edifices à la
Romaine , furmontés de deux dômes ou
pavillons chacun , un à chaque bout .
5°. Deftiner l'Edifice que la rue des Arcis
partageroit, pour l'Hôtel de Ville , en deux
corps , dont un feroit paré , & l'Edifice
que la rue Notre - Dame partageroit pareillement
, pour l'Hôtel des Ambaffadeurs.
6. Et enfin pour conferver cette Pompe
fameufe , dont l'utilité, qui paroît être
le feul obftacle à ce Plan , en feroit le plus
bel ornement ; la laiffer telle qu'elle eft ,
appliquée contre le Pont & à fon niveau ,
fans l'offufquer, & en divifer le réſervoir
en deux parties , que l'on tranfporteroit ,
l'une fur le dôme droit de l'Hôtel de Ville ,
& l'autre fur le dôme gauche de l'Hôtel
des Ambaffadeurs , dans lefquels réfervoirs
l'eau feroit fecrettement pompée pour être
DECEMBRE . 1748. 41
produite, non-feulement dans les lieux ordinaires
, mais encore à des Jets- d'eau , que
l'on pourroit merveilleufement pratiquer
fur les plate-formes de ces deux Hôtels.
و ت
Pour vous repréſenter , Monfieur , l'effet
de la décoration immenfe de ce Plan , figurez-
vous être fur ce Pont à admirer cette
belle Statue , & l'harmonic des façades de
ces deux grands Batimens , qui paroiffent
s'entr'ouvrir,pour vons laiffer voir les Perfpectives
des rues S. Jacques & S. Martin.
Jettez les yeux du côté où la Seine fort de
fa fource quelle impreffion ne vous fera
pas cette vie , diverfifiée par mille grands
objets , parmi lefquels eft un amas de magnifiques
maifons, formant une autre Ville
fur une Ifle que cette Riviere environne !
Quel raviffement ne vous offre pas auffi
l'autre côté ! quelle grandeur ! que de pompe
dans ce chef- d'oeuvre d'Architecture ,
je veux dire le Louvre , qui s'étend avec
majefté dans un lointain !.
Mais ce n'eft pas affés. Parcourez & les
Ponts & les Quais. De tous les objets que
votre vûë embraffe à peine , celui qui fi
xera votre admiration ,fera toujours le Roi,
que Paris de ces quatre extrémités , c'est-àdire
, du fond des rues S. Jacques & de S.
Martin , & de l'Arfenal au Pont Royal ,
voit de toutes parts.
#2 MERCURE DE FRANCE.
D'ailleurs que d'heureuſes fituations réu
nies ! le Roi expofé à l'Univers dans un
paffage perpétuel . L'Hôtel de Ville , au
milieu de la Ville même , & dominant fur
elle ; celui des Ambaſſadeurs , au ſein de la
fplendeur de cette Capitale , qui annonce
fibien la puiffance & la grandeur de la
France ; deux Places uniques aux pieds de
ces deux Hôtels , réfervées pour l'exécu
tion des Fêtes publiques , & enfin l'embel
liffement de la plus belle Ville du monde ,
par l'enchaînement de fes Quais , auffi
Brillans que tumultueux , & l'inexprimable
variété de la Riviere à découvert.
Quant aux difficultés qu'on pourroit
oppoſer à ce Plan , je les prévois aflez ,
mais doivent - elles l'emporter fur notre
"jufte empreffement à faire paffer la gloire
du Roi dans les fiécles futurs ? Et qui le
peut mieux que l'exécution de mon Projet
? J'efpere donc , Monfieur , que vous
voudrez bien prendre la peine de l'examiner
& de recevoir avec bonté les
affûrances du profond reſpect avec lequel
j'ai l'honneur d'être , &c.
Z.
A Paris le zo Oftobre 174S
DECEMBRE. 1748. 43
Efquiffe de ce Plan.
Plus grande idée du coût de l'exécution
de ce Projet.
Remboursement de 300 maifons
à 30000 liv.
Achevement des trois Quais
Maiſons à bâtir fur ces Quais
Elevation des deux Edifices
Reconstruction du Pont &
fes décorations ,
9000000 1
100000
2000000
3000000
300000
Augmentations à la Pompe ,
100000
Statuë ,
500000
г5000000 I
Sur quoi déduire
L'Hôtel de Ville à
refaire , 3.000000
Et les maifons des 5000000 I
Quais qui lui reviennent
2000000
Refte dix millions 10000000
44 MERCURE DE FRANCE.
VERS
A M. le Comte de la Motte Jacquelot, Baron
de Kerjan & de Camprillon , Confeiller
au Parlement de Bretagne , fur fon Mariage
avec Mademoiselle des Marais-
Chomard. Par M. des Forges- Maillard,
Affocié de l'Académie Royale des Belles
Lettres de la Rochelle.
Myrthes d'Amour & rofes de Vénus
Dans le Jardin du Dieu du Mariage
Sont tot fanés , s'ils n'yfont foutenus
Du coloris de beauté qui r'engage ,
De vive effence & parfums ingénus ,
De noble efprit , & jolis revenus ,
De coeur fidéle & donné fans partage,
Adonc , Ami , puifque pour apanage
Dans ta moitié tu trouves ces vertus ,
Ces vrais appas , ces talens - reconnus ,
Sois affûré qu'au pourpris du ménage ,
Parmi les jeux toujours plaifans & drus ,
En t'ébattant fous un Ciel fans nuage ,
Tu cueilleras renaiflans d'âge en âge ,
Myrthes d'Amour & rofes de Vénus,
DECEMBRE . 1748. 49
AM. Remond de Sainte Albine,
MOnfieur , j'ai lû avec plaifir dans le
Mercure de Février dernier le projet
d'un Pouillé général de France. C'eſt
un ouvrage que le Public attend depuis
long tems ; il eft même étonnant que dans
un fiécle, auffi éclairé que le nôtre, ( où un
déluge de Livres fçavans & utiles en tous
genres , femble nous rapprocher fous un
point de vue fi facile tous les Arts & Sciences
, qu'il fuffit d'ouvrir ces mêmes Livres
pour les comprendre , ) que perfonne n'ait
entrepris d'écrire fur une matiere auffi belle
qu'elle devient intéreffante ; je conviens
que depuis quelques années on a vû paroître,
quelques volumes des Bénéfices à la
nomination du Roi & plufieurs Poüillés
de differens Diocèſes , affés juſtes , mais il
en faut un général , qui en corrigeant les
fautes groffieres qu'on trouve dans les précédentes
éditions , nous donne dans ce
genre un ouvrage auffi parfait que le mérite
un Corps auffi augufte que le Clergé
de France , qui eft le premier , le plus
magnifique , & le plus illuftre Corps du
Royaume.
Une réponse que j'ai auffi lûë dans le
48 MERCURE DE FRANCE.
Mercure de Juin dernier , à l'Auteur du
projet du Poüillé ci - deffus, n'eft pas moins
digne d'attention, puifque celui - ci promet,
outre des recherches curieufes & des faits
hiftoriques , d'enrichir fon Pouillé géneral
d'une Carte Géographique de chaque Diocèfe
, dans laquelle on verra exactement la
diftance qu'il y a du Chef-lieu à une Cure,
à un Prieuré , à une Chapelle , à une Abbaye,
à un Convent d'hommes ou de filles,
&c. Si cela eft levé jufte , on aura quelque
choſe de nouveau & de beau ; fi à l'avantage
de connoître la jufte pofition de tous
les Bénéfices du Royaume , de l'un & l'autre
fexe , on y joint l'année de fondation
le nom du Fondateur ou Bienfaicteur, fous
quel Ordre il eft , par une feule lettre ,
comme S. Benoît, un B. S. Auguftin , un A.
&c.file Bénéfice eft en Regale ou en Commande
; s'il eft àla nomination du Roi ou
de Patronage ; fon revenu ; ce qu'il paye
de florins ou d'argent de France en Cour
de Rome à chaque mutation ; enfin de
combien de feux chaque Cure , Prieuré-
Cure & Chapelle Succurfale , font compofées
, rien ne feroit plus agréable que ces
connoiffances.
Il feroit très- néceffaire de donner l'année
jufte de la fondation de chaque Evêché
& celle de fon érection en Archevê-
1
DECEMBRE. 1748. 47
ché ; bien diftinguer leurs priviléges &
droits ; le nombre détaillé par colonne des
Evêques connus depuis leur fondation juf
qu'au jour de l'impreffion , obfervant de
les mettre par ordre d'années qu'ils ont
rempli le Siége , ce qui feroit une fuite
chronologique qui auroit fon mérite; dire le
plus jufte qu'il eft poffible , le revenu de chaque
Evêché, ce qu'il paye en Cour de Rome
pour les Bulles , & le vrai dégré de latitude
& longitude de chaque Ville Epifcopale.
Bien défigner le nom des Cathédrales &
toutes les Dignités qui les compofent, le revenu
de chacune de ces dignités , le nombre
des autres Chanoines , le revenu de
chacun , le bas Choeur ou Corps de Mufique
, fon revenu , l'année de fondation
le nom du Fondateur ou Bienfaiteur , &
ce que paye en Cour de Rome chaque
permutation.
Les Ordres Religieux étant comme joints
au Clergé de France & en faifant partie
puifqu'on fçait qu'il y a des Ordres fi puiffans,
qu'ils ont droit d'envoyer des Députés
aux Affemblées ; d'autres dont le Roi
nomme aux premieres Dignités ; d'autres
qui ont droit d'élire leur Supérieur , &
d'autres enfin qui nomment à nombre de
Bénéfices par plufieurs Concordats & priviléges
qu'ils confervent : il femble que
48 MERCURE DE FRANCE.
pour rendre le Pouillé Général de France.
parfait , il faut détailler par Diocèfe tous
Îes Convens d'hommes & de filles qui s'y
trouvent , en marquant fur la Carte leur
jufte pofition , on verroit par là leur diftan
ce du Chef-lieu de ceux qui fe trouvent
hors la Ville , & dans l'abrégé qu'on en fe
roit ,, y marquer feulement l'année de fondation
, le nom du Fondateur ou Bienfaic
teur ; s'il y a eu réforme , l'année & le
nom de celui qui l'y a introduites fi la
maiſon eft Profeffe ou non ; le nombre ordinaire
des Religieux ou Religieufes ; leur
revenu total , s'il eft poffible ; leurs habillemens
; s'ils tiennent Colleges ou penfions;
le nombre des Penfionnaires & Etudians ,
& jufqu'à quelle claſſe on y pouffe l'étude ,
Les Hôpitaux & Hôtels - Dieu doivent
auffi entrer en lifte par Diocèfe ; marquer
l'année de fondation,le Fondateur ouBienfaicteur
, le nombre des Prêtres , Religieux
ou Religieufes qui les deffervent , le nombre
des lits d'hommes , de femmes & d'enfans
; leur revenu total ; ceux des Hôpitaux
ou Hôtels- Dieu , quife trouvent hors
le Chef-lieu , doivent être mis fur la Carte
du Diocèſe d'où ils dépendent.
A ces remarques il feroit avantageux d'y
en joindre d'autres bien fimples , qui feroient
très- intéreffantes, & qui, outre la force
&
DECEMBRE . 1748. 49
> en
Ferenduë du fpirituel , nous donneroient
une idée bien jufte du temporel
marquant par des lettres alphabétiques ce
qui fe trouve , tant dans la Ville Epifcopale
,, que dans les autres Paroiffes de chaque
Diocèfe , dont le Pouillé général de
France eft obligé de faire le dénombrement.
Pour trouver les Bénéfices plus aifément
, il faut que ce dénombrement foit
fait par ordre alphabétique .
Par exemple quand il y aura ,
A Parlement,
B Confeil Souverain.
C Chamb. des Comptes.
D Cour des Aides.
E Cour des Monnoyes.
F Province.
G Gouvernement,
H Généralité.
I Intendance.
L Election.
M Hôtel des Monnoyes .
a Juftice Royale.
b Maréchauffée.
c Hôtel de Ville.
d Table de Marbre,
e Univerfité.
f Maîtriſe particuliere.
Amirauté.
Grenier à fel,
i Ville.
1 Bourg.
m Château?
n Riviere .
1. Vol.
N Académie.
O Bibliothéq. publique .
P Bureau des Finances
Q Préfidial.
R Bailliage.
S Sénéchauffée.
T Prévôté.
V Juges Confuls.
X Vicomté.
Y Chatellenie.
Z Viguerie .
o Port de Mer.
p Principauté.
9 Duché Pairie
r Duché.
f Marquifat.
t Comté.
u Baronie.
x Vidamie.
y Seigneurie
z Marché .
& Foires.
So MERCURE DE FRANCE.
A ceci on joindra la diſtance de Paris
la Ville Epifcopale.
Il faut éviter de tomber dans les fautes.
que plufieurs ont faites , en difant qu'une
telle Abbaye jouit de tant de revenus, fans
faire mention qu'elle eft fouvent obligée
de le partager avec les Religieux ; quelquefois,
lorfqu'il eft Régulier, l'Abbé mange
ce revenu dans la maiſon avec fes Religieux
; quelquefois auffi il le mange hors
la maifon .
Il ne faut point obmettre non-plus les
Séminaires , le nombre des Prêtres & des
Profeffeurs , l'année de fondation , le nom
du Fondateur & fon revenu .
Le nom des Chapelles , tant celles de la
Ville que celles de la Campagne , j'entends
celles de la Ville qui font féparées, & non
celles qui font dans les Cathédrales, Paroiffes
, &c. & celles de la Campagne doivent
être fur la Carte , l'année de fondation , le
nom du Fondateur & le revenu annuel.
Les Abbayes , quoiqu'unies aux manfes
Epifcopales ou à d'autres maiſons , doivent
toujours être défignées dans la Carte
du Diocèſe où cft le fond , en marquant
l'année de réunion aux manfes ou maifons
aufquellos elles ont été unies, furtout l'année
de fondation , le nom du Fondateur ,
fous quel Ordre elle eft & fon revenu.
DECEMBRE. 1748.
51
Quant aux Abbayes hors le Royaume
quoique dépendantes d'un Archevêché ou
Évêché du Royaume , il femble qu'il eft
inutile d'en parler , à moins que le Roi ne
nomme à quelqu'une ; il y en a de féculari-,
fées , & la plupart poffedées par des Etrangers
, Luthériens , Calviniftes , &c.
On conviendra aifément qu'un Pouillé
général de France , fait avec tout le ſoin
& l'exactitude , que demande un ouvrage
auffi parfait , que ceux pour qui on le deſtine
, ont de lumiere & de goût , feroit un
préfent bien riche à leur faire , auquel ils
accorderoient leur fuffrage & leur augufte
protection.
1
Je m'estimerois heureux , fi entrant dans
les vûës de celui qui travaille au Pouillé
général de France , ( & qui pour le rendre
parfait , n'épargne aucune dépenfe ) j'avois
pû contribuer par mes réflexions
à lui donner ce vrai dégré de perfection où
l'Auteur & le Public le fouhaitent, & où je
penfe qu'il arriveroit , s'il veut bien faire
quelque attention aux remarques que je
prends la liberté de lui adreffer ; mais je
crains que fon ouvrage , peut - être trop
avancé, ne foit un obftacle qui le retienne,
& ne l'empêche d'en faire ufage ; dans ce
cas il pourroit arriver qu'une feconde Edi-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tion bien parfaite l'emportât fur la premie
re , & lui fît perdre le jour dès la naif
fance.
Si vous jugez a propos de rendre ma
Lettré publique , ou de la communiquer
feulement à l'Auteur du Poüillé de France;
dans le premier cas , quelqu'un plus habile
que moi pourroit renchérir fur mes remarques,
& contribuer par- là à rendre l'Ouvra
ge encore plus parfait ; dans l'autre cas , je
prie l'Auteur d'être perfuadé que je fuis &
ferai toujours plein d'eftime , d'amour &
de refpect pour lui ; que comme Autent
d'un Ouvrage auffi fublime que celui -ci ,
je ne crains pas de dire , que le pouffant à
fa perfection , il ne foit digne des plus
hautes louanges.
Je viens de finir un pareil ouvrage dans
un genre different , puifque j'expofe fur
trois Cartes diftinguées par Diocèles ,
non-feulement la force & l'étendue de
chacun , mais encore celle de tout le Clergé
de France en général ; le tout a été travaillé
à Paris fur d'excellens manufcrits &
fur les meilleurs Auteurs qui ont écrit fur
les Bénéfices . Quelques perfonnes de mérite
& intelligentes , foit qu'elles ayent voulu
flater mon amour propre , ou faire ufage
de leurs connoiffances , ont eu la bonté
DECEMBRE. 1748 .
53
d'en approuver l'invention , & difent que
rien n'eft plus frappant que de voir d'un
coup d'oeil tout ce qui compofe l'illuſtre
Clergé de France .
Il ne merefte plus qu'à vous prier de mettre
le prix de chaque volume dans les annonces
littéraires , & les Libraires , de vouloir
bien mettre le prix auffi de chaque
volume fur l'intitulé , pour éviter d'être
trompés par ceux à qui nous donnons nos
,commiffions de Province pour Paris . Il eft
arrivé plufieurs fois qu'on a fait payer un
Livre le tiers & quelquefois moitié plus de
fon jufte prix ; c'eft une priere qui vous a été
fouvent faite ; fi vous jugez à propos d'y
donner vos foins , le Public , à l'abri d'être
trompé , tirera plus confidérablement
d'Ouvrages littéraires de Paris. J'ai l'honneur
d'être , & c.
A Blois le Octobre 1748.
S
C. L
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
1
ODE ,
Tirée du Pfeaume LXXXV.
S Ans appui , dans mon indigence ,
Seigneur , je n'implore que toi ;
Daigne t'abaiſſer juſqu'à moi ;
Entens ma voix tremblante & veille à ma défenſe,
En toi feul j'ai fondé toute mon eſpérance ;
Prolonge encor des jours éclairés par ta Loi.
***+
Jette les yeux fur ma mifere,
Seigneur , attendri par mes cris ,
Remets le calme en mes efprits.
Mon coeur eft élevé vers le Dieu qu'il révére ,
Dieu propice à celui de qui la voix fincére
A recours chaque jour à fes dons infinis
***
Prête l'oreille à ma priere ;
En ce jour pour moi tenebreux,
Laiffe-toi fléchir à mes voeux.
J'ai vu plus d'une fois traverfer ma carriere ;
Ton invincible main a brifé la barriere,
Qu'élevoient contre moi de lâches envieux.
DECEMBRE . 1748 .
Des Nations riches Idoles ,
Enfans de leurs debiles mains ,
Les Dieux font des fantômes vains .
Qu'ils égalent , ces Dieux impuiffans & frivoles ;
Les vaftes corps errans ou ſtables ſur leurs pôles.
Ta voix les enfanta, ces chefs- d'oeuvres divins.
*3 +
Les fieres Nations livrées
Au plus étrange aveuglement ,
Connoîtront leur égarement.
Du néant , comme nous , ta main les a tirées ;
Nous les verrons un jour,d'un faint effroitroublées,
Te benir , t'exalter , dans leur étonnement.
炒菜
En toi la puiflance réfide ;
Tout fuit de près ta volonté ;
Toi feul es l'Etre illimité.
Dans l'adorable voye où ton faint Nom préfide ,
Daigne à mon coeur charmé , Seigneur , t'offrir
pour guide ;
Mon coeur y marchera , de ta crainte affecté.
*
Mon coeur à te louer s'excite ;
Sans ceffe cette impreffion
Me fera chanter ton faint Nom.
Cij
36 MERCURE DE FRANCE :
Ta clémence envers moi fut toujours fans limite;
Tu veilles fur mes jours , & la mort que j'évite
M'eft un gage affûré de ta protection .
* x沖+
Les méchans ont juré ma perte ;
Devenus aveugles & fourds ,
Leur puiffance en veut à mes jours.
Ce n'eft point à ta Loi que leur ame eft ouverte ;
D'un voile ſpécieux leur malice eft couverte ,
De leurs rapides traits fufpens l'odieux cours.
Ta bonté , Seigneur , me raffûre ;
Jufte , miféricordieux ,
Vrai , fecourable aux malheureux ,
Jette un regard fur moi , ton humble créature ;
Tens pour me relever ta main viſible & sure
Sauve l'enfant , la mere étoit chere à tes yeux.
Fais , ô mon Dieu , fais qu'il éclate
En moi , par des fignes certains ,
L'effet de tes fecours divins.
Mes ennemis déchus de l'eſpoir qui les flate ,
Eperdus à leur tour , diſperſés à la hâte ,
Verront que tu te plais à confoler tes Saints .
A Lyon 1748. Par Boyer , de la Valette ,
en Provence.
DECEMBRE . 1748. $7
SEANCE publique de l'Académie des
Belles-Lettres de Marseille.
-
Ette Académie tint , ſelon l'uſage ,
fou Affemblée publique le 25 Août
dernier , jour de S. Louis. M. Artaud
Avocat Confeil de la Communauté de
Marſeille , Orateur de la Ville , Procureur
du Roi en la Police , & Directeur de l'Académie
pendant cette année , ouvrit la
Séance par un Difcours , où il examina lequel
des deux eft le plus utile aux progrès
des Lettres , la févérité ou l'indulgence,
dans les jugemens des Académies. au fujet
des Prix qu'elles décernent.
On lut les Ouvrages couronnés. Le Difcours
fut déclaré être de M. l'Abbé Bellet ,
de l'Académie de Montauban , qui avoit
déja remporté le Prix de l'Eloquence en
F'année 1746 , & l'Ode, de M. l'Abbé Gervafi
, d'Amiens.
-La lecture de ce Difcours & de cette Ode
fut fuivie de celle d'un petit Ouvrage en
vers de M. le Marquis de Pennes , Officier
des Galeres , Académicien abfent. Ce
Poëme eft intitulé , Epitre à mes vers.
M. Dulard lut une Ode tirée du Pleaume
120,
CY
S MERCURE DE FRANCE.
M. de Chalamont de la Viſclede , Secretaire
perpétuel de l'Académie , lut les Eloges
des Académiciens morts pendant le
cours de l'année , lefquels font M.Pellifery,
M. le Commandeur de la Fare , & M. le
Chevalier d'Orléans .
La Séance fut terminée par la lecture
d'une Fable intitulée , les Ruiffeaux , de M.
de Seigneufe de Correvon , Gentilhomme
Suiffe , Affocié étranger de l'Académie.
PLAINTES DE LA NATURE ,
AM.le Comte de Tr. aufujet de fon Mémoire
fur l'Electricité. Par M. Chabaud ,
de l'Oratoire.
T
Ranſporté chez les Cimmeriens, j'entrai
dans un Palais , où l'on n'entend
que le doux murmure du Lethé ; nul bruit
n'éveille le Dieu que l'on y adore ; les foucis
ne voltigent point autour de lui ; le re
pos muet & les fonges agréables compofent
toute fa Cour. Je reconnus le Palais
du Sommeil , & j'éprouvai bien - tôt le pou
voir de fes pavots.
A leur gré nos maux difparoiffent ,
Nos befoins & nos larmes ceffent ,
DECEMBRE. 1748.
59
Les criminels font fans frayeur ,
Le captif eft fans fers , l'indigent fans miferes ,
L'avare fans vautours , l'envieux fans viperes ,
Les monftres perdent leur fureur.
Je jouiffois d'un calme délicieux dans
les bras de Morphée ; mon efprit fe livroit
à d'aimables fonges , avoués de la vertu ;
on auroit dit que l'Electricité s'étoit chargée
de l'amufer agréablement . Des étincelles
, des éclairs , une aigrette , formoient
pour lui un fpectacle réjouiffant ,mais la Nature
vint mêler fa trifteffe à ma joye ; elle
m'apparut dans le tems que la nuit faifoit
place à l'aurore,& que les fonges font autant
de vérités. Je n'eus pas de peine à la
reconnoître.
Quelle étoit belle fans parure!
L'élégante fimplicité
Avoit arrangé fa coëffure
Sans qu'un miroir eût été conſulté.
9
Rien d'affecté dans fon langage i
Dans fon port rien de concerté ;
Le fard ne gâtoit point fon modefte viſage ,
Où la vertu paroiffoit fans nuage ,
Et retraçoit fa dignité.
Elle fe plaignoit amérement de vous ,
Monfieur , en difant que la nouvelle Phi-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
*
lofophie avoit tort de révéler fes myſtercs,
& que vous en aviez encore davantage
d'expofer au grand jour le feul qui reftoit
inconnu. Ce qui lui fait craindre que les
efprits ne tombent dans la langueur , comme
font ceux qui joüiffent des biens qu'ils
ont défirés .
Peat- on être heureux dans la vie ?
Le coeur foupire envain pour un calme parfait s
Ce coeur, que rien ne ſatisfait ,
'Aime , défire , craint , eft en proye à l'envie .
L'ame au-dehors s'élance , & cherche un bien.
abfent;
Le défir d'en jouir l'agite , la tourmente ,
Et fi ce bien devient préfent ,
L'ame auffi-tôt eft languiffante ;
L'objet , qui promettoit un effain de plaifirs ,
Enfante les dégoûts , pires que les défirs.
Si les vérités font connuës ,
Si les erreurs font confondues ,
L'ennui dans l'efprit s'établit ,
Le travail le foutient , le repos l'affoiblie.
Ainfi raiſonnoit la Nature , en ajoûtant
que
le flux & le reflux de la mer , la vertu
de l'aiman , le méchaniſme de l'Univers ,
étant connus , il ne kui reftoit plus que l'EQuicité
pour exciter l'admiration & ta
DECEMBRE . 1748.
-euriofité du genre humain. Comme elle
étoit pénetrée de douleur , & que les grandes
figures font filles des grandes paffions,
elle vous adreffoit la parole en ces termes.
Enfant gâté de la Nature ,
Je t'engraiffai de mes bienfaits ,
Et pour prévenir tes ſouhaits ,
T
Je verſai dans ton coeur des vertus fans meſure.
Je voulois munir ta raifon
Contre le dangereux poiſon
De mille préjugés , refpectés du vulgaire..
Je façonnai-ton caractére ,
Sans aucune diſtraction ,
Et je m'applaudiffois fans ceffe
De ton goût décidé pour l'aimable fageffe,
Qui grave fans aufterité ,
Et badine avec dignité ,
Eft populaire avec nobleffe .
Humain par inclination ,
Sçavant fans obftination ,
Courtifan fans oblique adreſſe
Ennemi du raffinement ,
Et démêlant d'un ſentiment
La fubtile délicateffe
"..
Tu pouvois fans effort conquérir tous les coeurs
Pourquoi vouloir ensor-des flots.d'admirateurs
62 MERCURE DE FRANCE:
Je comptois , continua la Nature , triompher
de la pénétration de l'efprit par le
moyen de l'Electricité , mais tout le monde
fera éclairé par tes lumieres.
Je difois à l'efprit : te voilà donc vaincu
Un globe tourne avec vîteſſe
Il s'échauffe , la main le preffe ,
Il tranfmet au fer ſa vertů ;
Et mille étincelles actives
Qui ſemblent s'applaudir de n'être plus captives;
Des Spectateurs charmant les yeux,
Seront toujours l'écueil des mortels curieux.
Mais que dis-je , me voilà vaincue ? Ne
remportes tu pas , efprit humain , la victoire
fur moi , en franchiffant la feule barriere
que j'avois à t'oppofer ?
Par fa rotation la Terre
Eft femblable au globe de verre ,
Le fluide électrique en fon fein renfermé ,
Se dégage , & par -là le monde eft animé.
Tr .... dévoilant ce mystére ,
Eft entré dans mon Sanctuaire.
Lorſqu'au milieu des efcadrons poudreux
Le plomb traverfa fes cheveux ;
*
* M. de Tr…….. reçut un coup de balle dans fe
cheveux.
DECEMBRE, 1748. 63
Que ne pût-il, ce plomb, par amour pour ma gloire ,
Et l'honneur de mes fecrets trahis ,
pour
Lui faire paffer l'onde noire !
Mais non ... qu'il vive lil eft mon fils.
Telles furent les plaintes de la Nature, qui
difparut alors à mes yeux ; c'eft à vous ,
Monfieur , à chercher les moyens d'appaipaifer
cette mere , à qui vous avez tant
d'obligations. J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Secretaire de la Nature.
REPONSE de M. le Comte de Tr.
A
H , Monfieur deux mois de travail,
bien des expériences & des recherches
, bien des veilles , tout eft effacé
un feul de vos fonges.
Vous chantez l'Electricité ,
Vous avez aflûré la gloire.
De ce nouveau préſent de la Divinité
J'effayois vainement , dans un trifte Mémoire
De prouver la réalité.
Dans ces jours d'incrédulité
Le tortueux dilême , en la nuit la plus noire ,
Plonge l'aimable vérité,
Non , je n'aurois jamais remporté la victoire,
par
64 MERCURE DE FRANCE.
Si chantant l'Electricité ,
Vous n'aviez affûré la gloire.
Qu'il m'eft honorable , Monfieur , que
yous receviez mes idées ! pourrois-je craindre
encore pour mon fyftême , lorfque je
vois fon principe & fes conféquences foutenues
& annoblies par une Mufe qui raf-
Temble tous les talens & les charmes de
Les foeurs ?
La vive imagination .
A la jufteffe réunie ,
L'élégante préciſion ,
L'enchantement de l'harmonie
Et les traits hardis d'un crayon
Guidés par la main d'Uranie ,
Sont les refforts puiffans dont un brillant génie
Se fert pour entraîner à la conviction.
Vous n'êtes point borné , Monfieur , à
cette feule victoire ; le portrait que vous
faites de la Nature , ne me fait que trop
Lentir que je ne connoiffois encore qu'imparfaitement
fes véritables charmes ; il en
eft une coupable , elle ne m'a que trop
fouvent féduit ; celle que vous peignez
dans votre lettre , eft fans doute l'ouvrage
de la Divinité
DECEMBRE. 1748. GS
Hélas ! dans ma jeune ſaiſon ,
Privé d'une lumiere pure ,
Sans principes certains exerçant ma raiſon ;
Lorſque je m'éveillois à la voix de Zéno” ,
Mon efprit rebuté d'une leçon fi dure
En appelloit à la Nature,
Et d'une douce illufion
Recevant la féduction ,
S'endormoit avec Epicure
Que je rougis de l'afcendant
Que prit fur moi cette infi lelle guide !
Mon coeur tendre, & trop imprudent,
Sur la foi d'un fripon d'enfant ,
S'égara fur les pas qu'Ovide
Traça , lorſqu'il étoit amant,
Que d'erreurs , que de contradictions &
d'incertitudes fe fuccédoient alors dans ma
façon de penfer ! trompé fans ceffe par
les
promeffes des paffions , le vrai bonheur
fuyoit loin de moi ; également féduit par
une fauffe Philofophie , lorfque je faifois
quelques efforts pour m'élever , je cherchois
des fecours dans les leçons d'Epictere
& de Zenon , mais quelle force , quels
fecours pouvois-je efpérer de leurs principes
: Ils ne portent point le caractére ſu-
Bline de la vérité , je retombois bien-tôt
66 MERCURE DE FRANCE.
dans des chaînes plus étroites , plus.dange.
reuſes , en croyant y être ramené par la
raiſon.
Religion , lumiere pure ,
Seul recours des foibles mortels ,
Ce n'eft qu'au pied de tes autels
Qu'on doit confulter la Nature .
Envain d'un vol impétueur
Le fier Stoïcien fur les aîles d'Icare
S'éleve dans les airs , fe croit feul vertueux.
Un fentiment voluptueux
Vient troubler fon coeur & l'égare .
il retombe , il frémit , il céde à fon vainqueur.
Il rougit du pouvoir qu'a fur lui la Nature ;
Toujours neuve , toujours obfcure ,
Elle fait à fes yeux , eg ſoumettant fon coeur.
C'eft à vous , Monfieur , c'eft à Monfiear
Rabbe que je devrai le bonheur de refléchir
dans ces momens , où je jouis encore
de la force de l'âge : le fouvenir du paffé
eft humiliant , mais il ne faut point en être
accablé. L'avenir eft trop incertain , &
quand même ce tems nous feroit donné ,
peut-on s'afsûrer de pouvoir en faire un
bon ufage ?
Hélas ! quand fur nos fens l'hyver répand fes
glaces ,
DECEMBRE. 1748. 67
Les foucis volént fur nos traces ,
Et nous ne comptons plus que des jours malheu
reux.
La mémoire , l'efprit , tout devient infidelle.
Des liens d'une ame immortelle
Chaque instant voit brifer les noeuds.
Sans retour , fans efpoir , l'imbécile vieilleffe
Paffe fes jours dans la moleffe ;
La Parque impatiente obfcurcit leur flambeau
Si quelquefois encor la raifon étincelle ,
Elle s'étonne , elle chancelle ,
Au lugubre afpect du tombeau.
Il faut donc profiter de la force de l'âge' ;
Il faut donc rendre au Créateur
Un tendre , un pur , un libre hommage
Il prépare , il attend celui de notre coeur.
+
Dans un foible mortel quel titre de grandeur !
Il nous a faits à fon image.
Voyons donc tout en lui , joüiffons bien du don'
Qu'il nous a fait de la raiſon ;
Dieu quelle ingratitude ! avec fes propres armes
Olons-nous attaquer un objet plein de charmes?
Enfans de la dilection ,
Pouvons-nous préférer les doutes , les allarmes
A la jufte fouiniffion ?
O toi qui portes dans mon ame
68 MERCURE DE FRANCE;
Ces rayons inconnus , ces troubles renaiffans ,
Acheve , Dieu puiffant , fais triompher ta flame
Dans un torrent de feu viens détruire mes fens .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗濃濃
LE TEMPLE DE L'AMOUR .
Songe à Iphife pour lejour de fa fête.
Es Dieux , belle & vertueuſe Iphiſe
fe
:
fance que par les effets de leur bonté , ne
nous ont jamais impofé d'obligation , fans
en adoucir la néceffité par un plaifir intérieur
qu'ils y ont attaché quelquefois
même il eft fi délicat , ce plaifir , que nous
défirons d'en perpétuer la joiffance , en
éternifant le devoir. Le fommeil eſt une
preuve journaliere de cette bonté des
Dieux . Notre corps , après un court eſpace
de tems , eft contraint de fubir uneinacti on
totale , d'exifter dans une fufpenfion abfolue
de l'ufage de fes fens , & chaque
jour il eft obligé de faire cette preuve
de
fa foibleffe , mais , fi la puiffance céleſte
nous impofe cette loi , la bonté divine dédommage
notre amour propre par un plaifir
, qui nous met fouvent de pair avec les
Dieux , & tandis que nos corps font abDECEMBRE
. 1748. 69
forbés dans une léthargie momentanée ,
notre ame conſerve toute la vivacité. On
diroit même qu'elle augmente , & que
libre des liens de la matiere , elle foit plus
active & trouve plus facilement les
moyens de fe fatisfaite. Cependant , tou
jours conforme à elle-même , elle a les
mêmes inclinations , elle agit fur les mêmes
principes felon que de fon naturel
elle est vive ou non-chalante , fes rêves
font agités ou tranquilles , & fuivant les
difpofitions de trifteffe ou de plaifir où
elle fe rencontre , fes fonges font enfans
de la joye , ou naiffent du chagrin. Raifonnant
toujours d'après elle-même , elle
prend toujours la même route pour
aller
au bonheur , & fi ces démarches ne font
que des fictions , ces mêmes fictions font
partie de fa félicité , peut-être même la partie
la plus réelle. Le plus malheureux joüit
áu comble de la mifére , de la douceur d'un
repos qui fait plus d'un envieux ; & celui
qui fe croit au faîte du bonheur, eft ſouvent
contraint d'avouer à fon reveil , que dans
le fein même de l'inéxiſtence , il a trouvé
plus de réalité. L'homme d'affaires , le
guerrier, le Philofophe, ne rêvent que procès
que lauriers que fyftêmes. L'un
compte fur le gain de fa caufe , l'autre fe
,
70 MERCURE DE FRANCE,
félicite d'un avantage remporté , le dèr
nier eft tour glorieux d'une idée bien établie.
Le premier invoque le monftre de
la chicane , celui - là appelle à fon ſecours
le Dieu des Victoires , celui-ci la Déeffe
des Sciences. A leur réveil le procès eft
encore indécis , les lauriers font évanouis,
le fyftême eft anéanti.
L'amant , le véritable amant , occupé
de fa tendreffe , guidé par l'amour , &
conduit par le fentiment , ne rêve qu'aux
moyens de plaire , ne fonge qu'à faire
agréer fa flamme. Son ame eft toute entiere
à l'objet dont il eft épris. Il y penfe
fans ceffe ; les plus longs jours lui paroiffent
trop courts , parce qu'ils s'échappent
en un moment ; il lui confacre aufli les
inftans du repos. Toujours inquiet , agité,
s'il goûte quelque tranquillité , c'eft dans
l'efperance d'obtenir fon fuffrage.
Manquerois- je le portrait du véritable
amant ? Ah , charmante Iphife , je n'ai
qu'à vous peindre la fituation de mon
coeur, la vivacité de ma tendreffe , la fincérité
de mes fentimens , l'ardeur ..... Mais
pourrois -je y réuffir ; mon coeur est tout
entier à vous , & mon efprit qui me refuſe
fon pinceau, s'en tient au même office que
le coeur. J'effayerai cependant de vous en
DECEMBRE . 1748. 71
donner une efquiffe fous l'image d'un
fonge , dont j'ai l'idée encore toute recente.
Lorfque quelque chofe intérelle nos
fentimens , l'efprit & le coeur font d'intelligence
pour aider la mémoire.
:
,
Il n'y a pas long- tems qu'occupé de
vous , adorable Iphife ( & je ne fuis jamais
occupé d'autre objet ) je me rappellois ces
momens heureux, où joüiffant du plaiſir de
vous voir , j'ofai vous faire l'aveu de ma
flamme alors je pris la liberté de vous
dire mon amour & de vous préfenter
quelques-unes de ces fleurs , dont les bel
les fe parent , mais dont le fort eft bien
different auprès de vous , puifque vous les
effacez par vos attraits . Je penfois que
votre Fête arrive en peu de jours , & ce
fouvenir me faifoit paffer tour à tour de la
joie au chagrin , de la trifteffe au plaifir. Je
cédois tantôt à la douleur d'être éloigné
de vous , tantôt au plaifir d'avoir un fujet
de vous réiterer la fincérité de mes fentimens.
Mais comment vous tracer le portrait
de mon coeur ? Que vous préfenter
qui fût digne de vous ? Je m'abandonnois
à ces réflexions , & mon embarras augmen
toit,lorfqu'un doux fommeil s'emparant de
mes fens , je goûtai toutes fes faveurs.
Je me crus tranſporté dans une agréable
2 MERCURE DE FRANCE.
campagne , où tout ce qui s'offrit à ma vûë
me parut l'ouvrage du concert mutuel de
FArt & de la Nature : la Nature avoit pris
confeil de l'Art pour réparer les négligences
trop vifibles qui l'accompagnent ; l'Art
fe modelant fur la Nature , en avoit pris le
goût , & s'étoit défait de cet air guindé
qui le caractériſe : ils s'aidoient avec plaifir
, ou plutôt ils étoient confondus. Des
allées , féjour de la fraîcheur , préſentoient
ún lointain charmant, que l'oeil ne quittoit
qu'à regret , pour admirer un tapis de verdure
, où Flore avoit pris plaifir à raſſem.
bler toutes les fleurs qui naiffent fur les
pas. Non loin de -là , une caſcade , dont la
chûte naturelle récréoit la vûë , rendoit à
l'oreille un agréable murmure , qui rempliffoit
l'ame d'une douce inquiétude , &
l'efprit fe laiffoit aller à une rêverie imperceptible
, que la beauté d'un vallon admirable
ne faifoit qu'augmenter . Ah ! charmante
Iphife , difois- je en moi- même
vous feule êtes digne d'habiter ce féjour ;
il n'eft fait que pour vous. Les oifeaux par
leurs ramages fembloient célébrer leur
bonheur , & remercier les Dieux de leurs
bienfaits. Plus je découvrois de beautés ,
plus je fouhaitois d'en rencontrer de nou-
Velles : un côteau agréablement fitué , où
le
DECEMBR E. 1748. 7 ;
par une
x
le Soleil fe plaifoit vers la fin du jour à répandre
fes rayons , m'invitoit
pente douce & aifée à franchir la hauteur ,
pour chercher un plaifir de plus. Ma curiofité
fut bientôt fatisfaite , & je me
trouvai avec ſurpriſe dans une vaste forêt ,
qui paroiffoit confacrée à la retraite & au
filence , & dont les arbres l'auroient difputé
pour l'ancienneté aux fameux chênes
de Dodone. Les Zéphirs par une haleine
moderée n'agitoient qu'à peine les feüillages
, & rendoient un fon harmonieux , qui
occupoit avec délice tous mes fens . Que
n'étois-je auprès de vous , belle Iphile ,
dans ce lieu charmant ! chaque inftant que
j'y paffai , fut autant de défits de vous y
voir. Je marchois à pas incertains, lorfque
je me vis arrêté tout-à - coup par un édifice
immenfe, dont l'Architecture noble & fans
ornemens fixa mes regards autant qu'elle
les furprit. Elle ne paroiffoit point l'ouvrage
de ces mortels ambitieux , qui , fous
prétexte de rendre hommage à la Divinité
, élevent des Monumens à leur orgueil
; au contraire elle me parut fortir de
la main de ces premiers hommes , qui ne
confultant que leurs fentimens , confacroient
aux Dieux pour tribut de leur
obéiſſance des Temples auffi fimples que
D
74 MERCURE DE FRANCE.
leur coeur , car cet édifice ne me fembloit
pas fait pour la demeure d'un mortel . Une
fecrette crainte , un reſpect intérieur , me
faifirent à l'approche de ce lieu, l'odeur des
parfums ne le faifoit remarquer qu'imperceptiblement
; ce n'étoit point cet encens
qui fume fur les Autels de Vénus , & qui
paroît plutôt un poifon qu'on offre à la
Déelle , qu'un hommage qu'on lai rend ,
mais l'odorat étoit fi agréablement Alaté ,
que tous mes fens y participoient. Je n'ofois
avancer , la crainte me retenoit , le
reſpect m'arrêtoit , la timidité m'environnoit
, & je tremblois de profaner l'entrée
de ce Temple. Tout ce qui pouvoit marquer
la puiffance de la Divinité , je l'entrevoyois
, je ne voyois rien qui m'annon
çar fa bonté. Etonné & toujours indécis
, à l'inftant j'apperçus une Déeffe dont
l'air noble & majeftueux , le vifage doux
& affable , m'annoncerent cette Divinité ,
qui auroit remporté fur tout l'Olympe le
prix de la Pomme , s'il eût été deftiné à la
plus vertuenfe. Elle ne répandoit point
autour d'elle , comme Vénus , un parfum
féducteur , mais elle infpiroit dans les
coeurs l'amour de la vertu. Jeune Etranger
, me dit- elle , je connois votre embar
ras ; les mortels s'étonnent aisément de ce
DECEMBRE. 1748 .
75
qu'ils ne voyent pas d'ordinaire , & s'accoûtument
trop facilement à ce qu'ils
voyent tous les jours . Suivez-moi , je vais
vous délivrer de l'incertitude où vous êtes .
J'obéis à la Déeffe , qui me conduifoit vers
le Temple. Vous ferez furpris , dit- elle ,
d'être introduit par la Sageffe dans le
Temple de l'Amour , mais votre coeur eſt
exempt de préjugés. Diffipez les illufions
de votre efprit , & vous verrez que tout
ce que les Poëtes ont écrit de l'Amour
n'eft que pure fiction ; le goût pour le
merveilleux , l'ignorance & la vanité ont
été leurs guides. S'ils euffent été conduits
par le fentiment , ils auroient connu l'Amour
, car pour le connoître , il faut le
fentir . Ils auroient appris que l'Amour
n'eft point cette paffion turbulente & impérieufe
, qui mere de toutes les autres
paffions , fubjugue & tyrannife le coeur ;
qui maîtreffe de tous les fens , abforbe la
raifon & en ufurpe les droits ; que les defirs
déréglés conduifent toujours , & que
n'abandonnent jamais les remords ni le
repentir ; au contraire ils auroient connu
que l'Amour eft cettein clination du coeur,
qui attache à un objet préferablement à
un autre par la connoiffance de fa beauté ,
de fon efprit , de fes vertus. On aime par
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
moyens
un fentiment décidé ; on cherche tous les
de plaire ; fartout on pratique la
vertu , parce qu'on fe perfuade qu'on ne
fçauroit plaire qu'en imitant l'objet aimé
en un mot , l'Amour ne va jamais fans l'eftime
, car comment pourroit - on aimer ce
qu'on n'eftimeroit point ?
Nous parvînmes enfin au Sanctuaire de
l'Amour , & tout ce que je vis me confirma
le difcours de Minerve. Ce Temple ,
continua - t'elle , eſt tout de marbre blanc ,
pour caractériser la pureté des coeurs qui
l'ont élevé ; le Dieu même eft affis fur un
Trône femblable , pour marquer cette aimable
fimplicité d'où naiffent les véritables
plaifirs , parce qu'ils ne font jamais fuivis
d'aucuns remords. Il paroît tout occupé
du bonheur de fes fujets ; fon air eft majeftueux
, quoiqu'enfantin ; fon vifage alfûré
annonce fon expérience , & on ſe
fent entraîné vers lui par un charme fecret,
qu'on ne fçauroit définir . Il fait des heureux
, fes fujets font les miens . Autour de
l'Aurel & dans l'enceinte du Temple , font
difperfés les differens Génies,qui le faivent
partout . Ici vous voyez l'Eftime qui guide
le coeur vers l'objet aimé , qui l'attache ,
qui le fixe. A fon air pénétrant , mais réfervé
; à ſon abord prévenant , mais cir
DECEMBRE. 1748. 77
confpect , elle eft aifée à reconnoître ; fes
yeux vifs & perçans examinent avec foin.
elle ne fe contente pas à la premiere vûë
elle fonde fcrupuleufement , elle eſt la
confidente de l'Amour , & toujours fa
compagne.
Ce Génie qui la fuit d'un air décent &
foûmis , c'eft le Refpect . Bien different de
cette déference générale que les hommes
ont pour tout ce qui paroît mériter leurs
égards , c'èft une attention réflechie fur les
vertus de l'objet aimé , produite par la connoiffance
que l'on en a , & qui eft toujours
accompagnée de la Complaifance au vifage
riant, à l'air actif & empreffé, qui s'occupe
des moindres objets , du plus petit rien qui
intérelle l'objet de fa tendreffe , dont elle
cherche à prévenir les défirs ; elle ſe félicite
de les deviner , & pour récompenfe
de fes foins , elle ne demande que la grace
d'être un peu remarquée .
A leurs côtés eft la Sincérité , cette fille
du Ciel , fimple & fans détours , fi rare
chez les hommes , & qu'ils fe vantent tous
de connoître. Elle eft effentielle à l'Amour
, car où eft la vertu , la fincérité ſe
trouve , & elle eſt toujours fuivie de la
Confiance , dont là démarche affûrée & le
vifage ferain annoncent les fentimens ; on
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
a de l'eftime pour le caractére , du refpect
pour les vertus , de la complaifance pour
les volontés de la Beauté que l'on aime ,
& on ajoute à tout ce qu'elle dit une confiance
entiere , non pas celle qui naît de
la fécurité ou de la pareffe , elle a toujours
un bandeau fur les yeux , mais celle qui eft
éclairée , qui vient de la fincérité , & qui
a pour appui les vertus & le mérite de l'ob
jet aimé.
C
fe
Vous voyez ici le Sentiment humble &
fans parure , qui fans ceffe s'occupe de la
Beauté à laquelle il eft attaché ; timide &
craintif , il tremble de lui déplaire , il n'opas
même faire éclater fon amour , & il
conferveroit plutôt toute fa paffion dans
le fond de fon coeur , s'il croyoit que l'aveu
pût lui en attirer le courroux. Lorsqu'il
fe hazarde à déclarer fa flamme , le coeur
palpitant , fa bouche héfite , la parole lui
manque , & il n'exprime fon ardeur que
par des foupirs , & par un filence mille fois
plus éloquent que tout ce qu'il auroit pû
dire. Il n'eft jamais fans la Fidélité & la
Conftance. Celle- là eſt vouée à l'objet aimé
, rien ne fçauroit la faire changer , elle
a donné fon coeur , il eft trop bien placé ;
toute la vie eft confacrée à prouver fon
attachement . Celle- ci dans l'éloignement
DÉCEMBRE . 1748. 79
même de l'objet aimé,en conferve toujours
précieuſement l'idée ; aucun obſtacle ne fçau
roit la détourner de lui être attachée pout
jamais , & l'une & l'autre font égalemeut
l'éloge des fentimens de l'amant & des
vertus de fa maîtreffe.
L'Esperance les foutient , elle a toujours
un vilage riant & fatisfait , elle fe flate
d'obtenir les faveurs aufquelles elle afpiro,
elle fait tous fes efforts pour les mériter ,
elle ofe s'en promettre le fuccès , mais elle
eft fuivie de la Modeftie , cette vertu , qui
eft le vernis de toutes les autres , & fans
laquelle les autres ne font rien ; elle ne
s'en fait point accroire ; bien loin d'efperer
, elle craint toujours ; c'est elle qui produit
cette inquiétude , qui prend fa fource
dans un coeur timide & bien pénétré , cette
méfiance de foi- même , cette crainte de
n'être
pas aimé ,, parce qu'on ne fe croit pas
digne de l'être.
Vous voyez les Plaifirs former avec les
Defirs des danfes ingénues ; les uns rem
pliffent l'ame d'une douce fatisfaction , les
autres,enfans de l'Efperance,font quelquefois
oublier le bonheur préfent par l'idée
d'un plus grand.
Teleft le Temple de l'Amour , tels font
fes adorateurs : leur félicité eft affûrée , car
Dij
So MERCURE DE FRANCE .
le Dieu , qui les protége , veille fans ceffe
fur eux. Rendez- lui vos hommages , il a
formé votre coeur , c'eft fon ouvrage.
Adorable Iphife , jugez de ma joie par
la vivacité de ma tendreffe : je voulois témoigner
à la Déeffe toute ma reconnoiffance
, & que de chofes n'avois-je pas encore
à lui demander ? Mais un réveil fubit
me fit connoître trop tôt que ce n'étoit
qu'un fonge , comme fi les Dieux euffent
voulu me punir des lumieres que je venois
de recevoir.
Cependant leur bonté m'eft connuë ;
elle nous a accordé deux foutiens dans nos
maux , l'efperance & le fommeil ; l'un
met quelque intervalle à nos malheurs ,
l'autre les abforbe entierement par l'idée
de leur fin. Ils m'ont donné le doux fommeil
; vous feule , belle Iphife , pouvez
me donner la flateufe efperance : mon
bonheur eft dans vos mains ; j'attends de
vous une félicité qui ne peut
venir que
vous feule. Ah ! de grace ne refufez pas
de rendre heureux l'amant le plus foûmis ,
l'amant le plus tendre .
de
En traçant le Temple de l'Amour , j'ai
fait le portrait de mon coeur ; quel bonheur
, s'il peut vous plaire ? Dans ce jour
où l'on célébre votre Fête , recevez le
DECEMBRE. 1748. Si
comme le gage le plus fûr de mon amour ,
& de mon attachement.
Que ne puis-je y ajouter , comme l'an
paffé , un bouquet de ces fleurs cueillies
dans les jardins de Flore ! mais un fatal
éloignement me prive de ce plaifir. Rien
ne fçauroit me confoler de ma douleur
cependant elle diminueroit de moitié , fi
mon hommage vous étoit agréable ; fi je
pouvois l'apprendre de vous- même ; fi votre
main , charmante Iphiſe , traçoit fur le
papier ces caractéres de retour & de tendreffe
, le prix du véritable amour , & la
récompenfe de la vertu . Je fuis tout à
vous , ne pourriez- vous me dire que vous
penſez à moi ?
Mon amour est l'ouvrage de vos vertus
& de vos charmes ; j'attends mon bonheur
de ma fidélité & de ma conftance .
Dv
S2 MERCURE DE FRANCE .
VERS
A M. Rameau , fur fon Ballet de Pigmalion .
UN connoiffeur , amateur du vrai beau
Enchanté des beautés de ton Ballet nouveau ,
L'efprit étonné, l'ame émue ,
S'écrioit , en voyant s'animer la ftatue ,
» Tu te trompes , Pigmalion ;
Ce n'eft point de Vénus la puiffance fupréme ;
Qui vient de donner l'ame à ce que ton coeur
aime. W
Rends graces aux accords d'un nouvel Ame
phion ,
A fon Art enchanteur tu dois tout ton honmage
; . t
» Lui feul anime ton ouvrage.
Sçavant Rameau , telle eft l'illufion
Que fait fur nous ta divine harmonie ;
Elle charme nos fens , & féduit nos efprits
Au point de n'être pas furpris
Qu'au marbre elle ait donné la vie.
C. G. B
DECEMBRE. 1748. 83
**MMMMMMMMMMMMMM
LETTRE de M. Lebeuf , Chanoine de
l'Eglife d'Auxerre , à un Chanoine Régu
lier , à l'occafion d'un Ecrit où il eft parlé
de lui dans le Mercure de Septembre
1748 .
V
Ous n'aurez pas été , Monfieur ,
moins furpris que moi , de voir dans
le Mercure de Septembre une petite lettre
, au fujet d'une Infcription qui fe trouve
à Nevers. Comme vous avez lû mes
Recueils de Differtations anciens & nouveaux
, l'Infcription dont il s'agit , ne peut
vous être inconnue. Vous fçavez que je
l'ai donnée au public dans le fecond tome
de mon premier Recueil , imprimé en
1738 , & qui fe débite chez Barrois .
L'Auteur de cet Ecrit auroit dû l'y voir à
la page 271 , avec l'explication que j'ai
crû pouvoir y donner , & il auroit pur
épargner aux Auteurs du Mercure la dépenfe
de la faire graver de nouveau . Il eft
bon que cet Auteur anonyme ceffe de
s'imaginer qu'elle me foit inconnuë , &
qu'elle le foit même au public , ni qu'elle
puifle me faire changer de fentiment.
Lorfque je l'ai fait paroître dans mon petit
Recueil , il y avoit déja plufieurs années
que feu M. Chalmeaux , Chanoine de la
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Cathédrale de Nevers. , me l'avoit appor
tée à Auxerre , fa Patrie, où il venoit affez
fouvent. Dans fa copie , que j'ai encore ,
il y a un G pour premiere lettre de la feconde
ligne , mais cela ne change rien au
nom , puifqu'on a pû prononcer & écrire
Andegamulus
indifferemment comme
Andecamulus , de même qu'on a fouvent
dit Gains pour Caius.
›
Au refte l'Auteur, qui vient de la redon
ner , a raifon de méprifer très fort la maniere
dont le Sieur Cotignon lifoit &
entendoit cette Infcription. Il faut être
fur la défiance avec de pareils Ecrivains :.
je veux bien croire cependant que la pierre
où l'Infcription eft gravée , a été trouvée
en terre à Nevers , ou proche , ainfi que
le dit Cotignon . Mais comme cette pierre
n'eft pas d'une groffeur fort confidérable ,
elle a pû être apportée de quelque lieu
voifin. Si l'on n'a point d'autre preuve
que Nevers foit le Noviadunum Eduorum
des. Commentaires. de Céfar , je ne regarderai
point ce fait comme trop .bien prouvé.
D'ailleurs il faudroit , pour que cela.
eût quelque rapport , que la pierre par
lat de Nevers , ou de Noviodunum , ou des .
peuples dui. Lorfqu'on m'apportera de-
Bonnes raifons pour prouver la propofi
tion, que je conteſte , je fuis prêt de m'y
DECEMBRE. 1748. 85
rendte. Je ne demande qu'à m'inſtruire ,
& j'attendrai toujours une autre inſtruction
que celle de l'Infcription en queftion ,
laquelle ne dit rien au fujet du point controverfé.
Je fuis , &e.
AParis , ce 21 Octobre 1748,
LETTRE du même à un Chanoine de l'Eglife
d'Auxerre touchant une date de
l'Hiftoire d'Auxerre , relativement à la
prife que les Anglois firent de cette Ville
fous le regne du Roi Jean.
J.Confrere ,par expofition que vous
E me vois oblige , Monfieur & cher
m'avez faite de la contrariété qui fe trouve
entre deux ouvrages publics , de l'un
defquels je fuis Auteur , de juftifier ce que
j'ai avancé , & de faire voir que c'eft celui
qui n'a pas écrit comme moi , qui s'eft
trompé . Dom Dominique Fournier , Bénédictin
de l'Abbaye de Saint Germain
d'Auxerre , fit imprimer dans la même
Ville en 1714 , une Defcription des faintes
Grottes de cette Abbaye , & des Reliques
qui y font , ou qui y ont été confer
vécs. En parlant, à la page 103 , des Châ
fes & des Reliquaires qui furent engagés.
86 MERCURE DE FRANCE.
3
aux Anglois en 1359 , afin que les habitans
fuffent délivrés de leurs mains , & du
rapport de cette argenterie que le Pape
Urbain V. procura , il dit que Robert
Kanole , Général de l'armée Angloiſe ,
remit à ce Pape , outre les Reliquaires ,
les cédules & les obligations des fommes
de cent mille florins , que cette Ville étoit
obligée de payer aux Anglois ; que le faint
Pontife renvoya le tout gratuitement à la
Ville d'Auxerre ; que les Reliquaires furent
reçûs par une Proceffion folemnelle
dans l'Eglife de Saint Germain , le 17
Mars de l'année 1366 , & que pour éternifer
la mémoire de ce bienfait , on en
inftitua une Fête à pareil jour dans l'Abbaye
, laquelle s'y célébre encore , comme
il paroît par la Table des Fêtes locales de
ce Monaftére , imprimée à la fin du même
livre .
Sans vous arrêter à la quantité des florins
, qui pourroit fouffrir difficulté , vous
dites que je marque cette réception des
Reliquaires de l'Abbaye de Saint Germain,
à un autre jour bien éloigné du 17 Mars.
Je la fixe , dites-vous , au 16 Août dans
le fecond tome de mes Mémoires Hiftori.
ques d'Auxerre , publiés en 1743 , page
233. Vous ne fçavez auquel des deux témoignages
il faut ajouter foi
DECEMBRE . 87 1748.
Mais, en lifant attentivement le détail ,
dans lequel j'entre fur ce rapport des Reliquaires
, par Herman Schelderwalt , de
Cologne , Sergent d'Armes du Roi de
France , à qui le Pape Urbain V. fit remet
tre cette argenterie pour la rapporter à
Auxerre pouvez-vous douter que j'aie
Eravaillé fans avoir les piéces fous les yeux,
& croire que je me fois contenté de fuivre
aveuglément Dom Georges Viole
dans la date du jour de la réception de ces
Reliquaires , telle qu'il l'a marquée à la
page 206 , de fa vie de Saint Germain
d'Auxerre ? Vous avez pû obferver qu'il
ne nomme point le Sergent d'Armes du
Roi , d'où en ai - je donc eu connoiffance ,
auffi-bien que du jour & des circonstances
qui accompagnerent cette reftitution , faite
en préfence de l'Evêque & de quelques.
Dignités de la Cathédrale , dans le Chapitre
même de l'Abbaye ? C'eft par l'acte
même, qui en fut dreffé , que j'ai été informé
de ce détail. Je me fais un plaifir de
vous en tranfcrire ici le commencement &
la fin , de crainte d'être trop long ; je
vous prie même de le rendre public ,
afin de lever le doute dans lequel les deux
-dates differentes peuvent jetter la poſtérité
, qui ne fçauroit auquel des deux s'en
rapporter , du Bénédictin ou du Chanoine..
18 MERCURE DE FRANCE.
In nomine Domini , Amen. Per hoc prefens
publicum inftrumentum cunctis pateat
evidenter , quod anno à Nativitate ejufdem
Domini millefimo trecentefimofexagefimo fexto
, indictione quarta , menfis Augufti die decimafexta
in mane ante horam Prime , Pontificatus
Sanctiffimi in Chrifto Patris & Domini
noftri Domini Urbani divina Providentia
Papa Quinti anno quarto , in Capitulo
S. Germani Autifiodorenfis in quo loco perfonaliter
exiftebant Reverendus in Chrifto Pater
& Dominus Dominus Petrus Dei gratia
Autifiodorenf.Epifcopus, nec non Religiofi viri
Prior & Conventus Monafterii predicti cum
3
ad
Cleri populi Civitatis & ville Autif, multitudine
copiofa , vir prudens & honeftus
Hermannusdictus Schelderwalt , Serviens ar
morum Domini noftri Francorum Regis ,
infra fcripta ut decebat , à Domino noftro
Summo Pontifice pradicto fpecialiter & exprefsè
deftinatus in noftrorum publicorum
Notariorum.... prefentia prefentavit ac tradidit
ante omnia tria paria litterarum ſanarum
& integrarum.C'étoit 1 ° .l'état ou dénombrement
en François des: Châſſes &
Reliquaires dont ce Sergent étoit le Porteur.
2 °. L'acte d'emprunt fait en 1358 par
la Ville , pour les mettre en gage aux Anglois.
3. Un autre acte d'emprunt de
joyaux pour la même fin , en 1.3 5.9, c'eſt-àDECEMBRE.
1745. 89
dire, pour fûreté du payement des quarante
mille forins . Ipfis quoque litteris fic lectis
& publicatis, prædictus Serviens, nomine prædicti
Domini Roberti Kanole , & pro ipfo nec
non de mandato Domini noftri Papæ prædicsi
... omnia & fingula jocalia & vafa aurea
& argentea cum reliquiis in ipfis exiftentibus...
declarata , fupra quamdam tabulam
quodam pallio ferico ornatam in pradicto
Capitulo exiftentia de punto in punc-
LIEM , .. pradictis Religiofis... reddidit. Et
comme il y manquoit à une image de
Saint Jacques Apôtre le chapeau accoûtumé
, le Général Anglois avoit donné en
place un petit Reliquaire de Saint André ,
tant fut grande fon exactitude. J'obmets
la mention des remerciemens. L'acte qui
eft fort long , finit ainfi : Quibus fic actis ,
Reverendus Pater & Religiofi pradicta joca-
·lia & reliquias acceperunt; & ea devote , cantando
, ac Deo omnipotenti & Domino noftro
Papa pradicto gratias reddentes de premiffis ,
proceffionaliter ad Ecclefiam dicti Monafterii
fupra majus altare detulerunt , & ea, dimiferunt
ibidem. Acta fuerunt haec anno , Indictione
, menfe , die , hora & locis ac Pontifi
catu fupradictis,prafentibus unà cum prædictis
Reverendo Patre & Religiofis ac nobis Notariis
fubfcriptis, viris venerabilibus & difcretis
Dominis & Magiftris Johanne Mercerii
30 MERCURE DE FRANCE.
Decano , Ludovico Balbeti , Archidiacono
Pufeya ,Johanne Moronis , Petro de Buxeria,
Canonicis Ecclefie Autif. Stephano Priore de
Brena Caftro , Johanne Narduyni , Serviente
Regis , Petro Ayme , Regnaldo Balleti , Johanne
de Nerone, & pluribus aliis teftibus ad premiffa
vocatis fpecialiter & rogatis.
Les deux Notaires font Guillelmus Viandi
de Lano , Autif. Dioc. & Johannes Jocelli
de fancto Verano , Autif. Diocefis.
Veut- on un acte plus formel pour prouver
que ce fut le 16 Août 1366 , que tous
les Reliquaires furent rapportés dans le
Chapitre & dans l'Eglife de l'Abbaye de
Saint Germain ? Ainfi je vous laiffe à conclure
de quel côté eft la vérité.
Pour accorder quelque chofe à Dom
Dominique Fournier , qui paroît n'avois
pas vû les Archives que j'ai vifitées , &
avoir méprifé la date que Dom Georges
Viole avoit donnée à cet évenement , laquelle
doit être marquée dans quelquesans
des papiers de l'Abbaye ; j'ai pensé que
les Religieux ont pû croire qu'il convenoit
de faire chez eux une Fête de ce recouvrement
, & que n'ayant peut- être pas de
jour vacant dans leur Calendrier jufqu'au
17 Mars , ils l'auront fixée à ce jour- là
C'eft ainfi que parce que tous les jours du
Calendrier font remplis chez eux , attenda
DECEMBRE . 1748. 98
les Fêtes de l'Ordre & autres , ils ont por
té au 5 Septembre la Fête d'un Saint Felix
du 16 Juin , & d'un S. Moré du premier,
Juillet , ce qui a jetté dans l'erreur M.
l'Abbé Chatelain , qui dans fon Martyrologe
a pris ce 5 Septembre pour le jour
de leur mort , ce qui eft contraire aux anciens
Martyrologes & Calendriers du Pays.
Un jour de Fête de pur choix aura donc
fait croire par la fuite, que ce jour là même
étoit celui de l'évenement. C'eft de cette
forte qu'on a fouvent pris le change.
Je vous dirai en finiffant , que lorfque
la Deſcription des Grottes de Saint Germain
parut en 1714 , j'eftimois fort cet
ouvrage ; j'étois ami de l'Auteur, & je lui
avois fourni quelques remarques, mais de
puis que je me fus mis à étudier à 'fond
I'Hiftoire d'Auxerre, tant Eccléfiaftique que
Civile , dans les originaux , je commençai
ày appercevoir beaucoup de fautes & bien
des faits hazardés , qu'il affûre , comme s'il
en avoit été témoin oculaire . Il parle , par
exemple à la page 106 , de ce que les Huguenots
firent du corps de Saint Germain
comme s'il eût été préfent. Il fe prétend
plus inftruit que Dom Viole , qui vivoit
& écrivoit à Auxerre quatre- vingt ans
avant lui , & qui avoit connu beaucoup
de perfonnes , dont les peres étoient con-
2
92. MERCURE DE FRANCE.
temporains du fait. Dom Viole dit , à la
page 211 , de la vie de Saint Germain ,
que ce n'est que par conjecture & vraifemblance
qu'on croit que les Calviniſtes
brûlerent les os de ce Saint , & que ce fut
dans une maifon particuliere ; Dom Fournier
écrit pofitivement que ce fut dans
F'Eglife , & il accompagne fon récit de
circonstances qui font démenties par les
Monumens du tems. Vous fçavez , Monfieur
, ce que j'ai écrit pour le réfuter dès
l'an 1723 , dans les additions à l'Hiſtoire
de la prife d'Auxerre de l'an 1567 , &. ce
que j'ai continué d'en dire dans mes Mémoires
in-4°. publiés en 1743 , à la page
78 du premier tome. C'est ce que je ne
cefferai de répeter , tant que je vivrai. Les
offemens de Saint Germain furent à la
vérité jettés par terre dans l'Eglife de
l'Abbaye par les Huguenots , lorfqu'ils
prirent fa Châffe pour l'emporter . Mais ,
( quoiqu'en difent les Jéfuites d'Anvers
au 31 Juillet , alleguant de mauvaifes raifons
, pour n'avoir pas bien pefé la force
de mes preuves ) ces précieux offemens
furent aufli - tôt ramaffés par gens pieux ,
& depuis remis à un Notable d'une Communauté
de la même Ville , où ils ont été
confervés durant plus d'un fiécle, & on les
pofféde encore à Auxerre avec le Mémoire
DECEMBRE . 1748. 95
que cette perfonne en a laiffé , de même
que l'on y conferve à Saint Germain dans
deux grandes Châffes , & dans deux grandes
armoires des Grottes , les offemens de
toutes les autres anciennes. Châffes de la
même Eglife , mais confondus & mêlés
depuis qu'ils furent ramaffés fur le pavé où
ils étoient épars.
Les gens pieux de qui on tient ces offemens
de Saint Germain , qui forment la
plus grande partie de fon corps , les avoient
ramaflés en filence , fe contentant de gémir
intérieurement fur leur profanation .
Ils ne firent pas comme ce Chanoine de
Saint Martin de Tours , lequel voyant les
Calviniftes fe faifir de la Châffe de Saint
Martin & la brifer , s'emporta violemment
contre eux , & ne fit par-là qu'exciter
leur fareur , jufqu'au point qu'ils jetterent
les Reliques dans le feu , ſuivant
qu'on me l'a dit dans l'Eglife même , en
me montrant le lieu de cette Eglife où les
offemens furent brûlés. Ainfi le zéle de ce
Chanoine a été caufe qu'il ne refte de
Reliques du grand Saint Martin de Tours,
que ce qui en avoit été diſtribué à diverfes
Eglifes , ou qui pût être tiré du feu.
Vous ne ferez peut-être pas fâché d'apprendre
, par exemple , qu'alors un Huguenot
tolerant dans fon parti , étant pré94
MERCURE DE FRANCE.
fent , retira du feu un offement aſſez confidérable
de ce Saint , & le donna depuis
au Prieur de la Chartreufe de Mont-Regnaud,
proche Noyon, où il eft confervé.
Je fuis , & c.
Signé , Lebeuf, Chanoine d'Auxerre,
A Paris , ce 4 Novembre 1748 .
dehe
QUATRIEME EPITRE
Familiere , *
A M. de la Soriniere , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres d'Angers , fur la F.te
de faint François , dont il porte le nom.
L'Auteur remercie dans cette Epitre M.
Alain , Médecin de Chemillé en Anjou ,
dans le voifinage du Château de la Soriniere
, pour l'avoir guéri de la fiévre , dont
il fut attaqué en arrivant chez fon ami.
Par M. des Forges- Maillard , Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres de la
Rochelle.
Pour re fêter le jour qu'on fête ton Patron ,
Délices de mon coeur , illuftre Soriniere ,
* Les trois autres font imprimées en differensMer
Cures.
"
DECEMBRE. 1748 . 95
rmets qu'à mon efprit donnant libre carriere ,
vec le grand François , dont tu portes le nom ,
Je te mette en comparaison .
Inſpire-moi , docte Apollon ;
Ecoute , ami , j'entre en matiere.
Ton Patron renommé portoit un capuchon
On te voit , au gré de ta veine ,
Souvent autour de ta maiſon ,
Rêver au bord d'une fontaine ,
Dans ton jardin fleuri , dans un fombre vallon ;
Couvert d'un grand bonnet de laine ,
Conftruit, & retonibant comme un coqueluchon;
Et riant de la pompe vaine , *
Tu prends fans t'éblouir de l'éclat du galon ,
Et de celui dont Stras fait briller fon bouton ,
L'habit dont ton goût s'accommode ;
Je trouve, dit avec bien du bon fens M.Deflan
des , autant de foibleffe que de défiance de foi-même,
dans cette affectation pouffée à l'excès , de je bien mettre
& de fe parer. C'eft une vraye folie , avoue le
plus fincére de nos Hiftoriens , c'eft une marque
d'ignorance & de légereté. Mezeray fait cette remarque
à l'occafion des Gentilshommes François, qui
ayant toujours été fort retenus & fort modeftes dans
leurs habits, s'aviferent fous le malheureux Roi Jean,
de s'orner de pierreries , comme les femmes,& deporter
fur leurs bonnets des aigrettes de plumes de diverfes
couleurs , ce qui eft le comble de l'aveuglement , de
s'en eftimer davantage . Hift. Crit . de la Phil.
Tom. 2. pag. 91 & 92,
6 MERCURE DE FRANCE.
Quoiqu'avec ta naiſſance & tes bons revenus ,
Sans craindre la cenfure on peut- être à la mode ;
Mais la Philofophie approuve ta méthode ,
Et les colifichets te femblent fuperflus.
Ton Patron , mépriſant la molleſle frivole ,
D'un lit bien préparé ne s'embarraffoit pas.
Tu couches fur un matelas ,
Et dédaignes la plume molle ,
Où fe plongent les délicats .
Tes hôtes cependant , accueillis à merveille ,
Se dorlottent chez toi fur le plus fin duvet ,
Et ne pouvant quitter les charmes du chevet ,
Ronflent jufqu'à midi fur l'une & l'autre oreille ,
Dans des lits ou , roulant avec un doux fracas ,
L'ample & double contour des rideaux de damas
Quadre avec la tapifferie ,
Où ſur le frêle canevas ,
L'éguille intelligente étale les appas
De fa parlante fymétrie.
Ton Patron diligent fe levoit à minuit ,
Afin de murmurer fes dévotes Matines ;
Tute leves , mon cher , fitôt que le jour luit ,
Mais ce font chants d'amour, ritournelles badines,
Que les Matines que tu dis ,
Telles qu'Anacréon les récitoit jadis
Aux Nymphes de Téos , autour de lui placées
Sous
DECEMBRE.
1748. 97
Fous des rideaux de myrthe & fur d'aimables lits ,
Semés d'oeillets & de penfées ,
Et dreffés joliment par les jeux & les ris .
Ton Patron réveilloit fa famille fidelle ,
Au bruit de fon aigre crefcelle ,
Au lieu que de ton violon
La douceur tendre & naturelle
Des pavots du fommeil dégagent ta maiſon ,
regne une joye éternelle :
Ou
Ton Patron ne faifoit fouvent qu'un feul repas.
Tu n'en fais jamais qu'un , mais je n'omettrai pas
Que fur beaux plats d'argent , des lapreaux , de
volailles ,
Des rales , des perdrix , des cailles ,
L'or à fon vrai dégré conduit
Par ton adroite Cuifiniere ,
Dont la main pique l'apétit ,
Tengage quelquefois , avant d'aller au fruit ;
De lâcher une boutonniere ,
'Avertilant Gafter , * que c'eft pour tout un jour,
Et qu'il faut déſormais , que s'amuſant à moudre
Les divers alimens qu'on lui donne à diffoudre ,
Il attende à midi le Soleil de retour.
Ton Patron bûvoit peu du mouffeux jus d'Octobre;
* Meffer Gafter , fobriquet que la Fontaine donne
à l'estomach.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Tu n'en bois point du tout , par conféquent plus
fobre.
'Avouons toutefois , pour ne te point flater ,
Que ton tempérament, plus que la tempérance
Te follicite à perfifter
Dans cette ennuyeufe abftinence.
Cela n'empêche pas que de l'excellent vin ,
Qu'élevent les côteaux de Champagne & du Rhin;
Ta table ne foit parfumée ,
Et que plus d'un convive , excité par ta voix ,
Et tes bons mots toujours débités avec choix ,
D'un vermeil coloris n'ait fa trogne allumée.
Des divers paffe-tems amateur ingénu ,
Je comptois , cher ami , profiter de ta chere ,
Et cent fois plus encor du plaifir continu
D'entendre tes difcours dont la force légere
M'eût fans ceffe à ta voix doucement ſuſpendu
Mais , & deftin toujours contraire !
.
Dans ton riant Château la fiévre atrabilaire
M'avoit , en arrivant , par malheur attendu .
Monftre affreux ! Sphinx obfcur ! redoutable ad
verfaire !
Qui dans mon fang t'ouvrois un fentier inconnu,
Si de me tourmenter c'étoit ta noire envie ,
Hélas ! que ne choififfois-tu ,
Sur tous les autres tems , qui compoſent ma vie
Cher Soriniere , enfin ta tendre activité ,
DECEMBRE. 99 1748.
Et les foins attentifs de ton aimable femme ,
Dont tous les traits charmans annoncent la beauté
Et la nobleffe de fon ame ,
Avec Monfieur Alain m'ont rendu la fanté.
Mortel de la plus douce & plus docte farine ,
Alain , puis- je jamais oublier ta bonté ;
Ton fçavoir fans orgueil , ta prudence divine ;
Et fur tout l'amitié , qui fans autres appas
Du fauxbourg fablonneux de la Cité voifine
Vers moi précipitoit tes pas ?
Ah ! fi c'est l'art des vers & leur noble maniere,
Qui font céder ton ame à leurs juftes attraits ,
Ton penchant décidé doit à la Soriniere
T'attirer en tout tems, par des chai mes fecrets ;
Et toi- même , Docteur , fur la double colline
Tu mérites un rang pour les vers que tu fais ,
Vers embellis de tous les traits
Qui parent la Mufe Latine.
Hipocrate , Chiron, vous , dont le genre humain
Prône pompeufement le fçavoir fouverain ,
Allez , quoique l'on vous renomme ,
Vous n'êtes tous pour moi que Fraters de S Côme
Auprès du cher Monfieur Alain .
Mais avant d'imprimer mon cachet fur ma lettre ,
Je fonge qu'en un point tu ne fçaurois point être
Avec ton Patron réveré ,
E ij
Too MERCURE DEFRANCE.
En nulle façon comparé.
C'eft que fans délier la bourſe ,
Avec un bout de toile & menus complimens ,
Tous les jours répetés du midi juſqu'à l'ourſe ,
Il nourrit un monde d'enfans ,
'Au lieu qu'avec nos biens & nos vers abondans
Nous n'avons pas même reſſource ;
Toi pour en nourrir neuf, moi trois, & l'Almanach
M'annonce que bien-tôt j'en aurai quatre même ;
Quatre hélas , jufqu'au cou me voici dans le lac;
Toutes fois , cher ami , je t'attends au Baptême.
N'écris au cher Titon rien de ce fupplément ;
L'inquiétude en ce moment
Agiteroit fon coeur trop tendre ,
Troublé de cet événement.
Je le vois confterné , je crois déja l'entendre
Me chanter fur le ton des Cignes de Méandre ,
Arrête , ô pauvre époux , ô plaifir décevant !
Paffe-tems ruineux des paifibles retraites !
Voilà chez tor bien- tôt quatre Mufes de faites ;
Prétends- tu te former un Parnafſe vivant ?
Ah ! la paternité n'eft bonne
Qu'à ceux qui jouiffant de meilleurs revenus ,
Incaguent la tempête & fes coups imprévus ,
Et qu'il pleuve , ou qu'il vente , ou qu'il grêle , ou
qu'il tonne ,
Soit en été, foit en automne,
Mefurant au boiffeau les louis , les écus ;
DECEMBRE. 1748. 10
Sont
exempts des foucis qui te font trop connus.
Eh ! comment réfuter fa jufte remontrance ,
Sinon par ces deux vers du Maître des Rouffeaux,
Vouloir ce que Dieu veut . eft lafeuleſcience
Qui nous met en repos.
Mais fi je rencontrois en quelque part.du monde
Un riche , un charitable , un courtois Financier ,
Qui des dons provignés de nature féconde
N'ayant fçû pleinement fe bénéficier ,
Auroit quelque défir de ſe patrifier ,
Je pafferois d'abord avec lui bail à ferme ,
Pour deux de mes provins dont il s'approprîroit ,
Ledit bail n'expireroit
Qu'après l'immenfité du terme ,
Où Louis quinze cefferoit,
(Louis , qui vaut lui feul tous les Héros enſemble
Par les qualités qu'il raffemble )
D'être admiré de l'Univers ,
Et tendrement aimé de fes peuples divers ;
Ou quand Lowendahl & Maurice
N'auront plus la fageffe & la haute valeur ,.
Qui par de grands exploits ont dans la noble lice
En toute occafion fignalé leur grand coeur ;
Mais il reste encore à joindre au parallele
De toǹ Patron & toi quatre mots feulement .
Je finis donc fuccinctement
Par une remarque nouvelle ,
* Malherbe.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
- Qui regarde ce que prefcrit
Le célébre François, ce féraphique efprit ,
Au fujet de la difcipline.
Sans rifquer de mentir , je croi ,
Que tu t'en paffes comme moi .
J'approuve néanmoins quiconque s'en feftine.
Mais je tiens pour mon lot que c'eft affez des maux
Que l'infirme Nature accumule & varie ,
Sans vouloir de tourmens nouveaux
Surcharger cette foible vie ..
Et fi trabit , difoit l'ami de Mecenas ,
Sua quemcumque voluptas ,
Chacun conféquemment penſe à fa fantaifie.
Cependant, & mon coeur enfin fe rectifie ;
Oui fans nulle équivoque & je fens & je vois
Que la Loi du Très- haut , la plus fainte des Loix,
Commande juftement que je lui facrifie ,
Pour gagner une place au Royaume du Ciel ;
De l'homme en tout état le but effentiel ;
Ariftipe , Epicure & leur Philofophie ,
Mais cette loi d'accord avec notre raiſon ,
Permet pour y monter qu'en diverſefaçon
Dans ce terreftre exil chacun fe mortifie.
Adieu , je fuis ton ferviteur ,
Et ton ami , toujours avec le même coeur.
Au Croific le trente Septembre ,
Où la froide haleine des vents
Me foufle déja qu'il eft tems
DECEMBRE. 1748. 109
De doubler ma robe de chambre ;
L'an d'après qu'un ſuperbe Etat
Crut affûrer la République ,
Sous la loi du Stathoudérat ,
Dans les bras éternels d'un Princc magnifique:
POSTSCRIPTU M.
Mon refpect très-profond & mon remercîment
A Madame la Soriniere ,
Qui belle , fans en être fiére ,
Sçait au charme du fentiment
Joindre celui de l'agrément.
Offre auffi mon respect fincére
A la Tullais , à Corvoifier ,
L'un de l'Académie élégant Chancelier ,
L'autre , fon poli Secretaire ;
Même falamalec à fon Corps Littéraire ;
Qui doit , dis-tu , m'aflocier ,
Quand tel qu'un vendangeur , crotté , couvert de
mouffe ,
Les mains dans fon manchon , Monſeigneur faint
Martin ,
Qui portera l'hyver en trouffe ,
Viendra nous avertir qu'il faut bonder le vin.
Mes complimens à Queneville ,
A fa Dame , tous deux dignes du fiécle d'or ,
Et loin du fracas de la Ville ,
Vivans en folitude au Château de Gonor.
Je dois comprendre auffi dans ma lifte civile
E iiij
702 MERCURE
DE FRANCE:
Qui regarde ce que preſcrit
Le célébre François , ce féraphique efprit ,
Au fujet de la difcipline .
- Sans rifquer de mentir , je croi ,
Que tu t'en paffes comme moi.
J'approuve néanmoins quiconque s'en feſtine .
Mais je tiens pour mon lot que c'eft affez des maux
Que l'infirme Nature accumule & varie ,
Sans vouloir de tourmens nouveaux
Surcharger cette foible vie .
Et fi trahit , difoit l'ami de Mecenas ,
Sua quemcumque voluptas ,
Chacun conféquemment penfe à fa fantaisie.
Cependant , & mon coeur enfin fe rectifie ;
Oui fans nulle équivoque & je lens & je vois
Que la Loi du Très- haut, la plus fainte des Loix,
Commande juftement que je lui facrifie ,
Pour gagner une place au Royaume du Ciel ;
De l'homme en tout état le but effentiel ;
'Ariftipe , Epicure & leur Philofophie ,
Mais cette loi d'accord avec notre raiſon ,
Permet pour y monter qu'en diverſe façon
Dans ce terreftre exil chacun fe mortifie.
Adieu , je fuis ton ferviteur ,
Et ton ami , toujours avec le même coeur.
Au Croific le trente Septembre ,
Où la froide haleine des vents
Me foufle déja qu'il eft tems
DECEMBRE . 1748. 103
De doubler ma robe de chambre ;
L'an d'après qu'un ſuperbe Etat
Crut affûrer la République ,
Sous la loi du Stathoudérat ,
Dans les bras éternels d'un Prince magnifique :
POSTSCRIPTU M.
Mon reſpect très-profond & mon remercîment
A Madame la Soriniere ,
Qui belle , fans en être fiére ,
Sçait au charme du ſentiment
Joindre celui de l'agrément.
Offre auffi mon respect fincére
A la Tullais, à Corvoifier ,
L'ande l'Académie élégant Chancelier ,
L'autre ,fon poli Secretaire
Même falamalec à fon Corps Littéraire ;
Qui doit , dis-tu , m'affocier ,
Quand tel qu'un vendangeur , crotté , couvert de
mouffe ,
Les mains dans fon manchon , Monfeigneur faint
Martin ,
Qui portera l'hyver en trouffe ,
Viendra nous avertir qu'il faut bonder le vin.
Mes complimens à Queneville ,
A fa Dame , tous deux dignes du fiécle d'or ,
Et loin du fracas de la Ville ,
Vivans en folitude au Château de Gonor.
Je dois comprendre auffi dans ma lifte civile
E j
104 MERCURE DEFRANCE.
Notre féal ami le Curé de Jallais ,
Qui, comme un Duc & Pair,fçait dans fon Preſbi
tere ,
Et de joyeuſe humeur & d'admirable chére ,
Avec un air aifé faire les doubles frais.
Tu lui diras que ſi jamais
J'ai la feuille des Bénéfices ,
Il peut, d'un ton bien guai fredonnant fes Offices ;
Se regarder déja comme pourvû d'un bon ,
Mais à cette condition ,
Faite fans intérêt , ergo jufte & permiſe ,
Qu'appropriant fon cabinet ,
Nos fçavans Peres de l'Eglife
S'y verront arrangés avec un air plus net.
Il ne veut pas qu'on y balie ,
Par la crainte , dit- il , qu'un tourbillon poudreux
N'aveugle indécemment ces Docteurs bienheu
reux .
Pour ne point l'allarmer , conte- lui , je te prie
Qu'afin que tout fe concilie ,
Il fera ftipulé par cet acte nouveau ,
Qu'il les couvrira d'un rideau .
Ce remede n'eft point un fecret de magie ,
D'où l'on peut inférer que le plus grand génie
Sur les moindres fujets , faute d'atttention ,
Se trouve embarraffé dans fa diftraction.
Pour la Mufe Angevine , elle eft jeune , elle eft
belle ,
La légere Thalie eft moins fpirituelle ;
DECEMBRE.
101 1748.
On connoît à ces mots Madame du Marais .
Mais je n'en dirai rien , cher ami , tu le fçais ,
( Et ma rancune eft éternelle )
Que vers les dangereux attraits ,
Par le plus chaud du jour voyageur fans ombrelle,
Le défir de la voir m'emportant avec toi ,
J'y gagnai pour tout fruit une fiévre cruelle ;
D'autres pour les attraits brûlerent avant moi
Moi j'ai tremblé , brûlé pour elle.
Si c'étoit , cher ami , t'apprendre une nouvelle ,
J'ajouterois que le diſcours ,
Qui te fit admirer dans ton Académie ,
Malgré la critique ennemie ,
Se fait lire & goûter toûjours ,
Et que les connoifleurs délicats & folides
En font du moins autant avides ,
Que les freresBrouffins pouvoient l'être autrefois
Sur la fin de l'hyver , d'un plat de petits pois.
Adieu , ce Poftfcriptum devient une autre Epitre,
Ombrello eft un mot Italien , qui veut dire en
François parafol. Il eft mis fans doute par l'ufage ,
à la place d'ombrella ombrette , petite ombre . Pertante
non afpetto il baldacchino, non aſpetto co piffers
l'ombrel'o Morg. L'Auteur a cru pouvoir gliffer
en notre Langue ombrelle au lieu de parafol , dans
une Epitre familiere & badine comme celle - ci .
* *
Voyez à ce fujet la note de Broffette , dans
la troifiéme Sat. de Defpreaux , & le voyage de
Chapelle , adreflé à Mrs du Brouffin .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Qui pour l'être effectivement ,
N'a befoin que d'un autre titre :
Ainfi, dit le proverbe , un tendre engagement
Mene plus loin que l'on ne penſe ;
Ainfi le coeur fans violence
Suit la pente du fentiment.
E
DESTINATION ,
Propofée pour le vieux Louvre.
St- il vrai , Monfieur , que tous les
Architectes de Paris ont eu ordre de la
Cour de donner des projets , tant pour le
lieu qu'on pourroit choifir,que pour la maniere
de conftruire une place pour y mettre
la ftatue du Roi , & que l'on veut aufli
déplacer l'Hôtel- de - Ville , qui fe trouve
aujourd'hui dans un lieu trop étroit ,
& trop incommode pour les fonctions de
fes Officiers , pour les Cérémonies , &
pour les Fêtes que la Ville eft obligée de
donner , y ayant d'ailleurs beaucoup de
réparations à faire , qui couteront des fommes
immenfes ?
Mais eft-il néceffaire d'être Architecte
expert , pour faire approuver un projet ,
& ne fuffit-il pas qu'il foit reconnu bon
DECEMBRE. 1748. , 107
pour être adopté ? Cela fuppofé , fans faire
un grand effort de génie , ni fans être
beaucoup verfé dans l'Art d'Architecture
on propoſe un lieu tout prêt & tout dif
-pofé pour remplir ces deux objets , fans
qu'il en coute rien au Roi , ni à la Ville ,
ni aux particuliers ; ce projet eft fi fimple
& fi facile dans fon exécution , qu'on ne
comprend pas comment il n'a pas déja été
rempli , depuis que l'on parle de faire
ériger une ftatue à un Roi , qui mérite à fi
jufte titre l'amour de fes Sujets.
Ce lieu eft l'emplacement du Château
du vieux Louvre , fi le Roi veut bien permettre
que l'on y tranfporte l'Hôtel- de-
Ville , à la charge que la. Ville en fera
achever les Bâtimens à fes frais & dépens ;
les matériaux , & le terrain qu'occupe aujourd'hui
l'Hôtel- de-Ville , feront plus
que fuffifans pour fournir à cette dépenfe,
& pour faire d'un lieu , à préfent inhabitable
, le chef- d'oeuvre de l'Architecture
.
C'eft cette place que l'on deftine pour
y mettre auffi la Statue du Roi , & qui deviendra
encore par ce précieux Monument
la plus belle & la plus magnifique Place
de Paris , & peut-être de l'Univers, en ouvrant
quatre entrées qui formeront trois
ruës , l'une du côté de la riviere , qui vien-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE:
dra aboutir dans la rue Saint Honoré , par
le cul- de-fac des Peres de l'Oratoire , & les
deux autres par la rue des Poulies , que
l'on pourra continuer jufqu'à la porte des
Tuilleries , en perçant une rue par celles
de Froid -manteau & de Saint Nicaife.
Quels points de vûë de tous côtés !
L'une du plus beau fleuve de la France , &
de la plus grande ruë de Paris , l'autre du
Palais des Tuilleries , & l'autre enfin de
cette belle colonade , le chef- d'oeuvre de
l'Architecture !
J. B. D. D. N.
VERS
Sur la mort de Mlle Mélanie , Actrice du
Théâtre François , par M. Gaud*.
Douce Innocence , & vous Graces plaintives,
D'où naiffent , en ce jour , vos funébres regrets ?
Pour qui préparez -vous ces flambeaux , ces cyprès ?
Tendre Amour , tu fuis de ces rives ,
Tu brifes tes traits , l'air rétentit de tes cris ! .. ♪
Dieux ! Quelle horreur vient faifir mes efprits ?
Da plus affreux ennui traînant la trifte chaîne ,
Ici Thalie & Melpoméne »
DECEMBRE . 1748. 109.
Ces Rivales qu'un art flateur
Divife par la jaloufie ,
Semblent fe réunir par l'égale douleur ,
Où leur ame eft enſévęlie .
Approchons..... Quel fpectacle ! ô Ciel ! c'eft
Mélanic,
Que le glaive fanglant de l'implacable more
Précipite à jamais dans la nuit éternelle.
C'en eft fait cet inftant a terminé fon fort.
Ainfi tombe au midi cette rofe nouvelle .
Que l'Aube matinale a vû s'épanouir ,
D'un fouffle empoisonné quand brufquement flé
trie ,
Elle céde au Deftin qui la force à périr.
Du féjour ténébreux qui t'arrache à la vie ,
Chere Ombre , Mélanie , ô toi que j'adorois ,
D'un coeur que je te confacrois ,
D'un coeur rempli de ton image ?
Dans ces vers , au hazard fous ma plume arran
gés ,
Reçois & le tribut & le dernier hommage ;
Des liens du fecret mes feux font dégagés,
110 MERCURE DE FRANCE.
說洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
SEANCE publique de l'Académie Royale
A
Près
des Sciences.
que M. de Fouchy eut fait la
lecture de l'éloge de M. Bernoulli
M. de Mairan lut la préface qu'il deftine à
une quatrième édition de fa Differtation
fur la glace. Comme cette Differtation ,
qui remporta le prix à l'Académie de
Bordeaux en 1716 , eft écrite dans une
forme fyftématique , & que le fyftême, qui
y eft adopté, roule principalement fur la
matiere fubtile ou étherée , caufe de la liquidité
par fon mouvement & fon reffort
, & de la glace , par la diminution
de l'un & de l'autre M. de Mairan
en prend occafion de dire fon fentiment
fur ces deux fujets , les fyftêmes , & la
matiere fubtile. Sa préface fe trouve parlà
divifée en deux parties.
Dans la premiere , il fait voir que
dans le fiécle paffé on faifoit trop de cas
des fyftêmes , on en fait trop peu dans
celui-ci , & qu'on a tort de les regarder
comme infructueux , & nuifibles au progrès
des Sciences. Il le prouve par l'exemple
des grands hommes de qui nous tenons
le plus de vérités philofophiques ,
DECEMBRE. 1748. ITI
& qui ont prefque tous mérité le titre ,
ou , fi l'on veut , ajoute- t'il , le blâme de
gens à fyftême. Il remarque que le génie
de l'invention veut être échauffé , même
dans les Sciences exactes , & qu'il a fou
vent befoin d'une efpéce de verve, qui l'anime
& qui le développe ; que le fimple
defir de fçavoir ne produira jamais la mê-
*me ardeur , ni le même travail pour fe
fatisfaire , que l'interêt particulier ou national
d'un fyftême à foutenir , & fon contraire
à combattre ; que Kepler ne fe fût
vraisemblablemenr jamais avifé de la fameule
régle qui l'immortalife , fi elle n'étoit
venue à l'appui de fon fyftême hatmonique
des Cieux , qui l'occupa toute fa
vie , & qui eft d'ailleurs chimérique. M.
de M. releve l'efprit fyftématique , comme
ce qu'il y a en nous de plus précieux ,
de plus néceffaire , pour arriver aux connoiffances
les plus fublimes , & pour exécuter
les plus grandes chofes. Il fait voir
que cet efprit régne dans les obfervations ,
& les expériences bien faites , & il en
donne pour exemple celles de M. Newton
fur la lumiere & les couleurs . Il définit
cet efprit , une difpofition naturelle , tournée
en habitude , à nous faire un plan raifonné
de notre objet , & il ajoute que
c'eft abufer des termes , que de l'entendre
112 MERCURE DEFRANCE .
autrement , & de cet efprit même , fi l'on
s'en fert à forger des fyftêmes & des hypothéfes
fans néceffité & fans examen.
Toutes ces réflexions , & plufieurs autres ,
font précédéés d'une déclaration modeſte ,
par rapport à fon ouvrage , compofé il y
a trente- deux ans , & qu'il n'oferoit , dit-il,
entreprendre aujourd'hui , s'il étoit à le
commencer , du moins fous cette forme
de Traité complet & fyftématique , qui
fuppofe tant de connoiffances qui nous
manquent , ou que nous n'avons qu'imparfaitement:
Dans la feconde partie , il fouferit d'a
bord à la condamnation de la matiere fubtile
de Descartes , & fur tout des globules
durs & inflexibles , dont ce Philofophe
rempliffoit le monde , & que M. de M.
croit infoutenables , mais il ne pense pas
qu'on veuille exclure , avec la matiere fubtile
Cartefienne , tout autre fluide fubtil ,
cauſe invifible d'une infinité de phénomenes
qui tombent fous nos fens. Il parle à
cette occafion de la matiere électrique ,
dont nous éprouvons les effets à deux mille
toifes du lieu où elle eft mife en action .
Car feroit-ce , dit-il , un être métaphyfique
, ou le néant de matiere , qui auroit
befoin d'un véhicule matériel , d'une chaîne
ou d'une corde , pour fe tranfmettre
DECEMBRE. 1748. 113
pores
au-delà du tube , ou de la machine qui le
fait agir ? Et il s'autorife de l'exemple de
M. Newton , qui employe en cent endroits
de fon Optique , un fluide fubtil , actif &
élaftique , répandu dans les Cieux & fur
la terre , & pénétrant librement les
de tous les corps , en un mot tel
que M.
de M. a prétendu l'employer dans fa Differtation.
On trouve dans cette feconde
partie de la Préface , & qui eft la plus
étendue , des réflexions curicufes fur le
vuide , & fur la cohéfion des parties de la
matiere , que M. de M. qualifie de queftions
métaphyfiques , dont on peut fe paffer
dans la plupart des queftions purement
phyfiques. Le vuide hypothétique, par rapport
à ces dernieres , la cohéfion des parties
de la matiere , & les parties intégrantes
, qui constituent certains corps , & qui
les diftinguent des autres , font , felon lui,
autant de données pour le Phyficien ,
comme la pefanteur ou le reffort le font
pour l'Horlogeur, ou pour le Méchanicien ,
qui s'eft engagé à nous expliquer les mouvemens
d'une horloge . Mais c'eft ce qu'il
faudra lire dans la Préface même , ainfi
que le paradoxe par où il la termine ; fçavoir
, que M. Newton n'a pû raiſonner
d'après un fluide primitivement & méchaniquement
élastique , dans fon effai ſur
111 MERCURE DEFRANCE.
autrement , & de cet efprit même , fi l'on
s'en fert à forger des fyftêmes & des hypothéfes
fans néceffité & fans examen .
Toutes ces réflexions , & plufieurs autres ,
font précédéés d'une déclaration modeſte
par rapport à fon ouvrage , compofé il y
a trente- deux ans, & qu'il n'oferoit , dit- il,
entreprendre aujourd'hui , s'il étoit à le
commencer , du moins fous cette forme
de Traité complet & fyftématique , qui
fuppofe tant de connoiffances qui nous
manquent , ou que nous n'avons qu'imparfaitement:
Dans la feconde partie , il fouferit d'abord
à la condamnation de la matiere fubtile
de Defcartes , & fur tout des globules
durs & inflexibles , dont ce Philofophe
rempliffoit le monde , & que M. de M.
croit infoutenables , mais il ne pense pas
qu'on veuille exclure , avec la matiere fubtile
Cartefienne , tout autre fluide fubtil ,
caufe invifible d'une infinité de phénomenes
qui tombent fous nos fens . Il parle à
cette occafion de la matiere électrique ,
dont nous éprouvons les effets à deux mille
toifes du lieu où elle eft mife en action .
Car feroit- ce , dit-il , un être métaphyſique
, ou le néant de matiere , qui auroit
befoin d'un véhicule matériel , d'une chaîne
ou d'une corde , pour fe tranfmettre
DECEMBRE . 1745. 113
au- delà du tube , ou de la machine qui le
fait agir ? Et il s'autorife de l'exemple de
M. Newton , qui employe en cent endroits
de fon Optique , un fluide fubtil , actif &
élastique , répandu dans les Cieux & fur
la terre , & pénétrant librement les pores
de tous les corps , en un mot tel M.
que
de M. a prétendu l'employer dans fa Diſfertation.
On trouve dans cette feconde
partie de la Préface , & qui eft la plus
étendue , des réflexions curieufes fur le
vuide , & fur la cohéfion des parties de la
matiere , que M. de M. qualifie de queftions
métaphyfiques , dont on peut fe paffer
dans la plupart des queftions purement
phyfiques. Le vuide hypothétique, par rapport
à ces dernieres , la cohéfion des parties
de la matiere , & les parties intégrantes
, qui conftituent certains corps , & qui
les diftinguent des autres , font , felon lui ,
autant de données pour le Phyficien ,
comme la pefanteur ou le reffort le font
pour l'Horlogeur, ou pour le Méchanicien ,
qui s'eft engagé à nous expliquer les mouvemens
d'une horloge . Mais c'eft ce qu'il
faudra lire dans la Préface même , ainfi
que le paradoxe par où il la termine ; fçavoir
, que M. Newton n'a pû raifonner ,
d'après un fluide primitivement & méchaniquement
élastique , dans fon effai ſur
114 MERCURE DE FRANCE.
.
la péfanteur , fans admettre tacitemeut les
petits tourbillons de la matiere étherée du
P. Malebranche. M. de M. obferve auffi ,
que lorfque les plus grands Philoſophes
ont tant fait que de vouloir expliquer certains
effets généraux de la nature par une
caufe intelligible,ils ont tous été contraints
de recourir à quelque fluide fubtil , répan
du dans l'univers , & infiniment actif.
Il réfulte en général de tout ce difcours
préliminaire , que malgré l'efprit de parti ,
qui fe plaît à divifer les Sçavans , il n'y a
qu'une maniere de philofopher pour ceux qui
font équitables & véritablement Philofophes ;
elle confiftera toujours à ramener nos recherches
aux notions les plus claires & les plus
fimples , &c.
M. de Thury lut enfuite un Mémoire
fur la jonction de la méridienne de Paris
à celle de Snellius , tracée dans la Hollande
, avec des réflexions fur la Carte de
la Flandre.
Ce Mémoire eft divifé en deux parties :
dans la premiere , M. de Th. rend compte
des moyens qu'il a employés pour parvenir
à la defcription géométrique de la Flandre,
Les vûës que l'on a eues dans ces derniers
tems pour la perfection de la Géographie ,
ne fe bornoient point à la feule connoiffance
de l'étendue du Royaume ; elles deDECEMBRE.
1748. 115
étoit comvoient
s'étendre jufqu'à celles des Pays
Etrangers A peine la
guerre
mencée que M.de Th . qui venoit de terminet
la Carte de la France , fut chargé par
le Roi de faire la defcription des pays que
S.M. venoit de conquerir ; l'on fent affez de
quelle importance il eft pour les Militaires
de bien connoître le pays où ils font la
guerre ; fi le gain d'une bataille ne dépend
pas toujours de la connoiffance du terrain ,
on ne fçauroit nier que les avantages
que l'on en peut retirer , en dépendent
prefque toujours ; c'eft un bois que l'on ne
connoiffoit point , un ruiffeau qui eft mal
défigné dans la Carte , enfin un ravin qui
n'eft pas marqué , qui arrête la Cavalerie ,
& retarde la pourfuite de l'ennemi , qui
avant la bataille avoit préparé fa retraite' ;
s'il eft queftion de faire des marches précipitées
pour prévenir l'ennemi dans un
camp avantageux qu'il voudroit occuper ,
de faire arriver des convois pour la fubfiftance
des armées , d'établir des communications
avec des corps de troupes , féparés
les uns des autres , il faut toujours confulter
la Carte , & fi elle nous trompe , l'on
court rifque de faire de mauvaiſes manoeuvres
.
On avoit crû jufques à préfent les
Cartes de la Flandre plus exactes que celles
116 MERCURE DE FRANCE.
des autres pays; ce préjugé étoit fondé fur ce
que ce pays a prefque toujours été le Théatre
de la guerre; M. de Thury remarque cependant
des erreurs très- conſidérables dans
les diſtances des principales Villes , & il
en attribue la raifon à ce que l'on s'eft
toujours contenté de figurer le pays , fans
l'avoir affujetti à des opérations Trigonométriques.
Au moyen du travail de M. de
Thury , il fera aifé préfentement de corri
ger toutes les erreurs qui fe font gliffées
dans les Cartes particulierès , & en raffem
blant tout ce qui a été fait de part & d'au
tre dans la derniere guerre , on fera en
état de conftruire une Carte de la Flandre
très- exacte , & qui pourra être d'une trèsgrande
utilité dans la fuice.
La feconde partie du Memoire de M.
de Thury regarde la jonction de la mé
ridienne de Paris à celle de Snellius . Avant
que l'on eût déterminé la figure de la
terre par des mesures faites fous des pa
ralleles fort éloignés , & avec cette précifion
que l'on ne pouvoit acquerir que
lorfque les inftrumens feroient portés à
leur plus grande perfection ; on avoit été
obligé d'avoir recours à des mefures anciennes
faites dans differens pays. La mefure
de Snellius étoit une de celles qui
avoient été exécutées avec plus de foin ;
DECEMBRE . 1748. 117
le terme auftral de l'arc du méridien qu'il
a employé , n'étoit éloigné du terme boréal
de la méridienne de Paris que de quarante
lieuës , ce qui eft à peu près la diftance
de Dunkerque à Bergopfoom,
Comme le terrein qui fépare ces deux Villes
,fe trouve compris dans les conquêtes
du Roi , les mêmes triangles qui devoient
fervir à la defcription de la Flandre , pouvoient
être employés à la jonction des
deux méridiennes : auffi M. de Thury
ne laiffa pas échapper cette occafion de
réfoudre une partie des doutes que l'on
avoit eus fur l'exactitude de la meſure de
Snellius , dont les réſultats ne pouvoient fe
concilier avec ceux de la figure de la terre ,
nouvellement déterminée.
On avoit déja tenté , mais inutilement ,
de découvrir la caufe de la difference
exorbitante que l'on remarquoit entre le
degré de la Hollande & celui de Paris . M.
Caffini, le pere, dans fon voyage de la Hollande
, avoit remarqué une difference aſſez
confidérable dans la latitude d'Almaer ,
terme boréal de la méridienne de Snellius ,
mais comme il n'avoit point vérifié la latitude
de Bergopfocm , il n'a pu conclure
de fes obfervations l'amplitude de l'arc
célefte , correfpondant à la meſure de
Snellius. M. Muffenbroeck a vérifié en
118 MERCURE DE FRANCE.
>
partie les triangles de Snellius , mais comme
la nouvelle bafe, qu'il a employée, n'eft
pas beaucoup plus grande que celle de ce
Géométre on ne pouvoit encore ajouter
trop de foi à l'exactitude des opérationsTrigonométriques.
Nous pafferonsici
fous filence differentes autres remarques
que M. de Thury fait fur l'ouvrage de
Snellius ; il fuffira de donner ici le ré
fultat de fes nouvelles corrections . Il n'a
trouvé qu'une difference de trente to fes
fur la valeur du premier côté de la méri
dienne de Snellius , de forte que toute
l'erreur eft rombée fur l'amplitude de l'arc
célefte , que M. de Thury trouve moindre
de près de trois minutes ,que Snellius ne
l'avoit déterminé. Au moyen de cette correction,
la grandeur du degré dans la Hollande
eft de 57145 toifes plus grande que
celle de Paris , & telle qu'elle doit être, en
fuppofant la figure de la terre applatie vers
les Pôles.
A M. le Marquis de Gefvres.
Non , je n'en doute point , la célefte puiſ
fance ( # ) ,
Par d'invifibles traits , ou du moins peu connus,
(a) La phyfionomie,
DECEMBRE. 1748. , 119
•
Sur le front des mortels trace , dès leur naiffance,
Le penchant pour le vice ou l'amour des vertus.
Un regard , un inftant dévoile ce mystére ( a ) ,
Un mouvement ſecret en informe le coeur ;
Il nous en fait un don , où nous le rend contraire ;
Le coeur n'eft point un prix qu'obtienne la faveur.
Pour toi , jeune Marquis , quel fenfible préfage !
Gefvres , pour votre nom quel eſpoir fortuné !
Déja ce tendre Fils a les coeurs en partage ,
Et l'on voit dans fes yeux le fang dont il eft né.
Renout.
( a ) Lafympathie,
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Novembre font les
cheveux , Paris , Penfion , Siamoife , Eternité
& Louife. On trouve dans le premier
Logogryphe Paris , fils de Priam , ris &
Apis. Dans le troifiéme , Afie , Asem ,
Siam , Samos, Ofe , ems, offa , Simais , Ofias,
ios , Amos , Ifaie , Moïfe , Sem , Ofa , Sofie,
Mai , Sas , ame , ami , maſſe ,ſi , mi & mie,
Dans le quatrième , rien , Tite , Irenée
Irene , Enée , Nerée , Terée , Titre , rente &
Trente. Dans le cinquième , Jole , folive ,
Ifle , oni , oeil , & Solis , Auteur de l'Hiſtoire
du Mexique,
>
20 MERCURE DEFRANCE
༧❁
BOUQUET ,
A Madame *** , pour la Fête de S. Michel,
JE me fuis avifé de faire un logogryphe * ;
Iris en veut encor voir un de ma façon , -
Et le cruel Amour , qui me tient fous fa griffe ;
Ne permet pas
de dire non.
Le peut-on dire à ce qu'on aime ?
J'obéis , belle Iris , fitôt que vous parlez .
Vous avez fur mon coeur l'autorité ſuprême ;
Je fais depuis long-tems tout ce que voulez ;
Ne vous verrai-je , hélas ! jamais faire de même.
* C'eft celui du Mercure de Septembre dernier , à la
tête duquel devoit être une espéce d'envoi quife trouve
dans le même Mercure , page 115 ,fous le titre de
Bouquet , qui commence par ce vers :
Un fage pour bouquet ne doit point vous offrir ,
&c.
LOGOGRYPHE.
DECEMBRE . 1748. 121
HOP
LOGOGRYPHE.
Huit membres compofent mon corps ,
Et renferment en lui les plus rares tréſors .
On yvoit réunis l'agréable & l'utile ;
Le premier vient d'abord , l'autre fuit à la file.
De tous les fons du plus beau chant ,
J'ai peut-être le plus touchant.
Vient on à le doubler ? C'eft pour me rendre uni
que :
J'excelle dans la danfe , auffi bien qu'en mufique.
Mais , à ces Arts fi gracieux ,
Aux talens d'enchanter les yeux & les oreilles ,
J'ajoute d'autres dons , beaucoup plus précieux
Sur les lévres les plus merveilles
L'Amour feroit chercher en vain
Des douceurs , qui fuffent pareilles
A celles qu'on trouve en mon fein ;
Par deux côtés divers , émule des abeilles ,
Et fur tout pat celui de leur dard affaffin ,
Le nouveau monde a ſeul d'auffi douces merveil
છે.
les.
J'ai le fecret heureux , angélique , divin ,
Des plus rares fecrets le plus digne d'envie
De porter au coeur un levain
Dont le charme fécond , le ranimant foudain ;
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
Rend aux corps languiffans une nouvelle vie?
Les Cieux heureufement m'ont fait l'efprit bénin;
Car j'ai de quoi briſer , ſans peine ,
Les liens les plus forts , la plus durable chaîne ;
Et nul effort ne peut brifer
Celles que je fçais impofer.
Je n'en fuis pourtant pas plus vaine.
Quoique la terre n'ait en foi
Rien de plus élevé que moi ,
Cette élevation ne me rend pas hautaine.
On diroit que dans le deffein
De foumettre au calcul mes charmes innombra
bles ,
Où tout au moins le tendre effain
Des fidéles amans qu'ils rendent miſérables ,
Mes deux extrêmités aux regards délicats
Offrent du nombre dix la troifieme puiſſance ;
Mais le cube de dix n'eft
La racine de mes appas ,
pas
F
Ni des coeurs , qui pour moi foupirent en filence.
Tout le monde chez moi voit l'objet de ſes voeux
Le vrai féjour des bienheureux ,
Après qui nuit & jour le plus fage ſoupire ,
Et que fon coeur préfere au plus puiffant empire.
Qu'on ôte , fi l'on veut, trois membres de ma fin ,
Je fuis encor l'amour de tout le genre humain.
Les plusindifferens fans moi ne fçaurcient vivre
Un aimable befoin les contraint à m'aimer ,
DECEMBRE. 1748 125
Et dès qu'à moi leur goût vient à s'accoûtumer ,
La mort , la ſeule mort de mon joug les délivred
Je pollede l'objet des voeux les plus ardens ,
De ceux même que l'âge a privés de leurs dents.
Pour ceux qui n'en ont plus , ou n'en ont pas encore
,
J'ai des appas peu differens :
Si le vieillard en moi trouve ce qu'il adore ,
Avec ce qui lui plaît j'amufe les enfans .
Jugez de mon pouvoir fur les adolefcens.
C'eft par moi que l'amour fçait embrafer leur ame
Son célefte flambeau tire de moi fa Aamme .
De mes membres , moins trois , ôtez -lui le fecours ,
Ce flambeau fi brillant s'éteind a pour toujours.
Ainfi l'Amour me doit fon éclat & fa gloire.
Cependant , ( le pourra- t'on croire ? )
Les trois quarts de mon corps , par mille affauts
divers ,
Ont enchaîné Satan dans le fond des enfers ,
Mais hélas ! trop fouvent , quand je fuis toute en
tiere ,
Je le rappelle à la lumiere :
Et , malgré moi , je romps fes fers ;
Pour en donner à l'Univers.
1
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
DE
AUTRE.
E dix lettres , Lecteur, eft compofé mon nom,
Des habitans de l'Hélicon
Quoique fade progéniture ,
De plus d'un bel efprit je fais l'amuſement.
Je renferme en mon corps de bizarre ftru&ture
La qualité de ceux qui fous le Firmament
Gouvernent les humains foumis à leur empire;
Le plus précieux des métaux ,
Diverſes efpéces d'oiseaux ,
Ce que l'on aime & qu'on admire ,
Deux fleuves d'affez grand renom
Un grain , un terme de mufique ,
Le foutien d'une République ,
Certain inftrument , dont le fon
Des mortels régle la conduite ,
Préfide à leurs actions ,
Et fait longer au tems , dont la rapide fuite
Donne une ample carriere à leurs réflexions.
J. B. Tarail
DECEMBRE . 1748. 125
LOGO GRYPHU S.
Uifquis Logogryphi tenebrofa volumina
quæris
Solvere , fifte gradum : nova denudanda recurrunt.
Sum pedibus feptem conflata , perutilis orbi
Machina. Diva potens olim mihi præbuit ortum ?
Poft hanc Rectores populi , Romæque Senatus ,
Patrum turba , meum non unquàm refpuit ufum ;
Sed me nunc vili dextræ potiuntur agreftes.
At fermone tibi nimio ne tædia ducam ,
Uno quinque brevi verbo cognomina pandes,
Invenies fedem , Priamus quam fanguine tinxit ,"
Cum Pirthus lateri capulo tenus abdidit enfem .
Mutatis pedibus , claro fum nomine flumen ;
Junge pedes pedibus , pavidis fum matribus hor.
ror .
Nunc paulò patiens inverte vocabula , jamjam
Nulla mora : herba potens ad opem , radixque
medendi
Utilis occurrer. Nullus labor ampliùs inftat ;
En facile advertes Elementum , exordia rerum
Delicias hominum , terreftris gaudia vitæ.
Illud amas, flereſque illud tibi , Lector, ademptum.
A Châteaudun , par E*** F ****
F iij
124 MERCURE DE FRANCE.
AUTR E.
DE dix lettres ,Lecteur, eft compofé mon nom,
Des habitans de l'Hélicon
Quoique fade progéniture ,
De plus d'un bel efprit je fais l'amufement .
Je renferme en mon corps de bizarre ſtructure
La qualité de ceux qui fous le Firmament
Gouvernent les humains foumis à leur empire;
Le plus précieux des métaux ,
Diverfes espéces d'oiſeaux ,
Ce que l'on aime & qu'on admire ,
Deux fleuves d'affez grand renom
Un grain , un terme de mufique ,
Le foutien d'une République ,
Certain inftrument , dont le fon
Des mortels régle la conduite ,
Préfide à leurs actions ,
Et fait fonger au tems , dont la rapide fuite
Donne une ample carriere à leurs réflexions.
J. B. Tarails
DECEMBRE . 1748. 125
LOGO GRYPHU S.
QUifquis Logogryphi tenebroſa volumina
quæris
Solvere , fifte gradum : nova denudanda recurrunt.
Sum pedibus feptem conflata , perutilis orbi
Machina. Diva potens olim mihi præbuit ortum ?
Poft hanc Rectores populi , Romæque Senatus ,
Patrum turba , meum non unquàm refpuit ufum ;
Sed me nunc vili dextræ potiuntur agreftes.
At fermone tibi nimio ne tædia ducam ,
Uno quinque brevi verbo cognomina pandes,
Invenies fedem , Priamus quam fanguine tinxit ,"
Cum Pirthus lateri capulo tenùs abdidit enfem.
Mutatis pedibus , claro fum nominc flumen ;
Junge pedes pedibus , pavidis fum matribus hor.
ror.
Nunc paulò patiens inverte vocabula , jamjam
Nulla mora herba potens ad opem , radixque
medendi
"
Utilis occurrer. Nullus labor ampliùs inftat ;
En facile advertes Elementum , exordia rerum
Delicias hominum , terreftris gaudia vitæ.
Illud amas, flerefque illud tibi , Lector, ademptum .
A Châteaudun , par E*** F****
Fiij
726 MERCURE DEFRANCE
*****
NOUVELLES LITTERAIRES ,
H
DES BEAUX - ARTS, &o:
ISTOIRE GENERALE des Voyages
, &c. Tome VI . 1748, pp. 608.
A Paris , chez Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or .
Dans le cinquiéme Tome de cet ouvra
ge , on nous avoit donné les Relations de
trois Ambaffades , envoyées à la Chine par
les Hollandois ; les extraits des voyages
faits dans ce vafte Empire par Everard Ifbrand
Idas , par Laurent Lange , par Gemelli
Careri , & par divers Miffionnaires ,
& une Hiftoire abregée de la Légation de
Charles Ambroife Mezzabarba , Patriarche
d'Alexandrie , vers l'Empereur Kang-hi.
Le Lecteur pouvoit tirer de ces Mémoires
beaucoup de fecours , pour s'inftruire de
ce qui regarde les Chinois & la Région
qu'ils habitent , mais dans des pièces détachées
, telles que le font celles dont il s'agit
, les obfervations relatives à la même
matiere fe trouvent éparfes de côté &
d'autre , & laiffent des traces moins profondes
dans l'efprit , que fi elles étoient
DECEMBRE . 1748. 127
les
raffemblées fous un même titre & dans un
feul chapitre. D'ailleurs les differens Relateurs
, ne voyant pas les objets avec les
mêmes yeux5
peignent avec des couleurs
differentes , & cette contrarieté, nonfeulement
met de la confufion dans nos
idées , mais nous rend incertains de ce que
nous devons croire.
Afin de fatisfaire plus parfaitement notre
curiofité fur une Nation , qui mérite ,
autant que la Chinoife, d'être connue , on
nous offre dans un fixiéme volume une
defcription fuivie de la Chine , de fon
étenduë , de la fituation & de la grandeur
de fes Provinces , du nombre prodigieux
de fes habitans ; de leurs moeurs , de leurs
uſages , de leurs amuſemens , de leurs Fêtes
& de leurs cérémonies ; de leur Langue
& de leurs progrès , foit dans les Sciences ,
foit dans les Arts ; de leur Religion ; de
leur Gouvernement ; de leur commerce ;
de leur magnificence dans leurs ouvrages
publics ; de la fameufe muraille qui cou,
vre au Nord les Provinces de Pe - che - li , de
Chan- fi & de Chen-fi, & qui , fi l'on comp
te tous fes détours , eft longue , felon le
Pere le Comte , d'environ cinq cens lieuës.
La Relation de ce Jéfuite , & celles de
Nieuhof , de Montanus , de Navarette , &
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
des autres Voyageurs que nous avons cités,
font les principales fources , dans lefquelles
les Auteurs de ce Recueil ont puifé ce
qu'ils avoient écrit précédemment au fujet
des Chinois. Ces Auteurs ont encore fait
ufage des mêmes guides , mais en mêmetems
ils ont profité des obfervations de
Nicolas Frigaut , d'Alvarez Samedo , de
Martin Martini , de Gabriel Magalhaëns ;
particulierement de celles du Pere du Halde
, qui eft toujours l'oracle qu'ils confultent
préférablement.
Outre la defcription de la Chine , ce
fixiéme tome contient plufieurs détails curieux
fur la Tartarie Chinoife , fur les
Tartares Mancheous , fur les Mongols Kalcas
& fur les Mongols proprement dits.
TRADUCTION du Poëme de la Religion
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
136 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. D *** fur celles qui
ont été publiées récemment , concernant
la Peinture , la Sculpture , l'Architecture ,
& c.
Noussommes priés d'inférer ici toute entiere
cette Lettre , que nous nous étions contentés
d'annoncer dans les Nouvelles Littéraires du
mois dernier.
J'ai lu , Monfieur , le Livre que vous
avez eu la bonté de m'envoyer . L'Au
teur y paffe en revûe , non-feulement les
Tableaux & les morceaux de Sculpture ,
qui viennent d'être expofés au Sallon
& quelques-uns même de ceux qui y ont
paru l'année derniere , mais encore d'autres
Tableaux , placés depuis quelque
tems en differentes Eglifes ; il s'érige un
Tribunal , & en Juge Souverain , il prononce
des Arrêts dont il femble qu'il ne
foit pas permis d'appeller. Je ne fuis pas
affez connoiffeur en Peinture ( car c'eſt de
cet Art fur- tout , dont il eft ici queſtion )
pour décider fi fes jugemens font équitables
ou non ; d'autres pourront examiner
fon Code. Mais je connois affez les bornes
d'une critique raifonnable & falutaire ,
pour fçavoir qu'il les a franchies dans plus
d'une occafion , & qu'il paroît être peu
jaloux des ménagemens avec lefquels il
convient de parler des gens de mérite &
de talens.
DECEMBRE. 1748. 137
Nous devons toujours des égards , je
dirois même de la reconnoiffance , aux
perfonnes qui confacrent leur vie à nous
procurer de l'agrément ou de l'utilité
quand même ces perfonnes ne reuffiroient
pas dans leurs ouvrages au point que nous
le fouhaiterions ; il fuffit qu'ils ayent fait
des efforts , pour avoir droit du moins
fur notre indulgence . Notre intérêt nous
porte à les encourager autant qu'à les
éclairer , & cet encouragement ne fçauroit
naître que d'une attention fcrupuleufe
de notre part , à relever dans leurs
productions les beautés qui s'y rencontrent
, à y découvrir le germe du talent
& à reprendre leurs défauts avec politeffe
& circonfpection . Quiconque , après
avoir arboré l'étendart de la critique , ne
garde aucunes mefures avec les Auteurs
eft comptable au Public du dégoût qu'il
leur donne , dégoût qui engourdit le ta
lent , glace le génie , émouffe cet aiguillon,
fi néceffaire pour lui faire développer toutes
fes forces. Les Auteurs les plus célébres
ne font pas à l'épreuve de cette efpéce
de congellation d'efprit , fi j'ofe mexprimer
de cette forte . On fçait que le mauvais
fuccès de Pertharite, & fans doute les cenfures
qu'effuya fon Auteur alors , avoient
pétrifié fa veine tragique ; qu'il fut plus
# 38 MERCURE DE FRANCE.
de douze années fans travailler pour le
Théâtre , & que fans un Miniftre , ama
teur des Lettres , qui le follicita vivement
de rentrer dans la carrière , nous ferions
privés d'Edipe & de plufieurs autres Poë
mes remplis de grandes beautés. Peut - on
penferfans regret , que ce Pere du Théâtre
François ait été fi long - tems fans rien
produire , & qu'on l'ait affez peu ménagé
pour l'y contraindre. C'eſt ainſi que le
public lui - même eft fouvent , pour me
fervir d'une expreffion que j'ai entendue
quelquefois , le bourreau de fon plaifir .
Il faut l'avouer. C'eft un grand malheur
, que la plupart des Critiques , furtout
celles qu'on imprime , foient toujours
parfemées d'un fel qui réveille &
pique la malignité du coeur humain ; on
n'y viole que trop fouvent les loix de la
vérité & de l'honnêteté ; on affecte de
répandre fur un Auteur un certain ridicule
, & d'affaifonner d'un enjouement
perfide le mets friand qu'on préfente aux
Lecteurs à fon préjudice . Ces dangereux
Ariftarques en impofent , mais ils nuifent
plus qu'ils ne fervent . Une critique grave
& modefte ne feroit pas leur compte ,
parce qu'elle fe répandroit moins , quoiqu'elle
inftruisît mieux . Je vous deman
de , Monfieur , où la probité peut trouDECEMBRE.
1745. 139
ver fa place dans un procédé fi peu cor
rect ? Je dis la probité , car il me femble
que les talens d'autrui ne doivent pas
nous être moins refpectables que fes autres
poffeffions , & qu'il ne nous eft pas
plus permis de lui ravir les uns que les autres
,
L'atteinte qu'on porte à la réputation
de quelqu'un , bleffe plus les qualités du
coeur , que vingt découvertes dans les
arts ne font d'honneur à l'efprit. Les Critiques
, les plus emportés , fe feroient fans.
doute un grand fcrupule de caufer à un
homme quelque perte dans fon bien , &
ils ne craignent pas de décrier fon talent ,
qui en eft ordinairement la fource . Quand
même un Ecrivain, de cette trempe , n'auroit
pas pour but d'oter aux Auteurs la
gloire de leurs Ouvrages , il fuffit , pour
le condamner , que fon travail produife
cet effet , fût-ce contre fon intention .
Je ne prétends pas appliquer abfolu →
ment à notre Auteur toutes les réflexions
que fan Livre me fait faire ici. Je veux
croire que fes vies ont été plus innocen
res. Toutefois il faut convenir qu'il donne
beaucoup de prife fur lui à cet égard.
>
Il eft des genres de talens , aufquels la
fortune de ceux qui les exercent , fe trouve
néceffairement attachée. La Peinture :
140 MERCURE DE FRANCE.
la Sculpture , & c. font dans ce cas. Or
un homme qui fe donnera pour connoiffeur
, & qui viendra d'un ton impofant
nous dire , en palant de l'Ouvrage d'un
Artifte qui aura de la réputation : Vous
ne vous étonnerez pas que je garde le filence
Sur le Grouppe de M ** , Profeſſeur de l'Academie
; c'est ce que j'ai cru faire de mieux
pour l'honneur de l'Auteur. Un homme ,
dis-je , qui s'exprime de cette maniere
ne couvre- t'il pas d'un voile épais le mérite
de cet Auteur , & ne doit-il pas craindre
d'écarter de lui ceux que fa premiere
réputation en avoit approchés ? Quoi !
n'y avoit - il rien dans fon Ouvrage qui
méritât quelque approbation , & qui pût
balancer, en quelque maniere , les défauts
qu'on y remarquoit ? Ou bien , ſi le morceau
eft totalement défectueux , ce qu'on
aura peine à croire de cet Artifte , ne
pouvoit on pas trouver , en en parlant ,
un tour moins défobligeant , & dire , par
exemple , que M *** n'a pas raffemblé les
traits de genie , d'élégance , la correction
du Deffein , &c. qu'on remarque dans fes
autres Ouvrages ? Cette obfervation modefte
, en rappellant un mérite connu , auroit
feulement fait fentir qu'un bon Auteur
n'eft pas toujours femblable à luimême
, & c'eft-là qu'on auroit pu appliquer
DECEMBRE. 1748. 140
'Aliquando bonus dormitat Homerus.
:
J'ai rapporté cet exemple, Je pourrai
en citer plufieurs autres , où les ménagenens
ne font pas plus obfervés . Prenezgarde
, Monfieur : les éloges que notre
Auteur donne à quelques - uns , c'eft , à
roprement parler , le ferpent caché fous
es fleurs ; il pare fes victimes avant que
le les immoler , & quelles victimes ! C'eft
in Vanloo , un Natoire un Reſtout
plufieurs autres Académiciens trèsftimés.
C'eft un Peintre célébre , refpectable
encore par mille talens réunis ,
x par la Dignité dont il eſt revêtu . Les
ouanges dont on affaifonne la cenfure
qu'on fait des Auteurs , eft un bien foiole
correctif. L'amertume de la médecine
berce au travers des effences dont on tâche
de l'adoucir. Le poifon en eft-il moins
oifon , pour avoir été introduit dans des
iqueurs Aatteufes au goût ? Il en eft feule,
nent plus traître.
Notre Critique y a-t'il bien penfé en
bubliant fes Lettres ? Eft - il poffible qu'il
n'ait pas prévu le foulévement qu'elles
devoient naturellement exciter dans les
efprits , que touche l'harmonie qui doit
regner entre le Public & les perfonnes de
talens ? Je le vois attaquer de front une
142 MERCURE DE FRANCE:
Ecole fameufe dans l'Europe , & qui fait
tant d'honneur à la Nation ; je le vois
diffequer hardiment les Ouvrages ' des
principaux Membres d'une Compagnie ,
que la Protection déclarée de Sa Majefté ,
& les foins fructueux de celui qui préſide
aux Arts , ont rendue , depuis quelques . ?
années fur tout , féconde en excellentes
productions. Je le vois par fes critiques
audacieuſes , détruire , contre fa penſée
bien fûrement , l'émulation qu'un fage
Miniftere cherche à donner à nos Peintres
& à nos Sculpteurs par l'expofition .
annuelle du Sallon . Car n'eft-il point à
craindre qu'en faifant, ainfi à tout propos,
main-baffe fur la plupart de leurs Ouvra
ges , on ne les porte à les retenir dans
leurs Cabinets , non pour ſe refufer à une
critique éclairée , mais pour mettre leur
réputation à l'abri d'une cenfure témé
raire? Je vois enfin cet Ecrivain décider
du mérite & des uns & des autres , avec
une confiance qui a bien l'air de tenir
plus de la préfomption que de la fagacité
d'une vafte connoiffance , Dites - moi
donc , Monfieur , ce qu'il a pu fe promettre
de cette fiere irruption , & quels lauriers
font dûs à fes travaux ? Je doute que
les Mufes l'en avouent , & que fa Minerve
foit couronnée par elles.
DECEMBRE. 1748. 143
Si on en croit pourtant cet Auteur , le
progrès des Arts , & la perfection de
ceux qui les profeffent , font les feuls refforts
de fa plume . Je le veux . A Dieu ne
plaife que je lui fuppofe une mauvaiſe intention
, mais nous nous aveuglons fouvent
nous-mêmes , & la prudence ne conduit
pas toujours nos projets. En vain ,
pour autorifer fa critique , s'appuie-t'il de
celle du Cid , faite par l'Académie Françoife.
La grande réputation de cette Piece
vient moins de la jufteffe de fes cenfures
, que de leur modération , & des bienféances
qu'on a gardées envers l'Auteur.
C'est un exemple qui a été ſi peu fuivi ,
que je le crois encore unique . Auffi por
te -t'il l'empreinte d'une Compagnie , qui
a autant de lumieres & de fageffe , qu'el
le eft éloignée de toute jaloufie & animofi
té.
Si l'Ecole Françoife tient tant au coeur
à notre Critique , pourquoi la décrier par
des Ecrits imprimés ? Que penferont les
Etrangers , fi prévenus en faveur de cette
Ecole , lorfqu'ils liront que de fes plus fumeux
Maîtres , les uns n'ont ni coloris ni def
fein , les autres ne fçavent pas groupper leurs
figures , ou même ne group pent point du tout.
Tous défauts effentiels dans la Peinture,
Que celui-ci ne connoit point la nature , qu'on
144 MERCURE DE FRANCE.
>
voit dans fes Tableaux un manque d'Enfemble
, & des airs de tête détestables . Que le
deffein de celui-là eſt manieré & peu fçavanı
fes figures lourdes , fes emmanchemens trop
foibles,fon coloris faux,tenant plus de la bron-
Ze que de la nature. Que tout fon Tableau eft
fatigué annonce la peine & letravail. Qu'il
faut efperer de cet autre , qu'un choix glorieux
& la nobleffe du fujet échaufferont fon
imagination d'un feu nouveau , & le feront
fortir de ce froid , & de cette maniére ronde
qu'on reproche prefque en général à tous fes
Ouvrages , &c.
·
>
Qu'en dites vous , Monfieur ? ne voilà
t'il pas , grace à l'Auteur des Lettres ,
notre Academie en belle pofture dans
toute l'Europe ? Et on appellera cela , de
l'amour pour la Patrie & pour la gloire ?
Quelles idées d'ailleurs fe formeront de
leurs modéles ces Eleves qu'on vient
d'établir ? C'eſt les prévenir violemment
contre l'infuffifance de leurs Maîtres , &
leur infpirer prefque du mépris pour les
leçons qu'ils en reçoivent .
Qu'est - ce qui entraîne après foi , Monfieur
, tous ces inconveniens ? La publicité
d'une critique ; mais , & j'ai peine à
le dire , à qui la doit- on cette publicité ?
à la vanité de fon Auteur. S'il n'avoit
uniquement pour objet que l'avancement
&
DECEMBRE. 1748. 145
& la perfection de l'Artifte ; il eft des
moyens honnêtes pour faire paffer julqu'à
lui la connoiffance des défauts qu'on
trouve dans fes ouvrages , & ces moyens ,
ne compromettant point fa réputation
produiroient fur lui les plus heureux
effets ;il feroit fenfible à la politefle dont
on auroit ufé envers lui ; on acquereroit
fon eftime , & le coeur gagné inclineroit.
bientôt le genie & la main à fe réformer
fur les avis d'un fi fage Cenfeur . Je le
foutiens. Rien n'eft plus digne d'un galant
homme que cet obligeant myftere ,
& je fuis fûr que je ferois regretter à
notre Auteur de ne l'avoir pas pratiqué .
Qu'il ne s'y trompe pas. Il eft tel ' Artifte
dont les fautes mêmes meritent quelque
refpect , & il ne faut pas apprendre à
ceux qui ne le fçavent pas , qu'il a été
capable de les faire. Mais les moyens
dont je parle , font fourds. On eft , avec
eux , Cenfeur fans éclat , Citoyen fans
fafte. Le Public ignore notre fagacité &
le fervice que nous rendons aux talens ;
difons le , à la honte de l'humanité , l'amour
propre ne s'accommode gueres des
vertus qui lui font infructueufes & d'an
merite exercé à pure perte,
Je finirai cette Lettre déja trop longue ,
par une réflexion fur ce que les hommes fe
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
doivent réciproquement. C'eft un axiome
commun , que le fouverain droit eft
une fouveraine injuftice . On entend par
là , qu'il ne faut jamais juger à la derniere
rigueur , parce que les hommes , ne pouvant
rien faire de parfait , ne font pas excufables
d'oublier cette mifere de leur
condition , jufqu'à exiger des autres une
perfection à laquelle eux-mêmes ne fçauroient
atteindre , & c'eft le fondement
naturel de l'indulgence dont les hommes
doivent ufer entr'eux .
J'aimerois à voir la Critique , fans rien
perdre de fes droits , s'appliquer à augmenter
notre plaiſir , en nous faiſant difcerner
dans les ouvrages , les traits heureux
, les fineffes de l'art qui nous auroient
échapés , plutôt que de le diminuer
par trop de recherches des défauts que
nous n'aurions pas apperçus. Je lui appli
querois volontiers ce que le Poëte Lainez
adreffoit à la raiſon ,
Eclaire nos plaifirs & ne les trouble pas.
Reconnoiffons toutefois l'utilité de la
critique , & plaignons feulement ceux qui
ne l'exercent pas avec cette candeur & cette
décence qui doivent ne l'abandonner
jamais. Je fuis , &c.
DECEMBRE. 1748. 147
TRAITE' DE LA FABLE , fous le titre de
Connoiffance de la Mythologie , nouvelle édi
tion , augmentée des traits d'histoire , qui ont
fervi de fondement à tout le fyftême de la Fable
, avec une Table commode pour les Lecteurs.
A Paris , chez Savoye , rue Saint Jacques
, à l'Esperance , au- deſſus de la Fontaine
Saint Severin.
11 paroît par les deux éditions qui ont
déja été faites de ce Livre, qu'il a été goûté
du Public ; les augmentations dont on a
enrichi cette troifiéme , rendent ce Traité
plus inftructif , & plus utile aux jeunes
gens , en faveur de qui il a été principalement
compofé.
Nous abuferions de la patience de nos
Lecteurs , fi nous nous étendions fur la
néceffité dont il eft aux jeunes gens d'être
inftruits de la Mythologie , foit pour
lire les ouvrages des anciens , foit pour
entendre nos propres Poëtes , foit pour
connoître la plupart des fujets traités par
des Peintres & des Sculpteurs célébres.
On a inferé dans ce Livre , ainfi qu'on
l'annonce par le titre , tous les faits de l'hif-'
toire , qui ont donné lieu aux traits fabuleux.
Par-là , le Lecteur a la fatisfaction
d'apprendre ce qui peut avoir occafionné
tout le corps bizarre & monftreux de la
Théologie Payenne. Au défaut des évene-
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
mens vrais , on a développé dela manierę
la plus vraisemblable les moralités aufquelles
les fables font alluſion .
l'homme avec ›
ABREGE' de l'Anatomie du corps de
une méthode courte &
exacte , fur la maniere d'injecter & de
préparer les parties fraîches ou féches : à
Paris , chez C. F. Simon , Imprimeur Libraire
, rue de la Parcheminerie , & chez
M. Suë , Auteur de ce Livre , Chirurgien
de Paris , Profeffeur en Anatomie , rue
Saint André des Arcs , vis- à- vis la rue
Mâcon , 1748. Deux volumes in- 12 . Prix
s liv. reliés.
S
:
·
FRISII Poëta Elegia de adventu fuo in
Galliam à Paris , chez Valleyre , rue
Saint Severin , brochure in-4° . de 4 pages,
Prix 5 f.
CHRONOLOGIE hiftorique & univerfelle
, qui contient tous les évenemens mémorables
qui font arrivés depuis le commencement
du monde jufqu'à préfent ,
avec leurs époques & leurs principales circonftances
, par M.Gayot , Docteur ès Arts,
& Gradué de l'Univerfité de Paris, nommé
Hiftoriographe du Prince Evêque de Liége
: à Liège , chez l'Auteur , vingt volumes
in 8°. Le prix eft de 36 liv. monnoye de
France.
PHARMACOPE' univerfelle raifonnée ,
DECEMBRE. 1748. 149
où l'on trouve la critique des principales
préparations qui font dans les boutiques
des Apoticaires , la maniere de découvrir
celles qui font fophiftiquées , & les régles
qu'il faut fuivre pour compofer des formules
deftinées à être gardées ou mifes à ufage
fur le champ , par M. Quincy , Médecin
, traduite de l'Anglois , fur la onzième
édition , augmentée confidérablement &
corrigée par M. Claufier , Médecin de Paris.
A Paris , chez d'Houry , pere , & Laurent
d'oury , fils , rue de la vieille Bouclerie
, au Saint Efprit .
LE NOUVEL ESOPE , Fables choifies ; a
Paris , chez la veuve Delormel & fils , Imprimeurs
Libraires , rue du Foin , vis - à- vis
la rue des Noyers .
LEÇONS de Phyfique expérimentale ,
par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , & Maître de Phyfique de
Monfeigneur le Dauphin. Tome IV . A
Paris , chez les freres Guerin , rue Saint
Jacques , à S. Thomas d'Aquin .
DISCOURS de notre très Saint Pere le
Pape Benoît XIV . prononcé dans le Confiftoire
fecret du 16 Septembre 1748 , fur
la mort précieufe de Pierre Martyr , Religirux
de l'Ordre des Freres Prêcheurs ,
Evêque de Mauricaftre , Vicaire Apofto-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
lique pour la Province de Fokien , dans le
Royaume de la Chine. A Paris , chez
Quillau , pere , rue Galande , près la Place
Maubert , & Babuty , ruë Saint Jacques ,
à S. Chryfoftôme .
L'ART de tourner , ou de faire en perfection
toutes fortes d'ouvrages au tour ,
&c. compofé en François & en Latin , en
faveur des Etrangers , & enrichi de quatrevingt
planches , par le R. P. Charles Plu
mier , Religieux Minime. Nouvelle édition
, corrigée & augmentée , in-folio , à
Paris , chez Charles Antoine Jombert ,
Quai des Auguftins , à l'Image N. Dame.
LA GRAMMAIRE des Sciences philofophiques
, ou analyfe de toutes les Sciences ,
traduite de l'Anglois , de Martin , in- 8 ° .
avec figures. A Paris , chez Briaſſon , rue
Saint Jacques.
LA RELIGION CHRETIENNE , prouvée
les faits. Nouvelle édition , augmenpar
tée d'une Préface , d'une Lettre au fujet de
quelques difficultés faites fur les trois premieres
éditions de ce Livre , de huit chapitres
dans les deux premiers Livres , de
deux difficultés avec leurs réponſes , &
d'une Differtation fur les faux principes
des Incrédules , où l'on examine les divers
fyftêmes qu'ils oppofent à la Religion
Chrétienne . Quatre volumes 1-12 . le
DECEMBRE . 1748. 151
Prix 10 liv. reliés . AParis, chez le Mercier,
Imprimeur-Libraire ,. rue Saint Jacques ,
au Livre d'or,
ELEMENS d'Anatomie. Volume in- 8°.
avec figures. A Paris , chez Defaint &
Saillant , rue Saint Jean de Beauvais.
LETTRE & Confultation fur la Société
des Francs-Mâçons , in- 12 . A Paris , chez
les mêmes.
, ALMANACH CHANTANT ou Etrennes
lyriques , aftronomiques & phyfiques ,
avec la mufique pour l'année 1749 , par
M. Nau. A Paris , chez Cailleau , Libraire,
rue Saint Jacques , au-deffus de la rue des
Mathurins , à S. André.
On trouvera chez le même Libraire un
nouveau recueil de Piéces repréfentées au
Théatre Italien depuis l'année 1747 , ua
volume in-8°.
Plus les divertiffemens des Piéces qui
fe repréfentent aux Théatres François &
Italien , & plufieurs recueils de mufique.
C. CORNELII TACITI defitu , moribus ,
& populis Germania libellus , cum præfatione
& obfervationibus , atque indice gemino , iterùm
publicatus à Jo . Gotter. Hauptmanno.
Lipfia , apud hæredes Lanckifianos , 1747 ,
in-8°.
D. CHRISTIAN. G. Ludwig. Med. P.
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Definitiones generum Plantarum , olim in ufum
Auditorum collecta , nunc aucta & emendata.
Lipfix , apud Joan . Frider, Gleditſchium ,
1747 , in-8°.
JOANNIS HEUMANNI , Juris Profefforis
Altorfini , Commentarii de re Diplomatica ,
Imperatorum ac Regum Germanorum , inde à
Caroli Magni temporibus adornati . Norimberga
, fumptibus Joannis Georgit Lochneri,
1746, in-4° .
*
GENTIS ZALUSCIA Oracula rei Litterarie
aufpicatiffima recenfuit , & orationem
Varfovie in certamine Litterario recitatam
inferuit Erneftus Martinus Chladenius D.
Jur. Feud. Profeffor , Wittembergæ , typis
Schlomach , 1747 , in - 4°.
AMBITUM elegantioris furifprudentia dimetiendo
feudalém Provinciam capeffivit Erneftus
Martinus Chladenius ; &c. Wittemberga
, typis Schlomach , 1747 , in-4° .
DISSERTATIO periodica de difciplinis
economico-politico- cameralibus Praf. Alex.
Gottlieb Baumgarten Ph. Prof. Trajecti cis
Viadrum , 1747 , in-4° .
DE TESTAMENTO arcano ad L. XXI.C.
de Teftam. Pref. Joh. Chr . Peffero , &c .
Francofurti ad Viadrum , 1747 , in- 4° .
Ces deux Differtations fe trouvent auffi
à
Leipfick.
SCHEDIASMA de Jurisdictione Gallici
DECEMBRE. 1748. 153
Regiomontani pro loco Prof. Jur. ord. rite
capeffendo..... proponit Joannes Ludovicus
l'Etocq... Regioni , typis Académicis ,
1747 , in-4°.
ELEMENTA Philofophie rationalis , Sen
Logica , cùm generalis tùmfpecialis , Mathematica
methodo in ufum auditorumfuarum demonftrata
à Martino Knutzen , 1747 , in- 8°.
Regioni.
M. CHRIST. Nic. Kochii commentatio de
Legationibus Ecclefiafticis veterum Chriftianorum,
&c.Jena , 1747 , in- 8 °.
Cet ouvrage fe débite autfi à Leipfick ,
chez Ritter.
TRAITE' des Dieux & du monde , par
Salufte le Philofophe , traduit du Grec ,
avec des réflexions philofophiques & critiques
, par M. Formey , Secrétaire perpétuel
de l'Académie Royale des Sciences
& Belles Lettres de Berlin , avec le texte
Grec , à Berlin , chezChrétien- Louis Kunft,
1748 , in-8 °.
IL PAROÎT à Cambridge un des volumes
de la nouvelle Edition Grecque & Latine
de Démosthène . Ce volume qui eſt in-4°.
eft le troifiéme de cinq qu'elle formera.
Il paroît dans la même Ville une nouvelle
édition en un volume in- 8 ° . de quatorze
harangues d'Ifocrates , dont voici
les fujets . Archidamus Evagoras , Enco-
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
€
mium Helena , Bufiris , Panathenaica , contra
Sophiftas , Plataica , de permutatione ,
de bigis , Trapezitica , adverfus Callima
chum Aginetica , contra Lochitem , m
contra Euthynum ..
>
HISTOIRE univerfelle d'une fociété de
gens de Lettres in - 8 ° . dont on continue à
délivrer les dix-huit premiers volumes de
la nouvelle édition , aux Soufcripteurs.
Les deux derniers volumes font actuellement
fous preffe , & paroîtront dans peu
de tems , à Londres. L'ouvrage eft en Anglois
.
LA RELATION du voyage autour du
monde , par l'Amiral Anfon , vient d'être
réimprimée dans la même Ville enAnglois,
avec des Cartes & des figures. Les Mémoires
en font dreffés par le Chapelain qui
accompagnoit l'Amical .
On réimprime dans la même Ville le-
Dictionnaire Italien Anglois d'Altieri , dont
les exemplaires étoient devenus très- rares ,
& le prix exorbitant .
SUMMA Santi Thome hodiernis Academiarum
moribus accommodata... Prima pars,
de Deo uno , Trino & Angelis ... Tomus pri-
~`mus & fecundus , de Deo & ejus attributis . ....
Pralectiones Honorati Tournely , præfertim de
fasemia & voluntate Dei , nec non de Pradeftinatione
impugnantur. Tomus tertius , de D.
DECEMBRE . 1748 .
155
Trino & Angelis . Opera & ftudio F. Caroli
Billuart , Ord. Pred. &c. Leodii , apud
Everardum Kints , S. S. E. Typographum ,
1747 ,, in- 8 ° . Trois volumes . Cet ouvrage
fe trouve à Paris , chez Babury , Libraire
, rue Saint Jacques , à Saint Chri-
-foftôme .
HISTOIRE abregée de la vie , des vertus
& du culte de Saint Bonaventure , de
l'Ordre des Freres Mineurs , Cardinal
Evêque d'Albano , & Patron de la Ville
de Lyon , écrite par un Religieux Cordelier.
A Lyon , chez la veuve de la Roche ,
& fils , & les freres Duplain , Libraires ,
ruë Merciere , 1748 , in - 8 ° . Cette édition
eft fort belle , foit pour l'impreffion , foit
pour les vignettes & les autres tailles
douces , dont elle eft enrichie.
On trouve chez le Sieur Jean Roque ,
Ingénieur Géographe , à l'Hôtel Dauphiné,
rue des Boucheries , fauxbourg Saint Germain
, un grand nombre de Cartes Géographiques
& Topographiques , plans &
vûes de Villes , de Palais , &c . plans &
vûës de Vaiffeaux , combats de mer , Eftampes
fur divers fujets , avec le catalogue
de toutes ces pièces , au nombre de cent
foixante & dix numeros , ou piéces differentes.
Les plans & Cartes de Géographie
fe trouvent auffi chez le Sieur Julien , rue
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
de Braque , la premiere porte cochere ;
près la rue Sainte Avoye , au Marais.
La veuve Chereau , rue Saint Jacques ,
aux deux pilliers d'or , débite le nouveau
plan des Villes & Fauxbourgs de Londres
& de Weftminster , en 24 feuilles , grand
papier. Ce plan a été levé géométriquement
fur les lieux par Jean Rocque , fous
la conduite & direction de M. Martin
Tolher , Président de la Societé Royale
de Londres & de M. Pierre Davall ,
Membre de la même Société , dont l'Approbation
eft à l Index , & il eft gravé par
Jean Pine , Premier Graveur de fa Majefté
Britannique. On doit des éloges à l'exacritude
& à l'exécution de cet ouvrage ,
dans lequel on diftingue très- parfaitement
les principaux édifices , comme Eglifes ,
Palais , Jardins , Places , & tout ce qu'il
y a de remarquable dans cette grande
Ville.
Le Calendrier de Cabinet pour vingtdeux
années à l'uſage de differens Diocéfes
, enrichi de figures allégoriques , dédié
& préfenté à Madame la Dauphine , lequel
a été annoncé dans le Mercure de
Janvier 1748 , page 131 , ayant eu tout
le fuccès poflible , l'Auteur avertit qu'il a
prêts , outre le Diocéfe de Paris , ceux
de Rouen , de Lyon , de Sens , de TouDECEMBRE
. 174S . 157
loufe , de Montpellier , d'Autun , de
Chartres , de Senlis , de Beauvais , de
Meaux , & que plufieurs font fous preffe.
Il avertit aufli que ce n'eft point un Livre ,
comme plufieurs perfonnes fe le font imaginé
, mais que c'eft une eftampe collée fur
carton .
SONATE da Camera à violoncello folo , col
Baffo continuo , dedicate alli Amatori di Mufica
, compofte dal Sigňr Martino. Opera 1ª.
Le prix en blanc 9 I.Gravé par Mile Eftien.
A Paris , chez le Clerc , rue du Roule , à la
Croix d'or.
୨
M. Fel , Ordinaire de l'Académie Royale
de Mufique , a expofé en vente fon fecond
Livre de Cantatilles Françoifes . Les fix
Cantatilles , qui compofent ce fecond Livre
, font les yeux de l'Amour , l'épreuve réciproque
, l'heureufe faute , l'inconftant , l'accent
du coeur , l'heureufe vieilleffe. Cette derniere
eft à deux voix. Elles fe débitent aux
lieux ordinaires , & chez l'Auteur rue Saint
Thomas du Louvre.
158 MERCURE DEFRANCE.
PROGRAMME
De l'Académie des Belles Lettres de Marfeille
, pour l'année 1749 .
L'A
'Académie des Belles Lettres de Marfeille
ayant réſervé le prix de l'année
derniere , en a adjugé deux cette année ;
l'un à un difcours , dont l'Auteur eft M.
l'Abbé Bellet , de l'Académie de Montauban
, qui avoit déja remporté le prix de
l'Eloquence en 1746 , l'autre à une Ode ,
dont l'Auteur eft M. l'Abbé Gervafi , d'Amiens.
Elle avertit le Public que le 25 Août ,
jour & Fête de S. Louis de l'année prochaine
1749 , elle adjugera le prix à une
piéce de Poëfie de cent vers au plus , & de
quatre-vingt au moins , qui fera une Ode ,
ou Poëme à rimes plates , dont le fujet fera
L'Education .
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur
de 300 liv . portant d'un côté le bufte
de M. le Maréchal Duc de Villars , Fondateur
& Protecteur de l'Académie , &
fur le revers ces mots : Premium Académie
Maffilienfis , entourés d'une Couronne de
laurier.
On adreffera les ouvrages , comme de
DECEMBRE . 1748. 159
coûtume , à M. de Chalamont de la Vif
clede , Secrétaire perpétuel de l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille , rue de
l'Evêché , à Marfeille. On affranchira les
paquets à la Pofte , fans quoi ils ne feront
point retirés. Ils ne feront reçûs que julques
au premier Mai inclufivement ..
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms au bas de leurs ouvrages , mais une
Sentence tirée de l'Ecriture Sainte , des
Peres de l'Eglife , ou des Auteurs Profanes..
Ils marqueront à M. le Secrétaire une
adreffe à laquelle il enverra fon récépiffé.
S'ils fouhaitent que leurs noms foient
imprimés à la tête de leurs ouvrages , ils
doivent les envoyer avec leurs titres à une
perfonne domiciliée à Marfeille , qui les
remettra à M. le Secrétaire le 25 Juiller ,
non plûtôt , ni plûtard .
On les prie de prendre les mesures nécelfaires
pour n'être point connus avant la
décifion de l'Académie , de ne point figner
les lettres qu'ils pourront écrire à M. le
Secrétaire , de ne point lui préfenter euxmêmes
leurs ouvrages , en feignant de n'en
être pas les Auteurs , ni de fe faire connoître
à lui , ou à quelqu'autre Académicien ;
on les avertit que s'ils font connus par leur
faute , leurs ouvrages feront exclus du
concours,, auffi-bien que tous ceux en fa
16 MERCURE DE FRANCE.
veur defquels on aura follicité , & tous
ceux qui contiendront quelque chofe de
trop libre.
L'Auteur qui aura remporté le prix ,
viendra le recevoir dans la Salle de l'Académie
le 25 Août , jour de la Séance publique
deftinée à l'adjuger , s'il eft à Marfeille
, & s'il eft abfent , il enverra à une
perfonne domiciliée en cette Ville le récé
piffé de M. le Secrétaire , moyennant lequel
le prix fera remis à cette perfonne .
FABRIQUE de Canons d'Artillerie , de
Pierriers , & de Mortiers de fer battu ,
forgés d'une feule pièce , tournés & forés .
Es Sieurs Jandin , Maîtres de Forges ,
L ayant trouvé le fecret de donner au
fer la douceur de l'argent , en ont profité
pour forger des Pierriers , des Mortiers ,
& des Canons d'Artillerie , depuis quatre
jufqu'à douze livres de balle : ils efperent
même pouffer cette découverte jufqu'aux
piéces de dix- huit & de vingt- quatre.
Ces piéces font forgées d'un feul morceau
, tournées & forées enfuite ; & conme
les differentes préparations , par lefquelles
le bloc de fer eft obligé de paffer ,
le purifient , & le rendent en même tems
DECEMBRE . 174. 181
plus doux , & plus condenſe , on eft enfin
parvenu à concilier la legéreté avec la folidité.
Le foible ordinaire de ceux qui font
auteurs d'un nouvel établiſſement , cft de
l'annoncer dans le Public d'une maniere
pompeufe , dont le but est moins d'inftruire
, que d'éblouir par un expofé brillant.
L'Art en impofe alors , mais femblable aux
fonges , fon illufion n'eft que momentanée ;
la feule vérité toute nue peut porter une
conviction qui ne craint aucun retour .
Pour éviter ce défaut fi commun , les
Sieurs Jandin ne feront point ici l'apologie
de leurs piéces , ni ne chercheront
point à prévenir la critique ; ils fe renfermeront
dans les faits , & ne rendront
compte que de ce qu'ils ne peuvent pas
laiffer ignorer.
Ce n'eft pas fans raifon qu'on a dit au
commencement de ce Mémoire , qu'on
étoit enfin parvenu à concilier la legéreté
avec la folidité ; il eſt aiſé de le juſtifier .
Par ordre de la Cour M. le Marquis de
Thiboutot , premier Lieutenant Général
de l'Artillerie de France , & M. Duhamel ,
Membre de l'Académie des Sciences , &
Inspecteur Général de la Marine , ont fait
éprouver à l'Arfenal de Paris quelques
piéces des Sieurs Jandin. Leurs procès ver162
MERCURE DEFRANCE .
baux font foi que l'une de ces piéces de
quatre livres de balle fur fept pieds de longueur
, ne péfe que 379 livres. Un canon
de bronze dans les mêmes proportions
péfe environ 1200 livres . On ne parle
point ici des Canons de fer coulé ; leur
poids plus énorme encore que ceux de
bronze , & leur peu de folidité , ne leur
permettent pas d'entrer en comparaiſon.
Une difference fi confidérable dans la
péfanteur des piéces n'a befoin de
pas
commentaire ; les Négocians qui aiment
mieux courir les rifques des Corfaires ,
que de fe charger de canons qui feroient
une partie du chargement de leur vaiffeau ;
les Officiers qui connoiffent les dépenfes ,
les embarras , &, les lenteurs que le poids
des pièces occafionne dans la manoeuvre ,
& les rifques aufquels il expofe un navire
dans un gros tems ; tous ceux en un mot
qui ont quelque habitude des opérations
de l'Artillerie , tant fur terre que fur mer ,
feroient fâchés qu'on prévint les réfléxions
qu'ils font en état de faire fur les avantages
qui doivent néceffairement en réfulter.
On aura fans doute bien de la peine à
croire qu'une legéreté fi furprenante n'altére
point la folidité. Cependant ces mêmes
piéces ont foutenu des épreuves , aufquelles
celles de bronze ne peuvent pas réDECEMBRE
. 1748. 16$
fifter. Meffieurs les Commiffaires de la
Cour les ont fait éprouver , felon l'ancienne
Ordonnance , c'eft-à- dire , que la charge
de poudre étoit égale à la pélanteur du
boulet. Cette Ordonnance n'eft plus fuivie
aujourd'hui fur les repréfentations des
Fondeurs , les charges ont été réduites aux
deux tiers du poids du boulet.
Non-feulement ces piéces ont triomphé
de l'épreuve établie par cette ancienne Ordonnance
, mais encore il a été prouvé
qu'elles n'étoient pas fujettes au fault ,
qu'elles reculoient moins que celles de
bronze , qu'elles s'échauffoient moins vîte,
& qu'elles fe refroidiffoient plus promptement
, ce qui ne paroîtra point probléma
tique à ceux qui voudront bien faire at-
Itention à la dureté de la matiere , & à la
I médiocrité du volume .
On ne doit point maintenant être furpris
que
Meffieurs les Commiffaires ayent
fait dans leur procès verbal l'éloge des piéces
des Sieurs Jandin ; auffi le Roi vient-il
de leur faire expédier des Lettres Patentes,
portant privilége exclufif , que le Parle
ment a enregistrées le S de Septembre
cette même année 1748 .
On préfente donc au Public des canons
de fer d'une feule pièce , forgés , tournés,
& forés ; des canons beaucoup plus legers
164 MERCURE DE FRANCE.
& plus folides que tout ce qui a paru jufqu'à
préfent , qui ne font fujets , ni à un
reculement violent , ni au fault , ni à tout
ce qu'on appelle folie , canons qui s'échauf
fent difficilement , & qui font bientôt re
froidis , qui ne s'égueulent point , & dont
la lumiere ne peut pas s'évafer, comme cel
les des piéces de bronze ; la qualité même
de leur matiere en répond .
Voilà les faits que les Sieurs Jandin vouloient
expofer avec la fimplicité que le fujet
demande . Ils ont voulu fe rendre utiles au
Particulier & à l'Etat , ils y ont réuſſi , &
dès- lors ils ont rempli le principal but
qu'ils s'étoient propofé.
Il faut s'adreffer dans les Ports aux Com
miffaires des Poudres , ou aux Sieurs Jandin ,
Place Saint Michel , Faubourg S. Germain
à Paris.
Le fieur Macary a obtenu de S. M. T.
Ch . le Privilége de trois différentes Machines
de fa compofition pour la fûreté du
commerce & de la navigation , pendant
vingt années , à commencer le 29 Avril
1745 , & fes Patentes ont été enregistrées
au Parlement de Paris le 20 Avril 1746 .
La premiere Machine fert à enlever les
DECEMBRE.
1748. 165
bancs de fables , bouës , vafes & attériffemens
, qui fe trouvent dans les Rivieres &
à leurs embouchures , à labourer les corps
durcis par les pierres & les cailloutages,
Avec la feconde le fieur Macary recherche,
coupe & enleve les pieux & troncs d'arbres
qui fe rencontrent , & par le moyen de la.
troifiéme il vient à bout d'enlever les Batteaux
& Vaiffeaux qui font coulés à fond
& enfevelis fous les bancs de fables ou vafes.
Il retire les canons & ancres perdus &
abandonnés. Actuellement il travaille à
Paris fur la Riviere de Seine , où il enleve,
tous les jours douze toifes cubes de fable
avec une Machine à fimple jeu. Une autre,
qui feroit conftruite en grand & à double
jeu , conformément au modéle qu'il en a
fait , pourroit avec une feule roue, qui fait
jouer trois pelles , enlever dans un Port
de mer ou de riviere trente toifes cubes
par jour.
Comme S. M. a permis au Sr Macary par
les Lettres Patentes qu'elle lui a accordées
de former telles fociétés qu'il jugera à propos,
il invite les Etrangers & les François
à s'intéreffer dans fes entreprifes. Il offre
même aux Etrangers d'aller faire les établiffemens
de fes Machines partout où l'on
aura befoin de fon miniftere pour l'avantage
du commerce. Il recevra les lettres &
166 MERCURE DE FRANCE.
paquets affranchis , & non-feulement il
fera ponctuellement réponſe , mais il donnera
avis des entreprifes qui lui feront
propofées. Son adreffe eft chez M. Roffignol
, Notaire au Châtelet de Paris , à la
Place du Palais Royal .
ESTAMPES
It
NOUVELLES.
une
L paroît une très-belle Eftampe du Portrait
du Prince Edouard , peint par M.
Tocqué. Ce Portrait a été admiré avec juftice
par les Connoiffeurs , & l'Eftampe.
rend parfaitement toute la force & toutes
les graces de l'original. Elle eft gravée par
M. Will
La répréfentation de la Chapelle du
Sacré Coeur de Jefus & de Marie. Cette
Eftampe fe vend à Paris chez le fieur Mondon
, rue Guénégaud , à la Manufacture
des Caftors. L'Auteur fe propoſe de graver
toutes les autres parties remarquables
de l'Eglife de S. Sulpice , & de donner de
mois en mois quelqu'un de ces morceaux.
DECEMBRE. 1748. 167
>
Raux le fils , rue du Petit Lion , quartier
Montmartre aux Armes du Dauphin
avertit les Connoiffeurs & les Seigneurs
étrangers nouvellement arrivés à Paris ,
qu'il cherche de plus en plus à fatisfaire le
goût du Public dans les Piéces qu'il exécu
te en Email. Elles furpaffent en nombre
& en variété celles des années précédentes .
Il exécute les deffeins qu'on lui propofe,
felon la forme qui lui eft prefcrite ; il tâche
même de l'annoblir , lorfqu'il eft poffible
, & il s'applique à donner à fes figures
les attitudes les plus élégantes & les plus
naturelles,
Il offre fes fervices aux perfonnes qui
fouhaiteroient de fe faire un amuſement
de fon art , & il fe flate que celles à qui
la Nature a donné du goût & de la dextérité
, acquereront en peu le moyen de remplir
agréablement certains momens de leur
loifir.
168 MERCURE DE FRANCE,
REPONSE
De M.de Joyeuse , Médecin des Hôpitaux
du Roi , à Marseille , à la Lettre inférée
dans le Mercure de Septembre dernier ,
de M. Daviel, Maîtré ès Arts , Confeiller
Chirurgien ordinaire du Roi par quartier ,
ci-devant Chirurgien du Roi fur les Galeres
, de l'Académie Royale des Sciences de
Toulouse, Affocié correspondant de l'Académie
Royale de Chirurgie de Paris, Membre
de l'Académie des Sciences de l'Inftitut de
Bologne , Profeffeur Démonftrateur
Royal en Chirurgie à Marseille.
M
Onfieur , vous ne pouviez rompre
votre filence à mon égard , d'une
maniere plus fatisfaifante pour
moi , que
par l'obligeante lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire. La part que
je prens à vos fuccès , vous eft connue
depuis long-tems , & vous n'ignorez point
celle que j'ai prife toujours à une profeffion
auffi étroitement liée avec celle
que j'exerce. Bien loin d'applaudir à des
difputes qui n'auroient jamais dû s'élever ,
j'ai toujours faifi avec empreffeinent les
occafions que j'ai pû trouver , de faire valoir
également les progrès qu'on fait dans
l'une & dans l'autre. Que nous importe
après
DECEMBRE. 1748. 169
›
après tout , de réjouir un Lecteur malin
par des diffenfions fcandaleufes , & combien
n'importe - t - il pas au Public , de
nous voir réunis , pour mieux réuffir à
lui être utiles ? Vous avez été témoin >
Monfieur , des contradictions que M. Daran
, aujourd'hui Chirurgien ordinaire du
Roi , effuya dans cette Ville , il n'y a
que quelques années ; vous l'avez également
été de la juftice que je lui rendis
pour lors ; & je ne crains point d'avancer ,
qu'elle ne contribua pas peu à celle que
les Medecins & les Chirurgiens les plus
célebres lui ont rendue fi autentiquement
dans la fuite. A mefure que j'étois témoin
de fes progrès dans le traitement des maladies
de l'urethre , je l'étois de ceux que
vous faifiez dans celui qui regarde les maladies
des yeux. Vous m'intéreffiez d'autant
plus l'un & l'autre , que je vous voyois
attachés aux maladies de la Chirurgie les
moins connues , quoiqu'elles foient pourtant
des plus importantes . Celles qui faifoient
votre partage , avoient été étudiées ,
à la vérité , par plufieurs grands hommes ,
dont les talens & les recherches avoient
eu déja beaucoup de fuccès ; mais que ces
fuccès fouffroient d'inconvéniens , & demandoient
encore de nouvelles recherches
! La cataracte , par exemple , un des
1. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
cas des plus importans , & dont nos Auteurs
ont le mieux écrit , ne cedoit juf
qu'à vous , qu'à une opération dangereuſe ,
ordinairement fuivie des accidens les plus
critiques. Vous avez fçû les éviter , à la
faveur d'un nouvel inftrument , dont la
découverte ne fçauroit recevoir trop d'é
loges . Celui qu'on employoit auparavant ,
étoit également dangereux & par fa pointe
& fes tranchans. Comment l'introduire en
effet dans un organe auffi délicat que celui
de la vûë , & comment l'y pouffer enfuite
autant qu'il le falloit , pour abattre le
criftallin , fans y porter des atteintes aufli
funeftes qu'inévitables ? Pour peu que la
ftructure & la délicateffe de cette partie
foient connues , eft- il beſoin d'en appeller
à l'expérience , pour fentir que chaque
effort qu'on fait dans cette opération ,
eft , pour ainfi dire , un coup de poignard
qu'on y porte , plus capable de faire beaucoup
de mal à bien des malades , qu'il
n'eft propre à rendre la vûë à un feul ?
Faut-il donc s'étonner , fi dans un Royaume
où la Chirurgie eft parvenue à un ſi haut
point de perfection , l'opération , dont
nous parlons , fait rarement le partage
de ceux qui exercent cet art , & n'eft
fouvent livrée qu'à des gens fans aveu ?
Quel courage ne falloit- il pas en effet ,
DECEMBRE . 1748. 171
pour fe charger d'une opération auffi ingrate
, & combien n'étoit- il pas à défirer ,
qu'on pût parvenir à la faire avec moins
de danger ? Par le moyen de votre nouvel
inftrument , qui n'a ni tranchant ni pointe ,
vous êtes parvenu à pouvoir opérer , fans
caufer la moindre bleffure , & je ne fuis
plus furpris des fuccès multipliés que vous
avez eus dans la Capitale , ainfi que vous
les aviez eus ci - devant en cette Ville , &
dans les Royaumes étrangers : ces fuccès ,
Monfieur , font le jufte fruit de vos veilles .
Je m'y fuis toujours attendu , depuis que
j'ai connu votre ardeur à bien examiner
la ftructure de cette partie , & à en confidérer
murement l'économie & le jeu. Bien
loin de vous borner à une notion commune
, combien d'années n'avez - vous pas
paffées à réitérer vos diffections , pour
que rien ne vous échappât dans l'examen
d'un organe fi digne de toutes vos peines ?
Après en avoir développé les reflorts
que d'expériences n'avez- vous pas
faites
pour perfectionner vos tentatives , & vous
mettre en état d'opérer avec plus de sûreté ?
A peine les cadavres de nos Hôpitaux pouvoient
fuffire à vos recherches . Vous ne
les borniez pas , ces recherches , à ce
qui intéreffe cette feule partie : jaloux
de les pouffer auffi loin que peut le de-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
mander votre art , vous faifiez régulie
rement tous les ans des Cours publics d'Anatomie
& de Chirurgie, deftinés, ce femble
, à la feule inftruction des Eleves ,
mais toujours très - utiles à ceux qui les
font. Un travail fi affidu étoit fecondé
par des réflexions folides , & devoit vous
valoir ces fuccès heureux , qui vous ont
fuivi dans les grandes opérations de la
Chirurgie , comme dans celles qui concernent
les maladies des yeux. Un fecret penchant
vous portoit néanmoins par préférence
vers celles- ci , & vos fuccès vous
y ont enfin fixé. Je ne puis , Monfieur , que
vous encourager à le fuivre. Quelque gloire
que vous puffiez vous promettre dans la
route générale de la Chirurgie , elle vous
feroit commune avec une foule de grands
hommes ; mais vous attacher par préfé
rence à une partie de cet art , des plus
délicates & des plus difficiles , & fçavoir
vous y diftinguer par une route nouvelle ,
que vous ne devez qu'à vous feul , cette
gloire vous devient propre , & vous vous
rendez d'ailleurs beaucoup plus utile . Quelle
fatisfaction n'avez -vous pas eu en effet
en guériffant le malade dont vous me parlez
à la page 13 de votre Lettre ? En vain
auroit- il confulté les Maîtres de l'art les
plus habiles ; M. de Saint Yves avoit déja
DECEMB R E. 1748.
173
prononcé que ce cas étoit incurable , &
cette autorité refpectable eût été une Loi
pour la plupart d'entr'eux. Une fage hardieffe
vous a affranchi de certe Loi , &
ce malade , qui eût inutilement gémi en
d'autres mains , a la confolation de guérir ,
en tombant entre les vôtres . Continuez
vos recherches , Monfieur , tout conſpire à
Vous y exciter . Je ne vous rappellerai
point les récompenfes que vous ont déja
vallu vos veilles . A peine eûtes- vous donné
vos foins aux malades de cette Province ,
du tems que la pefte la ravageoit , que
Meffieurs les Echevins de cette Ville vous
accorderent des Lettres de Maîtrife , &
Sa Majefté vous honora de la Croix de
Saint Roch. Sans m'arrêter à vos fervices
pendant plufieurs années , en qualité de
Chirurgien Major dans l'Hôtel Dieu de
la même Ville, ceux que vous avez rendus
depuis plus de douze ans , en qualité de
Chirurgien des Galeres , viennent de vous
valoir une retraite honorable. Indépendamment
de la réputation que vous vous
êtes acquife dans plufieurs Provinces de
ce Royaume , à mesure que vos talens
vous y ont fait appeller , votre voyage
à Lisbonne
, où vous vous rendîtes en
1736 , par ordre de la Cour de Portugal ,
& celui que vous fîtes enfuite en Espagne ,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
ont été pour vous des évenemens également
flateurs & utiles . C'eft à ceux que
vous avez faits en Italie & ailleurs , que
vous devez votre affociation à plufieurs
Académies de l'Europe , mais dûffai - je
me borner à l'éclat que fit , il y a environ
trois ans , la guérifon d'un illuftre malade ,
qui partit de la Capitale , pour venir en
cette Ville s'y mettre entre vos mains
quelles n'en ont pas été les fuites heureuſes ?
A peine de retour en fa Patrie , où fa
reconnoiffance & le fuccès de fa cure parloient
également pour vous , un Seigneur
de la Cour vous demanda au Miniftre ,
& vous partîtes bien - tôt pour Paris. C'eſtlà
, Monfieur , que vous avez trouvé jour à
vous confirmer pleinement dans votre nouvelle
méthode pour opérer dans la cata
racte , & à donner des foins heureux &
utiles à plufieurs autres maladies des yeux .
C'eft-là que vous êtes parvenu à obtenir
une place auffi propre à vous faire fournir
la plus brillante carriere , qu'elle eft diftinguée
dans la Chirurgie. Achevez , Monfeur
, de la remplir par une fuite de foins &
d'applications , qui puiffent vous mériter
de nouveaux fuccès. Je les fouhaite autant
pour vous , que pour l'avancement de votre
art , & pour le bien des malades . J'ai
l'honneur d'être , & c.
·
ASTOR , LENDY AND
TILDEN FOUND 13.
ASTOR
, LENCX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
DECEMBRE . 1748. 175
ÉVANAUDUQUQUÝDUDU nunciatny K NY
AIR SERIEUX .
On , rien ne peut me confoler ;
Je ne vois plus la beauté qui m'enchante ,
Et ce qui fait l'excès du mal qui me tourmente ,
Mon coeur eft feul ici qui m'en puiffe parler.
VAUDEVILLE.
Au bord d'un clair ruiffeay
Une jeune Bergere
Dans la courfe légere
Regardoit couler l'eau ;
Ainfi paffent les jours ,
Dit -elle , du bel âge
Et pour en faire uſage ,
;
Donnons-les aux Amours.
Efclaves des défirs
Il ne faut point attendre
Q'on ne puiffe plus prendre
Les amoureux plaifirs.
Laiffons-nous enflâmer
Pendant notre jeuneſſe ;
Lorfque fon ardeur ceffe ,
Il n'eft plus tems d'aimer .
Hi
176 MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! comme le tems
x
L'Amour porte des aîles ;
Tous les deux peu fidéles ,
Tous les deux féduifans
On ne peut arrêter
Leur faveur paffagere ,
Et leur humeur légere
Nous dit d'en profiter.
Sans retour ,
**
Y
fans reflus ,
Quand l'onde fugitive
A quitté cette rive ,
Elle n'y revient plus :
Les charmes , les appas ,
Suivent les mêmes traces :
On ne voit point les Graces
Retourner fur leurs pas.
Rien ne fut fait envain :
Tout agit , tout défire ;
Aimer & fe le dire ,
C'eft remplir fon deftin
L'Aurore eft pour le jour ,
Le Soleil pour le monde ,
Le rivage pour l'onde ,
Notre coeur pour l'Amour,
DECEMBRE. 1748. 177
istsisisist
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
avec un fuccès foutenu les repréfentations
du Ballet des Fêtes de l'Hymen
& de l'Amour. La Mufique brillante & les
Ballets variés fatisfont les Connoiffeurs.
Mlle Lani la cadette s'y fait diftinguer.
Le Concert Spirituel exécuté au Louvre,
dont la nouvelle Salle a été décorée par M.
Royer avec tant de goût & d'ordre , a donné
le Lundi 9 Décembre , jour de la Fête
de la Conception , Cantate Domino , Motet
à grand choeur de la compofition de M.
Fanton , Maître de Mufique de la Sainte
Chapelle , dont les ouvrages font eftimés.
M. Solicoffe , Symphoniste Italien , a joué
fur le hautbois un concerto applaudi .
Enfuite Cantemus Domino , Motet à deux
voix du gracieux Mouret, a été chanté par
Mlle Chevalier , Actrice très- eftimée de
l'Opera , & par M. l'Abbé Joguet , Ordinaire
de la Mufique de la Chapelle du Roi ,
haute-contre très - forte & cependant trèsmoëlleufe.
M.Pagin a joué un concertoavec
fon fuccès ordinaire. Ce concerto a été
fuivi de Magnus Dominus , Motet à grand
choeur de M. Mondonville , qui a terminé
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Je Concert avec des applaudiffemens redoublés
.
Les Comédiens François ont donné, depuis
le retour de Fontainebleau , plufieurs
repréſentations de la Tragédie de Denis le
Tyran, & elle a eu le même fuccès à la reprife
que dans fa nouveauté , ce qui n'arrive
qu'aux ouvrages vraiment dignes de
réuffir.
On a vû auffi avec beaucoup de plaifir
reparoître fur le même Théatre une petite
Comédie de M. Guyot de Merville , intitulée
le Confentement forcé , Piéce en un
Acte , qui étoit prefque oubliée , & qui
mériteroit, mieux que plufieurs autres, d'être
fur le Répertoire des Comédiens.
Les Italiens ont repris les Fées Rivales ,
dont le Spectacle & le Ballet , ingénieuſement
deffinés , ont raffemblé la foule des
Spectateurs.
Ces Comédiens ont remis au Théatre
Amour Protée , Comédie en vers & en
trois Actes , de Romagnef. Le fujet eſt
amufant , & les divertiffemens font dignes
de M. Deshayes . M. Rochar y chante avec
fon goût ordinaire.
DECEMBRE. 174. 179
MMMMMMMMMM✶✶✶✶✶K
NOUVELLES ETRANGERES.
DE WARSOVIE , le 16 Novembre.
N recommença le 18 du mois dernier dans
mais
pour le rétabliffement des Mines d'Olkutz ,
à cette occafion il s'éleva des diſputes fi vives, que
le Maréchal de la Diette jugea à propos de renvoyer
cette affaire à un autre tems. Il propofa de
lire deux autres Projets , dont le premier regardoit
les arrangemens à prendre pour les nouvelles
impofitions , & le fecond avoit pour objet la noimination
d'une Commitlion générale. Ces deux
matieres ne furent pas debattuës avec moins de
chaleur , & les Nonces , ne pouvant s'accorder
demanderent des copies de l'un & de l'autre projet
, afin de les examiner . Le 19 , plufieurs Députés
des Palatinats infifterent fur la néceffité d'abolir
toutes les Douanes particulieres , de faire
fupporter au Clergé une partie des charges de l'Etat
, & d'obliger chaque Staroftie d'entretenir un
certain nombre de troupes , tant pour garder les
frontieres , que pour agir contre les Réfractaires
qui refuferoient de fe foumettre aux decrets des
Tribunaux. Après qu'ils eurent ceffé de parler ,
on lut deux projets dreffés par le Maréchal de la
Diette , lefquels pafferent fans aucune oppofition.
Dans la féance du 21 , le Maréchal repréfenta que
dans les difcours qui avoient été faits la furveille
par les Députés des Palatinats , le principal objet
des déliberations n'avoit point été traité , & ik
pria la Chambre de décider fi la Commiffion gé
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
nérale , qui feroit chargée de régler l'augmentation
des troupes , feroit revêtue d'une autorité abfolue
pour cet effet , ou fi on exigeroit qu'elle fît
Je rapport de ce qu'elle auroit arrêté , & fi fuppo
fé que la Diette vint à fe rompre , cette Commiffion
conferveroit l'autorité d'exécuter les réfolutions
. Les déliberations de la Chambre furent arrêtées
, le 22 , par un différend qui s'éleva entre
M. Sollohub , Général de l'Artillerie du Grand
Duché de Lithuanie , & M. Zaborowski , Député
du Palatinat de Mazovie . Ce dernier , qui a
d'anciennes prétentions à la charge de M. Sollohub
, demanda que la Diette. jugeât de leur validité
. Il y eut à ce fujet de grands débats , & les
deux adverfaires en étant venus à des reproches ,
quelques Députés crurent s'appercevoir que M.
Zaborowski avoit fait un mouvement infultant
pour M. Sollohub . Auffi - tôt ceux d'Orfzan déclarerent
qu'ils arrêtoient l'activité de la Diette,
Ils furent fecondés par tous ceux de Lithuanie
qui demanderent qu'on arrêtât M. Zaborowski ,
comme ayant violé le refpect dû à la Chambre ,
& offenfé la perfonne d'unNonce . Ceux de Mazovie
prirent la défenſe de M. Zaborowski , & foutinrent
qu'il n'étoit jufticiable que du Grand Maréchal
de la Couronne . Le 23 , l'activité fut rendue
à la Chambre par les Nonces de Lithuanie &
d'Orfzan , fur les affurances qu'on leur donna
que M. Sollohub , perfuadé que la Nobleffe feroit
caufe commune avec lui dans une affaire qui
intéreffoit les prérogatives de la Chambre , ne
vouloit point mettre obftacie à la décifion des
matieres, pour l'examen defquelles on étoit affem-
Llé , & qu'il comptoit qu'on prendroit foin de
lui procurer une fatisfaction convenable , En conféquence
, on reprit les déliberations , mais ce ne
DECEMBRE . 1745. 181
fut pas pour long- tems , & le lendemain l'activité
de la Diette fut fufpenduë de nouveau par
un des Nonces de Minsk , qui prétendit que M.
Zaborowski devoit être regardé comme criminel
de Leze- Majefté.
L'activité qui avoit été ôtée le 24 à la Cham
bre des Nonces par un des Députés de Minſk ,
fut rendue le même jour à cette Chambre , après
que le Maréchal de la Diette eut repréſenté à ce
Député , que les Miniftres d'Etat s'étant chargés
de procurer au Général de l'Artillerie de Lithua
nie la fatisfaction qui lui étoit dûe , il convenoit
de s'en rapporter à ce qu'ils décideroient fur
cette affaire . Dans la même féance , on délibera
fur les nouveaux impôts qu'il étoit néceffaire d'établit
, pour fubvenir aux dépenfes qu'exigeroit
l'augmentation des troupes , & cette matiere fit
nire des débats beaucoup plus vifs que n'avoient
été ceux des féances précédentes . Chaque Nonce
prétendit que fa Province devoit être exemptede
contribuer à ces dépenfes. Le Comte Ponia
towſki , Grand Chambellan de la Couronne , &
Député du Palatinat de Czerfk , s'efforça de calmer
les efprits , en propofant de régler que la
Commiffion générale fût autorisée feulement à
examiner les moyens par lefquels on pourroit
parvenir au but défiré , mais fes difcours ne produifirent
aucun effet . La féance du 25 ne fut pas
´plus tranquille . A peine eut on commencé à lire
le projet pour l'établiffement de la Commiffion
générale , qu'un des Nonces de Belf déclara qu'il
ne confentiroit point qu'on mît une taxe fur les
terres . Il fut fecondé par les Nonces des autres
Palatinats de Ruffie , qui protefterent tous contre
cette innovation . On lut un autre projet relatif
à l'augmentation des troupes , & il efluya les
182 MERCURE DE FRANCE.
mêmes contradictions. Le 26 on recommença la
lecture du projet pour l'établiffement de la Commiffion
générale , & les premiers articles furent
écoutés paifiblement , mais lorsqu'on vint à celui
de la nomination des Commiffaires , il s'éleva de
nouvelles difputes . Le Maréchal de la Diette,
voyant qu'il n'étoit pas poffible de concilier les
fentimens , demanda qu'on renvoyâr à la prochaine
féance la décifion de cet article , afin que
les Nonces euffent le tems de conferer à ce fujet
avec les Senateurs pendant les deux jours que la
Diette ne devoit point s'affembler. On ſouſcrivit
à cette propofition , & l'on convint enfuite unanimement
que les Staroftes s'engageroient par
ferment à donner à la Commiffion générale un
état exact de leurs revenus , fous peine d'être
privés de leurs Starofties. Il ne fut pas poffible
dans la féance du 29 de déterminer les Nonces
à s'accorder fur la nomination des Commiffaires
de l'Ordre Equeftre , qui conjointement avec ceux
du Sénat compoferoient la Commiffion générale.
Après de longs débats fur la maniere dont on
procederoit à la nomination des Députés qui compoferoient
la Commiffion générale , la Chambre
des Nonces décida le 3 de ce mois , que chaque
Palatinat nommeroit quatre de ces Députés , mais
- qu'il ne pourroit y en avoir qu'un de la part des
fimples Starofties & des autres Diſtricts particuliers.
Cet article étant reglé , on efperoit de pouvoir
continuer tranquillement les délibérations ,
lorfqu'il s'éleva dans une des féances fuivantes
une nouvelle difpute. Les Nonces de la Grande
& de la Petite Pologne refuferent de confentir à
l'établiffement de nouveaux impôts , à moins
qu'on ne déchargeât leurs Palatinats de la Capitation
particuliere qu'ils payoient depuis quelque
DECEMBRE . 1748. 183
rems. Sur cette propofition les Nonces du Pala
tinat de Ruffie parlerent avec beaucoup de véhémence
, & foutinrent qu'une pareille prétention
ne méritoit point d'être réfutée . Cependant à la
fin le Maréchal de la Diette parvint à réunir encore
les efprits , & l'on convint que les Palatinats ,
& les autres Diftricts & Territoires , qui payoient
la Capitation & la Taxe fur les cheminées , ne
feroient point obligés de contribuer aux dépenfes
de l'augmentation des troupes , jufqu'à ce qu'on
eût trouvé le moyen de les exempter de ces deux
impofitions. Les deux dernieres féances furent encore
plus tumultueufes que toutes les autres , &
les Nonces n'ayant pu s'accorder fur le choix
des mefures qu'on pourroit prendre pour fournir
à l'entretien des nouveaux Régimens qu'on propofoit
de lever , la Diette fut rompue le 9. Le
Roi a indiqué pour le 18 une affemblée des Senateurs
, afin de les confulter fur le deffein qu'il a
formé de convoquer une Diette extraordinaire .
Malgré la divifion qui a régné dans la Diette
pendant les derniers jours , quelques- uns des projets
qui y ont été propofés , ont paru être approuvés
prefque généralement . Tel eft celui d'impofer
aux juifs une taxe , en vertu de laquelle les
Rabins payeront deux ducats par an , les anciens
de la Synagogue feize florins , & les autres à
proportion.
DE STOCKHOLM , le 19 Novembre.
IL paroît un Edit, qui porte que comme de tems
en tems , le Roi a reçû des Requêtes de la part
de plufieurs matelots enrôlés ou enclaffés , qui par
ignorance ou par féduction font fortis du Royaume
fans congé, ou qui ayant obtenu la permiffion
184 MERCURE DE FRANCE.
de monter des NaviresMarchands étrangers , pour fe
rendre plus expérimentés & plus propres au fervice
de l'Etat , ont négligé de revenir dans le tems que
leurs Supérieurs leur avoient preferit , & qui ont demandé
de pouvoir rentrer en Suede, fans encourir les
peines portées par les Ordonnances , S. M. juge
qu'outre ceux qui ont follicité leur pardon il pourroit
y en avoir plufieurs qui n'ont pas ofé eſpérer la
même grace, qu'elle déclare qu'elle veut bien accorder
une amniftie générale à ceux qui reviendront en
ce Royaume dans le terme d'un an , à compter du
jour qu'ils auront pu avoir connoiffance du préfent
Edit ; qu'elle leur promet même qu'après
leur retour , ils pourront fans crainte d'enrôle
mens forcés , choifir de fervir fur les Vaiffeaux de
guerre , ou fur les Bâtimens deftinés pour la pëche
. Le Roi a accordé le Régiment des Gardes de
la Reine à M. d'Aldenftrale , qui en étoit Lieutenant
Colonel. Ces jours derniers , le Comte de
Panin , Miniftre de l'Impératrice de Ruffie , a préfenté
un Memoire à S. M. pour fe plaindre de ce
que deux de fes domestiques ont été bleffés par la
Garde Bourgeoise de cette Ville .
DE COPPENHAGUE , le 20 Novembre..
LEs
Es Commiffaires , chargés d'examiner laquelle
fabriquer les cordages mérite la préférence , conti
nuent leurs féances. Ces jours derniers , pendant
qu'on faifoit devant ces Commiffaires l'épreuve
d'un cable fait felon l'ancienne méthode , un des
cabeftans s'étant caffé , fes leviers tuerent trois
matelots , & en blefferent dangereufement quatre
autres . Sa Majesté a fait publier une Ordonnance ,
dattée de Jagersbourg le 11 du mois dernier , par
DECEMBRE. 1748. 184
laquelle l'exportation de l'avoine dans les pays
étrangers eft défendue , fous peine de confifcation
de la marchandife , & même de punition plus
rigoureuse en certaines circonstances . Depuis cette
Ordonnance, le prix de l'avoine , qui étoit exceffif,
eft diminué confidérablement.
Sur le rapport qui a été fait au Roi de l'état des
magafins de Norwege , Sa Majefté a donné ordre
de les remplir pendant l'hyver , afin que fi l'année
prochaine on juge à propos de faire canton
ner les troupes qui font dans ce Royaume , elles
puiffent fubfifter plus commodément . Les principaux
de ces magaſins font à Mos dans la Norwege
Meridionale. Le Roi perfiftant dans la réfolution
de liquider entierement fes revenus , il y a de
nouveaux fonds affignés pour le payement d'une
partie des anciennes dettes de l'Etat . Le 4 de ce
mois , le Baron de Flemming , nouveau Miniftre
du Roi de Suede , eut Audience du Roi & enfuite
de la Reine. Cette Princeffe avance heureuſement
dans fa groffeffe , & l'on fe prépare à faire de
grandes réjouiffances , fi elle accouche d'un Prince.
La Princeffe d'Ooft - Frife eft arrivée ces jours ci
d'Allemagne. L'époufe du Comte de Dehn , Miniftre
Plénipotentiaire de Sa Majefté auprès des
Etats Généraux des Provinces Unies , eft morte
en venant joindre ici ce Seigneur . Les Lettres de
Stockholm marquent que le Roi de Suede depuis
quelque tems fe porie beaucoup mieux , & qu'il
travaille régulierement avec les Miniftres. Ces
Lettres ajoutent que Sa Majesté Suedoife a nominé
le Docteur Aftrin , Evêque de Wexioë , à l'Evêché
de Strengnus , & qu'elle a difpofé de la
Charge de Secrétaire du département des Tribunaux
de Judicature , en faveur de M. Charles de
Lagerberg .
186 MERCURE DE FRANCE.
ALLEMAGNE,
DE VIENNE , le 21 Novembre.
Es Bâtimens , à bord defquels s'étoit embarquè
l'Envoyé du Grand Seigneur , ont péri fur le
Danube , & on n'a pu fauver aucun des cent dix
hommes dont ce détachement étoit compofé. Suivant
les avis reçus de Conftantinople , la peſte
continue d'y caufer beaucoup de ravages . Elle
s'eft auffi manifeftée à Pera , & tous les Miniftres
étrangers s'en font retirés , pour aller fe renferiner
dans des maifons de campagne. Le Grand Sei
gneur eft toujours à Beficktagi , Palais fitué fur le
Bofphore. Ily a eu de magnifiques illuminations
& l'on y a tiré un très - beau feu d'artifice , à
Poccafion de la Fête du Bairam. Depuis qu'on a
été informé en Turquie qu'il y avoit eu des arti
cles préliminaires de paix fignés entre le Roi de
France le Roi de la Grande Bretagne , & la
République des Provinces Unies , & que l'Impératrice
Reine y avoit accedé , le Baron de
Penckler Internonce de l'Empereur , & l'Am
bafladeur de Sa Majesté Britannique , ont rendu
vifite au Comte des Alleurs , Ambaſſadeur de Sa
Majefté Très-Chrétienne à la Porte.
>
>
Leurs Majeftés Impériales firent le 3 de ce
mois la revue du Régiment d'Infanterie de Schul-
Jembourg ; & le lendemain ce Régiment continua
fa route vers la Tranfylvanie. Il fe tint le 7
un Confeil , dans lequel on examina un nouveau
plan pour le Gouvernement , tant civil que mili
taire, des Pays- Bas , & le même jour , on dépêcha
courier au Duc d'Aremberg. Le tems du déDECEMBRE.
1748. 187
part du Prince Charles de Lorraine pour Bruxelles
n'eft pas encore fixé . Le Prince Efterhafi arriva ici
de Hollande le 6 , & l'on attend inceffamment le
Feldt- Maréchal Comte de Bathiani , Trois bataillons
duRégiment de Grune ont paffé près de cette
Capitale, en allant en Hongrie.Les Etats de la Haute
Autriche ont confenti à toutes les demandes qui
leur ont été faites par l'Impératrice Reine.
La Maifon de l'Archiduc Jofeph fera formée
après le retour du Feldt- Maréchal Comte de
Bathiani. Le nouveau Confeil a été partagé en
divers Bureaux particuliers pour chaque Province ,
& l'Impératrice Reine a nommé le Comte Netoliski
, Président de celui du Royaume de Bo
heine , le Baron de Wiedman , le Comte de
Schaffgotfch & le Comte d'Andler , Préfidens de
ceux de Moravie , de Stirie & de la Haute Autriche.
Chacun de ces Bureaux connoîtra des differends
qui furviendront dans leurs départemens .
foit entre les Officiers civils , foit entre les mili
taires , & l'on ne pourra appeller de leurs Jugemens
qu'à l'Impératrice Reine. Le Comte Philippe
de Kollowrath prêta ferment le 12 entre les
mains de cette Princeffe , pour la Charge de Suprême
Burgrave du Royaume de Boheme.
O
'
DE BERLIN , le 2 Novembre.
N fit le 17 de ce mois dans l'Hôtel des Inva
lides la Confécration de la Chapelle , qui y a
été conftruite pour les Officiers & foldats des
Communions Lutherienne & Calvinifte , & l'on
fera inceffamment celle de la Chapelle deftinée
aux Catholiques. Quelques jours auparavant , le
Feldt- Maréchal Balkstein alla , avec le Baron de
Hacke & quelques autres Officiers Généraux , vi
188 MERCURE DE FRANCE.
fiter cet Hôtel , & donna les ordres néceffaires
pour la réception des foldats qui doivent y être
admis. Le Roi a fait diftribuer depuis peu une
fomme confidérable aux veuves & aux enfans des
Officiers qui ont été tués pendant la derniere querre.
Le 14 , le Comte de Defneval , Amiral au fervice
du Roi de Dannemarck , arriva en cette Ville.
On mande de Stockholm , que le Marquis de Lanmary
, qui y réfide en qualité d'Ambaffadeur de
France , ayant reçû la nouvelle de la conclufion da
Traité Définitif , figné le 18 du mois dernier à
Aix -la- Chapelle entre Sa Majesté Très- Chré
tienne , fa Majesté Britannique , & la République
des Provinces - Unies , il en donna part auffi- tôt au
Comte de Teffin , Préſident de la Chancellerie .
Les mêmes avis portent que le Roi de Suéde a réfolu
de former pour fa Marine un Corps de Cadets,
femblable à celui qu'il a formé pour fes troupes
de terre.
•
ESPAGNE.
De Madrid , le 19 Novembre.
On Pedro Samaniego , Miniftre du Confeil
des Finances , & Don François Mantels ,
Alcadé de la Cour , ont obtenu , le premier , la
place de Fifcal du Civil , & le fecond, celle defilcal
du Criminel du Confeil de Caftille. Sa Majesté
a envoyé ordre à M. Walle , d'informer les Lords
Régens de la Grande Bretagne , qu'on admettront,
comme avant la guerre , les Navires Angois dans
tous les Ports de la domination d'Espagne Les lettres
de Lisbonne marquent que Don Antoine Gaë
tin de Soufa , Député de la Junte de la Bulle de la
Croifade , & l'un des Cenfeurs de l'Académie Por
DECEMBRE. 174S . 189
gaife , a préfenté au Roi de Portugal le fixiéme
Tome des Preuves de fon Hiftoire Genéalogique
de la Maifon de Bragance.
Don Thomas Pinto Miguel , Régent du Cons
feil de Navarre , a obtenu la place de Miniftre du
Confeil des Finances , vacante par la nomination
de Don Pedre Samaniego , à la Charge de Fifcal
du Confeil de Caftille. Le Roi a nommé Don Salvador
de Bermea , Miniftre furnumeraire du fecond
de ces Confeils. Don André Dies Navarro , Confeiller
du Confeil d'Etat , Fiſcal de celui des Fi- .
nances , & ci-devant des Bâtimens , Arts & Manufactures
, mourut en cette Ville , âgé de foixante
& trois ans . Suivant les nouvelles de Lisbonne
Don Nuno Gaëtan Alvares Pereira de Melo ,
Comte de Tentugal , fils aîné du Duc de Cadaval ,
fe couvrit le 22 du mois dernier en préſence du
Roi de Portugal. Il entra le même jour dans le
Port de Lisbonne une partie de la Flotte qui revient
de la Baye de tous les Saints. Don Leonel
Abreu de Lima , Gentilhomme de la Chambre de
fa Majefté Portugaife , a époufé Dona Anne- Jofephine
Ozores Moſqueta de Heſpanha , fille de feu
Don Benoît Ozores de Souto Mayor. Don Jofeph
Joachim François Herculano de Lima Brandam
d'Alcaçova , & Don Jacques Benoit de Saldagne
de Soufa Menezes , font morts à Liſbonne depuis
quelques jours.
Le 17 de ce mois , jour de l'Anniverſaire de la
naiffance de l'Infante Marie Antoinette , qui eſt
entrée dans la vingtiéme année de fon âge , leurs
Majeftés admirent les Grands à leur baifer la
main . Don Juan Antoine Alvala a obtenu la place
de Fifcal du Confeil des Finances , vacante par la
mort de Don André Diez Navarro. Le Roi a dé.
claré Don François de Cafcajares , Préfident de la
190 MERCURE DE FRANCE.
Chancellerie de Grenade , & a difpofé de la charge
de Corregidor de la Ville de Truxillo , en faveur
de Don Michel Crifpe Ortiz , Ecuyer Cavalcadour
de la Reine. Sa Majefté a accordé au Pere
Feyjoo , Religieux Benedictin , célébre par plufieurs
ouvrages de Philofophie & de Littérature ,
le titre de Confeiller d'Etat , avec les honneurs &
les prérogatives dont les Evêques jouiffent à la
Cour. Don Jerôme Val , Confeiller des Confeils
du Roi , & Secrétaire de la Junte des Bâtimens ,
Arts & Manufactures , mourut en cette Ville le
premier de ce mois , dans la cinquante & uniéme
année de fon âge. Il avoit été Secrétaire de la
Junte de Santé , & enfuite du Gouvernement de
Caftille.
I
ITALIE.
De Rome , le 16 Novembre.
L s'eft tenu une Congrégation pour déliberer
fur une Requête de quelques Miffionnaires du
Levant. Sa Sainteté a reçû une lettre , par laquelie
le Chapitre de l'Eglife Cathédrale de Breflau lui
donne avis que le Roi de Pruffe a exilé l'Archidiacre
de cette Eglife . Les fouterrains , dans lesquels
l'ancienne Ville d'Heraclée eft enſévelie , continuant
d'offrir de plus en plus un riche fond de
monumens , précieux aux yeux des amateurs de
Pantiquité , le Roi des Deux Siciles a réfolu d'augmenter
le nombre des ouvriers qui travaillent à
tirer de ces fouterrains les morceaux les plus
dignes d'être confervés à la poftérité , & pour cet
effet il a demandé qu'on lui envoyât d'ici toutes
les perfonnes les plus expérimentées dans cette efpéce
de recherches. On apprend de Naples , que
DECEMBRE. 1748 . 191
ce Prince a conferé au Prince d'Arragona , fon
Majordome Major , la charge de Président de la
Junte de Sicile.
Le Prince de Viggiaria eft mort à Naples le 18 ,
& Il ne laiffe qu'une fille âgée de deux ans .
DE FLORENCE , le 18 Novembre.
UNvoyage que le Comte Chriftiani a fait ſe- crettement en cette Ville , donne lieu à diverfes
conjectures , dont la plus probable paroît
être qu'il s'agit de donner des quartiers d'hyver
dans ce Grand Duché à quelques troupes de l'Imperatrice
Reine de Hongrie & de Bohême. On
avoit formé le projet de faire d'ici à Bologne un
nouveau grand chemin , dont on ſe promettoit
des avantages confidérables , mais le Comte de
Richecourt , ayant trouvé l'entrepriſe trop difpendieufe
, a ordonné d'interrompre l'ouvrage ,
& de rétablir l'ancienne route , qui moyennant
quelques réparations fera pratiquable pour les
voitures. Le Gouvernement vient de donner un
Edit contre le luxe des Pompes Funébres , lequel
depuis un tems avoit été porté , même par le peuple
, à un excès déraisonnable . Cet Edit régle ,
felon les rangs des défunts , le nombre de Prêtres ,
de domeftiques & de pauvres , qui doivent afliſter
à chaque Convoi ; la quantité de luminaires , qui
y fera employée , & latenture noire qu'on mettra
dans les Eglifes. Il interdit même pour les plus
grands Seigneurs l'uſage des Catafalques & des
Oraifons Funébres, Il permet aux Nobles & aux
Citoyens feulement , de porter le deuil , & il leur
défend de le faire porter par leurs domeftiques
ainfi que de faire drapper leurs équipages,
192 MERCURE DE FRANCE.
DE LIVOURNE , le 21 Novembre,
L s'éleva lezz du mois dernier au foir un ou
ragan des plus violens , qui dura pendant toute
la nuit . Dix Navires , qui étoient à l'ancre dans ce
Port , furent emportés , les uns fur le ſable ,
les autrés
contre des écueils. Après cette tempête , il arriva
ici fept Vaiffeaux Marchands , qu'elle avoit
Léparés d'une Flotte Hollandoife. Les lettres de
Florence marquent qu'on y a fait l'Inventaire des
Effets de la fucceffion de la feue Ducheffe de Parme
, & qu'on attend le retour des Couriers qui
ont été dépêchés aux Cours de Vienne & de Madrid
par la Régence de ce Grand Duché , pour
fçavoir leurs intentions au fujet de ces effets. Ces
Lettres ajoutent qu'on avoit arrêté à Florence une
Dame étrangere , & qu'elle avoit été enfermée
dans une Maifon de Religieufes . On mande de
Rome , que les enfans du Duc de Nivernois , Ambaffadeur
du Roi de France auprès du Saint Siége,
font depuis les de ce mois . y
Le refte de la Flotte Hollandoife , dont il étoit
arrivé ici fept Navires après la tempête du 22 du
mois dernier , s'eft rendu dans ce Port , à l'exception
d'un des Vaiffeaux de guerre dont elle a
été efcortée . Ce Bâtiment a relâché au Golfe de
la Spécie, d'où il eft attendu d'un moment àl'autre.
On a appris que Mrs de Monmartz & Hippolite
avoient eu le 12 leur audience de congé du Dey ,
& que le lendemain ils avoient remis à la voile
pour continuer leur route vers Tunis. L'équipage
du même Vaiffeau a rapporté qu'il étoit forti depuis
peu du Port d'Alger quelques Bâtimens pour
aller en courfe , & qu'ils devoient être fuivis de
plufieurs autres Les lettres de Sardaigne marquent
que les côtes de cette lile , malgré les précautions
qu'on
DECEMBRE . 1748 .. 193
qu'on a prifes pour empêcher que la navigation
n'y fût troublée , font toujours infeftées par un
grand nombre de Corfaires, qui ofent même quelquefois
y tenter des defcentes. Les. Algériens ont
fait auffi fur les côtes d'Efpagne diverfes prifes
qu'ils ont conduites à Alger.
DE PARME , le 17 Novembre.
Lesde boheme défilent fucceffivement, pour re-
Es troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie
tourner en Allemagne , & on affure que cette Princeffe
ne laiffera en Italie que onze Régimens d'Infanterie
& quatre de Dragons . On a fupprimé
l'Hôpital qu'on avoit établi pour ces troupes , &
tous les foldats malades qui y étoient , ont été renvoyés
à leurs Corps. Il eft venu des ordres exprès
de la Cour de Vienne , de prendre foigneufement
garde qu'il ne foit rien détourné des effets de la
fucceffion de la feuë Ducheffe Douairiere de Parme
, & de les remettre en dépôt au Marquis Ubertino
Landi & à la Comteffe Bianco della Somaglia.
Le bruit court que la place de Secretaire d'Etat
de l'Infant Don Philippe eft deſtinée à Don Jofeph
Carpentero , Premier Commis du Bureau des
Affaires Etrangeres en Espagne , & que le Comte
de Sayve , Lieutenant Général des armées de fa
Majefté Catholique , fera nommé Gouverneur de
Plaifance . On attend ces jours- ci à Maffa les équi
pages du Duc de Modene.
L
DE GENES , le 18 Novembre.
E Gouvernement a nommé Meffieurs Pinelli
& Curlo , Nobles Génois , pour affifter aux
conferences qui doivent fe tenir à Nice . Deux
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
autres Nobles font chargés d'établir avec les Commiffaires
du Roi de Sardaigne , les limites ente
les Etats de ce Prince & ceux de la République.
Le Maréchal Duc de Richelieu a envoyé deux
Commiffaires des Guerres à Savone , avec ordre
d'y faire préparer les étapes pour les troupes Françoifes
, mais on ne dit pas encore quand elles e
mettront en marche. Le Marquis d'Ahumada ,
qui commande les troupes Efpagnoles , eft revenu
de Recco. Il a propofé aux Capitaines de quatre
Navires Suédois , de fréter ces Bâtimens , pour
transporter en Catalogne quelques- unes de ces
troupes.
Le Grand Confeil a réfolu le 4 de ce mois ,
d'inferire au Livre d'Or le Marquis d'Ahumada
Commandant des troupes Efpagnoles , mais ce
Lieutenant Général a déclaré qu'il ne pouvoit accepter
cette marque de diftinétion , jufqu'à ce
qu'il en eût la permiffion de fa Majefté Catholique.
Le 6 , le Maréchal Duc de Richelieu fit la
revûe des troupes Françoiles , qui font dans le
Fauxbourg de Saint Pierre d'Arena. Ce Général
eft parti le 9 fur une Galére de la République ,
pour retourner en France . Il s'eft fait accompa
gner d'un de fes Feloucons , afin de pouvoir , fi la
navigation eft troublée par quelque gros tems ,
prendre terre plus facilement le long de la côte.
Depuis fon départ , le Chevalier Chauvelin , Maréchal
de Camp , commande les troupes de
France.
On affûre qu'environ trois mille Espagnols ,
qui étoient prifonniers de guerre dans les Etats de
Imperatrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
font en route depuis quelque tems , pour retourner
en Espagne , & qu'ils viendront s'embarquer
dans ce Port. Les Officiers Allemands , qu'on reDECEMBRE.
1748. 195
tient en cette Ville , jouiffent à préfent de beaucoup
plus de liberté : ils reçoivent des vifites , &
ont même la permiffion d'en rendre. Le Roide
Sardaigne fait travailler à remplacer l'artillerie
qu'il avoit enlevée de la Citadelle de Savone. Un
Ingénieur & l'un de nos plus habiles Jurifconful
tes doivent accompagner Meffieurs Pinelli &
Curlo , nommés pour affifter de la part de la République
aux Conferences de Nice, Le Maréchal
Duc de Richelieu coucha le 9 de ce mois à Savone,
& le lendemain il arriva à Nice , d'où la Galére ,
qui l'y a conduit , eft revenue le 12. Depuis que
ce Général eft parti , le Marquis d'Ahumada a
prétendu que fa Garde , qui jufques- là n'avoit été
que de quinze hommes , devoit être augmentée ,
& le Gouvernement lui a député deux Nobles ,
pour l'aflurer qu'on le conformeroit à fes inten
tions. Quoique le tems foit fort contraire à la navigation
, il arrive ici un grand nombre de Navires.
On a fçu par quelques - uns qui ont touché à Vado ,
qu'il reftoit encore à la rade de ladite Ville , trois
Vaiffeaux de l'Efcadre commandée par l'Amiral
Bing.
DE TURIN , le 19 Novembre.
E Roi eft revenu ici de la Venerie avec le Duc
tion , par laquelle elle a accordé le Régiment de
Montferrat au Comte d'Arigano , Lieutenant Colonel
du Régiment de Lombardie ; celui des Fuftliers
au Chevalier Cuminiane , Colonel de celui
d'Afti , & ce dernier Régiment au Marquis Tana ,
qui en étoit Lieutenant Colonel ; des brevets dé
Colonels au Chevalier de Brifcherafque , Lieurenant
Colonel de celui de la Reine ; au Ghevalier
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
4
Villa , Lieutenant Colonel de celui de Corſe ; au
Chevalier Solar , Lieutenant Colonel des Fufiliers ,
à M. Favier , Lieutenant Colonel du Régiment de
Chablais ; au Marquis de Cirié , Lieutenant Colonel
du Régiment de Turin ; au Baron de Tournai ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Tarantaife ;
au Chevalier de la Trinité , Lieutenant Colonel
des Dragons du Duc de Savoye , au Chevalier de
Revelle , Capitaine dans le Régiment de la Marine,
& au Comte de Viancin , Quartier Maître Géné
ral ; la Lieutenance Colonelle du Régiment de
Montferrat au Chevalier de Saint Martin , Major
du Régiment de Turin ; celle du Régiment de Nice
à M. Pianavia , qui en étoit Major , & celle du
Régiment d'Afti au Comte de Cumiane.
Des brevets de Lieutenans Colonels à M. Jenner
, Major du Régiment de Schullenbourg ; à
M. Delalla , Major des Fufiliers ; au Baron de
Vallerieux , Major du Régiment de Chablais ; au
Chevalier Cacherano , Capitaine dans le Régiment
de la Reine , & au Comte Badat , Capitaine dans
le Régiment de la Marine ; des brevets de Majors
au Chevalier de Belmont , Capitaine dans le Ré
giment de Kalbermatten , à M. Zeydel , Capi
taine dans le Régiment de Schullenbourg ; à M.
Vercellone , Capitaine dans le Régiment de Verceil
; au Chevalier Cename , Capitaine dans le
Régiment de Sicile ; au Chevalier Chiefa , Capi
taine dans le Régiment de Montferrat ; au Chevalier
Malines ; au Chevalier Macello , Capitaine
dans le Régiment de la Reine ; au Marquis de
Cumerano , Capitaine dans les Fufiliers ; au Che
valier Vaflallo Alphino , Capitaine dans le Régi
ment de Saluces ; au Chevalier Leini , Capitaine
dans le Régiment de Piémont, & au Chevalier Mof,
fi , Capitaine dans Piémont Royal Cavalerie,
DECEMBRE. 1745. 197
DE NICE , le 16 Novembre.
A rapidité des eaux du Var , qui eft extrêmement
groffi par l'abondance des pluyes , ayant
emporté le pont qu'on avoit conftruit vis - à- vis du
Bourg de Saint Laurent , le Maréchal Duc de
Belle- Ifle s'eft tranfporté fur les lieux , & il a
ordonné de rétablir ce pont avec le plus de diligence
qu'il feroit poffible. Il vint le 7 de ce mois
au foir un Adjudant du Général Comte de
Browne , pour annoncer à ce Maréchal , que le
Comte de Browne s'embarqueroit le 15 à Livourne
, afin de fe rendre ici . Suivant les nouvelles
de Chamberi , la Cavalerie Efpagnole , qui refte
en Savoye , a ordre de fe tenir prête à marcher.
On compte que d'ici à deux mois , toute l'Infanterie
de la même Nation fe mettra auffi en marche
, & que vers ce tems l'Infant Don Philippe
quittera Chamberi . Les avis reçus de Turin confirment
que de Roi de Sardaigne a déja commencé
à faire une réforme dans fes troupes , & qu'il a rappellé
la plupart de celles qu'il avoit dans l'Etat de
Genes & dans le Duché de Plaifance .
DE CHAMBERY , le 14 Novembre.
PAr un Courier arrivé depuis peu d'Ax - la-
Chapelle , l'Infant Don Philippe a reçu la
copie de l'Acte , par lequel l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme lui cede les Duchés
de Parme , de Plaifance & de Guaftalla . Sa Majefté
Impériale déclare par cet Acte , qu'afin de
remplir les engagemens qu'elle a pris en accedant
au Traité Général & définitif de paix , figné le 18
du mois dernier par les Miniftres Plénipotentiai-
Jes du Roi de France , de Sa Majesté Britannique ,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
& des Etats Généraux des Provinces Unies , &
dans l'efpérance que Leurs Majeftés Très - Chré
tienne & Catholique , ainfi que l'Infant Don Philippe
& fes fucceffeurs , obferveront de bonne foi
la teneur dudit Traité , elle renonce à tous les
droits qu'elle peut avoir fur les trois Duchés cideffus
nommés , & elle transfere ces droits , dans
la forme la plus folemnelle qu'il foit poffible , à
P'Infant & à fes defcendans mâles , nés en légi
time mariage ; qu'elle dégage les habitans de ces
Provinces du ferment de fidélité qu'ils lui ont
prêté ; que cependant elle entend que ladite dif
pofition ne doit avoir lieu , que dans le cas où l'Infant
Don Philippe & fes defcendans ne monte
ront point fur le Trône d'Espagne ou fur celui
des Deux Siciles , & que dans cette circonstance ,
ainfi que dans celle où ce Prince mourroit fans
laiffer de poftérité mâle , elle fe réferve , tant,
pour elle que pour les fucceffeurs , toutes les,
prétentions fur les Duchés dont il s'agit. Le même
Courier a apporté la copie de l'Acte de ceffion du
Roi de Sardaigne , pour la Ville de Plaiſance &
pour la partie du Plaifantin , qui avoient été cedées
à ce Prince par l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme.
GRANDE BRETAGNE..
De Londres , le 28 Novembre.
A place de premier Commiffaire du Com
par la mort
du Lord Monfon , a été donnée au Comte d'Halifax
, & celle de Grand Maître des Eaux & Forêts
pays en-deçà de la riviere de Frent , au Duc de
Leeds. Le bruit court que le Comte de Sandwich
du
DECEMBRE. 1748. 199
premier Miniftre Plénipotentiaire du Roi aux
Conférences d'Aix - la - Chapelle , fera nommé
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere. Il cft vent
de Madrid un Courier , par lequel M. Walle a
appris que tous les ports d'Efpagne étoient ouverts
aux Navires Anglois. Les Commiffaires de la
Trésorerie ont fait tirer de l'Echiquier trois cens
foixante- quinze mille livres fterlings , pour le
payement de l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Bing , de laquelle le Bureau de l'Amirauté a mis
hors de commiffion les Vaiffeaux l'Antelope , PEdimbourg
, le Ruffel , l'Inverneſs , le Bedfort , le
Chatham , le Lion & le Montaigu. Le Gouvernement
a pris la ſemaine derniere à fon fervice vinge
nouveaux Bâtimens de tranfport , deſtinés à ra
mener en Angleterre les troupes Britanniques qui
font dans les Pays- Bas , d'où l'on mande que
le si
les troupes Hanoveriennes ont commencé à fe
mettre en mouvement pour retourner en Allemagne.
Le Général Honeivood eft chargé de licencier
les Régimens de Marine , & le foin de ce qui
regarde la réforme des autres troupes , eft confié
aux Généraux Howard & Offarell . S. M. a recommandé
auChapitre de l'Eglife Cathédrale de S.Paul,
pour être élû Evêque de Londres, l'Evêque de Salif
buri, en faveur duquel elle a difpofé de la place de
Doyen de la Chapelle Royale. Le 9 , le Chevalier
Calvert , nouveau Lord Maire de cette Ville ,
étant accompagné des Aldermans & des Scheriffs
fe rendit par eau à la Salle deWeftminster, & prêta
ferment à la Barre de l'Echiquier .
Selon ce qu'a rapporté l'équipage d'un Navire ,
revenu depuis peu de Louifbourg , le Vaiffeau de
guerre le Glasgow , qui y portoit les derniers ordres
pour l'entiere évacuation du Cap Breton , y
eft arrivé le 3 du mois de Septembre. On s'attend
Liiij
200 MERCURE DE FRANCE.
à recevoir inceffamment la nouvelle que les François
ont été remis en poffeffion de cet établiſſement.
Les Seigneurs , qui doivent fervir d'otages
à la France , font le Comte de Suflex & le Lord
Catchart. Le bruit court que le Prince Stathouder
des Provinces Unies , auffitôt que les affaires
de cette République pourront le permetre ,
fera
un voyage en Angleterre . Les Régimens de Ma,
rine de Pawlett , de Cornwall , de la Ferrier & de
Cockran , ont été congediés. Deux Régimens
d'Infanterie doivent aller relever à Gibraltar & à
Port-Mahon les troupes qui y font en garnifon
depuis quelques années. Les Commiffaires de
l'Amirauté ont ordonné d'équiper deux Vaiffeaux
de guerre , de foixante canons , deux de quarante,
& trois de vingt , qu'ils deftinent à proteger le
commerce de Nation en Amerique , d'où ils
doivent faire revenir les autres Efcadres qui y ont
été employées pendant la guerre. Il est déja entré
dans nos Ports plus de deux mille balots de laine
d'afpagne. Vingt mille Ouvriers font occupés dans
le Comté de Mancheſter , à préparer des futaines
que nos Négocians fe propofent d'envoyer dans
les pays de la domination de Sa Majesté Catholique
. On affure que le Comte de Rochefort fe
rendra à Drefde en qualité d'Ambaffadeur de Sa
Majefté
Une partie des équipages du Roi eft de retour ,
& les Seigneurs Regens ont reçu de Hanover un
courier , qui a rapporté que Sa Majesté en étoit
partie avant- hier . On écrit d'Edinbourg , que le
Régiment de Handafyde eft arrivé à Aberdeen.
Celui de Battereau fut congedié le 9 à Stirling .
Deux Régimens de Marine , de l'un defquels le
Lieutenant Général Churchill étoit Colonel , ont
été aufli réformés. Quatre Compagnies du RéDECEMBRE.
201-
1748 .
A
giment de Dragons du Lord Marckerr ont été
mifes en garnifon dans la Ville d'Yorck , & l'on a
diftribué des quartiers dans les environs au refte
de ce Régiment. Il a été ordonné par le Comte de
Harrington , Viceroi d'Irlande , à tous les Offi
ciers des troupes fur l'é abliffement de cette partie
de la Grande Bretagne , d'aller joindre leurs Corps.
Le 22 , le train d'artillerie Angloife , qui a été employé
dans les Païs - Bas , arriva à Wolwich à bord
de trois Bâtimens de tranſport , avec les Canotiers
& les Bombardiers . On a reçu avis que le
17 du mois de Février l'Amiral Griffin étoit à Bengale
avec les Vaiffeaux de guerre la Princeſſe Marie
, Yorck , & le Medway , chacun de foixante
canons ; le Harwich , de cinquante ; le Prefton ,
l'Eltham , & la la Prife du Medway ,de quarante;
te Lively , de vingt , & les Navires de la Compa
gnie de la mer du Sud l'Oxford , le Colchester , le
Winchelsea, l'Exceter , le Benjamin, & le Bombay
Caftle . Les mêmes lettres marquent que cet Amiral
avoit pris au fervice de Sa Majefté , pour les
employer dans une expédition qu'il méditoit , les
Batimens le Vrai Breton , le Prince Guillaume &
le Portobello , appartenans à la Compagnie des
Indes Orientales , lefquels font arrivés au Fort
S. David. Par les dernieres nouvelles de Lisbonne
, on a appris que le Navire le Warwick y a retâché
, en revenant de Bengale. On craint qu'il
ne foit obligé de décharger fa cargaison en Porrugal
, parce qu'il a une voye d'eau . Le Pacquetbot
le Saint Georges , étant parti du Fort Saint
David le 18 Avril , eft attendu ici d'un jour à¹
Pautre . Plus de vingt Bâtimens , chargés de grains,
ont fait voile des Dunes pour Marſeille. L'ouver
ture du Parlement fe fera le 10 du mois prochain ::
on doute qu'il approuve aucun des projets propofés
pour acquitter les dettes de la Nation , lefquel
202 MERCURE DE FRANCE.
les montent actuellement à plus de quatre - vingt.
millions de livres fterlings , & il y a apparence
qu'il fe contentera de rembourfer chaque année
une partie des fommes empruntées par l'Etat . On
parle de porter un Bill contre les Marchands qui
falfifient le vin ou qui le contrefont , & dont le:
nombre eft extrêmement confiderable , puiſqu'il
entre quarante fois moins de vin dans la Grande-
Bretagne , qu'il ne s'y confomme de boiflon por
tant ce nom. Malgré ce qui a été publié , il n'y
aura point l'année prochaine de foufcriptions
Rour les fubfides.
L
PAYS - BAS.
De la Haye , le 29 Novembre.
Es Députés , qui étoient venus ici pour exé
cuter une commiffion des Magiftrats du Pays
de Drenthe , ont eu audience du Prince Stathouder.
Ce Prince a conferé à M. Lambert la Charge
de Secretaire des Etats du Comté de Zutphen , qui
wacquoit par la mort de M: Jean Othon- Van-
Haffelt. Ila nommé MM. Van-Cafteele , de Sommerlatte
, & de Porte , Colonels Commandans ,
le premier du Régiment d'Infanterie du Comte de-
Elodorff Wartenfleben ; le fecond , du Régiment
de Rechteren , & le troifiéme , du Régie
ment de Soute , & il a accordé un brevet de Co
lonel à M. Beat Louis de Sturler , Lieutenant
Colonel d'un Régiment Suiffe ; la Lieutenance
Colonelle du Régiment de Flodorff Warrenleben
M. de Balfour ; celle du Régiment de Rechteren
au Baron de Hadell ; celle du Régiment Suiſſe
de Graffenried à M. Louis Samuel Pratoman ; des
brevets de Lieutenans Colonels à M. François-
Louis Sturler , & à M. Charles Lullin , Capitainedune
Compagnie de. Chaffeurs ; la place de Ma
DECEMBRE . 1748 . 203
jor du Régiment de Flodorff Wartenfleben an
Baron de Dopff , & celle de Major du Régiment
de Rechteren au Baron de Rofen. Le 1s
de ce mois , le Prince Stathouder afſiſta aux déliberations
de la Cour de Juftice de Hollande. Les
Commiffaires , que ce Prince avoit envoyés à
Gorcum , s'y font acquittés de la commiffion dont
il les avoit chargés. Ils y ont laiffé fubfifter la Régence
qui y étoit établie , & ils ont ajoûté feule .
ment fept Confeillers à ceux dont elle étoit compofée
. Ces Commiffaires font allés à Sconhoven ,,
pour y régler auffi diverfes affaires qui concernent
le Gouvernement & la Police de la Ville .
Le Roi de la Grande Bretagne n'eſt attendu dans
ce pays que vers la fin de ce mois . Après que Sa
MajeftéBritannique fe fera embarquée àHellevoet--
Sluys , pour repaffer en Angleterre , le Prince Sta
thouder fera , dit-on , un voyage en Frife.
Hier à cinq heures du foir , le Roi de la Grande
Bretagne arriva de Hannover à Utrecht . Un cou
rier extraordinaire apporta d'Aix la Chapelle le
2-3 de ce mois les Ratifications du Traité Défi
nitif de Paix , fignées par le Roi de France , par
Sa Majefté Catholique , par l'Imperatrice Reine
de Hongrie & de Boheme , par le Roi de la
Grande Bretagne & par les Etats Généraux des
Provinces Unies . Le Comte de Bentinck , premier
Miniftre Plénipotentiaire de cette République ,
eft revenu de la même Ville , ainfi que le Comte
de Sandwich , premier Miniftre Plénipotentiaire
de Sa Majefté Britannique. Ils ont eu l'un & l'au
tre l'honneur de rendre leurs refpects au Prince
Stathouder , & le premier doit retourner inceffamment
à Aix la Chapelle: Ces jours derniers ,
M. d'Ayrolles , Réfident d'Angleterre , prefenta
un Mémoire aux Etats Généraux . Les Députés des
Etats de Hollande & de Weftfrife reprirent avant-
I vj.
204 MERCURE DE FRANCE.
८
hier leurs déliberations . On affure que les Etats
Généraux enverront dans peu un Miniftre à la
Cour du Roi des Deux Siciles. Le Duc de Neuwe
caftle , en paffant à Grave , a eu une conference
avec le Duc de Cumberland , & s'étant rendu
icile 26 , il a été admis le même jour à l'audience
du Prince Stathouder & à celle de la Princeffe de
Naffau. Le Baron de Waffenaer & le Confeiller
Pauw font allés à Sciedam , pour y exécuter une
commiffion concernant le changement des Magiftrats
. I paroît une Ordonnance du Prince.
Stathouder , par laquelle ileft enjoint aux Commandans
des Régimens , d'envoyer tous les fix
mois des notes exactes de l'état des Corps qui
font fous leurs ordres , & de rendre compte en
même tems de la conduite des Officiers qui y
font employés Ce Prince a accordé un brevet de
Colonel à M. Henri Sprecher , Lieutenant Colc
nel du Régiment de Planta. La Place de Confeiller
de la Ville de Ter Veer , vacante par la
mort du Comte Guillaume de Flodroff Wartenfleber,
a été conferée à M. Jacques Marin de Beaufort.
Suivant les nouvelles reçues de Zutphen , il
y a eu , pendant le ya peu de fejour que le Régi
ment Hanoverien de Middagten y a fait en retournant
en Allemagne , quelques voyes de fair
antre ce Régiment & celui de Burmania .. Une in
fulte commile par un Sergent du premier de ces
Corps irrita tellement tous les foldats du Régi
ment de Burmania , que malgré tous les efforts de
urs Officiers , ils chargerent le Régiment Hano
vorien , tuérent trois hommes , & en blefferentvingt-
deux. Les Etats de la Province d'Over Ifiel ,,
après avoir inutilement cherché les moyens de
fuppléenaus Fermes abolies , ont pris la réfolu
1 tim da les rétablit , & ils ont fait quelques nouwala
Réglemens, gaun remedien aux abus, qui,
DECEMBRE. 1748. 205
s'étoient introduits dans la perception des droits ,
& pour en empêcher les vexations des Fermiers.
M. Abraham Aker floot , Vice - Amiral de Hollande
& de Weſtfriſe , eſt mort à Harlem le 25 , âgé de
foixante & un ans.
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 17 du mois dernier , la Ducheffe de Penthievre
accoucha d'un Prince qui a été nommé le
Duc de Châteauvilain.
La Frégate le Triton , expédiée le 12 Avril de
Eine de France , & arrivée à l'Orient le 5 du mois.
dernier , a apporté à la Compagnie des Indes les
pouvelles fuivantes.. L'Amiral Griffin avec cinq
Vaiffeaux de 50 à 60 canons , & avec quelques
Navires marchands armés en guerre , a tenu la
core de Coromandel , & croifé dans le Golfe de
Bengale jufqu'à la fin d'Octobre de l'année der
piere , mais fans faire aucune prife , & fans rien
entreprendre contre les Etabliffemens François .
Cette Escadre n'étoit point encore de retour à la
côte de Coromandel dans les premiers jours de
Javier 1748 , & l'on ignoroit dans quels Ports.
de la partie de l'Eft elle avoit paffé les mois de
Novembre & Décembre . Ce que l'on sçavoit pofitivement
, c'eft que plufieurs des Vaiffeaux , dont
alle étoit compofée , avoient beaucoup fouffert par
les coups de vent du mois d'Octobre , & que leurs
équipages étoient confidérablement diminués ..
Borfque le Triton a fait voile de l'Ile de France ,
it .Vaiffeaux dont, trois du Roi , & cinq de Tat
Compagnie armés en guerre,, dans le nombre def
206 MERCURE DE FRANCE.
quels étoit le Centaure , monté de quatre vinge
canons , devoient partir dans le courant du mois
pour aller porter à Pondichery les fecours en troupes
& en munitions de toutes efpeces , dont cette
Place pouvoit avoir beſoin , & M. David , Gouverneur
des Iles de France & de Bourbon , avoit élevé
plufieurs nouvelles batteries , & acheve de
prendre toutes les précautions néceffaires pour
mettre les deux Ifles à l'abri de toute infulte . Le
Gouverneur attendoit à chaque inftant trois autres
Vaiffeaux du Roi & plufieurs de la Compa
gnie , pour les joindre aux huit Vaiffeaux ci - deffus
, ou pour les envoyer peu après à la même
deftination de Coromandel & du Gange . Par le
même courier de l'Orient , la Compagnie a appris
que fes Vaiffeaux le Penthiévre , la Baleine & le
Malo , qui avoient été féparés de l'Achille & de
l'Argonaute , récemment arrivés , font de retour.
La Frégate la Valeur , appartenante également à
la Compagnie , & qui vient de Saint Domingue ,.
eft auffi entrée dans le Port de l'Orient le même
jour que le Triton.
Le Roi , qui s'étoit renda de Fontainebleau à
Choify le 17 du mois dernier , revint à Verſailless
le 23. La Reine , Monfeigneur le Dauphin , Madame
la Dauphine & Meldames de France , y
étoient arrivés le 20 .
M. Morofini , Ambaffadeur ordinaire de la Ré--
publique de Venife , lequel eft arrivé depuis quelques
jours à Paris , alla à Verfailles le 26 du mois
dernier avec M. Tron , Ambaffadeur de la même
République , auquel il fuccéde , & il eut une au
dience particuliere du Roi , & enfuite de la Reine ,
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France , étant conduits
par le Chevalier de Saintot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
DECEMBRE. 1748 207
Le même jour M. Tron , Ambaffadeur de la
même République , eut une audicence particuliere
du Roi , dans laquelle il prit congé de Sa Majeſté.-
Il fut conduit à cette audience par le même Introducteur
, qui le conduifit enfuite à l'audience:
de la Reine & à celles de Monfeigneur le Dau .
phin , de Madame la Dauphine & de Mesdames ,
de France.
Le Comte de Suffex & le Lord Garchart , que le
Roi de la Grande Bretagne a envoyés en France
pour y demeurer en qualité d'Otages , conformé
ment à l'aticle IX . du Traité définitif de paix
figné à Aix- la -Chapelle le 18 Octobre dernier, eurent
le 27 Novembre l'honneur d'être préfentés au
Roi , & de remettre à Sa Majeſté une Lettre de Sa
Majefté Britannique ..
}
L'échange des ratifications du Traité définitif
de paix , fignées par le Roi , par le Roi d'Efpagne ,
par le Roi d'Angleterre , par l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , & par les Etats Géné
raux des Provinces- Unies , fut fait à Aix -la-Chapelle
le 19 & le 20 du mois dernier , par les Miniftres
Plénipotentiaires refpectifs de ces cinq Puiffances
, qui ayant toutes le même empreffement à
rendre à l'Europe une parfaite tranquillité, ne tar
deront pas à donner leurs ordres pour la publica
tion de la paix.
Le 29 du mois dernier, pendant la Meffe du Roi,.
le Pere Boutteville , Abbé de l'Abbaye de Châ
tillon , Ordre de Citeaux , Diocèſe de Verdun
prêta ferment de fidélité entre les mains de S. M.
Le premier de ce mois , premier Dimanche de
Avent , le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après-midi , leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dau
phine, & de. Mefdames de France , affifterent
208 MERCURE DE FRANCE.
la Prédication de l'Abbé Joffet , Chanoine de PEglife
Cathedrale de Metz . Le même jour , le
Roi prit le deuil pour la mort de la Ducheffe
Douairiere de Parme.
Le 28 du mois dernier , le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , fir dans la Plaine des
Sablons la revue du Régiment des Uhlans. Madame
la Dauphine & Meldames de France fe
trouverent à cette revûe.
Le premier du mois dernier , Sa Majefté accorda
au Comte de la Vauguyon , Maréchal de
Camp , l'un des Menins de Monfeigneur le Dauphin
, le renouvellement de la permiffion don
née en 1661 à fa famille , de " faire élever un
tombeau dans l'Eglife de l'Abbaye Royale de
Saint Denis , à la mémoire de fon grand oncle paternel
le feu Marquis de Saint Megrein , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Viceroi & Commandant
en Chef en Catalogne , & Capitaine
des Chevaux-Legers de la Garde , tué au con
bat du Faubourg Saint Antoine , & que le feu Roi
fit inhumer dans le tombeau des Rois , après lui
avoir fait faire un fervice folemnel à fes dépens ,
pour honorer ainfi par la diftinction la plus glorieufe
fon courage & les importans fervices qu'il
avoit rendus à l'Etat.
On a appris par un Courier dépêché de Madrid
, que Madame , époufe de l'Infant Dom Phi-
Appe , en étoit partie le 26 du mois dernier , pour
fe rendre en France.
Suivant les avis reçus de Naples , la Reine des
Deux Siciles eft accouchée d'un fecond Prince ,
qui a été nommé le Prince de Tarente.
Les nouvelles . d'A' x la Chapelle portent que
Tes Miniftres Plénipotentiaires du Roi de Sardaigue
ont remis le 30 du mois dernier les Ratifica
sions.du. Traité définitif,fignées par ce Prince, &
DECEMBRE. 1748. 209
uls les ont échangées avec celles des autre
Puiffances.
On écrit de Londres , que le Roi de la Grande
Bretagne , qui a fait voile de Hallevoet Sluis le
2 de ce mois , étoit arrivé le lendemain au foirfur
la côte de Kent ; qu'il y étoit débarqué près de
Margate avec beaucoup de difficulté à cause d'un
vent d'Oueft qui éloignoit les Vaiffeaux de la ter-
& que Sa Majesté s'étoit rendue à Londres le.
à deux heures du matin .
re ,
4
TRAITE' général & définitif de Paix.
Au nom de la très - fainte & indiviſible Trinité ,
Pere , Fils & Saint - Efprit . Ainfi foit- il .
>
Oit notone a tous ceux qu'il appartiendra ou peut
appartenir en maniere quelconque. L'Europe
voit luire le jour que la Frovidence divine avoit marqué
pour le rétabliſſement de fon repos : une paix générale
fuccede à la longue & fanglante guerre qui s'étoit
élevée entre le Sénériffime & très- puiſſant Prince
Louis X V. par la grace de Dieu , Roi Très Chrétien
de France & de Navarre , d'une part ; le Séréniffime
tres-puiſſant Prince Georges II. par la grace de
Dieu , Roi de la Grande Bretagne , Duc de Brunf
wick & de Lunebourg , Archi-Tréforier & Electeur
du Saint Empire Romain ; & la Séréniffime &
très-puiflante Princeffe Marie - Therefe ,par la grace
de Dieu , Reine de Hongrie de Boheme , c.
Impératrice des Romains , de l'autre ; comme auffi
entre le Séréniffime très-puissant Prince Philippe V.
par la grace de Dieu, Roi d'Elpagne & des Indes (de
glorieuse mémoire, ) après fon décès , le Séréniffime
très -puiffant Prince Ferdinand VI . par la grace de
Dieu , Roi d'Efpagne & des Indes , d'une part ; le
Ri de la Grande Bretagne , l'Impératrice Reine da
Hongrie & de Boheme , & le Séréniffime & très210
MERCURE DE FRANCE.
Puissant Prince Charles-Emmanuel III. par la grace
de Dieu , Roi de Sardaigne , de l'autre ; à laquelle
guerre s'étoient intéreffés les hauts & puiffans Seigneurs
les Etats Généraux des Provinces-Unies des
Pays - Bas, comme auxiliaires du Roi de la Grande Bre
tagne, de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , le Séréniffime Duc de Modene , la
Séréniſſime République de Génes , comme auxiliaires
du Roid'Espagne,
Dieu dans fa miféricorde afait connoître à toutes
ees Puiffances en même tems la voye par laquelle il
voulou qu'elles fe réconciliaffent & rendiſſent la tran
quillité aux peuples qu'il a foumis à leur gouvernement
elles ont envoyé leursMiniftres Plénipotentiaires
à Aix la-Chapelle, où ceux du Roi Très Chrétien , du
Roi de la Grande Bretagne & des Etats Généraux
das Provinces- Unies , étant convenus des conditions
préliminaires d'une pacification générale , & ceux du
Roi Catholique, de l'Impératrice Reine de Hongrie
de Boheme , du Roi de Sardaigne , du Duc
de Modene de la République de Génes , y ayant
accedé , une ceffation générale d'hoftilités par mer
par terre en eft heureusement refultés . A l'effet
de confommer dans le même lieu d'Aix- la - Chapelle
Le grand ouvrage d'une paix auffi convenable à tous
que felide , les hauts Contractans ont nommé, commis
muni de leurs pleins -pouvoirs les très illuftres &
très - excellens Seigneurs , pour leurs Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaires : fça
voir , Sa facrée Majesté Très - Chrétienne , les
Seigneurs Alphonfe-Marie - Louis , Comte de Saint
Severin d'Arragon , Chevalier de fes Ordres ;
Jean Gabriel de la Porte du Theil , Chevalier de
P'Ordre de Notre - Dame de Mont Carmel & de S.
Lazare deJerufalem, Confeillerdu Roi en fes Confeils ,
Secrétaire de la Chambre & Cabinet de ja Majefté ,
des Commandemens de Monseigneur le Dauphin
DECEMBRE. 1748. 211
e Mefdames de France ; Sa facrée Majesté Britan
que , les Seigneurs Jean , Comte de Sandwich ,.
Vicomte de Hinchinbrock , Baron Montagu de S.
eols , Pair d'Angleterre , premier Seigneur Comriſſaire
de l'Amirauté , l'un des Seigneurs Régens du
Royaume, fon Miniftre Plénipotentiaire auprès des Sei
neurs Etats Généraux des Provinces Unies ;
Sa
Thomas Robinſon , Chevalier du très -honorable Ordre
du Bain, & fon Miniftre Plénipotentiaire auprès de
Sa Majefté l'Empereur des Romains de Sa Ma
jesté l'Impératrice Reine de Hongrie de Boheme ;
facréeMajeftéCatholique , le Seigneur Don Jacques .
Maffones de Lima y Sotto Major , Gentilhomme de
La Chambre de Sadie Majefté Catholique , & Maré
chal de Camp de fes Armées ; Sa facrée Majefté l'Im
pératrice Reine de Hongrie de Boheme , le Sei
gneur Winceflas- Antoine , Comte de Caunitz - Ritt
berg, Seigneur de Effens , Heverfdorf , Wittmund,
Aufterlts , Hungriſchbrod, Wiete , &c. Confeiller
d'Etat intime actuel de Leurs Majeftés Impériales ; Shi
Sacrée Majefté le Roi de Sardaigne , les Seigneurs Don
Jofeph Offorio , Chevalier Grand- Croix Grand
Confervateurde l'Ordre Militaire des Saints Maurice
Lazare , Envoyé Extraordinaire auprès de Sa
Majefté le Roi de la Grande Bretagne , & Jofeph
Borré, Comte de la Chavanne , føn Confeiller d'Etat,
fon Miniftre auprès des Seigneurs Etats Généraux
des Provinces- Unies: Les Hauts & Puiffans Seigneurs
Les Etats Généraux des Provinces Unies ,les Seigneurs
Guillaume, Comte de Bentinck , Seigneur de Rhoon
de Pendrecht , du Corps des Nobles de la Province
de Hollande de Weft Frife , Curateur de l'Univerfité
de Leyden , &c. Frederic Henri , Baron de
Waffenaer , Seigneur de Catwick & Zand , du
Corps des Nobles de la Province de Hollande & de:
Wit-Frife, Hoogheemraade de Rhinland , & c. Ge ,
mard Aarnoud Haffelaar , Bourguemeftre & Confeil
212 MERCURE DE FRANCE.
ler de la Ville d'Amfterdam , Directeur de la Compa
gnie des Indes Orientales : Jean , Baron de Bor
fele , premier Noble, & représentant la Nobleffe da
les Etats , au Confeil à l'Amirauté de Zelande,
Directeur de la Compagnie des Indes Orientales
Onno Zwier de Haren , Grietman de Weftelling
werf , Confeiller Député de la Province de Frife , &
Commissaire Général de toutes les troupes Suiffes &
Grifonnes au fervice d -fdits Seigneurs Etats Géne
raux , & Députés refpectifs à l'Affemblée des Etars
Généraux,& au Confeil d'Etat, de la part des Provinces
de Hollande & de Weft - Frife , de Zélande
& de Frife : le Séréniffime Duc de Modene , M. le
Comte de Monzone , fon Confeiller d'Etat , & Colonel
à fon fervice , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de Sa MajestéTrès Chrétienne : la Séréniffime
République de Genes , M. François , Marquis Doria
: lefquels après s'être duement communiqué leurs
pleins-pouvoirs en bonne forme , dont les copies font
ajoutées à la fin du préfent Traité , & avoir conféré
fur les divers objets que leurs Souverains ont jugé devoir
entrer dans cet inftrument de paix générale , font
convenus des articles , dont la teneur s'enfuit.
ART. I. Il y aura une paix chrétienne , univerfelle
& perpétuelle , tant par mer que par terre , &
une amitié fincere & conftante entre les huit Fuiffances
ci- deffus nommées , & entre leurs héritiers
& fucceffeurs , Royaumes , Etats , Provinces ,
Pays , Sujets & Vaflaux de quelque qualité &
condition qu'ils foient , fans exception de lieu ni
de perfonne , en forte que les hautes Parties contractantes
apportent la plus grande attention à
maintenir entre elles & leurfdits Etats & Sujets
cette amitié & correfpondance réciproque , fans
permettre que de part ni d'autre on commette aucune
forte d'hoftilités , pour quelque caufe & fous
quelque prétexte que ce puifle être , & évitant
DECEMBRE. 1749. 213
out ce qui pourroit altérer à l'avenir l'union heueufement
rétablie entre elles , & s'attachant au
ontraire à procurer en toute occafion ce qui pouroit
contribuer à leur gloire , intérêts & avantages
nutuels, fans donner aucun fecours ou protection
directement ni indirectement , à ceux qui vou.
Iroient porter quelque préjudice à l'une où l'autre
lefdites hautes Parties contractantes .
II. Il y aura un oubli général de tout ce qui
pû être fait ou commis pendant la guerre qui
vient de finir , & chacun au jour de l'échange des
ratifications de toutes les Parties fera conferve ou
remis en poffeffion de tous fes biens , Dignités ,
Bénéfices Eccléfiaftiques , honneurs & rentes
dont il jouiffoit ou devoit jouir au commencement
de la guerre , nonobftant toutes les poffeffions ,
faifies ou confifcations occafionnées par ladite
guerre.
III. Les Traités de Weftphalie de 1648 ; ceux
de Madrid , entre les Couronnes d'Angleterre &
d'Espagne de 1667 & de 1670 , les Traités de paix
de Nimegue de 1678 & de 1679 ; de Rifwick de
1697 ; d'Utrecht de 1713 ; de Bade de 1714 ;
Traité de la Triple alliance de la Haye de 1717
celui de la Quadruple alliance de Londres de 1718 ;
& le Traité de paix de Vienne de 1738 , fervent
de bafe & de fondement à la paix générale & au
préfent Traité , & pour cet effet, ils font renouvel
lés & confirmés dans la meilleure forme, & comme
s'ils étoient inférés ici mot à mot ; en forte qu'ils
devront exactement être obfervés à l'avenir dans
toute leur teneur , & religieufement exécutés de
part & d'autre , à l'exception cependant des points
auxquels il eft dérogé par le préfent Traité,
IV. Tous les prifonniers faits de part & d'au
tre , tant fur terre que fur mer , & les ôtages exigés
ou donnés pendant la guerre , & juſqu'à eg
212 MERCURE DE FRANCE.
ler de la Ville d'Amfterdam , Directeur de la Compa
gnie des Indes Orientales : Jean , Baron de Borfele
, premier Noble , représentant la Nobleffe dans
les Etats , au Confeil & à l'Amirauté de Zelande ,
Directeur de la Compagnie des Indes Orientales; <
Onno Zwier de Haren , Grietman de Weſtelling.
werf , Confeiller Député de la Province de Frife , &
Commiffaire Général de toutes les troupes Suiffes &
Grifonnes au fervice defdits Seigneurs Etats Géné
raux , & Députés respectifs à l'Affemblée des Etats
Généraux, & au Confeil d'Etat, de la part des Provinces
de Hollande de Weft- Frife , de Zélande
& de Frife : le Séréniffime Duc de Modene , M. le
Comte de Monzone , fon Confeiller d'Etat , & Colonel
à fon fervice , & fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de Sa MajestéTrès Chrétienne : la Šéréniſſime
République de Genes , M. François , Marquis Doria
: lefquels après s'être duement communiqué leurs
pleins-pouvoirs en bonne forme , dont les copies font
ajoutées à la fin du préfent Traité , & avoir conféré
fur les divers objets que leurs Souverains ont jugé devoir
entrer dans cet inftrument de paix générale ,font
convenus des articles , dont la teneur s'enfuit.
ART. I. Il y aura une paix chrétienne , univerfelle
& perpétuelle , tant par mer que par terre , &
une amitié fincere & conftante entre les huit Puiffances
ci- deffus nommées , & entre leurs héritiers
& fucceffeurs , Royaumes , Etats , Provinces
Pays , Sujets & Vaflaux de quelque qualité &
condition qu'ils foient , fans exception de lieu ni
de perfonne , en forte que les hautes Parties contractantes
apportent la plus grande attention à
maintenir entre elles & leurfdits Etats & Sujets
cette amitié & correfpondance réciproque , fans
permettre que de part ni d'autre on commette aucune
forte d'hoftilités , pour quelque caufe & fons
quelque prétexte que ce puifle être , & évitant
DECEMBRE. 174S . 213
tout ce qui pourroit altérer à l'avenir l'union heureufement
rétablie entre elles , & s'attachant an
contraire à procurer en toute occafion ce qui pourroit
contribuer à leur gloire , intérêts & avantages
mutuels, fans donner aucun fecours ou protection
directement ni indirectement , à ceux qui vou
droient porter quelque préjudice à l'une où l'autre
defdites hautes Parties contractantes.
II. Il y aura un oubli général de tout ce qui a
pû être fait ou commis pendant la guerre qui
vient de finir , & chacun au jour de l'échange des
ratifications de toutes les Parties fera confervé ou
remis en poffeffion de tous fes biens , Dignités ,
Bénéfices Eccléfiaftiques , honneurs & rentes
dont il jouiffoit ou devoit jouir au commencement
de la guerre , nonobftant toutes les poffeffions ,
faifies ou confifcations occafionnées par ladite
guerre.
III. Les Traités de Weftphalie de 1648 ; ceux
de Madrid , entre les Couronnes d'Angleterre &
d'Espagne de 1667 & de 1670 ; les Traités de paix
de Nimegue de 1678 & de 1679 ; de Riſwick de
1697 ; d'Utrecht de 1713 ; de Bade de 1714 ;
Traité de la Triple alliance de la Haye de 1717 ;
celui de la Quadruple alliance de Londres de 1718;
& le Traité de paix de Vienne de 1738 , fervent
de bafe & de fondement à la paix générale & au
préfent Traité , & pour cet effet, ils font renouvel
lés & confirmés dans la meilleure forme , & comme
s'ils étoient inférés ici mot à mot ; en forte qu'ils
devront exactement être obfervés à l'avenir dans
toute leur teneur , & religieufement exécutés de
part & d'autre , à l'exception cependant des points
auxquels il eft dérogé par le préfent Traité,
IV. Tous les prifonniers faits de part & d'au
tre , tant fur terre que fur mer , & les ôtages exigés
ou donnés pendant la guerre , & jufqu'à ca
214 MERCURE DE FRANCE .
jour, feront reftitués fans rançon dans fix femaines
au plus tard , à compter de l'échange de la ratifi
cation du préfent Traité , & l'on y proceden
immédiatement après cet échange ; & tous le
Vaiffeaux tant de Guerre que Marchands , qui au
ront été pris depuis l'expiration des termes conve
nus pour la ceffation des hoftilités par mer , feron
pareillement rendus de bonne foi , avec tous leur
équipages & cargaifons ; & il fera donné de part &
d'autre des sûretés pour le payement des dettes ,
que les prifonniers ou ôtages auroient pû contracter
dans les Etats, où ils auront été détenus juſqu'à leur
entiere liberté .
V. Toutes les conquêtes qui ont été faites depuis
le commencement de la guerre , ou qui , depuis
la conclufion des articles préliminaires fignés
le 30 du mois d'Avril dernier , pourroient avoir
été ou être faites , foit en Europe , foit aux Indes
Orientales , ou en quelque partie du monde que ce
foit , devant être reftituées fans exception , confotmément
à ce qui a été ftipulé par lefdits articles
préliminaires , & par les déclarations fignées depuis,
les hautes Parties s'engagent à faire inceffamment
proceder à cette reftitution , ainfi qu'à la
mife en poffeffion du Séréniffime Infant Don Phi
lippe , dans les Etats qui lui doivent être cédés
en vertu defdits préliminaires , lesdites Parties renonçant
folemnellement, tant pour elles que pour
leurs héritiers & fucceffeurs , à tous droits & prétentions
, à quelque titre & fous quelque prétexte
que ce puifle être , à tous les Etats , Pays &
Places , qu'elles s'engagent respectivement à reftituer
ou à ceder , fauf cependant la réverfion ftipulée
des Etats cedés au Séréniffime Infant Don
-Philippe .
V I. Il eft arrêté & convenu que toutes les reftitutions
& ceffions refpectives en Europa feront
DECEMBRE . 1748. 215
Entierement faites & exécutées de part & d'autre
lans l'espace de fix femaines , ou plutôt fi faire ſe
beut , à compter du jour de l'échange des ratificaions
du préfent Traité , de toutes les huit Parties
i deffus nommées ; de forte que dans le même
terme de fix femaines , le Roi Très - Chrétien remettra
tant à l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , qu'aux Etats Généraux des Provinces.
Unies , toutes les conquêtes qu'il a faites ſur eux
pendant la guerre.
L'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme
fera remife en conféquence dans la pleine & paifible
poffeffion de tout ce qu'elle a poffedé avant la
préfente guerre dans les Pays-Bas & ailleurs , fauf
ce qui eft reglé autrement par le préſent Traité.
Dans le même tems , les Seigneurs Etats Généraux
des Provinces Unies feront remis dans la pleine &
paifible poffeffion , & telle qu'ils l'avoient avant la
préfente guerre , des Places de Berg - op - Zoom
& de Maestricht , & de tout ce qu'ils poffedoient
avant la préfente guerre dans la Flandre
Hollandoife & dans le Brabant dit Hollandois &
ailleurs .
Et les Villes & Places dans les Pays- Bas , dont
la Souveraineté appartient à l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme , dans lesquelles Leurs
1 Hautes Puiffances ont le droit de Garniſon , feront
évacuées aux troupes de la République dans
le même efpace de tems. Le Roi de Sardaigne
fera de même , & dans le même terme , entierement
rétabli & maintenu dans le Duché de Savoye
& dans la Comté de Nice , auffi - bien que
dans tous les Etats ; pays , Places & Forts conquis
& occupés fur lui à l'occafion de la préfente guerre.
Le Séréniffime Duc de Modéne , & la Séréniffime
République de Génes , feront aufli dans le même
terme entierement rétablis & maintenus dans les
216 MERCURE DE FRANCE.
Etats, Pays , Places & Forts conquis ou occupés fut
eux pendant la préfente guerre , & ce conformé
ment à la teneur des articles XIII & XIV.
de ce Traité, qui les concernent.
Toutes les reftitutions & ceffions defdites Vil.
les , Forts & Places , fe feront avec toute l'artille
rie & munitions de guerre , qui s'y font trouvées
au jour de leur occupation dans le cours de la
guerre , par les Puiffances qui ont à faire lefdites
ceffions & reftitutions , & ce fuivant les Inventa -
res qui en ont été faits , ou qui en feront délivrés
de bonne foi de part & d'autre , bien entendu qu'à
l'égard des pieces de l'artillerie qui ont été tranfpor
tées ailleurs pour être refondues ou pour d'autres
ufages,elles feront remplacées par le même nombre ,
de même calibre ou poids en métal ; bien entendu
auffi que les Places de Charleroi , Məns, Ath, Oude- ||
narde, & Menin , dont on a démoli tous les ou
vrages extérieurs , feront reftituées fans l'artillerie
on n'exigera rien pour les frais & dépen.
fes employés aux Fortifications de toutes les autres
, ni pour autres ouvrages publics ou particu.
liers, qui ont été faits dans les Pays qui doivent être
reftitués.
VII . En confidération des reftitutions que Sa
Majefté Très- Chrétienne & Sa Majeſté Catholi
que font par le préfent Traité , foit à Sa Majefté
Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme , foit
à Sa Majesté le Roi de Sarda gne , les Duchés de
Parme , de Plaisance & de Guastalla , appartien.
dront à l'avenir au Séréniffime Infant Don Phi
lippe , pour être poffedés par lui & fes defcendans
mâles , nés en légitime mariage , en la même maniere
& dans la même étendue qu'ils ont été ou
dû être poffedés par les préfens poffeffeurs , & ledit
Séréniffime Infant ou fes defcendans mâles
jouiront defdits trois Duchés , conformément &
foue
DECEMBRE. 1748. 217
fous les conditions exprimées dans les Actes de
ceffion de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , & du Roi de Sardaigne : ces Actes de
ceffion de l'Impératrice. Reine de Hongrie & de
Boheme , & du Roi de Sardaigne , feront remis
avec leurs ratifications du préfent Traité , à l'Ambaffadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire du
Roi Catholique , de même que les Ambaffadeurs
Extraordinaires & Plénipotentiaires du Roi Très
Chrétien & du Roi Catholique remettront , avec
les ratifications de Leurs Majestés , à celui du Roi
de Sardaigne , les ordres aux Généraux des troupes
Françoifes & Efpagnoles , de remettre la Savoye
& le Comté de Nice aux perfonnes commiſes
par ce Prince, à l'effet de les recevoir ; de forte
que
la reftitution defdits Etats , & la prife de poffeffion
des Duchés de Parme , Plaisance & Guastalla par ,
ou au nom du Séréniffime Infant Don Philippe ,
puiffent s'effectuer dans le même tems , conformé
ment aux articles de ceffion , dont la teneur s'enfuit.
( L'Ate de ceffion de l'Impératrice Reine ,
conçu en Langue Latine, fe trouvant inferé ici , on
en donne la Traduction,
•
Nous Marie -Therefe , &c.fçavoir faifons par les
préfentes , qu'afin de terminer cettefunefte guerre , les
Miniftres Plénipotentiaires du Séréniffime & trèspuiffant
Prince Louis XV. Roi Très - Chrétien ,
& du S réniffime très - puiſſant Trince Georges
II. Roi de la Grande Bretagne , comme auffi des
hauts & puiffants Seigneurs les Etats Généraux des
Provinces Unies , font convenus le 30 Avril de la
préſente année , de certains articles préliminaires
lefquels ont enfuite té acceptés & ratifiés par tous les
Princes qui yfont intéreffés. La teneur du IV. de ces
articles eft conçue de la maniere ſuivante.
I. Vol. K
"
218 MERCURE DE FRANCE,
" Les Duchés de Parme , de Plaisance & de
» Guastalla , feront cedés au Séréniffime Infant
» Don Philippe , pour lui tenir lieu d'établiſſement,
avec le droit de reverfion aux préfens poffeffeurs
, après que Sa Majesté le Roi des Deux
» Siciles aura paffé à la Couronne d'Espagne
» ainfi que dans le cas où ledit Séréniffime Infant
Don Philippe viendroit à mourir ſans en-
→ fans.
Et comme il s'en eft enfuivi un Traité définitifde
paix , dont les articles expliquent les divers chefs
concernant cette matiere , lefquels ont pareillement
été acceptés d'un confentement unanime par tous ceux
qui y ont intérêt , & il y eft dit entr'autres ce qui
fuit.
"
Di
» En conſidération des reftitutions que Sa Ma-
» jefté Très- Chrétienne & Sa Majesté Catholi
» que font par le préfent Traité , foit à Sa Majefté
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
» foit à Sa Majefté le Roi de Sardaigne , les Du.
chés de Parme , de Plaifance & de Guastalla , ap
partiendront à l'avenir au Séréniffime Infant
Don Philippe , pour être poffedés par lui & fes
defcendans mâles , nés en légitime mariage , en
» la même étendue qu'ils ont été ou dû être poffedés
par les piéfens poflefleurs ; & ledit Séré
» niffime Infant ou fes defcendans mâles jouiront
defdits trois Duchés , conformément & fous les
conditions exprimées dans les Actes de ceffion
de l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme,
& du Roi de Sardaigne.
ככ
92
03
» Ces Actes de ceffion de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , & du Roi de Sardaigne ,
ferant remis avec leurs ratifications du préfent
» Traité , à l'Ambaſſadeur Extraordinaire & PléDECEMBRE.
1748 219
•
כ כ
nipotentiaire du Roi Catholique , de même que
les Ambaffadeurs Extraordinaires & Plénipoten-
» tiaires du Roi Très- Chrétien & du Roi Catholique
, remettront avec les ratifications de Leurs
Majeftés, à celui du Roi de Sardaigne, les ordres
aux Généraux des troupes Françoiles & Efpagnoles
, de remetttre la Savoye & le Comté de
» Nice aux perfonnes commifes par ce Prince , à
l'effet de les recevoir ; de forte que la reftitution
» defdits Etats & la prife de poffeffion des Duchés
» de Parm , Plaisance & Guastalla, par ou au nom
» du Sérénißime Infant Don Philippe , puiffent
s'effectuer dans le même tems , conformément
auxdits articles de ceffion .
ස
C'est pourquoi, & afin defatisfaire à ce à quoi nous
femmes obligés par les préfens articles , comme auffi
dans laferme efpérance que les Rois Très- Chrétien
Catholique , ainfi que le futur poffeffeur des trois Duchés
, fes defcendans males , rempliront de bonnefoi
la tencur des articles ci-devant mentionnés, & que les
Etats Places qui nous doivent être rendus en vertu
des articles II. XVIII. des préliminaires
nous feront reftitués d'un pas égal, tant pour nous que
pour nos fucceffeurs , aux conditionsftipulées dans les
articles ci-devant mentionnés , nous cedons & nous renonçons
à tous droits , actions & prétentions qui peuvent
nous competer , fous quelque titre & de quelque
caufe que ce puifle étre , fur les fufdits trais Duchés de
Parme , Plaifance & Guastalla, par nous ci- devant
poffedés : lefquels droits , actions prétentions , nous
transférons dans la meilleure la plus folemnelle
•forme que ce puiffe , au Séréniffime Infant des Elpagnes
Don Philippe , ainfi qu'à fes defcendans males
ns d'un légitime mariage : nous abfalvons générale -
ment tous les habitans desfufdits Duchés duferment
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils nous ont prêté , bien entendu qu'ils ne feront
tenus de le prêter à ceux à qui nous cedons nos droits ,
que dans le cas où le fufdit Séréniffime Infant Don
Philippe , ou quelqu'un de fes de'cendans , n'auront
pas monté fur le Trône des Deux Siciles ou celui
d'Espagne , & nous nous réservons bien expreffément
tant pour nous que pour nos fucceffeurs , tous les droits ,
actions prétentions qui nous ont competé ci devant
fur ces Duchés, ainsi que le droit de Reverfion dans le
cas que le fufdit Infant pourra venir à mourirjans
enfans máles.
L'Acte de ceffion du Roi de Sardaigne le trouve
pareillement inferé ici : il eft conçû en Langue Italienne
& porte ce qui fuit.
Charles Emmanuel, & c. Le défir que nous avons
de contribuer de notre part au prompt rétabliſſement
de la tranquillité publique , nous a engagé
à acceder aux articles préliminaires fignés le 20
Avril dernier , entre les Miniftres de Sa Majesté
Très-Chrétienne , & de Sa Majefté Britannique ,
des Seigneurs Etats Généraux des Provinces Unies,
ainfi que nous l'avons fait le 31 Mai , au moyen
de notre Plénipotentiaire. Quant à ce que nous
devons accomplir de notre part , en conféquence
defdits préliminaires , particulierement pour ce
qui regarde l'exécution de l'article fy defdits
préliminaires , en vertu duquel les Dachés de
Parme, de Plailance & de Guastalla , doivent être
cedés au Séréniffime Prince Don Philippe d'Espa
gne , pour lui tenir lieu d'établiffement , avec le
droit de Reverfion aux préfens poffeffeurs , dès
que Sa Majefté le Roi des Deux Siciles fera monté
fur le Trône d'Espagne , ou que le ſuſdit Infant
vint à mourir fans enfans mâles ; nous renonçons
en vertu du préfent A&te , cedons & tranfportons,
DECEMBRE. 1748. 221
*tant pour nous que pour nos fucceffeurs, au fufdie
Séréniffime Infant Don Philippe & à fes enfans mâles
, nés d'un légitime mariage , la Ville de Plai-
Jance & le Plaisantin par nous poffedés , pour qu'il
puiffe en jouir , en qualité de Duc de Parme ; renonçant
pour cet effet à tous les droits , actions &
prétentions qui nous competent à cet égard ; & en
nous réfervant néanmoins bien expreflément , tant
pour nous que pour nos fucceffeurs , le droit de
Reverfion , dans les cas ci deffus mentionnés : en
foi de quoi , &c.
VIII. Pour affurer & effectuer lefdites reftitutions
& ceffions , on eft convenu qu'elles feront
entierement exécutées & accomplies de part &
d'autre en Europe dans l'espace de fix femaines, ou
plutôt fi faire le peut , à compter du jour de l'échange
des ratifications de toutes les huit Puiffances
, bien entendu que quinze jours après la fignature
du préfent Traité , les Généraux ou autres
Perfonnes que les Hauts Contractans de part &
d'autre jugeront à propos de commettre à cet effet
, s'affembleront à Bruxelles & à Nice pour concerter
& convenir des moyens de procéder aux
reftitutions & mifes en poffeffion d'une façon éga
lement convenable au bien des troupes , des habitans
& des pays reſpectifs , mais auffi de forte que
toutes & chacune des Hautes Parties contractantes
fe trouvent, conformément à leurs intentions & aux
engagemens contractés par le préfent Traité , en
poffeffion tranquille & entiere fans rien excepter
de tout ce qui doit leur revenir , feit par ceffion
ou autrement , dans ledit terme de fix femaines ou
plutôt fi faire le peut , après l'échange des ratifications
du préfent Traité de toutes lesdites huit
Puiflances.
Kiij.
222 MERCURE DE FRANCE.
IX. En confidération de ce que nonobſtant l'engagement
mutuel pris par l'Article 18 des Préliminaires
, portant que toutes les reftitutions & ceffrons
marcheront d'un pas égal & s'exécuteront en
même tems , S. M. Très - Chrétienne s'engage par
l'Article 6 du préfent Traité à reftituer dans l'efpace
de fix femaines , ou plutôt fi faire le peut , à
compter du jour de l'échange des ratifications du
préfent Traité , toutes les conquêtes qu'elle a fattes
dans les Pays- Bas , que ce qui concerne l'Amérique
ait fon effet dans le même tems , ou même
de fixer le terme de fa parfaite exécution .
Sa Majefté Britannique s'engage auffi de fon
côté à faire paffer auprès du Roi Très - Chrétien ,
auffi-tôt après l'échange des ratifications du préfent
Traité , deux Perfonnes de rang & de condition
qui y demeureront en ôtages , jufqu'à-ce
qu'on y air appris d'une façon certaine & authentique
la reftitution de l'Ifle Royale diteCap Breton,
& de toutes les conquêtes que les armes ou les fujets
de S. M. Britannique pourroient avoir faites
avant ou après la fignature des Préliminaires dans
les Indes Orientales & Occidentales. L. M. Très-
Chrétienne & Britannique s'obligent pareillement
de faire remettre à l'échange des ratifications du
préfent Traité, les duplicata des ordres adrefiés aux
Commiffaires nommés pour remettre & recevoir
refpectivement tout ce qui pourroit avoir été conquis
de part & d'autre dans les Indes Orientales &
Occidentales , conformément à l'Article II des
Préliminaires , & aux Déclarations du 21 &
31 Mai & 8 Juillet dernier , pour ce qui concerne
lefdites conquêtes dans les Indes Orientales & Occidentales.
Bien entendu néanmoins que l'Ifle Royale, dite
DECEMBRE. 223 1748.
le Cap-Breton , fera rendue avec toute l'artillerie
& munitions de guerre qui s'y feront trouvées au
jour de la reddition , quant aux autres reftitutions
elles auront leur effet , conformément à l'ef
prit de l'Article II des Préliminaires & des déclarations
& conventions du 21 & 31 Mai , & 8 Juil
ler, dans l'état où le feront trouvées les chofes le
11 Juin nouveau ftyle dans les Indes Occidentales,
& le 31 Octobre , pareillement nouveau ſtyle ,
dans les Indes Orientales . Toutes les chofes d'ailleurs
feront remifes fur le pied qu'elles étoient
ou devoient être avant la préfente guerre.
Lefdits Commiffaires refpectifs , tant ceux pour
les Indes Occidentales , que ceux pour les Indes
Orientales , devront être prêts à partir au premier
avis que L. M. Très - Chrétienne & Britannique
recevront l'échange des ratifications , munis de
toutes les inftructions , commiffions , pouvoirs &
ordres néceffaires pour le plus prompt accomplif
fement des intentions de leurfdites Majeftés , & des
engagemens qu'elles contractent par le préfent
Traité.
X. Les revenus ordinaires des Pays qui doivent
être reftitués ou cedés refpectivement , & les impofitions
faites dans ces Pays pour le traitement &
les quartiers d'hyver des troupes , appartiendront
aux Puiffances qui en font en poffeffion - jufqu'au
jour de l'échange des ratifications du préfent Traité
, fans néanmoins qu'il foit permis d'ufer d'aucune
voye d'exécution , pourvû qu'il ait été donné
caution fuffiflante pour le payement ; bien entendu
que les foutages & uftenciles pour les troupes fe
fourniront jufqu'aux évacuations ; au moyen de
quoi toutes ces Puiffances promettent & s'engagent
de ne rien répeter ni exiger des impofitions
K iiij
222 MERCURE DE FRANCE.
IX . En confidération de ce que nonobftant l'en
gagement mutuel pris par l'Article 18 des Préliminaires
, portant que toutes les reftitutions & ceffrons
marcheront d'un pas égal & s'exécuteront en
même tems , S. M. Très - Chrétienne s'engage par
l'Article 6 du préfent Traité à reftituer dans l'efpace
de fix femaines, ou plutôt fi faire fe peut , a
compter du jour de l'échange des ratifications du
préfent Traité , toutes les conquêtes qu'elle a faites
dans les Pays- Bas , que ce qui concerne l'Amérique
ait fon effet dans le même tems , ou même
de fixer le terme de fa parfaite exécution.
Sa Majefté Britannique s'engage auffi de fon
côté à faire paffer auprès du Roi Très - Chrétien ,
auffi -tôt après l'échange des ratifications du préfent
Traité , deux Perfonnes de rang & de condi- '
tion qui y demeureront en ôtages , jufqu'à-ce
qu'on y air appris d'une façon certaine & authentique
la reftitution de l'Ifle Royale dite Cap Breton,
& de toutes les conquêtes que les armes ou les fujets
de S. M. Britannique pourroient avoir faites
avant ou après la fignature des Préliminaires dans
les Indes Orientales & Occidentales. L. M. Très-
Chrétienne & Britannique s'obligent pareillement
de faire remettre à l'échange des ratifications du
préfent Traité, les duplicata des ordres adrefiés aux
Commiffaires nommés pour remettre & recevoir
refpectivement tout ce qui pourroit avoir été conquis
de part & d'autre dans les Indes Orientales &›
Occidentales conformément à l'Article II des
Préliminaires , & aux Déclarations du 21 &"
31 Mai & 8 Juillet dernier , pour ce qui concerne
lefdites conquêtes dans les Indes Orientales & Occidentales.
2
Bien entendu néanmoins que l'Ifle Royale , dite
DECEMBRE. 1748. 223
le Cap-Breton , fera renduë avec toute l'artillerie,
& munitions de guerre qui s'y feront trouvées au
jour de la reddition ; quant aux autres reftitutions
elles auront leur effet , conformément à l'efprit
de l'Article II des Préliminaires & des déclarations
& conventions du 21 & 31 Mai , & 8 Juil
ler, dans l'état où le feront trouvées les chofes le
11 Juin nouveau ftyle dans les Indes Occidentales,
& le 31 Octobre , pareillement nouveau ſtyle ,
dans les Indes Orientales. Toutes les chofes d'ailleurs
feront remifes fur le pied qu'elles étoient
ou devoient être avant la préfente guerre.
Lefdits Commiffaires refpectifs , tant ceux pour
les Indes Occidentales , que ceux pour les Indes
Orientales , devront être prêts à partir au premier
avis que L. M. Très-Chrétienne & Britannique
recevront l'échange des ratifications , munis de
toutes les inftructions , commiffions , pouvoirs &
ordres néceffaires pour le plus prompt accomplif
fement des intentions de leurfdites Majeftés, & des
engagemens qu'elles contractent par le préfent
Traité.
X. Les revenus ordinaires des Pays qui doivent
être reftitués ou cedés refpectivement , & les im→
pofitions faites dans ces Pays pour le traitement &
les quartiers d'hyver des troupes , appartiendront
aux Puiffances qui en font en poffeffion jufqu'au
jour de l'échange des ratifications du préfent Traité
, fans néanmoins qu'il foit permis d'ufer d'aucune
voye d'exécution , pourvû qu'il ait été donné
caution fuffifante pour le payement ; bien entendu
que les fourages & uftenciles pour les troupes fe
fourniront jufqu'aux évacuations ; au moyen de
quoi toutes ces Puiffances promettent & s'engagent
de ne rien répeter ni exiger des impofitions
Kinij
224 MERCURE DE FRANCE.
& contributions qu'elles pourroient avoir établies
fur les Pays , Villes & Places qu'elles ont occupées
dans le cours de la Guerre,& qui n'auroient point.
été payées au tems que les événemens de ladite
guerre les auroient obligées à abandonner lesdits.
Pays , Villes & Places ; toutes prétentions de cette
nature demeurant en vertu du préfent Traité
anéanties .
XI. Tous les papiers , Lettres , documens & Archives
, qui fe font trouvés dans les Pays , Terres ,
Villes & Places qui feront reftitués , & ceux appartenant
aux Pays cedés , feront délivrés ou fournis
refpectivement de bonne foi dans le même
tems , s'il eft poffible , de la prife de poffeffion , ou
au plútard deux mois après l'échange des ratifica -
tions du préfent Traité de toutes les huit Parties
en quelque lieu que lesdits papiers ou documens fe
puiffent trouver , nommément ceux qui auroient
été transportés de l'Archive du Grand Confeil de
Malines.
XII. S. M. le Roi de Sardaigne reftera en poffeffion
de ce dont il jouiffoit anciennement & nouvellement
, & particulierement de l'acquifition
qu'il a faite en 1743 du Vigevanafque , de la partie
du Pavefan & de la Comté d'Anghiera , de la
maniere que ce Prince les poffede aujourd'hui
en vertu des ceffions qui lui ont été faites .
XIII Le Séréniffime Duc de Modéne, en vertu ,
tant du préfent Traité que de fes droits , prérogatives
& digrités , prendra poffeffion fix femaines ou plu
tôt fi faire le peut , après l'échange des ratifications
dudit Traité , de tous les Etats , Places, Ports ,
biens & rentes , généralement de tout ce dont il
jouiffoit avant la guerre , lui feront rendus pareillement
dans le même tems les Archives , docu
DECEEMBRE. 1748. 225
mens , écrits & meubles de quelque nature que ce
puiffe être , comme auffi Partillerie , attirails &
inunitions de guerre , qui fe feront trouvés dans
fes Pays du tems de leurs occupations ; quant à ce
quimanquera ou qui aura été converti en une autre
forme , le jufte prix des chofes , ainſi ôtées , qui
doivent être reftituées , ſera payé en argent comp.
tant , lequel prix , ainfi que l'équivalent des Fiefs
que le Séréniffime Duc de Modéne poffedoit en
Hongrie , s'ils ne lui font pas remis , fera reglé &
conftaté par les Généraux ou Commiflaires ref
pectifs , qui , fuivant l'Article VIII . du préfent
Traité doivent s'affembler à Nice 15 jours après
la fignature , pour convenir des moyens d'exécuter
les reftitutions & mifes en poffeffion réciproques
; de forte que dans le même tems & le même
jour que le Séréniffime Duc de Modéne prendra
poffeffion de tous les Etats , il puiffe entrer ainfi
en jouiflance , foit de fes Fiefs en Hongrie , foit dudit
équivalent , & recevoir le prix des chofes qui
ne pourront lui être reftituées ; lui fera pareillement
fait juftice dans ledit terme de fix femaines
après l'échange des ratifications , fur les allodiaux
de la Maifon de Guastalla,
XIV. La Ser. République de Génes , en vertu ,
tant du préfent Traité que de fes droits , prérogatives
& dignités , rentrera en poffeffion fix femaines
ou plutôt fi faire fe peut , après l'échange des
ratifications dudit Traité , de tous les Etats , Forts,
Places, Pays, de quelque nature que ce puiffe être ,
rentes & revenus dont elle jouiffoit avant la guer
re ; fpécialement tous & chacun des Membres &
Sujets de ladite République rentreront dans le
terme fufdit après l'Echange des ratifications du
préfent Traité , en pofleflion , jouiffance & liberté
K v
226 MERCURE DE FRANCE .
de difpofer de tous les fonds qu'ils avoient ſur la
Banque de Vienne en Autriche , en Boheme ou en
quelque partie que ce foit des Etats de l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme & de ceux da
Roi de Sardaigne , & les intérêts leur feront payés
exactement & régulierement , à compter dudit jour
de l'échange des ratifications du préfent Traité.
X V. Il a été arrêté & convenu entre les huit
Hautes Parties pour le bien & l'affermiſſement de
Ja Paix en général & pour la tranquillité de l'Italie
en particulier , que toutes chofes y demeureront
dans l'état où elles étoient avant la guerre , fauf& ,
après l'exécution des difpofitions faites par le.
préfent Traité .
XVI. Le Traité de l'Affiento pour la traite des
Negres , figné à Madrid le 26 Mars 1713 , & l'Ar.
ticle du Vaiffeau annuel , faifant partie dudit Traité,
font fpécialement confirmés par le préfent Traité
pour les quatre années , pendant lefquelles la
jouiffance en a été interrompue depuis le com- .
mencement de la préfente guerre , & feront exécutés
fur le même pied & fous les mêmes conditions
qu'ils ont été ou dû être exécutés avant ladite
guerre.
le
XVII Dunkerque reftera fortifié du côté de
terre en l'état qu'il eft actuellement , & pour
côté de la mer fur le pied des anciens Traités.
XVIII. Les prétentions d'argent de S. M. Britannique
, comme Electeur de Hanover , fur la
Couronne d'Espagne , les differends touchant l'Ab
baye de S. Hubert , les Er.claves du Hainaut & les
Bureaux nouvellement établis dans les Pays-Bas ,
les prétentions de l'Electeur Palatin, & les autres Ar
ticles qui n'ont pû être reglés pour entrer dans le
préfent Traité , le feront inceffamment à l'amiable
}
DECEMBRE. 227 1748 .
par des Commiffaires nommés à cet effet de part
& d'autre , ou autrement , felon qu'il en fera convenu
par les Puiffances intéreffées.
XIX. L'Article V. du Traité de la quadruple
Alliance, conclu à Londres le 2 Août 1718 , contenant
la garantie de la fucceffion au Royaume de
la Grande Bretagne dans la Maiſon de S. M. Britannique
à préfent regnante , & par lequel on a
pourvû à tout ce qui peut être relatif à la Perfonne
qui a pris le titre de Roi de la Grande
Bretagne & à fes defcendans des deux fexes , eft
expreffément rappellé & renouvellé par le préſent
Article comme s'il y étoit inferé dans tout fon
Contenu .
XX. S. M. Britannique en qualité d'Electeur
de Brunswick Lunebourg , tant pour lui que pour
fes héritiers & fucceffeurs , tous les Etats & poffeffions
de fadite Majefté en Allemagne , font compris
& garantis par le préfent Traité.
XXI. Toutes les Puiffances intéreffées au préfent
Traité, qui ont garanti la Sanelion Pragmatique da
19Avril 1713 pour tout l'héritage du feu Empereur
Charles VI. en faveur de fa fille l'Impératrice Rei
ne de Hongrie & de Boheme actuellement regnan
te & de fes defcendans à perpétuité , fuivant l'ordre
établi par ladite Sanction Pragmatique la renouvellent
dans la meilleure forme qu'il eft poffible , à
l'exception cependant des ceffions déja faites , foit
par ledit Empereur , foit par ladite Princeffe & de
celles qui font ftipulées par le préfent Traité .
XXII . Le Duché de Siléfie & le Comté de
Glatz , tels que S. M. Pruffienne les poffede aujourd'hui
, font garantis à ce Prince par toutes les
puiffances , & parties contractantes du préfent
Traité.
K vj
228 MERCURE DE FRANCE .
•
XXIII. Toutes les Puiffances contractantes &
intéreffées au préfent Traité , en garantiront réciproquement
& refpectivement l'exécution.
XXI V. Les ratifications folemnelles du préfent
Traité expediées en bonne & dûë forme ,
feront échangées en cette Ville d'Aix- la -Chapelle
entre toutes les huic Parties , dans l'eſpace
d'un mois , ou plutôt , s'il eft poffible , à compter
du jour de la fignature.
En foi de quoi nous fouffignés , leurs Ambaffadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaites
, avons figné de notre main , en leur nom & en
vertu de nos pleins- pouvoirs, le préfentTraité définitif,
& avons fait appofer le cachet de nos Armes
, & c.
Fait à Aix-la-Chapelle le 18 Octobre 1748.
Articles feparés.
1. Quelques- uns des Titres employés par les
Puiffances contractantes , foit dans les pleins- Pouvoirs
& autres actes pendant le cours de la Négociation
, foit dans le préambule du préfent Traité
n'étant pas généralement reconnus , il a été convenu
qu'il ne pourroit jamais en résulter aucun
préjudice pour aucune defdites Parties.contractantes,
& que les Titres , pris ou omis de part & d'autre
à l'occafion de ladite Négociation & du préfent
Traité , ne pourront être cités ni tirés à con-
Léquence.
I. Il a été convenu & arrêté que la Langue
Françoife employée dans tous les exemplaires da
préfent Traité , & qui pourra l'être dans les Actes
d'acceffion, ne for mera point un exemple qui puiffe
être allegué ni tiré à conféquence , ni porter préDECEMBRE.
1748 .
2.39
ju dice en aucune maniere à aucune des Puiffances
contractantes , & que l'on fe conformera à l'avenir
à ce qui a été obfervé, & doit être obfervé à l'égard
& de la part des Puiffances qui font en ufage & en
poffeffion de donner & de recevoir des exemplaires
de femblables Traités & Actes en une autre
Langue que la Françoife.
Le préfent Traité & les acceffions, qui interviendront,
ne laiffent pas d'avoir la même force & vertu
, que fi le fufdit ufage y avoit été obſervé , &
Les préfens Articles féparés auront pareillement la
même force que s'ils étoient inférés dans le Traité.
En foi de quoi nous fouffignés Ambaffadeurs
Extraordinaires & Miniftres Plénipotentiaires de
S. M. Très- Chrétienne & de S. M. Britannique ,
des Seigneurs Etats Généraux des Provinces Unies ,
avons figné les préfens Articles féparés , & y avons
fait appofer le cachet de nos Armes , & c.
Fait à Aix-la- Chapelle le 18 Octobre 1748.
230 MERCURE DE FRANCE.
薪洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
MORT S.
Le 30 Août , mourut au Château de l'Aage , en
Bourbonnois , Dame Marie-Françoile le Bel
veuve de M. Joachim Jebannot , Chevalier , Marquis
de Bertillac , Meftre-de-Camp de Cavalerie ;
de ce mariage font nés ,
1°. Louis-Joachim Jehannot , Chevalier , Mar
quis de Bertillac , Colonel d'un Régiment de Dra
gons de fon nom , mort le 10 Septembre de cette
année. Il avoit époulé Jeanne- Françoife Poyvet
de la Bliniere , dont il a laiffé quatre enfans.
2º. Marie- Anne Clotilde Jehannot de Bertillac ',
mariée à M. Louis - Alexandre de Lomblon , Chevalier
, Marquis des Effarts , Aurilly , Seigneur &
Patron de Cintray.
3. Louis Jehannot de Bertillac , Prêtre Licentié
en Théologie de la Faculté de Paris , Chanoine de
l'Eglife Cathédrale d'Evreux .
4. François Jehannot de Bertillac , Cornette
au Régiment de Condé , Cavalerie , mort à Than
nes en Baviere , en 1742 .
5. Antoine Jehannot de Bertillac.
Le 8 Novembre , mourut en fon Château de
Bourgon , Province du Maine , Louis Ponyvet de
la Bliniere , Confeiller Honoraire au Grand Confeil
, Seigneur de Bourgon , Bois au- Parc , Prezen
- Pail , Couptrain , Neuvilette , &c. âgé de
74 ans. Il avoit époufé le dix - huit Avril 1714
Marie-Marguerite-Jofephe Dieuxivoie ; de ce mariage
il a eu ,
1º. Louis-Jofeph Pouyvet de la Bliniere , né
DECEMBRE . 1748. 231
le 19 Avril 1728 ; teçû Confeiller au Parlement
Commiffaire en la feconde Chambre des Requêtes
du Palais , le 22 Mai 1745 .
2. Marie - Louiſe Pouyvet de la Bliniere , mariée
le 3 Février 1733 à Jean - Baptifte François
Durey , Seigneur de Meiniere Bourneville ,
Mareuil , Marolles & autres lieux , Préfident au
Parlement en la feconde Chambre des Requêtes
du Palais , laquelle eft décedée le 12 Février 1741 ;
eile a laiffé deux enfans , fçavoir Antoine- Jean-
Baptifte Louis Durey de Meiniere , né le 18
Juillet 1734 , & Louife- Adelaide Durey de Meiniere
, née le 14 Février 1741. Voyez le Mercure
de Février de la même année .
30. Jeanne-Françoife Pouyvet de la Bliniere ,
veuve de Louis Joachim Jehannot , Marquis de
Bertillac , Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom , mort à Digne le 10 Septembre
1748 .
4. Genevieve Pouyvet de la Bliniere , mariée
le 6 Février 1746 à Claude- Gedeon- Denis du
Metz , Comte de Ronay
, reçu Préfident à la
Chambre des Comptes le 2 Septembre 1747.
Le 10 , Thérefe Botterel , Comte de la Marche ,
Brigadier des Armées du Roi , ci- devant Capitaine
d'une Compagnie du Régiment des Gardes Françoifes
, mourut à Paris , âgé de 67 ans .
Le 11 , Charles Daverdoing , Confeiller au Parlement
& Doyen de la Grand'- Chambre , mourut
à Paris , âgé de 84 ans . Il laifle un fils Conſeiller au
Parlement.
Le 18 , Charles Billet Defpreaux , Ecuyer , an
cien Gouverneur des Pages de la Grande Ecurie du
Roi , mourut à Paris.
Le même jour , Marie- Françoife de Beauvilliers
232 MERCURE DE FRANCE.
de Saint Aignan , épouſe de Louis - François , Mar
quis de l'Aubefpine , mourut dans fon Château
de Varize en Beauce , dans la foixante-huitiéme
année de fon âge , étant née à Paris le 6 Avril
1581. Elle étoit tante de M. le Duc de Saint Aignan.
Elle avoit été mariée en premieres nôces
le 10 Janvier 1703 , dans l'Eglife Paro ffrale de
Vaucreffon, prèsVerfailles , à Jean- François , Marquis
de Marillac , Colonel du Régiment de Languedoc
, Brigadier des Armées du Roi , & Gouverneur
de Bethune , qui fut tué à la bataille de
Hochftet le 13 Août 1704 , & en fecondes nôces
, dans la Chapelle des Religieufes Urfulines
de la rue Sainte Avoye à Paris , le 12 Mai 1710 , à
Louis-François , Marquis de l'Aubeſpine .
La Maiſon de Beauvilliers eft des plus anciennes
de France. Elle tire fon nom de la Terre de
Beauvilliers , qu'elle poffede de tems immémorial.
Le premier de cette Maifon que l'on connoifle ,
donna l'an 1100 l'Eglife de Beauvilliers & les
Dixmes,qui lui appartenoient,auChapitre de Chartres.
Du Fourmi. Tome IV.
Le 19 , Claude de Moretton , Chevalier , Seigneur
de Boiffon Mandeman , Alegre , Saint
Jean le Centenier & autres Lieux , ancien Capitaine
d'Infanterie , mourut à Paris , âgé de 60 ans.
Il étoit d'une ancienne Maifon de Provence.
Le même jour Anne-Louife- Julie de Crevant
, Ducheffe d'Humieres , époufe de Louis-
François d'Aumont de Crevant , Duc d'Humieres,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Gouver
neur de Boulogne & Pays Boulonnois , de laTour
d'Ordre , d'Etaples & du Fort Monthulin , & cidevant
Gouverneur de Compiegne , mourut à Pa
is , âgée de 84 ans.
DECEMBRE. 174S . 233
es , -
>
Elle étoit fille de Louis de Crevant d'Humie-
Vicomte de Brigueil , Baron de Preuilly ,
Seigneur de Monchy, près Compiegne , & de Conai
, Chevalier des Ordres du Roi , Maréchal de
France , Grand Maître & Capitaine Général de
' Artillerie Gouverneur du Boulonnois , puis
Gouverneur & Lieutenant Général de Flandres ,
Hainaut & Pays conquis , & des Villes de Lille
& Compiegne , Colonel des Régimens de Fufeliers
& Bombardiers , & Capitaine de la premiere
Compagnie des cent Gentilshommes de
la Maiſon du Roi , mort à Verfalles le 30 Août
1694 , âgé de 66 ans , & de Louiſe - Antoinette - Thérefe
de la Châtre , Dame du Palais de la Reine ,
morte à Paris le 2 Décembre 1723 , dans la quatrevingt
buitiéme année de fon âge.
Le Maréchal d'Humieres , fe voyant fans enfans
mâles , obtint de Louis XIV . de glorieuſe
mémoire , en confidération de fes grands fervices
, l'érection de fes Terres d'Humieres , de Monchy
, de Coudun , & c . en Duché , fous le nom
d'Humieres , pár Lettres du mois d'Avril 1690 ,
enregistrées au Parlement le 28 du même mois ,
& à la Chambre des Comptes le 30 du mois
fuivant. Cette érection fut faite en faveur du Maréchal
, & de celui qui épouferoit fa fille puînée
Anne - Louife - Julie , leurs enfans légitimes &
defcendans mâles . Il la donna en mariage le
15 Mai de la même année à Louis François d'Aumont
Marquis de Chappes , ci- deffus mentionné
, né le 30 Mars 1671 , fils de Louis Ma.
rie-Victor , Duc d'Aumont Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Premier Gentil
homme de la Chambre , & de Françoife Ange.
lique de la Mothe Houdancourt la feconde femme,
Il fut ftipulé par le Contrat de Mariage , que
>
234 MERCURE DE FRANCE.
Louis François d'Aumont prendroit le nom & les
armes de Grevant d'Humieres.
>
Anne- Louife- Julie n'a eu que deux enfans
fçavoir , 1º, Louis d'Aumont de Crevant d'Hu
mieres mort en Octobre 1708 , âgé de qua
tre ans. 2 ° . Louife- Françoife , mariée par Contra
du 2 Mars 1710 , à Antoine - Louis- Armand ,
Duc de Grammont Fair de France , Sire de
L'Efpart , Seigneur de la Guiche , Louvigni , &c.
Colonel du Régiment des Gardes Françoifes le 17
Février 1717 , Chevalier des Ordres du Roi le
Février 1718 , fils d'Antoine , Duc de Grammont,
& de Marie Chriſtine de Noailles .
,
2
Le Maréchal d'Humieres defcendoit de Jacques
de Crevant , Seigneur de Cingé , quatriéme fils
de Jean de Crevant , dont le trifayeul étoit Ar
chambaut de Crevant , Chevalier , Seigneur de
Bauché en Touraine , qui vivoit en 1339. On
ne voit point au- delà de filiation fuivie , quoique
l'on remo te jufqu'en 1069 , tems où vivoit
Raoul , fils d'Albert de Crevant ; mais on eft
fondé à dire , que cette Maiſon eft très- ancienne.
Il en refte encore une branche , la feconde
des Seigneurs de Cingé , dont René de Crevant a
été la tige. Il étoit fils de Louis de Crevant ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& bifayeul du Maréchal d'Humieres. La poftérité
de René de Crevant fubfifte en fon arriere
petit -fils , Louis - Emmanuel de Crevant , Marquis
de Cingé , qui de fon mariage avec Marie -Hen
fette de Saint Gelais de Lufignan, a eu trois fils &
une fille : fçavoir , Louis- Martin , Charles Louis ,
Philippe , & Françoife Henriette.
Le 22 , Claude de la Mothe , Chevalier , Seigneur
de Gremonville , Saint Jean des Champs ,
Ronfay , &c , mourut à Paris ,âgé de 64 ans.
DECEMBRE. 1748. 235
ARRESTS NOTABLES.
RDONNANCE du Roi , du 30 Octo
?
rlandoife de Filtzjames à trois eſcadrons de cent
zingt Maîtres chacun , en quatre Compagnies de
trente Maîtres.
AUTRE du 4 Novembre , pour réduire les
feize Compagnies de la Gendarmerie.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
8 , qui ordonne que les Officiers de Juftice
établis par feu l'Evêque de Dol , continue
ront leurs fonctions pendant la vacance dudit Evêché
, ainſi & de même qu'ils faifoient du vivant de
P'Evêque , à la réferve qu'ils rendront la juftice au
nom du Roi : & qui fait défenfes aux Juges'
Royaux de Bretagne de les troubler , ainsi que les
Econômes , dans leurs fonctions.
AUTRE du 13 Novembre , qui proroge
pour trois années , à compter du premier Janvier
1749 , la perception du droit d'un demi pour cent ,
ordonné par la Déclaration du ro Novembre
1727 être levé fur les Marchandiſes venant des
Ifles Françoifes de l'Amérique ; & cependant furfeoit
à la perception de ce droit fur les chargemens
des Navires arrivés , ou qui arriveront defdites
Illes , depuis le premier Octobre dernier jufqu'au
dernier Mars prochain.
ORDONNANCE du Roi du 15 , pour ré234
MERCURE DE FRANCE.
Louis François d'Aumont prendroit le nom & les
armes de Grevant d'Humieres.
>
Anne- Louife - Julie n'a eu que deux enfans :
fçavoir , 1 °. Louis d'Aumont de Crevant d'Hu
mieres mort en Octobre 1708 , âgé de qua
tre ans. 2 °. Louife- Françoife , mariée par Contratt
du 2 Mars 1710 , à Antoine - Louis- Armand , |
Duc de Grammont , Pair de France , Sire de
P'Efpart , Seigneur de la Guiche , Louvigni , &c. "
Colonel du Régiment des Gardes Françoifes le 17
Février 1717 , Chevalier des Ordres du Roi le a
Février 1718 , fils d'Antoine , Duc de Grammont,
& de Marie Chriftine de Noailles.
Le Maréchal d'Humieres defcendoit de Jacques
de Crevant , Seigneur de Cingé , quatriéme fils
de Jean de Crevant , dont le trifayeul étoit Ar
chambaut de Crevant , Chevalier , Seigneur de
Bauché en Touraine , qui vivoit en 1339. On
ne voit point au - delà de filiation fuivie , quoique
l'on remote jufqu'en 1069 , tems où vivoit
Raoul , fils d'Albert de Crevant ; mais on eft
fondé à dire , que cette Maiſon eft très -ancienne.
Il en refte encore une branche la feconde
des Seigneurs de Cingé , dont René de Crevant a
été la tige . Il étoit fils de Louis de Crevant ,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi ,
& bifayeul du Maréchal d'Humieres . La poftérité
de René de Crevant fubfifte en fon arriere
petit-fils , Louis-Emmanuel de Crevant , Marquis
de Cingé , qui de fon mariage avec Marie - Heniiette
de Saint Gelais de Lufignan, a eu trois fils &
une fille : fçavoir , Louis-Martin , Charles- Louis ,
Philippe , & Françoife Henriette .
Le 22 , Claude de la Mothe , Chevalier , Seigneur
de Gremonville , Saint Jean des Champs ,
Ronfay , & c, mourut à Paris , âgé de 64 ans.
C
DECEMBRE. 1748. 235
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi , du 30 Octo
bre , pour mettre le Régiment de Cavalerie
Irlandoife de Filtzjames à trois efcadrons de cent
vingt Mattres chacun , en quatre Compagnies de
trente Maîtres .
AUTRE du 4 Novembre , pour réduire les
feize Compagnies de la Gendarmerie.
"
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du
qui ordonne que les Officiers de Juftice
établis par feu l'Evêque de Dol , continue
ront leurs fonctions pendant la vacance dudit Evê
ché , ainfi & de même qu'ils faifoient du vivant de
P'Evêque , à la réſerve qu'ils rendront la juftice au
nom du Roi : & qui fait défenfes aux Juges'
Royaux de Bretagne de les troubler , ainfi que les
Econôines , dans leurs fonctions .
AUTRE du 13 Novembre , qui proroge
pour trois années , à compter du premier Janvier
1749 , la perception du droit d'un demi pour cent ,
ordonné par la Déclaration du 10 Novembre
1727 , être levé fur les Marchandiſes venant des
Ifles Françoifes de l'Amérique ; & cependant furfeoit
à la perception de ce droit fur les chargemens
des Navires arrivés , ou qui arriveront defdites
Illes , depuis le premier Octobre dernier jufqu'au
dernier Mars prochain.
ORDONNANCE du Roi du 15 , pour ré
136 MERCURE DE FRANCE.
former un Bataillon de chacun des douze Régimens
de fon Infanterie Françoiſe , y dénommés.
JUGEMENT rendu par M. le Lieutenant
Général de Police le 29 Octobre , contre Jean-
Baptifte Duval , Marchand forain de beftiaux , &
Jacques Bertrand , Boucher à Colombes , qui dé :
clare la faifie de trois Boeufs , à la requête de Dominique
Guérin , fur lefdits Duval & Bertrand
bonne & valable ; ordonne que le dits trois Boeufs
feront & demeureront confifqués au profit dudit
Guérin ; condamne lefdits Duval & Bertrand à cinquante
livres d'amende & aux dépens, fait défenſes
audit Bertrand & à tous autres Bouchers , d'acheter
ni faire acheter aucuns beftiaux dans les marchés
de Sceaux & de Poifly , qu'ils n'en ayent ac
quitté les droits , & de fe fervir du ministere des
Marchands forains pour faire leurs achats hors
lefd.ts marchés ; fait pareillement défenſes audit
Duval & à tous autres Marchands forains , de vendre
leurs beftiaux dans la diftance de vingt lieues
ailleurs que dans lefdits marchés , & de les fortir
defdits marchés fans en avoir acquitté les droits ,
tant du fol pour livre, qu'autres droits defdits marchés
, ordonne que ledit Jugement fera imprimé ,
l , publié & affiché partout où beſoin ſera , aux
frais defdits Bertrand & Duval.
La veuve du Sr Simon Bailly renouvelle au Public
fes afsurances qu'elle continuë de fabriquer les
véritables Savonettes légeres de pure crême de
favon , dont elle feule a le fecret ; comme plufieurs
fe mêlent de les contrefaire , & les marquent comme
elle , pour n'être point trompés , il faut s'adreffer
chez elle , rue Pavée S. Sauveur , au bout de
DECEMBRE. 1748. 237
celle du petit Lion , à l'image S. Nicolas , une porte
cochere, prefque vis- à - vis la ruë Françoise , quartier
de La Comédie Italienne.
F
;
Illion avertit le Public qu'il fabrique
toutes fortes de Chocolats vanillés &
de fanté , ambrés à la fleur d'orange fans
fucre , depuis quarante fols jufqu'à huit
livres ; Piftaches fines & Paftilles fines
& autres , depuis trois livres jufqu'à fix
livres il fait un Chocolat naturel pour
les perfonnes qui font incommodées de
la poitrine , il va auffi le faire en Ville
il fait du beurre de Cacao caraqué , qui
a beaucoup de vertus pour les perfonnes qui
ont le nez & les lévres gerfés , cuiffons
fur le vifage ou dartres , inflaminations
fur les yeux ; on en met fur les paupieres.
le foir en fe couchant , & on le trouve
confidérablement foulagé. Les Dames peuvent
s'en fervir pour ôter le rouge fur
leur viſage. Il eft bon pour toutes fortes
de brûlures , en en mettant fur la playe.
Il foulage beaucoup en diffipant le feu qui
fe met ordinairement fur les brûlures, Ledit
Fillion demeure à la Croix de Chevalier
dans l'Abbaye Saint Germain des Prés , cour
rue Abbatiale ; ily a un Tableau à fa
238 MERCURE DE FRANCE.
fenêtre , & une Enfeigne au coin de la rue ,
au premier étage , la premiere allée en entrant
par la cour ; ledit Chocolat eft marqué!
d'une Croix de Chevalier.
L
- mois.
AV I S.
Es Particuliers qui nous doivent ,
fonParisdepayerdans le courantdu
priés
J
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le premier volume du Mercure de France du
mois de Décembre 1748. A Paris le quinze Décembre
1748.
BONAMY.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Séance publique de l'Académie Royale de
Chirurgie 3
Vers à Mad. *** , l'Auteur étant chez elle à fa
,
maifon de
campagne ,
Maximes Morales ,
23
24
Vers à M. Deflandes , ancien Commiflaire de la
Marine , 26
Extrait de la Lettre d'un Bénédictin de Province
6
28
à un autre Bénédictin , fur une Differtation qui
a été couronnée à l'Académie de Soiffons ,
L'Amour Peintre en voyage , ou le Portrait
Idile >
Projet d'une Place pour la Statue du Roi ,
Vers à M. le Comte de la Motte Jacquelot ,
Lettre à M. Remond de Sainte Albine ,
Ode tirée du Pfeaume 85 ,
35
39
44
45
54
57
Séance publique de l'Académie des Belles - Lettres
de Marſeille ,
Plaintes de la Nature à M. le Comte de Tr. par
M. Chabaud de l'Oratoire ,
Réponse de M. le Comte de Tr,
58
65
68
Le Temple de l'Amour , Songe , à Iphiſe ,
Vers à M. Rameau fur fon Ballet de Pigmalion , 8 %
Lettre de M. le Beuf , Chanoine d'Auxerre , à un
Chanoine Régulier , 83
My
Autre du même , à un Chanoine de l'Eglife d'Auxerre
,
85
94
Quatriéme Epitre familiere à M. de la Soriniere ,
par M, des Forges Maillard ,
Deſtination propofée pour le vieux Louvre , 106
Vers fur la mort de Mlle Mélanie , par M. Gaud,
108
Séance publique de l'Académie Royale des Sciences
,
Vers à M. le Marquis de Gefvres ,
110
118
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Novembre , 119
Bouquet à Mad, * * * , pour la Fête de S. Mi-
120
Logogryphes , 121
chel ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 126
Programme de l'Académie des Belles - Lettres de
Marſeille pour l'année 1749 , 158
Fabrique de canons d'Artillerie , de pierrier , &
de mortiers de fer battu , forgés d'une feule
piéce , tournés & forés ; 160
Machines de la compofition du fieur Macary pou
la fûreté du commerce & de la navigation , 164
Eftampes nouvelles ,
16
161 Piéces exécutées en émail par le fieur Raux ,
Réponse de M. de Joyeuse à la lettre de M. Da
viel , inferée dans le Mercure de Septemb
dernier .
Air férieux & Vaudeville ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres , de Warſovie ,
De Stockholm ,
De Coppenhague ,
Allemagne , de Vienne,
168
17 :
177
179
183
184
186
De Berlin , 187
Elpagne , de Madrid , 188
Italie , de Rome , 190
De Génes , 193
Grande Bretagne , de Londres , 19
Païs- Pas , de la Haye , 201
France . Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 205
Traité général & définitif de Paix , 206
Morts , 229
Arrêts Notables , 236
Savonettes de pure crême de Savon ,
Chocolats, & Beure de Cacao du Sr Fillon ,
Le Plan doit regarder la page 39
Les Chanfons notées doivent regarder la page 175
238
ibid,
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE .
SPARG
1748 .
SECOND VOLUME.
AGIT
UT
Chés
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec A probation & Privilege du Roi.
AVIS.
L'ADRESSE générale du Mercure eft
DE CLEVES D'ARNICOurt ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
´très - inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très -exactement
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M, Remond de Sainte Albine
PRIX XXX. SOLS.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE.
1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
VERS
A Madame du Boccage , par M. de la Mothe
, Doyen de la Cour des Aides de Montauban
, & Académicien de l'Académie de
La même Ville, âgé de quatre- vingt -fix ans.
A votre fexe , illuftre du Boccage ,
A fes appas trop raviffans,
Mes chanfons , mes tendres accens
Ont rendu mille fois un éclatant hommage.
Je deplairois à la raifon ,
11. Vol
A
ij
4 MERCURE DE FRANCE,
Si je les chantois davantage .
De notre derniere faifon
L'indifference , hélas ! doit être le partage.
Mais en voyant votre portrait ,
En entendant votre langage ,
Je crois qu'Amour me garde un trait
Qui refpectera peu mon âge.
Quand je vous lis , quand je vous vois ,
Certain trouble agite mon ame ,
Et je me fouviens qu'autrefois
Ce trouble m'annonçoit une naiſſante flamme .
Des rivages du Tarn , loin de votre féjour ,
Et mes ans entre nous mettant trop de diſtance ,
Sans que la vertu s'en offenfe ,
Ne puis-je vous parler d'un innocent amour
Mais de cet aveu fans myſtére
Les malins enfans de Cythere
Riront , comme vous , à leur tour.
Dans mon hyver tout me rappelle
Nuit & jour , tous les inftans ,
Que l'amoureufe Philoméle
Jamais ne chante qu'au printems ; ]
Et dans mes vieux jours je ſoupire ,
Charmé de mille traits brillans
D'un génie , infpiré par le plus beau délire.
Comme de vos appas , épris de vos talens ,
En dépit de mes ans , je vis fous votre empire ,
DECEMBRE . 1748 .
Et furpris j'adore & j'admire
Vos chants divins , vos fons harmonieux ,
Quand vous nous faites la peinture
De ce jardin délicieux ,
Où pour Adam , l'Auteur de la nature
Répandit fes bienfaits fans nombre & fans meſure?
Vous vantez le bonheur , vous pleurez la foiblefa
Du coupable chef des humains ,
Avec la fublime nobleſſe
Et la tendre délicateffe ,
Non de nos fameux Ecrivains ,
Mais d'un fexe , qui ne nous laiffe
Que le foin heureux & l'adreffe
De recueillir les fleurs qui tombent de ſes mains ;
Et vous réuniffez , mais avec quelle gloire !
Et les talens & la beauté.
Joiiffez à jamais au Temple de Mémoire
D'une double immortalité ,
Et d'un admirateur fincére ,
Qui vous place au milieu de Virgile & d'Homére ;
Recevez un hommage en tout lieu respecté .
Quand l'Amour m'a perfécuté
L'efprit fans les attraits n'étoit point mon affaire ;
Les attraits fans l'efprit n'auroient pas fçû me plaire,
Mais fi de voir le jour je m'étois moins hâté ,
Jugez ce que j'aurois pû faire
Et de mon coeur , & de ma liberté .
A iij
MERCURE DE FRANCE.
1
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗源
PROJET
D'une Defcription géographique , oeconomique
& hiftorique , de la Province de Bretagne.
Préfenté aux Etats de Bretagne , tenus
Rennes au mois de Décembre 1746. Parun
Membre de l'Affemblée de l'Ordre de la
Nobleffe.
*
Ly a long- tems qu'on connoît l'impervince
de Bretagne. Le peu d'accord qu'elles
ont entr'elles ; des lieux mal pofés par
rapport aux autres parties de la terre , &
entr'eux ; des omiffions affez confidérables
, des noms eftropiés , des Côtes mal
figurées , font des défauts qui ont déja fait
penfer plus d'une fois à donner une defcription
plus exacte d'un pays où il y a tant
de lieux , dont il eft fi important aux Navigateurs
de connoître la véritable fituation.
Quoiqu'un projet , fi intéreffant par luimême
, foit refté jufqu'ici fans exécution ,
il y a lieu d'efperer que les Etats , chargés
aujourd'hui de l'adminiftration de leurs
affaires , ne négligeront rien pour le faire
réuffir , lorfqu'ils le verront renaître fous
* M.de Kermadec.
DECEMBRE. 1748: 7
une forme nouvelle , & plein de vûes ,
qui peuvent , fi elles font bien remplies ,
les éclairer dans plufieurs de leurs déci
fions. On peut également fe flater que la
Cour donnera aifément fon approbation à
un travail , qui procureroit à la Province
des avantages confidérables .
On voudroit joindre aux opérations
géographiques d'autres travaux , qui ne
font pas moins importans , comme l'alignement
& la conftruction des grands chemins
, l'examen des terres , des eaux & des
Manufactures de la Province , même toutes
fortes de recherches , propres à contribuer
à fon bien & à fa gloire.
Quelque peu de rapport que paroiffent
avoir entr'elles ces differentes parties , il
eft pourtant très - facile de les réunir toutes
dans la même entreprife.
Les Obfervations Aftronomiques
*
* Ces obfervations feront faites dans les endroits
les plus convenables de la partie orientale & occidentale
de la Province , & aux extrêmités voifines
de la mer , des Diocéfes de Vannes & de Treguier.
Les lieux , dont on aura déterminé la pofition
par ce moyen , donneront la vraie fituation de la
Province fur la terre , & feront les points fondamentaux
de la Carte , ceux aufquels on rapportera
les autres lieux .
Aiiij
8 MERCURE DE FRANCE.
qu'on fait pour déterminer quelques -uns
des principaux lieux , obligent ceux qui
font chargés de ce travail , de paffer dans
les differentes routes de la Province. Un
autre objet non moins intéreffant fe préfente
alors néceffairement à leur examen :
ce font les grands chemins qui feroient
sûrement en meilleur état , & qui n'auroient
pas coûté à la Province tant de frais
inutiles , fi avant que d'y travailler on en
avoit dreffé un plan général , dans lequel
toutes les routes auroient été tracées dans
la direction la plus avantageufe ; direction
qui ne dépend pas d'un fimple alignement ,
mais qui demande encore une connoiffance
de la nature du terrain , & un nivellement
qui en indique la pente pour l'écoulement
des eaux , lefquelles perdent entierement
les chemins , tandis qu'elles pourroient
quelquefois être portées dans des
lieux qu'elles enrichiroient. La Province
a fait à cet égard des expériences
fort cheres ; les changemens qui ont été
faits dans la Direction de quelques - uns
de fes chemins , comme de celui de Rennes
à Vitré , coûtent autant que l'ouvrage
qu'on propofe aujourd'hui , qui auroit
épargné ces frais , & qui pourroit en épargner
d'auffi confidérables dans la fuite.
DECEMBRE. 174S .
9
›
De même le grand nombre d'obfervations
géométriques *
néceffaires pour
placer exactement chaque lieu un peu confidérable
, exige qu'on fe tranfporte dans
ces differens endroits. Ces opérations mer-
* La partie la plus importante de ces opérations
confiftera à former des fuites de triangles , dont les
angles feront placés dans les lieux les plus reinarquables,
depuis quelqu'un des points , dont on aura
déterminé la pofition par des obfervations,aftronomiques
, jufqu'à quelqu'autre de ces mêmes
points.
D
Pour connoître la longueur de tous les côtés de
ces triangles , il fuffit de mefurer avec un inftru
ment d'une grandeur convenable leurs angles
& de toifer réellement un feul côté , ou dans le
hieu le plus commode un efpace confidérable
qu'on rapporte à quelqu'un de ces triangles. Celuici
ayant un de fes côtés connu par la mefure ac
tuelle , on trouve aifément par le calcul la valeur
des deux autres , dont l'un étant commun au triangle
voifin , fert à trouver de la même maniere la
valeur de fes deux autres côtés , qui fervent à leur
tour à trouver celle des côtés du triangle fuivant ,
& toujours ainfi de fuite on parvient enfin à connoître
la longueur de tous les côtés de ces triangles
liés les uns aux autres par des côtés communs
, ou , ce qui eft la même chofe , la diftance
qui eft entre les lieux où les obfervations ont été
faites , & même celle qui eft entre les principaux
points , puifque la ligne , qui mefure cet intervalle ,
pafle avec une pofition déterminée au travers de
tous ces triangles . L'accord d'une feconde me➡
Fure actuelle avec la derniere diſtance calculée fair
la preuve de la jufteffe de toute cette opération.
Av
10 MERCURE DEFRANCE.
tront , non-feulement les Obfervateurs &
portée de continuer leur travail fur les
grands chemins ; mais elles leur donneront
de plus l'occasion , & à ceux , qui les accompagneront
, le tems d'examiner ce que
Comme on doit auffi connoître par les feules
obfervations aftronomiques la diftance , qui eft
entre les principaux points , depuis que la grandeur
& la figure de la terre ont été déterminées
plus exactement , toutes ces mefures ſe vérifieront
mutuellement .
Le point de perfection , où ont été portés de
nos jours les inftrumens , ne permet guéres de
commettre une erreur plus fenfible dans les mefures
céleftes , que dans les mefures terreftres d'un
arc du Méridien , qui mefure des differences en
latitude un peu confidérables. On peut également
fe flater d'approcher du même degré de précifion
à l'égard des longitudes par l'occultation des étoiles
fixes par la Lune ; & pour des diftances médiocres
une quantité fuffifante de poudre enflammée
dans un lieu convenable , ou en l'air par le fecours
d'une bombe lancée à une hauteur confidérable ,
préfente à deux fpectateurs , placés chacun dans
un lieu different avec une pendule bien réglée ,
un fpectacle commun & inftantané , qui donne la
plus grande exactitude qu'on puiffe défirer . C'eſt
furtout dans un ouvrage de la nature de celui - ci
qu'on eft fondé à efperer autant de précision des
mefures céleftes , que des mefures terreftres ; parce
qu'il exige qu'on place autant qu'il eft poffible ,
le fommet des angles à des objets permanens ;
condition , qui peut donner dans chaque fuite un
plus grand nombre de triangles , & des angles
DECEMBRE. 1748. I-L
chaque terrain produit d'utile ou de curieux
, ce qu'il pourroit produire de plus
utile , ce qu'il renferme dans fon fein , par
des fouillées , qui feront même affez profondes
pour découvrir des mines , lorsqu'il
y aura des indications fuffifantes pour entreprendre
ce travail. Si ces fouillées ne
préfentent pas toujours les matieres qu'on
eftime ordinairement le plus , elles peuvent
en faire connoître d'auffi utiles à nos
befoins , comme des eaux , des pierres *
moins favorables , que ceux que feroient des
fignaux qu'on placeroit plus avantageufement.
On formera deux fuites de triangles , dont l'une
ira de l'Eft à l'Oueſt par le milieu de la Province
Pautre de même du Nord au Sud elles feront fur
fon terrain une efpéce de croix qui le partagera en
quatre , & dont les extrêmités iront joindre les
opérations qui ont déja été faites dans la Province.
La diftance de la plupart des lieux renfermés
entre les côtés de ces triangles , & ceux de cette
efpéce de croix , fera mefurée par des opérations
moins longues , & moins pénibles.
* Si on en juge par le pavé de la plupart de nos
Villes , il ne paroît pas qu'on ait fait beaucoup de
ces fortes de recherches. Je fuis cependant perfuadé
qu'il n'en faudroit faire que de très-médiocres
pour trouver dans bien des lieux des pierres
propres à former un pavé uni & folide , qui dédommageroit
par fa durée de ce qu'il pourroit
cofiter de plus : il ne feroit peut- être pas non plus
bien difficile de procurer à quelques Villes des
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
des ardoiſes , des marbres , &c. & même
d'autres , qui ne vaudroient peut - être pas
dans la fuite moins que des mines , des
matieres propres à rendre fécondes des
terres , qui ont été regardées jufqu'ici
comme ftériles. Le mêlange de differentes
terres voifines , féparément infecondes ,
peut compofer une terre fertile , comme
celui de la marne avec differentes fortes de
terre ; les matieres aifées à calciner donnent
une chaux , qui fertilife de même les
terres les plus pauvres .
Lorfque la nature & la température du
lieu , avec tous les fecours qu'on en peur
tirer , feront bien connues , on peut avec
raifon préfumer , qu'entre les terres incultes
, il s'en trouvera beaucoup qui pourront
dans la fuite fournir du vin , des grains.
des pâturages , ou quelques fortes de bois,
marchandife aujourd'hui fi précieufe pour
le Royaume en général , & en particu
lier pour la Province , dont une des plus
grandes reffources fera toujours la navigation.
Les terres qui ne feront propres à aucune
de ces productions , pourront cependant
n'être pas fans valeur elles ne restent
:
eaux , qui les embelliroient en fourniffant de nouvelles
commodités à leurs habitans ,
DECEMBRE. 174S . 14
fouvent telles , que par le défaut de connoiffances
des gens de campagne , toujours
bornés aux mêmes occupations ; leurs
lumieres ne vont guéres au - delà de la
portée de leurs yeux peut - être même
la trop grande habitude de voir les mêmes
objets inutiles , empêche - t - elle des perfonnes
plus éclairées , de penfer à l'utilité
qu'on en pourroit tirer ? Combien avonsnous
été de tems , fans fçavoir que nous
avions chez nous de quoi faire de la fayance
? Dans combien de lieux trouveroit- on
des matieres plus belles , que celles qu'on
y employe aujourd'hui Cette fabrique
multipliée & améliorée par des ouvriers
plus habiles dans ce qui manque à fa perfection
, pour la peinture ou pour l'émail ,
nous mettroit en état de nous paffer de
tout ce qu'on tire du dehors en ce genre ,
& d'une grande partie de l'étain de nos
voifins. Des terres encore plus viles fervent
à des ouvrages , qui quoique plus
groffiers , ne font ne font pas moins utiles , comme
la poteric , la brique , & c. D'autres , qui
ne font pas moins ftériles , deviennent
précieufes par l'ufage qu'en font les plus
importantes Manufactures ; telle eft la terre
à foulon , celle qu'on employe à Faffi-
Les Anglois font fi jaloux de cette forte de
terre , qu'ils en ont défendu l'exportation fous
14 MERCURE DE FRANCE.
nage des fucres , à la conftruction des
fourneaux & des creufets de Verrerie , &c.
Toutes peuvent être miſes en valeur par des
établiffemens , qui procureroient à la Province
de nouvelles richeffes & de nouvelles
commodités .
Nous nejouirons jamais de tout l'avantage
de notre heureufe fituation , qu'en augmentant
notre commerce. Or le meilleur moyen
de le rendre riche & floriffant , eft de
multiplier & d'améliorer le produit des
terres & des Manufactures : c'eft à quoi
les recherches exactes , qu'on feroit fur
ce que le terroir de la Province produit
ou peut produire , foit en denrées , foit
en matieres propres à fes Fabriques , ou
à celles qu'on établiroit dans la fuite ,
peuvent certainement beaucoup contribuer
, en indiquant les moyens de fe procurer
abondamment les unes & les autres ,
& de les avoir de bonne qualité. Le point
le plus effentiel , à l'égard de toutes les
Manufactures eft S que la qualité de la
matiere qu'elles employent , foit bonne ;
fi elle eft mauvaiſe , l'habileté des meilleurs
ouvriers ne sçauroit réparer ce défaut. En
des peines auffi rigoureufes que celle de la laine .
Ils n'ont probablement fur nous que l'avantage
d'avoir fait plus de recherches , & d'avoir été attentifs
à en profiter.
DECEMBRE. 1748. Is
vain voudroit-on établir des Manufactures
de draps ou d'autres étoffes de laine de
quelque valeur , fi l'on n'a que des laines
courtes & groffieres ? Cette importante
Fabrique produit peu , & ne produit rien
que de très-médiocre en Bretagne ; mais
quand on examinera tous les terrains d'une
auffi grande Province , il y a toute apparence
qu'on en trouvera plufieurs qui
feront propres à nourrir des moutons , lefquels
fourniront peut- être d'auffi belles laines
que celles d'Angleterre. Nous avons des
Ifles & beaucoup d'autres lieux, où ils pourroient
parfaitement bien réuffir ; il femblet
qu'il ne faille pour cela , que faire venir dest
moutons d'Angleterre, ou d'Efpagne , d'où
les Anglois ont eux-mêmes tiré les leurs .
Cette efpece , plus grande que les nôtres ,
a la laine plus longue & plus fine , &
en porte une plus grande quantité. Le
grand cas que les Anglois font de leur
Laine , prouve que ce changement d'efpece
pour les moutons n'eft pas moins intéreffant
, que celui auquel les Etats travaillent
fi utilement depuis plufieurs années
pour les chevaux.
On trouveroit encore de nouvelles
reffources pour ce riche établiffement *
* Cet établiſſement feroit de fon côté très- utile
aux terres défrichées. On fçait dans les lieux ou
16 MERCURE DE FRANCE,
dans la culture de cette grande quantité
de terres incultes , qui attirent à la Province
autant de reproches de la part des étrangers
, qu'elles caufent de regrets aux bons
citoyens , & dont le défrichement doit
être un des objets du travail que je propofe
; importante affaire qui a eu jufqu'ici
bien peu de fuccès , malgré la bonne intention
des perfonnes qui s'en font mêlées :
peut- être même l'utilité en eft- elle devenue
douteufe à bien des gens , par le peu de
profit que la plupart des petits défrichemens
, qui ont été faits ou projettés dans
ces derniers tems , apportent ou peuvent
apporter à la Province , & par le grand
nombre de conteftations qu'ils font naître
tous les jours. Pour prévenir ces inconvéniens
, & pour retirer de ces fortes d'entreprifes
, qui méritent toute l'attention
du Gouvernement & des Etats , le fruit
qu'on en doit naturellement attendre
elles doivent être précedées d'un examen ,
y
le parquage des moutons , qui paroît prefque ignoré
en Bretagne , eft ufité , combien il contribue
à l'amandement des plus mauvaiſes terres . Ce défrichement
paroît d'ailleurs nécellaire pour la
confervation des toifons , dont une partie eft emportée
par les landes . Il eft vrai qu'elles font en
core plus gâtées par la mal propreté avec laquelle
les moutons font tenus , mais on en auroit proba
blement plus de foin , fi leur laine valoir mieux,
DECEMBRE . 1748. 17
qui en affûre la réuffite , & qui en régle
l'exécution , de maniere qu'elles ne portent
aucun préjudice aux terres cultivées.
Les afféagemens des parcelles de terres les
plus voisines de l'ancien Colon , lui font
quelquefois perdre plus , qu'ils ne produifent
au nouveau . Il faut toujours laiffer
au premier , de quoi fournir de l'engrais
à fes terres , & entretenir fes beftiaux.
On ne doit jamais oublier , qu'il eft le
premier qui ait mis le terrain en valeure
Ce ne font pas en effet de petites portions
de landes qu'il importe de défricher ; elles
fervent à faire porter tous les ans des
terres , qu'on n'enfemenceroit que tous
les trois ou quatre ans , fans l'engrais qu'on
en tire pour celles- ci . Ce font les vaftes
landes qu'il feroit néceffaire de mettre
en valeur . Elles fourniroient une nouvelle
récolte , fans diminuer en aucune maniere
l'ancienne . Mais comment y parvenir autrement
, que par les recherches qu'on
fera fur le terroir de la Province , &
dont ces landes feront le principal objet ?
Après avoir connu par cette voye la nature
du terrain , on appelleroit les voifins
on confulteroit des gens habiles & défintéreffés
, avec lefquels on détermineroit
P'ufage qu'on en peut faire , quelle partie
peut être afféagée avec quelque efpérance
و
18 MERCURE DE FRANCE.
de fuccès , fans que perfonne en fouffre ;
& puiffe faire de juftes plaintes. On feroit
enfuite un Mémoire , qui contiendroit
une defcription exacte de l'étendue
, des bornes & de la qualité du terrain ,
avec un plan figuratif, & l'on y indiquerojt
les moyens qu'on croiroit les plus propres
à le faire valoir , & les fecours qu'il feroit
néceffaire de donner à ceux qui s'en chargeroient
, foit par argent , foit par une
remife d'impofition pendant un certain
nombre d'années , jufqu'à ce que le défrichement
fût affez avancé , & produisît
affez pour faire jouir l'Entrepreneur da
fruit de fes travaux , & pour le mettre
en fituation de payer à l'Etat la protection
& les fecours qu'il lui auroit accordés . Car
je ne pense pas qu'on doive craindre de
faire des avances , même de courir des
rifques pour des entrepriſes auffi utiles.
Le Commerce qui entretient un grand
nombre d'hommes ,fe rallentit dans de certains
tems , il peut diminuer , être en partie
envahi par des voifins jaloux : les terres
cultivées nourriront toujours des Labouteurs.
Les eaux ne méritent pas un examen
moins férieux que les terres ; elles fervent
à la nourriture , aux Arts , aux voitures
& à la Medecine. Quoique ces dernieres
DECEMBRE. 1748. 19
ne produisent pas toujours l'effet qu'on
en attend , on ne doit pas négliger de
découvrir celles qui font dans un pays ;
elles peuvent lui être de quelque utilité
par leurs differentes propriétés , & procurer
du commerce au lieu où elles fe
trouvent. On fera fur les premieres des
épreuves propres à en développer toutes
les qualités , & des recherches pour en
trouver , s'il eft poffible , de plus faines ,
lorfqu'elles n'auront pas toute la falubrité
que leur ufage exige , & pour les avoir
en plus grande quantité & plus commodément
, lorfqu'elles ne feront pas
aufli
abondantes , ou auffi-bien fituées qu'on le
défireroit. Celles qui forment des rivieres
ou de gros ruiffeaux , demandent un examen
particulier.
Comme on ne fçauroit faire la Carte
d'un pays , fans fuivre le cours de fes rivieres
, afin de les décrire exactement ,
les perfonnes chargées de ce travail auront
foin d'examiner ce qu'on peut faire pour
rendre navigables celles qui ne le font
pas , & pour rendre plus facile & plus
commode la navigation de celles qui fervent
déja à cet ufage ; ces perfonnes verront
même fi des eaux raffemblées de
plufieurs ruiffeaux , on ne peut pas former
des efpeces de canaux , qui ferviroient
,
o MERCURE DE FRANCE.
fur -tout au tranfport des bois qu'on
tireroit avec affez peu de frais des terres
où ils croiffent facilement , pour les rendre
à la mer , où ils font fi néceffaires , &
dans le voisinage de laquelle ils viennent fi
difficilement. Č'eft de cette maniere qu'on
procure à la Ville de Paris une partie du
bois qui s'y confomme ; c'eft par ce moyen,
que quelques Peuples voiturent , de leurs
montagnes , des bois que leur ficuation rendroit
inutiles fans cette reffource qu'ils
ont eu l'art de fe procurer. Il femble au
contraire , que notre Province ait eté privée
de toutes celles que la nature lui avoit
données , par la grande quantité de mou
lins qui interrompent le cours de fes ri+
vieres. Comme on n'a penfé que fort tard
à fe fervir d'air au lieu d'eau pour moudre
les grains , le peu d'ancienneté de cette
découverte eft fans doute caufe de cet in
convénient , dont l'incommodité devient
›
* Toutes les marchandifes , comme le bled , le
bois , &c. dont le prix doit être fort bas relativemens
à leur poids , ne fçauroient être voiturées un
peu loin que par eau. Il n'y a que celles dont le
prix eft affez haut , relativement à leur poids ,
comme les étoffes de foye , de fil , de laine , &c.
qui puiffent foutenir les frais d'un long trajet par
ferre , & c'eft en partie fur ce principe , que dor
vent être reglés les établiffemiens qu'on peut faire
dans un pays.
DECEMBRE . 21
1748 .
fenfible à proportion que le commerce
s'augmente. Ne doit - on pas tâcher aujourd'hui
d'étendre , autant qu'il eft poſſible
, l'ufage d'une invention auffi utile dans
un pays où il vente prefque continuellement
? Et fi la néceffité nous oblige de
laiffer des moulins fur les rivieres , net
faut -il pas faire en forte qu'ils ne les
empêchent pas de fervir à nos autres befoins
?
Si le travail dont j'ai parlé jufqu'ici ,
eft bien exécuté , & qu'on ait de plus
reconnu par des expériences particulieres
la propriété des eaux pour les teintures ,
le blanchiffage , le dégraiffage , le foulage ,
& pour les autres ufages des differens Arts ,
il ne fera pas difficile de fournir des moyens
d'améliorer nos Manufactures , & de dé
terminer les lieux qui font les plus convenables
, foit aux anciennes , foit aux nouvelles
, qu'on jugeroit à propos d'établir
dans la fuite , puifqu'on ne le feroit qu'après
avoir connu qu'on a , ou qu'on peut aifément
avoir dans ces lieux , tout ce qui en
doit faire le principal foutien.
Le giffement & la configuration des
côtes de la Province font une des plus
effentielles parties de fa defcription , &
celle dont l'ufage eft le plus utile & le plus
fréquent, Quelque loin que fait poullés
22 MERCURE DE FRANCE.
la fcience de la Navigation , quelque accroiffement
qu'elle puiffe recevoir des dé-
Couvertes qui ont été faites dans ces derniers
tems , jamais le Navigateur n'aura
de reffource plus affurée à l'approche des
côtes , que la connoiffance de leur po
fition qui donne un moyen , auquel
rien ne fçauroit fuppléer , de fe reconnoître
, & d'éviter , autant qu'il eft poffible
, le naufrage dans de fâcheufes circonftances.
C
Cette opération mettra ceux qui en fe
ront chargés , à portée de vifiter & de ſonder
les ports
*
ports , pour chercher les moyens
d'en rendre l'entrée sûre & facile , la
Navigation commode & de peu de frais ;
elle leur donnera auffi occafion de remarquer
les établiſſemens utiles qu'on peut
faire fur la côte , foit par des deffechemens
de marais foit par des conftructions de
Salines , &c. tandis que leurs Affociés examineront
tout ce que la mer & le rivage
produiſent ou nourriffent , poiffons , oifeaux
, plantes , coquillages & autres infectes
de mer, entre lefquels on prétend que
Il ne s'agit point ici des Ports du Roi , où il y
a des perfonnes très habiles , mais des Ports Marchands
, qui ont leur utilité , & où il n'y a pas tou
jours des perfonnes affez éclairées pour remédier
à leurs défauts.
DECEMBRE. 1748.
23
nous en devons trouver , qui nous rendront
la pourpre , tant regrettée , des anciens .
Enfin les recherches & les découvertes ,
qui ne contribueront point à l'augmentation
des richeffes de la Province > ne .
feront pas néanmoins inutiles ; elles contribueront
à fa gloire , en fourniffant d'ex--
cellens matériaux pour fon hiftoire naturelle
, qui fera une partie du travail que je
propofe . Eh ! quelle ample moiffon ne
peuvent pas faire d'habiles Obfervateurs
fur des côtes, qui ont été jufqu'ici vifitées
avec fi peu d'attention , & fur des terres
qui n'ont pas été plus foigneufement examinées
? On va quelquefois au loin chercher
de fimples curiofités, tandis qu'on en
trouveroit dans fon pays , qui ne mériteroient
pas moins d'attention , & qu'il feroit
toujours plus utile de connoître.
Après avoir expofé une partie des avan
tages du travail que je viens de propoſer ,
il faut maintenant parler des perfonnes
que je crois néceffaires pour l'exécuter. Je
ne ferai mention que des principales ; il
me paroît qu'il en faut cinq. Deux Mathématiciens
, qui feront à la tête de l'ouvrage
, auquel ils auront la plus grande part ;
un Botaniste fçavant dans l'Agriculture &
dans l'Hiftoire naturelle , qui fera les obfervations
qui regardent ces deux parties }
24 MERCURE DE FRANCE.
un Chymifte habile dans la découverte des
Mines & dans le travail des Minéraux ,
pour conduire les recherches & les effais
qu'on fera fur cette matiere , & un homme
qui ait affez de connoiffance de tout ce
qui concerne les plus importantes Manufactures
du Royaume & celles des Etrangers
, pour nous aider à perfectionner les
nôtres , à les multiplier , s'il eft befoin , & :
à établir chez nous celles qui nous manquent
, & qui pourroient nous être avantageufes.
Outre le foin particulier que chacun
aura de fon propre travail , il pourra
aider de fes lumieres ceux qui feront chargés
d'une partie differente. Si les Sciences :
Le prêtent un fecours mutuel , les Sçavans
en differentes fortes de fciences peuvent .
encore plus aifément fe donner ce fecours,
en fe communiquant réciproquement leurs
lamieres , & porter par là l'ouvrage à un
plus haut point de perfection.
Quoiqu'il foit affez difficile d'apprécier
les frais d'un travail qui demande tant d'opérations
differentes , & que les fouillées
de terres , les nivellemens , l'examen des,
Ces fouillées fe font avec de longues tarieres ,
qui font connoître affez promptement la nature du
terrain á differente profondeur. Les Anglois s'en
fervent dans la reche che des mines . Il y a même
chez eux des gens dont l'unique métier eft d'en
iivieres
DECEMBRE . 1748. 25
Livieres & ruiſſeaux , puiffent coûter beaucoup
plus ou beaucoup moins , felon qu'on
les voudra pouffer plus ou moins loin ; je
ne crois pas cependant que toutes ces dépenfes
, avec les frais & récompenfes des
principales perfonnes employées à ce travail
, aillent par an à plus de trente
naille livres , fur lefquelles on prendroit
le prix de l'achat des inftrumens néceffaires
aux differentes opérations. J'eftime
auffi que cet ouvrage , en y travaillant affiduement
, peut être achevé dans fix ans.
Si je mets un tems fi court pour l'exécution
de ce projet , c'eft que je compte que l'on
tirera beaucoup de fecours , pour la partie
géographique , des ouvrages * qui ont été
faire ufage dans ce travail .Comme les Compagnies
qui exploitent les Mines dans la Province , pourroient,
en vertu de leur Privilége , demander à jouir
de celles qu'on découvriroit , en cas qu'on leur
accordât leur demande , il feroit jufte de leur faire
payer entiérement les frais de cette forte de recherche.
* Les Ouvrages dont j'entens parler ici , font
la Defcription des Côtes de la Province , inférée
dans le Neptune François , & la Carte de France ,
publiée en 1744 par MM. Marald: & Caffini de
Thury. Quoique le premier n'ait pas été fait avec
autant de foin que le fecond , & qu'on lui reproche
des erreurs effentielles ; comme il contient généra¬
lement tous les lieux de la Côte , dont l'autre détermine
feulement plufieurs points , c'est une
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
faits d'habiles Obfervateurs. D'ailleurs
par
il y a dans la Province un grand nombre
de perfonnes auffi éclairées
que zélées
qui fe feront un plaifir de communiquer
les connoiffances particulieres qu'elles ont
fur tout ce qui concerne les lieux qu'elles
grande avance que de n'avoir qu'à ajouter les changemens
qui peuvent être arrivés depuis à la Côte, &
a vérifier ou à rectifier des détails intéreffans pour
la navigation , qu'on ne fçauroit gueres fe promettre
d'avoir dans un grand degré de préciſion ,
qu'à force de les remanier ; ces deux ouvrages fe
roient l'un & l'autre d'un ufage plus commode &
plus étendu , fi on avoit les obfervations far lefquelles
ils ont été faits , parce qu'on connoîtroit
les termes précis des inefures qu'ils indiquent , &
qu'on pourroit les lier plus exactement à celles
qu'on prendra dans la fuite. Nous ne pouvons plus
efpérer ce que nous défirons ici à l'égard du premier
, mais nous aurons probablement bien - tôt
les Obfervations fur lesquelles le fecon: a été fait;
elles nous donneront une connoiffance particulie
re des erreurs qu'elles ont relevées dans le premier
, & dont il eft fait mention dans les Mémoi
res de l'Académie des Sciences de 1736 , feulement
en général , à l'exception de celle qui regar .
de la diftance de Saint - Brieux au Cap de Frehel ,
qu'on y a défignée , & dont on a déterminé la quantité
, mais celle- ci même a encore befoin d'éclairciffemens
, le difcours n'étant pas d'accord avec
la mesure qu'on peut prendre fur la Carte; ni cette
mefure, ni le diſcours , avec la détermination géométrique
de ces deux lieux , qui eft à côté de la
Carte.
DECEMBRE. 27 1748.
habitent , & qui ne refuferont pas de faire
fur les inftructions qui leur feront données
, les obfervations qui demandent un
trop long tems pour être faites, en parcou
rant la Province.
Ce travail paroîtra peut- être cher à
quelques perfonnes , mais fi on fait attention
à fon étenduë & à fon utilité , & à ce
que quelques ouvrages , qui ne feroient
qu'une portion incomparablement petite
de celui - ci , ont coûté * , on verra que je
n'en porte pas le prix trop haut . Il ne fera
pas néanmoins onéreux au général de la
Province , fi on fait fupporter aux octrois
des Villes , aufquelles il fera utile , une
partie des frais , puifqu'en prenant feulement
pendant fix ans le quarantiéme de
ces deniers , il ne faudroit pas , pour exécuter
ledit travail , prendre pendant le
même nombre d'années plus de vingt mille
livres par an fur les hors-fonds , ou fur
les fommes ** qui feront affectées à la ré-
* Le nivellement , par exemple , d'un efpace de
fept à huit lieues entre la Rance & la Vilaine
qu'on projettoit de joindre par un canal , a coûté
dix mille livres.
** J'ignorois , quand je fis cet Ecrit , la quantité
d'argent employé à la conftruction ou réparation
des chemins. Ces fonds ne vont actuellement
gueres au delà de quarante mille livres par an ; ils
paroiffent bien foibles par rapport à la dépenfe
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
paration des grands chemins , & fur lefquelles
une grande partie des frais de cet
ouvrage devroit naturellement être payée ,
au cas qu'elles foient affez fortes pour foutenir
cette nouvelle dépenfe , & celle à
laquelle elles font deſtinées.
La Province pourra d'ailleurs retirer
une partie confidérable de fes avances , en
fe faifant rembourfer , comme je l'ai déja
obfervé , par les Compagnies qui exploi
tent les mines,des frais qui auront été faits
pour leur recherche , fi elle eft heureuſe ,
car c'eft celle qui pourroit le plus coûter ,
mais on ne la pouffera qu'autant que les
qu'exigent encore aujourd'hui les grands chemins.
Il n'y a qu'une économie égale à celle , avec laquelle
les Etats font toutes les opérations dont ils
font chargés , & qu'ils fe propofent d'avoir dans la
régie des travaux des grands chemins , s'il plaît
au Roi de la leur confier , qui puiffe tirer un parti
bien avantageux d'une auffi petite fomme , encore
auront-ils bien de la peine à fuppléer par leurs foins
à fa modicité. Il ne paroît donc pas qu'on puiffe
rien prendre fur des fonds , qu'il faudroit peutêtre
augmenter, plutôt que diminuer, pour exécu
ter plus avantageufement les travaux , aufquels ils
font fpécialement destinés , mais les Etats pourront
employer très utilement à l'ouvrage que je propofe
, & à ceux qui en feront la fuite , une partie
des fommes , qu'ils efpérent avec raiſon retirer
de l'affaire des Entrées , affaire , ce me femble , qui
ne fçauroit être pouffée avec trop de vigueur & de
célérité ,
1
DECEMBRE. 1748. 29
Etats le jugeront à propos , ou la Com
miffion intermédiaire , à qui on en rendra
compte , auffi-bien que des autres recherches
, pendant la féparation des Etats.
Je ne parle pas de l'épargne qu'on pour
roit faire , en n'employant que les petites
pratiques ordinaires pour lever la Carte
de la Province fur les obfervations qui
ont été faites , & fur les mesures qui ont
été prises par de célébres Aftronômes ,
parce qu'il me paroît que le grand vuide *
que laiffent leurs opérations , ne peut être
bien rempli qu'en fuivant les traces de
guides auffi habiles , & les méthodes dont
ils fe font fervis . Il vaut mieux en effet
convaincre la poſtérité de l'exactitude d'un
ouvrage , qui demande un fi grand détail ,
par la vérification réciproque de leurs mefures
& des nôtres , que de chercher à faire
une fi legére épargne .
Il y a dans l'intérieur de la Province une
étendue de quarante lieues de longueur de l'Eft
à l'Ouest , fur près de 25 de largeur du Nord au
Sud , dans laquelle on n'a pris aucune mefure
exacte ; les principales opérations indiquées dans
la feconde Note , pafferont par le milieu de cet
efpace. Il feroit même néceffaire de les pouffer
un peu au delà de la partie Orientale de la Province
, afin de la mieux lier avec le Maine &
l'Anjou , dont les parties voifines n'ont pas été mefurées
exactement,
Biij.
30 MERCURE DE FRANCE.
On remettra à l'affemblée des Etats ,
outre la Carte & le détail des opérations
fur lefquelles elle aura été dreffée , l'Hiftoire
naturelle du Pays , des plans exacts
des lieux où il feroit utile de faire des travaux
, avec des projets & devis pour la
conftruction des grands chemins , le défrichement
des terres incultes , l'exploitation
des mines , la navigation des rivieres ,
l'établiffement de nouvelles manufactures ,
l'amélioration des anciennes , & généralement
pour une grande partie des ouvrages
publics. Comme on aura auffi ſoin , en
paffant par les differens endroits de la Province
, de prendre les dimenfions des diverfes
mefures qui y font établies , qu'on
les comparera toutes à la même mefure ,
pour déterminer le rapport qu'elles ont
entr'elles , & qu'on fera une pareille réduction
fur les poids , on remettra le réfultat
de cet examen aux Etats , qui en feront
l'ufage qu'ils croiront le plus utile au
Commerce..
Pour ne rien omettre dans la defcription
Géographique de la Province , qu'on
préfentera aux Etats , une lieue de deux.
mille deux cens quatre- vingt deux toiſes *
* Je ne fçais fur quel fondement les Géographes .
ont donné differentes longueurs à la lieue de Bretagne,
car je ne connois fur cela que des meſures
DÉCEMBRE. 1748. 31
occupera un espace de quatre pouces ,
de maniere qu'une ligne répondra à une
étendue de terrain de quarante-fept toifes
trois pieds trois pouces , mais comme une
ligne fe divife aifément en deux parties
qu'une vûe médiocre apperçoit fans peine ,
on y pourra repréfenter un objet de moins
de vingt- cing toifes. Le contour des côres
, le cours des rivieres , l'alignement
des grands chemins , & c . y feront par conféquent
très - diftinctement tracés. Ôn pourra
même , s'il eſt néceffaire , y repréfenter
jufqu'à un demi journal *. La Province
ayant de l'Eft à l'Oueft environ foixante &
onze lieues , & du Nord au Sud cinquanvagues
, à l'exception de celle qui eft déterminée
par l'Art . 383 de la Coûtume , qui donne à la lieue
deux mille quatre cens toifes ; on a préféré de ne
la faire ici que de deux mille deux cens quatrevingt
deux tifes , parce qu'elle divife de cette
maniere un degré du Méridien en vingt -cinq parties
égales, & que les meilleurs Géographes lui ont
donné cette longueur fur le degré meluré en Fran
ce par M. l'Abbé Picard , aux meſures duquel toutes
les opérations , qui ont été faites depuis dans
le Royaume , n'ont apporté à cet égard aucun
changement qui mérite attention .
* Le journal a en Bretagne quatre- vingt toiles
de longueur fur feize de largeur , & fait une furface
de douze cens quatre- vingt toifes quarrées.
Ainfi les côtés d'un demi journal ont plus de vingtcinq
toifes,
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
te ; cette Carte , qu'on pourra diviler
en autant de parties qu'on voudra , aura
au moins vingt- quatre pieds de longueur
fur feize pieds huit pouces de hauteur.
Ce Plan général , dans lequel toutes les
parties de la Province feront liées , & où
les moindres feront nettement repréfentées
, fera déposé au Greffe des Etats . II.
J'ai donné cette étendue à la Province fur les
dernieres mefures qui y ont été prifes , & fur l'eftimation
que j'ai faite de la pofition de ſes extrémis
tés , qui n'ont pas été déterminées avec autant de
foin. Je trouve qu'il y a environ quatre degrés
quatorze minutes en longitude entre Ingrande &
l'extrémité occidentale de l'Ile d'Oueſſan ; c'eft
Ja plus grande dimenfion de la Province : elle eft.
compofée de portions de differens paralleles , auf
quels j'ai cru qu'on pouvoit donner une valeur
commune de trente huit mille deux cens quarante
toiles par degré. La minute , ou la foixantiéme
partie de ce degré , vaut un peu plus de fix cens
trente- fept toifes .
Il m'a paru auffi que de l'endroit de la Province
le plus méridional , qui eft dans le Diocèfe de
Nantes , au plus Septentrional , qui appartient au
Diocèle de Tréguier , on pouvoit compter au
moins deux degrés. J'ai eftimé cinquante fept
mille foixante toifes , chacun de ces degrés , dont.
une minute , ou la foixantiéme partie , vaut neuf
cens cinquante-une toifes. Nous aurons une plus
grande certitude fur toutes ces mefures , quand
P'Ouvrage que je propoſe , ſera exécuté .
DECEMBRE.
1748. 33
fervira à donner toutes les lumieres néceffaires
pour juger plus fûrement , & de
l'utilité des projets particuliers qui feront
remis en même tems aux Etats , & de l'utilité
de ceux qui pourroient leur être préfentés
dans la fuite. Ce fera l'original
qu'on réduira à de plus petites dimenfions,
pour le graver dans une forme plus commode.
On donner à celui- ci depuis
un demi pouce jufqu'à un pouce par
peut
lieue's
Je ne parle pas de la proportion fur laquelle
la plupart des Cartes générales de la Province font
faites , & qui eft d'un quart de pouce par lieuë ,
parce qu'elle me paroît trop petite pour un Ouvra
ge de la conféquence & du détail de celui ci .
Si un demi pouce répond à une lieue , la Carte
en y comprenant fa bordure, aura environ quarante-
quatre pouces de longueur & trente- deux de
hauteur,une ligne y vaudra trois cens quatre-vingttoifes
deux pieds ; une minute , ou la foixantiéme
partie d'un dégré du Méridien , aura deux lignes &
demie; une minute du parallele, environ une ligne
& fept dixièmes de ligne .
En lui donnant trois quarts de pouce par lieue ,
elle aura avec la bordure foixante - deux pouces de
longueur, & environ quarante- cinq de hauteur ; fi
on la partage en neuf parties , chacune aura dans
un fens vingt- un pouces , & dans l'autre quinze.
Une ligne y répondra à deux cens cinquante- trois
toiles trois pieds quatre pouces. Une minute du
Méridien aura trois lignes trois quarts , & une mi--
nute du parallele deux lignes & demie.
Enfin à un pouce par lieue,elle aura quatre-vingt
By
34 MERCURE DE FRANCE .
ce font les limites, entre lefquelles je penfequ'il
faut choifir la proportion la plus con--
venable ; peut- être fuffira t'il de lui donner
un demi pouce par lieue.
La Carte auroit dans cette fuppofition
avec fa bordure quarante- quatre pouces de
longueur , & environ trente- deux de hauteur.
Sans être d'une grandeur incommode
pour l'ufage ordinaire , elle paroîtroit
avoir affez d'étendue pour contenir , fans
confufion, tout ce qui mérite d'y avoir place,
& pour faire aifément connoître la
vraie pofition de chaque lieu , puifque chaque
degré y feroit divifé en foixante parties
très -fenfibles. On l'imprimeroit fur fix .
feuilles, qu'on placeroit féparément dans le
livre de l'Hiftoire Naturelle , & qu'on affembleroit
pour en faire une Carte générale.
La grande inégalité d'étendue des
Diocèfes ne permettroit pas d'en faire auffi
commodément ces deux ufages, en la divifant
par Evêchés , mais on fuppléera à cette
divifion, que quelques-uns délireroient
pouces de longueur fur cinquante- fept de hauteur;
une ligne y repréfentera cent quatre- vingt dix tot.
fes, & en la divifant en neuf parties , chacune aura
dans un fens vingt- fept pouces , & dans l'autre
dix- neuf.
J'ai fait ce détail , afin qu'on puiffe choifir la
proportion la plus conven able..
DECEMBRE . 1748. 35
peut-être , en y marquant les limites de
chaque Evêché . Toutes les routes y feront
exactement tracées. On y diftinguera , par
des fignes particuliers , tout ce qui fera digne
de remarque , & on pourra , fi on le
juge à propos , mettre fur fes bordures ce
qu'il y a de plus effentiel à fçavoir , tant
fur le gouvernement Eccléfiaftique , Civil
& Militaire , que fur le commerce & la
navigation de la Province .
Al'égard des entreprifes , dont on propofera
l'exécution , on aura fur -tout attention
de n'en propofer aucune , dont les
profits ne furpaffent les dépenfes , à moins
qu'ane néceffité indifpenfable n'oblige à
des travaux onéreux. Entre celles qu'on
aura jugées utiles , il y en a dont les
commencemens mêmes peuvent être
avantageux celles -là fe feront entierement
aux frais des Entrepreneurs ; il femble
qu'il fuffife alors d'indiquer ce qu'il y
a à faire de bons confeils en pareil cas
font de vrais encouragemens . Mais il y en
a d'autres qui demandent des fecours réels :
tels font les grands défrichemens qu'on
pourroit entreprendre , l'établiffement de
nouvelles Manufactures , & l'amélioration
des anciennes , qui exigent qu'on faffe venir
d'ailleurs des ouvriers pour commencer
les unes , & perfectionner les autres.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE..
On jouit bien-tôt du fruit de cette der
niere dépenfe , qui apporte dans un Pays
les Arts dans toute leur perfection . Il y ens
a dont le fin ne confifte que dans un petit
fecret , d'autres ne doivent la fupériorité
de leurs ouvrages qu'à l'induftrie particufiere
, avec laquelle ils font pratiqués dans
certains lieux; les plus utiles ne demandent
pas de grands talens ; les ouvriers ne font
mal , que parce qu'ils ont été mal inftruirs..
Dès qu'une fois on en a d'habiles , leur
fcience s'étend & fe perpétue aifément
dans un Pays , & elle ne fe perd ordinairement
que par une trop grande cupidité ,
qu'il ne feroit pas difficile de réprimer.
de
2.
Les Mémoires inftructifs qu'on donnera
aux Etats les mettront à portée
prononcer avec une entiere connoiffan--
fur toutes les propofitions qui leur fe--
ront faites , lorfque la Cour leur aura
accordé les fommes qu'ils demandent , pour
le foutien du commerce & des Manufactures
de la Province . Ils pourront même aider
ceux qui , faute de lumieres ou de
repréſentans , ne fçauroient demander. Car
ce ne feront pas toujours les lieux pour
lefquels on demandera des encouragemens,,
qui en auront le plus de befoin , ni ceux
pour lefquels on propofera de nouveaux :
établiſſemens , qui y feront les plus pro-
.
DECEMBRE: 1748. 37
+ pres . Un génie plus actif , plus de hardieffe
& de conftance à faire des demandes ,
peuvent faire dépenfer des fommes affez :
confidérables dans de certains endroits ,
tandis que de bien moindres , employées
dans d'autres , auroient produit plus d'u
tilité aux particuliers , & ce qui doit être
fur- tout confidéré ici , au Public , dont le
bien doit toujours être l'objet de la dépenſe
de fes deniers ..
2
Les endroits , qui ont plus de befoin de
fecours , font les petits lieux , parce qu'ils
font ordinairement pauvres; ce font cependant
les plus confidérables & les plus riches
, dont les demandes font les plus fré
quentes & les plus écoutées , quoiqu'ils
ayent ordinairement beaucoup de reffources
, & qu'ils foient à proportion moins
chargés que les autres , aux habitans defquels,
même aux plus aifés , les differentes
Charges publiques laiffent à peine de quoi
fe nourrir & fe vêtir groffierement , pour
fruit d'un pénible & continuel travail ,
comme fi les richefles étoient par - tour
un titre pour en acquérir de nouvelles , & la
pauvreté , un mal qui ne dût jamais être
guéri.
Cependant quelque habiles , & il n'en
faut
que de telles , quelque habiles , dis -je,
que foient les perfonnes que la Province
38 MERCURE DE FRANCE.
employera pour l'exécution du vafte deffein
que je viens de propofer , & pour la direction
duquel je voudrois avoir des lumieres
égales à mon zele ; quelque exactes
que foient leurs obfervations , quelque
bien mefurés que foient leurs projets ,
on ne doit pas fe flater d'en voir réuflir
toutes les parties du premier coup , mais
on peut raifonnablement efpérer que la
plus grande partie aura du ſuccès , fi l'exécution
eft bien conduite , & que celle
qui n'aura pas d'abord réuffi , pourra être
rectifiée par les obfervations que feront
dans la fuite ceux qui feront chargés de
l'exécuter , & dont eux & les Commiffaires
des Evêchés rendront compte à la Commiffion
intermédiaire , & en particulier
à l'Affemblée des Etats , où l'on examinera
fila chofe péche par elle-même ou par l'exécution
, afin de l'abandonner ou de faire les
changemens néceffaires .
Si on n'agiffoit que fur des démonftrations
, on reſteroit fouvent dans l'inaction ,
le plus grand de tous les maux ; il faudroit
d'ailleurs joindre quelquefois les recherches
morales aux phyfiques , pour s'affurer
du fuccès d'un nouvel établiffement , qui
ne dépend pas feulement de la difpofitiondu
lieu , mais encore de celle de fes ha
bitans , auxquels la nature , ou plutôt l'éDECEMBRE
. 1748 39%
ducation , n'a pas toujours donné aſſez
d'induſtrie ou d'inclination au travail pour
fe rendre plus heureux , & quelque chofe
qu'on faffe , il faut compter que la réuffite
des grandes entrepriſes ne fçauroit être que:
l'effet des grands travaux & du tems .
EXTRAIT des Regiftres du Greffe des
Etats de Bretagne tenus à Rennes.
Du Dimanche 25 Décembre 1746 , huit :
heures & demie du matin .
M. l'Evêque de Dol.
M. le Prince , Comte & Baron de Leon..
M.le Sénéchal de Rennes.
M. le Président de Bedée ayant repréfentéun
Mémoire , qui lui avoit été remis ,
intitulé : Projet d'une Defcription Géographique
, Oeconomique & Hiftorique , de la Province
de Bretagne..
Les Etats ont ordonné & ordonnent
l'impreffion dudit Mémoire . La minute fignée
de Meffieurs les Préfidens des Ordres.
Pour Expédition conforme à la minute de-.
meurée déposée au Greffe des Etats de Bre--
tagne.
De Lalandelle ,
Greffier des Etats de Bretagne..
40 MERCURE DE FRANCE:
EPITRE
A M. de Voltaire:
HEritier du beau feu de Sophocle & d'Ho⇒
mére ,
Maître , ainfi qu'eux , dans l'Art d'étonner & de
plaire ;
Dont les heureux talens , par l'étude embellis ,.
Sont un digne ornement du regne de Louis ;
Prête l'oreille aux fons d'un jeune téméraire ,
Qui, fier de t'admirer , ne peut plus te le taire,
Et d'un noble defir las d'arrêter le cours ,
T'ofe dire aujourd'hui ce qu'il penfa toujours .
Oui , toujours de tes vers mon ame fut émue
Et pour mieux t'affurer que ma Muſe ingenue
Du vil adulateur dédaigne les détours ,
Daigne écouter ici l'hiftoire de mes jours.
3
Au fortir du berceau , dans l'âge le plus tendre,
Mon premier fentiment füt le defir d'apprendre.
Je fentois , mais fans voir. Le tems officieux
Vint lever le bandeau qui me couvroit les yeux,
Tout me parut alors une fcéne nouvelle ,
Et j'entrevis du beau la premiere étincelle ;
La Fontaine me plut , mon coeur en fut épris,
J'aimois à reconnoître , en fes fimples écrits ,
De la naïveté le charmant caractére.
DECEMBRE.
4T 1748.
Je goûtai Defpréaux , mais il étoit fevére ,
Er malgré tous les traits ingénieux & fins ,
Je riois à regret aux dépens des Cotins .
Le Peintre des Romains , le fublime Corneille ,
Echauffa mon efprit , étonna mon oreille ;
Il me paroiffoit fait pour marcher fans égal.
Mais je connus bientôt ſon aimable tival , -
Moins pompeux il eft vrai , mais plus doux & plus
tendre.
>
Par un trouble nouveau je me fentis furprendre ,
Je rendis mon hommage à ce maître des coeurs
Et mon premier tribut fut un tribut de pleurs..
Crebillon , confondant le fang avec les larmes ,
Au fein de la terreur me fit trouver des charmes ,
Tant il fçut exprimer , par fes mâles accords ,
Et les fureurs du crime , & l'horreur des remords
Du Parnaffe François parcourant les merveilles ,
Je vis enfin les fruits de tes illuftres veilles .
Que ne puis-je aujourd'hui te payer tout le prix
Du plaifir que je dois à tes divins écrits ?
Lorfque donnant l'effor à ta mufe fublime ,
Ta peins du Grand Henri la valeur magnanime ,,
Et du François féduit les pieufes fureurs ,
Quel éclatant tiffu des plus fortes couleurs !
Que de ton fier pinceau l'audace noble & fûre
Saifit heureufement les traits de la nature !
Chez toi , le vrai toujours accompagne le grandi
42 MERCURE DE FRANCE.
Voltaire , tout chez toi me frappe & me furprendi
J'admire avec tranſport ces vers pleins de génie ,
Dont les vives beautés ont fait frémit l'envie ,
Dont les tours , toujours neufs , toujours harmo
nieux ,
Sont nés pour embellir le langage des Dieux.
Des préfens d'Apollon la France étoit parée ;
Tout fleuriffoit chez elle , & la feule Epopée
Paroiffoit être un champ fermé pour les François.
Leurs efforts , difoit-on , ne l'ouvriront jamais.
Rome , Londres , Madrid , mille fois nous brave
rent.
Fon chef d'oeuvre parut , leurs infultes cefferent .
Mais un chef- d'oeuvre feul ne te fuffifoit
pas ,
Un triomphe aux grands coeurs n'eft que leur
premier pas.
Tel qu'un fougueux torrent , fier enfant de l'orage
S'échappe en frémiffant , inonde au loin la plage ,.
Vainqueur de cent remparts conftruits pour les
dompter ;
Dans fon rapide cours rien ne peut
l'arrêter.
Tel on t'a vû franchir les étroites limites ,
Qu'aux vulgaires humains la nature a preſcrites.
Un talent fuffiroit aux morte ls comme nous ;
Il n'appartient qu'à toi de les poffeder tous.
Du premier des Bourbons ayant chanté la gloire ,,
On te vit confacrer tes veilles à l'Hiftoire ,
Et de ton ftyle heureux la piquante douceur
DECEMBRE . 43 1748.
Par cent charmes divers attacha le lecteur.
Puis des bras de Clio volant à Melpomene ,
De tes brilians travaux tu vins orner la fcéne :
Le fceptre du théatre a paflé dans tes mains ;
J'admire , en frémiffant , ce Brutus que je plains :
Je gémis des fanglots de la tendre Zaïre ;
Je partage les pleurs de Mérope & d'Alzire ;
"
Tu répands à ton gré la tendreffe & l'effroi ;
Mon ame eft ébranlée , & mon coeur eft à toi..
Par cent titres divers au - deffus de l'envie ,
Tu jouis maintenant des fruits de ton génie ;
Le Titus des François , le modèle des Rois ,
T'a confié le foin d'écrire ſes exploits.
De cent lauriers divers Minerve te couronne 3
De rayons immortels la gloire t'environne..
PAS
Bafton..
44 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. Remond de Sainte Albine
, pour fervir de réponſe aux remarques
fur les Differtations de la nouvelle
Bible.
J
'Ai lû , Monfieur , les Remarques Criti
ques fur les Differtations contenues dans
les trois premiers volumes de la nouvelle Bible
, inferées dans le Mercure de Novembre
dernier. Permettez-moi de vous propofer
les réflexions qu'elles m'ont fait naître.
Mériteront - elles de trouver place
dans votre Journal ? Je vous en laiſſe le
juge.
a Je vous avoue que je m'intéreffe peu
ce qui regarde les Campagnes Phlégrées ,
la Peninfule de Pellene , les Statues coloffales
de Thebes , le frere d'Ephialtes , le Roi
Theutobochus , le Géant Artachaès , le fleuve
Thermodon , & Teres , pere de Sitalcès . Les
fautes que l'Auteur des Remarques Critiques
releve fur ces differens points, ne font
pas nouvelles . Elles étoient dans les précédentes
éditions des Differtations & du-
Commentaire de D. Calmet : & le nouvel
Editeur s'applique plus à l'étude des Auteurs
Sacrés , qu'à celle des Auteurs Profanes.
DECEMBRE.
1748. 45
Quant à la deſcription du Temple de Betus
, mon deffein n'eft pas non plus de m'y
arrêter beaucoup. Voici feulement une réflexion
qui m'a d'abord frappé . L'Auteur
des Remarques reproche au Differtateur
d'avoir mis un grand Temple au- deffus de la
buitiéme derniere des huit tours , élevées
les unes fur les autres au milieu du terrain
confacré à Belus. Mais ce que dit fur cela
le Differtateur , s'accorde avec le deffeing
du Pere Lami joint à cette Differtation ,
& qui étoit par conféquent fous les yeux
de l'Auteur des Remarques. Le Pere Lami
fe croyoit, fans doute , fondé à repréſenter
ainfi le Temple de Belus. Que dit il ?
J'ouvre fon Livre de Tabernaculo , & au
Livre II. chap. 4. fection 4. col. 224 , je
trouve que ce Sçavant prétend être autorifé
par l'expreffion même d'Hérodote ,
qui dit précisément qu'il y avoit un grand
Temple , vnòs pezas , & que ce grand Temple
étoit conftruit au- deffus de la buitieme
tour , vnès éxes! μyus. C'eft à l'Auteur des
Remarques Critiques à fe défendre contre
le Pere Lami,
Mais je viens à la coudée Babylonienne.
S'il ne s'agiffoit ici que d'un texte d'Hérodote,
je ne m'y intérefferois pas beaucoup: il
s'agit d'un texte d'Ezéchiel ; voilà ce qui
m'intéreffe. La même queftion embraffe
46 MERCURE DE FRANCE.
également le texte d'Hérodote & le texte
d'Ezechiel : voilà ce qui me rend également
attentif à l'un & à l'autre.
L'Auteur des Remarques Critiques reproche
au Differtateur d'avoir fait dire à
Hérodote , qu'il y avoit deux fortes de coudées
chez les Babyloniens ; & à Ezéchiel ,
que la coudée dont il fe fervoir , étoit plus
grande d'un palme que l'ordinaire. Sur le
premier point , j'admire l'érudition de
l'Auteur. des Remarques ; fur le fecond
point , j'entre volontiers dans fa penſée
mais je fouhaiterois qu'il eût traité ce fecond
avec autant d'érudition que le premier
.
Il foutient fur le premier point , qu'Hérodote
ne compare pas deux coudées Babyloniennes
j'en conviens. Il prétend
qu'Hérodote compare deux coudées Grec.
ques ; je n'en conviens pas. Je penſe avec
le Pere Lami ( de I abernaculo , lib . 1. cap.
7. fect. 1. col . 86. ) qu'Hérodote compare
la coudée Babylonienne avec la coudée
Grecque : & c'étoit fans doute la penſée
de celui qui a traduit le texte d'Hérodote
en ces termes : Eft autem cubitus regius ,
quàm is quo pro menfura utimur , tribus digitis
major.
L'Auteur des Remarques fuppofe , que
cette interprétation vient de ce qu'on a
DECEMBRE . 47 1748.
mal entendu l'expreffion d'Hérodote
τα μετρία πήχεως . Mais il montre fort bien
lui-même , que le mot uel n'a jamais
pû être pris en ce fens. C'eft pourquoi je
penfe avec le Pere Lami , que celui qui a
traduit , quàm is quo pro menfurâ utimur ,
ne lifoit point ulpix , mais ueliç . Je
penfe avec le Pere Lami , que c'eft- là la
vraie leçon : & avec le Pere Lami , je le
prouve par le texte de Pline , ( Lib. VI.
cap. 26. ) qui décrivant la hauteur & l'épaiffeur
des murs de Babylone , & donnant
ces dimenfions d'après Hérodote ,
comme l'Auteur même des Remarques en
convient , ajoute : In fingulos pedes ternis
digitis menfura ampliore quàm noftrâ. Voilà
dans ce texte de Pline la traduction fimple
& naturelle du texte d'Hérodote : traduction
plus ancienne que celle de Laurent
Valle , traduction faite fans doute , fur des
exemplaires plus corrects que ceux de Laurent
Valle.
Il eft vrai que le texte de Pline appelle
pieds , ce qui fe trouve appellé con lées dans
le texte d'Hérodote : mais en cela même
je- préférerois encore le texte de Pline. Je
crois ainfi que le Pere Lami , que les
mefures Babyloniennes étoient les mêmes
que celles des Hébreux & des Egyptiens.
Je remarque que le pied Egyptien fur-
,
48 MERCURE DE FRANCE.
•
paffoit d'environ trois doigts le pied Grec
& le pied Latin : j'en conclus que le pied
Babylonien furpalloit de même de trois
doigts ces deux pieds. Voilà précisément
ce que dit Pline : in fingulos pedes ternis
digitis menfurâ ampliore quàm noftrâ. J'en
conclus qu'Hérodote avoit dit auffi luimême
ce que Pline a fibien exprimé d'après
lui. Je pense que dans les anciens manufcrits
le mot Grec пor , qui fignifie
pied, & fon génitif Ionique ПOaEos ,
ont bien pu fe confondre avec ΠΗ͂ΧΥΣ ,
ПнXENE , qui fignifie coudée. Le dialecte
Ionien eft précisément celui d'Hérodotę .
De ce qu'Hérodote employe , pour décrire
les dimenfions des murs de Babylone,
cette meſure Royale qu'il dit être de trois
doigts plus grande que la mefure des Grecs ,
on en conclut que cette mefure Royale
eft une mefure propre aux Babyloniens.
L'Auteur des Remarques rejette cette conféquence
: cette raifon lui paroît nulle. Il eft
étonnant qu'elle lui paroiffe telle. Je n'ai
ici qu'une queftion à lui faire. Quand Pline
employe , pour décrire les dimenfions des
murs de Babylone , la meſure d'un pied ,
qu'il dit être de trois doigts plus grand que
celui des Latins , quel eft ce pied dont Pline
parle ?
A l'égard du texte d'Ezechiel , je conviendrai
DECEMBRE. 1748. 42
viendrai avec l'Auteur des Remarques, que
ce Prophete ne compare point la coudée
Hebraique avec la coudée Babyloniene ,
ni même avec aucune autre coudée , mais
qu'il parle feulement d'une canne ou toile
fubdivifée en coudées & en tophach ou
petits palmes. Mais on pourroit former ſur
cela plufieurs difficultés , que je fouhaiterois
que l'Auteur eût prévenues . D'abord
je comprens bien , que ceux qui fçavent
'Hebreu , n'auront pas de peine à conve
nir , que l'expreffion de fix coudées en coudée
tophach , peut fort bien fignifier fix
coudées , dont chacune étoit fubdivifée en
tophach : mais je crains que cela n'ait pas
la même vraisemblance , pour ceux qui ne
connoiffent pas le génie de cette Langue
& je fouhaiterois que l'Auteur des Remarques
, qui me paroît être un homme fçavant
& laborieux , eût bien établi cette interprétation
; qu'il eût raffemblé les témoignages
des Interprétes qui ont penſé ainsi , & les
raifons fur lesquelles ils ont appuyé cette interprétation
.
De plus , le texte du Chapitre XLIII.
verfet 13. ne dit pas feulement qu'on mefura
l'Autel en coudées , coudée & tophach.
On trouve là dans le texte trois fois le mot
de coudées en coudées , coudée , coudée &
tophach : cela eft certainement très- obf-
11, Vol.
:
C
so MERCURE DE FRANCE.
cur , & méritoit bien d'être éclairci .
Je fçais qu'en cet endroit la verfion des
Septante porte fimplement : en coudées de
coudée & palme. Mais pourquoi ne retrouve
- t - on point là , la triple répétition
du mot de coudée , ni rien d'équivalent
Eft - ce une omiffion dans la
verfion des Septante ? Est - ce une interpolation
dans l'Hebreu ? Il me femble
que ces recherches ne feroient pas indignes
de l'application de l'Auteur des Remarques.
Je lui propoferois encore une queftion,
Je trouve au Chapitre XL. verfet 5. dans
la verfion Grecque , fix coudées en coudée
& de palme : ἐν πήχει καὶ παλαισης Ccla
eft certainement très-fufpect de faute . N’auroit-
on point lû originairement ici comme
aut Chapitre XLIII . εν πήχει το πήχεως
καὶ παλαισῆς , en coudées de coudee & palme.
Le fçavant Auteur de ces Remarques, qui a
pris la peine de comparer tant d'éditions
d'Herodote pour l'intelligence du uirg
xus , ne refuferoit peut- être pas de comparer
les differentes éditions des Septante ,
de confulter même les Manufcrits , pour l'éclairciffement
de ce texte.
D'ailleurs , quand on aura bien établi
qu'Ezechiel ne compare point la coudée
Hebraique avec la coudée Babyloniene ,
DECEMBRE. 1748. SI
quelqu'un objectera peut-être qu'il compare
deux coudées Hebraiques : c'eft même
l'opinion commune des Rabins. H feroit
encore digne de l'érudition de cet Auteur ,
de bien réfuter cette opinion . Quand on
aura bien démontré le faux , & même l'impoffible
de ces deux comparaiſons , l'interprétation
que l'Auteur des Remarques propofe,
en recevra beaucoup de force ; elle deviendra
même néceffaire , & on reconnoîtra
que c'eſt le vrai fens du Prophete .
Si vous jugez à propos , Monfieur
d'inférer ces réflexions dans votre Journal
, elles pourront donner lieu à quelques
réponfes , qui pourront contribuer à
Féclairciffement de ce texte d'Ezechiel. Je
fuis , & c .
E. D. L. N. B.
Le 20 Décembre 1748 .
52 MERCURE DE FRANCE.
EPITH ALAME.
L'Amour dernierement avec l'Hymen fon frere;
Laffés tous deux de jouer au volant
Dans le grand falon de Cythére ,
Allerent s'affeoir mollement
A côté de Venus , leur mere ,
Pour le rafraîchir un moment
Et caufer amicalement ;
?
Quand tout à coup l'Amour , feignant d'être en
colere ,
Fit à l'Hymen , d'un ton un peu levére ,
Cette querelle d'Allemand.
Sçavez-vous bien , Monfieur mon frere ,
Que par tout vous paffez pour fourbe , & pour
méchant ?
On yous voit à tout bout de champ ,
Sans nul égard auxſympathies ,
Attacher fous un mêmejoug
Des perfonnes mal afforties ,
Qui tôt après en viennent au dégoût.
Tu ne me feras plus un reproche ſemblable ,
Reprit l'Hymen ,car je fçais , quand je veux,
Rendre deux coeurs parfaitement heureux.
Pour t'en donner une preuve palpable ,
Je m'en vais de ce même
pas
DECEMBRE . 1748.
53
Vifiter un lieu plein d'appas ,
Que l'on nomme la Goupilliere.
C'est là que je veux engager
Notre plus brillante Bergére
Avec fon fidéle Berger.
J'ai forgé tout exprès deux des plus douces chaînes
Pour la belle...... & le tendre .....
Qui vont fe ranger fous ma loi ;
Viens donc Amour , viens avec moi ;
Tu fus l'Auteur de l'ardeur innocente
Qui les foumet à mon facré lien.
Pour rendre leur famme conftante ,
A ton flambeau j'allumerai le mien.
淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
SUITE de la Séance publique de l'Acadé
mie Royale des Sciences .
A lecture du Mémoire de M. Caffini
de Thury fut fuivie de celle d'un effai
d'expérience de M. le Marquis de Courtivron,
fur quelques voies de communication
de la maladie contagieufe du gros Bétail .
Ce Mémoire a pour objet une matiere
que les calamités publiques & la crainte
des peuples rendent malheureufement trop
intéreffante. Si les vûës des plus habiles
Médecins de Paris & des Provinces le font
C iij
54 MERCURE DE FRANCE .
pertournées
jufqu'à préfent fans fruit fur la
maladie du gros bétail , pour parvenir à
fa curation ; files vûës des Magiftrats n'ont
pas été moins iufructueuſes , pour en arrêter
le progrès , on peut confidérer les chofes
fous une autre face , & examiner fi des
Ordonnances fevéres ne condamnent pas
trop rigoureufement des matieres néceffaires
à l'ufage commun de la vie , & qui
périffent avec les beftiaux attaqués. Des
précautions outrées peuvent devenir
nicieufes , ainfi que la négligence. Leur
excès eft une forte d'abus, duquel il eft néceffaire
de fe défendre . L'Auteur a recherché
dans quelques Regiftres publics l'origine
de celles qui font en vigueur en Franre.
Nos Annales nous fourniffent en 810 ,
fous Charlemagne , l'exemple d'une pareille
contagion générale & fubite , mais
on ne trouve rien d'antérieur à 1714 , fur
les précautions . La maladie dans cette année
dévafta plufieurs Provinces du Royaume
, fans qu'il en refte d'autres obfervations
, comme le remarque M. le Marquis
de Courtivron , que la date de ces ravages.
Si cette maladie , continue -t-il , eft extrêmement
rare , c'eft une raifon de plus de
mettre à profit des tems fi malheureux , en
raffemblant , foit fur les voies de communication
, foit fur la nature de la maladie
<
DECEMBRE. 1748. 55
quelques connoiffances , qui en fe confirmant
, pourront faire reflerrer les limites
des précautions dans de plus juftes bornes,
& qui un jour , en fe multipliant & devenant
plus étendues , pourront fervir à les
fixer. L'Auteur examine d'abord l'origine
de ces Ordonnances , & il conjecture avec
beaucoup de vraisemblance , que comme
la maladie du bétail , qui infecta la France
en 1714 , nous étoit venue de l'Italie où
F'on en avoit reffenti les premiers effets ,
les précautions , qu'on y avoit prifes dans
les contagions précédentes , ont pû être
perfectionnées dans celle dont il s'agit. Il
avoit paru en 171 ;, une Differtation de
M. Lancifi , célébre Médecin du Pape Innocent
XI . laquelle contient prefque tout
ce qui fe pratique aujourd'hui chez nous ,
mais cet ouvrage ne rapporte point d'expériences
directes qui fondent ce que l'on
y preferit. C'est pour aller dans cette route
avec plus de certitude , que notre Académicien
donne l'effai qui fait le fujet de cet
article. Il est néceffaire , dit M. le Marquis
de Courtivron , que ceux qui feront
encore à portée d'examiner , nous fourniffent
des lumieres fur la même matiere ,
pour qu'on fçache fi les tems , fi les faifons
, fi quelques caractéres particuliers
dans l'épidémie , ne rendent pas la maladie
C iiij
56 MERCURE DEFRANCE.
fufceptible d'une propagation variée.
M. le Marquis de Courtivron paffe enfuite
aux expériences. La maladie du gros
bétail a été regardée par pluffeurs , comme
une forte de petite vérole , mais foit que
ce foit pefte , ou autre maladie , cet Académicien
a tenté trois principales voies de
communication ; fçavoir , celle de digeſtion
, de refpiration & d'inoculation. On
fent affez que les bornes d'un extrait ne
nous permettent pas de rendre exactement
tout ce que nous voudrions dire pour l'intelligence
de la matiere , & il -eft difficile
de rien retrancher de l'ouvrage fans en
ôter le néceffaire . Nous nous contenterons
donc d'annoncer que fept expériences
de communication de la maladie , tentées
par la voie d'inoculation , n'ont pas
réuffi. Il en a été de même de la voie de
refpiration , tentée en faifant refpirer des
animaux dans des couvertures de laine ,
de toile & de foye , où avoient refpiré &
expiré des animaux attaqués de la maladie.
Le lait des bêtes malades n'a point donné
la maladie à des veaux aufquels on en
avoit fait prendre. Le fang d'un animal
infecté , répandu fur l'aliment qu'on faifoit
prendre à un boeuf , n'a pas nui
non plus au dernier. La voie de digef
tion , tentée en fe fervant de lait , dans
DECEMBRE. 1748.
57
lequel on avoit mêlé de la bile tirée de la
vefficule du fiel , laquelle bile avoit tou
jours paru viciée , tant en quantité qu'en
qualité , dans tous les animaux morts pendant
le cours de la maladie qui a infecté
Ilurtille , petite Ville du Duché de Bourgogne
, a communiqué le mal à un animal,
ou du moins cet animal , qui mourut , fut
attaqué & eut les mêmes accidens que
ceux qui étoient morts infectés. La bile ,
tirée de la vefficule du fiel de cet animal
mort , a difpofé deux animaux , fur lefquels
on réitéra l'expérience , à avoir la
maladie. Ils furent attaqués du dévoyement
qui avoit toujours été le premier
fymptôme , mais cette maladie n'eut pas
de fuite plus funefte. Un de ces animaux
abandonné à lui - même , guérit naturellement
, ainfi que l'autre fur lequel on avoir
effayé quelques remédes . D'autres expériences
que nous ne détaillons point ,
n'ont pas eu de fuccès.
A la fin de ce Mémoire font plufieurs
réflexions & remarques utiles. L'Auteur
fe prefcrit de ne tirer aucune conclufion
de ces expériences , qu'il a rendues publiques
dans le deffein que d'autres les réïtéralfent.
Nous irons ici plus loin que lui
& nous ajouterons que le venin de la maladie
, dont l'Académicien remarque que la
Ст
$ 8 MERCURE DEFRANCE.
fphére d'activité n'eft point étendue ( ce
qu'il confirme par plufieurs obfervations )
a peut-être befoin , pour être puiffamment
dangereux , d'une certaine force que la
chaleur vitale des animaux attaqués lui
donne. Au moins il eft très - certain que
la communication d'animal fain à animal
vivant malade , eft la voie véritablement
pernicieufe. Mille funeftes , évenemens
le démontrent , & ces chofes vérifiées
& examinées avec l'attention que
l'Auteur demande , peuvent être d'une
grande importance. La France a peut-être
perdu dans cette calamité pour plufieurs
millions de cuirs qu'il auroit été poffible
de conferver, fi cette matiere avoit été examinée
plutôt.
Toutes les expériences dont nous venons
de parler , ont été faites pendant les
grands froids de l'Hyver dernier ; & les
matieres , qui fervoient à ces expériences ,
étoient tranfportées dans un efpace d'environ
deux lieues , avant que d'arriver
dans l'endroit où l'on gardoit les beftiaux
féparés , qui étoient deftinés à fubir les
épreuves.
Cette Séance fut terminée par la lecture
des obfervations de la derniere Eclipſe
du Soleil , faites en Ecoffe par M. le
Monnier,
DECEMBRE. 1748. 59
Quoiqu'en l'année 1737 , l'Eclipfe annulaire
du Soleil ait été obfervée au mois
de Mai en Ecoffe par un tems très - ferein
& avec un foin particulier ; quoique la
durée & la formation de l'anneau ayent
été fort exactement déterminées à Edimbourg
( la durée ayant paru précisément la
même au College que dans le Château , )
il ne paroît pas qu'on ait pu réuffir cette
fois - là à décider deux queftions effentielles
au progrès de l'Aftronomie , & que M. le
Monnier croit néceffaire de réfoudre , foit
pour perfectionner la théorie des mouvemens
de la Lune , foit pour déterminer enfin
la correction générale des Eclipfes.
Quelques circonftances affés heureufes fe
font préfentées plus avantageufement au
tems de la derniere Eclipfe annulaire du
mois deJuillet, qu'elles n'ont dû l'être il y
a environ onze ans. De plus , le Ciel a été
un peu plus ferein cette fois - ci au Nord
de l'Ecoffe , qu'en l'année 1737 , ce qui
peut fournir un moyen de déterminer fans.
le fecours d'aucun inftrument le diametre
de la Lune , en comparant les obfervations
faites vers les deux termes ou limites auftral
& boreal , où l'Eclipfe ceffoit d'être annulaire.
Cependant M. le Monnier n'a négligé
aucune des précautions ordinaires , &
fon principal objet a toujours été, pendant
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
le milieu de l'Eclipfe , de mefurer plufieurs
fois ce diametre avec l'inftrument
qu'on nomme Micrometre , qu'il avoit
emporté de France , & qui étoit adapté à
la lunette ordinaire de 8 pieds & demi .
On auroit pû auffi déterminer le demi
diametre de la Lune , en comparant les
obfervations faites en Ecoffe dans les lieux
où l'Eclipſe a dû être centrale , à celles qui
ont été faites vers le limite auftral de l'Eclipfe,
mais il auroit fallu pour cet effet , que
la plus grande durée de l'Eclipſe annulaire
eût été bien exactement obfervée & en dif
ferens lieux par quelques Obfervateurs
difperfés dans un même canton.
Pour revenir aux circonftances favora
bles dont on a parlé ci- deffus , on remarquera
qu'en l'année 1737 , la Lune étoit
moins éloignée de la terre qu'au tems de
la derniere Eclipfe , & qu'ainfi les obfervations
que nous fuppofons qu'on auroit
pû faire alors pour déterminer le diametre
& la variation de diftance de cet
Aftre à la terre , ne fe feroient pas trouvées
en cela à beaucoup près fi avantageufes
qu'en cette année- ci.
Mais afin de mettre tout le monde encore
plus au fait de l'état de cette question,
& de la néceffité de connoître le diamétre
apparent de la Lune au tems de fon paffage
DECEMBRE. 1748. 61
par l'apogée & de la nouvelle Lune , M. le
Monnier remonte à quelques découvertes
antérieures . Il raconte en pen de mots avec
quelques Hiftoriens de l'Aftronomie moderne
, comment en l'année 1668 M. Picard
, l'un des Aftronomes de l'Académie
des Sciences , avoit découvert une variation
finguliere dans les diamétres apparens
de la Lune au tems du perigée , c'est-à - dire
de la plus petite diftance de cet Aftre à la
terre , & comment on avoit enfin décidé
que le diamétre perigée paroiffoir d'une
minute ou d'une trentiéme partie plus
grand dans les pleines Lunes que dans les
quadratures ; qu'enfin M. Halley s'eft
alluré depuis , que le même phénomene
avoit lieu au tems d'une Eclipfe du Soleil
ou de la nouvelle Lune perigée .
On voit par- là, continue M. le Monnier ,
1 °.Que ces premieres découvertes ont merveilleufement
fervi à établir ou confirmer
les nouvelles théories , & qu'il n'eſt pas
douteux qu'elles ne puiffent encore aujourd'hui
nous conduire très fûrement à y
ajoûter de nouveaux degrés de perfection .
2°. Que la queftion fur le plus grand diametre
apparent de la Lune , ou fur les
variations des diamètres au tems du périgée
, ayant été depuis long- tems réfolue ,
& cela dans toute fon étendue ; il ne ref
62 MERCURE DE FRANCE.
toit plus qu'à s'afsûrer de la variation da
plus petit diamétre dans les pleines & nouvelles
Lunes & dans les quadratures , lorfque
cette planette eft apogée ou dans fa
plus grande diftance à la terre ; que cependant
depuis que les Aftronomes y travaillent
, nous ne voyons pas qu'on ait publié
jufqu'à ce jour aucun fait qui puiffe tendre
à décider cette question . Qu'au refte, les variations
du diamétre apogée, au tems des quadratures
& des pleines Lunes,font très-petites,
& qu'il n'eft pas étonnant que ces variations
ayant paru fi difficiles à bien établir , on
nous en ait àpeine laiffé jufqu'ici connoître
la différence . Qu'il fembloit de plus que la
connoiffance du diamétre apogée au tems
de la nouvelle Lune, étoit réſervée au jour
de l'obſervation de la derniere Eclipfe du
Soleil , laquelle étant annulaire dans prefque
toute l'Ecoffe , devoit par conféquent
laiffer voir la Lune toute entiere fur le Soleil
, & cela dans toute l'étendue du pays ,
compriſe depuis Edimbourg jufqu'aux Orcades.
Une autre queftion , non moins
importante , a été extrêmement agitée parmiles
Aftronomes, furtout depuis l'Eclipfe
partiale du Soleil de l'année 1684. Cette
queftion , qui concerne la correction gééral
e des Ec lipfes , étoit de s'afsûrer fi le
DECEMBRE . 174S . 63.
diamétre apparent d'un corps opaque vi
fur un fond lumineux , tel que le difque
entier de laLune vûe fur le Soleil au tems de
l'Eclipfe annulaire , étoit confidérablement
altéré , ou pour mieux dire fenfiblement
diminué la contraction des rayons de
lumiere , & cela par oppofition à un effet
tout contraire qui arrive au tems des autres
phafes , principalement au tems des
pleines Lunes , lorfque le difque lumineux
de cet Aftre paroît fur un fond obfcur .
par
Car fi l'apparence du diametre de la
Lune eft diminuée , comme l'avoit établi
M. de la Hire dès l'année 1684 , d'environ
30 fecondes ou d'une foixantiéme partie ,
au tems des Eclipfes du Soleil , il doit
s'enfuivre , que quand nous voyons con
mencer ces Eclipfes , il y a déja quelque
tems qu'elles font en effet commencées , &
qu'au contraire , quand nous les voyons
finir, ces mêmes Eclipfes ne font pas encore
finies.
Cela méritoit d'autant plus d'attention
au tems de la derniere Eclipfe , que peutêtre
c'étoit-là l'occafion la plus favorable
de faire ceffer tout embarras , & de mettre
fin à l'incertitude des Aftronomes touchant
cette correction , que les uns ont admife
plus grande que les autres , & fur la quan
tité de laquelle M. de la Hire ( qui n'avoit
64 MERCURE DE FRANCÉ.
pû obferver au tems des Eclipfes partiales,
que la diftance des cornes , dont les pointes
étoient émouflées ) avoit varié dans la derniere
édition de fes Tables .
On étoit donc perfuadé ici , que cette
correction devoit être fenfible , & il n'étoit
queftion que d'enaffigner la jufte quantité.
Cette incertitude, jointe aux autres motifs
précédens , a déterminé M. le Monnier
à entreprendre le voyage d'Ecoffe. Il y
étoit d'ailleurs invité par Mylord Comte
de Morton , qui par un goût naturel pour
les Sciences , par l'étendue de fes con
noiffances & par fon crédit , pouvoit faire
difparoître la plus grande partie des obſtacles
, qui auroient pû faire avorter une pa
reille entreprife.
Il fe préfentoit deux méthodes également
sûres & certaines , mais bien differentes
l'une de l'autre , & fur lesquelles
l'inconftance du tems pouvoit influer inégalement.
La plus ufitée eft affez connue
des Aftronomes , & M. le Monnier avoit
emporté de France fon Micrometre , afin
de la mettre en pratique. L'autre étoit
d'établir des correfpondans dans toute
l'Ecoffe , depuis Edimbourg jufqu'aux Orcades
, & de les engager à mefurer la
plus grande quantité de l'Eclipfe , ou bien
au défaut d'inftrument , d'examiner avec
DECEMBRE. 1748. 65
une fimple lunette , ou la durée de l'Eclipfe
annulaire , ou combien il s'en falloit que
l'Eclipfe ne fût annulaire vers les deux
termes auftral & boreal , ce qui devoit conduire
à déterminer la quantité du diametre
de la Lune.
Cette derniere méthode eft fort utile
& le faccès en eft plus affûré , lorfque le
Ciel ne refte pas affez long-tems ferein
dans le lieu où l'on obferve , ou lorfque
les nuages ne permettent pas de réitérer
ni même d'achever la mefure du diametre
apparent de la Lune , car en ce cas il vaut
mieux s'attacher à bien juger de la phafe
de l'Eclipfe , ce qui eft poffible , fi l'on
apperçoit feulement le Soleil pendant quelques
inftans , & fi à chaque obfervation
l'on a foin de marquer l'heure qu'indique
en ce moment une pendule bien reglée ,
au lieu que comme il faut employer trop
de tems pour mefurer , par le fecours d'un
Micrometre , un diametre fouvent oblique
au mouvement diurne , l'ufage d'un femblable
inftrument , quelqu'excellent qu'il
puiffe être , peut bien devenir inutile en
ces fortes d'occafions , & même impratiquable.
Heureufement le Ciel a favorifé cette
année- ci les obfervations , & même jufques
dans la partie la plus Septentrionale de
66 MERCURE DE FRANCE.
l'Ecoffe ,ce qui n'avoit pû réuffir à M. Maclaurin
en 1737 , en forte que ce fçavant
Géometre n'avoit pas été à portée d'employer
l'une où l'autre de ces deux méthodes,
n'étant pas d'ailleurs affez fourni des
inftrumens néceffaires.
Pendant le milieu de l'Eclipfe , M. le
Monnier , voyant que le Ciel continuoit
d'être parfaitement ferein , s'eft principalement
attaché à la meſure du diametre
de la Lune , par le moyen du Micrometre.
Il l'a réitérée cinq fois de fuite pendant
un intervalle de plus de 15 minutes :
ce diametre s'eft trouvé conftamment le
même , quoique meſuré en differens ſens ,
& ce qui eft digne de remarque , il a
paru beaucoup plus grand , qu'on ne s'y
étoit attendu. Voici le détail abrégé de la
relation que notre Académicien nous don
ne de fon voyage & de fes obfervations .
» Etant arrivé à Londres à la fin du
mois de Juin , où je trouvai encore le
» Comte de Morton qui partoit pour l'E
» coffe , j'appris de M. Short que ce Mylord
engagea à faire avec nous ce voyage ,
» qu'on trouveroit au Château d'Aberdour
un Teleſcope de 4 à 5 pieds , de fa conftruction
, qui pouvoit groffir jufqu'à
» 500 fois , & un autre Teleſcope d'environ
is pouces > monté fur differens
DECEMBRE . 1748. 67
axes & cercles divifés , qu'il étoit facile
» de difpofer parallelement au plan de l'ho-
» rifon & de l'Equateur , & avec lequek
» on pourroit affez exactement prendre
» des hauteurs correfpondantes du Soleil
» & regler les pendules. De plus il reftoit
» au Collège d'Edimbourg , dans l'Ecole
» de Mathématiques , un inftrument des
paffages & une pendule à fecondes ,
» qui avoient fervi à feu M. Maclaurin
» au tems de la derniere Eclipfe. M. Short
fe chargea auffi d'écrire aux mêmes Pro-
» feffeurs , qui avoient déja obfervé l'Eclipfe
annulaire de l'année 1737, & à M.
» Markenzel, qui achevoit de lever le plan
» des Orcades.
» Le matin du jour de l'Eclipfe , j'avois
» été obligé , pour avoir le libre ufage
» de mon Micrometre , & de ma lunette
» de 8 pieds & demi , de me placer au
» dehors , fur l'une des terraffes du Châ-
» teau , n'ayant d'autre inftrument que
>> cette lunette & ma montre à fecondes
» de la conftruction de M. Graham , que
» j'avois foin de comparer de tems en tems
avec la pendule . A la vérité , j'étois à
» l'abri du vent mais non pas de l'hu-
» midité ni de la pluye , qui m'avoit fort
" incommodé fur les huit heures du matin..
» A 8 heures 47 minutes , le difque da
>
68 MERCURE DE FRANCE.
» Soleil étant très -diftinct & bien terminé ,
» l'Eclipſe n'étoit pas encore commencée ,
quoiqu'elle auroit dû l'être fuivant le
» calcul. Les nuages nous ayant bien -tôt
» fait perdre de vue le difque du Soleil ,
≫ je n'ai pû appercevoir cet aftre qu'à huic
» heures 50 minutes & demie, entre quel-
'99 ques éclaircies , & c'eft l'heure que j'ai
"jugé par eftime devoit être le commen
» cement de l'Eclipfe. Peu de tems après ,
» le Ciel étant devenu ferein , onvoyoit
» déja très -diftinctement la phaſe de l'Eclipfe
, & comme le champ du Telef-
» cope , auquel obfervoit M. Short , étant
» circulaire , occupoit dans le Ciel un an-
" gle de 8 minutes & 24 fecondes &
» demie , on a déduit de la phafe obfervée
» à 8 heures 54 minutes 35 fecondes par
» M. Short , ( lorfque la corde de la quan
" tité de l'Eclipfe occupoit précifément le
» diametre du champ de ce Teleſcope ) le
» commencement de l'Eclipfe à 8 heures
50 minutes 17 fecondes & demie.
و د
39
" Les nuages s'étant enfin totalement
diffipés , le Ciel a refté conftamment
" ferein le refte du jour c'eft pourquoi
" nous n'avons rien négligé de tout ce
qui pouvoit rendre nos obfervations
complettes, Le vieux Château d'Aberdour
où nous étions , eft fitué environ
"
3
DECEMBRE. 1748. 69
9 milles au Nord d'Edimbourg , un peu
» vers l'Ouest on pourra en conclure la
» latitude & la longitude , par diverfes
» obfervations faites dans l'autre Château
» de Dalmahoy , qu'on a eu foin de lier
» par des triangles , tant à celui où nous
» avons obfervé l'Eclipfe , qu'à celui d'E-
» dimbourg , dont la diſtance au Collége
» étoit déja connue,
و ر
» Il y avoit long - tems que j'étois
» occupé à mesurer les phaſes lumineuſes
» de la portion du Soleil qui reftoit éclairée
, & alternativement la diſtance ´des
cornes , marquant foigneufement le tems
de chaque obfervation , lorfque je com
mençai à m'appercevoir à 10 heures 1 I
» minutes , c'eſt - à- dire , en- 4 fecondes
" viron 6 minutes & demie avant le milieu
» de l'Eclipfe , que la diftance entre les
pointes des cornes étoit devenue ſenfiblement
plus petite que le diametre
» de la Lune, Le diametre que je voyois
» pour lors tout entier fur le Soleil , me pa-
» rut dans cet inftant de 29 minutes so fes
» condes & demie.
"9
"
» A 10 heures 14 minutes , je trouvai
» la quantité du diametre vertical , de 29
»minutes 48 fecondes & demie, mais ayant
" effayé de mefurer , un inftant après
le diametre horisontal , quoique cette
70 MERCURE DE FRANCE.
détermination fût plus difficile à cauſe
du mouvement diurne , je le trouvai
» néanmoins fenfiblement le même ; car
» il n'étoit que d'une feconde plus petit.
» Enfin à 10 heures 25 minutes , c'eſt- àdire
, 7 minutes & un quart après le
» milieu de l'Eclipfe , le diametre apparent
» de la Lune , lequel le mouvoit entre
» deux fils paralleles à l'Equateur , obfervé
»pour la feconde fois dans l'efpace de
» 7 à 8 minutes , a paru conftamment de
» 29 minutes 47 fecondes & demie. Le
» diametre s'eft trouvé plus petit que celui
» du Soleil d'une minute & 51 fecondes
» & demie , ayant meſuré celui- ci un peu
après fon paffage par le Méridien , Pour
réduire les parties du Micrometre en fecondes
, on s'eft fervi d'une bafe de 2570
pieds , à l'extrêmité de laquelle ayant
fait affermir deux poteaux & placé deux
» mires , à la diſtance de 22 pieds , on
» a choifi les tems les plus favorables pour
» en réitérer les obfervations , fans avoir
jamais differé de plus d'une feconde , dans
» la valeur des parties de ce Micrometre.
» Comme l'extrêmité de cette baſe étoit
39
fituée dans l'ouverture d'une des fenêtres
» du Château de Dalmahoy , proche l'ap.
partement que j'occupois , j'ai eu oc-
» cafion de vérifier un grand nombre de
DECEMBRE . 71. 1748 .
fois l'amplitude de mon Micrometre
» pendant mon féjour en Ecoffe , lequel a
» duré plus d'un mois.
3
Comparant le diametre de la Lune ,
» obfervé le jour de l'Eclipfe , à celui que
donnent les Tables de M. Halley , on
» le trouve de 10 fecondes plus grand ,
» ce qui fait voir d'abord que ce diametre
>> a paru plus grand que nous ne nous y
» étions attendu . Mais la variation du dia-
» metre horisontal de la Lune , depuis l'apogée
jufqu'au perigée ; c'est - à - dire ,
» depuis le jour de l'Eclipfe du Soleil juf-
» qu'à celle de Lune , qui a fuivi immé
>>> diatement a dû être felon les mêmes
» Tables , de 4 minutes & 10 fecondes ,
» & de 4 minutes 4 fecondes feulement
" felon les Tables de Flamfteed. A Paris
» & à Greenvich , le diametre apparent
" de la pleine Lune ayant été foigneufement
» obfervé , on ne trouve plus , en com-
» parant les diametres horiſontaux de la
» nouvelle & de la pleine Lune , qu'une
>
de
difference de 3 minutes 45 fecondes
» au lieu des quantités que nous avons déduites
ci-deffus du calcul de nos meilleu-
» res Tables. Cela indique affez les défauts
» de la théorie dans cette partie de l'Orbite
» lunaire , auxquels par conféquent il fera
» néceffaire de remédier. Mais on voit
72 MERCURE DE FRANCE.
fur-tout, malgré les défauts de la théorie,
» que les deux corrections qu'il faut faire
» aux diametres apparens de la nouvelle
» & de la pleine Lune , vue alternati-
» vement fur un fond lumineux & for
» un fond obfcur , que la fomme , dis-je ,
» de ces deux corrections n'eft pas à beau
» coup près auffi confidérable qu'on ſe l'é-
» toit imaginé , & qu'à peine eft-elle fen-
» fible.
J
REGI PACIFICO .
CARMEN.
Am ceffat manare cruor , jam claſſica Mattis
Dira filent , lacerum bellis immanibus orbem
Pace beat victor , victriciaque exuit arma.
Vincendo magnus , major , LODOICE , videris ,
Victorem quando tua te clementia vincit.
Milite namque tuo dum fortis proruit hoftes
Mauricius , funditque acies , caftellaque flammis
Oppidaque evertit , qualis vafto impete torrens ,
Objicibus ruptis , filvas populatur & arva :
Dum tibi certa novas offert victoria lauros ,
Deponis gladium , & victis prætendis olivam.
Per te compofitis regnat Pax aurea terris,
Liber
DECEMBRE. 1748. 73
Liber & Oceanus nautis tuta æquora pandit ,
Et gemini reparata vigent cominércia mundi .
Nunc licet extremos fecuris navibus Indos ,
Atque Arabum penetrare finus , auftroque favente,
Mutare indigenis peregrinum mercibus aurum ,
Unde falus pendet regnorum , & robora crefcunt ,
Jam non agricolæ fegeti , non vinitor uvis ,
Non ovibus paftor metuit , fed rure quieto
Defuetas pubes renovat feftiva choreas ,
Agreftique tuum modulatur arundine nomen ;
Auguftum nomen phoebeo carmine dignum,
Vivite felices tanto fub Principe , Galli .
Gloria victori ingentes erexerat arcus ,
Bellorum effigies , Martiſque trophæa cruenti †
Nunc alios arcus certatim attollite Regi
Pacifico , decorent quos læta infignia Pacis
Bacchus ubi thyrfos , flavas ubi geftet ariftas
'Alma Ceres , Faunique hederas & lilia Nymphæ
Copia fundat opes ; foliis orn tus olivæ
In medio furgat LODOIX , citharâque decorus
Pacifici laudes recinat LODOICIS Apollo.
At vos , &populi , fævo quos plurima bello
Vexavit clades , pofitis hoftilibus armis ,
Exuite hoftiles animos , pacemque beati
Exercete diu , nec fan&tum rampite foedus
Par M. Tardy.
11. Vol. D
74
MERCUR E DE FRANCE.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
LE
IMITATION
Du Poëme précédent.
E bruit des armes ceffe, & le Dieu des combats
N'inonde plus les champs de fang & de foldats,
Un Roi victorieux , vaincu par fa clémence ,
Sacrifiant la gloire au repos de la France ,
Arrête la valeur de fes braves guerriers ,
Et préfére la Paix à l'éclat des lauriers.
Ta clémence , Louis , fignale plus ta gloire ,
Que cent lauriers cueillis des mains de la victoire,
Quand le vaillant Saxon , ce favori de Mars ,
Se fait des ennemis craindre de toutes parts ,
Qu'il renverfe & qu'il prend les remparts & les
Villes ,
Qui font contre fon bras des efforts inutiles ;
Quand la Victoire t'offre un triomphe nouveau ;
De la guerre allumée éteignant le flambeau ,
Prêt à tout foudroyer tu quittes ton tonnerre ,
Et tu calmes enfin & la mer & la terre .
De troubles & d'effroi l'Univers agité ,
Ates bontés, grand Roi , doir fa tranquillité.
Tout refpire la Paix. Le Marchand moins timide
Commerce en liberté ſur la plaine liquide ;
Il peut dans le Pérou conduire les Vaiffeaux ,
DECEMBRE. 75 1748 .
Qui n'ont plus d'ennemis que les vents & les flots;
Pénétrer jufqu'au Gange , & par l'or qu'il en tire,
Accroître & foutenir les forces de l'Empire.
Le tranquille berger voit paître fes moutons ;
Le Laboureur content recueille fes moiffons ;
La jeuneffe champêtre aux plaifirs s'abandonne ,
Renouvelle fes jeux que la Paix lui redonne ,
Et fur fes chalumeaux ofe chanter ton nom
>
Qui , pour être chanté , demande un Apollon.
Que vous êtes heureux , François, peuple fidéle ,
De vivre fous un Roi , des bons Rois le modélet
Vous avez célebré les exploits glorieux ,
Mais vos Arcs de triomphe, élevés jufqu'aux Cieux,
Ne nous repréfentoient qu'horreur & que carnage,
Et de Bellone en feu l'impitoyable rage ;
Par d'autres monumens célebrez fes bienfaits ,
Et nous y faites voir les doux fruits de la Paix.
Que de pampre Bacchus ait la tête parée ;
Que la blonde Cérès d'épics foit entourée ;
Que les Faunes badins , accompagnés des Ris ;
Soient couronnés de lierre , & les Nymphes de lis ;
Que Louis au milieu , fuivi de l'abondance ,
S'éleve fur un char où brille l'opulence ,
Et qu'Apollon, joignant fa lyre à nos concerts,
Chante avec nous la Paix qu'il donne à l'Univers,
Peuples, à qui la guerre a caulé tant d'allarmes ,
(
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Ceffez d'être ennemis , quand vous quittez les
armes ,
Et pour votre bonheur , refpectez un Traité,
Que ce Roi magnanime & Thémis ont dicté.
Par le même.
Nousn'avons de la Littérature , é
Ous n'avons pas inutilement exhorté
nous faire part des Piéces fugitives , dignes
d'êtres confervées , qui n'ont pas vâ
le jour pendant la vie de leurs Auteurs.
M. Tollot , homme d'efprit , établi à Geneve
, & qui nous a fait déja de très - bons
préfens en nous envoyant plufieurs de fes
propres ouvrages , veut bien nous communiquer
diverfes lettres du célebre Rouf
feau , ainfi qu'on le verra par les deux articles
fuivans. Un tel fervice mérite notre
reconnoiffance & celle de nos Lecteurs.
LETTRE aux Auteurs du Mercure de
France , fur plufieurs Lettres de Rouffſeau ,
qui ne fe trouvent dans aucune des Editions
de fes Ouvrages.
M
Effieurs , il m'eft tombé entre les
mains diverfes Lettres de feu Rouffeau
, adreffées à M. de Crouzas , de l'ADECEMBRE
. 1748. 77
cadémie Royale des Sciences , & qui tient
un rang diftingué dans la République des
Lettres. L'Auteur,lorfqu'il les écrivit, étoit
à Soleure , chez M. le Comte du Luc ,
Ambaſſadeur de France , dans la Maifon
duquel il avoit trouvé un azile . Ce Seigneur
, qui aimoit les Lettres , & qui
fe plaifoit à protéger les malheureux , ne
put voir fans pitié un Poëte illuftre , abandonné
de tout le monde , réduit à fuir
fa propre patrie , & à s'envelopper dans
fa vertu , comme il le difoit lui - même . Il
ne m'appartient pas de douter de la juftice
de l'Arrêt prononcé contre ce fameux Ecrivain
cependant , bien des gens , trèséclairés
, mettent encore en problême
s'il étoit le pere des couplets. La Lettre
que M. l'Abbé d'Olivet a publiée pour
fa
juftification , fait beaucoup en fa faveur ;
elle me paroît du moins extrêmement
forte on m'a de plus affuré , & je le
tiens de bon lieu , que Rouffeau a refufé
conftamment , & avec cette noble fierté:
que donne l'innocence , les Lettres de Grace
qu'on lui offrit. Un coupable n'eft pas
fi délicat , fur-tout quand il s'agit de
revenir dans fa patrie , & d'y jouir des
avantages & des agrémens que procure
une grande réputation , Auffi , M. de Voltaire
, quelque raiſon qu'il prétendît avoir
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
>
de fe plaindre de Rouffeau , n'a pas ofe
décider contre lui ; en cela , plus réſervé-
& plus équitable que M, le Marquis d'Argens
, qui dans fon Traité du Goût , dit ,
qu'il regarde l'entrepriſe de ceux qui cherchent
à justifier Rouffeau , comme égale à celle de
ceux qui forment le projet de blanchir un
Maure , en le lavant avec de l'eau. Heureufement
, les jugemens de M. d'Argens.
ne font pas fans appel , & notre Poëte
ne feroit pas le feul Auteur célebre , que
ce Crique eût traité injuftement. Après
avoir examiné fi l'on peut regarder Def
preaux , comme un véritable honnête homme
il n'hésite pas à décider que non ;
parce , dit - il , qu'il a cherché à nuire à
certains Ecrivains : comme fi quelques traits.
de fatyre , qui lui font échappés , anéantiffoient
tout fentiment de probité. Comment
M. d'Argens auroit- il épargné Rouffean
& Defpreaux , puifque dans le même
Livre , il taxe d'envie & de jaloufie Madame
des Houlieres , pour avoir foutenu
le parti de Pradon contre Racine, Elle fentit ,
dit - il , la fupériorité des Ouvrages de cet
Auteurfur lesfiens , elle ne pouvoit s'empêcher
de les hair. Quel raifonnement ! Haiffonsnous
des Ouvrages , parce qu'ils font fupérieurs
aux nôtres ? Il me femble que la haine
ne tombe que fur les perfonnes , & non fur
les Livres ..
DECEMBRE. 79 1748.
On convient avec le Marquis d'Argens,
que Madame des Houlieres s'eft trompée
dans le jugement qu'elle a porté de la Phédre
de Pradon , & de celle de Racine . Cette
fentence a été trop précipitée ; elle l'a accordé
, fi l'on veut , à l'amitié & à la
recommandation ; mais Madame des Houlieres
avoit l'efprit trop éclairé , & le coeur
trop généreux , pour être fufceptible d'envie.
N'a-t- elle pas loué hautement le grand
Corneille? Ne parle-t- elle pas des Tragédies
de ce Poëte fublime avec les plus grands
éloges ? Cependant , ce rival étoit un concurrent
encore plus redoutable pour elle ,
que le tendre & l'élégant Racine.
4
Mon zéle pour Madame des Houlieres
m'a un peu écarté de mon fujet ; j'y reviens ,
mais c'eft encore pour combattre un des
fentimens du Marquis d'Argens , quoique
je ne fois point de ceux qui méprifent fes
Ouvrages.
Les derniers Ouvrages de Rouffeau , dit- il ,
font médiocres , il y en a même de mauvais ;
M. d'Argens place au rang de ces derniers
l'Epître à M. Racine le fils , dans laquelle
on fent la main d'un habile Maître , &
où il y a des morceaux que Rouffean n'auroit
pas défavoué , dans la plus grande vigueur
de fon génie. Je fuis tout - à - fait
de l'avis de M.Greffet , fi bon Juge, qui dit,
Dij
83 MERCURE DE FRANCE .
en parlant de ce Poete , quelque tems avang
fa mort.
En vain de fa gloire ennemie ,
La haine répand en tout lieu,
Que fa mufe enfin avilie
N'eft plus cette muſe chérie
De Duffé , la Fare & Chaulieu
Malgré les Arrêts de l'Envie ,
S'il revenoit dans fa Patrie ,
Il en feroit encor le Dieu.
Si fes derniers Ouvrages ne valent pas
tout à fait les premiers , ils ne font cependant
pas indignes de leur être affociés ;
c'eft ici où l'on peut appliquer ce judicieux
précepte d'Horace.
Verum ubi plura nitent in carmine , non ego paucis-
Offendar maculis.
En général , les Ouvrages de notre Auteur
font beaucoup d'honneur à la Poëfie
Françoife , & rendront fon nom immortel..
Perfonne n'a connu mieux que lui l'art
de rendre de grandes vérités avec beaucoup
de force , de nobleffe & d'énergie..
Ses Cantiques facrés feront toujours regardés
comme des chefs - d'oeuvre , & dés:
modéles qu'il fera difficile d'égaler . Il a
excellé dans les Cantates , genre de PoëfieDECEMBRE
. 1748. 81
dont il est l'Inventeur , & qu'il a perfectionné.
On trouve dans plufieurs de fes
Epîtres cette aimable naïveté qui plaît
d'autant plus , qu'elle cache d'importantesmaximes
fous une fimplicité apparente.
Ses Odes ne laiffent pas douter qu'il ne
fût en France ce qu'étoit Horace à Rome ,
c'est - à - dire , le premier des Poëtes Lyriques.
Le tour heureux & neuf qu'il a fçû:
donner à fes vers , le choix de fes images ,
l'ufage élégant & gracieux qu'il y fait de
l'Histoire & de la Fable , tout cela leur
prête un ornement qui appartenoit à lui :
feul , & que fes imitateurs , quelque habiles
qu'ils foient , ont bien de la peine
à copier. Ce qui le diftingue principalement
, c'eſt la richeffe des rimes , il ne
s'eft jamais permis à cet égard aucune licence
: & ce qu'il y a de furprenant, c'eft que
jamais le fens ni l'expreffion n'ont fouffert
de la contrainte des regles , qu'il obfervoir
très-exactement .
Rouffeau travailloit extrêmement fes ouvrages
; il difoit qu'un Poëte , qui fait des
vers avec facilité , & qui fe contente trop
aifément , fatisfait rarement le Public . Il
ne compofoit que lorfqu'il étoit en verve,
& que fon genie lui obéiffoit. Dès qu'il
trouvoit quelque réſiſtance , c'étoit pour
lui un avis de quitter la plume , & il ne la
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
reprenoit qu'au moment qu'il fe fentoit de
nouvelles forces. Quoique fes vers foient
le fruit d'une imagination vive & féconde ,
il ne fe livroit pas abfolument à fon feu.
Il corrigeoit de fang froid & à loifir . Il
n'étoit pas content du bien , lorfqu'il pouvoit
atteindre le mieux ; afin d'affûrer à
fes ouvrages un plus grand nombre d'admirateurs
, il étoit le dernier à approuver
ce qu'il écrivoit . J'ai fçû toutes ces particularités
de M. du Lignon , qui s'étoit retiré
à Lauſanne , & qui étoit proche parent
de M. le Comte du Luc. Comme il:
alloit voir de tems en tems cet Ambaffadeur
, il eut occafion de connoître particulierement
Rouffeau , avec lequel il conferva ,
même après que ce dernier fut parti de
Soleure , un affez long commerce.
Le même M. du Lignon m'a appris que
les moeurs de notre Poëte étoient très-réglées
, fur tout après qu'il eut étudié avec
foin la Religion. A cet égard , il mit fagement
à profit fon exil ; il n'employa l'heureux
loifir que lui procuroit fon Protecteur
, qu'à chercher l'évidence , & à perfectionner
fon coeur. Ainfi quand il feroit
vrai , que dans les Pays étrangers il eût
perdu quelque chofe comme Poëte , il y
auroit du moins beaucoup gagné comme
honnête -homme , & comme Chrétien..
DECEMBRE . 174S . 83
On reconnoîtra aifément dans les Lettres
qu'on m'a communiquées , & dont je
vous envoye un échantillon , fon expreffion
, fon tour d'efprit , & la maniere de
penfer ; on y verra qu'il étoit ennemi de
limpiété & de la fuperftition ; qu'il aimoit
fincérement la vérité , & qu'il avoit même
cette forte de fimplicité de coeur , qui fait
qu'on la reçoit avec plus de facilité , &
fans chicaner contre elle.
Rouſſeau haiſſoit mortellement la difpu
te , parce qu'il croyoit qu'elle ne fervoit
qu'à aigrir les efprits , & à les éloigner du
but ; il étoit perfuadé que fi l'on évitoit les
fophifmes , les logomachies , & qu'on s'expliquât
fans détour , clairement , & avec
précision , on détermineroit bientôt les
plus grandes difficultés , & qu'on abrége
roit bien des controverfes. On découvre
dans fes Lettres le caractére de franchiſe
& de candeur qu'il recommande fi fort ;:
on y trouve auffi quelques anecdotes littéraires
. Ses malheurs l'avoient indiſpoſé
contre diverfes perfonnes , & comme il
écrivoit à un ami , il croyoit pouvoir s'ou
vrir avec lui , & lui confier fes plus fecrettes
pensées. Il étoit né , il faut l'avouer ,
avec un génie fatyrique , que la morale a
bien de la peine à réprimer & à adoucir
entierement. Si la vengeance eft le plai-
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
fir des Dieux , notre Poëte ne s'eft pas tous.
jours refufé cette dangereufe fatisfaction .
Ce feroit s'en rendre complice , que detrahir
fa confiance , & de divulguer ce
qu'il auroit peut-être fupprimé lui -même
s'il avoit pâ deviner que fes Lettres fuffent
mifes au jour. Par cette raison , Meffieurs ,
il y aura dans celles que je vous communi- .
querai , quelques lacunes , qui heureuſement
n'interrompent ni ne gâtent point le
fens . Nous devons ce refpect à fa mémoire,
& plus encore aux lamieres & à la
probité de quelques Sçavans qu'il n'apas
affez ménagés. Il en eft de cela comme
des chofes qui nous échappent en préfence
de nos amis ; on ne leur demande point
le fecret , ce feroit foupçonner leur dif
crétion , mais il fe recommande de luimême
, & les honnêtes gens s'en font une
Foi inviolable.
Un excellent Poëte peut n'être qu'un
très-médiocre Profateur. La lecture des
Lettres en queftion m'a attaché , & à travers
une certaine négligence , qui a peutêtre
fes graces , on y apperçoit beaucoup
de netteté & de jufteffe. A la vérité , ik
faut faire un choix ; comme l'efprit n'eft
pas toujours également bien difpofé ,
quand on écrit fans préparation , il arrive
quelquefois que la plume s'appéfantit , &
DECEMBRE . 1748. Sis
que le ftyle languit . Nous confentons de
voir un homme en deshabillé , mais il faut
que ce foit un deshabillé honnête qui n'ait
rien de rebutant. En voulant tout recueillir
& ne rien laiffer perdre , on a fait tort à
plufieurs Ecrivains célébres ; ce n'eft pas
ménager leur réputation , que de faire imprimer
de fimples billets qu'ils ont écrits à
la hâte, & qu'ils ont laiffés en quelque maniere
échapper de leurs mains .
On ne doit pas chercher dans les Lettres
de Rouffeau ce ftyle vif & coupé de Ma--
dame de Sévigné , ni ces faillies brillantes ,
ces jolies antithèſes , ces tours épigramma--
tiques , que certains Auteurs ont remis à
la mode , mais on y trouve , en revanche
dés idées folides , quelquefois hardies ,
exprimées d'un ftyle fimple , mais clair
proportionné à la matiere , & convenable
au ftyle épiftolaire . Il y a des Lettres
qui ne doivent leur fuccès qu'au choix &
à l'arrangement des mots : ce font de beaux
matériaux qu'on admire piéce à piéce ,
mais qui ne forment point un édifice régu
lier. Celles de Rouffeau ne font pas de ce
caractére , elles font moins recommandables
par les paroles que par les chofes ; prefque
tous les fujets qui y font traités , font utiles,
& s'ils ne font pas approfondis , c'eft qu'ils
ne peuvent , & ne doivent pas l'être danss
86 MERCURE DE FRANCE.
une Lettre. Ces Lettres font pour la plu
part plus longues & plus raifonnées que
celles inferées par M. Seguy , dans la magnifique
édition qu'il a donnée des oeuvres
de notre Poëte. Aufli Rouffeau les adref
foit-il à un Philofophe , dont les réponſes
ne feroient fans doute , moins dignes
de notre attention . J'ai l'honneur , & c.
pas,
KARAKAIAKARAKAIAKO KARAVA
LETTRE de ROUSSEAU à M. de C * ** .
de l'Académie des Sciences de Paris , &
•
.
de celle de Bourdeaux , ancien Gouver
neur defon A. S. le Prince de Heffe - Caffel ,
Profeffeur en Philofophie à Laufann:.
Uelque peine , Monfieur , que mes
ennemis m'ayent fait , en me mettant
dans la néceffité de donner mes ouvrages
au Public , je ne puis leur fçavoir
mauvais gré de m'avoir fait une violence ,
à laquelle je dois l'honneur d'être connu
d'une perfonne de votre mérite. La confiance
généreufe que vous me marquez ,
en me faifant part de l'excellent Traité *
que vous m'avez envoyé , a quelque chofe
de fi flareur pour moi , que je leur pardonne
prefque leur malice , en faveur de
* Traitéfur le Beau , de M. de Crouzas.
DECEMBRE. 1748. ST
l'avantage qu'elle m'a procuré. Mais comment
répondre , Monfieur , à ce que vous
attendez de moi , & quel fecours un Philofophe
, auffi couronné que vous l'êtes ,
peut-il recevoir de mes foibles lumieres ?
Je crois l'avoir deviné. Vous avez jugé
que votre ouvrage , lorfqu'il fera rendu
public , tomberoit entre les mains de dif--
ferentes perfonnes , plus au moins éclai
rées , & vous avez été bien aife de connoître
à l'avenir l'effet qu'il pourroit produire
fur les efprits médiocres, für que ceux d'un
ordre fupérieur ne pourroient lui refufer
leur approbation.
Je vous dirai donc , Monfieur , avec
toute la fincérité dont je fais profeffion ,.
que j'en ai été faifi dès la premiere lecture
que j'en ai faite , en ne le lifant que comme
les gens du monde ont coûtume de lire
toures fortes d'ouvrages ; que depuis ,
l'ayant relû avec des yeux un peu plus philofophiques
, j'en ai été d'autant plus fatisfait
, que j'ai trouvé dans les principes que
vous établiſſez , les fources du plaifir que
j'avois fenti en le lifant la premiere fois ;
qu'enfin , l'ayant encore regardé de plusprès
, je fuis demeuré entierement perfuadé
de votre fyftême , & convaincu que la
folidité de vos preuves entraînera égale
ment tous vos lecteurs , comme elles m'ont:
88 MERCURE DEFRANCE.
entraîné dans les differentes difpofitions
d'efprit où je me fuis mis en lifant votre
ouvrage. Voilà , Monfieur , l'effet qu'il a
produit fur moi , à quoi j'ajoûterai , avec
cette liberté que vous me faites l'honneur
de me demander , qu'après avoir diſcuté ,
auffi exactement que vous l'avez fait , la
nature de la beauté par rapport à nos idées,
il feroit à fouhaiter qu'un homme , auffi
éclairé que vous l'êtes , voulût prendre la
peine d'examiner la fource de tous les effets
qu'elle produit dans l'ame , puifqu'il
eft certain , comme vous le remarquez.
fort bien , que nos idées & nos fentimens
ne font pas toujours d'accord , & que la.
même beauté peut frapper les uns , fans:
faire d'impreffion fur les autres. Il y a ,
non feulement dans les objets matériels ,.
mais même dans les chofes de l'efprit , une
certaine beauté physique , s'il m'eft permis.
de parler ainfi , qui renferme en foi toutes
les propriétés du Beau , la variété & l'unité.
Car je crois que c'eft ce que vous
avez voulu dire par le mot d'uniformité.
L'ordre & l'harmonie des proportions attirent
néceffairement l'approbation de l'efprit
, mais il y a une autre beauté qui va
droit au coeur ; qui charme , qui ravit ,.
qui touche , fans donner le loifir à l'efprit
d'en examiner les raifons ; & c'est ce charDECEMBRE.
a
S
1748.
me qui eft le plus magnifique appanage de
la beauté , dont je voudrois qu'un homme
de votre mérite voulût chercher l'origine.
Je fçais que ce champ eft très-vafte , mais
y en a -t'il un plus digne d'un efprit auffi
étendu que le vôtre ? Et fi vous aviez le
loifir de donner à cette matiere tout le
jour qu'elle peur recevoir de vos réflexions
, nous aurions un jour un Traité du
Beau , qui ne laifferoit rien à défirer à la
curiofité de fes lecteurs : nous fçaurions.
pourquoi notre admiration eft excitée à la
vûë d'un objet moins régulier , d'un Payfage
par exemple , plutôt qu'à la vûë d'un
Edifice bâti dans toutes les proportions de
Vitruve , ou d'un Parterre deffiné avec une
parfaite régularité ; pourquoi nous fommes
remués & attendris à la lecture d'un .
ouvrage où il paroît une forte de défordre
, comme dans les Odes de Pyndare , ou
dans les Pfeaumes de David , pendant que
nous reftons immobiles , en lifant une
Piéce d'Eloquence ou de Poëfie , faite dans
toutes les régles , & qui ne manque gué
res de nous ennuyer à la longue , par cela
même qu'elle eft trop méthodique . C'est
fans doute pour cela , que les ouvrages ,,
où l'étude fé fait trop fentir , plaifent rarement
, & qu'une des grandes régles de
l'Art , c'eft de le cacher , pour ainfi dire.
90 MERCURE DE FRANCE.
Un génie fupérieur ne s'affujettit point à
une certaine marche , il aime mieux prendre
un vol élevé , au hazard de tomber
quelquefois , que d'aller terre à terre , &
de marcher plus fûrement ; c'eft ainſi que
notre grand Corneille fera toujours admiré,
malgré les défauts qu'on lui reproche , &
les chûtes qu'il fait quelquefois.
"
Mais , Monfieur il fuffit feulement
d'indiquer les chofes aux perfonnes comme
vous ils voyent , d'un coup d'oeil ,
tout ce que
les autres ne découvrent que
par de longues recherches . Je m'ailure
que , fur le peu que j'ai l'honneur de vous
dire , vous fçavez déja tout ce que vous
avez à dire vous- même , pour former un
fyftême parfait. Je fouhaite que vos occupations
vous en laiffent le tems. Donnez-
moi part , je vous fupplie , de vos découvertes
fur cette matiere , avec la même
bonté que vous m'avez témoignée
m'envoyant celles que vous avez faites fur
la beauté relative aux idées .
> en
Au refte , Monfieur , je n'ai garde d'ê
tre furpris de la générofité qui vous fair
embraffer mes intérêts , malgré les régles
vulgaires d'une bienféance , à laquelle
* M. de Crouzas étoit parent de M. Saurin , avec
lequel Rouffeau avoit eu fon fameux & funefte:
procès..
DECEMBRE.
1748. 9'1
il n'est que trop ordinaire aujourd'hui de
facrifier la juftice . Je regarde cette bonté
que vous me marquez en cette occafion ,
comme une fuite de la droiture d'efprit
& de coeur , qui m'a frappé dans tout ce
que j'ai vû de vous . Vous ne fçavez peutêtre
pas vous-même , à quel point vous
êtes jufte dans le parti que vous daignez
prendre , mais fi cette même bienféance
dont je viens de vous parler , me permettoit
de vous écrire tout ce que je pourrois.
vous dire fi j'avois l'honneur de vous voir,
je m'affure que quelque étude que vous
ayez faite du coeur humain , vous feriez
furpris des excès dont il eft capable, quand
après avoir abandonné Dieu , il a été affez
malheureux pour en être abandonné. Pour
moi , après avoir fait inutilement ce que
la vérité & mon honneur exigeoient de
moi , je laiffe le foin du refte à la Providence
, perfuadé que fi elle permet quel
quefois que l'innocence foit opprimée &
que le vice triomphe , ce n'eft qu'afin de
faire paroître dans la fuite la juftice avecplus
d'éclat ....
Toutes les traverfes , que la calomnie
m'a fufcitées , n'ont encore pû parvenir à
altérer la paix de ma confcience : je puis:
vous affûrer , Monfieur , qu'au milieu de
mes perfécutions , je goûte un repos
dont
92 MERCURE DE FRANCE.
mes perfécuteurs n'ont jamais joui au mi
lieu de leur félicité apparente.
Je fuis , & c.
D'Aran , le 6 Juillet 1712 .
EPIGRAMME.
Soit que je faffe bien , foit que je faſſe mal ;
Arpin , d'un ftyle trivial
Contre moi fans ceffe murmure ;
Tout eft fujet à fa cenfure ,
Et foumis à fon tribunal .
Les plaifirs innocens que fournit la nature ;
Les fleurs , les oifeaux , la lecture ,
Si l'on en croit Arpin , c'eſt un plaifir fatal ,
Que répand d'une main impure
Le démon , ce monftre infernal .
Enfin ce franc original
Adauber les humains prend un plaifir extrême ;
Le riche , l'indigent , pour lui tout eft egal,
Mais pour n'être point partial ,
Que ne fe fronde -t'il lui- même ?
Tollet'
DECEMBRE . 1748. 93
甸甸
EPITRE
A M. d'Arnaud .
CHarmant d'Arnaud, de ta muſe léger■
Que ne puis-je imiter les aimables accens !
Et que ne puis-je inſtruire & plaire ,
Comme tu le fais dans tes chants !
Faut-t'il gagner une bergere
Quels airs plus vifs & plus touchans !
Oui , dans tes accords raviffans
On trouve de quoi fatisfaire
La raison , l'oreille & les fens .
Sur des tons & nobles & grands
Tu montes, quand il faut, ta lyre ,
Mais de cette affreufe peinture ,
Cher d'Arnaud , détournons les yeux,
Et fixons-les fur la Nature ,
Qui paroît fi belle en ces lieux.
Déformais de mon fort je ferai feul le maître ,
Et felon mes befoins étendant mes défirs ,
Amai ,dans ce féjour champêtre ,
Au gré de mes fouhaits je fçaurai faire naître
De vrais & d'innocens plaifirs.
94 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que mon efprit tranquille ,
Loin du bruit des Cités , va choifir un azile ,
Fuyant des paffions le joug impérieux.
C'est là qu'une lecture utile ,
La culture des fleurs , rendent mon domicile
Digne de devenir la demeure des Dieux.
Le monde offre à nos yeux une belle peinture ;
Les objets ont un fard qui couvre leurs défauts.
Partiſan des beautés de la fimple Nature ,
Je préfère les bois , les prés & les ruiffeaux ,
A ces lieux trop peuplés, où l'art & l'impoſture ,
Sous des biens apparens , nous cachent de vrais
Ah,
A
maux.
que cette aimable retraite
pour moi de charmes fecrets !
Que j'aime l'ombre des forêts !
Que j'aime à célebrer au fon de ma mufette
La Nature & tous les attraits !
Ici notre ame fatisfaite
Jouit de cette douce paix ,
Qui pour le mondain n'eft pas faite ,
Dont le riche en vain à grands frais
Voudroit bien faire emplette ,
Et que le crime enfin , déchiré de regrets ,
Même au fein des plaifirs ne peut trouver jamais.
A l'ombre d'un Tilleul , au bord d'une fontaine,
Je ris des vains amuſemens
DECEMBRE. 1748.
95
De ces foibles mortels que l'on voit fur la fcéne
Etaler tous les ſentimens
Qu'excitent tour à tour & l'amour & la haine; }
Des coeurs paffionnés honteux égaremens.
L'orgueil eft ici détefté ;
Du fouffle empoiſonné du vice
Ce hameau n'eft point infecté ;
Fidéle aux loix de la fimple équité ,
L'habitant vit fans artifice ,
Au milieu d'une douce & fage égalité,
Jamais l'ambition ni l'aveugle injuftice
N'ont fouillé de fes moeurs l'aimable pureté.
Mille petits oifeaux , animant leur ramage ,
De leurs tendres chanfons font retentir les airs .
Zéphir , leur répondant à travers le feuillage ,
Mêle fon fouffle à leurs concerts ,
Tout préſente en ces lieux une riante image,
Que j'aime à voir de ces ruiffeaux
Couler les ondes fugitives ,
Et les fleurs qui font fur leurs rives
Se multiplier dans les eaux !
96 MERCURE DE FRANCE.
Ici , quand la naiſſante aurore
Invite le Soleil à reprendre fon cours ,
J'efpere que le jour qui commence d'éclore ,
Sera le plus beau de mes jours,
Ah ! des douceurs de l'eſpérance
Si l'homme connoiffcit le prix ,]
Il n'auroit plus que du mépris
Pour cette courte & foible jouiſſance
Des biens dont fon coeur eſt épris.
Qui, l'efpoir des vrais biens, dont l'ame eft alterés
Semble préfager fa durée ,
Et juſques dans l'éternité
Etendre la félicité .
Par le même.
A Geneve , le 26 Septembre 1748.
TRADUCDECEMBRE
. 1748. 97
TRADUCTION d'une Scéne de la
Comédie Angloife , intitulée : la
derniere Reffource de l'Anour. *
U
N jeune homme débauché s'eft éloigné
de fa femme , & a été abfent
dix ans , il revient enfin dans fa Patrie , fur
le bruit que fa femme eft morte. Cette
femme , vrai modéle de fidélité , a paffé ce
tems dans les chagrins caufés par l'indifference
& les défordres de fon mari qu'elle
aime uniquement. Enfin prévenuë du
retour de ce mari par un ami commun , qui
conduit toute l'intrigue , l'époux paffe une
nuit avec fon époule qu'il n'a pas reconnue,
& qu'il prend pour une femme galante.
La méprife du valet, qui femble l'avoir,
introduit à la place d'un autre , eft concertée.
Enfin il faut fçavoir que pendant l'ab
fence du mari , la fucceffion d'un oncle a
remis l'époufe dans une grande opulence .
L'époufe dans la Piéce fe nomme Amanda
, qu'en François on pourroit rendre par
le mot d'Amantine. Loveleffeft le nom
de l'époux , & ce mot fignifie un homme
incapable de tout attachement.
Après une affés longue Scéne , qui com-
* Cette Comédie eft de Cybber.
11. Vol. E
9S MERCURE DE FRANCE.
mence le cinquiéme Acte , & qui appar
tient à un Epiſode de la Piéce , le Théatre
change & repréfente la maifon d'Aman.
tine. Elle entre feule , & dit ,
Jufques ici mes efpérances ont éte remplies,
& mon amour fous les traits du vice,
a fçû tranſporter mon infidéle jufqu'où la
volupté a marqué des bornes aux défirs ...
Ma crainte à préfent , c'eft que quittant
le mafque , la vertu , parée de les feuls at
traits , ne puiffe le retenir dans mes bras.
Cependant je fuis fûre qu'il eft des charmes
dans la vertu ; que dis-je ? Plus forts & plus
doux mille fois que ceux dont le vice odieux
ofe s'enorgueillir, Autrement pourquoi tant
de Héros fe feroient- ils librement facrifiés
pour elle , tandis que fon ennemi n'eft jamais
fuivi que du repentir & d'une ruine
toujours involontaire... Ciel , infpire mon
coeur , & donne à mes difcours la force
de la vérité. Que je puiffe ramener cer efprit
volage à l'amour & à la vertu.... Le
voici . Je tremble ; par où commencer ?
Loveleff qui a trouvé une riche toilette ,
paroît magnifiquement habillé.
Am, Peut-on , Monfieur , s'informer de
l'état de votre coeur ? Ce féjour eft-il pour
vous toujours le même ? Ne commenceriez-
vous pas à vous laffer des douceurs
d'un amour trop facile à
DECEMBRE . 1748. 99
Lov. Oh jamais , jamais . Le fouvenir de
nos plaifirs en eft une continuelle fource
qui ne peut plus tarir.
Am . Tréve de flaterie , Monfieur ; cè
font vos façons ingénues qui m'ont plû ;
ne les quittez point , fi vous voulez me
maintenir dans la bonne opinion qu'elles
m'ont donnée de vous. Elles font parfaite
ment d'un homme qui a vêcu dans le monde
. Permettez- moi donc de m'informer de
votre condition,ainfi que de votre fituation.
Lov. De tout mon coeur , Madame. Je
fuis par ma naiffance Gentilhomme ; par
les amis du fiécle , les jolies femmes , le
vin & le jeu , juftement vis - à-vis de rien
& par la mépriſe de votre valet , le plus
heureux mortel que l'Amour & fa mere
ayent jamais favorifé.
Am. Encore un mot , Monfieur. Etesvous
marié ? ( A part. ) A préfent mes
frayeurs !
Lov. Je l'ai été , mais fort jeune.
Am. Et votre femme , quelle perfonne
étoit-ce ?
Lov. Hélas , un bon petit coeur fans malice
, bâtiſſant des châteaux en l'air , juſqu'à
s'imaginer qu'un amant ne pouvoit jamais
fauffer fes fermens.
Am. Elle étoit donc vertueufe ?
Lov. Je le croirois prefque ; la vérité
E ij
100 MERCURE . DE FRANCE.
eft que je n'ai jaimais été jaloux d'elle.
Am. Vous ne l'avez peut-être jamais aimée
?
Lov. Aimée ? J'en ai été fou ; dans les
commencemens s'entend . Imaginez - vous
qu'il n'y avoit que deux femmes entre elle
& mes prémices d'amour.
Am. Qu'eft- elle donc devenue?
Lov. Eh mais ! après avoir été huit à dix
ans féparés l'un de l'autre , feulement par
des mers , elle a fait la fottife de fe lailler
mourir, ( des pâles couleurs , je penſe , ) &
me voilà le maître de me retourner comme
il me plaira.
Am. Vous l'avez donc quittée : & pourquoi
?
Lov . Ohparce que le goût s'ufe , & que
je me trouvois à tous momens gêné dans
mes nouveaux projets de plaifir , qu'elle
appelloit mes égaremens , & qui lui fourniffoient
un continuel fujet de plaintes.
Surtout les efforts , pour me faire revenir des
fureurs du jeu , m'y livrerent encore plus ;
deux ou trois malheureux inftans virent
évanouir des fommes confidérables deftinées
au payement de mes dettes , ce qui
rendit Meffieurs les intereffés encore plus
preffans. Il fallut cependant engager le
refte de mon bien pour fournir à un train de
vie , qui m'étoit trop agréable pour fonger
DECEMBRE. 174S. 101
à le réformer , mais je fentis qu'il falloit
l'aller continuer ailleurs , & je partis moins
fatigué des clameurs de mes créanciers que
des leçons infupportables de ma femme.
Am. Ne vous repentez -vous pas néan
moins aujourd'hui d'en avoir méprifé les
confeils ?
Lov. Moi ? Non.
Am. Comment ?
Lov. Sans doute cela ne ferviroit à rien ,
& Dieu merci j'ai affez de philofophie.
pour fçavoir qu'aux chofes fans remede ,
il n'y faut plus fonger. Mais à préfent, Ma
dame , me peut- il être permis de faire à
mon tour mes petites queftions fur ce qui
vous regarde ?
Am. Volontiers ; mais je commence par
vous prévenir que jufqu'à ce que vous me
connoiffiez parfaitement , je vous ferai
une vraie énigme.
Lov. Oh ! N'est - il question que de cela ?
Je ne fuis pas à apprendre que vous êtesfemme.
Quant aux circonftances , fi vous
êtes veuve ou mariée , c'eft ce que j'ignore..
Am. Eh bien , Monfieur , je fuis mariée ,
prétendant au titre glorieux de fidelle &
de vertuenfe épouſe.
Lov. Oh oh ! En effet , Madame , ce
début fent furieufement l'énigmë. Fidelle
époufe , dites- vous ? Comment ! n'avez-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
vous nulle idée d'avoit jamais manqué à
votre mari ?
Am. Jamais. Que le Ciel m'en foit tëmoin!
fans lui le monde entier ne m'eft
rien.
* Lov. Fort bien. Je vous prie , Madame ,
feriez-vous fujette à de certaines diſtractions
, qui vous feroient oublier le jour
ce qui s'eſt paffé la nuit ?
.
· Am. Je vous avois bien promis une énigme
, Monfieur , & fi le courage ne m'abandonne
pas , je m'engage à vous en développer
l'obfcurité . Mais il faut auparavant
que j'augmente votre étonnement.
Je vous prie , Monfieur , fatisfaites- moi fur
une chofe . La voici quelles font vos
idées fur ce qu'on appellé vertu ? Laiffez ,
s'il vous plaît , pour quelques inftans un
vain badinage , & faites un férieux uſage
de votre raifon .
,
Lov. Je vous avoue , Madame , que
voici une converſation qui de vous à moi
me paroît extraordinaire ; vous m'en voyez
tout interdit.
• Am.Vous auriez tort pourtant de prendre
ceci pour un jeu. Hier vous me trouviez
des lumieres au- deffus de mon fexe ,
difiez -vous . Vous auriez bien- tôt changé
à mon égard , fi vous me croyiez capable
de penfer que tout notre bonheur eft atDECEMBRE.
1748 . 105
taché à des jours également tiffus d'erreurs
& de chagrins. Non , Monfieur , mes vûes
ne font pas fi bornées ; j'ai idée enfin d'une
félicité plus parfaite.
Lov. ( A part. ) Parbleu j'ai eu raiſon
de penfer que le charme étoit trop grand
pour durer. Je m'imagine que tout à l'heu
fe il faudra la fuivre à fes dévotions . En
verité , Madame , tout ceci me paroît bien
déplacé ; je me fuis flatté que vous voudriez
bien m'inftruire de votre naiffance ,
de votre rang , de votre fortune , & c'eft
pour le préfent ce qui pourroit m'intéreſfer
le plus.
Am. Vous ferez fatisfait ; mais je vous
l'ai dit , Monfieur , ' avant tout j'attends
votre réponſe ; encore une fois quelle idée
vous formez-vous de ce qui porte le beaut
nom de vertu ? Par tout ce que j'ai de cher
au monde , ce que vous allez prononcer
décide à jamais de mon fort. Faut-il à vos
genoux vous prier d'en pefer l'importance?
J'exige au moins la même fincérité dont
vous uferiez à votre dernier foupir.
Lov. Madame , ceci commence à m'effrayer
: quel terrible fecret cherche donc à
fortir de votre fein , & qu'attendez- vous
enfin de moi ?
Am. Rien que votre fincere opinion fur
<ce qu'on nomme vertu . Croyez -vous qu'il
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
y ait jamais eu une femme qui en ait mérité
le glorieux prix , ou en regardez-vous l'idée
comme une pure chimere ?
Lov. Madame , ceci mérite quelque ré-
Alexion . ( à part ) Quel peut être le but
d'un fi étrange entretien ? Pourquoi tant
d'inftances de fa part , & pourquoi exiger
de la mienne une réponte fi précife , comme
fi le bonheur de fa vie en dépendoit ? ...
Certes , je ne dois ici avoir en vûë que ce
que mon devoir , la vérité , la raifon
& une fituationfi finguliere , demandent....
( haut ) La plupart des perfonnes de votre
fexe , paroiflent ignorer la fignification
du mot de vertu. Elles voudroient être
crues exemptes de défirs , ce qui bien loin
de fuppofer de la vertu , ne feroit que défigner
une nature imparfaite & incapable
de prétendre à un fi haut prix. Quelle
gloire en effet peut être acquife , où il
n'y a point à combattre ? Je ne croirois
donc réellement vertueufe , que celle à qui
les principes de l'honneur & les armes
de la raifon ont fait furmonter les efforts
des paffions & le danger des occafions : &je
ne fuis point éloigné de croire qu'une telle
femme peut être ....
Am . Puis-je croire que cette vérité forte
de votre bouche fans aucun déguiſement ?
Lov. Oui , Madame, Mais en vérité vous.
DECEMBRE. 1748. 105
me jettez de furpriſe en furpriſe. Que fignifie
encore cette queſtion ?
Am. Un moment encore , & vous ferez
fatisfait.... Puifque donc vous accordez
qu'une femme peut être vertueufe , comment
excuferez-vous celui , qui infenfible
à l'attachement légitime d'une pareille femme
, court après les fauffes careffes de
ces dangereufes créatures , la honte de notre
fexe ? Qui mépriſe les confeils de cette
tendre épouse , ruine fa fortune , fuit fes
embraffemens , & la laiffe abandonnée aux
douleurs de l'amour méprifé , tandis qu'el--
le ne fe venge que par fes larmes & par
mille voeux fecrets de le voir enfin rendu
à fa tendreffe : tandis , dis- je , qu'elle´
ne ceffe de l'aimer , & de lui être conftam--
ment fidelle ?-Croyez - vous donc , Monfieur
, que cet homme puiffe faire ufage
de fa raifon & vivre fans remords ? Quoi
n'en avez-vous jamais éprouvé au fouvenir
de votre épouse ?
. Lov. Madame , de ce que c'est vous
qui me tenez un pareil langage , je vous
avoue queje m'y perds. Cependant la force:
de vos difcours a pénétré mon ame. Oui ,
au trouble qui m'agite ,je fuis prêt à recon--
noître qu'il eft des remords .
Am. Eh bien ! fouffrez , s'il fe peut , que
je les augmente encore dans votre coeur
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
mais auparavant préparez- le à la pitié , ou
ma perte eft certaine.
Lov. Ah ! Madame , exigez tout de moi ;
mais de grace , tirez-moi de la confuſion où
je fuis.
>
Am. Regardez- moi bien , rappellez vo
tre fouvenir & par compaffion ne me
haiffez pas pour vous avoir fi long- tems
aimé. ( Elle tombe à fes genoux. ) Ah ! fi
vous pardonnez à l'innocent artifice qui
vous remet dans mes bras , je mourrai trop
contente .
Lov. Achevez , que voulez-vous dire ?
Am. Non ,je ne puis ..... ma langue
fe refuſe à mon fecret , j'en fuis accablée.
Oh ! ...
Lov. Elle s'évanouit ! ouvrez les yeux ,
charmante créature , & voyez mon coeur
qui faigne de vos peines , & brule de les
partager. Non , rien ne peut égaler le trou
ble & l'effroi dont tu m'as rempli .
Am. ( Elle revient à elle. ) Cela fe paffe.
Elle fe releve. ) L'agitation de mon ame
fe diffippe , & je fens mon courage de retour.
Ehbien ! fçachez donc que ces mêmes
délices de la nuit paffée , c'eft dans les
bras de votre époufe que vous les avez
éprouvés.
Lov. Ha !
im . Oui , c'eft Amantine , àjamais heu
DECEMBRE. 1748. 107
reuſe ou malheureufe , fur ce que votre bou
che va prononcer.
Lov. Mon époufe ! cela ne fe peut. N'eft-
-elle pas morte ? Comment te croire ?
Am. Combien le tems & les chagrins
ont pû me changer , c'est ce que je ne
fçais pas. Mais ce que vous ne pouvez démentir
, voyez ces caracteres , qui dans le
- commencement de notre amour , en furent
comme le fceau. ( Elle découvre fon
bras. )
&
Lov. Oui , je les reconnois. . . . Ce
n'eft point une illufion , c'est mon nom ,
ma confufion ne peut s'exprimer . Non , je
ne vois plus en moi qu'un parjure , & je ne
puis foutenir tes regards.
Am. Il faut pourtant que vous y lifiez
toute la tendreffe de mon coeur, & ce qu'un
rayon d'efpérance y mêle déja de contentement
.
Lov. Que tes embraffemens foient done
le fceau de mon pardon . Hélas ! le premier
moment qui m'éclaire fur mes erreurs , m'en
fait voir toute l'étendue.
Am. Qu'il n'en foit plus queftion , &
que des larmes de joye en effacent à jamais
le fouvenir.
Lov. Dieux quel a été mon aveuglement
! que j'ai été injufte ! eh ! que ne
dois-je pas faire pour réparer mes torts ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
envers ton amour , & ceux que j'ai faits à
ta fortune.
Am . Modérez ces témoignages trop violens
de votre repentir , ou je me reprocherai
bientôt d'avoir jetté trop d'agitation
dans votre ame. Qu'aucune inquiérude
au refte ne vienne troubler de fi délicieux
inftans . Pendant votre abfence , le
Ciel a daigné me fournir les moyens d'acquitter
tous vos engagemens , & vous laiffe
encore de quoi foutenir dignement votre
rang ; la fucceffion de mon oncle le Chevalier
Wealthy , a pourvû à tout cela :
heureufe que ma main puiffe vous offrir ce
qui doit achever de vous faire oublier le
paffé !
*
1
Lov. Il n'eft point de fortune qui vaille
les richeffes d'une ame comme la tienne.
Te tenant ainfi dans mes bras , je poffedeun
tréfor préférable à tout ce que le Soleil
embraffe dans fa courfe ; comment ai-je
pû être fi long- tems infenfible à tant de
perfections ? fans te connoître , j'ai trouvé
en toi tout ce que les plaifirs des fens
offrent de plus féduifant ; eft - ce doncun
vain nom qui en détruit le charme ?
Et l'aveugle fantaifie feroit - elle en cela.
un plus sûr guide , que le flambeau de las
Laifon ? Non fans doute : je n'ai fait qu'er-
*Comme qui diroit le Richard...
DECEMBRE. 1748.
rer jufqu'à ce jour , & c'eft de ce moment
feul que je connois ce qui mene au vrai :
bonheur.
Ici eft la vifite de l'ami qui aconduit l'intrigues
LA CHENILLE ET LE LAURIER..
Dans
FABLE.
Ans un jardin où la brillante Flore
Prenoit plaifir à cultiver des feurs ,
A les parer des plus vives couleurs ,
Les arrofant des larmes de l'Aurore ,
Une Chenille en rampant fè gliffa.
Ce monftre , horreur de la Nature ;
Traîna partout fa hideufe figure ,.
Et partout il laiſſa
D'affreux effets de fon paffage.
Sur les plus belles fleurs il promene fa rage.
L'efficace de fon venin
Les fait languir , leur fait pancher la tête ,
Les fait mourir enfin .
Par hazard la méchante bête
Apperçoit un Laurier qu'Apollon chériffoit ,
Et que Zéphire en jouant careffoit.
Elle s'y traîne , & d'une ardeur nouvelle :
110 MERCURE DE FRANCE
Le perce de fa dent cruelle.
Mais que cette témérité
Fut tôt & juſtement punie ;
Car le Dieu des vers irrité y
A l'inftant qu'elle mord, lui fait perdre la vie!
O médiſant , reconnois ton image ! )
Elle eft parfaite en ce vil animal ;
'Ainfi que lui , tu portes le ravage ,
Tu fouilles tout de ton poiſon fatal ;
Ne crains -tu point d'achever la peinture }
En périffant par femblable avanture ?
RECONCILIATION d'Hymen & de
l'Amour , à l'occaſion du Mariage de **.
Pourquoi , difoit Hymen à fon frere lª Amour ;
Voulez-vous avec moi toujours vivre en querelle?
Sitôt que j'ai reçu quelque belle en ma Cour,
Plus vite que l'éclair , vous vous éloignez d'elle.´
Mais de plus , en fuyant , vous emmenez encor
Nos compagnons chèris , les ris, les jeux, les graces,
Les plaifirs à l'envi prennent auffi l'effor ,
Et fe font un devoir de voler fur vos traces.
Cependant refté feul je ne puis rendre heureux
DECEMBRE. 1748. Ift
Ceux qui fous mes drapeaux s'empreffent de fe
rendre ;
Quelques jours écoulés , ils déteftent mes feux ,
Et m'accufent tout haut d'avoir fçû les furprendre.
*
Si nous étions unis , nous verrions les mortels
Joyeux & fatisfaits , bénir leur destinée ;
Ils ne formeroient plus tant de voeux criminels
Pour rompre les liens de leur trifte bymenée.
Vos traits entretenant une douce union
Dans les coeurs des fujets que mon empire
femble ,
Les époux fe verroient fans indignation ,
Et mettroient leur bonheur à vivre bien enſemble;
Je fçais, reprit l'Amour , que notre inimitié
Caufe les grands chagrins de la race mortelle ,
Et fouvent, fans mentir , j'ai ſenti la pitié
Dans mon coeur attendri s'intéreffer pour elle.
Quelquefois j'ai voulu remédier au mal ,
Dont vous faites ici des plaintes fi naïves ,
Mais toujours je trouvois quelque obſtacle fatal ;
Qui faifoit échouer toutes mes tentatives.
Or voulez- vous fçavoir ce qui met entre nous
Cette diffention, qui malgré tous vos charmes,
12 MERCURE DE FRANCE.
Fait trouver votre empire odieux aux époux , -
Et leur fait tous les jours répandre tant de larmes ?
A peine avez-vous mis une belle en vos fers ,
Vous la faites changer d'humeur, de caractere ;
Vous lui communiquez vos chagrins, vos travers;
Et la rendez hautaine , intraitable & ſévere.
Ce n'eft plus cet objet, dont les attraits vainqueurs
Se faifoient adorer des coeurs les plus rebelles ;
Son air doux , engageant, fait place à des rigueurs,
bles d'allumer des haines immortelles.
Vous le fçavez, l'Amour n'aime point les débats
Il fuit au moindre bruit , évite les vacarmes ;
Les plaifirs , avec moi, pour prendre leurs ébats ,
S'envolent loin des lieux où regnent les allarmes
Les graces & les ris , & les aimables jeux”,
Peuvent- ils demeurer où l'on gronde ſans ceffe
Non, non ; nous fommes faits pour vivre plusheureux
;
Eux & moi nous cherchons la joye & l'allégreffè.
Si donc vous défirez que
nous faffions la paix ,
Réformez cette humeur chagrine & rebutante,
'on remarque partout dans vos fombres fujets
Alors notre union fera fûre & conftante,
DECEMBRE.
113 1748.
Que l'époufe rencontre au coeur de fon époux
La douceur, les égards qu'elle a droit d'en attendre
Que l'époux à fon tour foit à l'abri des coups
Que lui porte fouvent une époufe peu tendre.
Rendez - les l'un pour- l'autre affables & polis ,
Complaifans , gracieux & tonjours fociables ;,
A ces conditions nous deviendrons amis ,
Autrement nous ferons irréconciliables.
Je le veux , dit Hymen , j'y ferai mes efforts.
Commençons aujourd'hui par l'aimable Thémire;.
Ses attraits , plus qu'humains , caufent mille tranf
ports
Dans l'efprit enchanté du jeune Silvanire ..
Uniffons ces amans par de folides noeuds ;
Allumez dans leur coeur une flâme immortelle g
Que jamais les plaiſirs , les graces , ni les jeux ,
Ne troublent par leur fuite une union fi belle.
Silvanire toujours docile à mes confeils ,.
Des époux déformais fera partout l'exemple ;
Ses charmes conftamment le trouveront pareils
A ceux qu'il fera voir en entrant dans mon Temple.
Et Thémire à fon tour , confervant fa tendreffe ,.
Sa douceur , les appas , fes rares qualités ,
114 MERCURÉ DE FRANCE.
Le fçaura préferver de l'affreufe trifteffe
Dont les jours des époux font fouvent agités.
Quel bonheur ! chers amans , quel aimable deſtin !
Si vous trouvez Hymen fidele à la parole !
Mais de crainte d'oubli , tenez - y bien la main ;
Il ne trompe que trop les fujets qu'il enrole.
in-
REPONSE de M. l'Abbé Lebenf, aux
remarques dduu PP.. TTeexxttee ,, Dominicain ,
ferées dans le Mercure de Septembre dernier
, page 37 , pour prouver qu'Amyor
étoit à la Cour dans le tems de la Saint-
Barthelemi.
J'A
'Avois penfé , mon Reverend Pere , qué
vous regardiez comme terminée la difpute
avec votre Anonyme , fur l'Evêque
Hennuyer , & qu'après huit années de débat
, il falloit refpecter le Public , qui s'ennuye
de répétitions frivoles qui ne menent
à rien ; mais vous me prenez à partie , &
il faut vous contenter.
Votre fçavant Anonyme , ayant vû
dans mon Hiftoire d'Auxerre , que Jacques
Amyot , Evêque de cette Ville , &
Grand Aumônier de France , après avoir
demandé au Roi Charles IX. la permillion
DECEMBRE . 1748. 11S
de quitter la Cour , pour venir prendre
poffeffion de fon Evêché , avoit veillé affidûment
, pendant les années 1571 &
1572 , aux befoins fpirituels & temporels
de fon Diocele , il en a conclu dans fa Lettre
inferée au fecond volume du Mercure
de Juin , 1746. qu'Amyot étoit abſent de
Fa Cour au mois d'Août 1572. & qu'il ne
vint faire un tour à Paris qu'au mois d'Avril
1573 *.
Sur cela vous dites que je me fuis vifiblement
trompé , & pour le prouver ,
voici ce que vous avancez dans le Mercure
de Septembre dernier , page 38 .
»
Le Roi Charles IX . eut une fille née le
» 29 Octobre 1572 , laquelle fut baptifée
» à Paris , le 2 Février 1573. L'Abbé Ar
chon , page 606 , Chapelle des Rois ,
a écrit que ce fut le Grand Aumônier
qui la baptifa dans l'Eglife de S. Germain
- l'Auxerrois . Voilà qui eſt po-
» fitif, & M. P ... qui en a été Chanoine ,
» a pourtant ignoré ce fait. Le Grand Aumônier
étoit donc à la Cour avant le
"mois d'Avril 1573. L'Abbé Archon
ajoute ce que vous n'avez pas dit , qu'on
lui avoit donné au Baptême le même nom qu'avoit
la Reine ,fa mere.
* Voyez ci-après la note ( 6 ) de la page 117/
116 MERCURE DE FRANCE.
Dans ce petit narré , je trouve prefque
autant de fautes que de mots .
de le 29
1º. La Princelle ne vint point au mon-
Octobre , comme vous le dites ,
mais le 27. c'eſt le fentiment de la Pope-
Liniere , de Belleforeſt , de Sauval , & de
ceux qui ont donné en 1726. la troifiéme
édition de l'Hiftoire Génealogique de la
Maifon de France , & des Grands Officiers
de la Couronne , Tome I. page 139. Le
Moreri de 1725. met fa naiffance au 25
Octobre , & il atort.
2º. Votre ami Archon dit qu'elle fur
baptifée par l'Evêque d'Auxerre , Grand
Aumônier . Quoique vous affûriez que cela
eft pofitif , je vous déclare qu'il n'y a rien
de plus incertain. Jacques Amyot prit
poffeffion de fon Evêché le 29 Mai 1571.
Le Vendredi 22 de Juin de la même année,
il fit la benediction de l'Eglife d'Auxerre ,
profanée par les Huguenots , & le 27 du
même mois il rebénit l'Eglife des Corde
liers , où avoit été le Prêche des Calviniftes
. Il fe donna tout entier à fon
Diocéfe pendant cette année , & les deux
fuivantes , & ne vint reprendre fes fonc
* Suivant quelques Auteurs , le Prêche des Calviniftes
d'Auxerre étoit à S. Amatre , hors la
Ville , & ils avoient fait une écurie de l'Eglife des
Cordeliers.j
DECEMBRE . 1748. 117
tions , & réfider à la Cour , que vers le mois
de Février 1574 , où la maladie du Roi ,
fuivant Sorbin ( a ) , commença à ſe déclarer.
Il affifta le 18 Avril de la même année
1574 ( 6 ) , au Sacre de Jacques Fourré
, Prédicateur de la Cour , votre confrere
, & ce Sacre fe fit aux Jacobins de la
rue Saint Jacques .
Mais , m'allez - vous dire , Archon a pour
caution Belleforeft , & ille cite à la marge.
A la bonne heure , voyons donc ce.
que dit François de Belleforeft , à la fin
de fes Annales ou Chroniques , page 535 ,
folio verfo , édition de 1573 , & tranfcrivons
fes propres paroles : » Le fecond jour
» de Février audit an , mil cinq cens fep-
» tante- trois , fut baptifée la fille du Très-
» Chrétien Roi , notre fouverain Prince ,
Charles IX . à Paris en l'Eglife Saint
Germain l'Auxerrois . La folemnité du
Baptême fut magnifique , & felon le mé-
»rite des Maifons , tant du pere & mere ,
» que des parrins & marrinnes...... Le
» Parrin étant Monfeigneur Philebert-
» Emanuel Duc de Savoye , & Prince de
"
ב כ
>>
( a ) Abregé de la vie de Charles IX . page 12
folio verfo .
( b ) L'Imprimeur s'eft trompé dans mon Hif
toire d'Auxerre en mettant 1573 , au lieu de
1574
>
118 MERCURE DE FRANCE.
•
Piémont.... Et les Marrines , très- il
luftre Princeffe Marie d'Autriche, Impé-
» ratrix de Rome * , & Royne d'Hongrie
» & de Boefme , & Madame Ifabel Royne
»Sereniffime d'Angleterre. Il ajoute que
» le Député pour l'Impératrix fut celui
» qui porta l'enfant au Sacre , où ſere
voient Meffieurs les Princes de Condé ,
» à fçavoir le Marquis de Conry , & Char-
» les Monfieur , & autres Princes & Sei-
» gneurs , lequel Député de l'Empereur
»nomma cette fille Marie , ainfi que celui
» d'Angleterre lui impofa auffi le nom
» d'Ifabel. Belleforeft ne dit pas un feul
mot , ni du Grand Aumônier de France ,
ni du Premier Aumônier , ni des Officiers
de la Chapelle du Roi , qui affifterent à ce
Baptême. Fiez -vous après cela à votre
Archon. Pour moi , je ne fuis pas furpris
que l'Abbé de Camps l'ait cenfuré dans
des Remarques critiques , dont le Pere Lelong
rapporte le titre page 70s de fa Bibliothéque
hiftorique , no. 13843 .
que
L'Abbé de Camps y dit dans fa Préface
que dans fes deux volumes , l'Abbé Archon
cite les Auteurs & les pièces , d'où il prétend
avoir tiré ce qu'il avance , mais qu'il les cite
avec tant d'infidélité , qu'on croit lui rendre
C'étoit l'expreflion du tems , Enunciativa
non probant.
DECEMBRE. 1748. rig.
jaftice en avançant qu'il ne les a pas lus .
lùs ...
que les fautes qu'il a faites fur Jacques
Amyot , ne lui permettent pas de croire qu'il
ait été plus exact pour les tems plus éloignés ,
c. & dans le corps de l'ouvrage à la page
116 , où il s'agit de la Chapelle de Charles
IX. après avoir fait mention de nouveau
des fautes fur Amyot , il finit de la forte , il
m'auroitfallu faire, pour les corriger , un ouvrage
plus gros de beaucoup que n'eft cette Hif
toire même .Le manufcrit de l'Abbé deCamps
eft en original à la Bibliothèque de M. l'Abbé
Denison , Chanoine de l'Eglife de Paris,
3º. M. P... dites- vous , qui a été Chanoine
de Saint Germain l'Auxerrois , a pourtant
ignoré ce fait. Qui vous a dit qu'il l'air
ignoré ? Grand malheur quand cela feroit !
Če n'en eft pas moins une lourde bévûe
de votre part , car ni dans les Regiſtres
de la Paroiffe de Saint Germain l'Auxerrois
, ni dans ceux du Chapitre , l'un &
l'autre bien feuilletés & examinés , il n'eſt
fait aucune mention de la cérémonie du
Baptême de la Princeffe. Il eft feulement
dit dans un Registre du Chapitre , au 7
Janvier 1573 , que Sa Majefté venoit de
faire écrire au Chapitre , d'ôter du Choeur
le Pupitre , les Livres & autres choſes ſemblables
, pour la célébration du Baptême
de la fille du Roi , qui devoit fe faire au120
MERCURE DE FRANCE.
dit Choeur le lundi fuivant *. Vous voyez
donc , mon R. P. que c'eft à pure perte que
vous agacez votre Anonyme .
4°. Votre Archon dit tout de fuite ,
qu'on avoit donné à la Princeffe le même
nom qu'avoit la Reine , fa mere , & vous
venez de lire que l'Impératrice l'avoit
nommée Marie , & la Reine d'Angleterre,
Ifabelle ou Elizabeth . Je ne fais cette note
que pour vous faire obferver l'inattention
de Louis Archon , & les rifques que vous
courez en copiant avec tant de confiance
tout ce que vous trouvez dans cet Auteur.,
Vous faites quelquefois bien pis , car
vous lui faites dire ce qu'il ne dit point ,
le voici . » Dans une autre occafion ,
>> ( le Roi ) pour lui témoigner ( à l'Evêque
Amyot ) combien la préfence lui
» étoit néceffaire , il lui dit : mon Maître ,
ne me quittez pas.
* Autoritate Regiâ fcriptum fuit Dominis Capitu
lantibus tollendi & amovendi à Choro ejufdem Ecclefia
fuggeftum, libros & alia fimilia , pro celebratione
baptifmifilia Regis die luna proximâ in eodem Choro
faciendi. Ce lundi fuivant devoit être le 12 de
Janvier. Sur la foi d'un monument auffi authentique
, on feroit tenté de croire , malgré le témoi
gnage uniforme des Hiftoriens contemporains ,
que le Baptême de cette Princeffe , née dès le mois
d'Octobre de l'année 1572 , ne fut pas differé plus
long- tems.
Premierement
DECEMBRE . 1748. Taf
Premierement , cette occafion n'étoit
tien moins que le moment où le Roi alfoit
expirer , ce que vous avez grand foin
de cacher , parce que vous voudriez faire
entendre que ceci fe paffa auffi-tôt après
la Saint-Barthelemi. En fecond lieu , les
paroles d'Archon font bien differentes de
celles que vous lui prétez : » La Meffe étant
" finie , dit cet Hiftorien page 605 , fon
» Grand Aumônier lui donna en Viatique
»le Corps adorable de notre Sauveur ;
» enfuite Sa Majefté ayant prié fon Grand
» Aumônier , & Arnaud de Sorbin , de ne
la pas quitter , & de l'entretenir des bon-
» tés de Dieu , l'un & l'autre lui firent faire
une profeffion de foi , &c.
Ce que vous ajoutez de M. de Thou , eft
déplacé. Je n'y répons pas . Vous concluez
de tout ceci , mon Reverend Pere , que
votre Anonyme n'ayant pû prouver qu'Amyot
n'étoit pas à la Cour pendant la
Saint- Barthelemi , ( quand cela feroit , je
viens de le prouver pour lui , mais n'importe
) il faut qu'il avoue que l'Evêque
Hennuyer , étant pour lors dans fon Diocéfe
, fut en état de faire l'action héroïque
de fauver du maffacre les Huguenots de
Lifieux , comme vous l'avez démontré ,
dites- vous , par une autre réponſe qui eft
dans le premier volume du Mercure do
11. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE.
me ,
Décembre 1746. En vérité , vous n'auriez
pas dû , pour votre honneur , rappeller
cette réponſe. Ce n'eft qu'un tiflu de reproches
mal fondés , & de citations fauffes
& tronquées , & ce feroit du tems
perdu d'y répliquer. Je m'arrêterai feulement
à ce que vous y dites à votre Anonyqu'ayant
mis dans la Lettre qu'il
m'écrivit , & qui fut inferée dans le fecond
volume du Mercure de Juin , même année
1746 , que M. de Matignon , Lieutenant
de Roi en Normandie , avoit fauvé du
maffacre Saint Lô & Alençon , il ne laiffoit
pas de nous donner ce fait pour certain ,
fans même citer d'Auteur. J'avoue que votre
Anonyme a été trop concis. Cela demande
d'être éclairci , j'y vais fuppléer ,
bien perfuadé que ce trait du Maréchal de
Matignon , quoiqu'un peu long , fera impreffion
fur tout homme fenfé , & pourra
faire ceffer vos vaines clameurs , fur ce
qu'on s'efforce d'enlever au Prélat Hennuyer
le plus brillant fleuron de fa Couronne,
ce font vos termes .
Obſervez d'abord que le Roi Charles
IX. avoit divifé la Normandie en trois
Gouvernemens, qu'il donna aux Seigneurs
de Carouges ( le Veneur de Tillieres ) ,
de Matignon , & de la Millerée. Il attri
bua au premier les Bailliages de Rouen &
DECEMBRE. 1748. 125
d'Evreux ; au fecond , qui étoit dès 1559
Lieutenant Général en Normandie , les
Bailliages d'Alençon , de Caën & du Cotentin
; & au troifiéme , les Bailliages de
Caux & de Gifors. Or il eft certain que
Lifieux étoit du Bailliage & Diſtrict d'Alençon
, & par conféquent du Gouvernement
de M. de Matignon ; encore aujour
d'hui , Lifieux eft une des neuf Elections
qui font , quoiqu'au milieu de la Normandie
, du Département de l'Intendance
d'Alençon
Ceci fuppofé , voyons ce que fit M. de
Matignon , quand il fut queftion de la
Saint-Barthelemi . Il reçut une Lettre du
Duc d'Anjou , ( depuis Henri III. ) datée
du 22 d'Août 1572 , jour auque ! l'Amiral
de Coligny avoit été bleffé d'un coup
d'arquebufe , & la furveille du maſſacre.
Ce Prince , qui fçavoit ce qui devoit arriver
, lui ordonne de tenir la main à ce que
chacun vive doucement & en bonne difcipline,
fous l'obfervation de l'Edit de Pacification ,
fuivant ce que le Roi Monfeigneur & frere
vous en écrit. M. de Matignon étoit alors
à Lonrai , une de fes maifons fort voiline
d'Alençon , où étoit un grand nombre de
Huguenots ; il y alla , & fa préfence appaifa
les efprits , mais trois ou quatre jours
après les Catholiques crurent , qu'à l'e-
Fij
24 MERCURE DE FRANCE.
xemple de la Capitale du Royaume , ils
devoient traiter pareillement les Huguenots.
Matignon accourut auffi - tôt à Alen--
çon , & après avoir pofé des Corps- degarde
par tous les quartiers , il défendit
fur peine de la vie aux Catholiques de
rien attenter contre les Huguenots. Delà
il s'achemina à Saint Lô , où s'élevait
déja quelque tumulte , & fon autorité mit
le calme dans tout ce qui étoit de fon
Gouvernement. Ce grand Général après
de longs & fidéles fervices fut fait Maréchal
de France en 1579 , & ce que vous
venez de lire eft tiré de fon Hiftoire , écrite
par le Sieur de Cailliere , & imprimée
à Paris en 1661 chez Auguftin Courbé.
Il n'eft pas douteux que M. de Matignon
ne prit les mêmes mefures pour toutes
les Villes qui étoient de fa dépendance,
felon l'inftruction qui lui fut envoyée par
le Roi , & que nous lifons dans la même
Hiftoire , où il eft dit : Veut Sa Majesté
que ledit Sieur de Matignon , l'un de fes Lieutenans
Généraux au Gouvernement de Normandie
, aille diligemment par les Villes &
lieux defa Charge , & y étant arrivé , aviſera
par tous moyens de faire vivre en paix ,
union , repos, tous les Sujets de Sa Majefté,
tant de l'une que de l'autre Religion , &c.
Tout ce que l'on peut vous accorder ,
DECEMBRE . 1748 125
Mon Reverend Pere , c'eft que fi l'Evêque
Hennuyer s'eft trouvé dans fa Ville Epif
copale au mois d'Août 1572 ,
il aura concouru
avec M. de Matignon à faire exéeuter
les ordres du Roi ; mais d'y ajouter
les raifonnemens de Mallet , c'eft ce qu'on
ne fçauroit vous paffer , par rapport à la
Saint-Barthelemi , dont il ne paroît aucune
trace à Lifieux. L'épitaphe même
d'Hennuyer n'en fait pas la moindre mention
, & vous fçavez , qu'excepté fa Profeffion
Religieufe , rien n'y eft oublié.
Perfifterez- vous encore , M. P. après de
pareils éclairciffemens , à réaliſer le fonge
de votre confrere , & fpécialement quand
il s'agit de Lifieux , Ville toujours pacifique
, fans appui & fans défenfe , que le
Marquis de Matignon auroit rigoureufement
punie , pour peu qu'il y eût eu de
foulevement contre les ordres du Souverain
, que vous venez de voir vous-même ?.
Mais ce qui me fait le plus de peine ,
c'eft que vous négligiez la bonne- foi qui
doit faire notre caractére principal ; vous
dites à votre Anonyme,que Claude Hemeré
eft l'Auteur de la narration du fait deLifieux
: Relifez Mallet , dites-vous , vous
trouverez qu'ilcite à la marge Hemeré,& fon
ouvrage, Augufta , &c. Je le relis effectivement
par déférence pour vous , & je vois
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE:
à la page 246 , que le Convent de S. Quenrin
, oùJean de Guiancourt avoit faitfes voeux,
étoit redevable à fa liberalité des chaires de
teur Choeur, & dufubé , ouvrages qui, aujugement
desplus habiles , paffent pour achevés
à la perfection ; & à la marge eft cité Hemeré
, Augufta Viromanduorum illuftrata.
Je vais à la page 247 , où il eft parlé de
Jean Hennier , & il n'y a pas la moindre citation
fur fon article , ni dans le corps , ni
à la marge . Pour le coup , je ne vous reconnois
plus , M. P. vous auriez bien dû
vous reffouvenir de ce que votre Anonyme
vous répondit fur ce point , page 714
des Mémoires de Trevoux , Avril 1744.
Article 29.
Au reste ce n'a été qu'incidemment que
la cruelle fcéne du 24 d'Août 1572 a fait
une efpéce d'entr'acte dans votre difpute
avec votre Anonyme. L'unique queſtion
étoit de fçavoir , fi l'Evêque Hennuyer
avoit été Dominicain , ou non . Et il a été
prouvé & démontré fi folidement qu'il n'a
jamais porté votre habit , qu'à moins que
de s'aveugler à plaifir , on ne peut en difconvenir
.Vous ne laiffez pas , comme fi de
rien n'étoit , de finir votre derniere répon-
* Voyez le Mercure d'Octobre 1742 , Mémoires.
de Trevoux , Janvier & Avril 1744 , & Mercure
de Juin 1746 , fecond volume.
DECEMBRE. 1748. 127
fe à la Lettre de l'Anonyme , par cette phrafe
finguliere : Pour ce qui eft de la Profeffion de
Dominicain du Prélat , ce n'eft ni à vous , ni
à moi, d'en décider , vos écrits & ceux de votre
adverfaire font entre les mains du Public
pour enjuger , comme s'il y avoit encore à
balancer, & que le Public s'embarrafsât que
dans quelque Ordre que ce foit , il y ait ,
ou y ait eu un Religieux de plus ou de
moins. Il cherche feulement la vérité , &
fous prétexte d'un refpect qui eft dû à un
Ordre auffi diftingué que le vôtre , il n'en
multipliera jamais les êtres fans néceffité.
Croyez-moi , M. P. on n'aime pas les
redites fatiguantes. Vous avez vû , & dû
fentir , que nul de vos Confreres dans un
fi grand nombre n'a pris votre parti . Ils
ont tous refpecté le Pere Echard * : & fi
vous voulez un exemple plus récent , qui
vous frappe , qui foit fous vos yeux , &
dans la même Maiſon , confultez le R.
P. Antoine Touron , qui en eft déja au dixfeptiéme
fiécle de fon Hiftoire des Hommes
* Voici ce que ce fçavant Bibliothécaire penfoit
de l'ouvrage du P. Mallet : Opus quidem , ditil
, auctoris erga Ordinem ftudium exhibens , at quod
accuratius expectatum ab eo fuiffet , cui archivaſen
S. Jacobifeu facultatis patebant : hinc eum deferere
non rarò cogimur. Scripi . Ord. Pred. T. 2. p. 606,
col. 1 .
F iiij
Y28 MERCURE DE FRANCE.
Illuftres de l'Ordre de Saint Dominique , &
écoutez ce que dit ce fage Hiftorien dans
fa Préface. C'est moins par le nombre que par
le mérite des Auteurs , ou par la valeur des
preuves , que nous avons crû devoir nous déaider
fur les faits conteftés. Lifez enfuite ces
paroles remarquables Nous fommes bien
éloignés de vouloir groffir le nombre de nos
Hommes Illuftres , en nous en attribuant certains
autres , qu'on pourroit nous diſputer
avec quelque fondement . Vous entendez ce
que cela veut dire , il ne faut pas renous.
veller votre douleur. Je fuis , avec reſpect,
& c.
A Paris , le 6 Novembre 1748.
Les mots des Logogryphes du premier
volume de Décembre font Michelle , Logogryphe
, & Aratrum. On trouve dans lé
premier mi , Mimi , célébre Danfeufe
de l'Opera , miel , le , chile , lime , cime
mille , Ciel , miche , mie mêche , Mis
chel. On trouve dans le fecond , Roi , or ,.
Pie , oie , Pô , Loire , orge , Loi Horloge.
On trouve dans le Logogryphe Latin Aṛa ››
Arar , arma , ruta & aura..
>
DECEMBRE. 1748. 129
ENIGM E.
DAns deux fens differens je me montre à vos
yeux ,
J'amufe bien des gens , j'orne par fois les Cieux...
Tantôt pour le plus ignorant vulgaire
Mon étude devient un jeu ;
Tantôt , chofe finguliere ,
J'intrigue le Sçavant , & c'eft de fon aveu.
Je fuis volage , je fuis inconftante ,..
Je fuis blonde & brune à la fois ,
Et fuis toujours piquante ,
Pour qui fubit mes Loix.
-
Més faveurs font le prix , dit-on , de la mémoire ; .
Ufant de mon pouvoir je remplace les Rois ,
Eft- ce là ma plus grande gloire
Non , pour celui qui connoît tous mes droits s
Toujours je fuis commode ,..
Je te charme à la fin d'un Opéra ,
Aujourd'hui je plais à l'homme à la mode',.
}
T'en dis- je aflez ; Lecteur pour moi, je m'ena
tiens là
Par M. C**. d'Alençons.
Flyv
130 MERCURE DE FRANCE.
1
LOGOGRT PHE.
E marche fur cinq pieds , un autre y prend fa
part , JS
Mais, quoique le premier , je le mets à l'écart ;
Dans ces cinq pieds faites ravage ,
Vous trouverez , će que fans contredit ,
Fille à quinze ans defire davantage ,
Au Roi ce que d'abord on dit ,
Martin & fa piteufe mine ,
Frere Marin , & foeur Marine ,
Une ſcience , un rien , un petit animal ,
Trois Villes , un Pays , trois notes de mufique ;
Ce qui caufe un effet diabolique ;
Un office gênant dans l'Ordre Monachał ;
De vous , de moi , la plus noble partie ;
Un Elément ; un Royaume d'Afie ;
Ce dont nepeut fe pafler un Vaiffeau ;
Un tréfor , mais bien rare ; un nom faint , un cifeau
Un métal utile ; une plante ;
L'Amant donnant la main à fon Iris.
De moi tire fon nom machine bien fonnante.
Depuis long- tems je demeure à Paris.
P.J. F.D. P.
DECEMBRE. 174S. 333
AUTRE.
C'Eft par moi que l'on fe conduir ,
Quand on veut décider un cas avec prudence ;
Mais , pour connoître mon effence ,
Lecteur , remarque ce qui fuit :
Des lettres de mon nom je forme un Capitaine ,
Dont les vaftes projets , la valeur inhumaine, "
Remplirent l'univers de carnage & d'horreur ;.
Belle qu'Ulyffe aima ; cette charmante fleur ,
Dont l'éclat eft d'Iris le brillant appanage ,
Un Philofophe Grec , des Romains le plus fage ;
Un Eunuque fameux par fes travaux guerriers ;
Un Prince récemment couronné de lauriers ;
Ce vieillard , dont le fens ne fut pas moins utile
A la ligue des Grecs , que la valeur d'Achille ;
Un mot dont on ſe fert , quand on s'adreſſe au
Rois.
En voilà bien affez , Lecteur , pour cette fois.
Par M. de Lanevere , ancien Mousquetaire
du Roi , à Dax.
132 MERCURE DEFRANGE.
NOUVELLES LITTERAIRES ,.
DES BEAUX- ARTS , ¿¿.
VINCENT le fils , prépare une ſeconde
édition du Livre intitulé, le Car
médien. La premiere qui a paru à la fin
de 1747 , & qui avoit été tirée à quinze ,
cens exemplaires , ayant été entierement .
épuifée dans un fi court intervalle , l'Aureur
a quelque lieu de fe flatter que fɔn
Ouvrage a été reçû favorablement des
Lecteurs. Il a profité , autant qu'il a pû ,
des critiques , pour corriger les endroits
qui ont été jugés repréhenfibles , & il
a fait quelques additions qu'il a crû néceffaires.
Lorfque la nouvelle édition feras
miſe en vente , nous rendrons compte de
ces divers changemens. Pour le préfent
nous nous contenterons d'annoncer qu'elle
ne fera point inférieure àl'ancienne , pour
la beauté du papier & des caracteres . A
l'égard du fond même de l'Ouvrage , il ne
nous convient pas d'en dire du bien , & il
ne feroit pas jufte d'exiger que nous en di- -
fions du mal .:
ON imprime fous le format des Mé--
moires del'Académie Royale des Sciences .
DECEMBRE 1748 132
n Ouvrage qui a pour titre , la Figure
de la Terre , déterminée par les Obfervations
que Meffieurs Bouguer & de la Condamine.
ont faites au Perou.
M.. Bouguer , Auteur de cet Ouvrage ,,
lé divife en fept Sections. Au détail des
Obfervations , qu'il rapporte , il joint fes
réflexions particulieres , & par-là il répand
une nouvelle lumiere fur toutes les parties
de fon fujet. En même tems qu'il expofe
aux Lecteurs les opérations qui ont été
faites, il donne à fon Livre, par fes diverfes
remarques , l'apparence d'un tout plus lié
& plus fyftématique , ce qui eft propre à intérefler
à fa lecture un plus grand nombre
de perfonnes.
Dans la premiere Section , l'Auteur fupe
pofe que lui & les autres Académiciens .
qui ont été envoyés avec lui fous l'Equa
teur , ayent eu la liberté de choifir entre
les opérations , par lefquelles ils pouvoient
parvenir à remplir leur objet. Il examine
la bonté de chacune , & il remarque fon
dégré d'importance , la précision dont elle
eft fufceptible , & l'infltience qu'elle auroit
fur la détermination de la figure de la
Terre , ou fur le rapport des deux axes.
Evitant , autant qu'il peur , d'avoir recours :
aux calculs algêbriques qui foulagent l'efprit
par leurs fynboles , & qui le mettent e
# 34 MERCURE DE FRANCE!
en état d'aller plus loin ; mais qui ne
l'éclairent & ne le fatisfont pas , pas , il n'employe
que la ſyntheſe & l'analyſe pure des
Géometres,
La feconde Section traite des Triangles
de la Méridienne , confidérés abfolument ,
ou dans tous les plans diverfement inclinés
, dans lefquels ils fe trouvoient . M.
Bouguer rend compte de la mefure de la
premiere baſe, choifie entre les deux chaînes
de montagnes de la Cordeliere dans
la plaine d'Yarouqui . Ce travail fut fait
en commun comme il devoit l'être ;
mais pour réduire à la ligne droite cette
bafe , dont toutes les parties ont differentes
inclinaifons , & font à differentes hauteurs ,
M. Bouguer a fait plufieurs recherches de
Géometrie , qu'on trouve dans cette Section
. Il paffe enfuite à l'examen du quart
de cercle dont il s'eft fervi . Comme chaque
Académicien étoit muni de fes inftrumens ,
il y a eu fouvent trois déterminations des
mêmes angles. M. Bouguer ne détaille ici
que fon travail , ou fa lifte particuliere de
la grandeur des angles de tous les triangles ,
quoique la communication qui s'eft faite
à cet égard ait été parfaitement réciproque ;
mais il n'a pas voulu , ainfi qu'il l'a déclaré
ailleurs , priver le Public du plaifir d'entendre
les deux autres Académiciens s'ex
DECEMBRE. 1748. 139
pliquer eux-mêmes. Il a feulement le foin
de nous avertir que les differences , qu'on
trouvera entre les déterminations , montreront
que ce font divers Obfervateurs
qui ont travaillé à part dans cette occafion ;
mais qui ont travaillé avec la plus grande
attention , & en pouffant le fcrupule auffi
loin qu'il étoit poffible.
Une difcuffion , particuliere à l'Auteur ,
eft celle du choix qu'on peut faire entre
differens fyftèmes de triangles , pour déterminer
par de grandes opérations , la longueur
d'une Méridienne ou de tout autre
intervalle. L'Auteur a déterminé la meilleure
forme des triangles dans tous les
cas poffibles ; il a diftingué les circonstances
dans lesquelles il faut multiplier les triangles
, & celles dans lesquelles il faut en
diminuer le nombre ; il a aprécié les avantages
auxquels on peut prétendre, de même
que les inconvéniens qu'on doit craindre,
A la vérité , lorfqu'il s'agit d'opérer fur
le terrain , on eft prefque continuellement
gêné par les circonftances locales : mais
il est toujours utile d'avoir préfentes à l'efprit
les vraies regles fur cette matiere
afin de ne les violer que le moins qu'il eft
poffible , dans le tems même qu'on les viole
le plus.
On verra dans la troifiéme Section les
36 MERCURE DE FRANCE..
,
réductions néceffaires aux triangles dont
on vient de parler. Il s'agit de les réduire
â un certain niveau , & de rapporter leurs
côtés à une certaine direction . M. Bouguer
démêle les effets de la réfraction , quant
â la grandeur des angles réputés horifon.
taux & quant
à la hauteur apparente
des objets. Il a égard aux changemens de
direction des lignes verticales , & c. Cette
Section eft terminée par le détail des opérations
qu'il a faites pour déterminer la
hauteur abfolue des montagnes qui avoient
férvi à appuyer les triangles . Il a entrepris
exprès pour cela un voyage vers la mer du
Sud , dans les déferts de la Province des
Emeraudes.
La quatriéme Section nous offre toutes
les précautions qu'il faut prendre , pour
déterminer l'amplitude d'un arc du Mé
ridien par voye aftronomique . On donne
ici une efpece de Traité fur la maniere
de faire réuffir les Obfervations › par lef
quelles on cherche la diſtance du Zenith
à un Aftre qui en eft peu éloigné . Les Lecteurs
trouveront dans cette Section plus
fieurs remarques curieufes , & qui font
de la plus grande importance , puifqu'elles
perfectionnent une partie très-étendue de
l'Aftronomie , & qu'elles affûroient le fuc
cès d'un voyage qui intéreffoit toute l'Europe
fçavante..
DECEMBRE. 1748. 137
L'Auteur deftine la cinquième Section
au détail des Obfervations qu'il a faites ,
foit feul , foit avec M. de la Condamine ,
pour déterminer l'amplitude de l'arc de la
Méridienne .
Après avoir découvert la grandeur de
dégré du Méridien aux environs de l'Equateur
, il ne reste plus , pour déterminer
la figure de la Terre , qu'à comparer ce
dégré avec les autres qui ont été mefurés
ailleurs. C'eft l'objet de la fixiéme Section ,
dans laquelle l'Auteur a donné la folution
générale de tous les problêmes qu'on peut
propofer fur cette matiere . Il avoit travaillé
à ces problêmes pendant qu'il étoit au
Perou & il lui a fuffi en revenant )
de faire fucceffivement de nouvelles applications
de fes folutions générales , a
mefure qu'il a été informé des diverfes
opérations qu'on avoit faites en Europe
pendant fon abfence . On voit , dans le
détail que fait notre Académicien , les
differentes formes qu'il a fucceffivement
attribuées à notre globe , jufqu'à ce qu'il fe
foit à la fin arrêté à une derniere , qui réfulte
des quatre grandes opérations faites par or
dre du Roi .
M. Bouguer a fupprimé toutes les réi
flexions fur la théorie de la Terre ; il
acrû devoir. exclure d'un Livre de l'efpece.
38 MERCURE DE FRANCE.
du fien , tout ce qui étoit hypothétique ;
& n'y pouvoir adopter que les feules conféquences
néceffaires , ou celles qu'il faut
abfolument admettre , pour ne pas aller
contre l'autorité des Obfervations & des
expériences. Il a jugé feulement , qu'après
avoir donné ce qui a rapport à la figure
extérieure de notre globe , il étoit à propos
de communiquer , dans une feptiéme & derniere
Section , les faits qui peuvent nous
éclairer autant que cela eft poffible , fur la
conformation intérieure de cette grande
maffe. Cette derniere Section contient les
expériences fur la longueur du pendule , &
fur les effets qui ont rapport à la gravitation
univerfelle .
L'Ouvrage , qui fait le fujet de cet article
, fe vendra chez Charles- Antoine fombert
, Libraire du Roi pour l'Artillerie & le
Génie , Quai des Auguſtins , à l'Image Notre-
Dame.
CONCORDANTIÆ Sacrorum Bibliorum
Hebraicorum ; in quibus Chaldaicæ ,
étiam Librorum Efdræ & Danielis , fuo
loco inferuntur : deinde poft Thematum
feu Radicum omnium derivata & ufus latius
deducta ; ac Lingua Chaldaica , Syriacæ
& Arabica , Vocabulorumque Rabbinicorum
cum Hebraicis convenientiam :
Latina ad verbum verfio adjungitur , ad
DECEMBRE. 1748. 139
quam vulgatæ , & Septuaginta editionum
differentia fideliter expenditur : demùm
nomina propria ad calcem novo ordine digeruntur.
Auct . R. P. Doct. F. Mario de Ca-
Lafio,Ord . Min.Obfer . Provinciæ Romanæ,
Linguæ Sanctæ Profeffore. Opus Reipublica
Chriftianæ, & præfertim divini Verbi
Concinatoribus , ac facræ Scripturæ ftudio
incumbentibus , fummè utile , & apprimè
neceffarium.
I. Cer Ouvrage , que farques Hodges
Libraire à Londres , annonce au Public
fera imprimé fur de très - bon papier , &
avec un très- beau caractere. On a fait
fondre exprès des caracteres Hebreux neufs.
II. Il y aura quatre volumes in folio.
III. Le prix de la foufcription ne peut
pas être moins de deux guinées & demie
chaque volume en feuilles , vû la grande
dépense de l'Hebreu , le foin qu'il faut
prendre pour compofer les caracteres numéraux
des Chapitres & des verfets qui
fe rencontrent prefque dans chaque li-
& le grand nombre de Notes margigne
,
nales.
IV. Afin que le Public foit affuré que
le Libraire n'a d'autre vûe , que de publier
cet excellent Ouvrage le plus promp
tement qu'il lui fera poffible , il ne demande
point d'argent , que lorsqu'on re$
40 MERCURE DE FRANCE.
Gevra les deux premiers volumes , & alors
chaque Soufcrivant payera cinq guinées ; le
refte fe payera en recevant les deux derniers
volumes.
V. Les deux premiers volumes font déjà
imprimés , & les deux autres le feront
au commencement du mois d'Avril 174 %
C'est pourquoi on prie les perfonnes qui
veulent contribuer à la publication de cet
Ouvrage , de foufcrire le plutôt qu'il leur
fera poffible , afin qu'on puiffe mettre leurs
noms dans la liste des Soufcrivans , qu'on
doit joindre à l'Ouvrage.
On peut foufcrire chez les Libraires
fuivans : Meffieurs , Briaffon , à Paris ; Wilmet
, à Mons en Hainaut ; Foppens , à
Bruxelles , Verduſſen , à Anvers , Kints ,
Liege ; Chevalier , à Luxembourg ; Waesberge
, à Amfterdam ; Verbeek , à Leyde
Pagliarini , à Rome ; AlbriZZi , à Venise ;
les héritiers Cramer & Philibert , à Geneve ;
Arkftée & Merkus , à Leypfick ; Varrentrap ;
à Francfort ; Walther , à Drefde ; Madame
Eelginer, à Hambourg , Meffieurs , Sauerman
& Rumph , à Breme , & Guillaume Meyer, à
Londres:
Pour donner aux Sçavans une idée de
L'Ouvrage & de fon Auteur , le Libraire
ajoint au Prospectus l'Avertiffement fuivant.
•do
DECEMBRE. 1748. *141*
On convient que l'étude des Saintes
Ecritures, dans l'Original , fied bien , & eft
très- utile à tous les Eccléfiaftiques. Ce
font-là les Livres qu'ils doivent enfeigner ,
expliquer & défendre. Ainfi il eft né
ceffaire qu'ils les entendent . Et'il eft certain
, que le meilleur moyen d'en découvrir
le fens , eft de les étudier dans la Langue
même dans laquelle ils ont été écrits. La
raiſon en eft fi évidente , qu'on a beaucoup
recommencé à s'attacher à l'étude de l'E
criture en Hebreu depuis quelques années.
Il y a particulierement dans l'Univerfité
d'Oxford un grand nombre de perfonnes
qui fe font appliquées à cette forte d'étude.
Et comme rien n'eft plus propre à entretenir
& à faire fleurir de plus en plus
le goût pour cette belle étude , que de
bons Lexicons & de bonnes Concordances 2
y ayant long-tems que l'Hebreu est une
Langue morte , cela m'a déterminé à propofer
aux Sçavans la publication d'un Ou
vrage , qui eft le plus grand de beaucoup
de tous ceux qui ont été achevés dans
le monde Chrétien , & qui feul fuppléera
au défaut de la plupart des autres Lexicons
& Concordances . En voici le titre : Diction
naire & Concordance de F. Marius de Calafio.
Je vais faire connoître l'Auteur &
Ouvrage en peu de mots,
142 MERCURE DE FRANCE,
›
F. Marius de Calafo naquit dans un
Village nommé Calafio , près de la Ville
d'Aquila , dans le Royaume de Naples ,
duquel il a pris fon nom. Il commença
de très-bonne heure à étudier l'Hebreu ,
& parfon application , fes grands talens
& fon fçavoir , il y fit des progrès étonnans.
Il fut célebre dans toute l'Italie, par
fon grand fçavoir dans les Langues Orien
tales. Sa réputation étoit fi bien établie
que le grand Protecteur des Lettres , Paul
V. d'abord après fon élection au Pontificat
fit Calafio Profeſſeur en Hebreu
à Rome , & Docteur en Théologie. Honneurs
qui ne lui firent plaifir , que parce
qu'ils lui donnoient une occafion de pouffer
le grand Ouvrage qu'il avoit en main .
Il y avoit long-tems qu'il déploroit l'imperfection
des Dictionnaires , & la défectuofité
des Concordances , & il avoit
employé plufieurs années à effayer de remédier
à ces maux , lorfque le Pape l'appella
à la Chaire de Profeffeur. Il avoit
affi été affifté pendant quelques an
nées , par tous les Sçavans de l'Ordre de
Saint François , dont il étoit , & ils avoient
fait quelques progrès dans l'Ouvrage. Mais
felon toutes les apparences , il n'eût jamais
pû être porté à la perfection où il est à
préfent , fi le Pape ne fe fût pas chargé
1. DECEMBRE
. 1748. 14)
è l'exécution , Il honoroit Calafio de fon
mitié , & à fa priere il engagea la plûpart
les Sçavans d'Italie , à travailler à l'exé
ution du deffein de compofer un Dictionnaire
& une Concordance qui fuffent complets.
L'Ouvrage fut achevé , & Calafio
le préparoit pour la preffe , lorsqu'il tomba
malade de la maladie dont il mourut. Le
Pape alla le voir dans fon lit de mort ,
& l'affuta qu'il feroit publier fon Ouvrage.
Ce jour-là même , Calafio mourut âgé de
plus de 70 ans . Le Pape fit imprimer fon
Livre à fes propres frais , mais il mourut
avant que l'impreffion en fût achevée . Gregoire
X V. fon fucceffeur s'attacha très-ſérieufement
à pouffer l'Ouvrage , & n'épargna
ni foius ni dépenfes pour le faire
publier promptement , ce dont il vint enfin
à bout en 1621 , en quatre volumes infolio.
Ainfi , par les travaux d'un des plus
habiles Profeffeurs en Hebreu , pendant
toute fa vie ; avec le fecours de tous les
Sçavans de fon Ordre , pendant 40 ans ,
& de tous les Profeffeurs & les Maîtres.
de la Langue facrée de toute l'Italie , pendant
environ 15 ans , ce Dictionnaire &
cette Concordance ont été amenés à la perfection
où ils font à préfent. Mais comme
cet Ouvrage n'a jamais été imprimé que
cette feule fois , il a toujours été fort rare,
44 MERCURE DE FRANCE.
1
& je n'en puis trouver que fortpeu d'exem
plaires en Angleterre : encore ils font prin
cipalement dans les deux Univerfités.
Voici le plan que Calafio a fuivi dans
ta compilation de ce grand Ouvrage. D'abord
il rangea en ordre alphabétique toutes
les racines. On avoit grand befoin de cela.
On n'avoit encore rien fait de ſemblable
dans un dégré fupportable de perfection.
La plupart des Lexicons avoient diviſé
& fubdivifé les thêmes , & en avoient
fait deux fois autant qu'il y en a réellement
dans la Bible. Calafio déploroit extrêmement
ce défaut. Il voyoit que cela étoit
contraire au génie de la Langue , & contribuoit
à en rendre l'étude plus embarraſſée.
C'est pourquoi il entreprit de remédier
au mal , & il y réuffit heureuſement
ayant réduit les racines à un beaucoup
plus petit nombre , que celui que les autres
Lexicographes en avoient marqué , & cependant
perfonne n'a pê montrer qu'il ait
commis aucune méprife dans cette partie
de fon Ouvrage , les perfonnes fçavantes
en Hebreu s'étant généralement accordées
à lui donner la louange , qui lui étoit dûe,
pour avoir ramené la Langue à fa fimplicité
originale , autant que les régles dela grammaire
le permettent .
Lorfqu'il cut rangé ainfi régulierement
les
DECEMBRE . 1748. 145
les racines , il collationna toute la Bible
- pour trouver tous les paffages , où chaque
-mot particulier fe rencontre ; il plaça
chaque mot fous fon chef, & il y ajou a
tout au long la propofition ou le verfet ,
dans lequel le mot étoit employé. Un
exemple fera entendre ceci clairement. Si
le mot qu'on traduit créer , étoit le thême
qu'on cherchoit , il commençoit à la Genefe
, & le trouvant au Chapitre 1. verſet 1 .
il le mettoit de cette maniere : au commencement
Dien créa les Cieux & la Terre ,
& de même tous les
Chapitres & tous
les verfets , avec la
propofition , & quelquefois
le verfet tout au long , où le mot
créer étoit employé , depuis là , jufqu'à
la fin de la Bible . C'étoit-là un Ouvrage
qui
demandoit le plus grand foin & la
plus grande exactitude ; cela demandeir
tant de tems &
d'application , que felon
: toutes les apparences l'Ouvrage n'eût
pas pû être amené au dégré de perfection
où il eft à préfent , fi un fi grand nombre de
Sçavans n'y avoient été engagés pendant
tant d'années avec Calafio , & ne l'avoient
affifté par leur travail.
Après qu'il eut avancé jufques là , qu'il
eut placé tous les thêmes dans l'ordre alphabétique
, qu'il eut raffemblé tous les
paffages , dans lefquels ils étoient em-
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ployés , & qu'il les eut placés tout de
fuite , depuis le commencement de la Genefe
jufqu'à la fin de Malachi , il commença
la principale partie de fon Ouvrage,
qui outre l'induftrie , demandoit encore
l'autres talens. Il confidéra le thême dans
chaque paffage particulier où il fe trouvoit.
Il compara , dans chacun de ces paffages ,
le fens dans lequel il y étoit employé , avec
le fens qu'on lui donnoit ordinairement ,
& enfuite il remarqua fi ce fens étoit le
même dans tous les paffages , où ce thème
fe trouvoit. Ce fut - là la méthode qu'il
prit pour découvrir la véritable idée originale
de chaque mot. D'affembler une Concordance
, étoit un Ouvrage qui ne demandoit
que de l'application ; mais ceci
demandoit beaucoup de jugement , & une
connoiffance parfaite du génie de la Langue
Hebraique & Calafio avoit ces qualités.
Ce n'étoit pas un de ces Sçavans , dont tout
le mérite confifte dans un travail affidu .
Il entendoit les chofes auffi-bien que les
mots. Les Langues Orientales , les Coatumes
& les Rites des Juifs , la Philofophie
& les Humanités , furent les fecours dont
il fe fervit pour étudier l'Hebreu , & par
leur moyen il arriva à une plus grande
connoiffance de cette Langue , qu'aucun
de fes contemporains ; c'eft ce dont on
DECEMBRE. 1748 . 147
voit encore aujourd'hui la preuve dans fon
Dictionnaire : il y a fixé le fens de chaque
racine d'une maniere plus précife , que
perfonne ne l'avoit encore fait avant lui ,
& je conçois qu'outre les raifons déja alléguées
, nous fommes redevables de celá
en grande partie , à la nouvelle méthode
qu'il fuivit , de comparer tous les paffages ,
dans lefquels chaque mot fe rencontre , afin
de découvrir par - là le principal fens du
mot , dans chacun de ces paffages.
Et pour rendre
l'Ouvrage
encore
plas
complet
, après
avoir
fixé de cette maniere
le fens de la racine
, il le confirmoit
par
l'ufage
de cette racine
dans les autres
Langues
Orientales
. D'abord
il fait voir , quel
en étoit
l'uſage
en Chaldéen
, enfuite
en
Syriaque
, dans
l'Hebreu
des Rabbins
, &
enfin
en Arabe
. Cela appuyoit
fortement
ce qu'il
avoit
avancé
, particulierement
dans ces exemples
, où un mot re fe trouve
qu'une
fois ou deux
dans
la Bible. Dans
ces cas - là , il étoit fort à propos
d'emprunter
le fecours
des Langues
que nous
venons
de nommer
, & s'il fe trouvoit
que le même
mot préfentât
, dans ces Langues
plus modernes
, la même
idée qu'on
avoit fuppofé
qu'il préfentoit
en Hebreu
,
c'étoit
une méthode
sûre d'en déterminer
le fens. Il eft donc
clair , que de montrer
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
•
L'accord qu'il y a entre l'Hebreu , & les Lan
gues des Pays voifins , eft une entrepriſe
très-utile , & Calafio y a réuffi au - delà de
toute attente .
190
,
Et comme une explication des noms
des perfonnes & des lieux répand beaucoup
de jour fur un grand nombre de
paffages de l'Ecriture , Calafio a crû que
ce ne feroit pas ajouter un petit ornement
à fon Livre , & que ce ne feroit pas contribuer
peu à le rendre plus utile • que de
tenter quelque chofe de femblable. Les
raifons pour lefquelles certains noms ont
été donnés à des perfonnes ou à des lieux ,
font fouvent rapportées , & cependant
le nom ne paroît pas exprimer la raifon
pour laquelle il a été donné. C'est ce dont
il y a de fréquens exemples dans la plupart
des Livres hiftoriques , & particulierement
dans la Genefe , & quantité de noms font
à préfent entierement obfcurs pour les Lecteurs
, ordinaires , qui font très-clairs pour
ceux qui entendent l'Original : c'est ce
que Calafio a fait voir en partie , & c'eſt
ce qui paroîtra encore plus clairement , par
les additions que je ferai à cette partie
de fon Ouvrage , car quoiqu'il ait raffemblé
avec beaucoup de foin tous les noms
d'hommes , de lieux de rivieres ,
montagnes , de temples , d'idoles , &c.
"
de
DECEMBRE. 174S. 149
& qu'il les ait rangés en ordre alphabétique
, il n'a cependant pas réuffì aufli
heureufement à les expliquer , qu'on cût
pû l'attendre de lui . Et je fuis porté à
croire qu'il n'a pas mis la derniere main
à cette partie de fon Ouvrage . Au lieu
d'être auffi exact qu'on eût pû le fouhaiter ,
en expliquant ces noms de l'Original
il a été fort court fur ce point , & il
s'eft étendu fur d'autres , mais il auroit
peut- être plû tout autant à quelques per-"
fonnes , s'il avoit pris plus de peine à en
donner l'explication de l'Hebreu. Aux
noms des lieux , il a ordinairement rendu
compte de leur qualité , de leur fituation
&c. & il a tiré ce qu'il en a dit , des meil
leurs Géographes anciens & modernes . En
parlant des Villes , il dit dans quel Pays
elles étoient , quand elles ont été fondées ,
par qui , &c. Aux noms des perfonnes
il donne une idée abrégée de leur hiftoire
& de leur caractere , en forte qu'il ne manque
rien, pour rendre cette partie de l'Ou
vrage un Dictionnaire Hiftorique & Géographique
de la Bible complet , qu'une explication
plus complette & plus exacte des
noms Hebreux. Et je tâcherai de fuppléer
à ce défaut en partie par Bochart , & par
d'autres qui ont écrit fur ce fujet depuis
Calafio , ou lorfqu'il y aura quelque mot
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
qu'ils n'ont pas expliqué , je tâcherai d'en
fixer le fens par mes propres lectures & pat
mes propres obfervations.
Jufques là , l'Ouvrage femble être principalement
compofé pour l'utilité des Sçavans
; mais Calafio a été encore plus loin
afin de le rendre d'un ufage plus univerfel :
il a inféré , fous chaque verfet Hebreu ,
la Traduction littérale Latine de la Bible
interlinéaire ; dans les endroits où cette
Traduction s'eft trouvée differer de la val
gate Latine , il a ajouté cette difference ;
& dans les endroits où les Septante different
de ces deux Traductions , il a inféré
auffi- la leur ; en forte que d'un coup d'oeil ,
on voit dans quel fens chacun de ces Tra
ducteurs a entendu chaque paffage difficile
, & ainfi cet Ouvrage peut être regardé
comme une Concordance de chacune de
ces Traductions , auffi -bien que de l'Hebreu.
Mais après cela , il y a une chofe
fort fâcheufe ; c'eft que toutes les citations
des Septante font d'une Traduction Latine
, qui eft la Traduction d'une Traduction.
Il eft certain , que le meilleur
moyen d'entendre le fens des Septante , eſt
de les lire dans la Langue même , dans
laquelle ils ont écrit , & aucun homme
de Lettres ne rogardera une Traduction Latine
, comme ayant quelque autorité . Cela
DECEMBRE. 1748. 151
m'a déterminé , au lieu du Latin , d'inférer
le texte même des Septante , & quoique
j'aye trouvé que c'eft un Ouvrage
qui demande beaucoup de tems & de peine;
cependant je le continuerai . En général ,
je fuivrai l'édition de Grabe , à moins qu'il
n'y ait une difference remarquable entre
cette édition & celle du Vatican , & alorsje
marquerai cette difference .
Tel eft l'Ouvrage que nous annonçons
à préfent au Public . Le Dictionnaire eft certainement
plus complet qu'aucun de ceux
qui exiftent à prefent. On convient que la
Concordance eft plus complette , & mieux
rangée , qu'aucune autre qu'on ait vûe
jufqu'à préfent , & elle eftenrichie des trois
Traductions , qui ont été le plus admirées.
Je crois qu'il feroit inutile de s'arrêter
prouver , que cet Ouvrage a ces avantages
par-deffus tous les autres du même
genre. C'eft une chofe que les Sçavans
fçavent , & qui a été reconnue , & le
défir qu'un grand nombre de grands hommes
ont témoigné de voir une nouvelle édition
de cet excellent Ouvrage , en eſt une
preuve fans replique.
à
Voilà ce que j'avois à dire fur ce que
Calafia a fait. Veici les additions & les
corrections que je me propoſe de faire
pour rendre fon Ouvrage encore plus com
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
plet. Premierement , j'inférerai une Concordance
de tous les mots qu'il a obmis
en mettant chaque mot dans fa place. Ca-
Tafio , je ne fçais pour quelles raifons ,
a obmis un grand nombre de mots , dont
quelques- uns me paroiffent de grande importance.
Il n'a mis que fort peu de particules
dans fa Concordance , & on fçait
que dans toutes les Langues , ce font les
mots les plus difficiles . C'eft ce qu'éprou
vent, & ce dont fe plaignent tous les jours,
ceux qui veulent apprendre bien quelqu'une
des Langues mortes , ou mème
des Langues vivantes , & c'eſt avec raiſon.
J'ai deffein de fuppléer à ce défaut , en
inférant une Concordance complette &
exacte de toutes les particules. Mais afin
qu'on ne dife pas , que c'eft-là faire une
feconde fois ce que Noldius a déja fait ,
je fouhaite qu'on faffe attention à la méthode
de Noldius. Premierement , il n'a
Foint du tout rangé les mots régulierement
, & tous ceux qui ont vû fon Ouvrage
, fçavent que fa méthode eft fort
confufe ; & que les textes ne font point
placés en ordre. Outre cela,il eft imparfaits
fous un grand nombre des particules , qui
ne fe rencontrent que rarement , j'ai fouvent
trouvé obmis un ou deux textes , qui
me paroiffent être les principaux. C'eft- h
DECEMBR E. 1748. 153
une choſe fort importante , & j'ai deffein
de la corriger. Mon deffein eft de faire
la Concordance des particules , de la même,
maniere que Calafio l'a faite , & de mettre
chaque particule dans fa place dans le corps.
de l'Ouvrage & j'employerai toute l'attention
qu'il me fera poffible , pour empêcher
qu'aucun texte ne m'échappe. Il
n'eft pas néceffaire que j'employe aucune
preuve , pour montrer l'utilité de cette partie
de mon deffein . La chofe parle d'ellemême..
Les autres additions feront les mots que
ces deux Auteurs ont obmis . Je collationnerai
les racines , qui ne fe trouvent pas
dans Calafio ou dans Noldius , avec tout
le foin & la fidélité dont je fuis capable ,
& je les rangerai de la même maniere
qu'ils l'ont fait j'efpere qu'on n'aura
point de fajet de fe plaindre que j'aye
fait quelque omiffion , mon deffein étant
entierement , de rendre cet Ouvrage , qui,
eft déja ce qu'il y a de plus parfait dans fon
fon genre , le plus utile au Public qu'il me
fera poffible .
Les corrections feront principalement
de ces fautes qui fe font gliffées dans l'Ouvrage
, par la négligence de ceux qui ont
eu foin de l'impreffion ; j'ai corrigé ces
fautes avec beaucoup de foin , & j'ap-.
Gv
154 MERCURE DEFRANCE.
porterai beaucoup d'attention à empêcher
qu'il ne s'en gliffe de nouvelles dans cette
édition , par la même caufe.
Ces additions & corrections rendront
cet Ouvrage encore plus complet. Lorfqu'il
fera publié , que pourra - t - on demander
de plus pour entendre & pour
expliquer l'Hebreu ? Il contiendra tout
ce qui eft néceffaire pour rendre la lecture
du vieux Teftament facile & utile. On
y trouvera un Dictionnaire, qui eft de beaucoup.
le meilleur que l'on ait , & une Con
cordance , qui pour fon exactitude , ſa
plénitude , la maniere dont elle eft rangée ,
& les Traductions qui y font jointes ,
furpaffe de beaucoup tout ce que l'on a
fait dans ce genre , dans le monde Chrétien.
On y a remarqué & fixé avec beau
coup de foin , fous chaque mot , l'accord
qui le trouve entre l'Hebreu & les Langues
des pays voifins : & tout ce qu'on peut
défirer pour rendre le Dictionnaire & la
Concordance entierement parfaits dans
leur genre , fera fait à préfent on aura
fupplée aux principales omiffions de Caafi
routes les particules Hebraïques fe-.
ront rangées régulierement dans le corps:
de la Concordance tous les autres:
mots.obinis par Calafio feront inférés dans
us place ; & tons les paffages où on les
DECEMBRE. 1748 . 155
trouve , feront remarqués. Je ne puis pas
imaginer qu'on puiffe rien ajouter pour
rendre la Concordance plus complette
que ce que je viens de propofer , & je ne
puis pas concevoir que la chofe foit fufcep
tible d'une plus grande perfection.
Avant que de m'adreffer au Public ,
j'ai montré ce projet à plufieurs Sçavans
hommes , & j'ai trouvé chez eux beaucoup
d'encouragement. Les Archevêques , les
Evêques , & un grand nombre des Ecclé
faftiques qui poffedent des Dignités dans
l'Eglife , ont généralement foufcrit pour
la publication de l'Ouvrage. Les Univerfités
d'Oxford & de Cambridge , toujours
prêtes à travailler à l'avancement des Sciences
& de la Religion , m'ont donné une
approbation toute particuliere , en ſouferivant
pour les Bibliotheques de tous les
Colléges , outre les Particuliers qui ont
foufcrit . Je n'ai pas manqué non plus de
Soufcrivans parmi le Clergé inférieur
ni même parmi les Laïques. Ce grand en
couragement m'a fait réfoudre à publier ce
projet , & j'efpere que tous ceux qui font cas
de l'Ecriture Sainte , fe croiront intéreffés à
contribuer à faire publier un Ouvrage , qui.
n'a pour but que la gloire de Dieu & le
bien de la Religion.
G. ROMAINE.
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE du Théatre François. Tome
XIV. A Paris , chez P. G. Le Mercier, Imprimeur-
Libraire , rue Saint Jacques , au
Livre d'or , & chez. Saillant , rue Saint
Jean de Beauvais , 1748 , in- 12 , pp.
$72 .
Ce volume commence en 1696 , &-
nous conduit jufqu'à la fin de1708. Il y eft
parlé de cent huit Tragédies ou Comédies,
& l'on nous y donne les vies de dix Aureurs
, & celles de quatorze Acteurs &
Actrices. Les Poëtes Dramatiques , fur lef
quels on entre ici dans quelque détail
font N. Belin , de Marſeille , qui a compofé
les Tragédies de la mort d'Othon,
de Vonones , & de Mustapha & Zeangir ;
N. de Brie , Auteur d'une Tragédie des
Heraclides , & d'une Comédie intitulée
de Lourdant , lesquelles n'ont été point in
primées ; David Auguftin Brueys , qui en
fociété avec Palaprat , a travaillé aux Comédies
du Muet , du Grondeur , du Concert
Ridicule & da Secret revelé , & qui
a fait feul celles de l'Important , de l'Avo
cat Patelin , de l'Opiniâtre , du Sot tou
jours Sot , & la Tragédie de Gabinie ; An-
1oine de la Foffe d'Aubigny , à qui nous de
vons l'excellente Tragédie de Manlius
Capitolinus , & celles . de Thefée , de Po ,
lixene & de Coréfus N. L'enfant defaint
DECEMBRE . 1748. I'57
Gilles , connu par une Tragédie d'Ariarathe
; Nicolas- Armand- Martial Guerin ,
qui a fait jouer Melicerte , Paftorale hé
roïque , & la Pfiché de Village , Comédie
en quatre Actes , avec un Prologue & des
Intermédes ; N. Pechantrés , Auteur des
Tragédies de Geta , de Jugurtha & de la
mort de Neron ; Regnard , dont les ouvra
ges font trop célébres pour qu'il foit néceffaire
d'en faire l'énumeration ; Théodore
de Riupeirous , qui a donné au Théâtre les
Tragédies d'Annibal , de Valerien , d'Hy.
permneftre , & de la mort d'Augufte
dont il n'y a que la troiftéme d'imprimée ;
& le fameux Jean- Baptifte Rouffeau , qui
joüiroit d'une réputation beaucoup moins .
éclatante , fi l'on n'avoit de lui. que fes
Piéces de Théâtre. Parmi les Acteurs &:
les Actrices , dont il eft fait mention dans
ce volume , il en eft plufieurs que le Public
avoit totalement oubliés ; mais il en :
eft auffi quelques autres , que l'éininence
de leurs talens a rendus dignes de ne point
l'être. On peut compter dans ce nombre
Villiers , & les Demoifelles Champmellé .
Raifin , & Beauval. Les articles , qui regardent
ces trois Comédiennes , renfer
ment diverfes anecdotes intéreffantes. En .
général ce volume fe fera lire avec plaifir ,,
& les Lecteurs y apprendront des faits
8 MERCURE DE FRANCE .
qui jufqu'à préfent étoient ignorés , ou
n'étoient fçûs que de très-peu de perfon
nes. Les Auteurs de cette Hiftoire efperent
qu'il décidera du fuccès de leur ouvrage.
Ils difent dans leur Préface , qu'un
Anonyme leur a envoyé quelques obfervations
critiques fur les tomes précédens ,
mais qu'elles font d'une fi petite conféquence
, qu'ils feroient trop fatisfaits fi
c'étoient les feules qu'ils euffent à craindre.
Au refte , ajoutent-ils , quel ouvrage ,
fur tout du genre de celui-ci , peut être
fans défauts , & du goût de tout le mon
de ?.... Pour répondre à leurs Cenfeurs ,
ils employent ces quatre vers de Ronfard.
L'un lit ce Livre pour apprendre ;
L'autre le lit comme envieux ;
Il eft " facile de reprendre ,
Et mal aifé de faire mieux.
GEOGRAPHIE MODERNE ABREGE'E , pré
eédée d'un Traité de la Sphére & du Globe
; ornée de plufieurs traits d'hiftoire ,
tant naturelle que politique , & terminée
par une Géographie Eccléfiaftique , où
Fon trouve tous les Archevêchés & Evêchés
de l'Eglife Catholique , & les principaux
des Eglifes Schifmatiques ; avec
une table des longitudes & latitudes des
Villes les plus confidérables , conforme
DECEMBRE. 1748 . 152
aux dernieres obfervations de Meffieurs de
F'Académie des Sciences, &c. A Paris, chez
la veuve Robinot , Quai des Auguſtins ;.
Simon , pere , rue des Maçons , & Simon
fils , rue de la Parcheminerie , 1748 , in
12. pp. 699 , fans y comprendre la Tablealphabétique
des noms des Villes , Bourgs.
& Châteaux , rapportés dans ce volume.
›
Une connoiffance exacte de tous les dé
tails de la Géographie , n'eft néceffaire qu'à
ceux qui fe deftinent à être Géographes deprofeffion
. Il n'importe aux autres , que
d'être inftruits de la pofition & de l'éten
due de chaque Pays , du nombre de fes.
Provinces des noms de fes principales :
Villes , du cours de fes rivieres , de la Religion
& des moeurs de fes habitans , des.
differentes révolutions qui y font arrivées,
de fon état actuel , & de ce qu'il renfermede
plus curieux , tant par rapport à l'Hif
toire politique que pour la naturelle. Tout
ce que nous venons d'expofer , eft ici raf
femblé dans un feul volume. On a eu foin
d'y faire entrer plufieurs particularités ,.
propres à réveiller l'attention des jeunes;
gens , qui la plupart ont coûtume de regar
der comme fort ennuyeufe une lifte denoms
de Villes & de Provinces , à moins
qu'on n'intéreffe leur efprit , en même tems
qu'on donne de l'exercice à leur mémoire.
260 MERCURE DE FRANCE.
Afin de leur épargner la peine de chercher
trop long- tems fur les Cartes les Villes
dont on leur parle , on marque vers
quels points cardinaux chacune eft fituée,
Lorfqu'elles font placées fur des rivieres
ou dans les environs , on ne manque pas
d'en avertir. A l'occafion de quelques Villes
, on fait mention de plufieurs des grands
hommes qui y ont pris naiffance.
En lifant une Géographie , les Lecteurs
veulent ordinairement trouver toutes les
Villes dans les premieres Cartes qui leur
tombent fous la main , s'ils defirent de lire
ce Livre-ci avec fruit , ils doivent fe fervir
préferablement de la Mappemonde & des
Cartes de l'Europe , de l'Afie , de l'Afrique
, de l'Amérique , de la France , de
Efpagne , de l'Italie , & des Ifles Britan
niques , de Guillaume Delifle . Pour l'Allemagne
, on fuit ici la Carte de M. Robert..
Des Villes , & même des Provinces , font
omifes dans quelques -unes des Cartes gé
nérales . L'Auteur de la Géographie moderne
a foin de défigner ces Provinces &
ses Villes par une étoilé , & d'indiquer .
clairement leur fituation par rapport aux
lieux les plus voifins.
*
Il ne fe flate point de n'avoir pas Jaillé
échapper plufieurs fautes , & il prie ceux:
qui prennent intérêt à l'inftruction de la
DECEMBRE . 1748. 161
jeuneffe , de vouloir bien adreffer aux Libraires,
chez qui fon Ouvrage eft en vente,
leurs notes fur les défauts qu'ils y auront
remarqués .
EXPLICATION de quelques Médailles
de la onzième année de Trebonien ; de la
treiziéme & de la quatorziéme année de
la Colonie de Viminiac , fous l'Empereur
Emilien ; de la onzième année de Valerien
l'Ancien , par le R. P. Panel , de la Com
pagnie de Jefus , Précepteur des Infans
d'Efpagne , & Garde des Médailles de Sa
Majefté Catholique. A Zurich , chez Gafpard
Fuesflin , Imprimeur- Libraire . L'ouvrage
eft en Latin.
DISSERTATION fur la caufe de l'augmentation
de poids que certaines matieres acquerent
dans leur calcination , qui a rem--
porté le prix au jugement de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Sciences & Arts
de Bordeaux , par le R. P. Beraud , Jéfuite,
Profeffeur de Mathématique dans le Collége
de Lyon , & de l'Académie des Beaux
Arts de la même Ville . Brochure in - 12 .
de 98 pages. Ala Haye , chez Jean Neaul
me , 1748 .
HISTOIRE ROMAINE , Caligula &
Claude , Empereurs , avec des notes hiftoriques
, géographiques & critiques , des
gravûres en taille douce , des Cartes géa
162 MERCURE DE FRANCE
graphiques , & plufieurs Médailles authentiques
, par le P. Bernard Rothe , de la
Compagnie de Jefus. Tome XXI. depuis
l'an de Rome 789 juſqu'à l'an 798. A
Paris , chez Jacques Rollin , fils , Quai des
Auguftins , à Saint Athanafe , 1748 ,
4° . de 717 pages , fans la Préface .
SOMMAIRE de l'Hiftoire de France , en
vers. Brochure de §7 pages. A Paris , chez
Bordelet , rue Saint Jacques.
DELL' ANATOMIA Difcorfo d'Antonia
Cocchi. A Florence , chez Jean- Baptifte
Zannoni , 1745 , in-4° . de 91 pages.
,
RELATION de la Conquête des Places
d'Alorna de Biciolino , d'Avaro , de
Morli , &c. faite par D. Pierre-Michel
d'Almeida , Viceroi des Indes , écrite par.
le Capitaine Meirelles , traduite du Portugais
en Italien . A Rome , chez Salomoni ,
1748 , in- 8 °. de 75 pages.
COLLOQUES SACRE'S pour former les
enfans à la Langue Latine & aux bonnes
moeurs. A Paris , chez Babuty , rue Saint
Jacques , in- 1 S. de 347 pages.
RECUEIL de Traités fur l'Electricité ,
traduit de l'Allemand & de l'Anglois , divife
en trois parties , avec des planches.
A Paris , chez Antoine Boudet , Imprimeur
Libraire , rue Saint Jacques , & Sebaſtien
Farry, Imprimeur Libraire , Quai des AuDECEMBRE
. 1748. 163
guftins , près le Pont Saint Michel , aux
Cigognes.
HISTOIRE UNIVERSELLE d'une fociété
de gens
de Lettres , traduite de l'Anglois,
Tome IX . 1748 , in-4° . A Amfterdam ,
chez J. Wet-ftein , Imprimeur Libraire. Les
neuf volumes fe trouvent à Paris , chez
Montalant , Libraire , Quai des Auguſtins .
PETRI BURMANNI junioris fpecimen nove
editionis Anthologia Latina , & animadver.
fionum ad Epigrammata & Catalecta veterum
Poëtarum Latinorum Prodromus, dans la même
Ville.
EXPERIENCES fur l'Electricité , avec
quelques conjectures fur la caufe de fes effets.
A Geneve , chez Barillot &fils , Imprimeurs-
Libraires , 1748 , in- 8° .
DE L'ESPRIT DES Loix , ou du rapport
que les Loix doivent avoir avec la conftitution
de chaque Gouvernement , les
moeurs , le climat , la Religion , le commerce
, &c. à quoi l'Auteur a ajouté des
recherches nouvelles fur les Loix Romaines
touchant les fucceffions , fur les Loix
Françoiſes & fur les Loix féodales , 1748 ,
in-4°. Deux volumes , chez les mêmes.
MUSEUM HELVETICUM adjuvandas Lit
teras inpublicos ufus apertum. Tiguri , apud
Conradum Orell , 1746 , in- 8 °.
TRACTATUS mechanicus de non naturali
164 MERCURE DEFRANCE.
bas , qui eft brevis explicatio mutationism
quas in corpore humano producunt aër , diata
, & c . fimul cum inquifitione in naturam &
ufum Balneorum , quibus præfixa eft doctrina
fecretionis pluribus in propofitionibus , à D.
Jofepho de Marco , D. M. in Linguam Latinam
ex Anglicâ converfus. A Avignon ,,
chez Fr. Girard , 1748 , in- 12 , & à Paris,
chez Huart & Moreau , Libraires , ruë
Saint Jacques , à la Juſtice , & au grand
Saint Bafile.
RECUEIL de Piéces de Littérature , qui
ont été lûes aux Séances publiques de la
Societé Littéraire de Clermont-Ferrand.
A Clermont- Ferrand , chez Pierre Bon
taudon , feul Imprimeur du Roi , 1748 ,
in-8°.
>
LE XVI. volume de l'Hiftoire Générale
des Autears Sacrés & Eccléfiaftiques , par
le R. P. Dom Remi Ceillier , Religieux
Benedictin , paroît chez Ph . N. Lottin , rue
Saint Jacques , & Paulus du Mefnil , au
Palais , 1748 , in-4°.
: RECUEIL de Traités fur l'Electricité des
corps. A Paris , chez Sebaſtien Jorry , Imprimeur-
Libraire , Quai des Auguftins.
LE IV . TOME des Leçons de Phyfique
Expérimentale , par M. l'Abbé Nollet , pa-.
roît chez les freres Guerin , Libraires , ruë
Saint Jacques , 1748 , in- 1.2 ..
DECEMBRE . 1748. 165
*
Pierre-François Giffart , & P. G. Le Mercier
, Libraires , rue Saint Jacques , ont
publié depuis peu deux Lettres , la premiere
aux Auteurs de la nouvelle Gaule
Chrétienne , touchant plufieurs Abbés &
Abbeffes du Diocéfe de Meaux ; & la feconde
, en particulier , à D. Dupleffis , R.
B. au fujet d'un Jugement rendu par le Connétable
de Châtillon , enfaveur du Chapitre
de Meaux , contre plufieurs Nobles , à l'oc
cafion d'un Chanoine bleffe , & defon Clerc
tué , & d'un Arrêt du Parlement , qui condamne
un Bailly de Meaux à faire mener
une buche en forme d'homme dans une charette
à la Justice de Meaux , &c. avec les
- Lettres de Charles V. dit le Sage , données à
Montargis le 17 Septembre 1379 , enfaveur
du Bailly de Meaux , qui moderent l'Arrêt
du Parlement rendu contre lui , par M.
Charles - Jofeph Thomé , Prêtre , Chanoine
de l'Eglife de Meaux , &c. 1748 , in-4° .
›
LE NOUVEL ESOPE , Fables choifies . A
Paris , chez la veuve de Lormel &fils , Imprimeurs
de l'Académie Royale de Mufique
, rue du Foin , 1749 , in-8 °.
NOUVELLE DISSERTATION fur l'Electricité
des corps , dans laquelle on développe
le vrai méchanifme des plus furprenans
phenoménes , qui ont paru jufqu'à
préfent , & d'une infinité d'expérience s
166 MERCURE DE FRANCE.
nouvelles , de l'invention de l'Auteur ,
par M. Morin , Profeffeur de Philofophie
au Collége Royal de Chartres , & correl
pondant de l'Académie Royale des Sciences,
imprimée à Chartres , chez la veuve de
J. Roux , Imprimeur de M. l'Evêque , &
fe trouve à Paris , chez la veuve Etienne
fils , Libraires , rue Saint Jacques , à la
Vertu , 1748 , in- 12.
LA BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, ou l'Arithmétique à leur ufage ,
démontrée depuis fes premiers élémens ,
jufqu'à fes derniers problêmes , où fe trouvent
compris le commerce des matieres
d'argent , avec les differens tarifs qui le
concernent. Une table du rapport des mefures
pour les grains , enfuite leurs divifions
& leurs poids. Le Traité de la correfpondance
des mefures des corps liquides
, & ceux des rapports des corps péfans
& des corps étendus , pour les poids &
pour les étoffes, &c. les changes des principales
Places de l'Europe fur leur cours
actuel & proportionné , & les principes
des arbitrages , pour faciliter les opérations
de la Banque , le tout operé & démontré
en entier par des Lettres miffives
du Sieur Jean Larue , Négociant à Lyon ,
avec une ample inftruction en forme de
table alphabétique , fur les termes & les
DECEMBRE . 1748. 167
principaux ufages du Commerce , pour les
jeunes gens qui veulent s'y dévouer , & y
faire des progrès fondés fur des principes
folides. Cette inftruction eft terminée par
un important Edit du Roi Charles IX. &
par le Réglement de la Place du Change
de la Ville de Lyon : imprimée à Lyon , &
fe vend à Paris , chez Briaffon , Libraire ,
rue Saint Jacques , à la Science ; à Lyon ,
chez les freres Bruyfet , Libraires , rue Merciere
, au Soleil & à la Croix d'or , 1747 .
Volume in-4°. de 656 pages , fans la table
des matieres & celle des changes , qui en
font 13 , l'Epître Dédicatoire à M. le
Comte de Maurepas , & la Préface , qui
en font 20.
RECUEIL de Lettres Latines écrites par
plufieurs illuftres Membres des Académies
de Leipfick , de Gottingen , de Hambourg,
de Memmingen & de Zurich , à M. le Cardinal
Querini , au fujet de fon voyage
dans le Tirol & dans la Suabe . Ces Lettres
, au nombre de 21 , forment une brochure
de 32 pages d'impreffion in-4° . M.
le Cardinal Querini y a joint une Lettre
qui en eft comme une fuite & une dépendance
; elle eft adreffée au Séréniffime
Prince Landgrave de Heffe , Evêque
d'Aufbourg , en lui envoyant ce Recueil.
Cette Lettre a pour titre : Specimen Huma168
MERCURE DE FRANCE.
nitatis quâ Eruditi quidem Germania Heterodoxi
profecuti funt Suevicum iter à Domino
Angelo Maria Cardinali Quirino peractum
anno 1748 , à Brescia.
GOTT WERNSDORFII .... Commentatio
Hiftorico-critica de fide Hiftorica Maccabaicorum
, quâ R. Er. Fralichii S. J. Sacerd.
annales Syria , eorumque prolegomena ex inftituto
examinantur ; plurima leca librorum
Maccab. aut illuftrantur aut emendantur ,
itemque Chronologia Syriaca & Judaa paffim
corrigitur , Wratislaviæ , fumptibus Jo. Jac.
Kornii , 1747 , in-4° ,
VATICINIA Chabacuci & Nachumi ,
itemque nonnulla Ifaiæ , Michea & Ezechielis
, oracula obfervationibus Hiftorico -philologicis
ex Hiftoria Diodori Siculi circa res
Sardanapali illuftrata. Accedit Commentatio
Hiftorico- philologica de leffu Jeremia in obi
tumFofie. Jer. 8. Auctore M. Jo . Gott, Kalinsky
, Wratislavix , 1748 , in. 4° .
JACOBI GRETSERI Soc. Jef. Theologi
·opera omnia ante ac ab ipfomet auctore accura
te recognita, opufculis multis, notis & paralippomenis
pluribus , propriis locis in hac editione
infertis , acta & illuftrata ; nunc felecto
ordine adcertos titulos revocata. Ratisbona,
Jumptibus Joannis Conradi Peez & Felicis
Bader , fociorum , ad pedem Pontis , typis
Maria Apollonie Hanckin , 1744 , &feq .
TENTAMINA
DECEMBRE . 1748. 169
$
TENTAMINA ELECTRICA tandem aliquando
Hydraulica , Chymia vegetabilibus
tilia , pars pofterior , auctore G. M. Boſe ,
Phyf. Ord. Prof. in Academia Wittemberg
, &c. Wittembergæ , apud 7o. Joach.
Ahlfeldium , 1747 , in-4°.
D. CHRISTIANI Gotliebi Glugii de Baptifmo
Adami Commentatio Theologica , quâ
fimul argumentum de tunicis pelliceis primorum
hominum paule uberibus enarratur ,
cogitata profana de peccato originis , nuper
admodumin LinguamGermanicam transfufa,
breviter ftrictimque confutantur. Wittemberge
, impenfis Gotliebi Henrici Schwarzii,
1747 , in-4° .
EXPOSITION des découvertes philofophiques
de M. J. Newton, en quatre Livres,
par feu M. Colin Mac - Laurin , de la Société
Royale de Londres , Profeffeur de
Mathématique en l'Univerfité d'Edimbourg
, publiée fur les manufcrits de l'Aureur
, & revûë par M. Patrick Murdoch
Maître ès Arts, & Membre de la Société
Royale , 1748 , in - 4° . A Londres . L'ouvrage
eft en Anglois . On le traduit actuellement
en François , & la traduction en eft
déja fort avancée .
XENIA PHYSICO - MEDICA. Accedunt
·quadam Epigrammata , Lugduni Batavorum
typis Elia Luzac , Jun . 1748 .
II, Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
ETRENNES utiles & agréables , contenant
un Recueil de Chanfons morales & d'emblêmes
, fur des airs connus , notés à la fin
pour en faciliter le chant , avec un Calendrier
pour l'année 1749. A Paris , chez
P. N. Lottin & J. H. Buttard , rue Saint
Jacques , à la Vérité , près de la ruë de la
Parcheminerie , in- 24 . Relié en veau ,
doré fur tranche , ; liv. & broché , 2 1. 8 f. 3
Les mêmes Libraires nous prient d'annoncer
, qu'ils ont mis au jour une nouyelle
Traduction de Sallufte , avec des
notes.
ALMANACH de Polymnie , pour l'année
1749 , contenant la defcription du Ciel ,
la vie des Saints , l'Hiftoire de France fous
Louis XV ; l'Hiftoire de l'avenir , & plufears
chofes mystérieufes & incompréhen
fibles . A Paris , chez Cailleau , Libraire ,
rue Saint Jacques , au- deffus de la rue des
Mathurins , à Saint André , 1749 .
ETRENNES Hiftoriques , ou Mêlange curieux
, contenant plufieurs remarques de
Chronologie & d'Hiftoire , enfemble un
Recueil de plufieurs matieres variées , utiles
& amufantes. A Paris , de l'Imprimerie
de Giffey , rue de la vielle Bouclerie,
*1749.
ALMANACH des Curieux
1749. Chez le même. C
pour l'année
DECEMBRE. 1748. 171
PRIX
"Fropofés par l'Académie Royale des Sciences,
Infcriptions & Belles- Lettres de Toulouse,
pour les années 1749
ع ب ن م
1750.
A Ville de Toulouſe , célebre par les Prix
qu'on y diftribue depuis long- tems à l'Eloquence
, à la Poëfie & aux Arts , voulant contribuer
auffi au progrès des Sciences & des Lettres ,
a , fous le bon plaifir du Roi , fondé un Prix de la
valeur de 500 livres , pour être diftribué tous les
ans par l'Académie Royale des Sciences , Infcriptions
& Belles- Lettres , à celui qui , au jugement
de cette Compagnie , aura le mieux traité le ſujet
qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement de Mathémathique
, de Médecine & de Littérature .
L'Académie avoit propofé pour fujet du Prix de
1748 , d'affigner la nature & la caufe de la Rage,
quels enpeuvent être les préfervatifs & les remedes
Ce Prix a été adjugé à la piéce n ° . 3 , qui a
pour devife : Nec defperandum de inveniendo tam
fingularis veneni fingulari antidoto , dont l'Auteur
eft M. Sauvages , Profeffeur Royal en Médecine ,
de la Société Royale de Montpellier , & des Academies
d'Upfal & de Stokholm .
L'Académie a propofé en 1747 , pour fujet du
prix de 1749 , defixer le tems où les Sciences & les
Arts ont commencé à être cultivés chez les Volfces , &
de marquer les changemens qu'ils occafionnerent dans
les moeurs , les coûtumes la Religion de ces Peuples. &
Le fujet que l'Académie avoit proposé pour le
prix de 1747 , qu'elle réferva , étoit la caufe phyfique
de l'aplatilement de la terre , tel qu'il a été dé
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
terminé par les opérations faites au cercle polaire , en
France fous l'Equateur . La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
fera double , & pour lequel elle propoſe encore le
même fujet.
Ceux qui avoient déja remis des Ouvrages fur
cette matiére , pourront les préfenter de nouveau,
après y avoir fait les changemens qu'ils jugeront
convenables .
Comme quelques Auteurs , dans les Ouvrages
qu'ils avoient préfentés , ne cherchoient que l'explication
d'un aplatiffement indéterminé de la terre,
fans même avoir égard aux variations de la pefanteur
obfervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir qu'elle demande une caufe
qui en s'accordant avec ces variations , explique
le degré d'aplatiffement déterminé par les mesures,
Les Sçavans font invités à travailler fur ces fujets,
& même les Affociés étrangers de l'Académie .
Les autres Académiciens font exclus de prétendre
au Prix .
Ceux qui compoferont , font priés d'écrire en
François ou en Latin , & de remettre une copie de
leurs Ouvrages, qui foit bien lifib e, furtout quand
il y aura des calculs Algébriques,
Les Auteurs écriront au bas de leurs Ouvrages
une Sentence ou devife , mais ils n'y mettront
Foint leur nom. Ils font exhortés cependant à y
attacher un billet féparé & cacheté , qui contien
ne la même deviſe ou ſentence , avec leur nom
leurs qualités & leur adreffe ; l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution , lorsqu'ils
adrefferont leurs Ecrits au Secretaire . Ce billet ne
fera point ouvert , fi la Piéce n'a remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour les Prix , pourront
adreffer leurs Ouvrages à M. l'Abbé de Sapte ,
Secretaire perpétuel de l'Académie , ou les lui
DECEMBRE . 1748. 173
faire remettre par quelque perfonne domiciliée à
Toulouſe . Dans ce dernier cas il en donnera fon
récepiflé , fur lequel fera écrite la Sentence de
l'Ouvrage avec fon numéro , felón l'ordre dans
lequel il aura été reçû.
Les paquets adreffés au Secretaire doivent être
affranchis de port.
Les Ouvrages pour le prix de 1749, doivent être
remis avant le premier de Mars.
pour
l'année 1750.
Et avant le premier Février
L'Académic proclamera,dans fon Affemblée publique
du 25 du mois d'Août de chaque année , la
Piéce qu'elle aura couronnée .
Si l'Ouvrage qui aura remporté le Prix , a été
envoyé au Secretaire en droiture , le Tréforier de
l'Académie ne délivrera ce Prix qu'à l'Auteur même,
qui fe fera connoître , ou au porteur d'une
Procuration de fa part,
S'il y a un récepiffé du Secretaire , le Prix fera
délivré à celui qui le repréfentera.
L'Académie , qui ne prescrit aucunfyftême, déclare
auffi qu'elle n'entend point adopter les principes des
Ouvrages qu'elle couronnéra.
PRIX
Que propofe la Société des Beaux- Arts de la
même Ville. Mois & jours aufquels il ν
aura Concours pour ces Prix à l'Hôtel de
Ville , dans l'Ecole du Deffeing , en 1749 .
JANVIER.
L
E Lundi après le fecond Samedi , à huit heures
du matin , pour une Académie, d'après ,
' Eftampe , Prix d'une Médaille d'argent de la
valeur de 15 livres .
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE..
MARS.
Le Lundi , après le fecond Samedi , à fept heures
du matin , pour une autre Académie d'après
PEftampe , Prix d'une Médaille d'argent de la va →
leur de 15 livres.
Le même jour , à fept heures du matin , pour une
Tableau de deux ou trois figures , Prix d'une Médaille
d'or de la valeur de 60 livres.
AVRIL.
Le Lundi après le fecond Samedi , à fept heures.
du matin , pour un Bas- relief d'une figure en argile,
Prix d'une Médaille d'or de la valeur de 601 .
MAI.
Le Lundi après le fecond Samedi , à fept heures.
du matin , pour un morceau d'Architecture deffiné
, tant en Plan Géométral , qu'en Elévation &
en Profil , Prix d'une Médaille d'or de la valeur
de 60 livres.
Le même jour , & à la même heure , pour une
Académie d'après la Ronde- boffe , Prix d'une Médaille
d'argent de la valeur de 20 livres .
JUIN.
Le Lundi après le fecond Samedi , à cinq heures.
du foir , pour une Académie d'après le Modéle
vivant , un Prix d'une Médaille d'argent de la valeur
de 30 livres.
Un autre Prix réſervé de 1748 , d'une Médaille
de même valeur de 30 livres.
Tous ces Prix feront adjugés à ceux que la Société
trouvera avoir le mieux réuffi dans les differens
fujets que les Commiffaires qu'elle nommera
à cet effet , auront donnés.
Nul ne fera admis au Concours des Prix de
quinze , de vingt & de trente livres , qu'il n'ait été
affidu à l'Ecole du Defleing au moins pendant
trois mois ; & pour conftater l'affiduité de ceux
DECEMBRE. 1748. 175
qui voudront concourir pour le Prix de trente li
vres , ils feront obligés , pendant ces trois mois ,
de remettre chaque mois au Secretaire de la Société
, une Académie deffinée d'après le Modéle
vivant , & fignée du Profeffeur fous les yeux duquel
ils auront fait cette Académie.
Tous les Artiftes , de quelque Pays qu'ils foient ,
pourront concourir pour tous les autres Prix , fans
qu'il foit néceffaire qu'ils ayent été affidus à l'Ecole
du Deffeing , n'excluant du concours que
ceux qui font Membres de la Société .
Ceux qui voudront concourir pour tous ces Prix,
font avertis qu'ils doivent ſe trouver dans l'Ecole
du Deffeing au jour & à l'heure préciſe indiquée
pour y recevoir les fujets de leurs ouvrages , qui
feur feront propofés par les Commiffaires de la
Société .
His doivent être pourvûs de tout ce qui eſt néceſ.
faire , tant pour leur fubfiftance , que pour leur
ouvrage.
Ils font auffi avertis que la Société ne donne
qu'un jour pour faire l'Efquiffe des Ouvrages qui
doivent concourir pour les Prix de foixante livres;
que cette Efquiffe doit être faite fans déplacer , &
qu'elle doit être remife le foir entre les mains du
Secretaire , fignée des Commiffaires & de l'Auteur ;
mais on pourra le lendemain venir en tirer une copie
pour faire fon ouvrage , & il faut que cet ouvrage
foit conforme à l'Efquiffe , fans quoi il né
feroit point admis au concours .
Tous ceux qui voudront concourir pour quel.
que Prix que ce foit , auront foin , avant de faire
leur Efquifle ou leur Ouvrage , de faire figner par
les Commiffaires la feuille de papier fur laquelle
ils fe propofent de travailler , & d'y mettre leur
nom couvert d'un papier cacheté,
Hüj
176 MERCURE DE FRANCE .
Tous les Ouvrages doivent être faits dans l'Hô
tel de Ville , au lieu indiqué , fous peine de n'ètre
point admis au concours.
i
La Société accorde trois jours de fuite aux Eleves
qui concoureront pour les Prix de quinze ,
de vingt & de trente livres , pour achever leurs ouvrages
, fans qu'ils puiflent fortir que le foir à
cinq heures pour éviter tout inconvénient , ils
remettront leur ouvrage chaque foir à cinq heures
dans une boëte deftinée à cet ufage , & tous les
matins à fept heures un Commiffaire de la Société
ira le leur rendre pour le continuer juſqu'à la fin
du troifiéme jour , qu'il fera remis à M. le Secretaire.
Les ouvrages pour les Prix de foixante livres
doivent être remis à M. le Secretaire pour le plus
tard le Jeudi avant le fecond de Juin ; ce jour
paffé il ne les recevra plus , & il donnera fon ré
cepiffé aux Auteurs qui lui auront remis le leur
avant ce terme .
La diftribution de tous ces Prix fera faite par la
Société dans fon Affemblée publique , le premier
Dimanche de Juillet de l'année 1749 .
Les ouvrages qui auront été couronnés , feront
expofés dans le grand Confiftoire dès le matin du
jour de l'Affemblée publique.
Nul ne pourra remporter plus d'un Prix de chaque
genre , ni un Prix inférieur à celui qu'il aura
déja remporté.
Ceux qui defirent apprendre à deffiner ,font avertis
que l'Ecole du Deffeing , fondée par la Ville ,
fera ouverte tous les jours à cinq heures du foir
jufques à fept , depuis le 11 de Novembre jufques
au premier Septembre , excepté les Dimanches &
Fêtes ; & que pendant ce tems , outre que le Modéle
vivant fera en place , on y donnera gratuitement
à toute forte d'Eleves des leçons de Deffeing.
DECEMBRE. 1748. 177
I
ESTAMPES NOUVELLES.
3
L paroît nouvellement chez le fieur Tardieu ,
Graveur du Roi , deux Eftampes parfaitement
belles , dont l'une , gravée par lui , eft une vue de
l'Abbaye Royale de Poiffy , du côté de la forêt de
S. Germain. L'Auteur y a exprimé parfaitement
la légereté du Payfage & la touche admirable du
Paftel de M. Oudry , d'après lequel il l'a gravée.
La dégra :lation des Plans y eft obfervée d'une maniere
qui fatisfait la vûe , & on y découvre d'un
feul coup d'oeil une étendue confidérable de Pays.
La feconde Eftampe eft gravée par le fieur Tardieu
, fils d'après le Tableau original , connu en
Flandre fous le nom de la Dévote de Teniers , l'un
des plus précieux ouvrages de ce Peintre , & qui.
eft dans le Cabinet de M. le Comte de Vence .Deux
demi- figures , placées fur le devant du fujet , en
font l'objet principal ; c'eft un bûveur , dont la
gayeté femble annoncer l'excellence du vin qu'il
vient de verfer à une jeune Flamande , affife près de
lui Le caractére de tête de celle - ci eft extrêmement
fin , & fon habillement fimple & modefte
peut avoir donné lieu au titre fingulier que les
Flamands ont donné à ce Tableau. Dans le fond
font des Fumeurs près d'une cheminée , & une
vieille femme qui remonte de la cave .
Cette Eftampe, à laquelle le fieur Tardieu a donné
le titre de Déjeuner Flamand , fait pendant à
celle du Docteur Alchymifte , qu'il a gravée d'après
le même Auteur , & qu'il donna aŭ Public fur
la fin de l'année derniere. Il demeure rue S. Jacques
, près celle des Noyers , à Paris.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE
C
JETTON SINGULIER.
E Jetton repréfente un faint Jean- Baptifter
Sur le revers font ces caractéres .
HIIIIXX Z
VXXXIVL
IIXGOR-ELTI
MLAEENV-IE
SVXPLFA
On defireroit que quelque Sçavant prît la peine
d'en donner l'explication. Nous devons avertir
que le Jetton en queftion a été frappé en 1575 .
MEDAILLES A VENDRE..
Le fieur Guerin , Orfévre , demeurant à Mortagne
dans le Perche , avertit qu'il a à vendre plus
de cent-cinquante Médailles , grand & petit bronze,
& autres métaux , lefquelles proviennent de
la vente des effets mobiliers de feu M. Abot du
Bouchet , Grand Bailly du Perche , dont la réputa
tion ne peut que faire préfumer favorablement de
tout ce qui avoit place dans fon Cabinet.
Le fieur Gautier , Graveur du Roi , feul pour les
Planches Anatomiques , & Privilégié par sa Ma
DECEMBRE. 1748. 179
pefté pour les autres ouvrages du nouvel Art d'imrimer
les Tableaux , inftruira au prochain Mer
cure le Public des arrangemens qu'il a pris depuis
la mort de M. Duverney , arrivée vers la fin d'Octobre
dernier , pour la continuation de fes ouvrages,
& il avertira du tems précisément qu'il livrera
à fes Soufcripteurs les cinq dernieres Piéces , concernant
les organes des fens ,& la fuite de l'Anatomie
de la tête , auxquelles il travaille actuelle.
ment , & qu'il s'étoit engagé de leur fournir dans
la troifiéme Soufcription . Quant au furplus de cet
que feu M. Duverney faifoit eſpérer dans le Mercare
de France , qui a parù lorfque ce grand Anatomiſte
eft décedé , on le donnera dans un ordre
different , qui fatisfera beaucoup plus le Public ; ce
que l'on ne peut à préfent déterminer. Le travail
indiquera ce qu'il faudra faire .
Dans un article des Nouvelles Littéraires du
Mercure de Novembre dernier , le fieur Gautier a
vû avec étonnement , que le fieur Robert ſe dit Graveur
avec Privilége du Roi dans le nouvel Art , &
Eleve de le Blond , qui eft mort le 16 Mai 1741. Cé
Graveur ne poffede aucun Privilége en fon nom.
Les fieurs Viguier & Villars , anciens Affociés du
feur Gautier , & qui demearent encore rue faint
Honoré , au coin de la rue S. Nicaife , où le fieur:
Gautier avoit ci - devant fon magafin , font annon
cer par ledit fieur Robert une Eftampe qu'ils lui .
ont fait faire d'un Chrift , toile de huit. Ce morceau
eft le coup d'effai de ce Graveur , & étant en :
quatre Planches , il doit être regardé comme le:
fruit de l'étude que le fieur Robert a faite fur les
Cuivres du Sr Gautier, defquels les ci- devant Affo
ciés de ce dernier Graveur font en poffeffion de--
puis le 3 Mai 1747 , jour de leur féparation par:
Arrêt du Confeil de Sa Majefté.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
On fçait que le Blond ne travailloit qu'en trois
couleurs ; le Traité imprimé à Londres , qu'il a
donné au Public , les trois Planches qu'il a faites
à Paris , & le Privilége qu'il a obtenu , le prouvent
évidemment ; & ainfi le fieur Robert , en gravant
fur quatre Planches , ne peut pas fe dire Eleve de
feu le Blond .
Le fieur Gautier ne s'oppoſera jamais à la perpétuité
d'un Art qu'il a lui feul perfectionné &
rendu praticable ; il defire au contraire que fes ci
devant Affociés faffent beaucoup d'Eleves fur ces
Cuivres gravés , mais il fouhaiteroit en mêmetems,
que les Eleves de ces Cuivres ne s'écartaffent
pas des bornes de la vérité , & qu'ils rendiffent juftice
à qui ils la doivent .
Le fieur Gautier fera toujours reconnu pour le
reftaurateur de cet Art , & fans fa méthode les Eleves
de le Blond n'exifteroient pas plus en France ,
qu'ils n'ont exifté en Angleterre.
Il demeure préfentement rue de la Harpe , dans
la feconde maifon neuve après la rue Poupée. Il
diftribue les trois nouvelles piéces de fon Anatomie
de la tête , & la Myologie complette de M.
Duverney , en vingt Planches , où les figures font
de grandeur naturelle .
I
SPECTACLES.
E 20 de ce mois , les Comédiens François
donnerent la premiere Repréfentation de la
Tragédie de Catilina , de Pillulite M. de Crebillon,
Jaquelle a eu le plus grand fuccès. On en trouvera
P'Extrait dans le Mercure de Janvier.
L'Académie Royale de Mufique continue les
1
DECEMBRE. 1748. 181
Repréfentations nombreufes & toujours applaudies
du Ballet des Fêtes de l'Hymen & de l'Amour.
Elle a repris les Jeudis les fragmens donnés avant
l'Opera fubfiftant . On y a inferé Amphion , Entrée
tirée du Ballet du Triomphe de l'Harmonie ,
compofé par M. Granet. Les paroles font de M le
Franc, Auteur de la Tragédie de Didon & d'autres
Ouvrages eftimés .
M. Lani a donné une fort aimable Pantomime ,
qu'il exécute parfaitement avec Mlle fa focur
cadette.
Le Concert Spirituel , fi bien conduit par M,
Royer , qui eft fi bien fecondé par fon Aflocié M.
Caperan , Ordinaire de la Mufique du Roi & de
l'Académie Royale de Mufique , habile Symphonifte
& Maître de Chant , a ouvert le Mardi veille
de Noël 24 Décembre , par la Notte natale de Corelli
. Après cette belle fymphonie , on a chanté
Diligam te Domine , Motet à grand choeur de
feu M. l'Abbé Madin , Maître de Mufique de la
Chapelle du Roi ; deux nouveaux Cors de chaffe
Allemands ont fonné une fuite de fymphonies de
M. Guignon.
Mlle Chevalier & M. l'Abbé Joguet ont charmé
la nombreufe affemblée , en chantant Cantemus
Domino , Motet gracieux de feu M Mouret . My
Gavinié a joué feul & a été applaudi .
L'excellent Motet Bonum eft de M. Mondonville
a terminé le Concert.
Et le lendemain , jour & Fête de Noël , le Concert
a commencé par une fuite de fymphonies de la
compofition de M. Guignon , exécutée par les
ceux nouveaux Cors de chaffe Allemands . Ce Concerto
a été fuivi du Cantate, Motet à grand choeur
de M. de la Lande.
M. Taillard a joué un Concerto de flute Alle
mande.
182 MERCURE DE FRANCE.
Beati omnes , Motet à deux voix de feu M. Gau
mé , a été chanté par M. l'Abbé Malines & M
l'Abbé Joguet.M.Pajin a joué ſeul , & le Concert a
fini par Venite Exultemus , Motet à grand choeur
de M. Mondonville.
CONCERTS de la Cour,
Le Lundi 25 Novembre, on chanta chez la Reine
Amimone , du Ballet des Amours des Dieux de feu
M. Mouret. Les paroles font de M Fuzelier , un
des Auteurs du Mercure . Les rôles furent exécatés
par Miles Fel , Canavas & d'Aigremont , &
par Mts Benoît & Bazin.
Le Lundi 2 , le Samedi 6 & le Lundi 16 Dé.
cembre , on chanta chez la Reine, Tancrede , Trasgédie
de feu Mrs Danchet & Campra. Les rôles
farent rendus très - bien , par Mllés la Lande, Chevalier
, Romainville , de Selles , Canavas , Godonnefche
, d'Aigremont & Guedon , & par Mis de
Chaffe , Dubourg , Benoît , Godonneſche , Bazin ,
d'Aigremont & le Begue.
Le Mardi 25 Novembre , M. l'Abbé Benoît ,
Maître de Mufique de l'Eglife Cathédrale de Chartres
, fit chanter pendant la Meffe de leurs Majeftés
Confitebor , Motet de fa compofition , qui fur
répeté le lendemain.
Le Mardi 11 Décembre , M. l'Abbé Bordier fit
chanter pendant la Meffe de leurs Majeſtés Jubi-
Late Deo , & le Vendredi 13 & Samedi 14 , Quem
admodum. Cet Auteur eft Maître de Mufique de la
Paroiffe des Innocens , & fort eftimé.
Le Mardi 18 & Mercredi 19 , M. Cardonne ',
Muficien de la Chambre du Roi , ci - devant Page
de fa Mufique , & Eleve de M. de Blamont , Sur-
Intendant de la Mufique de S. M. fit exécuter à la
Chapelle Superflumina Babylonis , c'eft le cinquiéme
Motet qu'il fait chanter devant le Roi , quoiqu'il
n'ait que dix- huit ans..
DECEMBRE. 1748. 183
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗淡淡說說淡淡
NOUVELLES ETRANGERES..
i
DE PETERSBOURG , le
E
LF
25
Novembre.
E 12 de ce mois , le Baron de Hoркеn , noueut
la premiere audience de l'Imperatrice , étant
préfenté par le Comte de Beftuchef, Grand Chancelier
de Ruffie , & conduit par le Grand Maître
des Cérémonies . M. de Wolfenftierna , qui eft :
remplacé par le Baron de Hopken , prit le même
jour congé de la Majefté Impériale , & il partira
ces jours- ci , pour retourner à Stockholm , Avant--
hier , l'Imperatrice fe rendit au Sénat , & donna
fon approbation à plufieurs réglemens concernant
l'adminiſtration de la Juftice. Le départ de :
cette Princeffe pour Mofcou eft fixé au commen-·
cement du mois prochain. Elle en a fait informer
les Miniftres Etrangers , & elle leur a fait ens
même tems annoncer , que fe propofant d'être
abfente pendant un an , à moins que: des circonf
tances imprévues ne l'obligent d'avancer fon retour
, elle défiroit qu'ils la fuiviffent dans fon
voyage. Les ordres font déja donnés pour les
cas , dans lefquels il conviendroit de faire quelque
changement à la répartition des quartiers diftri
bués aux troupes fur les frontieres de la Finlande.
Une des nuits dernieres , le Pont de Bâteaux , qui
étoit fur la riviere de Neva , a été emporté par less
glaces. Selon les avis reçus de Conftantinople ,
le Grand Seigneur eft allé vifiter quelques nou
veaux aqueducs , qu'il a ordonné de construire..
A la fin du mois dernier , le Grand Vifir a donné.
184 MERCURE DE FRANCE.
à fa Hauteffe une fête dans un Kioſk ſitué fur la
Mer Noire. L'Efcadre , qui étoit allée croifer dans
l'Archipel fous les ordres du Capitan Pacha , eft
retournée à Conftantinople. Il fe fait en Turquie.
divers préparatifs , qui fembleroient annoncer la
guerre , & le bruit s'étoit même répandu que le
Grand Seigneur méditoit quelque entreprife contre
l'Ile de Malte ; mais il n'y a point d'appa
rence que ce bruit foit fondé , & l'on a d'autant
plus lieu d'en douter , que la Marine de l'Empire
Ottoman n'eft pas en état d'affûrer le fuccès d'une
pareille expédition .
DE STOCKHOLM , le 3 Décembre.
On a reçu de Berlin plufieurs couriers , dont
les dépêches regardent un Traité de commerce
qui fe négocie entre la Suéde & les Etats du Roi
de Pruffe. Le 15 du mois dernier vers minuit
le courier de la Pofte fut arrêté à peu de diſtance
de cette Ville par deux hommes , qui ayant ouvert
ia malle , enleverent tout ce qu'ils y trouverent
de lettres de change , & ne toucherent point
aux autres papiers. Ces voleurs furent dénoncés
le 17 à la Juftice , & l'on fe faifit de leurs perfonnes
. Ils furent mis le 18 à la queftion , & ayant
avoué leur crime , ils ont été condamnés à mort
le 19. Leur dénonciateur a fubi le même arrêt ,
ayant été convaincu de divers forfaits dont ils
l'ont accufé. Afin que les Miniftres , qui réſident
de la part du Roi dans les Cours Etrangeres , ne
foient pas trompés par de faux rapports , le Gouvernement
a jugé à propos de leur envoyer un
Mémoire circulaire , dans lequel ces circonftances
font détaillées . Toutes les lettres des Provinces
ne parlent que des réjouiffances qu'on y a faiDECEMBRE
. 1748. 185
1
E
tes pour célébrer la naiffance du Prince Charles .
La Ville de Carelferoon fur-tout s'eft diftinguée
à cette occafion , & il eft difficile d'exprimer la
joye que les habitans ont reffentie d'apprendre
la nomination de ce Prince à la charge de Grand
Amiral de Suéde . Pendant fa minorité , le Prince
Succeffeur doit avoir la direction générale des
affaires de la Marine .
La Princeffe , époufe du Prince Succeffeur , für
relevée de fes couches le 17 avec les formalités
accoûtumées , & elle reçut la Bénédiction des
mains de l'Archevêque d'Upfal , Primat du Royaume.
Cette cérémonie fe fit dans les appartemens
de cette Princeffe à caufe de l'extrême rigueur du
froid . Les Ambaffadeurs & les Miniftres Etrangers,
ainfi que les Senateurs , complimenterent le même
jour le Prince Succeffeur , & le lendemain les
Confeils & les Tribunaux s'acquitterent du même
devoir. Le 19 , l'Académie Royale des Sciences
eut auffi l'honneur de rendre fes refpects à la
Princeffe , & le Baron de Hopken , Senateur , la
harangua au nom de cette Compagnie . Le Prince
Succeffeur , en vertu des pouvoirs qu'il avoit reçus
du Roi , a revêtu des marques des Ordres de
l'Epée & de l'Etoile du Nord les nouveaux Chevaliers
nommés par fa Majefté . C'eft fans fondement
que depuis quelque tems les Papiers publics
ont publié , qu'on avoit fait conftruire des
Vaiffeaux de guerre dans les Ports de ce Royaume
pour des Puiffances Etrangeres.
Il fe tint hier dans l'appartement du Roi un
Chapitre de l'Ordre des Seraphins : on y manda
tous les Pafteurs des Eglifes de cette Ville , afin
qu'ils rendiflent compte de l'emploi des fommes
qui leur font confiées pour le foulagement des
pauvres on examina enfuite l'état des revenus
186 MERCURE DE FRANCE.
des Hôpitaux , & l'on décida qu'on établiroit une
nouvelle maiſon pour les Orphelins avec le fond
qui a été legué pour une fondation pieufe par la
Veuve de l'Affeffeur Cederflicht. Ĉes jours - ci ,
fe Baron Charles de Нopken , ci - devant Miniftre
Plénipotentiaire du Roi à Coppenhague , eft revenu
en cette Ville , & il a pris poffeffion de la
charge de Secretaire d'Etat du Département de la
Guerre . Sa Majesté a nommé le Comte Axel
Oxenstierna & Mrs Axel Roos & André Tungerfeldt
, Commandeurs de l'Ordre de l'Epée , &
M. Bernard Cederholm Commandeur de l'Or.
dre de l'Etoile du Nord. On mande de Warfovie ,
que le Senatus- Confilium , qui y avoit commencé
fes féances le 22 du mois dernier , s'étoit féparé ;
que le Roi de Pologne Electeur de Saxe y avoit
affifté régulierement , & que toutes les propofitions
, qui y avoient été faites , y avoient éiá
approuvées , à l'exception de celle de convoquer
une Diette extraordinaire ; que la plupart des Senateurs
avoient jugé que les circonstances n'étoient
point favorables pour cette convocation ,
& que d'ailleurs elle n'étoit point néceffaire ,
puifque la Pologne jouiffoit d'une parfaite tranquillité.
Selon les nouvelles de Petersbourg, l'Im
pératrice Reine de Hongrie & de Boheme , & le
Roi de la Grande Bretagne , font de vives inftances
, pour que le Prince Antoine Ulrich de
Brunſwick Beveren obtienne la liberté de retourner
en Allemagne .
DE COPPENHAGUE , le 10 Décembre.
Aladian Joanffa , Roi d'Achem , avoit écrit une
Jettre au feu Roi , pour affûrer ſa Majeſté de la
difpofition où il étoit de procurer aux Danais
DECEMBRE.
1748. 187
es avantages , qui puffent les engager à faire le
ommerce dans les Etats. Par la même lettre , il
onnoit avis à ce Prince , qu'il avoit accordé le
tre d'Oram Caja Manraja au Capitaine Doë ,
Commandant le Vaifleau le Docke , & qu'il avoit
hargé cet Officier de plufieurs préfens pour fa
Aajefté. Cette lettre n'étant arrivée ici que depuis
a mort du feu Roi , fa Majefté Régnante y a fait.
éponſe . Elle mande au Roi d'Achem , qu'elle a
eçu avec plaifir les préfens de ce Prince , & qu'elle
beaucoup de reconnoiffance de l'amitié qu'il té
noigne aux Danois ; qu'elle fera fes efforts pour
entretenir la bonne intelligence qui fubfifte deuis
plus d'un fiécle entre fes fujets & ceux du Roi
PAchem ; qu'elle promer que ceux de ces der
iers , que le commerce pourra attirer dans festats
,y feront traités favorablement , & qu'elle
'oubliera point la diftinétion dont le Roi d'A❤
hem a honoré le Capitaine Doë.
ALLEMAGNE.
D: Vienne , le 11 Décembre.
E Baron de Burmania , Envoyé Extraordinaire
des Etats Généraux des Provinces-Unies,
a conferé plufieurs fois ces jours - ci avec les Miniftres
de l'Impératrice Reine , au fujet des troupes
Hollandoifes qui doivent rentrer dans les Places
des Païs - Bas , où l'on eft convenu que cette
République mettroit des Garnifons. Le Baron de
Loos , Envoyé Extraordinaire du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , a reçu les Lettres de Rappel ,
& il fe difpofe à retourner à Drefde le mois de
Janvier prochain. La femaine derniere , le Régiment
de Cuiraffiers de Hohenzolern & le Corps de
188 MERCURE DE FRANCE.
Pandoures , qu'a commandé le Baron de Trenck ;
ont paffé dans les environs de cette Ville , en allant
en Hongrie . On affûre que ce dernier Corps
fera congedié. Il arriva le 29 du mois dernier cinq
chariots chargés d'or & d'argent monnoyé du
produit des mines de Hongrie. L'Impératrice
Premiere Douairiere eft fort indifpofée depuis
quelques jours .
Les Miniftres de l'Impératrice Reine font occupés
à chercher les moyens de remplir le vuide ,
caufé dans les Finances de cette Princeffe par la
diminution qu'elle a accordée à ſes Etats Hereditaires
fur les taxes qui leur avoient été impofées
pendant la guerre. On publia le 8 un Edit , par
lequel il eft enjoint aux Proprietaires de maiſons ,
de donner dans trois jours un état des revenus
qu'elles produifent. Le Comte de Podewils ' , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Pruffs , revint ict
de Berlin le premier de ce mois . Leurs Majeftés
Impériales ont difpófé d'une Place de Confeiller
Intime en faveur du Comte d'Argenteau , Trée
foncier de la Ville de Liége.
DE DRESDE , le 8 Décembre.
La Commiffion , établie par le Roi pour ré
médier aux abus qui fe font introduits dans la Régie
des Finances de cet Electorat , eft composée
du Comte de Hennicke , du Comte Rex , du Général
Rutowsky & du Comte d'Unruhe . On parle
d'une propofition faite par l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme , de prendre à fon fervice
deux Régimens de troupes Saxones , mais quelques
difficultés s'oppofent au fuccès de cette négociation.
Il paroît que fa Majefté eft diſpoſée à
employer les bons offices , pour terminer les difDECEMBRE
. 189 1748 ,
trends furvenus entre le Duc de Saxe - Gotha & le
Duc de Saxe - Coëtbourg au fujet de la Tutelle du
Dac de Saxe Weymar , & l'on efpere que cette afaire
ne tardera pas à s'accommoder . Le Comte
e Baudiffon , Chambellan du Roi , eft revenu du
Holſtein , où il étoit allé recueillir la fucceffion
du Comte fon pere . Il est déja arrivé de Warfovie
plufieurs des Officiers de leurs Majeftés , lefquelles
font attendues ici avant la fin du mois
prochain. On a reçu avis de Leipfick , que le
Comte de Manteuffel , Miniftre d'Etat & du Cabinet
, y étoit dangereufement malade , & M.
Neith , Médecin du Roi , eft parti pour ſe rendre
auprès de ce Seigneur. Les lettres de Vienne confirment
que le Marquis de Botta d'Adorno , cidevant
Général des troupes de l'Impératrice Reine
de Hongrie & de Boheme en Italie , exercera les
fonctions de Premier Miniftre auprès du Prince
Charles de Lorraine pour le Gouvernement des
Pais - Bas,
DE BERLIN , le 12 Décembre,
N comptoit que la Ducheffe de Saxe - Meinungen
n'ayant point laiffé d'enfans de fes
trois mariages avec Frederic - Cafimir , Duc de
Curlande ; avec Chiftian - Erneft , Margrave
de Bareith , & avec Erneft- Louis , Duc de Saxe-
Meinungen , fes biens reviendroient au Roi ; mais
par une convention qu'elle avoit faite avec la
Ducheffe de Saxe- Gotha , ils paffent à cette Princeffe.
Le Comte de la Lippe Schaumbourg eft
depuis quelques jours en cette Ville , & il eft
allé à Potfdam rendre fes refpects à Sa Majesté .
On conjecture que le Roi deftine au Comte de
Gorter la Charge de Grand Veneur , vacante par
190 MERCURE DE FRANCE.
la mort du Comte de Schlieben . M. Legge , Mniftre
de Sa Majesté Britannique , aura inceffam.
ment fon audience de congé du Roi. Ces
derniers , le feu prit à une poutre qui paff.:
fous la cheminée de la chambre de la Reine ,
mais heureuſement on fut averti aſſez tôt du diager
, pour prévenir les fuites de cet accident
M. de Tettau , Chevalier des Ordres du Roi ,
Commandeur de la Commanderie de Werben , dans
l'Ordre de Saint Jean , Miniſtre d'Etat , & Grand
Burgrave de Pruffe , mourut à Konisberg le 18
de ce mois , âgé de 85 ans. Sa Commandene de
Werben a été accordée à M. d'Arnhim , Minifie
d'Etat & de Guerre.
ESPAGNE.
De Madrid , le 12 Décembre.
Madame , époufe de l'infant Don Philippe ,
& l'Infante fille de ce Prince , ont pris leur
route par Lerme , Burgos & Vittoria , pour fe
rendre à Bayonne , où elles doivent arriver deanain.
Le Roi a reçu de Naples un courier , par
lequel fa Majefté a été informée que la Reine des
Deux Siciles étoit accouchée d'un fecond Prince.
On a chanté à cette occafion le Te Deum , & les
maifons de cette Ville ont été illuminées pendant
trois nuits confécutives . Sa Majesté a nommé à
l'Evêché de Salamanque , D. Jofeph Zorrilla de
Saint Martin , Confeiller du Confeil de l'Inquifition
, & à l'Evêché de Segorbe Don François
Quartero , Directeur Général des Religieufes Kecolettes
. Dona Cecile - Fauftine de Chaves Melia
Arias y Maldonado , Comtefle de Perelada ,
Dame de Compagnie de Madame épouſe de l'iaDECEMBRE.
1748. 191
Fant Don Philippe , mourut le 27 du mois dernier
, dans la trentiéme année de fon âge. Don
Pedre Jean Alfaro Rodriguez d'Efcobar , Confeil-
1er du Confeil de Caftille , eft mort le 29 , âgé de
foixante & dix ans ou environ.
ITALIE.
De Naples , le 2 Décembre.
E Prince , dont la Reine eft accouchée le 12
›
Lois dernier , a été nommé , en recevant
le Baptême , Charles- Antoine Pafchal- François Xavier
-Jean- Nepomucene - Jofeph - Janvier Seraphin
Diegue. Après que le Roi eut reçu le 13 les complimens
des Miniftres , de la principale Nobleffe ,
& du Corps de Ville , fa Majeſté fe rendit à l'Eglife
des Auguftins de Portici , où elle affifta au
Te Deum. Pendant trois jours , on a fait tous les
foirs une triple décharge de l'artillerie des Châteaux
de cette Ville. Les habitans des autres Villes
de ce Royaume n'ont pas montré moins d'em
preffement que ceux de cette Capitale , à célé
brer la naiffance du Prince de Tarente. Don Antoine
Buoninconti , Gouverneur de Torre di Greco
, s'eft furtout diftingué par la magnificence
qu'il a fait éclater en cette occafion . La Ville de
Salerne & celle de Barletta ont donné auffi des
preuves remarquables de leur zéle . Le 24 , jour
de l'anniverfaire de la naiſſance de la Reine , le
Roi admit les Seigneurs à lui baifer la main. A
la réquifition du Roi , le Pape a confenti que ce
Royanme prît la fainte Vierge pour fa principale
Protectrice. On fit le 16 un des tirages de la Loterie
, & les numeros quatorze , vingt-neuf , quarante-
trois , quatre- vingt- trois & quatre- vingtfept
, fortirent de la rouë,
192 MERCURE DE FRANCE.
DE GENES , le 9 Décembe.
&
1 1 eft venu de la Baftie un bâtiment,par lequel
on a appris que le Détachement de troupes
, qui avoit été envoyé en Corfe par l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme , & par le
Roi de Sardaigne , s'étoit retiré de cette Iſle ,
depuis on a été informé que les troupes Allemandes
de ce Détachement s'étoient rendues à Savone.
Les Piémontois , qui faifoient partie du même
Détachement , ont été tranfportés en Sardaigne.
La Cour de Turin a accordé un brevet de Colonel
au nommé Matra , principal Chef des Corfes qui
s'étoient joints aux troupes Allemandes & Piedmontoiſes.
Le Marquis d'Ahumada a reçû ordre
de Madrid , de faire embarquer les vingt canons
de bronze & les cinq mortiers , appartenans à la
Majefté Catholique , lefquels conformément à
une convention faite avec les Anglois ont été
long- tems en dépôt à San Bonifacio ,& qui avoient
été rapportés ici depuis la fignature des articles
préliminaires de la paix . Un Piquet de cinquante
hommes monte actuellement la garde chez ce
Lieutenant Général , ainfi que cela s'eft pratiqué
chez le Maréchal Duc de Richelieu. Quoique la
communication foit entierement rétablie avec les
Etats de l'Impératrice Reine de Hongrie & de
Boheme , on ne parle pas encore de remettre en
liberté les troupes de cette Princeffe , qui ont été
faites prifonnieres dans le tems de la derniere révolution
.
On mande de Livourne , que le Feide Maréchal
Comte de Browne s'y eft embarqué le 25 du
mois dernier fur un Vaiffeau de guerre Anglois ,
pour aller affifter aux conférences qui doivent fe
fenir à Nice. Le Roi d'Efpagne a nommé le Marquis
DECEMBRE. 1748. 193
quis d'Ahumada , pour aller prendre poffeffion
des Duchés de Parme , de Plaiſance & de Guaftalla
, an nom de l'Infant Don Philippe. Ce Général
a fait reprendre encore depuis peu la route de
Catalogne à trois des Bataillons , qui étoient fous
fes ordres . Il y a apparence qu'ils feront bientôt
fuivis du refte des troupes Efpagnoles , à l'exception
du Régiment de Parme & de celui des Grénadiers
Royaux. Selon les lettres de Rome ,
l'Ambaffadeur de la République de Veniſe eut le
as de ce mois une audience du Pape.
DE NICE , le 4 Décembre.
Le Général Comte de Browne , que l'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme a nommé
fon Commiffaire pour affifter aux conferences qui
oat été indiquées en cette Ville , arriva ici le 28
du mois dernier. Il fut falué , en débarquant , de
fept coups de canon . L'ouverture des conferences
s'eft faite le premier de ce mois , & ce jour- là
il y eut chez le Maréchal Duc de Belle - ifle un
repas , où il n'y eut d'adinis que les Commiffaires
des Puiffances , qui ont des intérêts à démêler par
rapport aux reftitutions & aux ceffions à faire en
Italie , & quelques- unes des perfonnes qui les ont
accompagnés pour les aider dans la rédaction de
ce qui fera réglé. Les lettres de Turin marquent
qu'on y attend inceffamment le Baron de Leutrum
, qui commande le Corps de troupes Piedmontoiles
cantonné à San Remo & dans les eng
virons,
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE
GRANDE BRETAGNE.
·
De Londres , le 19 Décembre.
E Roi , qui avoit mis à la voile de Hellevoetfoir
fur la côte de Kent , où il débarqua près de
Margate avec beaucoup de difficulté à caufe d'un
vent d'Oueft qui éloignoit les Vaiffeaux de la
terre , & la Majefté ne put fe rendre en cette Ville
que le 4 à deux heures du matin. Il y eut le même
jour à S. James une Cour très nombreufe , & les
Seigneurs Régens remirent au Roi leur commiffion.
Les Yachts , qui ont tranfporté fa Majefté ,
doivent retourner inceffamment en Hollande ,
pour en ramener le Duc de Cumberland . Le 30 du
mois dernier, jour de l'Anniverfaire de la Princeffe
de Galles , cette Princeffe reçut les complimens
de la principale Nobleffe. Plufieurs Seigneurs &
Dames étoient vêtus ce jour -là d'étoffes fabriquées
en France . Il paroît décidé que la publication de la
Paix ne fe fera que vers le 25 du mois prochain,
Le bruit court que M. Keene , lorsqu'il fera nommé
Ambaffadeur de fa Majefté à la Cour de Madrid
, fera créé Pair de la Grande Bretagne , &
fait Chevalier de l'Ordre du Bain. On a réformé
dix-huit hommes dans chaque Compagnie du
Régiment des Gardes Bleues , vingt & un dans
chacune des Compagnies du Régiment de Dragons
du Lord Marcxerr , & trente- deux dans chacune
de celles du Régiment du Général Hawley,
Les avis reçus de Hollande portent que les Régimens
d'Infanterie de Saint Clair , de Penmure
& de Conway, fe font embarqués pour repaffer
dans la Grande Bretagne . On attend en Irlande fix
Régimens d'Infanterie , qui étoient en garnifon
DECEMBRE . 1748. 195
Gibraltar & à Port- Mahon , & deux autres qui
doivent revenir du Cap Breton. Il est parti de
Southampton le 29 du mois dernier trois Navires
, & le 3 de ce mois cinq autres , chargés de
prifonniers qu'on renvoye en France , & quinze
autres Bâtimens ont fait voile de Portſmouth pour
la même deftination . On a appris d'Amérique ,
que plufieurs Navires François , qui ont été pris
& conduits à la nouvelle Yorck par les Armateurs
des Colonies Angloifes depuis l'expiration du
terme auquel les hoftilités devoient ceffer , avoient
été relâchés.
Le Lord Maire , accompagné des Aldermans
s'étant rendu les de ce mois au Palais de Saint
James , M. Stracey , Juge Affeffeur , qui porta
la parole pour le Lord Maire , complimenta le
Roi au nom du Commun Confeil de cette Ville
fur l'heureux retour de fa Majefté . Il affûra le
Roi de la vive reconnoiffance qu'infpiroient aux
habitans de Londres les égards paternels de fa
Majefté pour l'intérêt de fon Peuple , & les foins
qu'elle avoit pris pour rendre la tranquillité à
l'Europe : il ajoûta que ces habitans ne pouvoient
être heureux qu'autant que le Roi feroit perfuadé
de leur fincere attachement à fa Perfonne & à la
Famille Royale , & il finit , en difant qu'ils employeroient
toujours tous leurs efforts pour le
maintien de fon Gouvernement. Sa Majesté répondit
: Je vous remercie de cette marque de votre affection.
En travaillant au rétablissement de la paix ,
j'ai eu attention à pourvoir efficacement à la fûreté du
Commerce de mes Sujets , c'est pour moi une grande
Satisfaction de voir que les fentimens de ma fidelle
Ville de Londres font tels que je puis les défirer. Tous
les Membres du Commun Confeil eurent l'honaeur
de baifer la main du Roi , & fa Majefté nom-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ma M. Stracey Chevalier. Le 7 , le Roi affifta
dans la Chapelle du Palais de Saint James avec le
Prince & la Princeffe de Galles à l'Office , après
lequel le Te Deum fut chanté par la Mufique . On
a appris qu'il y avoit eu près de la Havane une
action entre l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Knowles , & l'Eſcadre Eſpagnole qui eft fous les
ordres de l'Amiral Reggio. Voici les particularités
que les lettres reçues par les Commiffaires de
l'Amirauté rapportent de ce combat. Une Flotte
marchande ayant fait voile de la Jamaïque au
commencement du mois d'Octobre dernier , elle
découvrit le 11 du même mois l'Eſcadre de l'Amiral
Reggio , qui l'attendoit au paffage , & qui
s'étant approchée , s'empara du Navire la Marie.
Des feux , qu'on vit la nuit fuivante , firent juger
que quelques autres Bâtimens avoient été pris par
les Efpagnols . Le 12 à la pointe du jour , le Commandant
du Vaiffeau de guerre le Lenox , qui fervoit
d'efcorte à la Flotte , apperçut à l'Ouest fix
Vaiffeaux de guerre , & il reconnut aux fignaux ,
que c'étoit l'Efcadre de l'Amiral Knowles. Il fe
preffa auffitôt de la joindre avec la Flotte , & en
même tems les Espagnols firent leurs difpofitions
pour l'attaque. L'Efcadre Angloife étoit compofée
des Vaiffeaux le Cornouailles , de quatre - vingt
canons & de fix cens hommes d'équipage , que
l'Amiral Knowles montoit ; le Tilbury , le Stafford ,
leWarwick & le Cantorbery , chacun de foixante
canons & de quatre cens hommes ; le Lenox , de
cinquante fix canons & de quatre cens quatrevingt
hommes , & l'Oxford , de cinquante canons
& de trois cens hommes. Celle d'Elpagne l'étoit
des Vailleaux l'Afrique , de foixante - quatorze
canons & de fept cens dix hommes , monté par
l'Amiral Reggio ; l'Invincible , d'un pareil nombre
DECEMBRE. 1748. 197
de canons & de fept cens hommes ; le Conquerant,
le Dragon , la Nouvelle Espagne & la Famille
Royale , chacun de foixante quatre canons & de
fix cens dix hommes , & le Galgo , de trente- fix
canons & de trois cens hommes d'équipage.
L'action commença à trois heures après midi , &
ne finit qu'à neuf heures du foir . Les Vaiffeaux
le Warwick & le Cantorbery , après un ,combat
très -opiniâtre , forcerent le Vaiffeau de l'Amiral
Reggio d'aller échouer fur la côte , & l'on fe
rendit maître du Vaiffeau le Conquerant , qui a
perdu fes mats & fes vergues . Les Eſpagnols firent
fauter leur Vaiffeau Amiral , & fe retirerent à la
Havane. Le lendemain de ce combat , l'Amiral
Knowles prit un Bâtiment Efpagnol , qui portoit
en Amerique la nouvelle de l'Acceffion du Roi
d'Efpagne aux articles préliminaires de paix. Suivant
les avis reçus de Hollande , tous les Régi
mens , qui doivent être mis fur l'établiffement
d'Ecoffe & fur celui d'Irlande , fe font embarqués
à Hellevoet - Sluys , & ils n'attendoient qu'un
vent favorable pour mettre à la voile .
Le 10 de ce mois , le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoûtumées , & la
Majeſté , ayant mandé la Chambre des Communes
, fit aux deux Chambres le difcours fuivant ;
Milords & Meffieurs , Je vous informai à lafin de
La derniere Seffion du Parlement , que mon Miniftre
ainsi que ceux du Roi Très- Chrétien & des Etats Gé
néraux des Provinces Unies , avoit figné des Articles
Préliminaires pour la Pacification générale , &
que l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
Les Rois d Efpagne de Sardaigne , & les autres
Puiances engagées dans la guerre , y avoient enfuite
accedé. J'ai pris de concert avec mes Alliés , fans perdre
de tems , les mesures néceſſaires pour conclure le
I iij
196 MERCURE DE FRANCE.
ma M. Stracey Chevalier. Le 7 , le Roi affifta
dans la Chapelle du Palais de Saint James avec le
Prince & la Princeffe de Galles à l'Office , après
lequel le Te Deum fut chanté par la Mufique . On
a appris qu'il y avoit eu près de la Havane une
action entre l'Eſcadre commandée par l'Amiral
Knowles , & l'Efcadre Efpagnole qui eft fous les
ordres de l'Amiral Reggio. Voici les particularités
que les lettres reçues par les Commiffaires de
l'Amirauté rapportent de ce combat . Une Flotte
marchande ayant fait voile de la Jamaïque au
commencement du mois d'Octobre dernier , elle
découvrit le 11 du même mois l'Efcadre de l'Amiral
Reggio , qui l'attendoit au paffage , & qui
s'étant approchée , s'empara du Navire la Marie.
Des feux , qu'on vit la nuit fuivante , firent juger
que quelques autres Bâtimens avoient été pris par
les Efpagnols. Le 12 à la pointe du jour , le Commandant
du Vaiſſeau de guerre le Lenox , qui fervoit
d'escorte à la Flotte , apperçut à l'Queſt fix
Vaiffeaux de guerre , & il reconnut aux fignaux ,
que c'étoit l'Efcadre de l'Amiral Knowles. Il fe
preffa auffitôt de la joindre avec la Flotte , & en
même tems les Espagnols firent leurs difpofitions
pour l'attaque, L'Efcadre Angloife étoit compofée
des Vaiffeaux le Cornouailles , de quatre - vingt
canons & de fix cens hommes d'équipage , que
l'Amiral Knowles montoit ; le Tilbury , le Stafford,
leWarwick & le Cantorbery , chacun de foixante
canons & de quatre cens hommes ; le Lenox , de
cinquante fix canons & de quatre cens quatrevingt
hommes , & l'Oxford , de cinquante canons
& de trois cens hommes . Celle d'Eſpagne l'étoit
des Vaiffeaux l'Afrique , de foixante - quatorze
canons & de fept cens dix hommes , monté par
l'Amiral Reggio ; l'Invincible , d'un pareil nombre
·
DECEMBRE. 174S. 197
de canons & de fept cens hommes ; le Conquerant,
le Dragon , la Nouvelle Espagne & la Famille
Royale , chacun de foixante - quatre canons & de
fix cens dix hommes , & le Galgo , de trente- fix
canons & de trois cens hommes d'équipage.
L'action commença à trois heures après midi , &
ne finit qu'à neuf heures du foir. Les Vaiffeaux
le Warwick & le Cantorbery , après un combat
très - opiniâtre , forcerent le Vaiffeau de l'Amiral
Reggio d'aller échouer fur la côte , & l'on ſe
rendit maître du Vaiffeau le Conquerant , qui a
perdu fes mats & fes vergues. Les Eſpagnols firent
fauter leur Vaifleau Amiral , & fe retirerent à la
Havane. Le lendemain de ce combat , l'Amiral
Knowles prit un Bâtiment Efpagnol , qui portoit
en Amerique la nouvelle de l'Acceffion du Roi
d'Efpagne aux articles préliminaires de paix . Suivant
les avis reçus de Hollande , tous les Régi
mens , qui doivent être mis fur l'établiſſement
d'Ecoffe & fur celui d'Irlande , fe font embarqués
à Hellevoet-Sluys , & ils n'attendoient qu'un
vent favorable pour mettre à la voile.
Le 10 de ce mois, le Roi fe rendit à la Chambre
des Pairs avec les ceremonies accoûtumées , & la
Majefté , ayant mandé la Chambre des Communes
, fit aux deux Chambres le difcours fuivant ;
Milords & Meffieurs , Je vous informai à la fin de
La derniere Seffion du Parlement , que mon Miniftre ,
ainsi que ceux du Roi Très- Chrétien & des Etats Gé
néraux des Provinces Unies , avoit figné des Articles
Préliminaires pour la Pacification générale , &
que l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme ,
les Rois d'Espagne & de Sardaigne , & les autres
Puifances engagées dans la guerre , y avoient enfuite
accedé. J'ai pris de concert avec mes Alliés , fans perdre
de tems , les mesures néceffaires pour conclure le
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ن م
Traité Définitif de Paix , auquel toutes les Parties
devoient concourir .Moyennant la Bénédiction du Ciel,
j'ai réuffi malgréles difficultés qui fe préfentoient , a
confommer dans le cours de l'eté un ouvrage fi important
, & dans lequel il s'agiffoit de regler finalement
& d'un confentement commun les interêts ref
pectifs de tant de Puiffances. J'ai la fatisfaction
de vous annoncer que mes Miniftres ont figné avec
ceux de France des Etats Généraux un Traité Définitif
préalablement concerté avec mes Alliés ,
auquel toutes les autres Puiffances intéreffées dans la
guerre ont accedéfans réſerve . Ma principale attention
, en mettant fin aux calamités de la guerre , a
été d'affûrer de la maniere la plus efficace les droits &.
les interêts de mes Sujets , & de procurer à mes Alliés
les conditions les plus favorables que la fituation des
affaires pourroit faire efperer. C'est un grand plaisir
pour moi , de pouvoir vous apprendre que j'ai trouvé
dans toutes les Parties belligerentes une difpofition.
fincere à conduire la négociation à une heureuſe fin .
Nous devons nous promettre de ces circonstances , avec
le fecours du Tout Puiffant, de jouir long- tems des douceurs
de la Paix , pourvû que nous en faſſions un uſage
convenable. Meffieurs de la Chambre des Commines
, Les dépenfes publiques ont été déja reduites
autant que la conjoncture a pu le permettre . Tout ce
que je vous demande , eft de m'accorder les Subfides
néceffaires , non feulement pour le ſervice de l'année.
courante & pour votrepropre fûreté , mais encore pour
fatisfaire aux engagemens dans lesquels on est entré ,
"
dont on vous a donné communication.S'il eft un tems
propre pour travailler à la diminution des dettes natio
nales, & pour nous mettre en état de ne point craindre
les evenémens futurs , c'eft le tems de la Paix. Les
moyens les plusfurs , & ceux que je vous recommande
Le plus d'employer pour parvenir à ces fins , font l'a
DECEMBRE . 1748. 199
melioration des revenus publics , le maintien de
nos forces navales . Mylords & Meffieurs , Il ne m'eft
pas poffible de vour parler de l'heureux rétabliſſement
de la tranquillité générale , fans vous faire des remercimens
finceres des grands fecours que vous m'avez
fournis avec tant d'affection , pourfoutenir une guerre
dont dépendoit la Caufe Commune de l'Europe ,
dans laquelle notre indépendance nos interets les
plus effentiels étoientfi fortement engagés. Comme les
fardeaux extraordinaires , qui ont été imposés à mes
bons Sujets , m'ont cauſé un veritable déplaiſir , je defire
que le Peuple en foit déchargé le plutôt qu'ilfera
poffible. De quelque nature qu'ayent été lesfuccès de
la guerre , mes troupes n'ont pas laiffé de fe diftinguer
en toute occafion par leur bravoure , d'une maniere qui
perpetuera l'honneur qu'elles fe font acquis ; & les
avantages importans , remportés fur mer , doivent
rendre immortelle la gloire de la Marine Britannique
, ce qui mérite d'autant plus votre attention
qu'on doit regarder nos forces navalles comme le foutien
de la Nation . Vous devez auffi confiderer que des
hommesfi braves , qui ont fi bien fervifurmer &fur
terre , & qui ne peuvent plus à préfent être employés
font dignes de votre protection & de votre faveur.
Alon premierfoin ayant été de prendre de bonne heure
des mefures , afin que mon Peuple recueillit , lè plus
promptement qu'il fe pourroit , les fruits de la Paix ,
je ne doute pas que de votre côté vous ne concouriez
avec empreffement à perfectionner ce louable ouvrage.
Ainfije vous recommande l'avancement du commerce
la culture des arts . Vous pouvez compter que j'y contribuerai
autant que cela dépendra de moi. Jeferai en
même tems tous mes efforts , pour rendre ces avantages
durables , en rempliffant ponctuellement les engagemens
que je viens de prendre , & en confervans
la plus parfaite union avec les Amis & les Alliés de
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE
la Grande Bretagne. L'experience que j'ai faite de
votre zéle , me repond de l'unanimité & de la promptitude
de vos déliberations , & la connoiffance que
vous avez de mes difpofitions , vous affûre que je ne
négligerai rien pour vous rendre un Peuple heureux
floriffant. Le lendemain , les Seigneurs préfenterent
au Roi leur Adreffe , laquelle porte » qu'on
ne peut rien ajouter à la joye que tous les fidéles
Sujets de Sa Majefté reffentent de fon retour ;
» que rien auffi ne leur donne plus de fatisfaction
que de voir ce retour accompagné d'une paix
générale , effectuée par la prudence & la fermeté
→ du Roi , aidées de la concurrence de fes Alliés ;
ם כ
55
que les Pairs de la Grande Bretagne felicitent de
• tout leur coeur Sa Majefté fur la conclufion de ce
grand ouvrage , & qu'ils reconnoiflent avec toute
la gratitude poffible , la fageffe & les travaux
infatigables du Roi dans la conduite d'une guerre
que Sa Majefté à foutenue pour maintenir la
liberté de l'Europe , & pour affûrer l'indepen-
" dance & les interêts les plus effentiels de la Nation
Britannique ; qu'ils font également fenfibles
aux tendres égards que le Roi fait voir pour fon
Peuple ; que les difficultés, qui ont dû fe rencontrer
dans une négociation fi importante & d'une
" fi grande étendue , ne leur font pas inconnues ;
qu'ils regardent comme l'effet des foins actifs &
vigilans de Sa Majefté pour le bien public , que
cet ouvrage ait été porté à la perfection , de concert
avec tant de Puiffances , dans un fi court
intervalle de tems ; que c'eft avec des coeurs
remplis de la plus vive affection , qu'ils remercient
le Roi des difpofitions qu'il montre au fujet
des fardeaux dont fon Peuple eft chargé , &
de la tendreffe paternelle qu'il fait éclatter , en
temoignant combien il défire qu'on profite de
15
DO
DECEMBRE . 1748. 201
»
la premiere occafion pour diminuer les impôts ;
qu'animés d'un tel exemple , & excités par l'a-
" mour de la Patrie , les Pairs de la Grande Bretagne
affûrent Sa Majefté , qu'ils concoureront
avec ardeur aux mefures , qui pourront tendre
à perfectionner ce qu'elle a commencé avec
tant de prudence ; qu'ils font les voeux les plus
finceres,pour que le commerce de la Nation Britannique
devienne de plas en plus floriſſant , &
pour que la tranquillité & l'harmonie foient parfaitement
rétablies dans l'interieur de la Grande
" Bretagne ; que par le zéle avec lequel ils tra-
"
כ
>>
vailleront à procurer ces avantages à la Patrie,
" ils prouveront combien ils font attentifs à l'honneur
de la Couronne à la fermeté du Trône
” du Roi , & à la fûreté de ſes Royaumes ; qu'ils
» ont une jufte eftime pour la valeur , avec laquelle
les troupes fe font diftinguées pendant cette
guerre , tant fur mer que fur terre ; qu'ils les
regardent comme l'honneur & la force de leur
Païs , & qu'ils applaudiffent à la bonté, qu'a euë
Sa Majefté de recommander à la faveur & à la
protection du Parlement , celles du fervice defquelles
on n'a plus befoin ; que les fentimens da
Roi au fujet des forces navales font dignes d'un
Souverain de la Grande Bretagne , qui a à coeur
" la gloire & les interêts de la Nation ; que les
fuccès de la Flotte Britannique , & les conféquences
qui en résultent pour le maintien de la
" Paix , font des preuves évidentes de la néceffité
ܕܕ܂
de conferver une puiffante Marine ; que les Pairs
demandent à Sa Majefté la permiffion de profi-
» ter de l'occaſion pour lui renouveller les affa
rances de leur fidelité inviolable ; qu'ils promet-
» tent au Roi de faire tous leurs efforts pour mettre
Sa Majefté en état de maintenir la tranquil
I v
202 MERCURE DE FRANCE
lité qu'elle a rétablie dans fes Royaumes , de
cultiver fon union avec les Amis & les Alliés de
»da Grande Bretagne , & d'affûrer la gloire & le-
» bonheur de fon regne. Le Roi répondit à cette
Adrefle, Mylords , Je vous remercie des témoigna
ges que vous me donnez de votre fidelité & de votre af
fection . La fatisfaction que vous me marquez fi unanimement
au fujet des mesures que j'ai prifes , m'eft
très-agréable , & vous pouvez être perfnadés que j'at
toujours eu & que j'aurai toujours pour objet , ſoit dans
la paix, foit dans la guerre , de favorifer les interêts de
mes Sujets , & de foutenir mes Alliés . La Chambre
des Communes prefenta auffi le 12 fon Adreſſe au,
Roi , & elle l'affura » qu'elle avoit toute la recon-
=>
noiffance poffible pour la conftante attentionaa
avec laquelle il travailloit au bien de fon Peuple;
»qu'elle le felicitoit fur l'heureux fuccès des efforts
qu'il avoit faits pour rendre la paix à l'Europe
par la conclufion du Traité Définitif , auquel
2 tous les Alliés de la Grande Bretagne ont concouru
fans réferve ; qu'on ne pouvoit en cetre
Da occafion qu'admirer la fageffe & la conduite de
» Sa Majeſté , d'avoir concilié & ajusté en fi peu
de tems des interêts fi differens ; que la Cham-
» bre remercioit très- humblement le Roi de la tendreffe
qu'il témoigne pour fes Sujets , en vottlant
profiter des circonstances pour diminuer les .
dépenfes publiques; qu'elle reconnoiffoit la pra-
» dence de Sa Majeſté dans l'exhortation que le
Roi avoit faite au Parlement , de s'attacher à:
» l'oeconomie & à l'amelioration des revenus de
l'Etat , l'une & l'autre étant abfolument néceffaires
dans la conjoncture préfente pour réduire
les dettes nationales , pour foulager le Peuple ,
& pour fe précautionner contre les évenemens
futurs ; que les Communes ne négligeroient :
03 .
DECEMBRE. 1748. 203
» rien de ce qui pourroit contribuer à ces fins im-
" portantes & falutaires ; qu'elles avoient vû avec
* le plus grand plaifir le Roi faire l'éloge de la valeur
de fes troupes , tant de terre que de mer ;
que la Chambre auroit de fon côté tous les
» égards dus aux fervices de tant de braves gens ,
» qui fe font fi glorieuſement fignalés dans la défenfe
de leur Païs ; qu'elle étoit veritablement
» fenfible aux fuccès éclatans , qui ont accompa
gné les armes de Sa Majefté fur mer , & que les
» Communes étoient pleinement convaincues de
la néceffité de maintenir la Marine dans un état
» à la faire refpecter ; qu'elles accorderoient les
fubfides qui feroient jugés néceffaires pour ren-
» dre la paix ftable , pour affermir le Gouvernement
prefent , pour conferver la gloire de la
"Nation , & pour fatisfaire aux engagemens dans
lefquels on étoit entré ; qu'elles prendroient
particulierement en confideration l'avancement
» du commerce , la culture des arts & l'augmen
ود
DO
tation du credit public . Le même jour , la
Chambre des Communes regla que le grand Committé
pour la Religion s'affembleroit tous les Mardis
, celui pour les Griefs les Jeudis , celui pour la
Juftice les Samedis , & celui pour le commerce les
Vendredis . On doit propofer de nouveau dans cette
Seffion du Parlement , de paffer un Bill pour natu
ralifer les Proteftans Etrangers , qui auront refidé
dans la Grande Bretagne pendant quatorze ans ,
mais on croit qu'il ne rencontrera pas moins d'oppofitions
que dans la Seffion précedente . Mi
Buffinello , Résident de la Republique de Venife' ,
eut le 11 une audience particuliere du Roi , étant
préfenté par le Duc de Newcastle , Secrétaire d'E--
tat , & conduit par le Chevalier Clement Cotterel
Dormer,Maître des Ceremonies. Suivant une réfo
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
lution prife par les Commiffaires de l'Amirauté, il
reftera foixante & dix Vaiffeaux de guerre en commiffion
, & l'on a envoyé ordre dans tous les Chantiers
de la Grande Bretagne , de fufpendre ju qu'à
nouvel ordre le renvoi des ouvriers qui y font employés.
On a appris de Newton dans le Comté de
Lancaftre , que plufieurs Gentils - hommes & autres
perfonnes y avoient paru avec des cocardes blauches
& d'autres marques exterieures de leur attachement
à la Maifon de Stuard, qu'ils s'étoient repandus
enfuite en divers endroits de la Ville , &
qu'ils avoient ufé de violence contre ceux qui
s'étoient déclarés du parti contraire ; que les habitans
du Bourg de Wiggan , voifin de Newton ,
ayant pris les armes auffi- tôt qu'ils avoient été
avertis de ce qui fe pafloit , avoient marché à
Newton au nombre de cinq cent ; qu'en même
tems ceux du Bourg de Newport , qui eft auffi
dans les environs , s'y étoient rendus en armes ,
pour attaquer les habitans de Wiggan ; qu'il y
avoit eu entr'eux un combat très - opinâtre , dars
lequel les derniers avoient eu l'avantage . Il y a eu
des deux côtés douze hommes de tués & trentefix
de bleffés . Le bruit court que le Comte d'Albermale
fera bientôt mis dans le Miniftere ; qu'à
fa place le Major Général Graham commandera
les troupes en Ecoffe , & que le Colonel Lée com
mandera en chef celles qui font fur l'établiſſemert
d'Irlande . Charles Seymour , Duc de Sommerfet. ,
Comte de Hertford , Vicomte de Beauchamp ,
Baron de Hache , mourut à ſa terre de Petworth
dans le Comté de Suffex, âgé de quatre- vingt- fept
ans.
DECEMBRE. 1748 105
RELATION du Paffage de Madame
Infante par Bayonne & par Bordeaux .
Adame Infante & l'Infante Ifabelle fa fille ,
étant parties de Madrid le 26 du mois dernier
, arriverent le 10 de ce mois fur les cinq
heures du foir à Iron , derniere Ville d'Espagne .
Le Comte de Noailles , que le Roi avoit envoyé
au-devant de Madame Infante , s'y étoit rendu
pour recevoir les ordres de cette Princeffe , après
le fouper de laquelle il retourna à Saint Jean
de Luz. Les Infantes partirent d'Iron le 11 au
matin. Auffi- tôt qu'elles furent fur le pont qui
avoit été conftruit fur la riviere de Bidaffoa pour
leur paffage , elles furent faluées par plufieurs
décharges réitérées du canon d'Andaye & de Fontarabie
. Le Sieur de Beaufort , Prevôr Général
de la Province , fe trouva avec fa Compagnie
au fortir du pont , pour les escorter- E.les fe rendirent
à Saint Jean de Luz , où elles furent reçues
par le Comte de Noailles , qui leur préſenta le
Marquis d'Amou , Commandant de Bayonne ;
le Sieur de la Bauve , Intendant de la Province ,
& les Magiftrats de la Ville . Après le dîner , pendant
lequel les troupes Bourgeoifes monterent la
garde devant la maifon qui avoit été préparée
pour les Infantes , ces Princeffes remonterent en
caroffe , & arriverent à Bayonne vers les quatre
heures au bruit du canon des remparts & de
la Citadelle , & de celui des Vaiffeaux qui étoient
dans le Port . Le Marquis d'Amou & les Magiftrats
les reçurent aux portes de la Ville , où elles entrerent
aux acclamations de tout le peuple. Les
rues par lefquelles elles paflerent , étoient bordées
9"
206 MERCURE DE FRANCE.
de troupes. Les Gardes du Corps du Roi d'Ef
pagne , ayant accompagné les Princeffes jufqu'à
la porte du Palais Epifcopal où elles logerent ,
fe retirerent , & alors ceux de Sa Majesté prirent
leur fervice. Il y eut le foir une belle illumination
devant les fenêtres de Madame Infante , & cette
Princeffe foupa en public , à la grande ſatisfaction
d'une affluence extraordinaire de monde , qui par
fes empreflemens montroit fa joye de la voir..
Le 12 , les Efpagnols , qui n'étoient pas deſtinésà
fuivre Madame Infante , prirent congé d'elle.
Ils en reçurent ces marques de bonté , qui luiavoient
gagné tous les coeurs en Eſpagne , & ils
donnerent des preuves fenfibles du regret qu'ils
avoient de la quitter. Ce jour , ainfi que le précedent
, il y eut à fon dîner & à fon fouper le
même concours de la Nobleffe & de la Bourgeoifie
, & l'on répeta l'illumination de la veille..
Lorfque les Princeffes partirent le 13 de Bayonne ,.
on rendit à Madame Infante les mêmes honneurs
qu'à fon arrivée. Cette Princeffe & l'Infante fa
fille coucherent le même jour à Dax , le 14 ài
Mont de Marfan , le 15 à Roquefort , le 16 à
Bazas , le 17 à Caftres. Le 18 fur le midi , elles fe
rendirent ici , au milieu d'une foule innombrablede
peuple , & elles furent faluées du canon
tant du Château Trompetre que des autres Forts..
Elles defcendirent à l'Intendance , où le Sieurs
de Tourny , Intendant de la Province , lequel
leur avoit été préfenté le 15 à Captioux , & qui
enfuite étoit revenu en cette Ville , les attendoit
avec les Jurats , que le Comte de Noailles leur
préfenta . L'Archevêque , le Premier Préfident &
les principaux Membres du Parlement , & une
grande quantité de Nobleffe , fe trouverent fur
le paffage des Princeffes pour leur rendre leurs.
DECEMBRE 207 1749
refpects . Les Infantes dînerent enfemble en: pu
blic. On tira le foir dans le jardin de l'Intendance
un feu d'artifice , accompagné d'illuminations ,.
& Madame Infante voulut bien pendant fon fouper
entendre une fymphonie , pendant laquelle
Ja Demoiſelle Bourbonnois chanta une Cantatille
compofée à la louange du Roi & de la Princeffe ..
Madame Infante partit le 19 à huit heures du
matin , étant faluée , ainfi qu'à ſon arrivée , par
l'artillerie du Château Trompette & des Forts ,
& fon paffage étant rempli de peuple , auquel elle
fir jetter de l'argent. Le tems étant beau , elle
a choifi de fe rendre à Lormont par la riviere ,
dans un Brigantin que l'Intendant lui avoit fait
préparer. Tous les Vaiffeaux du Port ont tiré leurs -
bordées , à mefure qu'elle a paflé. Après trois
jours de fejour en cette Ville , l'Infante Ifabelleeft
partie le 22 , & fon départ a été femblable
à celui de Madame Infante. La même multitude
de monde s'est trouvée fur fon paffage. Les canons
de tous les Forts l'ont faluée pendant fa marche
juſqu'à la riviere , & elle n'a pas été plutôt embarquée
, que ceux des Vaiffeaux du Port en ontfait
autant . Dans la traverſe des rivieres , les deux
Princeffes ont eu le tems le plus favorable . Le
Sieur de Tourny a fuivi l'Infante Ifabelle jufqu'à
Montlieu , où il a pris congé d'elle , la laiffant aux
foins du Sieur de Pleurre , Intendant de la Géné❤
ralité de la Rochelle .
208 MERCURE DE FRANCE .
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 8 de ce mois , fecond Dimanche de l'Avent,
LE
pelle du Château la Mefle chantée par la Mufique
.
La Reine communia le même jour par les
mains de l'Abbé d'Alegre , fon Aumônier en
Quartier.
Le 9 , Fête de la Conception de la Sainte Vierge
, leurs Majeftés entendirent la Meffe dans la
même Chapelle . Elles affifterent l'après - midi ,
étant accompagnées de Monfeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine , & de Mefdames de
France , à la Prédication de l'Abbé Joffer , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Metz , & enfuite
aux Vêpres , qui furent chantées par la Mufique
.
Le mêmejour , le Roi quitta le deuil , qu'il avoit
pris pour la mort de la Ducheffe Douairiere de
Parme.
Le Roi a accordé à M. de Courteille , Confeiller
d'Etat , & Ambaffadeur de Sa Majesté auprès
du Corps Helvétique , la Charge d'Intendant des
Finances , vacante par la mort de M. le Pelletier
de la Houffaye.
Le 15 , troifiéme Dimanche de l'Avent , le Ror
& la Reine entendirent dans la Chapelle du Châreau
la Meffe chantée par la Mufique.
Leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
Je Dauphin & de Mefdames de France , affifterent
DECEMBRE . 1748. 200
Paprès-midi à la Prédication de l'Abbé Joffet ,
Chanoine de l'Eglife Cathédrale de Metz.
Le 17 , le Duc de Huefcar , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roi d'Espagne , eut une audience
particuliere du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majefté le Marquis de Sotto Mayor , Ambaſſadeur
Extraordinaire de Sa Majefté Catholique aux
Conférences d'Aix - la-Chapelle , lequel s'en retournant
en Efpagne , prit congé du Roi . Le Duc
de Huefcar fut conduit à cette audience par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs.
Le 4 , les Princes & Princeffes du Sang rendi→
rent en cérémonie , à l'occafion de la mort de la
Ducheffe Doüairiere de Parme , leurs refpects à
Monfeigneur le Dauphin & à Madame la Dauphine.
Les Seigneurs & Dames de la Cour , en
habits de grand deuil , s'acquitterent du même devoir.
Le Roi a nommé le Comte de Vaulgrenant fon
'Ambaffadeur auprès du Roi d'Efpagne , & M. de
Paulmy d'Argenfon doit aller réfider avec le même
caractére auprès des Cantons Suiffes.
Sa Majefté a auffi nommé le Comte de Saint-
Severin Miniftre d'Etat .
Le 22 , quatriéme Dimanche de l'Avent , Ie
Roi & la Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique. L'après-
midi leurs Majeftés , accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France
affifterent à la Prédication de l'Abbé , Joffer , Chanoine
de l'Eglife Cathédrale de Metz .
Le 24 , veille de la Fête de la Nativité de Notre-
Seigneur , le Roi & la Reine , accompagnés de
même que le 22 , entendirent les premieres Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Evêque
ZIO MERCURE DEFRANCE.
de Lavaur officia . Le même jour , pendant la
Meffe du Roi , cet Evêque avoit prêté ferment de
fidélité entre les mains de Sa Majesté.
Le 25 , jour de la Fête , leurs Majeftés , qui
après avoir affifté aux Matines , avoient entendu
trois Méfles à minuit , affifterent , étant accompagnées
comme le jour précédent , à la grande Meſſe
célébrée pontificalement par l'Evêque de Lavaur.
Elles entendirent l'après - midi le Sermon de l'Abbé
Joffet , & enfuite les Vêpres , aufquelles le même
Prélat officia.
Le Duc de Huefcar , Ambaffadeur Extraordinaire
du Roi d'Efpagne , eut le 22 une audience
de la Reine , & il préfenta à fa Majefté le Marquis
de Sotto Mayor , Ambaſſadeur Extraordinaire de
Sa Majefté Catholique aux Conferences d'Aix-la-
Chapelle , qui prit congé de la Reine . Il le préfenta
enfuite à Monfeigneur le Dauphin , à Madame
la Dauphine & à Mefdames de France. Le
Duc de Huefcar fut conduit à toutes ces audiences :
par le Chevalier de Sainctot , Introducteur des
Ambaffadeurs.
Le 20 du mois dernier , lendemain du jour auquel
Madame Infante partit de Bordeaux , cette
Princeffe coucha à Montlieu . Elle fe rendit le 21
à Barbezieux , le 22 à Aigre , le 23 au Château du
Marquis de Verac , le 24 à Poitiers , où il y eut le
même jour illumination & feu d'artifice . Le 25 , Fête
de la Nativité de Notre Seigneur, cette Princeſſe
entendit trois Meffes à cinq heures du matin , &
fit fes Dévotions. S'étant remiſe enfuite en route
elle arriva le même jour à Châtellerault , le 25 à
Loches , le 27 à Blois . Elle féjourna le 28 dans
sette derniere Ville , d'où elle fe rendit le 29 à
Thoury. M. de Pleurre , Intendant de la Géné
zalité de la Rochelle ; M. de Beaumont , Intendant
DÉCEMBRE . 1748. 211
de celle de Poitiers ; M. de Magnanville , Inten
dant de Touraine , & de M. Barentin , Intendant
d'Orléans , ne fe font pas moins diftingués que
Mrs de la Bauve & de Tourny , par les foins qu'ils
ont pris pour procurer à Madame Infante dans fon
paffage par leurs Généralités , une réception qui
répondît à leurs fentimens & à ceux de la Nation .
Cette Princeffe arriva le 30 à Villeroi , où le
Roi l'attendoit. Sa Majefté l'y reçut avec les plus
vives démonftrations de tendreffe , & l'après- midi
la conduifit à Choify , d'où le Roi eft retourné le
lendemain avec elle à Verſailles.
Le Roi a nommé fon Ambaſſadeur auprès du
Roi d'Angleterre le Marquis de Mirepoix , Lieutenant
Général des Armées de Sa Majeſté , &
Chevalier de fes Ordres.
Le Maréchal Duc de Richelieu eft arrivé le 25
de Génes , où il commandoit les Troupes de Sa
Majefté , qui l'a reçû très -favorablement.
PROMOTION
D'Officiers Généraux & de Brigadiers.
M
Lieutenans Généraux.
Effieurs la Bazecqué ,, Gouverneur de la
Citadelle de Lille ; le Brun , Commandant
en Languedoc ; du Chambon , Aide- Major des
Gendarmes de la Garde du Roi ; Vigier , Colonel
d'un Regiment Suifle ; Marquis de Calviere ,
Lieutenant d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Comte de Razilly , Commandant un Ba
212 MERCURE DE FRANCE:
taillon du Régiment des Gardes Françoiſes ; Bernage
de Chaumont ; Comte de Relingue ; Come
de Saint André ; Seedorff , Colonel d'un Régiment
Suifle , Marquis de Fougieres , Enfeigne
d'une des Compagnies des Gardes du Corps; Marquis
de Choifeul Beaupré , Comte de Logny
Montmorency, Commandant une Brigade du
Régiment Royal des Carabiniers ; Marquis de
Mezieres ; Comte de Treffan ; Comte de Balincourt
, Lieutenant d'une des Compagnies des
Gardes du Corps ; Vicomte de Suzy , Lieutenant
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Comte de Montefquiou , Sous-Lieutenant de la
premiere Compagnie des Moufquetaires de la
Garde du Roi ; Marquis de Crequy , Commandant
une Brigade du Régiment Royal des Carabiniers ;
Gramont , Lieutenant d'une des Compagnies des
Gardes du Corps ; Marquis du Muy ; , Manherbe
Aide Major des Gardes du Corps; Marquis d'Anle
zy; Marquis de Pont Saint Pierre ; de Guers , Commandant
un Bataillon du Régiment des Gardes
Françoifes ; Comte de Laigle ; Comte de Levis ;
de Fremeur ; Comte de Coffé ; Marquis de Peruffy
, Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi ; Marquis de
Morangiés ; Marquis de Sourches ; Vicomte de
Canillac , Enfeigne de la feconde Compagnie des
Moufquetaires de la Garde du Roi ; Comte de
Rofen , Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
Allemande , Comte de Fitz - James , Colo .
nel du Régiment d'Infanterie Irlandoife de Berwick
; le Gendre ; Marquis de Cruffol Deffalles ;
Marquis de Bauffremont , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons ; Comte de Saulx ; Prince
de Tingry ; Comte de la Suze , Chevalier de NiDECEMBRE
. 1748 . 213
colay; Duc de Fleury ; Defcajeul , Lieutenant
d'une des Compagnies des Gardes du Corps , Duc
de Fitz James , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie Irlandoiſe ; Comte de Luffan ; Chevalier
d'Aboville , Lieutenant d'Artillerie ; Chevert
; Comte de Noailles ; Come de Maillebois ,
Inspecteur Général d'Infanterie ; Marquis de Choifeul
; Baffat , Lieutenant Général d'Artillerie ;
Marquis de Valory , Miniftre du Roi en Pruffe
Marquis de la Chetardie ; Comte de la Claviere ,
Gouverneur de Montmedy ; Duc de Broglie , Inf
pecteur Général d'Infanterie ; Marquis d'Auger ,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Dumefnil , Infpecteur Général de Cavalerie
; Marquis de la Luzerne , Lieutenant d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; Baron de
Montmorency ; Marquis du Poulpry ; Chevalier
du Muy; Chevalier de Pont Saint Pierre, Enfeigne
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Comte de Rothe , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
Irlandoife ; Marquis de Carcado ; Comte
de Rochechouart Faudoas ; Marquis de Montmorin
; Comte de Lorges ; Marquis de Vibraye ;
d'Herouville de Claye , Infpecteur Général d'Infanterie
; Duc de Lauraguais ; Duc de Duras
Comte de la Marche ; Marquis d'Eftrehan ; Mar
quis de Surgeres ; Comte de Mailly d'Haucourt ;
Comte d'Andlay ; Vicomte de Coetlogon ; Comte
de Montboiffier , Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires ; Marquis de la Salle ,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi ; Comte de Pons ; Comte de
Montbarrey ; Marquis de Beaupreau ; Comte de
la Vauguyon ; Comte de Grammont ; Marquis
de Gontault ; Duc d'Havré ; Marquis de Saint
Pern ; du Vivier , Ingenieur ; Bailly , Lieutenant
214 MERCURE DE FRANCE.
Général d'Artillerie ; de Vaudreuil , Major du Regiment
des Gardes Françoifes ; Comte de Saint
Germain , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
Allemande ; de Valliere , Lieutenant d'Artillerie ,
& Directeur Général des Ecoles d'Artillerie; Gourdon
de l'Eglifiere , Ingenieur.
Maréchaux de Camp.
Meffieurs de Menou , Lieutenant de Roi de
Nantes ; de Coetmen , Commandant à Breft ; de
Pierrefeu , Lieutenant Colonel du Régiment de
Cavalerie de Conty ; Phiffer , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Chevalier de Bannes ,
Aide-Major de la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde du Roi ; Nugent , Lieutenant
Colonel du Régiment de Cavalerie Irlandoiſe
de Fitz- James ; Réding de Biberegg , Capitaine
au Régiment des Gardes Suiffes ; Comte d'Orlick
, Colonel du Régiment Royal Pologne ;
Coock , Capitaine au Régiment de Cavalerie Irlandoife
de Fitz -James ; la Ferriere , Aide-Major
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ; Dunkell
, Commandant une Compagnie dans le Régiment
d'Infanterie Irlandoife de Clare ; Marquis
de Blaru , Exempt d'une des Compagnies des Gardes
du Corps , avec rang d'Enfeigne ; Marquis
d'Efpinchal , Exempt d'une des Compagnies des
Gardes du Corps avec le même rang ; Marquis de
Gauville Pellerin , Commandant un Bataillon du
Régiment des Gardes Françoiſes ; Marquis d'Entragues
, Capitaine Lieutenant des Chevau-Legers
d'Anjou ; Marquis de Jonfac, Capitaine Lieurenant
des Chevau- Legers de Monfeigneur le
Dauphin ; Planta, Capitaine au Régiment des Gardes
Suiffes ; Marquis de Laftic , Enfeigne d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; Rodolphe
DECEMBRE. 1748. 215
Caftella , Capitaine au Régiment des Gardes Suiffes
; Marquis de Boufflers , Meftre de Camp du
Régiment de Dragons d'Orleans ; Villars- Chandieu
, Capitaine au Régiment des Gardes Suifles ;
Marquis d'Aubigné , Colonel du Régiment de la
Marine , Duc d'Olonne , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Touraine ; Marquis de Saint Simon
, Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Boccard , Major du Régiment des Gardes
Suiffes ; Comte de Lutzelbourg , Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Bretagne , Marquis Dau
vet , Capitaine Lieutenant des Gendarmes Anglois
; Marquis de Chabrillant , Mestre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie ; d'Afpremont Lynden,
Mestre de Camp d'un Régiment de Huffards ;
Marquis d'Argens , Commandant une Compagnie
dans le Régiment des Dragons de Caraman ;
Marquis de Cuftine , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, Marquis de Rougé , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Vermandois ; Marquis d'Efcars
, Colonel du Régiment de Santerre Chevalier
de Dreux , Colonel du Régiment Royal Marine
; Marquis Deffalles , Colonel du Régiment
de Champagne ; Marquis d'Asfeld , Meftre de
Camp d'un Régiment de Dragons; Prince de Croy,
Meftre de Camp du Régiment Royal Rouffillon
Cavalerie ; Marquis de Puyfegur , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Vexin ; Marquis de Champinelles
, Enfeigne de la premiere Compagnie des
Moufquetaires ; Comte de Raugrave , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie Legere ; Beaufobre
, Meftre de Camp d'un Régiment de Huffards
; Comte de Lannion , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Lyonnois ; Comte du Luc , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Comte de
Vence, Colonel du Régiment Royal Corfe; Comte
216 MERCURE DE FRANCE.
de Bergeyck ,Colonel du Régiment Royal Wallon;
Comte de Lhofpital , Meftre de Camp d'un Régimentde
Dragons ; Prince de Monaco , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie ; Marquis de Marcien,
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde ; Marquis de Brancas , Meftre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Marquis de
Saint Chamans , Enfeigne de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde ; Comte du Rumain
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
Comte de Brionne , Meftie de Camp d'un Régiment
de Cavalerie ; Comte de Sparre , Colonel
du Régiment Royal Suedois ; Marquis de Voyer ,
Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie de
Berry ; Chevalier de Braflac , Commandant une
Brigade du Régiment Royal des Carabiniers; Saint
Jal , Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes
du Corps ; Chevalier de la Touche , Lieutenant
Colonel du Régiment de Cavalerie Allemande
de Rofen ; Marquis de Laval , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , Ligondés , Enfeigne d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; La Vallelette
, Commandant une Brigade du Regiment
Royal des Carabiniers ; Graffin , Colonel d'un
Régiment d'Arquebufiers ; Lally , Colonel d'un
Régiment d'Infanterie Irlandoife ; Marquis de
Monteynard , Colonel du Régiment d'Infanterie
d'Agenois ; Courmontagne , Dupont , Baudouin,
Courdoumer, Ingenieurs ; Chevalier de Croifmare,
Commandant une Compagnie dans le Régiment
de Cavalerie de Broglie ; Chevalier de Sommery ,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Chevalier de la Guette , Efmonin , Labinon
, Lieutenans d'Artillerie ; Comte de la Maffais
, Colonel du Régiment de Piedmont ; Comte
de Vaux , Colonel Lieutenant du Régiment d'Infanterie
DECEMBRE. 174$ . 217
fanterie de Bourbon ; Prince de Beauvau , Colo
nel du Régiment des Gardes de Lorraine ; La
Tour , Lieutenant Colonel du Regiment d'Infan
terie de la Tour du Pin ; Marquis de Narbonne ,
Commandant une Compagnie dans le Régiment
des Dragons d'Orleans , Comte de la Guiche , Meftre
de Camp , Lieutenant du Régiment de Cava-
Ierie de Condé ; Chevalier de Pons , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Baffigny ; Chevalier de
Maupeou , Colonel du Régiment d'Infanterie de
Bigorre ; Marquis de Stainville , Colonel du Regiment
de Navarre , Vicomte de Rohan , Meſtre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie ; Comte de
Foucquet , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie ; Marquis du Fretoy, Lieutenant d'une .
des Compagnies des Gardes du Corps; Prince Ca
mille , Mettre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Prince de Turenne , Colonel Général de
la Cavalerie ; Comte de Friefe , Colonel du Régiment
d'Infanterie Allemande de Madame la
Dauphine ; Marquis de Bethune , Meftre de Camp
Général de la Cavalerie ; Marquis de Caftries ,
Commiflaire Général de la Cavalerie.
Brigadiers d'Infanterie.
Meffieurs Torrés , Colonel Réformé , Com-.
andant un Bataillon de Fufiliers de Montagne
de Tourville , Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; de Villars , Capitaine au Regiment
des Gardes Françoifes ; de la Rocque , Capitaine
Commandant la Compagnie Colonelle du Régiment
des Gardes Françoifes ; Rivray , Lieutenant.
Colonel du Régiment Royal Lorraine , avec rang
de Colonel , d'Agieu , Commandant un Bataillon
du Régiment d'Anjou , avec rang de Colonel
; de Rochegude , Capitaine au Régiment des
II. Vol.
K
218 MERCURE DE FRANCE.
>
Gardes Françoiles , de Montureux , Colonel du
Régiment de la Milice de Lorraine ; Teeterman
Ajde Major au Régiment des Gardes Suiffes ;
Comte de Bezenval , Capitaine au Régiment des
Gardes Suifles ; de Zurlauben ; Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Lannoy , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoiles ; Bragelogne , Capitaine
de Grenadiers au Régiment des Gardes
Françoiles ; Defpiés , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes ; de la Ferriere , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes , de Poudens ,
Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
Comte de Ferfen , Colonel d'un Régiment Allemand
, Louis Drummond de Melfort , Colonel
du Régiment Royal Ecoffois, Comte de Matignon,
Colonel du Régiment de Forez , Valfons , Capitaine
au Régiment de Piedmont , avec rang de
Colonel ; de la Grandville , Colonel du Régiment
de Saintonge ; Chevalier de Fleury , Colonel d'un
Régiment du Trau de Villetang , Ingenieur ;
Marquis de Sailly , Colonel Lieutenant du Régimen
de Conty; Chevalier de Modene , Capitaine
au Régiment de Bourbonnois , avec rang de Co.
lonel ; Meyronnet , Major du Régiment du Roi ,
avec rang de Colonel ; Baron de Bergh , Colonel
d'un Régiment Allemand ; la Queuille , Colonel
du Régiment de Nice ; Baton de Wuimler , Lieu.
tenant Colonel du Régiment d'Allace , avec rang
de Colonel ; la Live de Pailly , Colo el d'Infante
rie & Maréchal des Lagis des Camps & Armées du
Roi , Coincy , Colonel d'Infanterie ; Chevalier
de Saint Simon , Major du Régiment de Trainel ,
avec rang de Colonel ; Chatelard , Lieutenant Colonel
du Régiment des Gardes de Lorraine , avee
rang de Colonel Salis de Mayenfels , Colonel
d'un Régiment Grifon, Marquis de Talaru , Colo.
DECEMBRE. 1748. 219
nel d'un Régiment ; Marquis de la Rocheaymon,
Colonel d'un Régiment ; Chevalier de Valence ,
Colonel du Régiment de Bourbonnois ; Montigny,
Commandant un Bataillon du Régiment Royal
Baviere , avec rang de Colonel ; Dieskau , Lieutenant
Colonel du Régiment de Saxe Allemand ,
avec rang de Colonel , de Puifignieu , Colonel du
Régiment Royal , Marquis de Lugeac , Colonel
du Régiment de Beauvoifis , Leflié , Major du Régiment
Royal Suédois , avec rang de Colonel ;
Glaubitz , Lieutenant Colonel du Régiment de
Naflau Allemand , avec rang de Colonel ; Marquis
de Brehant , Colonel du Régiment de Médoc;
Marquis de Caux , Colonel du Régiment de Lorraine;
Comte de Carcado , Colonel du Régiment
de Breffe ; Marquis de la Rochecourbon , Colonel
du Régiment de Luxembourg ; Chevalier de Grof
folles , Major du Régiment de Languedoc , avec
rang de Colonel ; Chattillon , Commandant un
Bataillon du Régiment de Bretagne , avec rangde
Colonel ; Chevalier de Rochechouart , Colode!
du Régiment d'Anjou ; de Lanjamer , Colonel du
Régiment de Gattinois ; Comte Balbi , Colonel
Reformé , à la fuite du Régiment Royal Italien ;
Vialis , Ingenieur ; Antoine Reding , Lieutenant
Colonel du Régiment Suiffe de Monnin , avec
rang de Colonel ; de Curzay , Colonel da Régiment
de Tournaifis ; Laurencia de Chanzé Lieu .
tenant Colonel du Régiment de Vaftan ; du Defchaux,
Lieutenant Colonel du Régiment de Champagne
; d'Auteuil , Lieutenant Colonel du Régiinent
de Flandre ; Chevalier de Bye , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Wallon ; la Cofte,
Lieutenant Colonel du Régiment de Beauce ; Tra
zicourt , Lieutenant Colonel du Régiment des
Landes ; Hebert , Lieutenant Colonel du Régi
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
ment de Poitou ; Boifrenard , Lieutenant Colonel
du Régiment de Mailly ; Berry , Lieutenant Co
Jonel du Régiment de Normandie ; Varignon ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Provence ;
Monguyot , Lieutenant Colonel du Régiment de
Laval , Arthur Mannery , Lieutenant Colonel dir
Régiment de Dillon Irlandois ; Sourdeval , Lieutenant
Colonel du Régiment de Rohan ; Bourgmary
, Lieutenant Colonel du Régiment de Fufiliers
de la Morliere ; Stuard , Lieutenant Colonel
du Régiment d'Anjou ; Raulin de Belval ,
Lieutenant Colonel du Régiment Royal Italien ;
Bordenave , Lieutenant Colonel du Régiment de
Bourbonnois , la Roche Saint André , Lieutenant
Colonel du Régiment de Breffe ; Fonfaye , Lieutenant
Général d'Artillerie ; Brunet , Lieutenant
d'Artillerie ; Dallart , Lieutenant d'Artillerie ; de
Blanzy , Lieutenant d'Artillerie ; Thomaffin , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; Biet de
Ï'Epinoy , Capitaine d'une Compagnie de Mineurs.
Brigadiers de Cavalerie.
Meffieurs de Savoify , Maréchal des Logis
de la feconde Compagnie des Moufquetaires de
la Garde ; de Battincourt , Commandant la premiere
Compagnie des Gardes du Corps du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar ; de Boifdelmets
, Exempt d'une des Compagnies des Gardes
du Corps ; de Merey , Exempt d'une des Com
pagnies des Gardes du Corps ; Chevalier d'Ormeffon
, Exempt d'une des Compagnies des Gar
des du Corps ; de Pierrepont , Maréchal des Logis
& Aide - Major de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde ; de Blangy , Exempt d'une
des Compagnies des Gardes du Corps ; de Laſtic,
DECEMBRE . 174S . 221
Capitaine au Régiment du Rumain , avec rang de
Mettre de Camp ; de Pujol , Exempt d'une des
Compagnies des Gardes du Corps ; Rheingraff de
Greweilher, Capitaine au Régiment Royal Allemand
, avec rang de Meftre de Camp , Vicomte
d'Efcars , Meftre de Camp d'un Régiment ; Comte
de Langhac , Meftre de Camp Lieutenant du
. Régiment de Conty ; Chevalier de Saint Jal ,
Meftre de Camp d'un Régiment ; de Soizy, Meftre
de Camp Reformé , à la fuite du Régiment du
Colonel Général ; Marquis de Cambis , Meftre
de Camp Lieutenant du Régiment de Bourbon ;
de Collande , Meftre de Camp du Régiment
Royal Piedmont ; Come Turpin , Meftre de
Camp d'un Régiment de Huffards ; de Scepeaux,
Enfeigne d'une des Compagnies des Gardes du
Corps ; Comte de Lannoy , Capitaine Lieutenant
des Chevau- Legers d'Orleans ; Chevalier de Sou-*
pire , Major du Régiment de Lénoncourt , avec
rang de Mestre de Camp ; Marquis Defrolands ,.
Capitaine au Régiment de Clermont -Tonnerre ,
avec rang de Meftre de Camp ; de Corfac , Capitaine
au Régiment de Broglie , avec rang de
Meftre de Camp ; la Meffeliere , Capitaine au
Régiment d'Harcourt , avec rang de Mestre de
Camp de Saint Point , Enfeigne d'une des Com
pagnies des Gardes du Corps , de Goyon , Exempt
d'une des Compagnies des Gardes du Corps ;
Marquis d'Argouges , Sous - Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons; Marquis d'Offun , Capitaine
Lieutenant des Chevau- Legers de la Reine ; Vicomte
de Courtomer , Capitaine Lieutenant des
Chevau - Legers de Berry ; Marquis du Coudray
Capitaine Lieutenant des Gendarmes de Monfeigneur
le Dauphin ; Comte de Querhoent Coetanfao
, Sous Lieutenant des Chevau -Legers
K. iij,
222 MERCURE DE FRANCE.
Anjou; de Boeffe , Sous-Lieutenant dès Cheván
Legers de Berry ; Marquis de Flavigny , Capitai
ne-Lieutenant des Gendarmes d'Anjou ; de Nadail
lac , Exempt d'une des Compagnies des Gardes.
du Corps ; de Gonidec , Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval, avec rang de Meſtre
de Camp ; Darbaud , Meftre de Camp Réformé ,
à la fuite du Regiment de Berry , Ferrary , Meftre
de Camp d'un Regiment de Huffards ; Defgroges ,
Lieutenant Colonel d'une Brigade de Carabiniers,
avec rang de Meftre de Camp ; . Bricqueville de la
Luzerne , Lieutenant Colonel du Régiment de
Defcars ; Saint Martin , Lieutenant Colonel du
Regiment de Bourbon Buffet ; Duchiron , Lieutenant
Colonel du Régiment de Beauvillier ; de
Hecre , Lieutenant Colonel du Régiment Royal
Rouffillon ; de Boncour , Lieutenant Colonel du,
Régiment Royal Etranger.
Brigadiers de Dragons.
Mrs le Chevalier de Mezieres, Capitaine au Ré
giment de Bauffremont , avec rang de Mestre de
Camp ; de la Blache , Meftre de Camp du Régiment
Royal; Marquis . de Goyon , Meftre de
Camp du Régiment du Colonel Général , Comte
de Montazet , Capitaine au Régiment d'Orleans ,
avec rang de Mettre de Camp , Marquis d'Amezaga
, Major du Régiment de Caraman , avec rang
de Meftre de Camp ; Defangles , Lieutenant Co ,
loael du Régiment de Bartillat ; de Mallevielle ,
Lieutenant Colonel du Régiment du Roi
DECEMBRE. 1748 223
新光洗洗洗洗洗洗洗送:洗洗洗洗洗洗
L
MORT S..
E 27 Novembre , Jeanne - Françoife Potier ,
époufe de Jean-Louis de Montmaran , Seigneur
de Vievre , Villegenou & autres lieux , Grand
Bailli de l'Artillerie de France , Gentilhomme.or
dinaire de Son Alteffe Séréniffime M. le Prince de-
Dombes , mourut à Paris , & fut inhurée à S..
Paul.
Le 29 , Marie-Elifabeth Morin , veuve de René-
Jofeph de Rouxellé , Comte de la Roche - Melay,,
mourut , âgée de 83 ans , & fut inhumée à S.
Sulpice.
·
Le premier Décembre , Jean Baptifte Gouin ,
Seigneur de Branelle , Viché , Poncey , & autres :
lieux , Confeiller du Roi en fes Confeils , & Préfident
en la Chambre des Comptes , Aides & Fr
nances de Rouen, mourut à Paris , âgé de 60 ans ;
& fut inhumé à S. Euftache.
Le 3 , Elifabeth- Placide de l'Ife-Marivaux ,.
fille, mourut à Paris , âgée d'environ 53 ans , & fut
inhumée à S. Sulpice.
Le 4 , Helene Marguerite- Therefe le Pelletier,.
mourut à Paris , âgée de 75 ans fur la Paroifle dé
S. Nicolas des Champs , & fut tranfportée aux
Garmes de la Place Maubert.
: Le 6 , Felix - Claude le Pelletier de la Houſſaye ,
Confeiller d'Etat , & Intendant des Finances,mou→
rut à Paris, âgé de 55 ans 6 mois, fur la Paroiffe de
S. André des Arcs , & fut tranſporté aux Feuillans
de la rue S. Honoré . Il étoit fils de N. le Pelle
tier de la Houffaye , Controlleur Général des Fi
nances , Commandeur des Ordres du Roi , &
Chancelier de S. A, R. M. le Duc d'Orleans ,
224 MERGURE DE FRANCE.
Régent du Royaume , mort le premier Décembre
1723 , & de N. Dubois de Guodreville , fille de
N. Dubois de Guodreville , Préfident du Grand
Confeil , morte le 21 Aout 1746 , âgée de 81
ans.
Il avoit époufé Charlotte - Marie Lallemant ,
foeur de N. de Levignan , Intendant d'Orleans ,
qu'il laiffe veuve avec trois enfans ; ſçavoir ,
u . fils &.deux filles . Le fils eft Jacques - Pierre-
Charles le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
au Parlement , âgé de près de 22 ans. Des deux
filles , Paînée époufé N. de la Bourdonnaye ,
Marquis de Bloff , Maître des Requêtes ; la
cadette eft mariée à N. le Bret , Avocat Général du
Parlement. Voyez les Mercures d'Août & de Décembre
de 1746..
2
Le même jour , Jean Baptifte Soubriac d'Efti
vege , Mettre de Camp de Cavalerie , Maréchal des
Logis de la premiere Compagnie des Moufquetais
res du Roi , mourut âgé de 65 ans , & fut inhumé à
Saint Sulpice .
Le même jour , Louife Françoife Adelaïde de
Maridor , fille de Louis- Augufte , Comte de Mari
dor , Grand Sénéchal du Maine , Seigneur de
Saint Ouen le Bourg , le Roi , & autres lieux ,
mourut âgée d'environ 12 ans , & fut inhumée à
Saint Sulpice.
Le 10 , René le Noir , Ecuyer , Sieur de Ver
neuil , ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment:
de Chepi , mourut à Paris , & fut inhumé à Saint
Come.
Le 11 , Amable- Charles Trudaine de la Sabliere ,
fils d'Alexandre Daniel- Charles Trudaine, Cheva--
lier , Seigneur de Montigni , Salm , Villeneuve le
Comte , & autres lieux , Intendant des Finances ,
mourut à Paris,âgé de 16 ans, & fut inhumé à Saint
Nicolas des Champs..
DECEMBRE. 1748. 22.5
Le 13 , Charles François de Galliffet , Capitaine
aux Gardes Françoifes , Chevalier de
l'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut à Paris ,
âgé de 52 ans , & fut inhumé à Saint Sulpice.
Le 15 , Marie-Marguerite de Lona , veuve de
N. d'Hermand Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , Colonel d'Infanterie ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Germain
l'Auxerrois.
Le 16 , Marie-Anne- Jeanne Chambellain , vettve
de Nicolas Guigou , Ecuyer Sieur de Varaftre
, Confeiller Honoraire du Grand Confeil ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Nicolas du
Chardonnet .
Le 18, Marie- Anne Camphuon , veuve de Louis
le Febvre , Ecuyer , Sieur d'Ammecourt , Confeiller
, Secretaire du Roi , Maifon , Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris , & fut
inhumée à Saint Merri.
Rrêt de Noffeigneurs du Parlement du 17
>
moulins dans le Privilége que M. Chicoyneau , Confeiller
Ordinaire du Roi en fes Confeils d'Etat &
Privé , & fon Premier Medecin , avoit accordé à
feue Madame fa mere , & qu'il lui a renouvellé le s
Août 1746 , pour continuer de compofer , vendre
& débiter la Pâte de Guimauve , & Sua de Régliffe
fans fucre , fecret qu'elle tient par feue fa
mere , de Mademoiſelle Guy , morte en 1714 , &
qu'elle a continué depuis plus de 40 ans de compofer
, & débiter avec fuccès dans Paris , à la
Cour , dans le Royaume , & dans toutes les Cours
de l'Europe , de l'aveu , & approbation de Meffieursles
plus célebres Medecins de la Faculté de Paris ,2
224 MERGURE DE FRANCE.
Régent du Royaume , mort le premierDécembre
1723 , & de N. Dubois de Guodreville , fille de
N. Dubois de Guodreville , Préfident du Grand
Conte , morte le 21 Aout 1746 , âgée de 81
aps.
Il avoit épousé Charlotte - Marie Lallemant ,
facut de N. de Levignan , Intendant d'Orleans
qu'il laffe veuve avec trois enfans ; fçavoir
fils & deux filles . Le fils eft Jacques - Pierre-
Charles le Pelletier de la Houffaye , Confeiller
au Parlement , âgé de près de 22 ans . Des deux
filles , Painée époufe N. de la Bourdonnaye ,
Marquis de Boff , Maître des Requêtes ; la
cadette eft mariée à N. le Bret , Avocat Général du
Parlement. Voyez les Mercures d'Août & de Décembre
de 1746.
Le même jour , Jean Baptifte Soubriac d'Efti
vege, Mestre de Camp de Cavalerie , Maréchal des
Logis de la premiere Compagnie des Moufquetais
res du Roi , mourut âgé de 65 ans , & fut inhumé à.
Saint Sulpice.
Le même jour , Louife Françoife Adelaide de
Maridor , fille de Louis- Augufte , Comte de Mari
dor , Grand Sénéchal du Maine , Seigneur de
Saint Ouen le Bourg , le Roi , & autres lieux ,
mourut âgée d'environ 12 ans , & fut inhumée à:
Saint Sulpice.
Le 10 , René le Noir , Ecuyer , Sieur de Ver
neul , ancien Capitaine de Cavalerie au Régiment:
de Chepi , mourut à Paris , & fut inhumé à Saint
Côme.
Le 11 , Amable- Charles Trudaine de la Sabliere ,
fils d'Alexandre Daniel- Charles Trudaine , Cheva--
lier , Seigneur de Montigni , Salm , Villeneuve le
Comte , & autres lieux , Intendant des Finances ,
mourut à Paris,âgé de 16 ans, & fut inhumé à Saint
Nicolas des Champs..
DECEMBRE. 1748. 225
' Le 13 , Charles François de Galliffet , Capitaine
aux Gardes Françoiles , Chevalier de
'Ordre Militaire de Saint Louis , mourut à Paris,
âgé de 52 ans , & fut inhumé à Saint Sulpice.
>
Le 15 , Marie-Marguerite de Lona , veuve de
N. d'Hermand Chevalier de l'Ordre Mili-
: taire de Saint Louis , Colonel d'Infanterie ,
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Germain
l'Auxerrois.
Le 16 , Marie-Anne- Jeanne Chambellain , veuve
de Nicolas Guigou , Ecuyer , Sieur de Varaftre
, Confeiller Honoraire du Grand Confeil
mourut à Paris , & fut inhumée à Saint Nicolas du
Chardonnet.
•
Le 18 , Marie- Anne Camphunn , veuve de Louis
le Febvre , Ecuyer , Sieur d'Ammecourt , Confeiller
, Secretaire du Roi , Maifon , Couronne de
France & de fes Finances , mourut à Paris , & fut
inhumée à Saint Merri.
Rrêt de Noffeigneurs du Parlement du 17
Mai 1747 , qui confirme Mademoiſelle Def
moulins dans le Privilége que M. Chicoyneau , Confeiller
Ordinaire du Roi en ſes Confeils d'Etat &
Privé , & fon Premier Medecin , avoit accordé à
feue Madame fa mere, & qu'il lui a renouvellé le s
Août 1746 , pour continuer de compofer , vendre
& débiter la Pâte de Guimauve , & Sua de Régliffe
fans fucre , fecret qu'elle tient par feue fa
mere , de Mademoiſelle Guy , morte en 1714 ,
qu'elle a continué depuis plus de 40 ans de compoſer
, & débiter avec fuccès dans Paris , à la
Cour , dans le Royaume , & dans toutes les Cours
de l'Europe , de l'aveu , & approbation de Meffieurs
les plus célebres Medecins de la Faculté de Paris
&
116 MERCURE DE FRANCE.
lefquels ont reconnu la bonté & l'utilité de ladite
Pâte de Guimauve , & Suc de Réglifle fans fucre,
s'en fervent eux- mêmes , & en ordonnent l'ufage
dans toutes les maladies du poulmon , inflam
mations , toux , rhumes , afthmes , pituites , cha
leurs de gorge , enrouemens , fluxions de poitrine
& crachemens de fang.
Mademoiſelle Defmoulins avertit que la nommée
Marie Cirano , dite Guy , femme de Jean
Vergnaul , a tronqué l'Arrêt du 17 Mai , par
de fauffes Affiches qu'elle avoit fait mettre le
17 Juillet dans tout Paris , & jufques dans les Provinces
, où elle difoit fauflement que Mademoifelle
Defmoulins étoit une contrefaifeufe , & qu'el
le avoit feule le Privilége ; Mademoifelle Defimou
lins
pour fe juftifier des calomnies de ladite Cirano ,
a obtenu le 4 Septembre 1747 un fecond Arrêt
du Parlement , au rapport de M. de Salabery ,
Confeiller de la Grand Chambre , qui condamne
Jean Vergnault & Marie Cirano fa femme , aux
dépens .
Mademo felle Deſmoulins a les deux Arrêts chez
elle. Le prix de la Pâte de Guimauve & du Suc
de Régliffe eft de fix francs la livre ; on en peut
ufer en tout tems , la tranfporter par - tour , & la
garder fi long tems qu'on veut , fans qu'elle fe
gâte jamais ; quoiqu'elle féche , elle ne perd rien
de fa qualité , & afin qu'on ne fe méprenne point ,
elle fignera fur les pacquets qu'elle enverra dans
les Provinces , & mettra deffus fon cachet.
Mademoiselle Defmoulins demeure préfentement rue
Mazarine , près la rue Guenegaud , chez M. David,
Fayancier , au gros Raifia , au premier appartement.
Son Enfeigne eft entre les deux balcons.
AVIS.
L
Es Particuliers , qui nous doivent ,
font priés de rechef de payer dans le
ourant du mois.
J
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le fecond volume du Mercure de France dų
mois de Décembre 1748. A Paris le premiér Janwier
1749.
BONAMY,
P
TABLE.
IICES FUGITIVES en Vers & en Profe,
Vers à Mad du Boccage par M de la Mothe,
Doyen de la Cour des Andes de Montauban , &
Académicien de l'Académie de la même Ville ,
âgé de 86 ans , 3
Projet d'une Defcription géographique de la Pro--
vince de Bretagne , & c.
Epitre à M. de Voltaire ,
Lettre à M Remond de Sainte Albine ,
Epithalame ,
6
49
44-
52
Suite de la Séance publique de l'Académie Royale
des Sciences ,
Regi pacifico Carmen ,
Imitation de ce Poëme ,
13
7%
74
Lettre aux Auteurs du Mercure fur plufieurs let
tres de Rouleau , qui ne le trouvent dans aucune
des Edicions de les ouvrages ; 76
Lettre de Rouſſeau à M. de C. * **
Epigramme ,
Epitre à M. d'Arnaud ,
25
92
93
Traduction d'une Scéne de la Comédie Angloile ,
intitulée la derniere reffource de l'Amour , 97
La Chenille & le Laurier ; Fable ,
Réponse de M. l'Abbé le Beuf aux remarques da
P. Texte , & c .
109
114
Mots des Logogryphes du premier volume de
Décembre ,
Enigme & Logogryphes ,
128
1.29
132 Nouvelles Litteraires , des Beaux-Arts , &c.
Prix propofés par l'Académie Royale des Sciences
de Toulouſe , 171
Autres propofés par l'Académie des Beaux- Arts de
la même Ville , 173
Eftampes nouvelles , 177
Jetton fingulier , 178
Médailles à vendre , ibid.
Avis du eur Gautier , Graveur du Roi, ibid.
Spectacles , ISO
181
183
Concerts de la Cour ,
Nouvelles Etrangeres ,
Relation du Paffage de Madame Infante par Bayone
& par Bordeaux , 205
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 208
Promotion d'Officiers Généraux & de Brigadiers
,
Morts ,
211
222
Arrêt du Parlement en faveur de Mlle Def
moulins. 224
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères