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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.840.6
M558
SEPTEMBRE. 1748. 1748
IGITUT
SPARGA
LL
:
Chés
Papillon
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àla defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
1
L
' ADRESSE générale duMercur
à M. DE CLEVES D'ARNICOUR
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg S.
Germain , à l'Hôtel de Macon . Nous pr
très - instamment ceux qui nous adreffer
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
Port ,pour nous épargner le déplaisir de
rebuter , & à eux celui denepas voir paro
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des 1-
Etrangers , qui souhaiteront avoirle Merc
deFrancede la premiere main, Oplus pror
tement, n'auront qu'àécrire àl'adreſſe ci-de
in diquee , on se conformera très- exactemer
leurs intentions.
Aimfi ilfaudra mettresur les adreſſes à
de Cleves d' Arnicourt , Commis au Merc
de France , rue des Mauvais Garçons , p
remettre à M. Remond de Sainte Aibine.
PRIX XXX. SOLS,
eduMercure
eft
D'ARNICOURT
,
auxbourg
Saint
on. Nous
prions
nous adrefferont
en affranchir
le
déplaisir
de les
Das voirparoître
aces
ou des
Pays avoir
leMercure
Oplus
prompadreffe
ci-deſſus ès-exactement
à
es adreſſes
àM. mis
au
Mercure
Garçons
, pour
ante
Aibine
.
OLS
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE A RO I.
SEPTEMBRE. 1748 .
000000000000000
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Prafe.
POEME SUR LA PΑΙΧ.
B
Rillantes Nimphes de la Seine,
Sortez en toule ſur ces bords ;
Doux nourriffons de Melpomene,
Formez les plus tendres accords.
Que les pipeaux & les muſettes
Retenuſſent de toures parts .
Onn'entend plus le ſondes bruyantestrompettes.
Mars a ployé ſes étendaits.
Ladifcorde au regard peride ,
Aij
"
Dans la main de Louis le tonnerre immobile
Ceſſe de gronder dans les airs ,
Et d'un oeil ſerein & tranquile ,
Ce Vainqueur généreux raſſûre l'Univers.
Vaincus par ſes vertus , autant que par ſes arm
Ses plus fiers ennemis l'adorent, comme nous;
Ils ſe rendent ſans peine , entraînés par ſes cl
mes ,
Et la plus tendre eſtime étouffe leur courroux.
Sur les Peuples voiſins , éblouis de ſa gloire ,
Il pouvoit étendre ſes Loix ;
L'indomptable Valeur , la Force & la Victoire
Marchant ſous ſes Drapeaux , aſſuroient ſes
ploits.
H peut lancer la foudre , exciter les tempêtes ,
Effacer les travaux des antiques Vainqueurs ,
Mais content de ſa gloire , il borne ſes conquê
Sûr de regner dans tous les coeurs.
Il ſçait que les lauriers, dont ſe ceint la victoire
Croiſſent parmi le ſang , le carnage & l'horreur
Et que les noirs tranſports d'une longue fureur
Sont moins les titres de la gloire ,
Que l'opprobre de la valeur.
Vengeur terrible , armé par la juſtice ,
Il foudroya ſes rivaux éperdus ;
Enfers.
erre immobile
Les airs ,
nquile ,
l'Univers
.
quepar ſes armes,
comme
nous;
aînés par ſes char
leur courroux
.
Es de ſagloire ,
Coix;
e& la Victoire
,
affûroient
ſes Ex
lestempêtes
,
Vainqueurs
,
neſes conquêtes
les.coeurs
.
ceint la victoire
,
age & l'horreur
,
longue
fureur
agloire
,
eur.
r lajustice ,
-dus;
Arrête ſes traits ſuſpendus .
Bien-tôt , le front couvert de l'Olive ſacrée ,
Enchaînant à ſes pieds le Démon des Combats ,
Sous l'aſpect fortuné de Minerve & d'Aſtrée ,
Ce Héros bienfaiſant va régir ſes Etats ,
Et répandant au loin ſur la terre& fur l'onde
L'influence douce & féconde
De ſa ſageſſe & de ſes Loix ,
Ilva tout réunit dans une paix profonde ,
Pere de ſes Sujets ,& l'Oracle du monde ,
Lagloire & l'exemple des Rois.
Que vois-je ! quel éclat! quel pompeux affem
Que d'objets gracieux s'offrent à mes regards !
Du haut de l'Hélicon la foule des Beaux-Arts
blage!
Vient s'établir fur ce rivage ;
Avec les doux plaiſirs l'abondance les ſuit;
Le Commerce répand dans le ſein de la France
Tous les tréſors de l'opulence,
Et la bonne foi le conduir.
Pour célébrer un Héros magnanime ,
Qui conible ſes Sujets de tant de biens divers ,
Les nourriſſons du Dieu des vers
S'apprêtent à chanter d'un ton mâle & fublime;
Le zéle les foûtient , l'équité les anime,
La vérité préſide à leurs Concerts.
A iij
Ilsvont chanter fes vertus pacifiques ,
Et ſon coeuroccupé du bonheur des humains.
Oui , grand Roi , quel que foit l'éclat de la vic
toire 22
Le courage , ſans la bonté,
N'eſt qu'un vain titre , une funeſte gloire ,
Et ſans la douce humanité
Onn'arriva jamais au Temple de Mémoire ,
Mais ches toi la ſageſſe éclaire la valeur.
Lorſque frappés de ton tonnerre ,
Nos ennemis en toi redoutent leur vainqueur ,
Le monde y voit toujours un Pere ;
Ta gloire eſt l'équité, les vertus ſont taCour.
Auſſi bon Roi que guerrier redoutable ,
Heros charmant , Prince a lorable ,
Ton Trône eſt dans nos coeurs, ton regne eff
notre amour.
J. D. Verardy.
IN LUDOVICUM REGEM.
QUod jam pacando Lodoix ſubrideat orbi ,
Deponatque pia fulmina ſæva manu ,
Plaudite. Mavortis dum negligit ille triumphos,
-s mains;
fiques ,
humains.
Si fe fe imperiocohibet , cum vincere poflit ,
latde la vic
Hunc latè Regem confecrat orbis amor.
Nempe novas cupidi fceptris adjungere gentes ,
Bella gerant alii : plus meruiſſe fuit.
Par lemême.
eſtegloire,
émoire ,
leur.
merro ,
vainqueur,
an Pere ;
nt ta Cour.
able ,
Horable ,
ton regne eff
rardy .
REGEM
.
ideat orbi ,
zamanu ,
etriumphos
,
:
:
QUESTIONS
A l'occafion du Projet d'une Mesure
univerfelle.
A lecturedupremierarticleduMer-
L
cure de Juillet m'a déterminé à propoſer
diverſes queſtions.
On ne doit point les regarder en qualité
d'objections ,mais comme de ſimples conſidérations
fur le projet très-louable de
faire fervir à une meſure univerſelle la
longueur du Pendule ſimple à ſecondes ,
déterminée ſous l'Equinoxial.
Premiere queftion . Cette longueur eftelle
actuellement la même ſoustoute la circonférence
de l'Equinoxial en Amérique ,
enAfrique& en Afie ?
Seconde queſtion. La longueur du Pendule
ſous l'Equinoxial & fous les divers.
Paralleles Auftraux ou Boreaux , eſt-elle
A iiij
vée ſemblable par nos Ancêtres , & qu
nos Defcendans la trouveront telle ?
J'ajoûte trois autres queſtions , qui fer
viront par leur éclairciſſement à la promp
te déciſion des deux premieres .
Une maſſe déterminée d'un poids connu
par exemple de trois mares , ſous un Paral
lele & dans une Ville, comme Paris, peutelle
ou doit -elle , malgré fa tranſpoſition
conferver ſa peſanteur identique de trois
marcs , fans aucun accident , ſous les autres
Paralleles , & dans les vallées ou fur les
montagnes du même Parallele ?
Le Pendule ſimple auroit- il la propriété
d'avoir des arcs de vibration tautochrones,
& ifochrones , ou de conſerver la même
étenduë dans ſes arcs vibratoires , & le même
nombre d'oſcillations en tems égaux
dans un air temperé , foit au pied , foit au
fommet de la plus haute montagne du même
Parallele , quoiqu'il ne l'ait point pour
un même endroit dans les diverſes ſaiſons,
ni à la hauteur du niveau des Mers , ſous
divers Paralleles ?
Enfin la longueur du Pendule ſimple à
ſecondes ſous le quarante-cinquiéme Parallele
Boreal , & ſous le quarante- cinquiéme
Parallele Auſtral , ou ſous tout autre
oit été tron-
-es , & que
telle?
as , qui ferà
la prompoids
connu,
us un Paral-
Paris, peutanfpofition
,
que de trois
ous les autres
s ou fur les
?
a propriété
tochrones
,
er la même
s, & le mêtems
égaux
led , foit au
gne du mêpoint
pour
les ſaiſons
,
Mers
, ſous
e fimple
à
quiéme
Pae-
cinquiétout
autre
!
mais d'énumération identique , eft- elle
ſemblable eſſentiellement , de-même que
la vîteſſe de ſes vibrations ?
Si la moindre difference eſt reconnue dans
les cas exprimés par ces trois dernieres
queſtions , on en doit induire la variabilité
de la pefanteur , & du Pendule ſimple à fecondes
avec le cours des ſiècles , à meſure
que la Terre changera ſa poſition par une
faite de fes mouvemens de progreffion&
de regreſſion , felon le quatrième ſyſteme
du Monde expliqué par le troiſiéme ſyſtême
de Phyſique.
L'ancien projet du célebre Geodifte M.
Picard, & de Mouton, Chanoine de Lion,
pour une meſure univerſelle à prendre
dans le Ciel , & renouvellé par un Académicien
très- capable de le porter à ſa perfection
, & d'en déduire toutes les utilités
poſſibles, feroit- il à fuivre en conféquencedes
expériences qui ont été ou qui ſeront
faires relativement à ces questions ?
AY
ODE
Tirée du Pſeaume LXV. Jubilate Dec
omnis terra , &c . Par M. Dourxigné
Auteur de l'Ode tirée du Pfeaume 24-
inferée dans le ſecond volume du Mercure
de France dumois de Juin 1748 , p. 89 .
Q
Ue l'Univers s'empreſſe à ſuivre notre
exemple ;
Accourez , Nations ; venez dans notre Temple
Adorer l'Eternel ,
Qui nous a délivrés d'un cruel eſclavage,
Et nouspré are encor le glorieux partage
D'un bonheur inmortel.
Nos ennemis trompés par leur haine implacable,
Se flatoient que toujours ton coeur inexorable
Dédaigneroit nos pleurs ;
Mais, en briſant nos fers, ta Puiſſance céleste
Adémenti , Grand Dieu , le préſage funeſte
De nos perſécuteurs.
C'eſt toi , dontla clémence en miracles féconde;
Ouvrant à nos ayeux un paffage dans l'onde ,
Daigna ſauver leurs jours ,
fide ,
=
Jubilate Deo
Dourxigné ,
Seaume 24 ,
du Mercure
48 , p. 89.
faivre notre
treTemple
vage,
artage
implacable
,
nexorable
ecéleste
uneſte
les féconde
;
l'onde
,
5,
Contre lui vainement d'une fuite rapide
Emprunta le ſecours.
Pour nous punir, Seigneur, ta vengeance ſévere
Nous a livrés long-tems à l'injufte colere
D'un Maître furieux ,
Mais enfin nos regrets ont fléchi ta juſtice ,
Et nous ne craignons plus de fa noire malice
Les complots odieux.
Comme l'or par le feu ſe rafine &s'épure ;
Dieu , pour nous éprouver ici bas , nous procure
De légeres douleurs ;
Trop heureux, qu'àce prix ſes bontés favorables,
D'unéternel ſupplice à nos ames coupables
Epargnent les horreurs!
Chaque jour t'adreſſant de nouveaux facrifices;
On me verra,grand Dieu, du ſang demesgéniſſes
Pharaon
1
f
Sur l'homme pénitent , qui met ſa confiance
En tes ſoins paternels.
:
Sil'endurciſſement comblant notre mifere,
Avoit fermé nos coeurs au repentir ſincére
Qui lave les forfaits ;
Abandonnés ſans ceſſe au fort le plus terrible ,
Nous aurions fatigué ta juſtice infiéxible
D'inutiles ſouhaits.
Béniffons , Dieu Puiffant , tes faveurs fouveraines
Ifrael par ta main a vû rompre les chaînes
De ſa captivité,
Et fecondant les voeux d'un Peuple qui t'implore,
Du ſein de'nos malheurs ta bonté fait éclore
Notre félicité.
mence
L
Confiance
mifere,
incére
us terrible
;
éxible
as fouveraines
haînes
quit'implore
,
Fait éclore
&
S
SECONDE Lettre fur le Solitaire ,
ouFenia.
I notre curioſité , Monfieur , eſt peu
fatisfaite ſur la nature &l'origine da
Tenia , en revanche on a enfin trouvé la
bonne maniere d'attaquer & de vaincre.
cet ennemi . Nous avons cette obligation
à M. Hertenswandt , Médecin de S. A. S. le
Prince de Saxe Gotha. Il faut avouer
que le triomphe , qu'il a remporté fur ce
ver , lui a peu coûté ,& il eſt aſſés modefte
pour en faire honneur au hazard ,
qui eſt le premier auteur de preſque
toutes les découvertes. M. H. donnoit
un reméde pour une maladie particuliere
; ce reméde eût un ſuccès ineſperé ;
le malade jetta le ver ſolitaire , & fut guéri.
Notre Médecin donna le même remé
de à un autre malade ,& fa furpriſe redou
bla à la vûë des mêmes effets. Un eſprie
éclairé & attentifne laiſſe guéres échapper.
le fil , quand il le tient une fois , & comme
fi la Providence vouloit entrer dans
ſes vûës & y concourir , elle lui fourniz
les occaſions de ſuivre ſes expériences , &
de s'affûrer de la réuffite. Il eſt cerrain
qu'il ſe préſenta plus de cas favorables,que
)
filence , & qui ſe réſolvoit à paffer ſa v
avec le folitaire, changea de réfolution, de
qu'elle eût eſperance de s'en délivrer.
eft naturel de chercher à ſe défaire d'u
hôte , finon extrêmement dangereux , d
moins ſouvent inquiet& preſque toujour
incommode. Les Médecins trouvoien
biendes remédes qui foulageoient , & qu
faifoient même ſortir quelques aunes di
Tenia , mais il ne mouroit pas pour cela
il réparoit bientôt ſes pertes ,& c'étoi
toujours à recommencer. Cela caufoit de
anxietés au malade : quand l'imagination
n'auroit été que bleſſée , le mal ne laiſſoi
pas d'être très- réel.
M. le Clerc , célébre par fa judicieuſe
& ſçavante Hiftoire de la Médecine , &
le fameux M. Andri, avoient indiqué plufieurs
remédes contre le Tenia , mais il
étoit réſervé à M. Hertenswandt de rem.
porter une victoire complette. Il a guéri
àGenève plus de trente malades , parmi
leſquels il y a des gens de la premiere confidération
&dont la ſanté eſt très précieuſe
au public. Le reméde qu'il donne
ne laiffe point craindre de fuites funeſtes ;
il eſt aifé à prendre ; l'opération eſt finie
dans l'eſpace de quatre à cinqheures ,
,
ni gardoit le
paffer ſa vie
lution , dès
délivrer. 11
Héfaire d'un
gereux , du
que toujours
trouvoient
ient ,& qui
hes aunes du
as pour cela ;
es, & c'étoit
acaufoit
des
imagination
al ne laiſſoit
ajudicieufe
édecine
, &
indiqué
plumia
, mais il
endt de reme.
Il a guéri
ades , parmi
emiere
coneft
très pré
qu'ildonne
tes funeſtes
;
on eſt finie
cinq heures
,
i
tir entier&vivant. Ce n'eſt pointici une
de ces illuſions flatenſes,qui endorment le
malade , ſans le guérir. L'oeil juge du fuccès
,& en eſt le témoin. Quelledifference
de ceste cure avec les promeffes faſtueuſes
d'un Empyrique ou d'un Charlatan ! A la
vérité , ce reméde eſt encore un ſecret ,
mais ce n'eſt pasle myſtére quien fait le
prix ,& il eſt bien juſte que celui qui
a eu le bonheur de le découvrir , en pro
fite. Je le loue avec d'autant plus de plaifir
& de fincerité , que je n'ai aucun interêt
à le vanter. Ce n'eſt point moi qui le
diftribue , & les liaiſons que j'ai eu avec
P'Inventeur font fi foibles ,& fe font fo
fort relâchées , que je ne puis être dérer
miné que par l'amour de la vérité& du
bienpublic.
1
On s'eſt ſouvent fervi pour le Teniade
l'écorce de meurier , & de la racine de
fougere , mêlées & miſes en poudre , mais
ee reméde eſt violent,& ne réuſſit pas tou
jours. Le Tanacetum , l'Alfotanum , le
Mercure doux , le Kermés , le Tartre éme
--
tique د
と、
ont quelquefois produit de bons
effets , auffi bien que la poudre d'Etain ,
que les Actes de la Societé d'Edimbourg
donnent commeun ſpécifique pour fondre
le ver folitaire. Mais fi ce reméde eſt un
lever, lans bielier les viiceres qui le re
: ferment ? Lui attribuera t'on du difcern
ment & de l'intelligence ? L'expérience
il est vrai , nous apprend qu'un diffolvar
agit fort bien ſur un corps , ſans touche
àun autre ; le vinaigre ronge la pierre , a
il conſerve dans ſon ſein mille petits an
maux. Les diffolvans , qui ſont dans l'eſto
mach , qui ne l'offenſent point , & qui con
tribuent fi fort , felon M. Andri , à lad
geftion , & à la fermentation des alimens
en font encore une preuve .
A ce ſujet , Monfieur , je remarquera
que lefolitaire n'a point eû de plus gran
ennemi que feu M. Hecquet ; comment e
effet pouvoir concilier l'exiſtence & L
conſervation de ce ver , avec l'hypothef
de la trituration , qui étoit l'idole dec
Docteur ? Comment le Tenia n'auroit-il pa
été moulu & briſé en mille piéces par 1
broyement continuel des mufcles du ba
ventre & des inteſtins ? Comment reſiſte
àun poids de deux cent ſoixante - un mill
cent quatre-vingt ſix livres ? En vérité
le ſyſtême de la trituration ne peut teni
contre une fi forte objection , & l'on peu
dire que lefolitaire le reduit en poudre.
Je finirai cette lettre par les obferva
agira-t'il fur
esqui le rendudifcerneexpérience
,
an diffolvant
fans toucher
la pierre , &
lepetits aniat
dans l'eſto- :
t, & qui con-
Indri , à la dides
alimens ,
remarquerai
de plus grand
comment
en
iſtence
& la
cl'hypothèſe
Pidole
de ce
'auroit-il pas
biéces
par le
atcles
dubas
ment
refifter
業
nte - unmille
? En vérité
,
nepeut tenir
, & l'on peut
enpoudre
.
les obferva-
م
.
ſemble fermer quelquefois l'ouverture du
canal cholidoque , comme pour empêcher la
bile , qui l'incommode , d'en fortir , & il
nuit par- là au malade. F. Hiıldanus rapporte
qu'une femme_de Lausanne rendoit
régulierement la veille de la Saint Jean
quelques aunes du folitaire. Ce qu'il y a
de fingulier, c'est qu'elle n'en rendit point,
après avoir pris une forte décoction de
Colokinthe. M. Andri parle d'une fille de
qualité , accuſée d'être enceinte , parce
qu'elle avoit le ventre fort gros , & de
fréquens maux de coeur; elle mourut, après
avoir pris inutilement pluſieurs remédes ;
on l'ouvrit , & on lui trouva le folium ,
qui occupoit preſque toute la capacité du
bas ventre.
Au reſte , Monfieur ,j'ai traité , ou peu
s'en faut , de chimére , un ver folium,
qui avoit deux cornes , quatre yeux , une
queue fourchuë , & une petite langue en
forme d'aiguillon , d'une couleur noire :
cependant il n'y a qu'un moment qu'on
vient de m'affûrer qu'on en a vû de tels.
Ambroise Paré parle d'un ver , à peu près
ſemblable , trouvé dans la cuiſſe d'un jeune
homme. Comme nous ne devons pas
tout croire , nous ne devons pas aufli tour
nier. Je ne décide point , je voudrois feui
:
nte fo
Tenta le rompt tres
pant il fait des frifures &des filamens
auſquels l'imagination & la crédulité pe
vent donner la forme & la figure qu'il le
plaît. Il fera aifé de s'éclaircir fur ce ſuje
aujourd'hui que ce ver eſt plus commun
& qu'il paroît s'être multiplié.
Quelques Auteurs ont affûré qu'on a v
fortir des ferpens & des dragons de que
ques cadavres , & qu'on en a trouvé dar
le tombeau de Charles Martel , qui s'
toient engendrés de fon corps. Plurarg.
rapporte un fait à peu près femblable , e
parlant de Cleomene. Cela ne montre-t'
pas avec quelle ſage défiance on doit lin
les Hiftoriens , même les plus véridiques
Ne peut il pas être arrivé que ces préten
dus dragons ou ferpens ne fuffent que l
folium qui a furvêcu au mort , & qui s'el
fair paſſage pour ſortir ? On ſçait que c
verprend ſouvent une figure très-hideufe
lorſqu'il vieillir. N'en voilà-t'il pas affe
pour le peindre ſous la forme d'un ferpen
ou d'un dragon ? Mais ce ne feroit pas f
figure qui me feroit peur ; ce qui doit ef
frayer véritablement , c'eſt qu'il cauf
quelquefois la mort. On fçait combien k
plupart des vers font nuiſibles : dans l
tems de la peſte de Marseille , une per
e chofe. Ee
P
, ayan
Enſe romes
filamens ,
édulité peuare
qu'il leur
fur ce fujer,
as commun
,
équ'on a vữ
gons de queltrouvé
dans
artel , qui s'éps.
Plutarque
emblable
, en
emontre
-t'il
eon doit
lire
véridiques
ecesprétenuffent
que le
,&qui s'eft
fçaitque ce
rès-hidenfe
,
-t'il pasaffés
d'un ferpent
feroit
pas fa
e qui doit efqu'il
cauſe
itcombien
la
les : dans
le
lle , une per-
:
:
0
pier ſur ſa fenêtre , y apperçût le matin
une fourmilliere de petits vers ailés ,
d'une figure très-finguliere , qui diſparu
rent entierement quand la peſte eûr ceffé.
Il eſt affés vraiſemblable que c'étoient ces
petits infectes qui y avoient apporté la
contagion ; le Tartre émeuque fit très bien,
lors de cette funeſte maladie , & c'eſt en
effet un très-bon reméde contre les vers.
Si les vers donnent quelquefois la mort
à l'homme , ils lui donnent auffi la vie ,
felon quelques Phyficiens. Ces Scavans
prétendent que l'on trouve dans la liqueur
du måle un petit ver qui a unegroſſe tête
& une longue queue , & que l'on doit regarder
comme un germe animé , qui ne
fait que ſe développer dans l'uterus. Après
cela , que l'homme , s'il l'oſe , ait de l'orgueil.
Pour l'humilier , je n'ai qu'à lui
mettre devant les yeux ſon origine& fa
fin : il doit ſa naiſſance àun ver; de vils
infectes peuvent le dévorer pendant ſa vie,
& il en eſt la proye après la mort. Je fais
avec reſpect , &c.
Tollot àGeneve.
A Madame J. M. pour le jour de ſa fête
lequel a été remarquable cette année
par la derniere éclipſe du Soleil.
T
El qui ſeroit d'humeur de vous compter fleu
rettes ,
Et vous faire en beaux vers un fade compliment ,
Profiteroit du rare évenement ,
Qui fait contre le Ciel braquer maintes lunettes
Pour vous dire emphatiquement
Qu'aujourd'hui le Roi des Planettes ,
Sur certain fujet important
Voulant avec la Lune avoir un tête à tête
Avoit pour l'entretien galant
Choiſt le jour de votre fête ,
Vous offrant pour bouquet le brillant embarras
D'éclairer le monde à ſa place ,
Et d'être dans ce jour l'aftre de nos climats.
Que ce débût auroit de grace !
D'infipides flateurs , épris de vos appas ,
Peut- être vous tiendroient ce dangereux langage
Mais moi qui de flater ne connois point l'uſage ,
Moi , dont le diſcret Apollon ,
Ni ne ſçait ,ni ne doit ſe monter ſur ce ton ,
Je vous dirai ſans hyperbole ,
f
洗洗洗洗
ar de ſa fête ,
te année
Soleil
.
s compter
fleu
compliment
,
ent ,
intes
lunettes
,
ement
Planettes
,
à tête ,
ant embarras
се ,
climats
.
e!
pas
, reux
langage
,
point
l'uſage
,
on
,
ir ce ton
,
e ,
Qu'en ce jour , ou pour vous on fait
haits
Les miens feront , ſur ma parole ,
Les moins flateurs , mais les plus vrais .
104-
Par A. M. Docteur en Médecine à Lyon.
Ииииииииииии
L'AMOUR PEINTRE .
AMademoiselle de **.
Ous demandez des vers; il faut vous fatis
faire. V
Malgré tous mes fermens , j'obéis à vos loix ;
Si'c'eſt un crime , Iris , celui de vous déplaire ,
Me paroît plus grand mille fois ,
Mais je trouve un nouvel obstacle ,
Qui vientdans ce projet tout à coup m'arrêter ;
Car ſur quel ton puis - je chanter ?
L'Amour , qui devroit être ici mon ſeul oracle ;
Eſt le ſeul qu'avec vous je n'oſe conſulter .
Quand vous faites ſentir ſes ardeurs les plus vives;
Tout de ſa part vous eſt ſaſpect ,
Et vous voulez que ſes flammes captives ,
Suivent toujours les loix d'un ſévére reſpect,
J'oſerois , plus hardi qu'Apelle ,
Traçer de vos beautés un portrait éclatant ,
Mais ſans ce Dieu que vous mépriſez tant;
Iris
dette.
,un ſeul foupir pouffé d'un certain ron ,
Eſtun garant plus fûr des attraits d'une belle ,
Que tous les beaux diſcours que nous dicte App
lon.
Par M.N. D. L. R.
Q
MADRIGAL
àMademoiselle de *
Vandj'eûs brifé les fers où me tenoit méne
Dans monjuſte dépit je jurai mille fois
D'éviter de l'Amour les tyranniques loix ,
Mais , alors , aimable Célméne ,
Je ne prévoyois pas qu'unyour je vous verrois.
Parle même.
MMMMMMMMMMMMMMMM
delle .
rtain ron ,
d'une belle ,
Dus dicte Appol
. D. L. R.
AL
*
etenoit
Ilméne
e fois
es loix ,
éne ,
ous verrois
.
Parle même
.
PENSEʼES MORALES.
L
Araiſon éclaire , mais elle ne condit
pas.
Les perſonnes , qui ont le coeur uſé par
les grandes. pallions , font peu propresà
L'amitié,
L'amour propre ,bien entendu, devient
labaſe de toutes les vertus .
Combien d'actions ſeroient moins vantées
, ſi l'on en connoiſſoit les motifs ?
Peu de gens ſçavent écouter, ce qui
fait que peu de gens ſçavent répondre.
Que les hommes font difficiles à contenter
! Ce n'eſt point aſſés de les loier ,
autant & plus qu'ils ne méritent ; ils ne
pardonnent point les louanges que l'on
donne aux autres.
On loue volontiers un mérite inférieur.
On parle avec les autres , onpenſe avec
foi.
Il eſt des yeux , avec lesquels on entre
d'abord en converfation.
Beaucoup de femmes ſont criminelles ,
avant que de connoître le crime.
Rien de plus mépriſé que le monde , &
rien de plus reſpecté.
1
Pour être détrompé, on n'eſt pas détaché.
:
reux ; il n'eſt de vrai bonheur que ce
qu'on trouve en foi .
Les vertus ſont plus foibles dans
femmes , que dans les hommes.
Peu de gens ont le talent , & mo
encore la volonté de concilier les eſprits
Les bienfaits engagent autant & p
*ceux qui les font , que ceux qui les reço
1.
vent.
Les grandes épreuves exercent le co
rage ; les petites uſent la patience .
On corrigeroit plutôt les vices que 1
foibleffes.
Si nous nous voyions des mêmes yeux
dont les autres nous voyent , nous ferior
bien modeſtes .
Il eſt peu de plaiſirs qui ſoient vifs &
purs.
Un bon coeur eſt ſouvent le foible
comme le fort, de celui qui le poſſéde.
Telle perſonne ſeroit capable d'amitié
qui ne trouve pas à la placer.
On veut être loüé , & l'on néglige d'ê-
* tre louable.
Nous rendons notre bonheur trop dépendant
de l'opinion des autres.
L'amitié eſt une vertu qui comprend
toutes les autres ; elle rend ingénieux à
faire
que de remets
as rendre
heueur
que celui
bles dans les
es.
nt , & moins
r les eſprits.
tant & plus
qui les reçoiercent
le coutience
.
svices
que les
mêmes
yeux , nous
ferions
Coient
vifs
&
t le foible
,
poſſéde
.
le d'amitié
,
néglige
d'êeur
trop
dé-
S.
comprend
ingénieux
à
faire
faire plaiſir , prévenant , attentif, déſintereffé
,&même généreux ; il n'eſt rien dont
un homme propre à l'amitié ne ſoit capable.
Il eſt des perſonnes qui ne poſent ſur
rien , & dont les réflexions ſont ſi ſuperficielles
, les vûës ſi courtes , qu'on pourroit
dire qu'elles fortent de ce monde , comme
ellesy font entrées.
Une des folies les plus ordinaires aux
hommes eſt de vouloir être connus , &
combien de ceshommes gagneroient bien
davantage à être ignorés ?
La fermeté, le courage, font des qualités
de l'ame , qui excitent la ſurpriſe & l'admiration
, mais il leur faut un objet digne
d'elles .
Il ſemble que ce ſoit un droit de faillir
que d'en être jugé capable.
EPITRE
Ecrite le premier Janvier 1748 .
DuUvaſte ſein de la plaine liquide ;
Où folâtre la Néréide
Aux avides regards du Triton amoureux ,
Le Soleil , en ce jour , de ſes utiles feux
B
Une nouvelle courſe.
1
Ah! dans ce tems bruyant, par Momus inv
Quels ſots uſages ſont les nôtres !
Fades complimenteurs , échos les uns des a
C'eſt à qui fera voir moins de ſincérité.
En fleurs déguiſant les épines ,
Le menſonge par tout avec impunité
S'éleve des Autels fur les triſtés ruines
De la plaintive vérité,
Dans les hameaux elle s'exile :
Ah ! ſuivons- la , fuyons le ſéjour de la Vill
L'air que l'ony reſpire eſt un air infecté.
Dans le filence des retraites ,
Amis , courons goûter un repos aflûré;
Là , de la politique au maintien meſuré
Secoüant les chaînes ſecrettes
Nous n'irons point aux pieds d'un riche in
nent
,
Proſtituer des voeux que notre coeur dement
Et par lesplus lâches courbettes
Souvent mandier un appui,
Qu'on rougit de tenir de lui ...
Mais où m'entraîne donc un délire bizarre !
Dansdes effors ſi hauts je ſens que je m'égar
Ma muſe , ſur le chalumeau
os yeux
fe.
, par Momus
inventé
,
ont les nôtres
!
hos les unsdes autres ,
sde ſincérité
.
les épines ,
impunité
riftés
ruinës
rirée
elle Pexile
:
NE
léjour
de la Ville
;
an air infecté
.
etraites
,
epos
aflûré
;
tien
meſuré
sfecrettes
eds d'un
riche
imperti
tre coeur
dement
,
es courbettes
appui
,
nir
de
lui..
délire
bizarre
! ns que
je m'égare
alumeau
Ne dépeignit jamais qu'un Berger ſous l'ormeau,
Rappellant par ſes pleurs une amante volage ,
Et la fixant par des ſoins empreſſés.
Simes tableaux ont plû , n'en est-ce pas allés a
Pardonnez , chere Iris , ces écarts de ma verve ;
Baillez , baillez , & ne vous gênez pas ,
Cela ſoulage , mais hélas !
D'ennuis pareils que leCiel vous préſerve.
Je reviens donc à mon ſujet ,
Et pour en remplir tout l'objet
DA
Je vous dirai qu'Amour par des loix ſouveraines ]
Veut que pour vos étrennes
Je vous adreſſe une leçon ,
- Et qui plus eſt , de ma façon.
De ce début envain votre fierté s'irrite ;
Je ne le céle point à l'Amour j'ai promis
Qu'avant peu , malgré vos mépris ,
Je vous rendrois ſa Proſelyte ,
U
Et qu'en vous ébauchant ſes traits ,
Peut-être , malgré vous , je vous déſarmerois.
Si l'entrepriſe eſt téméraire ,
Elle ne me rébute point .
Ne penſez pas que j'exagére
Dans l'image qu'ici je prétends vous en faire
Ames crayons toujours le vrai ſe trouve joint,
Bij
Vos appas raviſſans l'ont porté dans mon an
Maître de la terre & des cieux ,
Son Empire enchanteur s'étend juſqu
Dieux ;
3211
C'eſt lui qui ſous un air d'enfance ,
Intéreſſe , flate , ſéduit ,
Qui , ſur l'aîle de la conſtance ,
Au comble des deſirs par degrés nous cond
Sincere , il bannit l'impoſture ,
Il eſt ſoumis , tendre , preſſant ,
Et le bonheur qu'il nous procure
Forme le bonheur qu'il reffent.
A fes feux , heureux qui ſe livre !
Heureux le coeur où ce Dieu naît !
Un mortel ne commence à vivrę
2
Que du moment qu'il le connoît.
Oüi , de l'Amour qui vous créa ſi belle
Voilà, charmante Iris , l'eſquiſſe naturelle
Vous lui devez tous vos inftans ,
Et la coupable indifference ,
Où vous coulez les jours d'un rapide print-
Eſt pour ſon culte une réelle offenſe .
Pour prix de mes foupirs laiſſez-vous enflar
Toujours tendre , toujours fidéle ,
Je vous ſervirai de modéle ,
qu'avec
des traits de
porté dans mon ame.
des cieux ,
s'étend
juſques
aux
air d'enfance
,
uit ,
- conſtance
,
degrés
nous conduit
.
impoſture
,
re , preſſant
,
nous
procure
w'il reffent
.
qui ſe livre
!
ce Dieu
naît
!
ence
à vivrę
El le connoît
.
vous
créa
fibelle
,
ſquiſſe
naturelle
;
as vos
inftans
,
ifference
, d'un
rapide
printems
, me réelle
offen
ſe. laiffez
-vous
enflammer
toujours
fidéle
,
emodéle
,
Et je vous apprendrai l'art délicat d'aimer
Par ſentiment & jamais par foibleſſe .
Cette leçon n'offre rien qui vous bleſſe ,
J'y vais mettre un dernier vernis :
Plus leger cent fois qu'Eole ,
Sans retour le tems s'envole ;
Joüiſſez - en , & croyez , jeune Iris ,
Que quand l'âge vient nous ſurprendre ,
On ne regrette point les plaiſirs qu'on a pris ,
Mais ceux que l'on auroit dû prendre .
obvin
Par M. Gaudet.
LETTRE d'un Sçavant de Hollande à
M. l'Abbé *** , ſur un Poëme attribué à
feu M. Despréaux .
N travaille ici , Monfieur , à une
Ο nouvelle édition des OEuvres de M.
Deſpréaux , dans laquelle on ſe propoſe
d'inférer un Poëme qu'on lui attribue. A
la tête de cette Piéce on doit mettre une
Préface qui contient l'hiſtoire de ce prétendu
ouvrage poſthume : j'ai crû que
vous feriez bien aiſe de la lire. La voici .
Comme on recherche avec ſoin après
la mort des grands hommes juſqu'à leurs
moindres ouvrages ,& qu'une efquiffe de
B 11)
dans les aes Curieu.
<
mi les morceaux les plus rares & le
finis , le public verra fans doute ave
fir , à la ſuite du Lutrin de l'illuft
Deſpréaux , un Poëme qui , comme
mier,doit ſa naiſlance à un leger diffe
ſurvenu dans un Chapitre entre le P
le Chantre , & les Chanoines , au fu
cérémonial que le Chantre préte
qu'on ſuivit, lorſqu'il officioit. L'er
ment d'écrire fut le même que cel
Lutrin. On raconte ainſi le fait.
M. Deſpréaux , peu d'années av
mort , alloit quelquefois prendre l'ai
campagne chés un de ſes amis , do
maiſon étoit le rendez-vous de plu
gens de Lettres. Un jour la convert
de la table tomba ſur ce differend , do
principal ſujet étoit une prétentio
Chantre de porter un Bâton d'une cer
forme pour marque de ſa Dignité. Le
tre de la maiſon , prenant la parole
que ce noble Bâton étoit le frere
du Lutrin; qu'en France les cadet
Gentilshommes avoient quelque par
fucceffion de leurs peres ; que l'aîné
affés heureux d'avoir le Fief , & qu
roit injuſte de priver de ſa légitim
malheureux qui n'avoit d'autre crim
d'être venu ledernier, Cette plaifanterie
fit rire tout le monde , excepté M. Defpréaux
, qui rougit modeftement , & qui
repondit avec ſa maniere ordinaire& réfervée
, que la joie , qu'on pourroit goûter
de ſe voir pere dans un âge avancé , étoit
/ fort combattue par la peine qu'on reffentoit
de ne pouvoir avant la mort établir
ſes enfans; qu'ainſi le prétendu fils qu'on
vouloit lui donner fi liberalement ſur la
fin de ſes jours , pourroit bien éprouver le
fort de ces enfans infortunés , qui perdent
leurs parens en bas âge , & qui paſſent
triſtement en tutelle une partie de leur
vie.
nel Ange , trouve fa
ts des Curieux parplus
rares& lesplus
ansdoute avec plaierin
de l'illuſtre M.
qui , comme le preàun
legerdifferend,
pitre entre le Prévôt,
anoines , au ſujet du
Chantre prétendoit
I officioit. L'engagee
même quecelui du
infile fait.
eu d'années
avant fa
oisprendre l'air à la
ſes amis , dont la
ez-vous de pluſieurs
our la converſation
ce differend, dont le
ine prétention
du
Bâton d'une certaine
ſa Dignité. Le maînant
la parole , dit
toit le frere puîné
ance les cadets des
nt quelque part à la
eres ; que l'aîné étoit
leFief, &qu'il fe
de fa légitime un
bitd'autre crimeque
• Cependant retiré dans ſa chambre , il
s'amuſa du ſouvenir de cette aventure , &
ſa Muſe s'étant échauffée , il crût ne pou
voir laiffer un plus grand gage d'amitié à
l'hôte obligeant , chés lequel il continua
de joüir pendant quelques jours d'une
agréable folitude , que de lui laiſſer en
partant fon Batan de vieilleffe. Ce furent
fes termes. Il exigea de cet ami , qu'il ne
feroit jamais voir le jour à cet écrit. Je
me fuis , diſoit-il , engagé en quelque forte
envers le public , à ne plus ramaſffer de
rimes. Il y a d'autant plus lieu de tenir
parole , que ce malotru-ci ſemble né malgré
les glaces de l'âge , & en dépit d'Apol-
B iiij
une ſemblable promeſſe , mais il y
fidéle , car ce n'a été qu'après fa mo
l'ouvrage a vû la lumiere. Ceux ent
mains deſquels il tomba d'abord ,.
n'avoient pas contracté le même en
ment , ne ſe ſont fait aucun ſcrupu
le communiquer . C'eſt au public à
fi dans ces fortes de rencontres on
ſe diſpenſer quelquefois d'avoir
à l'intention des défunts .
Si vous voulez , Monfieur , que je
diſe mon ſentiment ſur cette préfac
ſoupçonne que l'Hiſtoire, qui y eſt ra
tée , eſt une fiction imaginée pour po
attribuer à M. Deſpréaux un ouvrag
quel il n'aura peut-être jamais penſé.
aura voulu rire fans doute , & effa
on pouvoit donner le change à quelq
Mais entre nous , il n'y aura de tro
que ceux qui voudront bien l'être.
puis long- tems on eſt revenu de ces f
de fineſſes . Il faut avoüer au reſte , c
ce récit n'eſt pas vrai , il eſt du moins
femblable , & qu'il peut faire naître L
rioſité de voir ce Poëme.
L
:
gédié depuis long sdepeine lui faire
ſſe , mais il y a été
qu'après fa mort que
iere. Ceux
entre les
mba d'abord
, & qui
Cté le même engageit
aucun fcrupule de
eft au public à juger,
rencontres
on peut
efois d'avoir
égard
ints
. Monfieur
, que je vous fur cette
Préface
, je ire, quiy eſt rapporaginée
pour
pouvoir
aux
un ouvrage
au- e jamais
penſé
. On doute
, & eſſayer
fi change
à quelqu'un
. n'y aura
de trompés ont bien
l'être
. De- revenu
de ces fortes oüer
au reſte
, que li il eſtdu moins
vrai- eut faire
naître
la cume
.
洗洗洗洗湯
TRADUCTION de l'Epître de M. de
Voltaire au Roi de Pruſſe , qui commence
ainfi : Quoi ; vous êtes Monarque &
vous m'aimez encore ?
R
Epistola Voltarii ad Pruſſia Regem.
Ex es , & antiqui memor es , quis credat
amici ?
Vix regnas , aurora tui vix fauſta reluxit
Imperii , totum radiis & roribus orbem
Ditatura, meis cumulum dedit hæc quoque votis
Rex bone , Rex conftans ? Nos eccè immenfa
remotos
Intervalla piis junxit tua dextera donis.
Excelſus ſolio , virtutibus altior , ad me
Depoſito veluti duce ſcribis. Epiftola , corde
Quæ memori maneat nullo delebilis ævo !
Qui nunc huic noſtro lucis Deus imminet orbi ,
Non fic in cælis radiavit ſemper Apollo ;
Æthereamque inter ſublimia fidera ſedem
Non habuit ſemper ; filvas habitavit opacas,
Atquè caſas humiles & amænè florida rura ;
Hîc fauſtos ſine labe dies feliciter egit ,
Dilexitque bonas ibi quas invenerat artes ,
Et coluit , docilique lirâ celebravit amandam
Virtutem,&magnis hanc laudibus extulituna.m
Bv
::
>
Lenit , & adducit nativis legibus uti ;
Facundus dictis & carmine nobilis , artem
Edocuit numerosè loqui & fuadere loquend
Aureadicenda eſt hæc ætas , aurea namque
Sit licèt indoctus, quâ rectè homo cogitat,
Tam fortunatas paſtor peregrinus ad oras
Venit , Apollineæ modulamina ſuavia vocis
'Audivit , captuſque fuit dulcedine ; cantus
Edere concordes eſt auſus paſtor ; Apollo
Laudavit voluitque fimul laudando docere ,
Et blandis dulcem ſtimulis formavit ad arter
AtDeus agreſti numen fub imagine celat
Paftoris , fictæ confidens advena formæ ,
Nil niſi paſtorem novit, laudavit , amavit.
Ille ego ſum de quo narratur fabula paftor
Advena , fed quis erit qui me inſpiravitApo
Edocuitque fimul ? Vos tèrque quaterque be
Opopuli , veftrum fub Apolline noſcite Res
Ille mihi Deus : Europæ ſplendor amorque,
Vivat , lo reſonet , ſubjectæ plaudite gente
Illius aufpiciis ſua jam jam præmi virtus
Et feret ,& reduces ludique arteſque vigebi
En ab utraque viri ſapientes protinus arcto
Conveniunt, ultrò ſubituri jura recentis
Imperit, & domino gaudent fervire docenti
Tu veti rectique ſequan & victima, virtus
edocet , antè feroces
gibus uti ;
nobilis , artem
fuadere
loquendo
.
.
=, aurea namque
eft ,
è homo cogitat, atas
regrinus
ad oras
mina ſuavia
vocis
ulcedine
; cantus
Spaftor; Apollolaudando
docere,
isformavit
adartem.
imagine
celat
dvena
formæ
,
audavit
, amavit
.
tur fabula
paſtor
me infpiravit
Apollo
; èrque
quaterque
beati , polline
noſcite
Regem
.
fplendor
amorque
,
tæ plaudite
gentes
.
mpræmi
virtus
que arteſque
vigebunt
.
es protinus
arêto
ijurarecentis
ent fervire
docenti
;
&victima
, vistus
.
Jus in adveris clara inconcuflaque manfit,
Invidia inferni ſtimulis agitata furoris ,
Atque error, multos ze jactavere per annos;
Jam repetas patrios , o vir generoſe , penates,
Conſcendit folium Socrates , exulat error.
Qui , veluti cruor eſt in corpore , fufilis auri
Nummus in imperio , & letum ,ni circuit, infert,
Largå ſpargetur dextrâ , nil deerit egenis.
Auri congeſtos ægrè Rex ſpectat acervos ,
Ni bonus inde levet populum, faciatque beatuma
Quotquot vicinos reges , tot habebit amicos ,
Nam pater eſt populi ,fraterque vir integer illi
eft.
Dat pacem , fortis fimul eſt ab bella paratus ,
Non ab utraque polo magnâ mercede petitos
Quærit ad arma viros quos unum molis inepta
Pondus commendat ; virtutem poſcit in illis.
Dixerit hic quidquid, quicquid rex fuerit , heros
Emicat , à norma cum numquam abſceſſerit æqui,
Heroas Bellona minus ſpectanda trophæis ,
Quam pietas , facit officiis comitata benignis .
Quà ſe ſe celeri velox rapit impete Ganges ,
Sex olim tu quinque Duces , Trajane , domaſti,
Atnon ſanguineis famoſum nomen ab armis
Traxiſti : fecit tua munificentia laudem >
Non victæ gentes , everſaque mania Titum
Non celebrant magnâ percepti ftrage Triumphi
Bvj
1
Perdidit ille diem , nullum , Rex optime , p
G.B. A. de S. Cha
ΕΡΙΤΑΡΗΕ.
De Madame la Maréchale
de Noailles.
P
Ar une faveur finguliere ,
Qui de ſes vertus fut le fruit ,
Noailles a fourni la plus longue carriere.
:
Saine de corps & plus ſaine d'eſprit
Elle touchoit à ſon vingtiéme luſtre ,
Quandde ſes jours ferains le cours fut arrêté
Epargnons , dit la Parque , à cette femme ill
L'affront de la caducité.
a , gloria tota eft.
perabitur
: unum
:
n, Rex optime , perdes.
B. A. de S. Châmond
.
APHE
.
La Maréchale
oailles
.
rfinguliere
,
fut le fruit ,
ongue
carriere
.
plus ſained'eſprit
,
a vingtiéme
luftre , s le cours
fut arrêté
. , à cette femme
illuftre
ducité
.
REMARQUES du Pere Texte ,
Dominicain , pour prouver qu'Amiot étoit
à la Cour dans le tems de la S. Barthélemi .
D
Ans le Mercure de France , ſecond
volume de Juin 1746 , M. Pré....
Chanoine de N. D. de Paris , adrelle cette
ſupplique à M. l'Abbé le Beuf , de l'Académie
des Belles Lettres . » Je ſuis ,M. fur
» le déclin , avis d'une honnête retraite ; je
>>>vous établis mon Subſtitut pour décou-
>>>vrir ſi le ſçavant Jacques Amiot , Evêque
>> d'Auxerre & Grand Aumônier de Fran-
>>ce , n'auroit pas été abſent de la Cour
ود
le 18 Août 1572 , que ſe firent les Nô-
>>ces de Henri, Roi de Navarre, avec Mar-
>>guerite de France , fix jours avant la jour-
>>née de la S. Barthelemi. Vous êtes plus
>>>à portée que tout autre d'en décider. Je
>>vois dans votre excellente Hiſtoire d'Au-
>>> xerre , qu'Amiot prit poſſeſſion de ſon
» Evêché le 29 du mois de Mai 1571 , &
>> qu'il ne vint faire un tour àParis qu'en
>> celui d'Avril 1573. Cet alibi ſuppoſé, il
>>>étoit dans les bonnes regles , qu'il fut
>>fuppléé par Hennuyer , Evêque de Li-
>>>zieux, Premier Aumônier du Roi Char-
১১
> les IX : ainſi ce Prélat n'auroit pas pû
1
aux
>>le petſonnage que M. de la Roque
>> fon manufcrit , & pluſieurs autre
>>teurs , lui prêtent.
Le filence de M. le Beuf, depuis
long eſpace de tems , m'ayant fait
prendre qu'il n'a pas daigné faire cet
cherche , & qu'il s'en tient à ce q
avancé , j'ai crû que pour autorifer
préſence dont il s'agit , & forcer l'a
faire jufque dans ſon retranchement o
libi, qu'ilſe flate de trouver, je n'avois
rapporter ce qui fuit , & qu'on ſeroi
ſuadé que M. le Beuf, le ſeul qui dit
Grand Aumônier & Evêque d'Aux
abſent de la Cour depuis le 29 Mai
juſques enAvril 1573 , s'eſt viſible:
trompé.
Le Roi Charles IX eut une fille , n
29 Octobre 1572 , laquelle fut bapti
Paris le 2 Fevrier 1573. L'Abbé Arch
p. 606 , Chapelle des Rois , a écrit qu
fut le Grand Aumônier qui la baptifa
l'Egliſe de S.Germain de l'Auxerrois.V
qui eſt poſitif, & M. Pré ... qui en
Chanoine , a pourtant ignoré ce fait
Grand Aumônier étoit donc à la C
avant le mois d'Avril 1573 .
Second fait. Le Roi Charles IX
on Diocèſe pour y
aguenots
, & y faire
1. de la Roque dans
pluſieurs
autres Au-
Beuf, depuis
un fi
,m'ayant
fait comdaigné
faire cette re n tient à ce qu'il a
pour autorifer
cette
t , & forcer
l'adverretranchement
del'aouver,
jen'avois
qu'à
&qu'on
feroit
perleſeulquiditAmiot
Evêque
d'Auxerre
,
puis le 29 Mai 1571 3 , s'eſt viſiblement
eut
une
fille
,née
le quelle
fut baptifée
à 3. L'Abbé
Archon
,
Rois
, a écrit
que
ce er qui
la baptiſa
dans de l'Auxerrois
. Voilà Pré
... qui
enaété ignoré
ce fait. Le
it donc
à la Cour
1573
.
oiCharles
IX
man
geoit&dormoit fort peu , ſelon M. de
» Thou , t. 2. p. 990 , & depuis la S. Bar-
>>t>helemiſonſommeil étoit ſouvent inter-
>> rompu par des fantômes & des ſonges
>> affreux . Modicus ut cibi &fomnii , quem
» etiam nocturni horrores poft cuſum Sanbar-
» cholemaum plerumque imerrumpebant.
>> L'ennui & le déplaifir du Roi , dir
>>Archon , p. 604 , fe faiſant connoître
>> fur fon viſage, fon Grand Aumônier, qui
» s'en appercevoit , lui demanda avec
>>une liberté pleine de reſpect, pourquoi
>> Sa Majefté s'abandonnoit ainſi au cha-
>> grin ; ce Prince lui répondit, monMat
»tre , n'en ai-je pas raiſon ? Et dans une au
>> tre occafion , pour lui témoigner com-
>> bien fa préſence lui étoit néceſſaire , il
> lui dit : mon Maître , ne me quittezpas. II
>> avoit été ſon Précepteur.
>>Archon ajoûte :le chagrin du Roi
» augmenta par le mauvais ſuccès du ſiége
>>de la Rochelle. Ce fiége fut mis , felon
Duplex , le 4 Décembre 1572 , & continué
avec un ſi mauvais ſuccès , qu'il fut
levé au mois de Juin 1573. Le Grand Aumônier
étoit donc ordinairement auprès
de ſon Roi , fon illuſtre Diſciple , pour le
confoler par fes entretiens pieux& familiers
,depuis fon indiſpoſition & avant le
fiége de la Rochelle , mis le 4 Décembre
40 MERCURE DE FRANCE.
1572 , cinq mois avant Avril 1573 , puifque
le mauvais ſuccès du ſiége de la Rochelle
ne fit qu'augmenter le chagrin précédent.
Eft-ce-là ne venir que faire un tour
à Paris après deux ans d'abſence ?
Concluons , que d'un côté la réſidence
de l'Evêque de Lizieux, Premier Aumônier
du Roi , dans ſon Diocèſe , étant exacte &
certaine , & d'un autre côté M. Pré... ſe
voyant dans l'impuiſſance de prouver
qu'Amiot n'étoit pas à la Cour pendant la
Saint Barthelemi , il faut qu'il avoue que
l'Evêque de Lizieux fut en état de faire l'action
héroïque que M. de la Roque , ancien
Auteur duMercure , lui attribue après une
nuée d'Ecrivains , & dont la tradition généralement
reçûe à Lizieux ne sçauroit être afſfés
respectée , comme M. Pré... en eſt d'abord
convenu en propres termes , Mercure de
Décembre 1742 , & comme je l'ai démontré
par une Réponſe inférée dans celui de
Décembre 1746.
vant Avril 1573 , puifcès
du fiége de la Romenter
le chagrin prévenirque
faire untour
ms d'abſence ?
d'un côté la réſidence
eux, Premier Aumônier
Diocèse , étant exacte &
atre côté M. Pré... ſe
puiſſance de prouver
as à la Cour pendant la
il faut qu'il avoue que
futenétatde fairel'acde
la Roque, ancien
lui attribue aprèsune
dont la tradition généax
nesçauroit être affés
Pré... en eſt d'abord
termes , Mercure de
commeje l'ai démoninféréedans
celui de
CECACA CACT CACACAcacacaca
CANTATE ,
Chantée dans le Château de M. Noyel de
Belleroche , Secretaire perpétuel de l'Académie
des Beaux-Artsde Villefranche , un
des Membres de celle de Lyon , & Subdélegué
de M. l'Intendant.
A Peine la naiſſante Aurore
Des ombres de la nuit diſſipoit les horreurs ,
Et payoit à la jeune Flore
Le riche tribut de ſes pleurs ,
Que le front ceint des roſes les plus belles;
Le Brillant Dieu , qui préſide à Délos ,
Suivi de ſes ſoeurs immortelles ,
Aſes chers nourriſſons a fait oüir ces mots,
Chantons , célebrons la naiſſance
D'un mortel , ami des Beaux-Arts..
Toujours , dès ſa plus tendre enfance ,
Il a fuivi mes étendarts,
Si des Héros couverts de gloire
Je chante les faits inouis ,
Si j'éterniſe leur mémoire ,
Dois je oublier mes favoris ?
D'un mortel , ami des Beaux-Arts ;
Toujours , dès ſa plus tendre enfar
Il a fuivi mes étendarts.
'Ainſi parle Phébus , & la troupe chérie
De ſes immortels confidens
D'une touchante mélodie
Fait retentir les bords charmans
D'Hypocrene & de Caftalie.
Quand par de vifs tranſports , par des chan
cieux ,
DuDieu des Vers le docte Empire
Signale dans ce jour le zéle qui l'inſpire ,
Goûtons dans ces paifibles lieux
Mille plaifirs délicieux.
Ris légers , graces naïves ,
Jeux féduifans , tendres amours ,
Volez fur ces aimables rives ,
Vous ſeuls faites de beaux jour
Parmi le fracas de nos Villes ,
Les plaiſirs ne font que brillans ;
Ils font vrais , touchans & tranquille
Dans le filence de nos champs.
ns la naiffance
des Beaux-Arts ;
plus tendre enfance,
darts.
troupe chérie
confidens
mélodie
ords charmans
deCaftalie
.
ports,par des chantsgra
s le docte Empire
ele qui l'inſpire,
paifibles lieux
cieux.
gracesnaïves
,
endres
amours
,
ables rives ,
aites de beaux
jours.
enosVilles
,
t que brillans
;
chans
& tranquilles
,
:nos champs
.
Rislégers , graces naives ,
Jeux ſéduiſans , tendres amours ,
Volez fur ces aimables rives
Vousſeuls faites de beaux jours.
Par M. Vidal , Profeffeur de Rhéthorique
auCollège de Villefranche , en Beaujolois.
LETTRE de M. Michault , Avocat au
Parlement de Dijon.
Lorsque je
fis imprimer , M. ſur une
feiille volante, le projetde l'ouvrage
que je prépare concernant la Bourgogne ,
ce ne fut que pour le diſtribuer dans cette
Province aux perſonnes les plus capables
de me fournir des mémoires. L'expédient
m'a réiifli , & j'ai reçû grand nombre d'ob
ſervations très-utiles ,dont un jour je témoignerai
d'une maniere authentique ma
reconnoiſſance à ceux de qui je les tiens.
Cependant je ſuis ſurpris que mon deffein
étant annoncé ſi publiquement , trois ou
quatre Villes conſidérables paroiffent n'y
avoir pris aucun intérêt ,& que les gens
de Lettres , qui ſe trouvent ſans doute parmi
leurs Citoyens , marquent tant d'indifference
fur la gloire de leur Patrie. :
イ
!:
2
xions & des conſeils , qui m'ont paru trop
juſtes pour n'y pas déférer. On voudroit ,
par exemple , trouver dans mon Livre les
Poüillés des Evêchés de la Province , &
c'eſt auſſi ce que je me propoſe d'exécuter
dans le détail le plus exact. J'avois promis
une efquiſſe du Nobiliaire , mais on fouhaiteroit
de l'avoir complet ; je m'y engage
volontiers , pourvû que les Maifons
illuftres & les Familles diftinguées
de la Bourgogne ſe prêtent à cette entrepriſe
en me procurant leurs généalogies
& des mémoires fur leſquels je puiffe
travailler, ſans bleſſer la vérité hiſtorique ,
&fans déplaire à perfonne. J'attends auffi
de ceux qui poſſedent des Terres & des
Fiefs en Bourgogne, d'amples inſtructions ,
&même la communication des principaux
titres qui peuvent ſervir à établir leurs
droits & leurs priviléges. Cet avertiffement
doit par la ſuite me diſculper envers
les Seigneurs qui auront négligé ou refuſé
de me donner des éclairciſſemens ; j'ofe
même dire qu'en ce cas ils ſe plaindroient
injuſtement de mes erreurs, & qu'elles leur
deviendroient en quelque forte imputables.
* Voyezle Mercure de France de cette année,Janwier
, pag. 122 , & Fevrier , pag. 42 .
SEPTEMBRE. 1748. 45
Comme la carriere que je me ſuis ouverre
eft fort vaſte ,j'éviterai de copier ſervilement
mille paſſages , qui ne ſervent qu'à
faire parade d'une vaine
érudition ;je me
contenterai de citer les Livres où j'aurai
trouvé des faits , dont
l'indication m'aura
ſemblé
néceſſaire , en me
réſervant néanmoins
le droit de porter
quelquefois mon
jugement ſur les ouvrages & ſur les Auteurs.
L'Hiſtoire
Naturelle ayant été
juſqu'ici
fort
négligée dansla
Bourgogne , c'eſt une
matiere toute neuve , qui ſe
préſente à
moi ſous
differens points de vûë. Les occupations
des
Curieux de la
nature portent
ſur une infinité d'objets
agréables ,
quoiqu'ils ne foient pas du même degré
d'utilité. Les
Coquillages , les
Pétrifications,
les
Inſectes , les
Plantes , les Fontaines
, les
Carrieres , les
Marbres , les Minéraux
,
méritent des ſoins & des
recherches
; toutes
découvertes en ce genre ont
Jeur prix , & ne
doiventpas être
négligées.
Mais je
m'attacherai
particulierement à
celles qui
tournent le plus à
l'avantage de
la ſociété.
Quelqu'attention que j'y puiſſe
apporter , je ne me flate pas de tout dire
furune
matiere ſi
étendue , mais
j'aurai du
moins le mérite d'avoir été le
premier à
donner
quelques lumieres ſur ce que la
46 MERCUREDEFRANCE .
terre porte de précieux dans nos climats ;
je réveillerai en même tems , fur les découvertes
quej'aurai faites , la ſagacité des
Phyſiciens ,& l'intérêt de ma Patrie ſur les
biens qu'elle poſſede ,& qui n'y ſont pas
affés connus . Je puis en citer un exemple
tont récent. Un de mes amis a découvert
depuis peu en Bourgogne des terres propres
à compoſer des couleurs très-vives ,
& à être employées utilement dans la Peinture.
Je ne manquerai pas d'en faire part
au public , en marquant les lieux où il les
Ja trouvés. Je détachai auſſi dernierement
dans les carrieres de nos environs , des
Ochres , qui à l'épreuve m'ont paru parfaites.
Les Pierres & les Marbres de la
Province font encore un objet conſidérable,
dont je puis acquérir une grande connoiſſance
par la collection qu'en fontMM,
-V *** pour enrichir le Cabinet d'Hiſtoire
-Naturelle qu'ils forment depuis quelque
tems,& où ils travaillent à raſſembler tout
ceque le Païs produit en ce genre de curieux&
de rare. Je ſuis ,&c.
ADijon le 16 Août 1748,
SEPTEMBRE. 1748. 47
A
:
EPITRE
De M. l'Abbé du Plessis-de-Joué ,
à M. de la Bruere.......
:
Imable Auteur que je révére fort ,
Un fruit précoce humblement je t'adreſſe,
Non de ces fruits que donne le Permeffe ,
Et de le dire on auroit très-grand tort ,
Mais c'eſt un fruit qu'enfanta la jeuneſſe
Dans les accès d'un petulant tranſport;
Fruit fort aigret , non tel que Soriniere ,
Vous en envoye , ou ſon ami Maillard ,
Carmon Pégaſe eſt un vieux Oreillard ,
Courſier pouffif, qui touſſe de maniere
Que bien ſouvent j'ai cuu dans la carriere
Que le Troteur, aux discordans accords ,
Subitement deſcendroit chés les morts.
Mais attendons , cher la Bruere ,
Qu'un peu plus d'âge ait mûri mes talens
Tu peux compter que carmes excellens
Pour toi feront , & fi le fin Mercure,
Ce Dieu facond , vouloit bien prendre cure
De les porter dans les lointains pays ,
1
* Ce Vous s'adreſſe à tous les Journalistes.
f
:
1
48 MERCURE DE FRANCE.
Je lui promets , je lui voue & lui jure
Une hécatombe aux langues de Fourmis, *
Uu autre eût dit de boeufs , à l'aventure ;
Mais tenir faut ce que l'on a promis.
EPIGRAMME.
DAnsu Ans un célébre Parlement ,
Un Avocat , pourvû d'une rare éloquence,
Plaidant avec chaleur un fait de conféquence ,
Vitque les Magiſtrats dormoient tranquillement;
Meſſieurs , s'écria-t'il , l'objet eft important ,
Réveillez- vous , je vous ſupplie ,
Vous allez décider du fort de ma Partie ,
Inſtruiſez - vous auparavant.
Le Préſident , ſurpris d'une telle licence ,
Confus dela remarque ,& ſe frottant les yeux ,
Ditd'un ton de colere , Avocat ennyeux ,
La Cour de vos avis s'offenſe ,
Et pour punir votre inſolence ,
Vous interdit pour trente jours .
L'Avocat fiérement répond à ce diſcours ,
Et moi , pour enchérir, Meſſieurs , ſur l'ordonnance,
:
* On n'offroit à Mercure que les langues des victimes
, comme Dieu de l'éloquence.
:
Et
SEPTEMBRE. 1743. 49
Et vous laiſſer en paix dormir à l'Audience,
Jem'interdis pour toujours.
ParM. Cottereau , Curé de Donnemarie.
D
AUTRE.
Ans une Paroiſſe d'Auxerre ,
Un maître Bohémien mourut ſubitement ;
Pour contenter ſa femme , on eut ſoinde lui faire
Un magnifique enterrement.
Trois jours après , le Curé poliment ,
Accompagné de deux Vicaires ,
Vint demander ſes honoraires.
La veuve , à ce diſcours preſſant,
Dit à ſa fille ingénument :
Babet,ces bons Meſſieurs ont chantépourtonpere;
Et tu ſçais que chacun s'aide de ſon métier .
Eh bien ! ſonnons dutambourin,ma mere,
Etdanſons pour les remercier.
Par le même.
1
C
to MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗泥
De quelques Médailles.
'Ai lû la Diſſertation ſur une Médaille
depetit Bronze,de l'Empereur Gratien ,
par M. Beauvais. Elle eſt p. 54 du Mercure
de France , ſecond vol 1747 .
Quelque réputation qu'ait le P. Har
douin, j'ai été furpris qu'on ait tant inſiſté
àréfuter fon opinion ſur la Légende GRATIANVS
AVGG. AVG. Gratianus Angustus
Gener Augusti . J'aimerois mieux dire que
dans le mot AvGG. le ſecond Geſt une faute
du Monétaire , qui l'a ajoûté par mégarde
ou par précipitation , que d'avancer
une opinion ſi oppoſée à la notion commune
des Médailles. La double lettre fignifie
ſi fréquemment un pluriel , qu'un
commençant ſe trompe rarement dans
Cuss. Confulibus. IMPP. Imperatoribus.
Commentle P. Hardoüin expliqueroit- il
le Concordia AvGGG . avec trois G. Victoria
AvGG. avec deux GG ... ? Il diroit ,
fans doute , Victoria Auguſtorum . N'auroitil
point pû dire de Gratien Auguftorum
Au ustus?
La régle de la ponctuation , ſuivie par
M. Beauvais , paroît très-fûre ; il ne me
convient point de lui dire ce que je penſe
SEPTEMBRE. 1748.
fur l'explication qu'il a donnée à la Légene
GLORIA NOVI SACVLI. Ill'a trop
bien éclaircie&folidement appuyée ; j'au
rois ſouhaité qu'il eût attribué aux ordres
deMaxime la mortde Gratien. Andragace
ne fut que l'exécuteur de ces ordres.
Agréez , Monfieur , que je communique
ici à M. Beauvais un petit differend , dont
on le prie de dire ſon ſentiment avec ſa
préciſion ordinaire. Il s'agit d'une Médaille
de petit Bronze de l'Empereur
Othon , très bien conſervée ; elle eſt dans
unCabinetde Province ; voici la deſcription
: IMP. M. OTHO CAESAR AVG. TR.
P Caput Othonis nudumfiniftrorsum. PONT.
MAX. figura muliebris violataſtans, dexirorfum.
d. spicas. l. cornucopice. On a fort relevé
la rareté de cette Médaille. Le Pofſeſſeur
, voulant s'en bien aſſürer, écrivit à
un ſçavant Antiquaire , qui fit cette réponfe.
>>A la vérité , il y a des véritablesMé-
> dailles d'argent d'Othon , de la grandeur
>> ordinaire d'un denier, mais elle eft fauſſe
>>quand elle eſt de Bronze , quoique faite
»àla reſſemblance de la véritable.
ود >>Il peut ſe faire que cette Médaille de
« Bronze a été couverte d'argent ;alors elle
>> eſt d'une véritable antiquité , mais d'un
> petit prix. La feuille d'argent don elle
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
1
» étoit couverte , étant perdue par la ſuc
»ceſſion des tems , malgré les ſoins des
>>faux Monétaires, qui la faiſoient paffer
>>pour une Monnoye courante ; il n'en
reſte que le ſeul cuivre rouge.
Je joins la réplique.
Il eſt vrai que de célebres Antiquaires
penſent qu'il n'y a jamais eu de Médailles
de Bronze d'Othon ; ils ſe fondent & fur
le peu de durée de fon regne & fur la hai
ne du Peuple pour ce Prince.
Ces raiſonsne paroiſſent point déciſives,
Des Monétaires , ou par avidité du gain ,
ou fans rapport à la haine publique , peu,
vent avoir frappé des Médailles de Bronze,
qui étoient de leur reffort.
Charles Patin en rapporte une , qu'il
croit indubitable , en petit Bronze , quoique
le Monétaire ait omis l'H dans le nom
Oro, au lieu de OTHO. Il eſt donc trèspoſſible
qu'il y ait eu des Médailles de
Bronze & de petit Bronze d'Othon . La vûë
de celle dont il s'agit , en convainc plei
nement. L'Auteur de la réponſe prétend ,
ou qu'elle eſt fauſſe, ou qu'elle a été fourrée
,mais quand elle auroit été fourrée , il
y auroit donc des Médailles de Bronze ,
puiſque les Médailles fourrées n'étoient
que fur leBronze.
Si cet Auteur yoyoit la Médaille , le
4
SEPTEMBRE. 1748. 53
coup d'oeil , l'oeil du métail , qui ſont des
guides affés fûrs pour difcerner les Médaitles
, ſurtout quand elles ſont ſans vernis ,
le convaincroient de la ſincérité de la Médaille.
Elle ne paroît point avoir été fourrée.
Le métail des Médailles fourrées , preſque
toujours, eſt alteré,quand la feuille d'ar gent
eft tombée.La Médaille en queſtion eſt trèsbien
confervée ; elle n'eſt nullement altérée
; il n'y a pointde veſtige d'une feuille
d'argent ; ces raiſons perfuadent que la
Médaille d'Othon est vraie , antique , rare
& très- rare.
L'Auteur de la réponſe ſuppoſant que la
Médaille ait été fourrée & par conféquent
d'une véritable antiquité, la regarde pourtant
commed'un petit prix.
Les Médailles fourrées ont un vrai prix ,
& par leur antiquité &par la rareté des
Médailles d'un Empereur tel qu'Othon ,
furtout en petit Bronze , qui ſe trouvent
difficilementdans le haut Empire,& partilierement
ſous les douze Céfars. L'Auteur
de la réplique finit en foumettant ſes foibles
lumieres à la décision des Maîtres ; il
les prie ſeulementde ne pas croire impofſible
de voir ce qu'ils n'ont pas vû euxmêmes.
Il ſe trouve dans un autre Cabinet une
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
MédailleGrecque, ou plutôt un Médaillon,
car elle péſe deux gros 19 grains. Si M.
Beauvais la juge digne de quelque attention,
il obligera d'inſtruire un Curieux qui
n'a qu'une connoiſſance très-imparfaite des
Médailles. Voici la deſcription. -
:
Figura togata ſtans ſiniſtrorfum : utrâque
manu extensa.... Versus ramum oblongum ,
à pedibus ad caput. Ad latus ſiniſtrum figura
Bellua, quafi camelus. Retrofiguram avis: &
interfiguram & avem hafta , in cujus fummitate
avis altera. Sine Epigrafe.
Prora navisfuper quam ΛΕΥΚΑΔΙΟΝ
ΛΕΩΝΧ.
Cette Prouë n'indiqueroit-elle pas une
Ville Maritime ?
,
dir
M. Vaillant , dans ſes Médailles Grecques
, Amſterd. 1700 , pag. 200
Leykadion in Syria. num. Gordiani , pii.
A la page 152 , il rapporte deux Médailles
de cette Ville. Dans fon Appendix des
Médailles des Villes , il donne l'empreinte
d'une de ces deux Médailles , qui ne paroît
pas conforme à la deſcription qu'il en
fait , pag. 152.
SEPTEMBRE. 1748 . 55
L
ODE
Sur les vanités du monde.
E Ciel parle. Ames yeux ſurpris
Déja l'avenir ſe découvre.
Sous mes pas l'abîme s'entr'ouvre ;
Où ſens- je emporter mes eſprits !
De Dieu la colere étincelle.
Dans le néant , qui les recéle ,
Tous les tems font ensevelis.
La terre eſt prête à ſe diffoudre.
Sur ma tête gronde la foudre.
Des tombeaux les norts ſont ſortis.
Quel eft ce Juge qui s'avance ?
La terreur marche ſur ſes pas.
Sous ſa redoutable puiſſance
Je vois trembler les Potentats .
Sur ſon front éclatant de gloire ,
Brille le ſceau de ſa victoire.
Des opprimés il fut l'appui ,
De l'orphelin le tendre pere ,
Et le pauvredans ſa mifere
Netrouva de repos qu'en lui,
Ci
56 MERCURE DE FRANCE.
Frémis en ces momens d'horreur ,
Riche barbare , impitoyable.
Ton malheur est inévitable ;
Sois ton premier accufateur.
Cruel , dont l'ame déchirée ,
A fes remords abandonnée ,
Dans ſon ſein nourrit ſes bourreaux ,
Ton avarice inſatiable ,
Du pauvre l'oubli condamnable ,
Sont la ſource de tous tes maux.
Et toi , Philoſophe orgueilleux,
Victime de ton fanatiſme ,
Soûtenu du fol Athéiſme ,
Tu les armes contre les Cieux,
Tu ſuivois une route impure.
Rebelle au cri de la Nature ,
En vain tu voulus l'étouffer.
Aton coeur elle offroit un Maître ;
Tu feignis de le méconnoître ,
Mais tu ne pûs en triompher.
Quel objet s'offre à ton réveil ?
Le Ciel armé pour ton fupplice.
Quoi ! ſur le bord du précipice
Peut-on ſe livrer au sommeil .
SEPTEMBRE .
1748 . 57
L'Enfer avoit juré ta perte ;
La grace à tes yeux s'eſt offerte ;
Toi-même as dicté ton Arrêt ,
Dieu le prononce & te réprouve.
Il eſt tems que ton coeur éprouve
Qu'il eſt un vengeur des forfaits.
**
Empire de la volupté ,
Combien eſt courte ta durée !
De ton joug mon ame ennyvrée ;
En faifoit fa Divinité .
Mes jours couloient dans la molleffe;
Enfant de la délicateffe ,
Mon coeur y trouvoit mille appas.
La mort paroît. A fon approche ,
Le jour luit ; mon coeur fe reproche
Un vuide qu'il ne voyoit pas.
i 药
Eſclave de l'ambition ,
Ton fort est- il moins miférable ;
Et quelle eſt la fin déplorable
Où t'entraîne ta paſſion ?
Jouet de tes folles penſées ,
Dans le vaſte champ des idées
Ton eſprit ſans ceſſe entraîné ,
Projette , exécute , s'enfâme , ...
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Bien-tôt ſe diſſipe le charme ,
Ton coeur en paroît conſterné.
Et vous , Tyrans impétueux ,
Rois , Conquérans , foudres de guerre,
Yous, fiers arbitres de la terre ,
Avez- vous pû vous rendre heureux ?
Quand à vous ſervir tout s'empreſſe ,
D'où naît cette fombre triſteſſe ,
Qui perce à travers les plaiſirs ?
Vous les aimez .... c'en eſt la ſource ;
Vous les cherchez ... plus de reſſource ,
Et vous mourrez dans les deſirs
PRIERE.
Guide mon eſprit & mon coeur
3
Dans les ſentiers de la ſageſſe ;
Ouvre mes yeux ſur ma foibleffe ;
Romps-en le charme ſéducteur
Dieu puiſſant ! Du mal que j'abhorre ,
Le feu mal éteint brûle encore ;
L'homme y combat contre ta Loi ;
Remets le calme dans mon ame ;
Viens y graver en traits de flame ,
Qu'on ne peut être heureux fans toi.
:
:
SEPTEMBRE. 1745. 59
ETABLISSEMENT des Ecoles
de Mathématiques dans la Ville de Reims.
N ouvrira au mois de Novembre
,
de Ville de Reims , deux Ecoles publiques
, où l'on enfeignera tout ce qui peut
contribuer à la perfection des Arts & des
Manufactures. Ily aura dans l'une & dans
P'autre plufieurs places gratuites , en faveur
des jeunes gens qui feront moins
partagés des dons de la fortune que de
ceux de la nature ; les autres donneront
6 liv. par mois. Les dépenses confidérables
que la Ville eſt obligée de faire pour ce
nouvel établiſſement , la mettent actuellement
dans la néceſſité d'impoſer ce léger
tribut fur ceux qui font dans un état aifé.
Il ſe diſtribuera tous les ans , dans chaque
Ecole, des Prix à ceux des Eleves qui
s'y feront ſignalés par leurs progrès. L'une
de ces deux Ecoles aura les Mathémati
ques pratiques; l'autre , l'art du Deffein
pour objet. Voici le plan de l'une & de
Pautre.
:
>
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
PLAN de l'Ecole de Mathématiquespratiques
, par le P. Fery , Prêtre Religieux
Minime , Profeſſeur de cette Ecole , nommé
par Meſſieurs de l'Academie Royale des
Sciences , & par Meſſieurs les Lieutenant
Gens du Conseil de la Ville de Reims.
L'Arithmétique ſera le premier objet de
nos Leçons ; nous l'enſeignerons dans tou
te ſon étendue , relativement aux Sciences
, aux Arts & au Commerce. L'Algébre
& l'Analyſe prêteront leurs fecours à l'Arithmétique.
Nous en donnerons les principes
néceſſaires pour réſoudre une infinité
de Problêmes ,qui ſe rencontrent à chaque
inſtant dans l'uſage de la vie civile ,
&dont l'Algébre facilite, ou s'eſt réſervé la
folution . Nous affortirons notre Géométrie
de toutes les pratiques & les uſages
qui y font relatifs. Le Toiſé, l'Arpentage,
la diviſion des terres , la méthode de lever
les Plans & les Cartes , le jaugage , le nivellement
, la pratique du jardinage , &c .
la conſtruction & l'uſage des principaux
Inſtrumens de Mathématiques néceſſaires
pour ces opérations , feront autant d'objets
fur lesquels nous exercerons la ſagacité de
nos Eleves & comme rien n'eſt plus
propre à former l'ApprentifGéométre dans
les opérations pratiques , que l'exercice
د
SEPTEMBRE. 1748. 61
même de la pratique , nous conſacrerons
quelques jours dans la plus belle ſaiſon a
lever par parties le Plan de la Ville & des
dehors , & à donner ſucceſſivement à nos
Diſciples le ſpectacle de toutes les opérations
les plus utiles & les plus curieuſes
qui répondent à notre objet. Peu contens
d'avoir opéré dans la Géométrie ſur les figutres
ſemblables & les Echelles , nous puiferons
dans la Trigonométrie l'art de calculer
les triangles par les Tables des Sinus
& des Tangentes , & pour donner à ce
calcul la fimplicité dont il eſt ſuſceptible ,
nous donnerons les notions& les uſages
des tables des Logarithmes , pour en former
les analogies.
Après avoir donné les principes généraux
de la Statique & de la Méchanique , nous
les appliquerons à toutes les machines ſim.
ples & compoſées , relatives aux Arts ,
aux Manufactures , aux besoins , aux commodités
& à l'agrément de la vie. Le développement
de toutes ces machines , leur
explication & leur calcul, couleront, comme
de ſource , des principes qui auront
été poſés ; nous tâcherons de n'en omettre
aucune de celles qui font recommandables
par leur utilité , ou par le génie qui a
préſidé à leur invention. Nous les traite
rons ici relativement à leur méchaniſme &
62 MERCURE DE FRANCE.
د
àleur conſtruction, nous réſervant d'avoir
égard à leurs moteurs , dans la partie de
laquelle ils dépendent. Nous inſiſterons
particulierement ſur l'explication de celles
qui font les plus communes & les plus
néceſſaires dans le Pays Rémois , telles
que font les fouleries des Etoffes, les moulins
de dégorgement & les differens métiers
pour les Manufactures toutes les
Machines propres à ſeconder l'induſtrie
&àfaciliter les travaux dans la conſtruction
des Edifices , les preffoirs , les moulins
à eau & à vent , & les Machines hydrauliques
, ſoit pour les beſoins de la
vie , foit pour épuiſer les fondemens &
les terreins aquatiques. Nous ferons exécuter
en petit toutes les Machines que
leur perfection & leur utilité rend précieuſes
aux connoiſſeurs ; nos explications
tomberont ainſi ſur du réel ; l'oeil en ſera
frappé , & l'eſprit d'autant plus éclairé.
La théorie des rouës dentelées & des lanternes
, qui font partie de la plupart des
Machines compofées,& la méthode d'eſtimer
& de calculer le frottement , auront
place à la fin de ce Traité .
Nous donnerons enſuite tout ce que
'Hydroſtatique a de plus intéreſſant : delà
nous pafſferons à l'Aërométrie
flambeau de l'Expérience nous ſervira
,
où le
SEPTEMBRE. 1748. 63
de guide pour afſſujettir à nos recherches
les diverſes propriétés de l'air ; nous donnerons
ici ſous differens points de la vûë
la conſtruction de pluſieurs inſtrumens ,
dont nous indiquerons les uſages & expliquerons
les effets , tels que font laMachine
pneumatique , le Barométre , le
Thermometre , l'Hygrometre , l'Arquebuſe
à vent , differens Acoustiques , la
Trompette parlante , &c. Nous terminerons
par quelques recherches importantes
fur le choc & les effets du vent , en
faveur des machines auxquelles il eſt échû
pour moteur.
Dans l'Hydraulique nous traiterons de
toutes les machines que la méthode revendique
à cette partie. Les pompes de
toutes les eſpéces , tout ce qui peut contribuer
à les rendre parfaites , ſoit par leur
conſtruction , ſoit par celle des piſtons &
des ſoupapes , &c. La façon d'animer le
feu par le concours de l'air & de l'eau
dans les grandes forges , & dans les fourneaux
des Fonderies ; la Fontaine de Heron
, telle qu'elle eſt ſortie des mains de
fon Inventeur , & telle qu'elle a été perfectionnée
depuis par M. Nieuwentyt ; le
vaſe de Tantale , la Fontaine de compreffion
, d'interruption , de raréfaction , &c.
feront ſuccéder l'agréable àl'util.e
64 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous retournerons enſuite vers
les machines, dont la méchanique aura fixé
la conſtruction , mais dont le moteur reffortit
à l'hydraulique. Nous donnerons
les méthodes les plus fûres pour mefurer
la dépenſe , éftimer lavîreſſedes eaux , &
pour en calculer les efforts en la puiſſance
fur une furface donnée. Nous apprendrons
aux Artiſtes à faire uſage d'une
chûte & d'un courant d'eau , & nous leur
indiquerons les cas où les roues à auges
doivent être préferées aux rones à volets.
De-là naîtra l'occaſion de leur donner le
développement & l'explication de quelques
moulins à eau , qui font en uſage
dans la Provence & dans le Dauphiné ,
& de ceux du Baſacle deToulouſe , qui
par la fimplicité de leur conſtruction ont
mérité l'approbation des Machiniſtes les
plushabiles .
Nous ajouterons ici les régles pour dé
terminer la furface des aubes d'une rouë ,
reſpectivement à la force du choc de
l'eau , & à la réſiſtance oppofée par le
poids , & pour fixer le nombre des mêmes
aubes , relativement à leur hauteur & au
diamétre de la roue. Nous placerons ici
quelques notions importantes fur le cours
des rivieres , nous indiquerons les diffe.
rens moyens d'oppoſer des digues à l'im-
;
SEPTEMBRE. 1748. 65
pétuoſité d'un courant irrégulier,pour empêcher
la dégradation des rives , &c. &
après avoir réglé la pente des aqueducs ,
&c. nous donnerons les inſtructions néceſſaires
pour conduire & diftribuer les
eaux dans une Ville , & pour tirer un
prompt ſecours des fontaines publiques
dans le casd'un incendie. Nous joindrons
à'ces nouvelles connoiſſances la folution
des problêmes , qui peuvent être de quelque
utilité dans la pratique des eaux jailliffantes.
,
Après avoir donné les principes fondamentaux
& les notions principales de
l'optique& de la perſpective , nous enfeignerons
le trait & la projection des Anamorphofes
, & tout ce qui eſt du reffort de
la perſpective curieuſe.
La matiere , la préparation , la conftruction
de toutes les eſpéces de miroirs ,
miroirs plans , concaves , convexes , coniques
, cylindriques , pyramidaux , &c. Le
détail & l'explication de leurs effets furprenans
, feront l'objet de nos leçons fur
la catoptrique , & pour ne rien laiffer à
défirer fur cette partie , nous donnerons
les régles pour tracer ſur des plans horizontaux
des figures difformes , qui paroifſent
dans leur naturel , étant vûes par réflexion
d'un point donné ſur des furfaces
coniques , cylindriques , &c.
14 MERCURE DE FRANCE.
vous tirerons de la Dioptrique les
moyens de remédier par l'art aux défauts
naturels , & accidentels de notre vûë, que
l'optique nous aura fait connoître. De-là
nous pafferons à la conſtruction des Télefcopes
, tant de réfraction que de réflexion ,
& à celle des Microſcopes ſimples & con
poſés ; nous ajouterons la maniere de faire
la chambre obſcure , la lanterne & le tableau
magiques , & nous finirons par la
deſcription des principaux inftrumens néceffaires
aux Artiſtes pour façonner & polir
les verres plans , concaves , convexes &
poly dres.
Nous donnerons de la Gnomonique ce
qui en fera néceſſaire pour tracer une ligne
Mé idienne , & les cadrans les plus fimples
&les plus uſités. Les autres operations ,
qui demandent une ſpéculation trop profonde
, feront renvoyées à notre Ecole de
Théorie , que nous nous proposons d'ouvrir
ici dans quelques années.
Nous nous bornerons dans l'Architecture
Civile , à donner quelques éclairciſſemens
de Phyſique & d'expérience fur la
nature , les propriétés & la ſolidité des
matériaux qu'on y employe ; de-là nous
deſcendrons à l'explication des cinq Ordres
dont nous aſſignerons l'harmonie ,
la convenance & les proportions. Après
SEPTEMBRE. 1748. 67
avoir donné à l'Architecte les connoiffancesnéceffaires
pour affûrer aux fondemens ,
&aux murs la ſolidité relative à leur charge
, nous déterminerons les proportions
des portes & des fenêtres reſpectivement
à chaque Ordre,la largeur des chambres &
des ſalles, eû égard à leur longueur; la proportion
des cheminées , la figure de leurs
jambages , & la conſtruction de leurs
foyers la plus avantageuſe , pour en aug
menter la chaleur ,& les differens moyens
de les garantir de lafumée ; nous ne toucherons
point à ce qui regarde l'ornement
& les décorations des édifices & des jardins;
cet objet nous feroit étranger& nous
en laiſſerons le ſoin à M. Ferrandde Monthelon
, qui s'eſt chargé d'enſeigner dans
nos Ecoles l'Art du deffein relativement
à tous les Arts
Un petit traité de Stereotomie ſervira
d'introduction à nos leçons ſur la ſcience
du Trait ; nous traiterons des portes & des
arrieres vouffures , des trompes , des defcentes
& des eſcaliers , & comme dans la
coupe relative à ces parties , les figures &
les deffeins en perfpective laiſſent toujours
quelque choſe à défirer àl'imagination ,
nous opérerons fur les ſolides mêmes ,
après avoir tracé l'épure de chaque objet
denos opérations ,nous emprunterons la
MERCURE DE FRANCE.
main d'un Appareilleur qui coupéra du
Trait ſous les yeux de nos Eleves , & réduira
le tout à l'exécution ; nous indiquerons
ici les régles que doit ſuivre l'Architecte
, pour calculer la charge & la pouffée
des voutes , & leur proportionner la hauteur&
la folidité des piédroits , & des arcs
& des pilliers boutans.
Nous ne nous bornerons pas à la coupe
des pierres , nous appliquerons nos principes
à la coupe des bois , en faveur des Menuifiers
pour les revêtemens des arrieresvouſſures
, ſoit en lambris foit en placage ;
& du Charpentier pour la conſtruction
des voutes & des eſcaliers de charpente ,
pour l'aſſemblage& la composition des cin
tres, qui ferventde diſpoſitifàla construction
des voutes en pierre , & pour tout ce
qui concerne les fermes & les combles de
toutes les eſpéces ; nous terminerons par
quelques éclairciſſemens fur l'art d'échaffauder.
Nous aurons ſoin de réſerver nos leçons
de Fortification à la ſaiſon deſtinée au repos
du Militaire , afin que la jeuneſſe
choiſie de cette Province , qui ſe conſacre
au ſervice du Roi , & qui n'eſt point à
porrée des Ecoles Royales d'Artillerie ,
puiffe acquerir ici les connoiſſances qui lui
font utiles ou néceſſaires , pour ſervir Sa
SEPTEMBRE. هو . 1748
Majesté avec difti.
Nous enſeignerons ..
fier les Places réguli
de remédier aux c
1.
Places ; nous finirons par les régles qui
doivent diriger l'Ingénieur dans la confruction
des Citadelles, des Réduits & des
Magaſins à poudre. Ce traité ſera ſuivi de
celui de l'attaque & de la défenſe des Places
; après avoir dirigé les travaux d'un
fiége,depuis l'inveſtiſſement juſqu'à la redditionde
la Place , nous preſcritons les régles
de la défenſe ;& comme la Pyrotechnievient
également au ſecours de l'Affiégeant
&de l'Affiégé , après avoir traité
la compoſition de la poudre , ſes propriétés
, ſon épreuve & ſes effets , &c. nous
paſſerons à la deſcription , l'uſage & le
ſervice de toutes les machines offenſives&
défenſives , à l'art de tirer avec précifion ,
de charger & de pointer le canon , le mor.
tier , le pierrier , &c. Nous décrirons enfuite
les differentes eſpéces de mines & de
contremines , & nous affignerons leur objet
, leur conſtruction , la charge de leurs
fourneaux , la configuration de leurs galeries
, & l'explication de leurs effets. Pour
relever l'utile par le mêlange de l'agréable,
nous terminerons nos leçons par les notions
principales de tout ce qui fait le jeu
70 MERCURE DE FRANCE.
des feux d'artifice pour les rejoüiffances
publiques.
Nous donnerons ces leçons en François,
&nous tâcherons d'employer le tems , de
façon que nous puiſſions donner ce cours
complet dans l'eſpace de deux ans.
Nous avons éré obligés de ne donner ici
qu'un abregé du plan de notre Ecole ,
pour nous conformer à la forme du Mercure.
Ceux qui ſouhaiteront de l'avoir dans
un plus grand détail,&tel qu'il a été préſenté
à l'Académie Royale des Sciences , qui
abien voulu l'honorer de ſon approbation,
pourront s'adreſſer àReims , chés Delaure ,
pere & fils ; à Paris , chés Jombert , Quai
des Auguſtins ; à Lyon , chés de la Roche ;
à Rouen , chés Befogne ; à Amiens , chés
Godart ; à Dijon , chés Devente à Lilie,
chés la veuve Danel ; à Amſterdam , chés
Pierre Mortier ; à Londres , chés Manby ;
à Francfort , chés Varentrap ; à Lausanne .
chés Boufquet , &c. à Turin , chés les freres
Reycend , &c . On trouvera chés Delaître ,
à Reims , un Diſcours prononcé par M. de
Pouilly , Lieutenant des habitans de la
Ville de Reims , fur l'établiſſement & l'utilité
de ces Ecoles .
SEPTEMBRE, 1748. 75
: :
MEMOIRE de M. Ferrand de Monthelon
, ancien Profeffeur de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de Paris ,
Profeffeur deDeffeing dans l'Ecole des Arts
établie à Reims.
L
/
EDeſſeing n'est pas moins néceſſaire
aux Artiſtes que les Mathématiques,
C'eſt en effet l'Art du Deſſeing , qui forme
le goût pour diverſes fortes d'ouvrages ;
ildonne également la fécondité de l'imagi
nation,& la facilitéde l'exécution ; il eſt la
baze de l'Architecture , de la Peinture, de
la Sculpture & de la Gravûre ; il rend le
Maçon , & le Tailleur-de- Pierre , habiles
à exécuter les projets de l'Architecte. Le
Charpentier en a beſoin dans la plupart
de ſes opérations. Il est néceſſaire à l'Orfevre
pour ces riches & rares ouvrages
qui brillent dans nos Temples &fur nos
tables ; au Menuifier pour la décoration
d'une alcove , d'une conſole , d'un lam
bris , d'un panneau , d'un chambranle ; au
Serrurier pour former une grille , un fupport
, un balcon ; il étend les vûës de
l'Horloger , du Tabletier , de l'Ebéniſte ,
du Metteur en oeuvre , du Galonnier , du
Cartiſannier , du Tapiſſier , &de tous les
MERCURE DEFRANCE.
bas d'étoffes pour le choix des or
nens & des belles formes ; enfin il
deae à toutes les differentes fortes d'ouvriers
le talent de réunir dans leurs ouvrages
l'agréable & le nouveau ; talent heureux
, qui rendra toujours les peuples voifins
tributaires de celui qui en ſera poſſeffeur.
Les enfans des Gentilshommes & des
gens aiſés recevront dans cette Ecole des
inſtructions , qui les mettront à portée de
ſervir plus utilement Sa Majesté pendant
la guerre , & d'ennoblir leur loiſir pendant
la paix. Ils y apprendront à éclairer
& à diriger par la ſuite leurs ouvriers , &
àfaire regner autour d'eux cette élégance
&ces proportions , qui font le charme des
yeux , leur offrent un agrément toujours
ſubſiſtant ,& effaçent quelquefois par la
nobleſſe de leur fimplicité tout le faſte de
lamagnificence.
: Mais l'avantage le plus confidérable de
cet établiſſement ſera de fournir aux jeunes
gens un préſervatifcontre l'oiſiveté,&
les déſordres qu'elle traîne après elle, dans
le temsde la fortie des Colléges &des Ecoles
ordinaires, dans ce paſſage de l'enfance
à la jeuneſſe , époque malheureuſe de la
dépravation de tous ceux qui n'ont point
ſçû mettre à profit le tems de la vie le plus
précieux
t SEPTEMBRE. 1748. 73
précieux ,& preſque toujours le plus funeste.
Cette Ecole de Deſſeing ſera ouverte
tous les jours , depuis ſeptheures du matin .
juſqu'à midi , & depuis deux heures après
midi juſqu'à ſept heures du ſoir. Le plaifir
y deviendra la ſauve-garde de l'innocence
des moeurs , &la plupart des jeune.
gens , infiniment ſenſibles aux charmes de
Pimitation , y consacreront avec joie la
meilleure partie de la journée , à devenir
rivaux de la nature, en créant des ouvrages
pareils aux fiens. Je me félicite infiniment
d'avoir été choiſi par Meſſieurs les Lieutenant
& Gens du Conſeil de la Ville de
Reims , pour être un des inſtrumens &
des Miniſtres de leurs vûës , &j'oſe eſpérer
de les remplir dans l'Ecole dont ils
m'ont confié la direction. J'en ai pour garans
le grand nombre d'éleves que j'ai formés
à Paris. Il y a dans cette Capitale peu
de profeffions d'Artiſtes , dans lesquelles
il n'y ait des ſujets excellens qui me font
l'honneur de reconnoître qu'ils doivent
àmes leçons une partie de leur réputation .
Ils en doivent ſans doute la principale
partie à leurs talens , mais je me perfuade
qu'ils ont quelque obligation à mon zéle
à mon application & àma Méthode . J'ai
toujours eu l'attention de faire paſſer ſuc-
D
74 MERCURE DE FRANCE .
ceſſivement mes Eleves des choſes ſimples
&aiſées , à celles qui font plus compoſées
& plus difficiles ;je leur fais répéter des
choſes à peu près ſemblables , juſqu'à ce
qu'ils les poſſédent parfaitement , & dans
les choſes qui ſe reſſemblent , j'ai ſoin de
jetter affés de variété pour écarter le dégoût.
L'expérience couſtante de grand
nombre d'années m'a appris qu'en ſuivant
cette route , il n'eſt aucune forte d'Artiſte
qui , pour peu qu'il ait de diſpoſition , ne
puille parvenir en peu de tems à acquerir ce
qu'il lui faut de Deſſeingpour atteindre à
la perfection de ſonArt.
* 3 * * * * * *
VERS
AM. de R* *. en lui envoyant unſerin
de Canarie.
DE ce jeune oiſeau ,
Délicat & beau ,
Le tendre ramage ,
Eft le témoignage
De mes ſentimens ;
Il en eſt le gage.
Tous ſes mouvemens ,
Ses jeux , fon langage ,
SEPTEMBRE. 1748. 75
Sont les truchemens
D'un ſincére hommage,
Ah ! qu'il eſt cha mé
D'être ton partage !
Cet oiſeau volage
Craint d'être enfermé ,
Mais s'il eſt aimé
D'un ami fi ſage ,
Plus qu'un verd bocage
Il chérit ſa cage.
Puiſſent ſes accens ,
Si doux , ſi touchans ,
Flater ton oreille ,
Quand fur le matin ,
Comme un franc lutin,
Phébus nous réveille ,
Et que de la nuit
Repliant les voiles ,
Le jour qui nous luit
Fait fuïr les étoiles !
Alors les préſens
De l'aimable Flore
Dans nos heureux champs
S'empreſſent d'éclore.
Progné par ſes chants
De la blonde Aurore
Marque les inſtans.
Dij
76 MERCURE DEFRANCE,
L'Amour qui l'enflamme ,
Réveille nos ſens ,
Et répand dans l'ame
Des attraits puiſſans.
L'oiſeau que j'envoye ,
Mieux que moi dira
Quelle est cette joye ,
Qu'en ce moment- là
Notre coeur déploye.
Ami , prends - en ſoin ;
Au fon de ta lyre ,
Bas, & ſans témoin ,
Il pourra redire
D'un coeur délicat
Letendre martyre,
Car ſous le rabat
L'Amour nous inſpire,
On le voit ſourire ,
Quand d'un trait malin
Il bleſſfe & déchire
Un petit mutin ,
Qui bravoit ſon ire.
Crains donc fon courroux ;
Malgré ſa ſageffe ,
L'aimable Jeunefle
Doit craindre fans ceſſe
Les terribles coups
SEPTEMBRE. 1748. 77
Dont ce Dieu nous bleſſe .
De voeux criminels
L'ame déchirée ,
Nous donnons entrée
A ces maux cruels ,
Dont tous les mortels
Reçoivent l'atteinte.
Hélas ! les oiſeaux
Vivent ſans contrainte ,
Sans crimes , ſans feinte ,
Sans ſoins , ſans travaux.
L'homme ſeul coupable ,
Eſt ſeul milérable.
La haine & l'amour
Confument nos ames ;
Leurs funeftes flammes
Font de ce ſéjour ,
Un lieu plein d'allarmes;
De troubles , de larmes.
Ho ! qu'il feroit doux ,
Si , reſpectant tous
L'aimable innocence ,
Loin de l'indigence ,
Nous trouvions en nous
Le bonheur ſuprême ,
De nous a prochain ,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'hors de lui-même
L'homme cherche en vain !
7. B. Tollot , de Geneve.
*
AM. de B. qui vouloit fe marier àsoixante
ans,sur deux rimes.
ASoixante ans , cher Ariſte , à cet âge,
Doit- on former de nouveaux noeuds
Un homme libre , un homme ſage ,
Sur le ton tendre & langoureux ,
Peut il à l'objet de ſes feux
S'aſſujettir à rendre hommage ?
Lorſqu'on eſt jeune & vigoureux ,
L'Hymen badine avec les jeux ,
Et ſe montre en bon équipage ;
L'Amour même rit avec eux ,
Et fournit aux frais du ménage.
Mais quand les ans ſur nous ont marqué leur paf
ſage,
Et que , blanchiſſant nos cheveux ,
Ils ont ridé notre viſage ,
Sous les drapeaux d'Hymen ſi jamais l'on s'engage
,
C'eſt riſquer d'être malheureuxx
Et s'expoſer à l'eſclavage.
SEPTEMBRE. 1748 . 79
Tendron alors eſt d'un triſte préſage ,
Et l'on est trop lorſqu'on eſt deux ;
Le vif éclat de deux beaux yeux ,
Quand de trop près on l'enviſage ,
Nous peut caufer bien du dommage :
Certes , pour un vieillard le cas eſt hazardeux ;
Et s'il veut faire le voyage ,
Je ne réponds pas du naufrage.
Penſez-y ; lorſque l'on eſt vieux ,
Le grand oeuvre du mariage
Eſt pour nous un pénible ouvrage :
Votre fils , cherami , je gage ,
Quoiqu'il foit à peine amoureux,
Er qu'il n'en ſoit encor qu'à fon apprentiſſage ,
Si cette oeuvre étoit ſon partage ,
S'en acquitteroit beaucoup mieux.
Pour qui d'un doux repos veut goûter l'avantage,
Etde la liberté ſe plaît à faire uſage ,
Prendre femme , eſt bien dangereux.
Par le même.
Diiij
SO MERCURE DE FRANCE.
REPONSE de M. de la Font de S.
Yenne , à la lettre de M. l'Abbé Rainal ,
imprimée dans le Mercure de Juillet. *
N eſt ſi peu accoûtumé aujourd'hui ,
Monfieur , à voir des Auteurs rendre
graces aux Cenſeurs de leurs ouvrages
, quelques égards qu'ils obſervent ,
que votre lettre miſe dans le Mercure du
mois de Juillet dernier a paru un prodige
au public , & vous a attiré l'admiration
&l'eſtime de tout Paris. Des fautes , auſſi
fincérement avoiées , font autant d'honneur
que les plus beaux traits d'un ouvrage.
Après avoir admiré ceux de votre Hiftoire
tur le Parlement d'Angleterre ,
ſenti , dans le courage de votre aveu , un
génie capable de s'élever au plus haut degré
dans le genre hiſtorique , quand il
voudra régler ſon fen , & paroître avec
moins de précipitation. Quel exemple ,
Monfieur , pour nos Auteurs , que vos
proteſtations de reconnoiſſance à mon
egard , & les aſſurances d'une entiere fatisfaction
, ſi ma Critique eût été plus ſévére
! Quel bien pour les Lettres & pour
ona
* Cette Réponſe auroit dû être placée dans le
dernier Mercure.
: SEPTEMBRE. 1748. 81
les Arts , fi votre humilité & votre docilité
peuvent former des imitateurs ! Vos
fentimens confirment honorablement les
miens , lorſque j'ai dit dans ma lettre à la
fuite des Réflexions ſur l'état préſent de
la Peinture en France : Que j'éprouvois
combien il est peu de ces ames fortes , quiſen
tent la néceſſité d'uneſage Critique pour arriver
à la perfection. Qu'il n'est donné qu'aux
grands Génies , non-feulement de la voir avec
fermeté ,mais encore de l'aimer ,de la defirer,
d'en connoître le prix , & d'avouer lui devoir
cettejuſteffe , &ces traits de lumiere qui portent
rapidement les ouvrages à l'immortalité.
Ce n'eſt point aux Peintres critiqués , que
je dois les fuffrages qu'ont eû mes foibles
Réflexions ſur la Peinture'; c'eſt à la bonté
du public , touché de mon amour pour la
vérité , l'impartialité ,& la gloire de la
Nation . Ce font les mêmes raiſons , Monſieur
, qui m'ont mérité vos loiianges dans
votre Réponſe à ma Critique. Je ne regarde
vos éloges que comme une effuſion
de ces fentimens que les ames nées ſenſibles
& reconnoiffantes ne sçauroient contenir
, & qui ſe répandent malgré elles far
tous ceux à quielles penfent avoir quel
que obligation. Elles ne me feront pas
prendre le change ſur le peu de valeur
d'un écrit auſſi médiocre que le mien,
Dy
\
82 MERCURE DE FRANCE.
J'avouerai feulement avoir été extrêmement
ſenſible à la juſtice que vous rendez
à mon motif , à ce zéle invincible &
peut-être indiſcret que l'on y voit pour le
progrès des Belles- Lettres & des Arts , &
pour retenir chés ma Nation le goût du
grand , du vrai , & de ce ſimple & beau
naturel qui nous échape de toute parr.
Uniffons nous tous les deux , Monfieur ,
pour un fi digne projet. Vous , par la voix
fortede l'exemple , en donnant d'excellens
ouvrages ; moi , par la voix modefte des
remontrances dans une Critique très -mefurée.
Si je puis réuſſir à faire quelque
converfion à cet égard , je vous déclare
que non- feulement je ne craindrai plus
vos éloges , mais qu'alors j'aurai beſoin du
fecours de votre amitié pour réprimer mon
amour propre . Rien ne peut le piquer que
la gloire de contribuer à ce qui eft utile
&honorable à ma Patrie & à mes Concitoyens.
Ne m'en faites aucun mérite.
Ce font de ces vertus d'inſtinct & de tempéramment
, indépendantes de notre
choix , & même de notre volonté. L'attachement
que j'ai pour vous n'eſt pas de
ce genre : il eſt uniquement l'effet d'une
eſtime éclairée , dûë au mérite de votre caractére.
Ne doutez point , Monfieur , que
la générofité de vos ſentimens ſur maCriSEPTEMBRE
. 1748. 83
tique ne l'ait beaucoup augmenté , auſſibien
que le defird'être toute ma vie avec
un parfait dévouement , Monfieur , votre,
&c.
**
EPITRE
De M. de la Soriniere , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres d'Angers , à M. Corvaiſier
, de la même Académie.
APrès un ſommeil affés long ,
Quand notre Académie en furfaut ſe réveille
A la clochette d'Apollon,
Maint plaiſant veut crier merveille
Sur phenoméne ſi nouveau ,
Et déja de ſon froid cerveau
Tire Sarcaſine & Brocardeau :
Le fat qu'il eſt ! il ne sçauroit comprendre;
Qu'ici bas tout état ſoumis aux loix du fort ,
Tantôtplus , tantôt moins , s'éleve & prend l'effor
Je m'en vais le lui faire entendre .
Une comparaiſon en termes aſſés forts
En doit graver ici l'ineffaçable Type.
>>La Hollande jadis dans les fers de Philippe
>> Languiſſoit abbatuë , & dormoit dans ſes Ports..
>>> On ne ſoupçonnoit point ces vigoureux efforts
>> Qui la firent paroître à l'Europe étonnée
1
Dvj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
>>>Sous l'éclat triomphant d'une autre deſtinée.
>>> Il falloit que Naſſau par les Dieux inſpiré ,
>Concevant la grandeur d'un projet conſacré ,
> Laborieux , actif & ruſé Politique ,
>>D'un peuple eſclave né fît une République ,
> Et portant de ces coups qu'admire l'univers ,
>> Rétablit dans ces lieux , où regnoit la triſteſſe,
>>Avec la liberté , l'honneur & la richeſſe.
( Voltaire , un tel exploit eſt digne de tes vers. )
Il en eſt tout ainſi de ce Temple des Muſes ,
Et de ces doctes Aréliers .
Depuis vingt ans entiers
Yparoiſſoient récluſes
Parmi nos meilleurs ouvriers,
L'indolente pareſſe ,
La non-chalance & la molleſſe
Et l'on n'oſoit prévoir le retour de ce ton ,
Qu'enfante le travail , & qu'enſeigne Apollon
Aux plus zélés de ſes Adeptes ,
Quand tout-à-coup des cimes d'Hélicon
Deſcendit un certain garçon ,
Qui par l'exemple & les préceptes
Rétablit tout à l'uniſſon ,
Et nous fit tous chanter enſemble
Tant douce , & tant belle chanfon ,
Que tout connoiſſeur ſe raffemble ,
Pour écouter notre leçon ,
Dans cette Royale Maifon ,
Où les talens , la politeffe ,
SEPTEMBRE. 1748. 85
L'eſprit , les graces , la nobleſſe ,
Concourent avec la raiſon .
Encore un mot : pas davantage
Corvaiſier , c'eſt-là ton ouvrage :
Je n'ai pas pû taire ton nom **
A la Soriniere 1748 .
CONJECTURES fur la Méchani
que , employée pour électriſer les corps.
Uels effets doit produire une telle
ra le changement de forme qui doit arriver
à l'air qui environne le Globe . Le ſecond
fera le paſſage de cet air qui vient
de changer de forme dans le canon &
dans ſa circonference. Le troifiéme ſera
les nouvelles formes que prendront les
parties du canon. Suivons ceci , & commençons
par la modification de l'air autour
du Globe. Le Globe , dans ſon mouvement
circulaire , n'emportera-t'il pas
avec lui les particules d'air , qui compriment
immédiatement ſa ſurface ? Je le
crois ainfi. Cette ſuperficie d'air , dont le
Globe eſt environné , tournera donc en
rond , & peut- être même le mouvement
* Unushomo refiituit ve.m
86 MERCURE DE FRANCE.
de cet air ſurpaſſera - t'il de beaucoup
celui du Globe. Qu'est- ce que cela produira
? Un tourbillon particulier d'air autour
du Globe. Oüi , me direz-vous , mais
toutes ces parties aëriennes ainſi agitées
vivement , & dans un mouvement circulaire
, ne feront-elles pas quelque effort ,
afin de s'éloigner du Globe ? Elles le feront
, mais leur mouvement en rond eſt
trop vif , pour qu'elles ſe puiſſent faire un
paſſage au travers de l'air extérieur , qui
bien loin de leur faciliter quelque iſſuë ,
les comprimera , les reſſferrera , &les condenſera
autour du Globe , de la même maniere
qu'un tourbillon d'air , qui ſera refferré
par l'air qui l'avoiſine , deracine
quelquefois de grands arbres, ſans toucher
à ceux qui les approchent. Voilà donc un
tourbillon formé autour du Globe , où il
ſe trouve emprisonné.
Venons maintenant au paſſage de l'air
ainſi agité en rond , tant dans le canon
quedans ſa circonference. N'est-il pas vrai
que fi le canon, au moyen dela feuille d'auripeau
, touche le Globe , la colonne
d'air , qui empriſonnoit le tourbillon d'air
autour du Globe , ſera rompuë en cet endroit
ſeulement ? Sans doute , me direzvous
: mais qu'arrivera-t'il de-là ? Il arrivera
que les tourbillons d'air raſſemblés
SEPTEMBRE. 1748. $7
autour du Globe , s'échapperont , mais
où iront- ils ? Autour , & en votre canon
, parce qu'ils ne trouveront point
de réſiſtance de ce côté. Qu'est-ce qui
les retiendra autour , & dans le canon ,
me
ne
demanderez-vous ? La même cauſe qui
les retenoit autour duGlobe ; en effet cet
-air, en fortant d'autour du Globe, conſerve
fon mouvement en rond , ce qui ne lui
permet pas de ſe mêler avec l'air extérieur.
L'air qui environnoit celui qui vient de
paffer d'autour du Globe au canon ,
prendra-t'il pas la place de celui qui vient
de s'échaper , & ne ſera - t'il pas modifié
*de la même maniere ? Cela doit être ainſi ,
& de plus repaſſer avec le premier , &
ainſi de fuite. Voilà bien des tourbillons
qui paſſent dans le canon , me direz-vous ?
Où ſe placeront- t'ils ? Ils environneront
votre canon extérieurement & intérieurement
, ils pourront même s'introduire juſquesdans
les pores du canon. Qu'appercevez-
vous de tout ceci ? Un canon extraordinairement
chargé & environné des
petits tourbillons d'air extraordinairement
preffés & comprimés , car plus le canon
fera chargé & environné de cet air agité
en rond ,plus ce même air fera d'effort
pour vaincre l'air extérieur qui l'emprifonne
,&plus ſon effort fera grand , plus
88 MERCURE DEFRANCE.
la réſiſtance de l'air extérieur augmentera ,
le comprimera , le condenſera&le réduisa
enun certain eſpace.
Voilà donc un canon déja capable de
produire des grands effets , & pour faire
joüer la machine , il ne nous reſte plus
qu'à parler de nouvelles formes que doivent
acquerir toutes les parties intégrantes
du canon. Penſez- vous que le frottement
que reçoit la feuille d'auripeau par le
mouvement circulaire du Globe , ne puiffe
par la communication qu'elle a avec le canon
, ébranler , émouvoir , & faire trembloter
toutes les parties intégrantes du canon
? Cela doit arriver , ſi je ne me trompe
; voilà donc le canon chargé & environné
de toutes parts par des petits tourbillons
, qui reffentira des vibrations dans
toutes les parties intégrantes.
Accrochez maintenant un fil d'archal
au canon , il ſera tout d'un coup , & environné
de tourbillons , par la même raiſon
que le canon vient d'en être environné ,
&participant aux vibrations du canon. IM
en ſera de même de la perſonne qui tient
le fil d'archal accroché au canon , & des
perfonnes qui la tiendront par la main , &
qui formeront un cercle , également à l'égard
de la cuillere pleine d'eau-de- vie
tenue d'une main par la perſonne , & qui
SEPTEMBRE. 1748. 89
tient de l'autre le fil d'archal accroché au
canon.
Maintenant , ſi vous voulez voir ce que
la machine ſçait faire , touchez le canon.
Vous l'avez touché , & vous vous trouvez
unpeu repouffé , avec un peu de douleur à
l'extrêmité de votre doigt. Ne voyez-vous
pas que vous avez rompu la muraille de la
priſon de tous les tourbillons d'air ? Ignorez-
vous, qu'après que vous avez rompu la
réſiſtance à tous ces tourbillons , ilsdoivent
s'élancer ſur vous avec d'autant plus
de force , que vous venez de diminuer la
force qui les retenoit ? Est- ce que leur
élancement fur vous ne doit pas être augmenté
, au moyen des vibrations des parties
integrantes du canon ,& au moyen de
ce que toutes les parties du canon qui
étoient comprimées par les tourbillons
mêmes , ſe reſtituent tout d'un coup par
leur propre reſſort ? Vous avez donc dû
vous ſentir repouffé avec douleur au bout
du doigt , mais vous avez en la ſatisfaction
de voir une étincelle de feu , preuve du
mouvement précipité , troublé & vertical,
avec lequel ces tourbillons font venus fondre
ſur yous.
Ne touchez pas au fil d'archal qui tient
aucanon, autrement il vous arrivera lameme
choſe , & par les mêmes raiſons.
90 MERCURE DE FRANCE.
Puiſque vous êtes déja fatisfait de cette
expérience , c'eſt à mon tour à tenir le fil
d'archal qui eſt acroché au canon , & me
voilà environné de tous côtés par des
tourbillons pareils àceux qui environnent
& le canon & le fil de fer que je tiens ;
peut-être auſſi que les fibres de mon corps
participent aux mouvemens tremblotans
des parties intégrantes du fil d'archal que
vous me voyez tenir. Ne me touchez done
pas , ni à mon épée , car il en feroit de
même à peu près , comme quand vous
avez touché le canon : mais donnez-moi
dans cette main , qui me reſte libre , une
cuillere pleine d'eau de-vie.Vous me direz
que puiſque je tiens la cuillere , elle deviendra
environnée comme moi des tourbillons.
Oiii, ſans difficulté; il en ſeroit la
même chofe de vous, fi vous me touchiez,
ce qui vous mettroit hors d'étatde pouvoir
mettre le feu à l'eau-de-vie qui eſtdans
ma cuillere , parce qu'étant environné des
tourbillons qui m'environnent , vous ne
pouvez plus rompre la colomne d'air qui les
preſſe&les retient priſonniers dans l'eaude-
vie & aux environs , mais ſi vous ne
me touchez point , portez votre doigt le
plus perpendiculairement que vous pourrez
, vous romprez la priſon de ces tourbillons
, & ils s'en iront avec tant de pré
SEPTEMBRE. 1748 . 91
pitation qu'ils mettront le feu à l'eau-dede
avant de la quitter.
Prenez maintenant la petite bouteille
ue je viens d'acrocher au canon ; ayez
oin de la ferrer en votre main , donnez
otre autre main à votre voisin , & votre
'oiſin me donnera la ſienne ; li je touche
e canon entre le Globe & le canon , nous
aurons chacun un grand coup , fulfionsnous
200 à nous tenir par la main ; en
effet , contre qui voulez-vous , lorſque je
romps la colomne d'air,que les petits tourbillons
du canon , vivement élancés par
leur propre élasticité , & par une aſtriction
ſubite des parties du canon ſur elles-mêmes
, auſſi bien que de la bouteille , agiffent
? Se perdront- ils rout d'un coup dans
l'air extérieur ? Non ,ils trouvent trop de
réſiſtance de ce côté , parce qu'en fortant
ils fontdans un mouvement circulaire trop
vif: ils agiront donc fur nous auparavant,
parce qu'ils trouveront moins de réſiſtance
de notre côté , en ce que nous fommes tous
environnés d'autres tourbillons , femblables
à ceux qui fe lancent ſur nous de la
part du canon , ce qui doit occaſionner en
chacun de nous une vive preffion à laquelle
nous devons attribuer le coup que nous
croyons reffentir : par lamême raiſon nous
devons être un peu repouſſés.
MERCURE DEFRANCE.
Je vois que ſans y penſer je viens de me
contredire, & vous m'allez demander comment
je puis préſentement rompre la colonne
d'air , afin de donner iſſue à tous
ces petits tourbillons , pendant qu'il n'y a
qu'un moment qu'il falloit ne vous point
toucher pour pouvoir mettre le feu à l'eau
de vie ; maintenant quoique vous me touchiez&
me teniez par la main , vous avez
rompunéanmoins la priſon des tourbillons .
Cette objection que je ne prévoyois pas,
me fait croire que le coup que nous venons
dereſſentir , vient plutôtde l'aſtriction ſubite
de toutes les parties integrantes du canon,
ſuivie d'une reſtitution aufli prompte de
ces mêmes parties , que de l'irruption des
tourbillons fur nous. En effet, en touchant
le canon , j'ai occafionné un ébranlement
extraordinaire de toutes les parties du canon;
par cet ébranlement le canon & la
bouteille ont fait un effort extraordinaire
pour chaſſer tous les tourbillons d'air.comprimésdont
ils étoient environnés , mais
l'air exterieur a contrebalancé leur force ;
à quoi a donc abouti tous ces efforts ? A
comprimer dans le même inſtant tous les
tourbillons dont nous étions ci-devant environnés
, & c'eſt à cette vive preſſion que
nous attribuerons le coup que nous avons
reffenti.
SEPTEMBRE. 1748 . 95
La partie petitede la feuille d'or qui voltige
au- deſſous du canon,tantôt en s'en approchant,
tantôt en s'en éloignant , eſt une
preuve du balancement continuel entre
I'air extérieur&les tourbillons comprimés,
& des mouvemens irréguliers que reçoit
l'air extérieur juſqu'à une certaine diſtance;
il ne fera donc point ſurprenant que ſi
elles'approche trop du canon , elle aille s'y
coller, fi elle s'en éloigne trop au contraire
, elle tombera par terre .
Si vous ſuſpendez votre canon avec des
fils de ſoye , la matiere électrique ne paſſera
point dans ces fils , ils diminueront au
contraire celledu canon. Peut- être les parties
intégrantes de la foye ne font pas Tufceptibles
de vibrations affés fortes pour
permettre aux petits tourbillons de s'étendre
& de ſe multiplier ſuffisamment au
tour des fils de ſoye ; à faute de ces vibrations
ſuffiſantes , qu'arrive-t'il ? Que l'air
extérieur n'eſt point pouffé affés loin des
fils de foye , pour permettre un libre paſſage
aux tourbillons qui ſe préſentent poury
paffer. Joignez à cette raiſon , que parce
qu'ils ne peuvent recevoir des vibrations
allés fortes , ils ſe trouvent par la même
raiſon hors d'état de pouffer affés vivement
les tourbillons ,lorſque l'on touche
ces fils. La vertu électrique du canon ſera
94 MERCURE DEFRANCE.
même diminuée , parce que ſes vibrations
feront émouffées par cette ſuſpenſion. Les
corps élastiques feront donc les plus faciles
à électriſer , & plus l'air ſera élastique ,
mieux la machine fera ſon jeu .
, En mouillant le canon d'un peu d'eau
l'eau ſe raſſemblera en gouttes dans la partie
baſſe du canon , elle tombera enfuite
par gouttes , froides comme de la neige , &
comme un petit globule de flâme violette.
Qui eft-ce qui cauſe ce phénomene ? J'attribue
la fraîcheur de ces gouttes d'eau à
la condenſation de toutes ſes parties , occaſionnée
par la preſſion des tourbillons qui
- les environnent ; peut-être pourroit - on
parvenir par cette méchanique à former
de la grêle ; les gouttes d'eau paroîtront
lumineuſes , parce qu'au moyen de ce qu'elles
ont été condenſées , elles refléchiffent
plus de rayons de lumiere.
Je n'ai point vû d'autres expériences à
ce ſujer. Tout ceci demanderoit une explication
plus détaillée , mais cela ne ſe
peut faire dans une Lettre , dans laquelle
toute mon envie eſt de vous donner unc
légere idée de mon ſyſtême.
SEPTEMBRE. 1748. 95
0
FABLE.
Le Mourant & les Médecins,
N dit qu'un jour au fond de ſataniere
Sire Lion , gouteux & décrépit ,
Voyant enfin le bout de ſa carriere ,
En ſes Etats publia cet Edit ;
Que tout Docteur en fait de Médecine
>>Vint le trouver en dix jours au plus tard,
L'ordre reçû , la Faculté chemine ;
L'Ane , le Loup , le Singe , le Renard ,
S'en viennent donc trouver notre vieillard;
Il défiroit , dit-on , ce bon Monarque ,
Que fans uſer de feinte& de détour ,
Chacun lui dit , s'il croyoit que la Parque
Tranchât bien-tôt le filet de ſes jours ,
( Car il vouloit , ſcrupuleux & timide ,
Auparavantde deſcendre au tombeau ,
Reſtituer ce que ſa dent avide
Sçût autrefois ravir à maint troupeau ; )
Mais nonobitant cela , par pure flaterie ,
Nos Médecins dirent tous d'une voix :
>> Bien inſtruits de votre maladie ,
>>Chacun de nous voit que ſelon nos Loix ,
Vous aurez , Sire , encor quinze ans de vie.
Decet eſpoir leMonarque flaté ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Se repoſa ſur une prophétie ,
Dont il connut trop tard la fauſſeté.
Deux jours après le mal croît & s'augmente.
Onphiloſophe , on cherche , on ſe tourmente ,
Chacun en vain épuiſa ſon ſçavoir ,
Le Roi mourut , ſans regler ſes affaires ;
>>P>ourquoi , Médecins téméraires ,
Faites-vous l'homme blanc, quand vous le voyez
noir ?
→→→Par une cruelle indulgence ,
>>Vous ſçavez le flater d'un chimérique eſpoir ,
>>Mais malgré vous , ſa mort s'avance.
LETTRE écrite de Nevers.
PErmettez-moi , Monsieur, de propo
au Public par la voye du Mercure,
l'explication d'une ancienne Enigme , ou
plutôt d'une Inſcription , qui depuis bien
des années ( peut- être même des fiécles )
ſe préſente aux yeux de tous ceux qui veulent
la lire dans notre Ville , & qui eſt
placée ſur un Corbeau , environ à dix pieds
d'élévation à l'endroit où étoit autrefois
la principale porte de la Cité , & où l'on
doit aller recevoir MM. nos Evêques lorfqu'ils
font des Entrées folemnelles.
Cette Inſcription eſt gravée ſur une
pierre
SEPTEMBRE. 1748. 97
pierre beaucoup plus longue que large ,
de laquelle elle ne remplit qu'environ la
moitié ; une bordure en relief fert d'ornement
à cette même pierre ,& lui donne
la figure d'un tableau. Voilà , Monfieur
une copie ſervile de cette pierre & de
l'Inſcription .
,
Il y a , comme vous voyez , des lettres
plus grandes les unes que les autres , & un
oy enjambe ſur un v ; c'eſt à Meſſieurs les
Antiquaires à décider de quel ſiécle font
les caractéres , ſi l'Inſcription eſt du tems
du Paganiſme, ou depuis que le Chriſtianifme
a été établidans les Gaules , ſur quoi il
eſt bon de vous obſerver que de l'autre côté
de la rue & preſque vis-à- vis la pierre,
il y a une ſtatue de la Sainte Vierge , tenant
l'Enfant Jeſus dans ſes bras , mais
d'une ſculpture infiniment plus moderne ,
qui au reſte peut avoir été ſubſtituée depuis
un fiecle ou deux à une plus ancienne.
Guy Coquille , judicieux Commenta
teur de notre Coûtume , mais très- diffus
Hiſtorien de notre Province , n'a pas jugé
à propos de parler de cette Inſcription ,
mais Michel Colignon , Chanoine de Nevers
, le fait avec beaucoup d'emphaſe dans
la Préface d'un Livret imprimé à Paris en
1616 chés François Pomeray , & intitulé
Catalogue Historial des Evêques de Nevers ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ANDE
CAMU
LOSTOVTI
SSIGNOS
IEVRV
SEPTEMBRE. 1748. 99
&voici de quelle façon il s'explique.
>> Qui ne ſçait , ( s'écrie-t'il dans cette
» Préface , ) que Nevers a été autrefois ap-
» pellé Noxius , nom qui lui étoit appro-
>>prié,voire même dès le tems de la Dicta-
>> ture de Furius Camillus ,qui fut environ
>> l'an du monde 3577 , & de la Ville de
» Rome bâtie 365 ,& avant la venuë de
» J. C. en terre , depuis ladite Ville de Ro-
> me édifiée 413 , ſelon que l'on peut con-
."jecturer , faiſant ſupputation des tems ,
>car la Ville de Nevers ayant été brûlée
& édifiée derechef, on rencontra dans
>>les fondemens une pierre preſque carrée
, contenant certaines lettres écrites à
>>la façon ancienne des Romains , mais
>>preſque toutes effacées , à cauſe du laps
>>de tems , deſquelles toutefoison peut
→ lire affés facilement celles - ci An. de.
» Camillos. toti. fic. noxie, uri. Par où il ap-
>>pert que pour lors elle étoit ſous la puif-
>>ſance des Romains & appellée Noxius ,
>> en ce même tems conſominée de feu , la-
>>quelle pierre ſe voit au mur de la mal-
>> fon qui fait le commencement de la Ci-
» té , où étoient les murailles de ladite
>> Villedu tems dudit Camillus &de Jules
» Céſar , devant laquelle maiſon les Eche-
>> vins reçoiventMM. les Evêques à leur
>> premiere & folemnelle Entrée ;la raiſon
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
>> de ce nom Novius peut être pour ce que les
>>Gaulois étoient ennemisjurés des Ro-
>>mains , & leur faifoient cruelle guerre ,
>> d'où arriva que Furius Camillus, homme-
>> fort valeureux , fut créé Dictateur , pour
>>>arrêter leurs courſes& les chaſſer d'Italie .
Qu'il me ſoit permis de faire deux obfervations
far ce que dit Colignon (& d'après
lui l'Auteur du Livre intitulé , Etats
Empires du Monde) . La premiere eſt que
je ne crois pas qu'il ait jamais trouvé dans
aucunAuteur ni aucun titre , que Neyers
ait été autrefois appellé Noxius ; il y a à la
vérité une ancienne Fortereſſe ruinée dans
la Province , appartenante à M. le Duc de
Nevers , firuée ſur une montagne eſcarpée
de tous côtés , appellée Montenoifon , &
en Latin Mons noxius , mais cette Fortereſſe
eſt à huit lieues de Nevers , & par conféquent
trop éloignée pour qu'il puiſſe y
avoirde la confufion dans les noms des
deux endroits ;je crois même qu'elle a été
élevée plutôt pour nuire aux Bourguignons
, qu'aux Romains,
La ſeconde obſervation eſt qu'il n'eſt pas
vrai que les lettres de l'Inſcription foient
presque toutes effacées , elles font très- entieres
,& il ne les annonce défigurées , que
pour faire adopter l'explication qu'il y
donne ; au reſte , il auroit du nous appren
SEPTEMBRE. 1748. 101
dre en quel tems la Ville de Nevers a été
brûlée&édifiée derechef, & la pierre rencontrée
dans les fondemens , & fur quels garants
il appuyé ces faits.
Il me reſte à prier les Antiquaires d'expliquer
l'Enigme ; perſonne ne le peut
mieux que M. l'Abbé le Beuf , & il en eſt
très-humblement prié ; peut être le ferat'elle
revenir de la prévention où il a parû
être , malheureuſement pour notre Ville ,
qu'elle n'eſt pas le Noviodunum Heduorum,
dontileſt parlé au ſeptiéme Livre des Commentaires
de Céſar , auquel cas notre Infcription
nous deviendra extrêmement précieuſe.
Je ſuis , & c .
AM. de Bufon , Intendant du Jardin
Royal des Plantes à Paris.
C
Et eſſai que Pégaſe apporta du Parnaſſe
Pour ce Jardin délicieux ,
Chés vous s'il pouvoit trouver place;
Peut-être exciteroit quelqu'un à faire mieux.
Inſcription pour le Jardin Royal .
Orbis & Artis opes locus hic en omnibus offert :
Hortum Florafibi fumpfit , Apollo Domum.
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE
Inſcription pour la Serre du Jardin.
Forte Pariſiacosfines dum Flora pererrat ,
Hicſtetit , atque novas lata profudit opes .
Triſtis hiems fubito procul hinc, &frigus acutum ;
Diffugiunt , & Ver occupat ecce locum.
:
: Inſcription pour la Fontaine du Jardin .
Quafterilis quondamNimpha & male parca fluebat
Plantas blanda Parens nunc rigat , atque nutrit.
Quin flores pingit varios , fuccoſqueſalubres
Suppeditat Medicis , & fugat omne malum.
AM. *** pour ſa Maiſon de campagne.
Bacchus & alma Ceres rus istud frugibus ornant ;
Scilicet iſtafamemſedat , & ille fitim.
Pour la Fontaine du Jardin .
Canofum per iter qua quondam invitafluebat,
Nuncpuris, & ovans, Nimphafuperbit aquis.
AM. l'Abbé Salier, Garde de la Bibliothéque
duRoi.
:
Inſcription pour cette Bibliothéque.
Mendacem Parnaſſum ultrà neGracia jactes
SEPTEMBRE. 1748. 103
Hicverum intus ineft , artis & omne genus,
Mortuus hic vivit, pandunt oracula muti.
Fonsfalit irriguus , qui fitit unde bibat.
LETTRE de Mademoiselle L. à M.
JE E vous envoye , Monfieur , les refléxions
ſur la ſociété , que vous m'avez
demandées , je ne ſçais pas trop à quelle
fin ; c'eſt ſi peu de choſe , que je croyois
qu'il devoit vous ſuffire d'en avoir entendu
la lecture. Il eſt vrai que comme vous
autres hommes n'attendez preſque riendes
perſonnes de mon ſexe , il nous eſt facile
de ſurprendre votre admiration , quand
nous nous mêlons d'écrire. Auſſi je ne regarde
les éloges que vous me donnez , que
commeun effet de cette politeſſe qui vous
eſt naturelle , & comme une marque de
l'étonnement où vous avez été de ne me
pas trouver tout-à- fait aufli ignorante, que
vous ſuppoſiez apparemment que je devois
l'être .
J'écris , dites-vous , avec légereté & avec
agrément . Vous trouvez de la juſteſſe
& de la préciſion dans mes idées , &
fi je veux vous en croire mon petit ر
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
ouvrage fait connoître que j'ai de la facilité
dans l'efprit & des ſentimens dans
le coeur. Vous avez imagine vrai - ſemblablement
que j'avois beſoin de ces
louanges pour me foutenir , & qu'en me
les donnant , elles deviendroient un engagement
qui pourroit me les faire mériter.
Au reſte, je ſuis flatée de la juſtice que vous
rendez au fond de mes ſentimens. Je ne
me pardonnerois pas d'avoir écrit , s'il
m'étoit échappé une ſeule phraſe que des
perſonnes ſages & raiſonnables fuſſent en
droit de me reprocher. A l'égard de l'efprit
, j'en ſuis moins touchée ; quand il
Teroit vrai que j'en aurois , il ſeroit toujours
gêné par les uſages , & je devrois le
cacher fous le voile des bienſéances .
Vous vous rappellez , Monfieur , l'occaſion
qui m'a fait devenir Auteur. J'avois à
prouver que nous ſommes tous faits pour
la ſociété. Un Philoſophe auroit compoſé
fur ce ſujet une Diflertation en forme
pour moi , je me ſuis contentée des reflexions
que voici .
L'homme ne peut ſe ſuffire à lui-même ;
tout lui annonce qu'il eſt fait pour la fociété.
Les cris de l'enfant qui vient de
naître , & les pleurs qu'il répand , font autant
d'invitations par leſquelles il ſollicite
SEPTEMBRE. 1748. 105
les ſecours dont ſa foibleſſe a beſoin ; s'il
formedans la ſuite des ſons qui devien,
nent les interprétes de ſes penſées , ce n'eſt
que parce qu'il les a appris de ceux à qui
le ſoin de fon enfance a été confié. Sa raifon
ne ſe forme , ſon jugement ne ſe développe,&
fes connoiſſances ne s'étendent,
qu'à l'aide des Maîtres qui font chargés de
l'inſtruire. Il lui faut des modéles pour l'animer
à bien faire ,&des rivaux pour exciter
ſon émulation. Il eſt même quelquefois
utile que la laideur du vice lui ſoit rendue
ſenſible par des exemples , afin de lui
en inſpirer plus d'horreur. La honte attachée
au crime eſt un frein capable de retenir
ceux qui ſe fentent le plus de penchantà
le commettre . Placez l'homme hors
de la ſociété : quelle reſſource a-t'il contre
l'ignorance qui l'environne , contre la trifteſſe
qui peut le ſaiſir , contre la douleur
qui ne vient que trop ſouvent le tourmenter
,& enfin contre l'ennui auquel il ſe
trouvera fans ceſſe expoſé? Il n'aura niDocteurs
pour l'éclairer, ni amis pour leconfoler,
ni même des indifferens pour lediſtraire.
De noires réflexions s'empareront de
ſon eſprit , & augmenteront ſes chagrins ;
il ſe plongera dans une fombre mélancholie
qui le rongera inſenſiblement,& il fuc
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
combera enfin , parce qu'il ne trouvera pas
dans fon propre fond les appuis qu'il auroit
trouvés dans le commerce des autres
hommes.
Que ſeroient les plaiſirs les plus touchans
, s'ils n'étoient partagés avec perſonne
? Dans quel affreux état tomberoient
ceux qui commencent à fentir le poids des
années,& qui voyent croître leurs infirmités
avec leur âge, s'ils ne trouvoient dans la
fociété les confolations , qui ſeules peuvent
leur rendre la vie fupportable ? Qui
les exhorteroit à la patience ? Qui s'attendriroit
fur leurs maux? Qui s'entretiendroit
avec eux des évenemens auxquels ils ont
eu pare dans le tems paſſé , fi on les réduifoit
à vivre dans la folitude ?
Toutes les réflexions que je viens de
propoſer en peu de mots , n'ont pour objet
que les beſoins mutuels , qui rendent les
hommes dépendans les uns des autres , &
qui les forcent en quelque forte de vivre
enſemble. Les inclinations , qui leur font
naturelles , peuvent encore leur découvrir
quelle eſt leur véritable deſtination. Que
fert en effer à l'homme d'être né humain
&compatiffant , s'il n'a perfonne fur qui
exercer ſa compaffion ? Pourquoi Dieu lui
a-t'il donné un coeur généreux , fi ſa généroſité
eſt ſans objet? Pourquoi ſent-il en
SEPTEMBRE. 1748. 107
lui-même ce penchant fi doux pour l'amitié,
s'il ne devoit point avoir d'amis ?
Que devient cette induſtrie qui enfante
& perfectionne les Arts ? Que deviennent
ces talens qui élevent fi fort l'homme audeſſus
de la bêre , & qui font la preuve la
plus certaine de ſa grandeur & de fon excellence
? Aquoi bon enfin ces organes où
éclattent d'une maniere ſi ſenſiblela ſagefſe
& la ſouveraine intelligence de celui
qui les a créés , ſi l'homme eſt fait pour être
folitaire ? C'eſt Dieu même qui a formé 1.s
liens de la ſociété , & vouloir les rompre ,
ce ſeroit nous rendre également malheureux
& criminels .
Mais faut- il donc condamner tant de
perſonnages ſi célebres , qui font allés dans
la retraite chercher une perfection qu'ils
déſeſperoient de pouvoir acquérir dans le
monde ? Peut-on dire qu'ils ſe ſoient rendus
coupables envers l'Auteur de la Nature
, parce qu'ils ſe ſont dérobés à leur véritable
deſtination ?
Pour répondre à cette difficulté , je dis
en premier lieu , que la ſociété eſt l'état
commun auquel tous les hommes font appellés
,& qu'il ne sçauroit leur être permis
d'en fortir , ſans l'ordre exprès de celui
qui les y aplacés.
Je dis en ſecond lieu qu'il faut biendif
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
tinguer la retraite de la ſolitude. Celui
que l'Eſprit deDieu conduit dans la retraire,
n'eſt pas un ſolitaire miſantrope, qui refufedeprendre
part& de concourir au bien
commun, mais un Citoyen prudent , qui
évite des périls plus forts que lui . L'un a
éprouvé les impreſſions funeſtes du fiécle ;
il en craint la contagion ,& il s'en ſépare
pour ſe ſouſtraire à une chute déplorable.
L'autre fuit le tumulte qu'occaſionne le
commerce des hommes ,& vaſe recueillir
dans la retraitepour être moins diſtrait dans
ſes travaux , mais les uns & les autres ne
perdent point de vûe leurs freres ,& ils les
aident & les foulagent en la maniere qu'ils
le peuvent. Quiconque iroit ſe renfermer
dans une folitude, pour s'affranchir des devoirs
de la ſociété, ne mériteroit le nom
ni de Chrétien , ni même de Philoſophe.
Vivons donc pour la ſociété , puiſque
nous ſommes créés pour elle. Travaillons
au bonheur de nos ſemblables , en mêmetems
que nous travaillerons au nôtre. Excuſons
leurs foibleſſes , ſupportons leurs
défauts , ſoyons ſenſibles au plaiſir de les
obliger , & tâchons de mériter l'amitié de
pluſieurs & l'eſtime de tous.
SEPTEMBRE. 1748. 109
VERS
Préſentés à Mlle *** , qui brodoit une robe ,
par M. de Mon .... à Andely .
C
Es bouquets ſéducteurs , par Minerve brodés,
Par leurs vives couleurs effaçent la Peinture ,
Et de près même regardés ,
Pourroient tromper fans peine & Flore & la Na-
2 ture.
Je ferois de ces fleurs amoureux comme un fou ,
Mais un clou chaſſe un autre clou .
Je ne vois plus l'ouvrage , ou le laiſſe en arriere ,
Si-tôt que mes regards tombent ſur l'Ouvriere ;
Un objet fi charmant , de tout autre vainqueur ,
Occupe ſeul toute mon ame.
La ſurpriſe y fait naître une brûlante flame ,
Etle charme des yeux paſſe juſqu'à mon coeur.
110 MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
DISCOURS * .
Le vrai bonheur conſiſte dans la Sageffe.
'Homme eſt le plus parfait ouvrage
Lonefort des
eſt l'abregé de toutes les merveilles. Tout
ce qui l'environne lui donne des idées de
ſa grandeur. Qu'il jette les yeux fur la terre
, il y découvre les plus belles moiflons
pour ſervir à ſa nourriture ; qu'il regarde
dans les airs , les oiſeaux n'y volent que
pour lui ; qu'il entre dans les forêts , des
animaux de toutes eſpeces s'offrent à ſa
vûe , & viennent en quelque forte le reconnoître
pour leur Maître. Les fleuves&
les rivieres ne coulent que pour fon utilité;
la mer même n'applanit ſes flots&ne lui
ouvre ſon ſein, que pour fournir à ſa délicateffe&
à ſa ſomptuofité.
Tous ces prodiges lui font connoître ſa
ſupériorité fur tour ce qui eft créé. Tout
lui retrace la nobleffe de fon origine & l'idée
de fon Créateur .
Abandonné cependant à lui-même , &
aveuglé par les biens ſéduifans dont il eſt
* L'Auteur de cet Eſſai étant extrêmement jeune,
an ne doit pas le juger avec beaucoup deſévérité.
SEPTEMBRE. 1748. fir
de poffeffeur , fa félicité irrite ſes paſſions.
Il s'étourdit ſur ſon état , & méconnoît
quel eſt le principe de ſon être, & quelle en
doit être la fin . Il veut établir ſon fuprême
bonheur dans la poſſeſſion des richeffes ,
mais qu'y trouve t'il ? Le poids accablant
des inquiétudes. La plus grande fortune
eſt-elle autre choſe que la plus grande fervitude
? *
Un mêlange de baſſeſſe & de grandeur
occupe tour à tour l'efprit & le coeur de
l'homme. La baffefſe le retient vers la rerre
, & voudroit lui perfuader qu'il y trouvera
tout ce qui peut le rendre heureux.
Sa grandeur l'éleve vers le Ciel , elle lui
fait mépriſer tous les biens terreftres , &
enviſager confufément un bien infiniment
plus durable & plus vrai.
Comment l'homme connoît-il ce bien fi
défirable ? Par la ſageſſe , qui fait elle feule
fon bonheur . C'eſt auffi Dieu feul qui
peut nous la donner , & c'eſt un rayon de
ſa lumiere, qui l'a imprimée au fond de nos
ames, pour en difliper les tenebres , & nous
empêcher d'errer dans des fentiers oppofés
à la vertu. Oüi , il n'y a que la ſageſſe qui
puiffe nous faire jouir du véritable bonheur.
Elle nous éclaire , elle dirige nos pas,
*Magnaſervitus est magnafortuna. Seneq.
112 MERCURE DEFRANCE.
elle eſt l'unique ſource de la paix du coeur
& de l'eſprit.
Que l'homme rejette done ces idées faufſes
, qui le portent à faire ſes délices des
biens terreſtres. Qu'il ſcache que nous
comptons pour rien les revers de fortune
, & toutes les cataſtrophes auxquelles
nous ſommes expoſés , quand nous avons
la ſageſſe en partage. Qu'il apprenne que
le plus fage de tous les Rois a dit que les
biens& les honneurs du ſiècle n'étoient
que vanité ; qu'ils ne pouvoient fatisfaire
le coeur humain , qui malgré ſa dépravation
, ſe ſent toujours de la grandeur de
ſon origine. L'homme eſt fait pour connoître
le vrai & pratiquer la vertu ; il eſt
porté naturellement à la chercher , & il
n'eſt heureux que quand il l'a trouvée.
En effet , l'avare eſt- il tranquille au milieu
de ſes tréſors Non ; la crainte & les
follicitudes ne lui permettent pas de goûter
de repos. Ses yeux ne peuvent fe fermer
& s'abandonner aux douceurs du ſommeil
; il craint toujours qu'on ne lui enleve
ce qui le rend malheureux .
Qu'on interroge un Guerrier , qui tout
couvert de lauriers, cherche encore de nouveaux
périls,&qui dépofitaire des graces &
des bienfaits de ſon Prince , les diſpenſe à
ſongré; il répondra qu'un bonheur fondé
SEPTEMBRE. 1748. 113
fur les caprices de la fortune , ne peut rendre
un homme véritablement heureux.
Un Sçavantdans le fond de ſon cabinet
jouit- il du parfait bonheur ? Son éloignement
du tumulte du monde,& fon occupation
continuelle , nous engageroient à le
croire. Il n'eſt cependant pas fatisfait ; il a
des rivaux contre qui ſa vanité l'irrite ; il
s'imagine que leurs talens diminuent en
quelque forte les fiens ,& les éloges qu'on
donne à leurs ouvrages , il les regarde
comme autant de larcins qu'on lui fair.
Dégageons donc notre coeur de ces pafſions
qui l'attachent à la terre. Elevons.
nous vers la ſageſſe , qui eſt ſeule capable
de faire notre bonheur , & de remplir l'immenſité
de nos défirs. C'eſt dans elle que
nous trouverons ces grands & généreux
ſentimens qui répondent à notre grandeur
véritable. Notre eſprit ſe perfectionnera
par la connoiſſance des vérités qu'elle lui
découvrira ; elle nous donnera des lumieres
pures, pour affermir nos idées &étendre
nos connoiffances. Elle nous apprendra
que c'eſt pour Dieu que nous fommes faits;
que c'eſt pour le connoître qu'il nous a
donné un entendement ; que c'eſt pour
l'aimer qu'il nous a donné un coeur , &
que c'eſt pour augmenter notre amour qu'il
veut que nous puiſions dans ſes tréſors la
114 MERCURE DE FRANCE.
véritable vie & la véritable félicité.
Aquoi vous fert , hommes infenfés ,de
connoître la ſageſſe , puiſque vous ne la
pratiquez pas ? Votre conduite eſt oppoſée
à ſes préceptes , & vous agiſſez dans
tout le cours de votre vie , comme ſi vous
ne l'aviez jamais connue.
Et vous Philofophe orgueilleux , en faites-
vous un meilleur uſage ? Vous qui vous
fabriquez une Religion ſur les principes
d'une raiſon corrompuë, & qui la changez
auſſi ſouvent que vos differentes paflions
vous agitent?
Vous ſeule , ô divine Sageſſe , pouvez
nous procurer la parfaite tranquillité. Vous
ſeule pouvez nous faite goûter la vraie
douceur. Efforçons nous donc de l'acquérir
, cette ſageſſe ; les routes qui y conduiſent
ſont belles , agréables , & l'Ecriture
nous aſſure que celui- la ſeul , qui marchera
dans ſes ſentiers , jouira d'une paix parfaite&
du vrai bonheur.
Satiabor cum apparuerit gloria tua.Pf. 16.17 .
ParMede S. F. de Vesoul , 1748 .
SEPTEMBRE. 1748 . τις
SSSS
VERS.
acaca
Préſentés à M. D. B. pour la Fere
de Saint Louis 1748 .
UN fage pour bouquet ne doit point vous offrir ,
Aminte , comme aux autres Belles ,
Des fleurs qui ſe puiſſent flétrir ;
Son coeur vous en doit d'immortelles.
Aupied du mont célébre où les doctes pucelles
Se plaiſent à les voir fleurir ,
J'ai cueilli cette bagatelle ;
Si le tems ne la fait périr ,
Qu'avec mon reſpect & mon zele ;
Aminte , vous avez une fleur éternelle.
LETTRE, écrite de Paris.
C
Omme vous vous intéreſſez , Monſieur
, à tout ce qui concerne la République
des Lettres , j'aurai l'honneur de
vous apprendre , qu'on vient de donner
au public le premier tome du Digeſte , infolio
, redigé en ordre par M. Pothier ,
Conſeiller au Préſidial d'Orleans. Ce Ma116
MERCUREDEFRANCE.
giſtrat qui eſt actuellement ici , y est venn
exprès , pour avoir l'honneur de le préſenter
lui-même à M. le Chancelier , qui
a eu part à la confection de l'ouvrage .
Vous ne ferez peut- être pas fâché de ſçavoir
ce qui lui a donné le jour , & comment
les choſes ſe ſont paffées.
M. Pothier , qui a fait une étude particuliere
du Droit , fut choqué , comme
l'ont été preſque tous ceux qui l'ont érudié
, de la confufion qui regne dans le
Digeſte , ouvrage d'ailleurs ft important
pour le bien & la tranquillité des Etats.
C'étoit peu même que le Digeſte fut confus
, & qu'on eût peine quelquefois à tirer
une déciſion claire de ce livre , & à la
trouver au beſoin ; il falloit encore accorder
enſemble le Code & les Novelles ,
qui ajoutent , retranchent , & modifient
en pluſieurs manieres beaucoup d'endroits
du Digefte , & il y a grande apparence ,
que la difficulté d'ajuſter ces trois ouvrages
, & d'en faire un tout régulier , avoit
épouvanté les plus courageux , & les avoit
détournés d'entreprendre un ſi pénible
travail . M. Pothier ſentit la difficulté autant
qu'un autre , mais comme il eſt homme
à réflechir, il ſe forma le plan d'un ordre
méthodique , & choiſit untitre du Droit,
SEPTEMBRE. 1748. 117
pour tacher d'exécuter ce plan , ſans autre
deſſein pour lors que de ſe ſatisfaire lui-même
, & d'eſlayer s'il pourroit réuffir. Ce
fut comme la premiere tentation qu'il eur,
& à laquelle il ſuccomba ſi heureuſement;
à cette premiere ſuccéda une ſeconde ,
qui fut de montrer ſon eſſai àun de ſes
amis , Conſeiller au même Préſidial , &
de plus Docteur & Profeffeur en Droit
dans l'Univerſité d'Orleans . Cet habile
Juriſconſulte , qui poſſéde parfaitement
cette matiere , loia beaucoup cet eſſai de
M. Pothier , & l'exhorta à continuer , ce
qu'il n'avoit guéres envie de faire. Le travail
en reſta-là pendant quelque tems ,
juſqu'à ce que le Profeſſeur ,ayant eû affaire
à M. le Chancelier , trahit en quelque
façon ſon ami ,& fit un rapport exact
&avantageux du projet de l'ouvrage qu'il
avoit lû . C'étoit une nouvelle qui méritoit
d'être annoncée à l'illuſtre Chef de la
Justice ; auſſi ce grand Magiſtrat l'écouta
avec d'autant plus de plaifir , que par une
rencontre affés finguliere , lui-même dans
ſa jeuneſſe avoit conçu à peu près le même
deſſein , & s'étoit formé le même plan ,
mais les grands emplois , par leſquels il
avoit paffe fucceſſivement , ne lui avoient
• pas permis de l'exécuter. M. le Chancelier
18 MERCURE DE FRANCE.
écrivit une lettre à M. Pothier , par laquelle
lui donnant avis du rapport que le
Profeſſeur d'Orleans lui avoit fait, il le
prioit en même tems de lui envoyer fon
cahier , afin qu'il en pûtjuger par lui-même.
M. Pothier , fort ſurpris de recevoir
cette lettre , ne pût ſe diſpenſer d'y répondre.
L'ouvrage fut donc envoyé , & ne
put être lû ni expédié ſi-tôt , à cauſe des
grandes affaires qui ſurvinrent en ce temslà
au Confeil. M. Pothier qui fut pluſieurs
mois ſans recevoirde nouvelles , crût qu'il
n'en recevroit aucunes. Le contraire arriva
cependant , car M. le Chancelier ayant
enfin trouvé le tems de lire le cahier , le
goûta fort , & en conféquence récrivit
àM. Pothier , que ſi ſes affaires le permettoient,
il voulûtbien ſedonner la peine
de venir à Paris , dans un tems qu'il lui
marqua , & qu'alors ils pourroient conferer
enſemble , & convenir de ce qu'il y
auroit à faire, M. Pothier obéit. Il vint ,
& M. le Chancelier lui communiqua ſes
vûës.
Le bruit de cette entrevûë s'étant répandu
, M. Gilbert de Voiſins , Avocat
Général en ce tems , & maintenant Conſeiller
d'Etat , voulut dans la ſuite être de
la partie ; pluſieurs desplus fameux Avo
SEPTEMBER. 1748. 119
cats du Parlement s'intéreſſerent de leur
côté. M. Pothier , ainſi encouragé , ſe mir
férieuſement à l'ouvrage. Le Privilége
pour l'impreſſion fut accordé ; on forma le
Profpectus ; le travail avança , & vint enfin
au point où il eſt aujourd'hui. Le premier
tome paroît , le ſecond s'acheve d'imprimer
, & le troiſiéme ne tardera pas.
Un des amis de l'Auteur lui fit préſent des
vers Latins ſuivans, qui font alluſion à fon
nom.
In Digeſtum meliùs ordinatum.
Mollelutumficutifigulus premit , atque reformat
Sic jus ordinat iſte liber , legeſque difertus
Colligit errantes variè , tenebraſque repellit;
Informat mores , lites compoſcit ubique,
:
120 MERCUREDEFRANCE.
A Mile Cleron sur le rôle de Didon qu'elle
vient de remettre au Théatre .
T
Andis que fur la scéne , où nos voeux vous
rappellent ,
Votre aſpect , allumant de nouvelles ardeurs ,
Communique le feu dont vos yeux étincellent ,
Et ſe captive tous les coeurs :
Le mien , belle Didon , vous offre ſon hommage,
Sur vos rares talens , ſur vos divins appas ,
Le public & mes vers n'ont qu'un même langage ;
Tout vous applaudit , mais hélas !
Quel est votre ſort & le nôtre ?
Certes , je le ſçais mieux qu'un autre :
D'un Héros vertueux votre coeur eſt épris .
Par les noeuds les plus doux vos deſtins font unis.
La gloire l'arrache à vos charmes,
Vos accens enchanteurs nous arrachent des lar
mes.
Enfin par un contraſte auſſi triſte que doux ,
Vous mourez pour Enée , & nous vivons pour
YOUSPar
M. de la Louptiere,
LETTRE
SEPTEMBRE. 1748. I2E
薪洗洗洗洗洗洗
LETTRE d'un Chirurgien de Province
à unMédecin de Paris,ſur la Garance ,
pour fervir de réplique àlaréponse de ce
dernier , inferée dans le Mercure du mois
de Février 1748.
J
E ſçavois bien , Monfieur , qu'en vous
adreſſant ma lettre , vous ſatisteriez à
tout. Votre réponſe eſt de main de maître.
Vous y faites ſentir , avec décence , la ſupériorité
de votre état ſur le mien , & dans
les circonstances préſentes cet objet n'eſt
point à négliger. Si vous penſez même
que mon attachement pour votre illuftre
Corps ſoit un moyen de plus pour la Faculté
, je vous laiſſe le maître d'en tirer le
parti que vous jugerez à propos. Une
choſe qui me flate infiniment , c'eſt la juſtice
que vous rendez à M. Duhamel. J'avouerai
de bonne- foi , que la note de cer
Académicien , inſerée dans les Mémoires
de l'Académie des Sciences , m'étoit échapée.
Si elle me fût tombée ſous les yeux ,
je me ferois bien gardé de relever ce défaut
d'exactitude. Ce qui paroît extraordinaire
, c'eſt que M, Guettard , Médecin
F
122 MERCURE DE FRANCE .
de votre Faculté , & Membre de l'Acadé
mie , nous annonce dans un livre d'obſer
vations ſur les Plantes , imprimé en 1747 ,
que " la propriété qu'ont les racines de lá
» Garance de rougir les os des animaux
>> vivans , n'eſt connuë que depuis quel-
>> ques années , & que le premier effet en
na été d'abord obſervé en Angleterre . «
Si nous voyons jamais une nouvelle édi
tion de cet ouvrage , j'eſpere qu'à l'exemple
de M. Duhamel ,& excité par le mien,
Î'Auteur voudra bien y inſerer une note
pour inſtruire ſes lecteurs de l'erreur dans
laquelle il a donné.
Vous penſez , Monfieur , que Mizauld
eſt le premier qui ait parlé de la propriété
de la Garance , dont il eſt queſtion entre
nous , & qu'il a écrit avant Charles Etienne
, que j'ai cité. J'ai des raiſons de croire
que l'Auteur Latin où j'ai lû , Erythrodanum
ofſa animalium rubefacit , eſt plus ancien.
Il est même probable que cette découverte
eft encore beaucoup plus reculée
dans l'antiquité. D'ailleurs , Charles
Etienne eſt pour le moins contemporain
de Mizauld , s'il n'eſt pas plus ancien ; le
premier étoit Docteur de la Faculté de
Paris en 1538 , comme il paroît par un
de ſes ouvrages * , donné au public dans
SEPTEMBRE. 1748. 123
la même année ; & la premiere édition de
la Maiſon Ruſtique , qu'il a publiée avec
Jean Liebault , eſt de 1582. Ceci fait voir
qu'il faut recourir àdes ſiécles plus éloignés
pour trouver l'Auteur de cette propriété
de la Garance .
Vous avez raiſon , Monfieur , de ſouhaiter
que M. Duhamel vérifie par ſes expériences
, ſi les tiges de cette plante ont
la même propriété que les racines à l'égard
de la coloration des os ,auſſi-bien que les
autres propriétés que les anciens agri
culteurs lui ont données. Il y a fatisfait en
partie , mais il reſte encore quelque choſe
àdéfirer.
Souffrez que je remarque que M. Guettard
, dans l'Epître Dédicatoire de ſon ouvrage
, dit au Prince , à qui il le dédie :
>>>Que l'honneur que Son Alteſſe vient de
>>>lui faire de le nommer fon Médecin
» Botaniſte , eſt un des motifs qui font
» qu'il oſe lui offrir cet ouvrage, qui regar-
>> de les glandes des plantes & leurs vaif-
> ſeaux excrétoires , comme des parties
» dignes d'être obſervées & qui l'avoient
>> peu été juſqu'ici. «
*Sylva ,frutetum , Collis , Parifiis , 1538.
Fij
124MERCURE DE FRANCE.
Je vous prie , Monfieur , d'éclaircir mes
doutes ; eſt-il bien vrai que les parties
des plantes ont été peu obſervées ? Est- il
encore vrai , qu'en ſuppoſant que M.
Guettard en fût un des premiers Obfervateurs
, il puiſſe employer ſes remarques ,
comme des principes certains de diſtinction
des plantes entre elles ? On peut , ce
me ſemble , conjecturer que les grands
hommes qui l'ont précédé , ayant reconnu
que cette Méthode ne conduiſoit à rien ,
ont établi des régles qui pourront paroître
plus lumineuſes& plus fûres.
****** le 28 Mars 1748 ,
SEPTEMBRE. 1743 . 125
On a dû expliquer les Logogryphes &
les Enigmes duMercure d'Août par Pref
Soir , Relation , Armoiries , Sac , Secret &
Portrait . On trouve dans le premier Logogryphefie
, pré , soir , Jo , Iſſé , ris , Pise
rose , ire ,foie , Sire , poire , pore , or, Ipres,
roffe, pois , Roi : dans le ſecond , ré , la, note,
ton Roi , Noyer , Laon taon ,Aretin .
tein , lait ,noir , ortie,nates Latone , ane ,
talion : dans le troiſieme , miroir , orme , mer.
or,mois,ame foir.
, د
, rofier , ami &
ENIGME.
Efuis l'appanage ordinaire
Du ſexe à qui le Ciel diſpenſa les appas ;
La France contre moi fit une loi ſevére
,
Que l'on n'obſerve point dans les autres Etats";
Je regne dans les champs , bien plus que dans les
Villes ;
Trois de mes ſoeurs & moi , des lits de nos ayeux
Etions jadis les foûtiens immobiles ,
Mais aujourd'hui l'on nous chaſſe entous
lieux ,
Comme des meubles inutiles.
Quelque bas que foit mon emploi ,
Finj
126MERCUREDEFRANCE :
Autrefois un Héros inſigne
De ſes robuftes mains ne me crût pas indigne,
Et fi l'antiquité trouve encor quelque foi
Dans l'eſprit de l'humaine race ,
Tandis quede la terre on couvrira la face ,
Les grands & les petits releveront de moi,
J
AUTRE.
E ne ſuis ni chair ni poiffon ;
Je ne fais , ni grand mal , ni grand bien, dans le
monde;
Je ſuis de la couleur de l'onde ,
Où Pharaon bût plus que de raiſon .
Comme le Nil je in'étends & reſſerre ;
Et laiſſe comme lui ma graiſſe ſur la terre.
Quiconque ſçait rimer devinera mon nom.
Les deux Enigmes précédentes font
d'un de nos meilleurs Poëtes Tragiques
modernes , qui les fit à onze ans, étant
alors en Seconde.
SEPTEMBRE. 1748 . 127
SAns
AUTRE.
Ans trembler ,
Je fais toujours en crainte ;
Sans crier
,
Toujours j'éclatte en plaintes,
Sans brûler ,
Je me tiens dans les flammes ;
Sans aimer ,
On me voit chés les Dames.
M. D. F. de BourgArgental-en-Forez
Con
AUTRE.
Omme les Rois j'habitedes Palais ,
Mais ſouvent la belle nature ,
Dans les miens que je ne quitte jamais ,
Fait briller ſa ſeule parure.
Une petite eſcorte m'y deffend ;
J'y brille ſeule fans ſeconde ,
J'y fais la guerre à l'innocent
Sur la terre comme ſur l'onde ;
Souvent je fais du mal ſans le ſçavoir ,
Et contre moi par fois l'on gronde ;
Car je ne puis exercer mon pouvoir ,
Sans faire jazer le monde .
Par M** , d'Alençon..
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
1
LOGOGRYPH E.
DE fix membres divers mon corps eft comi
pofé.
S'il eſt également en trois lots diviſé ,
Un T joint au premier , dans des têtes peu faines
Ajoute l'eſperance aux plus ardens deſirs ,
Et , pour un ſeul mortel qu'il comble de plaiſirs ,
Acent triſtes rivaux il cauſe mille peines.
Otez-moi le lotdu milien ,
On peut faire du reſte un mets digne d'unDieu.
On rencontre chés moi mille & mille merveilles ,
De ces fons enchanteurs qui charment les oreil
les,
L'ame de nos ragouts , l'agrément du difcours ,
Ce qu'aux Amans les plus fidelles
Accordent rarement les Belles ,
Et que l'Epoux obtient toujours ;
Ce qui fait ſous le joug plier les plus rebelles ,
Et qui d'un ſage Empire entretient l'heureux
cours.
Ma puiſſance s'étend ſur la terre & ſur l'onde.
A travers les rochers , les firtes & les mers ,
Je ferois aux mortels faire le tour du monde ,
Et le ſombre trajet du fleuve des enfers .
A contribution je ſçais mettre les airs.
Fuyant l'éclat trompeur des vanités mondaines ,
SEPTEMBRE. 1748 . 129
Auxprofanes regardsje cache mille attraits;
Mais ſouvent , aiguiſant leurs traits ,
Mes efforts n'ont ſervi qu'à former plus de chat
nes.
Avec l'aide d'un P chés le plus fier Berger
Ma premiere moitié fait naître des allarmes ;
Il ne la voit jamais ſans courir un danger ,
Qui de mainte Bergere a fait couler les larmes.
C'eſt bien pis , quand au lieu de trois
On prend mes membres cinq enſemble ,
Il n'eſt point de Guerriers qui devant moi ne
tremble,
Et qui ne ſoit pourtant flatéquand je le vois.
Me met-on au pluriel ? Mon pouvoir eſt ſuprême ,
Plus que je ne puis dire, onmechérit,,on m'aime;
Mesappas tour-puiſſans ſeduiſent juſqu'aux Rois,
Ils vont charmer l'Olympe même ;
L'Amour , le fier Amour , eſt ſoumis à mes loix ,
Mais ſi j'ai tant d'attraits , fi tout me rend les armes
,
Lorſque j'ai ſeulenrent cinq membres à la fois ,
Quand je les ai tous fix , jugez quels font mes
charmes.
S
30 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHUS.
E
X pedibus mihi priſca novem dat fabula nos
men.
Ex his tres anni gratiſſima tempora præftant ,
Treſque locum ridet quo formofiffimus annus
In primis ; animal tres quo cum afperrima feles
Bella gerunt ; charites quot fint , ſi ſcire lubebit ;
Quæ fit pars arcus ſtridens fugiente ſagitta ;
Quis fuit Æneæ quondam generofior hoftis ;
Quæ fit & artifici quæ machina longa rotatu
Eſcas ante focum coquit , & quo nomine nati
Sponſa vocetur, habes inme: ſumdenique donum,
EXPLICATION des Enigmes
Logogryphes du Mercure de Juilles.
A DAMIS.
T
Air : du Vaudeville d'Epicure.
Out céde aux attraits de
Et tu crains pour ta liberté ,
Thémire,
Mais pour en conferver l'Empire ,
Fuis àjamais cette beauté.
Si de ton coeur elle s'empare ,
Tes efforts feront impuiſſans ;
La raiſon ſe trouble , & s'égare ,
Quand l'Amour a charmé les SENS
SEPTEMBRE. 1748. 331
Air : Ton himeur eft Catheraine.
Ajuger par l'apparence ,
On diroit que Clidamant
Se voue à la pénitence ,
Et qu'il jeûne affidûment ,
Mais ce perſonnage blême
Cache , ( on ne le croiroit pas )
Sous les dehors du CARESME;
L'embonpoint du Mardi-gras .
Air : De tous les Capucins du monde.
2 C'eſt aujourd'hui la PENTECOTEX,
Et j'ai pour femme une dévote.
Quej'entendrai de longs fermons ,
Et de fatiguantes harangues ,
Si Dieu , la comblant de ſes dons ,
N'en excepte celui des langues !
LUCAS .
Air : On ne parle que de béquille . ·
Bon pain , bon vin , & bonne chere ,
Voilà tout ce que nous voulons;
*On trouve dans ce mot Pentecôte , peste , for ,
Sep, Enée , tente , épée , noce , côte , cone , ſon , Eté ,
téte,Po , os ,Noé.
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE,
Finis donc , notre ménagere ;
Eh ! pourquoi toutes ces façons ?
De ce dindon , dis -moi , Nannette ,
Pour mettre une aîle ſous la dent ,
Nous faut-il une autre FOURCHETTE * ,
Que celle du bon pere Adam ?
Air : Non , je ne feraipas ce qu'on veut
que je faffe.
Le ſage , dit Platon , & fon illuſtre ſecte ,
De ſa félicité lui- même eſt l'ARCCHHIITTEЕCСTТЕ **
Lorſque ſur les débris des vices abattus ,
Dans fon coeur il prend ſoin d'élever les vertus.
* La fourchette du pere Adam , expreſſion populaire
, pour ſignifier les cinq doigts .
Ontrouvedans ce motfourchette , hêtre, chouette
, Ur , cour , Etéé,, fer,, roue , ruchee ,, or.
** On trouve dans ce mot Architecte, re , chaive,
Tacite , arc , arche , art , char , chat , échec , aréte
Cithére , Théatre , &.
Nau.
SEPTEMBRE. 1748. 13
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX - ARTS , &c.
EMOIRES fur differens ſujetsde
, par M. Diderot.
A Paris , chés Durand , ruë Saint Jacques,
au Griffon , & chés Piſſot , Quai des Auguſtins
, à la Sageſſe , in- octavo , orné d'un
fleuron & de cinq vignettes.
Les principes généraux de l'Acoustique,
ou de la ſcience du fon , font la matiere
du premierMémoire. Sa briéveté n'a point
empêché M. Diderot d'y examiner pluſieurs
queſtions intéreſſantes & difficiles. Telles
ſont celles qu'on peut faire fur l'origine
de l'harmonie , ſur la nature du plaifir
muſical , & en général de tout plaiſir intellectuel
; ſur le ſon ,ſa formation , ſa vîtefſe
, ſa force , ſes intervalles & ſes eſpéces.
Dans le ſecond Mémoire , l'Auteur ſe propoſe
d'introduire la développante du Cercle
dans la Géométrie Elementaire. Pour
peu qu'on ſoit inſtruit , on ſçait que fiune
Courbe étant enveloppée d'un fil on
prend ce fil par une de ſes extrêmités , &
fi on le développe en le tenant toujours
tendu , le chemin tracé dans l'air ou far
un plan par l'extrêmité de ce fil,fera ce
,
134MERCURE DE FRANCE.
:
qu'on appelle une développante. Le troifiéme
Mémoire contient l'examen d'un
principe de méchanique ſur la tenfion des
cordes. On demande ſi une corde , attachéepar
une de ſes extrêmités à un point
fixe , & tirée de l'autre par un poids , n'eſt
ni plus ni moins tendue que ſi l'on ſubſtituoit
au point fixe un poids égal à celui
qui la tend déja. » Mettez , dit M. Dide-
>>>rot , cette corde à l'uniſſon avec une des
>> touches du Clavecin. Subſtituez enſuite
>>> le poids aupoint fixe.Si l'uniſſon eſt con-
>ſervé , la tenſion ſera la même . Si l'unif-
>> ſon ne ſubſiſte plus , la tenſion ſera diffe-
>>>rente , & la difference des ſons donnera
>>toujours celle des tenſions «. L'Auteur
dans ſon premier Mémoire a renvoyé les
Muficiens au Thermometre & au Barométre.
Ici', il renvoye les Phyſiciens au Clavecin.
Il s'agit , dans le quatriéme Mémoire
, du projet d'un Orgue , fur lequel
on pourra exécuter toute Piéce deMuſique
à tel nombre de parties qu'on voudra , inftrument
également à l'uſage de ceux qui
ſçavent la Mufique ,& de ceux qui l'ignorent
totalement. Ce morceau avoit déja
paru dans le Mercure , & c'eſt autant l'ouvrage
d'un homme de Lettres , que d'un
Méchanicien. Selon M. Newton , les retardations
, cauſées par l'air au mouvement
SEPTEMBRE . 1748 . 135
d'un Pendule , fſont comme les arcs parcourus.
L'objet de M. Diderot dans ſon
cinquiéme Mémoire eſt de diſcuter ſi cette
opinion doit être adoptée , & il trouve
par le calcul que ces retardations font ,
non comme les arcs en queſtion , mais
comme leurs quarrés. Voilà bien des vûës
nouvelles dans un volume , qui avec la
Table ne comprend pas plus de 250 pages.
On connoiffoit deja l'Auteur pour un
homme de beaucoup d'eſprit. En lifant
ces Mémoires , on reconnoîtra qu'il joint
à cet avantage celui d'être ſçavantMuſicien
, Méchanicien ingénieux ,& profond
Géométre.
ODES ſur la Religion , par M.de Claris,
Préfident en la Cour des Aides de Montpellier
. A Paris , de l'Imprimerie de P.
G. le Mercier , Imprimeur Libraire ordinaire
de la Ville , ruë Saint Jacques , au
Livre d'or , in- octavo , de 22 pages.
On peut confidérer la Religion fous la
Loi de nature , fous la Loi écrite , & fous
la Loi de grace. M. de Claris , faiſiſſant ces
trois aſpects , a compoſé trois Odes , dans
leſquelles il nous a paru qu'il y avoit diverſes
ſtrophes très-dignes d'être applaudies.
La premiere Ode commence par une
imitation du fameux Prologue du Ballet
des Elemens . L'Auteur décrit enſuite les
136 MERCURE DE FRANCE.
:
plaiſirs purs , dont Adam & Eve joiüiffoient
dans le Paradis Terrestre , & il apoftrophe
-ainſi l'Ange rebelle , ennemi de leur félicité.
Eſprit habitant des ténébres ,
Où t'a précipité l'errear !
Tu vois de tes antres funébres
Le ſpectacle de leur bonheur ,
De ton origine céleste
Le vain & déplorable reſte
Contre eux allume ton courroux.
Moins grands que toi par leur eſſence ,
Es plus grands par leur innocence ,
Quels objets pour tes yeux jaloux !
Il y adans la peinture que M. de Claris
fait de la chûte de notre premier pere , &
des ſuites funeſtes qu'elle a eues pour le
genre humain , pluſieurs vers dont tout
Poëte pourroit ſe faire honneur. Perfonne
ne peut non plus refuſer de juſtes éloges à
la deſcription du paſſage de la mer rouge .
Feu M. de la Motte , dans ſon Poëme
des Apôtres , avoit dit :
Le muet parle aufourd , étonnéde l'entendre..
M. de Claris paraphrafe cette image dans
fon Ode de la Religion ſous la Loi de
Grace .
SEPTEMBRE. 1748. 137,
Au Sourd, étonné de l'entendre ,
Le Muet ſe hâte d'apprendre
Qu'un Paralytique les ſuit ,
Et l'Aveugle , ouvrant la paupiere ,
Voit ſe ranimer lapouffiere
D'un Mort que les vers ont détruit.
Si en quelques occaſions , comme celleci
, M. de Claris imite des modéles , il
montre en pluſieurs autres endroits , qu'il
n'a pas beſoin des aîles d'autrui , pour ſoutenir
le vol le plus élevé.
LETTRES du Baron de Buſbec, Ambaffadeur
de Ferdinand I , Roi des Romains ,
de Hongrie , &c. auprès de Soliman 11 ,
& nommé enſuite Ambaſſadeur de l'Empereur
Rodolphe 11, à la Cour de France
ſous le Regne de Henri III. Traduires
en François avec des Notes hiſtoriques &
Géographiques , par M. l'Abbé de Foy ,
Chanoine de l'Egliſe de Meaux . A Paris ,
chés Jean-Baptifte Bauche , fils , Quai des
Auguſtins , à l'Image Sainte Geneviève ,
&Laurent d' Houry , fils , ruë de la vieille
Bouclerie , 1748 , 3 vol .
Les deux premieres de ces Lettres furent
imprimées pour la premiere fois à Anvers
en 1581 , ſous le titre d'Itinera Conftantinopolitanum
& Amazianum . En 1590 ,
on en donna une ſeconde Edition , dans
138 MERCURE DEFRANCE.
laquelle on ajouta la troifiéme & la quatriéme
Lettre , & l'on changea le premier
titre , en y ſubſtituant celui-ci , Augerii
Gifſlenii Turcica Legationes. Épiſtola Quatuor.
Il parut deuxautres Editions en 1592 &
en 1632. Dans cette derniere , on publia ,
avec les Lettres précédentes , celles que le
Baron de Bufbec avoit écrites à l'Empereur
Rodolphe II . Les réimpreſſions fréquentes
de ce Recueil annoncent ſuffiſamment
l'empreffement avec lequel il a toujours
été recherché. On ſçait d'ailleurs
que perſonne n'a plus étudié& mieux décrit
que le Baron de Buſbec , les maximes,
les moeurs , & les uſages des Turcs ; que
perſonne n'a mieux connu les avantages
& les défauts de leur Gouvernement ; que
fes Lettres , écrites de France à Rodolphe
II , font d'excellents Mémoires fur pluſieurs
évenemens du Regne de Henri III ,
& qu'en général tout ce qui eſt ſorti de la
plume de ce Miniftre , peut être regardé
comme un modéle pour les Ambaſſadeurs ,
qui veulent rendre compte à leur Maître
de cequi ſepaſſe dans les Cours où ils réfident.
Le mérite de ce Livre a engagé M.
l'Abbé de Foy , à le traduire , & à y joindre
pluſieurs notes hiſtoriques & géographiques.
On trouve dans le premier volume
de la Traduction les deux premieres
SEPTEMBRE. 1748. 139
Lettres de Buſbec ; dans le ſecond , les
deux Lettres ſuivantes , avec la harangue
d'un Ambaffadeur Ture à Ferdinand , &
les Articles du Traité de Paix , propoſés
par Soliman ; dans le troifiéme , le projet
de guerre contre les Turcs , & les Lettres
compoſées par Buſbec , pendant ſon Ambaffade
à laCour de Henri III.
ENTRETIENS ſur la cauſe de l'inclinaifon
des Orbites des Planettes , & c. par
M. Bouguer de l'Académie Royale des
Sciences. Seconde Edition , dans laquelle on
a ſaiſi l'occaſion d'examiner l'étenduë du
méchaniſme ou des loix de Phyſique . A
Paris , chés Fombert , Quai des Augustins ,
in-quarto de 138 pages , avec deux planches
, 1748.
Dans la premiere Edition , l'ouvrageque
nous annonçons conſiſtoit en trois Entretiens
, précedés d'une Préface raiſonnée ,
qui en contenoit une eſpece de précis . M.
Bouguer y introduifoit deux Cartéſiens ,
qui s'entretenoient familierement avec un
Newtonien. Chacun de ces Philoſophes
faifoit valoir ſon ſentiment , & y reſtoir
attaché. Cependant le Cartéſianiſme étoit
comme adopté provifionellement , & on
le faiſoit ſervir à la décifion de la queſtion
propoſée ſur le cours oblique des Planetres.
Le fondde l'ouvrage eſt le même. M.
140 MERCURE DE FRANCE.
Bouguer n'y a point touché dans cette ſeconde
Edition , ſi ce n'eſt pour étendre ou
éclaircir quelques articles , mais il a ajoûté
àla fin de chaque Entretien pluſieurs remarques
, qui forment comme autant de
Differtations complettes ,& qu'on peut regarder
déſormais comuie la partie eſſentielle
du Livre . L'Auteur y a preſque toujours
eu en vuede comparer entre elles les deux
Phyſiques regnantes de notre tems , de vérifier
celle qui s'accorde le mieux avec les
Phénoménes , & d'éclairer le choix qu'en
doivent faire les Lecteurs. La difficulté ſe
réduit à décider ſi le méchaniſme général
ne conſiſte que dans les ſeules loix du mouvement
, ou s'il s'étend à quelque principe
de plus , qui trouve également ſa force
comine les autres loix de Phyſique, dans la
volonté toute-puiſſante de l'Auteur de la
Nature.
M. Née , de la Rochelle , Avocat au Parlement
, a donné au Public un Commen
taire ſur la Coûtume des Bailliage & Comté
d'Auxerre, anciens Refforts & Enclaves,
rédigée en préſence des trois Etats. Ce Livre
le vend chés Jean-Baptiste Bauche, fils,
Libraire , Quai des Auguſtins , à ſainte Géneviève
.
Il y a eu un ancien Commentaire de cette
Coutume , fait par un nommé Billon.
SEPTEMBRE. 1748. 141
M. Née n'a rien épargné pour rendre le
fien exact & complet. On trouve à la fin
le Procès verbal de laCoûtume, une Table
alphabétique des matieres , &.une Table
des Villes, Bourgs & Paroiſſes, qui font du
reffort du Bailliage d'Auxerre.
Il paroît une Brochure de 94pages in- 12.
imprimée à la Haye , qui a pour titre Réception
du Docteur Hequet , aux Enfers. Elle
eſt dédiée à M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi. Quoiqu'elle ne ſemble avoir
pour objet qu'une Critique ingénieuſe ſur
Pabus de la ſaignée,&de l'étude de la Géométrie
& de la Muſique , pour la guériſon
des maladies , l'Auteur entreprend de
prouver que les Phyſiciens modernes ne
connoiffent la Nature que fuperficiellement
, & qu'ils prennent l'ombre pour le
corps ; il met dans une même cathégorie ,
non Ariftote , mais les Péripatéticiens , les
Cartéſiens , & même Newton , dont le
ſyſtême , dit- il , eſt la maladie épidémique
de notre fiécle ; il le confidere comme un
grand Géométre , mais il nie qu'il ait été
Philoſophe ; il ajoûte que ce qu'il a écrit
touchant les couleurs , n'est qu'une pure
idée ; qu'il n'y a pas de vuide , & que c'eſt
une foliede vouloir généralement tout foumettre
au calcul. L'Auteur diftingue deux
natures dans l'homme l'une inaltérable &
142 MERCURE DE FRANCE.
qui ne périt jamais ; l'autre édifiée par un
perpétuel concours d'addition & de fouftraction
de principes & de matiere , dont
la proportion, reglée par la nature , entretient
l'équilibre & la vie ; & c'eſt à l'étude
des moyens que l'Auteur indique pour
conferver long-tems cet équilibre , qu'il
invite les Médecins de s'appliquer , au lieu
de réduire leur doctrine à la ſaignée , aux
apoſemes & à des diettes outrées , mais il
prétend que l'homme doit coopérer de ſa
part par la ſobriété,
ESSAI fur la Caftrametation , ou fur la
mesure & le tracé des Camps , &c. par M. le
Blond , Profeſſeur de Mathématiques des
Pages de la grande Ecurie du Roi , & des
Pages de Madame la Dauphine.A Paris ,
chés Charles-Antoine Jombert , Quai des
Auguftins.
Cet ouvrage est très-bien exécuté. L'Auteur
traite d'abord de la formation ou de
l'arrangement des troupes. Il établit enſuite
les regles générales qui s'obſervent
dans l'ordre de bataille. Cet ordre conſiſte
à faire camper l'armée de la même maniere
que les troupes s'y trouvent placées.
L'ouvrage eſt terminé par un précis des
gardes qu'on employe à la ſûreté du Camp.
M. le Blond a traité cette matiere differemment
de ce qu'elle l'a été juſqu'à préSEPTEMBRE.
1748. 145
ſent , c'eſt- à-dire en expoſant des régles &
des maximes , dont la formation du Camp
n'eſt plus que l'exécution. Il reconnoît
qu'il a tiré beaucoup de ſecours d'un manufcrit
de feu M.le Comte de Chaſtellux ,
qui lui a été confié , & du Livre de M. le
Marquisde Puyſegur. Un tel aveu ne peut
qu'augmenter le mérite de ſon travail auprès
des Militaires. Ils n'y trouveront rien
de purement ſpéculatif, ni d'une théorie
trop recherchée . L'Auteur n'y ſuppoſe que
la connoiſſance des premieres régles de
Arithmétique &des premiers Problêmes
de la Géométrie pratique. Cet ouvrage
peut donner de grandes lumieres à ceux
qui voudront s'inſtruire par des principes
fûrs & par des conféquences bien déduites.
LEÇONS Elémentaires d'Aſtronomie
Géométrique & Phyſique, Volume in octavo
de 348 pages & planches . A Paris ,
chés les Freres Guerin , ruë S. Jacques.
BIBLIOTHEQUE Françoiſe , ou Hiſtoire de
la Litterature Françoiſe , dans laquelle on
montre l'utilité que l'on peut retirer des
Livres publiés en François depuis l'origine
de l'Imprimerie , pour la connoiſſance
des Belles Lettres , de l'Hiſtoire , des
Sciences & des Arts , &c. par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hô
144 MERCURE DEFRANCE.
pital . XI & XII volumes in- 12 , le premier
de 472 pages , le ſecond de 478. A
Paris , chés Pierre J. Mariette , &Hyppod
lite Louis Guerin , Libraires , rue Saint
Jacques , 1747.
DIALOGUE ſur l'expérience des remedes
indiqués dans le Mémoire ſur la goutte
, imprimé à Nantes chés André Querro -
Imprimeur de l'Univerſité , 1746 , dans
lequel on explique les principales difficultés
que peuvent propoſer les Gouteux ; les
effets des remedes , ſuivant les differentes
conjonctures ; leurs propriétés & la manie
re de les appliquer , avec le nom des drogues
qui entrent dans leur compoſition .
ANantes , de l'Imprimerie de la veuve P.
Marefchal , Imprimeur du Roi , vis-à- vis
le Puits- Lory , à la vertu , 1747. Brochure
in-octavo de's 2 pages. Cette Brochure ſe
trouve à Paris , chés Briaſſon , Libraire ruë
S. Jacques , à la Science.
HISTOIRE GENERALE d'Allemagne , par
le Pere Barre , Chanoine Regulier de ſainte
Géneviève , & Chancelier de l'Univerſité
de Paris. Tome IV , qui comprend les
régnes depuis l'an 1039 ,juſqu'en 1152 ,
in-quariode 708 pages , non compris la Table
des matieres. AParis, chés Ch. J. Baptiſte
de Lepine , & Jean-Thomas Hériſſant ,
Libraires , ruë S. Jacques , 1748 .
BENESEPTEMBRE
1748. 145
BENEDICTI XIV. Pont. Opt. Max. olim
Profperi Cardinalis de Lambertinis , primùm
Anconitana Ecclefia Epifcopi , deinde Bononienfis
Archiepifcopi , de Servorum Deibeatificatione
&Beatorum Canoniſatione Liber
11. Editio tertia auctior caftigatior , ad
asum Academia Liturgica Conimbricenſis.
Roma , typis Nic. & Marc. Palearinorum ,
1I747.
PRINCIPES de la Perfection Chrétienne
& Religieuſe , diviſés en deux parties. La
premiere traite de la perfection Chrétienne
, la ſecondede la perfection Religieuſe.
On y ajoint des Supplémens pour les Vierges
Chrétiennes qui ſervent Dieu dans le
monde.A Paris , chés la veuve Rondet , &
Labottiere , Libraires , ruë S. Jacques , &
J. Defaint , & C. Saillant , Libraires , ruë
Saint Jean de Beauvais , 1748 ; in - 12 .
LE COUP D'OEIL des Dictionnaires François
, où l'ortographe de chaque mot eſt
prouvée par régles , par M. Jacquier , ſe
trouve à Paris , chés le Gras , au Palais ; la
veuve Pifſſot , Quai de Conty ; Briaffon , ruë
S. Jacques , & Chaubert , Quai des Auguftins
, du côté du Pont S. Michel , 1748 ,
in-12.
LE CHRETIEN fidéle à ſa vocation , ou
Reflexions ſur les principaux devoirs du
Chrétien , diftribuées pour chaque jour du
G
146 MERCURE DE FRANCE.
mois , & utiles pour les retraites. A Paris,
chés Lottin & Butard , Libraires , ruë faint
Jacques ; Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , & la veuve Robinot , Quai des
Auguſtins , 1748 , in- 12 .
LE TOME XV de l'Hiſtoire générale
des Auteurs Sacrés & Eccléſiaſtiques ,
&c . par le R. P. Dom Remy Ceillier , Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
&de S. Hydulphe , paroît depuis peu chés
Ph. Nic. Lottin , Imprimeur-Libraire , &
J. H. Butard , ruë S. Jacques , à la Vérité ,
&chés la veuve Pierres , auſſi ruë faint Jacques
, & Paulus du Mesnil , au Palais ,
1748 , in- quarto.
DICTIONNAIRE des Proverbes François,
&des façons de parler, comiques , burlefques
& familieres , avec l'explication , &
les étymologies les plus averées. A Paris ,
de l'Imprimerie de Giffey , chés Savoye ,
Libraire , ruë S. Jacques , à l'Eſpérance ,
1748 , in-quarto .
HISTOIRE Litteraire de la France par
des Religieux Bénédictins de la Congrégation
de S. Maur. Tome VIII , qui comprend
le reſte du onzième ſiécle de l'Egli-
Ie. A Paris , chés Huart , & Moreau , fils ,
ruë S. Jacques ; Chaubert , Quai des Auguſtins
; la veuve Brocas & Aumont , rue
S. Jacques ; David , fils aîné , ruë S. JacSEPTEMBRE.
1748. 147
ques ; Piget , Quai des Auguſtins , & Durand
, ruë S. Jacques , in-quarto de 733
pages , ſans l'Avertiſſement , 1748 .
L'ANNE'E MERVEILLEUSE . Comédie
en un Acte & en Vers. Par M. Rouffeau.
Repréſentée par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi. A Paris , chés
Cailleau , ruë S. Jacques , au deſſus de la
ruë des Mathurins , à S. André , 1748.
On a porté de cette Piéce à la lecture le
même jugement qu'on en avoit porté à la
repréſentation.
Le même Libraire débite la Tragédie de
François II , Veniſe ſauvée , le Méchant ,
laGouvernante, l'Amour Caſtillan , Ameftris
, Aphos , la Rivale Suivante , l'Ecole
amoureuſe , les Petits Maîtres , le Bacha
de Smyrne , les Tableaux , le Miroir , le
Préjugé vaincu , la Difpute , & plufieurs
aurres des Piéces nouvelles de Théatre .
GRAMMAIRE GEOGRAPHIQUE , ou Analiſe
exacte & courte du Corps entier de la
Géographie Moderne. Ouvrage traduit de
l'Anglois de M. Pat. Gordon , fur la feiziéme
Edition . A Paris , chés Durand, ruë
S. Jacques , & Piffot , Quai des Auguftins .
Ces Libraires nous ont envoyé , au ſujet
de cette Traduction , l'Avertiſſement que
nous allons inférer .
Quoiqu'il y ait déja bien des Traités
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
differens de Géographie , on a lieu d'eſpe
rer que le public recevra favorablement
celui- ci. L'Auteur Anglois ſçavoit , auffibien
que perſonne , qu'il y a fort peu de *
ſciences ſur leſquelles on ait tant écrit que
furla Géographie ; cette connoillance nel'a
pas empêché de donner ſon Livre , perfuadé
qu'il étoit , qu'en ce genre comme en
tout autre, il ſuffit pour réuſſir, qu'un Auteur
donne du nouveau , corrige les anciens
, ou préſente ſes matieres dans un
ordre & avec une méthode plus naturelle
& plus ſimple . Il avoit remarqué que de
tous les Auteurs qui l'ont précedé dans ce
genre d'écrire , il n'y en avoit aucun qui
n'eût peché ſenſiblement dans l'un des
trois points ſuivans , 18. Ou leurs Livres
font trop volumineux , & par-la refoidifſent
l'ardeur des jeunes gens & les empêchentde
ſe livrer à cette étude. 2°. Ou ils
font trop abregés & ne donnent qu'une
connoiſſance ſeche&bien ſuperficielle des
marieres , 3 °. Ou enfin ils ſont diffus &
écrits fans ordre & fans méthode , & ne
font qu'embarrafferl'eſprit desjeunes gens,
ſans qu'ils s'en apperçoivent , & empêcher
les progrès qu'ils auroient pû faire dans la
Géographie. L'Auteur Anglois a eu pour
but d'éviter dans ce Traité ces trois inconvéniens
. On peut aſfürer qu'il a tenu paSEPTEMBRE.
1748. 149
role. La forme de ſon Livre fait voir qu'il
a évité le premier. C'eſt un in- octavo aſſés
gros à la vérité , mais dans lequel il n'a
rien fait entrer que ce qu'il eſt abſolument
néceſſaire & indiſpenſable de ſçavoir pour
acquerir quelque teinture de la Géographie.
Il a mis ſon Livre à couvert du reproche
de trop de briéveté , par le ſoin
qu'il a eu d'y inférer , dans chaque article ,
des matieres qui ſont en même-tems
inſtructives & très - amuſantes. Enfin on
verra par la méthode qu'il a ſuivie , s'il
a trouvé moyen de remedier au troifiéme
inconvénient. Quinze éditions ,
épuiſées en aſſés peu de tems , ont été la
récompenſe de ſon travail. Il eſt vrai que
la multitude des éditions n'eſt pas toujours
un moyen infaillible pour juger de la bonté
d'un Livre , mais en fait de Livres de
ſciences, elles prouvent du moins qu'un
ouvrage, qui jouit d'un pareil ſuccès, méri
te d'être préferé à tous les Livres du même
genre. C'eſt ſur la ſeiziéme édition qu'on a
travaillé la Traduction qu'on donne au
Public. On a donc lieu d'eſperer que pour
avoir changé de Langue , ce Livre ne fera
pas moins bien reçû en France qu'il l'a été
enAngleterre.
Onne croit pas pouvoir rendre un comp-
Giij
SO MERCURE DE FRANCE.
te plus exactde cet ouvrage , qu'en rappor
tant les propres termes dont l'Auteur s'eft
fervi dans la Préface qu'il a miſe à la tête
de la ſeiziéme Edition de ſon Livre.
>> Tout cet ouvrage , dit-il , eſt divifé en
>> deux parties ; dans la premiere on confi-
>> dere leGlobe terreſtre en général ; la ſe-
>>conde contient une defcription particu-
>> liere de ce même Globe.
>>Partie premiere. Dans l'explication gé-
>>nérale que je donne du Globe , j'ai ren-
>> fermé quatre chefs , dont j'ai fait quatre
>>Sections. 1º . J'ai expliqué par des défini-
>> tions , des deſcriptions & des étymolo-
>> gies , tous les termes qui ſont abſolument
>> néceſſaires pour bien connoître leGlobe,
» ainſi que les Tables Analitiques de ce
»Traité. 2º. J'ai expoſé tous les Problê-
>>mes curieux qu'on peut réfoudre at
» moyenduGlobe. 3 °. J'ai ajoûté differens
>>Théorêmes de Géographie , qui ſontdes
>>propofitions connues par elles-mêmes ,
» ou qui ſe déduiſent clairement des Pro-
»blêmes précédens . 4°.Enfinj'ai parcouru ,
en paſſant,toute la ſurface duGlobe terref-
>> tre , en tant qu'elle est compoſée de terre
>>& d'eau , qui font les ſeules parties qui
>>la conſtituent; on trouvera dans cette
> quatriéme Section une énumération exac
A
SEPTEMBRE. 1748. 10
>>te de tous lesContinens, Iſles , preſqu'Iſ
>> les, Ifthmes, Promontoites, Montagnes,
» Océans , Mers , Golphes, Détroits, Lacs
»& Rivieres , qui couvrent la ſurface du
>Globe terreſtre .
>>Seconde partie , contenant un point
» de vûë détaillé de la ſurface du Globe.
>>O>n entend par ce point de vûë une defcription
exacte de tous les Pays remar-
>>quables qui ſe trouvent ſur la furface de
>>>la terre , & des differens Peuples qui
>>> les habitent. Voici le détail dans le-
>>quel on eſt entré à cet égard : on y parle
>> de leur ſituation, étenduë, diviſion , ſous-
>>divifions , Villes principales , nom , air ,
>>qualité de terrein , marchandises , com-
>>> merce , raretés , Archevêchés , Evêchés
» & Univerſités , moeurs , langage , Gou-
>> vernement , Armoiries & Religion .
Ce qu'on s'eſt proposéde dire ſur chacun
de ces chefsparoît encore mieux par la Table
ſuivante. 1
Par rap- Con rappor (Longitu )& entre quelles
portà la ttee en peu de contrées un
ituation . de mots les Latitude. Pays eſt ſitué.
A l'éten
duë.
degrés de
ony voit de l'Eſt à
ſes vérita-Sil'Ouest ,
bles di- du Sud au
menfions. Nord. २८ }
réduites en
lieuës d'une
heure.
aomba iiij
4
152 MERCURE DE FRANCE.
Les cantons ou claſſes générales
auxquelles un pays pent
Par rapport être rapporté.
àladivifion.
La maniere de trouver ces
ecantons ou claſſes.
Les Provinces particulieres
'A la fous- qu'un pays contient , & la
maniere de trouver prompmentices
Provinces ſur les
Cartes .
divifion.
Les noms modernes de ces
Aux Villes Villes ,& la méthode pour
principales. trouver ces Villes prompte-
Au nom.
Al'air.
A la qualité
du Sol.
Aux marchandifes.
Au Commerce..
ment .
Comment les Anciens les
nommoient ; les differens
noms modernes & leur étymologie..
:
Sa nature , s'il eſt froid ou
chaud , &c. Les antipodes
de cette partie duGlobe.
Son véritable climat.
Ses productions naturelles.
L'L'éétteennddue des jours &des
Celles en particulier que
le pays produit.
Quelles font les marchandi
ſes de fon crû ,&celles qu'il
tire d'ailleurs .
SEPTEMBRE . 1748. 153
Les raretés naturelles : où
on les trouve certainement.
Aux raretés. Celles qui viennent de l'art ,
Aux Arche-
& furtout les monumens de
l'Antiquité .
vêchés,Evê- Leurs noms & leur nomchés
& Uni- bre.
verſités.
1
'
Le tempéramment naturel
Aux moeurs. & les Coûtumes les plus re-
Sa compofition & fes promarquables
des habitans .
Au langage. priétés.
Au Gouvernement.
Les Armoi
ries.
:
A la Religion
.
Sa nature ou ſa véritable
conftitution . Les Tribunaux
publics de Judicature.
Son Ecuffon écartelé .
Sadeviſe. د
Ses principaux articles fondamentaux
, quand & par
qui le Chriſtianiſme y a été
porté , ſuppoſé que cette
Religion y ſoit exercée.
C
Tel eſt l'ordre particulier qu'on a fuivi
dans la deſcription de chacune des contrées
de la terre. Voici maintenant l'ordre
général qui regne dans la feconde partie
de cet ouvrage. Elle contient quatreCha
Gy
* 54 MERCURE DE FRANCE.
pitres , qui traitent de l'Europe , de l'Afie ;
de l'Afrique & de l'Amérique. On trouve
au commencement de chaque Chapitre une
diviſion qui a pluſieurs branches & qui
forme pluſieurs Sections; on voit,avant que
de paſſer à ces Sections particulieres , des
Tables analitiques qui déſignent en abregé
rout ce qui doit être traité dans toute l'éten
duë du Chapitre ; enſuite on paſſe aux Sections
qui ſouvent font encore ſubdiviſées &
forment differens Paragraphes . La derniere
Section de chaque Chapitre traite des Ifles
qui ſont ſituées dans la partie de la terre ,
dont il a été queſtion dans ce Chapitre.
L'Auteur Anglois ajoûte, à la fin des deux
partiesquicompoſent ſonLivre,unAppendice
où il donne un détail abregé des
plantations que les NationsEuropéenes ont
établies en Afie , en Afrique & en Amérique
,& il finit fon ouvrage par une Table
alphabétique de deux ou trois cens noms
de Villes , avec leurs differens degrés de
Latitude&de Longitude.
Telle eſt la méthode que M. Gordon a
fuiviedans ſa Grammaire Géographique ,
&cetteméthode a été fi fort goûtée enAngleterre,
que les Ecoles publiques ont adopté
fon ouvrage , & l'enſeignent aux jeunes
gens
dans leurs exercices.
On a trouvé en France cette méthode ſi
SEPTEMBRE. 1748. 1st
naturelle & fi claire , qu'on a crû devoir
fuivre pasà pas l'Auteur Anglois, ſans s'en
écarter aucunement. On a crû ſeulement
devoir faire quelques changemensdont on
va rendre compte , 1. M. Gordon a écrit
pour les Anglois , à qui il n'importoit pas
d'avoir de la France une connoiſſance plus
étenduëque des autres Etats de l'Europe ;
ainſi il s'eft renfermé à cet égard dansdes
bornes qui ont paru trop reſſerrées pour
des François , entre les mains de qui on
avoit deſſein de faire paffer cette Traduction.
On a fenti que ſi la connoiſſance un
peu détaillée de la fituationde tous les païs
que renferme la ſurface du Globe , étoit
d'une grande utilité ,& devoit faire partie
de l'éducation des jeunes gens , il étoit
d'une néceffité indiſpenſable pour des François,
de connoître leur propre païs d'une
maniere plus étendue. On s'eſt donc crû
obligé de fuppléer à cet égard au défaut de
l'AuteurAnglois. On a jugé à propos d'ajoûter
à la findu Livre, par maniere de ſupplément,
une deſcriptionde la France affés
détaillée. On la conſidere fous la diviſion
la plus ordinaire& la plus commode , c'eſtà-
dire par Gouvernemens ; on compte ordinairement
douze grands Gouvernemens
qui ont fourni la matiere de douze Sections,
auxquelles on en a ajoûté une trej
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
ziéme , où il eſt, parlé des païs nouvellement
conquis. Du reſte on s'eſt attaché
ſcrupuleuſement , même dans ce Supplément,
à la méthode qui a été gardée dans le
reſte de l'Ouvrage...
2° . La Table alphabétique des principa
les Villes du monde , qui ſe trouve dans
l'original Anglois, a patu fort utile , en ce
qu'elle donne aux jeunes gens la facilité
de trouver tout d'un coup fur les Cartes
Géographiques la véritable pofition d'un
lieu quelconque par rapport aux autres
Villes voiſines ; on a pensé que le vrai
moyen d'en accroître l'utilité étoit de l'augmenter
confidérablement. Ainfi on a mis
à la fin du Livre une Table alphabétique
qui contient environ 3000 Villes avec
leurs differens degrés de Longitude & de
Latitude, qui ont été calculés avec foin fur
desCartes faites exprès , dont on a faitun
Corps,qui ſe trouve chés le même Libraire,
ſous le titre de Atlas portatif, Géographique&
Militaire .
On aflûre le public qu'on n'a épargné
ni les foins , ni la dépenſe pour rendre cet
Atlas utile& agréable au Public.
LETTRE de Madame de *** à Madame
la Marquiſe de ** , ſur la formation des
Etres& la combinaiſon infinie des Principes.
A la Haye , 1748.
SEPTEMBRE. 1748. 157
SUPPLEMENT pour prouver les vertus de
la Poudre Royale fébrifuge du ſieur de la
Jutais. Ala Haye, chés Wendermeen, dans le
Grocefter , 1748. Petit ouvrage par demandes
& par réponſes , dans lequel font
préſentées pluſieurs raifons folides touchant
la mortalité causée par les flaxions de
poitrine ,pleureſies , pleurimonies & autres
maladies , avec le moyen für d'y remedier
, ſans employer l'uſage des ſaignées ,
réiterées.
LA PUISSANCE DE BACCHUS, Cantatille
nouvelle pour une Baſſe-taille à voix feule,
avec ſymphonie , miſe en Muſique par M.
de Montgaultier. Prix en blanc 36 fols . Se
vend à Paris , chés l'Auteur , ruë des deux
Ecus , dans la maiſon de M. Ranté , Brodenr
, & aux adreſſes ordinaires.
...On trouve chés David le jeune, Libraire,
Quai des Auguſtins, au S. Eſprit, les Livres
ci-après.. !
Recueil d'Obſervations curieuſes ſur les
Moeurs , les Coûtumes, les Uſages , les differentes
Langues , le Gouvernement , la
Mythologie , la Chronologie , la Géographie
ancienne & moderne , les Cérémonies
, la Religion , les Méchaniques , l'Aftronomie
, la Médecine, la Phyſique particuliere
, l'Hiſtoire naturelle , le Commerce,
la Navigation , les Arts & les Sciences
158 MERCURE DE FRANCE.
de differens Peuples de l'Afre , de l'Afrique
& de l'Amérique, in- 12. 4 vol. 10 liv.
reliés.
Les Principes du Droit naturel , par Burlamaqui
, in- ottavo , 2 vol . brochés , 3 liv.
Pratiquede Médecine, tirée desEcrits d'Hypocrate
&des plus célebres Auteurs modernes.
in-quarto, 4 vol. 10 liv. reliés.
Manuel Philosophique , ou Précis univerfel
des Sciences , 2 vol. 4 liv. reliés.
L'ETAT DE LA FRANCE . Nouvelle Edi
tion. Six volumes in- 12.
Antoine Philibert , Libraire à Genéve ,
débite un livre nouveau , intitulé l'Origine
de l'Univers , expliquée par un principe de
la matiere, in- 12. 1748 , imprimé à Montpellier.
:
On imprime en Suiſſe les fameux Mémoires
de l'Abbé de Montgon , en 6 vol.
in-12, dont les trois premiers ſe diſtribueront
en Septembre ou Octobre.
ESTAMPES NOUVELLES.
L
E Sieur Moyrean , Graveur du Roi ,
ruë Saint Jacques , à la vieille Poſte
vis-à-vis la ruë du Plâtre , a gravé laGrotte
du Maréchal , d'après le tableau original
de PhilippeWouvermans.
SEPTEMBRE. 1748. 159
EXPOSITION DES TABLEAUX.
C
Ette expofition s'eſt faire à l'ordinaire
le 25 du mois dernier dans le
grand Salon du Louvre. Une maladie
dangereuſe ayant tenu long-tems M. Carlo
Vanloo dans l'inaction ,&plufieurs tableaux
, envoyés de Rome par M. de
Troy , n'étant arrivés que tard , la privationdes
ouvrages deces grands Maîtres a
fait paroître le Salon moins orné qu'il ne
l'eſt quelquefois. Maiscette année comme
les précédentes , on a fenti quel ſervice
fenM. Orry a rendu à la Peinture , en étábliſſant
parmi les Peintres de l'Academie
l'uſage de ſoûmettre leurs productions au
jugement du Public. Dans ce combat d'émulation
, le mérite eſt toujours certain
d'être couronné par les mains de l'impartialité
,& ceux des athlétes , qui font obli
gés de céder la victoire , apprennent à la
remporter à leur tour.
Entre les ouvrages expoſés par les Académiciens
, deux des tableaux , qui ont le
plus attiré l'attention des Connoiffeurs ,
font un de cinq piedsdeux pouces de haut
fur troispieds & demi de large , repréſentant
la Décolation de Saint Jean , & un
dans lequel Saint Mathieu eſt peint écri
160 MERCURE DEFRANCE.
vant ſon Evangile. Ces deux morceaux
font de M. Dumont le Romain.
On a donné avec juſtice les plus grands
éloges à une Nativité , compofée par
M. Boucher. Toutes les graces de l'imagination
de ce Peintre charmant ſe font fait
remarquer dans un autre tableau , où il
nous repréſente un Berger , qui montre à
joüer de la flûte à ſa Bergere,
M. Reſtout a dignement ſoûtenu ſa réputation
par pluſieurs grands morceaux
d'hiſtoire , furtout par un tableau qui a
dix pieds de hauteur & fept de large. La
vraie Croix ayant été priſe en 614 par
Chofroës , Siroës , fils de ce Monarque ,
la rendit quatre ans après à Heraclius , en
fignant la paix avec cet Empereur. Par le
même Traité , tous les Captifs Chrétiens ,
entre autres Zacharie , Patriarche de Jerufalem,
furent remis en liberté. Cet évenement
est le ſujet du tableau que nous
indiquons.
Tous les bons juges ont applaudi particulierement
à la partie du deſſeing dans
le martyre de Saint Ferreol , par M. Natoire.
On y voit le Saint , après avoir été
délivré miraculeuſement de la priſon , où
il avoit été enfermé par ordre du Prêteur
de Vienne en Dauphiné , être repris aux
environs du Rhône par les ſoldats qui le
SEPTEMBRE. 1748. 161
pourſuivoient. Ils le lient ,& dans le méme
moment un d'eux lui coupe la têre.
Cet ouvrage eſt destiné pour Marſeille , &
doit être placé dans l'Egliſe Paroiſſiale de
Saint Ferreol. S'il nous convenoit de hazarder
nos remarques ſur un art qui ne
paroît pas être de notre reffort , nous
ajouterions ici , que pour les tableaux de
grande machine , les grands effets , & ce
qu'on appelle en Peinture les belles mafſes
, font ce qu'on ſouhaite principalement
.
Il n'a pas été néceſſaire d'être fort verſé
dans cet Art , pour reconnoître l'excellence
d'un tableau , dans lequel M. Oudry
a repréſenté une Lais avec ſes Marcaſſins ,
attaquée par deux Dogues de la forte race.
Un morceau fi admirable a frappé également
les connoiffeurs & les ignorans par
la fierté de la touche & par la vérité de
l'imitation. On ne peut non plus trop
louer deux petits tableaux peints ſur cui
vre par le même Auteur. Dans l'un , font
une Perdrix & un Liévre , attachés à un
arbre & deux Chiens , dont l'un dort.
L'autre eſt un Chien en arrêt ſur des Faiſans
qui ſont dans des bleds. La multitude
d'autres ouvrages de differens gentes ,
dontM. Oudry a rempli le Salon ,montre
ſa merveilleuſe facilité.
د
یل
162 MERCUREDEFRANCE :
Celle de M. Pierre ne mérite pas moins
d'être admirée. Il a mis cette année au
Salon un grand tableau , repréſentant le
Martyre de Saint Thomas , Archevêque de
Cantorbery ; deux autres ; qui repréſentent
deux Bacchanales ; deux Bambochades
, l'une de Payſans qui ſe baignent ,
l'autre d'une fête dans un camp ; une tête
au Paſtel, repréſentant la Poësie ; undeſſus
de porte pour l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin. Quelques perſonnes
difficiles défireroient un peu plus d'intention
dans certaines figures , mais les plus
ſévéres ont rendu juſtice à la fermeté du
pinceaude l'Auteur.
On a trouvé beaucoup de beautés , foir
pour l'effet , ſoit pour la compofition ,
dans une fainte Famille,&dans le Joſeph,
deM. Hallé. Il ſemble que dans le premier
de ces ouvrages ce Peintre ait emprunté
le pinceaudu Guide.
En arrivant au Salon , tout le monde
y cherche avec empreſſement les ouvrages
de M. Chardin , & l'on eft toujours fâché
de n'y en pas rencontrer un plus grand
nombre. Cette année , nous n'avons eit
qu'un petit Tableau de ce Peintre rare
maisnous pouvons affurer que de célébres
Artiſtes nous ontditque ce morceau étoit
enchanteur. Ce témoignage eſt plus flateur
>
SEPTEMBRE. 1748. 163
1
pour M. Chardin que toutes les louanges
que nous pourrions lui donner.
Les Peintres de Portraits ne ſe ſont pas
moins diftingués dans leur genre , que les
autres Académiciens. M. Tocqué a dé
ployé tous ſes talens dans le Portrait en
pied de feuë Madame la Dauphine , dans
celui de M. l'Abbé de Lowendalh , &dans
celui de M. Sélon. Ceux des deux Dames
de France qui font à l'Abbaye de Fontevrault
, peints par M. Nattier , ont captivé
tous les fuffrages par leur fineſſe & par leur
agrément. Le prodigieux la Tour eſt ſi
connu , que c'eſt prefque une eſpéce de
fuperfluité que de faire l'éloge des ouvrages
qui ſortent de ſes mains. Nous nous
contenterons de dire que ſon Portrait de
laReine, celui de M. le Maréchal Due de
Belle- Ifle , & celui de M. Dumont le Ro
main , ſont comparables à tout ce qu'il a
faitdeplusbeau.
Il ſeroitinjuſte de parler ſeulementdes
productions de nos Peintres , & de garder
le filence fur celles de nos habiles Sculpteurs.
Pluſieurs ouvrages de ces derniers ont
paru avec avantage dans le Salon. On doit
compter dans ce nombre les Buſtes de l'Il-
Juſtre M. de Fontenelle &du fameux M.
de Voltaire , par M. le Moine ; celui de
Mlle ** , en terre cuite , par M. Vaffé ,&
164 MERCURE DEFRANCE.
un modèle en plâtre de quatre pieds de
hauteur , repréſentant la Francé qui em
braffe le Buſte du Roi. Ce morceau eſt de
M. Falconnet , & il doit être exécuté en
marbre de même grandeur pour Sa Majeſté.
Nous ne devons pas non plus omettre
dans cet article les empreintes de pluſieurs
pierres gravées par M. Guay , entr'autres
de celle repréſentant une Ledadans l'eau ,
&de celle dans laquelle Apollon couronne
les Génies de la Peinture & de la
Sculpture; ouvrages vraiment dignes de
l'antiquité .
La crainte d'être trop longs nous a em
pêchés de faire mention de pluſieurs autres
morceaux , foit de Peinture , foit de
Sculpture , ou de Gravure , auxquels on ne
peut refuſer de ſincéres applaudiſſemens.
Si nous n'avons rien dit des Tableaux de
M. Oudry le fils , & de ceux de M. Vernet,
ce n'eſt pas que nous n'ayons remarqué
que le premier marche ſur les traces defon
pere , & que le ſecond promet d'atteindre
an jour le Claude Lorrain,
SEPTEMBRE. 1748. 165
NOUVELLES ETRANGERES.
2
DE CONSTANTINOPLE le 1. Juillet.
ne pour maintenir la tranquillité dans cette
Capitale , il a beaucoup de peine à y réuſſir , & le
21 du mois dernier une nouvelle ſédition éclatta .
Pluſieurs mutins,ayant à leur tête un Emir nommé
Ali , s'affemblerent dans les environs de Bit Bazar,
&demanderent qu'on changeât leGouvernement.
Bien- tôt toute la Ville fut en mouvement , & la
Révolte auroit pû avoir des ſuites fâcheuſes , mais
auſſi tôt que le Chorbagy du Quartier du Sultan
Bajazet en fut averti , il fortit avec ſa Compagnie ,
& chargea les Rebelles . LeKoulouck de Parmack
Capy en fit de même , & une partie des habitans
ſe joignit àces Officiers, Pendant qu'ils s'oppofoient
aux mutins , le Grand Vifir ſe rendit ſur les
lieux avectoute ſa maiſon. Alors l'épouvante étoit
générale , & on avoit fermé les boutiques. Ce Miniſtre
ordonna qu'on les rouvrit. Un jeune Turc,
animé par la préſence du Grand Viſir , fondit fur
leChef des Conjurés ,& d'un coup de ſabre lui
trancha la tête. Il la porta ſur le champ au Premier
Miniſtre , qui outre un préſent conſidérable
qu'il lui a fait , lui a aſſigné une penſion de cent
cinquante afpres par jour. Les Rebelles ayant été
enveloppés , on tua tous ceux qui continuerent de
ſe défendre , & on fit les autres priſonniers. Lorfque
le calme fut rétabli , le Grand Vifir parcourut
lesdifferens Quartiers , & doubla toutes lesGarg
166 MERCUREDE FRANCE.
des. Depuis , on a arrêté un grand nombre de com
plices de la rebellion , & après les avoir étranglés
pendant la nuit, on ajetté leurs corps dans la mer.
Cette révolte avoit été tramée à Scutari,&les Conjurés
devoient attaquer en même-tems pluſieurs
endroits deConſtantinople , mais heureuſement
quelques- uns d'eux précipiterent l'exécution du
projet,&leur impatience l'a fait échouer. Quoique
ledéſordre ait duré très-peu de tems , le Peuple
en fut fi effrayé qu'il courut enlever le pain
chéstous les Boulangers , dans la crainte d'en
manquer ſi la ſédition devenoit plus conſidérable.
LeGrand Seigneur a envoyé une Pelifle de Martre
Zibeline au Grand Viſir , pour témoigner ſa ſatisfaction
de la prudence & de la fermeté, avec
lesquelles ce Miniſtre s'eſt conduit.
De la même Ville , le 14 Juillet.
La ſédition dont on a fait mention il y a quelquetems
, & qu'on croyoit appaiſée , a eu des ſuites.
Les mécontens ſe ſont aſſemblés en ſigrand
nombre , que le Grand Seigneur , ne ſe croyant
pas en ſûretédans le Serail , en eſt ſorti déguisé
pour ſe mettre àla tête des Janiſſaires, Ces derniers
ont attaqué les Rebelles , & il y a eu beaucoup
de ſang répandu de part & d'autre. Sa Hauteſſe
eſt venue cependant à bout de calmer cette
ſeconde révolte ; le Grand Mufti , le Chiaoux
Bachi , & le Janiſſaire Aga ont été déposés.
On a appris de Derbent , que les divers Prétendans
à la Couronne de Perſe ſe faisoient une guerre
ſanglante ; que tout étoit en combustion dans ce
Royaume , & que cette fermentation étoit entretenue
par les refforts ſecrets que le Grand Mogol
faifoit mouvoir pour ſe venger de la perſécution
SEPTEMBRE. 1748. 167
que Thamas Kouli Kam lui a fait éprouver. Le
bruit courtque le Schach , neveu de cet Uſurpateur,
a été maſſacré par le Parti d'un de ſes Concurrens
, mais cette nouvelle a beſoin de confirmation.
I
DE PETERSBOURG , le 24 Août.
L eſt arrivé de Hanover un courier , dépêché
par le Comte de Czernichew , pour informer
1'Impératrice , que l'ouvrage de la pacification générale
étant près de ſa concluſion , le Roi de la
Grande Bretagne & la République des Provinces
Unies avoient jugé qu'il n'étoit point néceſſaire
que les trente-ſept mille Ruffiens , qu'ils ont pris
àleur folde , continuaſſent leur marche vers les
Païs-Bas. On a ſçu par les mêmes lettres , que
comme ces Puiſſances étoient convenues avec le
Roi Très - Chrétien de faire retourner leſdites
troupes en Ruſſie , il avoit été réſolu de profiter
de la ſaiſon favorable pour les faire repaſſer par la
Pologne avant le commencement de l'hyver. Le
Lord Hindford , Ambaſſadeur de ſa Majesté Britannique
, ayant reçu un courier ſur le même ſujet
, ce Miniſtre a eu à cette occafion une audience
particuliere de la Majesté Impériale , qui lui a té
moigné qu'elle voyoit avec joye que les PuiſſancesBelligerentes
fuſſent ſur le point de terminer
leurs differends , &de rendre la tranquillité à l'Eu.
rope. Le lendemain l'Impératrice a écrit aux Miniſtres
qui réſident de ſa part auprès du Roi de la
Grande Bretagne & des Etats Généraux des Provinces
Unies , de les aſſûrer de ſes ſentimens à cet
égard ,& de leur déclarer qu'elle acceptoit la propoſition
que ces Puiſſances lui faifoient par rapport
au Corps auxiliaire de troupes qu'elle leur
168 MERCURE DE FRANCE:
avoit fourni. On compte que ce Corps pourra être
de retour au commencement de Novembre , &
qu'il ſera mis en quartiers dans la Livonie & dans
les Provinces voiſines , où il ſera diſtribué dans les
mêmes endroits qu'il occupoit l'année derniere ſur
les frontieres de la Curlande. Les Etats de cette
derniere Province ont envoyé une Députation à
ſa Majesté Impériale , pour lui donner part de la
réſolution qu'ils ont priſe de demander à la prochaine
Diette de Pologne de pouvoir élire un Souverain.
On a appris par des dépêches du Gouver.
neurd'Aſtracan,que les Négocians Ruffiens& Anglois
, qui ſont à Derbent , l'avoient prié de leur
envoyer des Navires , afin de charger les marchandiſes
apportées par une Caravane de Perſe , & de
les tranſporter à leur destination.
DE WARSOVIE , le 30 Août.
ERoi a nommé Chevaliers de l'Ordre de
L
l'Aigle Blanc M. Dambowsky , Evêque de
Plocko ; M. Krerkowsky , Palatin de Culm ; le
Comte Sapieha, Palatin de Mcizlavie ; M.Garozinski
, Caſtellan de Poſnanie ; M. Coſſouki , Tréforier
de la Cour ; le Comte Sapieha , Grand Tréforier
de Lithuanie ; le Prince Radzivil , Grand
Echanſon de ceDuché ; M. Humiecki , Porte Epée
de la Couronne , & le Prince Lubomirski , Grand
Ecuyer Tranchant. Les Députés de la Nobleſſe du
territoire dépendant de cette Capitale ont élu
quatre Candidats pour chacune des trois charges
de Notaire , de Juge & de Subdélegué , & ils en
ont remis la Liſte au Roi, afin que ſa Majesté
choisît parmi ces ſujets ceux auſquels elle jugeroit
àpropos de conférer ces emplois. Le Régiment
de Chevau - Legers du Comte de Bruhl , Premier
!
SEPTEMBRE. 1748. 169
mier Miniftre du Roi , fit il y a quelques jours l'exercice
en préſence de ce Seigneur. Un courier
extraordinaire a apporté la nouvelle que le Corps
auxiliaire des troupes Ruſſiennes , qui eſt au fervice
du Roi de laGrande Bretagne& de la République
des Provinces Unies , avoit reçû ordre de
retourner en Ruſſie , & qu'il devoit repaffer par ce
Royaume. Les lettres de Poſnanie marquent que
le Tribunal Aſſeſſorial de la Nobleſſe de ce Palatinat
a ſuſpendu ſes féances juſqu'à la ſéparation
de la Diette particuliere de la Province. Ces lettres
ajoûtent que la plupart des habitans du plat
païs de la Podolie & de l'Ukraine ſe ſont retirés
dans les Provinces voiſines , afin d'y chercher de
la ſubſiſtance , les ſauterelles ayant ravagé preſque
toutes leurs terres. Le Comte Radzeusky , Chambellan
de la Province , mourut le 4 de ce mois
après une courte maladie,
P
DE STOCKHOLM , le 16 Août.
Our favoriſer les progrès de la Pêche ſur les
côtes de ce Royaume , le Roi a accordé pluſſeurs
priviléges aux perſonnes qui s'y employe
ront. Sa Majesté a diſpoſé du commandement de
la Fortereſſe de Chriſtianſtadt en faveur de M.
Chreſtien de Bernekow . Le Prince Royal a établi
une Académie , pour y faire élever à ſes dépens
vingt- quatre jeunes Gentilshommes. Ces jours
derniers , un Indien , qui a embraſlé le Chriſtianif
me , reçût le Baprême dans la principale Egliſe de
cette Ville , & il fut nommé Adolphe Louis. Le
Prince Royal & le Prince Guſtave , accompagnés
d'un grand nombre de perſonnes de diftinction
aſſiſterent à cette cérémonie. Il y a eu depuis peu
un incendie à Gefle , & pluſieurs maiſons ont été
H
,
170 MERCURE DE FRANCE.
réduites en cendres. On a reçû avis que l'impér
trice de Ruffie avoit ordonné de tranſporter deRes
vel & de Riga quantité de provifions , pour rem
plir les magaſins de Wybourg & de quelques au
tresPlaces vo fines. Les lettres de Warſovie marquent
que le Grand General de la Couronne de
Pologne a contremandé les Députés de l'armée ,
qui devoient s'aſſembler les du mois prochain
dans la Ville de Koſlow . Le Chapitre de l'Egliſe
Métropolitane de Gneſne a élû M. Iwansky , un
de tes Capitu'aires , pour Administrateur General
de l'Archevêché. Un Incendiaire , qui a été arrêté
dans le plat païs , a été conduit dans les priſons de
Léopol
Le Comte de Panin, Miniſtre de l'Impératrice
de Ruffie, a remis au Comte de Teſſin , Préſident
du Collège de la Chancellerie,une lettre par laquelle
cette Princeſſe mande au Roi que comme
fur la réquisition de ſa Majesté elle a rappellé le
Baron de Korff, ſon Miniſtre en cette Cour, elle
ſe flate que le Roi voudra bien auffi rappellerM.
deWolfenstierna , qui réſide de la partde fa Majeſté
à Pétersbourg. Sa Majesté a envoyé ordre au
Gouverneur Général de la Finlande de diſtribuer
les troupesdans les principaux endroits de la frontiere
, & de les y faire cantonner. Selon les avis
reçûs de Pétersbourg , l'Impératrice de Ruſſie a
déclaré qu'elle feroit un voyage à Moſcou , auffitôt
que la ſaiſon permettroit de ſe ſervir de
traîneaux . Cette Princeſſe adonné au Vice-AmiralBars
le commandement de l'Eſcadre qui croiſe
dans la Mer Baltique. Outre le Corps de Cofaques
, commandé par l'Atteman Kraſnoſchokoff ,
on attend deux autres Corps des mêmes troupes ,
leſquels ont pris leur route par Pleskow ,& qui
font ſous les ordres desAttemans Froloff& Jefre
SEPTEMBRE. 1748. 171
mow. M. de Bteveren , Conſeiller d'Etat de ſa
Majesté Impériale de Ruſſie ; le Major Général
Soltikoff, Vice-Gouverneur de Mofcou , & M.
Annibal , auſſi Major Général , ont été nommés
par leGrand Duc de Ruſſie Chevaliers de l'Ordre
de Sainte Anne.
L
De la même Ville , le 31 Août.
E Secretaire d'Ambaſſade , chargé des affaires
du Roide la Grande Bretagne , ſe rendit le 13
Carlſberg,& il y eut une audiencepart.culiere du
Roi , à qui il annonça que fa Majefté Britannique
ſe propoſoit de nommer, après ſon retour à Londres
, un Miniſtre pour venir ici travailler avec
ceux de ſa Majesté à accommoder l'affaire qui re
garde le ColonelGuydickens , & à rétablir la bonne
harmonie entre les deux Cours. On croit que
le Baron de Hopken , qui doit aller réſider à Péterſbourg
en qualité de Miniſtre du Roi à la place
de M. de Wolfenstierna , ſera chargé de paſſer à
Hanover , & d'y exécuter une commiſſion relative
à cette affaire. Les Vailleaux qu'on a conſtruits
depuis peu à Carelſcroon , ont mis à la voile pour
la Norwege. Le Baron de Roſen , Gouverneur de
la Province , a fait à Abo , au nom de ſaMajesté ,
la cérémonie de revêtir des marques de l'ordre de
P'Epée M Daniel Zander , Lieutenant Général , &
leMajor Général Lantingshauſen. Il a poſé la premiere
pierre du Fort que le Roi a ordonné de bâ
tir près de Helſingfors & qui ſera nommé Uluchsbourg.
M. Axel Patrice Thompson , Commanmandant
de Warberg , y mourut le 4 de ce mois.
Il eſt arrivé de Pétersbourg un courier dépêché
par M. de Wolfenstierna ,pour informer laMajeſté
que dans la derniere audience qu'il a eue de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
l'Impératrice de Ruſſie, cette Princeſſe lui avoit
renouvellé les aflûrances de la diſpoſition où elle
étoit d'entretenir la plus parfaite amitié avec la
Suede , &que le renfort de troupes , qu'elle avoit
fait marcher du côté de la Finlande , ne devoit
caufer aucune inquiétude aux Suédois , puiſqu'elle
avoit ordonné que ſes troupes n'entrepriſſent rien
qui pût donner la moindre atteinte aux Traités
entre les deux Puiſſances . Quoique cette nouvelle
ait beaucoup tranquilliſé cette Cour , on ne laiffe
pas de continuer de prendre à tout évenement les
•précautions couvenables pour ne pas être ſurpris
par une attaque imprévuë. Le Roi eſt toujours à
Carlſberg , & comme ſa ſanté chancelante ne lui
permet pas de vacquer affidûment aux affaires du
Gouvernement , il a été reglé que lorſque ſa Ma.
jefté ne pourroit pas figner elle-même les expédi
tions , elles le ſeroient par un certain nombre de
Sénateurs, & qu'elles ſeroient contrefignées par un
Secretaire d'Etat. Le Baron de Hopken, Miniſtre
du Roi à la Cour de Berlin , & nommé pour aller
réſider en la même qualité auprès de l'Impératrice
deRuffie,viendra ici avantque de ſerendre à Péterf
bourg. Il y a eu hier près de cette Ville un grand
incendie , dans lequel la maiſon , où on prépare le
goudron , a été entierement réduite en cendres.
Les lettres de Finlande marquent que lestroupes,
envoyées dans cette Province par l'Impératrice de
Ruffie , y font arrivées , & qu'il s'y trouve actuel
lementtrente mille Ruſſiens , en y comprenant les
Régimens qui y étoient déja en quartiers. Le
Feldt-Maréchal Laſcy doit venir en faire la revuë ,
& il viſitera enſuite les magaſins de Wybourg &
des Places voiſires. Ces troupes ont ordre de ſe
tenir tranquilles dans leurs quartiers , &de ne rien
faire qui puiſſe donner le moindre ombrage aux
Suédois.
SEPTEMBRE. 1748 . 173
L
ALLEMAGNE .
De Vienne , le 2 Septembre.
E Comte de Sintzheim , Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Baviere , a eu à Schombrunn
une audience particuliere de leurs Majestés
Impériales. Il conféra enſuite avec le Comte d'Uhlefeld,
Chancelier de la Cour. Le Comte de Kevenhuller
, Grand Chambellan de l'Impératrice
Reine, fit le même jour, au nom de l'Empereur, la
cérémonie de poſer la premiere pierre de l'Egliſe
que les Religieux de l'Obſervance font conftruire
en cetteVille. Selon les arrangemens pris par le
Confeil de guerre pour la maniere dont les troupes
feront diſtribuées après la Pacification générale
, l'Impératrice Reine laiſſera dans les Pays-Bas
les Régimens de Ligne , de Wirtemberg , de Giulay
, de Los Rios , de Betlem , de Damnitz , de
Baroon , de Vivari , de Stirum , de Benthem , de
Salın , de Nadaſti , de Bareith , d'Aremberg , de
Platz , d'Arberg & de Prié. Ils feront commandés
par le Comte de Chanclos , qui aura ſous lui les
Lieutenans Feldt - Maréchaux Tornaco , Dungern
, Benthen & Bournonville ; le Prince d'Aremberg
, le Baron d'Arberg & le Comte d'Erberfeld
, Majors Généraux. Quatre Régimens revien
dront en Autriche ſous les ordres des Majors Généraux
Spada & Villana. Le Baron de Lutzen ,
Lieutenant Feldt- Maréchal , ſe rendra en Moravic
avec les Majors Généraux Buckoy & Burckaufen,
& avec deux Régimens. Le Département des
Lieutenans Feldt Maréchaux Philibert & Kollowrath,
qui auront avec eux les Majors Généraux
Walbrun, Siceri & Vivari , & quatre Régimens ,
fera en Bohéme. On enverra en Hongrie quatre
Hiij
174 MERCUREDE FRANCE.
Régimens , & toutes les troupes Nationales dece
Royaume , ſous les ordres des Lieutenans Feldt-
Maréchaux Grune , Merci & Marchall , & des
Majors Généraux Haller , Winckelman , Dourłach
& Radicati. Le ſecond Bataillon du Régiment
de Koilowrath prit le 3 laroute de Tranfilwanie,&
il ſera remplacé ici par un Bataillon du
Régiment de Molck.
Les Etats des Pays Héréditaires ne feront plus
obligés de fournir les recrues pour completter les
troupes ,& chaque Province ſera taxée à une ſom
me d'argent , proportionnée au nombre de ſoldats
qu'elle donnoit. Les Députés des Etats de Boheine
&de Moravie , qui étoient aflemblés ici pour délibérer
fur ces arrangemens , ont terminé leurs
féances. Ceux de la Baſſe Autriche ont donné auſſi
leur conſentement aux mêmes arrangemens. Il eſt
arrivé des Députés de Carinthie , pour faire des repréſentations
à la Cour ſur l'impoſſibilité où ſe
trouvent les habitans de cette Province de payer
les ſubſides qu'on exige d'eux. Le courier que le
Gouvernement avoit expedié il y a quelque tems
Aix- la-Chapelle en eft revenu , & les dépêches
, dont il etoit chargé , ont donné lieu à
la tenue d'un Conſeil extraordinaire. Le bruit
court que le Comte de Choteck , qui eſt actuellement
en Stirie pour y établir les nouveaux Reglemens
touchant la Milice ,ſe rendra à Munich
pour exécuter une commiffion de l'impératrice
Reine. L'Empereur, accompagné du Prince Char
les de Lorraine, partit le 4 de ce mois pour Rei.
ding , d'où il revint le 8. Il s'eſt tenu un Conſeil
deguerre , dans lequel il a été réſolu qu'à l'avenir
tous les Régimens feroient l'exercice de la même
maniere. On a publié un Decret , par lequel l'Empereur
confirme le jugementprononcé par leCon
SEPTEMBRE. 1748. 175
ſeil Aulique de l'Empire au ſujet de l'affaire de
Zwingenberg. Le Chevalierde Colloredo , frere
du Vice Chancelier , doit prendre le caractére
d'Ambaſſadeur Extraordinaire de l'Ordre de Malte,
pour complimenter de la part de cet Ordre
Jeurs Majestés Impériales ſur leur avenement au
Trône Impérial.
On parle de l'érection d'un nouveau Tribunal
pourjuger de tout ce qui regarde les appointemens
des Officiers de la Cour & de ceux de Judicature.
Le Comte de Haugwitz en ſera Préſident , & on
n'y admettra que des Conſeillers Privés. Ce Titre
vient d'être donné à M M. de Brandau & Touffaint
, ainſi qu'à M. de Moſer , Vice- Maréchal
d'Autriche , & le Comte de Herberstein a obtenu
l'emploi de Commiſſaire Général des chemins en
Moravie.
Les ordres ſont donnés pour préparer avec toute
la diligence poſſible les équipages du Prince Charles
de Lorraine ,& on fait d'autres difpofitions
qui annoncent que ce Prince ſe diſpoſe à faire un
voyage. Le bruit eſt général qu'il ira reprendre
poſleſſion de ſon Gouvernement des Pays Bas ,
auſſi tôt que les François les auront évacués.
La Cour a communiqué aux Comtes d'Erdody ,
de Kraſſelkowitz & de Palfy , les propoſitions
qu'ils doivent faire de la part de l'Impératrice Rei.
ne aux Etats de Tranſilvanie, qui ſe tiennent cette
année à Clauſenbourg. Les Députés des Etats de
la Haute Autriche ont fait à Lintz l'ouverture de
leur affemblée. On ne doute pas que fuivant l'exemple
de la Baſſe Autriche ,de la Boheme , de la
Moravie, de la Stirie & de la Catinthie , ils ne
donnent leur conſentement au ſyſtême propoſé
pour la levée des ſommes deſtinées à l'entretien
des troupes. L'Impératrice Reine a ordonné de
Hing
176 MERCURE DE FRANCE.
4
congédier une partie des Milices ,& de n'en rete
nir que le nombre qu'on a contume de conferver
en tems de paix, Pluſieurs lettres d'Italie annoncent
comme prochaine l'évacuation des Etats
cedés à l'Infant Don Philippe. Le Comte de Choteck
eſt parti pour Berlin en qualité de Miniſtre
Plénipotentiaire de l'Impératrice Reine auprès du
Roi de Pruffe.
L
DE BERLIN , le 4 Septembre.
Y
E Baron de Hopken , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Suéde , eut le 24 du mois dernier
fon audience de congé du Roi , étant préſenté par
le Comte de Podewils , Miniſtre du Cabinet. N
eût enſuite l'honneur de dîner avec ſa Majeſté.
Le même jour , le Baron d'Uxhul , Lieutenant
Colonel des Gardes du Corps du Duc de Wirtemberg
, remit au Roi & aux deux Reines les lettres
que ce Prince a écrites à leurs Majestés , pour leur
donner avis du jour auquel eft fixée la célébration
de fon mariage avec la Princeſſe de Bareith . On
attend aujourd'hui le Roi en cette Ville , & fa
Majesté partira demain pour la Siléſie , d'où elle
compte être de retour le 21 ou le 22 du mois prochain.
Les Princes Henri & Ferdinand allerent le
26 la joindre à Potsdam. Le Comte de Gronsfelt,
Conſeiller Privé du Prince Stathouder , & Envoyé
Extraordinaire des Etats Généraux des Provinces-
Unies , ſe prépare à aller faire un voyage en Hollande
, & M. Lobry , Sécretaire de Légation du
Miniſtre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie
, prit le 25 la route de Pétersbourg. Il a paflé
ces jours- ci un Officier , qui porte des ordres aux
troupes Ruffiennes que le Roi de la Grande Bretagne
& la République des Provinces-Unies ont
SEPTEMBRE. 1748. 177
ン
à leur folde. M. de la Salle , qui a été détenu
long-temsdans le Fortde Weichſelmunde , arriva
ici le24.
C
DE HANOVER , les Septembre.
Es jours derniers , le Roi tint à Herrenhau
2
ſen un Conſeil extraordinaire , pour délibérer
fur quelques dépêches reçûës d'Aix - la-Chapelle.
Le 12 du mois d'Août , ſa Majefté prit le
deüil à l'occaſion de la mort de la Princefle Eleonore-
Charlotte de Curlande , veuve du Duc Erneſt
Ferdinand de Brunswick Beveren. Lorſque
les troupes Hanoveriennes qui ſont dans les
Pays-Bas , reviendront dans cet Electorat , les
Gardes à pied & le Régiment d'Infanterie de Kielmans
Egge feront mis en garniſon dans cette Capitale
,& l'on enverra ceux de Sommerfeld & de
Brunke à Hamelen ; ceux de Drutchleben & de
Soubiron à Gottingen & à Lunebourg ; ceux de
Zastrow , de Klinkowſtrom , de Boetielager, de
Middagten , de Krough , de Block , de Freudman,
de Sporken , de Boſch , de Hugo , de Hadenberg,
de Cheuſſes , d'Oberg , de Horn & deMunchow,
à Ratzebourg , Stade , Haya , Werden , Munden,
Northeim , Wanstorff , Fellerfieben , Stoltzenau ,
Celle , Ukzen , Boxtehode , Harbourg , Neinden
& Nienbourg ; deux Compagnies du Régiment
de Hohotſt à Winſen fur la Luhe , une à Bardowick
, une à Neuhauff, deux à Lawenbourg , quatre
à Lunebourg , & un pareil nombre dans le
Meckelbourg.
Le Duc de Cumberland partit lanuit du 22 au
23 du mois dernier , pour retourner dans les Pays-
Bas. Le 18 du même mois , M. Sabbazini , Miniſtre
Plénipotentiaire du Duc de Modéne , eut da
H
178 MERCURE DEFRANCE.
Roi une audience particuliere. Il arriva le 17 de
Vienne un courier avec des dépêches importantes,
à l'occafion deſquelles M. Keith , qui va réſider
en qualité de Miniſtre de ſa Majeſté auprès de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme , a
reçû ordre de preſſer ſon départ. Le Baron de
Steinberg ayant demandé la permiſſion de ſe démettre
de la place de Miniſtre & Sécretaire d'Etat
de cet Electorat , le Roi a diſpoſé de cette place
en faveur du Baron de Munchauſen , Conſeiller
Privé.
Par les dernieres lettres d'Aix-la-Chapelle , le
Roi a appris que le Comte de Saint Severin y étoit
de retour de Paris , & que le Comte de Sandwich
& le Chevalier Robinſon avoient eû une longue
conference avec ce Miniſtre . Il paroît par les mêmes
dépêches qu'il regne entre ces trois Miniftres
une parfaite intelligence. Comme les ordres ,
envoyés d'Angleterre pour l'évacuation de Louifbourg
& de l'ifle Royale ,ont été expédiés d'abord
après la fignaturedes Articles Préliminaires,
on attendde jour à autre la nouvelle que cette évacuation
a été effectuée . La commiſſion de M. Sabbatini
, Miniſtre du Duc de Modéne , a pour objet
Jes terres qui appartiennent en Hongrie à la Maifon
d'Eſt , & que la Cour de Vienne a miſes en
fequeftre à l'occaſion de la guerre. Le Duc de
Modéne demande , non-ſeulement qu'on lui reftitue
ces terres , mais encore qu'on lui rende les revenus
dont il n'a pas joüi. La Princeſſe , épouſe
du Prince Frederic de Hofle Caſſel , demeurera à
Herrenhauſen jufqu'au voyage que le Roi ſe propore
de faire àGoerden. Depuis quelques jours ,
Prince de Lobkowitz eſt en cette Ville , &
croit qu'il y fera quelque ſéjour. Le Comte
Stolberg Wernigrode eſt retourné à ſaRéſi
SEPTEMBRE. 1748. 179
dence , fort fatisfait de l'accueil que lui a fait ſa
Majeſté.
L
DE RATISBONNE , le 3 Septembre.
E Miniſtre du Margrave de Brandebourg
Onoltzbach a remis ces jours-ci au Directoire
de Mayence ſes Lettres de Créance , comme Miniſtre
du Duc de Saxe Saalfeld , nommé par un
Décret du Conſeil Aulique , Tuteur du Duc de
Saxe Weimar , & Adminiftrateur des Etats de ce
Prince. Ce Miniſtre a été reconnu en cette qualité
par les Miniſtres de l'Empereur & par ceux de
quelques autres Etats , mais les Miniſtres du Roi
de Pologne , du Roi de Pruſſe , de l'Electeur de
Cologne , de celui de Baviere, & de l'Electeur
Palatin , ont pris l'affaire ad referendum. La lettre ,
écrite à l'Empereur par le Corps Evangélique , a
été imprimée avec toutes les Piéces qui y ont rapport.
Elle est fort étendue , & contient un détail
des griefs des Proteſtans. Ils ſupplient ſa Majefte
Impériale de vouloir faire ceſſer au plutôt les ſujets
de leurs plaintes.
I
ESPAGNE.
De Madrid , le 28 Août.
L eſt arrivé de
dépêché au Roi par le Préſident de la Contractation
des Indes , pour informer ſa Majesté
que les Vaiffeaux la Notre-Dame de la Conception
& la Notre- Dame du Roſaire y étoient revenus de
la Havane , & qu'ils avoient à bord deux cens
trente mille piaſtres avec une grande quantité de
fucre , de tabac & d'autres marchandiſes. CesBA
Cadix un courier extraordinaire,
Hvj
ISO MERCURE DEFRANCE .
timens ont apporté des lettres de Don Alonſe
d'Arcos.Moreno , Gouverneur de Cuba , par lefquelles
le Roi a appris que le s du mois d'Avil
dernier une Eſcadre Angloife, compoſée de deux
Vaiſſeaux , de quatre-vingt canons ; de deux autres
, de ſoixante & dix ; de quatre , de ſoixante ,
&de deux Frégates , chacune de quarante , s'étoit
préſentée vis- à-vis de ce Port ; qu'elle avoit tenté
le lendemaind'en forcer l'entrée , mais que s'étant
avancée à la portée du fufil de Château de Morro,
elle avoit effuyé un feu fi vifd'artillerie , qu'elle
avoit été obligée de ſe retirer , après avoir eu un
de fes plus forts Vaiſſeaux coulé à fond ; que le
10 elle avoit formé une nouvelle attaque , qui ne
lui avoit pas mieux réuſſi que la premiere , &
qu'elle avoit repris enſuite laroute de la Jamaïque.
DonAlonſfe d'Arcos Moreno a mandé aufli
à ſa Majeſté que les Corfaires de Cuba s'étoient
emparé d'un Bâtiment Anglois , armé en courſe ;
d'un Navire , ſur lequel il y avoit des munitions
de guerre ; de deux Brigantins , chargés d'eau d'evie
& de caffé ; d'un Pacquetbot , à bord duquel
étoient cent-quatre-vingt cinq Negres ,d'un an
tre Bâtiment , dont la cargaiſon confiftoit principalement
en ſucre ; d'une Frégate , qui tranfportoitddeess
chevaux àPort Royal ,& detroisBalandres
, fur lesquelles on atrouvé des Negres ,
du fel , de la farine , du vin & de la toile. Le Roi
a nommé à l'Evêché de Lugo le Pere François
Yzquierdo , Dominicain , Profeſſeur de Théologie
dans le Collége de Saint Gregoire de Vallado
lid. Sa Majefté a accordé à Don Augustin Sanchez
une place de Chapetain de la Chapelle
Royale de Saint Ifidore.
DonDiegue de Roxas y Contreras , Chevalier
del'Ordre de Calatrava , & ci- devant Auditeur de
SEPTEMBRE. 1748 . 181
la Chancellerie de Valladolid, ayant obtenul'Evê
ché de Calahorra & de la Calzada , ce Prélat füt
ſacré le 11 dans PEgliſe Cathedrale de cette der.
niere Ville. Cette cérémonie , à laquelle aſiſterent
tous les Officiers de la Chancellerie , qui
y avoient été invités par le Doyen des Auditeurs,
fut faite par l'Evêque de Valladolid , aſſiſté des
Evêques de Palencia & de Barcelonne. Suivant les
avis reçûs de Lisbonne , le Roi de Portugal a accordé
la Viceroyauté du Bréfil au Comte d'Atouguia
, Gouverneur du Royaume des Algarves ;
le Gouvernement d'Angola , au Comte de Lavradio
, Colonel du Régiment d'Infanterie d'Elvas ;
celui de Goyazes à Don Marc de Noronha , fils
aîné du Comte d'Arcos , & Gouverneur de Fernambucq
; le Gouvernement de Fernambucq à
Don Louis-Joſeph Correade Sa , fils du Vicomte
d'Afteca : celui de Mato Grofſo à Don Antoine
Rolin de Moura , frere du Comtede Val de Reys .
celui de l'Ifle de Saint Thomas à Don Antoine
Rodrigue de Neves , Quartier Maître Général des
armées de fa Majefté Portugaiſe , & celui de la
Colonie du Saint Sacrement à Don Louis Garcie
de Bivar , Adjudant des troupes de la Province
d'Eftramadoure , & ayant brevet de Colonel .
1 Les mêmes lettres marquent que le Comte de
Dehn , ci -devant Miniftre du Roi de Dannemarck
auprès de la Majesté , eſt arrivé à Lifbonne. L'état
fâcheux du Roi de Portugal n'a pas permis
qu'on lui préſentât ce Miniſtre , qui ſe diſpoſe à
s'embarquer inceſſamment pour aller à-la Haye
remplacer feu M. Greys , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de ſa Majefté Danoiſe auprès des
Etats Généraux des Provinces-Unies. Selon les
mêmes lettres , M. Keene ne partira de Lisbonne,
pour revenir ici , qu'après le rétabliſſement du
182 MERCURE DEFRANCE .
commerce entre l'Eſpagne & l'Angleterre. Ces
lettres ajoutent que Don Joſeph d'Azevedo, Secretaire
du Roi de Portugal eſt indiſpoſé.
ITALIE.
De Naples , le 28 Août .
Es Négocians de cette Capitale ſe ſont enga-
Iges d'équiper & d'entretenir leursdepen
deux Saïques , pour donner la chaffe aux Corfaires
qui troublentla navigation ſur les côtes de ce
Royaume , & ils ont demandé ſeulement que le
Roi voulût bien fournir l'artillerie de ces Bâtimens
, & les faire monter dequelques ſoldats de
ſes troupes. L'Eté étant le tems pendant lequel les
Corſaires fréquentent le plus ces mers ,ce ſera aufli
pendant cette ſaiſon que ces Saïques ſeront leplus
employées.
Il eſt entré dans ce Port deux Ga'éres de Malte,
commandées par le Chevalier Altieri , auquel on
a remis les deux cens Malfaicteurs condamnés aux
Galéres , dont le Roi fait préſent au Grand Maître
,pour qu'ils soient employés ſur celles de la
Religion. Deux Galiottes,que ſa Majesté avoit
envoyé porter de l'argent pour le payement des
troupes qui font en garniſon dans l'Etat degli Prefidii,
font revenues il y a quelques jours. On a appris
de Sicile qu'un Corſaire de Tunis y avoit fait
une defcente , & y avoit enlevé pluſieurs habitans,
mais que peu de jours après il avoit été pris par les
Galéresdu Roi. Le bruit court que le Duc de Richelieu
, Général des troupes Françoiſes qui font
dans l'Etat de Génes , & le Marquis d'Ahumada
Commandant de celles que le Roi d'Eſpagne a
fournies à la même République , viendront en
SEPTEMBRE. 1745. 183
Cetre Capitale avant que de retourner à leursCours.
Don Antoine Ramega , qui ſous le précédent
Gouvernement avoit occupé l'un des principaux
emplois dans le Bureau de la Secretairerie d'Etat ,
a été arrêté , ainſi qu'un Négociant , nommé Cigualo
, par ordre du Tribunal des Inconfidens.
On n'eſt point encore inſtruit du ſujet de leur détention
, & l'on ſçait ſeulement qu'ils ont déja
ſubi quelques interrogatoires. Pluſieurs vols s'étant
commis dans cette Ville pendant la nuit , le
Roi a enjoint au Tribunal de la Vicairerie d'exé.
cuter à la rigueur les Ordonnances contre les foldats
qu'on trouveroit dans les ruës après une cer
taine heure. En conféquence , on en a fait paſſer
quelques-uns par les armes ,& depuis on parle de
beaucoup moins d'accidens nocturnes.
:
DE ROME , le 30 Août.
Es jours derniers , l'Ambaſſadeur de la Re-
Cublique de verbenartic
liere du Pape , & il communiqua à Sa Sainteté
quelquesdépêches qu'il avoit reçûës de cette République.
Il ſe tint le 8 de ce mois une aſſemblée de
la Congrégation des Rites chés le Cardinal Portocarrero.
Douze Prélats Conſulteurs y aſſiſterent ,
& l'on y délibéra ſur la Béatification du Cardinal
Ximenes , laquelle a déja été propoſée pluſieurs
foisdepuis l'an 1680 , & fur laquelle l'Eſpagne n'a
point encore obtenu de décifion. Quelques differends
étant furvenus entre les Chanoines du Chapitre
della Rotunda , le Pape a nommé le Cardinal
Sacrıpanti pour examiner les griefs reſpectifs.
La préconiſation du nouvel Archevêque de Saltzbourg
ſe fera dans l'un des prochains Confiftoires.
Sa Sainteté a afſigné un fond pour les réparations
,
184 MERCURE DEFRANCE.
du Port d'Anzo , auquel on doit ajouter diverſes
fortifications fur un plan donné par M. Marchal
Ingénieur Français. Elle emprunte cinq cens mille
écus Romains àtrois pour cent d'interêt , & elle
ſe propoſe de diſtribuer cette ſomme aux habitans
de divers Bourgs & Villages , qui ne font pas en
état de payer les dettes qu'ils ont contractées , à
l'occaſion du paffage des troupes étrangeres. Don
Ignace Tatuzani , un des priſonniers de guerre ,
faits par les troupes de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme fur celles que commande
l'Infant Don Philippe , a paffé ici le même jour ,
en allant à Naples.
DE SAVONE le 31 Août .
L'Amiral-Bing a
fait voile de Vado avec onze
Vaiſſeaux de ſon Efcadre , pour retourner en
Angleterre, & à ſon départ il a été falué d'une décharge
générale de l'artillerie du Château. Il ne
reſte plus ici que cinq Fregates Angloiſes, ſous les
ordresduContre-Amiral Forbes , qui ſelon les apparencesycontinuera
ſa ſtation juſqu'à la concluſion
du Traité Définitif de paix , Par un Bâtiment
venu de San Fiorenzo , on a reçu avis que les Génois
ayant pratiqué une intelligence dans la
Tour de la Paludella , cette Fortereſſe leur avoit
été remiſe par la Garniſon , pendant un voyage
que M. Battisti , qui y commandoit pour les Re
belles , étoit allé faire au camp du Chevalier Cumiana.
L'équipage du même Navire a rapporté
qu'un Détachement de Corſes , auſſi- tôt qu'il
avoit appris cette nouvelle , avoit marché pour tâ
cher de recouvrer ce Poſte , mais qu'il n'avoit pu
réuſſir dans ſon entrepriſe. On ajoute que le
nommé Matra , un des principaux Chefs desRe
SEPTEMBRE. 1748 . 155
belles , tient actuellement la Tour inveſtie. Les
lettres de Sardaigne marquent que les Bandits, qui
infeſtent cettelſſe,continuent d'y commettre beaucoupde
brigandages ; qu'ils ont été joints par plufieurs
perſonnes mécontentes du Gouvernement ,
&qu'ils font abondamment pourvûs d'armes &de
munitions , ſans qu'on ſçache à qui ils doivent ces
ſecours. Le Roi de Sardaigne , pour arrêter les
progrès de ce déſordre , a réſolu d'envoyer dans
cette Iile un renfort de fix Bataillons .
D
GRANDE BRETAGNE.
De Londres , le 6Septembre.
Ivers changemens ont été fairs dans larépar
tition des troupes en Ecofle; on a envoyé
celles qui étoient à Stirling & dans les environs ,
prendre de nouveaux cantonnemens à Leyth , à
Maffelbourg , à Preſton Pans & à Dumbar ; un
Bataillon du Régiment Royal Ecoffois amarché
à Inverneff ,& l'on a renforcé d'une Compagnie
la Garniſon de Linlightow. On fit le 20de ce
mois à Dublin l'épreuve de pluſieurs canons &
mortiers en préſence du Lord Moleſworth , Grand
Maître de l'Artillerie , & ce Seigneur fit diftribuer
de l'argent aux Canoniers & aux Bombardiers.
Les lettres de Philadelphie , de la Caroline &
quelques autres de nos Colonies , marquent que
Yes François & les Eſpagnols ont enlevé depuis
peu plus d'un vingtaine de nos Bâtimens. D'un
autre côté , on a appris que le Corfaire l'Antelope
a conduit à la nouvelle Yorck quelques Navires ,
qui étoient partis de la Martinique pour revenir
en France , & que deux Corſaires de cette Ifle ont
été pris par le Corſaire la Revanche. Le bruit
de
186 MERCURE DEFRANCE.
court auſſi que le Vaiſſeau de guerre le Salisbury
eſt entré dans le Port de Lisbonne avec un Bâtiment
Eſpagnol , richement chargé. Les Commif
faires de l'Amirauté ont donné au Chevalier
EdouardHawke le commandement des Vaiſſeaux
de guerre, qui doivent être en ſtation àPortf
mouth ; au Capitaine Scott, celui des Vaiſſeaux
du Buoy du Nord , & au Capitaine Hamilton ,
celui des Vaiſſeaux du Département de Plymouth .
Le Vaſſeau de guerre l'Invincible doit être remis
en commiffion , & employé avec les autres deftinés
à la garde des côtes , auſſi tôt qu'il y aura un
Capitaine nommé pour le commander. On continue
de défarmer tous les Vaiſſeaux , dont on ne
compte point faireuſage pendant la paix. Il vient
d'être publié en Ecoffe une Ordonnance , pour
empêcher la contrebande qui s'y fait en un grand
nombre d'endroits Pluſieurs Commis de la Doua
ne ont été convaincus d'avoir favoriſé ce commerce
illicite , & les plus coupables doivent être
examinés par les Commiſſaires de la Tréſorerie.
On a préſenté ces jours- ci au Prince de Galles la
Relation d'un voyage que M. Ellis a fait pour découvrir
un paſſage aux Indes Orientales par la
Baye de Hudſon. Le Comte de Chesterfield , ci .
devant Secretaire d'Etat , qui étoit allé paſſer quelque
tems à ſa terre prèsde Scarborough , eſt de
retour en cette Ville , & il y a apparence , qu'a
près la concluſion de la paix il ira en qualité
d'Ambaſſadeur du Roi dans quelque Cour Etrangére.
L'équipage du Vaiſſeau de guerre le Nottingham,
qui eſt rentré depuis peu dans le Port de Falmouth
, a rapporté qu'il a appris par des Navires
Hollandois , venans de Batavia ,que le 8 du mois
d'Avril dernier , ils avoient rencontré auCap de
SEPTEMBRE. 1748. 187
Bonne-Efperance l'Amiral Boſcawen avec ſon
Eſcadre. On a donné ordre de payer inceſſamment
les gages dûs aux équipages des Vaiſſeaux
de guerre le Windfor & l'Avis , qui doivent être
mis cette ſemaine hors de commiſſion. La Compagnie
des Indes Orientales a reçû avis que le Navire
le Portfied eſt revenu de Mocha à la Rade de
Deal le 31 du mois dernier , & qu'un autre de ſes
Bâtimens , nommé l'Ilchester , eſt arrivé le 2 dư
même mois dans le Tage. On a été auſſi informé
qu'une Flotte Marchande decent cinquante voiles
étoit partie de l'fle de Sainte Catherine pour
fe rendre en Angleterre Pluſieurs perſonnes de
distinction , du nombre deſquelles eſt le Comte
de Londondery , ſe ſont embarquées ces jours- ci
pour paffer en France. Quelques autres , qui
étoient allées àDouvres dans le même deflein , &
qui n'avoient point eu la précaution de ſe munir
de paſſeports , ont été obligées de revenir en prendre
aux Bureaux de la Secretairerie d'Etat. L'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme a envoyé
le Comte de Tuaffe exécuter une commiffion auprès
des Lords Régens de la Grande Bretagne.
Auſſi-tôt que la Lotterie Royale ſera tirée ,on en
établira une nouvelle , dans laquelle feront pluſieurs
Lots en Rentes viageres. Depuis peu , les
deux Partis , qui ſubſiſtent en Irlande , l'un ſous le
nom de Parti d'Ormond , l'autre ſous celui de la
Liberté , en font venus pluſieurs fois aux mains à
Dublin , & il y a eu beaucoup de fang répandu de
part&d'autre,
88 MERCURE DEFRANCE.
L
PAYS - BAS .
De la Haye , le 6 Septembre.
E 29 du mois dernier , les Députés desMagiftrats
de la Ville de Nimegue furent admis a
l'audience du Prince Stathouder , & ils le remer .
cierent du nouvel ordre qu'il a établi pour la Régence
de leur Ville. La Députation étoit compolée
de Meſſieurs de Benthem , de Beyer , Verf
choot , Vander Steen , de Man , Smith , Vanden
Berg & Joſſelet. Le Prince Stathouder aſſiſta le
31 al'aſſemblée des Etats de Hollande & de Weftfrife.
Il n'a point reçu le premier de ce mois les
complimens à l'occaſion de l'Anniverſaire de ſa
naiſlance , & il atémoigné qu'on lui feroit plaifir
de differer les rejou ſſances qu'on ſe propoſoit de
faire à ce ſujet. Ce même jour , il alla avec la Princeſſe
de Naſſau dîner à Teylingen , ma ſon de
campagne de M. Vander Dayn de s'Gravemoer ,
&de la il ſe rendit à Swanenbourg , d'où il partit
Je lendemain pour Amſterdam. La Princeffe de
Naffau l'a accompagné juſqu'au raſſage du Rhin ,
& lepremier au ſoir elle retourna à la Maiſon du
Bois. Les Députés , que les Etats de Friſe ont envoyés
ici , ont reçû de pleins pouvoirs pour examiner
les plaintes des habitansde la Province , &
pour réformer les abus. Le Prince Stathouder a
nommé le Comte de Hompeſch Colonel Commandant
du Régiment de Schack ,&M.Henti François
de Bergeyek a obtenu la place de Major du
Régiment de Malprade. Les Gardes du Corps de
ce Prince , qui étoient campés dans les environs de
la Maiſon du Bois , font retournés dans leurs quartiers
. M. Charles de Bentinck arriva le 3 d'Eyndhoven
où il a paſſé pluſieurs jours auprès du Duc
SEPTEMBRE . 174S . 189
de Cumberland. Avant- hier , M. Gerard de Normandie
, Seigneur de Wiſſekerke , Fiscal des Recherches
des Revenus de la Province de Hollande,
mourut fubitement d'une attaque d'apopléxie , en
revenant de ſa maiſon de Saſſenheim. Il étoit dans
la cinquantiéme année de ſon âge.
E 2
D'Amſterdam , le 7 Septembre.
de ce mois vers les onze heures du marin
Lle Prince Stathouder arriva ici de la Haye , &
il fut reçû au bruit de pluſieurs ſalves d'artillerie ,
&des acclamations des habitans. Il étoit accom
pagné du Comte de Bentinck , Seigneur de Rhoon
&de Pendrecht ; de M. Fagel , Greffier des Etats
Généraux , & de M. de Back , & il defcendit au
Oude Heere , où il fut complimenté par les Bourguemeſtres
Régens , par les Echevins , & par les
Membres du Grand Confeil. Le Vice Amiral
Schrywer revint le 30 du mois dernier au Texel
avec les Vaiſſeaux de guerre le Harlem , le Teilin
gen,le Maarsen & le Middelbourg. Il moüilla le
lendemain dans la même Rade huit Navires de la
Compagnie des Indes Orientales , ſçavoir le Diemen,
le Harlem , le Hoop , l'Akerdam , 1 Overnes ,
le t'Huys te Mannepad, le Sparenwoud &le Sparenwick.
Les trois premiers reviennent de Batavia ,
le quatriéme & le cinquiéme de la Chine , les deux
ſuivans de Bengale , & le dernier de Ceylon. Le
Hoop & l'Overnes ſont pour le compte de laChambre
de Horn , & les autres appartiennent à celle
d'Amſterdam. Ces Bâtimens ont apporté quatre
cens ſoixante-quatorze mille vingt ſept livres de
poivre, deux cens vingt mille de clous de gerofle,
deux millions fix cens trente & un mille neuf cens
de caffé de Java , deux mille de noix de muſcade
190 MERCURE DEFRANCE.
1
confites , deux cens quatre-vingt-dix- sept mille
ſept cens de thé , cent trente- neuf mille cinq cens
de ſoye de Bengale ,trente-trois mille fix cens
foixante piéces de toile de coton de Guinée , &une
grande quantité d'autres marchandiſes.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 14 du mois dernier , la Reine entendit
la Meſſe dans l'Egliſe du Monaſtére
des Carmelites de Compiegne , &
Sa Majesté communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , ſon GrandAumônier.
Le lendemain , jour de la Fête de l'Afſomption
de la Sainte Vierge , le Roi ſe
rendit à l'Egliſe du Monastère des Religieuſes
delaCongrégation , où Sa Majefté
entendit la Meſſe, La Reine l'entendit
dans l'Egliſe des Carmelites .
L'après-midi , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monſeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine & de Mesdames
de France , aſſiſterent dans l'Egliſe de
Saint Corneille aux Vêpres , & enfuite à
laProceffion.
Le 19 , la Reine partit de Compiégne ,
pour retourner à Versailles , où Monfei-
;
SEPTEMBRE. 1748. 191
gneur le Dauphin & Madame la Dauphine
retournerent le 21 .
M. de la Porte du Theil , Secretaire du
Cabinet du Roi , & des Commandemeus
deMonſeigneur le Dauphiu , a été nommé
ſecond Miniſtre Plénipotentiaire de Sa
Majesté aux Conferences pour la Paix .
Dans l'aſſemblée tenue le 16 du mois
dernier par le Corps-de-Ville de Paris ,
M. de Bernage a été continué dans la place
de Prevôt des Marchands , & Meſſieurs de
Santeüil & Cochin ont été élûs Echevins,
Le Roi, qui étoit parti de Compiègne le
22 du mois dernier , arriva à Verſailles
le 24.
Les Députés des Etats de la Province
de Languedoc eurent le 26 audience du
Roi , étant préſentés à Sa Majesté par le
Prince de Dombes , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint Florentin
, Secretaire d'Etat , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Marquis de
Preux , Grand Maître des Cérémonies. La
Députation étoit compoſée , pour le Clergé
, de l'Archevêque d'Alby , qui porta la
parole ;du Marquisde Villeneuve , pour la
Nobleffe ; de Mrs d'Helliot, Lieutenantde
Maire de Toulouſe , & Belliol , Maire de
Lodeve , Députés du Tiers-Etat , & de M.
de Montferrier , Syndic Général de la Pro
vince.
:
192 MERCURE DEFRANCE.
Monſeigneur le Dauphin & Madame là
Dauphine vinrent à Paris le 28 du mois
dernier après midi , & aſſiſterent au Salut
& à la Bénédiction du Saint Sacrement
dans l'Egliſe de Saint Sulpice. Ce Prince
&cette Princeſſe allerent enſuite voir les
appartemens & les jardins du Palais du
Luxembourg , & le ſoir ſur les ſept heures
&demie retournerent à Verſailles.
Le 26 , le Corps-de Ville ſe rendit a
Verſailles , & le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , étant à la tête , il eut audience
du Roi . Il fut préſenté à Sa Majeſté
par le Comte de Maurepas , Miniſtre &
Secretaire d'Etat ,& conduit par le Grand
Maître des Cérémonies, M. de Bernage ,
qui a été contínué dans la place de Prevô :
des Marchands , & les deux nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont le Comte
de Maurepas fit la lecture , ainſi que du
Scrutin , qui fut préſenté à Sa Majeſté par
M. de Boullongne , Conſeiller au Parlement.
Le 25 , Fête de Saint Louis , la Proceffion
des Carmes du Grand Convent , à laquelle
le Corps-de-Ville afſiſta , alla ſuivant
la coûtume à la Chapelle des Thuilleries
, où les Religieux chanterent la
Meffe.
Le
SEPTEMBRE. 1748. 193
Le 3 de ce mois , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la
Meſſe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Muſique ,
pour l'Anniverſaire de Loüis XIV , Biſayeul
de Sa Majefté.
Le Bailli de Froullay , Ambaſſadeur
ordinaire de la Religion de Malte , eût le
même jour une audience particuliere du
Roi, & il y fut conduit par le Chevalier de
Sainctor , Introducteur des Ambaſſadeurs .
On célébra le 2 de ce mois avec les cérémonies
accoûtumées , dans l'Egliſe de
l'Abbaye Royale de Saint Denis , le ſervice
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi , & l'Evêque
de Caſtres y officia pontificalement. Le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , &
le Duc de Penthiévre , y aſſiſterent , ainſi
que pluſieurs perſonnes de diſtinction.
Le 8 , Fête de la Nativité de la Sainte
Vierge , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meſſe
chantée par la Muſique. Leurs Majeſtés ,
accompagnées de Monſeigneur le Dauphin
,de Madame la Dauphine & de Mefdames
de France , aſſiſterent l'après-midi
aux Vêpres dans la même Chapelle.
Le même jour , la Reine communia par
I
194MERCURE DE FRANCE .
les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier.
Le Roi , qui avoit pris le deüil le 7 pour
la mort de la Ducheſſe Donairiere de
Brunswik Wolfenbuttel , le quitta le 10.
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Dol
l'Abbé Dondel , Vicaire Général de
l'Evêché de Vannes , & Sa Majesté a accordé
l'Abbaye de Froidmont , Ordre de
Cîteaux , Diocéſe de Beauvais , à M. l'Archevêque
de Bordeaux .
L'Abbaye féculariſée de Saint Sernin ,
Diocéſe de Toulouſe , à l'Abbé de Fleurigny
Chancelier de l'Egliſe de Bourges.
د
Celle d'Obazine , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Limoges , à l'Abbé du Sers.
Celle de l'Aumône , Ordre de Cîteaux ,
Diocéſe de Blois , à l'Abbé d'Entragues ,
Grand Vicaire de Bordeaux.
Celle d'Olivet , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Bourges , à l'Abbé d'Argentré,
Grand Vicaire de Limoges.
Celle d'Andres , Ordre de Saint Benoît,
Diocéſe de Boulogne , à l'Abbé de Montagu
deBeaune.
SEPTEMBRE. 1748 . 195
Celle de Chalivoy , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Bourges , à l'Abbé Baudron ,
Grand Vicaire du Mans.
Celle de Saint Paul-lès-Sens , Ordre de
Prémontré , à l'Abbé Soucelyer , Doyen du
Chapitre de Bray- fur Seine.
L'Abbaye Réguliere d'Auchy-les Moines
, Ordre de Saint Benoît , Diocéſe de
Boulogne , à Dom Frévier , Religieux du
même Ordre.
Celle de Ham , Ordre de Saint Benoît ,
Diocéſe de Saint Omer , à Dom Rogeau ,
Religieux du même Ordre .
Celle d'Eaucourt , Ordre de S. Augustin ,
Diocéſe d'Arras , à Dom Muler , Religieux
du même Ordre.
Celle de Beaupré- fur-la-Lys , Ordre de
Citeaux , Diocéſe de S. Omer , à la Dame
Behague , Religieuſe du même Ordre.
Celle de Notre-Dame de Refuge à Ath,
Ordre de S. Bernard , Diocéſe de Cambray,
à la Dame Delfoſſe , Religieuſe du même
Ordre.
Le Prieuré féculariſé de Romette , Diocéſe
de Gap , à l'Abbé de Bardounauche .
Celui d'Andrezy , Ordre de S. Benoît ,
Diocéſe de Sens , à l'Abbé Fenel , de l'Académie
des Inſcriptions & Belles-Lettres .
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
CELEBRATION de la Fête de Saint
Louis, par l'Académie Françoise, par l'A.
cadémie Royale des Sciences , & par celle
des Inscriptions & Belles- Lettres.
E jour de cette Fête l'Académie
LFrançoiſe entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meſſe , à laquelle l'Evêque
de Bayeux , un des Quarante de l'Académie
, officia pontificalement , & pendant
laquelle on chanta unPreaume en Muſique.
M. Poulle , Prédicateur du Roi , prononça
enfuite le Panégyrique du Saint. Nous n'avons
garde de laiffer en cette occafion dans
l'oubli un fait également honorable pour
l'Académie Françoiſe , pour M. l'ancien
Evêque de Mirepoix ,& pour M. Poulle.
L'éloquence du Diſcours de cet Orateur
ayant engagé l'Académie à s'intéreſſer pour
lui , elle l'a recommandé à M. l'ancien
Evêque de Mirepoix. Ce Prélat à ſon premier
travail avec le Roi a propoſé M.
Poulle à Sa Majesté pour l'Abbaye de Nogent-
fous-Coucy , & le Roi y a nommé ce
célébre Prédicateur. Dans une pareille circonſtance
, l'Académie avoit fait le même
honneur à M. l'Abbé Seguy , pour lequel
elle a obtenu ,il y a pluſieurs années, l'Abbaye
de Genlis.
SEPTEMBRE. 1748 . 197
L'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles Lettres , & celle des Sciences , ont
célébré auffi la Fête de Saint Louis dans
l'Egliſe des Prêtres de l'Oratoire , où le
Panégyrique du Saint fut prononcé par M.
Bruté , Curé de Saint Benoît.
Séance publique de l' Académie Françoiſe.
L'Académie Françoiſe tint le même jour
une affemblée publique. Après que M. de
Moncrif , Directeur , eût annoncé que le
Prix de Poëſie avoit été remis à l'année
prochaine , on fit la lecture du Diſcours ,
qui a remporté le Prix d'Eloquence , fondé
par feu M. Gaudron , & dont le ſujet
étoit : Les hommes nefentent point affés combien
il leurferoit avantageux de concourir
bonheur les uns des autres . Ce Diſcours ,
qui eſt de M. Sauret , ne devant être imprimé
que dans le Recueil de l'Académie ,
& ne nous ayant point été communiqué ,
nous ne ſommes pas en état d'en donner
l'extrait , & nous pouvons ſeulement rendre
témoignage qu'il a été unanimement
applaudi de toutes les perſonnes qui l'ont
entendu.
au
M. de Crebillon recita enſuite le quatriéme
Acte de ſa Tragédie de Catilina ,
& l'on y a remarqué , de même que dans
les précédens , tout le feu , tout le génie &
t
I iij
I MERCURE DEFRANCE.
toute l'élevation , de l'Auteur d'Aſtrée ,
d'Electre & deRhadamiſte. Depuis longtems
le public montre trop d'impatience
de voir cette Tragédie , pour ne pas apprendre
avec plaiſir qu'elle eſt entierement
achevée , & que les Comédiens François
ſe préparent à en donner la premiere Repréſentation
auffi-tôt après le retour du
voyage de Fontainebleau.
அ
LETTRE de M. Daviel , Conseiller ,
Chirurgien ordinaire du Roi en ſurvivance
par quartier , à M. de Joyeuſe , Docteur
en Médecine de l'Univerſité de Montpel.
lier ,Aggregé au Collège des Médecins de
Marseille , &Médecin des Hôpitaux des
Galéres.
V
Ous êtes en droit , Monfieur , de vous plaindre
de mon filence; je ſuis répréhenſible , je
l'avouë , de ne vous avoir pas marqué exactement,
comme je vous l'avois promis , le dérail de mes
opérations, je vous prie cependant de croire que ce
n'a point été tout à fait par négligence. Les occupations
que j'ai euës dans ce pays- ci depuis mon
arrivée , ne me l'ont gueres permis ; aujourd'hui
que je commence à refpirer, je vais fatisfaire à
mon obligation , en vous faiſant part de pluſieurs
opérations que j'ai faites ſur les yeux depuis le 7
Novembre de l'année 1746 ,jour de mon arrivée
SEPTEMBRE. 1748 . 199
Paris; je vous expoſerai avec la même fidélité
celles qui m'ont réüſſi & celles dont le ſuccès n'a
pas répondu àmes voeux ; je ne prétends point m'en
faire accroire , ni me donner la réputation d'un
Chirurgien infaillible ; bien au contraire , j'ai
avoüé de bonne-foi à toutes les perſonnes qui
m'ont fait l'honneur de me conſulter , que mer
opérations n'avoient pas toujours eu tout le ſuccès
déſiré. Le mauvais tempérament du malade , fon
indocilité , ſa répugnance pour les remedes , & le
plus ſouvent un défaut de confiance ſur la fin de la
maladie, ſont de puiſſans obftacles à la réuffite
des opérations , qui ſe font ſur l'organe de la vûë
le plus délicat de tous & le plus aiſe à s'irriter & à
s'enflamer.
L'opération de la cataracte , ſurtout , m'a parû
toujours très-douteuſe , quoique le public ait voulu
s'imaginer qu'aujourd'hui ce doit être de toutes les
opérations la plus fûre,& qui ne peut manquer que
par la maladreſſe ou l'ignorance de celui qui la
fait; il eſt même des Chirurgiens qui font encore
de cet avis. Quant à moi je penſe tout differemment,
& ce n'est qu'après beaucoup d'expériences
faites ſur les yeux des cadavres , &un grand nom.
bre d'opérations ſur ceux des vivans , dans la vức
de perfectionner la méthode d'abaiffer la cataracte
, que j'ai appris tous les dangers & tous les ſujets
de doute qu'on peut avoir dans cette matiere.
Enmultipliant les expériences & les opérations ,
j'ai été forcé de reconnoître à la fin qu'il s'en faut
beaucoup que celle- ci ſoit auffi certaine & auſſi facile
que bien des gens l'ont crû , & que je l'ai
cru moi- même , quand j'ai commencé à la pratiquer.
Je dois cet aven à la vérité , quoiqu'il
ſemble d'abord faire quelque tort à l'art auquelje
me ſuis entierement livré depuis environ 18 ans ,
Iiij
200 MERCURE DEFRANCE.
& que j'ai réſolu de profeſſer uniquement tout le
refte de ma vie .
Quelque bonne que ſoit la cataracte , même dans
un ſujet bien conftitué , & quelqu'habile que foit
le Chirurgien qui en fait l'opération , il ſurvient
ſouvent des fimptômes que les Oculiſtes les plus
expérimentés ſeroient très-embarraffés d'expliquer;
tantôt la cataracte remonte après l'opération la
mieux faite , tantôt il ſurvient des larmoyemens ,
d'autres fois des vomiſſemens peu de tems après ,
quelquefois des gonflemens àla conjonctive & à
l'oeil ,& des douleurs cruelles dans tout le globe, qui
portent à la tête, & enfin des ſuppurations totales de
cet organe , fans que les foins du plus habile
Chirurgien puiſſent ſouvent les prévenir , ni même
les arrêter ; ce ſont-là des obſervations que j'ai faites
à la ſuite de mes opérations ,& à la ſuite de
c lles que j'ai vû faire à de fameux Oculistes que
je ne dois pas noinmer.
La difficulté de ſurmonter les accidens extraordinaires
, qui arrivent dans l'opération de la cataracte
, & qui en rendent le ſuccès incertain , m'a
obligé de chercher depuis long- tems des moyens
plus doux, plus faciles, & plus fûrs en même-tems,
pour les prévenir
Je vous ai dit à Marseille , Monfieur , ce qui
m'arriva le 8 Avril 1745 , en faiſant l'operation de
la cataracte au Frere Félix , Hermite d'Aiguille
en Provence proche la Ville d'Aix. Je vous ai expoſé
, dis - je , combien j'eus de peine pour abattre
cette cataracte avec l'aiguille tranchante, la grande
difficulté quej'y trouvai , me fit imaginer l'aiguille
dont je me fers aujou d'hui ſans pointe ni tranchant,
à quelque addi ion près , au moyen de laquelle
je vins à bout d'abattre la cataracte de ce
pauvre Hermite , à laquelle j'avois déja travaillé
près d'une demie heure inutilement. Ce malade
SEPTEMBRE. 1748. 201
diftingua parfaitement tous les objets que je lui
préſentai d'abord après l'opération , mais comme
ſon oeil avoit été fatigué par la premiere , la
ſeconde devint infructueuſe & fut ſuivie de la
ſuppuration de l'oeil , que je crus ne devoir attri
buer qu'au peu de repos que je lui avois donné.
Mais le mauvais ſuccès de cette opération ne
m'empêcha cependant pas de pourſuivre mon idée,
&de continuer à faire des expériences journalieres
fur les yeux des cadavres , pour porter ma nouvelle
méthode au point de ſûreté où je la crois aujourd'hui
.Vous m'avez vous- même encouragé pluſieurs
fois , Monfieur, par votre approbation, & fecouru
par vos lumieres, vous n'avez vû faire pluſieurs expériences
ſur des cadavres de vos Hôpitaux , & opérer
ſur des vivans, avec autant de ſuccès qu'on en
pouvoit attendre d'une méthode qui ne faiſoitque
de naître ; j'oſe même avancer que ma nouvelle
façon d'opérer fut fi heureuſe, que j'abattis ſept cataraktes
tout de ſuite avec tout le ſuccès poſſible ,
&fans aucun accident.
Vous connoiſſez le ſeptiéme malade dont la gué.
riſon m'a tant fait d'honneur à Marseille , où il me
vint trouver de Paris dans le mois de Septembre
1745 , pour lui faire l'opération de la cataracte
qu'il avoit à l'oeil droit depuis neuf ans. Ce malade
ne balança pas de ſe livrer entre mes mains , après
le témoignage que lui avoient rendu ſur mon
compte des perſonnes d'un rang diftingué fur les
Galéres du Roi , & d'autres perſonnes dont le malade
connoiſloit la probité & les lumieres , pour
être à toute épreuve.
1
Lorſqu'il fut arrivé à Marseille , je lui fis l'expofition
de l'ancienne méthode d'operer la cataracte
, &de celle dontje crois être l'inventeur . Je
Iv
202 MERCURE DEFRANCE .
lui fis examiner en même tems les inftrumens propres
aux deux méthodes , mais fur-tout , je ne lui
laiſfai pas ignorer que je n'vois encore que fix
exemples à lui citer de celles qui m'étoient particulieres
, & je le priai de vouloir bien décider dans
ſa propre cauſe , il ſe fixa à ma nouvelle méthode.
Je lui fis donc 'opération le 18 Octobre 1745 , &
il vit l'inftant d'après tous les objets que je lui préſentai
, mais comme on les voit en pareil cas ,
c'eſt à dire avec une eſpèce de confufion , il ne
reſſentit pas la moindre douleur à la ſuite de l'opé .
ration , qu'il coûtint avec toute la fermeté & tout
le fang froid poſſibles .
Je puis me later même que ce malade m'honora
de fa confiance au point de ne vouloir l'avis
d'aucun autre que de celui que je vous ai déja
nommé , quo qu'on eût preſſé ce malade de conſulter
d'autres perſonnes que moi à Marseille .
Vous m'avouerez , Monfieur , que cette façon de
penſer eſt fort rare , car il est très - ordinaire
aux malades de conſulter indiſtinctement tous les
Oculiftes qui leur font indiqués : auffi arrive -t'il
ſouvent que ces malades ſéduits par le rapport
qu'on leur a fait du mauvais ſuccès de quelquesunes
des opérations d'un Chirurgien expérimenté,
à qui ils avoient donné leur confiance , s'adreſſent
àd'autres , qui n'ont le plus ſouvent qu'une routine
aveugle , dont le malade eſt preſque toujours
la victime ; heureuſement pour moi , celui - ci a
été bien éloigné de cette façon de penſer , & il en
a donné des preuves fans exemple , à ce que je
crois.
La veille même du jour qu'il avoit choifi pour
l'opération , une pauvre femme de notre Arcenal
des Galéres , à qui ſept années auparavant j'avois
SEPTEMBRE. 1748 . 203
fait l'opération de la cataracte fort heureuſement
d'abord , mais qui devint infructueuſe par
ſa faute; ( car elle vit fort bien pendant quarante
jours ) eût l'imprudence de lui tenir ce
langage : Je vous ſouhaite , Monfieur , un plus
heureux ſuccès que je n'ai eu , car je ſuis aveugle.
Ce diſcours fi propre à renverſer la tête d'un malade
, non- feulement n'ébranla pas le nôtre , mais
il eût encore la fageſſe de ne m'enrien dire que
long-tems après.
Que les Chirurgiens feroient heureux , s'ils
avoienttoujours affaire àdes malades auſſi fermes
& auffi raisonnables !
Les malades croyent communément que dès
qu'on leur a ôté l'appareil après les neufjours de
P'opération pour leur mettre le bandeau noir , ils
doivent voir auſſi clair , que s'ils n'avoient jamais
eû de cataracte ; c'eſt une erreur dont il faut ſe
déſabufer. Comment ſeroit- il poſſible de voir
auſſi diſtinctement qu'on voyoit avant la formation
de la cataracte ? La Providence n'a rien fait
d'inutile ; elle a donné le crystallin à l'oeil pour la
parfaite réunion des rayons de lumieres , qui ſans
ce fecours indiſpenſable ne font que diverger ,
&fans lequel l'oeil ne fait ſes opérations que d'une
façon vague , incertaine & , pour ainſi dire
indéterminée ; pour voir les objets diſtinctement
après l'opération ,on ſupplée,commevous le ſçavez,
Monfieur , au crystallin qu'on a baillé , par le ſecours
d'un verre qui fait en quelque façon audehors
la fonction que le cryſtallin faiſoit au-dedans
, mais ce ſecours , tout utile qu'il eſt, ne ſupplée
qu'imparfaitement à l'organe qu'on a reçû de
la nature ,& dont une des parties intégrantes
n'eſt plus à la même place ; ajoutons que ceux à
qui ceſecours eſt le plus utile ,ne ſont pas ſouvent
1 vj
204 MERCURE DEFRANCE.
,
dans le cas d'en faire uſage pour les opérations
les plus déliées de la vûë , pour lire , par exemple ,
que long- tems après l'opération. Je dois dire encore
que ce même malade étoit trop inſtruit
pour prendre à cet égard de fauſſes eſperances ; il
ne vit pas d'abord les objets distinctement , mais
il ſçût attendre , avec toute la tranquillité poſſible ,
que ſon oeil eût repris des forces , étant perfuadé
qu'il est moralement impoſſible qu'un organe affoibli
par une opération , & deſtitué d'une de ſes
parties auſſi eſſentielles que le cryſtallin, fafle parfaitement
les fonctions auxquels il eſt deſtiné ; il
eſt viai auſſi que ce malade a lieu de ſe louer de
mon opération , puiſqu'il diftingue fort bien aujourd'hui
tous les objets , & qu'il lit dans le Colombat
avec une lunette à cataracte .
Cette opération s'eſt faite ſous vos yeux ,Monſieur
, & en préſence de tout ce qu'il y a de plus
reſpectable dans le Corps des Galétes ; le bon fuccès
qu'elle a eû , s'eſt répandu dans bien des endroits
, & il eſt même parvenu juſqu'à Paris , où
j'ai été mandé , comme vous le ſçavez , par un
Seigneur des plus diftingués à la Cour , à l'occafion
d'une cataracte , à laquelle , de concert avec
M.Morand, célébre Chirurgien, je n'ai pas encore
jugé à propos de toucher.
Depuis mon arrivée à Paris , j'ai été conſulté
par près de quatre cens malades , & j'ai fait plus
dedeux cens opérations , tant de cataractes , qu'autres
affections des yeux , avec tout le ſuccès qu'on
peut attendre dans des maladies auſſi délicates ,
que celles qui attaquent cette partie .
Le ſuccès dont la Providence a favorisé ma
nouvelle méthode , & l'approbation de pluſieurs
grands Médecin & Chirurgiens , ont furpaflé mes
efperances. De 7s opérations que j'ai faites pour
SEPTEMBRE. 1748 . 205
la cataracte à Paris , la plupart à des malades de
mauvais tempérament , avec des yeux peu favorables
pour l'opération , d'un état qui ignore le
régime &d'une pauvreté à ne pouvoir que difficilement
le pratiquer ,j'ai eu le bonheur de réuffir
àſoixante& une; je ne crois pas qu'il ſoit poſſible
d'attendre un plus_grand fuccès d'une méthode
nouvelle , & dont la nouveauté même récule néceffairement
la perfection .
Je ſuis donc aujourd'hui parfaitement confirmé
dans l'opinion , que rien n'eſt plus dangereux que
de porter une aiguille pointuë & tranchante dans
l'oeil ; les accidens que peut cauſer l'ancienne aiguille
, font ſans nombre & ſouvent ſans reméde ,
puiſqu'il n'est pas poſſiole au Chirurgien' , même
le plus adroit , de diriger la pointe de cette aiguille
dans une partie auſſi délicate que l'oeil , fans
riſquer de toucher aflés ſouvent la partie poſtérieure
de l'iris , les proces ciliaires , ou la prunelle,
& de déchirer par conféquent des vaiſſeaux qui occafionnent
ordinairement des épanchemensde fang
dans la chambre antérieure de l'oeil , pour peu que
la cataracte ſoit molle ou adhérente ; cet accident
ne m'eſt jamais arrivé , depuis que je fais uſage de
ma nouvelle aiguille,ſans pointe ni tranchant ; je puis
la tourner à mon gré dans l'oeil , fans craindre de
le bleſſer. J'avoue que je me ſuis ſouvent étonné
que les grands Maîtres de l'Art n'ayent pas été
frappés du danger manifeſte qu'il y avoit à porter
une aiguille pointue & tranchante dans l'oeil , &
qu'ils n'ayent pas fongé à chercher une méthode ,
moins propre à faire trembler le malade & le Chirurgien.
Enfin , pour prouver invinciblement que ma
méthode d'abbattre la cataracte eſt entierement
préférable à l'ancienne , je crois qu'il me ſuffit de
2
206 MERCUREDEFRANCE
rapporter le grand nombre d'opérations qui m'ont
réuſſi , au lieu que par l'ancienne méthode on eft
ſouvent fort heureux , lorſque ſur dix opérations
on réuffit à sou 6 , & quelquefois à moins , quoique
les cataractes foient bonnes & fur des ſujets
bien constitués ,
Qu'on ne s'imagine cependant pas que je prétende
annoncer ma méthode comme invariable
& infaillible , ni que je la croie exempte de tout
danger ; elle a ſes défauts , comme la premiere ,
mais je ſuis très-fondé à croire qu'ils font infiniment
moindres , & j'ai lieu d'eſperer même queje
pourrai la porter dans la ſuite à un plus haut point
de perfection ; j'oſe vous aſſurer , Monfieur , avec
la plus grande vérité , que je le ſouhaite , encore
plus pour l'utilité publique , que pour mon utilité
particuliere.
Si j'ai été aflés heureux de réuſſir dans l'opérationde
la cataracte , je puis me flater que je n'ai pas
eû moins de ſuccès dans pluſieurs catres opérations
de toutes eſpéces , que j'ai faites for les yeux des
malades , traités aflés long-tems fans fruit , & dont
quelques-uns avoient paflé pour incurables ; je
citerai àla fin de cette lettre quelques opérations
des plus confidérables concernant la cataracte , &
les autres maladies des yeux ; j'y joindrai en même
tems trois Certificats authentiquesdes malades que
j'ai traités.
J'ai ouvert plus de ſoixante fois la cornée tranf
parente , &porté l'inſtrument dans la chambre antérieure
de l'oeil , pour en tirer du fang &du pûs ,
qui s'y étoient épanchés ; j'ai détruit des callofités
de la même cornée , qui entretenoient depuis
un très long-tems des abſcès fiſtuleux & des fiftules
dans ces parties,que je n'ai non plus ménagées que
la moindre du corps humain , ſans qu'il en ſoit réſulté
le plus petit accident.
SEPTEMBRE. 1748. 207
J'ai fait l'extraction de la cataracte ſituée encore
dans la chambre poſtérieure de l'oeil droit de M.
Garion , Maître Perruquier , ruë Dauphine , près
la ruë Contreſcarpe , dont je parlerai ci-après. Les
obſervations que j'ai faites ſur cette heureuſe opération
, m'ont donné de grandes idées pour l'extraction
de la cataracte.
J'ai fait pluſieurs fois l'opération de la fiſtule lacrymale
avec autant de ſuccès qu'on peut en attendred'une
maladie que les plus habiles Maîtres regardent
encore comme fort douteuſe , j'ai eu l'honneur
de faire pluſieurs opérations àl'Hôpital Royal
des Invalides, en préſence d'un des plus grands Chirurgiens
de l'Europe , dont le nom ſeul fait l'éloge
* , & deM. Bouquot, Chirurgien-Major du même
Hôpital , de qui je fais gloire d'avoir été l'éleve,
comme auſſi en préſence de M. Faget , Chirurgien-
Major de l'Hôpital de la Charité , dont je compte
l'approbation dans le rang des évenemens les plus
flateurs qui me ſoient arrivés dans le cours de ma
vie.
J'ai conſulté pluſieurs fois & operé ſur les yeux
à l'occaſion des maladies qui les attaquent , avec
plufieurs des plus habiles , tant en Médésine
qu'en Chirurgie, à Paris.
M. de la Martiniere , Premier Chirurgien du
Roi , voulut bien prendre la peine de venir le 22
Décembre dernier chés moi , pour y vifiter environ
so malades que j'avois opérés pour dirſes
maladies des yeux , parmi leſquels il y en avoit
d'âgés de 75 & 80 ans , qui avoient été aveugles
, pendant 10,12,18,25,30 , & même jufqu'à
40 ans, les uns par des cataractes , & les autres
par d'autres maladies ; j'ai eû l'honneur de faire
le même jour en préſence de ce Chef de la
*M.Morand.
208 MERCURE DE FRANCE .
Chirurgie , une opération ſur l'oeil gauche du
nommé Jean-François Laleu , Soldat Invalide ,
âgé de 72 ans , qui avoit un ulcére très-conſidérable
ſur la cornéetranſparente qu'il recouvroit prefque
à moitié , de même que la prunelle , & dont il
eſt fort bien guéri aujourd'hui. M. Faget , dont
j'ai déja parlé , ſe trouva auſſi préſent à cette opération
, & vit tous les malades dont je viens de
faire mention .
De toutes les opérations que j'ai faites à Paris ,
&que je ne puis citer qu'avec une forte d'amourpropre
, c'eſt l'opération de M. le Marquis de Forbin,
dont j'ai joint ici le Certificat , qu'il a eû la
bonté de medonner.
Paſſons maintenant au détail de quelques-unes
des opérations que j'ai faites à Paris , ſurtout de
celles qui m'ont paru les plus eſſentielles ; je commencerai
par celle de M. Garion , dont j'ai parlé
ci -devant
Ayant déja fait mon poſſible pour abbattre la
cataracte à ce malade , ſansavoir pû y réuffir d'aucune
maniere , je me déterminai à ouvrir la partie
inférieure de la cornée tranſparente , & afin de porter
plus fûrement mon aiguille dans la chambre
poſtérieure de l'oeil , je tins un affés long eſpace de
tems la cornée écartée au moyen d'une petite
pincette , & je fis ſortir le cryſtallin à la faveur de
l'ouverture que je venois de faire , quoique l'humeur
aqueuſe ſe fût tout à- fait écoulée , de même
qu'une petite portion de l'humeur vitrée , ce qui
n'empêcha pas le malade de voir tous les objets
qu'on lui préſenta , & de connoître ſur le champ
pluſieurs perſonnes qu'on lui montra. Je vous prie ,
Monfieur, de vouloir bien faire attention à l'importance
de cette opération , puiſqu'il s'agit d'une cataracte
tirée de la chambre poſtérieure de l'oeil, & non
pas de l'antérieure, ily a fur cette derniere pluſieurs
SEPTEMBRE. 1748 . 209
obſervations rapportées par feu M. de St. Ives ,
dans ſon nouveau Traité des maladies des yeux ,
page 304 , 305 , 306 & 307 , mais cetAuteur célébre
ne fait aucune mention des cataractes tirées
de la chambre poſtérieure de l'oeil.
Cette opération eſt d'autant plus digne de remarque
, qu'outre que je la crois fans exemple ,
c'eſt qu'elle m'a offert de trés -grandes difficultés ,
puiſqu'il m'a fallu ouvrir une cornée très- relâchée,
& preſque toute affaillée par l'effuſion de l'humeur
aqueufe , qui étoit ſortie à moitié par la premiere
ponction que j'avois déja faite pour abbattre
la cataracte .
,
L'opération dont je viens de parler , a eû un fi
grand ſuccès , que le malade n'a pas reſſenti la
moindre douleur ; il voit à lire aujourd'hui fort dif
tinctement au moyen d'une lunette à cataracte ;
l'oeil a repris ſa figure naturelle ; la playe de la cornée
eſt parfaitement cicatriſée , & il n'y reſte
d'autre difformité que la prunelle un peu oblongue,
ce qui est néanmoins imperceptible , ſi ce n'eſt aux
yeux des perſonnes de l'Art .
Voici une opération finguliere , qui intéreſſe
trop le public , pour la paſſer ſous filence.
Madame de Moncel , femme du Garde des
Marbres du Roi , près le Pont-Tournant des
Thuilleries , vint metrouver au ſujet d'une maladie
qu'elle avoit à la paupière ſupérieure de l'oeil
gauche ; cette malade étoit tombée ſur une bouteille
de verre , dont les éclats lui avoient fendu la
paupiere ſupérieure de cetoeil , de même que l'inférieure
,& en avoient coupé , par conféquent , les
cartilages & les muſcles. On y avoit pratiqué vainementdes
points de fûture. Lorſque cette malade
eût recours à moi deux mois après , l'un & l'autre
bord de la playe étoient cicatriſés , & formoient
unbec-de- liévre parfait , accompagné d'un gonfles
210 MERCURE DE FRANCE.
ment conſidérable à chaque angle de l'oeil ; cette
playe étoit horrible à voir , l'oeil ſortoit par le milieu
du bec-de- liévre .
Quoique feu M. de Saint Ives ait voulu affûrer
dans ſon traité des maladies des yeux , Chap . X.
de l'éraillement des paupieres , pages 114 & 115 ,
quoique ce grandOculifte, dis-je, aaiitt voulu affurer
quecette opération étoit toujours ſans fuccès,parce
qu'iln'avoit pas réuſſi à une de ce genre , je ne fus
pas rebuté d'entreprendre la malade dont je viens
de parler. Je commençai d'abord par emporter les
bords calleux de la paupiere , & i'y paſſai enſuite
deux petites épingles d'argent à deux têtes , telles
que les a imaginées M. Petit , célébre Chirurgien
de Paris , à la faveur d'une petite aiguille à lardoire
, de l'invention de cet homme illuftre ; en un mot
je pratiquai la fûture entortillée , telle qu'on a
coûtume de la faire au bec-de-liévre , qui arrive
aux lévres , ce qui m'a réuſſi avec tant de fuccès
que la malade fut guérie quinze jours après mon
opération ; cette paupiere fait les mouvemens ,
comme l'autre, & il n'y eſt reſté aucune difformité
qu'une legére cicatrice qui ſe cache dans les plis
de la paupiere , lorſqu'elle ſe leve.
Madame de Moncel a été fort heureuſe que je
n'aye pas ſuivi le ſentimentde M.de St. Ives , qui
s'eſt déclaré hautement contre cette opération ,&
qui l'a regardée , ainſi que je l'ai déja dit , comme
fort inutile. Cet événement prouve évidemment
qu'il ne faut pas toujours s'en rapporter à Pavis
d'une ſeule perſonne, quelqu'éclairée qu'elle foit ,
furtout lorſqu'il s'agit d'une opération qui n'eſt
point abſolument difficile ni dangereuſe , telle que
celle dont il eſt ici queſtion , puiſque la malade
n'a pas feulement eû les yeux rouges pendant les
quinze jours que je l'ai panfée.
M. de St. Ives n'a pas été plus fondé à dire que
SEPTEMBRE. 1748. 211
le cartilage des paupieres ne pouvoit s'allonger ,
puiſque la paupiere ſupérieure de cette malade eſt
auſſi ſouple , & qu'elle fait auffi-bien ſes mouvemens
que celle de ſon autre oeil . M. Guatany
célébre Chirurgien de l'Hôpital du Saint Eſprit à
Rome , & Affocié de l'Académie Royale de Chirurgie
de Paris , étoit préſent à cette opération ,
& ila vu peu de tems après la malade très-bien
guérie.
2º. J'ai guéri Mad. Dutrolot , ou autrement dit ,
Chaudelier, âgée de 75 ans, aveugle par deux cataractes
depuis 25 ans , demeurante fauxbourg Saint
Martin , vis- à-vis le grand Monarque , à la maiſon
brûlée , & à l'enſeigne du Nom de Jeſus .
3 °. M. Oui , âgé de 80 ans , aveugle depuis fix
ans par deux cataractes qu'on lui avoit opérées
fans ſuccès à Paris le 15 Mai 1745 , j'ai abbattu la
droite , & le malade voit parfaitement aujourd'hui
tous les objets ; il demeure ſous les grands
pilliers des Halles , à l'enſeigne des trois Poiffons.
M. Guatany , déja cité , étoit préſent à cette
opération . & a vû enſuite le malade guéri .
4. M. Perilleux , Maître Ménuifier , Cour des
Suiffes , aux Thuilleries , aveugle depuis près de
Ax ans , d'une cataracte à l'oeil droit , très - molle &
adhérente à l'iris , dont la gauche avoit été abbattuë
à Paris par un habile Oculifte fans aucun ſuccès
, puiſque le malade n'avoit rien vû ; après l'opération
l'oeil ſuppura .
5°. M. Chriftina , Suiſſede S. A. R. Madame la
Ducheſſe d'Orleans , à Bagnolet, qui étoit aveugle
depuis près de deux ans , par deux cataractes , dont
lagauche avoitdéja été abbattuë fans ſuccès par un
très-habile Oculiſte des environs de Paris , il y a
environ trois ans ; ce malade voit fort bien à la fuite
des deux opérations que je lui ai faites.
212 MERCURE DEFRANCE.
6°. M. Olivier , ruë des Petits Auguſtins , a
'Hôtel de Luxembourg , âgé d'environ 72 ans ,
auquel j'ai abbattu une cataracte adhérente à la
circonference interne de la prunelle de l'oeil droit
dont ce malade ne voyoit pas depuis près de
deux ans , & quoique j'aie été obligé de rabbattre
cette cataracte deux fois, le cryſtallin ayant remonté
la premiere , le malade n'en a pas fouffert la moindre
incommodité , & voit très-bien aujourd'hui.
Meffieurs Sabattier , Brocard & Battu , Maîtres
Chirurgiens Jurés de Saint Côme , étoient préfens
à ces deux opérations .
7°. Mad. Gayot , Chanoineſſe de Chaillot , âgée
d'environ 72 ans , aveugle par deux cataractes a lhérentes
à l'iris & à la prunelle depuis près de cinq
ans, a été très -bien guérie ſans aucun accident. M.
Morand a vû cette guériſon.
8 ° . Aux Invalides , M. Manzin , Officier , âgé de
65 ans , aveugle par deux cataractes depuis 9 ans.
9°. M. Thibouët , dit la Vigueur , Officier , âgé
de77 ans, aveugle depuis 8 ans par deux cataractes;
cesdeux malates ont été préſentés deux mois après
leur guérilon à M. le Comte d'Argenson , Ministre
de la guerre, voyant fort bien les objets , mais il eſt
furvenu quelque tems après un larmoyement fort
conſidérable àl'oeil gauche de M.la Vigueur.Ce larmoyement
l'a empêché de voir comme auparavant
pendant fort long-tems , ſans cependant qu'on
puiſſe en accuſer mon opération , puiſque ce larmoyement
n'a été occaſionné que par un vice ſcorbutique,
dont le malade avoit déja été atteint précédemment
, car ce même malade étoit forti de la
falle desſcorbutiques quelque tems avant que je lui
fifle l'opération , & c'eſt ce même vice ſcorbutique
qui a obligé ce malade de retourner à l'Hôpital,
dont il eſt ſorti depuis quelque tems, & il voit fort
bien aujourd'hui.
SEPTEMBRE. 1748. 213
10°.Mlle Beauroux , ruë du Hazard , aveugle
depuis sans par deux cataractes molles, barrées &
très-adhérentes à la circonférence interne de l'iriş
& de la prunelle , & dont l'opération a été fort laborieuſe.
La malade voit fort bien aujourd'hui ;
M. Fournier , Chirurgien, gagnant maîtriſe à Bicê,
tre, étoit préſent à cette opération ,& a vû la maladeguzrie.
11 °. M. Gouget, Bourgeois, aveugle depuis trèslong
tems , & qui avoit perdu l'oeil gauche depuis
18 ans par une cataracte fort mauvaiſe , & même
pierreuſe dans ſon milieu , a été fort bien guéri ,
quoique cette cataracte fût auſſi adhérente à la
circonférence interne de l'iris de la prunelle . Ce
malade demeure ruë S. Jacques , au coin de la ruë
des Poirées chés M. Droüet .
12º. Mlle Provin , Femme de chambre de Mad.
la Comteſſe de Chamillard, ruë de Richelieu , visà
vis les Ecuries de Mad . la Ducheſſe d'Orléans ,
aveugle par deux cataractes depuis environ deux
ans; ces cataractes étoient très- molles , partagées
enquatre portions ſous la membrane du cryſtallin;
indépendamment de cela elles étoient barrées : j'ai
abattu ces deux cataractes à une année de diſtance
l'une de l'autre , la premiere le 18 Mai 1747 , & la
ſecondelez Juin 1748,avec un très- heureux ſuccès.
13 °. M. Sauvegrain , Maître Boulanger, ruëGalande,
près la Place Maubert ; ce malade, âgé de 63
ans, étoit aveugle depuis près de cinq ans par deux
cataractes molles & très-adhérentes à la circonférence
poſtérieure de l'iris, dont il a fort bien guéri.
14°. Mad, Avril , loueuſe de caroſſes de remiſe,
Agée d'environ 68 ans , ruë Charenton , près les
Mouſquetaires noirs , qui me fut adreſſée le 2 Juin
1747 par M. Puzos, célebre Chirurgien de Paris, &
Directeur de l'Académie Royale de Chirurgie.
Cette malade étoit aveugle depuis environ deux
214 MERCURE DE FRANCE.
ans & demi par deux cataractes très- molles &
adhérentes à la circonférence poſtérieure de la prunelle
de chaque oeil , qui étoient très-petits & fort
enfoncés ; tous ces obſtacles ne m'ont pas empêché
de réuffir.
15º. Le nommé Roland , ancien Poſtillon de
feuë la Reine d'Eſpagne , au Luxembourg. dans la
ruë d'Enfer , au- defſlus de l'appartement de Mad.
d'Andrezel , aveugle depuis sans par deux cataractes
, dont la droite étoit très- molle , pierreuſe
& fort adhérente à la partie poſtérieure de la prunelle
. M. Pibrac , Chirurgien de la même Reine ,
a vû le malade devant& après l'opération .
16°. Le Sr Geoffroy , âgé de 74 ans , aveugle
par deux cataractes depuissans , fort adhérentes
à la partie poſtérieure de l'iris de chaque coeil . Ce
malade demeure ruë S.Martin, près S. Nicolasdes
Champs , chés M. Marteau , Chaircuitier.
17°. Jacques Sorteau , de Chartres en Beauce ,
âgé de 60 ans, qui me fut adreſſépar M. Bouquot,
Chirurgien Major des Invalides , le 4 Janvier
dernier. Il avoit deux cataractes fort adherentes
à l'iris & à la prunelle de chaque oeil ; l'opération
a cependant fort bien réuſſi , malgré la
rigueur de la ſaiſon ; pluſieurs perſonnes de confideration
ont vû ce malade avant & après ſa guériſon
chés moi. Il a même été aſſiſté des charités de
Mlle Beauger, qui demeure dans la même maiſon,
Quai Malaquais , près l'Hôtel de Boüillon , ledit
malade eſt ſorti de chés moi parfaitement guéri.
189. Leger Ciclet , âgé de 12 ans ( demeurant
quartier S. Victor , rue des Boulangers , vis - à- vis
les Dames Angloiſes.) Ce malade avoit perdu l'oeil
gauche par une cataracte depuis près de deux ans,
àla ſuite d'un accident qui lui arriva par une faſée
, laquelle creva vis-à-vis ſon oeil , dont il reſta
borgnedans l'inſtant , & quoique dans l'opération
SEPTEMBRE . 1748 . 215
que j'ai faite , la cataracte ſe ſoit partagée en plus
detrentemorceaux ,& que le malade ait refté plus
de fix ſemaines fans rien voir de fon oeil , il en voit
très- bien aujourd'hui,
19. M. Siffet , Marchand de Bois , ruë de Charenton
, près la ruë Traverſiere , à l'enſeigne de
la fleur de lys , fauxbourg S. Antoine , âgé d'environ
62 ans,auquel j'ai abbattu une cataracte à l'oeil
droit, adhérente à la circonférence interne de la
prunelle; la vivacité de ce malade lui a bien occaſionné
de la peine , quoique l'opération eût bien
réuffi , cependant malgré ſon peu de ménagement
il voit aſſesbien aujourd'hui de cet oeil . Ce malade
n'a jamais démenti la confiance à mon égard.
20°. Mad. de Vandeuil , femme de M. de Vandeuil
, de Chaalons en Champagne , demeurante à
Paris , ruë de Tournon , vis à vis 1 Hôtel des Ambaffadeurs
. Cette malade avoit perdu l'oeil gauche
depuis près de 6 ans d'une cataracte occaſionnée
par un coup que la malade avoit reçû au- deſſus de
I'oeil affecté ; cette cataracte étoit platte , fort mollaſſe
& adhérente à la partie poſtérieure de l'iris &
de la prunelle ; il eſt ſurvenu un larmoyement des
plus conſidérables à la ſuite de cette opération,qui
m'a donné bien de la peine , quorque la malade ſe
foit prêtée volontiers à faire généralement tout ce
que j'ai pu lui ordonner , avec une confiance &
une conſtance rares dans les perſonnes de ſon ſexe,
&joſe dire , ſi peu ordinaire , que peu de malades
auroient été capables de foutenir tout ce que je
lui ai fait.
21 °. M. Rouſſel , Rotiffeur , chés M. Rouillé ,
Conſeiller d'Etat , rue des Poulies , cataracte depuis
cinq ans par un coup .
22°. Le nommé le Comte, au grand Caillou, cataracte
depuis deux ans,
23 °. M. Nancy 2 au Bourget , près Paris ,
216 MERCURE DE FRANCE.
cataracte depuis un an & demi .
24°. La nommée Chevalier , femme de Jacques
Chevalier, laquais de M. Rougeaut , Gentilhomme
Servant chés le Roi , cataracte depuis 2 ans , trèsmolle
& partagée en pluſieurs parties, ſurtout la
gauche qui paſſe preſque toute entiere dans la
chambre antérieure de l'oeil ; cette malade demeure
* ruëMontmartre , entre la ruë Plâtriere & celle de la
Juſſienne , vis- à-vis un Horloger , chés un Potier
deterre.
25 °. La nommée Aubry,devenue aveugle depuis
5 ans; cette malade demeure à la Villette,en allant
au Bourget , la pénultiéme maiſon à gauche. M. le
Duc de Villars Brancas a vû certe malade chés
moi , & l'a aſſiſté de ſes charités .
26°. Mad. Bigaud , femme de Simon Bigaud, employé
à l'armée , aveugle par deux cataractes depuis
deux ans, fort molles & adhérentes,demeurante rue
Ste Marguerite , chés M. Darvillier , Epinglier ,
avec Jeanne Germain , ſa tante.
27. M. Neveu , Valet de Chambre Tapiffier de
M. le Duc de Mortemar , ruệ S. André des Arcs ,
vis-à- vis la rue des Auguſtins.
289. Simonne Leguet, femme de Noël Morand,
aveugle par deux cataractes depuis cinq ans ; cette
malade demeure à S. Oiien de Mancelles , près la
Barre en haute Normandie .
Tous les maladesdont je viens de parler , étoient
réellement aveugles , & la plupart avoient de fort
mauvais tempéramens , cependant ils voyent fort
bien aujourd'hui. En voila aflés , ce me ſemble
pour la cataracte ; préſentement je vous donnerai
quelques exemples des inflammations & autres
maladies des yeux , que j'ai traitées.
M. du May , Chevalier de S. Louis , Ecuyer de
M. le Prince de Pons , avoit une violente ophtalmie
,
SEPTEMBRE. 1748 . 217
mie à l'oeil gauche & un grand ulcere ſur la cornée
tranſparente & fur la paupiere inférieure , que
jai guéris par une opération fur cet oeil .
M, de Latour , à l'Académie de Dugard , ruë de
PUniverſité , étoit dans le même état.
MCornette , Tréſorier général des Galeres ,
Place des Victoires , avoit un abcès dans la chambre
antérieure de l'oeil gauche , avec un grand ulcére
ſur la cornée tranſparente du même oeil ,
dont il ne voyoit pas depuis trois mois, & ſouffroit
des douleurs cruelles ; il a été guéri par une opération
de cette nature.
M. Goulé , Maître Maçon , ruë Briſemiche, avoit
fon fils aîné attaqué d'une ophtalmie conſidérable
ſur les deux yeux depuis ſept ans , avec des ulcéres
qui pénetroient l'intérieur de la cornée tranf
parentejuſquesdans lachambre antérieure de l'oeil
gauche, ce malade avoit perdu le droit, long- tems
avantde me conſulter , & il auroit même perdu le
gauche , fi je n'avois fait une opération , qui l'a
Lauvé.
J'ai fait une infinité d'autres opérations de toutes
eſpeces , depuis mon arrivée à Paris , dont je
ne vous parlerai pas , de crainte de vous ennuyer.
Vous pouvez voir par le détail que je viens de faire
, que j'ai été aſſes heureux , à quelques accidens
près,qui me font arrivés dans quelques unes,& que
jeme flatte cependant n'avoir pas été occaſionnés
par ma faute, après tout à qui n'en arrive- t'il pas ?
Les plus grands Maîtres n'en ſont pas exempts.
J'oſe me flater néanmoins que les malades quej'ai
opérés ſans ſuccès , me rendront affés de justice ,
(du moins je l'eſpere ) pour ne pas m'imputer leur
malheureux fort , puiſque le mauvais tempéramment
en a été la cauſe chés les uns ; chés les
autres , la mauvaiſe nature des cataractes ou
autres maladies , & chés pluſieurs enfin , leur
K
218 MERCURE DEFRANCE .
indocilité & leur défaut de confiance ſur la fin de
leur traitement , lequel empêche preſque toujours
le plus habile Chiturgiende parvenir à fon but , je
veux dire la guérifon.
Que le Chirurgien , même le plus expérimenté ,
eft malheureux , lorſqu'il n'eſt pas ſecondé par la
nature& par le malade !
Il faut compter , autant que je le fais , ſur votre
amitié , Monfieur , & fur l'intérêt que vous voulez
bien prendre à ce qui me regarde , pour être entré
dans un détail auſſi long ,& qui ſeroit ſans doute
ennuyeux pour une perſonne , qui auroit moins
d'amitié pour moi.
Daignez , je vous en prie , attribuer la longueur
fatigantede cette lettre à l'obéiſſance que je vous
ai vouée , puiſque vous avez exigé de moi de vous
faireune relation complette de mon ſéjour à Paris.
D'ailleurs , en vous faiſant connoître le ſuccès
que le Ciel a accordé à mes opérations , je n'ai fait
que vous rendre compte du fruit de vos conſeils
éclairés,&des ſages avis quej'ai reçûs de vous, depuis
que j'ai le bonheur de vous connoître. Per
mettez que je vous faſſe part de vive voix de l'honneur
que le Roi m'a fait, en m'accordant la ſurvivan
ce de la Charge de l'un de ſes Chirurgiens ordinaires
par quartier, mais dans quelques endroits queje
fois , ne doutez jamais de ma tendre reconnoiflance&
du parfait attachement avec lequel je ſerai
toute ma vie , Monfieur , votre très-humble &
très- obéiſſant ſerviteur , DAVIEL.
A Paris le 30 Septembre 1748.
Copie du Certificat de Meſſieurs Morand
Bouquot.
Nous ſouſſignés certifions que le ſieur Daviel .
Chirurgien du Roi ſur ſes Galeres , & Profefleur
SEPTEMBRE. 1748 . 219
Royal en Chirurgie à Marseille , étant venu à Paris
avec la permiſſion de M. le Comte de Maurepas,
pour traiter M. le Duc de Villars Brancas de
deux cataractes , & M. le Comte d'Argenſon , Miniſtre
de la Guerre , ayant permis audit ſieurDaviel
d'opérer à l'Hôtel Royal des Invalides en notre
préſence , il a réellement fait devant nous le 7
Juinde la préſente année quatre opérations , dont
voici le détail.
Il abbattu au fheur Manfin , Officier , âgé de 65
ans , une cataracte à l'oeil gauche , qui l'incommodoit
depuis 9 ans ; le malade a vû ſur le champ &
continuë de voir .
• Il a abbattu au fieur Thiboüet , Officier , âgé de
77 ans , une cataracte à l'oeil gauche , qu'il avoit
depuis 8 ans ; ce malade a vû fur le champ& con.
tinuë de voir.
Il a attaqué au nommé Louis Beſſac , âgé de 60
ans , une cataracte à l'oeil droit , qu'il avoit depuis
30 ans; il l'avoit annoncée d'une mauvaiſe eſpece,
elle s'eft trouvée telle , & il ne l'a pû abattre avec
fuccès.
Enfin il a extirpé au nommé Jacques Bourgeois,
ditBelle-roſe , âgé de 56 ans , une petite tumeur
épaiſſe , étendue en aîle de Chauve-fouris , fur
la conjonctive & la cornée tranſparente aux deux
yeux.
Il nous a parú opérer avec beaucoup d'adreſſe &
de fermeté dans la main , & fuivant la meilleure
méthode qui puiſſe être miſe en ufſage dans tous
les cas dont eſt queſtion , en foi de quoi & pour
rendre témoignage à la vérité, nous lui avons donné
le préſent Certificat. Fait à Paris ce 24 Juin
1747 , Signé , MORAND , Chirurgien Major & Infpecteur
des Hôpitaux Militaires , BOUQUOT , ChirurgienMajor
en chef de l'Hôtel Royal des Inva
lides, Vû BAUYN .
Kij
220 MERCURE DEFRANCE.
Copie du Certificatde M. Faget, Chirurgien
Major de la Charuć.
Nous ſouſſigné Maître enChirurgie & Major
de l'Hôpital de la Charité , certifions que M. Daviel
, Chirurgien du Roi ſur les Galeres àMarfeil.
le, a fait le7 Juin de la préſente année quatre opérations
à l'Hôtel Royal des Invalides , dont voici
le détail,ayant eu l'honneur d'y être préſent.
Il a abattu au ſieur Manzin , Officier , âgé de 65
ans , une cataracte à l'oeil gauche , qui l'incommodoit
depuis 9 ans ; le malade avû fur le champ
&continue de voir,
Il a pareillement abattu au Sr Thibouet, Officier,
âgéde 77 ans, une cataracte à l'oeil gauche , qu'il
avoit depuis 8 ans , avec le même ſuccès.
Il aopéré au nommé Louis Beſſac , Soldat , âgé
de 60 ans , une cataracte à l'oeil droit , qu'il avoit
depuis 30 ans , qu'il nous avoit dit être d'une mauvaile
eſpece , & elle s'eſt trouvée telle.
De plus il a extirpé au nommé Jacques Bour
geois,dit Belle roſe, âgé de 56 ans, une petite
tumeur épaiſſe , étendue en aîle de Chauve-fouris,
fur la conjonctive & la cornée tranſparente aux
deux yeux.
Il nous a paru opérer avec beaucoup d'intelligence,
de dextérité, &ſuivant la bonne méthode ,
en foi de quoi nous avons donné le préſent Certificat.
Fait à Paris le 26 Juin 1747. Signé, FAGET.
Copie au Certificatde M. leMarquis
de Forbin.
Je certifie que le ſieur Daviel, Maître ès Arts
&& en Chirurgie , Chirurgien du Roi ſur lesGaleres,
de l'Académie Royale de Chirurgie de Paris
Affocié correſpondant de l'Académie Royale des
Sciences de Toulouſe , Membre de l'Académie des
SEPTEMBRE. 1748 . 221
Sciencesde l'Institut de Bologne, Profeſſeur &Démonstrateur
Royal en Chirurgie à Marseille,Confeiller
Chirurgien ordinaire du Roi , m'a traité
d'une maladie de paupiere, laquelle conſiſtoit en fix
ulcéres , reftes de la petite vérole , irrités de telle
forte par une lecture affidue devantle feu & à la
lumiere , que j'ai été pendant deux ans dans l'impuiſſance
de lire même trois ſecondes de ſuite , il a
eu un ſuccès tel , que j'ai lu le ſur-lendemain
de la premiere opération une heure de ſuite , 35
pages in-8°. deux ou trois jours après la deuxième
opération ,& que je lis maintenant auſſi long-tems
que je veux ; ſuccès qui me paroît d'autant plus
furprenant , que l'uſage fréquent de pluſieurs collites
,& l'exécution ſcrupuleuſe de l'ordonnance de
lapartie la plus ſaine de la Médecine & de la Chifurgie,
m'a été moins falutaire.A Paris ce 22 Août
1748. Le Marquis DE FORBIN.
SPECTACLES.
L EMardi , 10 de ce mois , l'Académie Royale
de Muſique a donné la premiere repréſentation
de trois Actes,tirés de trois anciens Ballets. Le
premier, intitulé les Soirées de l'Eté, eſt pris du Ballet
des Fêtes de l'Eté ; les paroles font de M l'Abbé
Pellegrin , qui a fait tantde vers ſacrés & profanes
; la Muſique eſt de la compoſition de M. de
Monteclair , Auteur eſtimé de la Tragedie de
Jephté.
L'intrigue de cet Acte eſt un niodéle ou une co .
pie de la Provençale du gracieux Mouret. Le
Théatre repréſente les rives de la Seine , éclairées
parun Soleil couchant. Argante , tuteur & amant
jaloux d'Hortenfe , a conçu le deſſein de l'enlever
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
dans un des petits Bâteaux de la Porte S. Bernard,
voiture très -peu uſitée pour les enlevemens ; Lubin
, valet d'Argante , eft gagné par Doris , Suivante
& Confidente de la jeune Hortenſe , & le
petit Bâteau préparé pour ſervir les projets du jaloux
, les renverſe , & eſt employé contre lui pour
Liſis , l'amant aimé. La maniere, dont cette comique
catastrophe s'amene , eſt une Enigme à deviner.
La deuxiéme Entrée eſt intitulée l'Eſtime , troifiéme
Acte du Ballet des Amours déguiſés , dont
les paroles ſont de Monfieur Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure , & la Muſique eft de M Bourgeois
, Auteur d'autres ouvrages connus & débités.
Ce Ballet , plein d'une métaphysique galante &
quia toujours été fort applaudi auThéatre Lirique,
contient trois déguiſemens de l'amour ſous les ap.
parences de la haine , de l'amitié & de l'eftime.
Nous ne donnerons point d'extrait de la Scéne d'Ovide
& de Julie ; cela ne ſe peut exécuter qu'en la
gâtant. Elle a été parfaitement exécutée par Mlle
Fel & M. de Chaffé.
Voici un évenement nouveau fur le Parnaffe.
Le goût, la raiſon & la justice, eſperent qu'il ne ſera
point imité. Le dernier Acte des Fragmens n'eſt
fragment au plus que pour un quart. La Muſique
eft nouvelle & de M. Rameau , deſtiné pour la réformation
du ſtile harmonique , mais nous doutons
que le Public convienne que le correcteur des
paroles de M. de la Motte ait la même vocation.
On n'a point mis de nom d'Auteur des paroles à
la place qu'il occupe ordinairement , & on a bien
fait, car beaucoup de perſonnes trouveront que le
Pigmalion de M. de la Motte eſt plus mutilé que
le Paſquin de Rome. Le divertiſlement eft gai &
varié , le Statuaire & fa charmante petite Statuë
font inimitables,
SEPTEMBRE. 1748 . 223
Le Prologue, qui précede ces trois Actes , eſt le
Prologue des Amours de Vénus , Ballet de Mrs
Danchet & Campra.
Les Comédiens Italiens ontdonné une petite
Piéce intitulée la Bouche de Vérité, qui n'a pas
réuſſi . Il y a dans l'ancien Théatre de Gherardi
une Bouche de Vérité , Lazi de la Comédie de
Dufreny , intitulée la Foire S. Germain.
Le Mercredi 28 Août , les mêmes Comédiens ont
repréſenté Arlequin Amant malgré lui , Comédie
d'un Acte , qui a eu du ſuccès.
Ils ont remis ſur leur Théatre la Mere Confiden
te, très-bonne Comédie, en trois Actes, de M. de
Marivaux. Cette Piéce eſt infiniment eftimable
par la décence de ſon intrigue & par la beauté de
fes caractéres . C'eſt une école de vertu, tout à fait
intéreſſante . Les Auteurs ne devroient donner que
de pareilles leçons fur le Théatre :: on dira que
nous en bannirions bien des ouvrages.
Les Artificiers ultramontains , qui ſe repofoient
depuis trois mois , ont donné un Feu nouveau, intitulé
la Terraffe , qui a bien dédommagé de leur
inaction.
CONCERTS de la Cour .
Le Lundi 26 , le Mercredi 28 ,& le Samedi 31
Août , on exécuta en Concert chés la Reine le
Ballet de la Paix , de Mrs Rebel & Francoeur. Les
rôles furent chantés par Miles Chevalier , Fel ,
Mathieu & de Selle , ainſi que par Mrs Jéliotte ,
Poirier , Benoît , de Chaffé & Dangerville.
Le Mercredi 4 Septembre , le Mercredi 11 , le
Samedi 14 & le Lundi 16 , on exécuta le Prologue
&les quatre Actes du Ballet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont , Sur-Intendant de
Muſique de la Chambre du Roi. Miles Lalande ,
Romainville , Fel , de Selle & Mathieu ; Mrs Bela
K iiij
224 MERCURE DE FRANCE.
noît , Poirier , de Chaffé , Dubourg , le Page&
Godonneſche , en ont chanté les rôles.
ARTICLE
Sur la nouvelle Tragédie de Semiramis .
L
A Tragédie de Semiramis , de M de Voltaire ,
fut repréſentée pour la premiere fois le 29 du
mois dernier par les Comédiens François , & jamais
le Public ne montra tant d'empreſſement de
voir une Piéce nouvelle. Toutes les Loges , même
Jes fecondes , avoient été retenuës fix ſemaines d'avance.
Le jour de la Repréſentation , la ruë de la
Comédie dès une heure après midi fut remplie de
Curieux qui ſe préſenterent pour être témoins du
triomphe ou de la chute de l'Auteur. En un quart
d'heure les billets furent tous diſtribués , & l'on fut
même obligé de refuſer pluſieurs perſonnes , qui
ne pouvant trouver place ailleurs , demanderent
d'être admiſes au Parterre , en payant le mêre
prix qu'au Théatre. Ce qui est encore plus extraordinaire
, la plupart de celles , à qui l'entrée du
Spectacle fut interdite , ne quitterent point , pendant
que la Repréſentation dura , les avenuës des
portes, afin d'être à portée de ſçavoir par les Spectateurs,
qui de tems en tems fortoient pour reſpirer,
le ſuccès qu'avoit eu chaque Acte.
Il étoit difficile à M. de Voltaire de choiſir pour
premier perſonnage d'une PiéceTragique une Héroïne
plus célebre que Semiramis . Lorſque les
Hiſtoriens veulent louer l'eſprit & le courage de
quelque Princeſſe , ils croyent ne pouvoir nous en
donner une plus haute idée , qu'en la comparant
àcette Reine de l'Orient , également connue &
par l'éclat des qualités qu'elle fit briller ſur le
trône ,& par la grandeur du crime qui l'y plaça,
SEPTEMBRE. 1748 . 225
,
On ſçait que pour regner, elle fit périr ſon époux,
& que Ninias fon fils , pour venger la mort de ce
Monarque , la fit périr à ſon tour. Les Poëtes ayant
le privilége d'ajoûter des circonstances à l'hiſtoire,
pourvû qu'ils n'alterent pas les principaux faits
M. de Voltaire ſuppoſe qu'Afflur, ſorti du ſang des
Rois de Babilone , a éte complice de la mort de
Ninus , & a même attenté à la vie de Ninias , en
lui faiſant prendre , à l'inſçû de Semiramis , une
partie du poiſon qui a mis Ninus au tombeau ;
qu'un Courtiſan nommé Phradate a ſauvé les jours
du fils du Roi , & l'a élevé comme ſon fils ſous le
nom d'Arface ; que le jeune Prince , après la mort
de Phradate , lui a ſuccedé dans le commandement
des armées , & que la Reine , qui ne le connoît pas,
forme le deſſein de partager avec lui ſon trône &
fon lit.
Une partie de ces détails eſt expoſée ou prépa-
-rée dans le premier Acte. Ninias , ou le faux Arſace
, ouvre la Scéne avec Mitrane , ancien ami de
Phradate , & après avoir annoncé qu'il a été mandé
à la Cour par Semiramis, il déclare qu'il a un
dépôt important à remettre au Grand Prêtre Ofroës.
Le Souverain Pontife paroît , & le Prince lui
préſente un Diademe & une Epée , qu'Oſroës reconnoît
pour le Diadême & pour l'épée de Ninus.
Pendant que Ninias refléchit ſeul ſur les difcours
énigmatiques que lui a tenus le Grand Prêrre
, Afſur vient lui demander raiſon de ſon arrivée
à Babilone . Cet ambitieux , après que le faux
Arface , qui répond avec toute la fierté que lui
inſpirent ſes exploits , s'eſt retiré , fait entrevoir
qu'il touche au moment d'enlever le Sceptre à Semiramis
, & d'épouser Azema. Il fait place à la
Reine , qui informe les Spectateurs , qu'importunée
par ſes remords & par les apparitions fréquentesde
l'Ombre de Ninus , elle a envoyé confulter
Ky
226 MERCURE DEFRANCE.
Jupiter Ammon. Sur l'avis qu'un Prêtre de ce
Dieu demande à lui parler ,elle rentre pour être
inſtruite des moyens d'appaiſer les mânes de fon
époux.
Azema aime Ninias & en eſt aimée. Le ſecond
'Acte commence par les proteſtations qu'ils ſe font
d'une conſtance à toute épreuve. Ils font interrompus
par Affur. Le faux Arface , ajoûtant une nouvelle
marque de mépris à celles qu'il lui a déja
données, le laille avec la Princeſſe.Affur fait part à
Azema de ſes deſleins ſur elle,& n'en est pas mieux
traité que de Ninias. Cette Scéne eſt ſuivie d'une
entre Aflur & Semiramis , qui l'avertit qu'elle eſt
dans la réſolution de prendre un ſecond époux . Le
filence qu'elle garde ſur le choix auquel elle ſe détermine
, & la défenſe qu'elle lui faitde ſonger
Azema , le laiſſe dans l'incertitude s'il n'eſt pas celui
auquel la Reine deſtine ſa main.
Dans le troifiéme Acte , Semiramis convoque
tous les Ordres de l'Etat , & après leur avoir fait
jurerde reconnoître le Souverain qu'elle va leur
donner, elle nomme Arface. Ne s'occupant plus
qu'àterminer cette grande journée par la célebrationde
ſon mariage , elle ordonne au Grand Prêtre
de s'y diſpoſer , mais au même inſtant le tonnerre
gronde , l'Ombre de Ninus fort de ſon tombeau;
ce Roi demande que fa mort foit vengée,&
qu'elle le foit par le prétendu fils de Phradate.
La volonté des Dieux acheve de ſe manifeſter au
quatrième Acte par le Ministere do roës. Il dévoile
au faux Arface ſa naiflance ; il lui découvre
que Semiramis & Affur ont empoisonné Ninus , &
que pour fatisfaire aux ordres du Deſtin , il doit
aller chercher dans le tombeau du feu Roi les victimes
dévouées à ſa vengeance : il lui rend en même-
tems leDiadême & l'épée dont Ninias Pavoit
fait dépofitaire , & il lui fait lire une lettre , par La
SEPTEMBRE. 1748. 227
quelleNinus déſigne les auteurs de fa mort,& confirme
que ſon fiis a été ſauvé ſous le nom d'Arface.
Cet Acte eſt terminé par la reconnoiſſance de Semiramis
& de Ninias. Effrayée du trouble où elle
le ſurprend , elle s'empreſſe d'en ſçavoir la cauſe ;
elle jette les yeux ſur la lettre , elle l'arrache au
faux Arface, & fon déſeſpoir , en apprenant qu'elle
eſt la mere de ce Prince , & qu'il eſt inſtruit du
forfait par lequel elle a uſurpé le trône , eſt le
plus cruel ſupplice que lui réſervât l'Ombre vengereſſe
de Ninus.
La ſeconde Scéne du cinquiéme Acte ſe paſſe
entre Ninias & Azema. Cette jeune Princeſſe fait
des efforts inutiles pour diffuader le fils de Semiramis
de deſcendre dans le tombeau. Elle l'affûre
que ſon Rival en a profané l'afile , & qu'il médite
fans doute quelque nouveau crime. Ninias exécute
l'ordre qu'il a reçû des Dieux par la bouche d'Ofroës
. Bien- tôt il revient: il annonce à fon Amante
qu'il a vengé Ninus ,& qu'il a puni le coupable
Affur. Cependantje ne ſçais quelle horreur ſecrette
Pagite. Cette horreur redouble à la vue de ſon ennemi
, qui plein de vie fond fur lui. Elle parvient à
fon comble , lorſqu'il apperçoit Semiramis expirante
, qui fort de la tombe, où , avertie par Azemadu
danger que couroit Ninias , elle éroit allée
pour le défendre , & où ce jeune Prince , la pre
nant pour Affur , lui a porté le coup mortel.
Si aucun ouvrage Dramatique n'a plus excité
quecelui- ci la curiofité , aucun auſſi n'a peut- être
plus excité de diſputes. Quelques Spectateurs le
regardent comme la Tragédie la mieux conduite
deM. de Voltaire. D'autres prétendent qu'on a
beaucoup de peine à reconnoître Semiramis dans
une Princefle toujours occupée de la crainte d'un
Phantôme, & aflés imprudente pour avoir pris fans
néceſſitéuncomplice du meurtre de Ninus. Ils ne
Kvj
228 MERCUREDEFRANCE .
e
comprennent pas comment cette Reine, non contente
d'avoir afſocié Afſur à ſon crime , revele de
telles horreurs à un Confident ſubalterne , & comment
Affur tombe dans la même faute. Ce dernier
Perſonnage leur paroît n'être introduit dans la
Piéce , que pour faire des ſottiſes , ou s'en entendre
d're * Selon eux Azema eſt un perſonnage abſolument
épiſodique , &tout- à- fait inutile à la Tragé.
die. Il ne peut , diſent- ils , y avoir aucun intérêt
dans le Poëme , parce que dans les quatre premiers
Actes Ninias n'eſt nulle part en un véritable danger
,& que dans le cinquiéme le projet imaginé
parAſſur, pour ſe défaire de ce jeune Héros , eſt ſi
extraordinaire& fi peu vrai-femblable qu'on eft
plus frappédu peu de jugement d'Aflur , que du
danger de Ninias. D'ailleurs , ajoûtent les Critiques,
la catastrophe eſt trop prévûë par le Spectateur
pour qu'il ait la moindre inquiétude ſur la
maniere dont la Tragédie ſe terminera . L'événement
qui amene cette catastrophe , eſt ſurtout un
des principaux obiets de la cenſure. Pluſieurs perſonnes
refuſentde ſe prêter à la fuppofition que
Semiramis , conduite au tombeau de Ninus par le
defir de ſauver ſon fils ,y entre ſans fe faire accompagner
C'eſt au Public à décider ſi ces objections ſont
saifonnables . Juſqu'à préſent il a parû qu'elles ne
faifoien fur lui qu'une légere impreffion , & à la
dixéme Repréſentation de la nouvelle Tragédie ,
l'aſſemblée étoit encore très nombreuſe. Le grand
nombre de Partiſans d'un Auteur , leurs cabales &
fon manége , peuvent pendant quelque jours attirer
l'affluence à une Piece , mais il eſt rare qu'un .
Poëme Dramatique ſe ſoutienne long- tems s'il n'a
de véritables be utés. Aufſi celui de M. de Voltaire
* Letire critiqueſur la Tragédie de Semiramis.
SEPTEMBRE. 1748. 229
2
en a-t'il beaucoup. Ses Adverſaires les plus obftinés
font forcés d'en convenir . Semiramis étant
honorée d'un ſuccès brillant , ils ne peuvent la déprimer,
ſans relever extrêmement les autres ouvrages
ſortis de la même plume. Dire que celui- ci ne
mérite point ſa réufſite , ce ſeroit avoiter que le
nom de M. de Voltaire en impoſe aux Spectateurs,
&peut faire paſſer pour bonnes fes productions les
plus imparfaites. Peut- être certains Poëtes ſeroientilsplus
flatés d'exercer ce deſpotiſme ſur les efprits,
que d'avoir fait une excellente Tragédie ?
:
1
MEMOIRE fur la vie & les ouvrages
T
de feu M. Germain.
Homas Germain nâquit àParis le 19Août
1574. Son pere étoit Orfèvre du Roi , &l'un
des plus habiles Artiſtes de ſon tems. Il fut logé
auxGalleries du Louvre ,pour avoir fait en or les
couvertures du livre des Conquêtes de LouisXIV.
Tous les bas reliefs repréſentoient les differens
avantages remportés par les troupes de ce Prince.
Ils font traités avec toute la correction , la délicateſſe&
la netteté , imaginables. Il mourut à trentecinq
ans , & laiſſa ſon fils âgé de ſept à huit ans.
Cet enfant dès ſa plus tendre jeuneſſe marqua un
amour décidé pour le deſſeing. Sa mere , ne voulant
point gêner ſon inclination , l'envoya à l'Ecole
de M. Boulongne l'aîné, où il deſſina juſqu'a
fon départ pour Rome,
Il partit pour l'Italie en 1688 , ſous la protection
de M. de Louvois , mais il eut le malheur à ſon ar
vée , d'apprendre la mort de ſon Protecteur. N'étantpas
en état de gagner ſa vie, & n'ayant qu'un
peu de deſſeing & un commencement de cizelait,
il ſe mit chés un Orfèvre en apprentiſſage pour fix
:
230 MERCURE DE FRANCE.
ans, à condition qu'on lui donneroit deux heures
par jour pour aller deſſiner au Vatican , ce qu'il fir
avec tant d'application , qu'au bout de quelques
années , s'étant préſenté un ouvrage conſidérable
à faire aux Jéſuites , il fit des deſſeings , qui furent
agréés, & qu'il exécuta à la fatisfaction du public.
Entre ces morceaux, font un S. Ignace de neuf ou
dix pieds de haut , & un devant d'Autel en argent.
M. Germain étoit extrêmement lié avec M. le
Gros , & il abeaucoup travaillé de ſculpture avec
lui. Il a fait pendant ſon ſéjour à Rome plufieurs
grands baſſins d'argent , ornés de bas reliefs ,
repréſentant l'hiſtoire des Médicis. Ces baffins
font à Florence dans le Palais des Grands Ducs .
Après douze années confécutives de ſéjour à
Rome , M. Germain parcourut pendant trois ans
differens endroits de l'Italie ,& par tout où il pafla,
il laiſſa de ſes ouvrages. On voit à Livourne une
Egliſe qui eſt bâtie ſur ſes deſſeings , &dont il a
conduit l'exécution ; elle eſt admirée des connoif
feurs.
Revenu en France en 1704 , il y a compoſé une
infinité de morceaux,tant d'orfevrerie que de ſculpture.
Afon arrivée à Paris, il fut chargé d'un des trophées,
qui font ſur les piliers du Choeur de Nôtre-
Dame. Il fit en 1722 le Soleil que le Roi a donné
àl'Egliſe de Reims le jour de ſon Sacre , & dont
Sa Majesté fut ſi ſatisfaite qu'elle lui donna un logement
aux Galeries du Louvre ; en 1726 , la Toilette
de la Reine , en 1729 , la Toilette de la Reine
d'Eſpagne ; en 1732 , celle de la Princeſſe du Bréfil;
en 1738 , les Toilettes du Roi & de la Reine de
Naples , avec des cadenats d'or & autres ouvrages
d'or ; en 1742 , une table d'argent avec une grande
cuvette accompagnée d'un grand vaſe , &autres
piéces , pour les préſens que le Roi a fairs au
Grand Seigneur ; en 1739 & 1741 , la vaiffelle
SEPTEMBRE. 1748. 237
complette du Roi de Dannemarcx. Il a fait aufli
pour le Roi de Portugal pluſieurs ouvrages confidérables
, tant en or qu'en argent. L'année 1738
il fut élû Echevin comme Notable.
Dans la même année , ayant eû occafion de
parler à M. le Cardinal de Fleury du Bâtiment de
l'Egliſe de S. Thomas , il reçût ordre de ce Minif
tre de faire exécuter le deſſein qu'il lui fit voir , &
on le choifit pour la conduite de cet Edifice .
La Toilette de Madame la Dauphine eſt un
des ouvrages de ce célébre Artiſte les plus eſtimés.
Les derniers morceaux , qu'il a livrés à Sa Majesté
au commencement de cette année , ſont deux Girandoles
d'or à cinq branches , de dix-huit pouces
de haut , peſant foixante-cinq marcs chacune ,
dont la compofition , le fini , & le détail , ſont au
deſſus de la critique la plus ſévére.
Le 10 du mois dernier , M. Germain fut attaqué
d'une fiévre violente mêlée de malignité ,& il fut
dans un afſoupiſſement continuel juſqu'au 12 ,
que la connoiffance lui revint. On profita du moment
pour lui faire recevoir le Viatique. A peine
l'eût- il reçû qu'il retomba dans ſon afſoupiffement
,& il mourut le 14 , univerſellement regretté.
Son corps fut porté à S. Germain l'Auxerrois
&de-là tranſporté à S. Louis-du-Louvre ,
lieu de ſa ſépulture.
,
Le Roi a accordé à ſon fils fa ſurvivance & tou
tes ſes places.
ADDITION à l'article de l'expofition
desTableauх.
DEpuis l'impreffion del'article fur les differens
ouvrages de Peinture , de Sculpture &de
Gravure ,expoſés au Salon duLouvre , les fept
232 MERCURE DEFRANCE.
Tableaux , que M. de Troy a envoyés de Rome,
ont été placés dans la Galerie d'Apollon. Ils repréſentent
l'hiſtoire de Jaſon &de Medée &
dans tous on a admiré le feu , la fécondité & la facilité
du pinceau de l'Auteur. On auroit cependant
deſiré qu'il eût donné à Jaſon un air plus noble&
une taille plus avantageuſe.
Nous profitons de l'occaſion de cette addition ,
pour payer un juſte tribut de louanges aux deux
Groupes de la Chaffe & de la Pêche , compoſés
par M. Adam l'aîné , & à deux ſtatues de Venus
&de Mercure , de M. Pigalle. Le Mercure , furtout,
auroit pû donner de la jalouſfie aux Sculpteurs
les plus renommés de l'ancienne Gréce. Ces ouvrages
ſont deſtinés pour le Roi de Pruſſe On les
voit au Louvre dans les atteliers de M. Pigalle &
de M. Adam.
1
MORTS.
Louis , Comtede Mailli,
mort à Paris le 30
Juillet , & fur lequel nous avons promis un
article plus étendu que celui donné dans le dernier
Mercure , n'a point laiſſé de poſtérité. Il eût pour
freres 1º. N. de Mailli , Comte de Rubempré, Ма-
réchal des Camps & armées du Roi , & Premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , à qui paſſe aujourd'hui
le titre de Comte de Mailli ; 2 °. Françoisde
Mailli , Commandeur de l'Ordre de Malte ,
ci devant Meſtre de Camp d'un Régiment de Dragons
; & pour foeurs , 1º. Françoiſe de Mailli ,
mariée en premieres noces le premier Septembre
1700 à Louis Phelyppeaux , Marquis de la Vri
liete , Commandeur des Ordres du Roi, Miniſtre &
Secretaire d'Etat , dont elle a eu Louis Phelyppeaux
, Comte de Saint Florentin , Commandeur
SEPTEMBRE. 1748. 233
des Ordres du Roi , Chancelier de la Reine ,
Secretaire d'Etat ; Marie Jeanne Phelyppeaux
, mariée à Jean-Frederic Phelyppeaux de
Pontchartrain , Comte de Maurepas , Comman
deur des Ordres du Roi , Miniſtre & Secretaire
d'Etat , & Loüife- Françoiſe Phelyppeaux , mariée
à Loüis Robert Hippolyte de Bechaud , Comte
de Plélo , Meſtre de-Camp d'un Régiment de
Dragons , puis Sous Lieutenant des Gendarmes
de Flandres , & Ambaſſadeur du Roi en Dannemarck
, tué à Dantzick à l'attaque des retranchemens
des Ruffiens le 27 Mai 1734;& en ſecondes
nôces le 14 Juin 1731 àPaul-Jules de la Porte
Mazarini , Duc de Mazarin,de la Meilleraye & de
Mayenne , & fut honorée de la Charge de Dame
d'Atour de la Reine le 19 Août de la même année
ſur la démiffion de ſa mere ; 2° . Françoiſe - Lotiiſe
de Mailli , mariée le 11 Janvier 1706 , à N. de
Beauffremont , Marquis de Liſtenois , Chevalier
de la Toiſon d'or , & Maréchal des Camps & Armées
du Roi 3°. Françoise de Mailli , mariée en
Juillet 1709 , à Scipion Armand , Vicomte de
Polignac , Gouverneur du Puy-en- Velai & de
Chalançon. Loüis de Mailli,épouſa le 30 Juin 1726
Louiſe de Mailli , fille de Louis de Mailli ,Marquis
de Nefle , ci-devant Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Ecoflois , Commandant
de la Gendarmerie, & Brigadier des Armées
du Roi. Il étoit fils de Loüis , Comte de Mailli ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi, & Meſtre.
de CampGénéral des Dragons , & de Marie- Françoiſe
de Sainte Hermine , Dame d'Atour de Mar
dame la Dauphine , mere du Roi , & enſuite de la
Reine ; petit- fils de Loüis- Charles de Mailli ,
Marquis de Nefſle , qui ſe trouva aux batailles de
Rocroi , de Fribourg & de Nortlingue , où il reçût
troisgrandes bleſſures ; accompagna Louis XIV.
234 MERCURE DEFRANCE .
auxguerres deFlandres, deHollande,&aux expé
ditions de la Franche-Comté,& releva la grandeur
de ſa Maiſon par ſa prudence , ſabonne conduite,
&fonmariage contracté le4 Décembre 1648 avec
Jeanne de Monchi , fille de Bertrand de Monchi
Marquis de Montcarvel , & de Marguerite aux
Epaules , dite de Laval , Marquiſe de Nefle. Ce
Loüis-Charles, Tige des Mailli de Neſle , étoir
troifiéme fils de René III , Seigneur & Baron de
Mailli , qui eût pour ayeul René I , Baron de
Mailli , Chevalier de l'Ordre du Roi , à qui Fran
çois Premier , dans des Lettres Patentes , par lefquelles
il lui accorda les Droits Seigneuriaux de la
Terre de Mailli ,donna le titrede Coufin , parce
que , dit- il , il appartient de près & par lignage à
la Reine Claude , ſon épouse , fille de Loiis XII.
René I deſcendoit en ligne directe de Gilles I ,
Baron de Mailli , qui vers le milieu du treiziéme
fiécle , faiſant le voyage de la Terre- Sainte , mena
avec lui neufChevaliers , & avoit trois mille livres
de penſion. Moreri , qui commence par ce Seigneur
la génealogie de cette illustre Maiſon , remarque
que les Auteurs font mention d'un Anſelme
de Mailli , tué à la priſe de Lille en 1070 ,
lequel gouvernoit la Flandre ſous la Comteffe
Richilde , & cela fuffit pour faire juger à ceux qui
connoiffent les anciens uſages , quelle peut être
l'ancienneté d'une famille qui dans des tems fi reculés
poflédoit auprès des Princes les premiers
emplois. Il eſt fâcheux que les ravages desguerres
, ſe joignant à l'ignorance qui pendant près de
quatre fiécles a dominé ſouverainement en France
, ayent répandu des ténébres impénétrables
fur l'originede ces grandes & illuftres Maiſons qui
font la gloire de l'Etat,& qui en font dans les tems
orageux la reffource la plus ordinaire & la plus
ellűrée.
SEPTEMBRE. 1748. 239
Le 14 Août,Jerôme- Louis de Foudrasde Courcenai,
Evêque de Poitiers , & Abbé de l'Abbaye de Saint
Liguaire , Diocéſe de Xaintes , mourut dans ſon
Diocéſe, âgé de ſoixante- dix ans. Il avoit été nommé
Coadjuteur de Poitiers en 1720. La famille de
Foudras eſt très - ancienne dans le Laudunois ; elle
étoit connnë avant 1300 , &dans ces derniers tems
elle adonné des Chanoines Comtes de Lyon .
Le 15 , Louis d'Argouges , Marquis de Rannes ,
mourut en ſon Château de Rannes dans la quatrevingtième
année de ſon âge. Il avoit été Meſtre
de-Camp de Dragons ,& Capitaine- Lieutenant
desGendarmes de Bourgogne en 1690 , Brigadier
des Armées du Roi en 1702 , Maréchal de Camp
le 12 Novembre 1708. Il épouſa N .. d'Hernoton,
fille de François-Joſeph d'Hernoton , Baron de
l'ancienne Baronnie du Pont en Bretagne , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , & de
Marie-Renée de Freſnoi , dont il a eu pluſieurs
enfans. Charles-Louis d'Argouges , Marquis de
Rannes , l'und'eux , fut nommé Meſtre-de- Camp
du Régiment de Dragons de Languedoc le is
Avril 1738 , & a épousé le 29 Mars 1742 Marie-
Angelique-Claudine-Henriette de Bec- de-Liévre;
âgée de vingt ans , fille de Louis Bec-de- Liévre ,
Marquis de Cani , Seigneur de Nettanville & de
Creſpeville , & de défunte Jeanne-Henriette-
Catherine Tourtain d'Harbeville , ſa troifiéme
femme.
Le premier Septembre , Marie de Ne'tancour de
Vaubecourt , veuve de François Comte d'Estaing ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
des Armées de Sa Majesté , & Gouverneur de
Douai , du Fort de l'Eſcarpe , & de Châlons- fur-
Marne, mourut à S. Mandé- lès- Paris , âgée d'environ
quatre-vingt-cing ans.Elle étoit fille de Nicolas
de Nettancour d'Hauſſonville , Comte de Vauber
236 MERCURE DE FRANCE .
court , Lieutenant Général des Armées du Roi , &
du Gouvernement des Ville & Evêché de Metz , &
Gouverneur de Châlons , & de Claire Guillelmine
de Chavaudon , ſa ſeconde femme. Elle avoit
épousé le Comte d'Eſteing le 30 Avril 1692 ......
Voyez Du Tourni T. 9. p. 274 .
Le même jour , Marie Magdeleine le Prevost diu
Four , veuve de Paul Comte de Fiennes , mourut
àParis.
Le 2, Catherine - Eulalie Hamard, épouſe de M.
le Marquis du Perrier , mourut à Paris ſur la Paroifle
de Saint Sulpice .
Le 7 Août , mourut à Marseille , Paul de Felix
de Greffet , Chevalier Comte de Villarfouchard ,
Seigneur de la Ferratiere , dans la quatre vingt
ſeptième année de ſon âge , étant né au mois de
Juin 1662. Il laiſſe un fils de fon mariage avec
Dame Venture de Sebolin .
Le défunt étoit fils de Henri de Felix , Chevalier,
Comte de Villarfouchard , Seigneur de la Ferratiere
, Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Rơi
Louis XIII , qui l'honora de fon eſtime , & à qui
le Roi Louis XIV fit l'honneur d'être Parein
de ſon fils aîné, frere du défunt , pour laquelle
cérémonie fut député en 1644Char'es de Schonrberg
, Chevalier des Ordres du Rơi, Duc d'Alluyn,
Pair & Maréchal de France , & Gouverneur. du
Languedoc , qui tint ledit enfant au nom du Roi
fur les Fonts Baptifmaux.
L'ayeal du défunt étoit Jean de Felix , Chevalier
, Comte de Villarfouchard , Seigneur de la
Ferratiere , qui fut Gentilhomme de la ReineMarguerite
de Valois , premiere femine du Roi Henri
IV.
Le luftre & l'ancienneté de la Nobleffe de la
Maiſon de Felix ſont mentionnés dans pluſieurs
Auteurs Italiens comme Philibert Pingon , la
SEPTEMBRE. 1748. 237
1
Chieza , &c . Carigliani , dans ſes Investigationes
Historica & Genealogica Familiarum illustrium Italia,
rapporte l'origine de cette Maiſon aux anciens
Comtes de Tusculane , d'où deſcend la Maiſon
Conti , de Rome.
La Maiſon de Felix a produit un Cardinal en la
perſonne de Jean Felix , qui fut élevé à la Pourpre
par le Pape Clement III en 1188.11 étoit fils d'Odon
Felix , qui fut envoyé en Ambaſſade en 1120 , au
Pape Caliſte 11 , par Amedée III , Comte de Piémont.
,
Cette Maiſon de Felix ſe termina en 1266 en
une fille Marguerite Felix qui joignait à la
naffance de très-grands biens , & qui épouſa Sorleo
Grimaldy, à condition que lui & ſes deſcendans
porteroient uniquement le nom & les armes de
Felix ; & c'eſt ainſi que la Maiſon de Felix , diviſée
aujourd'hui en pluſieurs branches ,tire ſon origine
d'eſtoc paternel de l'illuſtre Maiſon de Grimaldy.
Voyez Charles de Granpré , dans la ſeconde éditionde
ſon Armorial.
Ą VIS.
Es Maſtres de la Penfion d'Alfort ont tranf
Le Paris à l'Hôtel de
Vauvrai , ruë de Seine Saint Victor. Its prennent
les enfans fort jeunes ,& ils leur montrent à lire
par le Bureau Typographique.A l'égard du Latın,
ils inſiſtent toujours plus fur l'explication& la traduction
des Auteurs , que fur les divers genres de
compofition , méthode qui est conſtamment plus
utile au grand nombre , & qui ne manque preſque
jamais de réuffir avec le tems. A cette étude
principale ils joignent l'Ecriture, Parithmétique ,
leDeſſein, l'Histoire & la Géographie. De plus
ils fourniſſent des Maîtres pour montrer les Elémens
de Géométrie , la Muſique & la Danſe .
L
AVIS des Auteurs du Mercure.
Es perſonnes , qui doivent des Mercures
, font inſtamment priées de
s'acquitter inceſſamment.
J
APPROBATION.
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Septem
bre 1748. A Paris le premier Octobre 1748.
BONAMY.
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Poëme ſur la Paix , 3
In Ludovicum Regem , 6
Queſtions à l'occaſion du Projet d'une meſure
univerſelle , 7
Ode tirée du Pſeaume XLV , Jubilate Deo omnis
terra , &c. 10
Seconde Lettre ſur le Solitaire , 13
Vers àMad. J. M. pour le jour de ſa Fête, &c. 20
L'Amour Peintre , à Mile * * 21
,
Madrigal àMlle de * , 22
Penfées Morales , 23
Epitre écrite le premier Janvier ; 25 .
Lettre d'un Sçavant de Hollande ; 29
dePruffe
Traduction de l'Epitre de M. de Voltaire au Roi
, 33
Epitaphe de Mad. la Maréchale de Noailles , 36
Remarques du P. Texte , Dominicain , 37
Cantate , 41
Lettre de M. Michault , 43
Epitre à M. de la Bruere , 47
Epigramme , 48
Autre , 49
Diſcours ſur quelques Médailles , SO
Ode ſur les vanités du monde , 55
Etabliſſement des Ecoles de Mathématiques dans
la Ville de Reims , 59
Mémoire de M. Ferrand de Monthelon , 71
,
Vers à M. de R * * en lui envoyant un Serin de
Canarie , 74
Autres à M. de B *** , qui vouloit ſe marier à
ſoixante ans , ſur deux rimes ,
Réponſe de M. de la Font de Saint Yenne à la
lettre de M. l'Abbé Rainal ,
78
80
Epitre de M. de la Soriniere à M. Corvaifier , 83
Conjectures ſur la méchanique employée pour
électrifer les corps ,
Lettre écrite de Nevers ,
Vers à M. de Bufon , &c.
Lettre de Mlle L. àM.
85
Le mourant& les Médecins , Fable , 95
96
ΙΟΙ
103
Vers préſentés à Mile ***,
Diſcours fur le vrai bonheur ,
109
110
Vers à M. D. B. 115
Lettre écrite de Paris , ibida
Vers à Mille Cleron , 120
Lettre ſur la Garance , 121
Mots des Logogryphes & des Enigmes du Mercure
d'Août , 125
Enigmes & Logogryphes , ibid
Explication de ceux de Juillet , 130
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 133
Estampes nouvelles , 158
Expofition des Tableaux au Salon du Louvre, 159
Nouvelles Etrangeres, de Conſtantinople, &c. 165
France , nouvelles de la Cour , de Paris ,&c. 190
Bénéficesdonnés , 194
Célebration de la Fête de S. Louis par l'Académie
Françoiſe , par l'Académie Royale & celle des
Inſcriptions ,&c. 196
Séance publique de l'Académie Françoiſe , 197
Lettre de M. Daviel ,&c. fur les cataractes , 198
Spectacles , Concerts de la Cour , & Extrait de
Sémiramis , nouvelle Tragédie , 221
Mémoire ſur la vie & les ouvrages de feu M. Germain
, 229
Addition à l'article de l'expoſition des Tableaux ,
231
Morts, 234
Fautes à corrigerdans le Mercure du mois
de Juillet , à l'Extrait du Mémoire de
M. de la Condamine sur une Meſure universelle.
PAge
18,1. 17 , Ses oſcillations font ifochrones,
c'est- à- dire ſe font toutes dans des tems
égaux. Lifez, ſes ofcillations ſont preſque iſochrones
, c'est-à-dire , ſe font toutes dans des tems
preſque égaux.
P. 22 ,1. 9 plus d'oſcillations qu'àParis. Lifez ,
moinsd'oſcillations qu'à Paris.
LaChanjon notée doit regarder la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
220
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
IGIT
UT SPARGAT
Ches
pillons
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veave PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
AvecApprobation& Privilege du Roi.
AVIS.
840.6
M558
1748
L
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons ,fauxbourg Saint
cct , Germain , à l'Hôtel de Macon. Nous prions
très - instamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir le
Port ,pour nous épargner le déplaisir de les
rebuter , & à eux celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de Francede la premiere main, Oplus promptement,
n'auront qu'à écrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettreſur les adreſſesàM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EANCE PUBLIQUE ,
tenue le 13 Aoûtpar l'Académie des Sciences,
Belles- Lettres & Arts, de Rouën.
Ndiſtribua aux Eleves de l'Ecole
gratuite de Deſſeing les quatre
Prix , dont les deux premiers ont
été fondés parMadame de Marle ,
pour la Claffe du Modéle , & les deux autres
par Madame leCat ,, pour celles du
Deffeing & de la Boſſe.
L'Académie avoit propoſé pour le Prix
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
d'Histoire de cette année , l'état de la Normandie,
oouu nouvelle Neuſtrie , en 912 ,
tant par rapport à ſa ſituation topographique
, que par rapport à la Religion. Ge
dernier objet n'ayant point été ſuffiſam- .
ment rempli dans les Mémoires qui ont été
préſentés à cette Compagnie , M. de Premagný
, Secretaire pour les Belles-Lettres,
annonça qu'elle s'étoit déterminée à remettre
le Prix à l'année prochaine. Les
Auteurs pourront faire les recherches néceſſaires
pour l'éclairciſſement de ce point
d'Histoire , & leurs Mémoires ſeront de
nouveau admis au concours , pourvû qu'on
les envoye avant le premier Juin 1749 ,
ſous la forme ordinaire , à l'adreſſe de
de M. de Premagny .
M. Guerin , Secretaire pour les Sciences,
déclara le Mémoire auquel l'Académic
avoit adjugé le Prix de Phyſique. Il y a
deux ans qu'elle propoſa pour ſujet de ce
prix , la cauſe de l'aſcenſion & de laſufpenfion
des liqueurs dans les tuyaux capillaires
,&Lapplication de cette cause aux phénomenes
de la nature , qui en dépendent.
Ayant jugé qu'on n'avoit point fatisfait
aux conditions qu'elle avoit impoſées, elle
a propoſé une ſeconde fois le même ſujet
pourcette année,&elle adonné le Prix au
Mémoire quia pourdeviſe, Fortis eft veritas
OCTOBRE. 1748,
pravalet , dont l'Auteur est M.l'Abbé Sigergue
, Licencié de Sorbonne, & Profeffeur
de Philofophie au Collège du Pleffis.
Parmi les Mémoires qui ont concoura
avec le précedent , celui qui en a le plus
approché , eſt le Mémoire qui a pour devife.
Miraturquè novos ſemine nonſuo
Arbor crefcerefurculos.
:
L'Auteur eſt M. Maillet du Boullay ,
de cette Ville , âgé de dix- neuf ans .
Après avoir annoncé le ſujet que l'Académie
propoſe pour le Prix de 1749 ,
ſçavoir , les differences effentielles du Foetus
comparé à l'Adulte , & les usages particuliers
de ces differences * , M. Guerin
lût les Eloges de M. l'Abbé de Saint
Hilaire , Chanoine & Chancelier de
l'Egliſe de Rouen , Vicaire Général
du Diocèſe , & Membre Honoraire de
l'Académie , & de M. le Rat , Directeur
des Pompes de la Ville , Membre de la Société
des Arts de Paris , & de l'Académie
de Rouën.
* Les Auteurs adreſſeront leurs Mémoires , ſous
la forme univerſellement uſitée , à M. Guerin ,
Secretaire de l'Académie , rue S. Romain , avant
le premier juin 1749 , & le Prix , qui conſiſte en
une Médaille d'or de 300 liv. ſera diſtribué le
-premier Mardi d'Août , dans la Séance publique.
ک
A iij
6 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Abbé de Saint Hilaire eſt peim
dans ſon Eloge, comme un de ces hommes
privilegiés , à qui la Nature a donné un
goût général pour tout ce qui eſt beau. Ces
difpofitions furent foutenuës par une éducationdigne
de ſa naiſſance,& dans la ſuitede
ſa vie, pardes ſituations avantageuſes
qui développerent les précieux germes de
ſcience & de vertu que la Nature avoit
mis dans ſon ame .
La paffion dominante de M. le Rat étoit
l'amour de la Méchanique. Quelques circonſtances
le fixerent à la conſtruction des
Pompes. C'eſt lui qui a donné , au moins
à celles de Rouën , le degré de perfection
qu'elles ont. Avant lui, les piéces des Pompes
n'étoient unies enſemble que par des
cuirs &des cordes poiffées. M. le Rat , à
la place de ces cordes & de ces cuirs, a mis
fur un des tuyaux un écrou mobile , & fur
l'autre une vis . On fent aisément dans l'uſage
la difference de l'une & de l'autre
pratique. L'eau qui fortoit d'une Pompe
n'étoit conduite que par un boyau. Pour
éviter l'embarras de la direction de cette
eſpece de tuyau,& réparer ſon peu de ſolidité
, M. le Rat inventa un genoüil , qu'il
ajuſta au tuyau de fortie. Par ce moyen , la
conduite de l'eau ſe dirige aisément en
tous ſens , & ſe fixe ſuffisamment,
OCTOBRE. 1748. 7
Il n'y a point de partie que M. le Rat
n'ait perfectionnée dans les Pompes , parce
qu'il y en avoit peu de fon tems qui
n'euſſent desdéfauts.
La lecture de ces deux Eloges fut ſuivie
de celle d'un Mémoire de M. Guérin , ſur
une Carriere finguliere , trouvée dans la
vallée de Bondeville à une lieuë de Rouën.
Cette Carriere n'a nulle reſſemblance avec
les autres Carrieres . Elle eſt un amas confus
de differentes fortes de matieres que le
hazard ſemble avoir raſſemblées dans ce
lieu ; elle n'a qu'un ſeul lit de quatre pieds
de profondeur , au- deſſous de deux pieds
environ de terre ordinaire , & elle s'étend
juſqu'au bord de la Seine. Au-deſſous de
ce lit unique eſt un bourbier dont on ne
ſçauroit trouver le fond ....
M.Guerin , après avoir décrit l'eſpece de
pierre qu'on tire de cette Carriere , en affigne
les uſages , & il expoſe ſes conjectures
ſur ſa formation. Cela lui donne oc
cafion d'expliquer comment le méchaniſme
établi dans notre Globe , & qui s'y
perpétuë depuis l'origine des tems , répare
les déſordres accidentels qui y arrivent.
M. le Cat lut enſuite un Mémoire fur
la cauſe des variations du Barométre. Ce
Phyſicien ne veut pas qu'on attribuë la
ſuſpenſiondumercure dans cet inſtrument
Aiiij
8 MERCURE DEFRANCE.
à la péſanteur de l'air , mais à la compref
fion de ce fluide. Il a long- tems foupçon
né que la principale cauſe des variations
du Barometre étoit une certaine communication
entre le vuide de la partie fupérieure
du Barometre , & un air fubtil ,
mais il s'eſt affûré par des expériences trèscurieuſes
, faites avec des Barométres, dont
quelques-uns avoient des boules conſidérables
ou des bouteilles à leur partie ſupérieure
, que ce vuide & ſa communication
avec l'air fubtil n'ont aucune part à ces variations.
Il les attribue donc à l'air des
differens climats apporté par les vents. Les
vents, qui apportentun air de l'Equateur ,
font baiffer le Barométre , parce que l'air
de l'Equateur eft rare , ſans confiſtence, &
incapable d'une forte compreſſion ſur le
mercure. Les vents , qui apportent un air
du Nord , font hauffer le mercure , parce
ce vent eſt denfe & capable d'une forte
compreffion. M. le Cat remarque que c'eſt
le vent Sud- Sud Oueſt , & non pas le vent
Sud , qui apporte l'air de l'Equateur , & le
vent Est Nord-Est , & non pas le vent
Nord , qui apporte l'air du Nord , & il en
rend raiſon . Il a obſervé que ces vents
Sud- Sud Oüeft & Est-Nord-Est ne produiſent
pas toujours les mêmes effets , parce
que ſouvent il regne dans l'Atmosphe
OCTOBRE. 1748.
노
re pluſieurs vents à la fois , & l'état du Ba
rométre dépend alors de la combinaiſon
de ces vents ou de la température qui réſulte
de la combinaiſon des differens airs
qu'ils apportent. Cet Académicien a donné
ces conjectures d'après un grand nombre
d'obſervations . Les Barométres de differens
calibres , dont M. le Cat s'eſt ſervi ,
lui ont auſſi fourni l'occaſion de découvrir
que dans ceux d'un grand calibre le mer+
cure ſe ſoutient pluſieurs lignes plus haut
quedansceux d'un petit calibre & qu'ainſi
les obſervations faites par cet inſtrument
ne sçauroient être comparables , que le
calibre des Barométres ne foit déſigné.
Il rapporte enſuite les obſervations mé
téorologiques de l'année.
La quantité d'eau de pluye , tombée à
Rouen , eft par ces obſervations de 23 pouces
3 lignes , ce qui eſt 4pouces de plus
que ne donne l'année commune à Paris.
Le jour le plus froid de l'année a été à
Rouen les Janvier , le Thermométre de
M. de Réaumur y étant à 7º un tiers
au-deſſous du terme de la glace.
Le jour le plus chaud a été le 23 Juin ,
le Thermometre y étantà 29 °.
Nous paffons les autresobſervations du
Baromérre , de l'Hygrométre, & des maladies
de chaque ſaiſon , qui font partie de
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ces obfervations , & nous finirons cet Extrait
, comme l'Auteur, par l'obſervation du
Parhelie , arrivé le 20 Juillet à 6 heures
37 minutes du foir , & qui a éré vû pendant
7 minutes , à environ 24 degrés au
Nord Eſt du Soleil ,dans une portion de
Couronne Solaire , que les Phyſiciens appellent
Halo.
Pluſieurs Philofophes penſentque ce Phénomene
eft caufé par des vapeurs glacées ,
qui réflechiffent l'image du Soleil. L'obſervation
de M. le Cat ſemble convertir
cette conjecture en fait. Desgersqui n'ont
point vû le Parhelie , & qui n'en ont pas
même entendu parler , ont rapporté à cet
Académicien , qu'il étoit tombé à Caën &
à quelques lieuës de Rouën , une grêle qui
avoit cela de fingulier , qu'elle n'avoit
point la figure arrondie de la grêle ordinaire
, mais qu'elle paroiſſoit être des debris
d'une glace brifée .
A la lecture du Mémoire de M. le Cat
fucceda celle d'un Diſcours dans lequelM.
l'Abbé Yart prouva que le ſentiment eſt le
principe & l'effet de la Poësie . Il fit voir
dans la premiere partie , que les Poëtes
n'ont été originaux, qu'à proportion qu'ils
ont eu une ame plus ſuſceptible des pafſions
convenables aux genres qu'ils ont
traités ; il montra dansıda feconde , que le
OCTOBRE. 1748.
Lecteur n'a de plaiſir qu'autant qu'il eſt
ému de la paſſion qui anime le Poëte.
M. de la Roche lût une Differtation ſur
l'origine & le progrès de la Poudre à canon
en Europe , & principalement en
France. Il fait d'abord obſerver par le témoignage
de nos propres Archives & par
celui de pluſieurs Hiſtoriens , que la Poudre&
les canons étoient en uſage en France
au commencement du quatorziéme fiécle;
que conféquemment c'eſt une erreur
dans l'opinion vulgaire , de fixer l'époque
de l'invention de la Poudre au milieu ou
à la fin de ce même ſiècle , & de l'attribuer
à Bertholde Schowart, Moine de Fribourg
en Allemagne. Selon M. de la Roche
, quoiqu'une foule d'Hiſtoriens rapportent
que ce Moine fût le premier qui
en enſeigna l'ufage aux Vénitiens dans la
bataille qu'ils gagnerent contre les Génois
à Foſſa Claudia en 1380 , ce ne peut être
tout au plus que quelque rafinement dans
le mêlange ou dans la proportion de fes
ingrédiens , puiſque dès le tems de Roger
Bacon , qui mourut à Orford en 1280 ,
elle confiſtoit précisément, comme aujourd'hui
, en nitre , en ſouffre & en charbon.
La deſcription pofitive que cet AuteurAnglois
en donne dans ſon Livre de Artis
natura miraculis ,apû faire croire à quel
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
1
ques Hiſtoriens de ſa Nation , qu'il en
étoit effectivement l'inventeur , ( fenti
ment plus vrai-ſemblable que celui des
Allemands à l'égard de Schowart ) , mais
Roger Baçon parle de la compoſition en
queſtion , comme de choſe connue de fon
tems. :
*. >>On imite par art , dit- il , les Eclairs &
>>>le Tonnerre , car le ſouffre, le nitre & le
>> charbon , qui ſéparés ne produiſent au-
>cun effet fenfible , éclattent avec grand
>>>bruit, lorſqu'on les mêle dans une pro-
>>>portion convenable , qu'on les enferme
>dans un lieu étroit & qu'on y met le feu.
Le îlence que les Hiſtoriens antérieurs au
quatorziéme frécle gardent fur le tems de
P'invention de la Poudre , les compofitions
differentes qu'on en trouve dans les ouvrages
d'Elien , de Valturius , des Empereurs
Léon& Constantin Porphyrogenete,
& dars Jates l'Afriquain , qui vivoit au
troifiéme fiecle de l'Ere Chrétienne , font,
ajoûte M. de la Roche , une preuve qu'il
en a été de l'invention de la Poudre à canon,
comme de la plupart des autres inventions
humaines ; qu'elle a eu un commencement
foible & inconnu , & que ce
n'a été que par fuceflion de tems & par degrés
, qu'elle eſt parvenue au point de fulmination
qu'elle poffede aujourd'hui.
:
OCTOBRE. 1748 . 13
- M. le Cat lût un ſecond Mémoire fur
les Polypes d'eau douce , dans lequel en
raffemblant ſous un même point de vûë
tous les prodiges obſervés juſqu'ici dans
ce reptile , il les accompagne de réflexions
qui avoient parû manquer aux ouvrages
donnés fur cette matiere .
La premiere ſingularité du Polype d'eau
douce eſt l'extrême ſimplicité de ſa ſtructure.
Le Polype , dit M. le Cat , n'eſt
qu'un canal creux d'un bout à l'autre ,
tant dans le corps que dans les bras.... Il
n'y a nul vifcere , nul vaiſſeau;une ſimple
peau forme ces tuyaux ,& ces tuyaux font
Fanimal ..... Cette peau contient pourtant
tous les principes de l'animalité réduite
à la plusfimple expreſſion , elle doit
done exciter la curiofité des Phyſiciens ,
& les engager à tâcher de découvrir
en quoi conſiſte cette animalité. C'eſt
l'objet des efforts de M. le Cat , qui prétend
que tout fon mechaniſme confifte effentiellement
en trois choſes qu'il trouve
dans le Polype , ſçavoir.... des grains
glanduleux qui y font l'office de cerveau ,
de poulmons , de glandes , de vifceres ;
une matiere gommeuſe , ouun suc nerveux ,
qui eſt le ſiége du fluide animal & moteur
, & enfin des fibres qui font les refforts
des fonctions de l'animal . M. le Cat
14 MERCURE DE FRANCE.
explique enfuite comment cet animal puiſe
ces eſprits moteurs dans les fluides de
l'univers. On ſçait que depuis douze ans
il enſeigne que tous les animaux prennent
par la reſpiration ce fluide infiniment plus
ſubtil que l'air , mais il prétend qu'il n'eſt
pas beſoin d'avoir des poulmons pour le
recevoir , ni un cerveau pour le filtrer ;
qu'il ne faut qu'avoir un ſuc analogue à
notre ſuc nerveux , avec lequel ce fluide ſe
lie , comme la matiere gommeufe trouvée
dans les Polypes & dans les autres animaux
, dans les plantes mêmes , où , ſelon
lui , les gommes , les mucilages , les réſines
, font leur fuc nerveux & le fiége de
leur Auide vital .
Une autre fingularité remarquée dans
les Polypes , c'eſt la maniere de ſe perpétuer.
Ce reptile poſſéde ſeul toutes les façons
de ſe multiplier des animaux & des
végétaux , car il vient de boutures & de
rejettons , comme les plantes ; il eſt ovipare
& vivipare , comme les animaux , &
cependant il n'y a chés lui aucun ſéxe , ni
ſéparés ni réunis. Toutes ces'exceptions
aux régles générales fourniſſent une ample
matiere aux raiſonnemens phyfiologiques
de M. le Cat.:
Tout le monde ſçait qu'on a beau couper
un Polype en deux , en quatre , en
OCTOBRE. 1748. 13
vingt morceaux ; que non-feulement iln'en
meuit pas , mais que chaque morceau devient
un Polype parfait. Pourquoi mourroit-
il, dit M. le Cat, puiſqu'il n'a ni vaifſeau,
ni viſcere,dont ces divifions rompent
la continuité ; que tout ce qui établit ſes
principes de vie , ſe retrouve auſſi complettement
dans la moindre parcelle du
reptile , que dans le reptile entier ? Je ſuis
donc moins étonné , ajoute-t'il , de cette
belle prérogative des Polypes , que je n'en
fuis jaloux. Quelle moiffon de lauriers
pour la Chirurgie, fi nos opérations fur
le corps humain avoient les ſuccès brillans
, que ceux de M. Tremblay ont cũ
fur les Polypes !
M. le Cat tâche d'expliquer ces
reproductions merveilleuſes des Polypes
coupés , hachés àmenus morceaux , lefquelles
achevent de mettre ce reptile au
rang des phenoménes les plus extraordinaires.
Ne ſemble-t'il pas , dit M. le Cat ,
que la nature ait épuisé pour lui tous fes
dons , tous fes fecrets , tous fes miracles ,
&que nous,qui nous flations d'être ſes fils
aînés , ne ſommes preſque que des enfans
deshérirés du côté des facultés corporelles
N'accuſons cependant point , ajoute M. le
Cat, cette bonne nature d'être une maratre
à notre égard; il faut qu'elle n'aitpu
16 MERCURE DE FRANCE .
mieux faire en notre faveur. L'Etre ſuprême
a tout diſpoſé pour le mieux. Il
faut que leméchaniſme qui concourt avec
la ſubſtance immortelle qui nous diſtingue
des autres animaux , pour produire la fupériorité
des facultés de notre ame , ait
exigé le ſacrifice de ces rares facultés corporelles
du Polype. Ce feu d'imagination
qui porte l'homme au-delà des bornes de
l'univers , n'a pu ſans doute s'établir dans
notre machine qu'aux dépens de ces torrens
de liqueurs pourprées , qui roulent
& préparent dans leurs ondes les fouphres
qui doivent lui ſervir d'alimens. Ces
réflexions ſi vaſtes & fi profondes, qui forcent
à reconnoître dans l'homme une portionde
la ſcience &de la ſageſſe divine ,
ont exigé , du côté de la machine , ces
poulmons amples , & fans ceſſe en action ,
ce cerveau immente , comparé à celui des
animaux de même poids que nous. Ces
ſenſations fi fines & fi variées , ces ſentimens
délicats & réfléchis qui diftinguenr
notre eſpéce , & caractériſent l'homme ,
vraiment digne de ce nom , pouvoit- on
nous en décorer , fans nous munir auparavant
de tout l'attirail du ſyſtème des nerfs ,
deTes dépendances , & de ſes liaiſons avec
les organes précédens ?
Tout est donc bien , ſelon M. le Cat ,
OCTOBRE. 1748 . 17
& ne peut apparemment être mieux. Cependant
, ajoute-t'il , l'homme n'ayant obtenu
le génie ſupérieur dont il joiiit , que
par la perte de ces priviléges admirables
du Polype , il faut convenir qu'il l'a payé
bien cher.
La ſéance fut terminée par la lecture
d'une Ode de M. de Rougeville , ſur la
Paix.
Le Parnaſſe François de M. Titon du
Tillet ; le Buſte du Roi ,& celui de M.
de Fontenelle, par M.le Moyne, fils; trois
nouvelles Estampes de M. le Bas, Graveur
de Sa Majesté , ouvrages donnés à l'Acadé
mie par ces trois Aſſociés , furent expoſés
pendant la ſéance dans la ſalle de l'Hôtelde
Ville où l'Académie tient ſes afſem
blées.
LA NONETTE *
A Son Alteſſe Séréniſſime M. le Prince de
Condé , arrivant pour la premiere fois
àChantilly.
J.Eune & beau rejetton du fouverain des Dieux ;
Regarde- moi ; je ſuis taNayadeNonette :
C'eſt le plus grand de tes ayeux ,
* Riviere de Chantilly.
4
18 MERCURE DE FRANCE.
Qui m'appella dans ſabelle retraite ,
Lorſque lasde la guerre , il voulut dans la paix
M'avoir pour témoin de ſa gloire.
Il m'attacha par ſes bienfaits ,
Comme il venoit d'enchaîner la Victoire ;
Je tiens de lui mon Urne; & ces bords enchantés,
Où ſe plaît mon cryſtal liquide ,
Sont des boſquets que cet Alcide
De ſa main immortelle a lui-même plantés.
Je n'en fus point ingrate ,& fille de Protée
Qui m'inſtruifit dans ſes leçons ,
Pour plaire à mon Héros par mon coeur excitée ;
Jeme changeois en cent façons.
Tantôt Torrent , Caſcade , ou Nymphe non-chalante
,
Je paroiffois dormir aux yeux ,
Mais reprenant bientôt mon ardeur pétulante ,
Nouveau Titan , j'eſcaladois les Cieux.
Digne héritier de mon Achille,
Sois lede mon reſpect , ſois le de mon amour
Mon onde impatiente en ce riant azile
Brûle de te faire ma cour.
Mais je poſſéde encor d'autres talens de plaire ;
Je lis dans l'avenir , &cet art tout divin
M'eſt un dontranſmis par monpere.
Ates oncles jadis j'annonçai leur deſtin :
Au-devant d'eux jevins ſur monrivage ,
OCTOBRE. 1748. 19
Pour promettre à leurs jeunes ans
Cesmoiffonsde lauriers qu'ouvroit à leur courage
La Gloire au milieu de ſes champs.
Je les y vis voler dès leur premier printems.
Sois , comme eux , un Héros au fortir de l'enfance
;
Mais que tes moeurs,toujours dignes du ſiècled'or,
Faſſent honneur au coeur , à l'eſpérance
Du Prince , ton premier Mentor.
Suistoujours les conſeils que dicte ſa prudence.
Ecoute les Neuf- Soeurs dans tes bois révérés ;
Elles y font dans l'ombre & le ſilence ,
Que le Dieu de Rocroy leur avoit conſacrés.
L'Abbé d'Alainval.
LES FRUITS DE LA PAIX.
E
Nfin l'aimable paix , fi long-tems attendue ,
De ſon trône céleſte eft vers nous deſcenduë.
Déja des malheureux elle ſéche les pleurs ,
Et partout ſous ſes pas fait éclore les fleurs,
D'un tranquille avenir & flateuſe eſpérance ,
Tu charmes tous nos maux, tu ranimes la France!
On voit couler chés nous mille ruiſſeaux de vin ;
Nos foucis font noyés dans ce nectar divin .
Les bergers , à l'envi, dans leurs danſes légeres ,
20 MERCURE DEFRANCE
Aux plaiſirs renaiſſans invitent les bergeres.
Tout reſpire la joye ,&des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime ſes chanſons.
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailless
Qu'échaufféde ſa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
Ilſe couvre avec eux de ſang & de lauriets :
Pour moi, divine Paix, plus ſenſible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui ſignale nos armes ,
Je veux , de ta préſence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits.
Ton regne , de tout tems aux humains favorable ;
Deviendra chaque jour plus doux &plus durable,
Et bien- tot de Louis ſecondant le grand coeur ,
De cent monſtres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes ſens l'avenir ſe découvres
Je lis dans les deſtins, je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour ſes ſujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre
Qui voudroit, s'il ſe peut, en préſerver la terre ,
Plus content de régir ſes paiſibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire unGénéral chéri de la victoire ,
*Que l'on ne vit jamais enyvré de ſa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
:
OCTOBRE. 1748. 21
Près du trône placés paroiffent des Miniftres,
Eternels ennemis de tous conſeils finiſtres ,
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au ſeul biende PEtat confacrant leurs travaux.
Je vois un ordre ſage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des ſubſides immenfes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans ,
Et les impôts rendus plus ſimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par ſes ſoins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , flétris & réprimés.
:
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible
,
Plus que la guerre même au Royaume nuiſible.
Dans tes replis envain tu prétens te cacher ,
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher .
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés ſans
réſerve ,
!
Vostalens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés.
Le commerce & les Arts, plus libres, plus faciles,
Augmenteront bien-tôt la ſplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiſſeaux répandront les richeſſes des mers.
Pour mieux nous aſſurer l'eſpoir de l'abondance ,
λ
22 MERCURE DE FRANCE.
Du Prince & des Prélats l'heureuſe intelligence
Va retrancher partout tant de jours mal fêtés ,
Et rendre à leurs travaux les Peuples enchantés.
Vous , hélas ! qu'aujourd'hui la miſere accompagne,
Habitans déſolés de la triſte campagne ,
Conſolez -vous , Lours inſtruit de vos malheurs ;
Touché de votre ſort, va calmer vos douleurs,
Et vous aurez enfin , que ce trait vous ſuffile ,
L'aiſance que Henri vous avoit tant promiſe.
Faiguet , M. de P.
A IPHISE ,
En lui envoyant un Bouquet le jour de ſa Fête.
J
E vous le diſois hier , adorable Iphiſe;
la Divinité qui préſide aux fongesme
favoriſe quelquefois , mais jamais ſes faveurs
ne m'ont été auſſi agréables que la
nuit derniere. Je me ſuis crû tranſporté
dans un bois charmant , où ſouvent je vais
promener mes rêveries , mais cette nuit il
étoit bien plus charmant encore. Le jour
étoit des plus beaux , le Ciel ſans nuage,&
le Soleil brilloit de tout ſon éclat. Ses
rayons,qui perçoient à peine l'épaiſſeur du
OCTOBRE. 1748. 23
bois , ne donnoient de lumiere qu'autant
qu'il en falloit pour contempler la verdu.
re& admirer l'agréable obſcurité qui regnoit
preſque partout. Des Zéphirs badins,
qui jouoient entre les feuillages , répandoient
une douce fraîcheur qu'on auroit
eu peine à trouver ailleurs ; l'herbe tendre
&touffue préſentoit plus d'un ſiége commode
, dont la molleſſe le diſputoit à ceux
de l'art ; les oiſeaux par la varieté de leurs
ramages donnoient un Concert agréable
qu'on ne ſe laſſoit point d'entendre. Les
jeux & les plaiſirs , diſperſés dans le bois ,
offroient mille amuſemens .
Dans un endroit un peu écarté , ſous
l'ombrage d'un berceau de verdure , que la
nature avoit elle même formé , la Déeſſe
delaDanſe tenoit ſes aſſiſes; des Nymphes
ſi belles qu'elles ne l'auroient cedé qu'à
vous , ornées de guirlandes de fleurs , avec
de jeunes garçons auffi beaux que l'Amour
, danſoient d'une legereté admirable;
àpeine leurs pieds touchoient la terre ,&
T'herbe foulée par ces Divinités champêtres
n'en paroiſſoit que plus fleurie ; leur
oreille délicate ſe prêtoit au doux ſon de
cet inſtrument gracieux dont Pan fut l'inventeur.
Les jeunes garçons danſoient
avec une nobleſſe qui ne pouvoit être ſur
24 MERCURE DE FRANCE,
paſſée que par les graces & la modeſtie des
Nymphes ; certainement elles avoient ap+
pris de la Déeſſe même.
Plus loin , &dans un boſquet où la tendre
Echo contoit ſes peines aux habitans
des bois , des Bergeres , qui ne devoient
qu'à la Nature tout leur éclat , mêloient
leurs voix à l'agréable ſon d'une Muſette ;
le filence regnoit partout , les Zéphirs plus
tranquiles retenoient leurs douces halei
nes ; les Bergers prêtoient une oreille attentive
, & les oiſeaux écoutoient avec
plaifr des airs qui leur ſervoient de leçon,
Non loin de là , plus d'un Berger aux
pieds de ſa bergere ſe plaignoit de
ſon martire ; au-deſſus d'eux , voltigeans
de feuillage en feuillage, les tendres oiſeaux
ſoupiroient leurs amours , mais com.
me le mauvais exemple entraîne toujours ,
la Fauvette badinoit les feux du paſſionné
Moineau ,& la Bergere ſe rioit des fou.
pirs de fon Berger.
Bacchus avoit plus d'un Autel ; d'aimables
Sacrificateurs offroient à cette Divinité
de fréquentes libations ; plus d'une victime
ſuccomba ſous le couteau ſacré , &
plus d'un Sacrificateur ſe reſſentit de ſa
trop fervente dévotion.
Diane , la ſeule Diane fut oubliée : elle
voulut
OCTOBRE. 1748. 25
Voulut en prendre vengeance ; c'eſt le nectar
le plus doux pour les Déeſſes. Un jeune
Fan s'élança avec vivacité au milieu des
danſes; les Nymphes troublées, tomberent
évanoüies , mais un nuage officieux les cacha
auſſi-tôt , & déroba aux yeux des mortels
leur chûte & leur foibleſſe .
Dans un lieu affés obſcur, quelques Courtiſans
du Parnaſſe , peu favorisés d'Apollon
, ſe metroient à la torture pour produire
des vers dignes de leurs Iris , mais
Phébus , derriere eux ſans en être apperçû,
effaçoit auffi-tôt les productions informes
de leur génie. Je m'approche de ce Dieu ,
&lui demande d'un air de curioſité , quel
eſt le ſujet de la Fête. Ignores-tu , m'a-t'il
dit , qu'on célebre aujourd'hui la naiſſance
de la charmante& vertueufe Iphiſe ? Jugez
dema ſurpriſe & de ma joye ; impatientde
fatisfaire mon reſpect & mon amour j'implore
le ſecours d'Apollon , mais plus fincére
qu'on ne penſe ; nous autres Poëtes
m'a-t'il dit , on nous accuſe de dire rarement
la vérité ; pour exprimer tes ſentimens
employe le langage de la Nature.
,
On ne ſe trompe gueres en ſuivant le
conſeil des Dieux. Adorable Iphiſe ,
mon coeur fincere & fans fard vous préſente
reſpectueuſement ces Heurs ; mon
amour ſera auffi conſtant que leur éclat
B
26 MERCURE DE FRANCE.
eſt peu durable. Quel ſera leur deſtin, fi el
les meurent ſous vos yeux ! Quel ſera mon
bonheur , ſi vous daignez les accepter !
燕洗洗洗洗洗
VERS.
D'une Sylphide à M. L. A. du M,
VOus, que legoût éclaire&guide,
Vous , dont l'impartialité
Enhardit un Auteur timide ,
Et confond la témérité ,
Recevez avec vérité
Cet éloge mal apprêté ,
Que vous préſente une Sylphide ,
Qui ſur toute autre qualité
Donne avec vous la primauté
Au coeur droit , à l'eſprit ſolide.
Autrefois de foibles mortels
Ne portoient aux ſecrets Autels
De's habitans élémentaires ,
Que des offrandes mercenaires ;
Etleur creuſet infructueux
Eût décrédité nos myſtéres ,
Si les moins crédules d'entr'eux
N'euffent tranfmis à leurs neveux
1
OCTOBRE. 1748. 27
Des notions plus falutaires.
Il eſt de vrais ſages encor ,
Qui placent au-deflus de l'or
L'avantage de nous connoître ;
Qui d'eux mêmes prenant l'effor ,
Par notre entremiſe font naître ,
Se jouant parfois ſur un rien ,
Ce charme , ce ſuprême bien
Dont l'eſprit aime à ſe repaître ,
Où l'Automate ne ſent rien.
}
Dans mon ſéjour aërien ,
Ce fut moi , qu'on daigne m'en croire ;
Qui ſans taliſman , ſans grimoire ,
Tranſportai par un doux lien
Des champs un tendre Citoyen ,
Amantde la paiſible gloire ,
Dont on a fait plus d'une hiſtoire ,
Où le diable n'entendroit rien .
Laflé d'endurer fans ſeplaindre ,
Dans plus d'un embleme il ſçut peindre
Le caquer frivole , odieux ,
D'un petit nombre d'envieux ;
Engeance de tout tems proſcrite ,
Qui ſe reproduit en tous lieux ,
Fait baiſſer les yeux au mérite ,
Et leve ſon front orgueilleux:"
C'eſt-là le prix injurieux ,
Bij
MERCURE DEFRANCE!
C
C'eſt la récompenſe maudite
Qu'un vain talent traîne à ſa ſuite.
Si ſur l'Autel des demi-Dieux ,
Dune voix foible , mais ſincére ,
Il neporta qu'un encens ordinaire ;
Le reſpect le rend digne d'eux ,
Ou déſarme du moins la vengeance ſéveres
Les Dieux ſont toujours généreux ;
S'ils tonnent , ils ne frappent guere.
MEMORIÆ Incliti Prafulis
-ΕΡΙΤΑPHIUM.
HIC
IC JACET
Omnium hominum ſimili forte tumulatus ,
Reverendus in Deo Pater
Hieronymus - Ludovicus DE FOUDRAS D
COURCENAY ,
Nobilis Lugduni Comes ,
In celeberrimâ Pictonum Univerfitate Doctor
emeritus ,
Afanctiſſimo Anteceſſore &Confanguineo Præfule
Coadjutor expetitus ,
Deinde Thloanenfis Epiſcopus confecratus ,
Ac demum Pictavienfis factus Antiftes ,
Abbatiâ Sancti Leodegarii inſuper donatus à Rege.
OCTOBRE. 1748. 29
In eo maximè effulſerunt
Verus Dei Timor , candor morum ,
In Sacris celebrandis attenta pietas.
Is fuit ardens zelo , corde bono,
In pauperes præfertim occultos mifericors ,
Romanæ Sedi devotus , Diſciplinæ Ecclefiaftica
Confervator,
Vaſtiſſimæ Dioecefis Luftrator providus ,
Per ſexdecim annos Gubernator indefeſſus ,
Domui ſuæ benè Præpofitus.
Dirâ nece præventus occubuit
Die decimâ - tertia menſis Auguſti , anno
M. DCC. XLVII .
Ætatis fuæ LXIII .
Ad aquas Rupi-Pozzas in regulari domo de Miſericordia
Dei,
Ubi cor& vifcera hujus almi Patris humi data funt,
Corpus verò ad juſta vota ſuorum ,
Confuetæ Epifcopali redditum Sepulturæ ,
Die decimâ- nonâ prædicti menſis :
Anima pia , faxit Deus , Beatorum in gaudio
quiefcat.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE:
MEMOIRE préſenté aux Etats de
Bretagne,tenusà Rennes en 1746.
L
NOSSEIGNEURS,
'Auteur de ce Mémoire , de l'Ordre
de la Nobleffe , & en cette qualité ,
l'un des Membres ordinaires de vos Aſſemblées
, eftime qu'on ne s'eſt pas encore avifé
de vous en préſenter aucun d'une auffi
conſidérable importance.
Quelle que puiſſe être votre déciſion ,
Noſſeigneurs , à l'égard des trois Projets
qu'il a l'honneur d'y ſoumettre , elle ſera
fûrement à l'avantage d'un coeur toujours
pénetréd'un amour invariable pour le bien
de la Patrie ; amour dont il oſe eſperer
qu'on regardera cet écrit comme un nouveau
témoignage.
ARTICLE I.
Projet I.
Ce premier Projet tend , 1. à faire entreprendre
un Canal , lequel établira la
correfpondance perpétuelle d'une Tranſnavigation
réciproque entre les Rivieres de
Rence & de Vilaine; 2°. à rendre la Rence
.
OCTOBRE. 1748. 3
navigable ,depuis l'embranchement de ce
Canal dans cette Riviere , juſqu'à la Mer .
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTIGLE PREMIER.
Reflexions sur quelques avantages réfultans
de l'exécution du Projet premier.
Les avantages qui réſultent de l'exécution
de ce Projet font nombreux, ſenſibles,
importans ; en voici quelques-uns , tant
immédiats que médiats .
I. La Ville de Rennes eſt l'une des principales
Villes du Royaume , la Capitale de
la Bretagne , le Siége fixe de fon Parlement,
&le lieu le plus ordinaire de vos Aſſemblées.
Située bien avant dans les Terres , &
privée juſqu'à préſent par cette raiſon , de
la plus grande partie des commodités que
procurent à pluſieurs Villes de cette Province
leurs ſituations maritimes , elle attend
l'exécution de ce Projet , non-feulement
pour pouvoir joüir de ces commodités
, mais encore pour devenir le .
centre du Commerce mutuel des plus confidérables
de ces Villes, & de quelques autres
auſquelles leurs ſituations méditerranées
ont étéjuſqu'à préſent très- déſavantageuſes
du côté du Commerce.
B iiij
3 MERCURE DE FRANCE.
La ſuite de ce Mémoire mettra cette vézité
dans tout fon jour.
11. Les Villes de Rhedon & de S. Malo
mettront à profit leur nouvelle correfpondance
, l'une pour fortir de l'état d'inaction
, qui ſemble mal- à- propos lui être naturel
, & l'autre pour revenir à celui d'activité
, qu'elle ne paroît avoir perdu que
du côtédu Commerce.
Ces deux Villes font dignes d'une confidération
ſpéciale. L'une , malgré la léthargie
préſente des Commerçans qui l'habi.
rent , eſt l'unique porte ouverte pour tout
le Commerce de Rennes , & a produit autrefois
des Négocians célebres ; tel étoit
M. Meurier , que confultoit ſouventM. le
Cardinal de Richelieu. Les Habitans de
l'autre ont fouvent rendu & rendent encore
de grands fervices à l'Etat , & elle a
l'honneur d'être le lieu où font nés Mcfſieurs
Jacques Cartier , le Typhis des Argonautes
Bretons qui ont découvert &
conquis la nouvelle France; du Gué- Tronin,
le fléau de l'orgueil Anglois ; Moreau de
Maupertuis , le démonſtrateur de la vraie
figure de la Terre .
III . L'établiſſement de cette nouvelle
Navigation à travers le milieu de la partie
ſupérieure , & parconféquent la plus large&
la plus grande,&cependant la moins
ОСТОВER. 1748. 33
commerçante de Bretagne , excitera & réveillera
, ſous diverſes formes toutes utiles
, l'induſtrie de tous les habitans intérieurs
de cette partie.
IV. Les Habitans des Côtes Septentrionale
& Méridionale de la Haute- Bretagne
commerceront enſemble , en tout
rems , en toute ſaiſon , de tout vent , à
l'aide d'une Navigation tranquille , füre
pour tout le monde en général , & trèsprofitable
en particulier pour tous les voiſins
, foit à l'Eſt , ſoit à l'Ouest , tant de ces
deux Rivieres que du Canal qui aura établi
leur communication réciproque.
Il eſt de remarque qu'à préſent les Habitans
des Côtes Septentrionale & Méridionale
de laHaute-Bretagne,&ceux des Provinces
Limitrophes , ont beſoin d'autant
de differens vents , & ont même ſouvent
autant de riſques à courir du côté de la
Mer en tout tems, & du côté de l'Ennemi
en tems de guerre , pour établir & entretenir
d'une Côte à l'autre une correfpondance
active & continuelle , que pour entreprendre
des voyages de long cours &
porter au loin leur Commerce.
V. Il eſt évident que ce Canal ſera pour
la Bretagne& pour les Provinces voifines,
par rapport à la Manche & à l'Océan , ce
qu'eſt le Canal de Riquet pour le Langue
Bv
34 MERCURE DEFRANCE :
doc& pour les Provinces voiſines de celleci
, par rapport à l'Océan & à la Méditerranée.
V I. Ce Canal ſera encore une nouvelle
route & un nouvel entrepôt en faveurdu
Commerce , tant né qu'à naître , non- feulement
entre les autres Provinces de France
, fruées ſur la Manche & ſur l'Océan ,
mais même entre plufieurs Négocians des
Pays étrangers, qui font établis & domiciliés
, ou qui envoyent ordinairement des
Navires , les uns au Nord , les autres au
Sud des deux embranchemens de ce Canal.
Aucun de vous , Noffeigneurs , n'ignore
que le ſeul paſſage de la Manche dans
l'Océan , ou de l'Océan dans laManche ,
eſt ſouvent fujet à plus de contrerems , de
riſques & d'accidens , que ne l'eſt un
voyage de Cadix à Nantes , ou de Hambourg
à S. Malo.
VII. Les denrées , les meubles , & en
un mot toutes les marchandiſes de toutes
eſpeces,qu'on ne vend,&qu'on n'échange
à préſent que de proche en proche & à
force de frais , & même en courant les rifques
de pluſieurs avaries , fractures & autres
accidens ordinaires , tant fur mer que
fur terre , ſe pourront échanger , vendre
&livrer de loin àloin & d'une Mer à
l'autre , àtrès-grand compte& fans aucu
ne forte de danger.
OCTOBRE. 1748. 35
د
VIII . Cette Tranſnavigation méditerranée
& réciproque du Nord au Sud , &
du Sud au Nord de la Haute Bretagne ,
rendra inutiles une infinité de chariots
fourgons , &c. & enfin toutes les voitures
lourdes & péſantes par leurs propres poids
& par leurs charges , comme auffi pluſieurs
bêtes de tirage & de ſomme .
IX. Ces bêtes , & plus des trois quarts
des hommes qu'elles détournent de toutes
autres occupations , feront des reſtitutions
d'un prix ineftimable , faites en particulier
à l'Agriculture & à tous les Arts &
Métiers en général .
X. De l'éclypſe éternelle de ces voitu-
-tures lourdes& péſantes ſur les grands chemins
, il arrivera qu'ils ne feront plus effondrés
& rendus impraticables d'une an
née à l'autre , comme ils le ſont préſentement
, & que moyennant une légere réparation
ils auront le tems de devenir ſoli-
**des & durables.
XI . Cette nouvelle Méthode d'exportation
& de voiture rendra un grand nombre
de ſervices à tout le monde , & furtout
aux Négocians , en ce que dans leurs entrepriſes
& commiſſions , ils ne fe trouveront
plus à la merci des Rouliers & Voituriers
par terre. Les ſommes exceſſives que ces
derniers exigent de ceux qui ontbeſoin de
Bvj
1
ر د
১
36 MERCURE DE FRANCE.
les employer , & les inconvéniens innombrables
des voitures par terre , augmentent
d'environ un tiers le prix de la plupart des
choſesqui entrent dans le Commerce , &
ils diminuent en même proportion le gain
que ſans cet obſtacle on pourroit en attendrede
cabinet à cabinet.
XII . Les anciens Ponts de la Province,
dont les réparations & réédifications font
ſi fréquentes & fi ruineuſes , deviendront
durables , & ceux qui feront établis ſur ce
nouveau Canal, augmenteront les commodités
anciennes & en procureront de nouvelles
à l'égard des chemins , tant Royaux
que Vicinaux. L'expoſition des deux Projets
contenus dans les deux Articles fuivans,
ſera la démonstration parfaite de
tout ce qu'on vient d'avancer ici .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE PREMIER .
Réflexionsfur la poſſibilitédes deux opérations
que l'Auteur propose.
* 1. Quant à la poſſibilité d'établir une
communication entre la Rence & la Vilaine
par le moyen d'un Canal , elle eſt connue
depuis plus d'un fiécle.
Cependant l'Auteur offre de la faire voir
OCTOBRE. 1748. 37
de plus d'une maniere , fur les lieux , aux
Commiſſaires qu'il vous ſupplie ,Noffeigneurs
, de nommer pour examiner les
moyens qu'il juge les plus expédiens touchant
l'exécution de cette premiere partie
de ce premier Projet .
II . Quant à la ſeconde & derniere opé
ration propoſée dans ce premier Article ,
l'Auteur croit que la poſſibilité de rendre
la Rence navigable , depuis ſa communica-
*tion avec le Canal propofé juſqu'à la Mer,
eſt à l'abri de toute contradiction , parce
que , 1 °. En conféquence d'un ménagement
preſque arbitraire & périodique ,
cette Riviere s'accroîtra de toute l'eau
qu'elle recevra de ce Canal ; 2°. le lit de
cette Riviere , laquelle a été autrefois navigable
en la remontant depuis ſon embouchure
juſqu'à deux lieues au- deſſus de
Dinan, n'a preſque beſoin que d'être defencombré
pour être rétabli dans ſon premier
état , 3º . on pourra étrécir & creufer
ce lit , & placer dans les diſtances convenables
quelques Ecluſes entre l'embranchement
de ce Canal dans la Rense, & l'endroit
où cette Riviere commence , fuivant
fon état actuel , d'être navigable. Cela ſuffira
pour faire difparoître toutes les difficultés
imaginables.
NB. 19. Au ſujet de l'entrepriſe ici
38 MERCURE DEFRANCE.
projettée &de toutes autres pareilles , le
même Auteur offre d'indiquer des moyens
ſimples de préſerver de tous ſédimens , engorgemens
& encombremens , les Canaux
&les Rivieres qui ont beſoin d'Ecluſes, &
de rendre continue , tant en montant qu'en
defcendant , & d'exempter de la multiplication
des Eclufes & du changement de
Bâteaux , toute navigation fluviale , qui
n'eſt interrompue que par quelques fauts
ou cataractes . 2°. Ce Canal peut auffi être
exécuté ,de façon qu'on n'ait pas beſoin
d'entreprendre cetteſeconde opération.
ARTICLE SECOND.
Projet II.
Ce Projet tend à procurer une communication
réciproque, & , depuis cette communication
juſqu'à la Mer , une navigabilité
continuelle aux Rivieres d'Ould & de
Blaved. Rien ne s'oppoſe à ce Projet , fi
ce n'eſt la ſuppoſition de l'inutilité ou de
l'impoſſibilité de ſon exécution.
OCTOBRE. 1748. 39
-
:
:
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE SECOND.
Réflexions fur l'importance du ſujet qu'il
préſente.
I. Les parties méditerranées des Evechés
de Cornouaille , de S. Brieux , & de
S. Malo , qui font voiſines , foit de la
Riviere de Blaved , ſoit de celle d'Ould ,
participeront aux commodités de cette
nouvelle correfpondance dans toute fon
étenduë.
II . L'Evêché de Vannes ,dont toute la
partie intérieure & la lifiere méditerranée
ſont ſi languiffantes , tant par rapport à la
néceffité & à l'appas ruineux des Charrois ,
qui privent plufieurs champs de leurs Cultivateurs
, qu'à cauſe de la difficulté de
toutes fortes de débouchés , ſe reſſentira
( dans toute ſa circonference méditerranée
& de là jufques dans ſes parties intérieures
) de tous les effets de cette
nouvelle Navigation , qui fera circuler
avec avantage & preſque ſans frais les
productions des terrains auſquels elle reſtituera
ſes Colons , quand elle ſuccédera aux
Charrois.
III. Les Villes du Port- Louis , de l'O
rient & de Hennebond, auront une com40
MERCURE DE FRANCE.
munication nouvelle , intérieure , fûre &
commode , non-feulement avec la Ville
de Pontivy , moyennant quelques Ecluſes
qui feront placées entr'elle & l'embranchement
de ce Canal dans Blaved , mais encore
avec celle de Joſſelin , Maleſtroit ,
Rhedon , Rennes , Dinan S. Malo..
IV. L'exécution du projet ſecond lui
communiquera les commodités & utilités
du projet premier , & en même tems le
projet premier prendra part aux utilités
&commodités qui réſulteront de l'exécu
tion du projet ſecond.
Après cette communication établie entre
toutes ces Villes , pour étendre celle
de toutes ces Villes , & l'établir avec les
plus conſidérables du Royaume , il ſuffit
d'exécuter le projet dont on parlera à
P'Article troiſieme.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE II .
Réflexions sur la poſſibilité de l'entreprife
qu'il préſente.
I. La Riviere de Blaved , depuis qu'elle
coule auprès de Bienzy , juſqu'à fon embouchûre
, n'eſt interrompue par aucunfant
conſidérable , & joiiit ( pendant pluſieurs
OCTOBRE. 1748. 48
portions de ſon cours ) d'une pente- de-dérivation
, ordinairement affés douce , &
quelquefois preſque imperceptible.
II. On peut dire à peu près la même
choſe de la Riviere d'Ould , depuis le Pont
de Boquenenc , qui eſt ſitué à une lieuë audeffus
de Joffelin , juſqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
111. Après qu'on aura nettoyé , & par
la même opération , creuſé & étreci en
quelques endroits les lits des Rivieres de
Blaved & d'Ould , elles ſe trouveront devenues
continuellement navigables , au
moyen , 1º. du concours des eaux que les
embranchemens du Canal intermédiaire
leur adreſſeront , 2°. des Eſcluſes , lef-.
quelles , excepté dans trois ou quatre en.
droits , feront placées de loin à loin , pour
foûtenir & conſerver ces eaux dans leurs
defcentes.
I V. Pour ménager en faveur de ce Canal-
de-jonction , 1º. les niveaux de pente ,
qui conviennent à ſes embranchemens ;
2º. les rigoles qui rempliront & tiendront
plein fon réſervoir ou baſſin de proviſion ;
3º . un Canal-de- dérivation , toujours prêt
à vuider en tems requis les eaux de cebaffin
dans le Canal- de- distribution , il faut
que la ligne que parcourera , de l'Ouest à
l'Est , le Canal-de -jonction , évite , ſçavoir ,
42 MERCURE DE FRANCE.
à fon Nord, le Bourg de Naizin , la Cha
pelle de la Villetual en Pleugriffet , & ,
fon Sud , les Bourgs de Pleumelliau , Rumengol
, Moreac , Buleon , & Lentillac ,
de telle façon que les deux embranchemens
de ce Canal aboutiront , l'un , à
peu -près vis- à-vis de Bieuzy , dans Blaved ,
& l'autre , par Canfroud au Pont de Boque
neuc dans Ould , après quoi il ne reſtera
que de rendre la Riviere d'Ould, navigable
depuis Boqueneuc juſqu'à Maieftroit , puifqu'elle
ſe trouve dès-à-préſent navigable
depuis Maleſtroit juſqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
V. L'Auteur de cet écrit ne croit pas ,
qu'en donnant une autre route à ce Canal ,
on puiffe ménager & conferver , en faveur
du Canal de diſtribution , le volume d'eau
néceſſaire & requis pour entretenir , ſans
diſcontinuation ,& la tranſnavigation réciproque
& la navigabilité de ces deux Rivieres.
ARTICLE III .
Projet 111.
Ce projet tend à faire entreprendre la
cavation d'un Canal , qui établira une communication
mutuelle entre les Rivieres de
Loire& de Vilaine.
OCTOBRE. 1748 .
PARTIE PREMIERE.
DE L'ARTICLE III.
Réflexions sur l'importance diu projez
qu'il préſente.
1. Tout le monde voir , ſans qu'on ait
beſoin de les montrer , les grands & divers
avantages que l'exécution du projet troifiéme
peut procurer par elle-même , étant
conſidérée ſéparement de celle des deux
autres projets ; un de ces avantages ſera l'établiſſement
d'une correſpondance continuelle
, commode & fûre entre les Villes
deRennes& de Nantes.
11. Obſervation très-férieuſe en faveur
du Commerce. L'exécution des projets
& 2 , étant préalablement ſuppoſée , par
le moyen de celle du troifiéme , une navigation
exempte des avaries & des riſques
de la mer , & même de tous les accidens ,
tant des chemins que des voitures & tranfports
par terre , communiquera & aux Villes
de Rennes , Port- Louis , l'Orient , Hen
nebond , Pontivy , Joſſelin , Maleſtroit , Rhedon
, Dinan , Saint Malo & Nantes , & à
celles d'Orleans &de Paris , de même qu'à
toutes celles qui font ſituées , tant fur la
Loire que fur toutes les Rivieres navigables
, qui ont ou qui auront une communi
"
و
44 MERCURE DEFRANCE.
cation immédiate ou médiate avec ce
Aeuve , non-feulement toutes les denrées
&marchandiſes differentes , qui font les
productions des territoires , & les produits
desdifferentes Manufactures de toutes ces
differentes Villes , mais encore toutes les
Marchandiſes étrangeres , dont chacunede
ces Villes fait un commerce ſpécial.
111. Il eſt donc évident que , par le
moyen de cette nouvelle navigation , prefque
toutes les Villes du Royaume verront
aborder chés elles , ſans riſques , ſans accidens
, & avec beaucoup moins de frais
qu'auparavant , les differentes & précieuſes
Marchandiſes que la Compagnie des.
Indes fait venir & vendre à l'Orient , de
même que toutes celles qu'on peut tirer de
San Mlo.
Il eſt d'obſervation qu'on ne peut imaginer
aucuns autres projets auſſi avantageux
pour la Compagnie des Indes , que
le ſont les trois ci-deſſus mentionnés ,&
que toutes les eſpéces de Marchandises ,
que les Négocians de la Ville de S. Malo
tirent , ou pourront tirer de toutes les parties
du monde , au lieu qu'elles s'y trouvent
à préſent emmenées comme dans un
cul-de-fac , d'où ces Négocians ſe trouvent
obligés, à leur grand dommage & à celui de
leurs compatriotes , de les faire refluer chés
OCTOBRE. 1748 . 45
l'Etranger , ſe répandront avec une ſûreté ,
une facilité& une utilité , générales & réciproques
, ſur la ſurface de la Province ,
pendant que leurs Vaiſſeaux feront des
voyages plus utiles & plusglorieux pour
cux & pour l'Etat.
: IV. Cette nouvelle navigation fera va
loir les Manufactures établies , & en fera
établir plusieurs dans la Province , en mê
me tems qu'elle ſervira au rétabliſſement
& à l'entretien de notre Marine. En effet,
par le moyen de ces trois Canaux , & de
la communication qu'ils procureront aux
Villes de l'Orient & de S. Malo avec la
Loire , & que la Loire leur procurera avec
les Villes les plus méditerrannées & les
plus éloignées du Royaume , ces deux Villes
tireront , avec ſûreté ,&preſque ſans
frais , des endroits les plus écartés & des
lieux les plus intérieurs de la France , les
bois de conſtruction , & tous les autres
matériaux propres à la Marine , dont on a &
dont on aura beſoin dans ces deux Ports&
dans celui de Brest. La Marine pourvûë
de pluſieurs bons Vaiffeaux & de toutes
les chofes néceſſaires pour en augmenter
le nombre , felon que l'exigeront le bien
de l'Etat , l'honneur de la Nation , & la
gloire du Regne de NOTRE BIEN- AIME
MONARQUE , le rendra ſeul&irrefraga-
A
46 MERCURE DE FRANCE .
ble Arbitre de toutes les querelles , qui
diviſent ou tendront à diviſer les differentes
Puiſſances de l'Europe , & con
traindra les differentes Nations , & à plus
forte raiſon les Membres particuliers de
ces Nations , de ne pas inquiéter , que
dis-je ? de reſpecter & de regarder comme
privilégiés & facrés les divers genres de
Commerce établis ou à établir entre ce
Royaume & toutes les autres parties du
Monde. C'eſt une vérité politique , auffi
facile à démontrer qu'un Theorême de
Géométrie.
, tant Etrangers
V. De cette nouvelle navigation proviendront
encore pluſieurs autres avantages
, entr'autres , ceux-ci. 1 °. Les Marchands
& Commerçans
que Regnicoles , qui ſe rendent actuellement
à l'Orient dans le tems de la l'ente ,
ſeront invités , plus qu'auparavant ,de fréquenter
cette Ville , par la diminution
& par la fûreté que cette navigation apportera
aux frais de tranſport&d'expor
tations de leurs emplettes. 2°. Ces nouveaux
avantages détermineront pluſieurs
perſonnes de tous pays , états& métiers ,
qui n'ont pas encore été à la Vente , d'y
venir. 3 °. De l'inutilité ,&par conféquent
de la fuppreffion d'une grande quantité
de voitures péſantes , & par leurs charges
را
OCTOBRE. 1748. 47
& par leurs poids , & de bêtes de tirage
& de ſomme , il s'enfuivra que tous les
grands chemins du Royaumedeviendront
aifés &pratiquables aux Voitures légéres
&aux chevaux de ſelle , tant de ces Marchands
& Commerçans , que de tous les
autres voyageurs , &c. 4°. La Ville de
Nantes , l'une des principales Villes de cette
Province , deviendra l'une des principales
Villes du Royaume , en devenant l'entrepôt
général.
VI. Autres avantages réſultans évidemment
de cette nouvelle Navigation. 1 °. Les
Négocians & autres particuliers étrangers,
qui, en conféquence du Franc-tranfit ,
font voiturer à travers le Royaume les emplettes
qu'ils font à l'Orient , trouveront
un profit clair , fûr , conſidérable , exempt
de tous dangers & accidens , à faire voiturer
ces emplettes par ces Canaux & par les
Rivieres , dont ils établiront les communications
réciproques , tant immédiates
que médiates. 2°. De cette maniere les
Etrangers payeront à perpetuité une grande
partie des ſommes qu'auront coûté &
que coûteront la confection & l'entretien
de toutes les entrepriſes ci-deſſus propoſées.
3°. Il eſt aiſé de prouver que ces entrepriſes
importantes pour l'Etat , feront
encore avantageuſes pour les Fermes du
48 MERCURE DE FRANCE.
Roi , & ne feront même aucun tort , mais
au contraire feront plaifir aux particu
liers , ſur les fonds deſquels elles ſeront
exécutées.
VII. Ajoûtez à toutes les confidérations
précédentes , Noſſeigneurs , celle de la
multiplication des Matelots d'eau douce
, que produira &dans cette Province
&dans les autres cette nouvelle navigation
méditerranée. Ils feront plus pros
pres que des hommes de labeur & de métier,
pour être Claſſes & pour devenir dès
la premiere Campagne de bons Matelots
deMer ,& cette nouvelle eſpece de Matelots
d'eau douce ne proviendra , ni de la
claſſe des Laboureurs, ni de celle des Artifans,
mais bien de la claſſe nouvelle des
Voituriers , Rouliers , Muletiers , &c. devenuë
preſque toute inutile , au moyen de
l'établiſſement de cette nouvelle navigation.
屬
VIII . Ajoûtez à cette derniere confidération
que l'éclipſe des Matelots , qu'on
prendra en tems de guerre ſur les Rivieres
pour laMer , ne fera aucun tort à la navigation
intérieure & fluviale du Royaume ,
parce qu'alors cette navigation n'aura pref
que lieu qu'entre les habitans du Royaume
, & n'aura parconſequent beſoin que
d'environ la moitié des Matelots qu'elle
aura
OCTOBRE. 1748 . 49
aura occupés & qu'elle occupera en tems
de paix .
IX. La France ſera toujours la Puiſſance
dominante de l'Europe , pendant qu'elle
aura en Mer durant la Paix , autant de
Vaiſſeaux de guerre que l'Angleterre , &
qu'à chaque commencement de guerre ellepourra
promptement augmenter le nombre
de ces Vaiſſeaux , & les armer tous
d'une façon avantageuſe.
Toutes ces raiſons promettent les éloges
unanimes de la poſtérité la plus reculée
aux perſonnes puiſſantes , qui par leur crédit
& leurs repréſentations prefſſantes
faciliteront l'exécution de ces entrepriſes.
De telles propoſitions n'ont beſoin que
d'être préſentées à S. A. S. M. le Duc de
Penthievre , pour ſe trouver très-juſtement
recommandées à l'élevation de l'ame & à
la bonté du coeur de l'Amiral , & du Gouverneur
de cette Province. Ces propoſitions
ſe trouveront encore ( pour toutes
ces raiſons ) très-ſpécialement recommandées
à la ſagacité bienfaiſante & courageuſe
de Meſſieurs les Ministres d'Etat , des
Finances&du Commerce.
C
SO MERCURE DE FRANCE.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE III.
Reflexions ſur la poſſibilité du Projet
qu'il préſente.
د
>
, avec un
I. Cette exécution eſt poſſible , en établiſſant
un Canut , qui , pour aboutir de
Vilaine en Loire & de Loire en Vilaine
contournera à mi- côteau quelques terrains
montueux , enjambera le cours de la petite
Riviere , appellée Izak, & lequel , outre
Pamas d'eau pluviale , qu'il exigera de fon
baffin de proviſion ſupérieur ,recevra de
plus dans ſon Canal de diftribution
par le moyen d'un Réſervoir inférieur
le tribut de quelques ſources
volume d'eau qui y fera rendu par une
Rigole tortueuse & longue , tirée de la partie
fupérieure de la même Riviere , & à laquelle
viendra même ſe joindre , ſi l'on
veut , une autre Rigole , tirée auffi de la partie
ſupérieure du Dôn , &c. La route , que
donneroit ce Canal , feroit la plus courte
de toutes celles qu'un Canal peut ménager
entre Rennes & Nantes , mais ce ne ſeroit
pas lamoins chere quant à la dépenſe qu'il
faudroit faire pour l'établir .
OCTOBRE. 1748. SE &
II. On peut encore exécuter ce projet ,
en creuſant un Canal , dont l'un des deux
embranchemens entreroit en Vilaine audeſſus
de l'embouchure d'Izak, & l'autre
ſe rendroit ſous Vort en Erdre. Ce Canal
enjamberoit la Riviere d'Izak, & par le
moyen de deux Rigoles amenées des
parties ſupérieures de cette Riviere &de
celle du Dôn , auroit au- deſſus de ſes deux
points de partage un baffin de proviſion ,
lequel aſſembleroit , avec ces eaux , celles
de quelques ruiſſeaux&de quelques totrens
, & pourroit , en tous tems , fournir
à ce Canal toute l'eau néceſſaire depuis
ſa partie la plus élevée incluſivement ,juf
qu'à ſes deux embranchemens .
La route quedonneroit ce Canal ſeroit
plus longue , mais moins chere , quant à
l'exécution , que celle qu'on vientd'indi
quer au nombre précédent.
:
III . Enfin la jonction de ces deux plus
grandes Rivieres de Bretagne peut aifé
ment être établie par un Canal , qui , pour
aboutir de Vilaine en Loire par la petite
RivieredePont-Château , parcoureroitune
ligne tirée d'auprès de Cran à Pont-Cha
teau. Ce Canal , par le moyen d'un baſſin
de proviſion oblong & voiſin de ſa partie
la plus élevée , recevroit entre ſes deux
points de partage , par un petit Canalde
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
dérivation les eaux de deux ruiſſeaux qui
ne tariffent guéres ; celles qui par une
rigole y pourroient être conduites de la
partie ſupérieure de la Riviere d'Izak, &
enfin tout l'amas d'eaux , tant pluviales
qu'autres , que deux rigoles , plus élevées
que celle-là , ameneroient dans ce baffin
de proviſion , lequel fourniroit , en tous
tems , au Canal de diſtribution un volume
d'eau ſuffifant , pour procurer non-feulement
à ce Canal , mais encore à la Riviere
de Pont-Château une navigabilité continuelle
, moyennant quelques écluſes , quelques
légéres opérations faites à ſon lit , &
la réduction de ſes deux embouchûres en
ane.
La route que ce Canal ouvriroit , ſeroit
plus longue , mais moins chere qu'aucune
des deux autres quant à l'exécution , &
plus utile qu'aucune autre , à la Ville de
Nantes , & aux autres Villes qui prennent
ou prendront part au Commerce maritime
decelle-ci.
On donnera la suite de ce Mémoire dans
Is Mercure de Novembre.
OCTOBRE. 1748 . 53
ESSAI d'un Ecolier du Collége
de Louis le Grand *.
POur charmer ſon inquiétude ;
Et ſe plaindre à loiſir du Deſtin rigoureux ,
Qui l'éloignoit de l'objet de ſes voeux ,
Le Berger Aléxis cherchoit la ſolitude ;
Lorſque l'Amour parût ; l'Amour , ce Dieu char
mant ,
(Non celui , que le crime honore. )
Me voici , lui dit- il : au feu qui te dévore ,
J'apporte du ſoulagement.
Malgré la fatale diſtance ,
Qui ſépare vos deux coeurs ,
L'objetdonttu pleures l'abſence ;
Peut être témoin de tes pleurs.
Pour adoucit les maux de ton ame inquiéte ,
Ecoute l'avis que je prête
A ceux qui vivent ſous mes loix :
* Letitre ne doitpas détourner de lire cette Piece:
Peut-être aucun des plus grands Poëtes ne s'est-il annoncépardes
commencemens plus heureux.
د
Ciij
34 MERCURE DEFRANCE .
Que tamainfoit ton interpréte ,
Et que cette toile muette
Faffe t'office de ta voix.
Voulant recompenſer le zéle
De cet Amant tendre & conſtant ,
L'Amour dit , & de ſon aîle
Il tire une plume à l'inſtant ;
Par ſa flêche il la diviſe ,
Avec ſa pointe il l'aiguiſe ,
Le ſacrifice étoit beau.
Il fait plus ; la main déchire,
Et lui préſente , pour écrire,
La moitié de ſon bandeau.
Le ſenſible Alexis comprenant ſapenſée ,
La lettre de mon fang , dit- il , fera tracée ;
Le ſang coule en effet , & l'Amour applaudit ,
Ily trempe la plume , il la prend , il écrit
Et ſes doigts , parcourant cette bande legére ,
Tracent de ſon amour le ſanglant caractére.
La lettre part , l'Amour en eſt le meſſager ,
Rapporte la réponſe au fidéle Berger ;
Va, revient plufieurs fois ,par unbienfait ſuprême.
Entre ce couple abſent , qui s'aime ,
Et dont l'Amour reſſerra les liens ,
Ainsi l'Amour voulut lui-même
Nourrir les tendres entretiens.
OCTOBRE. 1748 . 55
L'ABEILLE ET L'ECOLIER,
D
FABLE.
Par le même..
Es fleurs nouvellement écloſes ,
Pour compoſer un nectar précieux ,
Une Abeille cueilloit le fuc délicieux ;
Elle erroit ſur le thim ,l'amarante , les rofes ,
Le ſerpolet, le myrthe , ami des Dieux.
Un jeune adolefcent qui parcouroit ces lieux ,
Immobile , craignant de lui porter obſtacle ,
Jettoit ſur ſon travail un regard curieux .
Il s'avançe ſurpris , mais quel nouveau ſpectacle
Vient encor étonner ſon eſprit & ſes yeux !
Dans une ruche tranſparente ,
Il voit une grande cité ,
Cité nombreuſe , où de chaque habitant
Il admire l'activité ,
L'ardeur , la force & la dextérité.
La troupe toujours agiſſante
Ignore l'art d'uſer d'un ſecours emprunté,
Elle travaille & ſe tourmente
Pour les divers beſoins de la ſociété.
Chacune a ſa tâche. Elle augmente
Selon l'âge , le tems &la néceffité.
L'une forme la cire , & l'autre la cimente ,
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
Pour bâtir des maiſons à la communauté.
Dans un refervoir apprêté ,
L'autre met en dépôt cette liqueur charmante ,
Dont on nourrit un jeune enfant gâté.
Un Roi , diſons mieux, une Reine
Leur dicte un ordre reſpecté.
Elle parle ,& l'on fuit avec docilité
Les décrets de la Couveraine ;
L'Ecolier étoit enchanté.
Dieux , difoit-il , quelle merveille ?
Filfes du Ciel , quelle eſt votre ſagacité !
Que j'aime à voir dans mon oiſiveté
Cette ſageſſe ſans pareille ,
Ce bel ordre , cet art , cette vivacité
Er cette ardeur qui me reveille !
Il louoit tout, lorſqu'une jeune Abeille,
Après l'avoir bien écouté ,
D'une voix bourdonnante & ſans obſcurité ,
:
Lui ſifla ces mots à l'oreille .
Dans cet ouvrage ſi vanté
'Adore & reconnois plutôt la Providence..
Son doigt nous a tracé le plan & l'ordonnance
Des caſes que nous bâtiſſons.
Il a marqué les fleurs , & nous les choiſiſſons ;
Sa voix parle dans nous ,& nous obéiſſons.
Soumiſes au Très-haut , à ſes décrets ſuprêmes,
Notre mérite eſt de ſuivre ſa lois
•
OCTOBRE. 1748. 57
Si nous formons le miel , ce n'eſt pas pour nous
mêmes ,
C'eſt pour les hommes , c'eſt pour toi,
Ainfi , jeune mortel , qui que tu puiſſes être ,
Remplis comme nous ton emploi ,
Et ſçache qu'ici bas le Ciel ne t'a fait naître
Quepour ſervir les Dieux , ta Patrie , & ton Roi
LETTRE à l'Auteur de celle inférée dans
le Mercure de Juillet 1748 , page 147 ,
furleprojet d'une Place pour lastatue du
Roi.
Nine peut , Monfieur , trop loiier
votre amour pour notre Nation , &
votre zéle pour tout ce qui intéreſſe ſa
gloire. Ce ſentiment eſt d'autant plus eſtimable
, que bien des gens veulent ſe donner
le bon air de s'en écarter . On croit
qu'il y a du courage à s'affranchir des
vieux préjugés , & que celui de l'amour
national doit être ſacrifié comme les autres.
On imagine que tout ce qui eſt pris
-ſur le ſentiment , eſt autant de gagné pour
la raiſon , & l'on s'interdiroit volontiers
la faculté de ſentir , comme ſi elle ne faifoit
pas la plus heureuſe partie de notre
exiſtence .
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
1
,
J'aime bien mieux ce Philosophe * aimable
, le modéle des ſages de notre fiécle ,
qui dit que la Philofophie commence par
détacher de tout mais qu'enfuite elle
nous ramene à tout , c'est-à-dire , que les
demi Philofophes veulent ſe rendre indifferens
pour tout , mais que ceux qui ont
portéplus loin leurs réflexions , voyent la
néceflité de s'attacher à tout.
Si les heureux préjugés de l'amour pour
ſa Patrie & pour ſes parens ,de l'amour
pour la gloire & pour tout ce qui fait le
devoir , ainſi que le bonheur de la ſociété ,
ont été proſcrits par nos eſprits forts , à
titre de préjugés vulgaires , du moins
avons nous la fatisfaction de voir que
rien n'a pû encore altérer dans le coeur
des François l'amour qu'ils ont pour notre
Monarque. Graces àdes vertus qui intéreffent
tous les hommes également , nos
prétendus Philofophes ne peuvent lui refuſer
leurs hommages.
Outre cet amour pour le Roi ,& l'amour
que vous faites voir , Monfieur ,
pour notre Nation , j'ajoute encore un
amour particulier pour notre fiécle , dont
j'eſpere que vous ne me dedirez point ,
puiſqu'il eſt une ſuite de l'un&de l'autre.
* M. de Fontenelle,
OCTOBRE 1748. 59
Qüi , j'aime encore notre fiécle; & c'eſt
ce triple intérêt qui me fait défirer quelque
choſe de plus dans votre projet , pour
faire une Place devant la Colonade du
Louvre. Je voudrois que cette Place ,
dont vous avez fait valoir les avantages ,
fut ornée d'une ou de deux colonnes , faites
ſur le modéle des colonnes Trajane &
Antonine. Que de reffources nos Sçavans
n'ont- ils pas trouvées pour la connoiffance
des uſages Romains , & pour l'Hiſtoire
des Empereurs Trajan & Antonin , dans
ces deux colonnes antiques ? Quelles ref
fources ne trouveroit pas également pour
l'Hiſtoire du Roi notre poſtérité la plus
reculée ? Car il faut vous l'avoüer , je m'af
fectionne encore pour cette poſtérité que
je ne verrai jamais. C'eſt-là qu'elle contempleroit
les exploits de notre Monarque
à Fontenoy & à Lawfeld , les fiéges
mémorables de Fribourg , d'Ypres , de
Menin , de Tournai ,&c. qu'il fit en per
fonne. On y repréſenteroit les exemples
de courage & de fermeté de nos Princes ,
de nos Généraux , de nos Officiers , & les
actions d'intrépidité &de conſtance denos
Grénadiers. On pourroity faire conſidérer
aux frécles à venir le bon ordre de nos
Camps, de nos Gardes , de nos fourages ,
de nos ſubſiſtances ,de nos marches ,&
Cvj
MERCURE DE FRANCE.
de nos convois; la diſcipline militaire ;
l'induſtrie de nos Ingénieurs & de nos
Artilleurs , nos machines de guerre , notre
ſçavoir dans l'attaque & la défenſe des
Places , &c . ce ſeroit un livre toujours ouvert
pour les ſiécles futurs. Ils y liroient
la gloire du Monarque de , la Nation ,
& du ſiécle où nous vivons , & verroient
juſqu'où notre génie a porté les Arts ,
dont la tradition ſe perpétueroit encore
par le même moyen. On pourroit y faire
entrer quelques-uns de nos édifices & de
nos uſages , en repréſentant les fères &
les entrées que la reconnoiſſance publique
a faites à notre Souverain ,& le fpectacle
feroit couronné par celui des fêtes
que l'on prépare pour la publication de la
Paix. Ces colonnes feroient le bouclier
d'Achille , ſi précieux pour la connoiſſance
de l'Antiquité Grecque.
Que l'on ne foit point effrayé par la
difficulté de placer tantde ſujets differens
fur deux colonnes , & que pour cette raifon
l'on n'en rejette pas le projet comme
chimérique. Les bas reliefs de quelquesuns
de nos Rois à Saint Denis nous offrent
les batailles qu'ils ont données , & les
plus éclatantes actions de leurs Regnes ,
dans un très-petit eſpace. Le Sculpteur ,
qui dans la Cathédrale de Sens a repré-
1
:
OCTOBRE. 1748. σε
fenté ſur quelques tablettes de marbre
d'une petite étenduë toute l'hiſtoire du
Cardinal du Prat , ſon entrée en qualité
de Légat avec toute ſa ſuite àcheval , la
tenue d'un Concile , une foule de peuple
en proceſſion , l'affemblée nombreuſe qui
fe tint au fujet de la Pragmatique Sanction ,
&c. Ce Sculpteur n'avoit pas un champ
comparable , à beaucoup près , au champde
nos deux colonnes propoſées.
Si ces colonnes ſont doriques , ſi on
leur ſuppoſe à chacune douze pieds de
diametre , conféquemment il leur faut
donner quatre-vingt-quatre pieds de hautear
de fuſt ſans la baze , le chapiteau & le
piedestal on ſocle ; le pourtour ou la
circonference ſera de trente- ſept piedshuit
pouces , les fractions abandonnées , ſuivant
la régle d'Archimede, ce qui fait en ſuperficie
3164 pieds.
Jamais peut-être il n'y eût de tems plus
favorable que celui- ci pour l'exécution
d'un tel deſſein. Si nousavonsun grand
nombre de beaux faits à repréſenter , nous
avons auſſi un grand nombre d'excellens
Sculpteurs , capables de les tracer ſur le
marbre & fur le bronze. On diroit que le
régne de leur Art eſt tranſporté en France ,
& que les autres Nations ne peuvent plus
avoir en ce genre que les ouvrages qui
62 MERCURE DE FRANCE.
fortent des atteliers de nos célébres Artiftes.
Le zéle , avec lequel ils ſe ſont portés
àperfectionner la ſculpture , mérite d'être
immortalisé par des monumens , qui en
prouvant leurhabileté,leur ſervent auſſi de
récompenfe& d'encouragement. Comme
pluſieurs Sculpteurs differens pourroient
y être employés , on exciteroit entre eux
une émulation qui mettroit le comble à
leurs talens , &par-là , ſij'oſe me metrre
en ligne decompte ,je verrois ſans ceſſe
dans le même édifice , l'objet de tous les
ſentimens qui m'animent ; mon attachement
pour notre auguſte Monarque , mon
amour pour ma Patrie& pour mon fiécle ,
&même mon goût pour lesArts.
Je ſuis , Monfieur , &c.
OCTOBRE. 1748. 63
AUTRE Lettre adreſſée aumêmeAuteur.
Ous avez raiſon , Monfieur , de re-
Videreface
comme le plus noble côté déja trouvé d'une
Place digne de contenir la Statue de
Louis XV. Le Public , que vous dites avoir
faiſi avant vous le projet que vous propofez
, mérite des éloges , pour avoir reconnu
le tortdu ſiècle de laiſſer dans l'obfcurité
le chef-d'oeuvre d'Architecture de Paris
, que les Maîtres de l'art ont ſouvent
comparé aux exécutions les plus hardies
des Grecs & des Romains , & la Ville Capitale
ne ſçauroit mieux marquer fon
amour pour le Roi , qu'en s'empreſſant de
démaſquer un ſi grand trophée de l'Art ,
pour le conſacrer à l'immortalité de Sa
Majesté.
Mais en vain laiſſez-vous aux gens du
métier le ſoin de donner des projets pour
les deux côtés qui font à faire ; il me paroît
(& ſi vous n'affectiez de flater Popinion
publique , vous en tomberiez d'accord
vous même ) qu'il eſt impoffible de
les trouver plauſiblement , tant qu'on laiffera
vuide le côté gauche ſur la riviere.
Quel vis-àvis , quel ordre , quelle propor
64 MERCURE DE FRANCE.
tion , quelle régularité voudriez - vous
qu'on pût imaginer dans cette hypothèſe ?
Si la Colonade étoit parallele au Quai & à
la Riviere, le Projet feroit de belle & facile
exécution. On n'auroit point de peine
àtrouver les deux autres paralleles.
Donnez quatre côtés à votre Place ,
dont laColonade feroit le principal. Alors
nos habiles Architectes ſe feront un plaifir
de fournir à l'envi leursPlans des trois côtés
à faire , & ils s'efforceront d'approcher
de la ſublimité du génie qui créa ce chefd'oeuvre.
Ou bien faites devant la Colonadeune
Demie-Lune, percée proportionnellement
dans le centre& les deux côtés,
demie-lune qui pourroit être exécutée en
Portique. Je ne conçois point d'autres
moyens de pouvoir faire entrer cette fuperbe
Colonade dans la conſtruction de la
Place qu'on médite.
L'idée du Public, que vous appellez infpiration
, a deux objets. Le premier eſt de
voir bâtir une Place à la gloire du Roi ; le
ſecond , de produire dans tout fon jour
l'incomparable morceau d'Architecture de
la façade du Louvre .
Mais il me ſemble qu'on pourroit fatisfaire
à la fois le zéle & le bon goût du Public
par un autre ſyſtême , peut-être plus
convenable à la mémoire d'un Roi très
OCTOBRE. 1748. 65
Chrétien , & à la décoration de ſa Capitale.
Ce feroit de découvrir la Colonade ,
en abattant les bâtimens qui l'offuſquent ,
&de ſe borner à former une ſpacieuſe rue
entre elle & des Edifices réguliers qu'on
conftruiroit vis-à-vis. Cette Colonade ne
demande point d'accompagnement. Au
contraire la fimplicité de ce qui en approcheroit
, en rehaufferoit le prix & le mérite.
Elle est une piéce unique , qui ſeule feroit
éternellement l'admiration publique.
J'y trouve cet avantage,qu'alors on tranfporteroit
la Place deftinée à Louis XV.
dans un autre Quartier de la Ville , ce qui
multiplieroit ſa magnificence. Eſt ce bien
entrer dans vos vûës , Monfieur ? Nous
n'avons de belles Places que d'un côté de
la riviere. Placez celle-ci de l'autre ; le
lieu qu'on doit choiſir s'offre naturellement
à l'eſprit ; l'Egliſe de S. Sulpice n'eſtelle
point l'ouvrage de la libéralité & du
regne de ce Roi ? Son Portail n'eſt il point
affés majestueux pour former le côté prin
cipal d'une belle Place , où les plus nobles
habitans de Paris , ſortant de rendre leur
culte au Tout- Puiſſant , ſeroient avertis
par la repréſentation du Roi qu'ils verroient
en face au milieu de cette Place ,
de ce qu'ils doivent , après Dieu , à leur
Prince ?
MERCURE DE FRANCE.
Je dois vous déclarer , Monfieur , qui
que vous foyz , afin que vous ſupportiez
avec bonté la hardieſſe que je prends de
vous communiquer mon ſentiment , que
jen'ai ( commevous le dites de vous-même)
d'autre connoiſſance en Architecture
que celle que j'ai tirée d'un goût naturel.
Quelques jugemens que j'ai formés ſur
differens ouvrages de cet Art , ont parû
juſtes aux gens habiles , avec lesquels j'ai
quelquefois converſé ſur cette matiere. La
curioſité m'a , comme vous , toujours porté
à voir & à m'arrêter devant les beaux
morceaux qui ſe ſonttrouvés en mon chemin
dans les voyages que j'ai faits , ſoit en
France , ſoit en Italie , où j'ai demeuré
quatre ans,& je crois avoir retiré, desbelles
choſes que j'ai vûes & lûes en ce genre,
l'avantage d'être en état d'en juger raifonnablement
par comparaiſon .
Je finis en vous aſſurant que cette répon
ſe , que je fais à votre lettre , eſt purement
l'effet du zéle que j'ai pour la gloire du
nom François que vous portez dans le
coeur. Je ſuis , &c.
OCTOBRE. 1748. 67
DISPUTE de l'Art & de la Nature.
JE ſuis plus habile que vous ,
Dit un jour l'Art à la Nature ;
De vos plus beaux objets je ne ſuis point jaloux;
-La plus parfaite Créature
Laiſſe toujours à défirer ,
Mais je ferois bien la gageure
De vous forcer de m'admirer ,
En faiſant une migniature
1
Qu'à Vénus elle-même on pourroit comparer.
Encor je crois que la Déeſſe
En craindroit la comparaiſon ,
Si l'amour propre& la molleffe
Permettoient à Vénus d'avoir de la raiſon.
La vanité de l'Art offenſa la Nature.
:
Tous tes traits ſont à moi , dit-elle ,& la Peinture
N'eſt qu'une heureuſe fiction ,
Une agréable expreffion
Des Etres que mon ſein produit à l'aventure.
J'accepte ton défi , mais je prétens auſſi
Te montrer un de mes ouvrages .
Celui qui de nous deux aura mieux réufſi ,
Des Mortels & des Dieux recevra les hommages,
Plein d'émulation l'Art invoque l'Amour ,
Et prend le pinceau de la Tour.
3
68 MERCURE DE FRANCE.
Pour exciter encor fa verve ,
Il invoque à la fois Apollon & Minerve.
Il fit un chef-d'oeuvre nouveau.
2
LaNature avoua n'avoir rien de plus beau:
L'Art triomphoit déja de ſa noble entrepriſe.
La Nature le mene à la Cour de Bareith ,
Il apperçût Sophie ; oh Dieux ! quelle ſurpriſe ,
Quand il reconnut trait pour trait
L'original de ſon Portrait !
De Bonneval.
J
ÉLOGE
De M. de Fontenelle.
Econnoisun Mortel qui
ne' devroitpoint l'être
Tant il a de rapport avec vos attributs ;
Dieu , c'eſt par vous qu'il ſçait tout ce qu'on peut
connoître.
Son eſprit à l'erreur ne doit point de tributs .
Philoſophe éclairé , naturel & fublime ,
Il expoſa ſi bien l'aimable vérité ,
Que le moins penetrant , avec facilité ,
De la Terre& du Ciel développa l'énigme.
Il ennoblit chés nous les chanſons des bergers ,
Poëte délicat , Rival de Théocrite ,
* La pluralité des Mondes
** Les Eglogues.
OCTOBRE. 1748.69
:
Et PEcho diftingua dans nos rians vergers
Les ſons d'Amarillis de ceux de Margueritte.
Sansbleſſer le reſpect que l'on doit aux Autels, (a)
Des Prêtres des faux Dieux il connut l'artifice ,
Il fit plus , il oſa montrer le préjudice
Qu'en ſouffroit la raiſon des timides mortels,
De ce riche dépôt de tant de connoiſſances (6)
Il arrangea fi bien tous les materiaux ,
Qu'on le prend pour l'Auteur de ces expériences;
Fruit du travail conſtant de plus de cent rivaux.
Il fit parler les morts avec tant de fineſſe (c)
Qu'on croit que Lucien , de jalouſſe épris ,
Voulut , ſans Apollon, qui plaignit ſa foibleſſe,
Erfacer de dépit ſon nom & ſes écrits .
Du fameux l'Hôpital annonçant l'analiſe , (d)
Ce projet étonna Londres , Rome & Paris
Mais deſlors qu'on connut l'Auteur de l'entrepriſe,
Newton & Bernoulli n'en furent point ſurpris.
•
Imaginons un coeur digne de cet eſprit ,
Qu'aucune paffion n'a jamais contredit ,
Noble , compatiſſant , généreux & ſincére ;
C'eſt celui dont leCiel le fit dépoſitaire,
(a) Les Oracles.
(b) Les Mémoires de l'Académie.
(c) Dialogue des Morts.
(d) Les infiniment petits, 4
:
70 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui pour nous former ce prodige du tems,
Daignâtes l'affranchir des routes ordinaires ,
Achevez le miracle, & prolongez ſes ans
Juſqu'au terme où jadis vivoient nos premiers
Peres.
Il eſt de la raiſon l'ornement & l'appui ;
L'Univers a beſoin d'un ſage tel que lui.
se
Par lemême.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale des Belles-Lettres , Scunces
Aris, deBordeaux.
L
'Académie célebra le 25 Août la fête
Louis. Le Panégyrique du Saint
fut prononcé le matin dans laChapelledu
Collége de Guyenne par M. l'AbbéGouez,
jeuneEccléſiaſtique , qui s'en acquitta avec
beaucoup d'applaudiſſemens. Pendant une
Meſſe baſſe , on chanta le Te Deum , de
Bernier , avec un nombreux corps deMuſique,
& on finit par un Motet,de la compoſition
de M. Sarrau , Secretaire Perpétuel
de l'Académie pour les Belles Lettres
&Arts.
L'après-midi , on s'aſſembla en public.
M.de Secondat , fils de M. le Préſident de
Monteſquieu , préſida à la Séance. It fir an
OCTOBRE. 1748. 71
diſcours ſcavant ſur l'origine & le progrès
des connoiſſances que nous avons du Magnétiſme
& de l'Electricité.
Le Pere Lambert fût un Mémoire fur
l'Amiante & fur l'Albeſte ; il y rapporta
les obſervations qu'il a faites ſur les lieux
où l'on trouve cette Pierre & cette Plante
incombustibles .
Le Pere Bonin , Jésuite , lût enſuite une
Differtation , où il fixe la vraie époque de
l'exil d'Ovide , prouvée par des recherches
&des calculs Aſtronomiques ; cet ouvrage
peut ſervir de modéle pour corriger bien
des erreurs de Chronologie.
Ala fin de la Séance on fit la lecture
d'un Mémoire de M. du Fau , Médecin de
Dax , Correſpondant de l'Académie , far
les Eaux Acidules de Villefranche près
Bayonne. Ce ſçavant Obfervateur avoit
déja donné à l'Académie d'autres Mémoires
très-curieux fur les Eaux Termales de
Dax &de Terfis .
M
(
72 MERCURE DE FRANCE
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE écrite de Province à un Bénédittin
de l'ordre de Clugny , pour être
communiquée aux Auteurs de la nouvelle
Edition du Gallia Chriſtiana,
Comme
Omme je ne doute pas , Mon Révérend
Pere , que vous n'alliez quelquefois
à Saint Germain des Prés ,j'au
rois une grace à vous demander , qui ſeroit
d'obtenir des ſçavans Religieux , qui y
travaillent à la nouvelle Gaule Chrétienne ,
un petit éclairciſſement touchant les doutes
ſuivans.
On lit dans leur ſecond Tome , en par
lant des Archevêques de Bourges , & en
particulier de Jacques le Roi , décedé en
1572 , que cet Archevêque fut enterré à
Paris dans l'Egliſe de S. Landry , & qu'il
y repoſe. Cependant l'on voit ſon tombeau,
ſur lequel il eſt repréſenté de toute
ſa longueur , dans l'Egliſe de l'Abbaye de
Villeloin , au Diocèle de Tours , de laquelle
il fut Abbé. Son corps auroit-il été
diviſé en deux ? Et s'il n'y a que ſon coeur
àVilleloin , pourquoi auroit-on fait la dépenſed'un
tombeau ſi bien marqué ?
Je fais la même difficulté par rapport à
la ſépulture de Foulques de Chanac , Evêque
OCTOBRE 1745 . 73
que de Paris , que le ſeptiéme Tome du
Gallia Chriftiana , imprimé depuis quatre
ans , marque être mort à Paris le 25 Juillet
1349 , & avoir été enterré à l'Abbaye de
S. Victor , fauxbourg de Paris , proche fon
oncle & fon prédéceſſeur Guillaume de
Chanac. En effet , comment cela peut- il
s'accorder avec le Nécrologe d'une Collégiale
du Berry , qu'une perſonne y a vû en
paſſant ? C'eſt celui de N. D. de Grançay ,
dans lequel il eſt marqué au 31 Juillet :
Reverendus Pater Dominus Fulco de Canaco,
infignis Ecclefia Parifienfis olim Pontifex ,
tranfitum per hoc oppidum faciens , vitâ functus
, apud hano Bafilicamfepelitur ſub tumba
marmorea Pontificali representatione décoratâ.
Pro cujus anniverſario , vigimi ſolidos fuperfurno
poſſidemus , quos debet Capitulum.
La Théologie a, dit-on , ſes incommodités
, mais il faut avouer que l'Hiſtoire a
auſſi les fiennes ; comment un même homme
peut- il avoir été inhumé en deux lieux
differens ? Je ne ſuis pas à portée d'aller
vérifier ce qui eſt marqué ſur la ſépulture
prétendue de Foulques de Chanac à Saint
Victor . Il me paroît que les Réverends Pe .
res de S. Germain ne peuvent guéres fe
diſpenſer de donner au Public dans un ſupplément
ce qui eſt écrit ſur ſa tombe dans
cette Eglife. L'objection que je prends la
D
74 MERCURE DEFRANCE.
Y
liberté de leur faire par votre canal , me
paroît affés forte, pour mériter leur attention.
Je ne ſçais pourquoi ils nedonnent
plus de ſupplément pour les derniers tomesprécédens.
Une perſonne de Clermont
m'a aſſuré que ces fortes de ſupplémens
lui avoient fort ſervi pour ne laiſſer rien à
déſirer touchant la ſépulture de Guy de la
Tour , Evêque de cette Ville , qui ſe trouvoit
auſſi avoir été faite en deux Eglifes
differentes. Preffez-les , je vous prie , de
s'expliquer fur Foulques de Chanac , pour
la fatisfaction d'un ſçavant qui travaille à
l'Histoire du Limoſin & des Illuſtres de
cette Province.
A l'égard de Jacques le Roi , comme fon
article a été rédigé probablement par feu
Dom Denisde Sainte Marthe, ou aumoins
de fon vivant& fous ſes yeux , je ne puis
attendre ni eſpereravectant de fondement,
des continuateurs du Gallia Chriftiana , l'éclairciſſement
à fouhaiter ſur ce qui ſe trouvedès
le commencement du ſecond tome,
Peut-être donnera-t'on une ſolution commune
à mes deux doutes. En tout cas , il
faudra ſe contenter du vrai-ſemblable , fi
l'on ne peut pas atteindre au vrai.
Je fuis ,&c .
A S. Martin de la Montagne , ce premier
Août 1748 .
OCTOBRE. 1748. 75
ODE
Sur les routes de l'immortalité.
QVelle eft , ô Dieux , cette fumée ,
Dont ſe repaiflent les mortels ?
Ce foible éclair de Renommée
Aura- t'il toujours des Autels ?
Quel est ce faſte de mémoire ,
Le Temple brillant de la Gloire ,
Séjour de l'immortalité ?
Un vain phantôme , une chimere,
Que pour voiler notre miſere ,
Enfanta notre vanité.
Pour arriver à cet azile ,
Quels font ces bizarres chemins ?
Avides d'un néant ſtérile ,
J'y vois s'égarer les humains.
Eſclave né de qui le loue ,
L'homme que toujours l'homme joue,
De ſon orgueil ſuit les accès.
Au ſein du blâme qu'il évite ,
Tout l'entraîne , le précipite ,
Et ſes chûtes & ſes ſuccès .
Dij
76 MERCURE DEFRANCE
De l'eſprit fort erreur priſée ,
Ton éclat doit- il m'éblouir ?
Du coeur lâcheté déguisée ,
D'un nom fameux crois-tu jouir ?
Surpris , frappé de ta baſſeſſe ,
Mon oeil découvre ta foibleſſe
Sous le maſque de la fierté.
Le déſeſpoir fait ton audace
Et tu pâlis de la menace ,
Quand tu promets l'impunité."
Mais que vois-je ? Rien ne t'arrête
En tous lieux coule ton venin ;
Levant une ſuperbe tête ,
L'impiété naît de ton ſein.
Non moins aveugle que farouche ,
Le blaſphême ſort de ta bouche.
Quel est le but de tes efforts ?
Vil eſclave de la licence ,
Crois-tu donc fuir la dépendance ,
Etouffant le cri du remordse
1
Une Euménide plus cruelle
Vient encor frapper mes regards ;
La Diſcorde marche avec elle ;
Aſes côtés font les Hazards ,
OCTOBRE. 1748 . 77
Aſſiſe ſur des debris d'armes ,
Elle s'abreuve de nos larmes ;
Arrêtez , féroces guerriers ;
Sortez d'une aveugle manie ;
Ne prodiguez pas votre vie
Pour d'imaginaires lauriers.
Moins braves que cruels , peut-être
N'êtes- vous grands qu'en vos fureurs
Quoi ! ne vous ferez - vous connoître
Que par d'immortelles horreurs ?
Quel est le démon qui vous prefle
Quelle eft cette ſanglante yvreſſe ?
Quel est le prix de vos hauts faits ?
La haine & l'effroi de la Terre .
Qu'y laiſſez- vous après la guerre ?
Le ſouvenir de vos forfaits.
১
L'intérêt ou la jaloufie
Sont l'ame de tous vos travaux ;
En combattant pour la Patrie ,
Vous ne voyez que vos rivaux.
Dans le péril , dans les allarmes ,
Leurs regards ſoutiennent vos armes ;
Vous cedez , loin d'être vainqueurs .
La crainte vous rend intrépides ;
T
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Héros , que vous êtes timides ,
S'il faut mourir ſans ſpectateurs!
Le Philoſophe au front ſévere
Du ſort brave la dureté ,
Et peu touché de ſa miſere ,
Ne voit que la poſtérité.
'Affranchi de la loi commune ,
Des caprices de la fortune
Il ſe venge par ſes dédains.
Fierté fauſſe ; vaine rudeſſe.
Il eſt encor moins de foibleſſe
Dans ma douleur qu'en ſes chagrins.
Fier d'une fortune rapide,
L'homme encor à peine ennobli ,
Fidéle à l'orgueil qui le guide ,
Cherche à triompher de l'oubli.
Samain prodigue les largeſles ;
De ſon faſte , de ſes richeſles
,
De fes bienfaits quel eſt le prix
A fon obſcurité premiere ,
Qu'ajoûte l'opulence altiere ?
Quelques flateurs &des mépris.
OCTOBRE. 1748. 79
Cherchons une gloire durable ;
Domptons les âges & le fort ;
Mortel , ſans devenir coupable ,
Ofe être vainqueur de la mort.
La vertu généreuſe , utile ,
Contre l'oubli t'offre un aſile;
Qu'elle préſide à tes projets .
L'unique ſentier de la gloire
Eſt moins d'étonner dans l'hiſtoire ,
Que de mériter des regrets .
Loinces noms acquis par le crime ,
Ces noms, le prix des grands travers,
Que jamais ne ſuivit l'eſtime ;
Ces noms , horreur de l'Univers.
Caligula , tu vis encore ;
Néron tu vis ; & Rome abhorre
Vos noms fameux par ſes malheurs.
Qui peut ſans frémir les entendre a
Vivons , mais que ſur notre cendre
Nos neveux répaudent des pleurs..
J. Lacoste, fils.
2
ADijon ce 23 Août 1748 .
Dilly
30 MERCURE DE FRANCE.
EPIGRAMME.
P Hilis, qui juſqu'ici ne fut jamais cruelle,
Dédaigne mes foupirs & mépriſe mes feux ;
Philis veut qu'on diſe d'elle ,
Au moins fit- elle un malheureux.
Par le même.
OBSERVATIONS fur les Corbeaux,
en réponse à une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure ,inférée dans le mois de Juillet
dernier.
L
'Auteur d'une Lettre , datée du Mans ,
regarde comme un Phénomene furprenant
, que des Corbeaux nichent ſur
l'Egliſe de S. Julien de la même Ville , &
il demande des raiſons plauſibles de cet
évenement.
Il n'eſt pas difficile de répondre à cette
obſervation , ſi l'on fait attention que de
tems immémorial on a fait cette remarque.
Ariftote , dans ſon Hiſtoire des Animaux ,
ditque les Corbeaux nichent dans les lieux
les plus eſcarpés *.
*Arift. de Hift. Animalium , lib. IX. сяр. 31.
OCTOBRE. 1748. SE
Jonſton , Naturaliſte Allemand , obſerve
après pluſieurs Auteurs , que ces fortes
d'oiſeaux font leur ſéjour dans les Tours
& les hauts Edifices , Turribus & celfis
Adificiis morari compertum *. Qu'il me foit
permis de joindre aux obſervations de ces
grands hommes les miennes propres . J'ai
vû au haut des Clochers de la Cathédrale
de Senlis des Gorbeaux y nicher. ( Ces
Corbeaux font ce que le vulgaire appelle
Corneilles , qui eſt une eſpece plus petite
que le Corbeau proprement dit , lequel ſe
loge rarement dans les bâtimens.) Le haut
des Tours du Château de Vincennes-lès-
Paris eſt garni de nids de ces fortes de
Corbeaux. La Tour d'Iſſfoudun en Berry ,
aufli -bien qu'un Château délabré du Village
de Paudis , à deux lieues de-là , en renferment
beaucoup ,& dans les creux des
Rochers qui environnent la Ville deBuffy-
Rabutin en Bourgogne , il y a ſouventdes
Corbeaux qui y font leur couvée. Ces mêmes
oifeaux , qui font leurs nids dans des
Bâtimens ou des Rochers , les font quelquefois
fur les plus hauts arbres , ſemblables
en cela àquelques oiſeaux de proye qui
nichent tantôt fur les arbres , tantôt dans
les trous de montagnes, ce qui ſe remarque
en Touraine , où l'on voit differentes ef-
* Jonst. tit . VI. cap. 1. de avibus.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
peces d'Eperviers , qui nichent quelquefois
fur les arbres , faire leurs nids dans le
haut des roches près de l'Abbaye de Marmourier.
De ces autorités & obſervations , qu'il
me feroit aifé de multiplier , il réſulte
qu'on ne doit pas être étonné de voir des
Corbeaux faire leurs nids fur le haut de
l'Eglife de S. Julien du Mars.Ce qu'il faut
remarquer , c'eſt que ces fortes d'animaux,
en nichant fur les arbres ou fur les Edifices
élevés , ne changent point de poſitionrefpectivement
à la ſuperficie de la Terre.Un
cas , qui pourroit embarraffer les Phyſiciens
, feroit , ſi ces fortes d'oiſeaux , qui
nichent dans les lieux élevés , venoient à
dépoſer leurs oeufs ſur la terre ,comme le
Crapeau volant ,mais on n'a pas encore
vû cela ,& vrai-ſemblablement on ne le
verra jamais , les uſages établis entre les
animaux dans chaque efpece étant conftans
&invariables. Les Corbeaux de la Suéde,
dans la même eſpece , nichent dans les endroits
les plus élevés, comme ceux de France
, & la même chofe s'obſerve dans tous
les genres d'oiſeaux ; on peut vérifier ce
que j'avance ici , par la lecture de l'admirable
Traité de M. Linnæus , ſçavant Suédois,
intitulé , Fauna Suecica.
Je finis par cette réflexion. Lapratique
OCTOBRE. 1748. 83'
م
conſtante des oiſeaux à faire leur nid cha
cundans leur eſpece , toujours àla même
élevation relativement à l'horiſon , ne
pourroit- elle pas paffer pour un argument
péremptoire en faveur des deffenſeurs du
Dogme des Automates ?
AParis ce 25 Août 1748 .
龍洗洗洗洗泥
A Mlle Cleron , fur deux rôles de Vénus
l'un qu'elle a chanté dans l'Opéra d'Héfione
en 1743 ,& l'autre qu'elle a joué l'année
derniere dans la Comédie des Graces,
S
Ouffrez, belle Cleron , que votre Tributai
Vous apprenne à quel titre il reconnoit vos loix .
Vénus , ayant entendu votre voix
En fut jalouſe, & voulut , pour nous plaise,
Qu'au milien des jeux & des ris ,
Sous l'aimable nom de Cypris ,
Vous parûſſiez en Reine de Cythere.
L'imprudente ne voyoit pas
Qu'en voulant ajoûter à ſes divins appas
De vos fons la grace légere ,
Elle riſquoit aſſurément
De perdre pour jamais fon cortége brillans.
Auſi depuis cette journée ,
Dvj
$4 MERCURE FRANCE.
Les Graces , les Amours , les charmes ſéducteurs
Qui de nos fens ſe rendent les vainqueurs ,
Etquipour vous l'avoient abandonnée ,
Avous quitter ne purent confentir.
De tous les Dieux elle devint la fable ;
Mais d'un état ſi déplorable ,
Elle eſſaya n'a guére de fortir.
1
A* des maux , dont la Scéne eſt encore frappée,
Ma rivale , dit-elle , eſt à peine échappée
Je veux qu'elle paroiſſe une ſeconde fois.
Ma Cour ingrate & fugitive ,
La voyant moins fraîche & moins vive,
Connoîtra fon erreur, rentrera fous mes loix ,
Etmon fils pénetré de douleur & de honte ,
Dans Paphos , Cythere , Amathonte ,
Viendra relever mes Autels.
Foible projet qui devint inutile !
CeDieu , pour échapper aux regards maternels ,
Dans mon coeur ſe fit un azile .
* Il n'y avoit pas long- tems que laſanté deMile
Cleron étoit rétablie, quand elle ajouéce dernier rôle.
OCTOBRE. 1748. 85
EPITRE
De Madame des Forges Maillard ,
àM. Titon du Tillet .
T
Iton, charmant ami , tel qu'on ſeroit en peine
(Pour en trouver juſqu'au nombre de trois ,
Les cherchât-on de Rome au pays des Chinois-; )
Titen , qui des bords de la Seine ,
Voulez bien m'envoyer une ſeconde fois
Quelques gentils paquets de laine,
Je devrois bien rougir en vérité ,
De ma double importunité.
Mais comme on m'a donné pour nouvelle certaine,
Que vous aviez ſouvent commerce avec les Dieux,.
( Et je l'avois penſé des talens précieux ,
Dont votre belle ame eſt parée , )
De- là j'ai crù qu'Iris , que l'on voit dans les Cieux
Al'abri de fon arc , richement colorée ,
Pour vous faire un plaiſir que je recueille tout ,
D'un certain air galant vous éfiloit un bout
De ſon écharpe bigarée .
Si mon idée eſt juſte , affûrez- la , Titon ,
Qu'en revanche un bean Papillon ,
Dont l'aîle portera ſadiverſe livrée ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Lui ſera ſous un mirthe , où renaît le bouton .
Dans la tunique demi cloſe ,
Immolédemama'n ſur unAutelde roſe ,
Prémices de cette faiſon..
Pour vous , dont mes vers ni ma profe
Nepeuvent exprimer la noble affection ;
: Au lieu d'une libation
Vous recevrez , ami , la pure effuſion
Desſentimens d'un coeur fincere entr'autres chofes,
Et mon mari ſera ma caution .
:
REPONSE de la même Dame, au Compliment
deM. de la Soriniere , imprimé
dansleſecondvolume du Mercure de Juin,
page 110.
J E devrois vous répondre en ſtyle d'Apollon,
Avous qui poffedez tous les dons du Parnaſſe ,
Mais je me tais avec raiſon.
Vous écrivez mieux que Phaon ,
Et je n'ai de Sapho ni l'eſprit ni la grace ,
Si ce n'eſt dans vos vers dignes d'Anacreon.
OCTOBRE. 1748. 87
LETTRE de M. de Montcarville , Lecteur
& Profeffeur Royal en Mathématique,
àM. Remond de Sainte Albine.
L
MONSIEUR ,
3
'Anteur de l'Eſſai ſur la Marine des
Anciens vient de faire paroître un
Ecrit ſatyrique , qui attaque la perſonne
&la réputation d'un des Membres les plus
illuftres de l'Académie Françoiſe & de l'Académie
des Sciences. Dans ce Libelle ,
qui attire l'indignation de tous les honnêtes
gens , M. de Mairan eſt déſigné comme
l'Auteur d'un Extrait inféré dans le Journal
des Sçavans au mois d'Août dernier.
Il s'agiffoit dans cet Extrait de rendre
compte de l'ouvrage que je viens de citer ,
on a eu le malheur de déplaire à M. Deflandes
, qui en eſt l'Auteur , parce qu'on
ne l'a pas aſſés loué , & qu'on a relevé plufieurs
fautes groffieres de Géometrie. Jugez
, Monfieur , quelle douleur doit reffentir
un homme qui veut à toute force
paffer pour Géométre , Mechanicien &
Phyſicien.
La colere de M. Deſlandes m'auroit pen
inquiéré ,& j'aurois laiſſé le Public , excellent
juge du vrai mérite , décider de la ca
88 MERCURE DEFRANCE.
pacité de M. Deflandes en Mathématique,
mais j'avoue que j'ai vû avec grande peine
que M. de Mairan ſoit accusé d'être l'Auteur
d'un Extrait auquel il n'a eu aucune
part. Il eſt dans l'ordre que M. Deflandes
publie & écrive que cetExtrait eſt mal fait,
mal écrit , mal digeré , rempli de fautes ,
&c. je ne puis vous en dire trop de mal ,
puiſque c'est moi qui l'ai fait , & je n'ai
garde de louer mes ouvrages , ſuivant la
bonne coûtume de M. Deflandes ; oui ,
Monfieur , c'eſt moi qui ſuis l'Auteur d'une
piéce fi foible , ſi médiocre. Je n'en rougis
point ; tout ce que je puis me reprocher
fur cet Extrait , c'eſt d'y avoir paffé ſous filence
pluſieurs autres erreurs fur la Méchanique
& l'Hydroſtatique , & dont j'aurois
dû avertir le Public.
Je ne puis , Monfieur , réparer en entier
l'offenſe qu'on vientde faire à un de mes
intimes amis ( M. de Mairan ;) je ne puis
empêcher qu'on ne l'ait traité indignement;
jamais Ecrivain en fureur & le mieux convaincu
de ſes erreurs & de ſes torts , ne ſe
lâcha d'une maniere plus indécente contre
un homme ſi reſpectable. Comment accorder
de pareils excès avec l'eſtime & le
reſpect que M. Deſlandes avoit il y a
quelques mois pour M. de Mairan , &
dontil a donné des témoignages authen-A
OCTOBRE. 1748. 89
tiques . * Vous me direz , Monfieur , que
ce problême eſt difficile à réſoudre : auffi
je laiſſe à M. Deflandes à en donner la folution
. Quant à moi , il me ſuffit d'avoir
déſabuſé le Public ſur cette étrange mépriſe;
je prends ſur mon compte tout le mal
que M. Deſlandes a dit de mon Extrait ; je
fuis ſeulement très-mortifié de ne pouvoir
réparer qu'en partie l'injure que l'on a fai
te à un Sçavant du premier ordre , & qui
n'a jamais parlé des autres qu'avec toute la
politeffe poffible.
Je
:
vousprie cependant , Monfieur ,d'être
perfuadé que les fautes quej'ai repriſes
font très - réelles , quoiqu'en dife notreAu
teur dans ſa Brochure ; j'aurai quelque jour
occafion de le faire voir. En attendant ,
j'ai l'honneurde vous renvoyer à mon Extrait&
à l'ouvrage même ; perſonne n'en
peut mieux juger que vous , & je m'en rapporterai
avec plaifir à quelqu'un qui a autant
de connoiſſance dans les Beaux-Arts ,
que de goût pour bien écrire. Je fuis , &c.
Montcarville.
AParis ce 25 Septembre 1748 .
*Voyez lesMémoires pour les Sciences & les Beaux-
Arts , de l'année 1748 , mois de Juillet , page 1361
90 MERCURE DEFRANCE.
STANCES.
A. M. L. B. pour l'engager à quitter la cam.
pagne ,& à venir paſſer le reste de
l'Automne en Ville.
T
Out languitdans notre contrée ,
Flore aperdu ſon cher Amant ;
Déja l'impétueux Borée
Fait fentir ſon ſouffle bruyant.
Lesjeux ont quitté nos prairies ,
Les plaiſirs ont fui nos côteaux ,
Etdéja les Nymphes tranfies
Yont ſe cacher au fond des eaux.
LeVendangeur ſous ſa chaumiere,
Près du foyer de ſes ayeux ,
Du Dieu , que couronne le liere ,
Boit le nectar délicieux.
Pour quitter ce lieu ſolitaire ,
Cesdeferts , ces triftes climats ;
N'attends point que le Sagittaire
Ait ramené les noirs frimats,
OCTOBRE. 1748 .
Laiffe , ſans toi , regner Pomone ;
Pour cueillir ſes tardifs préſens ,
Ala rigueur des froids d'automne
N'expoſe point tes jeunes ans.
On ne voit que trop- tôt les ombres
Trembler à l'aſpect de Minos ,
Et la mort ſous ſes voiles ſombres
Enſévelir notre repos.
Des jours, que leCiel te réſerve ,
Sçais ménager les doux inftans ,
Et dans le ſalon de Minerve *
Viens préſider ànos talens
Viens , par ton aimable préſence ;
De tes amis combler les voeux ;
Fais leur oublier ton abſence ;
Hate- toi , viens les rendre heureux.
Dans notre ſéjour agréable ,
Où regne un éternel plaiſir ,
'Avec un foin inimitable
Nous varierons notre loiſir.
* Piéce nouvellement ajoutée au bâtiment de
M. le C. D. D. à qui l'on a donnéle nom de Salon de
Minerve.
2 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt de la douce harmonie
Subiſſant les aimables loix ,
Au goût brillant de l'Auſonie
Nous unirons l'art des François.
Tantôt l'agile Térpſicore ,
Ranimant nos tendres chanſons ,
Viendra nous redonner encore
De ſon art les vives leçons.
Aminte d'un guerrier farouche
Nous peindra les amours vainqueurs ;
Les graces conduiront la touche ,
Venus mêlera ſes couleurs .
Pour moi , fuyant le vain délire
Des fougueux Chantres d'Apollon ,
Yous me verrez chanter & rire
Avec le tendre Anacreon.
Vous me verrez convive aimable ,
Etendu ſur un lit de fleurs.,
D'une felicité durable
Avec vous goûter les douceurs.
* Tableau déja commencé par M. D. P. représen
santHercule aux pieds d'Omphale .
OCTOBRE . 1748.99
Parquelque tendre chanſonnette
Egayer vos plaiſirs , vos jeux :
Au fon de ma foible muſette
Vanter vos tranſports amoureux,
Dans ces voluptueuſes fêtes ,
Loin des bruyans fracas de Cour ,
De myrtes nous ceindrons nos têtes ;
Nous louerons Bacchus & l'Amour.
Parmi les Muſes &lesGraces ,
Au ſein des vrais amuſemens ,
Nous trouverons , malgré les glaces;
Des plaiſirs , des jours de printems,
蒸洗洗洗
Robillard , d'Orleans.
洗:洗洗洗洗洗洗
D'UNE part , fécurité dangereuse , ou de
l'autre , allarmes malfondées.
Andis qu'un des plus ſçavans & des
Montpel- Tplus illuftres Médecins d
lier s'éleve avec force contre l'uſage d'inhumer
dans les Eglifes ; tandis que les
Etats de Languedoc prennent les précautions
les plus efficaces pour faire enfin cefſer
chés eux cet abus meurtrier, on peut rapporter
un fait qui doit raffûrer Meſſieurs
94 MERCURE DE FRANCE..
du Languedoc contre l'allarme générale
qui a ſuivi leDiſcours du célébreAcadé
micien , ou répandre dans la Ville de
Troyes une terreur générale, ſi les craintes
deMeſſieurs du Languedoc ſont bien fondées.
Dans le centre de la Ville de Troyes ,
au milieu du quartier le plus peuplé , eſt
une Eglife Paroiſſiale , plus grande que
celle de Saint Gervais à Paris ; cette Egliſe
reſſferrée de toutes parts par desmaiſons
n'a point de Cimétiere. Les Paroiſſiens les
plus zélés voyoientdepuis long-tems avec
douleur leur Eglife , comme un champ
que les enterremens fréquens mettoient
continuellement en labour. Pour fupprimer
un ſpectacle contraire à la propreté ,
voici lepartique l'on apris, ſans s'embarraffer
s'il feroit du goûtde l'Académie de
Montpellier. On a fait une grande cave
voûtée, ou catacombe , qui regne ſous toute
l'étendue de l'Egliſe , & qui eſt deſtinée,
commeune voirie générale, à recevoir
pêle-mêle tous les morts de la Paroiſſe la
plus étendue de cette Ville. Au milieu
de l'opération , la ruine , qui menaçoit
pluſieurs des principaux pilliers de l'Egliſe,
auroit pû faire abandonner ce projet
,mais les pilliers ont été foutenus , la
cave a été achevée , & ceux qui avoient
OCTOBRE. 1748.
imaginé ce projet out eû la fatisfaction de
rendre une Eglife , où l'on enterre tous
les jours , auſſi propre qu'une Egliſe où
l'on n'enterre jamais .
On ne nous confulta point fur cette entrepriſe
; quelques perfonnes crurent que
nousdevionsdonner notre avis ſans en être
priés; elles nous accuſerent même de regar
der cette cave , de l'oeil dont on nous accuſe
fauſſement de voir les nouveaux
fruits. Quoiqu'il en ſoit ,depuis trois ou
quatre ans , on jette preſque tous les jours
des cadavres dans cette cave. L'odeur infecte
qu'elle répandit dès les commence
mens dans l'Eglife , lorſqu'on l'ouvroit ,
fit penſer à lui donner de l'air par des
tuyaux ou eſpéces de cheminées , qui ont
leur iſſuë hors de l'Eglife. Cet expédient
n'a point diminué l'odeur qu'elle exhale ,
mais quand le vent où le ſoleil rabat la
fumée des cheminées , les exhalaiſons de
la cave prennent le même cours , & fe
répandent dans la Ville auſſi loin qu'il
plaît au vent de les porter. Dans les prin
cipes de l'Académicien de Montpellier , il
ſemble que l'on pourroit en partie faire
honneur à cette cave , des maladies qui
depuisdeux ans ont enlevé dans cette Vil
le preſque autant de monde qu'il en eft
1
96 MERCURE DE FRANCE.
mort dans les dix années antérieures. Si
ſuivant lesmêmes principes , nous portons
nos vûës ſur l'avenir , quel ravage en doiton
attendre , lorſqu'elle ſera entierement
remplie ? Comment la vuider ? Comment
approcher d'un lieu fur lequel les oiſeaux
même en volant ne paſſeront pas impuné
ment ?
•Je reviens donc à mon premier raiſonnement.
Si avec une telle cave au centre
de notre Ville , nous pouvons être fans
allarmes & fans crainte , rien de plus frivole
, rien de plus déraisonnable que les
craintes de Montpellier ,mais ſi les allarmes
de M. du Languedoc font bien fondées....
Il nemeconviendroit pas d'ajoûter aux
preuves du ſçavant Académicien deMontpellier.
Cependant, pour ſervir d'avis à
mes compatriotes , quine font pas à portée
de lire ſa Differtation , voici ce que dit fur
cette matiere notre Boerhaave François :
après avoir parlé dans ſon Traité deMorborum
caufis l. 1. cap. 4. du ravage que
l'air fait dans les corps en certaines ſaiſons
&ſous certains climats , il ajoute : Vitiata
aëris ſubſtantia gignendorum Morborum
multo-majorem vim obtinet..... cadaverum
putrefcentium expiratione gravi inquinatur ,
polluitur
OCTOBRE. 1748. 97
polluitur , labefactatur , ut peſtilentia ſeminibus
, vel coelitus immiſſis , vel inſe genitis.
r
Monuiſſe ſat eſt..
Chappu , Medic.
EGLOGUE.
A M. M. S. qui avoit récité à l'Auteur la
neuvième Eglogue de M. de Fontenelle.
T
Uvoulois l'autre jour , pour m'éprouver ſans
doute
Me faire de l'Amour appréhender les feux :
Tu te trompois : un coeur qui n'eſt pas amoureux
Ignore des plaifirs la véritable route.
Non , Iſmene , l'Amour n'eſt pas trop dangereux .
Quel plaifir plus parfait de pouvoir fans contrainte
Dans les prés , dans les bois , aux accens des oi
ſeaux
Mêler ſes doux ſoupirs , & répérer ſa plainte ,
Ou chanter ſes amours au rivage des eaux !
Tout trace de l'Amour les agréables charmes :
Sur l'écorce des bois galamment compaffés ,
Les chiffres des amans , l'un dans l'autre lafſés ;
Excitent des paſſans les amoureuſes larmes ,
Et l'on entend des monts les échos langoureux
Redire que l'Amour n'est pas trop dangereux,
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Alcidor, languiſſant aux genoux de ſa belle ,
N'oſoit lui aére ber une foible faveur ,
Quand Amynte lui dit , je ne ſuis pas cruelle.
Hélas ! Crains- tu , Berger , de m'engager ton
coeur ?
Va , je vois à travers ton filence amoureux ,
Que l'Amour pour ton coeur n'eſt pas trop dange
reux.
Les leçons en Amour ont beaucoup de puiſſance.
Le Berger s'en voulut de ſa timidité ,
Maisbientôt ſon amour, qui rompit le ſilence ,
Fit le premier eflai de ſa docilité.
11 devient plus hardi ;
dans un tranſport charmane
11 embraffe le ſein de ſa jeune bergere ,
Et lui jure qu'il eſt ſon plus fidéle amant.
Il alloit le prouver , lorſque toute en colére
Amynte repouſſa ſon air audacieux.
Eh quoi ! dit le Berger devenu témériare ,
L'Amour , m'avez vous dit, n'eſt pas trop dange
reux,
Il avoit bien raiſon. Pourquoi dans lebel âge ,
Quand on peut s'accorder des innocens plaiſirs ,
Redoute- t'on fi fort de l'Amour l'eſclavage ,
Et le refuſe- t'on aux amoureux ſoupirs ?
Oäi , tout eſt raviſſant dans les loix de Cythere ,
Et malgré qu'on y perd la fade liberté ,
OCTOBRE. 1748 وو .
On s'aime , & la vertu, qui devient moins auſtére,
Trouve dans ſes liens une félicité ,
Qui fait ſentir aux coeurs , même aux plus dédaigneux
,
Iſméne , que l'Amour n'eſt pas trop dangereux,
Quel ſeroit ce danger ? Est-il faux , véritable ?
Ah ! ſi je n'en rapporte à mes penchans ſecrets ,
Si j'écoute l'ardeur qu'inſpirent tes attraits ;
Non, je ne trouve rien dans l'Amour que d'aimable.
Près de toi qu'il eſt doux ! On chérit ſa foibleſſe;
Et la vivacité , qui perce tes beaux yeux ,
Dans le coeur d'un amant fait redire fans ceſſe ,
Iſméne , que l'Amour n'eſt pas trop dangereux.
A LA MESME.
Pour un jour qu'elle avoit quêté.
SI nou I nous euſſions vêcu dans les tems déplorables ;
Où les homines trompés adoroient leurs ſemblables
,
Moi- même le premier , vous dreſſant des Autels ,
Je vous euſſe invoqué par des voeux ſolemnels.
D'une Déeſſe en vous j'ai vu la vrate image.
Non , ſans doute , Utanie au printems de fon âge ,
N'étala dans Paphos les charmes précieux,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Que la nature en vous preſentoit à nos yeux ,
Loiſque des indigens vous quêtiez la ſubſtance.
Qu'on ſe plaiſoit à voir votre douce éloquence !
Un geſte , qui parloit , attendriſſoit les coeurs :
Et l'éclat de vos yeux , par leurs charmes vain,
queurs ,
Bien mieux que le deſir d'aſſiſter l'indigence ,
Vous donnoit près de nous une ſure audience.
Par M. A. M. D. C.
De Châlons -fur-Marne ,le 31 Août 1748.
LETTRE de M***. à M. Nicole , de
l'Académie des Sciences. Du 18 Septembre
1748 .
Os conſeils , Monfieur , & ceux de
Vmes amis , viennent de déterminer
mon amour-propre , à faire part au public
de mes idées ſur le choix d'un endroit
pour placer la ſtatue du Roi , mais le même
motifm'engage à vous prier de ne me point
nommer,
De quatorze emplacemens que j'ai examinés
,je n'ai trouvé de convenables à la
dignité de l'objet à remplir , que ceux qui
aboutiſſent à la Riviere , parmi leſquels
j'ai crû que le préferable étoit de former
i
OCTOBRE. 1748. 101-
ane Place en eſpéce de demi cercle ou entonnoir
, aboutiſſante pour la face fur le
Quai de Gefvres , dans toute l'étendue
d'environ ſoixante & douze toiſes qui ſe
trouvent entre le Pont Notre-Dame & le
Pont au Change ; par dertiere proche l'Egliſe
S. Jacques ; d'un côté à la ruë des
Arcis , & de l'autre à la ruë de la vieille
Joüaillerie , proche le Grand- Châtelet .
Je ne vous parle point de la compofition
, ni de l'Architecture de cette Place ,
far laquelle on ne doit attendre que du
beau de Meſſieurs des Bâtimens & de l'Académie
d'Architecture , ſur un objet fi
digne de leur émulation. Le mien eſt de
ſçavoir fi cet emplacement ſera approuvé
du Public , &des Supérieurs chargés de la
déciſion. Ainfi je ne ferai que quelques
obſervations ſur l'ornement, lacommodité,
&les points de vûë de cette Place , dont ,
felon moi , le principal& le plus décent ,
feroit un Hôtel- de-Ville , ſur lequel j'entrerai
dans un plus grand détail.
On peut donner à cette Place environ
foixante toiſes d'ouverture du côté de la
Riviere , fur environ quarante-cinq ou
cinquante de profondeur; le fond feroit
plus étroit , & terminé par un Arc- de-
Triomphe , qui déboucheroit du côté de
l'Eglise Saint Jacques de la Boucherie. On
(
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
pourroit même ouvrir une ruë depuis cet
Arc-de-Triomphe juſques ſur la ruë des
Lombards , dans la partie aboutiſſante proche
la rue des Cing Diamans.
J'avois d'abord deſtiné le côté de cette
Place , qui fait face auPont auChange ,
àconſtruire un Hôtel pour le Gouverneur
de Paris , & l'autre pour les Bâtimens du
Roi , mais on préferera peut- être d'autres
édifices , ou même d'entourer cette Place
de boutiques , pour caractériſer par un
monument célébre l'amour du Roi pour
fon peuple.
Quant à l'Hôtel -de-Ville , je crois que
pour en conſtruire un bien placé , il faut
prendre tout le terrain qui eſt entre la
Riviere & la ruë de la vieille Draperie ,
aboutiſſant par les deux bouts au Pont
Notre-Dame & au Pont au Change
conftruire d'un Pont à l'autre un Quai parallele
à celui de Geſvres , & fur la même
parallele la face de l'Hôtel-de- Ville d'environ
foixante-douze toiſes de longueur fur
quarante-ſept de profondeur , y compris
les cours & le paſſage du Quai. Tour cet
emplacement contient environ trois mille
toiſes de ſuperficie à acheter , ainſi que
celui ci-deſſus propoſé pour la Place du
Roi.
Je me propoſe de préſenter des plans
OCTOBRE. 1748. 103
de diſtribution & de conſtruction pour
cet Hôtel-de-Ville , mais je me réſerve de
ne le faire qu'après avoir vérifié ſi les
emplacemens que j'indique feront approuvés
ou s'il n'y a point de détermination
priſe pour d'autres.
J'ai pour la maſſe des bâtimens deux
projets differens , dont l'un coûteroit bien
moins que l'autre , parce qu'il logeroit
beaucoup moins de monde , que je crois
convenable de raſſembler dans l'Hôtel-de-
Ville , & furtout le Prévôt des Marchands
& ſes Bureaux , mais dans l'un & l'autre
je deſtine la face ſur la Riviere pour les
Fêtes د
avec un ſalon accompagné de ce
qui convient pour la commodité & la ftreté
du Roi , quand iljugera à propos d'y
venir.
Il ſe trouve des ſalles ſéparées pour les
differens uſages , & furtout pour les
Payeurs des Rentes ,qui ne ſe trouveront
plus dérangés , ou plutôt le public , par la
ſuſpenſion de payement qu'occafionnent
les échaffaudages & préparatifs pour les
réjoüiſſances que donne la Ville.
Il y aura des débouchés fur quatre ruës&
preſque tout fera voûté , ce qui rendra cet
édifice d'une conſtruction plus coûteuſe ,
mais plus durable , & hors des risques des
bâtimens ordinaires.
Eiiij
104MERCURE DE FRANCE:
En face de la porte de derriere , du côté
de la ruëde la vieille Draperie , il conviendra
d'ouvrir une ruë neuve aboutiſſante fur
leMarché- Neuf, & par un tour d'équiere,
àla ruë qui conduit à Notre- Dame.
On pourroit par la ſuite former de la
Place du Roi , du canal de la Riviere , &
de l'Hôtel-de- Ville , un enſemble , dont
la magnificence feroit l'admiration des
Etrangers. Ce feroit enſupprimant toutes
les maiſons qui font ſur le Pont Notre-Dame
&le Pont au-Change;& en conſtruiſant
àla place des trotoirs une Colonade aboutiffante
d'un bout à la Place du Roi , & de
l'autre à l'Hôtel-de-Ville. Les projets cideſſus
ſont ſuſceptibles de réduction de
moitié de dépenſe , ſans ceſſer d'être trèsbéaux.
Je crois remplir pluſieurs objets.
Je place le Roi aumilieu de fon peuple,
& d'une maniere qui répond , ce me femble
, à ſa magnificence &à ſabonté.
De cette Place partiront les Feux d'artifice,
qui ſe verrontde l'Hôtel-de-Ville d'une
façon plus agréable & moins dangereuſe
que par le paſſé.
Desdébouchés partout , qui garantiront
du déſordre ; & la commodité au peuple
de voir les fêtes ſans courir de riſques.
L'Hôtel-de-Ville rentre dans l'ancienne
OCTOBRE. 1748. 105
Cité de Paris , dont on décore par ce
moyen les deux plus vilains quartiers .
Les réunions ou tranſlations de trois pe-
4 tites Eglifes , qui ſe trouvent proche la ruë
de la Pelleterie , cauferont moins de dommage
que tous les autres projets .
Il eſt auſſi à obſerver que pour les deux
beaux atteliers que je propoſe , on peut
faire par la Riviere les approches de tous
les matériaux , & les enlevemens des terres
&gravas, ce qui , par beaucoup de raiſons,
doit encore entrer en conſidération , ainſi
que la commodité complette pour les niveaux
de pente.
Je laiſſe , à ceux qui nous ſuccéderont ,
l'exécutiondu projet de rétablir le Port S.
Landry dans toute l'étenduë depuis le Pont
Notre-Dame, juſques proche le Pont-Rouge
, qui peut-être ſera remplacé par un
pont de pierre , auſſi inutile , à mon avis ,
que le courantde Riviere , qui y aboutit ,
& que je fupprimerois par la jonction des
Quais & des deux Iſles , qui n'en feroient
plus qu'une.
Je fuis ,&c.
Εν
106 MERCURE DEFRANCE.
ODE
CONTRE l'Auteur anonyme de pluſieurs
libelles diffamatoires , affichés pendant la
nuit dans les rues de la Villede de Vienam,
en Dauphiné.
Impitoyables Eumenides * .
Vous , noires filles de la nuit ,
Dontd'ardens flambeaux ſont les guides
Et que l'horreur fans ceſſe ſuit ,
Sortez des goufres du Tartare.
Une main , cent fois plus barbare
Que celle qui conduit vos coups,
Répand l'effroi deſſus la terre,
Et bravant l'effet du tonnerre ,
Devient plus à craindre que vous.
**
Ceffez dans les Royaumes ſombres
De tourmenter les malheureux.
D'un mortel , pire que vos ombres,
Venez punir le crime affreux ;
Il ofe tout ,le téméraire !
* Les furies occupées dans les enfers à tourmente
Wes ariminels.
OCTOBRE. 1748. 107
Rien ne l'arrête en ſa colére,
Et ſans reſpecter aucun lieu ,
On lit les effets de fa rage
Aux portes de l'Aréopage * ,
Et juſques aux Temples de Dieu,
Toute épouſe ſe livre au crime ,
Suivant ſes infâmes éerits ;
Aucune n'eſt digne d'eſtime.
Arthémiſe eſt une Cypris .
Des femmes , dont le caractére
Eſt d'être ſages , mais de plaire
Se proſtituent , ſelon lui ;
Il le dira dans un libelle ,
Tracé d'une main criminelle ,
Qui l'affiché pendant la nuit.
Monftre , d'autant plus homicide,
Qu'il vit inconnu parmi nous ,
Et que l'innocence timide
Se prête peut-être à ſes coups !
Peut- être , en frappant, il conſole ?
Peut- être , en flatant , il immole
Car enfin , n'étant point connu ,
Qui ſçait , fi notre domicile
;
* On a trouvé des affiches fur les portes du Palais
fur celles des Eglifes.
Evj
108 MERCURE DEFRANCE.
Ne lui fert pas ſouvent d'azile ,
Venant d'attaquer la vertu e
Pourquoi fur le front d'un infâme
Ne pas découvrir la noirceur ,
Que le traître au fond de ſon ame
Porte & recéle dans le coeur?
Défaut honteux à la nature ,
De permettre que l'impoſture
Se déguiſe aux yeux des mortels.
La maindu coupable eſt cachée ,
Et l'innocence eft accuſée
Des projets les plus criminels.
Pour qui réſervez-vous la foudre,
Puiffant Maître de l'Univers ?
Que ne réduiſez-vous en poudre
L'Auteur de la proſe & des vers ,
Qui cauſent nos juſtes allarmes ?
Nos femmes , nos filles en larmes ,
Se profternent à vos genoux .
Objets d'une injuſte colére ,
L'une frémit aux yeux d'un pere ,
L'autre tremble à ceux d'un époux .
De tant d'innocentes victimes
OCTOBRE. 1748 . 109
Daignez terminer la douleur ;
Précipitez dans les abîmes
Ce lâche calomniateur.
Puniſſez ſa noire malice
D'un nouveau genre de ſupplice ,
Qu'on n'ait point vû dans les enfers,
Et que ſon nom foit une injure ,
Qui ſerve à la race future ,
Pour défigner les coeurs pervers.
N..... à Vienne en Dauphině.
LETTRE àM. Remond de Sainte Albine,
fur les accidens extraordinaires
d'une groffeffe.
Oici , Monfieur , une obſervation
Virginie
ment dans une de nos Séances Académiques
de Rouen , & dont je crois que le
public a intérêt d'être inſtruit. C'eſt dans
cette confiance que je vous l'adreſſe , la
voie du Mercure étant la plus fûre pour les
Auteurs & les Curieux.
Une Dame de cette Ville , âgée d'environ
trente-trois ans , a eu en differentes
années cinq accouchemens, qui ſe ſont trèsbien
terminés, Depuis cela, elle eſt reftée
IoMERCURE DE FRANCE:
trois ans ſans aucun dérangement , après
leſquels ce qui eſt périodique à ſon ſexe ,
ſe trouva ſupprimé l'eſpace de trois mois ,
mais,une ample évacuation lui fit récouvrer
ſon premier état. Un an après , elle
eſtdevenue enceinte. Sa groſſeſfe lui ayant
paru differente des autres , dès qu'elle fut
parvenuë au terme de quatre mois , elle
me fit appeller le 27 de Juin dernier , &
me déclara que dès la ſixiéme ſemaine elle
avoit fenti les mouvemens de ſon enfant ,
ajoûtant qu'elle avoit le ventre ſi particulierement
élevé , qu'elle ne connoiffoit
rien à fon état. Ce qui l'inquiétoit davantage
, c'eſt qu'elle avoit près de la hanche
droite une tumeur dure & tenduë , qui lui
étoit douloureuſe , ſurtout quand elle y
poſoit la main ,ou qu'elle élevoit le bras
droit. Comme toutes les queſtions qu'elle
me faifoit ſur ſon état étoient embarrafſantes
, je touchai les tumeurs , & je remarquai
qu'elle avoit la partie moyenne
de l'hypogaſtre , élevée , tenduë & dure ,
&à côté , en tirant vers la hanche droite
une autre tumeur du volume d'un gros
oeufde poule des Indes. Ces deux tumeurs
étoient ſéparées par une ligne , large d'environun
demi doigt , & longue d'environ
trois pouces. J'appuyai un peu fur ces
tumeurs , pour ſçavoir laquelle des deux
OCTOBRE. 1748. IfF
étoit la plus douloureuſe. La Dame ne ſe
plaignit , que quand je touchai celle qui
étoitdu côtéde la hanche . Je m'informai ſi
elle n'y ſentoit pas quelques élancemens ,
& fi la couleur de la peau n'étoit point
changée ; elle me dit que non. Après cet
examen , je penſai que le diagnoſtic que
j'avois à établir de cette groſſeſſe , étoit
plus aifé à faire, qu'il ne l'étoit de corriger
les accidens qui l'accompagnoient. Le
danger étoit évident , mais fans faire connoître
à la malade l'état fâcheux où je la
trouvois , je lui propoſai la ſaignée du
bras , ce qui fut exécuté le lendemain. Je
me flatai que cette ſaignée lui pourroit
apporter du foulagement , en relâchant les
vaiſſeaux utérins qui étoient trop engorgés
, mais avant de faire la ſaignée , j'avois
eu la précaution d'expoſer au mari le
danger que couroit la malade , non-feulement
parce que j'avois remarqué que le
fond de la matrice contenoit un enfant ,
mais parce que je ſoupçonnois encore
quelque corps étranger dans la corne
droite de la matrice , & que je concevois
ce corps , ou comme unfætus , ou comme
le placenta de celui qui étoit deſcendu
dans le fond de la matrice , ou enfin comme
un faux germe. Le mari me demanda
ce qu'il convenoit de faire dans une pa
112 MERCURE DEFRANCE.
reille circonstance. Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les ſaignées du
bras provoquoient ſouvent le détachement
des faux germes,& le relâchement des parties
trop tenduës : que fi nous étions allés
heureux pour que la ſaignée produiſit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de ſe flater que la malade ſe rétabliroit en
peude tems.
Le ſuccès répondit à mon pronoſtic ,
car la nuit ſuivante , la malade fut priſe
d'une violente perte de ſang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fat ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranſportai ſur le champ ,
mais je fus fort ſurpris de trouver la malade
dans des foibleſſes ſi grandes , & fi
ſouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'eſſayai cependant d'avoir leplacenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que du
côté droit,je la trouvai ſquirreuſe , depuis
ſon fond juſqu'à fon orifice.
Heureuſement pour la malade , j'étois
inftruit de ſon état. Je portai donc la
main ſur ſon ventre , & je remarquai que
lamatrice étoit bien diminuée , mais que
la ſeconde tumeur étoit telle, que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui
m'obligea de rompre le cordon ombilical ,
i
OCTOBRE. 1748. IF
-
&voici la raiſon qui m'y détermina. Si
(diſois-je en moi- même ) l'arriere faix eſt
dans la corne de la matrice , il eſt impoffible
de l'avoir préſentement ; ſi au contraire
il eſt dans le fond de l'uterus , par
ſon ſéjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
ſuppuration qui doit ſe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui ſe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera aufſi ,
diminuera de volume ,& par la fuite tombera
dans le fond de la matrice : ainſi on
aura lieu de les avoir tous deux .
Quoique toutes ces eſpérances fuſſent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poſſibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois. J'expoſai mes
craintes&mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penſa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleſſe ,& qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant ſept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux germe de la
longueur de quatre travers de doigt ſur
environ trois de large , & épais de deux ;
il avoit à chaque extrémité une languette,
#14 MERCURE DEFRANCE .
longue d'environ deux pouces. Par l'exs
men que nous en fimes , nous remarquâ
mes qu'il portoit l'empreinte de la cavité
d'unedes cornes de l'uterus , & que la tumeur
étoit diffipée.
La malade par cet heureux évenement
a recouvré aſſes promptement un état de
ſanté , auffi bon qu'on pouvoit le deſirer ,
malgré le ſquirre dont quelques parties de
la matrice ſont encore attaquées.
Telle eſt , Monfieur , la conduite que
j'ai renuë , & quoique la réſidence de l'arriere-
faix dans la matrice , ſept jours après
la ſortie du færus , doive paroître à bien
des perſonnes d'une dangereuſe conféquence
, la réuffite prouve qu'il eſt de
la prudence d'un Chirurgien de faire
fervir à ſes vûës , juſqu'aux choſes qui paroiffent
répugner à la pratique ordinaire ,
dans les cas fur-tout où il n'a que ſa raiſon
pour le conduire . Je ſuis , &c.
ARouen ce 2 Septembre 1748.
Thibault.
OCTOBRE. 1748. 115
BOUQUET
Pour lejour de Saint Louis , à M.le Chevalier
d'Andigné , Capitaine au Régiment
de Piémont , par M. P.....
Ue peut t'offrir mon coeur , Louis , pour
ton Bouquet
Flore dans ſes jardins , dans ſes plus beaux parterres
,
N'étale rien d'afflés parfait :
Hélas ! que ces fleurs paſſageres
Flatent peu ton ambition !
Je connois ta dévotion >
Taferveur , & ton zéle en ce grand jour de Fêtea
Deton pieux Patron , du plus ſaint de nos Rois
Tu defires porter la Croix ;
Cher ami , je te la ſouhaite.
16MERCURE DEFRANCE:
INSCRIPTION pour le Cadran
Solaire du Jardin d'une penſion.
ΟTia Ruris & Urbis opem locus exhiber iſte
Ludorum &studii dirigit hora vices.
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
du Mercure de Septembre , font la
Quenouille ,le Limaçon , la Lettre A, la
Langue , Louise & Vertumrius. On trouve
dans le premier Logogryphe , en ajoûtant
les lettres défignées par l'Auteur, Lot ,Sole,
Sol, Si, fel, oni,Lois, Voile de Navire, Voile
de Religieuſe , Loup , Louis , Roi de France
, des Louis. Dans le ſecond ,
د
ver, russ
mus , tres nervus , Turnus , veru , nurus
&munus.
:
LOGOGRYPHE .
JE ſuis un enfant du génie ,
De la Nature un noble effort ,
Qui bien ſouvent après ſa mort
Fais revivre celui qui me donne la vie.
4
Sans coeur , du Dieu de l'harmonie
Je ſuis le plus cher instrument,
OCTOBRE . 1748 .
Chés moi , par plus d'un changement ,
Une Cité de Normandie ,
Des plus Normandes qu'il y ait ,
Se trouve avec ce que pas un ne hait.
Item. Un ſaint que l'Egliſe couronne.
Ce qu'au fond du tonneau la liqueur abandonne
Ote ma tête , auſſi-tôt ſous tes yeux
Un fou plus effronté que le Dieudes batailles ,
Va le verre à la main ,& fans quitter fes Dieux ;
Foudroyer des remparts , renverſer des murailles
Et meubler les Palais qu'il bâtit en tous lieux,
D'en dire davantage ,
Ami Lecteur , il ſeroit fuperflu ,
Car je crois qu'à ton âge
Plus d'une fois tu me vois , tu m'as v
TRE.
JEE parois chaque mois pour plaire aux curieux
On me trouve amusant , quelquefois ennuyeux.
Voila , Lecteur , ce que je ſuis au juſte,
Pour découvrir mon nom , ſi tu veux cependant
Un plus grand éclairciſſement ,
Jevais te contenter. Sorti d'un ſang auguſte ,
On me connoît parmi les Dieux ;
J'y tiens un rang même affés glorieux .
Prends mes trois premiers pieds ; je ſuis épouvan
table,
118 MERCURE DE FRANCE.
Pour ma grandeur on ne vit rien de tel;
C'eſt de moi qu'on tire le ſel.
Demes quatre derniers l'effet eſt admirable,
Aux maux les plus grands je mets fin ;
Dansla Villemon nom te déſigne un chemin
Je ſuis un mets qu'on ſert à table ;
Le canal d'un petit ruiſſeau ;
Une craſſe qui vient ſur l'eau ;
Une plante médicinale;
UnBouclier , ou bien une pièce d'argent,
La Muſique , ce beau talent ,
Sansmoi ſeroit imparfaite , inégale.
Je ſuis encore une Planette,
Mais n'allons pas chercher ſi loin.
D'en dire tant qu'eſt il beſoin ?
Ma langue , ſoyez donc difcrette;
Toi , pour me deviner , n'implorepas les Dieux
Car tu me tiens , ou tum'as ſous tes yeux.
J. F. Guichard.
AUTRE.
Suis-je un bien? Suis -jeun male Conſultez l'U
nivers
,
Vous trouverez partout des ſentimens divers,
Je fais ſouvent votre miſere ,
Et ce cas par malheur ,
Hélas! n'eſt que trop ordinaire
OCTOBRE. 1748. rr,
Souvent auſſi je fais votre plus grand bonheur.
Faitons nous encor mieux connoître..
Sept membres font mon tout , qui pris diverſement,
Pourront bientôt peut- être
Me dévoiler entierement.
'offre d'abord un nom & faint & reſpectable;
Ce que dans ce moment vous touchez de la main
Un mets utile & convenable
A Manon , Lifette & Catin ,
Ainſi qu'à bien d'autres femelles
Ce que chacune d'elles
Voudroit avoir , & dès demain,
Un grand & ſçavant perſonnage ,
Connu jadis dans l'Orient.
Un Roi riche , ſcavant & fage;
Un amas d'eau , meurtrier inſtrument ;
Ce que voudroit cacher l'aimable Célimene ,
Servante affés connue ; un rom doux , gracieux ,
Mais dont l'eſpéce eſt rare , & qu'on trouve avee
peine ;
Ce qu'un Rimeur fait de ſon mieux ,
Et cependant qui bien fort l'embarraſſe;
Le principe de certain Art ;
Ce qui de nous eſt la plus noble part ;
Elément , tantôt chaud , & tantôt plein de glace ;
Le contraire du doux ; mal horrible & cruel ;
Un poliflon ; péché mortel ;
120 MERCURE DEFRANCE.
Acertain âge récompenſe,
Dontparfois un Pédant fait libéralité ;
Dans la Turquie Officier reſpecté ;
Ville ancienne en lieu loinde la France;
Inſtrument de ſupplice. Arrêtons, car je croi
Que plus d'un Lecteur jure & peſte contre moi,
P
LOGOGRYPHUS.
Ars hominum ſublimior , aut nemorumdecus.
Aufer
Collum, mox faliens Cerealia curro per arva.
Collum & ventrem junge pedi , datur altera forma,
Et noctis fio tranquillæ argenteus humor.
Denique ſi ventrem poſtremo cum pede jungas ,
Durior enhominis pars ſum , feu gloria vultus.
ALTER.
Embris quinque , dolis inſtructus & arte
M malignâ
Venator fum. Scinde pedes , liquor extat amarus.
Si caput& collum reſeces , tunc inter amicos
Perfæpe ambiguas damnoſaſque excito rixas.
:
J
ENIGME.
E fuis un tyran redoutable
Qui porte avec lui la terreur ,
Mais une ennemie implacable
Per
OCTOBRE. 1748 . IZ1
Peut ſeule arrêter ma fureur.
Quelquefois cependant je mépriſe ſa rage ,
Et , malgré ſes efforts, j'en fais plus de ravage
Mais qui me donne l'être a hélas ſouvent un riend
Prudent Lecteur , penſez -y bien ,
Ce rien , ſi l'on n'y remédie
En unmoment excite ma furie,
Pour lors , qui peut appaiſer mon courroux ?
Jeſuis pourtantd'un uſage bien doux ;
Il eſt des tems où je ſuis néceſſaire ,
Et que je fais l'objet de vos défirs ;
1
Même ſouvent on me préfere
Atous autres plaifirs .
MOLL
AUTRE.
Ou art eſt , dit- on , fort antique,
Et quoiqu'en diſe la critique ,
Je ſuis un des plus beaux de tous ;
Lecteur , je m'en rapporte à vous.
:
A la Ville, à la Cour ,je ſuis toujours d'uſage ;
C'eſt moi qui produis les curieux ouvrages ;
Je ſuis utile en guerre , en amour , en procès.
J'ai ſouvent mis au jour les plus affreux forfaits ;
Vérités , fauſſetés , ſont pour moi même choſe ;
Je fournis aux Cenſeurs des ſujets à leur gloſe .
Je ſuis dans l'Univers ſtablement établi .
Quelque habile & ſçavant que devienne unAuteur;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Fût il beau Proſateur, fut-il maître rimeur ,
Sansmon fecours , hélas ! il reſte dans l'oubli,
Jedonnedes ouanges&je dis des injures ;
J'ai l'art de peindre au vrai , d'imiter la Nature.
Artiſans,Roturiers, Marchands &grands Seigneurs
Prélats, Maltotiers , reffentent mes faveurs ;
Aux petits , comme aux grands ,je ſuis très-nécellaire;
Sans moi je ne crois pas qu'on puiſſe faire affaire ,
C'eſt moi qui dévoilai les Myſteres des Dieux,
Aces traits aisément tu pourras me connoître ,
Je voudrois me cacher pour ne jamais paroître ,
Mais cependant, Lecteur, tu me vois ſous tes yeux.
ParM. de la Grée , lefils.
RECIT DE BASSE.
V Ents déchaînés , Aquilons furieux ,
Vous ravagez toute la terre ;
Foudres bruyans , redoutable tonnerre ,
Vous rempliſfez d' ffroi les plus aimables lieux ;
Tout tremble à votre abord , tout frémit , & mon
ame
Croit tomber pour jamais dans l'éternelle nuit ;
Vous faites , il eſt vrai , grand fracas &grandbruit,
Vous en faites moins que ma femme.
L'air&les parolesfont de M. deLaunay.
3
OCTOBRE. 1748 . 123
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
LEçons de Phyfique expérimentale. Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , & Maître de Phyſique de
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Tome
IV . A Paris , chés les freres Guerin ,
ruë Saint Jacques vis-à- vis les Mathurins ,
à Saint Thomas d'Aquin. 1748. pages
528 , fans y comprendrela Table des Matieres.
Ce quatriéme Tome contient les principales
expériences qu'on peut faire fur
l'eau & le feu , & qui ſervent à faire connoître
la nature & les propriétés de ces
deux élémens . M. l'Abbé Nollet , conſidérant
d'abord l'eau dans l'état de liquidité ,
donne les moyens de la purifier ,& fpécialement
de deſſaler l'eau de la mer; il
compare la péſanteur ſpécifique de l'eau ,
la moins chargée de corps étrangers, à celle
de l'or , du mercure , &c ; il détermine
le degré de dilatation & de chaleur que
l'eau reçoit dans le vuide ; il fait voir que
leau s'échauffe , d'autant plus qu'elle a
moins la liberté de ſe dilater ; qu'elle ne
Fij
124MERCUREDEFRANCE.
1
diffout pas également tous les fels , &
qu'elle diffout plus du même ſel , lorfqu'elle
eft chaude , que lorſqu'elle eſt
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la ſuppoſe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce ſecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus conſidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éolypile
le recul des armes à feu. De-là , il
paſſe à la deſcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention àM.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
PUniverſité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eſt plus prompte & plus
complette , lorſque l'eau eſt pure ; que
lorſqu'elle renferme quelque ſubſtance
huileuſe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlangedes ſels. Il difcute
en même tems quelles font les
vraies cauſes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau est moins legere que la glače;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait briſer les vaiſſeauxdans lefquels
elle eſt contenuë ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée ſur les animaux , fur
OCTOBRE. 1748 . 125
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences ſur l'eau fuccédent dans ce
volume celles ſur le feu. L'Auteur fait
paſſer ſous les yeux de ſes lecteurs tous les
phénomenes les plus intéreſſans , qui ont
rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'eſprit de vin , l'inflammation
de l'eſprit de terebenthine par un fort
acide nitreux , la compoſition & les effets
du Phosphore de M. Homberg , les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires , la
dilatation du verre & des liqueurs , &
l'allongement du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans ſes leçons ſur le
feu ſuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raiſonnement accompagne
toujours l'expérience. Cet
Académicien ne le contente pas d'étonner
l'imagination ; il tâche , autant qu'il lui eſt
poſſible , d'éclairer le jugement des perfonnes
qui ne ſont pas encore initiées dans les
myſtères de la Phyſique. Toutes celles qui
ont beſoinde s'inſtruire , liront ce volume
avec la même ſatisfaction qu'elles ont
éprouvée dans la lecturé des précédens.
- RECUEIL de pluſieurs Piéces d'Eloquence
& de Poësie , préſentées àl'Acadé-
Fiij
126 MERCUREDEFRANCE.
mie des Jeux Floraux en l'année 1748
avec les Diſcours prononcés dans les afſembléespubliques
de l'Académie. AToulouse
, chés Claude-Gillesle Camus , & à
Paris , chés Delaguette , ruë S Jacques .
Le Diſcours , qui a remporté cette année
le prix d'Eloquence au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , & dont le
fujet eft les Avantages du Travail , eſt un
des plus beaux qui ayent jamais été préſentés
à cette Académie Il eſt de M. l'Abbé
Forest, de Toulouſe , Bachelier en Théologie
, réſidant à Paris dans la Maiſon des
Prêtres de Saint Benoît.
Parmi les Auteurs qui ſe ſont propoſés
de nous engager au travail , les uns nous
l'ont repréſenté comme un arrêt qu'il falloit
fubir , & les autres comme un devoir
de ſociété dont nous ne pouvions nous
difpenfer. Les uns & lesautres n'ont fait
au travail qu'un petit nombre de partiſans.
M. l'Abbé Forest remarque judicieufement
que les hommes ne ſe rendent qu'à regret
à ces invitations rigoureuſes , Il le faut ,
on le doit. Qu'on impoſe , dit- il , aux vrais
Chrétiens le travail comme un joug ; ils
le porteront. Que les vrais Philofophes
l'enviſagent comme un moyen d'être utiles
à leurs ſemblables ; c'en eſt affés pour
eux , ils l'aimeront. Mais préfentons au
OCTOBRE. 1748. 127
commun des hommes , & les travauxdu
corps ,&ceux de l'eſprit , comme la fourcedemille
avantages perſonnels , c'eſt parlà
ſeulement qu'on peut les leur rendre
aimables.
Dans la premiere Partie du Diſcours ,
l'Orateur expoſe avec autant de force que
de ſagacité tous les avantages qui réfultent
des travaux du corps. Ilſeroit à ſouhaiter,
pour la confolation & l'encouragement
des pauvres qui ſont condamnés à des fatigues
preſque continuelles , qu'ils pûffent
lire le parallele qu'on fait ici de leur ſanté
mâle & vigoureuſe à la foibleſſe & aux
maladies , qui font les effets ordinaires de
la molleſſe & de l'oiſiveté . Le tableau
qu'à la fuite de ce parallele M. l'Abbé
Forest nous offre de la vie des anciens Romains
, eſt unde ſes morceaux les plus éloquens.
Iln'en eft pas ainſi de vous , s'écrieil,
en adreſſant la parole aux François . Votre
valeur , il eſt vrai , votre zéle pour la
Patrie , votre amour pour la gloire , vous
ſuivent par tout mais vos forces vous
abandonnent ſur des bords étrangers , &
la foibleſſe de votre tempéramment fuccombe
aux périls que brave la grandeur de
votre ame. N'en cherchons la cauſe que
dans votre éducation... Que ne s'applique-
r'on à former en vous des corps ro-
,
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
buſtes , comme on prend foin d'y former
des coeurs magnanimes ? Un préjugé fatal
avilit parmi vous la plupart de ces exerci
ces , qui ont mis Hercule , Caſtor & Pollux
, au rang des Dieux.Ainfi , par un prodige
qui étonne l'univers , les plaiſirs & le
luxe oùvous vivez énervent votre rempéramment
, ſans amollir votre courage , &
vos moeurs font les ſeules barrieres que
vos ennemis puiſſent oppoſer à vos conquêtes.
La ſeconde Partie , deſtinée à montrer
les avantages des travaux de l'efprit,n'eſt ni
moins brillante , ni moins philoſophique
que la premiere. M. l'Abbé Foreſt prouve
d'une façon triomphante , que la probité
n'eſt point ſolide , ſi elle n'eſt réflechie ;
que c'eſt un édifice qu'il faut élever dans
fon coeur fur des fondemens à l'abri des
orages ; que la Religion & la Nature doivent
en fournir les matériaux , mais que
la Raiſon doit en être l'Architecte , & que
ce n'eſt qu'à force d'application & d'étude
qu'elle parvient à perfectionner ſon ouvrage:
Il va plus loin ,& il entreprend
de faire voir que le travail de l'eſprit influe
, non- feulement ſur les moeurs , mais
encore ſouvent ſur la fortune. Il convient
qu'il eſt certains genres d'étude , qui occupent
toute la capacité de l'eſprit , &
OCTOBRE. 1748. 129
qui nous éloignant des affaires , peuvent
nous éloigner de la route des richefles &
des dignités , mais , demande-t'il , quelle
eſt la véritable grandeur , celle des Puiffans
, ou celle des Sages ? Les hommages
qu'on obtient par le mérite , ne font-ils
pas de beaucoup préferables à ceux qui ne
font rendus qu'à l'autorité ? Ici , l'Orateur
employe les traits les plus vifs de l'éloquence
, pour nous peindre la gloire dont
joüiffent ces génies rares , nés pour honorer
leur Patrie par leurs lumieres ou par
leurs talens . Il termine ſon Diſcours , en
félicitant les François de vivre ſous un
Monarque , dont le Trône eſt l'aſile des
Beaux Arts , & qui les couronne de la
même main dont il terraſſe ſes ennemis.
L'Académie a adjugé le Prix de l'Ode
au Pere Arcere , Prêtre de l'Oratoire ,
Aſſocié de l'Académie des Belles-Lettres
de la Rochelle ; celui du Poëme à M. d'Ichy
de Sabatery , Maire de Villefranche
du Lauraguais ; celui de l'Eglogue , au
même , &l'un des Prix réſervés du Poëme ,
à M. de Viguier de Segadennes.
Caroli Noceti , è Societate Jeſu , de Iride
& Aurora Boreali CARMINA , Illust.
ac Reverend . Præſuli Bernardino Giraudio
Dicata. Cùm notis Jofephi Rogerii Boscovich
, ex eâdem Societate. Roma , 1748.
Fv
و
130 MERCURE DEFRANCE.
Ex Typographia Palladis , in-4°. pp. 127.
Se vend à Paris , chés Guerin , rue Saint
Jacques , à Saint Thomas d'Aquin.
Perfuadés que les Rapins , les Commires&
les Santeuils , ne ſeroient pas euxmêmes
juges compétens , pour décider fi
unModerne parle correctement la Langue
de Virgile &d'Horace , nous ne prononcerons
point ſur la pureté du ſtyle des deux
Poëmes que nous annonçons. Nous affu
rerons ſeulementt , que fi les Belles Lettres
Latines étoient plus cultivées , le Pere Noceti
auroit un grand nombre de lecteurs ,
&que tous rendroient juſtice à la beauté
de fon génie , &à l'art avec lequel il prête
àla Phyſique les ornemens de la Poëfie la
plus fublime.
Ce Jefuite Italien étant enmême tems
un Poëte diftingué & un Sçavant du premier
ordre , il auroit été ſurprenant qu'il
ne connût pas l'excellent Traité de M. de
Mairan fur l'Aurore Boréale , & il ne
pouvoit l'avoir lû ,fans en ſentir tout le
mérite. Pour montrer qu'on n'a là-deſſus
aucun reproche à lui faire , il adreffe , en
commençant ſon ſecond Poëme ,une efpéce
d'invocation à cet Académicien
comme à la Muſe par laquelle ildéſire le
plus d'être inſpiré.
Les notesque le Pere Boſcovich ajoinOCTOBRE.
1748. 13
tes à cet ouvrage & au Poëme ſur l'Arc.
en-Ciel , font également inſtructives &
agréables , & avec le ſecours du Commentateur
le Poëte doit être entendu , même
des lecteurs les moins verſés dans les matieres
qu'il traite .
: TRADUCTION des modéles de Latinité
, tirés des meilleurs Ecrivains. Second
Recueil de Profe. A Paris , chés Louis-
François de la I our , rue Saint Jacques visà-
vis les Mathurins , à S. Thomas d'Aquin.
1748. In- 8 °. pp. 433 .
• On a été informé par un des précédens
Mercures * , que M. Chompré a fait paroître
un nouveau Tome de ſon Recueil
intitulé , Latini Sermonis Exemplaria. Il
donne aujourd'hui la Traduction de ce
ſecond volume , en avertiſſant qu'il aſpire
moins à la gloire de paſſer pour élégant
Ecrivain , qu'à l'avantage d'être utile à la
jeuneſſe. En pluſieurs endroits , il n'a
point fait difficulté de profiter du travail
des Traducteurs qui l'ont précédé , & ,
autant qu'il a pû , ila rapproché de la lettre
les verfions qui lui ont paru trop hardies.
Moyennant le ſoin qu'il prend de
publier en François les fragmens qu'il propofe
pour modéles à ceux qui veulent
*** Second volume de Juin 1748 , p. 153.
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
écrire purement en Latin , non- feulement
les commençans pourront juger , en comparant
leurs Traductions à celle-ci , s'ils
ont ſaiſi le véritable ſens de l'Auteur ,
mais une mere de famille , & toute autre
perſonne ſans littérature , feront en état ,
le livre à la main , de ſe faire traduire ces
fragmens par un enfant , & de s'aſſurer fi
fon explication eſt fidelle.
LETTRE ſur la Peinture , Sculpture
&Architecture, A M. ***. 1748 .
A la ſeule inſpection du titre , on doit
s'attendre à ne pas trouver dans l'ouvrage
un ſtyle abſolument correct , mais en récompenfe
on peut compter d'y puiſer
beaucoup de connoiffances. Cette Lettre
eſt diviſée en trois Parties , dont lapremiere
ſert de réponſe aux Réflexions fur
quelques caufes de l'état préſent de la Peinture
en France ; la ſeconde contient des Notes
critiques ſur la Lettre publiée l'année derniere
par M. l'Abbé le B. , & la troiſiéme
renferme l'examen des principaux ouvrages
de Peinture , de Sculpture & de Gravûre
, expoſés cette année au Salon du
Louvre. En lifant cette Brochure , nous
avions ſoupçonné que pluſieurs perſonnes
y avoient part. Nous avons été depuis
confirmés dans notre conjecture. On ne
peut trop exhorter desJuges ,auffi capaOCTOBRE.
. 1748 . 133
bles que les Auteurs de cette Critique ,
de remarquer les défauts& les beautés des
productions des Artiſtes , à continuer cha
que année de communiquer au public leurs
obſervations.
:
: SATYRE contre les Déiſtes. AParis,
au Palais , chés de Nully , Libraire , Gran
de Salle , à l'Ecu de France , 1748 .
HISTOIRE du Théâtre François ,
depuis ſon origine juſqu'à préſent. Tome
XII . A Paris , chés P. G. le Mercier
, Imprimeur Libraire , ruë S. Jacques ,
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , ruë
S. Jean de Beauvais , vis-à- vis le Collége ,
1748.
CONFERENCES Eccléſiaſtiques du
Diocèse d'Angers ſur les cas réſervés. To
me ſecond . AAngers , chés Pierre-Louis
Dubé , Imprimeur de M. l'Evêque , 1748 .
Volume in- 12 . de 493 pages.
HISTOIRE générale d'Allemagne par
le P. Barre , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève , & Chancelier de l'Univerſité
de Paris . Tome III , qui comprend les
Regnes depuis 840 juſqu'en 1039. AParis
, chés Deleſpine , Thiboust & Heriffant
de 684 pages.
FABLES NOUVELLES , miſes en
vers , avec la vie d'Eſope , tirée de Plutar
que & d'autres Auteurs , par M. Richer.
34 MERCURE DE FRANCE.
Nouvelle Edition corrigée & augmentée
d'environ 10 Fables. A Paris , chés Barrois
, Quai des Auguſtins , àla ville de
Nevers.
DISSERTATION ſur la ChronologiedesRoisMérovingiens
,depuis la mort
de Dagobert I. juſqu'au Sacre de Pepin ,
qui a remporté le prix propoſé par l'Académie
de Soiſſons pour l'année 1746 ,
avee des réponſes aux Critiques de quelques
articles de deux autres Diſſertations
de l'Auteur , couronnées par la même
Académie en 1743 & 1744 , &des éclairciſſemens
ſur le Roi des Ribauds , par M.
Gouye de Longuemare , Avocat au Parlement
&Greffier du Bailliage de Verſailles.
A Paris , chés Chaubert , à l'entrée du
Quai des Auguſtins , 1748 , in- 12 . de 206
pages.
MEMORIAL de Paris &de ſes environs
, à l'uſage des Voyageurs , par M.
l'Abbé Antonini. Nouvelle Edition in-12.
Chés Bauche, Quai des Auguſtins , à l'Image
Sainte Geneviève.
BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, par M. de la Rue , chés le même Libraire.
PRATICIEN UUNNIIVERSEL , de
Couchot,chés le même.
HISTOIRE du Royaume de Suéde.
OCTOBRE. 1748 . 135
Premier volume. A Stockholm , chés Salvius
, Imprimeur Libraire de cette Ville ,
1747 , in-4 .
DISSERTATION ſur les uſages &
les moeurs des Lapons , par M. Pierre
Hoegstroem , Pafteur en Laponie. Dans la
même Ville.
On imprime actuellement àCoppenhague
les Mémoires du Comte de Greiffenfeld
, ci-devant Grand Chancelier de Dannematck
, & ceux de l'Amiral Adeler , &
du Vice-Amiral Tordensxield. Cet ouvrage
ſera in-4°. avec de belles figures.
PORTRAITS hiſtoriques des Hommes
illuſtres de Dannemarck , remarquables
par leur mérite , leurs Charges & leur
Nobleſſe , avec leurs Tables Généalogiques
, 1747 , in-4°. par M. Tycho Hoffmann
, Membre de la Société Royale de
Londres , Ibidem.
DE FORO DIVINO Commentatio Philofophica.
Auctore Godofr. Profé , Prof. Ph.
Math . Hamburgi , 1747 , in-4° . Hamburgi.
JOANNIS VOGT Catalogus Historico
criticus librorum rariorum , jam curis tertiis
recognitus , & copiosa acceſſione exsymbolis
collatione Billiopolorum per Germaniam
doctiſſimorum adauctus. Ibidem. Herol. 1747.
in-8°.
136 MERCURE DEFRANCE.
CHRISTIANI Gottlieb Buderi ... Opus
cula, quibusfelectiora Juris publici, Feudalis,
Ecclefiaftici , Germanici , & Historia patriæ
ac litteraria , argumenta exhibentur. Jena ,
apud Christ . Henricum Cuno , 1746 ,
in-8°.
On va publier à Londres la Deſcription
hiſtoriquede la Hollande , ſous ce titre
, Notice impartiale des Provinces-Unies.
L'Auteur y décrit l'origine & les accroiffemens
de la République , l'étenduë de ſes
Provinces & la nature de ſon terroir , les
moeurs & le caractére des habitans de ces
Pays , & les avantages dont ils peuvent
profiter , l'Etat Eccléſiaſtique , l'admini(-
tration de la puiſſance ſuprême , la forme
du Gouvernement qui eſt aristocratique ,
la raiſon d'état , Ragione di Stato. Il décrit
les armes & les titres des ſept Provinces ;
il parle des Hommes illuſtres qui ont fait
honneur à la République ,& des principaux
Auteurs qui ont écrit de ce même
Pays .
Dans la même Ville , on travaille à une
fixiéme Edition du Dictionnaire Anglois
François de Boyer , & à une Edition nouvelle
des ouvrages de Ciceron. Cette derniere
contiendra onze volumes in- 12 . portatifs
& commodes.
On a réimprimé dans la même Ville
OCTOBRE. 1748. 137
depuis quelque tems les Voyages d'Edouard
Pocock en Egypte & aux environs , en
deux volumes in-fol. & les voyages de M.
Shaw , in-4° .
OEUVRES poſthumes de Thomas
Chubb , contenant 1° . des remarques fur
l'Ecriture , 2°. des obſervations ſur le
Livre de la Miſſion divine de M.Warburton
, 3°. divers Traités fur les ſujets les
plus importans de la Religion , 4°. un
poftcrit à ſes quatre dernieres Differtations
, & en particulier à celle qui roule
fur Melchifedech , 1748 , in- 8 ° . Deux
volumes. A Londres. L'ouvrage eſt en
Anglois.
COLLECTION de trente Traités du
même Auteur , laquelle forme auſſi deux
volumes in- 8 ° . Ibidem .
APPENDIX ad Thefaurum Lingud
Grace ab Henrico Stephano conſtructum , &
ad Lexica Constantini , &Scapule , ſtudio
labore Danielis Scott , 1747 , in-fol . Deux
volumes . Ibidem.
NOUVELLE VERSION en Anglois,
par le même Auteur , de l'Evangile de
Saint Mathieu , avec des notes pour juftifier
la manieredont on l'a traduit , & pour
éclaircir par les meilleures autorités le ſens
& la pureté des expreſſions de l'original.
On y a ajouté un examen des notes du
138 MERCURE DEFRIANCE .
Docteur Mill , fur cet Evangeliſte. Ibidem:
TRAITE' ſur le Sénat Romain , en
deux Parties , par M. Conyers Middleton ,
Docteur en Theologie , & Premier Bibliotécaire
de l'Univerſité de Cambridge. in-
8º. Ibidem . L'ouvrage eſt en Anglois .
CAAL BEN ZOHAIR Carmen Panegyricum
in laudem Muhammedis ; Amralkeisi
Moallakach , cum Scholiis Arabicis ,
& verſione Latina Levini Warneri. Acce
dunt Sententia Imperatoris Ali &nonnulla
exHamasa &Divan Hudeilitarum. Omnia
ex Manuscripto Bibliotheca Batava edidit ,
vertit , notiſque illuftravit GerardusJoannes
Lette. Premiſſa eſt laudatio celeberrimi viri
Abb. Schultens. Lugduni Batavorum , apud
Corn. Haak , 1748 , in-4°.
* LA NOUVELLE Edition des ouvrages
de Jean-Guillaume Hoffmann eſt actuellement
ſous preſſe à Leyde, chés Combaak.
Cette Collection contient les piéces ſuivantes.
1º. Commentarius ad legem Juliam
de Adulteriis , 2°. Meletemata ad Pandectas,
3°. Historia Triumviratus , 4°. Differtatio
ad legem Oppiam de Matronarum cultu, 5 .
Prafatio Menagii Amænitatibus Juris pramiffa.
SEBALDI RAVII.... Diatribe de
Epula funebri Gentibus danda ad Iſa. C. 25.
OCTOBRE. 1748. 39
v. 6. 7. 8. cum prafatione Davidis Millit,
Trajecti ad Rhenum , apud Paddenburgios ,
1747, in-8°.
INDEX verborum ac phrafium Luciani ,
five Lexicon Lucianeum , ad editiones omnes,
maxime noviffimam Weſtlenianam , concinnatum
à Cn. Conrado Reitzio. Ibidem . Ex
Typographia Hermanni Beſſeling , 1747 ,
in- 4°. Ce Lexicon eſt Grec ſeulement
NOUVELLE DISSERTATI
fur l'électricité des corps , dans laquelle
on découvre le vrai méchaniſme des plus
furprenans phénomenes qui ont parujufqu'à
préſent , & d'une infinité d'expériences
nouvelles de l'invention de l'Auteur.
Par M. Morin , Profeffeur de Philoſophie
au College Royal de Chartres. A
Chartres , chés la veuve Roux , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 , & à Paris , chés
la veuve Etienne fils , Libraires , ruë
S. Jacques.
DEFENSE des principaux articles de
la Foi Catholique , contre M. Elms , Miniſtre
de l'Eglite Anglicane , par M. Tilly ,
Chanoine Régulier de l'Ordre de Prémontré
de l'Abbaye de Valſery , Docteur
en Théologie ; avec ces paroles de l'Ecriture
à l'inſcription du livre. Soyeztoujours
prêts de répondre pour votre défense , à tous
ceux qui vous demanderont raiſon de l'eſpé
140MERCURE DEFRANCE.
rance que vous avez. 1. P. 3. 2. 15. Α
Soiffons , chés P. Nic. Waroquier , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 . & à Paris ,
chés Antoine Boudet , ruë S. Jacques , à la
Bible d'or.
CODEX MEDICAMENTARIUS ,
Seu Pharmacopaa ex Mandato Facultatis
Medicina Parifienfis edita à Joanne-Baptifta
Thoma Martineng , Decano. Editio auctior
& emendatior. Parifiis , apud Guillelmum
Cavelier , patrem , Bibliopolam , via Jacobeâ
, 1748 , in-4°.
ON DELIVRE préſentement aux Soufcripteurs
les trois premiers volumes de la
Bible en Latin & en François , avec des notes
littérales , critiques & historiques , des
Préfaces & des Differtations tirées du Commentaire
de Dom Augustin Calmet , &c. chés
G. Martin ; J. B. Coignard&Ant. Boudet
P. J. Mariette &Hyp. L. Guerin , Libraires
, rue S. Jacques , in-quarto .
: NOUVEAU TRAITE' des Criées , ventes
des Immeubles & des Offices par Décret ,
avec des Obſervations ſur les Décrets volontaires
, les Directions , la vente des rentes
foncieres & conftituées , & un Recueil
d'Edits , Déclarations du Roi , Coûtumes,
Reglemens , Certificats d'uſages & Formules
fur cette matiere , par Me Jean-Alexis
Thibault , Procureur au Parlement de Di
OCTOBRE. 1748. 141
jon . A Paris , chés Mesnier , Imprimeur
Libraire , rue S. Severin , 1748. Deux vo
lumes in-quarto.
TRADUCTION Italienne de la pluralité
des Mondes de M. de Fontenelle. A Paris,
chés Brunet , Libraire au Palais , 1748 ,
in- 12 .
LE VOLUME VI. de l'Hiſtoire générale
des voyages paroît chés Didot , Libraire ,
Quai des Auguſtins , à la Bible d'or ,
1748 , in- quarto .
TRACTATUS mechanicus de non naturalibus
, qui est brevis explicatio mutationum ,
quas in humano corpore producunt aër , diata
Oc. Simul cum inquifitione in naturam &
usum balneorum , quibus prafixa eſt Doctrina
Secretionis, pluribus in propofitionibus , à Domino
Jofepho de Marco , Doctore Medico
in Linguam Latinam ex Anglica converſus,
Avenione , apud Francifcum Girard , in Plateâ
Sancti Defiderii , in-12 .
LE TRIOMPHE de la vérité , ou Mémoires
de M. de la Villette , par Madame le
Prince D. B. A Nancy , chés Henri Thomas,
& ſe trouve à Paris , chés Damonneville &
Bordelet , rue S. Jacques. Deux petits volumes
in- 12 , brochés , l'un de 130 pages,
&l'autre de 139 , 1748 .
RELATION HISTORIQUE da voyage fait
à l'Amérique Méridionale par ordre du
142 MERCURE DE FRANCE.
Roi d'Eſpagne , pour meſurer quelques degrés
du Méridien terreftre , & tirer de. là
desconnoiffances pour déterminer la vraye
figure & grandeur de la terre , &c. par D.
Georges Juan & D. Antoine Ulloa , Capitaines
de Frégates , &c. Premiere Partie ,
deux tomes in-quarto , de 682 pages , imprimée
à Madrid, par l'ordre de S. M.
ches Antoine Marin , 1748. L'ouvrage eſt
en Eſpagnol .
OBSERVATIONS Aſtronomiques & Phyſiques
, faites aux Royaumes du Pérou par
les mêmes Capitaines , imprimées àMadrid,
chés Jean de Zufiiga, volume in-quarto
de 396 pages , 1748 .
PIECES FUGITIVES pour ſervir à l'Hiſtoire
de France , dont la plupart n'avoient
point encore été publiées,&dont quelquesunes
, quoiqu'imprimées , ne ſe trouvent
plus.Avecdes notes hiſtoriques & géographiques
, par M. Menard, Conſeiller au
Préſidial de Niſmes , Académicien honoraire
de l'Académie des Sciences &
des Belles-Lettres de Lyon , & Aſſocié à
celle des Belles-Lettres de Marseille. A
Paris , chés Chaubert , Libraire , à l'entrée
du Quai des Augustins , in-quarto.
LETTRES de Sainte Théreſe , traduites
de l'Eſpagnol en François par feue laRévérendeMere
Marie Marguerite de ManOCTOBRE.
1748. 145
peon , dite Thereſe de S. Joſeph , Religieu,
ſe & Prieure du Convent des Carmélites
de S. Denis en France , & enſuite Prieure
des Carmélites de Pont- aux-Dames. Tome
fecond. A Paris , chés Garnier , rue ſaint
Jacques , à la Providence .
LA LOTERIE , Fête galante , par M **
à Paris , chés Babuty , rue S. Jacques , à
S. Chryfoftome, Brochure in- 12.
DISSERTATION ſur l'utilité de la Soye
des Araignées , en Latin & en François , à
laquelle on a joint l'analyſe chymique de
cette Soye , avec quelques autres piéces
qui ont été faites à ce ſujet , par M. Bon ,
Premier Préſident Honoraire en la Chambre
des Comptes , Aides & Finances , de
Montpellier ; imprimée à Avignon , chés
Girard , & ſe vend a Paris , chés Huari &
Moreau , fils , Libraires , rue S. Jacques ,
in- 12 .
HISTOIRE UNIVERSELLE , traduire du
Latin du P. Turcellin , Jéſuite , avec des
notes ſur l'Hiſtoire , la Fable & la Géographie.
Deux volumes in- 12 , chés le même,
ORAISONS FUNEBRES , prononcées par
feu M. Maboul , Evêque d'Alet , in- 12, A
Paris , chés Ph. Vincent , fils , rue S. Severin
, à l'Ange.
L'ALPHABET NOUVEAU & amusant ,
avec figures , pour inſtruire facilement les
144 MERCURE DE FRANCE.
enfans , dédié à M. le Duc de Montpen
fier. AParis, chés Langlois , Libraire , rue
S. Jacques,
LES AIDES de France & leur Régie ,
ſuivant les Ordonnances des mois de Juin
1680 , & de Juillet 1681 , & les Edits ,
Déclarations , Arrêts & Reglemens rendus
en interprétation d'icelle , par M. de Ro-
'quemont. Seconde Edition , in- 12. A Paris,
chés Delaguette , Imprimeur Libraire , ruč
S. Jacques , à l'Olivier.
COMMENTAIRE fur le fait des Aides.
Abregé méthodique dont on peut tirer un
éclairciſſement ſolide pour régir & adminiſtrer
avec ſuccès la Ferme générale des
Aides. Ouvrage utile& néceſſaire à tous
les Fermiers , Sous-Fermiers , Employés ,
&à tous les Redevables des droits de la
Ferme des Aides , par M. Jean Henri Dubois,
Commis à la Régie de la même Ferme.
Troiſiéme Edition , augmentée des
principaux Reglemens depuis l'Ordonnance
juſqu'à préſent , in- 12 . A Paris ,
chés le même,
TRAITE' des Aides , contenant les abus
qui s'y gliſſent , les fraudes qui s'y commettent
, tant par les Redevables que par
les Employés; l'inſtruction pour y remedier
par l'exercice ,conformément à l'Ordonnancedu
mois de Juin 1680 ; tous les
Actes
OCTOBRE. 1748. 145
د
Actes concernant les Droits de leurs formalités
un Traité de l'inſcription de
faux,& la maniere de les éviter. Ouvrage
utile & néceſſaire à tous les Employés ,
pour apprendre en peu de tems l'exercice
des Aides , & à bien régir ; & aux Sous-
Fermiers à conferver leurs droits . Par M
Pierre Affe , ci-devant Employé dans les
Aides. Seconde Edition in- 12 . A Paris ,
chés le même,
Dominique Seguin , Imprimeur Libraire,
près la Place S. Didier , à Avignon , vient
d'imprimer & vendavec ſuccès un Livre
nouveau. Cet ouvrage a pour titre , la Cofmographie
diviſée en cing parties , qui comprennent
l'Aſtronomie , la Géographie ,
İ'Hiſtoire Eccléſiaſtique &la Chronologie.
Ony trouveun Traité de la Sphere,des TablesAſtronomiques
pour l'heure dulever &
du coucher du Soleil aux principaux lieux
de l'Univers , les principales meſures de la
Terre , la deſcription de tous les Pays du
monde , les routes & les diſtances des Villes
Capitales , le cours des Rivieres , les
Ports de Mer ; les Héréſies , les Saints Peres
, & autres Ecrivains Eccléſiaſtiques de
chaque ſiècle , les Conciles généraux , les
Patriarchats , Evêchés & Univerſités de
toute la Chrétienté ; la Chronologie des
Papes , des Empereurs , des Rois & autres
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Princes Souverains de l'Europe. 1. vol.
in octavo , par M. l'Abbé Expilly.
Ce Livre ſe vend dans la même Ville ,
chés Claude Delorme , Imprimeur Libraire,
à la fleur de lys , rue des Fourbilfeurs.
On trouve chés Prault , pere , Quai de
Gêvres , le Détail des opérations de la Lote.
rie Royale du mois d'Août 1748 , avec le
Détail de la Loterie du mois d'Octobre
1747. Gravûre , 6 ſols chaque Carte.
CRITIQUE Scéne par Scéne fur Sé.
miramis , Tragédie nouvelle de M. de Voltaire.
A Paris , chés Cailleau , Libraire ,
rue S. Jacques , au- deſſus de la rue des Mathurins
, à S. André. Il nous a paru que
cette Critique étoit judicieuſe ,&n'étoit
point dictée par la mauvaiſe humeur. Elle
eft deM. Marchadier , déja connu par une
petite Comédie en vers,intitulée le Plaisir,
qui fut jouée l'année derniere au Théatre
François , & qui n'a pas fait moins de plaifi
à la lecture qu'à la Repréſentation .
Il paroît un ſecond Livre de Piéces de
Clavecin , par le Sr Duphli , dédiées àMadame
Victoire de France. Ce Recueil ſe
vend à Paris , rue S. Honoré à la Regle
d'or ,& rue du Roule à la Croix d'or.
PANEGYRIQUE de Saint Louis, prononcé
le 25 Août dans la Chapelle du Louvre en
--
OCTOBRE. 1748. 147
préſence deMeſſieurs de l'Académie Fran
çoiſe , par M. Poulle , Abbé de Nogent ,
Prédicateur du Roi. A Paris , chés J. B.
Coignard , rue S. Jacques, in-quario. Prix
24 fols.
La Lettre ſuivante nous diſpenſe de
nous étendre ſur ce Panegyrique. Quelques
louanges qu'on y donne à l'Orateur ,
nous croyons que les Amateurs de la ſaine
éloquence ne les trouveront point exa
gérées ,lorſqu'ils liront fon Diſcours.
LETTRE de M** à M. L. M. D. C.
L'
Intérêt que vous prenez ,
Monfieur ,
gloirede M. l'Abbé Poulle, joint
à l'intérêt que j'y prends moi-même , m'engage
à vous faire part du ſuccès de ſon Panégyrique
de S. Louis. Les applaudiffe
mens qu'il en a reçûs , n'ont été contredits
de perſonne. Vous ſçavez qu'il étoit déja
connu par lesdifferens Sermons de morale
qu'il a prêchés dans pluſieurs Egliſes de
Paris , & qui lui ont acquis une réputation
très-bien méritée , mais ſçavez-vous qu'il
ne s'étoit nullement exercé dans le genre
du Panégyrique , & que ce genre même
n'eſt point dans ſon goût. Cependant Melſieurs
de l'Académie Françoiſe l'ayant
nommé pour fane l'éloge de S. Louis en
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
leur préſence , il m'a paru que M. Poulle
avoit fait d'heureux efforts pour tâcher de
répondre à l'honneur que l'Académie lui a
fait en cette occafion .
Le ſtyle de fon Diſcours eſt orné , ſans
être ni affecté ni recherché ;les figures qu'il
yemploye conſiſtent pour la plupart dans
lavariétédes tours& dans les deſcriptions;
tout s'y transforme en images ou en raifonnemens
, & les differens détails de cette
Piéce concourent à en perfectionner l'ordonnance
, qui ſe réduit à prouver que le
SaintMonarque fit triompher la Religion ,
&comme Roi ſur le trône ,& comme Héxos
à la tête des armées.
Dans la premiere Partie, l'Orateur Chré
tien fait voir que la Religion n'eſt point
incompatible avec l'art de regner , & il en
montre la divinité >> par les facrifices qu'el-
>> le exige du Souverain ,par l'éclat qu'elle
>>prête à ſa Couronne , par le bonheur
»qu'elle affûre à ſes Sujets ,&par la gloi-
>>re qu'elle procure à Dieu.
Dans la ſeconde Partie , il s'attache à
prouver que le véritable héroïſme eſt celui
qui eſt fondé ſur la Religion, mais les plus
forts argumens en ſont tirés du ſimple récit
des ſuccès &des diſgraces de S. Louis ,
parce qu'en effet cette vérité, miſe en action,
nedevient alors que plus évidente,
- OCTOBRE. 1748.149
La premiere Partie, moins reſſerrée que la
feconde , a paru plus travaillée & plus faillante
en même- tems ; mais n'est- ce point
auſſi que l'abondance de la matiere eſt la
ſeule cauſe de la difference qu'on y a remarquée
?
Je me figure que vous êtes impatient de
lire au moins quelques morceaux détachés
de ce Difcours , en attendant que l'ouvrage
entier vous parvienne , & je vais vous fatisfaire.
.... » Les paſſions des Rois ſont ſouve-
>> raines , comme eux; fûres d'être refpec-
>>>tées , elles s'annoncent avec bruit , elles
> ſe produiſent avec confiance , la flaterie
→les encenſe , la politique les entretient ,
>>> les objets volent au- devant d'elles , & ne
>>>leur laiffent que l'embarras de choiſir ,
>> elles n'ont à craindre que Dieu & les remors
..... Que de périls pour l'innocen-
» ce du jeune Louis ! .... Il a reçû , il eſt
vrai, de la nature des penchans vertueux ;
>> une mere attentive à cultiver avec ſoin
>> ces femences précieuſes , mais , & ces
>> inftructions & ces penchans , tiendront-
>>ils toujours contre cette conſpiration
>> univerſelle & perfévérante ? N'y aura- t'il
>>pas quelques womens d'oubli & de diffi-
>> pation , où l'homme ennemi pourra ſe-
» mer l'ivroye parmi le bon grain ? Ne fe
ود
Giij
3. MERCURE DE FRANCE.
>> trouvera-t'il pasde ces Prophétes intré-
>>pides de l'irreligion , de ces ſéducteurs
>>>ingénieux , habiles à jetter du ridicule
>>ſur la vertu , pour qui la piété du Prin-
>>ce eſt une diſgrace , & qui n'existent que
>>par les foibleſſes du Maître ?
.... » A peine Saint Louis eſſaye la
>>Couronne , qu'elle eſt chancelante ſur ſa
>> tête. Monte-t'il fur le trône , cet hérita-
» ge de ſes Ancêtres ? Il ne s'y maintien-
>> dra qu'à force de combats & de victoires.
>> La mort de Louis VIII fut le ſignal de la
>> rebellion ; au premier bruit qui s'en
>>répand , les tempêtes s'élevent , les
>> nuages ſe raſſemblent , le tonnerre gronde
, les haines , couvertes du voile dela
>> diſſimulation , éclatent; la plupart des
>>Vaffaux , Souverains eux-mêmes, retenus
»juſques- là par la crainte , briſent avec
>>dédain le joug de la dépendance;ils ref-
>> ſuſeitent des prétentions orgueilleuſes&
>>>chimériques ; ils murmurent , ils s'unif-
>> fent, ils menacent, ils s'arment , ils com-
>>mandent ; d'autant plus audacieux qu'ils
>>>voyent les rênes du Royaume entre les
> mains d'une femme & d'un Roi preſque
>> enfant. Inſenſés , que leur fureur aveu-
>>gle ! Ils ne tarderont pas à s'appercevoir
>> que cette Régente , qu'ils bravent avec
>>tantd'oftentation , eſt une femme forte,
OCTOBRE. 1748. 151
>>au-deſſus de ſon ſexe par ſes lumieres ,
>> au-deſſus des périls par fon courage , au-
>> deſſus des évenemens par ſa piété , capa-
>>ble de prévoir tout &de rémédier à tout;
>> prête, s'il le falloit , à s'enſevelir avec fon
>>fils ſous les ruines du trône , plutôt que
>> de ſouffrir qu'on en viole impunément la
>>majeſté. Ils apprendront à leurs propres
» dépens , que ce Roi dont ils mépriſent la
>>jeuneſſe , porte dans un corps encore foi-
>>>ble& délicat , la raiſon d'un homme , le
>> coeur d'un Souverain , la valeur d'unHéros.
...
..... >>Que les Peuples font heureux
>>quand ils ont leurs Maîtres pour Juges !
>>>Une fonction fi noble , l'appanage de la
>>>Divinité , n'eſt jamais remplie ſi digne-
>>ment que par des Souverains. Semblables
>> àDieu ,qui ſe ſuffit à lui-même , & de-
>>vant qui toute diſtinction s'évanouit , les
>>>Rois apperçoivent les hommes à cette
>>>diſtance , qui les confond tous dans le
>>>même centre d'égalité. Ils ne font
>>ſuſceptibles , ni de cet intérêt qui céde à
>>l'attrait des préſens , ni de cette lâcheté
»qui ſacrifie la vérité aux égards , ni de
>>cette crainte qui n'oſe réſiſter à la puiſ.
>>ſance , ni de ces haines qui corrompent
>>>les jugemens. Ces vapeurs groſſieres de
>>la terre ne montent pas juſqu'à la ré-
Gilij
152 MERCURE DE FRANCE.
>> gion ſupérieure qu'ils habitent. Ils ont
>les paffions de l'humanité , il eſt rare
>>>qu'ils en ayent les vices. Plus heureux
>> nos Ancêtres , qui eurent pour Juge.,
>>non-feulement un Roi , mais un Pere ,
>mais un Saint !
.... >>Provinces déſolées , pour qui le
Ciel eſt d'airain & la Terre de fer , ne
>> dites plus que Dieu vous abandonne ;
>les bons Rois font une ſeconde Provi-
>>>dence . Conſolez-vous , Louis connoît
>> vos besoins , & comment les ignoreroit-
>>> il ? Il a le nom de tous les malheureux
>>>répandus dans ſes Etats. ....
.... " Les Pays éloignés dont S. Louis
>>médite la conquête , ſont ſéparés par de
> vaſtes mers , munis de pluſieurs Places
>> fortes , coupés par des canaux fans nom-
>> bre , défendus par l'air contagieux qu'on
>> y reſpire. Les Peuples qu'il doit fubju-
> guer font hardis à l'attaque , cruels dans
>> les ſuccès , prompts à prendre l'allarme ,
>> plus ardens à revenir à la charge , auffi-
> tôt rallies que diſperſés,toujours fugitifs,
>> toujours menaçans & invincibles par
>>leur foibleſſe même. L'armée qu'il com-
>> mande eſt un aſſemblage de pluſieursNa-
>> tions, oppofées d'humeur &de caractére,
>>indépendantes , quoique ſoumiſes à ſes
>> ordres , fur lesquelles il n'a de pouvoit
OCTOBRE. 1748 . 153
>>que celui qu'elles lui cédent , & dont il
>>eſt forcé de tolérer les excès.
>>Ces difficultés ne retardent pas la rapidité
de ſes exploits ; il arrive, il com-
>>bat , il triomphe. Damiette ouvre ſes
>>portes au Vainqueur. Superbes Sarrafins,
>> raſſemblez-vous de nouveau , & vousfe-
>>rez foumis ; honteux de tant de défaites,
>> tentez encore une fois le deſtin des ba-
>>>tailles , & vous ferez, détruits....
.... » Pourrois-je oublier ce jour fameux
> dans les Annales du Chriſtianiſme , où
>> notreHéros prit poffeffion de Damiette ?
>>>On ne le vit point étaler le faſte inſul-
>> tant des Conquérans du fiécle ; il ne pa-
>> rut pas ſur un Char , traînant après lui
>> les Nations enchaînées , mais pieds nuds
»& à la ſuite de la Croix , que l'on por-
>> toit en triomphe. Le fouffle du Seigneur
» a diſſipé nos ennemis , dit alors cet autre
>>>Machabée ; faiſons regner le Dieu qui nous
» à fait vaincre , & que ces lieux , témoins
» des abominations des Gentils , foient les té-
>> moins du Sacrifice adorable des Chrétiens.
» Afcendamus nunc mundare ſancta & reno-
>>vare. Il dit, & il fut fair. Non , la Dé-
>>dicace du Temple de Salomon n'eut rien
>>>de ſi touchant. L'onction fainte purifie
>& conſacre ces Moſquées impures. Un
>>>nouveau Tabernacle s'éleve parmi les ac
Gv
254 MERCURE DE FRANCE.
>>clamations de l'armée ; le parfum. des
>>prieres monte juſques au Ciel; l'air retentit
des gémiſſemens & des fanglots ;
>>les Chérubins & la Milice Céleste s'em-
>>preſſent d'être les Spectateurs de cesMyf-
>>t>eres redoutables. Un Pontife du Très-
>>Haut , pénetré dela grandeur de ſon Mi-
>>n>iſtére , entre dans le Saint des Saints.A
> ſa voix , la Victime de propitiation def-
>>c>end fur l'Autel. Saint Louis fond enlar-
>>mes , ſe proſterne , jette ſes palmes de-
>>vant le Trône de l'Agneau , l'adore &
>>>s'immole avec lui.
.... >> Saint Louis voit approcher l'E-
>>>ternité avec confiance ; dans ſa tente ,
>> ſur ce lit où il eſt étendu , & que la mort |
>>>couvre de ſon ombre , c'eſt un Héros qui
>>donne ſes ordres avec tranquillité , qui
>>pourvoit à la fûreté de ſon camp ; c'eſt
>>un ami qui conſole uneCour,que ſa perte
>>va jetter dans le déſeſpoir ;c'eſt un Roi
>>qui recommande fon Peuple à l'Héritier
>>du Trône ; c'eſt un Chrétien qui vole
>>au-devant du glaive , qui s'offre lui-mê-
>>>me tout entier en holocaufte ; c'eſt un
>>Citoyen du Ciel , qui n'a plus de com-
> merce avec la terre, qui eſt en efprit dans
>>les Tabernacles éternels ,& qui devan-
» çant fon bonheur par ſes defirs , s'écrie :
» Seigneur , j'entrerai dans votre Maison je
:
OCTOBRE. 1748. 155
vous adorerai dans votre ſaint Temple , je
» glorifierai votre Nom. Enfin c'eſt un Pé-
>>nitent qui veut expirer fur la cendre , &
>>y recevoir la Couronné de juſtice.
>>Que faifiez-vous cependant,Peuples in-
>>>fortunés ? Vous rendiez à Dieu de folem-
>> nelles actionsde graces de la priſe de Car-
>>thage ; vous ne vous entreteniez que des
>>conquêtes de S. Louis, Hélas ! il n'étoit
>> plus. A cette nouvelle , quel deuil !
>> Quelle conſternation ! Ils le reverront ,
>>mais comment ? Repréſentez-vous Moy-
>>ſe rapportant de l'Egypte les offemens
>> de Jofeph; tel & plus lamentable encore
> fut le retour de Philippe , l'Héritier de
>>la Couronne , lorſqu'il revint de l'Afri-
>>que , conduiſant les corps inanimés du
>>>Comte de Nevers , fon frere ; d'Iſabelle,
>> ſon épouse; de S. Louis , fon pere. Ce
>>ſpectacle lugubre traverſe la France ; les
>>>Peuples déſolés accourent de toutes
>>parts ; ils veulent voir leur Pere ; en le
voyant , ils croyent le perdre une fecon-
>>>de fois ; ils arrofent fon corps de leurs
>>>larmes , & le ſouvenir de fa fainteté les
>> leur fait auſſi-tôt condamner ; ils pleu-
>> rent fur eux-mêmes , ils l'invoquent.
Si je voulois , Monfieur , vous faire connoître
tous les beaux endroits de cette Piéce;
outre qu'ils ne pourroient que perdre
Gvj
136 MERCURE DE FRANCE.
s'ils étoient déplacés , je ſerois obligé de
les extraire en ſi grand nombre , qu'infenfiblement
je paſſerois les bornes d'une
Lettre.
Qu'il me fuffiſe maintenant de prévenir
une reflexion que vous ne manquerez pas
de faire àla lecture du Diſcours . Les louanges
du Roi & du Héros ſe mêlent fi naturellement
avec les preuves ; les tranſitions
ſont ſi heureuſes ,& les traits de l'Hiſtoire
de S. Louis ſont mis en oeuvre avec tant
d'art , qu'on a peine à diſcerner ſi c'eſt de
la ſainteté du Roi ou de l'éloquence de
l'Orateur , qu'on ſe ſent frappé davantage.
Je fuis , &c.
LETTRE de M. de la Soriniere àM.
Barriere , Imprimeur Libraire àAngers.
J
'Ai lû , Monfieur, les Deſtinées de Louis
le Bien-Aimé , Poëme intitulé Héroïque,
que vous venez d'imprimer fans nom d'Auteur
, & j'ai en même tems appris que
quelques gens répandoient dans le public
que cet ouvrage étoit de moi.
Je vous prie , Monfieur , de faire tout
cequi dépendra de vous pour empêcher ce
bruit de s'accréditer ; vous ſçavez mieux
que perfonne le peu de part quej'ai à cette
nouvelleproduction.
OCTOBRE. 1748. T157
Ce n'eſt pas , Monfieur , que ce Poëme
ne me fit peut-être beaucoup d'honneur ,
mais enfin il n'eſt pas juſte que celui qui
l'a réellement compoſé ſoit privé de la
gloire qui lui en doit revenir , & je me ferois
un vrai fcrupule de la lui dérober. Je
fuis ,&c.
Soriniére.
A la Soriniere le 28 Juillet 1747 .
PROSPECTUS.
Histoire Naturelle , générale &particuliere ,
avec la defcription du Cabinet du Roi.
N imprime cet Ouvrage par ordre
du Roi ; il aura quinze volumes in-
4°. Ce livre eſt en partie de M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , de la
Societé de Londres, de l'Académie de Berlin
, de celle d'Edimbourg, & Intendantdu
Jardin du Roi ; & en partie de M. Daubenton
, Docteur en Médecine , de l'Académie
Royale des Sciences , Garde &Démonſtrateur
du Cabinet d'Hiſtoire Naturelle au
Jardin du Roi. Cet ouvrage s'est fait par
les ordres& fuivant les vûes de M. le Comte
de Maurepas. Ce Miniſtre , après avoir
formé lui-même&par la protection immé
158 MERCURE DE FRANCE.
médiare le Cabinet d'Hiſtoire Naturelle,
ajugéque pour lerendre plus utile , il étoit
néceſſaire d'en publier la deſcription &
d'en former un corps d'Hiſtoire Naturelle;
lesAuteurs ont tâché de remplir ſes vûes ,
&de fatisfaire à ſes ordres.
Le premier volume contient une Préface,
dans laquelle on donne un détail hiftorique
ſur l'établiſſement & l'utilité du Jardin
Royal , & en particulier ſur celle du Cabinet
d'Hiſtoire Naturelle , ſur les ſoins
qu'on s'eſt donné pour le former , ſur les
graces particulières que le Roi a répanduës
fur cet établiſſement; on entre enfuite dans
ledétail des parties qui compoſent le Cabinet
,& on finit par une expoſition fuccinte
de l'ouvrage qui doit ſuivre.
Après cette Préface , on trouve un Difcours
fur lamaniere d'étudier & de traiter
'Hiſtoire Naturelle; on ydonnedes regles
pour bien conduire ſon eſprit dans l'étude
de cette ſcience ; on explique ce que c'eſt
que les méthodes , on examine s'il y en a
de générales , s'il peuty en avoir de parfaites;
on compare enfuite les differentes
méthodes , & on en fait voir les erreurs ,
tant de principe que de détail . On expoſe
la méthode qu'on fuit dans cet ouvrage ,
ondonne les raiſons qu'on a eues de la
préferer aux autres ,& on finit par des ré
OCTOBRE. 1748. 159
flexions ſur la métaphyſique des Sciences ,
&fur la maniere dont on doit fe conduire
dans la recherche de la vérité .
Enſuite on entre en matiere par une ſecond
Diſcours qui a pour titre , Hiftoire&
Théorie de la Terre , c'eſt la clefde l'Hiſtoire
Naturelle générale. Il faut prendre des
idéesdes opérationsde la Nature engrand,
avant que de l'examiner en petit dans ſes
productions ; il faut connoître le Globe
terreſtre, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur,
foit pour la forme de ſes parties , ſoit pour
l'arrangement des matières qui le compofent:
fans le ſecours de ces connoiſſances
on ne peut fe former aucun ſyſtème général
fur l'Histoire Naturelle.
Ondonne enſuire les preuves de cette
théorie ; ces preuves font diſtribuées en
dix-neuf articles , qui font comme autant
de petits traités ſéparés , autant de morceaux
d'Histoire détaillés , autant de ſuites
de faits particuliers, qui fervent àprouver
les faits généraux de l'hiſtoire de la Terre.
Voilà ce que contient le premier volume
qui est actuellement imprimé.
Le ſecond , dont l'impreſſion eſt fort
avancée , commence par une hiſtoire généraledes
animaux; cette hiſtoire eſt diviſée en
pluſieurs chapitres : dans le premier on fait
la comparaiſondes animaux ,des végétaux
MERCURE DE FRANCE.
& des minéraux ; dans le ſecond& dans le
troifiéme on traite de la réproduction en
général ,de la nutrition &du développement
, choſes qui font communes aux végéraux
& aux animaux ; dans les autres on
traite de la génération des animaux & de
l'économie animale. On trouvera une fuire
d'expériences au fujet de la génération ,
&une expoſition des principaux ſyſtemes
que l'on a faits ſur cette matiére depuis
Platon & Hyppocrate juſqu'à nous.
te
Après cette hiſtoire des animaux , priſe
engénéral , on commence àdeſcendre dans
le détail ,& avant que de donner l'hiſtoire
particuliere de chaque animal , on a cru
devoir donner l'hiſtoire naturelle de l'homme
; on ne la traite point en Anatomiſte
enMédecin ou en Phyſicien à ſyſtême ,
mais en Hiſtorien : l'homme confideré
comme animal , les moeurs qui lui ſont naturelles
, fuivant les differentes races & les
differens climats , font l'objet de cette hiftoire
, dans laquelle on trouvera une infinitéde
faits intéreſſans .
Enfuite on donne une deſcription exacre
de toutes les pièces d'Anatomie humaine
, qui font au Cabinet du Roi en grands
quantité , & qui pour la plupart font travaillées
avec le plus grand ſoin. Ces piéces
font numérotées , comme toutes les auOCTOBRE.
1748. 18
tres du Cabinet , & le numéro fera imprimé
à la tête de la deſcription ; ces deſcrip
tions font accompagnées de faits hiſtoriques
,utiles ſurtout àceux qui veulent for
mer des Cabinets d'Hiſtoire Naturelle.
Ces deux premiers volumes paroîtront
au commencement de l'année 1749 ; le
troifiéme & quatrième contiennent l'hiſ
toire particuliere des animaux quadrupé
des , tirée des Auteurs d'Hiſtoire Naturelle
&d'un grand nombre de Voyageurs, d'Auteurs
de Traités d'économie ruſtique , de
chaffe , &c. l'hiſtoire eft accompagnée
de la deſcription de chaque animal. On
commence par les animaux domestiques ,
enfuite on fait l'hiſtoire des animaux ſauvages,
& enfin celle des animaux étrangers
; on n'a pas même oublié les animaux
fabuleux , ceux dont l'existence eſt incer
raine , ceux dont on prétend que les eſpé
ces ſe ſont perdues. On y donne auſſi les
moeurs des differens animaux , leur nourriture
, le tems da rut des mâles & de la cha
leur des fémelles, leur maniere de s'accoupler
, de porter , de mettre bas , &c. leur
façon de chaffer , de rufer , la durée de
leur vie , & quelques obſervations principales,
tirées de l'Anatomie comparée.L'hiſ
toire ſera ſuivie , article par article , de la
deſcription du ſquelette de l'animal &de
162 MERCURE DEFRANCE.
celle des differentes parties d'anatomic;
qui appartiennent à chaque animal.
Le cinquiéme volume contient la del
cription & l'hiſtoire des quadrupedes am
phibies &des Poiſſons cétacées ; cette par
tie fera précedée d'un Diſcours ſur la méchanique
& l'organiſation des animaux;
ony fait mention des genres finguliers, des
eſpéces bizarres , des monſtres , &c . Ony
donne auſſi les differences particulieres de
l'économie animale , foit par rapport aux
parties qui fervent à la reſpiration, àla circulation
, à la génération , foit par rapport
aux autres fonctions animales .
Dans le ſixiéme volume on trouvera la
deſcription & l'hiſtoire particuliere de
tous les Poiſſons de mer , de lacs &de rivieres
,une méthode pour en reconnoître
les eſpéces; une histoire abregée des pêches
, où l'on a raſſemblé beaucoup de
faits fur la migration des poiffons.
L'Hiſtoire & la defcription des coquil.
lages ,des crustacées &des inſectes de la
mer , font la matiere du feptiéme volume,
La collection de Coquilles,qui eſt auCabinet
du Roi , eſt peut-être la plus complette
qu'il y ait en Europe , auffi-bien que celle
des plantes marines , qui n'étant que l'ouvrage
des inſectes de la mer , ſeront décri
ses dans ce volume , où l'on traite del
OCTOBRE. 1748. 163
formation & de l'accroiſſement des coquilles
, & l'on donnera des remarques générales
pour apprendre à les diſtribuer méthodiquement.
Le huitiéme volume contient l'Hiſtoire
des Reptiles , des Inſectes de terre , & des
animaux mycroſcopiques ; cette derniere
partie peut être intéreſſante par les découvertes
que les Auteurs ont faites fur cette
matiere.
On donnera dans le neuviéme volume
une Ornithologie. L'Hiſtoire des oiſeaux
auroit dû fuivre celle des quadrupedes ,
mais on a jugé à propos de la differer ,
parce que la collection d'oiſeaux , qui eſt
au Cabinet du Roi , n'a été commencée
que depuis peu de tems , & qu'elle n'eſt
pas complette ; on travaille à la former ,
&àmeſure qu'il arrive quelque oiſeau rare,
on en fait la deſcription .
Ces neufvolumes contiendront tout le
regne animal , les trois ſuivans comprendront
le regne végétal. Le premier de ces
trois volumes eſt déja fait & achevé , c'eſt
un ſyſtême général de végétation & un
traité d'Agriculture , où l'on trouvera un
grand nombre d'expériences que l'on a
fuivies depuis dix-sept ans , après avoit traduit
& dépouillé ce qu'il y ade bon &
d'utile dans les Auteurs Anglois , Alle164MERCURE
DE FRANCE.
mands & Italiens , au ſujet de la culture
desplantes.
Les trois derniers volumes , c'est-à-dire
le treiziéme , le quatorziéme & le quin
ziéme , feront pour le regne minéral. On
trouvera au commencement du treiziéme
volume un diſcours ſur la formation des
pierres & des minéraux , que l'on a com
poſé pour ſervir de ſuite à l'hiſtoire de la
Terre, qu'on a donnée dans le premier vo
lume ,mais on en differe l'impreſſion ,
parce qu'il ſe trouvera encore mieux placé
à la tête de l'Histoire des minéraux. Le
treiziéme volume contiendra auſſi la defcription
& l'hiſtoire des fofſiles & des
pierres figurées . La collection des pétrifications
eft extrêmement abondante au CabinetduRoi.
Dans le quatorziéme volume on fait
Phiſtoire des terres , des ſables , des pier
sés communes , des cailloux & des pierres
précieuſes ; ondonne une méthode fimple,
naturelle& invariable pour connoître les
pierres précieuſes ; cette belle partie de
I'Hiſtoire Naturelle ſera traitée avec foin.
La collection de ces pierres , ſoit tranſpatentes
, foit opaques , qui eſt au Cabinet
du Roi , eft extrêmement riche : on tachera
de rendre l'ouvrage digne de la matiere.
Enfin on finira par l'hiſtoire des ſels ,
OCTOBRE. 1748 .
des foufres , des bitumes , des métaux &
de tous lesminéraux que l'on tire du ſein
de la terre , avec la préparation & les ufagesde
toutes ces matieres.
Tous les volumes feront ornés devignettes
& de planches en taille-douce : if
yaura, furtout, les gravûres qui font nécef
faires à l'inſtruction , & celles qu'on pourroit
déſirer pour l'intelligence des choſes.
Cet ouvrage,ſera ſuivi fans interruption,
&l'on compte pouvoir en donner tous les
ans quelques volumes au public . Il ſera
imprimé ſur le même papier & avec les
mêmes caractéres que le Profpectus , in- 4° .
Il ſe vendra à Paris , chés Durand ruc
Saint Jacques , au Griffon , & Piffot , Quai
des Auguſtins , à la Sageffe,
PRIX proposés par l'Académie Royale des
Sciences , Inscriptions & Belles Lettres
de Toulouse. Pour les années 1749
1750 .
☑ Prix qu'on y
A Ville de Toulouſe , célébre par les
diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poëfie , & aux
Arts , voulant contribuer auffi au progres
des Sciences & des Lettres , a , ſous le bon
plaiſir du Roi , fondé un prix de la valeur
de soo liv, pour être diſtribué tous les
t
166MERCUREDEFRANCE .
:
ans par l'Académie Royale des Sciences,
Inſcriptions&Belles Lettres , à celui qui,
au jugement de cette Compagnie , au
le mieux traité le fujet qu'elle aura pro
pofé.
Le ſujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature.
L'Académie avoir propoſé pour ſujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature &la
cause de la rage , &quels en peuvent être les
préſervatifs &les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n°. 3 ,
qui a pour déviſe : Nec desperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eſt M. Sauvages,
Profeſſeur Royal en Médecine ,de la Société
Royale de Montpellier ,&des Académies
d'Upfal &de Stokholm.
L'Académie a propoſé en 1747 , pour
ſujet du prix de 1749, defixer letems oit
les Sciences les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volſques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples.
Le ſujet que l'Académie avoit propoſé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva ,
étoit la cauſephysique de l'applariſſement de
la terre,tel qu'il a été déterminépar les opó
OCTOBRE. 1748 167
rations faites au Cercle Polaire , en France
Sous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
ſera double , & pour lequel elle propoſe
encore le même ſujet,
de
Ceux qui ont déja remis des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préſenter
nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables.
Comme quelques Auteurs , dans les
ouvrages qu'ils avoient préſentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , ſans même
avoir égard aux variations de la péſanteur
obſervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une cauſe , qui, en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiſſement
déterminé par les meſures.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces ſujets , & même les Aſſociés étrangers
de l'Académie. Les autres Académiciensfont
exclus de prétendre au Prix .
-Ceux qui compoſeront ſont priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages ; qui
foit bien liſible , ſurtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
une ſentence ou deviſe , mais ils
G
ㅏ
155 MERCURE DE FRANCE.
n'y mettront point leur nom. Ils font exhortes
cependant à y attacher unbillet ſé.
pare& cacheté,qui contienne la même
devile-ou fentence,avec leur nom , leurs
qualités & leur adreſſe :l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution ,
lorſqu'ils adreſſeront leursEcrits au Secrétaire
"Cebillet ne ſera point ouvert , fi la
Piéce n'a remporté le Prix.
•Ceux qui travailleront pour les Prix ,
pourront adreſſer leurs ouvrages à M.
PAbbé de Sapte , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui faire remettre par
quelque perſonne domiciliée à Toulouſe,
Dans ce dernier cas ,il endonnera ſon récépillé
, fur lequel ſera écrite la fentence
de l'ouvrage avec fon numero , felon l'ordre
dans lequel il aura été reçû.
Les paquets adreffés au Secrétaire doi
vent être affranchis de port.
Les ouvrages , pour le Prix de 1749
doivent être remis avant le premier
Mars.
- Et avant le premier Février pour l'année
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la Piéce qu'elle aura cou
ronnée.
---Si l'ouvrage qui aura remporté le Prix ,
OCTOBRE. 1745. 169
a été envoyé au Secrétaire en droiture , le
Tréſorier de l'Académie ne délivrera се
Prix qu'à l'Auteur même , qui ſe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration
de ſa part.
S'il y a un récépiſſé du Secrétaire , le
Prix ſera délivré à celui qui le repréſentera.
L'Académie , qui ne preſcrit aucun ſyſtème,
déclare auſſi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
PROGRAMME de l'Académie des
Belles Lettres , Sciences & Arts , établie à
Bordeaux.
C
Ette Académie diſtribue chaque année
un Prix de Phyſique , fondé par
feu M. le Duc de la Force. C'est une Médaille
d'or de la valeur de trois cens livres .
Le Pere Beraut Jéſuite , Profeſſeur de
Mathématiques dans le Collége de Lyon ,
a remporté cette année le Prix de la queftion
, S'il y a quelque rapport entre la cauſe
des effets de l'Aiman , & celle des phenoménes
de l'Electricité..
L'Académie propoſe aujourd'hui deux
ſujets pour les deux Prix qu'elle diſtribuera
en l'année 1750. Le premier ,Dela Ducti
H
70 MERCURE DE FRANCE:
livé des métaux &des moyens de l'augmenter
Le ſecond , S'il y a quelque rapport entre les
phenoménes du Tonnerre&ceux de l'Electri
cité.
Les Differtations ſur ces deux ſujets ne
ſeront reçûës que juſqu'au premierMai de
l'année 1750. Elles peuvent être en François
ou en Latin. On demande qu'elles
foient écrites en caractéres bien liſibles.
Au bas des Differtations , ily aura une
fentence , & l'Auteur mettra dans un billet
ſéparé & cacheté , la même ſentence , avec
fon nom , fon adreſſe & ſes qualités .
- Les paquets feront affranchis de Port ,
adreffes à M.le Président Barbot , Secretaire
de l'Académie , ſur les Fofſfés du Chapeau
Rouge , ou à M. Brun , Imprimeur , aggregé
de laditeAcadémie , ruë Saint James,
PROGRAMME de l'Académie desBel
les- Lettresde Montauban .
MR. l'Evêque de Montauban , ayane
deſtiné lafomme dedeux cens cinquante
livres , pour donner un Prix de pareille
valeur , à celui qui , au jugementde
l'Académie des BellesLettresdecette Ville
, ſe trouvera avoir fait le meilleur Difcours
ſur un ſujet relatif à quelque point
OCTOBRE. 1748. 171
de Morale tiré des Livres ſaints , l'Académie
diſtribuera ce Prix le 25 Août prochain
, Fête de S. Louis , Roi de France.
Le ſujet de ce Diſcours fera pour l'année
1749.
Pourquoi le Sage est-il émû de la calomnie ?
Conformément à ces paroles de l'Ecriture :
Calumnia conturbat ſapientem. Ecclef. VII.
8.
i
Les diſcours ne feront tout au plus que
de demi-heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à JESUSCHRIST
. On n'en recevra aucun qui
n'ait une Approbation ſignée de deux
Docteurs enThéologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais ſeulementune
marque ou paraphe , avec un Paſſage de
l'Ecriture Sainte , ou d'un Pere de l'Eglife,
qu'on écrira auſſi ſur le Regiſtre du Secretaire
de l'Académie .
Toutes fortes de perſonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , ſeront reçûës à
prétendre au Prix , hors les Membres de
'Académie , qui en doivent être les Juges.
Les Auteurs feront remettre leurs ouvrages
pendant tout le mois deMai prochain ,
-entre les mains de M. de Bernoy , Secretaire
perpétuel de l'Académie , en ſamai-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE.
:
fon rue Montmurat , ou en fon abfence ,
àM. l'Abbé Bellet , en ſa maifon ruë Cour
de-Toulouſe,
Le Prix ne ſera délivré à aucun , qu'il
ne ſe nomme , & qu'il ne ſe préſente en
perfonne , ou par Procureur , pour le recevoir
,& pour ſigner le Diſcours .
Les Auteurs font priés d'adreſſer àM.
le Secretaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui ſeront envoyés par la Poſte. Sans ces
deux conditions , les ouvrages ne feront
point admis au concours. :
Le Diſcours qui a pour Sentence , Beati
mifericordes , a remporté le Prix de cette
année , & l'Ode qui a pour Sentence ;
Redeunt Saturnia Regna , a remporté le Prix
réſervé.
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Dijon ,fondéeparM. Hector
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
deBourgogne.
P
Our le Prixde Phyſique de l'année
1749 , conſiſtant en une Médaille
d'or , qui fera délivrée le Dimanche 24du
mois d'Août de la même année , àceluž
qui aura le mieux traité la queſtion fuiyante.
:
OCTOBRE. 1748. 173
- Pourquoi les corps , électriques par eux-mêmes
, ne reçoivent pas l'électricité par commu
nication ?
Il ſera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obſervant que leurs ouvrages ſoient liſibles
,& que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe , & n'excéde point une demieheure
; les Mémoires francs de port ( fans
quoi ils ne feront pas retirés) feront adref,
fés à M. Petit , Secretaire de l'Académie ,
ruë du vieux Marché à Dijon , qui n'en
recevra aucun après le premier Avril.
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , ſe feront fait connoître avant que
l'Académie ait décidé ſur la diftribution
du Prix , feront exclus du concours . Pour
remédier à cet inconvénient , chaque Ad
teur mettra au bas de ſon Mémoire une
ſentence ou deviſe , &y joindra une feuille
de papier cachetée , ſur le dos de laquel .
le ſera la même ſentence ou deviſe, & fous
le cachet ſon nom , ſes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la
distribution du Prix. Ces feuilles , ainfi
cachetées de façon qu'on ne puiſſe y rien
lire à travers , ne feront point ouvertes
avant ce tems-là , & le Secrétaire en tiendra
un Regiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépiffé
Hiij
174MERCURE DE FRANCE.
de leurs ouvrages , le feront expédier ſous
un autre nom que le leur ,&dans le cas
où celui, qui auroit ufé de cette précaution,
auroit obtenu le Prix , il fera obligé , en
chargeant une perſonne domiciliée àDijon
de ſa Procuration pardevant Notaire , d'y
joindre auſſi le Récépiffé.
Si celui à qui le Prix eſt adjugé n'eſt pas
de Dijon , il enverra pareillement ſa Procuration
en la forme ſuſdite , & s'il eſt de
cette Ville , il ſera tenu de venir le rece
voir en perſonne àl'Académie le jour de la
diſtribution du Prix..
: L'Académie des Sciences de Dijon délivradans
une affemblée publique le jour de
S. Louis , le Prix de Médecine propofé
pour l'année 1748 , à M. Chambon dela
Faculté de Montpellier , demeurant aux
Vans dans les Cevenes.
Les deux autres Mémoires , qui ont balancé
les ſuffrages de l'Académie , ſont de
Mrs Rey , de la Facultéde Montpellier ,
aggregé au Collége des Médecins de Lyon;
des Académies des Sciences , Belles Lettres
& Beaux Arts de la même Ville , réſidant
actuellement à S.Chaumont en Lyonnois
, & Gravier , Docteur en Médecine,
à Parray en Charollois.
OCTOBRE. 1748. 179
La célébre Bibliothéque de feu M. l'Ab
bé de Rothelin ſera venduë en détail , au
commencement du mois de Mars 1749 .
Le Catalogue imprimé ſe trouve chés Ga
Martin , Libraire , à Paris.
L
ESTAMPES NOUVELLES .
E Sieur le Bas , Graveur du Cabinet du Roi ,
& Membre de l'Académie Royale de Peinture
, Sculpture & Gravûre de Paris , ainſi que de
celle des Arts & Sciences de Rouen , étant auffi la
borieux qu'habile dans ſon Art, continuë de fatisfaire
la curioſité du public & le goût des ama
teurs , en produifant fans ceffe de nouvelles Eſtampes.
Il vient d'en mettre au jour fix parfaitement
belles.
La premiere eſt une troiſième fêre Flamande
&c'eſt la cinquante fixiéme qu'il a gravée d'après
le célébre Teniers. Elle est large de deux pieds
quatre pouces , ſur un pied neuf pouces & trois
ligues de hauteur ,& elle contient 180 figures.
Cet excellent morceau est dédié à M. le Comtede
Choiſeul , Lieutenant Général de la Province du
Dauphiné , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté , lequel a dans ſon Cabinet le tableau ori.
ginal. On lit au bas ces vers , de M. Moraine.
Le plusfage des Rois conſeille l'allégreffe .
Ces gens auroient-ils lû ſes précieux Ecrits ?
Je vois que par la table , & la danſe & les ris,
Ils banniſſent bien loin l'importune triſteffe .
Huj
176MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons beſoin dans l'amour des plat
firs,
Nid'antiques conſeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers ,pour remplir leurs de
fus ,
Ne fuivent que l'avisde la fimpleNature.
,
La ſeconde eſt large d'un pied cinq pouces ,
&haute d'un pied un pouce ſept lignes. On
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiſlons qu'ils viennent de prendre &un
jeune garçon qui en jette d'un panierpluſieurs au
tres ſur le rivage. Teniers , d'après qui cette E
rampe eft gravée, a donné, contre ſa coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & ſuivant fon talent ordinaire
il en a caractérisé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel. D'un côté , deux Pêcheurs
font juſqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élèvent une tour&
quelques mazures. Le ciel de ce tableau , qui eſt
large detrois pieds neuf pouces & demi , &haur
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargéde pluye. Il eſt du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui l'Eſtampe eſt dédiée.
La troifiéme & la quatriéme Eſtampes ſont deux
Pendans. L'une repréſente Schevelinge , Village
de Hollande. Près de ce Village, & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon. Plufieurs
groffes Barques y paroiſſent ſur les eaux.
On y lit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE. 1748. 177
:
Ces Barques , ces Pêcheurs cette mer poiffon
neuſe ,
Ce Village placé fi favorablement ;
Offrent aux yeux charmés une contrée heureuſe.
Là régnent l'embonpoint, le bon tempéramment,
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abſtinence.
Cette belle Eſtampe eſt dédiée àM. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain.
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
maiſons s'offrent des deux côtés , & un agréable
lointain s'y préſente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage ,& glacé une riviere ſur
laquelle pluſieurs perſonnes ſe rejoüiffent de diverſes
façons. Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y joüent à la bille. Le même Auteur
a fait pour cette Eſtampe , qui est dédiée à M.
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une utile induſtrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs,
On croiroit que chés toi l'eau ſe transforme en
;
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode eſpace
Atous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eſtampes ſont d'après Vandrever ,
Peintre Hollandois.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
La cinquiéme Eſtampe, gravée par le Sr Noël
Lemire , repréſente un Avocat , qui , d'un air menaçant
& plein d'autorité, fait rendre compte à
unTuteur des biens de ſa Pupille , dont la contenance
eſt ſimple & timide. Le Cabinet de cet
Avocat eft orné d'une Bibliothéque. Un livre ouvert
& quelques ſacs de papiers ſont ſur le plan.
cher. Un pauvre plaideur ,un bâton à la main , ſe
préſente à la porte. Ce morceau , qui eſt parfaitement
bien traité , eſt haut d'un pied,& large d'environ
dixpouces. Il eſt d'après le Tableau deM.
Deſcamps , de l'Académie des Arts & Sciences de
Rouen .
La ſixiéme fait voir ſous le plus agréable ombrage,
& près d'une fontaine ſculptée d'un trèsbon
goût , un jeune Berger , qui apprend à une
Bergére aimable & à la fleur de ſon âge , à jouer
du flageolet. Derriere eux , un autre Pafteur &
une autre fille écoutent ces divertiſſantes leçons,
Près de ce groupe , eſt la ſtatue du Dieu Pan , qui
augmente l'ornementde ce lieu champêtre. Cette
Eſtampe d'après le Tableau du fameux Lancret ,
qui eſt au Cabinetdu Roi , a pour titre , leMaître
galant, & eftdédiée par M. d'Arcy à M. le Comte
de Teffin , Grand Chancelier & premier Miniſtre
du Roi de Suéde .
Ces Estampes ſe vendent chés le Sieur leBas., au
basde la ruë de la Harpe , à Paris.
OCTOBRE. 1748. 179
MYOLOGIE complette , en couleur ,
grandeur naturelle , d'après les pièces dif-
Sequées & préparées par M. Duverney ,
Demonstrateur Royal , peintes , gravées
imprimées par le Sieur Gautier ,Graveur
duRoi.
Et ouvrage qui eſt affééss connu de tous les
C
Anatomiſtes de l'Europe , & qui eſt le premier
& l'unique dans ſon genre , contient vingt
grandes Planches , dans lesquelles les Auteurs ont
démontré tous les muſcles du corps humain avec
toute l'exactitude poffible.
Le Sieur Gautier a eu l'honneur de les préſenter
au Roi à Verſailles pour le Cabinet de Sa Majefté,
en préſence de M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi. Sa Majesté a approuvé cette entrepriſe ,
&par-là les Auteurs ont été encouragés à la conti .
nuer. Ils diſtribuent à préſent les trois premieres
piéces de l'Anatomie complette , dont voici le
projetGénéral.
Projet général des Planches Anatomiques
du Sieur Gautier..
On ſe propoſe de donner dans cet ouvrage tou
rès les parties du corps humain. D'abord on a faits
paroître pour eflai la Myologie de la tête , & enfuite
celle du tronc & des extrêmités , ce qui a
formé une ceuvre complette que l'on joindra ,
l'on veut , avec celles auſquelles le SieurGautier
travaille , & dans lesquelles les Auteurs obſerve .
ront l'ordre ſuivant.
Hvj
So MERCURE DE FRANCE.
Premiere diviſion.
Certe diviſion eft celle que l'ondonne préfen
tement en huit planches , qui contiennent tour
l'Anatomie de la tête. Chaque diviſion fera une
oeuvre particuliere.
Deuxième division.
La deuxième diviſion contiendra l'Anatomie
duThorax , c'eſt à-dire , dela poitrine & du dos,
celle da bas ventre ,& des partiesintérieures
extérieures de la génération des deux ſéxes . Elle
ſera compriſe en douze planches..
Troifiéme division.
La troifiéme diviſion ſera pour l'Anatomie
comparéede differens Animaux. Elle contiendra
quatre Planches ſeulement.
Quatrieme division.
La quatriéme &. derniere diviſion comprendra
6x Planches : elle ſera deſtinée à repréſenter des
figures entieres de grandeur demi- naturelle , &
ſervira de ſupplément à tout l'ouvrage.
Prix de l'ouvrage.
La Myologie complette en vingtPlanches ſe
vend toute verniſſée & reliée en demie feuille 96
liv ; brochée , 99 liv ; reliée en grand, 102.
L'Anatomie de la tête en huit Planches cou
tera aux Souſcripteurs 24 liv . & ceux qui laiſſeront
paſſerle tems de ſouſcrire , la payeront 36 liv .
L'Anatomie du Thorax & du bas- ventre en
douze Planches coûtera à ceux qui ſouſcriront 36
liv. & à ceux qui n'auront pas ſouſcrit, 54 liv .
L'Anatomie comparée en quatre Planches coutera
12 liv. aux Soufcriptens ;& aux autres
liv.
18
Le Supplément en fix Planches coûtera 18 liv.
& à ceux qui n'auront pas ſouſcrit 24 liv.
OCTOBRE. 1748. 181
Total.
,
Ceux qui auront toujours ſouſcrit auront les
cinquante Planches pour so écus , & ceux qui artendront
la fin de l'ouvrage les payeront 225
liv.
Le Sieur Gautier eſpére pouvoir completter cet
ouvrage dans le courant des années 1749 & 1750.
Il demeure préſentement suë de la Harpe , après
la ruë Poupée , à la ſeconde maiſon neuve ou eft
fonEnſeigne.
Quelques jaloux ont écrit fauffement dans tous les Pays étrangers que le Sieur Bizey ,
célébre dans l'Art de faire des inftrumens à vent ,
étoit mort. Il demeure ruë Dauphine , vis - à- vis
PHôtel de Flandres , du côté de la Comédie Françoife.
TESTAMENT en faveur de la Ville
de Lyon.
L
'An mil ſept censquarante-huit , &le trenteun
Août , pardevant le Notaire Royal, ſoufligné
, & en préſence des témoins nommés , s'eſt
perforinellement établi , Charles le Loup , Premier
Préſident en l'Election de Breſſe , Seigneur de Rivoire
, Revonnaz , Montagnat& autres lieux , lequel
, de gré , ſain de ſes ſens ,m'a dicté ainſi que
s'en fuit , en préſence deflits Témoins , fon Codi
cille , conféquemment au Testament par lui fait ,
dont la ſuſcription a été reçue par Nevoret , Notaire
à Bourg , le 29 Mai mil ſept cens quarance,
& qui est déposé dans les Archives du Bureau de
-
MERCURE DE FRANCE.
In Charne de lavie deBourg; le fieur Codicil
kate, pour donner des marques de fon attachemen
a a Parme de les Ancêtres , qui ſuivant
Pirifore or aVie de Lyon y ontpris naifianannne
& legue auxHabitans de la Ville de
Lyon en a pedonne deMeffieurs les Prévôt &
Ecerns te laVie de Lyon, ſon Etat & Office
de Premier President en P'Election de Breffe , pour
außer unc aperpétuité à l'Hôtel de Ville de Lyon,
dont les Magftrats donneront l'homme au Roi ,
pour remplar & exercer la Charge..
Le motif qui détermine le fieur Codicillant à le
prescrire ainfi , eſt qu'il ſçait que le privilége de
Pexemption des Tallies, accordée aux véritables
Bourgeois de Lyon pour leurs biens fitués en Brefferant
Pancien denombrement qui en aéte fait,
m'a pas tout son effet pour eux. Par lemoyen du
President en P'Election de Breſſe , ils pourront
aroir une conno:Hance exacte des remplacemens
àfaire, &eux feuis pourront ſe faire fubroger.
Pretention du Princeſera ainfi remplie. Le préfent
legs eft fait ſous les conditions ci-après.
Sçavoir,queMeffieurs les Prérőtdes Marchands
&Echevins éleveront à perpétuité des jeunesEnfans
, fains & vigoureux, choitis parmi les Enfans
Trouvés dans l'Hôtel-Dieu de Lyon, pour leur
faire faire leurs Etudes, en forte qu'il y en ait
toujours un qui étudie la Phyſique. Comme le
Codiciliant ne laiſſe point d'Enfans , il veut que
ceux qui étudieront en Phyſique portent fon nom
&fes Armes. Veut encore le ſieurCodicillant que
Meffieurs les Prévôtdes Marchands & Echevins
de la Ville de Lyon fondent à perpétuité dans la
Chapellede Lifle-Barbe, ſous le vocable de Saint
Loup,une grande Meſſe de Requiem, qui y fera célebrée
pour le reposde l'amedu ſieurCodicillant
OCTOBRE. 1748. 183 3
chaque année à l'époque de ſon décès , & qu'ils
diftribuent cinq fols , par forme d'aumône , à cha
cundes pauvres qui y auront affifté.
Etdans le cas où Meſſieurs les Prévôt des Mar
chands & Echevins de la Ville de Lyon , après délibération
priſe , ne voudroient pas accepter le
préſent legs ſous les conditions y attachées , le
ſieur Codicillant le transfere à la Charité de Lyon,
à la charge d'exécuter les mêmes conditions, ayant
pour objet de faire un avantage réel à la Patrie de
ſes Ancêtres , & d'engager par- là Meſſieurs de
Lyon à s'intéreſſer au ſalut de la Province de
Breffe , & pour que ſon exemple réveille l'amour
de la Patrie & de la ſocieté dans le coeur de ceux
qui le ſuivront , il exhorte ſes Légataires à faire
imprimer le préſent Codicille pour en dépoſer des
copies collationnées dans les Archives de la Maifon
de Ville de Lyon &dans celles de laMaiſon de
Villede Bourg, ſa Patrie ,& partout où il ſera jugé
néceſſaire , afin d'emporter en mourant la fatisfaction
d'avoir vêcu utilement , car telle eſt ſa
volonté , dont il a requis Acte , ſigné le Loup de
Rivoire , &Fays, Notaire Royal..
COPIE d'une Lettre écrite à Mad. la
Generalle la Motte , par M. Martiny ,
Docteur Médecin , Aggregé au Collège de
Lyon.
1
E penſe , Madame , que vous ne ferez pas fa
chée d'être informée de l'heureux ſuccès de
votre Elixir d'or dans la maladie dont Madame
Chalut de cette Ville , & mere de M. Chalut , Tré
forier de Madame la Dauphine , a été attaquée.
134 MERCURE DE FRANCE.
Les vertiges , les mouvemens convulfifs, la bou
che tournée & un begayement , ſymptômes qui
annonçoient une apoplexie , ont entierement dif.
paru, & cedé à l'uſage habituel qu'elle a fait de
yotre précieux Elixir. Sa bouche eſt très-bien remiſe
, & elle ſe porte actuellement fort bien. Je
croirois , Madame , manquer à mon devoir &
l'intérêt que je prends à la conſervation de la ſanté
de nos Citoyens , ſije ne vous invitois à ne nous
pas laiſſer manquer dans ce Pays de ce Remede ,
dontje fais un très-grand cas,&dont je connois le
mérite, en ayant fait pluſieurs expériences .J'ai auſſi
éprouvé l'excellence de votre Elixir blanc dans les
maladies du cerveau , dans les vapeurs épileptiques,
dans la démence ou imbécillité d'eſprit , &
dans les maux qui tiennent d'une cauſe vénérienne
ou ſcorbutique. Je me ferai un vrai plaifir de vous
informer dans la ſuite des effets que l'un ou l'autre
de ces Elixirs pourront opérer , comme je m'en
fais un de vous aflûrer combien j'ai l'honneur d'étre
, & c.
LETTRE de M. Jomoron , Trésorier de
France ,&Subdelegué Général de l'Intendance
de Grenoble , en date du 20 Août
1748 , écrite à M. Arnoult.,
M
Onfieur Portalis , Commiſſaire des Guerres ,
Monfieur , m'a renvoyé de Toulon la lettreque
vous lui avez écrite le 18 Mai dernier; j'ai
fait tout ce qui étoit en mon pouvoir auprès des
Médecins , Chirurgiens & Apoticaires qui ont foigné
M. Bruno dans ſa derniere maladie , pour les
engager àdonner leur Certificat ſur les admiraOCTOBRE.
1748. 185,
bles effets de votre Sachet,qu'a éprouvé le ſieur
Bruno , Commis dans les Bureaux de l'Intendance
de cette Province , mais ils n'ont point voulu
adhérer à ma priere , en difant que votre Sachet
avoit été attaché au col du malade ſans leur participation
; je me contenterai donc de vous dire au
vrai ce qui s'eſt paſſé.Le Sr Bruno érant tombéd'a
poplexie il y avoit trois jours , étant fans connoiffance
, M. Portalis arriva de Paris & entendit tous
les regrets dont les Bureaux de l'Intendance rétentiffoient
ſur l'état de ce pauvre malheureux , qui
avoit été faigné& refaigné à plufieurs repriſes, & à
qui on avoit donné l'Emétique en abondance
qui n'avoit point opere. Comme M. Portalis ,
me dit qu'il portoit à Toulon un de vos Sachets
à un de ſes amis ,je lui demandai à le voir
je lûs les imprimés qui y étoient joints ; M. Portalis
m'offrit de me le remettre , en diſant qu'il en
feroit venir un autre , je lui rendis les 12 livres
qu'il m'a dit que lui avoit coûté ce Remede ; fur
le champ je priai un Religieux qui ſe trouva chés
moi , d'aller attacher au col du ſieur Bruno ce Sachet
, ce qui fut auſſi -tôt exécuté. Demie heure
après, le malade commença à donner des ſignes de
connoiffance ,le lendemain il fut fi bien à lui ,
qu'il ſe confeſſa , reçut le viatique & fit ſon teftament
, il a vêcu l'eſpace de quatre mois depuis. II
vientde mourir, mais les Médecins affûrent que fon
apop'éxie ne l'a point fait périr , qu'étant afmatique
, cette maladie a empiré & en a été la ſeule
cauſe ; qu'au ſurplus il a eu une parfaite connoiffance
juſqu'au moment de la mort ; voila ce que
jepuis vous certifier de cette affaire , en vous aſſu
rant qu'on ne peut être plus parfaitement , votre ,
&c. Signé, Jomoron , Tréſorier de France & Subdelegué
Général de l'Intendance de Grenoble.
286 MERCURE DE FRANCE.
Pour éviter tout abus &pour la fûreté du Pu
blic, on avertitde nouveauque le remede du ſieur
Arnoultne ſediftribue que chés lui , rue des cinq
Diamans àParis; qu'il ne commet perſonne pour
lediſtribuer ailleurs,& qu'il n'en donne pas un
ſeul , ſans qu'il ſoit accompagné d'un imprimé ſignéde
lui ,& fans enregiſtrer les noms,qualités&
demeures de ceux pour qui on les deſtine.
LeMercure & pluſieurs autres Ouvrages Périodiques
ont parlé plusieurs fois des effets SurprenaNS
opérés par le Sachet antiapoplectique. Leſieur Arnoult
vient d'obtenir un Certificat beaucoup plus authentique
&plus respectable des vertus de ce merveilleux Sathet.
C'est un Arrêt du Conseil d'Etat de SaMajesté,
qui maintient ceMarchand Droguiſte dans le droit de
vendre ſeul ledit Remede, & dans lequel font déduites
amplement les preuves qu'on a defon utilité.
LETTRE de M. de Launay , Maître
Chirurgien Juré à Paris, &de l'Académie
Royalede Chirurgie .
Monfieur , c'eſt parce que vous n'avez honoré
de votre confiance , que je vous fais
tenir ma préſente adreſſe.
Ayant été en relation avec vous , il eſt bien juſte
que vous ſçachiez od me retrouver , ſurtout dans
Poccafion où je pourrois être utile à vos plus proches
ou à vos amis qui font dans la Province.
Je n'ai rien épargné pour les recherches,& je me
fuis affûré de l'expérience néceſſaire pour remplir
P'attente de ceux qui s'adreſſeront à moi ,ſoit pour la
fûreté,la durée &la commoditédes Bandages nouyeaux
, foit pour les avis & le ſuccès des Reme
OCTOBRE. 1748. 187
desqui conviennent aux Defcentes ou aux autres
maladies qui y ont quelque rapport.
Vous voila à préſent en état d'obliger qui vous
voudrez , & de diſpoſer de moi quandil vous plaira
me mettre à l'épreuve ; vous ferez convaincu
de la fincérité avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Monfieur , &c. de Launay , Chirurgien Juré à
Paris , de l'Académie de Chirurgie ; Cul-de-fao
de l'Oratoire .
L
SPECTACLES.
Acadéınie Royale deMuſique a cedé fon pri
vilége du Concert Spirituel , exécuté au Châ
teau des Tuilleries , à M. Royer , ſi eſtimé à la Cour
&àla Ville par ſes talens& ſes ouvrages; nous l'a
vons déja annoncé au Public, mais nous ne l'avons
pas informé des ſoins & des frais qu'il en coûte à
ce nouveau Directeur pour mettre la Salle de ſon
Spectacle en état de plaire aux Dames par ſa diftribution
commode & l'arrangement des places.
Ce Concert fi bien préparé , ouvrira le premier
Novembre , jour de la Touſſaint .
L'Opéra continue avec ſuccès les repréſentations
du Ballet des Fragmens. Mlle Coupée a joué
le rôle de Julie , & a été applaudie dans l'Acte de
l'Eſtime , tiré du Ballet des Amans déguilés .
La Tragédie de Sémiramis de M. de Voltaire ,
s'eſt ſoutenuë juſqu'à la clôture du Théatre , avec
des affeinblées nombreuſes .
Le Mercredi 18 Septembre , la Comédie Italienne
a donné la premiere Repréſentation des Fées
Rivales , Piéce Italienne en quatre Actes , ſuivie de
FERREDEFRANCE
ses -ngenenement definés
Cererer cas
ecome Cometes
reface mer avention a
meble Coraline & ct
Larent de M. Blak
Tapetaredes Decoratioor
gen accele cette Comédie , y
nus de Courage nele
Sanari per p
نتشگ
Lees & aime de Role
erence a Com
What Ons, chir-
S. ES
wees yeux de
A par
SPILTIZO
Enaree do
OCTOBRE. 1748. 184
COMEDIES REPRESENTEES
à Fontainebleau,
L
Es Comédiens François jouerent le Mardi Sl
Jaloux désabusé , ſuivi de la Nouveauté.
Le Jeudi 10 la Tragédie des Horaces ,&
l'Epreuve réciproque.
Le Samedi 12 , les Comédiens Italiens jouerent
laDame invisible , ſuivie d'un Ballet .
Le Mardi 15 , les Comédiens François représ
ſenterent les Femmes Spavantes & la Famille Ex
travagante,
Ils jouerent le 17 , la Tragédie d'Oedipe & 1
Comtesse d'E carbagnas.
L
CONCERTS à la Cour,
E Mercredi 18 , le Lundi 23 & le Mercredi
25 du mois de Septembre on exécuta en
Concert chés la Reine le Prologue & les cinq
actes de l'Opéra de Thétis & Pelée. Mlles Romainville
, Canavas , de Selle , Mathieu , Godonnefche
& Guedon , en ont chanté les rôles , ainfi
que Meſſieurs Benoît , de Chaſſé, Godonneſche ,
Dubourg , Poirier & leCler.
Le Mercredi 18 & le Mardi 17 ,le Sieur Champallanty,
jeune Muſicien Italien , de laMuſique
du Roi , fit chanter pendant la Meſſe devant leurs
Majeftés le Pſeaume Deus in nomine tuo, &c. Moter
de ſa compoſition , qui fut fort applaudi , & dans
lequel il a joint à l'expreſſion des paroles le goût
Italien.
Le Jeudi 19 & le Vendredi 20 , le SieurAn
100 MERCURE DE FRANCE.
theaume , Maître de Muſique de la Cathédrale
de Senlis , & filsdu Muſicien du Roi , fit chanter
pendant la Meffe de Sa Majesté le PleaumeDominus
Regnavit , &c. On a trouvé beaucoup de gra
ces dans les récits , & de force dans les choeurs de
ceMoter, qui eſt de ſa compoſition .
Le Lundi7 , le Mercredi 9 , & le Lundi 14 de
ce mois, on chanta chés la Reine le Prologue &
les cinq Actes de l'Opera de Persée. Les rôles
furent remplis par Mlles Romainville , Lalande ,
Deſchants ,Mathieu , Godonneſche & Canavas,
& par Meſſfieurs Poirier , Lagarde , Dubourg,
Richer , d'Aigremont , le Bague , & Bazize.
Le Mercredi 16 , on exécuta chés la Reine le
premier&le ſecond Acte de la Pastorale héroïque de
Diane & Endimion , de M. de Blaſmont, SurI-ntendant
de la Muſique du Roi.
Miles Lalande , Defchants , Romainville,Ca
navas ,, Godonneſche ,&dd''Aigremont , Meſſieurs
Poirier , Dubourg & la Garde,en chanterent les
côles.
M. Gautier , Profeſſeur de Muſique , eſtimé depuislong-
tens, acompoſéun troiſiéme Recueil de
Chanfons,dontles paroles & les Airs méritent l'approbation
des Amateurs des Ouvrages Lyriques.
On le débite chés l'Auteur , rue de la Comédie
Françoiſe,& chés le Clerc , rue du Roule, à la Croix
d'or. Voici un joli échantillon des paroles.
OCTOBRE. 1748. 19
RONDE DE TABLE.
Que ce feſtin eſt aimable ,
Et qu'il a pour moi d'attraits !
Je vois lesGraces à table ,
L'Amour doit être bien près.
Bacchus d'un viņ qui pétille
Verſe les flots précieux ,
Et joint l'éclat dont il brille
Acelui de leurs beaux yeux.
Jeleurconſacre mon verre ,
J'aime & je bois tour à tour ;
Toujours l'heureuſe fougere
Sert ou Bacchus ou l'Amour,
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES,
DE PETERSBOURG , le 24 Septembr..
L
'Eſcadre que l'Impératrice avoit envoyé croiſer
dans la mer Baltique est rentrée dans les
Ports de Revel & de Cromſtadt , & l'on eft occupé
actuellement à déſarmer les Vaiſſeaux & les
Frégates. Le Gouvernement a donné ordre de
conſtruire pluſieurs nouveaux Vailleaux de guerre.
La nuit du 2 au 3 de ce mois , il arriva de
Vienne un courier , dont le Comte de Bernes ,
Ambaſſadeur de l'Impératrice Reine deHongrie
& de Boheme , alla ſur le champ communiquer
les dépéches au Comte de Beſtuchef , Grand Chancelier.
On recommence à publier que la liberté
fera bientôt renduë au Comte Ernest Biron .
Sa Majesté Impériale a nommé Chevaliers de
l'Ordre de Saint Alexandre Newsky le Knées
Scherbatoff, le Vice Amiral Gollowkin ,le Lieutenant
Feldt-Maréchal Taliſin , le Comte Henricow,
le Baron de Strogonof, le Comte Jefimonwsky
, le Knoces Bieloſoſlky , le Lieutenant
Feldt-Maréchal Dewitz , le Vice -Amiral Bars ,&
le Comte André de Beſtuchef.
Elle a déclaré qu'elle iroit à Moſcou dans la
mois de Décembre.
Le prix du loyer des maiſons y étant devenu
exceffif depuis les derniers incendies , & tel habitant
, qui donnoit ſa maison à unAmbaſſadeur
pour cinq cens roubles , en demandant actuelle-
< ment juſqu'à cinq mille , les Miniftres Etrangers
ont fupplié ſa Majefte Impériale d'interpoſer fon
autorite
i
OCTOBRE. 17.48 . 193
antorité pour empêcher cette exaction. Ils ne
pourront être logés qu'à plus d'une lieue & demie
du Palais , parce que les quartiers , qui enfont
les plus voiſins , ont été les plus maltraités par les
flammes. L'Impératrice a fait préſent de fix mille
roubles à la veuve du Knées Repnin. Le Comte
de Beſtuchef , Grand Chancelier , a reçu avis que
le 16 du mois dernier ſon Château de Wenden
avoit été réduit en cendres , ainſi que la Ville qui
en dépend.
1
,
:
DE WARSOVIE , le 26 Septembre.
Leſt dit dans les Univerſaux publiés de la part
du Roi pour la Convocation de laDiette générale
, que ſi d'un côté ſa Majesté a lieu de ſe rejoüir
de la tranquillité , dont la Pologne a joiii pendant
les troubles qui ont agité les Etats voiſins ,
elle voit de l'autre avec la plus grande douleur
qu'on a perdu des momens heureux qui auroient
dû être employés utilement ; que le bonheur des
Polonois a paru leur être à charge , & qu'ils fe
font empreffés de ſuivre les chemins qui les conduifoient
à leur perte ; que la Patrie eſt dépouillée
de fon ancienne ſplendeur , & réduite à la derniere
pauvreté, fans troupes , ſans défenſe , ſans aucune
fûreté pour fon commerce ; qu'on a été émû de
compaffion de la voir dans cette ſituation déplorable;
qu'on a été convaincu de la néceſſité d'y apporterun
prompt reméde ; que les Patriotes zélés
ont fait les plusgrands efforts pour y réuffir , mais
que la défunion y a toujours mis obſtacle , & que
les conſeils les plus falutaires n'ont produit aucun
effet ; qu'il n'étoit pas naturel de s'attendre que
P'augmentation de l'armée de la Couronne , augmentation
demandée de chacun avec inſtance ,
I
194 MERCUREDEFRANCE.
comme un article eſſentiel au bien public , eût du
être la cauſe qui arendu tant de Diettes infructueuſes
, que cependant les differentes difficultés ,
alleguées ſur les moyensde trouver les fonds pour
P'entretien des troupes, ont empêché la République
d'acquerit de nouvelles forces : que même
les autres affaires , ſur leſquelles onavoit a déliberer
, n'ont pû être terminées , vû la ſéparation
précipitée de pluſieurs Diettes , que le Roi , moins
offenſe de cet abus de la liberté , qu'animé de l'amour
de la Patrie , n'eſt point rebuté par tant de
mauvais ſuccès ; qu'il a convoqué lesDiettes par
ticulieres des Palatinats pour le 19 du mois d'Aoûς
dernier , & qu'il convoque la Diette générale
pour le 19 du mois prochain ;que ſa Majesté ſouhaite
que les Etats affemblés de la République
faffent voir que les tems de diſcorde ne ſubſiſtent
plus; que ſi l'on continuë de s'oppoſer à l'augmentation
de l'armée, ou ſi l'on juge à propos ,
avant que de ſe déterminer ſur cet article, de pourvoir
au fond néceſſaire pour l'entretien des troupes,
le Roi s'en remet là-deſſus à ce quiſera réglé
par la Diette ; qu'en attendant , ila recommandé
auxGrandsChanceliers de Pologne&de Lithuanie
d'invitet ſérieuſement cette aſſemblée à prendre
des meſures efficaces pour améliorer les Finances,
pour favorifer le commerce , &pour abréger les: ,
procédures.
L
DE STOCKHOLM , le 23 Septembre,
A ſanté du Roi eſt toujours fort chancelante,
&ce Prince eût le 8 de ce mois une vive attaque
de gravelle. Sa Majesté rendit le lendemaip
une pierre , &depuis eile s'eſt trouvée un peu foulagée.
On compte que la Princeſſe, époule du
OCTOBRE. 1748. 195
Prince Royal , accouchera vers la finde cemois.
Ce que quelques Gazettes étrangères ont publié
d'une prétendue Déclaration faite au ſujet de l'affaire
de M. de Guydickens eft d'autant plus defti
tué de fondement , qu'il ne réſide iciperſonne de
la part du Roi de la Grande Bretagne. A la vérité,
le Rot avoit nommé M. de Wolfenstierna pour
ſe rendre à Hannover , mais comme on a été
informé que ſa Majefté Britannique étoit allée à
Goerden,& qu'elle vouloit employer uniquement
à ce qui concerne la Pacification générale le
reſtedu tems qu'elle doit paſſer dans ſon Electorar,
ſaMajesté a changé la destination de ce Miniftre ,
&elle lui a ordonné d'aller remplacer le Baron de
Hopken à la Cour de Berlin. Il n'y a rien de nouveau
du côté de la Finlande , où les troupes Sué
doifes & Ruffiennes ſe tiennent également tran
quilles dans leurs quartiers reſpectifs. M. Curonius
, ci-devant Bourguemestre d'Upfal , qui a été
arrêté en Dannemarck à la requifition du Roi , a
été conduit en cette Ville. Il a été enfermé dans
les priſons de Caſtenhoff.
Le Baron de During, en vertu des pouvoirs
qu'il avoit reçûsde ſa Majesté , a revêtu des mar
ques de l'Ordre de l'Epée M. Grufle , Préſident du
Conſeil Royal de l'Amirauté ; les Amiraux Uſal
&Gerdten; le Baron de Hamilton & M. de Kaul
barts , Majors Généraux.
ALLEMAGNE .
De Vienne , le 28 Septembre.
Elon un état qui paroît des contingens que les
des Caiffe
Militaire , conformément au nouveau Plan adopté
1
1 .
1
I ij
196 MERCURE DEFRANCE.
pour l'entretien des troupes , la Baſſe Autriche
payera deux millions huit mille neuf cens ſoixante
& huit florins ; la Haute Autriche douze cens
mille ; le Royaume de Boheme cinq millionsdeux
cens foixante-dix mille quatre cens cinquantehuit;
celuide Hongrie deux millions quatre cens
quarante- fept mille ſept cens ſoixante & douze ;
la Transilvanie ſept cens vingt & un mille huit
cens trente deux ; le Bannat de Temeſwar trois
ceus cinquante-cinq mille trois cens ſoixante;
l'Esclavonie , la Sirmie , & les territoires qui en
dépendent , cent trente mille neuf cens trentequatre;
la Moravie dix- huit cens cinquante fix
mille quatre cens quatre- vingt- dix ; la partie que
l'Impératrice Reine a confervée dans la HauteŞiléfie
,deux cens, quarante- cinq mille deux cens
quatre-vingtdix-huit;la Stirie onze cens quatrevingt-
deux mille cinq cens quarante-cinq;laCarinthie
fix cens trente-ſept mille ſept cens quatrevingt-
quicze , la Croatie trois cens trente fix mille
cent ſoixante& onze ; Gorice& Cradiska.quaran
te & un mille cinq cens deux.
M. Keith , Miniſtre du Roi de la Grande Bretagne
, eut le 8 de ce mois ſa premiere audience
del'Impératrice Reine , & luipréſenta ſes Lettres
de Créance. Ceue Princeſſe aſſiſta le même jour à
la confécration de lanouvelle Chapelle du Palais.
Elle vit le ſoir une repréſentation de l'Opera, &
elle retourna enfuite à Schombrun .
Les Régimens de Cuiraſſiers de Jean Palfy , de
Diemar & de Hohenembs, & ceux de Dragons de
l'Archiduc.Joſeph, de Philibert & de Lichtenstein,
feront envoyés dans le diſtrict de Pétersbourg ;
ceux de Cuiraſſiers de Birckenfeldt , de Hohenzollern
& de Charles Palfy , ceux de Dragons de
Bathiany & de Wittenberg , & ceux de Huffards
OCTOBRE. 1748. 19ל
Efterhafi , de Spleni & de Nadaſti , dans le diftrict
de Neuhefel ; ceux de Cuirafſiers de Czernin
, de Serbelloni & de Portugal , celui de Dragons
de Preitling ,& ceux de Haflards de Deſoffi,
de Carolis , de Belleſnay , de Giuliani & de Bario
nay , dans les districts d'Effect & de Caſchau ;
ceux de Cuirafliers de Saint Ignon & de Schmer
zing , & ceux de Huffards de Coliari & de Sti
rum fur le territoire d'Offene le Régiment de
Cuiraffiers de Darmstadt dans le Bannat'de Te
mefwar.
L'Empereur , accompagné du Prince Charles
de Lorraine , arriva de Prague le 16 de ce mois :
il defcendit au Palais de la Favorite où il s'arrêta
quelque tems, & il ſe rendit enfuite au Château de
Schombrunn. Leurs Majestés Impériales allerent
l'après midi rendre viſité à l'impératrice Premiere
Doüairiere. Elles revinrent le foir en cette Ville ,
& elles aſſiſterent à la repréfentation d'un Opera
Italien. Le lendemain entre ſept &huit heures du
foir, l'Impératrice Reine accoucha d'une Princeffe
, qui mourut peu d'inftans après avoir été
baptisée. Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire
du Grand Seigneur , eût le 15 fon audience de
congé de l'impératrice Reine , qui lui a fait remeture
par le Comte de Kevenhuller , Grand
Chambellan , les préſens deſtinés pour laHauteſſe..
Le 20 , M. Keith, nouveau Miniſtre du Roi de la
Grande Bretagne , eût ſa premiere audience de
l'Empereur , après laquelle il fût en conference
avec le Comte d'Uhlefeld, GrandChancelier de
la Cour. Il arriva le 17 de Pétersbourg un courier
, dont les dépêches donnerent lieu à la tenue
d'un Confeil , qui s'aſſembla chés le Feldt- Maréchal
Comtede Konigſeg .
Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire de la
Гiij
Iو MERCURE DEFRANCE.
Porte , prendra après-demain congé de l'Empe
reur. Sa Majefté Impériale aſſiſta avant-hier à
Paſſemblée du College qu'on nomme la Deputation
générale de la Cour. Le Com e de Linangea
déja conferépluſieurs fois avec le Comte de Coloredo
, Vice-Chancelier de l'Empire , au fujetdes
prétentions de l'Electeur Palatin ſur la Seigneurie
dePleiſtein. On eſpere que cette affaire ſe terminera
à l'amiable ,& le bruit court que celle concernant
leComté de Zwingenberg eſt entierement
réglée. Le Gouvernement a reçû de Pétersbourg
un courier , par lequel on a appris que l'Impératrice
de Ruffie avoit accepté l'offre qui lui a été
faitepar l'Impératrice Reine , de donner des quarziers
enBoheme & en Moravie aux troupes Ruf,
fiennes , qui font à la folde de laGrande Bretagne
& de la République des Provinces-Unies. M.
Jordan , Conſeiller du Conſeil Aulique du Royaus
me de Boheme , & l'un des Membres de la Dépuια
tion générale , eſt mort en cette Ville le 23 de ce
mois. Il avoit beaucoup travaillé aux nouveaux
arrangemens, propoſés par le Comtede Haugwitz
pour la levée des impofitions destinées à l'entretien
des troupes. On mande de Conftantinople
que la tranquillité paroîty être parfaitement rétablie,&
que leGrand Seigneur est allé àuneMaifon
de campagne , où il demeurera juſqu'à ce
qu'on ait achevé les réparationsqu'il a ordonné de
faire au Serail.
DE BERLIN , le 1. Octobre.
DLufieurs des Seigneurs , qui ontaccompagné
le Roi en Siléfie , revinrent le 16 du mois
dernier , & fa Majesté en arriva le 17. Elle alla le
18 à Montbijoux rendre viſite àla Reine Douai-
:
-
OCTOBRE. 1748 . 199
tiere. Le 19 , elle y dîna avec la Reine , le Prince
&la Princeſſe de Pruſſe , & la Princeſſe Amelie.
Après le repas , le Roi retourna à Potsdam , où il
fut fuivi par le Feldt Maréchal Keith , le Major
Général de Winterfeldt , le Comte de Wartenſle.
ben , le Baron de Retzow , l'Adjudant Général
Buddenbroeck , le Baron de Lentulus , le Marquis
d'Argens , & le Baron de Bielefeld , Confenler
Privé.
Les eaux minérales d'Egra , dont le Roi a fait
uſage il y a quelque tems , ayant beaucoup contribue
aau rétabliſſement de ſa ſanté , ſa Majesté à
jagé à propos de les prendre une ſeconde fois.
Le Prince de Pruſſe a été de nouveau indiſpoſé ,
mais depuis quelques jours il ſe porte beaucoup
mieux . On a reçû avis de Dreſde , que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe avoit envoyé les marques
de l'Ordre de l'Aigle Blanc au Comte Rafomowsky
, Préſident de l'Académie des Sciences
de Pétersbourg. Les nouvelles de Boheme portent
que le Général Lieven , qui commande en chefles
troupes Ruffiennes depuis la mort du Knées Repnin,
a fait ſçavoir aux Commiſſaires prépofés par.
le Roi de la Grande Bretagne & par les EtatsGénéraux
des Provinces Unies pour leur conduite
- qu'il ſe chargeroit de pourvoir à la ſubſiſtance de
ces troupes , fion vouloit lui remettre les fonds
affignés pour cette deſtination.
L
DEHANOVER , le 29 Septembre.
E 16 de ce mois , le Roi partit de Herrenhauſen
pour Goerden , où ſa Majesté arriva le
jour ſuivant ,& où elle a voulu que la Chancellerie
la ſuivit , afin que les affaires d'Etat ne fouffriffent
point d'interruption par ce voyage. Quel-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE
ques dépêches qu'un courier extraordinaire a ap
portées de Turin au Chevalier Offorio , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , obligeront
ce Ministre de ſe rendre demain àGoerden. Le
Roi a refolu de faire un voyage à Lavenbourg , &
leDuc de Newcastle yaccompagnera la Majesté.
Ce Seigneur ira enfuite paffer quelque tems à
Hambourg.
S
DE BAREITH , le 26 Septembre .
Urla nouvelle que le Duc de Wirtenberg de
voit ſe rendre ici de Stuttgard le 18 de ce
mois , le Margrave envoya au-devant de ce Prince
juſqu'à Erlangen le Baron de Hesſberg , Conſeiller
Privé , avec un Chambellan , deux Gentilshommes
de, la Chambre , & pluieurs Officiers .
Lorſque le Duc de Wirtenberg fut arrivé fur la
frontiere de cet Etat , il y trouva le Baron de
Luchau , Premier Gentilliomme de la Chambre ,
qui l'y attendoit avec pluſieurs caroſſes duMargrave
, & qui le complimenta de la part de ce
Prince. Le Duc de Wittenberg monta dans le
caroſſe qui lui étoit destiné ,& la marche ſe fir
dans l'ordre ſuivant, Les Baillifs & Officiers de
Justice ; une Compagnie de Chafleurs ; les Offi
ciers de la Venerie , ayant à leur tête leGrand
Veneur; une Compagnie de Huffards ; le Baron
de Hesſberg dans un des carofles du Margrave ;
deux Ecuyers ; les Gentilshomines de laChambre ;
trois caroffesdu Margrave , remplis par des Gentilshommes
du Duc de Wirtenberg; une Com--
pagnie deCuiraffiers , le caroffe dans lequel étoit
le Duc de Wirtemberg avec le Baron de Luchau ,
& aux deux côtés duquel marchoient pluſieurs
Coureurs , Heyduques & Valets de pied , un
Détachement des Gardes du Margrave , les caOCTOBRE.
1748. 201
roffes de la Margrave , & ceux de la principale
Nobleſſe . En entrant, dans cette Ville , le Duc
de Wirtenberg fut falué d'une triple décharge
de vingt-quatre piéces de canon. Un Régiment
d'Infanterie formoit une double haye dans
les tuës par leſquelles cePrincepafla . Le Margrave
le reçût à la porte du Château , & le conduifit à
l'appartement de la Margrave ; où la Princeſſe
étoit, ainſi que les Princes Henri & Ferdinand de
Prufſe. Après que le Duc de Wirtenberg eut falué
laMargrave & la Princeſſe , il ſe retira pour quel
que tems dans l'apparteinent qui lui avoit été pré- -
paré . Il retourna enſuite chés la Margrave , où il y
eût un ſouper ſervi à pluſieurs tables, La Ducheffe :
Douairiere de Wirtenberg arriva le 19 , & cha
que jour a été marqué depuis par quelque fête..
Aujourd'hui , les nôces du Duc de Wirtenberg &
de la Princeſſe ſe ſont faites avec un éclat qui a
répondu au rang des deux époux...
DE HAMBOURG , le 10 Octobre..
Soixante mille écus , que la Régence de cette
Ville a prêtés au feu Duc de Holſtein, étant hyporéqués
ſur le District de Reebroeck qui fait partie
du Bailliage de Renbeck ,& ce' District étant enclavé
dans le territoire dépendant de Hambourg ,
les Magiſtrats ont fait propoſer au Grand Duc de
Ruffie de le leur céder pour la liquidation de la
fuſdite fomme..
Quatre Vaiſſeaux de guerre , que l'Impératrice
de Ruffie a fait conftruire àArchangel , ont paſſé
* le Sund , & font allés joindre à Cromſtadt la Flotte
de cette Princeffe. Ils ont beaucoup fouffert
dans leur navigation par diverſestempêtes qu'ils
ont effuyées. Le Roi de Dannemarck ſe rendra
dans peu à Jagersbourg , où il ſe propoſe de de
1v .
202 MERCUREDEFRANCE.
meurer le reſte de l'automne. On a été informé
par les lettresde Stockholm , que le Roi de Suéde
avoit recommencé àtravailler avec ſes Miniſtres.
Les mêmes lettres marquent qu'on mande de Fmlande
, que les troupes Ruffiennes y avoient été
renforcées de quelques Régimens .
ESPAGNE.
De Madrid le 1. Octobre.
Eurs Majeſtés accompagnées de Madame ,
de l'Infante
Marie-Louiſe , & des Grands , s'étant rendues le
15 de cemois ſur les cinq heures du ſoir à l'Eglife
desHieronimites, le Cardinal de Mendoza , Grand
Aumônier du Roi , fit la cérémonie d'adminiſtrer
àl'Infante Marie-Louiſe le Sacrement de Confirmation.
Elles aſſiſterent enſuite au Te Deum , qui
fut chanté par la Muſique , & à la Bénédiction du
Saint Sacrement. Don Juan d'Ifia, Préſident de
l'Audience & de la Chancellerie de Grenade , &
Don Joſeph Manuel de Roxas , Fifcal de celui des
Indes , ont été nommés Conſeillers du Conſeil
Royal. Le Roi a diſpoſé de l'emploi de Miniſtre
du Civil de l'Audience d'Arragon en faveur de
Don Mames Salvador de la Sala , & de celui de
Miniſtre du Criminel de la même Audience en faveur
de Don Louis Urries. Sa Majesté a accordé
les charges de Corregidors d'Epée des Villes de
Xeres , d'Ecija , de Plaſencia , de Mancha Real de
Jaën , & de Palencia , à Don Juan Bafile d'Anguiano
, à Don Juan Antoine del Rio , à Don
LaurentPolancoy Zevallos , à Don Louis Fernand
de Queſada & à Don Joſeph Joachim de Vere-
Lepoulede l'infantDonPhilippe
terra.
i
OCTOBRE. 1748. 205
Depuis les premiers avis qu'on a reçûsde la priſe
du Vaiſſeau de Regiſtrelle Jeſus MarieJofepb,qui
avoit fait voile de la Havane pour Cadix , on a été
informé que les Anglois l'ont enlevé à l'ancre
dans un Port d'une des Ifles Terceres. Ces Ifles
appartenantes àune Puiſſance neutre , le Roi a envoyé
ordre à M. Wale , chargé de les affaires à
Londres , d'expoſer au Miniſtere Britannique les
circonstances du fait,& d'infifter pour la reftitution
de ce Vaiſſeau & de tous les effets dont il
étoit chargé. Sa Majesté ſe promet que le Roi de
laGrande Bretagne , par ſon attention à faire droit
fur cette demande , donnera une preuve de ſes difpoſitions
à établir une parfaite intelligence entre
les deux Nations. Les nouvelles Actions de la
Compagnie de Seville ſe diftribuent à Madrid chés
Don François Antoine de la Cagiga , & à Séville
chés Don Nicolas del Campo , Tréforier Général
de la Compagnie. Dona Laure Julie Mentagaci ,
veuve du Marquis de Saint André , & Camerifte
de la Reine Douairiere , mourut à Saint Ildefonſe
le 15 , âgée de quatre-vingt-un ans , Le Pere Hyacinte
de Naxera , Religieux de l'Ordre des Minimes,
Examinateur Synodal & Hiſtoriographe de
PArchevêché de Séville & de l'Evêché de Cadix ,
eſt mort à Moron de la Frontera , dans la foixante
& onzième année de fon âge. On mande de Gibraltar
, que M. François Butler , qui y réſide en
qualité deConſul de la Nation Hollandoiſe , a reçû
des inſtructions des Etats Généraux des Provinces
Unies, pour renouer les négociations de paix
entamées ci- devant entre cette République & le
Roi de Maroc Muley Abdallah. En attendant 'la
conclufion d'un accommodement , la navigation
des Bâtimens Européens eft de nouveau menacée
par lesCorfaires de Tanger. Ces Pirates viennent
de mettre en mer deux nouvelles Galeres .
I vj
104 MERCURE DE FRANCE..
DE MILAN , le 29 Septembre..
E Comte.de Harrach , Gouverneur Général
Ldu Milanez , ayant repréſenté à l'Impératrice
Reine , qu'il convenoitde laiſſer pour la gardede
ceDuchéles troupes quiyont été employées depuis
plufieurs années, cette Princeſſe a déferé à
ceravis. En conféquence , il a été décidé que les
Régimens d'Infanterie Allemande de Wallis , de
Pallavicin , de Piccolomini ,du Jeune Konigſeg ,
duGrand Maître de l'Ordre Teutonique , d'Andlau
, deHagenbach & de Sprecher , ceux de Dragons
de Savoye , de Saxe Gotha & de Holiy , &
ceux de Huffards de Léopold Palfi, de Vettes &
de Giulai , demeureroient dans cette Province.
On parle d'ajoûter à ce nombre les deux Régie
mens d'Infanterie de Merci & Wolfenbutte .Le Régiment
deCuiraffiers de Lobckowitz eft en mar
chepour retourner dans le Royaume de Boheme.
L'Impératrice Reine a rétabli le Marquis de Litta :
dansſes emplois. Il ſe répand un bruit , que cette
Princeffe pourroit céder la Ville de Pavie au Roi
de Sardaigne en échange du Haut Novarois &
d'un Diſtrict qui s'étend le long de la rive gauche .
du Lac Majeur & du Teſſin.
L
DE GENES , le 30 Septembre. -
Es cent vingt foldats qu'un Détachement des
troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme,& de celles du Roi de Sardaigne, avoit
fait prifonniers dans l'action de Nonza ,& qui
avoient été conduits de l'Iſle de Corſe à Savonne,
ont été remis en liberté. On conjecture qu'il en
fera inceflamment de même des Officiers Alle
mands, qui fontdétenus ici depuis larévolution. Le
OCTOBRE. 1748. 205
bluit court que lorſqu'on les renverra , ils ſeron
eſcortés par des Bourgeois &des Artiſans de cette
Ville , comme étant priſonniers du Peuple, & que
le même Détachement ramenera les quatre Nobles
, qui font en ôtage à Milan . Il y a apparence
que la communication ſera entierement rétablie
avec la Lombardie , auffi-tôt après que tous les
priſonniers auront été rendus de part & d'autre.
Le Roi de Sardaigne a déja retiré de Savone la plus.
grande partie des troupes qui yétoient en garnifon
, & ce Prince commence àfaire vendre les
magaſins qu'il y avoit établis .
Les lettresde Corſe , du 15 de ce mois , confirment
que la ſuſpenſion d'armes y a été publiée
&que même elle a lieu entre les troupes de là
République & les Rebelles. On a ſçû par les me
mes lettres , que les Officiers du Corps des troupes
Allemandes & Piemontoiſes , commandé par le
Chevalier Cumiana , alloient librement à la Baſtie .
Le Gouvernement vient de nommer tous les
Commiſſaires & les Juges des lieux que la République
poffede en terre ferme , même de ceux qui
font encore occupés par les troupes de la Reine de
Hongrie. De cette démarche , on infere qu'il ſe
flate que la reftitution en fera bien- tôt faite aux
Génois. Il eſt arrivé dans ce Port un Navire Anglois
, chargé de draps , de plomb& d'autres marchandises
de laGrande Bretagne. L'Opera , que
leDuc de Richelieu faifoit préparer depuis longtems
,fut repréſenté pour la premiere fois le 22
dece mois. C'eſt un Ballet Héroïque , & il eſt inticu'é
Zima. La dépenſe de ce ſpectacle a monte
plusdecinquante mille livres..
206 MERCURE DE FRANCE.
L
DE NICE , le 25 Septembre.
EMarquis de la Mina , qui commande l'armée
Elpagnole ſous les ordres de l'Infant
Don Philippe, a célebré avec beaucoup de magnificence
l'Anniverſaire de la naiſſance de ſaMajeſté
Catholique. Tous les Officiers , tant des
troupes de France que de celles d'Eſpagne , s'étant
alfemblés le 22 de ce mois au ſoir chés ce Général,
onyrepréſenta une Comédie Françoiſe . Le Maréchal
Duc de Belle-Ifle s'y rendit quelque tems
après la Comédie, & on exécuta un très-bean
Concert. On tira enſuite un feu d'artifice , dont
la Décoration repréſentoit un ſuperbe Palais , orné
de ſtatues & d'emblêmes relatifs au ſujetde la
fête. Cette journée finit par un Bal , pendant lequel
on fervit continuellement des rafraîchiffemens
de toute eſpéce. L'Hôtel & le Jardin da
Marquis de la Mina étoient éclairés de plus de
cinq mille pots à feu. Avant hier , le Maréchal
Ducde Belle-Iſle , accompagné de tous les Officiers
François , alla avec le Marquis de la Mina à
l'Eglife de Saint Dominique , où ils entendirent la
grande Meffe chantée en Muſique. A l'Introite ,
à la Confécration , & au dernier Evangile , les
Compagnies de Grenadiers , qui étoient en bataille
devant l'Eglife , firent pluſieurs ſalves de mouf
queterie. On ſe rendit après l'Office chés le Marquis
de la Mina , qui fit ſervir trois tables , chacune
de cent trente couverts. Il y eut le ſoir Comédie,
& plufieurs ſalves de l'Artillerie des Châteaux
&des remparts. Toute la Ville fur illuminée , &
unBal maſqué termina la fête.
OCTOBRE. T 1748. 207
GRANDE BRETAGNE .
De Londres , le & Octobre. 1
N eſt fort impatient d'apprendre l'arrivée
de M. Keene à Madrid , où ildoit ſe rendre
pour conférer avec les Miniſtres de fa Majef
té Catholique fur ce qui regarde le commerce
entre l'Eſpagne & l'Angleterre. Il y a déja du
tems qu'il a reçu pour cet effet ſes dernieres inftructions.
Un courier ,venu d'Aix- la- Chapelle le
premier de ce mois, a apporté des dépêches fort
importantes , à l'occaſion deſquelles les Seigneurs
Régens de laGrande Bretagne onttenu un Confeil.
Dès qu'elles eurent été remiſes au Duc de
Bedfort , ce Secretaire d'Etat écrivit au Comte de
Sandwich pour lui en notifier la réception. Quoique
l'on continue de travailler avec toute la diligence
poſſible à préparer le Palais de Saint James,
lebruit court que le Roi pourroit differer ſon départ
de Hanover juſqu'au commencement du mois
prochain. Conféquemment à la réſolution qui a
été priſe de mettre les côtes de laGrande Bretagne
enmeilleur état de défenſe , on fait les diſpoſitions
néceſſaires pour réparer les anciennes Fortereſſes ,
&pour en conftruire de nouvelles. Le 3 , leCommunConfeil
de Londres s'aſſembla , & il chargea
un Committé d'examiner l'état des fonds & des re-
⚫venus de la Ville,& de chercher les moyens ,
non-ſeulement de payer la ſomme additionnelle
dedeux mille livres ſterlings qu'elle eft obligéede
fournir ſelon un Acte de la derniere Seffion du
Parlement , mais encore d'acquitter les dettes
qu'elle a contractées pour l'entretien desOrphelins.
On conduifit le 2 à la Banque ſous une nombreuſe
eſcorte pluſieurs caiſſes remplies d'or &
108 MERCURE DE FRANCE.
d'argent , qui font arrivées de Lisbonne pour le
compte des Négocians de cette Ville. Ils ontreçû
depuis trois mois plus de deux millions de livres
ſterlings pour les marchandises qu'ils ont fait paffer
en Portugal. Demain le Yacht le Fubbs fera
voile pour aller prendre en Hollande la Ducheſſe
de Newcastle, qui revient de Hannover.On lançı
les à l'eau dans le Port de Deptford un nouveau
Vaiſſeau de guerre , de foixante piéces de' canon.
La place de premier Commiſlaire du Commerce
&des Plantations , vacante par la mort du Lord
Menſon , eſt destinée au Comte d'Halifax, & on
dit que leChevalier Charles Hambury Williams ,
Miniftre du Roi à Berlin , fuccedera au feu Cheva
lier Guillaume Corbett dans la charge de Secre
taire de l'Echiquier. Les Actionsde la Compagnie
de la Mer du Sud & celles dela Banque n'ont point
de prix fixe. Celles de la Compagnie des Indes :
Orientales font à cent ſoixante & dix- neuf, trois
quarts , & les Annuitésà cent& un quart.
L
PAIS -BAS .
De la Haye,le 18 Octobre. ১
Es Magistrats de Bois-le-Duc, de Dort , dela
Brille&deHarlem,, ont été changés par le
Prince Stathouder , & les nouveaux Echevins de
la premiere de ces Villes font Meſſieurs Jeremie
Storm de s'Graveſende , Léonard Jean Smits ,
Guillaume Corneille Ackerſdyck , Alam Amende,
Henri Jean Van Breugel, Guillaume Bopp , Treins
Van Heurn , Thierry Gregoire Van Teylingen ,
& Thierry Guillaume de s'Gravefend...
OCTOBRE. 1748. 209
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour ,de Paris , &c.
E 29 du mois dernier , la Reine entendit la
Meiſe dans la Chapelle du Château de Verſailles
, & S. M. communia par les mains de l'Evêque
deChartres , ſon Premier Aumônier.
La Reine , Monſeigneur le Dauphin, Madame
là Dauphine & Meſdames de France , ſe rendirent
le premier de ce mois au Château de Choify.
Le Pere Chambroy , élû en 1745 Abbé de l'Abbaye
de Sainte Géneviève , & Supérieur Général
des Chanoines Réguliers de la Congrégation de
France , a été continué dans les mêmes Dignités
par les ſuffrages unanimes du Chapitre Général
de cette Congrégation , afſſemblé à Paris le 12 du.
mois dernier.
Le 3 , le Roi & la Reine , Monſeigneur le Dau
phin , Madame la Dauphine & Meſdames de France,
arriverent à Fontainebleau du Château de .
Choify.
Ley , pendant la Meſſe du Roi , l'Evêque de
Montpellier & l'Evêque de Viviers , prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majeſté.
Male Maréchal Comte de Saxe arriva de Bru
xelles à Parisle 10 , & le 12 il a'la à Fontainebleau
rendre ſes reſpects au Roi , qui l'a reçû très,
favorablement..
SaMajesté a diſpoſé du Gouvernement deMontmedy
en faveur de M. le Comte de la Claviere,
Maréchal de Camp , & Commandant à Sedan .
SaMajesté a accordé au Comte de Scey Mont
210 MERCURE DEFRANCE.
béliard le Régiment du RoiDragons , vacant pat
ladémiſſion du Marquis d'Ormenans .
Les Comtes Sulkouski , fils du Comte de ce
nom, Miniftre & Général de Sa Majesté le Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eurent l'honneur d'êtrepreſentés
le 24 du mois dernier par leChevalierde
Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs,
au Roi, à la Reine , à la Famille Royale , qui leur
firent un accueil favorable. Ces jeunes Seigneurs
dînerent enſuite chés M. le Marquis de Puyfieulx,
Miniſtre d'Etat , ayant le Département des affaites
étrangeres , qui donnoit ce jour-là un repas
aux Ambaſladeurs .
M. de Klinglin , Premier Préſident du Conſeil
Supérieur d'Alface , a été introduit dans le Cabinet
du Roi , & préſenté à Sa Majeſté par M. le
Chancelier & M. le Duc de Fleury. Ce Magiftrat
a été nommé l'année derniere àcette Place , en
récompenſe des ſervices que lui & ſes ancêtres ont
conftamment rendus à Sa Majesté& à l'Etat.
REPONSE de M. l'Abbé l'Advocat
Docteur & Bibliothecaire de Sorbonne ,
M. Piganiol de la Force , fur le Fondateur
de Sorbonne.
I L ne m'a pas été poſſible, Monfieur , de répondre
plutôtàlalettre que vous avez inférée
dans leMercure du mois dejuillet. J'étois en Province
lorſqu'elle a parû , & je n'en fuis de retour
que depuis quelques jours. Vous ne perdrez cependant
rien à ce retardement. Je vais terminer
notre differendde maniere à ne point fouffrir de
réplique.
OCTOBRE. 1748. 211
Il s'agit entre nous de ſçavoir quel est le Fondateur
de Sorbonne. On a toujours crû que c'étoit
Robertde Sorbonne , Chanoine de Cambrai , &
enfuite de Paris , Chapelain & Confeſſeur du Roi
S. Louis. Telle a été juſqu'ici la croyance de tous
nos Docteurs ; croyance fondée ſur nos Archives
&fur la tradition conſtante de notre Maiſon.Vous
prétendez au contraire , Monfieur , que le Fondareur
de Sorbonne eſt Robert de Douai , Chanoine
de S. Quentin , & enſuite de Senlis , Médecin de
la Reine Marguerite de Provence, femme de Saint
Louis. Vous rapportez vous-même comment cette
idée vous eſt venue. C'eſt qu'en lifant un Recueil
de Piéces ſur la Faculté de Médecine de Paris ,
imprimé en 1714 , vous trouvâtes un Panégyrique
de cette même Faculté,prononcé par GabrielNaur
dé, où il eſt dit que Robert de Douai laiſſa par son
Testament quinze cens livres pariſis pour achepter des
revenus à des Ecoliers étudians en Théologie , ce qu'il
entendoit faire par l'avis de Robert de Sorbonne.
Dès que vous eûtes fait cette découverte , vous
la vérifiâtes , dites- vous , ſur l'original de ce Teftament
, qui est gardé dans les Archives de Sorbonne
, & dès lors vous n'hésitates plus a regarder
Robert de Douai comme le Fondateur de la Sorbonne.
Vous ajoûtez qu'ayant fait part au Public de cette
découverte dans votre Deſcription de Paris en
1742, vous ne fûtes pas peufurpris de ce que je vous
fis donner avis par M. l'Abbé d'Alinval , ue vous
vous étiez trompé sur le Fondateur de la Sorbonne ,
mais que vous répond tes que cela nepouvoit point étre,
parce que vous aviez compofé cet article fur l'Acte
qui est dans les Archives de la Sorbonne , que depuis
ce tems-là , comme vous prépariez une nouvelle
Edition de votre Ouvrage , je vous avois fait dire
Les mémes choses par un Avocat d'Auvergne , nommé
212 MERCURE DE FRANCE.
M. de Fraiſſis , & que vous m'aviez fait la même
réponse. Enfin , Monfieur , vous perſiſtez dans vo
tre opinion,&vous faites tous vos efforts pour ap
puyer ce que vous avez avancé en 1742 dans vo
tre Deſcription de Paris , tom. 6. p. 499 , en ces
termes.
>> Robert de Douai fut le premier Fondareur de
ceCollége( de Sorbonne) & eft cependant ce
lui qui eſt le moins connu. Il étoit Chanoine de
Senlis & Médecin de la Reine Marguerite de
>Provence, femme du Roi S. Louis. Par ſon Tef
> tament, qui est garié dans les Archives de la
>>Maiſon de Sorbonne , il donna quinze cens lit
> vres monnoye de Paris , pour la fondation de ce
>Collége , & en confia l'exécution à Robert de
>>Sorbonne fon ami . Mille & quingentas libras Pa
rifienfes reliquit ad opus quorumdam Scholarium',
quos intendebat facere ex confilio magiftri Roberti
de Sorbona ; in Theologia studentium. En'confé
" quence de ce legs , continuez- vous , Robert de
Sorbonne commença la fondation de ce Collége
vers l'an 1252. Et comme on ne vit que lui , &
qu'on ne connut que lui dans tout ce qui fut fait
pour l'établiffement de ce College , le Public lif
"donna le nom de College de Sorbonne . :
Telles font vos paroles. C'est donc uniquement
Yur leTeftament de Robert de Douai que vous ap
puyez votre prétention ,& que vous voulez enlever
à Robert de Sorbonne la gloire d'avoir fonde
le premier Collége du monde. Mais on vous a dé
ja prouvé ,& je vais vous prouver encore par le
Teftament même de Robert de Douai', que votre
prétention eſt inſoutenable. En effet la Maiſon de
Sorbonne a été fondée vers l'an 1252. Orle Tef
tament de Robert de Douai n'a été fait que le 13
Mai 1258.La fondation de Sorbonne eft done
OCTOBRE. 1748 . 213
agtérieure au Teſtament de Robert de Douai,
Ainſi ce n'eſt point en conséquence de ce Testament
que la Sorbonne a té fondée. On ne peut donc
prouver par cette piéce ,que Robert de Douai ſoit
le Fondateurde Sorbonne .
Vous avez fenti , & vous ſentez encore la force
de ce raiſonnement. Toute votre défenſe conſiſte
à nier la date du Teſtament de Robert de Douai ,
& à ſoûtenir qu'il a été paſſé vers l'an 1252 , &
non point le 13 Mai 1258 , comme on l'a rapporté.
Mais j'en appelle ici , Monfieur , à votre
bonne foi , & à votre exactitude. Quoi ! Vous
êres venu , dites- vous , en Sorbonne , conſulter
l'original même de ce Testament ; vousl'avez eu
entre les mains ,vous l'avez collationné avec.feu
M. Salmon , Bibliothéquaire de Sorbonne. Com
mentdonc ſe peut il faire que vous en ignoriez , &
que vous en congeſtiez même la date ? Nous conſervons
ce Testament en original dans nos Archi
ves . J'offre de vous le faire voir , & à tous ceux
qui en auront la curioſité. Il eſt daté commele
font tous les Teftamens authentiques . La date fait
foi . Elle porte : Paffé à Paris , l'an du Seigneur
1258 , le Samedi d'après la Pentecôte. Actum Pa
viſiis anno Domini millefimo ducentesimo quinqua
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. Il y a dans
nos Archivesune ancienne copie en parchemin du
même Testament.J'ai entre les mains pluſieurs
autres copies faites par les ſoins des Docteurs ,
Edmond , Richer , Meuſner & Mauduiſon . La
date eſt la même par tout. Il eſt unpoffible de
conteſter cette date , car elle n'eſt point en chiffres
dans l'original , mais le mot octavo y eſt écrit tout
au long , en caracteres très-diſtinets & très- lifibles.
Il n'y a donc aucun doute que le Teftament de
Robert de Douai n'ait éte fait , comme porte fa
214MERCURE DEFRANCE
date, le Samedi d'après la Pentecôte , c'est-à
le 13 Mai de l'année 1258. Or la Maiſon de
bonne étoitdéja fondée. Vous en convenez
même , puiſque vous en mettez la fondation
P'an 1252. Ilest donc démontré qu'elle n'a pa
fondéeenconféquence du Testament de Robe
Douai, D'où il fuit qu'on ne peut prouver p
Teſtament , qu'il foit le Fondateur de Sorbor
Une autre raifon qui m'avoit fait dire qu
fondation de Sorbonne étoit antérieure au T
ment de Robert de Douai , c'eſt qu'il dit dans
Teftament qu'il legue quinze cens livres p......
pour de nouveaux Ecoliers. Ad opus quorumdam
novorum Scho'arium. Or qui dit nouveaux Ecoliers,
ſuppoſedes Ecoliers plus anciens déja établis
auparavant, Robert de Sorbonne avoit donc déja
raſſemblé & établi des Ecoliers , avant que Robert
de Douai fit fon Testament Par conféquent la
fondation du Collège de Sorbonne eſt antérieure
au legs de Robert de Douai.
Ceraiſonnement ne vous preffe pasmoinsque
le précédent , mais vous y répondez beaucoup
plus mal. Si l'on vous en croit, au lieude rapporter
le Testament tel qu'il eſt , nous l'avons falsifié ,
en ajoutant , novorum Scholarium in Theologia
Audientium , & par l'intromiffion de ce mot novo
rum , nous renverſons , ajoutez-vous , les tems
Les faits , pour établir un ſyſtéme qui n'est pas celuide
la vérité , & qui est d'une grande conséquence. J'enf
appelle encore ici à votre bonne foi . Eft-il bien
vrai que vous ayez conſulté le Teſtament original
de Robert de Douai , comme vous le dites avec
tant d'affûrance ? Est-il bien vrai que vous l'ayez
euentre les mains ? Est-il bien vrai que vous l'ayez
collationné dans nos Archives avec feu M. Sal
mon ? Si cela eſt , Monfieur , c'eſt donc vous qui
OCTOBRE. 1748. 215
l'avez altéré ; c'eſt vous qui l'avez rapporté autre.
ment qu'il n'eſt : c'eſt vous qui l'avez falfifié : c'eſt
vous enfin qui en avcz retranché le mot novorum ,
pour bâtir un ſyſteme fingulier , inconnu juſqu'ici,
&contraire à la vérité. J'offre encore un coup , de
vous faire voir ,& à tous ceux qui en auront la
curiofité , le Testament original de Robert de
Douai , tel qu'il ſe trouve dans nos Archives. II
eitenparchemin & a été paſſé pardevant Adam ,
Evêque de Senlis. On ytrouve le mot novorum ,
très distinct & très bien écrit. En voici la clauſe
en entier. In nomine ſancte & individu& Trinitatis ,
EgoMagister Robertus de Douaco, Phyficus ( c'est- àdire
Médecin ) Canonicus Silvanectenſis , compos
mentis, med , condo & ordino Testamentum meum in
modum qui fequitur. In primis lego ad opus quorumdamnovorum
Scholarium quos intendo facere de confi
lio Magiftri Roberti de Sorbona , in Theologiaftudentium
, qui boni & idonei inventi fuerint vel inveniri
poterunt , de quacumque natione fuerint, mille quingentas
libras pariſienfes pro emendis reditibus eifdem
Scholaribus per manus Executorum meorum inferius
contentorum diftribuendis ubicumqueſtudiumſetrans-
Ferat. Item eifdem Scholaribus lego omnes libros
meos de Theologia , tam Biblias , tam originalia ,
(c'est-à-dire , les oeuvres des Saints Peres ) quam
alios libros Gloffatos , & afſignabuntur eis coramMagiftris
Theologis qui tunc legent , eiſi contingat aliquem
de Scholaribus recedere promittent bonâ fide
quod aliquem alium bonum ſubſtituent.
Item legoEcclefie Beati Maturini , &c. Allum
Pariſirs annoDomini millefimo ducentefimo quinqua
gefimo octavo, Sabbato post Pentecoften.
Voyez à préſent , Monfieur , lequel de nous
deux doit paffer pour avoir alteré le Teftament
de Robert de Douai ; lequel a voulu établir un
26 MERCURE DE FRANCE.
ſyſteme fingulier , inoüi juſqu'aujourd'hui , &
contraire à la vérité ? Malgré Paffûrance avec la
-quelle vous parlez dans votre Lettre , je ne puis
me perfuader que vous ayez véritablement une
copie du Testament de Robert de Douai , ni que
vous l'ayez collationnée en Sorbonne avec l'original.
J'aime mieux croire que vous n'avez eu
ſous les yeux que le fragment rapporté par Naudé,
fragment informe , qui eſt ſans date ,&duquel
le mot noverum a été retranché . Mais quoi
qu'il en ſoit , ce n'est point àun fragment interpollé
& alteré qu'il faut s'en rapporter. C'eſt
à la piéce authentique , c'est- à-dire , au Teſtament
original qui est dans nos Archives. C'eſt- là
où vous trouverez que Robert de Douai eſt à la
vérité le Brenfaicteur de la Maiſon de Sorbonne.,
mais qu'il n'en eſt pas le Fondateur. Que ſon intention
n'a pasété de fonder un Collége , ni d'établir
des Ecoliers , mais de donner de plus grands
revenus au Collége , qui étoit déja fondé , & parlà
d'augmenter le nombre des Ecoliers déja rafſemblés
par Robert de Sorbonne.
on
C'eſt ſur ces raiſons que M. Voſgien , dans ſon
excellent Dictionnaire ( qui ne vous paroîtroit
pas moins portatif qu'il l'étoit ci-devant , fi
n'avoit pas pris la liberté d'y contredire un ſyſtème,
dont vous êtes ſi flaté d'avoir fait la découverte )
c'eſt ſur ces raiſons , dis-je , qu'il a avancé avec
tant de menagement que vous vous étiez tron
pé.
Voulez-vous de nouvelles preuves que la Sorbonne
a été fondée avant le Teſtament de Robert
de Douai , c'eſt à-dire , avant le treiziéme Mai
1258 , & que c'eſt Robert de Sorbonne qui en eft
le Fondateur ? Au mois de Novembre de l'an
1254 , Guillaume de Chartres , Chanoine de Saint
Quentin !
VCL
OCTOBRE. 1748. 217
ne
Quentin , Chapelain du Roi Saint Louis ,& ami
intime de Robert de Sorbonne , acheta pour l'oeuvre
d'un certain ſien ami , ad opus cujusdam amici
fui ( c'est-à- dire , pour la fondation du Collége ,
felon le langage de toutes les pièces de ce tems-là )
acheta , dis je , de Robert de Douai unemaiſon ,
plufieurs granges &pluſieurs préaux ,moyennant
le prix & fomme de fix cens livres pariſis ; le mê.
me Guillaume de Chartres acheta de differens
particuliers en 1254 & 1255 , pour la fondation
de Sorbonne , la plus grande partie des maiſons
qu'elle poſlede aujourd'hui. Guillaume deMemont
, Chapelain du Roi Saint Louis , & Chanoine
de Melun , autre ami intime de Robert de Sorbonne
, acheta auſſi pour_le College en 1254 &
1256 quelques maiſons affés conſidérables. Ro.
bertde Sorbonne de ſon côté fit de grandes acquifitions
pour ſes Ecoliers depuis 1254 juſqu'en
1258. Saint Louis lui donna , en 1256 , la maiſon
&les étables qu'il avoit dans la rue Coupe-gueule,
Je dis en 1256 , car telle eft la date de Poriginal ,
& non pas 1250 , comme vous l'avez mis dans
votre Deſcription de Paris , pag. soo , d'après du
Breul & le Maire. Enfin Jean de Douai donna au
même Collége le Fief des Rofiers que nous poffédons
encore aujourd'hui. Nous avons dans nos
Archives les Actes authentiques de toutes ces acquifitions.
Parconséquent le Collége de Sorbonne
avoit des revenus conſidérables avant le legs de
Robert de Douai , fait le treiziéme Mai 1258.
Donc il ne peut être le Fondateur de Sorbonne
en vertu de ce legs. Il en eſt ſeulement Bienfaiteur,
tels quel'ont été S. Louis,& tous les amis de
Robert de Sorbonne , je veux dire Guillaume de
Chartress,, Guillaume deMemont , Jeande Douai,
le Cardinal de Bar , & pluſieurs autres.
K
218 MERCURE DEFRANCE.
Auffi le titre de Fondateur est-il réſervé à Ros
bert de Sorbonne , dans l'ancien Necrologe de
Sorbonne , fait fur la fin du XIIIe. fiécle , peu
detems après la fondation. C'eſt ce qu'on y lit au
quinziéme d'Août , en ces termes. Obiit Magister
Robertus de Sorbonio, Canonicus Parifienfis, Fundator
Domús hujus. Remarquez en même tems
Robert de Sorbonne eſt mort le quinziéme d'Août,
c'est- à-dire , le jour de l'Aſſomption de l'an 1274 .
au lieu que Robert de Douai mourut le 20 Mai
1268
fonne.
,que
ce qui n'a encore été obſervé par per-
Le titre de Fondateur eſt auſſi donné à Robert
de Sorbonnedans pluſieurs autres de nos manufcrits.
L'un des plus anciens porte. Anno Domini
millefimo ducenteſimo quinquagesimo tertio ,fub Lu
dovico Francorum Rege Chriſtianiſſimo ,fuit Domus
de Sorbona fundata per Patrem veneratiſſimuns
Robertum de Sorbonio Sacrarum Litterarum Doctorem
devotiſſimum , Dictique Regis Confefforem ,
Ecclefiarum Parifienfis & Cameracenfis Canonicum.
Voilà Robert de Sorbonne reconnu par les
premiers Sorboniſtes pour leur Fondateur. Or
pouvez - vous vous flater d'être mieux inſtruitde
la fondation de Sorbonne qu'ils ne l'étoient ?
Le nom ſeul de la Maiſon prouve clairementque
Robert de Sorbonne en eſt le Fondateur. Parcourez
tous les Colléges de l'Univerſité ; ils portent
preſque tous le nom de leurs Fondateurs , ou celui
des lieux où leurs Fondateurs ont pris naiſſance,
Tels font les Colleges du Pleſſis , d'Harcourt ,
des Cholets , du Cardinal-le- Moine, le Collége
Mazarin , &c . Il en eſt de même du Collége de
Sorbonne, Il tire fon nom du Village de Sorbonne
au Diocèse de Rheims , Patrie de Robert ſon Fondateur.
OCTOBRE. 1748. 219
la
Quel est le Fondateur d'un College ?N'est- ce
pas celui qui l'a dotté ? Qui en a fait les Statuts&
les Réglemens Qui en a eu le premier la conduite
& la direction ? Or voilà préciſement ce
qu'a fait Robert de Sorbonne , par rapport à
Maiſon qui porte ſon nom. C'est lui qui l'a dottée,
. qui en a fait de ſa propre autorité les Statuts &les
Réglemens , qui en aobtenu la confirmation des
Souverains Pontifes , & les Lettres Patentes de
nos Rois ; qui en a eu le premier la conduite , la
direction , & la ſupériorité pendant toute ſa vie.
Il a donc toutes les qualités de Fondateur.
Je crois , Monfieur , qu'en voilà plus qu'il n'en
faut pour vous faire abandonner un paradoxe que
vous aviez avancé ſans preuves. Si vous aviez
voulu prendre la peine de venir conſulter les originaux
, comme je vous en avois fait prier, vous
auriez reconnu votre erreur , & vous auriez évité
un grand nombre de fautes,beaucoup plus confidérables
où vous êtes tombé dans votre Deſcrip
tion de Paris , en parlant de la Sorbonne.
Je ſuis , &c.
En Sorbonne , ce 24 Septembre 1748.
ADDITION au Journal de la Cour
de Paris , Oc.
LMonfeigneur le
2
E is de ce mois , Fête de Sainte Thereſe;
Dauphin , Madame la Dauphine
, & Meſdames de France , aſſiſterent dans
'Egliſe des Carmes des Baffes-Loges au Salut , &
à laBenediction du S. Sacrement.
On a appris par un courier extraordinaire , arrivé
à Fontainebleau le 20 , que le Traité définitif
de la Paix générale avoit été figné à Aix-la-Cha
Kij
220 MERCURE DEFRANCE.
pelle le 18 par les Miniſtres Plénipotentiaires
Roi , & par ceux du Roi de la Grande Breta
&des Etats Généraux des Provinces-Unies.
Les nouvelles , qu'on a reçûës en même te
fontefperer que les Cours de Madrid & de V
ne , animées du même eſprit de conciliation
tarderont pas à donner leur acceſſion à ce Trai
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à PEvêché de Poitiers l' /
Marthonie de Cauſſade, Vicaire Gér
de l'Evêché de Tarbes .
Sa Majesté a accordé l'Abbaye de Verma
Ordre de Prémontré , Diocèſe de Noyon , à l'Abbé
Hachette , Viſiteur Général des Carmelites de
France.
Celle de Saint Liguaire , Ordre de S. Benoît ,
Diocèſe de Xaintes , à l'Abbé Rabereul , Vicaire
Général de l'Evêché de Poitiers.
:
MARIAGES ET MORTS.
C
AVERTISSEMENT.
E n'eſt point pour fatisfaire une vaine curiofité,
que nous nous efforçonsdedonner à cette
partiede notre ouvrage une certaine étenduë . L'utilité
publique est le ſeul objet que nous nouspropoſons,&
c'eſt pour le remplir plus parfaitement ,
quenousprions avec inſtance toutes les perſonnes
diftinguées , de nous aider dans notre travail , en
nous faiſant tenir des Mémoires exacts & circonfOCTOBRE.
1748. 221
,
Fancies ſur les alliances que leurs familles contractent
& fur les morts qui y ſurviennent. On n'ignore
point que les guerres continuelles , qui défolerent
la France dans toutes ſes Provinces ſous
la ſeconde Race de nos Rois , & la confufion générale
qui s'éleva dans la Monarchie , détruifirent
P'ordre que Charlemagne avoit établi pour conferver
à la Nobleſſe tout ſon éclat & toute ſapureté.
L'autorité que s'attribuerent les differens Seigneurs
au commencement de la troiſiéme Race ,
Jorſque tous les Fiefs & Gouvernemens furent
rendus héréditaires , fut entr'eux une ſource de
jaloufie & de diſcorde , qui les obligeant ſans
ceffe de monter à cheval , fit tellement prévaloir
l'exercice des armes , que l'étude des Lettres fut
entierement négligée. Les Grands ſe firent un dès.
honneur de ſçavoir lire & écrire , & les petits ſe
firent un devoir de les imiter ; de forte que l'ignorance
répandit ſur l'histoire , & principalement
fur les Genéalogies , les ténébres lesplus
épaiſſes , dont même les plus illuftres Maiſons ne
furentpas exemptes. C'eſt de-là que viennent ces
lacunes que l'on rencontre ſi fréquemment dans
les fiécles dont nous parlons. En effet les Seigneurs
ſe contentant de la preuve par témoin de
la filiation & nobleſſe de ceux qui ſe préſentoient
aux Tournois pour y être admis , & les Actes &
Contrats étant beaucoup plus rares que les incendies
& les ravages , on doit encore s'étonner com--
ment les lumieres , que l'on a ſur les premieres
familles du Royaume , ont pu parvenir juſqu'à
nous , & certainement ſans les titres des donations
faites aux Eglifes , ces tems ſeroient couverts d'une
nuit impénétrable.
D'un côté les Croiſades ayant fait périr une
grande partiede la nobleſſe, de l'autre l'affranchif
Kiij
222 MERCUREDEFRANCE.
ſement des bonnes Villes , ayant excité les Rottr
riers à ſe diftinguer , la lumiere des Sciences commença
àjetter ſa premiere aurore. Si la Nobleſſe
continua long-tems de ſeborner aux armes , les
Lettres furent d'abord le partage du Tiers-Etat,
Les Ecrivains ſe multiplierent , &depuis ce tems
Jes familles illuſtrées nous préſentent des fillations
fuivies.
Mais celles d'un rang inférieur effuyerent encore
de terribles orages pendant la guerre avec
P'Angleterre , guerre que les Hiſtoriens remarquent
avoir duré près de trois cens ans ,& qui ne
finit que ſous Charles VII. La défolation ſurtout
fut fi grande , depuis la prifon du Roi Jean jufqu'à
la levée du fiége d'Orleans ſous Charles VII.
que ledéfordre introduit dans le Corps de la Nobleffe
mérita l'attention de ce Prince lorſque la
tranquillité fut rétablie. La fureur des guerres
avoit éteint quantité de familles une infinité
d'autres avoit perdu ſes titres , pluſieurs de ceux
qni ſuivoient la profeffion des armes s'étoient fubftitués
d'eux-mêmes aux familles éteintes , & en
avoient ufurpé les noms , & un beaucoup plus.
grand nombre s'arrogeoient les honneurs& les
droits d'une Nobleſſe qu'ils prétendoient avoir
acquiſe avec leur épée. Le Roi par de fages Ordonnances
purgea le premier Corps de l'Etat , &
cesOrdonnances font la ſeconde époque qui juſtifie
ſuffisamment la nobleſſe des familles qui font
dans l'impoſſibilité de produire des titres antérieurs.
Henri IV. au commencement du fiécle dernier
ſuivit l'exemple de Charles Les troubles de
la Ligue avoient produit les mêmes malheurs &
les mêmes abus que la guerre avec les Anglois.
Le même remede y fut apporté , & la proſpé,
i
OCTOBRE. 1748. 223
fité de l'Etatdepuis le rreeggnnee de ce Prince , nous
on
fait efpérer qu'on ne les reverra point fi tôt.
Cependant quelques néceſlaires que fulfent ces
Ordonnances , quelques ſalntaires qu'elles ayent
été, il eſt certain qu'on n'auroit jamais été en
état de les donner , ſans le progrès que les Lettres
firent par la protection ſpéciale des Rois. Elles firent
ſentir de plus en plus combien il étoit important
de dreſſer des Actes autentiques & de
tenir des Régiftres. On écrivit l'Hiftoire ,
dreſſa des Mémoires , on fit des Differtations qui
éclaircirent les choſes pallées , & conferverent
la mémoire des préſentes. A la faveur du jour
que répandirent tant d'Ecrits on démêla plus
facilement la véritable Nobleſſe d'avec la fuppoſée
; & dans les derniers tems , on a dreflé des
Nobiliaires particuliers dans chaque Province ,
qui remplacent en quelque façon les Herauts établispar
Charlemagne , dont la Charge étoit de tenir
un rôle de la Nobleffe , & de prendre garde
qu'aucun Membre étranger ne s'y gliſsåt.
,
Mais ce que ces Herauts, ſe ſuccedant les uns
aux autres - pouvoient exécuter ſans interrup .
tion , le Nobiliaire ne peut le faire que de loin
en loin non plus que les Livres Généalogiques.
Cette étude qui a cela de particulier , que
l'abondance de la matiere eft plus capable que
la stérilité de rebuter un Auteur , exige d'ailleurs
un goût particulier & des ſecours difficiles
àtrouver. Ainfi pour exciter ce goût dans les
perſonnes qui l'auront , on ne peut trop s'attacher
à leur amaſſer les matériaux néceſſaires
& à leur fournir des Mémoires fürs & inſtructifs .
C'eſt dans cette vue que nous dreſſons ce préfent
article , &que nous prenons la liberté d'exhorter
toute la Nobleſſe Françoiſe à nous en-
Kinj
224 MERCURE DEFRANCE..
,
voyer les éclairciſſemens les plus circonstanciés.
Pour lesMariages , il ſuffira de marquer ducôté
de l'Epoux , ſes noms de Baptême & de famille
fon furnom , fon âge , ſes qualités & dignités,
paſſées & préſentes ,avec leurs dattes préciſes
les noms & qualités de ſes pere & mere. Du
côté de l'Epouse , fon nom& furnom , ceux autli
de ſes pere & mere : fans oublier le jour de la célébration
du mariage..
,
Il conviendra pour les Morts , de marquer le
jour du décès , les noms & furnoms du décedé, fon
âge, ſes qualités, ſes dignités, ſes actions militaires
&celles où il s'eſt trouvé ; s'il a été marié , la
datte de ſon mariage , le nom de ſa femme , dont
on marquera auſſi les pere & mere , les enfans
qu'il a eus ceux qu'il laiſſe , s'ils font mariés
ounon , quel jour ils l'ont été , qui ils ont épousé ;
les freres & foeurs qu'il laiſſe , ſur-tout pour les
filles ou veuves qui meurent ſans enfans ; & au
défaut de freres & foeurs , les neveux ou collatéraux
à qui les biens paffent : nous recommandons
fur-tout la fidélité des dattes. Il ſera aufi
utile de marquer de quelle Province eſt la famille.
Par ce moyen , la Nobleſſe Françoiſe jouira de
ſagloire préſente , & fera aſſurée de la faire paſſer
à la poſtérité.
Elle est d'autant plus intéreflée à le faire , que
fi certaines Maiſons ſont univerſellement connues
par l'éclat des honneurs & des dignités qui y
font héréditaires ; il eſt conſtant qu'il y en a
de très - anciennes , qui fante de ces avantages ,
font tombées dans une eſpece d'obſcurité , qu'il
eſt du bien & de la gloire de l'Etat de diffiper.
On ſçait comment les Narbonne-Pelet perdirent
au commencement du treiziéme fiécle , la
OCTOBRE. 1748. 225
Vicomté de Narbonne , & quelles injustices leur
enleverent leurs grands biens ; cette famille fubfifte
encore. Il eſt encore des deſcendans des anciens
Vicomtes de Turenne, dont l'héritiere d'une
branche aînée porta cette belle Seigneurie dans
laMaiſon de la Tour d'Auvergne. Les branches
cadettes privées de leur patrimoine par la bifar--
rerie d'une Coutume , qui , ſe contrediſant ellemême
en ce point , mériteroit une térieuſe attention
, n'ont pu ſoutenir la ſplendeur du ſang,
itluftre , qu'elles ont tranſmis juſqu'à nous dans
toute ſa pureté. L'attention publique a ſuivi le:
Fief. C'eſt donc pour obvier à cet inconvénient ,,
que nous demandons des Mémoires qui ne pen
vent être remplacés d'aucune façon : & il fe
roit bien triſte que nos intentions , entierement:
tournées vers le bien général, reſtaſſent infructueuſes
, lorſque l'intérêt particulier des familles leurs
preſcrit d'entrer dans nos vûes.
La Robe a part comme l'Epée à notre invi
tation. L'importance des ſervices qu'elle rend à¹
P'Etat ſoutient ſa dignité contre les attaques que
ſemble lui livrer la vénalité des Charges. Ce n'eft
point ici le lieu de difcuter , s'il eſt auffi glorieux
de maintenir la paix au- dedans qu'au - dehors :
bornons-nous à remarquer , que la Robe a beaucoup
de familles , qu'une longue poffeffion d'honneurs
rend illuſtres ; qu'elle a donné de très
grands hommes à l'Etat , que grand nombre des
branches de familles de Robe paſle dans l'Epée ; &
enfin quelle est la tige de quantité de Maiſons
qui tiennent aujourd'hui un rang diftingué dans
PEtat.
Nous devons à la Maiſon d'Argouges , aufli
illuſtre dans la Robe que dans l'Epée , de recti-
K
225 MERCURE DE FRANCE.
fier l'article de M. le Marquis de Rânesdontnous
avons annoncé le décès le mois dernier.
,
,
Louis dArgouges , Marquis de Ranes , Seigneur
de Dampierre ,la Calonge , &c. aîné de la Maifond'Argouges
, mourut le 13 Août 1748 , en fon
Château de Rânes en Normandie , âgé de 79 ans ,
3mois 13 jours , étant né à Paris le 2 Avril
1669. Il avoit été Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom Brigadier , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi. Il s'eſt extrêmement
distingué dans pluſieurs actions Militaires
, & entr'autres dans la défenſe des Ville
&Citadelle de Lille , où il ſoutint le fiege avec
M.le Maréchal de Boufflers ,& défendit la Place.
très-long- tems avec autant de capacité que de valeur.
Il s'acquit auffi beaucoup d'honneur à l'affaire
de Carpien Italie dans la précédente guerre , & en
pluſieurs autres rencontres .
Il étoit fis de Charles d'Argouges , Chevalier,
Marquis de Ranes , Marquis de la Chapelle-la-
Reine , Seigneur de Fleuri & autres Lieux , Baillif
& Gouverneur des Ville & Château d'Alençon
qui fut d'abord Cornette des Gendarmes de la
Garde du Roi , puis Colonel Général desDragons,&
Lieutenant Généraldes Armées de Sa Ma
jeſté,&qui fediftingua par-tcoouutt à la tête desDragons
fur-tout àla Bataille de Senef en
& en 1678 en Allemagne , où il mourut dans
le lit d'honneur , très-regretté de fon Prince &
de toute l'Armée. Charles d'Argouges avoit épousé
Charlotte de Beautru , femme en fecondes noces
du Prince de Montauban.
1674,
Louis d'Argouges eut pour ayeul Henri d'Argouges
, Chevalier , Marquis de Rânes , & de
La Chapelle- la-Reine , Seigneur de Fleuri & au
OCTOBRE. 1748. 227
tres Lieux , Gouverneur des Ville & Château
d'Alençon .
,
Il épouſa le 12 Novembre 1708 Catherine
d'Hernoton , fille de François. Joſeph d'Hernoton
Baron de l'ancienne Baronnie du Pont, en
Bretagne , Maîtie des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , & de Marie-Renée de Freſnoi , dont
il a laiffé trois enfans mâles. L'aîné , Charles-
Louis d'Argouges , Marquis de Rânes , ci-devant
Colonel du Régiment de Languedoc Dragons
, à la tête duquel il ſe diftingua fort àà Paffaire
de Montalban , où il reçut une bleffure ; eft aujourd'hui
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Il a épousé en 1742 , Marie- Angelique-Claudine-
Henriette Bec-de- Lievre de Cany , fille de Louis
Bec- de- Lievre , Marquis de Cany .
Le 26 Août , François Delphin d'Aulede de
Lestonac, Marquis de Margaux , en Medoc , mourut
à Paris dans la 89 année de fon âge , étant
ne au mois d'Avril 1660 , & il fut inhumé le
27 , en l'Eglife des Celeftins , après avoir été porté
à celle de Saint Paul , ſa Paroifle ; il étoit fils
de Charles-Denis d'Aulede de Leſtonac , Baron de
Margaux, nommé Premier Preſident du Parlement
de Bordeaux en 1673 & de Thereſe de Pontac ,
avec laquelle il avoit été marié le 30 Octobre 1654 >
fille d'Arnaud de Pontac , Seigneur de Salles
Leffac & de la Mothe Souveraine , Premier Pre-
Adent du Parlement de la même Ville , & de
Louiſe - Gabrielle de Thou , fille de Jacques-
Auguſte de Thou , Prefident du Parlement de Paris
, célebre par ſes Ecrits , &de Gafparde de la
Châtre.
M. d'Aulede avoit été marié le 17 Juillet 1695
àElizabeth-Antoinette le Fevre de Caumartin
morte à Bordeaux le 11 Avril 1713 , fans lailler
Kvj
2:28 MERCUREDE FRANCE.
de poſtérité , fille de Louis François le Fevre
Seigneur de Caumartin , Conſeiller d'Etat , &
de Catherine Magdeleine de Verthamon , ſa ſeconde
femme. Il avoit épousé en ſecondes no
ces le Décembre 1715 , Antoinette Charlotte
de Lenoncourt , Chanoineſſe de Remiremont
fille de Charles-Henri-Gaspard de Lenoncourt
Marquis de Blainville , Comte de l'Empire , &
GrandChambellan de Leopold , Ducde Lorraine,.
&de Charlotte-Yoland de Nettancourt , de laquelle
il n'a point eu non plus d'enfans..
+
Le 10 Septembre , Françoile de Graffe , veuve de
Jean-Baptiste de Villeneuve , Comte de Vence ,
Capitaine des Vaiſſeaux du Roi , mourut au Châ
teau de la Varenne en Forez , âgée de 79 ans. Elle
étoit fille d'Alexandre de Graffe,Baron de Mouans .
&de Satous , & de Françoiſe de l'Iſle , fille de
Guillaume de l'Iſſe , des Seigneurs de Thulane.
Alexandre de Graffe étoit de la ſixiéme branche
de ſa Maiſon ,& deſcendoit en ligne directe
de.Rodoartde Graffe ,nommé Prince d'Antibes .
dans leCartulaire de Merias , qui fut reçû de Guillaume
II . Comte de Provence , dans la moitié du
Diocèſe d'Antibes , l'an 993 , où ſa femme & fes
enfans font nommés. Ileut de ſon mariage avec
Françoiſe de l'Ifle cinq enfans , 19. Louis-Joſeph
Marquis de Grafle, Baron de Mouans & de Satous,
qui a ſervi pluſieurs années Capitaine deDragons
dans le Régiment de l'Epinoi , & a été Capitaine
de la Ville de Graffe. N'ayant point eu d'enfans .
de deux femmes qu'il avoit épousées ( Marguerite
Corbinelli , d'une illuftre Maiſon de Florence , &
Thereſe Albertine du Quenci , fille du Marquis de
Goupigni ;) il acedé ſon droit d'aîneſſe ſur l'heritagede
fon pere. 2°. Jean de Graffe ,Capitaine
desVaiſſeaux,mort à l'Amérique. 3°. Jean-Bar-
1
OCTOBRE. 1748. 229
:
tiſte de Grafle , qui de fon mariage avec Marie-
Françoiſe de l'Iſle , fille de N. de l'Iſle , Seigneur
de Tulanne, & de Susanne de Graſſe , a eu Augustin
, Susanne, Roſalie , Félicité & Jeanne Aléxandre
de Graffe . 4° . Françoise de Graffe , dont il
s'agit. 5º. Susanne de Graſſe , mariée à Joſeph de
'Ile , Seigneur de Tulanne. Françoise de Graſſe ,
de ſon mariage avec le Comte deVVeennccee , laiffe
pluſieurs enfans , entr'autres Claude Alexandre
de Villeneuve , Comte de Vence , Colonel du Régiment
Royal Corſe, Brigadier des Armées du Roi
du premier Mai 1745 , & Théreſe Rofalie de
Villeneuve , veuve d'Antoine Darci , Comte de la
Varenne , &c..
Dom Andoche Pernot , Abbé & Général de l'Ordre
de Cîteaux , eſt mort le même jour à Dijon, âgé
de 74 ans ; il étoit entré au Noviciat á l'âge de 14:
ans,& à 16 il prononça ſes voeux.Après avoir paflé
partoutes les charges , il fut élû Abbé & Général
de tout l'Ordre , & il a rempli cette Dignité pendant
22 ans , il avoit 60 ans de Religion, & il avoit :
auſſi été premier Elú des Etats de Bourgogne.
Le 14 , Charlotte de Villars , épouſe de Jacques
Gomte de Vogué , mourut à Paris , âgée de 84
ans.Elle étoit fille de Pierre de Villars , Seigneur
de la Chapelle , Baron de Maſenas , &c . Chevalier
des Ordres du Ro1 ; Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. M. le Prince de Conti ; Lieutenant
Général des Armées du Roi ; Gouverneur
de Besançon , Envoyé à Vienne , puis en Eſpagne,.
où il fut enſuite Ambaſſadeur Extraordinaire , puis ,
en Savoye , & enfin pour la troifiéme fois en Elpagne;
Conſeiller d'Etat en 1683 , & la même an
née Ambaſſadent Extraordinaire en Dannemarc
Chevalier d'honneur de Madame la Ducheffe de
Chartres , mort le 20 Mars 1698, âgé de zsans. Ui
..
230 MERCURE DE FRANCE.
avoit épousé le 24 Janvier 1651 Marie Gigautde
Bellefonds fille de BernardinGigaut de Bellefonds,
Gouverneur des Ville & Château de Caen , & de
Valogne, &de Jeanne-aux- Epaules Sainte Marie,
de laquelle il avoit eu Charlotte dont il s'agit &
feu M. leMaréchal Duc de Villars .
Le 19 , N. de la Hamayde de Sant Ange, Officier
du Régiment de Vallons- Salz , mourut à Paris.
Il étoit l'Auteur de la Poudre Céphalique ,
dont les effets ont été falutaires à tant de perfonnes.
Le 20, Marie-Louife Handaille , époufe de Jean-
Baptifte-Maximilien Titon, Chevalier , Seigneur
de la Neuville , de Lormoy , &c. Conſeiller au
Parlement , mourut à Paris,dans la 43º année de
age, laffant un fils unique , Jean Baptiste- Maximilien-
Pierre Titon , Chevalier Seigneur de Vil-
Jotran, Mifaugui & autres lieux , Conſeiller au
Parlement .
Le même jour , François Courtin , Seigneur de
Frefolines , &c. Chevalier de P'Ordre Militaire de
Saint Louis,Lieutenant des Maréchaux de France,
mourut à París fans poftérité.
Le 26, Jean Orter , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Profeffeuren Arabe au Collége
Royal & Interprete du Roi pour les Langues
Orientales , mourut à Paris , âgé de 39 ans. Il
étoit Suédois de nation .
Le 28 Jean- Charles de Segur, ancien Evêque
de Saint Papoul; Abbé Cominendataire de l'Abbaye
de Vetmans , Ordre de Prémontré , Diocèfe
de Noyon; Docteur en Droit de l'Univerſité de
Rheims , mourut à Paris, dans la cinquante-troffiéme
année de ſon âge , étant né à Paris le 23Decembre
1695. H reçut laFonſure à Paris le 7 Juih
1716dans l'Egliſe de l'Inftitut de Poratoire,dont
OCTOBRE. 1748. 2311
il étoit alors Confrere, par les mains de feu M.
Soanen , Evêque de Senez , les Quatre-mineurs
le 4 Juin 1719 par feu M d'Entragues , Evêque de
Leictoure , & le Soudiaconat le 25 Avril 1720 par
feu M. de Cambout , Evêque de Tarbes ; M. Clermont
, Evêque de Laon , l'ordonna Diacre à Laon
le 21 Sept. 1721, & fon fucceffeur , M.de S. Albin,
Pordonna Prêtre le 30 Mai 1722 , & le fit fon
Grand Vicaire . En 1720 , le Roi le nomma à l'Abbaye
de Vermans , & il en prit poffeffion le 24
Mars 1721. Il reçût le bonnet de Docteur dans la
Faculté de Droit de l'Univerſité de Rheims en
1722. Le Roi le nomma à l'Evêché de Saint Papoul
en Octobre 1723 ; il en prit poffeffion le 8
Août 1724 , & s'en démit entre les mains de S.M
le 26 Février 1735 .
Il étoit fils de Henri-Jofeph Marquis de Segur ,
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , Lieutenant Général des Provinces de Brie
&de Champagne , & de Claude-Elifabeth Binet.
De ce Mariage font iſſus , 1°. Henti- François
Comte de Segur , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de ſes Armées , Commandant
pour le Roi dans les trois Evêchés & fur la Saare ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , en ſurvivance de N. Marquis de Segur, ſon
fils , Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Régiment de ſon nom , Chevalier de l'Ordre Mi-
Mitaire de S. Louis . 2°. Jean- Charles de Segur ,qui
donne lieu à cet article . 3º. Marie-Anne-Françoi
fe de Segur , Abbeffe de l'Abbaye Royale de No
tre-Dame du Val- de- Gif. 4°. N. de Segur , Reli
gieuſe dans la même Abbaye.
La Famille de Segur est très-ancienne parmi la
haute Nobleſſe du Périgord. On trouve des Sex
*32 MERCURE DEFRANCE.
gur de Pardaillan au nombre des hauts Nobles
preſens à l'Hôtel de Ville de Bordeaux lors de la
priſe de poſleſſion de la Guienne par Louis XI.
&les Mémoires de la vie de Henri IV. en font
mention en plus d'un endroit,
Le 30 , François de Frémont d'Auneuil, Seigneur
de Brie & autres lieux , Doyen des Maîtres des
Requêtes , mourut à Paris.
Le même jour Eliſabeth Hemart , épouse de
Jean-Baptiste-Joſeph Saget, Chevalier, Conſeiller
du Roi en ſa Cour de Parlement , Seigneur de
Fontaine- l'Abbé , &c. mourut à Paris .
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Conſeil d'Etat du Roi , du i
Afillet, intentionde
bre 1747 , qui a révoqué le privilége exclufif , accordé
à Noel Chavillot, pour la culture du Riz
en France.
AUTRE du 23 , qui ſapprime le Droit de
péage ou travers , prétendu par le ſieur Comte
d'Auteuil , au lieu & dans la Seigneurie d'Aus
teuil..
AUTRE du même jour , qui fait défenſes aux
Communautés Eccléſiaſtiques , Séculieres , Régulieres
& Laïques , & même aux Particuliers
Propriétaires de Bois , de faire abattre aucun des
arbres futaye ou épars , & baliveaux fur taillis
qui auront été marqués du marteau de la Mazine,
&c...
OCTOBRE.. 1748. 23.3
AUTRE du 24 , qui accorde à Charles Adam
le privilége pour l'établiſſement de la Manu
facture de Porcelaine façon de Saxe , au Château
de Vincennes .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du pres
mier Août , portant établiſſement d'une ſeconde
Loterie Royale.
AUTRE du 6 , qui confirme le Privilége ex
clufifaccordé à Charles Adam pour la fabrique de
la Porcelaine façon de Saxe , & tait défenſes de
former aucun nouvel établiſſement pour travailler
àla porcelaine , &c.
AUTRE dur ,portant réglement pour la
fabrique des Etoffes à chaîne de foie , tramées ,
brochées , & lancées de ſoie , laine , fil & coton,
de la Généralité de Roüen.
AUTRE du 19 , portant réglement pour les
Ouvriers de la Manufacture de Porcelaine façons
de Saxe , établie au Château de Vincennes.
AUTRE du 24 , qui renouvellé les défenſes
précédemment faites par ceux des 24 Août 1715 ,.
7 Octobre 1717 , & 18 Novembre 1720 , d'introduire&
faire entrer dans le Royaume des ſardiness
de pêches étrangeres.
AUTRE du même , qui permet l'entrée
dans le Royaume , ſans payer aucuns droits , des
lards , fuifs , chandelles & faumons ſalés , deſtinés
pour les Iſles & Colonies Françoifes.
234 MERCURE DE FRANCE.
-
DECLARATION du Roi , donnée à Verfailles
le 26 , qui ordonne que les Receveurs Généraux
des Domaines & Bois ne rapporteront
pour piéces juftificatives des compres rendus ou
àrendre à l'avenir , du récouvrement des frais de
Juſtice, que les Arrêts qui auront accordé les décharges
fur les états de récouvrement.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 27 ,
qui ordonne l'élargiſſement de la rue dite des Pa
tiffiers en la Viile de Meaux; en conféquence ,
que les maiſons faiſant ſaillie dans ladite rue , ſeront
démolies .
AUTRE contradictoire de laCourdes Aides,
du 28 , qui confirme une Sentence du Grenier
Sel de Mayenne , du Avril 1748 , en ce qu'elle
déclare nul unprocès verbal de capture fait en
forme de fimple rapport par un Exempt & quatre
Cavaliers de Maréchauffée : & qui juge qu'ils ne
fout point aſſujettis aux formalités requiſes pour.
lesprocès verbaux des Commis , qu'il ſuffit qu'ils
ayent affirmé leur rapport , & ayent été répérés
deſſus pour opérer ces condamnations pécuniaires,
comme s'ils avoient rempli la diſpoſition de l'Article
XIX. du titre XVII. de l'Ordonnance
2680.
ORDONNANCE du Roi , da premier
Septembre , pour réformer un Bataillon de chacun
des Régimens de ſon Infanterie Françoiſe
dénommés.
> Y
AUTRE de même jour , pour réformer un
Eſcadron de chacun des quatorze Régimens de
Cavalerie qui y ſont dénommés.
!
OCTOBRE. 1748. 23.5
AUTRẺ du même jour , concernant la réformedans
lesDragons.
AUTRE du même jour , concernant la ré
forme dans differens Corps de Troupes légeres.
AUTRE du 8 , pour réformer une partie
des Compagnies à cheval du Régiment Royal
Cantabres.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 12 ,
qui déclare vacans au profit de Sa Majeſté tous les
Offices des Officiers décédés après avoir payé
l'annuel , ou dont ils jouiſſoient à titre de ſurvivance
ou d'hérédité , faute par les veuves , enfans,
héritiers , créanciers , adjudicataires ou propriétaires
, d'en avoir fair ſceller les proviſions dans
l'eſpace de trente années , à compter du jour du
décès deſdits Officiers.
,
AUTRE du 20 concernant les frais de
Juſtice qui doivent être payés par le Fermier de
laRégie.
ORDONNANCE du Roi , du 27, portant
réunion du Corps des Galeres à celui de la
Marine.
AUTRE du premier Octobre , pour réformer
un Bataillon de chacun des Régimens de ſon Infanterie
Françoife , ydénommés.
236 MERCURE DE FRANCE
TISANNE appellée communément
de Vinache.
E fils du feu Sieur Vinache , Auteur de cette
Tifanne , a négligé depuis long-tems d'avertiz
le Public des ſuccès journaliers qu'elle opere ,
&il ne l'auroit point fait encore , fi des perſonnes
, témoins de ſes ſuccès , ne l'y avoient ens
gagé.
Cette Tifanne eſt un remede doux , qui purge
ſans violence , qui augmente l'appétit , & qui loin
d'affoiblir l'action de l'estomach & des inteftins ,
la fortifie.
Les plus habiles Medecins ont toujours reconnu
P'utilité d'un tel purgatif, ſurtout dans les maladies
chroniques , dont les ſymptômes ſont ſouvent
aggravés par les purgatifs ordinaires , qui dés
rangent à la longue les fonctions des vifceres , ea
les affoibliſſant.
Sans vouloir attribuer à cette Tiſanne des guéri
fons ineſpérées& miraculeuſes , langage ordinaire
desCharlatans ; on peut dire, qu'elle eſt employée
heureuſement dans une infinité de maladies qui
exigent les purgatifs.
CetteTilanne eft peut- être le ſeul purgatif, dont
ceux qui font affligés de l'affection hypochondria.
que, ſe ſoient mieux trouvés ; parce qu'en diffipant
les obſtructions , & en évacuant les humeur
par les ſelles , elle hâte la digeftion , & rétablit le
-calme dans le mouvement des inteſtins.
Par la même raiſon, les filles qui ont les pâles
couleurs , font ſoulagées , & même guéries par l'u
fage de cette Tifanne,
OCTOBRE. 1748 . 237
Elle convient auſſi aux enfans ſcrophuleux &rachitiques
, qui ont toutes les glandes engorgées ;
parce qu'elle évacue ſans violence toutes les impurerés
du corps de ces enfans , & qu'elle empêche
Pamas des crudités dans les premieres voyes ,
fortifiant l'eſtomach & les inteſtins .
en
Elle eſt de même très-propre pour toutes les
obſtructions au foye , à la ratte , au méſentere ,
&c. en un mot , elle eſt efficace pour la cacochimie
, & généralement pour toutes les maladies
chroniques , où il est néceſſaire de diviſer & évacuer
les humeurs.
Onen fait un uſage journalier ſans le moindre
inconvénient. On peut la prendre pour ſe purger
parprécaution : ajoutez encore qu'elle est très-gracieuſe
à boire , & que ſans le nom de remede
qu'elle porte , on pourroit l'avaler avec plaifir,
Ellese distribue chés Madame Vinache , rue du
Chantre , dans la maison de M. Marteau , Ме-
nuisier du Roi. On donne avec la bouteille un
imprimé qui explique la maniere de s'en ſervir.
L'ESSENCE BALSAMIQUE , ftomachique
&anti-vermineuſe , continue à produire des effets
furprenans dans les maladies , qui tirent leur origine
des premieres voies , comme obſtructions
indigestions & flux diſſentériques , qu'elle guérit
dans peu de jours. M. de Pasturel demeure ruë
Simon-le-Franc , vis-à- vis un Perruquier , près un
Vinaigrier , entre le Signe de la Croix & le Lion
d'or. On peutyenvoyer à toutes les heures du
jour. Lespertonnes des Provinces ,qui ſouhaiteront
de ce reméde, pourront s'adreſſer àl'Auteur qui le
leur enverra fidélement; il prie qu'on ait ſoind'affranchir
leport.
:
. APPROBATION
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Octobre
1748. A Paris le premier Novembre 1748.
BONAMY.
P
IECES
TABLE.
FUGITIVES en Vers & en Profe
Séance publique de l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres & Arts , de Rouen , 3
La Nonette , 17
Les Fruits de la Paix , 19
Vers à Iphiſe , en lui envoyant un bouquet , 22
Autres d'une Sylphide , 26
Epitaphium , 28
Mémoire préſenté aux Etats de Bretagne , 30
Elfſai d'un Ecolier du Collège de Louis leGrand
53
L'Abeille & l'Ecolier , Fable , par le même , 58
Lettre ſur le projet d'une Place pour laStatuë
du Roi , 57
Autre ſur le même ſujet , 63
Diſpute de l'Art& de la Nature , 67
Eloge de M. de Fontenelle , 6%
Séance publique de l'Académie Royale desBelles.
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , 70
Lettre ſur lanouvelle Edition du Gallia Chriftiana,
72
Ode ſur les routes de l'inımortalité , 75
Epigramme , 80
Obfervations ſur les Corbeaux , ibid
✓ Vers à Melle Cleron ; 8岁
Epitre de Mad, Desforges Maillard à M. Titon
du Tillet , 85
Réponſe de la même Dame à M. de la Soriniere ,
85
Lettre de M. de Montcarville aM Remont de Sain
te Albine , 87
90
93
97
99
Stances ,
Difcours & Remarques ſur les enterremens ,
✓ Eglogue à une Dame ,
Vers à la même ,
Lettre àM. Nicoſe ſur la Statue du Roi , 100
Ode contre l'Auteur de Libelles diffamatoires, 106
Lettre ſur les accidens extraordinaires d'une grofſefle
, à M. Remond de Sainte Albine ,
Bouquet pour le jour de S. Louis ,
Inſcription pour le Cadran Solaire du Jardin
d'une Penſion ,
109
τις
116
Mots des Enigmes & des Logogryphes du
Mercure de Septembre , ibid.
Logogryphes & Enigmes , ibid,
Récit de Baffle , 122
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 123
Lettre ſur le Panégyrique de S. Louis par Ma
l'Abbé Poulle , 147
Autre de M. de la Soriniere à un Libraire
Angers, 156
Prospectus de l'Hiſtoire Naturelle , générale &
particuliere , avec la deſcription du Cabinet du
Roi ,
157
Prix propoſés par l'Académie de Toulouſe pous
1749 & 1750 , 165-
Programmede celle des Belles-Lettres, Sciences && (
Arts deBordeaux , pour 1749 , 169
Celui de l'Académie des Belles-Lettres de Montauban
pour 1749 , 170
Celui de l'Académie des Sciences de Dijon , 172
1
Eſtampes nouvelles.;
Myologie complette par le ſieur Gautie
Testamentenfaveur de la Ville de Lyc.
Copie de la lettre àMad. laGénérale la..
Lettre à M. Arnoult ſur le Sachet anti
que ,
Lettre de M. Launay , au ſujet des Banc
nouvaux ,
Spectacles & Concerts de la Cour ,
Troifiéme Recueil de Chanſons par M. G
Nouvelles Etrangeres ,
France. Nouvelles de la Cour, de Paris ,
Réponſe de M. l'Abbé l'Advocat à M Pig
de la Force, fur le Fondateur de Sorbo
Addition au Journal de laCour, de Paris
Bénéfices donnés ,
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables
,
Tifanne de Vinache ,
EllenceBalſamique ,
:
La Chanson notée doit regarder lapage
:
৩১
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.840.6
M558
SEPTEMBRE. 1748. 1748
IGITUT
SPARGA
LL
:
Chés
Papillon
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
àla defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
Avec Approbation & Privilege du Roi.
1
L
' ADRESSE générale duMercur
à M. DE CLEVES D'ARNICOUR
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg S.
Germain , à l'Hôtel de Macon . Nous pr
très - instamment ceux qui nous adreffer
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
Port ,pour nous épargner le déplaisir de
rebuter , & à eux celui denepas voir paro
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des 1-
Etrangers , qui souhaiteront avoirle Merc
deFrancede la premiere main, Oplus pror
tement, n'auront qu'àécrire àl'adreſſe ci-de
in diquee , on se conformera très- exactemer
leurs intentions.
Aimfi ilfaudra mettresur les adreſſes à
de Cleves d' Arnicourt , Commis au Merc
de France , rue des Mauvais Garçons , p
remettre à M. Remond de Sainte Aibine.
PRIX XXX. SOLS,
eduMercure
eft
D'ARNICOURT
,
auxbourg
Saint
on. Nous
prions
nous adrefferont
en affranchir
le
déplaisir
de les
Das voirparoître
aces
ou des
Pays avoir
leMercure
Oplus
prompadreffe
ci-deſſus ès-exactement
à
es adreſſes
àM. mis
au
Mercure
Garçons
, pour
ante
Aibine
.
OLS
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DEDIE A RO I.
SEPTEMBRE. 1748 .
000000000000000
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Prafe.
POEME SUR LA PΑΙΧ.
B
Rillantes Nimphes de la Seine,
Sortez en toule ſur ces bords ;
Doux nourriffons de Melpomene,
Formez les plus tendres accords.
Que les pipeaux & les muſettes
Retenuſſent de toures parts .
Onn'entend plus le ſondes bruyantestrompettes.
Mars a ployé ſes étendaits.
Ladifcorde au regard peride ,
Aij
"
Dans la main de Louis le tonnerre immobile
Ceſſe de gronder dans les airs ,
Et d'un oeil ſerein & tranquile ,
Ce Vainqueur généreux raſſûre l'Univers.
Vaincus par ſes vertus , autant que par ſes arm
Ses plus fiers ennemis l'adorent, comme nous;
Ils ſe rendent ſans peine , entraînés par ſes cl
mes ,
Et la plus tendre eſtime étouffe leur courroux.
Sur les Peuples voiſins , éblouis de ſa gloire ,
Il pouvoit étendre ſes Loix ;
L'indomptable Valeur , la Force & la Victoire
Marchant ſous ſes Drapeaux , aſſuroient ſes
ploits.
H peut lancer la foudre , exciter les tempêtes ,
Effacer les travaux des antiques Vainqueurs ,
Mais content de ſa gloire , il borne ſes conquê
Sûr de regner dans tous les coeurs.
Il ſçait que les lauriers, dont ſe ceint la victoire
Croiſſent parmi le ſang , le carnage & l'horreur
Et que les noirs tranſports d'une longue fureur
Sont moins les titres de la gloire ,
Que l'opprobre de la valeur.
Vengeur terrible , armé par la juſtice ,
Il foudroya ſes rivaux éperdus ;
Enfers.
erre immobile
Les airs ,
nquile ,
l'Univers
.
quepar ſes armes,
comme
nous;
aînés par ſes char
leur courroux
.
Es de ſagloire ,
Coix;
e& la Victoire
,
affûroient
ſes Ex
lestempêtes
,
Vainqueurs
,
neſes conquêtes
les.coeurs
.
ceint la victoire
,
age & l'horreur
,
longue
fureur
agloire
,
eur.
r lajustice ,
-dus;
Arrête ſes traits ſuſpendus .
Bien-tôt , le front couvert de l'Olive ſacrée ,
Enchaînant à ſes pieds le Démon des Combats ,
Sous l'aſpect fortuné de Minerve & d'Aſtrée ,
Ce Héros bienfaiſant va régir ſes Etats ,
Et répandant au loin ſur la terre& fur l'onde
L'influence douce & féconde
De ſa ſageſſe & de ſes Loix ,
Ilva tout réunit dans une paix profonde ,
Pere de ſes Sujets ,& l'Oracle du monde ,
Lagloire & l'exemple des Rois.
Que vois-je ! quel éclat! quel pompeux affem
Que d'objets gracieux s'offrent à mes regards !
Du haut de l'Hélicon la foule des Beaux-Arts
blage!
Vient s'établir fur ce rivage ;
Avec les doux plaiſirs l'abondance les ſuit;
Le Commerce répand dans le ſein de la France
Tous les tréſors de l'opulence,
Et la bonne foi le conduir.
Pour célébrer un Héros magnanime ,
Qui conible ſes Sujets de tant de biens divers ,
Les nourriſſons du Dieu des vers
S'apprêtent à chanter d'un ton mâle & fublime;
Le zéle les foûtient , l'équité les anime,
La vérité préſide à leurs Concerts.
A iij
Ilsvont chanter fes vertus pacifiques ,
Et ſon coeuroccupé du bonheur des humains.
Oui , grand Roi , quel que foit l'éclat de la vic
toire 22
Le courage , ſans la bonté,
N'eſt qu'un vain titre , une funeſte gloire ,
Et ſans la douce humanité
Onn'arriva jamais au Temple de Mémoire ,
Mais ches toi la ſageſſe éclaire la valeur.
Lorſque frappés de ton tonnerre ,
Nos ennemis en toi redoutent leur vainqueur ,
Le monde y voit toujours un Pere ;
Ta gloire eſt l'équité, les vertus ſont taCour.
Auſſi bon Roi que guerrier redoutable ,
Heros charmant , Prince a lorable ,
Ton Trône eſt dans nos coeurs, ton regne eff
notre amour.
J. D. Verardy.
IN LUDOVICUM REGEM.
QUod jam pacando Lodoix ſubrideat orbi ,
Deponatque pia fulmina ſæva manu ,
Plaudite. Mavortis dum negligit ille triumphos,
-s mains;
fiques ,
humains.
Si fe fe imperiocohibet , cum vincere poflit ,
latde la vic
Hunc latè Regem confecrat orbis amor.
Nempe novas cupidi fceptris adjungere gentes ,
Bella gerant alii : plus meruiſſe fuit.
Par lemême.
eſtegloire,
émoire ,
leur.
merro ,
vainqueur,
an Pere ;
nt ta Cour.
able ,
Horable ,
ton regne eff
rardy .
REGEM
.
ideat orbi ,
zamanu ,
etriumphos
,
:
:
QUESTIONS
A l'occafion du Projet d'une Mesure
univerfelle.
A lecturedupremierarticleduMer-
L
cure de Juillet m'a déterminé à propoſer
diverſes queſtions.
On ne doit point les regarder en qualité
d'objections ,mais comme de ſimples conſidérations
fur le projet très-louable de
faire fervir à une meſure univerſelle la
longueur du Pendule ſimple à ſecondes ,
déterminée ſous l'Equinoxial.
Premiere queftion . Cette longueur eftelle
actuellement la même ſoustoute la circonférence
de l'Equinoxial en Amérique ,
enAfrique& en Afie ?
Seconde queſtion. La longueur du Pendule
ſous l'Equinoxial & fous les divers.
Paralleles Auftraux ou Boreaux , eſt-elle
A iiij
vée ſemblable par nos Ancêtres , & qu
nos Defcendans la trouveront telle ?
J'ajoûte trois autres queſtions , qui fer
viront par leur éclairciſſement à la promp
te déciſion des deux premieres .
Une maſſe déterminée d'un poids connu
par exemple de trois mares , ſous un Paral
lele & dans une Ville, comme Paris, peutelle
ou doit -elle , malgré fa tranſpoſition
conferver ſa peſanteur identique de trois
marcs , fans aucun accident , ſous les autres
Paralleles , & dans les vallées ou fur les
montagnes du même Parallele ?
Le Pendule ſimple auroit- il la propriété
d'avoir des arcs de vibration tautochrones,
& ifochrones , ou de conſerver la même
étenduë dans ſes arcs vibratoires , & le même
nombre d'oſcillations en tems égaux
dans un air temperé , foit au pied , foit au
fommet de la plus haute montagne du même
Parallele , quoiqu'il ne l'ait point pour
un même endroit dans les diverſes ſaiſons,
ni à la hauteur du niveau des Mers , ſous
divers Paralleles ?
Enfin la longueur du Pendule ſimple à
ſecondes ſous le quarante-cinquiéme Parallele
Boreal , & ſous le quarante- cinquiéme
Parallele Auſtral , ou ſous tout autre
oit été tron-
-es , & que
telle?
as , qui ferà
la prompoids
connu,
us un Paral-
Paris, peutanfpofition
,
que de trois
ous les autres
s ou fur les
?
a propriété
tochrones
,
er la même
s, & le mêtems
égaux
led , foit au
gne du mêpoint
pour
les ſaiſons
,
Mers
, ſous
e fimple
à
quiéme
Pae-
cinquiétout
autre
!
mais d'énumération identique , eft- elle
ſemblable eſſentiellement , de-même que
la vîteſſe de ſes vibrations ?
Si la moindre difference eſt reconnue dans
les cas exprimés par ces trois dernieres
queſtions , on en doit induire la variabilité
de la pefanteur , & du Pendule ſimple à fecondes
avec le cours des ſiècles , à meſure
que la Terre changera ſa poſition par une
faite de fes mouvemens de progreffion&
de regreſſion , felon le quatrième ſyſteme
du Monde expliqué par le troiſiéme ſyſtême
de Phyſique.
L'ancien projet du célebre Geodifte M.
Picard, & de Mouton, Chanoine de Lion,
pour une meſure univerſelle à prendre
dans le Ciel , & renouvellé par un Académicien
très- capable de le porter à ſa perfection
, & d'en déduire toutes les utilités
poſſibles, feroit- il à fuivre en conféquencedes
expériences qui ont été ou qui ſeront
faires relativement à ces questions ?
AY
ODE
Tirée du Pſeaume LXV. Jubilate Dec
omnis terra , &c . Par M. Dourxigné
Auteur de l'Ode tirée du Pfeaume 24-
inferée dans le ſecond volume du Mercure
de France dumois de Juin 1748 , p. 89 .
Q
Ue l'Univers s'empreſſe à ſuivre notre
exemple ;
Accourez , Nations ; venez dans notre Temple
Adorer l'Eternel ,
Qui nous a délivrés d'un cruel eſclavage,
Et nouspré are encor le glorieux partage
D'un bonheur inmortel.
Nos ennemis trompés par leur haine implacable,
Se flatoient que toujours ton coeur inexorable
Dédaigneroit nos pleurs ;
Mais, en briſant nos fers, ta Puiſſance céleste
Adémenti , Grand Dieu , le préſage funeſte
De nos perſécuteurs.
C'eſt toi , dontla clémence en miracles féconde;
Ouvrant à nos ayeux un paffage dans l'onde ,
Daigna ſauver leurs jours ,
fide ,
=
Jubilate Deo
Dourxigné ,
Seaume 24 ,
du Mercure
48 , p. 89.
faivre notre
treTemple
vage,
artage
implacable
,
nexorable
ecéleste
uneſte
les féconde
;
l'onde
,
5,
Contre lui vainement d'une fuite rapide
Emprunta le ſecours.
Pour nous punir, Seigneur, ta vengeance ſévere
Nous a livrés long-tems à l'injufte colere
D'un Maître furieux ,
Mais enfin nos regrets ont fléchi ta juſtice ,
Et nous ne craignons plus de fa noire malice
Les complots odieux.
Comme l'or par le feu ſe rafine &s'épure ;
Dieu , pour nous éprouver ici bas , nous procure
De légeres douleurs ;
Trop heureux, qu'àce prix ſes bontés favorables,
D'unéternel ſupplice à nos ames coupables
Epargnent les horreurs!
Chaque jour t'adreſſant de nouveaux facrifices;
On me verra,grand Dieu, du ſang demesgéniſſes
Pharaon
1
f
Sur l'homme pénitent , qui met ſa confiance
En tes ſoins paternels.
:
Sil'endurciſſement comblant notre mifere,
Avoit fermé nos coeurs au repentir ſincére
Qui lave les forfaits ;
Abandonnés ſans ceſſe au fort le plus terrible ,
Nous aurions fatigué ta juſtice infiéxible
D'inutiles ſouhaits.
Béniffons , Dieu Puiffant , tes faveurs fouveraines
Ifrael par ta main a vû rompre les chaînes
De ſa captivité,
Et fecondant les voeux d'un Peuple qui t'implore,
Du ſein de'nos malheurs ta bonté fait éclore
Notre félicité.
mence
L
Confiance
mifere,
incére
us terrible
;
éxible
as fouveraines
haînes
quit'implore
,
Fait éclore
&
S
SECONDE Lettre fur le Solitaire ,
ouFenia.
I notre curioſité , Monfieur , eſt peu
fatisfaite ſur la nature &l'origine da
Tenia , en revanche on a enfin trouvé la
bonne maniere d'attaquer & de vaincre.
cet ennemi . Nous avons cette obligation
à M. Hertenswandt , Médecin de S. A. S. le
Prince de Saxe Gotha. Il faut avouer
que le triomphe , qu'il a remporté fur ce
ver , lui a peu coûté ,& il eſt aſſés modefte
pour en faire honneur au hazard ,
qui eſt le premier auteur de preſque
toutes les découvertes. M. H. donnoit
un reméde pour une maladie particuliere
; ce reméde eût un ſuccès ineſperé ;
le malade jetta le ver ſolitaire , & fut guéri.
Notre Médecin donna le même remé
de à un autre malade ,& fa furpriſe redou
bla à la vûë des mêmes effets. Un eſprie
éclairé & attentifne laiſſe guéres échapper.
le fil , quand il le tient une fois , & comme
fi la Providence vouloit entrer dans
ſes vûës & y concourir , elle lui fourniz
les occaſions de ſuivre ſes expériences , &
de s'affûrer de la réuffite. Il eſt cerrain
qu'il ſe préſenta plus de cas favorables,que
)
filence , & qui ſe réſolvoit à paffer ſa v
avec le folitaire, changea de réfolution, de
qu'elle eût eſperance de s'en délivrer.
eft naturel de chercher à ſe défaire d'u
hôte , finon extrêmement dangereux , d
moins ſouvent inquiet& preſque toujour
incommode. Les Médecins trouvoien
biendes remédes qui foulageoient , & qu
faifoient même ſortir quelques aunes di
Tenia , mais il ne mouroit pas pour cela
il réparoit bientôt ſes pertes ,& c'étoi
toujours à recommencer. Cela caufoit de
anxietés au malade : quand l'imagination
n'auroit été que bleſſée , le mal ne laiſſoi
pas d'être très- réel.
M. le Clerc , célébre par fa judicieuſe
& ſçavante Hiftoire de la Médecine , &
le fameux M. Andri, avoient indiqué plufieurs
remédes contre le Tenia , mais il
étoit réſervé à M. Hertenswandt de rem.
porter une victoire complette. Il a guéri
àGenève plus de trente malades , parmi
leſquels il y a des gens de la premiere confidération
&dont la ſanté eſt très précieuſe
au public. Le reméde qu'il donne
ne laiffe point craindre de fuites funeſtes ;
il eſt aifé à prendre ; l'opération eſt finie
dans l'eſpace de quatre à cinqheures ,
,
ni gardoit le
paffer ſa vie
lution , dès
délivrer. 11
Héfaire d'un
gereux , du
que toujours
trouvoient
ient ,& qui
hes aunes du
as pour cela ;
es, & c'étoit
acaufoit
des
imagination
al ne laiſſoit
ajudicieufe
édecine
, &
indiqué
plumia
, mais il
endt de reme.
Il a guéri
ades , parmi
emiere
coneft
très pré
qu'ildonne
tes funeſtes
;
on eſt finie
cinq heures
,
i
tir entier&vivant. Ce n'eſt pointici une
de ces illuſions flatenſes,qui endorment le
malade , ſans le guérir. L'oeil juge du fuccès
,& en eſt le témoin. Quelledifference
de ceste cure avec les promeffes faſtueuſes
d'un Empyrique ou d'un Charlatan ! A la
vérité , ce reméde eſt encore un ſecret ,
mais ce n'eſt pasle myſtére quien fait le
prix ,& il eſt bien juſte que celui qui
a eu le bonheur de le découvrir , en pro
fite. Je le loue avec d'autant plus de plaifir
& de fincerité , que je n'ai aucun interêt
à le vanter. Ce n'eſt point moi qui le
diftribue , & les liaiſons que j'ai eu avec
P'Inventeur font fi foibles ,& fe font fo
fort relâchées , que je ne puis être dérer
miné que par l'amour de la vérité& du
bienpublic.
1
On s'eſt ſouvent fervi pour le Teniade
l'écorce de meurier , & de la racine de
fougere , mêlées & miſes en poudre , mais
ee reméde eſt violent,& ne réuſſit pas tou
jours. Le Tanacetum , l'Alfotanum , le
Mercure doux , le Kermés , le Tartre éme
--
tique د
と、
ont quelquefois produit de bons
effets , auffi bien que la poudre d'Etain ,
que les Actes de la Societé d'Edimbourg
donnent commeun ſpécifique pour fondre
le ver folitaire. Mais fi ce reméde eſt un
lever, lans bielier les viiceres qui le re
: ferment ? Lui attribuera t'on du difcern
ment & de l'intelligence ? L'expérience
il est vrai , nous apprend qu'un diffolvar
agit fort bien ſur un corps , ſans touche
àun autre ; le vinaigre ronge la pierre , a
il conſerve dans ſon ſein mille petits an
maux. Les diffolvans , qui ſont dans l'eſto
mach , qui ne l'offenſent point , & qui con
tribuent fi fort , felon M. Andri , à lad
geftion , & à la fermentation des alimens
en font encore une preuve .
A ce ſujet , Monfieur , je remarquera
que lefolitaire n'a point eû de plus gran
ennemi que feu M. Hecquet ; comment e
effet pouvoir concilier l'exiſtence & L
conſervation de ce ver , avec l'hypothef
de la trituration , qui étoit l'idole dec
Docteur ? Comment le Tenia n'auroit-il pa
été moulu & briſé en mille piéces par 1
broyement continuel des mufcles du ba
ventre & des inteſtins ? Comment reſiſte
àun poids de deux cent ſoixante - un mill
cent quatre-vingt ſix livres ? En vérité
le ſyſtême de la trituration ne peut teni
contre une fi forte objection , & l'on peu
dire que lefolitaire le reduit en poudre.
Je finirai cette lettre par les obferva
agira-t'il fur
esqui le rendudifcerneexpérience
,
an diffolvant
fans toucher
la pierre , &
lepetits aniat
dans l'eſto- :
t, & qui con-
Indri , à la dides
alimens ,
remarquerai
de plus grand
comment
en
iſtence
& la
cl'hypothèſe
Pidole
de ce
'auroit-il pas
biéces
par le
atcles
dubas
ment
refifter
業
nte - unmille
? En vérité
,
nepeut tenir
, & l'on peut
enpoudre
.
les obferva-
م
.
ſemble fermer quelquefois l'ouverture du
canal cholidoque , comme pour empêcher la
bile , qui l'incommode , d'en fortir , & il
nuit par- là au malade. F. Hiıldanus rapporte
qu'une femme_de Lausanne rendoit
régulierement la veille de la Saint Jean
quelques aunes du folitaire. Ce qu'il y a
de fingulier, c'est qu'elle n'en rendit point,
après avoir pris une forte décoction de
Colokinthe. M. Andri parle d'une fille de
qualité , accuſée d'être enceinte , parce
qu'elle avoit le ventre fort gros , & de
fréquens maux de coeur; elle mourut, après
avoir pris inutilement pluſieurs remédes ;
on l'ouvrit , & on lui trouva le folium ,
qui occupoit preſque toute la capacité du
bas ventre.
Au reſte , Monfieur ,j'ai traité , ou peu
s'en faut , de chimére , un ver folium,
qui avoit deux cornes , quatre yeux , une
queue fourchuë , & une petite langue en
forme d'aiguillon , d'une couleur noire :
cependant il n'y a qu'un moment qu'on
vient de m'affûrer qu'on en a vû de tels.
Ambroise Paré parle d'un ver , à peu près
ſemblable , trouvé dans la cuiſſe d'un jeune
homme. Comme nous ne devons pas
tout croire , nous ne devons pas aufli tour
nier. Je ne décide point , je voudrois feui
:
nte fo
Tenta le rompt tres
pant il fait des frifures &des filamens
auſquels l'imagination & la crédulité pe
vent donner la forme & la figure qu'il le
plaît. Il fera aifé de s'éclaircir fur ce ſuje
aujourd'hui que ce ver eſt plus commun
& qu'il paroît s'être multiplié.
Quelques Auteurs ont affûré qu'on a v
fortir des ferpens & des dragons de que
ques cadavres , & qu'on en a trouvé dar
le tombeau de Charles Martel , qui s'
toient engendrés de fon corps. Plurarg.
rapporte un fait à peu près femblable , e
parlant de Cleomene. Cela ne montre-t'
pas avec quelle ſage défiance on doit lin
les Hiftoriens , même les plus véridiques
Ne peut il pas être arrivé que ces préten
dus dragons ou ferpens ne fuffent que l
folium qui a furvêcu au mort , & qui s'el
fair paſſage pour ſortir ? On ſçait que c
verprend ſouvent une figure très-hideufe
lorſqu'il vieillir. N'en voilà-t'il pas affe
pour le peindre ſous la forme d'un ferpen
ou d'un dragon ? Mais ce ne feroit pas f
figure qui me feroit peur ; ce qui doit ef
frayer véritablement , c'eſt qu'il cauf
quelquefois la mort. On fçait combien k
plupart des vers font nuiſibles : dans l
tems de la peſte de Marseille , une per
e chofe. Ee
P
, ayan
Enſe romes
filamens ,
édulité peuare
qu'il leur
fur ce fujer,
as commun
,
équ'on a vữ
gons de queltrouvé
dans
artel , qui s'éps.
Plutarque
emblable
, en
emontre
-t'il
eon doit
lire
véridiques
ecesprétenuffent
que le
,&qui s'eft
fçaitque ce
rès-hidenfe
,
-t'il pasaffés
d'un ferpent
feroit
pas fa
e qui doit efqu'il
cauſe
itcombien
la
les : dans
le
lle , une per-
:
:
0
pier ſur ſa fenêtre , y apperçût le matin
une fourmilliere de petits vers ailés ,
d'une figure très-finguliere , qui diſparu
rent entierement quand la peſte eûr ceffé.
Il eſt affés vraiſemblable que c'étoient ces
petits infectes qui y avoient apporté la
contagion ; le Tartre émeuque fit très bien,
lors de cette funeſte maladie , & c'eſt en
effet un très-bon reméde contre les vers.
Si les vers donnent quelquefois la mort
à l'homme , ils lui donnent auffi la vie ,
felon quelques Phyficiens. Ces Scavans
prétendent que l'on trouve dans la liqueur
du måle un petit ver qui a unegroſſe tête
& une longue queue , & que l'on doit regarder
comme un germe animé , qui ne
fait que ſe développer dans l'uterus. Après
cela , que l'homme , s'il l'oſe , ait de l'orgueil.
Pour l'humilier , je n'ai qu'à lui
mettre devant les yeux ſon origine& fa
fin : il doit ſa naiſſance àun ver; de vils
infectes peuvent le dévorer pendant ſa vie,
& il en eſt la proye après la mort. Je fais
avec reſpect , &c.
Tollot àGeneve.
A Madame J. M. pour le jour de ſa fête
lequel a été remarquable cette année
par la derniere éclipſe du Soleil.
T
El qui ſeroit d'humeur de vous compter fleu
rettes ,
Et vous faire en beaux vers un fade compliment ,
Profiteroit du rare évenement ,
Qui fait contre le Ciel braquer maintes lunettes
Pour vous dire emphatiquement
Qu'aujourd'hui le Roi des Planettes ,
Sur certain fujet important
Voulant avec la Lune avoir un tête à tête
Avoit pour l'entretien galant
Choiſt le jour de votre fête ,
Vous offrant pour bouquet le brillant embarras
D'éclairer le monde à ſa place ,
Et d'être dans ce jour l'aftre de nos climats.
Que ce débût auroit de grace !
D'infipides flateurs , épris de vos appas ,
Peut- être vous tiendroient ce dangereux langage
Mais moi qui de flater ne connois point l'uſage ,
Moi , dont le diſcret Apollon ,
Ni ne ſçait ,ni ne doit ſe monter ſur ce ton ,
Je vous dirai ſans hyperbole ,
f
洗洗洗洗
ar de ſa fête ,
te année
Soleil
.
s compter
fleu
compliment
,
ent ,
intes
lunettes
,
ement
Planettes
,
à tête ,
ant embarras
се ,
climats
.
e!
pas
, reux
langage
,
point
l'uſage
,
on
,
ir ce ton
,
e ,
Qu'en ce jour , ou pour vous on fait
haits
Les miens feront , ſur ma parole ,
Les moins flateurs , mais les plus vrais .
104-
Par A. M. Docteur en Médecine à Lyon.
Ииииииииииии
L'AMOUR PEINTRE .
AMademoiselle de **.
Ous demandez des vers; il faut vous fatis
faire. V
Malgré tous mes fermens , j'obéis à vos loix ;
Si'c'eſt un crime , Iris , celui de vous déplaire ,
Me paroît plus grand mille fois ,
Mais je trouve un nouvel obstacle ,
Qui vientdans ce projet tout à coup m'arrêter ;
Car ſur quel ton puis - je chanter ?
L'Amour , qui devroit être ici mon ſeul oracle ;
Eſt le ſeul qu'avec vous je n'oſe conſulter .
Quand vous faites ſentir ſes ardeurs les plus vives;
Tout de ſa part vous eſt ſaſpect ,
Et vous voulez que ſes flammes captives ,
Suivent toujours les loix d'un ſévére reſpect,
J'oſerois , plus hardi qu'Apelle ,
Traçer de vos beautés un portrait éclatant ,
Mais ſans ce Dieu que vous mépriſez tant;
Iris
dette.
,un ſeul foupir pouffé d'un certain ron ,
Eſtun garant plus fûr des attraits d'une belle ,
Que tous les beaux diſcours que nous dicte App
lon.
Par M.N. D. L. R.
Q
MADRIGAL
àMademoiselle de *
Vandj'eûs brifé les fers où me tenoit méne
Dans monjuſte dépit je jurai mille fois
D'éviter de l'Amour les tyranniques loix ,
Mais , alors , aimable Célméne ,
Je ne prévoyois pas qu'unyour je vous verrois.
Parle même.
MMMMMMMMMMMMMMMM
delle .
rtain ron ,
d'une belle ,
Dus dicte Appol
. D. L. R.
AL
*
etenoit
Ilméne
e fois
es loix ,
éne ,
ous verrois
.
Parle même
.
PENSEʼES MORALES.
L
Araiſon éclaire , mais elle ne condit
pas.
Les perſonnes , qui ont le coeur uſé par
les grandes. pallions , font peu propresà
L'amitié,
L'amour propre ,bien entendu, devient
labaſe de toutes les vertus .
Combien d'actions ſeroient moins vantées
, ſi l'on en connoiſſoit les motifs ?
Peu de gens ſçavent écouter, ce qui
fait que peu de gens ſçavent répondre.
Que les hommes font difficiles à contenter
! Ce n'eſt point aſſés de les loier ,
autant & plus qu'ils ne méritent ; ils ne
pardonnent point les louanges que l'on
donne aux autres.
On loue volontiers un mérite inférieur.
On parle avec les autres , onpenſe avec
foi.
Il eſt des yeux , avec lesquels on entre
d'abord en converfation.
Beaucoup de femmes ſont criminelles ,
avant que de connoître le crime.
Rien de plus mépriſé que le monde , &
rien de plus reſpecté.
1
Pour être détrompé, on n'eſt pas détaché.
:
reux ; il n'eſt de vrai bonheur que ce
qu'on trouve en foi .
Les vertus ſont plus foibles dans
femmes , que dans les hommes.
Peu de gens ont le talent , & mo
encore la volonté de concilier les eſprits
Les bienfaits engagent autant & p
*ceux qui les font , que ceux qui les reço
1.
vent.
Les grandes épreuves exercent le co
rage ; les petites uſent la patience .
On corrigeroit plutôt les vices que 1
foibleffes.
Si nous nous voyions des mêmes yeux
dont les autres nous voyent , nous ferior
bien modeſtes .
Il eſt peu de plaiſirs qui ſoient vifs &
purs.
Un bon coeur eſt ſouvent le foible
comme le fort, de celui qui le poſſéde.
Telle perſonne ſeroit capable d'amitié
qui ne trouve pas à la placer.
On veut être loüé , & l'on néglige d'ê-
* tre louable.
Nous rendons notre bonheur trop dépendant
de l'opinion des autres.
L'amitié eſt une vertu qui comprend
toutes les autres ; elle rend ingénieux à
faire
que de remets
as rendre
heueur
que celui
bles dans les
es.
nt , & moins
r les eſprits.
tant & plus
qui les reçoiercent
le coutience
.
svices
que les
mêmes
yeux , nous
ferions
Coient
vifs
&
t le foible
,
poſſéde
.
le d'amitié
,
néglige
d'êeur
trop
dé-
S.
comprend
ingénieux
à
faire
faire plaiſir , prévenant , attentif, déſintereffé
,&même généreux ; il n'eſt rien dont
un homme propre à l'amitié ne ſoit capable.
Il eſt des perſonnes qui ne poſent ſur
rien , & dont les réflexions ſont ſi ſuperficielles
, les vûës ſi courtes , qu'on pourroit
dire qu'elles fortent de ce monde , comme
ellesy font entrées.
Une des folies les plus ordinaires aux
hommes eſt de vouloir être connus , &
combien de ceshommes gagneroient bien
davantage à être ignorés ?
La fermeté, le courage, font des qualités
de l'ame , qui excitent la ſurpriſe & l'admiration
, mais il leur faut un objet digne
d'elles .
Il ſemble que ce ſoit un droit de faillir
que d'en être jugé capable.
EPITRE
Ecrite le premier Janvier 1748 .
DuUvaſte ſein de la plaine liquide ;
Où folâtre la Néréide
Aux avides regards du Triton amoureux ,
Le Soleil , en ce jour , de ſes utiles feux
B
Une nouvelle courſe.
1
Ah! dans ce tems bruyant, par Momus inv
Quels ſots uſages ſont les nôtres !
Fades complimenteurs , échos les uns des a
C'eſt à qui fera voir moins de ſincérité.
En fleurs déguiſant les épines ,
Le menſonge par tout avec impunité
S'éleve des Autels fur les triſtés ruines
De la plaintive vérité,
Dans les hameaux elle s'exile :
Ah ! ſuivons- la , fuyons le ſéjour de la Vill
L'air que l'ony reſpire eſt un air infecté.
Dans le filence des retraites ,
Amis , courons goûter un repos aflûré;
Là , de la politique au maintien meſuré
Secoüant les chaînes ſecrettes
Nous n'irons point aux pieds d'un riche in
nent
,
Proſtituer des voeux que notre coeur dement
Et par lesplus lâches courbettes
Souvent mandier un appui,
Qu'on rougit de tenir de lui ...
Mais où m'entraîne donc un délire bizarre !
Dansdes effors ſi hauts je ſens que je m'égar
Ma muſe , ſur le chalumeau
os yeux
fe.
, par Momus
inventé
,
ont les nôtres
!
hos les unsdes autres ,
sde ſincérité
.
les épines ,
impunité
riftés
ruinës
rirée
elle Pexile
:
NE
léjour
de la Ville
;
an air infecté
.
etraites
,
epos
aflûré
;
tien
meſuré
sfecrettes
eds d'un
riche
imperti
tre coeur
dement
,
es courbettes
appui
,
nir
de
lui..
délire
bizarre
! ns que
je m'égare
alumeau
Ne dépeignit jamais qu'un Berger ſous l'ormeau,
Rappellant par ſes pleurs une amante volage ,
Et la fixant par des ſoins empreſſés.
Simes tableaux ont plû , n'en est-ce pas allés a
Pardonnez , chere Iris , ces écarts de ma verve ;
Baillez , baillez , & ne vous gênez pas ,
Cela ſoulage , mais hélas !
D'ennuis pareils que leCiel vous préſerve.
Je reviens donc à mon ſujet ,
Et pour en remplir tout l'objet
DA
Je vous dirai qu'Amour par des loix ſouveraines ]
Veut que pour vos étrennes
Je vous adreſſe une leçon ,
- Et qui plus eſt , de ma façon.
De ce début envain votre fierté s'irrite ;
Je ne le céle point à l'Amour j'ai promis
Qu'avant peu , malgré vos mépris ,
Je vous rendrois ſa Proſelyte ,
U
Et qu'en vous ébauchant ſes traits ,
Peut-être , malgré vous , je vous déſarmerois.
Si l'entrepriſe eſt téméraire ,
Elle ne me rébute point .
Ne penſez pas que j'exagére
Dans l'image qu'ici je prétends vous en faire
Ames crayons toujours le vrai ſe trouve joint,
Bij
Vos appas raviſſans l'ont porté dans mon an
Maître de la terre & des cieux ,
Son Empire enchanteur s'étend juſqu
Dieux ;
3211
C'eſt lui qui ſous un air d'enfance ,
Intéreſſe , flate , ſéduit ,
Qui , ſur l'aîle de la conſtance ,
Au comble des deſirs par degrés nous cond
Sincere , il bannit l'impoſture ,
Il eſt ſoumis , tendre , preſſant ,
Et le bonheur qu'il nous procure
Forme le bonheur qu'il reffent.
A fes feux , heureux qui ſe livre !
Heureux le coeur où ce Dieu naît !
Un mortel ne commence à vivrę
2
Que du moment qu'il le connoît.
Oüi , de l'Amour qui vous créa ſi belle
Voilà, charmante Iris , l'eſquiſſe naturelle
Vous lui devez tous vos inftans ,
Et la coupable indifference ,
Où vous coulez les jours d'un rapide print-
Eſt pour ſon culte une réelle offenſe .
Pour prix de mes foupirs laiſſez-vous enflar
Toujours tendre , toujours fidéle ,
Je vous ſervirai de modéle ,
qu'avec
des traits de
porté dans mon ame.
des cieux ,
s'étend
juſques
aux
air d'enfance
,
uit ,
- conſtance
,
degrés
nous conduit
.
impoſture
,
re , preſſant
,
nous
procure
w'il reffent
.
qui ſe livre
!
ce Dieu
naît
!
ence
à vivrę
El le connoît
.
vous
créa
fibelle
,
ſquiſſe
naturelle
;
as vos
inftans
,
ifference
, d'un
rapide
printems
, me réelle
offen
ſe. laiffez
-vous
enflammer
toujours
fidéle
,
emodéle
,
Et je vous apprendrai l'art délicat d'aimer
Par ſentiment & jamais par foibleſſe .
Cette leçon n'offre rien qui vous bleſſe ,
J'y vais mettre un dernier vernis :
Plus leger cent fois qu'Eole ,
Sans retour le tems s'envole ;
Joüiſſez - en , & croyez , jeune Iris ,
Que quand l'âge vient nous ſurprendre ,
On ne regrette point les plaiſirs qu'on a pris ,
Mais ceux que l'on auroit dû prendre .
obvin
Par M. Gaudet.
LETTRE d'un Sçavant de Hollande à
M. l'Abbé *** , ſur un Poëme attribué à
feu M. Despréaux .
N travaille ici , Monfieur , à une
Ο nouvelle édition des OEuvres de M.
Deſpréaux , dans laquelle on ſe propoſe
d'inférer un Poëme qu'on lui attribue. A
la tête de cette Piéce on doit mettre une
Préface qui contient l'hiſtoire de ce prétendu
ouvrage poſthume : j'ai crû que
vous feriez bien aiſe de la lire. La voici .
Comme on recherche avec ſoin après
la mort des grands hommes juſqu'à leurs
moindres ouvrages ,& qu'une efquiffe de
B 11)
dans les aes Curieu.
<
mi les morceaux les plus rares & le
finis , le public verra fans doute ave
fir , à la ſuite du Lutrin de l'illuft
Deſpréaux , un Poëme qui , comme
mier,doit ſa naiſlance à un leger diffe
ſurvenu dans un Chapitre entre le P
le Chantre , & les Chanoines , au fu
cérémonial que le Chantre préte
qu'on ſuivit, lorſqu'il officioit. L'er
ment d'écrire fut le même que cel
Lutrin. On raconte ainſi le fait.
M. Deſpréaux , peu d'années av
mort , alloit quelquefois prendre l'ai
campagne chés un de ſes amis , do
maiſon étoit le rendez-vous de plu
gens de Lettres. Un jour la convert
de la table tomba ſur ce differend , do
principal ſujet étoit une prétentio
Chantre de porter un Bâton d'une cer
forme pour marque de ſa Dignité. Le
tre de la maiſon , prenant la parole
que ce noble Bâton étoit le frere
du Lutrin; qu'en France les cadet
Gentilshommes avoient quelque par
fucceffion de leurs peres ; que l'aîné
affés heureux d'avoir le Fief , & qu
roit injuſte de priver de ſa légitim
malheureux qui n'avoit d'autre crim
d'être venu ledernier, Cette plaifanterie
fit rire tout le monde , excepté M. Defpréaux
, qui rougit modeftement , & qui
repondit avec ſa maniere ordinaire& réfervée
, que la joie , qu'on pourroit goûter
de ſe voir pere dans un âge avancé , étoit
/ fort combattue par la peine qu'on reffentoit
de ne pouvoir avant la mort établir
ſes enfans; qu'ainſi le prétendu fils qu'on
vouloit lui donner fi liberalement ſur la
fin de ſes jours , pourroit bien éprouver le
fort de ces enfans infortunés , qui perdent
leurs parens en bas âge , & qui paſſent
triſtement en tutelle une partie de leur
vie.
nel Ange , trouve fa
ts des Curieux parplus
rares& lesplus
ansdoute avec plaierin
de l'illuſtre M.
qui , comme le preàun
legerdifferend,
pitre entre le Prévôt,
anoines , au ſujet du
Chantre prétendoit
I officioit. L'engagee
même quecelui du
infile fait.
eu d'années
avant fa
oisprendre l'air à la
ſes amis , dont la
ez-vous de pluſieurs
our la converſation
ce differend, dont le
ine prétention
du
Bâton d'une certaine
ſa Dignité. Le maînant
la parole , dit
toit le frere puîné
ance les cadets des
nt quelque part à la
eres ; que l'aîné étoit
leFief, &qu'il fe
de fa légitime un
bitd'autre crimeque
• Cependant retiré dans ſa chambre , il
s'amuſa du ſouvenir de cette aventure , &
ſa Muſe s'étant échauffée , il crût ne pou
voir laiffer un plus grand gage d'amitié à
l'hôte obligeant , chés lequel il continua
de joüir pendant quelques jours d'une
agréable folitude , que de lui laiſſer en
partant fon Batan de vieilleffe. Ce furent
fes termes. Il exigea de cet ami , qu'il ne
feroit jamais voir le jour à cet écrit. Je
me fuis , diſoit-il , engagé en quelque forte
envers le public , à ne plus ramaſffer de
rimes. Il y a d'autant plus lieu de tenir
parole , que ce malotru-ci ſemble né malgré
les glaces de l'âge , & en dépit d'Apol-
B iiij
une ſemblable promeſſe , mais il y
fidéle , car ce n'a été qu'après fa mo
l'ouvrage a vû la lumiere. Ceux ent
mains deſquels il tomba d'abord ,.
n'avoient pas contracté le même en
ment , ne ſe ſont fait aucun ſcrupu
le communiquer . C'eſt au public à
fi dans ces fortes de rencontres on
ſe diſpenſer quelquefois d'avoir
à l'intention des défunts .
Si vous voulez , Monfieur , que je
diſe mon ſentiment ſur cette préfac
ſoupçonne que l'Hiſtoire, qui y eſt ra
tée , eſt une fiction imaginée pour po
attribuer à M. Deſpréaux un ouvrag
quel il n'aura peut-être jamais penſé.
aura voulu rire fans doute , & effa
on pouvoit donner le change à quelq
Mais entre nous , il n'y aura de tro
que ceux qui voudront bien l'être.
puis long- tems on eſt revenu de ces f
de fineſſes . Il faut avoüer au reſte , c
ce récit n'eſt pas vrai , il eſt du moins
femblable , & qu'il peut faire naître L
rioſité de voir ce Poëme.
L
:
gédié depuis long sdepeine lui faire
ſſe , mais il y a été
qu'après fa mort que
iere. Ceux
entre les
mba d'abord
, & qui
Cté le même engageit
aucun fcrupule de
eft au public à juger,
rencontres
on peut
efois d'avoir
égard
ints
. Monfieur
, que je vous fur cette
Préface
, je ire, quiy eſt rapporaginée
pour
pouvoir
aux
un ouvrage
au- e jamais
penſé
. On doute
, & eſſayer
fi change
à quelqu'un
. n'y aura
de trompés ont bien
l'être
. De- revenu
de ces fortes oüer
au reſte
, que li il eſtdu moins
vrai- eut faire
naître
la cume
.
洗洗洗洗湯
TRADUCTION de l'Epître de M. de
Voltaire au Roi de Pruſſe , qui commence
ainfi : Quoi ; vous êtes Monarque &
vous m'aimez encore ?
R
Epistola Voltarii ad Pruſſia Regem.
Ex es , & antiqui memor es , quis credat
amici ?
Vix regnas , aurora tui vix fauſta reluxit
Imperii , totum radiis & roribus orbem
Ditatura, meis cumulum dedit hæc quoque votis
Rex bone , Rex conftans ? Nos eccè immenfa
remotos
Intervalla piis junxit tua dextera donis.
Excelſus ſolio , virtutibus altior , ad me
Depoſito veluti duce ſcribis. Epiftola , corde
Quæ memori maneat nullo delebilis ævo !
Qui nunc huic noſtro lucis Deus imminet orbi ,
Non fic in cælis radiavit ſemper Apollo ;
Æthereamque inter ſublimia fidera ſedem
Non habuit ſemper ; filvas habitavit opacas,
Atquè caſas humiles & amænè florida rura ;
Hîc fauſtos ſine labe dies feliciter egit ,
Dilexitque bonas ibi quas invenerat artes ,
Et coluit , docilique lirâ celebravit amandam
Virtutem,&magnis hanc laudibus extulituna.m
Bv
::
>
Lenit , & adducit nativis legibus uti ;
Facundus dictis & carmine nobilis , artem
Edocuit numerosè loqui & fuadere loquend
Aureadicenda eſt hæc ætas , aurea namque
Sit licèt indoctus, quâ rectè homo cogitat,
Tam fortunatas paſtor peregrinus ad oras
Venit , Apollineæ modulamina ſuavia vocis
'Audivit , captuſque fuit dulcedine ; cantus
Edere concordes eſt auſus paſtor ; Apollo
Laudavit voluitque fimul laudando docere ,
Et blandis dulcem ſtimulis formavit ad arter
AtDeus agreſti numen fub imagine celat
Paftoris , fictæ confidens advena formæ ,
Nil niſi paſtorem novit, laudavit , amavit.
Ille ego ſum de quo narratur fabula paftor
Advena , fed quis erit qui me inſpiravitApo
Edocuitque fimul ? Vos tèrque quaterque be
Opopuli , veftrum fub Apolline noſcite Res
Ille mihi Deus : Europæ ſplendor amorque,
Vivat , lo reſonet , ſubjectæ plaudite gente
Illius aufpiciis ſua jam jam præmi virtus
Et feret ,& reduces ludique arteſque vigebi
En ab utraque viri ſapientes protinus arcto
Conveniunt, ultrò ſubituri jura recentis
Imperit, & domino gaudent fervire docenti
Tu veti rectique ſequan & victima, virtus
edocet , antè feroces
gibus uti ;
nobilis , artem
fuadere
loquendo
.
.
=, aurea namque
eft ,
è homo cogitat, atas
regrinus
ad oras
mina ſuavia
vocis
ulcedine
; cantus
Spaftor; Apollolaudando
docere,
isformavit
adartem.
imagine
celat
dvena
formæ
,
audavit
, amavit
.
tur fabula
paſtor
me infpiravit
Apollo
; èrque
quaterque
beati , polline
noſcite
Regem
.
fplendor
amorque
,
tæ plaudite
gentes
.
mpræmi
virtus
que arteſque
vigebunt
.
es protinus
arêto
ijurarecentis
ent fervire
docenti
;
&victima
, vistus
.
Jus in adveris clara inconcuflaque manfit,
Invidia inferni ſtimulis agitata furoris ,
Atque error, multos ze jactavere per annos;
Jam repetas patrios , o vir generoſe , penates,
Conſcendit folium Socrates , exulat error.
Qui , veluti cruor eſt in corpore , fufilis auri
Nummus in imperio , & letum ,ni circuit, infert,
Largå ſpargetur dextrâ , nil deerit egenis.
Auri congeſtos ægrè Rex ſpectat acervos ,
Ni bonus inde levet populum, faciatque beatuma
Quotquot vicinos reges , tot habebit amicos ,
Nam pater eſt populi ,fraterque vir integer illi
eft.
Dat pacem , fortis fimul eſt ab bella paratus ,
Non ab utraque polo magnâ mercede petitos
Quærit ad arma viros quos unum molis inepta
Pondus commendat ; virtutem poſcit in illis.
Dixerit hic quidquid, quicquid rex fuerit , heros
Emicat , à norma cum numquam abſceſſerit æqui,
Heroas Bellona minus ſpectanda trophæis ,
Quam pietas , facit officiis comitata benignis .
Quà ſe ſe celeri velox rapit impete Ganges ,
Sex olim tu quinque Duces , Trajane , domaſti,
Atnon ſanguineis famoſum nomen ab armis
Traxiſti : fecit tua munificentia laudem >
Non victæ gentes , everſaque mania Titum
Non celebrant magnâ percepti ftrage Triumphi
Bvj
1
Perdidit ille diem , nullum , Rex optime , p
G.B. A. de S. Cha
ΕΡΙΤΑΡΗΕ.
De Madame la Maréchale
de Noailles.
P
Ar une faveur finguliere ,
Qui de ſes vertus fut le fruit ,
Noailles a fourni la plus longue carriere.
:
Saine de corps & plus ſaine d'eſprit
Elle touchoit à ſon vingtiéme luſtre ,
Quandde ſes jours ferains le cours fut arrêté
Epargnons , dit la Parque , à cette femme ill
L'affront de la caducité.
a , gloria tota eft.
perabitur
: unum
:
n, Rex optime , perdes.
B. A. de S. Châmond
.
APHE
.
La Maréchale
oailles
.
rfinguliere
,
fut le fruit ,
ongue
carriere
.
plus ſained'eſprit
,
a vingtiéme
luftre , s le cours
fut arrêté
. , à cette femme
illuftre
ducité
.
REMARQUES du Pere Texte ,
Dominicain , pour prouver qu'Amiot étoit
à la Cour dans le tems de la S. Barthélemi .
D
Ans le Mercure de France , ſecond
volume de Juin 1746 , M. Pré....
Chanoine de N. D. de Paris , adrelle cette
ſupplique à M. l'Abbé le Beuf , de l'Académie
des Belles Lettres . » Je ſuis ,M. fur
» le déclin , avis d'une honnête retraite ; je
>>>vous établis mon Subſtitut pour décou-
>>>vrir ſi le ſçavant Jacques Amiot , Evêque
>> d'Auxerre & Grand Aumônier de Fran-
>>ce , n'auroit pas été abſent de la Cour
ود
le 18 Août 1572 , que ſe firent les Nô-
>>ces de Henri, Roi de Navarre, avec Mar-
>>guerite de France , fix jours avant la jour-
>>née de la S. Barthelemi. Vous êtes plus
>>>à portée que tout autre d'en décider. Je
>>vois dans votre excellente Hiſtoire d'Au-
>>> xerre , qu'Amiot prit poſſeſſion de ſon
» Evêché le 29 du mois de Mai 1571 , &
>> qu'il ne vint faire un tour àParis qu'en
>> celui d'Avril 1573. Cet alibi ſuppoſé, il
>>>étoit dans les bonnes regles , qu'il fut
>>fuppléé par Hennuyer , Evêque de Li-
>>>zieux, Premier Aumônier du Roi Char-
১১
> les IX : ainſi ce Prélat n'auroit pas pû
1
aux
>>le petſonnage que M. de la Roque
>> fon manufcrit , & pluſieurs autre
>>teurs , lui prêtent.
Le filence de M. le Beuf, depuis
long eſpace de tems , m'ayant fait
prendre qu'il n'a pas daigné faire cet
cherche , & qu'il s'en tient à ce q
avancé , j'ai crû que pour autorifer
préſence dont il s'agit , & forcer l'a
faire jufque dans ſon retranchement o
libi, qu'ilſe flate de trouver, je n'avois
rapporter ce qui fuit , & qu'on ſeroi
ſuadé que M. le Beuf, le ſeul qui dit
Grand Aumônier & Evêque d'Aux
abſent de la Cour depuis le 29 Mai
juſques enAvril 1573 , s'eſt viſible:
trompé.
Le Roi Charles IX eut une fille , n
29 Octobre 1572 , laquelle fut bapti
Paris le 2 Fevrier 1573. L'Abbé Arch
p. 606 , Chapelle des Rois , a écrit qu
fut le Grand Aumônier qui la baptifa
l'Egliſe de S.Germain de l'Auxerrois.V
qui eſt poſitif, & M. Pré ... qui en
Chanoine , a pourtant ignoré ce fait
Grand Aumônier étoit donc à la C
avant le mois d'Avril 1573 .
Second fait. Le Roi Charles IX
on Diocèſe pour y
aguenots
, & y faire
1. de la Roque dans
pluſieurs
autres Au-
Beuf, depuis
un fi
,m'ayant
fait comdaigné
faire cette re n tient à ce qu'il a
pour autorifer
cette
t , & forcer
l'adverretranchement
del'aouver,
jen'avois
qu'à
&qu'on
feroit
perleſeulquiditAmiot
Evêque
d'Auxerre
,
puis le 29 Mai 1571 3 , s'eſt viſiblement
eut
une
fille
,née
le quelle
fut baptifée
à 3. L'Abbé
Archon
,
Rois
, a écrit
que
ce er qui
la baptiſa
dans de l'Auxerrois
. Voilà Pré
... qui
enaété ignoré
ce fait. Le
it donc
à la Cour
1573
.
oiCharles
IX
man
geoit&dormoit fort peu , ſelon M. de
» Thou , t. 2. p. 990 , & depuis la S. Bar-
>>t>helemiſonſommeil étoit ſouvent inter-
>> rompu par des fantômes & des ſonges
>> affreux . Modicus ut cibi &fomnii , quem
» etiam nocturni horrores poft cuſum Sanbar-
» cholemaum plerumque imerrumpebant.
>> L'ennui & le déplaifir du Roi , dir
>>Archon , p. 604 , fe faiſant connoître
>> fur fon viſage, fon Grand Aumônier, qui
» s'en appercevoit , lui demanda avec
>>une liberté pleine de reſpect, pourquoi
>> Sa Majefté s'abandonnoit ainſi au cha-
>> grin ; ce Prince lui répondit, monMat
»tre , n'en ai-je pas raiſon ? Et dans une au
>> tre occafion , pour lui témoigner com-
>> bien fa préſence lui étoit néceſſaire , il
> lui dit : mon Maître , ne me quittezpas. II
>> avoit été ſon Précepteur.
>>Archon ajoûte :le chagrin du Roi
» augmenta par le mauvais ſuccès du ſiége
>>de la Rochelle. Ce fiége fut mis , felon
Duplex , le 4 Décembre 1572 , & continué
avec un ſi mauvais ſuccès , qu'il fut
levé au mois de Juin 1573. Le Grand Aumônier
étoit donc ordinairement auprès
de ſon Roi , fon illuſtre Diſciple , pour le
confoler par fes entretiens pieux& familiers
,depuis fon indiſpoſition & avant le
fiége de la Rochelle , mis le 4 Décembre
40 MERCURE DE FRANCE.
1572 , cinq mois avant Avril 1573 , puifque
le mauvais ſuccès du ſiége de la Rochelle
ne fit qu'augmenter le chagrin précédent.
Eft-ce-là ne venir que faire un tour
à Paris après deux ans d'abſence ?
Concluons , que d'un côté la réſidence
de l'Evêque de Lizieux, Premier Aumônier
du Roi , dans ſon Diocèſe , étant exacte &
certaine , & d'un autre côté M. Pré... ſe
voyant dans l'impuiſſance de prouver
qu'Amiot n'étoit pas à la Cour pendant la
Saint Barthelemi , il faut qu'il avoue que
l'Evêque de Lizieux fut en état de faire l'action
héroïque que M. de la Roque , ancien
Auteur duMercure , lui attribue après une
nuée d'Ecrivains , & dont la tradition généralement
reçûe à Lizieux ne sçauroit être afſfés
respectée , comme M. Pré... en eſt d'abord
convenu en propres termes , Mercure de
Décembre 1742 , & comme je l'ai démontré
par une Réponſe inférée dans celui de
Décembre 1746.
vant Avril 1573 , puifcès
du fiége de la Romenter
le chagrin prévenirque
faire untour
ms d'abſence ?
d'un côté la réſidence
eux, Premier Aumônier
Diocèse , étant exacte &
atre côté M. Pré... ſe
puiſſance de prouver
as à la Cour pendant la
il faut qu'il avoue que
futenétatde fairel'acde
la Roque, ancien
lui attribue aprèsune
dont la tradition généax
nesçauroit être affés
Pré... en eſt d'abord
termes , Mercure de
commeje l'ai démoninféréedans
celui de
CECACA CACT CACACAcacacaca
CANTATE ,
Chantée dans le Château de M. Noyel de
Belleroche , Secretaire perpétuel de l'Académie
des Beaux-Artsde Villefranche , un
des Membres de celle de Lyon , & Subdélegué
de M. l'Intendant.
A Peine la naiſſante Aurore
Des ombres de la nuit diſſipoit les horreurs ,
Et payoit à la jeune Flore
Le riche tribut de ſes pleurs ,
Que le front ceint des roſes les plus belles;
Le Brillant Dieu , qui préſide à Délos ,
Suivi de ſes ſoeurs immortelles ,
Aſes chers nourriſſons a fait oüir ces mots,
Chantons , célebrons la naiſſance
D'un mortel , ami des Beaux-Arts..
Toujours , dès ſa plus tendre enfance ,
Il a fuivi mes étendarts,
Si des Héros couverts de gloire
Je chante les faits inouis ,
Si j'éterniſe leur mémoire ,
Dois je oublier mes favoris ?
D'un mortel , ami des Beaux-Arts ;
Toujours , dès ſa plus tendre enfar
Il a fuivi mes étendarts.
'Ainſi parle Phébus , & la troupe chérie
De ſes immortels confidens
D'une touchante mélodie
Fait retentir les bords charmans
D'Hypocrene & de Caftalie.
Quand par de vifs tranſports , par des chan
cieux ,
DuDieu des Vers le docte Empire
Signale dans ce jour le zéle qui l'inſpire ,
Goûtons dans ces paifibles lieux
Mille plaifirs délicieux.
Ris légers , graces naïves ,
Jeux féduifans , tendres amours ,
Volez fur ces aimables rives ,
Vous ſeuls faites de beaux jour
Parmi le fracas de nos Villes ,
Les plaiſirs ne font que brillans ;
Ils font vrais , touchans & tranquille
Dans le filence de nos champs.
ns la naiffance
des Beaux-Arts ;
plus tendre enfance,
darts.
troupe chérie
confidens
mélodie
ords charmans
deCaftalie
.
ports,par des chantsgra
s le docte Empire
ele qui l'inſpire,
paifibles lieux
cieux.
gracesnaïves
,
endres
amours
,
ables rives ,
aites de beaux
jours.
enosVilles
,
t que brillans
;
chans
& tranquilles
,
:nos champs
.
Rislégers , graces naives ,
Jeux ſéduiſans , tendres amours ,
Volez fur ces aimables rives
Vousſeuls faites de beaux jours.
Par M. Vidal , Profeffeur de Rhéthorique
auCollège de Villefranche , en Beaujolois.
LETTRE de M. Michault , Avocat au
Parlement de Dijon.
Lorsque je
fis imprimer , M. ſur une
feiille volante, le projetde l'ouvrage
que je prépare concernant la Bourgogne ,
ce ne fut que pour le diſtribuer dans cette
Province aux perſonnes les plus capables
de me fournir des mémoires. L'expédient
m'a réiifli , & j'ai reçû grand nombre d'ob
ſervations très-utiles ,dont un jour je témoignerai
d'une maniere authentique ma
reconnoiſſance à ceux de qui je les tiens.
Cependant je ſuis ſurpris que mon deffein
étant annoncé ſi publiquement , trois ou
quatre Villes conſidérables paroiffent n'y
avoir pris aucun intérêt ,& que les gens
de Lettres , qui ſe trouvent ſans doute parmi
leurs Citoyens , marquent tant d'indifference
fur la gloire de leur Patrie. :
イ
!:
2
xions & des conſeils , qui m'ont paru trop
juſtes pour n'y pas déférer. On voudroit ,
par exemple , trouver dans mon Livre les
Poüillés des Evêchés de la Province , &
c'eſt auſſi ce que je me propoſe d'exécuter
dans le détail le plus exact. J'avois promis
une efquiſſe du Nobiliaire , mais on fouhaiteroit
de l'avoir complet ; je m'y engage
volontiers , pourvû que les Maifons
illuftres & les Familles diftinguées
de la Bourgogne ſe prêtent à cette entrepriſe
en me procurant leurs généalogies
& des mémoires fur leſquels je puiffe
travailler, ſans bleſſer la vérité hiſtorique ,
&fans déplaire à perfonne. J'attends auffi
de ceux qui poſſedent des Terres & des
Fiefs en Bourgogne, d'amples inſtructions ,
&même la communication des principaux
titres qui peuvent ſervir à établir leurs
droits & leurs priviléges. Cet avertiffement
doit par la ſuite me diſculper envers
les Seigneurs qui auront négligé ou refuſé
de me donner des éclairciſſemens ; j'ofe
même dire qu'en ce cas ils ſe plaindroient
injuſtement de mes erreurs, & qu'elles leur
deviendroient en quelque forte imputables.
* Voyezle Mercure de France de cette année,Janwier
, pag. 122 , & Fevrier , pag. 42 .
SEPTEMBRE. 1748. 45
Comme la carriere que je me ſuis ouverre
eft fort vaſte ,j'éviterai de copier ſervilement
mille paſſages , qui ne ſervent qu'à
faire parade d'une vaine
érudition ;je me
contenterai de citer les Livres où j'aurai
trouvé des faits , dont
l'indication m'aura
ſemblé
néceſſaire , en me
réſervant néanmoins
le droit de porter
quelquefois mon
jugement ſur les ouvrages & ſur les Auteurs.
L'Hiſtoire
Naturelle ayant été
juſqu'ici
fort
négligée dansla
Bourgogne , c'eſt une
matiere toute neuve , qui ſe
préſente à
moi ſous
differens points de vûë. Les occupations
des
Curieux de la
nature portent
ſur une infinité d'objets
agréables ,
quoiqu'ils ne foient pas du même degré
d'utilité. Les
Coquillages , les
Pétrifications,
les
Inſectes , les
Plantes , les Fontaines
, les
Carrieres , les
Marbres , les Minéraux
,
méritent des ſoins & des
recherches
; toutes
découvertes en ce genre ont
Jeur prix , & ne
doiventpas être
négligées.
Mais je
m'attacherai
particulierement à
celles qui
tournent le plus à
l'avantage de
la ſociété.
Quelqu'attention que j'y puiſſe
apporter , je ne me flate pas de tout dire
furune
matiere ſi
étendue , mais
j'aurai du
moins le mérite d'avoir été le
premier à
donner
quelques lumieres ſur ce que la
46 MERCUREDEFRANCE .
terre porte de précieux dans nos climats ;
je réveillerai en même tems , fur les découvertes
quej'aurai faites , la ſagacité des
Phyſiciens ,& l'intérêt de ma Patrie ſur les
biens qu'elle poſſede ,& qui n'y ſont pas
affés connus . Je puis en citer un exemple
tont récent. Un de mes amis a découvert
depuis peu en Bourgogne des terres propres
à compoſer des couleurs très-vives ,
& à être employées utilement dans la Peinture.
Je ne manquerai pas d'en faire part
au public , en marquant les lieux où il les
Ja trouvés. Je détachai auſſi dernierement
dans les carrieres de nos environs , des
Ochres , qui à l'épreuve m'ont paru parfaites.
Les Pierres & les Marbres de la
Province font encore un objet conſidérable,
dont je puis acquérir une grande connoiſſance
par la collection qu'en fontMM,
-V *** pour enrichir le Cabinet d'Hiſtoire
-Naturelle qu'ils forment depuis quelque
tems,& où ils travaillent à raſſembler tout
ceque le Païs produit en ce genre de curieux&
de rare. Je ſuis ,&c.
ADijon le 16 Août 1748,
SEPTEMBRE. 1748. 47
A
:
EPITRE
De M. l'Abbé du Plessis-de-Joué ,
à M. de la Bruere.......
:
Imable Auteur que je révére fort ,
Un fruit précoce humblement je t'adreſſe,
Non de ces fruits que donne le Permeffe ,
Et de le dire on auroit très-grand tort ,
Mais c'eſt un fruit qu'enfanta la jeuneſſe
Dans les accès d'un petulant tranſport;
Fruit fort aigret , non tel que Soriniere ,
Vous en envoye , ou ſon ami Maillard ,
Carmon Pégaſe eſt un vieux Oreillard ,
Courſier pouffif, qui touſſe de maniere
Que bien ſouvent j'ai cuu dans la carriere
Que le Troteur, aux discordans accords ,
Subitement deſcendroit chés les morts.
Mais attendons , cher la Bruere ,
Qu'un peu plus d'âge ait mûri mes talens
Tu peux compter que carmes excellens
Pour toi feront , & fi le fin Mercure,
Ce Dieu facond , vouloit bien prendre cure
De les porter dans les lointains pays ,
1
* Ce Vous s'adreſſe à tous les Journalistes.
f
:
1
48 MERCURE DE FRANCE.
Je lui promets , je lui voue & lui jure
Une hécatombe aux langues de Fourmis, *
Uu autre eût dit de boeufs , à l'aventure ;
Mais tenir faut ce que l'on a promis.
EPIGRAMME.
DAnsu Ans un célébre Parlement ,
Un Avocat , pourvû d'une rare éloquence,
Plaidant avec chaleur un fait de conféquence ,
Vitque les Magiſtrats dormoient tranquillement;
Meſſieurs , s'écria-t'il , l'objet eft important ,
Réveillez- vous , je vous ſupplie ,
Vous allez décider du fort de ma Partie ,
Inſtruiſez - vous auparavant.
Le Préſident , ſurpris d'une telle licence ,
Confus dela remarque ,& ſe frottant les yeux ,
Ditd'un ton de colere , Avocat ennyeux ,
La Cour de vos avis s'offenſe ,
Et pour punir votre inſolence ,
Vous interdit pour trente jours .
L'Avocat fiérement répond à ce diſcours ,
Et moi , pour enchérir, Meſſieurs , ſur l'ordonnance,
:
* On n'offroit à Mercure que les langues des victimes
, comme Dieu de l'éloquence.
:
Et
SEPTEMBRE. 1743. 49
Et vous laiſſer en paix dormir à l'Audience,
Jem'interdis pour toujours.
ParM. Cottereau , Curé de Donnemarie.
D
AUTRE.
Ans une Paroiſſe d'Auxerre ,
Un maître Bohémien mourut ſubitement ;
Pour contenter ſa femme , on eut ſoinde lui faire
Un magnifique enterrement.
Trois jours après , le Curé poliment ,
Accompagné de deux Vicaires ,
Vint demander ſes honoraires.
La veuve , à ce diſcours preſſant,
Dit à ſa fille ingénument :
Babet,ces bons Meſſieurs ont chantépourtonpere;
Et tu ſçais que chacun s'aide de ſon métier .
Eh bien ! ſonnons dutambourin,ma mere,
Etdanſons pour les remercier.
Par le même.
1
C
to MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗泥
De quelques Médailles.
'Ai lû la Diſſertation ſur une Médaille
depetit Bronze,de l'Empereur Gratien ,
par M. Beauvais. Elle eſt p. 54 du Mercure
de France , ſecond vol 1747 .
Quelque réputation qu'ait le P. Har
douin, j'ai été furpris qu'on ait tant inſiſté
àréfuter fon opinion ſur la Légende GRATIANVS
AVGG. AVG. Gratianus Angustus
Gener Augusti . J'aimerois mieux dire que
dans le mot AvGG. le ſecond Geſt une faute
du Monétaire , qui l'a ajoûté par mégarde
ou par précipitation , que d'avancer
une opinion ſi oppoſée à la notion commune
des Médailles. La double lettre fignifie
ſi fréquemment un pluriel , qu'un
commençant ſe trompe rarement dans
Cuss. Confulibus. IMPP. Imperatoribus.
Commentle P. Hardoüin expliqueroit- il
le Concordia AvGGG . avec trois G. Victoria
AvGG. avec deux GG ... ? Il diroit ,
fans doute , Victoria Auguſtorum . N'auroitil
point pû dire de Gratien Auguftorum
Au ustus?
La régle de la ponctuation , ſuivie par
M. Beauvais , paroît très-fûre ; il ne me
convient point de lui dire ce que je penſe
SEPTEMBRE. 1748.
fur l'explication qu'il a donnée à la Légene
GLORIA NOVI SACVLI. Ill'a trop
bien éclaircie&folidement appuyée ; j'au
rois ſouhaité qu'il eût attribué aux ordres
deMaxime la mortde Gratien. Andragace
ne fut que l'exécuteur de ces ordres.
Agréez , Monfieur , que je communique
ici à M. Beauvais un petit differend , dont
on le prie de dire ſon ſentiment avec ſa
préciſion ordinaire. Il s'agit d'une Médaille
de petit Bronze de l'Empereur
Othon , très bien conſervée ; elle eſt dans
unCabinetde Province ; voici la deſcription
: IMP. M. OTHO CAESAR AVG. TR.
P Caput Othonis nudumfiniftrorsum. PONT.
MAX. figura muliebris violataſtans, dexirorfum.
d. spicas. l. cornucopice. On a fort relevé
la rareté de cette Médaille. Le Pofſeſſeur
, voulant s'en bien aſſürer, écrivit à
un ſçavant Antiquaire , qui fit cette réponfe.
>>A la vérité , il y a des véritablesMé-
> dailles d'argent d'Othon , de la grandeur
>> ordinaire d'un denier, mais elle eft fauſſe
>>quand elle eſt de Bronze , quoique faite
»àla reſſemblance de la véritable.
ود >>Il peut ſe faire que cette Médaille de
« Bronze a été couverte d'argent ;alors elle
>> eſt d'une véritable antiquité , mais d'un
> petit prix. La feuille d'argent don elle
Cij
52 MERCURE DE FRANCE .
1
» étoit couverte , étant perdue par la ſuc
»ceſſion des tems , malgré les ſoins des
>>faux Monétaires, qui la faiſoient paffer
>>pour une Monnoye courante ; il n'en
reſte que le ſeul cuivre rouge.
Je joins la réplique.
Il eſt vrai que de célebres Antiquaires
penſent qu'il n'y a jamais eu de Médailles
de Bronze d'Othon ; ils ſe fondent & fur
le peu de durée de fon regne & fur la hai
ne du Peuple pour ce Prince.
Ces raiſonsne paroiſſent point déciſives,
Des Monétaires , ou par avidité du gain ,
ou fans rapport à la haine publique , peu,
vent avoir frappé des Médailles de Bronze,
qui étoient de leur reffort.
Charles Patin en rapporte une , qu'il
croit indubitable , en petit Bronze , quoique
le Monétaire ait omis l'H dans le nom
Oro, au lieu de OTHO. Il eſt donc trèspoſſible
qu'il y ait eu des Médailles de
Bronze & de petit Bronze d'Othon . La vûë
de celle dont il s'agit , en convainc plei
nement. L'Auteur de la réponſe prétend ,
ou qu'elle eſt fauſſe, ou qu'elle a été fourrée
,mais quand elle auroit été fourrée , il
y auroit donc des Médailles de Bronze ,
puiſque les Médailles fourrées n'étoient
que fur leBronze.
Si cet Auteur yoyoit la Médaille , le
4
SEPTEMBRE. 1748. 53
coup d'oeil , l'oeil du métail , qui ſont des
guides affés fûrs pour difcerner les Médaitles
, ſurtout quand elles ſont ſans vernis ,
le convaincroient de la ſincérité de la Médaille.
Elle ne paroît point avoir été fourrée.
Le métail des Médailles fourrées , preſque
toujours, eſt alteré,quand la feuille d'ar gent
eft tombée.La Médaille en queſtion eſt trèsbien
confervée ; elle n'eſt nullement altérée
; il n'y a pointde veſtige d'une feuille
d'argent ; ces raiſons perfuadent que la
Médaille d'Othon est vraie , antique , rare
& très- rare.
L'Auteur de la réponſe ſuppoſant que la
Médaille ait été fourrée & par conféquent
d'une véritable antiquité, la regarde pourtant
commed'un petit prix.
Les Médailles fourrées ont un vrai prix ,
& par leur antiquité &par la rareté des
Médailles d'un Empereur tel qu'Othon ,
furtout en petit Bronze , qui ſe trouvent
difficilementdans le haut Empire,& partilierement
ſous les douze Céfars. L'Auteur
de la réplique finit en foumettant ſes foibles
lumieres à la décision des Maîtres ; il
les prie ſeulementde ne pas croire impofſible
de voir ce qu'ils n'ont pas vû euxmêmes.
Il ſe trouve dans un autre Cabinet une
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
MédailleGrecque, ou plutôt un Médaillon,
car elle péſe deux gros 19 grains. Si M.
Beauvais la juge digne de quelque attention,
il obligera d'inſtruire un Curieux qui
n'a qu'une connoiſſance très-imparfaite des
Médailles. Voici la deſcription. -
:
Figura togata ſtans ſiniſtrorfum : utrâque
manu extensa.... Versus ramum oblongum ,
à pedibus ad caput. Ad latus ſiniſtrum figura
Bellua, quafi camelus. Retrofiguram avis: &
interfiguram & avem hafta , in cujus fummitate
avis altera. Sine Epigrafe.
Prora navisfuper quam ΛΕΥΚΑΔΙΟΝ
ΛΕΩΝΧ.
Cette Prouë n'indiqueroit-elle pas une
Ville Maritime ?
,
dir
M. Vaillant , dans ſes Médailles Grecques
, Amſterd. 1700 , pag. 200
Leykadion in Syria. num. Gordiani , pii.
A la page 152 , il rapporte deux Médailles
de cette Ville. Dans fon Appendix des
Médailles des Villes , il donne l'empreinte
d'une de ces deux Médailles , qui ne paroît
pas conforme à la deſcription qu'il en
fait , pag. 152.
SEPTEMBRE. 1748 . 55
L
ODE
Sur les vanités du monde.
E Ciel parle. Ames yeux ſurpris
Déja l'avenir ſe découvre.
Sous mes pas l'abîme s'entr'ouvre ;
Où ſens- je emporter mes eſprits !
De Dieu la colere étincelle.
Dans le néant , qui les recéle ,
Tous les tems font ensevelis.
La terre eſt prête à ſe diffoudre.
Sur ma tête gronde la foudre.
Des tombeaux les norts ſont ſortis.
Quel eft ce Juge qui s'avance ?
La terreur marche ſur ſes pas.
Sous ſa redoutable puiſſance
Je vois trembler les Potentats .
Sur ſon front éclatant de gloire ,
Brille le ſceau de ſa victoire.
Des opprimés il fut l'appui ,
De l'orphelin le tendre pere ,
Et le pauvredans ſa mifere
Netrouva de repos qu'en lui,
Ci
56 MERCURE DE FRANCE.
Frémis en ces momens d'horreur ,
Riche barbare , impitoyable.
Ton malheur est inévitable ;
Sois ton premier accufateur.
Cruel , dont l'ame déchirée ,
A fes remords abandonnée ,
Dans ſon ſein nourrit ſes bourreaux ,
Ton avarice inſatiable ,
Du pauvre l'oubli condamnable ,
Sont la ſource de tous tes maux.
Et toi , Philoſophe orgueilleux,
Victime de ton fanatiſme ,
Soûtenu du fol Athéiſme ,
Tu les armes contre les Cieux,
Tu ſuivois une route impure.
Rebelle au cri de la Nature ,
En vain tu voulus l'étouffer.
Aton coeur elle offroit un Maître ;
Tu feignis de le méconnoître ,
Mais tu ne pûs en triompher.
Quel objet s'offre à ton réveil ?
Le Ciel armé pour ton fupplice.
Quoi ! ſur le bord du précipice
Peut-on ſe livrer au sommeil .
SEPTEMBRE .
1748 . 57
L'Enfer avoit juré ta perte ;
La grace à tes yeux s'eſt offerte ;
Toi-même as dicté ton Arrêt ,
Dieu le prononce & te réprouve.
Il eſt tems que ton coeur éprouve
Qu'il eſt un vengeur des forfaits.
**
Empire de la volupté ,
Combien eſt courte ta durée !
De ton joug mon ame ennyvrée ;
En faifoit fa Divinité .
Mes jours couloient dans la molleffe;
Enfant de la délicateffe ,
Mon coeur y trouvoit mille appas.
La mort paroît. A fon approche ,
Le jour luit ; mon coeur fe reproche
Un vuide qu'il ne voyoit pas.
i 药
Eſclave de l'ambition ,
Ton fort est- il moins miférable ;
Et quelle eſt la fin déplorable
Où t'entraîne ta paſſion ?
Jouet de tes folles penſées ,
Dans le vaſte champ des idées
Ton eſprit ſans ceſſe entraîné ,
Projette , exécute , s'enfâme , ...
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Bien-tôt ſe diſſipe le charme ,
Ton coeur en paroît conſterné.
Et vous , Tyrans impétueux ,
Rois , Conquérans , foudres de guerre,
Yous, fiers arbitres de la terre ,
Avez- vous pû vous rendre heureux ?
Quand à vous ſervir tout s'empreſſe ,
D'où naît cette fombre triſteſſe ,
Qui perce à travers les plaiſirs ?
Vous les aimez .... c'en eſt la ſource ;
Vous les cherchez ... plus de reſſource ,
Et vous mourrez dans les deſirs
PRIERE.
Guide mon eſprit & mon coeur
3
Dans les ſentiers de la ſageſſe ;
Ouvre mes yeux ſur ma foibleffe ;
Romps-en le charme ſéducteur
Dieu puiſſant ! Du mal que j'abhorre ,
Le feu mal éteint brûle encore ;
L'homme y combat contre ta Loi ;
Remets le calme dans mon ame ;
Viens y graver en traits de flame ,
Qu'on ne peut être heureux fans toi.
:
:
SEPTEMBRE. 1745. 59
ETABLISSEMENT des Ecoles
de Mathématiques dans la Ville de Reims.
N ouvrira au mois de Novembre
,
de Ville de Reims , deux Ecoles publiques
, où l'on enfeignera tout ce qui peut
contribuer à la perfection des Arts & des
Manufactures. Ily aura dans l'une & dans
P'autre plufieurs places gratuites , en faveur
des jeunes gens qui feront moins
partagés des dons de la fortune que de
ceux de la nature ; les autres donneront
6 liv. par mois. Les dépenses confidérables
que la Ville eſt obligée de faire pour ce
nouvel établiſſement , la mettent actuellement
dans la néceſſité d'impoſer ce léger
tribut fur ceux qui font dans un état aifé.
Il ſe diſtribuera tous les ans , dans chaque
Ecole, des Prix à ceux des Eleves qui
s'y feront ſignalés par leurs progrès. L'une
de ces deux Ecoles aura les Mathémati
ques pratiques; l'autre , l'art du Deffein
pour objet. Voici le plan de l'une & de
Pautre.
:
>
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
PLAN de l'Ecole de Mathématiquespratiques
, par le P. Fery , Prêtre Religieux
Minime , Profeſſeur de cette Ecole , nommé
par Meſſieurs de l'Academie Royale des
Sciences , & par Meſſieurs les Lieutenant
Gens du Conseil de la Ville de Reims.
L'Arithmétique ſera le premier objet de
nos Leçons ; nous l'enſeignerons dans tou
te ſon étendue , relativement aux Sciences
, aux Arts & au Commerce. L'Algébre
& l'Analyſe prêteront leurs fecours à l'Arithmétique.
Nous en donnerons les principes
néceſſaires pour réſoudre une infinité
de Problêmes ,qui ſe rencontrent à chaque
inſtant dans l'uſage de la vie civile ,
&dont l'Algébre facilite, ou s'eſt réſervé la
folution . Nous affortirons notre Géométrie
de toutes les pratiques & les uſages
qui y font relatifs. Le Toiſé, l'Arpentage,
la diviſion des terres , la méthode de lever
les Plans & les Cartes , le jaugage , le nivellement
, la pratique du jardinage , &c .
la conſtruction & l'uſage des principaux
Inſtrumens de Mathématiques néceſſaires
pour ces opérations , feront autant d'objets
fur lesquels nous exercerons la ſagacité de
nos Eleves & comme rien n'eſt plus
propre à former l'ApprentifGéométre dans
les opérations pratiques , que l'exercice
د
SEPTEMBRE. 1748. 61
même de la pratique , nous conſacrerons
quelques jours dans la plus belle ſaiſon a
lever par parties le Plan de la Ville & des
dehors , & à donner ſucceſſivement à nos
Diſciples le ſpectacle de toutes les opérations
les plus utiles & les plus curieuſes
qui répondent à notre objet. Peu contens
d'avoir opéré dans la Géométrie ſur les figutres
ſemblables & les Echelles , nous puiferons
dans la Trigonométrie l'art de calculer
les triangles par les Tables des Sinus
& des Tangentes , & pour donner à ce
calcul la fimplicité dont il eſt ſuſceptible ,
nous donnerons les notions& les uſages
des tables des Logarithmes , pour en former
les analogies.
Après avoir donné les principes généraux
de la Statique & de la Méchanique , nous
les appliquerons à toutes les machines ſim.
ples & compoſées , relatives aux Arts ,
aux Manufactures , aux besoins , aux commodités
& à l'agrément de la vie. Le développement
de toutes ces machines , leur
explication & leur calcul, couleront, comme
de ſource , des principes qui auront
été poſés ; nous tâcherons de n'en omettre
aucune de celles qui font recommandables
par leur utilité , ou par le génie qui a
préſidé à leur invention. Nous les traite
rons ici relativement à leur méchaniſme &
62 MERCURE DE FRANCE.
د
àleur conſtruction, nous réſervant d'avoir
égard à leurs moteurs , dans la partie de
laquelle ils dépendent. Nous inſiſterons
particulierement ſur l'explication de celles
qui font les plus communes & les plus
néceſſaires dans le Pays Rémois , telles
que font les fouleries des Etoffes, les moulins
de dégorgement & les differens métiers
pour les Manufactures toutes les
Machines propres à ſeconder l'induſtrie
&àfaciliter les travaux dans la conſtruction
des Edifices , les preffoirs , les moulins
à eau & à vent , & les Machines hydrauliques
, ſoit pour les beſoins de la
vie , foit pour épuiſer les fondemens &
les terreins aquatiques. Nous ferons exécuter
en petit toutes les Machines que
leur perfection & leur utilité rend précieuſes
aux connoiſſeurs ; nos explications
tomberont ainſi ſur du réel ; l'oeil en ſera
frappé , & l'eſprit d'autant plus éclairé.
La théorie des rouës dentelées & des lanternes
, qui font partie de la plupart des
Machines compofées,& la méthode d'eſtimer
& de calculer le frottement , auront
place à la fin de ce Traité .
Nous donnerons enſuite tout ce que
'Hydroſtatique a de plus intéreſſant : delà
nous pafſferons à l'Aërométrie
flambeau de l'Expérience nous ſervira
,
où le
SEPTEMBRE. 1748. 63
de guide pour afſſujettir à nos recherches
les diverſes propriétés de l'air ; nous donnerons
ici ſous differens points de la vûë
la conſtruction de pluſieurs inſtrumens ,
dont nous indiquerons les uſages & expliquerons
les effets , tels que font laMachine
pneumatique , le Barométre , le
Thermometre , l'Hygrometre , l'Arquebuſe
à vent , differens Acoustiques , la
Trompette parlante , &c. Nous terminerons
par quelques recherches importantes
fur le choc & les effets du vent , en
faveur des machines auxquelles il eſt échû
pour moteur.
Dans l'Hydraulique nous traiterons de
toutes les machines que la méthode revendique
à cette partie. Les pompes de
toutes les eſpéces , tout ce qui peut contribuer
à les rendre parfaites , ſoit par leur
conſtruction , ſoit par celle des piſtons &
des ſoupapes , &c. La façon d'animer le
feu par le concours de l'air & de l'eau
dans les grandes forges , & dans les fourneaux
des Fonderies ; la Fontaine de Heron
, telle qu'elle eſt ſortie des mains de
fon Inventeur , & telle qu'elle a été perfectionnée
depuis par M. Nieuwentyt ; le
vaſe de Tantale , la Fontaine de compreffion
, d'interruption , de raréfaction , &c.
feront ſuccéder l'agréable àl'util.e
64 MERCURE DE FRANCE.
Nous nous retournerons enſuite vers
les machines, dont la méchanique aura fixé
la conſtruction , mais dont le moteur reffortit
à l'hydraulique. Nous donnerons
les méthodes les plus fûres pour mefurer
la dépenſe , éftimer lavîreſſedes eaux , &
pour en calculer les efforts en la puiſſance
fur une furface donnée. Nous apprendrons
aux Artiſtes à faire uſage d'une
chûte & d'un courant d'eau , & nous leur
indiquerons les cas où les roues à auges
doivent être préferées aux rones à volets.
De-là naîtra l'occaſion de leur donner le
développement & l'explication de quelques
moulins à eau , qui font en uſage
dans la Provence & dans le Dauphiné ,
& de ceux du Baſacle deToulouſe , qui
par la fimplicité de leur conſtruction ont
mérité l'approbation des Machiniſtes les
plushabiles .
Nous ajouterons ici les régles pour dé
terminer la furface des aubes d'une rouë ,
reſpectivement à la force du choc de
l'eau , & à la réſiſtance oppofée par le
poids , & pour fixer le nombre des mêmes
aubes , relativement à leur hauteur & au
diamétre de la roue. Nous placerons ici
quelques notions importantes fur le cours
des rivieres , nous indiquerons les diffe.
rens moyens d'oppoſer des digues à l'im-
;
SEPTEMBRE. 1748. 65
pétuoſité d'un courant irrégulier,pour empêcher
la dégradation des rives , &c. &
après avoir réglé la pente des aqueducs ,
&c. nous donnerons les inſtructions néceſſaires
pour conduire & diftribuer les
eaux dans une Ville , & pour tirer un
prompt ſecours des fontaines publiques
dans le casd'un incendie. Nous joindrons
à'ces nouvelles connoiſſances la folution
des problêmes , qui peuvent être de quelque
utilité dans la pratique des eaux jailliffantes.
,
Après avoir donné les principes fondamentaux
& les notions principales de
l'optique& de la perſpective , nous enfeignerons
le trait & la projection des Anamorphofes
, & tout ce qui eſt du reffort de
la perſpective curieuſe.
La matiere , la préparation , la conftruction
de toutes les eſpéces de miroirs ,
miroirs plans , concaves , convexes , coniques
, cylindriques , pyramidaux , &c. Le
détail & l'explication de leurs effets furprenans
, feront l'objet de nos leçons fur
la catoptrique , & pour ne rien laiffer à
défirer fur cette partie , nous donnerons
les régles pour tracer ſur des plans horizontaux
des figures difformes , qui paroifſent
dans leur naturel , étant vûes par réflexion
d'un point donné ſur des furfaces
coniques , cylindriques , &c.
14 MERCURE DE FRANCE.
vous tirerons de la Dioptrique les
moyens de remédier par l'art aux défauts
naturels , & accidentels de notre vûë, que
l'optique nous aura fait connoître. De-là
nous pafferons à la conſtruction des Télefcopes
, tant de réfraction que de réflexion ,
& à celle des Microſcopes ſimples & con
poſés ; nous ajouterons la maniere de faire
la chambre obſcure , la lanterne & le tableau
magiques , & nous finirons par la
deſcription des principaux inftrumens néceffaires
aux Artiſtes pour façonner & polir
les verres plans , concaves , convexes &
poly dres.
Nous donnerons de la Gnomonique ce
qui en fera néceſſaire pour tracer une ligne
Mé idienne , & les cadrans les plus fimples
&les plus uſités. Les autres operations ,
qui demandent une ſpéculation trop profonde
, feront renvoyées à notre Ecole de
Théorie , que nous nous proposons d'ouvrir
ici dans quelques années.
Nous nous bornerons dans l'Architecture
Civile , à donner quelques éclairciſſemens
de Phyſique & d'expérience fur la
nature , les propriétés & la ſolidité des
matériaux qu'on y employe ; de-là nous
deſcendrons à l'explication des cinq Ordres
dont nous aſſignerons l'harmonie ,
la convenance & les proportions. Après
SEPTEMBRE. 1748. 67
avoir donné à l'Architecte les connoiffancesnéceffaires
pour affûrer aux fondemens ,
&aux murs la ſolidité relative à leur charge
, nous déterminerons les proportions
des portes & des fenêtres reſpectivement
à chaque Ordre,la largeur des chambres &
des ſalles, eû égard à leur longueur; la proportion
des cheminées , la figure de leurs
jambages , & la conſtruction de leurs
foyers la plus avantageuſe , pour en aug
menter la chaleur ,& les differens moyens
de les garantir de lafumée ; nous ne toucherons
point à ce qui regarde l'ornement
& les décorations des édifices & des jardins;
cet objet nous feroit étranger& nous
en laiſſerons le ſoin à M. Ferrandde Monthelon
, qui s'eſt chargé d'enſeigner dans
nos Ecoles l'Art du deffein relativement
à tous les Arts
Un petit traité de Stereotomie ſervira
d'introduction à nos leçons ſur la ſcience
du Trait ; nous traiterons des portes & des
arrieres vouffures , des trompes , des defcentes
& des eſcaliers , & comme dans la
coupe relative à ces parties , les figures &
les deffeins en perfpective laiſſent toujours
quelque choſe à défirer àl'imagination ,
nous opérerons fur les ſolides mêmes ,
après avoir tracé l'épure de chaque objet
denos opérations ,nous emprunterons la
MERCURE DE FRANCE.
main d'un Appareilleur qui coupéra du
Trait ſous les yeux de nos Eleves , & réduira
le tout à l'exécution ; nous indiquerons
ici les régles que doit ſuivre l'Architecte
, pour calculer la charge & la pouffée
des voutes , & leur proportionner la hauteur&
la folidité des piédroits , & des arcs
& des pilliers boutans.
Nous ne nous bornerons pas à la coupe
des pierres , nous appliquerons nos principes
à la coupe des bois , en faveur des Menuifiers
pour les revêtemens des arrieresvouſſures
, ſoit en lambris foit en placage ;
& du Charpentier pour la conſtruction
des voutes & des eſcaliers de charpente ,
pour l'aſſemblage& la composition des cin
tres, qui ferventde diſpoſitifàla construction
des voutes en pierre , & pour tout ce
qui concerne les fermes & les combles de
toutes les eſpéces ; nous terminerons par
quelques éclairciſſemens fur l'art d'échaffauder.
Nous aurons ſoin de réſerver nos leçons
de Fortification à la ſaiſon deſtinée au repos
du Militaire , afin que la jeuneſſe
choiſie de cette Province , qui ſe conſacre
au ſervice du Roi , & qui n'eſt point à
porrée des Ecoles Royales d'Artillerie ,
puiffe acquerir ici les connoiſſances qui lui
font utiles ou néceſſaires , pour ſervir Sa
SEPTEMBRE. هو . 1748
Majesté avec difti.
Nous enſeignerons ..
fier les Places réguli
de remédier aux c
1.
Places ; nous finirons par les régles qui
doivent diriger l'Ingénieur dans la confruction
des Citadelles, des Réduits & des
Magaſins à poudre. Ce traité ſera ſuivi de
celui de l'attaque & de la défenſe des Places
; après avoir dirigé les travaux d'un
fiége,depuis l'inveſtiſſement juſqu'à la redditionde
la Place , nous preſcritons les régles
de la défenſe ;& comme la Pyrotechnievient
également au ſecours de l'Affiégeant
&de l'Affiégé , après avoir traité
la compoſition de la poudre , ſes propriétés
, ſon épreuve & ſes effets , &c. nous
paſſerons à la deſcription , l'uſage & le
ſervice de toutes les machines offenſives&
défenſives , à l'art de tirer avec précifion ,
de charger & de pointer le canon , le mor.
tier , le pierrier , &c. Nous décrirons enfuite
les differentes eſpéces de mines & de
contremines , & nous affignerons leur objet
, leur conſtruction , la charge de leurs
fourneaux , la configuration de leurs galeries
, & l'explication de leurs effets. Pour
relever l'utile par le mêlange de l'agréable,
nous terminerons nos leçons par les notions
principales de tout ce qui fait le jeu
70 MERCURE DE FRANCE.
des feux d'artifice pour les rejoüiffances
publiques.
Nous donnerons ces leçons en François,
&nous tâcherons d'employer le tems , de
façon que nous puiſſions donner ce cours
complet dans l'eſpace de deux ans.
Nous avons éré obligés de ne donner ici
qu'un abregé du plan de notre Ecole ,
pour nous conformer à la forme du Mercure.
Ceux qui ſouhaiteront de l'avoir dans
un plus grand détail,&tel qu'il a été préſenté
à l'Académie Royale des Sciences , qui
abien voulu l'honorer de ſon approbation,
pourront s'adreſſer àReims , chés Delaure ,
pere & fils ; à Paris , chés Jombert , Quai
des Auguſtins ; à Lyon , chés de la Roche ;
à Rouen , chés Befogne ; à Amiens , chés
Godart ; à Dijon , chés Devente à Lilie,
chés la veuve Danel ; à Amſterdam , chés
Pierre Mortier ; à Londres , chés Manby ;
à Francfort , chés Varentrap ; à Lausanne .
chés Boufquet , &c. à Turin , chés les freres
Reycend , &c . On trouvera chés Delaître ,
à Reims , un Diſcours prononcé par M. de
Pouilly , Lieutenant des habitans de la
Ville de Reims , fur l'établiſſement & l'utilité
de ces Ecoles .
SEPTEMBRE, 1748. 75
: :
MEMOIRE de M. Ferrand de Monthelon
, ancien Profeffeur de l'Académie
de Peinture & de Sculpture de Paris ,
Profeffeur deDeffeing dans l'Ecole des Arts
établie à Reims.
L
/
EDeſſeing n'est pas moins néceſſaire
aux Artiſtes que les Mathématiques,
C'eſt en effet l'Art du Deſſeing , qui forme
le goût pour diverſes fortes d'ouvrages ;
ildonne également la fécondité de l'imagi
nation,& la facilitéde l'exécution ; il eſt la
baze de l'Architecture , de la Peinture, de
la Sculpture & de la Gravûre ; il rend le
Maçon , & le Tailleur-de- Pierre , habiles
à exécuter les projets de l'Architecte. Le
Charpentier en a beſoin dans la plupart
de ſes opérations. Il est néceſſaire à l'Orfevre
pour ces riches & rares ouvrages
qui brillent dans nos Temples &fur nos
tables ; au Menuifier pour la décoration
d'une alcove , d'une conſole , d'un lam
bris , d'un panneau , d'un chambranle ; au
Serrurier pour former une grille , un fupport
, un balcon ; il étend les vûës de
l'Horloger , du Tabletier , de l'Ebéniſte ,
du Metteur en oeuvre , du Galonnier , du
Cartiſannier , du Tapiſſier , &de tous les
MERCURE DEFRANCE.
bas d'étoffes pour le choix des or
nens & des belles formes ; enfin il
deae à toutes les differentes fortes d'ouvriers
le talent de réunir dans leurs ouvrages
l'agréable & le nouveau ; talent heureux
, qui rendra toujours les peuples voifins
tributaires de celui qui en ſera poſſeffeur.
Les enfans des Gentilshommes & des
gens aiſés recevront dans cette Ecole des
inſtructions , qui les mettront à portée de
ſervir plus utilement Sa Majesté pendant
la guerre , & d'ennoblir leur loiſir pendant
la paix. Ils y apprendront à éclairer
& à diriger par la ſuite leurs ouvriers , &
àfaire regner autour d'eux cette élégance
&ces proportions , qui font le charme des
yeux , leur offrent un agrément toujours
ſubſiſtant ,& effaçent quelquefois par la
nobleſſe de leur fimplicité tout le faſte de
lamagnificence.
: Mais l'avantage le plus confidérable de
cet établiſſement ſera de fournir aux jeunes
gens un préſervatifcontre l'oiſiveté,&
les déſordres qu'elle traîne après elle, dans
le temsde la fortie des Colléges &des Ecoles
ordinaires, dans ce paſſage de l'enfance
à la jeuneſſe , époque malheureuſe de la
dépravation de tous ceux qui n'ont point
ſçû mettre à profit le tems de la vie le plus
précieux
t SEPTEMBRE. 1748. 73
précieux ,& preſque toujours le plus funeste.
Cette Ecole de Deſſeing ſera ouverte
tous les jours , depuis ſeptheures du matin .
juſqu'à midi , & depuis deux heures après
midi juſqu'à ſept heures du ſoir. Le plaifir
y deviendra la ſauve-garde de l'innocence
des moeurs , &la plupart des jeune.
gens , infiniment ſenſibles aux charmes de
Pimitation , y consacreront avec joie la
meilleure partie de la journée , à devenir
rivaux de la nature, en créant des ouvrages
pareils aux fiens. Je me félicite infiniment
d'avoir été choiſi par Meſſieurs les Lieutenant
& Gens du Conſeil de la Ville de
Reims , pour être un des inſtrumens &
des Miniſtres de leurs vûës , &j'oſe eſpérer
de les remplir dans l'Ecole dont ils
m'ont confié la direction. J'en ai pour garans
le grand nombre d'éleves que j'ai formés
à Paris. Il y a dans cette Capitale peu
de profeffions d'Artiſtes , dans lesquelles
il n'y ait des ſujets excellens qui me font
l'honneur de reconnoître qu'ils doivent
àmes leçons une partie de leur réputation .
Ils en doivent ſans doute la principale
partie à leurs talens , mais je me perfuade
qu'ils ont quelque obligation à mon zéle
à mon application & àma Méthode . J'ai
toujours eu l'attention de faire paſſer ſuc-
D
74 MERCURE DE FRANCE .
ceſſivement mes Eleves des choſes ſimples
&aiſées , à celles qui font plus compoſées
& plus difficiles ;je leur fais répéter des
choſes à peu près ſemblables , juſqu'à ce
qu'ils les poſſédent parfaitement , & dans
les choſes qui ſe reſſemblent , j'ai ſoin de
jetter affés de variété pour écarter le dégoût.
L'expérience couſtante de grand
nombre d'années m'a appris qu'en ſuivant
cette route , il n'eſt aucune forte d'Artiſte
qui , pour peu qu'il ait de diſpoſition , ne
puille parvenir en peu de tems à acquerir ce
qu'il lui faut de Deſſeingpour atteindre à
la perfection de ſonArt.
* 3 * * * * * *
VERS
AM. de R* *. en lui envoyant unſerin
de Canarie.
DE ce jeune oiſeau ,
Délicat & beau ,
Le tendre ramage ,
Eft le témoignage
De mes ſentimens ;
Il en eſt le gage.
Tous ſes mouvemens ,
Ses jeux , fon langage ,
SEPTEMBRE. 1748. 75
Sont les truchemens
D'un ſincére hommage,
Ah ! qu'il eſt cha mé
D'être ton partage !
Cet oiſeau volage
Craint d'être enfermé ,
Mais s'il eſt aimé
D'un ami fi ſage ,
Plus qu'un verd bocage
Il chérit ſa cage.
Puiſſent ſes accens ,
Si doux , ſi touchans ,
Flater ton oreille ,
Quand fur le matin ,
Comme un franc lutin,
Phébus nous réveille ,
Et que de la nuit
Repliant les voiles ,
Le jour qui nous luit
Fait fuïr les étoiles !
Alors les préſens
De l'aimable Flore
Dans nos heureux champs
S'empreſſent d'éclore.
Progné par ſes chants
De la blonde Aurore
Marque les inſtans.
Dij
76 MERCURE DEFRANCE,
L'Amour qui l'enflamme ,
Réveille nos ſens ,
Et répand dans l'ame
Des attraits puiſſans.
L'oiſeau que j'envoye ,
Mieux que moi dira
Quelle est cette joye ,
Qu'en ce moment- là
Notre coeur déploye.
Ami , prends - en ſoin ;
Au fon de ta lyre ,
Bas, & ſans témoin ,
Il pourra redire
D'un coeur délicat
Letendre martyre,
Car ſous le rabat
L'Amour nous inſpire,
On le voit ſourire ,
Quand d'un trait malin
Il bleſſfe & déchire
Un petit mutin ,
Qui bravoit ſon ire.
Crains donc fon courroux ;
Malgré ſa ſageffe ,
L'aimable Jeunefle
Doit craindre fans ceſſe
Les terribles coups
SEPTEMBRE. 1748. 77
Dont ce Dieu nous bleſſe .
De voeux criminels
L'ame déchirée ,
Nous donnons entrée
A ces maux cruels ,
Dont tous les mortels
Reçoivent l'atteinte.
Hélas ! les oiſeaux
Vivent ſans contrainte ,
Sans crimes , ſans feinte ,
Sans ſoins , ſans travaux.
L'homme ſeul coupable ,
Eſt ſeul milérable.
La haine & l'amour
Confument nos ames ;
Leurs funeftes flammes
Font de ce ſéjour ,
Un lieu plein d'allarmes;
De troubles , de larmes.
Ho ! qu'il feroit doux ,
Si , reſpectant tous
L'aimable innocence ,
Loin de l'indigence ,
Nous trouvions en nous
Le bonheur ſuprême ,
De nous a prochain ,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'hors de lui-même
L'homme cherche en vain !
7. B. Tollot , de Geneve.
*
AM. de B. qui vouloit fe marier àsoixante
ans,sur deux rimes.
ASoixante ans , cher Ariſte , à cet âge,
Doit- on former de nouveaux noeuds
Un homme libre , un homme ſage ,
Sur le ton tendre & langoureux ,
Peut il à l'objet de ſes feux
S'aſſujettir à rendre hommage ?
Lorſqu'on eſt jeune & vigoureux ,
L'Hymen badine avec les jeux ,
Et ſe montre en bon équipage ;
L'Amour même rit avec eux ,
Et fournit aux frais du ménage.
Mais quand les ans ſur nous ont marqué leur paf
ſage,
Et que , blanchiſſant nos cheveux ,
Ils ont ridé notre viſage ,
Sous les drapeaux d'Hymen ſi jamais l'on s'engage
,
C'eſt riſquer d'être malheureuxx
Et s'expoſer à l'eſclavage.
SEPTEMBRE. 1748 . 79
Tendron alors eſt d'un triſte préſage ,
Et l'on est trop lorſqu'on eſt deux ;
Le vif éclat de deux beaux yeux ,
Quand de trop près on l'enviſage ,
Nous peut caufer bien du dommage :
Certes , pour un vieillard le cas eſt hazardeux ;
Et s'il veut faire le voyage ,
Je ne réponds pas du naufrage.
Penſez-y ; lorſque l'on eſt vieux ,
Le grand oeuvre du mariage
Eſt pour nous un pénible ouvrage :
Votre fils , cherami , je gage ,
Quoiqu'il foit à peine amoureux,
Er qu'il n'en ſoit encor qu'à fon apprentiſſage ,
Si cette oeuvre étoit ſon partage ,
S'en acquitteroit beaucoup mieux.
Pour qui d'un doux repos veut goûter l'avantage,
Etde la liberté ſe plaît à faire uſage ,
Prendre femme , eſt bien dangereux.
Par le même.
Diiij
SO MERCURE DE FRANCE.
REPONSE de M. de la Font de S.
Yenne , à la lettre de M. l'Abbé Rainal ,
imprimée dans le Mercure de Juillet. *
N eſt ſi peu accoûtumé aujourd'hui ,
Monfieur , à voir des Auteurs rendre
graces aux Cenſeurs de leurs ouvrages
, quelques égards qu'ils obſervent ,
que votre lettre miſe dans le Mercure du
mois de Juillet dernier a paru un prodige
au public , & vous a attiré l'admiration
&l'eſtime de tout Paris. Des fautes , auſſi
fincérement avoiées , font autant d'honneur
que les plus beaux traits d'un ouvrage.
Après avoir admiré ceux de votre Hiftoire
tur le Parlement d'Angleterre ,
ſenti , dans le courage de votre aveu , un
génie capable de s'élever au plus haut degré
dans le genre hiſtorique , quand il
voudra régler ſon fen , & paroître avec
moins de précipitation. Quel exemple ,
Monfieur , pour nos Auteurs , que vos
proteſtations de reconnoiſſance à mon
egard , & les aſſurances d'une entiere fatisfaction
, ſi ma Critique eût été plus ſévére
! Quel bien pour les Lettres & pour
ona
* Cette Réponſe auroit dû être placée dans le
dernier Mercure.
: SEPTEMBRE. 1748. 81
les Arts , fi votre humilité & votre docilité
peuvent former des imitateurs ! Vos
fentimens confirment honorablement les
miens , lorſque j'ai dit dans ma lettre à la
fuite des Réflexions ſur l'état préſent de
la Peinture en France : Que j'éprouvois
combien il est peu de ces ames fortes , quiſen
tent la néceſſité d'uneſage Critique pour arriver
à la perfection. Qu'il n'est donné qu'aux
grands Génies , non-feulement de la voir avec
fermeté ,mais encore de l'aimer ,de la defirer,
d'en connoître le prix , & d'avouer lui devoir
cettejuſteffe , &ces traits de lumiere qui portent
rapidement les ouvrages à l'immortalité.
Ce n'eſt point aux Peintres critiqués , que
je dois les fuffrages qu'ont eû mes foibles
Réflexions ſur la Peinture'; c'eſt à la bonté
du public , touché de mon amour pour la
vérité , l'impartialité ,& la gloire de la
Nation . Ce font les mêmes raiſons , Monſieur
, qui m'ont mérité vos loiianges dans
votre Réponſe à ma Critique. Je ne regarde
vos éloges que comme une effuſion
de ces fentimens que les ames nées ſenſibles
& reconnoiffantes ne sçauroient contenir
, & qui ſe répandent malgré elles far
tous ceux à quielles penfent avoir quel
que obligation. Elles ne me feront pas
prendre le change ſur le peu de valeur
d'un écrit auſſi médiocre que le mien,
Dy
\
82 MERCURE DE FRANCE.
J'avouerai feulement avoir été extrêmement
ſenſible à la juſtice que vous rendez
à mon motif , à ce zéle invincible &
peut-être indiſcret que l'on y voit pour le
progrès des Belles- Lettres & des Arts , &
pour retenir chés ma Nation le goût du
grand , du vrai , & de ce ſimple & beau
naturel qui nous échape de toute parr.
Uniffons nous tous les deux , Monfieur ,
pour un fi digne projet. Vous , par la voix
fortede l'exemple , en donnant d'excellens
ouvrages ; moi , par la voix modefte des
remontrances dans une Critique très -mefurée.
Si je puis réuſſir à faire quelque
converfion à cet égard , je vous déclare
que non- feulement je ne craindrai plus
vos éloges , mais qu'alors j'aurai beſoin du
fecours de votre amitié pour réprimer mon
amour propre . Rien ne peut le piquer que
la gloire de contribuer à ce qui eft utile
&honorable à ma Patrie & à mes Concitoyens.
Ne m'en faites aucun mérite.
Ce font de ces vertus d'inſtinct & de tempéramment
, indépendantes de notre
choix , & même de notre volonté. L'attachement
que j'ai pour vous n'eſt pas de
ce genre : il eſt uniquement l'effet d'une
eſtime éclairée , dûë au mérite de votre caractére.
Ne doutez point , Monfieur , que
la générofité de vos ſentimens ſur maCriSEPTEMBRE
. 1748. 83
tique ne l'ait beaucoup augmenté , auſſibien
que le defird'être toute ma vie avec
un parfait dévouement , Monfieur , votre,
&c.
**
EPITRE
De M. de la Soriniere , de l'Académie Royale
des Belles- Lettres d'Angers , à M. Corvaiſier
, de la même Académie.
APrès un ſommeil affés long ,
Quand notre Académie en furfaut ſe réveille
A la clochette d'Apollon,
Maint plaiſant veut crier merveille
Sur phenoméne ſi nouveau ,
Et déja de ſon froid cerveau
Tire Sarcaſine & Brocardeau :
Le fat qu'il eſt ! il ne sçauroit comprendre;
Qu'ici bas tout état ſoumis aux loix du fort ,
Tantôtplus , tantôt moins , s'éleve & prend l'effor
Je m'en vais le lui faire entendre .
Une comparaiſon en termes aſſés forts
En doit graver ici l'ineffaçable Type.
>>La Hollande jadis dans les fers de Philippe
>> Languiſſoit abbatuë , & dormoit dans ſes Ports..
>>> On ne ſoupçonnoit point ces vigoureux efforts
>> Qui la firent paroître à l'Europe étonnée
1
Dvj
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
>>>Sous l'éclat triomphant d'une autre deſtinée.
>>> Il falloit que Naſſau par les Dieux inſpiré ,
>Concevant la grandeur d'un projet conſacré ,
> Laborieux , actif & ruſé Politique ,
>>D'un peuple eſclave né fît une République ,
> Et portant de ces coups qu'admire l'univers ,
>> Rétablit dans ces lieux , où regnoit la triſteſſe,
>>Avec la liberté , l'honneur & la richeſſe.
( Voltaire , un tel exploit eſt digne de tes vers. )
Il en eſt tout ainſi de ce Temple des Muſes ,
Et de ces doctes Aréliers .
Depuis vingt ans entiers
Yparoiſſoient récluſes
Parmi nos meilleurs ouvriers,
L'indolente pareſſe ,
La non-chalance & la molleſſe
Et l'on n'oſoit prévoir le retour de ce ton ,
Qu'enfante le travail , & qu'enſeigne Apollon
Aux plus zélés de ſes Adeptes ,
Quand tout-à-coup des cimes d'Hélicon
Deſcendit un certain garçon ,
Qui par l'exemple & les préceptes
Rétablit tout à l'uniſſon ,
Et nous fit tous chanter enſemble
Tant douce , & tant belle chanfon ,
Que tout connoiſſeur ſe raffemble ,
Pour écouter notre leçon ,
Dans cette Royale Maifon ,
Où les talens , la politeffe ,
SEPTEMBRE. 1748. 85
L'eſprit , les graces , la nobleſſe ,
Concourent avec la raiſon .
Encore un mot : pas davantage
Corvaiſier , c'eſt-là ton ouvrage :
Je n'ai pas pû taire ton nom **
A la Soriniere 1748 .
CONJECTURES fur la Méchani
que , employée pour électriſer les corps.
Uels effets doit produire une telle
ra le changement de forme qui doit arriver
à l'air qui environne le Globe . Le ſecond
fera le paſſage de cet air qui vient
de changer de forme dans le canon &
dans ſa circonference. Le troifiéme ſera
les nouvelles formes que prendront les
parties du canon. Suivons ceci , & commençons
par la modification de l'air autour
du Globe. Le Globe , dans ſon mouvement
circulaire , n'emportera-t'il pas
avec lui les particules d'air , qui compriment
immédiatement ſa ſurface ? Je le
crois ainfi. Cette ſuperficie d'air , dont le
Globe eſt environné , tournera donc en
rond , & peut- être même le mouvement
* Unushomo refiituit ve.m
86 MERCURE DE FRANCE.
de cet air ſurpaſſera - t'il de beaucoup
celui du Globe. Qu'est- ce que cela produira
? Un tourbillon particulier d'air autour
du Globe. Oüi , me direz-vous , mais
toutes ces parties aëriennes ainſi agitées
vivement , & dans un mouvement circulaire
, ne feront-elles pas quelque effort ,
afin de s'éloigner du Globe ? Elles le feront
, mais leur mouvement en rond eſt
trop vif , pour qu'elles ſe puiſſent faire un
paſſage au travers de l'air extérieur , qui
bien loin de leur faciliter quelque iſſuë ,
les comprimera , les reſſferrera , &les condenſera
autour du Globe , de la même maniere
qu'un tourbillon d'air , qui ſera refferré
par l'air qui l'avoiſine , deracine
quelquefois de grands arbres, ſans toucher
à ceux qui les approchent. Voilà donc un
tourbillon formé autour du Globe , où il
ſe trouve emprisonné.
Venons maintenant au paſſage de l'air
ainſi agité en rond , tant dans le canon
quedans ſa circonference. N'est-il pas vrai
que fi le canon, au moyen dela feuille d'auripeau
, touche le Globe , la colonne
d'air , qui empriſonnoit le tourbillon d'air
autour du Globe , ſera rompuë en cet endroit
ſeulement ? Sans doute , me direzvous
: mais qu'arrivera-t'il de-là ? Il arrivera
que les tourbillons d'air raſſemblés
SEPTEMBRE. 1748. $7
autour du Globe , s'échapperont , mais
où iront- ils ? Autour , & en votre canon
, parce qu'ils ne trouveront point
de réſiſtance de ce côté. Qu'est-ce qui
les retiendra autour , & dans le canon ,
me
ne
demanderez-vous ? La même cauſe qui
les retenoit autour duGlobe ; en effet cet
-air, en fortant d'autour du Globe, conſerve
fon mouvement en rond , ce qui ne lui
permet pas de ſe mêler avec l'air extérieur.
L'air qui environnoit celui qui vient de
paffer d'autour du Globe au canon ,
prendra-t'il pas la place de celui qui vient
de s'échaper , & ne ſera - t'il pas modifié
*de la même maniere ? Cela doit être ainſi ,
& de plus repaſſer avec le premier , &
ainſi de fuite. Voilà bien des tourbillons
qui paſſent dans le canon , me direz-vous ?
Où ſe placeront- t'ils ? Ils environneront
votre canon extérieurement & intérieurement
, ils pourront même s'introduire juſquesdans
les pores du canon. Qu'appercevez-
vous de tout ceci ? Un canon extraordinairement
chargé & environné des
petits tourbillons d'air extraordinairement
preffés & comprimés , car plus le canon
fera chargé & environné de cet air agité
en rond ,plus ce même air fera d'effort
pour vaincre l'air extérieur qui l'emprifonne
,&plus ſon effort fera grand , plus
88 MERCURE DEFRANCE.
la réſiſtance de l'air extérieur augmentera ,
le comprimera , le condenſera&le réduisa
enun certain eſpace.
Voilà donc un canon déja capable de
produire des grands effets , & pour faire
joüer la machine , il ne nous reſte plus
qu'à parler de nouvelles formes que doivent
acquerir toutes les parties intégrantes
du canon. Penſez- vous que le frottement
que reçoit la feuille d'auripeau par le
mouvement circulaire du Globe , ne puiffe
par la communication qu'elle a avec le canon
, ébranler , émouvoir , & faire trembloter
toutes les parties intégrantes du canon
? Cela doit arriver , ſi je ne me trompe
; voilà donc le canon chargé & environné
de toutes parts par des petits tourbillons
, qui reffentira des vibrations dans
toutes les parties intégrantes.
Accrochez maintenant un fil d'archal
au canon , il ſera tout d'un coup , & environné
de tourbillons , par la même raiſon
que le canon vient d'en être environné ,
&participant aux vibrations du canon. IM
en ſera de même de la perſonne qui tient
le fil d'archal accroché au canon , & des
perfonnes qui la tiendront par la main , &
qui formeront un cercle , également à l'égard
de la cuillere pleine d'eau-de- vie
tenue d'une main par la perſonne , & qui
SEPTEMBRE. 1748. 89
tient de l'autre le fil d'archal accroché au
canon.
Maintenant , ſi vous voulez voir ce que
la machine ſçait faire , touchez le canon.
Vous l'avez touché , & vous vous trouvez
unpeu repouffé , avec un peu de douleur à
l'extrêmité de votre doigt. Ne voyez-vous
pas que vous avez rompu la muraille de la
priſon de tous les tourbillons d'air ? Ignorez-
vous, qu'après que vous avez rompu la
réſiſtance à tous ces tourbillons , ilsdoivent
s'élancer ſur vous avec d'autant plus
de force , que vous venez de diminuer la
force qui les retenoit ? Est- ce que leur
élancement fur vous ne doit pas être augmenté
, au moyen des vibrations des parties
integrantes du canon ,& au moyen de
ce que toutes les parties du canon qui
étoient comprimées par les tourbillons
mêmes , ſe reſtituent tout d'un coup par
leur propre reſſort ? Vous avez donc dû
vous ſentir repouffé avec douleur au bout
du doigt , mais vous avez en la ſatisfaction
de voir une étincelle de feu , preuve du
mouvement précipité , troublé & vertical,
avec lequel ces tourbillons font venus fondre
ſur yous.
Ne touchez pas au fil d'archal qui tient
aucanon, autrement il vous arrivera lameme
choſe , & par les mêmes raiſons.
90 MERCURE DE FRANCE.
Puiſque vous êtes déja fatisfait de cette
expérience , c'eſt à mon tour à tenir le fil
d'archal qui eſt acroché au canon , & me
voilà environné de tous côtés par des
tourbillons pareils àceux qui environnent
& le canon & le fil de fer que je tiens ;
peut-être auſſi que les fibres de mon corps
participent aux mouvemens tremblotans
des parties intégrantes du fil d'archal que
vous me voyez tenir. Ne me touchez done
pas , ni à mon épée , car il en feroit de
même à peu près , comme quand vous
avez touché le canon : mais donnez-moi
dans cette main , qui me reſte libre , une
cuillere pleine d'eau de-vie.Vous me direz
que puiſque je tiens la cuillere , elle deviendra
environnée comme moi des tourbillons.
Oiii, ſans difficulté; il en ſeroit la
même chofe de vous, fi vous me touchiez,
ce qui vous mettroit hors d'étatde pouvoir
mettre le feu à l'eau-de-vie qui eſtdans
ma cuillere , parce qu'étant environné des
tourbillons qui m'environnent , vous ne
pouvez plus rompre la colomne d'air qui les
preſſe&les retient priſonniers dans l'eaude-
vie & aux environs , mais ſi vous ne
me touchez point , portez votre doigt le
plus perpendiculairement que vous pourrez
, vous romprez la priſon de ces tourbillons
, & ils s'en iront avec tant de pré
SEPTEMBRE. 1748 . 91
pitation qu'ils mettront le feu à l'eau-dede
avant de la quitter.
Prenez maintenant la petite bouteille
ue je viens d'acrocher au canon ; ayez
oin de la ferrer en votre main , donnez
otre autre main à votre voisin , & votre
'oiſin me donnera la ſienne ; li je touche
e canon entre le Globe & le canon , nous
aurons chacun un grand coup , fulfionsnous
200 à nous tenir par la main ; en
effet , contre qui voulez-vous , lorſque je
romps la colomne d'air,que les petits tourbillons
du canon , vivement élancés par
leur propre élasticité , & par une aſtriction
ſubite des parties du canon ſur elles-mêmes
, auſſi bien que de la bouteille , agiffent
? Se perdront- ils rout d'un coup dans
l'air extérieur ? Non ,ils trouvent trop de
réſiſtance de ce côté , parce qu'en fortant
ils fontdans un mouvement circulaire trop
vif: ils agiront donc fur nous auparavant,
parce qu'ils trouveront moins de réſiſtance
de notre côté , en ce que nous fommes tous
environnés d'autres tourbillons , femblables
à ceux qui fe lancent ſur nous de la
part du canon , ce qui doit occaſionner en
chacun de nous une vive preffion à laquelle
nous devons attribuer le coup que nous
croyons reffentir : par lamême raiſon nous
devons être un peu repouſſés.
MERCURE DEFRANCE.
Je vois que ſans y penſer je viens de me
contredire, & vous m'allez demander comment
je puis préſentement rompre la colonne
d'air , afin de donner iſſue à tous
ces petits tourbillons , pendant qu'il n'y a
qu'un moment qu'il falloit ne vous point
toucher pour pouvoir mettre le feu à l'eau
de vie ; maintenant quoique vous me touchiez&
me teniez par la main , vous avez
rompunéanmoins la priſon des tourbillons .
Cette objection que je ne prévoyois pas,
me fait croire que le coup que nous venons
dereſſentir , vient plutôtde l'aſtriction ſubite
de toutes les parties integrantes du canon,
ſuivie d'une reſtitution aufli prompte de
ces mêmes parties , que de l'irruption des
tourbillons fur nous. En effet, en touchant
le canon , j'ai occafionné un ébranlement
extraordinaire de toutes les parties du canon;
par cet ébranlement le canon & la
bouteille ont fait un effort extraordinaire
pour chaſſer tous les tourbillons d'air.comprimésdont
ils étoient environnés , mais
l'air exterieur a contrebalancé leur force ;
à quoi a donc abouti tous ces efforts ? A
comprimer dans le même inſtant tous les
tourbillons dont nous étions ci-devant environnés
, & c'eſt à cette vive preſſion que
nous attribuerons le coup que nous avons
reffenti.
SEPTEMBRE. 1748 . 95
La partie petitede la feuille d'or qui voltige
au- deſſous du canon,tantôt en s'en approchant,
tantôt en s'en éloignant , eſt une
preuve du balancement continuel entre
I'air extérieur&les tourbillons comprimés,
& des mouvemens irréguliers que reçoit
l'air extérieur juſqu'à une certaine diſtance;
il ne fera donc point ſurprenant que ſi
elles'approche trop du canon , elle aille s'y
coller, fi elle s'en éloigne trop au contraire
, elle tombera par terre .
Si vous ſuſpendez votre canon avec des
fils de ſoye , la matiere électrique ne paſſera
point dans ces fils , ils diminueront au
contraire celledu canon. Peut- être les parties
intégrantes de la foye ne font pas Tufceptibles
de vibrations affés fortes pour
permettre aux petits tourbillons de s'étendre
& de ſe multiplier ſuffisamment au
tour des fils de ſoye ; à faute de ces vibrations
ſuffiſantes , qu'arrive-t'il ? Que l'air
extérieur n'eſt point pouffé affés loin des
fils de foye , pour permettre un libre paſſage
aux tourbillons qui ſe préſentent poury
paffer. Joignez à cette raiſon , que parce
qu'ils ne peuvent recevoir des vibrations
allés fortes , ils ſe trouvent par la même
raiſon hors d'état de pouffer affés vivement
les tourbillons ,lorſque l'on touche
ces fils. La vertu électrique du canon ſera
94 MERCURE DEFRANCE.
même diminuée , parce que ſes vibrations
feront émouffées par cette ſuſpenſion. Les
corps élastiques feront donc les plus faciles
à électriſer , & plus l'air ſera élastique ,
mieux la machine fera ſon jeu .
, En mouillant le canon d'un peu d'eau
l'eau ſe raſſemblera en gouttes dans la partie
baſſe du canon , elle tombera enfuite
par gouttes , froides comme de la neige , &
comme un petit globule de flâme violette.
Qui eft-ce qui cauſe ce phénomene ? J'attribue
la fraîcheur de ces gouttes d'eau à
la condenſation de toutes ſes parties , occaſionnée
par la preſſion des tourbillons qui
- les environnent ; peut-être pourroit - on
parvenir par cette méchanique à former
de la grêle ; les gouttes d'eau paroîtront
lumineuſes , parce qu'au moyen de ce qu'elles
ont été condenſées , elles refléchiffent
plus de rayons de lumiere.
Je n'ai point vû d'autres expériences à
ce ſujer. Tout ceci demanderoit une explication
plus détaillée , mais cela ne ſe
peut faire dans une Lettre , dans laquelle
toute mon envie eſt de vous donner unc
légere idée de mon ſyſtême.
SEPTEMBRE. 1748. 95
0
FABLE.
Le Mourant & les Médecins,
N dit qu'un jour au fond de ſataniere
Sire Lion , gouteux & décrépit ,
Voyant enfin le bout de ſa carriere ,
En ſes Etats publia cet Edit ;
Que tout Docteur en fait de Médecine
>>Vint le trouver en dix jours au plus tard,
L'ordre reçû , la Faculté chemine ;
L'Ane , le Loup , le Singe , le Renard ,
S'en viennent donc trouver notre vieillard;
Il défiroit , dit-on , ce bon Monarque ,
Que fans uſer de feinte& de détour ,
Chacun lui dit , s'il croyoit que la Parque
Tranchât bien-tôt le filet de ſes jours ,
( Car il vouloit , ſcrupuleux & timide ,
Auparavantde deſcendre au tombeau ,
Reſtituer ce que ſa dent avide
Sçût autrefois ravir à maint troupeau ; )
Mais nonobitant cela , par pure flaterie ,
Nos Médecins dirent tous d'une voix :
>> Bien inſtruits de votre maladie ,
>>Chacun de nous voit que ſelon nos Loix ,
Vous aurez , Sire , encor quinze ans de vie.
Decet eſpoir leMonarque flaté ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Se repoſa ſur une prophétie ,
Dont il connut trop tard la fauſſeté.
Deux jours après le mal croît & s'augmente.
Onphiloſophe , on cherche , on ſe tourmente ,
Chacun en vain épuiſa ſon ſçavoir ,
Le Roi mourut , ſans regler ſes affaires ;
>>P>ourquoi , Médecins téméraires ,
Faites-vous l'homme blanc, quand vous le voyez
noir ?
→→→Par une cruelle indulgence ,
>>Vous ſçavez le flater d'un chimérique eſpoir ,
>>Mais malgré vous , ſa mort s'avance.
LETTRE écrite de Nevers.
PErmettez-moi , Monsieur, de propo
au Public par la voye du Mercure,
l'explication d'une ancienne Enigme , ou
plutôt d'une Inſcription , qui depuis bien
des années ( peut- être même des fiécles )
ſe préſente aux yeux de tous ceux qui veulent
la lire dans notre Ville , & qui eſt
placée ſur un Corbeau , environ à dix pieds
d'élévation à l'endroit où étoit autrefois
la principale porte de la Cité , & où l'on
doit aller recevoir MM. nos Evêques lorfqu'ils
font des Entrées folemnelles.
Cette Inſcription eſt gravée ſur une
pierre
SEPTEMBRE. 1748. 97
pierre beaucoup plus longue que large ,
de laquelle elle ne remplit qu'environ la
moitié ; une bordure en relief fert d'ornement
à cette même pierre ,& lui donne
la figure d'un tableau. Voilà , Monfieur
une copie ſervile de cette pierre & de
l'Inſcription .
,
Il y a , comme vous voyez , des lettres
plus grandes les unes que les autres , & un
oy enjambe ſur un v ; c'eſt à Meſſieurs les
Antiquaires à décider de quel ſiécle font
les caractéres , ſi l'Inſcription eſt du tems
du Paganiſme, ou depuis que le Chriſtianifme
a été établidans les Gaules , ſur quoi il
eſt bon de vous obſerver que de l'autre côté
de la rue & preſque vis-à- vis la pierre,
il y a une ſtatue de la Sainte Vierge , tenant
l'Enfant Jeſus dans ſes bras , mais
d'une ſculpture infiniment plus moderne ,
qui au reſte peut avoir été ſubſtituée depuis
un fiecle ou deux à une plus ancienne.
Guy Coquille , judicieux Commenta
teur de notre Coûtume , mais très- diffus
Hiſtorien de notre Province , n'a pas jugé
à propos de parler de cette Inſcription ,
mais Michel Colignon , Chanoine de Nevers
, le fait avec beaucoup d'emphaſe dans
la Préface d'un Livret imprimé à Paris en
1616 chés François Pomeray , & intitulé
Catalogue Historial des Evêques de Nevers ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
ANDE
CAMU
LOSTOVTI
SSIGNOS
IEVRV
SEPTEMBRE. 1748. 99
&voici de quelle façon il s'explique.
>> Qui ne ſçait , ( s'écrie-t'il dans cette
» Préface , ) que Nevers a été autrefois ap-
» pellé Noxius , nom qui lui étoit appro-
>>prié,voire même dès le tems de la Dicta-
>> ture de Furius Camillus ,qui fut environ
>> l'an du monde 3577 , & de la Ville de
» Rome bâtie 365 ,& avant la venuë de
» J. C. en terre , depuis ladite Ville de Ro-
> me édifiée 413 , ſelon que l'on peut con-
."jecturer , faiſant ſupputation des tems ,
>car la Ville de Nevers ayant été brûlée
& édifiée derechef, on rencontra dans
>>les fondemens une pierre preſque carrée
, contenant certaines lettres écrites à
>>la façon ancienne des Romains , mais
>>preſque toutes effacées , à cauſe du laps
>>de tems , deſquelles toutefoison peut
→ lire affés facilement celles - ci An. de.
» Camillos. toti. fic. noxie, uri. Par où il ap-
>>pert que pour lors elle étoit ſous la puif-
>>ſance des Romains & appellée Noxius ,
>> en ce même tems conſominée de feu , la-
>>quelle pierre ſe voit au mur de la mal-
>> fon qui fait le commencement de la Ci-
» té , où étoient les murailles de ladite
>> Villedu tems dudit Camillus &de Jules
» Céſar , devant laquelle maiſon les Eche-
>> vins reçoiventMM. les Evêques à leur
>> premiere & folemnelle Entrée ;la raiſon
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
>> de ce nom Novius peut être pour ce que les
>>Gaulois étoient ennemisjurés des Ro-
>>mains , & leur faifoient cruelle guerre ,
>> d'où arriva que Furius Camillus, homme-
>> fort valeureux , fut créé Dictateur , pour
>>>arrêter leurs courſes& les chaſſer d'Italie .
Qu'il me ſoit permis de faire deux obfervations
far ce que dit Colignon (& d'après
lui l'Auteur du Livre intitulé , Etats
Empires du Monde) . La premiere eſt que
je ne crois pas qu'il ait jamais trouvé dans
aucunAuteur ni aucun titre , que Neyers
ait été autrefois appellé Noxius ; il y a à la
vérité une ancienne Fortereſſe ruinée dans
la Province , appartenante à M. le Duc de
Nevers , firuée ſur une montagne eſcarpée
de tous côtés , appellée Montenoifon , &
en Latin Mons noxius , mais cette Fortereſſe
eſt à huit lieues de Nevers , & par conféquent
trop éloignée pour qu'il puiſſe y
avoirde la confufion dans les noms des
deux endroits ;je crois même qu'elle a été
élevée plutôt pour nuire aux Bourguignons
, qu'aux Romains,
La ſeconde obſervation eſt qu'il n'eſt pas
vrai que les lettres de l'Inſcription foient
presque toutes effacées , elles font très- entieres
,& il ne les annonce défigurées , que
pour faire adopter l'explication qu'il y
donne ; au reſte , il auroit du nous appren
SEPTEMBRE. 1748. 101
dre en quel tems la Ville de Nevers a été
brûlée&édifiée derechef, & la pierre rencontrée
dans les fondemens , & fur quels garants
il appuyé ces faits.
Il me reſte à prier les Antiquaires d'expliquer
l'Enigme ; perſonne ne le peut
mieux que M. l'Abbé le Beuf , & il en eſt
très-humblement prié ; peut être le ferat'elle
revenir de la prévention où il a parû
être , malheureuſement pour notre Ville ,
qu'elle n'eſt pas le Noviodunum Heduorum,
dontileſt parlé au ſeptiéme Livre des Commentaires
de Céſar , auquel cas notre Infcription
nous deviendra extrêmement précieuſe.
Je ſuis , & c .
AM. de Bufon , Intendant du Jardin
Royal des Plantes à Paris.
C
Et eſſai que Pégaſe apporta du Parnaſſe
Pour ce Jardin délicieux ,
Chés vous s'il pouvoit trouver place;
Peut-être exciteroit quelqu'un à faire mieux.
Inſcription pour le Jardin Royal .
Orbis & Artis opes locus hic en omnibus offert :
Hortum Florafibi fumpfit , Apollo Domum.
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE
Inſcription pour la Serre du Jardin.
Forte Pariſiacosfines dum Flora pererrat ,
Hicſtetit , atque novas lata profudit opes .
Triſtis hiems fubito procul hinc, &frigus acutum ;
Diffugiunt , & Ver occupat ecce locum.
:
: Inſcription pour la Fontaine du Jardin .
Quafterilis quondamNimpha & male parca fluebat
Plantas blanda Parens nunc rigat , atque nutrit.
Quin flores pingit varios , fuccoſqueſalubres
Suppeditat Medicis , & fugat omne malum.
AM. *** pour ſa Maiſon de campagne.
Bacchus & alma Ceres rus istud frugibus ornant ;
Scilicet iſtafamemſedat , & ille fitim.
Pour la Fontaine du Jardin .
Canofum per iter qua quondam invitafluebat,
Nuncpuris, & ovans, Nimphafuperbit aquis.
AM. l'Abbé Salier, Garde de la Bibliothéque
duRoi.
:
Inſcription pour cette Bibliothéque.
Mendacem Parnaſſum ultrà neGracia jactes
SEPTEMBRE. 1748. 103
Hicverum intus ineft , artis & omne genus,
Mortuus hic vivit, pandunt oracula muti.
Fonsfalit irriguus , qui fitit unde bibat.
LETTRE de Mademoiselle L. à M.
JE E vous envoye , Monfieur , les refléxions
ſur la ſociété , que vous m'avez
demandées , je ne ſçais pas trop à quelle
fin ; c'eſt ſi peu de choſe , que je croyois
qu'il devoit vous ſuffire d'en avoir entendu
la lecture. Il eſt vrai que comme vous
autres hommes n'attendez preſque riendes
perſonnes de mon ſexe , il nous eſt facile
de ſurprendre votre admiration , quand
nous nous mêlons d'écrire. Auſſi je ne regarde
les éloges que vous me donnez , que
commeun effet de cette politeſſe qui vous
eſt naturelle , & comme une marque de
l'étonnement où vous avez été de ne me
pas trouver tout-à- fait aufli ignorante, que
vous ſuppoſiez apparemment que je devois
l'être .
J'écris , dites-vous , avec légereté & avec
agrément . Vous trouvez de la juſteſſe
& de la préciſion dans mes idées , &
fi je veux vous en croire mon petit ر
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
ouvrage fait connoître que j'ai de la facilité
dans l'efprit & des ſentimens dans
le coeur. Vous avez imagine vrai - ſemblablement
que j'avois beſoin de ces
louanges pour me foutenir , & qu'en me
les donnant , elles deviendroient un engagement
qui pourroit me les faire mériter.
Au reſte, je ſuis flatée de la juſtice que vous
rendez au fond de mes ſentimens. Je ne
me pardonnerois pas d'avoir écrit , s'il
m'étoit échappé une ſeule phraſe que des
perſonnes ſages & raiſonnables fuſſent en
droit de me reprocher. A l'égard de l'efprit
, j'en ſuis moins touchée ; quand il
Teroit vrai que j'en aurois , il ſeroit toujours
gêné par les uſages , & je devrois le
cacher fous le voile des bienſéances .
Vous vous rappellez , Monfieur , l'occaſion
qui m'a fait devenir Auteur. J'avois à
prouver que nous ſommes tous faits pour
la ſociété. Un Philoſophe auroit compoſé
fur ce ſujet une Diflertation en forme
pour moi , je me ſuis contentée des reflexions
que voici .
L'homme ne peut ſe ſuffire à lui-même ;
tout lui annonce qu'il eſt fait pour la fociété.
Les cris de l'enfant qui vient de
naître , & les pleurs qu'il répand , font autant
d'invitations par leſquelles il ſollicite
SEPTEMBRE. 1748. 105
les ſecours dont ſa foibleſſe a beſoin ; s'il
formedans la ſuite des ſons qui devien,
nent les interprétes de ſes penſées , ce n'eſt
que parce qu'il les a appris de ceux à qui
le ſoin de fon enfance a été confié. Sa raifon
ne ſe forme , ſon jugement ne ſe développe,&
fes connoiſſances ne s'étendent,
qu'à l'aide des Maîtres qui font chargés de
l'inſtruire. Il lui faut des modéles pour l'animer
à bien faire ,&des rivaux pour exciter
ſon émulation. Il eſt même quelquefois
utile que la laideur du vice lui ſoit rendue
ſenſible par des exemples , afin de lui
en inſpirer plus d'horreur. La honte attachée
au crime eſt un frein capable de retenir
ceux qui ſe fentent le plus de penchantà
le commettre . Placez l'homme hors
de la ſociété : quelle reſſource a-t'il contre
l'ignorance qui l'environne , contre la trifteſſe
qui peut le ſaiſir , contre la douleur
qui ne vient que trop ſouvent le tourmenter
,& enfin contre l'ennui auquel il ſe
trouvera fans ceſſe expoſé? Il n'aura niDocteurs
pour l'éclairer, ni amis pour leconfoler,
ni même des indifferens pour lediſtraire.
De noires réflexions s'empareront de
ſon eſprit , & augmenteront ſes chagrins ;
il ſe plongera dans une fombre mélancholie
qui le rongera inſenſiblement,& il fuc
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
combera enfin , parce qu'il ne trouvera pas
dans fon propre fond les appuis qu'il auroit
trouvés dans le commerce des autres
hommes.
Que ſeroient les plaiſirs les plus touchans
, s'ils n'étoient partagés avec perſonne
? Dans quel affreux état tomberoient
ceux qui commencent à fentir le poids des
années,& qui voyent croître leurs infirmités
avec leur âge, s'ils ne trouvoient dans la
fociété les confolations , qui ſeules peuvent
leur rendre la vie fupportable ? Qui
les exhorteroit à la patience ? Qui s'attendriroit
fur leurs maux? Qui s'entretiendroit
avec eux des évenemens auxquels ils ont
eu pare dans le tems paſſé , fi on les réduifoit
à vivre dans la folitude ?
Toutes les réflexions que je viens de
propoſer en peu de mots , n'ont pour objet
que les beſoins mutuels , qui rendent les
hommes dépendans les uns des autres , &
qui les forcent en quelque forte de vivre
enſemble. Les inclinations , qui leur font
naturelles , peuvent encore leur découvrir
quelle eſt leur véritable deſtination. Que
fert en effer à l'homme d'être né humain
&compatiffant , s'il n'a perfonne fur qui
exercer ſa compaffion ? Pourquoi Dieu lui
a-t'il donné un coeur généreux , fi ſa généroſité
eſt ſans objet? Pourquoi ſent-il en
SEPTEMBRE. 1748. 107
lui-même ce penchant fi doux pour l'amitié,
s'il ne devoit point avoir d'amis ?
Que devient cette induſtrie qui enfante
& perfectionne les Arts ? Que deviennent
ces talens qui élevent fi fort l'homme audeſſus
de la bêre , & qui font la preuve la
plus certaine de ſa grandeur & de fon excellence
? Aquoi bon enfin ces organes où
éclattent d'une maniere ſi ſenſiblela ſagefſe
& la ſouveraine intelligence de celui
qui les a créés , ſi l'homme eſt fait pour être
folitaire ? C'eſt Dieu même qui a formé 1.s
liens de la ſociété , & vouloir les rompre ,
ce ſeroit nous rendre également malheureux
& criminels .
Mais faut- il donc condamner tant de
perſonnages ſi célebres , qui font allés dans
la retraite chercher une perfection qu'ils
déſeſperoient de pouvoir acquérir dans le
monde ? Peut-on dire qu'ils ſe ſoient rendus
coupables envers l'Auteur de la Nature
, parce qu'ils ſe ſont dérobés à leur véritable
deſtination ?
Pour répondre à cette difficulté , je dis
en premier lieu , que la ſociété eſt l'état
commun auquel tous les hommes font appellés
,& qu'il ne sçauroit leur être permis
d'en fortir , ſans l'ordre exprès de celui
qui les y aplacés.
Je dis en ſecond lieu qu'il faut biendif
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
tinguer la retraite de la ſolitude. Celui
que l'Eſprit deDieu conduit dans la retraire,
n'eſt pas un ſolitaire miſantrope, qui refufedeprendre
part& de concourir au bien
commun, mais un Citoyen prudent , qui
évite des périls plus forts que lui . L'un a
éprouvé les impreſſions funeſtes du fiécle ;
il en craint la contagion ,& il s'en ſépare
pour ſe ſouſtraire à une chute déplorable.
L'autre fuit le tumulte qu'occaſionne le
commerce des hommes ,& vaſe recueillir
dans la retraitepour être moins diſtrait dans
ſes travaux , mais les uns & les autres ne
perdent point de vûe leurs freres ,& ils les
aident & les foulagent en la maniere qu'ils
le peuvent. Quiconque iroit ſe renfermer
dans une folitude, pour s'affranchir des devoirs
de la ſociété, ne mériteroit le nom
ni de Chrétien , ni même de Philoſophe.
Vivons donc pour la ſociété , puiſque
nous ſommes créés pour elle. Travaillons
au bonheur de nos ſemblables , en mêmetems
que nous travaillerons au nôtre. Excuſons
leurs foibleſſes , ſupportons leurs
défauts , ſoyons ſenſibles au plaiſir de les
obliger , & tâchons de mériter l'amitié de
pluſieurs & l'eſtime de tous.
SEPTEMBRE. 1748. 109
VERS
Préſentés à Mlle *** , qui brodoit une robe ,
par M. de Mon .... à Andely .
C
Es bouquets ſéducteurs , par Minerve brodés,
Par leurs vives couleurs effaçent la Peinture ,
Et de près même regardés ,
Pourroient tromper fans peine & Flore & la Na-
2 ture.
Je ferois de ces fleurs amoureux comme un fou ,
Mais un clou chaſſe un autre clou .
Je ne vois plus l'ouvrage , ou le laiſſe en arriere ,
Si-tôt que mes regards tombent ſur l'Ouvriere ;
Un objet fi charmant , de tout autre vainqueur ,
Occupe ſeul toute mon ame.
La ſurpriſe y fait naître une brûlante flame ,
Etle charme des yeux paſſe juſqu'à mon coeur.
110 MERCURE DE FRANCE .
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
DISCOURS * .
Le vrai bonheur conſiſte dans la Sageffe.
'Homme eſt le plus parfait ouvrage
Lonefort des
eſt l'abregé de toutes les merveilles. Tout
ce qui l'environne lui donne des idées de
ſa grandeur. Qu'il jette les yeux fur la terre
, il y découvre les plus belles moiflons
pour ſervir à ſa nourriture ; qu'il regarde
dans les airs , les oiſeaux n'y volent que
pour lui ; qu'il entre dans les forêts , des
animaux de toutes eſpeces s'offrent à ſa
vûe , & viennent en quelque forte le reconnoître
pour leur Maître. Les fleuves&
les rivieres ne coulent que pour fon utilité;
la mer même n'applanit ſes flots&ne lui
ouvre ſon ſein, que pour fournir à ſa délicateffe&
à ſa ſomptuofité.
Tous ces prodiges lui font connoître ſa
ſupériorité fur tour ce qui eft créé. Tout
lui retrace la nobleffe de fon origine & l'idée
de fon Créateur .
Abandonné cependant à lui-même , &
aveuglé par les biens ſéduifans dont il eſt
* L'Auteur de cet Eſſai étant extrêmement jeune,
an ne doit pas le juger avec beaucoup deſévérité.
SEPTEMBRE. 1748. fir
de poffeffeur , fa félicité irrite ſes paſſions.
Il s'étourdit ſur ſon état , & méconnoît
quel eſt le principe de ſon être, & quelle en
doit être la fin . Il veut établir ſon fuprême
bonheur dans la poſſeſſion des richeffes ,
mais qu'y trouve t'il ? Le poids accablant
des inquiétudes. La plus grande fortune
eſt-elle autre choſe que la plus grande fervitude
? *
Un mêlange de baſſeſſe & de grandeur
occupe tour à tour l'efprit & le coeur de
l'homme. La baffefſe le retient vers la rerre
, & voudroit lui perfuader qu'il y trouvera
tout ce qui peut le rendre heureux.
Sa grandeur l'éleve vers le Ciel , elle lui
fait mépriſer tous les biens terreftres , &
enviſager confufément un bien infiniment
plus durable & plus vrai.
Comment l'homme connoît-il ce bien fi
défirable ? Par la ſageſſe , qui fait elle feule
fon bonheur . C'eſt auffi Dieu feul qui
peut nous la donner , & c'eſt un rayon de
ſa lumiere, qui l'a imprimée au fond de nos
ames, pour en difliper les tenebres , & nous
empêcher d'errer dans des fentiers oppofés
à la vertu. Oüi , il n'y a que la ſageſſe qui
puiffe nous faire jouir du véritable bonheur.
Elle nous éclaire , elle dirige nos pas,
*Magnaſervitus est magnafortuna. Seneq.
112 MERCURE DEFRANCE.
elle eſt l'unique ſource de la paix du coeur
& de l'eſprit.
Que l'homme rejette done ces idées faufſes
, qui le portent à faire ſes délices des
biens terreſtres. Qu'il ſcache que nous
comptons pour rien les revers de fortune
, & toutes les cataſtrophes auxquelles
nous ſommes expoſés , quand nous avons
la ſageſſe en partage. Qu'il apprenne que
le plus fage de tous les Rois a dit que les
biens& les honneurs du ſiècle n'étoient
que vanité ; qu'ils ne pouvoient fatisfaire
le coeur humain , qui malgré ſa dépravation
, ſe ſent toujours de la grandeur de
ſon origine. L'homme eſt fait pour connoître
le vrai & pratiquer la vertu ; il eſt
porté naturellement à la chercher , & il
n'eſt heureux que quand il l'a trouvée.
En effet , l'avare eſt- il tranquille au milieu
de ſes tréſors Non ; la crainte & les
follicitudes ne lui permettent pas de goûter
de repos. Ses yeux ne peuvent fe fermer
& s'abandonner aux douceurs du ſommeil
; il craint toujours qu'on ne lui enleve
ce qui le rend malheureux .
Qu'on interroge un Guerrier , qui tout
couvert de lauriers, cherche encore de nouveaux
périls,&qui dépofitaire des graces &
des bienfaits de ſon Prince , les diſpenſe à
ſongré; il répondra qu'un bonheur fondé
SEPTEMBRE. 1748. 113
fur les caprices de la fortune , ne peut rendre
un homme véritablement heureux.
Un Sçavantdans le fond de ſon cabinet
jouit- il du parfait bonheur ? Son éloignement
du tumulte du monde,& fon occupation
continuelle , nous engageroient à le
croire. Il n'eſt cependant pas fatisfait ; il a
des rivaux contre qui ſa vanité l'irrite ; il
s'imagine que leurs talens diminuent en
quelque forte les fiens ,& les éloges qu'on
donne à leurs ouvrages , il les regarde
comme autant de larcins qu'on lui fair.
Dégageons donc notre coeur de ces pafſions
qui l'attachent à la terre. Elevons.
nous vers la ſageſſe , qui eſt ſeule capable
de faire notre bonheur , & de remplir l'immenſité
de nos défirs. C'eſt dans elle que
nous trouverons ces grands & généreux
ſentimens qui répondent à notre grandeur
véritable. Notre eſprit ſe perfectionnera
par la connoiſſance des vérités qu'elle lui
découvrira ; elle nous donnera des lumieres
pures, pour affermir nos idées &étendre
nos connoiffances. Elle nous apprendra
que c'eſt pour Dieu que nous fommes faits;
que c'eſt pour le connoître qu'il nous a
donné un entendement ; que c'eſt pour
l'aimer qu'il nous a donné un coeur , &
que c'eſt pour augmenter notre amour qu'il
veut que nous puiſions dans ſes tréſors la
114 MERCURE DE FRANCE.
véritable vie & la véritable félicité.
Aquoi vous fert , hommes infenfés ,de
connoître la ſageſſe , puiſque vous ne la
pratiquez pas ? Votre conduite eſt oppoſée
à ſes préceptes , & vous agiſſez dans
tout le cours de votre vie , comme ſi vous
ne l'aviez jamais connue.
Et vous Philofophe orgueilleux , en faites-
vous un meilleur uſage ? Vous qui vous
fabriquez une Religion ſur les principes
d'une raiſon corrompuë, & qui la changez
auſſi ſouvent que vos differentes paflions
vous agitent?
Vous ſeule , ô divine Sageſſe , pouvez
nous procurer la parfaite tranquillité. Vous
ſeule pouvez nous faite goûter la vraie
douceur. Efforçons nous donc de l'acquérir
, cette ſageſſe ; les routes qui y conduiſent
ſont belles , agréables , & l'Ecriture
nous aſſure que celui- la ſeul , qui marchera
dans ſes ſentiers , jouira d'une paix parfaite&
du vrai bonheur.
Satiabor cum apparuerit gloria tua.Pf. 16.17 .
ParMede S. F. de Vesoul , 1748 .
SEPTEMBRE. 1748 . τις
SSSS
VERS.
acaca
Préſentés à M. D. B. pour la Fere
de Saint Louis 1748 .
UN fage pour bouquet ne doit point vous offrir ,
Aminte , comme aux autres Belles ,
Des fleurs qui ſe puiſſent flétrir ;
Son coeur vous en doit d'immortelles.
Aupied du mont célébre où les doctes pucelles
Se plaiſent à les voir fleurir ,
J'ai cueilli cette bagatelle ;
Si le tems ne la fait périr ,
Qu'avec mon reſpect & mon zele ;
Aminte , vous avez une fleur éternelle.
LETTRE, écrite de Paris.
C
Omme vous vous intéreſſez , Monſieur
, à tout ce qui concerne la République
des Lettres , j'aurai l'honneur de
vous apprendre , qu'on vient de donner
au public le premier tome du Digeſte , infolio
, redigé en ordre par M. Pothier ,
Conſeiller au Préſidial d'Orleans. Ce Ma116
MERCUREDEFRANCE.
giſtrat qui eſt actuellement ici , y est venn
exprès , pour avoir l'honneur de le préſenter
lui-même à M. le Chancelier , qui
a eu part à la confection de l'ouvrage .
Vous ne ferez peut- être pas fâché de ſçavoir
ce qui lui a donné le jour , & comment
les choſes ſe ſont paffées.
M. Pothier , qui a fait une étude particuliere
du Droit , fut choqué , comme
l'ont été preſque tous ceux qui l'ont érudié
, de la confufion qui regne dans le
Digeſte , ouvrage d'ailleurs ft important
pour le bien & la tranquillité des Etats.
C'étoit peu même que le Digeſte fut confus
, & qu'on eût peine quelquefois à tirer
une déciſion claire de ce livre , & à la
trouver au beſoin ; il falloit encore accorder
enſemble le Code & les Novelles ,
qui ajoutent , retranchent , & modifient
en pluſieurs manieres beaucoup d'endroits
du Digefte , & il y a grande apparence ,
que la difficulté d'ajuſter ces trois ouvrages
, & d'en faire un tout régulier , avoit
épouvanté les plus courageux , & les avoit
détournés d'entreprendre un ſi pénible
travail . M. Pothier ſentit la difficulté autant
qu'un autre , mais comme il eſt homme
à réflechir, il ſe forma le plan d'un ordre
méthodique , & choiſit untitre du Droit,
SEPTEMBRE. 1748. 117
pour tacher d'exécuter ce plan , ſans autre
deſſein pour lors que de ſe ſatisfaire lui-même
, & d'eſlayer s'il pourroit réuffir. Ce
fut comme la premiere tentation qu'il eur,
& à laquelle il ſuccomba ſi heureuſement;
à cette premiere ſuccéda une ſeconde ,
qui fut de montrer ſon eſſai àun de ſes
amis , Conſeiller au même Préſidial , &
de plus Docteur & Profeffeur en Droit
dans l'Univerſité d'Orleans . Cet habile
Juriſconſulte , qui poſſéde parfaitement
cette matiere , loia beaucoup cet eſſai de
M. Pothier , & l'exhorta à continuer , ce
qu'il n'avoit guéres envie de faire. Le travail
en reſta-là pendant quelque tems ,
juſqu'à ce que le Profeſſeur ,ayant eû affaire
à M. le Chancelier , trahit en quelque
façon ſon ami ,& fit un rapport exact
&avantageux du projet de l'ouvrage qu'il
avoit lû . C'étoit une nouvelle qui méritoit
d'être annoncée à l'illuſtre Chef de la
Justice ; auſſi ce grand Magiſtrat l'écouta
avec d'autant plus de plaifir , que par une
rencontre affés finguliere , lui-même dans
ſa jeuneſſe avoit conçu à peu près le même
deſſein , & s'étoit formé le même plan ,
mais les grands emplois , par leſquels il
avoit paffe fucceſſivement , ne lui avoient
• pas permis de l'exécuter. M. le Chancelier
18 MERCURE DE FRANCE.
écrivit une lettre à M. Pothier , par laquelle
lui donnant avis du rapport que le
Profeſſeur d'Orleans lui avoit fait, il le
prioit en même tems de lui envoyer fon
cahier , afin qu'il en pûtjuger par lui-même.
M. Pothier , fort ſurpris de recevoir
cette lettre , ne pût ſe diſpenſer d'y répondre.
L'ouvrage fut donc envoyé , & ne
put être lû ni expédié ſi-tôt , à cauſe des
grandes affaires qui ſurvinrent en ce temslà
au Confeil. M. Pothier qui fut pluſieurs
mois ſans recevoirde nouvelles , crût qu'il
n'en recevroit aucunes. Le contraire arriva
cependant , car M. le Chancelier ayant
enfin trouvé le tems de lire le cahier , le
goûta fort , & en conféquence récrivit
àM. Pothier , que ſi ſes affaires le permettoient,
il voulûtbien ſedonner la peine
de venir à Paris , dans un tems qu'il lui
marqua , & qu'alors ils pourroient conferer
enſemble , & convenir de ce qu'il y
auroit à faire, M. Pothier obéit. Il vint ,
& M. le Chancelier lui communiqua ſes
vûës.
Le bruit de cette entrevûë s'étant répandu
, M. Gilbert de Voiſins , Avocat
Général en ce tems , & maintenant Conſeiller
d'Etat , voulut dans la ſuite être de
la partie ; pluſieurs desplus fameux Avo
SEPTEMBER. 1748. 119
cats du Parlement s'intéreſſerent de leur
côté. M. Pothier , ainſi encouragé , ſe mir
férieuſement à l'ouvrage. Le Privilége
pour l'impreſſion fut accordé ; on forma le
Profpectus ; le travail avança , & vint enfin
au point où il eſt aujourd'hui. Le premier
tome paroît , le ſecond s'acheve d'imprimer
, & le troiſiéme ne tardera pas.
Un des amis de l'Auteur lui fit préſent des
vers Latins ſuivans, qui font alluſion à fon
nom.
In Digeſtum meliùs ordinatum.
Mollelutumficutifigulus premit , atque reformat
Sic jus ordinat iſte liber , legeſque difertus
Colligit errantes variè , tenebraſque repellit;
Informat mores , lites compoſcit ubique,
:
120 MERCUREDEFRANCE.
A Mile Cleron sur le rôle de Didon qu'elle
vient de remettre au Théatre .
T
Andis que fur la scéne , où nos voeux vous
rappellent ,
Votre aſpect , allumant de nouvelles ardeurs ,
Communique le feu dont vos yeux étincellent ,
Et ſe captive tous les coeurs :
Le mien , belle Didon , vous offre ſon hommage,
Sur vos rares talens , ſur vos divins appas ,
Le public & mes vers n'ont qu'un même langage ;
Tout vous applaudit , mais hélas !
Quel est votre ſort & le nôtre ?
Certes , je le ſçais mieux qu'un autre :
D'un Héros vertueux votre coeur eſt épris .
Par les noeuds les plus doux vos deſtins font unis.
La gloire l'arrache à vos charmes,
Vos accens enchanteurs nous arrachent des lar
mes.
Enfin par un contraſte auſſi triſte que doux ,
Vous mourez pour Enée , & nous vivons pour
YOUSPar
M. de la Louptiere,
LETTRE
SEPTEMBRE. 1748. I2E
薪洗洗洗洗洗洗
LETTRE d'un Chirurgien de Province
à unMédecin de Paris,ſur la Garance ,
pour fervir de réplique àlaréponse de ce
dernier , inferée dans le Mercure du mois
de Février 1748.
J
E ſçavois bien , Monfieur , qu'en vous
adreſſant ma lettre , vous ſatisteriez à
tout. Votre réponſe eſt de main de maître.
Vous y faites ſentir , avec décence , la ſupériorité
de votre état ſur le mien , & dans
les circonstances préſentes cet objet n'eſt
point à négliger. Si vous penſez même
que mon attachement pour votre illuftre
Corps ſoit un moyen de plus pour la Faculté
, je vous laiſſe le maître d'en tirer le
parti que vous jugerez à propos. Une
choſe qui me flate infiniment , c'eſt la juſtice
que vous rendez à M. Duhamel. J'avouerai
de bonne- foi , que la note de cer
Académicien , inſerée dans les Mémoires
de l'Académie des Sciences , m'étoit échapée.
Si elle me fût tombée ſous les yeux ,
je me ferois bien gardé de relever ce défaut
d'exactitude. Ce qui paroît extraordinaire
, c'eſt que M, Guettard , Médecin
F
122 MERCURE DE FRANCE .
de votre Faculté , & Membre de l'Acadé
mie , nous annonce dans un livre d'obſer
vations ſur les Plantes , imprimé en 1747 ,
que " la propriété qu'ont les racines de lá
» Garance de rougir les os des animaux
>> vivans , n'eſt connuë que depuis quel-
>> ques années , & que le premier effet en
na été d'abord obſervé en Angleterre . «
Si nous voyons jamais une nouvelle édi
tion de cet ouvrage , j'eſpere qu'à l'exemple
de M. Duhamel ,& excité par le mien,
Î'Auteur voudra bien y inſerer une note
pour inſtruire ſes lecteurs de l'erreur dans
laquelle il a donné.
Vous penſez , Monfieur , que Mizauld
eſt le premier qui ait parlé de la propriété
de la Garance , dont il eſt queſtion entre
nous , & qu'il a écrit avant Charles Etienne
, que j'ai cité. J'ai des raiſons de croire
que l'Auteur Latin où j'ai lû , Erythrodanum
ofſa animalium rubefacit , eſt plus ancien.
Il est même probable que cette découverte
eft encore beaucoup plus reculée
dans l'antiquité. D'ailleurs , Charles
Etienne eſt pour le moins contemporain
de Mizauld , s'il n'eſt pas plus ancien ; le
premier étoit Docteur de la Faculté de
Paris en 1538 , comme il paroît par un
de ſes ouvrages * , donné au public dans
SEPTEMBRE. 1748. 123
la même année ; & la premiere édition de
la Maiſon Ruſtique , qu'il a publiée avec
Jean Liebault , eſt de 1582. Ceci fait voir
qu'il faut recourir àdes ſiécles plus éloignés
pour trouver l'Auteur de cette propriété
de la Garance .
Vous avez raiſon , Monfieur , de ſouhaiter
que M. Duhamel vérifie par ſes expériences
, ſi les tiges de cette plante ont
la même propriété que les racines à l'égard
de la coloration des os ,auſſi-bien que les
autres propriétés que les anciens agri
culteurs lui ont données. Il y a fatisfait en
partie , mais il reſte encore quelque choſe
àdéfirer.
Souffrez que je remarque que M. Guettard
, dans l'Epître Dédicatoire de ſon ouvrage
, dit au Prince , à qui il le dédie :
>>>Que l'honneur que Son Alteſſe vient de
>>>lui faire de le nommer fon Médecin
» Botaniſte , eſt un des motifs qui font
» qu'il oſe lui offrir cet ouvrage, qui regar-
>> de les glandes des plantes & leurs vaif-
> ſeaux excrétoires , comme des parties
» dignes d'être obſervées & qui l'avoient
>> peu été juſqu'ici. «
*Sylva ,frutetum , Collis , Parifiis , 1538.
Fij
124MERCURE DE FRANCE.
Je vous prie , Monfieur , d'éclaircir mes
doutes ; eſt-il bien vrai que les parties
des plantes ont été peu obſervées ? Est- il
encore vrai , qu'en ſuppoſant que M.
Guettard en fût un des premiers Obfervateurs
, il puiſſe employer ſes remarques ,
comme des principes certains de diſtinction
des plantes entre elles ? On peut , ce
me ſemble , conjecturer que les grands
hommes qui l'ont précédé , ayant reconnu
que cette Méthode ne conduiſoit à rien ,
ont établi des régles qui pourront paroître
plus lumineuſes& plus fûres.
****** le 28 Mars 1748 ,
SEPTEMBRE. 1743 . 125
On a dû expliquer les Logogryphes &
les Enigmes duMercure d'Août par Pref
Soir , Relation , Armoiries , Sac , Secret &
Portrait . On trouve dans le premier Logogryphefie
, pré , soir , Jo , Iſſé , ris , Pise
rose , ire ,foie , Sire , poire , pore , or, Ipres,
roffe, pois , Roi : dans le ſecond , ré , la, note,
ton Roi , Noyer , Laon taon ,Aretin .
tein , lait ,noir , ortie,nates Latone , ane ,
talion : dans le troiſieme , miroir , orme , mer.
or,mois,ame foir.
, د
, rofier , ami &
ENIGME.
Efuis l'appanage ordinaire
Du ſexe à qui le Ciel diſpenſa les appas ;
La France contre moi fit une loi ſevére
,
Que l'on n'obſerve point dans les autres Etats";
Je regne dans les champs , bien plus que dans les
Villes ;
Trois de mes ſoeurs & moi , des lits de nos ayeux
Etions jadis les foûtiens immobiles ,
Mais aujourd'hui l'on nous chaſſe entous
lieux ,
Comme des meubles inutiles.
Quelque bas que foit mon emploi ,
Finj
126MERCUREDEFRANCE :
Autrefois un Héros inſigne
De ſes robuftes mains ne me crût pas indigne,
Et fi l'antiquité trouve encor quelque foi
Dans l'eſprit de l'humaine race ,
Tandis quede la terre on couvrira la face ,
Les grands & les petits releveront de moi,
J
AUTRE.
E ne ſuis ni chair ni poiffon ;
Je ne fais , ni grand mal , ni grand bien, dans le
monde;
Je ſuis de la couleur de l'onde ,
Où Pharaon bût plus que de raiſon .
Comme le Nil je in'étends & reſſerre ;
Et laiſſe comme lui ma graiſſe ſur la terre.
Quiconque ſçait rimer devinera mon nom.
Les deux Enigmes précédentes font
d'un de nos meilleurs Poëtes Tragiques
modernes , qui les fit à onze ans, étant
alors en Seconde.
SEPTEMBRE. 1748 . 127
SAns
AUTRE.
Ans trembler ,
Je fais toujours en crainte ;
Sans crier
,
Toujours j'éclatte en plaintes,
Sans brûler ,
Je me tiens dans les flammes ;
Sans aimer ,
On me voit chés les Dames.
M. D. F. de BourgArgental-en-Forez
Con
AUTRE.
Omme les Rois j'habitedes Palais ,
Mais ſouvent la belle nature ,
Dans les miens que je ne quitte jamais ,
Fait briller ſa ſeule parure.
Une petite eſcorte m'y deffend ;
J'y brille ſeule fans ſeconde ,
J'y fais la guerre à l'innocent
Sur la terre comme ſur l'onde ;
Souvent je fais du mal ſans le ſçavoir ,
Et contre moi par fois l'on gronde ;
Car je ne puis exercer mon pouvoir ,
Sans faire jazer le monde .
Par M** , d'Alençon..
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
1
LOGOGRYPH E.
DE fix membres divers mon corps eft comi
pofé.
S'il eſt également en trois lots diviſé ,
Un T joint au premier , dans des têtes peu faines
Ajoute l'eſperance aux plus ardens deſirs ,
Et , pour un ſeul mortel qu'il comble de plaiſirs ,
Acent triſtes rivaux il cauſe mille peines.
Otez-moi le lotdu milien ,
On peut faire du reſte un mets digne d'unDieu.
On rencontre chés moi mille & mille merveilles ,
De ces fons enchanteurs qui charment les oreil
les,
L'ame de nos ragouts , l'agrément du difcours ,
Ce qu'aux Amans les plus fidelles
Accordent rarement les Belles ,
Et que l'Epoux obtient toujours ;
Ce qui fait ſous le joug plier les plus rebelles ,
Et qui d'un ſage Empire entretient l'heureux
cours.
Ma puiſſance s'étend ſur la terre & ſur l'onde.
A travers les rochers , les firtes & les mers ,
Je ferois aux mortels faire le tour du monde ,
Et le ſombre trajet du fleuve des enfers .
A contribution je ſçais mettre les airs.
Fuyant l'éclat trompeur des vanités mondaines ,
SEPTEMBRE. 1748 . 129
Auxprofanes regardsje cache mille attraits;
Mais ſouvent , aiguiſant leurs traits ,
Mes efforts n'ont ſervi qu'à former plus de chat
nes.
Avec l'aide d'un P chés le plus fier Berger
Ma premiere moitié fait naître des allarmes ;
Il ne la voit jamais ſans courir un danger ,
Qui de mainte Bergere a fait couler les larmes.
C'eſt bien pis , quand au lieu de trois
On prend mes membres cinq enſemble ,
Il n'eſt point de Guerriers qui devant moi ne
tremble,
Et qui ne ſoit pourtant flatéquand je le vois.
Me met-on au pluriel ? Mon pouvoir eſt ſuprême ,
Plus que je ne puis dire, onmechérit,,on m'aime;
Mesappas tour-puiſſans ſeduiſent juſqu'aux Rois,
Ils vont charmer l'Olympe même ;
L'Amour , le fier Amour , eſt ſoumis à mes loix ,
Mais ſi j'ai tant d'attraits , fi tout me rend les armes
,
Lorſque j'ai ſeulenrent cinq membres à la fois ,
Quand je les ai tous fix , jugez quels font mes
charmes.
S
30 MERCURE DE FRANCE.
LOGOGRYPHUS.
E
X pedibus mihi priſca novem dat fabula nos
men.
Ex his tres anni gratiſſima tempora præftant ,
Treſque locum ridet quo formofiffimus annus
In primis ; animal tres quo cum afperrima feles
Bella gerunt ; charites quot fint , ſi ſcire lubebit ;
Quæ fit pars arcus ſtridens fugiente ſagitta ;
Quis fuit Æneæ quondam generofior hoftis ;
Quæ fit & artifici quæ machina longa rotatu
Eſcas ante focum coquit , & quo nomine nati
Sponſa vocetur, habes inme: ſumdenique donum,
EXPLICATION des Enigmes
Logogryphes du Mercure de Juilles.
A DAMIS.
T
Air : du Vaudeville d'Epicure.
Out céde aux attraits de
Et tu crains pour ta liberté ,
Thémire,
Mais pour en conferver l'Empire ,
Fuis àjamais cette beauté.
Si de ton coeur elle s'empare ,
Tes efforts feront impuiſſans ;
La raiſon ſe trouble , & s'égare ,
Quand l'Amour a charmé les SENS
SEPTEMBRE. 1748. 331
Air : Ton himeur eft Catheraine.
Ajuger par l'apparence ,
On diroit que Clidamant
Se voue à la pénitence ,
Et qu'il jeûne affidûment ,
Mais ce perſonnage blême
Cache , ( on ne le croiroit pas )
Sous les dehors du CARESME;
L'embonpoint du Mardi-gras .
Air : De tous les Capucins du monde.
2 C'eſt aujourd'hui la PENTECOTEX,
Et j'ai pour femme une dévote.
Quej'entendrai de longs fermons ,
Et de fatiguantes harangues ,
Si Dieu , la comblant de ſes dons ,
N'en excepte celui des langues !
LUCAS .
Air : On ne parle que de béquille . ·
Bon pain , bon vin , & bonne chere ,
Voilà tout ce que nous voulons;
*On trouve dans ce mot Pentecôte , peste , for ,
Sep, Enée , tente , épée , noce , côte , cone , ſon , Eté ,
téte,Po , os ,Noé.
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE,
Finis donc , notre ménagere ;
Eh ! pourquoi toutes ces façons ?
De ce dindon , dis -moi , Nannette ,
Pour mettre une aîle ſous la dent ,
Nous faut-il une autre FOURCHETTE * ,
Que celle du bon pere Adam ?
Air : Non , je ne feraipas ce qu'on veut
que je faffe.
Le ſage , dit Platon , & fon illuſtre ſecte ,
De ſa félicité lui- même eſt l'ARCCHHIITTEЕCСTТЕ **
Lorſque ſur les débris des vices abattus ,
Dans fon coeur il prend ſoin d'élever les vertus.
* La fourchette du pere Adam , expreſſion populaire
, pour ſignifier les cinq doigts .
Ontrouvedans ce motfourchette , hêtre, chouette
, Ur , cour , Etéé,, fer,, roue , ruchee ,, or.
** On trouve dans ce mot Architecte, re , chaive,
Tacite , arc , arche , art , char , chat , échec , aréte
Cithére , Théatre , &.
Nau.
SEPTEMBRE. 1748. 13
NOUVELLES LITTERAIRES ,
M
DES BEAUX - ARTS , &c.
EMOIRES fur differens ſujetsde
, par M. Diderot.
A Paris , chés Durand , ruë Saint Jacques,
au Griffon , & chés Piſſot , Quai des Auguſtins
, à la Sageſſe , in- octavo , orné d'un
fleuron & de cinq vignettes.
Les principes généraux de l'Acoustique,
ou de la ſcience du fon , font la matiere
du premierMémoire. Sa briéveté n'a point
empêché M. Diderot d'y examiner pluſieurs
queſtions intéreſſantes & difficiles. Telles
ſont celles qu'on peut faire fur l'origine
de l'harmonie , ſur la nature du plaifir
muſical , & en général de tout plaiſir intellectuel
; ſur le ſon ,ſa formation , ſa vîtefſe
, ſa force , ſes intervalles & ſes eſpéces.
Dans le ſecond Mémoire , l'Auteur ſe propoſe
d'introduire la développante du Cercle
dans la Géométrie Elementaire. Pour
peu qu'on ſoit inſtruit , on ſçait que fiune
Courbe étant enveloppée d'un fil on
prend ce fil par une de ſes extrêmités , &
fi on le développe en le tenant toujours
tendu , le chemin tracé dans l'air ou far
un plan par l'extrêmité de ce fil,fera ce
,
134MERCURE DE FRANCE.
:
qu'on appelle une développante. Le troifiéme
Mémoire contient l'examen d'un
principe de méchanique ſur la tenfion des
cordes. On demande ſi une corde , attachéepar
une de ſes extrêmités à un point
fixe , & tirée de l'autre par un poids , n'eſt
ni plus ni moins tendue que ſi l'on ſubſtituoit
au point fixe un poids égal à celui
qui la tend déja. » Mettez , dit M. Dide-
>>>rot , cette corde à l'uniſſon avec une des
>> touches du Clavecin. Subſtituez enſuite
>>> le poids aupoint fixe.Si l'uniſſon eſt con-
>ſervé , la tenſion ſera la même . Si l'unif-
>> ſon ne ſubſiſte plus , la tenſion ſera diffe-
>>>rente , & la difference des ſons donnera
>>toujours celle des tenſions «. L'Auteur
dans ſon premier Mémoire a renvoyé les
Muficiens au Thermometre & au Barométre.
Ici', il renvoye les Phyſiciens au Clavecin.
Il s'agit , dans le quatriéme Mémoire
, du projet d'un Orgue , fur lequel
on pourra exécuter toute Piéce deMuſique
à tel nombre de parties qu'on voudra , inftrument
également à l'uſage de ceux qui
ſçavent la Mufique ,& de ceux qui l'ignorent
totalement. Ce morceau avoit déja
paru dans le Mercure , & c'eſt autant l'ouvrage
d'un homme de Lettres , que d'un
Méchanicien. Selon M. Newton , les retardations
, cauſées par l'air au mouvement
SEPTEMBRE . 1748 . 135
d'un Pendule , fſont comme les arcs parcourus.
L'objet de M. Diderot dans ſon
cinquiéme Mémoire eſt de diſcuter ſi cette
opinion doit être adoptée , & il trouve
par le calcul que ces retardations font ,
non comme les arcs en queſtion , mais
comme leurs quarrés. Voilà bien des vûës
nouvelles dans un volume , qui avec la
Table ne comprend pas plus de 250 pages.
On connoiffoit deja l'Auteur pour un
homme de beaucoup d'eſprit. En lifant
ces Mémoires , on reconnoîtra qu'il joint
à cet avantage celui d'être ſçavantMuſicien
, Méchanicien ingénieux ,& profond
Géométre.
ODES ſur la Religion , par M.de Claris,
Préfident en la Cour des Aides de Montpellier
. A Paris , de l'Imprimerie de P.
G. le Mercier , Imprimeur Libraire ordinaire
de la Ville , ruë Saint Jacques , au
Livre d'or , in- octavo , de 22 pages.
On peut confidérer la Religion fous la
Loi de nature , fous la Loi écrite , & fous
la Loi de grace. M. de Claris , faiſiſſant ces
trois aſpects , a compoſé trois Odes , dans
leſquelles il nous a paru qu'il y avoit diverſes
ſtrophes très-dignes d'être applaudies.
La premiere Ode commence par une
imitation du fameux Prologue du Ballet
des Elemens . L'Auteur décrit enſuite les
136 MERCURE DE FRANCE.
:
plaiſirs purs , dont Adam & Eve joiüiffoient
dans le Paradis Terrestre , & il apoftrophe
-ainſi l'Ange rebelle , ennemi de leur félicité.
Eſprit habitant des ténébres ,
Où t'a précipité l'errear !
Tu vois de tes antres funébres
Le ſpectacle de leur bonheur ,
De ton origine céleste
Le vain & déplorable reſte
Contre eux allume ton courroux.
Moins grands que toi par leur eſſence ,
Es plus grands par leur innocence ,
Quels objets pour tes yeux jaloux !
Il y adans la peinture que M. de Claris
fait de la chûte de notre premier pere , &
des ſuites funeſtes qu'elle a eues pour le
genre humain , pluſieurs vers dont tout
Poëte pourroit ſe faire honneur. Perfonne
ne peut non plus refuſer de juſtes éloges à
la deſcription du paſſage de la mer rouge .
Feu M. de la Motte , dans ſon Poëme
des Apôtres , avoit dit :
Le muet parle aufourd , étonnéde l'entendre..
M. de Claris paraphrafe cette image dans
fon Ode de la Religion ſous la Loi de
Grace .
SEPTEMBRE. 1748. 137,
Au Sourd, étonné de l'entendre ,
Le Muet ſe hâte d'apprendre
Qu'un Paralytique les ſuit ,
Et l'Aveugle , ouvrant la paupiere ,
Voit ſe ranimer lapouffiere
D'un Mort que les vers ont détruit.
Si en quelques occaſions , comme celleci
, M. de Claris imite des modéles , il
montre en pluſieurs autres endroits , qu'il
n'a pas beſoin des aîles d'autrui , pour ſoutenir
le vol le plus élevé.
LETTRES du Baron de Buſbec, Ambaffadeur
de Ferdinand I , Roi des Romains ,
de Hongrie , &c. auprès de Soliman 11 ,
& nommé enſuite Ambaſſadeur de l'Empereur
Rodolphe 11, à la Cour de France
ſous le Regne de Henri III. Traduires
en François avec des Notes hiſtoriques &
Géographiques , par M. l'Abbé de Foy ,
Chanoine de l'Egliſe de Meaux . A Paris ,
chés Jean-Baptifte Bauche , fils , Quai des
Auguſtins , à l'Image Sainte Geneviève ,
&Laurent d' Houry , fils , ruë de la vieille
Bouclerie , 1748 , 3 vol .
Les deux premieres de ces Lettres furent
imprimées pour la premiere fois à Anvers
en 1581 , ſous le titre d'Itinera Conftantinopolitanum
& Amazianum . En 1590 ,
on en donna une ſeconde Edition , dans
138 MERCURE DEFRANCE.
laquelle on ajouta la troifiéme & la quatriéme
Lettre , & l'on changea le premier
titre , en y ſubſtituant celui-ci , Augerii
Gifſlenii Turcica Legationes. Épiſtola Quatuor.
Il parut deuxautres Editions en 1592 &
en 1632. Dans cette derniere , on publia ,
avec les Lettres précédentes , celles que le
Baron de Bufbec avoit écrites à l'Empereur
Rodolphe II . Les réimpreſſions fréquentes
de ce Recueil annoncent ſuffiſamment
l'empreffement avec lequel il a toujours
été recherché. On ſçait d'ailleurs
que perſonne n'a plus étudié& mieux décrit
que le Baron de Buſbec , les maximes,
les moeurs , & les uſages des Turcs ; que
perſonne n'a mieux connu les avantages
& les défauts de leur Gouvernement ; que
fes Lettres , écrites de France à Rodolphe
II , font d'excellents Mémoires fur pluſieurs
évenemens du Regne de Henri III ,
& qu'en général tout ce qui eſt ſorti de la
plume de ce Miniftre , peut être regardé
comme un modéle pour les Ambaſſadeurs ,
qui veulent rendre compte à leur Maître
de cequi ſepaſſe dans les Cours où ils réfident.
Le mérite de ce Livre a engagé M.
l'Abbé de Foy , à le traduire , & à y joindre
pluſieurs notes hiſtoriques & géographiques.
On trouve dans le premier volume
de la Traduction les deux premieres
SEPTEMBRE. 1748. 139
Lettres de Buſbec ; dans le ſecond , les
deux Lettres ſuivantes , avec la harangue
d'un Ambaffadeur Ture à Ferdinand , &
les Articles du Traité de Paix , propoſés
par Soliman ; dans le troifiéme , le projet
de guerre contre les Turcs , & les Lettres
compoſées par Buſbec , pendant ſon Ambaffade
à laCour de Henri III.
ENTRETIENS ſur la cauſe de l'inclinaifon
des Orbites des Planettes , & c. par
M. Bouguer de l'Académie Royale des
Sciences. Seconde Edition , dans laquelle on
a ſaiſi l'occaſion d'examiner l'étenduë du
méchaniſme ou des loix de Phyſique . A
Paris , chés Fombert , Quai des Augustins ,
in-quarto de 138 pages , avec deux planches
, 1748.
Dans la premiere Edition , l'ouvrageque
nous annonçons conſiſtoit en trois Entretiens
, précedés d'une Préface raiſonnée ,
qui en contenoit une eſpece de précis . M.
Bouguer y introduifoit deux Cartéſiens ,
qui s'entretenoient familierement avec un
Newtonien. Chacun de ces Philoſophes
faifoit valoir ſon ſentiment , & y reſtoir
attaché. Cependant le Cartéſianiſme étoit
comme adopté provifionellement , & on
le faiſoit ſervir à la décifion de la queſtion
propoſée ſur le cours oblique des Planetres.
Le fondde l'ouvrage eſt le même. M.
140 MERCURE DE FRANCE.
Bouguer n'y a point touché dans cette ſeconde
Edition , ſi ce n'eſt pour étendre ou
éclaircir quelques articles , mais il a ajoûté
àla fin de chaque Entretien pluſieurs remarques
, qui forment comme autant de
Differtations complettes ,& qu'on peut regarder
déſormais comuie la partie eſſentielle
du Livre . L'Auteur y a preſque toujours
eu en vuede comparer entre elles les deux
Phyſiques regnantes de notre tems , de vérifier
celle qui s'accorde le mieux avec les
Phénoménes , & d'éclairer le choix qu'en
doivent faire les Lecteurs. La difficulté ſe
réduit à décider ſi le méchaniſme général
ne conſiſte que dans les ſeules loix du mouvement
, ou s'il s'étend à quelque principe
de plus , qui trouve également ſa force
comine les autres loix de Phyſique, dans la
volonté toute-puiſſante de l'Auteur de la
Nature.
M. Née , de la Rochelle , Avocat au Parlement
, a donné au Public un Commen
taire ſur la Coûtume des Bailliage & Comté
d'Auxerre, anciens Refforts & Enclaves,
rédigée en préſence des trois Etats. Ce Livre
le vend chés Jean-Baptiste Bauche, fils,
Libraire , Quai des Auguſtins , à ſainte Géneviève
.
Il y a eu un ancien Commentaire de cette
Coutume , fait par un nommé Billon.
SEPTEMBRE. 1748. 141
M. Née n'a rien épargné pour rendre le
fien exact & complet. On trouve à la fin
le Procès verbal de laCoûtume, une Table
alphabétique des matieres , &.une Table
des Villes, Bourgs & Paroiſſes, qui font du
reffort du Bailliage d'Auxerre.
Il paroît une Brochure de 94pages in- 12.
imprimée à la Haye , qui a pour titre Réception
du Docteur Hequet , aux Enfers. Elle
eſt dédiée à M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi. Quoiqu'elle ne ſemble avoir
pour objet qu'une Critique ingénieuſe ſur
Pabus de la ſaignée,&de l'étude de la Géométrie
& de la Muſique , pour la guériſon
des maladies , l'Auteur entreprend de
prouver que les Phyſiciens modernes ne
connoiffent la Nature que fuperficiellement
, & qu'ils prennent l'ombre pour le
corps ; il met dans une même cathégorie ,
non Ariftote , mais les Péripatéticiens , les
Cartéſiens , & même Newton , dont le
ſyſtême , dit- il , eſt la maladie épidémique
de notre fiécle ; il le confidere comme un
grand Géométre , mais il nie qu'il ait été
Philoſophe ; il ajoûte que ce qu'il a écrit
touchant les couleurs , n'est qu'une pure
idée ; qu'il n'y a pas de vuide , & que c'eſt
une foliede vouloir généralement tout foumettre
au calcul. L'Auteur diftingue deux
natures dans l'homme l'une inaltérable &
142 MERCURE DE FRANCE.
qui ne périt jamais ; l'autre édifiée par un
perpétuel concours d'addition & de fouftraction
de principes & de matiere , dont
la proportion, reglée par la nature , entretient
l'équilibre & la vie ; & c'eſt à l'étude
des moyens que l'Auteur indique pour
conferver long-tems cet équilibre , qu'il
invite les Médecins de s'appliquer , au lieu
de réduire leur doctrine à la ſaignée , aux
apoſemes & à des diettes outrées , mais il
prétend que l'homme doit coopérer de ſa
part par la ſobriété,
ESSAI fur la Caftrametation , ou fur la
mesure & le tracé des Camps , &c. par M. le
Blond , Profeſſeur de Mathématiques des
Pages de la grande Ecurie du Roi , & des
Pages de Madame la Dauphine.A Paris ,
chés Charles-Antoine Jombert , Quai des
Auguftins.
Cet ouvrage est très-bien exécuté. L'Auteur
traite d'abord de la formation ou de
l'arrangement des troupes. Il établit enſuite
les regles générales qui s'obſervent
dans l'ordre de bataille. Cet ordre conſiſte
à faire camper l'armée de la même maniere
que les troupes s'y trouvent placées.
L'ouvrage eſt terminé par un précis des
gardes qu'on employe à la ſûreté du Camp.
M. le Blond a traité cette matiere differemment
de ce qu'elle l'a été juſqu'à préSEPTEMBRE.
1748. 145
ſent , c'eſt- à-dire en expoſant des régles &
des maximes , dont la formation du Camp
n'eſt plus que l'exécution. Il reconnoît
qu'il a tiré beaucoup de ſecours d'un manufcrit
de feu M.le Comte de Chaſtellux ,
qui lui a été confié , & du Livre de M. le
Marquisde Puyſegur. Un tel aveu ne peut
qu'augmenter le mérite de ſon travail auprès
des Militaires. Ils n'y trouveront rien
de purement ſpéculatif, ni d'une théorie
trop recherchée . L'Auteur n'y ſuppoſe que
la connoiſſance des premieres régles de
Arithmétique &des premiers Problêmes
de la Géométrie pratique. Cet ouvrage
peut donner de grandes lumieres à ceux
qui voudront s'inſtruire par des principes
fûrs & par des conféquences bien déduites.
LEÇONS Elémentaires d'Aſtronomie
Géométrique & Phyſique, Volume in octavo
de 348 pages & planches . A Paris ,
chés les Freres Guerin , ruë S. Jacques.
BIBLIOTHEQUE Françoiſe , ou Hiſtoire de
la Litterature Françoiſe , dans laquelle on
montre l'utilité que l'on peut retirer des
Livres publiés en François depuis l'origine
de l'Imprimerie , pour la connoiſſance
des Belles Lettres , de l'Hiſtoire , des
Sciences & des Arts , &c. par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de l'Hô
144 MERCURE DEFRANCE.
pital . XI & XII volumes in- 12 , le premier
de 472 pages , le ſecond de 478. A
Paris , chés Pierre J. Mariette , &Hyppod
lite Louis Guerin , Libraires , rue Saint
Jacques , 1747.
DIALOGUE ſur l'expérience des remedes
indiqués dans le Mémoire ſur la goutte
, imprimé à Nantes chés André Querro -
Imprimeur de l'Univerſité , 1746 , dans
lequel on explique les principales difficultés
que peuvent propoſer les Gouteux ; les
effets des remedes , ſuivant les differentes
conjonctures ; leurs propriétés & la manie
re de les appliquer , avec le nom des drogues
qui entrent dans leur compoſition .
ANantes , de l'Imprimerie de la veuve P.
Marefchal , Imprimeur du Roi , vis-à- vis
le Puits- Lory , à la vertu , 1747. Brochure
in-octavo de's 2 pages. Cette Brochure ſe
trouve à Paris , chés Briaſſon , Libraire ruë
S. Jacques , à la Science.
HISTOIRE GENERALE d'Allemagne , par
le Pere Barre , Chanoine Regulier de ſainte
Géneviève , & Chancelier de l'Univerſité
de Paris. Tome IV , qui comprend les
régnes depuis l'an 1039 ,juſqu'en 1152 ,
in-quariode 708 pages , non compris la Table
des matieres. AParis, chés Ch. J. Baptiſte
de Lepine , & Jean-Thomas Hériſſant ,
Libraires , ruë S. Jacques , 1748 .
BENESEPTEMBRE
1748. 145
BENEDICTI XIV. Pont. Opt. Max. olim
Profperi Cardinalis de Lambertinis , primùm
Anconitana Ecclefia Epifcopi , deinde Bononienfis
Archiepifcopi , de Servorum Deibeatificatione
&Beatorum Canoniſatione Liber
11. Editio tertia auctior caftigatior , ad
asum Academia Liturgica Conimbricenſis.
Roma , typis Nic. & Marc. Palearinorum ,
1I747.
PRINCIPES de la Perfection Chrétienne
& Religieuſe , diviſés en deux parties. La
premiere traite de la perfection Chrétienne
, la ſecondede la perfection Religieuſe.
On y ajoint des Supplémens pour les Vierges
Chrétiennes qui ſervent Dieu dans le
monde.A Paris , chés la veuve Rondet , &
Labottiere , Libraires , ruë S. Jacques , &
J. Defaint , & C. Saillant , Libraires , ruë
Saint Jean de Beauvais , 1748 ; in - 12 .
LE COUP D'OEIL des Dictionnaires François
, où l'ortographe de chaque mot eſt
prouvée par régles , par M. Jacquier , ſe
trouve à Paris , chés le Gras , au Palais ; la
veuve Pifſſot , Quai de Conty ; Briaffon , ruë
S. Jacques , & Chaubert , Quai des Auguftins
, du côté du Pont S. Michel , 1748 ,
in-12.
LE CHRETIEN fidéle à ſa vocation , ou
Reflexions ſur les principaux devoirs du
Chrétien , diftribuées pour chaque jour du
G
146 MERCURE DE FRANCE.
mois , & utiles pour les retraites. A Paris,
chés Lottin & Butard , Libraires , ruë faint
Jacques ; Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , & la veuve Robinot , Quai des
Auguſtins , 1748 , in- 12 .
LE TOME XV de l'Hiſtoire générale
des Auteurs Sacrés & Eccléſiaſtiques ,
&c . par le R. P. Dom Remy Ceillier , Bénédictin
de la Congrégation de S. Vannes
&de S. Hydulphe , paroît depuis peu chés
Ph. Nic. Lottin , Imprimeur-Libraire , &
J. H. Butard , ruë S. Jacques , à la Vérité ,
&chés la veuve Pierres , auſſi ruë faint Jacques
, & Paulus du Mesnil , au Palais ,
1748 , in- quarto.
DICTIONNAIRE des Proverbes François,
&des façons de parler, comiques , burlefques
& familieres , avec l'explication , &
les étymologies les plus averées. A Paris ,
de l'Imprimerie de Giffey , chés Savoye ,
Libraire , ruë S. Jacques , à l'Eſpérance ,
1748 , in-quarto .
HISTOIRE Litteraire de la France par
des Religieux Bénédictins de la Congrégation
de S. Maur. Tome VIII , qui comprend
le reſte du onzième ſiécle de l'Egli-
Ie. A Paris , chés Huart , & Moreau , fils ,
ruë S. Jacques ; Chaubert , Quai des Auguſtins
; la veuve Brocas & Aumont , rue
S. Jacques ; David , fils aîné , ruë S. JacSEPTEMBRE.
1748. 147
ques ; Piget , Quai des Auguſtins , & Durand
, ruë S. Jacques , in-quarto de 733
pages , ſans l'Avertiſſement , 1748 .
L'ANNE'E MERVEILLEUSE . Comédie
en un Acte & en Vers. Par M. Rouffeau.
Repréſentée par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi. A Paris , chés
Cailleau , ruë S. Jacques , au deſſus de la
ruë des Mathurins , à S. André , 1748.
On a porté de cette Piéce à la lecture le
même jugement qu'on en avoit porté à la
repréſentation.
Le même Libraire débite la Tragédie de
François II , Veniſe ſauvée , le Méchant ,
laGouvernante, l'Amour Caſtillan , Ameftris
, Aphos , la Rivale Suivante , l'Ecole
amoureuſe , les Petits Maîtres , le Bacha
de Smyrne , les Tableaux , le Miroir , le
Préjugé vaincu , la Difpute , & plufieurs
aurres des Piéces nouvelles de Théatre .
GRAMMAIRE GEOGRAPHIQUE , ou Analiſe
exacte & courte du Corps entier de la
Géographie Moderne. Ouvrage traduit de
l'Anglois de M. Pat. Gordon , fur la feiziéme
Edition . A Paris , chés Durand, ruë
S. Jacques , & Piffot , Quai des Auguftins .
Ces Libraires nous ont envoyé , au ſujet
de cette Traduction , l'Avertiſſement que
nous allons inférer .
Quoiqu'il y ait déja bien des Traités
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
differens de Géographie , on a lieu d'eſpe
rer que le public recevra favorablement
celui- ci. L'Auteur Anglois ſçavoit , auffibien
que perſonne , qu'il y a fort peu de *
ſciences ſur leſquelles on ait tant écrit que
furla Géographie ; cette connoillance nel'a
pas empêché de donner ſon Livre , perfuadé
qu'il étoit , qu'en ce genre comme en
tout autre, il ſuffit pour réuſſir, qu'un Auteur
donne du nouveau , corrige les anciens
, ou préſente ſes matieres dans un
ordre & avec une méthode plus naturelle
& plus ſimple . Il avoit remarqué que de
tous les Auteurs qui l'ont précedé dans ce
genre d'écrire , il n'y en avoit aucun qui
n'eût peché ſenſiblement dans l'un des
trois points ſuivans , 18. Ou leurs Livres
font trop volumineux , & par-la refoidifſent
l'ardeur des jeunes gens & les empêchentde
ſe livrer à cette étude. 2°. Ou ils
font trop abregés & ne donnent qu'une
connoiſſance ſeche&bien ſuperficielle des
marieres , 3 °. Ou enfin ils ſont diffus &
écrits fans ordre & fans méthode , & ne
font qu'embarrafferl'eſprit desjeunes gens,
ſans qu'ils s'en apperçoivent , & empêcher
les progrès qu'ils auroient pû faire dans la
Géographie. L'Auteur Anglois a eu pour
but d'éviter dans ce Traité ces trois inconvéniens
. On peut aſfürer qu'il a tenu paSEPTEMBRE.
1748. 149
role. La forme de ſon Livre fait voir qu'il
a évité le premier. C'eſt un in- octavo aſſés
gros à la vérité , mais dans lequel il n'a
rien fait entrer que ce qu'il eſt abſolument
néceſſaire & indiſpenſable de ſçavoir pour
acquerir quelque teinture de la Géographie.
Il a mis ſon Livre à couvert du reproche
de trop de briéveté , par le ſoin
qu'il a eu d'y inférer , dans chaque article ,
des matieres qui ſont en même-tems
inſtructives & très - amuſantes. Enfin on
verra par la méthode qu'il a ſuivie , s'il
a trouvé moyen de remedier au troifiéme
inconvénient. Quinze éditions ,
épuiſées en aſſés peu de tems , ont été la
récompenſe de ſon travail. Il eſt vrai que
la multitude des éditions n'eſt pas toujours
un moyen infaillible pour juger de la bonté
d'un Livre , mais en fait de Livres de
ſciences, elles prouvent du moins qu'un
ouvrage, qui jouit d'un pareil ſuccès, méri
te d'être préferé à tous les Livres du même
genre. C'eſt ſur la ſeiziéme édition qu'on a
travaillé la Traduction qu'on donne au
Public. On a donc lieu d'eſperer que pour
avoir changé de Langue , ce Livre ne fera
pas moins bien reçû en France qu'il l'a été
enAngleterre.
Onne croit pas pouvoir rendre un comp-
Giij
SO MERCURE DE FRANCE.
te plus exactde cet ouvrage , qu'en rappor
tant les propres termes dont l'Auteur s'eft
fervi dans la Préface qu'il a miſe à la tête
de la ſeiziéme Edition de ſon Livre.
>> Tout cet ouvrage , dit-il , eſt divifé en
>> deux parties ; dans la premiere on confi-
>> dere leGlobe terreſtre en général ; la ſe-
>>conde contient une defcription particu-
>> liere de ce même Globe.
>>Partie premiere. Dans l'explication gé-
>>nérale que je donne du Globe , j'ai ren-
>> fermé quatre chefs , dont j'ai fait quatre
>>Sections. 1º . J'ai expliqué par des défini-
>> tions , des deſcriptions & des étymolo-
>> gies , tous les termes qui ſont abſolument
>> néceſſaires pour bien connoître leGlobe,
» ainſi que les Tables Analitiques de ce
»Traité. 2º. J'ai expoſé tous les Problê-
>>mes curieux qu'on peut réfoudre at
» moyenduGlobe. 3 °. J'ai ajoûté differens
>>Théorêmes de Géographie , qui ſontdes
>>propofitions connues par elles-mêmes ,
» ou qui ſe déduiſent clairement des Pro-
»blêmes précédens . 4°.Enfinj'ai parcouru ,
en paſſant,toute la ſurface duGlobe terref-
>> tre , en tant qu'elle est compoſée de terre
>>& d'eau , qui font les ſeules parties qui
>>la conſtituent; on trouvera dans cette
> quatriéme Section une énumération exac
A
SEPTEMBRE. 1748. 10
>>te de tous lesContinens, Iſles , preſqu'Iſ
>> les, Ifthmes, Promontoites, Montagnes,
» Océans , Mers , Golphes, Détroits, Lacs
»& Rivieres , qui couvrent la ſurface du
>Globe terreſtre .
>>Seconde partie , contenant un point
» de vûë détaillé de la ſurface du Globe.
>>O>n entend par ce point de vûë une defcription
exacte de tous les Pays remar-
>>quables qui ſe trouvent ſur la furface de
>>>la terre , & des differens Peuples qui
>>> les habitent. Voici le détail dans le-
>>quel on eſt entré à cet égard : on y parle
>> de leur ſituation, étenduë, diviſion , ſous-
>>divifions , Villes principales , nom , air ,
>>qualité de terrein , marchandises , com-
>>> merce , raretés , Archevêchés , Evêchés
» & Univerſités , moeurs , langage , Gou-
>> vernement , Armoiries & Religion .
Ce qu'on s'eſt proposéde dire ſur chacun
de ces chefsparoît encore mieux par la Table
ſuivante. 1
Par rap- Con rappor (Longitu )& entre quelles
portà la ttee en peu de contrées un
ituation . de mots les Latitude. Pays eſt ſitué.
A l'éten
duë.
degrés de
ony voit de l'Eſt à
ſes vérita-Sil'Ouest ,
bles di- du Sud au
menfions. Nord. २८ }
réduites en
lieuës d'une
heure.
aomba iiij
4
152 MERCURE DE FRANCE.
Les cantons ou claſſes générales
auxquelles un pays pent
Par rapport être rapporté.
àladivifion.
La maniere de trouver ces
ecantons ou claſſes.
Les Provinces particulieres
'A la fous- qu'un pays contient , & la
maniere de trouver prompmentices
Provinces ſur les
Cartes .
divifion.
Les noms modernes de ces
Aux Villes Villes ,& la méthode pour
principales. trouver ces Villes prompte-
Au nom.
Al'air.
A la qualité
du Sol.
Aux marchandifes.
Au Commerce..
ment .
Comment les Anciens les
nommoient ; les differens
noms modernes & leur étymologie..
:
Sa nature , s'il eſt froid ou
chaud , &c. Les antipodes
de cette partie duGlobe.
Son véritable climat.
Ses productions naturelles.
L'L'éétteennddue des jours &des
Celles en particulier que
le pays produit.
Quelles font les marchandi
ſes de fon crû ,&celles qu'il
tire d'ailleurs .
SEPTEMBRE . 1748. 153
Les raretés naturelles : où
on les trouve certainement.
Aux raretés. Celles qui viennent de l'art ,
Aux Arche-
& furtout les monumens de
l'Antiquité .
vêchés,Evê- Leurs noms & leur nomchés
& Uni- bre.
verſités.
1
'
Le tempéramment naturel
Aux moeurs. & les Coûtumes les plus re-
Sa compofition & fes promarquables
des habitans .
Au langage. priétés.
Au Gouvernement.
Les Armoi
ries.
:
A la Religion
.
Sa nature ou ſa véritable
conftitution . Les Tribunaux
publics de Judicature.
Son Ecuffon écartelé .
Sadeviſe. د
Ses principaux articles fondamentaux
, quand & par
qui le Chriſtianiſme y a été
porté , ſuppoſé que cette
Religion y ſoit exercée.
C
Tel eſt l'ordre particulier qu'on a fuivi
dans la deſcription de chacune des contrées
de la terre. Voici maintenant l'ordre
général qui regne dans la feconde partie
de cet ouvrage. Elle contient quatreCha
Gy
* 54 MERCURE DE FRANCE.
pitres , qui traitent de l'Europe , de l'Afie ;
de l'Afrique & de l'Amérique. On trouve
au commencement de chaque Chapitre une
diviſion qui a pluſieurs branches & qui
forme pluſieurs Sections; on voit,avant que
de paſſer à ces Sections particulieres , des
Tables analitiques qui déſignent en abregé
rout ce qui doit être traité dans toute l'éten
duë du Chapitre ; enſuite on paſſe aux Sections
qui ſouvent font encore ſubdiviſées &
forment differens Paragraphes . La derniere
Section de chaque Chapitre traite des Ifles
qui ſont ſituées dans la partie de la terre ,
dont il a été queſtion dans ce Chapitre.
L'Auteur Anglois ajoûte, à la fin des deux
partiesquicompoſent ſonLivre,unAppendice
où il donne un détail abregé des
plantations que les NationsEuropéenes ont
établies en Afie , en Afrique & en Amérique
,& il finit fon ouvrage par une Table
alphabétique de deux ou trois cens noms
de Villes , avec leurs differens degrés de
Latitude&de Longitude.
Telle eſt la méthode que M. Gordon a
fuiviedans ſa Grammaire Géographique ,
&cetteméthode a été fi fort goûtée enAngleterre,
que les Ecoles publiques ont adopté
fon ouvrage , & l'enſeignent aux jeunes
gens
dans leurs exercices.
On a trouvé en France cette méthode ſi
SEPTEMBRE. 1748. 1st
naturelle & fi claire , qu'on a crû devoir
fuivre pasà pas l'Auteur Anglois, ſans s'en
écarter aucunement. On a crû ſeulement
devoir faire quelques changemensdont on
va rendre compte , 1. M. Gordon a écrit
pour les Anglois , à qui il n'importoit pas
d'avoir de la France une connoiſſance plus
étenduëque des autres Etats de l'Europe ;
ainſi il s'eft renfermé à cet égard dansdes
bornes qui ont paru trop reſſerrées pour
des François , entre les mains de qui on
avoit deſſein de faire paffer cette Traduction.
On a fenti que ſi la connoiſſance un
peu détaillée de la fituationde tous les païs
que renferme la ſurface du Globe , étoit
d'une grande utilité ,& devoit faire partie
de l'éducation des jeunes gens , il étoit
d'une néceffité indiſpenſable pour des François,
de connoître leur propre païs d'une
maniere plus étendue. On s'eſt donc crû
obligé de fuppléer à cet égard au défaut de
l'AuteurAnglois. On a jugé à propos d'ajoûter
à la findu Livre, par maniere de ſupplément,
une deſcriptionde la France affés
détaillée. On la conſidere fous la diviſion
la plus ordinaire& la plus commode , c'eſtà-
dire par Gouvernemens ; on compte ordinairement
douze grands Gouvernemens
qui ont fourni la matiere de douze Sections,
auxquelles on en a ajoûté une trej
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
ziéme , où il eſt, parlé des païs nouvellement
conquis. Du reſte on s'eſt attaché
ſcrupuleuſement , même dans ce Supplément,
à la méthode qui a été gardée dans le
reſte de l'Ouvrage...
2° . La Table alphabétique des principa
les Villes du monde , qui ſe trouve dans
l'original Anglois, a patu fort utile , en ce
qu'elle donne aux jeunes gens la facilité
de trouver tout d'un coup fur les Cartes
Géographiques la véritable pofition d'un
lieu quelconque par rapport aux autres
Villes voiſines ; on a pensé que le vrai
moyen d'en accroître l'utilité étoit de l'augmenter
confidérablement. Ainfi on a mis
à la fin du Livre une Table alphabétique
qui contient environ 3000 Villes avec
leurs differens degrés de Longitude & de
Latitude, qui ont été calculés avec foin fur
desCartes faites exprès , dont on a faitun
Corps,qui ſe trouve chés le même Libraire,
ſous le titre de Atlas portatif, Géographique&
Militaire .
On aflûre le public qu'on n'a épargné
ni les foins , ni la dépenſe pour rendre cet
Atlas utile& agréable au Public.
LETTRE de Madame de *** à Madame
la Marquiſe de ** , ſur la formation des
Etres& la combinaiſon infinie des Principes.
A la Haye , 1748.
SEPTEMBRE. 1748. 157
SUPPLEMENT pour prouver les vertus de
la Poudre Royale fébrifuge du ſieur de la
Jutais. Ala Haye, chés Wendermeen, dans le
Grocefter , 1748. Petit ouvrage par demandes
& par réponſes , dans lequel font
préſentées pluſieurs raifons folides touchant
la mortalité causée par les flaxions de
poitrine ,pleureſies , pleurimonies & autres
maladies , avec le moyen für d'y remedier
, ſans employer l'uſage des ſaignées ,
réiterées.
LA PUISSANCE DE BACCHUS, Cantatille
nouvelle pour une Baſſe-taille à voix feule,
avec ſymphonie , miſe en Muſique par M.
de Montgaultier. Prix en blanc 36 fols . Se
vend à Paris , chés l'Auteur , ruë des deux
Ecus , dans la maiſon de M. Ranté , Brodenr
, & aux adreſſes ordinaires.
...On trouve chés David le jeune, Libraire,
Quai des Auguſtins, au S. Eſprit, les Livres
ci-après.. !
Recueil d'Obſervations curieuſes ſur les
Moeurs , les Coûtumes, les Uſages , les differentes
Langues , le Gouvernement , la
Mythologie , la Chronologie , la Géographie
ancienne & moderne , les Cérémonies
, la Religion , les Méchaniques , l'Aftronomie
, la Médecine, la Phyſique particuliere
, l'Hiſtoire naturelle , le Commerce,
la Navigation , les Arts & les Sciences
158 MERCURE DE FRANCE.
de differens Peuples de l'Afre , de l'Afrique
& de l'Amérique, in- 12. 4 vol. 10 liv.
reliés.
Les Principes du Droit naturel , par Burlamaqui
, in- ottavo , 2 vol . brochés , 3 liv.
Pratiquede Médecine, tirée desEcrits d'Hypocrate
&des plus célebres Auteurs modernes.
in-quarto, 4 vol. 10 liv. reliés.
Manuel Philosophique , ou Précis univerfel
des Sciences , 2 vol. 4 liv. reliés.
L'ETAT DE LA FRANCE . Nouvelle Edi
tion. Six volumes in- 12.
Antoine Philibert , Libraire à Genéve ,
débite un livre nouveau , intitulé l'Origine
de l'Univers , expliquée par un principe de
la matiere, in- 12. 1748 , imprimé à Montpellier.
:
On imprime en Suiſſe les fameux Mémoires
de l'Abbé de Montgon , en 6 vol.
in-12, dont les trois premiers ſe diſtribueront
en Septembre ou Octobre.
ESTAMPES NOUVELLES.
L
E Sieur Moyrean , Graveur du Roi ,
ruë Saint Jacques , à la vieille Poſte
vis-à-vis la ruë du Plâtre , a gravé laGrotte
du Maréchal , d'après le tableau original
de PhilippeWouvermans.
SEPTEMBRE. 1748. 159
EXPOSITION DES TABLEAUX.
C
Ette expofition s'eſt faire à l'ordinaire
le 25 du mois dernier dans le
grand Salon du Louvre. Une maladie
dangereuſe ayant tenu long-tems M. Carlo
Vanloo dans l'inaction ,&plufieurs tableaux
, envoyés de Rome par M. de
Troy , n'étant arrivés que tard , la privationdes
ouvrages deces grands Maîtres a
fait paroître le Salon moins orné qu'il ne
l'eſt quelquefois. Maiscette année comme
les précédentes , on a fenti quel ſervice
fenM. Orry a rendu à la Peinture , en étábliſſant
parmi les Peintres de l'Academie
l'uſage de ſoûmettre leurs productions au
jugement du Public. Dans ce combat d'émulation
, le mérite eſt toujours certain
d'être couronné par les mains de l'impartialité
,& ceux des athlétes , qui font obli
gés de céder la victoire , apprennent à la
remporter à leur tour.
Entre les ouvrages expoſés par les Académiciens
, deux des tableaux , qui ont le
plus attiré l'attention des Connoiffeurs ,
font un de cinq piedsdeux pouces de haut
fur troispieds & demi de large , repréſentant
la Décolation de Saint Jean , & un
dans lequel Saint Mathieu eſt peint écri
160 MERCURE DEFRANCE.
vant ſon Evangile. Ces deux morceaux
font de M. Dumont le Romain.
On a donné avec juſtice les plus grands
éloges à une Nativité , compofée par
M. Boucher. Toutes les graces de l'imagination
de ce Peintre charmant ſe font fait
remarquer dans un autre tableau , où il
nous repréſente un Berger , qui montre à
joüer de la flûte à ſa Bergere,
M. Reſtout a dignement ſoûtenu ſa réputation
par pluſieurs grands morceaux
d'hiſtoire , furtout par un tableau qui a
dix pieds de hauteur & fept de large. La
vraie Croix ayant été priſe en 614 par
Chofroës , Siroës , fils de ce Monarque ,
la rendit quatre ans après à Heraclius , en
fignant la paix avec cet Empereur. Par le
même Traité , tous les Captifs Chrétiens ,
entre autres Zacharie , Patriarche de Jerufalem,
furent remis en liberté. Cet évenement
est le ſujet du tableau que nous
indiquons.
Tous les bons juges ont applaudi particulierement
à la partie du deſſeing dans
le martyre de Saint Ferreol , par M. Natoire.
On y voit le Saint , après avoir été
délivré miraculeuſement de la priſon , où
il avoit été enfermé par ordre du Prêteur
de Vienne en Dauphiné , être repris aux
environs du Rhône par les ſoldats qui le
SEPTEMBRE. 1748. 161
pourſuivoient. Ils le lient ,& dans le méme
moment un d'eux lui coupe la têre.
Cet ouvrage eſt destiné pour Marſeille , &
doit être placé dans l'Egliſe Paroiſſiale de
Saint Ferreol. S'il nous convenoit de hazarder
nos remarques ſur un art qui ne
paroît pas être de notre reffort , nous
ajouterions ici , que pour les tableaux de
grande machine , les grands effets , & ce
qu'on appelle en Peinture les belles mafſes
, font ce qu'on ſouhaite principalement
.
Il n'a pas été néceſſaire d'être fort verſé
dans cet Art , pour reconnoître l'excellence
d'un tableau , dans lequel M. Oudry
a repréſenté une Lais avec ſes Marcaſſins ,
attaquée par deux Dogues de la forte race.
Un morceau fi admirable a frappé également
les connoiffeurs & les ignorans par
la fierté de la touche & par la vérité de
l'imitation. On ne peut non plus trop
louer deux petits tableaux peints ſur cui
vre par le même Auteur. Dans l'un , font
une Perdrix & un Liévre , attachés à un
arbre & deux Chiens , dont l'un dort.
L'autre eſt un Chien en arrêt ſur des Faiſans
qui ſont dans des bleds. La multitude
d'autres ouvrages de differens gentes ,
dontM. Oudry a rempli le Salon ,montre
ſa merveilleuſe facilité.
د
یل
162 MERCUREDEFRANCE :
Celle de M. Pierre ne mérite pas moins
d'être admirée. Il a mis cette année au
Salon un grand tableau , repréſentant le
Martyre de Saint Thomas , Archevêque de
Cantorbery ; deux autres ; qui repréſentent
deux Bacchanales ; deux Bambochades
, l'une de Payſans qui ſe baignent ,
l'autre d'une fête dans un camp ; une tête
au Paſtel, repréſentant la Poësie ; undeſſus
de porte pour l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin. Quelques perſonnes
difficiles défireroient un peu plus d'intention
dans certaines figures , mais les plus
ſévéres ont rendu juſtice à la fermeté du
pinceaude l'Auteur.
On a trouvé beaucoup de beautés , foir
pour l'effet , ſoit pour la compofition ,
dans une fainte Famille,&dans le Joſeph,
deM. Hallé. Il ſemble que dans le premier
de ces ouvrages ce Peintre ait emprunté
le pinceaudu Guide.
En arrivant au Salon , tout le monde
y cherche avec empreſſement les ouvrages
de M. Chardin , & l'on eft toujours fâché
de n'y en pas rencontrer un plus grand
nombre. Cette année , nous n'avons eit
qu'un petit Tableau de ce Peintre rare
maisnous pouvons affurer que de célébres
Artiſtes nous ontditque ce morceau étoit
enchanteur. Ce témoignage eſt plus flateur
>
SEPTEMBRE. 1748. 163
1
pour M. Chardin que toutes les louanges
que nous pourrions lui donner.
Les Peintres de Portraits ne ſe ſont pas
moins diftingués dans leur genre , que les
autres Académiciens. M. Tocqué a dé
ployé tous ſes talens dans le Portrait en
pied de feuë Madame la Dauphine , dans
celui de M. l'Abbé de Lowendalh , &dans
celui de M. Sélon. Ceux des deux Dames
de France qui font à l'Abbaye de Fontevrault
, peints par M. Nattier , ont captivé
tous les fuffrages par leur fineſſe & par leur
agrément. Le prodigieux la Tour eſt ſi
connu , que c'eſt prefque une eſpéce de
fuperfluité que de faire l'éloge des ouvrages
qui ſortent de ſes mains. Nous nous
contenterons de dire que ſon Portrait de
laReine, celui de M. le Maréchal Due de
Belle- Ifle , & celui de M. Dumont le Ro
main , ſont comparables à tout ce qu'il a
faitdeplusbeau.
Il ſeroitinjuſte de parler ſeulementdes
productions de nos Peintres , & de garder
le filence fur celles de nos habiles Sculpteurs.
Pluſieurs ouvrages de ces derniers ont
paru avec avantage dans le Salon. On doit
compter dans ce nombre les Buſtes de l'Il-
Juſtre M. de Fontenelle &du fameux M.
de Voltaire , par M. le Moine ; celui de
Mlle ** , en terre cuite , par M. Vaffé ,&
164 MERCURE DEFRANCE.
un modèle en plâtre de quatre pieds de
hauteur , repréſentant la Francé qui em
braffe le Buſte du Roi. Ce morceau eſt de
M. Falconnet , & il doit être exécuté en
marbre de même grandeur pour Sa Majeſté.
Nous ne devons pas non plus omettre
dans cet article les empreintes de pluſieurs
pierres gravées par M. Guay , entr'autres
de celle repréſentant une Ledadans l'eau ,
&de celle dans laquelle Apollon couronne
les Génies de la Peinture & de la
Sculpture; ouvrages vraiment dignes de
l'antiquité .
La crainte d'être trop longs nous a em
pêchés de faire mention de pluſieurs autres
morceaux , foit de Peinture , foit de
Sculpture , ou de Gravure , auxquels on ne
peut refuſer de ſincéres applaudiſſemens.
Si nous n'avons rien dit des Tableaux de
M. Oudry le fils , & de ceux de M. Vernet,
ce n'eſt pas que nous n'ayons remarqué
que le premier marche ſur les traces defon
pere , & que le ſecond promet d'atteindre
an jour le Claude Lorrain,
SEPTEMBRE. 1748. 165
NOUVELLES ETRANGERES.
2
DE CONSTANTINOPLE le 1. Juillet.
ne pour maintenir la tranquillité dans cette
Capitale , il a beaucoup de peine à y réuſſir , & le
21 du mois dernier une nouvelle ſédition éclatta .
Pluſieurs mutins,ayant à leur tête un Emir nommé
Ali , s'affemblerent dans les environs de Bit Bazar,
&demanderent qu'on changeât leGouvernement.
Bien- tôt toute la Ville fut en mouvement , & la
Révolte auroit pû avoir des ſuites fâcheuſes , mais
auſſi tôt que le Chorbagy du Quartier du Sultan
Bajazet en fut averti , il fortit avec ſa Compagnie ,
& chargea les Rebelles . LeKoulouck de Parmack
Capy en fit de même , & une partie des habitans
ſe joignit àces Officiers, Pendant qu'ils s'oppofoient
aux mutins , le Grand Vifir ſe rendit ſur les
lieux avectoute ſa maiſon. Alors l'épouvante étoit
générale , & on avoit fermé les boutiques. Ce Miniſtre
ordonna qu'on les rouvrit. Un jeune Turc,
animé par la préſence du Grand Viſir , fondit fur
leChef des Conjurés ,& d'un coup de ſabre lui
trancha la tête. Il la porta ſur le champ au Premier
Miniſtre , qui outre un préſent conſidérable
qu'il lui a fait , lui a aſſigné une penſion de cent
cinquante afpres par jour. Les Rebelles ayant été
enveloppés , on tua tous ceux qui continuerent de
ſe défendre , & on fit les autres priſonniers. Lorfque
le calme fut rétabli , le Grand Vifir parcourut
lesdifferens Quartiers , & doubla toutes lesGarg
166 MERCUREDE FRANCE.
des. Depuis , on a arrêté un grand nombre de com
plices de la rebellion , & après les avoir étranglés
pendant la nuit, on ajetté leurs corps dans la mer.
Cette révolte avoit été tramée à Scutari,&les Conjurés
devoient attaquer en même-tems pluſieurs
endroits deConſtantinople , mais heureuſement
quelques- uns d'eux précipiterent l'exécution du
projet,&leur impatience l'a fait échouer. Quoique
ledéſordre ait duré très-peu de tems , le Peuple
en fut fi effrayé qu'il courut enlever le pain
chéstous les Boulangers , dans la crainte d'en
manquer ſi la ſédition devenoit plus conſidérable.
LeGrand Seigneur a envoyé une Pelifle de Martre
Zibeline au Grand Viſir , pour témoigner ſa ſatisfaction
de la prudence & de la fermeté, avec
lesquelles ce Miniſtre s'eſt conduit.
De la même Ville , le 14 Juillet.
La ſédition dont on a fait mention il y a quelquetems
, & qu'on croyoit appaiſée , a eu des ſuites.
Les mécontens ſe ſont aſſemblés en ſigrand
nombre , que le Grand Seigneur , ne ſe croyant
pas en ſûretédans le Serail , en eſt ſorti déguisé
pour ſe mettre àla tête des Janiſſaires, Ces derniers
ont attaqué les Rebelles , & il y a eu beaucoup
de ſang répandu de part & d'autre. Sa Hauteſſe
eſt venue cependant à bout de calmer cette
ſeconde révolte ; le Grand Mufti , le Chiaoux
Bachi , & le Janiſſaire Aga ont été déposés.
On a appris de Derbent , que les divers Prétendans
à la Couronne de Perſe ſe faisoient une guerre
ſanglante ; que tout étoit en combustion dans ce
Royaume , & que cette fermentation étoit entretenue
par les refforts ſecrets que le Grand Mogol
faifoit mouvoir pour ſe venger de la perſécution
SEPTEMBRE. 1748. 167
que Thamas Kouli Kam lui a fait éprouver. Le
bruit courtque le Schach , neveu de cet Uſurpateur,
a été maſſacré par le Parti d'un de ſes Concurrens
, mais cette nouvelle a beſoin de confirmation.
I
DE PETERSBOURG , le 24 Août.
L eſt arrivé de Hanover un courier , dépêché
par le Comte de Czernichew , pour informer
1'Impératrice , que l'ouvrage de la pacification générale
étant près de ſa concluſion , le Roi de la
Grande Bretagne & la République des Provinces
Unies avoient jugé qu'il n'étoit point néceſſaire
que les trente-ſept mille Ruffiens , qu'ils ont pris
àleur folde , continuaſſent leur marche vers les
Païs-Bas. On a ſçu par les mêmes lettres , que
comme ces Puiſſances étoient convenues avec le
Roi Très - Chrétien de faire retourner leſdites
troupes en Ruſſie , il avoit été réſolu de profiter
de la ſaiſon favorable pour les faire repaſſer par la
Pologne avant le commencement de l'hyver. Le
Lord Hindford , Ambaſſadeur de ſa Majesté Britannique
, ayant reçu un courier ſur le même ſujet
, ce Miniſtre a eu à cette occafion une audience
particuliere de la Majesté Impériale , qui lui a té
moigné qu'elle voyoit avec joye que les PuiſſancesBelligerentes
fuſſent ſur le point de terminer
leurs differends , &de rendre la tranquillité à l'Eu.
rope. Le lendemain l'Impératrice a écrit aux Miniſtres
qui réſident de ſa part auprès du Roi de la
Grande Bretagne & des Etats Généraux des Provinces
Unies , de les aſſûrer de ſes ſentimens à cet
égard ,& de leur déclarer qu'elle acceptoit la propoſition
que ces Puiſſances lui faifoient par rapport
au Corps auxiliaire de troupes qu'elle leur
168 MERCURE DE FRANCE:
avoit fourni. On compte que ce Corps pourra être
de retour au commencement de Novembre , &
qu'il ſera mis en quartiers dans la Livonie & dans
les Provinces voiſines , où il ſera diſtribué dans les
mêmes endroits qu'il occupoit l'année derniere ſur
les frontieres de la Curlande. Les Etats de cette
derniere Province ont envoyé une Députation à
ſa Majesté Impériale , pour lui donner part de la
réſolution qu'ils ont priſe de demander à la prochaine
Diette de Pologne de pouvoir élire un Souverain.
On a appris par des dépêches du Gouver.
neurd'Aſtracan,que les Négocians Ruffiens& Anglois
, qui ſont à Derbent , l'avoient prié de leur
envoyer des Navires , afin de charger les marchandiſes
apportées par une Caravane de Perſe , & de
les tranſporter à leur destination.
DE WARSOVIE , le 30 Août.
ERoi a nommé Chevaliers de l'Ordre de
L
l'Aigle Blanc M. Dambowsky , Evêque de
Plocko ; M. Krerkowsky , Palatin de Culm ; le
Comte Sapieha, Palatin de Mcizlavie ; M.Garozinski
, Caſtellan de Poſnanie ; M. Coſſouki , Tréforier
de la Cour ; le Comte Sapieha , Grand Tréforier
de Lithuanie ; le Prince Radzivil , Grand
Echanſon de ceDuché ; M. Humiecki , Porte Epée
de la Couronne , & le Prince Lubomirski , Grand
Ecuyer Tranchant. Les Députés de la Nobleſſe du
territoire dépendant de cette Capitale ont élu
quatre Candidats pour chacune des trois charges
de Notaire , de Juge & de Subdélegué , & ils en
ont remis la Liſte au Roi, afin que ſa Majesté
choisît parmi ces ſujets ceux auſquels elle jugeroit
àpropos de conférer ces emplois. Le Régiment
de Chevau - Legers du Comte de Bruhl , Premier
!
SEPTEMBRE. 1748. 169
mier Miniftre du Roi , fit il y a quelques jours l'exercice
en préſence de ce Seigneur. Un courier
extraordinaire a apporté la nouvelle que le Corps
auxiliaire des troupes Ruſſiennes , qui eſt au fervice
du Roi de laGrande Bretagne& de la République
des Provinces Unies , avoit reçû ordre de
retourner en Ruſſie , & qu'il devoit repaffer par ce
Royaume. Les lettres de Poſnanie marquent que
le Tribunal Aſſeſſorial de la Nobleſſe de ce Palatinat
a ſuſpendu ſes féances juſqu'à la ſéparation
de la Diette particuliere de la Province. Ces lettres
ajoûtent que la plupart des habitans du plat
païs de la Podolie & de l'Ukraine ſe ſont retirés
dans les Provinces voiſines , afin d'y chercher de
la ſubſiſtance , les ſauterelles ayant ravagé preſque
toutes leurs terres. Le Comte Radzeusky , Chambellan
de la Province , mourut le 4 de ce mois
après une courte maladie,
P
DE STOCKHOLM , le 16 Août.
Our favoriſer les progrès de la Pêche ſur les
côtes de ce Royaume , le Roi a accordé pluſſeurs
priviléges aux perſonnes qui s'y employe
ront. Sa Majesté a diſpoſé du commandement de
la Fortereſſe de Chriſtianſtadt en faveur de M.
Chreſtien de Bernekow . Le Prince Royal a établi
une Académie , pour y faire élever à ſes dépens
vingt- quatre jeunes Gentilshommes. Ces jours
derniers , un Indien , qui a embraſlé le Chriſtianif
me , reçût le Baprême dans la principale Egliſe de
cette Ville , & il fut nommé Adolphe Louis. Le
Prince Royal & le Prince Guſtave , accompagnés
d'un grand nombre de perſonnes de diftinction
aſſiſterent à cette cérémonie. Il y a eu depuis peu
un incendie à Gefle , & pluſieurs maiſons ont été
H
,
170 MERCURE DE FRANCE.
réduites en cendres. On a reçû avis que l'impér
trice de Ruffie avoit ordonné de tranſporter deRes
vel & de Riga quantité de provifions , pour rem
plir les magaſins de Wybourg & de quelques au
tresPlaces vo fines. Les lettres de Warſovie marquent
que le Grand General de la Couronne de
Pologne a contremandé les Députés de l'armée ,
qui devoient s'aſſembler les du mois prochain
dans la Ville de Koſlow . Le Chapitre de l'Egliſe
Métropolitane de Gneſne a élû M. Iwansky , un
de tes Capitu'aires , pour Administrateur General
de l'Archevêché. Un Incendiaire , qui a été arrêté
dans le plat païs , a été conduit dans les priſons de
Léopol
Le Comte de Panin, Miniſtre de l'Impératrice
de Ruffie, a remis au Comte de Teſſin , Préſident
du Collège de la Chancellerie,une lettre par laquelle
cette Princeſſe mande au Roi que comme
fur la réquisition de ſa Majesté elle a rappellé le
Baron de Korff, ſon Miniſtre en cette Cour, elle
ſe flate que le Roi voudra bien auffi rappellerM.
deWolfenstierna , qui réſide de la partde fa Majeſté
à Pétersbourg. Sa Majesté a envoyé ordre au
Gouverneur Général de la Finlande de diſtribuer
les troupesdans les principaux endroits de la frontiere
, & de les y faire cantonner. Selon les avis
reçûs de Pétersbourg , l'Impératrice de Ruſſie a
déclaré qu'elle feroit un voyage à Moſcou , auffitôt
que la ſaiſon permettroit de ſe ſervir de
traîneaux . Cette Princeſſe adonné au Vice-AmiralBars
le commandement de l'Eſcadre qui croiſe
dans la Mer Baltique. Outre le Corps de Cofaques
, commandé par l'Atteman Kraſnoſchokoff ,
on attend deux autres Corps des mêmes troupes ,
leſquels ont pris leur route par Pleskow ,& qui
font ſous les ordres desAttemans Froloff& Jefre
SEPTEMBRE. 1748. 171
mow. M. de Bteveren , Conſeiller d'Etat de ſa
Majesté Impériale de Ruſſie ; le Major Général
Soltikoff, Vice-Gouverneur de Mofcou , & M.
Annibal , auſſi Major Général , ont été nommés
par leGrand Duc de Ruſſie Chevaliers de l'Ordre
de Sainte Anne.
L
De la même Ville , le 31 Août.
E Secretaire d'Ambaſſade , chargé des affaires
du Roide la Grande Bretagne , ſe rendit le 13
Carlſberg,& il y eut une audiencepart.culiere du
Roi , à qui il annonça que fa Majefté Britannique
ſe propoſoit de nommer, après ſon retour à Londres
, un Miniſtre pour venir ici travailler avec
ceux de ſa Majesté à accommoder l'affaire qui re
garde le ColonelGuydickens , & à rétablir la bonne
harmonie entre les deux Cours. On croit que
le Baron de Hopken , qui doit aller réſider à Péterſbourg
en qualité de Miniſtre du Roi à la place
de M. de Wolfenstierna , ſera chargé de paſſer à
Hanover , & d'y exécuter une commiſſion relative
à cette affaire. Les Vailleaux qu'on a conſtruits
depuis peu à Carelſcroon , ont mis à la voile pour
la Norwege. Le Baron de Roſen , Gouverneur de
la Province , a fait à Abo , au nom de ſaMajesté ,
la cérémonie de revêtir des marques de l'ordre de
P'Epée M Daniel Zander , Lieutenant Général , &
leMajor Général Lantingshauſen. Il a poſé la premiere
pierre du Fort que le Roi a ordonné de bâ
tir près de Helſingfors & qui ſera nommé Uluchsbourg.
M. Axel Patrice Thompson , Commanmandant
de Warberg , y mourut le 4 de ce mois.
Il eſt arrivé de Pétersbourg un courier dépêché
par M. de Wolfenstierna ,pour informer laMajeſté
que dans la derniere audience qu'il a eue de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
l'Impératrice de Ruſſie, cette Princeſſe lui avoit
renouvellé les aflûrances de la diſpoſition où elle
étoit d'entretenir la plus parfaite amitié avec la
Suede , &que le renfort de troupes , qu'elle avoit
fait marcher du côté de la Finlande , ne devoit
caufer aucune inquiétude aux Suédois , puiſqu'elle
avoit ordonné que ſes troupes n'entrepriſſent rien
qui pût donner la moindre atteinte aux Traités
entre les deux Puiſſances . Quoique cette nouvelle
ait beaucoup tranquilliſé cette Cour , on ne laiffe
pas de continuer de prendre à tout évenement les
•précautions couvenables pour ne pas être ſurpris
par une attaque imprévuë. Le Roi eſt toujours à
Carlſberg , & comme ſa ſanté chancelante ne lui
permet pas de vacquer affidûment aux affaires du
Gouvernement , il a été reglé que lorſque ſa Ma.
jefté ne pourroit pas figner elle-même les expédi
tions , elles le ſeroient par un certain nombre de
Sénateurs, & qu'elles ſeroient contrefignées par un
Secretaire d'Etat. Le Baron de Hopken, Miniſtre
du Roi à la Cour de Berlin , & nommé pour aller
réſider en la même qualité auprès de l'Impératrice
deRuffie,viendra ici avantque de ſerendre à Péterf
bourg. Il y a eu hier près de cette Ville un grand
incendie , dans lequel la maiſon , où on prépare le
goudron , a été entierement réduite en cendres.
Les lettres de Finlande marquent que lestroupes,
envoyées dans cette Province par l'Impératrice de
Ruffie , y font arrivées , & qu'il s'y trouve actuel
lementtrente mille Ruſſiens , en y comprenant les
Régimens qui y étoient déja en quartiers. Le
Feldt-Maréchal Laſcy doit venir en faire la revuë ,
& il viſitera enſuite les magaſins de Wybourg &
des Places voiſires. Ces troupes ont ordre de ſe
tenir tranquilles dans leurs quartiers , &de ne rien
faire qui puiſſe donner le moindre ombrage aux
Suédois.
SEPTEMBRE. 1748 . 173
L
ALLEMAGNE .
De Vienne , le 2 Septembre.
E Comte de Sintzheim , Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Baviere , a eu à Schombrunn
une audience particuliere de leurs Majestés
Impériales. Il conféra enſuite avec le Comte d'Uhlefeld,
Chancelier de la Cour. Le Comte de Kevenhuller
, Grand Chambellan de l'Impératrice
Reine, fit le même jour, au nom de l'Empereur, la
cérémonie de poſer la premiere pierre de l'Egliſe
que les Religieux de l'Obſervance font conftruire
en cetteVille. Selon les arrangemens pris par le
Confeil de guerre pour la maniere dont les troupes
feront diſtribuées après la Pacification générale
, l'Impératrice Reine laiſſera dans les Pays-Bas
les Régimens de Ligne , de Wirtemberg , de Giulay
, de Los Rios , de Betlem , de Damnitz , de
Baroon , de Vivari , de Stirum , de Benthem , de
Salın , de Nadaſti , de Bareith , d'Aremberg , de
Platz , d'Arberg & de Prié. Ils feront commandés
par le Comte de Chanclos , qui aura ſous lui les
Lieutenans Feldt - Maréchaux Tornaco , Dungern
, Benthen & Bournonville ; le Prince d'Aremberg
, le Baron d'Arberg & le Comte d'Erberfeld
, Majors Généraux. Quatre Régimens revien
dront en Autriche ſous les ordres des Majors Généraux
Spada & Villana. Le Baron de Lutzen ,
Lieutenant Feldt- Maréchal , ſe rendra en Moravic
avec les Majors Généraux Buckoy & Burckaufen,
& avec deux Régimens. Le Département des
Lieutenans Feldt Maréchaux Philibert & Kollowrath,
qui auront avec eux les Majors Généraux
Walbrun, Siceri & Vivari , & quatre Régimens ,
fera en Bohéme. On enverra en Hongrie quatre
Hiij
174 MERCUREDE FRANCE.
Régimens , & toutes les troupes Nationales dece
Royaume , ſous les ordres des Lieutenans Feldt-
Maréchaux Grune , Merci & Marchall , & des
Majors Généraux Haller , Winckelman , Dourłach
& Radicati. Le ſecond Bataillon du Régiment
de Koilowrath prit le 3 laroute de Tranfilwanie,&
il ſera remplacé ici par un Bataillon du
Régiment de Molck.
Les Etats des Pays Héréditaires ne feront plus
obligés de fournir les recrues pour completter les
troupes ,& chaque Province ſera taxée à une ſom
me d'argent , proportionnée au nombre de ſoldats
qu'elle donnoit. Les Députés des Etats de Boheine
&de Moravie , qui étoient aflemblés ici pour délibérer
fur ces arrangemens , ont terminé leurs
féances. Ceux de la Baſſe Autriche ont donné auſſi
leur conſentement aux mêmes arrangemens. Il eſt
arrivé des Députés de Carinthie , pour faire des repréſentations
à la Cour ſur l'impoſſibilité où ſe
trouvent les habitans de cette Province de payer
les ſubſides qu'on exige d'eux. Le courier que le
Gouvernement avoit expedié il y a quelque tems
Aix- la-Chapelle en eft revenu , & les dépêches
, dont il etoit chargé , ont donné lieu à
la tenue d'un Conſeil extraordinaire. Le bruit
court que le Comte de Choteck , qui eſt actuellement
en Stirie pour y établir les nouveaux Reglemens
touchant la Milice ,ſe rendra à Munich
pour exécuter une commiffion de l'impératrice
Reine. L'Empereur, accompagné du Prince Char
les de Lorraine, partit le 4 de ce mois pour Rei.
ding , d'où il revint le 8. Il s'eſt tenu un Conſeil
deguerre , dans lequel il a été réſolu qu'à l'avenir
tous les Régimens feroient l'exercice de la même
maniere. On a publié un Decret , par lequel l'Empereur
confirme le jugementprononcé par leCon
SEPTEMBRE. 1748. 175
ſeil Aulique de l'Empire au ſujet de l'affaire de
Zwingenberg. Le Chevalierde Colloredo , frere
du Vice Chancelier , doit prendre le caractére
d'Ambaſſadeur Extraordinaire de l'Ordre de Malte,
pour complimenter de la part de cet Ordre
Jeurs Majestés Impériales ſur leur avenement au
Trône Impérial.
On parle de l'érection d'un nouveau Tribunal
pourjuger de tout ce qui regarde les appointemens
des Officiers de la Cour & de ceux de Judicature.
Le Comte de Haugwitz en ſera Préſident , & on
n'y admettra que des Conſeillers Privés. Ce Titre
vient d'être donné à M M. de Brandau & Touffaint
, ainſi qu'à M. de Moſer , Vice- Maréchal
d'Autriche , & le Comte de Herberstein a obtenu
l'emploi de Commiſſaire Général des chemins en
Moravie.
Les ordres ſont donnés pour préparer avec toute
la diligence poſſible les équipages du Prince Charles
de Lorraine ,& on fait d'autres difpofitions
qui annoncent que ce Prince ſe diſpoſe à faire un
voyage. Le bruit eſt général qu'il ira reprendre
poſleſſion de ſon Gouvernement des Pays Bas ,
auſſi tôt que les François les auront évacués.
La Cour a communiqué aux Comtes d'Erdody ,
de Kraſſelkowitz & de Palfy , les propoſitions
qu'ils doivent faire de la part de l'Impératrice Rei.
ne aux Etats de Tranſilvanie, qui ſe tiennent cette
année à Clauſenbourg. Les Députés des Etats de
la Haute Autriche ont fait à Lintz l'ouverture de
leur affemblée. On ne doute pas que fuivant l'exemple
de la Baſſe Autriche ,de la Boheme , de la
Moravie, de la Stirie & de la Catinthie , ils ne
donnent leur conſentement au ſyſtême propoſé
pour la levée des ſommes deſtinées à l'entretien
des troupes. L'Impératrice Reine a ordonné de
Hing
176 MERCURE DE FRANCE.
4
congédier une partie des Milices ,& de n'en rete
nir que le nombre qu'on a contume de conferver
en tems de paix, Pluſieurs lettres d'Italie annoncent
comme prochaine l'évacuation des Etats
cedés à l'Infant Don Philippe. Le Comte de Choteck
eſt parti pour Berlin en qualité de Miniſtre
Plénipotentiaire de l'Impératrice Reine auprès du
Roi de Pruffe.
L
DE BERLIN , le 4 Septembre.
Y
E Baron de Hopken , Envoyé Extraordinaire
du Roi de Suéde , eut le 24 du mois dernier
fon audience de congé du Roi , étant préſenté par
le Comte de Podewils , Miniſtre du Cabinet. N
eût enſuite l'honneur de dîner avec ſa Majeſté.
Le même jour , le Baron d'Uxhul , Lieutenant
Colonel des Gardes du Corps du Duc de Wirtemberg
, remit au Roi & aux deux Reines les lettres
que ce Prince a écrites à leurs Majestés , pour leur
donner avis du jour auquel eft fixée la célébration
de fon mariage avec la Princeſſe de Bareith . On
attend aujourd'hui le Roi en cette Ville , & fa
Majesté partira demain pour la Siléſie , d'où elle
compte être de retour le 21 ou le 22 du mois prochain.
Les Princes Henri & Ferdinand allerent le
26 la joindre à Potsdam. Le Comte de Gronsfelt,
Conſeiller Privé du Prince Stathouder , & Envoyé
Extraordinaire des Etats Généraux des Provinces-
Unies , ſe prépare à aller faire un voyage en Hollande
, & M. Lobry , Sécretaire de Légation du
Miniſtre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie
, prit le 25 la route de Pétersbourg. Il a paflé
ces jours- ci un Officier , qui porte des ordres aux
troupes Ruffiennes que le Roi de la Grande Bretagne
& la République des Provinces-Unies ont
SEPTEMBRE. 1748. 177
ン
à leur folde. M. de la Salle , qui a été détenu
long-temsdans le Fortde Weichſelmunde , arriva
ici le24.
C
DE HANOVER , les Septembre.
Es jours derniers , le Roi tint à Herrenhau
2
ſen un Conſeil extraordinaire , pour délibérer
fur quelques dépêches reçûës d'Aix - la-Chapelle.
Le 12 du mois d'Août , ſa Majefté prit le
deüil à l'occaſion de la mort de la Princefle Eleonore-
Charlotte de Curlande , veuve du Duc Erneſt
Ferdinand de Brunswick Beveren. Lorſque
les troupes Hanoveriennes qui ſont dans les
Pays-Bas , reviendront dans cet Electorat , les
Gardes à pied & le Régiment d'Infanterie de Kielmans
Egge feront mis en garniſon dans cette Capitale
,& l'on enverra ceux de Sommerfeld & de
Brunke à Hamelen ; ceux de Drutchleben & de
Soubiron à Gottingen & à Lunebourg ; ceux de
Zastrow , de Klinkowſtrom , de Boetielager, de
Middagten , de Krough , de Block , de Freudman,
de Sporken , de Boſch , de Hugo , de Hadenberg,
de Cheuſſes , d'Oberg , de Horn & deMunchow,
à Ratzebourg , Stade , Haya , Werden , Munden,
Northeim , Wanstorff , Fellerfieben , Stoltzenau ,
Celle , Ukzen , Boxtehode , Harbourg , Neinden
& Nienbourg ; deux Compagnies du Régiment
de Hohotſt à Winſen fur la Luhe , une à Bardowick
, une à Neuhauff, deux à Lawenbourg , quatre
à Lunebourg , & un pareil nombre dans le
Meckelbourg.
Le Duc de Cumberland partit lanuit du 22 au
23 du mois dernier , pour retourner dans les Pays-
Bas. Le 18 du même mois , M. Sabbazini , Miniſtre
Plénipotentiaire du Duc de Modéne , eut da
H
178 MERCURE DEFRANCE.
Roi une audience particuliere. Il arriva le 17 de
Vienne un courier avec des dépêches importantes,
à l'occafion deſquelles M. Keith , qui va réſider
en qualité de Miniſtre de ſa Majeſté auprès de
l'Impératrice Reine de Hongrie & de Boheme , a
reçû ordre de preſſer ſon départ. Le Baron de
Steinberg ayant demandé la permiſſion de ſe démettre
de la place de Miniſtre & Sécretaire d'Etat
de cet Electorat , le Roi a diſpoſé de cette place
en faveur du Baron de Munchauſen , Conſeiller
Privé.
Par les dernieres lettres d'Aix-la-Chapelle , le
Roi a appris que le Comte de Saint Severin y étoit
de retour de Paris , & que le Comte de Sandwich
& le Chevalier Robinſon avoient eû une longue
conference avec ce Miniſtre . Il paroît par les mêmes
dépêches qu'il regne entre ces trois Miniftres
une parfaite intelligence. Comme les ordres ,
envoyés d'Angleterre pour l'évacuation de Louifbourg
& de l'ifle Royale ,ont été expédiés d'abord
après la fignaturedes Articles Préliminaires,
on attendde jour à autre la nouvelle que cette évacuation
a été effectuée . La commiſſion de M. Sabbatini
, Miniſtre du Duc de Modéne , a pour objet
Jes terres qui appartiennent en Hongrie à la Maifon
d'Eſt , & que la Cour de Vienne a miſes en
fequeftre à l'occaſion de la guerre. Le Duc de
Modéne demande , non-ſeulement qu'on lui reftitue
ces terres , mais encore qu'on lui rende les revenus
dont il n'a pas joüi. La Princeſſe , épouſe
du Prince Frederic de Hofle Caſſel , demeurera à
Herrenhauſen jufqu'au voyage que le Roi ſe propore
de faire àGoerden. Depuis quelques jours ,
Prince de Lobkowitz eſt en cette Ville , &
croit qu'il y fera quelque ſéjour. Le Comte
Stolberg Wernigrode eſt retourné à ſaRéſi
SEPTEMBRE. 1748. 179
dence , fort fatisfait de l'accueil que lui a fait ſa
Majeſté.
L
DE RATISBONNE , le 3 Septembre.
E Miniſtre du Margrave de Brandebourg
Onoltzbach a remis ces jours-ci au Directoire
de Mayence ſes Lettres de Créance , comme Miniſtre
du Duc de Saxe Saalfeld , nommé par un
Décret du Conſeil Aulique , Tuteur du Duc de
Saxe Weimar , & Adminiftrateur des Etats de ce
Prince. Ce Miniſtre a été reconnu en cette qualité
par les Miniſtres de l'Empereur & par ceux de
quelques autres Etats , mais les Miniſtres du Roi
de Pologne , du Roi de Pruſſe , de l'Electeur de
Cologne , de celui de Baviere, & de l'Electeur
Palatin , ont pris l'affaire ad referendum. La lettre ,
écrite à l'Empereur par le Corps Evangélique , a
été imprimée avec toutes les Piéces qui y ont rapport.
Elle est fort étendue , & contient un détail
des griefs des Proteſtans. Ils ſupplient ſa Majefte
Impériale de vouloir faire ceſſer au plutôt les ſujets
de leurs plaintes.
I
ESPAGNE.
De Madrid , le 28 Août.
L eſt arrivé de
dépêché au Roi par le Préſident de la Contractation
des Indes , pour informer ſa Majesté
que les Vaiffeaux la Notre-Dame de la Conception
& la Notre- Dame du Roſaire y étoient revenus de
la Havane , & qu'ils avoient à bord deux cens
trente mille piaſtres avec une grande quantité de
fucre , de tabac & d'autres marchandiſes. CesBA
Cadix un courier extraordinaire,
Hvj
ISO MERCURE DEFRANCE .
timens ont apporté des lettres de Don Alonſe
d'Arcos.Moreno , Gouverneur de Cuba , par lefquelles
le Roi a appris que le s du mois d'Avil
dernier une Eſcadre Angloife, compoſée de deux
Vaiſſeaux , de quatre-vingt canons ; de deux autres
, de ſoixante & dix ; de quatre , de ſoixante ,
&de deux Frégates , chacune de quarante , s'étoit
préſentée vis- à-vis de ce Port ; qu'elle avoit tenté
le lendemaind'en forcer l'entrée , mais que s'étant
avancée à la portée du fufil de Château de Morro,
elle avoit effuyé un feu fi vifd'artillerie , qu'elle
avoit été obligée de ſe retirer , après avoir eu un
de fes plus forts Vaiſſeaux coulé à fond ; que le
10 elle avoit formé une nouvelle attaque , qui ne
lui avoit pas mieux réuſſi que la premiere , &
qu'elle avoit repris enſuite laroute de la Jamaïque.
DonAlonſfe d'Arcos Moreno a mandé aufli
à ſa Majeſté que les Corfaires de Cuba s'étoient
emparé d'un Bâtiment Anglois , armé en courſe ;
d'un Navire , ſur lequel il y avoit des munitions
de guerre ; de deux Brigantins , chargés d'eau d'evie
& de caffé ; d'un Pacquetbot , à bord duquel
étoient cent-quatre-vingt cinq Negres ,d'un an
tre Bâtiment , dont la cargaiſon confiftoit principalement
en ſucre ; d'une Frégate , qui tranfportoitddeess
chevaux àPort Royal ,& detroisBalandres
, fur lesquelles on atrouvé des Negres ,
du fel , de la farine , du vin & de la toile. Le Roi
a nommé à l'Evêché de Lugo le Pere François
Yzquierdo , Dominicain , Profeſſeur de Théologie
dans le Collége de Saint Gregoire de Vallado
lid. Sa Majefté a accordé à Don Augustin Sanchez
une place de Chapetain de la Chapelle
Royale de Saint Ifidore.
DonDiegue de Roxas y Contreras , Chevalier
del'Ordre de Calatrava , & ci- devant Auditeur de
SEPTEMBRE. 1748 . 181
la Chancellerie de Valladolid, ayant obtenul'Evê
ché de Calahorra & de la Calzada , ce Prélat füt
ſacré le 11 dans PEgliſe Cathedrale de cette der.
niere Ville. Cette cérémonie , à laquelle aſiſterent
tous les Officiers de la Chancellerie , qui
y avoient été invités par le Doyen des Auditeurs,
fut faite par l'Evêque de Valladolid , aſſiſté des
Evêques de Palencia & de Barcelonne. Suivant les
avis reçûs de Lisbonne , le Roi de Portugal a accordé
la Viceroyauté du Bréfil au Comte d'Atouguia
, Gouverneur du Royaume des Algarves ;
le Gouvernement d'Angola , au Comte de Lavradio
, Colonel du Régiment d'Infanterie d'Elvas ;
celui de Goyazes à Don Marc de Noronha , fils
aîné du Comte d'Arcos , & Gouverneur de Fernambucq
; le Gouvernement de Fernambucq à
Don Louis-Joſeph Correade Sa , fils du Vicomte
d'Afteca : celui de Mato Grofſo à Don Antoine
Rolin de Moura , frere du Comtede Val de Reys .
celui de l'Ifle de Saint Thomas à Don Antoine
Rodrigue de Neves , Quartier Maître Général des
armées de fa Majefté Portugaiſe , & celui de la
Colonie du Saint Sacrement à Don Louis Garcie
de Bivar , Adjudant des troupes de la Province
d'Eftramadoure , & ayant brevet de Colonel .
1 Les mêmes lettres marquent que le Comte de
Dehn , ci -devant Miniftre du Roi de Dannemarck
auprès de la Majesté , eſt arrivé à Lifbonne. L'état
fâcheux du Roi de Portugal n'a pas permis
qu'on lui préſentât ce Miniſtre , qui ſe diſpoſe à
s'embarquer inceſſamment pour aller à-la Haye
remplacer feu M. Greys , en qualité d'Envoyé
Extraordinaire de ſa Majefté Danoiſe auprès des
Etats Généraux des Provinces-Unies. Selon les
mêmes lettres , M. Keene ne partira de Lisbonne,
pour revenir ici , qu'après le rétabliſſement du
182 MERCURE DEFRANCE .
commerce entre l'Eſpagne & l'Angleterre. Ces
lettres ajoutent que Don Joſeph d'Azevedo, Secretaire
du Roi de Portugal eſt indiſpoſé.
ITALIE.
De Naples , le 28 Août .
Es Négocians de cette Capitale ſe ſont enga-
Iges d'équiper & d'entretenir leursdepen
deux Saïques , pour donner la chaffe aux Corfaires
qui troublentla navigation ſur les côtes de ce
Royaume , & ils ont demandé ſeulement que le
Roi voulût bien fournir l'artillerie de ces Bâtimens
, & les faire monter dequelques ſoldats de
ſes troupes. L'Eté étant le tems pendant lequel les
Corſaires fréquentent le plus ces mers ,ce ſera aufli
pendant cette ſaiſon que ces Saïques ſeront leplus
employées.
Il eſt entré dans ce Port deux Ga'éres de Malte,
commandées par le Chevalier Altieri , auquel on
a remis les deux cens Malfaicteurs condamnés aux
Galéres , dont le Roi fait préſent au Grand Maître
,pour qu'ils soient employés ſur celles de la
Religion. Deux Galiottes,que ſa Majesté avoit
envoyé porter de l'argent pour le payement des
troupes qui font en garniſon dans l'Etat degli Prefidii,
font revenues il y a quelques jours. On a appris
de Sicile qu'un Corſaire de Tunis y avoit fait
une defcente , & y avoit enlevé pluſieurs habitans,
mais que peu de jours après il avoit été pris par les
Galéresdu Roi. Le bruit court que le Duc de Richelieu
, Général des troupes Françoiſes qui font
dans l'Etat de Génes , & le Marquis d'Ahumada
Commandant de celles que le Roi d'Eſpagne a
fournies à la même République , viendront en
SEPTEMBRE. 1745. 183
Cetre Capitale avant que de retourner à leursCours.
Don Antoine Ramega , qui ſous le précédent
Gouvernement avoit occupé l'un des principaux
emplois dans le Bureau de la Secretairerie d'Etat ,
a été arrêté , ainſi qu'un Négociant , nommé Cigualo
, par ordre du Tribunal des Inconfidens.
On n'eſt point encore inſtruit du ſujet de leur détention
, & l'on ſçait ſeulement qu'ils ont déja
ſubi quelques interrogatoires. Pluſieurs vols s'étant
commis dans cette Ville pendant la nuit , le
Roi a enjoint au Tribunal de la Vicairerie d'exé.
cuter à la rigueur les Ordonnances contre les foldats
qu'on trouveroit dans les ruës après une cer
taine heure. En conféquence , on en a fait paſſer
quelques-uns par les armes ,& depuis on parle de
beaucoup moins d'accidens nocturnes.
:
DE ROME , le 30 Août.
Es jours derniers , l'Ambaſſadeur de la Re-
Cublique de verbenartic
liere du Pape , & il communiqua à Sa Sainteté
quelquesdépêches qu'il avoit reçûës de cette République.
Il ſe tint le 8 de ce mois une aſſemblée de
la Congrégation des Rites chés le Cardinal Portocarrero.
Douze Prélats Conſulteurs y aſſiſterent ,
& l'on y délibéra ſur la Béatification du Cardinal
Ximenes , laquelle a déja été propoſée pluſieurs
foisdepuis l'an 1680 , & fur laquelle l'Eſpagne n'a
point encore obtenu de décifion. Quelques differends
étant furvenus entre les Chanoines du Chapitre
della Rotunda , le Pape a nommé le Cardinal
Sacrıpanti pour examiner les griefs reſpectifs.
La préconiſation du nouvel Archevêque de Saltzbourg
ſe fera dans l'un des prochains Confiftoires.
Sa Sainteté a afſigné un fond pour les réparations
,
184 MERCURE DEFRANCE.
du Port d'Anzo , auquel on doit ajouter diverſes
fortifications fur un plan donné par M. Marchal
Ingénieur Français. Elle emprunte cinq cens mille
écus Romains àtrois pour cent d'interêt , & elle
ſe propoſe de diſtribuer cette ſomme aux habitans
de divers Bourgs & Villages , qui ne font pas en
état de payer les dettes qu'ils ont contractées , à
l'occaſion du paffage des troupes étrangeres. Don
Ignace Tatuzani , un des priſonniers de guerre ,
faits par les troupes de l'Impératrice Reine de
Hongrie & de Boheme fur celles que commande
l'Infant Don Philippe , a paffé ici le même jour ,
en allant à Naples.
DE SAVONE le 31 Août .
L'Amiral-Bing a
fait voile de Vado avec onze
Vaiſſeaux de ſon Efcadre , pour retourner en
Angleterre, & à ſon départ il a été falué d'une décharge
générale de l'artillerie du Château. Il ne
reſte plus ici que cinq Fregates Angloiſes, ſous les
ordresduContre-Amiral Forbes , qui ſelon les apparencesycontinuera
ſa ſtation juſqu'à la concluſion
du Traité Définitif de paix , Par un Bâtiment
venu de San Fiorenzo , on a reçu avis que les Génois
ayant pratiqué une intelligence dans la
Tour de la Paludella , cette Fortereſſe leur avoit
été remiſe par la Garniſon , pendant un voyage
que M. Battisti , qui y commandoit pour les Re
belles , étoit allé faire au camp du Chevalier Cumiana.
L'équipage du même Navire a rapporté
qu'un Détachement de Corſes , auſſi- tôt qu'il
avoit appris cette nouvelle , avoit marché pour tâ
cher de recouvrer ce Poſte , mais qu'il n'avoit pu
réuſſir dans ſon entrepriſe. On ajoute que le
nommé Matra , un des principaux Chefs desRe
SEPTEMBRE. 1748 . 155
belles , tient actuellement la Tour inveſtie. Les
lettres de Sardaigne marquent que les Bandits, qui
infeſtent cettelſſe,continuent d'y commettre beaucoupde
brigandages ; qu'ils ont été joints par plufieurs
perſonnes mécontentes du Gouvernement ,
&qu'ils font abondamment pourvûs d'armes &de
munitions , ſans qu'on ſçache à qui ils doivent ces
ſecours. Le Roi de Sardaigne , pour arrêter les
progrès de ce déſordre , a réſolu d'envoyer dans
cette Iile un renfort de fix Bataillons .
D
GRANDE BRETAGNE.
De Londres , le 6Septembre.
Ivers changemens ont été fairs dans larépar
tition des troupes en Ecofle; on a envoyé
celles qui étoient à Stirling & dans les environs ,
prendre de nouveaux cantonnemens à Leyth , à
Maffelbourg , à Preſton Pans & à Dumbar ; un
Bataillon du Régiment Royal Ecoffois amarché
à Inverneff ,& l'on a renforcé d'une Compagnie
la Garniſon de Linlightow. On fit le 20de ce
mois à Dublin l'épreuve de pluſieurs canons &
mortiers en préſence du Lord Moleſworth , Grand
Maître de l'Artillerie , & ce Seigneur fit diftribuer
de l'argent aux Canoniers & aux Bombardiers.
Les lettres de Philadelphie , de la Caroline &
quelques autres de nos Colonies , marquent que
Yes François & les Eſpagnols ont enlevé depuis
peu plus d'un vingtaine de nos Bâtimens. D'un
autre côté , on a appris que le Corfaire l'Antelope
a conduit à la nouvelle Yorck quelques Navires ,
qui étoient partis de la Martinique pour revenir
en France , & que deux Corſaires de cette Ifle ont
été pris par le Corſaire la Revanche. Le bruit
de
186 MERCURE DEFRANCE.
court auſſi que le Vaiſſeau de guerre le Salisbury
eſt entré dans le Port de Lisbonne avec un Bâtiment
Eſpagnol , richement chargé. Les Commif
faires de l'Amirauté ont donné au Chevalier
EdouardHawke le commandement des Vaiſſeaux
de guerre, qui doivent être en ſtation àPortf
mouth ; au Capitaine Scott, celui des Vaiſſeaux
du Buoy du Nord , & au Capitaine Hamilton ,
celui des Vaiſſeaux du Département de Plymouth .
Le Vaſſeau de guerre l'Invincible doit être remis
en commiffion , & employé avec les autres deftinés
à la garde des côtes , auſſi tôt qu'il y aura un
Capitaine nommé pour le commander. On continue
de défarmer tous les Vaiſſeaux , dont on ne
compte point faireuſage pendant la paix. Il vient
d'être publié en Ecoffe une Ordonnance , pour
empêcher la contrebande qui s'y fait en un grand
nombre d'endroits Pluſieurs Commis de la Doua
ne ont été convaincus d'avoir favoriſé ce commerce
illicite , & les plus coupables doivent être
examinés par les Commiſſaires de la Tréſorerie.
On a préſenté ces jours- ci au Prince de Galles la
Relation d'un voyage que M. Ellis a fait pour découvrir
un paſſage aux Indes Orientales par la
Baye de Hudſon. Le Comte de Chesterfield , ci .
devant Secretaire d'Etat , qui étoit allé paſſer quelque
tems à ſa terre prèsde Scarborough , eſt de
retour en cette Ville , & il y a apparence , qu'a
près la concluſion de la paix il ira en qualité
d'Ambaſſadeur du Roi dans quelque Cour Etrangére.
L'équipage du Vaiſſeau de guerre le Nottingham,
qui eſt rentré depuis peu dans le Port de Falmouth
, a rapporté qu'il a appris par des Navires
Hollandois , venans de Batavia ,que le 8 du mois
d'Avril dernier , ils avoient rencontré auCap de
SEPTEMBRE. 1748. 187
Bonne-Efperance l'Amiral Boſcawen avec ſon
Eſcadre. On a donné ordre de payer inceſſamment
les gages dûs aux équipages des Vaiſſeaux
de guerre le Windfor & l'Avis , qui doivent être
mis cette ſemaine hors de commiſſion. La Compagnie
des Indes Orientales a reçû avis que le Navire
le Portfied eſt revenu de Mocha à la Rade de
Deal le 31 du mois dernier , & qu'un autre de ſes
Bâtimens , nommé l'Ilchester , eſt arrivé le 2 dư
même mois dans le Tage. On a été auſſi informé
qu'une Flotte Marchande decent cinquante voiles
étoit partie de l'fle de Sainte Catherine pour
fe rendre en Angleterre Pluſieurs perſonnes de
distinction , du nombre deſquelles eſt le Comte
de Londondery , ſe ſont embarquées ces jours- ci
pour paffer en France. Quelques autres , qui
étoient allées àDouvres dans le même deflein , &
qui n'avoient point eu la précaution de ſe munir
de paſſeports , ont été obligées de revenir en prendre
aux Bureaux de la Secretairerie d'Etat. L'Impératrice
Reine de Hongrie & de Boheme a envoyé
le Comte de Tuaffe exécuter une commiffion auprès
des Lords Régens de la Grande Bretagne.
Auſſi-tôt que la Lotterie Royale ſera tirée ,on en
établira une nouvelle , dans laquelle feront pluſieurs
Lots en Rentes viageres. Depuis peu , les
deux Partis , qui ſubſiſtent en Irlande , l'un ſous le
nom de Parti d'Ormond , l'autre ſous celui de la
Liberté , en font venus pluſieurs fois aux mains à
Dublin , & il y a eu beaucoup de fang répandu de
part&d'autre,
88 MERCURE DEFRANCE.
L
PAYS - BAS .
De la Haye , le 6 Septembre.
E 29 du mois dernier , les Députés desMagiftrats
de la Ville de Nimegue furent admis a
l'audience du Prince Stathouder , & ils le remer .
cierent du nouvel ordre qu'il a établi pour la Régence
de leur Ville. La Députation étoit compolée
de Meſſieurs de Benthem , de Beyer , Verf
choot , Vander Steen , de Man , Smith , Vanden
Berg & Joſſelet. Le Prince Stathouder aſſiſta le
31 al'aſſemblée des Etats de Hollande & de Weftfrife.
Il n'a point reçu le premier de ce mois les
complimens à l'occaſion de l'Anniverſaire de ſa
naiſlance , & il atémoigné qu'on lui feroit plaifir
de differer les rejou ſſances qu'on ſe propoſoit de
faire à ce ſujet. Ce même jour , il alla avec la Princeſſe
de Naſſau dîner à Teylingen , ma ſon de
campagne de M. Vander Dayn de s'Gravemoer ,
&de la il ſe rendit à Swanenbourg , d'où il partit
Je lendemain pour Amſterdam. La Princeffe de
Naffau l'a accompagné juſqu'au raſſage du Rhin ,
& lepremier au ſoir elle retourna à la Maiſon du
Bois. Les Députés , que les Etats de Friſe ont envoyés
ici , ont reçû de pleins pouvoirs pour examiner
les plaintes des habitansde la Province , &
pour réformer les abus. Le Prince Stathouder a
nommé le Comte de Hompeſch Colonel Commandant
du Régiment de Schack ,&M.Henti François
de Bergeyek a obtenu la place de Major du
Régiment de Malprade. Les Gardes du Corps de
ce Prince , qui étoient campés dans les environs de
la Maiſon du Bois , font retournés dans leurs quartiers
. M. Charles de Bentinck arriva le 3 d'Eyndhoven
où il a paſſé pluſieurs jours auprès du Duc
SEPTEMBRE . 174S . 189
de Cumberland. Avant- hier , M. Gerard de Normandie
, Seigneur de Wiſſekerke , Fiscal des Recherches
des Revenus de la Province de Hollande,
mourut fubitement d'une attaque d'apopléxie , en
revenant de ſa maiſon de Saſſenheim. Il étoit dans
la cinquantiéme année de ſon âge.
E 2
D'Amſterdam , le 7 Septembre.
de ce mois vers les onze heures du marin
Lle Prince Stathouder arriva ici de la Haye , &
il fut reçû au bruit de pluſieurs ſalves d'artillerie ,
&des acclamations des habitans. Il étoit accom
pagné du Comte de Bentinck , Seigneur de Rhoon
&de Pendrecht ; de M. Fagel , Greffier des Etats
Généraux , & de M. de Back , & il defcendit au
Oude Heere , où il fut complimenté par les Bourguemeſtres
Régens , par les Echevins , & par les
Membres du Grand Confeil. Le Vice Amiral
Schrywer revint le 30 du mois dernier au Texel
avec les Vaiſſeaux de guerre le Harlem , le Teilin
gen,le Maarsen & le Middelbourg. Il moüilla le
lendemain dans la même Rade huit Navires de la
Compagnie des Indes Orientales , ſçavoir le Diemen,
le Harlem , le Hoop , l'Akerdam , 1 Overnes ,
le t'Huys te Mannepad, le Sparenwoud &le Sparenwick.
Les trois premiers reviennent de Batavia ,
le quatriéme & le cinquiéme de la Chine , les deux
ſuivans de Bengale , & le dernier de Ceylon. Le
Hoop & l'Overnes ſont pour le compte de laChambre
de Horn , & les autres appartiennent à celle
d'Amſterdam. Ces Bâtimens ont apporté quatre
cens ſoixante-quatorze mille vingt ſept livres de
poivre, deux cens vingt mille de clous de gerofle,
deux millions fix cens trente & un mille neuf cens
de caffé de Java , deux mille de noix de muſcade
190 MERCURE DEFRANCE.
1
confites , deux cens quatre-vingt-dix- sept mille
ſept cens de thé , cent trente- neuf mille cinq cens
de ſoye de Bengale ,trente-trois mille fix cens
foixante piéces de toile de coton de Guinée , &une
grande quantité d'autres marchandiſes.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L
E 14 du mois dernier , la Reine entendit
la Meſſe dans l'Egliſe du Monaſtére
des Carmelites de Compiegne , &
Sa Majesté communia par les mains de l'Archevêque
de Rouen , ſon GrandAumônier.
Le lendemain , jour de la Fête de l'Afſomption
de la Sainte Vierge , le Roi ſe
rendit à l'Egliſe du Monastère des Religieuſes
delaCongrégation , où Sa Majefté
entendit la Meſſe, La Reine l'entendit
dans l'Egliſe des Carmelites .
L'après-midi , le Roi & la Reine , accompagnés
de Monſeigneur le Dauphin ,
de Madame la Dauphine & de Mesdames
de France , aſſiſterent dans l'Egliſe de
Saint Corneille aux Vêpres , & enfuite à
laProceffion.
Le 19 , la Reine partit de Compiégne ,
pour retourner à Versailles , où Monfei-
;
SEPTEMBRE. 1748. 191
gneur le Dauphin & Madame la Dauphine
retournerent le 21 .
M. de la Porte du Theil , Secretaire du
Cabinet du Roi , & des Commandemeus
deMonſeigneur le Dauphiu , a été nommé
ſecond Miniſtre Plénipotentiaire de Sa
Majesté aux Conferences pour la Paix .
Dans l'aſſemblée tenue le 16 du mois
dernier par le Corps-de-Ville de Paris ,
M. de Bernage a été continué dans la place
de Prevôt des Marchands , & Meſſieurs de
Santeüil & Cochin ont été élûs Echevins,
Le Roi, qui étoit parti de Compiègne le
22 du mois dernier , arriva à Verſailles
le 24.
Les Députés des Etats de la Province
de Languedoc eurent le 26 audience du
Roi , étant préſentés à Sa Majesté par le
Prince de Dombes , Gouverneur de la
Province , & par le Comte de Saint Florentin
, Secretaire d'Etat , & conduits en
la maniere accoûtumée par le Marquis de
Preux , Grand Maître des Cérémonies. La
Députation étoit compoſée , pour le Clergé
, de l'Archevêque d'Alby , qui porta la
parole ;du Marquisde Villeneuve , pour la
Nobleffe ; de Mrs d'Helliot, Lieutenantde
Maire de Toulouſe , & Belliol , Maire de
Lodeve , Députés du Tiers-Etat , & de M.
de Montferrier , Syndic Général de la Pro
vince.
:
192 MERCURE DEFRANCE.
Monſeigneur le Dauphin & Madame là
Dauphine vinrent à Paris le 28 du mois
dernier après midi , & aſſiſterent au Salut
& à la Bénédiction du Saint Sacrement
dans l'Egliſe de Saint Sulpice. Ce Prince
&cette Princeſſe allerent enſuite voir les
appartemens & les jardins du Palais du
Luxembourg , & le ſoir ſur les ſept heures
&demie retournerent à Verſailles.
Le 26 , le Corps-de Ville ſe rendit a
Verſailles , & le Duc de Geſvres , Gouverneur
de Paris , étant à la tête , il eut audience
du Roi . Il fut préſenté à Sa Majeſté
par le Comte de Maurepas , Miniſtre &
Secretaire d'Etat ,& conduit par le Grand
Maître des Cérémonies, M. de Bernage ,
qui a été contínué dans la place de Prevô :
des Marchands , & les deux nouveaux
Echevins , prêterent entre les mains du
Roi le ferment de fidélité , dont le Comte
de Maurepas fit la lecture , ainſi que du
Scrutin , qui fut préſenté à Sa Majeſté par
M. de Boullongne , Conſeiller au Parlement.
Le 25 , Fête de Saint Louis , la Proceffion
des Carmes du Grand Convent , à laquelle
le Corps-de-Ville afſiſta , alla ſuivant
la coûtume à la Chapelle des Thuilleries
, où les Religieux chanterent la
Meffe.
Le
SEPTEMBRE. 1748. 193
Le 3 de ce mois , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la
Meſſe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Muſique ,
pour l'Anniverſaire de Loüis XIV , Biſayeul
de Sa Majefté.
Le Bailli de Froullay , Ambaſſadeur
ordinaire de la Religion de Malte , eût le
même jour une audience particuliere du
Roi, & il y fut conduit par le Chevalier de
Sainctor , Introducteur des Ambaſſadeurs .
On célébra le 2 de ce mois avec les cérémonies
accoûtumées , dans l'Egliſe de
l'Abbaye Royale de Saint Denis , le ſervice
folemnel qui s'y fait tous les ans pour le
repos de l'ame du feu Roi , & l'Evêque
de Caſtres y officia pontificalement. Le
Prince de Dombes , le Comte d'Eu , &
le Duc de Penthiévre , y aſſiſterent , ainſi
que pluſieurs perſonnes de diſtinction.
Le 8 , Fête de la Nativité de la Sainte
Vierge , le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meſſe
chantée par la Muſique. Leurs Majeſtés ,
accompagnées de Monſeigneur le Dauphin
,de Madame la Dauphine & de Mefdames
de France , aſſiſterent l'après-midi
aux Vêpres dans la même Chapelle.
Le même jour , la Reine communia par
I
194MERCURE DE FRANCE .
les mains de l'Archevêque de Rouen , fon
Grand Aumônier.
Le Roi , qui avoit pris le deüil le 7 pour
la mort de la Ducheſſe Donairiere de
Brunswik Wolfenbuttel , le quitta le 10.
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Dol
l'Abbé Dondel , Vicaire Général de
l'Evêché de Vannes , & Sa Majesté a accordé
l'Abbaye de Froidmont , Ordre de
Cîteaux , Diocéſe de Beauvais , à M. l'Archevêque
de Bordeaux .
L'Abbaye féculariſée de Saint Sernin ,
Diocéſe de Toulouſe , à l'Abbé de Fleurigny
Chancelier de l'Egliſe de Bourges.
د
Celle d'Obazine , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Limoges , à l'Abbé du Sers.
Celle de l'Aumône , Ordre de Cîteaux ,
Diocéſe de Blois , à l'Abbé d'Entragues ,
Grand Vicaire de Bordeaux.
Celle d'Olivet , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Bourges , à l'Abbé d'Argentré,
Grand Vicaire de Limoges.
Celle d'Andres , Ordre de Saint Benoît,
Diocéſe de Boulogne , à l'Abbé de Montagu
deBeaune.
SEPTEMBRE. 1748 . 195
Celle de Chalivoy , Ordre de Citeaux ,
Diocéſe de Bourges , à l'Abbé Baudron ,
Grand Vicaire du Mans.
Celle de Saint Paul-lès-Sens , Ordre de
Prémontré , à l'Abbé Soucelyer , Doyen du
Chapitre de Bray- fur Seine.
L'Abbaye Réguliere d'Auchy-les Moines
, Ordre de Saint Benoît , Diocéſe de
Boulogne , à Dom Frévier , Religieux du
même Ordre.
Celle de Ham , Ordre de Saint Benoît ,
Diocéſe de Saint Omer , à Dom Rogeau ,
Religieux du même Ordre .
Celle d'Eaucourt , Ordre de S. Augustin ,
Diocéſe d'Arras , à Dom Muler , Religieux
du même Ordre.
Celle de Beaupré- fur-la-Lys , Ordre de
Citeaux , Diocéſe de S. Omer , à la Dame
Behague , Religieuſe du même Ordre.
Celle de Notre-Dame de Refuge à Ath,
Ordre de S. Bernard , Diocéſe de Cambray,
à la Dame Delfoſſe , Religieuſe du même
Ordre.
Le Prieuré féculariſé de Romette , Diocéſe
de Gap , à l'Abbé de Bardounauche .
Celui d'Andrezy , Ordre de S. Benoît ,
Diocéſe de Sens , à l'Abbé Fenel , de l'Académie
des Inſcriptions & Belles-Lettres .
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
CELEBRATION de la Fête de Saint
Louis, par l'Académie Françoise, par l'A.
cadémie Royale des Sciences , & par celle
des Inscriptions & Belles- Lettres.
E jour de cette Fête l'Académie
LFrançoiſe entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meſſe , à laquelle l'Evêque
de Bayeux , un des Quarante de l'Académie
, officia pontificalement , & pendant
laquelle on chanta unPreaume en Muſique.
M. Poulle , Prédicateur du Roi , prononça
enfuite le Panégyrique du Saint. Nous n'avons
garde de laiffer en cette occafion dans
l'oubli un fait également honorable pour
l'Académie Françoiſe , pour M. l'ancien
Evêque de Mirepoix ,& pour M. Poulle.
L'éloquence du Diſcours de cet Orateur
ayant engagé l'Académie à s'intéreſſer pour
lui , elle l'a recommandé à M. l'ancien
Evêque de Mirepoix. Ce Prélat à ſon premier
travail avec le Roi a propoſé M.
Poulle à Sa Majesté pour l'Abbaye de Nogent-
fous-Coucy , & le Roi y a nommé ce
célébre Prédicateur. Dans une pareille circonſtance
, l'Académie avoit fait le même
honneur à M. l'Abbé Seguy , pour lequel
elle a obtenu ,il y a pluſieurs années, l'Abbaye
de Genlis.
SEPTEMBRE. 1748 . 197
L'Académie Royale des Inſcriptions &
Belles Lettres , & celle des Sciences , ont
célébré auffi la Fête de Saint Louis dans
l'Egliſe des Prêtres de l'Oratoire , où le
Panégyrique du Saint fut prononcé par M.
Bruté , Curé de Saint Benoît.
Séance publique de l' Académie Françoiſe.
L'Académie Françoiſe tint le même jour
une affemblée publique. Après que M. de
Moncrif , Directeur , eût annoncé que le
Prix de Poëſie avoit été remis à l'année
prochaine , on fit la lecture du Diſcours ,
qui a remporté le Prix d'Eloquence , fondé
par feu M. Gaudron , & dont le ſujet
étoit : Les hommes nefentent point affés combien
il leurferoit avantageux de concourir
bonheur les uns des autres . Ce Diſcours ,
qui eſt de M. Sauret , ne devant être imprimé
que dans le Recueil de l'Académie ,
& ne nous ayant point été communiqué ,
nous ne ſommes pas en état d'en donner
l'extrait , & nous pouvons ſeulement rendre
témoignage qu'il a été unanimement
applaudi de toutes les perſonnes qui l'ont
entendu.
au
M. de Crebillon recita enſuite le quatriéme
Acte de ſa Tragédie de Catilina ,
& l'on y a remarqué , de même que dans
les précédens , tout le feu , tout le génie &
t
I iij
I MERCURE DEFRANCE.
toute l'élevation , de l'Auteur d'Aſtrée ,
d'Electre & deRhadamiſte. Depuis longtems
le public montre trop d'impatience
de voir cette Tragédie , pour ne pas apprendre
avec plaiſir qu'elle eſt entierement
achevée , & que les Comédiens François
ſe préparent à en donner la premiere Repréſentation
auffi-tôt après le retour du
voyage de Fontainebleau.
அ
LETTRE de M. Daviel , Conseiller ,
Chirurgien ordinaire du Roi en ſurvivance
par quartier , à M. de Joyeuſe , Docteur
en Médecine de l'Univerſité de Montpel.
lier ,Aggregé au Collège des Médecins de
Marseille , &Médecin des Hôpitaux des
Galéres.
V
Ous êtes en droit , Monfieur , de vous plaindre
de mon filence; je ſuis répréhenſible , je
l'avouë , de ne vous avoir pas marqué exactement,
comme je vous l'avois promis , le dérail de mes
opérations, je vous prie cependant de croire que ce
n'a point été tout à fait par négligence. Les occupations
que j'ai euës dans ce pays- ci depuis mon
arrivée , ne me l'ont gueres permis ; aujourd'hui
que je commence à refpirer, je vais fatisfaire à
mon obligation , en vous faiſant part de pluſieurs
opérations que j'ai faites ſur les yeux depuis le 7
Novembre de l'année 1746 ,jour de mon arrivée
SEPTEMBRE. 1748 . 199
Paris; je vous expoſerai avec la même fidélité
celles qui m'ont réüſſi & celles dont le ſuccès n'a
pas répondu àmes voeux ; je ne prétends point m'en
faire accroire , ni me donner la réputation d'un
Chirurgien infaillible ; bien au contraire , j'ai
avoüé de bonne-foi à toutes les perſonnes qui
m'ont fait l'honneur de me conſulter , que mer
opérations n'avoient pas toujours eu tout le ſuccès
déſiré. Le mauvais tempérament du malade , fon
indocilité , ſa répugnance pour les remedes , & le
plus ſouvent un défaut de confiance ſur la fin de la
maladie, ſont de puiſſans obftacles à la réuffite
des opérations , qui ſe font ſur l'organe de la vûë
le plus délicat de tous & le plus aiſe à s'irriter & à
s'enflamer.
L'opération de la cataracte , ſurtout , m'a parû
toujours très-douteuſe , quoique le public ait voulu
s'imaginer qu'aujourd'hui ce doit être de toutes les
opérations la plus fûre,& qui ne peut manquer que
par la maladreſſe ou l'ignorance de celui qui la
fait; il eſt même des Chirurgiens qui font encore
de cet avis. Quant à moi je penſe tout differemment,
& ce n'est qu'après beaucoup d'expériences
faites ſur les yeux des cadavres , &un grand nom.
bre d'opérations ſur ceux des vivans , dans la vức
de perfectionner la méthode d'abaiffer la cataracte
, que j'ai appris tous les dangers & tous les ſujets
de doute qu'on peut avoir dans cette matiere.
Enmultipliant les expériences & les opérations ,
j'ai été forcé de reconnoître à la fin qu'il s'en faut
beaucoup que celle- ci ſoit auffi certaine & auſſi facile
que bien des gens l'ont crû , & que je l'ai
cru moi- même , quand j'ai commencé à la pratiquer.
Je dois cet aven à la vérité , quoiqu'il
ſemble d'abord faire quelque tort à l'art auquelje
me ſuis entierement livré depuis environ 18 ans ,
Iiij
200 MERCURE DEFRANCE.
& que j'ai réſolu de profeſſer uniquement tout le
refte de ma vie .
Quelque bonne que ſoit la cataracte , même dans
un ſujet bien conftitué , & quelqu'habile que foit
le Chirurgien qui en fait l'opération , il ſurvient
ſouvent des fimptômes que les Oculiſtes les plus
expérimentés ſeroient très-embarraffés d'expliquer;
tantôt la cataracte remonte après l'opération la
mieux faite , tantôt il ſurvient des larmoyemens ,
d'autres fois des vomiſſemens peu de tems après ,
quelquefois des gonflemens àla conjonctive & à
l'oeil ,& des douleurs cruelles dans tout le globe, qui
portent à la tête, & enfin des ſuppurations totales de
cet organe , fans que les foins du plus habile
Chirurgien puiſſent ſouvent les prévenir , ni même
les arrêter ; ce ſont-là des obſervations que j'ai faites
à la ſuite de mes opérations ,& à la ſuite de
c lles que j'ai vû faire à de fameux Oculistes que
je ne dois pas noinmer.
La difficulté de ſurmonter les accidens extraordinaires
, qui arrivent dans l'opération de la cataracte
, & qui en rendent le ſuccès incertain , m'a
obligé de chercher depuis long- tems des moyens
plus doux, plus faciles, & plus fûrs en même-tems,
pour les prévenir
Je vous ai dit à Marseille , Monfieur , ce qui
m'arriva le 8 Avril 1745 , en faiſant l'operation de
la cataracte au Frere Félix , Hermite d'Aiguille
en Provence proche la Ville d'Aix. Je vous ai expoſé
, dis - je , combien j'eus de peine pour abattre
cette cataracte avec l'aiguille tranchante, la grande
difficulté quej'y trouvai , me fit imaginer l'aiguille
dont je me fers aujou d'hui ſans pointe ni tranchant,
à quelque addi ion près , au moyen de laquelle
je vins à bout d'abattre la cataracte de ce
pauvre Hermite , à laquelle j'avois déja travaillé
près d'une demie heure inutilement. Ce malade
SEPTEMBRE. 1748. 201
diftingua parfaitement tous les objets que je lui
préſentai d'abord après l'opération , mais comme
ſon oeil avoit été fatigué par la premiere , la
ſeconde devint infructueuſe & fut ſuivie de la
ſuppuration de l'oeil , que je crus ne devoir attri
buer qu'au peu de repos que je lui avois donné.
Mais le mauvais ſuccès de cette opération ne
m'empêcha cependant pas de pourſuivre mon idée,
&de continuer à faire des expériences journalieres
fur les yeux des cadavres , pour porter ma nouvelle
méthode au point de ſûreté où je la crois aujourd'hui
.Vous m'avez vous- même encouragé pluſieurs
fois , Monfieur, par votre approbation, & fecouru
par vos lumieres, vous n'avez vû faire pluſieurs expériences
ſur des cadavres de vos Hôpitaux , & opérer
ſur des vivans, avec autant de ſuccès qu'on en
pouvoit attendre d'une méthode qui ne faiſoitque
de naître ; j'oſe même avancer que ma nouvelle
façon d'opérer fut fi heureuſe, que j'abattis ſept cataraktes
tout de ſuite avec tout le ſuccès poſſible ,
&fans aucun accident.
Vous connoiſſez le ſeptiéme malade dont la gué.
riſon m'a tant fait d'honneur à Marseille , où il me
vint trouver de Paris dans le mois de Septembre
1745 , pour lui faire l'opération de la cataracte
qu'il avoit à l'oeil droit depuis neuf ans. Ce malade
ne balança pas de ſe livrer entre mes mains , après
le témoignage que lui avoient rendu ſur mon
compte des perſonnes d'un rang diftingué fur les
Galéres du Roi , & d'autres perſonnes dont le malade
connoiſloit la probité & les lumieres , pour
être à toute épreuve.
1
Lorſqu'il fut arrivé à Marseille , je lui fis l'expofition
de l'ancienne méthode d'operer la cataracte
, &de celle dontje crois être l'inventeur . Je
Iv
202 MERCURE DEFRANCE .
lui fis examiner en même tems les inftrumens propres
aux deux méthodes , mais fur-tout , je ne lui
laiſfai pas ignorer que je n'vois encore que fix
exemples à lui citer de celles qui m'étoient particulieres
, & je le priai de vouloir bien décider dans
ſa propre cauſe , il ſe fixa à ma nouvelle méthode.
Je lui fis donc 'opération le 18 Octobre 1745 , &
il vit l'inftant d'après tous les objets que je lui préſentai
, mais comme on les voit en pareil cas ,
c'eſt à dire avec une eſpèce de confufion , il ne
reſſentit pas la moindre douleur à la ſuite de l'opé .
ration , qu'il coûtint avec toute la fermeté & tout
le fang froid poſſibles .
Je puis me later même que ce malade m'honora
de fa confiance au point de ne vouloir l'avis
d'aucun autre que de celui que je vous ai déja
nommé , quo qu'on eût preſſé ce malade de conſulter
d'autres perſonnes que moi à Marseille .
Vous m'avouerez , Monfieur , que cette façon de
penſer eſt fort rare , car il est très - ordinaire
aux malades de conſulter indiſtinctement tous les
Oculiftes qui leur font indiqués : auffi arrive -t'il
ſouvent que ces malades ſéduits par le rapport
qu'on leur a fait du mauvais ſuccès de quelquesunes
des opérations d'un Chirurgien expérimenté,
à qui ils avoient donné leur confiance , s'adreſſent
àd'autres , qui n'ont le plus ſouvent qu'une routine
aveugle , dont le malade eſt preſque toujours
la victime ; heureuſement pour moi , celui - ci a
été bien éloigné de cette façon de penſer , & il en
a donné des preuves fans exemple , à ce que je
crois.
La veille même du jour qu'il avoit choifi pour
l'opération , une pauvre femme de notre Arcenal
des Galéres , à qui ſept années auparavant j'avois
SEPTEMBRE. 1748 . 203
fait l'opération de la cataracte fort heureuſement
d'abord , mais qui devint infructueuſe par
ſa faute; ( car elle vit fort bien pendant quarante
jours ) eût l'imprudence de lui tenir ce
langage : Je vous ſouhaite , Monfieur , un plus
heureux ſuccès que je n'ai eu , car je ſuis aveugle.
Ce diſcours fi propre à renverſer la tête d'un malade
, non- feulement n'ébranla pas le nôtre , mais
il eût encore la fageſſe de ne m'enrien dire que
long-tems après.
Que les Chirurgiens feroient heureux , s'ils
avoienttoujours affaire àdes malades auſſi fermes
& auffi raisonnables !
Les malades croyent communément que dès
qu'on leur a ôté l'appareil après les neufjours de
P'opération pour leur mettre le bandeau noir , ils
doivent voir auſſi clair , que s'ils n'avoient jamais
eû de cataracte ; c'eſt une erreur dont il faut ſe
déſabufer. Comment ſeroit- il poſſible de voir
auſſi diſtinctement qu'on voyoit avant la formation
de la cataracte ? La Providence n'a rien fait
d'inutile ; elle a donné le crystallin à l'oeil pour la
parfaite réunion des rayons de lumieres , qui ſans
ce fecours indiſpenſable ne font que diverger ,
&fans lequel l'oeil ne fait ſes opérations que d'une
façon vague , incertaine & , pour ainſi dire
indéterminée ; pour voir les objets diſtinctement
après l'opération ,on ſupplée,commevous le ſçavez,
Monfieur , au crystallin qu'on a baillé , par le ſecours
d'un verre qui fait en quelque façon audehors
la fonction que le cryſtallin faiſoit au-dedans
, mais ce ſecours , tout utile qu'il eſt, ne ſupplée
qu'imparfaitement à l'organe qu'on a reçû de
la nature ,& dont une des parties intégrantes
n'eſt plus à la même place ; ajoutons que ceux à
qui ceſecours eſt le plus utile ,ne ſont pas ſouvent
1 vj
204 MERCURE DEFRANCE.
,
dans le cas d'en faire uſage pour les opérations
les plus déliées de la vûë , pour lire , par exemple ,
que long- tems après l'opération. Je dois dire encore
que ce même malade étoit trop inſtruit
pour prendre à cet égard de fauſſes eſperances ; il
ne vit pas d'abord les objets distinctement , mais
il ſçût attendre , avec toute la tranquillité poſſible ,
que ſon oeil eût repris des forces , étant perfuadé
qu'il est moralement impoſſible qu'un organe affoibli
par une opération , & deſtitué d'une de ſes
parties auſſi eſſentielles que le cryſtallin, fafle parfaitement
les fonctions auxquels il eſt deſtiné ; il
eſt viai auſſi que ce malade a lieu de ſe louer de
mon opération , puiſqu'il diftingue fort bien aujourd'hui
tous les objets , & qu'il lit dans le Colombat
avec une lunette à cataracte .
Cette opération s'eſt faite ſous vos yeux ,Monſieur
, & en préſence de tout ce qu'il y a de plus
reſpectable dans le Corps des Galétes ; le bon fuccès
qu'elle a eû , s'eſt répandu dans bien des endroits
, & il eſt même parvenu juſqu'à Paris , où
j'ai été mandé , comme vous le ſçavez , par un
Seigneur des plus diftingués à la Cour , à l'occafion
d'une cataracte , à laquelle , de concert avec
M.Morand, célébre Chirurgien, je n'ai pas encore
jugé à propos de toucher.
Depuis mon arrivée à Paris , j'ai été conſulté
par près de quatre cens malades , & j'ai fait plus
dedeux cens opérations , tant de cataractes , qu'autres
affections des yeux , avec tout le ſuccès qu'on
peut attendre dans des maladies auſſi délicates ,
que celles qui attaquent cette partie .
Le ſuccès dont la Providence a favorisé ma
nouvelle méthode , & l'approbation de pluſieurs
grands Médecin & Chirurgiens , ont furpaflé mes
efperances. De 7s opérations que j'ai faites pour
SEPTEMBRE. 1748 . 205
la cataracte à Paris , la plupart à des malades de
mauvais tempérament , avec des yeux peu favorables
pour l'opération , d'un état qui ignore le
régime &d'une pauvreté à ne pouvoir que difficilement
le pratiquer ,j'ai eu le bonheur de réuffir
àſoixante& une; je ne crois pas qu'il ſoit poſſible
d'attendre un plus_grand fuccès d'une méthode
nouvelle , & dont la nouveauté même récule néceffairement
la perfection .
Je ſuis donc aujourd'hui parfaitement confirmé
dans l'opinion , que rien n'eſt plus dangereux que
de porter une aiguille pointuë & tranchante dans
l'oeil ; les accidens que peut cauſer l'ancienne aiguille
, font ſans nombre & ſouvent ſans reméde ,
puiſqu'il n'est pas poſſiole au Chirurgien' , même
le plus adroit , de diriger la pointe de cette aiguille
dans une partie auſſi délicate que l'oeil , fans
riſquer de toucher aflés ſouvent la partie poſtérieure
de l'iris , les proces ciliaires , ou la prunelle,
& de déchirer par conféquent des vaiſſeaux qui occafionnent
ordinairement des épanchemensde fang
dans la chambre antérieure de l'oeil , pour peu que
la cataracte ſoit molle ou adhérente ; cet accident
ne m'eſt jamais arrivé , depuis que je fais uſage de
ma nouvelle aiguille,ſans pointe ni tranchant ; je puis
la tourner à mon gré dans l'oeil , fans craindre de
le bleſſer. J'avoue que je me ſuis ſouvent étonné
que les grands Maîtres de l'Art n'ayent pas été
frappés du danger manifeſte qu'il y avoit à porter
une aiguille pointue & tranchante dans l'oeil , &
qu'ils n'ayent pas fongé à chercher une méthode ,
moins propre à faire trembler le malade & le Chirurgien.
Enfin , pour prouver invinciblement que ma
méthode d'abbattre la cataracte eſt entierement
préférable à l'ancienne , je crois qu'il me ſuffit de
2
206 MERCUREDEFRANCE
rapporter le grand nombre d'opérations qui m'ont
réuſſi , au lieu que par l'ancienne méthode on eft
ſouvent fort heureux , lorſque ſur dix opérations
on réuffit à sou 6 , & quelquefois à moins , quoique
les cataractes foient bonnes & fur des ſujets
bien constitués ,
Qu'on ne s'imagine cependant pas que je prétende
annoncer ma méthode comme invariable
& infaillible , ni que je la croie exempte de tout
danger ; elle a ſes défauts , comme la premiere ,
mais je ſuis très-fondé à croire qu'ils font infiniment
moindres , & j'ai lieu d'eſperer même queje
pourrai la porter dans la ſuite à un plus haut point
de perfection ; j'oſe vous aſſurer , Monfieur , avec
la plus grande vérité , que je le ſouhaite , encore
plus pour l'utilité publique , que pour mon utilité
particuliere.
Si j'ai été aflés heureux de réuſſir dans l'opérationde
la cataracte , je puis me flater que je n'ai pas
eû moins de ſuccès dans pluſieurs catres opérations
de toutes eſpéces , que j'ai faites for les yeux des
malades , traités aflés long-tems fans fruit , & dont
quelques-uns avoient paflé pour incurables ; je
citerai àla fin de cette lettre quelques opérations
des plus confidérables concernant la cataracte , &
les autres maladies des yeux ; j'y joindrai en même
tems trois Certificats authentiquesdes malades que
j'ai traités.
J'ai ouvert plus de ſoixante fois la cornée tranf
parente , &porté l'inſtrument dans la chambre antérieure
de l'oeil , pour en tirer du fang &du pûs ,
qui s'y étoient épanchés ; j'ai détruit des callofités
de la même cornée , qui entretenoient depuis
un très long-tems des abſcès fiſtuleux & des fiftules
dans ces parties,que je n'ai non plus ménagées que
la moindre du corps humain , ſans qu'il en ſoit réſulté
le plus petit accident.
SEPTEMBRE. 1748. 207
J'ai fait l'extraction de la cataracte ſituée encore
dans la chambre poſtérieure de l'oeil droit de M.
Garion , Maître Perruquier , ruë Dauphine , près
la ruë Contreſcarpe , dont je parlerai ci-après. Les
obſervations que j'ai faites ſur cette heureuſe opération
, m'ont donné de grandes idées pour l'extraction
de la cataracte.
J'ai fait pluſieurs fois l'opération de la fiſtule lacrymale
avec autant de ſuccès qu'on peut en attendred'une
maladie que les plus habiles Maîtres regardent
encore comme fort douteuſe , j'ai eu l'honneur
de faire pluſieurs opérations àl'Hôpital Royal
des Invalides, en préſence d'un des plus grands Chirurgiens
de l'Europe , dont le nom ſeul fait l'éloge
* , & deM. Bouquot, Chirurgien-Major du même
Hôpital , de qui je fais gloire d'avoir été l'éleve,
comme auſſi en préſence de M. Faget , Chirurgien-
Major de l'Hôpital de la Charité , dont je compte
l'approbation dans le rang des évenemens les plus
flateurs qui me ſoient arrivés dans le cours de ma
vie.
J'ai conſulté pluſieurs fois & operé ſur les yeux
à l'occaſion des maladies qui les attaquent , avec
plufieurs des plus habiles , tant en Médésine
qu'en Chirurgie, à Paris.
M. de la Martiniere , Premier Chirurgien du
Roi , voulut bien prendre la peine de venir le 22
Décembre dernier chés moi , pour y vifiter environ
so malades que j'avois opérés pour dirſes
maladies des yeux , parmi leſquels il y en avoit
d'âgés de 75 & 80 ans , qui avoient été aveugles
, pendant 10,12,18,25,30 , & même jufqu'à
40 ans, les uns par des cataractes , & les autres
par d'autres maladies ; j'ai eû l'honneur de faire
le même jour en préſence de ce Chef de la
*M.Morand.
208 MERCURE DE FRANCE .
Chirurgie , une opération ſur l'oeil gauche du
nommé Jean-François Laleu , Soldat Invalide ,
âgé de 72 ans , qui avoit un ulcére très-conſidérable
ſur la cornéetranſparente qu'il recouvroit prefque
à moitié , de même que la prunelle , & dont il
eſt fort bien guéri aujourd'hui. M. Faget , dont
j'ai déja parlé , ſe trouva auſſi préſent à cette opération
, & vit tous les malades dont je viens de
faire mention .
De toutes les opérations que j'ai faites à Paris ,
&que je ne puis citer qu'avec une forte d'amourpropre
, c'eſt l'opération de M. le Marquis de Forbin,
dont j'ai joint ici le Certificat , qu'il a eû la
bonté de medonner.
Paſſons maintenant au détail de quelques-unes
des opérations que j'ai faites à Paris , ſurtout de
celles qui m'ont paru les plus eſſentielles ; je commencerai
par celle de M. Garion , dont j'ai parlé
ci -devant
Ayant déja fait mon poſſible pour abbattre la
cataracte à ce malade , ſansavoir pû y réuffir d'aucune
maniere , je me déterminai à ouvrir la partie
inférieure de la cornée tranſparente , & afin de porter
plus fûrement mon aiguille dans la chambre
poſtérieure de l'oeil , je tins un affés long eſpace de
tems la cornée écartée au moyen d'une petite
pincette , & je fis ſortir le cryſtallin à la faveur de
l'ouverture que je venois de faire , quoique l'humeur
aqueuſe ſe fût tout à- fait écoulée , de même
qu'une petite portion de l'humeur vitrée , ce qui
n'empêcha pas le malade de voir tous les objets
qu'on lui préſenta , & de connoître ſur le champ
pluſieurs perſonnes qu'on lui montra. Je vous prie ,
Monfieur, de vouloir bien faire attention à l'importance
de cette opération , puiſqu'il s'agit d'une cataracte
tirée de la chambre poſtérieure de l'oeil, & non
pas de l'antérieure, ily a fur cette derniere pluſieurs
SEPTEMBRE. 1748 . 209
obſervations rapportées par feu M. de St. Ives ,
dans ſon nouveau Traité des maladies des yeux ,
page 304 , 305 , 306 & 307 , mais cetAuteur célébre
ne fait aucune mention des cataractes tirées
de la chambre poſtérieure de l'oeil.
Cette opération eſt d'autant plus digne de remarque
, qu'outre que je la crois fans exemple ,
c'eſt qu'elle m'a offert de trés -grandes difficultés ,
puiſqu'il m'a fallu ouvrir une cornée très- relâchée,
& preſque toute affaillée par l'effuſion de l'humeur
aqueufe , qui étoit ſortie à moitié par la premiere
ponction que j'avois déja faite pour abbattre
la cataracte .
,
L'opération dont je viens de parler , a eû un fi
grand ſuccès , que le malade n'a pas reſſenti la
moindre douleur ; il voit à lire aujourd'hui fort dif
tinctement au moyen d'une lunette à cataracte ;
l'oeil a repris ſa figure naturelle ; la playe de la cornée
eſt parfaitement cicatriſée , & il n'y reſte
d'autre difformité que la prunelle un peu oblongue,
ce qui est néanmoins imperceptible , ſi ce n'eſt aux
yeux des perſonnes de l'Art .
Voici une opération finguliere , qui intéreſſe
trop le public , pour la paſſer ſous filence.
Madame de Moncel , femme du Garde des
Marbres du Roi , près le Pont-Tournant des
Thuilleries , vint metrouver au ſujet d'une maladie
qu'elle avoit à la paupière ſupérieure de l'oeil
gauche ; cette malade étoit tombée ſur une bouteille
de verre , dont les éclats lui avoient fendu la
paupiere ſupérieure de cetoeil , de même que l'inférieure
,& en avoient coupé , par conféquent , les
cartilages & les muſcles. On y avoit pratiqué vainementdes
points de fûture. Lorſque cette malade
eût recours à moi deux mois après , l'un & l'autre
bord de la playe étoient cicatriſés , & formoient
unbec-de- liévre parfait , accompagné d'un gonfles
210 MERCURE DE FRANCE.
ment conſidérable à chaque angle de l'oeil ; cette
playe étoit horrible à voir , l'oeil ſortoit par le milieu
du bec-de- liévre .
Quoique feu M. de Saint Ives ait voulu affûrer
dans ſon traité des maladies des yeux , Chap . X.
de l'éraillement des paupieres , pages 114 & 115 ,
quoique ce grandOculifte, dis-je, aaiitt voulu affurer
quecette opération étoit toujours ſans fuccès,parce
qu'iln'avoit pas réuſſi à une de ce genre , je ne fus
pas rebuté d'entreprendre la malade dont je viens
de parler. Je commençai d'abord par emporter les
bords calleux de la paupiere , & i'y paſſai enſuite
deux petites épingles d'argent à deux têtes , telles
que les a imaginées M. Petit , célébre Chirurgien
de Paris , à la faveur d'une petite aiguille à lardoire
, de l'invention de cet homme illuftre ; en un mot
je pratiquai la fûture entortillée , telle qu'on a
coûtume de la faire au bec-de-liévre , qui arrive
aux lévres , ce qui m'a réuſſi avec tant de fuccès
que la malade fut guérie quinze jours après mon
opération ; cette paupiere fait les mouvemens ,
comme l'autre, & il n'y eſt reſté aucune difformité
qu'une legére cicatrice qui ſe cache dans les plis
de la paupiere , lorſqu'elle ſe leve.
Madame de Moncel a été fort heureuſe que je
n'aye pas ſuivi le ſentimentde M.de St. Ives , qui
s'eſt déclaré hautement contre cette opération ,&
qui l'a regardée , ainſi que je l'ai déja dit , comme
fort inutile. Cet événement prouve évidemment
qu'il ne faut pas toujours s'en rapporter à Pavis
d'une ſeule perſonne, quelqu'éclairée qu'elle foit ,
furtout lorſqu'il s'agit d'une opération qui n'eſt
point abſolument difficile ni dangereuſe , telle que
celle dont il eſt ici queſtion , puiſque la malade
n'a pas feulement eû les yeux rouges pendant les
quinze jours que je l'ai panfée.
M. de St. Ives n'a pas été plus fondé à dire que
SEPTEMBRE. 1748. 211
le cartilage des paupieres ne pouvoit s'allonger ,
puiſque la paupiere ſupérieure de cette malade eſt
auſſi ſouple , & qu'elle fait auffi-bien ſes mouvemens
que celle de ſon autre oeil . M. Guatany
célébre Chirurgien de l'Hôpital du Saint Eſprit à
Rome , & Affocié de l'Académie Royale de Chirurgie
de Paris , étoit préſent à cette opération ,
& ila vu peu de tems après la malade très-bien
guérie.
2º. J'ai guéri Mad. Dutrolot , ou autrement dit ,
Chaudelier, âgée de 75 ans, aveugle par deux cataractes
depuis 25 ans , demeurante fauxbourg Saint
Martin , vis- à-vis le grand Monarque , à la maiſon
brûlée , & à l'enſeigne du Nom de Jeſus .
3 °. M. Oui , âgé de 80 ans , aveugle depuis fix
ans par deux cataractes qu'on lui avoit opérées
fans ſuccès à Paris le 15 Mai 1745 , j'ai abbattu la
droite , & le malade voit parfaitement aujourd'hui
tous les objets ; il demeure ſous les grands
pilliers des Halles , à l'enſeigne des trois Poiffons.
M. Guatany , déja cité , étoit préſent à cette
opération . & a vû enſuite le malade guéri .
4. M. Perilleux , Maître Ménuifier , Cour des
Suiffes , aux Thuilleries , aveugle depuis près de
Ax ans , d'une cataracte à l'oeil droit , très - molle &
adhérente à l'iris , dont la gauche avoit été abbattuë
à Paris par un habile Oculifte fans aucun ſuccès
, puiſque le malade n'avoit rien vû ; après l'opération
l'oeil ſuppura .
5°. M. Chriftina , Suiſſede S. A. R. Madame la
Ducheſſe d'Orleans , à Bagnolet, qui étoit aveugle
depuis près de deux ans , par deux cataractes , dont
lagauche avoitdéja été abbattuë fans ſuccès par un
très-habile Oculiſte des environs de Paris , il y a
environ trois ans ; ce malade voit fort bien à la fuite
des deux opérations que je lui ai faites.
212 MERCURE DEFRANCE.
6°. M. Olivier , ruë des Petits Auguſtins , a
'Hôtel de Luxembourg , âgé d'environ 72 ans ,
auquel j'ai abbattu une cataracte adhérente à la
circonference interne de la prunelle de l'oeil droit
dont ce malade ne voyoit pas depuis près de
deux ans , & quoique j'aie été obligé de rabbattre
cette cataracte deux fois, le cryſtallin ayant remonté
la premiere , le malade n'en a pas fouffert la moindre
incommodité , & voit très-bien aujourd'hui.
Meffieurs Sabattier , Brocard & Battu , Maîtres
Chirurgiens Jurés de Saint Côme , étoient préfens
à ces deux opérations .
7°. Mad. Gayot , Chanoineſſe de Chaillot , âgée
d'environ 72 ans , aveugle par deux cataractes a lhérentes
à l'iris & à la prunelle depuis près de cinq
ans, a été très -bien guérie ſans aucun accident. M.
Morand a vû cette guériſon.
8 ° . Aux Invalides , M. Manzin , Officier , âgé de
65 ans , aveugle par deux cataractes depuis 9 ans.
9°. M. Thibouët , dit la Vigueur , Officier , âgé
de77 ans, aveugle depuis 8 ans par deux cataractes;
cesdeux malates ont été préſentés deux mois après
leur guérilon à M. le Comte d'Argenson , Ministre
de la guerre, voyant fort bien les objets , mais il eſt
furvenu quelque tems après un larmoyement fort
conſidérable àl'oeil gauche de M.la Vigueur.Ce larmoyement
l'a empêché de voir comme auparavant
pendant fort long-tems , ſans cependant qu'on
puiſſe en accuſer mon opération , puiſque ce larmoyement
n'a été occaſionné que par un vice ſcorbutique,
dont le malade avoit déja été atteint précédemment
, car ce même malade étoit forti de la
falle desſcorbutiques quelque tems avant que je lui
fifle l'opération , & c'eſt ce même vice ſcorbutique
qui a obligé ce malade de retourner à l'Hôpital,
dont il eſt ſorti depuis quelque tems, & il voit fort
bien aujourd'hui.
SEPTEMBRE. 1748. 213
10°.Mlle Beauroux , ruë du Hazard , aveugle
depuis sans par deux cataractes molles, barrées &
très-adhérentes à la circonférence interne de l'iriş
& de la prunelle , & dont l'opération a été fort laborieuſe.
La malade voit fort bien aujourd'hui ;
M. Fournier , Chirurgien, gagnant maîtriſe à Bicê,
tre, étoit préſent à cette opération ,& a vû la maladeguzrie.
11 °. M. Gouget, Bourgeois, aveugle depuis trèslong
tems , & qui avoit perdu l'oeil gauche depuis
18 ans par une cataracte fort mauvaiſe , & même
pierreuſe dans ſon milieu , a été fort bien guéri ,
quoique cette cataracte fût auſſi adhérente à la
circonférence interne de l'iris de la prunelle . Ce
malade demeure ruë S. Jacques , au coin de la ruë
des Poirées chés M. Droüet .
12º. Mlle Provin , Femme de chambre de Mad.
la Comteſſe de Chamillard, ruë de Richelieu , visà
vis les Ecuries de Mad . la Ducheſſe d'Orléans ,
aveugle par deux cataractes depuis environ deux
ans; ces cataractes étoient très- molles , partagées
enquatre portions ſous la membrane du cryſtallin;
indépendamment de cela elles étoient barrées : j'ai
abattu ces deux cataractes à une année de diſtance
l'une de l'autre , la premiere le 18 Mai 1747 , & la
ſecondelez Juin 1748,avec un très- heureux ſuccès.
13 °. M. Sauvegrain , Maître Boulanger, ruëGalande,
près la Place Maubert ; ce malade, âgé de 63
ans, étoit aveugle depuis près de cinq ans par deux
cataractes molles & très-adhérentes à la circonférence
poſtérieure de l'iris, dont il a fort bien guéri.
14°. Mad, Avril , loueuſe de caroſſes de remiſe,
Agée d'environ 68 ans , ruë Charenton , près les
Mouſquetaires noirs , qui me fut adreſſée le 2 Juin
1747 par M. Puzos, célebre Chirurgien de Paris, &
Directeur de l'Académie Royale de Chirurgie.
Cette malade étoit aveugle depuis environ deux
214 MERCURE DE FRANCE.
ans & demi par deux cataractes très- molles &
adhérentes à la circonférence poſtérieure de la prunelle
de chaque oeil , qui étoient très-petits & fort
enfoncés ; tous ces obſtacles ne m'ont pas empêché
de réuffir.
15º. Le nommé Roland , ancien Poſtillon de
feuë la Reine d'Eſpagne , au Luxembourg. dans la
ruë d'Enfer , au- defſlus de l'appartement de Mad.
d'Andrezel , aveugle depuis sans par deux cataractes
, dont la droite étoit très- molle , pierreuſe
& fort adhérente à la partie poſtérieure de la prunelle
. M. Pibrac , Chirurgien de la même Reine ,
a vû le malade devant& après l'opération .
16°. Le Sr Geoffroy , âgé de 74 ans , aveugle
par deux cataractes depuissans , fort adhérentes
à la partie poſtérieure de l'iris de chaque coeil . Ce
malade demeure ruë S.Martin, près S. Nicolasdes
Champs , chés M. Marteau , Chaircuitier.
17°. Jacques Sorteau , de Chartres en Beauce ,
âgé de 60 ans, qui me fut adreſſépar M. Bouquot,
Chirurgien Major des Invalides , le 4 Janvier
dernier. Il avoit deux cataractes fort adherentes
à l'iris & à la prunelle de chaque oeil ; l'opération
a cependant fort bien réuſſi , malgré la
rigueur de la ſaiſon ; pluſieurs perſonnes de confideration
ont vû ce malade avant & après ſa guériſon
chés moi. Il a même été aſſiſté des charités de
Mlle Beauger, qui demeure dans la même maiſon,
Quai Malaquais , près l'Hôtel de Boüillon , ledit
malade eſt ſorti de chés moi parfaitement guéri.
189. Leger Ciclet , âgé de 12 ans ( demeurant
quartier S. Victor , rue des Boulangers , vis - à- vis
les Dames Angloiſes.) Ce malade avoit perdu l'oeil
gauche par une cataracte depuis près de deux ans,
àla ſuite d'un accident qui lui arriva par une faſée
, laquelle creva vis-à-vis ſon oeil , dont il reſta
borgnedans l'inſtant , & quoique dans l'opération
SEPTEMBRE . 1748 . 215
que j'ai faite , la cataracte ſe ſoit partagée en plus
detrentemorceaux ,& que le malade ait refté plus
de fix ſemaines fans rien voir de fon oeil , il en voit
très- bien aujourd'hui,
19. M. Siffet , Marchand de Bois , ruë de Charenton
, près la ruë Traverſiere , à l'enſeigne de
la fleur de lys , fauxbourg S. Antoine , âgé d'environ
62 ans,auquel j'ai abbattu une cataracte à l'oeil
droit, adhérente à la circonférence interne de la
prunelle; la vivacité de ce malade lui a bien occaſionné
de la peine , quoique l'opération eût bien
réuffi , cependant malgré ſon peu de ménagement
il voit aſſesbien aujourd'hui de cet oeil . Ce malade
n'a jamais démenti la confiance à mon égard.
20°. Mad. de Vandeuil , femme de M. de Vandeuil
, de Chaalons en Champagne , demeurante à
Paris , ruë de Tournon , vis à vis 1 Hôtel des Ambaffadeurs
. Cette malade avoit perdu l'oeil gauche
depuis près de 6 ans d'une cataracte occaſionnée
par un coup que la malade avoit reçû au- deſſus de
I'oeil affecté ; cette cataracte étoit platte , fort mollaſſe
& adhérente à la partie poſtérieure de l'iris &
de la prunelle ; il eſt ſurvenu un larmoyement des
plus conſidérables à la ſuite de cette opération,qui
m'a donné bien de la peine , quorque la malade ſe
foit prêtée volontiers à faire généralement tout ce
que j'ai pu lui ordonner , avec une confiance &
une conſtance rares dans les perſonnes de ſon ſexe,
&joſe dire , ſi peu ordinaire , que peu de malades
auroient été capables de foutenir tout ce que je
lui ai fait.
21 °. M. Rouſſel , Rotiffeur , chés M. Rouillé ,
Conſeiller d'Etat , rue des Poulies , cataracte depuis
cinq ans par un coup .
22°. Le nommé le Comte, au grand Caillou, cataracte
depuis deux ans,
23 °. M. Nancy 2 au Bourget , près Paris ,
216 MERCURE DE FRANCE.
cataracte depuis un an & demi .
24°. La nommée Chevalier , femme de Jacques
Chevalier, laquais de M. Rougeaut , Gentilhomme
Servant chés le Roi , cataracte depuis 2 ans , trèsmolle
& partagée en pluſieurs parties, ſurtout la
gauche qui paſſe preſque toute entiere dans la
chambre antérieure de l'oeil ; cette malade demeure
* ruëMontmartre , entre la ruë Plâtriere & celle de la
Juſſienne , vis- à-vis un Horloger , chés un Potier
deterre.
25 °. La nommée Aubry,devenue aveugle depuis
5 ans; cette malade demeure à la Villette,en allant
au Bourget , la pénultiéme maiſon à gauche. M. le
Duc de Villars Brancas a vû certe malade chés
moi , & l'a aſſiſté de ſes charités .
26°. Mad. Bigaud , femme de Simon Bigaud, employé
à l'armée , aveugle par deux cataractes depuis
deux ans, fort molles & adhérentes,demeurante rue
Ste Marguerite , chés M. Darvillier , Epinglier ,
avec Jeanne Germain , ſa tante.
27. M. Neveu , Valet de Chambre Tapiffier de
M. le Duc de Mortemar , ruệ S. André des Arcs ,
vis-à- vis la rue des Auguſtins.
289. Simonne Leguet, femme de Noël Morand,
aveugle par deux cataractes depuis cinq ans ; cette
malade demeure à S. Oiien de Mancelles , près la
Barre en haute Normandie .
Tous les maladesdont je viens de parler , étoient
réellement aveugles , & la plupart avoient de fort
mauvais tempéramens , cependant ils voyent fort
bien aujourd'hui. En voila aflés , ce me ſemble
pour la cataracte ; préſentement je vous donnerai
quelques exemples des inflammations & autres
maladies des yeux , que j'ai traitées.
M. du May , Chevalier de S. Louis , Ecuyer de
M. le Prince de Pons , avoit une violente ophtalmie
,
SEPTEMBRE. 1748 . 217
mie à l'oeil gauche & un grand ulcere ſur la cornée
tranſparente & fur la paupiere inférieure , que
jai guéris par une opération fur cet oeil .
M, de Latour , à l'Académie de Dugard , ruë de
PUniverſité , étoit dans le même état.
MCornette , Tréſorier général des Galeres ,
Place des Victoires , avoit un abcès dans la chambre
antérieure de l'oeil gauche , avec un grand ulcére
ſur la cornée tranſparente du même oeil ,
dont il ne voyoit pas depuis trois mois, & ſouffroit
des douleurs cruelles ; il a été guéri par une opération
de cette nature.
M. Goulé , Maître Maçon , ruë Briſemiche, avoit
fon fils aîné attaqué d'une ophtalmie conſidérable
ſur les deux yeux depuis ſept ans , avec des ulcéres
qui pénetroient l'intérieur de la cornée tranf
parentejuſquesdans lachambre antérieure de l'oeil
gauche, ce malade avoit perdu le droit, long- tems
avantde me conſulter , & il auroit même perdu le
gauche , fi je n'avois fait une opération , qui l'a
Lauvé.
J'ai fait une infinité d'autres opérations de toutes
eſpeces , depuis mon arrivée à Paris , dont je
ne vous parlerai pas , de crainte de vous ennuyer.
Vous pouvez voir par le détail que je viens de faire
, que j'ai été aſſes heureux , à quelques accidens
près,qui me font arrivés dans quelques unes,& que
jeme flatte cependant n'avoir pas été occaſionnés
par ma faute, après tout à qui n'en arrive- t'il pas ?
Les plus grands Maîtres n'en ſont pas exempts.
J'oſe me flater néanmoins que les malades quej'ai
opérés ſans ſuccès , me rendront affés de justice ,
(du moins je l'eſpere ) pour ne pas m'imputer leur
malheureux fort , puiſque le mauvais tempéramment
en a été la cauſe chés les uns ; chés les
autres , la mauvaiſe nature des cataractes ou
autres maladies , & chés pluſieurs enfin , leur
K
218 MERCURE DEFRANCE .
indocilité & leur défaut de confiance ſur la fin de
leur traitement , lequel empêche preſque toujours
le plus habile Chiturgiende parvenir à fon but , je
veux dire la guérifon.
Que le Chirurgien , même le plus expérimenté ,
eft malheureux , lorſqu'il n'eſt pas ſecondé par la
nature& par le malade !
Il faut compter , autant que je le fais , ſur votre
amitié , Monfieur , & fur l'intérêt que vous voulez
bien prendre à ce qui me regarde , pour être entré
dans un détail auſſi long ,& qui ſeroit ſans doute
ennuyeux pour une perſonne , qui auroit moins
d'amitié pour moi.
Daignez , je vous en prie , attribuer la longueur
fatigantede cette lettre à l'obéiſſance que je vous
ai vouée , puiſque vous avez exigé de moi de vous
faireune relation complette de mon ſéjour à Paris.
D'ailleurs , en vous faiſant connoître le ſuccès
que le Ciel a accordé à mes opérations , je n'ai fait
que vous rendre compte du fruit de vos conſeils
éclairés,&des ſages avis quej'ai reçûs de vous, depuis
que j'ai le bonheur de vous connoître. Per
mettez que je vous faſſe part de vive voix de l'honneur
que le Roi m'a fait, en m'accordant la ſurvivan
ce de la Charge de l'un de ſes Chirurgiens ordinaires
par quartier, mais dans quelques endroits queje
fois , ne doutez jamais de ma tendre reconnoiflance&
du parfait attachement avec lequel je ſerai
toute ma vie , Monfieur , votre très-humble &
très- obéiſſant ſerviteur , DAVIEL.
A Paris le 30 Septembre 1748.
Copie du Certificat de Meſſieurs Morand
Bouquot.
Nous ſouſſignés certifions que le ſieur Daviel .
Chirurgien du Roi ſur ſes Galeres , & Profefleur
SEPTEMBRE. 1748 . 219
Royal en Chirurgie à Marseille , étant venu à Paris
avec la permiſſion de M. le Comte de Maurepas,
pour traiter M. le Duc de Villars Brancas de
deux cataractes , & M. le Comte d'Argenſon , Miniſtre
de la Guerre , ayant permis audit ſieurDaviel
d'opérer à l'Hôtel Royal des Invalides en notre
préſence , il a réellement fait devant nous le 7
Juinde la préſente année quatre opérations , dont
voici le détail.
Il abbattu au fheur Manfin , Officier , âgé de 65
ans , une cataracte à l'oeil gauche , qui l'incommodoit
depuis 9 ans ; le malade a vû ſur le champ &
continuë de voir .
• Il a abbattu au fieur Thiboüet , Officier , âgé de
77 ans , une cataracte à l'oeil gauche , qu'il avoit
depuis 8 ans ; ce malade a vû fur le champ& con.
tinuë de voir.
Il a attaqué au nommé Louis Beſſac , âgé de 60
ans , une cataracte à l'oeil droit , qu'il avoit depuis
30 ans; il l'avoit annoncée d'une mauvaiſe eſpece,
elle s'eft trouvée telle , & il ne l'a pû abattre avec
fuccès.
Enfin il a extirpé au nommé Jacques Bourgeois,
ditBelle-roſe , âgé de 56 ans , une petite tumeur
épaiſſe , étendue en aîle de Chauve-fouris , fur
la conjonctive & la cornée tranſparente aux deux
yeux.
Il nous a parú opérer avec beaucoup d'adreſſe &
de fermeté dans la main , & fuivant la meilleure
méthode qui puiſſe être miſe en ufſage dans tous
les cas dont eſt queſtion , en foi de quoi & pour
rendre témoignage à la vérité, nous lui avons donné
le préſent Certificat. Fait à Paris ce 24 Juin
1747 , Signé , MORAND , Chirurgien Major & Infpecteur
des Hôpitaux Militaires , BOUQUOT , ChirurgienMajor
en chef de l'Hôtel Royal des Inva
lides, Vû BAUYN .
Kij
220 MERCURE DEFRANCE.
Copie du Certificatde M. Faget, Chirurgien
Major de la Charuć.
Nous ſouſſigné Maître enChirurgie & Major
de l'Hôpital de la Charité , certifions que M. Daviel
, Chirurgien du Roi ſur les Galeres àMarfeil.
le, a fait le7 Juin de la préſente année quatre opérations
à l'Hôtel Royal des Invalides , dont voici
le détail,ayant eu l'honneur d'y être préſent.
Il a abattu au ſieur Manzin , Officier , âgé de 65
ans , une cataracte à l'oeil gauche , qui l'incommodoit
depuis 9 ans ; le malade avû fur le champ
&continue de voir,
Il a pareillement abattu au Sr Thibouet, Officier,
âgéde 77 ans, une cataracte à l'oeil gauche , qu'il
avoit depuis 8 ans , avec le même ſuccès.
Il aopéré au nommé Louis Beſſac , Soldat , âgé
de 60 ans , une cataracte à l'oeil droit , qu'il avoit
depuis 30 ans , qu'il nous avoit dit être d'une mauvaile
eſpece , & elle s'eſt trouvée telle.
De plus il a extirpé au nommé Jacques Bour
geois,dit Belle roſe, âgé de 56 ans, une petite
tumeur épaiſſe , étendue en aîle de Chauve-fouris,
fur la conjonctive & la cornée tranſparente aux
deux yeux.
Il nous a paru opérer avec beaucoup d'intelligence,
de dextérité, &ſuivant la bonne méthode ,
en foi de quoi nous avons donné le préſent Certificat.
Fait à Paris le 26 Juin 1747. Signé, FAGET.
Copie au Certificatde M. leMarquis
de Forbin.
Je certifie que le ſieur Daviel, Maître ès Arts
&& en Chirurgie , Chirurgien du Roi ſur lesGaleres,
de l'Académie Royale de Chirurgie de Paris
Affocié correſpondant de l'Académie Royale des
Sciences de Toulouſe , Membre de l'Académie des
SEPTEMBRE. 1748 . 221
Sciencesde l'Institut de Bologne, Profeſſeur &Démonstrateur
Royal en Chirurgie à Marseille,Confeiller
Chirurgien ordinaire du Roi , m'a traité
d'une maladie de paupiere, laquelle conſiſtoit en fix
ulcéres , reftes de la petite vérole , irrités de telle
forte par une lecture affidue devantle feu & à la
lumiere , que j'ai été pendant deux ans dans l'impuiſſance
de lire même trois ſecondes de ſuite , il a
eu un ſuccès tel , que j'ai lu le ſur-lendemain
de la premiere opération une heure de ſuite , 35
pages in-8°. deux ou trois jours après la deuxième
opération ,& que je lis maintenant auſſi long-tems
que je veux ; ſuccès qui me paroît d'autant plus
furprenant , que l'uſage fréquent de pluſieurs collites
,& l'exécution ſcrupuleuſe de l'ordonnance de
lapartie la plus ſaine de la Médecine & de la Chifurgie,
m'a été moins falutaire.A Paris ce 22 Août
1748. Le Marquis DE FORBIN.
SPECTACLES.
L EMardi , 10 de ce mois , l'Académie Royale
de Muſique a donné la premiere repréſentation
de trois Actes,tirés de trois anciens Ballets. Le
premier, intitulé les Soirées de l'Eté, eſt pris du Ballet
des Fêtes de l'Eté ; les paroles font de M l'Abbé
Pellegrin , qui a fait tantde vers ſacrés & profanes
; la Muſique eſt de la compoſition de M. de
Monteclair , Auteur eſtimé de la Tragedie de
Jephté.
L'intrigue de cet Acte eſt un niodéle ou une co .
pie de la Provençale du gracieux Mouret. Le
Théatre repréſente les rives de la Seine , éclairées
parun Soleil couchant. Argante , tuteur & amant
jaloux d'Hortenfe , a conçu le deſſein de l'enlever
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
dans un des petits Bâteaux de la Porte S. Bernard,
voiture très -peu uſitée pour les enlevemens ; Lubin
, valet d'Argante , eft gagné par Doris , Suivante
& Confidente de la jeune Hortenſe , & le
petit Bâteau préparé pour ſervir les projets du jaloux
, les renverſe , & eſt employé contre lui pour
Liſis , l'amant aimé. La maniere, dont cette comique
catastrophe s'amene , eſt une Enigme à deviner.
La deuxiéme Entrée eſt intitulée l'Eſtime , troifiéme
Acte du Ballet des Amours déguiſés , dont
les paroles ſont de Monfieur Fuzelier , un des Auteurs
du Mercure , & la Muſique eft de M Bourgeois
, Auteur d'autres ouvrages connus & débités.
Ce Ballet , plein d'une métaphysique galante &
quia toujours été fort applaudi auThéatre Lirique,
contient trois déguiſemens de l'amour ſous les ap.
parences de la haine , de l'amitié & de l'eftime.
Nous ne donnerons point d'extrait de la Scéne d'Ovide
& de Julie ; cela ne ſe peut exécuter qu'en la
gâtant. Elle a été parfaitement exécutée par Mlle
Fel & M. de Chaffé.
Voici un évenement nouveau fur le Parnaffe.
Le goût, la raiſon & la justice, eſperent qu'il ne ſera
point imité. Le dernier Acte des Fragmens n'eſt
fragment au plus que pour un quart. La Muſique
eft nouvelle & de M. Rameau , deſtiné pour la réformation
du ſtile harmonique , mais nous doutons
que le Public convienne que le correcteur des
paroles de M. de la Motte ait la même vocation.
On n'a point mis de nom d'Auteur des paroles à
la place qu'il occupe ordinairement , & on a bien
fait, car beaucoup de perſonnes trouveront que le
Pigmalion de M. de la Motte eſt plus mutilé que
le Paſquin de Rome. Le divertiſlement eft gai &
varié , le Statuaire & fa charmante petite Statuë
font inimitables,
SEPTEMBRE. 1748 . 223
Le Prologue, qui précede ces trois Actes , eſt le
Prologue des Amours de Vénus , Ballet de Mrs
Danchet & Campra.
Les Comédiens Italiens ontdonné une petite
Piéce intitulée la Bouche de Vérité, qui n'a pas
réuſſi . Il y a dans l'ancien Théatre de Gherardi
une Bouche de Vérité , Lazi de la Comédie de
Dufreny , intitulée la Foire S. Germain.
Le Mercredi 28 Août , les mêmes Comédiens ont
repréſenté Arlequin Amant malgré lui , Comédie
d'un Acte , qui a eu du ſuccès.
Ils ont remis ſur leur Théatre la Mere Confiden
te, très-bonne Comédie, en trois Actes, de M. de
Marivaux. Cette Piéce eſt infiniment eftimable
par la décence de ſon intrigue & par la beauté de
fes caractéres . C'eſt une école de vertu, tout à fait
intéreſſante . Les Auteurs ne devroient donner que
de pareilles leçons fur le Théatre :: on dira que
nous en bannirions bien des ouvrages.
Les Artificiers ultramontains , qui ſe repofoient
depuis trois mois , ont donné un Feu nouveau, intitulé
la Terraffe , qui a bien dédommagé de leur
inaction.
CONCERTS de la Cour .
Le Lundi 26 , le Mercredi 28 ,& le Samedi 31
Août , on exécuta en Concert chés la Reine le
Ballet de la Paix , de Mrs Rebel & Francoeur. Les
rôles furent chantés par Miles Chevalier , Fel ,
Mathieu & de Selle , ainſi que par Mrs Jéliotte ,
Poirier , Benoît , de Chaffé & Dangerville.
Le Mercredi 4 Septembre , le Mercredi 11 , le
Samedi 14 & le Lundi 16 , on exécuta le Prologue
&les quatre Actes du Ballet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont , Sur-Intendant de
Muſique de la Chambre du Roi. Miles Lalande ,
Romainville , Fel , de Selle & Mathieu ; Mrs Bela
K iiij
224 MERCURE DE FRANCE.
noît , Poirier , de Chaffé , Dubourg , le Page&
Godonneſche , en ont chanté les rôles.
ARTICLE
Sur la nouvelle Tragédie de Semiramis .
L
A Tragédie de Semiramis , de M de Voltaire ,
fut repréſentée pour la premiere fois le 29 du
mois dernier par les Comédiens François , & jamais
le Public ne montra tant d'empreſſement de
voir une Piéce nouvelle. Toutes les Loges , même
Jes fecondes , avoient été retenuës fix ſemaines d'avance.
Le jour de la Repréſentation , la ruë de la
Comédie dès une heure après midi fut remplie de
Curieux qui ſe préſenterent pour être témoins du
triomphe ou de la chute de l'Auteur. En un quart
d'heure les billets furent tous diſtribués , & l'on fut
même obligé de refuſer pluſieurs perſonnes , qui
ne pouvant trouver place ailleurs , demanderent
d'être admiſes au Parterre , en payant le mêre
prix qu'au Théatre. Ce qui est encore plus extraordinaire
, la plupart de celles , à qui l'entrée du
Spectacle fut interdite , ne quitterent point , pendant
que la Repréſentation dura , les avenuës des
portes, afin d'être à portée de ſçavoir par les Spectateurs,
qui de tems en tems fortoient pour reſpirer,
le ſuccès qu'avoit eu chaque Acte.
Il étoit difficile à M. de Voltaire de choiſir pour
premier perſonnage d'une PiéceTragique une Héroïne
plus célebre que Semiramis . Lorſque les
Hiſtoriens veulent louer l'eſprit & le courage de
quelque Princeſſe , ils croyent ne pouvoir nous en
donner une plus haute idée , qu'en la comparant
àcette Reine de l'Orient , également connue &
par l'éclat des qualités qu'elle fit briller ſur le
trône ,& par la grandeur du crime qui l'y plaça,
SEPTEMBRE. 1748 . 225
,
On ſçait que pour regner, elle fit périr ſon époux,
& que Ninias fon fils , pour venger la mort de ce
Monarque , la fit périr à ſon tour. Les Poëtes ayant
le privilége d'ajoûter des circonstances à l'hiſtoire,
pourvû qu'ils n'alterent pas les principaux faits
M. de Voltaire ſuppoſe qu'Afflur, ſorti du ſang des
Rois de Babilone , a éte complice de la mort de
Ninus , & a même attenté à la vie de Ninias , en
lui faiſant prendre , à l'inſçû de Semiramis , une
partie du poiſon qui a mis Ninus au tombeau ;
qu'un Courtiſan nommé Phradate a ſauvé les jours
du fils du Roi , & l'a élevé comme ſon fils ſous le
nom d'Arface ; que le jeune Prince , après la mort
de Phradate , lui a ſuccedé dans le commandement
des armées , & que la Reine , qui ne le connoît pas,
forme le deſſein de partager avec lui ſon trône &
fon lit.
Une partie de ces détails eſt expoſée ou prépa-
-rée dans le premier Acte. Ninias , ou le faux Arſace
, ouvre la Scéne avec Mitrane , ancien ami de
Phradate , & après avoir annoncé qu'il a été mandé
à la Cour par Semiramis, il déclare qu'il a un
dépôt important à remettre au Grand Prêtre Ofroës.
Le Souverain Pontife paroît , & le Prince lui
préſente un Diademe & une Epée , qu'Oſroës reconnoît
pour le Diadême & pour l'épée de Ninus.
Pendant que Ninias refléchit ſeul ſur les difcours
énigmatiques que lui a tenus le Grand Prêrre
, Afſur vient lui demander raiſon de ſon arrivée
à Babilone . Cet ambitieux , après que le faux
Arface , qui répond avec toute la fierté que lui
inſpirent ſes exploits , s'eſt retiré , fait entrevoir
qu'il touche au moment d'enlever le Sceptre à Semiramis
, & d'épouser Azema. Il fait place à la
Reine , qui informe les Spectateurs , qu'importunée
par ſes remords & par les apparitions fréquentesde
l'Ombre de Ninus , elle a envoyé confulter
Ky
226 MERCURE DEFRANCE.
Jupiter Ammon. Sur l'avis qu'un Prêtre de ce
Dieu demande à lui parler ,elle rentre pour être
inſtruite des moyens d'appaiſer les mânes de fon
époux.
Azema aime Ninias & en eſt aimée. Le ſecond
'Acte commence par les proteſtations qu'ils ſe font
d'une conſtance à toute épreuve. Ils font interrompus
par Affur. Le faux Arface , ajoûtant une nouvelle
marque de mépris à celles qu'il lui a déja
données, le laille avec la Princeſſe.Affur fait part à
Azema de ſes deſleins ſur elle,& n'en est pas mieux
traité que de Ninias. Cette Scéne eſt ſuivie d'une
entre Aflur & Semiramis , qui l'avertit qu'elle eſt
dans la réſolution de prendre un ſecond époux . Le
filence qu'elle garde ſur le choix auquel elle ſe détermine
, & la défenſe qu'elle lui faitde ſonger
Azema , le laiſſe dans l'incertitude s'il n'eſt pas celui
auquel la Reine deſtine ſa main.
Dans le troifiéme Acte , Semiramis convoque
tous les Ordres de l'Etat , & après leur avoir fait
jurerde reconnoître le Souverain qu'elle va leur
donner, elle nomme Arface. Ne s'occupant plus
qu'àterminer cette grande journée par la célebrationde
ſon mariage , elle ordonne au Grand Prêtre
de s'y diſpoſer , mais au même inſtant le tonnerre
gronde , l'Ombre de Ninus fort de ſon tombeau;
ce Roi demande que fa mort foit vengée,&
qu'elle le foit par le prétendu fils de Phradate.
La volonté des Dieux acheve de ſe manifeſter au
quatrième Acte par le Ministere do roës. Il dévoile
au faux Arface ſa naiflance ; il lui découvre
que Semiramis & Affur ont empoisonné Ninus , &
que pour fatisfaire aux ordres du Deſtin , il doit
aller chercher dans le tombeau du feu Roi les victimes
dévouées à ſa vengeance : il lui rend en même-
tems leDiadême & l'épée dont Ninias Pavoit
fait dépofitaire , & il lui fait lire une lettre , par La
SEPTEMBRE. 1748. 227
quelleNinus déſigne les auteurs de fa mort,& confirme
que ſon fiis a été ſauvé ſous le nom d'Arface.
Cet Acte eſt terminé par la reconnoiſſance de Semiramis
& de Ninias. Effrayée du trouble où elle
le ſurprend , elle s'empreſſe d'en ſçavoir la cauſe ;
elle jette les yeux ſur la lettre , elle l'arrache au
faux Arface, & fon déſeſpoir , en apprenant qu'elle
eſt la mere de ce Prince , & qu'il eſt inſtruit du
forfait par lequel elle a uſurpé le trône , eſt le
plus cruel ſupplice que lui réſervât l'Ombre vengereſſe
de Ninus.
La ſeconde Scéne du cinquiéme Acte ſe paſſe
entre Ninias & Azema. Cette jeune Princeſſe fait
des efforts inutiles pour diffuader le fils de Semiramis
de deſcendre dans le tombeau. Elle l'affûre
que ſon Rival en a profané l'afile , & qu'il médite
fans doute quelque nouveau crime. Ninias exécute
l'ordre qu'il a reçû des Dieux par la bouche d'Ofroës
. Bien- tôt il revient: il annonce à fon Amante
qu'il a vengé Ninus ,& qu'il a puni le coupable
Affur. Cependantje ne ſçais quelle horreur ſecrette
Pagite. Cette horreur redouble à la vue de ſon ennemi
, qui plein de vie fond fur lui. Elle parvient à
fon comble , lorſqu'il apperçoit Semiramis expirante
, qui fort de la tombe, où , avertie par Azemadu
danger que couroit Ninias , elle éroit allée
pour le défendre , & où ce jeune Prince , la pre
nant pour Affur , lui a porté le coup mortel.
Si aucun ouvrage Dramatique n'a plus excité
quecelui- ci la curiofité , aucun auſſi n'a peut- être
plus excité de diſputes. Quelques Spectateurs le
regardent comme la Tragédie la mieux conduite
deM. de Voltaire. D'autres prétendent qu'on a
beaucoup de peine à reconnoître Semiramis dans
une Princefle toujours occupée de la crainte d'un
Phantôme, & aflés imprudente pour avoir pris fans
néceſſitéuncomplice du meurtre de Ninus. Ils ne
Kvj
228 MERCUREDEFRANCE .
e
comprennent pas comment cette Reine, non contente
d'avoir afſocié Afſur à ſon crime , revele de
telles horreurs à un Confident ſubalterne , & comment
Affur tombe dans la même faute. Ce dernier
Perſonnage leur paroît n'être introduit dans la
Piéce , que pour faire des ſottiſes , ou s'en entendre
d're * Selon eux Azema eſt un perſonnage abſolument
épiſodique , &tout- à- fait inutile à la Tragé.
die. Il ne peut , diſent- ils , y avoir aucun intérêt
dans le Poëme , parce que dans les quatre premiers
Actes Ninias n'eſt nulle part en un véritable danger
,& que dans le cinquiéme le projet imaginé
parAſſur, pour ſe défaire de ce jeune Héros , eſt ſi
extraordinaire& fi peu vrai-femblable qu'on eft
plus frappédu peu de jugement d'Aflur , que du
danger de Ninias. D'ailleurs , ajoûtent les Critiques,
la catastrophe eſt trop prévûë par le Spectateur
pour qu'il ait la moindre inquiétude ſur la
maniere dont la Tragédie ſe terminera . L'événement
qui amene cette catastrophe , eſt ſurtout un
des principaux obiets de la cenſure. Pluſieurs perſonnes
refuſentde ſe prêter à la fuppofition que
Semiramis , conduite au tombeau de Ninus par le
defir de ſauver ſon fils ,y entre ſans fe faire accompagner
C'eſt au Public à décider ſi ces objections ſont
saifonnables . Juſqu'à préſent il a parû qu'elles ne
faifoien fur lui qu'une légere impreffion , & à la
dixéme Repréſentation de la nouvelle Tragédie ,
l'aſſemblée étoit encore très nombreuſe. Le grand
nombre de Partiſans d'un Auteur , leurs cabales &
fon manége , peuvent pendant quelque jours attirer
l'affluence à une Piece , mais il eſt rare qu'un .
Poëme Dramatique ſe ſoutienne long- tems s'il n'a
de véritables be utés. Aufſi celui de M. de Voltaire
* Letire critiqueſur la Tragédie de Semiramis.
SEPTEMBRE. 1748. 229
2
en a-t'il beaucoup. Ses Adverſaires les plus obftinés
font forcés d'en convenir . Semiramis étant
honorée d'un ſuccès brillant , ils ne peuvent la déprimer,
ſans relever extrêmement les autres ouvrages
ſortis de la même plume. Dire que celui- ci ne
mérite point ſa réufſite , ce ſeroit avoiter que le
nom de M. de Voltaire en impoſe aux Spectateurs,
&peut faire paſſer pour bonnes fes productions les
plus imparfaites. Peut- être certains Poëtes ſeroientilsplus
flatés d'exercer ce deſpotiſme ſur les efprits,
que d'avoir fait une excellente Tragédie ?
:
1
MEMOIRE fur la vie & les ouvrages
T
de feu M. Germain.
Homas Germain nâquit àParis le 19Août
1574. Son pere étoit Orfèvre du Roi , &l'un
des plus habiles Artiſtes de ſon tems. Il fut logé
auxGalleries du Louvre ,pour avoir fait en or les
couvertures du livre des Conquêtes de LouisXIV.
Tous les bas reliefs repréſentoient les differens
avantages remportés par les troupes de ce Prince.
Ils font traités avec toute la correction , la délicateſſe&
la netteté , imaginables. Il mourut à trentecinq
ans , & laiſſa ſon fils âgé de ſept à huit ans.
Cet enfant dès ſa plus tendre jeuneſſe marqua un
amour décidé pour le deſſeing. Sa mere , ne voulant
point gêner ſon inclination , l'envoya à l'Ecole
de M. Boulongne l'aîné, où il deſſina juſqu'a
fon départ pour Rome,
Il partit pour l'Italie en 1688 , ſous la protection
de M. de Louvois , mais il eut le malheur à ſon ar
vée , d'apprendre la mort de ſon Protecteur. N'étantpas
en état de gagner ſa vie, & n'ayant qu'un
peu de deſſeing & un commencement de cizelait,
il ſe mit chés un Orfèvre en apprentiſſage pour fix
:
230 MERCURE DE FRANCE.
ans, à condition qu'on lui donneroit deux heures
par jour pour aller deſſiner au Vatican , ce qu'il fir
avec tant d'application , qu'au bout de quelques
années , s'étant préſenté un ouvrage conſidérable
à faire aux Jéſuites , il fit des deſſeings , qui furent
agréés, & qu'il exécuta à la fatisfaction du public.
Entre ces morceaux, font un S. Ignace de neuf ou
dix pieds de haut , & un devant d'Autel en argent.
M. Germain étoit extrêmement lié avec M. le
Gros , & il abeaucoup travaillé de ſculpture avec
lui. Il a fait pendant ſon ſéjour à Rome plufieurs
grands baſſins d'argent , ornés de bas reliefs ,
repréſentant l'hiſtoire des Médicis. Ces baffins
font à Florence dans le Palais des Grands Ducs .
Après douze années confécutives de ſéjour à
Rome , M. Germain parcourut pendant trois ans
differens endroits de l'Italie ,& par tout où il pafla,
il laiſſa de ſes ouvrages. On voit à Livourne une
Egliſe qui eſt bâtie ſur ſes deſſeings , &dont il a
conduit l'exécution ; elle eſt admirée des connoif
feurs.
Revenu en France en 1704 , il y a compoſé une
infinité de morceaux,tant d'orfevrerie que de ſculpture.
Afon arrivée à Paris, il fut chargé d'un des trophées,
qui font ſur les piliers du Choeur de Nôtre-
Dame. Il fit en 1722 le Soleil que le Roi a donné
àl'Egliſe de Reims le jour de ſon Sacre , & dont
Sa Majesté fut ſi ſatisfaite qu'elle lui donna un logement
aux Galeries du Louvre ; en 1726 , la Toilette
de la Reine , en 1729 , la Toilette de la Reine
d'Eſpagne ; en 1732 , celle de la Princeſſe du Bréfil;
en 1738 , les Toilettes du Roi & de la Reine de
Naples , avec des cadenats d'or & autres ouvrages
d'or ; en 1742 , une table d'argent avec une grande
cuvette accompagnée d'un grand vaſe , &autres
piéces , pour les préſens que le Roi a fairs au
Grand Seigneur ; en 1739 & 1741 , la vaiffelle
SEPTEMBRE. 1748. 237
complette du Roi de Dannemarcx. Il a fait aufli
pour le Roi de Portugal pluſieurs ouvrages confidérables
, tant en or qu'en argent. L'année 1738
il fut élû Echevin comme Notable.
Dans la même année , ayant eû occafion de
parler à M. le Cardinal de Fleury du Bâtiment de
l'Egliſe de S. Thomas , il reçût ordre de ce Minif
tre de faire exécuter le deſſein qu'il lui fit voir , &
on le choifit pour la conduite de cet Edifice .
La Toilette de Madame la Dauphine eſt un
des ouvrages de ce célébre Artiſte les plus eſtimés.
Les derniers morceaux , qu'il a livrés à Sa Majesté
au commencement de cette année , ſont deux Girandoles
d'or à cinq branches , de dix-huit pouces
de haut , peſant foixante-cinq marcs chacune ,
dont la compofition , le fini , & le détail , ſont au
deſſus de la critique la plus ſévére.
Le 10 du mois dernier , M. Germain fut attaqué
d'une fiévre violente mêlée de malignité ,& il fut
dans un afſoupiſſement continuel juſqu'au 12 ,
que la connoiffance lui revint. On profita du moment
pour lui faire recevoir le Viatique. A peine
l'eût- il reçû qu'il retomba dans ſon afſoupiffement
,& il mourut le 14 , univerſellement regretté.
Son corps fut porté à S. Germain l'Auxerrois
&de-là tranſporté à S. Louis-du-Louvre ,
lieu de ſa ſépulture.
,
Le Roi a accordé à ſon fils fa ſurvivance & tou
tes ſes places.
ADDITION à l'article de l'expofition
desTableauх.
DEpuis l'impreffion del'article fur les differens
ouvrages de Peinture , de Sculpture &de
Gravure ,expoſés au Salon duLouvre , les fept
232 MERCURE DEFRANCE.
Tableaux , que M. de Troy a envoyés de Rome,
ont été placés dans la Galerie d'Apollon. Ils repréſentent
l'hiſtoire de Jaſon &de Medée &
dans tous on a admiré le feu , la fécondité & la facilité
du pinceau de l'Auteur. On auroit cependant
deſiré qu'il eût donné à Jaſon un air plus noble&
une taille plus avantageuſe.
Nous profitons de l'occaſion de cette addition ,
pour payer un juſte tribut de louanges aux deux
Groupes de la Chaffe & de la Pêche , compoſés
par M. Adam l'aîné , & à deux ſtatues de Venus
&de Mercure , de M. Pigalle. Le Mercure , furtout,
auroit pû donner de la jalouſfie aux Sculpteurs
les plus renommés de l'ancienne Gréce. Ces ouvrages
ſont deſtinés pour le Roi de Pruſſe On les
voit au Louvre dans les atteliers de M. Pigalle &
de M. Adam.
1
MORTS.
Louis , Comtede Mailli,
mort à Paris le 30
Juillet , & fur lequel nous avons promis un
article plus étendu que celui donné dans le dernier
Mercure , n'a point laiſſé de poſtérité. Il eût pour
freres 1º. N. de Mailli , Comte de Rubempré, Ма-
réchal des Camps & armées du Roi , & Premier
Ecuyer de Madame la Dauphine , à qui paſſe aujourd'hui
le titre de Comte de Mailli ; 2 °. Françoisde
Mailli , Commandeur de l'Ordre de Malte ,
ci devant Meſtre de Camp d'un Régiment de Dragons
; & pour foeurs , 1º. Françoiſe de Mailli ,
mariée en premieres noces le premier Septembre
1700 à Louis Phelyppeaux , Marquis de la Vri
liete , Commandeur des Ordres du Roi, Miniſtre &
Secretaire d'Etat , dont elle a eu Louis Phelyppeaux
, Comte de Saint Florentin , Commandeur
SEPTEMBRE. 1748. 233
des Ordres du Roi , Chancelier de la Reine ,
Secretaire d'Etat ; Marie Jeanne Phelyppeaux
, mariée à Jean-Frederic Phelyppeaux de
Pontchartrain , Comte de Maurepas , Comman
deur des Ordres du Roi , Miniſtre & Secretaire
d'Etat , & Loüife- Françoiſe Phelyppeaux , mariée
à Loüis Robert Hippolyte de Bechaud , Comte
de Plélo , Meſtre de-Camp d'un Régiment de
Dragons , puis Sous Lieutenant des Gendarmes
de Flandres , & Ambaſſadeur du Roi en Dannemarck
, tué à Dantzick à l'attaque des retranchemens
des Ruffiens le 27 Mai 1734;& en ſecondes
nôces le 14 Juin 1731 àPaul-Jules de la Porte
Mazarini , Duc de Mazarin,de la Meilleraye & de
Mayenne , & fut honorée de la Charge de Dame
d'Atour de la Reine le 19 Août de la même année
ſur la démiffion de ſa mere ; 2° . Françoiſe - Lotiiſe
de Mailli , mariée le 11 Janvier 1706 , à N. de
Beauffremont , Marquis de Liſtenois , Chevalier
de la Toiſon d'or , & Maréchal des Camps & Armées
du Roi 3°. Françoise de Mailli , mariée en
Juillet 1709 , à Scipion Armand , Vicomte de
Polignac , Gouverneur du Puy-en- Velai & de
Chalançon. Loüis de Mailli,épouſa le 30 Juin 1726
Louiſe de Mailli , fille de Louis de Mailli ,Marquis
de Nefle , ci-devant Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes Ecoflois , Commandant
de la Gendarmerie, & Brigadier des Armées
du Roi. Il étoit fils de Loüis , Comte de Mailli ,
Maréchal des Camps & Armées du Roi, & Meſtre.
de CampGénéral des Dragons , & de Marie- Françoiſe
de Sainte Hermine , Dame d'Atour de Mar
dame la Dauphine , mere du Roi , & enſuite de la
Reine ; petit- fils de Loüis- Charles de Mailli ,
Marquis de Nefſle , qui ſe trouva aux batailles de
Rocroi , de Fribourg & de Nortlingue , où il reçût
troisgrandes bleſſures ; accompagna Louis XIV.
234 MERCURE DEFRANCE .
auxguerres deFlandres, deHollande,&aux expé
ditions de la Franche-Comté,& releva la grandeur
de ſa Maiſon par ſa prudence , ſabonne conduite,
&fonmariage contracté le4 Décembre 1648 avec
Jeanne de Monchi , fille de Bertrand de Monchi
Marquis de Montcarvel , & de Marguerite aux
Epaules , dite de Laval , Marquiſe de Nefle. Ce
Loüis-Charles, Tige des Mailli de Neſle , étoir
troifiéme fils de René III , Seigneur & Baron de
Mailli , qui eût pour ayeul René I , Baron de
Mailli , Chevalier de l'Ordre du Roi , à qui Fran
çois Premier , dans des Lettres Patentes , par lefquelles
il lui accorda les Droits Seigneuriaux de la
Terre de Mailli ,donna le titrede Coufin , parce
que , dit- il , il appartient de près & par lignage à
la Reine Claude , ſon épouse , fille de Loiis XII.
René I deſcendoit en ligne directe de Gilles I ,
Baron de Mailli , qui vers le milieu du treiziéme
fiécle , faiſant le voyage de la Terre- Sainte , mena
avec lui neufChevaliers , & avoit trois mille livres
de penſion. Moreri , qui commence par ce Seigneur
la génealogie de cette illustre Maiſon , remarque
que les Auteurs font mention d'un Anſelme
de Mailli , tué à la priſe de Lille en 1070 ,
lequel gouvernoit la Flandre ſous la Comteffe
Richilde , & cela fuffit pour faire juger à ceux qui
connoiffent les anciens uſages , quelle peut être
l'ancienneté d'une famille qui dans des tems fi reculés
poflédoit auprès des Princes les premiers
emplois. Il eſt fâcheux que les ravages desguerres
, ſe joignant à l'ignorance qui pendant près de
quatre fiécles a dominé ſouverainement en France
, ayent répandu des ténébres impénétrables
fur l'originede ces grandes & illuftres Maiſons qui
font la gloire de l'Etat,& qui en font dans les tems
orageux la reffource la plus ordinaire & la plus
ellűrée.
SEPTEMBRE. 1748. 239
Le 14 Août,Jerôme- Louis de Foudrasde Courcenai,
Evêque de Poitiers , & Abbé de l'Abbaye de Saint
Liguaire , Diocéſe de Xaintes , mourut dans ſon
Diocéſe, âgé de ſoixante- dix ans. Il avoit été nommé
Coadjuteur de Poitiers en 1720. La famille de
Foudras eſt très - ancienne dans le Laudunois ; elle
étoit connnë avant 1300 , &dans ces derniers tems
elle adonné des Chanoines Comtes de Lyon .
Le 15 , Louis d'Argouges , Marquis de Rannes ,
mourut en ſon Château de Rannes dans la quatrevingtième
année de ſon âge. Il avoit été Meſtre
de-Camp de Dragons ,& Capitaine- Lieutenant
desGendarmes de Bourgogne en 1690 , Brigadier
des Armées du Roi en 1702 , Maréchal de Camp
le 12 Novembre 1708. Il épouſa N .. d'Hernoton,
fille de François-Joſeph d'Hernoton , Baron de
l'ancienne Baronnie du Pont en Bretagne , Maître
des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , & de
Marie-Renée de Freſnoi , dont il a eu pluſieurs
enfans. Charles-Louis d'Argouges , Marquis de
Rannes , l'und'eux , fut nommé Meſtre-de- Camp
du Régiment de Dragons de Languedoc le is
Avril 1738 , & a épousé le 29 Mars 1742 Marie-
Angelique-Claudine-Henriette de Bec- de-Liévre;
âgée de vingt ans , fille de Louis Bec-de- Liévre ,
Marquis de Cani , Seigneur de Nettanville & de
Creſpeville , & de défunte Jeanne-Henriette-
Catherine Tourtain d'Harbeville , ſa troifiéme
femme.
Le premier Septembre , Marie de Ne'tancour de
Vaubecourt , veuve de François Comte d'Estaing ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
des Armées de Sa Majesté , & Gouverneur de
Douai , du Fort de l'Eſcarpe , & de Châlons- fur-
Marne, mourut à S. Mandé- lès- Paris , âgée d'environ
quatre-vingt-cing ans.Elle étoit fille de Nicolas
de Nettancour d'Hauſſonville , Comte de Vauber
236 MERCURE DE FRANCE .
court , Lieutenant Général des Armées du Roi , &
du Gouvernement des Ville & Evêché de Metz , &
Gouverneur de Châlons , & de Claire Guillelmine
de Chavaudon , ſa ſeconde femme. Elle avoit
épousé le Comte d'Eſteing le 30 Avril 1692 ......
Voyez Du Tourni T. 9. p. 274 .
Le même jour , Marie Magdeleine le Prevost diu
Four , veuve de Paul Comte de Fiennes , mourut
àParis.
Le 2, Catherine - Eulalie Hamard, épouſe de M.
le Marquis du Perrier , mourut à Paris ſur la Paroifle
de Saint Sulpice .
Le 7 Août , mourut à Marseille , Paul de Felix
de Greffet , Chevalier Comte de Villarfouchard ,
Seigneur de la Ferratiere , dans la quatre vingt
ſeptième année de ſon âge , étant né au mois de
Juin 1662. Il laiſſe un fils de fon mariage avec
Dame Venture de Sebolin .
Le défunt étoit fils de Henri de Felix , Chevalier,
Comte de Villarfouchard , Seigneur de la Ferratiere
, Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Rơi
Louis XIII , qui l'honora de fon eſtime , & à qui
le Roi Louis XIV fit l'honneur d'être Parein
de ſon fils aîné, frere du défunt , pour laquelle
cérémonie fut député en 1644Char'es de Schonrberg
, Chevalier des Ordres du Rơi, Duc d'Alluyn,
Pair & Maréchal de France , & Gouverneur. du
Languedoc , qui tint ledit enfant au nom du Roi
fur les Fonts Baptifmaux.
L'ayeal du défunt étoit Jean de Felix , Chevalier
, Comte de Villarfouchard , Seigneur de la
Ferratiere , qui fut Gentilhomme de la ReineMarguerite
de Valois , premiere femine du Roi Henri
IV.
Le luftre & l'ancienneté de la Nobleffe de la
Maiſon de Felix ſont mentionnés dans pluſieurs
Auteurs Italiens comme Philibert Pingon , la
SEPTEMBRE. 1748. 237
1
Chieza , &c . Carigliani , dans ſes Investigationes
Historica & Genealogica Familiarum illustrium Italia,
rapporte l'origine de cette Maiſon aux anciens
Comtes de Tusculane , d'où deſcend la Maiſon
Conti , de Rome.
La Maiſon de Felix a produit un Cardinal en la
perſonne de Jean Felix , qui fut élevé à la Pourpre
par le Pape Clement III en 1188.11 étoit fils d'Odon
Felix , qui fut envoyé en Ambaſſade en 1120 , au
Pape Caliſte 11 , par Amedée III , Comte de Piémont.
,
Cette Maiſon de Felix ſe termina en 1266 en
une fille Marguerite Felix qui joignait à la
naffance de très-grands biens , & qui épouſa Sorleo
Grimaldy, à condition que lui & ſes deſcendans
porteroient uniquement le nom & les armes de
Felix ; & c'eſt ainſi que la Maiſon de Felix , diviſée
aujourd'hui en pluſieurs branches ,tire ſon origine
d'eſtoc paternel de l'illuſtre Maiſon de Grimaldy.
Voyez Charles de Granpré , dans la ſeconde éditionde
ſon Armorial.
Ą VIS.
Es Maſtres de la Penfion d'Alfort ont tranf
Le Paris à l'Hôtel de
Vauvrai , ruë de Seine Saint Victor. Its prennent
les enfans fort jeunes ,& ils leur montrent à lire
par le Bureau Typographique.A l'égard du Latın,
ils inſiſtent toujours plus fur l'explication& la traduction
des Auteurs , que fur les divers genres de
compofition , méthode qui est conſtamment plus
utile au grand nombre , & qui ne manque preſque
jamais de réuffir avec le tems. A cette étude
principale ils joignent l'Ecriture, Parithmétique ,
leDeſſein, l'Histoire & la Géographie. De plus
ils fourniſſent des Maîtres pour montrer les Elémens
de Géométrie , la Muſique & la Danſe .
L
AVIS des Auteurs du Mercure.
Es perſonnes , qui doivent des Mercures
, font inſtamment priées de
s'acquitter inceſſamment.
J
APPROBATION.
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois de Septem
bre 1748. A Paris le premier Octobre 1748.
BONAMY.
TABLE.
P
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Poëme ſur la Paix , 3
In Ludovicum Regem , 6
Queſtions à l'occaſion du Projet d'une meſure
univerſelle , 7
Ode tirée du Pſeaume XLV , Jubilate Deo omnis
terra , &c. 10
Seconde Lettre ſur le Solitaire , 13
Vers àMad. J. M. pour le jour de ſa Fête, &c. 20
L'Amour Peintre , à Mile * * 21
,
Madrigal àMlle de * , 22
Penfées Morales , 23
Epitre écrite le premier Janvier ; 25 .
Lettre d'un Sçavant de Hollande ; 29
dePruffe
Traduction de l'Epitre de M. de Voltaire au Roi
, 33
Epitaphe de Mad. la Maréchale de Noailles , 36
Remarques du P. Texte , Dominicain , 37
Cantate , 41
Lettre de M. Michault , 43
Epitre à M. de la Bruere , 47
Epigramme , 48
Autre , 49
Diſcours ſur quelques Médailles , SO
Ode ſur les vanités du monde , 55
Etabliſſement des Ecoles de Mathématiques dans
la Ville de Reims , 59
Mémoire de M. Ferrand de Monthelon , 71
,
Vers à M. de R * * en lui envoyant un Serin de
Canarie , 74
Autres à M. de B *** , qui vouloit ſe marier à
ſoixante ans , ſur deux rimes ,
Réponſe de M. de la Font de Saint Yenne à la
lettre de M. l'Abbé Rainal ,
78
80
Epitre de M. de la Soriniere à M. Corvaifier , 83
Conjectures ſur la méchanique employée pour
électrifer les corps ,
Lettre écrite de Nevers ,
Vers à M. de Bufon , &c.
Lettre de Mlle L. àM.
85
Le mourant& les Médecins , Fable , 95
96
ΙΟΙ
103
Vers préſentés à Mile ***,
Diſcours fur le vrai bonheur ,
109
110
Vers à M. D. B. 115
Lettre écrite de Paris , ibida
Vers à Mille Cleron , 120
Lettre ſur la Garance , 121
Mots des Logogryphes & des Enigmes du Mercure
d'Août , 125
Enigmes & Logogryphes , ibid
Explication de ceux de Juillet , 130
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 133
Estampes nouvelles , 158
Expofition des Tableaux au Salon du Louvre, 159
Nouvelles Etrangeres, de Conſtantinople, &c. 165
France , nouvelles de la Cour , de Paris ,&c. 190
Bénéficesdonnés , 194
Célebration de la Fête de S. Louis par l'Académie
Françoiſe , par l'Académie Royale & celle des
Inſcriptions ,&c. 196
Séance publique de l'Académie Françoiſe , 197
Lettre de M. Daviel ,&c. fur les cataractes , 198
Spectacles , Concerts de la Cour , & Extrait de
Sémiramis , nouvelle Tragédie , 221
Mémoire ſur la vie & les ouvrages de feu M. Germain
, 229
Addition à l'article de l'expoſition des Tableaux ,
231
Morts, 234
Fautes à corrigerdans le Mercure du mois
de Juillet , à l'Extrait du Mémoire de
M. de la Condamine sur une Meſure universelle.
PAge
18,1. 17 , Ses oſcillations font ifochrones,
c'est- à- dire ſe font toutes dans des tems
égaux. Lifez, ſes ofcillations ſont preſque iſochrones
, c'est-à-dire , ſe font toutes dans des tems
preſque égaux.
P. 22 ,1. 9 plus d'oſcillations qu'àParis. Lifez ,
moinsd'oſcillations qu'à Paris.
LaChanjon notée doit regarder la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
220
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
IGIT
UT SPARGAT
Ches
pillons
A PARIS ,
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S André.
La Veave PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVIII.
AvecApprobation& Privilege du Roi.
AVIS.
840.6
M558
1748
L
'ADRESSE générale duMercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons ,fauxbourg Saint
cct , Germain , à l'Hôtel de Macon. Nous prions
très - instamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Poſte , d'en affranchir le
Port ,pour nous épargner le déplaisir de les
rebuter , & à eux celui de nepas voirparoître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui ſouhaiteront avoir le Mercure
de Francede la premiere main, Oplus promptement,
n'auront qu'à écrire àl'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onſe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainsi il faudra mettreſur les adreſſesàM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
remettre à M. Remond de Sainte Albine.
PRIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ AU ROI.
OCTOBRE. 1748 .
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EANCE PUBLIQUE ,
tenue le 13 Aoûtpar l'Académie des Sciences,
Belles- Lettres & Arts, de Rouën.
Ndiſtribua aux Eleves de l'Ecole
gratuite de Deſſeing les quatre
Prix , dont les deux premiers ont
été fondés parMadame de Marle ,
pour la Claffe du Modéle , & les deux autres
par Madame leCat ,, pour celles du
Deffeing & de la Boſſe.
L'Académie avoit propoſé pour le Prix
Aij
4 MERCURE DE FRANCE.
d'Histoire de cette année , l'état de la Normandie,
oouu nouvelle Neuſtrie , en 912 ,
tant par rapport à ſa ſituation topographique
, que par rapport à la Religion. Ge
dernier objet n'ayant point été ſuffiſam- .
ment rempli dans les Mémoires qui ont été
préſentés à cette Compagnie , M. de Premagný
, Secretaire pour les Belles-Lettres,
annonça qu'elle s'étoit déterminée à remettre
le Prix à l'année prochaine. Les
Auteurs pourront faire les recherches néceſſaires
pour l'éclairciſſement de ce point
d'Histoire , & leurs Mémoires ſeront de
nouveau admis au concours , pourvû qu'on
les envoye avant le premier Juin 1749 ,
ſous la forme ordinaire , à l'adreſſe de
de M. de Premagny .
M. Guerin , Secretaire pour les Sciences,
déclara le Mémoire auquel l'Académic
avoit adjugé le Prix de Phyſique. Il y a
deux ans qu'elle propoſa pour ſujet de ce
prix , la cauſe de l'aſcenſion & de laſufpenfion
des liqueurs dans les tuyaux capillaires
,&Lapplication de cette cause aux phénomenes
de la nature , qui en dépendent.
Ayant jugé qu'on n'avoit point fatisfait
aux conditions qu'elle avoit impoſées, elle
a propoſé une ſeconde fois le même ſujet
pourcette année,&elle adonné le Prix au
Mémoire quia pourdeviſe, Fortis eft veritas
OCTOBRE. 1748,
pravalet , dont l'Auteur est M.l'Abbé Sigergue
, Licencié de Sorbonne, & Profeffeur
de Philofophie au Collège du Pleffis.
Parmi les Mémoires qui ont concoura
avec le précedent , celui qui en a le plus
approché , eſt le Mémoire qui a pour devife.
Miraturquè novos ſemine nonſuo
Arbor crefcerefurculos.
:
L'Auteur eſt M. Maillet du Boullay ,
de cette Ville , âgé de dix- neuf ans .
Après avoir annoncé le ſujet que l'Académie
propoſe pour le Prix de 1749 ,
ſçavoir , les differences effentielles du Foetus
comparé à l'Adulte , & les usages particuliers
de ces differences * , M. Guerin
lût les Eloges de M. l'Abbé de Saint
Hilaire , Chanoine & Chancelier de
l'Egliſe de Rouen , Vicaire Général
du Diocèſe , & Membre Honoraire de
l'Académie , & de M. le Rat , Directeur
des Pompes de la Ville , Membre de la Société
des Arts de Paris , & de l'Académie
de Rouën.
* Les Auteurs adreſſeront leurs Mémoires , ſous
la forme univerſellement uſitée , à M. Guerin ,
Secretaire de l'Académie , rue S. Romain , avant
le premier juin 1749 , & le Prix , qui conſiſte en
une Médaille d'or de 300 liv. ſera diſtribué le
-premier Mardi d'Août , dans la Séance publique.
ک
A iij
6 MERCURE DEFRANCE.
M. l'Abbé de Saint Hilaire eſt peim
dans ſon Eloge, comme un de ces hommes
privilegiés , à qui la Nature a donné un
goût général pour tout ce qui eſt beau. Ces
difpofitions furent foutenuës par une éducationdigne
de ſa naiſſance,& dans la ſuitede
ſa vie, pardes ſituations avantageuſes
qui développerent les précieux germes de
ſcience & de vertu que la Nature avoit
mis dans ſon ame .
La paffion dominante de M. le Rat étoit
l'amour de la Méchanique. Quelques circonſtances
le fixerent à la conſtruction des
Pompes. C'eſt lui qui a donné , au moins
à celles de Rouën , le degré de perfection
qu'elles ont. Avant lui, les piéces des Pompes
n'étoient unies enſemble que par des
cuirs &des cordes poiffées. M. le Rat , à
la place de ces cordes & de ces cuirs, a mis
fur un des tuyaux un écrou mobile , & fur
l'autre une vis . On fent aisément dans l'uſage
la difference de l'une & de l'autre
pratique. L'eau qui fortoit d'une Pompe
n'étoit conduite que par un boyau. Pour
éviter l'embarras de la direction de cette
eſpece de tuyau,& réparer ſon peu de ſolidité
, M. le Rat inventa un genoüil , qu'il
ajuſta au tuyau de fortie. Par ce moyen , la
conduite de l'eau ſe dirige aisément en
tous ſens , & ſe fixe ſuffisamment,
OCTOBRE. 1748. 7
Il n'y a point de partie que M. le Rat
n'ait perfectionnée dans les Pompes , parce
qu'il y en avoit peu de fon tems qui
n'euſſent desdéfauts.
La lecture de ces deux Eloges fut ſuivie
de celle d'un Mémoire de M. Guérin , ſur
une Carriere finguliere , trouvée dans la
vallée de Bondeville à une lieuë de Rouën.
Cette Carriere n'a nulle reſſemblance avec
les autres Carrieres . Elle eſt un amas confus
de differentes fortes de matieres que le
hazard ſemble avoir raſſemblées dans ce
lieu ; elle n'a qu'un ſeul lit de quatre pieds
de profondeur , au- deſſous de deux pieds
environ de terre ordinaire , & elle s'étend
juſqu'au bord de la Seine. Au-deſſous de
ce lit unique eſt un bourbier dont on ne
ſçauroit trouver le fond ....
M.Guerin , après avoir décrit l'eſpece de
pierre qu'on tire de cette Carriere , en affigne
les uſages , & il expoſe ſes conjectures
ſur ſa formation. Cela lui donne oc
cafion d'expliquer comment le méchaniſme
établi dans notre Globe , & qui s'y
perpétuë depuis l'origine des tems , répare
les déſordres accidentels qui y arrivent.
M. le Cat lut enſuite un Mémoire fur
la cauſe des variations du Barométre. Ce
Phyſicien ne veut pas qu'on attribuë la
ſuſpenſiondumercure dans cet inſtrument
Aiiij
8 MERCURE DEFRANCE.
à la péſanteur de l'air , mais à la compref
fion de ce fluide. Il a long- tems foupçon
né que la principale cauſe des variations
du Barometre étoit une certaine communication
entre le vuide de la partie fupérieure
du Barometre , & un air fubtil ,
mais il s'eſt affûré par des expériences trèscurieuſes
, faites avec des Barométres, dont
quelques-uns avoient des boules conſidérables
ou des bouteilles à leur partie ſupérieure
, que ce vuide & ſa communication
avec l'air fubtil n'ont aucune part à ces variations.
Il les attribue donc à l'air des
differens climats apporté par les vents. Les
vents, qui apportentun air de l'Equateur ,
font baiffer le Barométre , parce que l'air
de l'Equateur eft rare , ſans confiſtence, &
incapable d'une forte compreſſion ſur le
mercure. Les vents , qui apportent un air
du Nord , font hauffer le mercure , parce
ce vent eſt denfe & capable d'une forte
compreffion. M. le Cat remarque que c'eſt
le vent Sud- Sud Oueſt , & non pas le vent
Sud , qui apporte l'air de l'Equateur , & le
vent Est Nord-Est , & non pas le vent
Nord , qui apporte l'air du Nord , & il en
rend raiſon . Il a obſervé que ces vents
Sud- Sud Oüeft & Est-Nord-Est ne produiſent
pas toujours les mêmes effets , parce
que ſouvent il regne dans l'Atmosphe
OCTOBRE. 1748.
노
re pluſieurs vents à la fois , & l'état du Ba
rométre dépend alors de la combinaiſon
de ces vents ou de la température qui réſulte
de la combinaiſon des differens airs
qu'ils apportent. Cet Académicien a donné
ces conjectures d'après un grand nombre
d'obſervations . Les Barométres de differens
calibres , dont M. le Cat s'eſt ſervi ,
lui ont auſſi fourni l'occaſion de découvrir
que dans ceux d'un grand calibre le mer+
cure ſe ſoutient pluſieurs lignes plus haut
quedansceux d'un petit calibre & qu'ainſi
les obſervations faites par cet inſtrument
ne sçauroient être comparables , que le
calibre des Barométres ne foit déſigné.
Il rapporte enſuite les obſervations mé
téorologiques de l'année.
La quantité d'eau de pluye , tombée à
Rouen , eft par ces obſervations de 23 pouces
3 lignes , ce qui eſt 4pouces de plus
que ne donne l'année commune à Paris.
Le jour le plus froid de l'année a été à
Rouen les Janvier , le Thermométre de
M. de Réaumur y étant à 7º un tiers
au-deſſous du terme de la glace.
Le jour le plus chaud a été le 23 Juin ,
le Thermometre y étantà 29 °.
Nous paffons les autresobſervations du
Baromérre , de l'Hygrométre, & des maladies
de chaque ſaiſon , qui font partie de
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ces obfervations , & nous finirons cet Extrait
, comme l'Auteur, par l'obſervation du
Parhelie , arrivé le 20 Juillet à 6 heures
37 minutes du foir , & qui a éré vû pendant
7 minutes , à environ 24 degrés au
Nord Eſt du Soleil ,dans une portion de
Couronne Solaire , que les Phyſiciens appellent
Halo.
Pluſieurs Philofophes penſentque ce Phénomene
eft caufé par des vapeurs glacées ,
qui réflechiffent l'image du Soleil. L'obſervation
de M. le Cat ſemble convertir
cette conjecture en fait. Desgersqui n'ont
point vû le Parhelie , & qui n'en ont pas
même entendu parler , ont rapporté à cet
Académicien , qu'il étoit tombé à Caën &
à quelques lieuës de Rouën , une grêle qui
avoit cela de fingulier , qu'elle n'avoit
point la figure arrondie de la grêle ordinaire
, mais qu'elle paroiſſoit être des debris
d'une glace brifée .
A la lecture du Mémoire de M. le Cat
fucceda celle d'un Diſcours dans lequelM.
l'Abbé Yart prouva que le ſentiment eſt le
principe & l'effet de la Poësie . Il fit voir
dans la premiere partie , que les Poëtes
n'ont été originaux, qu'à proportion qu'ils
ont eu une ame plus ſuſceptible des pafſions
convenables aux genres qu'ils ont
traités ; il montra dansıda feconde , que le
OCTOBRE. 1748.
Lecteur n'a de plaiſir qu'autant qu'il eſt
ému de la paſſion qui anime le Poëte.
M. de la Roche lût une Differtation ſur
l'origine & le progrès de la Poudre à canon
en Europe , & principalement en
France. Il fait d'abord obſerver par le témoignage
de nos propres Archives & par
celui de pluſieurs Hiſtoriens , que la Poudre&
les canons étoient en uſage en France
au commencement du quatorziéme fiécle;
que conféquemment c'eſt une erreur
dans l'opinion vulgaire , de fixer l'époque
de l'invention de la Poudre au milieu ou
à la fin de ce même ſiècle , & de l'attribuer
à Bertholde Schowart, Moine de Fribourg
en Allemagne. Selon M. de la Roche
, quoiqu'une foule d'Hiſtoriens rapportent
que ce Moine fût le premier qui
en enſeigna l'ufage aux Vénitiens dans la
bataille qu'ils gagnerent contre les Génois
à Foſſa Claudia en 1380 , ce ne peut être
tout au plus que quelque rafinement dans
le mêlange ou dans la proportion de fes
ingrédiens , puiſque dès le tems de Roger
Bacon , qui mourut à Orford en 1280 ,
elle confiſtoit précisément, comme aujourd'hui
, en nitre , en ſouffre & en charbon.
La deſcription pofitive que cet AuteurAnglois
en donne dans ſon Livre de Artis
natura miraculis ,apû faire croire à quel
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
1
ques Hiſtoriens de ſa Nation , qu'il en
étoit effectivement l'inventeur , ( fenti
ment plus vrai-ſemblable que celui des
Allemands à l'égard de Schowart ) , mais
Roger Baçon parle de la compoſition en
queſtion , comme de choſe connue de fon
tems. :
*. >>On imite par art , dit- il , les Eclairs &
>>>le Tonnerre , car le ſouffre, le nitre & le
>> charbon , qui ſéparés ne produiſent au-
>cun effet fenfible , éclattent avec grand
>>>bruit, lorſqu'on les mêle dans une pro-
>>>portion convenable , qu'on les enferme
>dans un lieu étroit & qu'on y met le feu.
Le îlence que les Hiſtoriens antérieurs au
quatorziéme frécle gardent fur le tems de
P'invention de la Poudre , les compofitions
differentes qu'on en trouve dans les ouvrages
d'Elien , de Valturius , des Empereurs
Léon& Constantin Porphyrogenete,
& dars Jates l'Afriquain , qui vivoit au
troifiéme fiecle de l'Ere Chrétienne , font,
ajoûte M. de la Roche , une preuve qu'il
en a été de l'invention de la Poudre à canon,
comme de la plupart des autres inventions
humaines ; qu'elle a eu un commencement
foible & inconnu , & que ce
n'a été que par fuceflion de tems & par degrés
, qu'elle eſt parvenue au point de fulmination
qu'elle poffede aujourd'hui.
:
OCTOBRE. 1748 . 13
- M. le Cat lût un ſecond Mémoire fur
les Polypes d'eau douce , dans lequel en
raffemblant ſous un même point de vûë
tous les prodiges obſervés juſqu'ici dans
ce reptile , il les accompagne de réflexions
qui avoient parû manquer aux ouvrages
donnés fur cette matiere .
La premiere ſingularité du Polype d'eau
douce eſt l'extrême ſimplicité de ſa ſtructure.
Le Polype , dit M. le Cat , n'eſt
qu'un canal creux d'un bout à l'autre ,
tant dans le corps que dans les bras.... Il
n'y a nul vifcere , nul vaiſſeau;une ſimple
peau forme ces tuyaux ,& ces tuyaux font
Fanimal ..... Cette peau contient pourtant
tous les principes de l'animalité réduite
à la plusfimple expreſſion , elle doit
done exciter la curiofité des Phyſiciens ,
& les engager à tâcher de découvrir
en quoi conſiſte cette animalité. C'eſt
l'objet des efforts de M. le Cat , qui prétend
que tout fon mechaniſme confifte effentiellement
en trois choſes qu'il trouve
dans le Polype , ſçavoir.... des grains
glanduleux qui y font l'office de cerveau ,
de poulmons , de glandes , de vifceres ;
une matiere gommeuſe , ouun suc nerveux ,
qui eſt le ſiége du fluide animal & moteur
, & enfin des fibres qui font les refforts
des fonctions de l'animal . M. le Cat
14 MERCURE DE FRANCE.
explique enfuite comment cet animal puiſe
ces eſprits moteurs dans les fluides de
l'univers. On ſçait que depuis douze ans
il enſeigne que tous les animaux prennent
par la reſpiration ce fluide infiniment plus
ſubtil que l'air , mais il prétend qu'il n'eſt
pas beſoin d'avoir des poulmons pour le
recevoir , ni un cerveau pour le filtrer ;
qu'il ne faut qu'avoir un ſuc analogue à
notre ſuc nerveux , avec lequel ce fluide ſe
lie , comme la matiere gommeufe trouvée
dans les Polypes & dans les autres animaux
, dans les plantes mêmes , où , ſelon
lui , les gommes , les mucilages , les réſines
, font leur fuc nerveux & le fiége de
leur Auide vital .
Une autre fingularité remarquée dans
les Polypes , c'eſt la maniere de ſe perpétuer.
Ce reptile poſſéde ſeul toutes les façons
de ſe multiplier des animaux & des
végétaux , car il vient de boutures & de
rejettons , comme les plantes ; il eſt ovipare
& vivipare , comme les animaux , &
cependant il n'y a chés lui aucun ſéxe , ni
ſéparés ni réunis. Toutes ces'exceptions
aux régles générales fourniſſent une ample
matiere aux raiſonnemens phyfiologiques
de M. le Cat.:
Tout le monde ſçait qu'on a beau couper
un Polype en deux , en quatre , en
OCTOBRE. 1748. 13
vingt morceaux ; que non-feulement iln'en
meuit pas , mais que chaque morceau devient
un Polype parfait. Pourquoi mourroit-
il, dit M. le Cat, puiſqu'il n'a ni vaifſeau,
ni viſcere,dont ces divifions rompent
la continuité ; que tout ce qui établit ſes
principes de vie , ſe retrouve auſſi complettement
dans la moindre parcelle du
reptile , que dans le reptile entier ? Je ſuis
donc moins étonné , ajoute-t'il , de cette
belle prérogative des Polypes , que je n'en
fuis jaloux. Quelle moiffon de lauriers
pour la Chirurgie, fi nos opérations fur
le corps humain avoient les ſuccès brillans
, que ceux de M. Tremblay ont cũ
fur les Polypes !
M. le Cat tâche d'expliquer ces
reproductions merveilleuſes des Polypes
coupés , hachés àmenus morceaux , lefquelles
achevent de mettre ce reptile au
rang des phenoménes les plus extraordinaires.
Ne ſemble-t'il pas , dit M. le Cat ,
que la nature ait épuisé pour lui tous fes
dons , tous fes fecrets , tous fes miracles ,
&que nous,qui nous flations d'être ſes fils
aînés , ne ſommes preſque que des enfans
deshérirés du côté des facultés corporelles
N'accuſons cependant point , ajoute M. le
Cat, cette bonne nature d'être une maratre
à notre égard; il faut qu'elle n'aitpu
16 MERCURE DE FRANCE .
mieux faire en notre faveur. L'Etre ſuprême
a tout diſpoſé pour le mieux. Il
faut que leméchaniſme qui concourt avec
la ſubſtance immortelle qui nous diſtingue
des autres animaux , pour produire la fupériorité
des facultés de notre ame , ait
exigé le ſacrifice de ces rares facultés corporelles
du Polype. Ce feu d'imagination
qui porte l'homme au-delà des bornes de
l'univers , n'a pu ſans doute s'établir dans
notre machine qu'aux dépens de ces torrens
de liqueurs pourprées , qui roulent
& préparent dans leurs ondes les fouphres
qui doivent lui ſervir d'alimens. Ces
réflexions ſi vaſtes & fi profondes, qui forcent
à reconnoître dans l'homme une portionde
la ſcience &de la ſageſſe divine ,
ont exigé , du côté de la machine , ces
poulmons amples , & fans ceſſe en action ,
ce cerveau immente , comparé à celui des
animaux de même poids que nous. Ces
ſenſations fi fines & fi variées , ces ſentimens
délicats & réfléchis qui diftinguenr
notre eſpéce , & caractériſent l'homme ,
vraiment digne de ce nom , pouvoit- on
nous en décorer , fans nous munir auparavant
de tout l'attirail du ſyſtème des nerfs ,
deTes dépendances , & de ſes liaiſons avec
les organes précédens ?
Tout est donc bien , ſelon M. le Cat ,
OCTOBRE. 1748 . 17
& ne peut apparemment être mieux. Cependant
, ajoute-t'il , l'homme n'ayant obtenu
le génie ſupérieur dont il joiiit , que
par la perte de ces priviléges admirables
du Polype , il faut convenir qu'il l'a payé
bien cher.
La ſéance fut terminée par la lecture
d'une Ode de M. de Rougeville , ſur la
Paix.
Le Parnaſſe François de M. Titon du
Tillet ; le Buſte du Roi ,& celui de M.
de Fontenelle, par M.le Moyne, fils; trois
nouvelles Estampes de M. le Bas, Graveur
de Sa Majesté , ouvrages donnés à l'Acadé
mie par ces trois Aſſociés , furent expoſés
pendant la ſéance dans la ſalle de l'Hôtelde
Ville où l'Académie tient ſes afſem
blées.
LA NONETTE *
A Son Alteſſe Séréniſſime M. le Prince de
Condé , arrivant pour la premiere fois
àChantilly.
J.Eune & beau rejetton du fouverain des Dieux ;
Regarde- moi ; je ſuis taNayadeNonette :
C'eſt le plus grand de tes ayeux ,
* Riviere de Chantilly.
4
18 MERCURE DE FRANCE.
Qui m'appella dans ſabelle retraite ,
Lorſque lasde la guerre , il voulut dans la paix
M'avoir pour témoin de ſa gloire.
Il m'attacha par ſes bienfaits ,
Comme il venoit d'enchaîner la Victoire ;
Je tiens de lui mon Urne; & ces bords enchantés,
Où ſe plaît mon cryſtal liquide ,
Sont des boſquets que cet Alcide
De ſa main immortelle a lui-même plantés.
Je n'en fus point ingrate ,& fille de Protée
Qui m'inſtruifit dans ſes leçons ,
Pour plaire à mon Héros par mon coeur excitée ;
Jeme changeois en cent façons.
Tantôt Torrent , Caſcade , ou Nymphe non-chalante
,
Je paroiffois dormir aux yeux ,
Mais reprenant bientôt mon ardeur pétulante ,
Nouveau Titan , j'eſcaladois les Cieux.
Digne héritier de mon Achille,
Sois lede mon reſpect , ſois le de mon amour
Mon onde impatiente en ce riant azile
Brûle de te faire ma cour.
Mais je poſſéde encor d'autres talens de plaire ;
Je lis dans l'avenir , &cet art tout divin
M'eſt un dontranſmis par monpere.
Ates oncles jadis j'annonçai leur deſtin :
Au-devant d'eux jevins ſur monrivage ,
OCTOBRE. 1748. 19
Pour promettre à leurs jeunes ans
Cesmoiffonsde lauriers qu'ouvroit à leur courage
La Gloire au milieu de ſes champs.
Je les y vis voler dès leur premier printems.
Sois , comme eux , un Héros au fortir de l'enfance
;
Mais que tes moeurs,toujours dignes du ſiècled'or,
Faſſent honneur au coeur , à l'eſpérance
Du Prince , ton premier Mentor.
Suistoujours les conſeils que dicte ſa prudence.
Ecoute les Neuf- Soeurs dans tes bois révérés ;
Elles y font dans l'ombre & le ſilence ,
Que le Dieu de Rocroy leur avoit conſacrés.
L'Abbé d'Alainval.
LES FRUITS DE LA PAIX.
E
Nfin l'aimable paix , fi long-tems attendue ,
De ſon trône céleſte eft vers nous deſcenduë.
Déja des malheureux elle ſéche les pleurs ,
Et partout ſous ſes pas fait éclore les fleurs,
D'un tranquille avenir & flateuſe eſpérance ,
Tu charmes tous nos maux, tu ranimes la France!
On voit couler chés nous mille ruiſſeaux de vin ;
Nos foucis font noyés dans ce nectar divin .
Les bergers , à l'envi, dans leurs danſes légeres ,
20 MERCURE DEFRANCE
Aux plaiſirs renaiſſans invitent les bergeres.
Tout reſpire la joye ,&des plus tendres fons
Chacun dans ce beau jour anime ſes chanſons.
Qu'un rimeur, à ſon gré, renverſe des murailless
Qu'échaufféde ſa verve il livre des batailles ;
Qu'entraînant aux combats nos rapides guerriers,
Ilſe couvre avec eux de ſang & de lauriets :
Pour moi, divine Paix, plus ſenſible à tes charmes
Qu'à l'immortel éclat qui ſignale nos armes ,
Je veux , de ta préſence exaltant les effets ,
Sur l'empire des Lys annoncer tes bienfaits.
Ton regne , de tout tems aux humains favorable ;
Deviendra chaque jour plus doux &plus durable,
Et bien- tot de Louis ſecondant le grand coeur ,
De cent monſtres affreux tu le rendras vainqueur.
Oprodige ! A mes ſens l'avenir ſe découvres
Je lis dans les deſtins, je perce au fond du Louvre.
J'apperçois un Monarque humain pour ſes ſujets ,
Et pour eux méditant les plus nobles projets ;
Monarque , qui gémit des malheurs de la guerre
Qui voudroit, s'il ſe peut, en préſerver la terre ,
Plus content de régir ſes paiſibles Etats ,
Que d'effrayer chés eux tant de fiers Potentats.
J'admire unGénéral chéri de la victoire ,
*Que l'on ne vit jamais enyvré de ſa gloire ;
Invincible Guerrier , dont les brillants exploits
Ont fixé de nos jours les interêts des Rois.
:
OCTOBRE. 1748. 21
Près du trône placés paroiffent des Miniftres,
Eternels ennemis de tous conſeils finiſtres ,
De l'eftime publique uniquement rivaux ,
Au ſeul biende PEtat confacrant leurs travaux.
Je vois un ordre ſage introduit aux finances ,
Allegeant le fardeau des ſubſides immenfes ;
Les peuples pour toujours délivrés des Traitans ,
Et les impôts rendus plus ſimples, plus conftans.
Je trouve en nos Cités une exacte police ,
Qui protege les bons , en pourſuivant le vice ;
Les abus par ſes ſoins en tous lieux réformés ;
Les Citoyens pervers , flétris & réprimés.
:
Tremble aujourd'hui pour toi , tremble , chicanne
horrible
,
Plus que la guerre même au Royaume nuiſible.
Dans tes replis envain tu prétens te cacher ,
Je vois à ta ruine un Héros s'attacher .
Pour vous qui cultivez & Phébus & Minerve ,
Que ces Dieux de leurs dons ont comblés ſans
réſerve ,
!
Vostalens dans la paix par le Prince excités ,
Vont produire au grand jour mille ouvrages
vantés.
Le commerce & les Arts, plus libres, plus faciles,
Augmenteront bien-tôt la ſplendeur de nos Villes;
Et dans peu , revenus de cent climats divers ,
Nos Vaiſſeaux répandront les richeſſes des mers.
Pour mieux nous aſſurer l'eſpoir de l'abondance ,
λ
22 MERCURE DE FRANCE.
Du Prince & des Prélats l'heureuſe intelligence
Va retrancher partout tant de jours mal fêtés ,
Et rendre à leurs travaux les Peuples enchantés.
Vous , hélas ! qu'aujourd'hui la miſere accompagne,
Habitans déſolés de la triſte campagne ,
Conſolez -vous , Lours inſtruit de vos malheurs ;
Touché de votre ſort, va calmer vos douleurs,
Et vous aurez enfin , que ce trait vous ſuffile ,
L'aiſance que Henri vous avoit tant promiſe.
Faiguet , M. de P.
A IPHISE ,
En lui envoyant un Bouquet le jour de ſa Fête.
J
E vous le diſois hier , adorable Iphiſe;
la Divinité qui préſide aux fongesme
favoriſe quelquefois , mais jamais ſes faveurs
ne m'ont été auſſi agréables que la
nuit derniere. Je me ſuis crû tranſporté
dans un bois charmant , où ſouvent je vais
promener mes rêveries , mais cette nuit il
étoit bien plus charmant encore. Le jour
étoit des plus beaux , le Ciel ſans nuage,&
le Soleil brilloit de tout ſon éclat. Ses
rayons,qui perçoient à peine l'épaiſſeur du
OCTOBRE. 1748. 23
bois , ne donnoient de lumiere qu'autant
qu'il en falloit pour contempler la verdu.
re& admirer l'agréable obſcurité qui regnoit
preſque partout. Des Zéphirs badins,
qui jouoient entre les feuillages , répandoient
une douce fraîcheur qu'on auroit
eu peine à trouver ailleurs ; l'herbe tendre
&touffue préſentoit plus d'un ſiége commode
, dont la molleſſe le diſputoit à ceux
de l'art ; les oiſeaux par la varieté de leurs
ramages donnoient un Concert agréable
qu'on ne ſe laſſoit point d'entendre. Les
jeux & les plaiſirs , diſperſés dans le bois ,
offroient mille amuſemens .
Dans un endroit un peu écarté , ſous
l'ombrage d'un berceau de verdure , que la
nature avoit elle même formé , la Déeſſe
delaDanſe tenoit ſes aſſiſes; des Nymphes
ſi belles qu'elles ne l'auroient cedé qu'à
vous , ornées de guirlandes de fleurs , avec
de jeunes garçons auffi beaux que l'Amour
, danſoient d'une legereté admirable;
àpeine leurs pieds touchoient la terre ,&
T'herbe foulée par ces Divinités champêtres
n'en paroiſſoit que plus fleurie ; leur
oreille délicate ſe prêtoit au doux ſon de
cet inſtrument gracieux dont Pan fut l'inventeur.
Les jeunes garçons danſoient
avec une nobleſſe qui ne pouvoit être ſur
24 MERCURE DE FRANCE,
paſſée que par les graces & la modeſtie des
Nymphes ; certainement elles avoient ap+
pris de la Déeſſe même.
Plus loin , &dans un boſquet où la tendre
Echo contoit ſes peines aux habitans
des bois , des Bergeres , qui ne devoient
qu'à la Nature tout leur éclat , mêloient
leurs voix à l'agréable ſon d'une Muſette ;
le filence regnoit partout , les Zéphirs plus
tranquiles retenoient leurs douces halei
nes ; les Bergers prêtoient une oreille attentive
, & les oiſeaux écoutoient avec
plaifr des airs qui leur ſervoient de leçon,
Non loin de là , plus d'un Berger aux
pieds de ſa bergere ſe plaignoit de
ſon martire ; au-deſſus d'eux , voltigeans
de feuillage en feuillage, les tendres oiſeaux
ſoupiroient leurs amours , mais com.
me le mauvais exemple entraîne toujours ,
la Fauvette badinoit les feux du paſſionné
Moineau ,& la Bergere ſe rioit des fou.
pirs de fon Berger.
Bacchus avoit plus d'un Autel ; d'aimables
Sacrificateurs offroient à cette Divinité
de fréquentes libations ; plus d'une victime
ſuccomba ſous le couteau ſacré , &
plus d'un Sacrificateur ſe reſſentit de ſa
trop fervente dévotion.
Diane , la ſeule Diane fut oubliée : elle
voulut
OCTOBRE. 1748. 25
Voulut en prendre vengeance ; c'eſt le nectar
le plus doux pour les Déeſſes. Un jeune
Fan s'élança avec vivacité au milieu des
danſes; les Nymphes troublées, tomberent
évanoüies , mais un nuage officieux les cacha
auſſi-tôt , & déroba aux yeux des mortels
leur chûte & leur foibleſſe .
Dans un lieu affés obſcur, quelques Courtiſans
du Parnaſſe , peu favorisés d'Apollon
, ſe metroient à la torture pour produire
des vers dignes de leurs Iris , mais
Phébus , derriere eux ſans en être apperçû,
effaçoit auffi-tôt les productions informes
de leur génie. Je m'approche de ce Dieu ,
&lui demande d'un air de curioſité , quel
eſt le ſujet de la Fête. Ignores-tu , m'a-t'il
dit , qu'on célebre aujourd'hui la naiſſance
de la charmante& vertueufe Iphiſe ? Jugez
dema ſurpriſe & de ma joye ; impatientde
fatisfaire mon reſpect & mon amour j'implore
le ſecours d'Apollon , mais plus fincére
qu'on ne penſe ; nous autres Poëtes
m'a-t'il dit , on nous accuſe de dire rarement
la vérité ; pour exprimer tes ſentimens
employe le langage de la Nature.
,
On ne ſe trompe gueres en ſuivant le
conſeil des Dieux. Adorable Iphiſe ,
mon coeur fincere & fans fard vous préſente
reſpectueuſement ces Heurs ; mon
amour ſera auffi conſtant que leur éclat
B
26 MERCURE DE FRANCE.
eſt peu durable. Quel ſera leur deſtin, fi el
les meurent ſous vos yeux ! Quel ſera mon
bonheur , ſi vous daignez les accepter !
燕洗洗洗洗洗
VERS.
D'une Sylphide à M. L. A. du M,
VOus, que legoût éclaire&guide,
Vous , dont l'impartialité
Enhardit un Auteur timide ,
Et confond la témérité ,
Recevez avec vérité
Cet éloge mal apprêté ,
Que vous préſente une Sylphide ,
Qui ſur toute autre qualité
Donne avec vous la primauté
Au coeur droit , à l'eſprit ſolide.
Autrefois de foibles mortels
Ne portoient aux ſecrets Autels
De's habitans élémentaires ,
Que des offrandes mercenaires ;
Etleur creuſet infructueux
Eût décrédité nos myſtéres ,
Si les moins crédules d'entr'eux
N'euffent tranfmis à leurs neveux
1
OCTOBRE. 1748. 27
Des notions plus falutaires.
Il eſt de vrais ſages encor ,
Qui placent au-deflus de l'or
L'avantage de nous connoître ;
Qui d'eux mêmes prenant l'effor ,
Par notre entremiſe font naître ,
Se jouant parfois ſur un rien ,
Ce charme , ce ſuprême bien
Dont l'eſprit aime à ſe repaître ,
Où l'Automate ne ſent rien.
}
Dans mon ſéjour aërien ,
Ce fut moi , qu'on daigne m'en croire ;
Qui ſans taliſman , ſans grimoire ,
Tranſportai par un doux lien
Des champs un tendre Citoyen ,
Amantde la paiſible gloire ,
Dont on a fait plus d'une hiſtoire ,
Où le diable n'entendroit rien .
Laflé d'endurer fans ſeplaindre ,
Dans plus d'un embleme il ſçut peindre
Le caquer frivole , odieux ,
D'un petit nombre d'envieux ;
Engeance de tout tems proſcrite ,
Qui ſe reproduit en tous lieux ,
Fait baiſſer les yeux au mérite ,
Et leve ſon front orgueilleux:"
C'eſt-là le prix injurieux ,
Bij
MERCURE DEFRANCE!
C
C'eſt la récompenſe maudite
Qu'un vain talent traîne à ſa ſuite.
Si ſur l'Autel des demi-Dieux ,
Dune voix foible , mais ſincére ,
Il neporta qu'un encens ordinaire ;
Le reſpect le rend digne d'eux ,
Ou déſarme du moins la vengeance ſéveres
Les Dieux ſont toujours généreux ;
S'ils tonnent , ils ne frappent guere.
MEMORIÆ Incliti Prafulis
-ΕΡΙΤΑPHIUM.
HIC
IC JACET
Omnium hominum ſimili forte tumulatus ,
Reverendus in Deo Pater
Hieronymus - Ludovicus DE FOUDRAS D
COURCENAY ,
Nobilis Lugduni Comes ,
In celeberrimâ Pictonum Univerfitate Doctor
emeritus ,
Afanctiſſimo Anteceſſore &Confanguineo Præfule
Coadjutor expetitus ,
Deinde Thloanenfis Epiſcopus confecratus ,
Ac demum Pictavienfis factus Antiftes ,
Abbatiâ Sancti Leodegarii inſuper donatus à Rege.
OCTOBRE. 1748. 29
In eo maximè effulſerunt
Verus Dei Timor , candor morum ,
In Sacris celebrandis attenta pietas.
Is fuit ardens zelo , corde bono,
In pauperes præfertim occultos mifericors ,
Romanæ Sedi devotus , Diſciplinæ Ecclefiaftica
Confervator,
Vaſtiſſimæ Dioecefis Luftrator providus ,
Per ſexdecim annos Gubernator indefeſſus ,
Domui ſuæ benè Præpofitus.
Dirâ nece præventus occubuit
Die decimâ - tertia menſis Auguſti , anno
M. DCC. XLVII .
Ætatis fuæ LXIII .
Ad aquas Rupi-Pozzas in regulari domo de Miſericordia
Dei,
Ubi cor& vifcera hujus almi Patris humi data funt,
Corpus verò ad juſta vota ſuorum ,
Confuetæ Epifcopali redditum Sepulturæ ,
Die decimâ- nonâ prædicti menſis :
Anima pia , faxit Deus , Beatorum in gaudio
quiefcat.
Biij
30 MERCURE DE FRANCE:
MEMOIRE préſenté aux Etats de
Bretagne,tenusà Rennes en 1746.
L
NOSSEIGNEURS,
'Auteur de ce Mémoire , de l'Ordre
de la Nobleffe , & en cette qualité ,
l'un des Membres ordinaires de vos Aſſemblées
, eftime qu'on ne s'eſt pas encore avifé
de vous en préſenter aucun d'une auffi
conſidérable importance.
Quelle que puiſſe être votre déciſion ,
Noſſeigneurs , à l'égard des trois Projets
qu'il a l'honneur d'y ſoumettre , elle ſera
fûrement à l'avantage d'un coeur toujours
pénetréd'un amour invariable pour le bien
de la Patrie ; amour dont il oſe eſperer
qu'on regardera cet écrit comme un nouveau
témoignage.
ARTICLE I.
Projet I.
Ce premier Projet tend , 1. à faire entreprendre
un Canal , lequel établira la
correfpondance perpétuelle d'une Tranſnavigation
réciproque entre les Rivieres de
Rence & de Vilaine; 2°. à rendre la Rence
.
OCTOBRE. 1748. 3
navigable ,depuis l'embranchement de ce
Canal dans cette Riviere , juſqu'à la Mer .
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTIGLE PREMIER.
Reflexions sur quelques avantages réfultans
de l'exécution du Projet premier.
Les avantages qui réſultent de l'exécution
de ce Projet font nombreux, ſenſibles,
importans ; en voici quelques-uns , tant
immédiats que médiats .
I. La Ville de Rennes eſt l'une des principales
Villes du Royaume , la Capitale de
la Bretagne , le Siége fixe de fon Parlement,
&le lieu le plus ordinaire de vos Aſſemblées.
Située bien avant dans les Terres , &
privée juſqu'à préſent par cette raiſon , de
la plus grande partie des commodités que
procurent à pluſieurs Villes de cette Province
leurs ſituations maritimes , elle attend
l'exécution de ce Projet , non-feulement
pour pouvoir joüir de ces commodités
, mais encore pour devenir le .
centre du Commerce mutuel des plus confidérables
de ces Villes, & de quelques autres
auſquelles leurs ſituations méditerranées
ont étéjuſqu'à préſent très- déſavantageuſes
du côté du Commerce.
B iiij
3 MERCURE DE FRANCE.
La ſuite de ce Mémoire mettra cette vézité
dans tout fon jour.
11. Les Villes de Rhedon & de S. Malo
mettront à profit leur nouvelle correfpondance
, l'une pour fortir de l'état d'inaction
, qui ſemble mal- à- propos lui être naturel
, & l'autre pour revenir à celui d'activité
, qu'elle ne paroît avoir perdu que
du côtédu Commerce.
Ces deux Villes font dignes d'une confidération
ſpéciale. L'une , malgré la léthargie
préſente des Commerçans qui l'habi.
rent , eſt l'unique porte ouverte pour tout
le Commerce de Rennes , & a produit autrefois
des Négocians célebres ; tel étoit
M. Meurier , que confultoit ſouventM. le
Cardinal de Richelieu. Les Habitans de
l'autre ont fouvent rendu & rendent encore
de grands fervices à l'Etat , & elle a
l'honneur d'être le lieu où font nés Mcfſieurs
Jacques Cartier , le Typhis des Argonautes
Bretons qui ont découvert &
conquis la nouvelle France; du Gué- Tronin,
le fléau de l'orgueil Anglois ; Moreau de
Maupertuis , le démonſtrateur de la vraie
figure de la Terre .
III . L'établiſſement de cette nouvelle
Navigation à travers le milieu de la partie
ſupérieure , & parconféquent la plus large&
la plus grande,&cependant la moins
ОСТОВER. 1748. 33
commerçante de Bretagne , excitera & réveillera
, ſous diverſes formes toutes utiles
, l'induſtrie de tous les habitans intérieurs
de cette partie.
IV. Les Habitans des Côtes Septentrionale
& Méridionale de la Haute- Bretagne
commerceront enſemble , en tout
rems , en toute ſaiſon , de tout vent , à
l'aide d'une Navigation tranquille , füre
pour tout le monde en général , & trèsprofitable
en particulier pour tous les voiſins
, foit à l'Eſt , ſoit à l'Ouest , tant de ces
deux Rivieres que du Canal qui aura établi
leur communication réciproque.
Il eſt de remarque qu'à préſent les Habitans
des Côtes Septentrionale & Méridionale
de laHaute-Bretagne,&ceux des Provinces
Limitrophes , ont beſoin d'autant
de differens vents , & ont même ſouvent
autant de riſques à courir du côté de la
Mer en tout tems, & du côté de l'Ennemi
en tems de guerre , pour établir & entretenir
d'une Côte à l'autre une correfpondance
active & continuelle , que pour entreprendre
des voyages de long cours &
porter au loin leur Commerce.
V. Il eſt évident que ce Canal ſera pour
la Bretagne& pour les Provinces voifines,
par rapport à la Manche & à l'Océan , ce
qu'eſt le Canal de Riquet pour le Langue
Bv
34 MERCURE DEFRANCE :
doc& pour les Provinces voiſines de celleci
, par rapport à l'Océan & à la Méditerranée.
V I. Ce Canal ſera encore une nouvelle
route & un nouvel entrepôt en faveurdu
Commerce , tant né qu'à naître , non- feulement
entre les autres Provinces de France
, fruées ſur la Manche & ſur l'Océan ,
mais même entre plufieurs Négocians des
Pays étrangers, qui font établis & domiciliés
, ou qui envoyent ordinairement des
Navires , les uns au Nord , les autres au
Sud des deux embranchemens de ce Canal.
Aucun de vous , Noffeigneurs , n'ignore
que le ſeul paſſage de la Manche dans
l'Océan , ou de l'Océan dans laManche ,
eſt ſouvent fujet à plus de contrerems , de
riſques & d'accidens , que ne l'eſt un
voyage de Cadix à Nantes , ou de Hambourg
à S. Malo.
VII. Les denrées , les meubles , & en
un mot toutes les marchandiſes de toutes
eſpeces,qu'on ne vend,&qu'on n'échange
à préſent que de proche en proche & à
force de frais , & même en courant les rifques
de pluſieurs avaries , fractures & autres
accidens ordinaires , tant fur mer que
fur terre , ſe pourront échanger , vendre
&livrer de loin àloin & d'une Mer à
l'autre , àtrès-grand compte& fans aucu
ne forte de danger.
OCTOBRE. 1748. 35
د
VIII . Cette Tranſnavigation méditerranée
& réciproque du Nord au Sud , &
du Sud au Nord de la Haute Bretagne ,
rendra inutiles une infinité de chariots
fourgons , &c. & enfin toutes les voitures
lourdes & péſantes par leurs propres poids
& par leurs charges , comme auffi pluſieurs
bêtes de tirage & de ſomme .
IX. Ces bêtes , & plus des trois quarts
des hommes qu'elles détournent de toutes
autres occupations , feront des reſtitutions
d'un prix ineftimable , faites en particulier
à l'Agriculture & à tous les Arts &
Métiers en général .
X. De l'éclypſe éternelle de ces voitu-
-tures lourdes& péſantes ſur les grands chemins
, il arrivera qu'ils ne feront plus effondrés
& rendus impraticables d'une an
née à l'autre , comme ils le ſont préſentement
, & que moyennant une légere réparation
ils auront le tems de devenir ſoli-
**des & durables.
XI . Cette nouvelle Méthode d'exportation
& de voiture rendra un grand nombre
de ſervices à tout le monde , & furtout
aux Négocians , en ce que dans leurs entrepriſes
& commiſſions , ils ne fe trouveront
plus à la merci des Rouliers & Voituriers
par terre. Les ſommes exceſſives que ces
derniers exigent de ceux qui ontbeſoin de
Bvj
1
ر د
১
36 MERCURE DE FRANCE.
les employer , & les inconvéniens innombrables
des voitures par terre , augmentent
d'environ un tiers le prix de la plupart des
choſesqui entrent dans le Commerce , &
ils diminuent en même proportion le gain
que ſans cet obſtacle on pourroit en attendrede
cabinet à cabinet.
XII . Les anciens Ponts de la Province,
dont les réparations & réédifications font
ſi fréquentes & fi ruineuſes , deviendront
durables , & ceux qui feront établis ſur ce
nouveau Canal, augmenteront les commodités
anciennes & en procureront de nouvelles
à l'égard des chemins , tant Royaux
que Vicinaux. L'expoſition des deux Projets
contenus dans les deux Articles fuivans,
ſera la démonstration parfaite de
tout ce qu'on vient d'avancer ici .
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE PREMIER .
Réflexionsfur la poſſibilitédes deux opérations
que l'Auteur propose.
* 1. Quant à la poſſibilité d'établir une
communication entre la Rence & la Vilaine
par le moyen d'un Canal , elle eſt connue
depuis plus d'un fiécle.
Cependant l'Auteur offre de la faire voir
OCTOBRE. 1748. 37
de plus d'une maniere , fur les lieux , aux
Commiſſaires qu'il vous ſupplie ,Noffeigneurs
, de nommer pour examiner les
moyens qu'il juge les plus expédiens touchant
l'exécution de cette premiere partie
de ce premier Projet .
II . Quant à la ſeconde & derniere opé
ration propoſée dans ce premier Article ,
l'Auteur croit que la poſſibilité de rendre
la Rence navigable , depuis ſa communica-
*tion avec le Canal propofé juſqu'à la Mer,
eſt à l'abri de toute contradiction , parce
que , 1 °. En conféquence d'un ménagement
preſque arbitraire & périodique ,
cette Riviere s'accroîtra de toute l'eau
qu'elle recevra de ce Canal ; 2°. le lit de
cette Riviere , laquelle a été autrefois navigable
en la remontant depuis ſon embouchure
juſqu'à deux lieues au- deſſus de
Dinan, n'a preſque beſoin que d'être defencombré
pour être rétabli dans ſon premier
état , 3º . on pourra étrécir & creufer
ce lit , & placer dans les diſtances convenables
quelques Ecluſes entre l'embranchement
de ce Canal dans la Rense, & l'endroit
où cette Riviere commence , fuivant
fon état actuel , d'être navigable. Cela ſuffira
pour faire difparoître toutes les difficultés
imaginables.
NB. 19. Au ſujet de l'entrepriſe ici
38 MERCURE DEFRANCE.
projettée &de toutes autres pareilles , le
même Auteur offre d'indiquer des moyens
ſimples de préſerver de tous ſédimens , engorgemens
& encombremens , les Canaux
&les Rivieres qui ont beſoin d'Ecluſes, &
de rendre continue , tant en montant qu'en
defcendant , & d'exempter de la multiplication
des Eclufes & du changement de
Bâteaux , toute navigation fluviale , qui
n'eſt interrompue que par quelques fauts
ou cataractes . 2°. Ce Canal peut auffi être
exécuté ,de façon qu'on n'ait pas beſoin
d'entreprendre cetteſeconde opération.
ARTICLE SECOND.
Projet II.
Ce Projet tend à procurer une communication
réciproque, & , depuis cette communication
juſqu'à la Mer , une navigabilité
continuelle aux Rivieres d'Ould & de
Blaved. Rien ne s'oppoſe à ce Projet , fi
ce n'eſt la ſuppoſition de l'inutilité ou de
l'impoſſibilité de ſon exécution.
OCTOBRE. 1748. 39
-
:
:
PARTIE PREMIERE
DE L'ARTICLE SECOND.
Réflexions fur l'importance du ſujet qu'il
préſente.
I. Les parties méditerranées des Evechés
de Cornouaille , de S. Brieux , & de
S. Malo , qui font voiſines , foit de la
Riviere de Blaved , ſoit de celle d'Ould ,
participeront aux commodités de cette
nouvelle correfpondance dans toute fon
étenduë.
II . L'Evêché de Vannes ,dont toute la
partie intérieure & la lifiere méditerranée
ſont ſi languiffantes , tant par rapport à la
néceffité & à l'appas ruineux des Charrois ,
qui privent plufieurs champs de leurs Cultivateurs
, qu'à cauſe de la difficulté de
toutes fortes de débouchés , ſe reſſentira
( dans toute ſa circonference méditerranée
& de là jufques dans ſes parties intérieures
) de tous les effets de cette
nouvelle Navigation , qui fera circuler
avec avantage & preſque ſans frais les
productions des terrains auſquels elle reſtituera
ſes Colons , quand elle ſuccédera aux
Charrois.
III. Les Villes du Port- Louis , de l'O
rient & de Hennebond, auront une com40
MERCURE DE FRANCE.
munication nouvelle , intérieure , fûre &
commode , non-feulement avec la Ville
de Pontivy , moyennant quelques Ecluſes
qui feront placées entr'elle & l'embranchement
de ce Canal dans Blaved , mais encore
avec celle de Joſſelin , Maleſtroit ,
Rhedon , Rennes , Dinan S. Malo..
IV. L'exécution du projet ſecond lui
communiquera les commodités & utilités
du projet premier , & en même tems le
projet premier prendra part aux utilités
&commodités qui réſulteront de l'exécu
tion du projet ſecond.
Après cette communication établie entre
toutes ces Villes , pour étendre celle
de toutes ces Villes , & l'établir avec les
plus conſidérables du Royaume , il ſuffit
d'exécuter le projet dont on parlera à
P'Article troiſieme.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE II .
Réflexions sur la poſſibilité de l'entreprife
qu'il préſente.
I. La Riviere de Blaved , depuis qu'elle
coule auprès de Bienzy , juſqu'à fon embouchûre
, n'eſt interrompue par aucunfant
conſidérable , & joiiit ( pendant pluſieurs
OCTOBRE. 1748. 48
portions de ſon cours ) d'une pente- de-dérivation
, ordinairement affés douce , &
quelquefois preſque imperceptible.
II. On peut dire à peu près la même
choſe de la Riviere d'Ould , depuis le Pont
de Boquenenc , qui eſt ſitué à une lieuë audeffus
de Joffelin , juſqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
111. Après qu'on aura nettoyé , & par
la même opération , creuſé & étreci en
quelques endroits les lits des Rivieres de
Blaved & d'Ould , elles ſe trouveront devenues
continuellement navigables , au
moyen , 1º. du concours des eaux que les
embranchemens du Canal intermédiaire
leur adreſſeront , 2°. des Eſcluſes , lef-.
quelles , excepté dans trois ou quatre en.
droits , feront placées de loin à loin , pour
foûtenir & conſerver ces eaux dans leurs
defcentes.
I V. Pour ménager en faveur de ce Canal-
de-jonction , 1º. les niveaux de pente ,
qui conviennent à ſes embranchemens ;
2º. les rigoles qui rempliront & tiendront
plein fon réſervoir ou baſſin de proviſion ;
3º . un Canal-de- dérivation , toujours prêt
à vuider en tems requis les eaux de cebaffin
dans le Canal- de- distribution , il faut
que la ligne que parcourera , de l'Ouest à
l'Est , le Canal-de -jonction , évite , ſçavoir ,
42 MERCURE DE FRANCE.
à fon Nord, le Bourg de Naizin , la Cha
pelle de la Villetual en Pleugriffet , & ,
fon Sud , les Bourgs de Pleumelliau , Rumengol
, Moreac , Buleon , & Lentillac ,
de telle façon que les deux embranchemens
de ce Canal aboutiront , l'un , à
peu -près vis- à-vis de Bieuzy , dans Blaved ,
& l'autre , par Canfroud au Pont de Boque
neuc dans Ould , après quoi il ne reſtera
que de rendre la Riviere d'Ould, navigable
depuis Boqueneuc juſqu'à Maieftroit , puifqu'elle
ſe trouve dès-à-préſent navigable
depuis Maleſtroit juſqu'à fon embouchure
dans la Vilaine.
V. L'Auteur de cet écrit ne croit pas ,
qu'en donnant une autre route à ce Canal ,
on puiffe ménager & conferver , en faveur
du Canal de diſtribution , le volume d'eau
néceſſaire & requis pour entretenir , ſans
diſcontinuation ,& la tranſnavigation réciproque
& la navigabilité de ces deux Rivieres.
ARTICLE III .
Projet 111.
Ce projet tend à faire entreprendre la
cavation d'un Canal , qui établira une communication
mutuelle entre les Rivieres de
Loire& de Vilaine.
OCTOBRE. 1748 .
PARTIE PREMIERE.
DE L'ARTICLE III.
Réflexions sur l'importance diu projez
qu'il préſente.
1. Tout le monde voir , ſans qu'on ait
beſoin de les montrer , les grands & divers
avantages que l'exécution du projet troifiéme
peut procurer par elle-même , étant
conſidérée ſéparement de celle des deux
autres projets ; un de ces avantages ſera l'établiſſement
d'une correſpondance continuelle
, commode & fûre entre les Villes
deRennes& de Nantes.
11. Obſervation très-férieuſe en faveur
du Commerce. L'exécution des projets
& 2 , étant préalablement ſuppoſée , par
le moyen de celle du troifiéme , une navigation
exempte des avaries & des riſques
de la mer , & même de tous les accidens ,
tant des chemins que des voitures & tranfports
par terre , communiquera & aux Villes
de Rennes , Port- Louis , l'Orient , Hen
nebond , Pontivy , Joſſelin , Maleſtroit , Rhedon
, Dinan , Saint Malo & Nantes , & à
celles d'Orleans &de Paris , de même qu'à
toutes celles qui font ſituées , tant fur la
Loire que fur toutes les Rivieres navigables
, qui ont ou qui auront une communi
"
و
44 MERCURE DEFRANCE.
cation immédiate ou médiate avec ce
Aeuve , non-feulement toutes les denrées
&marchandiſes differentes , qui font les
productions des territoires , & les produits
desdifferentes Manufactures de toutes ces
differentes Villes , mais encore toutes les
Marchandiſes étrangeres , dont chacunede
ces Villes fait un commerce ſpécial.
111. Il eſt donc évident que , par le
moyen de cette nouvelle navigation , prefque
toutes les Villes du Royaume verront
aborder chés elles , ſans riſques , ſans accidens
, & avec beaucoup moins de frais
qu'auparavant , les differentes & précieuſes
Marchandiſes que la Compagnie des.
Indes fait venir & vendre à l'Orient , de
même que toutes celles qu'on peut tirer de
San Mlo.
Il eſt d'obſervation qu'on ne peut imaginer
aucuns autres projets auſſi avantageux
pour la Compagnie des Indes , que
le ſont les trois ci-deſſus mentionnés ,&
que toutes les eſpéces de Marchandises ,
que les Négocians de la Ville de S. Malo
tirent , ou pourront tirer de toutes les parties
du monde , au lieu qu'elles s'y trouvent
à préſent emmenées comme dans un
cul-de-fac , d'où ces Négocians ſe trouvent
obligés, à leur grand dommage & à celui de
leurs compatriotes , de les faire refluer chés
OCTOBRE. 1748 . 45
l'Etranger , ſe répandront avec une ſûreté ,
une facilité& une utilité , générales & réciproques
, ſur la ſurface de la Province ,
pendant que leurs Vaiſſeaux feront des
voyages plus utiles & plusglorieux pour
cux & pour l'Etat.
: IV. Cette nouvelle navigation fera va
loir les Manufactures établies , & en fera
établir plusieurs dans la Province , en mê
me tems qu'elle ſervira au rétabliſſement
& à l'entretien de notre Marine. En effet,
par le moyen de ces trois Canaux , & de
la communication qu'ils procureront aux
Villes de l'Orient & de S. Malo avec la
Loire , & que la Loire leur procurera avec
les Villes les plus méditerrannées & les
plus éloignées du Royaume , ces deux Villes
tireront , avec ſûreté ,&preſque ſans
frais , des endroits les plus écartés & des
lieux les plus intérieurs de la France , les
bois de conſtruction , & tous les autres
matériaux propres à la Marine , dont on a &
dont on aura beſoin dans ces deux Ports&
dans celui de Brest. La Marine pourvûë
de pluſieurs bons Vaiffeaux & de toutes
les chofes néceſſaires pour en augmenter
le nombre , felon que l'exigeront le bien
de l'Etat , l'honneur de la Nation , & la
gloire du Regne de NOTRE BIEN- AIME
MONARQUE , le rendra ſeul&irrefraga-
A
46 MERCURE DE FRANCE .
ble Arbitre de toutes les querelles , qui
diviſent ou tendront à diviſer les differentes
Puiſſances de l'Europe , & con
traindra les differentes Nations , & à plus
forte raiſon les Membres particuliers de
ces Nations , de ne pas inquiéter , que
dis-je ? de reſpecter & de regarder comme
privilégiés & facrés les divers genres de
Commerce établis ou à établir entre ce
Royaume & toutes les autres parties du
Monde. C'eſt une vérité politique , auffi
facile à démontrer qu'un Theorême de
Géométrie.
, tant Etrangers
V. De cette nouvelle navigation proviendront
encore pluſieurs autres avantages
, entr'autres , ceux-ci. 1 °. Les Marchands
& Commerçans
que Regnicoles , qui ſe rendent actuellement
à l'Orient dans le tems de la l'ente ,
ſeront invités , plus qu'auparavant ,de fréquenter
cette Ville , par la diminution
& par la fûreté que cette navigation apportera
aux frais de tranſport&d'expor
tations de leurs emplettes. 2°. Ces nouveaux
avantages détermineront pluſieurs
perſonnes de tous pays , états& métiers ,
qui n'ont pas encore été à la Vente , d'y
venir. 3 °. De l'inutilité ,&par conféquent
de la fuppreffion d'une grande quantité
de voitures péſantes , & par leurs charges
را
OCTOBRE. 1748. 47
& par leurs poids , & de bêtes de tirage
& de ſomme , il s'enfuivra que tous les
grands chemins du Royaumedeviendront
aifés &pratiquables aux Voitures légéres
&aux chevaux de ſelle , tant de ces Marchands
& Commerçans , que de tous les
autres voyageurs , &c. 4°. La Ville de
Nantes , l'une des principales Villes de cette
Province , deviendra l'une des principales
Villes du Royaume , en devenant l'entrepôt
général.
VI. Autres avantages réſultans évidemment
de cette nouvelle Navigation. 1 °. Les
Négocians & autres particuliers étrangers,
qui, en conféquence du Franc-tranfit ,
font voiturer à travers le Royaume les emplettes
qu'ils font à l'Orient , trouveront
un profit clair , fûr , conſidérable , exempt
de tous dangers & accidens , à faire voiturer
ces emplettes par ces Canaux & par les
Rivieres , dont ils établiront les communications
réciproques , tant immédiates
que médiates. 2°. De cette maniere les
Etrangers payeront à perpetuité une grande
partie des ſommes qu'auront coûté &
que coûteront la confection & l'entretien
de toutes les entrepriſes ci-deſſus propoſées.
3°. Il eſt aiſé de prouver que ces entrepriſes
importantes pour l'Etat , feront
encore avantageuſes pour les Fermes du
48 MERCURE DE FRANCE.
Roi , & ne feront même aucun tort , mais
au contraire feront plaifir aux particu
liers , ſur les fonds deſquels elles ſeront
exécutées.
VII. Ajoûtez à toutes les confidérations
précédentes , Noſſeigneurs , celle de la
multiplication des Matelots d'eau douce
, que produira &dans cette Province
&dans les autres cette nouvelle navigation
méditerranée. Ils feront plus pros
pres que des hommes de labeur & de métier,
pour être Claſſes & pour devenir dès
la premiere Campagne de bons Matelots
deMer ,& cette nouvelle eſpece de Matelots
d'eau douce ne proviendra , ni de la
claſſe des Laboureurs, ni de celle des Artifans,
mais bien de la claſſe nouvelle des
Voituriers , Rouliers , Muletiers , &c. devenuë
preſque toute inutile , au moyen de
l'établiſſement de cette nouvelle navigation.
屬
VIII . Ajoûtez à cette derniere confidération
que l'éclipſe des Matelots , qu'on
prendra en tems de guerre ſur les Rivieres
pour laMer , ne fera aucun tort à la navigation
intérieure & fluviale du Royaume ,
parce qu'alors cette navigation n'aura pref
que lieu qu'entre les habitans du Royaume
, & n'aura parconſequent beſoin que
d'environ la moitié des Matelots qu'elle
aura
OCTOBRE. 1748 . 49
aura occupés & qu'elle occupera en tems
de paix .
IX. La France ſera toujours la Puiſſance
dominante de l'Europe , pendant qu'elle
aura en Mer durant la Paix , autant de
Vaiſſeaux de guerre que l'Angleterre , &
qu'à chaque commencement de guerre ellepourra
promptement augmenter le nombre
de ces Vaiſſeaux , & les armer tous
d'une façon avantageuſe.
Toutes ces raiſons promettent les éloges
unanimes de la poſtérité la plus reculée
aux perſonnes puiſſantes , qui par leur crédit
& leurs repréſentations prefſſantes
faciliteront l'exécution de ces entrepriſes.
De telles propoſitions n'ont beſoin que
d'être préſentées à S. A. S. M. le Duc de
Penthievre , pour ſe trouver très-juſtement
recommandées à l'élevation de l'ame & à
la bonté du coeur de l'Amiral , & du Gouverneur
de cette Province. Ces propoſitions
ſe trouveront encore ( pour toutes
ces raiſons ) très-ſpécialement recommandées
à la ſagacité bienfaiſante & courageuſe
de Meſſieurs les Ministres d'Etat , des
Finances&du Commerce.
C
SO MERCURE DE FRANCE.
PARTIE SECONDE
DE L'ARTICLE III.
Reflexions ſur la poſſibilité du Projet
qu'il préſente.
د
>
, avec un
I. Cette exécution eſt poſſible , en établiſſant
un Canut , qui , pour aboutir de
Vilaine en Loire & de Loire en Vilaine
contournera à mi- côteau quelques terrains
montueux , enjambera le cours de la petite
Riviere , appellée Izak, & lequel , outre
Pamas d'eau pluviale , qu'il exigera de fon
baffin de proviſion ſupérieur ,recevra de
plus dans ſon Canal de diftribution
par le moyen d'un Réſervoir inférieur
le tribut de quelques ſources
volume d'eau qui y fera rendu par une
Rigole tortueuse & longue , tirée de la partie
fupérieure de la même Riviere , & à laquelle
viendra même ſe joindre , ſi l'on
veut , une autre Rigole , tirée auffi de la partie
ſupérieure du Dôn , &c. La route , que
donneroit ce Canal , feroit la plus courte
de toutes celles qu'un Canal peut ménager
entre Rennes & Nantes , mais ce ne ſeroit
pas lamoins chere quant à la dépenſe qu'il
faudroit faire pour l'établir .
OCTOBRE. 1748. SE &
II. On peut encore exécuter ce projet ,
en creuſant un Canal , dont l'un des deux
embranchemens entreroit en Vilaine audeſſus
de l'embouchure d'Izak, & l'autre
ſe rendroit ſous Vort en Erdre. Ce Canal
enjamberoit la Riviere d'Izak, & par le
moyen de deux Rigoles amenées des
parties ſupérieures de cette Riviere &de
celle du Dôn , auroit au- deſſus de ſes deux
points de partage un baffin de proviſion ,
lequel aſſembleroit , avec ces eaux , celles
de quelques ruiſſeaux&de quelques totrens
, & pourroit , en tous tems , fournir
à ce Canal toute l'eau néceſſaire depuis
ſa partie la plus élevée incluſivement ,juf
qu'à ſes deux embranchemens .
La route quedonneroit ce Canal ſeroit
plus longue , mais moins chere , quant à
l'exécution , que celle qu'on vientd'indi
quer au nombre précédent.
:
III . Enfin la jonction de ces deux plus
grandes Rivieres de Bretagne peut aifé
ment être établie par un Canal , qui , pour
aboutir de Vilaine en Loire par la petite
RivieredePont-Château , parcoureroitune
ligne tirée d'auprès de Cran à Pont-Cha
teau. Ce Canal , par le moyen d'un baſſin
de proviſion oblong & voiſin de ſa partie
la plus élevée , recevroit entre ſes deux
points de partage , par un petit Canalde
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
dérivation les eaux de deux ruiſſeaux qui
ne tariffent guéres ; celles qui par une
rigole y pourroient être conduites de la
partie ſupérieure de la Riviere d'Izak, &
enfin tout l'amas d'eaux , tant pluviales
qu'autres , que deux rigoles , plus élevées
que celle-là , ameneroient dans ce baffin
de proviſion , lequel fourniroit , en tous
tems , au Canal de diſtribution un volume
d'eau ſuffifant , pour procurer non-feulement
à ce Canal , mais encore à la Riviere
de Pont-Château une navigabilité continuelle
, moyennant quelques écluſes , quelques
légéres opérations faites à ſon lit , &
la réduction de ſes deux embouchûres en
ane.
La route que ce Canal ouvriroit , ſeroit
plus longue , mais moins chere qu'aucune
des deux autres quant à l'exécution , &
plus utile qu'aucune autre , à la Ville de
Nantes , & aux autres Villes qui prennent
ou prendront part au Commerce maritime
decelle-ci.
On donnera la suite de ce Mémoire dans
Is Mercure de Novembre.
OCTOBRE. 1748 . 53
ESSAI d'un Ecolier du Collége
de Louis le Grand *.
POur charmer ſon inquiétude ;
Et ſe plaindre à loiſir du Deſtin rigoureux ,
Qui l'éloignoit de l'objet de ſes voeux ,
Le Berger Aléxis cherchoit la ſolitude ;
Lorſque l'Amour parût ; l'Amour , ce Dieu char
mant ,
(Non celui , que le crime honore. )
Me voici , lui dit- il : au feu qui te dévore ,
J'apporte du ſoulagement.
Malgré la fatale diſtance ,
Qui ſépare vos deux coeurs ,
L'objetdonttu pleures l'abſence ;
Peut être témoin de tes pleurs.
Pour adoucit les maux de ton ame inquiéte ,
Ecoute l'avis que je prête
A ceux qui vivent ſous mes loix :
* Letitre ne doitpas détourner de lire cette Piece:
Peut-être aucun des plus grands Poëtes ne s'est-il annoncépardes
commencemens plus heureux.
د
Ciij
34 MERCURE DEFRANCE .
Que tamainfoit ton interpréte ,
Et que cette toile muette
Faffe t'office de ta voix.
Voulant recompenſer le zéle
De cet Amant tendre & conſtant ,
L'Amour dit , & de ſon aîle
Il tire une plume à l'inſtant ;
Par ſa flêche il la diviſe ,
Avec ſa pointe il l'aiguiſe ,
Le ſacrifice étoit beau.
Il fait plus ; la main déchire,
Et lui préſente , pour écrire,
La moitié de ſon bandeau.
Le ſenſible Alexis comprenant ſapenſée ,
La lettre de mon fang , dit- il , fera tracée ;
Le ſang coule en effet , & l'Amour applaudit ,
Ily trempe la plume , il la prend , il écrit
Et ſes doigts , parcourant cette bande legére ,
Tracent de ſon amour le ſanglant caractére.
La lettre part , l'Amour en eſt le meſſager ,
Rapporte la réponſe au fidéle Berger ;
Va, revient plufieurs fois ,par unbienfait ſuprême.
Entre ce couple abſent , qui s'aime ,
Et dont l'Amour reſſerra les liens ,
Ainsi l'Amour voulut lui-même
Nourrir les tendres entretiens.
OCTOBRE. 1748 . 55
L'ABEILLE ET L'ECOLIER,
D
FABLE.
Par le même..
Es fleurs nouvellement écloſes ,
Pour compoſer un nectar précieux ,
Une Abeille cueilloit le fuc délicieux ;
Elle erroit ſur le thim ,l'amarante , les rofes ,
Le ſerpolet, le myrthe , ami des Dieux.
Un jeune adolefcent qui parcouroit ces lieux ,
Immobile , craignant de lui porter obſtacle ,
Jettoit ſur ſon travail un regard curieux .
Il s'avançe ſurpris , mais quel nouveau ſpectacle
Vient encor étonner ſon eſprit & ſes yeux !
Dans une ruche tranſparente ,
Il voit une grande cité ,
Cité nombreuſe , où de chaque habitant
Il admire l'activité ,
L'ardeur , la force & la dextérité.
La troupe toujours agiſſante
Ignore l'art d'uſer d'un ſecours emprunté,
Elle travaille & ſe tourmente
Pour les divers beſoins de la ſociété.
Chacune a ſa tâche. Elle augmente
Selon l'âge , le tems &la néceffité.
L'une forme la cire , & l'autre la cimente ,
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
Pour bâtir des maiſons à la communauté.
Dans un refervoir apprêté ,
L'autre met en dépôt cette liqueur charmante ,
Dont on nourrit un jeune enfant gâté.
Un Roi , diſons mieux, une Reine
Leur dicte un ordre reſpecté.
Elle parle ,& l'on fuit avec docilité
Les décrets de la Couveraine ;
L'Ecolier étoit enchanté.
Dieux , difoit-il , quelle merveille ?
Filfes du Ciel , quelle eſt votre ſagacité !
Que j'aime à voir dans mon oiſiveté
Cette ſageſſe ſans pareille ,
Ce bel ordre , cet art , cette vivacité
Er cette ardeur qui me reveille !
Il louoit tout, lorſqu'une jeune Abeille,
Après l'avoir bien écouté ,
D'une voix bourdonnante & ſans obſcurité ,
:
Lui ſifla ces mots à l'oreille .
Dans cet ouvrage ſi vanté
'Adore & reconnois plutôt la Providence..
Son doigt nous a tracé le plan & l'ordonnance
Des caſes que nous bâtiſſons.
Il a marqué les fleurs , & nous les choiſiſſons ;
Sa voix parle dans nous ,& nous obéiſſons.
Soumiſes au Très-haut , à ſes décrets ſuprêmes,
Notre mérite eſt de ſuivre ſa lois
•
OCTOBRE. 1748. 57
Si nous formons le miel , ce n'eſt pas pour nous
mêmes ,
C'eſt pour les hommes , c'eſt pour toi,
Ainfi , jeune mortel , qui que tu puiſſes être ,
Remplis comme nous ton emploi ,
Et ſçache qu'ici bas le Ciel ne t'a fait naître
Quepour ſervir les Dieux , ta Patrie , & ton Roi
LETTRE à l'Auteur de celle inférée dans
le Mercure de Juillet 1748 , page 147 ,
furleprojet d'une Place pour lastatue du
Roi.
Nine peut , Monfieur , trop loiier
votre amour pour notre Nation , &
votre zéle pour tout ce qui intéreſſe ſa
gloire. Ce ſentiment eſt d'autant plus eſtimable
, que bien des gens veulent ſe donner
le bon air de s'en écarter . On croit
qu'il y a du courage à s'affranchir des
vieux préjugés , & que celui de l'amour
national doit être ſacrifié comme les autres.
On imagine que tout ce qui eſt pris
-ſur le ſentiment , eſt autant de gagné pour
la raiſon , & l'on s'interdiroit volontiers
la faculté de ſentir , comme ſi elle ne faifoit
pas la plus heureuſe partie de notre
exiſtence .
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
1
,
J'aime bien mieux ce Philosophe * aimable
, le modéle des ſages de notre fiécle ,
qui dit que la Philofophie commence par
détacher de tout mais qu'enfuite elle
nous ramene à tout , c'est-à-dire , que les
demi Philofophes veulent ſe rendre indifferens
pour tout , mais que ceux qui ont
portéplus loin leurs réflexions , voyent la
néceflité de s'attacher à tout.
Si les heureux préjugés de l'amour pour
ſa Patrie & pour ſes parens ,de l'amour
pour la gloire & pour tout ce qui fait le
devoir , ainſi que le bonheur de la ſociété ,
ont été proſcrits par nos eſprits forts , à
titre de préjugés vulgaires , du moins
avons nous la fatisfaction de voir que
rien n'a pû encore altérer dans le coeur
des François l'amour qu'ils ont pour notre
Monarque. Graces àdes vertus qui intéreffent
tous les hommes également , nos
prétendus Philofophes ne peuvent lui refuſer
leurs hommages.
Outre cet amour pour le Roi ,& l'amour
que vous faites voir , Monfieur ,
pour notre Nation , j'ajoute encore un
amour particulier pour notre fiécle , dont
j'eſpere que vous ne me dedirez point ,
puiſqu'il eſt une ſuite de l'un&de l'autre.
* M. de Fontenelle,
OCTOBRE 1748. 59
Qüi , j'aime encore notre fiécle; & c'eſt
ce triple intérêt qui me fait défirer quelque
choſe de plus dans votre projet , pour
faire une Place devant la Colonade du
Louvre. Je voudrois que cette Place ,
dont vous avez fait valoir les avantages ,
fut ornée d'une ou de deux colonnes , faites
ſur le modéle des colonnes Trajane &
Antonine. Que de reffources nos Sçavans
n'ont- ils pas trouvées pour la connoiffance
des uſages Romains , & pour l'Hiſtoire
des Empereurs Trajan & Antonin , dans
ces deux colonnes antiques ? Quelles ref
fources ne trouveroit pas également pour
l'Hiſtoire du Roi notre poſtérité la plus
reculée ? Car il faut vous l'avoüer , je m'af
fectionne encore pour cette poſtérité que
je ne verrai jamais. C'eſt-là qu'elle contempleroit
les exploits de notre Monarque
à Fontenoy & à Lawfeld , les fiéges
mémorables de Fribourg , d'Ypres , de
Menin , de Tournai ,&c. qu'il fit en per
fonne. On y repréſenteroit les exemples
de courage & de fermeté de nos Princes ,
de nos Généraux , de nos Officiers , & les
actions d'intrépidité &de conſtance denos
Grénadiers. On pourroity faire conſidérer
aux frécles à venir le bon ordre de nos
Camps, de nos Gardes , de nos fourages ,
de nos ſubſiſtances ,de nos marches ,&
Cvj
MERCURE DE FRANCE.
de nos convois; la diſcipline militaire ;
l'induſtrie de nos Ingénieurs & de nos
Artilleurs , nos machines de guerre , notre
ſçavoir dans l'attaque & la défenſe des
Places , &c . ce ſeroit un livre toujours ouvert
pour les ſiécles futurs. Ils y liroient
la gloire du Monarque de , la Nation ,
& du ſiécle où nous vivons , & verroient
juſqu'où notre génie a porté les Arts ,
dont la tradition ſe perpétueroit encore
par le même moyen. On pourroit y faire
entrer quelques-uns de nos édifices & de
nos uſages , en repréſentant les fères &
les entrées que la reconnoiſſance publique
a faites à notre Souverain ,& le fpectacle
feroit couronné par celui des fêtes
que l'on prépare pour la publication de la
Paix. Ces colonnes feroient le bouclier
d'Achille , ſi précieux pour la connoiſſance
de l'Antiquité Grecque.
Que l'on ne foit point effrayé par la
difficulté de placer tantde ſujets differens
fur deux colonnes , & que pour cette raifon
l'on n'en rejette pas le projet comme
chimérique. Les bas reliefs de quelquesuns
de nos Rois à Saint Denis nous offrent
les batailles qu'ils ont données , & les
plus éclatantes actions de leurs Regnes ,
dans un très-petit eſpace. Le Sculpteur ,
qui dans la Cathédrale de Sens a repré-
1
:
OCTOBRE. 1748. σε
fenté ſur quelques tablettes de marbre
d'une petite étenduë toute l'hiſtoire du
Cardinal du Prat , ſon entrée en qualité
de Légat avec toute ſa ſuite àcheval , la
tenue d'un Concile , une foule de peuple
en proceſſion , l'affemblée nombreuſe qui
fe tint au fujet de la Pragmatique Sanction ,
&c. Ce Sculpteur n'avoit pas un champ
comparable , à beaucoup près , au champde
nos deux colonnes propoſées.
Si ces colonnes ſont doriques , ſi on
leur ſuppoſe à chacune douze pieds de
diametre , conféquemment il leur faut
donner quatre-vingt-quatre pieds de hautear
de fuſt ſans la baze , le chapiteau & le
piedestal on ſocle ; le pourtour ou la
circonference ſera de trente- ſept piedshuit
pouces , les fractions abandonnées , ſuivant
la régle d'Archimede, ce qui fait en ſuperficie
3164 pieds.
Jamais peut-être il n'y eût de tems plus
favorable que celui- ci pour l'exécution
d'un tel deſſein. Si nousavonsun grand
nombre de beaux faits à repréſenter , nous
avons auſſi un grand nombre d'excellens
Sculpteurs , capables de les tracer ſur le
marbre & fur le bronze. On diroit que le
régne de leur Art eſt tranſporté en France ,
& que les autres Nations ne peuvent plus
avoir en ce genre que les ouvrages qui
62 MERCURE DE FRANCE.
fortent des atteliers de nos célébres Artiftes.
Le zéle , avec lequel ils ſe ſont portés
àperfectionner la ſculpture , mérite d'être
immortalisé par des monumens , qui en
prouvant leurhabileté,leur ſervent auſſi de
récompenfe& d'encouragement. Comme
pluſieurs Sculpteurs differens pourroient
y être employés , on exciteroit entre eux
une émulation qui mettroit le comble à
leurs talens , &par-là , ſij'oſe me metrre
en ligne decompte ,je verrois ſans ceſſe
dans le même édifice , l'objet de tous les
ſentimens qui m'animent ; mon attachement
pour notre auguſte Monarque , mon
amour pour ma Patrie& pour mon fiécle ,
&même mon goût pour lesArts.
Je ſuis , Monfieur , &c.
OCTOBRE. 1748. 63
AUTRE Lettre adreſſée aumêmeAuteur.
Ous avez raiſon , Monfieur , de re-
Videreface
comme le plus noble côté déja trouvé d'une
Place digne de contenir la Statue de
Louis XV. Le Public , que vous dites avoir
faiſi avant vous le projet que vous propofez
, mérite des éloges , pour avoir reconnu
le tortdu ſiècle de laiſſer dans l'obfcurité
le chef-d'oeuvre d'Architecture de Paris
, que les Maîtres de l'art ont ſouvent
comparé aux exécutions les plus hardies
des Grecs & des Romains , & la Ville Capitale
ne ſçauroit mieux marquer fon
amour pour le Roi , qu'en s'empreſſant de
démaſquer un ſi grand trophée de l'Art ,
pour le conſacrer à l'immortalité de Sa
Majesté.
Mais en vain laiſſez-vous aux gens du
métier le ſoin de donner des projets pour
les deux côtés qui font à faire ; il me paroît
(& ſi vous n'affectiez de flater Popinion
publique , vous en tomberiez d'accord
vous même ) qu'il eſt impoffible de
les trouver plauſiblement , tant qu'on laiffera
vuide le côté gauche ſur la riviere.
Quel vis-àvis , quel ordre , quelle propor
64 MERCURE DE FRANCE.
tion , quelle régularité voudriez - vous
qu'on pût imaginer dans cette hypothèſe ?
Si la Colonade étoit parallele au Quai & à
la Riviere, le Projet feroit de belle & facile
exécution. On n'auroit point de peine
àtrouver les deux autres paralleles.
Donnez quatre côtés à votre Place ,
dont laColonade feroit le principal. Alors
nos habiles Architectes ſe feront un plaifir
de fournir à l'envi leursPlans des trois côtés
à faire , & ils s'efforceront d'approcher
de la ſublimité du génie qui créa ce chefd'oeuvre.
Ou bien faites devant la Colonadeune
Demie-Lune, percée proportionnellement
dans le centre& les deux côtés,
demie-lune qui pourroit être exécutée en
Portique. Je ne conçois point d'autres
moyens de pouvoir faire entrer cette fuperbe
Colonade dans la conſtruction de la
Place qu'on médite.
L'idée du Public, que vous appellez infpiration
, a deux objets. Le premier eſt de
voir bâtir une Place à la gloire du Roi ; le
ſecond , de produire dans tout fon jour
l'incomparable morceau d'Architecture de
la façade du Louvre .
Mais il me ſemble qu'on pourroit fatisfaire
à la fois le zéle & le bon goût du Public
par un autre ſyſtême , peut-être plus
convenable à la mémoire d'un Roi très
OCTOBRE. 1748. 65
Chrétien , & à la décoration de ſa Capitale.
Ce feroit de découvrir la Colonade ,
en abattant les bâtimens qui l'offuſquent ,
&de ſe borner à former une ſpacieuſe rue
entre elle & des Edifices réguliers qu'on
conftruiroit vis-à-vis. Cette Colonade ne
demande point d'accompagnement. Au
contraire la fimplicité de ce qui en approcheroit
, en rehaufferoit le prix & le mérite.
Elle est une piéce unique , qui ſeule feroit
éternellement l'admiration publique.
J'y trouve cet avantage,qu'alors on tranfporteroit
la Place deftinée à Louis XV.
dans un autre Quartier de la Ville , ce qui
multiplieroit ſa magnificence. Eſt ce bien
entrer dans vos vûës , Monfieur ? Nous
n'avons de belles Places que d'un côté de
la riviere. Placez celle-ci de l'autre ; le
lieu qu'on doit choiſir s'offre naturellement
à l'eſprit ; l'Egliſe de S. Sulpice n'eſtelle
point l'ouvrage de la libéralité & du
regne de ce Roi ? Son Portail n'eſt il point
affés majestueux pour former le côté prin
cipal d'une belle Place , où les plus nobles
habitans de Paris , ſortant de rendre leur
culte au Tout- Puiſſant , ſeroient avertis
par la repréſentation du Roi qu'ils verroient
en face au milieu de cette Place ,
de ce qu'ils doivent , après Dieu , à leur
Prince ?
MERCURE DE FRANCE.
Je dois vous déclarer , Monfieur , qui
que vous foyz , afin que vous ſupportiez
avec bonté la hardieſſe que je prends de
vous communiquer mon ſentiment , que
jen'ai ( commevous le dites de vous-même)
d'autre connoiſſance en Architecture
que celle que j'ai tirée d'un goût naturel.
Quelques jugemens que j'ai formés ſur
differens ouvrages de cet Art , ont parû
juſtes aux gens habiles , avec lesquels j'ai
quelquefois converſé ſur cette matiere. La
curioſité m'a , comme vous , toujours porté
à voir & à m'arrêter devant les beaux
morceaux qui ſe ſonttrouvés en mon chemin
dans les voyages que j'ai faits , ſoit en
France , ſoit en Italie , où j'ai demeuré
quatre ans,& je crois avoir retiré, desbelles
choſes que j'ai vûes & lûes en ce genre,
l'avantage d'être en état d'en juger raifonnablement
par comparaiſon .
Je finis en vous aſſurant que cette répon
ſe , que je fais à votre lettre , eſt purement
l'effet du zéle que j'ai pour la gloire du
nom François que vous portez dans le
coeur. Je ſuis , &c.
OCTOBRE. 1748. 67
DISPUTE de l'Art & de la Nature.
JE ſuis plus habile que vous ,
Dit un jour l'Art à la Nature ;
De vos plus beaux objets je ne ſuis point jaloux;
-La plus parfaite Créature
Laiſſe toujours à défirer ,
Mais je ferois bien la gageure
De vous forcer de m'admirer ,
En faiſant une migniature
1
Qu'à Vénus elle-même on pourroit comparer.
Encor je crois que la Déeſſe
En craindroit la comparaiſon ,
Si l'amour propre& la molleffe
Permettoient à Vénus d'avoir de la raiſon.
La vanité de l'Art offenſa la Nature.
:
Tous tes traits ſont à moi , dit-elle ,& la Peinture
N'eſt qu'une heureuſe fiction ,
Une agréable expreffion
Des Etres que mon ſein produit à l'aventure.
J'accepte ton défi , mais je prétens auſſi
Te montrer un de mes ouvrages .
Celui qui de nous deux aura mieux réufſi ,
Des Mortels & des Dieux recevra les hommages,
Plein d'émulation l'Art invoque l'Amour ,
Et prend le pinceau de la Tour.
3
68 MERCURE DE FRANCE.
Pour exciter encor fa verve ,
Il invoque à la fois Apollon & Minerve.
Il fit un chef-d'oeuvre nouveau.
2
LaNature avoua n'avoir rien de plus beau:
L'Art triomphoit déja de ſa noble entrepriſe.
La Nature le mene à la Cour de Bareith ,
Il apperçût Sophie ; oh Dieux ! quelle ſurpriſe ,
Quand il reconnut trait pour trait
L'original de ſon Portrait !
De Bonneval.
J
ÉLOGE
De M. de Fontenelle.
Econnoisun Mortel qui
ne' devroitpoint l'être
Tant il a de rapport avec vos attributs ;
Dieu , c'eſt par vous qu'il ſçait tout ce qu'on peut
connoître.
Son eſprit à l'erreur ne doit point de tributs .
Philoſophe éclairé , naturel & fublime ,
Il expoſa ſi bien l'aimable vérité ,
Que le moins penetrant , avec facilité ,
De la Terre& du Ciel développa l'énigme.
Il ennoblit chés nous les chanſons des bergers ,
Poëte délicat , Rival de Théocrite ,
* La pluralité des Mondes
** Les Eglogues.
OCTOBRE. 1748.69
:
Et PEcho diftingua dans nos rians vergers
Les ſons d'Amarillis de ceux de Margueritte.
Sansbleſſer le reſpect que l'on doit aux Autels, (a)
Des Prêtres des faux Dieux il connut l'artifice ,
Il fit plus , il oſa montrer le préjudice
Qu'en ſouffroit la raiſon des timides mortels,
De ce riche dépôt de tant de connoiſſances (6)
Il arrangea fi bien tous les materiaux ,
Qu'on le prend pour l'Auteur de ces expériences;
Fruit du travail conſtant de plus de cent rivaux.
Il fit parler les morts avec tant de fineſſe (c)
Qu'on croit que Lucien , de jalouſſe épris ,
Voulut , ſans Apollon, qui plaignit ſa foibleſſe,
Erfacer de dépit ſon nom & ſes écrits .
Du fameux l'Hôpital annonçant l'analiſe , (d)
Ce projet étonna Londres , Rome & Paris
Mais deſlors qu'on connut l'Auteur de l'entrepriſe,
Newton & Bernoulli n'en furent point ſurpris.
•
Imaginons un coeur digne de cet eſprit ,
Qu'aucune paffion n'a jamais contredit ,
Noble , compatiſſant , généreux & ſincére ;
C'eſt celui dont leCiel le fit dépoſitaire,
(a) Les Oracles.
(b) Les Mémoires de l'Académie.
(c) Dialogue des Morts.
(d) Les infiniment petits, 4
:
70 MERCURE DE FRANCE.
Dieu , qui pour nous former ce prodige du tems,
Daignâtes l'affranchir des routes ordinaires ,
Achevez le miracle, & prolongez ſes ans
Juſqu'au terme où jadis vivoient nos premiers
Peres.
Il eſt de la raiſon l'ornement & l'appui ;
L'Univers a beſoin d'un ſage tel que lui.
se
Par lemême.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
Royale des Belles-Lettres , Scunces
Aris, deBordeaux.
L
'Académie célebra le 25 Août la fête
Louis. Le Panégyrique du Saint
fut prononcé le matin dans laChapelledu
Collége de Guyenne par M. l'AbbéGouez,
jeuneEccléſiaſtique , qui s'en acquitta avec
beaucoup d'applaudiſſemens. Pendant une
Meſſe baſſe , on chanta le Te Deum , de
Bernier , avec un nombreux corps deMuſique,
& on finit par un Motet,de la compoſition
de M. Sarrau , Secretaire Perpétuel
de l'Académie pour les Belles Lettres
&Arts.
L'après-midi , on s'aſſembla en public.
M.de Secondat , fils de M. le Préſident de
Monteſquieu , préſida à la Séance. It fir an
OCTOBRE. 1748. 71
diſcours ſcavant ſur l'origine & le progrès
des connoiſſances que nous avons du Magnétiſme
& de l'Electricité.
Le Pere Lambert fût un Mémoire fur
l'Amiante & fur l'Albeſte ; il y rapporta
les obſervations qu'il a faites ſur les lieux
où l'on trouve cette Pierre & cette Plante
incombustibles .
Le Pere Bonin , Jésuite , lût enſuite une
Differtation , où il fixe la vraie époque de
l'exil d'Ovide , prouvée par des recherches
&des calculs Aſtronomiques ; cet ouvrage
peut ſervir de modéle pour corriger bien
des erreurs de Chronologie.
Ala fin de la Séance on fit la lecture
d'un Mémoire de M. du Fau , Médecin de
Dax , Correſpondant de l'Académie , far
les Eaux Acidules de Villefranche près
Bayonne. Ce ſçavant Obfervateur avoit
déja donné à l'Académie d'autres Mémoires
très-curieux fur les Eaux Termales de
Dax &de Terfis .
M
(
72 MERCURE DE FRANCE
張洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
LETTRE écrite de Province à un Bénédittin
de l'ordre de Clugny , pour être
communiquée aux Auteurs de la nouvelle
Edition du Gallia Chriſtiana,
Comme
Omme je ne doute pas , Mon Révérend
Pere , que vous n'alliez quelquefois
à Saint Germain des Prés ,j'au
rois une grace à vous demander , qui ſeroit
d'obtenir des ſçavans Religieux , qui y
travaillent à la nouvelle Gaule Chrétienne ,
un petit éclairciſſement touchant les doutes
ſuivans.
On lit dans leur ſecond Tome , en par
lant des Archevêques de Bourges , & en
particulier de Jacques le Roi , décedé en
1572 , que cet Archevêque fut enterré à
Paris dans l'Egliſe de S. Landry , & qu'il
y repoſe. Cependant l'on voit ſon tombeau,
ſur lequel il eſt repréſenté de toute
ſa longueur , dans l'Egliſe de l'Abbaye de
Villeloin , au Diocèle de Tours , de laquelle
il fut Abbé. Son corps auroit-il été
diviſé en deux ? Et s'il n'y a que ſon coeur
àVilleloin , pourquoi auroit-on fait la dépenſed'un
tombeau ſi bien marqué ?
Je fais la même difficulté par rapport à
la ſépulture de Foulques de Chanac , Evêque
OCTOBRE 1745 . 73
que de Paris , que le ſeptiéme Tome du
Gallia Chriftiana , imprimé depuis quatre
ans , marque être mort à Paris le 25 Juillet
1349 , & avoir été enterré à l'Abbaye de
S. Victor , fauxbourg de Paris , proche fon
oncle & fon prédéceſſeur Guillaume de
Chanac. En effet , comment cela peut- il
s'accorder avec le Nécrologe d'une Collégiale
du Berry , qu'une perſonne y a vû en
paſſant ? C'eſt celui de N. D. de Grançay ,
dans lequel il eſt marqué au 31 Juillet :
Reverendus Pater Dominus Fulco de Canaco,
infignis Ecclefia Parifienfis olim Pontifex ,
tranfitum per hoc oppidum faciens , vitâ functus
, apud hano Bafilicamfepelitur ſub tumba
marmorea Pontificali representatione décoratâ.
Pro cujus anniverſario , vigimi ſolidos fuperfurno
poſſidemus , quos debet Capitulum.
La Théologie a, dit-on , ſes incommodités
, mais il faut avouer que l'Hiſtoire a
auſſi les fiennes ; comment un même homme
peut- il avoir été inhumé en deux lieux
differens ? Je ne ſuis pas à portée d'aller
vérifier ce qui eſt marqué ſur la ſépulture
prétendue de Foulques de Chanac à Saint
Victor . Il me paroît que les Réverends Pe .
res de S. Germain ne peuvent guéres fe
diſpenſer de donner au Public dans un ſupplément
ce qui eſt écrit ſur ſa tombe dans
cette Eglife. L'objection que je prends la
D
74 MERCURE DEFRANCE.
Y
liberté de leur faire par votre canal , me
paroît affés forte, pour mériter leur attention.
Je ne ſçais pourquoi ils nedonnent
plus de ſupplément pour les derniers tomesprécédens.
Une perſonne de Clermont
m'a aſſuré que ces fortes de ſupplémens
lui avoient fort ſervi pour ne laiſſer rien à
déſirer touchant la ſépulture de Guy de la
Tour , Evêque de cette Ville , qui ſe trouvoit
auſſi avoir été faite en deux Eglifes
differentes. Preffez-les , je vous prie , de
s'expliquer fur Foulques de Chanac , pour
la fatisfaction d'un ſçavant qui travaille à
l'Histoire du Limoſin & des Illuſtres de
cette Province.
A l'égard de Jacques le Roi , comme fon
article a été rédigé probablement par feu
Dom Denisde Sainte Marthe, ou aumoins
de fon vivant& fous ſes yeux , je ne puis
attendre ni eſpereravectant de fondement,
des continuateurs du Gallia Chriftiana , l'éclairciſſement
à fouhaiter ſur ce qui ſe trouvedès
le commencement du ſecond tome,
Peut-être donnera-t'on une ſolution commune
à mes deux doutes. En tout cas , il
faudra ſe contenter du vrai-ſemblable , fi
l'on ne peut pas atteindre au vrai.
Je fuis ,&c .
A S. Martin de la Montagne , ce premier
Août 1748 .
OCTOBRE. 1748. 75
ODE
Sur les routes de l'immortalité.
QVelle eft , ô Dieux , cette fumée ,
Dont ſe repaiflent les mortels ?
Ce foible éclair de Renommée
Aura- t'il toujours des Autels ?
Quel est ce faſte de mémoire ,
Le Temple brillant de la Gloire ,
Séjour de l'immortalité ?
Un vain phantôme , une chimere,
Que pour voiler notre miſere ,
Enfanta notre vanité.
Pour arriver à cet azile ,
Quels font ces bizarres chemins ?
Avides d'un néant ſtérile ,
J'y vois s'égarer les humains.
Eſclave né de qui le loue ,
L'homme que toujours l'homme joue,
De ſon orgueil ſuit les accès.
Au ſein du blâme qu'il évite ,
Tout l'entraîne , le précipite ,
Et ſes chûtes & ſes ſuccès .
Dij
76 MERCURE DEFRANCE
De l'eſprit fort erreur priſée ,
Ton éclat doit- il m'éblouir ?
Du coeur lâcheté déguisée ,
D'un nom fameux crois-tu jouir ?
Surpris , frappé de ta baſſeſſe ,
Mon oeil découvre ta foibleſſe
Sous le maſque de la fierté.
Le déſeſpoir fait ton audace
Et tu pâlis de la menace ,
Quand tu promets l'impunité."
Mais que vois-je ? Rien ne t'arrête
En tous lieux coule ton venin ;
Levant une ſuperbe tête ,
L'impiété naît de ton ſein.
Non moins aveugle que farouche ,
Le blaſphême ſort de ta bouche.
Quel est le but de tes efforts ?
Vil eſclave de la licence ,
Crois-tu donc fuir la dépendance ,
Etouffant le cri du remordse
1
Une Euménide plus cruelle
Vient encor frapper mes regards ;
La Diſcorde marche avec elle ;
Aſes côtés font les Hazards ,
OCTOBRE. 1748 . 77
Aſſiſe ſur des debris d'armes ,
Elle s'abreuve de nos larmes ;
Arrêtez , féroces guerriers ;
Sortez d'une aveugle manie ;
Ne prodiguez pas votre vie
Pour d'imaginaires lauriers.
Moins braves que cruels , peut-être
N'êtes- vous grands qu'en vos fureurs
Quoi ! ne vous ferez - vous connoître
Que par d'immortelles horreurs ?
Quel est le démon qui vous prefle
Quelle eft cette ſanglante yvreſſe ?
Quel est le prix de vos hauts faits ?
La haine & l'effroi de la Terre .
Qu'y laiſſez- vous après la guerre ?
Le ſouvenir de vos forfaits.
১
L'intérêt ou la jaloufie
Sont l'ame de tous vos travaux ;
En combattant pour la Patrie ,
Vous ne voyez que vos rivaux.
Dans le péril , dans les allarmes ,
Leurs regards ſoutiennent vos armes ;
Vous cedez , loin d'être vainqueurs .
La crainte vous rend intrépides ;
T
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Héros , que vous êtes timides ,
S'il faut mourir ſans ſpectateurs!
Le Philoſophe au front ſévere
Du ſort brave la dureté ,
Et peu touché de ſa miſere ,
Ne voit que la poſtérité.
'Affranchi de la loi commune ,
Des caprices de la fortune
Il ſe venge par ſes dédains.
Fierté fauſſe ; vaine rudeſſe.
Il eſt encor moins de foibleſſe
Dans ma douleur qu'en ſes chagrins.
Fier d'une fortune rapide,
L'homme encor à peine ennobli ,
Fidéle à l'orgueil qui le guide ,
Cherche à triompher de l'oubli.
Samain prodigue les largeſles ;
De ſon faſte , de ſes richeſles
,
De fes bienfaits quel eſt le prix
A fon obſcurité premiere ,
Qu'ajoûte l'opulence altiere ?
Quelques flateurs &des mépris.
OCTOBRE. 1748. 79
Cherchons une gloire durable ;
Domptons les âges & le fort ;
Mortel , ſans devenir coupable ,
Ofe être vainqueur de la mort.
La vertu généreuſe , utile ,
Contre l'oubli t'offre un aſile;
Qu'elle préſide à tes projets .
L'unique ſentier de la gloire
Eſt moins d'étonner dans l'hiſtoire ,
Que de mériter des regrets .
Loinces noms acquis par le crime ,
Ces noms, le prix des grands travers,
Que jamais ne ſuivit l'eſtime ;
Ces noms , horreur de l'Univers.
Caligula , tu vis encore ;
Néron tu vis ; & Rome abhorre
Vos noms fameux par ſes malheurs.
Qui peut ſans frémir les entendre a
Vivons , mais que ſur notre cendre
Nos neveux répaudent des pleurs..
J. Lacoste, fils.
2
ADijon ce 23 Août 1748 .
Dilly
30 MERCURE DE FRANCE.
EPIGRAMME.
P Hilis, qui juſqu'ici ne fut jamais cruelle,
Dédaigne mes foupirs & mépriſe mes feux ;
Philis veut qu'on diſe d'elle ,
Au moins fit- elle un malheureux.
Par le même.
OBSERVATIONS fur les Corbeaux,
en réponse à une Lettre écrite aux Auteurs
du Mercure ,inférée dans le mois de Juillet
dernier.
L
'Auteur d'une Lettre , datée du Mans ,
regarde comme un Phénomene furprenant
, que des Corbeaux nichent ſur
l'Egliſe de S. Julien de la même Ville , &
il demande des raiſons plauſibles de cet
évenement.
Il n'eſt pas difficile de répondre à cette
obſervation , ſi l'on fait attention que de
tems immémorial on a fait cette remarque.
Ariftote , dans ſon Hiſtoire des Animaux ,
ditque les Corbeaux nichent dans les lieux
les plus eſcarpés *.
*Arift. de Hift. Animalium , lib. IX. сяр. 31.
OCTOBRE. 1748. SE
Jonſton , Naturaliſte Allemand , obſerve
après pluſieurs Auteurs , que ces fortes
d'oiſeaux font leur ſéjour dans les Tours
& les hauts Edifices , Turribus & celfis
Adificiis morari compertum *. Qu'il me foit
permis de joindre aux obſervations de ces
grands hommes les miennes propres . J'ai
vû au haut des Clochers de la Cathédrale
de Senlis des Gorbeaux y nicher. ( Ces
Corbeaux font ce que le vulgaire appelle
Corneilles , qui eſt une eſpece plus petite
que le Corbeau proprement dit , lequel ſe
loge rarement dans les bâtimens.) Le haut
des Tours du Château de Vincennes-lès-
Paris eſt garni de nids de ces fortes de
Corbeaux. La Tour d'Iſſfoudun en Berry ,
aufli -bien qu'un Château délabré du Village
de Paudis , à deux lieues de-là , en renferment
beaucoup ,& dans les creux des
Rochers qui environnent la Ville deBuffy-
Rabutin en Bourgogne , il y a ſouventdes
Corbeaux qui y font leur couvée. Ces mêmes
oifeaux , qui font leurs nids dans des
Bâtimens ou des Rochers , les font quelquefois
fur les plus hauts arbres , ſemblables
en cela àquelques oiſeaux de proye qui
nichent tantôt fur les arbres , tantôt dans
les trous de montagnes, ce qui ſe remarque
en Touraine , où l'on voit differentes ef-
* Jonst. tit . VI. cap. 1. de avibus.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
peces d'Eperviers , qui nichent quelquefois
fur les arbres , faire leurs nids dans le
haut des roches près de l'Abbaye de Marmourier.
De ces autorités & obſervations , qu'il
me feroit aifé de multiplier , il réſulte
qu'on ne doit pas être étonné de voir des
Corbeaux faire leurs nids fur le haut de
l'Eglife de S. Julien du Mars.Ce qu'il faut
remarquer , c'eſt que ces fortes d'animaux,
en nichant fur les arbres ou fur les Edifices
élevés , ne changent point de poſitionrefpectivement
à la ſuperficie de la Terre.Un
cas , qui pourroit embarraffer les Phyſiciens
, feroit , ſi ces fortes d'oiſeaux , qui
nichent dans les lieux élevés , venoient à
dépoſer leurs oeufs ſur la terre ,comme le
Crapeau volant ,mais on n'a pas encore
vû cela ,& vrai-ſemblablement on ne le
verra jamais , les uſages établis entre les
animaux dans chaque efpece étant conftans
&invariables. Les Corbeaux de la Suéde,
dans la même eſpece , nichent dans les endroits
les plus élevés, comme ceux de France
, & la même chofe s'obſerve dans tous
les genres d'oiſeaux ; on peut vérifier ce
que j'avance ici , par la lecture de l'admirable
Traité de M. Linnæus , ſçavant Suédois,
intitulé , Fauna Suecica.
Je finis par cette réflexion. Lapratique
OCTOBRE. 1748. 83'
م
conſtante des oiſeaux à faire leur nid cha
cundans leur eſpece , toujours àla même
élevation relativement à l'horiſon , ne
pourroit- elle pas paffer pour un argument
péremptoire en faveur des deffenſeurs du
Dogme des Automates ?
AParis ce 25 Août 1748 .
龍洗洗洗洗泥
A Mlle Cleron , fur deux rôles de Vénus
l'un qu'elle a chanté dans l'Opéra d'Héfione
en 1743 ,& l'autre qu'elle a joué l'année
derniere dans la Comédie des Graces,
S
Ouffrez, belle Cleron , que votre Tributai
Vous apprenne à quel titre il reconnoit vos loix .
Vénus , ayant entendu votre voix
En fut jalouſe, & voulut , pour nous plaise,
Qu'au milien des jeux & des ris ,
Sous l'aimable nom de Cypris ,
Vous parûſſiez en Reine de Cythere.
L'imprudente ne voyoit pas
Qu'en voulant ajoûter à ſes divins appas
De vos fons la grace légere ,
Elle riſquoit aſſurément
De perdre pour jamais fon cortége brillans.
Auſi depuis cette journée ,
Dvj
$4 MERCURE FRANCE.
Les Graces , les Amours , les charmes ſéducteurs
Qui de nos fens ſe rendent les vainqueurs ,
Etquipour vous l'avoient abandonnée ,
Avous quitter ne purent confentir.
De tous les Dieux elle devint la fable ;
Mais d'un état ſi déplorable ,
Elle eſſaya n'a guére de fortir.
1
A* des maux , dont la Scéne eſt encore frappée,
Ma rivale , dit-elle , eſt à peine échappée
Je veux qu'elle paroiſſe une ſeconde fois.
Ma Cour ingrate & fugitive ,
La voyant moins fraîche & moins vive,
Connoîtra fon erreur, rentrera fous mes loix ,
Etmon fils pénetré de douleur & de honte ,
Dans Paphos , Cythere , Amathonte ,
Viendra relever mes Autels.
Foible projet qui devint inutile !
CeDieu , pour échapper aux regards maternels ,
Dans mon coeur ſe fit un azile .
* Il n'y avoit pas long- tems que laſanté deMile
Cleron étoit rétablie, quand elle ajouéce dernier rôle.
OCTOBRE. 1748. 85
EPITRE
De Madame des Forges Maillard ,
àM. Titon du Tillet .
T
Iton, charmant ami , tel qu'on ſeroit en peine
(Pour en trouver juſqu'au nombre de trois ,
Les cherchât-on de Rome au pays des Chinois-; )
Titen , qui des bords de la Seine ,
Voulez bien m'envoyer une ſeconde fois
Quelques gentils paquets de laine,
Je devrois bien rougir en vérité ,
De ma double importunité.
Mais comme on m'a donné pour nouvelle certaine,
Que vous aviez ſouvent commerce avec les Dieux,.
( Et je l'avois penſé des talens précieux ,
Dont votre belle ame eſt parée , )
De- là j'ai crù qu'Iris , que l'on voit dans les Cieux
Al'abri de fon arc , richement colorée ,
Pour vous faire un plaiſir que je recueille tout ,
D'un certain air galant vous éfiloit un bout
De ſon écharpe bigarée .
Si mon idée eſt juſte , affûrez- la , Titon ,
Qu'en revanche un bean Papillon ,
Dont l'aîle portera ſadiverſe livrée ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Lui ſera ſous un mirthe , où renaît le bouton .
Dans la tunique demi cloſe ,
Immolédemama'n ſur unAutelde roſe ,
Prémices de cette faiſon..
Pour vous , dont mes vers ni ma profe
Nepeuvent exprimer la noble affection ;
: Au lieu d'une libation
Vous recevrez , ami , la pure effuſion
Desſentimens d'un coeur fincere entr'autres chofes,
Et mon mari ſera ma caution .
:
REPONSE de la même Dame, au Compliment
deM. de la Soriniere , imprimé
dansleſecondvolume du Mercure de Juin,
page 110.
J E devrois vous répondre en ſtyle d'Apollon,
Avous qui poffedez tous les dons du Parnaſſe ,
Mais je me tais avec raiſon.
Vous écrivez mieux que Phaon ,
Et je n'ai de Sapho ni l'eſprit ni la grace ,
Si ce n'eſt dans vos vers dignes d'Anacreon.
OCTOBRE. 1748. 87
LETTRE de M. de Montcarville , Lecteur
& Profeffeur Royal en Mathématique,
àM. Remond de Sainte Albine.
L
MONSIEUR ,
3
'Anteur de l'Eſſai ſur la Marine des
Anciens vient de faire paroître un
Ecrit ſatyrique , qui attaque la perſonne
&la réputation d'un des Membres les plus
illuftres de l'Académie Françoiſe & de l'Académie
des Sciences. Dans ce Libelle ,
qui attire l'indignation de tous les honnêtes
gens , M. de Mairan eſt déſigné comme
l'Auteur d'un Extrait inféré dans le Journal
des Sçavans au mois d'Août dernier.
Il s'agiffoit dans cet Extrait de rendre
compte de l'ouvrage que je viens de citer ,
on a eu le malheur de déplaire à M. Deflandes
, qui en eſt l'Auteur , parce qu'on
ne l'a pas aſſés loué , & qu'on a relevé plufieurs
fautes groffieres de Géometrie. Jugez
, Monfieur , quelle douleur doit reffentir
un homme qui veut à toute force
paffer pour Géométre , Mechanicien &
Phyſicien.
La colere de M. Deſlandes m'auroit pen
inquiéré ,& j'aurois laiſſé le Public , excellent
juge du vrai mérite , décider de la ca
88 MERCURE DEFRANCE.
pacité de M. Deflandes en Mathématique,
mais j'avoue que j'ai vû avec grande peine
que M. de Mairan ſoit accusé d'être l'Auteur
d'un Extrait auquel il n'a eu aucune
part. Il eſt dans l'ordre que M. Deflandes
publie & écrive que cetExtrait eſt mal fait,
mal écrit , mal digeré , rempli de fautes ,
&c. je ne puis vous en dire trop de mal ,
puiſque c'est moi qui l'ai fait , & je n'ai
garde de louer mes ouvrages , ſuivant la
bonne coûtume de M. Deflandes ; oui ,
Monfieur , c'eſt moi qui ſuis l'Auteur d'une
piéce fi foible , ſi médiocre. Je n'en rougis
point ; tout ce que je puis me reprocher
fur cet Extrait , c'eſt d'y avoir paffé ſous filence
pluſieurs autres erreurs fur la Méchanique
& l'Hydroſtatique , & dont j'aurois
dû avertir le Public.
Je ne puis , Monfieur , réparer en entier
l'offenſe qu'on vientde faire à un de mes
intimes amis ( M. de Mairan ;) je ne puis
empêcher qu'on ne l'ait traité indignement;
jamais Ecrivain en fureur & le mieux convaincu
de ſes erreurs & de ſes torts , ne ſe
lâcha d'une maniere plus indécente contre
un homme ſi reſpectable. Comment accorder
de pareils excès avec l'eſtime & le
reſpect que M. Deſlandes avoit il y a
quelques mois pour M. de Mairan , &
dontil a donné des témoignages authen-A
OCTOBRE. 1748. 89
tiques . * Vous me direz , Monfieur , que
ce problême eſt difficile à réſoudre : auffi
je laiſſe à M. Deflandes à en donner la folution
. Quant à moi , il me ſuffit d'avoir
déſabuſé le Public ſur cette étrange mépriſe;
je prends ſur mon compte tout le mal
que M. Deſlandes a dit de mon Extrait ; je
fuis ſeulement très-mortifié de ne pouvoir
réparer qu'en partie l'injure que l'on a fai
te à un Sçavant du premier ordre , & qui
n'a jamais parlé des autres qu'avec toute la
politeffe poffible.
Je
:
vousprie cependant , Monfieur ,d'être
perfuadé que les fautes quej'ai repriſes
font très - réelles , quoiqu'en dife notreAu
teur dans ſa Brochure ; j'aurai quelque jour
occafion de le faire voir. En attendant ,
j'ai l'honneurde vous renvoyer à mon Extrait&
à l'ouvrage même ; perſonne n'en
peut mieux juger que vous , & je m'en rapporterai
avec plaifir à quelqu'un qui a autant
de connoiſſance dans les Beaux-Arts ,
que de goût pour bien écrire. Je fuis , &c.
Montcarville.
AParis ce 25 Septembre 1748 .
*Voyez lesMémoires pour les Sciences & les Beaux-
Arts , de l'année 1748 , mois de Juillet , page 1361
90 MERCURE DEFRANCE.
STANCES.
A. M. L. B. pour l'engager à quitter la cam.
pagne ,& à venir paſſer le reste de
l'Automne en Ville.
T
Out languitdans notre contrée ,
Flore aperdu ſon cher Amant ;
Déja l'impétueux Borée
Fait fentir ſon ſouffle bruyant.
Lesjeux ont quitté nos prairies ,
Les plaiſirs ont fui nos côteaux ,
Etdéja les Nymphes tranfies
Yont ſe cacher au fond des eaux.
LeVendangeur ſous ſa chaumiere,
Près du foyer de ſes ayeux ,
Du Dieu , que couronne le liere ,
Boit le nectar délicieux.
Pour quitter ce lieu ſolitaire ,
Cesdeferts , ces triftes climats ;
N'attends point que le Sagittaire
Ait ramené les noirs frimats,
OCTOBRE. 1748 .
Laiffe , ſans toi , regner Pomone ;
Pour cueillir ſes tardifs préſens ,
Ala rigueur des froids d'automne
N'expoſe point tes jeunes ans.
On ne voit que trop- tôt les ombres
Trembler à l'aſpect de Minos ,
Et la mort ſous ſes voiles ſombres
Enſévelir notre repos.
Des jours, que leCiel te réſerve ,
Sçais ménager les doux inftans ,
Et dans le ſalon de Minerve *
Viens préſider ànos talens
Viens , par ton aimable préſence ;
De tes amis combler les voeux ;
Fais leur oublier ton abſence ;
Hate- toi , viens les rendre heureux.
Dans notre ſéjour agréable ,
Où regne un éternel plaiſir ,
'Avec un foin inimitable
Nous varierons notre loiſir.
* Piéce nouvellement ajoutée au bâtiment de
M. le C. D. D. à qui l'on a donnéle nom de Salon de
Minerve.
2 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt de la douce harmonie
Subiſſant les aimables loix ,
Au goût brillant de l'Auſonie
Nous unirons l'art des François.
Tantôt l'agile Térpſicore ,
Ranimant nos tendres chanſons ,
Viendra nous redonner encore
De ſon art les vives leçons.
Aminte d'un guerrier farouche
Nous peindra les amours vainqueurs ;
Les graces conduiront la touche ,
Venus mêlera ſes couleurs .
Pour moi , fuyant le vain délire
Des fougueux Chantres d'Apollon ,
Yous me verrez chanter & rire
Avec le tendre Anacreon.
Vous me verrez convive aimable ,
Etendu ſur un lit de fleurs.,
D'une felicité durable
Avec vous goûter les douceurs.
* Tableau déja commencé par M. D. P. représen
santHercule aux pieds d'Omphale .
OCTOBRE . 1748.99
Parquelque tendre chanſonnette
Egayer vos plaiſirs , vos jeux :
Au fon de ma foible muſette
Vanter vos tranſports amoureux,
Dans ces voluptueuſes fêtes ,
Loin des bruyans fracas de Cour ,
De myrtes nous ceindrons nos têtes ;
Nous louerons Bacchus & l'Amour.
Parmi les Muſes &lesGraces ,
Au ſein des vrais amuſemens ,
Nous trouverons , malgré les glaces;
Des plaiſirs , des jours de printems,
蒸洗洗洗
Robillard , d'Orleans.
洗:洗洗洗洗洗洗
D'UNE part , fécurité dangereuse , ou de
l'autre , allarmes malfondées.
Andis qu'un des plus ſçavans & des
Montpel- Tplus illuftres Médecins d
lier s'éleve avec force contre l'uſage d'inhumer
dans les Eglifes ; tandis que les
Etats de Languedoc prennent les précautions
les plus efficaces pour faire enfin cefſer
chés eux cet abus meurtrier, on peut rapporter
un fait qui doit raffûrer Meſſieurs
94 MERCURE DE FRANCE..
du Languedoc contre l'allarme générale
qui a ſuivi leDiſcours du célébreAcadé
micien , ou répandre dans la Ville de
Troyes une terreur générale, ſi les craintes
deMeſſieurs du Languedoc ſont bien fondées.
Dans le centre de la Ville de Troyes ,
au milieu du quartier le plus peuplé , eſt
une Eglife Paroiſſiale , plus grande que
celle de Saint Gervais à Paris ; cette Egliſe
reſſferrée de toutes parts par desmaiſons
n'a point de Cimétiere. Les Paroiſſiens les
plus zélés voyoientdepuis long-tems avec
douleur leur Eglife , comme un champ
que les enterremens fréquens mettoient
continuellement en labour. Pour fupprimer
un ſpectacle contraire à la propreté ,
voici lepartique l'on apris, ſans s'embarraffer
s'il feroit du goûtde l'Académie de
Montpellier. On a fait une grande cave
voûtée, ou catacombe , qui regne ſous toute
l'étendue de l'Egliſe , & qui eſt deſtinée,
commeune voirie générale, à recevoir
pêle-mêle tous les morts de la Paroiſſe la
plus étendue de cette Ville. Au milieu
de l'opération , la ruine , qui menaçoit
pluſieurs des principaux pilliers de l'Egliſe,
auroit pû faire abandonner ce projet
,mais les pilliers ont été foutenus , la
cave a été achevée , & ceux qui avoient
OCTOBRE. 1748.
imaginé ce projet out eû la fatisfaction de
rendre une Eglife , où l'on enterre tous
les jours , auſſi propre qu'une Egliſe où
l'on n'enterre jamais .
On ne nous confulta point fur cette entrepriſe
; quelques perfonnes crurent que
nousdevionsdonner notre avis ſans en être
priés; elles nous accuſerent même de regar
der cette cave , de l'oeil dont on nous accuſe
fauſſement de voir les nouveaux
fruits. Quoiqu'il en ſoit ,depuis trois ou
quatre ans , on jette preſque tous les jours
des cadavres dans cette cave. L'odeur infecte
qu'elle répandit dès les commence
mens dans l'Eglife , lorſqu'on l'ouvroit ,
fit penſer à lui donner de l'air par des
tuyaux ou eſpéces de cheminées , qui ont
leur iſſuë hors de l'Eglife. Cet expédient
n'a point diminué l'odeur qu'elle exhale ,
mais quand le vent où le ſoleil rabat la
fumée des cheminées , les exhalaiſons de
la cave prennent le même cours , & fe
répandent dans la Ville auſſi loin qu'il
plaît au vent de les porter. Dans les prin
cipes de l'Académicien de Montpellier , il
ſemble que l'on pourroit en partie faire
honneur à cette cave , des maladies qui
depuisdeux ans ont enlevé dans cette Vil
le preſque autant de monde qu'il en eft
1
96 MERCURE DE FRANCE.
mort dans les dix années antérieures. Si
ſuivant lesmêmes principes , nous portons
nos vûës ſur l'avenir , quel ravage en doiton
attendre , lorſqu'elle ſera entierement
remplie ? Comment la vuider ? Comment
approcher d'un lieu fur lequel les oiſeaux
même en volant ne paſſeront pas impuné
ment ?
•Je reviens donc à mon premier raiſonnement.
Si avec une telle cave au centre
de notre Ville , nous pouvons être fans
allarmes & fans crainte , rien de plus frivole
, rien de plus déraisonnable que les
craintes de Montpellier ,mais ſi les allarmes
de M. du Languedoc font bien fondées....
Il nemeconviendroit pas d'ajoûter aux
preuves du ſçavant Académicien deMontpellier.
Cependant, pour ſervir d'avis à
mes compatriotes , quine font pas à portée
de lire ſa Differtation , voici ce que dit fur
cette matiere notre Boerhaave François :
après avoir parlé dans ſon Traité deMorborum
caufis l. 1. cap. 4. du ravage que
l'air fait dans les corps en certaines ſaiſons
&ſous certains climats , il ajoute : Vitiata
aëris ſubſtantia gignendorum Morborum
multo-majorem vim obtinet..... cadaverum
putrefcentium expiratione gravi inquinatur ,
polluitur
OCTOBRE. 1748. 97
polluitur , labefactatur , ut peſtilentia ſeminibus
, vel coelitus immiſſis , vel inſe genitis.
r
Monuiſſe ſat eſt..
Chappu , Medic.
EGLOGUE.
A M. M. S. qui avoit récité à l'Auteur la
neuvième Eglogue de M. de Fontenelle.
T
Uvoulois l'autre jour , pour m'éprouver ſans
doute
Me faire de l'Amour appréhender les feux :
Tu te trompois : un coeur qui n'eſt pas amoureux
Ignore des plaifirs la véritable route.
Non , Iſmene , l'Amour n'eſt pas trop dangereux .
Quel plaifir plus parfait de pouvoir fans contrainte
Dans les prés , dans les bois , aux accens des oi
ſeaux
Mêler ſes doux ſoupirs , & répérer ſa plainte ,
Ou chanter ſes amours au rivage des eaux !
Tout trace de l'Amour les agréables charmes :
Sur l'écorce des bois galamment compaffés ,
Les chiffres des amans , l'un dans l'autre lafſés ;
Excitent des paſſans les amoureuſes larmes ,
Et l'on entend des monts les échos langoureux
Redire que l'Amour n'est pas trop dangereux,
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Alcidor, languiſſant aux genoux de ſa belle ,
N'oſoit lui aére ber une foible faveur ,
Quand Amynte lui dit , je ne ſuis pas cruelle.
Hélas ! Crains- tu , Berger , de m'engager ton
coeur ?
Va , je vois à travers ton filence amoureux ,
Que l'Amour pour ton coeur n'eſt pas trop dange
reux.
Les leçons en Amour ont beaucoup de puiſſance.
Le Berger s'en voulut de ſa timidité ,
Maisbientôt ſon amour, qui rompit le ſilence ,
Fit le premier eflai de ſa docilité.
11 devient plus hardi ;
dans un tranſport charmane
11 embraffe le ſein de ſa jeune bergere ,
Et lui jure qu'il eſt ſon plus fidéle amant.
Il alloit le prouver , lorſque toute en colére
Amynte repouſſa ſon air audacieux.
Eh quoi ! dit le Berger devenu témériare ,
L'Amour , m'avez vous dit, n'eſt pas trop dange
reux,
Il avoit bien raiſon. Pourquoi dans lebel âge ,
Quand on peut s'accorder des innocens plaiſirs ,
Redoute- t'on fi fort de l'Amour l'eſclavage ,
Et le refuſe- t'on aux amoureux ſoupirs ?
Oäi , tout eſt raviſſant dans les loix de Cythere ,
Et malgré qu'on y perd la fade liberté ,
OCTOBRE. 1748 وو .
On s'aime , & la vertu, qui devient moins auſtére,
Trouve dans ſes liens une félicité ,
Qui fait ſentir aux coeurs , même aux plus dédaigneux
,
Iſméne , que l'Amour n'eſt pas trop dangereux,
Quel ſeroit ce danger ? Est-il faux , véritable ?
Ah ! ſi je n'en rapporte à mes penchans ſecrets ,
Si j'écoute l'ardeur qu'inſpirent tes attraits ;
Non, je ne trouve rien dans l'Amour que d'aimable.
Près de toi qu'il eſt doux ! On chérit ſa foibleſſe;
Et la vivacité , qui perce tes beaux yeux ,
Dans le coeur d'un amant fait redire fans ceſſe ,
Iſméne , que l'Amour n'eſt pas trop dangereux.
A LA MESME.
Pour un jour qu'elle avoit quêté.
SI nou I nous euſſions vêcu dans les tems déplorables ;
Où les homines trompés adoroient leurs ſemblables
,
Moi- même le premier , vous dreſſant des Autels ,
Je vous euſſe invoqué par des voeux ſolemnels.
D'une Déeſſe en vous j'ai vu la vrate image.
Non , ſans doute , Utanie au printems de fon âge ,
N'étala dans Paphos les charmes précieux,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
Que la nature en vous preſentoit à nos yeux ,
Loiſque des indigens vous quêtiez la ſubſtance.
Qu'on ſe plaiſoit à voir votre douce éloquence !
Un geſte , qui parloit , attendriſſoit les coeurs :
Et l'éclat de vos yeux , par leurs charmes vain,
queurs ,
Bien mieux que le deſir d'aſſiſter l'indigence ,
Vous donnoit près de nous une ſure audience.
Par M. A. M. D. C.
De Châlons -fur-Marne ,le 31 Août 1748.
LETTRE de M***. à M. Nicole , de
l'Académie des Sciences. Du 18 Septembre
1748 .
Os conſeils , Monfieur , & ceux de
Vmes amis , viennent de déterminer
mon amour-propre , à faire part au public
de mes idées ſur le choix d'un endroit
pour placer la ſtatue du Roi , mais le même
motifm'engage à vous prier de ne me point
nommer,
De quatorze emplacemens que j'ai examinés
,je n'ai trouvé de convenables à la
dignité de l'objet à remplir , que ceux qui
aboutiſſent à la Riviere , parmi leſquels
j'ai crû que le préferable étoit de former
i
OCTOBRE. 1748. 101-
ane Place en eſpéce de demi cercle ou entonnoir
, aboutiſſante pour la face fur le
Quai de Gefvres , dans toute l'étendue
d'environ ſoixante & douze toiſes qui ſe
trouvent entre le Pont Notre-Dame & le
Pont au Change ; par dertiere proche l'Egliſe
S. Jacques ; d'un côté à la ruë des
Arcis , & de l'autre à la ruë de la vieille
Joüaillerie , proche le Grand- Châtelet .
Je ne vous parle point de la compofition
, ni de l'Architecture de cette Place ,
far laquelle on ne doit attendre que du
beau de Meſſieurs des Bâtimens & de l'Académie
d'Architecture , ſur un objet fi
digne de leur émulation. Le mien eſt de
ſçavoir fi cet emplacement ſera approuvé
du Public , &des Supérieurs chargés de la
déciſion. Ainfi je ne ferai que quelques
obſervations ſur l'ornement, lacommodité,
&les points de vûë de cette Place , dont ,
felon moi , le principal& le plus décent ,
feroit un Hôtel- de-Ville , ſur lequel j'entrerai
dans un plus grand détail.
On peut donner à cette Place environ
foixante toiſes d'ouverture du côté de la
Riviere , fur environ quarante-cinq ou
cinquante de profondeur; le fond feroit
plus étroit , & terminé par un Arc- de-
Triomphe , qui déboucheroit du côté de
l'Eglise Saint Jacques de la Boucherie. On
(
E iij
102 MERCURE DE FRANCE:
pourroit même ouvrir une ruë depuis cet
Arc-de-Triomphe juſques ſur la ruë des
Lombards , dans la partie aboutiſſante proche
la rue des Cing Diamans.
J'avois d'abord deſtiné le côté de cette
Place , qui fait face auPont auChange ,
àconſtruire un Hôtel pour le Gouverneur
de Paris , & l'autre pour les Bâtimens du
Roi , mais on préferera peut- être d'autres
édifices , ou même d'entourer cette Place
de boutiques , pour caractériſer par un
monument célébre l'amour du Roi pour
fon peuple.
Quant à l'Hôtel -de-Ville , je crois que
pour en conſtruire un bien placé , il faut
prendre tout le terrain qui eſt entre la
Riviere & la ruë de la vieille Draperie ,
aboutiſſant par les deux bouts au Pont
Notre-Dame & au Pont au Change
conftruire d'un Pont à l'autre un Quai parallele
à celui de Geſvres , & fur la même
parallele la face de l'Hôtel-de- Ville d'environ
foixante-douze toiſes de longueur fur
quarante-ſept de profondeur , y compris
les cours & le paſſage du Quai. Tour cet
emplacement contient environ trois mille
toiſes de ſuperficie à acheter , ainſi que
celui ci-deſſus propoſé pour la Place du
Roi.
Je me propoſe de préſenter des plans
OCTOBRE. 1748. 103
de diſtribution & de conſtruction pour
cet Hôtel-de-Ville , mais je me réſerve de
ne le faire qu'après avoir vérifié ſi les
emplacemens que j'indique feront approuvés
ou s'il n'y a point de détermination
priſe pour d'autres.
J'ai pour la maſſe des bâtimens deux
projets differens , dont l'un coûteroit bien
moins que l'autre , parce qu'il logeroit
beaucoup moins de monde , que je crois
convenable de raſſembler dans l'Hôtel-de-
Ville , & furtout le Prévôt des Marchands
& ſes Bureaux , mais dans l'un & l'autre
je deſtine la face ſur la Riviere pour les
Fêtes د
avec un ſalon accompagné de ce
qui convient pour la commodité & la ftreté
du Roi , quand iljugera à propos d'y
venir.
Il ſe trouve des ſalles ſéparées pour les
differens uſages , & furtout pour les
Payeurs des Rentes ,qui ne ſe trouveront
plus dérangés , ou plutôt le public , par la
ſuſpenſion de payement qu'occafionnent
les échaffaudages & préparatifs pour les
réjoüiſſances que donne la Ville.
Il y aura des débouchés fur quatre ruës&
preſque tout fera voûté , ce qui rendra cet
édifice d'une conſtruction plus coûteuſe ,
mais plus durable , & hors des risques des
bâtimens ordinaires.
Eiiij
104MERCURE DE FRANCE:
En face de la porte de derriere , du côté
de la ruëde la vieille Draperie , il conviendra
d'ouvrir une ruë neuve aboutiſſante fur
leMarché- Neuf, & par un tour d'équiere,
àla ruë qui conduit à Notre- Dame.
On pourroit par la ſuite former de la
Place du Roi , du canal de la Riviere , &
de l'Hôtel-de- Ville , un enſemble , dont
la magnificence feroit l'admiration des
Etrangers. Ce feroit enſupprimant toutes
les maiſons qui font ſur le Pont Notre-Dame
&le Pont au-Change;& en conſtruiſant
àla place des trotoirs une Colonade aboutiffante
d'un bout à la Place du Roi , & de
l'autre à l'Hôtel-de-Ville. Les projets cideſſus
ſont ſuſceptibles de réduction de
moitié de dépenſe , ſans ceſſer d'être trèsbéaux.
Je crois remplir pluſieurs objets.
Je place le Roi aumilieu de fon peuple,
& d'une maniere qui répond , ce me femble
, à ſa magnificence &à ſabonté.
De cette Place partiront les Feux d'artifice,
qui ſe verrontde l'Hôtel-de-Ville d'une
façon plus agréable & moins dangereuſe
que par le paſſé.
Desdébouchés partout , qui garantiront
du déſordre ; & la commodité au peuple
de voir les fêtes ſans courir de riſques.
L'Hôtel-de-Ville rentre dans l'ancienne
OCTOBRE. 1748. 105
Cité de Paris , dont on décore par ce
moyen les deux plus vilains quartiers .
Les réunions ou tranſlations de trois pe-
4 tites Eglifes , qui ſe trouvent proche la ruë
de la Pelleterie , cauferont moins de dommage
que tous les autres projets .
Il eſt auſſi à obſerver que pour les deux
beaux atteliers que je propoſe , on peut
faire par la Riviere les approches de tous
les matériaux , & les enlevemens des terres
&gravas, ce qui , par beaucoup de raiſons,
doit encore entrer en conſidération , ainſi
que la commodité complette pour les niveaux
de pente.
Je laiſſe , à ceux qui nous ſuccéderont ,
l'exécutiondu projet de rétablir le Port S.
Landry dans toute l'étenduë depuis le Pont
Notre-Dame, juſques proche le Pont-Rouge
, qui peut-être ſera remplacé par un
pont de pierre , auſſi inutile , à mon avis ,
que le courantde Riviere , qui y aboutit ,
& que je fupprimerois par la jonction des
Quais & des deux Iſles , qui n'en feroient
plus qu'une.
Je fuis ,&c.
Εν
106 MERCURE DEFRANCE.
ODE
CONTRE l'Auteur anonyme de pluſieurs
libelles diffamatoires , affichés pendant la
nuit dans les rues de la Villede de Vienam,
en Dauphiné.
Impitoyables Eumenides * .
Vous , noires filles de la nuit ,
Dontd'ardens flambeaux ſont les guides
Et que l'horreur fans ceſſe ſuit ,
Sortez des goufres du Tartare.
Une main , cent fois plus barbare
Que celle qui conduit vos coups,
Répand l'effroi deſſus la terre,
Et bravant l'effet du tonnerre ,
Devient plus à craindre que vous.
**
Ceffez dans les Royaumes ſombres
De tourmenter les malheureux.
D'un mortel , pire que vos ombres,
Venez punir le crime affreux ;
Il ofe tout ,le téméraire !
* Les furies occupées dans les enfers à tourmente
Wes ariminels.
OCTOBRE. 1748. 107
Rien ne l'arrête en ſa colére,
Et ſans reſpecter aucun lieu ,
On lit les effets de fa rage
Aux portes de l'Aréopage * ,
Et juſques aux Temples de Dieu,
Toute épouſe ſe livre au crime ,
Suivant ſes infâmes éerits ;
Aucune n'eſt digne d'eſtime.
Arthémiſe eſt une Cypris .
Des femmes , dont le caractére
Eſt d'être ſages , mais de plaire
Se proſtituent , ſelon lui ;
Il le dira dans un libelle ,
Tracé d'une main criminelle ,
Qui l'affiché pendant la nuit.
Monftre , d'autant plus homicide,
Qu'il vit inconnu parmi nous ,
Et que l'innocence timide
Se prête peut-être à ſes coups !
Peut- être , en frappant, il conſole ?
Peut- être , en flatant , il immole
Car enfin , n'étant point connu ,
Qui ſçait , fi notre domicile
;
* On a trouvé des affiches fur les portes du Palais
fur celles des Eglifes.
Evj
108 MERCURE DEFRANCE.
Ne lui fert pas ſouvent d'azile ,
Venant d'attaquer la vertu e
Pourquoi fur le front d'un infâme
Ne pas découvrir la noirceur ,
Que le traître au fond de ſon ame
Porte & recéle dans le coeur?
Défaut honteux à la nature ,
De permettre que l'impoſture
Se déguiſe aux yeux des mortels.
La maindu coupable eſt cachée ,
Et l'innocence eft accuſée
Des projets les plus criminels.
Pour qui réſervez-vous la foudre,
Puiffant Maître de l'Univers ?
Que ne réduiſez-vous en poudre
L'Auteur de la proſe & des vers ,
Qui cauſent nos juſtes allarmes ?
Nos femmes , nos filles en larmes ,
Se profternent à vos genoux .
Objets d'une injuſte colére ,
L'une frémit aux yeux d'un pere ,
L'autre tremble à ceux d'un époux .
De tant d'innocentes victimes
OCTOBRE. 1748 . 109
Daignez terminer la douleur ;
Précipitez dans les abîmes
Ce lâche calomniateur.
Puniſſez ſa noire malice
D'un nouveau genre de ſupplice ,
Qu'on n'ait point vû dans les enfers,
Et que ſon nom foit une injure ,
Qui ſerve à la race future ,
Pour défigner les coeurs pervers.
N..... à Vienne en Dauphině.
LETTRE àM. Remond de Sainte Albine,
fur les accidens extraordinaires
d'une groffeffe.
Oici , Monfieur , une obſervation
Virginie
ment dans une de nos Séances Académiques
de Rouen , & dont je crois que le
public a intérêt d'être inſtruit. C'eſt dans
cette confiance que je vous l'adreſſe , la
voie du Mercure étant la plus fûre pour les
Auteurs & les Curieux.
Une Dame de cette Ville , âgée d'environ
trente-trois ans , a eu en differentes
années cinq accouchemens, qui ſe ſont trèsbien
terminés, Depuis cela, elle eſt reftée
IoMERCURE DE FRANCE:
trois ans ſans aucun dérangement , après
leſquels ce qui eſt périodique à ſon ſexe ,
ſe trouva ſupprimé l'eſpace de trois mois ,
mais,une ample évacuation lui fit récouvrer
ſon premier état. Un an après , elle
eſtdevenue enceinte. Sa groſſeſfe lui ayant
paru differente des autres , dès qu'elle fut
parvenuë au terme de quatre mois , elle
me fit appeller le 27 de Juin dernier , &
me déclara que dès la ſixiéme ſemaine elle
avoit fenti les mouvemens de ſon enfant ,
ajoûtant qu'elle avoit le ventre ſi particulierement
élevé , qu'elle ne connoiffoit
rien à fon état. Ce qui l'inquiétoit davantage
, c'eſt qu'elle avoit près de la hanche
droite une tumeur dure & tenduë , qui lui
étoit douloureuſe , ſurtout quand elle y
poſoit la main ,ou qu'elle élevoit le bras
droit. Comme toutes les queſtions qu'elle
me faifoit ſur ſon état étoient embarrafſantes
, je touchai les tumeurs , & je remarquai
qu'elle avoit la partie moyenne
de l'hypogaſtre , élevée , tenduë & dure ,
&à côté , en tirant vers la hanche droite
une autre tumeur du volume d'un gros
oeufde poule des Indes. Ces deux tumeurs
étoient ſéparées par une ligne , large d'environun
demi doigt , & longue d'environ
trois pouces. J'appuyai un peu fur ces
tumeurs , pour ſçavoir laquelle des deux
OCTOBRE. 1748. IfF
étoit la plus douloureuſe. La Dame ne ſe
plaignit , que quand je touchai celle qui
étoitdu côtéde la hanche . Je m'informai ſi
elle n'y ſentoit pas quelques élancemens ,
& fi la couleur de la peau n'étoit point
changée ; elle me dit que non. Après cet
examen , je penſai que le diagnoſtic que
j'avois à établir de cette groſſeſſe , étoit
plus aifé à faire, qu'il ne l'étoit de corriger
les accidens qui l'accompagnoient. Le
danger étoit évident , mais fans faire connoître
à la malade l'état fâcheux où je la
trouvois , je lui propoſai la ſaignée du
bras , ce qui fut exécuté le lendemain. Je
me flatai que cette ſaignée lui pourroit
apporter du foulagement , en relâchant les
vaiſſeaux utérins qui étoient trop engorgés
, mais avant de faire la ſaignée , j'avois
eu la précaution d'expoſer au mari le
danger que couroit la malade , non-feulement
parce que j'avois remarqué que le
fond de la matrice contenoit un enfant ,
mais parce que je ſoupçonnois encore
quelque corps étranger dans la corne
droite de la matrice , & que je concevois
ce corps , ou comme unfætus , ou comme
le placenta de celui qui étoit deſcendu
dans le fond de la matrice , ou enfin comme
un faux germe. Le mari me demanda
ce qu'il convenoit de faire dans une pa
112 MERCURE DEFRANCE.
reille circonstance. Je lui dis que l'expérience
nous apprenoit que les ſaignées du
bras provoquoient ſouvent le détachement
des faux germes,& le relâchement des parties
trop tenduës : que fi nous étions allés
heureux pour que la ſaignée produiſit l'effet
que j'en attendois , il y avoit tout lieu
de ſe flater que la malade ſe rétabliroit en
peude tems.
Le ſuccès répondit à mon pronoſtic ,
car la nuit ſuivante , la malade fut priſe
d'une violente perte de ſang , & mit au
monde un enfant d'environ quatre mois ;
il fat ondoyé , & vêcut plus d'une demiheure.
Je m'y tranſportai ſur le champ ,
mais je fus fort ſurpris de trouver la malade
dans des foibleſſes ſi grandes , & fi
ſouvent répétées , que je craignis pour fa
vie. J'eſſayai cependant d'avoir leplacenta,
mais il ne me fut pas poffible d'introduire
deux doigts dans la matrice , parce que du
côté droit,je la trouvai ſquirreuſe , depuis
ſon fond juſqu'à fon orifice.
Heureuſement pour la malade , j'étois
inftruit de ſon état. Je portai donc la
main ſur ſon ventre , & je remarquai que
lamatrice étoit bien diminuée , mais que
la ſeconde tumeur étoit telle, que je l'avois
trouvée le jour précédent , ce qui
m'obligea de rompre le cordon ombilical ,
i
OCTOBRE. 1748. IF
-
&voici la raiſon qui m'y détermina. Si
(diſois-je en moi- même ) l'arriere faix eſt
dans la corne de la matrice , il eſt impoffible
de l'avoir préſentement ; ſi au contraire
il eſt dans le fond de l'uterus , par
ſon ſéjour il en écartera les parois , & à la
faveur , tant de cet écartement , que de la
ſuppuration qui doit ſe faire de l'arrierefaix
, le corps étranger qui ſe trouve dans
la corne de la matrice , fuppurera aufſi ,
diminuera de volume ,& par la fuite tombera
dans le fond de la matrice : ainſi on
aura lieu de les avoir tous deux .
Quoique toutes ces eſpérances fuſſent
legéres , & qu'il y eût tout à craindre pour
la vie de la malade , je pris toutes les méfures
poſſibles pour conduire l'évenement
au point où je le défirois. J'expoſai mes
craintes&mes vûës au Médecin ordinaire
de la Maiſon , & il penſa comme moi.
Après donc qu'on eût fait prendre à la
malade quelques cordiaux proportionnés
à fon état de foibleſſe ,& qu'on lui eût
appliqué des cataplâmes émolliens & fondans
, continués pendant ſept jours , la
fortie de l'arriere-faix arriva , & deux
jours après , celle d'un faux germe de la
longueur de quatre travers de doigt ſur
environ trois de large , & épais de deux ;
il avoit à chaque extrémité une languette,
#14 MERCURE DEFRANCE .
longue d'environ deux pouces. Par l'exs
men que nous en fimes , nous remarquâ
mes qu'il portoit l'empreinte de la cavité
d'unedes cornes de l'uterus , & que la tumeur
étoit diffipée.
La malade par cet heureux évenement
a recouvré aſſes promptement un état de
ſanté , auffi bon qu'on pouvoit le deſirer ,
malgré le ſquirre dont quelques parties de
la matrice ſont encore attaquées.
Telle eſt , Monfieur , la conduite que
j'ai renuë , & quoique la réſidence de l'arriere-
faix dans la matrice , ſept jours après
la ſortie du færus , doive paroître à bien
des perſonnes d'une dangereuſe conféquence
, la réuffite prouve qu'il eſt de
la prudence d'un Chirurgien de faire
fervir à ſes vûës , juſqu'aux choſes qui paroiffent
répugner à la pratique ordinaire ,
dans les cas fur-tout où il n'a que ſa raiſon
pour le conduire . Je ſuis , &c.
ARouen ce 2 Septembre 1748.
Thibault.
OCTOBRE. 1748. 115
BOUQUET
Pour lejour de Saint Louis , à M.le Chevalier
d'Andigné , Capitaine au Régiment
de Piémont , par M. P.....
Ue peut t'offrir mon coeur , Louis , pour
ton Bouquet
Flore dans ſes jardins , dans ſes plus beaux parterres
,
N'étale rien d'afflés parfait :
Hélas ! que ces fleurs paſſageres
Flatent peu ton ambition !
Je connois ta dévotion >
Taferveur , & ton zéle en ce grand jour de Fêtea
Deton pieux Patron , du plus ſaint de nos Rois
Tu defires porter la Croix ;
Cher ami , je te la ſouhaite.
16MERCURE DEFRANCE:
INSCRIPTION pour le Cadran
Solaire du Jardin d'une penſion.
ΟTia Ruris & Urbis opem locus exhiber iſte
Ludorum &studii dirigit hora vices.
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
du Mercure de Septembre , font la
Quenouille ,le Limaçon , la Lettre A, la
Langue , Louise & Vertumrius. On trouve
dans le premier Logogryphe , en ajoûtant
les lettres défignées par l'Auteur, Lot ,Sole,
Sol, Si, fel, oni,Lois, Voile de Navire, Voile
de Religieuſe , Loup , Louis , Roi de France
, des Louis. Dans le ſecond ,
د
ver, russ
mus , tres nervus , Turnus , veru , nurus
&munus.
:
LOGOGRYPHE .
JE ſuis un enfant du génie ,
De la Nature un noble effort ,
Qui bien ſouvent après ſa mort
Fais revivre celui qui me donne la vie.
4
Sans coeur , du Dieu de l'harmonie
Je ſuis le plus cher instrument,
OCTOBRE . 1748 .
Chés moi , par plus d'un changement ,
Une Cité de Normandie ,
Des plus Normandes qu'il y ait ,
Se trouve avec ce que pas un ne hait.
Item. Un ſaint que l'Egliſe couronne.
Ce qu'au fond du tonneau la liqueur abandonne
Ote ma tête , auſſi-tôt ſous tes yeux
Un fou plus effronté que le Dieudes batailles ,
Va le verre à la main ,& fans quitter fes Dieux ;
Foudroyer des remparts , renverſer des murailles
Et meubler les Palais qu'il bâtit en tous lieux,
D'en dire davantage ,
Ami Lecteur , il ſeroit fuperflu ,
Car je crois qu'à ton âge
Plus d'une fois tu me vois , tu m'as v
TRE.
JEE parois chaque mois pour plaire aux curieux
On me trouve amusant , quelquefois ennuyeux.
Voila , Lecteur , ce que je ſuis au juſte,
Pour découvrir mon nom , ſi tu veux cependant
Un plus grand éclairciſſement ,
Jevais te contenter. Sorti d'un ſang auguſte ,
On me connoît parmi les Dieux ;
J'y tiens un rang même affés glorieux .
Prends mes trois premiers pieds ; je ſuis épouvan
table,
118 MERCURE DE FRANCE.
Pour ma grandeur on ne vit rien de tel;
C'eſt de moi qu'on tire le ſel.
Demes quatre derniers l'effet eſt admirable,
Aux maux les plus grands je mets fin ;
Dansla Villemon nom te déſigne un chemin
Je ſuis un mets qu'on ſert à table ;
Le canal d'un petit ruiſſeau ;
Une craſſe qui vient ſur l'eau ;
Une plante médicinale;
UnBouclier , ou bien une pièce d'argent,
La Muſique , ce beau talent ,
Sansmoi ſeroit imparfaite , inégale.
Je ſuis encore une Planette,
Mais n'allons pas chercher ſi loin.
D'en dire tant qu'eſt il beſoin ?
Ma langue , ſoyez donc difcrette;
Toi , pour me deviner , n'implorepas les Dieux
Car tu me tiens , ou tum'as ſous tes yeux.
J. F. Guichard.
AUTRE.
Suis-je un bien? Suis -jeun male Conſultez l'U
nivers
,
Vous trouverez partout des ſentimens divers,
Je fais ſouvent votre miſere ,
Et ce cas par malheur ,
Hélas! n'eſt que trop ordinaire
OCTOBRE. 1748. rr,
Souvent auſſi je fais votre plus grand bonheur.
Faitons nous encor mieux connoître..
Sept membres font mon tout , qui pris diverſement,
Pourront bientôt peut- être
Me dévoiler entierement.
'offre d'abord un nom & faint & reſpectable;
Ce que dans ce moment vous touchez de la main
Un mets utile & convenable
A Manon , Lifette & Catin ,
Ainſi qu'à bien d'autres femelles
Ce que chacune d'elles
Voudroit avoir , & dès demain,
Un grand & ſçavant perſonnage ,
Connu jadis dans l'Orient.
Un Roi riche , ſcavant & fage;
Un amas d'eau , meurtrier inſtrument ;
Ce que voudroit cacher l'aimable Célimene ,
Servante affés connue ; un rom doux , gracieux ,
Mais dont l'eſpéce eſt rare , & qu'on trouve avee
peine ;
Ce qu'un Rimeur fait de ſon mieux ,
Et cependant qui bien fort l'embarraſſe;
Le principe de certain Art ;
Ce qui de nous eſt la plus noble part ;
Elément , tantôt chaud , & tantôt plein de glace ;
Le contraire du doux ; mal horrible & cruel ;
Un poliflon ; péché mortel ;
120 MERCURE DEFRANCE.
Acertain âge récompenſe,
Dontparfois un Pédant fait libéralité ;
Dans la Turquie Officier reſpecté ;
Ville ancienne en lieu loinde la France;
Inſtrument de ſupplice. Arrêtons, car je croi
Que plus d'un Lecteur jure & peſte contre moi,
P
LOGOGRYPHUS.
Ars hominum ſublimior , aut nemorumdecus.
Aufer
Collum, mox faliens Cerealia curro per arva.
Collum & ventrem junge pedi , datur altera forma,
Et noctis fio tranquillæ argenteus humor.
Denique ſi ventrem poſtremo cum pede jungas ,
Durior enhominis pars ſum , feu gloria vultus.
ALTER.
Embris quinque , dolis inſtructus & arte
M malignâ
Venator fum. Scinde pedes , liquor extat amarus.
Si caput& collum reſeces , tunc inter amicos
Perfæpe ambiguas damnoſaſque excito rixas.
:
J
ENIGME.
E fuis un tyran redoutable
Qui porte avec lui la terreur ,
Mais une ennemie implacable
Per
OCTOBRE. 1748 . IZ1
Peut ſeule arrêter ma fureur.
Quelquefois cependant je mépriſe ſa rage ,
Et , malgré ſes efforts, j'en fais plus de ravage
Mais qui me donne l'être a hélas ſouvent un riend
Prudent Lecteur , penſez -y bien ,
Ce rien , ſi l'on n'y remédie
En unmoment excite ma furie,
Pour lors , qui peut appaiſer mon courroux ?
Jeſuis pourtantd'un uſage bien doux ;
Il eſt des tems où je ſuis néceſſaire ,
Et que je fais l'objet de vos défirs ;
1
Même ſouvent on me préfere
Atous autres plaifirs .
MOLL
AUTRE.
Ou art eſt , dit- on , fort antique,
Et quoiqu'en diſe la critique ,
Je ſuis un des plus beaux de tous ;
Lecteur , je m'en rapporte à vous.
:
A la Ville, à la Cour ,je ſuis toujours d'uſage ;
C'eſt moi qui produis les curieux ouvrages ;
Je ſuis utile en guerre , en amour , en procès.
J'ai ſouvent mis au jour les plus affreux forfaits ;
Vérités , fauſſetés , ſont pour moi même choſe ;
Je fournis aux Cenſeurs des ſujets à leur gloſe .
Je ſuis dans l'Univers ſtablement établi .
Quelque habile & ſçavant que devienne unAuteur;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Fût il beau Proſateur, fut-il maître rimeur ,
Sansmon fecours , hélas ! il reſte dans l'oubli,
Jedonnedes ouanges&je dis des injures ;
J'ai l'art de peindre au vrai , d'imiter la Nature.
Artiſans,Roturiers, Marchands &grands Seigneurs
Prélats, Maltotiers , reffentent mes faveurs ;
Aux petits , comme aux grands ,je ſuis très-nécellaire;
Sans moi je ne crois pas qu'on puiſſe faire affaire ,
C'eſt moi qui dévoilai les Myſteres des Dieux,
Aces traits aisément tu pourras me connoître ,
Je voudrois me cacher pour ne jamais paroître ,
Mais cependant, Lecteur, tu me vois ſous tes yeux.
ParM. de la Grée , lefils.
RECIT DE BASSE.
V Ents déchaînés , Aquilons furieux ,
Vous ravagez toute la terre ;
Foudres bruyans , redoutable tonnerre ,
Vous rempliſfez d' ffroi les plus aimables lieux ;
Tout tremble à votre abord , tout frémit , & mon
ame
Croit tomber pour jamais dans l'éternelle nuit ;
Vous faites , il eſt vrai , grand fracas &grandbruit,
Vous en faites moins que ma femme.
L'air&les parolesfont de M. deLaunay.
3
OCTOBRE. 1748 . 123
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
LEçons de Phyfique expérimentale. Par M. l'Abbé Nollet , de l'Académie
Royale des Sciences , de la Société Royale
de Londres , & Maître de Phyſique de
MONSEIGNEUR LE DAUPHIN. Tome
IV . A Paris , chés les freres Guerin ,
ruë Saint Jacques vis-à- vis les Mathurins ,
à Saint Thomas d'Aquin. 1748. pages
528 , fans y comprendrela Table des Matieres.
Ce quatriéme Tome contient les principales
expériences qu'on peut faire fur
l'eau & le feu , & qui ſervent à faire connoître
la nature & les propriétés de ces
deux élémens . M. l'Abbé Nollet , conſidérant
d'abord l'eau dans l'état de liquidité ,
donne les moyens de la purifier ,& fpécialement
de deſſaler l'eau de la mer; il
compare la péſanteur ſpécifique de l'eau ,
la moins chargée de corps étrangers, à celle
de l'or , du mercure , &c ; il détermine
le degré de dilatation & de chaleur que
l'eau reçoit dans le vuide ; il fait voir que
leau s'échauffe , d'autant plus qu'elle a
moins la liberté de ſe dilater ; qu'elle ne
Fij
124MERCUREDEFRANCE.
1
diffout pas également tous les fels , &
qu'elle diffout plus du même ſel , lorfqu'elle
eft chaude , que lorſqu'elle eſt
froide. Après avoir examiné l'eau comme
liquide , il la ſuppoſe réduite en vapeur ,
& il montre que dans ce ſecond état elle
remplit un volume , quatorze mille fois
plus conſidérable que celui qu'elle occupoit.
Il explique par les effets de l'éolypile
le recul des armes à feu. De-là , il
paſſe à la deſcription des pompes à feu ,
dont on doit la premiere invention àM.
Papin , & dont cet ancien Profeffeur de
PUniverſité de Marbourg publia la conftruction
en 1695. Par les expériences qui
regardent la congélation , M. l'Abbé Nollet
montre qu'elle eſt plus prompte & plus
complette , lorſque l'eau eſt pure ; que
lorſqu'elle renferme quelque ſubſtance
huileuſe , & il prouve que la glace devient
plus froide par le mêlangedes ſels. Il difcute
en même tems quelles font les
vraies cauſes de la congélation de l'eau ;
pourquoi l'eau est moins legere que la glače;
d'où vient à la glace cette force expanfive,
qui lui fait briſer les vaiſſeauxdans lefquels
elle eſt contenuë ; par quels accidens
la congélation des rivieres differe de
celle des eaux dormantes , & quels font
les effets de la gelée ſur les animaux , fur
OCTOBRE. 1748 . 125
les fruits & fur les liqueurs mixtes. Aux
expériences ſur l'eau fuccédent dans ce
volume celles ſur le feu. L'Auteur fait
paſſer ſous les yeux de ſes lecteurs tous les
phénomenes les plus intéreſſans , qui ont
rapport à cette matiere. De ce nombre
font la chaleur excitée par la fomentation
de l'eau avec l'eſprit de vin , l'inflammation
de l'eſprit de terebenthine par un fort
acide nitreux , la compoſition & les effets
du Phosphore de M. Homberg , les prodiges
opérés par la réunion des rayons du
Soleil à l'aide des miroirs plans ou concaves
& des grands verres lenticulaires , la
dilatation du verre & des liqueurs , &
l'allongement du pendule par la chaleur.
M. l'Abbé Nollet dans ſes leçons ſur le
feu ſuit la même méthode que dans celle
fur l'eau. Chés lui , le raiſonnement accompagne
toujours l'expérience. Cet
Académicien ne le contente pas d'étonner
l'imagination ; il tâche , autant qu'il lui eſt
poſſible , d'éclairer le jugement des perfonnes
qui ne ſont pas encore initiées dans les
myſtères de la Phyſique. Toutes celles qui
ont beſoinde s'inſtruire , liront ce volume
avec la même ſatisfaction qu'elles ont
éprouvée dans la lecturé des précédens.
- RECUEIL de pluſieurs Piéces d'Eloquence
& de Poësie , préſentées àl'Acadé-
Fiij
126 MERCUREDEFRANCE.
mie des Jeux Floraux en l'année 1748
avec les Diſcours prononcés dans les afſembléespubliques
de l'Académie. AToulouse
, chés Claude-Gillesle Camus , & à
Paris , chés Delaguette , ruë S Jacques .
Le Diſcours , qui a remporté cette année
le prix d'Eloquence au jugement de
l'Académie des Jeux Floraux , & dont le
fujet eft les Avantages du Travail , eſt un
des plus beaux qui ayent jamais été préſentés
à cette Académie Il eſt de M. l'Abbé
Forest, de Toulouſe , Bachelier en Théologie
, réſidant à Paris dans la Maiſon des
Prêtres de Saint Benoît.
Parmi les Auteurs qui ſe ſont propoſés
de nous engager au travail , les uns nous
l'ont repréſenté comme un arrêt qu'il falloit
fubir , & les autres comme un devoir
de ſociété dont nous ne pouvions nous
difpenfer. Les uns & lesautres n'ont fait
au travail qu'un petit nombre de partiſans.
M. l'Abbé Forest remarque judicieufement
que les hommes ne ſe rendent qu'à regret
à ces invitations rigoureuſes , Il le faut ,
on le doit. Qu'on impoſe , dit- il , aux vrais
Chrétiens le travail comme un joug ; ils
le porteront. Que les vrais Philofophes
l'enviſagent comme un moyen d'être utiles
à leurs ſemblables ; c'en eſt affés pour
eux , ils l'aimeront. Mais préfentons au
OCTOBRE. 1748. 127
commun des hommes , & les travauxdu
corps ,&ceux de l'eſprit , comme la fourcedemille
avantages perſonnels , c'eſt parlà
ſeulement qu'on peut les leur rendre
aimables.
Dans la premiere Partie du Diſcours ,
l'Orateur expoſe avec autant de force que
de ſagacité tous les avantages qui réfultent
des travaux du corps. Ilſeroit à ſouhaiter,
pour la confolation & l'encouragement
des pauvres qui ſont condamnés à des fatigues
preſque continuelles , qu'ils pûffent
lire le parallele qu'on fait ici de leur ſanté
mâle & vigoureuſe à la foibleſſe & aux
maladies , qui font les effets ordinaires de
la molleſſe & de l'oiſiveté . Le tableau
qu'à la fuite de ce parallele M. l'Abbé
Forest nous offre de la vie des anciens Romains
, eſt unde ſes morceaux les plus éloquens.
Iln'en eft pas ainſi de vous , s'écrieil,
en adreſſant la parole aux François . Votre
valeur , il eſt vrai , votre zéle pour la
Patrie , votre amour pour la gloire , vous
ſuivent par tout mais vos forces vous
abandonnent ſur des bords étrangers , &
la foibleſſe de votre tempéramment fuccombe
aux périls que brave la grandeur de
votre ame. N'en cherchons la cauſe que
dans votre éducation... Que ne s'applique-
r'on à former en vous des corps ro-
,
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
buſtes , comme on prend foin d'y former
des coeurs magnanimes ? Un préjugé fatal
avilit parmi vous la plupart de ces exerci
ces , qui ont mis Hercule , Caſtor & Pollux
, au rang des Dieux.Ainfi , par un prodige
qui étonne l'univers , les plaiſirs & le
luxe oùvous vivez énervent votre rempéramment
, ſans amollir votre courage , &
vos moeurs font les ſeules barrieres que
vos ennemis puiſſent oppoſer à vos conquêtes.
La ſeconde Partie , deſtinée à montrer
les avantages des travaux de l'efprit,n'eſt ni
moins brillante , ni moins philoſophique
que la premiere. M. l'Abbé Foreſt prouve
d'une façon triomphante , que la probité
n'eſt point ſolide , ſi elle n'eſt réflechie ;
que c'eſt un édifice qu'il faut élever dans
fon coeur fur des fondemens à l'abri des
orages ; que la Religion & la Nature doivent
en fournir les matériaux , mais que
la Raiſon doit en être l'Architecte , & que
ce n'eſt qu'à force d'application & d'étude
qu'elle parvient à perfectionner ſon ouvrage:
Il va plus loin ,& il entreprend
de faire voir que le travail de l'eſprit influe
, non- feulement ſur les moeurs , mais
encore ſouvent ſur la fortune. Il convient
qu'il eſt certains genres d'étude , qui occupent
toute la capacité de l'eſprit , &
OCTOBRE. 1748. 129
qui nous éloignant des affaires , peuvent
nous éloigner de la route des richefles &
des dignités , mais , demande-t'il , quelle
eſt la véritable grandeur , celle des Puiffans
, ou celle des Sages ? Les hommages
qu'on obtient par le mérite , ne font-ils
pas de beaucoup préferables à ceux qui ne
font rendus qu'à l'autorité ? Ici , l'Orateur
employe les traits les plus vifs de l'éloquence
, pour nous peindre la gloire dont
joüiffent ces génies rares , nés pour honorer
leur Patrie par leurs lumieres ou par
leurs talens . Il termine ſon Diſcours , en
félicitant les François de vivre ſous un
Monarque , dont le Trône eſt l'aſile des
Beaux Arts , & qui les couronne de la
même main dont il terraſſe ſes ennemis.
L'Académie a adjugé le Prix de l'Ode
au Pere Arcere , Prêtre de l'Oratoire ,
Aſſocié de l'Académie des Belles-Lettres
de la Rochelle ; celui du Poëme à M. d'Ichy
de Sabatery , Maire de Villefranche
du Lauraguais ; celui de l'Eglogue , au
même , &l'un des Prix réſervés du Poëme ,
à M. de Viguier de Segadennes.
Caroli Noceti , è Societate Jeſu , de Iride
& Aurora Boreali CARMINA , Illust.
ac Reverend . Præſuli Bernardino Giraudio
Dicata. Cùm notis Jofephi Rogerii Boscovich
, ex eâdem Societate. Roma , 1748.
Fv
و
130 MERCURE DEFRANCE.
Ex Typographia Palladis , in-4°. pp. 127.
Se vend à Paris , chés Guerin , rue Saint
Jacques , à Saint Thomas d'Aquin.
Perfuadés que les Rapins , les Commires&
les Santeuils , ne ſeroient pas euxmêmes
juges compétens , pour décider fi
unModerne parle correctement la Langue
de Virgile &d'Horace , nous ne prononcerons
point ſur la pureté du ſtyle des deux
Poëmes que nous annonçons. Nous affu
rerons ſeulementt , que fi les Belles Lettres
Latines étoient plus cultivées , le Pere Noceti
auroit un grand nombre de lecteurs ,
&que tous rendroient juſtice à la beauté
de fon génie , &à l'art avec lequel il prête
àla Phyſique les ornemens de la Poëfie la
plus fublime.
Ce Jefuite Italien étant enmême tems
un Poëte diftingué & un Sçavant du premier
ordre , il auroit été ſurprenant qu'il
ne connût pas l'excellent Traité de M. de
Mairan fur l'Aurore Boréale , & il ne
pouvoit l'avoir lû ,fans en ſentir tout le
mérite. Pour montrer qu'on n'a là-deſſus
aucun reproche à lui faire , il adreffe , en
commençant ſon ſecond Poëme ,une efpéce
d'invocation à cet Académicien
comme à la Muſe par laquelle ildéſire le
plus d'être inſpiré.
Les notesque le Pere Boſcovich ajoinOCTOBRE.
1748. 13
tes à cet ouvrage & au Poëme ſur l'Arc.
en-Ciel , font également inſtructives &
agréables , & avec le ſecours du Commentateur
le Poëte doit être entendu , même
des lecteurs les moins verſés dans les matieres
qu'il traite .
: TRADUCTION des modéles de Latinité
, tirés des meilleurs Ecrivains. Second
Recueil de Profe. A Paris , chés Louis-
François de la I our , rue Saint Jacques visà-
vis les Mathurins , à S. Thomas d'Aquin.
1748. In- 8 °. pp. 433 .
• On a été informé par un des précédens
Mercures * , que M. Chompré a fait paroître
un nouveau Tome de ſon Recueil
intitulé , Latini Sermonis Exemplaria. Il
donne aujourd'hui la Traduction de ce
ſecond volume , en avertiſſant qu'il aſpire
moins à la gloire de paſſer pour élégant
Ecrivain , qu'à l'avantage d'être utile à la
jeuneſſe. En pluſieurs endroits , il n'a
point fait difficulté de profiter du travail
des Traducteurs qui l'ont précédé , & ,
autant qu'il a pû , ila rapproché de la lettre
les verfions qui lui ont paru trop hardies.
Moyennant le ſoin qu'il prend de
publier en François les fragmens qu'il propofe
pour modéles à ceux qui veulent
*** Second volume de Juin 1748 , p. 153.
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE.
écrire purement en Latin , non- feulement
les commençans pourront juger , en comparant
leurs Traductions à celle-ci , s'ils
ont ſaiſi le véritable ſens de l'Auteur ,
mais une mere de famille , & toute autre
perſonne ſans littérature , feront en état ,
le livre à la main , de ſe faire traduire ces
fragmens par un enfant , & de s'aſſurer fi
fon explication eſt fidelle.
LETTRE ſur la Peinture , Sculpture
&Architecture, A M. ***. 1748 .
A la ſeule inſpection du titre , on doit
s'attendre à ne pas trouver dans l'ouvrage
un ſtyle abſolument correct , mais en récompenfe
on peut compter d'y puiſer
beaucoup de connoiffances. Cette Lettre
eſt diviſée en trois Parties , dont lapremiere
ſert de réponſe aux Réflexions fur
quelques caufes de l'état préſent de la Peinture
en France ; la ſeconde contient des Notes
critiques ſur la Lettre publiée l'année derniere
par M. l'Abbé le B. , & la troiſiéme
renferme l'examen des principaux ouvrages
de Peinture , de Sculpture & de Gravûre
, expoſés cette année au Salon du
Louvre. En lifant cette Brochure , nous
avions ſoupçonné que pluſieurs perſonnes
y avoient part. Nous avons été depuis
confirmés dans notre conjecture. On ne
peut trop exhorter desJuges ,auffi capaOCTOBRE.
. 1748 . 133
bles que les Auteurs de cette Critique ,
de remarquer les défauts& les beautés des
productions des Artiſtes , à continuer cha
que année de communiquer au public leurs
obſervations.
:
: SATYRE contre les Déiſtes. AParis,
au Palais , chés de Nully , Libraire , Gran
de Salle , à l'Ecu de France , 1748 .
HISTOIRE du Théâtre François ,
depuis ſon origine juſqu'à préſent. Tome
XII . A Paris , chés P. G. le Mercier
, Imprimeur Libraire , ruë S. Jacques ,
au Livre d'or , & Saillant , Libraire , ruë
S. Jean de Beauvais , vis-à- vis le Collége ,
1748.
CONFERENCES Eccléſiaſtiques du
Diocèse d'Angers ſur les cas réſervés. To
me ſecond . AAngers , chés Pierre-Louis
Dubé , Imprimeur de M. l'Evêque , 1748 .
Volume in- 12 . de 493 pages.
HISTOIRE générale d'Allemagne par
le P. Barre , Chanoine Régulier de Sainte
Geneviève , & Chancelier de l'Univerſité
de Paris . Tome III , qui comprend les
Regnes depuis 840 juſqu'en 1039. AParis
, chés Deleſpine , Thiboust & Heriffant
de 684 pages.
FABLES NOUVELLES , miſes en
vers , avec la vie d'Eſope , tirée de Plutar
que & d'autres Auteurs , par M. Richer.
34 MERCURE DE FRANCE.
Nouvelle Edition corrigée & augmentée
d'environ 10 Fables. A Paris , chés Barrois
, Quai des Auguſtins , àla ville de
Nevers.
DISSERTATION ſur la ChronologiedesRoisMérovingiens
,depuis la mort
de Dagobert I. juſqu'au Sacre de Pepin ,
qui a remporté le prix propoſé par l'Académie
de Soiſſons pour l'année 1746 ,
avee des réponſes aux Critiques de quelques
articles de deux autres Diſſertations
de l'Auteur , couronnées par la même
Académie en 1743 & 1744 , &des éclairciſſemens
ſur le Roi des Ribauds , par M.
Gouye de Longuemare , Avocat au Parlement
&Greffier du Bailliage de Verſailles.
A Paris , chés Chaubert , à l'entrée du
Quai des Auguſtins , 1748 , in- 12 . de 206
pages.
MEMORIAL de Paris &de ſes environs
, à l'uſage des Voyageurs , par M.
l'Abbé Antonini. Nouvelle Edition in-12.
Chés Bauche, Quai des Auguſtins , à l'Image
Sainte Geneviève.
BIBLIOTHEQUE des jeunes Négocians
, par M. de la Rue , chés le même Libraire.
PRATICIEN UUNNIIVERSEL , de
Couchot,chés le même.
HISTOIRE du Royaume de Suéde.
OCTOBRE. 1748 . 135
Premier volume. A Stockholm , chés Salvius
, Imprimeur Libraire de cette Ville ,
1747 , in-4 .
DISSERTATION ſur les uſages &
les moeurs des Lapons , par M. Pierre
Hoegstroem , Pafteur en Laponie. Dans la
même Ville.
On imprime actuellement àCoppenhague
les Mémoires du Comte de Greiffenfeld
, ci-devant Grand Chancelier de Dannematck
, & ceux de l'Amiral Adeler , &
du Vice-Amiral Tordensxield. Cet ouvrage
ſera in-4°. avec de belles figures.
PORTRAITS hiſtoriques des Hommes
illuſtres de Dannemarck , remarquables
par leur mérite , leurs Charges & leur
Nobleſſe , avec leurs Tables Généalogiques
, 1747 , in-4°. par M. Tycho Hoffmann
, Membre de la Société Royale de
Londres , Ibidem.
DE FORO DIVINO Commentatio Philofophica.
Auctore Godofr. Profé , Prof. Ph.
Math . Hamburgi , 1747 , in-4° . Hamburgi.
JOANNIS VOGT Catalogus Historico
criticus librorum rariorum , jam curis tertiis
recognitus , & copiosa acceſſione exsymbolis
collatione Billiopolorum per Germaniam
doctiſſimorum adauctus. Ibidem. Herol. 1747.
in-8°.
136 MERCURE DEFRANCE.
CHRISTIANI Gottlieb Buderi ... Opus
cula, quibusfelectiora Juris publici, Feudalis,
Ecclefiaftici , Germanici , & Historia patriæ
ac litteraria , argumenta exhibentur. Jena ,
apud Christ . Henricum Cuno , 1746 ,
in-8°.
On va publier à Londres la Deſcription
hiſtoriquede la Hollande , ſous ce titre
, Notice impartiale des Provinces-Unies.
L'Auteur y décrit l'origine & les accroiffemens
de la République , l'étenduë de ſes
Provinces & la nature de ſon terroir , les
moeurs & le caractére des habitans de ces
Pays , & les avantages dont ils peuvent
profiter , l'Etat Eccléſiaſtique , l'admini(-
tration de la puiſſance ſuprême , la forme
du Gouvernement qui eſt aristocratique ,
la raiſon d'état , Ragione di Stato. Il décrit
les armes & les titres des ſept Provinces ;
il parle des Hommes illuſtres qui ont fait
honneur à la République ,& des principaux
Auteurs qui ont écrit de ce même
Pays .
Dans la même Ville , on travaille à une
fixiéme Edition du Dictionnaire Anglois
François de Boyer , & à une Edition nouvelle
des ouvrages de Ciceron. Cette derniere
contiendra onze volumes in- 12 . portatifs
& commodes.
On a réimprimé dans la même Ville
OCTOBRE. 1748. 137
depuis quelque tems les Voyages d'Edouard
Pocock en Egypte & aux environs , en
deux volumes in-fol. & les voyages de M.
Shaw , in-4° .
OEUVRES poſthumes de Thomas
Chubb , contenant 1° . des remarques fur
l'Ecriture , 2°. des obſervations ſur le
Livre de la Miſſion divine de M.Warburton
, 3°. divers Traités fur les ſujets les
plus importans de la Religion , 4°. un
poftcrit à ſes quatre dernieres Differtations
, & en particulier à celle qui roule
fur Melchifedech , 1748 , in- 8 ° . Deux
volumes. A Londres. L'ouvrage eſt en
Anglois.
COLLECTION de trente Traités du
même Auteur , laquelle forme auſſi deux
volumes in- 8 ° . Ibidem .
APPENDIX ad Thefaurum Lingud
Grace ab Henrico Stephano conſtructum , &
ad Lexica Constantini , &Scapule , ſtudio
labore Danielis Scott , 1747 , in-fol . Deux
volumes . Ibidem.
NOUVELLE VERSION en Anglois,
par le même Auteur , de l'Evangile de
Saint Mathieu , avec des notes pour juftifier
la manieredont on l'a traduit , & pour
éclaircir par les meilleures autorités le ſens
& la pureté des expreſſions de l'original.
On y a ajouté un examen des notes du
138 MERCURE DEFRIANCE .
Docteur Mill , fur cet Evangeliſte. Ibidem:
TRAITE' ſur le Sénat Romain , en
deux Parties , par M. Conyers Middleton ,
Docteur en Theologie , & Premier Bibliotécaire
de l'Univerſité de Cambridge. in-
8º. Ibidem . L'ouvrage eſt en Anglois .
CAAL BEN ZOHAIR Carmen Panegyricum
in laudem Muhammedis ; Amralkeisi
Moallakach , cum Scholiis Arabicis ,
& verſione Latina Levini Warneri. Acce
dunt Sententia Imperatoris Ali &nonnulla
exHamasa &Divan Hudeilitarum. Omnia
ex Manuscripto Bibliotheca Batava edidit ,
vertit , notiſque illuftravit GerardusJoannes
Lette. Premiſſa eſt laudatio celeberrimi viri
Abb. Schultens. Lugduni Batavorum , apud
Corn. Haak , 1748 , in-4°.
* LA NOUVELLE Edition des ouvrages
de Jean-Guillaume Hoffmann eſt actuellement
ſous preſſe à Leyde, chés Combaak.
Cette Collection contient les piéces ſuivantes.
1º. Commentarius ad legem Juliam
de Adulteriis , 2°. Meletemata ad Pandectas,
3°. Historia Triumviratus , 4°. Differtatio
ad legem Oppiam de Matronarum cultu, 5 .
Prafatio Menagii Amænitatibus Juris pramiffa.
SEBALDI RAVII.... Diatribe de
Epula funebri Gentibus danda ad Iſa. C. 25.
OCTOBRE. 1748. 39
v. 6. 7. 8. cum prafatione Davidis Millit,
Trajecti ad Rhenum , apud Paddenburgios ,
1747, in-8°.
INDEX verborum ac phrafium Luciani ,
five Lexicon Lucianeum , ad editiones omnes,
maxime noviffimam Weſtlenianam , concinnatum
à Cn. Conrado Reitzio. Ibidem . Ex
Typographia Hermanni Beſſeling , 1747 ,
in- 4°. Ce Lexicon eſt Grec ſeulement
NOUVELLE DISSERTATI
fur l'électricité des corps , dans laquelle
on découvre le vrai méchaniſme des plus
furprenans phénomenes qui ont parujufqu'à
préſent , & d'une infinité d'expériences
nouvelles de l'invention de l'Auteur.
Par M. Morin , Profeffeur de Philoſophie
au College Royal de Chartres. A
Chartres , chés la veuve Roux , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 , & à Paris , chés
la veuve Etienne fils , Libraires , ruë
S. Jacques.
DEFENSE des principaux articles de
la Foi Catholique , contre M. Elms , Miniſtre
de l'Eglite Anglicane , par M. Tilly ,
Chanoine Régulier de l'Ordre de Prémontré
de l'Abbaye de Valſery , Docteur
en Théologie ; avec ces paroles de l'Ecriture
à l'inſcription du livre. Soyeztoujours
prêts de répondre pour votre défense , à tous
ceux qui vous demanderont raiſon de l'eſpé
140MERCURE DEFRANCE.
rance que vous avez. 1. P. 3. 2. 15. Α
Soiffons , chés P. Nic. Waroquier , Imprimeur
Libraire , 1748 , in- 12 . & à Paris ,
chés Antoine Boudet , ruë S. Jacques , à la
Bible d'or.
CODEX MEDICAMENTARIUS ,
Seu Pharmacopaa ex Mandato Facultatis
Medicina Parifienfis edita à Joanne-Baptifta
Thoma Martineng , Decano. Editio auctior
& emendatior. Parifiis , apud Guillelmum
Cavelier , patrem , Bibliopolam , via Jacobeâ
, 1748 , in-4°.
ON DELIVRE préſentement aux Soufcripteurs
les trois premiers volumes de la
Bible en Latin & en François , avec des notes
littérales , critiques & historiques , des
Préfaces & des Differtations tirées du Commentaire
de Dom Augustin Calmet , &c. chés
G. Martin ; J. B. Coignard&Ant. Boudet
P. J. Mariette &Hyp. L. Guerin , Libraires
, rue S. Jacques , in-quarto .
: NOUVEAU TRAITE' des Criées , ventes
des Immeubles & des Offices par Décret ,
avec des Obſervations ſur les Décrets volontaires
, les Directions , la vente des rentes
foncieres & conftituées , & un Recueil
d'Edits , Déclarations du Roi , Coûtumes,
Reglemens , Certificats d'uſages & Formules
fur cette matiere , par Me Jean-Alexis
Thibault , Procureur au Parlement de Di
OCTOBRE. 1748. 141
jon . A Paris , chés Mesnier , Imprimeur
Libraire , rue S. Severin , 1748. Deux vo
lumes in-quarto.
TRADUCTION Italienne de la pluralité
des Mondes de M. de Fontenelle. A Paris,
chés Brunet , Libraire au Palais , 1748 ,
in- 12 .
LE VOLUME VI. de l'Hiſtoire générale
des voyages paroît chés Didot , Libraire ,
Quai des Auguſtins , à la Bible d'or ,
1748 , in- quarto .
TRACTATUS mechanicus de non naturalibus
, qui est brevis explicatio mutationum ,
quas in humano corpore producunt aër , diata
Oc. Simul cum inquifitione in naturam &
usum balneorum , quibus prafixa eſt Doctrina
Secretionis, pluribus in propofitionibus , à Domino
Jofepho de Marco , Doctore Medico
in Linguam Latinam ex Anglica converſus,
Avenione , apud Francifcum Girard , in Plateâ
Sancti Defiderii , in-12 .
LE TRIOMPHE de la vérité , ou Mémoires
de M. de la Villette , par Madame le
Prince D. B. A Nancy , chés Henri Thomas,
& ſe trouve à Paris , chés Damonneville &
Bordelet , rue S. Jacques. Deux petits volumes
in- 12 , brochés , l'un de 130 pages,
&l'autre de 139 , 1748 .
RELATION HISTORIQUE da voyage fait
à l'Amérique Méridionale par ordre du
142 MERCURE DE FRANCE.
Roi d'Eſpagne , pour meſurer quelques degrés
du Méridien terreftre , & tirer de. là
desconnoiffances pour déterminer la vraye
figure & grandeur de la terre , &c. par D.
Georges Juan & D. Antoine Ulloa , Capitaines
de Frégates , &c. Premiere Partie ,
deux tomes in-quarto , de 682 pages , imprimée
à Madrid, par l'ordre de S. M.
ches Antoine Marin , 1748. L'ouvrage eſt
en Eſpagnol .
OBSERVATIONS Aſtronomiques & Phyſiques
, faites aux Royaumes du Pérou par
les mêmes Capitaines , imprimées àMadrid,
chés Jean de Zufiiga, volume in-quarto
de 396 pages , 1748 .
PIECES FUGITIVES pour ſervir à l'Hiſtoire
de France , dont la plupart n'avoient
point encore été publiées,&dont quelquesunes
, quoiqu'imprimées , ne ſe trouvent
plus.Avecdes notes hiſtoriques & géographiques
, par M. Menard, Conſeiller au
Préſidial de Niſmes , Académicien honoraire
de l'Académie des Sciences &
des Belles-Lettres de Lyon , & Aſſocié à
celle des Belles-Lettres de Marseille. A
Paris , chés Chaubert , Libraire , à l'entrée
du Quai des Augustins , in-quarto.
LETTRES de Sainte Théreſe , traduites
de l'Eſpagnol en François par feue laRévérendeMere
Marie Marguerite de ManOCTOBRE.
1748. 145
peon , dite Thereſe de S. Joſeph , Religieu,
ſe & Prieure du Convent des Carmélites
de S. Denis en France , & enſuite Prieure
des Carmélites de Pont- aux-Dames. Tome
fecond. A Paris , chés Garnier , rue ſaint
Jacques , à la Providence .
LA LOTERIE , Fête galante , par M **
à Paris , chés Babuty , rue S. Jacques , à
S. Chryfoftome, Brochure in- 12.
DISSERTATION ſur l'utilité de la Soye
des Araignées , en Latin & en François , à
laquelle on a joint l'analyſe chymique de
cette Soye , avec quelques autres piéces
qui ont été faites à ce ſujet , par M. Bon ,
Premier Préſident Honoraire en la Chambre
des Comptes , Aides & Finances , de
Montpellier ; imprimée à Avignon , chés
Girard , & ſe vend a Paris , chés Huari &
Moreau , fils , Libraires , rue S. Jacques ,
in- 12 .
HISTOIRE UNIVERSELLE , traduire du
Latin du P. Turcellin , Jéſuite , avec des
notes ſur l'Hiſtoire , la Fable & la Géographie.
Deux volumes in- 12 , chés le même,
ORAISONS FUNEBRES , prononcées par
feu M. Maboul , Evêque d'Alet , in- 12, A
Paris , chés Ph. Vincent , fils , rue S. Severin
, à l'Ange.
L'ALPHABET NOUVEAU & amusant ,
avec figures , pour inſtruire facilement les
144 MERCURE DE FRANCE.
enfans , dédié à M. le Duc de Montpen
fier. AParis, chés Langlois , Libraire , rue
S. Jacques,
LES AIDES de France & leur Régie ,
ſuivant les Ordonnances des mois de Juin
1680 , & de Juillet 1681 , & les Edits ,
Déclarations , Arrêts & Reglemens rendus
en interprétation d'icelle , par M. de Ro-
'quemont. Seconde Edition , in- 12. A Paris,
chés Delaguette , Imprimeur Libraire , ruč
S. Jacques , à l'Olivier.
COMMENTAIRE fur le fait des Aides.
Abregé méthodique dont on peut tirer un
éclairciſſement ſolide pour régir & adminiſtrer
avec ſuccès la Ferme générale des
Aides. Ouvrage utile& néceſſaire à tous
les Fermiers , Sous-Fermiers , Employés ,
&à tous les Redevables des droits de la
Ferme des Aides , par M. Jean Henri Dubois,
Commis à la Régie de la même Ferme.
Troiſiéme Edition , augmentée des
principaux Reglemens depuis l'Ordonnance
juſqu'à préſent , in- 12 . A Paris ,
chés le même,
TRAITE' des Aides , contenant les abus
qui s'y gliſſent , les fraudes qui s'y commettent
, tant par les Redevables que par
les Employés; l'inſtruction pour y remedier
par l'exercice ,conformément à l'Ordonnancedu
mois de Juin 1680 ; tous les
Actes
OCTOBRE. 1748. 145
د
Actes concernant les Droits de leurs formalités
un Traité de l'inſcription de
faux,& la maniere de les éviter. Ouvrage
utile & néceſſaire à tous les Employés ,
pour apprendre en peu de tems l'exercice
des Aides , & à bien régir ; & aux Sous-
Fermiers à conferver leurs droits . Par M
Pierre Affe , ci-devant Employé dans les
Aides. Seconde Edition in- 12 . A Paris ,
chés le même,
Dominique Seguin , Imprimeur Libraire,
près la Place S. Didier , à Avignon , vient
d'imprimer & vendavec ſuccès un Livre
nouveau. Cet ouvrage a pour titre , la Cofmographie
diviſée en cing parties , qui comprennent
l'Aſtronomie , la Géographie ,
İ'Hiſtoire Eccléſiaſtique &la Chronologie.
Ony trouveun Traité de la Sphere,des TablesAſtronomiques
pour l'heure dulever &
du coucher du Soleil aux principaux lieux
de l'Univers , les principales meſures de la
Terre , la deſcription de tous les Pays du
monde , les routes & les diſtances des Villes
Capitales , le cours des Rivieres , les
Ports de Mer ; les Héréſies , les Saints Peres
, & autres Ecrivains Eccléſiaſtiques de
chaque ſiècle , les Conciles généraux , les
Patriarchats , Evêchés & Univerſités de
toute la Chrétienté ; la Chronologie des
Papes , des Empereurs , des Rois & autres
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Princes Souverains de l'Europe. 1. vol.
in octavo , par M. l'Abbé Expilly.
Ce Livre ſe vend dans la même Ville ,
chés Claude Delorme , Imprimeur Libraire,
à la fleur de lys , rue des Fourbilfeurs.
On trouve chés Prault , pere , Quai de
Gêvres , le Détail des opérations de la Lote.
rie Royale du mois d'Août 1748 , avec le
Détail de la Loterie du mois d'Octobre
1747. Gravûre , 6 ſols chaque Carte.
CRITIQUE Scéne par Scéne fur Sé.
miramis , Tragédie nouvelle de M. de Voltaire.
A Paris , chés Cailleau , Libraire ,
rue S. Jacques , au- deſſus de la rue des Mathurins
, à S. André. Il nous a paru que
cette Critique étoit judicieuſe ,&n'étoit
point dictée par la mauvaiſe humeur. Elle
eft deM. Marchadier , déja connu par une
petite Comédie en vers,intitulée le Plaisir,
qui fut jouée l'année derniere au Théatre
François , & qui n'a pas fait moins de plaifi
à la lecture qu'à la Repréſentation .
Il paroît un ſecond Livre de Piéces de
Clavecin , par le Sr Duphli , dédiées àMadame
Victoire de France. Ce Recueil ſe
vend à Paris , rue S. Honoré à la Regle
d'or ,& rue du Roule à la Croix d'or.
PANEGYRIQUE de Saint Louis, prononcé
le 25 Août dans la Chapelle du Louvre en
--
OCTOBRE. 1748. 147
préſence deMeſſieurs de l'Académie Fran
çoiſe , par M. Poulle , Abbé de Nogent ,
Prédicateur du Roi. A Paris , chés J. B.
Coignard , rue S. Jacques, in-quario. Prix
24 fols.
La Lettre ſuivante nous diſpenſe de
nous étendre ſur ce Panegyrique. Quelques
louanges qu'on y donne à l'Orateur ,
nous croyons que les Amateurs de la ſaine
éloquence ne les trouveront point exa
gérées ,lorſqu'ils liront fon Diſcours.
LETTRE de M** à M. L. M. D. C.
L'
Intérêt que vous prenez ,
Monfieur ,
gloirede M. l'Abbé Poulle, joint
à l'intérêt que j'y prends moi-même , m'engage
à vous faire part du ſuccès de ſon Panégyrique
de S. Louis. Les applaudiffe
mens qu'il en a reçûs , n'ont été contredits
de perſonne. Vous ſçavez qu'il étoit déja
connu par lesdifferens Sermons de morale
qu'il a prêchés dans pluſieurs Egliſes de
Paris , & qui lui ont acquis une réputation
très-bien méritée , mais ſçavez-vous qu'il
ne s'étoit nullement exercé dans le genre
du Panégyrique , & que ce genre même
n'eſt point dans ſon goût. Cependant Melſieurs
de l'Académie Françoiſe l'ayant
nommé pour fane l'éloge de S. Louis en
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
leur préſence , il m'a paru que M. Poulle
avoit fait d'heureux efforts pour tâcher de
répondre à l'honneur que l'Académie lui a
fait en cette occafion .
Le ſtyle de fon Diſcours eſt orné , ſans
être ni affecté ni recherché ;les figures qu'il
yemploye conſiſtent pour la plupart dans
lavariétédes tours& dans les deſcriptions;
tout s'y transforme en images ou en raifonnemens
, & les differens détails de cette
Piéce concourent à en perfectionner l'ordonnance
, qui ſe réduit à prouver que le
SaintMonarque fit triompher la Religion ,
&comme Roi ſur le trône ,& comme Héxos
à la tête des armées.
Dans la premiere Partie, l'Orateur Chré
tien fait voir que la Religion n'eſt point
incompatible avec l'art de regner , & il en
montre la divinité >> par les facrifices qu'el-
>> le exige du Souverain ,par l'éclat qu'elle
>>prête à ſa Couronne , par le bonheur
»qu'elle affûre à ſes Sujets ,&par la gloi-
>>re qu'elle procure à Dieu.
Dans la ſeconde Partie , il s'attache à
prouver que le véritable héroïſme eſt celui
qui eſt fondé ſur la Religion, mais les plus
forts argumens en ſont tirés du ſimple récit
des ſuccès &des diſgraces de S. Louis ,
parce qu'en effet cette vérité, miſe en action,
nedevient alors que plus évidente,
- OCTOBRE. 1748.149
La premiere Partie, moins reſſerrée que la
feconde , a paru plus travaillée & plus faillante
en même- tems ; mais n'est- ce point
auſſi que l'abondance de la matiere eſt la
ſeule cauſe de la difference qu'on y a remarquée
?
Je me figure que vous êtes impatient de
lire au moins quelques morceaux détachés
de ce Difcours , en attendant que l'ouvrage
entier vous parvienne , & je vais vous fatisfaire.
.... » Les paſſions des Rois ſont ſouve-
>> raines , comme eux; fûres d'être refpec-
>>>tées , elles s'annoncent avec bruit , elles
> ſe produiſent avec confiance , la flaterie
→les encenſe , la politique les entretient ,
>>> les objets volent au- devant d'elles , & ne
>>>leur laiffent que l'embarras de choiſir ,
>> elles n'ont à craindre que Dieu & les remors
..... Que de périls pour l'innocen-
» ce du jeune Louis ! .... Il a reçû , il eſt
vrai, de la nature des penchans vertueux ;
>> une mere attentive à cultiver avec ſoin
>> ces femences précieuſes , mais , & ces
>> inftructions & ces penchans , tiendront-
>>ils toujours contre cette conſpiration
>> univerſelle & perfévérante ? N'y aura- t'il
>>pas quelques womens d'oubli & de diffi-
>> pation , où l'homme ennemi pourra ſe-
» mer l'ivroye parmi le bon grain ? Ne fe
ود
Giij
3. MERCURE DE FRANCE.
>> trouvera-t'il pasde ces Prophétes intré-
>>pides de l'irreligion , de ces ſéducteurs
>>>ingénieux , habiles à jetter du ridicule
>>ſur la vertu , pour qui la piété du Prin-
>>ce eſt une diſgrace , & qui n'existent que
>>par les foibleſſes du Maître ?
.... » A peine Saint Louis eſſaye la
>>Couronne , qu'elle eſt chancelante ſur ſa
>> tête. Monte-t'il fur le trône , cet hérita-
» ge de ſes Ancêtres ? Il ne s'y maintien-
>> dra qu'à force de combats & de victoires.
>> La mort de Louis VIII fut le ſignal de la
>> rebellion ; au premier bruit qui s'en
>>répand , les tempêtes s'élevent , les
>> nuages ſe raſſemblent , le tonnerre gronde
, les haines , couvertes du voile dela
>> diſſimulation , éclatent; la plupart des
>>Vaffaux , Souverains eux-mêmes, retenus
»juſques- là par la crainte , briſent avec
>>dédain le joug de la dépendance;ils ref-
>> ſuſeitent des prétentions orgueilleuſes&
>>>chimériques ; ils murmurent , ils s'unif-
>> fent, ils menacent, ils s'arment , ils com-
>>mandent ; d'autant plus audacieux qu'ils
>>>voyent les rênes du Royaume entre les
> mains d'une femme & d'un Roi preſque
>> enfant. Inſenſés , que leur fureur aveu-
>>gle ! Ils ne tarderont pas à s'appercevoir
>> que cette Régente , qu'ils bravent avec
>>tantd'oftentation , eſt une femme forte,
OCTOBRE. 1748. 151
>>au-deſſus de ſon ſexe par ſes lumieres ,
>> au-deſſus des périls par fon courage , au-
>> deſſus des évenemens par ſa piété , capa-
>>ble de prévoir tout &de rémédier à tout;
>> prête, s'il le falloit , à s'enſevelir avec fon
>>fils ſous les ruines du trône , plutôt que
>> de ſouffrir qu'on en viole impunément la
>>majeſté. Ils apprendront à leurs propres
» dépens , que ce Roi dont ils mépriſent la
>>jeuneſſe , porte dans un corps encore foi-
>>>ble& délicat , la raiſon d'un homme , le
>> coeur d'un Souverain , la valeur d'unHéros.
...
..... >>Que les Peuples font heureux
>>quand ils ont leurs Maîtres pour Juges !
>>>Une fonction fi noble , l'appanage de la
>>>Divinité , n'eſt jamais remplie ſi digne-
>>ment que par des Souverains. Semblables
>> àDieu ,qui ſe ſuffit à lui-même , & de-
>>vant qui toute diſtinction s'évanouit , les
>>>Rois apperçoivent les hommes à cette
>>>diſtance , qui les confond tous dans le
>>>même centre d'égalité. Ils ne font
>>ſuſceptibles , ni de cet intérêt qui céde à
>>l'attrait des préſens , ni de cette lâcheté
»qui ſacrifie la vérité aux égards , ni de
>>cette crainte qui n'oſe réſiſter à la puiſ.
>>ſance , ni de ces haines qui corrompent
>>>les jugemens. Ces vapeurs groſſieres de
>>la terre ne montent pas juſqu'à la ré-
Gilij
152 MERCURE DE FRANCE.
>> gion ſupérieure qu'ils habitent. Ils ont
>les paffions de l'humanité , il eſt rare
>>>qu'ils en ayent les vices. Plus heureux
>> nos Ancêtres , qui eurent pour Juge.,
>>non-feulement un Roi , mais un Pere ,
>mais un Saint !
.... >>Provinces déſolées , pour qui le
Ciel eſt d'airain & la Terre de fer , ne
>> dites plus que Dieu vous abandonne ;
>les bons Rois font une ſeconde Provi-
>>>dence . Conſolez-vous , Louis connoît
>> vos besoins , & comment les ignoreroit-
>>> il ? Il a le nom de tous les malheureux
>>>répandus dans ſes Etats. ....
.... " Les Pays éloignés dont S. Louis
>>médite la conquête , ſont ſéparés par de
> vaſtes mers , munis de pluſieurs Places
>> fortes , coupés par des canaux fans nom-
>> bre , défendus par l'air contagieux qu'on
>> y reſpire. Les Peuples qu'il doit fubju-
> guer font hardis à l'attaque , cruels dans
>> les ſuccès , prompts à prendre l'allarme ,
>> plus ardens à revenir à la charge , auffi-
> tôt rallies que diſperſés,toujours fugitifs,
>> toujours menaçans & invincibles par
>>leur foibleſſe même. L'armée qu'il com-
>> mande eſt un aſſemblage de pluſieursNa-
>> tions, oppofées d'humeur &de caractére,
>>indépendantes , quoique ſoumiſes à ſes
>> ordres , fur lesquelles il n'a de pouvoit
OCTOBRE. 1748 . 153
>>que celui qu'elles lui cédent , & dont il
>>eſt forcé de tolérer les excès.
>>Ces difficultés ne retardent pas la rapidité
de ſes exploits ; il arrive, il com-
>>bat , il triomphe. Damiette ouvre ſes
>>portes au Vainqueur. Superbes Sarrafins,
>> raſſemblez-vous de nouveau , & vousfe-
>>rez foumis ; honteux de tant de défaites,
>> tentez encore une fois le deſtin des ba-
>>>tailles , & vous ferez, détruits....
.... » Pourrois-je oublier ce jour fameux
> dans les Annales du Chriſtianiſme , où
>> notreHéros prit poffeffion de Damiette ?
>>>On ne le vit point étaler le faſte inſul-
>> tant des Conquérans du fiécle ; il ne pa-
>> rut pas ſur un Char , traînant après lui
>> les Nations enchaînées , mais pieds nuds
»& à la ſuite de la Croix , que l'on por-
>> toit en triomphe. Le fouffle du Seigneur
» a diſſipé nos ennemis , dit alors cet autre
>>>Machabée ; faiſons regner le Dieu qui nous
» à fait vaincre , & que ces lieux , témoins
» des abominations des Gentils , foient les té-
>> moins du Sacrifice adorable des Chrétiens.
» Afcendamus nunc mundare ſancta & reno-
>>vare. Il dit, & il fut fair. Non , la Dé-
>>dicace du Temple de Salomon n'eut rien
>>>de ſi touchant. L'onction fainte purifie
>& conſacre ces Moſquées impures. Un
>>>nouveau Tabernacle s'éleve parmi les ac
Gv
254 MERCURE DE FRANCE.
>>clamations de l'armée ; le parfum. des
>>prieres monte juſques au Ciel; l'air retentit
des gémiſſemens & des fanglots ;
>>les Chérubins & la Milice Céleste s'em-
>>preſſent d'être les Spectateurs de cesMyf-
>>t>eres redoutables. Un Pontife du Très-
>>Haut , pénetré dela grandeur de ſon Mi-
>>n>iſtére , entre dans le Saint des Saints.A
> ſa voix , la Victime de propitiation def-
>>c>end fur l'Autel. Saint Louis fond enlar-
>>mes , ſe proſterne , jette ſes palmes de-
>>vant le Trône de l'Agneau , l'adore &
>>>s'immole avec lui.
.... >> Saint Louis voit approcher l'E-
>>>ternité avec confiance ; dans ſa tente ,
>> ſur ce lit où il eſt étendu , & que la mort |
>>>couvre de ſon ombre , c'eſt un Héros qui
>>donne ſes ordres avec tranquillité , qui
>>pourvoit à la fûreté de ſon camp ; c'eſt
>>un ami qui conſole uneCour,que ſa perte
>>va jetter dans le déſeſpoir ;c'eſt un Roi
>>qui recommande fon Peuple à l'Héritier
>>du Trône ; c'eſt un Chrétien qui vole
>>au-devant du glaive , qui s'offre lui-mê-
>>>me tout entier en holocaufte ; c'eſt un
>>Citoyen du Ciel , qui n'a plus de com-
> merce avec la terre, qui eſt en efprit dans
>>les Tabernacles éternels ,& qui devan-
» çant fon bonheur par ſes defirs , s'écrie :
» Seigneur , j'entrerai dans votre Maison je
:
OCTOBRE. 1748. 155
vous adorerai dans votre ſaint Temple , je
» glorifierai votre Nom. Enfin c'eſt un Pé-
>>nitent qui veut expirer fur la cendre , &
>>y recevoir la Couronné de juſtice.
>>Que faifiez-vous cependant,Peuples in-
>>>fortunés ? Vous rendiez à Dieu de folem-
>> nelles actionsde graces de la priſe de Car-
>>thage ; vous ne vous entreteniez que des
>>conquêtes de S. Louis, Hélas ! il n'étoit
>> plus. A cette nouvelle , quel deuil !
>> Quelle conſternation ! Ils le reverront ,
>>mais comment ? Repréſentez-vous Moy-
>>ſe rapportant de l'Egypte les offemens
>> de Jofeph; tel & plus lamentable encore
> fut le retour de Philippe , l'Héritier de
>>la Couronne , lorſqu'il revint de l'Afri-
>>que , conduiſant les corps inanimés du
>>>Comte de Nevers , fon frere ; d'Iſabelle,
>> ſon épouse; de S. Louis , fon pere. Ce
>>ſpectacle lugubre traverſe la France ; les
>>>Peuples déſolés accourent de toutes
>>parts ; ils veulent voir leur Pere ; en le
voyant , ils croyent le perdre une fecon-
>>>de fois ; ils arrofent fon corps de leurs
>>>larmes , & le ſouvenir de fa fainteté les
>> leur fait auſſi-tôt condamner ; ils pleu-
>> rent fur eux-mêmes , ils l'invoquent.
Si je voulois , Monfieur , vous faire connoître
tous les beaux endroits de cette Piéce;
outre qu'ils ne pourroient que perdre
Gvj
136 MERCURE DE FRANCE.
s'ils étoient déplacés , je ſerois obligé de
les extraire en ſi grand nombre , qu'infenfiblement
je paſſerois les bornes d'une
Lettre.
Qu'il me fuffiſe maintenant de prévenir
une reflexion que vous ne manquerez pas
de faire àla lecture du Diſcours . Les louanges
du Roi & du Héros ſe mêlent fi naturellement
avec les preuves ; les tranſitions
ſont ſi heureuſes ,& les traits de l'Hiſtoire
de S. Louis ſont mis en oeuvre avec tant
d'art , qu'on a peine à diſcerner ſi c'eſt de
la ſainteté du Roi ou de l'éloquence de
l'Orateur , qu'on ſe ſent frappé davantage.
Je fuis , &c.
LETTRE de M. de la Soriniere àM.
Barriere , Imprimeur Libraire àAngers.
J
'Ai lû , Monfieur, les Deſtinées de Louis
le Bien-Aimé , Poëme intitulé Héroïque,
que vous venez d'imprimer fans nom d'Auteur
, & j'ai en même tems appris que
quelques gens répandoient dans le public
que cet ouvrage étoit de moi.
Je vous prie , Monfieur , de faire tout
cequi dépendra de vous pour empêcher ce
bruit de s'accréditer ; vous ſçavez mieux
que perfonne le peu de part quej'ai à cette
nouvelleproduction.
OCTOBRE. 1748. T157
Ce n'eſt pas , Monfieur , que ce Poëme
ne me fit peut-être beaucoup d'honneur ,
mais enfin il n'eſt pas juſte que celui qui
l'a réellement compoſé ſoit privé de la
gloire qui lui en doit revenir , & je me ferois
un vrai fcrupule de la lui dérober. Je
fuis ,&c.
Soriniére.
A la Soriniere le 28 Juillet 1747 .
PROSPECTUS.
Histoire Naturelle , générale &particuliere ,
avec la defcription du Cabinet du Roi.
N imprime cet Ouvrage par ordre
du Roi ; il aura quinze volumes in-
4°. Ce livre eſt en partie de M. de Buffon ,
de l'Académie Royale des Sciences , de la
Societé de Londres, de l'Académie de Berlin
, de celle d'Edimbourg, & Intendantdu
Jardin du Roi ; & en partie de M. Daubenton
, Docteur en Médecine , de l'Académie
Royale des Sciences , Garde &Démonſtrateur
du Cabinet d'Hiſtoire Naturelle au
Jardin du Roi. Cet ouvrage s'est fait par
les ordres& fuivant les vûes de M. le Comte
de Maurepas. Ce Miniſtre , après avoir
formé lui-même&par la protection immé
158 MERCURE DE FRANCE.
médiare le Cabinet d'Hiſtoire Naturelle,
ajugéque pour lerendre plus utile , il étoit
néceſſaire d'en publier la deſcription &
d'en former un corps d'Hiſtoire Naturelle;
lesAuteurs ont tâché de remplir ſes vûes ,
&de fatisfaire à ſes ordres.
Le premier volume contient une Préface,
dans laquelle on donne un détail hiftorique
ſur l'établiſſement & l'utilité du Jardin
Royal , & en particulier ſur celle du Cabinet
d'Hiſtoire Naturelle , ſur les ſoins
qu'on s'eſt donné pour le former , ſur les
graces particulières que le Roi a répanduës
fur cet établiſſement; on entre enfuite dans
ledétail des parties qui compoſent le Cabinet
,& on finit par une expoſition fuccinte
de l'ouvrage qui doit ſuivre.
Après cette Préface , on trouve un Difcours
fur lamaniere d'étudier & de traiter
'Hiſtoire Naturelle; on ydonnedes regles
pour bien conduire ſon eſprit dans l'étude
de cette ſcience ; on explique ce que c'eſt
que les méthodes , on examine s'il y en a
de générales , s'il peuty en avoir de parfaites;
on compare enfuite les differentes
méthodes , & on en fait voir les erreurs ,
tant de principe que de détail . On expoſe
la méthode qu'on fuit dans cet ouvrage ,
ondonne les raiſons qu'on a eues de la
préferer aux autres ,& on finit par des ré
OCTOBRE. 1748. 159
flexions ſur la métaphyſique des Sciences ,
&fur la maniere dont on doit fe conduire
dans la recherche de la vérité .
Enſuite on entre en matiere par une ſecond
Diſcours qui a pour titre , Hiftoire&
Théorie de la Terre , c'eſt la clefde l'Hiſtoire
Naturelle générale. Il faut prendre des
idéesdes opérationsde la Nature engrand,
avant que de l'examiner en petit dans ſes
productions ; il faut connoître le Globe
terreſtre, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur,
foit pour la forme de ſes parties , ſoit pour
l'arrangement des matières qui le compofent:
fans le ſecours de ces connoiſſances
on ne peut fe former aucun ſyſtème général
fur l'Histoire Naturelle.
Ondonne enſuire les preuves de cette
théorie ; ces preuves font diſtribuées en
dix-neuf articles , qui font comme autant
de petits traités ſéparés , autant de morceaux
d'Histoire détaillés , autant de ſuites
de faits particuliers, qui fervent àprouver
les faits généraux de l'hiſtoire de la Terre.
Voilà ce que contient le premier volume
qui est actuellement imprimé.
Le ſecond , dont l'impreſſion eſt fort
avancée , commence par une hiſtoire généraledes
animaux; cette hiſtoire eſt diviſée en
pluſieurs chapitres : dans le premier on fait
la comparaiſondes animaux ,des végétaux
MERCURE DE FRANCE.
& des minéraux ; dans le ſecond& dans le
troifiéme on traite de la réproduction en
général ,de la nutrition &du développement
, choſes qui font communes aux végéraux
& aux animaux ; dans les autres on
traite de la génération des animaux & de
l'économie animale. On trouvera une fuire
d'expériences au fujet de la génération ,
&une expoſition des principaux ſyſtemes
que l'on a faits ſur cette matiére depuis
Platon & Hyppocrate juſqu'à nous.
te
Après cette hiſtoire des animaux , priſe
engénéral , on commence àdeſcendre dans
le détail ,& avant que de donner l'hiſtoire
particuliere de chaque animal , on a cru
devoir donner l'hiſtoire naturelle de l'homme
; on ne la traite point en Anatomiſte
enMédecin ou en Phyſicien à ſyſtême ,
mais en Hiſtorien : l'homme confideré
comme animal , les moeurs qui lui ſont naturelles
, fuivant les differentes races & les
differens climats , font l'objet de cette hiftoire
, dans laquelle on trouvera une infinitéde
faits intéreſſans .
Enfuite on donne une deſcription exacre
de toutes les pièces d'Anatomie humaine
, qui font au Cabinet du Roi en grands
quantité , & qui pour la plupart font travaillées
avec le plus grand ſoin. Ces piéces
font numérotées , comme toutes les auOCTOBRE.
1748. 18
tres du Cabinet , & le numéro fera imprimé
à la tête de la deſcription ; ces deſcrip
tions font accompagnées de faits hiſtoriques
,utiles ſurtout àceux qui veulent for
mer des Cabinets d'Hiſtoire Naturelle.
Ces deux premiers volumes paroîtront
au commencement de l'année 1749 ; le
troifiéme & quatrième contiennent l'hiſ
toire particuliere des animaux quadrupé
des , tirée des Auteurs d'Hiſtoire Naturelle
&d'un grand nombre de Voyageurs, d'Auteurs
de Traités d'économie ruſtique , de
chaffe , &c. l'hiſtoire eft accompagnée
de la deſcription de chaque animal. On
commence par les animaux domestiques ,
enfuite on fait l'hiſtoire des animaux ſauvages,
& enfin celle des animaux étrangers
; on n'a pas même oublié les animaux
fabuleux , ceux dont l'existence eſt incer
raine , ceux dont on prétend que les eſpé
ces ſe ſont perdues. On y donne auſſi les
moeurs des differens animaux , leur nourriture
, le tems da rut des mâles & de la cha
leur des fémelles, leur maniere de s'accoupler
, de porter , de mettre bas , &c. leur
façon de chaffer , de rufer , la durée de
leur vie , & quelques obſervations principales,
tirées de l'Anatomie comparée.L'hiſ
toire ſera ſuivie , article par article , de la
deſcription du ſquelette de l'animal &de
162 MERCURE DEFRANCE.
celle des differentes parties d'anatomic;
qui appartiennent à chaque animal.
Le cinquiéme volume contient la del
cription & l'hiſtoire des quadrupedes am
phibies &des Poiſſons cétacées ; cette par
tie fera précedée d'un Diſcours ſur la méchanique
& l'organiſation des animaux;
ony fait mention des genres finguliers, des
eſpéces bizarres , des monſtres , &c . Ony
donne auſſi les differences particulieres de
l'économie animale , foit par rapport aux
parties qui fervent à la reſpiration, àla circulation
, à la génération , foit par rapport
aux autres fonctions animales .
Dans le ſixiéme volume on trouvera la
deſcription & l'hiſtoire particuliere de
tous les Poiſſons de mer , de lacs &de rivieres
,une méthode pour en reconnoître
les eſpéces; une histoire abregée des pêches
, où l'on a raſſemblé beaucoup de
faits fur la migration des poiffons.
L'Hiſtoire & la defcription des coquil.
lages ,des crustacées &des inſectes de la
mer , font la matiere du feptiéme volume,
La collection de Coquilles,qui eſt auCabinet
du Roi , eſt peut-être la plus complette
qu'il y ait en Europe , auffi-bien que celle
des plantes marines , qui n'étant que l'ouvrage
des inſectes de la mer , ſeront décri
ses dans ce volume , où l'on traite del
OCTOBRE. 1748. 163
formation & de l'accroiſſement des coquilles
, & l'on donnera des remarques générales
pour apprendre à les diſtribuer méthodiquement.
Le huitiéme volume contient l'Hiſtoire
des Reptiles , des Inſectes de terre , & des
animaux mycroſcopiques ; cette derniere
partie peut être intéreſſante par les découvertes
que les Auteurs ont faites fur cette
matiere.
On donnera dans le neuviéme volume
une Ornithologie. L'Hiſtoire des oiſeaux
auroit dû fuivre celle des quadrupedes ,
mais on a jugé à propos de la differer ,
parce que la collection d'oiſeaux , qui eſt
au Cabinet du Roi , n'a été commencée
que depuis peu de tems , & qu'elle n'eſt
pas complette ; on travaille à la former ,
&àmeſure qu'il arrive quelque oiſeau rare,
on en fait la deſcription .
Ces neufvolumes contiendront tout le
regne animal , les trois ſuivans comprendront
le regne végétal. Le premier de ces
trois volumes eſt déja fait & achevé , c'eſt
un ſyſtême général de végétation & un
traité d'Agriculture , où l'on trouvera un
grand nombre d'expériences que l'on a
fuivies depuis dix-sept ans , après avoit traduit
& dépouillé ce qu'il y ade bon &
d'utile dans les Auteurs Anglois , Alle164MERCURE
DE FRANCE.
mands & Italiens , au ſujet de la culture
desplantes.
Les trois derniers volumes , c'est-à-dire
le treiziéme , le quatorziéme & le quin
ziéme , feront pour le regne minéral. On
trouvera au commencement du treiziéme
volume un diſcours ſur la formation des
pierres & des minéraux , que l'on a com
poſé pour ſervir de ſuite à l'hiſtoire de la
Terre, qu'on a donnée dans le premier vo
lume ,mais on en differe l'impreſſion ,
parce qu'il ſe trouvera encore mieux placé
à la tête de l'Histoire des minéraux. Le
treiziéme volume contiendra auſſi la defcription
& l'hiſtoire des fofſiles & des
pierres figurées . La collection des pétrifications
eft extrêmement abondante au CabinetduRoi.
Dans le quatorziéme volume on fait
Phiſtoire des terres , des ſables , des pier
sés communes , des cailloux & des pierres
précieuſes ; ondonne une méthode fimple,
naturelle& invariable pour connoître les
pierres précieuſes ; cette belle partie de
I'Hiſtoire Naturelle ſera traitée avec foin.
La collection de ces pierres , ſoit tranſpatentes
, foit opaques , qui eſt au Cabinet
du Roi , eft extrêmement riche : on tachera
de rendre l'ouvrage digne de la matiere.
Enfin on finira par l'hiſtoire des ſels ,
OCTOBRE. 1748 .
des foufres , des bitumes , des métaux &
de tous lesminéraux que l'on tire du ſein
de la terre , avec la préparation & les ufagesde
toutes ces matieres.
Tous les volumes feront ornés devignettes
& de planches en taille-douce : if
yaura, furtout, les gravûres qui font nécef
faires à l'inſtruction , & celles qu'on pourroit
déſirer pour l'intelligence des choſes.
Cet ouvrage,ſera ſuivi fans interruption,
&l'on compte pouvoir en donner tous les
ans quelques volumes au public . Il ſera
imprimé ſur le même papier & avec les
mêmes caractéres que le Profpectus , in- 4° .
Il ſe vendra à Paris , chés Durand ruc
Saint Jacques , au Griffon , & Piffot , Quai
des Auguſtins , à la Sageffe,
PRIX proposés par l'Académie Royale des
Sciences , Inscriptions & Belles Lettres
de Toulouse. Pour les années 1749
1750 .
☑ Prix qu'on y
A Ville de Toulouſe , célébre par les
diftribue depuis longtems
à l'Eloquence , à la Poëfie , & aux
Arts , voulant contribuer auffi au progres
des Sciences & des Lettres , a , ſous le bon
plaiſir du Roi , fondé un prix de la valeur
de soo liv, pour être diſtribué tous les
t
166MERCUREDEFRANCE .
:
ans par l'Académie Royale des Sciences,
Inſcriptions&Belles Lettres , à celui qui,
au jugement de cette Compagnie , au
le mieux traité le fujet qu'elle aura pro
pofé.
Le ſujet doit être alternativement de
Mathématique , de Médecine & de Litté
rature.
L'Académie avoir propoſé pour ſujet du
Prix de 1748 , d'affigner la nature &la
cause de la rage , &quels en peuvent être les
préſervatifs &les remédes.
Ce Prix a été adjugé à la Piéce n°. 3 ,
qui a pour déviſe : Nec desperandum de
inveniendo tam fingularis veneni fingulari
antidoto : dont l'Auteur eſt M. Sauvages,
Profeſſeur Royal en Médecine ,de la Société
Royale de Montpellier ,&des Académies
d'Upfal &de Stokholm.
L'Académie a propoſé en 1747 , pour
ſujet du prix de 1749, defixer letems oit
les Sciences les Arts ont commencé à être
cultivées chés les Volſques , & de marquer les
changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les Coûtumes & la Religion de ces
Peuples.
Le ſujet que l'Académie avoit propoſé
pour le Prix de 1747 , qu'elle réſerva ,
étoit la cauſephysique de l'applariſſement de
la terre,tel qu'il a été déterminépar les opó
OCTOBRE. 1748 167
rations faites au Cercle Polaire , en France
Sous l'Equateur. La Compagnie a déterminé
de joindre ce Prix à celui de 1750 , qui
ſera double , & pour lequel elle propoſe
encore le même ſujet,
de
Ceux qui ont déja remis des ouvrages
fur cette matiere , pourront les préſenter
nouveau , après y avoir fait les changemens
qu'ils jugeront convenables.
Comme quelques Auteurs , dans les
ouvrages qu'ils avoient préſentés , ne cherchoient
que l'explication d'un applatiffement
indéterminé de la terre , ſans même
avoir égard aux variations de la péſanteur
obſervée à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir , qu'elle demande
une cauſe , qui, en s'accordant avec ces variations
, explique le degré d'applatiſſement
déterminé par les meſures.
Les Sçavans font invités à travailler fur
ces ſujets , & même les Aſſociés étrangers
de l'Académie. Les autres Académiciensfont
exclus de prétendre au Prix .
-Ceux qui compoſeront ſont priés d'écrire
en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages ; qui
foit bien liſible , ſurtout quand il y aura
des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
une ſentence ou deviſe , mais ils
G
ㅏ
155 MERCURE DE FRANCE.
n'y mettront point leur nom. Ils font exhortes
cependant à y attacher unbillet ſé.
pare& cacheté,qui contienne la même
devile-ou fentence,avec leur nom , leurs
qualités & leur adreſſe :l'Académie exige
même qu'ils prennent cette précaution ,
lorſqu'ils adreſſeront leursEcrits au Secrétaire
"Cebillet ne ſera point ouvert , fi la
Piéce n'a remporté le Prix.
•Ceux qui travailleront pour les Prix ,
pourront adreſſer leurs ouvrages à M.
PAbbé de Sapte , Secrétaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui faire remettre par
quelque perſonne domiciliée à Toulouſe,
Dans ce dernier cas ,il endonnera ſon récépillé
, fur lequel ſera écrite la fentence
de l'ouvrage avec fon numero , felon l'ordre
dans lequel il aura été reçû.
Les paquets adreffés au Secrétaire doi
vent être affranchis de port.
Les ouvrages , pour le Prix de 1749
doivent être remis avant le premier
Mars.
- Et avant le premier Février pour l'année
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée
publique du 25 du mois d'Août de
chaque année , la Piéce qu'elle aura cou
ronnée.
---Si l'ouvrage qui aura remporté le Prix ,
OCTOBRE. 1745. 169
a été envoyé au Secrétaire en droiture , le
Tréſorier de l'Académie ne délivrera се
Prix qu'à l'Auteur même , qui ſe fera connoître
, ou au porteur d'une Procuration
de ſa part.
S'il y a un récépiſſé du Secrétaire , le
Prix ſera délivré à celui qui le repréſentera.
L'Académie , qui ne preſcrit aucun ſyſtème,
déclare auſſi qu'elle n'entend point adopter les
principes des ouvrages qu'elle couronnera.
PROGRAMME de l'Académie des
Belles Lettres , Sciences & Arts , établie à
Bordeaux.
C
Ette Académie diſtribue chaque année
un Prix de Phyſique , fondé par
feu M. le Duc de la Force. C'est une Médaille
d'or de la valeur de trois cens livres .
Le Pere Beraut Jéſuite , Profeſſeur de
Mathématiques dans le Collége de Lyon ,
a remporté cette année le Prix de la queftion
, S'il y a quelque rapport entre la cauſe
des effets de l'Aiman , & celle des phenoménes
de l'Electricité..
L'Académie propoſe aujourd'hui deux
ſujets pour les deux Prix qu'elle diſtribuera
en l'année 1750. Le premier ,Dela Ducti
H
70 MERCURE DE FRANCE:
livé des métaux &des moyens de l'augmenter
Le ſecond , S'il y a quelque rapport entre les
phenoménes du Tonnerre&ceux de l'Electri
cité.
Les Differtations ſur ces deux ſujets ne
ſeront reçûës que juſqu'au premierMai de
l'année 1750. Elles peuvent être en François
ou en Latin. On demande qu'elles
foient écrites en caractéres bien liſibles.
Au bas des Differtations , ily aura une
fentence , & l'Auteur mettra dans un billet
ſéparé & cacheté , la même ſentence , avec
fon nom , fon adreſſe & ſes qualités .
- Les paquets feront affranchis de Port ,
adreffes à M.le Président Barbot , Secretaire
de l'Académie , ſur les Fofſfés du Chapeau
Rouge , ou à M. Brun , Imprimeur , aggregé
de laditeAcadémie , ruë Saint James,
PROGRAMME de l'Académie desBel
les- Lettresde Montauban .
MR. l'Evêque de Montauban , ayane
deſtiné lafomme dedeux cens cinquante
livres , pour donner un Prix de pareille
valeur , à celui qui , au jugementde
l'Académie des BellesLettresdecette Ville
, ſe trouvera avoir fait le meilleur Difcours
ſur un ſujet relatif à quelque point
OCTOBRE. 1748. 171
de Morale tiré des Livres ſaints , l'Académie
diſtribuera ce Prix le 25 Août prochain
, Fête de S. Louis , Roi de France.
Le ſujet de ce Diſcours fera pour l'année
1749.
Pourquoi le Sage est-il émû de la calomnie ?
Conformément à ces paroles de l'Ecriture :
Calumnia conturbat ſapientem. Ecclef. VII.
8.
i
Les diſcours ne feront tout au plus que
de demi-heure de lecture , & finiront toujours
par une courte Priere à JESUSCHRIST
. On n'en recevra aucun qui
n'ait une Approbation ſignée de deux
Docteurs enThéologie.
Les Auteurs ne mettront point leur
nom à leurs ouvrages , mais ſeulementune
marque ou paraphe , avec un Paſſage de
l'Ecriture Sainte , ou d'un Pere de l'Eglife,
qu'on écrira auſſi ſur le Regiſtre du Secretaire
de l'Académie .
Toutes fortes de perſonnes , de quelque
qualité qu'elles foient , ſeront reçûës à
prétendre au Prix , hors les Membres de
'Académie , qui en doivent être les Juges.
Les Auteurs feront remettre leurs ouvrages
pendant tout le mois deMai prochain ,
-entre les mains de M. de Bernoy , Secretaire
perpétuel de l'Académie , en ſamai-
Hij
172 MERCURE DEFRANCE.
:
fon rue Montmurat , ou en fon abfence ,
àM. l'Abbé Bellet , en ſa maifon ruë Cour
de-Toulouſe,
Le Prix ne ſera délivré à aucun , qu'il
ne ſe nomme , & qu'il ne ſe préſente en
perfonne , ou par Procureur , pour le recevoir
,& pour ſigner le Diſcours .
Les Auteurs font priés d'adreſſer àM.
le Secretaire trois copies bien liſibles de
leurs ouvrages , & d'affranchir les paquets
qui ſeront envoyés par la Poſte. Sans ces
deux conditions , les ouvrages ne feront
point admis au concours. :
Le Diſcours qui a pour Sentence , Beati
mifericordes , a remporté le Prix de cette
année , & l'Ode qui a pour Sentence ;
Redeunt Saturnia Regna , a remporté le Prix
réſervé.
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Dijon ,fondéeparM. Hector
Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
deBourgogne.
P
Our le Prixde Phyſique de l'année
1749 , conſiſtant en une Médaille
d'or , qui fera délivrée le Dimanche 24du
mois d'Août de la même année , àceluž
qui aura le mieux traité la queſtion fuiyante.
:
OCTOBRE. 1748. 173
- Pourquoi les corps , électriques par eux-mêmes
, ne reçoivent pas l'électricité par commu
nication ?
Il ſera libre à ceux qui voudront concourir
, d'écrire en François ou en Latin ,
obſervant que leurs ouvrages ſoient liſibles
,& que la lecture de chaque Mémoire
rempliffe , & n'excéde point une demieheure
; les Mémoires francs de port ( fans
quoi ils ne feront pas retirés) feront adref,
fés à M. Petit , Secretaire de l'Académie ,
ruë du vieux Marché à Dijon , qui n'en
recevra aucun après le premier Avril.
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet
donné , ſe feront fait connoître avant que
l'Académie ait décidé ſur la diftribution
du Prix , feront exclus du concours . Pour
remédier à cet inconvénient , chaque Ad
teur mettra au bas de ſon Mémoire une
ſentence ou deviſe , &y joindra une feuille
de papier cachetée , ſur le dos de laquel .
le ſera la même ſentence ou deviſe, & fous
le cachet ſon nom , ſes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la
distribution du Prix. Ces feuilles , ainfi
cachetées de façon qu'on ne puiſſe y rien
lire à travers , ne feront point ouvertes
avant ce tems-là , & le Secrétaire en tiendra
un Regiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un Récépiffé
Hiij
174MERCURE DE FRANCE.
de leurs ouvrages , le feront expédier ſous
un autre nom que le leur ,&dans le cas
où celui, qui auroit ufé de cette précaution,
auroit obtenu le Prix , il fera obligé , en
chargeant une perſonne domiciliée àDijon
de ſa Procuration pardevant Notaire , d'y
joindre auſſi le Récépiffé.
Si celui à qui le Prix eſt adjugé n'eſt pas
de Dijon , il enverra pareillement ſa Procuration
en la forme ſuſdite , & s'il eſt de
cette Ville , il ſera tenu de venir le rece
voir en perſonne àl'Académie le jour de la
diſtribution du Prix..
: L'Académie des Sciences de Dijon délivradans
une affemblée publique le jour de
S. Louis , le Prix de Médecine propofé
pour l'année 1748 , à M. Chambon dela
Faculté de Montpellier , demeurant aux
Vans dans les Cevenes.
Les deux autres Mémoires , qui ont balancé
les ſuffrages de l'Académie , ſont de
Mrs Rey , de la Facultéde Montpellier ,
aggregé au Collége des Médecins de Lyon;
des Académies des Sciences , Belles Lettres
& Beaux Arts de la même Ville , réſidant
actuellement à S.Chaumont en Lyonnois
, & Gravier , Docteur en Médecine,
à Parray en Charollois.
OCTOBRE. 1748. 179
La célébre Bibliothéque de feu M. l'Ab
bé de Rothelin ſera venduë en détail , au
commencement du mois de Mars 1749 .
Le Catalogue imprimé ſe trouve chés Ga
Martin , Libraire , à Paris.
L
ESTAMPES NOUVELLES .
E Sieur le Bas , Graveur du Cabinet du Roi ,
& Membre de l'Académie Royale de Peinture
, Sculpture & Gravûre de Paris , ainſi que de
celle des Arts & Sciences de Rouen , étant auffi la
borieux qu'habile dans ſon Art, continuë de fatisfaire
la curioſité du public & le goût des ama
teurs , en produifant fans ceffe de nouvelles Eſtampes.
Il vient d'en mettre au jour fix parfaitement
belles.
La premiere eſt une troiſième fêre Flamande
&c'eſt la cinquante fixiéme qu'il a gravée d'après
le célébre Teniers. Elle est large de deux pieds
quatre pouces , ſur un pied neuf pouces & trois
ligues de hauteur ,& elle contient 180 figures.
Cet excellent morceau est dédié à M. le Comtede
Choiſeul , Lieutenant Général de la Province du
Dauphiné , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majesté , lequel a dans ſon Cabinet le tableau ori.
ginal. On lit au bas ces vers , de M. Moraine.
Le plusfage des Rois conſeille l'allégreffe .
Ces gens auroient-ils lû ſes précieux Ecrits ?
Je vois que par la table , & la danſe & les ris,
Ils banniſſent bien loin l'importune triſteffe .
Huj
176MERCURE DE FRANCE.
Ah ! nous n'avons beſoin dans l'amour des plat
firs,
Nid'antiques conſeils , ni de docte lecture ;
Ces Villageois groffiers ,pour remplir leurs de
fus ,
Ne fuivent que l'avisde la fimpleNature.
,
La ſeconde eſt large d'un pied cinq pouces ,
&haute d'un pied un pouce ſept lignes. On
voit fur le devant quatre Pêcheurs qui examinent
les poiſlons qu'ils viennent de prendre &un
jeune garçon qui en jette d'un panierpluſieurs au
tres ſur le rivage. Teniers , d'après qui cette E
rampe eft gravée, a donné, contre ſa coûtume , aux
figures du devant une hauteur d'environ un pied
& quelques pouces , & ſuivant fon talent ordinaire
il en a caractérisé les têtes d'une maniere
exquife par leur naturel. D'un côté , deux Pêcheurs
font juſqu'à la moitié de la jambe dans la
mer , & de l'autre quelques hommes font au pied
d'une colline , fur laquelle s'élèvent une tour&
quelques mazures. Le ciel de ce tableau , qui eſt
large detrois pieds neuf pouces & demi , &haur
de deux pieds dix pouces neuf lignes , paroît
nébuleux & chargéde pluye. Il eſt du Cabinet de
M. le Comte de Vence , à qui l'Eſtampe eſt dédiée.
La troifiéme & la quatriéme Eſtampes ſont deux
Pendans. L'une repréſente Schevelinge , Village
de Hollande. Près de ce Village, & fur le bord
de la mer , on apperçoit quantité de peuple affemblé
par pelotons , & trafiquant du poiffon. Plufieurs
groffes Barques y paroiſſent ſur les eaux.
On y lit ces vers de M. Moraine.
OCTOBRE. 1748. 177
:
Ces Barques , ces Pêcheurs cette mer poiffon
neuſe ,
Ce Village placé fi favorablement ;
Offrent aux yeux charmés une contrée heureuſe.
Là régnent l'embonpoint, le bon tempéramment,
Et l'on ne voit jamais en ce lieu d'abondance
Le maigre & trifte jeûne , & la dure abſtinence.
Cette belle Eſtampe eſt dédiée àM. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam ,
Chevalier du Saint Empire Romain.
L'autre Pendant eſt une Vûe de Santvliet , Village
Hollandois. Quelques moulins & quelques
maiſons s'offrent des deux côtés , & un agréable
lointain s'y préſente. L'hyver y a dépouillé les
arbres de leur feuillage ,& glacé une riviere ſur
laquelle pluſieurs perſonnes ſe rejoüiffent de diverſes
façons. Les uns y goûtent l'agrément de
la promenade , les autres y gliffent avec des patins
, ou y joüent à la bille. Le même Auteur
a fait pour cette Eſtampe , qui est dédiée à M.
Norregs Bertie , les vers fuivans ,
Beau pays, où fleurit une utile induſtrie ,
Et dont les habitans peuvent toute leur vie
Suivre avec liberté leurs innocens defirs,
On croiroit que chés toi l'eau ſe transforme en
;
glace ,
Pour offrir un plus ample & plus commode eſpace
Atous les Voyageurs , à tes divers plaifirs.
Ces deux Eſtampes ſont d'après Vandrever ,
Peintre Hollandois.
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
La cinquiéme Eſtampe, gravée par le Sr Noël
Lemire , repréſente un Avocat , qui , d'un air menaçant
& plein d'autorité, fait rendre compte à
unTuteur des biens de ſa Pupille , dont la contenance
eſt ſimple & timide. Le Cabinet de cet
Avocat eft orné d'une Bibliothéque. Un livre ouvert
& quelques ſacs de papiers ſont ſur le plan.
cher. Un pauvre plaideur ,un bâton à la main , ſe
préſente à la porte. Ce morceau , qui eſt parfaitement
bien traité , eſt haut d'un pied,& large d'environ
dixpouces. Il eſt d'après le Tableau deM.
Deſcamps , de l'Académie des Arts & Sciences de
Rouen .
La ſixiéme fait voir ſous le plus agréable ombrage,
& près d'une fontaine ſculptée d'un trèsbon
goût , un jeune Berger , qui apprend à une
Bergére aimable & à la fleur de ſon âge , à jouer
du flageolet. Derriere eux , un autre Pafteur &
une autre fille écoutent ces divertiſſantes leçons,
Près de ce groupe , eſt la ſtatue du Dieu Pan , qui
augmente l'ornementde ce lieu champêtre. Cette
Eſtampe d'après le Tableau du fameux Lancret ,
qui eſt au Cabinetdu Roi , a pour titre , leMaître
galant, & eftdédiée par M. d'Arcy à M. le Comte
de Teffin , Grand Chancelier & premier Miniſtre
du Roi de Suéde .
Ces Estampes ſe vendent chés le Sieur leBas., au
basde la ruë de la Harpe , à Paris.
OCTOBRE. 1748. 179
MYOLOGIE complette , en couleur ,
grandeur naturelle , d'après les pièces dif-
Sequées & préparées par M. Duverney ,
Demonstrateur Royal , peintes , gravées
imprimées par le Sieur Gautier ,Graveur
duRoi.
Et ouvrage qui eſt affééss connu de tous les
C
Anatomiſtes de l'Europe , & qui eſt le premier
& l'unique dans ſon genre , contient vingt
grandes Planches , dans lesquelles les Auteurs ont
démontré tous les muſcles du corps humain avec
toute l'exactitude poffible.
Le Sieur Gautier a eu l'honneur de les préſenter
au Roi à Verſailles pour le Cabinet de Sa Majefté,
en préſence de M. Chicoineau , Premier Médecin
du Roi. Sa Majesté a approuvé cette entrepriſe ,
&par-là les Auteurs ont été encouragés à la conti .
nuer. Ils diſtribuent à préſent les trois premieres
piéces de l'Anatomie complette , dont voici le
projetGénéral.
Projet général des Planches Anatomiques
du Sieur Gautier..
On ſe propoſe de donner dans cet ouvrage tou
rès les parties du corps humain. D'abord on a faits
paroître pour eflai la Myologie de la tête , & enfuite
celle du tronc & des extrêmités , ce qui a
formé une ceuvre complette que l'on joindra ,
l'on veut , avec celles auſquelles le SieurGautier
travaille , & dans lesquelles les Auteurs obſerve .
ront l'ordre ſuivant.
Hvj
So MERCURE DE FRANCE.
Premiere diviſion.
Certe diviſion eft celle que l'ondonne préfen
tement en huit planches , qui contiennent tour
l'Anatomie de la tête. Chaque diviſion fera une
oeuvre particuliere.
Deuxième division.
La deuxième diviſion contiendra l'Anatomie
duThorax , c'eſt à-dire , dela poitrine & du dos,
celle da bas ventre ,& des partiesintérieures
extérieures de la génération des deux ſéxes . Elle
ſera compriſe en douze planches..
Troifiéme division.
La troifiéme diviſion ſera pour l'Anatomie
comparéede differens Animaux. Elle contiendra
quatre Planches ſeulement.
Quatrieme division.
La quatriéme &. derniere diviſion comprendra
6x Planches : elle ſera deſtinée à repréſenter des
figures entieres de grandeur demi- naturelle , &
ſervira de ſupplément à tout l'ouvrage.
Prix de l'ouvrage.
La Myologie complette en vingtPlanches ſe
vend toute verniſſée & reliée en demie feuille 96
liv ; brochée , 99 liv ; reliée en grand, 102.
L'Anatomie de la tête en huit Planches cou
tera aux Souſcripteurs 24 liv . & ceux qui laiſſeront
paſſerle tems de ſouſcrire , la payeront 36 liv .
L'Anatomie du Thorax & du bas- ventre en
douze Planches coûtera à ceux qui ſouſcriront 36
liv. & à ceux qui n'auront pas ſouſcrit, 54 liv .
L'Anatomie comparée en quatre Planches coutera
12 liv. aux Soufcriptens ;& aux autres
liv.
18
Le Supplément en fix Planches coûtera 18 liv.
& à ceux qui n'auront pas ſouſcrit 24 liv.
OCTOBRE. 1748. 181
Total.
,
Ceux qui auront toujours ſouſcrit auront les
cinquante Planches pour so écus , & ceux qui artendront
la fin de l'ouvrage les payeront 225
liv.
Le Sieur Gautier eſpére pouvoir completter cet
ouvrage dans le courant des années 1749 & 1750.
Il demeure préſentement suë de la Harpe , après
la ruë Poupée , à la ſeconde maiſon neuve ou eft
fonEnſeigne.
Quelques jaloux ont écrit fauffement dans tous les Pays étrangers que le Sieur Bizey ,
célébre dans l'Art de faire des inftrumens à vent ,
étoit mort. Il demeure ruë Dauphine , vis - à- vis
PHôtel de Flandres , du côté de la Comédie Françoife.
TESTAMENT en faveur de la Ville
de Lyon.
L
'An mil ſept censquarante-huit , &le trenteun
Août , pardevant le Notaire Royal, ſoufligné
, & en préſence des témoins nommés , s'eſt
perforinellement établi , Charles le Loup , Premier
Préſident en l'Election de Breſſe , Seigneur de Rivoire
, Revonnaz , Montagnat& autres lieux , lequel
, de gré , ſain de ſes ſens ,m'a dicté ainſi que
s'en fuit , en préſence deflits Témoins , fon Codi
cille , conféquemment au Testament par lui fait ,
dont la ſuſcription a été reçue par Nevoret , Notaire
à Bourg , le 29 Mai mil ſept cens quarance,
& qui est déposé dans les Archives du Bureau de
-
MERCURE DE FRANCE.
In Charne de lavie deBourg; le fieur Codicil
kate, pour donner des marques de fon attachemen
a a Parme de les Ancêtres , qui ſuivant
Pirifore or aVie de Lyon y ontpris naifianannne
& legue auxHabitans de la Ville de
Lyon en a pedonne deMeffieurs les Prévôt &
Ecerns te laVie de Lyon, ſon Etat & Office
de Premier President en P'Election de Breffe , pour
außer unc aperpétuité à l'Hôtel de Ville de Lyon,
dont les Magftrats donneront l'homme au Roi ,
pour remplar & exercer la Charge..
Le motif qui détermine le fieur Codicillant à le
prescrire ainfi , eſt qu'il ſçait que le privilége de
Pexemption des Tallies, accordée aux véritables
Bourgeois de Lyon pour leurs biens fitués en Brefferant
Pancien denombrement qui en aéte fait,
m'a pas tout son effet pour eux. Par lemoyen du
President en P'Election de Breſſe , ils pourront
aroir une conno:Hance exacte des remplacemens
àfaire, &eux feuis pourront ſe faire fubroger.
Pretention du Princeſera ainfi remplie. Le préfent
legs eft fait ſous les conditions ci-après.
Sçavoir,queMeffieurs les Prérőtdes Marchands
&Echevins éleveront à perpétuité des jeunesEnfans
, fains & vigoureux, choitis parmi les Enfans
Trouvés dans l'Hôtel-Dieu de Lyon, pour leur
faire faire leurs Etudes, en forte qu'il y en ait
toujours un qui étudie la Phyſique. Comme le
Codiciliant ne laiſſe point d'Enfans , il veut que
ceux qui étudieront en Phyſique portent fon nom
&fes Armes. Veut encore le ſieurCodicillant que
Meffieurs les Prévôtdes Marchands & Echevins
de la Ville de Lyon fondent à perpétuité dans la
Chapellede Lifle-Barbe, ſous le vocable de Saint
Loup,une grande Meſſe de Requiem, qui y fera célebrée
pour le reposde l'amedu ſieurCodicillant
OCTOBRE. 1748. 183 3
chaque année à l'époque de ſon décès , & qu'ils
diftribuent cinq fols , par forme d'aumône , à cha
cundes pauvres qui y auront affifté.
Etdans le cas où Meſſieurs les Prévôt des Mar
chands & Echevins de la Ville de Lyon , après délibération
priſe , ne voudroient pas accepter le
préſent legs ſous les conditions y attachées , le
ſieur Codicillant le transfere à la Charité de Lyon,
à la charge d'exécuter les mêmes conditions, ayant
pour objet de faire un avantage réel à la Patrie de
ſes Ancêtres , & d'engager par- là Meſſieurs de
Lyon à s'intéreſſer au ſalut de la Province de
Breffe , & pour que ſon exemple réveille l'amour
de la Patrie & de la ſocieté dans le coeur de ceux
qui le ſuivront , il exhorte ſes Légataires à faire
imprimer le préſent Codicille pour en dépoſer des
copies collationnées dans les Archives de la Maifon
de Ville de Lyon &dans celles de laMaiſon de
Villede Bourg, ſa Patrie ,& partout où il ſera jugé
néceſſaire , afin d'emporter en mourant la fatisfaction
d'avoir vêcu utilement , car telle eſt ſa
volonté , dont il a requis Acte , ſigné le Loup de
Rivoire , &Fays, Notaire Royal..
COPIE d'une Lettre écrite à Mad. la
Generalle la Motte , par M. Martiny ,
Docteur Médecin , Aggregé au Collège de
Lyon.
1
E penſe , Madame , que vous ne ferez pas fa
chée d'être informée de l'heureux ſuccès de
votre Elixir d'or dans la maladie dont Madame
Chalut de cette Ville , & mere de M. Chalut , Tré
forier de Madame la Dauphine , a été attaquée.
134 MERCURE DE FRANCE.
Les vertiges , les mouvemens convulfifs, la bou
che tournée & un begayement , ſymptômes qui
annonçoient une apoplexie , ont entierement dif.
paru, & cedé à l'uſage habituel qu'elle a fait de
yotre précieux Elixir. Sa bouche eſt très-bien remiſe
, & elle ſe porte actuellement fort bien. Je
croirois , Madame , manquer à mon devoir &
l'intérêt que je prends à la conſervation de la ſanté
de nos Citoyens , ſije ne vous invitois à ne nous
pas laiſſer manquer dans ce Pays de ce Remede ,
dontje fais un très-grand cas,&dont je connois le
mérite, en ayant fait pluſieurs expériences .J'ai auſſi
éprouvé l'excellence de votre Elixir blanc dans les
maladies du cerveau , dans les vapeurs épileptiques,
dans la démence ou imbécillité d'eſprit , &
dans les maux qui tiennent d'une cauſe vénérienne
ou ſcorbutique. Je me ferai un vrai plaifir de vous
informer dans la ſuite des effets que l'un ou l'autre
de ces Elixirs pourront opérer , comme je m'en
fais un de vous aflûrer combien j'ai l'honneur d'étre
, & c.
LETTRE de M. Jomoron , Trésorier de
France ,&Subdelegué Général de l'Intendance
de Grenoble , en date du 20 Août
1748 , écrite à M. Arnoult.,
M
Onfieur Portalis , Commiſſaire des Guerres ,
Monfieur , m'a renvoyé de Toulon la lettreque
vous lui avez écrite le 18 Mai dernier; j'ai
fait tout ce qui étoit en mon pouvoir auprès des
Médecins , Chirurgiens & Apoticaires qui ont foigné
M. Bruno dans ſa derniere maladie , pour les
engager àdonner leur Certificat ſur les admiraOCTOBRE.
1748. 185,
bles effets de votre Sachet,qu'a éprouvé le ſieur
Bruno , Commis dans les Bureaux de l'Intendance
de cette Province , mais ils n'ont point voulu
adhérer à ma priere , en difant que votre Sachet
avoit été attaché au col du malade ſans leur participation
; je me contenterai donc de vous dire au
vrai ce qui s'eſt paſſé.Le Sr Bruno érant tombéd'a
poplexie il y avoit trois jours , étant fans connoiffance
, M. Portalis arriva de Paris & entendit tous
les regrets dont les Bureaux de l'Intendance rétentiffoient
ſur l'état de ce pauvre malheureux , qui
avoit été faigné& refaigné à plufieurs repriſes, & à
qui on avoit donné l'Emétique en abondance
qui n'avoit point opere. Comme M. Portalis ,
me dit qu'il portoit à Toulon un de vos Sachets
à un de ſes amis ,je lui demandai à le voir
je lûs les imprimés qui y étoient joints ; M. Portalis
m'offrit de me le remettre , en diſant qu'il en
feroit venir un autre , je lui rendis les 12 livres
qu'il m'a dit que lui avoit coûté ce Remede ; fur
le champ je priai un Religieux qui ſe trouva chés
moi , d'aller attacher au col du ſieur Bruno ce Sachet
, ce qui fut auſſi -tôt exécuté. Demie heure
après, le malade commença à donner des ſignes de
connoiffance ,le lendemain il fut fi bien à lui ,
qu'il ſe confeſſa , reçut le viatique & fit ſon teftament
, il a vêcu l'eſpace de quatre mois depuis. II
vientde mourir, mais les Médecins affûrent que fon
apop'éxie ne l'a point fait périr , qu'étant afmatique
, cette maladie a empiré & en a été la ſeule
cauſe ; qu'au ſurplus il a eu une parfaite connoiffance
juſqu'au moment de la mort ; voila ce que
jepuis vous certifier de cette affaire , en vous aſſu
rant qu'on ne peut être plus parfaitement , votre ,
&c. Signé, Jomoron , Tréſorier de France & Subdelegué
Général de l'Intendance de Grenoble.
286 MERCURE DE FRANCE.
Pour éviter tout abus &pour la fûreté du Pu
blic, on avertitde nouveauque le remede du ſieur
Arnoultne ſediftribue que chés lui , rue des cinq
Diamans àParis; qu'il ne commet perſonne pour
lediſtribuer ailleurs,& qu'il n'en donne pas un
ſeul , ſans qu'il ſoit accompagné d'un imprimé ſignéde
lui ,& fans enregiſtrer les noms,qualités&
demeures de ceux pour qui on les deſtine.
LeMercure & pluſieurs autres Ouvrages Périodiques
ont parlé plusieurs fois des effets SurprenaNS
opérés par le Sachet antiapoplectique. Leſieur Arnoult
vient d'obtenir un Certificat beaucoup plus authentique
&plus respectable des vertus de ce merveilleux Sathet.
C'est un Arrêt du Conseil d'Etat de SaMajesté,
qui maintient ceMarchand Droguiſte dans le droit de
vendre ſeul ledit Remede, & dans lequel font déduites
amplement les preuves qu'on a defon utilité.
LETTRE de M. de Launay , Maître
Chirurgien Juré à Paris, &de l'Académie
Royalede Chirurgie .
Monfieur , c'eſt parce que vous n'avez honoré
de votre confiance , que je vous fais
tenir ma préſente adreſſe.
Ayant été en relation avec vous , il eſt bien juſte
que vous ſçachiez od me retrouver , ſurtout dans
Poccafion où je pourrois être utile à vos plus proches
ou à vos amis qui font dans la Province.
Je n'ai rien épargné pour les recherches,& je me
fuis affûré de l'expérience néceſſaire pour remplir
P'attente de ceux qui s'adreſſeront à moi ,ſoit pour la
fûreté,la durée &la commoditédes Bandages nouyeaux
, foit pour les avis & le ſuccès des Reme
OCTOBRE. 1748. 187
desqui conviennent aux Defcentes ou aux autres
maladies qui y ont quelque rapport.
Vous voila à préſent en état d'obliger qui vous
voudrez , & de diſpoſer de moi quandil vous plaira
me mettre à l'épreuve ; vous ferez convaincu
de la fincérité avec laquelle j'ai l'honneur d'être
Monfieur , &c. de Launay , Chirurgien Juré à
Paris , de l'Académie de Chirurgie ; Cul-de-fao
de l'Oratoire .
L
SPECTACLES.
Acadéınie Royale deMuſique a cedé fon pri
vilége du Concert Spirituel , exécuté au Châ
teau des Tuilleries , à M. Royer , ſi eſtimé à la Cour
&àla Ville par ſes talens& ſes ouvrages; nous l'a
vons déja annoncé au Public, mais nous ne l'avons
pas informé des ſoins & des frais qu'il en coûte à
ce nouveau Directeur pour mettre la Salle de ſon
Spectacle en état de plaire aux Dames par ſa diftribution
commode & l'arrangement des places.
Ce Concert fi bien préparé , ouvrira le premier
Novembre , jour de la Touſſaint .
L'Opéra continue avec ſuccès les repréſentations
du Ballet des Fragmens. Mlle Coupée a joué
le rôle de Julie , & a été applaudie dans l'Acte de
l'Eſtime , tiré du Ballet des Amans déguilés .
La Tragédie de Sémiramis de M. de Voltaire ,
s'eſt ſoutenuë juſqu'à la clôture du Théatre , avec
des affeinblées nombreuſes .
Le Mercredi 18 Septembre , la Comédie Italienne
a donné la premiere Repréſentation des Fées
Rivales , Piéce Italienne en quatre Actes , ſuivie de
FERREDEFRANCE
ses -ngenenement definés
Cererer cas
ecome Cometes
reface mer avention a
meble Coraline & ct
Larent de M. Blak
Tapetaredes Decoratioor
gen accele cette Comédie , y
nus de Courage nele
Sanari per p
نتشگ
Lees & aime de Role
erence a Com
What Ons, chir-
S. ES
wees yeux de
A par
SPILTIZO
Enaree do
OCTOBRE. 1748. 184
COMEDIES REPRESENTEES
à Fontainebleau,
L
Es Comédiens François jouerent le Mardi Sl
Jaloux désabusé , ſuivi de la Nouveauté.
Le Jeudi 10 la Tragédie des Horaces ,&
l'Epreuve réciproque.
Le Samedi 12 , les Comédiens Italiens jouerent
laDame invisible , ſuivie d'un Ballet .
Le Mardi 15 , les Comédiens François représ
ſenterent les Femmes Spavantes & la Famille Ex
travagante,
Ils jouerent le 17 , la Tragédie d'Oedipe & 1
Comtesse d'E carbagnas.
L
CONCERTS à la Cour,
E Mercredi 18 , le Lundi 23 & le Mercredi
25 du mois de Septembre on exécuta en
Concert chés la Reine le Prologue & les cinq
actes de l'Opéra de Thétis & Pelée. Mlles Romainville
, Canavas , de Selle , Mathieu , Godonnefche
& Guedon , en ont chanté les rôles , ainfi
que Meſſieurs Benoît , de Chaſſé, Godonneſche ,
Dubourg , Poirier & leCler.
Le Mercredi 18 & le Mardi 17 ,le Sieur Champallanty,
jeune Muſicien Italien , de laMuſique
du Roi , fit chanter pendant la Meſſe devant leurs
Majeftés le Pſeaume Deus in nomine tuo, &c. Moter
de ſa compoſition , qui fut fort applaudi , & dans
lequel il a joint à l'expreſſion des paroles le goût
Italien.
Le Jeudi 19 & le Vendredi 20 , le SieurAn
100 MERCURE DE FRANCE.
theaume , Maître de Muſique de la Cathédrale
de Senlis , & filsdu Muſicien du Roi , fit chanter
pendant la Meffe de Sa Majesté le PleaumeDominus
Regnavit , &c. On a trouvé beaucoup de gra
ces dans les récits , & de force dans les choeurs de
ceMoter, qui eſt de ſa compoſition .
Le Lundi7 , le Mercredi 9 , & le Lundi 14 de
ce mois, on chanta chés la Reine le Prologue &
les cinq Actes de l'Opera de Persée. Les rôles
furent remplis par Mlles Romainville , Lalande ,
Deſchants ,Mathieu , Godonneſche & Canavas,
& par Meſſfieurs Poirier , Lagarde , Dubourg,
Richer , d'Aigremont , le Bague , & Bazize.
Le Mercredi 16 , on exécuta chés la Reine le
premier&le ſecond Acte de la Pastorale héroïque de
Diane & Endimion , de M. de Blaſmont, SurI-ntendant
de la Muſique du Roi.
Miles Lalande , Defchants , Romainville,Ca
navas ,, Godonneſche ,&dd''Aigremont , Meſſieurs
Poirier , Dubourg & la Garde,en chanterent les
côles.
M. Gautier , Profeſſeur de Muſique , eſtimé depuislong-
tens, acompoſéun troiſiéme Recueil de
Chanfons,dontles paroles & les Airs méritent l'approbation
des Amateurs des Ouvrages Lyriques.
On le débite chés l'Auteur , rue de la Comédie
Françoiſe,& chés le Clerc , rue du Roule, à la Croix
d'or. Voici un joli échantillon des paroles.
OCTOBRE. 1748. 19
RONDE DE TABLE.
Que ce feſtin eſt aimable ,
Et qu'il a pour moi d'attraits !
Je vois lesGraces à table ,
L'Amour doit être bien près.
Bacchus d'un viņ qui pétille
Verſe les flots précieux ,
Et joint l'éclat dont il brille
Acelui de leurs beaux yeux.
Jeleurconſacre mon verre ,
J'aime & je bois tour à tour ;
Toujours l'heureuſe fougere
Sert ou Bacchus ou l'Amour,
MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES,
DE PETERSBOURG , le 24 Septembr..
L
'Eſcadre que l'Impératrice avoit envoyé croiſer
dans la mer Baltique est rentrée dans les
Ports de Revel & de Cromſtadt , & l'on eft occupé
actuellement à déſarmer les Vaiſſeaux & les
Frégates. Le Gouvernement a donné ordre de
conſtruire pluſieurs nouveaux Vailleaux de guerre.
La nuit du 2 au 3 de ce mois , il arriva de
Vienne un courier , dont le Comte de Bernes ,
Ambaſſadeur de l'Impératrice Reine deHongrie
& de Boheme , alla ſur le champ communiquer
les dépéches au Comte de Beſtuchef , Grand Chancelier.
On recommence à publier que la liberté
fera bientôt renduë au Comte Ernest Biron .
Sa Majesté Impériale a nommé Chevaliers de
l'Ordre de Saint Alexandre Newsky le Knées
Scherbatoff, le Vice Amiral Gollowkin ,le Lieutenant
Feldt-Maréchal Taliſin , le Comte Henricow,
le Baron de Strogonof, le Comte Jefimonwsky
, le Knoces Bieloſoſlky , le Lieutenant
Feldt-Maréchal Dewitz , le Vice -Amiral Bars ,&
le Comte André de Beſtuchef.
Elle a déclaré qu'elle iroit à Moſcou dans la
mois de Décembre.
Le prix du loyer des maiſons y étant devenu
exceffif depuis les derniers incendies , & tel habitant
, qui donnoit ſa maison à unAmbaſſadeur
pour cinq cens roubles , en demandant actuelle-
< ment juſqu'à cinq mille , les Miniftres Etrangers
ont fupplié ſa Majefte Impériale d'interpoſer fon
autorite
i
OCTOBRE. 17.48 . 193
antorité pour empêcher cette exaction. Ils ne
pourront être logés qu'à plus d'une lieue & demie
du Palais , parce que les quartiers , qui enfont
les plus voiſins , ont été les plus maltraités par les
flammes. L'Impératrice a fait préſent de fix mille
roubles à la veuve du Knées Repnin. Le Comte
de Beſtuchef , Grand Chancelier , a reçu avis que
le 16 du mois dernier ſon Château de Wenden
avoit été réduit en cendres , ainſi que la Ville qui
en dépend.
1
,
:
DE WARSOVIE , le 26 Septembre.
Leſt dit dans les Univerſaux publiés de la part
du Roi pour la Convocation de laDiette générale
, que ſi d'un côté ſa Majesté a lieu de ſe rejoüir
de la tranquillité , dont la Pologne a joiii pendant
les troubles qui ont agité les Etats voiſins ,
elle voit de l'autre avec la plus grande douleur
qu'on a perdu des momens heureux qui auroient
dû être employés utilement ; que le bonheur des
Polonois a paru leur être à charge , & qu'ils fe
font empreffés de ſuivre les chemins qui les conduifoient
à leur perte ; que la Patrie eſt dépouillée
de fon ancienne ſplendeur , & réduite à la derniere
pauvreté, fans troupes , ſans défenſe , ſans aucune
fûreté pour fon commerce ; qu'on a été émû de
compaffion de la voir dans cette ſituation déplorable;
qu'on a été convaincu de la néceſſité d'y apporterun
prompt reméde ; que les Patriotes zélés
ont fait les plusgrands efforts pour y réuffir , mais
que la défunion y a toujours mis obſtacle , & que
les conſeils les plus falutaires n'ont produit aucun
effet ; qu'il n'étoit pas naturel de s'attendre que
P'augmentation de l'armée de la Couronne , augmentation
demandée de chacun avec inſtance ,
I
194 MERCUREDEFRANCE.
comme un article eſſentiel au bien public , eût du
être la cauſe qui arendu tant de Diettes infructueuſes
, que cependant les differentes difficultés ,
alleguées ſur les moyensde trouver les fonds pour
P'entretien des troupes, ont empêché la République
d'acquerit de nouvelles forces : que même
les autres affaires , ſur leſquelles onavoit a déliberer
, n'ont pû être terminées , vû la ſéparation
précipitée de pluſieurs Diettes , que le Roi , moins
offenſe de cet abus de la liberté , qu'animé de l'amour
de la Patrie , n'eſt point rebuté par tant de
mauvais ſuccès ; qu'il a convoqué lesDiettes par
ticulieres des Palatinats pour le 19 du mois d'Aoûς
dernier , & qu'il convoque la Diette générale
pour le 19 du mois prochain ;que ſa Majesté ſouhaite
que les Etats affemblés de la République
faffent voir que les tems de diſcorde ne ſubſiſtent
plus; que ſi l'on continuë de s'oppoſer à l'augmentation
de l'armée, ou ſi l'on juge à propos ,
avant que de ſe déterminer ſur cet article, de pourvoir
au fond néceſſaire pour l'entretien des troupes,
le Roi s'en remet là-deſſus à ce quiſera réglé
par la Diette ; qu'en attendant , ila recommandé
auxGrandsChanceliers de Pologne&de Lithuanie
d'invitet ſérieuſement cette aſſemblée à prendre
des meſures efficaces pour améliorer les Finances,
pour favorifer le commerce , &pour abréger les: ,
procédures.
L
DE STOCKHOLM , le 23 Septembre,
A ſanté du Roi eſt toujours fort chancelante,
&ce Prince eût le 8 de ce mois une vive attaque
de gravelle. Sa Majesté rendit le lendemaip
une pierre , &depuis eile s'eſt trouvée un peu foulagée.
On compte que la Princeſſe, époule du
OCTOBRE. 1748. 195
Prince Royal , accouchera vers la finde cemois.
Ce que quelques Gazettes étrangères ont publié
d'une prétendue Déclaration faite au ſujet de l'affaire
de M. de Guydickens eft d'autant plus defti
tué de fondement , qu'il ne réſide iciperſonne de
la part du Roi de la Grande Bretagne. A la vérité,
le Rot avoit nommé M. de Wolfenstierna pour
ſe rendre à Hannover , mais comme on a été
informé que ſa Majefté Britannique étoit allée à
Goerden,& qu'elle vouloit employer uniquement
à ce qui concerne la Pacification générale le
reſtedu tems qu'elle doit paſſer dans ſon Electorar,
ſaMajesté a changé la destination de ce Miniftre ,
&elle lui a ordonné d'aller remplacer le Baron de
Hopken à la Cour de Berlin. Il n'y a rien de nouveau
du côté de la Finlande , où les troupes Sué
doifes & Ruffiennes ſe tiennent également tran
quilles dans leurs quartiers reſpectifs. M. Curonius
, ci-devant Bourguemestre d'Upfal , qui a été
arrêté en Dannemarck à la requifition du Roi , a
été conduit en cette Ville. Il a été enfermé dans
les priſons de Caſtenhoff.
Le Baron de During, en vertu des pouvoirs
qu'il avoit reçûsde ſa Majesté , a revêtu des mar
ques de l'Ordre de l'Epée M. Grufle , Préſident du
Conſeil Royal de l'Amirauté ; les Amiraux Uſal
&Gerdten; le Baron de Hamilton & M. de Kaul
barts , Majors Généraux.
ALLEMAGNE .
De Vienne , le 28 Septembre.
Elon un état qui paroît des contingens que les
des Caiffe
Militaire , conformément au nouveau Plan adopté
1
1 .
1
I ij
196 MERCURE DEFRANCE.
pour l'entretien des troupes , la Baſſe Autriche
payera deux millions huit mille neuf cens ſoixante
& huit florins ; la Haute Autriche douze cens
mille ; le Royaume de Boheme cinq millionsdeux
cens foixante-dix mille quatre cens cinquantehuit;
celuide Hongrie deux millions quatre cens
quarante- fept mille ſept cens ſoixante & douze ;
la Transilvanie ſept cens vingt & un mille huit
cens trente deux ; le Bannat de Temeſwar trois
ceus cinquante-cinq mille trois cens ſoixante;
l'Esclavonie , la Sirmie , & les territoires qui en
dépendent , cent trente mille neuf cens trentequatre;
la Moravie dix- huit cens cinquante fix
mille quatre cens quatre- vingt- dix ; la partie que
l'Impératrice Reine a confervée dans la HauteŞiléfie
,deux cens, quarante- cinq mille deux cens
quatre-vingtdix-huit;la Stirie onze cens quatrevingt-
deux mille cinq cens quarante-cinq;laCarinthie
fix cens trente-ſept mille ſept cens quatrevingt-
quicze , la Croatie trois cens trente fix mille
cent ſoixante& onze ; Gorice& Cradiska.quaran
te & un mille cinq cens deux.
M. Keith , Miniſtre du Roi de la Grande Bretagne
, eut le 8 de ce mois ſa premiere audience
del'Impératrice Reine , & luipréſenta ſes Lettres
de Créance. Ceue Princeſſe aſſiſta le même jour à
la confécration de lanouvelle Chapelle du Palais.
Elle vit le ſoir une repréſentation de l'Opera, &
elle retourna enfuite à Schombrun .
Les Régimens de Cuiraſſiers de Jean Palfy , de
Diemar & de Hohenembs, & ceux de Dragons de
l'Archiduc.Joſeph, de Philibert & de Lichtenstein,
feront envoyés dans le diſtrict de Pétersbourg ;
ceux de Cuiraſſiers de Birckenfeldt , de Hohenzollern
& de Charles Palfy , ceux de Dragons de
Bathiany & de Wittenberg , & ceux de Huffards
OCTOBRE. 1748. 19ל
Efterhafi , de Spleni & de Nadaſti , dans le diftrict
de Neuhefel ; ceux de Cuirafſiers de Czernin
, de Serbelloni & de Portugal , celui de Dragons
de Preitling ,& ceux de Haflards de Deſoffi,
de Carolis , de Belleſnay , de Giuliani & de Bario
nay , dans les districts d'Effect & de Caſchau ;
ceux de Cuirafliers de Saint Ignon & de Schmer
zing , & ceux de Huffards de Coliari & de Sti
rum fur le territoire d'Offene le Régiment de
Cuiraffiers de Darmstadt dans le Bannat'de Te
mefwar.
L'Empereur , accompagné du Prince Charles
de Lorraine , arriva de Prague le 16 de ce mois :
il defcendit au Palais de la Favorite où il s'arrêta
quelque tems, & il ſe rendit enfuite au Château de
Schombrunn. Leurs Majestés Impériales allerent
l'après midi rendre viſité à l'impératrice Premiere
Doüairiere. Elles revinrent le foir en cette Ville ,
& elles aſſiſterent à la repréfentation d'un Opera
Italien. Le lendemain entre ſept &huit heures du
foir, l'Impératrice Reine accoucha d'une Princeffe
, qui mourut peu d'inftans après avoir été
baptisée. Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire
du Grand Seigneur , eût le 15 fon audience de
congé de l'impératrice Reine , qui lui a fait remeture
par le Comte de Kevenhuller , Grand
Chambellan , les préſens deſtinés pour laHauteſſe..
Le 20 , M. Keith, nouveau Miniſtre du Roi de la
Grande Bretagne , eût ſa premiere audience de
l'Empereur , après laquelle il fût en conference
avec le Comte d'Uhlefeld, GrandChancelier de
la Cour. Il arriva le 17 de Pétersbourg un courier
, dont les dépêches donnerent lieu à la tenue
d'un Confeil , qui s'aſſembla chés le Feldt- Maréchal
Comtede Konigſeg .
Shaddi Effendi , Envoyé Extraordinaire de la
Гiij
Iو MERCURE DEFRANCE.
Porte , prendra après-demain congé de l'Empe
reur. Sa Majefté Impériale aſſiſta avant-hier à
Paſſemblée du College qu'on nomme la Deputation
générale de la Cour. Le Com e de Linangea
déja conferépluſieurs fois avec le Comte de Coloredo
, Vice-Chancelier de l'Empire , au fujetdes
prétentions de l'Electeur Palatin ſur la Seigneurie
dePleiſtein. On eſpere que cette affaire ſe terminera
à l'amiable ,& le bruit court que celle concernant
leComté de Zwingenberg eſt entierement
réglée. Le Gouvernement a reçû de Pétersbourg
un courier , par lequel on a appris que l'Impératrice
de Ruffie avoit accepté l'offre qui lui a été
faitepar l'Impératrice Reine , de donner des quarziers
enBoheme & en Moravie aux troupes Ruf,
fiennes , qui font à la folde de laGrande Bretagne
& de la République des Provinces-Unies. M.
Jordan , Conſeiller du Conſeil Aulique du Royaus
me de Boheme , & l'un des Membres de la Dépuια
tion générale , eſt mort en cette Ville le 23 de ce
mois. Il avoit beaucoup travaillé aux nouveaux
arrangemens, propoſés par le Comtede Haugwitz
pour la levée des impofitions destinées à l'entretien
des troupes. On mande de Conftantinople
que la tranquillité paroîty être parfaitement rétablie,&
que leGrand Seigneur est allé àuneMaifon
de campagne , où il demeurera juſqu'à ce
qu'on ait achevé les réparationsqu'il a ordonné de
faire au Serail.
DE BERLIN , le 1. Octobre.
DLufieurs des Seigneurs , qui ontaccompagné
le Roi en Siléfie , revinrent le 16 du mois
dernier , & fa Majesté en arriva le 17. Elle alla le
18 à Montbijoux rendre viſite àla Reine Douai-
:
-
OCTOBRE. 1748 . 199
tiere. Le 19 , elle y dîna avec la Reine , le Prince
&la Princeſſe de Pruſſe , & la Princeſſe Amelie.
Après le repas , le Roi retourna à Potsdam , où il
fut fuivi par le Feldt Maréchal Keith , le Major
Général de Winterfeldt , le Comte de Wartenſle.
ben , le Baron de Retzow , l'Adjudant Général
Buddenbroeck , le Baron de Lentulus , le Marquis
d'Argens , & le Baron de Bielefeld , Confenler
Privé.
Les eaux minérales d'Egra , dont le Roi a fait
uſage il y a quelque tems , ayant beaucoup contribue
aau rétabliſſement de ſa ſanté , ſa Majesté à
jagé à propos de les prendre une ſeconde fois.
Le Prince de Pruſſe a été de nouveau indiſpoſé ,
mais depuis quelques jours il ſe porte beaucoup
mieux . On a reçû avis de Dreſde , que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe avoit envoyé les marques
de l'Ordre de l'Aigle Blanc au Comte Rafomowsky
, Préſident de l'Académie des Sciences
de Pétersbourg. Les nouvelles de Boheme portent
que le Général Lieven , qui commande en chefles
troupes Ruffiennes depuis la mort du Knées Repnin,
a fait ſçavoir aux Commiſſaires prépofés par.
le Roi de la Grande Bretagne & par les EtatsGénéraux
des Provinces Unies pour leur conduite
- qu'il ſe chargeroit de pourvoir à la ſubſiſtance de
ces troupes , fion vouloit lui remettre les fonds
affignés pour cette deſtination.
L
DEHANOVER , le 29 Septembre.
E 16 de ce mois , le Roi partit de Herrenhauſen
pour Goerden , où ſa Majesté arriva le
jour ſuivant ,& où elle a voulu que la Chancellerie
la ſuivit , afin que les affaires d'Etat ne fouffriffent
point d'interruption par ce voyage. Quel-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE
ques dépêches qu'un courier extraordinaire a ap
portées de Turin au Chevalier Offorio , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Sardaigne , obligeront
ce Ministre de ſe rendre demain àGoerden. Le
Roi a refolu de faire un voyage à Lavenbourg , &
leDuc de Newcastle yaccompagnera la Majesté.
Ce Seigneur ira enfuite paffer quelque tems à
Hambourg.
S
DE BAREITH , le 26 Septembre .
Urla nouvelle que le Duc de Wirtenberg de
voit ſe rendre ici de Stuttgard le 18 de ce
mois , le Margrave envoya au-devant de ce Prince
juſqu'à Erlangen le Baron de Hesſberg , Conſeiller
Privé , avec un Chambellan , deux Gentilshommes
de, la Chambre , & pluieurs Officiers .
Lorſque le Duc de Wirtenberg fut arrivé fur la
frontiere de cet Etat , il y trouva le Baron de
Luchau , Premier Gentilliomme de la Chambre ,
qui l'y attendoit avec pluſieurs caroſſes duMargrave
, & qui le complimenta de la part de ce
Prince. Le Duc de Wittenberg monta dans le
caroſſe qui lui étoit destiné ,& la marche ſe fir
dans l'ordre ſuivant, Les Baillifs & Officiers de
Justice ; une Compagnie de Chafleurs ; les Offi
ciers de la Venerie , ayant à leur tête leGrand
Veneur; une Compagnie de Huffards ; le Baron
de Hesſberg dans un des carofles du Margrave ;
deux Ecuyers ; les Gentilshomines de laChambre ;
trois caroffesdu Margrave , remplis par des Gentilshommes
du Duc de Wirtenberg; une Com--
pagnie deCuiraffiers , le caroffe dans lequel étoit
le Duc de Wirtemberg avec le Baron de Luchau ,
& aux deux côtés duquel marchoient pluſieurs
Coureurs , Heyduques & Valets de pied , un
Détachement des Gardes du Margrave , les caOCTOBRE.
1748. 201
roffes de la Margrave , & ceux de la principale
Nobleſſe . En entrant, dans cette Ville , le Duc
de Wirtenberg fut falué d'une triple décharge
de vingt-quatre piéces de canon. Un Régiment
d'Infanterie formoit une double haye dans
les tuës par leſquelles cePrincepafla . Le Margrave
le reçût à la porte du Château , & le conduifit à
l'appartement de la Margrave ; où la Princeſſe
étoit, ainſi que les Princes Henri & Ferdinand de
Prufſe. Après que le Duc de Wirtenberg eut falué
laMargrave & la Princeſſe , il ſe retira pour quel
que tems dans l'apparteinent qui lui avoit été pré- -
paré . Il retourna enſuite chés la Margrave , où il y
eût un ſouper ſervi à pluſieurs tables, La Ducheffe :
Douairiere de Wirtenberg arriva le 19 , & cha
que jour a été marqué depuis par quelque fête..
Aujourd'hui , les nôces du Duc de Wirtenberg &
de la Princeſſe ſe ſont faites avec un éclat qui a
répondu au rang des deux époux...
DE HAMBOURG , le 10 Octobre..
Soixante mille écus , que la Régence de cette
Ville a prêtés au feu Duc de Holſtein, étant hyporéqués
ſur le District de Reebroeck qui fait partie
du Bailliage de Renbeck ,& ce' District étant enclavé
dans le territoire dépendant de Hambourg ,
les Magiſtrats ont fait propoſer au Grand Duc de
Ruffie de le leur céder pour la liquidation de la
fuſdite fomme..
Quatre Vaiſſeaux de guerre , que l'Impératrice
de Ruffie a fait conftruire àArchangel , ont paſſé
* le Sund , & font allés joindre à Cromſtadt la Flotte
de cette Princeffe. Ils ont beaucoup fouffert
dans leur navigation par diverſestempêtes qu'ils
ont effuyées. Le Roi de Dannemarck ſe rendra
dans peu à Jagersbourg , où il ſe propoſe de de
1v .
202 MERCUREDEFRANCE.
meurer le reſte de l'automne. On a été informé
par les lettresde Stockholm , que le Roi de Suéde
avoit recommencé àtravailler avec ſes Miniſtres.
Les mêmes lettres marquent qu'on mande de Fmlande
, que les troupes Ruffiennes y avoient été
renforcées de quelques Régimens .
ESPAGNE.
De Madrid le 1. Octobre.
Eurs Majeſtés accompagnées de Madame ,
de l'Infante
Marie-Louiſe , & des Grands , s'étant rendues le
15 de cemois ſur les cinq heures du ſoir à l'Eglife
desHieronimites, le Cardinal de Mendoza , Grand
Aumônier du Roi , fit la cérémonie d'adminiſtrer
àl'Infante Marie-Louiſe le Sacrement de Confirmation.
Elles aſſiſterent enſuite au Te Deum , qui
fut chanté par la Muſique , & à la Bénédiction du
Saint Sacrement. Don Juan d'Ifia, Préſident de
l'Audience & de la Chancellerie de Grenade , &
Don Joſeph Manuel de Roxas , Fifcal de celui des
Indes , ont été nommés Conſeillers du Conſeil
Royal. Le Roi a diſpoſé de l'emploi de Miniſtre
du Civil de l'Audience d'Arragon en faveur de
Don Mames Salvador de la Sala , & de celui de
Miniſtre du Criminel de la même Audience en faveur
de Don Louis Urries. Sa Majesté a accordé
les charges de Corregidors d'Epée des Villes de
Xeres , d'Ecija , de Plaſencia , de Mancha Real de
Jaën , & de Palencia , à Don Juan Bafile d'Anguiano
, à Don Juan Antoine del Rio , à Don
LaurentPolancoy Zevallos , à Don Louis Fernand
de Queſada & à Don Joſeph Joachim de Vere-
Lepoulede l'infantDonPhilippe
terra.
i
OCTOBRE. 1748. 205
Depuis les premiers avis qu'on a reçûsde la priſe
du Vaiſſeau de Regiſtrelle Jeſus MarieJofepb,qui
avoit fait voile de la Havane pour Cadix , on a été
informé que les Anglois l'ont enlevé à l'ancre
dans un Port d'une des Ifles Terceres. Ces Ifles
appartenantes àune Puiſſance neutre , le Roi a envoyé
ordre à M. Wale , chargé de les affaires à
Londres , d'expoſer au Miniſtere Britannique les
circonstances du fait,& d'infifter pour la reftitution
de ce Vaiſſeau & de tous les effets dont il
étoit chargé. Sa Majesté ſe promet que le Roi de
laGrande Bretagne , par ſon attention à faire droit
fur cette demande , donnera une preuve de ſes difpoſitions
à établir une parfaite intelligence entre
les deux Nations. Les nouvelles Actions de la
Compagnie de Seville ſe diftribuent à Madrid chés
Don François Antoine de la Cagiga , & à Séville
chés Don Nicolas del Campo , Tréforier Général
de la Compagnie. Dona Laure Julie Mentagaci ,
veuve du Marquis de Saint André , & Camerifte
de la Reine Douairiere , mourut à Saint Ildefonſe
le 15 , âgée de quatre-vingt-un ans , Le Pere Hyacinte
de Naxera , Religieux de l'Ordre des Minimes,
Examinateur Synodal & Hiſtoriographe de
PArchevêché de Séville & de l'Evêché de Cadix ,
eſt mort à Moron de la Frontera , dans la foixante
& onzième année de fon âge. On mande de Gibraltar
, que M. François Butler , qui y réſide en
qualité deConſul de la Nation Hollandoiſe , a reçû
des inſtructions des Etats Généraux des Provinces
Unies, pour renouer les négociations de paix
entamées ci- devant entre cette République & le
Roi de Maroc Muley Abdallah. En attendant 'la
conclufion d'un accommodement , la navigation
des Bâtimens Européens eft de nouveau menacée
par lesCorfaires de Tanger. Ces Pirates viennent
de mettre en mer deux nouvelles Galeres .
I vj
104 MERCURE DE FRANCE..
DE MILAN , le 29 Septembre..
E Comte.de Harrach , Gouverneur Général
Ldu Milanez , ayant repréſenté à l'Impératrice
Reine , qu'il convenoitde laiſſer pour la gardede
ceDuchéles troupes quiyont été employées depuis
plufieurs années, cette Princeſſe a déferé à
ceravis. En conféquence , il a été décidé que les
Régimens d'Infanterie Allemande de Wallis , de
Pallavicin , de Piccolomini ,du Jeune Konigſeg ,
duGrand Maître de l'Ordre Teutonique , d'Andlau
, deHagenbach & de Sprecher , ceux de Dragons
de Savoye , de Saxe Gotha & de Holiy , &
ceux de Huffards de Léopold Palfi, de Vettes &
de Giulai , demeureroient dans cette Province.
On parle d'ajoûter à ce nombre les deux Régie
mens d'Infanterie de Merci & Wolfenbutte .Le Régiment
deCuiraffiers de Lobckowitz eft en mar
chepour retourner dans le Royaume de Boheme.
L'Impératrice Reine a rétabli le Marquis de Litta :
dansſes emplois. Il ſe répand un bruit , que cette
Princeffe pourroit céder la Ville de Pavie au Roi
de Sardaigne en échange du Haut Novarois &
d'un Diſtrict qui s'étend le long de la rive gauche .
du Lac Majeur & du Teſſin.
L
DE GENES , le 30 Septembre. -
Es cent vingt foldats qu'un Détachement des
troupes de l'Impératrice Reine de Hongrie &
de Boheme,& de celles du Roi de Sardaigne, avoit
fait prifonniers dans l'action de Nonza ,& qui
avoient été conduits de l'Iſle de Corſe à Savonne,
ont été remis en liberté. On conjecture qu'il en
fera inceflamment de même des Officiers Alle
mands, qui fontdétenus ici depuis larévolution. Le
OCTOBRE. 1748. 205
bluit court que lorſqu'on les renverra , ils ſeron
eſcortés par des Bourgeois &des Artiſans de cette
Ville , comme étant priſonniers du Peuple, & que
le même Détachement ramenera les quatre Nobles
, qui font en ôtage à Milan . Il y a apparence
que la communication ſera entierement rétablie
avec la Lombardie , auffi-tôt après que tous les
priſonniers auront été rendus de part & d'autre.
Le Roi de Sardaigne a déja retiré de Savone la plus.
grande partie des troupes qui yétoient en garnifon
, & ce Prince commence àfaire vendre les
magaſins qu'il y avoit établis .
Les lettresde Corſe , du 15 de ce mois , confirment
que la ſuſpenſion d'armes y a été publiée
&que même elle a lieu entre les troupes de là
République & les Rebelles. On a ſçû par les me
mes lettres , que les Officiers du Corps des troupes
Allemandes & Piemontoiſes , commandé par le
Chevalier Cumiana , alloient librement à la Baſtie .
Le Gouvernement vient de nommer tous les
Commiſſaires & les Juges des lieux que la République
poffede en terre ferme , même de ceux qui
font encore occupés par les troupes de la Reine de
Hongrie. De cette démarche , on infere qu'il ſe
flate que la reftitution en fera bien- tôt faite aux
Génois. Il eſt arrivé dans ce Port un Navire Anglois
, chargé de draps , de plomb& d'autres marchandises
de laGrande Bretagne. L'Opera , que
leDuc de Richelieu faifoit préparer depuis longtems
,fut repréſenté pour la premiere fois le 22
dece mois. C'eſt un Ballet Héroïque , & il eſt inticu'é
Zima. La dépenſe de ce ſpectacle a monte
plusdecinquante mille livres..
206 MERCURE DE FRANCE.
L
DE NICE , le 25 Septembre.
EMarquis de la Mina , qui commande l'armée
Elpagnole ſous les ordres de l'Infant
Don Philippe, a célebré avec beaucoup de magnificence
l'Anniverſaire de la naiſſance de ſaMajeſté
Catholique. Tous les Officiers , tant des
troupes de France que de celles d'Eſpagne , s'étant
alfemblés le 22 de ce mois au ſoir chés ce Général,
onyrepréſenta une Comédie Françoiſe . Le Maréchal
Duc de Belle-Ifle s'y rendit quelque tems
après la Comédie, & on exécuta un très-bean
Concert. On tira enſuite un feu d'artifice , dont
la Décoration repréſentoit un ſuperbe Palais , orné
de ſtatues & d'emblêmes relatifs au ſujetde la
fête. Cette journée finit par un Bal , pendant lequel
on fervit continuellement des rafraîchiffemens
de toute eſpéce. L'Hôtel & le Jardin da
Marquis de la Mina étoient éclairés de plus de
cinq mille pots à feu. Avant hier , le Maréchal
Ducde Belle-Iſle , accompagné de tous les Officiers
François , alla avec le Marquis de la Mina à
l'Eglife de Saint Dominique , où ils entendirent la
grande Meffe chantée en Muſique. A l'Introite ,
à la Confécration , & au dernier Evangile , les
Compagnies de Grenadiers , qui étoient en bataille
devant l'Eglife , firent pluſieurs ſalves de mouf
queterie. On ſe rendit après l'Office chés le Marquis
de la Mina , qui fit ſervir trois tables , chacune
de cent trente couverts. Il y eut le ſoir Comédie,
& plufieurs ſalves de l'Artillerie des Châteaux
&des remparts. Toute la Ville fur illuminée , &
unBal maſqué termina la fête.
OCTOBRE. T 1748. 207
GRANDE BRETAGNE .
De Londres , le & Octobre. 1
N eſt fort impatient d'apprendre l'arrivée
de M. Keene à Madrid , où ildoit ſe rendre
pour conférer avec les Miniſtres de fa Majef
té Catholique fur ce qui regarde le commerce
entre l'Eſpagne & l'Angleterre. Il y a déja du
tems qu'il a reçu pour cet effet ſes dernieres inftructions.
Un courier ,venu d'Aix- la- Chapelle le
premier de ce mois, a apporté des dépêches fort
importantes , à l'occaſion deſquelles les Seigneurs
Régens de laGrande Bretagne onttenu un Confeil.
Dès qu'elles eurent été remiſes au Duc de
Bedfort , ce Secretaire d'Etat écrivit au Comte de
Sandwich pour lui en notifier la réception. Quoique
l'on continue de travailler avec toute la diligence
poſſible à préparer le Palais de Saint James,
lebruit court que le Roi pourroit differer ſon départ
de Hanover juſqu'au commencement du mois
prochain. Conféquemment à la réſolution qui a
été priſe de mettre les côtes de laGrande Bretagne
enmeilleur état de défenſe , on fait les diſpoſitions
néceſſaires pour réparer les anciennes Fortereſſes ,
&pour en conftruire de nouvelles. Le 3 , leCommunConfeil
de Londres s'aſſembla , & il chargea
un Committé d'examiner l'état des fonds & des re-
⚫venus de la Ville,& de chercher les moyens ,
non-ſeulement de payer la ſomme additionnelle
dedeux mille livres ſterlings qu'elle eft obligéede
fournir ſelon un Acte de la derniere Seffion du
Parlement , mais encore d'acquitter les dettes
qu'elle a contractées pour l'entretien desOrphelins.
On conduifit le 2 à la Banque ſous une nombreuſe
eſcorte pluſieurs caiſſes remplies d'or &
108 MERCURE DE FRANCE.
d'argent , qui font arrivées de Lisbonne pour le
compte des Négocians de cette Ville. Ils ontreçû
depuis trois mois plus de deux millions de livres
ſterlings pour les marchandises qu'ils ont fait paffer
en Portugal. Demain le Yacht le Fubbs fera
voile pour aller prendre en Hollande la Ducheſſe
de Newcastle, qui revient de Hannover.On lançı
les à l'eau dans le Port de Deptford un nouveau
Vaiſſeau de guerre , de foixante piéces de' canon.
La place de premier Commiſlaire du Commerce
&des Plantations , vacante par la mort du Lord
Menſon , eſt destinée au Comte d'Halifax, & on
dit que leChevalier Charles Hambury Williams ,
Miniftre du Roi à Berlin , fuccedera au feu Cheva
lier Guillaume Corbett dans la charge de Secre
taire de l'Echiquier. Les Actionsde la Compagnie
de la Mer du Sud & celles dela Banque n'ont point
de prix fixe. Celles de la Compagnie des Indes :
Orientales font à cent ſoixante & dix- neuf, trois
quarts , & les Annuitésà cent& un quart.
L
PAIS -BAS .
De la Haye,le 18 Octobre. ১
Es Magistrats de Bois-le-Duc, de Dort , dela
Brille&deHarlem,, ont été changés par le
Prince Stathouder , & les nouveaux Echevins de
la premiere de ces Villes font Meſſieurs Jeremie
Storm de s'Graveſende , Léonard Jean Smits ,
Guillaume Corneille Ackerſdyck , Alam Amende,
Henri Jean Van Breugel, Guillaume Bopp , Treins
Van Heurn , Thierry Gregoire Van Teylingen ,
& Thierry Guillaume de s'Gravefend...
OCTOBRE. 1748. 209
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour ,de Paris , &c.
E 29 du mois dernier , la Reine entendit la
Meiſe dans la Chapelle du Château de Verſailles
, & S. M. communia par les mains de l'Evêque
deChartres , ſon Premier Aumônier.
La Reine , Monſeigneur le Dauphin, Madame
là Dauphine & Meſdames de France , ſe rendirent
le premier de ce mois au Château de Choify.
Le Pere Chambroy , élû en 1745 Abbé de l'Abbaye
de Sainte Géneviève , & Supérieur Général
des Chanoines Réguliers de la Congrégation de
France , a été continué dans les mêmes Dignités
par les ſuffrages unanimes du Chapitre Général
de cette Congrégation , afſſemblé à Paris le 12 du.
mois dernier.
Le 3 , le Roi & la Reine , Monſeigneur le Dau
phin , Madame la Dauphine & Meſdames de France,
arriverent à Fontainebleau du Château de .
Choify.
Ley , pendant la Meſſe du Roi , l'Evêque de
Montpellier & l'Evêque de Viviers , prêterent ferment
de fidélité entre les mains de Sa Majeſté.
Male Maréchal Comte de Saxe arriva de Bru
xelles à Parisle 10 , & le 12 il a'la à Fontainebleau
rendre ſes reſpects au Roi , qui l'a reçû très,
favorablement..
SaMajesté a diſpoſé du Gouvernement deMontmedy
en faveur de M. le Comte de la Claviere,
Maréchal de Camp , & Commandant à Sedan .
SaMajesté a accordé au Comte de Scey Mont
210 MERCURE DEFRANCE.
béliard le Régiment du RoiDragons , vacant pat
ladémiſſion du Marquis d'Ormenans .
Les Comtes Sulkouski , fils du Comte de ce
nom, Miniftre & Général de Sa Majesté le Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eurent l'honneur d'êtrepreſentés
le 24 du mois dernier par leChevalierde
Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs,
au Roi, à la Reine , à la Famille Royale , qui leur
firent un accueil favorable. Ces jeunes Seigneurs
dînerent enſuite chés M. le Marquis de Puyfieulx,
Miniſtre d'Etat , ayant le Département des affaites
étrangeres , qui donnoit ce jour-là un repas
aux Ambaſladeurs .
M. de Klinglin , Premier Préſident du Conſeil
Supérieur d'Alface , a été introduit dans le Cabinet
du Roi , & préſenté à Sa Majeſté par M. le
Chancelier & M. le Duc de Fleury. Ce Magiftrat
a été nommé l'année derniere àcette Place , en
récompenſe des ſervices que lui & ſes ancêtres ont
conftamment rendus à Sa Majesté& à l'Etat.
REPONSE de M. l'Abbé l'Advocat
Docteur & Bibliothecaire de Sorbonne ,
M. Piganiol de la Force , fur le Fondateur
de Sorbonne.
I L ne m'a pas été poſſible, Monfieur , de répondre
plutôtàlalettre que vous avez inférée
dans leMercure du mois dejuillet. J'étois en Province
lorſqu'elle a parû , & je n'en fuis de retour
que depuis quelques jours. Vous ne perdrez cependant
rien à ce retardement. Je vais terminer
notre differendde maniere à ne point fouffrir de
réplique.
OCTOBRE. 1748. 211
Il s'agit entre nous de ſçavoir quel est le Fondateur
de Sorbonne. On a toujours crû que c'étoit
Robertde Sorbonne , Chanoine de Cambrai , &
enfuite de Paris , Chapelain & Confeſſeur du Roi
S. Louis. Telle a été juſqu'ici la croyance de tous
nos Docteurs ; croyance fondée ſur nos Archives
&fur la tradition conſtante de notre Maiſon.Vous
prétendez au contraire , Monfieur , que le Fondareur
de Sorbonne eſt Robert de Douai , Chanoine
de S. Quentin , & enſuite de Senlis , Médecin de
la Reine Marguerite de Provence, femme de Saint
Louis. Vous rapportez vous-même comment cette
idée vous eſt venue. C'eſt qu'en lifant un Recueil
de Piéces ſur la Faculté de Médecine de Paris ,
imprimé en 1714 , vous trouvâtes un Panégyrique
de cette même Faculté,prononcé par GabrielNaur
dé, où il eſt dit que Robert de Douai laiſſa par son
Testament quinze cens livres pariſis pour achepter des
revenus à des Ecoliers étudians en Théologie , ce qu'il
entendoit faire par l'avis de Robert de Sorbonne.
Dès que vous eûtes fait cette découverte , vous
la vérifiâtes , dites- vous , ſur l'original de ce Teftament
, qui est gardé dans les Archives de Sorbonne
, & dès lors vous n'hésitates plus a regarder
Robert de Douai comme le Fondateur de la Sorbonne.
Vous ajoûtez qu'ayant fait part au Public de cette
découverte dans votre Deſcription de Paris en
1742, vous ne fûtes pas peufurpris de ce que je vous
fis donner avis par M. l'Abbé d'Alinval , ue vous
vous étiez trompé sur le Fondateur de la Sorbonne ,
mais que vous répond tes que cela nepouvoit point étre,
parce que vous aviez compofé cet article fur l'Acte
qui est dans les Archives de la Sorbonne , que depuis
ce tems-là , comme vous prépariez une nouvelle
Edition de votre Ouvrage , je vous avois fait dire
Les mémes choses par un Avocat d'Auvergne , nommé
212 MERCURE DE FRANCE.
M. de Fraiſſis , & que vous m'aviez fait la même
réponse. Enfin , Monfieur , vous perſiſtez dans vo
tre opinion,&vous faites tous vos efforts pour ap
puyer ce que vous avez avancé en 1742 dans vo
tre Deſcription de Paris , tom. 6. p. 499 , en ces
termes.
>> Robert de Douai fut le premier Fondareur de
ceCollége( de Sorbonne) & eft cependant ce
lui qui eſt le moins connu. Il étoit Chanoine de
Senlis & Médecin de la Reine Marguerite de
>Provence, femme du Roi S. Louis. Par ſon Tef
> tament, qui est garié dans les Archives de la
>>Maiſon de Sorbonne , il donna quinze cens lit
> vres monnoye de Paris , pour la fondation de ce
>Collége , & en confia l'exécution à Robert de
>>Sorbonne fon ami . Mille & quingentas libras Pa
rifienfes reliquit ad opus quorumdam Scholarium',
quos intendebat facere ex confilio magiftri Roberti
de Sorbona ; in Theologia studentium. En'confé
" quence de ce legs , continuez- vous , Robert de
Sorbonne commença la fondation de ce Collége
vers l'an 1252. Et comme on ne vit que lui , &
qu'on ne connut que lui dans tout ce qui fut fait
pour l'établiffement de ce College , le Public lif
"donna le nom de College de Sorbonne . :
Telles font vos paroles. C'est donc uniquement
Yur leTeftament de Robert de Douai que vous ap
puyez votre prétention ,& que vous voulez enlever
à Robert de Sorbonne la gloire d'avoir fonde
le premier Collége du monde. Mais on vous a dé
ja prouvé ,& je vais vous prouver encore par le
Teftament même de Robert de Douai', que votre
prétention eſt inſoutenable. En effet la Maiſon de
Sorbonne a été fondée vers l'an 1252. Orle Tef
tament de Robert de Douai n'a été fait que le 13
Mai 1258.La fondation de Sorbonne eft done
OCTOBRE. 1748 . 213
agtérieure au Teſtament de Robert de Douai,
Ainſi ce n'eſt point en conséquence de ce Testament
que la Sorbonne a té fondée. On ne peut donc
prouver par cette piéce ,que Robert de Douai ſoit
le Fondateurde Sorbonne .
Vous avez fenti , & vous ſentez encore la force
de ce raiſonnement. Toute votre défenſe conſiſte
à nier la date du Teſtament de Robert de Douai ,
& à ſoûtenir qu'il a été paſſé vers l'an 1252 , &
non point le 13 Mai 1258 , comme on l'a rapporté.
Mais j'en appelle ici , Monfieur , à votre
bonne foi , & à votre exactitude. Quoi ! Vous
êres venu , dites- vous , en Sorbonne , conſulter
l'original même de ce Testament ; vousl'avez eu
entre les mains ,vous l'avez collationné avec.feu
M. Salmon , Bibliothéquaire de Sorbonne. Com
mentdonc ſe peut il faire que vous en ignoriez , &
que vous en congeſtiez même la date ? Nous conſervons
ce Testament en original dans nos Archi
ves . J'offre de vous le faire voir , & à tous ceux
qui en auront la curioſité. Il eſt daté commele
font tous les Teftamens authentiques . La date fait
foi . Elle porte : Paffé à Paris , l'an du Seigneur
1258 , le Samedi d'après la Pentecôte. Actum Pa
viſiis anno Domini millefimo ducentesimo quinqua
gefimo octavo , Sabbato poft Pentecoften. Il y a dans
nos Archivesune ancienne copie en parchemin du
même Testament.J'ai entre les mains pluſieurs
autres copies faites par les ſoins des Docteurs ,
Edmond , Richer , Meuſner & Mauduiſon . La
date eſt la même par tout. Il eſt unpoffible de
conteſter cette date , car elle n'eſt point en chiffres
dans l'original , mais le mot octavo y eſt écrit tout
au long , en caracteres très-diſtinets & très- lifibles.
Il n'y a donc aucun doute que le Teftament de
Robert de Douai n'ait éte fait , comme porte fa
214MERCURE DEFRANCE
date, le Samedi d'après la Pentecôte , c'est-à
le 13 Mai de l'année 1258. Or la Maiſon de
bonne étoitdéja fondée. Vous en convenez
même , puiſque vous en mettez la fondation
P'an 1252. Ilest donc démontré qu'elle n'a pa
fondéeenconféquence du Testament de Robe
Douai, D'où il fuit qu'on ne peut prouver p
Teſtament , qu'il foit le Fondateur de Sorbor
Une autre raifon qui m'avoit fait dire qu
fondation de Sorbonne étoit antérieure au T
ment de Robert de Douai , c'eſt qu'il dit dans
Teftament qu'il legue quinze cens livres p......
pour de nouveaux Ecoliers. Ad opus quorumdam
novorum Scho'arium. Or qui dit nouveaux Ecoliers,
ſuppoſedes Ecoliers plus anciens déja établis
auparavant, Robert de Sorbonne avoit donc déja
raſſemblé & établi des Ecoliers , avant que Robert
de Douai fit fon Testament Par conféquent la
fondation du Collège de Sorbonne eſt antérieure
au legs de Robert de Douai.
Ceraiſonnement ne vous preffe pasmoinsque
le précédent , mais vous y répondez beaucoup
plus mal. Si l'on vous en croit, au lieude rapporter
le Testament tel qu'il eſt , nous l'avons falsifié ,
en ajoutant , novorum Scholarium in Theologia
Audientium , & par l'intromiffion de ce mot novo
rum , nous renverſons , ajoutez-vous , les tems
Les faits , pour établir un ſyſtéme qui n'est pas celuide
la vérité , & qui est d'une grande conséquence. J'enf
appelle encore ici à votre bonne foi . Eft-il bien
vrai que vous ayez conſulté le Teſtament original
de Robert de Douai , comme vous le dites avec
tant d'affûrance ? Est-il bien vrai que vous l'ayez
euentre les mains ? Est-il bien vrai que vous l'ayez
collationné dans nos Archives avec feu M. Sal
mon ? Si cela eſt , Monfieur , c'eſt donc vous qui
OCTOBRE. 1748. 215
l'avez altéré ; c'eſt vous qui l'avez rapporté autre.
ment qu'il n'eſt : c'eſt vous qui l'avez falfifié : c'eſt
vous enfin qui en avcz retranché le mot novorum ,
pour bâtir un ſyſteme fingulier , inconnu juſqu'ici,
&contraire à la vérité. J'offre encore un coup , de
vous faire voir ,& à tous ceux qui en auront la
curiofité , le Testament original de Robert de
Douai , tel qu'il ſe trouve dans nos Archives. II
eitenparchemin & a été paſſé pardevant Adam ,
Evêque de Senlis. On ytrouve le mot novorum ,
très distinct & très bien écrit. En voici la clauſe
en entier. In nomine ſancte & individu& Trinitatis ,
EgoMagister Robertus de Douaco, Phyficus ( c'est- àdire
Médecin ) Canonicus Silvanectenſis , compos
mentis, med , condo & ordino Testamentum meum in
modum qui fequitur. In primis lego ad opus quorumdamnovorum
Scholarium quos intendo facere de confi
lio Magiftri Roberti de Sorbona , in Theologiaftudentium
, qui boni & idonei inventi fuerint vel inveniri
poterunt , de quacumque natione fuerint, mille quingentas
libras pariſienfes pro emendis reditibus eifdem
Scholaribus per manus Executorum meorum inferius
contentorum diftribuendis ubicumqueſtudiumſetrans-
Ferat. Item eifdem Scholaribus lego omnes libros
meos de Theologia , tam Biblias , tam originalia ,
(c'est-à-dire , les oeuvres des Saints Peres ) quam
alios libros Gloffatos , & afſignabuntur eis coramMagiftris
Theologis qui tunc legent , eiſi contingat aliquem
de Scholaribus recedere promittent bonâ fide
quod aliquem alium bonum ſubſtituent.
Item legoEcclefie Beati Maturini , &c. Allum
Pariſirs annoDomini millefimo ducentefimo quinqua
gefimo octavo, Sabbato post Pentecoften.
Voyez à préſent , Monfieur , lequel de nous
deux doit paffer pour avoir alteré le Teftament
de Robert de Douai ; lequel a voulu établir un
26 MERCURE DE FRANCE.
ſyſteme fingulier , inoüi juſqu'aujourd'hui , &
contraire à la vérité ? Malgré Paffûrance avec la
-quelle vous parlez dans votre Lettre , je ne puis
me perfuader que vous ayez véritablement une
copie du Testament de Robert de Douai , ni que
vous l'ayez collationnée en Sorbonne avec l'original.
J'aime mieux croire que vous n'avez eu
ſous les yeux que le fragment rapporté par Naudé,
fragment informe , qui eſt ſans date ,&duquel
le mot noverum a été retranché . Mais quoi
qu'il en ſoit , ce n'est point àun fragment interpollé
& alteré qu'il faut s'en rapporter. C'eſt
à la piéce authentique , c'est- à-dire , au Teſtament
original qui est dans nos Archives. C'eſt- là
où vous trouverez que Robert de Douai eſt à la
vérité le Brenfaicteur de la Maiſon de Sorbonne.,
mais qu'il n'en eſt pas le Fondateur. Que ſon intention
n'a pasété de fonder un Collége , ni d'établir
des Ecoliers , mais de donner de plus grands
revenus au Collége , qui étoit déja fondé , & parlà
d'augmenter le nombre des Ecoliers déja rafſemblés
par Robert de Sorbonne.
on
C'eſt ſur ces raiſons que M. Voſgien , dans ſon
excellent Dictionnaire ( qui ne vous paroîtroit
pas moins portatif qu'il l'étoit ci-devant , fi
n'avoit pas pris la liberté d'y contredire un ſyſtème,
dont vous êtes ſi flaté d'avoir fait la découverte )
c'eſt ſur ces raiſons , dis-je , qu'il a avancé avec
tant de menagement que vous vous étiez tron
pé.
Voulez-vous de nouvelles preuves que la Sorbonne
a été fondée avant le Teſtament de Robert
de Douai , c'eſt à-dire , avant le treiziéme Mai
1258 , & que c'eſt Robert de Sorbonne qui en eft
le Fondateur ? Au mois de Novembre de l'an
1254 , Guillaume de Chartres , Chanoine de Saint
Quentin !
VCL
OCTOBRE. 1748. 217
ne
Quentin , Chapelain du Roi Saint Louis ,& ami
intime de Robert de Sorbonne , acheta pour l'oeuvre
d'un certain ſien ami , ad opus cujusdam amici
fui ( c'est-à- dire , pour la fondation du Collége ,
felon le langage de toutes les pièces de ce tems-là )
acheta , dis je , de Robert de Douai unemaiſon ,
plufieurs granges &pluſieurs préaux ,moyennant
le prix & fomme de fix cens livres pariſis ; le mê.
me Guillaume de Chartres acheta de differens
particuliers en 1254 & 1255 , pour la fondation
de Sorbonne , la plus grande partie des maiſons
qu'elle poſlede aujourd'hui. Guillaume deMemont
, Chapelain du Roi Saint Louis , & Chanoine
de Melun , autre ami intime de Robert de Sorbonne
, acheta auſſi pour_le College en 1254 &
1256 quelques maiſons affés conſidérables. Ro.
bertde Sorbonne de ſon côté fit de grandes acquifitions
pour ſes Ecoliers depuis 1254 juſqu'en
1258. Saint Louis lui donna , en 1256 , la maiſon
&les étables qu'il avoit dans la rue Coupe-gueule,
Je dis en 1256 , car telle eft la date de Poriginal ,
& non pas 1250 , comme vous l'avez mis dans
votre Deſcription de Paris , pag. soo , d'après du
Breul & le Maire. Enfin Jean de Douai donna au
même Collége le Fief des Rofiers que nous poffédons
encore aujourd'hui. Nous avons dans nos
Archives les Actes authentiques de toutes ces acquifitions.
Parconséquent le Collége de Sorbonne
avoit des revenus conſidérables avant le legs de
Robert de Douai , fait le treiziéme Mai 1258.
Donc il ne peut être le Fondateur de Sorbonne
en vertu de ce legs. Il en eſt ſeulement Bienfaiteur,
tels quel'ont été S. Louis,& tous les amis de
Robert de Sorbonne , je veux dire Guillaume de
Chartress,, Guillaume deMemont , Jeande Douai,
le Cardinal de Bar , & pluſieurs autres.
K
218 MERCURE DEFRANCE.
Auffi le titre de Fondateur est-il réſervé à Ros
bert de Sorbonne , dans l'ancien Necrologe de
Sorbonne , fait fur la fin du XIIIe. fiécle , peu
detems après la fondation. C'eſt ce qu'on y lit au
quinziéme d'Août , en ces termes. Obiit Magister
Robertus de Sorbonio, Canonicus Parifienfis, Fundator
Domús hujus. Remarquez en même tems
Robert de Sorbonne eſt mort le quinziéme d'Août,
c'est- à-dire , le jour de l'Aſſomption de l'an 1274 .
au lieu que Robert de Douai mourut le 20 Mai
1268
fonne.
,que
ce qui n'a encore été obſervé par per-
Le titre de Fondateur eſt auſſi donné à Robert
de Sorbonnedans pluſieurs autres de nos manufcrits.
L'un des plus anciens porte. Anno Domini
millefimo ducenteſimo quinquagesimo tertio ,fub Lu
dovico Francorum Rege Chriſtianiſſimo ,fuit Domus
de Sorbona fundata per Patrem veneratiſſimuns
Robertum de Sorbonio Sacrarum Litterarum Doctorem
devotiſſimum , Dictique Regis Confefforem ,
Ecclefiarum Parifienfis & Cameracenfis Canonicum.
Voilà Robert de Sorbonne reconnu par les
premiers Sorboniſtes pour leur Fondateur. Or
pouvez - vous vous flater d'être mieux inſtruitde
la fondation de Sorbonne qu'ils ne l'étoient ?
Le nom ſeul de la Maiſon prouve clairementque
Robert de Sorbonne en eſt le Fondateur. Parcourez
tous les Colléges de l'Univerſité ; ils portent
preſque tous le nom de leurs Fondateurs , ou celui
des lieux où leurs Fondateurs ont pris naiſſance,
Tels font les Colleges du Pleſſis , d'Harcourt ,
des Cholets , du Cardinal-le- Moine, le Collége
Mazarin , &c . Il en eſt de même du Collége de
Sorbonne, Il tire fon nom du Village de Sorbonne
au Diocèse de Rheims , Patrie de Robert ſon Fondateur.
OCTOBRE. 1748. 219
la
Quel est le Fondateur d'un College ?N'est- ce
pas celui qui l'a dotté ? Qui en a fait les Statuts&
les Réglemens Qui en a eu le premier la conduite
& la direction ? Or voilà préciſement ce
qu'a fait Robert de Sorbonne , par rapport à
Maiſon qui porte ſon nom. C'est lui qui l'a dottée,
. qui en a fait de ſa propre autorité les Statuts &les
Réglemens , qui en aobtenu la confirmation des
Souverains Pontifes , & les Lettres Patentes de
nos Rois ; qui en a eu le premier la conduite , la
direction , & la ſupériorité pendant toute ſa vie.
Il a donc toutes les qualités de Fondateur.
Je crois , Monfieur , qu'en voilà plus qu'il n'en
faut pour vous faire abandonner un paradoxe que
vous aviez avancé ſans preuves. Si vous aviez
voulu prendre la peine de venir conſulter les originaux
, comme je vous en avois fait prier, vous
auriez reconnu votre erreur , & vous auriez évité
un grand nombre de fautes,beaucoup plus confidérables
où vous êtes tombé dans votre Deſcrip
tion de Paris , en parlant de la Sorbonne.
Je ſuis , &c.
En Sorbonne , ce 24 Septembre 1748.
ADDITION au Journal de la Cour
de Paris , Oc.
LMonfeigneur le
2
E is de ce mois , Fête de Sainte Thereſe;
Dauphin , Madame la Dauphine
, & Meſdames de France , aſſiſterent dans
'Egliſe des Carmes des Baffes-Loges au Salut , &
à laBenediction du S. Sacrement.
On a appris par un courier extraordinaire , arrivé
à Fontainebleau le 20 , que le Traité définitif
de la Paix générale avoit été figné à Aix-la-Cha
Kij
220 MERCURE DEFRANCE.
pelle le 18 par les Miniſtres Plénipotentiaires
Roi , & par ceux du Roi de la Grande Breta
&des Etats Généraux des Provinces-Unies.
Les nouvelles , qu'on a reçûës en même te
fontefperer que les Cours de Madrid & de V
ne , animées du même eſprit de conciliation
tarderont pas à donner leur acceſſion à ce Trai
L
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à PEvêché de Poitiers l' /
Marthonie de Cauſſade, Vicaire Gér
de l'Evêché de Tarbes .
Sa Majesté a accordé l'Abbaye de Verma
Ordre de Prémontré , Diocèſe de Noyon , à l'Abbé
Hachette , Viſiteur Général des Carmelites de
France.
Celle de Saint Liguaire , Ordre de S. Benoît ,
Diocèſe de Xaintes , à l'Abbé Rabereul , Vicaire
Général de l'Evêché de Poitiers.
:
MARIAGES ET MORTS.
C
AVERTISSEMENT.
E n'eſt point pour fatisfaire une vaine curiofité,
que nous nous efforçonsdedonner à cette
partiede notre ouvrage une certaine étenduë . L'utilité
publique est le ſeul objet que nous nouspropoſons,&
c'eſt pour le remplir plus parfaitement ,
quenousprions avec inſtance toutes les perſonnes
diftinguées , de nous aider dans notre travail , en
nous faiſant tenir des Mémoires exacts & circonfOCTOBRE.
1748. 221
,
Fancies ſur les alliances que leurs familles contractent
& fur les morts qui y ſurviennent. On n'ignore
point que les guerres continuelles , qui défolerent
la France dans toutes ſes Provinces ſous
la ſeconde Race de nos Rois , & la confufion générale
qui s'éleva dans la Monarchie , détruifirent
P'ordre que Charlemagne avoit établi pour conferver
à la Nobleſſe tout ſon éclat & toute ſapureté.
L'autorité que s'attribuerent les differens Seigneurs
au commencement de la troiſiéme Race ,
Jorſque tous les Fiefs & Gouvernemens furent
rendus héréditaires , fut entr'eux une ſource de
jaloufie & de diſcorde , qui les obligeant ſans
ceffe de monter à cheval , fit tellement prévaloir
l'exercice des armes , que l'étude des Lettres fut
entierement négligée. Les Grands ſe firent un dès.
honneur de ſçavoir lire & écrire , & les petits ſe
firent un devoir de les imiter ; de forte que l'ignorance
répandit ſur l'histoire , & principalement
fur les Genéalogies , les ténébres lesplus
épaiſſes , dont même les plus illuftres Maiſons ne
furentpas exemptes. C'eſt de-là que viennent ces
lacunes que l'on rencontre ſi fréquemment dans
les fiécles dont nous parlons. En effet les Seigneurs
ſe contentant de la preuve par témoin de
la filiation & nobleſſe de ceux qui ſe préſentoient
aux Tournois pour y être admis , & les Actes &
Contrats étant beaucoup plus rares que les incendies
& les ravages , on doit encore s'étonner com--
ment les lumieres , que l'on a ſur les premieres
familles du Royaume , ont pu parvenir juſqu'à
nous , & certainement ſans les titres des donations
faites aux Eglifes , ces tems ſeroient couverts d'une
nuit impénétrable.
D'un côté les Croiſades ayant fait périr une
grande partiede la nobleſſe, de l'autre l'affranchif
Kiij
222 MERCUREDEFRANCE.
ſement des bonnes Villes , ayant excité les Rottr
riers à ſe diftinguer , la lumiere des Sciences commença
àjetter ſa premiere aurore. Si la Nobleſſe
continua long-tems de ſeborner aux armes , les
Lettres furent d'abord le partage du Tiers-Etat,
Les Ecrivains ſe multiplierent , &depuis ce tems
Jes familles illuſtrées nous préſentent des fillations
fuivies.
Mais celles d'un rang inférieur effuyerent encore
de terribles orages pendant la guerre avec
P'Angleterre , guerre que les Hiſtoriens remarquent
avoir duré près de trois cens ans ,& qui ne
finit que ſous Charles VII. La défolation ſurtout
fut fi grande , depuis la prifon du Roi Jean jufqu'à
la levée du fiége d'Orleans ſous Charles VII.
que ledéfordre introduit dans le Corps de la Nobleffe
mérita l'attention de ce Prince lorſque la
tranquillité fut rétablie. La fureur des guerres
avoit éteint quantité de familles une infinité
d'autres avoit perdu ſes titres , pluſieurs de ceux
qni ſuivoient la profeffion des armes s'étoient fubftitués
d'eux-mêmes aux familles éteintes , & en
avoient ufurpé les noms , & un beaucoup plus.
grand nombre s'arrogeoient les honneurs& les
droits d'une Nobleſſe qu'ils prétendoient avoir
acquiſe avec leur épée. Le Roi par de fages Ordonnances
purgea le premier Corps de l'Etat , &
cesOrdonnances font la ſeconde époque qui juſtifie
ſuffisamment la nobleſſe des familles qui font
dans l'impoſſibilité de produire des titres antérieurs.
Henri IV. au commencement du fiécle dernier
ſuivit l'exemple de Charles Les troubles de
la Ligue avoient produit les mêmes malheurs &
les mêmes abus que la guerre avec les Anglois.
Le même remede y fut apporté , & la proſpé,
i
OCTOBRE. 1748. 223
fité de l'Etatdepuis le rreeggnnee de ce Prince , nous
on
fait efpérer qu'on ne les reverra point fi tôt.
Cependant quelques néceſlaires que fulfent ces
Ordonnances , quelques ſalntaires qu'elles ayent
été, il eſt certain qu'on n'auroit jamais été en
état de les donner , ſans le progrès que les Lettres
firent par la protection ſpéciale des Rois. Elles firent
ſentir de plus en plus combien il étoit important
de dreſſer des Actes autentiques & de
tenir des Régiftres. On écrivit l'Hiftoire ,
dreſſa des Mémoires , on fit des Differtations qui
éclaircirent les choſes pallées , & conferverent
la mémoire des préſentes. A la faveur du jour
que répandirent tant d'Ecrits on démêla plus
facilement la véritable Nobleſſe d'avec la fuppoſée
; & dans les derniers tems , on a dreflé des
Nobiliaires particuliers dans chaque Province ,
qui remplacent en quelque façon les Herauts établispar
Charlemagne , dont la Charge étoit de tenir
un rôle de la Nobleffe , & de prendre garde
qu'aucun Membre étranger ne s'y gliſsåt.
,
Mais ce que ces Herauts, ſe ſuccedant les uns
aux autres - pouvoient exécuter ſans interrup .
tion , le Nobiliaire ne peut le faire que de loin
en loin non plus que les Livres Généalogiques.
Cette étude qui a cela de particulier , que
l'abondance de la matiere eft plus capable que
la stérilité de rebuter un Auteur , exige d'ailleurs
un goût particulier & des ſecours difficiles
àtrouver. Ainfi pour exciter ce goût dans les
perſonnes qui l'auront , on ne peut trop s'attacher
à leur amaſſer les matériaux néceſſaires
& à leur fournir des Mémoires fürs & inſtructifs .
C'eſt dans cette vue que nous dreſſons ce préfent
article , &que nous prenons la liberté d'exhorter
toute la Nobleſſe Françoiſe à nous en-
Kinj
224 MERCURE DEFRANCE..
,
voyer les éclairciſſemens les plus circonstanciés.
Pour lesMariages , il ſuffira de marquer ducôté
de l'Epoux , ſes noms de Baptême & de famille
fon furnom , fon âge , ſes qualités & dignités,
paſſées & préſentes ,avec leurs dattes préciſes
les noms & qualités de ſes pere & mere. Du
côté de l'Epouse , fon nom& furnom , ceux autli
de ſes pere & mere : fans oublier le jour de la célébration
du mariage..
,
Il conviendra pour les Morts , de marquer le
jour du décès , les noms & furnoms du décedé, fon
âge, ſes qualités, ſes dignités, ſes actions militaires
&celles où il s'eſt trouvé ; s'il a été marié , la
datte de ſon mariage , le nom de ſa femme , dont
on marquera auſſi les pere & mere , les enfans
qu'il a eus ceux qu'il laiſſe , s'ils font mariés
ounon , quel jour ils l'ont été , qui ils ont épousé ;
les freres & foeurs qu'il laiſſe , ſur-tout pour les
filles ou veuves qui meurent ſans enfans ; & au
défaut de freres & foeurs , les neveux ou collatéraux
à qui les biens paffent : nous recommandons
fur-tout la fidélité des dattes. Il ſera aufi
utile de marquer de quelle Province eſt la famille.
Par ce moyen , la Nobleſſe Françoiſe jouira de
ſagloire préſente , & fera aſſurée de la faire paſſer
à la poſtérité.
Elle est d'autant plus intéreflée à le faire , que
fi certaines Maiſons ſont univerſellement connues
par l'éclat des honneurs & des dignités qui y
font héréditaires ; il eſt conſtant qu'il y en a
de très - anciennes , qui fante de ces avantages ,
font tombées dans une eſpece d'obſcurité , qu'il
eſt du bien & de la gloire de l'Etat de diffiper.
On ſçait comment les Narbonne-Pelet perdirent
au commencement du treiziéme fiécle , la
OCTOBRE. 1748. 225
Vicomté de Narbonne , & quelles injustices leur
enleverent leurs grands biens ; cette famille fubfifte
encore. Il eſt encore des deſcendans des anciens
Vicomtes de Turenne, dont l'héritiere d'une
branche aînée porta cette belle Seigneurie dans
laMaiſon de la Tour d'Auvergne. Les branches
cadettes privées de leur patrimoine par la bifar--
rerie d'une Coutume , qui , ſe contrediſant ellemême
en ce point , mériteroit une térieuſe attention
, n'ont pu ſoutenir la ſplendeur du ſang,
itluftre , qu'elles ont tranſmis juſqu'à nous dans
toute ſa pureté. L'attention publique a ſuivi le:
Fief. C'eſt donc pour obvier à cet inconvénient ,,
que nous demandons des Mémoires qui ne pen
vent être remplacés d'aucune façon : & il fe
roit bien triſte que nos intentions , entierement:
tournées vers le bien général, reſtaſſent infructueuſes
, lorſque l'intérêt particulier des familles leurs
preſcrit d'entrer dans nos vûes.
La Robe a part comme l'Epée à notre invi
tation. L'importance des ſervices qu'elle rend à¹
P'Etat ſoutient ſa dignité contre les attaques que
ſemble lui livrer la vénalité des Charges. Ce n'eft
point ici le lieu de difcuter , s'il eſt auffi glorieux
de maintenir la paix au- dedans qu'au - dehors :
bornons-nous à remarquer , que la Robe a beaucoup
de familles , qu'une longue poffeffion d'honneurs
rend illuſtres ; qu'elle a donné de très
grands hommes à l'Etat , que grand nombre des
branches de familles de Robe paſle dans l'Epée ; &
enfin quelle est la tige de quantité de Maiſons
qui tiennent aujourd'hui un rang diftingué dans
PEtat.
Nous devons à la Maiſon d'Argouges , aufli
illuſtre dans la Robe que dans l'Epée , de recti-
K
225 MERCURE DE FRANCE.
fier l'article de M. le Marquis de Rânesdontnous
avons annoncé le décès le mois dernier.
,
,
Louis dArgouges , Marquis de Ranes , Seigneur
de Dampierre ,la Calonge , &c. aîné de la Maifond'Argouges
, mourut le 13 Août 1748 , en fon
Château de Rânes en Normandie , âgé de 79 ans ,
3mois 13 jours , étant né à Paris le 2 Avril
1669. Il avoit été Colonel d'un Régiment de Dragons
de fon nom Brigadier , & depuis Maréchal
des Camps & Armées du Roi. Il s'eſt extrêmement
distingué dans pluſieurs actions Militaires
, & entr'autres dans la défenſe des Ville
&Citadelle de Lille , où il ſoutint le fiege avec
M.le Maréchal de Boufflers ,& défendit la Place.
très-long- tems avec autant de capacité que de valeur.
Il s'acquit auffi beaucoup d'honneur à l'affaire
de Carpien Italie dans la précédente guerre , & en
pluſieurs autres rencontres .
Il étoit fis de Charles d'Argouges , Chevalier,
Marquis de Ranes , Marquis de la Chapelle-la-
Reine , Seigneur de Fleuri & autres Lieux , Baillif
& Gouverneur des Ville & Château d'Alençon
qui fut d'abord Cornette des Gendarmes de la
Garde du Roi , puis Colonel Général desDragons,&
Lieutenant Généraldes Armées de Sa Ma
jeſté,&qui fediftingua par-tcoouutt à la tête desDragons
fur-tout àla Bataille de Senef en
& en 1678 en Allemagne , où il mourut dans
le lit d'honneur , très-regretté de fon Prince &
de toute l'Armée. Charles d'Argouges avoit épousé
Charlotte de Beautru , femme en fecondes noces
du Prince de Montauban.
1674,
Louis d'Argouges eut pour ayeul Henri d'Argouges
, Chevalier , Marquis de Rânes , & de
La Chapelle- la-Reine , Seigneur de Fleuri & au
OCTOBRE. 1748. 227
tres Lieux , Gouverneur des Ville & Château
d'Alençon .
,
Il épouſa le 12 Novembre 1708 Catherine
d'Hernoton , fille de François. Joſeph d'Hernoton
Baron de l'ancienne Baronnie du Pont, en
Bretagne , Maîtie des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , & de Marie-Renée de Freſnoi , dont
il a laiffé trois enfans mâles. L'aîné , Charles-
Louis d'Argouges , Marquis de Rânes , ci-devant
Colonel du Régiment de Languedoc Dragons
, à la tête duquel il ſe diftingua fort àà Paffaire
de Montalban , où il reçut une bleffure ; eft aujourd'hui
Maréchal des Camps & Armées du Roi.
Il a épousé en 1742 , Marie- Angelique-Claudine-
Henriette Bec-de- Lievre de Cany , fille de Louis
Bec- de- Lievre , Marquis de Cany .
Le 26 Août , François Delphin d'Aulede de
Lestonac, Marquis de Margaux , en Medoc , mourut
à Paris dans la 89 année de fon âge , étant
ne au mois d'Avril 1660 , & il fut inhumé le
27 , en l'Eglife des Celeftins , après avoir été porté
à celle de Saint Paul , ſa Paroifle ; il étoit fils
de Charles-Denis d'Aulede de Leſtonac , Baron de
Margaux, nommé Premier Preſident du Parlement
de Bordeaux en 1673 & de Thereſe de Pontac ,
avec laquelle il avoit été marié le 30 Octobre 1654 >
fille d'Arnaud de Pontac , Seigneur de Salles
Leffac & de la Mothe Souveraine , Premier Pre-
Adent du Parlement de la même Ville , & de
Louiſe - Gabrielle de Thou , fille de Jacques-
Auguſte de Thou , Prefident du Parlement de Paris
, célebre par ſes Ecrits , &de Gafparde de la
Châtre.
M. d'Aulede avoit été marié le 17 Juillet 1695
àElizabeth-Antoinette le Fevre de Caumartin
morte à Bordeaux le 11 Avril 1713 , fans lailler
Kvj
2:28 MERCUREDE FRANCE.
de poſtérité , fille de Louis François le Fevre
Seigneur de Caumartin , Conſeiller d'Etat , &
de Catherine Magdeleine de Verthamon , ſa ſeconde
femme. Il avoit épousé en ſecondes no
ces le Décembre 1715 , Antoinette Charlotte
de Lenoncourt , Chanoineſſe de Remiremont
fille de Charles-Henri-Gaspard de Lenoncourt
Marquis de Blainville , Comte de l'Empire , &
GrandChambellan de Leopold , Ducde Lorraine,.
&de Charlotte-Yoland de Nettancourt , de laquelle
il n'a point eu non plus d'enfans..
+
Le 10 Septembre , Françoile de Graffe , veuve de
Jean-Baptiste de Villeneuve , Comte de Vence ,
Capitaine des Vaiſſeaux du Roi , mourut au Châ
teau de la Varenne en Forez , âgée de 79 ans. Elle
étoit fille d'Alexandre de Graffe,Baron de Mouans .
&de Satous , & de Françoiſe de l'Iſle , fille de
Guillaume de l'Iſſe , des Seigneurs de Thulane.
Alexandre de Graffe étoit de la ſixiéme branche
de ſa Maiſon ,& deſcendoit en ligne directe
de.Rodoartde Graffe ,nommé Prince d'Antibes .
dans leCartulaire de Merias , qui fut reçû de Guillaume
II . Comte de Provence , dans la moitié du
Diocèſe d'Antibes , l'an 993 , où ſa femme & fes
enfans font nommés. Ileut de ſon mariage avec
Françoiſe de l'Ifle cinq enfans , 19. Louis-Joſeph
Marquis de Grafle, Baron de Mouans & de Satous,
qui a ſervi pluſieurs années Capitaine deDragons
dans le Régiment de l'Epinoi , & a été Capitaine
de la Ville de Graffe. N'ayant point eu d'enfans .
de deux femmes qu'il avoit épousées ( Marguerite
Corbinelli , d'une illuftre Maiſon de Florence , &
Thereſe Albertine du Quenci , fille du Marquis de
Goupigni ;) il acedé ſon droit d'aîneſſe ſur l'heritagede
fon pere. 2°. Jean de Graffe ,Capitaine
desVaiſſeaux,mort à l'Amérique. 3°. Jean-Bar-
1
OCTOBRE. 1748. 229
:
tiſte de Grafle , qui de fon mariage avec Marie-
Françoiſe de l'Iſle , fille de N. de l'Iſle , Seigneur
de Tulanne, & de Susanne de Graſſe , a eu Augustin
, Susanne, Roſalie , Félicité & Jeanne Aléxandre
de Graffe . 4° . Françoise de Graffe , dont il
s'agit. 5º. Susanne de Graſſe , mariée à Joſeph de
'Ile , Seigneur de Tulanne. Françoise de Graſſe ,
de ſon mariage avec le Comte deVVeennccee , laiffe
pluſieurs enfans , entr'autres Claude Alexandre
de Villeneuve , Comte de Vence , Colonel du Régiment
Royal Corſe, Brigadier des Armées du Roi
du premier Mai 1745 , & Théreſe Rofalie de
Villeneuve , veuve d'Antoine Darci , Comte de la
Varenne , &c..
Dom Andoche Pernot , Abbé & Général de l'Ordre
de Cîteaux , eſt mort le même jour à Dijon, âgé
de 74 ans ; il étoit entré au Noviciat á l'âge de 14:
ans,& à 16 il prononça ſes voeux.Après avoir paflé
partoutes les charges , il fut élû Abbé & Général
de tout l'Ordre , & il a rempli cette Dignité pendant
22 ans , il avoit 60 ans de Religion, & il avoit :
auſſi été premier Elú des Etats de Bourgogne.
Le 14 , Charlotte de Villars , épouſe de Jacques
Gomte de Vogué , mourut à Paris , âgée de 84
ans.Elle étoit fille de Pierre de Villars , Seigneur
de la Chapelle , Baron de Maſenas , &c . Chevalier
des Ordres du Ro1 ; Premier Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. M. le Prince de Conti ; Lieutenant
Général des Armées du Roi ; Gouverneur
de Besançon , Envoyé à Vienne , puis en Eſpagne,.
où il fut enſuite Ambaſſadeur Extraordinaire , puis ,
en Savoye , & enfin pour la troifiéme fois en Elpagne;
Conſeiller d'Etat en 1683 , & la même an
née Ambaſſadent Extraordinaire en Dannemarc
Chevalier d'honneur de Madame la Ducheffe de
Chartres , mort le 20 Mars 1698, âgé de zsans. Ui
..
230 MERCURE DE FRANCE.
avoit épousé le 24 Janvier 1651 Marie Gigautde
Bellefonds fille de BernardinGigaut de Bellefonds,
Gouverneur des Ville & Château de Caen , & de
Valogne, &de Jeanne-aux- Epaules Sainte Marie,
de laquelle il avoit eu Charlotte dont il s'agit &
feu M. leMaréchal Duc de Villars .
Le 19 , N. de la Hamayde de Sant Ange, Officier
du Régiment de Vallons- Salz , mourut à Paris.
Il étoit l'Auteur de la Poudre Céphalique ,
dont les effets ont été falutaires à tant de perfonnes.
Le 20, Marie-Louife Handaille , époufe de Jean-
Baptifte-Maximilien Titon, Chevalier , Seigneur
de la Neuville , de Lormoy , &c. Conſeiller au
Parlement , mourut à Paris,dans la 43º année de
age, laffant un fils unique , Jean Baptiste- Maximilien-
Pierre Titon , Chevalier Seigneur de Vil-
Jotran, Mifaugui & autres lieux , Conſeiller au
Parlement .
Le même jour , François Courtin , Seigneur de
Frefolines , &c. Chevalier de P'Ordre Militaire de
Saint Louis,Lieutenant des Maréchaux de France,
mourut à París fans poftérité.
Le 26, Jean Orter , de l'Académie Royale des
Belles- Lettres , Profeffeuren Arabe au Collége
Royal & Interprete du Roi pour les Langues
Orientales , mourut à Paris , âgé de 39 ans. Il
étoit Suédois de nation .
Le 28 Jean- Charles de Segur, ancien Evêque
de Saint Papoul; Abbé Cominendataire de l'Abbaye
de Vetmans , Ordre de Prémontré , Diocèfe
de Noyon; Docteur en Droit de l'Univerſité de
Rheims , mourut à Paris, dans la cinquante-troffiéme
année de ſon âge , étant né à Paris le 23Decembre
1695. H reçut laFonſure à Paris le 7 Juih
1716dans l'Egliſe de l'Inftitut de Poratoire,dont
OCTOBRE. 1748. 2311
il étoit alors Confrere, par les mains de feu M.
Soanen , Evêque de Senez , les Quatre-mineurs
le 4 Juin 1719 par feu M d'Entragues , Evêque de
Leictoure , & le Soudiaconat le 25 Avril 1720 par
feu M. de Cambout , Evêque de Tarbes ; M. Clermont
, Evêque de Laon , l'ordonna Diacre à Laon
le 21 Sept. 1721, & fon fucceffeur , M.de S. Albin,
Pordonna Prêtre le 30 Mai 1722 , & le fit fon
Grand Vicaire . En 1720 , le Roi le nomma à l'Abbaye
de Vermans , & il en prit poffeffion le 24
Mars 1721. Il reçût le bonnet de Docteur dans la
Faculté de Droit de l'Univerſité de Rheims en
1722. Le Roi le nomma à l'Evêché de Saint Papoul
en Octobre 1723 ; il en prit poffeffion le 8
Août 1724 , & s'en démit entre les mains de S.M
le 26 Février 1735 .
Il étoit fils de Henri-Jofeph Marquis de Segur ,
Grand Croix de l'Ordre Militaire de Saint Louis ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , Lieutenant Général des Provinces de Brie
&de Champagne , & de Claude-Elifabeth Binet.
De ce Mariage font iſſus , 1°. Henti- François
Comte de Segur , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de ſes Armées , Commandant
pour le Roi dans les trois Evêchés & fur la Saare ,
Gouverneur & Grand Sénéchal de la Province de
Foix , en ſurvivance de N. Marquis de Segur, ſon
fils , Brigadier des Armées du Roi , Colonel du
Régiment de ſon nom , Chevalier de l'Ordre Mi-
Mitaire de S. Louis . 2°. Jean- Charles de Segur ,qui
donne lieu à cet article . 3º. Marie-Anne-Françoi
fe de Segur , Abbeffe de l'Abbaye Royale de No
tre-Dame du Val- de- Gif. 4°. N. de Segur , Reli
gieuſe dans la même Abbaye.
La Famille de Segur est très-ancienne parmi la
haute Nobleſſe du Périgord. On trouve des Sex
*32 MERCURE DEFRANCE.
gur de Pardaillan au nombre des hauts Nobles
preſens à l'Hôtel de Ville de Bordeaux lors de la
priſe de poſleſſion de la Guienne par Louis XI.
&les Mémoires de la vie de Henri IV. en font
mention en plus d'un endroit,
Le 30 , François de Frémont d'Auneuil, Seigneur
de Brie & autres lieux , Doyen des Maîtres des
Requêtes , mourut à Paris.
Le même jour Eliſabeth Hemart , épouse de
Jean-Baptiste-Joſeph Saget, Chevalier, Conſeiller
du Roi en ſa Cour de Parlement , Seigneur de
Fontaine- l'Abbé , &c. mourut à Paris .
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Conſeil d'Etat du Roi , du i
Afillet, intentionde
bre 1747 , qui a révoqué le privilége exclufif , accordé
à Noel Chavillot, pour la culture du Riz
en France.
AUTRE du 23 , qui ſapprime le Droit de
péage ou travers , prétendu par le ſieur Comte
d'Auteuil , au lieu & dans la Seigneurie d'Aus
teuil..
AUTRE du même jour , qui fait défenſes aux
Communautés Eccléſiaſtiques , Séculieres , Régulieres
& Laïques , & même aux Particuliers
Propriétaires de Bois , de faire abattre aucun des
arbres futaye ou épars , & baliveaux fur taillis
qui auront été marqués du marteau de la Mazine,
&c...
OCTOBRE.. 1748. 23.3
AUTRE du 24 , qui accorde à Charles Adam
le privilége pour l'établiſſement de la Manu
facture de Porcelaine façon de Saxe , au Château
de Vincennes .
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du pres
mier Août , portant établiſſement d'une ſeconde
Loterie Royale.
AUTRE du 6 , qui confirme le Privilége ex
clufifaccordé à Charles Adam pour la fabrique de
la Porcelaine façon de Saxe , & tait défenſes de
former aucun nouvel établiſſement pour travailler
àla porcelaine , &c.
AUTRE dur ,portant réglement pour la
fabrique des Etoffes à chaîne de foie , tramées ,
brochées , & lancées de ſoie , laine , fil & coton,
de la Généralité de Roüen.
AUTRE du 19 , portant réglement pour les
Ouvriers de la Manufacture de Porcelaine façons
de Saxe , établie au Château de Vincennes.
AUTRE du 24 , qui renouvellé les défenſes
précédemment faites par ceux des 24 Août 1715 ,.
7 Octobre 1717 , & 18 Novembre 1720 , d'introduire&
faire entrer dans le Royaume des ſardiness
de pêches étrangeres.
AUTRE du même , qui permet l'entrée
dans le Royaume , ſans payer aucuns droits , des
lards , fuifs , chandelles & faumons ſalés , deſtinés
pour les Iſles & Colonies Françoifes.
234 MERCURE DE FRANCE.
-
DECLARATION du Roi , donnée à Verfailles
le 26 , qui ordonne que les Receveurs Généraux
des Domaines & Bois ne rapporteront
pour piéces juftificatives des compres rendus ou
àrendre à l'avenir , du récouvrement des frais de
Juſtice, que les Arrêts qui auront accordé les décharges
fur les états de récouvrement.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi du 27 ,
qui ordonne l'élargiſſement de la rue dite des Pa
tiffiers en la Viile de Meaux; en conféquence ,
que les maiſons faiſant ſaillie dans ladite rue , ſeront
démolies .
AUTRE contradictoire de laCourdes Aides,
du 28 , qui confirme une Sentence du Grenier
Sel de Mayenne , du Avril 1748 , en ce qu'elle
déclare nul unprocès verbal de capture fait en
forme de fimple rapport par un Exempt & quatre
Cavaliers de Maréchauffée : & qui juge qu'ils ne
fout point aſſujettis aux formalités requiſes pour.
lesprocès verbaux des Commis , qu'il ſuffit qu'ils
ayent affirmé leur rapport , & ayent été répérés
deſſus pour opérer ces condamnations pécuniaires,
comme s'ils avoient rempli la diſpoſition de l'Article
XIX. du titre XVII. de l'Ordonnance
2680.
ORDONNANCE du Roi , da premier
Septembre , pour réformer un Bataillon de chacun
des Régimens de ſon Infanterie Françoiſe
dénommés.
> Y
AUTRE de même jour , pour réformer un
Eſcadron de chacun des quatorze Régimens de
Cavalerie qui y ſont dénommés.
!
OCTOBRE. 1748. 23.5
AUTRẺ du même jour , concernant la réformedans
lesDragons.
AUTRE du même jour , concernant la ré
forme dans differens Corps de Troupes légeres.
AUTRE du 8 , pour réformer une partie
des Compagnies à cheval du Régiment Royal
Cantabres.
ARREST du Conſeil d'Etat du Roi , du 12 ,
qui déclare vacans au profit de Sa Majeſté tous les
Offices des Officiers décédés après avoir payé
l'annuel , ou dont ils jouiſſoient à titre de ſurvivance
ou d'hérédité , faute par les veuves , enfans,
héritiers , créanciers , adjudicataires ou propriétaires
, d'en avoir fair ſceller les proviſions dans
l'eſpace de trente années , à compter du jour du
décès deſdits Officiers.
,
AUTRE du 20 concernant les frais de
Juſtice qui doivent être payés par le Fermier de
laRégie.
ORDONNANCE du Roi , du 27, portant
réunion du Corps des Galeres à celui de la
Marine.
AUTRE du premier Octobre , pour réformer
un Bataillon de chacun des Régimens de ſon Infanterie
Françoife , ydénommés.
236 MERCURE DE FRANCE
TISANNE appellée communément
de Vinache.
E fils du feu Sieur Vinache , Auteur de cette
Tifanne , a négligé depuis long-tems d'avertiz
le Public des ſuccès journaliers qu'elle opere ,
&il ne l'auroit point fait encore , fi des perſonnes
, témoins de ſes ſuccès , ne l'y avoient ens
gagé.
Cette Tifanne eſt un remede doux , qui purge
ſans violence , qui augmente l'appétit , & qui loin
d'affoiblir l'action de l'estomach & des inteftins ,
la fortifie.
Les plus habiles Medecins ont toujours reconnu
P'utilité d'un tel purgatif, ſurtout dans les maladies
chroniques , dont les ſymptômes ſont ſouvent
aggravés par les purgatifs ordinaires , qui dés
rangent à la longue les fonctions des vifceres , ea
les affoibliſſant.
Sans vouloir attribuer à cette Tiſanne des guéri
fons ineſpérées& miraculeuſes , langage ordinaire
desCharlatans ; on peut dire, qu'elle eſt employée
heureuſement dans une infinité de maladies qui
exigent les purgatifs.
CetteTilanne eft peut- être le ſeul purgatif, dont
ceux qui font affligés de l'affection hypochondria.
que, ſe ſoient mieux trouvés ; parce qu'en diffipant
les obſtructions , & en évacuant les humeur
par les ſelles , elle hâte la digeftion , & rétablit le
-calme dans le mouvement des inteſtins.
Par la même raiſon, les filles qui ont les pâles
couleurs , font ſoulagées , & même guéries par l'u
fage de cette Tifanne,
OCTOBRE. 1748 . 237
Elle convient auſſi aux enfans ſcrophuleux &rachitiques
, qui ont toutes les glandes engorgées ;
parce qu'elle évacue ſans violence toutes les impurerés
du corps de ces enfans , & qu'elle empêche
Pamas des crudités dans les premieres voyes ,
fortifiant l'eſtomach & les inteſtins .
en
Elle eſt de même très-propre pour toutes les
obſtructions au foye , à la ratte , au méſentere ,
&c. en un mot , elle eſt efficace pour la cacochimie
, & généralement pour toutes les maladies
chroniques , où il est néceſſaire de diviſer & évacuer
les humeurs.
Onen fait un uſage journalier ſans le moindre
inconvénient. On peut la prendre pour ſe purger
parprécaution : ajoutez encore qu'elle est très-gracieuſe
à boire , & que ſans le nom de remede
qu'elle porte , on pourroit l'avaler avec plaifir,
Ellese distribue chés Madame Vinache , rue du
Chantre , dans la maison de M. Marteau , Ме-
nuisier du Roi. On donne avec la bouteille un
imprimé qui explique la maniere de s'en ſervir.
L'ESSENCE BALSAMIQUE , ftomachique
&anti-vermineuſe , continue à produire des effets
furprenans dans les maladies , qui tirent leur origine
des premieres voies , comme obſtructions
indigestions & flux diſſentériques , qu'elle guérit
dans peu de jours. M. de Pasturel demeure ruë
Simon-le-Franc , vis-à- vis un Perruquier , près un
Vinaigrier , entre le Signe de la Croix & le Lion
d'or. On peutyenvoyer à toutes les heures du
jour. Lespertonnes des Provinces ,qui ſouhaiteront
de ce reméde, pourront s'adreſſer àl'Auteur qui le
leur enverra fidélement; il prie qu'on ait ſoind'affranchir
leport.
:
. APPROBATION
'Ai lû par ordre de Monſeigneur le Chancelier
le Mercure de France du mois d'Octobre
1748. A Paris le premier Novembre 1748.
BONAMY.
P
IECES
TABLE.
FUGITIVES en Vers & en Profe
Séance publique de l'Académie des Sciences ,
Belles-Lettres & Arts , de Rouen , 3
La Nonette , 17
Les Fruits de la Paix , 19
Vers à Iphiſe , en lui envoyant un bouquet , 22
Autres d'une Sylphide , 26
Epitaphium , 28
Mémoire préſenté aux Etats de Bretagne , 30
Elfſai d'un Ecolier du Collège de Louis leGrand
53
L'Abeille & l'Ecolier , Fable , par le même , 58
Lettre ſur le projet d'une Place pour laStatuë
du Roi , 57
Autre ſur le même ſujet , 63
Diſpute de l'Art& de la Nature , 67
Eloge de M. de Fontenelle , 6%
Séance publique de l'Académie Royale desBelles.
Lettres , Sciences & Arts de Bordeaux , 70
Lettre ſur lanouvelle Edition du Gallia Chriftiana,
72
Ode ſur les routes de l'inımortalité , 75
Epigramme , 80
Obfervations ſur les Corbeaux , ibid
✓ Vers à Melle Cleron ; 8岁
Epitre de Mad, Desforges Maillard à M. Titon
du Tillet , 85
Réponſe de la même Dame à M. de la Soriniere ,
85
Lettre de M. de Montcarville aM Remont de Sain
te Albine , 87
90
93
97
99
Stances ,
Difcours & Remarques ſur les enterremens ,
✓ Eglogue à une Dame ,
Vers à la même ,
Lettre àM. Nicoſe ſur la Statue du Roi , 100
Ode contre l'Auteur de Libelles diffamatoires, 106
Lettre ſur les accidens extraordinaires d'une grofſefle
, à M. Remond de Sainte Albine ,
Bouquet pour le jour de S. Louis ,
Inſcription pour le Cadran Solaire du Jardin
d'une Penſion ,
109
τις
116
Mots des Enigmes & des Logogryphes du
Mercure de Septembre , ibid.
Logogryphes & Enigmes , ibid,
Récit de Baffle , 122
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , &c. 123
Lettre ſur le Panégyrique de S. Louis par Ma
l'Abbé Poulle , 147
Autre de M. de la Soriniere à un Libraire
Angers, 156
Prospectus de l'Hiſtoire Naturelle , générale &
particuliere , avec la deſcription du Cabinet du
Roi ,
157
Prix propoſés par l'Académie de Toulouſe pous
1749 & 1750 , 165-
Programmede celle des Belles-Lettres, Sciences && (
Arts deBordeaux , pour 1749 , 169
Celui de l'Académie des Belles-Lettres de Montauban
pour 1749 , 170
Celui de l'Académie des Sciences de Dijon , 172
1
Eſtampes nouvelles.;
Myologie complette par le ſieur Gautie
Testamentenfaveur de la Ville de Lyc.
Copie de la lettre àMad. laGénérale la..
Lettre à M. Arnoult ſur le Sachet anti
que ,
Lettre de M. Launay , au ſujet des Banc
nouvaux ,
Spectacles & Concerts de la Cour ,
Troifiéme Recueil de Chanſons par M. G
Nouvelles Etrangeres ,
France. Nouvelles de la Cour, de Paris ,
Réponſe de M. l'Abbé l'Advocat à M Pig
de la Force, fur le Fondateur de Sorbo
Addition au Journal de laCour, de Paris
Bénéfices donnés ,
Mariages & Morts ,
Arrêts Notables
,
Tifanne de Vinache ,
EllenceBalſamique ,
:
La Chanson notée doit regarder lapage
:
৩১
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères