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MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI.
NOVEMBRE : 1747 .
IGIT
UT
SPARG
AT
pillon
S
Chés
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
M. DCC. XLVII
Avec Approbation & Privilege du Rei
THE NEW YO
PUBLIC LIBR
A VIS.
ASTOR, LENOX AND
100 TILDEN 'FOURTATO DRESSE générale duMercure eft
LA Là M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à 11:
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE . 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ELOGE DE LA SUISSE ,
Lettre aux Auteurs du Mercure de France.
Ous montrez dans votre Mer-
V cure , M.M. tant de goût , de
lumieres & d'impartialité , que
j'ai crû que vous vous feriez un
plaifir de contribuer à détruire un préjugé
répandu affés généralement en. France contre
la Suiffe & les peuples qui l'habitent ; on
s'imagine que ce païs eft ftérile & prefque
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE.
•
fauvage ; que fes habitans font fans connoiffances
& fans politeffe . Le célébre M.
de Voltaire ne penfe pas plus avantageufement
de la nation Helvetique ; il la traite
hardiment de barbare,
* Barbares , dont la guerre eft l'unique métier ,
Et qui vendent leur fang à qui veut le payer.
Cependant parmi ces barbares il y a des
Bernoullis , c'est - à - dire d'illuftres rivaux
des Newtons & des Leibnits. Il y a des
Werenfels & des Crouzas , qui ne le cedent
ni en génie ni en fçavoir aux plus célebres
Ecrivains de l'Europe. M. de Fontenelle
, qui fe connoît fi bien en mérite &
* L'Auteur de cet Ecrit n'a pas fans doute fait .
attention à la note que M. de Voltaire a faite fur
ces deux vers cités ; il rend juftice dans cette note
à la nation Suiffe & reconnoît qu'elle eft refpectable
& mérite toute forte d'égards . L'épithete de
barbares ne tombe que fur les Suiffes qui étoient
dans Paris à la folde du Duc de Mayenne , lef
quels y commirent beaucoup de cruautés , &
non fur la nation Helvetique. M. de Voltaire &
nos fçavans Géométres ont toujours témoigné la
parfaite eftime qu'ils avoient pour M. Bernoulli ,
dont les talens fublimes font la gloire de fa patrie .
Les François & toute l'Europe rendent la même
juftice aux autres Sçavans que cite M. Tollot.
Nous remarquerons ici que le préjugé dont l'Auteur
fe plaint n'exifte au plus que parmi le bas
peuple qui n'eft fait pour juger de rien.
NOVEMBRE. 1747 .
S
qui croit que l'efprit eft de toutes les nations
, auffi -bien que de tous les fexes ,
rend à ces Meffieurs la juftice qui leur eft
dûë , & il marquoit à M. de Werenfels une
eftime très - particuliere. Ne croyez pas
que ces Sçavans foient les feuls de la nation
Helvetique qui fe foient rendus fameux
dans la République des Lettres. *
Je ne veux pas remonter dans l'ancien
tems & vous parler des Banhins de
Bafle , à qui la Botanique doit une partie
de fes progrès. M. Haller de Berne
, leur a fuccedé dans cette fcience, & en marchant
fur leurs traces , il eft allé plus loin
qu'eux ; excellent Poëte d'ailleurs , il fçait
réünir les talens du génie aux connoiſſances
les plus utiles & les plus curieufes. M.
de Cefeaux , petit- fils de l'illuftre M. de
Crouzas , connoît leCiel comme les plus habiles
Géographes connoiffent la Terre ; il a
obfervé les deux dernieres Cometes avec
une exactitude & une pénétration étonnante
; il a déterminé & deviné leur cours
avec une précifion & une jufteffe qui a fait
Fadmiration des Aftronômes , qui ont vû
fes obfervations imprimées à Lauſanne ;
M. Aliman de Berne , Mrs Rufchat & de
Bochat de Lauſanne , ont porté avec beaude
fuccès la lumiere dans les ténebres
coup
* Il en eft plus de trois que je pourrois nommer:
A. iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des antiquités de la Suiffe ; ce dernier a
débrouillé tout nouvellement le cahos de
l'origine de la nation Helvetique ; les recherches
les plus profondes n'ont point
échappé à fon exactitude & à fa fagacité, &
il a démêlé avec une netteté admirable les
vérités hiftoriques de ce que la Tradition
& la Fable y avoient mêlé de faux & de
merveilleux .
Il n'eft plus douteux aujourd'hui que la
nation Helvetique eft compofée de Colonies
de Germains & de Gaulois , enforte
cependant que ceux-ci ont prévalu & ont
donné le nom à la plupart des villes de la
Suiffe ; il eft manifefte en effet que le nom
de la plupart de ces villes décele leurs
Fondateurs ; je n'en citerai que deux ou
trois exemples. Verci eft une des principales
villes bâties fur les bords du Lac Leman
par les Bituriges Vivifci , dont Bordeaux
étoit la Capitale. Lausanne , qui eft la Capitale
du païs de Vaux, doit fa fondation à
des Celtes ou à des Celtiberes , originaires
des Gaules, qui jetterent fes premiers fondemens
dans l'endroit appellé aujourd'hui
Vidi. Soit que fon premier nom fût Arpentina,
Arpentras & Loulonne, il eft également
Celtique.
Mondon , autre Ville appartenant à Mrs
de Berne , étoit anciennement MinoduNOVEMBRE.
1747. 7.
zum en latin ; fuivant M. le Profeffeur Rchat
, l'éthimologie de ce nom , adoptée
par M. de Bochat , vient de deux mots Gaulois
, Minni -dun , qui défigne une ville au
bord d'une riviere en effet Mondon eft
bâtie fur le bord du Lac Leman ; on pourroit
auffi tirer cette éthimologie de Mynyd,
montagne , & de Dun , ville , ce qui fignifieroit
ville fur un mont , dénomination
également convenable à Mondon .
Ces éthimologies font fi claires qu'on ne
fçauroit leur appliquer cette Epigramme
qu'on fit contre une de celles de l'Abbé
Menage.
Alfana vient d'Equus fans doute ,
Mais il faut avouer auſſi
Qu'en venant de- là juſqu'ici ,
11 a bien changé ſur la route.
On ne fçauroit rechercher avec quelque
foin l'origine des peuples , que l'on ne foit
convaincu que toutes les Nations fe font
mêlées infenfiblement , de là le mêlange
& la conformité des moeurs & des Langues
; ce font des ruiffeaux qui fe rendent
par diverfes routes dans le même fleuve ,
qui leur rend à fon tour par des canaux fouterrains
l'eau qu'il en a reçûë.
Tous les peuples ayant une même fource
A iiij.
8 MERCURE DE FRANCE.
&
,
& s'étant tous raprochés en divers tems ,
malgré leur diſtance , les uns des autres
rien ne me paroît plus injufte & plus ridicule
que les reproches qu'ils fe font réciproquement
, reproches qui certainement
retombent fur eux - mêmes , puifqu'ils n'ont
tous qu'une feule & même origine. Si l'on
difoit que les François font fuperficiels
qu'ils n'aiment que les fleurs & le brillant ,
qu'ils fe bornent à tourner agréablement un
Madrigal ou à aiguifer la pointe d'une Epigramme
, ils fe récrieroient beaucoup &
ils auroient raifon ; ils peuvent citer des
Ecrivains profonds , folides & éloquens ;
ils ont eu leurs Descartes , leurs Pafcals ,
leurs Boffuets , ils ont encore leurs Reaumurs
, leurs Mayrans & leurs Fontenelles.
Je ne parle point des excellens Poëtes qui
ont fait honneur à leur fiécle & à leur Nation
; les Auteurs François excellent fur
tout dans la précifion , l'ordre & l'élégance
& la netteté ; ils ont l'art de perfectionner
les découvertes des autres Nations &
de leur donner un nouveau luftre .
La Nature eft une bonne mere qui partage
affés également fes faveurs ; ce qu'une
Nation perd du côté du délicat & du
brillant , elle le gagne ordinairement du
côté de la jufteffe & de la profondeur ; les
Anglois n'ont peut - être pas cette fineffe ,
NOVEMBRE. 1747. 2
cette élégance & ces graces qui font le partage
& le caractére des bons Ecrivains
François , mais ils excellent dans la Philofophie
& dans l'art de traiter les matieres
Théologiques. Les Allemands réüffiffent
principalement dans la Médecine & dans
la Jurifprudence .
La Suiffe , fituée prefque au milieu de
l'Europe , eft à portée de réunir le goût
des differentes Nations qui l'environnent,
la Littérature n'y eft point négligée, & toutes
les fciences y font cultivées avec fuccès ,
outre les Sçavans dont je viens de parler ,
j'en pourrois nommer encore plufieurs autres
qui ont illuftré leur Patrie . Concluons
donc avec le fameux Peliffon , que les feiences
voyagent tour-à- tour par toutes les parties
du Monde & qu'elles éclairent prefque également
tous les Pays. Leur lumiere eft comme
celle du Soleil qui répand fes rayons de
toutes parts ; il eft vrai que cette lumiere
eft fucceffive. Les Grecs ont été nos premiers
Maîtres ; les Romains ont hérité de
leur goût pour les Belles- Lettres & pour les
Sciences ; il paroît aujourd'hui que toutes
les Nations de l'Europe fe font empreffées
à recueillir les débris de cet héritage; il eft
vrai que ce goût général pour les Belles-
Lettres & les Sciences fe diverfifie felon le
terroir du païs & le caractére de ceux qui
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
l'habitent ; les uns fe tournent plus du co
té de l'utile , les autres du côté de l'agréa
ble , mais il réfulte de cette variété de talens
& de connoiffances , le bien général
de la fociété ; ce qui manque à une Nation
fait le partage de l'autre , cela établit entre
elles un commerce de lumieres & de connoiffances
. Ne doutons point que la Nature
ne partage fes dons avec équité , cen'eft
que l'amour propre de chaque Nation .
qui s'arroge des prérogatives à l'excluſion :
de toutes les autres.
Quoi de nous feuls mere idolâtre ,,
N'eft- elle donc que la marâtre
Du refte groffier des humains ?
La Motte.
L'épithete de Barbares que M.de Voltaire
donne aux Suiffes , tombe peut- être moins :
fur leur ignorance que fur la vente qu'ils
font de leurs troupes aux Princes étrangers
, mais fi l'on examine les chofes avec
impartialité , on verra que ce reproche n'eft
pas mieux fondé que le premier; les Magif
trats des louables Cantons font trop fages.
pour fe propofer de trafiquer du fang de
feurs fujets.
Le célebre Zuingle fit à ce fujet de fortes
repréfentations à leurs Excellences de
NOVEMBRE. 1747. II
Zurich & de Berne , c'eft pourquoi ces
deux Cantons ne voulurent pas être compris
dans le Traité de Soleure du 7 Juin
1549, mais dans la fuite ils ont compris que
ces fcrupules devoient être levés par les con
jonctures où ils fe trouvent & la fituation de
leur pais . Joüiffant depuis plufieurs années
d'une profonde paix , les habitans s'y multiplient
beaucoup. Il n'eft pas facile de
faire aujourd'hui ce que l'on faifoit autrefois
, d'envoyer des Colonies quand le ter
rain eft trop étroit & n'eft pas affés fertile
pour le nombre & la nourriture des habitans.
L'efptit de la nation Helvetique n'eſt
pas tourné du côté du commerce ; la fituation
du païs n'y eft peut-être pas propre.
Que faire dans ces circonftances ? Permettre
à ceux qui ont de l'inclination pour les
armes,de fervir les Princes étrangers & acquérir
par-là une expérience qui peut être
utile à leur propre Patrie , qui fe réferve
toujours le droit de les rappeller toutes les:
fois qu'elle aura befoin de leur fecours. Ce
païs n'a pour toute fortereffe que fa fituation
, un bon Gouvernement , la valeur
non équivoque de fes habitans & leur extrême
amour pour la liberté..
Craignant plus que la mort un honteux efclavage;
Hs trouvent leur rempart dans leur propre courage:
A vi
12 MERCURE DE FRANCE:
Ce n'est point vendre fon fang que de
fe mettre à la folde des Princes étrangers
fous des conditions honorables , c'eſt ſe ti—
rer de la molleffe & de l'oifiveté pour faire
apprentiffage d'un métier qui peut devenir
néceffaire à ceux qui l'exercent , & les défendre
de l'oppreffion . Si la Suiſſe étoit attaquée
par quelque Puiffance étrangere &
qu'elle manquât de foldats & d'Officiers
expérimentés , comment pourroit-elle repouffer
un ennemi qui auroit fur elle l'a
vantage que donne l'expérience ?
Des femmes , des enfans pourroient- ils l'arrêter
Racine.
Je mets au rang des femmes & des enfans
les hommes qui ne font exercés qu'à
cultiver leurs champs & leurs vignes . Il n'y
a aucunes loix divines & humaines qui
nous défendent de fervir les Princes étran-.
gers dans leurs guerres , c'eft ce que M. de
Bochat a très- bien prouvé dans un Traité
qu'il a fait fur ce fujet..
L'objection que je viens de réfuter fuppofe
dans les Suiffes un grand amour pour
le , métier des armes & une valeur reconnuë;
M. de Balompierre difoit qu'ils avoient
la poitrine ouverte , le front fans rides &
la main bonne , c'est- à - dire qu'ils ont beau
coup de candeur , de franchiſe & de cou
NOVEMBRE. 1747.
13
rage ; ils en ont donné des preuves en diverfes
occafions. L'Empereur Charles Quint
avoit fait une invafion en Provence , & le
Roi François I. fe trouvoit prefque fans
troupes ; le peur qu'il en avoit étoit un
mêlange de foldats de diverfes Nations &
de differentes Religions . Dans cette extrê
mité il eut recours aux Suiffes , qui permirent
à M. d'Enguerrand de lever parmi eux
12 à 15 mille hommes , malgré l'alliance
qu'ils avoient avec l'Empereur ; ce Corps
ayant joint le Roi à Valence , le mit en état
de faire tête à l'armée Impériale.François I.
fentit fi bien l'obligation qu'il avoit à ces
braves Suiffes , qu'il fit préfent à tous les
Capitaines d'une chaîne d'or de là valeur
de cent écus , & ne croyant pas pouvoir
Feur marquer trop de reconnoiffance , il
déclara publiquement qu'il leur devoit la
Couronne.
Ecoutons M. de Voltaire , il fait dans
une de fes remarques fur le Poëme de la
Henriade , l'éloge de la générofité des Suiffes.
Sancy , dit-il , propofa dans le Confeil
de Henri III: de lever une armée de Suiffes ,
pour oppofer au parti de la Ligue , qui
vouloit détrôner le Roi. Le Confeil qur
fçavoit que ce Prince n'avoit pas un fol ,fe
mocqua de lui , cependant on lui donna la
commiffion , mais point d'argent , & ilpar
14 MERCURE DE FRANCE..
·
tit pour la Suiffe. Jamais négociation ne
fut fi finguliere ; d'abord il perfuada aux
Génevois & aux Suiffes de faire la guerre
au Duc de Savoye , conjointement avec la
France , il leur promit de la Cavalerie qu'il
ne leur donna point , il leur fit lever dix
mille hommes d'Infanterie & les engagea
de plus à donner cent mille écus ; quand it
fe vit à la tête de cetté armée , il pric
quelques Places au Duc de Savoye , enfuite
il fout tellement gagner les Suiffes , qu'il
engagea l'armée à marcher au fecours du
Roi , ainfi on vit pour la premiere fois les
Suiffes donner des hommes & de l'argent.
La cruelle guerre que les Suiffes eurent
à foutenir contre Charles , dernier Duc de
Bourgogne , ne manifefta pas moins leur
valeur que leur amour pour la Patrie &
pour la liberté , la victoire fignalée qu'ils
remporterent fur lui à Granfon & à Morat,
affura pour jamais leur indépendance..
Louis XI. étoit fi content des importans
fervices que les Suiffes lui avoient rendus ,.
qu'il leur accorda l'année 1481 des Lettres
de naturalité pour tous ceux qui viendroient
demeurer en France. Le Traité
qu'il fit avec eux l'année 1474 & dont on
peut voir un Extrait dans l'Hiftoire de ce
Prince par M. Duclos , leur est très-honorable.
NOVEMBRE. 1747.
Le Gouvernement en Suiffe eft doux
& équitable , ce qui rend les fujets trèsaffectionnés
à leur Souverain.La plupart des
Magiftrats ont fervi en France , & y ont
acquis cette politeffe qu'on ne trouve guéres
ailleurs , femblables à ces anciens Romains
qui paffoient fucceffivement du
Camp au Sénat , qui après avoir dépofé
leurs lauriers au pied de Themis , prenoient
le glaive de la Juftice , & que leur
probité & leurs lumieres élevoient aux
premieres Charges de l'Etat , comme leur
valeur les avoit placés à la tête de l'armée.
La Nation Helvetique a confervé juſques
à préfent cette fimplicité de moeurs ,.
fi convenable à fa fituation , & qui en fait
le caractére & l'ornement. Il n'y a que
ceux qui ont voyagé dans les pays étrangers
qui ayent peine à fe garantir du goût.
pour le luxe & la molleffe qui y regnent
en s'coûtumant peu à peu à leurs uſages;
il n'est que trop dangereux d'en contrac
rer les moeurs. Les anciens Suiffes étoient
fi éloignés de connoître le luxe & la ma
gnificence , qu'ayant fait un très- riche
Butin après le gain de la bataille de Granfon
contre le Duc de Bourgogne , ils pri
rent fa vaiffelle d'argent pour de l'étain &
la vendirent au plus vil prix ; ils ne firent
G MERCURE DE FRANCE
pas plus des cas des pierreries ; un d'en--
tr'eux qui trouva le plus beau diamant du
Duc le donna pour un florin , & il paſſa
en plufieurs mains au même prix , cepen
dant ce diamant eft aujourd'hui le fecond
de la Couronne , & il eft eftimé dix- huit
cent mille livres. Cela me rappelle l'ignorance
& la fimplicité du Conful Mummins
qui prit Corinthe ; il connoiffoit fi peur
le prix des tableaux précieux & des ftatues
qu'il y trouva , qu'il fit une Ordonnance
par laquelle il déclaroit que les ouvriers
qui fe les approprieroient ou qui les briferoient
, feroient obligés d'en fournir de
neuves.
L'éloignement que les Suiffes ont en
général pour le fafte & pour le luxe , n'eſt
pas. chés eux une groffiere ignorance des
commodités de la vie , & une impuiffance
abfolue de fe les procurer; l'air y étant pur,
le climat temperé , les fruits en abondance
& fort bons ; le gibier n'y manque pas ; on
y trouve des poiffons de toutes les efpéces
; les fleuves fertilifent toutes les cam-
.pagnes , & l'eau qui coule au pied des
vignes de l'Avan & de la Côte , femble fe
changer en vin délicieux. Ils ont des mines
au-deffus de Vercy , dont on tire un
fel beaucoup moins acre que celui de la
NOVEMBRE . 1747. 17
mer. Pas loin delà on voit des carrieres
de marbre de toutes les couleurs , que l'òn
fcie & que l'on polit avec fuccès pour
l'Etranger , car les habitans du pays , femblables
à ceux du Pérou , qui troquoient
leur or pour du fer , préférent dans la
conftruction de leurs bâtimens la fimple
pierre au plus beau marbre .
Ce que je viens de dire pourroit fuffire
à diffiper un préjugé affés généralement
répandu contre la Suiffe ; on s'imagine
que c'est un pays ingrat & fauvage , tout
hériffé de ronces & d'épines ; on fe trompe
fort ; la Suiffe offre prefque de tout
côté le payfage le plus gracieux & le plus
riant ; ici l'on voit des champs cultivés &
de vaftes prairies ; là des vignes riches.
& abondantes ; plus loin vous voyez de
gros bourgs , des villages peuplés & ferti
les ; rien n'eft plus agréable que la fituation
des villes qui couvrent prefque les
bords du Lac Leman , du côté du pays de
Vaud ; elles ne font pas grandes , mais elles
font propres & riantes : tout s'y reffent
de l'abondance dont jouiffent les habitans ,
& de la douceur du Gouvernement. La
Nobleffe n'y eft pas en grand nombre ,
mais elle eft polie & confiderée lorfqu'elle
eft jointe au mérite ; ainfi M. l'Abbé Gi
18 MERCURE DE FRANCE.
rard a tort , lorfqu'il dit dans fon excellent
Traité fur les Synonimes , qu'elle n'eft
pas eftimée en Suiffe & qu'elle eft un titre
d'exclufion pour les Emplois publics , Quelque
goût que la nation Helvetique air
pour l'égalité , il eft certain que les familles
patriciennes ont prefque toujours la fupériorité
dans le Gouvernement .
C'est dans cet heureux féjour que l'on
n'eſt point exposé à ces fatales révolutions,.
à ces guerres fanglantes , à ces orages funeftes
, qui menacent fi fouvent les autres
païs. Là du haut de leurs collines , comme
fur un Amphithéatre , les Suiffes jouiffenɛ
de la délicate fatisfaction d'être fimples
fpectateurs des débats des autres peuples ,
& de goûter les douceurs & les avantages
de la paix , quoique comme des Aigles intrépides
, on les ait vû autrefois fondre fur
leurs ennemis , fixer leurs regards fur le
Soleil & revenir à la charge tout couverts
de fang & de bleffures. Depuis la guerre
Civile , qui dura peu & qui fut terminée
Fannée 1713 , les Suiffes ont joui d'une
paix conftante , fi conforme à leur goût &
à leurs vrais intérêts. Il est vrai que cette
tranquillité fut un peu altérée l'année
1734 par les troubles de la République de
Généve,qui eft alliée de plufieurs Cantons,
NOVEMBRE . 19 1747.
mais ces troubles furent appaifés heureuſement
par l'augufte médiation de Sa Ma
jefté Très- Chrétienne & de leurs Excellences
de Zurich & de . Berne ; puiffionsnous
joüir à jamais des grands avantages
qu'elle nous a procurés !
O toi , fource des vrais plaifirs ,
Divine paix , délices de la terre ,
Tu bannis les foupçons & les triftes foupirs ,
Malheureux enfans de la guerre.
D'une tendre union ferre à jamais les noeuds ;
D'arbitres fi puiffans maintiens l'heureux ou
vrage ;
Que ce précieux héritage ,
Qui remplit aujourd'hui nos voeux ,
Puiffe en paffant à nos derniers neveux ,
Faire leur bonheur d'âge en âge !
Jean-Baptifte Tollot.
Geneve ce premier Septembre 1747.
20 MERCURE DE FRANCE.
LA Bataille de Lawfelt , & le Siége de
Bergopfoom . **
• · • •
OD E.
: . Famam extendere factis
Hoc virtutis opus . •
Virg. Æneid. lib . 19. v. 468./
Uel Mortel ou quel Dieu terrible ,
Le défefpoir peint dans les yeux ,
Précedé d'un tumulte horrible ,
Conduit fes bataillons nombreux ?
Orgueilleux enfans de la terre
Rivaux du Maître du Tonnerre
Ofez-vous encor le braver ?
Comment , dans votre énorme audace ;
De la foudre qui vous menace
Fourrez-vous enfin vous fauver?
Je le vois , oui , c'eft Mars lui- même ;
Il marche à pas précipités
Et de fa diligence extrême
* La Bataille de Lawfelt gagnée le 2 Juillet
1747fur l'armée des Alliés.
** Bergopfoom pris d'affaut le 16 Septembre 17474
NOVEMBRE. 1747-
21
Les peuples font épouvantés.
Le doux espoir de la vengeance ,
Sous les drapeaux contre la France
A reüni mille Guerriers ;
Sous leur poids la terre s'affaiffe ;
Ils vont , dans l'ardeur qui les preſſe ;
Défier leurs rivaux altiers.
**
Confus de n'avoir pû ſuſpendre
Le cours de nos brillans exploits ,
Leur Chef abandonne la Flandre
Au grand Monarque des François.
LOUIS , que la prudence guide ;
L'atteint dans fa courſe rapide ;
Dans Lawfelt il fixe ſes pas ;
Mars frémit ; yvre de carnage ,
Dans tous les coeurs ſoufflant ſa rage ;
Il fait des Dieux de fes foldats.
***
Les François fûrs de la victoire ,.
Ont prévenu leurs ennemis ;
MAURICE les mene à la gloire
Sous les yeux même de LOUIS ;
LOUIS les voit , foudain fon ame
Et les anime & les enfâme ;
Tout a cedé devant leurs pas ;
Trois fois leur grand courage effuye
22 MERCURE DE FRANCE.
Et brave la brûlante pluye
Des feux , miniftres du trépas.
炒菜
Ainfi qu'une pefante maffe ,
Inébranlable à tous les coups ,
Du lourd marteau qui la menace ,
Dédaigne l'impuiffant courroux ,
Tel l'Anglois trois fois nous repouffe
Contre lui notre effort s'émouffe ,
Il croit un inftant triompher:
Ceint d'un mur d'airain & de flâme ;
Aucune attaque ne l'entame
Et ne peut le faire plier.
**
Tel un éclair qui fend la nuë ,
Telle , ô Mort , tu parcours nos rangs ;
Du fang dont fe repaît ta vûë ,
La terre engloutit les torrens .
Mais bien-tôt le fage MAURICE
A franchi l'affreux précipice ,
De Mars redoutable rempart ;
Sa valeur féconde en miracles ;
A furmonté tous les obftacles
Et de la nature & de l'art.
****
? Tout fuit ; honteux de fa défaite ;
Mars voit les projets avortés ;
NOVEMBRE . 1747.
Il court chercher une retraite
Au fein des murs & des Cités.
Sur les bords de la Zoom tranquille
*
S'éleve une fuperbe ville ,
Qu'habite un peuple belliqueux.
Le Dieu guidé par fon courage ,
Vole , & ramene le carnage
Au pied de ces murs malheureux.
Bientôt armé de ton Tonnerre ;
LOWENDALH , le fuit à grands pas ;
O Roi , tu veux fauver la terre
Trop long -tems en proye aux combats ;
La Paix feule a pour toi des charmes ;
Et tu ne prends en main les armes
Que pour rétablir fon pouvoir :
Heureux , fi plus amis d'eux même
Les mortels à ta voix fuprême
Confentoient à la recevoir !
****
Ainfi qu'un fanglier terrible ,
Par les Chaffeurs mis aux abois ,
Montre un défeſpoir invincible ,
Avant d'en recevoir les loix :
Tel , & plus infléxible encore
* Bergopfoom au Berguefur la Zoom , Ville ayan
titre de Marquifat.
24 MERCURE DE FRANCE .
Le fier Dieu , que l'Anglois honore ,
Se roidit contre les malheurs,
De ma fureur opiniâtre ,
Bergopfoom le fatal théatre ,
» Doit être l'écueil des vainqueurs.
*XX
Il dit : plein d'efpérance vaine
11 encourage fes foldats ;
Luii - même il les arme & les mene
A chaque inſtant dans les combats.
Les affauts fans ceffe redoublent ,
Les ondes & les airs fe troublent ,
Le falpêtre obfcurcit les Cieux ,
L'airain mugit , la mort s'échappe ,
En tous les lieux les mines , la fappe
Etalent un spectacle affreux.
***
'Aux Guerriers qu'Atropos moiffonne
Succedent de nouveaux Guerriers ;
Sous leurs pieds la flâme boüillonne
Et renverfe des Forts entiers.
Les périls qui partout renaiffent
A leurs yeux bien - tôt difparoiffent ;
Leur grand coeur les furpaffe tous,
Héros jaloux de la victoire
›
Vous
NOVEMBRE . 1747.1
25
Vous eûtes au champ de la gloire
Des concurrens dignes de vous.
** XXX
L'illuftre ami du grand MAURICI
LOWINDAHL eft par - tout préfent
La victoire à ſes voeux propice
N'abandonne jamais fon Camp.
LOWINDAHL parle , agit , ordonne ;
A la troupe qui l'environne
11 difpenfe de longs travaux ;
Les François à l'envi s'avancent ,
A travers les feux ils s'élancent ,
Et de morts foulent des monceaux
Quelle épouvantable nuée
D'armes , de piques & de dards ,
A faifi mon ame étonnée ,
Et frappé mes foibles regards ?
Elle approche ... ſon ſein enfante
A mes yeux une troupe ardente ,
Qu'enyvre un espoir ſéduiſant,
Ils ne cherchent que les batailles ;
Bergue , ils veulent fous tes murailles ;
Vaincre ou mourir en te vengeant.
*
L
26 MERCURE DE FRANCE.
Des remparts découvrant la plaine ,
Mars les voit , reconnoît les fils ,
Et d'une allegreffe foudaine
L'écho répete au loin les cris.
Ils marchent d'un air intrépide ,
Et fiers du Guerrier qui les guide ,
Vont tenter des hazards nouveaux ;
Ils étendent par- tout leur rage ;
LOWENDAHL paroît ; leur
Tombe à l'afpect de ce Héros.
courage
Vous , dont la valeur faſtueuſe
Devoit renverser nos projets ,
N'avez-vous traverfé la Meufe
Que pour contempler nos fuccès ?
Vous fuyez , combattans terribles ;
Au fond de lieux inacceffibles
L'effroi vient de vous confiner.
Tremblez ; quoi ! Votre audace altiére
Croit- elle une telle barriere
Capable de nous étonner ?
***
Et toi jadis ville indomptable ;
Ecueil des plus fiers Conquérans ,
De ton enceinte redoutable
NOVEMBRE. 1747. 27
Vois la foudre ébranler les fancs.
Déja tes murailles s'écroulent ,
La terreur & l'orage roulent
Sur la tête de tes , Guerriers ;
Soumets-toi , LowENDAHL approche .. ?
Mais quoi ! ton orgueilleufe roche
S'abaifle devant fes lauriers !
Déja tes défenfeurs pâliffent ;
Le trouble eft peint dans leurs regards ;
Aux François , qui par- tout graviffent ,
Ils abandonnent tes remparts ;
Et Mars , que l'épouvante glace
Oubliant enfin fon audace ,
Fuit lui mêine avec les vaincus.
Bergopfoom , LOUIS eft ton Maître
Apprens du moins à le connoître ;
Tu cedes , il ne tonne plus .
Impatiente Renommée ,
Vole au loin répandant fon nom ,
Raffûre l'Europe allarmée
De la chûte de Bergopfoom ;
Peins-lui fon ame généreufe ,
Aufli tendre que courageuſe ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Senfible aux malheurs des mortels ;
Dis-lui que le meilleur des Princes
Voudroit dans toutes les Provinces
A la Paix dreffer des Autels,
༧༽ ཆུ
LETTRE écrite d'Aumale à M. de 3
la Bruere.
E crois devoir ,M. vous faire part d'une
Jdécouverte qui en accélérant la conftruction
des bâtimens & diminuant l'ob
jet de la dépenfe fur cette partie , pourra
peut-être donner d'autres idées encore plus
avantageufes pour le public.
Un particulier de ces cantons faifant
conftruire un bâtiment affés orné , a imaginé
pour avancer l'ouvrage, de faire pouffer
au rabot de menuifier les moulures de plufieurs
pierres de corniches & entablemens ;
cette premiere expérience ayant réüffi également
fur les pierres dures & feches &
fur les pierres tendres & fraîchement tirées
de la carriere , il a propofé au menuifier
de pouffer de la même façon la totalité
des corniches & entablemens, Le menuifier
demandoit 6 livres pour une partie
d'ouvrages pour laquelle le maître Maçon
comptoit donner environ 20 écus aux
Tailleurs de pierre , mais le maître a mieux
NOVEMBRE . 1747. 29
aimé s'en charger lui-même & a encore
perfectionné cette premiere invention
car il a établi moyennant 41. feulement
une espece de preffe en bois par le moyen
de laquelle en affujetiffant fur la même
hauteur une ou plufieurs pierres de fix ,
huit & dix pieds de long , il les pouffe
toutes en même tems au rabot , après les
avoir dégroffies & préparées au cifeau , au
lieu que les Tailleurs de pierres ne peu
vent le faire que par parties , & il s'eft
trouvé que le maître Maçon pour fon coup
d'effai en a fait plus en un jour que 15
Tailleurs de pierres n'en auroient pû faire,
& les a taillées beaucoup plus juftes , quoiqu'il
ne fe foit fervi que de vieux outils de
menuifier.Il a de plus fait faire des rabots ,
dont le bois & le fer font contournés de
façon qu'ils peuvent faire fur la pierre
comme fur le bois toutes fortes de ceintres
& de bombages , einbraffer en même
tems une corniche ou un entablement
compofé de 3 , 4 & 5 moulures de differentes
formes & largeurs , enforte "qu'un
feul ouvrier pouffe en même tems une corniche
entiere , & en fait plus par conféquent
que 40 ou 50 autres n'en feroient
dans le même tems , ce qui a fi parfaitement
réuffi pour le bâtiment en question ; que
le tems & la dépenfe fe font trouvés dimi
B iij
28 MERCURE DE FRANCE.
Senfible aux malheurs des mortels ;
Dis-lui que le meilleur des Princes E
Voudroit dans toutes les Provinces
A la Paix dreffer des Autels,
LETTRE écrite d'Aumale à M. de 3
la Bruere.
E crois devoir,M. vous faire part
J découverte qui en accélérant la conftruction
des bâtimens & diminuant l'ob
jet de la dépenſe ſur cette partie , pourra
peut-être donner d'autres idées encore plus
avantageufes pour le public.
Un particulier de ces cantons faifant
conftruire un bâtiment affés orné , a imaginé
pour avancer l'ouvrage, de faire pouffer
au rabot de menuifier les moulures de plufieurs
pierres de corniches & entablemens ;
cette premiere expérience ayant réüffi éga
lement fur les pierres dures & feches &
fur les pierres tendres & fraîchement tirées
de la carriere , il a propofé au menuifier
de pouffer de la même façon la totalité
des corniches & entablemens, Le menuifier
demandoit 6 livres pour une partie
d'ouvrages pour laquelle le maître Maçon
comptoit donner environ 20 écus aux
Tailleurs de pierre , mais le maître a mieux
NOVEMBRE. 1747. 29
que
aimé s'en charger lui-même & a encore
perfectionné cette premiere invention ,
car il a établi moyennant 4.1 . feulement
une espece de preffe en bois par le moyen
de laquelle en affujetiffant fur la même
hauteur une ou plufieurs pierres de fix ,
huit & dix pieds de long , il les pouffe
toutes en même tems au rabot , après les
avoir dégroffies & préparées au cifeau , au
lieu les Tailleurs de pierres ne peu
vent le faire que par parties , & il s'eft
trouvé que le maître Maçon pour fon coup
d'effai en a fait plus en un jour que 15
Tailleurs de pierres n'en auroient pu faire,
& les a taillées beaucoup plus juftes , quoiqu'il
ne fe foit fervi que de vieux outils de
menuifier.Il a de plus fait faire des rabots ,
dont le bois & le fer font contournés de
façon qu'ils peuvent faire fur la pierre
comme fur le bois toutes fortes de ceintres
& de bombages , embraffer en même
tems une corniche ou un entablement
compofé de 3 , 4 & 5 moulures de differentes
formes & largeurs , enforte qu'un
feul ouvrier pouffe en même tems une corniche
entiere , & en fait plus par conféquent
que 40 ou 50 autres n'en feroient
dans le même tems , ce qui a fi parfaitement
réuffi le bâtiment en question ; que
pour
le tems & la dépenfe fe font trouvés dimi
x
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
nués de plus de 55 foixantiémes fur cette
partie ; quand il fe trouve des caillous dans
la pierre on les ôte avec le cifeau , comme
cela fe fait lorfque c'eft avec le cifeau que
l'on fait les moulures.
Tous les Tailleurs de pierre avoient
d'abord dit par ignorance ou par entêtement
que le rabotage des pierres étoit
impoffible , & s'y étoient oppofés enfuite
par intérêt , parce que tout ce qui tend à
diminuer la dépenfe & le nombre des
journées déplaît toujours à toutes fortes
d'ouvriers.
On ne doute pas même que bien des
gens ne contrarient cette nouvelle oeconomie
par les mêmes motifs qui portent
plufieurs perfonnes à blamer l'invention
des machines qui tendent à faire fabriquer
des étoffes avec 5s & 6 fois moins d'ouvriers
qu'on n'en employe aujourd'hui .
C'est ainsi que l'on s'oppofa dans l'origine
au metier à faire des bas , fous pretexte
que l'on réduiroit à la mendicité un
nombre de gens qui vivoient de ce travail
mais pour que cette raifon fût bonne &
applicable à tout ce qui peut fimplifier le
travail des hommes , il faudroit fuppofer
s'il y avoit plus d'habitans en
France , on n'auroit pas dequoi les occuper
& les nourrir par le commerce , la
ou que
"
एक
!
NOVEMBRE. 1747. 3 #
culture & l'induftrie , & qu'il n'y a point
de terte incultes & mal cultivées ; ou bien
que l'on fait actuellement affés d'étoffes
pour la confommation interieure & exterieure
, & que s'il y avoit plus d'étoffes ,
de marchandiſes & de grains , tout ce fuperflu
feroit inutile , ou n'auroit point de
débouché & feroit à vil prix ; or on ne
croit pas que perfonne foutienne férieufement
toutes ces propofitions ; il eft inconteftable
qu'il y a en France , année commune
, plus de bled qu'il n'en faut pour la
fubfiftance des habitans , car cet excedent
que M. de Vauban & l'Auteur du détail
de la France mettent dans les années ordinaires
au double de la confommation
néceffaire , d'autres au triple , ou paffe
à l'Etranger quand on le permet , ou
périt par la pourriture & les charançons, ou
fe confomme en engrais de beftiaux , en
poudre & en amidon . Dans les difettes qui
n'arrivent que tous les 12 ou 15 ans , on
n'a jamais fait venir du déhors plus de 40
mille muids de bled , fur environ 800 qui
font néceffaires pour la confommation de
chaque année , & une partie de ces bleds
étrangers eft toujours demeurée invendue
après la difette , ou a été venduë à vil
prix .
Il n'eft
pas moins certain qu'il y a en-
B iiij
32 MERCURE
DE FRANCE
.
que
Core des terres incultes dans le Royauine
celles qui font cultivées , peuvent l'être
mieux & rapporter davantage & qu'il
n'y en a prefque point qui ne puiffent rapporter
tous les ans , car les marais des envi
rons de Paris & autres grandes Villes , &
tous les potagers du Royaume , non - feulement
ne fe repofentjamais , mais produifent
deux & trois fois dans la même année,
à force de culture & d'amendement , les
terres de la Chatellenie de Lille & plúfieurs
autres de la Flandre & de la Normandie
font auffi dans le même cas , par
l'abondance des amendemens , quoiqu'elles
portent des lins , des colfas , des chanvres
, des bleds & autres grains qui demandent
plus de nourritures que des legumes
, il ne manque donc à toutes les
bonnes terres pour être auffi fertiles , & à
routes celles qui font incultes , pour être
cultivées , que des beftiaux & des chevaux
pour leur donner plus de labour , des fumiers
les amander davantage , & des
pour
bras pour les remuer . Si alors elles produi-
Moient plus de grains , fi d'un autre côté
on trouvoit moyen de multiplier la quanti
té des étoffes & marchandifes de toutes efpeces
, il ne faudroit pas craindre de voir
ces nouvelles productions de la culture &
de l'induftrie à vil prix , ou fans débouchés
NOVEMBRE . 1747 . 33
au dedans & au déhors , car il y a dans
l'Univers & dans chaque état particulier
une reciprocité néceffaire entre les objets
de confommation & les habitans, qui produit
infailliblement à la longue, toutes cho
fes d'ailleurs égales , plus d'habitans lorſ.
qu'il y a plus de chofes à confommer , &
plus de chofes à confommer , lorfqu'il y a
plus d'habitans , par la même raifon qui
fait que l'abondance d'un marché y attire
les acheteurs , & que le nombre des acheteurs
y amene l'abondance. Ainfi s'il y
avoit dans un état plus d'habitans & de
beftiaux, il y auroit plus de productions de
la terre & de l'induftrie , parce que chacun
de ces nouveaux habitans s'induftrieroit
pour trouver fa fubfiftance & gagneroit
plus par fon travail que fa fubliftance
ne lui coûteroit , comme on le prouvera
ci-après ; s'il y avoit plus de grains & de
marchandifes , il y auroit plus d'habitans
parce que l'abondance de ces grains &
marchandiſes les faifant baiffer dans le
premier moment , les naturels du pays fe
nourriroient mieux , ainfi que leurs enfans ,
en feroient davantage , & les feroient plus
fains & plus vigoureux , les étrangers atti-
τές par le bon marché s'habitueroient dans
cet Etat, ou en tireroient le fuperflu avec le
leur , ou avec de l'argent , ou autres che
В v
34 MERCURE DE FRANCE.
>
fes équivalentes , moins néceffaires chés
eux , que ce qu'ils prendroient en échange ,
& lorfque la conſommation du dedans &
l'exportation au déhors auroient augmen
té peu à peu le prix des denrées & marchandifes
, les propriétaires & fermiers
les commerçans , les fabriquans & les artifans
, enrichis par le produit & le débit
qu'ils auroient , les uns de leur culture , &
les autres de leur induftrie , feroient rencherir
eux - mêmes tout le refte des denrées
& marchandifes , & jufqu'à la main - d'oeu
vrē , car ils feroient alors plus de confommation
à proportion des richeffes que
leur fond ou leur travail leur auroit procurées
, & l'induftrie fe tronvant par-là mieux
recompenfée , fe perfectionneroit dans
l'interieur & attireroit par l'appas du
gain des marchands , des artifans & des
induftrieux du déhors , qui augmentant le
nombre des habitans procureroient encore.
par leur travail & leur confommation , une
nouvelle augmentation de denrées de
marchandifes & de richeffes ; le détail
fera encore mieux fentir cette vérité.
>
Suppofons par exemple , que le fac
de bled porté du nord au midi de la France
y coute aujourd'hui 30 liv . & que la
pinte de vin de Languedoc , Provence ,
Bearne & Rouffillon coute is fols à DunNOVEMBRE.
1747.
35
kerque ou à Rouen , que les étoffes de la
fabrique de ces deux extrémités portées refpectivement
dans l'une & dans l'autre y
coutent s liv. l'aulne , ' fuppofons encore
que l'on trouve dans ces differentes Provinces
le moyen de faire plus d'étoffes ou
de les faire à meilleur marché , de cultiver
plus de terres à bled & à vin , ou d'en
retirer davantage , ou de tranfporter le
tout à moins de frais d'une de ces extrémités
du Royaume à l'autre , enforte qu'il y
ait dans chacune un tiers plus de toutes
ces chofes , ou un tiers moins de frais à
faire pour les tranfporter. Alors le bled
du nord de la France qui valoir 30 liv. au
midi n'en vaudra plus que 20 ou 26 liv.
& le vin du midi qui coutoit 15 fols dans
le nord n'en coutera que 10 ou 12
& ainfi des étoffes . Le Provençal & le
Gafçon , le Flamand & le Normand acheteront
donc & confommeront , les uns
plus de bled & d'étoffes , les autres plus
de vin avec la même quantité d'argent
qu'ils employoient ci - devant au même
ufage ; & une partie de ceux qui n'en confommoient
pas , parce que le prix étoit
fuperieur à l'argent qu'ils pouvoient y
mettre, en confommera ; ainfi les naturels
de ces deux extrémités du Royaume fe
trouveront mieux nourris & mieux vêtus ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
mais fi le bon marché de ces denrées fubfifte
quelque tems , fans que la quantité en
diminue , la confommation s'étendra de
proche en proche dans les Provinces de
l'interieur par les mêmes raifons , & enfuite
chés les étrangers . Alors ces denrées
& ces étoffes réhaufleront de prix à propotion
que la demande en augmentera ; mais
quand elles reviendroient précifement au
même taux où elles étoient auparavant , la
confommation nouvelle occafionnée par
la premiere diminution du prix fubfiftera
& s'étendra même , parce que les premiers
propriétaires & cultivateurs de ces bleds &
de ces vins , les premiers fabriquans &
les premiers marchands de ces étoffes , enrichis
par un débit & un produit plus
fort , employeront une partie de leur profit
à cultiver & à fabriquer encore davantage
, & l'autre à faire de nouvelles confommations
qui enrichiront d'autres efpeces
d'ouvriers , de marchands & de cultivateurs
; ceux ci fe trouvant par-là plus à
leur aife , confommeront à leur tour plus
de bleds , de vins , d'étoffes , de viandes , &c ,
Ils rendront ainfi aux premiers confommateurs
qui les auront enrichis,une partie
de l'aifance qu'ils en auront retirée , & le
fond de cette aifance générale viendra en
partie des richeffes réelles & nouvelles que
NOVEMBRE: 1747. 37
l'augmentation de la culture & de l'indufttie
aura donné à l'Etat par l'augmentation
de la quantité du bled , du vin & des étoffes ,
& en partie des richeffes étrangeres que
le débit au dehors aura procuré.
En ſuivant cet exemple & le parcourant
dans toutes les progreffions , il eft aifé de
voir que cette augmentation de denrées &
de marchandifes produiroit fucceffivement
une augmentation réelle d'habitans ,
que ces denrées &marchan difes ne feroient
jamais à vil prix malgré leur abondance ,
& qu'elles ne feroient jamais trop cheres
malgré l'augmentation des habitans ; car
1º.Le prix eft toujours fixé par la demande,
& la demande eft toujours proportionnée
au nombre des acheteurs , aux befoins , à
l'aifance & au luxe ; or les acheteurs , les
befoins , l'aifance & le luxe
augmenteroient
dans l'interieur , s'il y avoir plus de
denrées comme on vient de le prouver , &
quand les befoins , l'aifance & le luxe feroient
remplis au dedans , ils font encore
bien loin d'être à leur terme dans le refte
de l'Europe & encore moins dans les autres
regions où nous commerçons , puifque
l'on peut y porter , y faire naître & en
tirer mille fois , plus de richeffes qu'il n'y
en a eû jufqu'ici , & que les befoins , let
38 MERCURE DE FRANCE.
luxe & la propagation n'ont peut -être pas
de bornes connues.
mes ,
>
2º. La cherté des denrées ne feroit pas
plus à craindre ; la cherté n'eft un mal que
quand elle vient de la difette des denrées ,
de la pareffe ou de la foibleffe des homle
bon marché eft même encore un
autre mal lorfqu'il vient du petit nombre
ou de la pauvreté des habitans , mais la
cherté eft un bien quand elle ne procede
que de la quantité & de la richeffe des
confommateurs , & la raifon de cela eſt
que rien n'eft cher où les moyens de payer
font abondans , & que tout eft cher ou ils
font rares . Or la quantité des denrées multipliant
les habitans & la quantité des habitans
multipliant les denrées , il réfulte
de l'une ou de l'autre augmentation plus de
richeſſes dans l'Etat & par conféquent plus
de moyens de payer , payer, au lieu que le petit
nombre des habitans produifant moins de
denrées , & la petite quantité des denrées
réduifant le nombre des habitans , l'Etat fe
trouve moins riche , les moyens de payer
deviennent plus rares , & toutes chofes fe
trouvent plus cheres, parce qu'il y a moins
de quoi les payer ...
Le point important eft donc d'augmenter,
autant qu'il eft poffible, la quantité des
NOVEMBRE . 1747. 39
habitans & des denrées on marchandifes
puifque ces deux quantités fe multiplient
P'une par l'autre , & que c'eft de cette multiplication
réciproque que réfulte la force
& la richeffe d'un Etat or c'est un moyen
d'augmenter la quantité des hommes &
des denrées ou marchandifes , que de fimé
plifier par l'Art les opérations qui peuvent
procurer ces denrées , & l'on gagneroit
pour l'Etat ce double avantage , fi l'on
pouvoit employer moins d'ouvriers pour
faire la même quantité de bâtimens , d'étoffes
de laine & de foye , de lambris
de parquets , de bas & de fouliers , &c.
Car il arriveroit de- là , de deux chofes l'une
, ou les ouvriers actuels de chacune de
ces profeffions feroient plus d'étoffes &
plus d'ouvrages de leurs métiers dans le
même efpace de tems , ou il y auroit moins
de ces ouvriers. S'il y avoit, par exemple ,
plus d'éroffes, on en vendroit davantage aut
dedans & au dehors , & l'Etat en feroit
plus riche , à proportion de la plus grande
quantité de marchandiſes qu'il auroit à débirer
; & de la plus grande confommation
qui ne manqueroit pas de fe faire , comme
on l'a prouvé ci - deffus. Si la confommation
n'augmentoit pas dans les premiers
momens , & qu'il y eut par conféquent
plus d'ouvriers oififs & moins de tiffer ans ,
40 MERCURE DE FRANCE.
de tailleurs de pierres & de menuifiers , il y
auroit plus de laboureurs , de pécheurs ,
de matelots, de commerçans & de foldats ,
parce que ce qui fe trouveroit de trop dans
une profeffion reflueroit dans une autre, &
ce feroit d'abord multiplier les hommes
d'une façon utile pour l'Etat , quoique
fictive en elle-même , que d'en occuper
moins à une profeffion , dès que cette profeflion
n'en fouffre pas , pour les rejetter
dans une autre également utile qui en a
befoin ; mais de plus cette multiplication
d'habitans deviendroit réelle par les fuites,
parce que peu à peu la quantité de denrées
& marchandifes augmenteroit , dès qu'il y
auroit un moyen de les procurer avec
moins de frais & d'ouvriers , & que cet
accroiffement de denrées feroit augmen
ter la quantité des hommes , ainfi
qu'on la prouvé ci - deffus ; on a prouvé,
encore que fi le nombre ou le travail des
hommes augmentoit de quelque façon que
ce fût , l'Etat & tous les membres feroient
plus riches , quand même tout feroit plus
cher , parce que les moyens de payer feroient
augmentés , au moins autant que le
prix des chofes , par les richeffes que l'aug
mentation du nombre & du travail des
hommes auroit procurées ; car comme la
cherté ne viendroit que de cette aug
NOVEMBRE. $ 747 4!
mentation d'habitans & de confommation ,
on trouveroit par leur travail & par l'accroiffement
de denrées , de marchandifes
& de richeffes qu'il produiroit , un reme
de plus que fuffifant à la cherté qu'ils auroient
caufée. Il refte donc bien démontré
que c'est un grand avantage que de fimplifier
les manoeuvres , qui tendent à procurer
plus de denrées & d'étoffes , & de
faire toutes fortes d'ouvrages & de travaux
avec un moindre nombre d'ouvriers que
ceux que l'on y employe aujourd'hui . Ne
craignons point que ceux qui par là fe trouveront
inutiles dans une profeffion , manquent
de ſubſiſtance dans une autre tant
qu'il y aura des terres incultes ou mal cultivées
à défricher ou à cultiver mieux , des
manufactures à perfectionner ou à étendre,
des parties de commerce à améliorer , des
colonies à fournir , des matelots à employer
, & plus que tout cela , des befoins
& du luxe à fatisfaire. Un payfan devenu
tailleur de pierre ou tifferan peut retourner
à la culture de la terre d'où il eft forti ,
ou s'employer à un autre genre de manufacture
& de commerce , s'il devient inutile
dans la profeffion où il étoit . Eh ! Comment
peut- on craindre de voir des ouvriers
manquer d'ouvrage & de fubfiftance ?
Tout ce que l'on pourroit appréhender eft
42 MERCURE DE FRANCE.
trop
qu'il n'y eut tout d'un coup des vuides
confidérables & trop prompts , mais
ces vuides ne fe feroient pas tous à la fois
puifque ce ne feroit qu'à proportion qu'on
trouveroit à fimplifier la méchanique de
quelque profeffion . Si aujourd'hui l'invention
de raboter les pierres diminue le
nombre des gens qui les tailloient au cifeau
, ceux qui demeureront fans emploi ,
trouveront à vivre dans quelqu'autre profeflion
, comme les faifeurs de bas à l'éguille
ont trouvé à fe placer , lorſque l'invention
des métiers les a rendus inutiles , &
cependant leur nombre étoit immenſe dans
toute l'Europe , puifque l'ufage des bas
étoit général & occupoit plus de gens que
quatre autres profeffions de la même ef
pèce.
Si dans un an on découvre un moyen de
rendre une autre partie d'ouvriers inutiles
ou fuperflus, ils fe placeront de même
& quel bien ne feroit - ce pas pour lafociété
fielle avoit plus de fujets à occuper ? Combien
de débouchés utiles n'auroit- elle pas
pû procurer dans les profeffions qui ont
befoin de fujets ?
Il ne reste qu'à fouhaiter que l'on multiplie
les moyens qui peuvent rendre les
hommes & lesArts méchaniques plus utiles,
& qu'il y ait en France beaucoup de Vo
NOVEMBRE. 1747. 43
tanfons qui s'y appliquent ; leurs recherches
font bien auffi nobles & auffi précieuſes
que celles qui tendent à nous faire
découvrir de nouvelles propriétés ,
de nou veaux rapports & de nouvelles
combinaiſons dans les differentes parties
de la matiere , dans les lignes ou dans les
nombres , & ces dernieres ne le feroient
pastant ,
fi elles n'avoient pour but , éloigné
ou prochain , l'avantage commun de
la fociété.
Voilà , Monfieur , où m'a mené la petite
découverte faite dans ce pays- ci , & fi
elle ne m'a pas emporté trop loin , il faut
en conclure que toutes les parties de l'Etat
& de l'adminiftration fe tiennent par une
chaîne imperceptible , que de meilleurs
yeux que les miens auroient peut-être trouvé
encore plus étenduë.
Au furplus comme je ne viſe point à la
réputation d'Auteur , que je ne fonge pas
même à entrer dans des difcuffions qui
pourroient être fuperieures à mes lumieres,
& que je laiffe à des gens plus habiles que
moi , fi la matiere leur en paroit digne ,
vous me permettrez de ne me point nommer
, & je ne fuis pas moins refpectueufement
, Monfieur , votre , &c.
Je viens d'apprendre dans le moment
que
l'on a tenté dans un autre canton de
44 MERCURE DE FRANCE .
faire rabotter les pierres , & que cett
épreuve y a eû le même fuccès;un architect
m'a dit auffi qu'il avoit vû la même chof
en Provence...
E PIT RE
De M. l'Abbé B... à M. R .. de Charenter
Pourquoi , R... de ta mufette
N'entendons-nous plus les doux fons ?
Tu ne viens plus deffus l'herbette
Nous rejouir par tes chanfons.
Nos Nymphes , que tu trouvois belles ,
Ne danfent plus comme autrefois.
a) Le Chantre des Rofes nouvelles
Tourmente envain fon hautbois .
Nous languiffons dans ces bocages ;
Philoméle a perdu ſa voix ,
Et les oifeaux par leurs ramages
Ne font plus retentir nos bois .
Reviens donc , ramene les graces ;
Les ris attendent ton retour :
Les Mufes reprendront leurs places ,
Pour chanter avec toi les douceurs de l'amour.
(a) Allufion à une pièce de vers , intitulée la Rofa
nouvelle.
NOVEMBRE. 1747 .
45
REPONSE à l'Epitre précédentes
A Bbé chéri des neuf pucelles ,
Toi qui fçais fi galamment
Joindre des graces nouvelles
Aux fleurettes d'un compliment ;
Veux-tu fçavoir pourquoi ma mufe
Dans un long affoupiffement
Refte enfevelie , & refufe
D'en fortir abfolument ?
Prête-moi l'oreille un moment
Et tu verras que mon excuſe
Eft légitime affûrément .
Celui qui fabriqua le monde ,
Nous fit à tous un goût fort different ;
Les uns vont chercher follement
A travers les périls de l'onde ,
Le métal précieux dont le Pactole abonde
Les autres tentent vainement
De penetrer la fageffe profonde
Qui fçut donner l'arrangement
A toute la machine ronde ,
Pour moi , je le dis bonnement ,
La pareffe eft mon élément ,
I
MERCURE DE FRANCE.
Et c'eft fur elle que je fonde
Tous mes plaifirs uniquement.
Tu dois voir clair préfentement ,
Et fans chercher dans ton grimoire ,
Tu devines fort aisément
Que je me moque de la gloire ,
S'il faut l'acheter cherement,
Ainfi je fuis les rives d'hyppocrêne ;
Le Dieu des vers n'offre que du clinquant ;
Sous fes drapeaux chaque jour à la gêne ,
Ses nourriffons ne rencontrent que peine ,
Et pour tout bien n'ont que du vent ;
Mais fi j'avois l'heureux talent
Qu'il t'a donné ( par grace finguliere )
Ou bien celui dont il a fait préfent
A la Sapho de Mouriere , *
Je rimerois plus fouvent.
'Abbé , voila tout mon fyftême ;
Lés fots diront , il eft extravagant ,
Mais toi qui penfes finement ,
Tu diras fort obligeament ,
11 eft fenfé , ma foi , je l'aime.
R .... de Charente,
* Terre dans la Saintonge , où demeure Mad D...
D ... L ... qui à beaucoup de goût pour la Poësie
qui verfifie très -joliment.
NOVEMBRE. 1747. 47
W7DCACDCD CDCDCACI VDCDC)
'Académie desSciences de Dijon diftri
L'ous le prixdemorale dans une allemblée
publique, le 20 du mois d'Août 1747
à M. Baron , Avocat au Parlement demçurant
à Amiens.
M. l'Abbé de Repas , Chanoine de
Notre- Dame de Dijon & honoraire de l'Académie
ouvrit la Séance par des refléxions
fur le fujet du Prix qui avoit été proposé
& il fit voir avec toutes les graces de l'Eloquence
que l'envie procuroit deux
avantages au mérite Litteraire.
1 ° . En ce qu'elle étoit au mérite un principe
d'action qui l'excite & l'anime.
20. En ce qu'elle eft au mérite un principe
de rectitude qui l'épure & le perfectionne.
›
Les preuves de ces deux vérités , que
j'abrege , font que l'ame pareffeuſe de fa
nature tombe dans une indolence qui
gâte les refforts de l'efprit , & qui ruine
les bons génies , d'où l'Orateur conclut ,
qu'il faut au Sçavant un principe d'action
qui le remue ; c'eft l'envieux qui le lui
fournit en cherchant à ternir fa gloire , &
qui le réveille de fon affoupiffement. En
effet fi l'on remonte à la fource , quel eft
le principal reffort qui fait tout mouvoir
48 MERCURE DE FRANCE.
qui réveille dans l'Orateur & dans le Poëte
l'amour de la belle gloire , qui excite l'émulation
du Jurifconfulte & de l'Hiftorien
? Qui eft ce qui anime le Médecin ,
l'homme de lettres au travail? L'envie d'un
competiteur , l'oeil d'un rival jaloux , que
l'on veut réduire au filence.
Il eft deux puiffans aiguillons dont fe
fert l'envie pour donner de l'activité au
mérite des Sçavans , le duel litteraire & la
critique,
Cette guerre d'efprit dans laquelle on
ne fe pardonne rien , eft l'ouvrage de l'envie
mere de la difcorde . De là ces écrits
lumineux , ces heureuſes compofitions qui
enrichiffent la République des Lettres.
L'envie excite la difpute ,la difpute anime
le mérite ; tout s'arrange , tout fe change
en mieux .
La critique , quoique odieufe en ellemême
, parce qu'elle outrage , eft utile dans
la République des Lettres , en ce qu'elle
éclaire ; fans elle en effet combien d'igno
rances , d'abfurdités , de raifonnemens
faux , de fentimens erronés , de termes
rempans , d'ennuyeufes redites auroient
acquis le droit de bourgeoifie dans les
Livres ?
L'envie eft donc un principe d'action
qui excite le mérite ; elle eft auffi le principe
NOVEMBRE. 1747. 49
cipe de rectitude qui l'épure & qui le perfectionne.
C'eft la feconde refléxion de
l'Orateur.
Le mérite n'eft pas fans quelque mêlange
de défauts ; l'efprit humain a fes limites
; les Princes des Belles-Lettres ont eû
leurs foibles , ces foibles n'ont pas échappé
aux yeux perçans de l'envie .
N'a- t'on pas reproché à Virgile fes inégalités
& fes larcins , à Plaute fes plaiſanteries
, à Homere fes obfcénités ? N'a- t'on
pas dit de Ciceron qu'il étoit froid dans fes
rencontres , lent dans fes exordes , long
& ennuyeux dans fes digreffions , de De- Démofthene
qu'il a eu plus d'art que de naturel
?
De nos jours , l'imitateur de Juvenal &
de Perfe a- t'il été exemt du reproche de
plagianifme ? N'a-t'on pas trouvé dans
' Elope des Latins plus de politeffe que de
génie ? N'a-t'on pas repris dans celui des
François la négligence de la verfification
N'a t'on pas relevé dans le Sophocle de
notre fiécle des fautes d'autant plus remarquables
qu'elles fe trouvent à côté & à la
fuite de penfées nobles , de defcriptions
vives , de fentimens élevés , d'une verfification
harmonieuſe ?
Pour reparer ces fautes & rétablir dans
leur fplendeur les ouvrages de ces hom
C
o MERCURE DE FRANCE,
mes célébres , il leur falloit de ces maîtres
affidus & malins, qui découvrent jufqu'aux
plus légeres taches ; c'eft l'envie qui les
enfante , & qui leur prête fon flambeau
qui éclaire à son tour les Sçavans , & leur
fait mettre à profit les défauts que l'envie
a découvert dans leurs ouvrages . D'où l'on
doit conclure qu'elle eft au mérite un
principe de rectitude qui l'épure & le perfectionne
.
Après que M. l'Abbé de Repas eut
achevé la lecture de fon mémoire , on lut
la piéce de M. Baron qui avoit été unanimement
jugée avoir le mieux fait valoir les
avantages que le mérite retire de l'envie , qui
étoit le fujet donné pour le prix de Morale
1747 , & malgré la modeftie de fa devife.
Argutes inter raucus ftrepit anfer olores.
foit
Il a fait entendre une voix plus douce
celle la fable attribue aux autres
que que
cignes avec lefquels il a concouru . L'Auteur
ayant
fon ouvrage
intérêt que
rendu public , je me contenterai de remarquer
qu'il a folidement démontré par
une gradation foutenue que l'envie étoit
utile aux vertus , aux talens & au mérite,
1º. Parce qu'elle annonce les vertus &
les rend plus parfaites .
2º. Parce qu'elle anime les talens & les
NOVEMBRE. 1747. SE
tend plus finis , double & précieux avantage
que le mérite retire de fa plus redoutable
ennemie . Les deux mémoires qui
ont paru à l'Academie être les meilleurs
aprés celui de M. Baron , font de M. l'Abbé
Bellet de l'Académie des Belles-Lettres
de Moutauban , & de M. Ourfel jeune
Auteur de Paris , le premier dans un ouvrage
extrêmement ferré a dit beaucoup
plus de chofes que bien d'autres , qui ont
donné plus d'étendue à leurs paroles ; fon
plan quoique differemment traité , eft en
partie le même que celui du mémoire qui
vient d'être couronné , & le même en tout
point que celui de M. Ourfel. Selon M.
l'Abbé Bellet le mérite eft redevable à
l'envie de fa perfection & de ſon éclat.
Quoique M. Ourſel ſe ſoit annoncé
pour un jeune Auteur , fon ouvrage femble
avoir été fait par un homme exercé
depuis long-tems dans ce genre d'écrire ; le
feul défaut ( fi c'en eft un ) que l'Académie
ait trouvé dans fa piéce, c'eft d'être plus pro
pre à être débitée dans une Chaire Chré
tienne , dont il paroît poffeder le grand
Art , que dans une affemblée de gens de
Lettres plus accoûtumés par état à traiter
les matieres fuivant les principes naturels
de la morale & de la politique , que felon
les dogmes de la Théologie , ce qui n'a-
C
52 MERCURE DE FRANCE.
pêche pas qu'en voulant faire valoir les
le mérite retire de l'envie ,
avantages que
il n'ait parfaitement prouvé fa propofition ,
en faifant voir qu'après avoir procuré au
inérite un nouveau degré de perfection ,
elle couronne les épreuves qu'il a effuyées
par un nouvel éclat de gloire , en quoi il a
rempli l'efprit de fa devife. Facit virtus
etiam cum invidia proventum.
L'Académie ne peut diffimuler que par
mi vingt-deux mémoires qui lui ont été
adreffés , il y en a deux qui font des copies
fidelles & ferviles de l'ouvrage de M.
Ï'Abbé Mouth , Chanoine de Pertuis , qui
remporta en 1735 ou 1736 le prix de
l'Académie de Marſeille . Le hazard ayant
fait que celle de Dijon ait propofé le même
fujet pour l'année 1747 , elle veut bien par
un refte de ménagement que ces Copiſtes
ne méritent pas , ne leur pas faire la honte
de les nommer ici , quoique jamais plagiat
n'ait été auffi violent , ni auffi groffier ; il
s'eft même étendu juſqu'à la deviſe .
S'il eft permis aux gens de Lettres d'être
plagiaires , ce ne peut être qu'avec de certaines
bornes , & leurs larcins doivent être
faits avec tant d'Art , qu'ils reffemblent à
ceux des Abeilles , qui dans la compofition
de leur miel ne laiffent point appercevoir
les fucs dont elles fe font fervies.
NOVEMBRE. 1747. 53
•
La Séance finit par la lecture que fit M
Fromageot , de l'Académie de Dijon , d'un
mémoire fur le prix de l'éducation & fur
les méprifes qui s'y pratiquent. Ce font
des effais d'un ouvrage plus confidérable
qu'il prépare fur cette matiere importante.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Dijon le 26 Août 1747 .
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Dijon , pour le prix de
Médecine de 1748.
L
'Académie des Sciences fondée à Dijon pas
M. Hector- Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les Sçavans
que le prix de Médecine pour l'année 1748 , confiftant
en une Médaille d'or de la valeur de trente
piftoles , fera adjugé à celui qui aura le mieux traité
la queftion fuivante :
Expliquer comment se fait la tranſmiſſion des maladies
héréditaires .
Il fera libre à ceux qui voudront concourir , d'écrire
en François ou en Latin , obfervant que leurs
ouvrages foient lifibles & que la lecture de chaque
mémoire rempliffe & n'excede pas une demie heure.
Les mémoires francs de port ( fans quoi ils ne
feront pas retirés ) feront adreffés à M. Petit , Secretaire
de l'Académie , rue du vieux Marché , qui
n'en recevra aucun , paffé le premier d'Avril .
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet donné
fe feront fait connoître avant la diftribution du
prix , feront exclus du concours. Pour remédier
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
à cet inconvénient , chaque Auteur fera tenu de
mettre au bas de fon mémoire une ſentence ou devife
& d'y joindre une feuille de papier cachetée ,
au dosdel aquelle fera la même ſentence ou deviſe ,
& fous le cachet fon nom , fes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la diftribution du
prix; lefdites feuilles ainfi cachetées ne feront point
ouvertes avant ce tems , mais le Secretaire en tiendra
un regiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un récépiflé de leurs
ouvrages , le feront expédier fous un autre nom
que le leur , & dans le cas où celui qui auroit ufé
de cette précaution auroit mérité le prix , il ſera
obligé en chargeant une perfonne domiciliée à Dijon
de fa procuration fimple pour le recevoir ,
d'y joindre auffi le récépiflé.
La diftribution du prix fe fera dans une Aſſemblée
publique de l'Académie le jour de la fête de Saint
Louis 25 du mois d'Août 1748.
·ODE au Menfonge.
Quel reffort , quelle politique
Agite , trouble l'univers ?
Quel tyran fourbe & defpotique
Regne fur les mortels pervers ?
Toi que feconde le parjure ,
Fu , menfonge , ceffe , impoſture ,
D'infecter la fociété.
Quoi verrai-je encor ta furie ,
"
NOVEMBRE. 1747 31
D'erreurs , de faufletés nourrie ,
Etouffer l'humble vérité ?
Ton fouffle répand fur la terre
Les haines , les cruels procès ,
Les noirs combats , l'affreufe guerre ,
Que fuivent la mort , les forfaits .
Difparois , voile de l'excufe ,
Art du détour & de la rufe ,
Dont je vois l'homme s'occuper.
Triftes jouets de la mifere ,
Mortels enfans d'un même pere ,
Etes-vous nés pour vous tromper ?
XXX
Dans les contrats que de foupleffes
Entre les peres & les fits
D'où naiffent ces vaines promeffes
Le fang les rend- il ennemis ?
Caché dans la nuit du menfonge
Le vil intérêt qui les ronge
Souffle fon poifon dans leur coeur.
De ce Dieu les lâches victimes
Achetent le fruit de leurs crimes
Par la perte de leur honneur.
Ci
56 MERCURE DE FRANCE.
Déja la fombre & pâle envie
Prête au menfonge fes fecours.
L'innocent voit la calomnie
Frémir , s'armer contre les jours .
Bien-tôt cent langues diffamantes
Rendent fes forces impuiffantes.
La femme eft fufpecte à l'époux ;
Le frere foupçonne le frere ;
Dans les flancs d'un ami fincere
L'ami trompé porte fes coups.
***
Mais il eft un Dien tutelaire ,
Protecteur du jufte opprimé ;
Il triomphe de la colere
De l'impofteur envenimé
En vain la fourbe hypocrifie
Affecte une vertų ſuivie ,
Qui tôt ou tard s'évanouit ;
Sur la cendre , de Mardochée
Aman ſe prépare un trophée ,
Mais Dieu le venge ; Aman périt.
Prête-moi ton bras fecourable ,
Seigneur ; fais -moi connoître l'art
De cet ennemi redoutable ,
NOVEMBRE. 1747. $7
Qui toujours le couvre de fard.
L'innocence eft ta propre cauſe ;
Ta fçais où le menteur l'expofe ;
Ses traits font adroits & puiffants ;
Confonds leur orgueilleufe audace ;
Tonne , frappe , extirpe la race
De tous leurs lâches artifans .
J. Lacostefils , le 6 Août 1747 .
**RERERERERERA**
L
'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Rouen tint fa troifiéme affemblée
publique le Mardi premier Août
dans la falle de l'Hôtel de Ville . M.de Premagny
Sécretaire pour les Belles - Lettres
ouvrit la Séance par un difcours où il
rendit compte à l'affemblée de l'établiffement
de l'école gratuite de deffein , de fon
utilité & de fes progrès , dont on eft rédevable
au zéle de M. Defcamps , Profeffeur
& Académicien , & à la protection des
perfonnes les plus diftinguées de l'Acadé
mie en particulier , & de Meffieurs de
Ville. On diftribua enfuite les deux prix
fondés en faveur des éleves par une Dame
de cette Ville , & qui conſiſtent en deux
belles médailles d'argent.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
M. le Cat lut un mémoire contenant le
réfultat des obfervations fur les diverfes
temperatures de l'air dans le cours de cette
année 1747 , avec des remarques fur cette
matiere. Le Journal Metéorologique dont
il rend compte eft compofé de douze
feuilles , une pour chaque mois , & chaque
feuille eft divifée en 7 colomnes perpendiculaires.
La premiere indique le jour
du mois & le quantiéme de la Lune ; la 2e
les variations du vent ; la 3e celles du barometre;
la 4º celles du thermometre , la se
celles de l'hygrometre ou les dégrés de fechereffe
& d'humidité , la 6 celles du
tems , & la 7 enfin les états des corps vivans
durant ces variations ; il comprend
fous ce nom de corps vivans tout le regne
animal & végetal . M. le Cat a fait voir
l'utilité de ces obfervations par rapport à
la fanté , & à l'art de la conferver.
Par l'extrait de fon Journal il paroît
que le jour le plus froid de l'année à Rouen
a été le 15 Janvier , le thermometre étant
defcendu à 7 dégrés & demi , au- deffous
du terme de la glace ; les jours les plus
chauds ont été le 23 Juin , le thermometre
étant monté à 25 dégrés & un quart , & depuis
le 20 Août auquel jour il eft monté à
25 dégrés & demi.
M. Le Cat annonça enfuite deux inftruNOVEMBRE
. 1747. $9:
mens de Physique qu'il a perfectionnés.
L'un eft l'hygrometre fait avec la corde ,
à qui il manquoit la perfection d'être comparable
, c'est- à- dire , tel qu'il foit fuf
ceptible de la même graduation dans tous
les climats ; il a refervé aux Séances particulieres
de l'Académie le détail de fa conftruction
, & s'eft contenté de dire que
fes deux points fixes pour rendre l'hygrometre
comparable , font l'humidité des
caves profondes , & la fechereffe du four
dont on tire le pain , l'un & l'autre rendus
plus fixes encore par le thermometre.
L'autre inftrument eft un thermometre
compofé de mercure & d'air , unis & combinés
d'une façon nouvelle. M. le Cat a
affocié la grande fenfibilité du thermometre
à air , avec la Tolidité & la fûreté de
celui à mercure , & en réuniffant les avantages
de ces deux inftrumens , il a fauvé
au fien les défauts du premier ; on ne peut
donner ici fa defcription qui exige des figures.
M. Simon Medecin de Paris , & nouveau
membre de l'Académie , lût un mémoire
contenant le projet du cours de Botanique
, qu'il fe propofe de faire l'année
prochaine au jardin des plantes de l'Académie
.
M. de Premagny lut un difcours ou re-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
fléxions critiques fur le frivole dans les
ouvrages d'efprit , où en plaignant l'abus
que l'on fait du talent d'écrire , le goût
que l'on a généralement pour les ouvrages
frivoles , leur exceffive multiplicité & la
difficulté d'en arrêter le torrent , il fait
voir combien le frivole , foit dans le ſtyle ,
en défigurant les fujets les plus nobles &
les plus ferieux , foit dans le fujet même ,
en jettant le défordre dans la Litterature &
dans les moeurs , eft dangereux , méprifable
, contraire au bon goût , & deshonorant
pour l'efprit .
M. l'Abbé Yart lut la préface de fa traduction
de trois Poëmes Anglois de M.
Jean Philips , fçavoir le brillant Schelling
, le Cidre & la Bataille d'Hochftet ;
il y donne une idée de ces trois Poëmes ,
avec fes remarques litteraires , hiftoriques
& critiques fur le genre burleſque , didactique
& héroïque dans lequel ils font
écrits.
M. Simon lut un autre mémoire fur la
découverte d'un paffage pour pénetrer
d'Europe au Japon , & dans la mer du
Sud , par le détroit de Veigarz & par le
nord de la nouvelle Zemble , fuivant les
Carres du nouvel Atlas de Ruffie', qu'il fit
voir à l'Affemblée .
M. le Cat termina la Séance par un méNOVEMBRE
. 1747. 61
moire hiſtorique & phyfique fur les Geans
anciens & modernes , réels ou fabuleux ,
naturels & de race , avec les caufes de leur
extinction , & enfin fur les Geans devenus
tels par maladie , & par un dérangement
du méchanifme de l'accroiffement , dont
il rapporta les caufes , & des exemples qu'il
faut voir dans le mémoire même. 1
L'Académie , conformement aux intentions
de M. le Duc de Luxembourg , Protecteur
, avoit propofé pour fujet du prix
de cette année en matiere de Physique le
principe de l'afcenfion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires , &fon application à divers
phénomenes qui en dépendent .
Les mémoires qu'elle a reçus n'ayant
point paru remplir fuffifamment le fujet
propofé , elle s'eft déterminée à differer ce
prix à l'année prochaine . Les Auteurs pourront
de nouveau envoyer leurs ouvrages
, avec les additions & corrections né
ceffaires , & feront également admis au
concours ; le prix fera diftribué avec celui
d'hiftoire .
ayant repour
Quant à celui-ci , l'Académie
marqué que le programme d'hiſtoire
1748 offroit trop de matiere pour une
differtation d'une heure de lecture , a jugé
à propos de le partager ; on ne fera obligé
de remplir pour le prix de 1748 que les
62 MERCURE DE FRANCE
deux premiers articles. Les deux derniers
font refervés pour une autre année , afin
de donner aux Auteurs le tems de faire les
recherches néceffaires. Le fujet du prix
pour 1748 , fera donc
1°. Quelle étoit la fituation topographique
de la nouvelle Nenftrie , ou de cette partie
de la Neuftrie appellée depuis Normandie
, fes bornes , fes villes , fes ports , fes places
fortes & leurs noms , lorfque les Normands
après plufieurs incurfions dans le Royaume
fe fixerent en 912 dans cette Province.
2º. Par rapport à la Religion , s'il n'y ref
toit pas quelques traees du Paganifme , des
zemples des faux Dieux , & des cérémonies
qui tinffent du culte des Gaulois & des Romains.
Les mémoires feront écrits en latin ou
en françois au choix des Auteurs qui les
enverront à l'adreffe , ainfi que fous la forme
& dans le terme qui ont été indiqués
dans le Mercure de Novembre 1746 .
و
NOVEMBRE 1747. 6$
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
LE Bel efprit allié avec l'ignorance »
LE
ALLEGORIE.
E fçavoir , l'érudition ,
Ont eu leur prix dans tous les âges ;
Ce n'étoit pourtant que des fages
Qu'ils attiroient l'attention ;
Le refte des mortels dans les foibles hommages
Qu'ils rendoient au monde fçavant ,
De fes travaux le plus fouvent
Connoiffoit peu les avantages ;
"'
L'ignorance au contraire en fon vafte tripot
De la foule en tout tems fe voyoit reſpectée ;
Mais devant le fçavoir un peu déconcertée
Elle avoit bouche clofe & n'ofoit dire mot ;
Sa vanité fouffroit elle en étoit honteufe
Auffi dit-on qu'un jour pour venger fon honneur
Elle entreprit ( la pareſſeuſe )
Non pas de travailler ; le travail lui fait peur ,
Mais de rechercher l'alliance
De quelqu'un qui fans rien fçavoir ,
( Car on ne sçauroit tout avoir ) ·
apparence
Du fçavoir eut pourtant la frivole
Elle lorgne un jeune éventé
64 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elle entend difcourir de tout à l'avanture ,
Et décider de tout d'un air d'autorité ;
Il fçavoit peu de chofe , & même ſa ſcience
Approchoit fort de l'ignorance ;
Grand parleur , s'il en fut jamais ,
Et qui pour la pareffe avoit de grands attraits ,
Bel efprit en un mot , pour bon c'eft autre choſe ;
Auffi ce ne fût pas fans caufe
Que l'ignorance le charma ,
Et qu'à fon tour elle l'aima :
Bons amis fitôt qu'ils ſe virent ;
Très -étroitement ils s'unirent ,
Et de leur tendre liaiſon
On vit naître foudain plufieurs difcours critiques ,
Maints ouvrages périodiques ,
N'ayant ni rime ni raiſon ,
Récités tous les jours en forme d'oraiſon ,
De grands riens enfermés en de belles paroles ,
Des contes bleus , des fariboles ,
Des jeux de mots d'où découle l'ennui ,
Et tous les tours guindés qu'on affecte aujourd'hui,
Mais les utiles connoiffances ,
Qu'on puife dans l'antiquité ,
L'étude de la vérité
Sont pour eux des
>
extravagances ,
Qu'ils laiffent débrouiller aux folides efprits
NOVEMBRE. · 1747 .
65
Dont ils méprifent les écrits ,
Tels font les fruits nouveaux de l'illuftre alliance
Qu'avec le bel efprit contracta l'ignorance .
De Rhins Doyen des Avocats de S. Etienne
en Forêt.
DISCOURS fur ces paroles. On n'eft
pas moins heureux dans les conditions
pas
les plus médiocres que dans les plus
relevées. Par M. Ailhaud fils , Legifte
d'Aix.
L n'eft rien de plus ordinaire d'en
I rendre les hommes fe plaindre de l'é-
,
tat où la Providence les a fait naître .
Aveugles & injuftes tout enſemble ils
voudroient pofféder les biens de toutes
les conditions & n'être en prife à aucuns
des maux qui y font attachés : ils ont beau
monter & être portés fur les aîles de la
fortune au-deffus de tous les autres , ils
s'imaginent toujours que leur condition
eft la plus malheureufe . Tout ce qui brille
à leurs yeux les enchante , & le trifte
exemple de ceux qu'ils voyent au milieut
des faux biens qu'ils recherchent , conſumés
de foucis & de craintes , n'a pas de
66 MERCURE DE FRANCE.
quoi les détromper . Comment puis- je êtr
heureux , dit l'artifan & le laboureur ? Un
travail pénible & affidu eft l'unique ref
fource à mon indigence , tandis que le
Grand tranquile dans le fein de la volupté
fe raffafie du fruit de mes travaux . Heureux
mille fois le pauvre ! dit le riche ; s'il
va fouiller dans le fein de la terre pour
la rendre fertile , il a le plaifir de voir
croître fous fes yeux la récompenfe de fes
travaux , il poffède ce qui lui fuffit ; pourquoi
en fouhaiteroit- il davantage ? Enfin
tous également ingénieux à fe tourmenter
foupirent après une félicité imaginaire,
où ils n'arrivent jamais , & fe privent ainfi
des avantages ddee lleeuurr ééttaatt && nnee goûtent
pas ceux d'une fituation plus floriffante.
L'un fe plaint de l'obfcurité de fa naiffance
, l'autre de la baffeffe de fon éducation
tel qui poffède une place diftinguée dans
la robe & qui vit avec tranquillité , envie
la fortune d'un homme de guerre , qui a
acheté d'une partie de fon fang & payé
de tous fes biens la dignité onéreuſe à laquelle
il eft parvenu . L'Officier de guerre
maudit à fon tour l'envie qu'il a eûe de
chercher fon avancement dans les emplois
de la guerre , & regrette les occafions qu'il
a perdues de prendre un état plus paifible
& plus convenable à fes interêts.
NOVEMBRE . 1747. 67
Erreur bizarre dont ils devroient fe
défabufer , en confidérant que fi leurs con
ditions ont des chagrins, elles ont auffi des
agrémens qui en font inféparables , & que
fles unes ont des charmes capables d'attirer
les coeurs , il y a dans les autres des dou
ceurs plus propres à les fatisfaire .
Tâchons donc de les guérir de ces differentes
erreurs ; arrachons le bandeau fatal
dont l'avarice & l'ambition couvrent leurs
yeux parcourons les differentes conditions
; faifons leur en connoître les avantages
& les défagrémens ; la jufte proportion
des biens & des maux qu'ils y trou
veront achevera de les convaincre qu'on
n'eft pas moins heureux dans les conditions
les plus médiocres que dans les plus
Alevées .
Tout fert à étendre l'amour propre des
Grands , tout refferre celui des petits . Les
refpects & les hommages qu'on leur offre,
tout ce qui les environne , fuit ou prévient
leurs defirs; une troupe d'honorables efclaves
qui étudient leur goût pour les fatisfaire
, & qui effayent de leur en faire
naître de nouveaux ; une multitude de
Courtisans qui fe font une loi d'adorer
jufques à leurs caprices , & un intérêt de
leur prodiguer leurs applaudiffemens ; les
adorations, pour ainfi dire , des petits , les
68 MERCURE DE FRANCE .
1
graces qu'on leur demande , l'empire ab
folu qu'ils ont fur les peuples , la magnificence
& la délicateffe des plaifirs qu'ils ont
rendus tributaires de leur grandeur , tout
les avertit de leur puiffance , tout leur annonce
leur autorité..
Les petits au contraire ne trouvent rien
qui ne les dégrade ; devoirs pénibles impofés
par les fupérieurs , contrainte fâcheufe
, contradictions , préférences humiliantes
, tout leur fait fentir leur foibleffe.
Spectateurs de l'abondance & des plaifirs
des Grands , ils font donc les feuls à plaindre
.
Mais voulez - vous fçavoir , aveugles
mortels , victimes infortunées des erreurs
qui vous ont féduits, à quel prix les Grands
poffédent tous ces avantages que vous
leur enviez? Approchez- vous plus près
d'eux , franchiffez la diftance qui vous en
fépare . Entrez dans ces cabinets fuperbes
où fe décide le fort des empires . An
milieu de cette pompe qui vous a éblouis
regnent les foupçons , les allarmes , l'envie
& les trahifons . Que de trouble , que
d'agitation , que de peines accompagnent
tant de puiffance ! Les chagrins & les noirs
foucis font affis avec le Souverain fur le
trône ; le diadême qui orne fon front augufte
n'eft armé que depointes & d'épines
NOVEMBRE. 1747. 69
qui le déchirent : ici des ennemis déclarés
dont il doit repouffer la force , s'offrent à
lui ; là des ennemis cachés contre lefquels
il doit fe précautionner ; ici les traités , les
alliances , la paix , la gguueerrrree ,, le vice à
punir
, la vertu à récompenfer. Les foins du
dehors , ceux du dedans ne l'abandonnent
jamais ; ils le fuivent jufques dans fes plaifirs
, & tandis qu'environné des marques
de fa puiffance il fe donne en fpectacle à
fon peuple , il eft le plus fouvent agité des
foucis amers & des peines cruelles qui l'empêchent
de jouir de la liberté commune
aux autres hommes. Eft- ce à ce prix , hélas !
:qu'il faut regner ?
?
Voyez ce Miniftre puiffant & en faveur,
qui abbaiffe & qui éleve à fon gré , enféveli
dans des réfléxions profondes fur les
plus importans évenemens ; y a-t'il pour
lui un tems de délaffement ? Ce n'eft
pas
pour lui. que le jour finit & que la nuit
commence. Les plus douces liaiſons lui
font interdites ; le nom de pere , d'ami &
d'époux n'ont rien à prendre fur fon attention
; toujours partagé entre mille objets
differens il doit fans ceffe agir , méditer ,
former des projets , les exécuter dans des
conjoncturesdifficiles, concilier l'intérêt du
Prince avec l'intérêt ou l'avarice des particuliers
, manier & mettre en ufage tou70
MERCURE DE FRANCE.
tes les paffions des hommes , la jaloufie ,
la vengeance , maintenir la paix au-dedans,
la terreur au- dehors , & remporter fur tout
l'univers une victoire complette.
Dans un tumulte plus apparent & dans
un mouvement plus convullif que le politique
, oferions-nous croire l'homme
guerrier
plus tranquile a Chargé du moindre
évenement , il doit répondre , pour ain
dire , du hazard & de la fortune , il doit
agir & méditer en même tems , deviner
l'ennemi , fe cacher à lui , le prévenir ;
une vigilance toujours attentive doit lui
faire tout prévoir , & fa valeur tout entreprendre
; en un mot que de travaux pénibles
à effuyer ! Que de dangers ! Que d'allarmes
!
Ce n'eft pas que je doute que ces états
ayent auffi leurs plaifirs ; comme ils ont
leurs peines ils ont auffi leurs agrémens ;
il est toujours doux de fe voir le maître
des autres aux dépens de fon repos , & le
poids de la grandeur , tout accablant qu'il
cft, ne laiffe pas d'être agréable.
Mais en fuppofant que tous ces honneurs
fuffent capables d'établir ici-bas le bonheur
de quelqu'un , la médiocrité où font
les petits leur refufe-t'elle ces mêmes reffources
de vanité & de complaifance ? S'ils
ne tiennent pas les hommes à leurs pieds.
NOVEMBRE . 1747. 72
ils les voyent du moins à leurs côtés , & ils
s'appuyent également fur eux ; fi les inférieurs
ne fléchiflent pas les génoux devant
eux , la civilité remplace par fon langage
celui des refpects & de la foumiffion . Če
ne font point des tributs qu'ils reçoivent ,
mais des graces , & les graces flatent bien
autrement que ce qui eft dû . Enfin ils ne
craignent point, comme ce Grand , de voir
fortir des louanges qu'on leur donne le
fatal qui les renverfe , parce que ce
n'eft point la flaterie qui a ramaffé autour
d'eux les éloges purs & défintéreſſés qu'ils
reçoivent,
coup
Qu'y a-t'il après tout dans l'état d'un
Grand de préférable à des conditions
moins élevées ? A quoi lui fert cet amas
d'inutiles refpects , s'il ne fait que lui attirer
l'envie & la jaloufie de fes rivaux ? Et
s'il eft vrai , comme nous n'en fçaurions
douter , que le repos d'une vie douce &
tranquille foit toute la félicité de cette
vie , quelle raiſon avons-nous de croire
plus heureux ces Grands qui au milieu des
délices du monde dont ils s'enyvrent, font
infenfibles à tous les plaiſirs , & font fans
ceffe en proye à des inquiétudes renaiffantes
, que ceux qui dans le fein de leur
médiocrité jouiffent d'un bonheur toujours
égal , & font exempts des chagrins
72 MERCURE DE FR ANCE.
& des craintes qui empêchent ce Grand
de goûter les douceurs de fon état ? Oui
c'eft pour les petits qu'eft faite la tranquillité
; c'eft à vous , citoyens obfcurs , que
le repos & la fûreté accordent toutes leurs
douceurs. Qu'on confidére , par exemple,
la vie d'un de ces hommes que la nature
a placés aux derniers rangs pour fournir
aux befoins des autres hommes , & qui
payent à la fueur de leur front le pain dont
ils fe nourriffent ; enfévelis fous le poids
de leur travail , une telle vie nous paroît
accablée de peines , fans pourtant l'être.
On croiroit que Dieu n'a pas fait pour
eux les biens qu'il répand fur la terre , cependant
quelle douce confolation ne s'y
gliffe - t'elle pas ? Eloignés du tumulte &
de l'embarras des affaires , ils voyent couler
pour eux des jours purs & fereins ; ils
goûtent à longs traits les douceurs d'une
vie tranquille ; femblables à ces premiers
hommes qui vivoient dans cet âge plein
d'innocence que les Poëtes ont appellé par
excellence le fiécle d'or , rien ne trouble
la pureté de leur bonheur ; leur fommeil
eft paisible , leur reveil auffi doux. Ils ne
reconnoiffent d'autres revolutions que
celle des faifons. Les plaifirs doux & permis
qu'offre la nature , fades & ennuyeux
pour ce Grand , confervent tous leurs
agrémens
.
NOVEMBRE 1747. 73
>
agrémens pour cet homme privé , & il n'y
amême que les plaifirs innocens qui laitfent
une joie pure dans l'ame ; tout ce qui
la fouillé , l'attrifte & la noircit : envain la
volupté fe rafine , envain la terre & les
mers prodiguent ce qu'elles ont de plus
précieux pour couvrir la table fomptueufe
de ce Grand, envain les jeux & les ris s'affemblent-
ils dans cette Cour polie & magnifique
fon coeur eft infenfible à tous
ces plaifirs qu'un long ufage lui a rendus
inutiles ; il y marche à pas lents ; fon appetit
furchargé n'eft plus piqué de rien
les fens font engourdis , au lieu que le
goût des petits eft éveillé par les moindres
douceurs , & que ces douceurs ont
toujours pour eux l'aiguillon de la nouveauté
. Un repas domeftique , des fruits
arrofés des fuceurs de leur front s'offrent à
leurs coeurs vuides & alterés des véritables
délices. La pauvreté , il eft vrai , eft le
partage des petits , mais ne font- ils pas
dédommagés avec ufure des richeffes dont
ils font privés par cette fanté robufte qui
naît du fein même de l'indigence , & fans
laquelle nous fommes hors d'état de goû
ter les plus grands plaifirs ? Loin des diffolutions
& des fureurs de l'amour , ces maladies
qui font la peine de la molleffe &
de l'intempérance , n'approcherent jamais
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de fa perfonne ; s'il céde quelque chofe
à ce doux tyran , & s'il lui défere quelqu'un
des hommages que toute la nature
lui rend , l'efpérance , les refus , les impatiences
, l'attente & les difficultés qui préparent
& irritent fon goût , lui rendent
à la fin le plaifir plus piquant. Pour vous ,
Grands du monde , l'amour vous prodigue
fes faveurs , fans vous donner le tems de
les reconnoître ; comment pourriez- vous
être fenfibles ?
у
Mais fuffiroit- il pour confoler les petits
que les Grands fuffent infenfibles au plaifir ,
fi les Grands étoient auffi exempts de douleurs
? Accoûtumés, hélas ! à tout ce que les
fens offrent de plus doux & de plus riant ,
la plus legére douleur déconcerte toute
leur félicité , les moindres peines leur de
viennent des afflictions infupportables ;
leurs difgraces plus accablantes ; plus l'orgueil
eft exceffif , plus l'humiliation eſt
amére,leurs haines plus violentes , leurs infirmités
plus affligeantes , leurs affujettiffemens
plus triftes. Elevés à vivre d'humeur
& de caprice , tout ce qui les gêne & les
contraint les accable ; ils font par tout à
charge à eux -mêmes.
Ce favori , ce Miniftre eft difgracié ;
que fon malheur eft aigri par le grand nombre
des fpectateurs ! Il lit fur le front de
NOVEMBRE. 1 1747. 75
fes Courtisans même , qui élevent déja ,
fur les débris de fa fortune les fondemens
d'une grandeur peut - être , hélas ! dufli fragile
& d'une gloire auffi périffable, une joie
maligne , un reproche amer qui mettent
le comble à fon infortune ; arrive- t'il
quelque déroute à un particulier ? Il lui
eft permis de partager les peines avec un
ami qu'il ne peut foupçonner de lui être
attaché par d'autres liens que par ceux que
l'amitié a elle- même formés , car qui goûte
mieux que le petit la pureté de l'amitié ?
Pour qui les fignes font-ils moins équivoques
? Parmi les Grands , on le fçait , l'amitié
n'eft qu'un fantôme ; ils en font
un trafic fe nuire les uns aux autres.
Enfin fon coeur n'eft point en priſe à
ces paffions fougueules qui regnent en tyrans
fur celui d'un Grand. L'efpoir féducteur
, ni la crainte inquiéte ne troublerent
jamais fa liberté . Héritier de fes peres
pour
il
vit content de la médiocrité de la fortune;
tous fes defirs font renfermés dans ce qu'il
pofféde ; il regarde fans envie ce qu'il ne
pourroit fouhaiter fans extravagance. Pour
vous , hommes élevés , idoles du fiécle ,
rien ne vous fuffit , parce que vous pouvez
prétendre à tout ; vous ne regardez
jamais le nombre infini d'hommes que
vous laiffez derriere vous , mais toujours
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vous précédent , & du dépit d'en
voir naiffent ces inquiétudes qui vous dévorent
& vous confument ; vous ne fçavez
jouir de rien fi ce n'eft de vos malheurs ;
faut-il s'étonner fi vous ne pouvez joüir
des douceurs du repos ?
Ouvrons donc enfin les yeux , ne nous
refufons pas plus long-tems à la lumiere
qui nous frappe de tous côtés . Contentons-
nous des biens attachés à notre condition
, fans chercher ailleurs un bonheur
imaginaire. On n'eft jamais ici - bas heureux
& malheureux tout- à-fait , & avouons
qu'on n'eft pas moins heureux dans les
conditions les plus médiocres que dans les
plus élevées.
S
ELEG I E.
Ejour cher à mon coeur , lieu témoin de la
Aamine ,
Qu'un adorable objet a fait naître en mon ame
Lieu qui vis mainte fois mes tranfports amoureux
,
Quand Ifméne daignoit favorifer mes feux ;
Sois témoin aujourd'hui des peines que j'endure,
Ifméne , ô déſeſpoir ! mon Ifméne eft parjure ;
L'ingrate qui juroit de n'adorer que moi ,
NOVEMBRE. 1747. 77
Me dédaigne , me hait au mépris de fa foi .
C'étoit fous ces ormeaux en ce charmant boccage
,
,
Que ſouvent à fes pieds je venois rendre hom
mage ;
C'est ici que cent fois tombant à ſes genoux ,
Je lui dis,je vous aime & veux n'aimer que vous,
C'est ici que fenfible , au moins en apparence ,
Au feu dont mes tranfports peignoient la violence
,
L'Infidelle feignant une pareille ardeur ,
Nourriffoit le poiſon qui dévore mon coeur.
Que fes feintes douceurs avoient pour moi de
charmes !
Mon coeur exempt d'ennuis l'étoit auffi d'allarmes.
Infenfé que j'étois dans ma fécurité ,
La perfide rioit de ma crédulité .
Après fix mois entiers employés à lui plaire ,
Ifméne à mon amour réfervoit ce falaire ,
Et pour
comble de maux cet excès de rigueur
>
Ne fçauroit effacer l'ingrate de mon coeur.
Je voudrois , à mon tour, haïr , être parjure ;
Le dépit me l'ordonne , & l'amour en murmure.
De la raison envain j'implore le fecours ;
La raifon ne peut rien où regnent les amours.
Il n'eft que le cifeau de la parque implacable ,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Qui puiffe mettre fin au malheur qui m'accable ; e
Mourons heureux du moins fi d'un oeil de pitié
Hiéne voit l'effet de fon inimitié !
Ainfiparloit Daphnis , & fon aine abbattue
Eft prête à fuccomber fous l'effort qui le tuë.
Ifméne qui de loin avoit fuivi fes pas,
Plus que lui-même encor redoutant ſon trépas ,
Dont l'injufte rigueur n'avoit été que feinte ,
S'approche , & fur fon front voit la mort déja
peinte .
A ce trifte fpectacle en proye à la douleur ,
Vis , dit-elle , Daphnis , tu poffédes mon coeur ,
Je t'aime , à ton amour fi j'ai paru rébelie ,
C'étoit pour éprouver fi tu m'étois fidelle :
N'en doutes point , ingrat; c'eſt un de ces détours,
De ces rufes qu'Amour autorife toujours.
Ce mépris apparent n'étoit qu'un ftratagême
D'une amante qui craint de perdre ce qu'elle aime
Quand ma bouche à tes feux défendoit tout efpoir,
Mes yeux... hélas ! cruel , tu l'aurois dû prévoir ;
Quand ma bouche fembloit dédaigner ton hom-"
mage ,
Oui , mes yeux te tenoient un tout autre langage.
Non ton coeur n'a jamais brûlé d'un fi beau feu :
Meurs , je fçaurai te fuivre ; adieu , cruel , adieu.
Montier.
- NOVEMBRE. 1747. 72
V
LETTRE fur les Revenans
à M. de ...
Ous ne me furprenez guéres , Monfeur
, quand vous me dites que M.
De ... a dédaigné de repondre à la queftion
que vous lui aviez faite fur les Revenans
& autres vifions . Il faut bien paffer
aux Sçavans un peu de défaut de complaifance.
C'est dommage qu'à fes momens
de loifir il n'ait pas voulu s'amufer
à vous faire part de ce que fes immenfes
recueils & fes réflexions judicieuſes pou
voient lui fournir fur cette matiere. Il s'en
faut bien que vous trouviez chés moi les
mêmes reffources ; je ne laifferai pas cependant
de vous en dire un mot ; ne vous
attendez point à une differtation méthodique
; je vais vous tracer à la hâte & fans
art ce que j'ai pû avoir remarqué la-deffus
dans quelques -unes de mes lectures .
Ce n'eft pas une queftion que de fçavoir
fi dans quelques occafions Dieu a permis
des apparitions pour concourir aux deffeins
de fa Providence . L'Ecriture Sainte
nous apprend que l'ombre de Samuel apparut
à Saül , mais il faut mettre bien de
la difference, entre le très-petit nombre
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE .
de faits qui peuvent être appuyés ou de
cette autorité facrée , ou qui ont quelque
fondement refpectable , & la quantité prodigieufe
de contes pueriles qu'a enfantés
Timagination échauffée de quelques efprits
crédules . Ce n'eft pas qu'il faille nier
que parmi ceux-là il n'y en ait qui ayent
dit la vérité , en affûrant qu'ils avoient
vû des fantômes ou telle autre chofe , mais
ces apparitions étoient l'ouvrage de leur
imagination bleffée , & non l'effet de la
réalité. En un mot , une telle apparition'
feroit un miracle , fi elle étoit réelle , &
toutes les fois qu'un fait de cette nature
n'eft point muni d'une autorité ſuffiſante
qui en conftate le miracle , & qu'il peut
s'expliquer par des caufes phyfiques ,
il faut recourir à ce dernier moyen. Or il :
eft vrai qu'il y a certains endroits du cerveau
, lefquels étant affectés de telle ou
telle maniere , excitent l'image d'un objet
qui n'existe point réellement hors de nous ,
& font que l'homme dont le cerveau eft
ainfi modifié , croit voir un fantôme. Les
plus incrédules éprouvent femblable chofe
ou pendant leur fommeil , ou dans l'ardeur
d'une fiévre chaude . Il faut donc convenir
qu'il n'eft pas impoffible qu'un hom--
me qui veille , & qui n'eft pas dans le
délire , reçoive en certains endroits da
NOVEMBRE 1747. 81
cerveau une impreffion femblable à peuprès
à celle qui , felon les loix de la nature,
eft liée avec l'apparence d'un fantôme.
Dès qu'ils auront avoué cette poffibilité ,
pourront- ils répondre que jamais , en ne
dormant pas , un fantôme ne fe produira
devant eux , & qu'une certaine combinaifen
d'atômes agités dans leur cerveau ne
puiffe préfenter à leurs yeux l'image effrayante
d'un homme ou d'une bêre , quoiqu'ils
foient d'ailleurs convaincus qu'un
efprit , ni l'ame d'un mort n'auroient aucune
part à cela ? Ce feroit donc juger témerairement
que de croire qu'il n'y a
rien de vrai dans les apparitions dont tant
de livres font remplis . On convient que
les perfonnes fujettes à des vapeurs , celles
qui ont beaucoup d'ardeur dans le fang ,
croyent fouvent voir ce qu'ils ne voyent
pas leurs fens leur font illufion ; d'ailleurs
de toutes les paflions la peur eft celle qui
affoiblit davantage le jugement , elle groffit
les objets , elle donne du corps aux imaginations
, & elle fait tomber dans des inconvéniens
effectifs par la crainte qu'elle
infpire pour ceux qui ne font qu'imagi
naires.
*
Quelle chofe dit Plutarque , eſt ,
* Au Traité contre l'Epicurien Colotes . Je me
fers de la traduction d'Amiot.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
"plus'évidente , plus connue de tout le
»monde , que ce que les malades de mélancholie,
& qui ont le cerveau troublé,
»& le fens tranfporté,penfent voir & ouïr
"chofes qu'ils n'oyent , ni ne voyent ,
quand l'entendement vient à être ainfr
altéré & tranfporté ? Comme celui qui
dit ,
ود
*
Femmes ayant des habits noirs me dardent
» Contre les yeux brandons de feu qui m'ardent.
Le même Auteur parlant de plufieurs
prodiges dont les hiftoires anciennes faifoient
mention , s'exprime ainfi . » Mais **
»là où l'hiftoire nous force d'en croire
»quelque chofe par le récit de plufieurs
"graves témoins dignes de foi , il faut
dire
que c'eft quelque paffion differente
»des cinq fens de nature , laquelle engendrée
en la partie imaginative de l'enten-
»dement tire à foi l'opinion , ne plus , ne
moins qu'en dormant bien fouvent il
»nous femble que nous oyons ce que nous
n'oyons pas , & que nous voyons ce que
»nous ne voyons pas.
La réponſe de Caffius à Brutus , qui lui
racontoit fa vifion , ne viendra pas ici
* Euripide en Tragédie d'Orefte.
** Dans la vie de Coriolan.
NOVEMBRE. 1747 .
*
moins à propos. » Nous tenons , ' dit il ,
>>en notre fecte de Philofophie ** que nous
»ne ſouffrons ni ne voyons pas à la vérité
"tout ce que nous penfons voir ou fouf-
»frir , & que c'eft chofe bien incertaine &
trompereffe que le fens naturel de l'hom-
» me , & que l'entendement qui eft enconre
plus leger & plus foudain le remuë &
»le tourne plus facilement fans matiere ,
» ne fujet aucun , en toutes formes & tou-
"tes efpeces , ne plus , ne moins qu'on im-
"prime facilement fur de la cire , & par
"ainfi , qu'il eft bien aifé à l'ame de l'hom-
"me , laquelle a en foi ce qui fait & qui
reçoit l'impreffion de diverfifier & diffe-
»rentier une chofe elle-même , ce que
"nous montrent allés évidemment les di-
»verfes mutations des fonges qui nous
»viennent en dormant , que la partie ima-
"ginative ou l'appréhenfion de notre en-
» tendement de bien petit commencement
»tourne en toutes efpeces d'accidens , pour
sace que le naturel de notre entendement
»eft de toujours fe mouvoir , & fon mou-
→vement n'eft autre choſe qu'imagination
»ou appréhension : mais encore y a - t- il
» davantage maintenant en toi , c'eft que
par
* Plutarque dans la vie de Brutus; je me fers de
la traduction d'Amiot .
** C'étoit l'Epicurienne.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
»le corps travaillé tient par nature l'enten-
»dement fufpendu
en tranfe &
trouble.
en
Quant à ceux qui fe vantent de procurer
des vifions , ils comptent beaucoup fans
doute fur le fecours de l'imagination de
ceux qui s'adreffent à eux. Ils font convaincus
qu'ils viennent l'efprit préoccupé
des objets qu'ils demandent à voir , & que
cette préoccupation jointe à la terreur
qu'infpirent les cérémonies prétendues
magiques , produit prefque toujours un effet
extraordinaire fur les fens . Combien
font ils encore aidés par l'artifice humain
qui produit des chofes très-furprenantes ?*
Car fans parler de tant de fecrets de Mathématiques
, les perfonnes fimples ne fe
laiffent-elles pas tromper par des artifices
affés groffiers? C'eft ordinairement à cellesci
que l'on s'addreffe pour les apparitions."
Il ne faut pas douter qu'elles n'en ayent
effectivement , & qu'elles ne forent dans
la bonne foi fur ce qu'elles racontent. C'eft
pourquoi l'on ne doit pas être furpris que
certaines croyances ayent eû une fi
de vogue ; l'ignorance fi généralement répandue
pendant plufieurs fiécles pouvoit
elle démêler le naturel d'avec les apparences
du prodige? Combien de gens encore.
dans un fiècle auffi éclairé que le nôtre fe
granNOVEMBRE.
1747 .
laifferoient furprendre , & s'imagineroient'
qu'il y a du furnaturel, s'ils voyoient dans
les ténébres de la nuit des caracteres formés
par des traits de flâme , ce qui n'eft
que le fimple effet d'un phoſphore?
Au refte la croyance du retour des ef-'
prits & des lutins eft très - ancienne. Il y
avoit dans la Grece de vieilles femmes *
qui gagnoient leur vie à lire certaines for-'
mules de prieres , afin de purifier les mai
fons & les perfonnes . Selon l'opinion de
plufieurs Sçavans, ** Chereftrata mere d'Epicure
étoit une de ces Exorciftes. Il y avoit
des Poëtes fameux qui compofoient des
formules d'expiation . Voffius croit qu'Epimenide
eft de ce nombre ; on croyoit
que le fouffre avoit une propriété particuliere
pour purifier les lieux immondes , &
donner la chaffe aux efprits malfaifans .'
Plutarque penfoit que cette opinion étoit
fondée fur le rapport qu'a l'odeur du fouffre
avec celle que laille la foudre dans
l'endroit où elle tombe .
Il y avoit des Temples deftinés à conjurer
les ames des morts . C'eft encore Plutarque
Ce métier devoit être fort vil , puifque l'Orateur
Efchines, fils d'une femme qui l'avoit exercé ,
effuya de la part de Démofthéne des reproches
honteux fur ce fujet.
** Voyez du Rondel. De vita & moribus Epicuri.
86 MERCURE DE FRANCE .
י
qui nous l'apprend dans la vie de Cimon.
Il dit
dit que Paufanias tourmenté par le fantôme
de Cléonice , jeune fille de Bifance
qu'il avoit tuée par mégarde , fe rendit
dans la ville d'Heraclée ou il y avoit un
de ces Temples; il y conjura l'ame de Cléonice
, & la pria de s'appaifer. Elle lui apparut
fur le champ , & l'affûra que dès
qu'il feroit arrivé à Sparte il feroit délivré
de fes maux.
Les Romains qui ne furent pas moins
fuperftitieux que les Grecs , adopterent les
*
mêmes cérémonies : ils eurent auffi leurs
prieres deſtinées à chaffer les fpectres. C'eſt
ce qu'on appelloit Carmina Luftralia. Ils
avoient une fête qu'on appelloit Lemuria
du nom des Lemures qui étoient des fpectres
que l'on s'imaginoit venir de nuit pour
effrayer les vivans ; elle fe célébroit le
neuvieme de Mai ; on faifoit des facrifices
pendant trois nuits pour appaifer ces
prétendus fantômes qui n'étoient autre .
chofe que les manes des défunts. Pendant
le tems de cette fête on fermoit les Temples
des Dieux , & l'on ne faifoit point de
mariage.
* Ovide dit dans le Livre II. De Arte amandi.
Et veniat qua luftret anus lectumque , locumque
Praferet & tremula fulphur & ora manu.
NOVEMBRE . 1747. 87
Les Chinois-croyent aux revenans : *
ils en font plufieurs hiftoires , & ils pouffent
la crainte des apparitions encore plus
loin qu'en Europe . Les Siamois ne les crai
gnent pas moins , ** & pour prévenir les
apparitions des morts , ils portent des
viandes fur leurs fepultures , & ils font des
aumônes pour eux.
Les peuples de l'Ifle Mariane étoient
auffi très- fufceptibles de cette peur des revenans
; leur imagination en paroiffoit
troublée , effrayée même jufqu'à appréhender
le mauvais traitement des fpectres .
Ces peuples n'avoient cependant aucune
idée de la Divinité , & les premiers Miffionnaires
n'y trouverent aucune trace de
Religion .
***
Je conclus, en me rangeant au fentiment
de ceux qui croyent que les opinions fur
les revenans , les apparations , les horofcopes
, dominent plus ou moins dans les differentes
parties du monde , felon que les
Sciences y ont fait plus ou moins de progrès.
C'eft pout cela que dans les monta-
Voyez Lettres curieufes & édifiantes des
Miffions étrangeres , tom. XV . p . 134.
**
Voyez Cérémonies & Coûtumes religieu
fes des peuples idolâtres .
*** Voyez Hiftoire des Ifles Marianes, & c . par
le P. Charles le Gobien , Jéfuite .
88 MERCURE DE FRANCE.
gnes d'Ecoffe , dans la Laponie , on ajoute
beaucoup de foi aux enchantemens magiques
, & que dans la plus grande partie de
l'Afie , la fcience la plus en vogue & la
plus refpectée , eft celle de connoître les
Amulettes , les Talifmans & les nombres
Occultes.
D. L. C. à Vaureas.
PRIERE A BACCHUS.
Digne éleve da vieux Silene ,
Si tu ne prends foin de mes jours ,
Je crains qu'une amoureuſe peine
N'en termine le cours.
Ote moi toate idée
D'amour & d'hymenée ;
Fais que je ne penſe qu'en toi ,
Et que joyeux fous ton empire ,
Sans cefle l'on n'entende dire ,
Je vis content , amis ; je bɔi.
NOVEMBRE . 1747 .
A
LETTRE IV.
Sur la formation du Tonnerre.
Près avoir réfuté , Madame , les differens
fyftêmes qu'on a publiés fur
le. Tonnerre , il me reste à expofer mon
fentiment. Je profiterai des explications
&fur-tout de celle du P. du
des
autres
Fefc.
>
Le Soleil qui paroît fur la voûte azurée ,
Lance de fes rayons la matiere enflâmmée ;
Les fels & la vapeur ſe meuvent à la fois ,
Ils s'élevent dans l'air ; par leur different poids
Dans ce vafte Element leur place eft défignée ;
De nous la vapeur lourde eft le mois éloignée .
Un enfant délaie du favon dans de l'eau ,
il l'étend , le dilate , le raréfie par le foufle
qu'il tire de fes poumons. Le volume s'accroît
, l'air réfifte de tout côté , une bouteille
fe forme , l'excès de fa légereté la
fait voler dans le fluide qui la porte , elle
va , revient , monte , defcend , mais l'air
qui la forme l'enfonce , elle difparoit , telle
eft la vapeur.
Premierement le Soleil darde fes
I
90 MERCURE DE FRANCE.
rayons ; ils pénetrent les corps qu'ils rencontrent
; réfléchis ils s'élevent & emmenent
les parties qu'ils avoient ébranlées
en entrant dans les pores de l'eau. Les molécules
détachées montent avec les rayons
qui les entraînent.
Secondement l'air eft fluide , & dèslors
compofé de ballons qui tournent au
tour de leur centre ; le Soleil en fe levant
les preffe , il augmente leur activité , ils
veulent fe dilater , ils ne peuvent le faire ,
fans froiffer les furfaces qui leur réſiſtent
ils en attirent les parcelles & les font mouvoir
avec eux ; la force centrifuge qu'ils
leur communiquent , étant plus grande
que leur gravité , les foutient , telle une
boule de métail placée dans un Globe de
carton creux qu'on agite avec une fronde ,
s'éloigne le plus qu'elle peut de la terre
malgré fon excès de péfanteur fur les corps
qui l'environnent.
Le ballon chargé fe raréfie & ceffe d'être
en équilibre avec le voifin ; plus leger
il prend le deffus & continueroit de monter
s'il n'arrivoit en des lieux où l'air moins
grave , mais plus élastique , le tient fufpendu
avec fa proye ; alors arrive- t'il quelque
variation dans l'atmoſphere ?
Il s'éleve , il defcend, telle qu'on voit la plume
NOVEMBRE. 1747. 91
Plus légere que l'or fous un pareil volume ,
Tomber par des détours où le métail péſant
N'annonce & ne prédit fa chûte qu'en tombant.
Quelques fels volatils des huiles & des fouffres
Pour fuivre la vapeur abandonnent leurs gouffres ;
Par Borée inconftant tous ces corps diſperſés ,
Sont quelquefois dans l'air par Borée entaflés .
Ainfi dans les pays où il fe trouve beaut
coup de nitre , comme font la Sicile , le
Royaume de Naples & une partie de l'If
lande , le Tonnerre tombe plus fréquemment
qu'ailleurs.
Souvent dans ces monceaux la vapeur eft criblée
Par les fouffres , les fels , l'exhalaifon mêlée.
Leurs ballons en nature en maffe differents ,
Se heurtent dans les airs, y forment des ferments.
Ainfique le vainqueur fur terre & fur Neptune
S'empare du butin offert par la fortune ,
Tels on voit nos ballons par d'autres combattus ,
S'enrichir du débris des tourbillons vaincus.
L'ennemi qui fuccombe & qu'anime la gloire ,
Fait par des flots de fang acheter la victoire.
Tel un tas de ballons des autres détachés ,
Se dilate & reprend fes ballons arrachés ;
Le P. Schott. Phy. cur. par. 2. 1. 11. p. 1126
dit , expertus idfum in Italia.
2 MERCURE DE FRANCE .
De-là ces feux fubits qui ferpentent la nuë,
Et jettent dans notre ame une horreur imprévuë.
Les globes par leur mouvement turbinaire
excitent encore des courans d'air , au
moyen defquels la fermentation augniente:
Ces nouveaux Aquilons preffent avec roideur
Et les fels fulphureux & l'humide vapeur.
Des fouffres plus légers la force centrifuge
S'étend & nous prépare un ténebreux déluge ;
L'eau tombe goute à goute, & déja les torrens
Sortent à gros bouillons des Cieux étincelans.
L'exhalaifon fe hâte-t'elle de repouffer
l'eau ? L'air enfle le ballon , le globe ſe
raréfie trop dilaté il fe comprime , de- là
naiffent les vagues qui s'élevent & s'abaiffent
, s'étendent & fe refferrent .
Tout ballon en lui- même eft ſemblable au nuage,
Et tout globe contient des femences d'orage ;
Les fouffres & les fels , le nitre , renfermés ,
Etendus quelquefois & tantôt comprimés ,
Fermentent à l'envi ; le tourbillon s'allume ,
Il s'enflâme , il vomit une rougeâtre écume.
Il fe dilate , il creve ; un feu'noir à l'inſtant
NOVEMBRE. 1747.
93
Dans le brouillard épais à grands flots fe répand ;
De foudres & d'éclairs la nuë environnée
Par mille ferpentaux fe trouve fillonnée .
;
Le globe rompu imprime un mouve
ment aux ballons de lumiere ; la flâme
brille , l'air frappé ébranle l'air voiſin ,
le fon eft porté par les globules dont l'agitation
l'excite .
Lorfqu'un chaffeur remplit d'épouvante
la forêt embrafée par les coups qu'il tire ,
les arbres repetent les fons bruyans que le
falpêtre a formés , ainfi les brouillards &
les bois rapportent fouvent les éclats du
Tonnerre.
Les eaux qui s'entaffent felon leur different
poids , tombent & ont très-peu de
prife fur l'exhalaifon , qui étant enflâmée
leur réfifte avec force ; plus le nuage eft
éloigné de nous , plus il y a de goutes qui
fe joignent en chemin , & moins la pluie
eft menuë. Mais lorfque le pere des glaçons
, l'hyver, vient attrifter la nature , les
rayons du Soleil font peu actifs , parce
qu'il les darde obliquement fur notre hemifphére,
La vapeur qu'ils enlevent ne
s'éloigne pas beaucoup des corps dont -elle
eft arrachée , elle retombe goutes à goutes
, de même lorfqu'il tonne après une
chaleur exceffive , la pluie eft plus groffe
94 MERCURE DE FRANCE.
que quand la foudre n'a été précédée que
d'une chaleur médiocre .
Le nitre qui quelquefois fe précipite
avec la vapeur qu'il furcharge , pénetre ,
glace, pourroit former ces corps qu'on appelle
carreaux. En effet leur poffibilité eft
démontrée par l'exiftence de la grêle qui
fouvent s'élance des Cieux fous un volume
énorme ; les canaux ne font donc que des
mélanges de fouffre, d'eau , de bitume , gelés
dans l'air. J'avoue que leur chute doit
être plus rare que ne croit le vulgaire ,
& leur forme differente de celle qu'il leur
attribue. C'eſt par exemple une erreur de
penfer que ce qu'on montre à Enfisheim
comme un carreau, en ſoit un véritable , c'eſt
une pierte frappée de la foudre. Le Tonnerre
en la pénétrant a changé la configuration
de fes parties internes , elle étoit
peut-être rouge , il l'a noircie.
Après que les globules dilatés ont formé
dans les airs plufieurs cercles excentriques
,
La vapeur fe décharge , & les fels entaffés
Par fa chute auffi tôt ſe trouvent moins preffés ;
Des globes enflâmés la fureur qui perſiſte
Ne trouve plus dans l'air de corps qui lui réfiſte;
Du foudre on n'entend plus les effroyables fons.
Telle on voit tous les jours tonner dans les cauons
NOVEMBRE. 1747. 93
Par le métail épais la poudre comprimée
Qui s'allume fans bruit n'étant pas renfermée.
Tout eft calme , les globes font moins
chargés de nitre , leur péfantear diminuë ,
leus reffort augmente , ils s'élevent , furtout
fi quelque vent feconde leur orgueil ,
leur reffort fe debande , il n'eft plus.
Voilà , je crois , l'idée qu'on doit avoir
de la formation du Tonnerre ; avant que
d'examiner les differens effets de la foudre
, & d'en affigner les caufes , fouffrez
Madame , que je repare une omiffion qui
m'a échappé dans ma premiere lettre. J'y
ai obfervé que les lieux frappés de la foudre
étoient facrés chés les anciens , mais j'ai
oublié de vous dire que les Romains purifioient
ces endroits en y immolant une
brebis de deux ans , bidens *',, que les augu-
** fe fervoient du Tonnerre pour predire
l'avenir , & qu'enfin felon Pline il
n'étoit pas permis de brûler les corps de
ceux fur qui le Tonnerre étoit tombé. *** II
paroit néanmoins par la Tragédie des Supres
* De- là l'endroit frappé s'appelloit Bidental.
Perf, Sat. 2. v. 27. Comet. front . vit, gram.
* *
Nieuport en parle dans fon Traité fur les
Coûtumes des Roniains , il cite Virg . Æn 9.
* * *
Pline dit , Ita examinatum ( fulmine ) cremarifas
non eft. Condi terrâ Religio tradidit . Hift.
Nat. 1. 2. ch. $4.
6 MERCURE DE FRANCE.
г
pliantes d'Euripide , que ce n'étoit pas u
point de Religion chés les Grecs , puifqu'Evadné
fe jette dans le bucher où on avoit
mis Capanée fon époux frappé de la foudre
devant Thebes . Je fuis , &c.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure d'Octobre font les Souliers
, la Peinture , le fon de la voix & Couronne.
On trouve dans le Logogryphe
Cour
, corne, non ,
roc , ronce , coeur , orne ,
Rouen , encor , Ré , cruë , Cor , roue , cure ,
ruë, Cône , or & None,
ENIGM E.
' Ai le fingulier avantage
D'être utile au fol comme au ſage ;
J'ai quelquefois deux pieds , parfois je n'en al
Et
par
qu'un ,
d'autres fois point ; je fuis affés commun
En un grand comme en un petit ménage ,
Sans néanmoins être toujours d'ufage ,
Quoique toujours je fois dans la maifon;
L'on ne fait cas de moi , que dans une faifon ,
Et bien que je ne fois volage ,
L'on me tient toujours en priſon .
AUTRE
NOVEMBRE.
97 . 1747.
JE
AUTRE.
E fuis un animal incommode & craintif;
Le moindre bruit , le vent le plus chétif ,
Un phantôme , un rien m'inquiéte';
Pour m'allarmer il ne faut qu'un enfant ;
Un atôme à mes yeux eft une groffe bête ;
Une mouche eft un élephant ;
Je me mets en fureur pour une bagatelle ;
Je fuis toujours au guet, to jours en fentinelle,
Pour éviter le fort d'une Divinité
Qui d'un air férieux , dans le célefte empire.
Aux autres Dieux jadis apprêta bien à rire ,
Les regalant de gente nouveauté.
Mais voici le pis de la choſe ;
Les peines que je prends dans ma fotte frayeur ,
Pour m'épargner certain malheur ,
En font fouvent la principale cauſe ;
Oui ,fouvent je n'en dois la dofe
Qu'à mon chagrin , qu'à ma rigueur.
Les excès défiants de ma mauvaiſe humeur
Réaliſent le mal , au lieu de m'y ſouftraire.
On ne penfoit pas à le faire ;
J'en donne le deffein vengeur .
Que ton étoile & ton bon caractére
T'en préſervent , ami Lecteur.
98 MERCURE DE FRANCE.
J
AUT-R E.
E fuis dans les liens , pour tenir en prifon
Un corps qui bien fouvent n'entend pas la raison.
"Je fuis en même tems & convexe & concave ;
Je voyage fouvent bien au -delà des mers ;
Mon captif eft chéri chés les peuples divers ;
Je fuis fort ami de la cave.
M
J. F. C. de Semur en Auxois;
LOGOGRYP HE.
A tête eft dédaigneufe , & fans coeur je fuis
fiere ;
Portant le feu , je fais trembler même les Rois ;
Mais je porte tout à la fois ,
En certain cas de quoi les faire,
NOVEMBRE. 1747. 99
(ACDC)CDCDCDCDCDC) VIVIN
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , inc.
ON imprime & on mettra inceffamment
en vente un ouvrage nouveau
digne de l'attention & des fuffrages du
public. Ce livre intitulé le Comédien , contient
des réfléxions judicieuſes , des vûës
fines fur la Comédie & le Jeu des Acteurs.
L'Auteur fçait démêler habilement les
fources du plaifir que nous prenons à la
repréſentation des ouvrages dramatiques
les caufes qui concourent à l'augmenter
ou à le diminuer , toutes nuances difficiles
à faifir , & qui ne pouvant être l'ouvrage
que d'un efprit pénétrant & d'un goût
fort délicat , doit par cette raiſon plaire
à tous les lecteurs de bon goût qui s'intéreffent
au fuccès de nos fpectacles. M.
Remond de Sainte Albine , déja connu
avantageufement dans la Litterature par
fes productions & par fes connoiffances
dans les fciences & dans les Belles Lettres
eft l'Auteur de ce livre . Il nous en communiqua
il y a deux ans quelques chapitres
qu'il nous permit d'imprimer dans.
le Mercure ; ces mêmes chapitres ont été
Bij
100 MERCURE DE FRANCE.
depuis confidérablement retouchés , ainfi
l'Auteur aura encore plus de droit aux ſuffrages
qu'il a déja obtenus. On n'a ď’ailleurs
rien négligé pour le matériel de l'ouvrage
; il fera imprimé en deux volumes
in-8°. beau caractère , beau papier , le tout
orné de jolies vignettes. En un mot l'impreffion
fera honneur à notre Typographie
, comme l'ouvrage en fera à notre
Litterature ; il fera en vente inceffamment.
OBSERVATIONS intéreffantes fur
la cure de la goûte & du rhumatiſme , de
Meffieurs Frederic Hoffman , V... & James
Docteurs en Médecine, à Paris in- 12.1747
chés Briaffon.
On a vû fi fouvent des empiriques préfenter
des recettes trompeufes , & les vanter
avec d'autant plus d'éclat qu'elles regardoient
des maux incurables , qu'en entendant
parler de cure de la goûte on fe
défieroit des promeffes de l'Auteur , fi l'on
ne voyoit à la tête du Livre le nom de
deux Médecins auffi célébres. Ce ne font
point ici des fyftêmes , toujours dangereux
en Médecine , que l'on propofe ; ce font
des obfervations , c'eft le réfultat de plufieurs
expériences f
faites par des gens appliqués
& intelligens. Les trois Médecins
dont on donne ici les obfervations ont
NOVEMBRE . 1747. ΤΟΙ
faivi des routes differentes dans le traite
ment des maladies dont il eft queſtion ;
ce qui ne prouveroit rien tontre leur méthode
, car la nature peut avoir plusieurs
differens moyens pour foulager les malades
. M. V... lequel a voulu garder l'incognito
pour le public , mais dont les obfervations
ont été conftatées à l'Editeur de
façon à ne laiffer fur ce fujet aucun doute ,
M. V... très- verfé dans la pratique de la
Médecine , guériffoit toutes les efpéces
de rhumatifmes avec des fuccès tout- à-fait
furprenans par une méthode qui ne l'eft
pas moins fuivant nos ufages ; il ordonnoit
des faignées fi amples qu'il faifoit en
trente- fix heures tirer vingt livres de fang
à fon malade. M. James dont on traduic
ici un ouvrage imprimé à Londres en
1745 , fuit une methode toute differente ;
il prétend que la goûte & les rhumatifmes
fe guériffent par l'ufage des remédes
mercuriels ; fon fentiment eft fondé fur
des obfervations qui lui font propres &
qui méritent l'attention des Praticiens.
M. Hoffman marche par une autre route.
L'averfion que les Allemands ont contre
la quantité de faignées qu'on ' eft dans l'ufage
de faire en France , & qu'un de leurs
Auteurs appelle Medicina Carnificino Gallica
, ne lui auroit pas permis d'adopter la
E iij
102 MERCURE DE FRANCE
methode de M. V... Il remarque cependant
que la faignée convient mieux en
France dans la cure du rhumatiſme & de
la goûte commençante que dans les
pays
voifins du Nord , à caufe du tempérament
fanguin de nos compatriotes , & il ajoute
& prouve par plufieurs citations d'Auteurs
célébres , que ce reméde réuffit très-bien
en France , tant comme curatif que comme
préſervatif. On trouve ici ce que cet Auteur
célébre a dit du rhumatifme & de la
goûte , & pour raffembler tout ce qu'on
trouve dans fes ouvrages fur cette matiere,
on y a joint celles de fes confultations qui
ont rapport à ces maladies .
Ainfi ce livre eft un recueil utile de ce
que de fort habiles gens ont penfé fur une
matiere fi intéreffante pour la fanté , & le
public doit être obligé aux foins de M.
Brubier qui a raffemblé les differentes
parties de cette collection , & qui a traduit
les traités & les confultations qui la
compofent , & a corrigé & arrangé l'ou
vrage de M. V... fuivant la permiffion
qui lui en avoit été donnée par l'Auteur
niême.
Le fiège de Bergopfoom , Poëme , dédié
à M. le Maréchal de Lowendalh .
L'importante conquête de Bergoploom a
fait naître beaucoup de vers. Elle a reveilNOVEMBRE.
1747. 103
lé le zéle de nos Poëtes , & l'on a éprouvé
dans cet évenement , que s'il n'y a pas
beaucoup de bons Poëtes , il y a au moins
beaucoup de bons François. Nous avons
lû avec plaifir le Poëme dont nous annonçons
ici le titre . Comme le ftyle fait le
principal mérite d'un ouvrage de cette
nature , pour mettre les lecteurs à portée
de juger des talens de l'Auteur , nous allons
tranfcrire ici l'endroit où il parle de
l'ouverture de la tranchée .
On franchit les guêrets , les dunes , les montagnes,
A ce bruit le paſteur déſerte les campagnes ,
Et d'un pas gemiffant , meffager de l'horreur ,
Jufques dans Bergopfom va porter la terreur.
On arrive ; on étale en ces plaines de fable
D'un projet fi hardi Pappareil formidable .
Il conne. Lowendalh , prompt à fe garantir ,
Affiége des remparts qu'il ne peut inveſtir ,
Et parcourant de l'oeil un favorable eſpace ,
Fait tracer à l'entour la perte de la place.
Toi , Maurice , l'appui d'un projet auffi grand ,
Sur les bords de la Meufe arrête Cumberland .
: ·
Pendant que de la nuit l'inégale courriere
Regne fur le filence & fournit fa cariére ,
Le Héros fait creufer par cent guerrieres mains
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Ces fentiers tortueux , ces remparts foûterrains
Ingénieux Dédale & nouveau labyrinthe,
Par où jufqu'au glacis on circule fans crainte.
La plaine ainfi changée en de vaftes fillons
A l'abri du tonnerre a mis nos bataillons.
Derriere des remparts de terre & de fafcines
Cent monftres foudroyans , infernales machines ,
Embrafent l'Hémisphère & font partir la mort .
La place vainément oppofe un feu plus fort :
Tout brûle , tout périt . La flamme impitoyable
Dévore l'habitant , innocent ou coupable .
Son toit frappé l'écrafe , & tombant en éclats ,
La bombe par les airs fait vôler le trépas.
Tout un peuple tremblant , que la mort environne,
Jouet infortuné des fureurs de Bellonne ,
Fuit des lieux autrefois fi chers à fes regards ,
Heureux , s'il n'eût point eu d'invincibles remparts
!
Il les regarde encore , & d'une voix mourante
Nomme dans les adieux fa patrie expirante.
EUVRES de M. Riviere du Frefny ,
nouvelle édition corrigée & augmentée ,
à Paris chés Briaffon , Libraire , rue
Saint Jacques à la Science , 1747 ; 4
in-12.
›
vol.
DISSERTATION fur la fièvre miliaire
maligne, dans laquelle on en recherNOVEMBRE.
1747. 105
che les cauſes , & on indique la méthode
de la traiter , par. M. Pinard , Docteur en
Médecine , aggregé au Collège des Medecins
de Rouen , & Membre de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts
de la même Ville , à Paris , chés Grangé
Libraire au Palais , & David le jeune ,
Libraire rue du Hurpoix.
SPONSALIA Plantarum quæ fpecininis
Academici loco fubmittit Joan. Gustavus
Walhom Calmarienfis menfe Jun. 1746 ,
Stockholm , typis Laurent. Salvii , in-4°.
MUSEUM Adolpho Fridericianum ,
quod fpeciminis Academici loco , publico bonorum
examini fubmittit Laurentius Balk
Gevalia-Geftricius 31 Mai 1746 , Holmia,
typis Laur. Salvii , in -4 ° .
POESIES du P. Etienne Fabretti J.
à Lyon chés les freres Duplain , in - 8 °. de
303 pages.
METHODE pour apprendre la Géographie
, par M. Robbe. Nouvelle édition ,
tome II. à Paris chés Michel - Etienne
David , Didot & Nyon , fils , Quai des
Auguſtins , in- 12 .
DICTIONNAIRE univerfel , hifto
rique , chronologique , géographique &
de Jurifprudence civile , criminelle & de
police des Maréchauffées de France &c .
à Paris chés Quillau , pere , rue Galande ,
1747 , 4 vol. in-4° .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
LE LIBERTINAGE COMBATTU
par le témoignage des Auteurs profanes
par un Benedictin de la Congrégation de Saint
Vannes , dedié au Prince de Condé. Quatre.
volumes in - 12 , le premier de 393
pages , non compris l'avertiffement de
952 le fecond de 656 , le troifiéme de
736 , & le quatrième de 689. A Charleville
de l'Imprimerie de P. Thefin , Imprimeur
Libraire ordinaire du Prince de
Condé , 1747.
ABREGE' de l'Hiftoire de France par
feu M. Boffuet , Evêque de Meaux . Quatre
volumes in- 12 , à Paris chés Defaint &
Saillant , Libraires , 1747 .
PRATIQUES BENEFICIAL ES
fuivant l'ufage général & celui de la Province
de Normandie , autorisées par les
Conftitutions Canoniques , Ordonnances ,
Arrêts , & particulierement par ceux du
Parlement de Rouen , & le fentiment des
Auteurs les plus célébres fur la matiere
des dixmes , &c par M. Charles Routier
Avocat . A Rowen chés Pierre Leboucher ,
Libraire fous la galerie du Palais , 1745 »
in-4°.
TRAITE DE L'INDULT du Parlement
de Paris , ou du droit que le Chancelier
de France , les Préfidens , Maîtres
des Requêtes , Confeillers & autres OffiNOVEMBRE.
1747. 107
mentée par
ciers du Parlement ont fur les Prélatures
Séculieres & Régulieres du Royaume .
Nouvelle édition revûë , corrigée & augfeu
M. le Préfident Cochet de
Saint Valier. A Paris chés Didot , Quai
des Auguftins , à la Bible d'or , Giffart , ruë
Saint Jacques , à Sainte Therefe , Barrois,
Quai des Auguftins , à la ville de Nevers ,
& Nyon , fils , Quai des Auguftins , à l'Occafion
, 1747 , trois volumes in-4° .
>
ELEMENS DE PHYSIQUE ou Introduction
à la Philofophie de Newton
par G. J. s'Gravefande , traduits par C. F.
Roland de Virlois , Architecte & Profeffeur
de Phyfique & de Mathématique , 2 vol.
in- 8°. A Paris , chés Charles - Antoine
Jombert , Libraire du Roi pour l'Artillerie
& le Génie , Quai des Auguftins au coin
de la rue Gift - le - coeur , à l'Image N.
Dame.
L'ESTER ITALIANA , o fia il libro
di Efter tradotto in verfo Italiano , colle annotazioni
, in profa , che Spiegano , e illuftrano
quafta facra Storia. Dedicato afua Eminenza
il Sig. Cardinale Profpero Colonna di
Sciarra da Clarione Neftorideo . P. A. in
Venezia , 1746 , in-4° .
DISSERTAT10 Hiftorico Medica de
Saluberrimo Nuseria in Umbria erumpenti
latice , accedunt cumplures prattico Médica
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
obfervationes ac Sanationės , auctore Florids
de Plumbis , concive Nuceriano, Philofophie
Medicina Doctore , Venetis , apud Foſephum
Corona , 1745 ,
BREVE STORIA della vita de Caterina
Vizzoni Romana , che per ott' anni vefti
abito da vomo , in qualita di Servidore , la
guale dopo vari cafi effendo infineftata uccifa,
fu trovata pulcella nella Sezzione del fuo
Cadavero , di Giovanni Bianchi , Profeffore
di Notonica , in Siena , Venezia , per fim.
Occhi , 1744 , in- 8 ° .
HISTORIA utriufque Teftamenti, Auctore
Carolo Antonio Erra Mediolanenfi , Congregationis
Clericorum Reg. Matris Dei.
Tomus primus , Neapoli , 1747 , in- 8 °.
ORAZIONI Sacre di Frate Bernardo
Maria Giacco di Napoli , Cappucino , in
Napoli , 1746 , in- 8 ° .
ELOGIUM piis manibus viri fummè
venerabilis Domini Hermanni Vonder-
Hardt , Coenobii Marie Bergenfis Præpofiti ,
Orient , Ling.Prof.ff. totius Academiæ Senioris ,
fummi Philologi & Pol, hiftoris , publico Academie
Julie Caroline nomine confecratum
Interprete Chriftiano Breithaupto Acad. Orat.
& P. P. Helmeftadii , ex officina Schnortii ,
1746 , in 4° .
G. G. DRELINGII DIATRIBE
biftorica & critica de Miltiade perantiquo
NOVEMBRE. 1747. 109
Chriftianorum fure confulto ac defenfore.
Helmftadt , 1746 , in-4°.
CHRISTIANI WILHELMI KASTNFRI
Philofoph. & Med. D. Biblioteca Medica ,
Jena , Sumpin C. H. Cunonis , 1746 , 2
vol. in-8°.
LE THE DE L'EUROPE , ou les
proprietés de la Véronique , tirées des
obfervations de M. Francus , Médecin Allemand
, & de celles de plufieurs Médecins
François , nouvelle édition augmentée ,
à Reims , chés P. & N. P. Delaiftre , Librai
res , 1747 , in - 12 .
Gabriel Martin , J. B. Coignard , P. J.
Mariette & Hippolite- Louis Guerin , Libraires
, rue Saint Jacques, vont imprimer
une Bible en Latin & en François avec des
Préfaces , des Differtations & des notes
litterales , critiques & hiftoriques , pour
faciliter l'intelligence de l'Ecriture Sainte,
le tout tiré du Commentaire de Dom Auguftin
Calmet & des Auteurs les plus célé
bres , en to vol. in- 4°. enrichis de cartes
& de figures , 1748 , in - 4° . L'édition fera
achevée dans l'efpace de dix - huit mois à
compter du premier Janvier 1748. Ils en
propofent l'emplette par foufcription . Le
prix eft de 72 liv. On payera 24 liv. en
foufcrivant , 18 liv. en recevant les trois
premiers volumes au mois d'Avril 1748 ,
110 MERCURE DE FRANCE.
18 liv . fix mois après en recevant les trois
volumes fuivans , & 12 liv. en recevant
les quatre derniers. Les Soufcripteurs auront
foin de retirer leurs exemplaires dans
le cours de l'année de la publication , fans
quoi leurs avances feroient perdues . Ceux
qui n'auront pas foufcrit payeront l'ouvrage
100 liv.
EDUCATION CHRETIENNE , OU
la conduite pour élever chrétiennement
les enfans , où l'on enfeigne l'importance
& la neceffité de leur donner une bonne
éducation , 1747 , in- 12 . à Paris , chés
Ph. Nic. Lottin , Imprimeur Libraire , ruë
Saint Jacques.
Le même Libraire vient de publier un
Abregé des principes de la Grammaire Fransoife
par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi , troifiéme édition ,
1747 , in- 12 .
NOUVEAU TRAITE' d'Arithmétique
, propre aux perfonnes de tous états
& principalement à celles du commerce ,
avec plufieurs propofitions auffi curieuſes
qu'utiles , & des plus intelligibles , chés la
veuve David , Libraire , rue de la Huchette
, par M. Lebez , Expert Juré Ecrivain
, Arithméticien , rue de l'Ecole Saint
Honoré , 1747 , in- 12 .
LE IV . VOLUME de l'Hiftoire des
NOVEMBRE. 1747..
Hommes Illuftres de l'Ordre de Saint Do
minique , par le P. Touron , Religieux du
même Ordre à Paris , chés Babuty &
Quillan , Imprimeurs Libraires , 1747 ›
in-4°.
>
SECOND VOLUME de l'Hiftoire de
Lorraine , par D. Calmet Abbé de Senones,
nouvelle édition , à Nancy chés Antoine
Lefevre , Imprimeur ordinaire du Roi , &
fe vend à Paris chés Savoye , Libraire ruë
S. Jacques , à l'Eſpérance , 1747.
LA PRISE DE BERGOPSOOM , Ode au
Roi , à Paris chés Cailleau rue S. Jacques ,
à S. André , 1747 .
On trouve chés le même Libraire une
Lettre d'un Génois à fon Correspondant à
Amfterdam , avec des remarques curieufes.
Cette Lettre eft imprimée à Génes.
L'ARME'E DU Roi dans la Flandre Ho-
Fandoife , Ode , à Lille chés la veuve Danel
& fils , Imprimeurs Libraires fur la
grande Place.
2.
LE THEATRE DANOIS , par M.
Louis Halberg , traduit du Danois , par
M. G. Furfman , divifé en fix tomes ,
Coppenhague aux dépens du Traducteur &
de la Compagnie 1746
HISTOIRE GENERALE de la
Marine , contenant fon origine chés tous
les peuples du monde , fes progrès , ſon
112 MERCURE DE FRANCE.
état actuel & les expeditions maritimes ,
anciennes & modernes fur des mémoires
redigés par M. de Boifmelé , tome fecond ,
à Paris , chés Antoine Bou let , Libraire Imprimeur
ruë S. Jacques , à la Fontaine d'or.
PROLEGOMENES fur l'Ecriture Sainte
, par le R. P. Houbigant , de la Congrégation
de l'Oratoire , à Paris , chés le
Mercier , rue S. Jacques à l'enfeigne du
Livre d'or , Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , Briaffon à la Science , Durand
au Griffon rue S. Jacques , 1747 volume
in- 4° . de 384 pages ; l'ouvrage eft en latin .
TRAITE DES FIEVRES , traduit
du latin de M. Fréderic Hoffman premier
Medecin du Roi de Pruffe , par M. Eidos ,
fuivi de plufieurs Differtations qui ont
rapport à la même matiere , traduites du
latin du même Auteur par M. Brubier ,
Docteur en Médecine , pour fervir de fuite
à la Médecine raifonnée , tome premier
in-12 . de 506 pages .
LES PSE AUMES felon la vulgate
avec des notes par M. l'Abbé Bellenger in-
12. 1747 , à Paris chés la veuve Brocas &
J. D. Ofinont ruë S. Jacques ; l'ouvrage eft
en latin.
HISTOIRE des differens fiéges de
Bergopfoom , brochure in- 12 de 96 pages.
LA VIE de M. de Bretigny , Prêtre ,
NOVEMBRE. 1747. 113
Fondateur des Carmelites de Sainte Thereſe
en France & aux Pays -Bas par le P. de
Beauvais , de la Compagnie de Jefus , à
Paris , chés Durand rue S. Jacques , volume
in- 12. de 345 pages.
20•
LA DIVINITE' de Notre- Seigneur
Jefus-Chrift , prouvée par les Saintes Ecritures
& la Tradition . Ouvrage divifé en
quatre parties , où l'on démontre la Divinité
de J. C. 1º. par l'ancien & le nouveau
Teftament , 20 par la conformité de fentimens
de tous les Catholiques entre eux ,
& avec la plupart des Sectes , 3 ° . par tes
controverfes continuelles que l'Eglife a
foutenues contre les Juifs , les Gentils &
les Heretiques , 4° . par la Doctrine unanime
des Saints Peres , dont on explique
les paffages difficiles . On a rapporté auffi .
dans cet ouvrage les témoignages qui regardent
le Saint- Efprit & la Trinité des
Perfonnes dans une feule effence , par un
Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , à Paris , chés Jacques - François
Collombat , premier Imprimeur du Roi
1746 , volume in fol . de 665 pages ; l'ouvrage
eft en latin .
RECHERCHES fur les Elemens de
la matiere , volume in - 12 . de 242 pages ,
1747 , fans nom d'Imprimeur ni de lieu .
HISTOIRE du Théatre François de114
MERCURE DE FRANCE.
"
puis fon origine jufqu'à préfent , avec la
vie des plus célebres Poëtes Dramatiques ,
un Catalogue exact de leurs piéces , & des
notes hiftoriques & critiques , tomes IX &
X , à Paris , chés P. G. le Mercier ruë S.
Jacques au Livre d'or , & Saillant ruë S.
Jean de Beauvais vis -à-vis le Collége
1746.
LE TROISIEME TOME du traité
des Teftamens , Codiciles , Donations à
caufe de mort , & autres difpofitions de
derniere volonté , fuivant les principes &
les décifions du Droit Romain , les Ordonnances
, les Coûtumes & maximes du
Royaume , tant des Pays de Droit Ecrit
que Coûtumiers , & la Jurifprudence des
Arrêts ,, par M. Jean Baptifte Furgole , Avocat
au Parlement de Toulouſe , à Paris au
Palais chés Jean de Nully Libraire , Grande
Salle du côté de la Cour des Aydes ,
à l'Ecu de France & à la Palme , 1747.
VIE du Cardinal Gafpar Cantarini
écrite par M. Louis Beccatello , à laquelle
on a joint quelques piéces qui concernent
le même Cardinal , volume in 4° . de 119
के pages , y compris la Préface de 48 , à
Breffe de l'Imprimerie de Jean Rizzardi ,
1746 ; l'ouvrage eft en Italien .
,
ABREGE' de l'Art des accouchemens
compofé par M. Richard Manningham ,
NOVEMBRE. 1747. 119
Chevalier , Docteur en Médecine , de la
Société Royale de Londres , & aggregé au
Collége de Médecine de la même Ville ,
qui comprend la théorie & la pratique de
cet Art , & la cure de toutes les maladies
qui arrivent aux femmes pendant leur
groffeffe & leurs couches , & aux enfans.
L'Auteur y a joint la vraie & très- exacte
méthode pour découvrit la nature de toutes
les maladies auxquelles le corps humain
eft fujet , & connoître les fecours les plus
propres pour les combattre , & quelques
obfervations appartenantes à la pratique
générale de la Médecine . Ouvrage réimprimé
en faveur des jeunes Médecins , &
augmenté de quelques additions , c'est- àdire
d'une préface & de deux differtations
théorétiques & pratiques, dans la premiere
defquelles on détermine en conféquence
des loix de la méchanique , par la place où
s'attache le placenta , la fituation de la matrice
pendant la groffeffe , &celle du foetus
& la feconde fait l'éloge & recommande l'ufage
du Forceps Anglois dans les accouchemens
difficiles caufés par la fituation oblique
de la tête enclavée au paffage , & enrichi
de Tailles- douces , par M. Philippe
Adolphe Boehmar , Profeffeur de Médecine
& d'Anatomie à Hall en Saxe , aux dépens
de la Librairie de Luderwald , 1746 ,
116 MERCURE DE FRANCE.
C
in-4° . de 118 pages fans la préface de l'éditeur
de 14. L'Ouvrage eft en Latin , &
Le trouve à Paris , chés Guillaume Cavelier ,
pere rue S. Jacques , au Lys d'or .
DESCRIPTION ABREGE'E du fameux
Cabinet de M. le Chevalier Baillon ,
pour fervir à l'hiftoire naturelle des Pierres
précieufes , Métaux , Mineraux & autres
Foffiles , par Joannon de Saint Laurent,
à Lucques , chés Jean Dominique Marefcandoli
, 1746 , in - 4°.
LE TOME XXXVI . de l'ouvrage
intitulé Raccolta d'opuscoli fcientifici e Filologici
al Reverendiffimo Padre D.Camillo AFfarofi
, Abbate del Monafterio de SS. Pietro
e Profpero di Reggio , in Venezia , appreffa
Simone Occhi , 1747 , in- 12.
Jo . ZACCHARIA Platneri , Doctoris
Profefforis Med. Lipf. Inftitutiones Chirurgia
rationalis tum Medica , tum Manualis
in ufus difcentium , variis nonnullorum
Ferramentorum , aliarum que rerum , qua ad
Chirurgi officinam pertinent , aneis iconibus
illuftrata. Accedunt in hac editione Differtationes
due ejufdern Auctoris olim jam edite
Scilicet de Chirurgia artis Medica parente
de Fiftula lachrymali , Venetiis , ex Typographia
Jo. Bapt. Albrizzi, Hyeronimi filii
, 1747 , in-4°.
BIBLIA SACRA vulgate editionis …….….
NOVEMBRE . 1747. 117
cum Selectiffimis litteralibus commentariis
Joannis Gagnai , Joannis Maldonati , &c.
Accedunt Romana correctiones , ac lectionum
varietates .... tomus tertius completens Numeros
& Deuteronomium , Venetiis , 1746 ,
in-4°.
NOTITIA Scriptorum Camaldulenfium,
quam feu Prodomum exceptura eft Bibliotheca
Patrum Camaldulenfium , feu operum ad hiftoriam
difciplinam .... attinentium collectio ,
tomis VI. comprehenfa . Cujus Bibliotheca fen
collectionis accuranda hic ad calcem exhibebetur
confpectus , opera &ftudio P, Magnoaldi
Ziegelbaur , 1747 , in- 4° . Vienna.
DOCUMENTA RELIGIOSO POLITICA
, five modus jufte vivendi in Religione.
Vienna , 1746 , in - 4° .
COMMENTATIO Juris publici de juftis Re
preffaliarum limitibus tum à Gentibus , tum à
Statibus S. J. R. G. obfervandis , ex ipfis legibus,
actis publicis,& Diplomatibus eruta à Ludovico
Martino Kahlio D. & PP. O. Gottinge
, impenfis G. P. Schmedii , 1746 , in-4° .
GEOR. HENRICI Alfreri fpecimen
Politico-juridicum , de Gynecocratia tutelari
viduarum illuftrium , Pars prima , Gottinga ,
1746 , in-4°.
CORNELII PAULI Hoynck Van Papendrecht
, Archiprefbytery Mechlinienfis
Analecta Belgica , in fex partes divifa , Ha18
MERCURE DE FRANCE.
gæ-comitum apud Gerardum Block , 1745 ,
in-4°. trois volumes.
par
OBSERVATIONS fur les Plantes
M. Guettard , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , de l'Académie des Sciences
, à Paris , chés Durand , au Griffon ,
rue Saint Jacques , 1747. Deux volumes .
in- 12 .
PRECIS de l'Hiftoire Sacrée , par demandes
& par réponſes , avec une méthode
artificielle propre aux jeunes gens pour
fixer dans leur mémoire les principaux
faits de cette Hiſtoire , 1747 , in- 12 , à Paris
, chés Savoye , Libraire ruë S. Jacques.
CH. J. B. Delepine & Jean Thomas Heriffant
, Libraires à Paris rue S. Jacques ,
qui ont propofé par foufcription l'Hiftoire
générale d'Allemagne , avertiffent qu'ils
feront en état de délivrer cette Hiftoire
entiere le Lundi 18 du mois de Décembre
1747 .
TITI - LIVII PATAVINI Hiftoriarum
ab urbe condita libri qui fuperfunt
XXXV. recenfuit ¬is ad ufum Scholarum
accommodatis illuftravit J. B. L. Crevier
, Emeritus Rethorica Profeffor in Collelegio
Dormano Bellovaco , Univerfitatis Parifienfis
, apud Defaint & Saillant , vid S.
Joannis Bellovacenfis è regione Collegii ,
1747. Deux volumes in- 12,
NOVEMBRE . 1747 . 119
ESSAI fur l'étude des Belles - Lettres. ,
à Paris , 1747 , chés Louis Etienne Ga
nean.
Dupin Graveur a fait pour l'année 1748 plu
fieurs Almanachs de Cabinet de differentes grandeurs
; l'un dédié aux perfonnes pieufes ainfi que
le porte fon titre , fe vend quinze fols , celui du
Palais huit fols , celui qui eft préfenté à la Maiſon
d'Orléans huit fols , & deux petits intitulés Almanach
Militaire ou des Guerriers fix fols piéce . Le
fieur Dupin demeure rue Saint Jacques vis-à-vis le
Collége du Pleffis .
Nous annonçons encore deux autres Almanachs
portatifs imprimés chés Giffey , l'un intitulé Etrennes
hiftoriques ou mélange curieux c. l'autre Al
manach des Curieux , où les curieux trouveront la
réponſe agréable des demandes les plus divertiſſantes
pourse rejouir dans les compagnies.
Nous croyons devoir donner une defcription
- particuliere d'une efquiffe de M. de Lobel , qui
n'ayant été mife au falon que les derniers jours de
l'expofition des tableaux , n'a pû entrer dans le
petit livre imprimé qui fut alors diftribuéau public.
Le Peintre y repréſente le Roi affis fous un pal
mier où il eft couronné par les mains de la victoire.
Sur la gauche du tableau la valeur & la prudence
lui préfentent la ville de Bergoploom perfonifiée
& en état de fuppliante. Le Prince victorieux
après cette nouvelle conquête ordonne à
Mercure , qui eft fur un nuage, accompagné de la
paix & fuivi de l'abondance , de diffiper la crainte
de fes ennemis , en leur faiſant connoître fes in120
MERCURE DE FRANCE.
tentions toujours généreufes & toujours pacifiques.
La Gloire qui eft auprès du Trône tient fur un
bouclier les ordres militaires dont Sa Majefté honore
le courage de fes Généraux & de fes Officiers
.
Sur le devant du tableau la France contemple
& admire un Roi chéri de fes peuples , & qui met
fa grandeur dans fes bienfaits défignés par des génies
qui reçoivent de la Libéralité des médailles
& des châines d'or..
Minerve qui eft à la droite appuyée fur la France
, fait connoître que Sa Majeſté au milieu même
des horreurs de la guerre trouve dans fa
fageffe les moyens de protéger les Arts & les
Sciences. L'Hiftoire qui eft à l'extrêmité du tableau
tranfmer à la postérité les faits glorieux de
fon Regne,
Le bas relief qui décore le pied du Trône repréfente
la victoire remportée à Law ffelt . Les génies
de la Poëfie & de la Peinture s'entretiennent furt
cette glorieufe journée dont la prise de Bergopfoom
eft une heureufe fuite.
M. de Lobel qui a commencé en France fes
études de Peinture , s'eft perfectionné dans l'Académie
de Rome , & peu après fon retour dans fa
Patrie ., il y a fait des morceaux curieux & bien
entendus.
Le tableau allégorique de la réunion de la
Lorraine à la France lui a fait beaucoup d'honneur ,
& le voeu de Louis XIII . que cet Académicien a
expofé cette année dans le falon du Louvre a été
approuvé de tous les connoiffeurs . Ce morceau de
Peinture eft deftiné pour l'Eglife Collégiale de
Dammartin en Brie. Il a douze pieds de haut fur
Lept de large .
M.
NOVEMBRE. 121. 1747 .
M. d'Anville vient de mettre au jour une Carte
de Amérique Septentrionale compofée de troisfeuilles
, & qui peut fe divifer en deux parties , de
feuille & demie chacune . Cette Carte eft du nombre
de celles dont le public fera redevable aux
bienfaits de M. le Duc d'Orleans envers l'Auteur ,
& il n'en apoint encore paru d'auffi ample ſur ce
fujet. L'avantage que cet ouvrage prend d'ailleurs
fur les précédens , paroît au détail qu'il renferme ,
& qui eft tout-à- fait neuf dans prefque toute l'étendue
de cette Carte . L'élégance avec laquelle
elle a été exécutée la rend encore très- recommandable.
On la trouve chés l'Auteur aux Galeries
du Louvre.
M. Germain Marchand Orfévre de la ville
de Paris vient de compofer un livre de principes
d'Orfévrerie contenant plus de deux cent deffeins
en deux parties de cinquante feuilles chacune ,
moitié ouvrages d'Eglife & moitié en tout autre
genre , on y trouvera la plus exacte proportion ,
autant qu'il a été poffible à l'Auteur de s'y conformer
; il mettra à la fin de fon livre tous les
plans defdits ouvrages , & la maniere de les deffiner
dans leur jufte grandeur. Le livre fera in-4°.´
& du prix de douze livres ; il compte donner une
premiere partie dans le courant du mois de Janvier
prochain , & l'autre au mois de Juillet . L'Auteur
a einployé tout ce que les lumieres ont pû lui
fournir pour l'intelligence de l'orfévrerie ; ceux
qui voudront foufcrire auront les deux parties
brochées en papier marbré , & des premieres
épreuves gravées avec beaucoup de goût & de
propreté, pour la fomme de vingt livres ; chacune
defdites parties fera fignée par l'Auteur . Il demeure
chés M. Roëttier Orfévre du Roi , Place du
Carouzel .
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr. Fillion avertit le public qu'il fabrique
toutes fortes de Chocolats , le vanillé a plufieurs
prix, à quatre francs, cent fols & fix francs la livre
&c. piftaches fines vanillées, & paftilles vanillées
Chocolat ambré ; Chocolat à la fleur d'orange &
du Chocolat fans fucre , à cent fols la livre ; Cho
lat de fanté à quarante fols , trois livres & quatre
francs la livre ; piftaches fines de fanté , & paf
tilles de fanté. Il va auffi le faire en ville quand
on lui fait l'honneur de le demander. Il demeure
à la Croix de Chevalier dans l'Abbaye
Saint Germain-des- Prez cour & rue Abbatiale ;
il y a un tableau à fa fenêtre , & une enfeigne
au coin de la rue au premier étage à la prémiere
allée en entrant par la cour , ledit Chocolat eft
marqué d'une Croix de Chevalier,
›
M. & Madame de la Corderie Harrington , appliqués
depuis plus de vingt - cinq ans aux moyens
de foulager les malades ont trouvé celui de
guérir la goûte & les rhumatismes par une pommade
on effence dont on frotte les parties attaquées
des malades fouffrant les douleurs les
plus vives ont été totalement guéris deux heures
après , & depuis n'en ont eu aucune attaque , fe
& continuent leurs traportent
parfaitement
vaux .
>
M. de la Corderie , Chevalier de Saint Lazare,
demeure à fon Château de la Brouffe , par Lamballe,
à Matignon en Bretagne.
PUBLIC
ASTOR , LENOY AND
TILDEN FOUNDATIONA
12
J
NOVEMBRE. 1747. 123:
MEDRATAÇA YO EAEDEDEDia Y
RECIT DE BASSE.
Dans le vin je croyois avoir noyé l'Amour
Et fier de ma victoire
Je paffois la nuit & le jour
A goûter à longs traits le doux plaifir de boire ,
Mais l'Amour eft vengé ; je perds ma liberté.
Un trait brûlant parti des beaux yeux de Silvie
Rallume fon flambeau ; mon coeur eft agité ,
Et l'Amour y reprend fon empire & la vie.
求求求求求求求送送送送送送洗洗
SPECTACLES.
L
E mercredi premier Novembre , jour
de la Fête de tous les Saints , le Concert
Spirituel du Château des Thuilleries
interrompu depuis Pâques , a recommencé
par l'exécution du Pleaume Lauda
Jerufalem , Motet à grand choeur de la
compofition de M. de la Lande , enfuite
on a chanté Diligam te , Domine , Motet à
grand choeur de M. Gilles , précédé d'an
Concerto de M. Blavet , & fuivi d'une
fonate à violon feul de M. Tartini , exécutée
par M. Petit.
Le Moter à grand choeur Jubilate Deo om-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nis terra a très-bien terminé ce Concert ;
c'eft un morceau eftimé , de M. Mondonville
.
L'Académie Royale de Mufique a remis.
pour la feptiéme fois fur fon Théatre le
mardi fept Novembre Atis Tragédie ; on
fçait que les paroles font de l'ingénieux
Quiñaut & la mufique du célébre Lulli .
Cet Opéra a été repréfenté la premiere
fois devant Louis XIV . à S. Germain-en-
Laye en 1676 & depuis en 1682 .
Il a paru fur le Théatre de Paris en
1679 , en 1690 , en 1709 , en 1725 & en
1738.
Il feroit très -inutile de donner l'extrait
d'un ouvrage connu , fçu & eftimé depuis
tant d'années .
Les Acteurs rendent parfaitement les
beautés du Poëme & de la muſique ; les
Ballets & les décorations concourent au
fuccès.
DIVERTISSEMENS de la Cour
à Fontainebleau.
Le lundi 16 Octobre le Concert de la
Reine exécuta le Prologue & l'acte de
Coronis du Ballet des Amours des Dieux.
Les paroles font de M. Fuzelier , un des
Auteurs du Mercure , & la mufique de feu
M. Mouret,
NOVEMBRE. 1747.
125
Le mardi 17 les Comédiens François
jouerent l'Homme à bonnesfortunes & le Florentin
, & le mercredi 18 ils jouerent Rodogune
& le François à Londres.
Le 21 les Comédiens Italiens repréſenterent
les Jumeaux , fuivis d'un Ballet &
d'un Feu d'artifice .
Le vingt-quatre il y eut Comédie Françoife
; l'inimitable Misantrope fut fuivi
du Procureur arbitre , & le jeudi 26 Alzire
Tragédie, fut fuivie d'Aphos.
Le lundi précédent le Concert de la
Reine exécuta l'acte de Neptune & Amimone
, & celui de Bacchus & Ariane du
Ballet des Amours des Dieux. Les rôles furent
chantés par Mlles la Lande , Mathieu,
Defchamps & Fel , & par Meffieurs Poirier
, la Garde & Godonefche .
Le famedi 28 les Comédiens Italiens
jouerent l'Epreuve & les Funerailles d'Arlequin
, avec les agrémens , & l'Amant Auteur
& Valet , dont la contredanfe de la
compofition de M. de Heffe , plût tellement
à la Cour , que ce morceau brillant
fut redemandé pout le Ballet de la repréfentation
fuivante.
1. Le lundi trente Octobre les Comédiens
François donnerent la Mere coquette & la
fauffe Suivante.
Le jeudi 2 Novembre les Comédiens
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
François repréſenterent Rhadamifte
Zenobie , de M. Crebillon , pere , & le
Rendez- vous.
Le famedi fuivant les Comédiens
Italiens donnerent les Rivaux & la joute
d'Arlequin & de Scapin , les Tableaux
fuivis d'un divertiffement , où la contredanfe
redemandée reçut de nouveaux applaudiffemens
, avec le Berceau feu d'arrifice.
Le lundi 6 le Concert exécuta les troihéme
& quatriéme actes d'Endimion , Paftorale
de M. de Fontenelle.
Le mardi 7 les Comédiens François
jouerent le Philofophe marié & la Pupille.
Le jeudi 9 ils donnerent Andromaque & le
Dedit.
Le mardi 14 ils donnerent le Méchant ,
de M. Greffet , & l'Etourderie , & terminerent
leurs Spectacles le jeudi 16 par Inés
& le Fat puni.
Les Comédiens Italiens avoient fini le
famedi
par
l'Arcadie enchantée.
Nous avons crû qu'on verroit avec plaifir
ici la pièce fuivante , c'eſt un divertiffement
héroïque dont la prife de Bergopfoom
eft le fujet . Il a été repréſenté pour
la
premiere fois au Théatre de Rouen le 30
Septembre 1747.
NOVEMBRE. 1747. 127.
Interlocuteurs du Dialogue.
La France.
La Renommée .
La Victoire.
La Renommée.
FRance , reconnoiffez une Déeffe amie ;
Qui chérit votre gloire , & par tout la publie :
Organe quelquefois de malheureux deftins ,
Mais prompte à célébrer vos triomphes certains.
La France.
Oui , j'éprouvai toujours cette faveur vifible ;
A mes biens , à mes maux , également ſenſible
Dans ces tems orageux , Déefle , apprenez- moi
Si je n'ai rien à craindre , & le fort de mon Roi.
La Renommée.
Louis n'eft plus pour vous une caufe d'allarmes ;
Le rapide bonheur fuit conftamment les armes s
Tout lui céde ; & le fil de fes jours glorieux ,
Si cher à fes Sujets , n'eft pas moins cher aux
Dieux.
Mais pourquoi retarder plus long-tems votre
joie ?
Ce Héros , qui vous aime , auprès de vous m'en
voye
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
O honte 6 défefpoir de fes fiers ennemis !
A Lowendal enfin Bergoplom eft ſoumis.
La France.
Quoi ! Déeffe , eft- il vrai ? Cette Ville terrible ,
Tant de fois attaquée & toujours invincible ,
Qui juroit de marquer au pied de fes remparts
Le tombeau malheureux de nos François épars
La Renommée.
Elle éprouve le fort de cent villes rebelles ;
De les murs foudroyés fortent des étincelles ,
Qui volant dans les airs avec le nom du Roi ,
Portent dans Amfterdam l'épouvante & l'effroi.
Lowendal , que ce fiége eft digne de ta gloire !
Avec quelstraits de feu puis -je en tracer l'Hiſtoire ?
Déja le fang François inondoit les fillons ;
Le trépas dévoroit leurs nombreux bataillons ;
Au-dedans , au- dehors , une valeur égale
Etoit aux affiégeans aux affiégés fatale ;
Baſtions relevés auffi - tôt que détruits ;
'Anglois toujours vaincus , & toujours 1eproduits ;
Le brave Lowendal qu'un long obftacle irrite ,
Prend des fiens avec lui la formidable élite ,
Vers les murs orgueilleux précipite ſes pas
Et vôle recevoir ou donner le trépas.
Ferai-je de l'affaut la peinture fidelle ?
NOVEMBRE
. 1747.
129
!
Des feux impétueux que la terre récéle ,
En briſant tout -à- coup leur obfcure priſon ,
Offrent aux yeux furpris les bords de l'Acheron
Lowendal les mé- Des gouffres font ouverts .
prife :
...
Pour braver leur fureur un Dieu le favorife
L'intrépide ſoldat monte , arrive au glacis ,
Théatre infortuné de carnage & de cris.
De morts & de mourans un horrible affemblage
Fournit à nos Héros un glorieux paffage ;
Chacun de meurtre avide , à vaincre préparé
Combat en furieux , meurt en défefperé.
fur la biêche fumante Hélas ! de toutes parts
La mort , la mort cruelle étend fa faux fanglante !
Mais bientôt l'ennemi tombe aux pieds du Vainqueur
,
S'enfuit , ou tend la tête au glaive deſtructeur
La valeur du François eft transformée en rage ;
Les rapides torrens font un moindre ravage ;
Tout au fer , à la flamine , au meurtre abandonné, '
Va fentit les fureurs du foldat effrené ;
Non ; l'heureufe clémence écarte la tempête ,
Et par
la voix du Chef crie aux François : Arrête
.
Et moi dans mes tranfports j'applaudis mille
fois
Au pardon généreux plus beau que les exploits
F.y
130 MERCURE DE FRANCE.
C
La France.
Ah ! que votre récit me pénétre , m'enflamme E
Le plaifir le plus pur ſe répand dans mon ame
Jour à jamais fameux , mémorables travaux !
On entend un bruit de guerre.
Qu'annonçent ces tambours ?
La Victoire.
C'est le bruit des Héros
Tout ici me chérit , & la France charmée ,
A me voir en ces lieux doit être accoûtumée ;
Aux champs de Fontenoy je couronnai Louis ;
A Raucoux , à Lauw ffelt , par tout je le fuivis.
Fidelle à célébrer de ton Roi les conquêtes ,
Pour de nouveaux fuccès , France , ordonne des
fêtes ,
Et fçache en ce beau jour mêler , par d'heureux
traits ,
A l'éloge du Roi l'éloge des Sujets.
Premiere entrée du Ballet.
Marche des Guerriers.
La France.
Yous , Peuples fortunés , qu'en mon ſein l'on vir
naître ,
Pour célébrer Louis hâtez-vous de paroître
NOVEMBRE . 1747. 13.1
porte au loin la guerre ; & vous par fes hauts
faits
Goûtez dans ces climats l'abondance & la paix.
Aux Guerriers , votre appui , rendez un juſte hommage
,
Par des jeux innocens délaffez leur courage.
Employez à l'envi vos talens féducteurs ,
Nymphes; ne craignez point d'amollir leurs grands
coeurs ;
Le François quitte tout quand Mars le redemande
;
Vainqueur de l'univers à lui- même il commande.
Aux airs du ton martial fuccéde une
de Bergers
& de Bergeres forme la feconde entrée du
Ballet.
fymphonic douce . Une troupe
La Volupté vient par des danfes , où elle
fe peint legére & paffionnée tour à tour ,
difpofer les cours des guerriers à recevoir
fes impreffions.
Couplets chantés par un Berger & une Bergere!
Tous deux
Venez joäir de votre gloire ,
Héros François ; quels plus beaux jours
Lorsqu'au chant des tendres amours
Se joint le cri de la victoires
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
La Bergere.
Cher Prince , que Bellonne arrête
Sur des rivages pleins d'horreurs ,
Crois-tu qu'il ne foit point ailleurs
Une aimable & douce conquête ?
Le Berger.
En fuivant la gloire cruelle ,
Quand tu courois mille dangers ,
Tout languiffoit dans nos vergers ,
Ma Cloris même étoit moins belle.
Tous deux.
Bornons le cours de nós allarmes +
Changeons en myrthes les lauriers ;
De Mars enchaînons les guerriers ;
Amour brife leurs armes. Amour ,
L'Amour entre. Il défarme les guerriers
& leur donne des chaînes de fleurs.
Ses nouveaux captifs lui témoignent leur
joie par une danfe qu'ils font entr'eux.
Le Berger à fa Bergère.
Dans nos champs , le feul Amour bleffe ;
Courons à fes combats chéris ;
Je te difputerai le prix ;
Il n'eſt donné qu'à la tendreſſe.
NOVEMBRE. 1747. 133
Tous deux.
Nous n'avons fur ces doux rivages
D'autre tourment que nos defirs ,
D'autre foin que de nos plaifirs
D'autre ennemi que les volages .
Un Ballet général termine le divertiſſement.
5602 304 3050257-502 503 506 506 5065050
L
- FRAN CE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 22 du mois dernier le Roi fit rendre
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
les Pains benits qui furent préfentés
par l'Abbé de Lafcaris , Aumônier
-de Sa Majefté en quartier.
M. Groff Miniftre Plénipotentiaire de
l'Imperatrice de Rufie eut le 24 une
audience particuliere du Roi dans le Cabinet
de Sa Majeſté , étant conduit par le
Chevalier de Sainctot Introducteur des
Ambaffadeurs .
Le même jour Monfeigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine arriverent à Fon-
-tainebleau de Versailles.
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a accordé au Comte d'Eftrées
Lieutenant Général de fes armées , le Gouvernement
du Pays d'Aulnis vacant par
la
mort du Comte de Matignon.
Sa Majefté a nommé Brigadier de fes
armées le Comte de Choifeul Beaupré
Colonel du Régiment d'Infanterie de Flandres.
Elle a accordé le Régiment d'Infanterie
de Tournaifis , dont feu M. de Caſteja
étoit Colonel , à M. de Curzay Capitaine
dans une Brigade du Régiment Royal des
Carabiniers ; celui d'Infanterie de Soiffonnois
qu'avoit le Marquis de Donges , à
M. de Luffan d'Efparbés Capitaine dans le
Régiment du Commiffaire Général de la
Cavalerie , & celui d'Infanterie qui va
quoit par la mort du Prince de Guife , au
Chevalier d'Efcars Capitaine dans le Régiment
de Santerre.
Les fregates du Roi la Mutine & la Galatée
, chacune de vingt - quatre canons ,
commandées par le Chevalier des Roches
& par le Chevalier de Tourville , revenant
de la riviere de Bordeaux après y
avoir efcorté un convoi , rencontrerent le
3 du mois dernier à la pointe des Baleines
de l'Ifle de Ré , un vaiffeau de guerre Anglois
de cinquante-fix canons & une fregate
de trente. Ces deux fregates ont fou
NOVEMBRE. 1747. 135
tenu leur attaque fi vigoureufement , que
nonobftant leur inferiorité elles ont forcé
le vaiffeau & la fregate Angloife à s'éloigner
, après un long combat dans lequel
les bâtimens ennemis ont été fort endommagés.
La Mutine & la Galatée ont auffi
beaucoup fouffert dans leurs mâtures , voiles
& agréz , furtout la premiere qui a été
pendant plus d'une heure fous le feu des
deux batteries du vaiffeau de cinquantefix
canons . Il y a eû deux Officiers bleffés
fur la Mutine , & plus de
quarante hommes
des équipages fur l'une & l'autre fregate
.
Les lettres de Génes du 14 annonçent
le retour du Corps de troupes Françoifes ,
qui avoit été envoyé en Corfe fous les
ordres du Comte de Choifeul Beaupré ,
pour obliger les rebelles de lever le fiége
de la Baftie : ces lettres ajoutent qu'on n'avoit
pas jugé à propos de continuer l'attaque
de San Fiorenzo.
Le 30 du mois dernier pendant la
Meffe du Roi l'Evêque de Sarlat prêta ferment
de fidélité entre les mains de Sa
Majefté.
Le 31 veille de la Fête de tous les Saints
le Roi accompagné de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdames de France , entendit dans la
136 MERCURE DE FRANCE.
Chapelle du Château les premieres Vêpres
qui furent chantées par la Mufique , &
auxquelles l'Evêque de Digne officia .
Le premier Novembre jour de la Fête
le Roi accompagné de même affifta à la
grande Meffe célébrée pontificalenrent par
le même Prélat. L'après -midi Sa Majesté
entendit le Sermon du Pere: Griffet de la
Compagnie de Jefus , & les Vêpres auxquelles
l'Evêque de Digne officia. Le Roi
entendit errfuite les Vêpres des Morts .
La Reine fit rendre le 29 du mois dernier
à l'Eglife de la Paroiffe les Pains
Bénits , qui furent préfentés par l'Abbé de
Fenelon Aumônier de Sa Majefté en Quartier
.
Le premier Novembre Monfeigneur le
Dauphin rendit le Pain bénit à la Paroiffe ,
& Madame la Dauphine le rendit le Dimanches
Novembre.
le
Le 28 le Comte de Chabo la Serre ,
Colonel commandant le Corps des Volontaires
Royaux , arriva à Fontainebleau
d'Italie . Il a été dépêché au Roi par
Maréchal Duc de Belle- Ifle , pour informer
Sa Majesté des avantages remportés
fur les troupes de la Reine de Hongrie &
fur celles du Roi de Sardaigne par l'armée
combinée de France & d'Espagne..
›
Les Drapeaux des garnifons du Fort de
NOVEMBRE.. 1747. 137
•
Lillo , du Fort Frederic -Henry & de celui
de Sainte Croix , ont été apportés au Roi
par M. de Beauchamps Commandant du
fecond bataillon du Régiment de Lowendalh
.
Le Comte de Chabo la Serre Colonel
Commandant le Corps des Volontaires
Royaux , le Chevalier de Montboiffier Colonel
d'unRégiment d'Infanterie , M. de
Bergeret commandant une Brigade de Milice
, M. de Piat Lieutenant Colonel da
Régiment d'Infanterie de Berry , & M. de
Sainte Afrique Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Rohan Rochefort ,
ont été faits Brigadiers des armées de Sa
Majefté.
La Reine partit de Fontainebleau le 7
de ce mois avec Mefdames de France , pour
retourner à Versailles où Sa Majesté arriva
le même jour.
Le 8 le Duc de Chartres prêta ferment
de fidélité entre les mains du Roi ,
en qualité de Gouverneur de la Province
de Dauphiné .
Sa Majefté a accordé au Prince de Turenne
la furvivance de la Charge de Grand
Chambellan de France..
Le Marquis d'Harcourt a été nommé
Capitaine d'une des quatre Compagnies
138 MERCURE DE FRANCE .
des Gardes du Corps , en furvivance du
Maréchal Duc d'Harcourt.
Le Roi a donné à M. de Machault
Contrôleur Général des Finances , l'agré--
ment de la Charge de Grand Tréforier de
fes Ordres.
Sa Majefté a difpofé d'une place de
Confeiller d'Etat en faveur de M. de
Courteille.
Le 16 de ce mois les Drapeaux &
Etendarts pris fur les ennemis pendant la
campagne derniere , & qui avoient été
déposés au Château des Thuilleries , furent
portés à l'Eglife Métropolitaine de cette
Ville , & reçus au bas de l'Autel par l'Archevêque
de Paris.
L'ouverture du Parlement fe fit le 13
avec les cérémonies accoûtumées par une
Meffe folemnelle que l'Evêque de Troyes
célebra pontificalement dans la Chapelle
de la Grande Salle du Palais , & à laquelle
M. de Maupeou , Premier Préfident , &
Jes Chambres affifterent.
NOVEMBRE. 1747. 139
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Rieux
LFAbbé de Catellan , Confeiller Clere
au Parlement de Toulouſe.
Sa Majefté a accordé l'Abbaye de S. Denis
de Rheims , Ordre de S. Auguftin , à
l'Abbé de Saint Exupery , Doyen de l'Eglife
Métropolitaine de Paris.
L'Abbaye de Boulencourt , Ordre de
Cîteaux , Diocèſe de Troyes , à l'Abbé
Regnauld , Vicaire Général de l'Archevêché
de Paris.
L'Abbaye de Celles , Ordre de Saint
Auguftin , Diocèfe de Poitiers , à l'Abbé
de Rouvre , Doyen de Saint Quiriace de
Provins.
L'Abbaye Réguliere de Gros- Bos , Or
dre de Citeaux , Diocèfe d'Angoulême ,
à Dom Huot , Religieux du même Ordre.
Les Lieutenans Généraux choifis par le
Roi pour fervir pendant l'hyver dans les
Pays Bas fous les ordres du Maréchal Comte
de Saxe , font le Marquis de Contades,
employé à Bruxelles ; le Marquis de Salfieres
, à Anvers ; le Marquis du Chayla
Gand, le Comte de Bulkley , à Bruges
440 MERCURE DE FRANCE.
le Marquis de Maubourg , à Hulft ; le
Comte de Lautrec , à Oftende ; le Marquis
de Ceberet , à Ypres ; le Comte d'Auṇay
à Dunkerque ; le Marquis de Brezé , à
Tournay ; le Marquis d'Armentieres , à
Ath ; le Comte d'Eftrées , à Mons ; M.
Phelippes , à Maubeuge ; le Comte de Danois
, à Valenciennes ; le Comte de Monteffon
, à Giver.
Les Maréchauxde Camp employés dans
ces mêmes Provinces font le Duc de Broglie
& M. de la Marche , à Bruxelles ; le
Chevalier de Courten , à Anvers ; le Comte
de Graville , à Malines ; le Comte de
S. Germain , à Louvain ; le Comte de Blet,
à Bergopfoom ; le Comte de Fitzjames , à
Dendermonde ; le Comte de Laigle , à Bruges
; le Marquis de Fimarcon , à Axel ; M.
de Lage , au Sas de Gand : M. Thomé , à
Nieuport ; M. d'Eftrées , à Furnes ; le Marquis
de Romecourt , à Ypres ; le Marquis
de Mezieres , à Calais ; le Comte de Treffan
, à Boulogne ; le Comte de Relingue ,
à Mons ; le Marquis de Bauffremont , à
Charleroy ; le Marquis du Châtelet , à Nivelle
, & le Marquis de Montbarrey , à
Namur.
Le Marquis de Creil , Lieutenant Géné
ral , elt employé à Thionville ; le Comte
de Segur , Lieutenant Général , à Metz ; le
NOVEMBRE . 1747. 14F
Marquis de Putanges, Lieutenant Général,
à Sarrelouis ; M. Darros , Maréchal de
Camp , à Longwy; le Comte de la Claviere
, Maréchal de Camp , à Sedan , & le
Marquis de Gramont , Maréchal de Camp,
à Mezieres .
par
*
M. de l'Eftanduere , Chef d'efcadre des
armées navales , eft arrivé à la rade de
Breft leg de ce mois avec les vaiffeaux le
Tonnant , qu'il monte , & l'Intrépide , commandé
le Comte de Vaudreuil , Capitaine
de vaiffeau . Il étoit parti le 18 du
mois dernier de la Rade de l'Ifle Daix
avec une efcadre compofée de ces deux
vaiffeaux , du Monarque , du Terrible , du
Trident , du Neptune , du Severn & du
Fougueux , & de la Frégate le Caftor , ayant
fous fon eſcorte une flotte de deux cent
cinquante- deux navires marchands .
Le 25 il le trouvoit à la distance de quatre-
vingt- huit lieues du Cap Finiftere qui
lui reftoit au Sud- Eft , lorfqu'il apperçût
dès la pointe du jour vingt vaiffeaux Anglois
, qui venoient à toutes voiles fur fa
Hotte. Jufqu'alors il avoit navigué , laiffant
les navires marchands au vent , & formant
avec fon efcadre une ligne fous le
vent. Pour tâcher de fauver la flotte , il la
fit paffer fous le vent , en lui faifant fignal
de forcer de voiles , & il ſe prépara à ſou142
MERCURE DE FRANCE.
que
tenir le combat contre l'efcadre ennemie.
Par cette manoeuvre les vaiffeaux de guerre
furent forcés de fe tenir éloignés le uns
des autres , afin de laiffer paffer entre eux ,
tous les navires marchands , & avant qu'il.
fût poffible aux premiers de fe rapprocher
affés pour ferrer la ligne , ils furent joints'
par les vaiffeaux ennemis . C'eſt ainfi
le combat s'engagea à midi . Les Anglois
attaquerent tout d'un coup les huit vaif
feaux , mais ils partagerent leurs forces de
façon qu'en combattant en nombre fupérieur
l'Intrépide , le Terrible & le Trident ,
qui formoient l'avant-garde , & le Tonnant
qui étoit au centre , ils environnerent les
quatre autres vaiffeaux qui faifoient l'arriere-
garde. Après avoir fait une défenſe
des plus vigoureufes pendant près de quatre
heures , ces quatre derniers vaiffeaux
qui ne pouvoient être fecourus par ceux de
l'avant-garde , fe trouverent entierement
defemparés , & étant accablés par le nom
bre , ils furent obligés de fe rendre , à peu
d'intervalle les uns des autres. Le Tonnant
étoit pour lors attaqué par cinq vaiffeaux
auxquels il réfiftoit par un feu continuel
des plus vifs de canon & de moufqueterie,
& comme il étoit prefque entierement defagréé
, & que les mâts n'avoient plus de
cordages pour le foutenir , il auroit peutNOVEMBRE.
1747. 143
;
être été dans la néceffité de ceder , fi l'Intrépide
ne fût venu à fon fecours . Mais le
Comte de Vaudreuil ayant vû l'état où il
étoit réduit , prit fur le champ le parti de
revirer de bord , fe fit jour au travers de
huit vaiffeaux ennemis qu'il écarta par la
vivacité de fon feu , & vint partager le
danger auquel étoit expofé M. de l'Eſtanduere.
Le feu du Tonnant & de l'Intrépide,
ainfi réunis , obligea les Anglois de s'éloigner.
Ces deux vaiffeaux profiterent de
cet intervalle pour faire vent arriere en
coupant la ligne des ennemis , ce qu'ils
exécuterent fans qu'aucun vailleau entreprît
de les combattre , & ce ne fut qu'enfuite
qu'il y en eut trois qui fe détacherent
pour les attaquer de nouveau , mais qui
furent bientôt repouffés. Cependant le
Terrible & le Trident , qui par le mauvais
état où ils fe trouvoient n'avoient pû fuivre
la manoeuvre de l'Intrépide , foutenoient
toujours le combat avec vigueur
contre la moitié des vaiffeaux ennemis. Le
Trident fut enfin forcé d'amener vers l'entrée
de la nuit , & il y a lieu de juger que
le Terrible n'aura pû réfifter guéres plus
long- tems. Le Tonnant & l'Intrépide vou
lurent à la faveur de l'obfcurité de la nuit
le racommoder & fe mettre en état de défenfe
pour le lendemain , mais le Tonnant
144 MERCURE DE FRANCE.
*
ce n'eft
étoit fi endommagé qu'il fut obligé de fe
mettre à la remorque de l'Intrépide. Ils
étoient le lendemain dans cet état lorfqu'ils
fe trouverent à portée de quatre vaiffeaux
ennemis qui ne les attaquerent point , &
que plufieurs jours après qu'ils ont
ont pû fe recommoder l'un & l'autre. Il y
a eu à bord de ces deux vaiffeaux trentequatre
hommes tués , parmi lefquels font
M. Barras , Garde du Pavillon fur le Tonnant,
& M.Bayette , Commandant des Gardes
de la Marine , fur l'Intrépide. Plufieurs
Officiers font bleffés , la plûpart fans danger
; le nombre des bleffés dans les équipages
eft confidérable . A l'égard de la flotte
à la fuite de laquelle M, de l'Eftanduere
a détaché la frégate le Caftor , elle ne paroiffoit
plus à la fin du combat , & il eft à
croire qu'elle fe fera fauvée.
On a appris que l'Abbé Valenti , neveu
du Cardinal Valenti Gonzaga , avoit préfenté
de la part du Pape au Grand- Maître
de l'Ordre de Malthe l'Epée & la Chapeau
que Sa Sainteté a coûtume de benir tous
les ans , & d'envoyer à l'un des Princes
qui rendent les plus grands fervices à la
Chrétienté .
RONNOVEMBRE.
1747. 145
*****
RONDE A U
A M. Raux , Emailleur , rue du Petit Lion.
Vous le fçavez ce fecret de peinture ,
Où près de vous tous ne font qu'apprentifs ;
Pour embellir la fine mignature ,
Vous y joignez le relief, la fculpture ;
Aucuns des Arts ne vous font interdits.
Sur vos effais fondant ma conjecture .
Je prévis bien votre vogue future ;
Tous vos fuccès , je vous les ai prédits :
Vous le fçavez.
Parmi les traits d'une gente figure
Faut-il femer l'enjouëment & les ris ;
En varier les habits , la parure ,
Marquer du drap les contours & les plis ;
Mettre d'accord l'art avec la nature ?
Vous le fçavez.
Raux le fils a inventé de jolis bijoux en
Email pour les étrennes. Il demeure ruč
du petit Lion S. Denis entre deux Marchands
de Perles , à l'enfeigne des Armes
du Dauphin,
Ġ
146 MERCURE DE FRANCE.
Le 8 Novembre le Roi a déclaré Maréchaux
de France le Comte de Laval Montmorency
, le Marquis de Clermont Tonnerre
, & le Comte de la Motte Houdancourt.
La promotion eft du 7 Septembre
Guy Claude- Rolland de Laval Montmo
rency, Seigneur de Valon, dit le Comte de
Laval Montmorency, fut fait Colonel d'un
nouveau Régiment d'Infanterie par commiffion
du 14 Janvier 1702 , puis Colonel
Lieutenant de celui de Bourbon le ... Mars
1705 , Brigadier d'armée le 29 Mars 1710 ,
Maréchal de Camp le 1 Février 1719 , Gouverneur
de Philippeville en .... Lieutenant
Général des armées du Roi le premier
Août 1734 , Commandant pour Sa Majefté
en Lorraine, Grand-Chambellan du Roi
de Pologne Staniflas , & Gouverneur de
Béthune , fait Maréchal de France le 7
Septembre 1747. Il eft fils de Gabriel de
Laval la Faigne , dit le Comte de Laval ,
mort le ... Mars 1723 , & de Damme Re- 1
née Barbe de la Forterie , fa premiere femme
; il eft marié depuis le 29 Juin 1722
avec Dame Marie-Elizabeth de Rouvroy
Saint Simon , fille d'Euftache Titus de
Rouvroy , Marquis de Saint Simon , Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment
des Gardes Françoifes , Brigadier d'armées
, & d'Elizabeth- Claire-Eugenie d'AuNOVEMBRE.
1747. 147
teville , duquel mariage il a entr'autres
enfans N ………. de Laval Montmorency ,
Comte de Laval , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Louife-Henriette
de Laval , mariée le ... Mars 1747
avec Bleckard - Maximilien - Auguftin de
Helmftat , Comte de Helmftat , Baron du
Saint Empire, Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Barbançon , & c. M. le Ma
réchal de Laval a pour feptiéme ayeul Guy
de Laval , Seigneur de Loué & de la Faigne
, fait Chevalier de l'Ordre du Croiſfant
le 16 Mars 1448 par René Roi de Sicile
, Duc d'Anjou , qui le fit auffi fon
Chambellan & fon Grand- Veneur dans
tous les Etats ; il'a pour douzième ayeul
Guy de Montmorency, Seigneur de Laval ,
en 1239 & 1247 du chef d'Emme Dame
de Laval , au Maine , fa mere , héritiere
de fa Maiſon , dont il prit le nom & qui a
été retenu par fa poftérité. Ce Guy , Seigneur
de Laval, avoit pour frere aîné Bouchard
, Seigneur de Montmorency , duquel
eft fortie toute l'illuftre Maifon de
Montmorency , & ils étoient tous deux fils
de Mathieu II . du nom , dit le Grand , Seigneur
de Montmorency , Connétable de
France en 1218 , lequel mit cette charge
au premier degré des honneurs militaires ;
il étoit petit-fils de Mathien I. du nom ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur de Montmorency , Connétable
de France en 1139 , lequel étoit neveu de
Thibaut de Montmorency , auffi Connétable
de France dès l'an 1083. Voyez l'Hiftoiregénéalogique
de cette illuftre Maiſon
par le célebre André du Chefne & l'Hiſtoite
des Grands Officiers de la Couronne . v.
3 , fol. 569 & 626.
Gafpard de Clermont Tonnerre , Marquis
de Vauvillers , Comte d'Efpinac & de
Thoury , dit le Marquis de Clermont Tonnerre
, eft né le 10 Août 1688. Il fervit
d'abord en qualité de Cornette de la Compagnie
du Marquis de Crufy , fon frere
aîné , Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
du Marquis du Chaftelet en 1703 ,
eut cette Compagnie à la mort de fon frere
en 1704 , fut fait Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie en 1709 , Commillaire
Général de la Cavalerie en 1716 ,
Commandeur de l'Ordre Militaire de Saint
Louis en 1720 , reçû Chevalier des Ordres
du Roi le 3 Juin 1724 , fut nommé Maréchal
de Camp en 1733 , eut le Gouver
nement de Montdauphin en 1734 , fut
fait Lieutenant Général des armées du
Roi le premier Août 1734 , Meftre de
Camp Général de la Cavalerie Légere de
France en 1736 , eut le Gouvernement de
Befort en 1739 , & déclaré Maréchal de
NOVEMBRE. 1747. 149
France le 7 Novembre 1747 ; il eft fils
de Charles-Henri de Clermont Tonnerre ,,
Marquis de Crufy & Baron de Vauvillers ,
mort le 19 Février 1689 , & de Dame Elizabeth
de Maffol ; il eft marié depuis le
1.1. Avril 1714 avec Dame Antoinette Potier
de Novion ,fille de Louis- Anne- Jules-
Nicolas Potier , Marquis de Novion , Bri-,
gadier des armées du Roi , & d'Antoinette
Le Conte , Dame de Montauglan , & il en
a 1 °. Jules-Charles- Henri de Clermont ,.
dit le Comte de Clermont Tonnerre , né
le 7 Avril 1720 , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de fon nom en
1740 , marié le 27 Juin 1741 avec Dame :
Marie-Anne- Julie le Tonnelier de Bre-→
teüil , fille de feu M. de Breteuil , Minif
te & Secretaire d'Etat de la Guerre. 2°.
Jean de Clermont , baptifé le 30 Aoûr
1724 , Abbé de Luxeuil en 1743. 3.François
- Jofeph de Clermont , né le 12 Janvier
1727 , Capitaine de Cavalerie. 4°..
Magdeleine- Louife - Jeanne de Clermont ,
mariée le 23 Avril 1743 avec François-
Louis -Antoine de Bourbon , Comte de
Buffet , & c.
Il eft petit- fils de Roger de Clermont ,
Marquis de Crufy, Lieutenant Général des
armées du Roi , & de Dame Gabrielle de.
Pernes , Dame d'Efpinac , lequel Marquis
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
de Crufy étoit frere puîné de François
Comte de Clermont & de Tonnerre , Chevalier
des Ordres du Roi en 1661 , bifayeul
de M. le Comte de Clermont & de
Tonnerre , aujourd'hui aîné de cette illuf
tre Maifon , lequel n'a que des filles.
M. le Maréchal de Clermont a pour
trifayeul Henri Comte de Clermont &
de Tonnerre , Gouverneur de Bourbonnois
& d'Auvergne , Capitaine de cinquante
hommes d'Armes des Ordonnances
du Roi , nommé Due & Pair de France par
Brevets des années 1571 & 1572 , tué au
fiége de la Rochelle en 1573 , & pour
neuviéme ayeul Aymard II du nom , Seigueur
de Clermont , lequel fit un Traité
le 20 Juin 1340 avec le Dauphin , lequel
en échange de quelques Terres lui céda le
Vicomté de Clermont en Trieves , le créa
Grand-Maître d'Hôtel ou Sénéchal de fa.
Maifon & de celle de la Dauphine , le fit
la feconde perfonne de fes Etats & le décla-'
ra Capitaine Général de fes armées , & c .
Voyez la Généalogie de cette Maifon dans
P'Hiftoire des Grands Officiers de la Cou
ronne , vol. 8. fol. 907.
M. le Comte de la Mothe Houdancourt.
Louis- Charles Comte de la Mothe Houdancourt
, Baron de Chaumont en Cham
pagne , Seigneur de Fayel , Rucourt, Che
7
માર્ગ
0
"
།
1
NOVEMBRE . 1747. 151
> vrieres Houdancourt , Petit Hangeft ,
Lignieres le Roy & autres lieux , Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , Lieutenant
Général des armées du Roi , Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur des Villé
& Forts de Salins en Franche Comté, Chevalier
d'honneur de la Reine , eft né le 21
Décembre 1687. Il a commencé à fervir
le Roi dès l'âge de 15 ans en qualité de
Moufquetaire;il fut fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie, vacant par la démiſſion
de M. de Beuzeville le 13 Juillet 1705 ,
& eut la même année la permiffion de lever
un Régiment de Cavalerie , dont il
fut fait Meftre de Camp par commiflion
du 19 Novembre ; il fut nommé Brigadier
de Cavalerie le premier Février 1719,
& Sa Majefté lui donna le 6 Novembre
1723 le Régiment d'Aumont , Cavalerie
, avec lequel il a fervi jufqu'en 1734
Il obtint le premier Avril 1728 le Gouvernement
des Ville & Citadele de Mezieres
, fut fait Maréchal de Camp le 20
Février 1734 , & Lieutenant Général des
armées du Roi le 18 Octobre de la inêine'
année . Sa Majefté lui accorda le 6 Septembre
1758 le Gouvernement de la Ville de
Salins en Franche Comté & Forts en dépendans;
il fut pourvû de la charge de
Chevalier d'honneur de la Reine le 9 Jan-
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
vier 1743 , & nommé Chevalier des Or
dres du Roi le 4 Février de cette même
année ; il eſt marié depuis le 30 Juin 1714
avec Dame Euftelle-Therefe de la Roche
Courbon , dont il a eu , 1 °. Louis-Geneviéve
Marquis de la Mothe Houdancourt,
né le 4 Décembre 1724 & mort le premier
Décembre 1736. 2 ° . Louiſe -Marie
& Elizabeth, de la Mothe Houdancourt ,
mortes en bas âge ..
f
Mars .
3. Jeanne- Gabrielle de la Mothe Houdancourt
, laquelle a épousé le 14
1745 Charles -Elizabeth de Froulay, Comte
de Montflaux , dit le Comte de Froulay
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Maréchal des camps & armées
du Roi , Lieutenant pour Sa Majesté
dans la Province du Maine & Comté de
Laval , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mort à Tongres le 11 Juillet 1747
des bleffures qu'il avoit reçues le 2. du même
mois à la bataille de Lawffelt dans la
25 année de fon âge.
M. le Maréchal de la Mothe Houdancourt
eft fils de Charles Comte de la Mothe
Houdancourt , Grand d'Espagne de la
premiere Claffe , Lieutenant Général des
armées du Roi & Gouverneur de Bergues
Saint Vinox , mort le 24 Mars 1728 , &
de Dame Elizabeth de la Vergne de Mon
NOVEMBRE. 1747.
153'
•
tenard de Treffan , morte le 6 Décembre
1741 , veuve de Jean- Paul de Gourdon
de Genouillac , Comte de Vaillac , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Gé
néral de fes armées & Chevalier d'honneur
de Son Alteffe Royale Madame , &
petit-fils d'Antoine Marquis de la Mothe
Houdancourt , auffi Lieutenant Général
des armées du Roi , Gouverneur des Vil--
les de Corbie , Marfal & Dieuze en Lor
raine , & de Dame Catherine de Beaujeu ,
d'une des plus anciennes & des plus nobles:
Maifons du Comté de Bourgogne;ledit An →
toine Marquis de la Mothe Houdancourt ™
étoit frere aîné de Philippe de la Mothe
Houdancourt , Maréchal de France , Ducs
de Cardonne & Vice- Roi de Catalogne ,
pere d'Eléonore- Charlotte de la Mothes
Houdancourt , Ducheffe de Vantadour
Gouvernante , après la Maréchale de la
Mothe fa mere , de la Perfonne du Roi &
des Enfans de France , & foeur de Meſda→
mes les Ducheffes d'Aumont & de la Ferté,,
La Maifon de la Mothe Houdancourt eft
une des plus nobles & des plus illuftres de
la Province de Picardie , & a donné danss
tous les tems des preuves fignalées dè for
zéle & de fa fidélité au fervice de noss
Rois .
?
Elle porte pour Armes au 1 & 4 d'azner
GA
154 MERCURE DE FRANCE.
à la tour crenelée d'argent maçonnée de
fable , au 2 & 3 d'argent au Levrier courant
de gueules accolé d'azur , la boucle
d'or , accompagnée de trois tourteaux de
gueules , deux en chef & un en pointe , le
chef chargé d'un lambel de trois pendans
auffi de gueules .
Voyez la Généalogie de cette Maiſon
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , vol. 1. fol. 5 30.
Le Roi vient d'accorder des Lettres Patentes
portant reconnoiffance de la nobleffe
de nom & d'armes de M. Wale ,
ancien Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoifes , Gouverneur des Ville & Château
de Ham , dont voici la teneur .
LOUTS, parlagrace de Dieu, Roi de France
& de Navarre , à nos amés & féaux Confeilfers
les Gens tenans nos Cour de Parlement , Cham
bre des Comptes & Cour des Aides à Paris , & à
tous autres nos Officiers & Jufticiers qu'il appar-,
tiendra, falut . Notre cher & bien amé Balthazar
François Wale , Seigneur de Mefnulz & autres
lieux au Diocèle de Chartres , ancien Lieutenant
su Régiment de nos Gardes Françoifes , Gouver
meur de nos ville & Citadelle de Ham en notre
province de Picardie , &c. nous a fait repréſenter
qu'il eft fils du feu fieur Olivier Wale- de Ballymaxilly
, Capitaine d'Infanterie Irlandoife au Regiment
de Berwick , lequel étoit d'une naiffance
diftinguée en Angleterre & en Irlande , mais done
NOVEMBRE. 1747- 355
le nom pourrait n'être pas auffi connu en France
qu'il l'eft dans les lieux de fon origine , & que fe
propofant de finir les jours dans notre Royaume
où il a l'avantage d'être né , il défireroit que fon
état y fût affûré par un titre auffi authentique &
auffi folemnel que ceux qu'il produir pour conftater
fon origine & defquels il réfulte que la Maifer
dont il eft iffus doit être, comptée au nombre des
meilleures Maiſons qu'il y ait dans les trois Royau
mes de la domination Britannique , qu'en effet fes
auteurs font connus en Angleterre dès le tems de
Guillaume le Conquérant & y tenoient rang parmi
la haute Nobleffe du Royaume ; qu'au milieu du
douziéme fiécle la famille s'étant divifée en deux
branches principales , l'une refta en Angleterre ou
elle a ſubfifté juſques dans ces derniers tems & a
eu un Chevalier de la Jarretiere lors de l'inftitution
de cet Ordre en 1349; que la feconde dont eft
l'Expofant , s'établit en Irlande en 1170 ou 117F
lorfque les Anglois entreprirent de fubjuguer cette
Ifle , & n'a ceflé d'y paroître dans tous les tems
avec la même diftinction , foit dans les emplois civils
ou militaires, foit dans l'état Ecclefiafique, que
Guillaume Wale I. du nom feizieme ayeul de
Expofant fut Pauteur de cette tranfmigration ;
qu'il paffa en Irlande avec le fameux Comte de
Pembrocae Richard furnommé Strongbow , étant
déja Chevalier armé & par conféquent élevé au
plus haut grade qu'il y eût alors dans la profeffion
militaire ; que pour la part qu'il eut à la ré→›
duction de l'Ifle , il y obtint plufieurs terres con
fidérables avec la charge de Maréchal de la plus
grande partie du pays conquis , charge alors unique
& dans laquelle il eut pour fucceffeur for fils
Jean Wale I. du nom ; que le même Jean Wale
qui fut la tige de quatre nouvelles branches , &
après lui quatre de fes defcendans directs dans la
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
i
ligne aînée furent auth fucceflivement honorés du í
grade de Chevalier , tandis que les aînés de la
Maiſon en Angleterre jouiffant des droits que don
noit alors la naiffance , entroient dans les Parlemens
& poffedoient en cette qualité le titre de
Lords ou de Pairs du Royaume ; que le dernier deces
quatre defcendans de Jean Wale I. du nom :
fervit même de plus très-utilement fa patrie dans ,
L'Echiquier d'Irlande l'une des principales Cours
de ce Royaume & où fe portent toutes les affaires
concernant les finances ; que deux autres furent
encore fucceffivement Vicomtes du Comté de
Carlow pour les Rois d'Angleterre Edouard III
& Richard II . en 1359 , 1375 & 1378 comme un
Humfroi de Bohun , Comte d'Effex & de Hereford
l'étoit du Comté de Kent en Angleterre pour
le Roi Henri III . en 1220 , & comme un collaté-,
ral de la Maifon nommé Simon Wale le fut dus
même Comté de Carlow en 1389 ; que l'Irlande
avoit déja vû alors trois Prélats de la famille fur les
féges de. Kildare , d'Ardefert , de Limerick & de :
Meath ; que le troifiéme nommé Etienne Wale :
poffeda même tout à la fois la charge de Grand-
Tréforier du Royaume, qui eft la feconde charge
de la Couronne , & fut en 1736 Gouverneur Gé
néral de la Province de Munfter ou de Mommo-.
nie ; qu'ily en eur encore deux en 1475 & 1554
fur les fiéges de Kildare & de Clonmacnoife
comme il y avoit en 1545 un collatéral de la branche
d'Angleterre qui y étoit Grand- Administrateur :
de l'Hôpital de Saint -Jean de Coventry ; que
sharge de Vicomte ayant été remplacée par celle
de Haut- Shérif en Angleterre & en Irlande , le
trifayeul de Pexpofant y fut élevé en 1640 ;
qu'Edouard Wale fon bilayeul en avoir été ainfi re
veru dès 1631 & fut en 1646 non-feulement dépo
kaire d'un fubade levé pour l'entretien des trou
la.
NOVEMBRE. 157
⠀ 1747
pes catholiques armées pour la défenfe de leur Res .
ligion & de leur Roi , mais Gouverneur militaire!
Général de la province de Leinster ou de Lagenie
1649,immédiatement après le parricide commis en
en la perfonne de Charles I ; que la branche dont :
ils étoient fortis , étoit alors fubdivifée en trois rameaux
, qui pofledoient le fond de plus de deux
cent mille livres de rente ; que dépouillée fous›
Cromwel & rétablie fous Charles II , elle ne jouit
de fa fplendeur que jufqu'à la derniere révolution ; :
que les aînés comme les cadets s'étant tous figna
lés à l'envi par leur attachement pour leur Prince ,
la ruine entiere de leur Maiſon en Irlande fut let
prix de cette fidélité ; que ce fut_cet événementi
qui détermina Olivier Wale à paffer d'Irlande en
France avec deux freres qu'il avoit & qui dès le
commencement de la guerre y avoient été faits >
avec lui Capitaines de Dragons , comme un de
leurs coufins nommé Patrice Wale avoit été fait
Gouverneur militaire du Comté de Carlow
qu'attachés à leur Roi par les liens de la Religion
& du devoir , le pays où ce Prince avoit fixé fa retraite
devint leur patrie & qu'ils y furent tous trois
tués au fervice , fçavoir l'un en 1702 à l'affaire de ›
Crémone , où les Irlandois firent les mêmes prodi
ges de valeur qu'ils ont fait en 1745 à Fontenoy ,
le fecond au fiége de Barcelone en 1706 & le troifiéme
au fiége de Lérida en 1707 ; que le nom de
Wale avoit même déja parû en France avant cette
époque & avec une grande diftinction ; que les premieres
troupes krlandoifes qu'on y aitvûës furent un
Régiment de trois mille hommes qu'avoient armé
àleurs propres frais & amené en 1632 quatre freres
d'une branche cadette fortie de Jean Wale I du
nom ; qu'ils furent également tués tous quatre dans
les armées du feu Roi notre très honoré Seigneur
& Bifayeul, étant l'un Colonel, Maréchal de Camp?
1
158 MERCURE DE FRANCE.
2b
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e des
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Som
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ace
Барстел
acell
, de
taet
& Général Major , le fecond Colonel & auffi Général
Major , & les deux autres Colonels ; qu'après
eux leur Régiment eur pour Chefle Roi Jacques IF
alors Duc d'Yorck , & qu'en 1656 le feu Roi s'en
réferva lui- même le commandement en le mettant -
fous le nom de Régiment Royal d'Infanterie Irlandoife
; que trois coufins de l'expofant , petits-fils
de Patrice Wale , Gouverneur militaire du Comté
de Carlow pour Jacques II , marchent encore aujourd'hui
fur les mêmes traces ; que l'aîné nommé
Patrice Wale comme fon ayeul , ayant quitté l'Irlande
au mois de Janvier de l'année derniere pour
fe rendre en Ecoffe auprès du Prince Charles-
Edouard, qui le fit Capitaine dans le Régiment de
fes Gardes à pied, vint en France après la bataille
de Culloden , & y eft entré à notre ſervice , ainfi
que fes deux cadets venus depuis , qu'un autre nom
rné Jean Wale qui a paffé en Espagne & y a été
fait Colonel d'un Régiment de Dragons François
Maréchal de Camp , Infpecteur Général de Dragons
& Commandeur de l'Ordre de S. Jacques de
Calatrava , a été & eft encore employé utilement
en Provence pour le fervice des deux Couronnes ;
qu'enfin cette Maiſon a l'avantage de ne compter
que des alliances du premier ordre en France com
me en Angleterre & en Irlande ; que depuis la fei
ziéme ayeule paternelle de l'expofant on trouve
me fuite de meres forties des Maifons de Bohun ,
de Talbot , de Fitz- Gérald Kildare , des Courcy-
Kingfale , de Bermingham-Athenry , d'O-Neil, de
Bourke , de Plunket Dunfany , de Lacy , de Sars
feld-Lutan, de Barnwall , & c. Maifons dont quelques-
unes comme celles de Bohus , de Talbot , de
Lacy & de Bourke ont poffedé en fouveraineté des
provinces entieres en Angleterre & en Irlande, ou
ont contracté des alliances immédiates avec leurs
Rois comme avec ceux d'Ecoffe & les Princes Lou
ran
,il
def
tdans
ToesE
dela
cemi
Consac
NOVEMBRE. 1747. 159
verains de Galles ; qu'une autre qui eft celle d'O
Neil, a eu en propre le Royaume d'Ultonie en Ir-
Lande & a porté la couronne de toute l'Ifle qu'elle
a même prétendue lui être héréditaire ; que les autres
ont été prefque toutes décorées de la Pairie
dans l'un ou dans l'autre Royaume ; que le collatéral
de la branche d'Angleterre qui fut Chevalier de
la Jarretiere en 1349 , étoit fils d'une Lucie de Pinxeny
, dont le pere étoit en ligne maternelle du
nombre des héritiers de la couronne d'Ecoffe ; que
d'autres collatéraux ont contracté des alliances en
Angleterre ou en France avec les Maifons de Seymour-
Sommerfet , d'Ogletorp , de Cooke , de Lito!
fi -Suzarre , de Sérocourt-Romain , & c. que le
pere de l'expofant avoit été lui- même marié en
Provence dans la Maifon de Réquifton l'une des
plus anciennes de la province & directement alliées
à celles de Graffe , de Villeneuve , de Caftelanne
, de Blacas , d'Agoût & de Sabran ; que l'expofant
a encore une four mariée dans la Maifon
de Guiran ; que pour ce qui le regarde perfonnellement,
il a toujours foutenu comme il le devoit le
luftre de fon origine ; que Sous Lieutenant au Ré
giment de Berwick prefque en naiffant & élevé
Page de feue notre chere tante la Ducheffe de
Berry , il fut fait au mois de Juillet 1719 Lieute
nant dans le Régiment de la Vieille - Marine , avec
lequel il acheva la campagne de Catalogne; qu'en
1720 il eut une Enfeigne dans le Régiment des
Gardes Françoiſes , & qu'y ayant été fait fucceffivement
Sous- Lieutenant en 1723 & Lieutenant en
1731 , il a fervi en cette derniere qualité juſqu'à la
fin de la campagne de Philifbourg , tems auquel fa
mauvaiſe fanté le mit dans la néceffité de donner
la démiffion de fon emploi ; après quoi nous fui
avons accordé le Gouvernement de nos ville & château
de Ham. Yû en ñotre Confeil d'Etat la Re160
MERCURE DE FRANCE..
quête de l'expofant & les Piéces juftificatives d'i
celle , nous avons par Arrêt de notredit Confeil du
12 de ce mois ftatué fur les fins & conclufions de
de ladite Requéte inferée audit Arrêt , & ordonné
que pour l'exécution d'icelui , toutes Lettres né
ceffaires feroient expédiées , lefquelles ledit fieur
expofant nous a très- humblement fait ſupplier de
fui accorder. A ces caufes , de l'avis de notre Confeil
qui a vu led .Arrêt du12dece mois dont extrait
eft cy-attaché fous le contrefcel de notre Chane
cellerie , nous avons conformément à icelui reconnu
, & par.ces préfentes fignées de notre main
reconnoiffons ledit fieur Balthazar - François Wale
pour noble de nom & d'armes , & le maintenons.
dans la poffeffion de fa noblefle d'ancienne extraction.
Voulons & ordonnons qu'il foit regardé com
me tel tant en jugement que dehors , & qu'en conféquence
il jouiffe par lui , fa poftérité née & à
naître en légitime mariage des mêmes honneurs
priviléges , prééminences , prérogatives , franchifes
& exemptions dont jouiflent les Nobles & Gentilshommes
de notre Royaume , tant qu'ils vivront
noblement & ne feront acte dérogeant à nobleffe ,
qu'à cet effet il fera infcrit au Catalogue des Nobles,
conformément aux Reglemens & Arrêts des
22 Mats 1666 & 26 Février 1697. Si vous mandons
que ces préfentes vous ayez à faire registrer ,
& de leur contenu jouir & ufer ledit fieur expopofant
& fa poftérité pleinement & paisiblement ,
ceflant & failant ceffer tous troubles & empêche
mens , & nonobftant toutes chofes à ce contraires
Cartel eft notre plaifir. Donné à Verſailles le 12
Mai l'an de grace 1747 & de notre Regne le 32.
Signé LOUIS. Par le Roi , PHELYPEAUX. Et
fcelle du grand Sceau en cire jaune.
)
ཀྱི་
ь
Registrées , oui le Procureur Général du Roi , pour
josir par l Impetrant , fes enfans , postérité & defcenNOVEMBRE
. 1747. 16A
dans nés & anaitre en légitime mariage , de leur effet
contenu, étre exécutées felon leur forme & teneur
fuivant l'Arrêt de ce jour. A Paris en Parle
lement le 6 Juillet 1747. Signé ISABEAU.
Regiftrées en la Chambre des Comptes , &c.
Registrées enla Cour des Aides, &c.
..
LETTRE écrite par M. Deshayes Direc
teur de la Manufacture Royale des mouchoirs
à Saumur à Meffieurs de M..
Chirurgiens d'Angers , au fujet de la me
thode de traiter les maladies de l'uréthre
par M. Daran Chirurgien ordinaire du
Roi , fervant par quartier. De Paris le
15 Octobre 1747.
J'ai
' Ai eu l'honneur , Meffieurs , de vous écrire
une lettre du 10 Juillet dernier par laquelle je
vous faifois parr de ina guérifon , mais j'ai voulu
attendre qu'elle fat parfaite pour vous en raconter
mieux les merveilles. La part que vous avez pris
àmon trifte état , me fait efperer que vous vou
drez bien me permettre de l'expofer encore à vos
yeux , & que vous apprendrez avec plaifir que de
mes maux paffés il ne m'en refte que le fouvenir ,
jouiffant à tous égards de la fanté la plus parfaite ,
c'cft ce que je ne fçaurois me laffer d'admirer
quand je confidére les accidens de ma maladie.
Vous fçavez que l'année derniere au tems dè
Noël , je fus attaqué d'une difficulté d'uriner caus
fée par un embarras qui m'incommodoit depuis
deux ou trois ans , mais qui jufques- là avoit été
fupportable , lorfque le moment vint que vou
lant uriner & ne le pouvant point , je fis des ef
forts fi grands , qu'ils me cauferent un gonflement.
confidérable à la racine du fcrotum où étoit l'obſ
162 MERCURE DE FRANCE.
tacle. Les efforts firent épancher de l'urine dans
cette groffeur ou gonflement , auquel il ſe fit une
ouverture qui dans la fuite eft devenue fiftule.
Ne fçachant dans tous ces malheurs à qui m'adreffer
, votre réputation , & le bien que le Frere
Côme Chirurgien des Feuillans de Paris , notre
ami , m'avoit dit de vous , m'engagerenr à vous
prier de venir me fecourir . Vous eûtes la bonté
de le faire avec tout le zéle & l'intelligence poffible
, & je dois vous rendre cette juftice , que votre
génie inventif vous fit épuifer en ma faveur toutes
les reffources ordinaires de l'art. Mais malgré
tous les fois que vous me rendîtes pendant un
mois , il fallut laiffer ſubſiſter la fiftule & l'embarras
du canal , avec une groffeur & une dureté
dans tout le trajet du fcrotum ; ce mal affreux ne
cédant à rien ; voyant que vous étiez rebuté &
que mon mal empiroit , puifque j'étois obligé
d'uriner jufqu'à foixante fois par nuit goute à
goute & avec des douleurs inconcevables, l'urine
paffant par la fiftule , je vous propofai d'avoir une
Confultation de Paris & vous y confentîtes avec
plaifir. Nous confultâmes le célèbre M. Morand ,
qui après avoir bien examiné votre expofé ne
donna d'autres confeils que d'avoir recours à M.
Daran , dont les miracles en ce genre faifoient
beaucoup de bruit. L'impoffibilité de me tenir ni
affis ni levé m'ôta tout d'un coup l'espoir de
cette reflource , furtout étant queſtion de me
tranfporter à foixante lieuës , & n'étant pas affés
riche pour ofer propofer à M. Daran un voyage
que la grande foule des malades qu'il a à Paris
n'auroit pû lui permettre. Alors je me déterminat
d'écrire tout cela de concert avec vous à notre ami
le Frere Côme , qui me fit réponſe qu'il étoit de
même avis que M. Morand , & qu'il ne falloit pas
m'allarmer fur les difficultés da transport. Dès ca
NOVEMBRE. 1747. 163
moment je réfolus le voyage & je l'ai exécuté au
mois de Mai fuivant. Je me fis apporter fur un lie
par la riviere de Loire jufqu'à Orleans , & d'Or
Teans à Paris , il fallut conftruire de même un lit
fur les brancats d'une litiere , m'ayant même été
impoffible de faire ufage de cette voiture , j'arrivai
à Paris avec des peines qu'on ne peut exprimer.
J'envoyai prier le Frere Côme de me faire une vifire
, ce qu'il fit avec plaifir , il me confola de fon
mieux en ranimant mes efperances. Nous fimes
prier M. Daran de me venir voir ; dès qu'il fut ar
rivé, il me fonda avec fa bougie ou fonde, comme
l'appelle ce Chirurgien , laquelle s'arrêta avant
la fiftule qui étoit à la racine du ſcrotum. Mon
état étoit alors bien plus déplorable que celui dans
lequel vous m'aviez vû , car outre la fiſtule & la
dureté que vous me connoiffiez , il s'étoit formé
autour de la tumeur deux abfcès & deux autres
fiftules , dont l'une fe terminoit en cul de poule
au bas du fcrotum. M. Daran après fon examen
m'affûra décifivement qu'il ne guéritoit , mais
qu'il falloit prendre un logement chés lui , afin
qu'il put me voir auffi fouvent qu'il le jugeroit
néceffaire. Il commença à me traiter le 10 Juin
en m'introduifant une bougie qui n'entroit d'a
bord que de trois doigts , & qui chaque jour avançoit
un peu plus . Au bout de quatre jours j'ai
uriné avec plus de facilité. Le cinquiéme on
m'ouvrit la tumeur en cul de poule , ce qui me foulagea
beaucoup. On appliqua enfuite un cataplafme
maturatif fur la tumeur fkirreufe , elle
fut ouverte & rendit un verre plein de pus , ce
qui me procura un calme dont je n'avois pas joui
depuis plus de trois mois. M. Daran fit lui- même
ces deux opérations avec une dexterité admirable
. Il continua en même tems l'ufage de fes
fondes , dont je fupportois fans aucune douleur
164 MERCURE DE FRANCE.
"
l'introduction & le féjour , elles procurerent une
fuppuration extrêmement abondante , & au quinziéme
jour elles pénétrerent jufques dans la veffie
; peu à peu les fiftules fe guérirent , un refte de
dureté qui étoit dans le canal fe fondit , & les
urines coulerent très-librement , enforte qu'au
bout d'un mois je me promenois au Palais Royal ,
& depuis ce tems j'ai vaqué à mes affaires.
护
&
Il faut vous dire que M.Daran avant que de trail
ter fes malades, leur fait faire un expofé de leur mas
ladie & de tous les remédes qu'ils ont faits , il fait
enfuite conftater ce même état par la vifite d'un
habile Médecin & d'un fameux Chirurgien , qui
revifitent le même malade quand il eft guéri &
conftatent la guérifon . Ce fut le célébre M. de
Juffieu Profeffeur de Botanique au Jardin Royal ,
& M. Jallet habile Chirurgien de Paris qui me
vifiterent , & qui ont donné leurs certificats de
ma parfaite guérifon au bout de trois mois , mais
dont je goûtois les avantages depuis deux . Plu
fieurs autres Médecins & Chirurgiens en ont été
témoins & peuvent l'attefter de même. Le Frere
Côme a affifté exactement aux- panfemens ,
me dit que de pareilles guérifons étoient inconnues
avant M. Daran , cependant quoique je
fufle bien mal , j'ai eu la fatisfaction de lui en voir
guérir des plus malades que moi , & furtout un
qui avoit cinq fiftules au perinée à la racine du
Lcrotum & à qui les bougies ne pouvoient
entrer que deux travers de doigt. Je me propofe
de rendre cette lettre publique afin que les malheureux
comme moi , & à qui le nom ni la répu
tation de M. Daran ne feroient pas encore parvenus
, fçachent qu'il y a un homme dans le
monde qui les peut tirer de ce trifte état , dans
lequel la mort eft préférable à une vie fi douloureufe
& horrible qu'on ne peut fe fupporter fois
•
NOVEMBRE. 1747- IGS
même ni les autres. Je puis dire avoir éprouvé
l'un & l'autre quelle reconnoiffance ne dois- je
pas à mon liberateur ?
:
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite eſtime &
E Sieur le Bas Graveur du Cabinet du Roi , &
Lefeu Académie Royale de Peinture , Sculpture
& Gravure , continue toujours d'exciter &
de fatisfaire la curiofité des connoiffeurs par de
nouveaux ouvrages qui ne fçauroient manquer de
lui attirer de nouvelles louanges. Il a mis depuis
quelque tems au jour neuf eſtampes .
•
La premiere n° . 44. large d'environ un pied ,
onze pouces , quatre lignes , fur un pied fix pouces
& demi de hauteur , eft d'après le précieux
tableau de Teniers du Cabinet de Sa Majefté , où
ce Peintre a repréſenté les Oeuvres de miféricorde.
Le ciel de ce tableau eft fort clair , & les nuas
ges en font excellemment touchés . Sur le devant
eft un groupe compofé de beaucoup de figures ,
formant ce que les habiles ont appellé la grape de
raifin , & qui eft dans le goût qui a été fuivi par
les Peintres de la premiere claffe , tels que le
Titien , le Guide & autres , qui ont cherché à offrir
à la vue un tout agréable , tant par fon union
que par fon intelligence .
On voit fur la premiere ligne une jolie nourrice
tenant un poupon fur fes genoux ; un page lui
verfe du vin dans un gobelet , après en avoir verfé
à un enfant qui eft près d'elle , & qui en buvant
fait voirune grande impatience d'étancher fa foif
Derriere ces figures eft une table fur laquelle font
plufieurs pains , qu'un vieillard vénérable & dif166
MERCURE DE FRANCE.
tingué par ſes vêtémens , diſtribue à une foule de
pauvres de l'un & de l'autre féxe & de tout âge ,
parmi lesquels fe trouve un homme chargé d'an
nées , dont la tête fur tout eft admirable.
Sur le même plan & à la droite de celui qui regarde
cette eftampe , eft une vieille Dame refpectable
qui fecondée d'une perfonne , fous les traits
de laquelle Teniers s'eft repréfenté , fournit des
habillemens à un homme dont le corps eft à demi
nud , & à d'autres infortunes.
Sur le fecond plan paroît à la gauche du fpectateur
un perfonnage plein d'hofpitalité , & qui
convie deux pélerins à venir fe rafraîchir & fe délaffer
dans fa maifon..
'Plus loin on apperçoit un Seigneur au pied
d'une tour antique , lequel délivre des prifonniers.
A côté de cette même tour , de grandes fenêtres
ouvertes permettent de voir dans fon lit un malade
affifté par un homme charitable , & un Médecin
qui confidére ſon urine .
Vers l'horifon du tableau , terminé par une
Eglife champêtre & environnée de plufieurs arbres
groupés , des Religieux & quelques autres perfonnes
, donnent à un mort les honneurs de la fé.
pulture .
Ce tableau eft d'un fini & d'une beauté qui font
juger que le Peintre a voulu s'y furpaffer , & qu'il
fembloit prévoir que cet ouvrage feroit quelque
jour un des ornemens du Cabinet d'un des plus
grands Monarques de la terre .
Quoiqu'il y ait plus de cent vingt ans qu'il a été
peint , il a la même fraîcheur & le même éclat
qu'il avoit lorfqu'il fortit de deffus le chevalet.
Les curieux feront d'autant plus fatisfaits de l'excellente
eftampe qu'en a gravée le Sieur le Bas ,
que par une glorieufe émulation il s'eft efforce de
rendre l'effet de fon burin égal à celui du pinceau
NOVEMBRE. 1747.
1747. 167
de Teniers , & de faire que ce morceau fût digne
des fuffrages du Roi auquel il a pris la liberté de le
dédier & préfenter , & qui ,a bien voulu lui donner
des témoignages de fa fatisfaction & de fon agré
ment .
La feconde eftampe n° . 45. eft un lendemain
de noces Flamandes , d'après un tableau du Cabinet
de M. le Marquis d'Argenfon Brigadier des ar
mées du Roi. Il fuffit de dire que ce tableau eft
de la main de David Teniers , pour en faire connoître
le bon goût & le prix.
La troifieme n . 46. repréfente des Pêcheurs
d'après le même Teniers, Ce morceau tiré du Cabinet
de M. le Marquis de Vence , eft un des plus
remarquables de ce Peintre,qui y a imité la maniere
de Rubens , & qui la peint avec un tel artifice que
le blanc fe détache très- fenfiblement de deffus le
blanc même. Au refte la nature y eft excellem- .
ment répréfentée.
La quatrième n°. 47. eft une fixiéme vûë de Flan
dres. Teniers y a reprefenté des fumeurs & bû→
veurs , & y a donné la vue d'un payfage admi
rable .
C
La cinquiéme n°. 48. d'après le même Auteur
eft intitulée la Boudiniere , parce qu'une femme
y.fait du boudin . On yivait les joyeufes funérailles
d'un porc. Sur le devant des enfans peints
avec une extrême naïveté , s'y amufent à fouffler
dans une veffie , & dans le fond des hommes s'y
rejoüiffent à table & devant un feu, Cette eftampe
eft de la grandeur de celles de la Ferme & de la
baffe- cour.
La fixiéme nº . 49. de la grandeur de l'eftampe
du Fluteur , repréfente un fumeur & fon camarade.
Teniers y a gardé fa naïveté ordinaire .
#60 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme n°. so. d'après le même Peintre
eft un retour de Guinguette , & eft le pendant de
l'eftampe nommée Guinguette. Plufieurs perfonnes
y font encore à table , mais plufieurs autres
regagnent leur. logis , après s'être bien conditionnées
.
La huitiéme no. 51. auffi d'après Teniers , eft
en ovale & renferme un vieillard qui le pot à la
main carreffe une femme affés aimable qui tient
un verre. Une vicille ridée qui paroît l'épouse du
vieil amoureux , regarde à la dérobée par une fenêtre
avec des yeux étincelans & jaloux.
La neuviéme eft.un paysage d'après Ruifdall.
'Au pied d'une agréable colline couverte d'arbriffeaux
& de verdure , & fur laquelle un moulin eft
élevé , ferpente une riviere , où il paroît un nauronnier
avec fa barque. Un joli lointain y termine
P'horifon. 1.
Le Sieur le Bas qui a déja mis en lumiere un
volume contenant iso de fes eftampes , & qui fe
vend 160 liv . eſpére en donner un fecond , dont les
neuf eftampes décrites ci - deffus feront partie.
Pour avoir ces eftampes bien conditionnées &
des premieres épreuves , il faut s'adreffer chés
l'Auteur à Paris , au bas de la rue de la Harpe
ou chés M. Defcamps à Rouen , vis- à- vis Saint
Amand.
Le 8 Novembre le Roi donna au Lord Louis
Drummond fils du Duc de Melfort , le Régiment
Royal Ecoflois , vacant par la mort du Duc de
Perth ſon coufin.
NOUVELLES
NOVEMBRE . 1747. 169
NOUVELLES ETRANGERES ,
SUÈDE.
ON mandede Warfovie que le Sultan Calga
que
le
frere du Kan de Crimée , & qui s'eft réfugié
il y a quelque tems en Pologne , avoit crû pouvoir
aller avec fûreté rejoindre ce Kan , mais
divers avis qu'il avoit reçûs en chemin fur fa route
l'avoient déterminé à revenir fur fes pas & que
Kan de Crimée l'ayant fait demander à la Répu
blique de Pologne , le Sénat étoit fort embarraffé
fur le parti qu'il prendroit dans cette conjonctu
re. Selon les nouvelles de Pétersbourg il paroît
une Déclaration par laquelle l'Impératrice de
Ruffie abolit les franchiſes dont jufqu'à préfent les
Miniftres étrangers avoient joui dans fes Etats . Les
lettres de Conftantinople marquent que le Grand
Vifir a été dépofé & envoyé à Rhodes en exil. If
a pour fucceffeur Abdula Pacha , Gouverneur de
Natolie, Ces lettres confirment la nouvelle de la
révolution arrivée en Perfe & annoncent que les
Perfans ont placé fur le Trône un parent du célebre
Meriweis.
On apprend par les lettres de Pétersbourg du 7
Oftobre que le Baron de Breitlach , Ambaffadeur
de la Reine de Hongrie , le Lord Hindford , qui
réfide en la même qualité de la part du Roi de la
Grande Bretagne , & M. de Zwart , Réfident de
la République des Provinces Unies , ont eu le prcmier
du mois dernier à Lappola une longue conférence
au fujet des nouvelles propofitions faites à
l'Impératrice pour l'engager à fournir à ſa Majesté
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Britannique & aux Etats Généraux un Corps de
de trente mille hommes. On affûre que ces deux
Puiffances offrent de payer pour cet effet à ſa Majefté
Impériale un fubfide de cinq millions de flo- .
rins de Hollande par an. Si cette négociation peut
fe conclure , les troupes que l'Impératrice enverra
au fecours des Alliés , s'affembleront dans les environs
de Rīga , où elles s'embarqueront pour être
tranfportées à Lubeck La Déclaration par laquelle
fa Majefté Impériale a aboli les franchiſes dont les
Miniftres étrangers ont joui juſqu'à préſent dans
fes Etats , porte qu'à commencer du premier Janvier
de l'année prochaine les Ambaffadeurs & Miniftres
étrangers feront obligés , non -feulement
de laiffer vifiter à la Doüanne toutes les marchandifes
& denrées qu'ils feront venir , mais encore
de payer les droits auxquels elles font fujettes ;
que de plus ils déclareront la jufte valeur de ces
denrées & de ces marchandifes , s'ils ne veulent
s'expofer à les voir retenues , en cas qu'on juge
qu'ils les ayent mifes au- deffous de leur prix ; que
quoique ce Reglement regarde tous les Ambaffadeurs
& Miniftres étrangers , fa Majeſté Impériale
par des confidérations particulieres veut bien cependant
n'y point comprendre le Baron de Breitlach
& le Lord. Hindford ; qu'au refte elle les excepte
feulement pour le tems qu'ils réfideront dans
cette Cour en qualité d'Ambaffadeurs , fans que
cela puiffe tirer à conféquence s'ils changent de
titre , ni en faveur de leurs fucceffeurs , quand
même ceux-ci viendroient à Peterſbourg avec le
même caractere .
Les lettres de Dantzick du 14 Octobre portent
que fuivant les avis reçûs de Curlande & de Livo
nie , les troupes Ruffiennes qui font fur les fron .
theres , continuent d'être tranquilles dans les diffe
NOVEMBRE.
1747. 171
rens quartiers où elles ont été diftribuées . Il paroît
qu'il n'y a encore rien de décidé au fujet du
Traité de fubfide propofé à l'Impératrice de Ruffie
-par le Roi de la Grande Bretagne & par les Etats
Généraux des Provinces-Unies , & le bruit qui a
couru que cette Princeffe avoit demandé le paffage
par la Pologne pour trente mille hommes , eft
deftitué de tout fondement. Les dernieres nouvel-
Jes de Stockholm confirment qu'il a été établi une
-Commiffion pour examiner la conduite de quatre
Sénateurs , accufés d'avoir entretenu des intelligences
illicites ; que deux de ces Sénateurs , fous
prétexte de maladie , n'ont point comparu devant
les Commiffaires , & que les deux autres ont déclaré
qu'ils ne pouvoient & ne devoient rendre
compte de leurs difcours & de leurs actions qu'à
la Diette affemblée . Ces mêmes lettres marquent
que M M- de Lantinghaufen & de Zander , Lieutenans
Généraux des armées du Roi de Suéde
- commanderont en Finlande fous les ordres du Baron
de Rofen , & qu'ils font partis pour ſe rendre
dans cette Province.
>
On mande de Conftantinople qu'un Corps confidérable
de Janniffaires s'eft mis en marche vers
les frontieres de Perfe , & que la Porte a envoyé à
Erzerum une grande quantité de munitions de
guerre , afin d'être prête à tout événement , fi le
Schach Nadir a été effectivement privé du Trône
& de la vie , & fi fon fucceffeur ne ratifie pas le
Traité conclu par ce Prince avec la Hautefle .
On mande de Stockholm du 15 du mois paffé
que l'affaire des quatre Sénateurs dont la Diette a
jugé qu'il convenoit d'examiner la conduite , attire
toute l'attention du public . Ces Sénateurs
font le Baron d'Ackerhielm,Grand Maréchal de la
--Cour , le Baron de Wrangel & les Comtes de Poffe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& de Cronstedt. Les deux premiers , qui avoient
d'abord prétendu ne devoir rendre compte de leurs
actions qu'aux Etats affemblés , ont confenti de répondre
aux Commiffaires nommés pour les juger.
En conféquence . ils comparurent le 7 devant ce
Tribunal , dont le Préfident leur remit les chefs
de l'accufation intentée contre eux , en leur annonçant
qu'on ne leur donnoit que le terme de
huit jours pour travailler à leur juftification. Les
Comtes de Pofle & de Cronstedt font effectivement
indifpofés , ainfi qu'ils l'ont mandé au Committé
fecret , & ils ont promis de comparoître auffi-
tôt que leur fanté le leur permettroit . Le vaiffeau
la Princeffe Louife Ulrique , appartenant à la
Compagnie des Indes établie dans ce Royaume
eft arrivé le 6 à Gottembourg. Il revient de la
Chine , d'où il eft parti le 22 du mois de Février ,
& fa charge confifte en fix cent trente mille cinq
cent livres de thé , feize mille deux cent quatrevingt-
quinze livres de nacre de perle , foixante &
quinze lingots d'or , une grande quantité de porcelaine
& d'étoffes de foye.
Le Roi a difpofé de plufieurs emplois qui vacquoient
dans le Civil & dans le Militaire , & fa
Majefté a nommé M. Konigstedt Adjudant Général
du Baron de Rofen , Gouverneur de Finlande.
>
Les lettres de Pétersbourg marquent que le
Lord Hindford , Ambaffadeur du Roi de la Grande
Bretagne , & M. Zwart , Réfident de la Répu
blique des Provinces Unies , ont de fréquentes
conférences avec le Comte de Beftuchef , au fujet
des trente mille hommes que ces deux Puiffances
demandent que la Ruflie leur fourniffe.
Les nouvelles de Pétersbourg portent qu'on a
appris par les dernieres lettres d'Archangel que le
Prince de Brunſwick Beveren , veuf de la Princeſ
NOVEMBRE . 1747. 173
fe Régente de Ruffie , avoit été dangereufement
malade , mais qu'il commençoit à fe mieux porter.
Ce Prince a renouvellé fes inftances pour obtenir
la permiffion de retourner en Allemagne , & depuis
quelque tems on a lieu de croire que l'impératrice
lui accordera fa demande . Il vient d'arriver
de Conftantinople un courier par lequel M. de
de Nepluef , Réſident de fa Majefté Inpériale à la
Porte , confirme la nouvelle de la mort de Thamas
Kouli Kam , & de la révolution dont cet événement
a été fuivi . Le Baron de Breitlach , Ambaffadeur
de la Reine de Hongrie , reçut le 13 du
mois dernier de Vienne quelques dépêches , qu'il
alla fur le champ communiquet au Comte de Beftuchef.
Certaines difficultés ont retardé jufqu'à
préfent la conclufion du Traité de fubfide propofé
à l'Impératrice par le Roi de la Grande Bretagne
& par les Etats Généraux des Provinces Unies , &
felon les apparences cette Princefle ne prendra aucune
réfolution à ce fujet , avant le retour d'un
courier que le Lord Hindford a fait partir pour
Londres . On affûre que fi ce Traité fe conclud
les trente mille hommes qui feront fournis par fa
Majefté Impériale , feront tirés des troupes qui
font dans les Provinces intérieures de la Ruffie &
non de celles qui depuis long- tems ont leurs quar
tiers dans la Livonie & fur les frontieres de la Cur
lande , où elles demeureront en conféquence des
engagemens pris antérieurement par cette Cour
avec la Reine de Hongrie & avec fa Majefté Britannique.
Le Gouvernement a envoyé ordre à
tous les Commandans des Villes des Provinces cedées
au Czar Pierre I. par la Suéde , que les Régimens
qui y font en garnifon fuffent complets
avant le premier du mois de Févier de l'année prochaine.
Il y a fur les chantiers deux nouveaux
H iij
174 MERCURE DEFRANCE.
*
vaiffeaux qui feront achevés inceffamment & qui
feront chacun de foixante & fix canons. Un des
couriers de la Pofte des lettres , en arrivant à Péterfbourg
le 12 , déclara que fa malle lui avoit été
enlevée fur fa route par des perfonnes maſquées
Cet incident cauſe beaucoup d'inquiétude à plufieurs
Miniftres étrangers qui attendoient par ce
courier des lettres de leurs Cours.
Suivant les avis reçûs de Stockholm les Etats du
Royaume de Suéde ont abandonné à fa Majefté
Suédoife la difpofition de diverfes charges . Les
mêmes avis portent que l'Ordre de la Nobleffe &
les Députés des villes ont infifté fortement dans la
Diette pour qu'aucun particulier ne pût faire de
l'eau de vie dans le Royaume fans la permiffion du
Gouvernement & fans payer un droit , maïs que le
Clergé & l'Ordre des Païfans refufoient de confentir
à cette innovation . Ces avis ajoûtent qu'il fe
préfentoit une Compagnie qui demandoit de jouir
exclufivement de la permiffion dont il s'agit , &
qui pour l'obtenir offroit de donner tous les ans
une fomme confidérable.
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne jour fixé pour l'ouverqtuureeldee9ld'auffmemobilésepadfefsé
Etats de la Baffe - Autriche , la Reine fe rendit à
cette affemblée avec les cérémonies accoûtumées , &
qu'après que faMajefté fe fut placée fur fon Trône,
Le Comte de Zeylern Chancelier de cette Province
, annonça de la part de la Reine aux Députés
des Etats , que fa Majefté étoit vivement touchée
de la néceffité où elle fe trouvoit de leur demander
fi fouvent des fecours , que la durée de
la guerre exigeoit indifpenfablement . Il ajouta
NOVEMBRE. 1747. 175
qu'elle étoit entierement convaincue que le zéle
qu'ils montroient pour fon fervice & pour le bien
public furpaffoit leurs forces ; mais que c'étoit
uniquement fur leurs difpofitions à cet égard ,
qn'on pouvoit fonder l'efperance de parvenir enfin
à une paix glorieufe & durable ; que la ferme réfiftance
, oppofée aux ennemis en Italie & dans les
Pays-Bas , & l'augmentation des forces des Alliés
pouvoient faire augurer favorablement de l'ave
nir ; que plus on fa foit des veux pour la paix ,
plus on devoit travailler à fe mettre en état de
continuer la guerre ; qu'en agiffant d'une façon
contraire , on manqueroit le but qu'on fe propofoit
, & qu'on frayeroit à la France & à l'Eſpagne
le chemin à de nouvelles conquêtes ; que la prudence
reconnue des Etats ne permettoit pas à la
Reine de douter qu'ils ne péfaflent ces réfléxions
avec toute l'attention poffible , & qu'après avoir
mûrement examiné les propofitions qui leur feroient
faites , ils ne priffent les réfolutions les plus
propres à prouver leur affection pour fa Majefté
Le Comte Frederic de Harrach qui fait par
rim les fonctions de Maréchal de la Baffe - Autriche
, répondit au nom des Etats que la plupart de
leurs reffources étoient épuifées par les fréquens
fubfides qu'ils avoient fournis à la Reine , mais
qu'ils reconnoiffoient qu'ils avoient reffenti les
premiers l'avantage de tous les efforts qu'ils
avoient faits , puifque ces efforts leur procuroient
la douceur de vivre toujours fous le gouvernement
de ſa Majefté , & la fatisfaction de voir leurs
anciennes conftitutions & leurs priviléges folidement
établis ; que leur propre interêt , joint au
contentement que la Reine vouloit bien témoigner
de leur zéle & de leur fidélité , fuffifoit pour
les inviter à offrir avec empreffement tout ce que
inte-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
leur fàcheufe fituation leur permettoit encore de
donner. La Reine leur a fait demander neuf cent
cinquante mille florins pour le fubfide ordinaire
de cette année , cent cinquante mille pour fubvenir
aux dépenfes des quartiers d'hyver , huit cent
hommes de Cavalerie avec leurs chevaux , & le
nombre accoûtumé de foldats de recrues pour
l'Infanterie. Il fe tint le 11 un Confeil d'Etat , &
le même jour ſa Majeſté après avoir vifité les nouvelles
Cazernes conftruites fur les remparts de
cette Ville , alla à Hetzendorff rendre vifite à
l'Imperatrice Premiere Douairiere. On attend inceffamment
un Miniftre de la part de l'Electeur
de Mayence & un autre de la part de l'Electeur de
Baviere , lefquels recevront l'inveftiture des Fiefs
que ces Electeurs tiennent de l'Empire. Les Etats
du Royaume de Hongrie doivent s'affembler ces
jours- ci à Prefbourg , afin de déliberer fur les
moyens de faire éclater leur reconnoiffance à l'occafion
des nouveaux priviléges que fa Majefté leur
a accordés .
On mande de Vienne du 23 Octobre qu'on a
euvoyé ordre au Régiment de Vieux Wolfenbutel
qui a fes quartiers dans le Royaume de Boheme
, de marcher en Italie où l'on doit envoyer"
plufieurs autres Régimens & d'où l'on retirera une
partie de la Cavalerie pour la faire paffer dans les
Pays - Bas. Le Nonce du Pape a eu depuis peu
diverfes conférences avec le Miniftre du Roi de
Pruffe touchant l'Evêché de Breſlau , dont ſa Majefté
Pruffienne a difpofé en faveur du Prince de
Schaffgotfch. Un grand nombre de perfonnes de
diftinction follicitent pour que la peine de prifon
perpétuelle prononcée contre le Baron de Tien : K
fcit changée en un exil dans les terres.
On apprend par les lettres de Berlin du 24 du
NOVEMBRE . 1747. 177
mois paffé que l'Hôtel des Invalides que le Roi a
ordonné de conftruire vis- à-vis de la porte d'Ora
nienbourg eft prefque entierement achevé. Ce
magnifique édifice eft compofé d'un corps avancé
& de deux aîles , terminées chacune par une
Chapelle , dont l'une fervira aux Catholiques &
l'autre aux Proteftans, Au-deffus de la principale
porte on lit cette Infcription : Lafo & Invicte
Militi.
Les nouvelles de Duffeldorp du 31 portent
qu'on a expédié les ordres pour que toutes les
troupes de l'Electeur fuflent complettes avant la
fia de cette année . Suivant les avis reçus de
Francfort M. Onflow Burrish Miniftre du Roi
de la Grande Bretagne doit fe rendre à Ulm
afin de joindre les efforts à ceux du Comte de
Cobenzel Miniftre du Grand Duc de Tofcane ,
pour faire confentir le Cercle de Suabe à l'affocia
tion des Cercles antérieurs. On a fçu par les
mêmes avis que le 26 les deux bataillons ,
fournis par le Prince de Heffe Darmſtadt aux
Etats Généraux des Provinces-Unies , s'étoient
embarqués à bord des bâtimens qui doivent les
tranfporter en Hollande . Les nouvelles de Ratifbonne
portent que le Prince de Furftemberg
principal Commiffaire du Grand Duc de Tofcane
à la Diette de l'Empire , a donné fa démiſſion , &
qu'on croit qu'il aura le Prince de la Tour Taxis
pour fucceffeur. On mande de Hanover que le
Comte de Raab Miniftre du Grand Duc de Tofcane
auprès du Cercle de la Baffe Saxe , confére
fouvent avec les Seigneurs Régens de l'Electorat.
Le Marquis du Chatelet de Grandfeille Chevalier
de l'Ordre de Saint Hubert , Grand Veneur du
Margrave de Brandebourg Culmbach & l'un de
fes Confeillers Privés , eft mort à Bareith le 14
dans la trente & uniéme année de fon âge.
HY
178 MERCURE DE FRANCE .
On mande de Vienne qu'on a publié diverfes
Ordonnances pour lever de nouvelles impofitions
dans les Pays héréditaires . Il paroît , au fujet des
recrues qui fe font dans les villes de l'Empire pour
les troupes de fa Majefté , un Réglement par lequel
il eft enjoint aux Officiers de n'y faire aucunes
levées de foldats fans en avoir demandé préalablement
la permiffion aux Magiftrats , & de n'y
enrôler perfonne de force
Le bruit court que fi la Charge de Grand- Maître
de la Maifon de l'Archiduc eft donnée au Feldt-
Maréchal Comte de Bathiany , le Prince de
Lobckowitz ira prendre le commandement des
troupes de fa Majefté dans les Pays-Bas.
Les lettres de Berlin du 31 du mois paffé portent
que par un Edit qui a été publié depuis peu ,
il eft dit que le Roi ayant été informé que les
Etrangers établis dans fes Etats , & ceux qui defireroient
de s'y établir , craignoient d'être expofés
à la néceffité de porter les armes contre leur vo-
Jonté , fa Majefté veut à ce fujet calmer leurs inquiétudes
, que de nouveau elle les déclare , de
quelque condition qu'ils foient , exempts à perpétuité
eux & les leurs , de la milice & de tout enrô-
Jemens par force ; que fa Majesté les affranchit de
plus pendant deux ans , de toute capitation , taxe
perfonnelle , & charge de Bourgeoifie ; que pour
les indemnifer des autres impofitions qu'ils feront
obligés de payer , on dreffera un état des denrées
qu'ils pourront confommer dans leurs maifons
eú égard au nombre de perfonnes dont leur famille
fera compofée ; qu'on calculera la fomme
à laquelle doivent monter les droits pris fur ces
denrées , & qu'au commencement de chacune des
deux années , pendant lefquelles ils doivent jouir
d'une pleine franchiſe , la caiffe des Fermes leur
>
3
NOVEMBRE . 1747. 172
avancera en argent cette fomme dans les lieux
où ils auront fixé leur domicile , que ceux qui vivront
noblement feront difpenfés de logemens de
gens de guerre , & que s'ils font de quelque diftinction
,fa Majefté promet d'avoir foin d'eux & de
leurs enfans , & de les employer , de quelque Religion
qu'ils foient , dans des poftes convenables à
leur naiffance & à leurs talens.
la
On apprend par les nouvelles de Cologne que
Bourgeoifie s'étant affemblée le 3 de ce mois extraordinairement
pour déliberer furla demande que
la Reine de Hongrie a faite de mettre huit mille
hommes de fes troupes dans cette ville pendant
Phyver, a réfolu de repréfenter à la Cour de Vienne
qu'on ne pouvoit fe conformer à fes defirs fans
violer la neutralité obfervée par l'Empire dans la
guerre préfente. Les deux bataillons que le Land--
grave de Heffe Darmstadt fournit aux Etats Géné
raux des Provinces Unies , pafferent le premier de
ce mois près de cette Ville en allant aux quartiers
qui leur ont été affignés . On mande de Francfort
que les habillemens des Régimens que le Prince
de Naffau fait lever dans fes Etats d'Allemagne
font déia prêts , & qu'on doit inceffamment les
envoyer à Dieft & à Hadamar où ces Régimens
s'affembleront . Les mêmes lettres marquent que
l'on continue avec autant de fuccès que de diligence
les levées des foldats pour ces Régimens ,
dont le Prince de Naflau a déja nommé la plupart
des Officiers.
ESPAGNE.
Na reçu avis que le Marquis del Puerto ,
Ambaffadeur du Roi auprès de la République
des Provinces - Unies , a remis le
4 aux Etats
H vj
1 So MERCURE DE FRANCE.
Généraux un Mémoire qui porte que le s du mois
d'Avril dernier ce Miniftre leur a fait des plaintes
de la part de fa Majefté , touchant un projet formé
à Batavia pour attaquer la côte méridionale de
la nouvelle Efpagne ; qu'en faifant ces plaintes il
a requis qu'un pareil mépris des Traités fut puni
dans la perfonne du Gouverneur Hollandois de
cette Ifle , lequel non-feulement a eu connoiffance
de ce projet , mais encore l'a favorifé ; que le
Marquis del Puerto a infiſté en même tems fur le
châtiment des autres fujets de la République , qui
ont eu part à une démarche fi contraire à la bonne
intelligence des deux Puiffances ; que maintenant
il informe les Etats Généraux que par des lettres
arrivées de la nouvelle Efpagne & des Philippines,
le Roi a appris qu'on a effayé d'exécuter Pentreprife
méditée ; que des vaiffeaux ont paru fur la
côte des établiffemens Efpaguols ; qu'ils y ont
débarqué des troupes , & que les Espagnols en
cette occafion ont fait feize prifonniers tous Hol-
Jandois ; que le Roi enjoint très- expreffement à
fon Ambaſſadeur de mettre devant les yeux des
Etats Généraux toute la griéveté d'un attentat fi
conftaté , & de réiterer de la maniere la plus po
fitive la demande de la punition la plus prompte
& la plus fevére , tant du Gouverneur de Batavia
que de tous ceux qui comme lui font entrés dans
le complot , & fe font unis avec les ennemis de
l'Espagne pour inquiéter les fajets de fa Majefté ;
que le même Ambaffadeur a ordre de ne point
ceffer fes inftances jufqu'à ce qu'il ait obtenu
une réponſe formeile & une réparation fatisfaifante
, ce que le Roi fe promet de l'amitié que
fa Majefté mérite de la République des Provinces-
Unies.
NOVEMBRE . 1747. 181
L
GRANDE - BRETAGNE .
E 12 du mois paffé le Roi figna une procla
mation pour faire affembler le Parlement le
21 du mois fuivant . Sa Majefté a fait une nombreufe
Promotion d'Officiers Généraux dans
les troupes de la Grande Bretagne , ainfi que dans
celles de l'Electorat de Hannover . Il a été réfolu
d'augmenter de huit mille hommes les troupes
Angloifes qui font dans les Pays Bas. On parle
de renforcer confidérablement les autres troupes
dont l'armée des Alliées eft compofée , & d'y
ajouter plufieurs nouveaux Corps de troupes auxiliaires.
Les quartiers d'hyver pour les troupes en
Ecoffe font réglés. Un détachement de Dragons
a reçu ordre de fe rendre à Stamford dans le
Comté de Lincoln pour donner la chaffe aux contrebandiers
dont cette Province eft remplie . Suivant
les derniers avis reçus d'Ecoffe la flotte d'lflande
eft arrivée aux Ifles Orcades , & les vaiffeaux
de guerre l'Expérience & le Mercure font allés audevant
de celle qu'on attend de la Baye de Hudfon.
Plufieurs bâtimens Anglois ont été enlevés
par les Corfaires de Dunkerque & de Port Louis.
Les nouvelles d'Amérique confirment que vingt
Corfaires tant François qu'Efpagnols croifent entre
la Caroline Meridionale & le Sandy- Hoeck
& que deux y ont fait un grand nombre de prifes .
Les habitans de l'Ile de la Barbade ont fait tra
vailler à Londres à un magnifique vafe d'argent
orné de bas reliefs , dont ils fe propofent de faire
préfent à l'Amiral Warren en reconaoiffance des
fervices qu'il a rendus aux Colonies Angloifes
pendant qu'il a commandé une eſcadre en Amérique.
>
On mande de Londres du 20 Octobre qu'en
182 MERCURE DE FRANCE
doit expédier inceffamment les ordres pour for
mer plufieurs nouveaux Régimens d'Infanterie ,
dans lefquels on donnera de l'emploi à la plûpart
des Officiers qui ont fervi dans les Régimens que
divers Seigneurs avoient levés pendant les troubles
d'Ecoffe. Quelques-uns des Corps qui ont le
plus fouffert dans la derniere campagne revien
dront en Angleterre. Le Miniftere eft occupé à
l'examen de divers projets pour fubvenir aux dépenfes
de l'année prochaine & pour foutenir le
crédit public. Dans l'un de ces projets on propofe
d'impofer une taxe depuis cinq jufqu'à vingt ſchelins
par an fur les enfeignes des boutiques , &
d'obliger chaque Marchand, qui n'en a point, d'en
prendre une pour laquelle il payera à proportion
du loyer de la maifon qu'il occupe. Les Commif
faires de l'Amirauté font équiper plufieurs bâtimens
deſtinés à porter des vivres à l'efcadre que
l'Amiral Bing commande dans la Méditerranée.
On affûre que deux vaiffeaux de guerre Anglois
ont fait échouer à quelques lieues de Porto Rico
un navire Efpagnol richement chargé . Quelques
troupes du Roilefquelles avoient été envoyées dans
les montagnes d'Ecoffe pour y réparer les che
mins , ont été attaquées par un parti de montagnards
qui les a obligées de fe retirer . Le Gouvernement
a ordonné à plufieurs Meffagers d'Etat
d'aller arrêter à Lincoln diverfes perfonnes
fufpectes. Le Comte de Middleſex å obtenu la
charge de Premier Ecuyer du Prince de Galles.
Les actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à quatre-vingt- dix-neuf ; celles de la Banque
à cent vingt-cinq un quart , celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent cinquante - neuf
& demi , & les annuités à quatre- vingt feize , trois
huitiémes.
NOVEMBRE. 1747. 18
On mande de Londres du 27 Octobre que
Fefcadre dont le commandement a été donné à
1- Amiral Boscawen , eft actuellement affemblée à
Spithéad. Elle compofera conjointement avec les
Vaiffeaux de guerre qui font déja dans les mers des
Indes , une des plus fortes armées navales qu'on y
ait encore vûës . On fit partir le 2-3 de Wolwich
plufieurs chariots chargés de toutes fortes d'inftrumens
de guerre deftinés à être embarqués fur cette
efcadre. Les Commiffaires de l'Amirauté font
équiper le vaiffeau de guerre le Port Mahon , qui
doit aller croifer fur les côtes de l'Acadie. Une
flotte marchande de cent quinze navires , venant
de l'Amérique fous l'efcorte des vaiffeaux de
guerre le Lyon & le Suffolck eft attendue dans les
Ports d'Angleterre. Le Roi s'eft rendu à Londres
de Kenfington le 10 de ce mois , & l'on comptoit
que le Duc de Cumberland ne tarderoit pas à revenir
des Pays Bas.
L'Archevêque de Cantorbery Primat d'Angleterre
, eft mort en cette Ville le 21 de ce mois âgé
de foixante-fept ans.
Les actions de la Compagnie de la mer du Sud
font) à cent fept , un quart ; celles de la Banque à
cent vingt-fix , un quart ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent cinquante-neuf &
demi , & les annuités à quatre-vingt- dix - neuf ,
fept huitiémes.
Les Commiflaires de l'Amirauté ont ordonné
qu'une efcadre allât à la rencontre d'une flotte
qu'on attend de la mer Baltique. Ils font équiper
avec toute la diligence poffible plufieurs vaiffeaux
de
guerre , qui iront croifer le long des côtes pour
les mettre à l'abri de toute infulte de la part des
ennemis. On travaille auffi avec beaucoup de vivacité
à radouber tous les bâtimens en état de fer184
MERCURE DE FRANCE.
vir , & le nombre des ouvriers employés dans les
chantiers de Deptford , de Chatham & de Wol
wich , a été confidérablement augmenté. Une
flotte marchande compofée de cent dix navires
& qui étoit partie de l'ifle de Saint Chriftophe le
6 du mois de Septembre dernier , ayant été furprife
le 15 du même mois à cent cinquante lieuës
des Illes Bermudes par une violente tempête , a
été entierement difperfée. Il n'en eft arrivé que
trente-cinq bâtimens dans les Ports d'Angleterre ,
la plupart des autres ayant péri & quelques- uns
ayant été pris par des Corfaires François . Le vaiffeau
de guerre le Lyme , qui avec le vaiffeau le
Suffolck fervoit d'efcorte à cette flotte , s'eſt brifé
contre un écueil & l'on eft fort inquiet du Suffolck
qui a été démâté & a une voie d'eau . Deux bâtimens
que le Gouvernement avoit envoyés à la
Baye de Hudfon pour découvrir de ce côté un
paffage vers les Indes Orientales , font revenus
fans avoir réuffi dans leur entrepriſe . On a fait
partir pour Harwich les équipages qui doivent
amener à Londres le Duc de Cuinberland à fon
retour de l'armée. Les Evêques de Londres & de
Saliſbury s'étant excufés d'accepter l'Achevêché
de Cantorbery à caufe de leur grand âge , on croit.
que cet Archevêché fera donné à l'Archevêque
d'Yorck & que l'Archevêché d'Yorck eſt deſtiné
à l'Evêque de Bangor . Selon les lettres de Dublin.
le Comte de Harrington y a fait le 14 du mois
dernier l'ouverture du Parlement du Royaume
d'Irlande.
PROVINCES - UNIES.
Es lettres de la Haye du 18 Septembre por ,
Ltent que le Comte de Sand
2
NOVEMBRE .
-
1747 185
Plénipotentiaire du Roi de la Grande Bretagne
auprès des Etats Généraux , ayant écrit au Marquis
de Payfieulx Miniftre & Secretaire d'Etat du
Roi Très Chrétien , que fa Majefté Britannique
agréoit le choix d'Aix- la Chapelle pour y reprendre
les conférences de paix , & qu'elle étoit déja
informée d'avance que fes Alliés non- feulement
n'y feroient aucune oppofition , mais étoient difpolés
à y envoyer leurs Miniftres pour traiter de
leurs interêts refpectifs , le Marquis de Puyfieulx
a répondu au Comte de Sandwich que Sa Majefté
Très -Chrétienne défirant toujours avec la même
fincérité tout ce qui peut tendre au rétabliffement
du repos public , avoit appris avec ſatisfaction
que le Roi de la Grande Bretagne fut dans l'intention
de reprendre les conférences dans la ville cideffus
indiquée ; que comme le Roi de France
étoit inftruit que cette ville conviendroit auffi au
Roi Catholique & aux Puiffances Alliées des deux
Couronnes , le Miniftre de Sa Majesté Très Chrétienne
& ceux de fes Alliés s'y rendroient pour s'y
trouver en même tems que le Miniftre d'Angleterre
& ceux des Cours Alliées de cette Puiffance.
Le Marquis de Puyficulx a demandé en même tems
au Comte de Sanwich de lui adreffer des Paffeports
de fa Majesté Britannique , de la Reine de
Hongrie & des Etats Généraux , tant pour le Miniftre
Plénipotentiaire du Roi Très - Chrétien aux
conférences que pour ceux d'Efpagne , de Génes
& de Modéne , & il a offert des Palleports de Sa
Majefté Très- Chrétienne pour les Miniftres de la
Grande Bretagne & pour ceux de fes Alliés . Le
Marquis de Puyfieulx a repréſenté auffi qu'afin
d'éviter toute difcuffion & tout retardement dans
l'expédition réciproque des couriers , il faudroit
préalablement que le Roi d'Angleterre , la Reine
186 MERCURE DE FRANCE.
de Hongrie & les Etats Généraux , convinffent
avec le Roi de France & avec fes Alliés , que la
communication fera entierement libre pour tous
les Exprès que les Plénipotentiaires refpectifs
voudront envoyer à leurs Cours. Le 18 Octobre le
Prince Stathouder revint du camp d'Oudenbosch.
Les Magiftrats de Fleffingue & de Weere ont propofé
dans l'affemblée des Etats de Zélande de déclarer
le Stathouderat héréditaire dans la Maiſon
de ce Prince , même en faveur de la ligne feminine.
Le Mémoire préfenté pour le même fujet
par le Corps de la Nobleffe de la Province de Hollande
& de Weftfrife , porte que les Nobles ayant
murement examiné la Conftitution de la Régence
des Provinces -Unies , ils jugent que la Républi
que ne peut abſolument fubfifter ſans un Chef ;
que dans le tems qu'elle a été privée de cet appui ,
elle a été menacée de fa ruine totale , & qu'elle
ne s'eft jamais tirée de ce danger qu'en fe choififfant
un Stathouder ; que d'ailleurs il paroît qu'el
le eft parvenue fous la conduite des Princes de la
Maifon de Naffau à un tel degré de grandeur ,
que non-feulement elle a été recherchée de fes
Voifins , mais qu'elle s'eft rendue par tout rédouble
, qu'on a déja éprouvé les heureux effets de la
réfolution prife depuis peu de renouveller le Stat
houderat ; que tous les Hollandois bien intentionnés
doivent être faifis d'effroi àl'aspect des malheurs
aufquels la République feroit expofée fi le
Prince de Naffau venoit à manquer , fur tout ce
Prince n'ayant point de defcendant mâle , & fa
poftérité ne confiftant que dans une jeune Prin
ceffe ;;
qu'il eft abfolument néceffaire de prévenir,
autant qu'il eft poffible , les fuites que pourroit
avoir un évenement fi fâcheux ; que l'unique
moyen d'y réuffir eft d'établir dans la famille de
NOVEMBRE. 1747. 187
du conce
Prince , & en faveur de fes defcendans des deuz
fexes la dignité de Stathouder , en prenant les précautions
qu'on jugera les plus convenables pour
le bien de la République ; qu'en conféquence les
Nobles penfent qu'il convient de régler qu'en cas
de mort du Prince de Naffau , le Stathouderat &
les Charges de Capitaine & d'Amiral Général
foient dévolue à fes defcendans mâles, fi pour lors
il en exiſte, & à leur défaut à fes defcendans dans
la ligne feminine , bien entendu néanmoins que
lefdites Charges & dignités ne pourront être poffé
dées ni exercées par aucun defdits héritiers mâles
ou femelles , qui feroit revêtu de la dignité Royale
ou Electorale ; que de plus la Princeffe à qui le
Stathouderat paffera , ne fe mariera que
fentement & avec l'approbation des Etats de Hol
Jande & de Weftfrife , & qu'avec un Prince de la
Religion Réformée , lequel ne foit ni Roi ni Electeur
; qu'elle prendra le titre de Gouvernante , &
qu'elle aura la faculté d'établir un Repréſentant
pour avoir féance dans le Confeil d'Etat , & pour
exercer les fonctiont de Capitaine & d'Amiral Gé
néral de la Province , mais que cette Princeffe fera
obligée de ne choifir pour Repréfentant qu'un Prin
ce qui ne foit non plus ni Roi ni Electeur, qui profeffe
la Religion Reformée , & qui foit agréable
aux Etats de la Province ; que files defcendans
mâles ou femelles , lorſqu'ils fuccéderont au Stathouderat
font encore mineurs , la Princeffe leur
mere exercera cette dignité comme tutrice & fous
le titre de Gouvernante , avec le mêine pouvoir
d'établir un Repréfentant fous les reftrictions ftipulées
; qu'au défaut de Princeffe mere pendant
la minorité , les Etats de Hollande & de Weftfrife
pourvoiront à tout ce qui regardera la tutelle & le
choix d'un Repréſentant dans la forme preferite
88 MERCURE DE FRANCE.
que les Nobles défirent que cette affaire foit propofée
à l'affemblée des Etats Géneraux des Provinces-
Unies , & que ladite affemblée établiffe pareillement
& avec toutes les précautions & conditions
ci -deffus énoncées la fucceffion du Stathouderat
& des Charges de Capitaine Amiral Général
en faveur des defcendans mâles & femelles
de la Maifon de Naffau. Les Députés des Etats de
Hollande & de Weftfrife reprirent le fleurs délibérations.
A l'exemple de cette Province , celle
d'Utrecht a confenti à la levée du cinquantiéme
denier . Dans la Province de Zélande la ville de
Middelbourg a donné auffi fon confentement à
cette impofition , & l'on ne doute pas que les autres
villes de la Province n'en faffent de même.
Le Comte de Golowkin Ambaffadeur Extraordi
naire & Plénipotentaire de l'Imperatrice de Ruffie ,
eu , ainfi que M. d'Ammon Miniftre du Roi de
Pruffe une conférence avec quelques Députés
de l'affemblée des Etats Généraux . On continue
d'affûrer que le Roi de la Grande Bretagne & la
République renouvellent leurs inftances auprès
de l'Imperatrice de Ruffie , pour l'engager à fournir
aux deux Puiffances moyennant un fubfide
un Corps de troupes auxiliaires de trente mille
hommes.
à
On mande du 25 que les troupes dont l'armée
des Alliés eft compofée , commençent à fe féparer.
Plufieurs Régimens Anglois feront mis en garuifon
dans Bois - le - Duc , & l'on diftribuera le refte
des troupes de cette Nation à Bréda & dans les
Places voisines. Les Hanoveriens prendront des
quartiers dans l'Over- Iffel & dans le Païs de Gueldres.
Il n'eft pas encore décidé où les troupes reglées
de la Reine de Hongrie pafferont l'hyver, A
l'égard des troupes irrégulieres , el.cs feront polNOVEMBRE
. 1747. 15
tées fur les frontiéres de la Baronie de Breda & de
la Mairie de Bois- le- Duc. On laiffera un détachement
confidérable à Oudenbofch pour la garde
des Ligues qu'on y a conftruites . Le 22 Octobre
le Duc de Cumberland arriva de l'armée . - Le
Prince Stathouder alla fur le champ lui rendre
viſite , & le conduifit à la Maiſon du Bois , où ils
dînerent avec la Princeffe de Naffau . On compte
que le Duc de Cumberland partira le 27 pour retourner
en Angleterre. Le Feldt- Maréchal Comte
de Bathiany eft arrivé auffi à la Haye & l'on y attend
le Prince Frederic de Heffe.
•
On a reçû avis de Berlin que le Général Keyth
étoit entré au ſervice du Roi de Pruffe , qui l'avoit
déclaré Feldt -Maréchal.
Suivant les nouvelles de la Haye du 2 de ce
mois , M. Chiquet chargé des affaires du Roi de
France a remis depuis peu aux Etats Généraux un
nouveau Mémoire de l'Abbé de la Ville , Miniftre
de Sa Majefté Très- Chrétienne auprès de cette
République. Il eft dit dans ce Mémoire que le
Roi de France a appris avec une extrême ſurpriſe
que le Vice - Amiral Schriver s'eft emparé du navire
François le Franc Maffon venant des Ifles
Françoiles de l'Amérique , & qui portoit à Bordeaux
du fucre , du caffé & d'auties marchandifes
; que la prife de ce bâtiment paroît confirmer
le bruit qui s'eft répandu que l'efcadre commandée
par ce Vice-Amiral n'avoit établi fa croifiere dans
le Golfe de Bifcaye que pour courre fur les vaiffeaux
François , que cependant Sa Majesté Trés-
Chrétienne veut bien encore fufpendre fon jugement
à cet égard , mais qu'elle demande formellement
la reftitution actuelle & immédiate du
navire le Franc Maffon , & le dédommagement dû
aux particuliers qui y font intéreffés , & qu'elle fa
190 MERCURE DE FRANCE.
réſerve de demander auffi la fatisfaction qui fera
convenable , lorfque les Etats Généraux lui auront
donné une explication précile des prétextes fur
lefquels leur Vice Amiral a pú fe porter attaquer
un bâtiment François , chargé de marchandiſes
du crû des Colonies Françoifes , & parti d'une de
ces Colonies pour venir directement dans un Port
de France ; que le Roi de France a toujours eu
une attention particuliere à empêcher que les circonftances
de la guerre préfente n'apportaffent
aucun obftacle à la navigation des Sujets des Provinces-
Unies , malgré les violences commiles par
les Anglois , & malgré l'indifference que les Etats
Généraux ont fait paroître fur un objet fi intéreffant
pour les François & même pour les Sujets
de la République , que Sa Majefté Très- Chrétienne
n'a point ceffé d'accorder la protection la
plus efficace aux vaiffeaux Hollandois qui ne fe
font point écartés des régles établies , & que ces
vaiffeaux ont toujours trouvé la même liberté &
la même fûreté pour leur commerce , foit dans
les Ports de France , foit à la mer de la part des
vaiffeaux de guerre & des Corfaires François ;
que quoique les Etats Généraux paroiffent s'être
conduits par des principes & par des vûes tout-àfait
contraires , le Roi de France ne fçauroit fe
perfuader qu'ils ayent autorifé l'entrepriſe du
Vice-Amiral Schriver , mais que cet évenement a
été précédé de circonftances que Sa Majefté Très-
Chrétienne ne peut plus diffimuler , & qui femblent
annoncer de la part de la République un
changement total pat rapport au commerce des
deux nations ; que dès le mois de Juillet les Etats
Généraux rendirent une Ordonnance pour défendre
de faire fortir des Provinces Unies , non-feu-
⚫lement les marchandifes réputées de contrebande
NOVEMBRE. 1747. 191
›
relativement aux Paiffances qui font en guerre ,
mais encore une infinité d'autres marchandifes
qui fout libres dans les vaiffeaux neutres ; que le
difpofitif de cette Ordonnance faifoit affés connoître
l'objet de la prohibition qu'il contenoit ,
& que les Etats Généraux , comme s'ils avoient
voulu ne point laiffer d'équivoque à ce sujet , ont
fait publier au commencement du mois de Septembre
un fecond Placard , par lequel , en mettant
quelques legéres modifications à des articles
de peu de conféquence de la premiere Ordonnan
ce , ils donnent aux autres articles l'extenſion la
plus rigoureuſe , & en font une application expreffe
& pofitive contre la France ; que les chofes
ont été portées encore plus loin fur cette matiere.
que plufieurs vaiffeaux Hollandois avoient été
chargés pour le compte de quelques Négocians-
François , de diverfes marchandifes qu'ils devoient
tranſporter de la Méditerranée & de la mer
Baltique dans des Ports de France ; qu'au lieu
de fuivre cette deſtination , les Capitaines de ces
navires , contre la foi publique , ont porté ces
marchandiſes en Hollande , où elles ont été débarquées
& retenuës ; que Sa Majesté Très - Chrétienne
ne peut refufer aux plaintes , tant des Négocians
François que des Etrangers , & même des
Hollandois qui font établis dans fon Royaume ,
de demander aux Etats Généraux que leurs Ordonnances
des mois de Juillet & de Septembre
foient revoquées ; qu'il foir expédié des ordres
prompts & efficaces pour que les Capitaines des
bâtimens dont on vient de parler , & tous ceux
qui pourroient fe trouver dans le même cas , fuivent
leur destination avec leurs chargemens pour
les Ports de France , & pour qu'ils foient tenus
de dédommager les intéreffés aux chargemens de
292 MERCURE DE FRANCE .
toutes les pertes que le retardement leur aura oca
cafionnées ; que de plus la République faffe punir
ces Capitaines , eû égard à leur infidélité , & au
préjudice qui en réfulte pour la confiance du Pavillon
Hollandois ; que ce n'eft que par une exacte
& jufte égalité que le commerce peut fe foutenir
entre deux nations ; que fi les Ordonnances .
defquelles le Roi de France eft obligé de demander
la révocation fubfiftoient , & fi les entreprifes
dont il fe plaint demeuroient impunies , il ne feroit
plus queftion de cette égalité , & que les Négocians
des Provinces Unies l'ont eux- mêmes
fenti ; que Sa Majefté Très - Chrétienne ne doute
point que les Etats Généraux ne foient frappés des
mêmes motifs & des mêmes objets , & qu'elle
s'attend que le parti qu'ils prendront la confirmera
dans les difpofitions où elle a été jufqu'à préfent
de favorifer le commerce des Sujets de la République
dans fon Royaume , & de protéger leur
navigation, lorfqu'ils ne s'écarteront point des loix
prefcrites par les Traités & par les Ordonnances.
Le Prince de Naffau a été proclamé Stathouder
héréditaire de Zélande par les Etats de cette Province,
Les Magiftrats de la ville de Campen l'ont
déclaré auffi Stathouder héréditaire de la Province
d'Over-Yffel , & les Villes de Doefbourg & de
Groll dans le Comté de Zutphen lui ont accordé
le même titre pour la Province de Gueldres . Il
s'eft tenu à la Maifon du Bois chés ce Prince plufieurs
Confeils , aufquels le Duc de Cumberland
a affifté , ainfi que
le Feldt-Maréchal Comte de
Bathiany , & dans lefquels on a réglé la réparti
tion des quartiers d'hyver pour les troupes des
Alliés . Elle fe fera de forte que les frontieres de
la République foient fuffifamment couvertes par
les garnisons confidérables qu'on mettra dins les
Places
NOVEMBRE. 1747. 193
Places fortes , & par la Cavalerie qu'on diftribuera
dans les bourgs & villages du plat pays , ce
qui formera une chaîne de communication depuis
Bois-le- Duc & Bréda jufqu'à Liége . Le Duc
de Cumberland fe propofe de faire un voyage . à
Ondenbofch avant que de s'embarquer pour retourner
à Londres . M. Adriani chargé des affaires
du Grand Duc de Ruffie , comme Duc de
Holftein , ayant reçu de ce Prince fes Lettres de
Rappel en a donné part aux Etats Généraux . Ils
ont envoyé ordre à M. Zwart leur Réfident à
Pétersbourg , de prendre le titre de leur Envoyé
Extraordinaire auprès de l'Imperatrice de Ruffie .
On affûre que M. Onno Zwier Van Haren , Député
de la Province de Frife au Confeil d'Etat
doit aller négocier en Suiffe un Corps de troupes
pour le fervice de la République , & que le Comite
de Wartenfleben fe rendra dans diverfes Cours
d'Allemagne , afin d'y exécuter une pareille commiſſion
. Le bruit court auffi qu'il a été réſolu de
mettre en mer au Printems prochain une nombreuſe
efcadre. Les Etats Généraux ont accepté
l'offre qui leur a été faite par le Prince de Saxe
Hildburlghaufen de lever un nouveau Régiment.
>
Le Comte de Hordt Capitaine d'une des Compagnies
Franches du Corps commandé par M.
Cornabé , a obtenu du Prince Stathouder un Brevet
de Colonel .
On mande de la Haye que le 8 de ce mois le Duc
de Cumberland accompagné du Feldt-Maréchal
Comte de Bathiany, partit pour aller à Bréda d'où
il fe rendra à Oudenbosch.On croit que ce Prince
reviendra à la Haye avant que de retourner à
Londres . Les Etats de la Province d'Over- Iffel
ont déclaré le Prince de Naffau Stathouder héréditaire.
Les villes de Hadderwick , de Wagenin-
I
194
MERCURE DE FRANCE,
gen & de Hattum dans la Province de Gueldres ;
ont établi auffi l'hérédité du Stathouderat. Le
les Députés de la ville de Rotterdam annoncerent
à l'affemblée des Etats de Hollande & de Weft
frife que leur ville avoit pris la même réſolution ,
Ils donnerent en même tems avis à cette aflemblée
que ladite ville avoit reglé qu'à l'avenir elle
vendroit les charges & les emplois qui dépendent
d'elle , afin d'en employer le produit aux befoins
communs de la République , & que fi les autres
villes de la Province ne jugeoient pas à propos de
fuivre cet exemple , ce produit ferviroit à diminuer
, autant qu'il feroit poffible , le nombre des
dertes de la ville de Rotterdam.
ITALI E,
DE CONIle 5 Octobre.
N conféquence de la réfolution prife dans un
E confeil de guerre qui fe tint le 28 du mois
dernier ,leRoi de Sardaigne a transferé ici fon Quar
tier . Les troupes Allemandes & Piémontoifes qui
étoient dans la vallée de Sture, en font décampées à
caufe de l'abondance des neiges . On a laiffé cependant
quelques poftes en avant , un entre autres
Peilaporco , & un à Sambucq fous les ordres du
Comte de la Trinité . Le Comte de Browne a fait
rapprocher de Borgo San Dalmazzo les troupes
qu'il commande. On affûre que ces troupes retourneront
dans peu en Lombardie pour y prendre
des quartiers d'hyver. Celles à la tête defquelles
eft fa Majefté font cantonnées à Limon , à
Rubillante , au Vernant & à Roccavione . Quelques-
unes doivent aller renforcer celles commandées
par le Baron de Leutrum .
NOVEMBRE. 1747. 195
Du Camp du Baron de Leutrum à Dolce
Aqua le 6 Octobre,
ILy eut le 29 du mois violent que toutes les tentedserdneiseOrfufnicoieurrsa&ganlefsi
barraques des foldats furent emportées par le vent,
A la faveur de ce défordre cent cinquante hommes
de la garnifon du Château de Vinţimille firent
une fortie pour furprendre nos Corps degarde
, mais l'Officier qui commandoit le déra
chement ennemi , ayant été bleffé dans une des
premieres décharges de moufqueterie le détachement
rentra dans le Château , après nous avoir
tué quelques foldats . Le mauvais tems empêche
abfolument le Baron de Leutrum de former aucune
entrepriſe , & ce Général juſqu'à préfent eft
obligé de le borner à faire continuer les travaux
des retranchemens commencés. Selon le rapport
des déferteurs l'Infant Don Philippe a diftribué
fon Infanterie de la maniere fuivante , trois ba
taillons à Monaco , deux à la Turbie , un à Notre-
Dame de Laghette , quatorze à Eze , huit fur la
droite du Drapt , neufà la gauche du Château de
ce nom , cinq à Sainte Catherine , douze à la Trinité
, un pareil nombre à Caftelnovo , cinq à
Tourette , huit à l'Abbaye de Saint Pons , fix à
Levenzo , & quatre pour la garde des ponts fur le
Var. Les ennemis ont attaqué au Moulinet une
garde avancée , dont i's ont fait le Commandant
& quelques foldats prifonniers.
Mij
196 MERCURE DE FRANCE.
De Génes le 7 Octobre.
E2 de ce mois le Duc de Richelieu qui étoit
Larrivé ici quelques jours auparavant , cut for
audience publique du Doge. Six Députés de la
République étant allés prendre ce Duc dans l'Hô
tel qu'il occupe , il fe rendit avec eux au Palais
étant fuivi de plus de quatre cent Officiers François
, Efpagnols & Génois. Il trouva à Saint Cir
toute la Nobleffe qui l'attendoit & qui le conduifit
à l'audience . On chanta le 4 avec beaucoup de
folemnité le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine
de cette ville , en action de graces des fuccès qu'il
a plû à Dieu d'accorder pendant le cours de cette
année aux armes de Sa Majefté Très- Chrétienne .
A quatre heures après- midi le Maître des Cérémonies
avertit le Duc de Richelieu que le Doge
l'attendoit pour affifter avec lui à cette cérémonie,
Auffi -tôt ce Duc accompagné de deux Nobles
prit le chemin du Palais & il alla avec le Doge à
I'Eglife Métropolitaine . Ils s'y placerent , le Doge
à la droite de l'Autel dans fon Siége accoûtumé ,
& le Duc de Richelieu de l'autre côté fur un Priè-
Dieu couvert d'un tapis . Après le Te Deum & la
Benediction du Saint Sacrement , ce Seigneur reconduifit
le Doge au Palais jufqu'à la Salle où le
Doge l'avoit reçu. Enfuite le Duc de Richelieu fe
retira , & les principaux Officiers de la République
le fuivirent jufqu'au pied de l'efcalier . Toutes
les troupes furent fous les armes pendant le
Te Deum , & l'on fit trois falves de l'artillerie des
remparts. Le foir routes les maifons de la ville
furent illuminées . Avant-hier le Comte de Lannion
marcha avec trois cent hommes du côté de Seftri
du Levant , mais on ne fçait pas encore quelle eft
NOVEMBRE .. 1747. 197
l'expédition dont il eft chargé. Un détachement
des troupes Efpagnoles s'eft porté en même tems
à Arenzano. Le Marquis de Bitly fe difpofe à
retourner à l'armée commandée. par P'Infant Don
Philippe.
DE TURIN le S Octobre.
à
Na appris que le Corps combiné de troupes
Françoifes , Efpagnoles & Génoifes , qui
s'eft approché de Tortone , s'eft avancé le
25 du
mois dernier à Borgo Novo , & qu'ayant contraint
la plupart des habitans de le faivre , il a
marché à Ottone où le Coinmandant de ces troupes
avoit envoyé d'avance fes ordres pour leur
préparer des logemens , que le lendemain ces
mêmes troupes s'étoient rendues à Torriglia ;
qu'elles y avoient été renforcées de fix cent foldats
& d'un grand nombre de paylans armés
que le 27 elles avoient pouffé jufqu'à Brola ,
deux milles de diſtance de Varzio , & qu'elles
s'étoient emparées le 28 de Bobbio . Elles s'y
font arrêtées pour percevoir les contributions.
Auffi -tôt que le Gouverneur de Tortone a reçu
ces nouvelles il en a donné part au Général Na
dafti , qui a fait marcher les deux bataillons du
Régiment de Marfchall par Seravalle & le Val de
Ratti , pour obliger les ennemis de fe retirer . On
a fait avancer du Milanez deux détachemens d'Infanterie
du côté de Bardi & de Campione , & un
détachement de Huffards vers Brone & la Stra
della ,
Hii
198 MERCURE DE FRANCE,
L
De Tortone le 14 Octobre.
E Corps de troupes Françoiles , Efpagnoles
& Génoifes , qui s'étoit avancé dans les envi
rons de cette Place , s'eft partagé après s'être em
paré de Bobbio en plufieurs détachemens , dont
P'un a exigé de Montalto & des villages voifins
de fortes contributions fous peine d'exécution
militaire. Un autre a fait payer dix-huit mille
livres par la Communauté de Varzio , quatorze
mille par celle de Zavatella , & fix mille par celle
de Godiafco. Tous les beftiaux des Diftricts de
Brono & de Stradella ont été enlevés par un troifiéme
détachement , qui s'étant porté enfuite à
Caftel Gioanni , a pillé les équipages de trois
Compagnies du Régiment de Dragons de Piémont.
Ces courfes ont duré jufqu'au 4 de ce mois
que le Marquis de Malefpina ayant fait prendre
les armes à trois mille payfans , à la tête defquels
s'eft mis le Régiment de Trips , les ennemis ont
abandonné Bobbio & Varzio , & fe font retirés de
Pautre côté du Pont de Gavaffo. Ils avoient laiffé
dans le Château de Zavatarello cent quarantehuit
hommes , qui le 8 de ce mois fe font rendus
prifonniers de guerre. On eft convenu par la capitulation
que les Officiers conferveroient leurs
armes , & pourroient aller où bon leur fembleroit
fous des Pafleports du Comte de Nadafti auquel
on écriroit pour cet effet ; qu'on leur laifferoit
leurs chevaux , leurs mulets & leurs équipages
après que la vifite en auroit été faite ; qu'aucun
foldat ne feroit privé de fon argent ni des autres
effets qui lui appartiendroient ; que les déferteurs
feroient rendus & qu'ils auroient leur amniftie
pourvû qu'ils n'euffent rien emporté lors de leur
NOVEMBRE. 1747. 199
défertion ; qu'on ne répéteroit rien des contribus
tions levées en nature dans le pays , & qui auroient
été confommées par la garnifon , qu'il fe-
-1oit donné aux foldats malades tout ce dont ils
auroient befoin ; qu'on fourniroit aux Officiers
les chevaux & les voitures néceffaires pour
le tranſport de leurs équipages ; que l'efcorte
pour la conduite des prifonniers feroit compofée
de troupes réglées en nombre fuffifant ; que pour
ce qui regarde le bétail , les mulets & les autres
effers , qui fe trouveroient dans le Château , appartenans
à des particuliers , la reconnoiffance en
feroit faite par les principaux Otages , afin d'éviter
la licence à laquelle le peuple pourroit fe porter
; que les troupes qui ont fait le fiége ne pren→
droient poffeffion du Château qu'après l'exécu
tion entiere de cette capitulation , que lorsqu'on
auroit fatisfait à tous les articles les portes feroient
remiſes à ces troupes ; que la garnifon ne dépoferoit
les armes que dans la feconde enceinte , &
qu'elle feroit conduite à Gavi.Un détachement ennemi
de quatre - vingt- huit hommes qui s'étoit
enfermé dans le Château de Nebbiano , a capitulé
aux mêmes conditions que la garnifon de Zavatarello.
Sur la nouvelle qu'un Corps de troupes
de la Reine de Hongrie marchoit à San Stephano ,
quelques Compagnies Françoifes qui y avoient
pris pofte , fe font déterminées à la retraite . On
a fait trente-huit prifonniers à Sainte Marguérite
& trente- cinq à Pregola.
DE GENES le 18 Octobre.
Es trois
que
Ide con Froits,ut les nouveaux ouvrages qu'il
le Gouvernement a ordonné
fait ajouter aux fortifications de cetre ville font
1 iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
fort avancés. Par ces travaux elle n'aura prefque
rien à craindre de la part des ennemis , & pour en
former la circonvallation , ils auroient befoin.
d'une armée de plus de cent cinquante mille hom
mes. Nous avons d'ailleurs des munitions pour
fix mois , & l'on en attend encore de divers endroits
une grande quantité de toute espéce . On
a fait venir de Calabre beaucoup de bombes qui
étoient la feule chofe dont on manquât. Le Duc
de Richelieu a vifité les environs de la Place &
tous les poftes avancés , & après avoir fait avancer
il y a quelques jours un détachement avec du
canon du côté de Maggione , il vient de fe mettre
en marche à la tête d'un Corps confidérable
de troupes. On croit qu'il a deffein d'attaquer le
Château de Campofredo . Un bataillon du Régiment
de Brie eft arrivé de France à Caprata . M.
de Monteil à qui le Chevalier de Belloy avoit
remis le commandement des troupes avec lefquelles
il a fait une courſe dans le Parméſan , eſt revenu
en cette Ville .
I
DE GENES le 28 Octobre.
Left difficile d'exprimer la joie qu'a caufé à
Génes la nouvelle des avantages remportés le
18 & le 20 du mois dernier fur les troupes de la
Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne par
l'armée que commande l'Infant Don Philippe.
Le is le Duc de Richelieu , après avoir dîné chés
le Prince Doria avec les principaux Officiers François
& Efpagnols , partit vers les trois heures
après-midi pour Campomorone où un Corps de
troupes l'avoit déja devancé. Toutes les troupes
auxiliaires fe mirent le même jour en marche fur
trois colonnes , dont l'une fe porta vers Campos
{
NOVEMBRE. ·`1747. 201
morone , la feconde à Notre-Dame de la Garde ,
& la troifiéme à Voltri. La premiere avoit avec
elle quatre piéces de canon de trente -fix livres de
bille , plufieurs piéces de canon de campagne &
deux mortiers. Ces troupes étoient accompa
gnées de quatre mille Travailleurs , commandés
pour applanir les chemins & pour y traîner Partillerie
, dans les endroits où l'on ne pourroit fe
fervir de chevaux & de mulets . Des obftacles infurmontables
ayant rendu impoffible l'exécution
de l'entrepriſe pour laquelle on avoit fait ces difpofitions
, le Duc de Richelieu s'eft contenté de
chaffer les ennemis de quelques poftes où on a fait
plufieurs prifonniers , & après avoir parcouru
toutes les hauteurs de Voltri & reconnu Campofredo
, Roffiglione & Voltagio , il eft revenu à
Génes le 23. On travaille avec empreffement à
armer trois galéres dont on ignore la deſtination .
Le bruit court qu'on enverra le Comte de Lannion
à la Spécie avec quatre bataillons detroupes
Françoifes , pour s'oppofer aux tentatives que les
ennemis pourroient faire de ce côté. Le Roi de
Sardaigne ayant fait fignifier aux Officiers Génois
qui ont été faits prifonniers dans Sayone , & qui
avoient été relâchés fur leur parole , de s'embarquer
fur un feloucon qui eft venu leur apporter
cet ordre , & de fe rendre à Mondovi , le peuple
s'eft inis en dévoir de les empêcher de quitter
cette ville , mais ces Officiers ayant repréſenté
qu'ils ne pouvoient fe difpenfer avec honneur de
fuivre les intentions du Roi de Sardaigne , ils ont
obtenu la permiffion de s'y conformer , & on leur
a même avancé trois mois de leur paye .
Un Gentilhomme Lucquois eft arrivé à Génes
avec caractére d'Envoyé de fa République.
I v
202 MERCURE DE FRANCE:
PRIX propafés par l'Académie Royale
des Sciences , Infcriptions & Belles - Lettres
de Toulouse , pour les années 1748 ,
1749 1750.
L
یئ
A ville de Touloufe célébre par les prix
qu'on y diftribue depuis long-tems à l'Eloquence
, à la Poëfie & aux Arts , voulant contribuer
auffi au progrès des Sciences & des Belles
Lettres , a fous le bon plaifir du Roi , fondé un
prix de la valeur de soo liv. pour être diftribué
tous les ans par l'Académie Royale des Sciences ,
Infcriptions & Belles Lettres de cette ville.
Ce prix eft une Médaille d'or , qui porte d'un
côté les Armes de la Ville & de l'autre la déviſe de
l'Académie.
Cette Médaille fera donnée à celui qui au jugement
de la Compagnie aura le mieux traité le
fujer qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement Phyfico-
Mathématique , Médico- Phyfique & de Litterature
: on reviendra ainfi tous les trois ans au même
genre , jufqu'à ce qu'on ait affecté un prix particulier
aux Belles Lettres.
Le fujet propofé l'année derniere pour le prix
de 1748 eft d'affigner la nature & la caufe de la
rage , &quel's en peuvent être les préfervatifs & les
remédes.
L'Académie propofe pour le fujet du prix de
1749 de fixer le tems où les Sciences les Arts ont
commencé à être cultivés chés les Volfces : & de
marquer les changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les coûtumes & la Religion de ces peuples.
NOVEMBRE. 1747. 203
Quoique dans le nombre des ouvrages qui ont
été remis pour le prix de cette année , plufieurs
ayent mérité les éloges de l'Académie , les fautes
effentielles qu'elle y a remarquées l'ont déterminée
à réferver le prix . Elle le joindra à celui de
1750 , pour lequel elle propofe encore de donner
la caufe phyfique de l'applatiſſement de la terre , tel
qu'il a été déterminé par les opérations faites au Cercle
Polaire , en France & fous l'Equateur.
Ceux qui ont déja remis des ouvrages fur ce
fujet , pourront les préfenter de nouveau , après
y avoir fait les changemens qu'ils jugeront con-
Venables .
Comme quelques Auteurs dans les ouvrages
qu'ils ont préfentés , n'ont cherché l'explication
que d'un applatiffement indéterminé de la terre ,
fans même avoir égard aux variations de la péfanteur
, obfervées à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir qu'elle demande une
caufe qui en s'accordant avec ces variations ,
explique le degré d'applatiffement déterminé par
les mefures.
Les fçavans font invités à travailler pour ces
prix , & même les affociés étrangers de l'Acadé
mie ; elle n'exclud que fes autres membres.
Ceux qui compoferont pour les prix font priés
d'écrire en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages qui foit bien liſible ,
fur tout quand il y aura des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
uhe Sentence ou Dévife , mais ils n'y mettront
point leur nom . Ils font exhortés cependant à y
attacher un billet féparé & cacheté , qui contienne
la même ſentence avec leur nom , leurs qualités
& leur adrefle : l'Académie exige même qu'ils
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
prennent cette précaution lorfqu'ils adrefferont
Jeurs écrits au Secretaire , ce billet ne fera point
ouvert fi la piéce n'a remporté le prix .
Ceux qui travailleront pour les prix pourront
adreffer leurs ouvrages à M. l'Abbé de Sapte Secretaire
perpétuel de l'Académie , ou les lui faire
remettre par quelque perfonne domiciliée à Touloufe.
Dans ce dernier cas il en donnera fon Récepiffé
fur lequel fera écrite la fentence de l'ouvrage
avec fon numero felon l'ordre dans lequel
il aura été reçu.
Les paquets adreffés au Secretaire doivent être
affranchis de port.
Les ouvrages pour les prix de 1748 & 1749
doivent être remis avant le premier Mars.
Et avant le premier Février pour Pannée
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée publique
du 25 Août de chaque année la piéce
qu'elle aura couronnée .
S: l'ouvrage qui aura remporté le prix a été envoyé
an Secretaire en droiture , le Tréforier de
l'Acdémie ne délivrera ce prix qu'à l'Auteur même
qui fe fera connoître , ou au porteur d'une
procuration de fa part.
S'il y a un Récépiffé du Secretaire le prix fera.
délivré à celui qui le remettra.
L'Académie qui ne prefcrit aucun fyftême,
déclare auffi qu'elle n'entend point adopter
les principes des ouvrages qu'elle couronnera.
NOVEMBRE. 1747. 205
KERERERERERERA*淡淡
MARIAGE ET MORTS.
E7 Novembre François- Louis de Saligna
Marquis de la Mothe Fenelon , Brigadier des
armées du Roi & Colonel da Régiment d'Infan
terie de la Fere , né le 7 Novembre 17.2 , fils de
feu Gabriel de Salignac Marquis de Fenelon ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Géné
ral des armées de Sa Majefté , Confeiller d'Etat
d'épée & Gouverneur du Quefnoy , ci -devant
Ambaffadeur Ordinaire . en Hollande , & Ambaſ
fadeur Extraordinaire & Plénipotentiaire au Congrès
de Soiffons , mort le 2 Novembre 1746 de
la bleffure qu'il avoit reçue le même jour à la
bataille de Raucoux , & de Dame Louife -Françoiſe
le Peletier de Villeneuve , a été marié avec Damoiſelle
Marie-Charlotte de Malon de Bercy née
le 18 Mai 1729 , fille de Louis Claude de Malon
de Bercy , ci-devant Lieutenant au Régiment des .
Gardes Françoifes & Chevalier de l'Ordre Mili
taire de Saint Louis , & de feue Dame Henriette .
Victoire Colard morte le 21 Mai 1729. Voyez
pour la Genealogie de la Maifon de Salignac , ce
qui en a été dit dans le Mercure du mois de Novembre
1746 , fol . 202. à l'occafion de la mort
de feu M. de Fenelon ; pour celle de la famille de
Malon , il fuffit de dire ici qu'elle eft marquée
entre les premieres de la Robe par fon ancienneté,
par les Charges & par fes alliances.
Le 28 Septembre Philippe-Louis de Sintzen
dorff, Cardinal Prêtre du titre de fainte Marie fur
la Minerve , Evêque de Breflau , Prince de Neifs
& de Gottкau , mourut à Breflau âgé de quarante
266 MERCURE DE FRANCE;
huit ans , deux mois & quatorze jours , étant né le
14 Juillet 1699 ; l'Evêché de Raab lui avoit été
donné en 1726 , celui de Breflau en 1732 , & le
Pape Benoît XIII . l'avoit créé Cardinal le 26
Novembre 1727. Il étoit fils de Philippe-Louis
Comte de Sintzendorff , Chambellan , Confeiller
d'Etat , Chancelier de l'Empereur & Confeiller
de la Cour Aulique , Ambaſſadeur en France en
1709 & en Angleterre , & enfuite Ambaffadeur
Plénipotentiaire , à la Haye & en 1728 au Congrès
de Soiffons , mort le 8 Février 1742 , & de
Rofine- Catherine - Ifabelle Comteffe de Waldftein
; il avoit pour frere Jean- Guillaume Comte
de Sintzendorff né le 10 Novembre 1697 , Marquis
de Caravaggio du chef de fa premiere femme
Blanche Sforce Visconti , mariée le 20 Octobre
1716 , & morte l'an 1717 , & lui remarié le 27
Janvier 1724 avec Jofephe Princeffe d'Eggenberg
&c. Voyez la Genealogie de cette Maifon dans
les Tables Genealogiques d'Hubners v. 2. fol. 623.
& les Souverains du monde , vol. 3. fol . 303 .
Le.... Octobre Meffire Alexandre de Johanne
de Saumery Evêque de Rieux depuis 1728 , Abbé
de Celles au Diocéfe de Poitiers mourut
dans fon Diocéfe âgé de foixante - fept ans environ
; il étoit fils de Jacques- François de Johanne
de la Carre Marquis de Saumery , Gouverneur &
Capitaine du Château Royal de Chambort , Gou
verneur & Grand Bailli de Blois , fous Gouverneur
des Ducs de Bourgogne , d'Anjou & de Berry ,
& enfin de la Perfonne du Roi Louis XV. &
de Dame Marguerite- Charlotte de Montlezun de
Befmaux .
Le 14 Luc- René du Chastelet , Marquis dus
Chaftelet & de Granfeille , Chevalier de l'Ordre de
Saint Hubert , Grand Veneur du Margrave de
NOVEMBRE. 1747 207
Brandebourg Culmbach , & Pun de fes Confeillers
·Privés , mourut à Bareith en Franconie dans la 3r
année de fon âge étant né le 18 Octobre 1716. Il
étoit fils de René- François du Chafteler Marquis
du Chaftelet & de Granfeille , Baron de Cirey en
Vôges,Chambellan , Cotonel des Gardes de S.Á.R.
François de Lorraine Grand Duc de Tofcane , & de
Dame Marie de Fleming d'Ardach , & fortoit de
Pilluftre Maifon du Chaftelet , dont l'Hiftoire
Genealogique a été donnée au public par Dom'
Calmet Abbé de Senones,imprimée in-fol . à Nancy
en 1741. Voyez à la page 101,
Le 23 Armand de Bethune , Duc de Bethune
Charoft Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général des armées de Sa Ma
jefté , Lieutenant pour le Roi dans les Provinces
de Picardie & du Boulonnois , Chef du Confeil
Royal des Finances , Capitaine d'une des quatre
Compagnies des Gardes du Corps , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Calais & du Fort de
Niculay , mourut à Paris dans la 85 année de fon
age étant né le 25 Mars 1668. Il avoit eu l'honneur
d'être nommé Gouverneur de la Perfonne
du Roi Louis XV. le 13 Août 1922 , & il avoir
exercé cette Charge jufqu'à la majorité de Sa Majefté
; il étoit fils de Louis- Armand de Bethune
Duc de Bethune Charoft , Pair de France , Che
valier des Ordres du Roi , Lieutenant Général air
Gouvernement de Picardie , Boulonnois & Pays
reconquis , Gouverneur particulier de la ville de
Calais & Capitaine des Gardes du Corps du Roi,
mort le premier Avril 1717 , & de Dame Marie
Fouquet morte le 14 Avril 1716 , grande- tante
du Maréchal Duc de Belle Iffe ; il avoit épousé le
23 Octobre 1680 Louife - Marie- Thérefe de Melua
d'Efpinoy , fa coufine germaine inorte le 31 Os
108 MERCURE DE FRANCE.
tobre 1683 , & en avoit eu Louis- Jofeph de
Bethune Marquis de Charoft , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie & Brigadier d'armée , tué à
la bataille de Malplaquet le 4 Septembre 1709 ;
fans laiffer de fils de Marie Bruflart de la Borde
qu'il avoit épousée le 17 Décembre 1704, & remariée
depuis en 1732 avec M. le Duc de Luynes
&c. & Paul François de Bethune né le 9 Août
1682 , Duc de Bethune Charoft , Pair de France
& Chevalier des Ordres du Roi du 16 Mai 1728 ,
Lieutenant Général des armées de Sa Majefté ,
de 1719 , Lieutenant Général des Provinces de
Picardie , Boulonnois & Places de Haynaut , &
Gouverneur des Ville & Citadelle de Calais ,
Fort de Nieulay &c. ci-devant Capitaine d'une
Compagnie des Gardes du Corps du Roi , lequel
du mariage qu'il contracta , le 13 Août 1709 avec
Dame Jule- Chriftine- Regine - George d'Antraigues
morte le 24 Août 1737 , outre les Dames
Comtefle de la Vauguyon , & Marquife de Teffé
fes filles , a eu pour fils François-Jofeph de Bethune
Duc d'Ancenis , 'Pair de France , né le 7
Janvier 1719 , Capitaine en furvivance de fon pere
d'une Compagnie des Gardes du Corps du Roi ,
Meftre- de-Camp d'un Régiment de Cavalerie ,
mort le 26 Octobre 1739 , laiffant de fon ma→
riage avec Dame Marthe Elifabeth de Roye de
Roucy de la Rochefoucaut , niéce de M. le Cardinal
de la Rochefoucaut Archevêque de Bourges ,
un fils unique nommé Armand-Jofeph de Bethune
Marquis de Charoft , né le premier Juiller
1738. Voyez pour la Genealogie de la Maifon
de Bethune, l'une des plus grandes du Royaume,
l'Hiftoire qui en a été donnée au public en 1636
par le célébre André du Chefne , & l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne vol . 4. fol 210,
&c.
NOVEMBRE. 1747. 209
Le 26 mourut en fon Château de Verneuil
près Meulan Louis- Pierre de Roncé Seigneur &
Marquis de Vernouillet par Lettres d'érection de
1723 , fous la dénonciation du Marquifat de
Roncé Vernouillet , Lieutenant des Maréchaux
de France dans les Prévôtés de Saint Germain
Préfidial de Mantes , Bailliage de Meulan & dans
les deux Vexins , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & ci- devant Capitaine dans le
Régiment de Maulevrier ; il étoit âgé de 79 ans
étant né le 20 Février 1670 ; il avoit épousé le
27 Mars 1719 Dame Anne- Charlotte de Salabery,
foeur de M. de Salabery Préfident de la Chambre
des Comptes , de M. l'Abbé de Salabery Conſeiller
au Parlement , Abbé de l'Abbaye Royale de
Coulombs , fille de feu M. de Salabery Préfident de
la Chambre des Comptes , & niéce de M. de Salabery
de Benneville , aujourd'hui Lieutenant Gé
néral des armées havales du Roi & Grand Croix
de l'Ordre de Saint Louis , & de ce mariage il
laiffe deux fils , l'un Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de la Rochefoucaut , & l'autre Albert-
Marie de Roncé rèçu Chevalier de minorité
de l'Ordre de Malte en 1732 , & Capitaine dans
Le même Régiment que fon frere , il étoit fils de
Louis de Roncé Seigneur de Vernouillet , Capitaine
de la Venerie du Chevreuil pour le plaifir
du Roi , puis Préfident à Mortier au Parlement de
Rouen en 1678 , mort en 1713 , & de Dame Françoife
Bretel d'Eftalleville , famille qui a donné des
Chevaliers de Malte en 1597 & 1634 , petit - fils
de Jean -Jacques Roncé Seigneur de Vernouiller
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi &
Capitaine de la Venerie du Chevreuil , & de
Dame Françoife des Prez , & arriere petit- fils de
Jean- Jacques Roncé Seigneur de la Fontaine ,
210 MERCURE DE FRANCE.
Président de la Chambre des Comptes de Nor
mandie en 1619 , & de Marguerite Alleaume
Dame de Vernouillet fa veuve en 1620 ; de cette
branche des Marquis de Vernouillet , & de celle
des Seigneurs de Frefquiennes leurs aînés , font
fortis plufieurs Chevaliers de l'Ordre de Malte
dès l'an 1616 & 1631 , de même qu'il en eſt ſorti
de la famille de Bretel ès années 1597 , 1634 &
1668 ; les armes de Roncé font d'azur à un chevron
d'or accompagné en chef de deux molettes
de même , & en pente d'un renard paffant d'or.
Le 29 Dame Marie- Sophie Honorate Colbert de
Seignelay, femme de Charles- François - Fréderic de
Montmorency-Luxembourg , Duc de Luxembourg,
Pair & premier Baron Chrétien de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général des
armées de Sa Majefté , Gouverneur & Lieutenant
Général pour le Roi de la Province de Normandie,
avec lequel elle avoit été mariée le 9 Janvier 1724
mourut à Paris dans la 36 année de fon âge , étant
née le 20 Septembre 1711 & laiffant pour enfans
Anne François de Montmorency- Luxembourg, né
le 9 Décembre 1735 , & Anne-Maurice de Montmorency
, mariée le 26 Février 1745 avec Anne-
Louis de Montmorency , aujourd'hui Prince de
Robec. Elle étoit fille unique de Marie - Jean-
Baptifte Colbert , Marquis de Seignelay , Maître
de la Garderobe du Roi , Meftre de Camp
du Régiment de Champagne & Brigadier des armées
de Sa Majefté , mort à l'âge de 29 ans le 26
Février 1712 , & de Dame Marie- Louife-Maurice
de Furftemberg, mariés le 10 Janvier 1710, petitefille
de Jean-Baptifte Colbert , Marquis de Seigne-
Jay de Châteauneuf-fur Cher , & de Lonvé , Comte
de Creuilly & Miniftre & Secretaire d'Etat ayant
Je Département de la Marine , Commandeur &
NOVEMBRE. 1747. 211
Grand Tréforier des Ordres du Roi , mort à 39
ans le 3 Novembre 1690 , & de Dame Catherine-
Thérefe de Matignon,mariée le 6 Septembre 1679,
remariée depuis à Charles de Lorraine , Comte de
Marfan , Sire de Pont , morte le 6 Décembre 1699,
& arriere petite fille de Jean- Baptifte Colbert ,
Marquis de Seignelay , Miniftre & Secretaire d'E
tat , Commandeur & Grand Tréforier des Ordres
du Roi , Contrôleur Géneral des Finances , mort
le 6 Septembre 1683 , âgé de 64 ans, en réputation
d'un des plus grands Miniftres de la France , & de
Dame Marie Charron de Menars , mariée en 1648 ,
& morte le 7 Avril 1687. Madame la Marquife de
Seignelay , mere de feuë Madame de Luxembourg,
eft fille d'Antoine Egon de Furftemberg , Prince &
Landgrave de Furftemberg & de l'Empire , & de
Dame Marie de Ligny , & niéce de Guillaume
Egon de Furftemberg , Cardinal Evêque de Straf
bourg , mort le 10 Avril 1704. Voyez la Genea
gie de Colbert dans le Dictionnaire Hiftorique ,
vol. 2 , fol . 930. Hiftoire des Grands Officiers de
la Couronne , vol. 9. fől. 231 , & celle de la
Maiſon de Furftemberg , l'une des premieres d'Allemagne
, dans les Tables Généalogiques d'Huby
ners.
J
APPROBATION.
Ai lu par ordre de Monfeigneur le Chance
lier le Mercure de France du mois de Novem
bre. A Paris le premier Décembre 1747.
BONAMY,
TABLE .
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profes
3
La Bataille de Lawfelt & le Siége de Bergopfoom,
Ode 20
28 Lettre écrite d'Aumale à M. de la Bruere ,
Epitre de M. l'Abbé B *** à M. **** de Charente
,
Réponse à cette Epitre
44
45
Séance de l'Académie des Sciences de Dijon , 47
Programme de la même Académie pour le prix de
Médecine de 1748 ,
Ode au Menfonge
53
54
Séance de l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Rouen ,
57
Le bel efprit allié avec l'ignorance , Allégorie , 63
Difcours par M. Ailhaud , fils , Légifte à Aix , 65
Elégie ,.
Lettre fur les revenans ,
Priere à Bacchus ,
76
79
88
Quatriéme Lettre fur la formation du Tonnerre
,
89
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
d'Octobre ,
Enigmes & Logogryphe ,
96
ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . Le
Comédien , ୨୨
Obfervations fur la cure de la goute & du rhumatilme
,
Le Siége de Bergopfoom , Poëme ,
.100
102
Nouvelle Edition des oeuvres de M. Dufrefny, 104
Differtation fur la fiévre miliaire maligne , ibid.
Sponfalia Plantarum , &c.
Mufaum Adolphe Fridericianum , &c.
IOS
ibish
Promotion de Maréchaux de France ,
148
Lettres Patentes portant reconnoiffance de la nobleffe
de nom & d'Armes de M. Wale , 154
Lettre fur la méthode de traiter les maladies de
Purethre par M. Daran ,
Eftampes du fieur Lebas ›
161
165
Le Régiment Royal Ecoffois donné par le Roi au
Lord Drummond ,
Nouvelles Etrangeres , Suede ,
Allemagne ,
Eſpagne ,
Grande Bretagne ,
Provinces Unies ?
168
169
174
179
181
184
194
Italie ,
Prix propofés par l'Académie Royale des Sciences
, Infcriptions & Belles - Lettres de Touloufe
pour les années 1748 , 1749 & 1750 ,
Mariage & Morts ,
202
205
L'Ouvrage de M. Remond , intitulé le Comédien;
que nous avons annoncé dans ce volume , a paru
vers le milieu du mois . Nous avons vu avec plai
fir qu'il a répondu aux efpérances que nous avions
données. Tout le monde s'eft accordé pour rendre
juftice à la fineffe des refléxions & à l'élé
gance du ftyle.
La Chanfon notée doit regarder la page 123
De l'Imprimerie de J. BULLOS .
Poefies du P. Fabretti ,
Méthode pour apprendre la Géométrie
ibid
ibid.
Le libertinage combattu par le témoignage des
Auteurs profanes , 106
Abregé de l'Hiftoire de France par M. Boffuet
,
Elémens de Phyfique ,
Bibliotheca Medica , &c.
ibid.
107
109
110 Education Chrétienne ,
Quatriéme volume de l'Hiftoire des Hommes ILluftres
de S. Dominique ,
Prolégoménes fur l'Ecriture Sajnte ,
111
112
Troifiéme tome du Traité des Teftamens, & c, 114
Defcription abregée du Cabinet de M. le Chevalier
Baillou ,
Obfervations fur les Plantes ,
Almanachs de Cabinet ,
Defcription d'une efquifle de M. de Lobel ,
Carte de l'Amérique Septentrionale ,
Livre de principes d'Orfèvrerie ,
Toutes fortes de Chocolats ,
116
118
119
ibid
121
ibid
122
ibid.
123
ibid.
Remede pour guérir la goute & les rhumatifmes
,
Chanfon notée ,
Spectacles ,
Divertiffement héroïque fur la prise de Bergopfoom
. 126
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 133
Combat naval ,
Bénéfices donnés par le Roi ,
134
139
Lieutenans Généraux qui ferviront pendant l'hyver
dans les Pays Bas fous les ordres de M. le
Maréchal de Saxe , ibid.
Maréchaux de Camp employés dans les mêmes
Pays Bas ,
Combat naval ,
Rondeau à M, Raux , Emailleur ,
140
141
145
MERCURE
DE
FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ
AU
ROI.
DECEMBRE .
1747 .
PREMIER
VOLUM E.
„
GIT
UT
PARGA
Chés
Papiller
S
A
PARIS ,
La Veuve
PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES
BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
ANDRE'
CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
M. DCC .
XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
A VIS.
L
' ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci -deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere,
PRIX XXX . SOLS .
Y.LS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE
. 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EPITRE A LOUISE.
S
Alut à vous, ma chere & douce amie
Telle vous puis nommer fans infamie
,
Difoit Marot , rimear de fon métier ,
A fa Luna Diane de Poitier ,
Voire à Margot Princeffe de Navarre ;
Le bonhommeau de ces licences-là
En poëfie oncques ne fut avare ;
Même il ofoit encor , par- ci par- là ,
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
.*
Naïvement déployant fa tendreſſe ,
Les appeller mon coeur & ma maîtreſſe.
Or tant revére un fi gentil rimeur
Et l'aime tant que ne ferois d'humeur ,
Pour bienfeance ou tel autre prétexte
De le gâter en alterant fon texte.
Sur ce direz : petit rimeur hideux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux ;
Pas ne me vont fi douceṛeux vocables ,
Et ne me font du tout point applicables ;
Garde-toi donc de jamais ufer d'eux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux
Quant eft de vous , égalez en mérite ,
Comme en beauté la Reine Marguerite ,
Quant eft de moi , fi je n'ai le talent
De cettui Chantre & Poëte excellent ,
'Au moins de lui fuis -je image petite ,
Et par endroits je me diş reffemblant.
Etoit -il pas , fi bien je me remembre ,
Enfon vivant , ce difeur fans façon ,
Du Roi François humble valet- de -chambre ,
Et de fa foeur Madame d'Alençon ,
Etes-vous pas
de moi la fouveraine
Et fuis-je pas votre ſervant petit ,
Qui de fervir fa dame fuzeraine
Et Chevaliere
a fi grand appetit ?
Marot étoit joli faifeur de metres ,
Moi je les aime & j'en apprends par coeur;
"
DECEMBRE. 1747.
Marot vivoit fous un preux belliqueur
Aimé des fiens , & protecteur des Lettres ,
Et moi je vis fous un Prince vainqueur ,
Qui de fon peuple a fubjugué le coeur ,
Et de l'Europe un jour fera l'arbitre.
Marot étoit tendre & reconnoiffant ;
Le coeur aufli fut mon premier pupitre ;
A fon Monarque il fit gentille épitre ,
Et comme moi Poëte adoleſcent ,
Félicita fon Roi convalefcent ;
Même il ofa , fans doute à meilleur titre ,
Lui demander argent ou penfion ,
Ce fis-je auffi dans cette occafion ,
Non pas pourtant à même intention ,
Mais par un trait de cerveau plein de nitre,
Qui trouve & fuit fantafque invention .
Marot l'obtint , & c'eft fur ce chapitre
Qu'il me convient dire d'un ton piteux :
Pauvre rimeur, Marot & toi font deux.
Voyons encor en quoi je lui reffemble :
Marot aimoit Dame de grand renom ,
En qui brilloient mille vertus enfemble ,
En aimai - je une auffi , que vous en ſemble ?
Si je dis oui , pourrez -vous dire non ?
Ah ! pour fi peu n'allez me contredire ;
Mon pauvre coeur hélas , fçait trop qu'en dire ;
Sentant le trait dont Cupidon le point ;
Ou fi votre ame eft tellement mauvaiſe ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'avec mon dire elle ne corde point ,
Oyez ceci ; je vais vous dire un point
Que vous pouvez contredire à votre aiſe.
Le bon Marot , quoique loyal amant,
En les amours n'eût point contentement ,
Ains il en eût toujours peine & fouffrance ,
Or donc pourriez y mettre difference ,
Difant à moi pauvret & fouffreteux ,
Prens bon courage & fois en affûrance ,
Or ne fois plus fi timide & honteux ;
Amour ne rit aux gens fans eſpérance ,
Mais fortune aide aux amans hazardeux ;
Gentil rimeur , Marot & toi font deux.
Pourtant ici quand j'oſe en avant mertre
Propos d'amour & d'eſpoir trop hautain ,
Il n'eft befoin que preniez à la lettre
Ce dont au fond je fuis très-peu certain.
Je ne fçais trop au vrai fi je vous aime ,
Suis là- deffus d'une ignorance extrême ,
Es loix d'amour n'étant grand bâchelier ,
Mais feulement jeune & tendre écolier ;
Pourriez pourtant m'aider dans mon problême
J'ignore hélas ! ce que mon coeur reffent ,
Bien eft-il vrai que je vous trouve belle ,
Qu'abfent de vous fuis trifte & languiffant ,
Mais je ne fçais comment cela s'appelle.
Eft - ce l'effet d'amour , ce Dieu puiffant
Si le croyez , j'y fuis acquiefcant ,
DECEMBRE
.
7 1747.
Si là-deffus votre coeur fe rebelle ,
Vous me verrez de mon ton rabaiſſant ,
Voir je dirai que je fuis haïffant.
Huit jours ya que fuis à la campagne ,
•
Et que me fuis départi d'avec vous
Huit jours y a que fouci m'accompagne
,
Et qu'ici rien ne me femble plus doux.
Tant ſeulement
je bâtis en Eſpagne
Châteaux
d'amour , bofquets & rendez- vous.
Puis quand la puit qui des amans prend cure ,
Couvert nous a de fa grand' robe obſcure ,
Souci commence
alors à déloger ,
S'en vient Morphée apportant votre image ,
Pour un petit mes tourmens alléger ;
Le lendemain fitôt que je m'éveille ,
Et que je vois que Madame Aurora
Par fa venue éclairci le jour a
Me revoilà penfant comme la veille ;
Or vais-je alors toujours en fupputant
Et la femaine , & le jour , & l'inftant ,
Où je verrai ma tant douce merveille ;
C'eſt en comptant ainfi dans mon cerveau ,
Et feuilletant mon almanach nouveau ,
Que j'avifai la glorieuſe fête
Du bon Louis , ce preux & devot Roi ;
C'eſt le patron , ce me dis- je en ma tête ,
De celle-là qui me tient fous la loi ;
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
C'eft dans deux jours ; point n'ai d'offrande prête
Ah ! fi Louiſe étoit en ce lieu - ci ,
Lui donnerois un bouquet defouci ,
Souci marquant celui que j'ai pour elle ;
Ou bien pour mieux orner ma paftourelle
Je lui ferois préfent d'un bel oeillet
Clair- panaché , teint vif & vermeillet ,
Valet d'amour , & portant ſa livrée ,
Ou de jafmins un frais petit cueillet ,
Marquant du coeur la candeur épurée ,
Et détachant d'un petit caffolet
De fins foupirs une foule odorée ;
D'en être auffi fe tiendroit honorée
L'humble pensée en habit violet ,
D'un beau velours , & la juppe dorée ,
Veftement riche & fi pourtant fimplet ;
Plus fierement d'une marche affûrée
Viendroit Grenade avec fon air guerrier ,
Qui pour mieux plaire & fe rendre illuftrée ,
Affûreroit croître fur un laurier.
En outre plus auroit ma Louifette
Un plein pannier d'une franche noisette,
Et puis lapêche à l'air luxurieux ,
Très-dure au coeur , au-dehors pateline ,
Portant fur elle un manteau gracieux ,
Blanc & fanguin , plaqué fous mouffeline :
Auroit auffi du raifin noir hâtif,
DECEMBRE. 1747. 9
Un peu furet , comme fon coeur retif.
J'ajouterois encor , fe fafchât- elle ,
Pour la parer quelques petits atours ,
Bel affiquet , piquante bagatelle ,
Rubans touffus , d'amour plaifante échelle ,
Qui du château va gagner les deux tours ,
Ou de fin lin une claire mentelle
Falbalaffée & pliffée en dentelle ,
Mule écourtée en les juttes contours
Qui galamment un petit pied décore ,
Et devant foi va pouffant les amours ,
Que jambe & juppe en trottant font éclorre ,
Ou bien de paille un reluifant chapeau :
Métail des champs moins faux que l'oripeau ,
Deffus c'eft or , en dedans ce font rofes ,
Sous fon arcade il tient cent beautés claufes ,
Et va gardant que Phébus fur la peau
Pat trop d'amour ne faffe du bobo .
Mais vain defir ! On n'eft pas toujours maître
Comme l'on veut de choifir fon bien être.
Sechez bouquets ; fuivez votre deftin .
Péchés & fruits , devenez chicotin ;
Votre beauté ine devient inutile ,
Bouquets , vivez l'efpace d'un matin ,
Puis périffez , devenez berbe vile ,
Sechez bouquets , Louiſe eſt à la ville .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Me voilà donc à tourner & virer
Dedans mon coeur plein de deuil & fouffrance ,
Comment pourrois cettui cas réparer ;
Lors mon efprit courant à toute outrance ,
Divers fujets fe plaifoit de fleurer ;
Si vins -je alors à vous accomparer
'A ce qu'avons de plus aimable en Francé ,
Qu'avons- nous donc , ce me dis je à part mois
De plus exquis › Louis notre bon Roi .
Ah ! le voilà , c'eft lui par préference.
Pourtant j'y mets certaine difference ,
Refpect eft là qui dit , homme hazardeux ,
Tout beau , Louis & Louife font deux ;
Je le fçais bien ; quoique faifeur de time ,
Je vous connois Beau Monfieur du respect ;
Suis vers mon Prince & tendre & circonfpect ;
Le ton du coeur eft unique , unanime ,
Mais le parler diverſement l'exprime ;
J'aime eft le ton dont il s'agit ici ,
J'aime eft un mot qui comprend tout en ſomme ,
Un mot tout d'or ; en effet quel eft l'homme
Qui me voulut contredire en ceci ,
J'aime le Roi , j'aime Louife auffi ?
Qu'il eut d'efprit , n'eft il pas vrai ma chere 2
Ce beau Précheur qui le premier en chaire
Trois ans y a dans ce tems a nommé
DECEMBRE 11
1747 .
Notre bon Roi Louis le Bien-aimé ?
Ce terme- là vraiment étoit idoine
A fon fujet ; vous noterez pourtant
Que moi n'étant Clerc , ni Prêtre , ni Moine ,
Je crois qu'alors j'en eus dit tout autant .
Ce beau nom là vaut bien celui de Sire ;
Or à ma Life il va comme de cire
Dans ce petit Royaume d'amitiés ,
Ce peu d'amis qu'elle a fçu bien élire ,
Et que l'efprit & le coeur ont liés .
Amis elle a tant elle eft amiable ,
Et complaifante & douce & fociable )
Voir chés fon fexe , & c'eft un très -grand point ;
Car comme on fçait femmes ne s'aiment point .
A donc ferez aujourd'hui proclamée
Par moi chetif, Louife bien aimée ;
Ce joli nom fera votre bouquet ;
Il part du coeur & vaut mieux que muguet ,
Et n'eft befoin que foyez bien aimante ,
Quoique pourtant cela ne gâtât rien ;
Il me fuffit que vous foyez charmante
Toujours dirai que je vous aime bien ,
Mais comme amie & non plus comme amante.
Autant dirai-je encor un coup du Roi ,
Et je crois bien que l'aimez comme moi.
C'est bien raifon qu'ici je le louange ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Comme je fais de vous mon très bel ange .
On ne peut trop , nous dit Jean la Fontaine ,
C'est mon patron , à lui je fuis dévor
Autant & plus encor qu'à mon Marot ,
On ne peut trop trouver belles & bonnes
Et louanger trois fortes de perfonnes ;
Sçavoir les Dieux , fa Maîtreffe & fon Roi.
Ce beau conteur avoit raifon , je croi.
Par M. B** de M***.
SUR le lieu de Cymgiacum d'une Lettre
du Roi Philippes le Bel.
A connoiffance des lieux où ont été
données les anciennes Chartes eft néque
ceffaire pour l'hiftoire , par le jour qu'elle
répand fur celle des Provinces particulieres.
Pour s'en convaincre il ne faut
jetter les yeux fur le traité des Palais de
nos Rois , imprimé dans la Diplomatique
du Pere Mabillon . Mais ces lieux , du moins
quelques- uns , font quelquefois fi peu confidérables
par eux-mêmes , que c'eft fouventun
pur effet du hazard quand on vient
à les démêler ; fans remonter à des tems
DECEMBRE. 1747.
1J
plus éloignés , je m'arrête au commencemert
du XIV. fiécle pour en donner un
exemple.
>
Monfieur de Lauriere a fait imprimer
dans le premier volume des Ordonnances
* des Rois de la troifreme race deux
Chartes du Roi Philippes le Bel fur le fait
des monnoyes , toutes les deux du mois
d'Août 1313 , & données au même lieu ,
exprimé dans la premiére qui eft latine par
le mot Cymgiaci & rendu par Chingy dans
le françois de la feconde ; comme rien dans
ces Chartes ne donne de lumiere fur le
lieu de leur datte , le fçavant Compilateur
ne nous en a rien dit , & véritablement il
lui eut été affés difficile de le défigner.
>
Je fupplerai à fon défaut , en difant que
c'eft Chaingi , Paroiffe du vignoble d'Orleans
à 2 lieues de cette Ville , fur la drorte
du chemin qui conduit à Meung fur
Loire. Et afin qu'on ne croye pas que ce
foit ici une fimple conjecture , j'appuyerai
ce que j'avance d'une autre Charte du même
Philippes le Bel de l'an 1500 , dattée
pareillement de Chaingy : Apud Chaingiacum
, par laquelle ce Prince donne à l'Abbaye
de Voifins , qui n'en eft qu'à demi
lieuë , le dixième du pain & du vin de fa
table , lorfqu'il féjourneroit audit Chain-
* P. 527 & $ 30.
+
#4 MERCURE DE FRANCE.
gy , à Meung , Montpipeau , Bucy Saint
Liphard & S. Ay qui font tous lieux voifins
les uns des autres & dans les environs
d'Orleans. Donavimus perpetuò decimam
panis & vini , quos in villis & locis de Sancto
Agylo , de Montpipeau , de Buciaco Sancti
Liphardi , de Magduno & de Chaingiaco &*
eorum quolibet expendemus.
*
Ce lieu de Chaingy eft ancien , & fon
premier nom latin étoit Cambiacum , &
celui de fon territoire , Ager Cambiacenfis.
C'eft ainfi qu'ils font nommés l'un & l'autre
dans la Charte de fondation de l'Abbaye
de Mixy , connue plus communement
fous le nom de S. Mefmin dans le
Diocèse d'Orleans , par laquelle le Roi
Clovis I. vers l'an 498 donne à S. Eufpice
qui en fut le premier Abbé , les terres de
Chaingy & de Ligny. Encore aujourd'hui
les Abbés de S. Mefmin font Seigneurs de
Chaingy , où ils levent plufieurs droits Seigneuriaux
, & nomment à la Cure , par
le don que leur fit de ce droit Manaffés de
Garlande Evêque d'Orleans . Il eft impoffible
au refte de défigner préciſement où
pouvoient loger nos Rois ; quelque peu
magnifiques que fuffent autrefois leurs
Palais , fur-tout dans les lieux où il ne venoient
que pour la chaffe , tels que ceux
* Tréfor de l'Abb. de Voifins
DECEMBRE. 1747. 15
que je viens de nommer , qui font près de
la forêt d'Orleans nous ne voyons à
Chaingy aucunes ruines qui puiffent nous
en faire conjecturer la fituation .
On peut dire la même choſe à l'égard de
Bucy S. Liphard diftant de Chaingy d'u
ne lieuë , & qui n'a rien de confidérable
que d'avoir été le berceau de l'Abbaye de
Voifins qui y fut fondée environ l'an 1208.
L'aridité du terroir obligea les Religieufes
d'en fortir en 1217 , & elles vinrent
s'établir ou elles font aujourd'hui.
Je remets à une autrefois à dire quelque
choſe ſur l'Abbaye de Voifins , fur Meung
& fur Montpipeau, qui méritent beaucoup
plus d'attention , & je paffe en attendant
à quelques remarques fur S. Ay.
L'Eglife qui porte aujourd'hui le nom
de S. Ay & qui le donne au Bourg qui l'accompagne
, fut dans fes commencemens
dediée à la Sainte Vierge , mais S. Ay ,
S. Agilus , que les Legendes difent avoir
été Vicomte d'Orleans , & qui vivoit vers
le milieu du VI fiécle fous le Roi Childe
bert , ayant été enterré dans cette Eglife
qui étoit de fa Seigneurie , & qu'il avoit
donnée à l'Abbaye de S. Mefmin , l'Eglife
prit dans la fuite le nom du Saint , & devint
une des dépendances de S. Mefmin.
16 MERCURE DE FRANCE.
Les Abbés préfentent encore aujourd'hui
à la Cure par la donation que leur en
ont faite Thiery & Odolric Evêques d'Orleans.
Droit qui leur a été confirmé en
1158 par Manaffés de Garlande. Les Evêques
d'Orleans , Cofeigneurs de S. Ay ,
avoient dans ce lieu un Château où ils alloient
paffer la belle faifon , & nous trouvons
plufieurs de leurs lettres dattées de
cette mailon , in domo noftra de S. Agilo.
Cette maifon fut ruinée aux troubles de la
Religion & n'ayant pû être rétablie depuis
, feu M. Fleuriau , dernier Evêque
l'aliéna il y a environ trente- cinq ans . C'est
dans cette maifon , connue aujourd'hui
fous le nom du Moulin , que logeoient
nos Rois , lorfqu'ils venoient à S. Ay , ainfi
qu'il paroît par un compte de regale de
l'Evêché d'Orleans de l'an 1320 , où il est
employé en dépenfe 10 fols parifis pour nétoyer
la maison de S. Ay quand le Roi y vins.
Philippes le Bel y fit quelque féjour au
mois de Juillet 1300 , fuivant une Charte
de l'Abbaye de Baugency , à qui ce Prince
donne quelques biens. Act. apud Sanct.
Agilum.
Qu'il me foit permis à l'occafion du
Bourg de S. Ay d'éclaircir ici un endroit
de Rabelais que M. le Duchat fon ComDECEMBRE
. 1747.. I
mentateur n'a pas entendu . Il est tiré du
prologue du IV . livre de fon Pantagruel ,
où cet Ecrivain enjoué parle du petit Zaché
duquel les Mufaphis de S. Ayl près Orleans
fe vantent avoir le corps & reliques , &
le nomment S. Silvain. Le Commentateur à
cru que par les Mufaphis de S. Ayl , il falloit
entendre les Moines de l'Abbaye de S.
Aignan , le mot d'Ayl ayant été fubftitué à
celui d'Oignon qui reffemble fort à Aignan.
En quoi il fe trompe ; il eft vrai que Rabelais
employe des allufions auffi tirées que
celle- là , mais ici il eft évident que c'eft de
l'Eglife de S. Ay dont il a voulu parler.
Čet Auteur connoiffoit parfaitement
Orleans & fes environs , comme il paroît
par une infinité d'endroits de fon livre , &
la tradition ancienne du Pays veut qu'il ait
demeuré même quelque tems à S. Ay , où
il venoit avec quelques Seigneurs qui y
avoient du bien. On montre encore au bas
du côtean où l'Eglife eft fituée & fur le bord
de la Loire , une fontaine appellée la fontaine
de Rabelais avec une table de pierre ;
aujourd'hui renverfée , fur laquelle on affûre
que Rabelais venoit quelquefois travailler
au frais , à quoi on doit ajouter que
Saint Silvain , que quelques légendes apocriphes
confondent avec Zachée dont il eft
parlé dans l'Evangile , que Saint Silvain ,
18 MERCURE DE FRANCE.
dis-je , eft honoré dans l'Eglife de S. Ay ,
& qu'il en eft le fecond Patron .
D. Polluche , de la Société Litteraire d'Or
léans.
CACACACÒCRDƏYƏ✔✔ACERD
LES AVANTAGES DE LA POESIE ,
O DE.
DEfcends, Dieu de Délos, de la double coline's
Seconde mes défirs ; d'une flâme divine
Pénetre , échauffe mes efprits.
Je vais dans les tranfports d'un aimable délire ,
Célebrer en ce jour ton immortel empire ,
Et toi feul en connois le prix.
Où fuis-je Quel éclat me tranſporte & m'en
chante ?
Des trésors de Phébus la pompe raviffante
Vient fe dévoiler à mes yeux .
Que ne peuvent les chants d'une Muſe timide
Franchir le fein des airs d'un vol fûr & rapide ,
Et frapper l'oreille des Dieux ?
Loin d'ici , Philofophe au coeur attrabilaire
Yous attaquez le vice avec un ton févere ,
DECEMBRE. 1747. 15
Et l'efprit en eft révolté ;
La douceur a bien plus de pouvoir que la force ;
que des plaifirs la délicate amorce Il faut
Nous ramene à la vérité.
Cieux ! quel fpectacle s'offre à mon ame ravie
Par les ris & les jeux la folâtre Thalie
Des mortels réforme les moeurs.
Rien n'échappe à ſes traits ; médiſance , caprice ,
Mifantropie , orgueil , trahifon , avarice ,
Tout vice étale fes horreurs.
De l'éternelle nuit la fiere Melpomene
Fait fortir les Héros , les produit fur la ſcéne ;
Que vois-je ? Quel éclat pompeux ?
Juftement attendri , le fpectateur foupire ;
Pour réunir en lui les vertus qu'il admire
Il fait mille efforts généreux .
炒肉
Quoi ! des chagrins mortels dont le feu me confume
,
Ont inondé mon coeur,d'un torrent d'amertume !
Qui mettra fin à mes foupirs ?
Le chantre de Henri , l'Horace de la France ,
De mes foucis rongeurs calme la violence ,
Et fait renaître les plaifirs
10 MERCURE DE FRANCE.
En vain portant au loin le flambeau de la guerre ,
Un peuple de héros glaça d'effroi la terre ,
Son
Et fit paftout fubir ſes loix ;
nom eût avec lui traversé l'onde noire ,
Si la main des neuf Soeurs au Temple de mémoire.
N'avoit confacré les exploits.
*****
Mais ce n'eft pas affés ; Rome , fi la vaillance
Du prudent Fabius , du vainqueur de Numance ,
Te donne une vive ſplendeur ,
Les chants mélodieux du Cygne de Mantouë ,
D'Horace les accens , qu'Apollon même avouë ,
Scellent ta fuprême grandeur.
***
Grand Roi , qu'on voit toujours fur l'alle de la
gloire
vôler la foudre en main , de victoire en victoire,
Et cueillir des lauriers fanglans ;
Sans Phébus ta clémence & ta valeur fupréme ,
Qui rehauffent ton nom mieux que le Diadême,
Vaincroient-elles la nuit des tems ?
7
Non , mais ce Dieu puiffant par qui les fiërs AIcides
Ont toujours de la mort bravé les traits perfides ,
DECEMBRE. 1747- 21
T'affûre l'immortalité .
Par les chants d'Arroüet, dont il guide l'audace,
Tes exploits célebrés iront de race en race
Eronner la poftérité .
Par M. Vidal , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de Villefranche en Beaujolois .
VERS mis en musique & chantés chés
M. Noyel de Belle - Roche , Secretaire de
l'Académie de Villefranche , & un des
membres de l'Académie des beaux Arts de
Lyon , le jour de fa Fête .
C Elébrons Elébrons en ce jour la Fête
D'un mortel favori des Dieux :
De mille fleurs parons la tête ;
Faifons de nos concerts retentir ces beaux lieux.
A célébrer ce jour tout fe plaît , tout s'empreffe ;
Les Nymphes , les Silvains de ces rians côtaux ,
Guidés par les tranſports d'une vive allégreffe,,
D'un pied leger , aux fons des chalumeaux ,
Foulent le verd gazon ,
à l'ombre des ormeaux,
Ce mortel eft chéri de la ſage, Déeffe :
De fes dons éclatans Apollon l'a doté.
22 MERCURE DE FRANCE.
Son efprit joint à la folidité
Une extrême délicateffe.
Soleil , pour feconder nos innocens defirs ,
Sufpens ton cours , prolonge nos plaiſirs.
Ah ! loin d'ici , fâcheufe prévoyance ;
Va porter ailleurs tes dégoûts ;
Ne viens pas nous ravir d'avance
De nos coeurs enchantés les plaifirs les plus doux,
Par le même.
*
LETTRE à M. D .... Avocat au Parlement
de Paris , au fujet des Vies des
Hommes Illuftres de France.
MR , Puifque vous avez bien voulu
vous charger du foin de former ma
Bibliothéque , & qu'en effet vous êtes à la
fource , il faut que vous effuyez de bonne
grace des importunités qui ne finiront pas
fi- tôt.
Les deux volumes de Coligny , la derniere
acquifition que vous m'avez faite ,
n'ont pas eu le fort de ces livres qu'on n'achete
que pour faire nombre , ou pour
DECEMBRE 1747. 23
completter des fuites qu'on ne lit guéres
davantage. Ils ont paffé par privilege avant
plufieurs de leurs aînés , & je les ai lus.
Quand le projet de ces vies , qui eft excellent,
feroit moins eftimable qu'il l'eft en
lui- même , les feuls progrès de l'ouvrage ,
qui felon moi fe perfectionne de plus en
plus dans les mains du Continuateur, fuffiroient
pour piquer vivement mon goût.
Mais ne fçaurai-je donc jamais à qui
nous les devons ces nouvelles vies ? Car
fi les premieres écrites avec beaucoup d'élégance
, ont commencé la réputation de
l'ouvrage , celles- ci la foutiennent parfaitement
& l'imitateur de Plutarque a
trouvé un fucceffeur tel qu'il feroit à fouhaiter
que l'hiftorien Grec en eût un.
›
M. Dauvigny qui a porté cette fuite juſqu'au
douziéme volume , a d'abord féduit
par une plume ailée , fleurie , abondante.
Le nouvel Ecrivain qui a commencé au
treiziéme volume ,
fimple , plus nerveux
auffi plus de maturité.
auffi
pur ,
>
mais plus
plus auftere , a
L'homme d'efprit fe montre par - tout ,
& peut-être un peu trop dans les premiéres
vies : l'Auteur des dernieres fe cache
dans fon ouvrage , ou ne montré que
l'homme de bon fens , l'Ecrivain judicieux
& folide.
24 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce qui eft d'un plus grand prix
pour moi , c'est cet efprit de critique & de
difcuffion , qui ne l'abandonne jamais . Ce
n'eft plus un fimple compilateur , occupé à
peindre agréablement les grands hommes
qu'il introduit fur la fcéne ; c'est un véritable
Hiftorien qui peint tout des couleurs
propres à chaque objet, qui fouille , qui va
jufqu'aux fources , & qui par une faine
critique répand un grand jour fur les
points les plus intéreffans de notre hiſtoire.
Nous avions , je crois , deux vies du
célebre Amiral , mais que celle-ci eft fupérieure
à toute forte d'égards , & fur-tout
qu'elle eft curieufe par les détails ! Cet art
fingulier des détails eft encore une des
parties de l'Auteur ; partie plus rare qu'on
ne s'imagine , & pour laquelle il faut bien
du goût , quand on ne veut ni rébuter par
les minuties , ni ennuyer par la fechereffe.
Mais pour donner une jufte idée de notre
Hiftorien , il faudroit copier la plupart des
notes qu'il difpenfe fi fagement , par exem
ple , de tous ceux qui ont parlé de la prife
dn Connétable de Montmorency à la bataille
de Dreux , aucun n'a dit exactement
quel fut celui qui le fit prifonnier : Caſtelnau
dit que ce fut un gentil - homme François
M. de Thou en donne l'honneur à
Robert Stuart de Vezines , & il eſt ſuivi
par
·
DECEMBRE. 1747. 25
L
par l'Auteur des mémoires de Coligny ;
Le P. Daniel affûre , je ne fçais fur quelle
autorité , que le Connétable fe rendit au
fieur de Buffy , mais le nouvel Hiſtorien
produit deux pièces qui prouvent invinci
blement que ce fut à Volpert Von - Dersz. La
premiere eft un acte par lequel l'Amiral de
Coligny s'engage de donner un à compte
fur la fomme promife par le Connétable
pour fa rançon , & la teneur en eft rappor
tée dans la note. La feconde eft une lettre
que ce même Volpert Von- Dersz écrivit au
Connétable , un mois après l'obligation
de Coligny.Ces deux piéces qui fe trouvent
dans les mémoires de Condé , tom. 4. ont
échapé à tous nos Hiftoriens.
François de Lorraine , Duc de Guife ,
ayant été affaffiné par Poltrot , la Maiſon
de Guife vint en corps trouver le Roi
pour lui demander juftice de cet affaffinat ;
Meffieurs de Thou & Mezerai , & après
eux le P. Daniel , font paffer cette lugubre
fcéne à Paris , mais on voit par differens
actes rapprochés par notre Hiftoriep ,
qu'elle fe palla à Meulan , où étoit la
Cour ; le point de fait eft bien difcuté
& porté jufqu'à la démonſtration .
>
Le P. Daniel s'eft encore trompé dans
le récit du voyage de Charles IX . à
Troyes , & notre Historien le releve avec
1 Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de fagacité fur la plupart des cir
conftances.
Enfin vous trouverez dans ces deux volumes
, de Thou , Mezerai , Daniel & nos
meilleurs Hiftoriens , relevés avec exactitude
, faits approfondis & bien débrouillés
dattes rétablies, époques fûres, anecdotes curieufes
, le tout puifé dans d'excellentes
fources ; voilà le caractére de cet ouvrage.
Eh ! Que faut- il de plus pour juftifier l'em
preffement que j'ai d'en voir la fuite ??
Je ne fçais fi nous aurons bien-tôt quel
que chofe , en tout cas je me repofe fur
vous , perfuadé que je ne ferai pas fervi des
derniers. J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Prieur d'Ar....
Le 15 Octobre 1747.
1
CHRONIQUE de la naiſſance de Mlle
de B**. à elle-même..
P Allas pour vous fignala fa tendreffe
Au même inftant que vous vîtes le jour,
Dans votre coeur elle mit la ſageffe ,
Et les vertus qui compoſent ſa Cour,
Dès-lors
pour vous la Mufe Polymnie
DECEMBRE 1747.
27
Sçut prodiguer fes plus rares talens
Et par
les fons d'une douce harmonie
Fit votre oreille à fes divins accens.
Bien- tôt après la Mufe de la danfe
Par mille pas , tous formés avec choix
Vous fit fentir de l'exacte cadence
Et la jufteffe & les févéres loix .
Les jeux décens qui vôloient fur vos traces,
Auffi légers que l'alle des Zéphirs ,
Sans être vâs , vous donnerent les graces
Qui de la danfe augmentent les plaifirs
Charmé de voir un fi bel affemblage ,
Le tendre Amour voulut mettre du fien;
Sans moi , dit- il , la Mufique n'eft rien ;
» Elle ne plaît qu'autant qu'elle m'exprime ;
» Sans mon fecours que deviennent les pas ,
que font-ils fi je ne les anime ?
Mais vainement vanta-t'il ſes appas.
D'un fier regard la Déeffe févére,
Sans l'écouter le bannit de ces lieux.
as Et
Sans ton fecours elle aura l'art de plaire ;
Tout eft a fé , dit-elle , à deux beaux yeux.
L'Amour piqué la traite d'inhumaine.
Ah! quei exil fut pour lui plus cruel !
Tout Dieu qu'il eft , il mourroit de fa peine,
S'il n'efperoit quelque jour fon rappel.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
? A vous former , B * * à yous inftruire
Chacun alors fit voir la même ardeur ,
Et ces trois foeurs qu'un même zele inſpire ,
Entre elles trois difputoient cet honneur :
Quand tout-à- coup fur un brillant nuage
La Vérité ſe fit voir à leurs yeux.
» Quel foin ici, dit-elle , vous partage ?
. Pour élever des jours fi précieux ,
» Sa grand-maman des Dieux à le fuffrage ;
Je la choifis de par ces mêmes Dieux.
La Vérité lui remet l'entreprise ,
>>
On obéit , on approuve le choix ,
Et votre enfance à fes foins eft commife
D'un même accord & d'une même voix ;
Sa main vous guide & ſa voix vous éclaire ;
Vous l'imitez , vous marchez ſur ſes pas ;
'Ah ! dans l'éleve on reconnoît fa mere ;
En vous voyant on ne s'y méprend pas,
Mais quel progrès ? Et de votre carriere
Qu'avec fuccès vous rempliffez le cours !
En vous déja brille fon caractére ,
Et qui vous voit voudroit vous voir toujours ¿
Sur votre front la vertu fans nuage
Etale aux yeux les plus beaux ornemens ,
Et la raifon chés vous devançant l'âge,
Fait avant l'âge éclore vos talens.
1
DECEMBRE. 1747 . 29
Du plus fubtil , du plus plaifant langage
Vous connoiffez les termes & le choix.
Ils femblent faits , B ** , à votre uſage ;
Quand vous voulez vous leur donnez des loix ;
Si vous parlez , une aimable ſaillie
Au même inftant vient à votre fecours ;
Si vous contez , l'hiftoire eft embellie
Par les beautés & les fleurs du difcours.
Ces qualités en vous toutes égales ,
L'une de l'autre empruntent des attraits ,
Et chaque jour ces aimables rivales
Font à l'envi briller de nouveaux traits.
Or jugez donc quelle peine cft la nôtre
Pour décider fur de fi beaux talens ;
Nous les voyons , & toujours en fufpens
Nous ignorons qui l'emporte fur l'autre.
A M. d'Ardéne fur fon Recueil
de nouvelles Fables.
P Hilofophe charmant , dont l'auſtere ſageffe ,
Pieine d'aménité
Fait revivre l'urbanité
•
De l'Italie & de la Grece ;
Toi dont l'heureux pinceau
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Du plus petit objet fait un parfait tableau ,
Sans s'écarter de la nature.
(
Et dont . le génie accompli
Fait fous l'appas de la figure
Adorer les vertus dont ton coeur eft rempli ;
Que j'aime à m'égarer dans les vertes allées
De ce riant jardin
Que tu cultives de ta main !
Là mille & mille fleurs artiftement mêlées ,
La jonquille , l'oeillet , la rofe , le jafmin ,
La renoncule , l'anémone ,
La lavande même & le thin ,
Les ifs , les buis , enfin
Tout ce qui m'environne ,
Les couleurs que je vois , les odeurs que je fens ,
Tout me parle & me donne
Mille préceptes raviffans.
Des oifeaux innocens
Les tendres chanfonnettes ,
Le doux bêlement des troupeaux ,
La verdure des prés , le murmure des eaux ,
Tant de créatures muettes ;
Les arbres , les rochers , les vallons , les côteaux
De tes miraculeux pipeaux
Font fortir des leçons parfaites.
Ainfi dans tes Ecrits , comme
dans un miroir
L'homme voit la nature
Lui fourire avec grace , & de chaque devoir
DECEMBRE. 1747.
3 %
Lui tracer la peinture.
Pourfuis donc ; tu peux hardiment
Aller fur les bords d'Hypocrène
'Partager amplement
Les célébres lauriers qu'y cueille la Fontaine.
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
EXTRAIT de la Relation d'un Voyage
en Champagne , ou Defcription d'une Ardoifiere
fituée proche la Meuse.
B5
E viens , Monfieur , à l'Ardoifiere dont
Jje vous aipromisune defcription plus
circonftanciée . Entre Charleville & Rocroi
eft une vafte forêt appellée. bois de
Fremi , qui étoit jadis l'entrée des Ardennes.
Il a été concédé environ 10 arpens
de ce bois pour l'ouverture de l'Ardoifiere
dite de S. Barnabé , que poffede aujourd'hui
M. Delcourt , Tréforier de France ,
hors un huitiéme duquel font propriétaires
les Religieux du Mont-Dieu ; ( a ) cette
carriere eft à un quart de lieuë de Deville ,
Paroiffe du Diocèfe de Reims , fituée fur
la rive gauche de la Meuſe . Je vais ouvrir
le fein de la terre , & vous tramfporter dans
(4 ) Grande & belle Chartreuse à deux lieues de
Sedan. V. Defcrip . de la Fr. par M. Pig. de la Fore
ce , dern. Ed.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
un pays tenebreux : pour m'énoncer clairement
, j'aurai , comme vous voyez , à lutter
contre une matiere enfevelie dans les
ombres de la nuit . S'il m'étoit permis d'invoquer
une Divinité , j'adrelferois à la
clarté ce que dit Virgile aux Dieux des Enfers
?
. Sit numine veftro
Pandere res alta terrâ & caligine merſäs.
L'Ardoifiere ou maffe d'Ardoifes eft
une tranche d'environ 1 3 pieds d'épaiffeur,
qui defcendant du Nord vers le Midi
coupe obliquement l'horizon , & y fait un
angle d'environ 45 dégrés. Elle s'étend
indéfiniment du Levant au Couchant , &
fi nous fuppofons qu'en s'avançant vers le
Pôle Méridional , cette tranche va juſqu'à
l'autre Hémisphere , elle préfentera à votre
imagination une espece de gâteau rond &
plat , qui fepare obliquement le Globe terreftre
en deux parties , & que les ouvriers
nomment Terne. ( a ) J'ai dit que ce gâteau
avoit environ 13 pieds d'épaiffeur , parce
qu'on rencontre quelquefois des éminen .
ces , mais ces inégalités étant paffageres ,
*
(a) De terra nata ou terra nova , apparemment
parce qu'ils fe feront imaginés que ce Foffile eft
poftérieur à l'ouvrage du premier des fix jours,
DECEMBRE. 1747 33
on peut les confiderer comme de petites
boffes , répanduës çà & là fur une furface
plane.Vous fçaurez encore 1 °. qu'il y a de
très-belles Ardoifieres qui n'ont guéres que
10 pieds d'épaiffeur.Telle eft celle de Saint
Louis , de l'autre côté de la Meufe : 2º . II
y a auffi dans le voifinage d'autres Ardoifieres
, dont le plan moins incliné approche
plus de la perpendiculaire. Telle
eft , M. la carriere ou le Terne , dont il falloit
avant toutes chofes vous faire connoître
la poſition.
le
Mais ouvre- t'on une Ardoifiere au hazard
? Non fans doute. Il faut qu'elle s'annonce
par des fignes , je veux dire , par de
petites pierres d'ardoife , dont on effayeroit
vainement de nettoyer le terrein.
Alors on cherche à s'affûrer fi la nature
n'auroit point tendu un piége , car quelquefois
les apparences font trompeuſes ,
& le fruit des recherches eft de fe convaincre
qu'il n'y a rien à efperer , & que
Terne eft fi défectueux , qu'il ne dédom
mageroit point des frais , mais quel que
doive être le fuccès , le plus court moyen
de découvrir fi les fignes font vrais ou
trompeurs , c'eft de percer la coline , horizontalement
du Nord au Midi . Vû la
pofition
du Terne , telle que je l'ai décrite ,
s'il y a une Ardoifiere , on la rencontrera
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
bien -tôt & infailliblement. If n'eft plus
queftion alors que de l'exploiter.
Vous vous fouvenez , Monfieur. , que le
Terne entier eft une tranche de 13 pieds
d'épaiffeur. Figurez - vous cette tranche coupée
par plufieurs lignes paralleles du Nord
au Midi , & par d'autres lignes tranfverfales
du Levant au Couchant , qui coupent
les premieres à angles droits . Ces differentes
lignes, en fe croifant , forment une
infinité de petits carreaux . Ce font les differentes
portions que l'on exploitera fucceffivement
; ces carreaux ont néceffairement
13 pieds d'épaiffeur ; on leur donne
36 pieds de long & environ 18 de large .
Les ouvriers appellent Longrin (a) , chaque
carreau qu'ils entreprennent d'exploiter
& Forage ( b ) l'exploitation du premier
carreau de chaque fonciere. Le Forage
on premiere ouverture étant achevée , ils
s'étendent à droite & à gauche fur la même
ligne , & pour ainfi dire au même
étage. Il eft évident que le Forage eft comme
le veftibule commun de ces galeries
fouterraines , qui vont s'ouvrir vers l'Orient
& l'Occident ; ce ne fera pas , comme
vous jugez bien , Monfieur , le travail
1
?
(4) C'est qu'il réfulte de leur travail un vuide
qui augmente la longueur des galeries.
(b ) De Forare , percer.
DECEMBRE. 1747. 35
d'un jour ni d'une année. Il y a dequoi occuper
plufieurs vies de Mathufalem. Voici
en quoi confifte ce travail interieur. La
pierre eft composée de plufieurs lits d'Ardoifes
, appliqués & couchés les uns fur
les autres pour lever ces differens lits ,
l'ouvrier armé d'un pic , fait à une certaine
longueur , par exemple à 2 pieds , une incifion
qui coupe le fil de la pierre ; fans
cette entaille , la pierre qui fuivròit ſon
fil ne pourroit être feparée par aucune
force humaine. On pratique enfuite une
ouverture fuffifante pour y inferer le coin
& quelques coups bien aflenés détacheront
cette pierre de la malfe , comme fi l'on
fendoit un morceau de bois. Afin de la
tranfporter hors de la carriere , l'ouvrier la
partage en deux ou trois , confultant fes
forces & fa commodité , car il la portera
lui-même fur fon dos , n'ayant d'appui
que les deux mains qui le foutiendront.
La vûe de cet ouvrier courbé fous le poids
d'une pierre qui l'accable & montant avec
peine par un chemin efcarpé & difficile ,
ne vous rappelleroit- elle point le fupplice
de Sifyphe? Ces habitans fouterrains , fans
autre fecours , pour diffiper l'obscurité qui
les environne , que la foible lueur d'une
chandelle qui leur fert de foleil & d'horloge
, continuellement occupés à déchirer
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les entrailles de la terre , ne vous paroif
fent-ils. pas , dans le fens phyfique , de
vrais enfans de ténébres ? Trop heureux
encore , s'il ne fe creufent point un tombeau
, en exploitant un Longrin ! Ce qui
arrive quelquefois , encore que l'on prenne
les plus fages précautions. En effet ,
fans parler des décombres dont on remplit
les chambrées ou galeries , à meſure
qu'un Longrin eft achevé , afin que le toit
même ( qu'ils nomment Ciel ) ait un appui
folide & capable de calmer les inquiétudes
, on laiffe au haut du Forage & de
chaque Longrin une portion du Terne ,
large de 6 pieds , qui fert de pilier continu
ou de muraille , & qui foutient le
Ciel. On la rend même plus large , & l'on
y ajoûte des étais de bois , pour peu que
le
Cielparoiffe fufpect & dangereux . Ce que
j'ai dit du premier Forage , vous l'appli
quez fans doute , fans doute , Monfieur, aux deuxième
troifiéme , &c. en un mot , à tous les étages
fuivans , qui s'ouvrent & s'exploitent
de la même maniere , car on ne ſe borne
pas à un feul ; on les multiplie proportionément
au nombre des ouvriers qu'on
veut employer , & même les Ardoifes des
deux premiers Forages font d'ordinaire fi
défectueufes , que l'Ordonnance de la ville
de Paris de 1672 défend d'y en apporter
DECEMBRE, 1747. 37
qui ne foyent tirées du troifiéme & fuivans
J'omets bien des détails , Monfieur ,
afin de vous tirer plutôt de la carriere.
Des cabanes placées proche l'Ardoifiere
fervent de laboratoire aux ouvriers d'enhaut.
C'eft-là qu'en fe fervant de cizeaux
plats dont la lame eft au moins d'un pied
de long, & qu'ils frappent avec de petits
maillets de bois , ils féparent aisément
la pierre lorfqu'elle eft encore tendre
c'est-à-dire , au fortir de la carriere , &
ils la coupent en feuilles plus ou moins
déliées. La pierre ainfi fendue , l'ouvrier la
taille fur un billot avec un grand couteau
en forme de petite hache , & il en élevé
autour de lui diverfes piles qui ont differens
noms , felon la difference de leur
épaiffeur , longueur & largeur. Tout ce
travail du déhors s'exécute comme celui
des perrieres d'Anjou ; les Faifeaux ( a )
ou déchets de pierres ne font pas inutiles.
Ces morceaux brifés & trop petits pour
prendre la forme prefcrite , fervent à cou
vrir la cabane du pauvre & du payfan.
Je ne vous dirai qu'un mot fur la qualité
des Ardoifes ; les meilleures font fans
(a ) A faciendo , parce qu'ils font , pour ainfi
dire , tout faits & qu'ils ne coûtent pas beaucoup
de peine à façonner.
38 MERCURE DE FRANCE.
contredit celles qui fe durciflent avec le
tems , & qui bravent les injures de l'air.
Telles font celles de S. Barnabé & de S.
Louis. D'autres s'amolliffent & même fe
pourriffent fur le toit, ce qui a fait dire que
ces Ardoifes n'étoient pas bien cuites , mais fi
elles valent moins pour la couverture , en
recompenfe leur furface extrêmement polie
les rend bien propres aux ouvrages
d'ornement , tels que les carreaux , les tables
, & c. & comme elles ne fe durciffent
jamais parfaitement , le burin y entre avec
plus de facilité , & les caracteres y ont un
air de propreté & d'élégance dont les Ardoifes
plus dures ne font guéres fufceptibles
, parce qu'elles s'écaillent fous la main
du Graveur. C'eft en ce fens qu'il faut entendre
ce que l'Auteur du Dict, du Com.
a dit d'une maniere vague & peu correcte .
Les Ardoifes de Mezieres font plus tendres
que celles d'Anjou , & s'écaillent. Ce qu'ajoute
ce fçavant Auteur eft plus exact.
On a ouvert des Ardoifieres à quelques
lieues de Charleville dont la pierre n'eft
pas moins belle , ni de moindre fervice que
celle d'Anjou , quoiqu'elle ne foit pas tout
à-fait fi bleue ou fi noire. Une feconde marque
à laquelle on difcerne la qualité des
Ardoifes , c'eft que les plus fines ont un
DECEMBRE. 1747. 39
fon gracieux & argentin; 3 . on préfere les
ardoifes plates aux ardoifes cofines ou convexes
, tant parce que celles- ci ne font
propres qu'à couvrir les dômes des Eglifes
que parce qu'elles font d'un tranfport bien
plus cafuel. Enfin , Monfieur , les Ardoifes
de la carriere dont je viens de vous rendre
compte , ont de petits grains fur leur furface
, ce qui leur procure le double avantage
de la folidité & de la beauté ; de la
folidité , en ce que ces grains font une efpece
d'avant-garde qui peut défendre le
corps de l'Ardoife , & rompre du moins
en partie les efforts d'une grêle violente
de la beauté, en ce que ces grains exposés au
Soleil brillent.comme de petits diamans. Je
ferois bien tenté de croire que cet agrément
fe trouvoit dans les premieres Ardoifes
dont on s'eft fervi , & qu'il n'a point peu
contribué à faire donner le nom à cette
pierre ,, parce que frappée des rayons du
Soleil , elle lance de deffus le toit comme
des traits de flâme . Ardefiam vocamus , credo,
ab ardendo , quòd è tectis ad folis radios veluti
flammasjaculetur. Pardonnez - moi ce trait
d'érudition ; il s'eft trouvé fous ma main ?
en ouvrant le Gloff. de Duc.
Il fe fait un grand commerce de ces Ardoifes
en Picardie & en Flandres. On en
48 MERCURE DE FRANCE
envoye auffi à Paris & à Rouen , les
par
tivieres d'Ayne & d'Oife , en les voiturant
par terre jufqu'à Pont-à -Vere ou à Soiſſons.
Je fuis , &c.
L. A. A. P.
A Paris le
3
Mai
1747.
ODE.
A Madame ....
qui m'avoit engage
Q
à faire des vers fur elle.
U'un autre aille apprendre à la terre
Quels furent ces audacieux
Qui jadis , malgré le tonnerre ,
Voulurent enchaîner les Dieux.
Qu'il nous vante le fils d'Alcméne ,
Ou du nourriffon de Siléné
Qu'il chante les fameux exploits ;
A vous chanter , belle Climene ,
Je confacre aujourd'hui ma voix.
炒菜
Illuftres filles de mémoire,,
Et meres des doctes chanfons ,
Si vous prenez foin de la gloire
DECEMBRE . 1747.
De vos plus tendres nourriffons
Pour un jeune éleve d'Horace ,
Mufes , des fources du Parnaffe
Abandonnez les heureux bords ;
Venez de må naiffante audace
Soutenir les foibles efforts.
**
Eh quoi ! Seriez-vous infenfibles .
Aux humbles accens de ma voix ?
Ah ! Déeffes trop inflexibles ,
Je ne reconnois plus vos loix ;
Ne me vantez plus l'Hyppocréne ;
Les yeux de l'aimable Climene ,
Théatre des tendres amours "
Scauront bien échauffer ma veine
Sans tous vos fuperbes fecours.
***
1 .
Que fens-je ? Quelle ardeur fubite
'Se rend maîtreffe de mon coeuranda
D'od naît le trouble qui m'agite
Je cede à fa douce fureur..
Oui c'eft Climene qui m'infpire ;
Amis , qu'on n'apporte la lyre
Que le doux Chantre de Téos , *
* Anacréon
C
, t
42 MERCURE DE FRANCE:
Dans l'excès d'ua tendre délire ,
Confacroit aux Dieux de Paphos .
XX
Quel Peintre , dans la noble envie
D'égaler ton docte pinceau ,
Forma l'entrepriſe hardie
D'achever ce fanieux tableau ,
Ou jadis , d'une main fidelle ,
Tu fçûs , inimitable Apelle ,
Crayonner les artraits divers ,
Dont brille à nos yeux l'immortelle
Qu'enfanta l'écume des mers ?
211 •
Mais quand fon audace fçavante
L'auroit enfin exécuté ,
En chantant l'objet que je chante ,
N'ai-je pas encor plus tenté ?"
La gloire n'en eft pas égale ;
f
Quelques charmes que nous étale
La mere des ris & des jeux , 4
Sa noble & charmante rivale ch
En offre encor plus à nos yeux,
225 5
Dès que tu brillas fur les ondes ;
Je le fais , Reine de Paphos ,
2
DECEMBRE. 1747.
41
Du fein de leurs grottes profondes
Volant , à l'envi , fur les flots ,
Les Néréides t'entourerent ,
Et leurs yeux jaloux fe troublerent
En voyant tes naiſſans appas ,
Mais les Dieux te favoriferent
Puifque Climene n'étoit pas.
•
*3*+
Otoi , qu'un fort digne d'envie
A rendu l'arbitre des Cieux ,
Mortel qui jadis en Phrygie ,
Par l'ordre du maître des Dieux ,
Jugeas la fameuse querelle
Qui de la difcorde cruelle
Signala les triftes fureurs ;
Que ne put alors cette belle
T'étaler fes attraits vainqueurs !
T
Tes yeux, à fon afpect , auroient vé les Driades,
Du fein de leurs forêts , admirer les appas,
Et du fommet d'Ida les jeunes Oréades
Précipiter leurs pas.
Le Scamandre, du fond de fon palais humide,
Acousantfur fes bords de rofeaux couronnés , L
44 MERCURE DE FRANCE.
Eût alors fufpendu la courfe trop rapide
De fes fots étonnés.
On eût vû les plaifirs & les graces riantes
Voltiger autour d'elle avec les ris , les jeux ,
Et leurs mains à l'envi , des fleurs les plus brillantes
Embellir fes cheveux .
L'Amour même , l'Amour l'eût priſe pour fa
mere ,
Mais au timide éclat d'une noble pudeur
Ne reconnoiffant plus la Reine de Cythére ,
Il eût vû fon erreur .
***
Au milieu des buiffons , dans l'ombre du filence ,
Pour elle cût foupiré le Satire amoureux,
Eole auroit des vents enchaîné l'’infolence
Dans leurs antres affreux .
Paifibles Rois des airs, vainqueurs de leur furie
On eût vû dans ces lieux folâtrer les Zéphirs ,
Et l'on n'eût entendu dans les bois de Phrygie
Que leurs tendres foupirs.
Les chênes qui jadis trouverent des oreilles
DECEMBRE. 1747. 45
Pour écouter d'un luth les fons harmonieux ,
Alons pour contempler tant d'auguftes merveilles
Aurojent trouvé des yeux.
Oii pour la brillante Climene
Tous les habitans de ces bois
'Auroient de ton ame incertaine
Déterminé le jufte choix ;
Ils auroient , témoins de fa gloire ,
A l'envi chanté ſa victoire ,
'Ainfi que la honte des Cieux ,
Mais , Berger , fans même les croire ,
Il ne t'eût fallu que des yeux.
Envain de la grandeur ſuprême
Jupon re vantant les plaiſirs ,
Eut d'un fuperbe diadême
Flaté l'orgueil de tes défrs.
Envain la Déelle d'Athéne
T'eut promis la gloire inhumaine
De vaincre au milieu des hazards ;
Sans même t'offrir une Hélene ,
Climene eût fixé tes regards.
**
Ainfi de la troupe immortelle
46 MERCURE DE FRANCE.
Dédaignant les riches bienfaits ,
Au vrai feul ta bouche fidelle
-Eût fait triompher ſes attraits ;
Ta main juftement libérale
Eût à cette aimable rivale ,
Pour prix de fes charmes vainqueurs ;
Accordé la pomme fatale
Dont le Ciel briguoit les honneurs
+3
Toi , Vénus , qui vis la victoire ,
Puifque Climéne n'étoit pas ,
De l'éclat d'une jufte gloire
Couvrir tes céleftes appas ,
Il est vrai , ta beauté brillante
Obfcurcit la plus éclatante
De toute l'immortelle Cour ,
Mais fur toi l'objet que je chante ,
Déeffe , l'emporte à fon tour,
Ainfi pendant la nuit obfcure
Tous les autres flambeaux des Cieux
Cédent à la clarté plus pure
Dont Diane brille à nos yeux ,
Mais dès que la naiffante Aurore
Des rayons qu'elle fait éclore
DECEMBRE. 1747. 47
.
Couvre les aftres de la nuit ,
De fes feux l'Olimpe fe dore ,
Et Diane s'évanoüit,
**
Mais au milieu de ma carriere ,
"
D'où me vient ce fatal effroi ?
Quelle foudroyante lumiere
Vois - je briller autour de moi ?
Je me trouble ; mon coeur s'étonne
J'apperçois le fils de Latone.
Pourquoi ces regards menaçans ?
Ah ! mon audace m'abandonne
Au bruit de ces triftes accens,
A Où tend donc , jeune téméraire
» Cette ardeur dont tu fuis les loix ,
» Et juſqu'où ton audace alțiere
» Ofe-t'elle porter la voix .
ב כ
A
Quoi ! d'une mortelle Déeffe ,
» Pour remplir ta folle promeffe ,
» Tu prétends chanter les appas ,
» Tandis que le Dieu du Permeffe
Peut être ne l'oferoit pas ?
95
-
***
Arrête , & de ton entrepriſe
» Reconnois la fublimité ;
48 MERCURE DE FRANCE .
» Du fol orgueil qui te maîtrife
Réprime la témérité ;
Ou fuivant l'ardeur qui t'égare
» Par un fort funefte & bizare
» Elevé trop haut dans les airs ,
» Crains de tomber , nouvel Icare ,
» Dans le vafte gouffre des mers,
+3x+
Pour vous plaire , aimable Climéne
Que n'allois - je pas affronter ?..
Ainfi j'ofois tenter fans peine
Ce qu'un Dieu n'eût ofé tenter ,
Mais glaçant mon ardeur trop prompte
Ce Dieu dont l'efprit me furmonte ,
Epargne fans doute aujourd'hui.
'A fon éleve de la honte ,
A vous , Climéne , de l'ennui,
Par M. L. B. N, de Paris,
DECEMBRE. 1747. 49
MEMOIRE fur les Couronnes Militaires
des Romains.
Q
Uand on fonge à quel point l'interêt
eft le mobile des actions du commun
des hommes , on a droit d'être étonné
que l'amour de la gloire ait autánt de
pouvoir fur eux. Lame la plus baffe n'y
eft pas infenfible . Dès qu'il s'agit de la
gloire , elle femble alors fe reffouvenir de
fa premiere dignité : il eft vrai que ces
occafions font plus rares , mais elles font
plus décifives . L'interêt , qui devient plus
que jamais le dieu de la terre , fait faire
plus de chofes aux hommes , mais la gloire
leur en fait faire de plus difficiles . Dans
toutes les occafions l'interêt tire des ames
vulgaires à peu près ce qu'elles peuvent ,
mais fi la gloire les frappe dans d'heureux
momens , elle les éleve au- deffus d'ellesmêmes.
C'eſt par ces raifons que les Légiflateurs
les plus fages ont propofé pour
les efforts les plus héroïques , furtout à la
guerre' , des récompenfes de pur honneur ,
ne croyant pas que des actions qui honorent
l'humanité puiffent être ni produites
ni payées par un fentiment qui la dégrade.
D'ailleurs le dévouement de la vie
les de que gens guerre
I. Vol.
font à leur pays
C
50 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas une chofe qu'on puiffe apprécier à
prix d'argent. Celui qui vendroit fon fang
par interêt , feroit trop payé , celui qui
le donne par zéle & par amour pour
la gloire , ne peut l'être affés. La gloire
feule eft d'un prix analogue à la dignité
de l'ame qui fe facrifie pour elle.
Je n'ai pas deffein de parler ici de tous
les prix honorifiques qui chés les differens
peuples de l'univers ont excité l'émulation
des Citoyens. Cette difcuffion me
meneroit trop avant , & je veux feulement
expofer en peu de mots quelles étoient
les differentes couronnes militaires que
Jes Romains diftribuoient,
J'en trouve fix dans les anciens Auteurs .
La couronne triomphale , l'ovale , fi l'on
peut rendre par ce mot l'ovalis latin , qui
fignifie la couronne de l'ovation , l'obfidio
nale ou des fiéges , la civique , la murale
celle des camps , caftrenfis , & enfin la na
vale.
La couronne triomphale appartenoit
aux Généraux qui obtenoient les honneurs
du triomphe ; cette couronne qui d'abord
fut de laurier,devint d'or dans la fuite des
tems ; bientôt ce qui avoit été un hommage
devint un tribut ; les villes étoient
contraintes de donner des couronnes d'or
au Général ou à l'Empereur qui triomDECEMBRE.
1747.
phoit ; on les payoit de leur victoire au
fieu qu'on les en récompenfoit auparavant.
Certe efpéce d'impôt s'appelloit
Aurum coronarium.
La couronne ovale étoit de myrthe ; on
fçait affés quelle étoit la difference de
T'ovation & du triomphe. Une guerre ou
qui n'étoit pas tout-à- fait terminée , ou
qui étoit trop peu importante contre des
ennemis ou trop aifés à vaincre , ou trop
peu recommandables , telle
telle que la
guerre contre les Pirates ou contre les Elclaves,
ne procuroit que l'ovation au Général
vainqueur. En formant cette couronne
de myrthes,arbre confacré àVenus, on avoit
prétendu , dit uunn AAuutteeuurr ** ,, faire allufion
à la facilité de la victoire.
Craffus après deux victoires qui terminerent
la guerre des fugitifs ou des Efclaves
, ne mérita que l'ovation. Il avoit cependant
gagné deux batailles , l'une contre
Granicus qui étoit refté fur le champ de
bataille avec trente- cinq mille morts , l'autre
contre Spartacus qui y avoit auffi été
tué avec quarante mille de fes foldats , mais
on ne crut pas qu'il fut de la dignité du
peuple Romain d'accorder le triomphe
pour des ennemis fi ignobles , dont la défaite
fembloit un châtiment plutôt qu'une
Aulugelle.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
victoire . Ce fentiment avoit d'autant
plus de partifans qu'on s'efforçoit par- là
d'oublier qu'ils avoient donné de l'inquiétude
aux Romains pendant quelque tems ,
& l'on publioit qu'ils n'étoient point redoutables
, avec d'autant plus de foin,
qu'on rougiffoit de les avoir craints. La
vanité de Craffus ne fuivoit pas le même
fyftême que celle des Romains. Il refufa
la couronne de myrthe , & fes intrigues
& fon crédit lui procurerent la couronne
de laurier qui lui fut décernée par un Senatus
Confulte , quoiqu'elle n'appartînt
qu'aux triomphateurs.
La couronne obfidionale fe donnoit au
Général qui avoit fait lever un fiége . Les
habitans de la ville délivrée offroient à
leur liberateur ce témoignage d'une jufte
reconnoiffance ; la couronne étoit d'épics ,
graminea , & on avoit foin que les épics
qui la compofoient euffent été recueillis
dans l'enceinte même de la ville délivrée .
Q. Fabius Maximus mérita cette couronne
dans la feconde guerre punique ; le Sénat
& le peuple Romain la lui décernerent
unanimement. Les faits qui la lui firent
obtenir font trop connus pour nous y arrêter
; perfonne n'ignore en quel état
étoient alors les affaires des Romains , &
que fans la fage lenteur de Fabius, Annibal
$
D'ÉCEMBRE. 1747. 5.3
eût bientôt été aux portes de Rome. C'eft
ce Fabius qui fut appellé Cunctator.
La couronne civique étoit la récompenfe
de celui qui avoit fauvé la vie à un Ci
toyen , récompenſe flateufe où tout foldat
pouvoit afpirer. L'efpoir de ce prix rendoit
tous les Romains les gardes refpectifs
les uns des autres. Le Citoyen fauvé devenoit
un témom toujours fubfiftang de la
valeur de fon liberateur ; il s'eft tronvé
fouvent des Romains qui avoient mérité
un grand nombre de ces couronnes '; ils
les confervoient comme des monumens
de leur gloire ; ils les montroient au peuple
dans les occafions importantes , com
me un gage des droits qu'ils avoient far
la reconnoiffance de leur Patrie. Lorfque
Manlius Capitolinus fut accufé devant le
Peuple , on vit pour la premiere fois , die
*
.
* Quod ad eam diem nunquam ufu veniffet ;
ut in tanto difcrimine ne proximi quidem veftem
mutarent... Homines prope quadringentos pro
duxiffe dicitur , quibus fine foenore expenfas pecunias
tuliffet , quorum bona venire , quos duci addictos
, prohibuiffet . Ad hæc decora quoque belli
non commemoraffe tantum , fed protuliffe etiam
confpicienda fpolia hoftium cæforum ad triginta ,,
dona Imperatorum ad quadraginta , in quibus infignes
duas murales coronas , civicas octo , ad hoc
férvatos ex hoftibus cives produxiffe . T.L. L. 6.
73.2 C..
Cii
54 MERCURE
DE FRANCE
.
Tite-Live , les proches d'un accufé fe difpen
Jer de le fuivre & de prendre les habits de
deuil...... Mais il parut fuivi de près
de quatre cent hommes dont il avoit payé les
dettes fans interêt , & que cette liberalité
avoit préfervé de l'esclavage ou de la douleur
de voir vendre leurs biens . Il ne fe contenta
pas de rappeller toutes les marques d'honneur.
qu'il avoit méritées à la guerre , il les expo
Sa aux regards du peuple s trente dépouilles
d'ennemis tués par fes mains , quarante prix
militaires qu'il avoit reçus de fes Généraux ,
parmi lesquels on voyoit deux couronnes mu-
• rales & buit civiques , il fit paroître en
même tems les Citoyens qu'il avoitfauvés.
La couronne civique étoit de feuilles de
chêne , & on vouloit , dit-on , fe rappeller
par-là la mémoire de la premiere nourriture
des hommes , qui étoit du gland .
Maffurius Sabinus a écrit que cette
couronne n'étoit méritée que lorfque
celui qui fauvoit la vie à un Romain ,
tuoit en même tems un ennemi & ne
perdoit point fon pofte , & il nie
que dans
tout autre cas on cût droit d'y prétendre.
Mais la queftion ayant été agitée fr un
homme qui après avoir fauvé un Citoyen
tué deux ennemis , avoit été forcé de
céder le terrain à l'ennemi , méritoit la
couronne civique , Tibére la lui décerna ,
DECEMBRE. 1747. 55
jugeant qu'il y avoit encore un plus grand
mérite à fauver un Citoyen dans un mauvais
pofte où il étoit déja affés difficile
de fe défendre foi-même , & qu'il étoit'impoffible
de garder même en combattant
avec courage. L. Gellius qni avoit été
Cenfeur ouvrit dans le Sénat l'avis de décerner
à Ciceron la couronne civique
lorfque ce Conful eut découvert & étouffé
la confpiration de Catilina .
La couronne murale étoit deſtinée à
celui qui étoit monté le premier fur la
muraille & étoit entré dans la ville affiégée.
Les fleurons avoient la forme de creneaux
de murs.
La couronne des camps , caftrenfis , étoit
કે peu près la même chofe ; le Général en
gratifioit celui qui étoit entré le premier
dans les retranchemens ennemis .
Ces deux couronnes , ainfi que la navale
dont il nous refte à parler , étoient d'or.
Ces récompenfes ne devoient être données
que dans des occafions importantes , lorf
qu'une ville avoit été prife ou lorsqu'on
avoit pillé le camp des ennemis ; mais
l'ambition particuliere des Généraux &
l'envie de fe faire des créatures , les engagea
quelquefois à les donner fans difcernement
& avec peu de retenue . Fulvius
Nobilior donnoit des couronnes à fes fol
,
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
dats pour avoir travaillé avec foin à perfectionner
leurs lignes , ou pour avoir
foui un puits avec grand courage ; c'étoit
un abus dont les meilleurs ufages font toujours
fufceptibles. Cette imprudente liberalité
de Fulvius lai fut reprochée avecforce
par M. Caton .
Celui qui dans un combat naval fautoit
armé le premier dans le vaiffeau ennemi
méritoit la couronne navale dont les fleu--
rons étoient en formes de roftres de na--
vires.
PARAPHRASE de l'Oraifon
Dominicale : Pater nofter...
Toi , qui formas d'un rien la foible créature,
Dieu Puiffant , qui régis & la terre & les Cieux ;
Qu'on chante tes bienfaits ; que route la nature
Béniffe ton nom glorieux .
Parle ; qu'à l'univers ta voix fe falfe entendre .
Et les êtres foumis à ta Divinité ,
Viendront avec reſpect fe ranger & ſe rendre
A ta fuprême volonté.
Nos. vergers font fans fruits, la terre.eft languif
fantee ';.
DECEMBRE. 1747. 57
Sur nos ftériles champs étends ton bras facré ;
Et fais nous dans ton fein contre la faim preſſante
Trouver un fecours affûré.
Nous n'abandonnons point nos coeurs à la vent
geance ;
Nous pardonnons à ceux qui nous ont offenfés ::
Seigneur , nous attendons auffi de ta clémence:
Que nos crimes foient effacés.
L'homme eft foible en fa foi: viens ; que ta mai
propice
Ecarte loin de lui le démon féducteur :
Retire nous enfin de l'affreux précipice
Afin
Où nous a fait tomber l'erreur
qu'ayant vêcu dans l'innocence pure ,.
Que finiffant nos jours dans le fein des vertus ,
Nous goûtions dans le Ciel la félicité fûre
Que tu promets à tes Elus..
Cw
Pic..
18 MERCURE DE FRANCE.
RENTRE'E publique de l'Académie Royale
des Sciences be 19 Novembre 1747.
R. l'Abbé Nollet lût un Mémoire
MR.
qui a pour titre : Des effets de la
vertn électrique fur les corps organifes.
M. l'Abbé Nollet a déja publié fur
l'électricité un livre qui a obtenu les
fuffrages des Sçavans . Differens Mémoires
fur ce fujet qu'il a lûs à l'Académie
ont mérité les mêmes applaudiffemens .
Des recherches exactes , des expériences
ingénieufement combinées lui ont fait
ajouter de nouvelles découvertes aux miracles
déja connus de l'électricité . Dans ce
Mémoire M. L. N. n'eft pas feulement un
Phyficien habile & éclairé qui fuit la naure
avec attention , c'eſt un bon Citoyen
qui veut ne fe pas borner à fatisfaire fa
curiofité , & qui cherche à rendre fes lumieres
utiles. C'est ce que l'extrait du
Mémoire même va mieux prouver que
tout ce que nous pourrions dire.
L'électricité toujours admirable & toujours
nouvelle , par le grand nombre de
merveilles qu'elle ne ceffe de nous offrir
trouve aujourd'hui non-feulement des
fpcctatenes attentifs dans tous les états &
dans toutes les conditions ; elle y trouve
auff de zélés manipulateurs qui prennent
DECEMBRE . 1747. 59
plaifir à répéter eux-mêmes ce qu'on leur
a fait voir , & qui effayent de toutes les
manieres pour fe procurer des nouveautés
; il n'eft guéres poffible que d'un fi
grand nombre d'effais , il ne naiffe de tems
en tems quelque découverte curieufe ou
utile , on peut dire que jufques ici nous,
n'en avons encore vû que de la premiere
afpéce , & l'on commence à regretter que
des phénoménes qui femblent tenir intimement
à toute la nature, ne puiffent pas
tourner à notre profit.
M. l'Abbé Nollet touché de cette impatience
, qu'il ne défapprouve qu'autant
qu'elle attiroit d'injuftes reproches aux
Phyficiens ou du mépris à l'objet de leurs
recherches , s'eft propofé de tirer quelque
avantage d'un fait déja connu depuis 2 ou
3 ans , mais qui devient en quelque façon
tout nouveau, parce qu'il eft réduit à la jul .
te valeur & qu'on en développe les caufes.
Quand on électrife une fontaine artificielle
ou tout autre vaiffeau qui fe vuide
par un petit canal , on voit le petit jet ſe
divifer en plufieurs branches , & l'eau s'élancer
plus loin que de coûtume ; tour
fpectateur de cet effet fe trouve difpofé à
croire que l'écoulement eft accéléré , &
on l'a rellement crû qu'on s'eft accordé à
Le dire d'une maniere générale & fans au-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
cune modification . Mais M. L. N. ne vou
lant pas s'en tenir à ces premieres apparences
, & cherchant à fçavoir jufqu'où ce
phénomene pourroit avoir lieu , fit faire
des vaiffeaux de differentes capacités , &:
terminés par des tuyaux plus ou moins larges
, depuis trois lignes de diamètre juf
qu'à la petiteffe de celles qu'on nomme capillaires
& par lefquelles les liqueurs ne
paffen: communément que goûte à goûte ;
puis à l'aide d'une bonne pendule mefurant
exactement & le tems & la quantité
de liqueur qui étoit fortie du vailleau , il
compara tous ces écoulemens électrifést
avec ceux de la même efpéce qui ne l'avoient
pas été , & il apprit
1.Qu'un vaiffeau dont l'eau fort par
un tuyau qui n'a pas moins qu'une ligne de
diamérre , ne fe vuide fenfiblement ni plus
ni moins vite quand il eft électrifé , que
lorfqu'il ne l'eft
pas.
2°. Que l'électricité donne une accéleration
réelle & fenfible à l'écoulement qui
fe fait par un tuyau capillaire , ou qui en:
approche beaucoup .
3 : Que quand le canal par où l'eau s'écoule
eft à peine capillaire , il s'en faut bier
que l'accélération foit auffi grande qu'elle le
paroît au premier coup d'oeil.
4. Enfin que la vertu électrique accés
DECEMBRE. 1747.
lere confidérablement les écoulemens qui
ne ſe feroient fans elle que goûte à goûte
& que cet effet eft d'autant plus confidérable
que le canal de ces écoulemens eft .
plus étroit.
Voilà le fait conftaté par les réfultats.
d'un grand nombre d'expériences délicates
, dont nous fommes obligés de fuppri
mer le détail.
Quant aux explications , il faut
pour
les entendre fe rappeller une propofition
fondamentale que M. L. N. avança il y
près de trois ans * , comme une conjecture
que l'expérience commençoit à rendre
plaufible , & que l'expérience plus approfondie
a très- amplement confirmée depuis .
Sçavoir , que cet état des corps qu'on
nomme électricité , confifte dans l'effluence &
Paffluence fimultanées d'un fluide fubtil ,
auquel ou donne le nom vague de matiere
électrique, en attendant qu'on fçache préci
fement quelle eft fa vraie nature , c'eſt-àdire,
que quand un corps eft actuellement:
électrique , il devient comme hériffé dé
routes parts des rayons de cette matierequi
s'élance du dedans au- dehors &
qu'en même tems ces émanations font
,
* Conjectures fur les caufes de l'électricité .
Mémoire lû à l'affemblée publique de l'Académia:
des Sciences, Avril 1745 .
62 MERCURE DE FRANCE.
remplacées par des jets d'une matiere femblable
, qui viennent des environs fe précipiter
fur le corps électrique , & cette
derniere matiere vient non-feulement de,
l'air environnant , mais même des autres.
corps fluides ou folides qui font dans le
voifinage jufqu'à une certaine distance.
Cela pofé , il eft aifé de dire pourquoi
l'écoulement qui fe fait naturellement
goûte à goûte par un tube capillaire , devient
continu & s'accélere fenfiblement
quand on électrife ; c'eft que la matiere
électrique qui enfile ce petit canal & qui
tend à fortir avec une grande vîteffe ,
ajoute au mouvement retardé de la liqueur
deux fluides fe trouvent dans la
même route avec la même direction ; l'un
va lentement , l'autre coule fort vîte ; cefui-
ci entraîne le premier & , précipite fa
marche.
Mais cet effet devient infenfible quand
l'eau qui s'écoule pent former un jet d'une
certaine groffeur , & fuivre avec liberté,
fon propre mouvement. Car alors l'impulfion
de la matiere électrique eft d'autant
moindre que le fluide fur lequel elle agit ,
lui échape davantage par un écoulement
plus libre, & fon action déja moins efficace
par cette raifon , doit encore avoir un effet
moins fenfible , parce qu'elle fe partage à
une maffe beaucoup plus grande .
1
DECEMBRE. 1747. 13
.
"
"
Après une difcuffion méthodique du
fait de fes modifications & de ſes cauſes ,
l'Auteur fonge àtirer parti des connoiffan
ces qu'il a mifes en ordre & qu'il a fixées.
Voyant , dit-il , à n'en pas douter , que
» l'électricité entraîne , pour ainfi dire , les
liquides qui font obligés de paffer par
» des canaux forts étroits , je commençai à
» croire que cette vertu employée d'une
» certaine maniere pourroit avoir quelque
» effet fur la féve des végétaux , ou don-
» ner aux fluides qui entrent dans l'éco
» nomie animale quelques mouveniens
qui leur feraient avantageux ou nuifi-
» bles.... Je me repréfentois les pores
» dont eft criblée la pean d'un animal ,com
me les extrêmités d'une infinité de
» tuyaux capillaires ; & la matiere de la
tranfpiration, comme un fluide qui tend
» à s'écouler , & dont la fortie pourroit
» être aidée ou forcée par l'effluence de la
» matiere électrique , &c. « Les expér
riences dont nous allons mettre les réfulrats
fous les yeux du lecteur , ne font donc
pas de celles que l'on commence au hazard
& que l'on fuit fans s'embarraffer de fça,
voir où elles pourront conduire ; ce font
des vues que la réflexion a fait naître , &
fur lefquelles on cherche à l'éclairer avec
méthode. L'Auteur fuit fon objet aves
64 MERCURE DE FRANCE.
attention fans négliger les circonftances
étrangeres qui méritent d'être recueillies ;-
il s'épargne des peines & des dépenfes fuperflues
, en même tems qu'il ne ménage
rien fur celles qui font néceffaires ; il profite
du travail des autres , & leur rend juftice
en leur faifant honneur de ce qui leur
appartient , mais voulant tout voir par fuimême
, il ne s'en laiffe impofer par aucune
"
autorité .
M. L. N. ayant fait plufieurs expériences
fur des portions de terre nouvellement
enfemencées , il lui a paru & il nous le paroît
auffi par ffeess rrééffuullttaattss que l'électricité
a aidé le développement des germes , &
que
accéleré la végétation & l'accroiffement
des jeunes plantes, cependant comme la faifon
étoit déja trop avancée lorfqu'on a crû
voir ces phénomenes , on n'a pas pû leur
procurer le degré de certitude qu'on vou
droit qu'ils euffent , & l'on ne s'eft déterminé
à les publier que pour engager un
plus grand nombre de perfonnes à les véri .
fier lorfque le tems le permettra . Nous
croyons entrer dans les vêtes de l'Auteur
en rapportant ici un de fes procédés , afia
qu'on l'imite ou qu'on enchériffe deffus.
On prend deux jattes femblables , on
les remplit de la même terre , & l'on y
féme des graines de la même espéce & ent
DECEMBRE. 1747. 65
égales quantités ; celles dont on s'eft ſervi
étoient la graine de moutarde , celle de
fcabieufe , celle de laitue , la nielle des
bleds , &c. on cultive ces deux portions
de terre enfemencées avec les mêmes foins,
on les arrofe également , on les expofe aux
rayons du foleil autant de tems l'une que
Fautre ; on les tient dans le même lieu &'
dans la même température , mais on en
électrife une & toujours la même pendant
quatre ou cinq heures de fuite , tous les
jours ou de deux jours Fun , jufqu'à ce
que les graines étant levées de part &
d'autre , on puiffe remarquer les differences
qui fe trouvent entre les deux végeta
tions .
-
L'objet qui paroît avoir le plus occupé
M.L. N. & qu'il pouvoit fuivre plus loin
dans l'efpace de tems qu'il avoit à donner
à ces épreuves , c'eſt l'électriſation des
animaux ; auffi nous offre- t'il fur cet arti
cle des connoiffances plus approfondies ,
& plus folidement établies que ce qu'il
nous apprend au fujet des plantes , d'un
corps qu'on électrife tel qu'il foit , il fort
continuellenrent une infinité de petits jets
de cette matiere qu'on nomme électrique.
Cela eft prouvé de toutes les manieres . II
eft prouvé auffi que ces effluences ou émai
nations qui à la longue cauferoient un
66 MERCURE DE FRANCE.
épuifement , font continuellement rempla
cées par un fluide ſemblable qui eft préſent
par tout , dans tout , & qui vient de tou
tes parts au corps électrifé ; fi le renouvellement
continuel de matiere électrique ne
prend ni n'ajoute rien à la matiere propre
du corps électrifé , il eft évident que
celui-ci ne fouffrira aucun changement
par rapport à fon poids. Mais il n'en fera
pas de même fi la mariere effluente , par
exemple , emporte avec elle quelques parties
du corps d'où elle émane , & c'est ce
qu'il femble qui doit arriver à un corps
vivant , à la furface duquel aboutiffent une
infinité de vaiffeaux excrétoires , pleins
d'un liquide dont la nature cherche à fe
purger , car cela reffemble affés à un vafe
rempli d'une liqueur qui tend à fortir
des petits canaux capillaires , & dont on
fçait que l'écoulement peut être accéleré
par la vertu électrique.
par
Voilà ce que le raifonnement indique ,
voyons maintenant ce que dira l'expérience.
On électrife pendant quatre ou cinq
heures de fuite un chat , un pigeon , un
petit oifeau , & c. tous ces animaux de
viennent plus legers . Mais ils le feroient de
venus fans être électrifés , car tout animal
tranfpire, & l'on fçait que la tranfpiraDECEMBRE.
1747. 67
tion la plus infenfible au bout de quatre
ou cinq heures diminue le poids d'un
corps animé. Auffi n'a-t'on pas manqué
de garder dans le même lieu & avec les
précautions convenables , des animaux de
mêmes efpéces que l'on a pefés comme les
autres devant & après l'expérience , &
l'on n'a compté à l'égard de ceux qui
avoient été électrifés ,> l'excès de leur
que
legereté fur celle des autres.
On pourroit encore attribuer ces diffe-
Fences au tempérament , car tous les individus
de la même efpéce ne tranſpirent
pas également , mais M. L. N. a prévenu
cette objection , en répetant plufieurs fois
fes expériences fur la même paire d'animaux
, & en électrifant alternativement
T'un ou l'autre des deux , il a trouvé conf
tamment qu'un chat de moyenne grandeur
& âgé de quatre mois qu'on électrife pen
dant cinq heures , perd affés communément
de fon poids vingt grains plus qu'il
ne perd dans un pareil efpace de tems par
une tranſpiration naturelle.
Il a obfervé auffi que cet effet de l'électricité
eft d'autant plus grand que l'animal
eft plus petit , proportions gardées &
toutes chofes égales d'ailleurs ; qu'une
électrifation par exemple , qui fait perdre
à un pinçon ou à un moineau la cinquante68
MERCURE DE FRANCE..
feptième partie de fon poids , n'ôte à un
gros pigeon que la cent quarantiéme partie
du fien tout au plus.
On imagine bien que M. L. N. n'at
point fait les expériences fur des quadrupédes
& fur des oiſeaux , pour en refter là ;
tout ce qui pouvoit en réfulter ne devoit
être que curieux ; il cherchoit quelque
chofe de plus. Ces épreuves préliminaires
n'étoient , pour ainfi dire , qu'un prélude
prudemment employé pour apprendre fi
Ton pouvoit fans danger appliquer let
corps humain à des effais de cette espéce ,
ou fi les effets qu'on en devoit attendre
valoient la peine qu'on s'y livrât & qu'on
en fit les frais. Il fut donc inftruit de ce
qu'il vouloit fçavoir ; il lui parut plus que
probable que ce qui arrivoit à un chat ou
a un pigeon arriveroit de même dans une
certaine proportion à toute perfonne qui
feroit électrifée comme ces animaux pendant
quatre ou cinq heures de fuite , &
comme ceux- ci n'avoient marqué aucune
inquiétude , aucune impatience pendant
tout le tems de cette épreuve , & qu'ils
n'en avoient pas reffenti la plus legere incommodité
depuis , on étoit autorisé à
croire qu'un homme ou une femme n'en
fouffriroit pas davantage.
Dans cette confiance qui ne l'a point
DECEMBRE. 1747 . 69
trompé , M. L. N. commença à électrifer
du monde , & il ne lui en coûta que cinq
ou fix opérations pour fçavoir avec certitude
qu'une électrifation de cinq heures :
augmente de plufieurs onces la tranfpiration
infenfible , & que cela fe fait fans
-que le fujet électrifé reffente aucun mouvement
interne , ni la moindre chaleur extraordinaire.
Pour fçavoir au jufte la valeur de cet
effet , il faudroit que la perfonne qu'on
électrife fût vêtue de façon à laifler croire
que ce qui tranfpire de fon
corps ne demeure
point dans fes habits , ou pefer tous
fes vêtemens devant & après l'expérience ;
cette précaution , & bien d'autres encore,
que l'Auteur prefcrit dans fon Mémoire
rendront peut- être cette expérience délicate
, & affés difficile à fuivre autant de
tems qu'il le faudroit pour acquerir des
connoiffances bien précifes , mais le point
principal eft que l'on fçache en général
que la vertu électrique eft un moyen fûr
pour augmenter notablement la tranfpiration
infenfible . On fent de refte de quelle
conféquence peut être cette découverte ,
quand on fçait que notre fanté dépend en
grande partie de cette évacuation , qui
va jufqu'à plufieurs livres par jour , & par
laquelle la nature fe débarraffe perpétuelle70
MERCURE DE FRANCE.
ment des ſubſtances furabondantes , qui
ne manquent point de déranger l'économie
animale quand leur cours n'eſt point
affés libre.
Mais ce nouveau moyen d'augmenter à
fon gré la tranſpiration infenfible , tout
certain qu'il puiffe être , comment s'accommodera-
t'il à nos befoins , s'il faut
électrifer des malades , s'il faut les fufpendre
avec des cordons de foye ou les tenir
ifolés fur des gâteaux de réfine ? Cet appareil
fera-t'il pratiquable pour une perfonne
qui fouffre , comme il l'eft pour
quelqu'un qui joüit d'une parfaite ſanté ,
& qui ne pense qu'à fatisfaire fa curio
fité ?
En fuppofant toujours ( ce qu'on ne
fçait pas encore , mais qui mérite bien
qu'on l'effaie ) que l'électricité puiffe être
en certain cas un reméde falutaire , l'appareil
qu'elle exige pourroit aifément fe
réduire à des pratiques extrémement fimples
& conmodes , mais quand il reſteroit
tel qu'il eft, il feroit encore moins pénible
que les frictions violentes ou la plûpart
des remédes dont on a coûtume de faire
ufage pour provoquer la tranſpiration &
défobftruer les pores de la peau.
Au refte les expériences de M. L. N. ne
Le bornent pas à ce que nous en avons dit ,
DECEMBRE. 1747. 74
elles vont juſqu'à nous apprendre qu'il ne
fera pas même befoin d'électrifer les gens
à qui l'on voudroit faire éprouver les effets
de la vertu électrique : c'est un paradoxe
qui ne peut s'entendre , que quand
nous aurons rendu compte de la partie de
fon Mémoire qui paroît la plus curieufe
la plus inftructive & la plus fufceptible
d'application .
>
Quiconque ne connoîtra l'électricité
que par la matiere effluente , par cette matiere
que l'on fent prefque toujours &
que l'on voit affés fouvent fortir du corps
électrifé , n'imaginera jamais qu'un animał
placé auprès de ce corps doive y perdre
autant de fon poids que s'il étoit électrifé
lui-même. Mais M. L. N. ne douta point
que cela ne dût être à caufe de la matiere
affluente , qui fait felon lui une partie effentielle
de la vertu électrique. Il prévit
que cette matiere en fortant des corps qui
avoifinent celui qu'on électrife , feroit à
leur égard ce que la matiere effluente fait
à l'égard de celui- ci ; qu'elle emporteroit
de leurs pores tout ce qui fe trouveroit en
prife à fes impulfions & affés libre pour y
obéir. L'expérience vérifia ce qu'il avoit
prévû ; tous les corps organifés qui demeurerent
pendant quatre ou cinq heures
auprès d'une efpéce de cage de tole qu'on
72 MERCURE DE FRANCE.
électrifoit continuellement s'évaporerent ,
tranfpirerent & perdirent de leur poids
plus que d'autres des mêmes efpéces qu'on
avoit gardés à l'écart dans la même chambre
, & pour le moins tout autant que s'ils
avoient été électrifés eux-mêmes ; des femences
appliquées à la même épreuve germerent
plus vite en terre , & reçûrent un
accroiffement plus prompt qu'elles n'auroient
fait par une végétation naturelle.
Si l'art du Médecin & celui du Botaniſte
peuvent tourner ces expériences à leur
profit & à celui de la focieté , on n'auta
donc point à reprocher au Phyficien que
fa découverte n'a fourni qu'un moyen
trop difficile à mettre en ufage , car on
fçait que l'électricité fe tranfmet où l'on
veut par des cordes , par des chaînes , par
des tuyaux , & c. & puifque la préfence
d'un corps électrifé fuffit , les plantes d'une
ferre rangées fur des gradins , les arbres
d'un efpalier , des malades fans fortir de
leur lit , de leur fauteuil , fans le fentir ,
fans le fçavoir , recevront les fecours de
la vertu électrique , fi elle eft capable d'en
donner.
Obfervons encore avec l'Auteur du Mémoire
, que quand la matiere électrique
en s'élançant du dedans au- dehors du
corps augmente la tranfpiration , cet effet
doit
DECEMBRE. 1747. 73
doit être relatif à la maniere dont fe font
ces émanations , c'eft- à- dire , que fi la matiere
électrique qui fert de véhicule , eſt
déterminée à fortir par toute la furface de
ce corps , la tranfpiration doit être généralement
augmentée , & c'est ce qui arrive
fans doute à celui qu'on électrife ſur un
gâteau de réfine , mais un corps qui ne
fournit de cette matiere que par quelque
endroit particulier de fa furface , tel que
doit être affûrement celui l'on place
auprès d'un corps électrifé , ne doit éprou
ver une tranfpiration forcée que dans cette
partie d'où le fluide électrique eft déterminé
à fortir.
que
Ce raifonnement qui paroît bien fondé
fe trouve encore appuyé par des expériences
qui font comme autant d'images fenfibles
de ces effets qu'il n'eft guéres poffible
de vérifier dans un fujet vivant. Si
l'on plonge dans la fphére d'activité d'un
corps électrique un vafe rempli de liqueur
qui s'écoule goûte à goûte par plufieurs
petits tuyaux placés à differens endroits
de fa circonférence , le voisinage du corps
électrifé ne manquera pas de rendre les
petits écoulemens continus , mais ceuxlà
feulement le deviendront qui feront le
plus prochainement & le plus directement
expofés à la vertu électrique . Une groffe
1. Vol.
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
éponge uniformément
humectée
d'eau ſe
feche plus vite par l'endroit qui fe préfente
au corps électrifé.
» Il est donc prefque indubitable , dit
» l'Auteur , qu'on pourra de même déter-
» miner la matiere électrique à fortir d'un
» bras , d'une jambe , d'un côté de la tête,
» &c. plutôt que des autres membres du
» même corps , & puifque ce fluide en
»fortant ainfi avec précipitation
des corps
» animés , entraîne ( comme l'expérience
» le fait voir ) une partie des ſubſtances.
qui fe trouvent dans les vaiffeaux excré-
» toires , il y a lieu de fe flater qu'on pour-
» roit en certains cas ménager ce moyen
» affés heureuſement
, pour défobftruer
» ces mêmes vaiffeaux ou pour les purger,
» de ce qu'ils contiendroient
de vicieux. «
"
35
Ajoutons
encore d'après M. L. N. une
réflexion
qui peut augmenter
nos efpéran- ces fur le fuccès de ce nouveau
reméde.
Il paroît conftamment
par les épreuves qui ont été faites fur differens
animaux ,
moins
pas augque
la tranfpiration
n'eſt
mentée dans ceux que l'on place auprès
d'un corps électrifé , qu'elle ne l'eft dans
ceux mêmes qu'on électrife . L'expérience
auffi que ce qui tranfpire
de ceuxprouve
ci fe fait jour par toutes les parties de leur
corps , & que dans ceux-là , au contraire,
DECEMBRE. 1747. 75
tout ce qui s'en exhale en vertu de l'électricité
, ne vient que de l'endroit le plus expofé
au corps électrique ; il fuit naturellement
de ces deux faits que la tranfpiration
d'un feul membre qu'on approche d'un
corps électrifé fe fait avec plus de vîreſſe ,
plus de force , que celle qui eft caufée
par
l'électrifation immédiate de tout l'animal ,
puifque dans le premier cas il fort autant
d'une feule partie que toutes les autres
enfemble ont coûtume de fournir dans le
fecond , le tems étant égal de part & d'au
tre. Et de cette conféquence il en naît
une autre , c'est que la tranfpiration électriquement
forcée , fi jamais elle peut être
employée comme un reméde , fera juftement
plus efficace dans les occafions où il
fera befoin d'en faire ufage pour quelque
endroit particulier du corps , à l'exclufion
des autres parties.
Le Mémoire finit par une invitation
adreffée aux gens de l'Art , & furtout à
ceux que leur place & un certain loiſir met
à portée d'eflayer fur des malades cette
nouvelle maniere de provoquer la tranfpiration
; on y joint quelques avis pour pré.
venir les mauvais effets d'une curiofité
aveugle. & précipitée , & les dernieres
lignes prouvent que M. L. N. ne s'en fait
pas trop accroire fur fes propres découver
D ij
76 MERCURE DE FRANCE .
>>
tes , & qu'il ne compte point fur leur utilité
au premier moment qu'il leur en voit ,
les apparences . » Pour ce qui concerne les
plantes , dit-il , on peut être moins circonfpect
, tout le monde peut s'en mêler
fans courir de grands rifques , & cela
» me fait efperer qu'en peu de tems nous
fçaurons ce qu'il y a à gagner en électri-
» fant les végétaux . Je ne pense pas que
» cela puiffe aller jufqu'à multiplier les
» forêts & groffir les moiffons , mais audeffous
de ces grands objets il en eft
» d'autres qui ne font point indignes de la
Phyfique , ni d'une curiofité raifonna-
» ble. «
לכ
Ce Mémoire fut écouté avec beaucoup
de fatisfaction par la nombreufe affemblée
qui affiftoit à cette féance publique ; il eſt
écrit avec beaucoup d'ordre & de clarté ,
d'un ftyle naturel & facile , ce qui eſt
fans doute le plus grand mérite que puiffe
avoir un ouvrage de Phyfique , j'entends
quant au ftyle. Nous avons déja rendu
juſtice aux vûës d'utilité qui y font conte
ues , & à la nouveauté des expériences
& des découvertes faites par M. L. N.
M. Clairaut lût enfuite un Mémoire fur
le Systême du monde dans les principes de la
gravitation universelle,
Perfonne n'ignore quelle révolution a
DECEMBRE. 1747. 77
faite dans la Phyfique le fameux Livre des
Principes Mathématiques de la Philofophie
Naurelle. M. Newton , remontant des
faits aux cauſes , a répandu la lumiere des
Mathématiques fur une fcience qui avoit
été jufqu'alors dans les ténébres des conjectures
& des hypothéfes.
Il est vrai que s'expliquant fouvent trop
peu ,furtout dans les endroits difficiles ,
il femble qu'il ait craint de dire trop haut
fon fecret , & de mettre dans l'ufage commun
les vérités qu'il avoit découvertes ,
comme s'il eut été le Mentor de quelque
éleve de qui il auroit craint les mêmes
plaintes qu'Alexandre faifoit à Ariftote
lorfque ce Prince reprochoit au Philofophe
d'avoir publié fes ouvrages , & fait
partager à tout le monde des connoiffances
qu'il eût été jaloux de pofféder feul.
Cette affectation de M. Newton eft
d'autant plus fenfible , qu'après s'être
énoncé à la façon des oracles pour expofer
les endroits les plus difficiles de fes
principes , il paroît enfuite fe livrer avec
complaifance à des détails & des vérités de
calcul , fur lefquels les lecteurs ne fe feroient
aucun fcrupule de s'en rapporter
lui .
Il a refulté delà que fon Livre, très- difficile
àentendre, ne peut être bien compris
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
que par
des gens auffi verfés que lui dans
la plus fublime Geométrie , & qu'il exige
d'eux un travail très- opiniâtre ; qu'ainfi il
y a très peu de gens en Europe à portée
de le lire & de l'entendre , delà ceux qui
ont faifi une partie de fes découvertes , &
qui ont trouvé ce qu'ils comprenoient
d'accord avec les phenoménes, fe font peu
fouciés d'approfondir le refte de l'ouvrage
, & l'ont adopté fans examen.
D'autres, rebutés par la difficulté , n'ont
point voulu quitter des erreurs qui leur
étoient familieres pour des vérités trop
difficiles à comprendre , & cherchant à attaquer
le nouveau fyftême par la métaphyfique
, dont on croit toujours être affés
pourvû , ils ont fait contre l'attraction des
objections qui feroient peut-être folides ,
fi M. Newton ne les eût refutées d'avance,
en avertiffant plufieurs fois qu'il n'employe
le mot d'attraction qu'en attendant que
l'on en trouve la caufe.
Nous ne fuivrons pas M. Clairaut dans
F'expofition qu'il fait du fyftême de M.
Newton. Il en développe les principes
de la maniere la plus favorable pour leur
illuftre Auteur. Jufqu'à préfent la beauté
de ce fyftême avoit tellement frappé , que
féduit par l'accord de fes principales parties
avec les phénoménes , on s'en étois
"
DECEMBR È . 1747. 79
rapporté à l'Auteur fur ce qu'on n'entendoit
pas . Cependant quelque degré de
confiance que l'on ait dû avoir pour ce
grand homme , la confiance, qui ne donne
que des probabilités, peut- elle fuffire à des
Mathématiciens , qui par le moyen du calcul
ont , pour ainfi dire , la vérité à leurs
ordres ? M. Clairaut après avoir examiné
long- tems la théorie de M. Newton , fans
en tirer la conviction qu'il attendoit , s'eft
déterminé à ne plus rien emprunter de lui ;
il a cherché directement la déterminarion
des mouvemens céleftes d'après la feule
fuppofition de l'attraction mutuelle.
Il falloit pour y parvenir commencer
par ce problême. Trois corps étant donnés
avec leurs pofitions , leurs maffes & leurs vi
teffes trouver les courbes qu'ils doivent déerire
par leur attraction fuppofée proportionnelle
aux maffes & en raiſon inverſe du
quarré de la diftance.
>
Bien des Géometres avoient fenti que
ce n'étoit qu'en déterminant ces courbes ,
que
que l'on pouvoit arriver à quelque chofe
de fatisfaifant fur le fyftême du monde ,
mais perfonne ne les avoit trouvées. M.
d'Alemberg , dont le nom , ainfi que celui
'de M. Clairaut , eft déja répandu dans
toute l'Europe fçavante , travailloit en
même tems que lui à ce problême , & M.
Dilj
80 MERCURE DE FRANCE.
Newton avoit deux rivaux dignes de lui.
L'un & l'autre ont remis leurs folutions à
l'Académie le même jour.
M. Clairaut a tiré de la fienne tous les
fecours qu'elle offroit , pour juger nonfeulement
des propofitions du troifiéme
Livre de M. Newton , fi difficiles à entendre
, mais même de la réalité de tout le
fyftême.
De toutes les inégalités qui affectent le
mouvement de la Lune , la plus effentielle
à examiner & celle que M. N. a traitée
le plus obfcurement , eft le mouvement
de l'apogée . C'eft de ce point qu'on part
pour employer celle des corrections du
mouvement de la Lune , qu'on appelle
équation du centre. Cette équation peut aller
jufqu'à fix ou fept degrés , qu'il faut
tantôt ajouter , & tantôt retrancher , fuivant
la poſition où la Lune eft par rapport
à l'apogée. Or comme le lieu de l'apogée
de la Lune , loin de répondre au même
point du ciel ,fait une révolution en moins
de neuf ans , il faut donc, pour ajouter foi
à la théorie de M. N. prouver qu'elle
conduit à une telle révolution.
Si cette théorie ne donnoit point de
mouvement à l'apogée , ou qu'elle lui en
donnât un affés éloigné du réel , pour ne
pouvoir pas en jetter les differences fur les
DECEMBRE . 1747-
erreurs des obfervations , elle feroit dèslors
condamnée fans appel , puifqu'on fe
trouveroit plus éloigné du vrai , qu'on ne
l'étoit du tems des premiers Aftronomes
qui fuppofoient que la Lune fe mouvoit
uniformément dans un cercle autour de
la terre ; car dans cette fuppofition on ne
pouvoit jamais fe tromper que de fix ou
Tept degrés pour la détermination d'un lieu
de la Lune , au lieu qu'en fixant mal la
révolution de l'apogée , on ajoutera fouvent
au lieu moyen une équation de fix
ou fept degrés , tandis qu'il la faudroit retrancher
, ce qui produira une erreur de
treize ou quatorze degrés.
M. C. fentant combien il étoit important
de déterminer le mouvement de l'apogée
, a cherché à le faire par la folution
du problême général dont nous avons
parlé.
Cette operation étoit plus difficile que
la folution même du problême , parce
qu'en déterminant l'orbite d'une planette,
on peut négliger fans fcrupule de petites
quantités qui ne fçauroient faire d'erreur
confidérable pour une révolution , mais
qui peuvent devenir d'une conféquence
infinie dans un auffi grand nombre de révolutions
qu'il en faut pour connoître le
mouvement de l'apogée .
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Après un calcul exact & fcrupuleux ,
M. C. n'a pas été mediocrement furpris
lorfqu'il a trouvé que la théorie de M.
N. rendoit le mouvement de l'apogée au
moins deux fois plus lent que celui qu'il
a par les obfervations , c'eſt-à-dire , que
période de l'apogée , telle qu'elle fuivroit
de l'attraction proportionnelle au quarré
des diftances , feroit d'environ dix -huit ans,
au lieu de nenf dont elle eft réellement.
la
M. C. nous avoue qu'il fut d'abord
tenté d'abandonner l'attraction , & fans
doute ceux qui avoient de la peine à l'admettre
, foit raifon , foit prévention , ſoit
humeur contre le fafte avec lequel on l'avoit
étalée , & la hauteur avec laquelle on
avoit infulté à l'ancien fyftême , feront de
cette découverte le fujet d'un grand triomphe
, mais il ajoute que faifant réfléxion
à la quantité des phénoménes avec lefquels
elle s'accorde , il lui parut plus difficile
de la rejetter que de l'admettre.
Il l'a donc admife , mais c'eft en fubftituant
une autre loi à celle, fuivant laquelle
M.Newton prétendoit que l'attraction agiffoit
. Cette fameufe loi du quarré des
diftances , qui s'accordoit avec les mouvemens
des planettes principales étant démentie
par la Lune ,fuivant M. C. il en
propofe une autre qui và également à tous
DECEMBRE. 1747 . 83
les phénoménes céleftes , & qui convient
même à ceux qui fe paffent fous nos yeux ,
tels que la rondeur des goûtes des fluides ,
l'afcenfion & la dépreffion des liqueurs
dans les tuyaux capillaires , l'incurvation
des rayons de lumiere , &c. Il feroit trop
difficile d'expliquer ici en quoi confifte
cette nouvelle loi. Il faudroit l'analife
pour la faire entendre , il fuffira de dire
que cette loi eft telle qu'à des diftances
confidérables , comme celles des planettes
principales , elle differera très- peu de la
Joi du quarré des diſtances , au lieu qu'à
de petites diftances , comme celle de la
Lune à la terre & de la furface de la terre
au centre , cette loi nouvelle differera trèsfenfiblement
de la loi établie par M.
N.
La folution du problème général dont
nous avons parlé , n'a pas conduit ſeulement
M. C. à la détermination de l'orbite
de la Lune , elle lui a donné celle de Saturne
plus difficile à déterminer .
M. N. avoit bien remarqué que cette
planette étant affés voifine de Jupiter , devoit
éprouver fon attraction affés fenfi
blement , pour que fa marche en fut alterée
, mais il n'avoit point enfeigné les
moyens de connoître la quantité de l'altération.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
par
Le peu d'accord des méfures du pèndule
avec les déterminations de l'arc du
méridien faites M. C. lors de fon voyage
en Laponie pour déterminer la figure
de la terre , ces obfervations confirmées
par celles que Meffieurs Bouguer & de la.
Condamine avoient faites fous l'Equateur ,
avoient déja donné à M. C. quelques doutes
fur l'attraction , mais jufqu'à ce qu'il
eût trouvé cette théorie victorieufe &
appuyée fur le fondement inébranlable du
calcul , fes doutes avoient été trop foiblespour
détruire le préjugé qui militoit pour
M. N.
Au reste M. C. ne prétend pas donner
une loi d'attraction qui ne puiffe fouffrir
aucune correction , mais on peut avancer
hardiment que les changemens que pourra
fouffrir cette loi nouvelle , ne feront jamais
de la nature de celui qu'il fait à la loi
de M. N. & dans l'état actuel des chofes
il nous importeroit peu de les connoître.
Si c'étoit par la perfection que les obfervations
auroient acquifes depuis M.
N. qu'eût été reconnue l'erreur de ſa loi ,
M. C. pourroit craindre d'être à fon tour
contredit un jour par de nouvelles obfervations
, mais ici c'eft le flambeau feul de
la Géométrie qui lui a ouvert les yeux , c'eft
DECEMBRE. 1747.
par
un calcul rigoureux qui lui a fait voir que
la fuppofition du Géométre Anglois conduifoit
à un réfultat totalement oppofé à
ce qu'on fçait depuis les tems les plus reculés.
Ainfi on ne peut apprehender des
obfervations qu'on fera
la fuite que
des changemens auffi peu effentiels par
rapport au fond de la loi , que le font à
l'égard des élemens aftronomiques déterminés
dans le fiécle paffé , les corrections
qui ont fuivi des obfervations recentes ,
quelques minutes ou même quelques fecondes
fur la pofition des points principaux.
Si c'eft une affés grande gloire pour un
Geométre que d'entendre M. N. quel
triomphe ne doit- ce pas être que de le corriger
? Cet évenement peut avoir des fuites
plus confidérables , & c'eft peut-être
ici l'éclair qui annonce un grand orage .
Cette découverte met aujourd'hui le nom
de M. C. à côté de celui de M. N. pourquoin'efpererions
- nous pas que perfectionnant
fes fublimes travaux il arrivera un
jour au-deffus ? Cette théorie de la Lune
fecondée des obfervations des habiles Af
tronomes , peut conduire un jour à la découverte
des longitudes , laquelle donnera
à fon Auteur des droits fur la reconnoiffance
de tous les pays & de tous les hom
86 MERCURE DE FRANCE.
mes. Ce premier fuccès de M. C. fes ta
lens fublimes & reconnus depuis longtems
pour la Géométrie , ne lai donnentils
pas les plus flateufes efperances de parvenir
à ce but , s'il eft poffible d'y arriver
jamais ?
Finiffons par une réflexion. Il eft dans
l'ordre des chofes poffibles que nous
voyions de nos jours brifer une idole qu'on
a encenfée jufqu'ici avec un fanatifme
affecté. Les meilleurs Géométres de l'Europe,
fans contredit , font en France ; leurs
talens & leur application donnent lieu
d'augurer les plus brillans fuccès. Mais
alors feroit-il raifonnable d'infulter aux
vaincus& d'outrager la mémoire d'un grand
homme , qui en fe trompant a donné les
moyens de faire voir qu'il s'étoit trompé ?
C'est ce que quelques partifans de l'attraction
ont fait à l'égard de Defcartes ,
lequel malgré les erreurs , mérite & obtiendra
dans tous les tems l'eftime & le
refpect des véritables fçavans. Si le regne
de M. N. alloit finir , comme celui de
fon prédéceffeur , exhortons d'avance les
difciples des nouveaux maîtres à ne point
imiter le mauvais exemple qui a été donné
jufqu'ici . Un Monarque vaincu & dans
les fers mérite encore les refpects de fes
ennemis . Defcartes s'eft trouvé dans ce
DECEMBRE. 87
1747.
cas vis-à-vis de M. N. & celui- ci peut
s'y trouver un jour & peut-être inceffamment;
le fort des fyftêmes eft auffi peu
ftable que celui des armes , avec cette
difference qu'un Général d'armée qui a été
battu , peut le lendemain remporter la victoire
, mais qu'il eft rare qu'un fyftême détruit
reprenne le deffus.
LE TRIOMPHE DE L'ANE ,
Fable nouvelle.
D
Ans une plaine , aux pieds des montagnes
d'Afe
,
Un lion honoroit de fa protection
Quatre autres animaux utiles pour
fa vie ;
Chacun auprès de lui , faifoit fa fonction ;
L'induftrieux caftor s'annexa pour partage
Le foin de lui bâtir un fuperbe palais ,
Où ce Monarque , au moins à l'abri de l'orage ,
Aum heu de fa Cour puiffe regner en paix .
De ce louvre nouveau la formidable porte
'Fut confiée au noble & fougueux léopard ,
Qui feul fervant au Prince & de garde & d'ef
corte ,
Bravoit notre architecte & mépriſoit fon Art.
Ennemi de la guerre , enfant de la molleffe ,
Le finge effrontément tranchoit du bel efprit ,
88 MERCURE DE FRANCE.
Et jouoit tellement fon rôle avec adreſſe ,
Qu'aucun près du lion n'avoit tant crédit ,
Tandis que fous le faix d'une charge pefante ,
Effuyant la fatigue & la chaleur du jour ,
L'âne feul apportoit une herbe nourriffante ,
Que le lion fans lui partageoit à la Cour.
Nos joyeux Courtifans , fiers de leur induſtrie ,
Du zélé pourvoyeur méprifoient les talens ,
Tant & fi bien , qu'un jour piqué de jaloufie ,
Il fe promit auffi de rire à leurs dépens.
Tout refpiroit alors la joie & l'abondance ,
Quand l'âne décampant dès la pointe du jour ,
Fit connoître.bientôt , par quatre jours d'abſence ;
A quel point fon fervice étoit utile en Cour.
Le lendemain tout manque ; un fecond jour fe
paffe ,
Point de nouvelle , alors réduits au défeſpoir ,
Sur le peu qui reftoit , le lion fait main baffe ,
Et laiffe aux Courtiſans le foin de ſe pourvoir.
Tous fort embarraflés , car faute de culture ,
La terre en cet endroit n'enfantoit plus de grain ,
Abbattus , confternés , dénués de pâture ,
Maîgres , foibles , défaits , prêts à mourir de faim ,
Nos altiers Courtifans , loin de ce vil confrere ,
Sentirent vivement dans cette extrêmité ,
A quel point fon emploi leur étoit néceffaire ,
Lorfque pour mettre fin à leur calamité ,
Par fa bruyante voix l'âne fe fit entendre ,
C
DECEMBRE. 1747 . 89
1
Auffi tôt chacun d'eux , s'animent à ce bruit ,
Tous volent au devant , & de l'air le plus tendre
Soudain vers le palais l'âne en pompe eft conduit.
Le lion le careffe , & d'un ton de clémence ,
Soyez le bien venu , dit-il , en l'embraffant ,
Vous , par qui nous voyons renaître l'abondance :
A ma Cour déformais , vivez fplendidement ,
Et pour montrer combien j'eftime votre office ,
A commencer par vous , je veux qu'à l'avenir
Que qui l'exercera , fur le champ s'annobliffe ,
Et qu'aux plus hauts emplois il puiffe parvenir.
Nos humbles Courtifans inftruits par l'indigence ,
Contre un fi jufte arrêt , loin d'ofer murmurer ,
Vêcurent avec l'âne en bonne intelligence ,
Sans que depuis l'orgueil ait pû les féparer.
C'eftainfi que pour mieux cimenter l'harmonie,
A l'emploi qui fouvent nous paroît le plus bas,
Du Souverain des Dieux la ſageſſe infinie
Semble avoir attaché le bonheur des Etats.
Par M. Cheret Négociant , rue de la Harpe
au coin de la rue Poupée à Paris.
90 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Dordelu du Fays à
Madame la Marquife D ** , où il la rend
juge des raifons qu'il apporte pour la défenfe
de fes Obfervations historiques fur la
nation Gauloife , contre les Réflexions Critiques
de M. l'Abbé A***.
J
E ne puis differer , Madame , à vous
apprendre qu'à mon retour de la campagne
je trouvai une critique lancée contre
mes Obfervations fur la nation Gauloife.
Elles paroiffent fous votre nom , &
vous en faites trop de cas pour ne point.
me flater que vous voudrez bien être
juge de quelques raifons que j'ai l'honneur
de vous préfenter pour la défenfe de cet
ouvrage.
L'Auteur le déchaîne par tout contre
moi , & il m'accufe d'injuftice à l'égard de
Tite-Live au fujet de Brennus ; il ignore
fans doute que je ne fuis que le rapporteur
des piéces contre cet Hiftorien , & que
j'ai feulement fuivi la fentence qu'on a
fouvent portée en certains points contre
lui.
Je nie pofitivement la victoire de Camille
, & à jufte titre ; les autorités dont je
me fuis déja fervi ne font que trop fuffiDECEMBRE.
1747. 91
fantes pour en convaincre , & elles me paroiffent
trop foiblement combatues , pour
qu'il foit néceffaire de vous les rappeller
ici fous un nouvel aſpect .
Je ne vais qu'examiner où Tite-Live
peut avoir puifé ce qu'il dit dans fon cinquiéme
livre fur la défaite de Brennus par
Camille.
Il est postérieur d'environ quatre cent
ans au regne de ce Roi des Gaules , ainf
il ne peut fçavoir ce qui s'eft paffé dans le
tems que par la tradition ou par les Hiftoriens
qui l'ont précédé . Or ces deux
moyens font directement oppofés à ce qu'il
dit , par conféquent la victoire de Camille
fur Brennus n'eft qu'une fuppofition de fa
part.
La tradition ne lui eft nullement favorable
, puifque Suetone rapporte dans la
vie de Tibére qu'il étoit conftant parmi les
Romains que Camille ne pût jamais ôter
aux Gaulois les mille pefans d'or , mais
que depuis Drufus , étant Préteur des Gaules,
les rapporta à Rome.
Les Hiftoriens qui ont écrit avant Tite-
Live font conformes à cette tradition ;
Polybe qu'il a fuivi prefque en tout , l'avoue
pofitivement dans fon fecond livre ,
lorfqu'il dit que les Gaulois , Boïens &
Infubriens qui habitoient l'Italie , étant
92 MERCURE DE FRANCE.
en guerre avec les Romains demanderent
du fecours aux Geffates , & que pour les y
engager ils leur repréfenterent les exploits
de leurs ancêtres , qui après la victoire
qu'ils avoient remportée dans une pareille
entreprise s'étoient rendus maîtres de Rome
, d'où étant fortis fept mois après par
un effet de générofité , ils étoient revenus
dans leur patrie chargés de lauriers & des
dépouilles de leurs ennemis.
Ce fait eft avoué de prefque tous les
Auteurs qui ont fuccedé à Tite- Live . Ces
Auteurs font Trogue Pompée , Suetone ,
Orofe , Frontin , Ruald & Palmere .
Je cite ces deux derniers qui lui font
de beaucoup poftérieurs , parce qu'ils fe
font particulierement appliqués à démafla
flaterie de Tite- Live fur la victoire
de Camille fur Brennus.
quer
Ruald fait voir dans fes Commentaires
fur Plutarque que cet Ecrivain étoit trop
verfé dans l'Hiftoire , pour avoir crû que
Brennus avoit été défait par Camille , &
qu'il n'a fuivi Tite-Live dans la vie de ce
Sénateur, que pour s'en faire gloire auprès
des Romains.
Palmere va plus loin . Il dit que Tite-
Live ne quitte Polybe que lorsque l'interêt
ou la paffion lui fait abandonner lé
parti de la vérité , & que l'élégance & la
DECEMBRE. 1747. 93
beauté de fon ftyle étoient le voile trompeur
de fon impofture. Il cite même les
Auteurs qui découvrent la baffeffe de fa
flaterie pour les Romains & de fes reffentimens
contre les Gaulois.
Bien plus , il fe fert de Tite- Live même
pour le confondre par un trait d'Hiftoire
tiré de Polybe qu'il a imprudemment
inferé dans fon dixiéme livre , où il fait
dire aux Samnites que les Gaulois
avoient tenu les Romains fous leur joug
dont l'or feul avoit pû les délivrer . En
cela ils ne difoient que la vérité , remarque
l'Hiftorien,fans fe fouvenir qu'il avoit
dit ailleurs en parlant de Camille , lorfqu'il
le fait venir contre Brennus , que les
Dieux n'avoient jamais permis qu'il fût
reproché aux Romains d'avoir été rachetés.
" C'eft ainfi que cet Auteur fe confond
avec lui-même dans fa flaterie , & que les
Gaulois font vengés de la haine qu'il leur
portoit.
Brennus ne fut donc pas défait , comme
le difent Plutarque & Polyen , deux
faux témoins de Tite- Live ( dit Palmere . )
Il n'eft pas même fait mention de ce Sénateur
dans les Hiftoriens que je leur oppofe
, au contraire fi on les croit , [ comme
mon adverfaire auroit pû le remarquer
94 MERCURE DE FRANCE.
dans les douziéme & treiziéme pages ]
Brennus fortit triomphanr non-feulement
de Rome & de l'Italie , mais encore de la
Gréce & de la Macédoine.
Si tant de glorieux exploits attribués à
ce feul Roi des Gaules font un paradoxe
à mon Critique , qu'il s'approche de tout
ce que les Hiftoriens nous fourniſſent à
ce fujet , & il verra diffiper les ténébres qui
lui cachent la vérité.
Qu'il fuive Juftin dans fes contradictions,
il s'affûrera que le Brennus qu'il prétend
être resté aux portes de Rome , n'a
point borné fes conquêtes dans l'Italie.
Cet abbréviateur de Trogue Pompée au
vingt-quatriéme livre de fon Hiftoire ,
fait entrer dans la Grèce fous le regne de
Prolomée , frere d'Arfinoë , deux armées
de Gaulois, commandées par deux Princes,
qu'il nomme , l'un Brennus & l'autre Belgius
. Ces malheureux Princes perdirent
entierement leurs troupes , & leur vie au
fiége du Temple de Delphes,
Et dans fon trente-deuxième livre il raconte
qu'un Brennus ayant formé l'attaque
du Temple de Delphes , n'eût pas tout
le fuccès qu'il avoit defiré , qu'au contraire
il y laiffa la vie , & que Les troupes
faifies de frayeur fe retirerent dans l'Afie
& dans la Thrace , d'où elles revinrent
DECEMBRE. 1747. 95
dans les Gaules . Une colonie s'établit au
confluent du Danube & de la Save . Les
Tectofages emporterent avec eux les richeffes
de ce Temple , mais ils furent
obligés de les jetter dans un lac près de
Toulouſe , pour le garantir des maux qui
pourfuivoient par tout les raviffeurs de cer
or facré.
Quel parti faut- il prendre , Madame
dans deux rapports fi oppofés ?
Ou Brennus dont parle Juftin dans fon
vingt quatriéme livre , s'empara du Tem
ple de Delphes , & fon armée ne fut point
entierement défaite , ou ce n'eft pas le
Brennus que les Tectofages avoient fuivi ;
pour moi j'adopte le dernier fentiment ,
& je foutiens qu'ils fuivirent le Brennus
qui fe rendit maître de Rome la même année
, qu'Artaxerces donna la paix à toute
la Gréce.
Je me fonde fur le vingt-huitiéme livre
du même Juſtin , où il dir que les Gaulois
s'étoient rendns maîtres de toute l'Italie
& de la Grèce , pendant la confternation
où ils avoient jetté les Romains , en détruifant
leur ville par le fer & le feu.
Les autorités de Paufanias & d'Appien
d'Alexandrie achevent de me convaincre
.
Paufanias obferve que le Général Gau
96 MERCURE DE FRANCE .
lois qui échoua au Temple de Delphes ,
defcendoit des Celtes établis en Pannonic
fous Sigovele , & que celui qui prit Rome
étoit Sénonois .
Appien diftingue les peuples des deux
expéditions que les Gaulois ont faite en
Afie , fçavoir les Cimbres & les Antariens
dans la premiere , & dans la feconde les
Scordifes defcendus des Gaulois de la Pannonie
, ainfi je ne vois plus de doute fur la
difference des deux Brennus , & il eſt évident
que les Gaulois qui firent la premiere
expédition en Afie avoient à leur tête le
même Brennus qui prit Rome , & que
Brennus & Belgius qui défirent Prolomée ,
frere d'Arfinoë , furent Chefs de la feconde.
Ce qui eft difficile à démêler c'eft la
maniere confufe avec laquelle Tite - Livo
décrit la tranfmigration des Gaulois en
Afie ; il parle d'un Brennus & de deux
Princes qui pafferent dans cette partie du
monde à la tête de vingt mille combattans
; ils remirent fur le trône de Bithynie
Nicoméde malgré les efforts de fon frere
Tiboë ; il ne leur refta que dix mille hommes
qui fe multiplierent de telle forte &
devinrent fi redoutables , qu'ils rendirent
tributaire une partie de l'Afie ; ils fe partagerent
en trois peuples , fçavoir les
Toliftoboges ,
DECEMBRE . 1747.- 97
Toliftoboges , les Trocmes , & les Tectofages.
Qui peut croire que dix mille hommes ,
trifte refte d'une armée fi nombreuſe , ſe
foient emparés des plus belles régions de
l'Orient , & qu'ils ayent foumis le refte à
leur domination ?
Tite Live voile en effet la vérité
dans cet endroit , mais on n'eſt pas dupe
de fa tromperie , lorfqu'il eft à la
fuite des Hiftoriens que je viens de citer.
On découvre facilement qu'il confond
fous le nom feul d'un Brennus les conquêtes
de deux , & qu'il auroit dû diftinguer
le premier qui conduifit les Tectofages ,
en Afie , d'avec le fecond qui fecourut
Nicoméde.
Voilà , Madame , tout mon fyftême ; il
eft à préfent aifé de répondre aux objections
que l'on me fait. La principale eſt
de differencier les deux Brennus , en ce
que l'un eftappellé Regulus, & l'autre Dux,
& de dire que le Regulus a été défait
auprès de Rome , & que le Dux a vêcu
deux cent ans après la victoire de Camille.
L'objection eft nulle & la preuve en eft
fauffe , parce que le titre de Regulus que
Tite-Live donne au Brennus de fon cinquiéme
livre, eft placé là fort mal à
I Vol.
E
propos,
8 MERCURE DE FRANCE.
puifque ce Roi des Gaules étoit à la tête de
trois cent mille hommes .
Pour le Brennus du troifiéme livre , il
n'eft appellé que Dux , encore avec plus
d'injuftice , puifqu'il avoit au moins autant
d'autorité dans l'armée qu'il conduïſoit ,
que Leonoric & Luthaire, qui font appellés
Regulus ; par conféquent il peut être le
même Brennus , & quand il ne le feroit
pas, j'en ai toujours admis deux .
Le Dux , dit mon Critique , vivoit du
tems de Nicoméde II. d'Attale II. &
d'Antipater Général d'Antiochus le Grand,
Cela eft faux , & voici comment. Nicoméde
Fondateur du Royaume de Bithynie
eft le feul du nom qui reçût du fecours
des Gaulois contre fon frere Ziboé , par
conféquent le regne de Brennus ne fe
rapporte point à celui de Nicoméde II.
Antipater Général d'Antiochus le Grand
n'eft pas celui qui vivoit du tems de Brennus
, mais un Antipater qui fuccéda à Meleagre
Roi de Macédoine , dans le tems
que Ptolomée Ceraune ,frere d'Arfinoé, fut
tué, deux cent quatre- vingt ans avant Jefus,
Chrift. Je me borne là , Madame , crainte
de tomber dans des inepties peu capables
de vous être préfentées , il fuffit que l'on
n'en veuille qu'à la victoire de Camille
fur Brennus que je prétends nier , & que
DECEMBRE. 1747 .
99
je croye y avoir fuffifamment répondu.
C'est à votre juftice & à votre érudition
d'en décider ; pour moi je ne defire d'autre
gloire que de vous affûrer du refpec
très-profond avec lequel j'ai l'honneur
d'être , &c.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Novembre font l'écran
, lejaloux , le tonneau & la fièvre. On
trouve dans le Logogryphe , fi , fiere,feu
& féve.
ENIGM E.
Uoique du fexe feminin
Je fuis fecrette au dernier point.
A garder un dépôt je fuis inviolable ;
Je ne m'enfuirois pas quand il viendroit un diable,
Dans mon pofte toujours reftant en faction ,
Je chaffe un curieux avec confufion.
Sous mon aufpice on peut en confiance entiere
Dépofer fon tréfor mieux que chés un Notaire ;
J'ai ma garde dont rien n'eft jamais bien venu
S'il ne porte fur lui le fignal convenu.
Eij
100 MERCURE
DE FRANCE.
Moi cependant , qui tous voleurs affronte ,
Un roflignol maudit quelquefois me furmonte,
AUTRE.
E fuis fans nul fecours , quoique près des mortels
, JE
Moi de qui la bonté mérite des autels.
Certain peuple jadis par un fol eſclavage
A mes productions rendoit un vain hommage ;
Mais jamais en mon nom, il n'a brûlé d'encens.
Chacun me foule aux pieds en prenant mes préfens.
Le mortel infolent à mon viſage crache ,
Mais je fouffre ces maux & jamais ne m'en fâche.
En quelque lieu qu'on foit , par tout je fais dų
bien .
Bacchus,le Dieu Bacchus ,fans moi ne feroit rien ;
Je fuis vieille, grand'-mere, & nul n'aura monâge ;
Que de gens au Palais entraîne mon partage !
Je fuis tiche & jamais les tréfors d'un grand Roi
Ne pourront égaler ce que je tiens en moi .
J'ai bien plus de pays que les plus grands Monarques;
Que celui qui pourra me connoiffe à ces marques;
On abeau me charger , je n'en peſe pas plus ;
Je renferme dedans ce qui vivoit deffus ;
J'exifte en Italie , en France , en Angleterre ,
En Turquie , en Eſpagne & par toute la terre,
DECEMBRE. 1747. 107
J
AUTRE.
E n'étois pas connu dans l'âge d'innocence ;
C'est au crime , lecteur , que je dois la naiſſance ;
Jadis chés le Romain j'étois long & traînant ;
Je fuis chés le François un corps très -inconftants fuis- chés
J. F. C. de Semur en Auxois
AUTRE.
N peut me regarder comme être néceffaire
Selon la fable j'eus un enfant téméraire' ;
C'estmoi qui fais briller les plus vives couleurs":"
Sous nies pas on voit naître & les fruits & les
fleurs.
Par le même.
D
LOGO GRYP HE.
Es plus riches Palais on me fait l'ornement
J'imite la nature , elle eft mon truchement ;
2 , 3 , 5 , joignez 4 , on m'arracha la vie ;
Par un frere jaloux elle me fut ravie .
1 , 2 , 3 , 4, & s , fans ceffe autour de moi
Je vois ceux que Bacchus tient rangés fous fa loi
5, 6 , & 7 , je fuis un élement terrible ;
&
Je deviens pour plufieurs un monument horrible
3,2,1,5,6,7 , l'effort des matelots
M'ouvre un libre chemin dans le milieu des eaux
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
3 , 2 , 4 , avec 5 , mon atteinte mortelle
Couvre fouvent les yeux d'une nuit éternelle ;
3 , 2 , 4,je fuis un fpectacle enchanteur ;
.
Je corromps très- fouvent & l'efprit & le coeur ;
2,4,3 , & 5 " une ville Latine ;
Au fils d'un grand Héros je dois mon origine.
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
O
Nimprime à Vienne en Autriche une
belle & fuperbe édition de tous les
ouvrages d'Hyppocrate , qui doit intéreſſer
ceux qui étudient la Médecine , & de
laquelle on a déja publié le premier volume.
Jufqu'à préfent dans toutes les éditions
des oeuvres de ce Prince de la Médecine , le
texte étoit défiguré & obfcurci par quanti
té de fautes. La même raifon faifoit que
les verfions étoient fouvent differentes entr'elles
, fautives , obfcures , & infuffifantes .
M. Etienne Make qui donne aujourd'hui
cette nouvelle édition a fenti que l'obfcurité
qui fe trouve dans plufieurs paffages
d'Hyppocrate , venoit plutôt du vice du
DECEMBRE. 1747. 103
texte que du ftyle de ce célebre Médecin
& il a cherché avec foin les moyens de re
medier à cet inconvenient. Il a heureu
fement trouvé dans la Bibliotheque de la
Reine de Hongrie plufieurs manufcrits
grecs des oeuvres d'Hyppocrate , & deux
exemplaires imprimés , dont l'un a appartenu
à Giovanni Sambuco , & l'autre à
Giano Cornaro . L'un & l'autre ont chargé
les marges de leur exemplaire de variantes
& de reftitutions ; aidé de ces fecours
M. Make a corrigé & reftitué plufieurs
paffages qui jufqu'à préfent avoient été dé
figurés , & dont quelques - uns étoient inin
telligibles. Il a en même tems perfectionné
la verfion latine , en faveur de ceux qui
n'entendent pas le grec , ou qui ne l'entendent
qu'imparfaitement , ce qui compofe
le plus grand nombre : on y trouve auffi
un petit traité des mefures des anciens
chofe néceffaire pour bien entendre les
dofes que preferit Hyppocrate. On verra
à la fin l'expofition des mots d'Hyppocrate
faite par Galien , le lexicon d'Herofien ,
les phraſes d'Herodote , & enfin l'index
de Pierre Dupin. Ce premier volume eſt
orné du portrait du docte éditeur , lequel
eft accompagné de vers élégans & flatteurs
compofés en Hebreu & en Grec , encens
analogue au genre de fon travail . La Mé-
>
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE
decine eft la feule des fciences qui appar
tiennent à la Phyfique , dans laquelle
nous foyons furpaffés par les anciens. L'Anatomie
, l'Hiftoire naturelle , la Botanique
, l'Aftronomie , la Géometrie ont fait
les progrès les plus brillans , mais au contraire
Hyppocrate & Galien n'ont été ni
furpaffés , ni égalés par aucuns de leurs
fucceffeurs , & ils font encore les oracles
de la Médecine , ce qui non feulement
prouve la fuperiorité de leur génie , mais
pourroit encore faire préfumer que la Nature
a mis desbornes fort étroites aux connoiffances
qu'on peut acquérir en cette
partie , puifque depuis deux mille ans qu'-
Hyppocrate a écrit , elle a été cultivée par
des gens du plus grand mérite , dont le
peu de fuccès ne peut pas raifonnablement
être attribué à l'infuffifance de leurs talens.
·
On a imprimé à Nanci une Hiftoire du
Pontificat d'Eugene III. dédiée à M. de
Montmorin Evêque de Langres. Quoique
ce fouverain Pontife n'ait fiegé que 8
ans,la fupériorité de fes talens , & l'importance
des chofes, qui fe font paffées dans ce
court efpace de tems , rendent ce point
d'hiftoire intéreffant. Quand il monta fur
la chaire de S. Pierre , Rome depuis plu
fieurs années étoit déchirée par des factions
puiffantes. Arnauld de Breffe étoit à la tête
DECEMBRE. 1747. 105
d'un parti de rebelles , qui prétendoient
fouftraire Rome à l'autorité du Pape , &
faire de cette Capitale de l'Italie une République
fouveraine & indépendante. Lu
cius yfut tué dans une émeute populaire ,
en voulant l'appaifer le 1 Fevrier 1145 :
dans des circonftances fi critiques les Cardinaux
ne crurent pas devoir attendre le dé
lai prefcrit par l'ufage , de peur de donner
à la fédition le tems de prendre de nouvelles
forces. Ils entrerent au Conclave le
lendemain de la mort du Pape , & le danger
public réuniffant les efprits , on élut
unanimement Bernard de Pife , Abbé de S.
Anaftafe, qui prit le nom d'Eugene III . Le
nouveau Pape ne trouva pas les efprits pluss
difpofés à l'obéiffance qu'ils lui devoient.
Lalédition recommença , & il fut obligé
de fortir de Rome avec les Cardinaux &
les Prélats , & d'aller faire à Farfa la cé--
remonie de fon couronnement , tandis que
les rebelles pilloient Rome , l'Eglife même
de S. Pierre, & mettoient à feu & à fang
les Palais des Cardinaux.
Tel étoit le trifte état des affaires , cir
conftances funeftes & difficiles dans lef
quelles la prudence la plus éclairée , &
l'habileté la plus confommée étoient né
deffaires,& pouvoient même ne pas fuffire,,
mais ce détail nous meneroit trop loin. On
I w
106 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette hiftoire un détail circonf
tancié du Concile de Paris , auquel le
Pape préfida ; il s'agiffoit de condamner les
erreurs de Gilbert , Evêque de Poitiers ;.
on jugea dans le même Concile un Heretique
qui méritoit plutôt le nom de fou ,
que de fectaire , cet homme étoit Breton
& s'appelloit Eon- de-l'Etoile ; faiſant allufion
de fon nom avec ces paroles qu'il
avoit entendu chanter dans l'Eglife
per eum quijudicaturus eft vivos & mortuos ,
il prétendoit qu'il devoit juger les vivanst
& les morts , & lorfque le Pape l'interrogeant
lui deinanda qui il étoit. Je fuis ,
repondit- il , celui qui doit juger les vivans &
les morts ; les Peres du Concile déciderent
que cet homme méritoit plutôt d'être enfermé
comme fou qu'anathematifé comme
herefiarque ; mais ce qui doit furpren
dre , c'eft que cet infenfé eût des Sectateurs
, & que les fous fes difciples firent
affés de bruit pour qu'on fut obligé de les
reprimer férieufement , & d'en faire brûler
quelques -uns.
Le Docteur Ferdinando Coldari Florentin
, fait imprimer à Venife la Gnefe , traduite
en vers Italiens . Cet ouvrage eft divifé
en deux parties , dont il n'y a que la
premiere qui paroiffe encore.
Jo . ZACHARIA Platneri Dotloris &
DECEMBRE . 1747.-
107
mentorum's
Profefforis Med. Lipf. inftitutiones Chirurgie
rationalis tum Medica tum manualis , in
ufum difcentium , variis non nullorum ferraaneis
iconibus illuftrata.
Venetiis 1747 in-4°. p.623.
APHORISMI , de cognofcendis &
curandis morbis uberrimis, commentariis atque
animadverfionibus illuftratis , &c. Scriptore
Jo. Francifco Scardona , Rhodigino Philofopho
, & Medico Doctore , in- 4° . tom. 3. à
Padoue 1746 , chés Jean Manfré.
On vient d'imprimer à Verone quinze let
tres duMarquisMaffei,dont le nom eft connu
en France comme en Italie. Ces lettres
qui ont été écrites à differens Sçavans de
Lous les pays , contiennent des remarquesfur
divers objets de Phyfique & d'Hiftoire
paturelle, & fur-tout la défenfe du fyftême
de M.Maffei fur la formation de la foudre .
Ce Seavant prétend que le Tonnere va
toujours en s'élevant de bas en haut , &
qu'il le forme près de la terre. Dans la neus
vieme lettre addreffée à Jean Marinoni
célébre Aftronome demeurant à Vienne ,
M. Maffei repond à ceux qui l'avoient accufé
d'avoir avancé fans fondement
que
Fracaftor avoit connu l'ufage des Telefcopes
avant Galilée ; on trouve la preuve de
ce fait littéraire , qui a fon importance , à
la page 132 d'un ouvrage de Fracaftor , im-
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
primé en 1574 à Giunti & Venezia , &
qui a pour titre Degli omocentrici.
a
•
Le public auroit droit de fe plaindre de
nous , fi nous gardions le filence fur le
livre intitulé le Comedien , que nous avons
annoncé dans le dernier Mercure . Il eftétonnant
que perfonne n'eut encore fongé
à nous donner un ouvrage fur ce fujet
notre nation a pouffé l'Art Dramatique à
un point de perfection où aucun autre
peuple n'eft arrivé , & le goût que nous
avons pour les Spectacles affuroit l'Auteur
de fon fuccès. Il eft vrai que ce projet fouf
froit aufli des difficultés ; que pour repan
dre quelque lumiere fur la théorie d'un
art de goût , il falloit foumettre au raifónnement
& à Fanalyfe des vérités qui ſem
blent n'être que du reffort du fentiment ;
il falloit en concilier plufieurs qui paroiffent
fe contredire, diftinguer des nuances
très legeres & très- délicates. D'ailleurs
on rifque toujours lorfque l'on ouvre une
earriere nouvelle. M. R. a triomphé de
toutes les difficultés , il a démêlé par une
Métaphyfique très - fine les differens principes
de l'art du Comédien , quels font les
talens qui lui font néceffaires , & jufqu'à
quel point il doit poffeder , ou peut fe
paffer de chacunde ees talens . C'eſt-là l'objes
de la premiere partie ; il traite dans la
DECEMBRE. 1747. 109
feconde des moyens que l'art peut fournie
au Comédien
de perfectionner
les talens
que la Nature lui a donnés.
De toutes les qualités que donne la
Nature , la plus néceffaire à un Acteur ,
celle que l'art , ni tous les autres talens - naturels
ne peuvent fuppléer , & qui peut
feule fuppléer les autres , fi elle eft dans
un dégré éminent , c'eft le fentiment. Ca
qu'Horace a dit aux Poëtes , fi vis me flere
dolendum eft , M. R. le dit avec autant de
raifon au Comédien ; l'illufion , l'intérêt
le plaifir , tout eft perdu avec un Acteur
qui joue froidement , & fon infenfibilité
paffe dans notre ame. C'étoit fans doute
une des pins grandes parties du célébre Baron
, le Rofcius de la France. On fçait à
quel point cet excellent Acteur fe transformoit
dans le rôle qu'il jouoit ; on l'a fouvent
entendu en entrant für le Théatre,ou
après avoir récité ce qu'il avoit àdire , continuer
à dire tout bas les mêmes chofes
que le perfonnage qu'il repréfentoit étoit
fuppofé penfer. M. R. fait une réflexion
bien ingénieufe fur la facilité qu'a notre
ame à recevoir les impreffions de la trifteffe
d'autrui ; il fuffit de voir une perfonne fincerement
& juftement affligée pour s'attrifter
avec elle ; la vie des autres paffions
n'eft pas auffi contagieufe , nous voyons
#10 MERCURE DE FRANCE .
fans être fort émûs un homme fe livrer à
la plus violente colere ; nous reftons Lerieux
à la vûë d'un homme transporté de
la joye la plus vive , mais les pleurs ont
toujours le droit de nous toucher. Nés
pour la peine & pour les fouffrances , nous
lifons douloureufement notre deſtination
dans le fort des malheureux , & les infor→
tunes des autres font un miroir dans le
quel nous contemplons avec amertume les
miferes attachées à notre condition .
la On peut ajouter que par le lien que
Nature a mis entre tous les hommes , tout
malheureux femble , reclamer notre fes
cours , c'est à nous que s'adreffent fes pleurs
il femble nous dire, plaignez- moi , vengeze
moi,fecourez-moi , & la Nature lui repond
au fond de notre coeur , ainfi il nous rend
acteurs indifpenfables de la trifte fcéne
dont il eft la victime , mais quand un hom
me eft tranfporté de colere ou de joye , ik
n'a pas besoin de nous , ce n'eft pas à nous
qu'il s'adreffe , & nous le laiffons parce
qu'il ne nous cherche pas. M. R. eft fi per
fuadé de la néceffité du fentiment dans le
Comédien , qu'il veut qu'un Acteur ne fe
deftine point aux rôles de Héros , s'il n'a
Fame élevée , à ceux d'amans , s'il n'a le
coeur tendre , & il rappelle à ce fujet le fue
cès fingulier qu'un hazard de cette efpece
DECEMBRE. 1747. IFF
+
fit avoir à la Pfyché de Moliere. Il exige
auffi que le Comédien ait de l'efprit , & il
ne peut en avoir trop pour bien démêler
les fineffes de fon art. Nous ne pouvons
entrer dans le détail de toutes les qualités
que M. R. défire dans le Comédien , mais
nous ne finirons pas fans rapporter un prineipe
bien démêlé au fujet de la Comédie ; il
a dit aux Tragiques pleurez , fi vous voulez,
queje pleure , il dit au contraire aux Comiques
ne riez jamais ,fi vous voulez que je rie.
Il paroît un écrit intéreffant & curieux
fur le phénoméne à la mode . Il a pour titre
Obfervations fur l'Electricité , ou l'on tâche
d'expliquer fon méchaniſme & ſes effets fur
l'economie animale , avec des remarquesfur
fon ufage. Par M. Louis , Maître és - Arts ,
ancien Chirurgien Major des troupes du
Roi , affocié à l'Académie Royale de Chirurgie
, & Chirurgien de l'Hôpital Géné
ral de Paris à la Salpétriere.
Cet ouvrage eft dédié à l'Académie des
Sciences. L'Auteur divife toute fa matiere
en quatre fections . Il établit d'abord toutes
les notions qui font néceffaires fur l'objet
qu'il fe propofe d'examiner , & paffe enfuite
aux obfervations , où on lira le
pa
rallele des effets de l'Electricité avec ceux
du Tonnere , & fes conjectures fur leur
méchanifine. Il fe vend chés Laguette LiBIZ
MERCURE DE FRANCE.
braire , rue S. Jacques à la Croix d'or
LA THEORIE, & la pratique du
Jardinage , où l'on traite à fond des beaux
Jardins appellés communement Jardins de
plaifance & de propreté , avec les pratiques
de Géometrie néceffaires pour trouver
fur le terrain toutes fortes de figures , &
un traité d'Hydraulique convenable aux
Jardins , par M.... de l'Académie Royale
des Sciences de Montpellier , quatrième
édition ,revûë , corrigée & augmentée confidérablement
, & enrichie de nouvelles
planches , à Paris , chés Pierre-Jean -Mar
riette , rue S. Jacques aux Colonnes d'Her
cule , 1.747 in-4°.
INSTRUCTION pour les Novices
ouvrage qui peut être également utile aux
perfonnes féculieres , par le Pere Pacifique
de Tannay , Exprovincial des Capucins ,
à Poitiers chés Felix Faulcon , Imprimeur
de M. l'Evêque ,, Place Notre-Dame la
Grande , 1747 , & fe trouve à Paris , chés
G. Martin , Libraire , rue S. Jacques.
Il paroîtra dans le courant du mois prochain
chés Heriffant fils , Libraire rue neuve
Notre-Dame , un Calendrier Hiftorique
Chronologique , par Meffire A. M. Lefevre
Prêtre , Bachelier en Théologie. Ce livre
contient l'origine & l'établiſſement des
Paroiffes , Abbayes , Monafteres , Prieu
DECEMBRE. 1747. 113
rés , Communautés , Chapelles , Oratoires
& Hôpitaux de ce Diocèfe , fous le titre
du Saint de chaque jour. It contient auffi
les Conciles qui ont été tenus à Paris , les
Héréfies qui y ont été condamnées , les
événemens dignes de remarque , les hom
mes illuftres de ce Diocèfe , qui fe font
diftingués , foit par leur piété , foit par
leur fcience. De plus ce Calendrier contient
fous le titre de Prélature Parifienne ,
-un Catalogue non-feulement des Evêques
-& Archevêques de Paris , mais auffi des
Doyens de cette Cathédrale , des Abbés ,
Abbeffes , Superieurs Généraux d'Ordres
, Congrégations & Seminaires de ce
Diocèle , avec des remarques hiftoriques.
L'Auteur qui n'a cû d'autre vûë
que d'être
utile à l'Eglife de Paris , en faifant connoître
fes différens établiffemens , & de
fatisfaire la curiofité du public,pric inftam
ment Meffieurs les Curés , Abbés , Abbeffes
, Superieurs Généraux & particu
liers d'Ordres , Congrégations , &c. de ce
Diocèfe de lai communiquer les remar
ques & les piéces néceffaires pour la correction
, l'augmentation & la perfection
de fon ouvrage
. <
L'ORINOQUE illuftré & défendu
Hiftoire naturelle , civile & géographique
, &c. feconde édition , revûë & aug
114 MERCURE DE FRANCE.
mentée par l'Auteur , le P. Gumilla de la
Compagnie de Jefus , à Madrid 1745 ,
deux volumes in-4° . L'ouvrage eft en
Espagnol.
LES HOMELIES de S.Gregoire Pape
fur Ezechiel , à Paris , chés Ph . N.
Lottin & J. H.Butard, Imprimeur-Libraires,
rue S. Jacques à la Vérité; Jean Defaint &
Charles Saillant , Libraires , rue S. Jean de
Beauvais vis-à - vis le College , & la veuve
Robinot , Quai des Auguftins 1747 , in- 1 2 .
PHILOSOPHIE en vers de M. Benoît
Stay de Raguſe , à Venife , 1744 , vol.
in-8° . de 331 pages ; les vers font latins.
TRAITE' de la vérité de la Religion
Chrétienne , &c. Section VII. contenant
preuve de la divinité de l'Evangile, tirée
des miracles qui en ont accompagné la publication,
premiere partie , à Généve chés
Goffe & Compagnie , in- 8 °.
Ja
PRECIS de l'Hiftoire Sacrée par demandes
& par reponfes , avec une métho
de artificielle propre aux jeunes gens pour
fixer dans leur mémoire les principaux
faits de cette hiftoire , à Paris ches Savoye
rue S. Jacques au deffus de la Fontaine S.
Severin , à l'Espérance , volume in- 12.
1747.
MEMOIRES pour fervit à l'hiftoire
du Comté de Bourgogne , contenant l'idée
DECEMBRE. 1747. 115
générale de la nobleffe , le nobiliaire de
ée Comté , l'hiftoire des révolutions arrivées
en cette Province jufqu'à préfent ,
& c . par M. Dunod de Charnage , & c . in-4°.
avec figures , à Paris , chés la veuve Ganean
, Libraire rue S. Jacques , aux Armes
de Dombes.
PIECES qui ont remporté le prix de l'Académie
Royale des Sciences en 1741 fur
la meilleure conftruction du Cabeftan
felon la fondation faite par feu M.Rouillé
de Meflay , ancien Confeiller au Parlement
, volume in-4° . de 296 pages , à Paris
, chés G. Martin , J. B. Coignard & les
freres Guerin , Libraires rue S. Jacques
1745.
HISTOIRE GENERALE des voyages
depuis le commencement du XVe. fiécle
, &c. tome troifieme , livre huitieme ,
à Paris , chés Didot , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Bible d'or , 1747 .
REFLEXIONS fur la caufe générale des
vents , Piéce qui a remporté le prix propofé
par l'Académie Royale des Sciences
de Berlin , volume in-40 . de 332 pages ,
à Paris , chés David l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques , à la Plume d'or.
CONFERENCE
de toutes les queftions
traitées par M. de Ferron , Confeiller
du Roi au Parlement de Guyenne , dans
#16 MER-CURE DE FRANCE.
fon Commentaire fur la Coûtume de Bor→
deaux , par ordre alphabétique , avec le
Commentaire de M. Bernard Automne ,
Avocat audit Parlement , fur la même
Coûtume , par feu M. Pierre Dupin , Avocat
audit Parlement de Bordeaux , à Bordeaux
, chés J. B. Lacornée , Imprimeur de.
la Cour de Parlement & de l'Hôtel de
Ville , rue Saint James vis-à-vis la rue
de Gourgue , 1746 , in-4 .
DICTIONNAIRE univerfel de Méde
cine , de Chirurgie , de Chymie , de Botanique
, d'Anatomie , de Pharmacie
d'Hiftoire naturelle , &c. à Paris , chés
Briaffon , David & Durand , Libraires , ruë
· S. Jacques .
AMUSEMENT de la raiſon , volume in ‑ 1 z
de 254 pages , non compris l'Avertiffement
& la table , à Paris , chés Durand
rue S. Jacques & Piffot fils , Quai des Au
guſtins, 1747.
On vient d'imprimer chés Lottin &
Butard , un Traitéfur la maniere de lire les
Auteurs avec utilité , où l'on développe les
quatre opérations qu'il faut faire en lifant ,
Goncevoir réduire , développer & juger
premier vol. in- 12.
,
L'ouvrage eft divifé en quatre parties
le premier volume qui fe débite actuelle
ment, contient les trois premieres opérations.
DECEMBRE. 1747. 117
(
1
5
Après un difcours préliminaire fur l'exé
cution du deffein du livre & fur fon utilité,
on traitela premiere partie : concevoir ce que
nouslifons. On examine ce que c'eft , on développe
les moyens généraux de faire cette
operation , & l'on préfente des exemples
pour en faire l'application . Suit l'examen
s'il y a des moyens particuliers de concevoir
les faits & les raifonnemens , on expoſe
les moyens avec des exemples agréables
& intéreffans , on touche un peu les
avantages qu'il y a de concevoir parfaitement
, & l'on obferve à cette occafion ,
en quoi la mémoire des chofes l'emporte
fur la mémoire des mots. On finit l'exercice
de cette premiere opération fur une
differtation de Tite-Live , & fur un chapitre
de l'abregé de l'Hiftoire & de la Morale
de l'ancien Teſtament.
,,on
La feconde partie ; réduire ce que nous
lifons , eft traitée à peu- près de la même
maniere: ce que c'eft que réduire , effai fur
plufieurs exemples , & pour agir avec fûreté
, on développe les moyens généraux
de réduire. Comme tout Auteur ou expoſe
ou raifonne , on détaille avec des
exemples les moyens particuliers de rédui
re les expofitions & les raifonnemens.
On paffe aux défauts à éviter en réduifant
ux occafions où il faut réduire , aux ayan18
MERCURE DE FRANCE.
tages que l'on fe procure par- là , conception
vive & aifée , ordre , jufteffe , précifion
, énergie : l'opération de réduire fe
termine par un double exercice fur un petit
difcours de l'utilité de l'étude Mathématique
, & fur une lettre où il eſt traité
de la délicateffe de l'enjouement.
On vient à la troifiéme partie ; dévolopper
ce que nous lifons : ce que c'est que développer
, on propofe des exemples qui
juftifient la notion que l'on a donnée : fuivent
les moyens généraux de développer ,
avec l'exercice de cette opération fur des
fujets intéreffans . Et pour en découvrir les
refforts , on obferve qu'il doit Y avoir
dans tous les ouvrages trois ordres , l'ordre
général , l'ordre des parties principales
& l'ordre des penfées . On reprend les trois
ordres , avec des exemples qui attachent.
On s'arrête fingulierement à l'ordre des
penſées & l'on en diftingue les differens arrangemens
: le premier , lorfque les penfées
fe foutiennent mutuellement ; le fecond
, lorfqu'elles fuivent le progrès de la
chofe que l'on dépeint ; le troifiéme , lorfqu'elles
font diftribuées fuivant leur rapport
entr'elles , & eu égard au fujer que
l'on traite : chaque arrangement eft éclairpar
des exemples fenfibles & intéreffans.
Cette opération fe termine , comme les
ci
DECEMBRE . 1747. 119
deux autres par un double exercice fur deux
fujets.
Le fecond volume fuivra de près : il
contiendra l'opération de juger , avec de
nouvelles obfervations fur l'opération de
dévolopper.
D'Houry pere , Imprimeur Libraire
Paris , rue de la vieille Bouclerie , vent
d'imprimer un livre qui a pour titre , Bi
bliotheque choifie de Médecine , tirée des ouvrages
périodiques , tant François qu'Etrangers
.
..Nous donnerons dans le prochain Mercure
le plan qu'à fuivi l'Auteur de cet ou
vrage.
ESTAMPE NOUVELLE.
E Sieur Tardieu fils , Graveur ordinaire du Roi,
LE
ouvrage , où il a exprimé par la délicateſſe & la
varieté de fon travail toutes les beautés du tableau
qu'il avoit à imiter .
Ce tableau du Cabinet de M. le Comte de
Vence , peint par David Teniers eft un des plus
précieux & des plus terminés de cet excellent Pein
tre Flamand. Son objet principal eft une demie.
figure qui repréfente un Docteur Alchymifte , étudiant
dans un livre les profondeurs de fon Art ;
fon application eft fpécialement marquée par le
caractère de la tête qui eft admirable.
120 MERCURE DE FRANCE.
Devant lui fur la table font pofées des bouteilles
qui contiennent fes diftillations , un globe célefte
pour étudier les fignes du Zodiaque & les
mouvemens des aftres , un fable pour méfurer le
tems des opérations , & une tête de mort , qui
femble indiquer que le but du travail de ce Sçavant
eft d'éloigner la mort , en trouvant dans fon
Art des moyens de prolonger la vie des hommes.
Dans le fond font trois difciples occupés , l'un
à broyer des matieres , les autres à admirer les
changemens des couleurs.
L'eftampe a pour titre le Docteur Alchymifte , &
fe vend à Paris chés l'Auteur ruë Saint Jacques,
près celle des Noyers .
La veuve de Simon Bailly renouvelle au public
fes affûrances qu'elle continuë de fabriquer
les véritables favonnettes legeres de pure crême de
favon , dont elle feule a le fecret. Comme plufieurs
fe mêlent de les contrefaire & les marquent
comme elle pour n'être point trompé il faut
s'adreffer chés elle rue Pavée Saint Sauveur , au
bout de celle du petit Lyon , à l'Image Saint
Nicolas , à une porte cochere , prefque vis -à vis
la rue Françoife , quartier de la Comédie Itas
lienne.
AIR
DECEMBRE. 1747. 121
D
AIR TENDRE.
Es oiſeaux amoureux l'agréable ramage ;
Echo par les plus doux accens ;
Le murmure des eaux ; ces jardins , ce bocage ,'
Tout infpire en ces lieux de tendres fentimens.
Envain jufqu'à ce jour j'évitai de me rendre ;
Le cruel amour eft vainqueur ;
De mille traits je fens percer mon coeur ;
Le vôtre , belle 'Iris , pourroit- il s'en défendre
CHANSON BACHIQUE.
N vient de m'annoncer que mon vin eſt au
bas , ON
Mais il vaudroit autant m'annoncer le trépas ;.
Philofophe à face livide ,
Qui foutiens qu'il n'eft point de vuide ,
Viens , viens , defcends dans mon caveau
Et fonde mon pauvre tonneau.
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE:
CACDCACACACIACOVA VITAVA
LE
SPECTACLES.
E Concert Spirituel exécuté au Château
des Tuilleries le vendredi 8 Décembre
, jour de la Fête de l'Immaculée
Conception , commença par Exaltabo te ,
Moret à grand choeur de M. de la Lande.
Quemadmodum , petit Motet de M. Mouret
, & un Concerto joué par M. Blavet ,
précéderent une Cantate intitulée la
Prife de Bergopfoom , de la compofition de
M. de Bury Maître de Mufique de la
Chambre du Roi , qui fignala le zéle des
Auteurs & des auditeurs. M. Pagin Symphoniſte
habile exécuta une fonate à violon
feul , de fa compofition , qui fut applaudie
, & le Concert finit par Magnus
Dominus , Motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L'Académie Royale de Mufique contitinue
les vendredis & les dimanches les
repréſentations d'Atis , Tragédie de l'immortel
Lulli , qui attire toujours de nouveaux
applaudiffemens à l'ouvrage & aux
Acteurs .
Les mardis & les jeudis ſont donnés au
Ballet de l'Europe Galante , qui dans fon
genre eft une piéce digne des plus grands
DECEMBRE. 1747. 123
loges. La premiere repréfentation de la
remife de ce charmant Ballet a été donnée
le jeudi 16 Novembre.
La Comédie Françoife a remis fur fon
Théatre le Méchant , & la reprise de cette
fpirituelle piéce a eu le brillant fuccès qui
avoit fignalé fon début ; elle eft imprimée
& l'extrait en fera dans le fecond volume
de ce mois.
Le même Théatre a auffi redonné
Guftave Vafa , Tragédie de M. Piron , fſii
connu par le feu & la fineffe de fes productions
.
Mlle Lani jeune & aimable danfeuſe arrivée
de Pruffe , a auffi paru avec diftinctiou
fur la Scéne Françoife , de même qu'un
Acteur nouveau, nommé M. Ribou , qui a
obtenu les fuffrages du parterre éclairé &
des connoiffeurs du plus haut rang dans le
Comte d'Effex , Electre , l'Edipe moderne
& Guſtave Vafa. On a remarqué fon intelligence
& la jufteffe de fon jeu.
la
Le Théatre Italien a ouvert au retour
de Fontainebleau par deux Comédies ,
dont le fuccès étoit affûré par les premiers
applaudiemens qu'elles ont reçus ,
Coquette fixée & les Tableaux . dont les repréfentations
n'ont été interrompues que
par l'indifpofition de Mlle Camille , qui
en fait un des principaux ornemens par fes
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
danfes pittoresques & fon jeu naturel &
fin.
Le 19 Novembre a été remarqué par
le Guilloché, feu d'artifice , qui a fort fatisfait
les fpectateurs.
Le 6 Décembre on a repréſenté devant
Madame la Dauphine fur le Théatre de la
Cour Arlequin & Scaramouche voleurs .
DISSERTATION Medico- Phyfique
Sur l'air dans le corps humain , & les effets
de l'effence balfamique , ftomachique &
anti- verminenfe de M. de Pafturel , par
M. D...
JE
E cróis devoir , Meffieurs , pour l'in
terêt du public vous faire part de quelques
obfervations que j'ai faites fur les
vertus & propriétés de l'effence , & c. dont
vous avez fouvent parlé dans vos Mercures
; mais je pense qu'avant d'entrer en
matiere il convient d'expliquer la nature
de l'air & de quelle maniere il agit fur
nous.
Quoique le fluide dans lequel nous vivons
foit d'une nature trop délicate pour
être fenfible à notre vûë , fes effets fur le
corps humain font fi intereffans qu'ils méritent
une attention particuliere,
་
DECEMBRE . 1747. 1·2 ·5
L'air eft élastique ; cette élasticité eſt
abfolument néceffaire au corps , à la fanté ,
à l'embonpoint & à fon accroiffement.
La diffolution & corruption du corps.
n'eft caufée que par le manque de cette
élafticité ; l'air eft continuellement abforbé
dans le corps , celui que nous refpirons
attiré par les particules fulphureufes du
fang , paffe en partie avec les efprits qu'il
contient , à travers les cloifons des poulmons
pour fe joindre & fe mêler avec lui ;
le mêlange ne fe fait qu'après que les. par
ties d'air on: perdu leur élasticité ; la chaleur
de la poitrine dilatant l'air , cette
élafticité eft détruite dans les véhicules du
poulinon où il fe trouve chargé des vápeurs
, delà s'enfuit la néceffité indifpenfable
d'un air frais , pur , délié , toujours:
nouveau à chaque infpiration.
Mais fi au lieu d'un air frais on refpire
un air épais , humide , groffier , chargé de
vapeurs qui abforbent & détruifent fon
élafticité, l'air ne paffe plus librement , les
parties délicates des véhicules du poulmon
Contractées par cette mauvaife qualité de
l'air , s'applatiffent , s'affaiffent , & par cet
affaiffement le mouvement du fang dans les
poulmons étant arrêté tout d'un coup ,
mort s'enfuit dans l'inftant.
la
Delà les attaques d'apoplexie , de léthar-
Firj
126 MERCURE DE FRANCE.
gie , les évanouiffemens dangereux &
mortels , les morts fubites qui nous caufent
autant de frayeur que de furpriſe ;
on ne peut nier que l'effence balfamique
de M. de Pafturel ne foit un des plus parfaits
spécifiques contre les accidens funeftes
à l'humanité ; voici les expériences
que j'ai faites qui ont toutes répondues aux
qualités neceffaires & indifpenfables , que
doit avoir un remède pour prévenir les
triftes accidens & en guérir les fuites..
Un homme de trente-huit ans s'étant
enfermé dans une petite chambre pour
y travailler , avoit pour fe garantir du
froid allumé du feu dans un fourneau ; au
bout de quelques heures il fe trouva faifi
d'un étourdiffement fi violent & d'une
fuffocation fi forte , qu'à peine eût- il le
tems de fortir de la chambre pour demander
du fecours , qu'il tomba fans mouvement
& fans connoiffance dans la chambreoù
j'étois ; on lui fit prendre une forte
dofe d'effence balfamique que je me trouvai
heureuſement fur moi , on lui en fit
refpirer, ce qui le fit revenir fur le champ,
& il parla , ne fe plaignant que d'un grand
mal de tête , il fe coucha , prit une nouvelle
dofe d'effence , il s'endormit , & le
lendemain fe trouva en parfaite fanté.
On fçait combien les vapeurs acides &
DECEMBRE. 1747. 127.
fulphureufes du charbon font fatales , même
mortelles ; les vapeurs détruifant l'élafticité
de l'air , caufent les accidens dont
j'ai parlé ; cet évenement me fit naître l'idée
de faire quelque effai , qui m'aflûrâc
& me convainquît de la bonté & de l'efficacité
de ce reméde à cet égard ; j'allumai
du charbon dans une chambre bien cloſe ,
j'y reftai environ trois heures ayant une
éponge imbibée de cette effence que je tenois
fous mon nés & que j'avois foin de
changer à mesure qu'elle féchoit , de façon
qu'à chaque afpiration je ne refpirois
que l'air qui étoit contenu dans l'éponget
ou qui paffoit à travers , je ne me fentis
pas plus incommodé que fi les fenêtres
euffent été ouvertes , quoiqu'il y eût quel
ques petits fumerons.
Je tentai quelques jours après, mais differemment,
la même chofe; au lieu de refter
dans la chambre j'y laiffai évaporer de
L'effence balfamique , & dans le même
tems que le charbon brûloit , afin que les
vapeurs arfénicales du charbon & celles
de l'effence fe mêlaffent en même tems avec
l'air , j'entrai au bout d'une heure dans la
chambre , & j'y reftai deux heures , remettant
du charbon à brûler & de l'effence à
évaporer , je n'apperçus en entrant aucune
mauvaiſe odeur de charbon , ni pendant.
E iiij.
128 MERCURE DE FRANCE.
tout le tems que je reftai dans la chambre
je ne fus nullement incommodé , ce qui
me confirmant la bonté de cette effence ,
me fit conclure qu'elle donne à l'air l'élafticité
que les. vapeurs du charbon lui font
perdre , foit en abſorbant le mauvais air
foit qu'il s'en reproduiſe un nouveau plus
fain & d'une odeur agréable.
que
Tous ces faits font affés connoître
l'effence balfamique eft un fpécifique
pour fe préferver des accidens dont j'ai
parlé , qu'elle eft utile à ceux qui ont la
poitrine foible , que fon ufage eft important
dans les vaiffeaux où il n'eft point
étonnant que l'air s'altére , & caufe par
fon infection plufieurs maladies mortelles ,
ce qui arrive fouvent dans l'entrepont
des vaiffeaux où la refpiration & tranfpiration
des matelots caufent le fcorbut &
autres maladies très- dangereufes ; on eft
expoſé aux , mêmes rifques dans les prifons
& dans les hôpitaux où grand nombre de
perfonnes fe trouvent fouvent refferrées
dans un très-petit efpace , n'étant point
douteux que ce reméde ne foit fouverain
contre les infections peftilentielles & les
maladies épidémiques , & contre toutes
celles qui peuvent être caufées par un air
mal fain & contagieux, ce reméde étant incorruptible.
DECEMBRE. 1747. 1,29
Les expériences faites fous les yeux des
plus habiles Médecins du Royaume & les
atteftations des gens célébres dans l'Art
fur les cures qu'ils ont faites eux- mêmes
dans differentes maladies , comme les
obſtructions , indigeftions , apopléxies
fiévres malignes & putrides , les perip
neumonies & pour diffiper toute patrefaction
, & rendre aux folides leurs vertus
élastiques , & furtout dans les dyffenteries
, maladies qui réfiftent aux remédes
ordinaires , toutes ces expériences &_ atteſtations
font une conviction de la bonté
d'un auffi précieux reméde , puifque jufqu'à
préfènt on n'en avoit point trouvé
pour prévenir & fe préferver des morts
fubites & des accidens dont j'ai parlé dans
cette differtation , d'ailleurs ce reméde e
un excellent vulneraire qui produit des
effets furprenans dans les brûlures : j'ofe
me flater
que le public me fçaura bon gré:
de ces éclairciffemens , qui ayant rapport
l'humanité tendent à conferver & pròlonger
nos jours. J'ai l'honneur d'être , &c..
M. de Pafturel avoit fait annoncer & afficher?
qu'il avoit établi un Bureau de diftribution à Paris :
pourla vente de fon effence balfamique ; ſtoma--
chique & anti vermineufe , nrais fur les repréfen
tations qui lui ont été faites qu'on n'auroit pas la t
même confiance dans fon reméde dès qu'il étaire
E vv
130 MERCURE DE FRANCE.
forti de fes mains , il s'eft déterminé à le faire
vendre chés lui comme par le paffé , il demeure
à préfent rue des Blancs-Manteaux , la feconde
porte cochere à droite en entrant par la rue Sainte-
Avoye ; les bouteilles font toujours de trois prix
differens , fçavoir de fix livres , douze livres &
vingt- quatre livres ; on y trouvera auffi la differta
tion fur le reméde , qui eft dédiée au premier Mé
decin du Roi.Ceux qui auront befoin du reméde ou
de quelque éclairciffement peuvent écrire à l'Au--
teur ; il prie qu'on ait ſoin d'affranchir le port.
EPITRE
à M. Candide Oculifte.
R Eçois ces vers , ô cher Candide ,
Toi qui pour conferver le plus beau de nos fens
De la nature de l'acide
Sçais réparer les accidens .
Quand tu furmontes cet obftacle ,
Eft-ce ton arteft- ce un miracle
Tu me rends l'ufage des yeux ;
2
Je vois que ce foit l'un ou l'autre ;,
Tout don excellent , dit l'Apôtre ,.
Eft un don defcendu des Cieux ,
De Dien , Pere de la lumiere ,..
De tous nos biens fource premieres
Mais de ce don du Ciel , qui me rend la clarté,
DECEMBRE . 1747. 131
Cher ami , je te crois le feul dépofitaire ;
Je ne trouve qu'obfcurité
Ailleurs où je veux qu'on m'éclaire
Oui je crois que ton art dans cette obfcure nuit
Eft pour la diffiper le feul aftre qui luit .
M. Leroi Definateur & Graveur a
deffiné & gravé le portrait de M. Candide
fameux Oculifte , & le lui a offert en reconnoiffance
du récouvrement de fa vûë
avec ces vers au bas ::
Si de Candide ici vous contemplez l'image ,
Scachez que de ma vûë il eft reftaurateur ,
Et fi de mon burin je fais encor ufage ,
Après Dieu , c'eft de lui que je tiens ce bonheurs
E vingt - cinquiéme Août Fête de
ett
S. Louis l'Académie des Belles Lettres
de Marfeille tint fon affemblée publique
ordinaire .
M. Bertrand Directeur ouvrit la féance
par un difcours qui roula fur les avantages
de la Paix , relatif au fujet que l'Académie
avoit donné , qui étoit les Voeux de l'Eus
rope pour la Paix. Il déclara enfuire que
le prix avoit été refervé , & que par conféquent
l'Académie en auroit deux à dif
I.
EVL
132 MERCURE DE FRANCE.
tribuer l'année prochaine , un à un dif
cours en profe , l'autre à une pièce de poëfie
, & publia les deux fujets donnés qu'on
trouvera énoncés dans le programme fuivant.
Ce difcours fût fuivi de celui qui a été
envoyé pour tribut par cette Académie à
PAcadémie Françoife dont elle eft la Fille
adoptive , fur ce fujet : Qu'il y a dans la
vie une diftribution de biens & de maux qui
eft utile à lafociété. L'Auteur de ce difcours
eft M. Cary.
M. Dulard lût un fragment d'un chant,
d'un poëme de fa compofition , fur la
grandeur de Dieu dans les merveilles de la
nature.
M. de la Vifcléde Secretaire perpétuel ,
lût l'éloge de M. Gravier Académicien
vétéran , mort dans le cours de l'année
& termina la féance par une Ode fur l'ens
vie.
L'Académie des Belles Lettres de Marſeille
ayant cette année refervé le prix , en aura deux à
diftribuer l'année prochaine. Elle avertit donc le
public que le vingt- cinquiéme Août , Fête de Saint-
Louis de l'année 1748 , elle adjugera un de ces
prix à un difcours en profe d'un quart d'heure ,,
ou tout au plus d'une demi- heure , de lecture dont
he fujet fera : Qu on a plus befoin dans la vie de rai
fon que d'esprit.
En l'autre de ces prix à une Ode , ou àun Poë--
DECEMB´RE. 1747: 13
me à rimes plattes de cent vers au plus , & de qua
tre-vingt au moins , dont le fujet fera : L'Air.
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur de
trois cent livres , portänt d'un côté le bufte de
M. le Maréchal Duc de Villars Fondateur & Protecteur
de l'Académie , & fur le revers ces mots :
Premium Academia Maffilienfis , entourés d'une
Couronne de laurier.
On adreffera les ouvrages comme de coûtume y
à M. de Chalamont de la Vifcléde Secretaire perpétuel
de l'Académie des Belles Lettres de Marfeille
, rue de l'Evêché à Marſeille . On affranchira :
lés paquets à la poste , fans quoi ils ne feront point
retirés. Ils ne feront reçus que juſqu'au premier
Mai inclufivement.
Les Auteurs de mettront point leurs noms au
bas de leurs ouvrages , mais une Sentence tirée de
l'Ecriture Sainte , des Peres de l'Eglife ou des
Auteurs Profanes. Ils marqueront à M. le Secretaire
une adreffe à laquelle il enverra fon récé
piffé,
S'ils fouhaitent que leurs noms foient imprimés .
à la tête de leurs ouvrages , ils doivent les envoyer
avec leurs titres à une perfonne domiciliée à Marfeille
qui les remettra à M. le Secretaire le 25 Juil
let , non plutôt ni plûtard ..
On les prie de prendre les mesures néceffaires
pour n'être point connus avant la décision de l'Académie
, de ne point figner les lettres qu'ils pour
ront écrire à M.le Secretaire, de ne point lui préfen
ter eux-mêmes leurs ouvrages, en feignant de n'en
être pas les Auteurs , ni fe faire connoître à lui ,
ou à quelque autre Académicien ; & on les avertit
que s'ils font connus par leur faute leurs ouvrages
feront exclus du concours , auffi bien que tous
ceux en faveur defquels on aura follicité , & tous ,
$34 MERCURE DE FRANCE ..
:
ceux qui contiendront: quelque chofe de trop
libre.
L'Auteur qui aura remporté le prix viendra le
recevoir dans la fale de l'Académie le 25 Août
jour de la féance publique deftinée à l'adjuger , s'il
eft à Marſeille , & s'il eft abfent il enverra à une
perfonne domiciliée en cette ville le récépiffé de
M. le Secretaire , moyennant lequel le prix fera
remis à cette perfonne.
Il vient de paroître une eftampe de treize pou
ces de large fur feize pouces de haut , c'eft le portrait
en pied de M. Quefnay Médecin de M. le
Duc de Villeroi , gravé par M. Will , de la gran
deur du tableau peint par M. Chevalier éleve de
M. Raoux. Ce morceau de gravure eft peut être
un des plus hardis pour la beauté du burin & des
mieux entendus pour l'intelligence & l'accord ,
qn'on ait vus depuis long-tems. Il a été gravé par
l'ordre & aux dépens de M. le Duc de Villeroi
qui a fait préfent de la planche à M. Quefnay.
Piéces de Clavecin avec accompagnement de
Violon , Hautbois , Violoncelle ou Viole ; di
vifées en fix fuites , dont les deux dernieres font
pour le Clavecin feul , dédiées à M. le Duc de
Luynes , Pair de France , par M. Marchand ordinaire
de la Mufique de la Chapelle & Chambre du
Roi , & Organifte ordinaire de la Chapelle de Sa
Majefté. OEuvre premiere. Prix 9 liv.
CATALOGUE RAISON NE' des Bijoux ,
Porcelaines , Bronzes , Lacqs , Luftres de criftal
de roche & de porcelaine , Pendules de goût &
autres meubles curieux ou compofés , Tableaux
Defleins , Eftampes , Coquilles & autres effets de
DECEMBRE. 1747: 135
curiofité , provenant de la fucceffion de M. Angran
Vicomte de Fonfpertuis.
Cette vente fe fera feulement pour la partie des
bijoux dans les premiers jours du mois de Décembre
1747 , & les autres, effets curieux ne feront
vendus que le premier Lundi de Carême 4 Mars -
1748 & jours fuivans , par E. F. Gerfaint. A Paris
chés Pierre Prault , Quai de Gêvres , & Jacques
Barrois , Quai des Auguftins 1747.
Ce Catalogue , ainfi que ceux qu'à déja donnés ›
au public M. Gerfaint , eft non - feulement fort
bien fait , quant à l'ordre & à la diftribution des
matieres , mais il contient encore plufieurs remarques
curieufes fur les Peintres dont les ouvrages
font cités , & fur les differens objets dont il eft
queftion. M. Gerfaint eft un des curieux les plas
connoiffeurs & les plus inftruits .
絲絲粉絲洗洗
PARODIE du Sonnet inferé dans le
Mercure de Septembre 1747 , F. 73 ..
SONNET
.
R
Evenez maraifon ; mon devoir vous apa
pelle.
Je prétends par honneur défendre la beauté ,
Qui fçut par les attraits ravir ma liberté ,
Et je veux la venger d'une offenfe cruelle.
Mufe , fecourez-moi ; venez parler pour elle..
Il faut dans ce fonnet flater la vanité ,
136 MERCURE DE FRANCE:
Et punir lé cenfeur de ma captivité ,
Qui dit que mon amante eft ingrate , infidelle .
Qu'il en dife du mal , mon coeur n'en croira rien
Je fais dans fes appas confifter tout mon bien.
Et fouffre avec plaisir le feu qui me dévore .
Oui , Colombe à mes yeux eft un divin objet ,
Que j'aime infiniment & que j'adore encore ;
Si jamais je la perds , j'en mourai de regret.
Par M. Cottereau de Beaune étudiant an
Collége de Tours.
PROGETTO dAffociazione per la
Stampa d'un' infigne raccolta d' Antichità.
A.
Goftino Carattoni , Stampatore del Semina
è per intraprendere fenza dilazione la ftampa del .
nuovo Mufco dell' Accademia Veronefe , nek .
quale tra Infcrizioni , e baffi Rilevi fi contano
646 pezzi. Verranno appreffo nell' iſteſſo libro il
Mufco dell' Univerfità di Torino , e l'Imperiale ,
ch' è alla Biblioteca di Vienna , con l' ifteffa nobiltà
, e con l' iftefs' ordine publicati .
Seguirà una raccolta di moltiffime Infcrizioni,
Greche fcelte , e non più publicate , e di molte
maggior numero di Latine , fcelte parimente fra
molaffime altre. Più della metà di quefte l'Editore
, ch'è a baſtanza noto , non le ha preſe da :
DECEMBRE. 1747. 137
fchede , nè ricevute per lettere , ma le ha vedute
egli fteffo , ed esaminare le pietre originali in varj
paefi d'Europa. Per indubitati rifcontri fi è poi
afficurato di tutte quelle che fono ſtate traſcritte
in Africa , e in Afia.
Si aggingnerà la raccolta , e la fpiegazione delle
Abbreviature Latine , e Greche , quali fi truovano
ne' marmi antichi , con che poffa ognuno leggere
non folamente quefte , ma tutte l'altre antiche
Infcrizioni. Non c'è cofa in oggi più neceffaria ,
rimanendo fenza quefto ogni ftudio d'antichità
all' ofcuro , e pochiffimo fervendo le fatiche in
altri tempi finora fatte .
Baffi rilevi eruditi , e anticaglie figurate fccltiffime
oltre alle Veronefi fi daranno di varie parti ,
talchè fe ne vedranno nel libro ben ducento pezzi,
fenza alcun riſparmio di fpefa diſegnati , e intagliati
in rame eccellentemente. Le Tavole che fon
già fatte poffono darne baftante pruova. Tutta
quefta raccolta farà ftampata in un folo tome in
foglio.
La groffa fpefa sforza a procurar qualche ajuto
per via d' Affociazione . Il prezzo del libro farà
di Zecchini quattro , ma agli Affociati non cofterà
che Zecchini due , l' uno de ' quali fi pagherà
fubito , l'altro fi pagherà al ricever del libro. Saranno
regiſtrati con onore i nomi di chi affocian
dofravrà dato mano all' imprefa.
Prault, le fils , Marchand Libraire , au bout du
Pont- Neuf , Quai de Conti , donnera inceffamment
une Edition exacte , revûë & corrigée des
OEuvres de Théatre de M. de Sainte Foy , en deux
volumes, Les Lecteurs curieux de l'efprit fin &
délicat , du ftyle léger & naturel , ne manqueront
pas fairement d'acheter ce Recueil. Le public
138 MERCURE DE FRANCE.
1
en connoît le mérite , & les repréfentations de ces
in génieufes Comédies font caution du fuccès de
leur impreffion .
EPITRE
AM.Néricault Deftouches , del'Académic
Françoife. Par M. Tanevot.
TOi , que Plaute & Terence ont vû fous leur
baniere ,
Qui fçus dans tes Ecrits reffufciter Moliere ,
Et qui peux de Thalie oubliant les accens ,
Du moins à Calliope adreffer ton encens ;
Pourquoi dans ta retraite enchaîner ta Minerve
'A te taire obftiné , nous priver de ta verve ?
J'approuve toutes-fois ton filence profond .
Dans ce fiécle guerrier , en prodiges fécond ,
On fe flate un peu trop de pouvoir , doctes Fées ,
Vous ravir quelques fleurs dignes de nos trophées
Oui , fans doute , au récit des étonnans exploits
Du plus grand, du plus jufte & du meilleur des
Rois ,
On court , cher Néricault , rempli d'un beau
délire
Prendre pour les chanter la trompette ou la lyre
DECEMBRE. 1747 139
Dans fon premier tranſport l'efprit n'hésite pas ;
Enchanté du vainqueur il croit fuivre ſes pas;
H prend fon vol , éleve , il eſt dans l'Empirée ,
Mais la raifon encor ne s'étoit
pas montrée .
L'horifon s'éclaircit , elle brille , & foudain
La trompette ou la lyre échappe de la main.
Son flambeau me défend des amorces du zéle.
Alors l'efprit au coeur eft fagement rebelle ;
El reconnoît , ami , qu'un fi noble projet .
De fes foibles efforts ne peut être l'objet .
Autant que par fes faits , par la haute fageffe ,.
LOUIS eft au-deffus des guerriers de la Gréce ,.
Autant doit l'emporter fur le Chantre d'Argos
Un Auteur qui prétend célébrer ce Héros.
Que les tems font changés ! A peine cent bas
tailles ,
Et dix ans de travaux forcerent les murailles
J
Que défendoit . Hector , & contre Menelas ,
Et contre tant de Rois , avoués de Pallas.
Des Dieux mêmes , des Dieux la puiſſance ime
mortelle
Sans Achille n'eût pû décider la querelle ,
Et toutes-fois alors ,,en traçant un rempart ,
Les Vaubans n'avoient point manifefté leur Art..
On ignoroit , ami , fes puiffantes barrieres ,
Et les foudres lancés par la main des Vallieres,
140 MERCURE DE FRANCE.
Aujourdui défendus par cent bouches de feux ,
Les Forts multipliés font des Volcans affreux.
Aujourd'hui dans fon camp une innombrable ar
mée
Sçait fe couvrir encor d'une rive enflammée ;
Il faut , il faut braver ces brulans baſtions ,
Dans leurs retranchemens vaincre ces Légions
Lawffelt & Bergopfom , fèrtilès en obftacles ,
Aux fiécles à venir apprendront ces miracles ,
Et la rapidité de nos fuccès fameux ,
Qui paroîtront un jour moins vrais que mer
veilleux.
Des peuples répandus autrefois fur lá terre
La plupart ignoroient le grand art de la guertej -
De foibles Souverains & de vaftes Etats ,
Des camps pleins de fujets & vuides de foldats ,
Succomboient aisément fous une autre Puiffance ,
Qui moins confidérable , avoit plus de vaillance.
De- là ces Conquérans , ces-Héros fi vantés ,
Du préjugé peut- être un peu trop refpectés.
De- là ces grands exploits , ces conquêtes rapides
Lauriers prêts à cueillir fur des peuples ftupides ,
Sur des Rois indolens , dans le luxe amollis
Par leur oifiveté juftement avilis:
Qu'est- ce que Darius placé près d'Alexandre
DECEMBRE. 1747. 141
Des Grecs jufqu'aux Perfans combien faut - il deſcendre
?
Et fi chés les Gaulois , chés nos braves Ayeux ,
Les Romains ont trouvé des rivaux dignes d'eux ;
Combien leur ont offert une victoire aiſée
L'audacieux Philippe & l'imprudent Perſée ?
O que notre âge abonde en diſciples de Mars !
Toutes les Nations affrontent les hazards ;
Toutes dans les combats éprifes de la gloire ,
Ne cedent qu'en mourant l'honneur de la victoire,
Et celles que l'envie ofe armer contre nous ,
Ne peuvent déformais tomber que fous nos coups,
Deftin toujours flateur , honorable défaite ,
Qui conferve aux vaincus une eftime parfaite !
Tels par leurs ennemis noblement abbatus ,
Vivent dans la mémoire & Patrocle & Porus.
Jadis des Conquérans le barbare génie
A l'ufurpation joignoit la tyrannie.
Ardens à concevoir d'ambitieux deffeins ,
Fleaux de l'Univers , moins guerriers qu'aſſaſſins ,
Livrés en furieux au tumulte des armes ,
Ils ne fe repaiffoient que de fang & de larmes.
Funeste ambition , rien ne peut t'affouvir !
Du Midi jufqu'au Nord tu veux tout affervir ,
142 MERCURE DEFRANCE;
Et quand les Nations à la fin font détruites ,
Tu te plains que le monde ait reçû des limites
Et vous , fameux
captifs, qui ne dûtes vos fers
Qu'à ces mortels
jaloux d'enchaîner
l'Univers
Hélas ! Vous avez vû dans cette frénéfie
Les Romains
fuccéder
au vainqueur
de l'Afie ;
Méconnoître
cet Art , difficile
à former ,
De combattre
, de vaincre
& de fe faire aimer !
C'eſt celui de mon Roi guidé par la clémence
,
Attribut
précieux
de la Toute- Puiſſance
.
Bellone , qui cent fois couronna fa valeur,
Trouve toujours la paix maîtreffe de fon coeur.
Ses fatigues , fes foins , fes dangers font pour elle ;
La gloire au champ de Mars , malgré lui , le rappelle.
La modération , fille de la bonté ,
Captive fon Héros dans la profperité.
Elle attendrit fon ame , & l'oblige à fe plaindre ;
Qu'à redoubler fes coups on veuille le contraindre .
A s'appaifer ainfi les Dieux font toujours prêts ;
Qui fçait fe repentir , révoque leurs décrets .
Puiffions- nous , Néricault , puiſſions- nous voir
éclore
Ce jour dont tant d'exploits femblent être l'aurore
Ce jour où l'on verra nos fuperbes guerriers
DECEMBRE.
1747. 143
Au Temple du loifir confacrer leurs lauriers ,
Jouird'un doux repos, acquis par leurs conquêtes,
Et le front ceint de fleurs , préfider à nos Fêtes !
On y célébrera , dans un tranfport égal ,
Ces Héros immortels , Maurice , Lowendalh ,
Et de nos autres Chefs le courage intrépide .
Alors , peut-être alors , ma mufe moins timide ;
Dans le fein des plaifirs , des enfans de la Paix ,
Chantera de LOUIS les auguftes bienfaits .
Digne préfent du Ciel ! Olive floriffante !
Hâtez -vous de germer dans fa main triomphante
Faites fructifier les glorieux travaux ,
Et fur tout l'Univers étendez vos rameaux !
LETTRE de M. de L, à M. de la Bruere.
R , ayant lû dans votre Mercure de
M Septembre dernier que l'on avoit
appris à parler à des fourds & muets , j'ai
fait reflexion qu'il feroit encore plus aifé
de leur enfeigner à connoître les paroles
des autres auffi diftinctement & aufli vîte
que s'ils les entendoient ; c'eft en obfervant
les differens mouvemens des levres
de ceux qui parlent , car on va voir que
des perfonnes fourdes y ont réüffi de cette
F
€ 44 MERCURE DE FRANCE.
maniere d'elles-mêmes & par le feul uſage.
Quand je demeurois à Amiens je connoiffois
la Demoifelle du Roty , qui étant
devenue entierement fourde , converfoit
avec la fervante ; en regardant la bouche
elle diftinguoit les paroles & y répondoit
d'abord. Comme cette perfonne infirme
depuis long - tems avoit peu de liaiſon
dans le monde , on ne lui parloit que rarement
, & alors elle fe contentoit de regarder
les levres de fa fervante , qui repetoit
ce que les perfonnes lui difoient , &
auffi- tôt elle leur répondoit.J'ai vû tout cela
bien des fois , & grand nombre degens
qui font connus à Amiens peuvent témoigner
d'avoir vû la même chofe.
De plus dans les Mémoires de Trévoux,
* Septembre 1701 , voici ce qui eft écrit
dans l'article de la page 90 d'une autre.
perfonne fourde de la même Ville. » Il y
"
a à Amiens une Marchande qui eſt de-
» venuë abfolument fourde & qui com-
» prend tout ce qu'on lui dit en attachant
» les yeux fur la bouche de celui qui lui par-
» le , on s'entretient auffi facilement avec
elle que fi elle avoit l'oüie excellente , &
» même plus facilement en un fens , car
»on n'eft pas obligé de lui parler haut, &
» elle comprend ce que vous lui dites lorfque
vous ne vous entendez pas vous-
» même.
TILDE TIONS.
www.
1
C
TIONS.
DECEMBRE . 1747. 145
même. Quand on lui parle en quelque
»'autre Langue qu'en François , elle le
» remarque/dans le moment , & dit je ne
fcais point cette Langue ; le fait eft cer-.
» tain dans toutes ces circonftances , & on
» ne le raconte ici qu'après en avoir été
» témoin .
'Il fera encore d'autant plus aifé au Maî
tre qui a enfeigné le fourd & muet à pparler
, de lui apprendre à connoître les paroles
des autres à la vûë de leur bouche ,
qu'il a déja fallu qu'il ait pouffé très-loin
la recherche du détail des mouvemens des
levres , pour la prononciation de chaque
voyelle , fyllabe, & enfin de chaque mor ,
puifque c'eft déja par une de ces connoiffances
qu'il a enfeigné à fon Ecolier à parler
, comme il le dit dans le Mercure.
Comme vous vous appliquez , Monfieur,
à faire de votre Mercure un recueil de ce
qu'il y a d'intéreffant au pubiic , je vous
adreffe ces refléxions , afin que vous ayez
la bonté de les y faire mettre , fi vous le
jugez à propos. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris le 12 Décembre 1747.
Ꮐ
1. Vol.
146 MERCURE DE FRANCE .
S
LETTRE V.
Sur les effets du Tonnerre.
' Il eft difficile , Madame , d'expliquer
la formation de la foudre , il l'eft encore
plus d'affigner des cauſes vraiſemblables
à tous fes effets ; voilà néanmoins ce
que je me propofe aujourd'hui , afin de
remplir entierement l'obligation que vous
m'avez preferite.
Il n'eft pas furprenant de voir le feu du
Ciel mettre en poudre ce qu'il rencontre.
Quelquefois plus propice ,
Il effraye en frappant l'homme , fans le bleffer;
Il effleure les corps qu'il n'ofe renverfer ;
Des Aquilons fougueux en fuivant l'inconftance ,
Il vole à droite , à gauche , il retourne , il s'élance
Sur cent arbres chenus , qui jadis arbriſſeaux ,
Dans la nue aujourd'hui vont cacher leurs ra
meaux.
Il craint que fa fureur ne porte que fur l'herbe ,
Il s'attache à frapper quelque cime fuperbe ; (a)
Il eft prefque toujours annoncé par l'éclair ;
"(a) Altaqueplerumque petit loca , plurimaque plus;
Mentibus in fummis veftigia cernimus ignis .
Luc. de re nat. lib. 6. v . 420.
-I
DECEMBRE. 1747 .
147.
Un feu bleuâtre part , il tombe dans la mer ;
Les flots font divifés , l'onde alors mugiſſante ,
Se fépare effrayée & de rage écumante.
Elle approche , fe retire , enfin elle ſe
calme , mais fi non loin de là il eſt quelque
bouffolle , l'aiguille s'en dérange, elle
erre fans regle. ( a )
Le fouffre aux environs répandu tranſporté,
Paffe par la trachée avec l'air infecté.
Les animaux déja refpirent avec peine ;
Plufieurs font fuffoqués , 6) la maffe hétérogené
De bithame , de nitre & de fels entaffés ,
Que la foudre dans l'air en partant a laiſſés ;
S'agite au gré des vents , & toujours orageuſe
Porte & rapporte au loin une odeur fulphureufe.
Les Cieux par les éclairs quelquefois fillonnés ,
Annoncent aux mortels de ces feux étonnés ,
Que d'horribles carreaux vont par diverfes routes,
De l'Olympe ébranlé faire tomber les voutes.
L'allégreffe bien- tôt fuccéde à la terreur ;
(a) On dit alors que l'aiguille devient folle. V. à
ce fujer un Mémoire inferé dans le 33 vol. des
Obferv. fur les Ecrits Modernes.
(b) Pline fait une difference entre l'homme &
les autres animaux , qui ne paroît pas fondée . Vivum
animal hominem non femper extinguit , catera
illico : hunc videlicet natura tribuente honorem , cum
10t bellua viribus praftent. Hift . Nat. liv . 2. ch . 56 .
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas du foudre éclater la fureur;
Le Ciel entrecoupé par cent flâmes légères ,
Attire les regards d'innocentes Bergeres ;
Quelquefois fans éclairs Polympe ténébreux
Voit mugir dansles airs vingt tonnerres affreux ;
alls tendent à la terre , & leur rage allumée ,
Malgré leurs vains efforts , fe diffipe en fumée ;
Mais quels foudres nouveaux ! Les éclats de l'airain
Font prendre à Jupiter un vifage ferain ;
Le nuage chaffé par l'époux d'Orithie ,
Nous laiffe voir le Dieu qui brûla pour Clitie
Le canon , ce fleau des plus fiers boulevarts ,
Ecrafant l'ennemi fous les propres remparts ,
Souvent par fes éclats ne fait qu'ouvrir la nuë
Qui lance la vapeur dans les flancs retenuë.
De même le tremouffement qu'excitent
les cloches dans l'air , attire quelquefois la
foudre loin de l'écarter ; 24 Eglifes où l'on
fonnoit & qui furent foudroyées en quelheures
dans la Baffe Bretagne, en font
ques
un trifte exemple. ( a)
A chaque coup de tonnerre la pluie
redouble , ce qui a donné lieu à un bon
mot de Socrate , qui peut trouver ici fa
place. Xantippe, femme de ce Philofophe,
(a) Cela arriva le 15 Avril 1718. V. l'Hift . de
Acad. Royale des Sc. de 1719 .
DECEMBRE . 1747. 1.49
l'avoit accablé de reproches, & ne fçachant
plus que lui dire , elle lui verfa fur la tête
un pot rempli d'ordures. Socrate la regarda
tranquillement & s'écria , je fçavoi bien
qu'après le Tonnerre la pluye devoit venir.
Paffez moi cette digreffion ; je rentre dans
mon fujet.
Quelquefois la foudre fe fait jour par
des iffuës fi petites qu'elles échappent aux
yeux les plus perçans ; ( a ) elle tombe ra
rement en hyver.
L'hyver doit-il bien- tôt ramener les frimats ?
Pomone fait au loin de nos triftes climats ,
Et Vertumné effrayé des terres labourées ,
S'éloigne en la fuivant de nos froides foirées ;
On ne voit pas les Cieux par de cruels efforts
Foudroyer les vaiffeaux tranquiles dans les ports.
Rarement il tonne. La foudre eft plus
fréquente en Eté , fur- tout fi l'air échauffé
(a ) Selon une lettre écrite à M. d'Argenville , la
foudre tomba fur une Eglife des Religieux Bénédictins
, perça les murailles , paffa à travers des
piliers de 4 pieds d'épaiffeur & n'y laiffa que des
trous de 2 lignes de diametre. On trouva la porte dui
Tabernacle ouverte , le taffetas dont l'intérieur de
la porte étoit revêtu , décolé ; quelques Religieux
fe fentirent frappés comme d'un coup de maffuc
au bruit du tonnerre. Voyez le Mercure de Septembre
1743 , pag. 267.4%
Giij,
150 MERCURE DE FRANCE.
commence à attirer de bonne heure les ex
halaifons.
Si dès le grand matin Céphale voit éclore
Les rayons diligens d'une brillante Aurore ,
Le tonnerre formé d'un amas vaporeux
Excite dans les airs des tremblemens affreux.
Souvent il prend la forme de longs
traits , qui tombés fur la terze touchent
encore le Ciel.
La Colonne n'eft plus ; les ondes enfâmées
S'élancent à grands flots des voûtes allumées ;
Cette mer fe diffipe & cent feux tournoyans
Roulent avec fureur leurs brafiers ondoyans.
Pour fçavoir combien le tonnerre eft
éloigné de nous , il faut confulter less
mouvemens de l'artere. Chaque battement
du pouls entre l'éclair & le bruit
donne 1000 pas pour la diftante de la
foudre. La flame écarte les airs ; mon
pouls a battu trois fois, le tonnerre gronde
je conclus qu'il eft a 3000 pas.
La meilleure précaution qu'on puiffe
prendre contre la foudre , c'eft de fe retirer
dans une chambre , d'en fermer exactement
les fenetres & les d'ébranportes
,
ler l'air par le fon des cloches , fi le nuage
eft encore éloigné de l'endroit où on fonDECEMBRE.
1747. 151
ne, mais c'eft une fuperftition de croire
avec Augufte qu'on peut éviter le tonnerre
en fe couvrant le corps de peau de veau
marin. ( a ) de même
En vain offririez-vous , comme autrefois Tibere,
Un front ceint de laurier pour vaincre ſa colere,
Par les ondes fortant des lieux prefque glacés,
Ses redoutables traits ſont plutôt émouffés.
Un amas répandu de vapeurs fulminantes
Corrompt des animaux les entrailles fanglantes
Le tonnerre gâte les viandes , fait tourner
le lait & quelquefois diffipe le vin dans
les tonneaux fans laiffer aucun veftige de fa
chûte.
Quel fpectacle imprévu ! Dans ces antres profonds,
Ou jamais on ne vit de fuperbes platfonds ,
Où le luxe eftprofcrit , où le Dieu de la treille
Bait couler à grands flots le jus de la bouteille,
La foudre pour braver les Tyrfes redoutés ,
( a ) Journal des Sçavans 1679. Pline faic
auffi mention de ces précautions inutiles. Qua non
feriuntur fulmine. Ex his qua terra gignuntur lauri
fruticem non ferit .... aut Tabernacula pellibus` belluarum
quas vitulos marinos appellant , &c.
Marfile Frein a crû que le Corail préſervoit de la
foudre. Fortunio Liceti a effayé d'en affigner las
saifon , mais le P. le Brun a démontré qu'ils
erroient l'un & l'autre.
G iiij
15 MERCURE DE FRANCE
Les
pampres ,
Penetre dans la grotte & fans être apperçue ,
Allarme des bûveurs la cohorte éperduë ; *
les feftons de ces lieux enchantés. 1
Un tonneau vuide &fain témoigne qu'en ces lieux-
La foudre a diffipé le vrai nectar des Dieux. ( a›);
Du jus évaporé dans ce revers funefte
La Ménade en fureur court ramaffer le refte ;
On boit , on fe défend ; des charbons allumés.
Amortiffent l'effet des foudres confumés.
M. Boal en a fait l'expérience ; le char
bon de terre brule l'exhalaifon qui diffipe
le vin , mais il n'empêche pas que l'air:
ébranlé ne fécoue les caves & par conféquent
les tonneaux , ce qui fait remonter
la lie & aigrit la liqueur.
Le tonnerre liquéfie l'or , confume les
fourneaux , fans laiffer aucune trace fur les
lames qu'ils renferment ; il tue ceux qu'ib
n'a pas frappés , & n'ôte pas la vie à des
perfonnes qui ont reffenti fes coups ( a )...
Dans des foureaux entiers on a vû des épées
(a) Curat item ut vafis integris vina repente diffigiant.
Luc. lib. 6. v. 230. V. Pline , Hift . Nat . liv.:
2. ch. 53. Senec . Queft. nat. liv . 3. ch. 31 .
( b ) Schott. part . 2. liv . 11. Le Pere Regnaule
dans fa Phyfique, liv. 4. Ent. 4. affûre avoir
vir une perfonne à qui le tonnerre avoit coulé en
tre la chemife & la peau, fans lui faire aucun mal.
DECEMBRE . 1747. 153
Par les exhalaifons , la vapeur diffipées ; ( a )
Cet homme femble encor dans les bras du fommeil
Attendre mollement l'heure de fon reveil.
Dieux ! On l'appelle en vain ,& fon front eſt ſans vie;;
Deja de les poulmons la fubftance eft flétrie. (b )),
Tels font , Madame les effets du ton--
nerre ; en voici les caufes. Les Montagnes
font plus fouvent frappées de la foudre
que les plaines , parce que quelquefois le
feu s'élance obliquement par rapport à
celle- ci...
Il écarte les airs , menaçant nos cités ;:
ડે
Ses efforts par les monts font fouvent arrêtés- ;;
Du tonnerre bruiant leurs hauteurs renconrrées ,
Sauvent de rudes coups à nos humbles contrées ;;
Quelquefois le nuage aux fommets attaché ; ·
(a) Muret In notis ad c. 31. quaft . nat : Sen. lib, 22 .
dit, Mihi hoc contigit ... Ut . fulmen în palatium de→
cidens ad mea ufque cubicula pervenerit. Iba gladis i
qui ad lectum unius ex famulis meis pendebat mucros -
nem ipfum ita liquefecit , ut in globulum converterist
vagina prorfus illasă.
Diffolvit porro facile as aurumque repente conferre
facit . Luc. lib.6. v. 339. Aurum& as ¿o argentum i
liquatur intus . Pline...
(4) Cette fâcheufe expérience a été vérifiée dans s
un jeune homme frappé de la foudre & ouvert part
M. Duverney . Hift, de l'Acad. 1693 .
Pline dit à ce fujet , vulnerafulminatorumfrigi
diora reliquo corpore funt .
Gy
154 MERCURE DE FRANCE
Par un vent furieux tout à coup arraché ,
Fait jaillir à grands flots une gerbe enflammée ,
Qui tombe fur les monts , mais bientôt en fumée
Se perdroit dans les airs, fi le corps en courroux,
Obftiné , s'efforçoit de venir jufqu'à nous..
Il fe confumeroit en chemin faifant.
Quand il tonne les ballons fe dilatent
ils chaffent une partie de la vapeur ; la
pluie redouble:
Le tonnerre eft mieux entendu le long
des vallées que dans un pays plat , parce
que le fon frappe nombre de corps mols
& revient fouvent fur lui-même.
L'éclair eft ordinairement l'avant cottreur
du tonnerre il le précede & paroît
prefque auffi -tôt que le ballon dilaté crevela
lumiere fait en un tems égal 600000
fois plus de chemin que le fon qui parcourt
1 So toifes environ dans une feconde
( a ) ; c'est-à-dire 1000 pas à chaque
battement du pouls , ainfi toute pulfation
de l'artere depuis que l'éclair a brillé jufqu'à
ce qu'on entende gronder la foudre ,
répond à une diſtance de 1000 pas entre le
tonnerre & nous , de même fouvent on
m'entend le coup de fufil que lorfque le
Chaffeur a ramaffé fa proye.
Quelquefois, il tonne fans qu'on voye
Féclair.
(a )M Hughens dans fon Traité de la Lumiere:
DECEMBRE. 1747 ISS
La vapeur qui fermente , ébranle les nuages ,
Et forme dans leur fein de ténébreux orages ;
De fels d'éxhalaifons , d'où naiffent les éclats,
L'éclair ne peut percer les énormes amas ;
Leur affreufe noirceur dérobe à notre vûë
Mille traits enflammés qui ferpentent la nuë
Le brouillard où la foudre fe prépare eft
fouvent au -deffous d'un autre qui nous
empêche d'appercevoir les flâmes dont le
premier eft entrecoupé ; fouvent auffi on
voit briller l'éclair fans qu'on entende
gronder le tonnerre , foit que les ballons
peu refferrés n'excitent dans les airs que
de petits trémouffemens , foit que le bruit
affoibli en chemin ne puiffe parvenir à
nous , à caufe de la diftance dn nuage ora
geux.
Quand nos triffes climats font couverts de glaçons
La foudre dans les airs n'exciteplus fes fons ;
Des rayons du Soleil la chaleur moins active
Tâche envain d'enlever l'exhalaifon rétive..
Elle réfifte & refte fur la terre , alors
tout eft paifible ; la vapeur errante ne peut
être affés comprimée , ni en affés grande
quantité pour allumer la foudre ; il faut
quelque caufe qui faffe voler dans l'air des
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE
fouffres & des fels , comme par exemple
une mine que l'on creufe ( a .).
L'exhalaifon forcée de tomber' prend la
forme d'un trait , d'une gerbe , d'un dard ,
felon que l'air en lui réſiſtant la divife.
C'eft un globe embrafé de minces pelottons .
Qui renferment en eux des foudres avortons ,
Que la chaleur , les vents empêchent de paroître ,
Tel qu'on voit un charbon fe reproduire & croî
tre ,*.
Sétendre , s'agrandir , lorſqu'ardent , allúmé ,
Il fend , traverse l'air qu'il a prefqu'enflâmé ;
Par Péther divifé la foudre harcelée ,
Saifit , furprend foudain la rétine ébranléex
L'impreffion que fait l'objet imprevu
excite un mouvement dans les fibres der
cette membrane ;, l'agitation plus vive
qu'à l'ordinaire dure quelque tems & nous
fait appercevoir l'objet où il n'eft plus
mais oùil a été
La foudre ferpente dans fa chûte , lorſ--
que le centre de gravité , eft hors du centrs
de figure. Elle fait la route que l'air luis
marque ou la détourne en jettant quelque ;
corps de côté ; le feu eft léger ; l'impreffion
(a) Cela doit avoir lieu auprès de Paris , puifque
continuic llement on tire des pierres des carrieres ;
qui font aux environs de cette ville,
DECEMBRE. 1747.
157
de l'air quelque petite qu'elle foit , fuffit:
pour lui faire changer de chemin.
Les
exhalaifons que répand le
tonnerre
interrompent le cours de la matiere quil
occafionne la direction de l'aiguille aimantée.
Voilà pourquoi elle devient foller
quand il tombe auprès d'elle..
La foudre eft attirée fur les clochers ,
le nuage eft
immédiatement au deffus de:
l'endroit oùon fonne ; le fon ébranle l'air.
voifin; il le chaffe ; l'air s'éleve & fait mon--
ter la nuë qui renferme l'orage ; la force
élastique du brouillard (-plein de ballons
prêts à fe dilater ) le précipite ; l'air preffé
à fon tour plie , céde & ouvre paffage au
tonnerre ; fi la nuée eft loin des cloches
les
trémouffemens de l'air l'écartent &
l'envoyent en d'autres endroits .
3
Un corps obéit autant qu'il lui eft poffible,
aux forces qui le pouffent , parce que
dans lui-même il n'a aucun principe de réfiftance
. S'arrête- t'il ? Les forces font con+
traires ,
diametralement oppofées & égales ;
autrement il fuit une diagonalé qui partici
pe des lignes felon lefquelles il itoit , fi
chaque puiffance agiffoit fur-lui féparé
ment. Ainfile vent qui concourt avec la
premiére caufe du mouvement de la fou
dfe, doit changer fa détermination , d'autant
plus que la flâme extrêmement légere no
58 MERCURE DE FRANCE .
demande pas une agitation violente pour
être muë..
Les fels répandus par le tonnerre , femblables
à des petits coins , agiffent fur les
parois des corps, les ébranlent , les élargiffent
, les féparent . Alors tout fe réduit en
poudre, par la raifon que le feu calcine les
pierres. Ainfi je pense qu'on doit expliquer
comment quelques tours dont parle
Pline furent entiérement détruites en Italie
; la vapeur en brula plufieurs endroits ;
les pierres foutenues par celles qui étoient
pulverifées tomberent ( a ).
Voilà pourquoi plufieurs perfonnes
frappées de la foudre font réduites en
pouliere dès qu'on les touche , quoiqu'on
n'apperçut auparavant dans elles aucune
marque de contufion ( b ). L'exhalaifon
entre dans leurs pores , s'infinue par les
ouvertures naturelles,diffipe le fang , con
fume les humeurs qui animent la machine
& en lient les parties .
(a ) Je n'ai point vu d'Auteurs , à l'exception de
Pline , qui faffe mention d'édifices confumés par
la foudre ; je ne crois pas même qu'il y ait d'exemples
bien conftatés de ces fortes d'accidens ; la
fame eft trop légére & trop rapide.
(b) J'ai oui parler d'ane fille, qui fous un arbre
fut frappée du tonnerre ; elle ne paroiffoit point
Bleffée , mais dès qu'on la toucha, elle fut réduite
en poudre
"
DECEMBRE. 1747. 159
Les fels répandus par le tonnerre infec
tent l'air d'une odeur de fouffre ; ils paffent
par la trachée , ils defcendent aux poulmons
, ils les rongent & furchargent les
parcelles aeriennes qui y font contenuës ;
celles- ci moins élastiques n'aident plus la
refpiration ; les lobbes s'affaiffent & l'ani
mal meurt.
Souvent l'air débandé attaque & diffi
pe l'exhalaifon, qui étant ufée, perd fa force
elle gliffe fur les corps qu'elle rencontre ,
femblable à l'efprit de vin qu'on met fur
le feu & qui fe répand en vapeur dans une
chambre que
que je fuppofe fermée ; fi quelqu'un
entre avec une chandelle allumée
cette vapeur s'enflâme , c'eſt un éclair auffi
étendu que le lieu où il brille , mais déja
confumé, il ne bleffe point les organes
des fpectateurs , telle eft quelquefois la
foudre.
L'Emailleur avec un trait de feu diffout
Fe verre ; doit on donc être furpris que la
flâme du tonnerre , plus rapide que celle
dont fe fert l'ouvrier , liquéfie l'or & l'argent
? Elle entre dans leurs parois qu'elle
élargit ; elle oblige les parties du métail à
tourner fur differens centres ; il devient
fluide , fouvent il difparoît ; fes molécules:
défunies font emportées par l'exhalaifon .
Les fels ont-ils leur libre iffue dans les
corps qu'ils pénetrent
160 MERCURE DE FRANCE.
Ils entrent fans efforts; ces corps reftent entiers ; (a)
Ainfi dans les foureaux dont les pores groffiets .
Laiffent à la vapeur un facile paffage ,
La foudre rarement a cauſé de ravage.
Il n'en eft pas de même des épées dont
les parois plus ferrés réfiftent davantage ;
telle l'eau régale qui n'opere rien ſur largent
, diffout l'or . Ce métail plus dur que
L'autre , a fes pores plus étroits ; ils oppofent
une réfiftance plus confidérable à l'action
des fets qui rédoublent leurs efforts
pour les féparer , & qui enfin les écartent.
De même qu'au contraire l'eau forte défu
nit les parties de l'argent fans pouvoir s'infinuer
dans celles de l'or , de même, dis -je,
la vapeur confume la bourfe fans agir fus
P
(a ) On voit dans les Mem. de l'Acad. 1713 , p .
308 , qu'tin mêlange de vinaigre , de chaulx , de
fel , de fouffre & de nitre , donne une compofition
qui pénétre l'argent fans le diffoudre ni l'altérér.
Quelquefois le tonnerre en frappant deux
corps inanimés , les incrufte l'un dans l'autre . Une
Dame de confidération m'a dit connoître une per
fonne qui a une porcelaine dans laquelle le ton
nerre a fait entrer du fil de leton :
Un fait plus connu & digne d'être remarqué
c'eft ce qui arriva en 1741 fur le S. Efprit , vaif
feau François , le tonnerre tomba dans la Sainté
Barbe fans mettre le feu aux poudres ; ayant percé
` jufqu'à la fonte des boulets , il en liquefia plufieurs
avec des poulies &en fit un métail qui ne reffemble.
à aucun autre.
DECEMBRE . 1747 16K
Te métail qu'elle contient ; elle n'y trouve.
aucunpaffage , ou il n'eft pas
fuffifant pour
donner lieu à une diffolution .
Les fels pénétrans dans les tonneaux fermentent
avec le vin ; ils peuvent amener
par les pores du bois les globules de la li
queur qu'il ont détachés les uns des autres ;:
quelquefois auffi après avoir rongé les tonneaux
, ils condenſent la premiere ſurface
du vin , ce qui l'empêche de couler ; les
Limonadiers fant de la glace avec de l'eau
& du fel. Pourquoi donc le nitre femé par
le tonnerre ne coaguleroit-il pas une cou- r
che du liquide contenu dans le bois diffipé
De toutes ces explications il réſulte
qu'on peut imiter la foudre par des com
pofitions de bitume , de falpetre , d'eau ,
d'acides , d'alkalis . Telle eft la poudre ful
minante. La Chymie en fournit beaucoup,
d'autres qu'ilferoit trop long de rapporter
ici..
Gold face LÆG LIRI SES G G G free
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
E- 2 de ce mois le Roi arriva à Ver
failles de Choify , où Sa Majefté s'é
toit rendue de Fontainebleau le 19 du .
mois dernier..
162 MERCURE DE FRANCE.
4
Le 3 premier Dimanche de l'Avent le
Roi & la Reine entendirent dans la Cha
pelle du Château la Meffe chantée par la
Mufique .
L'après-midi le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Mefdames de France affifta
à la prédication du Pere Griffet de la Compagnie
de Jefus.
- Le
4
le Prince d'Ardore Ambaffadeur
du Roi des Deux Siciles reçut en vertu
des pouvoirs qui lui avoient été envoyés
par Sa Majefté Sicilienne le Duc de Vil-
Jars Brancas Chevalier de l'Ordre de Saint
Janvier.
Le Fête de la Conception de la Sain
te Vierge le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meffe
chantée par la Mufique. L'après-midi la
Reine , accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdames de France , affifta à la prédication
du Pere Griffet de la Compagnie de
Jefus , & enfuite aux Vêpres,
Le 10 fecond Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent la Meffe dans la
même Chapelle , & l'après- midi la Reine ,
accompagnée comme le jour de la Fête
de la Conception , affiſta au Sermon du
Pere Griffet.
•
DECEMBRE
. 1747 167
La Reine communia le 7 par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier.
Le 3 de ce mois les Maréchaux de Laval
Montmorency , de Clermont Tonnerre
de la Mothe Houdancourt & de Lowendalh
, prêterent ferment de fidélité entre
les mains du Roi.
Le Cardinal de Soubize , accompagné
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, fut introduit le 12 par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
à l'audience de la Reine , à laquelle
il prefenta l'Abbé Onorati , Camerier
d'honneur du Pape , qui remit à Sa Majeſté
un Bref de Sa Sainteté. Pendant l'audience
on apporta un tabouret , & le Cardinal
de Soubize s'affit . Il fut conduit enfuite
avec les mêmes cérémonies aux audiences
de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & de
Mefdames de France.
Le 10 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont pris le deuil pour
la mort de la Ducheffe Doüairiere de
Brunſwick Wolfenbuttel , grande tante de
Madame la Dauphine.
Le Maréchal Duc de Belle-Ifle étant
arrivé de Nice le 7 de ce mois , alla le
même jour à Verſailles rendre fes reſpects
au Roi , qui le reçut très -favorablement.
164 MERCURE DE FRANCE .
De Bruxelles le 28 Novembre.
T
Outes les troupes font tranquilles
dans leurs quartiers , & moyennant
les précautions qu'on aprifes on n'eft plus
inquiété dans le Marquifat d'Anvers par
les courfes des Huffards ennemis . Selon les
nouvelles de Gand, on y conftruit ainfi que
dans quelques autres villes un grand nombre
de barques , dont on ignore encore la
deftination. Le bruit court qu'il doit paroître
un Edit, par lequel il fera enjoint à toutes
les perfonnes qui poffédent des terres
dans le Brabant & dans les Provinces Voifines,
& qui font au fervice de la Reine de
Hongrie ou des Puiffances fes Alliées , de
revenir dans un certain tems , fous peine
de confifcation de leurs biens. Celles qui
ont acheté des Charges fous le précédent
Gouvernement & qui les ont confervées ,
feront obligées de les racheter.
2
On a reçû avis que les Etats Généraux
des Provinces-Unies avoient nommé le
Comte de Bentinck de Rhoon , le Baron
de Waffenaer de Carwyck & M. Haffelaar ,
leurs Miniftres Plénipotentiaires aux conférences
d'Aix- la- Chapelle.
De Bruxelles le 3 Décembre.
Le bruit qui a couru que le Gouver
nement avoit deffein de faire rachet
DECEMBRE. 1747 .
165
!
ter les Charges acquifes par les titulaires
pendant que ces Provinces étoient fous la
domination de la Reine de Hongrie , eft
deftitué de tout fondement .
Les Doyens des Corps de Métiers ont
donné leur confentement à la levée de
l'impofition établie fur les quatre principales
efpéces de denrées . Il eft arrivé de
Lille une fomme confidérable pour le
payement des troupes du Roi. Les levées
pour les Régimens Etrangers de nouvelle
création fe continuent dans ce pays avec
tout le fuccès poffible , & il vient tous les
jours des recrues pour completter les
Corps qui font en garnifon à Bruxelles &
dans les villes voifines . Plufieurs de ces
Corps pafferent le 20 en revûë devant divers
Commiffaires des guerres.
A
On attend le Maréchal de Lowendall
dans le courant de ce mois. Le Marquis
du Chayla Lieutenant Général , & le
Chevalier de Courten , qui s'étoient rendus
en cette ville pour avoir quelques
conférences avec M. le Maréchal Comte
de Saxe , font retournés le premier à Gand
& le fecond à Anvers. Sur l'avis que les
Alliés fe fortifient à Herentals , M. le Maréchal
Comte de Saxe a pris la réfolution
de renforcer les troupes qui occupent le
pofte de Licre.
*
!
66 MERCURE DE FRANCE.
M洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
SUEDE.
Uivant les avis reçus de Warfovie , le Roi de
Pologne Electeur de Saxe ne s'y rendra point
cet hyver , & les bruits qui courent au ſujet de
l'affemblée d'une Diette extraordinaire , n'ont
aucun fondement. Ces avis confirment que la Po-
Jogne jouit de la plus parfaite tranquillité par les
foins que prend la Majefté Polonoife d'en éloigner
tout ce qui en pourroit troubler le repos , &
d'obferver une exacte neutralité dans la guerre
qui agite l'Europe. Quoique l'on continue de
parler beaucoup de la prochaine marche de trente
mille Ruffiens que le Roi de la Grande Bretagne
& la République des Provinces- Unies fe propofent
de prendre à leur fervice , & quoique diverfes
lettres particulieres affûrent que ces troupes pourroient
traverfer la Pologne , il eft certain qu'on
n'a reçû aucunes lettres requifitoriales pour leur
paffage , & qu'il n'y a point d'ordre de former
des magafins pour leur fubfiftance . Les nouvelles
de Pétersbourg portent que l'Imperatrice de Ruffie
a nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire à la
Cour de Vienne le Comte de Beftuchef Grand
Maréchal de la Cour , lequel réfidoit à Drefde en
qualité de fon Envoyé. Elle a chargé en même
tems le Comte de Beftuchef, fils du Grand Chancelier
de Ruffie , d'aller complimenter de fa part
la Reine de Hongrie & le Grand Duc de Toſcane,
far la naiffance de l'Archiduc Pierre dont elle a
été maraine.
DECEMBRE.
1747. 167
Sa Majefté Impériale a reçû par un fecond courier
du Prince Gallitzin ſon Ambaffadeur en Perfe
la confirmation de la mort deThamas Kouli Kam.
Cet ufurpateur s'étant attiré par fes cruautés la
haine générale des Perfans , la plupart des Seigneurs
de fa Cour ont confpiré contre lui . Son
propre neveu s'eft mis à la tête des conjurés , &
après l'avoir affaffiné & s'être emparé de fes tréfors
, il s'eft fait élire Roi de Perfe. L'autorité de
ce nouveau Souverain eft encore mal affermie ,
& plufieurs concurrens ont formé des partis pour
lui difputer le Trône. Dans les premiers troubles
excités par la révolution on a pillé les Comptoirs
que la nation Angloife & la Ruffienne ont dans le
Ghilan. L'Impératrice de Ruffie a tenu à ce ſujet
plufieurs Confeils , pour déliberer fur la conduite
qu'il convient d'obferver en cette occafion.
On mande de Pétersbourg que l'Imperatrice
tint le 24 Octobre un Conſeil d'Etat pour déliberer
fur quelques dépêches apportées de Stockholm
par un courier extraordinaire , & que le lende
main s'étant renduë au Sénat avec les cérémonies
accoûtumées , elle donna fon approbation à plufieurs
nouveaux Réglemens concernant l'admi
niftration de la Juſtice . On affûre que cette Princeffe
ne fera point à Mofcou le voyage qu'elle
avoit projetté. Depuis quelque tems on a rendu
public le Traité qui a été conclu dans le mois de
Juin dernier entre fa Majefté Impériale & le Roi
de la Grande Bretagne. Il a été ftipulé par ce
Traité que pour contribuer la paix à l'Europe , &
pour procurer l'avantage & la fûreté des Alliés
des deux Puiffances , l'Impératrice tiendroit fur
les frontieres de la Livonie , limitrophes avec le
Lithuanie , un Corps de trente mille hommes ,
prêts à marcher à la premiere requifition & en tel
168 MERCURE DE FRANCE.
1
•
endroit que la néceffité pourroit le requerir
qu'en même tems elle auroit toujours fur les côtes
de la Livonie quarante galéres équipées , afin
qu'on pût les employer lorfque les circonftances
l'exigeroient ; que S. M. Britannique de fon côté
payeroit à Pimpératrice un fubfide de cent mille
livres fterlings pour cette année ; que s'il plaifoit
au Roi de la Grande Bretagne de continuer le
même Traité pour l'année prochaine , il en feroit
informer fa Majefté Impériale dans le cours du
mois d'Oct, afin que le Gouvernement pût faire
fes difpofitions en conféquence. Les ratifications
de ce Traité furent échangées le 8 du mois d'Août
dernier. On attend à Pétersbourg inceffamment
le courier dont les dépêches décideront de la
conclufion du nouveau Traité de fubfide , propoſé
à l'Impératrice par le Roi de la Grande Bretagne
& par les Etats Généraux des Provinces- Unies.
- Le Baron de Breitlach Ambaſſadeur de la Reine
de Hongrie a fait partir un exprès pour Vienne
⚫ avec le réfultat de diverfes conférences qu'il a eues
avec lest Miniftres de fa Majefté Impériale.
-Comme les chemins font prefque impratiquables ,
-le jeune Comte de Beftuchefque l'Impératrice a
nommé pour aller complimenter de fa part fa
Majefté Hongroife & le Grand Duc de Toſcane
fur la naiffance de l'Archiduc Pierre , a différé fon
départ juſqu'à ce qu'il foit tombé affés de neige
pour voyager en traineau. Le Comte de Barck
ci devant Miniftre du Roi de Suéde auprès de la
Majefté Impériale fe prépare de retourner à
Stockholm d'où il eft arrivé depuis peu un courier
chargé de lettres du Marquis de Laninarie pour
M. d'Allion Miniftre du Roi de France en cette
Cour.La répartition des quartiers d'hyver pour les
troupes , particulierement pour celles qui font en
Livonia
DECEMBRE . 1747 . 159 .
Livonie ayant été faite il y a quelque tems , il eft
wenu de cette Province deux Régimens d'Infan
terie qui jufqu'au mois d'Avril feront partie de la
garnifon de Pétersbourg.
à
Le Baron de Breisach donna le 26 un repas
l'occafion de la Fête de Sainte Thérefe , dont la
Reine de Hongrie porte le nom .
On apprend par les nouvelles de Coppenhague
que le 8 du mois paffé M. de Kettenbourg Chancelier
du Duché de Hoftein , & qui, eft venu à
Coppenhague pour complimenter leurs Majeftés,
de la du Grand Duc de Ruffie fur leur avenepart
ment au Trône , eut une audience particuliere du
Roi , & qu'enfuite il fut conduit à celle de la
Reine. Le Roi partit le même jour pour Roſenbourg
, où il fe propofe de demeurer quelque tems
afin d'y prendre le divertiffement de la chaffe. Sa
Majefté a difpofé d'une place de Confeiller du
Confeil de Commerce en faveur de M. Jean
Georges de Hoift . Meffieurs de Kats & de Klengenberg
ont obtenu des emplois de Commiffaires
de la Chambre des Rentes. La place de Major
du Régiment de Fionie a été donnée à M. de
Stramboë Capitaine dans le même Régiment.
Le Baron de Pleffen Chambellan du Roi , & qui
a brevet de Colonel , a épousé la Demoiſelle de
Rosencrantz .
On apprend de Stockholm que le Marquis de
Lanmarie Ambaffadeur de Sa Majefté Très - Chré
tienne , a reçu depuis peu de fa Cour un courier
dont il a communiqué les dépêches aux Miniftres
de fa Majefté Suédoife. Les mêmes lettres marquent
que le Roi de la Grande Bretagne a nommé
un nouveau Min ftre pour remplacer M. de Guydickens.
Suivant les mêmes avis on continue de
jouir d'une parfaite tranquillité en Finlande. Le
I.Vol H
170 MERCURE DE FRANCE.
Baron de Rofen Gouverneur Général de cette
Province , eft occupé à faire réparer les fortifications
de diverfes places , & à en remplir les magafins
de tout ce qui eft néceffaire.
Il n'y a encore rien de decidé fur le tems de la
féparation de la Diette du Royaume .
On mande de Coppenhague que le Roi de
Dannemarck , ayant réfolu de rendre les divertif
femens plus fréquens à fa Cour qu'ils ne l'étoient
fous le regne précédent , a réglé que la Reine
tiendroit appartement tous les mardis & les vendredis
, & que les autres jours il y auroit Opéra ,
Comédie & Bal alternativement . Suivant les mêmes
nouvelles il s'eft tenu une aſſemblée génerale
des intéreffés dans la Compagnie de Commerce
établie par fa Majefté Danoiſe , & dont le fond eft
actuellement de fept cent mille écus.
Les avis reçûs de Francfort portent que le
Prince de Deux Ponts qui étoit allé à Arollen
pour rendre vifite au Prince & à la Princeffe de
Waldeck étoit retourné à fa réfidence , & que
le Prince de la Tour Taxis Principal Commiflaire
du Grand Duc de Tofcane auprès de la Diette
de Ratisbonne étoit parti pour fe rendre à Vienne.
Des lettres de divers endroits affûrent que depuis
l'arrivée d'un courier dépêché de Londres au
Lord Hindford , l'Impératrice de Ruffie paroiffoit
déterminée à conclure le nouveau Traité de
fubfide qui lui a été proposé par le Roi de la
Grande Bretagne & par la République des Provincs-
Unies.
DECEMBRE . 1747. 171
ALLEMAGNE.
•
N'écritde Prague du 7 Novembre que l'onverture
des Etats du Royaume de Boheme
s'eft faite le 27 Octobre , & que les Commiffaires
de la Reine ont remis les demandes de fa
Majesté à cette affemblée . La Reine exige que
ces Etats lui fourniflent deux millions de florins
pour les dépenfes de la guerre , cent mille florins
pour divers autres befoins , vingt mille pour l'entretien
des fortifications des Places , douze mille
hommes de recrues , & trois mille deux cent chevaux
pour la remonte de la Cavalerie & des Dragons.
Le bruit court que le Comte de Kaunitz
Ritberg ci- devant Gouverneur par interim des
Pays- Bas , & le Comte de Cobenzel Miniftre du
Grand Duc de Tofcane auprès du Cercle de Franconie
, feront nommés Miniftres Plénipotentiaires
de fa Majefté au Congrès d'Aix la Chapelle. On
croit que le Comte de Schullembourg , qui a été
employé en qualité de Général des troupes de la
Reine dans la Lombardie , commandera l'année
prochaine un camp volant fur la Mofelle . Le
Comte d'Hagenbach a reçû ordre d'aller vifiter
les fortifications de Kehl & de Philifbourg. Il a
été réfolu de faire marcher partie aux Pays Bas ,
partie en Italie , les nouveaux Régimens qu'on a
levés en Elclavonie , & il a été ordonné aux Offi
ciers de ces Corps d'aller les joindre fans délai .
On a appris de Milan que le Général Wentworth
y éroit attendu dans peu , ainfi qu'un Général du
Roi de Sardaigne , & qu'ils devoient y conferer
avec le Comte de Harrach & le Comte de Browne
fur les mefures à prendre pour inquiéter les
ennemis. pendant Phyver , & pour procurer la
fûreté des Duchés de Parme & de Plaifance.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Selon les nouvelles de Conftantinople le Grand
Seigneur a envoyé à Rhodes le Prince Perfan qui
fe dit fils du Schach Huffein , & la Hauteile paroît
être dans la réfolution de ne point fe mêler
des affaires de Perfe,
Les lettres de Vienne du 14 Novembre portent
que la Fête de Saint Charles Borromée dont l'Archiduc,
fecond fils de la Reine ,porte le nom , a été
célébrée avec beaucoup de magnificence , & que
fa Majefté a reçû à cette occafion les complimens
des Miniftres Etrangers , des Miniftres d'Etat &
de la principale Nobleffe. Les du mois dernier
la Reine vint de Schombrunn en cette ville , &
entendit dans l'Eglife Métropolitaine la grande
Meffe célébrée pontificalement par le Cardinal
de Kollonitz . Il fe tint le 7 en préfence de fa Majefté
une longue conférence au fujet de diverfes
affaires importantes qui regardent le Corps Germanique
.
Le Baron de Franck enftein , chargé de pleins
pouvoirs de l'Evêque de Bamberg , reçût le s des
mains du Grand Duc de Tofcane au nom de cet
Evêque l'Inveftiture des Fiefs qu'il tient de l'Empire
. Le 7 le Prince Charles de Lorraine fe rendit
au Château de Diernholtz .
La Reine a donné ordre au Comte de Kaunitz
Ritberg de fe difpofer à partir pour affifter en qualité
de fon premier Miniftre Plénipotentiaire aux
conférences d'Aix - la - Chapelle . Le Comte de
Trautfon Miniftre de fa Majefté auprès du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eft fur fon départ pour
Dreide .
Le Comte de Schombourg Capitaine des Trabans
de l'Impératrice Premiere Douairiere , a été
déclaré Vice- Maréchal de la Cour du Grand Duc
de Tofcane.
DECEMBRE . 1747. 17 :
La Reine fe rendit le 14 du mois dernier avec
le Grand Duc de Tofcane à Clofter Neubourg
d'où fa Majefté revint le lendemain à Vienne . Il
arriva le 13 des Pays- Bas un courier dont les dể-
pêches qu'on croit regarder les futures conférences
d'Aix- la- Chapelle , ont donné lieu à la tenue
- d'un Confeil extraordinaire . On eft occupé à chercher
les moyens de fatisfaire le Roi de Pologne
Electeur de Saxe fur les indemnités qu'il demande
pour les dommages caufés à fon Electorat par les
troupes de la Reine , & l'on croit que pour terminer
cette affaire à l'amiable , fa Majesté cédera à
ce Prince plufieurs Fiefs qui dépendent du Royaume
de Boheme. Selon les apparences les trois
nouveaux Feldt- Maréchaux que la Reine doit déclarer
, font les Comtes de Browne , de Nadafti &
Leopold de Daun.On conjecture que le Comte de
Schullembourg fera élevé à la même dignité . Le
Général Pallavicini ci - devant Miniftre Plénipotentiaire
de la Reine dans le Gouvernement du Milanez
, a été choifi pour commander les troupes en
Italie. La place de Commiffaire Général des mines
dans les pays héréditaires a été donnée à M. Weffeinhutter.
On a appris de Hermanftadt que le Feldt -Maréchal
Conte de Traun , Gouverneur de Tranfilva-
´nie , y avoit fait fon entrée publique avec beaude
magnificence au bruit des falves réiterées
de l'artillerie de la Place & de la moufqueterie de
Ja garnison .
coup
*
Les nouvelles de Stockholm annonçent que le
Prince Gustave a été fort incommodé pendant
quelques jours , & qu'on avoit d'abord craint qu'il
ne fut attaqué de la petite vérole , mais que fon
indifpofition n'a point eu de fuite , & qu'il fe porte
à préfent auffi-bien qu'on puiffe le fouhaiter ,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Ces avis ajoutent que le 3 les quatre Ordres du
Royaume de Suéde le font affemblés pour délibé
rer fur la propofition d'accorder à une Compagnie
le privilége exclufif de fabriquer de l'eau-de- vie ;
que le Clergé & l'Ordre des Payfans s'y font de
nouveau oppofés , mais qu'après de longs débats
on eft convenu de renvoyer la décifion de cette
affaire au Committé fecret . On travaille avec beaucoup
d'affiduité à des arrangemens pour améliorer
les finances , & l'on compte qu'on augmentera
les revenus de l'Etat de plus de cinq millions de
florins .
Selon les lettres de Pétersbourg P'Impératrice
de Ruffie qui a été pendant quelques jours à
Czarska-Zelo en eft revenue le 3 .
On a été informé par des lettres de Perfe que
les troubles qui s'y étoient élevés à l'occafion de
la mort de Thamas Kouli Kam étoient entierement
appaifés ; que le nouveau Roi avoit été reconnu
par toutes les Provinces ; qu'il donnoit des
marques d'un caractére généreux & pacifique ,
que par fes grandes largeffes il avoit également
gagné l'affection de la Nobleffe & du peuple.
IB
ESPAGNE.
&
vaiffeau le Glorieux commandé par Don
>
vion pour le Ferol , rencontra le 17 du mois d'Octobre
à la hauteur du Cap Saint Vincent une efcadre
Angloife, dont deux frégates, l'une de quarante
canons , l'autre de trente fe détacherent
pour l'attaquer . Il les combattit pendant plufieurs
heures , & il s'en feroit emparé fi elles n'avoient
pris le parti de fe réfugier fous le canon des Forts.
de Saint Vincent & de Sagre appartenans au Roi
DECEMBRE. 1747. 175
de Portugal. Le lendemain Don Pedre de la Cerda
découvrit le vaiſſeau le Darmouth de foixante
canons , qui avec les deux mêmes frégates fe difpofoit
à engager avec lui une nouvelle action .
Ces bâtimens l'eurent bientôt joint. De part &
-d'autre l'artillerie fut fervie avec une extrême vivacité
, & non-feulement le vaiffeau le Glorieux
maltraita fort les frégates ennemies dans leurs
manoeuvres , mais le feu prit aux poudres du
Darmouth & ce vaiffeau fauta en l'air. Les frégates
fe retirerent après avoir tâché de prendre à
bord l'équipage de ce bâtiment dont elles ne pûrent
fauver qu'un Lieutenant , & dix-fept matelots .
Don Pedre de la Cerda ayant employé la nuit
fuivante à réparer le dommage caufé à fon vaiffeau
, continuoit le 19 fa route , lorsqu'il fut attaqué
une troifiéme fois par ces frégates fecondées
du vaiffeau le Ruffels de quatre vingt douze canons .
Les deux combats précédens avoient confommé
la plus grande partie des munitions de guerre du
vailleau le Glorieux . Cependant il fe défendit depuis
fix heures du matin jufqu'à près de midi ,
& le vaiffeau ieRuffels ayant reçû plufieurs coups
de canon à fleur d'eau , le Commandant de ce
bâtiment étoit fur le point de faire paffer fon
équipage fur les deux frégates & de prendre la
fuite , mais la poudre & les boulets ayant manqué
totalement au Glorieux ,' Don Pedre de la Cerda
fut réduit à la néceffité de ſe rendre , dans le tems
qu'il étoit prêt à fe fignaler par un fuccès encore
plus éclatant que ceux qui lui ont acquis fi juftement
une fi grande réputation .
.
Les lettres de Lisbonne marquent que Don
Paul Melo de Machado Pereira de Sampayo
Gentilhomme de la Maifon du Roi de Portugal ,
a épousé Dona Grace Pereira de Caftro.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Portugal que le 19 Octobre
il y avoit paru une Aurore Boréale qui a furpaflé
en lumiere toutes celles obfervées précédemment
dans le même Royaume , & qu'elle avoit été
fuivie d'un violent ouragan . Selon les mêmes letties
on a cluyé quelques jours auparavant à Bascelos
& dans les environs la tempête la plus fuicule.
Elle fut accompagnée de grêle , dont les
grains étoient de telle groffeur qu'ils ont détruit
prefque toutes les couvertures des maiſons & tué
un grand nombre d'animaux dans la campagne.
Le vent a déraciné la plupart des arbres & le tonnerre
est tombé en plufieurs endroits , particulierement
fur l'Eglife du Monaftére de Travanca &
fur celle des Chanoines de S. Jean l'Evangeliſte ,
lefquelles ont été confidérablement endommagées.
Ces avis ajoutent que Don Bonaventure Malheiro
de Reimam Marinho a époufé Dona Marguerite
Louife Pereira Ferraz Sarmento de Souto
Major , & que la Comteffe de Saint Vincent eft
accouchée d'un fils . On a été informé par les mêmes
avis que Don Fernand de Magalhaens Menezes
Gentilhomme de la Maifon de fa Majefté
Portugaile , & ci - devant Meftre - de- Camp d'un
Régiment de Cavalerie , eft mort en fon Château
d'Alvelos le du mois dernier âgé de foixante &
neuf ans. Son corps a été inhumé avec beaucoup
de pompe à Amarade dans l'Eglife des Religieufes
de Sainte Claire , où eft la fépulture de fa Maifon ,
- l'une des plus iluftres du Royaume.
؟
On apprend par les lettres de Madrid que le 19
du mois dernier Fête de Sainte Elizabeth dont la
Reine Douairiere porte le nom , leurs Majeftés
reçûrent , ainfi que certe Princeffe , les compli
mens des Miniftres Etrangers , des Miniftres d'EDECEMBRE.
1747. 177
tat & des Grands . On célébra le 17l'Anniverſaire
de la naiffance de l'Infante Marie - Antoinette-Ferdinande
, qui eft entrée dans la dix - huitiéme année
de fon age.
Le Roi a difpofé d'un Canonicat de l'Eglife
Métropolitaine de Grenade en faveur de Don Jo
feph- Manuel de Roxas Chanoine de l'Eglife Ca
thédrale de Cadix .
Don Juan de Lacy , Qualificateur du Saint Of
fice , & Grand Chapelain de l'Hôpital Royal de
Saint Antoine , baptifa le 17 un Juif dans l'Eglife
de Saint Louis.
Les lettres d'Andaloufie marquent que le 28
du mois d'Octobre l'Armateur Barthelemi de
Torres a pris dans les environs du Cap Eſpartel le
Pacquetbot Anglois le Henri chargé de fucre , de
caffé , de cacao , de bois de campêche & d'autres
marchandiſes , lequel alloit de la nouvelle Yorca
à Livourne . Selon les avis reçûs de Galice un navire
de la même nation , nommé la Marie- Anne ,
à bord duquel il y avoit deux cent quatre- vingt
dix-huit facs de bled & foixante- deux barriques
de viande falée , a été conduit au Port de Vigo
par l'Armateur François Tafore !, qui s'en étoit
emparé le 10 Novembre à la vie des Illes Berlingues.
Don Thomas Antoine de Gufman y Spinola
Chevalier de l'Ordre de Saint Jacques , Grand
Chapelain de l'Eglife du Monaftére Roval des
Carmelites , Confeiller de la Chambre de Caftille
& du Confeil des Ordres , Subdélegué du Confeil
de la Croifade , Auditeur de la Chancellerie de
Valladolid , & qui venoit d'être nommé à l'Evêché
de Malaga , mourut en cette ville le 12 âgé de cin
quante deux ans .
Hr
178 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE - BRETAGNE.
E7 du mois paſſé au foir on reçut la nouvelle
de l'arrivée des navires le Sandych- & le
Schaftsbury , qui appartiennent à la Compagnie
des Indes Orientales , & qui reviennent de la
Chine. Ces bâtimens ont été feparés du navire le
Tavifloch à la hauteur du Cap de Bonne Efperance.
Quelque tems après , pendant qu'ils faifoient
voile pour l'Ile de Saint Paul , ils ont été avertis
qu'il s'y trouvoit plufieurs vaiffeaux François ,
commandés par M. de la Bourdonnais. Le Gouverneur
& les habitans de l'Ile firent en mêmetems
fçavoir aux Commandans du Sandwych &
du Schaffisbury, qu'ils prenoient pour des vaiffeaux
de guerre , que fi les François ou les Anglois tiroient
un feul coup de canon les uns contre les
autres dans la Plage , le Fort feroit feu fur les Aggreffeurs.
Cette Déclaration , jointe à l'affûrance
qu'on leur donna qu'un bâtiment , qu'ils jugerent
être le Tavistoch , avoit paffé cinq jours auparavant
dans ces Parages , les détermina à continuer leur
route. Des lettres particulieres marquent que M.
de la Bourdonnais à croifé pendant fort long tems
dans les mêmes Parages , & qu'ayant effuyé une
violente tempête , il a été forcé de jetter une partie
de fes canons à la mer , & de fe retirer dans un
Port des établiffemens des Portugais . Les Commiffaires
de l'Amirauté ont envoyé ordre au Chef
d'efcadre Chambers , qui eft à Plymouth avec for
efcadre , d'aller joindre celle avec laquelle le Chef
d'efcadre Moyfting eft dans la mer de Biſcaye..Ils
ont ordonné auffi d'équiper avec toute la diligence
poffible plufieurs vaiffeaux , deftinés à mettre
les côtes d'Ecoffe à l'abri de toute entrepriſe de la
*part des ennemis . La chaloupe de guerre le Haa
DECEMBRE. 1747. 179
veng doit porter quelques inftructions aù Gouverneur
de Gibraltar , d'où l'on mande qu'il y étoit
arrivé du Levant une flotte fous l'efcorte de deux
vaiffeaux de guerre . Les Negocians de Londres
ont réfolu de préfenter une Adreffe aux Commiffaires
de l'Amirauté , pour les remercier de la protection
éclatante qu'ils accordent au commerce de
la Nation , & pour les prier de continuer de le favorifer
avec la même ardeur. On affûre que la
Chambre des Communes dans la prochaine Seffion
du Parlement portera un Bill , pour établir
dans toutes les villes d'Angleterre un Tribunal
qui fera chargé d'examiner la conduite des perfonnes
fufpectes de n'être pas attachées au Gouvernement.
Le bruit court que les perfonnes ,
qui ont plus d'un domeftique de livrée , feront
obligées de payer une certaine taxe pour chacun
de ces domeftiques. On parle auffi d'impofer une
taxe fur tous les chevaux de felle.
Suivant la Relation qu'on a publiée du combat
qui s'eft donné le 25 Octobre entre l'escadre du
Roi commandée par le Vice- Amiral Hawke , &
celle de France aux ordres de M. de l'Eſtanduere ,
il y a eu fur le vaiffeau le Devonshire quatorze hommes
tués & cinquante- deux bleffés , fur le Kent an
tué & dix bleffés , fur l'Aigle feize tués & quarante
trois bleffés , fur la Defiance onze tués & quarante-
deux bleffés , fur le Portland fept tués &
doute bleffés , fur l'Edimbourg fix tués & dix-neuf
bleffés , fur le Nottingham treize tués & vingtcinq
bleffés , fur le Glocefter fix tués & quinze blef
fés , fur le Windfor huit tués & cinquante- neuf
bleffés , fur le Lyon vingt tués & foixante - dix- neuf
bleffés , fur le Monmouth dix-huit tués & foixantedix
bleffés , fur la Princeffe Louife douze tués &
foixante- deux bleffés . Ces vaiffeaux , à l'exception
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de quelques -uns que le Vice- Amiral Hawke a
conduits à Spithéad , ont été fort maltraités dans
leurs agrez & dans leurs mâtures , & ils font rentiés
dans le Port de Plymouth , afin d'être reparés.
Le Roi a fait préfent de cinq cent guinées au
Capitaine Moore qui a apporté la nouvelle du
combat , & le commandement du vaiffeau le Kent
a été donné à cet Officier. Il a été ordonné de tenir
à Portſmouth un Confeil de guerre , pour examiner
la conduite du Capitaine Fox , qui commandoit
ce vaiffeau dans l'action , & contre lequel
le Vice- Amiral Hawke a porté des plaintes trèsgraves
. Le 1 du mois dernier le Contre- Amiral
Boscawen fit voile de Spithéad avec son efcadre.
& les navires de la Compagnie des Indes , aufquels
cette efcadre doit fervir d'eſcorte , mais il a
été obligé par les vents contraires de relâcher à la
Rade de Sainte Helene. Ce Contre- Amiral a obtenu
un Brévet de Major Général , & il commande
en chef les troupes de terre embarquées à bord
de fes vaiffeaux . On équipe à Portsmouth un vaiffeau
de quatre vingt canons , trois de foixante &
quatorze , deux de foixante , trois de cinquante ,
un pareil nombre de quarante , avec plufieurs fregates
, brulots & chaloupes de guerre . Le bruit
court que cette efcadre , qui fera fous les ordres
du Contre- Amiral Chambers , eft deftinée à aller
à la rencontre des quatre vaiffeaux François ,
commandés par M. de la Bourdonnais . Le Gouvernement
fait armer dans le même Port une autre
efcadre , qui fera compofée de feize vaiffeaux de
guerre , & dont le Vice- Amiral Warren aura le
commandement. On croit qu'elle fera employée
à tâcher d'intercepter une fotte Françoife , qui eft
attendue en Europe au commencement de l'année
prochaine. La Grande Bretagne a actuellement en
DECEMBRE. 1747 181
1
commiffion deux vaiffeaux de guerre de cent canons
, quatrede quatre- vingt- dix , dix de quatrevingt
, vingt & un de foixante & dix , vingt - huit
de foixante ; trente - deux de cinquante , quatrevingt
dix -fept de quarante , vingt chaloupes de
guerre , douze brulots & trente galiottes à bombes
.Le vaiffeau de guerre le Centurion arriva le 12
à Spithéad avec les navires le Walpool , le Pelham
& l'Augufte , appartenans à la Compagnie des Indes
Orientales . Ce vaiffeau , ayant rencontré le
30 du mois d'Octobre quelques navires feparés
de la flotte Françoiſe dont le Vice - Ainiral Hawke
a attaqué l'escorte , en prit trois ce jour là , &
quatre le lendemain . On eftime trente- cinq mille
livres fterlings les chargemens de ces bâtimens ,
qui font le Royal Philippe , de deux cent foixante
tonneaux ; le Saint Domingue & la Sainte Anne ,
de deux cent cinquante , l'Hercule , de deux cent
· quarante ; la Marguerite , de deux cent ; le Charyon
, de cent foixante & la Mutine , de cent
tente. Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales ont auffi appris que leurs navires
Le Londres & le Sommerfet , qui avoient relâché à
Limerick en Irlande , s'étoient rendus le 6 Novembre
à Portfmouth fous le convoi du vaifleam
de guerre le Chefterfield , & que le Tavistoch ,
dont ces bâtimens avoient été feparés à la hauteur
du Cap de Bonne Efperance , étoit arrivé à Lime ,
.rick.
L'ouverture du Parlement demeure toûjours
fixée au 21 & l'on affûre que les Seigneurs , qui
voudront s'abfenter pendant le cours de la feffion
, ne pourront , fans prêter le ferment preferit
par les anciennes Loix du Royaume nommer
d'autres Pairs pour donner leurs voix à leur place .
182 MERCURE DE FRANCE.
On celebra le 16 avec les formalités accountmées
l'Anniverfaire de la découverte de la confpiration
des Poudres.
·
Le Prince de Bade Dourlach , le jeune Prince
de Lobcowitz , le Lord Chancelier , les Ducs de
New caftle , de Dorfet , de Richmond & de Grafton
, les Lords Gower & Anfon , M. Henry Pelham
, les Grands Juges , le Procureur General &
le Solliciteur General , affifterent le 9 au repas qui
fe donna à l'occaſion de l'inſtallation du nouveau
Lord Máire.
La fanté du Comte de Cheſterfield étant rétablie ,
ce Sécrétaire d'Etat a recommencé à travailler
avec quelques Miniftres Etrangers .
On a reçû avis d'Edimbourg que M. Archibald
Stuard , ci-devant Lord Prévot de cette Capitale
de l'Ecoffe , s'eft pleinement juftifié des accufations
portées contre lui.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
n'ont point de prix fixe ; celles de la Banque font à
cent vingt & un ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent foixante & un , & les Annuités
à quatre vingt quatorze , fept huitiémes
Le nouveau Parlement s'étant affemblé le 21 du
mois paffé , la Chambre des Communes a continué
M. Arthur Onflow dans les fonctions d'Orareur.
Le 23 le Roi fe rendit à fa Chambre des
Pairs avec les cérémonies accoûtumées , & fa Majefté
ayant mandé la Chambre des Communes , fit
le difcours fuivant. Mylords & Meffieurs , le défir
de connoître de la maniere la plus préciſe les véritables
Sentimens de mon peuple fur la fituation préfente des
affaires , étant le principal motif qui m'a engagé à
vous convoquer , j'ai voulu vous aſſembler auffi- têt
que votre commodité & le bien public ont pu leperDECEMBRE.
183 1747.
mettre. C'est par l'avis de mon Parlement quejefuis
entré en guerre avec l'Espagne , afin de proteger &
d'affûrer le commerce de mes fujets. C'est auffi par fon
avis en conféquence de mes engagemens que j'ai
foutenu les intérêts de la Reine de Hongrie , & de la
fucceffion de la Maifon d'Autriche . La France , en
haine de cette conduite , nonfeulement m'a déclaré la i
guerre,mais a fomenté & favorifé la rébellion dans la
Grande-Bretagne. J'ai reçû de mon Parlement les fes
cours les plus efficaces, il m'a aidé avec le plus grand
zéle. Quoique nos fuccès dans les Païs Bas n'ayent pas
répondu à notre attente , on doit convenir néanmoins a
l'honneur de la Nation , qu'on ne sçauroit lui imputer
aucune des difgraces qu'on va effuyées . Les avantages
fignalés qu'il a plu au Tout- Puiffant de nous accorder
fur mer , ont fait fentir à l'ennemi le poids de
nos forces navales. La perte qu'il a faite doit lui être
fenfible , & la Nation en a tiré un profit réel & folide.
Cela a parú évidemment dans les opérations de
ma flotte pendant le cours de cette année . Elles ont relevé
l'honneur du Pavillon Britannique , & la Marine
de la France , ainfi que fon commerce , a éprouvé
un échec conſidérable . Le Gouvernement des Provinees
Unies a de nouveau repris une confiftance , qui
ne peut manquer defortifier confidérablement la caufe
commune. Elle cimentera & affermira l'amitié qui
fubfifte entre la Grande Bretagne & la République ,&
elle unira à jamais nos intérêts réciproques . On a déja
vú en Hollande un grand effet de cet heureux changement
par la vigoureuse Declaration que les Etats
Généraux ont faite à la France , & par les ordres
qu'ils ont donnés de commettre par tout des hoftilités
contre Sa Majesté Très - Chrétienne & contre fes fujets.
Il m'a étéfait dernierement des ouvertures de la
part de la France pour la Pacification générale , &
184 MERCURE DE FRANCE.
quoique quelques- unes des conditions proposées foyent
de nature à ne pouvoir étre acceptées , j'ai cependant
de concert avec mes Alliés , facilité les moyens de
parvenir à un accommodement sûr & honorable , qui
fait l'unique objet de mes fouhaits . Conformément à
cette vue , j'ai confenti à la tenue d'un Congrès a
Aix la Chapelle , où les Miniftres respectifs doivent fe
rendre inceffamment. Je me flate que toutes les Puiffances
intérelées y apporteront des difpofitions fembla
bles aux miennes , afin d'effectuer ce grand ouvrage à
des conditions juftes &fati:faifan es . Vous conviendrez
fans doute avec moi que dans ces circonftances il
eft important de veiller d'être attentif à chaque
évenement , & qu'il n'y a lieu d'espérer une paix
avantageuse que lorsqu'on est prét à continuer laguerre
avec vigueur. Je me repose donc fur votre affiftan
ce, & je compte que vous me mettrez en état de m'oppofer
aux efforts de mes ennemis , en cas que leur obftination
le refus qu'ils pourroient faire de donner les
mains au rétabliffement de la tranquillitégénérale ,
rendiffent inévitable la durée des hoftilités . Pour cet
efet je concerte actuellement avec mes Alliés , dont
j'ai réfolu de défendre conftamment les intérêts , les
méfures néceffaires pour les féconder. Ainfi tenons- nous
prets , fuppofé que les négociations n'ayent pas l'effet
défiré, à faire voir à nos ennemis combien ils fe trompent
s'ils s'imaginent que la Grande Bretagne & fes
Alliés veuillent fe foumettre à recevoir la loi de quelque
Puiffance que ce foit , & montrons à tout l'Ūnivers
que nous ne nous la ferons détourner par aucune
difficulté ni par aucun péril de la refolution dans la
quelle nous fommes de maintenir la liberté publique
notre propre indépendance , qui font nos intérêts les
plus effentiels.
par Meffieurs de la Chambre des Communes ,
ee queje viens de dire , on decouvre de quelle néceffité
DECEMBRE.
1747. 185
il eft de fournir des fubfides proportionnés aux circonftances.
Jeferai remettre devant vous les Etats poar
- le fervice de l'année prochaine. Il ne me paroit pas
douteux que vous ne m'accordiez des fecours tels que
les exigent notre sûreté la fituation critique des
affaires. Vous pouvez útre perfuadés qu'ilsferont uniquement
employés aux fins pour lesquelles ilsferontdon
nés, & fipar quelque évenement il arrive qu'on puiffe
en épargner une partie ,je vous en ferai rendre compte.
Mylords & Meffieurs , fi l'on juge qu'il convienne
· de prendre quelques arrangemens ulterieurs , afin de
rendre plus efficaces es fages loix établies en dernier
Lieu pour la confervation de l'établiſſement préfent , je
me confie en votre affection pour ma Perfonne & pour
votre Patris , & j'espere que vous vous appliquerezfé
ricufement & promptement à perfectionner un ouvrage
fi falutaire. J'ajoûterai feûlement que jamais il
ne s'eft préfenté de conjonctures qui ayent requis de
votre part plus d'unanimité , de diligence & de fermeté
pour procurer la gloire les avantages de la
Grande Bretagne.
Les deux Chambres réfolurent le même jour
de préfenter une Adreffe au Roi . Celle des Seigneurs
porte » que les vûes nobles , & fi conformes
au bien de la Nation , qui ont déterminé fa
Majefté à entrer dans la préfente guerre , font
» connues de toute l'Europe ; que la Nation a été
» d'autant plus animée à les feconder , que les en-
ود
ככ
nemis ont entrepris non- feulement de détruire
» la liberté générale , mais encore de troubler le
» Gouvernement préfent de la Grande Bretagne ,
lequel feul fait tout le bonheur du Peuple , & en
eft le plus folide fondement , que les événemens
» de la guerre font toujours incertains , mais que
dans le tems que les Seigneurs voyent avec un
و د
186 MERCURE DE FRANCE.
&
fenfible chagrin les malheurs furvenus dans les
Pays-Bas , ils reconnoiffent la bonté & la juf-
» tice de fa Majefté , en ce qu'elle met l'honneur
» de la Nation à couvert de toute imputation
» qu'on pourroit lui faire à cet égard ; que c'eft
» avec la joye la plus fincere qu'ils felicitent le
so Roi fur les fuccès éclatans , dont il a plu à Dieu
» de benir fes armes fur mer ; que rien ne peut
être plus fenfible aux ennemis que la perte qu'ils
» ont faite à cette occafion , & que rien ne sçauroit
plus contribuer à la gloire & au bien réel de la
Grande Bretagne , dont la navigation & les for-
» ces navales augmentent à mesure que celles de
ככ
-
la France diminuent ; que la Chambre des Pairs
» éprouve en même- tems la plus grande fatisfac-
» tion au fujet des évenemens arrivés dans la Hol
> lande en faveur d'un Prince lié à fa Majefté par
» les noeuds les plus étroits , d'un Prince deſcendu
d'une illuftre Maifon , dans laquelle l'ardeur à
» défendre la liberté publique eft héréditaire , &
» qui a donné des Liberateurs à l'Angleterre ainfi
» qu'aux Provinces Unies ; qu'on doit le promettre
de cet heureux changement la plus étroite union
ל כ
entre le Roi & les Etats Généraux , & une aug .
» mentation de forces pour fuivre les méfures qui
conviendront le plus aux intérêts des deux Puiffances
; que la Déclaration , faite dernierement
à la Cour de France par la République , & les
> ordres donnés en confequence , en font des
preuves évidentes ; que les égards paternels de
" la Majefté pour fon peuple ne peuvent paroître
avec plus d'éclat que dans le défir qu'elle témoigne
de procurer , conjointement avec fes Alliés
la paix à des conditions juftes & honorables ;
qu'en rendant au Roi de très-humbles actions
အ
DECEMBRE . 1747. 187
3
de graces de fes difpofitions à effectuer un ou
vrage fi falutaire , & a affûrer le bien & le repos
de les Sujets , les Seigneurs prient fa Majefté de
ne point douter qu'ils ne foient convaincus par
P'expérience du paffé que l'unique moyen de
" parvenir à la paix eft de fe préparer à foutenir
22
ל כ
vivement la guerre ; qu'ainfi ils ne peuvent avoir
" affés de réconnoiffance pour les foins que le Roi
"prend , afin d'être prêt à tout événement ; qu'ils
အ
23
demandent du fond de leur coeur la permiffion
≫ de donner à fa Majefté les plus fortes affûrances
" de leur fidélité inviolable & de leur affection
pour fa Perfonne Sacrée , ainfi que pour fa Famille
& pour fon Gouvernement ; que tous les
fujets du Roi font difpofés à le mettre en état de
continuer vivement la guerre , en cas que l'opi
niâtreté de fes ennemis l'y contraigne ; qu'aucune
difficulté ni aucun peril ne fera capable de
diminuer le zéle & la fermeté de la Nation , &
qu'elle facrifiera tout pour défendre l'honneur
de la Couronne , fon indépendance , fes intérêts
& ceux de fes Alliés ; que la Chambre ne manquera
pas de déliberer férieufement fur les méfures
qu'il fera à propos de prendre ulterieure
» ment , afin de mieux affermir la préfente Conftitution
du Gouvernement , comme auffi afin
d'éteindre l'efprit de rebellion , & de policer les
parties de la Grande Bretagne , dans lefquelles
le défaut de connoiffances & le peu de foumif
fion aux Loix ont donné occafion de féduire le
peuple , & de lui faire oublier la fidélité qu'il
,, doit à fon Souverain ; que l'affermiflement du
» Trône de fa Majefté , la gloire & la prospérité
de fes Royaumes , la tranquillité de la Patrie ,
font les chofes que les Pairs de la Grande Breta-
*gne ont le plus à coeur , & qu'ils travaillerons
ל כ
"
33
35
30
188 MERCURE DE FRANCE.
35
» avec toute l'ardeur & toute la diligence poffible ,
pour obtenir les fins défirables que le Roi leur
" a fi fagement & fi gracieufement recommandées.
Sa Majefté repondit à cetre Adreffe.
رد
Rien ne peut me donner plus de fatisfaction qu'une
Adreffe qui contient de fifortes marques de votre zéle
de votre affection. Je vous en remercie , je ne
doute point queles juftes difpofitions que vous y avez
fi unanimeme at exprimées , ne produisent un bon effet
chés nos amis . , auffi bien que chés nos ennemis , & ne
me meitent à portée de prendre les méfures qui conviendront
le plus aux intérêts de mes Royaume au
foutien de mes Alliés , foit pour faire la paix , foit pour
continuer la guerre.
Afin de fubvenir aux dépenfes extraordinaires de
l'Etat , il a été réfolu de lever fix millions neuf
cent trente mille livres fterlings en annuités à quatre
pour cent d'intérêt , & le Gouvernement accordera
la remife d'un dixième aux perfonnes qui
foufcriront.
Le Duc de Cumberland revint le 23 Novembre
des Pays - Bas.
Le 15 l'Amiral Bofcawen remit à la voile de
la Rade de Sainte Helene , mais les vents contraires
l'ont obligé de relâcher une feconde fois ,
& il mouille actuellement à Torbay avec fon efcadre.
On affûre que le Contre- Amiral Forbes ,
fils du Lord Granard , commandera une efcadre
dans la Mediterranée. Les Commiffaires de l'A ·
mirauté ont donné ordre à M. Moyting d'aller
croifer dans la Manche avec huit vaiffeaux de Ligne
& quelques.fregates. Ces Commiaires ont
été informés que le vaiffeau de guerre le Hampshire
s'eft rendu maître de la fregate Françoife le Caftor ,
de vingt - huit canons . Elle faifoit partie de l'efcadre
de M. de l'Eftanduere, & après avoir accompaDECEMBR
E. ' 1747 . 189
né jufqu'à certaine hauteur la flotte Marchande
laquelle cette efcadre fervoit d'eſcorte , elle retournoit
à Brest .
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent ; celles de la Banque à cent vingt- un ,
trois huitiemés ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent foixante , trois quarts,& les annuités
à quatre-vingt quatorze , trois huitiémes.
PROVINCES - UNIES.
L Declarations , Rail Grone exé remifes de la
A réponſe des Etats Généraux aux dernieres
part du Roi de France , porte que réduits à la néceffité
d'employer les moyens que Dieu & la Nature
leur ont mis en main pour la confervation de
leur liberté & de leur Religion , ils font dans la
ferme réfolution de rifquer leurs biens , leurs vies
& abfolument tout jufqu'à la derniere extrémité ,
pour leur légitime détenfe ; qu'ils agiront reci
proquement de la même maniere que Sa Majefté
Très -Chrétienne en agira à leur égard ; qu'ils s'ef
forceront de détruire , autant qu'il leur fera poffible
, toutes les reffources qui pourroient mettre
lá France en état de continuer avec des forces fuperieures
les entrepriſes contre la République ;
qu'au refte ils ne font pas plus dans l'intention de
rompre avec le Roi Très - Chrétien , qu'il ne l'eft
de rompre avec eux ; que leur unique objet eft de
protéger leurs fujets contre l'oppreflion , & qu'ils
feront toujours difpofés , comme ils l'ont été juf
qu'à préfent , à travailler au retabliffement de la
tranquillité publique & de la paix générale , dês
qu'il y aura apparence de la conclure à des condi--
tions juftes & raiſonnables .
Les Etats de Hollande & de Weftfrife s'étant
190 MERCURE DE FRANCE.
déterminés à declarer le Stathouderat héréditaire
dans la Maifon de Naffau Dieft , même en faveur
de la ligne féminine , ils firent le 22 du mois dernier
après- midi au Prince de Naſſau une Députation
folemnelle , pour l'en informer. Cette Députation
étoit compofée de vingt Membres des Etats,
& M, Gilles , Confeiller Penfionnaire de Hollande
, porta la parole. Il eſt dit dans le Déliberé redigé
par cette affemblée à l'occafion de l'hérédité
du Stathouderat , qu'après la mort du Prince de
Naffau cette dignité paffera à fes defcendans mâles
, s'il en laifle de nés en légitime mariage ; que
s'il lui vient un fils , qui meure avant lui , & qui
ne laiffe qu'une fille , & s'il ne refte point d'héri
tiers mâles au Prince de Naffau , le Stathouderat
fera dévolu à la petite fille de ce Prince , & après
la mort de cette Princeffe à fes defcendans måles ;
qu'au defaut de la ligne mafculine la Princeffe
Caroline , fille du Prince de Naſſau , lui fuccedera;
qu'en cas que ce Prince ait d'autres Princefles , &
que la Princeffe Caroline meure fans pofterité
mâle , l'aînée des Princeffes fes foeurs obtiendra le
Stathouderat , & ainfi de fatite , les Princeffes aînées
& leurs héritiers mâles devant toûjours être
preferés aux cadettes & à leurs defcendans ; qu'il
eft fous- entendu que le Stathouderat ne pourra
être poffedé par aucun des defcendans de la Maiſon
de Naffau , foit mâles , foit femelles , qui foit revêtu
de la dignité Royale ou Electorale ; que les
defcendans de cette Maiſon , qui feront Stathouders
, profefferont la Religion Reformée ; que
pendant leur minorité ils feront élevés dans ces
Provinces ; que la fucceffion de cette dignité en
faveur de la pofterité mâle des defcendans femelles
du Prince de Naffau n'aura lieu que dans la fuppo .
Lition que les Princefles auront épousé du confenDECEMBRE
. 1747. 191.
"1
>
tement & avec l'approbation des Etats de Hollande
& de Weftfrife un Prince de la Religion Reformée
, & qui ne foit ni Roi ni Electeur ; que
lorfqu'une Princefle parviendra au Stathouderat ,
elle exercera par elle-même cette dignité fous le
titre de Gouvernante , & en cette qualité elle aura
féance dans les .Colléges refpectifs , ainſi qu'au
Confeil d'Etat , que comme elle fera en mêmetems
Capitaine & Amiral Général des Provinces-
Unies , elle aura la facuité pendant la guerre de
propofer un Général expérimenté , pour commander
les troupes , pourvû qu'il foit de la Religion
Reformée , qu'il ne foit point Roi ni Electeur ,
que d'ailleurs il foit agréable aux Etats de Hollande
& de Weftfrife , qu'il prête ferment de fidélité
& qu'il fuive les ordres qui lui feront donnés par
les Etats Généraux de l'avis de la Gouvernante &
du Confeil d'Etat ; que s'il arrive que les Princes
ou Princeffes , qui fuccederont , foyent mineurs ,
la Princeffe leur mere exercera le Stathouderat"
comme Tutrice & fous le titre de Gouvernante
aux conditions qui viennent d'être énoncées
moyennant qu'elle refte veuve pendant ladite minorité
, & qu'elle faffe fa réfidence dans ces Provinces
; enfin que fi pendant la fufdite minorité il
n'y avoit point de Princeffe mere , ou fi fon admi.
niftration venoit à ceffer , les Etats de Hollande &
de Weftfriſe pourvoiroient en ce cas à la Tutelle'
des mineurs , de la maniere qui conviendroit le
plus à l'avantage de la République.
Le 17 le Duc de Cumberland, accompagné du
Général Ligonier , revint du voyage qu'il étoit
allé faire à Bréda & à Oudenbosch. Il eſt parti le
19 pour le rendre à Hellevoet Sluys , & pour s'y
embarquer à bord d'un des Yachts qui doivent le
transporter en Angleterre , & le 22 il a mis à la
192 MERCURE DE FRANCE
voile. Le Prince Stathouder a chargé le Chevalier
Lambert de les affaires à la Cour de France , & il
l'a nommé Commiflaire Général des troupes Hollandoifes
, qui ont été faites prifonnieres par celles
du Roi Très - Chrétien .
"
La place de Grand Major de Heufden , vacante
par la démiffion du Lieutenant Général Kinſchot ,
a été accordée au Colonel Condé. Le Comte de
Neffelrodt & M. de Coligny ont obtenu la per
miffion de lever , le premier un Régiment de
Dragons , le fecond un Régiment de Huffards. On
doit former auffi une Compagnie de deux cent
Cadets , dont M Buhiman , Capitaine dans le
Régiment de Cromstrom aura le commande.
ment. Il a été reglé dans l'affemblée des Etats de
Hollande & de Weltfrife qu'à l'avenir on ne dif
poferoit d'aucune charge ou emploi qu'en faveur
de perfonnes qui feroient en état de les exercer
elles-mêmes ; qu'on ne donneroit à qui que ce foit
aucune penfion ni retribution fur lefdites charges
& lefdits emplois , & que toutes les perfonnes ,
qui en feroient revêtues , feroient obligées de prêter
au préalable le ferment requis . Ces mêmes Etats
ont ordonné qu'on leur fournit un état exact de
tous les emplois qui font à la nomination des Bourguemeftres
& autres Magiftrats des villes , &
qu'on fpecifiât dans cet état ce que ces emplois
rapportent , tant à l'égard des appointements fixes
que pour ce qui concerne les autres émolumens
qui y font attachés , & qu'on joignît une notte des
penfions & des rétributions dont lesdits emplois
font chargés.
Les Etats Généraux ont envoyé à leurs Miniftres
dans les Couts Etrangeres des inftructions rélatives
à leur reponfe aux dernieres Déclarations du
Roi de France. Les Députés des Etats de Hollande
DECEMBRE. 1747. 193.
de & de Weftfrife continuent leurs féances & ils
difpoferont inceffamment des emplois vacans.
Le Marquis del Puerto , Ambafladeur du Roi
d'Espagne , le Comte de Golowkin , Ambaffadeur
Extraordinaire de l'Imperatrice de Ruffie , le Baron
de Reifchach, Envoyé de la Reine d'Hongrie;
le Conte de Sandwych , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de la Grande Bretagne , & le Comte de
Chavanne , Miniftre du Roi de Sardaigne , ont
conferé les deux premiers , chacun en particulier,
avec leComteCharles de Bentinck, Préſident de l'af-
Temblée des Etats Généraux & les trois autres enfemble
avec quelques Députés de la même aſſemblée.
Le Prince de Solberg s'eft rendu à la Haye pour
complimenter le Prince & la Princeffe de Naffau
fur le reglement fait par rapport à l'hérédité du
Stathoudérat.
Le Major Général Lewe a été déclaré Lieutenant
Général des armées de la République . Les
Etats Généraux ont donnéau Baron d'Olme la
permiffion
de lever un Régiment pour leur fervice , &
le Prince Stathouder a difpofé de l'emploi de Major
du Régiment de Deutz en faveur de M. Mathieu
de Zonneman . On fe propofe d'augmenter
d'un quatrième bataillon le Régiment Suiffe de
Hirtzel .
Le Feldt-Maréchal Comte Maurice de Naffau
doit aller avec M. Taddinga , Quartier Maître
Général , vifiter les principales Places de la Zélande.
Il a été reglé que M. Van Haren , Député des
Etats Généraux à l'armée , pafferoit l'hyver à Bréda
, afin de veiller à la fûreté des frontieres de la
République.
Ón aflûre que le Duc de Cumberland reviendra
en Hollande avant la fin du mois prochain.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
L
ITALIE.
Es nouvelles de Rome portent que par un Edit
qui vient d'être publié , il eft défendu ſous peine
de la vie à toutes perfonnes de quelque qualité
& condition qu'elles foient , d'enrôler des foldats
pour le fervice des Puiffances étrangeres dans tou
te l'étendue de l'Etat Eccléfiaftique. Il eft enjoint
par le même Edit à tout déferteur fous peine de
cinq ans de Galeres , de ne pas s'arrêter plus de
trois jours dans cette Capitale , & plus de huit fut
les terres de la domination du Pape. La récolte
des grains ayant été peu abondante dans la plus
grande partie de l'Italie , & les Marchands ayant
voulu profiter de cette circonftance , pour vendre
fort cher ceux qu'ils avoient dans leurs greniers , le
Pape a fixé le prix du bled & de l'avoine . Le Car
dinal d'Yorck eft venu à Rome pour voir la Chapelle
qu'il fait conftruire près fon appartement &
it eft retourné enſuite à Albano. On attend inceffainment
en cette ville le Cardinal Landi & le Car
dinal Delfini , Patriarche d'Aquilée , qui doit y établir
fa réfidence & occuper le Palais Pamfili.
Suivant les derniers avis reçûs de Ferrare le Cardina!
Paulucci , ci -devant Nonce de Sa Sainteté auprès
de la Reine de Hongrie , lequel a eu une attaque
d'apoplexie , eft entierement hors de danger.
On mande du Royaume de Naples , que la difette
commençant à s'y faire fentir , le Roi des
deux Siciles avoit ordonné à l'Elu du Peuple de
prendre une note exacte des grains qui fe trouvoient
dans les magafins publics , & que ce Prince
en avoit défendu la fortie fous des peines très- rigoureufes.
Les mêmes avis portent que les troupes
Napolitaines , qui pendant tout l'été avoient
DECEMBRE. 1747. 195
été cantonnées fur la frontiere., étoient entrées
dans leurs quartiers d'hyver. Ces avis ajoûtent que
la ville de Naples avoit donné plufieurs fêtes magnifiques
à l'occafion de la naiffance du Duc de
Calabre.
DE GENES lė 4 Novembre.
Es trois Galeres de la République partirent le
28 du mois dernier pour la Spécie avec deux
barques , à bord defquelles il y avoit mille hom
mes de troupes Françoiles & Efpagnoles. Peu
d'heures après le vent changea & ces bâtimens furent
obligés de rentrer dans le Port , mais le lendemain
ils fe remirent en mer & ils terminerent heureuſement
leur navigation , malgré la préſence dé
quatre vaiffeaux de guerre Anglois qui croisent à
la hauteur de Portofino . Un Officier des troupes
de la Reine de Hongrie arriva le même jour au
foir en cette ville. Il eut une longue conférence
avec le Duc de Richelieu , & après avoir foupé
chés ce Général , il retourna accompagné de deux
Officiers François & d'un Officier Génois , à Saint-
Pierre d'Arena dans le même caroffe qu'on avoit
envoyé au- devant de lui ,il coucha dans ce bourg, &
àla pointe du jour il reprit la route du camp du Général
Nadafti. L'objet du voyage de cet Officier
étoit l'échange des prifonniers François qui font
en Lombardie , mais on n'a pû rien ſtipuler à cet
égard , le Duc de Richelieu prétendant que ces
prifonniers doivent être conduits ici , & le Général
Nadafti ne voulant les remettre qu'au Maréchal
Duc de Belle- Ifle , fous prétexte qu'il ne convient
pas de les envoyer dans une ville que la Reine
de Hongrie continue de regarder comme bloquée,
Sur l'avis que quelques Piquets des troupes de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
cette Princeffe avoient commencé à paroître da
côté de la montagne de Cento Croci , on fit marcher
le 30 à Recco, cinq cent hommes , qui ont
paflé de- là à Seftri di Levante. L'Envoyé de la
République de Lucques confere fouvent avec M.
Matelin Francone , que le Sénat a nommé pour
traiter, avec lui . Ce Gouvernement- ci demande
aux Lucquois une certaine quantité de boeufs , de
moutons & de bois , avec une fomnie confidérable
pour indemnité des brigandages qu'ils ont fouffert
que les Corfaires Anglois commiffent contre les
Génois dans les Parages dépendans de la ville de
Lucques.Toute la vigilance de ces Corfaires & des
vaiffeaux de guerre de leur Nation n'empêche pas
qu'il n'arrive continuellement ici un grand nombre
de bâtimens chargés de toutes fortes de vivres.
La mine de bled fe vend cependant toujours
quarante- fix francs , le Gouvernement defirant
que les denrées le foutiennent à un haut prix , afin
que les Etrangers ayent plus d'empreffement à en
apporter. On a condamné aux Galeres pour vingt
ans le nommé Labbo , l'un des principaux habitans
de la valée de Biſagno , convaincu d'avoir été
d'intelligence avec les Allemands lorfqu'ils fe font.
avancés pour faire le fiége de cette Place.
a
BE TURIN le 7 Novembre.
4
Elon les lettresde Savone le GénéralNadafti
établi le Novembre fon quartier à Novi ,
où le Régiment d'Hagenbach paffa les en allant
prendre des quartiers d'hyver dans la Lombardie.
Ces lettres confirment que moyennant les précautions
qui ont été prises pour arrêter les courfes
des Païfans Génois , ces derniers depuis quelque
tems n'ont formé aucune entreprife.
DECEMBRE . 1747. 197
•
Il vient de fe répandre un bruit que le Duc de
Richelieu avoit attaqué deux fois le Corps commandé
par le Comte de Soro , & l'avoit entierement
défait.
On a reçû avis de Livourne qu'il y avoit dans
ce Port pus de cent bâtimens tant nationaux
qu'étrangers , qui n'attendoient qu'un vent favorable
pour en fortir ; que leur charge confiftoit
principalement en vivres de toute efpece , & qu'on
croyoit la plus grande partie de ces provifions deftinées
pour Génes . Les mêmes lettres annoncent
que deux navires portant Pavillon du Grand Duc
de Tofcane ont mis à la voile pour Conftantinople
, & qu'ils ont à bord cent Efclaves Turcs
ce Prince envoye au Grand Seigneur avec plufieurs
préfens confidérables .
DE BREGL10 le 8 Novembre.
que
Quelquesmouvemens faits par un détachetroupes
commandées
par
l'Infant
Don
Philippe
ont obligé
le Prince
de Carignan
d'abandonner
le pofte
de Brois
& de fe retirer
à
Breglio
avec le Corps
qui eft fous fes ordres
. Ce
Prince
ayant été informé
que les ennemis
continuoient
de s'avancer
vers lui , n'a pas ciû devoir
les attendre
, & après
avoir
laiffé
en cette
ville
plufieurs
Compaguies
de Volontaires
, il s'eſt replié
vers Dolceacqua
. Dès que les ennemis
en ort
eu avis , ils ont détaché
fix Compagnies
de Grénadiers
& une Compagnie
Franche
pour furprendre
la garnifon
, mais elle a fait une défenſe
fi vigoureufe
qu'ils
ont renoncé
au deffein
de ſe rendre
maîtres
de la ville. Ils continuent
de faire
des
courfes
dans les environs
, & un de leurs Corps
qui alloit joindre
leur grande
armée
, a reçû ordre
I iij
19S MERCURE DE FRANCE.
en chemin de marcher à Sofpello , où il a été renforcé
de quatre nouveaux bataillons . Un autre
Corps de leurs troupes a pris pofte fur les hauteurs
le long de la Bevera . Ces jours derniers un détachement
de Miquelets , foutenu de quelques Compagnies
de Grenadiers , fortit de. Vintimille , &
attaqua un pofte avancé des Allemands entre la
Roya & le Torrent de Nervia. Après un feu extrêmement
vif de part & d'autre , les ennemis furent
repouflés , & la perte fut confidérable des deux
parts , y ayant eu de chaque côté près de cent cine
quante hommes tués ou bleffés . Pour contenir la
garnifon de Vintimille , on a occupé un Convent
Situé entre cette Place & Dolceacqua , d'où les
Volontaires efcarmouchent fréquemment avec les
Miquelets. Les Déferteurs ayant rapporté que les
ennemis projettoient de tenter une defcente entre
San- Remo & Bordigherra , le Baron de Leutrum
a envoyé plufieurs Compagnies de Grénadiers
pour s'oppofer à cette entreprife. Toutes les troupes
qui étoient à Olivetta , à Penna , à Airoles &
dans les autres poftes entre la Roya & la Bevera ,
font revenues joindre ce Général , & l'armée qu'il
commande eft actuellement retranchée , appuyant
fa gauche à la mer & fa droite au Bois d'Abeglio.
DE GENES le 11 Novembre.
D
Ans une petite action qui s'eſt paffée le 7 de
ce mois du côté d'Arenzano , on a fait prifonniers
quarante - fix Piémontois , parmi lesquels
étoient quelques Officiers. Ils furent renvoyés le
même jour à Savone , afin d'y être échangés avec
quelques -uns des Génois qui font à Mondovi . Les
ennemis , indépendamment
des prifonniers
qu'on
leur a faits en cette rencontre , y ont perdu vingt
DECEMBRE . 1747. 199
cinq hommes. On fit embarqner le 6 pour Chiavari
deux Compagnies des troupes de la Républi
que. Le foin qu'on prend de garnir tous les endroits
par où les Allemands pourroient pénétrer le
long de la côte Orientale , donne lieu de préfumer
qu'on appréhende quelque furpriſe de leur
part. Il paroît que la principale attention du Gouvernement
a pour objet Sarzane & lá Spécie , &
l'on travaille avec toute la diligence poffible à
mettre le Golfe en état de n'avoir rien à craindre
des Anglois , tandis que par terre on prend les
mefures convenables pour s'opposer aux entreprifes
des troupes de la Reine de Hongrie , qui reviennent
en Lombardie paffer l'hyver.
On ne fait point encore de quelle maniere fe
terinineront les differends furvenes entre cette République
& celle de Lucques. L'Envoyé de cette
derniere ayant allégué pour la juftifier , qu'avec
quatre piéces de canon qui compofent toute l'ar
tillerie de Viareggio , elle ne peut faire la loi aux
Corfaires Anglois , on a offert d'y envoyer douze
piéces de batterie .
Le Duc de Richelieu a chargé M. Berteller
Conful de la Nation Françoiſe à Livourne , de fe
rendre à Lucques afin de traiter de cette affaire.
Ce Lieutenant Général a fait fréter plufieurs pinques
de differens Ports des deux rivieres , & ces
bâtimens font deftinés à aller chercher à Villefranche
un nouveau renfort de troupes Françoises &
Eſpagnoles.
DE GENES le 17.
O
N conftruit un nouveau Fort à Sainte Thecle
près des Camaldules , pour rendre plus
difficiles les approches de la montagne fur la-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
quelle le Convent de ces Religieux eft bâti. Les
galéres de la République , après avoir tranſporté
à la Spécie les troupes que le Duc de Richelieu y
a envoyées , font allées à Livourne . d'où elles ont
conduit à Génes vingt & une barques chargées
d'une grande quantité de vivres. Elles le font emparées
d'un bâtiment fur lequel il y avoit une cargai
fon confidérable de bled & plufieurs Officiers au
fervice du Roi de Sardaigne. On a découvert à
Toriglia trois piéces de canon , un mortier &
quelque autre artillerie qui y avoient été enterrées.
Par les nouvelles qu'on reçoit de la riviere
de Ponent , il paroît qu'il ne fera pas facile à l'Infant
Don Philippe de former aucune entrepriſe
jufqu'au printems prochain . Le Roi de Sardaigne
a fait rompre tous les chemins le long de la côte ,
& conftruire par tout de forts retranchemens.
Le 14 le Duc de Richelieu alla vifiter la galiote
le Saint Louis & le Ponton armé , qui le faluerent
de plufieurs décharges d'artillerie. M. de Guymont
Envoyé Extraordinaire du Roi de France
prés de cette République , a obtenu de Sa Majesté
Très- Chrétienne la permiffion de faire un voya
ge à Paris . Il doit s'embarquer fur une galiotte
Génoife , & le Commandant de l'efcadre Angloife
lui a envoyé un paffeport . On mande de Verone
que depuis le premier de ce mois jufqu'au il y
étoit paffé fept cent Varadins qui retournoient
dans le Royaume de Hongrie.
DECEMBRE. 1747. 201
NAISSANCES ET MORTS.
E 12 Novembre eft né , & le 13 a été ondoyé
LE12 et né , & 2 été
>
Bretagne Dominique de Rohan Chabot , Duc de
Rohan , Pair de France , Duc du Lude & de Roquelaure
, Comte de Porrohet & d'Aftarac , Marquis
de Blain , & c. Brigadier des arinées du Roi , &
de Dame Charlotte-Rofalie de Chatillon , mariés
le 19 Décembre 1735. Voyez la Généalogie de l'il-
Juftre Maiſon deChabot dans l'Hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne . V. 4 . fol. 516.
Le 18 naiffance & le 19 batême d'Anne - Magdeleine-
Françoife-Auguftine de Roffet de Fleury ,
fille d'André . Hercule de Roffet , Duc de Fleury ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roi , Maréchal des camps & armées
de Sa Majefté , Gouverneur & Lieutenant
Général des Duchés de Lorraine & de Barrois ,
Gouverneur particulier des Ville & Citadelle de
Nancy , & de Dame Anne - Magdeleine-Françoiſe
de Monceaux d'Auxy , mariés le 6 Juin 1736 ,
le parain M. l'Evêque de Chartres oncle de l'eng
fant , représenté par M. Jean André-Hercule de
Roffet de Fleury , Commandeur de Poeton aufh
fon oncle , la maraine D. Anne- Marie-Magdeleine
de Monceaux d'Auxy veuve de M. Ange Leon
Antoine de Maulde Chevalier Marquis de la
Buiffere , grande tante , repréſentée par D. Marie-
Magdeleine de la Grange Trianon veuve du Marquis
d'Auxy , ayeule maternelle de l'enfant.
Voyez la Généalogie de la Maifon de Roffet dans
la feconde partie du Regiftre premier de l'Armo
rial général de M. d'Hozier,
1 y
202 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 naiffance & le 19 batême d'Olivier-
Victor de Montvallat , fils de Nicolas- Hyacinthe
de Montvallat Comte d'Antragues , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevau- Legers
d'Anjou & Brigadier d'arinée , & de Dame Louife-
Olive- Felicité - Bernard de Coubert , mariés le 26
Septembre 1739 , fille de M. Bernard Maître des
Requêtes , Sur-Intendant de la Maifon de la Reine
& Grand'-Croix , & Prevôt de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis ; la terre de Montvallat
fituée près la ville de Chaudes- Aigues dans la
Haute- Auvergne a donné le nom à cette Maiſon
l'une des plus confidérables de la Province par fon
ancienneté, fes alliances & fes fervices militaires.
Le 28 Octobre Meffire Dominique - Laurent
de Berton Crillon Evêque de Glandeves , facré le 20
Janvier 1722 , mourut dans fon Diocéfe dans un
age fort avancé , il étoit fils de Philippes -Marie
de Berton , Marquis de Crillon au Comtat Venaiffin
, & de Dame Françoiſe Saporte de Châteauneuf
, & il avoit pour freres aînés Jean Louis-
Alexandre de Berton Crillon Archevêque de Narbonne
depuis 1739 , nommé l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du Saint Efprit le premie
Janvier 1742 , & François - Felix de Berton
créé Duc de Crillon par Bulles du Pape Benoît
XIII. du 27 Septembre 1725 , marié en 1714
avec Dame Marie- Thereſe Fabri de Moncault ,
duquel mariage eft iffu Louis de Berton Marquis
de Crillon , Maréchal de camp du 2 Octobre
1746 , lequel a des enfans de fon mariage avec
Dame Marie-Françoife-Elizabeth Couvay. Fen
M. de Glandeves avoit pour trifayeul Thomas
de Balbis de Berton , Seigneur de Crillon , Chevalier
de l'Ordre du Roi , frere de Louis de Balbis
•
DECEMBRE. 1747. 203
de Berton Seigneur , de Crillon , Meftre- de- Camp
du Régiment des Gardes Françoifes , Confeiller
d'Etat , reçu Chevalier des Ordres du Roi le 31
Décembre 1585 , l'un des plus renommés Capitaines
de fon teins ; la Maifon de Balbis Berton
eft également diftinguée par fon ancienneté , par
fes alliances , par fes honneurs & les fervices militaires
; fes armes font d'or à cinq cotrices d'azur.
Voyez- en la Généalogie dans l'Hiftoire de la
Nobleffe du Comtat Venaiffin par M. Pithon-
Curt. Vol. 1. f. 142.
Le 31 Dame Marie-Nicole de Paris de la Broffe ,
veuve depuis le 27 Octobre 1723 de M. Pierre
de Berulle Premier Préfident du Parlement de
Grenoble , avec lequel elle avoit été mariée le 15
Novembre 1683 , mourut à Paris dans la quarre
vingt-dix-feptiéme de fon âge , ayant eu de fon
mariage Pierre-Nicolas de Berulle , auffi Premier
Préfident du Parlement de Grenoble , mort le 14
Mai 1730 , laiffant de Dame Marie- Renée du
Pleffis aujourd'hui fa veuve Amable-Pierre-
Thomas de Berulle Confeiller au Parlement depuis
le 22 Décembre 1744. Madame de Berulle
étoit fille d'Anne de Paris Confeiller au Parlement
& de Nicole du Val . Voyez la Généalogie de
Berulle l'une des premieres de la Robe dans les
Mémoires de Caftelnau par le Laboureur ; celle
de Paris eft auffi diftinguée dans la Magiftrature.
>
>
Le 2 Novembre Dame Catherine - Charlotte
Croifet veuve depuis le 31 Janvier 1713_de
M. Guillaume Briçonnet Marquis de Rofay ,
Comte d'Auteuil &c. Préſident de la troifiéme des
Enquêtes du Parlement avec lequel elle avoit
été mariée le 17 Janvier 1697 , mourut à Paris
âgée de foixante douze ans , laiffant François-
Guillaume Briçonnet Comte d'Auteuil , Préſident
204 MERCURE DE FRANCE.
1
"
de la troifiéme des Enquêtes du Parlement du 7
Janvier 1727 , marié 19. avec Dame Matie - Cecile
Moufle de Champigny morte fans enfans le 15
Mai 1728 2º. avec Dame Elizabeth Lambert
d'Herbigny, & Alexandre- Jacques Briçonnet Maitre
des Requêtes , nommé à l'Intendance de
- Montauban , mort fans enfans le 12 Mai 1712 , de
fon mariage avec Dame Marie-Magdeleine Thibert
des Martrais , remariée la même année à M.
le Marquis de Harcourt Beuvron.
·
Feu Madame Briçonnet étoit fille de Louis-
Alexandre Croiſet Marquis d'Eftiau , Préfident de
la cinquiéme des Enquêtes du Parlement , & de
Dame Catherine Roffignol . Voyez la Généalogie
de la famille de Briçonnet l'une des plus anciennes
& des plus illuftrées de la Robe dans l'Hiſtoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol . 6. fol.
427.
Le 3 Dame Marie-Dorothée Hollande de Konigsmarck
, veuve depuis le 29 Août 1743 de René-
Alexis le Sénéchal Comte de Carcado , Marquis
de Pontecroix , Baron de Molac , Lieutenant Général
des armées du Roi , Gouverneur des Ville
& Château de Quimper , mourut à Paris âgée de
foixante ans & fans enfans ; fon corps à été tranfporté
de Saint Sulpice fa Paroiffe en l'Eglife des
petits Auguftins lieu de la fépulture de Meffieurs
de Molac ; mais feu M. le Comte de Carcado fon
mari , de Dame Jeanne Magon fa premiere fem
me morte le 17 Juillet 1724 , avoit eu René - Aléxis
le Sénéchal Marquis de Molac , Colonel du
Régiment de Berry Infanterie , tué à Prague à la
fortie du 22 Août 1742 , & N... le Sénéchal Marquis
de Molac après fon frere . La Maiſon de le
Sénéchal divifée en deux branches , celle des
Marquis de Carcado & celle des Marquis deMoDECEMBRE
. 1747. 205
Jac , eft une des plus anciennes de Bretagne & des
mieux alliées. Voyez cette Généalogie détaillée
dans la feconde partie du fecond Registre de l'Armorial
général.
Le ... Thérefe de l'Efendar , veuve de Charles de
Roncherolles , Marquis de Roncherolles , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie & d'un de Cavalerie ,
& Gouverneur de Landrecies , avec lequel elle
avoit été mariée le ...... Décembre 1699 ,
mourut à Paris , ayant eu de fon mariage un fils
unique nommé Charles Michel - François - Anne-
Thomas Sibille de Roncherolles , Marquis de
Roncherolles , mort en 1728 , laiffant de Dame
Angélique - Marguerite de Jaffaud , fa femme , remariée
au Marquis de Canillac , Dame Anne - Marguerite-
Thérefe de Roncherolles , fille unique , ma.
riée le 21 Janvier 1744 avec M. René -Nicolas-
Charles- Auguftin de Maupeou , Préfident à Mortier
au Parlement , fils de M. le Premier Préfident.
Mad. de Roncherolles étoit fille de Louis de l'Eftandar
, Seigneur de Bully , & de Dame Charlotte-
Lucrece Tardieu de Malliffy, & fortoit d'une Maifon
diftinguée par fon ancienneté , par fes alliances
& fes fervices ; pour la Généalogie de la Maiſon
de Roncherolles , c'eft l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de la Province de Normandie.
Le 7 mourut à Paris Charles- Adrien de Noailles
,Prince de Poix, Chevalier né de l'Ordre de Malthe
, âgé de 7 mois & 7 jours , étant né le premier
Avril 1747 , & fut porté le 8 au foir en l'Eglife de
S. Sulpice , fa Paroiffe , de- là tranſporté à Notre-
Dame pour y être inhumé dans la Chapelle fepulture
de la Maifon de Noailles ; il étoit fils de Philippes
de Noailles , Comte de Noailles , Grand
206 MERCURE DE FRANCE.
d'Efpagne de la premiere Claffe , Prince de Poix ,
Marquis d'Arpajon , & c. Chevalier de la Toifon
d'Or , Grand - Croix de l'Ordre de Malthe , Maréchal
des camps & armées du Roi , & de Dame
Anne-Claude d'Arpajon , Grand- Croix de l'Ordre
de Malthe , mariés le 27 Novembre 1741,
Le 9 Philibert Orry , Seigneur de la Chapelle-
Godefroy , Miniftre d'Etat , Confeiller d'Etat or
dinaire , Commandeur & Grand-Tréforier des Or.
dres du Roi , ci- devant Contrôleur Général des
Finances , & Directeur Général des Bâtimens de
Sa Majefté , Arts & Manufactures de France, mourut
en fon Château de la Chapelle, près Nogent-fur-
Seine , âgé d'environ 59 ans ; étant né le 22 Janvier
1689 , & fans avoir été marié . Il étoit fils de
Jean Orry , Seigneur de Vignory , de la Chapelle
Godefroy , de Fulvy , &c. Préfident à Mortier au
Parlement de Metz & Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , mort le 30 Septembre 1719 , & de Dame
Marie-Jeanne Ermonin , il avoit pour foeur
née de ce mariage Dame Jeanne Orry , femme de
Louis Benigne Bertier , Seigneur de Sauvigny ,
Préfident de la cinquième des Enquêtes , morte le
... Septembre 1739 , mere de M. Bertier de Sauvigny
, à préfent Intendant de Paris , & il avoit
pour frere & foeur nés du fecond mariage de fon
pere avec Dame Catherine - Louife Corceffin , 1º,
Jean -Henri-Louis Orry , Seigneur de Fulvy né le
22 Janvier 1703 , ci devant Maître des Requêtes
& à préfent Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, lequel a des enfans de Dame Henriette-
Louife- Helene de la Pierre de Bouzies , ſa femme,
d'une ancienne Nobleffe de Flandres, & 2°. Louife
Elizabet Orry, mariée depuis le 16 Mai 1724 avec
Antoine-Martin Chaumont , Seigneur de la GalaiDECEMBRE
. 207 1747.
fiere , alors Maître des Requêtes & aujourd'hui
Chancelier & Garde des Sceaux du Roi de Pologne
Duc de Lotraine , dont il y a des enfans.
Le 11 Dame Marthe - Magdeleine Foullé de
Prunevaux , veuve de François- Alexandre de Gallard
de Bearn , Comte de Braffac , Colonel du Régiment
d'Angoumois , qu'elle avoit épousé le 15
Décembre 1691 , mourut à Paris âgée de 85 ans,
Elle étoit Dame d'honneur de Madame la Ducheffe
du Maine , & elle avoit eu de fon mariage
entre autres enfans Guillaume - Alexandre de
Gallard de Bearn , Comte de Braffac , ci -devant
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , lequel du
mariage qu'il contracta le 26 Juillet 1714 ave .
Dame Lucie-Françoiſe de Coftentin de Tourville ,
fille du Maréchal de ce nom, a eu Anne- Hilarion de
Gallard de Bearn , Comte de Braffac , ancien Lieutenant
des vaiffeaux du Roi , lequel a des enfans
de Dame Olimpe de Caumont la Force,fon épouse ,
fille de M. le Duc de la Force. Voyez pour la Généalogie
de la Maifon de Gallard , l'une des plus
anciennes & des plus illuftiées de la Province de
Quercy , le vol . 9 des Grands Officiers , fol . 166 ,
& le Dictionnaire Hiftorique de Morery , Edition
de 173.5 , vol . 3. fol . 773 .
Pour Madame la Comteffe de Braffac , qui donne
lieu à cet article , elle étoit fille d'Etienne Foul-
1é , Marquis de .Prunevaux & de Martangis , Mai
tre des Requêtes de l'Hôtel du Roi , & de Dame
Magdeleine de Lefpinay , & fortoit d'une famille
très- diftinguée dans la Robe.
Nous venons de perdre un de nos plus fpirituels
Ecrivains , c'eft M. le Sage ; il eft mort le 17 Novembre
chés un de fes fils en Picardie , où il achevoir
paisiblement fa carriere déja avancée , ayant
168 MERCURE DE FRANCE.
80 ans . M. le Sage eft l'Auteur très eftimé de bien
desOuvrages légerement écrits & affaifonnés du fel
le plus délicat , la plus fine ironie y eft femée avec
profufion . La premiere édition de fon- Diable boiteux
a eu un fuccès prodigieux & produit bien
d'infipides & foibles copiftes ,, efcorte ordinaire .
des livres renommés dont le titre eft féduifant ; fon
agréable Roman de Gilblas en quatre volumes fera
immortel . Nous devons encore à fon élégante
plume Eftevanille , le Bachelier de Salamanque &
les Avantures de Beauchefne. M. le Sage eft le
pere de l'Opéra Comique , dont M. Fuzelier eft le
parain. Ce Théatre Comique , plus fujet aux révolutions
que les Républiques les plus orageufes ,
leur doit fon établiffement & fa premiere réputation
. M. le Sage en a recueilli les Piéces , fecondé
par M. d'Orneval fon ami , & les a confervées
pour l'amufement des fujets favoris de Momus . H
n'eft point d'Auteur qui ait un ftyle plus fin & cependant
plus naturel. Il a toujours été exempt des
inflammations néologiques , quoique cette maladie
foit prefque devente épidémique dans ce fiécle
frivole où le Parnaffe a auffifes Ponpons & fes Pan
tins. Le Théatre François & le Public ont obligation
à M. le Sage de deux bounes Comédies , Tur.
caret Crifpin Rival defon Maitre.
DECEMBRE . 1747. 20g
1
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du &
, portant révocation du privilége
accordé pour la culture du Riz en France .
Le Roi s'étant fait repréſenter en fon Confeil
l'Arrêt rendu en icelui le 6 Décembre 1740
fur la requête de Noël Chavillot , Bourgeois de
Paris , & les Lettres Patentes expédiées fur ledit
Arrêt le premier Janvier 1741 , par lefquels Arrêt
& Lettres Patentes Sa Majefté auroit accordé
audit Chavillot & compagnie le privilége exclufif
pendant l'espace de douze années , à commencer
au mois de Mars lors prochain , d'enſemencer &
cultiver du Riz dans toute l'étendue du Royaume,
à condition entre autres par ledit Chavillot &
compagnie , de ne faire lefdites femences & culture
que dans les terres qui feroient à la diſtance
de deux lieues au moins des villes nurées , & d'enfemencer
pendant l'année 1741 au moins cinq
cent arpens de terre , deux mille arpens pendant
l'année 1742 , trois mille pendant l'année 1743 ,
cinq mille pendant l'année 1744 , & la même
quantité de cinq mille arpens au moins pendant
les autres années dudit privilége ; ce qu'ils feroient
tenus de juftifier par des certificats des fieurs Intendans
des Provinces où ils feroient lesdites femences
, qu'ils remettroient au premier Janvier
de chaque année au fieur Contrôleur Général des
Finances , &c . Le Roi étant en fon Confeil , a révoqué
& révoque le privilége pour la culture des
Riz , accordé audit Noel Chavillot & compagnie
par ledit Arrêt du 6 Décembre 1740 , &c.
110 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE du 6 , concernant l'Ordre du Saint-
Efprit de Montpellier.
Le Roi s'étant fait représenter l'Edit du mois de
Mars 1693 , par lequel le feu Roi auroit déſuni
de l'Ordre de Notre-Dame du Mont- Carmet &
de Saint Lazare , les biens de l'Ordre du Saint-
Efprit de Montpellier qui y avoient été unis par
Edit du mois de Décembre 1672 , l'Arrêt rendu
en fon Confeil le 10 Mai 1700 , par lequel il auroit
été déclaré entr'autres chofes , que ledit Ordre
du Saint Efprit étoit purement régulier &
hofpitalier , l'Arrêt du Confeil du 4 Janvier 1908,
portant que celui du 10 Mai précédent ferqit exécuté
felon fa forme & teneur , & en conféquence
que l'hofpitalité feroit rétablie & obfervée dans
la Commanderie générale grande Maîtriſe reguliere
de l'Ordre du Saint Efprit de Montpellier par
le Commandeur Général , Grand-Maître régulier
qui y feroit inceffamment établi , &c. Le Roi étant
en fon Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ART. I. Les Commandeurs & Religieux de
toutes les Maifons de l'Ordre du Saint Efprit de
Montpellier qui font établies dans le Royaume ,
feront tenus dans deux mois après la fignification
qui leur aura été faite du préfent Arrêt , de repré
fenter pardevant les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces,chacun dans fon
département , les titres de leur établiffement ou
fondation , & ceux qui concernent les biens &
revenus dont ils jouiffent ou ont droit de jouir ,
avec les comptes deſdits revenus , tant en recetté
que dépenfe , rendus pour les vingt dernieres
années , comme auffi l'état actuel defdites Mai
fons & lieux hofpitaliers , fi aucuns y a ,
du nombre
des Religieux qui y font leur demeure, de
selui des pauvres qui y font reçus , & de la qualité.
›
DECEMBRE . 1747. 211
deftits pauvres , enfemble de la maniere dons
l'hospitalité y eft exercée , de laquelle repréſentation
lefd. Sieurs Intendans drefferont leurs procès
verbaux , en y faifant les obfervations qu'ils jugeront
néceffaires.
II. Faute par lefdits Religieux d'avoir fatisfait
aux difpofitions de l'article précédent , & fur le
compte qui en fera rendu à Sa Majefté par lefdits
Sieurs Intendans , ils feront déclarés déchûs de la
poffeffion des biens dont ils jouiffent , & les revenus
en feront appliqués par Sa Majefté à tels Ho .
pitaux ou établiffemens de charité qu'elle jugera à
propos , après avoir pris fur ce fujet l'avis , tant
defdits Sieurs Intendans que des Archevêques ou
Evêques des lieux où les Commanderies dont lef
dits biens dépendent , font établies.
III. Les procès verbaux qui auront été dreffés
fuivant l'article premier , par lefdits Sieurs Inten
dans & Commiflaires départis feront communiqués
à chacun des Sieurs Archevêques & Evêques
de leur département , dans le Diocèſe defquels il
fe trouvera des Maifons ou Commanderies dudit
Ordre , fans préjudice auxdits Sieurs Archevêques
ou Evêques de prendre auffi par eux-mêmes les
inftructions qu'ils jugeront néceffaires au ſujet
defaites Maifons , &c.
AUTRE du 7 , qui commet les Officiers de
l'Amirauté de France au Siége général de la Table
de Marbre du Palaïs à Paris , au lieu & place des
Sieurs Commiffaires de fon Confeil , nommés par
Arrêts des 21 Avril & 26 Octobre 1739 , pour continuer
la vérification des titres des droits maritimes
, ordonnée
par lefdits Arrêts & par ceux des
27 Mai & 5 Décembre
1740.
Et qui preſcrit la forme en laquelle il fera pro212
MERCURE DE FRANCE.
cédé à la vérification de tous les droits énoncés
auxdits Arrêts .
AUTRE du 17 , qui permet pendant une
année l'entrée dans le Royaume des Beurres venans
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , & ce
en payant les droits qui font dûs .
& en
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'Ordonnance
qu'elle a rendue le 21 Août 1731 , pour régler
l'étendue du canton de Chaffe réſervé à titre de
fes plaifirs dans une partie des dépendances du
Gouvernement de Brouage , ainfi que celle du 6
Octobre 1732 , portant distraction de ladite réferve
des Fiefs dépendans de l'Abbaye de Saintes ,
& relevans en partie de la Comté de Marennes ;
& defirant Sa Majefté prévenir les difficultés qui
naiffent journellement à l'occafion de cette Ordonnance
, entre les Officiers de l'Etat Major- de
Jadite Ville & les Seigneurs des Terres comprifes
dans la réferve portée par icelle , & nommément
l'acquereur dudit Comté de Marennes
cette qualité Seigneur Suzerain des Fiefs dépendans
de l'Abbaye de Saintes , exceptés de ladite
réferve par la fufdite Ordonnance du 6 Octobre
1732. Sa Majesté a ordonné & ordonne que
dorénavant le canton réfervé à titre de fes plaifirs
, ferá & demeurera fixé à une lieue autour de
ladite ville de Brouage , tant du côté du Nord ,
du Sud & de l'Ouest , que de celui de l'Eft ,
que fous quelque prétexte que ce foit lefdits Offi
ciers de l'Etat Major , ou autres puiffent l'éten
dre au- delà. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité qu'elles foient , de chaffer dans l'étendue
de ladite réferve , fans permiffion par écrit du
fans 1
1
DECEM B R E. 1747. 213
Gouverneur ou Commandant pour Sa Majefté à
Brouage , à l'exception toutefois des Seigneurs
qui poffédent dans ladite étendue d'une lieue des
Garennes titrées , ou Fiefs clos , aufquels Sa Majefté
veut bien continuer à permettre de chaffer
fur lefdites , Garennes & Fiefs , accompagnés d'un
valet ou d'un garde feulement , lefquels ne pour
ront y chaffer que conjointement avec ledits
Seigneurs , dérogeant au furplus Sa Majefté à fon
Ordonnance dudit jour 21 Août 1731 en ce qui
peut être contraire à la préfente. Mande & ordonne
Sa Majefté au Gouverneur & fon Lieute
nant Général au pays d'Aunis , au Gouverneur
particulier de la ville de Brouage & ceux qui y
commanderont en fon abfence , de tenir la main
à l'exécution de la préfente , laquelle fera lûë
publiée & affichée par tout où il appartiendra , à
ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles le 12 Mai 1747. Signé , LOUIS :
Et plus bas , M. DE VOYER D'ARGENSON .
OUVERTURE du Collège Royal.
L
Es Profeffeurs du Collége Royal de
France , fondé à Paris fondé à Paris par le Roi
Frar çois I. le Pere & le Reftaurateur des
Lettres , reprirent leurs exercices le 20
Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui rempliffent aujourd'hui les Chaires de
ce fameux Collége , fous l'infpection de
M. l'Abbé Vátry , de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , Profeffeur
Royal en Langue Grecque.
214 MERCURE DE FRANCE.
Pour la Langue Hebraique.
Mrs. Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque.
Mrs. Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs. Lemonnier & de l'Ifle.
Pour la Philofophie.
Mrs. Terraffon & de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine .
Mrs. Piat & de la Bleterie.
Pour la Médecine.
Mrs. Aftruc , Ferrein , Poiffonnier & Bouvart.
Pour la Langue Arabe.
Mrs. Petis de la Croix & Otter.
Pour le Droit Canon.
Mrs. Lemerre & de l'Averdy.
Pour la Langue Syriaque.
Mr. Jault.
Le Sieur Briart qui demeure cour &
ruë Abbatiale de Saint Germain-des- Prez ,
a une fuite de Mercures à vendre bien
complette , à commencer l'année 1720
jufques & compris le mois de Novembre
1747 , qui font vingt huit années; il en fera
une compoſition raiſonnable .
APPROBATION.
1
T
' Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chance-
Her le premier volume du Mercure de France
du mois de Décembre. A Paris le 30 Décembre
1747.
BONAMY.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Epitre à Louiſe ,
Diflertation fur le lieu de Cymgiacum ,
Les avantages de la Poëfie ,
Vers mis en mufique ,
3
12
18
28.
Lettre au fujet des vies des Hommes Illuftres de
France , 22
Chronique de la naiffance de Mlle de B *** à
elle-même ,
Vers à M. d'Ardéne , &c.
26
29
Extrait de la relation d'un voyage en Champagne
au fujet d'une Ardoifiere ,
Ode à Mad, ** *
32
40
Mémoire fur les Couronnes militaires des Romains
•
Paraphrafe,de l'Oraifon Dominicale ,
49
16
Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences
,
Le triomphe de l'âne , Fable nouvelle ,
58
87
90
Lettre de M. Dordelu à Mad . la Marquife
de ****
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
de Novembre ,
Enigmes & Logogryphe ,
99
ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c. 102
Eftampe nouvelle , 119
Savonnettes légeres de crême de Savon ,
Chanfons notées ,
Spectacles ,
pure
Diflertation fur l'Effence Balfamique , & c.
Epitre à M. Candide Oculifte ,
120
I2I
122
124
130
Séance de l'Académie des Belles-Lettres de Marfeille
& Programme pour 1748 ,
Eftampe nouvelle ,
Piéces de Clavecin
Catalogue raifonné de Bijoux , & c.
131
134
ibid.
ibid.
Parodie d'un Sonnet inferé dans le Mercure de
Septembre ,
135
Projetto d'Affociazione , & c. 136
Edition des OEuvres de Théatre de M. de Sainte
Foy ,
137
Epitre à M. Néricault Deftouches par M. Tanevot
,
Lettre de M. de L. à M. de la Bruere ,
138
143
Cinquiéme Lettre fur le Tonnerre , 146
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 161
Nouvelles Etrangeres , Suede ,
166
Allemagne,
171
Eſpagne ,
174
Grande Bretagne,
Provinces Unies ,
Italie ?
De Génes ,
De Turin ,
De Breglio ,
178
189
194
195
196
197
De Génes ,
Naiffances & Morts ,
Arrêts notables ,
Ouverture du Collège Royal ,
198
201
209
213
Les Chanfons notées doivent regarder lapage
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
121
1
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
DECEMBRE . . 1747.
SECOND VOLUM E.
LIGIT
UT
"
A
SPARCATS
Chés
Papillen
S
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
M. DCC . XLVII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très- inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere.
FAIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI. E
DECEMBRE . 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O D E.
Sur les devoirs de l'homme envers Dieu.
S
Ortez cahos , paroiffez terre ,
Naiffez Elémens , Cieux & mers ;
Dieu parle au néant qui t'enferre ,
Echappe- toi , vafte univers.
Je vois éclore la nature ;
Quelle brillante architecture !
Quel en eft le fublime Auteur ?
Aij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
$
Les nuits l'une à l'autre enchaînées ,
Les jours , les faifons , les années ,
Tout nous annonce un Créateur.
En vain pour pallier fon crime ;
Un monftre au coeur paîtri de fard ;
Méconnoît
le Dieu qui l'anime ,
Et feint d'adorer le hazard .
Je vois la fureur de l'athée
S'évanouir
déconcertée
;
Il pâlit , tremble & craint la mort.
Ce n'est plus ce fuperbe impie ;
L'effroi rend fa rage afſoupie ;
Qu'il eft foible cet efprit fort !
****
L'orgueil dont ma raiſon ſe pare
Fuit devant la Divinité ;
Je J'entrevois, & je m'égare
Dans fon augufte immenſité.
L'oeil fe fatigue & nous abuſe ,
Si fa vifion - trop confuſe
Des Cieux lui peint tous les déhors.
Tel dans Dieu fe perd mon génie ,
Quand de fa grandeur infinie
Il veut pénétrer les rapports.
DECEMBRE. 1747 .
La mer orageufe , écumante ,
Agite fes rapides flots ;
L'onde s'éleve bouillonnante ,
Et brife les frêles vaiffeaux .
J'ignore quel frein dans l'orage
Des vagues reprime la rage ;
Sur les bords périt leur fureur.
Tout m'eft caché dans la nature ,
Et j'ofe , foible créature ,
· D'un Dieu fonder la profondeur !
+3**
Au Confeil de la Providence ,
Vil mortel , aurois-je affifté ?
Qui fuis -je ? Quelle eft mon effence a
Que peut mon efprit limité ?
Raifon qui devrois me conduire ,
Quoi ! ne fers- tu qu'à me féduire ?
Toujours dans l'erreur me plonger !
Quel défir orgueilleux me joue ?
L'homme que tu formas de boue ,
Seigneur , voudroit - il te juger ?
***
Le devoir , infaillible maître ,
Veut que mon coeur & mon encens
Soient pour celui qui m'a fait naître ,
Que je rompe le joug des fens.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Sortons d'un honteux esclavage ,
Faifons de nous un noble ufage ;
Que l'homme foit à fon Auteur
Mais le devoir en vain nous touche ;
Sa voix dure nous effarouche ,
Et perd fes droits fur notre coeur.
**
Caché fous une forme aimable
Soutenu de nos paſſions ,
Le vice , orateur agréable ,
Eft l'ame de nos actions .
L'orgueil , le luxe , l'avarice ,
Le noir démon de l'artifice >
Sont les idoles des humains ;
Mortel , connois top appanage ,
Et ceffe d'avilir l'ouvrage
Qu'ont formé de fi nobles mains.
On refpecte la créature ,
Le Créateur eft cublié ;
D'an frivole bien l'impoſture
Fait courber l'homme humilié ;
Il ferme l'oeil à la lumiere ;
Dans le héant , dans la pouffiere ,
Il cherche un bonheur menfonger.
DECEMBRE . 1747. 7
Grand Dieu , tu connois la mifere
De ces Rois , l'effroi de la terre
Et fiers d'un trône paffager.
•
De tes decrets impénétrables ;
Ces Rois de carnage fumans ,
Ces Héros qu'on nomme indomptables ,
Sont les dociles inftrumens ;
Toi feul es au -deffus des Ages
Du tems tu braves les outrages
Tu vois tout naître & tout périr ;
Dieu puiffant , mon pere & mon maître ,
Ma raifon doit te reconnoître ,
Mon coeur foumis doit te fervir .
7. Lacoste , fils.
A Dijon le 25 Octobre 1747 .
A i
S MERCURE DE FRANCE.
momo monumun
LETTRE CRITIQUE
Sur la Chymie Hydraulique .
Eft modus in rebus , funt certi denique fines
Quos ultrà citràque nequit confiftere rectum .
J
Horat...
E vous ai promis , Monfieur , il eft vrai
des obfervations fur la nouvelle Chymie
Hydraulique , mais vous êtes trop raifonnable
pour exiger de moi qu'elles ayent
pour objet ce détail ennuyeux , d'expériences
répétées , qui font le capital de l'ouvrage;
comme elles n'ont pas été faites fous
mes yeux , le jugement que j'en porterois
ne pourroit être que témeraire , & vous ne
voudriez pas me faire un devoir de la téme
rité ; mais fi à cet égard je n'ai rien à vous
dire , permettez -moi de fatisfaire à mon
engagement , en élevant ma voix contre le
fond erroné de cette nouvelle doctrine.
L'Auteur de la Chymie Hydraulique eft
outré; il n'a pas fçu garder un fage milieu
entre deux extrémités également vicieuſes ;
il s'eft jetté à corps perdu dans l'eau pour
fe fauver des feux infenfés du peuple Chymifte
, femblable à un Capitaine qui aimeDECEMBRE
. 1747.9
roit mieux fe précipiter follement dans un
fleuve que d'effuyer avec peu de perte le
feu de l'ennemi .
Puifque le fage Auteur de la Nature a
voulu que le feu fut un inftrument fi néceffaire
pour préparer les plantes qu'il a
deftinées à notre nourriture , pourquor
auroit-il fait cet élément fi contraire à la
préparation de celles qu'il a créées pour
nous guérir ? La nourriture nous intéreffet'elle
plus que la guérifon , pour avoir environné
celle- ci des difficultés fans nombre
, qui font inféparables de ce grand appareil
de machines imaginées par le nouveau
Chymifte ? Non certes : il n'en va pas
ainfi , & les guérifons operées tantôt avec
des décoctions bien faites de plantes convenables
à la maladie , tantôt avec des
bouillons faits avec les chairs d'animaux ,
& quelquefois avec des minéraux incorporés
par le feu dans des remedes topiques ,
ces guérifons , dis- je , ainfi operées , démontrent
invinciblement que le végétal ,
l'animal & le minéral peuvent être traités
avec le feu , que notre Auteur redoute
tant , fans qu'ils perdent pour cela les vertus
dont ils font doués .
C.
Rendons-nous juftice ; quand il devroit
en couter un peu à notre amour propre ,
nous manquons tous lesjours de guérir les
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
maux les plus légers , nous devons bien
moins l'attribuer à la maniere de préparer
les remedes , qu'à notre peu de connoiffance
de la vertu fpecifique des Mixtes . Naturaliftes
vains & fuperficiels que nous fommes
, nous étalons avec fafte tout l'exterieur
des corps naturels , nous les divifons
en genres & en efpeces avec une méthode
admirable , mais où eft parmi nous le nouveau
Salomon qui connoiffe , à ne pas s'y
tromper , les vertus que Dieu y a renfermées
pour produire infailliblement tel ou
tel effet ? Semblables aux Alchymiftes
ignorans , nous nous flatons fauffement
de travailler fur la véritable matiere , &
devenant injuftes par le mauvais fuccès ,
comme eux nous accufons le feu qui eſt innocent
des fautes que nous devrions rejet
ter fur notre ignorance.
Je tombe d'accord avec notre Auteur
des égaremens des Chymiftes vulgaires ,
j'en conviens avec lui , j'avoue ingenuement
que leurs fels alkali , enfans du feu ,
ne font guéres propres qu'à faire du favon
, que leurs diffolvans font ou corrofifs
ou trop fpiritueux , que leurs eaux diftillées
n'ont pas grande vertu , que leurs huiles
n'offrent au goût qu'une acreté infupportable
,
, que leurs poudres ne font que des
cendres inanimées des corps qu'ils ont déDECEMBRE
11
1747.
truits , que toutes ces belles cryftalliſations
de leurs fels amufent fans utilité , & qu'enfin
leurs prétendus remedes , ornés de noms
pompeux , font fouvent auffi mortels , que
la plupart de ceux deGalien font inefficaces .
Je reconnois de bonne-foi tous ces défordres
, & que c'eſt à la mauvaiſe adminiftration
du feu qu'il faut attribuer principalement
tant de taches qui défigurent la Chymie
, mais avec tout cela , cet abus que
tant de mauvais artiſtes font du feu , peutil
jamais être une raifon légitime de l'éteindre
déformais à force d'eau froide
dans tous les laboratoires ? Ne devrionsnous
pas auffi nous interdire l'ufage fi commode
des inftrumens tranchans , fous prétexte
qu'ils font beaucoup de mal dans les
mains des enfans , des furieux & des gens
mal-adroits ? Quoi ! pour délivrer les corps
naturels du fupplice du feu que des Chymiftes
leur font fouffrir , faudra - t- il fans
aucun milieu les tourmenter continuellement
d'une façon contraire , jufqu'à ce
que l'eau où s'exerce le nouveau tourment
, devienne fi furchargée des craffes
du Mixte , qu'il ne foit plus poffible de la
purifier ? Non certes , & il n'y a perfonne
qui ne fente le ridicule d'une telle manipulation
; elle eft cependant propofée par
notre Auteur comme une grande décou-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
verte , il en eft infatué , & il ne tient
pas
à lui que nous ne voyons tous les laboratoires
le métamorphofer en moulins à eau.
,
Si notre Chymifte vouloit un peu confulter
la raifon fur l'art du feu , il fe recon
cilieroit fans doute avec cet élement , il
reconnoîtroit qu'il doit- être l'Agent d'un
Artifte éclairé puifqu'il eft celui de la
Nature , il le regarderoit comme un inf
trument tranchant à la vérité , mais qui.
cependant ne peut produire que de bons
effers , s'il eft conduit pas une main fage &
adroite , il apprendroit à le graduer diverfement
fuivant l'exigence des fujets , & le
bur que l'Artifte fe propofe ; il convien-.
droit que l'eau eft fufceptible de divers dégrès
de chaleur très- compatibles avec la
vertu des Mixtes, ainſi au lieu , par exemple
, de faire paffer les fleurs & les feuilles
qui font des corps fi tendres & fi pénétrables
par une trituration ridicule & puérile ,
il pourroit après les avoir écrafées ou pilées
, dégager fans peine leurs principes
effentiels avec peu d'alteration , ou de diffipation
, en les faiſant paffer doucement
dans l'eau au moyen d'une infufion chaude
; quand il feroit queftion de chairs d'animaux
il pafferoit jufqu'à l'ébullition , il
feroit bouillir de même plus ou moins fort ,
plus ou moins long- tems , les graines , les
DECEMBRE.
1747. **
bois , les écorces & les racines , après qu'il
les auroit préparés par une trituration féche
; enfin il termineroit tout cela par
d'autres opérations qui acheveroient de le
mettre en poffeffion de l'effence de ces
Mixtes.. Voilà en abregé les avis falutaires.
que la raifon ne manqueroit pas de don
ner à cet Artifte , fi le préjugé pouvoit lui
permettre de fe confeiller à elle..
C'est s'abufer groffierement que de
prendre pour principe effentiel de l'or &
de l'argent le fel qu'en tire la trituration
Hydraulique ce produit n'eft qu'un pur.
jeu , une féduction innocente de la Nature ,
c'eft un déguifement trompeur du métal
lui-même encore reductible en lingot ,
quoiqu'il paroiffe aux yeux fous une for
me faline . Il faut bien un autre diffolvant
que l'eau commune pour réduire ces métaux
en leurs principes effentiels , & l'on
voit bien qu'il n'eft guéres connu du Chymifte
aquatique : qu'il fe défabufe ; ni les
premieres filtrations par les toiles , ni les
fecondes. par les étoffes de laine , ni le re
pos des colatures pendant la nuit , ni enfin
les dépôts qui fe font fur les afliettes expofées
à la vapeur du bain- marie , & ens
fuite furvuidées ne font capables d'épurer
une eau bourbeufe que le mouvement violent
& continuel de la trituration a fouillée
2
14 MERCURE DE FRANCE.
des impuretés du Mixte ; auffi les produits
de cette nouvelle Chymie font-t'ils chargés
de terre , comme l'affûrent Meffieurs
Groffe & Geoffroy qui les ont examinés
avec attention , de forte que fuivant le fentiment
de ce dernier, qui eft auffi le mien ,
les prétendus fels effentiels de la nouvelle
méthode ne font à le bien prendre que
des extraits moins imparfaits que ceux des
Apoticaires ; il n'est donc pas étonnant
qu'ils agiffent avec quelque efficacité
mais il y auroit lien de s'étonner fi le public
éclairé adoptoit fans examen une innovation
plus faftueuſe qu'utile , & fujette
à un attirail embarraffant de machines qui
demandent bien de la dépenfe , & beaucoup
d'emplacement pour ne produire que
des remedes imparfaits.
Parturient montes, nascetur ridiculus mus .
Tandis que la Chymie ordinaire eft capable
de faire bien mieux , pourvû qu'elle
fe conduife avec plus de jugement qu'elle
ne fait tant fur le regime du feu , & le
choix des opérations les plus convenables
aux fujets , que fur la maniere de les diriger.
•
Agréez s'il vous plaît , Monfieur , les
efforts queje viens de faire pour fauver
la Chymie des eaux , & la remettre dans
?
DECEMBRE. 1747.
fon élement naturel , hors duquel elle ne
fçauroit fubfifter ; continuez de cultiver
cet art précieux qui tient dans fa main la
clef de tous les tréfors de la Nature , & regardez
le Novateur comme vous regarde
riez un homme qui ne voudroit plus fe
nourrir que d'alimens préparés avec de
l'eau froide , parce que fon Cuifinier auroit
coûtume de ne lui fervir à table que
des viandes brûlées. Au refte fi vous
trouvez mes raiſons bonnes , & qu'on s'avife
cependant de les contredire , permettez
que je vous cede la plume , car pour
ce qui eft de moi , quand une fois j'ai défendu
la vérité , & que je rencontre des contradicteurs
, ils me mertent fi fort en mauvaife
humeur , que n'étant plus capable d'écrire,
je me trouve réduit à ne les combattre
que par le filence ; à votre égard je ne
me tairai jamais , & je publierai fans ceffe
que j'ai l'honneur d'être avec toute l'eftime
poffible , Monfieur , votre , &c.
16 MERCURE DE FRANCE.
LE BOUQUET ,
CANT ATILLE.
P Laifirs ,Amours ,
Brillante Cour de Cythere ,y
C'est la fête de ma Bergere ;
Chantez , célebrez ce grand jour,
Zéphirs , par votre badinage
Egayez ce féjour ;
Roffignols , par votre ramage
Chantez , célebrez ce grand jour.
Ainfi Damon chantoit la Reine de fon ame
Dans un jardin où nille fleurs
Charmoient les yeux par leurs couleurs
Il cherchoit un bouquet pour gage de la flâne,
Dans ce bouquet que l'immortelle
Soit la premiere fleur ,
Et le fymbole fidéle
De ma conftante ardeur "
De mon ardeur éternelle ,
DECEMBRE. 1747.
Que la rofe par fa beauté
De fes attraits foit l'image ;
Que le lys par la pureté
A fes vertus rende hommage .
ENVOI
A Mile Brig.... T....
Sur l'air ....
L'Amour & l'amitié , Brig.
Que le plus tendre zéle excite ,
Pour te chanter dans ce concert
Entre eux ont partagé les rôles ;
L'amitié fe chargea de l'air ,
Et l'amour fournit les paroles.
1
MADRIGAL.
I Ris , fi de votre beauté ,
Quoique toujours inexorable ,
Du plus tendre amour tranſporté
Chacun dans le fond de fon coeur
Porte le trait inévitable ,
Jugez avec moins de rigueur
Combien vous feriez adorable.
t . A.Chartres le 7 Octobre 1747 1
18 MERCURE DE FRANCE.
A
鋼洗洗洗洗洗洗洗洗選選洗洗洗洗洗灘
REFLEXIONS.
Par Mile **
Df'efprit , c'eft une ingratitude , s'en
Ans une femme rougir d'avoir de
glorifier eft le ridicule d'une précieuſe ;
c'eſt à la modeftie à regler fon ufage.
Il eſt une Philofophie qui doit nous
faire méprifer le monde, il en eft une autre
qui doit nous le rendre refpectable.
Il Y a des coeurs fi gâtés qu'ils ne peu
vent plus ni honorer , ni offenfer la vertu ;
rechercher leur eftime , ou exiger d'eux
des reparations , c'eft les craindre ou illuftrer
leurs impudences.
Il y en a qui ont acquis le droit de faire
ou de dire impunément des fottifes ; il
ne faut point leur contefter ce privilege :
la jouiffance de ce droit eft la punition de
leur infolence.
C'eft au coeur à nous dire de qui nous
defcendons ; c'eſt à nos actions & à nos
fentimens à l'apprendre aux autres ; toute
DECEMBRE. 1747. 19
autre façon de le reveler eſt ſouvent un
langage qui deshonore la nobleſſe..
Pourquoi dans notre fexe ces mauvaifes
plaifanteries , ces réflexions indécentes
contre celles qui aiment à s'orner l'efprit
& le coeur de connoiffances utiles & agréa
bles ? Eft ce jaloufie ? C'eft plus encore ; en
effer on en voir qui n'ont pas honte de fe
glorifier de lire ces brochures hardies &
licentieufes , & qui ofent hautement trai
ter de folle celle qui lira la traduction
d'Homere par Madame Dacier .Quel nom
à mon tour leur donner? Il en faut plus
d'un pour les bien définir .
Il eſt une inviolable pudeur qui commande
aux plus audacieux ; l'air & le maintien
en impofent au plus téméraire.
La modeftie dans les vrais éloges ne peut
jamais être parfaite ; en ne voulant pas les
fouffrir on fent bien qu'on nous les doit.
Quand nos amis font affociés à notre
gloire , la modeftie ne nous eft plus permife.
Il faut dans les éloges que nous don
nons à nos amis , les rendre reconnoiffans,
20 MERCURE DE FRANCE.
fans flater leur vanité , plutôt que de les
rendre glorieux fans mériter leur reconnoiffance.
La fidélité & la conftance avec un ami
parfait font moins des vertus que des plaifirs
incomparables.
Louer avec excès un bienfaiteur que
nos louanges irritent , c'eft unir en quelque
forte l'ingratitude avec la reconnoif
fance.
Quand on fent que fon coeur eft bon ?
on doit le mettre à prix & ne le laiſſer
acheter que par le mérite & les fentimens.
Un envieux , en critiquant l'ouvrage d'un
autre , nous rend prefque toujours fon
goût auffi mépriſable que
fon coeur.
Quand on veut prendre un parti où la
fenfibilité du coeur eft intéreffée , il faut
affembler le confeil de la raifon & renvoyer
à fon tribunal les déliberations du
coeur.
Pour la perfection de la pudeur il ne fufft
point d'être irréprochable , il faut ensore
méprifer ceux qui l'outragent.
DECEMBRE . 1747 .
Souvent dans les éloges on emprunte
le langage des Mufes pour fe mettre à cou
vert des reproches de la vérité,
Le talent de faire une louange fine &
délicate , flate ſouvent plus que le fujet
qui l'infpire.
La modeftie fait des vols à l'efprit , mais
coeur le dédommage de fes pertes.
Il eft des fons de voix fi gracieux , qu'ils
méritent bien que toute l'attention ne
tombe pas fur les paroles,
Quand on n'écrit point comme on le
veût , le tems devient un tyran qui compte
les lignes.
La vanité eft furtout le vice des petits
génies ; elle me femble cependant chés eux
plus pardonnable que
dans les bons ; ils ne
fe connoiffent pas.
曩
Les grandes ames font vertueufes par
goût ; elles ne méritent point d'éloges fur
l'exercice de leurs vertus ; font- elles moins
refpectables ?
Une femme d'efprit dans la Province
eft comme la Chouette de la pipée ; tou20
MERCURE DE FRANCE.
fans flater leur vanité , plutôt que de les
rendre glorieux fans mériter leur reconnoiffance.
La fidélité & la conftance avec un ami
parfait font moins des vertus que des plaifirs
incomparables .
Louer avec excès un bienfaiteur que
nos louanges irritent , c'eft unir en quelque
forte l'ingratitude avec la reconnoif
fance.
Quand on fent que fon coeur eft bon ;
on doit le mettre à prix & ne le laiffer
acheter que par le mérite & les fentimens.
Un envieux , en critiquant l'ouvrage d'un
autre , nous rend prefque toujours fon
goût auffi méprifable que fon coeur.
Quand on veut prendre un parti où la
fenfibilité du coeur eft intéreffée , il faut
affembler le confeil de la raifon & renvoyer
à fon tribunal les déliberations du
coeur.
Pour la perfection de la pudeur il ne fuft
point d'être irréprochable , il faut ensore
méprifer ceux qui l'outragent .
DECEMBRE. 1747. 2
Souvent dans les éloges on emprunte
le langage des Mufes pour fe mettre à cou
vert des reproches de la vérité,
Le talent de faire une louange fine &
délicate , flate fouvent plus que le fujet
qui l'inſpire.
La modeftie fait des vols à l'efprit , mais
„ e coeur le dédommage de ſes pertes.
Il eft des fons de voix fi gracieux , qu'ils
méritent bien que toute l'attention ne
tombe pas fur les paroles ,
Quand on n'écrit point comme on le
veut , le tems devient un tyran qui compte
les lignes.
La vanité eft furtout le vice des petits
génies ; elle me femble cependant chés eux
plus pardonnable que
dans les bons ; ils ne
le connoiffent pas.
Les grandes ames font vertueufes par
goût ; elles ne méritent point d'éloges fur
l'exercice de leurs vertus ; font- elles moins
refpectables ?
Une femme d'efprit dans la Province
eft comme la Chouette de la pipée ; tou22
MERCURE DE FRANCE.,
tes les Mézanges tombent deffus ; chacune
s'empreffe de lui donner fon coup de bec.
Ce ne font point les éloges qui font les
grands hommes & les bons Auteurs , ce
font leurs actions & leurs ouvrages,
L'ABSENCE DE CLIMENE
SONNET.
Soucis , peines, chagrins d'un coeur trop amoureux
,
Malgré tous mes efforts je vous retrouve encore ;
Depuis que je n'ai vu vû la beauté que j'adore ,
Par mille traits cuifans vous défolez mes feux;
Errant & fans témoins je parcours tous ces lieux ,
J'y devance fouvent le lever de l'aurore ,
Et pour cacher ici l'ardeur qui me dévore ,
Des bergers du hameau j'abandonne les jeux.
Dans ces bois écartés , témoins de mon martyre ;
Eloigné des mortels , en fecret je foupire ;
Leur fombre obfcurité convient à ma douleur.
Apprenez en ce jour le fecret de ma peine ,
Echo , qui connoiffez les troubles de mon coeur ,
Je fuis depuis un mois féparé de Climene.
DECEMBRE. 1747 .
23
VERS de M. Jaume à Mlle M. B **
J E voudrois bien vous dépeindre ma flâme ,
Aimable objet , dont les charmes puiflans
Sans ceffe excitent dans mon ame
Des défirs purs , des foins conftans ,
Mais pour vous exprimer mon trouble & mon
martyre ,
Envain j'emprunterois le langage des Dieux ,
Jamais je ne fçaurois décrire
Les fentimens de mon coeur amoureux.
Quand on brûle d'ailleurs de véritables feux ,
On ne dit mot & l'on foupire.
Soyez fenfible au mal que m'ont fait vos beaux
yeux ;
N'allez pas condamner le zéle qui m'anime ;
Flatez d'un doux eſpoir mon ardeur légitime ;
Toujours de vos appas mon coeur fera jaloux ;
Vous ne verrez jamais expirer ma tendreffe ;
Trop fatisfait de n'efperer qu'en vous ,
Souffrez que de mon fort je vous faffe maîtreffe.
14 MERCURE DE FRANCE,
REFLEXIONS
Sur la connoiffance de foi- même.
Nofce te ipfum. Belle leçon que Νl'on donne volontiers & que l'on
n'obferve guéres Tout le monde en
avoue la vérité , on la prêche à fes ennemis
, à fes amis , on plaint ceux qui ne la
pratiquent pas , & qui eft-ce qui fe connoît
? Qui eft-ce qui cherche à fe connoître
?:
Il faut en convenir auffi , la connoiffan →
ce de foi - même eft bien agréable à confeil.
ler , mais elle n'eff ni amufante dans la re
cherche , ni flateufe dans la poffeffion .
Lorfque couché dans un fauteuil Dorimon
vante à Euristhene la vertu de ſes ancêtres
, la richeffe de fes meubles , la magnificence
de fon Château , fes amples revenus,
qui font tout fon mérite , & qu'il lui
recommande la douceur , la foupleffe , l'oeconomie
, qu'il eft doux à Eurifthene de
vanter la connoiffance de foi - même ? Con
noiffez -vous , Dorimon ; ces ayeux refpectables
, ces piéces de métal que vous avez
reçues d'eux en grand nombre , ce n'eſt
pas vous ; cette troupe
de gens qui vous
louent
1
DECEMBRE. 1747. 25
louent & ce Cuifinier habile qui les infpire
, ce n'eft pas vous. Au milieu de tout
cela eft une maffe de chair qui fe remuë ,
qui s'agite, fans fçavoir pourquoi , ni comment.
Vous voilà,Dorimon ; écartez toutes
ces chofes étrangeres qui vous environnent
, que vous gouvernez ou qui vous
gouvernent par un pur hazard , confiderez
cette maffe de chair toute feule qui eft vous,
& comparez.
Lorfqu'en mordant fes levres , en frottant
fes mains , en adouciffant fa voix ,
Frontin rit de ceux qui ont des tics & des
manieres affectées , qui n'eſt pas tenté de
lui dire, Nofce teipfum?
Dans ces occafions & dans tant d'autres ,
ce précepte eft une belle chofe , mais lorfqu'on
fel'applique à foi même, il perd tous
les agrémens ; c'eft une fource d'ennuis ,
de dégoûts , de découragemens.
Avoir perpétuellement un oeil cenſeur
attaché fur foi , un juge fevere à qui rien
n'échappe ; combattre fans relâche un ennemi
violent , fubtil , infatigable , qui
tire avantage des coups les plus terribles
qu'on lui porte , un ennemi qu'on ne fçauroit
vaincre & avec qui on ne peut faire
ni paix ni tréve. Quelle occupation !
La plupart de ce qu'on appelle vulgairement
plaifirs de l'ame , plaifirs délicats »
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE,
fondés fur l'orgueil , fur la vanité , la connoiffance
de nous-mêmes nous les interdit ;
elle nous arrache les uns , elle trouble les
autres par la honte qu'ils nous cauſent.
Vous difculpez avec chaleur un homme
qui n'eft pas de vos amis ; vous palliez fa
faute ; vous avez une antipathie fecrette
pour celui qui l'accufe ; on vous loue de
votre amour pour la vérité ; la louange ne
vous flate point , le motif qu'on vous
fuppofe vous reproche celui qui vous a
fait agir.
Vous avez fait un acte de modération ,
de clémence ; le hazard , l'humeur où vous
vous trouviez dans ce moment y ont plus
contribué que la raifon ; quelqu'un vous
voyoit à qui vous vouliez plaire , & c . c'en
étoit le moyen.Si la rigueur, la vengeance,
vous dites - vous à vous-même , cuffent été
du goût de mon protecteur , de ma maîtreffe
, qu'euffe-je fait ?
Vous ne jouez point , mais il faudroit
calculer , combiner ; vous n'avez pas l'efprit
propre à ce genre de travail ; il faudroit
paroître ignorer , apprendre & avoir
l'affront d'apprendre difficilement.
Vous ne cherchez ni les emplois , ni les
dignités , ni les compagnies brillantes
mais il faudroit fe donner des mouvemens
& des foins , fupplier , flater , effuyer des
DECEMBRE . 1747. 27
+
rebuts , des hauteurs , ménager des domeftiques
, careffer des confidens , leur faire
des largeffes , & vous êtes fier , avare , indolent.
Vous ne perdez votre tems , ni
avec les femmes , ni à la chaffe , mais vous
êtes brufque & impatient , eſclave de¯vos
petites commodités.
Vous ne manquez ni de paffions ni de
volonté de les fatisfaire , mais l'orgueil &
la pareffe , vos deux vices dominans , l'emportent
fur tous les autres;vos belles qualités
ne font que des défauts combinés avantageufement
, auxquels vous avez le talent
de donner un tour heureux. Talent foible
& méprifable , indigne d'une ame noble &
droite.
Vous connoiffez tout cela ; vous ne
vous estimez donc pas plus que les ambitieux
, les joueurs , les coquets , les emportés
? Vous ne les méprifez pas ? Que
vous êtes à plaindre! Que vous êtes dupe !
Que de momens de fatisfaction & de joye
perdus pour vous !
Sophie vous fourit gracieufement ; elle
vous parle avec un air de bienveillance ;
un noble enjoument regne dans fes entretiens
; elle paroît s'ouvrir , s'épancher avec
vous : Cloris vous fait des clins d'oeil ; elle
folâtre fans retenue , ou tient.une gravité
affectée en votre préfence ; elle vous aga-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ce, Sophie auroit- elle pour vous de l'eftime
& de l'affection ? Sophie qu'un efprit
jufte , une vertu ferme , éleve bien plus
que fa naiffance , qui eft grande & belle
Cloris auroit- elle pour vous de l'amour ?
Douce idée ! Aimable conjecture ! Non ,
Sophie vous fait bon accueil par humanité
, Cloris fait des mines par habitude .
Ainfi la connoiffance de nous - mêmes
nous tire de l'illufion , nous ôte le bandeau
de l'amour propre , & qu'est - ce que nos
vertus , nos bonnes qualités , l'eftime des
hommes , pefées dans la balance de la vérité
? Semblables aux piéces informes qui
compofent uneperfpective dont le point de
vite fait une ville fuperbe , une campagne
riante , tout ce qui nous flate , qui nous
occupe , n'auroit pas dequoi nous foutenir
contre l'abbatement & l'ennui de la vie , ſi
nous le yoyions tel qu'il eft.
Quel eft donc l'état d'un homme qui
s'examine , qui s'épie fans ceffe , qui enhardit
la fatyre par fon filence , & les confeils
par fes remercimens , qui fent tous fes
défauts , qui en fçait le dégré & la force ,
qui effuye tous les mépris, fans en condanner
les auteurs , parce qu'il en pénetre les
caufes & qu'il les trouve juftes ?
Emile le traite plus froidement , ne lụi
donne plus tant demarques de diftinction
DECEMBRE . 1747. 29
& de faveur ? Quel caprice ! Quelle bizarrérie
diroit l'homme aveugle fur foimême
; a t'il peur qu'un homme de mon
état ne devienne familier avec lui ? Vauxje
moins que je ne valois ? L'homme qui
fe connoit penfe tout autrement. Le bon
naturel d'Emile l'avoit prévenu en ma faveur
; je l'ai détrompé ; il m'eftime moins
parce qu'il me connoit mieux ; il me rend
juftice maintenant , & il me faifoit grace ;
peut - être lui ai - je manqué en quelque
chofe.
Il n'ofe aborder les grands ni leur rendre
des vifites ; à quel titre le fouffrira - t'on ?
Quelle raifon auroit- on de le voir avec
plaifir ? Mille gens plus folides , plus amufans
ne peuvent- ils pas employer leurs
momens de loifir ? Il y va rarement , il y
refte peu.
Un railleur le compare aux Turennes ,
aux Molieres , parce qu'il s'eft bien tiré
d'un détachement ou qu'il a fait une Comédie
d'un acte ; il ne donne pas abfolument
dans le piége , cependant il n'en eft
pas offenfé , & il fe trouve mieux avec
l'Auteur de la comparaifon qu'avec celui
qui le loue modérément & fincerement.
Effet de l'amour propre , toujours dupe de
qui veut le flater & lui préfenter une
amorce,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE
Qu'il eft humiliant de fentir des mouvemens
de joye à l'approche d'un riche qui
nous falue , & nous embraffe en public ; un
embarras , un dépit fecret contre les carreffes
d'un pauvre , quoique l'un foit un
fat & l'autre un homme de mérite ; de fe
ctoire plus confidérable , d'être content
hardi plus qu'à l'ordinaire , parce qu'on a
un équipage , un habillement du dernier
goût de fe mettre en fureur contre un domeftique
qui caffe une Porcelaine ; de voir
avec quelque fatisfaction frapper un chien ,
un valet ( bien des gens s'intéreffent davantage
au chien ) femence de cruauté à
laquelle il ne manque que l'occafion !
;
Qu'est- ce donc enfin qu'un homme qui
fe connoit lui- même , qui s'étudie ?
C'est la République Romaine fous Marius
& Sylla ; d'une part eft l'image de la
liberté,de la gloire & les travaux ; de l'autre
la fervitude & le repos ; partagée entre
ces deux efpérances , elle ne s'abandonne
ni à l'un ni à l'autre , & tous deux la tyrannifent
, la déchirent ; vainqueurs tour
à tour ils oppriment les membres de la
République qui ont foutenu le parti contraire
, le corps en eft la victime ; il net
jouit ni du repos ni de la liberté ; ce n'eſt
ni une République , ni une Monarchie
tranquille ; c'eft un cahos.
DECEMBRË. 31 1747.
Tel eft l'homme qui fe connoit ; indécis
entre le fentiment , l'amour propre & la
raifon ; trop foibles l'un & l'autre pour fe
vaincre , l'un le porte à des excès , le trahit
, le fait rougir ; il s'en défie ; l'autre
eft lente dans les opérations , auftere ; elle
le gêne & le tourmente ; tout l'afflige ,
tout l'humilie jufqu'à fes plaifirs , & fes
vertus mêmes ne le fatisfont pas . Quel
avantage retire- t'il donc de cette connoiffance
fi recommandée ?
Il reconnoît que par lui -même il ne peut
fe rendre heureux , que toutes les chofes
qui l'environnent n'en font pas capables ,
que les plaifirs qu'elles lui procurent ne
pêchent ni par le dégré , ni par la quantité ,
mais par leur qualité & leur effence ; dégoûté
de toutes ces chofes & de lui-même ,
il leve les yeux vers un être plus grand ,
plus parfait , dont il trouve une image au
dedans de foi ; plus il l'examine , plus il
fent pour cet être , d'admiration , de refpect
, d'amour c'eſt cet être qui l'a fait ;
il lui a donné une foif infatiable de bonheur
; il peut la remplir ; toutes les chofes
qu'il a mifes à la portée de l'homme , n'y
font pas propres ; lui feul eft donc la fource
où doit puifer cette ame fi infinie dans
fes défirs , & tout le refte n'eft donné que
pour l'éprouver ; adorer , fervir cet être
:
B iiij
32
MERCURE DE FRANCE.
Suprême , faire bon ufage de fes dons ,
n'en ufer que modérement , fans attache
employer tous les talens , fes forces , fa
vie , tout à rendre heureux fes femblables ,
tel eft le prix du bonheur fouverain .
Condition infiniment jufte , mais difficile !
Comment dompter tant de paflions impérieufes
, méprifer tant de plaifirs qui l'attirent
? Il y a travaillé long- tems. Vains efforts
! Il s'en reconnoît incapable.
Il leve encore les yeux vers le même
être qui peut lui donner un contrepoids
qui le releve & le foutienne contre le malheureux
penchant qui l'entraîne vers le
mal ; il le lui demande , pénétré du fentiment
de fon infuffifance & de fa mifere .
S'il le demande fincérement , ardemment ,
il l'obtiendra. Petite & accipietis.
ODE IMITE'E D'HORACE.
P Hébus de fes chers noutriſſons
Ne monte pas toujours la lyre ;
C'eft à fon gré qu'il leur infpire
Des airs touchans , d'aimables fons
Pour arriver au port tranquile
DECEMBRE. 1747.
33
D'une ftable félicité ,
L'heureufe médiocrité
Nous trace une route facile.
***
Porté fur fon léger vaiffeau
Evite un célebre nauffrage ,
Ainfi qu'une infidelle plage
Qui nous cache un écueil nouveau.
Son azile eft impénétrable
Aux dégoûts de la pauvreté ;
Au fafte de la Royauté
Son indigence eſt préférable.
炒菜
Nous voyons la foudre fouvent
Frapper les monts au fein des nuës ;
Des tours fous leur poids abbatuës ;
Des chênes brifés par le vent.
Eprouve t'on un fort extrême ?
L'efpoir en tempere Phorreur ;
La crainte furvit au bonheur ,
Futon au fein du bonheur même.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Tout reprend la forme au printems ;
L'hyver dépare en vain Cibelle.
Après la tempête cruelle
Que le calme offre d'agrémens !
**
Du Nautonnier un vent contraire
Nous découvre l'habileté ;
Son intrépide fermeté
D'Eole brave la colere .
S'il voit fon navire un inftant
Porté fur la plaine liquide ,
Par un mouvement. trop rapide ,
Sans voile , il vogue au gré du vent .
BOYER.
A Lyon le 15
Juillet
1747.
DECEMBRE. 1747. 35
LETTRE écrite à M. Bertera , Auteur
d'une nouvelle Grammaire Italienne.
>
Ette lettre, Monfieur aura pour premier
objet de vous feliciter au nom
d'une fociété d'amis dont les Langues Italienne
& Angloife font les délices, & dont
je ne fuis ici que l'interprete , fur la Grammaire
lumineufe & méthodique dont vous
avez enrichi notre pays. Ce préfent nous
a été auffi cher que s'il n'eût été fait qu'à
nous,& je puis dire à la louange de l'Auteur
que nous y avons trouvé tous les éclairciffemens
que nous défirions fur les points qui
nous arrêtoient . Eh ! quel n'étoit pas le
nombre de ces points obfcurs & embarraffans
? A chaque pas nous trouvions des
obftacles nouveaux , nous étions dans les
ténebres. Le jour nous eft enfin donné › &
c'eft à vous , Monfieur , que nous le devons.
Je n'étois d'abord chargé de vous
écrire que pour vous en faire des remercimens
, que vous devez regarder comme
très-fincéres , puifqu'ils vous viennent de
la part d'étrangers inconnus qui ne
font touchés que du mérite , & fur qui la
prévention ne peut rien. Mais puiſque
j'ai ofé interrompre vos occupations ,
,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
pardonnez moi encore la liberté que je
prends de m'expliquer plus au long avec
Vous
Siles François ne marquent pas pour les
Idiomes que parlent les peuples qui les environnent
tout l'empreffement qu'ils devroient
avoir , ne doit- on pas s'en prendre
plus encore à nos voisins qu'à nous- mêmes ?
Nous faire connoître leurs Langues , nous
donner la clef des difficultés , & nous les
rendre faciles autant que nous les trouvons
belles , énergiques & fécondes ,
n'eft-ce pas là leur ouvrage ? A qui fommes-
nous en droit de demander des préceptes
qui nous en expofent les principes ,
qui nous en détaillent les regles , qui nous
en développent le génie , fi ce n'eft à ceux
qui les parlent naturellement & qui doiyent
en avoir la connoiffance la plus étendue
, quand ils en ont fait l'objet de leurs
études Or pour me borner aux feules
Langues qui peuvent tenter le goût des
François , l'Italien avoit - il une Grammaire
à notre ufage avant la naiffance de la
votre ? Et l'Anglois n'eft-il pas encore à
cet égard dans une indigence honteufe ?
Un autre fecours , non moins néceffaire à
ceux qui font contraints d'étudier les Lan- '
gues dans leurs propres foyers & loin des
maîtres qui les guideroient , c'eft une lifte
1
DECEMBRE. 1747. 37
raifonnée des Auteurs auxquels il faut paffer
fucceffivement & à proportion des dif
ficultés qu'ils préfentent & des progrès
qu'on fait. C'est ce que Meffieurs de P. R.
ont en partie exécuté à la tête de leurs inéthodes
Greque & Latine , mais ce fecours
plus néceffaire encore dans les Langues vivantes
qui ne font point encore fixées ,
manque entierement aux commençans
qui s'appliquent à l'Italien & à l'Anglois.
Tous ceux qui étudient avec ordre , & les
jeunes gens fur-tout , qui n'ont pas affes de
littérature pour connoître avec préciſion
les Auteurs étrangers & leur mérite particulier
, fouhaitent un catalogue de cette
efpece , dans lequel on difpoferoit les ou
vrages , eu égard à leurs difficultés grammaticales
, & où l'on marqueroit les bonnes
éditions , & les excellens commentaires
. M. Mater Flint , célébre maître d'Anglois
, qui éclaire la capitale & qui inftruit
auffi les Provinces , a déja eu la bonté de
répondre avec la plus grande politeffe &
le plus grand détail à l'un des membres de
notre fociété , qui lui avoit fait fur l'Anglois
les mêmes queftions que j'ai la hardieffe
de vous faire ici fur l'Italien , j'attends
de vous , Monfieur, les mêmes égards
& les mêmes éclairciffemens ; mettez vos
leçons à quel prix vous voudrez ; jamais
38 MERCURE DE FRANCE.
nous ne croirons payer affés cher les inf
tructions que vous daignerez nous donner.
Trop heureufe notre fociété , fi vous
pouviez recevoir d'elle des preuves de fon
eftime & de fa gratitude ! Trop heureux
moi- même en particulier , fi vous voulez
bien me permettre de vous témoigner
plus d'une fois le reſpect avec lequel je
fuis , & c !
CANIVAVICA VACAVAYA Lavava
A M. P **.
Dites nous , cher P ** , ſeriez -vous amphibie ;
Tenant de l'homme & du poiffon ?
Ou feriez-vous quelque Triton
Qui de voir notre lac auroit la fantaifie ›
A vous voir nâger fans bateaux ,
Avec une grace infinie ,
Et l'onde en écumant fe brifer fur le dos
Que vous offrez à ſa furie ,
On vous prend pour le Dieu des eaux ,
Qui vient contempler ces côteaux ,
D'où ferpentant dans la prairie ,
Roulent mille petits ruiſſeaux.
La Nymphe à travers les rofeaux
Se plaît à voir votre induſtrie •
}
*
DECEMBRE. 39- 1747.
Er gronde le Zéphir quand d'une aîle hardie
11 ofe foulever les flots.
Contentez l'innocente envie ,
`Qui des Grecs , des Romains foulageoit les tra
vaux ,
Mais quittez , croyez - moi , la funeſte manie
De vouloir faire le Héros ,
Peut-être aux dépens de la vie.
On diroit que le lac étoit votre berceau ;
Que les Nymphes des eaux foignerent votre en
fance ;
Faffe le Ciel , prenant votre défenſe ,
Q'il ne foit pas votre tombeau.
Fandroit-il de vos jours éteindre le flambeau ,
Quand la vie à peine commence !
Se noyer eft un trifte fort ;
Même en verfant des pleurs , on critique ou l'on
glofe ;
Les trépaffés ont toujours tort ;
Quand notre ame a pris ſon effor
Il n'eft plus de métamorphofe ;
En transformant Glaucus elle fit fon effort,
Mon cher ami , c'eft peu de choſe
Qu'un bon nâgeur lorsqu'il eft mort.
* Glaucus s'étant jetté dans la mer , fut dit- on ,
transformé en Triton & mis au rang des Diens
Marins.
40 MERCURE DE FRANCE.
Quand Leandre à Héro , pour conter fon mar
tyre ,
Malgré tous les périls fend les flots écumeux ,
Bien tôt du fort le plus affreux
Cette triste amante foupire ,
1
Et la mer éteignit les feux
Qu'Amour allume en fon empire ;
Elle rompit les plus doux noeuds.
Confiant fa douleur aux forêts les plus fombres ,
Héro demande en vain au cruel Roi des ombres
Le tendre objet de tous les voeux.
Tollot. A Genève le 24 Août
1747.
EPITRE A M. D. P.
M Algré nous le volage Amour
S'enfuit & s'enfuit fans retour ;
Pour remplir la place qu'il laiffe ,
Ayons recours à la ſageffe ;
Elle n'a pas les traits fi vifs & fi charmans ;
* Leandre , jeune homme de la ville d'Abydos en
Afie , étant devenu amoureux d'Héro , qui demeuroit
de l'autre côté de l'Hellefpont , traverſoit fouvent de
nuit le Détroit à la nâge pour aller voir sa mutreffe ,
mais sétant expojé un foir à la violence des flots , il
fe noya malheureusementDECEMBRE.
1747. 41
Mais elle a bien fes agrémens.
La douce paix & l'aimable innocence
Accompagnent partout fes pas ;
Un efprit éclairé préfere fes appas
A des plaifirs trompeurs qui n'ont que l'ap
parence.
Cher D ** ne refuſe pas
De lui donner ta confiance.
Faifons divorce avec nos fens ,
Puifque la raifon nous l'ordonne ;
Quand la force nous abandonne ,
On fait des efforts impuiffans.
Oui, quand la pâte mort, qui n'épargne perfonne,
Du monde qui nous environne
Efface les traits féduifans ;
Quand l'éternité nous étonne
Én vain l'on regrette le tems ,
Et le repentir empoisonne
Nos derniers & triftes inftans.
'Avec rapidité je vois couler mes ans ,
Et l'on eft bien près de l'automne
Lorsqu'on a paffé fon printems.
Quand fur le déclin de l'âge
Le vice nous femble hideux
On voudroit bien être fage ,
>
Mais , hélas ! fi l'homme eft vieux ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un fi dur apprentiflage
Doit lui paroître ennuyeux !
Pour entreprendre l'ouvrage ,
Et devenir vertueux ,
Qu'il lui faudroit de courage !
Les fens trop impérieux
Nous tiennent dans l'esclavage,
Et nous préfentent l'image
De mille objets dangereux
Dont on ne peut faire ufage.
Quand le plaifir s'offre aux yeux ;
Notre coeur lui rend homniage ,
On en parle le langage ,
Lorſqu'on ne peut faire mieux ,
Et notre efprit fe partage
Entre la terre & les Cieux .
Cher ami , toi qui vois encore
La vieilleffe dans le lointain
Qui de tes heureux jours ne comptes qu'une
aurore ;
Tu crois qu'ils n'auront point de fin
Mais ne t'abuſes point ; ils auront le deſtin
De la frêle beauté pour qui ton coeur ſoupire ,
Et qui dure à peine un matin.
Ainfi le papillon , qu'un tendre amour inſpire,
Vôle de la roſe au jaſmin
DECEMBRE. 1747. 43
A chaque fleur d'un air badin
Le volage dit fon martyre ;
De Flore il parcouroit l'empire ,
Mais il meurt dès le lendemain.
Par le même
MEMOIRE où l'on examine fi l'Eglife
d'Orléans a eu trois Evêques du nom de
Manaffes , ou fi l'on n'en doit compter que
deux
D
Ans la demande que vous me faites
Monfieur , fi l'Eglife d'Orleans a eu
trois Evêques du nom de Manaffés , ou
fi l'on n'en doit compter que deux , toute
la difficulté tombe fur un Manaffés que
les partifans du premier fentiment font
fiéger fur la fin du Xe . fiécle, & auquel ils
donnent le nom de Manaffés premier
pour le diftinguer de Manaffés de Garlande
& de Manaffés de Signelay , qui fiégerent
dans les XII . & XIII . fiécles , &
qu'ils appellent II & III de ce nom. Pour
vous repondre , je vais examiner les preuves
fur lesquelles ils fe fondent , les com
battre & donner de nouvelles forces à l'o
pinion contraire.
44 MERCURE DE FRANCE.
La feule autorité qu'on ait pour établir
l'exiſtence de ce prétendu Manaffés eft tirée
d'une lettre Synodale de Sevin Archevêque
de Sens , foufcrite de la plupart des
Evêques fes fuffragans & de quelques
autres , parmi lefquels fe trouve un Manaffés
, Evêque d'Orléans . Ego Manaſſes
Aurelianenfis Epifcopus.
Charles de la Sauffaye eft le premier qui
dans fes Annales de l'Eglife d'Orléans a
mis en jeu cette lettre de Sevin. Il la cite
d'un original , ex inftrumento authentico de
Saint Pierre le Vif de Sens , & la date du
mois de Mars de la cinquième année du
regne de Hugues Capet , qui tombe fur
l'an 992 , tandis que la Chronique de cette
Abbaye , écrite par Clarius au XIII fiécle,
où cette lettre fe trouve rapportée ,fuivant
l'édition qu'en a donnée le P. Ruinard
, tom. II de fon Spicilége , lui donne
pour date l'année 980 .
Cette duplicité de dates pour une lettre
écrite dans une affemblée d'Evêques dont
le nom doit être connu , m'ayant donné
quelques foupçons fur fon authenticité , je
pris le parti il y a quelques mois de faire
écrire à Sens pour fçavoir fi les actes cités
par de la Sauffaye étoient differens de la
Chronique de Clarius. Alors je ne portois
pas mes vûës plus loin. Voici en fubftance
DECEMBRE . 1747. 45
ce qu'on a eu la bonté de répondre à ce
fujer.
Il y à dans l'Abbaye de S. Pierre le Vif
de Sens deux manufcrits de la chronique
de Clarius , fçavoir celui de Clarius même,
& une copie de cet ouvrage tranfcrit prefque
mot à mot en 1256 par un Religieux
qui s'y nomme lui - même Gaufridus Hyron.
Dans l'un & l'autre de ces manufcrits
à la fin du livre & hors du corps de la
chronique , on trouve parmi plufieurs autres
piéces détachées une copie de la lettre
de Sevin en queftion , où les dates de la
Sauffaye & de D. Ruinard fe trouvent réünies
; la premiere eft à la tête de cet acte &
le commence : Anno ab Incarnatione
Chrifti DCCCC LXXX. indictione INI.
L'autre date fe trouve àla fin de l'acte après
les foufcriptions , en cette forte : Data anne
V. Regnante Hugone rege mense martio. Ce
que D. Ruinard a paffé fous filence par une
liberté qu'il s'eft donnée de tranfpofer ,
d'ajoûter & de retrancher en plufieurs endroits
de cette chronique,
L'Abbaye de S. Pierre le Vif poffede
encore deux autres chroniques , où il eſt
parlé de la lettre de Seyin . La chronique
de Gaufridus à Colone & une autre plus
ancienne , dont ce premier a prefque tiré
tout fon ouvrage & qu'il a mife dans un
46 MERCURE DE FRANCE.
autre ordre. Leurs Auteurs ne rapportent
point cette lettre dont ils fe contentent
de faire mention en peu de mots , ainf
qu'a fait Clarius lui-même dans le corps de
fon ouvrage , où il dit que la donation
qu'elle contient fut faite des avis de fest
co Evêques & du confentement du Pape :
De confilio Co- Epifcoporum confentientePapa
Johanne XVI ; & cela fous l'an 988 , ce
qui forme une nouvelle date & par conféquent
un nouvel embarras.
Il eſt aifé de voir par cet expofé que la
lettre de Sevin n'eft rien moins qu'authentique
, & que ceux qui l'ont employée pour
foutenir le prétendu Manaffés I. ne l'ont
fait que parce qu'ils la croyoient tirée du
texte même de Clarius & qu'ils n'en connoiffoient
pas les défauts . Mais il y a plus;
quelque vicieufe que foit dans fa forme la
lettre de Sevin , fon témoignage pourroit
peut-être encore en impofer , fi nous n'avions
d'ailleurs dequoi le combattre, & faire
voir que du moins pour ce
pour ce qui regarde
les foufcriptions , il eft infoutenable , &
qu'on n'en fçauroit rien conclure , ce qui
fuffit à notre fujet.
1°. Le titre d'Archevêque donné à Eudes
, Evêque de Chartres , Odo arnuenfis
Archiepifcopus , eft une négligence qui
peut en quelque maniere excufer celles
DECEMBRE. 1747. 47
qu'on peut foupçonner dans les autres parties
, car ne peut-on pas dire fur ce fondement
avec l'Auteur d'une notice de nos
Evêques , imprimée à la tête des Statuts
Synodaux du Diocèfe, que celui qui a tranf
crit la lettre de Sevin , après avoir fait
mention de Milon , Evêque de Troyes, qui
l'a foufcrite, Milo Trecorum Epifcopus
plein de l'idée de Manaffés fon fucceffeur
fous lequel il vivoit , peut-être a fubftitué
le nom de ce dernier à celui d'Arnoul Evêd'Orléans
? que
?
2º. On lit dans ces mêmes foufcriptions
le nom de Rainold , Evêque de Paris , Rainoldus
Parifienfis Epifcopus . Mais cet Evêque
n'ayant commencé à fiéger qu'en 992,
ou tout au plus fur la fin de 991 , fon.
nom exclud du moins deux des trois
dates qu'on donne à l'acte qui les renfer
me. Le commencement de fon Epifcopat
eft marqué dans une Charte qu'on a de lui
& qu'a donnée le P. du Bois dans fon Hiftoire
de l'Eglife de Paris , tom. 1. p. 606 ,
datée du dernier Mars de la cinquiéme
année de Hugues Capet , qu'il compte la
premiere de fon adminiſtration ; Act. par.
pridie Cal. Aprilis anno V. regnante Hugone
fereniffimo rege, Epifcopatus noftri anno prime.
* Et non Trecarum , comme dans le Spicilége de
Dom Luc Dachery.
48 MERCURE DE FRANCE,
3 ° . Quelque date qu'on veuille donner
à la lettre de Sevin , elle ne fçauroit quadrer
avec les années de l'adminiftration
d'Arnoul , Evêque d'Orléans , puifque cet
Evêque a fiégé depuis environ l'an 970
jufqu'au commencement du onzième fiécle
, comme en font foi les titres que nous
avons & dont il fuffit de citer ceux qui
couvrent les trois dates de 980 , 988 &
992. Suivant un Titre de l'Eglife d'Orleans,
Arnoul obtint en 977 de Hugues,
Archevêque de Bourges , l'exemption de
l'Eglife de Maré en Berry , dépendante du
Chapitre d'Orléans , à la nomination duquel
elle eft encore aujourd'hui . Et nous
voyons qu'en 1003 le Roi Robert à la
priere du même Arnoul , donna au Chapitre
de S. Pierre le Puellier ** les Eglifes de
S. Paul & de S , Michel dans les fauxbourgs
d'Orléans .
*
Je fçais bien que pour éluder la force
de cette preuve , on a fuppofé qu'il y avoit
eu deux Arnouls , dont le premier , neveu
d'Ermenthée , a fiégé , dit-on , jufqu'en
979 , *** auquel on fait fuccéder Manaffés
jufqu'en 987 , qu'on place le com-
* Tréfor de Sainte Croix d'Orléans .
** Tréfor de S. Pierre le Puellier.
*** Mabillon , an . B. t. lil . F. 623. Gall
Chrift . t. VIII . p . 1428 .
mencement
1
1
DECEMBRE . 1747. 49
*
mencement de l'Epifcopat du fecond Arnould
; mais examinons les raifons qui ont
fait naître cette diftinction . La premiere
a pour fondement cette même lettre de
Sevin qui eft en question, & c'est là ce qu'on
appelle dans l'école une pétition de principe.
Il falloit avant que de tirer des conféquences
de ce titre , en établir l'authentiticité
, & c'est ce qu'on n'a pas fait. La fe
conde raiſon eft tirée de deux actes , l'un
de l'Eglife d'Orléans , l'autre de l'Abbaye
de S. Mefmin . Par le premier Hugues
Capet qui n'étoit encore que Comte d'Or
léans , rend à Arnoul , qui en étoit Evêque
, l'Abbaye de S. Jean près des murs.
Cette piéce eft de l'an 975 , comptée pour
ła douzième de l'Epifcopat d'Arnoul , tandis
dans le fecond titre , ** la troifiéme
année d'Arnoul fe trouve jointe à l'an
994, ce qui établit deux Evêques diftincts .
Mais n'eft-il pas plus naturel de dire que
la premiere de ces dates fe prend de la défignation
d'Arnoul à l'Evêché , & la feconde
du tems qu'il fuccéda à fon oncle Ermenthée
? Les Coadjutoreries étoient ordinaires
dans ces tems là , comme on le peut
voir par Odolric , Ifambert & Haderic ,
Evêques d'Orléans.
1
que
Tréfor de Sainte Croix.
** Tréfor de S. Mefmin.
11. Vol. C
So MERCURE DE FRANCE.
Enfin 4°. fi on admet le Manaffés des
foufcriprions de la lettre de Sevin , Ma
naffés de Garlande & Manaffés de Signe.
lai fes fucceffeurs dans les XII & XIIIfiécles
, ont dû être nommés II & III de
ce nom , ce qui n'eft pas , au contraire dans
tous les titres où ils font diſtingués par
cette qualification , ils font appellés Mamaffés
I & Manaffés II du nom ; en voici
les preuves. Les arbitres nommés pour ter
miner le differend qui étoit entre Gaillaa
me de Bucy , Evêque d'Orléans & le Chapitre
de Meung , ftatuent par leur Sentence
de la veille de S. Martin 1251 ,
qu'un droit de cens qu'avoient autrefois
les Evêques fur les terres du Chapitre leur
avoit été cédé par l'Evêque Manaflés , &
que les lettres de cet Evêque, qu'ils appellent
premier du nom , auroient leur exécution
: Dicimus quod obferventur littera Epifcopis
Manaffe primi. Or les lettres de cet
abandon font de l'an 1157 , & par conféquent
de Manaffés de Garlande.On trou
ve de plus dans l'ancien Martyrologe de
l'Eglife d'Orléans au 28 Octobre qu'il y
avoir ce jour-là diftribution, de cent fols
pour l'anniverfaire de l'Evêque Manaffés
premier : Ob. Manaffes primus Aurel. Epifcopus
, laquelle fomme étoit due par le Cuduë
* Cartul. de Meung.
DECEMBRE.
1747. st
*
&
ré de S. Pierre Enfentellée de la ville ,
l'on voit pareillement par tous les comptes
du Chapitre , où il eft parlé de cette redevance
, qu'il la devoit pour l'anniverfaire
de Manaffés de Garlande. Enfin un ancien
manufcrit de la Cour- Dieu marque à
l'occafion de la Dédicace de l'Eglife de cette
Abbaye en 1216 que la cérémonie s'en
fit par Manaffés II. du nom : ** A viro venerabili
Manaffe II. Aurel. Epifcopo , ce
qui ne peut convenir qu'à Manaffés de
Signelai, qui commença ce fiége en 1207,
& qui auroit dû être appellé Manaffés III ,
fi le fentiment que nous combattons &
qu'ont fuivi les nouveaux Auteurs du Gallia
Chriftiana pouvoit avoir lieu .
D. Polluche , de la Societé Litteraire
d'Orléans.
Tréfor de Sainte Croix.
** Tréfor de la Cour- Dieu..
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
+
TRADUCTION de l'Hymne de
M. Coffin , pour le jour des Rois :
Huc vos ô miferi ! &c .
Vous dont les erreurs font les uniques
guides ,
D'êtres muets & fourds adorateurs ftupides ,
Infortunés , ouvrez les yeux ;
Voyez dans ce jour favorable
Ouvrir pour vous la Cité véritable ,
Brillant féjour du Dieu des Dieux.
***
Les Mages les premiers vous ouvrent la carriere
Du falut que le Ciel offre à la terre entiere ;
Les oracles font accomplis;
Un peuple long - tems- infidelle
Voit à la fin la lumiere immortelle
Dont les Juftes font réjouis.
Le Juif & le Gentil qu'un divorce implacable ,
( Ainfi qu'un bouclier , un mur impénétrable , )
Tenoit triftement ſéparés ,
Ne font plus qu'un corps invincible ,
Brûlant d'amour , plein dú zéle terrible
Du Dieu dont ils ſont enyvrés.
7
DECEMBRE.
1747. 53
O confeils , ô fecrets du Monarque fuprême !
Cet Hébreu qui reçut de fa tendreffe extrême
Les premieres expreffions ,
A diffipé fon héritage ,
Et de- là naît la gloire , l'avantage
Et le falut des Nations.
Je vois de l'Olivier les branches naturelles ,
Adultéres rameaux , ftériles , infidelles ,
Tomber de leur tige fans fruit ;
Déja le tronc qui fut leur pere ,
Autour de foi n'a que branche étrangere,
Qu'il s'étonne d'avoir produit.
Chrétien, qui que tu fois, enté fur la racinė ,
Frens garde que ta foi ne ſerve à ta ruine ,
Si tu n'as que ftériles voeux ;
Et toi , Grand Dieu, mets fous tes aîles
Le tronc orné de fes branches nouvelles ,
Et rends la vie aux rameaux vieux.
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur une Médaille
de petit bronze de l'Empereur Gratien ,
par M. Beauvais,
L
A plupart des Auteurs qui ont écrit
fur les Médailles fingulieres de l'Em- .
pire Romain ont avancé leur fentiment fur
la Médaille de petit bronze de l'Empereur
Gratien , dont voici la defcription .
On voit d'un côté de la Médaille la tête
de ce Prince , ornée du diadême , tournée
de la gauche à la droite , avec la légende
Dominus nofter GRATIANVS AVGG. AVG.
De l'autre côté on voit l'Empereur debout
& armé , tourné également de la gauche à
la droite, tenant de la main droite le Labarum
( ou l'Etendart ) dans lequel eft le monogramme
de J. C. il a la main gauche appuyée
fur un bouclier , avec la légende
GLORIA NOVI SAECVLI . Il y a dans l'éxergue
de celle de mon cabinet , T. CON.
On en connoît d'autres avec differentes
lettres , foit dans le champ du revers , foit
dans l'exergue , comme on peut le voir
dans les huit Médailles differentes avec le
même revers , que le P. Banduri a inferées
dans fon Recueil.
DECEMBRE . 1747. 15
Le Pere Hardouin eft le premier qui expliqua
dans une Differtation Françoife , qui
parut dans les Mémoires de Trévoux en
1701 , & enfuite en Latin parmi les autres
Duvrages , la légende du côté de la tête par
GRATIANVS Avguftus Gener Aveufti , il
foutient enfuite que la légende du revers
défignoit le commencement du fecond fié
cle où l'on avoit eu le bonheur d'avoir des
Empereurs Chrétiens , & que Gratien repréfenté
fur cette Médaille , regnoit en
l'an 401.
Le Pere Jobert , fon confrere , adopta
cette explication dans fon livre de la feience
des Médailles, où dans un article exprès
fur le regne de Gratien , il parle ainfi ; »> On
» doit rendre juftice fur l'explication du
»
» revers GLORIA NOVI SAECVLI , parce
qu'ayant fait voir qu'on ne peut au tems
» de Gratien trouver aucune raifon de di-
» re qu'on commence un nouveau fiécle
» par rapport à aucune autre époque , on
» ne fçauroit trouver rien de plus raifon-
» nable que de dire que c'eft le commencement
du fecond fiécle auquel on a en
» le bonheur d'avoir des Princes Chrétiens
» à qui l'on pût frapper des Médailles avec
"le nom de Jefus-Chrift , puifque l'an
» CCCCI Gratien , Prince Chrétien re-
» gnoit.
Cij
56 MERCURE DE FRANCE.
Le célebre Léibnitz réfuta l'explication
du P. Hardouin par un écrit qui a été inferé
dans les Electa rei nummaria , dans le
quel il foutient que Gloria novi faculi ne
fignifioit pas néceffairement la premiere
année d'un nouveau frécle ; il cite pour appuyer
ce fentiment les exemples des Médailles
d'Herennius Etrufcus , de Trebonien
Galle & de Volufien , où on lit SAECVLVM
NOVVM, quoique le fiécle ne fe foit pas renouvellé
pendant le regne de ces Princes
Il ajoûte , poteft gloria novi faculi effe nova
& melior facies rerum , ex infigni aliquo
eventu , vel parta , vel fperata. A l'égard de
la légende D. N. GRATIANVS AVGG.
AVG. M. Leibnitz l'explique heureuſement
par Gratianus Auguftorum Auguftus ,
qui marque la fupériorité de Gratien fur
fes deux Collegues Valentinien le jeune
& Théodofe ; mais ce Sçavant qui ne fai
foit pas fa principale étude de la fcience
des Médailles & qui s'étoit livré à des
idées beaucoup plus profondes , paroît
avoir , fuivant mon fentiment , rencontré
jufte, fans en être perfuadé lui -même, puif
qu'il propofe cette explication en des ter
mes qui font juger qu'il n'en étoit pas
tisfait.
"
fa
-Deux Antiquairès anonymes ont voulu
DECEMBRE . 1747. 57
expliquer ces titres , l'un par Augufti Germanus
Auguftus , & l'autre par Augufto Genitus
Auguftus. Il ne paroît pas que leurs
fentimens ayent été fuivis. Enfin M. Spanheim
s'eft déclaré pour l'explication du P.
Hardouin Augufti Gener Auguftus , & après
avoir rejetté tout ce que cet Antiquaire
avoit dit fur un nouveau Gratien gendre
de l'Empereur Honorius , il foutient que
cette légende devoit s'entendre de Gratien
fils de Valentinien , qui étant Augufte par
fa naiffance , devint gendre d'un autre Augufte
par fon mariage avec Conftantia ,
fille de Conftance II. & de Fauftine.
1
Voila les differentes explications qu'on
a données à la Médaille de Gratien, fur la
quelle je crois être en droit de dire mon
fentiment . Celui du P. Hardouin ne me
paroît pas foutenable , quand il prétend
que Gratien a fouffert qu'on aye crû l'honorer
en lui donnant fur fes Médailles le
titre de gendre d'un Augufte , comme fi il
n'avoit pas été par lui-même au-deffus de
ce titre. Il étoit fils de l'Empereur Valen- ,
tinien , neveu de Valens , également En
pereur & Augufte , frere aîné de Valentinien
fecond , qui avoit les mêmes titres ,
& il les avoit donnés de fa pleine auto
CY
S MERCURE DE FRANCE.
ité à Théodofe , qui en foutint après lui
la dignité avec tant d'éclat.
D'ailleurs il faut pour donner à ces mots
une interprétation naturelle , faire attention
à l'arrangement des lettres qui les
compofent, & leur pofition eft très- capable
de donner du poids à leur explication . J'ai
poffedé deux de ces Médailles , dont une
m'eft restée ; j'ai remarqué que les quatre
premieres lettres font de fuite fans aucune
féparation , il y a un point après qui les
féparedes trois qui fuivent & qui forment
le mor AvG. & je dis en conféquence que
pour peu qu'on foit au fait de la fabrication
des Médailles Romaines & qu'on en
ait manié , on eft perfuadé que les lettres
initiales font féparées des autres par des
points ; ainfi pour que les lettres dont il eft
queftion fignifiaffent Auguftus Gener Augufti
, il faudroit que le fecond G du premier
mot fût féparé par deux points , ce
qui fe trouveroit fûrement fur des Médailles
gravées avec autant de jufteffe que celles
de Gratien , fi on avoit en le deffein d'y
mettre Augustus Gener Augufti ; mais les
quatre lettres AvGG . étant liées enſemble
& enfuite féparées par un point des trois
autres Ave. on doit les expliquer par Auguftorum
Auguftus ; cette explication me
DECEMBRE.
1747. 59
paroît d'autant plus jufte qu'elle n'a rien
que de naturel & qu'elle fuit l'arrangement
des lettres qui la forment.
Il n'y a d'ailleurs rien d'extraordinaire ,
( vû le tems où ce monument à été fabriqué
) de voir ce titre fur les Médailles de
Gratien. Ce Prince avoit un jeune frere
Augufte , dont il étoit en quelque façon
le tuteur , il venoit de donner le même
titre à Théodofe & on devoit le regarder
avec raiſon comme le chef des trois Auguftes
qui regnoient alors. Ce fentiment
eft d'autant mieux fondé que nous connoiffons
beaucoup de titres à peu près femblables
fur les Médailles des prédéceffeurs
de Gratien, Conftantin eft appellé fur
quelques- unes de ces Médailles Filius Auguftorum,
& fur d'autres , Pater Auguftorum.
Maximin Daza , qui n'étoit pas né fils d'un
Augufte , a auffi fur les fiennes le titre de
Filius Auguftorum .
**
Ces exemples & l'explication toute hmple
des lettres de la Médaille de Gratien
font des preuves certaines que cet Empereur
porte fur cette Médaille le titre d'Augufte
des Auguftes .
Je palle à l'examen de l'infcription du
revers de cette Médaille , qui me paroîr
avoir un rapport effentiel avec celle du
côté de la tête . La légende GLORIA NOVI
\
C vj
Go MERCURE DE FRANCE.
1
SAECVLI ne doit point fe rapporter à l'e
poque du commencement du fecond * fiécle
, qui eft le tems où les PP . Hardouin
& Jober , difent qu'on a eu le bonheur
d'avoir des Princes Chrétiens . Ce n'eft
point affûrément des Empereurs Romains
dont ces Auteurs entendent parler , puif
que le trône des Céfars étoit occupé au
commencement du fecond fiécle par Tra
jan , & que Philippe ** premier Empereur
Chrétien n'a commencé à regner que l'an
de J. C. 244. Cette explication eft auffi
forcée que la plupart de celles que le P.
Hardouin a imaginées pour entendre les
lettres numérales qu'on voit fur les Médailles
du fiécle de Conftantin. Ce Pere ,
& le Pere Jobert qui a fuivi fon fentiment
dans le fyftême dont il eft ici queftion ,
avoient apparemment écrit de mémoire, ***
* L'Auteur attribuë au P. Hardouin un fentiment
qu'il n'a point eu . Ce Pere a entendu par le
fecond fiécle celui qui a commencé à l'an 400 de
J. C. comme par le premier fiécle il a entendu ce- /
Jui qui commence à l'an 300 , tems auquel le
grand Conftantin le premier Empereur Chrétien
monta fur le trône des Céfars en 306.
** Il n'eft pas certain que l'Empereur Philippe
ait été Chrétien .
*** Quand le P. Hardouin a dit que le Gratien
de la Médaille dont il s'agit vivoit en 401 , il n'a
pas prétendu que ce fut Gratien fils de Valentinien
I. mais un autre Gratien qu'il a fuppofé gendre
de l'Empereur Honorius .
DECEMBRE. 1747. 61
quand ils ont avancé que Gratien repréfenté
fur notre Médaille , regnoit l'an 401
de l'Ere Chrétienne . It eft conftant que ce
Prince fut tué par le Comte Andragaſte on
par les ordres , près de Lyon le 25 Août
383 dans la vingt- cinquième année de fon
âge , après avoir regné depuis la mort de
Valentinien fon pere , 7 ans , 9 mois 12
jours , & 16 années depuis qu'il avoit été
déclaré Augufte.
rien
,
Le fentiment de M. Leibnitz eft plus na
turel quand il dit que Gloria novi faculi ne
fignifie pas néceffairement la premiere année
d'un nouveau fiécle , mais je dois faire
remarquer que les Médailles d'argent , au
revers defquelles on lit SAFCVLVM NOVVм
, dont il appuye fon fentiment , ne
peuvent prouver dans cette occafion.
On voit à la vérité la légende faculum novum
, qui eft toujours avec un Temple
aux revers des Médailles d'Herennia Etruf
cilla , ( & non point d'Herennius Etrufcus¸
fon fils , ) d'Hoftillien , de Trebonien Galle
& de fon fils Volufien , mais les coins de
ees revers faculum novum avoient été gravés
peu
d'années auparavant pour les Médailles
de l'Empereur Philippe , à qui ils
appartiennent , lorfque ce Prince fit célé
brer à Romeles Jeux féculaires l'an mille de
la fondation de cette Ville & la 247 an
62 MERCURE DE FRANCE.
née de J. C. Ces revers ont apparamment
été appliqués par une de ces erreurs de
Monéttaire , dont nous connoiffons une infinité
d'exemples dans te tems dont il s'agit
, aux Médailles des trois Princes dont
je viens de parler , qui regnerent & périrent
dans l'efpace de fix années après Philippe.
L'infcription Gloria novi faculi doit être,
fuivant mon fentiment , prife à la lettre &
doit fe rapporter naturellement au type
de la Médaille, à l'entour de laquelle on la
lit, & ce type repréfente l'Empereur Gra
tien même , armé tel que je l'ai d'abord
décrit. C'eft une de ces acclamations qu'on
faifoit au commencement de prefque tous
les regnes , principalement quand les Prin
ces promettoient par leurs belles qualités
un empire heureux , & jamais on n'eur
lieu d'en efperer un plus fortuné que fous
Gratien , qui dans un âge peu avancé pof
fédoit toutes les vertus civiles & militaires
qui caractérisent les grands hommes.
Il y a une infinité d'exemples de pareilles
acclamations fur les Médailles des Em
pereurs , & l'adulation avoit depuis longtems
accoûtumé les Romains à les prodi
guer à ceux qui en étoient les moins dignes.
Telles font entre autres les Médail
les de Macrin , frappées dans le tems de
DECEMBRE. 1747. 63
fon avénement à l'Empire , fur lefquelles
On lit Felicitas temporum , fur celles d'Elagabale
Spes perpetua , fur celles de Philippe
Spes felicitatis orbis , fur celles de Trajan
Dece Felicitas feculi , de Trebonien Galle
Felicitas publica , de Gallien , Genius populi
Romani, & fur un Médaillon de bronze
du tyran Magnance , de mon cabiner ,
je cite , parce que le revers n'en eft pas
connu , Gloria Romanorum.
que
Ces exemples qui font fans nombre ,
prouvent que la légende Gloria novi faculi,
qui répond au titre faftueux Auguftorum
Auguftus , qui eft fur la même Médaille
doit être rapportée à l'Empereur Gratien ,
dont le regne heureux étoit confideré dans
le tems que ce monument a été fabriqué ,
comme la gloire d'un fiécle tout nouveau ,
& il ne faut pas chercher d'autres motifs
pour expliquer cette Médaille que ceux
que je viens de marquer.
34 MERCURE DE FRANCE.
O DE AU ROI ,
Sur la Prife de Bergopfoom.
C Hafte Hafte Nymphe de Pharmonic ,
Qui par les plus doctes accords
De la Grece & de l'Aufonie
Ennobles les fameux tranſports ;
Prête-moi la lyre d'Horace ,
Ce feu qu'il puifoit au Parnaffe ,
Et ces tons vainqueurs du trépas
Dont la rare & noble cadence ;
Et la fublime véhémence
Charmoient Augufte & Mécenas.
***
Le noble fujet qui m'anime
Fourroit occuper Apollon ,
Et veut que je monte à la cime
Des forêts du facré vallon .
De ces demeures fleuriffantes
Ouvre- moi les routes brillantes ;
Je chante un Roi digne d'Henri ;
Un Roi toujours grand , toujours juſte,
Un Héros plus fage qu'Auguſte ,
De Mars rival & favori
DECEMBRE.
1747.
Quel champ à mes fougues lyriques &
Je vois des fieres Légions
Couvrir les campagnes Belgiques
De leurs valeureux bataillons.
Sur un char guidé par la gloire
Devant eux marche la victoire
Qui leur prépare fes lauriers ,
Et fous le Héros intrépide
Qui les anime & qui les guide ,
Chaque foldat vaut cent guerriers
11
Moins fortes & moins redoutables
Marchoient les Phalanges d'Argos
Sous les Enfeignes formidables
D'un brillant concours de Héros ,
Lorfque fur les rives du Xante
Semant l'horreur & l'épouvante ,
Pour le frere d'Agamemnon ,
Malgré plus de cent Chefs illuftres ;
Elles employerent deux luftres
A forcer les murs d'Ilion.
?.
Allez , foûtiens de la Patrie ,
Généreux Chefs , braves foldats
Jamais votre valeur flétrie ¹--
66 MERCURE DE FRANCE.
N'a fçû plier dans les combats.
Suivez l'honneur qui vous appelle ;
Sa main d'une palme immortelle
Va récompenfer vos travaux :
LOUIS vous ouvre la carriere ;
Sous les yeux la fortune altiere
N'ofe abandonner vos drapeaux ,
Mais quelle digue infurmontable
Vient s'opposer à vos fuccès !
Quel fort , quel rempart formidable
Suſpend vos rapides progrès !
Le défeſpoir yvre de rage ,
L'orgueil avide de carnage ,
Gardent ces murs audacieux ,
Et la vengeance téméraire
Semble du bruit de fon tonnerre
Menacer la terre & les Cieux.
Deux fois l'audace ambitieufe
Des plus fameufes Légions
De cette Ville impérieufe
Voulut forcer les baſtions
Mais leur fang baignant le rivage ,
Y grava l'immortel outrage
DECEMBRE . 1747.
De leur projet déconcerté
Et la plus honteufe retraite
De leur mémorable défaite
Sauva le refte épouvanté.
Ces murs que la mort environne
N'étonnent point votre valeur ;
Des traits enflammés de Bellonne
Vos lauriers bravent la fureur
Toujours fuivis de la victoire ,
L'éclat de votre antique gloire
Vous garantit l'évenement ;
Rien n'eft pour vous inacceffible ,
Et plus l'obftacle eft invincible
Plus votre courage eft bouillant.
"
Déja nos foudres effrayantes ,
Etincelant de toutes parts ,
Répondent aux flammes bruyantes
Qui tonnent fur ces boulevarts;
Lowendahl preffe la conquête ,
Et dans le fort de la tempête
Veillant à l'ordre des combats
Nouveau rempart de la Patrie
Toujours prodigue de fa vie ,
Ménage le fang des foldats
MERCURE DE FRANCE.
Semblable à l'Aigle impétueuſe ,
Qui fendant l'efpace des airs ,
Conduit fa troupe généreuse
Parmi les vents & les éclairs ;
Ses combattans fiers , intrépides ,
Suivent les exemples rapides
De fon courage redouté ,
Mais dans l'audace qu'il imprime ;
Son coeur tranquille , & magnanime
Veille encor à leur fûreté.
Quel bruit , quel horrible tonnerre
Se fait entendre fous ces murs !
Quel feu part du fein de la terre
Et roule fes torrens obfcurs !
Le fombre tyran du Tartare
Ouvre- t'il le gouffre barbate
De l'affreux féjour du trépas ,
Et fous ces ruines brûlantes
Au fond de fes grottes fumantes
Veut-il engloutir nos foldats
Tandis que la terre entr'ouverte
Vômit la flâme fur ces bords ,
Neptune attentif à leur perte
DECEMBRE.
1747 .
Arrête & borne leurs efforts.
Voguant fur ces ondes propices
Toujours de nouvelles milices
Rendent les travaux incertains,
Ainfi fous le glaive d'Alcide
Renaiffoit cet Hydre homicide
Dont fon bras vengea les humains,
***
; Mais c'en eft fait ; l'orage ceffe
LOUIS , ces guerriers font rendus ;
Sous tes loix leur humble foibleffe
Range leurs drapeaux confondus,
Sage Miniftre de la foudre ,
Lovendalh a réduit en poudre
Les murs & le peuple infenfé.
Quel ennemi fut invincible ,
Quel rempart fut inacceffible
Quand ton grand coeur à prononcé !
Grand Roi , cette gloire immorgelle
Et digne prix de tes trayaux
Confond l'injuftice cruelle
De tes implacables rivaux.
?
En vain leur fuperbe impuiffance
S'arme de haine & de vengeance ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Leur fureur tombe fous tes coups ;
Elle n'est plus qu'un vain murmure ;
Le Ciel ami de la droiture
Seconde ton jufte courroux.
Malgré le fuccès de tes armes ;
Je fçais que ton coeur généreux
Déplore en fecret les allarmes
De tes ennemis malheureux .
Les vertus d'un Roi pacifique
Sont plus à ton ame ftoique
Que l'éclat des titres guerriers ,
Et quand tu frappes ta victime ,
Ton ame tendre & magnanime
Te fait pleurer fur tes lauriers,
J. D. Verardy, Maître ès Arts.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
des Infcriptions & Belles- Lettres.
L'Académie des Infcriptions & Belles- Lettres recommença les exercices le
Mardi 14 Décembre par une féance publique
.
Après que M. Freret , Secretaire perpéDECEMBRE,
1747 . 71
tuel eut fait les Eloges de Mrs de Valois
& Burette , Académiciens Penfionnaires
- décedés pendant le cours de cette année ,
on lût un Mémoire de M. le Duc de
Nivernois fur la fouveraineté & l'indépendance
de nos premiers Rois,
L'objet de ce Mémoire eft d'examiner fi
il eft apparent , comme l'ont avancé quek
ques Ecrivains modernes , que nos premiers
Rois n'ayent joûi dans les Gaules
que d'une autorité précaire , & qu'ils
ayent été vaffaux de l'Empire Romain,
Ce fentiment que combat M. L. D. D. N.
a d'abord été avancé par Trevorius , Jurif
confulte François & Hiftoriographe de
Louis XIII , lequel fait entendre que les
Francs ne commencerent à être véritablement
fouverains dans les Gaules qu'après
l'Acte ou Traité paffé entre l'Empereur
Juftinien & notre Roi Théodebert . Menfo
Altingius avoit fuivi la même opinion
dans fon livre intitulé , Notitia Germania
inferioris , mais jufques- là ce fentiment
avancé fans preuve par Trevorius & foutenu
par Altingius de raifons aifées à réfuter
, avoit acquis un médiocre crédit , &
ce paradoxe fyftématique feroit refté
dans l'oubli fi M. l'Abbé du Bos n'avoit
entrepris de le faire revivre. On fait que
l'objet de M. l'Abbé du Bos dans fon Hif
2 MERCURE DE FRANCE.
toire critique de la Monarchie Françoiſe , eft
de prouver que nos Rois ont fuccedé aux
mêmes droits que les Empereurs exerçoient
dans les Gaules. L'opinion que combat
M. L. D. D. N. entroit néceffairement dans
le plan de ce fyftême .
L'opinion oppofée paroît à M. L. D. D.
N. non-feulement plus vraie , mais même
plus honorable à la Couronne de France
& aux Princes qui l'ont portée. En effet fi
l'on confidere que la puiffance des Céfars ,
fondée fur une ufurpation violente , n'avoit
pour origine que le bouleversement
de toutes les loix , peut- on l'établir comme
la baze du pouvoir refpectable de nos Rois?
Il s'en faut bien qu'ils ayent regné à de tels
titres ; ils en ont exercé de plus dignes d'eux,
de plus légitimes & de plus furs . Ils ont
regné fur les Francs , leurs premiers & naturels
fujets par les loix des Francs , la loi
Salique & la loi Ripuaire ; ils ont gouverné
les differens peuples dont la force des
atmes ou l'adreffe des négociations les ont
rendus maitres felon les loix & les coûtumes
que ces peuples avoient toujours fuivies
; ils n'ont rien innové dans les loix de
leur propre pays , ils n'ont rien changé aux
coûtumes des Nations qu'ils ont conquifes
, auffi cet Empire , fondé fur la justice,
a été dès le commencement foûtenu
par
l'amour
DECEMBRE. 1747. 73
P'amour de leurs fujets , titre vraiment
refpectable & folide , duquel les derniers
fucceffeurs de Clodion & de Clovis tirent
leur véritable majesté.
Comme on ne peut gueres pouffer les
recherches folides fur nos antiquités plus
haut que le regne de Clovis , c'eft par ce
Prince que M. L. D. D. N. commence l'examen
, de la puiffance Françoiſe à l'égard
de la puiffance Romaine .
M. l'Abbé du Bos fait à ce fujet une diftinction
affés finguliere ; il dit qu'à la vérité
Clovis étoit Roi des Saliens , mais
qu'il ne commandoit aux Gaulois qu'au
nom de l'Empereur dont il exerçoit fur
eux l'autorité , de là il faut conclure en
bonne Logique , ou que ce Prince n'a dû
& n'a pu exécuter que des entrepriſes
agréables à l'Empereur , ou que s'il en a
formé d'autres , il les a exécutées avec le
feul fecours de la Tribu des Francs , fur laquelle
il regnoit , ou que s'il y a employé
les forces de la Gaule , ç'a été une prévarication
dont l'Empire a dû fe plaindre ,
mais loin que les chofes fe foient paffées
d'une de ces trois manieres , le tableau fidéle
de la vie politique de Clovis établit
précisément les trois points contradictoires
à ceux là.
Sa premiere expédition , celle qui com-
I-I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
.
mença à rendre fa puiffance formidable
dans les Gaules , fut celle qu'il fit contre
les Romains , où il battit Syagrius leur
Général , & le força de fe réfugier chés
Alaric . Clovis le redemande au Roi des
Wifigots , qui n'ofe le refufer ; il le fait
mourir & fe défait par fa mort du feul Of
ficier Romain qu'il pût craindre dans les
Gaules , fans que ce Général Romain foit
ni vengé ni même reclamé par l'Empereur .
Après ce premier fuccès plufieurs Cités
qui reconnoiffoient encore la fuprématie
qu
de l'Empereur , fe donnent à Clovis &
paffent volontairement fous fa domination
. Ce fut le faint Evêque de Rheims
Remi qui fut l'entremetteur de cette négociation.
Que feroit ce Traité fi Clovis
eût été dépendant des Romains ? Ce n'auroit
été ni une affaire , ni une négociation,
ni un évenement , fi Clovis reconnoiffoit
l'Empereur pour fuzerain , ainfi que ces
Cités ; que gagnoient-elles à fe donner à
-lui ? Il fur cet article une autre remarque
importante à faire.
y a
Deux manufcrits de Grégoire de Tours,
que les Sçavans regardent comme inconteftablement
écrits peu après la mort de
l'Auteur , placent la bataille de Vouglé à
la 15 année du regne de Clovis ; or
nous fçavons certainement qu'elle fe donDECEMBRE.
1747. 75
na en 507 , par conféquent la 26 année .
depuis l'avénement de Clovis à la Cou
ronne des Francs , qu'avoit portée fon pere.
M. L.D. B. trouve très- bien la raifon de
cette difference , en difantque dans le Diocèfe
de Beauvais & dans celui d'Amiens ,
où ces copies ont été faites , on ne comptoit
encore alors que la i se année du regne
de Clovis en 507 , parce qu'on ne comptoit
la premiere qu'en 492 ou 13 , lorfque
ces Cités s'étoient rangées fous fa dominal'accord
dont nous venons de
tion , par,
parler.
Mais cela même prouve invinciblement
l'indépendance de Clovis . L'ufage conftant
dans l'Empire depuis Augufte étoit de compter
les années par le regne des Empereurs; fi
lorfque ces Cités ont abandonné cet ufage
, elles ont commencé à compter les années
d'un autre Prince , ne s'enfuit- il pas
évidemment qu'elles ont crû alors avoir
changé de maître , & qu'elles n'ont plus
regardé comme tel que celui dont elles
comptoient les années ? N'eſt-il pas inconteſtable
que i l'Empereur eût toûjours été
Souverain des Gaules , fi Clovis n'eût été
que fon vaffal , ce changement dans la façon
de compter les années n'auroit eu aucune
raifon Voici de nouvelles preuves.
Nous voyons manifeftement par le dé-
- Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
nombrement des troupes que Clovis mena
contre les Allemands , que les Gaulois
le fervoient de leurs perfonnes , qu'ils faifoient
même la partie la plus confidérable
de fes forces , puifque nous fçavons que
les Safens ne montoient qu'à environ S
ou 6000 hommes ; nous trouvons qu'il tiroit
de ces mêmes Gaulois differentes impofitions
, comme péages , capitations , redevances
, & c. Ils étoient donc affujettis
au fervice pécuniaire & militaire . Toutes
les entreprifes qu'il exécutoit, par leur
moyen tendoient à l'affoibliffement de
l'Empire , ce n'étoit donc point en vertu
d'une autorité émanée de la puiffance Romaine
qu'il leur ccommandoit , d'autant
plus que jamais les Romains ne fe plaignirent
qu'on s'armât contre eux d'une puiffance
qui en ce cas eût été la leur même .
La guerre que fit Clovis à Gondebaud
Roi de Bourgogne , qui étoit Patrice , &
qui avoit , felon M. L. D. B. les plus intimes
liaiſons avec les Romains , ne choquoit-
elle pas directement la majefté & les
intérêts de l'Empire , & devoit - il fouffrir
qu'on fe fervit de fa propre puiffance pour
accabler fon Allié ? L'examen de la conduite
de Clovis & des Princes fes voifins
dans la guerre qu'il déclara aux Wifigots
en 507 , va donner un nouveau jour à ce
raiſonnement .
DECEMBRE. 1747. 77
rant ,
par
la
Alaric , fucceffeur d'Auric , établi dans
les Aquitaines & la Narbonnoife
conceffion de l'Empire , y tenoit la place
des Empereurs , felon M. l'Abbé du Bos ; il
étoit allié de Théodoric , lequel , encore
fuivant le même Auteur , étoit le repréfenle
fubftitut de l'Empereur en Italie,
C'eft cette puiffance , qui de tous côtés eſt
la repréfentation de la puiffance Romaine ,
que Clovis fe détermine à attaquer & qu'il
efpere de détrruire. Il y a plus , ce projet
contre les amis , contre les Lieutenans de
l'Empire , ne pouvoit s'exécuter que pat
les armes de l'Empire , par le fecours de
ces Gaulois auxquels Clovis ne commandoit
, dit-on , qu'au nom & fous l'autori
té de l'Empereur . Sans doute une politique
adroite , des intrigues bien ménagées
pouvoient faire illufion aux peuples & leur
perfuader que c'étoit pour l'intérêt de
l'Empire qu'on les armoit contre les Officiers
& les amis des Romains , mais on ne
voit rien de tout cela dans le procedé de
Clovis, qui cependant étoit trop habile pour
en avoir un autre , fi celui-là eût pû lui être
néceffaire ou utile . Il ne fe fert que du motif
de la Religion, Je *fouffre , dit-il , im-
= patiemment que ces Arriens tiennent une partie
* Valde molefte fero quod hi Arriani partem teneant
Galliarum .
D'iij
78 MERCURE DE FRANCE.
des Gaules ; c'eſt ſon ſeul déplaifir qu'il propofe
aux Gaulois-Romains pour motif de
la guerre qu'il veut leur faire entreprendre.
Prenons garde que cet intérêt de la Religion
Catholique , qui eft ici le motif de
f'entrepriſe de Clovis , étoit fort different
de ceux d'Anaftafe , qui n'étoit pas Orthodoxe
.
la
Théodoric qui étoit parent d'Alaric , &
que l'intérêt national lioit encore avec
lui, fit ce qu'il pût pour empêcher la ruptu
re entre Alaric & Clovis . Il écrivit à celuici
des lettres preffantes & adroites , remplies
de fagefle & de dignité ; il y fait envifager
à ce Prince tous les inconveniens de
guerre où il eft prêt de s'engager , il ne
lui diffimule pas que lui-même prendra parti
contre l'aggreffeur , mais parmi les differens
motifs de crainte & d'inquiétude
qu'il groffit habilement à fes yeux ,
ne fait entrer pour rien la confidération
de l'Empereur Anaftale. Et peut- on croire
qu'il y eut manqué , fi le Prince à qui il
il
s'adreffoit eut été en aucune maniere dépendant
de cet Empereur ? On dira peutêtre
, & le Pere Daniel le laiffe entendre ,
que Clovis avoit pris fes mefures d'avance
du côté d'Anaftafe , & fait un traité avec
lui , mais il ne reste aucun veftige , aucune
indication de ce fait ; or dans le cas du
DECEMBRE. 1747. 72
filence des Hiftoriens , s'il cft permis de
fe livrer aux conjectures , il ne faut prêter
aux hommes que la conduite qu'ils ont dû
tenir felon leurs intérêts , & quoique philofophiquement
parlant , ce ne foit pas une
bonne maniere de juger de la conduite des
hommes , fans cela dans les cas de l'efpece
dont il s'agit , on fe livreroit arbitrairement
aux opinions les moins vraiſemblables.
Or il est très- für que l'Empereur. ne
devoit ni fouhaiter ni fouffrir , s'il eût pû
l'empêcher , que le Roi des Francs & celui
des Wifigots fe détruififfent réciproquement
; la ruine de l'un des deux ne pouvant
tourner à fon profit. , lui devenoit nuisible
en accroiffant la puiffance d'un Prince que
l'Empire devoit regarder comme un ennemi
naturel. Théodoric de fon côté n'oublia
rien pour former contre Clovis la plus
puiffante ligue. Il écrivit aux Rois des Herules,
des Varnes, des Turingiens une lettre
extrêmement forte , dans laquelle il
peint Clovis comme un ambitieux , qui
veut renverfer tous les trônes dont il eft
environné ; or fi l'Empereur eût été le Souverain
commun de ces Princes , Théodoric
auroit-il pû , fans manquer à la bienféance,
fe difpenfer de l'inftruire d'une affaire
qui mettoit tout l'Occident en mouvement
, & dans laquelle fon authorité au-
Diiij
30 MERCURE DE FRANCE.
roit dû influer beaucoup , s'il en avoit eu?
Après avoir prouvé par ces raifonnemens
l'indépendance de Clovis , M. L. D. D. N.
paffe à la réfutation des moyens employés
par M. L. D. B. pour foutenir l'opinion
contraire.
Une des preuves qu'il apporte pour fonder
la dépendance de tous les Rois barba
res qui avoient faits des établiſſemens fur
les terres de l'Empire , eft que lorſqu'Euric
eut ufurpé le trône des Wifigoths par le
meurtre de Théodoric II , fon frere , ce
Prince envoya auffi - tôt des Ambåffadeurs
à l'Empereur Léon .
Voici les paroles dont fe fert Idace, qui
a rapporté ccee ffaaiitt.. EEuurriicc envoya des Ambaffadeurs
à Remifund , Roi des Sueves , qui
les ayant renvoyés fans délai , le même Roi
envoya auffi des Ambassadeurs aux Romains ,
aux Vandales & aux Goths. Si l'on tiroit
quelque induction de ce récit d'Idace , il
faudroit dire qu'Euric étoit dépendant du
Roi des Sueves , puifqu'il envoye un Ambaffadeur
chés lui avant que d'en envoyer
chés l'Empereur , mais ce n'étoit point un
acte d'hommage envers ces Princes , c'étoit
fimplement une part qu'il leur donnoit de
fon avénement à la Couronne . Ce raifonnement
de M. L. D.B. a d'autant plus de
droit d'étonner, qu'il eft obligé en plufieurs
DECEMBRE 1747. 81
endroits de convenir que le Roi des Wifigoths
, qu'il cite ici comme un exemple de
la dépendance des Rois barbares , étoit
pleinement indépendant, ce qu'on voit en
effet très clairement dans la Chronique d'I
fidore , dans l'Hiftoire de Jornandes & dans
plufieurs lettres de Sidonius Apollinaris.'
Mais le grand argument , le plus fouvent
repeté par M. L. D. B. c'eft celui des charges
Romaines , dont il fe plaît fouvent à
revêtir gratuitement nos premiers Rois ,
& c'eft fur-tout à l'occafion du Confulat de
Clovis , qu'il s'en fert avec le plus de force.
Ce fut felon lui l'événement qui contribua
le plus à l'établiffement de la Monarchie
Françoife , & fi on l'en croit , beaucoup
de Cités qui n'avoient donné des
quartiers aux Francs , qu'à condition
qu'ils ne fe mêleroient en rien du gouvernement,
devintent foumifes à l'autorité de
Clovis , dès qu'il eut pris poffeffion de la
dignité Confulaire.
On veut bien accorder que Clovis a porté
les ornemens . Confulaires , puifque
Gregoire de Tours l'a dit , quoique Fredeguaire
n'en dife rien , que le Cardinal
Baronius le nie formellement ; & qu'on
ne trouve le nom de Clovis dans aucun
'des faftes Confulaires , mais au moins cè
filence des faftes prouvera que Clovis n'eat
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
point un véritable Confulat , qu'il ne devint
point un Officier de la République
mais qu'il fe conforma à l'ufage où étoient
avant lui tous les Rois barbares , d'accepter
les ornemens Confulaires & Imperiaux
qui pouvoient leur être de quelque utilité
dans le fait , mais dont ils n'avoient dans
Ie droit aucun befoin,
Les Royaumes établis par les barbares
fur les débris de l'Empire contenoient
beaucoup de Citoyens Romains , accoûtumés
à refpecter les Magiftratures Romaines
& les marques exterieures de ces Magiftratures
; ce devoit être un fpectacle agréable
pour eux de voir leurs nouveaux Maîtres
exercer une puiffance nouvelle avec la forme
ancienne , & en fe pliant ainfi aux coûttumes
de ces peuples , ils prenoient le
meilleur chemin de changer en foumiffion
volontaire une obéiffance forcée . C'eſt
ainfi qu'Alexandre prit l'habit des Perfes
après les avoir vaincus. Charles V s'habilloit
en Flandre comme les Flamands , il
parloit leur langue , & fi Philippe II fon
fils , dit Grotius , eut tenu la même couduite
, il n'auroit pas perdu les Pays - Bas.
Les peuples concluent volontiers de cette
conformité exterieure dans des bagatelles ,
que les Princes qui veulent bien s'y affajettir
, refpecteront en proportion leurs loix
DECEMBRE. 1747. 83
& leurs privileges ; telle fut l'opinion que
Clovis voulut donner de lui aux Romains
de fes Etats, lorfqu'il prit l'habillement Romain.;
opinion de laquelle devoit réſulter
un plus grand , un plus fidéle attachement,
& par conféquent un avantage dans le
fait. Mais fi l'on veut que Clovis devenu
Conful , eut acquis par- là un droit de jurifdiction
qu'il n'avoit pas auparavant , ce
feroit là un avantage dans le droit , & ce
fyftême n'eft pas difficile à refuter .
Clovis ne fut revêtu de ce Confulat
qu'en 5 10, un an feulement avant fa mort,
29 ans depuis fon avenement à la couronne,
& vingt ans depuis l'expédition contre
Syagrius , c'eft à dire contre les Romains
prefque toutes fes années font marquées
ou par des victoires fignalées , ou par des
négociations importantes , qui étendoient
également fa domination . Nous fçavons
qu'il n'a pû fe paffer un feul moment , ni
des fubfides , ni des armes de fes nouveaux
fujers , puifqu'il étoit entré dans les Gaules
avec un corps des ou 6000 Saliens au plus.
Recueillir des fubfides , lever des troupes ,
les mener à la guerre , ne font- ce pas les
actes qui conftituënt la fouveraineté Clovis
n'étoit pas Conful quand il a fait toutes ces
chofes; quel nouveau droit pouvoit lui don
ner fon Confulat? Que Clovis ait laille fut
D vi
$4 MERCURE DE FRANCE.
vre aux Romains les loix Romaines , c'eſt la
fuite d'une politique fage qui ne vouloit
pas bouleverfer la conftitution de fes nouveaux
Etats , c'eſt le plan qu'ont fuivi tous
les Conquerans raifonnables .
La lettre de S. Remi à Clovis ne fournit
pas à M. L. D. B. un argument plus folide
pour établir que ce Prince fut maître de
la milice Romaine ; l'adminiſtration des
affaires , la conduite de la guerre dont S.
Remi parle à Clovis ; ne fignifient naturellement
que la premiere Campagne de
Clovis contre Syagrius. Il faudroit détourner
étrangement le fens des paroles pour y
trouver la charge militaire, que M.L. D.B.
crée pour Clovis , & il n'eft pas permis
lorfqu'une phrafe très- claire indique un
fait très-connu , d'en détourner le fens
pour en faire l'unique preuve d'un fait
Tyftematique , abfolument ignoré . D'ail
leurs dans tout le cours de la lettre de S.
Remi , il ne lui dit que des chofes qui lui
conviennent comme Roi , & non comme
Officier de la Milice Romaine ; ce font
des avis fur la maniere de gouverner un
Etat , de choifir des Confeillers fidéles &
experimentés , &c.
Une lettre du Saint Evêque de Vienne
Avitus contient encore un témoignage authentique
de l'indépendance de Clovis.
DECEMBRE , 1747.183
Que l'Orient , dit le Saint Evêque , que l'a
Grece s'applaudiffe d'être gouvernée par un
Monarque qui connoît notre fainte Loi , mais
qu'elle ne croye pas être la feule à qui la Providence
ait accordé cette faveur infigne ; qu'elle
fçache que le reste de l'Univers n'est plus
dans les ténébres ; qu'elle apprenne que l'Occi
dent voit briller aujourd'hui dans un Roi ,
qu'il refpectoit déja à d'autres titres , la fplen
deur lumineuse de la Religion Chrétienne.
Ces paroles pourroient- elles s'adreffer
à un Prince regardé comme un Tétrarque
dépendant du Prince auquel on le compare
?
Voici quelque chofe de plus fort.
Un certain Laurentius , Romain , ' étant
prifonnier de Gondebaud , Roi de Bourgogne,
avoit obtenu fa liberté en envoyant
fon fils pour ôtage. Anaftafe défiroit qu'on
rendît ce fils à fon pere , & pour l'obtenir,
il pria Clovis d'interpofer fon crédit auprès
de Gondebaud. Cette conduite de
Î'Empereur Grec ne montre t'elle pas qu'il
ne regardoit pas Clovis comme fon vallal
puifqu'alors c'étoit la même chofe que s'il
eût demandé la grace lui-même ? La maniere
dont Avitus exprime cette demande
faite à Clovis par Gondebaud eft digne de
remarque , Principali oraculo juberetis , ditil
, & il ajoute , en parlant du Roi des
86 MERCURE DE FRANCE.
Bourguignons , Mon Seigneur , qui eft à la
vérité Roi de fa Nation , mais qui eft en même
tems votre vaffal , car il n'y a rien en quoi il
ne vous doivefervice.
Voila une prééminence & une fuzerai
neté bien établie & qui ne peut pas s'ac
corder avec l'opinion de ceux qui font
Clovis dépendant des Romains.
M. L. D. D. N. promet un ſecond Mémoire
, auquel il travaille , dans lequel il
prouvera que les enfans de Clovis ont
confervé & foutenu la fouveraineté indépendante
à tous égards qu'ils tenoient de
lui , & que la ceffion de Juftinien , de laquelle
on veut dériver le fus regnandi de
nos Rois , n'eſt rien moins que ce qu'on a
prétendu qu'elle foit , n'ayant conferé ni
apporté à nos Rois aucun droit de fouveraineté
& d'indépendance dont ils ne fuf- .
fent déja en poffeffion .
PRIX LITTERAIRE
Fondé dans l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres défirant que les Auteurs qui compofent
pour le prix , ayent tout le tems d'approfondir
les matières & de travailer les fujets qu'elle
DECEMBRE. 1747. $7
Jeur donne à traiter , a réfolu de les publier beaucoup
plûtôt , & elle annonce dès- à- préfent que le
fujet qu'elle a arrêté pour le concours au prix
qu'elle diftribuera à Pâques 1749 , confifte à examiner
& à déterminer quel a été l'état des Sciences
en France pendant le regne de Louis XI.
Le prix fera toûjours une Médaille d'or de la
valeur de quatre cent livres.
Toutes perfonnes de quelque pays & condition
qu'elles foient , excepté celles qui compoſent ladite
Académie , feront admifes à concourir pour
ce prix , & leurs ouvrages pourront être écrits en
François ou Latin , à leur choix. Il faudra feulement
les borner à une heure de lecture au plus.
Les Auteurs mettront fimplement une Devife a
leurs ouvrages , mais pour fe faire connoître , ils
y joindront dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du prix.
Les Piéces , affranchies de tous ports , feront
remiſes entre les mains du Sécrétaire de l'Acadé
mie avant le premier Décembre 1748.
SS MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗說說說說說說說
STANCES
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
PARAPHRASE
Da Pleaume , In exitu Ifraël de Egypto, &c.
Guidés par le fecours de la main immortelle ,
De Jacob les heureux enfans ,
Des liens d'un peuple infidéle
Sortent à la fin triomphans.
Ils volent fans tarder aux plaines défirables
Que le culte de l'Eternel
Doit rendre à jamais adorables
A tout defcendant d'Ifraël.
90 MERCURE DE FRANCE.
De peur de retarder leur glorieuſe courſe ,
Pleine de reſpect à l'inftant ,
La mer s'enfuit , & vers fafource
Le Jourdain remonte tremblant.
L'Idumée en triomphe & fes monts treffailliffent ;
On voit les côteaux fortunés ,
Pareils aux agneaux qui bondiffent
Devant celles dont ils font nés.
Qui te fait fuir ainfi , Jourdain , de tes campagnes,
Toi , mer , abandonner tes bords
Et vous côteaux , & vous montagnes ,
D'où yous viennent ces doux tranſports ?
Le Seigneur a parú ; fon regard redoutable
Porte l'effroi jufqu'aux Enfers ,
Et fa préfence favorable
Donne la joye à l'Univers.
C'eft le Dieu de Jacob,dont le fouffle terrible
Seche les mers & les étangs ;
Qui parle , & d'un roc infenfible
Soudain fait fortir des torrens .
Opére , Dieu puiffant , opére ces prodiges 3 .
Moins pour fignaler ta bonté ,
DECEMBRE. 1747. 91
Que pour diffiper les preftiges
De l'aveugle incrédulité.
Pour déployer ta gloire & montrer nos foibleffes ,
Et faire lire à l'oeil humain
La vérité de tes promeffes
Dans les miracles de ta main .
Ainfi quand déſormais plongés dans leur délire ,
Les méchans de fiel abreuvés ,
Oferont encore nous dire ,
Quel eft le Dieu que vous fervez ?
Nous dirons, c'eft le Dieu du Ciel & de la terre,
Qui fur les hommes qu'il a faits ,
Lance d'une main le tonnerre
De l'autre verſe les bienfaits.
Jadis avec tranfport le monde à fa parole
Sortit de la nuit du néane ;
Tout ce qui marche , rampe & vole ,
Fut l'ouvrage d'un ſeul inftant.
Qu'ils périffent ces Dieux qu'encenſe l'idolâtre
Dieux fans force , Dieux impofteurs ,
D'or , d'airain , de marbre ou de plâtre ,
Créés par leurs adorateurs!
2 MERCURE DE FRANCE.
On diroit à les voir , qu'ils vont tout mettre en
poudre ,
Que leurs feux vont tout embraſer ,
Mais leur main ne fent point la foudre
Qu'ils nous paroiffent maîtriſer. I
La voix eft étrangere à leur bouche groffiere ,
Le bruit à leur entendement ;
Leur oeil ignore la lumiere ,
Leurs pieds enfin le mouvement.
Fuiffent , puiffent , Grand Dieu , les artifans coup
pables
De ces fimulacres honteux
Leur devenir en tout femblables
Avec quiconque croit en eux !
Ifraël , Aaron & ceux dont l'efpérance ,
Se repofe fur ta bonté ,
Jamais , jamais fons ta puiffance
Ne craindront de fatalité. ,
Fa main, en fe jouant, fait pour eux des miracles,
"
Et tout le pouvoir des enfers 4
Mettroit d'inutiles obftacles
Au doigt du Dieu de l'univers.
DECEMBRE. 1747. 93
Les aftres, Dieu Puiffant ; te fervent de couronne,
Les Cieux forment ton vêtement ,
La terré eft le pied de ton trône ,
Dont le fiége eft le firmament.
Du haut de ce féjour ton regard favorable
Chaque jour s'éleve fur moi ;
Comment pourrois- je , miférable ,
Ne point lever le mien vers toi ?
Ne pas bénir fans fin la puiffance immortelle ,
Qui vient de porter Abraham
Du fein de l'Égypte infidelle
Dans les plaines de Canaan ?
Non , non , pour celébrer un fecours fi propice ,
Ma voix , Seigneur , n'attendra pas,
Que le décret de ta juſtice
Ouvre la tombe ſous mes pas.
>
Dès cet heureux inftant imitateur des Anges ,
Et partageant leur doux plaifir
Je veux entonner tes louanges
jufques à mon dernier ſoupir ,
94 MERCURE DE FRANCE.
Jufqu'au jour , où brûlant d'achever ſa carriere
Mon ame doit brifer enfin
.
Les noeuds de la vile matiere ,
Pour fe replonger dans ton fein:
200 205 206 205 204 205 205: OF 205 205 205 205 205
REPONSE à la queſtion inferée dans le
Mercure de Septembre 1747 page 37 ,
propofée par M. de la Cofte Avocat à
Dijon.
Quelle espèce d'air l'eau contient dans
Ses parties.
L'
'Air comme l'eau , le feu comme la
terre ont même origine , & malgré
leur apparente contrariété, ils font intimement
unis.
L'air contient du feu , de la terre & de
l'eau ;
L'eau contient de l'air , de la terre & du
feu ;
Le feu, de l'eau, de l'air & de la terre ;
Enfin la terre , de l'eau, du feu & de l'air,
Tel eft le compofé de chaque élément.
Par l'analyſe on peut en avoir la preuve ,
& les réduire en trois principes actifs , &
l'élaboration en unité , & le caputmortuum
ou la terre qui refte , deftituée
de toute vertu , étant expofée à l'air , attire
par
DECEMBRE. 1747. 95
àfoi , comme un aimant , les mêmes principes
dont on l'a privée & qui la rendent
fertile. Tout le monde fçait que les foeces
du falpêtre miſes au rebut , réprennent ce
que l'ébullition & les lotions leur ont enlevé.
La Philofophie a des preuves plus
élégantes de ces regenerations.
Or il n'y a pas de differentes eaux ni
de differens airs proprement dits ; le mêlange
feul des corps étrangers en altére
plus ou moins la pureté refpective.
Le globe terreftre tranfpire, & fa transpiration
eft un compofé de parties volatiles
, homogênes & hétérogênes , humides
& féches.
Les vents font produits par cette transpiration
qui forme l'atmoſphere ; les vapeurs
infiniment divifées par la chaleur ,
fe réuniffant au froid de la moyenne région,
conſtituent les nuages , lefquels compriment
l'air & le refoulent , fi l'on peut
ainfi s'exprimer ; ceux de l'Ouest qui dans
nos contrées amenent des pluyes orageufes
élevées de l'Océan, font impregnées de
fel ; ceux du Nord le font de nitre , &
ceux du Sud de particules ignées ; l'air eft
donc un receptacle commun. Ainfi les
eaux qui tombent en pluyes , comme celles
des mers , des fleuves , des fources .
& c..font toutes de même nature ; elles
96 MERCURE DE FRANCE.
contiennent uniformément du feu , de la
terre & de l'air.
L'eau de puits eft remplie de beaucoup
de fel , & ce fel contient du fouffre , du
mercure & de la terre . Tous les êtres ont
une femblable compofition .
>
•
LOGOGRYPHE…
SÉpt membres , je fuis un ferpent ,
Qui donne aux mortels l'épouvante ,
Dans un fens different
Vous trouvez un herbe odorante.
2 , 4 avec 5 , & tout le refte ôté ,
Acte commun daus la focieté ;
5 avec 2 , fans aucun art magique
Forme une note de mufique ,
1 , 2 & 3 , j'offre dans le moment
Chofe propre à tout vêtement ,
3,2 & 7 , jefuis un élement liquide ,
Mais avec 1 , 2 , 7 , l'on me paffe fans guide ,
1 , 2 & 5 j'aſſemble un grand concours
Souvent la nuit , fort peu le jour ,
5 , 6 & 2 , j'ai place en la Genéſe ,
Devine , Lecteur , à ton aiſe.
AUTRE
DECEMBRE . 1747 .
97
AUTRE.
DE ma main la brillante Flore
Reçoit mille & mille ornemens ;
De mes bienfaits on voit éclore
Sa parure & fes agrémens.
Ces quatre vers pour me connoître
Seroient ma foi , bien fuffifans ,
Pourtant à detailler mon être
Sacrifions quelques momens.
On trouve en moi ce qui peut -être¿
Mon cher Damon , vous fervit ce matin
Ce
que fous vos pas on voit naître ,
Aimable & tendre de……………`
Un élement , un vêtement champêtre ,
J'y vois encore ce qui fait
Que je mets fin à mon caquet.
LOGOGRYPHUS,
ECorio noftrum placeat fi fingere corpus ,
Ni vincire velis , nullum tibi præbeat ufum.
Si ferro conftem , clavos adhibere neceffe eft.
Lignea , non egeo vinclis . Nunc disjice membra ;
Tolle pedes , ego fum per quem videt omnia tellus
.
Nunc caput extremumque pedem cum pectore
jungas ,
*II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Non quifquam fine me cænarum exerceat artem.
Corque pedumque prior collo fint prævia ; fidus
Ethereum , terrifque animal exardet in iras.
Unum deme caput ; tangit mea cura, Minervam .
Primum abfcinde pedem ; fubitò tibi fola videbor ,
Cui fuit ante Comes. Collumque caputque fuperfint
,
Rodere me poteris. Capiti fi cauda præibit ,
Jam vilis pretii , pluris non affe valebo .
le C. D. S.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
A
RT DE LA GUERRE par régles
& par principes , ouvrage de M. le
Maréchal de Puyfegur , mis au jour par
M. le Marquis de Puyfegur fon fils , Brigadier
des armées du Roi , in-fol, orné de
vignettes , fleurons & culs - de -lampes , &
de plus de quarante planches ; fera en
vente au mois de Janvier 1748 , chés
Jombert.
Nul Art n'eft plus étendu , plus difficile ,
plus dépendant d'une quantité de principes
, dont l'application ne peut fouvent
fe faire que par conjectures ; nul métier
DECEMBRE: 1747. 99
où les fautes foient d'une plus grande importance.
, où il foit plus mal-aifé de n'en
point faire , que le grand Art de la guerre ;
ces réfléxions que tout le monde a faites
donneroient lieu de croire que ceux que
leur état ou leur goût deftine à exercer
cette noble profeſſion , cherchent par une
étude conftante à acquerir les talens & les
lumieres néceffaires pour y réuffit , fi l'expérience
ne prouvoit pas tous les jours le
contraire .
Voici un ouvrage que le nom de fon
illuftre Auteur doit rendre infiniment recommandable
, & qui doit à fon tour
ajouter un nouvel éclat à la mémoire de
M. le Maréchal de Payfegur. La théorie
qu'il donne ici eft le fruit d'une expérience
de foixante années ; c'eft un Militaire
vertueux , zélé & inftruit , qui après avoir
blanchi fous le poids des armes , fe trouvant
enfin élevé au premier grade de la
milice Françoife , s'eft crû obligé de profiter
du poids que cette haute dignité apporteroit
à fes écrits, pour faire revenir les
gens de guerre de leurs préjugés , & leur
prouver la néceffité où l'on eft d'apprendre.
la théorie de leur Art. C'eft ainfi que le
Maréchal de Vauban , cet homme auffi re- .
commandable par fes vertus & par fon
zéle pour le bien public , qu'il l'étoit par
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
fes talens fupérieurs , a établi les élemens
de la guerre des fiéges , c'eft-à- dire , de l'attaque
& de la défenfe des places , fur des
principes évidens & certains , & que donnant
ainfi fon fecret à tous ceux qui voudroient
l'apprendre & qui pourroient s'en
fervir , il a trouvé . moyen de perpétuer &
d'étendre après la mort les fervices qu'il
avoit rendus à fa patrie.
Après avoir établi avec quelque grada.
tion les principes néceffaires pour les mou- .
vemens d'une armée , donné des régles
fûres pour en faciliter la marche , & expliqué
en quoi confifte la force des ordres
de bataille , M. le Maréchal fait l'application
de ces maximes à une guerre fuppofée
aux environs de Paris. Pour cet effet ,
ayant fait faire un mouvement à l'armée
dans un camp fuppofé entre Saint Denis
& Bondi , il la fait paffer au travers de la
ville de Paris , pour faire voir les mesures
& les précautions qu'il y auroit à prendre
en pareil cas , il en ordonne la marche
pour continuer fa route vers Lonjumeau
&c. Il explique en même tems les differens
partis que l'on pourroit prendre , fuivant
ceux que l'ennemi prendroit , & entre
dans tous les détails néceffaires à connoître
pour la fubfiftance générale des armées.
Une partie de cet ouvrage avoit été
DECEMBRE . 101
1747.
compofée pour M. le Duc de Bourgogne ,
pere du Roi , une autre pour l'ufage même
de Sa Majefté. Le fyftême d'une guerre
offenfive & défenfive fuppofée dans le
pays entre la Seine & la Loire , fervit de
baze aux leçons que l'illuftre Auteur donna
à M.le Marquis de Puyfegur fon fils , lequel
s'eft fait extrêmement diftinguer par fes
talens , fon application & fon courage.
La beauté du papier & de l'impreffion .
répondront à l'excellence de l'ouvrage ; les
vignettes & les fleurons ont été deffinés
par le célébre Cochin.
L'ARITHMETIQUE & la Géométrie
de l'Officier, contenant les élémens de
ces deux Sciences , appliqués aux differens
befoins de l'homme de guerre , avet un
traité de la caftramétation , ou de la mefure
& de la formation des camps. Par
M: le Blond Profeffeur de Mathématique
des Pages de la grande Ecurie du Roi.
3. vol. in- 8 °. accompagnés de cinquante
planches.
L'objet de l'Auteur de cet ouvrage eft
de faciliter aux militaires l'étude de la
Géométrie , & comme l'algèbre a quelque
chofe d'effrayant qui rebute quelquefois
les commençans , il démontre fans fon
fecours l'Arithmétique &. la Géométrie ;
pour rendre cette Géométrie plus complet-
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE
te , on donne auffi un traité fort étenda
de la Trigonométrie rectiligne , de même
que des Tables & de l'invention des logarithmes
avec un abregé du nivellement.
Quoique ces parties de la Géométrie
foient particulierement & indifpenfablement
néceffaires à ceux qui , deſtinés au
génie , doivent pofféder la fcience des fortifications
, il n'en eft pas moins vrai qu'il
feroit peu féant , qu'un militaire ignorât
une partie fi effentielle de fon métier.
Tout Officier devroit être Ingénieur . Sans
quoi il faudra dans un fiége , ou qu'il foit
réduit à voir par les yeux d'autrui , ce qui
eft un fort grand inconvénient , ou qu'il
s'expofe à faire de lourdes fautes , ce qui
eft encore pis.
Dans le traité de la caftramétation
l'Auteur explique en quoi confifte l'ordre
de bataille & la pratique du tracé du camp,
fuivant les proportions qu'on y obſerve
communément , & enfin la difpofition des
differentes gardes qu'on établit ordinairement
pour la fûreté d'un camp.
On a détaché ce traité de la caftramétation
des deux premiers volumes , pour la
commodité de ceux qui voudront l'avoir
1éparément .
M. le Blond eft déja connu par plufieurs
ouvrages de ce genre eftimés & utiles .
DECEMBRE . 1747. 103
*
On trouve chés le même Libraire un
petit ouvrage de M. de Puyfegur , pere du
Maréchal de Puyfegur , qui a pour titre :
Mémoires hiftoriques & militaires de M. Jacques
de Chaftenet , Chevalier Seigneur de
Puyfegur , Colonel du Régiment de Piémont
& Lieutenant Général des armées du Roi ,
avec des inftructions militaires 2. vol.
in- 12 .
Comme ce livre étoit devenu extrêmement
rare & fort cher , & que le nouvel
'ouvrage de M. le Maréchal de Puyfegur
fur l'Art de la guerre a reveillé l'empreffement
du public pour celui- ci , on a crû
faire plaifir aux curieux en leur procurant
encore une nouvelle édition de ces Mémoires.
EXPOSITION & démonftration publiques
de la Thériaque d'Andromaque
& de la Thériaque célefte. Par Jacques
Liége Apoticaire du Roi .
La Thériaque appellée d'Andromaque
du nom du Médecin de Neron , qui l'inventa,
en changeant quelque chofe au mithridate
, cette compofition célébre qui
devoit fon origine au Roi du Pont : la
Thériaque après avoir eu un grand éciat
chés les Romains , n'a pas eu le même
éclat dans la décadence de leur Empire.
Cependant depuis d'habiles Artiſtes l'ont
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
•
relevé chés differentes nations on fçait
le foin & l'appareil avec lefquels on la
compofe à Venife , où elle eft revêtue du
fceau de la République & de l'autorité des
• Magiftrats.
Les Apoticaires de Paris en ont fait plufieurs
préparations que les Magiftrats ont
honorées de leur préfence , auffi -bien que
la Faculté de Médecine .
Il eft encore une autre efpéce de Thériaque
dont M. Liége ajoute ici la difpenfation
, & c'est la premiere fois qu'on en
a fait des démonftrations publiques ; c'eft
la Thériaque céleste , connue auffi fous le
nom de Thériaque de Strasbourg. Elle ne
mérite pas moins d'éloges que celle d'Andromaque.
La Maiſon de Wirtemberg a
été long-tems en poffeffion de la recette
de. cette compofition , elle ne confioit le
foin de la préparer qu'à fes feuls Médécins
& Apoticaires. Elle eft enfin devenue publique.
Ce nouveau reméde eft moins
chargé d'ingrédiens que la Thériaque
d'Andromaque. L'opium , les viperes , le
caftoreum , le fafran , les gommes & les
baumės font les principaux ingrédiens de
toutes les deux . Les bois , les écorces , les
fruits & les racines aromatiques y entrent
auffi , quoique fous une forme differente.
On n'a tiré de quelques-unes de ces fim
DECEMBRÉ . 1747. 105
ples que les parties les plus réfineuſes & les
plus balfamiques. On a fupprimé de quelques
autres les parties ligneafes , groffieres
& terreftres , pour n'en extraire que les
parties les plus effentielles . Enfin l'on réunit
dans la Thériaque céleste fous un petit
volume la vertu de tous les ingrédiens de
l'ancienne. Cette nouvelle ne demande
pas moins de connoiffances , d'attention &
de précaution de la part de l'Artifte , nonfeulement
dans le choix des drogues , mais
encore dans les differentes opérations de
Chymie qui y font multipliées , foit pour
les differentes , extractions des réfines &
des huiles effentielles , aufquelles il faut
conferver , autant qu'il eft poffible , l'odeur
, le goût & toute la qualité du mixte
dont on les tire , foit pour la préparation
du bezoard mineral, du cinabre naturel &
des fels volatils , foit enfin par l'union . &
le mêlange de tant de differentes parties
dont il doit réfulter un tout parfait .
Cette démonftration fait honneur à
M. Liége qui eft très- verfé dans fon Art ,
& fe diftingue dans fa profeffion .
Nous avons annoncé le mois paffé un
livre ilé : Effai fur l'étude des Belles
Lettres , lequel fe vend chés Ganneau. On
a déja plufieurs fois effayé de donner au
public des méthodes pour former l'efprit ,
E v
1OG MERCURE DE FRANCE.
le goût , la raifon , mais la plupart de ces
effais ont eu jufqu'à préfent peu de fuccès.
On ne fupplée point ce que la nature n'a
pas donné. Ce n'eft pas que les talens , le
goût , l'efprit naturel , ne puiffent acquerir
des degrès de perfection par les foins
d'un habile maître , mais il eft rare que ce
maître puiffe être un livre dans lequel
donne une méthode vague & générale
qui faite pour tout le monde ne convient
par cela même à perfonne. L'Auteur de
cet ouvrage confeille bien les livres qu'il
croit qu'on doit lire , & même quelle vûe
d'utilité on doit avoir en les liſant , mais
peut- il donner le goût qui rendra fenfibles
aux beaux endroits des chefs- d'oeuvres de .
on
l'antiquité qu'il propofe de lire ? Ce n'eſt
point par des principes généraux que l'on
peut fe former le goût ; s'il eft vrai qu'en
quelque forte cela foit poffible , ce ne peut
être l'ouvrage que d'une attention réfféchie
fur les fentimens qu'on éprouve , &
de plufieurs combinaifons très - délicates
qu'on ne peut apprendre que de fa propre
expérience , & fur lefquelles on ne peut
donner que des régles auffi vagues qu'inutiles.
Ces réfléxions générales n'empêchent
pas cependant qu'on ne puiffe faire un
livre agréable fur cette matiere . On lira
DECEMBRE. 1747. г07
toujours avec plaifir l'ouvrage d'un homme
inftruit qui nous fera pafler fucceffivement
fous les yeux les differens chefs- d'oeuvres
de la Litterature , qui fçaura judicieufement
afligner à chacun & fon caractére &
fon prix . Ces difcuffions litteraires peuvent
avoir par elles-mêmes beaucoup d'utilité
& d'agrément ; elles exigent dans
celui qui les entreprend beaucoup de lecture
& de goût. Ainfi notre premiere réfléxion
ne doit porter aucune atteinte
au prix de l'ouvrage dont il eft queftion
, ni former aucun, préjugé contre.
L'Auteur n'a pas prétendu donner du goût
à ceux qui n'en ont point , mais en en fuppofant
dans ceux qui liront fon ouvrage ,
il a crû avec raifon fortifier ce goût en indiquant
les livres propres à le former , &
ces livres , comme les quatre volumes de
M. Rollin ' fur les Belles Lettres , peuvent
être d'excellens maîtres. Il en eft de même
de plufieurs autres livres fur les differentes
claffes de la Litterature.
Nous croyons cependant que tout le monde
n'adoptera pas quelques-unes de fes décifions.
Il auroit par exemple pû être mieux
inftruit lorfqu'il a dit que le Théatre Anglois
n'avoit pas réufli à Paris , & que cela
faifoit l'éloge de nos mours. A l'égard du
fait
une nombreuse édition qui a été
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
venduë rapidement , le même empreffement
continué pour les volumes qui ont
fuivi & pour ceux qu'on attend , détruifent
affés l'allégation injurieufe de l'Auteur
, & fi nous penfions tous comme il
paroît penfer au fujer de Sakefpear dont
il parle avec trop peu de ménagement
il y a tout lieu de douter que ce fut là
le fujet de notre éloge. :
>
Plufieurs perfonnes ne fe croiront pas
auffi obligées de déferer toujours à fes avis
fur certains livres qu'il confeille de lire ,
& l'on trouverafans doutefingulier , qu'après
avoir exhorté à étudier les régles du
Poëme épique dans l'ouvrage du Pere le
Boffu , il convienne lui-même quelques
lignes après que l'opinion de cet Auteur
eft une pure chimére . Ce font fes termes.
Nous rendons d'ailleurs juftice aux talens
de l'Auteur , dont nous avons lû l'ouvrage
avec plaifir ; & nous ne pouvons qu'ap
plaudir aux fentimens de Religion dont
il paroît pénétré , mais nous ne croyons
pas qu'il ait été en droit d'en prendre occafion
de détourner les François de l'étude
de la Langue Angloife. L'Auteur eft trop
inftruit pour ignorer, qu'outre les livres de
Philofophie & de Théologie polémique ,
l'Angleterre a produit d'excellens ouvrages
fur les Sciences & les Arts , & fur la
.
DECEMBRE. 1747. 10g
Litterature facrée & prophane , qui méri-
-tent feuls qu'on apprenne l'Anglois pour
· les lire , en attendant que nous en ayons
des traductions.
LE PANEGYRIQUE de Saint Louis
prononcé devant l'Académie le 25 Août
dernier , a été imprimé chés Coignard Imprimeur
de l'Académie .
M. l'Abbé Joffet Auteur de ce Panégyrique
a une réputation fi bien établie , que
nos éloges n'ajouteroient rien à fa gloire.
Ses fuccès fouvent répétés ont fait connoître
avantageuſement fon éloquence & fon
zéle. Nous ne pouvons entrer dans le détail
des beautés que renferme ce difcours
& nous nous contenterons d'en annoncer
la divifion . Le Chriftianifme de S. Louis ;
c'eft la matiere da premier point ; l'héroïfme
de S. Louis , c'eft le fujet du fecond.
>
M. Peffelier deja connu par plufieurs
ouvrages , va publier un Recueil de Fables
qu'on trouvera chés Prault pere & fils.
EXPOSITION abregée des
des preuves
hiftoriques de la Religion Chrétienne ,
pour lui fervir d'Apologie contre les Sophifmes
de l'irreligion , & c.par M. Beanzée.
A Paris ; chés de la Guette , Libraire , “ruë
-Saint Jacques , à la Croix d'or , 1747 ›
in- 12.
110 MERCURE DE FRANCE.
TRAITE' des Feux d'Artifice pout le
Spectacle , nouvelle édition , toute changée
& confidérablement augmentée , avec
beaucoup de figures & avec leur explication
, par M. F*** , D. D. F. D B. à Paris,
chés C. Ant. Jombert , Libraire , Quai des
Auguftins , 1747 , in- 8°. On trouve dans
cette nouvelle édition une Préface qui en
fait voir l'occafion , un Difcours préliminaire
qui roule fur l'origine & l'histoire
des feux de joie , & une Table contenant
l'explication des termes propres aux Feux
d'Artifice , rangés par ordre alphabétique.
SARCOLOGIE , ou Traité des Parties
Molles , premiere partie de la Myologie
, ou defcription de tous les muſcles
du corps humain , par François- Michel
Didier Maître ès Arts & Chirurgien ,
1748 , in- 12.
>
COURS de Mathématiques contenant
toutes les parties de cette fcience , mifes
à la portée des commençans , par M. Chrétien
Wolff, Profeffeur de Mathématiques
& de Philofophie dans l'Univerfité de
Hall, traduit en François & augmenté par
Dom.... de la Congrégation de S. Maur ,
à Paris , chés Jombert , 1747 , in- 8°.
PRINCIPES du Droit Naturel , par
M. J. Burlamaqui , Confeiller d'Etat &
DECEMBRE. · 1747. IFF
ci - devant Profeffeur en Droit Naturel &
Civil , à Geneve , chés Barillot & fils , Imprimeurs
Libraires , 1747 , in 4° .
TRAITE' de la vérité de la Religion
Chrétienne , feptiéme Section , par
M. Vernet , à Généve chés Henri- Albert
Goffe & Compagnie, 1747 , in-8° .
L'ARITHMETIQUE par les Fractions
, contenant des inftructions pour met
tre en pratique par des queſtions intéreſfantes
les régles générales de cette fcience,
foit pour négocier en France , foit pour
négocier dans les Pays Etrangers , tant en
Changes qu'en Marchandifes , & qui enfeigne
à réfoudre les Problêmes les plus
curieux,& les plus difficiles , fans le fecours
de l'Algébre , par M. Chaloffe , 1747 , in-
12. A Paris chés Claude Hériffant , fils ,
ruë neuve Notre Dame.
•
ESSAIS & obfervations de Médécine
de la Société d'Edimbourg , ouvrage tra→
duit de l'Anglois par M. Demours , Médecin
de Paris. Tome V I. & VII. à Paris
chés les Freres Guerin , rue Saint Jacques ,
1747 , in- 12 .
ON travaille à Londres à une nouvelle
- édition Grecque & Latine d'Ifocrate , avec
des remarques ; elle eft actuellement fous
la preffe.
LE LIVRE de Théophrafte de Lagi112
MERCURE DE FRANCE.
dibus , traduit en Anglois avec le Grec à
côté , dont le texte Grec a été revû avec
beaucoup de foin , fe débite à Londres ..
LE VI. TOM E. de la nouvelle édition
de l'Hiftoire . Univerfelle d'une Société de
Gens de Lettres , fe trouve dans la même
Ville.
EUVRES d'Etienne Pavillon , de l'A- :
cadémie Françoiſe , à Amfterdam , chés Zacharie
Chatellain , Libraire . Nouvelle édition
en deux tomes, petit in- 1 2. differente
de celles qui ont paru en 1715 & en 1720 .
On y a fait quelques changemens , en ôtant ·
L'Avertiffement & en y.fubftituant un autre
de 88 pages .
Jo . GOTTLFE B. Heineccii . Elementa
Juris Civilis. Ed. nov, emendata , & indici
bus neceffariis aucta à Amfterdam , chés
François l'Honoré & fils , Imprimeurs-Libraires
, 1747 , in - 8 ° .
3
MEMOIRES fur le rang & la préféance
des Souverains de l'Europe , & de
leurs Miniftres repréfentans , fuivant leurs
differens caractéres , par M. Rouffet , in-4°:
chés les mêmes Libraires.
SERMONS fur divers textes de l'Ecriture
Sainte par Jean Brutel de la Riviere,
Pafteur de l'Eglife Walonne d'Amfterdam ,
chés Zacharie Chatellain , Libraire de la .
même Ville , : 1746 , in- 8 ° .
DECEMBRE . 1747. 413
*
LE VIII Tome de l'Hiftoire Univerfelle
d'une Société de Gens de Lettres ,
traduit de l'Anglois , à Amfterdam , chés
J. Weftein , 1747 , in-4° :
On trouve chés le même Libraire le
troifiéme Tome de l'Hiftoire de la derniere
guerre de Bohéme , 1747 , in - 12 .
AUR . COR N. Celfi de Medicina libri
octo cum notis integris Joannis Cafarii , Roberti
Conftantini , Jofephi Scaligeri , Ifaci Cafauboni
, Joannis Baptifta Morgagni , ac locis
parallelis , cura & ftudio Th . 7. ab Almenoveen
, Med. Doct. & Profefforis . Accedunt
7. Rhodii vita A. C. Celfi , varia lec-
- tiones ex tribus antiquis editionibus , itemque
loci aliquot Hippocratis & Celfi ab Henrico
Stephano concinnati. Lugduni Batavorum ,
apud 7o. Arn. Langerak , 1746 , in 8°.
DELLA Medicina di Aur. Corn . Celfo
lib. otto portati nella Lingua Italiana fecundo
l'efemplare Latino dato al publico da. Teod.
ab Almenoveen....... fatica dell' Abbate
· Chiarida Pifa. Tom.I. In Venezia , appreffo
Dominico Occhi , 1747 , in- 12.
CORPUS illuftrium Poetarum Lufitanorum
, qui Latinefcripferunt , nunc primùm
in lucem editum ab Antonio Dos Reys , Congregationis
Oratorii Philippi Nerii Lifbonienfis
Prefbytero , Regio Hiftorico Latino Portugallia
, Regia Academia Cenfore , Joanni
114 MERCURE DE FRANCE.
V. Lufitanorum Regi confecratum , nonnullifque
Poetarum vitis auctum , ab Emmanuele
Monteiro ejufdem Congregationis Prefbytero,
Regiaque Academia Socio. Lifbonæ , Typis
Regalibus Sylvianis , Regiæque Academia.
Deux volumes in- 4° , 1745 .
JOANNIS Chriftophori de Jordan . S.
R. M. Hungaria & Bohemia Confiliarii Bohemici
Aulici de originibus Slavicis . Tomi II.
Vindobone , Typis Joannis-Jacobi Jahn ,
*745 , in-fol.
RATIO Ordinationis verborum , prifcis
Romanis feculo aureo ufitata , quoad fieri potuit,
expofita ab Auguftino Gabriele Gehlio
Gymnafii Stad . Rectore ad Genium Latinum,
c . Hamburgi , apud Chrift. Wilh. Brandt.
1746 , in-4°.
JOANNIS Jacobi Sorber J. V. D. Commentatio
de Comitiis veterum Germanorum antiquis
, ex Hiftoria , Mon nentis , Diplomatibus
, fcriptoribus fide dignis eruta , qua
conventuum qualitas & forma tum ante Caroli
M. avum , tum fub illius & priorum fuccefforumregimine
demonftratur. Jenæ , ex Of
ficina Ritteriana , 1745 ', in-4° .
CHRISTIANI . Guilhelmi Francifci
Walchii antiquitates Pallii Philofophici veterum
Chriftianorum. Jenæ , fumptu Joannis .
Friderici Ritteri , 1746 , in- 8°.
MISCELLANEA Groningana . Tomus
DECEMBRE . 1747. IIS
IV, Groninga , apud Hujonem Spadaw ,
1744 , 1745 , in- 8°.
CONATUS Chronologicus ad Catalogum
Epifcoporum , Archiepifcoporum , Cancellariorum
, Archi- Cancellariorum & Electorum
Colonia Claudia Augufta Agrippinenfium ,
auctore Michaele Moerkens Carthufia
Agrippinenfis Prefbytero , Coloniæ Ubiorum ,
Jumptibus Joannis Wilhelmi Krakamp , &
baredum Chriftiani Simonis , 1745, in- 4°.
>
HENRICI Benzelii Acad. Lund. Procancellarii
& Scania Blekingia Epifcopi Syntagma
Differtationum , in Academia Lundenfi
habitarum , quibus varia Theologia , Antiquitatum
, & Hiftoria capita illuftrantur ,
cum præfatione Jo . Erh . Kappii P.P. Francòfurti
, fumptibus Gabrielis Chrift. Rothii ,
1745. 2 vol. in-4 ° . Ce même Ouvrage
fe trouve auffi à Leipfik; Coppenhague & en
Dannemarck.
ACTA Martyrum qui in Perfide paffi
funt & Alta Martyrum Occidentium , à Ro
chés Niolus Brondi , Libraire dans la
Place du Paſquin , à l'Enfeigne de S. Jean
de Dieu.
me ,
DELLA Via Appia riconosciuta , è def
critta da Roma à Brindife lib. IV, di Fran
cefco Maria Pratilli all' ill. e* Eccel. Sig..
Conte D. Egidio Gaetano dell' Aquila d'Arogona
di Duchi di Laurenzano , &c. in
Napoli , 1745 ,in-fol.
116 MERCURE DE FRANCE .
DISSETAZIONE di Paoolo Maria
Gacian diTeatinofopra una ftatuetta diMercurio
del Gabineto di S.Ecc . Il Sig.Marchefe de
l'Ofpital Ambafciatore di fua Majeftá Chriftianiffima
, alla corte di Napoli , in Napoli
1747 , in -4°. Cette Differtation eft dédiée
à M. l'ancien Evêque de Mirepoix.
ORAZIONI Sagre di Frate Filice Maria
da Napoli Capucino intitolate à S. Ecc.
M. Ludovico Gualterio Arcivescovo de Mira,
&c . in Napoli , 1747 , in- 8 ° .
JOANNIS LAM 11 memorabilia Ita-
Lorum eruditione præftantium , quibus vertens
faculumgloriatur. Tom . 11. pars prima, Florentiæ
, 1747 , in - 8 ° .
PRIVILEGIA Protonotariorum Apoftalicorum
tam de numero participantium Nun
cupatorum Roma exiftentium , feu honorariorum
, ubique terrarum degentium , cum primeva
eorumdem inftitutione , ipfis non tantum ,
fed Epifcopis , eorumque Vicariis , omnibuſque
Juridictionem Ecclefiafticam exercentibus
, fcita apprime neceffaria , à 7o . Baptifta
Sacchetto Prefbytero Florentino , & J. V. D.
collecta , Florentiæ , 1747 , in- 8° . C'eſt
une feconde édition plus correcte & plus
belle
que la premiere .
RECENSIO notabilium Conductionum
in Jure Cæfareo , Philofophia , Medicina
aliifque Bonis Artibusque renovato Pifano
>
DECEMBRE 1747 .
117
Gymnafio cave reperiuntur , Florentiæ
1747 , VI tomus in- So.
VITA di Michel Angelo Buonarroții
Pittore , Scultore , Architetto e Gentiluomo
Fiorentino , publicata mentre vivera dal fuo
Scolare Afcanio Condivi , fecunda Edizione
cocretta ed acrefciuta di varie annotatzioni
col ritratto del medefimo , ed altre figure in
rame , in Firenza in Firenza , 1746 , vol in-fol . de
160 pages.
LETTRE d'un Hollandois à un de
fes amis , prifonnier de guerre en France ,
à la Haye , chez Neaulme fe trouve à Paris
chés Cailleau Libraire. , ruë S. Jacques
à S. André .
CALENDRIER genéral de la Flandre
& du Brabant , & des Conquêtes du
Roi , contenant l'Etat Militaire , Civil &
Eccléfiaftique de ces Provinces , la defcription
des villes & endroits remarquables
les Bureaux des Traites & Domaine , par
M. Pankoube , Libraire à Lille , chés l'Auteur
, & à Paris , chés Savoye ,
chés Savoye , Libraire ,
ruë S. Jacques , à l'Espérance .
ESSAIS fur les paffions & fur leur
caractére. Deux volumes in- 12 , 5 liv. brochés
à Paris , chés Cloufier , Libraire ,
rue S. Jacques.
APPOLLON MENTOR ou le Telemaque
moderne. Deux volumes in So,
118 MERCURE DE FRANCE.
ornés de figures , vignettes & culs de lampes
en taille douce , 4 : liv . broché , chés pesmême
.
le même.
LES TOMES VIII & IX des OEuvres
de Théatre de M. de Boiffi , in- 80 . liv .
brochés , chés le même.
OBSERVATIONS
S
curieuſes &
nouvelles fur les prédictions des Crifes
par le poulx , traduites de l'Anglois de
M. Nielh , par M. de la Virotte , Docteur
de la Faculté de Medecine de Montpellier
, in- 12 . deux liv . relié , chés le même.
DICTIONNAIRE des matieres bénéficiales
par M. de la Combe fur les manuf
criss de M. Fuet , in-fol. deux volames , à
Paris , chés Guerin , Monchet , Huart &
Moreau , fils , Ganeau , Jofeph Saugrain, du
Mefnil & de Nully , Libraires.
LES EPITRES ET EVANGILES
avec les Oraifons , Secrettes & Poftcommunions
qui fe difent à la Sainte Meffe
pendant toute l'année , par Meffire de Bonneval
, Prêtre , nouvelle édition , à l'ufage
de Rome & du nouveau Bréviaire de Paris,
deux volumes in- 12 , 5 liv : à Paris , chés
G. Desprez & P. G. Cavelier , fils , ruë S ..
Jacques , à S. Profper & aux trois Vers .
L'HISTOIRE générale d'Allemagne
a commencé le 18 Décembre à fe diftribuer
chés C. J. B. Deleſpine & J. T. HériſDECEMBRE
. 1747. 119
fant , Libraires , rue S. Jacques. Cette
Hiftoire qui ne devoit former que dix VOlumesin-
4°. en a onze bien complets.
LE MEILLEUR LIVRE ou les meilleures
Etrennes que l'on puiffe donner & recevoir
. Nouvelle édition augmentée de plufieurs
chofes utiles & néceffaires à tout le
monde , à Paris , chés Pierre Prault , Quai
de Gêvres , au Paradis & à la Croix blanche.
LA GUERRE , Cantate à voix feule
& fymphonie , par feu M. Campra , gravée
par Mlle Eftien. A Paris , chés Mad . Boivin ,
Marchande , ruë S. Honoré , à la Regle
d'or , & M. le Clerc , Marchand rue du
Roule , à la Croix d'or.
LE SOUPÇON AMOUREUX , Cantatille
mife en mufique par M. Martin ,
Ordinaire de l'Académie Royale de Mufique
, gravée par la même. Prix une livre
10 fols. A Paris , chés les mêmes.
LE SUISSE AMOUREUX , Canta-
' tille à voix feule & fymphonie , par M.
Martin , gravée par la même. Prix 6 livres
, chés les mêmes , Mlle Caftagnery ,
rue des Prouvaires , & chés l'Auteur , ruë
S. Honoré , près les Quinze-vingt ; à la
Croix blanche.
AMUSEMENS PASTORAL'S . Suiteen
Trio ,> pour les violons , flutes , hau
120 MERCURE DE FRANCE.
•
bois & autres inftrumens , par M. *** .
Euvre premier , dédiés à Mad. *** › gravés
par J. Renou , prix en blanc 2 Hvres
S fols les trois parties féparées , à Paris ,
chés Cuiffard , Libraire , rue neuve Notre-
Dame , au bon Paſteur , chés lequel on les
vend pour la Province ; M. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'or ; M. le Clerc ,
ruë du Roule , à la Croix d'or , & M. Soret
, ruë de la vieille Bouclerie , chés un
Chandelier.
ESTAMPES NOUVELLES.
Michel Odieuvre qui a publié avec beaucoup
de fuccès les fuites des Rois de France
& les Portraits des Grands Honimes dont il eft
parlé dans les Mémoires de Philippe de Comines
&. de Sully , auffi-bien que ceux de l'Hiftoire de
Louis XIV , vient de publier la fuite des Empereurs
d'Allemagne , pour joindre avec l'Hiftoire
de l'Empire qui va paroître en onze volumes inquarte,
Cette derniere fuite ,qui n'eft pas. moins
bien exécutée , pi mofhs néceffaire que les autres
eft tirée , fur les monumens les plus certains qui
nous reftent de ces Princes .
Il demeure ruë d'Anjou , près la rue Dauphine ,
en entrant la feconde porte cochere à gauche .
Il vient de mettre en vente les Portraits de
LOUIS DAUPHIN , nẻ à Versailles le 4
Septembre 1729 , peint par la Tour , & gravé par
Bafan.
MAURICE DE SAXE , Duc de Curlande &
>
de
DECEMBRE. 1747. T2E
Le Senigaille , Maréchal de France , peint par H.
Rigaud , & gravé par Sornique .
CHARLES - ALEXANDRE DE LORRAI
E , né le 12 Décembre 1712 , gravé par Pinſſio .
CLAUDE DE LA TREMOÏLLE , Duc de
Thouars, mort à Thouars le 25 Octobre 1604 , âgé
de 38 ans , peint par A. P. & gravé par Bafan.
JACQUES BONGARS , né à Orléans , mort
à Paris le 29 Juillet 1612 , âgé de 58 ans , deffiné
par J. Robert , & gravé par R. Gaillard.
GUY CRESCENT FAGON , Premier Médecin
du Roi , né à Paris le 11 Mai 1638 , mort le
11 Mars 1718 , peint par H. Rigaud , & gravé par
Ficquet.
PLANCHES ANATOMIQUES.
La foufcription des Planches Anatomiques eft
finie , & le fieur Gautier ne reçoit plus de Soufcripteurs
; ceux qui n'ont . point foufcrit payeront
l'ouvrage un tiers de plus , c'eft-à - dire 90 livres les
cinq dernieres planches , auxquelles le fieur Gautier
travaille , qui completteront la Myologie ;
elles contiennent toutes les extrêmités fupérieures
& inférieures de grandeur naturelle ; les tableaux
qu'il en a faits d'après la Diffection de M. Duverney
, font extrêmement bien deffinés & d'un
grand détail. Comme l'étude de ces parties eft indifpenfable
aux Chirurgiens d'armée , à cauſe des
fractures & bleffures, qui pour l'ordinaire arrivent
dans les bras cu dans les jambes , qui font les endroits
les plus expofés & les moins mortels, & que
l'on traite communément dans les Hôpitaux , plufieurs
perfonnes ont confeillé au fieur Gautier de
féparer cette partie du refte du corps de l'ouvrage
de la façon qu'il l'annonce maintenant au public ,
fçavoir , que ceux qui ont foufcrit les auront com
me on leur a promis , mais que les Chirurgiens où
II. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ftudians qui défirerout les avoir féparément,pour
ront foufcrire pour cette partie actuellement , en
donnant quinze livres avant la fin de l'ouvrage ,
mais s'ils attendent jufqu'au dernier Mai , tems
auquel elles feront diftribuées , ils les payeront
vingt & une livres . Le fieur Gautier demeure ruë
des Prêtres au coin de la ruë de l'Arbre ſec. ..
ཀྱིད 9: 0: ཡུ D
SPECTACLES.
ল
' Académie Royale de Muſique repré-
L fente toujours la Tragédie d'Atirles
Vendredis & les Dimanches. Le fuccès ne
s'eft pas encore démenti .
Le charmant Ballet de l'Europe Galante ,
qui obtient d'équitables applaudiffemens
les Mardis & les Jeudis , en a eu de nouveaux
le Mardi 19 Décembre , quand Mlle
Gondrée a chanté le rôle de la baffe- taille
dans l'Entrée Espagnole ; malgré la loüable
timidité que lui infpiroit le public ,
elle s'eft parfaitement acquitée de ce fingu
lier emploi , & les fuffrages nombreux fe
font déclarés par des battemens de mains
fréquens & redoublés.
Le Concert Spirituel , exécuté au Château
des Thuilleries a commencé le Dimanche
24 Décembre veille de Noël , par
Bonum eft , Motet à grand choeur de M.
Mondonville,une fuite de Noëls très bien
DECEMBRE. 1747.. 123.
exécutée , a précedé Confitebor , Motet à
grand choeur de M. de Lalande , & un
Concerto de M. Tartini joué avec fuccès
par M. Pagin , a précedé Venite Exultemus
de M. Mondonville. M. Jeliotte a chanté
& entendu les applaudiffemens qu'il a
coûtume d'entendre par-tout où il chante.
Le lendemain Lundi jour de Noël une
brillante fuite de Noëls a encore été exécutée
après Quare fremuerunt Gentes , Motet
à grand choeur de M. de -Lalande ; Cantate,
Domino , Motet à grand choeur du même
célebre Auteur a précedé le Concerto de
M. Pagin , & le Concert a fini par Dominus
Regnavit de M. Mondonville. Le tout a été
fort applaudi , ainfi que M. Jeliotte qui a
encore chanté.
Le début de M. Ribou à la Comédie
Françoife a continué avec le même fuccès.
Il a joué le rôle d'Orefte dans Electre ; celui
du Comte d'Effex , celui d'Edipe & celui
de Guftave ; les fuffrages ne fe font point
démentis . Mlle Lani jeune danſeuſe a
paru
avec diftinction dans differentes pièces.
On a remis fur le Théatre Italien trois
piéces d'un acte , Arlequin au Serail , le double
Deguisement & les Veuves Rivales . Nous
en avons parlé dans nos précédens Mercu
res ; repeter le nom de leur Auteur , c'eft
repeter leur éloge ; elles font de M. de
Sainte Foi. Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 4 Decembre on exécuta en
Concert chés la Reine le 4 & 5 actes de
l'Opéra de Tancrede.
Le Mardis les Comédiens François
jouerent la furpriſe de l'Amour & le Medeein
malgré lui.
Le Mercredi 6 les Comédiens Italiens
joüerent Arlequin Voleur.
Le Jeudi 7 les Comédiens François répréfenterent
la Tragédie de Mérope &
Impromptu de Campagne.
Le Samedi 9 on exécuta chés la Reine
le Prologue & le premier acte du bållet
des Fêtes Grecques & Romaines.
. Le Lundi 11 on exécuta le 2 & 3 actes
du même Ballet . Mlles . Mathieu , Sel &
Godonnefche , y chanterent les rôles ,
ainfi que Meffieurs Benoît & Poirier.
Le Mardi 12 les Comédiens François
répréfenterent le Joueur & l'Eté des Coquettes.
Le. Mercredi 13 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin voleur & le Diable boireux
.
Le Jeudi 14 les Comédiens François répréfenterent
le Comte d'Effex & la Sérenade
; M. Ribou Acteur nouveau joua le
rôle du Comte d'Effex.
Le Samedi 16 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & l'acte de la JaDECEMBRE.
1747. 125
Loufie du Ballet des Caracteres de l'Amour ,
de M. Blamont Sur - Intendant de la Mufique
de la Chambre du Roi . Miles Mathieu
, Sel & Godonnefche chanterent les
rôles du Prologue , Mlle Chevalier &
Mrs. le Page & le Clerc chanterent ceux
de l'acte. Après le Concert Mlle Metz ,
niéce de feu Mlle Antier chanta devant
la Reine le Monologue de l'acte du Sylphe
où elle fut fort applaudie.
par
Le Lundi 18 on exécuta en Concert
chés la Reine l'acte de l'Amour volage du
Ballet des Caractéres del'Amour , & une
Cantate de M. Dupuis , qui fut chantée
Mlle Sel ; après le Concert , Mlle Guédon
de Prefle , fille ( de M. Guédon de la Mufique
de la Chambre & Chapelle du Roi )
qui le préfente à la Mufique , débuta paɛ
une fcéne & un monologue de l'Opera de
Thetis Pelée , où elle fut fort applaudie.
Le Mardi 19 les Comédiens François
jouerent l'Ecole des Meres & les Précieufes
ridicules.
Le Mercredi 20 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin enfant ,ſtatue & perroquet.
Nous avons déja rendu compte des applaudiffemens
foutenus que la Comédie
du Méchant a reçus à la repriſe . Ce lecond
fuccès eft d'autant plus flateur pour
M. Greffet , que ces reprifes font la pierre
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
de touche du mérite d'une piéce ; il eſt
arrivé quelquefois que tel ouvrage qui auroit
eu le plus brillant fuccès s'il eut été
joué fans interruption , a langui parce
qu'on avoit interrompu les repréſentations.
Le public refroidi fur fa premiére impreffion
, examine alors avec une attention
plus raffife , & caffe ſouvent l'arrêt favorable
prononcé dans la chaleur du premier
enthoufiafme. C'eft cette révifion qui met
fenle le fceau à la reputation des excellens
ouvrages , au nombre defquels on peut
affûrer fans témérité que fera toujours
comptée la Comédie dont nous allons entretenir
nos lecteurs .
> Cleon , c'eft le nom du Méchant , eft un
homme fans principes & fans moeurs , occupé
des fuccès de fon efprit qu'il trouve
dans les travers des autres ; incapable ,
faute de fentiment , de goûter des plaifirs
qui appartiennent à fon coeur , il cherche
à s'en former dans le mal qu'il fait. L'envie
de briller , qu'il faut bien diftinguer
du défir de plaire , le projet toujours
foutenu.de nuire nul fentiment , nul
honneur , beaucoup de prétentions , tel eft
le caractére de Cleon , que fuivant le
grand art du Poëte Comique , M. G.
peint autant par fes difcours que par fes
actions. Il eft amoureux , c'eſt- à- dire , at-
,
DECEMBRE. 127 1747 .
..
taché pour le moment à Florife , femme ,
qui eft un compofé de foibleffes , de caprices
& de folie , & qui n'ayant point de
caractére a toujours pris celui de fes amans
Cleon qui eft fon oracle donne auffi le
ton à Geronte , frere de Florife , honnête
Gentil-homme retiré à fa campagne , qui a
des moeurs fimples , un coeur fenfible , un
caractére facile , qui le rendent le complaifant
de fa foeur & la dupe de Cleon .
Le frere & la foeur qui avoient jufques
là vêcu dans la plus grande union , ne font
pas trop bien enfemble , graces an manége
de Cleon , qui a trouvé l'art de maintenir
fon crédit auprès de tous les deux , en
les divifant. L'objet de la difcorde eft le
mariage de Chloé , fille de Florife , que
Geronte, de qui doit venir tout le bien , a
promis à Valere. Florile pouffée par Cleon
veut détourner ce mariage que défire Geronte.
Dès que ce dernier lui en parle , les
vapeurs lui prennent , & il n'a pas la force
de la contredire dès qu'il croit la voir malade.
C'est ce qui réfulte du premier acte ,
où l'Auteur expofe auffi que Valere &
Chloé qui ont été élevés enfemble , s'aimoient
beaucoup dans leur enfance , mais
Chloé craint & a raifon de craindre que
fon jeune amant jetté dans le grand monde
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
n'en ait pris les travers & ceux de fon âge,
& ne l'ait oubliée .
Si l'on veut fçavoir quel eft l'objet de
Cleon dans toute cette tracafferie , luimême
nous l'apprend au fecond acte dans
un entretien qu'il a avec Frontin fon valet
; il efpere, s'il rompt le mariage, ou que
Geronte affurera fon bien à Florile fa foeur,
auquel cas il fe refoudroit à l'époufer , ou
qu'il aura affés de crèdit fur Geronte pour
l'engager à lui donner Chloé , mais tous
ces projets fur le fuccès defquels il compte
peu , le flatent beaucoup moins que le plaifir
de brouiller toute cette maiſon : pour
y parvenit il a fait écrire par fon valet
Fronein quatre pages d'horreurs à la mere
d'Arifte fur Geronte & fa famille , . & le
même a écrità Geronte une lettre qui n'eft
pas plus flateufe pour Valere. Ces lettres
doivent arriver anonimement de Paris.
Cleon dans cette fcéne peint lui -même fon
caractére, lorfqu'il répond à fon valet , qui
lui repréfente qu'il fe fait detefter par
.tout.
Cela m'eft fort égal ; on me craint , on m'eftime ,
C'est tout ce que je veux , & je tiens pour maximė
Que la plate amitié dont on fait tant de cas ,
Ne vaut pas les plaifirs des gens qu'on n'aime pas.
DECEMBRE . 1747. 129
Etre cité , mêlé dans toutes les querelles ,
Les plaintes , les rapports , les hiftoires nouvelles ,
Etre craint à la fois & défiré partout ,
Voilà ma deftinée & mon unique goût.
Cependant en apprenant que Frontin
eft amoureux de Lifette fuivante de Florife
, Cleon commence à avoir quelque inquiétude
fur la confiance qu'il a eue en
lui . Il prend le parti de l'envoyer à Paris
pour quelque commiffion , afin que , fi
l'on découvroit que les lettres font de fon
écriture , il puiffe dire que c'étoit un coquin
qu'il avoit renvoyé . On verra que
cet artifice eft extrémement adroit , &
que M. G. en fait ufage en maître de
l'art .
Si les bornes de cet extrait nous le
permettoient
, nous tranfcririons l'excellente
fcéne qui fuit entre Cleon & Florife.Celuici
pour pouffer les chofes au dernier point,
propofe à Florife de plaider fon frere
fur les partages qui n'ont pas été bien reglés
, fûre que celui- ci cédera pour avoir la
paix , ou même de confulter pour le faire
interdire. Quoique Florife , qui au fond
aime fon frere , n'approuve aucun de ces
expediens, ils font propofés avec tant d'art,
& le crédit de Cleon fur elle cft fi grand ,
qu'elle n'en voit point toute la noirceur ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
même en la fentant affés pour s'y réfuſer.
Elle lui permet de dire à fon frere , comme
en confidence, qu'il a découvert qu'elle eſt
réfoluë à le plaider , & lui , pouffant la
chofe plus loin , écrit à fon Procureur au
fujet de l'interdiction , & Frontin eſt chargé
dede porter le paquet , c'eft dans cette
fcéne qu'eft une defcription de Paris , telle
que Moliere l'eut faite lui - même , s'il
avoit vêcu de nos jours , c'eft Cleon qui
parle.
Paris , il m'ennuye à la mort ,
Et je ne vous fais pas un fort grand facrifice ,
En m'éloignant d'un monde à qui je rends juftice.
Tout ce qu'on eft forcé d'y voir & d'endurer
Paffe bien l'agrément qu'on y peut rencontrer.
Trouver à chaque pas des gens infupportables ,
Des flateurs , des valets , des plaifans déteſtables ,
Des jeunes gens d'un ton , d'une ſtupidité ....
Des femmes d'un caprice & d'une fauſſeté . . .
Des prétendus efprits fouffrir la fuffiſance ,
Et la groffe gayeté de l'épaiffe opulence ,
Tant de petits talens.où je n'ai pas de foi ,
Des réputations , on ne fçait pas pourquoi ,
Des protegés fi bas , des protecteurs fi bêtes ; ...
Des ouvrages vantés qui n'ont ni pieds ni têtes ;
Faire des foupers fins où l'on périt d'ennui ;
Veiller par air , enfin ſe tuer pour autrui ,
DECEMBRE. 1747 # 31
9:
Franchement des plaifirs , des biens de cette forte
Nefont pas , quand j'y penfe, une chaîne bien forte,
Et pour vous parler vrai ; je trouve plus fenfé
Un homme fans projets dans fa terre fixé ,
Qui n'eft ni complaifant ni valet de perfonne ,
Que tous ces gens brillans qu'on mange & qu'on
friponne ,
Qui pour vivre à Paris avec l'air d'être heureux ,
Aufond n'y font pas moins ennuyés qu'ennuyeux.
Nous ne quittetons pas cette fcéne fans
parler du deffein que Cleon communique
à Florife d'écrire fes mémoires , & d'y
celebrer un nombre de femmes & d'homnies.
Si bien que de fix mois ils n'ofent fe montrer ;
Ce n'eft pas fur leurs moeurs que je veux que l'on
caufe ,
Un vice , un deshonneur , font affés peu de chofe,
Tout cela dans le monde eft oublié bien - tôt ,
Un ridicule reſte , & c'eft ce qu'il leur faur ;"
Qu'en dites - vous ? Cela peut faire un bruit d
diable ,
Une brochure unique , un ouvrage admirable ,
Bien ſcandaleux , bien bon ; le ſtyle n'y fait rien ,
Pourvu qu'il foit méchant, il fera toujours bien.
La converfation eft interrompue par
Frontin , & bien-tôt après on voit arriver
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Valere , qui a voulu voir Cleon en ſecret
avant que de paroître dans la maifon de
Geronte. Ce Valere eft un jeune homme
bien né , mais qui a pris par imitation tous
les travers des jeunes gens de fon âge . On
ne doit pas s'étonner qu'avec ces difpofitions
il fe foit attaché à Cleon , & l'ait pris
pour fon modéle & pour fon confeil ; c'eft
par les avis qu'il croit que ce feroit un ridicule
à -lui de fe marier , & c'eft pour lui
demander confeil fur les moyens de rompre
fon mariage , fans déplaire à fa mere , qu'il
a voulu le voir incognito avant que d'arriver
, Cleon lui confeille de fe conduire
de façon que l'oncle le détefte , & pour lui
en faciliter les moyens , il fait le portrait
de Geronte ; nous ne pouvons réfiſter à la
tentation de le rapporter ici.
Or notre 'oncle eft un fot qui croit avoir reçû
Toute fa part d'efprit en bon fens prétendu ;
De tout ufage antique amateur idolâtre ,
De toute nouveauté frondeur opiniâtre ,
Homme d'un autre fiécle , & ne fuivant en tout
Pour ton , qu'un vieux honneur , pour loi , que le
vieux goût ;
Cerveau des plus bornés , qui tenant pour maxime
Qu'un Seigneur de Paroiffe eft un être fublime ,
Vous entretient fans cefle avec ftupidité
De fon banc , de fes foins & de fa dignité.
DECEMBRE. 1747. 133
On n'imagine pas combien il ſe reſpecte ,
Yvre de fon château dont il est l'Architecte ,
De tout ce qu'il a fair fottement entêté ,
Poffedé du démon de la proprieté ,
Il reglera pour vous fon penchant ou ſa haine
Sur l'air dont vous prendrez tout fon petit do
maine ;
D'abord en arrivant il faut vous préparer
A le fuivre partout , tout voir , tout admirer ,
fon potager , fon bois , fon avenue ,
Son
parc ,
Il ne vous fera pas grace d'une laituë.
Valere foutient très- bien ce qu'il a promis.
à Clean , dans l'entrevue qu'il a avec
Geronte au troifiéme acte ; avant que de
voir ce dernier , il rencontre Arifte , ami
commun de Geronte & de fa mere , dont
le caractere fenfé & vertueux annoncé dès
le premier acte fait un parfait contrafte avec
celui de Cleon. Arifte qui s'intéreffe au
bonheur de Valere & de Chloé , & qui
a des foupçons fur la trahifon de Cleon ,
effaye envain de faire revenir Valere de la
prévention favorable ou il eft pour ce faux
ami. Quand Geronte arrive , il eft fort
étonné d'entendre ce jeune homme , qu'it
aimoit naturellement , tenir les difcours du
plus grand fat fçait- on ict , dit-il , les
dernieres nouvelles?
134 MERCURE DE FRANCE.
Julie a pris Damon , non qu'elle l'aime fort ,
Mais il avoit Phryné qu'elle hait à la mort.
Lifidor à la fin a quitté Doralife ;
Elle eft bien , mais ma foi , d'une horrible bêtife
Deja depuis long-tems cela devoit finir ,
Et le pauvre garçon n'y pouvoit plus tenir.
Il pourfuit far ce ton , & l'oncle déja
bien revenu de l'amitié qu'il avoit pour
lui , par tant d'impertinences , acheve de
perdre toute retenue , lorfque celui- ci pour
l'achever lui dit du mal de fa maiſon .
Cleon pendant toute cette fcéne encourage
Valere , & envenime l'efprit de Geronte
par des mots ménagés avec art. Enfin quand
Valere eft retiré arrive la lettre anonime ,
où celui- ci eft peint des plus noires couleurs.
Geronte préparé à tout croire par ce
qu'il vient d'entendre , prend le parti de
le renvoyer abfolument.
Cependant Valere n'eft pas bien für luimême
du parti qu'il veut prendre ; il s'eft
fenti attendri par les premieres amitiés
qu'il a reçues de Geronte ; la beauté de
Chloé de laquelle il avoit parlé fi légerement
, en difant.
Elle avoit de beaux
vince.
yeux pour des yeux de Pro
Cette beauté a repris fes droits naturels
fur fon coeur , & il en eſt bien mieux dif
DECEMBRE. 1747 135 ·
1747..
pofé à écouter les confeils que lui donne
Arifte au quatriéme acte ; fi l'on vouloir
choifir les beaux endroits de cette fcéne
il faudroit la rapporter toute entiere , nous
nous bornerons à ce trait feul , parce qu'il
peut s'ifoler plus facilement. C'eft Arifte
qui parle
De fi honteux fuccès ont-ils de quoi vous plaire ?
Du rôle de plaifant connoiffez la mifere ;
à bons mots ,
De ces hommes charmans , qui n'étoient que des
fots ;
J'ai rencontré fouvent de ces gens
Malgré tous les efforts de leur petite envie ,
Une froide Epigramme , une bouffonnerie .
A ce qui vaut mieux qu'eux n'o tera jamais rien ;
Et malgré leurs efforts le bien eft toujours bien .
Valere corrigé par Arifte , n'en eft pas
plus heureux ; il n'eft pas fi aifé de faire revenir
Geronte , & d'autant moins qu'à l'aide
de la lettre anonime , Cleon lui a mis
dans l'efprit des foupçons fur la droiture
d'Arifte même au fujet de ce mariage . Heureuſement
il y a des moyens préparés pour
démafquer le traître , nous avons négligé
d'en rendre compte , parce que ces détails
cuffent rendu l'extrait auffi long que la
piéce & que nous voulions nous attacher à
fuivre la peinture des caractérés. Liſette a
fait refter Frontin & l'a caché dans le Châ
teau ; Arifte qui foupçonne que les deux
136 MERCURE DE FRANCE.
perqualettres
écrites à Geronte & à la mere de
Valere font l'ouvrage de Cleon & écrites
par fon valet , engage Lifette à avoir de
l'écriture de Frontin pour vérifier le fair
& Lifette pour détromper Florife , lui
fuade de fe cacher & d'écouter une converfation
qu'elle a avec Cleon à la fin du
triéme acte . Celui-ci qui veut engager Lifette
à le fervir auprès de Chloé , lui parle
avec confiance fur la mere & lui en fait un
portrait tel , que Florile ne peut l'écouter
long - tems. Cette converfation & la verification
des lettres écrites par Frontin lui
font connoître toute la perfidie de Cleon ,
mais elle veut l'éloigner fans éclat ; il fait
auprès d'elle les inftances les plus tendres
pour obtenir fa grace , il tombe à fes genoux,
& lorfqu'il voit que c'eſt fans fuccès,
il fe releve en éclatant de rire .
Ma foi , dit- il , fi vous voulez
Que je vous parle auffi très - vrai , vous me
comblez.
Cette fituation eft vraiment comique ,
& tout à fait neuve . Le plus difficile eft de
défabufer Geronte , auprès duquel Cleon
a pris adroitement fes précautions , lui faifant
entendre que Valere pourroit bien
s'être fervi de la main de Frontin pour
écrire les lettres anonimes. Auffi n'eft-il
DECEMBRE. 1747. $ 39
nullement embarraffé lorſqu'on verifie devant
Geronte & lui , que les lettres font
écrites de la main de Frontin ; il dit fechement
qu'il l'á renvoyé le matin . On a vû
que cet artifice eft préparé dès le fecond
acte , & Geronte croit ne rien apprendre
que ce que Cleon lui a déja dit , mais lé
paquet que Cleon avoit donné à Frontin
pour porter à Paris ne laiffe plus aucune
incertitude. Florife s'en faifit lorfque Lifette
veut le donner à Cleon ; Geronte y
voit le projet qu'il formoit de le faire interdire
, il chaffe Cleon avec ignominie, &
confent au mariage de Valere & de Chloé.
En prodiguant les plus grands éloges à
cet ouvrage , nous ne dirions rien que le
public n'ait déja dit , & nous n'apprendrions
rien à perfonne ; les caracteres de
Cleon & d'Arifte , de Geronte & de Florife
font de la plus grande vérité. Ala force
de ces caracteres M.G. a joint une peinture
fidelle des moeurs de ce fiécle , ce qui doit
être auffi l'objet de la Comédie , & en rend
les reffources inépuifables , les ufages &
par conféquent les ridicules variant à chaque
génération , & peut-être plus fouvent.
Les hommes font toujours les mêmes quant
au fond , mais l'extérieur varie dans tous
les âges. Un Auteur qui veut plaire ent
même-tems à fon fiécle & à la postérité ,
>
138 MERCURE DE FRANCE.
doit étudier & peindre le fond de la Nature
tel qu'il eft chés tous les hommes &
dans tous les fiécles , & l'extérieur diftinctif
du tems où il travaille , c'eft l'union de
ces deux chofes qui rend l'ouvrage immortel.
Ainfi nous admirons encore les
Précieufes ridicules de Moliere , les Femmes
fçavantes & tant d'autres de fes pièces,
& la vérité de l'imitation nous frappe ,
quoique nous n'ayons plus devant les yeux
les modéles fur lefquels le Poëte a travail
lé cette conftance dans les fuccès d'ouvrages
qui ont d'abord été appréciés par la
comparaison que l'on faifoit de l'imitation
avec les modéles , ne peut venir que de ce
que le Poëte a non-feulement peint l'extérieur
propre à ces modéles , mais qu'il a
faifi les endroits par où cet extérieur tenoit
, s'il eft permis de parler ainfi , au
fond de caractére qui eft le même dans
tous les tems. C'eft ce qu'a fait M. G. Les
peintures qu'il a faites des moeurs de ce
fiécle paroîtront vraies dans tous les âges ,
même lorfqu'on aura abfolument changé
de façon de vivre. Au refte ce n'eft pas la
peine de dire que cette pièce eft admirablement
écrite , on s'y attend affés fur le
nom de l'Auteur, & M.G.eft fi accoûtumé à
cet éloge qu'il ne doit pas en être flaté s
plufieurs vers de la piéce font déja paffés en
proverbes
DECEMBRE. 1747. 139
NOUVELLES ETRANGERES
SUEDE.
ON mande de Stockholm du 21 Novembre
que les Commiffaires chargés d'inftruire le
procès des quatre Sénateurs accufés , travaillent
avec beaucoup d'affiduité à l'examen des papiers
de ces Seigneurs. La Diette fe propoſe de faire
publier un détail circonftancié des affaires qui ont
fait l'objet de fes déliberations , & une expofition
des motifs des réfolutions qu'elle a prifes . Cette
affemblée a approuvé un plan pour l'établiſſement
d'une nouvelle Compagnie de Commerce qui négociera
dans les ports de la dominatiou Ottomane
, & qui commencera dans le mois d'Avril
de l'année prochaine à faire partir des navires
chargés de marchandifes du crû de ce Royaume
pour diverfes échelles du Levant. Des Corfaires
Anglois ayant enlevé depuis quelque tems plufieurs
bâtimens Suédois , fous prétexte qu'ils
avoient à bord des marchandifes de contrebande
Le Roi en a fait porter des plaintes à M. de Guydickens
Miniftre du Roi de la Grande Bretagne. Une
violente tempête qu'on a effuyée le is a fair
échouer un grand nombre de navires fur la côte ,
& le vaiffeau que la Compagnie des Indes a fait
conftruire cette année a été confidérablement endommagé.
M. Antoine- André de Stiernmans Sécretaire
des Archives , & M. Olivier d'Egmont,
qui a été pendant, vingt fix ans Conful de la Nation
Suédoile à Bordeaux , ont été nommés , le
premier Confeiller de la Chancellerie , & le fe
140 MERCURE DE FRANCE.
cond Confeiller du Confeil de Commerce . Sa
Majefté a difpofé de la charge de Juge Territorial
de la Jurifdiction de Tiuft dans le Gouvernement
de Colmar , en faveur du Baron de Cederhielm ,
& de celle d'Avocat Fifcal au Confeil Royal de
P'Amirauté en faveur de M. Etienne Adelcrants.
Elle a accordé des Brevets de Colonels aux Barons
de Kraflau & d'Anxarftierna.
On mande de Warfovie que les Heydamanis
ont recommencé à faire des courfes en Pologne ,
& qu'ils y commettentbeaucoup de défordre , particuliere
ment dans la Podolie.
Les lettres de Pétersbourg marquent que l'Imperatrice
de Ruffie a envoyé les marques de l'Or
dre de Sainte Catherine à la Princeffe épouse da
Prince Electoral de Saxe , & celles de l'Ordre de
Saint André au Prince Czartorinski Palatin de
Ruffie. On a fçu par les mêmes lettres qu'un coufier
arrivé de Conftantinople le premier Novembre
, y a été renvoyé avec des dépêches importantes.
Ces lettres ajoutent que le Comte de Barck
Envoyé Extraordinaire du Roi de Suéde auprès de
l'Imperatrice de Ruffie , fe prépare à partir de Péterfbourgpour
revenir en Suéde .
On mande de Pétersbourg , du 21 Novembre
que l'Imperatrice tint le 14 de ce mois un Confeil
d'Etat , à l'occafion de quelques dépêches qu'elle
avoit reçûes du Prince de Gallitzin fon Ambaffadeur
en Perfe. Le 16 cette Princeffe foupa chés la
Grande Ducheffe de Ruffie qui donna le 18 un
magnifique bal 11 vint le 14 de Vienne un courier
chargé de dépêches pour le Baron de Breit-
Iach Ambaffadeur de la Reine de Hongrie , lequel
alla far le champ les communiquer au Grand
Chancelier. Le courier qu'on attendoit depuis
long- tems de Hollande eft enfin arrivé. Il a apDECEMBRE
. 1747. 14
porté au Lord Hindford Ambaffadeur du Roi de
la Grande Bretagne , & à M. Zwart Envoyé Extraordinaire
des Etats Généraux des Provinces-
Unies les pleins pouvoirs pour figner le traité de
fubfide , moyennant lequel fa Majeſté Imperiale
devra fournir à ces deux Puiffances un Corps de
trente-cinq mille hommes. La même lettre por
te que les Miniftres s'affembleroient le 21 ou le
lendemain avec ceux de l'Imperatrice pour ter
miner cette affaire ; on expédiera enfuite les or
dres pour la marche de ces troupes qu'on affûre
devoir prendre leur route par la Lithuanie , par
la Pologne & par la partie de la Haute Silefie qui
eft reftée fous la domination de la Reine de Hongrie.
Les Venitiens fe propofant d'établir un commerce
direct avec la Ruffie , il eft entré dans le
port de Cronstadt un vaiffeau de trente fix canons
& de cent hommes d'équipage , qui a apporté de
Vénife plufieurs marchandiles. La grande diftance
des deux Nations , fait douter que ce commerce
puiffe procurer quelque avantage anx Sujets de la
République de Vénile. Il fait à Pétersbourg un
froid des plus rigoureux , & depuis long- tems on
n'en avoit éprouvé un pareil dans cette faifon .
Le jeune Comte de Beftuchef que ſa Majefté
Imperiale à nommé pour aller complimenter fa
Majefté Hongroite & le Grand Duc de Tofcane
fur la naiflance du dernier Archiduc , eft fur fon
départ pour Vienne.
Les nôces de Mademoiſelle Henrichow furent
célébrées le 15 à la Cour . Elle a obtenu une place
de Dame du Palais , & fa Majeſté Imperiale lui a
fait des préfens confidérables.
Le Comte de Leftocq doit avoir épouſé le 22
Mademoiſelle de Mengden , & l'on comptoit que
le mariage du jeune Comte de Romanzow & de
142 MERCURE DE FRANCE.
8
la fille du Prince de Gallitzin fe feroit le 24 du
même mois.
Les lettres de Stockholm portent que les divers
Committés des Etats du Royaume continuent
leurs déliberations avec affiduité , & que l'on
perfifte à croire que la Diette pourra fe féparer
dans le courant du mois prochain. Elle doit faire
publier un Réglement pour réprimer le luxe. Le
Prince Royal & la Princeffe fon épouſe qui s'étoient
rendus le 23 Novembre à Ulrichſdal , en
font revenus le 27. Conformement aux ordres du
Roi les Etudians de l'Univerfité d'Upfal ont prêté
le 17 ferment de fidélité au Prince Royal , & lui
ont rendu hommage en qualité de Prince Hérédi
taire & Succeffeur à la Couronne , M. Roſen Recteur
prononça à cette occafion un difcours , & il
y eut le foir dans la ville de grandes rejouiffances.
L'Univerfité de Lund s'eft acquittée du même devoir
que celle d'Upfal . Le Roi a difpofé de la
charge de Vice- Préfident du Parlement d'Abo en
faveur du Baron Etienne - Charles de Bielx , & de
deux places d'Affeffeurs du même Tribunal en faveur
de Meffieurs Rappe & d'Adlermarck. La
charge de Juge Territorial des Juriſdictions de
Selbo , de Daga , d'Aker & de Wefter Rekarn dans
la Sudermanie , a été donnée à M. Bilberg. M.
Péterfon a obtenu la place de Tréſorier de l'Univerfité
de Lund. Sa Majesté a nommé M Guillaume
Carplan Colonel . du Régiment de la Bothnie
Orientale , & M. Werner Detloff de Schwerin
Major du Régiment des Gardes à pied , & elle a
accordé une Compagnie dans le Régiment d'Artillerie
à M. Stalhammer.
Il a été décidé qu'on ne donneroit point de
privilége exclufif pour faire de l'eau - de -vie , &
chacun aura la permiffion d'en fabriquer en payant
DECEMBRE. 1747. 143
&
fix écus par an , fi l'on demeure dans une ville ,
trois feulement fi l'on habite à la campagne .
Outre cela le Gouvernement
levera une impofition
fur chaque tonneau de cette boiffon & l'on
compte que cet arrangement
produira beaucoup
plus que la Ferme qu'on avoit propofé d'éta
blir.
>
Le Négociant Springer qui a été arrêté au mois
de Février dernier comme criminel d'Etat , devoit
êrre jugé le 28 , mais il trouva le 27 le moyen de
s'évader de fa prifon . On a été informé le lendemain
qu'il s'étoit refugié chés M. de Guydickens
Envoyé du Roi de la Grande Bretagne. Sur
le refus que ce Miniftre a fait de le remettre au
Gouvernement , on a pofté une garde de cinquante
hommes devant la maiſon de cet Envoyé ,
& l'on en a fait occuper toutes les avenues par
trois cent cinquante autres. M. de Guydickens
s'eft déterminé à livrer le prifonnier , qui a été
réconduit en prifon fous une nombreuſe eſcorte.
Les Magiftrats de la Police ont défendu de faire
porter des flambeaux par les domeftiques pendant
la nuit dans les rues de cette ville .
On apprend de Coppenhague que M. Titley
Envoyé du Roi de la Grande Bretagne , a eu plufeurs
conférences avec les Miniftres du Roi de
Dannemarck , & qu'elles ont eu pour objet la propofition
faite depuis long- tems par fa Majefté Britannique
de prendre à fon fervice un Corps de
troupes Danoifes , mais qu'il paroît que le Roi de
Dannemarck perfifte dans la réfolution de ne point
accepter cette propofition , & d'obferver une parfaite
neutralité dans la guerre qui agite l'Europe.
La nouvelle Compagnie de Commerce établie à
Coppenhague tint le 9 de ce mois une affemblée
dans laquelle il a été réſolu de faire partir pour la
144 MERCURE DE FRANCE.
Méditerranée plufieurs navires , qui feront efcortés
par quelques vaiffeaux de guerre de fa Majefté
Danoife. Les lettres de Pétersbourg marquent que
dans une conférence que le Lord Hindford Ambaffadeur
du Roi de la Grande Bretagne , & M.
Zwart Envoyé Extraordina re & Plénipotentiaire
des Etats Généraux des Provinces Unies , eurent
le 22 du mois dernier avec le Comte de Beftuchef
Grand Chancelier de Ruffie , il avoit été réglé
que les trente-cinq mille Ruffiens , qui doivent
paffer au fervice de fa Majefté Britannique & de
la République de Hollande , commenceroient le
15 de ce mois à fortir de leurs quartiers pour mar
cher vers les frontieres de Lithuanie , & que l'Imperatrice
de Ruffie devoit envoyer inceffamment
des Lettres Réquifitoriales au Roi & à la Républi
que de Pologne , afin de demander le paffage pour
ces troupes. Ces lettres ajoutent que le 21 du
mois dernier les nôces de la fille du Prince de
Galitzin avoient été célébrées avec beaucoup de
magnificence.
>
Suivant les avis reçus de Vienne le Baron dé
Pollentz Maréchal de la Cour du Duc de Brunfwick
Wolfenbuttel eur audience de la Reine
de Hongrie , à laquelle il donna part de la mort
de la Ducheffe Douairiere de Brunfwick Wolfenbuttel
.
les La Reine de Hongrie a donné ordre que
Régimens d'Infanterie de François de Lorraine ,
de Wolfenbuttel & de Collowrath , fe tinffent
prêts à marcher en Italie .
Les nouvelles de Drefde portent que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe veut que même en tems
de paix , il y ait toujours fur pied dans fon Electorat
quarante mille hommes de troupes , en y coinprenant
les milices.
On
DECEMBRE. 1747. 145
On mande de Bonn que les Députés des Etats
de l'Electorat de Cologne fe font féparés , après
avoir réglé tout ce qui concerne les logemens &
les fubfiftances des troupes , pour lesquelles la
Reine de Hongrie a exigé des quartiers dans cet
Electorat,
ALLEMAGNE.
pormort
Es nouvelles de Vienne du 28 Novembre
L
tent qu'il arriva le 18 de , ce mois un courier
par lequel la Reine reçut la nouvelle de la
de la Ducheffe Douairiere de Brunſwick Wolfenbuttel
, & le 23 fa Majefté prit le deuil à cette
occafion . Le Comte de Haugwitz & M. Jordan
doivent fe rendre en Boheme pour régler les impofitions
que payeront les habitans de ce Royaume.
On a réfolu d'augmenter de douze Régimens
les troupes qui font dans les Pays-Bas , & de faire
marcher en Italie toutes celles dont on pourra
fe paffer dans les Etats héréditaires. Le Régiment
de Collowrath & celui du Vieux Wolfenbuttel
ont déja reçû ordre de prendre la route du Mila-
La Reine a établi une Commiflion pour
juger un differend furvenu entre quelques - uns
des Magiftrats de Temefwar. On mande de Conftantinople
que le 23 Octobre le Comte des Alleurs
Ambaffadeur du Roi de France auprès du
Grand Seigneur , eut fa premiere audience publique
du Grand Vifir , & que le lendemain il fut
admis à celle de fa Hauteffe. Suivant les mêmes
avis , quoique la Porte paroiffe ne prendre aucune
part à la révolution de Perfe , elle fait affembler
une nombreuſe armée dans les environs de Bagdad.
nez .
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Suivant les nouvelles de Vienne il fe tint le 30
du mois dernier en préfence de la Reine un Confeil
extraordinaire , auquel affifterent le Comte
d'Uhlefeldt , Grand Chancelier de la Cour , & le
Baron de Bartenftein Secretaire d'Etat ayant le
Département des Affaires Etrangeres , & dans lequel
le Comte de Kaunitz Ritfberg Miniftre Plénipotentiaire
de fa Majefté au Congrès d'Aix- la-
Chapelle a reçû fes inftructions . A l'iffuë d'un
autre Confeil qui s'eft tenu le 2 de ce mois , on a
fait patir plufieurs couriers pour diverfes Cours ,
Le courier que le Gouvernement avoit dépêché
à Londres en eft revenu . On attend dans peu lé
Comte de Befuchef , qui étoit Miniftre de l'Imperatrice
de Ruffie auprès du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , & qui vient réfider à Vienne
en la même qualité à la place de M. Lanczinsky.
Le bruit court qu'il eft chargé de régler avec les
Miniftres de fa Majesté les étapes pour les trentecinq
mille hommes de troupes Ruffiennes , qui
doivent traverser les Pays héréditaires pour fe
rendre aux Pays Bas , & l'on dit que la Reine enverra
inceffamment des Commiffaires en Hongrie,
en Moravie & en Boheme , afin de prendre provifionnellement
des mefures pour la fubfiftance de
ces troupes . La Reine a permis aux Etats des Pays
héréditaires de payer en argent ia moitié des trente
mille hommes de recrues & des huit mille che-'
vaux de remonte qu'ils font obligés de fournir ."
Ils donneront cent florins pour un Cavalier , foi-'
xante & cinq pour un fantaffin & quatre- vingt-fix
par cheval. Sa Majefté les a autorifés à faire enlever
de force tous les vagabonds , les mendians
& les gens fans aveu . Les fubfides que les Etats
des Pays héréditaires ont accordés ne fuffifant pas
aux dépenfes qu'exige l'entretien des armées ,on
9
DECEMBRE. 147 1747.
croit que la Reine demandera au Clergé
gratuit de deux millions de florins.
un don
Le Comte de Podewils Miniftre du Roi de
Pruffe a fouvent des conférences avec M. Serbel
loni Nonce du Pape. On prétend que le Roi de
Pruffe demande au Saint Siége l'approbation de
l'élection du Comte de Schaffgotfch en qualité
d'Evêque de Breſlau.
3
On écrit de Drefde que depuis le 23 du mois
dernier la Cour eft revenue de Hubertfbourg , &
que l'on a renoué les conférences avec les Miniftres
Etrangers , dont la plupart font chargés de
commiffions importantes , rélatives à la fituation
préfente des affaires de l'Europe . Le 27 M. de
Marteville chargé des affaires de la République
des Provinces-Unies , remit au Comte de Bruhĺ
Premier Miniftre une copie de la Réponse des
Etats Généraux aux dernieres Déclarations de Sa
Majefté Très Chrétienne , & le Comte de Bruhl
en ayant rendu compte au Roi , déclara le lende
main à M. de Marteville que fa Majeſté étoit fort
touchée des circonstances critiques dans lefquelles
fe trouvoient les Etats Généraux., & qu'elle fe feroit
un plaifir de contribuer , autant qu'il lui feroit
poffible , à leur procurer les moyens de fe concilier
avec la France . Le Comte de Gerfdorff doit
aller remplacer le Baron de Looff Envoyé Extraor
dinaire du Roi auprès de la Reine de Hongrie.Il a
été réfolu de fortifier la ville de Leipfick , & les
milices feront employées à ces travaux. Les Officiers
Saxons qui pendant la derniere campagne
ont fervi aux Pays- Bas en qualité de Volontaires
dans l'armée Françoiſe , font revenus dans cet
Electorat . Quoiqu'on annonce comme prochaine
la marche des troupes Ruffiennes , qui doivent
paſſer à la folde du Roi de la Grande Bretagne &
Gij
145 MERCURE DE FRANCE.
des Etats Généraux des Provinces -Unies , on n'a
point encore de nouvelles qu'il ait été fait de réquifition
pour leur paffage par la Pologne.
On a reçû avis que le Duc Charles Leopold de
Meckelbourg Schwerin étoit mort à Domitz le
28 du mois dernier. Ce Prince qui étant né le 26
Novembre 1679 , étoit âgé de foixante- huit ans
& deux jours , avoit époufé Catherine de Ruffie
fille du Czar Pierre I. & il en avoit eu une Princeffe
mariée au Prince Antoine Ulrich de Brunfwick
Beveren , laquelle a été Régente de Ruſſie ,
& qui eft morte il y a deux ans dans le Château
où l'Imperatrice de Ruffie l'avoit releguée. En
1679 il s'étoit élevé de grandes conteſtations entre
le Duc Charles Leopold de Meckelbourg &
la Nobleffe de fes Etats. Prétendant être lezé dans
fes droits par les décrets que l'Empereur Charles
VI. a donnés à cette occafion , il n'a jamais voulu
s'y foumettre , & il a reclamé conftamment l'autorité
des Conftitutions du Corps Germanique ,
& les prérogatives attachées aux anciennes Maifons
de l'Empire. La plupart des écrits qui ont
parû fur cette affaire , ont été rédigés par le Duc
Charles Léopold ou fous les yeux de ce Prince ,
qui étoit extrêmenrent verfé dans la Jurifprudence
d'Allemagne. Les griefs allégués contre lui
l'ayant fait priver du Gouvernement de ſes Etats ,
& le Duc Chrétien Louis fon frere ayant été
chargé de les adminiftrer , les chofes étoient demeurées
jufqu'à préfent dans cette fituation. Par
la mort du Duc Charles Léopold , le Duc Chrétien
Louis eft devenu Souverain du Duché de
Meckelbourg.
DECEMBRE . 1747. 149
O
ESPAGNE.
Napprend par les lettres de Madrid que le 25
du mois paffé , leurs Majeftés revinrent du
Château de l'Efcurial au Palais du Buen Retiro
avec Madame , époufe de l'Infant Don Philippe ,
& avec l'Infante Elizabeth Marie Louife . On
célébra le 24 l'Anniverfaire de la naiffance de la
Reine des Deux Siciles , qui eft entrée dans la
vingt- quatrième année de fon âge. Le Roi a don
né l'Abbaye de Saint Juft , dignité de l'Eglife
Cathédrale d'Aftorga , à Don Nicolas de Silva ,
Grand Chapelain du Monaftére Royal de l'incarnation
, & l'Abbaye de Ste Marthe de Tara à Don'
André de Bustamante Chapelain d'honneur de fa
Majefté , & Curé de l'Eglife Paroiffiale du Palais .
Don Antoine de Pina Adminiftrateur Général des
Fermes du Royaume de Galice , a été nommé Miniftre
honoraire de la Chambre des Comptes , Il
fut chanté le 26 fuivant l'ufage dans le Collége
Impérial une Meffe folemnelle de Requiem pous
le repos des ames des Officiers & des foldats morts
pendant cette année au fervice de la Couronne ;
le Sermon fut prononcé par le Pere Manuel Munoz
de la Compagnie de Jefus , & tous les Grands
affifterent à cette cérémonie , dont le Comte de
Siruela fit les honneurs au nom de fa Majesté .
L'Intendant de Marine de Santander a donné
avis au Roi que le 17 l'Armateur Don François
Graciet y étoit arrivé avec la corvette Angloife
l'Expédition chargée de deux mille deux cent
quintaux de morue , laquelle retournoit de Terreneuve
en Angleterre , & dont cet Armateur s'eft
emparé entre le quarante- huitiéme & le quaranteneuvième
degré de Latitude Septentrionale.
Gijj
150 MERCURE DE FRANCE.
On a appris de Lisbonne que Dona Marie Anne
Anaclete Guiomar de Carvalho Fonfeca épouse
de Don Antoine de Lancaftre , étoit accouchée
d'une fille , & que Dona Marie de Figueroa Adminiftratrice
des Commanderies de Sainte Marie
de Bragance , de Saint Barthelemi de Rabal , de
Notre-Dame de Deilam , de Saint Laurent de
Petiqueira , & de Saint Jean de Rio d'Onor dans
l'Ordre de Chrift , & veuve de Don Sebaſtien de
Veiga Cabral Metre-de- Camp Général des armées
du Roi de Portugal , & Gouverneur des
Armes de la Province de Tras- los- Montes , étoit
morte depuis peu à Bragance âgée de quatre ving
quatre ans.
L
GRANDE BRETAGNE.
Es nouvelles de Londres du premier Décembre
portent que M. de Ringwich , Miniftre du
Roi de Suede eut le 29 du mois dernier fon audience
de congé du Roi , étant préſenté par le
Comte de Cheſterfield , Secretaire d'Etat , & con
duit par le Chevalier Clément Cotterel , Maître
des Cérémonies. Le 30 du même mois l'Anniverfaire
de la naiffance de la Princeffe de Galles , qui
eft entrée dans la 29 année de fon âge , fut célebré
en la maniere accoûtumée , & cette Princeffe reçut
les complimens de la principale Nobleffe. La
Chambre des Communes préfenta le 29 au Roi
fon Adreffe de remerciment, laquelle porte , que
» c'eft avec la plas fenfible joye que la Chambre
félicite fa Majefté fur les importans fuccès dont
ila plû au Tout- Puiffant de benir les armes du
" Roi fur mer ; que de rels avantages , non -feule-
"ment relevent au plus haut degré l'honneur de
la Nation Britannique , mais encore affermiflent
DECEMBRE . 1747. 151
دو
» de plus en plus le Gouvernement de ſa Majefté ,
& affûrent la profpérité du commerce de fes
Royaumes ; que la Chambre demande au Roi la
» permiſſion de lut témoigner la part qu'elle prend
» à l'heureux changement arrivé dans la Régence
» des Provinces Unies , & qui intéreffe un Prince
» fi étroitement allié à fa Majefté ; qu'on ne doit
point douter qu'il n'en réfulte un redoublement
» d'union entre la Grande Bretagne & la Hollan-
» de , d'autant plus que la fermeté de la Déclaration
faite dernierement à la Cour de France par
» les Etats Généraux , donne lieu d'efperer que ,
foit qu'on faffe la paix , ſoit que l'on continuë
» la guerre , ils concoureront avec zéle à toutes
les mefures qu'il conviendroit de prendre pour
les intérêts & pour la fûreté des deux Paiffan-
» ces ; que la Chambre reffent la plus parfaite reconnoiffance
de la bonté qu'a eu le Roi d'affûrer
fon Parlement , que non-feulement fa Majeſté a
» écouté les ouvertures qui lui ont été faites
50
pour
la pacification générale , mais encore qu'elle eft
difpofée à faire tous les efforts pour mettre une
prompte fin à la guerre , qui quoique jufte &
néceffaire , eft fort onéreuse à la Nation & ok-.
» cafionne de très- grandes dépenfes ; que fi coutre
l'attente & les fouhaits de la Grande Bretagne
, les ennemis infiftent fur des conditions injuftes
& non acceptables , & par là rendent inévitable
la continuation de la guerre , la Cham-
» bre ne négligera rien pour feconder fa Majefté ;
qu'afin de convaincre les ennemis des réfolutions
» du Parlement à cet égard , elle accordera au
» Roi des fubfides qui puiffent le mettre en état
de maintenir la Dignité de la Couronne ; que la
» Chambre prie en même- tems le Roi d'être perfuadé
qu'elle contribuera de tout fon pouvoir à
35
و د
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
33
rendre plus efficaces les loix déja établies pour
prévenir tout ce qui pourroit donner atteinte à
la Conftitution préfente du Gouvernement .
Le Roi a répondu à cette adreffe , Je vous remercie
de l'affection que vous témoignez pour ma Perſonne
, & de l'affrance que vous me donnez que vous
mefournirez tous les fecours néceſſaires pour foutenir
la guerre avec vigueur , s'il n'y a pas d'efperance de
conclure une paix folide & honorable. Le premier de
ce mois la Chambre a réfolu d'une voix unanime
d'accorder un fubfide à fa Majesté . Le Vicomte
de Gage ayant mis en queftion fi les Seigneurs
avoient droit de fe mêler des affaires concernant
les Elections des Membres de la Chambre des
Communes , il s'eft elevé à ce ſujet de grands débats.
On affûre que le Parlement demandera communication
des conditions aufquelles le Roi de
France confent d'accepter la paix . Le 2 le Duc de
Cumberland a du vifiter le vaiffeau de guerre le
Culloden , de foixante & quatorze canons , qui
vient d'être conftruit à Gravefend. Le 24 du mois
dernier le Contre - Amiral Rofcawen paffa à la hau..
teur de Falmouth avee fon efcadre & les navires
Marchands aufquels elle fert d'eſcorte , & le
vent ayant tourné au Sud Eft , on ne doute point
que cette flote-ne foit fortie de la Manche. Depuis
le départ de l'efcadre commandée par M. de Moyl
ting , on a été informé qu'elle va à la rencontre
de M. de la Bourdonnais , qui revient , des Indes
Orientales avec le butin qu'il a fait à Madraff & au
Fort de Saint Georges . L'Amiral Warren doit faire
voile inceffamment avec onze vaiffeaux de guerre
, & il arborera fon pavillon à bord de l'Invinci
ble. Avant que de s'embarquer il devoit préfider
au Confeil de guerre le S de ce mois pour juger le
Capitaine Fox , ci - devant Commandant le vaiffeau
DECEMBRE . 1747 .
153
le Kent. Tous les Officiers de l'efcadre du Contre-
Amiral Hawke ont ordre d'affifter à ce Confeil.
On dit que le nombre des matelots de la flotte du
Roi fera augmenté jufqu'à quarante cinq mille.
Vingt bâtimens de tranfport arriverent le 25 du
mois dernier de Fleffingue à Gravefend. Ils avoient
à bord cinq Régimens d'Infanterie , qui ont été
nis en quartiers dans les Comtés de Kent & d'Effex.
Plufieurs Officiers des troupes Angloifes , qui
font reftées en Hollande , font revenus pour faire
recrue. On a appris que les Etats Généraux des
Provinces Unies avoient recommandé très expreffément
aux Magiftrats des lieux dans lesquels ces
troupes ont été réparties , de leur faire fournir des
vivres à un prix raifonnable , & qu'ils étoient convenus
avec le Général Hufque que la farine & la
viande , deſtinées pour leur fubfiftance , feroient
affranchies de tout impôt. Le Gouvernement fait
préparer à Woolwich un train d'artillerie , qui doit
être tranfporté en Hollande . Les lettres de Whitby
dans la Province d'Yorck marquent qu'on
avoit augmenté confidérablement les fortifications
de cette Place , & qu'on avoit élevé plufieurs batteries
pour défendre l'entrée du Port. Il y a des
ordres expédiés pour renforcer la garnifon de
Sheerneff & celle du Fort de Tilbury . Les fouf
criptions pour les fix millions fterlings d'Annuités
qu'on le propofe de créer , font entierement remplies
. On prétend que le payement des intérêts de
ces Annuités fera affigné fur un nouveau droit
qu'on établira fur quelques boiffons. Le Roi a :
nommé le Contre -Amiral Hawkе Chevalier de
l'Ordre du Bain , & fa Majefté doit faire préfent
à cet Officier d'uneCroix de cet Ordre , enrichie de
diamans. Selon les apparences le Duc de Cumber.
land retournera à la Haye à la fin de ce mois .
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
fout à quatre-vingt-dix-neuf, trois quarts ; celles de
la Banque à cent vingt & un ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent foixante & deux,
& les Annuités à quatre-vingt-quinze.
Le 4 la Chambre des Communes réfolut d'accorder
au Roi quarante mille matelots pour le fervice
de l'année prochaine , fur le pied de quatre
livres fterlings par mois pour chaque homme , en
y comprenant les Officiers & les dépenses de l'artillerie
de la Marine. Cette Chambre a préfenté
uneAdreffe à fa Majefté pour la fupplier de lui faire
remettre les Etats des dépenfes pour les forces de
terre & de mer.
Les vents contraires ont obligé le Chef d'Ef
cade Moyfting à relâcher une feconde fois à Plymouth
, & l'on craint que le Contre-Amiral Bofcawen
ne foit dans la néceffité de prendre le même
parti. Suivant les nouvelles d'Irlande le vaiffeau
de guerre le Scarborough y arriva de la nouvelle
Yorck le 27 du mois dernier , ayant à bord plus
de cent mille livres fterlings. L'époufe & les enfans
de l'Amiral Warren font revenus d'Amérique
fur ce bâtiment . Les Directeurs de la Compagnie
des Indes Orientales ont reçû avis que les navires
le Lapwing & le Montfort , qui viennent de Bengale
& en dernier lieu de Lisbonne, étoient arrivés
le 25 du mois dernier à Spithéad fous le convoi
du vaiffeau de guerre le Redford. On a été informé
par les équipages de ces bâtimens qu'à leur dé--
part du Cap de Bonne Efpérance ils y avoient laiffé
les navires le Salisbury , le Marlborough & la
Britannia , qui devoient remettre inceffamment à
la voile pour fe rendre en Europe . Les mêmes
équipages ont rapporté que le Gouverneur du Fort
de Saint David étoit mort depuis quelque tems , &
DECEMBRE ISS 1747.
que le Chef d'Efcadre Griffin étoit à la Rade de ce
fort avec neuf vaiffeaux de guerre , fans avoir pu
encore former aucune entreprife contre Pondichery.
Pendant que le navire le Montfort étoit à la
hauteur de Saint Paul de Longo fur la côte d'Afrique
, il a eu pendant cinq heures la chaffe de
M. de la Bourdonnais , qui y étoit avec un vaiffeau
de guerre de foixante canons , un de cinquantequatre,
un de quarante , & deux de vingt , & il s'eft
échappé à la faveur d'un brouillard .
Le 13 l'Archevêque de Cantorbery , après
avoir prêtéferment avec les formalités accoûtumées
, prit féance dans la Chambre des Pairs.
Les Seigneurs reçurent le même jour diverfes Réquêtes
d'appel. Le 6 de ce mois la Chambre des
Communes réfolut de continuer les droits fur les
boiffons fortes depuis le 23 Juin 1748 jusqu'à pareil
jour de l'année fuivante. Elle fit le 8 la premiere
lecture du Bill à ce fujet , & enfuite elle ac-
Corda au Roi deux cent huit mille huit cent fept
livres fteilings pour les dépenfes ordinaires de la
Marine pendant l'année prochaine , y compris la)
demi paye des Officiers ; dix mille pour l'entretien
de l'Hôpital de Greenwich , une pareille"
fomme pour l'Hôpital de Gofport ; quatre - vingtonze
mille quatre cent quatre- vingt - feize pour le
Fret des batimens de tranfport ; quatre cent trenteneufmille
trente-fept pour leur approvifionnement
; un million de livres fterlings pour acquitter
une partie des dettes de la Marine ; cent fix mille
vingt & une livre fterlings pour remplacer dans le
fond d'ainortiffement les fommes qu'on en a tirés
; vingt-neuf mille fept cent foixante & cinq
pour les non- valeurs des nouveaux droits établis
fur les vins ; trois cenr quarante - deux mille foixante
& quatre pour la dépenfe du Bureau de l'ar-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
tillerie employée au fervice de terre , & cent cinquante-
neufmille pour les autres dépenses extraor
dinaires de ce Bureau , aufquelles le Parlement
n'avoit point pourvu . Ces réfolutions furent approuvées
le 11 , & la Chambre , s'étant affeinblée
en grand Committé , regla que le nombre des
troupes pour le fervice de terre de l'année 1748
feroit de quarante- neuf mille neufcent trente - neuf
hommes , en y comprenant dix - huit cent quinze
Invalides , & qu'on affigneroit douze cent foixante-
fept mille trois cent foixante- treize livres fterlings
pour l'entretien de ces troupes , & trentecinq
mille pour les garnifons de Gibraltar , de
Port-Mahon & des Colonies , ainfi que pour les
munitions d'Annapolis Royale , de Plaifance , de
Ruatan , du Cap Breton & de la nouvelle Georgie .
Dans la mêine féance il fut décidé que l'on contimueroit
les onze mille cinq cent cinquante hommes
de troupes de Marine , & qu'on employeroit
cent quatre- vingt - feize mille quatre- vingt- neuf
livres sterlings pour leur entretien . Le lendemain
la Chambre ordonna qu'il feroit remis devant elle
un Etat des grains , qui ont été tranfportés hors
de la Grande Bretagne depuis le 29 Septembre
1744 jufqu'à pareil jour de cette année . Il fut pié.
fenté à la Chambre de la part des débiteurs infolvables
, renfermés dans les differentes prifons du
Royaume , une Requête par laquelle ils expofent
leur extrême mifère , & demandent du foulagement.
La Chambre entendit le 11 plufieurs ré
moins au fujet de l'Election des deux Membres
du Parlement pour la ville & pour le Port de Milburn
, & elle prononça que Meffieurs Thomas
Madlycot & Charles Churchill avoient été élus
felon les loix . Elle délibera enfuite en grand Committé
fur les fubfides qu'elle doit encore accorder
DECEMBRE . 1747. 157
au Roi , & après avoir fait quelque progrès dans
cette affaire , elle la renvova à un plus ample exa
men. Le Lord Delawar a obtenu le Gouvernement
du Fort de Tilbury , qu'avoit le feu Lieutenant
Général Williamfon. Les quatre Régimens
d'Infanterie , qui é: oient vacans , ont été donnés
par le Roi aux Comtes de Panmure & d'Ancram
& à Meffieurs Bockland & Lieghton . La tempête
du 12 de ce mois a caufé de très-grands dommages.
fur les côtes de ce Royaume. Les vaifleaux de
guerre le Sterling Castle , le Bedfort & le Chatham,
qui ont efcorté de Spithéad à Douvres les navires
de la Compagnie des Indes Orientales le Montfort
& le Lapwing, ont couru rifque de périr . On a
reçu avis que le navire la Nymphe , une des riches
prifes faites par le Corfaire la Famille Royale , a
fait naufrage dans les environs de Suffex , & il ne
s'eft fauve perfonne de l'équipage . Le navire le
Polanen , appartenant à la Compagnie des Indes
Orientales établie en Hollande , a été auffi en fort
grand danger , mais le Corfaire le Duc de Cumberland
l'ayant heureufement rencontré , l'a aidé,
à gagner le Port de Melfort. L'efcadre comman
dée par l'Amiral Bofcawen , & la flotte qui eft .
fous fon convoi , ont été difperfées par la même
tempête à cinquante lieues du Cap Lezard , & l'on
n'eft point informé fi elles ont continué leur route
. Le vaiffeau de guerre le Hampshire a conduit
le 8 à Plymouth le Corfaire François l'Heureux ,
de feize canons & de cent feize hommes d'équi
page . Les ennemis de leur côté ont fait plufieurs
. prifes , entre lefquelles on compte le navire le
Dauphin , qui rapportoit de la Jamaïque une charge
trés confidérable . Le Confeil de guerre , étatabli
pour examiner la conduite du Capitaine Fox ,
tint le 6 fa premiere féance , & ce Capitaine , ayant
15S MERCURE DE FRANCE.
comparu devant fes Juges , repréfenta qu'on ne
pouvoit lui reprocher de s'être mal acquitté de
fon devoir dans le combat entre le Vice- Amiral
Hawke & M de l'Eftanduere , puifque dans cette
action il s'étoit rendu maître de deux vaiffeaux de
guerre ennemis. Les dernieres lettres d'Amerique
marquent que le 4 du mois d'Octobre dernier il y
avoit eu aux Ifles fous le Vent un violent ouragan
, dont la Colonie de Kitts & plufieurs autres
avoient été noyées , & qu'un grand nombre de
navires avoient été briſés fur les côtes . On affûre
que le Roi fe propoſe , fi la paix ne fe fait pas cet
hyver , de fe mettre l'année prochaine à la tête de
P'armée des Alliés dans les Pays- Bas , & que le
Prince Stathouder de la République des Provinces-
Unies & le Duc de Cumberland commanderont
fous les ordres de Sa Majefté. Le Régiment de
Drumlaring , que les Etats Généraux font lever en
Ecoffe , eft prefque complet , & il doit inceffamment
s'embarquer à Leith pour paffer en Hollande.
Le Gouvernement a ordonné de remettre en
liberté Meffieurs Thorold , Abernethy , Perfon
Cummins & Fitzgerald , qui étoient dans les prifons
de la Ville de Lancaftre pour avoir favorifé
les intérêts de la Maiſon de Stuard .
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent un ; celles de la Banque à cent vingt
celles de la Compagnie des Indes Orientales à
centfoixante & un, & les Annuités à quatre- vingtquatorze
, cinq huitiém es.
DECEMBRE. 1747 .
159
PROVINCES - UNIES.
S dernier les Etats de la Province de Middel-
Uivant les avis reçus de la Haye le 30 du mois
bourg prirent la réſolution de déclarer le Stathou .
dérat héréditaire dans la Maifon de Naffau Dieft
même en faveur de la ligne feminine. Il a été remis
aux Etats Généraux par le Comte de Sand
wych un Mémoire de la part du Roi de la Grande
Bretagne. Ce Miniftre a eu une conférence avec
quelques Députés de cette affemblée , ainfi que le
Général de Debroffe Envoyé Extraordinaire du -
Roi de Pologne Electeur de Saxe , & M. d'Ammon
Miniftre du Roi de Pruffe . Le Feldt - Maréchal
Comte de Naflau commandera pendant l'hyver
en Zelande. La charge de Grand Foreftier de
la Province d'Utrecht vacante par la mort du
Comte d'Athlone a été accordée par le Prince
Stathouder au Comte Henri de Naffau la Lecq .
M. Steeffens a été fait Colonel Commandant du
Régiment d'Artillerie du Lieutenant Général Glabeek
, & le Comte Maurice de Naffau Lieutenant
Colonel du Régiment de Maleprade a obtenu un
Brevet de Colonel . Le Prince Stathouder a difpofé
de la Lieutenance Colonelle du nouveau Régiment
du Baron d'Imhoff en faveur de M. Herié
de Vaillant. Ce Prince a conferé à M. Corneille
Ten-Hove la charge de Greffier des Fiefs de la
Province de Hollande. On doit ajouter quatre
nouvelles Compagnies au Corps d'artillerie ."
"
Frederic Guillaume de Rheede , Comte d'Ahlone
, Seigneur d'Elft , de Middagten , d'Amerongue
& de Guinckel , mourut à Arnhem le 24
du mois dernier dans la trente-huitième année de
fon âge.
160 MERCURE DE FRANCE.
On écrit de la Haye du 16 qu'il y eſt arrivé
des Députés de la Province d'Overiffel , pour préfenter
au Prince de Naffau le Diplôme , par lequel
cette Province a déclaré le Stathoudérat héréditaire
Les Députés de la Province de Hollande
& de Weftfrife fe font féparés le même jour. Le
Comte de Bentinck Seigneur de Rhoon & de Pendregt
, le Baron de Waffenaër Seigneur de Catwyck
, & M. Halfelaar Confeiller & Echevin de
la ville d'Amfterdam , lefquels ont été nommés,
Miniftres Plénipotentiaires de la République au
Congrès d'Aix -la- Chapelle , ont eu une conférence .
avec le Baron de Pieck , Seigneur de Brackel &
de Zoelen , Préſident de l'affemblée des Etats Généraux.
Le Comte de Sandwych Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de la Grande Bretagne ; M.
d'Ammon Miniftre du Roi de Pruffe , & le Baron
de Sporken Miniftre de fa Majefté Britannique ,
comme Electeur de Hanover , ont auffi conferé
avec quelques Deputés de la même affemblée.
Les Etats Généraux ont envoyé aux Colléges de
l'Amirauté un ordre de ne rien négliger pour protéger
le commerce des Sujets de l'Etat. En confé- :
quence on dit que le Vice, Amiral Schryver fera
inceffamment voile avec fix vaiffeaux de guerre ..
Toutes les troupes de la République , ainfi que
celles de la Grande Bretagne & de Hanover , doivent
être complettes avant le mois d'Avril ´Celles
de la Reine de Hongrie feront renforcées confidérablement
, & l'on fe flate du ſuccès des négociations
entamées pour engager quelques Princes ,
d'Allemagne à fournir des troupes , mais il court
un bruit que le Corps Helvétique ne confentira:
point de donner aux Etats Généraux les douze
mille hommes qu'ils lui ont demandés. Le Prince
Stathouder portera le deuil pendant fix femaines,
DECEMBRE. 1747. 161
pour la Ducheffe Doüairiere de Brunswick Wol
fenbuttel. Ce Prince a accordé un Brevet de Lieutenant
Colonel au Chevalier de Vial . Depuis
quelque tems le Prince Frederic de Heffe & le Gé.
néral Cromftrom font en cette ville. On y attendoit
le 25 le Feldt Maréchal Comte de Bathiany
& l'on perfifte à publier que le Duc de Cumberland
s'y rendra au commencement du mois prochain
. Le Comte de Flemming Miniftre du Roi
de Pologne Electeur de Saxe , auprès du Roi de
la Grande Bretagne eft arrivé de Drefde , & il fe
difpofe à retourner à Londres pour y reprendre
les fonctions de fon miniftére . Il y eut le 12 une
tempête des plus violentes , qui commença à trois
heures après midi , & qui dura juſqu'à onze heures
du foir. Elle a caufé de très- grands dommages
dans les Provinces de Hollande & d'Utrecht , furtout
à Amſterdam & dans les environs , & les lettres
de Texel marquent que plufieurs vaiffeaux
ont échoué fur les côtes. Le Comte de Colyar
Feldt Maréchal des armées de la République
Colonel d'un Régiment Ecoffois fur la Réparti
tion de la Province de Hollande , & ci- devant
Gouverneur de Namur , mourut à Maeftricht le
s âgé de quatre- vingt neuf ans . Chrétien Albert
Comte de Rechteren , Seigneur de Bourgueuningen
, Meinbre de l'Ordre de la Nobleffe de la
Province d'Over-Iffel , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie au fervice des Etats Généraux & Chambellan
du Grand Duc de Tofcane ; eft mort à
Zwol ley dans la trente feptiéme année de fon âge.
M. Coehoorn Lieutenant Colonel du Régiment
de la Riviere , & Commandant de Willeinftadt ,
eft mort en cette derniere ville.
...Les nouvelles d'Amfterdam du 22 portent
qu'on doit publier trois nouveaux Décrets des
161 MERCURE DE FRANCE.
·
Etats Généraux. Le premier porte que toutes perfonnes
de quelque condition qu'elles foient , qui
introduiront dans les terres de la domination de
la République des vins , des eaux -de- vie , & autres
denrées ou marchandifes du crû ou des fabriques
du Royaume de France , encoureront la
confifcation de ces denrées & de ces marchandi.
fes , & payeront une amende du quadruple de la -
valeur defdits effets ; que les vaiffeaux , barques ,
chariots , charettes & chevaux qui auront ſervi au
tranfport , feront confifqués , & que les maîtres
de navires & les voituriers aufquels ils appartiendront
, feront condamnés à cent florins d'amende
pour chaque piéce de vin ou d'eau-de vie , ain
que pour chaque ballot de marchandifes du poids
de cinq cent livres ; que fi les maîtres de navires ,
bateliers ou autres voituriers , n'ont pas affés de
biens pour pouvoir payer cette amende , ils fefont
punis de prifon ; que quand même ils pour
foient prouver que les denrées & les marchandi
Les prohibées ont été embarquées ou chargées à
leur infçu , ils n'en feront pas moins fujets à l'amende
, fauf à avoir leur recours contre ceux
qui auront fait le chargement à leur infçû ; que
les maîtres de navires & les voituriers qui auront
pris à bord de leurs vaiffeaux ou barques , ou fur
leurs voitures de terre , quelques barils , tonneaux ,
ballots ou caiffes , feront tenus d'en faire dans
les lieux où ils arriveront une déclaration exacte ,
fous peine de confifcation & de punition corporelle
; que les mêmes peines feront portées con
tre ceux qui introduiront en ce pays lefdites matchandifes
& denrées dans de doubles futailles on
de quelque autre maniere frauduleufe ; qu'aucun
bâtelier venant par mer où par des rivieres , ni
aucun voiturier ne pourra rien débarquer ni déDECEMBRE.
1747. 163
charger de nuit & à des heures indues , fous peine
d'une amende de fix cent florins & de confifcation
des vaiffeaux , chariots & chevaux , & qu'ils ne
feront point exemptés de l'amende , même en déclarant
fous ferment que la contravention s'eft
faite à leur infçu , à moins qu'ils ne donnent des
preuves évidentes qu'ils n'en ont point eu connoiffance
, auquel cas ils feront obligés de dénoncer
le coupable ; que les habitans des frontieres
des Etats de la République ayant fouvent introduit
dans les villes frontieres plufieurs marchandi-
Les de France cachées fous du bois , du foin ou de
la paille , les Etats Généraux , afin de prévenir cet
abus , déclarent qu'ils feront punir corporellement
ceux qui employeront de pareilles fraudes , & que
les contrevenans feront outre cela ſujets aux autres
peines énoncées ci- deffus ; qu'il eft enjoint aux
Chefs des Corps des bâteliers & autres voituriers
d'avertir des intentions de la République tous ceux
de leurs Communautés , & dès qu'ils s'appercevront
que quelqu'un aura enfraint le Réglement ,
d'en informer les Officiers refpectifs ainfi que
les
Magiftrats des villes ; que par le préfent Décret
les Coiléges de l'Amirauté font autorisés à faire
croifer des vaiffeaux Gardes Côtes dans tous les
endroits convenables pour empêcher la contrebande
; qu'on ordonne à l'Avocat Fifcal & au
Commis Général de chaque Collège de même
qu'aux Commis particuliers , de veiller attentivement
à Pobfervation dudit Décret , & d'arrêter
fans aucune diftinction toute marchandiſe ou
denrée prohibée , fous peine d'être privés de leurs
emplois , & d'encourir les punitions ftatuées contre
les marchands & voituriers qui fe trouveront en
contravention ; qu'on infligera même des peines
plus graves aux Commis particuliers qui, feront )
164 MERCURE DE FRANCE.
Convaincus d'avoir part , de quelque maniere que
ce foit , à l'introduction de ces inarchandiſes ou
denrées , & d'avoir reçu pour cet effet quelque
gratification ou préfent ; que pour engager à découvrir
les fraudes on accordera aux dénonciateurs
les deux tiers des amendes , & l'autre tiers
à l'Officier qui aura fait la faifie ; qu'en cas que les
dénonciateurs ayent été complices de la contravention
, ils feront exempts de l'amende qu'ils
auroient encouruë , pourvû néanmoins qu'ils ayent
fait leur déclaration avant que l'Officier fe foit
tranfporté fur les vaiffeaux ou aux endroits dans
lefquels on aura conduit ou caché les effets dénoncés
; que les perfonnes prépolées pour faifir les
marchandifes de contrebande , ne pouiront à cet
égard faire aucun accord avec les Parties intéreſfees
, mais qu'elles feront tenues de porter l'affaire
devant les juges aufquels la connoiffance en appartient
, & que fi elles ne fe conforment pas à ce
Réglement , elles feront privées fur le champ de
leurs charges , & condamnées aux mêmes anien-"
des que les contrebandiers qu'elles auront favorifés
; que les Etats Généraux veulent que tous les
effets de contrebande qui feront confifqués , foient
détruits ou brûlés en préfence du Juge qui aura
déclaré la faifie valable , qu'aucun Tribunal ou
Jage , fous quelque prétexte que ce foit , ne pourra
s'éloigner du véritable fens des differens atticles
du préfent Décret , ni en changer en aucune
maniere les difpofitions , bien loin de pouvoir s'attribuer
le droit de juger fur l'équité de ce qui y eft
établi , ou de l'interprêter & de le commenter.
Il est défendu par le fecond Décret à tous Sujets
de la République de permettre qu'on employe
leurs barques ou bâteaux pour tranſporter des
effets , denrées on marchandifes pour le compte
DECEMBRE . 1747. 165
des François ou appartenans au Roi de France ,
fous peine de confifcation & d'une amende de
cent forins , laquelle amende ne pourra néanmoins
excéder le triple de la valeur du fret , & que cette
amende fera payée par les propriétaires des barques
ou bâteaux , pour chaque fois que lesdits
bâtimens auront été employés aufdits tranfporrs ,
foit que ces bâtimens ayent été furpris en contra◄
vention , foit qu'on puiffe dans la fuite convaincre
les propriétaires d'avoir prêté leurs vaiffeaux pour
la contrebande ; que les maîtres de navires , Capitaines
ou Pilotes , qui après avoir été informés
de la teneur du Décret , permettront qu'on embarque
à bord de leurs vaiffeaux quelques effets
appartenans au Roi de France ou à fes fujets ,
payeront une amende de mille florins pour la pre
miere fois , une de trois mille pour la feconde , &
feront punis corporellement en cas d'une troifiéme
récidive. Le troifiéme Décret contient une défenſe
de faire à l'avenir aucune affûrance , foit en tout
ou en partie , fur aucuns va fleaux , effets ou marchandifes
, appartenans aux fujets de Sa Majefté
Très-Chrétienne, ni d'inviter qui que ce puifle être,
foit par commiffion ou autrement , à faire de pareilles
aflûrançes , fous peine de nullité de toute
convention qui fe conclura à cet égard après la
publication du préfent Décret , & en même tems
fous peine d'une amende du triple de la valeur de
ce qui aura été affûré , ou de ce qu'on aura propofé
d'affûrer , également payable par ceux qui
auront fait ou demandé des affûrances , ou qui
auront paffé quelque contrat qui y fera rélatif. ´II
eſt ajouté à la fin de ce Décret que fi l'une des
Parties contractantes venoit à dénoncer celle avec
laquelle elle auroit contracté , de maniere que celleci
puiffe être convaincuë , la premiere fera en ce
cas exemptée de l'amende.
166 MERCURE DE FRANCE.
Suivant les avis reçus de Nimegue la Bourgeoi
fie y a préſenté aux Magiftrats une Requête , par
laquelle elle a demandé non-feulement que l'hérédité
du Stathoudétat fut établie fans aucune reftriction
en faveur des defcendans mâles & femelles
du Prince de Naffau , mais encore qu'on remîr
à ce Prince la difpofition de tout ce qui concernera
la Régence de la ville , ainfi que des changemens
qu'il jugera à propos d'y faire. Les Magiftrats
ayant délibéré fur cette Requête , ont pris
d'une voix unanime une réfolution en conformité;
& l'on eft convenu d'envoyer une députation
à la Haye pour en informer le Prince de Naffau.
La ville de Thyel a pris une pareille téſolution .
Le Prince de Naffau a établi un Confeil de
guerre compofé du Lieutenant Général Kinſchot
qui en fera le Préfident , du Comte de Naffau
Beverwerth , de Meffieurs Stuart , Falaiſeau , de
Biron , de Biddelberck , du Comte de Rechteren ,
& de Meffieurs Graham & Vander Duffen. Les
Députés que la ville de Nimégue a envoyés à la
Haye pour donner part à ce Prince de la réfolu
tion qu'elle a prife au fujet de l'hérédité du Stathoudérat
ont été admis à ſon audience. Les Colléges
de l'Amirauté diftribuent des Lettres de Marque
aux Armateurs qui demandent de faire la
courfe contre les vaiffeaux François , & divers
Corfaires fe difpofent à fe mettre en mer. Le
Vice-Amiral Schryver eft prêt à faire voile avec
l'efcadre qui eft fous fes ordres. On a appris par
les lettres de Zelande que les vaiffeaux de guerre
Hollandois & Anglois , qui font fur les côtes de
cette Province , ont été fort maltraités par leurs
agrés par la tempête du 12 de ce mois , mais
qu'aucun n'a fait naufrage. Le Yacht des Etats de
la Province , fur lequel le Baron de Borſelen s'éDECEMBRE.
1747 . 167
roit embarqué avec quelques autres Députés , afin
d'apporter au Prince de Naflau l'acte par lequel
la Province a déclaré le Stathoudérat héréditaire ,
a échoué dans les environs de Zirickzée . Toutes
les perfonnes qui étoient à bord ont eu le bonheur
de fe fauver. Il n'en a pas été de même du Yacht
de la Compagnie des Indes Orientales qui s'eft
brifé contre la côte , & dont prefque tout l'équi
= page a péri. On efpére de remettre à flot le premier
de ces deux bâtimens . Il eft arrivé deux
vaiffeaux de la Compagnie des Indes Orientales ,
le premier pour le compte de la Chambre d'Amfterdam
, le fecond appartient à la Chambre de
Zélande, Ces navires qui font partis de Batavia
au mois d'Avril dernier , font chargés de vingtquatre
mille fix cent foixante - dix -fept piéces de
toile de coton , de cent vingt mille cent trente - fix
livres de poivre brun ; de deux cent foixante-cinq
mille foixante & feize de Tutenague ; de vingt
mille huit cent cinquante-trois de gingembre ;
de douze cent de benjoin ; de quatre mille de
5 gómme lac de Siam ; de mille d'alun blanc de la
Chine de deux mille d'anis à queue ; de huit
cent d'indigo de Java ; de cent de Reaal Lapis
béfoar ; de huit cent mille deux cent trente-deux
de caffe ; de vingt -deux mille quarante -fept de fil
de coton de Suratte , & de plufieurs livres d'ambre
gris . Les huit mille hommes deſtinés à la garde
de l'ile de Ter Goez ont été partagés en plufieurs
Corps , & poftés le long des côtes pour les garantir
de toute entrepriſe de la part des ennemis. Les
Etats Géneraux ont accordé à M. Théodore Marie
de Lilliers la permiffion de lever un Régiment au
fervice de la République , & le bruit court qu'on
ne recevra que des Gentilshommes pour Officiers
dans ce Régiment. Dans l'une des dernieres con
;
168 MERCURE DE FRANCE.
•
férences que M. d'Ammon a eues avec le Comte
de Bentinck Préfident de l'affemblée des Etats
Généraux , ce Miniftre a demandé que les Etats
Généraux donnaffent des ordres pour que les vailfeaux
des Sujets de la Majeſté Pruffienne pe ful
fent inquiétés d'aucune maniere fons prétexte de
wifite ou fous tout autre , de quelque nature qu'il
puifle être, par les Sujets de la République , & pour
que les vaiffeaux puiffent naviger librement
moyennant la fimple exhibition des Paſſeports &
connoillemens que les loix de la navigation autorifent
les Capitaines de vaiffeaux & les Armateurs
à fe faire montrer.
Le 19 de ce mois le Comte de Sandwych , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi de la Grande Bretagne
, remit au même Préfident un Mémoire de la
part de fa Majefté Britannique . Quelques jours
auparavant M. Preys , Envoyé Exraordinaire da
Roi de Suéde , eut une conférence avec le Comte
de Bentinck . Les Députés des Etats de Hollande &
de Weftfrife ont repris le 20 leurs délibérations . Le
Confeil d'Etat préfentera inceffamment à l'affemblée
des Etats Généraux l'état de la guerre pour
l'année 1748.
ON
ITALIE.
N apprend par les nouvelles de Naples que
toutes les fêtes que la Ville a données à l'occafion
de la naiffance du Duc de Calabre , ont été
d'une extrême magnificence , & qu'elles fe font
paffées avec le plus grand ordre. Les Galeres du
Roi font revenues des Ports de l'Etat degli prefidii ,
d'où elles ont ramené les Régimens qui y étoient
en garniſon & qui ont été relevés par d'autres troupes.
Un convoi de trente bâtimens a mis dernierement
DECEMBRE, 1747. 169
ment à la voile , pour porter à Génes des vivres de
differentes efpeces . Il y eut les de Novembre une
Violente tempête, accompagnée d'une fi forte pluye
qu'un grand nombre d'animaux ont été noyés
dans la campagne . Le tonnerre eft tombé fur plufieurs
édifices,& y a caufé des dommages très-confidérables
. On attend inceffamment le Duc de
Medina Coeli , Ambafladéur Extraordinaire de fa
Majefté Catholique . Le Cardinal Cofcia eft dan
gereufement malade en cette ville , & les lettres de
Rome marquent que le Cardinal Alberoni eft auf
dans un état qui fait craindre pour les jours.
S
DE TURIN le 25 Novembre.
Uivant les nouvelles de l'armée combinée de
France & d'Efpagne les troupes de cette armée
, qui étoient campées dans les environs de
Vintimille & le long de la Roya ,' fe font mifes en
marche vers Nice , & l'on compte-qu'il ne reftera
dans le Comté de ce nom que trente bataillons , la
plupart Efpagnols , prefque toutes les troupes Françoifes
devant aller prendre des cantonnemens dans
la Provence entre le Var & l'Argens . Celles du
Roi de Sardaigne fe difpofent aufli à entrer bientôt
dans leurs quartiers d'hyver. S. M. Sard . avoit
ordonné d'établir quelques batteries fur le rivage
de la mer près de Vintimille en-deça de la Bevera ,
afin d'empêcher les ennemis de tenter aucun débarquentent
de ce côté , mais le Château de Vintimille
a fait un feu fi vif fur les travailleurs , qu'on
n'a pû exécuter ce projet . M M. Furno , Quaglia,
& Ravichio, Officiers d'Artillerie au fervice du Roi,
ont été bleffés en cette occafion. Le premier ba
taillon du Régiment de Piedmont & le fecond du
Régiment de Saluces fout allés à Savonne , & l'on
II. Vok H
170 MERCURE DE FRANCE.
31
a envoyé à Final le premier bataillon du Regi
ment des Fufiliers . Le Général Wentworth eft
tombé malade depuis fon retour de Milan.
DE CHAMBERY le 22 Novembre.
Nà reçû avis que P'Infant Don Philippe ,
accompagné du Duc de Modéne , du Maréchal
Duc de Belle Ife & du Marquis de la Mina ,
étoit retourné le 13 Novembre à Nice ; que ce
Prince en devoit partir quelques jours après pour
Montpellier,& que leMaréchal Duc de Belle-ifle &
le Marquis de la Mina fe difpofoient à fe rendre ,
le premier à Paris & fe fecond à Madrid, Pendant
l'abſence du Maréchal Duc de Belle-lle , le Marquis
de Mirepoix commandera les troupes Franoiles
en Provence & dans le Comté de Nice.
Avant que l'armée le sfoit léparée , l'Infant Don
Philippe a jugé à propos de chaffer les ennemis,
d'un pofte qu'ils occupoient fous Bera. Comme ils
ne nous y ont pas attendus , cette entrepriſe a
réuffi fans qu'il en ait coûté un feul homine . On a
Jaiffé vingt bataillons Eſpagnols à portée de fecourir
Vintimille , cette Place étoit attaquée. Les
bruits qui avoient couru que plufieurs des
Régimens qui font en Savoye devoient le porter
en Provence , ne fe font pas confirmés. Il vient au
contraire dans ce Duché , outre la Cavalerie Ef
pagnole , fix nouveaux bataillons des troupes de
Gette Nation.
DECEMBRE. 1747. 171
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &.c.
E´S de ce mois , Fête de la Conception
de la Sainte Vierge , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après-midi la Reine accompagnée de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , & de Mefdames de France ,
affifta à la Prédication du Pere Griffet , de
da Compagnie de Jefus , & enfuite aux
Vêpres.
Le 10 fecond Dimanche de l'Avent ,
leurs Majeftés entendirent la Meffe dans
la même Chapelle , &.l'après-midi la Reine
, accompagnée comme le jour de la Fête
de la Conception , affiſta au Sermon da
Pere Griffet.
La Reine.communia le 7 par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier.
Le 3 les Maréchaux de Laval Montmo
rency , de Clermont Tonnere , de la Mo-
-the Houdancourt & de Lowendalh , prê
terent ferment de fidélité entre les mains
du Roi.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Le Cardinal de Soubize , accompagné
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, fut conduit le 12 par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffadeurs
à l'audience de la Reine , à laquelle
il préfenta l'Abbé Onorati , Camerier
d'honneur du Pape , qui remit à Sa Majeſté
un bref de Sa Sainteté. Pendant l'audience
on apporta un tabouret , & le Cardinal
de Soubize s'affit. Il fut conduit enfuite
avec les mêmes cérémonies aux au
diences de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & de
Mefdames de France .
Le 10 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont pris le deuil pour la
mort de la Ducheffe Douairiere de Brunfwick
Wolfenbuttel , grande Tante de Madame
la Dauphine.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , étant
arrivé de Nice le 7 de ce mois , alla le même
jour à Verſailles rendre fes refpects au
Roi qui le reçut très- favorablement.
Le 17troifieme Dimanche de l'Avent
le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meſſe chantée par
la Mufique.
Leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France affifterent
DECEMBRE. 1747. 173
L'après-midi à la Prédication du Pere Griffet
de la Compagnie de Jefus. *
M. de Machault Contrôleur Général
des Finances prêta le 3 ferment de fidélité
entre les mains du Roi pour la charge de
grand Tréforier des Ordres de S. M.
Le Roi a donné à l'Archevêque de Sens
la place de Confeiller d'Etat ordinaire ,
vacante par la mort de l'Abbé de Ravannes.
Le 19 le Maréchal Comte de Saxe arriva
de Bruxelles , & il alla le 21 rendre fes refpects
au Roi dont il a été reçû très- favorablement.
Le 24 de ce mois quatriéme Dimanche
de l'Avent le Roi & la Reine entendirent :
dans la Chapelle du Château la Meffo
chantée par la Mufique.
Leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France affifterent
l'après-midi aux premiéres Vêpres de la
Fête de la Nativité de Notre - Seigneur ,
auxquelles l'Evêque de Dijon officia.
- Le 25 jour de la Fête leurs Majeftés ayant
entendu trois Meffes à minuit après avoir
affifté aux Matines , le Roi entendit le
matin la grande Meffe , célébrée pontificalement
par l'Evêque de Dijon & chantée
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
par la Mufique . La Reine entendit la mê
me Meffe dans la Tribune.
L'après-midi le Roi affifta à la Prédication
du Pere Griffet de la Compagnie de
Jefus & enfuite aux Vêpres auxquelles le
même Prélat officia .
Le 20 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont quitté le deuil qu'ils
avoient pris le 10 pour la mort de la Du
cheffe Douairiere de Brunſwick Wolfenbuttel.
BENEFICES DONNE'S.
É Roi a nommé à l'Evêché de Glan
déve l'Abbé de Caftellane , Vicaira
Général de l'Archevêché d'Auch.
".
S. M. a accordé, l'Abbaye des Vertus
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Châ
Jons fur Marne à l'Abbé de Faraman , Vir
caire Général de l'Archevêché de Paris.
Celle de S. Sever , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Coutances à l'Abbé Danneville.
de Chifrevaft , Vicaire Général de l'Evêché
de Coutances .
Celle de Reclus , Ordre de Cifteaux ,
Diocèfe de Troyes à l'Abbé Barrin de la
Galiffoniere , Vicaire Général de l'Evêché
de Troyess
DECEMBRE . y
$75. 1747 .
"
Celle de Saubalade , même Ordre , Dio
cèfe de Lefcars à l'Abbé Damou , Vicaire
Général de l'Evêché de Lefcars.
L'Abbaye Reguliere de Maroilles , Ordre
de S. Benoît , Diocèfe de Cambrai à
Dom Meſtiviers , Religieux & Prieur de
cette Abbaye.
Celle de S. Aufone , même Ordre , Dio
cèfe d'Angoulême à Madame d'Eſcars de la
Renaudie.
De Bruxelles , le 10 Décembre,
Cdesaxe vit faire l'épreuve de quelques
Es jours derniers le Maréchal Conte
piéces de canon & de quelques mortiers de
nouvelle invention . On attend ici de Paris
le Maréchal de Lowendalh dans le courant
de cette femaine . Le Comte d'Eftrées & le
Marquis de Salieres , Lieutenans Géné
raux , fe font rendus en cette Ville , pour
conferer avec le Maréchal Comte de Saxe.-
Un convoi confidérable , qu'on a envoyé
à Bergopfoom , y eft arrivé fans aucun ob
ftacle. Quelques Régimens ont marché
pour renforcer les troupes qui font dans le
Pays de Waës. L'échange des prifonniers
Hellois ayant été reglé , on en a conduit he
centfous une escorte au premier poſte que
H
176 MERCURE DE FRANCE.
les Alliés ont fur la frontiere du Marquifat
d'Anvers. Selon les avis reçûs de Liége
dix-fept Bataillons & quinze Efcadrons
des troupes de la Reine de Hongrie y ont
pris des quartiers. Ces avis ajoûtent que
les Huffards , qui étoient dans les Fauxbourgs
, ont été diftribués à Blaret , à
Grainville & à Warenes. Le Feldt- Maréchal
Comte de Bathiany elt allé à Maeftricht,
afin d'achever de regler ce qui concerne
la répartition des troupes de fa Ma
jefté Hongroife.
De la Rochelle le 10 .
Il eſt arrivé ici de la Martinique un navire
Marchand , nommé le Marin , qui a
foutenu à la vûë de l'Ifle- Dieu un combat
contre un Corfaire Anglois , de cent cinquante
hommes d'équipage. Auffi -tôt que
le Capitaine Huardon , qui commande ce
navire , eut découvert le bâtiment ennemi
, il cargua fes baffes voiles , & il mit
en travers pour l'attendre . Le Corfaire s'étant
avancé à la demi portée du canon , on
lui lâcha une bordée . Il s'approcha jufqu'à
la portée du piftolet , pour empêcher par
le feu continuel de fes fauconneaux & de fa
moufqueterie de charger le canon , mais
quoique le Capitaine Huardon n'eut que
DECEMBRE. 1747- 177
>
quarante hommes en état de combattre &
de manativrer , le refte de fon équipage.
étant malade du fcorbut , les ennemis ne
pûrent foûtenir la vivacité de fon feu , &
ils pafferent par l'arriere de fon vaiffeau ,
dans le deffein d'en venir à l'abordage . M.
Huardon fit fur le champ arriver pour leur
préfenter le bas bord , & s'étant mis en
devoir de braffer lui-même le Perroquet
il reçût dans l'épaule droite un coup de fufil
, qui le traverfa de part en part . Dans le
même tems une bordée de canon ayant
fort maltraité le Corfaire dans fes mancu.
vres , il fut obligé de s'éloigner . Une
heure & demie après il revint , fe fervant
de fes avirons , parce qu'on étoit pour lors
en calme. Il attaqua de nouveau le navire
le Marin , & ce fecond combat dura près
de deux heures , mais l'équipage du bâtiment
François s'eft défendu avec tant de
valeur que le vaiffeau ennemi a été obligé
de fe retirer après avoir fait une perte confidérable
.
De Bruxelles , le 14.
Le Comte d'Eftrées & les autres Offi
ciers Généraux , qui étoient venus ici pour
affifter à des conferences , font retournés
dans leurs Départemens . Les Régimens de
Lowendalh & de Frife doivent être aug-
Hy
178 MERCURE DE FRANCE..
mentés chacun d'un Bataillon , On travaille
avec toute la diligence poffible à réparer
les fortifications de diverfes places fituées .
fur la Meufe & fur l'Efcaut. Le Maréchal
Comte de Saxe a ordonné de couper dans :
la Forêt de Soignies une grande quantité
d'arbres , dont on fe fervira pour faire des .
affuts. Ce Général fait établir à Namur des
magafins de toute forte de munitions. Le
Marquis de los Rios , fils du Feldt -Maréchal
de ce nom , a reçû avis que le Prince :
Stathouder des Provinces-Unies l'a nomme
Colonel d'un nouveau Régiment que
doivent lever les Etats Généraux. Il a paſfé
ici un courier allant à la Haye avec
des dépêches du Duc de Huefcar , Ambaſfadeur
du Roi d'Eſpagne auprès du Roi.On
á appris qu'un parti des troupes de la Reine
de Hongrie , s'étant avancé il y a quelques
jours vers l'Abbaye de Maloné, il avoit
été furpris par un détachement de la Gar-.
nifon de Namur , lequel a fait en cette.ocsafion
trente- cinq prifonniers..
De Bruxelles , le 24%..
Le Maréchal Comte de Saxe , après
avoir eu plufieurs conférences avec le Maréchal
de Lowendalh qui eft revenu ici de
Paris le 14 de ce mois , partir le 17 au ma- .
tin pour le rendre à la Cour. Certe Ville an
DECEMBRE . 1747. 179
•
*
fourni fept cent mille florins pour fa part
du fubfide extraordinaire de deux millions
que
le Roi a demandés aux Etats de Brabant
, & qu'on leve par forme de Capitation
. Le 11 M. Seigneur , Commiffaire
des Guerres , fit la revue des troupes quii
font ici en garnifon , & dont tous les Ré--
gimens font prefque complets. Un Régi
ment Irlandois marcha le 15 d'Anvers
pour aller renforcer la garnifón de Ber
gopfoom, où l'on a envoyé en même- terns
un convoi confidérable de toute forte de
munitions. On a fait affembler dans cetrez
derniere ville un grand nombre de che
vaux d'artillerie, Treize bâteaux Hollan--
dois , qui avoient été arrêtés à Anvers ,,
ont été relâchés , à condition dé s'en re--
tourner à vuide. Quelques paffagers venus :
de Maeſtrich ont rapporté que les Alliés fe
difpofoient à envoyer à Bréda un corps
nombreux de troupes avec un train confi
dérable d'artillerie. Le 12 le Marquiss
d'Herzelles qui a été Sur -Intendant des s
Finances du Brabant fous le précédent
Gouvernement , arriva de Liége . Le Come
te de Maldeghem , Lieutenant Feldt- Ma
réchal au fervice de la Reine de Hongrie ,,
eft mort en cette Ville le 15 âgé de qua
tre-vingt quatorze ans.»»
Hvj j
180 MERCURE DE FRANCE.
PROMOTION d'Officiers Généraux
& de Brigadiers.
M
Lieutenans Généraux.
Effieurs le Marquis de Rochelin ,
Gouverneur du Port Louis; le Comte
de Tavannes , Commandant en Bourgogne;
Thomé, Darros, Marquis de Lanmary,
Ambaffadeur du Roi en Suede ; Marquis
de Fimarcon ; Comte du Roure , Gouverneur
du Fort Louis , & Sous-Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté ; Comte de
Mauroy ; Comte de Graville , Infpecteur
Général de la Cavalerie ; Duc. de Briffac ;
Comte de Beuvron ; Marquis de Monconfeil
, Infpecteur Général de l'Infanterie ;
Marquis de Souvré ; Marquis de Biffy
Commiffaire Général de la Cavalerie ; Duc
deChevreuſe , Meftre de Camp Général des
Dragons; Marquis de la Cofte Meffeliere,
Cornette de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde du Roi ; Marquis du
Châtelet ; Comte de Courten , Colonel
d'un Régiment Suiffe ; de Larnage ; Marquis
de Rubempré ; Comte d'Harcourt ;
Duc d'Aumont ; Duc d'Ayen ; Prince de
Soubize , Capitaine Lieutenant de la ComDECEMBRE.
1747. 181.
pagnie des Gendarmes de la Garde de Sa
Majefté ; Duc de Chaulnes , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde du Roi ; Razeaud , Ingénieur
Prince de Naffau Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie Allemande
; Comte d'Aumale , Ingénieur .
Maréchaux de Camp.
Meffieurs de Tilly , Miniftre du Roi au
près de l'Electeur Palatin ; Marquis de
Thiboutot , Lieutenant d'Artillerie ; dé
Torcy, Colonel Réformé d'Infanterie ; de
Saint Clair, Aide Major d'une Compagnie
des Gardes du Corps ; de Warneville , Enfeigne
d'une Compagnie des Gardes du
Corps ; Comte d'Apremont , Commandant
un Bataillon du Régiment des Gardes
Françoifes ; de Landreville , Enfeigné d'une
Compagnie des Gardes da Corps ;
d'Affty Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes ; Bailly de Grille ,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à cheval ; Marquis de Valence
, Colonel du Régiment d'Infanterie
de Bearn ; de Staal , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Chevalier du
Chatelet , Sous- Lieutenant de la Compapagnie
des Gendarmes de Berry ; Comte
>
182 MERCURE DE FRANCE.
de Vauban, Sous- Lieutenant de la Compa
gnie des Chevau - Légers de la Reine ;
Marquis de Dromefnil , Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins ; Marquis d'Hauffonville , Colonel
du Régiment d'Infanterie Royal
Rouffillon ; Marquis d'Havrincourt , Mef
tre de Camp du Régiment des Cuiraffiers ;
Marquis de la Saone , Commandant un
Bataillon du Régiment des Gardes Françoifes
; Marquis de la Chaiſe , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Gendar
mes de Berry de la Salle , Maréchal des
Logis & Aide-Major de la fécondeCompa
gnie des Moufquetaires de laGarde du Roi,
Marquis de Poyanne , Meftre de Camp du
Régiment de Cavalerie de Bretagne ; Mar
quis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Anglois 5
Comte de Tyrconel , Capitaine dans le
Régiment Irlandois de Fitz-James ; Marquis
de Barbanfon , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie ; du Pleffis , En
feigne d'une Compagnies des Gardes du
Corps ; Marquis de Perreufe , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Blaifois;Marquis
de Berville, Colonel du Régiment d'Infan
terie de Rouergue ; Baron d'Ordre, Enfeigne
d'une Compagnie des Gardes du Corps ;
Marquis d'Efcorailles , Sous Lieutenant
..
DECEMBRE. 1747 1833
de la Compagnie des Chevau- Legers de la
Garde du Roi ; de la Serre , Lieutenant
Colonel du Régiment d'Infanterie du Roi;
de Montmort , Lieutenant d'une Compagnie
des Gardes du Corps ; du Pleffis , Ca---
pitaine dans le Régiment Meftre de Camp
Général Dragons; Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la
Reine;Marquis deCrenay ,Meftre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de
Penthiévre ; Marquis de Caftellane , Ma- -
jor de la Gendarmerie ; Marquis de Rannes
, Meftre de Camp du Régiment de
Dragons de Languedoc ; Vicomte d'Aubeterre
, Colonel du Régiment d'Infanterie :
de Provence ; Marquis de Cruffol , Colonel
du Régiment d'Infanterie de l'Ifle de
France ; Comte de Montmorency , Colonel
du Régiment Dauphin , Infanterie ;;
Duc d'Agenois , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Brie ; Comte de Guiry ,
Meftre de Camp Lieutenant d'une Brigade
du Régiment Royal des Carabiniers ;
Chevalier Balthazar , Lieutenant Colonel >
du Régiment Suiffe de Vigier ; Marquis
du Barail , Colonel du Régiment d'Infanterie
du Vivarais ; Chevalier Dailly , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Rouf
fillon , Cavalerie ; de Sainte Segraux
Lieutenant Colonel du Régiment d'Infan
184 MERCURE DE FRANCE.
fanterie d'Artois ; de Vareix , Comman
dant un Bataillon du Régiment Royal
Artillerie ; de Tanus , Lieutenant Colonel
du Régiment de Champagne ; de Fontenay
, Commandant un Bataillon du Ré.
giment Royal Artillerie ; de Puinbecque ,
Commandant un Bataillon du Régiment
Royal Artillerie ; de Sabrevois , Lieutenant
d'Artillerie ; de Turmel , Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs ; Pelletier
Lieutenant d'Artillerie ; Chevalier Pelletier,
Lieutenant d'Artillerie ; Chevalier de
Fontenay , Lieutenant d'Artillerie'; Dupas,
Lieutenant d'Artillerie ; Artus , Ingénieur;
Doyré , Ingénieur ; Comte de Vogué ,
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment
Dauphin Dragons ; Marquis de Beaucaire,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Marquis de Ruffey , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Boulonnois.
Brigadiers d'Infanterie.
" Mefieurs de Mortaigne Colonel
Commandant un Bataillon de Milice ;
Marquis de Joyeuſe , Colonel du Régi,
ment de Ponthieu ; Marquis Monti , Colonel
du Régiment Royal Italien ; d'Er ,
lach , Capitaine au Régiment des Gardes
Suiffes ; Marquis de Polignac , Colonel
DECEMBRE. 1747.
189
d'un Régiment de la Milice de Lorraine ;
Zelger , Lieutenant au Régiment des Gardes
Suiffes ; Pestalozzi , Premier Aide-
Major de ce Régiment ; Marquis de Traif
nel , Colonel d'un Régiment ; Gayon ,
Colonel Réformé ; de Saint Aubin , Capitaine
d'une Compagnie de Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoifes ; de
Vifé , Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; de Voifenon , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes ; Comte
de Chaftelux , Colonel du Régiment
d'Auvergne ; de Bruflart , Lieutenant Colonel
du Régiment de Picardie avec rang
de Colonel '; de Malides , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes ; Comte
de Montchevreuil , Capitaine au Régi-
- ment des Gardes Françoifes ; Marquis de
· la Chaftre , Colonel du Régiment de Cambraifis
; de Brocq , Capitaine au Régiment
des Gardes Françoifes ; d'Eftavaye , Capitaine
au Regiment des Gardes Suiffes ;
Prince de Robecq , Colonel du Régiment
de Limofin , Deguerty , Lieutenant Colonel
du Régiment Itlandois de Lally avec
de Colonel ; Chevalier de Belac, Colonel
du Régiment Royal Cantabres; Marquis
de Lemps , Colonel Commandant du
Régiment de Bretagne; de Clairac, Riverfon
, Pinfun , Thierry , de Bourcet , de
rang
186 MERCURE DE FRANCE.
Pefne & Filley , Ingenieurs ; d'Haudrecy ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Condé
; Rouffel de Pré , Lieutenant Colonel
du Régiment de Cuftine ; de Choumouroux
, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Auvergne , Befnard , Lieutenant Colonel
du Régiment de Rohan ; de Gantés ,
Lieutenant Colonel Commandant un
Corps de Volontaires ; Guille , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; Chevalier
de Pluviers ; Lieutenant d'Artillerie , Regnauldot
, Lieutenant d'Attillerie ; Anfard
de Moay , Lieutenant d'Artillerie ; d'Invilliers
, Lieutenant d'Artillerie..
Brigadiers de Cavalerie.
-Meffieurs Foucault , Maréchal des Logis
de la feconde Compagnie des Moufquetai-
-res de la Garde du Roi de Franclieu, Maréchal
des Logis de la premiere Compagnie ;
de Sefmaifons , Exempt d'une des Compagnie
des Gardes du Corps ; de Vareilles ,
Exempt d'une desCompagnie desGardes du
Corps, Chevalier deChampignelles, Exempt
d'une desCompagnies desGardes duCorps;
de Coffé, Maréchal des Logis de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi ;
Vaucreffon de, Cormainville , Capitaine
- dans le Régiment du Meftre de Camp Général,
& Maréchal des Logis de la Cava-
1
DECEMBRE. 1747. 187
lerie ; Duc de Beauvilliers , Meftre de
Camp d'un Régiment ; Comte de Bacqueville
, Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes d'Orleans ; Comte de Se--
gur de Cabanac , Guidon de la Compagnie.
des Gendarmes de la Garde de Sa Majefté ;
Marquis de Soyecourt , Meftre de Camp
du Régiment Dauphin Etranger ; Marquis
'de Saluces , Meftre de Camp d'un Régiment
; Marquis de Montauban , Meſtre
de Camp Réformé à la fuite du Régiment
d'Orleans ; Marquis de la Rochefoucault
Langeac, Meftre de Camp d'un Régiment;
de Gallifet , Meftre de Camp du Régiment
de la Reine ; Marquis d'Ecquevilly , Meftre
de Camp du Régiment Royal ; de Ve
zannes , Maréchal des Logis & Aide-Major
de la Compagnie des Chevau- Legers
de la Garde du Roi ; Comte de Martel ,,
Aide-Major de la Gendarmerie ; Marquis
de Folleville , Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne ; Marquis de
Efperoux , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Flandres ;
Comte de Vienne , Meftre de Camp du :
Régiment de Clermont ; Marquis de Be--
thune , Guidon de la Compagnie des Gen
darmes Ecoffois ; Vicomte de Talleyrand
'Meftre de Camp d'un Régiment ; Marquis
de Valbelle , Guidon 3 de la Compagnie des
.4
188 MERCURE DE FRANCE.
Gendarmes de la Garde de Sa Majeſté ; de
la Viefville , Meftre de Camp d'un Régiment
; Comte de Biffy , Cornette de la feconde
Compagnie des Moufquetaires ; Baron
de Wangen Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi ;
Comte de Verac , Cornette de la Compagnie
des Chevau Legers de la Garde de
Sa Majefté ; Pollerelsky , Meftre de Camp
d'un Régiment de Huffards ; Marquis de
Montecler , Premier Cornette de la Compagnie
des Chevau-Legers d'Anjou ; Com.
te de Baffompierre , Premier Cornette de
la Compagnie des Chevau- Legers de la
Reine ; Chevalier de Grammont , Meſtre
de Camp d'un Régiment ; Duc de Bifache ,
Meftre de Camp du Régiment d'Egmont ;
Chevalier de Redmond , Capitaine au
Régiment du Rumin avec rang de Meftre
de Camp ; Marquis de Caftries , Meftre
de Camp du Régiment du Roi ; Marquis
Defpiés , Capitaine au Régiment de .
Cruffol avec rang de Mestre de Camp ; de
Maifons , Lieutenant Colonel de la Brigade
de Crequy du Régiment Royal Cara
biniers avec rang de Mestre de Camp ; de
Pujol , Lieutenant Colonel de la Brigade
de Montmorency du Régiment Royal Carabiniers
avec rang de Meftre de Camp ;
de Leftang , Lieutenant Colonel du RégiDECEMBRE.
1747. 189
ment de Saint Simon ; Captan , Lieutenant
Colonel du Régiment de Condé ; de'
Signy , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans ; Dollieres , Lieutenant Colonel
du Régiment du Colonel Général ; de
Cowarruwias , fecond Lieutenant Colonel
du Régiment Royal Allemand ; dų
Plouy , Lieutenant Colonel du Régiment
de Bretagne Guitton , Lieutenant Colo,
nel du Régiment d'Egmont..
*
Brigadiers de Dragons,
M M. le Comte de Caftellane, Capitaine
auRégiment d'Orleans avec rang de Mestre
de Camp ; Comte de Lillebonne , Meftre
de Camp du Régiment d'Harcourt ; Fontés
, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans ; de la Deveze , Lieutenant Colonel
du Régiment de Septimanie ; de
Marmier , Lieutenant Colonel du Régiiment
de Bauffremont,
190 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCE , MARIAGES
Morts.
E 10 Décembre a été baptifé dans l'Eglife de
L5.10 more.LouisHilaire de Bouchet de
Sourches , néle 9 , fils de Louis- Hilaire de Boufchet
, Comte de Sourches , Chevalier de l'Ordre
militaire de S. Louis , Capitaine de Dragons dans
le Régiment de Languedoc , & de D. Louiſe-
Françoife le Vayer , mariés le 18 Janvier 1747.
Le Parain a été Louis-François de Boufchet , Comfe
de Sourches , Lieutenant Général des armées
du Roi , Chevalier des Ordres de S. Louis & de
S. Lazare , grand pere paternel de l'enfant ; la Maraine
D. Anne- Louiſe du Pin , veuve depuis le 8
Septembre 1740de Jean-Jacques le Vayer , Maître
des Requêtes , & Préſident au Grand Confeil ,
fa grande mere maternelle. M. le Comte de Sourches
eft fils de Louis -François de Bouschet Comte
de Sourches,Seigneur de la Ronce &c. Lieutenant
Général des armées du Roi du 20 Fevrier 1734,
& de D. Hilaire Urfule de Thierſault , mariés le
23 Octobre 1715. Son Ayeul Louis -François de
Boufchet , Marquis de Sourches , Comte de Mont
Soreau , & c, devenu aîné par la mort de Dominique
de Bouschet fon frere élevé enfant d'honneur
du feu Roi , mort le 24 Novembre 1743 , fut
pourvû de la charge de Prevôt de l'Hôtel du
Roi , & Grande Prevôté de France , & Conſeiller
d'Etat en 1677 après la mort de Jean de Boufcher
DECEMBRE . 1747. 194
fon pere , Marquis de Sourcher , Comte de Mont
foreau , Prevôt de l'Hôtel du Roi & Grande Prevôté
de France , fait Chevalier des Ordres du Roi
à la promotion du 31 Décembre 1661 , mort le
Février 1677 ; ilétoit fils d'Honorat de Boufcher
Baron de Sourches , Chevalier de l'Ordre du Roi
Gentilhomine ordinaire de fa Chambre , & de D.
Catherine Hurault de Vibraye , & petit fils de
François de Boufchet , Seigneur Châtelain de
Sourches , Chevalier de l'Ordre du Roi , Gentilhomme
ordinaire de faChambre & Capitaine d'u
ne Compagnie de cinquante Lances fournies des
Ordonnances du Roi , charge dont il fut pourv
au lieu de feu M. le Prince de Dombes , par Com
miffion du 29 Janvier 1583 , & de D. Sidoine du
Pleffis Liancour , mariés le 6 Avril 1556.
La Maiſon de Boufchet Sourches , l'une des
premieres de la Province du Maine par fon ancienneté
, par fes alliances & par fes fervices mili
faires , eft aujourd'hui partagée en deux branches.
Louis de Boufchet , Marquis de Sourches , Comte
de Montforeau , &c. Confeiller d'Etat , Prevôt
de l'Hôtel du Roi , & Grande Prevôté de France ,
Maréchal des camps & armées de fa Majefté , eft
chefde la branche aînée , il a épousé , 1º. le 7
Février 1730 D. Marie Charlotte-Antoinine de
Gonttau Biron , morte le 6 Juillet 1740 , fille de
M. le Maréchal Duc de Biron , & de D. Marie
Antoinette de Beautru-Nogent , de laquelle ila
eu plufieurs enfans , & il s'eft remariée le 17 Août
1741 avec D. Marguerite Deſmarets , fille de M.
le Maréchal de Maillebois , & de D. Marie- Emmanuelle
d'Alegre , dont il a deux garçons & une
fille.
Louis-François de Boufchet , Comte de Sour92
MERCURE DE FRANCE.
" ches Lieutenant Général des armées du Roi ,
chef de la branche cadette eft onele de M. le Marquis
de Sourches , dont le Comte de Sourches qui
donne lieu à cet article , eft coufin germain ; l'un
& l'autre ont pour oncles Jean- Louis de Boufchet
de Sourches , Evêque de Dol depuis l'an 1715 , &
Louis- Vincent de Boufchet de Sourches , dit le
Chevalier de Sourches , Chevalier profès de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Commandeur de
Laon , Brigadier des armées du Roi du 1 Fevrier
1719.75
Les armes de cette Maiſon font d'argent à deux
faffes de fable. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne v . 9. fol. 197 & pour la gé
néalogie de la famille de le Vayer , le Mercure du
mois d'Avril 1746..
Le 27 Novembre a été fait à S. Euſtache le mariage
d'Amable- Gafpard de Thiange, Chevalier Vi
comte de Thiange , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de ſou nom , Chambellan du Roi de Pologne
; fils de Claude de Thiange dit le Comte de
Thiange , Seigneur de Bord , de Pelchin , de Chaveroche
, &c. & de Dame Louife -Henriette de S.
Simon de Courtomer , mariés le 23 Juillet 1722 ,
avec Dile Marie- Anne - Jeanne Bernard de Balinvillier,
fille de Charles Bernard , Ecuyer, Seigneur
de Balinvillier , Confeiller Sécrétaire du Roi , &
de D. Marie-Magdeleine Labbé. M. de Thiange
eft neveu de M. Amable de Thiange , Chevalier
de Malte , Grand Croix & Commandeur des Commanderies
de la Salle & de Ville Franche , &c . &
fort d'une Maiſon diftinguée par fon ancienneté
fes alliances ; dont les armes font d'argent à
trois trefles de gueules pofés 2 & un. &
par
Le
DECEMBRE . 193 1747 .
Le 12 Décembre a été fait à S. Euftache le mariage
de Marc- Antoine de Cuftine , Marquis de
Cufline , Brigadier des armées du Roi du Mai
1745 , Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom , Lieutenant de Roi en Lorraine , fils de Chriftophe
de Cuftine , Marquis de Cuftine , Seigneur
des Etangs , de Pontigny & grand Bailly de Nancy
, Confeiller d'Etat des Ducs Leopold & François
de Lorraine , Colonel du Régiment de leur
Garde , Gouverneur pour leur ſervice des Ville &
Citadelle de Nancy & de feue D. Antoinette de
Nottencourt , avec Catherine - Charlotte- Louife de
1a Vieuville S. Chamont , née le Avril 1725 .
fille de Charles-Louis- Jofeph de la Vieuville ,
Comte de Vienne , Marquis de S. Chamond , premier
Baron de Lyonnois & de Champagne ; Baron
de Confolant & de Miofang , premier Baron de
Savoye , Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Colonel
d'un Régiment de Dragons du 11 Janvier1705,
Brigadier des armées du Roi du 1 Fevrier 1719
& de D. Genevieve Gruyn , mariés le 1 Fevrier
1724 , petite fille de Charles- Emanuel de la Vieuville
, Comte de Vienne & de Confolant , Meftre
de Camp du Régiment du Roi Cavalerie , mort le
17 Janvier 1720 , & de D. Marie- Anne Mitte de
Chevrieres , Marquiſe de S. Chamond , mariée le
30 Novembre 1684 , & morte le 22 Novembre
1714 , fille & héritiere de Henri Mitte de Chevrieres
, Marquis de S. Chamond & de Charlotte
Suzanne de Gramont. Voyez la généalogie de la
Maifon de la Vieuville , illuftre par fon ancienneté
, par les titres d'honneur & par fes alliances , & c.
dans l'hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
vol . 8 fol . 758 ; la Maifon de Cuftine eft marquée
en Lorraine par fon ancienneté , par fes alliances
& par les premieres charges militaires dont elle a
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
été honorée à la Cour des Ducs de I orraine .
Le 19 Novembre Philippes-François de Grimoard
, Seigneur de Villars , Commandeur de l'Or
dre de S. Louis , ancien Capitaine du Régiment
des Gardes Françoifes , & Gouverneur de Bar-fur-
Aube, mourut à Paris agé de plus de 80 ans. Cette
Nobleffe eft connue dans le Perigord & le Poitou
& marquée par des fervices militaires .
Le 26 Don François-Marie Pic de Borghese , d'Eft,
Duc de la Mirandole & de Concorde , Grand d'Eſpagne
de la premiere Clafle, Chevalier de l'Ordre de
la Toifon d'Or, & de celui de S. Janvier Majordome
Major de la Maifon du Roi d'Efpagne , mourut
à Madrid âgé de 59 ans , étant né le 30 Septembre
1688 ; il étoit fils de François Pic , Duc
de la Mirandole & de Concordia , mort le 19
Avril 1689 , & d'Anne Camille Borghefa de Sulmona
; il étoit veuf depuis le 15 Septembre 1723
de Marie- Therefe Spinola , avec laquelle il avoit
été marié le 14 Juin 1715 , & dont il avoit eu
quelques enfans ; voyez la généalogie de la Maifon
de Pic Ducs de la Mirandole en Italie , dans
les Souverains du monde , vol . 4 fol . 174 , les tables
généalogiques d'Hubners , le Dictionnaire hiftorique
de Morery , & c.
Le 6 Décembre Louis-Etienne de Chabenat, Seigneur
de Bonneuil de la Malmaison , Confeiller au
Parlement depuis le s Août 1716 , mourut à Paris
âgé de cinquante- trois ans , laiffant de fon mariage
avec feue Dame Marie- Magdeleine Boucher
morte le 8 Mars 1742 , André- Charles - Louis de
Chabenat de Bonneuil reçu Confeiller au Parlement
le 21 Août 1744 , N.... de Chabenat Officier
aux Gardes , & N.... de Chabenat non encore
pourvû.
Il étoit fils de Michel de Chabenat, Seigneur de
DECEMBRE . ' 1747. 195:
Bonneuil , Introducteur des Ambaffadeurs , & de
Dame Catherine- Charlotte le Febvre de la Malmaifon
, & petit-fils d'Etienne de Chabenat , Seigneur
de Bonneüil -fur - Marne , Vicomte de Savigny
, Baron de Nouan , auffi Confeiller du Roi
en fes Confeils & Introducteur des Ambaffadeurs ,
mort le 24 Avril 1680 , & de Danie Magdeleine
Petit de Paffy. Voyez la Généalogie de la famille
de Chabenat dans l'Histoire de Berry , par la Taumaffiere
fol. 1044.
Le même jour Dame Angelique le Blond femme
de Denis Rouillé des Filletieres , Seigneur de
Chaftres en Brie , les Boulets , &c. mourut à Paris
âgé de..... Meffieurs Rouillé de Filletieres & de
Beauvoir font de même famille que Meffieurs
Rouillé de Fontaines , de Roiffy , de Marly &
d'Orfeuil , dont il y a eu plufieurs Maîtres des Re+
quêtes & Confeillers au Parlement , & c.
Le 9 Dame Anne - Jeanne Auzanet veuve en
premieres nôces de M. François Galliot Gallard
Seigneur de Courance,de Dannemois, de Poinville,
& c. Guidon des Gendarmes Flamands , mort le 23
Avril 1695 , & en dernieres de M. Gilbert Guilmin
, Comte de Montgeorges , Maréchal des
camps & armées du Roi, Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , & ci- devant Capitaine au
Régiment des Gardes Françoiſes , mort le 13 Décembre
1735 & avec lequel elle avoit été mariée
le... Janvier 1710 , mourut à Paris âgée de quatre-
vingt ans , fans laiffer d'enfans de ce dernier
mariage , mais ayant eu de fon premier Dame
Anne-Marguerite- Catherine Gallard de Courance
, aujourd'hui veuve depuis le... Octobre 1720 ,
de Nicolas Potier Seigneur de Novion , Con
feiller au Parlement , avec lequel elle fut mariée
le 11 Décembre 1708 , & mere d'André Potier ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur de Novion , aujourd'hui Préſident à
Mortier au Parlement depuis le 28 Mai 1732 .
Madame de Montgeorges qui donne lieu à cet
article étoit fille de BarthelemiAuzanet Confeiller
au Grand Confeil en 1670 , mort le 27 Octobre
1671 , & de Dame Anne de Creil morte le 27 Février
1699.
Le 10 André Guillaume Darlus Secretaire du
Roi , & l'un des Fermiers Généraux de Sa Majeſté,
mourut à Paris laiffant de fon mariage avec feue
Dame Françoiſe Geneviève Gaudicher deux filles ,
Geneviève - Charlotte Darlus , mariée le ... Mars
1735 avec M. Louis-Lazare Thiroux Seigneur de
d'Arconville , Confeiller au Parlement , & N....
Darlus mariée le ..... avec M. Angran , alors
auffi Confeiller au Parlement , & à préfent Procureur
Général au Grand Confeil.
Le 13 Mathieu Pinfonneau Conſeiller du Roi
en fes Confeils , Maître ordinaire en fa Chambre
des Comptes de Paris, reçu le 20 Juin 1704 , ancien
Tréforier de l'Ordre Royal & militaire de Saint,
Louis , mourut âgé d'environ quatre - vingt- douze
ans. Il étoit fils de Julien Pinfonneau Ecuyer
Confeiller Secretaire du Roi , & de Dame Françoife
de Hauterive . Il avoit été marié le 12 Novembre
1691 avec Dame Petronille Triboulleau ,
morte le... Janvier 1736 , & il en avoit eu Dame
Petronille- Françoiſe Pinſonneau , mariée le 12
Avril 1714 avec Julien - Louis Bidé Seigneur de la
Grandville , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roi , & Intendant de Lille en Flandres ,
& à préfent Confeiller d'Etat & Chancelier de
M. le Duc d'Orleans , dont il y a plufieurs enfans
.
Le même jour Meffire Michel Gabriel Petit
de Ravannes Abbé de Montiersen Argonne depuis
DECEMBRE. 1747. 197..
>
1720 , Confeiller d'Etat ordinaire depuis 1722 ,
ci - devant Grand Vicaire de M. le Cardinal de
Rohan Evêque de Strasbourg , mourut à Paris
dans la foixante douzième année de fon âge , étant
né le 2 Février 1677. Il étoit fils de Michel Petit
Seigneur de Ravannes & de Villeneuve fous
Dammartin , Tréforier de France à Paris , & Maître
d'Hôtel ordinaire de Monfieur Frere du Roi ,
mort le 2 Mars 1699 , & de Dame Marguerite du
Faultray mariée le 11 Janvier 1671 , & morte le
3 Décembre 1702 , & petit - fils de François Petit
Seigneur de Paffy , de Ravannes , de Villeneuve
& d'Eftigny, Ecuyer Confeiller Secretaire du Roi,
reçu le 3 Juillet 1636 , Maître d'Hôtel ordinaire
du Roi , mort le 17 Janvier 1664 , & de Dame
Magdeleine de Louvencourt , morte le 8 Octobre
1675. Feu M. l'Abbé de Ravannes avoit pour
foeur Anne - Marguerite Petit femme de M. Paulin
Prondre Préſident de la Chambre des Comptes ,
morte veuve le 19 Février 1736 , mere de plu-
' fieurs enfans , & il avoit pour frere aîné Jean- Baptifte
Petit Seigneur de Villeneuve , Lieutenant au
Régiment des Gardes Françoifes , mort le 4 Janlaiffant
de Dame Anne - Pierrette de
Mollart du Pleffis qu'il avoit épousée le 23 Août
1703 , François- Jean-Baptifte Petit de Villeneuve
fils unique , Confeiller au Parlement , reçu le 18
Janvier 1730 , mort fans être marié le s Septembre
1731.
vier 1735
Le 18 Dame Louife- Henriette Goujon femme
d'Alphonfe Jubert Marquis de Bouville , Maréchal
des camps & armées du Roi , & Chevalier de
l'Ordre de Saint Louis , avec lequel elle avoit été
mariée les Février 1713 , mourut à Paris âgée
d'environ cinquante-quatre ans. Elle étoit fille de
Jean Goujon Seigneur & Baron de Châteauneuf,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE
.
Confeiller du Roi en fes Confeils , ancien Secretaire
ordinaire de fon Confeil d'Etat , Direction &
Finances , mort en 1730 , & de Dame Claude-
Henriette Donneau de Vizé , morte le 29 Août
1737. Elle étoit foeur de M. Jean Profper Goujon
Seigneur de Gafville & de Coutes , Baron de
Châteauneuf , Maître des Requêtes honoraire de
P'Hôtel du Roi , ci- devant Intendant de Juftice
de la Généralité de Rouen.
Le 19 Gabriel- François de Kermoyfan , Chevalier
des Ordres de Saint Louis & de Saint Lazare ,
Gouverneur de Redon en Bretagne , mourut à
Paris âgé de foixante-douze ans. Le nom de
Kermoylan en Bretagne eft marqué par fon ancienneté
, par fes alliances & par des fervices militaires.
Ses armes font de gueules à 7 coquilles
d'argent.
"
DECEMBRE . 1747. 199
Pécapitulation générale des Baptêmes , Mariages
Mortuaires & Enfans Trouvés de la Ville & Fauxbourgs
de Paris , & de toutes les Maifons Religieufes
d'Hommes de Filles pendant l'année 1746. ·
MOIS. BAPTESMES. MARIAGES MORTS . ENF.TROUV .
Hom. Fem. Garç.Filles .
Garç. Fill.
Janv . 833765 445 777733 128 138
Févr. 805 853 718 781 753 155 125
Mars 874 819 104 1029
888 142 134"
Avril . 778 816 240 942 816 154 161
Mai 807 807 342 917 864 155 158
Juin 704 655
343 723 713 144 115
Juil. 750 703 309
696 603 136 123
Aqût. 787797 341 635 630 145 127
Sept. 751 750 396
679 605 ris 136 O. 869 786 359
708 641 147 159
Nov. 765613 478
732 647 127 128
Dec. 640610 66 701 612129
Total 9363.8984. 4146.
B
9320.8505 . 1677. 1605
Dans toutes les maifons Religieufes d'hommes
morts pendant l'année
Dans toutes les Maifons Religieufes de Filles
mortes pendant l'année
Religionnaires morts & enterrés dans des Chantiers
, hommes
Femmes
Etrangers Religionnaires morts & enterrés
• à Paris , hommes
Femmes
Total général , Baptêmes ,
Mariages,
Hommes morts
Femmes mortes ,
Enfans Trouvés ,
75
108.
18
18347
4146
9418
8633
3282
rüij
200 MERCURE DE FRANCE.
Partant le nombre des Baptêmes de l'année
1746 excede celui des Morts de 296 .
Il y a eu en 1745 , Baptêmes ,
Mariages ,
Morts ,
Enfans Trouvés ,
Le nombre des Baptêmes de l'année 1746
eft diminué de celui de 1745 de
Celui des Mariages eft augmenté de
Celui des Morts eft augmenté de
18840
4135
17322
3234
493
II
729
Celui des Enfans Trouvés eft augmenté de 48
SPAPAPAGAYO PARA SA Pavil
ARRESTS NOTABLES .
ECLARATION DU ROI , donnée
DECLARATIONS1746 ,concernant la
Jurifdiction de la ville d'Ath.
AUTRE , donnée à Anvers le 7 Juin pour
Fadminiftration de la Juftice dans les Pays nouvellement
foumis à l'obéiffance de Sa Majefté , &
qui ont fait partie du reffort du Confeil de Malinės.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , &
Lettres Patentes fur icelui , regiſtrées au Parlement
de Flandres du 12 Août , qui ordonne le tranſport
aux Greffes du Parlement de Flandres de tous les
papiers , titres , regiftres & procédures qui font au
Greffe du Confeil fouverain de Malines & qui
peuvent concerner les Sujets du Roi , enſemble le
tranfport des deniers confignés ès mains de ceux
qui étoient ci- devant dépofitaires ou receveursdes
confignations de ce Tribunal.
DECEMBRE. 1747. 201
A AUTRE du 25 , qui ordonne par provifion ,
qu'après que les Officiers du Confeil fupérieur cidevant
établi à Mons auront prêté ferment , ils
continueront d'exercer leurs fonctions ainfi & de la
même maniere qu'ils les exerçoient avant la conquête
de la ville de Mons & du pays de Haynaut ,
& c.
DECLARATION du Roi , donnée à
Fontainebleau le 2 Novembre , qui rend au Confeil
fupérieur de Mons le Reffort & la Jurifdiction
qu'il avoit ci-devant fur la ville & châtellenie
d'Ath.
AUTRE du même jour , qui confirme le
Confeil provincial de Namur & les Tribunaux de
fon Reffort dans l'exercice de leurs Jurifdictions ,
& ordonne que les appels dudit Confeil feront
jugés au Parlement de Flandres .
AUTRE , donnée à Verſailles le 30 ,
réglement pour le Parlement de Navarre.
portant
AUTRE , donnée à Versailles le 18 Mars
11747 , au fujet de l'exécution des Sentences qui
feront rendues en matiere criminelle par les Offciers
de Juftice des pays foumis à la domination.
de Sa Majefté depuis le commencement de la préfente
guerre.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 16
Septembre , portant,modération des droits fur les
fardines venant de Bretagne dans la Province du
Maine.
AUTRE & Lettres Patentes fur icelui , regiftrées
en la Cour des Aides du 27 , pour autorifer
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
1
1
e Fermier à prendre les marchandifes qui acquit:
ent les droits de fortie , à l'eftimation fur le pied
de la déclaration , enes payant un fixiéme en fus
de l'eftimation.
AUTRE & Lettres Patentes fur icelui , regiftrées
en la Cour des Aides du même jour , pour
empêcher le verfement du fel de privilége , dont
jouiffent les habitans de plufieurs paroifles de
Bourgogne & Champagne.
ORDONNANCE du Roi du 20 Octobre,
pour la levée d'un Régiment d'Infanterie Ecoffoife
fous le nom d'Albanie.
ORDONNANCE du Roi du 30 , portant
augmentation dans le Régiment des Bretons-
Volontaires.
ORDONNANCE du Roi du 31 , pour
continuer de proroger pendant un an la ſuſpenſion
des Congés d'ancienneté dans les troupes .
ORDONNANCE du Roi du 4 Novem
bre , portant réglement pour les décomptes de la
Cavalerie Françoife , des Huffards & des Dragons ,
du premier Novembre 1747 au dernier Avril
2748%
ARREST du Confeil d'Etar du Roi du 7 ,
qui ordonne l'exécution de celui du 17 Septembre
1743 , qui permet le libre tranfport des grains
d'une Province du Royaume dans une autre , &
preferit les formalités à obferver par les Négocians
ou autres qui auront fait des marchés , enharremens
ou conventions pour raifon defdits
grains.
DECEMBRE. 1747. 203
Le Roi s'étant fait repréfenter en fon Confeil
l'Arrêt rendu en icelui le 17 Septembre 1743 , par
lequel Sa Majefté pour faciliter le commerce des
grains , en auroit permis le libre tranfport d'une
Province du Royaume dans une autre , fans prefcrire
aucune formalité ; & étant inftruite qu'en
abufant des difpofitions dudit Arrêt , quelques
particuliers par les marchés & enharremens confi
dérables qu'ils ont faits fur les grains dans les Pro
vinces les plus abondantes , & les plus en état de
fecourir celles qui ont été moins favorisées par la
récolte , cherchoient à fe rendre les maîtres du
commerce & du prix des grains , en occafionnant
une rareté qu'ils foûtiendroient à leur gré , s'il
n'étoit pris des mefures pour détruire cette efpéce
de monopole , & prévenir les inconvéniens qui en
réfulteroient infailliblement ; à quoi défirant pour
voir. Our le rapport ' du Sieur de Machault Con
feiller ordinaire au Confeil Royal , Contrôleur
Général des Finances , LE ROI ETANT EN SON
CONSEIL , a ordonné & ordonne que ledit Arrêt
du Confeil du 17 Septembre fera exécuté , -&&
néanmoins que tous négocians , marchands ,
trepreneurs , commiffionnaires ou particuliers qui
ont fait des marchés , enharremens ou conventions
pour raifon de grains dans les Provinces du» !
Royaume , defquels la livraiſon ou l'enlevement
n'ont point encore été faits , feront tenus auffi- tôc
la publication du préſent Arrêt , & avant de faire
aucun enlevement ou tranfport , de repréſenter "
aux Sieurs Intendans Commiffaires départis dans
les Provinces ou leurs Subdélégués , lefdits marchés
, enharremens ou conventions , & de juftifier
des ordres ou commiffions en vertu defquels ils les
ont paffés , & des 'deftinations qu'ils entendent leur
donner, Veur Sa Majefté que dans le cas ou lef
ena
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
dits Sieurs Intendans auront reconnu la validité &
l'utilité defdits marchés , enharremens ou conventions
, ils en ordonnent l'exécution , & pourvoyent
à ce que l'enlevement & la traite defdits grains
fe faffent fans retardement pour être conduits aux
lieux de leur deſtination , & qu'à l'égard des marchés
, enharremens ou conventions qui n'auront
point été dans la quinzaine de la publication du
préfent Arrêt repréſentés & approuvés par lefdits
Sieurs Intendans ou ceux par eux prépofés , ainfi
que ceux faits fans ordres ou commiffions valables
, demeurent nuls & fans effet , & que les arrhes
foient perdues pour ceux qui les auront données.
Fait Sa Majefté très- expreffes inhibitions &
défenfes , fous peine de telle amende qui fera .
arbitrée par lefdits Sieurs Intendans , tant aux
vendeurs qu'aux acheteurs ou enharreurs , de donner
aucune exécution à leurs traités , fans que
préalablement lefdits traités foient revêtus de l'approbation
& autoriſation defdits Sieurs Intendans
auxquels Sa Majefté enjoint de tenir la main à
l'exécution du préfent Arrêt , qui fera lû , publié
& affiché par tout où befoin fera , à ce que perfonne
n'en ignore.
du
ORDONNANCE du Roi du 14 , portant
réglement fur la diftribution du fel & du tabac
aux troupes dans les trois lieues de l'Artois ,
Cambrefis & du Haynaut François , limitrophes à
la Picardie , au Soiffonnois & à la Thiérache.
AUTRE du 25 , portant création d'un Régiment
d'Infanterie Allemande , fous le titre de
Royal Pologne.
AUTRE du même jour , portant augmentaDECEMBRE.
.205 1747.
tion dans le Régiment d'Infanterie Allemande de
Lowendal.
ORDONNANCE de M. le Lieutenant
Général de Police du 27 , portant que les Bouchers
de la ville & fauxbourgs de Paris feront
tenus de faire leur déclaration dans huitaine au
Bureau de Jean Baptifte Befuchet Fermier du
droit du fol pour livre fur les beftiaux dans les
marchés de Sceaux & Poiffy , des marchandifes
qu'ils ont dans leurs bouveries ou bergeries ; & de
rapporter & remettre les laiffez - paffer qui leur
ont été délivrés pour les faire entrer à Paris , pour
ler en être délivré de nouveaux du nombre des
beftiaux qu'ils auront dans lefdites bouveries &
bergeries ; & faute d'y fatisfaire , les laiffez - paffer
qui leur ont été délivrés demeureront nuls '; défenfes
aux Bouchers de s'en fervir & aux Commis
des barrieres d'y avoir aucun égard.
AUTRE du Bureau des Finances de la Géné
ralité de Paris du 12 Décembre , qui défend de
jetter par les fenêtres de maifons aucuns gravois ,
moëllons , tuiles , briques ou bois . à peine de
demeurer garans des accidens & de trois cent
livres d'amende ; faire aucun arrachement dans le
pavé pour y ouvrir tranchées , enfoncer des pieux,
établir des échaffauts , pofer aucunes étaies ; faire
aucun ravalement ou réparations aux faces des
maiſons fur ruës fans permiffion , à peine de cent
livres d'amende ; & ordonne que les éviers qui
excédent le niveau du pavé feront recouverts dans
un mois , à peine de cinquante livres d'amende.
.2
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 18 ,
qui ordonne la perception pendant dix années ,
206 MERCURE DE FRANCE .
·à compter du premier Janvier 1748 , des quatre
fóls pour livre , outre & par- deffus la portée des
taxes de la Capitation , au lieu des deux fols pour
Livre qui fe payent en exécution de l'Arrêt du Confeil
du 3 Mars 1705.
KAYA KA SASARAKA IDIDIDIDYA
EPITRE
AM. Titon du Tillet , Anteur du Parnaffe
François , Affecié des Académies Royales
des Belles-Lettres de Toulouse, Bordeaux,
la Rochelle & Marfeille , par M. des
Forges Maillard , de l'Académie des Belles-
Lettres de la Rochelle , pour le premier.
jour de l'année 1748.
MEs
K
Es vers te doivent un falut ,
Chaque fois que l'an recommence
Et mon coeur te doit un tribut
D'eftime & de reconnoiffance.
Si mes vers manquent d'élégance ;
Pour fournir à de nouveaux tours,
Mon coeur éleve des amours ,
Qui dans le tien puife fans ceffe
La gratitude & la tendreffe ,
Sans peine y fournira toujours,
DECEMBRE. 1747. 207
၊၊ ဦး ဦး ဦး
AUTRE EPITRE
AM. Titon du Tillet , par Madame des
Forges Maillard , pour le premier jour »
de l'année 1748..
Enfin , Titon , Lucine infifſte ,
Et malgré huit luftres fournis ,
L'amour dans fes faveurs perfifte ;
La fille vient après les fils .
Sur ces rejettons fi fuivis
Des Forges raifonne & s'atrifte ;
Si Cypris , dit- il , fur fa lifte
Me met au nombre des Rolans ,
L'hymen me condamne aux dépens.
Puis comment veut - il qu'on ſubſiſte è
Pour nous , Titon , moins prévoyans ,
Cher Titon , célébre Annaliſte
Du Pinde & de fes habitans ,
Digne du nom de Triſmegiſte
Par le coeur , l'efprit , les talens ,
Anacréon vainqueur des ans ,
Plus guai qu'un jeune Académifte ,
Délice des aimables gens ,
Prions , Ami , qu'encor long- tems
La charmante Hébé nous affiſte.
268 MERCURE DE FRANCE:
AUTRE E PIT RE
A M. Titon , par la même , & pour
le même jour.
T Iton , mon mari moralife ; *
Moi qui fonge moins creux que lui ,
J'évite en penfant à ma guiſe ,
Tout ce qui cauſe de l'ennui .
Les plaifirs vont bien à tout âge ,
Et lorfque reglant les défirs
On fçait en tirer avantage ,
L'âge ne nuit point aux plaifirs.
Le froid Janus ouvre l'année
Par les glaçons & les frimats ;
Dans fon inclémence obftinée
Tâchons de trouver des appas.
Que nous font les fleurs printannieres ?
Eft- il des momens plus heureux ,
Que ceux que l'on paffe aux lumieres ,
Parmi les fêtes & les jeux ?
* L'Epitre de M. des Forges , dont on veut parler
icin'a point été imprimée.
4
DECEMBRE. 1747 . 109
Le printems n'eft pas fans froidure ,
L'Eté brûle , en Automne il pleut ,
L'hyver auprès d'un feu qui dure ,
On ſe fait la ſaiſon qu'on veut.
Horace dans fes vers funébres
Nous jette couverts de Cyprès
Dans des Royaumes de tenebres ,
Où la nuit ne finit jamais.
D'où fçavoit-il qu'il y fit fombre ?
D'ailleurs y devant tous aller ,
Le plaifir d'être en fi grand nombre ,
Dût fervir à l'en confoler.
Ami , plus cher qué tous les autres
Rare exemple de probité ,
Le Ciel ne feroit pas des nôtres ,
S'il ne prolongeoit ta ſanté.
Sur ton magnifique Parnaffe ,
Où monte le talent vainqueur ,
Je ne brigue point une place ,
Mais j'en veux une dans ton coeur,
210 MERCURE DE FRANCE.
**********
PAROLES à mettre en musique par
Madame des Forges Maillard..
1
Liqueur bachique ; Amour , Folie ,
Tourmens , ou plaiſirs d'une vie ,
Qui , comme un fonge vain , naît & s'évanouit ;
Liqueur Bachique ; Amour , Folie ,
Trop de vous nous aveugle , un peu nous rejoüit ,
Et fans vous la fageffe ennuie.
LE Retour aux plaifirs.
ODE.
Dans cette paisible retraite ,
Dégagé du tumulte & loin de l'embarras ,
Je croyois vous trouver , tranquillité parfaité ;
Qu'à la ville on ne connoît pas.
**
Occupé de mes rêveries ,
Jerrois parmi les bois & le long des ruiffeaux ,
Diftrait je parcourois les plus vertes prairies ,
J'écoutois le chant des oifeaux.
DECEMBRE. 1747. 211
Vains projets d'une ame enchantée !
Un fouvenir trop cher me fuivoit dans ces lieux .
Des campagnes en fleur la beauté fi vantée
Amufoit à peine mes yeux.
Le loifir de la folitude ,
Source d'illuſion & pere de l'erreur
Offricà mon efprit les charmes de l'étude ,
J'y crus trouver quelque douceur..
******
Capable d'un travail pénible ,
L'Hiftoire fut l'objet de mes empreffemens:
La fombre antiquité me parut acceffible ,.
Je voulus dévoiler les tems.
Quel dégoût ! nulle certitude.
Par la prévention & l'infidélité ~
Les tems font confondus , la vérité s'élude ;
Et chaque fait eft conteſté.
*3X4
Chef des fectes philofophiques ,
Qui promettez d'orner les coeurs & les efprits ; ›
J'ai tenté de goûter vos leçons méthodiques ,
Mais qu'ai-je vu dans vos écrits
112 MERCURE DE FRANCE
Des paradoxes , des fyftêmes
Ouvrent une barriere à qui veut difputer ,
Pour moi cherchant le vrai , ne trouvant que problêmes
,
Je n'ai pû qu'apprendre à douter .
*3*
C'en eft fait , je reprends mes chaînes ;
Venez douces erreurs ; foule des paffions ;
Je m'abandonne à vous: Adieu bois & fontaines ;"
Fuyez triftes réfléxions .
++
'Aux amuſemens de Cythere
Joignons le doux lien de la fociété ;
Quelques amis choifis , un peu de bonne chere ,
Formeront ma félicité.
Ainfi d'une main menagéré
Semant fur mes propos le fel & l'enjoûment ,
Je faifirai le tems qui d'une aîle legére……
S'envole fi rapidement.
D. L. C. A. Vauréas.
}
DECEMBRE. 1747.
213
MARIAGE.
Le 2. Décembre a été fait à S. Sulpice le Mariage
de Louis-Marie Guy d'Aumont , Duc de
Mazarin , né le 5 Août 1732 , fils de Louis- Marie-
Auguftin d'Aumont de Rochebaron , Pair de France
, Duc d'Aumont, Chevalier des Ordres du Roi,
Premier Gentilhomme de fa Chambre , & Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majefté , & de
Dame Félix Victoire de Durfort Duras , mariée le
23 Avril 1727 , étant alors veuve de Jacques Duc
de Fitzjames ; avec Dlle Loüife Jeanne de Durfort
de Duras , la coufine germaine , Ducheffe de
Mazarin , née le premier Septembre 1735 , fille
unique d'Emanuel- Félicité de Durfort , Duc de
Duras , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
& de Dame Charlotte - Antoinette de Mazarin ,
morte le 6 Septembre 1735 , fille unique de Guy
Paul- Jules de la Porte de Ruzé , Duc de Mazarin,
de la Meilleraye & de Mayenne , Pair de France ,
mortle 30 Janvier 1738 , & de Dame Louife - Françoife
de Rohan aujourd'hui fa veuve , fille de
M. le Prince de Rohan.
Madame la Ducheffe de Mazarin eft petite- fille
de Louis de Durfort , Duc de Duras' , Maréchal de
France du 11 Février 1741 , Chevalier des Ordres
du Roi , &c. & de Dame Angélique- Victoire de
Bournonville mariée le 5 Janvier 1700 .
Voyez les Généalogies des Maiſons d'Aumont
& de Durfort dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 4. fol . 870. & vol . 5 .
fol . 720.
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Public eft averti de Madame la Générale de
la Motte , qui logeoit autrefois à l'Hôtel de Longueville
, demeure actuellement ruë de Richelieu ,
la troifiéme porte cochere après l'arcade de la
Bibliothéque du Roi , vis-à - vis les Ecuries de Son
Alteffe Royale ; elle y débite fes Gouttes avec
tout le fuccès imaginable dans toutes les maladies,
atteftées de tous les Médecins de Paris pour le
plus für & le plus prompt remede pour les extirradicalement.
per
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le fecond volume du Mercure de France.
du mois de Décembre. A Paris le huit Janvier
1748.
BONAMY .
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Dieu ,
Lettre critique fur la Chymie hydraulique ,
Le Bouquet , Cantatille ,
3
8
16
Madrigal ,
17
Reflexions
par Mlle *** 18
L'abfence de Climene , Sonnet , 22
Vers de M. Jaume à Mlle M. B. ** * 23'
Refléxions fur la connoiffance de foi-même ,
Ode imitée d'Horace ,
24
32
Lettre fur une nouvelle Grammaire Italienne , 35
Vers à M. B ***
Epitre à M. D. P * * .*
Mémoire fur les Evêques d'Orléans ,
38
40
43
Traduction de l'Hymne de M. Coffin pour le
jour des Rois : Huc vos â miferi ! &c. 5.2
Differtation fur une Médaille de l'Empereur Gratien
, 54
64
Ode au Roi fur la prife de Bergopfoom ,
Séance publique de l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres , 70
Prix littéraire des Infcriptions & Belles- Lettres ,
Stances ,
86
88
Paraphrafe du Pleaume , In exitu Ifrael de Egypto
, &c.
89
94
96
Réponse à une queſtion inférée dans le Mercure
de Septembre ,
Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . 98
Estampes nouvelles ,
Planches
Anatomiques ,
120
121
Spectacles , 112
Nouvelles Etrangeres , Suede , 139
Allemagne ,
145
Efpagne , 149
Grande
Bretagne ,
150
Provinces Unies ,
159
Italie ,
168
De Turin , 169
De Chamberry , 170
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 171
Bénéfices donnés par le Roi ,
De Bruxelles ,
De la Rochelle ,
174
175
176
1
De Bruxelles , 177
Promotion d'Officiers Généraux ,
Naiffance , Mariages & Morts ,
180
190
Récapitulation des Baptêmes , Mariages , Mortuaires
& Enfans trouvés , &c. pendant l'année
1746 ,
Arrêts notables ,
Epitres à M. Titon du Tillet ,
Le retour aux plaiſirs ,
199
200
206
210
Mariage de M. le Duc de Mazarin avec Mlle de
Duras ,
Gouttes du Général de la Motte ,
213
214
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI.
NOVEMBRE : 1747 .
IGIT
UT
SPARG
AT
pillon
S
Chés
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
M. DCC. XLVII
Avec Approbation & Privilege du Rei
THE NEW YO
PUBLIC LIBR
A VIS.
ASTOR, LENOX AND
100 TILDEN 'FOURTATO DRESSE générale duMercure eft
LA Là M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre fur les adreſſes à 11:
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere.
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEMBRE . 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
ELOGE DE LA SUISSE ,
Lettre aux Auteurs du Mercure de France.
Ous montrez dans votre Mer-
V cure , M.M. tant de goût , de
lumieres & d'impartialité , que
j'ai crû que vous vous feriez un
plaifir de contribuer à détruire un préjugé
répandu affés généralement en. France contre
la Suiffe & les peuples qui l'habitent ; on
s'imagine que ce païs eft ftérile & prefque
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE.
•
fauvage ; que fes habitans font fans connoiffances
& fans politeffe . Le célébre M.
de Voltaire ne penfe pas plus avantageufement
de la nation Helvetique ; il la traite
hardiment de barbare,
* Barbares , dont la guerre eft l'unique métier ,
Et qui vendent leur fang à qui veut le payer.
Cependant parmi ces barbares il y a des
Bernoullis , c'est - à - dire d'illuftres rivaux
des Newtons & des Leibnits. Il y a des
Werenfels & des Crouzas , qui ne le cedent
ni en génie ni en fçavoir aux plus célebres
Ecrivains de l'Europe. M. de Fontenelle
, qui fe connoît fi bien en mérite &
* L'Auteur de cet Ecrit n'a pas fans doute fait .
attention à la note que M. de Voltaire a faite fur
ces deux vers cités ; il rend juftice dans cette note
à la nation Suiffe & reconnoît qu'elle eft refpectable
& mérite toute forte d'égards . L'épithete de
barbares ne tombe que fur les Suiffes qui étoient
dans Paris à la folde du Duc de Mayenne , lef
quels y commirent beaucoup de cruautés , &
non fur la nation Helvetique. M. de Voltaire &
nos fçavans Géométres ont toujours témoigné la
parfaite eftime qu'ils avoient pour M. Bernoulli ,
dont les talens fublimes font la gloire de fa patrie .
Les François & toute l'Europe rendent la même
juftice aux autres Sçavans que cite M. Tollot.
Nous remarquerons ici que le préjugé dont l'Auteur
fe plaint n'exifte au plus que parmi le bas
peuple qui n'eft fait pour juger de rien.
NOVEMBRE. 1747 .
S
qui croit que l'efprit eft de toutes les nations
, auffi -bien que de tous les fexes ,
rend à ces Meffieurs la juftice qui leur eft
dûë , & il marquoit à M. de Werenfels une
eftime très - particuliere. Ne croyez pas
que ces Sçavans foient les feuls de la nation
Helvetique qui fe foient rendus fameux
dans la République des Lettres. *
Je ne veux pas remonter dans l'ancien
tems & vous parler des Banhins de
Bafle , à qui la Botanique doit une partie
de fes progrès. M. Haller de Berne
, leur a fuccedé dans cette fcience, & en marchant
fur leurs traces , il eft allé plus loin
qu'eux ; excellent Poëte d'ailleurs , il fçait
réünir les talens du génie aux connoiſſances
les plus utiles & les plus curieufes. M.
de Cefeaux , petit- fils de l'illuftre M. de
Crouzas , connoît leCiel comme les plus habiles
Géographes connoiffent la Terre ; il a
obfervé les deux dernieres Cometes avec
une exactitude & une pénétration étonnante
; il a déterminé & deviné leur cours
avec une précifion & une jufteffe qui a fait
Fadmiration des Aftronômes , qui ont vû
fes obfervations imprimées à Lauſanne ;
M. Aliman de Berne , Mrs Rufchat & de
Bochat de Lauſanne , ont porté avec beaude
fuccès la lumiere dans les ténebres
coup
* Il en eft plus de trois que je pourrois nommer:
A. iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des antiquités de la Suiffe ; ce dernier a
débrouillé tout nouvellement le cahos de
l'origine de la nation Helvetique ; les recherches
les plus profondes n'ont point
échappé à fon exactitude & à fa fagacité, &
il a démêlé avec une netteté admirable les
vérités hiftoriques de ce que la Tradition
& la Fable y avoient mêlé de faux & de
merveilleux .
Il n'eft plus douteux aujourd'hui que la
nation Helvetique eft compofée de Colonies
de Germains & de Gaulois , enforte
cependant que ceux-ci ont prévalu & ont
donné le nom à la plupart des villes de la
Suiffe ; il eft manifefte en effet que le nom
de la plupart de ces villes décele leurs
Fondateurs ; je n'en citerai que deux ou
trois exemples. Verci eft une des principales
villes bâties fur les bords du Lac Leman
par les Bituriges Vivifci , dont Bordeaux
étoit la Capitale. Lausanne , qui eft la Capitale
du païs de Vaux, doit fa fondation à
des Celtes ou à des Celtiberes , originaires
des Gaules, qui jetterent fes premiers fondemens
dans l'endroit appellé aujourd'hui
Vidi. Soit que fon premier nom fût Arpentina,
Arpentras & Loulonne, il eft également
Celtique.
Mondon , autre Ville appartenant à Mrs
de Berne , étoit anciennement MinoduNOVEMBRE.
1747. 7.
zum en latin ; fuivant M. le Profeffeur Rchat
, l'éthimologie de ce nom , adoptée
par M. de Bochat , vient de deux mots Gaulois
, Minni -dun , qui défigne une ville au
bord d'une riviere en effet Mondon eft
bâtie fur le bord du Lac Leman ; on pourroit
auffi tirer cette éthimologie de Mynyd,
montagne , & de Dun , ville , ce qui fignifieroit
ville fur un mont , dénomination
également convenable à Mondon .
Ces éthimologies font fi claires qu'on ne
fçauroit leur appliquer cette Epigramme
qu'on fit contre une de celles de l'Abbé
Menage.
Alfana vient d'Equus fans doute ,
Mais il faut avouer auſſi
Qu'en venant de- là juſqu'ici ,
11 a bien changé ſur la route.
On ne fçauroit rechercher avec quelque
foin l'origine des peuples , que l'on ne foit
convaincu que toutes les Nations fe font
mêlées infenfiblement , de là le mêlange
& la conformité des moeurs & des Langues
; ce font des ruiffeaux qui fe rendent
par diverfes routes dans le même fleuve ,
qui leur rend à fon tour par des canaux fouterrains
l'eau qu'il en a reçûë.
Tous les peuples ayant une même fource
A iiij.
8 MERCURE DE FRANCE.
&
,
& s'étant tous raprochés en divers tems ,
malgré leur diſtance , les uns des autres
rien ne me paroît plus injufte & plus ridicule
que les reproches qu'ils fe font réciproquement
, reproches qui certainement
retombent fur eux - mêmes , puifqu'ils n'ont
tous qu'une feule & même origine. Si l'on
difoit que les François font fuperficiels
qu'ils n'aiment que les fleurs & le brillant ,
qu'ils fe bornent à tourner agréablement un
Madrigal ou à aiguifer la pointe d'une Epigramme
, ils fe récrieroient beaucoup &
ils auroient raifon ; ils peuvent citer des
Ecrivains profonds , folides & éloquens ;
ils ont eu leurs Descartes , leurs Pafcals ,
leurs Boffuets , ils ont encore leurs Reaumurs
, leurs Mayrans & leurs Fontenelles.
Je ne parle point des excellens Poëtes qui
ont fait honneur à leur fiécle & à leur Nation
; les Auteurs François excellent fur
tout dans la précifion , l'ordre & l'élégance
& la netteté ; ils ont l'art de perfectionner
les découvertes des autres Nations &
de leur donner un nouveau luftre .
La Nature eft une bonne mere qui partage
affés également fes faveurs ; ce qu'une
Nation perd du côté du délicat & du
brillant , elle le gagne ordinairement du
côté de la jufteffe & de la profondeur ; les
Anglois n'ont peut - être pas cette fineffe ,
NOVEMBRE. 1747. 2
cette élégance & ces graces qui font le partage
& le caractére des bons Ecrivains
François , mais ils excellent dans la Philofophie
& dans l'art de traiter les matieres
Théologiques. Les Allemands réüffiffent
principalement dans la Médecine & dans
la Jurifprudence .
La Suiffe , fituée prefque au milieu de
l'Europe , eft à portée de réunir le goût
des differentes Nations qui l'environnent,
la Littérature n'y eft point négligée, & toutes
les fciences y font cultivées avec fuccès ,
outre les Sçavans dont je viens de parler ,
j'en pourrois nommer encore plufieurs autres
qui ont illuftré leur Patrie . Concluons
donc avec le fameux Peliffon , que les feiences
voyagent tour-à- tour par toutes les parties
du Monde & qu'elles éclairent prefque également
tous les Pays. Leur lumiere eft comme
celle du Soleil qui répand fes rayons de
toutes parts ; il eft vrai que cette lumiere
eft fucceffive. Les Grecs ont été nos premiers
Maîtres ; les Romains ont hérité de
leur goût pour les Belles- Lettres & pour les
Sciences ; il paroît aujourd'hui que toutes
les Nations de l'Europe fe font empreffées
à recueillir les débris de cet héritage; il eft
vrai que ce goût général pour les Belles-
Lettres & les Sciences fe diverfifie felon le
terroir du païs & le caractére de ceux qui
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
l'habitent ; les uns fe tournent plus du co
té de l'utile , les autres du côté de l'agréa
ble , mais il réfulte de cette variété de talens
& de connoiffances , le bien général
de la fociété ; ce qui manque à une Nation
fait le partage de l'autre , cela établit entre
elles un commerce de lumieres & de connoiffances
. Ne doutons point que la Nature
ne partage fes dons avec équité , cen'eft
que l'amour propre de chaque Nation .
qui s'arroge des prérogatives à l'excluſion :
de toutes les autres.
Quoi de nous feuls mere idolâtre ,,
N'eft- elle donc que la marâtre
Du refte groffier des humains ?
La Motte.
L'épithete de Barbares que M.de Voltaire
donne aux Suiffes , tombe peut- être moins :
fur leur ignorance que fur la vente qu'ils
font de leurs troupes aux Princes étrangers
, mais fi l'on examine les chofes avec
impartialité , on verra que ce reproche n'eft
pas mieux fondé que le premier; les Magif
trats des louables Cantons font trop fages.
pour fe propofer de trafiquer du fang de
feurs fujets.
Le célebre Zuingle fit à ce fujet de fortes
repréfentations à leurs Excellences de
NOVEMBRE. 1747. II
Zurich & de Berne , c'eft pourquoi ces
deux Cantons ne voulurent pas être compris
dans le Traité de Soleure du 7 Juin
1549, mais dans la fuite ils ont compris que
ces fcrupules devoient être levés par les con
jonctures où ils fe trouvent & la fituation de
leur pais . Joüiffant depuis plufieurs années
d'une profonde paix , les habitans s'y multiplient
beaucoup. Il n'eft pas facile de
faire aujourd'hui ce que l'on faifoit autrefois
, d'envoyer des Colonies quand le ter
rain eft trop étroit & n'eft pas affés fertile
pour le nombre & la nourriture des habitans.
L'efptit de la nation Helvetique n'eſt
pas tourné du côté du commerce ; la fituation
du païs n'y eft peut-être pas propre.
Que faire dans ces circonftances ? Permettre
à ceux qui ont de l'inclination pour les
armes,de fervir les Princes étrangers & acquérir
par-là une expérience qui peut être
utile à leur propre Patrie , qui fe réferve
toujours le droit de les rappeller toutes les:
fois qu'elle aura befoin de leur fecours. Ce
païs n'a pour toute fortereffe que fa fituation
, un bon Gouvernement , la valeur
non équivoque de fes habitans & leur extrême
amour pour la liberté..
Craignant plus que la mort un honteux efclavage;
Hs trouvent leur rempart dans leur propre courage:
A vi
12 MERCURE DE FRANCE:
Ce n'est point vendre fon fang que de
fe mettre à la folde des Princes étrangers
fous des conditions honorables , c'eſt ſe ti—
rer de la molleffe & de l'oifiveté pour faire
apprentiffage d'un métier qui peut devenir
néceffaire à ceux qui l'exercent , & les défendre
de l'oppreffion . Si la Suiſſe étoit attaquée
par quelque Puiffance étrangere &
qu'elle manquât de foldats & d'Officiers
expérimentés , comment pourroit-elle repouffer
un ennemi qui auroit fur elle l'a
vantage que donne l'expérience ?
Des femmes , des enfans pourroient- ils l'arrêter
Racine.
Je mets au rang des femmes & des enfans
les hommes qui ne font exercés qu'à
cultiver leurs champs & leurs vignes . Il n'y
a aucunes loix divines & humaines qui
nous défendent de fervir les Princes étran-.
gers dans leurs guerres , c'eft ce que M. de
Bochat a très- bien prouvé dans un Traité
qu'il a fait fur ce fujet..
L'objection que je viens de réfuter fuppofe
dans les Suiffes un grand amour pour
le , métier des armes & une valeur reconnuë;
M. de Balompierre difoit qu'ils avoient
la poitrine ouverte , le front fans rides &
la main bonne , c'est- à - dire qu'ils ont beau
coup de candeur , de franchiſe & de cou
NOVEMBRE. 1747.
13
rage ; ils en ont donné des preuves en diverfes
occafions. L'Empereur Charles Quint
avoit fait une invafion en Provence , & le
Roi François I. fe trouvoit prefque fans
troupes ; le peur qu'il en avoit étoit un
mêlange de foldats de diverfes Nations &
de differentes Religions . Dans cette extrê
mité il eut recours aux Suiffes , qui permirent
à M. d'Enguerrand de lever parmi eux
12 à 15 mille hommes , malgré l'alliance
qu'ils avoient avec l'Empereur ; ce Corps
ayant joint le Roi à Valence , le mit en état
de faire tête à l'armée Impériale.François I.
fentit fi bien l'obligation qu'il avoit à ces
braves Suiffes , qu'il fit préfent à tous les
Capitaines d'une chaîne d'or de là valeur
de cent écus , & ne croyant pas pouvoir
Feur marquer trop de reconnoiffance , il
déclara publiquement qu'il leur devoit la
Couronne.
Ecoutons M. de Voltaire , il fait dans
une de fes remarques fur le Poëme de la
Henriade , l'éloge de la générofité des Suiffes.
Sancy , dit-il , propofa dans le Confeil
de Henri III: de lever une armée de Suiffes ,
pour oppofer au parti de la Ligue , qui
vouloit détrôner le Roi. Le Confeil qur
fçavoit que ce Prince n'avoit pas un fol ,fe
mocqua de lui , cependant on lui donna la
commiffion , mais point d'argent , & ilpar
14 MERCURE DE FRANCE..
·
tit pour la Suiffe. Jamais négociation ne
fut fi finguliere ; d'abord il perfuada aux
Génevois & aux Suiffes de faire la guerre
au Duc de Savoye , conjointement avec la
France , il leur promit de la Cavalerie qu'il
ne leur donna point , il leur fit lever dix
mille hommes d'Infanterie & les engagea
de plus à donner cent mille écus ; quand it
fe vit à la tête de cetté armée , il pric
quelques Places au Duc de Savoye , enfuite
il fout tellement gagner les Suiffes , qu'il
engagea l'armée à marcher au fecours du
Roi , ainfi on vit pour la premiere fois les
Suiffes donner des hommes & de l'argent.
La cruelle guerre que les Suiffes eurent
à foutenir contre Charles , dernier Duc de
Bourgogne , ne manifefta pas moins leur
valeur que leur amour pour la Patrie &
pour la liberté , la victoire fignalée qu'ils
remporterent fur lui à Granfon & à Morat,
affura pour jamais leur indépendance..
Louis XI. étoit fi content des importans
fervices que les Suiffes lui avoient rendus ,.
qu'il leur accorda l'année 1481 des Lettres
de naturalité pour tous ceux qui viendroient
demeurer en France. Le Traité
qu'il fit avec eux l'année 1474 & dont on
peut voir un Extrait dans l'Hiftoire de ce
Prince par M. Duclos , leur est très-honorable.
NOVEMBRE. 1747.
Le Gouvernement en Suiffe eft doux
& équitable , ce qui rend les fujets trèsaffectionnés
à leur Souverain.La plupart des
Magiftrats ont fervi en France , & y ont
acquis cette politeffe qu'on ne trouve guéres
ailleurs , femblables à ces anciens Romains
qui paffoient fucceffivement du
Camp au Sénat , qui après avoir dépofé
leurs lauriers au pied de Themis , prenoient
le glaive de la Juftice , & que leur
probité & leurs lumieres élevoient aux
premieres Charges de l'Etat , comme leur
valeur les avoit placés à la tête de l'armée.
La Nation Helvetique a confervé juſques
à préfent cette fimplicité de moeurs ,.
fi convenable à fa fituation , & qui en fait
le caractére & l'ornement. Il n'y a que
ceux qui ont voyagé dans les pays étrangers
qui ayent peine à fe garantir du goût.
pour le luxe & la molleffe qui y regnent
en s'coûtumant peu à peu à leurs uſages;
il n'est que trop dangereux d'en contrac
rer les moeurs. Les anciens Suiffes étoient
fi éloignés de connoître le luxe & la ma
gnificence , qu'ayant fait un très- riche
Butin après le gain de la bataille de Granfon
contre le Duc de Bourgogne , ils pri
rent fa vaiffelle d'argent pour de l'étain &
la vendirent au plus vil prix ; ils ne firent
G MERCURE DE FRANCE
pas plus des cas des pierreries ; un d'en--
tr'eux qui trouva le plus beau diamant du
Duc le donna pour un florin , & il paſſa
en plufieurs mains au même prix , cepen
dant ce diamant eft aujourd'hui le fecond
de la Couronne , & il eft eftimé dix- huit
cent mille livres. Cela me rappelle l'ignorance
& la fimplicité du Conful Mummins
qui prit Corinthe ; il connoiffoit fi peur
le prix des tableaux précieux & des ftatues
qu'il y trouva , qu'il fit une Ordonnance
par laquelle il déclaroit que les ouvriers
qui fe les approprieroient ou qui les briferoient
, feroient obligés d'en fournir de
neuves.
L'éloignement que les Suiffes ont en
général pour le fafte & pour le luxe , n'eſt
pas. chés eux une groffiere ignorance des
commodités de la vie , & une impuiffance
abfolue de fe les procurer; l'air y étant pur,
le climat temperé , les fruits en abondance
& fort bons ; le gibier n'y manque pas ; on
y trouve des poiffons de toutes les efpéces
; les fleuves fertilifent toutes les cam-
.pagnes , & l'eau qui coule au pied des
vignes de l'Avan & de la Côte , femble fe
changer en vin délicieux. Ils ont des mines
au-deffus de Vercy , dont on tire un
fel beaucoup moins acre que celui de la
NOVEMBRE . 1747. 17
mer. Pas loin delà on voit des carrieres
de marbre de toutes les couleurs , que l'òn
fcie & que l'on polit avec fuccès pour
l'Etranger , car les habitans du pays , femblables
à ceux du Pérou , qui troquoient
leur or pour du fer , préférent dans la
conftruction de leurs bâtimens la fimple
pierre au plus beau marbre .
Ce que je viens de dire pourroit fuffire
à diffiper un préjugé affés généralement
répandu contre la Suiffe ; on s'imagine
que c'est un pays ingrat & fauvage , tout
hériffé de ronces & d'épines ; on fe trompe
fort ; la Suiffe offre prefque de tout
côté le payfage le plus gracieux & le plus
riant ; ici l'on voit des champs cultivés &
de vaftes prairies ; là des vignes riches.
& abondantes ; plus loin vous voyez de
gros bourgs , des villages peuplés & ferti
les ; rien n'eft plus agréable que la fituation
des villes qui couvrent prefque les
bords du Lac Leman , du côté du pays de
Vaud ; elles ne font pas grandes , mais elles
font propres & riantes : tout s'y reffent
de l'abondance dont jouiffent les habitans ,
& de la douceur du Gouvernement. La
Nobleffe n'y eft pas en grand nombre ,
mais elle eft polie & confiderée lorfqu'elle
eft jointe au mérite ; ainfi M. l'Abbé Gi
18 MERCURE DE FRANCE.
rard a tort , lorfqu'il dit dans fon excellent
Traité fur les Synonimes , qu'elle n'eft
pas eftimée en Suiffe & qu'elle eft un titre
d'exclufion pour les Emplois publics , Quelque
goût que la nation Helvetique air
pour l'égalité , il eft certain que les familles
patriciennes ont prefque toujours la fupériorité
dans le Gouvernement .
C'est dans cet heureux féjour que l'on
n'eſt point exposé à ces fatales révolutions,.
à ces guerres fanglantes , à ces orages funeftes
, qui menacent fi fouvent les autres
païs. Là du haut de leurs collines , comme
fur un Amphithéatre , les Suiffes jouiffenɛ
de la délicate fatisfaction d'être fimples
fpectateurs des débats des autres peuples ,
& de goûter les douceurs & les avantages
de la paix , quoique comme des Aigles intrépides
, on les ait vû autrefois fondre fur
leurs ennemis , fixer leurs regards fur le
Soleil & revenir à la charge tout couverts
de fang & de bleffures. Depuis la guerre
Civile , qui dura peu & qui fut terminée
Fannée 1713 , les Suiffes ont joui d'une
paix conftante , fi conforme à leur goût &
à leurs vrais intérêts. Il est vrai que cette
tranquillité fut un peu altérée l'année
1734 par les troubles de la République de
Généve,qui eft alliée de plufieurs Cantons,
NOVEMBRE . 19 1747.
mais ces troubles furent appaifés heureuſement
par l'augufte médiation de Sa Ma
jefté Très- Chrétienne & de leurs Excellences
de Zurich & de . Berne ; puiffionsnous
joüir à jamais des grands avantages
qu'elle nous a procurés !
O toi , fource des vrais plaifirs ,
Divine paix , délices de la terre ,
Tu bannis les foupçons & les triftes foupirs ,
Malheureux enfans de la guerre.
D'une tendre union ferre à jamais les noeuds ;
D'arbitres fi puiffans maintiens l'heureux ou
vrage ;
Que ce précieux héritage ,
Qui remplit aujourd'hui nos voeux ,
Puiffe en paffant à nos derniers neveux ,
Faire leur bonheur d'âge en âge !
Jean-Baptifte Tollot.
Geneve ce premier Septembre 1747.
20 MERCURE DE FRANCE.
LA Bataille de Lawfelt , & le Siége de
Bergopfoom . **
• · • •
OD E.
: . Famam extendere factis
Hoc virtutis opus . •
Virg. Æneid. lib . 19. v. 468./
Uel Mortel ou quel Dieu terrible ,
Le défefpoir peint dans les yeux ,
Précedé d'un tumulte horrible ,
Conduit fes bataillons nombreux ?
Orgueilleux enfans de la terre
Rivaux du Maître du Tonnerre
Ofez-vous encor le braver ?
Comment , dans votre énorme audace ;
De la foudre qui vous menace
Fourrez-vous enfin vous fauver?
Je le vois , oui , c'eft Mars lui- même ;
Il marche à pas précipités
Et de fa diligence extrême
* La Bataille de Lawfelt gagnée le 2 Juillet
1747fur l'armée des Alliés.
** Bergopfoom pris d'affaut le 16 Septembre 17474
NOVEMBRE. 1747-
21
Les peuples font épouvantés.
Le doux espoir de la vengeance ,
Sous les drapeaux contre la France
A reüni mille Guerriers ;
Sous leur poids la terre s'affaiffe ;
Ils vont , dans l'ardeur qui les preſſe ;
Défier leurs rivaux altiers.
**
Confus de n'avoir pû ſuſpendre
Le cours de nos brillans exploits ,
Leur Chef abandonne la Flandre
Au grand Monarque des François.
LOUIS , que la prudence guide ;
L'atteint dans fa courſe rapide ;
Dans Lawfelt il fixe ſes pas ;
Mars frémit ; yvre de carnage ,
Dans tous les coeurs ſoufflant ſa rage ;
Il fait des Dieux de fes foldats.
***
Les François fûrs de la victoire ,.
Ont prévenu leurs ennemis ;
MAURICE les mene à la gloire
Sous les yeux même de LOUIS ;
LOUIS les voit , foudain fon ame
Et les anime & les enfâme ;
Tout a cedé devant leurs pas ;
Trois fois leur grand courage effuye
22 MERCURE DE FRANCE.
Et brave la brûlante pluye
Des feux , miniftres du trépas.
炒菜
Ainfi qu'une pefante maffe ,
Inébranlable à tous les coups ,
Du lourd marteau qui la menace ,
Dédaigne l'impuiffant courroux ,
Tel l'Anglois trois fois nous repouffe
Contre lui notre effort s'émouffe ,
Il croit un inftant triompher:
Ceint d'un mur d'airain & de flâme ;
Aucune attaque ne l'entame
Et ne peut le faire plier.
**
Tel un éclair qui fend la nuë ,
Telle , ô Mort , tu parcours nos rangs ;
Du fang dont fe repaît ta vûë ,
La terre engloutit les torrens .
Mais bien-tôt le fage MAURICE
A franchi l'affreux précipice ,
De Mars redoutable rempart ;
Sa valeur féconde en miracles ;
A furmonté tous les obftacles
Et de la nature & de l'art.
****
? Tout fuit ; honteux de fa défaite ;
Mars voit les projets avortés ;
NOVEMBRE . 1747.
Il court chercher une retraite
Au fein des murs & des Cités.
Sur les bords de la Zoom tranquille
*
S'éleve une fuperbe ville ,
Qu'habite un peuple belliqueux.
Le Dieu guidé par fon courage ,
Vole , & ramene le carnage
Au pied de ces murs malheureux.
Bientôt armé de ton Tonnerre ;
LOWENDALH , le fuit à grands pas ;
O Roi , tu veux fauver la terre
Trop long -tems en proye aux combats ;
La Paix feule a pour toi des charmes ;
Et tu ne prends en main les armes
Que pour rétablir fon pouvoir :
Heureux , fi plus amis d'eux même
Les mortels à ta voix fuprême
Confentoient à la recevoir !
****
Ainfi qu'un fanglier terrible ,
Par les Chaffeurs mis aux abois ,
Montre un défeſpoir invincible ,
Avant d'en recevoir les loix :
Tel , & plus infléxible encore
* Bergopfoom au Berguefur la Zoom , Ville ayan
titre de Marquifat.
24 MERCURE DE FRANCE .
Le fier Dieu , que l'Anglois honore ,
Se roidit contre les malheurs,
De ma fureur opiniâtre ,
Bergopfoom le fatal théatre ,
» Doit être l'écueil des vainqueurs.
*XX
Il dit : plein d'efpérance vaine
11 encourage fes foldats ;
Luii - même il les arme & les mene
A chaque inſtant dans les combats.
Les affauts fans ceffe redoublent ,
Les ondes & les airs fe troublent ,
Le falpêtre obfcurcit les Cieux ,
L'airain mugit , la mort s'échappe ,
En tous les lieux les mines , la fappe
Etalent un spectacle affreux.
***
'Aux Guerriers qu'Atropos moiffonne
Succedent de nouveaux Guerriers ;
Sous leurs pieds la flâme boüillonne
Et renverfe des Forts entiers.
Les périls qui partout renaiffent
A leurs yeux bien - tôt difparoiffent ;
Leur grand coeur les furpaffe tous,
Héros jaloux de la victoire
›
Vous
NOVEMBRE . 1747.1
25
Vous eûtes au champ de la gloire
Des concurrens dignes de vous.
** XXX
L'illuftre ami du grand MAURICI
LOWINDAHL eft par - tout préfent
La victoire à ſes voeux propice
N'abandonne jamais fon Camp.
LOWINDAHL parle , agit , ordonne ;
A la troupe qui l'environne
11 difpenfe de longs travaux ;
Les François à l'envi s'avancent ,
A travers les feux ils s'élancent ,
Et de morts foulent des monceaux
Quelle épouvantable nuée
D'armes , de piques & de dards ,
A faifi mon ame étonnée ,
Et frappé mes foibles regards ?
Elle approche ... ſon ſein enfante
A mes yeux une troupe ardente ,
Qu'enyvre un espoir ſéduiſant,
Ils ne cherchent que les batailles ;
Bergue , ils veulent fous tes murailles ;
Vaincre ou mourir en te vengeant.
*
L
26 MERCURE DE FRANCE.
Des remparts découvrant la plaine ,
Mars les voit , reconnoît les fils ,
Et d'une allegreffe foudaine
L'écho répete au loin les cris.
Ils marchent d'un air intrépide ,
Et fiers du Guerrier qui les guide ,
Vont tenter des hazards nouveaux ;
Ils étendent par- tout leur rage ;
LOWENDAHL paroît ; leur
Tombe à l'afpect de ce Héros.
courage
Vous , dont la valeur faſtueuſe
Devoit renverser nos projets ,
N'avez-vous traverfé la Meufe
Que pour contempler nos fuccès ?
Vous fuyez , combattans terribles ;
Au fond de lieux inacceffibles
L'effroi vient de vous confiner.
Tremblez ; quoi ! Votre audace altiére
Croit- elle une telle barriere
Capable de nous étonner ?
***
Et toi jadis ville indomptable ;
Ecueil des plus fiers Conquérans ,
De ton enceinte redoutable
NOVEMBRE. 1747. 27
Vois la foudre ébranler les fancs.
Déja tes murailles s'écroulent ,
La terreur & l'orage roulent
Sur la tête de tes , Guerriers ;
Soumets-toi , LowENDAHL approche .. ?
Mais quoi ! ton orgueilleufe roche
S'abaifle devant fes lauriers !
Déja tes défenfeurs pâliffent ;
Le trouble eft peint dans leurs regards ;
Aux François , qui par- tout graviffent ,
Ils abandonnent tes remparts ;
Et Mars , que l'épouvante glace
Oubliant enfin fon audace ,
Fuit lui mêine avec les vaincus.
Bergopfoom , LOUIS eft ton Maître
Apprens du moins à le connoître ;
Tu cedes , il ne tonne plus .
Impatiente Renommée ,
Vole au loin répandant fon nom ,
Raffûre l'Europe allarmée
De la chûte de Bergopfoom ;
Peins-lui fon ame généreufe ,
Aufli tendre que courageuſe ,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
Senfible aux malheurs des mortels ;
Dis-lui que le meilleur des Princes
Voudroit dans toutes les Provinces
A la Paix dreffer des Autels,
༧༽ ཆུ
LETTRE écrite d'Aumale à M. de 3
la Bruere.
E crois devoir ,M. vous faire part d'une
Jdécouverte qui en accélérant la conftruction
des bâtimens & diminuant l'ob
jet de la dépenfe fur cette partie , pourra
peut-être donner d'autres idées encore plus
avantageufes pour le public.
Un particulier de ces cantons faifant
conftruire un bâtiment affés orné , a imaginé
pour avancer l'ouvrage, de faire pouffer
au rabot de menuifier les moulures de plufieurs
pierres de corniches & entablemens ;
cette premiere expérience ayant réüffi également
fur les pierres dures & feches &
fur les pierres tendres & fraîchement tirées
de la carriere , il a propofé au menuifier
de pouffer de la même façon la totalité
des corniches & entablemens, Le menuifier
demandoit 6 livres pour une partie
d'ouvrages pour laquelle le maître Maçon
comptoit donner environ 20 écus aux
Tailleurs de pierre , mais le maître a mieux
NOVEMBRE . 1747. 29
aimé s'en charger lui-même & a encore
perfectionné cette premiere invention
car il a établi moyennant 41. feulement
une espece de preffe en bois par le moyen
de laquelle en affujetiffant fur la même
hauteur une ou plufieurs pierres de fix ,
huit & dix pieds de long , il les pouffe
toutes en même tems au rabot , après les
avoir dégroffies & préparées au cifeau , au
lieu que les Tailleurs de pierres ne peu
vent le faire que par parties , & il s'eft
trouvé que le maître Maçon pour fon coup
d'effai en a fait plus en un jour que 15
Tailleurs de pierres n'en auroient pû faire,
& les a taillées beaucoup plus juftes , quoiqu'il
ne fe foit fervi que de vieux outils de
menuifier.Il a de plus fait faire des rabots ,
dont le bois & le fer font contournés de
façon qu'ils peuvent faire fur la pierre
comme fur le bois toutes fortes de ceintres
& de bombages , einbraffer en même
tems une corniche ou un entablement
compofé de 3 , 4 & 5 moulures de differentes
formes & largeurs , enforte "qu'un
feul ouvrier pouffe en même tems une corniche
entiere , & en fait plus par conféquent
que 40 ou 50 autres n'en feroient
dans le même tems , ce qui a fi parfaitement
réuffi pour le bâtiment en question ; que
le tems & la dépenfe fe font trouvés dimi
B iij
28 MERCURE DE FRANCE.
Senfible aux malheurs des mortels ;
Dis-lui que le meilleur des Princes E
Voudroit dans toutes les Provinces
A la Paix dreffer des Autels,
LETTRE écrite d'Aumale à M. de 3
la Bruere.
E crois devoir,M. vous faire part
J découverte qui en accélérant la conftruction
des bâtimens & diminuant l'ob
jet de la dépenſe ſur cette partie , pourra
peut-être donner d'autres idées encore plus
avantageufes pour le public.
Un particulier de ces cantons faifant
conftruire un bâtiment affés orné , a imaginé
pour avancer l'ouvrage, de faire pouffer
au rabot de menuifier les moulures de plufieurs
pierres de corniches & entablemens ;
cette premiere expérience ayant réüffi éga
lement fur les pierres dures & feches &
fur les pierres tendres & fraîchement tirées
de la carriere , il a propofé au menuifier
de pouffer de la même façon la totalité
des corniches & entablemens, Le menuifier
demandoit 6 livres pour une partie
d'ouvrages pour laquelle le maître Maçon
comptoit donner environ 20 écus aux
Tailleurs de pierre , mais le maître a mieux
NOVEMBRE. 1747. 29
que
aimé s'en charger lui-même & a encore
perfectionné cette premiere invention ,
car il a établi moyennant 4.1 . feulement
une espece de preffe en bois par le moyen
de laquelle en affujetiffant fur la même
hauteur une ou plufieurs pierres de fix ,
huit & dix pieds de long , il les pouffe
toutes en même tems au rabot , après les
avoir dégroffies & préparées au cifeau , au
lieu les Tailleurs de pierres ne peu
vent le faire que par parties , & il s'eft
trouvé que le maître Maçon pour fon coup
d'effai en a fait plus en un jour que 15
Tailleurs de pierres n'en auroient pu faire,
& les a taillées beaucoup plus juftes , quoiqu'il
ne fe foit fervi que de vieux outils de
menuifier.Il a de plus fait faire des rabots ,
dont le bois & le fer font contournés de
façon qu'ils peuvent faire fur la pierre
comme fur le bois toutes fortes de ceintres
& de bombages , embraffer en même
tems une corniche ou un entablement
compofé de 3 , 4 & 5 moulures de differentes
formes & largeurs , enforte qu'un
feul ouvrier pouffe en même tems une corniche
entiere , & en fait plus par conféquent
que 40 ou 50 autres n'en feroient
dans le même tems , ce qui a fi parfaitement
réuffi le bâtiment en question ; que
pour
le tems & la dépenfe fe font trouvés dimi
x
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
nués de plus de 55 foixantiémes fur cette
partie ; quand il fe trouve des caillous dans
la pierre on les ôte avec le cifeau , comme
cela fe fait lorfque c'eft avec le cifeau que
l'on fait les moulures.
Tous les Tailleurs de pierre avoient
d'abord dit par ignorance ou par entêtement
que le rabotage des pierres étoit
impoffible , & s'y étoient oppofés enfuite
par intérêt , parce que tout ce qui tend à
diminuer la dépenfe & le nombre des
journées déplaît toujours à toutes fortes
d'ouvriers.
On ne doute pas même que bien des
gens ne contrarient cette nouvelle oeconomie
par les mêmes motifs qui portent
plufieurs perfonnes à blamer l'invention
des machines qui tendent à faire fabriquer
des étoffes avec 5s & 6 fois moins d'ouvriers
qu'on n'en employe aujourd'hui .
C'est ainsi que l'on s'oppofa dans l'origine
au metier à faire des bas , fous pretexte
que l'on réduiroit à la mendicité un
nombre de gens qui vivoient de ce travail
mais pour que cette raifon fût bonne &
applicable à tout ce qui peut fimplifier le
travail des hommes , il faudroit fuppofer
s'il y avoit plus d'habitans en
France , on n'auroit pas dequoi les occuper
& les nourrir par le commerce , la
ou que
"
एक
!
NOVEMBRE. 1747. 3 #
culture & l'induftrie , & qu'il n'y a point
de terte incultes & mal cultivées ; ou bien
que l'on fait actuellement affés d'étoffes
pour la confommation interieure & exterieure
, & que s'il y avoit plus d'étoffes ,
de marchandiſes & de grains , tout ce fuperflu
feroit inutile , ou n'auroit point de
débouché & feroit à vil prix ; or on ne
croit pas que perfonne foutienne férieufement
toutes ces propofitions ; il eft inconteftable
qu'il y a en France , année commune
, plus de bled qu'il n'en faut pour la
fubfiftance des habitans , car cet excedent
que M. de Vauban & l'Auteur du détail
de la France mettent dans les années ordinaires
au double de la confommation
néceffaire , d'autres au triple , ou paffe
à l'Etranger quand on le permet , ou
périt par la pourriture & les charançons, ou
fe confomme en engrais de beftiaux , en
poudre & en amidon . Dans les difettes qui
n'arrivent que tous les 12 ou 15 ans , on
n'a jamais fait venir du déhors plus de 40
mille muids de bled , fur environ 800 qui
font néceffaires pour la confommation de
chaque année , & une partie de ces bleds
étrangers eft toujours demeurée invendue
après la difette , ou a été venduë à vil
prix .
Il n'eft
pas moins certain qu'il y a en-
B iiij
32 MERCURE
DE FRANCE
.
que
Core des terres incultes dans le Royauine
celles qui font cultivées , peuvent l'être
mieux & rapporter davantage & qu'il
n'y en a prefque point qui ne puiffent rapporter
tous les ans , car les marais des envi
rons de Paris & autres grandes Villes , &
tous les potagers du Royaume , non - feulement
ne fe repofentjamais , mais produifent
deux & trois fois dans la même année,
à force de culture & d'amendement , les
terres de la Chatellenie de Lille & plúfieurs
autres de la Flandre & de la Normandie
font auffi dans le même cas , par
l'abondance des amendemens , quoiqu'elles
portent des lins , des colfas , des chanvres
, des bleds & autres grains qui demandent
plus de nourritures que des legumes
, il ne manque donc à toutes les
bonnes terres pour être auffi fertiles , & à
routes celles qui font incultes , pour être
cultivées , que des beftiaux & des chevaux
pour leur donner plus de labour , des fumiers
les amander davantage , & des
pour
bras pour les remuer . Si alors elles produi-
Moient plus de grains , fi d'un autre côté
on trouvoit moyen de multiplier la quanti
té des étoffes & marchandifes de toutes efpeces
, il ne faudroit pas craindre de voir
ces nouvelles productions de la culture &
de l'induftrie à vil prix , ou fans débouchés
NOVEMBRE . 1747 . 33
au dedans & au déhors , car il y a dans
l'Univers & dans chaque état particulier
une reciprocité néceffaire entre les objets
de confommation & les habitans, qui produit
infailliblement à la longue, toutes cho
fes d'ailleurs égales , plus d'habitans lorſ.
qu'il y a plus de chofes à confommer , &
plus de chofes à confommer , lorfqu'il y a
plus d'habitans , par la même raifon qui
fait que l'abondance d'un marché y attire
les acheteurs , & que le nombre des acheteurs
y amene l'abondance. Ainfi s'il y
avoit dans un état plus d'habitans & de
beftiaux, il y auroit plus de productions de
la terre & de l'induftrie , parce que chacun
de ces nouveaux habitans s'induftrieroit
pour trouver fa fubfiftance & gagneroit
plus par fon travail que fa fubliftance
ne lui coûteroit , comme on le prouvera
ci-après ; s'il y avoit plus de grains & de
marchandifes , il y auroit plus d'habitans
parce que l'abondance de ces grains &
marchandiſes les faifant baiffer dans le
premier moment , les naturels du pays fe
nourriroient mieux , ainfi que leurs enfans ,
en feroient davantage , & les feroient plus
fains & plus vigoureux , les étrangers atti-
τές par le bon marché s'habitueroient dans
cet Etat, ou en tireroient le fuperflu avec le
leur , ou avec de l'argent , ou autres che
В v
34 MERCURE DE FRANCE.
>
fes équivalentes , moins néceffaires chés
eux , que ce qu'ils prendroient en échange ,
& lorfque la conſommation du dedans &
l'exportation au déhors auroient augmen
té peu à peu le prix des denrées & marchandifes
, les propriétaires & fermiers
les commerçans , les fabriquans & les artifans
, enrichis par le produit & le débit
qu'ils auroient , les uns de leur culture , &
les autres de leur induftrie , feroient rencherir
eux - mêmes tout le refte des denrées
& marchandifes , & jufqu'à la main - d'oeu
vrē , car ils feroient alors plus de confommation
à proportion des richeffes que
leur fond ou leur travail leur auroit procurées
, & l'induftrie fe tronvant par-là mieux
recompenfée , fe perfectionneroit dans
l'interieur & attireroit par l'appas du
gain des marchands , des artifans & des
induftrieux du déhors , qui augmentant le
nombre des habitans procureroient encore.
par leur travail & leur confommation , une
nouvelle augmentation de denrées de
marchandifes & de richeffes ; le détail
fera encore mieux fentir cette vérité.
>
Suppofons par exemple , que le fac
de bled porté du nord au midi de la France
y coute aujourd'hui 30 liv . & que la
pinte de vin de Languedoc , Provence ,
Bearne & Rouffillon coute is fols à DunNOVEMBRE.
1747.
35
kerque ou à Rouen , que les étoffes de la
fabrique de ces deux extrémités portées refpectivement
dans l'une & dans l'autre y
coutent s liv. l'aulne , ' fuppofons encore
que l'on trouve dans ces differentes Provinces
le moyen de faire plus d'étoffes ou
de les faire à meilleur marché , de cultiver
plus de terres à bled & à vin , ou d'en
retirer davantage , ou de tranfporter le
tout à moins de frais d'une de ces extrémités
du Royaume à l'autre , enforte qu'il y
ait dans chacune un tiers plus de toutes
ces chofes , ou un tiers moins de frais à
faire pour les tranfporter. Alors le bled
du nord de la France qui valoir 30 liv. au
midi n'en vaudra plus que 20 ou 26 liv.
& le vin du midi qui coutoit 15 fols dans
le nord n'en coutera que 10 ou 12
& ainfi des étoffes . Le Provençal & le
Gafçon , le Flamand & le Normand acheteront
donc & confommeront , les uns
plus de bled & d'étoffes , les autres plus
de vin avec la même quantité d'argent
qu'ils employoient ci - devant au même
ufage ; & une partie de ceux qui n'en confommoient
pas , parce que le prix étoit
fuperieur à l'argent qu'ils pouvoient y
mettre, en confommera ; ainfi les naturels
de ces deux extrémités du Royaume fe
trouveront mieux nourris & mieux vêtus ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
mais fi le bon marché de ces denrées fubfifte
quelque tems , fans que la quantité en
diminue , la confommation s'étendra de
proche en proche dans les Provinces de
l'interieur par les mêmes raifons , & enfuite
chés les étrangers . Alors ces denrées
& ces étoffes réhaufleront de prix à propotion
que la demande en augmentera ; mais
quand elles reviendroient précifement au
même taux où elles étoient auparavant , la
confommation nouvelle occafionnée par
la premiere diminution du prix fubfiftera
& s'étendra même , parce que les premiers
propriétaires & cultivateurs de ces bleds &
de ces vins , les premiers fabriquans &
les premiers marchands de ces étoffes , enrichis
par un débit & un produit plus
fort , employeront une partie de leur profit
à cultiver & à fabriquer encore davantage
, & l'autre à faire de nouvelles confommations
qui enrichiront d'autres efpeces
d'ouvriers , de marchands & de cultivateurs
; ceux ci fe trouvant par-là plus à
leur aife , confommeront à leur tour plus
de bleds , de vins , d'étoffes , de viandes , &c ,
Ils rendront ainfi aux premiers confommateurs
qui les auront enrichis,une partie
de l'aifance qu'ils en auront retirée , & le
fond de cette aifance générale viendra en
partie des richeffes réelles & nouvelles que
NOVEMBRE: 1747. 37
l'augmentation de la culture & de l'indufttie
aura donné à l'Etat par l'augmentation
de la quantité du bled , du vin & des étoffes ,
& en partie des richeffes étrangeres que
le débit au dehors aura procuré.
En ſuivant cet exemple & le parcourant
dans toutes les progreffions , il eft aifé de
voir que cette augmentation de denrées &
de marchandifes produiroit fucceffivement
une augmentation réelle d'habitans ,
que ces denrées &marchan difes ne feroient
jamais à vil prix malgré leur abondance ,
& qu'elles ne feroient jamais trop cheres
malgré l'augmentation des habitans ; car
1º.Le prix eft toujours fixé par la demande,
& la demande eft toujours proportionnée
au nombre des acheteurs , aux befoins , à
l'aifance & au luxe ; or les acheteurs , les
befoins , l'aifance & le luxe
augmenteroient
dans l'interieur , s'il y avoir plus de
denrées comme on vient de le prouver , &
quand les befoins , l'aifance & le luxe feroient
remplis au dedans , ils font encore
bien loin d'être à leur terme dans le refte
de l'Europe & encore moins dans les autres
regions où nous commerçons , puifque
l'on peut y porter , y faire naître & en
tirer mille fois , plus de richeffes qu'il n'y
en a eû jufqu'ici , & que les befoins , let
38 MERCURE DE FRANCE.
luxe & la propagation n'ont peut -être pas
de bornes connues.
mes ,
>
2º. La cherté des denrées ne feroit pas
plus à craindre ; la cherté n'eft un mal que
quand elle vient de la difette des denrées ,
de la pareffe ou de la foibleffe des homle
bon marché eft même encore un
autre mal lorfqu'il vient du petit nombre
ou de la pauvreté des habitans , mais la
cherté eft un bien quand elle ne procede
que de la quantité & de la richeffe des
confommateurs , & la raifon de cela eſt
que rien n'eft cher où les moyens de payer
font abondans , & que tout eft cher ou ils
font rares . Or la quantité des denrées multipliant
les habitans & la quantité des habitans
multipliant les denrées , il réfulte
de l'une ou de l'autre augmentation plus de
richeſſes dans l'Etat & par conféquent plus
de moyens de payer , payer, au lieu que le petit
nombre des habitans produifant moins de
denrées , & la petite quantité des denrées
réduifant le nombre des habitans , l'Etat fe
trouve moins riche , les moyens de payer
deviennent plus rares , & toutes chofes fe
trouvent plus cheres, parce qu'il y a moins
de quoi les payer ...
Le point important eft donc d'augmenter,
autant qu'il eft poffible, la quantité des
NOVEMBRE . 1747. 39
habitans & des denrées on marchandifes
puifque ces deux quantités fe multiplient
P'une par l'autre , & que c'eft de cette multiplication
réciproque que réfulte la force
& la richeffe d'un Etat or c'est un moyen
d'augmenter la quantité des hommes &
des denrées ou marchandifes , que de fimé
plifier par l'Art les opérations qui peuvent
procurer ces denrées , & l'on gagneroit
pour l'Etat ce double avantage , fi l'on
pouvoit employer moins d'ouvriers pour
faire la même quantité de bâtimens , d'étoffes
de laine & de foye , de lambris
de parquets , de bas & de fouliers , &c.
Car il arriveroit de- là , de deux chofes l'une
, ou les ouvriers actuels de chacune de
ces profeffions feroient plus d'étoffes &
plus d'ouvrages de leurs métiers dans le
même efpace de tems , ou il y auroit moins
de ces ouvriers. S'il y avoit, par exemple ,
plus d'éroffes, on en vendroit davantage aut
dedans & au dehors , & l'Etat en feroit
plus riche , à proportion de la plus grande
quantité de marchandiſes qu'il auroit à débirer
; & de la plus grande confommation
qui ne manqueroit pas de fe faire , comme
on l'a prouvé ci - deffus. Si la confommation
n'augmentoit pas dans les premiers
momens , & qu'il y eut par conféquent
plus d'ouvriers oififs & moins de tiffer ans ,
40 MERCURE DE FRANCE.
de tailleurs de pierres & de menuifiers , il y
auroit plus de laboureurs , de pécheurs ,
de matelots, de commerçans & de foldats ,
parce que ce qui fe trouveroit de trop dans
une profeffion reflueroit dans une autre, &
ce feroit d'abord multiplier les hommes
d'une façon utile pour l'Etat , quoique
fictive en elle-même , que d'en occuper
moins à une profeffion , dès que cette profeflion
n'en fouffre pas , pour les rejetter
dans une autre également utile qui en a
befoin ; mais de plus cette multiplication
d'habitans deviendroit réelle par les fuites,
parce que peu à peu la quantité de denrées
& marchandifes augmenteroit , dès qu'il y
auroit un moyen de les procurer avec
moins de frais & d'ouvriers , & que cet
accroiffement de denrées feroit augmen
ter la quantité des hommes , ainfi
qu'on la prouvé ci - deffus ; on a prouvé,
encore que fi le nombre ou le travail des
hommes augmentoit de quelque façon que
ce fût , l'Etat & tous les membres feroient
plus riches , quand même tout feroit plus
cher , parce que les moyens de payer feroient
augmentés , au moins autant que le
prix des chofes , par les richeffes que l'aug
mentation du nombre & du travail des
hommes auroit procurées ; car comme la
cherté ne viendroit que de cette aug
NOVEMBRE. $ 747 4!
mentation d'habitans & de confommation ,
on trouveroit par leur travail & par l'accroiffement
de denrées , de marchandifes
& de richeffes qu'il produiroit , un reme
de plus que fuffifant à la cherté qu'ils auroient
caufée. Il refte donc bien démontré
que c'est un grand avantage que de fimplifier
les manoeuvres , qui tendent à procurer
plus de denrées & d'étoffes , & de
faire toutes fortes d'ouvrages & de travaux
avec un moindre nombre d'ouvriers que
ceux que l'on y employe aujourd'hui . Ne
craignons point que ceux qui par là fe trouveront
inutiles dans une profeffion , manquent
de ſubſiſtance dans une autre tant
qu'il y aura des terres incultes ou mal cultivées
à défricher ou à cultiver mieux , des
manufactures à perfectionner ou à étendre,
des parties de commerce à améliorer , des
colonies à fournir , des matelots à employer
, & plus que tout cela , des befoins
& du luxe à fatisfaire. Un payfan devenu
tailleur de pierre ou tifferan peut retourner
à la culture de la terre d'où il eft forti ,
ou s'employer à un autre genre de manufacture
& de commerce , s'il devient inutile
dans la profeffion où il étoit . Eh ! Comment
peut- on craindre de voir des ouvriers
manquer d'ouvrage & de fubfiftance ?
Tout ce que l'on pourroit appréhender eft
42 MERCURE DE FRANCE.
trop
qu'il n'y eut tout d'un coup des vuides
confidérables & trop prompts , mais
ces vuides ne fe feroient pas tous à la fois
puifque ce ne feroit qu'à proportion qu'on
trouveroit à fimplifier la méchanique de
quelque profeffion . Si aujourd'hui l'invention
de raboter les pierres diminue le
nombre des gens qui les tailloient au cifeau
, ceux qui demeureront fans emploi ,
trouveront à vivre dans quelqu'autre profeflion
, comme les faifeurs de bas à l'éguille
ont trouvé à fe placer , lorſque l'invention
des métiers les a rendus inutiles , &
cependant leur nombre étoit immenſe dans
toute l'Europe , puifque l'ufage des bas
étoit général & occupoit plus de gens que
quatre autres profeffions de la même ef
pèce.
Si dans un an on découvre un moyen de
rendre une autre partie d'ouvriers inutiles
ou fuperflus, ils fe placeront de même
& quel bien ne feroit - ce pas pour lafociété
fielle avoit plus de fujets à occuper ? Combien
de débouchés utiles n'auroit- elle pas
pû procurer dans les profeffions qui ont
befoin de fujets ?
Il ne reste qu'à fouhaiter que l'on multiplie
les moyens qui peuvent rendre les
hommes & lesArts méchaniques plus utiles,
& qu'il y ait en France beaucoup de Vo
NOVEMBRE. 1747. 43
tanfons qui s'y appliquent ; leurs recherches
font bien auffi nobles & auffi précieuſes
que celles qui tendent à nous faire
découvrir de nouvelles propriétés ,
de nou veaux rapports & de nouvelles
combinaiſons dans les differentes parties
de la matiere , dans les lignes ou dans les
nombres , & ces dernieres ne le feroient
pastant ,
fi elles n'avoient pour but , éloigné
ou prochain , l'avantage commun de
la fociété.
Voilà , Monfieur , où m'a mené la petite
découverte faite dans ce pays- ci , & fi
elle ne m'a pas emporté trop loin , il faut
en conclure que toutes les parties de l'Etat
& de l'adminiftration fe tiennent par une
chaîne imperceptible , que de meilleurs
yeux que les miens auroient peut-être trouvé
encore plus étenduë.
Au furplus comme je ne viſe point à la
réputation d'Auteur , que je ne fonge pas
même à entrer dans des difcuffions qui
pourroient être fuperieures à mes lumieres,
& que je laiffe à des gens plus habiles que
moi , fi la matiere leur en paroit digne ,
vous me permettrez de ne me point nommer
, & je ne fuis pas moins refpectueufement
, Monfieur , votre , &c.
Je viens d'apprendre dans le moment
que
l'on a tenté dans un autre canton de
44 MERCURE DE FRANCE .
faire rabotter les pierres , & que cett
épreuve y a eû le même fuccès;un architect
m'a dit auffi qu'il avoit vû la même chof
en Provence...
E PIT RE
De M. l'Abbé B... à M. R .. de Charenter
Pourquoi , R... de ta mufette
N'entendons-nous plus les doux fons ?
Tu ne viens plus deffus l'herbette
Nous rejouir par tes chanfons.
Nos Nymphes , que tu trouvois belles ,
Ne danfent plus comme autrefois.
a) Le Chantre des Rofes nouvelles
Tourmente envain fon hautbois .
Nous languiffons dans ces bocages ;
Philoméle a perdu ſa voix ,
Et les oifeaux par leurs ramages
Ne font plus retentir nos bois .
Reviens donc , ramene les graces ;
Les ris attendent ton retour :
Les Mufes reprendront leurs places ,
Pour chanter avec toi les douceurs de l'amour.
(a) Allufion à une pièce de vers , intitulée la Rofa
nouvelle.
NOVEMBRE. 1747 .
45
REPONSE à l'Epitre précédentes
A Bbé chéri des neuf pucelles ,
Toi qui fçais fi galamment
Joindre des graces nouvelles
Aux fleurettes d'un compliment ;
Veux-tu fçavoir pourquoi ma mufe
Dans un long affoupiffement
Refte enfevelie , & refufe
D'en fortir abfolument ?
Prête-moi l'oreille un moment
Et tu verras que mon excuſe
Eft légitime affûrément .
Celui qui fabriqua le monde ,
Nous fit à tous un goût fort different ;
Les uns vont chercher follement
A travers les périls de l'onde ,
Le métal précieux dont le Pactole abonde
Les autres tentent vainement
De penetrer la fageffe profonde
Qui fçut donner l'arrangement
A toute la machine ronde ,
Pour moi , je le dis bonnement ,
La pareffe eft mon élément ,
I
MERCURE DE FRANCE.
Et c'eft fur elle que je fonde
Tous mes plaifirs uniquement.
Tu dois voir clair préfentement ,
Et fans chercher dans ton grimoire ,
Tu devines fort aisément
Que je me moque de la gloire ,
S'il faut l'acheter cherement,
Ainfi je fuis les rives d'hyppocrêne ;
Le Dieu des vers n'offre que du clinquant ;
Sous fes drapeaux chaque jour à la gêne ,
Ses nourriffons ne rencontrent que peine ,
Et pour tout bien n'ont que du vent ;
Mais fi j'avois l'heureux talent
Qu'il t'a donné ( par grace finguliere )
Ou bien celui dont il a fait préfent
A la Sapho de Mouriere , *
Je rimerois plus fouvent.
'Abbé , voila tout mon fyftême ;
Lés fots diront , il eft extravagant ,
Mais toi qui penfes finement ,
Tu diras fort obligeament ,
11 eft fenfé , ma foi , je l'aime.
R .... de Charente,
* Terre dans la Saintonge , où demeure Mad D...
D ... L ... qui à beaucoup de goût pour la Poësie
qui verfifie très -joliment.
NOVEMBRE. 1747. 47
W7DCACDCD CDCDCACI VDCDC)
'Académie desSciences de Dijon diftri
L'ous le prixdemorale dans une allemblée
publique, le 20 du mois d'Août 1747
à M. Baron , Avocat au Parlement demçurant
à Amiens.
M. l'Abbé de Repas , Chanoine de
Notre- Dame de Dijon & honoraire de l'Académie
ouvrit la Séance par des refléxions
fur le fujet du Prix qui avoit été proposé
& il fit voir avec toutes les graces de l'Eloquence
que l'envie procuroit deux
avantages au mérite Litteraire.
1 ° . En ce qu'elle étoit au mérite un principe
d'action qui l'excite & l'anime.
20. En ce qu'elle eft au mérite un principe
de rectitude qui l'épure & le perfectionne.
›
Les preuves de ces deux vérités , que
j'abrege , font que l'ame pareffeuſe de fa
nature tombe dans une indolence qui
gâte les refforts de l'efprit , & qui ruine
les bons génies , d'où l'Orateur conclut ,
qu'il faut au Sçavant un principe d'action
qui le remue ; c'eft l'envieux qui le lui
fournit en cherchant à ternir fa gloire , &
qui le réveille de fon affoupiffement. En
effet fi l'on remonte à la fource , quel eft
le principal reffort qui fait tout mouvoir
48 MERCURE DE FRANCE.
qui réveille dans l'Orateur & dans le Poëte
l'amour de la belle gloire , qui excite l'émulation
du Jurifconfulte & de l'Hiftorien
? Qui eft ce qui anime le Médecin ,
l'homme de lettres au travail? L'envie d'un
competiteur , l'oeil d'un rival jaloux , que
l'on veut réduire au filence.
Il eft deux puiffans aiguillons dont fe
fert l'envie pour donner de l'activité au
mérite des Sçavans , le duel litteraire & la
critique,
Cette guerre d'efprit dans laquelle on
ne fe pardonne rien , eft l'ouvrage de l'envie
mere de la difcorde . De là ces écrits
lumineux , ces heureuſes compofitions qui
enrichiffent la République des Lettres.
L'envie excite la difpute ,la difpute anime
le mérite ; tout s'arrange , tout fe change
en mieux .
La critique , quoique odieufe en ellemême
, parce qu'elle outrage , eft utile dans
la République des Lettres , en ce qu'elle
éclaire ; fans elle en effet combien d'igno
rances , d'abfurdités , de raifonnemens
faux , de fentimens erronés , de termes
rempans , d'ennuyeufes redites auroient
acquis le droit de bourgeoifie dans les
Livres ?
L'envie eft donc un principe d'action
qui excite le mérite ; elle eft auffi le principe
NOVEMBRE. 1747. 49
cipe de rectitude qui l'épure & qui le perfectionne.
C'eft la feconde refléxion de
l'Orateur.
Le mérite n'eft pas fans quelque mêlange
de défauts ; l'efprit humain a fes limites
; les Princes des Belles-Lettres ont eû
leurs foibles , ces foibles n'ont pas échappé
aux yeux perçans de l'envie .
N'a- t'on pas reproché à Virgile fes inégalités
& fes larcins , à Plaute fes plaiſanteries
, à Homere fes obfcénités ? N'a- t'on
pas dit de Ciceron qu'il étoit froid dans fes
rencontres , lent dans fes exordes , long
& ennuyeux dans fes digreffions , de De- Démofthene
qu'il a eu plus d'art que de naturel
?
De nos jours , l'imitateur de Juvenal &
de Perfe a- t'il été exemt du reproche de
plagianifme ? N'a-t'on pas trouvé dans
' Elope des Latins plus de politeffe que de
génie ? N'a-t'on pas repris dans celui des
François la négligence de la verfification
N'a t'on pas relevé dans le Sophocle de
notre fiécle des fautes d'autant plus remarquables
qu'elles fe trouvent à côté & à la
fuite de penfées nobles , de defcriptions
vives , de fentimens élevés , d'une verfification
harmonieuſe ?
Pour reparer ces fautes & rétablir dans
leur fplendeur les ouvrages de ces hom
C
o MERCURE DE FRANCE,
mes célébres , il leur falloit de ces maîtres
affidus & malins, qui découvrent jufqu'aux
plus légeres taches ; c'eft l'envie qui les
enfante , & qui leur prête fon flambeau
qui éclaire à son tour les Sçavans , & leur
fait mettre à profit les défauts que l'envie
a découvert dans leurs ouvrages . D'où l'on
doit conclure qu'elle eft au mérite un
principe de rectitude qui l'épure & le perfectionne
.
Après que M. l'Abbé de Repas eut
achevé la lecture de fon mémoire , on lut
la piéce de M. Baron qui avoit été unanimement
jugée avoir le mieux fait valoir les
avantages que le mérite retire de l'envie , qui
étoit le fujet donné pour le prix de Morale
1747 , & malgré la modeftie de fa devife.
Argutes inter raucus ftrepit anfer olores.
foit
Il a fait entendre une voix plus douce
celle la fable attribue aux autres
que que
cignes avec lefquels il a concouru . L'Auteur
ayant
fon ouvrage
intérêt que
rendu public , je me contenterai de remarquer
qu'il a folidement démontré par
une gradation foutenue que l'envie étoit
utile aux vertus , aux talens & au mérite,
1º. Parce qu'elle annonce les vertus &
les rend plus parfaites .
2º. Parce qu'elle anime les talens & les
NOVEMBRE. 1747. SE
tend plus finis , double & précieux avantage
que le mérite retire de fa plus redoutable
ennemie . Les deux mémoires qui
ont paru à l'Academie être les meilleurs
aprés celui de M. Baron , font de M. l'Abbé
Bellet de l'Académie des Belles-Lettres
de Moutauban , & de M. Ourfel jeune
Auteur de Paris , le premier dans un ouvrage
extrêmement ferré a dit beaucoup
plus de chofes que bien d'autres , qui ont
donné plus d'étendue à leurs paroles ; fon
plan quoique differemment traité , eft en
partie le même que celui du mémoire qui
vient d'être couronné , & le même en tout
point que celui de M. Ourfel. Selon M.
l'Abbé Bellet le mérite eft redevable à
l'envie de fa perfection & de ſon éclat.
Quoique M. Ourſel ſe ſoit annoncé
pour un jeune Auteur , fon ouvrage femble
avoir été fait par un homme exercé
depuis long-tems dans ce genre d'écrire ; le
feul défaut ( fi c'en eft un ) que l'Académie
ait trouvé dans fa piéce, c'eft d'être plus pro
pre à être débitée dans une Chaire Chré
tienne , dont il paroît poffeder le grand
Art , que dans une affemblée de gens de
Lettres plus accoûtumés par état à traiter
les matieres fuivant les principes naturels
de la morale & de la politique , que felon
les dogmes de la Théologie , ce qui n'a-
C
52 MERCURE DE FRANCE.
pêche pas qu'en voulant faire valoir les
le mérite retire de l'envie ,
avantages que
il n'ait parfaitement prouvé fa propofition ,
en faifant voir qu'après avoir procuré au
inérite un nouveau degré de perfection ,
elle couronne les épreuves qu'il a effuyées
par un nouvel éclat de gloire , en quoi il a
rempli l'efprit de fa devife. Facit virtus
etiam cum invidia proventum.
L'Académie ne peut diffimuler que par
mi vingt-deux mémoires qui lui ont été
adreffés , il y en a deux qui font des copies
fidelles & ferviles de l'ouvrage de M.
Ï'Abbé Mouth , Chanoine de Pertuis , qui
remporta en 1735 ou 1736 le prix de
l'Académie de Marſeille . Le hazard ayant
fait que celle de Dijon ait propofé le même
fujet pour l'année 1747 , elle veut bien par
un refte de ménagement que ces Copiſtes
ne méritent pas , ne leur pas faire la honte
de les nommer ici , quoique jamais plagiat
n'ait été auffi violent , ni auffi groffier ; il
s'eft même étendu juſqu'à la deviſe .
S'il eft permis aux gens de Lettres d'être
plagiaires , ce ne peut être qu'avec de certaines
bornes , & leurs larcins doivent être
faits avec tant d'Art , qu'ils reffemblent à
ceux des Abeilles , qui dans la compofition
de leur miel ne laiffent point appercevoir
les fucs dont elles fe font fervies.
NOVEMBRE. 1747. 53
•
La Séance finit par la lecture que fit M
Fromageot , de l'Académie de Dijon , d'un
mémoire fur le prix de l'éducation & fur
les méprifes qui s'y pratiquent. Ce font
des effais d'un ouvrage plus confidérable
qu'il prépare fur cette matiere importante.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Dijon le 26 Août 1747 .
PROGRAMME de l'Académie des
Sciences de Dijon , pour le prix de
Médecine de 1748.
L
'Académie des Sciences fondée à Dijon pas
M. Hector- Bernard Pouffier , Doyen du Parlement
de Bourgogne , annonce à tous les Sçavans
que le prix de Médecine pour l'année 1748 , confiftant
en une Médaille d'or de la valeur de trente
piftoles , fera adjugé à celui qui aura le mieux traité
la queftion fuivante :
Expliquer comment se fait la tranſmiſſion des maladies
héréditaires .
Il fera libre à ceux qui voudront concourir , d'écrire
en François ou en Latin , obfervant que leurs
ouvrages foient lifibles & que la lecture de chaque
mémoire rempliffe & n'excede pas une demie heure.
Les mémoires francs de port ( fans quoi ils ne
feront pas retirés ) feront adreffés à M. Petit , Secretaire
de l'Académie , rue du vieux Marché , qui
n'en recevra aucun , paffé le premier d'Avril .
Tous ceux qui ayant travaillé fur le fujet donné
fe feront fait connoître avant la diftribution du
prix , feront exclus du concours. Pour remédier
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
à cet inconvénient , chaque Auteur fera tenu de
mettre au bas de fon mémoire une ſentence ou devife
& d'y joindre une feuille de papier cachetée ,
au dosdel aquelle fera la même ſentence ou deviſe ,
& fous le cachet fon nom , fes qualités & fa demeure
, pour y avoir recours lors de la diftribution du
prix; lefdites feuilles ainfi cachetées ne feront point
ouvertes avant ce tems , mais le Secretaire en tiendra
un regiſtre exact.
Ceux qui exigeront de lui un récépiflé de leurs
ouvrages , le feront expédier fous un autre nom
que le leur , & dans le cas où celui qui auroit ufé
de cette précaution auroit mérité le prix , il ſera
obligé en chargeant une perfonne domiciliée à Dijon
de fa procuration fimple pour le recevoir ,
d'y joindre auffi le récépiflé.
La diftribution du prix fe fera dans une Aſſemblée
publique de l'Académie le jour de la fête de Saint
Louis 25 du mois d'Août 1748.
·ODE au Menfonge.
Quel reffort , quelle politique
Agite , trouble l'univers ?
Quel tyran fourbe & defpotique
Regne fur les mortels pervers ?
Toi que feconde le parjure ,
Fu , menfonge , ceffe , impoſture ,
D'infecter la fociété.
Quoi verrai-je encor ta furie ,
"
NOVEMBRE. 1747 31
D'erreurs , de faufletés nourrie ,
Etouffer l'humble vérité ?
Ton fouffle répand fur la terre
Les haines , les cruels procès ,
Les noirs combats , l'affreufe guerre ,
Que fuivent la mort , les forfaits .
Difparois , voile de l'excufe ,
Art du détour & de la rufe ,
Dont je vois l'homme s'occuper.
Triftes jouets de la mifere ,
Mortels enfans d'un même pere ,
Etes-vous nés pour vous tromper ?
XXX
Dans les contrats que de foupleffes
Entre les peres & les fits
D'où naiffent ces vaines promeffes
Le fang les rend- il ennemis ?
Caché dans la nuit du menfonge
Le vil intérêt qui les ronge
Souffle fon poifon dans leur coeur.
De ce Dieu les lâches victimes
Achetent le fruit de leurs crimes
Par la perte de leur honneur.
Ci
56 MERCURE DE FRANCE.
Déja la fombre & pâle envie
Prête au menfonge fes fecours.
L'innocent voit la calomnie
Frémir , s'armer contre les jours .
Bien-tôt cent langues diffamantes
Rendent fes forces impuiffantes.
La femme eft fufpecte à l'époux ;
Le frere foupçonne le frere ;
Dans les flancs d'un ami fincere
L'ami trompé porte fes coups.
***
Mais il eft un Dien tutelaire ,
Protecteur du jufte opprimé ;
Il triomphe de la colere
De l'impofteur envenimé
En vain la fourbe hypocrifie
Affecte une vertų ſuivie ,
Qui tôt ou tard s'évanouit ;
Sur la cendre , de Mardochée
Aman ſe prépare un trophée ,
Mais Dieu le venge ; Aman périt.
Prête-moi ton bras fecourable ,
Seigneur ; fais -moi connoître l'art
De cet ennemi redoutable ,
NOVEMBRE. 1747. $7
Qui toujours le couvre de fard.
L'innocence eft ta propre cauſe ;
Ta fçais où le menteur l'expofe ;
Ses traits font adroits & puiffants ;
Confonds leur orgueilleufe audace ;
Tonne , frappe , extirpe la race
De tous leurs lâches artifans .
J. Lacostefils , le 6 Août 1747 .
**RERERERERERA**
L
'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Rouen tint fa troifiéme affemblée
publique le Mardi premier Août
dans la falle de l'Hôtel de Ville . M.de Premagny
Sécretaire pour les Belles - Lettres
ouvrit la Séance par un difcours où il
rendit compte à l'affemblée de l'établiffement
de l'école gratuite de deffein , de fon
utilité & de fes progrès , dont on eft rédevable
au zéle de M. Defcamps , Profeffeur
& Académicien , & à la protection des
perfonnes les plus diftinguées de l'Acadé
mie en particulier , & de Meffieurs de
Ville. On diftribua enfuite les deux prix
fondés en faveur des éleves par une Dame
de cette Ville , & qui conſiſtent en deux
belles médailles d'argent.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
M. le Cat lut un mémoire contenant le
réfultat des obfervations fur les diverfes
temperatures de l'air dans le cours de cette
année 1747 , avec des remarques fur cette
matiere. Le Journal Metéorologique dont
il rend compte eft compofé de douze
feuilles , une pour chaque mois , & chaque
feuille eft divifée en 7 colomnes perpendiculaires.
La premiere indique le jour
du mois & le quantiéme de la Lune ; la 2e
les variations du vent ; la 3e celles du barometre;
la 4º celles du thermometre , la se
celles de l'hygrometre ou les dégrés de fechereffe
& d'humidité , la 6 celles du
tems , & la 7 enfin les états des corps vivans
durant ces variations ; il comprend
fous ce nom de corps vivans tout le regne
animal & végetal . M. le Cat a fait voir
l'utilité de ces obfervations par rapport à
la fanté , & à l'art de la conferver.
Par l'extrait de fon Journal il paroît
que le jour le plus froid de l'année à Rouen
a été le 15 Janvier , le thermometre étant
defcendu à 7 dégrés & demi , au- deffous
du terme de la glace ; les jours les plus
chauds ont été le 23 Juin , le thermometre
étant monté à 25 dégrés & un quart , & depuis
le 20 Août auquel jour il eft monté à
25 dégrés & demi.
M. Le Cat annonça enfuite deux inftruNOVEMBRE
. 1747. $9:
mens de Physique qu'il a perfectionnés.
L'un eft l'hygrometre fait avec la corde ,
à qui il manquoit la perfection d'être comparable
, c'est- à- dire , tel qu'il foit fuf
ceptible de la même graduation dans tous
les climats ; il a refervé aux Séances particulieres
de l'Académie le détail de fa conftruction
, & s'eft contenté de dire que
fes deux points fixes pour rendre l'hygrometre
comparable , font l'humidité des
caves profondes , & la fechereffe du four
dont on tire le pain , l'un & l'autre rendus
plus fixes encore par le thermometre.
L'autre inftrument eft un thermometre
compofé de mercure & d'air , unis & combinés
d'une façon nouvelle. M. le Cat a
affocié la grande fenfibilité du thermometre
à air , avec la Tolidité & la fûreté de
celui à mercure , & en réuniffant les avantages
de ces deux inftrumens , il a fauvé
au fien les défauts du premier ; on ne peut
donner ici fa defcription qui exige des figures.
M. Simon Medecin de Paris , & nouveau
membre de l'Académie , lût un mémoire
contenant le projet du cours de Botanique
, qu'il fe propofe de faire l'année
prochaine au jardin des plantes de l'Académie
.
M. de Premagny lut un difcours ou re-
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
fléxions critiques fur le frivole dans les
ouvrages d'efprit , où en plaignant l'abus
que l'on fait du talent d'écrire , le goût
que l'on a généralement pour les ouvrages
frivoles , leur exceffive multiplicité & la
difficulté d'en arrêter le torrent , il fait
voir combien le frivole , foit dans le ſtyle ,
en défigurant les fujets les plus nobles &
les plus ferieux , foit dans le fujet même ,
en jettant le défordre dans la Litterature &
dans les moeurs , eft dangereux , méprifable
, contraire au bon goût , & deshonorant
pour l'efprit .
M. l'Abbé Yart lut la préface de fa traduction
de trois Poëmes Anglois de M.
Jean Philips , fçavoir le brillant Schelling
, le Cidre & la Bataille d'Hochftet ;
il y donne une idée de ces trois Poëmes ,
avec fes remarques litteraires , hiftoriques
& critiques fur le genre burleſque , didactique
& héroïque dans lequel ils font
écrits.
M. Simon lut un autre mémoire fur la
découverte d'un paffage pour pénetrer
d'Europe au Japon , & dans la mer du
Sud , par le détroit de Veigarz & par le
nord de la nouvelle Zemble , fuivant les
Carres du nouvel Atlas de Ruffie', qu'il fit
voir à l'Affemblée .
M. le Cat termina la Séance par un méNOVEMBRE
. 1747. 61
moire hiſtorique & phyfique fur les Geans
anciens & modernes , réels ou fabuleux ,
naturels & de race , avec les caufes de leur
extinction , & enfin fur les Geans devenus
tels par maladie , & par un dérangement
du méchanifme de l'accroiffement , dont
il rapporta les caufes , & des exemples qu'il
faut voir dans le mémoire même. 1
L'Académie , conformement aux intentions
de M. le Duc de Luxembourg , Protecteur
, avoit propofé pour fujet du prix
de cette année en matiere de Physique le
principe de l'afcenfion des liqueurs dans les
tuyaux capillaires , &fon application à divers
phénomenes qui en dépendent .
Les mémoires qu'elle a reçus n'ayant
point paru remplir fuffifamment le fujet
propofé , elle s'eft déterminée à differer ce
prix à l'année prochaine . Les Auteurs pourront
de nouveau envoyer leurs ouvrages
, avec les additions & corrections né
ceffaires , & feront également admis au
concours ; le prix fera diftribué avec celui
d'hiftoire .
ayant repour
Quant à celui-ci , l'Académie
marqué que le programme d'hiſtoire
1748 offroit trop de matiere pour une
differtation d'une heure de lecture , a jugé
à propos de le partager ; on ne fera obligé
de remplir pour le prix de 1748 que les
62 MERCURE DE FRANCE
deux premiers articles. Les deux derniers
font refervés pour une autre année , afin
de donner aux Auteurs le tems de faire les
recherches néceffaires. Le fujet du prix
pour 1748 , fera donc
1°. Quelle étoit la fituation topographique
de la nouvelle Nenftrie , ou de cette partie
de la Neuftrie appellée depuis Normandie
, fes bornes , fes villes , fes ports , fes places
fortes & leurs noms , lorfque les Normands
après plufieurs incurfions dans le Royaume
fe fixerent en 912 dans cette Province.
2º. Par rapport à la Religion , s'il n'y ref
toit pas quelques traees du Paganifme , des
zemples des faux Dieux , & des cérémonies
qui tinffent du culte des Gaulois & des Romains.
Les mémoires feront écrits en latin ou
en françois au choix des Auteurs qui les
enverront à l'adreffe , ainfi que fous la forme
& dans le terme qui ont été indiqués
dans le Mercure de Novembre 1746 .
و
NOVEMBRE 1747. 6$
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
LE Bel efprit allié avec l'ignorance »
LE
ALLEGORIE.
E fçavoir , l'érudition ,
Ont eu leur prix dans tous les âges ;
Ce n'étoit pourtant que des fages
Qu'ils attiroient l'attention ;
Le refte des mortels dans les foibles hommages
Qu'ils rendoient au monde fçavant ,
De fes travaux le plus fouvent
Connoiffoit peu les avantages ;
"'
L'ignorance au contraire en fon vafte tripot
De la foule en tout tems fe voyoit reſpectée ;
Mais devant le fçavoir un peu déconcertée
Elle avoit bouche clofe & n'ofoit dire mot ;
Sa vanité fouffroit elle en étoit honteufe
Auffi dit-on qu'un jour pour venger fon honneur
Elle entreprit ( la pareſſeuſe )
Non pas de travailler ; le travail lui fait peur ,
Mais de rechercher l'alliance
De quelqu'un qui fans rien fçavoir ,
( Car on ne sçauroit tout avoir ) ·
apparence
Du fçavoir eut pourtant la frivole
Elle lorgne un jeune éventé
64 MERCURE DE FRANCE.
Qu'elle entend difcourir de tout à l'avanture ,
Et décider de tout d'un air d'autorité ;
Il fçavoit peu de chofe , & même ſa ſcience
Approchoit fort de l'ignorance ;
Grand parleur , s'il en fut jamais ,
Et qui pour la pareffe avoit de grands attraits ,
Bel efprit en un mot , pour bon c'eft autre choſe ;
Auffi ce ne fût pas fans caufe
Que l'ignorance le charma ,
Et qu'à fon tour elle l'aima :
Bons amis fitôt qu'ils ſe virent ;
Très -étroitement ils s'unirent ,
Et de leur tendre liaiſon
On vit naître foudain plufieurs difcours critiques ,
Maints ouvrages périodiques ,
N'ayant ni rime ni raiſon ,
Récités tous les jours en forme d'oraiſon ,
De grands riens enfermés en de belles paroles ,
Des contes bleus , des fariboles ,
Des jeux de mots d'où découle l'ennui ,
Et tous les tours guindés qu'on affecte aujourd'hui,
Mais les utiles connoiffances ,
Qu'on puife dans l'antiquité ,
L'étude de la vérité
Sont pour eux des
>
extravagances ,
Qu'ils laiffent débrouiller aux folides efprits
NOVEMBRE. · 1747 .
65
Dont ils méprifent les écrits ,
Tels font les fruits nouveaux de l'illuftre alliance
Qu'avec le bel efprit contracta l'ignorance .
De Rhins Doyen des Avocats de S. Etienne
en Forêt.
DISCOURS fur ces paroles. On n'eft
pas moins heureux dans les conditions
pas
les plus médiocres que dans les plus
relevées. Par M. Ailhaud fils , Legifte
d'Aix.
L n'eft rien de plus ordinaire d'en
I rendre les hommes fe plaindre de l'é-
,
tat où la Providence les a fait naître .
Aveugles & injuftes tout enſemble ils
voudroient pofféder les biens de toutes
les conditions & n'être en prife à aucuns
des maux qui y font attachés : ils ont beau
monter & être portés fur les aîles de la
fortune au-deffus de tous les autres , ils
s'imaginent toujours que leur condition
eft la plus malheureufe . Tout ce qui brille
à leurs yeux les enchante , & le trifte
exemple de ceux qu'ils voyent au milieut
des faux biens qu'ils recherchent , conſumés
de foucis & de craintes , n'a pas de
66 MERCURE DE FRANCE.
quoi les détromper . Comment puis- je êtr
heureux , dit l'artifan & le laboureur ? Un
travail pénible & affidu eft l'unique ref
fource à mon indigence , tandis que le
Grand tranquile dans le fein de la volupté
fe raffafie du fruit de mes travaux . Heureux
mille fois le pauvre ! dit le riche ; s'il
va fouiller dans le fein de la terre pour
la rendre fertile , il a le plaifir de voir
croître fous fes yeux la récompenfe de fes
travaux , il poffède ce qui lui fuffit ; pourquoi
en fouhaiteroit- il davantage ? Enfin
tous également ingénieux à fe tourmenter
foupirent après une félicité imaginaire,
où ils n'arrivent jamais , & fe privent ainfi
des avantages ddee lleeuurr ééttaatt && nnee goûtent
pas ceux d'une fituation plus floriffante.
L'un fe plaint de l'obfcurité de fa naiffance
, l'autre de la baffeffe de fon éducation
tel qui poffède une place diftinguée dans
la robe & qui vit avec tranquillité , envie
la fortune d'un homme de guerre , qui a
acheté d'une partie de fon fang & payé
de tous fes biens la dignité onéreuſe à laquelle
il eft parvenu . L'Officier de guerre
maudit à fon tour l'envie qu'il a eûe de
chercher fon avancement dans les emplois
de la guerre , & regrette les occafions qu'il
a perdues de prendre un état plus paifible
& plus convenable à fes interêts.
NOVEMBRE . 1747. 67
Erreur bizarre dont ils devroient fe
défabufer , en confidérant que fi leurs con
ditions ont des chagrins, elles ont auffi des
agrémens qui en font inféparables , & que
fles unes ont des charmes capables d'attirer
les coeurs , il y a dans les autres des dou
ceurs plus propres à les fatisfaire .
Tâchons donc de les guérir de ces differentes
erreurs ; arrachons le bandeau fatal
dont l'avarice & l'ambition couvrent leurs
yeux parcourons les differentes conditions
; faifons leur en connoître les avantages
& les défagrémens ; la jufte proportion
des biens & des maux qu'ils y trou
veront achevera de les convaincre qu'on
n'eft pas moins heureux dans les conditions
les plus médiocres que dans les plus
Alevées .
Tout fert à étendre l'amour propre des
Grands , tout refferre celui des petits . Les
refpects & les hommages qu'on leur offre,
tout ce qui les environne , fuit ou prévient
leurs defirs; une troupe d'honorables efclaves
qui étudient leur goût pour les fatisfaire
, & qui effayent de leur en faire
naître de nouveaux ; une multitude de
Courtisans qui fe font une loi d'adorer
jufques à leurs caprices , & un intérêt de
leur prodiguer leurs applaudiffemens ; les
adorations, pour ainfi dire , des petits , les
68 MERCURE DE FRANCE .
1
graces qu'on leur demande , l'empire ab
folu qu'ils ont fur les peuples , la magnificence
& la délicateffe des plaifirs qu'ils ont
rendus tributaires de leur grandeur , tout
les avertit de leur puiffance , tout leur annonce
leur autorité..
Les petits au contraire ne trouvent rien
qui ne les dégrade ; devoirs pénibles impofés
par les fupérieurs , contrainte fâcheufe
, contradictions , préférences humiliantes
, tout leur fait fentir leur foibleffe.
Spectateurs de l'abondance & des plaifirs
des Grands , ils font donc les feuls à plaindre
.
Mais voulez - vous fçavoir , aveugles
mortels , victimes infortunées des erreurs
qui vous ont féduits, à quel prix les Grands
poffédent tous ces avantages que vous
leur enviez? Approchez- vous plus près
d'eux , franchiffez la diftance qui vous en
fépare . Entrez dans ces cabinets fuperbes
où fe décide le fort des empires . An
milieu de cette pompe qui vous a éblouis
regnent les foupçons , les allarmes , l'envie
& les trahifons . Que de trouble , que
d'agitation , que de peines accompagnent
tant de puiffance ! Les chagrins & les noirs
foucis font affis avec le Souverain fur le
trône ; le diadême qui orne fon front augufte
n'eft armé que depointes & d'épines
NOVEMBRE. 1747. 69
qui le déchirent : ici des ennemis déclarés
dont il doit repouffer la force , s'offrent à
lui ; là des ennemis cachés contre lefquels
il doit fe précautionner ; ici les traités , les
alliances , la paix , la gguueerrrree ,, le vice à
punir
, la vertu à récompenfer. Les foins du
dehors , ceux du dedans ne l'abandonnent
jamais ; ils le fuivent jufques dans fes plaifirs
, & tandis qu'environné des marques
de fa puiffance il fe donne en fpectacle à
fon peuple , il eft le plus fouvent agité des
foucis amers & des peines cruelles qui l'empêchent
de jouir de la liberté commune
aux autres hommes. Eft- ce à ce prix , hélas !
:qu'il faut regner ?
?
Voyez ce Miniftre puiffant & en faveur,
qui abbaiffe & qui éleve à fon gré , enféveli
dans des réfléxions profondes fur les
plus importans évenemens ; y a-t'il pour
lui un tems de délaffement ? Ce n'eft
pas
pour lui. que le jour finit & que la nuit
commence. Les plus douces liaiſons lui
font interdites ; le nom de pere , d'ami &
d'époux n'ont rien à prendre fur fon attention
; toujours partagé entre mille objets
differens il doit fans ceffe agir , méditer ,
former des projets , les exécuter dans des
conjoncturesdifficiles, concilier l'intérêt du
Prince avec l'intérêt ou l'avarice des particuliers
, manier & mettre en ufage tou70
MERCURE DE FRANCE.
tes les paffions des hommes , la jaloufie ,
la vengeance , maintenir la paix au-dedans,
la terreur au- dehors , & remporter fur tout
l'univers une victoire complette.
Dans un tumulte plus apparent & dans
un mouvement plus convullif que le politique
, oferions-nous croire l'homme
guerrier
plus tranquile a Chargé du moindre
évenement , il doit répondre , pour ain
dire , du hazard & de la fortune , il doit
agir & méditer en même tems , deviner
l'ennemi , fe cacher à lui , le prévenir ;
une vigilance toujours attentive doit lui
faire tout prévoir , & fa valeur tout entreprendre
; en un mot que de travaux pénibles
à effuyer ! Que de dangers ! Que d'allarmes
!
Ce n'eft pas que je doute que ces états
ayent auffi leurs plaifirs ; comme ils ont
leurs peines ils ont auffi leurs agrémens ;
il est toujours doux de fe voir le maître
des autres aux dépens de fon repos , & le
poids de la grandeur , tout accablant qu'il
cft, ne laiffe pas d'être agréable.
Mais en fuppofant que tous ces honneurs
fuffent capables d'établir ici-bas le bonheur
de quelqu'un , la médiocrité où font
les petits leur refufe-t'elle ces mêmes reffources
de vanité & de complaifance ? S'ils
ne tiennent pas les hommes à leurs pieds.
NOVEMBRE . 1747. 72
ils les voyent du moins à leurs côtés , & ils
s'appuyent également fur eux ; fi les inférieurs
ne fléchiflent pas les génoux devant
eux , la civilité remplace par fon langage
celui des refpects & de la foumiffion . Če
ne font point des tributs qu'ils reçoivent ,
mais des graces , & les graces flatent bien
autrement que ce qui eft dû . Enfin ils ne
craignent point, comme ce Grand , de voir
fortir des louanges qu'on leur donne le
fatal qui les renverfe , parce que ce
n'eft point la flaterie qui a ramaffé autour
d'eux les éloges purs & défintéreſſés qu'ils
reçoivent,
coup
Qu'y a-t'il après tout dans l'état d'un
Grand de préférable à des conditions
moins élevées ? A quoi lui fert cet amas
d'inutiles refpects , s'il ne fait que lui attirer
l'envie & la jaloufie de fes rivaux ? Et
s'il eft vrai , comme nous n'en fçaurions
douter , que le repos d'une vie douce &
tranquille foit toute la félicité de cette
vie , quelle raiſon avons-nous de croire
plus heureux ces Grands qui au milieu des
délices du monde dont ils s'enyvrent, font
infenfibles à tous les plaiſirs , & font fans
ceffe en proye à des inquiétudes renaiffantes
, que ceux qui dans le fein de leur
médiocrité jouiffent d'un bonheur toujours
égal , & font exempts des chagrins
72 MERCURE DE FR ANCE.
& des craintes qui empêchent ce Grand
de goûter les douceurs de fon état ? Oui
c'eft pour les petits qu'eft faite la tranquillité
; c'eft à vous , citoyens obfcurs , que
le repos & la fûreté accordent toutes leurs
douceurs. Qu'on confidére , par exemple,
la vie d'un de ces hommes que la nature
a placés aux derniers rangs pour fournir
aux befoins des autres hommes , & qui
payent à la fueur de leur front le pain dont
ils fe nourriffent ; enfévelis fous le poids
de leur travail , une telle vie nous paroît
accablée de peines , fans pourtant l'être.
On croiroit que Dieu n'a pas fait pour
eux les biens qu'il répand fur la terre , cependant
quelle douce confolation ne s'y
gliffe - t'elle pas ? Eloignés du tumulte &
de l'embarras des affaires , ils voyent couler
pour eux des jours purs & fereins ; ils
goûtent à longs traits les douceurs d'une
vie tranquille ; femblables à ces premiers
hommes qui vivoient dans cet âge plein
d'innocence que les Poëtes ont appellé par
excellence le fiécle d'or , rien ne trouble
la pureté de leur bonheur ; leur fommeil
eft paisible , leur reveil auffi doux. Ils ne
reconnoiffent d'autres revolutions que
celle des faifons. Les plaifirs doux & permis
qu'offre la nature , fades & ennuyeux
pour ce Grand , confervent tous leurs
agrémens
.
NOVEMBRE 1747. 73
>
agrémens pour cet homme privé , & il n'y
amême que les plaifirs innocens qui laitfent
une joie pure dans l'ame ; tout ce qui
la fouillé , l'attrifte & la noircit : envain la
volupté fe rafine , envain la terre & les
mers prodiguent ce qu'elles ont de plus
précieux pour couvrir la table fomptueufe
de ce Grand, envain les jeux & les ris s'affemblent-
ils dans cette Cour polie & magnifique
fon coeur eft infenfible à tous
ces plaifirs qu'un long ufage lui a rendus
inutiles ; il y marche à pas lents ; fon appetit
furchargé n'eft plus piqué de rien
les fens font engourdis , au lieu que le
goût des petits eft éveillé par les moindres
douceurs , & que ces douceurs ont
toujours pour eux l'aiguillon de la nouveauté
. Un repas domeftique , des fruits
arrofés des fuceurs de leur front s'offrent à
leurs coeurs vuides & alterés des véritables
délices. La pauvreté , il eft vrai , eft le
partage des petits , mais ne font- ils pas
dédommagés avec ufure des richeffes dont
ils font privés par cette fanté robufte qui
naît du fein même de l'indigence , & fans
laquelle nous fommes hors d'état de goû
ter les plus grands plaifirs ? Loin des diffolutions
& des fureurs de l'amour , ces maladies
qui font la peine de la molleffe &
de l'intempérance , n'approcherent jamais
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de fa perfonne ; s'il céde quelque chofe
à ce doux tyran , & s'il lui défere quelqu'un
des hommages que toute la nature
lui rend , l'efpérance , les refus , les impatiences
, l'attente & les difficultés qui préparent
& irritent fon goût , lui rendent
à la fin le plaifir plus piquant. Pour vous ,
Grands du monde , l'amour vous prodigue
fes faveurs , fans vous donner le tems de
les reconnoître ; comment pourriez- vous
être fenfibles ?
у
Mais fuffiroit- il pour confoler les petits
que les Grands fuffent infenfibles au plaifir ,
fi les Grands étoient auffi exempts de douleurs
? Accoûtumés, hélas ! à tout ce que les
fens offrent de plus doux & de plus riant ,
la plus legére douleur déconcerte toute
leur félicité , les moindres peines leur de
viennent des afflictions infupportables ;
leurs difgraces plus accablantes ; plus l'orgueil
eft exceffif , plus l'humiliation eſt
amére,leurs haines plus violentes , leurs infirmités
plus affligeantes , leurs affujettiffemens
plus triftes. Elevés à vivre d'humeur
& de caprice , tout ce qui les gêne & les
contraint les accable ; ils font par tout à
charge à eux -mêmes.
Ce favori , ce Miniftre eft difgracié ;
que fon malheur eft aigri par le grand nombre
des fpectateurs ! Il lit fur le front de
NOVEMBRE. 1 1747. 75
fes Courtisans même , qui élevent déja ,
fur les débris de fa fortune les fondemens
d'une grandeur peut - être , hélas ! dufli fragile
& d'une gloire auffi périffable, une joie
maligne , un reproche amer qui mettent
le comble à fon infortune ; arrive- t'il
quelque déroute à un particulier ? Il lui
eft permis de partager les peines avec un
ami qu'il ne peut foupçonner de lui être
attaché par d'autres liens que par ceux que
l'amitié a elle- même formés , car qui goûte
mieux que le petit la pureté de l'amitié ?
Pour qui les fignes font-ils moins équivoques
? Parmi les Grands , on le fçait , l'amitié
n'eft qu'un fantôme ; ils en font
un trafic fe nuire les uns aux autres.
Enfin fon coeur n'eft point en priſe à
ces paffions fougueules qui regnent en tyrans
fur celui d'un Grand. L'efpoir féducteur
, ni la crainte inquiéte ne troublerent
jamais fa liberté . Héritier de fes peres
pour
il
vit content de la médiocrité de la fortune;
tous fes defirs font renfermés dans ce qu'il
pofféde ; il regarde fans envie ce qu'il ne
pourroit fouhaiter fans extravagance. Pour
vous , hommes élevés , idoles du fiécle ,
rien ne vous fuffit , parce que vous pouvez
prétendre à tout ; vous ne regardez
jamais le nombre infini d'hommes que
vous laiffez derriere vous , mais toujours
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vous précédent , & du dépit d'en
voir naiffent ces inquiétudes qui vous dévorent
& vous confument ; vous ne fçavez
jouir de rien fi ce n'eft de vos malheurs ;
faut-il s'étonner fi vous ne pouvez joüir
des douceurs du repos ?
Ouvrons donc enfin les yeux , ne nous
refufons pas plus long-tems à la lumiere
qui nous frappe de tous côtés . Contentons-
nous des biens attachés à notre condition
, fans chercher ailleurs un bonheur
imaginaire. On n'eft jamais ici - bas heureux
& malheureux tout- à-fait , & avouons
qu'on n'eft pas moins heureux dans les
conditions les plus médiocres que dans les
plus élevées.
S
ELEG I E.
Ejour cher à mon coeur , lieu témoin de la
Aamine ,
Qu'un adorable objet a fait naître en mon ame
Lieu qui vis mainte fois mes tranfports amoureux
,
Quand Ifméne daignoit favorifer mes feux ;
Sois témoin aujourd'hui des peines que j'endure,
Ifméne , ô déſeſpoir ! mon Ifméne eft parjure ;
L'ingrate qui juroit de n'adorer que moi ,
NOVEMBRE. 1747. 77
Me dédaigne , me hait au mépris de fa foi .
C'étoit fous ces ormeaux en ce charmant boccage
,
,
Que ſouvent à fes pieds je venois rendre hom
mage ;
C'est ici que cent fois tombant à ſes genoux ,
Je lui dis,je vous aime & veux n'aimer que vous,
C'est ici que fenfible , au moins en apparence ,
Au feu dont mes tranfports peignoient la violence
,
L'Infidelle feignant une pareille ardeur ,
Nourriffoit le poiſon qui dévore mon coeur.
Que fes feintes douceurs avoient pour moi de
charmes !
Mon coeur exempt d'ennuis l'étoit auffi d'allarmes.
Infenfé que j'étois dans ma fécurité ,
La perfide rioit de ma crédulité .
Après fix mois entiers employés à lui plaire ,
Ifméne à mon amour réfervoit ce falaire ,
Et pour
comble de maux cet excès de rigueur
>
Ne fçauroit effacer l'ingrate de mon coeur.
Je voudrois , à mon tour, haïr , être parjure ;
Le dépit me l'ordonne , & l'amour en murmure.
De la raison envain j'implore le fecours ;
La raifon ne peut rien où regnent les amours.
Il n'eft que le cifeau de la parque implacable ,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Qui puiffe mettre fin au malheur qui m'accable ; e
Mourons heureux du moins fi d'un oeil de pitié
Hiéne voit l'effet de fon inimitié !
Ainfiparloit Daphnis , & fon aine abbattue
Eft prête à fuccomber fous l'effort qui le tuë.
Ifméne qui de loin avoit fuivi fes pas,
Plus que lui-même encor redoutant ſon trépas ,
Dont l'injufte rigueur n'avoit été que feinte ,
S'approche , & fur fon front voit la mort déja
peinte .
A ce trifte fpectacle en proye à la douleur ,
Vis , dit-elle , Daphnis , tu poffédes mon coeur ,
Je t'aime , à ton amour fi j'ai paru rébelie ,
C'étoit pour éprouver fi tu m'étois fidelle :
N'en doutes point , ingrat; c'eſt un de ces détours,
De ces rufes qu'Amour autorife toujours.
Ce mépris apparent n'étoit qu'un ftratagême
D'une amante qui craint de perdre ce qu'elle aime
Quand ma bouche à tes feux défendoit tout efpoir,
Mes yeux... hélas ! cruel , tu l'aurois dû prévoir ;
Quand ma bouche fembloit dédaigner ton hom-"
mage ,
Oui , mes yeux te tenoient un tout autre langage.
Non ton coeur n'a jamais brûlé d'un fi beau feu :
Meurs , je fçaurai te fuivre ; adieu , cruel , adieu.
Montier.
- NOVEMBRE. 1747. 72
V
LETTRE fur les Revenans
à M. de ...
Ous ne me furprenez guéres , Monfeur
, quand vous me dites que M.
De ... a dédaigné de repondre à la queftion
que vous lui aviez faite fur les Revenans
& autres vifions . Il faut bien paffer
aux Sçavans un peu de défaut de complaifance.
C'est dommage qu'à fes momens
de loifir il n'ait pas voulu s'amufer
à vous faire part de ce que fes immenfes
recueils & fes réflexions judicieuſes pou
voient lui fournir fur cette matiere. Il s'en
faut bien que vous trouviez chés moi les
mêmes reffources ; je ne laifferai pas cependant
de vous en dire un mot ; ne vous
attendez point à une differtation méthodique
; je vais vous tracer à la hâte & fans
art ce que j'ai pû avoir remarqué la-deffus
dans quelques -unes de mes lectures .
Ce n'eft pas une queftion que de fçavoir
fi dans quelques occafions Dieu a permis
des apparitions pour concourir aux deffeins
de fa Providence . L'Ecriture Sainte
nous apprend que l'ombre de Samuel apparut
à Saül , mais il faut mettre bien de
la difference, entre le très-petit nombre
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE .
de faits qui peuvent être appuyés ou de
cette autorité facrée , ou qui ont quelque
fondement refpectable , & la quantité prodigieufe
de contes pueriles qu'a enfantés
Timagination échauffée de quelques efprits
crédules . Ce n'eft pas qu'il faille nier
que parmi ceux-là il n'y en ait qui ayent
dit la vérité , en affûrant qu'ils avoient
vû des fantômes ou telle autre chofe , mais
ces apparitions étoient l'ouvrage de leur
imagination bleffée , & non l'effet de la
réalité. En un mot , une telle apparition'
feroit un miracle , fi elle étoit réelle , &
toutes les fois qu'un fait de cette nature
n'eft point muni d'une autorité ſuffiſante
qui en conftate le miracle , & qu'il peut
s'expliquer par des caufes phyfiques ,
il faut recourir à ce dernier moyen. Or il :
eft vrai qu'il y a certains endroits du cerveau
, lefquels étant affectés de telle ou
telle maniere , excitent l'image d'un objet
qui n'existe point réellement hors de nous ,
& font que l'homme dont le cerveau eft
ainfi modifié , croit voir un fantôme. Les
plus incrédules éprouvent femblable chofe
ou pendant leur fommeil , ou dans l'ardeur
d'une fiévre chaude . Il faut donc convenir
qu'il n'eft pas impoffible qu'un hom--
me qui veille , & qui n'eft pas dans le
délire , reçoive en certains endroits da
NOVEMBRE 1747. 81
cerveau une impreffion femblable à peuprès
à celle qui , felon les loix de la nature,
eft liée avec l'apparence d'un fantôme.
Dès qu'ils auront avoué cette poffibilité ,
pourront- ils répondre que jamais , en ne
dormant pas , un fantôme ne fe produira
devant eux , & qu'une certaine combinaifen
d'atômes agités dans leur cerveau ne
puiffe préfenter à leurs yeux l'image effrayante
d'un homme ou d'une bêre , quoiqu'ils
foient d'ailleurs convaincus qu'un
efprit , ni l'ame d'un mort n'auroient aucune
part à cela ? Ce feroit donc juger témerairement
que de croire qu'il n'y a
rien de vrai dans les apparitions dont tant
de livres font remplis . On convient que
les perfonnes fujettes à des vapeurs , celles
qui ont beaucoup d'ardeur dans le fang ,
croyent fouvent voir ce qu'ils ne voyent
pas leurs fens leur font illufion ; d'ailleurs
de toutes les paflions la peur eft celle qui
affoiblit davantage le jugement , elle groffit
les objets , elle donne du corps aux imaginations
, & elle fait tomber dans des inconvéniens
effectifs par la crainte qu'elle
infpire pour ceux qui ne font qu'imagi
naires.
*
Quelle chofe dit Plutarque , eſt ,
* Au Traité contre l'Epicurien Colotes . Je me
fers de la traduction d'Amiot.
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
"plus'évidente , plus connue de tout le
»monde , que ce que les malades de mélancholie,
& qui ont le cerveau troublé,
»& le fens tranfporté,penfent voir & ouïr
"chofes qu'ils n'oyent , ni ne voyent ,
quand l'entendement vient à être ainfr
altéré & tranfporté ? Comme celui qui
dit ,
ود
*
Femmes ayant des habits noirs me dardent
» Contre les yeux brandons de feu qui m'ardent.
Le même Auteur parlant de plufieurs
prodiges dont les hiftoires anciennes faifoient
mention , s'exprime ainfi . » Mais **
»là où l'hiftoire nous force d'en croire
»quelque chofe par le récit de plufieurs
"graves témoins dignes de foi , il faut
dire
que c'eft quelque paffion differente
»des cinq fens de nature , laquelle engendrée
en la partie imaginative de l'enten-
»dement tire à foi l'opinion , ne plus , ne
moins qu'en dormant bien fouvent il
»nous femble que nous oyons ce que nous
n'oyons pas , & que nous voyons ce que
»nous ne voyons pas.
La réponſe de Caffius à Brutus , qui lui
racontoit fa vifion , ne viendra pas ici
* Euripide en Tragédie d'Orefte.
** Dans la vie de Coriolan.
NOVEMBRE. 1747 .
*
moins à propos. » Nous tenons , ' dit il ,
>>en notre fecte de Philofophie ** que nous
»ne ſouffrons ni ne voyons pas à la vérité
"tout ce que nous penfons voir ou fouf-
»frir , & que c'eft chofe bien incertaine &
trompereffe que le fens naturel de l'hom-
» me , & que l'entendement qui eft enconre
plus leger & plus foudain le remuë &
»le tourne plus facilement fans matiere ,
» ne fujet aucun , en toutes formes & tou-
"tes efpeces , ne plus , ne moins qu'on im-
"prime facilement fur de la cire , & par
"ainfi , qu'il eft bien aifé à l'ame de l'hom-
"me , laquelle a en foi ce qui fait & qui
reçoit l'impreffion de diverfifier & diffe-
»rentier une chofe elle-même , ce que
"nous montrent allés évidemment les di-
»verfes mutations des fonges qui nous
»viennent en dormant , que la partie ima-
"ginative ou l'appréhenfion de notre en-
» tendement de bien petit commencement
»tourne en toutes efpeces d'accidens , pour
sace que le naturel de notre entendement
»eft de toujours fe mouvoir , & fon mou-
→vement n'eft autre choſe qu'imagination
»ou appréhension : mais encore y a - t- il
» davantage maintenant en toi , c'eft que
par
* Plutarque dans la vie de Brutus; je me fers de
la traduction d'Amiot .
** C'étoit l'Epicurienne.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
»le corps travaillé tient par nature l'enten-
»dement fufpendu
en tranfe &
trouble.
en
Quant à ceux qui fe vantent de procurer
des vifions , ils comptent beaucoup fans
doute fur le fecours de l'imagination de
ceux qui s'adreffent à eux. Ils font convaincus
qu'ils viennent l'efprit préoccupé
des objets qu'ils demandent à voir , & que
cette préoccupation jointe à la terreur
qu'infpirent les cérémonies prétendues
magiques , produit prefque toujours un effet
extraordinaire fur les fens . Combien
font ils encore aidés par l'artifice humain
qui produit des chofes très-furprenantes ?*
Car fans parler de tant de fecrets de Mathématiques
, les perfonnes fimples ne fe
laiffent-elles pas tromper par des artifices
affés groffiers? C'eft ordinairement à cellesci
que l'on s'addreffe pour les apparitions."
Il ne faut pas douter qu'elles n'en ayent
effectivement , & qu'elles ne forent dans
la bonne foi fur ce qu'elles racontent. C'eft
pourquoi l'on ne doit pas être furpris que
certaines croyances ayent eû une fi
de vogue ; l'ignorance fi généralement répandue
pendant plufieurs fiécles pouvoit
elle démêler le naturel d'avec les apparences
du prodige? Combien de gens encore.
dans un fiècle auffi éclairé que le nôtre fe
granNOVEMBRE.
1747 .
laifferoient furprendre , & s'imagineroient'
qu'il y a du furnaturel, s'ils voyoient dans
les ténébres de la nuit des caracteres formés
par des traits de flâme , ce qui n'eft
que le fimple effet d'un phoſphore?
Au refte la croyance du retour des ef-'
prits & des lutins eft très - ancienne. Il y
avoit dans la Grece de vieilles femmes *
qui gagnoient leur vie à lire certaines for-'
mules de prieres , afin de purifier les mai
fons & les perfonnes . Selon l'opinion de
plufieurs Sçavans, ** Chereftrata mere d'Epicure
étoit une de ces Exorciftes. Il y avoit
des Poëtes fameux qui compofoient des
formules d'expiation . Voffius croit qu'Epimenide
eft de ce nombre ; on croyoit
que le fouffre avoit une propriété particuliere
pour purifier les lieux immondes , &
donner la chaffe aux efprits malfaifans .'
Plutarque penfoit que cette opinion étoit
fondée fur le rapport qu'a l'odeur du fouffre
avec celle que laille la foudre dans
l'endroit où elle tombe .
Il y avoit des Temples deftinés à conjurer
les ames des morts . C'eft encore Plutarque
Ce métier devoit être fort vil , puifque l'Orateur
Efchines, fils d'une femme qui l'avoit exercé ,
effuya de la part de Démofthéne des reproches
honteux fur ce fujet.
** Voyez du Rondel. De vita & moribus Epicuri.
86 MERCURE DE FRANCE .
י
qui nous l'apprend dans la vie de Cimon.
Il dit
dit que Paufanias tourmenté par le fantôme
de Cléonice , jeune fille de Bifance
qu'il avoit tuée par mégarde , fe rendit
dans la ville d'Heraclée ou il y avoit un
de ces Temples; il y conjura l'ame de Cléonice
, & la pria de s'appaifer. Elle lui apparut
fur le champ , & l'affûra que dès
qu'il feroit arrivé à Sparte il feroit délivré
de fes maux.
Les Romains qui ne furent pas moins
fuperftitieux que les Grecs , adopterent les
*
mêmes cérémonies : ils eurent auffi leurs
prieres deſtinées à chaffer les fpectres. C'eſt
ce qu'on appelloit Carmina Luftralia. Ils
avoient une fête qu'on appelloit Lemuria
du nom des Lemures qui étoient des fpectres
que l'on s'imaginoit venir de nuit pour
effrayer les vivans ; elle fe célébroit le
neuvieme de Mai ; on faifoit des facrifices
pendant trois nuits pour appaifer ces
prétendus fantômes qui n'étoient autre .
chofe que les manes des défunts. Pendant
le tems de cette fête on fermoit les Temples
des Dieux , & l'on ne faifoit point de
mariage.
* Ovide dit dans le Livre II. De Arte amandi.
Et veniat qua luftret anus lectumque , locumque
Praferet & tremula fulphur & ora manu.
NOVEMBRE . 1747. 87
Les Chinois-croyent aux revenans : *
ils en font plufieurs hiftoires , & ils pouffent
la crainte des apparitions encore plus
loin qu'en Europe . Les Siamois ne les crai
gnent pas moins , ** & pour prévenir les
apparitions des morts , ils portent des
viandes fur leurs fepultures , & ils font des
aumônes pour eux.
Les peuples de l'Ifle Mariane étoient
auffi très- fufceptibles de cette peur des revenans
; leur imagination en paroiffoit
troublée , effrayée même jufqu'à appréhender
le mauvais traitement des fpectres .
Ces peuples n'avoient cependant aucune
idée de la Divinité , & les premiers Miffionnaires
n'y trouverent aucune trace de
Religion .
***
Je conclus, en me rangeant au fentiment
de ceux qui croyent que les opinions fur
les revenans , les apparations , les horofcopes
, dominent plus ou moins dans les differentes
parties du monde , felon que les
Sciences y ont fait plus ou moins de progrès.
C'eft pout cela que dans les monta-
Voyez Lettres curieufes & édifiantes des
Miffions étrangeres , tom. XV . p . 134.
**
Voyez Cérémonies & Coûtumes religieu
fes des peuples idolâtres .
*** Voyez Hiftoire des Ifles Marianes, & c . par
le P. Charles le Gobien , Jéfuite .
88 MERCURE DE FRANCE.
gnes d'Ecoffe , dans la Laponie , on ajoute
beaucoup de foi aux enchantemens magiques
, & que dans la plus grande partie de
l'Afie , la fcience la plus en vogue & la
plus refpectée , eft celle de connoître les
Amulettes , les Talifmans & les nombres
Occultes.
D. L. C. à Vaureas.
PRIERE A BACCHUS.
Digne éleve da vieux Silene ,
Si tu ne prends foin de mes jours ,
Je crains qu'une amoureuſe peine
N'en termine le cours.
Ote moi toate idée
D'amour & d'hymenée ;
Fais que je ne penſe qu'en toi ,
Et que joyeux fous ton empire ,
Sans cefle l'on n'entende dire ,
Je vis content , amis ; je bɔi.
NOVEMBRE . 1747 .
A
LETTRE IV.
Sur la formation du Tonnerre.
Près avoir réfuté , Madame , les differens
fyftêmes qu'on a publiés fur
le. Tonnerre , il me reste à expofer mon
fentiment. Je profiterai des explications
&fur-tout de celle du P. du
des
autres
Fefc.
>
Le Soleil qui paroît fur la voûte azurée ,
Lance de fes rayons la matiere enflâmmée ;
Les fels & la vapeur ſe meuvent à la fois ,
Ils s'élevent dans l'air ; par leur different poids
Dans ce vafte Element leur place eft défignée ;
De nous la vapeur lourde eft le mois éloignée .
Un enfant délaie du favon dans de l'eau ,
il l'étend , le dilate , le raréfie par le foufle
qu'il tire de fes poumons. Le volume s'accroît
, l'air réfifte de tout côté , une bouteille
fe forme , l'excès de fa légereté la
fait voler dans le fluide qui la porte , elle
va , revient , monte , defcend , mais l'air
qui la forme l'enfonce , elle difparoit , telle
eft la vapeur.
Premierement le Soleil darde fes
I
90 MERCURE DE FRANCE.
rayons ; ils pénetrent les corps qu'ils rencontrent
; réfléchis ils s'élevent & emmenent
les parties qu'ils avoient ébranlées
en entrant dans les pores de l'eau. Les molécules
détachées montent avec les rayons
qui les entraînent.
Secondement l'air eft fluide , & dèslors
compofé de ballons qui tournent au
tour de leur centre ; le Soleil en fe levant
les preffe , il augmente leur activité , ils
veulent fe dilater , ils ne peuvent le faire ,
fans froiffer les furfaces qui leur réſiſtent
ils en attirent les parcelles & les font mouvoir
avec eux ; la force centrifuge qu'ils
leur communiquent , étant plus grande
que leur gravité , les foutient , telle une
boule de métail placée dans un Globe de
carton creux qu'on agite avec une fronde ,
s'éloigne le plus qu'elle peut de la terre
malgré fon excès de péfanteur fur les corps
qui l'environnent.
Le ballon chargé fe raréfie & ceffe d'être
en équilibre avec le voifin ; plus leger
il prend le deffus & continueroit de monter
s'il n'arrivoit en des lieux où l'air moins
grave , mais plus élastique , le tient fufpendu
avec fa proye ; alors arrive- t'il quelque
variation dans l'atmoſphere ?
Il s'éleve , il defcend, telle qu'on voit la plume
NOVEMBRE. 1747. 91
Plus légere que l'or fous un pareil volume ,
Tomber par des détours où le métail péſant
N'annonce & ne prédit fa chûte qu'en tombant.
Quelques fels volatils des huiles & des fouffres
Pour fuivre la vapeur abandonnent leurs gouffres ;
Par Borée inconftant tous ces corps diſperſés ,
Sont quelquefois dans l'air par Borée entaflés .
Ainfi dans les pays où il fe trouve beaut
coup de nitre , comme font la Sicile , le
Royaume de Naples & une partie de l'If
lande , le Tonnerre tombe plus fréquemment
qu'ailleurs.
Souvent dans ces monceaux la vapeur eft criblée
Par les fouffres , les fels , l'exhalaifon mêlée.
Leurs ballons en nature en maffe differents ,
Se heurtent dans les airs, y forment des ferments.
Ainfique le vainqueur fur terre & fur Neptune
S'empare du butin offert par la fortune ,
Tels on voit nos ballons par d'autres combattus ,
S'enrichir du débris des tourbillons vaincus.
L'ennemi qui fuccombe & qu'anime la gloire ,
Fait par des flots de fang acheter la victoire.
Tel un tas de ballons des autres détachés ,
Se dilate & reprend fes ballons arrachés ;
Le P. Schott. Phy. cur. par. 2. 1. 11. p. 1126
dit , expertus idfum in Italia.
2 MERCURE DE FRANCE .
De-là ces feux fubits qui ferpentent la nuë,
Et jettent dans notre ame une horreur imprévuë.
Les globes par leur mouvement turbinaire
excitent encore des courans d'air , au
moyen defquels la fermentation augniente:
Ces nouveaux Aquilons preffent avec roideur
Et les fels fulphureux & l'humide vapeur.
Des fouffres plus légers la force centrifuge
S'étend & nous prépare un ténebreux déluge ;
L'eau tombe goute à goute, & déja les torrens
Sortent à gros bouillons des Cieux étincelans.
L'exhalaifon fe hâte-t'elle de repouffer
l'eau ? L'air enfle le ballon , le globe ſe
raréfie trop dilaté il fe comprime , de- là
naiffent les vagues qui s'élevent & s'abaiffent
, s'étendent & fe refferrent .
Tout ballon en lui- même eft ſemblable au nuage,
Et tout globe contient des femences d'orage ;
Les fouffres & les fels , le nitre , renfermés ,
Etendus quelquefois & tantôt comprimés ,
Fermentent à l'envi ; le tourbillon s'allume ,
Il s'enflâme , il vomit une rougeâtre écume.
Il fe dilate , il creve ; un feu'noir à l'inſtant
NOVEMBRE. 1747.
93
Dans le brouillard épais à grands flots fe répand ;
De foudres & d'éclairs la nuë environnée
Par mille ferpentaux fe trouve fillonnée .
;
Le globe rompu imprime un mouve
ment aux ballons de lumiere ; la flâme
brille , l'air frappé ébranle l'air voiſin ,
le fon eft porté par les globules dont l'agitation
l'excite .
Lorfqu'un chaffeur remplit d'épouvante
la forêt embrafée par les coups qu'il tire ,
les arbres repetent les fons bruyans que le
falpêtre a formés , ainfi les brouillards &
les bois rapportent fouvent les éclats du
Tonnerre.
Les eaux qui s'entaffent felon leur different
poids , tombent & ont très-peu de
prife fur l'exhalaifon , qui étant enflâmée
leur réfifte avec force ; plus le nuage eft
éloigné de nous , plus il y a de goutes qui
fe joignent en chemin , & moins la pluie
eft menuë. Mais lorfque le pere des glaçons
, l'hyver, vient attrifter la nature , les
rayons du Soleil font peu actifs , parce
qu'il les darde obliquement fur notre hemifphére,
La vapeur qu'ils enlevent ne
s'éloigne pas beaucoup des corps dont -elle
eft arrachée , elle retombe goutes à goutes
, de même lorfqu'il tonne après une
chaleur exceffive , la pluie eft plus groffe
94 MERCURE DE FRANCE.
que quand la foudre n'a été précédée que
d'une chaleur médiocre .
Le nitre qui quelquefois fe précipite
avec la vapeur qu'il furcharge , pénetre ,
glace, pourroit former ces corps qu'on appelle
carreaux. En effet leur poffibilité eft
démontrée par l'exiftence de la grêle qui
fouvent s'élance des Cieux fous un volume
énorme ; les canaux ne font donc que des
mélanges de fouffre, d'eau , de bitume , gelés
dans l'air. J'avoue que leur chute doit
être plus rare que ne croit le vulgaire ,
& leur forme differente de celle qu'il leur
attribue. C'eſt par exemple une erreur de
penfer que ce qu'on montre à Enfisheim
comme un carreau, en ſoit un véritable , c'eſt
une pierte frappée de la foudre. Le Tonnerre
en la pénétrant a changé la configuration
de fes parties internes , elle étoit
peut-être rouge , il l'a noircie.
Après que les globules dilatés ont formé
dans les airs plufieurs cercles excentriques
,
La vapeur fe décharge , & les fels entaffés
Par fa chute auffi tôt ſe trouvent moins preffés ;
Des globes enflâmés la fureur qui perſiſte
Ne trouve plus dans l'air de corps qui lui réfiſte;
Du foudre on n'entend plus les effroyables fons.
Telle on voit tous les jours tonner dans les cauons
NOVEMBRE. 1747. 93
Par le métail épais la poudre comprimée
Qui s'allume fans bruit n'étant pas renfermée.
Tout eft calme , les globes font moins
chargés de nitre , leur péfantear diminuë ,
leus reffort augmente , ils s'élevent , furtout
fi quelque vent feconde leur orgueil ,
leur reffort fe debande , il n'eft plus.
Voilà , je crois , l'idée qu'on doit avoir
de la formation du Tonnerre ; avant que
d'examiner les differens effets de la foudre
, & d'en affigner les caufes , fouffrez
Madame , que je repare une omiffion qui
m'a échappé dans ma premiere lettre. J'y
ai obfervé que les lieux frappés de la foudre
étoient facrés chés les anciens , mais j'ai
oublié de vous dire que les Romains purifioient
ces endroits en y immolant une
brebis de deux ans , bidens *',, que les augu-
** fe fervoient du Tonnerre pour predire
l'avenir , & qu'enfin felon Pline il
n'étoit pas permis de brûler les corps de
ceux fur qui le Tonnerre étoit tombé. *** II
paroit néanmoins par la Tragédie des Supres
* De- là l'endroit frappé s'appelloit Bidental.
Perf, Sat. 2. v. 27. Comet. front . vit, gram.
* *
Nieuport en parle dans fon Traité fur les
Coûtumes des Roniains , il cite Virg . Æn 9.
* * *
Pline dit , Ita examinatum ( fulmine ) cremarifas
non eft. Condi terrâ Religio tradidit . Hift.
Nat. 1. 2. ch. $4.
6 MERCURE DE FRANCE.
г
pliantes d'Euripide , que ce n'étoit pas u
point de Religion chés les Grecs , puifqu'Evadné
fe jette dans le bucher où on avoit
mis Capanée fon époux frappé de la foudre
devant Thebes . Je fuis , &c.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure d'Octobre font les Souliers
, la Peinture , le fon de la voix & Couronne.
On trouve dans le Logogryphe
Cour
, corne, non ,
roc , ronce , coeur , orne ,
Rouen , encor , Ré , cruë , Cor , roue , cure ,
ruë, Cône , or & None,
ENIGM E.
' Ai le fingulier avantage
D'être utile au fol comme au ſage ;
J'ai quelquefois deux pieds , parfois je n'en al
Et
par
qu'un ,
d'autres fois point ; je fuis affés commun
En un grand comme en un petit ménage ,
Sans néanmoins être toujours d'ufage ,
Quoique toujours je fois dans la maifon;
L'on ne fait cas de moi , que dans une faifon ,
Et bien que je ne fois volage ,
L'on me tient toujours en priſon .
AUTRE
NOVEMBRE.
97 . 1747.
JE
AUTRE.
E fuis un animal incommode & craintif;
Le moindre bruit , le vent le plus chétif ,
Un phantôme , un rien m'inquiéte';
Pour m'allarmer il ne faut qu'un enfant ;
Un atôme à mes yeux eft une groffe bête ;
Une mouche eft un élephant ;
Je me mets en fureur pour une bagatelle ;
Je fuis toujours au guet, to jours en fentinelle,
Pour éviter le fort d'une Divinité
Qui d'un air férieux , dans le célefte empire.
Aux autres Dieux jadis apprêta bien à rire ,
Les regalant de gente nouveauté.
Mais voici le pis de la choſe ;
Les peines que je prends dans ma fotte frayeur ,
Pour m'épargner certain malheur ,
En font fouvent la principale cauſe ;
Oui ,fouvent je n'en dois la dofe
Qu'à mon chagrin , qu'à ma rigueur.
Les excès défiants de ma mauvaiſe humeur
Réaliſent le mal , au lieu de m'y ſouftraire.
On ne penfoit pas à le faire ;
J'en donne le deffein vengeur .
Que ton étoile & ton bon caractére
T'en préſervent , ami Lecteur.
98 MERCURE DE FRANCE.
J
AUT-R E.
E fuis dans les liens , pour tenir en prifon
Un corps qui bien fouvent n'entend pas la raison.
"Je fuis en même tems & convexe & concave ;
Je voyage fouvent bien au -delà des mers ;
Mon captif eft chéri chés les peuples divers ;
Je fuis fort ami de la cave.
M
J. F. C. de Semur en Auxois;
LOGOGRYP HE.
A tête eft dédaigneufe , & fans coeur je fuis
fiere ;
Portant le feu , je fais trembler même les Rois ;
Mais je porte tout à la fois ,
En certain cas de quoi les faire,
NOVEMBRE. 1747. 99
(ACDC)CDCDCDCDCDC) VIVIN
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , inc.
ON imprime & on mettra inceffamment
en vente un ouvrage nouveau
digne de l'attention & des fuffrages du
public. Ce livre intitulé le Comédien , contient
des réfléxions judicieuſes , des vûës
fines fur la Comédie & le Jeu des Acteurs.
L'Auteur fçait démêler habilement les
fources du plaifir que nous prenons à la
repréſentation des ouvrages dramatiques
les caufes qui concourent à l'augmenter
ou à le diminuer , toutes nuances difficiles
à faifir , & qui ne pouvant être l'ouvrage
que d'un efprit pénétrant & d'un goût
fort délicat , doit par cette raiſon plaire
à tous les lecteurs de bon goût qui s'intéreffent
au fuccès de nos fpectacles. M.
Remond de Sainte Albine , déja connu
avantageufement dans la Litterature par
fes productions & par fes connoiffances
dans les fciences & dans les Belles Lettres
eft l'Auteur de ce livre . Il nous en communiqua
il y a deux ans quelques chapitres
qu'il nous permit d'imprimer dans.
le Mercure ; ces mêmes chapitres ont été
Bij
100 MERCURE DE FRANCE.
depuis confidérablement retouchés , ainfi
l'Auteur aura encore plus de droit aux ſuffrages
qu'il a déja obtenus. On n'a ď’ailleurs
rien négligé pour le matériel de l'ouvrage
; il fera imprimé en deux volumes
in-8°. beau caractère , beau papier , le tout
orné de jolies vignettes. En un mot l'impreffion
fera honneur à notre Typographie
, comme l'ouvrage en fera à notre
Litterature ; il fera en vente inceffamment.
OBSERVATIONS intéreffantes fur
la cure de la goûte & du rhumatiſme , de
Meffieurs Frederic Hoffman , V... & James
Docteurs en Médecine, à Paris in- 12.1747
chés Briaffon.
On a vû fi fouvent des empiriques préfenter
des recettes trompeufes , & les vanter
avec d'autant plus d'éclat qu'elles regardoient
des maux incurables , qu'en entendant
parler de cure de la goûte on fe
défieroit des promeffes de l'Auteur , fi l'on
ne voyoit à la tête du Livre le nom de
deux Médecins auffi célébres. Ce ne font
point ici des fyftêmes , toujours dangereux
en Médecine , que l'on propofe ; ce font
des obfervations , c'eft le réfultat de plufieurs
expériences f
faites par des gens appliqués
& intelligens. Les trois Médecins
dont on donne ici les obfervations ont
NOVEMBRE . 1747. ΤΟΙ
faivi des routes differentes dans le traite
ment des maladies dont il eft queſtion ;
ce qui ne prouveroit rien tontre leur méthode
, car la nature peut avoir plusieurs
differens moyens pour foulager les malades
. M. V... lequel a voulu garder l'incognito
pour le public , mais dont les obfervations
ont été conftatées à l'Editeur de
façon à ne laiffer fur ce fujet aucun doute ,
M. V... très- verfé dans la pratique de la
Médecine , guériffoit toutes les efpéces
de rhumatifmes avec des fuccès tout- à-fait
furprenans par une méthode qui ne l'eft
pas moins fuivant nos ufages ; il ordonnoit
des faignées fi amples qu'il faifoit en
trente- fix heures tirer vingt livres de fang
à fon malade. M. James dont on traduic
ici un ouvrage imprimé à Londres en
1745 , fuit une methode toute differente ;
il prétend que la goûte & les rhumatifmes
fe guériffent par l'ufage des remédes
mercuriels ; fon fentiment eft fondé fur
des obfervations qui lui font propres &
qui méritent l'attention des Praticiens.
M. Hoffman marche par une autre route.
L'averfion que les Allemands ont contre
la quantité de faignées qu'on ' eft dans l'ufage
de faire en France , & qu'un de leurs
Auteurs appelle Medicina Carnificino Gallica
, ne lui auroit pas permis d'adopter la
E iij
102 MERCURE DE FRANCE
methode de M. V... Il remarque cependant
que la faignée convient mieux en
France dans la cure du rhumatiſme & de
la goûte commençante que dans les
pays
voifins du Nord , à caufe du tempérament
fanguin de nos compatriotes , & il ajoute
& prouve par plufieurs citations d'Auteurs
célébres , que ce reméde réuffit très-bien
en France , tant comme curatif que comme
préſervatif. On trouve ici ce que cet Auteur
célébre a dit du rhumatifme & de la
goûte , & pour raffembler tout ce qu'on
trouve dans fes ouvrages fur cette matiere,
on y a joint celles de fes confultations qui
ont rapport à ces maladies .
Ainfi ce livre eft un recueil utile de ce
que de fort habiles gens ont penfé fur une
matiere fi intéreffante pour la fanté , & le
public doit être obligé aux foins de M.
Brubier qui a raffemblé les differentes
parties de cette collection , & qui a traduit
les traités & les confultations qui la
compofent , & a corrigé & arrangé l'ou
vrage de M. V... fuivant la permiffion
qui lui en avoit été donnée par l'Auteur
niême.
Le fiège de Bergopfoom , Poëme , dédié
à M. le Maréchal de Lowendalh .
L'importante conquête de Bergoploom a
fait naître beaucoup de vers. Elle a reveilNOVEMBRE.
1747. 103
lé le zéle de nos Poëtes , & l'on a éprouvé
dans cet évenement , que s'il n'y a pas
beaucoup de bons Poëtes , il y a au moins
beaucoup de bons François. Nous avons
lû avec plaifir le Poëme dont nous annonçons
ici le titre . Comme le ftyle fait le
principal mérite d'un ouvrage de cette
nature , pour mettre les lecteurs à portée
de juger des talens de l'Auteur , nous allons
tranfcrire ici l'endroit où il parle de
l'ouverture de la tranchée .
On franchit les guêrets , les dunes , les montagnes,
A ce bruit le paſteur déſerte les campagnes ,
Et d'un pas gemiffant , meffager de l'horreur ,
Jufques dans Bergopfom va porter la terreur.
On arrive ; on étale en ces plaines de fable
D'un projet fi hardi Pappareil formidable .
Il conne. Lowendalh , prompt à fe garantir ,
Affiége des remparts qu'il ne peut inveſtir ,
Et parcourant de l'oeil un favorable eſpace ,
Fait tracer à l'entour la perte de la place.
Toi , Maurice , l'appui d'un projet auffi grand ,
Sur les bords de la Meufe arrête Cumberland .
: ·
Pendant que de la nuit l'inégale courriere
Regne fur le filence & fournit fa cariére ,
Le Héros fait creufer par cent guerrieres mains
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Ces fentiers tortueux , ces remparts foûterrains
Ingénieux Dédale & nouveau labyrinthe,
Par où jufqu'au glacis on circule fans crainte.
La plaine ainfi changée en de vaftes fillons
A l'abri du tonnerre a mis nos bataillons.
Derriere des remparts de terre & de fafcines
Cent monftres foudroyans , infernales machines ,
Embrafent l'Hémisphère & font partir la mort .
La place vainément oppofe un feu plus fort :
Tout brûle , tout périt . La flamme impitoyable
Dévore l'habitant , innocent ou coupable .
Son toit frappé l'écrafe , & tombant en éclats ,
La bombe par les airs fait vôler le trépas.
Tout un peuple tremblant , que la mort environne,
Jouet infortuné des fureurs de Bellonne ,
Fuit des lieux autrefois fi chers à fes regards ,
Heureux , s'il n'eût point eu d'invincibles remparts
!
Il les regarde encore , & d'une voix mourante
Nomme dans les adieux fa patrie expirante.
EUVRES de M. Riviere du Frefny ,
nouvelle édition corrigée & augmentée ,
à Paris chés Briaffon , Libraire , rue
Saint Jacques à la Science , 1747 ; 4
in-12.
›
vol.
DISSERTATION fur la fièvre miliaire
maligne, dans laquelle on en recherNOVEMBRE.
1747. 105
che les cauſes , & on indique la méthode
de la traiter , par. M. Pinard , Docteur en
Médecine , aggregé au Collège des Medecins
de Rouen , & Membre de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts
de la même Ville , à Paris , chés Grangé
Libraire au Palais , & David le jeune ,
Libraire rue du Hurpoix.
SPONSALIA Plantarum quæ fpecininis
Academici loco fubmittit Joan. Gustavus
Walhom Calmarienfis menfe Jun. 1746 ,
Stockholm , typis Laurent. Salvii , in-4°.
MUSEUM Adolpho Fridericianum ,
quod fpeciminis Academici loco , publico bonorum
examini fubmittit Laurentius Balk
Gevalia-Geftricius 31 Mai 1746 , Holmia,
typis Laur. Salvii , in -4 ° .
POESIES du P. Etienne Fabretti J.
à Lyon chés les freres Duplain , in - 8 °. de
303 pages.
METHODE pour apprendre la Géographie
, par M. Robbe. Nouvelle édition ,
tome II. à Paris chés Michel - Etienne
David , Didot & Nyon , fils , Quai des
Auguſtins , in- 12 .
DICTIONNAIRE univerfel , hifto
rique , chronologique , géographique &
de Jurifprudence civile , criminelle & de
police des Maréchauffées de France &c .
à Paris chés Quillau , pere , rue Galande ,
1747 , 4 vol. in-4° .
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
LE LIBERTINAGE COMBATTU
par le témoignage des Auteurs profanes
par un Benedictin de la Congrégation de Saint
Vannes , dedié au Prince de Condé. Quatre.
volumes in - 12 , le premier de 393
pages , non compris l'avertiffement de
952 le fecond de 656 , le troifiéme de
736 , & le quatrième de 689. A Charleville
de l'Imprimerie de P. Thefin , Imprimeur
Libraire ordinaire du Prince de
Condé , 1747.
ABREGE' de l'Hiftoire de France par
feu M. Boffuet , Evêque de Meaux . Quatre
volumes in- 12 , à Paris chés Defaint &
Saillant , Libraires , 1747 .
PRATIQUES BENEFICIAL ES
fuivant l'ufage général & celui de la Province
de Normandie , autorisées par les
Conftitutions Canoniques , Ordonnances ,
Arrêts , & particulierement par ceux du
Parlement de Rouen , & le fentiment des
Auteurs les plus célébres fur la matiere
des dixmes , &c par M. Charles Routier
Avocat . A Rowen chés Pierre Leboucher ,
Libraire fous la galerie du Palais , 1745 »
in-4°.
TRAITE DE L'INDULT du Parlement
de Paris , ou du droit que le Chancelier
de France , les Préfidens , Maîtres
des Requêtes , Confeillers & autres OffiNOVEMBRE.
1747. 107
mentée par
ciers du Parlement ont fur les Prélatures
Séculieres & Régulieres du Royaume .
Nouvelle édition revûë , corrigée & augfeu
M. le Préfident Cochet de
Saint Valier. A Paris chés Didot , Quai
des Auguftins , à la Bible d'or , Giffart , ruë
Saint Jacques , à Sainte Therefe , Barrois,
Quai des Auguftins , à la ville de Nevers ,
& Nyon , fils , Quai des Auguftins , à l'Occafion
, 1747 , trois volumes in-4° .
>
ELEMENS DE PHYSIQUE ou Introduction
à la Philofophie de Newton
par G. J. s'Gravefande , traduits par C. F.
Roland de Virlois , Architecte & Profeffeur
de Phyfique & de Mathématique , 2 vol.
in- 8°. A Paris , chés Charles - Antoine
Jombert , Libraire du Roi pour l'Artillerie
& le Génie , Quai des Auguftins au coin
de la rue Gift - le - coeur , à l'Image N.
Dame.
L'ESTER ITALIANA , o fia il libro
di Efter tradotto in verfo Italiano , colle annotazioni
, in profa , che Spiegano , e illuftrano
quafta facra Storia. Dedicato afua Eminenza
il Sig. Cardinale Profpero Colonna di
Sciarra da Clarione Neftorideo . P. A. in
Venezia , 1746 , in-4° .
DISSERTAT10 Hiftorico Medica de
Saluberrimo Nuseria in Umbria erumpenti
latice , accedunt cumplures prattico Médica
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
obfervationes ac Sanationės , auctore Florids
de Plumbis , concive Nuceriano, Philofophie
Medicina Doctore , Venetis , apud Foſephum
Corona , 1745 ,
BREVE STORIA della vita de Caterina
Vizzoni Romana , che per ott' anni vefti
abito da vomo , in qualita di Servidore , la
guale dopo vari cafi effendo infineftata uccifa,
fu trovata pulcella nella Sezzione del fuo
Cadavero , di Giovanni Bianchi , Profeffore
di Notonica , in Siena , Venezia , per fim.
Occhi , 1744 , in- 8 ° .
HISTORIA utriufque Teftamenti, Auctore
Carolo Antonio Erra Mediolanenfi , Congregationis
Clericorum Reg. Matris Dei.
Tomus primus , Neapoli , 1747 , in- 8 °.
ORAZIONI Sacre di Frate Bernardo
Maria Giacco di Napoli , Cappucino , in
Napoli , 1746 , in- 8 ° .
ELOGIUM piis manibus viri fummè
venerabilis Domini Hermanni Vonder-
Hardt , Coenobii Marie Bergenfis Præpofiti ,
Orient , Ling.Prof.ff. totius Academiæ Senioris ,
fummi Philologi & Pol, hiftoris , publico Academie
Julie Caroline nomine confecratum
Interprete Chriftiano Breithaupto Acad. Orat.
& P. P. Helmeftadii , ex officina Schnortii ,
1746 , in 4° .
G. G. DRELINGII DIATRIBE
biftorica & critica de Miltiade perantiquo
NOVEMBRE. 1747. 109
Chriftianorum fure confulto ac defenfore.
Helmftadt , 1746 , in-4°.
CHRISTIANI WILHELMI KASTNFRI
Philofoph. & Med. D. Biblioteca Medica ,
Jena , Sumpin C. H. Cunonis , 1746 , 2
vol. in-8°.
LE THE DE L'EUROPE , ou les
proprietés de la Véronique , tirées des
obfervations de M. Francus , Médecin Allemand
, & de celles de plufieurs Médecins
François , nouvelle édition augmentée ,
à Reims , chés P. & N. P. Delaiftre , Librai
res , 1747 , in - 12 .
Gabriel Martin , J. B. Coignard , P. J.
Mariette & Hippolite- Louis Guerin , Libraires
, rue Saint Jacques, vont imprimer
une Bible en Latin & en François avec des
Préfaces , des Differtations & des notes
litterales , critiques & hiftoriques , pour
faciliter l'intelligence de l'Ecriture Sainte,
le tout tiré du Commentaire de Dom Auguftin
Calmet & des Auteurs les plus célé
bres , en to vol. in- 4°. enrichis de cartes
& de figures , 1748 , in - 4° . L'édition fera
achevée dans l'efpace de dix - huit mois à
compter du premier Janvier 1748. Ils en
propofent l'emplette par foufcription . Le
prix eft de 72 liv. On payera 24 liv. en
foufcrivant , 18 liv. en recevant les trois
premiers volumes au mois d'Avril 1748 ,
110 MERCURE DE FRANCE.
18 liv . fix mois après en recevant les trois
volumes fuivans , & 12 liv. en recevant
les quatre derniers. Les Soufcripteurs auront
foin de retirer leurs exemplaires dans
le cours de l'année de la publication , fans
quoi leurs avances feroient perdues . Ceux
qui n'auront pas foufcrit payeront l'ouvrage
100 liv.
EDUCATION CHRETIENNE , OU
la conduite pour élever chrétiennement
les enfans , où l'on enfeigne l'importance
& la neceffité de leur donner une bonne
éducation , 1747 , in- 12 . à Paris , chés
Ph. Nic. Lottin , Imprimeur Libraire , ruë
Saint Jacques.
Le même Libraire vient de publier un
Abregé des principes de la Grammaire Fransoife
par M. Reftaut , Avocat au Parlement
& aux Confeils du Roi , troifiéme édition ,
1747 , in- 12 .
NOUVEAU TRAITE' d'Arithmétique
, propre aux perfonnes de tous états
& principalement à celles du commerce ,
avec plufieurs propofitions auffi curieuſes
qu'utiles , & des plus intelligibles , chés la
veuve David , Libraire , rue de la Huchette
, par M. Lebez , Expert Juré Ecrivain
, Arithméticien , rue de l'Ecole Saint
Honoré , 1747 , in- 12 .
LE IV . VOLUME de l'Hiftoire des
NOVEMBRE. 1747..
Hommes Illuftres de l'Ordre de Saint Do
minique , par le P. Touron , Religieux du
même Ordre à Paris , chés Babuty &
Quillan , Imprimeurs Libraires , 1747 ›
in-4°.
>
SECOND VOLUME de l'Hiftoire de
Lorraine , par D. Calmet Abbé de Senones,
nouvelle édition , à Nancy chés Antoine
Lefevre , Imprimeur ordinaire du Roi , &
fe vend à Paris chés Savoye , Libraire ruë
S. Jacques , à l'Eſpérance , 1747.
LA PRISE DE BERGOPSOOM , Ode au
Roi , à Paris chés Cailleau rue S. Jacques ,
à S. André , 1747 .
On trouve chés le même Libraire une
Lettre d'un Génois à fon Correspondant à
Amfterdam , avec des remarques curieufes.
Cette Lettre eft imprimée à Génes.
L'ARME'E DU Roi dans la Flandre Ho-
Fandoife , Ode , à Lille chés la veuve Danel
& fils , Imprimeurs Libraires fur la
grande Place.
2.
LE THEATRE DANOIS , par M.
Louis Halberg , traduit du Danois , par
M. G. Furfman , divifé en fix tomes ,
Coppenhague aux dépens du Traducteur &
de la Compagnie 1746
HISTOIRE GENERALE de la
Marine , contenant fon origine chés tous
les peuples du monde , fes progrès , ſon
112 MERCURE DE FRANCE.
état actuel & les expeditions maritimes ,
anciennes & modernes fur des mémoires
redigés par M. de Boifmelé , tome fecond ,
à Paris , chés Antoine Bou let , Libraire Imprimeur
ruë S. Jacques , à la Fontaine d'or.
PROLEGOMENES fur l'Ecriture Sainte
, par le R. P. Houbigant , de la Congrégation
de l'Oratoire , à Paris , chés le
Mercier , rue S. Jacques à l'enfeigne du
Livre d'or , Defaint & Saillant , ruë S. Jean
de Beauvais , Briaffon à la Science , Durand
au Griffon rue S. Jacques , 1747 volume
in- 4° . de 384 pages ; l'ouvrage eft en latin .
TRAITE DES FIEVRES , traduit
du latin de M. Fréderic Hoffman premier
Medecin du Roi de Pruffe , par M. Eidos ,
fuivi de plufieurs Differtations qui ont
rapport à la même matiere , traduites du
latin du même Auteur par M. Brubier ,
Docteur en Médecine , pour fervir de fuite
à la Médecine raifonnée , tome premier
in-12 . de 506 pages .
LES PSE AUMES felon la vulgate
avec des notes par M. l'Abbé Bellenger in-
12. 1747 , à Paris chés la veuve Brocas &
J. D. Ofinont ruë S. Jacques ; l'ouvrage eft
en latin.
HISTOIRE des differens fiéges de
Bergopfoom , brochure in- 12 de 96 pages.
LA VIE de M. de Bretigny , Prêtre ,
NOVEMBRE. 1747. 113
Fondateur des Carmelites de Sainte Thereſe
en France & aux Pays -Bas par le P. de
Beauvais , de la Compagnie de Jefus , à
Paris , chés Durand rue S. Jacques , volume
in- 12. de 345 pages.
20•
LA DIVINITE' de Notre- Seigneur
Jefus-Chrift , prouvée par les Saintes Ecritures
& la Tradition . Ouvrage divifé en
quatre parties , où l'on démontre la Divinité
de J. C. 1º. par l'ancien & le nouveau
Teftament , 20 par la conformité de fentimens
de tous les Catholiques entre eux ,
& avec la plupart des Sectes , 3 ° . par tes
controverfes continuelles que l'Eglife a
foutenues contre les Juifs , les Gentils &
les Heretiques , 4° . par la Doctrine unanime
des Saints Peres , dont on explique
les paffages difficiles . On a rapporté auffi .
dans cet ouvrage les témoignages qui regardent
le Saint- Efprit & la Trinité des
Perfonnes dans une feule effence , par un
Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , à Paris , chés Jacques - François
Collombat , premier Imprimeur du Roi
1746 , volume in fol . de 665 pages ; l'ouvrage
eft en latin .
RECHERCHES fur les Elemens de
la matiere , volume in - 12 . de 242 pages ,
1747 , fans nom d'Imprimeur ni de lieu .
HISTOIRE du Théatre François de114
MERCURE DE FRANCE.
"
puis fon origine jufqu'à préfent , avec la
vie des plus célebres Poëtes Dramatiques ,
un Catalogue exact de leurs piéces , & des
notes hiftoriques & critiques , tomes IX &
X , à Paris , chés P. G. le Mercier ruë S.
Jacques au Livre d'or , & Saillant ruë S.
Jean de Beauvais vis -à-vis le Collége
1746.
LE TROISIEME TOME du traité
des Teftamens , Codiciles , Donations à
caufe de mort , & autres difpofitions de
derniere volonté , fuivant les principes &
les décifions du Droit Romain , les Ordonnances
, les Coûtumes & maximes du
Royaume , tant des Pays de Droit Ecrit
que Coûtumiers , & la Jurifprudence des
Arrêts ,, par M. Jean Baptifte Furgole , Avocat
au Parlement de Toulouſe , à Paris au
Palais chés Jean de Nully Libraire , Grande
Salle du côté de la Cour des Aydes ,
à l'Ecu de France & à la Palme , 1747.
VIE du Cardinal Gafpar Cantarini
écrite par M. Louis Beccatello , à laquelle
on a joint quelques piéces qui concernent
le même Cardinal , volume in 4° . de 119
के pages , y compris la Préface de 48 , à
Breffe de l'Imprimerie de Jean Rizzardi ,
1746 ; l'ouvrage eft en Italien .
,
ABREGE' de l'Art des accouchemens
compofé par M. Richard Manningham ,
NOVEMBRE. 1747. 119
Chevalier , Docteur en Médecine , de la
Société Royale de Londres , & aggregé au
Collége de Médecine de la même Ville ,
qui comprend la théorie & la pratique de
cet Art , & la cure de toutes les maladies
qui arrivent aux femmes pendant leur
groffeffe & leurs couches , & aux enfans.
L'Auteur y a joint la vraie & très- exacte
méthode pour découvrit la nature de toutes
les maladies auxquelles le corps humain
eft fujet , & connoître les fecours les plus
propres pour les combattre , & quelques
obfervations appartenantes à la pratique
générale de la Médecine . Ouvrage réimprimé
en faveur des jeunes Médecins , &
augmenté de quelques additions , c'est- àdire
d'une préface & de deux differtations
théorétiques & pratiques, dans la premiere
defquelles on détermine en conféquence
des loix de la méchanique , par la place où
s'attache le placenta , la fituation de la matrice
pendant la groffeffe , &celle du foetus
& la feconde fait l'éloge & recommande l'ufage
du Forceps Anglois dans les accouchemens
difficiles caufés par la fituation oblique
de la tête enclavée au paffage , & enrichi
de Tailles- douces , par M. Philippe
Adolphe Boehmar , Profeffeur de Médecine
& d'Anatomie à Hall en Saxe , aux dépens
de la Librairie de Luderwald , 1746 ,
116 MERCURE DE FRANCE.
C
in-4° . de 118 pages fans la préface de l'éditeur
de 14. L'Ouvrage eft en Latin , &
Le trouve à Paris , chés Guillaume Cavelier ,
pere rue S. Jacques , au Lys d'or .
DESCRIPTION ABREGE'E du fameux
Cabinet de M. le Chevalier Baillon ,
pour fervir à l'hiftoire naturelle des Pierres
précieufes , Métaux , Mineraux & autres
Foffiles , par Joannon de Saint Laurent,
à Lucques , chés Jean Dominique Marefcandoli
, 1746 , in - 4°.
LE TOME XXXVI . de l'ouvrage
intitulé Raccolta d'opuscoli fcientifici e Filologici
al Reverendiffimo Padre D.Camillo AFfarofi
, Abbate del Monafterio de SS. Pietro
e Profpero di Reggio , in Venezia , appreffa
Simone Occhi , 1747 , in- 12.
Jo . ZACCHARIA Platneri , Doctoris
Profefforis Med. Lipf. Inftitutiones Chirurgia
rationalis tum Medica , tum Manualis
in ufus difcentium , variis nonnullorum
Ferramentorum , aliarum que rerum , qua ad
Chirurgi officinam pertinent , aneis iconibus
illuftrata. Accedunt in hac editione Differtationes
due ejufdern Auctoris olim jam edite
Scilicet de Chirurgia artis Medica parente
de Fiftula lachrymali , Venetiis , ex Typographia
Jo. Bapt. Albrizzi, Hyeronimi filii
, 1747 , in-4°.
BIBLIA SACRA vulgate editionis …….….
NOVEMBRE . 1747. 117
cum Selectiffimis litteralibus commentariis
Joannis Gagnai , Joannis Maldonati , &c.
Accedunt Romana correctiones , ac lectionum
varietates .... tomus tertius completens Numeros
& Deuteronomium , Venetiis , 1746 ,
in-4°.
NOTITIA Scriptorum Camaldulenfium,
quam feu Prodomum exceptura eft Bibliotheca
Patrum Camaldulenfium , feu operum ad hiftoriam
difciplinam .... attinentium collectio ,
tomis VI. comprehenfa . Cujus Bibliotheca fen
collectionis accuranda hic ad calcem exhibebetur
confpectus , opera &ftudio P, Magnoaldi
Ziegelbaur , 1747 , in- 4° . Vienna.
DOCUMENTA RELIGIOSO POLITICA
, five modus jufte vivendi in Religione.
Vienna , 1746 , in - 4° .
COMMENTATIO Juris publici de juftis Re
preffaliarum limitibus tum à Gentibus , tum à
Statibus S. J. R. G. obfervandis , ex ipfis legibus,
actis publicis,& Diplomatibus eruta à Ludovico
Martino Kahlio D. & PP. O. Gottinge
, impenfis G. P. Schmedii , 1746 , in-4° .
GEOR. HENRICI Alfreri fpecimen
Politico-juridicum , de Gynecocratia tutelari
viduarum illuftrium , Pars prima , Gottinga ,
1746 , in-4°.
CORNELII PAULI Hoynck Van Papendrecht
, Archiprefbytery Mechlinienfis
Analecta Belgica , in fex partes divifa , Ha18
MERCURE DE FRANCE.
gæ-comitum apud Gerardum Block , 1745 ,
in-4°. trois volumes.
par
OBSERVATIONS fur les Plantes
M. Guettard , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , de l'Académie des Sciences
, à Paris , chés Durand , au Griffon ,
rue Saint Jacques , 1747. Deux volumes .
in- 12 .
PRECIS de l'Hiftoire Sacrée , par demandes
& par réponſes , avec une méthode
artificielle propre aux jeunes gens pour
fixer dans leur mémoire les principaux
faits de cette Hiſtoire , 1747 , in- 12 , à Paris
, chés Savoye , Libraire ruë S. Jacques.
CH. J. B. Delepine & Jean Thomas Heriffant
, Libraires à Paris rue S. Jacques ,
qui ont propofé par foufcription l'Hiftoire
générale d'Allemagne , avertiffent qu'ils
feront en état de délivrer cette Hiftoire
entiere le Lundi 18 du mois de Décembre
1747 .
TITI - LIVII PATAVINI Hiftoriarum
ab urbe condita libri qui fuperfunt
XXXV. recenfuit ¬is ad ufum Scholarum
accommodatis illuftravit J. B. L. Crevier
, Emeritus Rethorica Profeffor in Collelegio
Dormano Bellovaco , Univerfitatis Parifienfis
, apud Defaint & Saillant , vid S.
Joannis Bellovacenfis è regione Collegii ,
1747. Deux volumes in- 12,
NOVEMBRE . 1747 . 119
ESSAI fur l'étude des Belles - Lettres. ,
à Paris , 1747 , chés Louis Etienne Ga
nean.
Dupin Graveur a fait pour l'année 1748 plu
fieurs Almanachs de Cabinet de differentes grandeurs
; l'un dédié aux perfonnes pieufes ainfi que
le porte fon titre , fe vend quinze fols , celui du
Palais huit fols , celui qui eft préfenté à la Maiſon
d'Orléans huit fols , & deux petits intitulés Almanach
Militaire ou des Guerriers fix fols piéce . Le
fieur Dupin demeure rue Saint Jacques vis-à-vis le
Collége du Pleffis .
Nous annonçons encore deux autres Almanachs
portatifs imprimés chés Giffey , l'un intitulé Etrennes
hiftoriques ou mélange curieux c. l'autre Al
manach des Curieux , où les curieux trouveront la
réponſe agréable des demandes les plus divertiſſantes
pourse rejouir dans les compagnies.
Nous croyons devoir donner une defcription
- particuliere d'une efquiffe de M. de Lobel , qui
n'ayant été mife au falon que les derniers jours de
l'expofition des tableaux , n'a pû entrer dans le
petit livre imprimé qui fut alors diftribuéau public.
Le Peintre y repréſente le Roi affis fous un pal
mier où il eft couronné par les mains de la victoire.
Sur la gauche du tableau la valeur & la prudence
lui préfentent la ville de Bergoploom perfonifiée
& en état de fuppliante. Le Prince victorieux
après cette nouvelle conquête ordonne à
Mercure , qui eft fur un nuage, accompagné de la
paix & fuivi de l'abondance , de diffiper la crainte
de fes ennemis , en leur faiſant connoître fes in120
MERCURE DE FRANCE.
tentions toujours généreufes & toujours pacifiques.
La Gloire qui eft auprès du Trône tient fur un
bouclier les ordres militaires dont Sa Majefté honore
le courage de fes Généraux & de fes Officiers
.
Sur le devant du tableau la France contemple
& admire un Roi chéri de fes peuples , & qui met
fa grandeur dans fes bienfaits défignés par des génies
qui reçoivent de la Libéralité des médailles
& des châines d'or..
Minerve qui eft à la droite appuyée fur la France
, fait connoître que Sa Majeſté au milieu même
des horreurs de la guerre trouve dans fa
fageffe les moyens de protéger les Arts & les
Sciences. L'Hiftoire qui eft à l'extrêmité du tableau
tranfmer à la postérité les faits glorieux de
fon Regne,
Le bas relief qui décore le pied du Trône repréfente
la victoire remportée à Law ffelt . Les génies
de la Poëfie & de la Peinture s'entretiennent furt
cette glorieufe journée dont la prise de Bergopfoom
eft une heureufe fuite.
M. de Lobel qui a commencé en France fes
études de Peinture , s'eft perfectionné dans l'Académie
de Rome , & peu après fon retour dans fa
Patrie ., il y a fait des morceaux curieux & bien
entendus.
Le tableau allégorique de la réunion de la
Lorraine à la France lui a fait beaucoup d'honneur ,
& le voeu de Louis XIII . que cet Académicien a
expofé cette année dans le falon du Louvre a été
approuvé de tous les connoiffeurs . Ce morceau de
Peinture eft deftiné pour l'Eglife Collégiale de
Dammartin en Brie. Il a douze pieds de haut fur
Lept de large .
M.
NOVEMBRE. 121. 1747 .
M. d'Anville vient de mettre au jour une Carte
de Amérique Septentrionale compofée de troisfeuilles
, & qui peut fe divifer en deux parties , de
feuille & demie chacune . Cette Carte eft du nombre
de celles dont le public fera redevable aux
bienfaits de M. le Duc d'Orleans envers l'Auteur ,
& il n'en apoint encore paru d'auffi ample ſur ce
fujet. L'avantage que cet ouvrage prend d'ailleurs
fur les précédens , paroît au détail qu'il renferme ,
& qui eft tout-à- fait neuf dans prefque toute l'étendue
de cette Carte . L'élégance avec laquelle
elle a été exécutée la rend encore très- recommandable.
On la trouve chés l'Auteur aux Galeries
du Louvre.
M. Germain Marchand Orfévre de la ville
de Paris vient de compofer un livre de principes
d'Orfévrerie contenant plus de deux cent deffeins
en deux parties de cinquante feuilles chacune ,
moitié ouvrages d'Eglife & moitié en tout autre
genre , on y trouvera la plus exacte proportion ,
autant qu'il a été poffible à l'Auteur de s'y conformer
; il mettra à la fin de fon livre tous les
plans defdits ouvrages , & la maniere de les deffiner
dans leur jufte grandeur. Le livre fera in-4°.´
& du prix de douze livres ; il compte donner une
premiere partie dans le courant du mois de Janvier
prochain , & l'autre au mois de Juillet . L'Auteur
a einployé tout ce que les lumieres ont pû lui
fournir pour l'intelligence de l'orfévrerie ; ceux
qui voudront foufcrire auront les deux parties
brochées en papier marbré , & des premieres
épreuves gravées avec beaucoup de goût & de
propreté, pour la fomme de vingt livres ; chacune
defdites parties fera fignée par l'Auteur . Il demeure
chés M. Roëttier Orfévre du Roi , Place du
Carouzel .
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Le Sr. Fillion avertit le public qu'il fabrique
toutes fortes de Chocolats , le vanillé a plufieurs
prix, à quatre francs, cent fols & fix francs la livre
&c. piftaches fines vanillées, & paftilles vanillées
Chocolat ambré ; Chocolat à la fleur d'orange &
du Chocolat fans fucre , à cent fols la livre ; Cho
lat de fanté à quarante fols , trois livres & quatre
francs la livre ; piftaches fines de fanté , & paf
tilles de fanté. Il va auffi le faire en ville quand
on lui fait l'honneur de le demander. Il demeure
à la Croix de Chevalier dans l'Abbaye
Saint Germain-des- Prez cour & rue Abbatiale ;
il y a un tableau à fa fenêtre , & une enfeigne
au coin de la rue au premier étage à la prémiere
allée en entrant par la cour , ledit Chocolat eft
marqué d'une Croix de Chevalier,
›
M. & Madame de la Corderie Harrington , appliqués
depuis plus de vingt - cinq ans aux moyens
de foulager les malades ont trouvé celui de
guérir la goûte & les rhumatismes par une pommade
on effence dont on frotte les parties attaquées
des malades fouffrant les douleurs les
plus vives ont été totalement guéris deux heures
après , & depuis n'en ont eu aucune attaque , fe
& continuent leurs traportent
parfaitement
vaux .
>
M. de la Corderie , Chevalier de Saint Lazare,
demeure à fon Château de la Brouffe , par Lamballe,
à Matignon en Bretagne.
PUBLIC
ASTOR , LENOY AND
TILDEN FOUNDATIONA
12
J
NOVEMBRE. 1747. 123:
MEDRATAÇA YO EAEDEDEDia Y
RECIT DE BASSE.
Dans le vin je croyois avoir noyé l'Amour
Et fier de ma victoire
Je paffois la nuit & le jour
A goûter à longs traits le doux plaifir de boire ,
Mais l'Amour eft vengé ; je perds ma liberté.
Un trait brûlant parti des beaux yeux de Silvie
Rallume fon flambeau ; mon coeur eft agité ,
Et l'Amour y reprend fon empire & la vie.
求求求求求求求送送送送送送洗洗
SPECTACLES.
L
E mercredi premier Novembre , jour
de la Fête de tous les Saints , le Concert
Spirituel du Château des Thuilleries
interrompu depuis Pâques , a recommencé
par l'exécution du Pleaume Lauda
Jerufalem , Motet à grand choeur de la
compofition de M. de la Lande , enfuite
on a chanté Diligam te , Domine , Motet à
grand choeur de M. Gilles , précédé d'an
Concerto de M. Blavet , & fuivi d'une
fonate à violon feul de M. Tartini , exécutée
par M. Petit.
Le Moter à grand choeur Jubilate Deo om-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nis terra a très-bien terminé ce Concert ;
c'eft un morceau eftimé , de M. Mondonville
.
L'Académie Royale de Mufique a remis.
pour la feptiéme fois fur fon Théatre le
mardi fept Novembre Atis Tragédie ; on
fçait que les paroles font de l'ingénieux
Quiñaut & la mufique du célébre Lulli .
Cet Opéra a été repréfenté la premiere
fois devant Louis XIV . à S. Germain-en-
Laye en 1676 & depuis en 1682 .
Il a paru fur le Théatre de Paris en
1679 , en 1690 , en 1709 , en 1725 & en
1738.
Il feroit très -inutile de donner l'extrait
d'un ouvrage connu , fçu & eftimé depuis
tant d'années .
Les Acteurs rendent parfaitement les
beautés du Poëme & de la muſique ; les
Ballets & les décorations concourent au
fuccès.
DIVERTISSEMENS de la Cour
à Fontainebleau.
Le lundi 16 Octobre le Concert de la
Reine exécuta le Prologue & l'acte de
Coronis du Ballet des Amours des Dieux.
Les paroles font de M. Fuzelier , un des
Auteurs du Mercure , & la mufique de feu
M. Mouret,
NOVEMBRE. 1747.
125
Le mardi 17 les Comédiens François
jouerent l'Homme à bonnesfortunes & le Florentin
, & le mercredi 18 ils jouerent Rodogune
& le François à Londres.
Le 21 les Comédiens Italiens repréſenterent
les Jumeaux , fuivis d'un Ballet &
d'un Feu d'artifice .
Le vingt-quatre il y eut Comédie Françoife
; l'inimitable Misantrope fut fuivi
du Procureur arbitre , & le jeudi 26 Alzire
Tragédie, fut fuivie d'Aphos.
Le lundi précédent le Concert de la
Reine exécuta l'acte de Neptune & Amimone
, & celui de Bacchus & Ariane du
Ballet des Amours des Dieux. Les rôles furent
chantés par Mlles la Lande , Mathieu,
Defchamps & Fel , & par Meffieurs Poirier
, la Garde & Godonefche .
Le famedi 28 les Comédiens Italiens
jouerent l'Epreuve & les Funerailles d'Arlequin
, avec les agrémens , & l'Amant Auteur
& Valet , dont la contredanfe de la
compofition de M. de Heffe , plût tellement
à la Cour , que ce morceau brillant
fut redemandé pout le Ballet de la repréfentation
fuivante.
1. Le lundi trente Octobre les Comédiens
François donnerent la Mere coquette & la
fauffe Suivante.
Le jeudi 2 Novembre les Comédiens
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
François repréſenterent Rhadamifte
Zenobie , de M. Crebillon , pere , & le
Rendez- vous.
Le famedi fuivant les Comédiens
Italiens donnerent les Rivaux & la joute
d'Arlequin & de Scapin , les Tableaux
fuivis d'un divertiffement , où la contredanfe
redemandée reçut de nouveaux applaudiffemens
, avec le Berceau feu d'arrifice.
Le lundi 6 le Concert exécuta les troihéme
& quatriéme actes d'Endimion , Paftorale
de M. de Fontenelle.
Le mardi 7 les Comédiens François
jouerent le Philofophe marié & la Pupille.
Le jeudi 9 ils donnerent Andromaque & le
Dedit.
Le mardi 14 ils donnerent le Méchant ,
de M. Greffet , & l'Etourderie , & terminerent
leurs Spectacles le jeudi 16 par Inés
& le Fat puni.
Les Comédiens Italiens avoient fini le
famedi
par
l'Arcadie enchantée.
Nous avons crû qu'on verroit avec plaifir
ici la pièce fuivante , c'eſt un divertiffement
héroïque dont la prife de Bergopfoom
eft le fujet . Il a été repréſenté pour
la
premiere fois au Théatre de Rouen le 30
Septembre 1747.
NOVEMBRE. 1747. 127.
Interlocuteurs du Dialogue.
La France.
La Renommée .
La Victoire.
La Renommée.
FRance , reconnoiffez une Déeffe amie ;
Qui chérit votre gloire , & par tout la publie :
Organe quelquefois de malheureux deftins ,
Mais prompte à célébrer vos triomphes certains.
La France.
Oui , j'éprouvai toujours cette faveur vifible ;
A mes biens , à mes maux , également ſenſible
Dans ces tems orageux , Déefle , apprenez- moi
Si je n'ai rien à craindre , & le fort de mon Roi.
La Renommée.
Louis n'eft plus pour vous une caufe d'allarmes ;
Le rapide bonheur fuit conftamment les armes s
Tout lui céde ; & le fil de fes jours glorieux ,
Si cher à fes Sujets , n'eft pas moins cher aux
Dieux.
Mais pourquoi retarder plus long-tems votre
joie ?
Ce Héros , qui vous aime , auprès de vous m'en
voye
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
O honte 6 défefpoir de fes fiers ennemis !
A Lowendal enfin Bergoplom eft ſoumis.
La France.
Quoi ! Déeffe , eft- il vrai ? Cette Ville terrible ,
Tant de fois attaquée & toujours invincible ,
Qui juroit de marquer au pied de fes remparts
Le tombeau malheureux de nos François épars
La Renommée.
Elle éprouve le fort de cent villes rebelles ;
De les murs foudroyés fortent des étincelles ,
Qui volant dans les airs avec le nom du Roi ,
Portent dans Amfterdam l'épouvante & l'effroi.
Lowendal , que ce fiége eft digne de ta gloire !
Avec quelstraits de feu puis -je en tracer l'Hiſtoire ?
Déja le fang François inondoit les fillons ;
Le trépas dévoroit leurs nombreux bataillons ;
Au-dedans , au- dehors , une valeur égale
Etoit aux affiégeans aux affiégés fatale ;
Baſtions relevés auffi - tôt que détruits ;
'Anglois toujours vaincus , & toujours 1eproduits ;
Le brave Lowendal qu'un long obftacle irrite ,
Prend des fiens avec lui la formidable élite ,
Vers les murs orgueilleux précipite ſes pas
Et vôle recevoir ou donner le trépas.
Ferai-je de l'affaut la peinture fidelle ?
NOVEMBRE
. 1747.
129
!
Des feux impétueux que la terre récéle ,
En briſant tout -à- coup leur obfcure priſon ,
Offrent aux yeux furpris les bords de l'Acheron
Lowendal les mé- Des gouffres font ouverts .
prife :
...
Pour braver leur fureur un Dieu le favorife
L'intrépide ſoldat monte , arrive au glacis ,
Théatre infortuné de carnage & de cris.
De morts & de mourans un horrible affemblage
Fournit à nos Héros un glorieux paffage ;
Chacun de meurtre avide , à vaincre préparé
Combat en furieux , meurt en défefperé.
fur la biêche fumante Hélas ! de toutes parts
La mort , la mort cruelle étend fa faux fanglante !
Mais bientôt l'ennemi tombe aux pieds du Vainqueur
,
S'enfuit , ou tend la tête au glaive deſtructeur
La valeur du François eft transformée en rage ;
Les rapides torrens font un moindre ravage ;
Tout au fer , à la flamine , au meurtre abandonné, '
Va fentit les fureurs du foldat effrené ;
Non ; l'heureufe clémence écarte la tempête ,
Et par
la voix du Chef crie aux François : Arrête
.
Et moi dans mes tranfports j'applaudis mille
fois
Au pardon généreux plus beau que les exploits
F.y
130 MERCURE DE FRANCE.
C
La France.
Ah ! que votre récit me pénétre , m'enflamme E
Le plaifir le plus pur ſe répand dans mon ame
Jour à jamais fameux , mémorables travaux !
On entend un bruit de guerre.
Qu'annonçent ces tambours ?
La Victoire.
C'est le bruit des Héros
Tout ici me chérit , & la France charmée ,
A me voir en ces lieux doit être accoûtumée ;
Aux champs de Fontenoy je couronnai Louis ;
A Raucoux , à Lauw ffelt , par tout je le fuivis.
Fidelle à célébrer de ton Roi les conquêtes ,
Pour de nouveaux fuccès , France , ordonne des
fêtes ,
Et fçache en ce beau jour mêler , par d'heureux
traits ,
A l'éloge du Roi l'éloge des Sujets.
Premiere entrée du Ballet.
Marche des Guerriers.
La France.
Yous , Peuples fortunés , qu'en mon ſein l'on vir
naître ,
Pour célébrer Louis hâtez-vous de paroître
NOVEMBRE . 1747. 13.1
porte au loin la guerre ; & vous par fes hauts
faits
Goûtez dans ces climats l'abondance & la paix.
Aux Guerriers , votre appui , rendez un juſte hommage
,
Par des jeux innocens délaffez leur courage.
Employez à l'envi vos talens féducteurs ,
Nymphes; ne craignez point d'amollir leurs grands
coeurs ;
Le François quitte tout quand Mars le redemande
;
Vainqueur de l'univers à lui- même il commande.
Aux airs du ton martial fuccéde une
de Bergers
& de Bergeres forme la feconde entrée du
Ballet.
fymphonic douce . Une troupe
La Volupté vient par des danfes , où elle
fe peint legére & paffionnée tour à tour ,
difpofer les cours des guerriers à recevoir
fes impreffions.
Couplets chantés par un Berger & une Bergere!
Tous deux
Venez joäir de votre gloire ,
Héros François ; quels plus beaux jours
Lorsqu'au chant des tendres amours
Se joint le cri de la victoires
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
La Bergere.
Cher Prince , que Bellonne arrête
Sur des rivages pleins d'horreurs ,
Crois-tu qu'il ne foit point ailleurs
Une aimable & douce conquête ?
Le Berger.
En fuivant la gloire cruelle ,
Quand tu courois mille dangers ,
Tout languiffoit dans nos vergers ,
Ma Cloris même étoit moins belle.
Tous deux.
Bornons le cours de nós allarmes +
Changeons en myrthes les lauriers ;
De Mars enchaînons les guerriers ;
Amour brife leurs armes. Amour ,
L'Amour entre. Il défarme les guerriers
& leur donne des chaînes de fleurs.
Ses nouveaux captifs lui témoignent leur
joie par une danfe qu'ils font entr'eux.
Le Berger à fa Bergère.
Dans nos champs , le feul Amour bleffe ;
Courons à fes combats chéris ;
Je te difputerai le prix ;
Il n'eſt donné qu'à la tendreſſe.
NOVEMBRE. 1747. 133
Tous deux.
Nous n'avons fur ces doux rivages
D'autre tourment que nos defirs ,
D'autre foin que de nos plaifirs
D'autre ennemi que les volages .
Un Ballet général termine le divertiſſement.
5602 304 3050257-502 503 506 506 5065050
L
- FRAN CE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 22 du mois dernier le Roi fit rendre
à l'Eglife de la Paroiffe de Fontainebleau
les Pains benits qui furent préfentés
par l'Abbé de Lafcaris , Aumônier
-de Sa Majefté en quartier.
M. Groff Miniftre Plénipotentiaire de
l'Imperatrice de Rufie eut le 24 une
audience particuliere du Roi dans le Cabinet
de Sa Majeſté , étant conduit par le
Chevalier de Sainctot Introducteur des
Ambaffadeurs .
Le même jour Monfeigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine arriverent à Fon-
-tainebleau de Versailles.
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi a accordé au Comte d'Eftrées
Lieutenant Général de fes armées , le Gouvernement
du Pays d'Aulnis vacant par
la
mort du Comte de Matignon.
Sa Majefté a nommé Brigadier de fes
armées le Comte de Choifeul Beaupré
Colonel du Régiment d'Infanterie de Flandres.
Elle a accordé le Régiment d'Infanterie
de Tournaifis , dont feu M. de Caſteja
étoit Colonel , à M. de Curzay Capitaine
dans une Brigade du Régiment Royal des
Carabiniers ; celui d'Infanterie de Soiffonnois
qu'avoit le Marquis de Donges , à
M. de Luffan d'Efparbés Capitaine dans le
Régiment du Commiffaire Général de la
Cavalerie , & celui d'Infanterie qui va
quoit par la mort du Prince de Guife , au
Chevalier d'Efcars Capitaine dans le Régiment
de Santerre.
Les fregates du Roi la Mutine & la Galatée
, chacune de vingt - quatre canons ,
commandées par le Chevalier des Roches
& par le Chevalier de Tourville , revenant
de la riviere de Bordeaux après y
avoir efcorté un convoi , rencontrerent le
3 du mois dernier à la pointe des Baleines
de l'Ifle de Ré , un vaiffeau de guerre Anglois
de cinquante-fix canons & une fregate
de trente. Ces deux fregates ont fou
NOVEMBRE. 1747. 135
tenu leur attaque fi vigoureufement , que
nonobftant leur inferiorité elles ont forcé
le vaiffeau & la fregate Angloife à s'éloigner
, après un long combat dans lequel
les bâtimens ennemis ont été fort endommagés.
La Mutine & la Galatée ont auffi
beaucoup fouffert dans leurs mâtures , voiles
& agréz , furtout la premiere qui a été
pendant plus d'une heure fous le feu des
deux batteries du vaiffeau de cinquantefix
canons . Il y a eû deux Officiers bleffés
fur la Mutine , & plus de
quarante hommes
des équipages fur l'une & l'autre fregate
.
Les lettres de Génes du 14 annonçent
le retour du Corps de troupes Françoifes ,
qui avoit été envoyé en Corfe fous les
ordres du Comte de Choifeul Beaupré ,
pour obliger les rebelles de lever le fiége
de la Baftie : ces lettres ajoutent qu'on n'avoit
pas jugé à propos de continuer l'attaque
de San Fiorenzo.
Le 30 du mois dernier pendant la
Meffe du Roi l'Evêque de Sarlat prêta ferment
de fidélité entre les mains de Sa
Majefté.
Le 31 veille de la Fête de tous les Saints
le Roi accompagné de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdames de France , entendit dans la
136 MERCURE DE FRANCE.
Chapelle du Château les premieres Vêpres
qui furent chantées par la Mufique , &
auxquelles l'Evêque de Digne officia .
Le premier Novembre jour de la Fête
le Roi accompagné de même affifta à la
grande Meffe célébrée pontificalenrent par
le même Prélat. L'après -midi Sa Majesté
entendit le Sermon du Pere: Griffet de la
Compagnie de Jefus , & les Vêpres auxquelles
l'Evêque de Digne officia. Le Roi
entendit errfuite les Vêpres des Morts .
La Reine fit rendre le 29 du mois dernier
à l'Eglife de la Paroiffe les Pains
Bénits , qui furent préfentés par l'Abbé de
Fenelon Aumônier de Sa Majefté en Quartier
.
Le premier Novembre Monfeigneur le
Dauphin rendit le Pain bénit à la Paroiffe ,
& Madame la Dauphine le rendit le Dimanches
Novembre.
le
Le 28 le Comte de Chabo la Serre ,
Colonel commandant le Corps des Volontaires
Royaux , arriva à Fontainebleau
d'Italie . Il a été dépêché au Roi par
Maréchal Duc de Belle- Ifle , pour informer
Sa Majesté des avantages remportés
fur les troupes de la Reine de Hongrie &
fur celles du Roi de Sardaigne par l'armée
combinée de France & d'Espagne..
›
Les Drapeaux des garnifons du Fort de
NOVEMBRE.. 1747. 137
•
Lillo , du Fort Frederic -Henry & de celui
de Sainte Croix , ont été apportés au Roi
par M. de Beauchamps Commandant du
fecond bataillon du Régiment de Lowendalh
.
Le Comte de Chabo la Serre Colonel
Commandant le Corps des Volontaires
Royaux , le Chevalier de Montboiffier Colonel
d'unRégiment d'Infanterie , M. de
Bergeret commandant une Brigade de Milice
, M. de Piat Lieutenant Colonel da
Régiment d'Infanterie de Berry , & M. de
Sainte Afrique Lieutenant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Rohan Rochefort ,
ont été faits Brigadiers des armées de Sa
Majefté.
La Reine partit de Fontainebleau le 7
de ce mois avec Mefdames de France , pour
retourner à Versailles où Sa Majesté arriva
le même jour.
Le 8 le Duc de Chartres prêta ferment
de fidélité entre les mains du Roi ,
en qualité de Gouverneur de la Province
de Dauphiné .
Sa Majefté a accordé au Prince de Turenne
la furvivance de la Charge de Grand
Chambellan de France..
Le Marquis d'Harcourt a été nommé
Capitaine d'une des quatre Compagnies
138 MERCURE DE FRANCE .
des Gardes du Corps , en furvivance du
Maréchal Duc d'Harcourt.
Le Roi a donné à M. de Machault
Contrôleur Général des Finances , l'agré--
ment de la Charge de Grand Tréforier de
fes Ordres.
Sa Majefté a difpofé d'une place de
Confeiller d'Etat en faveur de M. de
Courteille.
Le 16 de ce mois les Drapeaux &
Etendarts pris fur les ennemis pendant la
campagne derniere , & qui avoient été
déposés au Château des Thuilleries , furent
portés à l'Eglife Métropolitaine de cette
Ville , & reçus au bas de l'Autel par l'Archevêque
de Paris.
L'ouverture du Parlement fe fit le 13
avec les cérémonies accoûtumées par une
Meffe folemnelle que l'Evêque de Troyes
célebra pontificalement dans la Chapelle
de la Grande Salle du Palais , & à laquelle
M. de Maupeou , Premier Préfident , &
Jes Chambres affifterent.
NOVEMBRE. 1747. 139
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Rieux
LFAbbé de Catellan , Confeiller Clere
au Parlement de Toulouſe.
Sa Majefté a accordé l'Abbaye de S. Denis
de Rheims , Ordre de S. Auguftin , à
l'Abbé de Saint Exupery , Doyen de l'Eglife
Métropolitaine de Paris.
L'Abbaye de Boulencourt , Ordre de
Cîteaux , Diocèſe de Troyes , à l'Abbé
Regnauld , Vicaire Général de l'Archevêché
de Paris.
L'Abbaye de Celles , Ordre de Saint
Auguftin , Diocèfe de Poitiers , à l'Abbé
de Rouvre , Doyen de Saint Quiriace de
Provins.
L'Abbaye Réguliere de Gros- Bos , Or
dre de Citeaux , Diocèfe d'Angoulême ,
à Dom Huot , Religieux du même Ordre.
Les Lieutenans Généraux choifis par le
Roi pour fervir pendant l'hyver dans les
Pays Bas fous les ordres du Maréchal Comte
de Saxe , font le Marquis de Contades,
employé à Bruxelles ; le Marquis de Salfieres
, à Anvers ; le Marquis du Chayla
Gand, le Comte de Bulkley , à Bruges
440 MERCURE DE FRANCE.
le Marquis de Maubourg , à Hulft ; le
Comte de Lautrec , à Oftende ; le Marquis
de Ceberet , à Ypres ; le Comte d'Auṇay
à Dunkerque ; le Marquis de Brezé , à
Tournay ; le Marquis d'Armentieres , à
Ath ; le Comte d'Eftrées , à Mons ; M.
Phelippes , à Maubeuge ; le Comte de Danois
, à Valenciennes ; le Comte de Monteffon
, à Giver.
Les Maréchauxde Camp employés dans
ces mêmes Provinces font le Duc de Broglie
& M. de la Marche , à Bruxelles ; le
Chevalier de Courten , à Anvers ; le Comte
de Graville , à Malines ; le Comte de
S. Germain , à Louvain ; le Comte de Blet,
à Bergopfoom ; le Comte de Fitzjames , à
Dendermonde ; le Comte de Laigle , à Bruges
; le Marquis de Fimarcon , à Axel ; M.
de Lage , au Sas de Gand : M. Thomé , à
Nieuport ; M. d'Eftrées , à Furnes ; le Marquis
de Romecourt , à Ypres ; le Marquis
de Mezieres , à Calais ; le Comte de Treffan
, à Boulogne ; le Comte de Relingue ,
à Mons ; le Marquis de Bauffremont , à
Charleroy ; le Marquis du Châtelet , à Nivelle
, & le Marquis de Montbarrey , à
Namur.
Le Marquis de Creil , Lieutenant Géné
ral , elt employé à Thionville ; le Comte
de Segur , Lieutenant Général , à Metz ; le
NOVEMBRE . 1747. 14F
Marquis de Putanges, Lieutenant Général,
à Sarrelouis ; M. Darros , Maréchal de
Camp , à Longwy; le Comte de la Claviere
, Maréchal de Camp , à Sedan , & le
Marquis de Gramont , Maréchal de Camp,
à Mezieres .
par
*
M. de l'Eftanduere , Chef d'efcadre des
armées navales , eft arrivé à la rade de
Breft leg de ce mois avec les vaiffeaux le
Tonnant , qu'il monte , & l'Intrépide , commandé
le Comte de Vaudreuil , Capitaine
de vaiffeau . Il étoit parti le 18 du
mois dernier de la Rade de l'Ifle Daix
avec une efcadre compofée de ces deux
vaiffeaux , du Monarque , du Terrible , du
Trident , du Neptune , du Severn & du
Fougueux , & de la Frégate le Caftor , ayant
fous fon eſcorte une flotte de deux cent
cinquante- deux navires marchands .
Le 25 il le trouvoit à la distance de quatre-
vingt- huit lieues du Cap Finiftere qui
lui reftoit au Sud- Eft , lorfqu'il apperçût
dès la pointe du jour vingt vaiffeaux Anglois
, qui venoient à toutes voiles fur fa
Hotte. Jufqu'alors il avoit navigué , laiffant
les navires marchands au vent , & formant
avec fon efcadre une ligne fous le
vent. Pour tâcher de fauver la flotte , il la
fit paffer fous le vent , en lui faifant fignal
de forcer de voiles , & il ſe prépara à ſou142
MERCURE DE FRANCE.
que
tenir le combat contre l'efcadre ennemie.
Par cette manoeuvre les vaiffeaux de guerre
furent forcés de fe tenir éloignés le uns
des autres , afin de laiffer paffer entre eux ,
tous les navires marchands , & avant qu'il.
fût poffible aux premiers de fe rapprocher
affés pour ferrer la ligne , ils furent joints'
par les vaiffeaux ennemis . C'eſt ainfi
le combat s'engagea à midi . Les Anglois
attaquerent tout d'un coup les huit vaif
feaux , mais ils partagerent leurs forces de
façon qu'en combattant en nombre fupérieur
l'Intrépide , le Terrible & le Trident ,
qui formoient l'avant-garde , & le Tonnant
qui étoit au centre , ils environnerent les
quatre autres vaiffeaux qui faifoient l'arriere-
garde. Après avoir fait une défenſe
des plus vigoureufes pendant près de quatre
heures , ces quatre derniers vaiffeaux
qui ne pouvoient être fecourus par ceux de
l'avant-garde , fe trouverent entierement
defemparés , & étant accablés par le nom
bre , ils furent obligés de fe rendre , à peu
d'intervalle les uns des autres. Le Tonnant
étoit pour lors attaqué par cinq vaiffeaux
auxquels il réfiftoit par un feu continuel
des plus vifs de canon & de moufqueterie,
& comme il étoit prefque entierement defagréé
, & que les mâts n'avoient plus de
cordages pour le foutenir , il auroit peutNOVEMBRE.
1747. 143
;
être été dans la néceffité de ceder , fi l'Intrépide
ne fût venu à fon fecours . Mais le
Comte de Vaudreuil ayant vû l'état où il
étoit réduit , prit fur le champ le parti de
revirer de bord , fe fit jour au travers de
huit vaiffeaux ennemis qu'il écarta par la
vivacité de fon feu , & vint partager le
danger auquel étoit expofé M. de l'Eſtanduere.
Le feu du Tonnant & de l'Intrépide,
ainfi réunis , obligea les Anglois de s'éloigner.
Ces deux vaiffeaux profiterent de
cet intervalle pour faire vent arriere en
coupant la ligne des ennemis , ce qu'ils
exécuterent fans qu'aucun vailleau entreprît
de les combattre , & ce ne fut qu'enfuite
qu'il y en eut trois qui fe détacherent
pour les attaquer de nouveau , mais qui
furent bientôt repouffés. Cependant le
Terrible & le Trident , qui par le mauvais
état où ils fe trouvoient n'avoient pû fuivre
la manoeuvre de l'Intrépide , foutenoient
toujours le combat avec vigueur
contre la moitié des vaiffeaux ennemis. Le
Trident fut enfin forcé d'amener vers l'entrée
de la nuit , & il y a lieu de juger que
le Terrible n'aura pû réfifter guéres plus
long- tems. Le Tonnant & l'Intrépide vou
lurent à la faveur de l'obfcurité de la nuit
le racommoder & fe mettre en état de défenfe
pour le lendemain , mais le Tonnant
144 MERCURE DE FRANCE.
*
ce n'eft
étoit fi endommagé qu'il fut obligé de fe
mettre à la remorque de l'Intrépide. Ils
étoient le lendemain dans cet état lorfqu'ils
fe trouverent à portée de quatre vaiffeaux
ennemis qui ne les attaquerent point , &
que plufieurs jours après qu'ils ont
ont pû fe recommoder l'un & l'autre. Il y
a eu à bord de ces deux vaiffeaux trentequatre
hommes tués , parmi lefquels font
M. Barras , Garde du Pavillon fur le Tonnant,
& M.Bayette , Commandant des Gardes
de la Marine , fur l'Intrépide. Plufieurs
Officiers font bleffés , la plûpart fans danger
; le nombre des bleffés dans les équipages
eft confidérable . A l'égard de la flotte
à la fuite de laquelle M, de l'Eftanduere
a détaché la frégate le Caftor , elle ne paroiffoit
plus à la fin du combat , & il eft à
croire qu'elle fe fera fauvée.
On a appris que l'Abbé Valenti , neveu
du Cardinal Valenti Gonzaga , avoit préfenté
de la part du Pape au Grand- Maître
de l'Ordre de Malthe l'Epée & la Chapeau
que Sa Sainteté a coûtume de benir tous
les ans , & d'envoyer à l'un des Princes
qui rendent les plus grands fervices à la
Chrétienté .
RONNOVEMBRE.
1747. 145
*****
RONDE A U
A M. Raux , Emailleur , rue du Petit Lion.
Vous le fçavez ce fecret de peinture ,
Où près de vous tous ne font qu'apprentifs ;
Pour embellir la fine mignature ,
Vous y joignez le relief, la fculpture ;
Aucuns des Arts ne vous font interdits.
Sur vos effais fondant ma conjecture .
Je prévis bien votre vogue future ;
Tous vos fuccès , je vous les ai prédits :
Vous le fçavez.
Parmi les traits d'une gente figure
Faut-il femer l'enjouëment & les ris ;
En varier les habits , la parure ,
Marquer du drap les contours & les plis ;
Mettre d'accord l'art avec la nature ?
Vous le fçavez.
Raux le fils a inventé de jolis bijoux en
Email pour les étrennes. Il demeure ruč
du petit Lion S. Denis entre deux Marchands
de Perles , à l'enfeigne des Armes
du Dauphin,
Ġ
146 MERCURE DE FRANCE.
Le 8 Novembre le Roi a déclaré Maréchaux
de France le Comte de Laval Montmorency
, le Marquis de Clermont Tonnerre
, & le Comte de la Motte Houdancourt.
La promotion eft du 7 Septembre
Guy Claude- Rolland de Laval Montmo
rency, Seigneur de Valon, dit le Comte de
Laval Montmorency, fut fait Colonel d'un
nouveau Régiment d'Infanterie par commiffion
du 14 Janvier 1702 , puis Colonel
Lieutenant de celui de Bourbon le ... Mars
1705 , Brigadier d'armée le 29 Mars 1710 ,
Maréchal de Camp le 1 Février 1719 , Gouverneur
de Philippeville en .... Lieutenant
Général des armées du Roi le premier
Août 1734 , Commandant pour Sa Majefté
en Lorraine, Grand-Chambellan du Roi
de Pologne Staniflas , & Gouverneur de
Béthune , fait Maréchal de France le 7
Septembre 1747. Il eft fils de Gabriel de
Laval la Faigne , dit le Comte de Laval ,
mort le ... Mars 1723 , & de Damme Re- 1
née Barbe de la Forterie , fa premiere femme
; il eft marié depuis le 29 Juin 1722
avec Dame Marie-Elizabeth de Rouvroy
Saint Simon , fille d'Euftache Titus de
Rouvroy , Marquis de Saint Simon , Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment
des Gardes Françoifes , Brigadier d'armées
, & d'Elizabeth- Claire-Eugenie d'AuNOVEMBRE.
1747. 147
teville , duquel mariage il a entr'autres
enfans N ………. de Laval Montmorency ,
Comte de Laval , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de fon nom , & Louife-Henriette
de Laval , mariée le ... Mars 1747
avec Bleckard - Maximilien - Auguftin de
Helmftat , Comte de Helmftat , Baron du
Saint Empire, Capitaine dans le Régiment
de Cavalerie de Barbançon , & c. M. le Ma
réchal de Laval a pour feptiéme ayeul Guy
de Laval , Seigneur de Loué & de la Faigne
, fait Chevalier de l'Ordre du Croiſfant
le 16 Mars 1448 par René Roi de Sicile
, Duc d'Anjou , qui le fit auffi fon
Chambellan & fon Grand- Veneur dans
tous les Etats ; il'a pour douzième ayeul
Guy de Montmorency, Seigneur de Laval ,
en 1239 & 1247 du chef d'Emme Dame
de Laval , au Maine , fa mere , héritiere
de fa Maiſon , dont il prit le nom & qui a
été retenu par fa poftérité. Ce Guy , Seigneur
de Laval, avoit pour frere aîné Bouchard
, Seigneur de Montmorency , duquel
eft fortie toute l'illuftre Maifon de
Montmorency , & ils étoient tous deux fils
de Mathieu II . du nom , dit le Grand , Seigneur
de Montmorency , Connétable de
France en 1218 , lequel mit cette charge
au premier degré des honneurs militaires ;
il étoit petit-fils de Mathien I. du nom ,
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur de Montmorency , Connétable
de France en 1139 , lequel étoit neveu de
Thibaut de Montmorency , auffi Connétable
de France dès l'an 1083. Voyez l'Hiftoiregénéalogique
de cette illuftre Maiſon
par le célebre André du Chefne & l'Hiſtoite
des Grands Officiers de la Couronne . v.
3 , fol. 569 & 626.
Gafpard de Clermont Tonnerre , Marquis
de Vauvillers , Comte d'Efpinac & de
Thoury , dit le Marquis de Clermont Tonnerre
, eft né le 10 Août 1688. Il fervit
d'abord en qualité de Cornette de la Compagnie
du Marquis de Crufy , fon frere
aîné , Capitaine dans le Régiment de Cavalerie
du Marquis du Chaftelet en 1703 ,
eut cette Compagnie à la mort de fon frere
en 1704 , fut fait Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie en 1709 , Commillaire
Général de la Cavalerie en 1716 ,
Commandeur de l'Ordre Militaire de Saint
Louis en 1720 , reçû Chevalier des Ordres
du Roi le 3 Juin 1724 , fut nommé Maréchal
de Camp en 1733 , eut le Gouver
nement de Montdauphin en 1734 , fut
fait Lieutenant Général des armées du
Roi le premier Août 1734 , Meftre de
Camp Général de la Cavalerie Légere de
France en 1736 , eut le Gouvernement de
Befort en 1739 , & déclaré Maréchal de
NOVEMBRE. 1747. 149
France le 7 Novembre 1747 ; il eft fils
de Charles-Henri de Clermont Tonnerre ,,
Marquis de Crufy & Baron de Vauvillers ,
mort le 19 Février 1689 , & de Dame Elizabeth
de Maffol ; il eft marié depuis le
1.1. Avril 1714 avec Dame Antoinette Potier
de Novion ,fille de Louis- Anne- Jules-
Nicolas Potier , Marquis de Novion , Bri-,
gadier des armées du Roi , & d'Antoinette
Le Conte , Dame de Montauglan , & il en
a 1 °. Jules-Charles- Henri de Clermont ,.
dit le Comte de Clermont Tonnerre , né
le 7 Avril 1720 , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de fon nom en
1740 , marié le 27 Juin 1741 avec Dame :
Marie-Anne- Julie le Tonnelier de Bre-→
teüil , fille de feu M. de Breteuil , Minif
te & Secretaire d'Etat de la Guerre. 2°.
Jean de Clermont , baptifé le 30 Aoûr
1724 , Abbé de Luxeuil en 1743. 3.François
- Jofeph de Clermont , né le 12 Janvier
1727 , Capitaine de Cavalerie. 4°..
Magdeleine- Louife - Jeanne de Clermont ,
mariée le 23 Avril 1743 avec François-
Louis -Antoine de Bourbon , Comte de
Buffet , & c.
Il eft petit- fils de Roger de Clermont ,
Marquis de Crufy, Lieutenant Général des
armées du Roi , & de Dame Gabrielle de.
Pernes , Dame d'Efpinac , lequel Marquis
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
de Crufy étoit frere puîné de François
Comte de Clermont & de Tonnerre , Chevalier
des Ordres du Roi en 1661 , bifayeul
de M. le Comte de Clermont & de
Tonnerre , aujourd'hui aîné de cette illuf
tre Maifon , lequel n'a que des filles.
M. le Maréchal de Clermont a pour
trifayeul Henri Comte de Clermont &
de Tonnerre , Gouverneur de Bourbonnois
& d'Auvergne , Capitaine de cinquante
hommes d'Armes des Ordonnances
du Roi , nommé Due & Pair de France par
Brevets des années 1571 & 1572 , tué au
fiége de la Rochelle en 1573 , & pour
neuviéme ayeul Aymard II du nom , Seigueur
de Clermont , lequel fit un Traité
le 20 Juin 1340 avec le Dauphin , lequel
en échange de quelques Terres lui céda le
Vicomté de Clermont en Trieves , le créa
Grand-Maître d'Hôtel ou Sénéchal de fa.
Maifon & de celle de la Dauphine , le fit
la feconde perfonne de fes Etats & le décla-'
ra Capitaine Général de fes armées , & c .
Voyez la Généalogie de cette Maifon dans
P'Hiftoire des Grands Officiers de la Cou
ronne , vol. 8. fol. 907.
M. le Comte de la Mothe Houdancourt.
Louis- Charles Comte de la Mothe Houdancourt
, Baron de Chaumont en Cham
pagne , Seigneur de Fayel , Rucourt, Che
7
માર્ગ
0
"
།
1
NOVEMBRE . 1747. 151
> vrieres Houdancourt , Petit Hangeft ,
Lignieres le Roy & autres lieux , Grand
d'Efpagne de la premiere Claffe , Lieutenant
Général des armées du Roi , Chevalier
de fes Ordres , Gouverneur des Villé
& Forts de Salins en Franche Comté, Chevalier
d'honneur de la Reine , eft né le 21
Décembre 1687. Il a commencé à fervir
le Roi dès l'âge de 15 ans en qualité de
Moufquetaire;il fut fait Colonel d'un Régiment
d'Infanterie, vacant par la démiſſion
de M. de Beuzeville le 13 Juillet 1705 ,
& eut la même année la permiffion de lever
un Régiment de Cavalerie , dont il
fut fait Meftre de Camp par commiflion
du 19 Novembre ; il fut nommé Brigadier
de Cavalerie le premier Février 1719,
& Sa Majefté lui donna le 6 Novembre
1723 le Régiment d'Aumont , Cavalerie
, avec lequel il a fervi jufqu'en 1734
Il obtint le premier Avril 1728 le Gouvernement
des Ville & Citadele de Mezieres
, fut fait Maréchal de Camp le 20
Février 1734 , & Lieutenant Général des
armées du Roi le 18 Octobre de la inêine'
année . Sa Majefté lui accorda le 6 Septembre
1758 le Gouvernement de la Ville de
Salins en Franche Comté & Forts en dépendans;
il fut pourvû de la charge de
Chevalier d'honneur de la Reine le 9 Jan-
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
vier 1743 , & nommé Chevalier des Or
dres du Roi le 4 Février de cette même
année ; il eſt marié depuis le 30 Juin 1714
avec Dame Euftelle-Therefe de la Roche
Courbon , dont il a eu , 1 °. Louis-Geneviéve
Marquis de la Mothe Houdancourt,
né le 4 Décembre 1724 & mort le premier
Décembre 1736. 2 ° . Louiſe -Marie
& Elizabeth, de la Mothe Houdancourt ,
mortes en bas âge ..
f
Mars .
3. Jeanne- Gabrielle de la Mothe Houdancourt
, laquelle a épousé le 14
1745 Charles -Elizabeth de Froulay, Comte
de Montflaux , dit le Comte de Froulay
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire
de S. Louis , Maréchal des camps & armées
du Roi , Lieutenant pour Sa Majesté
dans la Province du Maine & Comté de
Laval , & Menin de Monfeigneur le Dauphin
, mort à Tongres le 11 Juillet 1747
des bleffures qu'il avoit reçues le 2. du même
mois à la bataille de Lawffelt dans la
25 année de fon âge.
M. le Maréchal de la Mothe Houdancourt
eft fils de Charles Comte de la Mothe
Houdancourt , Grand d'Espagne de la
premiere Claffe , Lieutenant Général des
armées du Roi & Gouverneur de Bergues
Saint Vinox , mort le 24 Mars 1728 , &
de Dame Elizabeth de la Vergne de Mon
NOVEMBRE. 1747.
153'
•
tenard de Treffan , morte le 6 Décembre
1741 , veuve de Jean- Paul de Gourdon
de Genouillac , Comte de Vaillac , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Gé
néral de fes armées & Chevalier d'honneur
de Son Alteffe Royale Madame , &
petit-fils d'Antoine Marquis de la Mothe
Houdancourt , auffi Lieutenant Général
des armées du Roi , Gouverneur des Vil--
les de Corbie , Marfal & Dieuze en Lor
raine , & de Dame Catherine de Beaujeu ,
d'une des plus anciennes & des plus nobles:
Maifons du Comté de Bourgogne;ledit An →
toine Marquis de la Mothe Houdancourt ™
étoit frere aîné de Philippe de la Mothe
Houdancourt , Maréchal de France , Ducs
de Cardonne & Vice- Roi de Catalogne ,
pere d'Eléonore- Charlotte de la Mothes
Houdancourt , Ducheffe de Vantadour
Gouvernante , après la Maréchale de la
Mothe fa mere , de la Perfonne du Roi &
des Enfans de France , & foeur de Meſda→
mes les Ducheffes d'Aumont & de la Ferté,,
La Maifon de la Mothe Houdancourt eft
une des plus nobles & des plus illuftres de
la Province de Picardie , & a donné danss
tous les tems des preuves fignalées dè for
zéle & de fa fidélité au fervice de noss
Rois .
?
Elle porte pour Armes au 1 & 4 d'azner
GA
154 MERCURE DE FRANCE.
à la tour crenelée d'argent maçonnée de
fable , au 2 & 3 d'argent au Levrier courant
de gueules accolé d'azur , la boucle
d'or , accompagnée de trois tourteaux de
gueules , deux en chef & un en pointe , le
chef chargé d'un lambel de trois pendans
auffi de gueules .
Voyez la Généalogie de cette Maiſon
dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , vol. 1. fol. 5 30.
Le Roi vient d'accorder des Lettres Patentes
portant reconnoiffance de la nobleffe
de nom & d'armes de M. Wale ,
ancien Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoifes , Gouverneur des Ville & Château
de Ham , dont voici la teneur .
LOUTS, parlagrace de Dieu, Roi de France
& de Navarre , à nos amés & féaux Confeilfers
les Gens tenans nos Cour de Parlement , Cham
bre des Comptes & Cour des Aides à Paris , & à
tous autres nos Officiers & Jufticiers qu'il appar-,
tiendra, falut . Notre cher & bien amé Balthazar
François Wale , Seigneur de Mefnulz & autres
lieux au Diocèle de Chartres , ancien Lieutenant
su Régiment de nos Gardes Françoifes , Gouver
meur de nos ville & Citadelle de Ham en notre
province de Picardie , &c. nous a fait repréſenter
qu'il eft fils du feu fieur Olivier Wale- de Ballymaxilly
, Capitaine d'Infanterie Irlandoife au Regiment
de Berwick , lequel étoit d'une naiffance
diftinguée en Angleterre & en Irlande , mais done
NOVEMBRE. 1747- 355
le nom pourrait n'être pas auffi connu en France
qu'il l'eft dans les lieux de fon origine , & que fe
propofant de finir les jours dans notre Royaume
où il a l'avantage d'être né , il défireroit que fon
état y fût affûré par un titre auffi authentique &
auffi folemnel que ceux qu'il produir pour conftater
fon origine & defquels il réfulte que la Maifer
dont il eft iffus doit être, comptée au nombre des
meilleures Maiſons qu'il y ait dans les trois Royau
mes de la domination Britannique , qu'en effet fes
auteurs font connus en Angleterre dès le tems de
Guillaume le Conquérant & y tenoient rang parmi
la haute Nobleffe du Royaume ; qu'au milieu du
douziéme fiécle la famille s'étant divifée en deux
branches principales , l'une refta en Angleterre ou
elle a ſubfifté juſques dans ces derniers tems & a
eu un Chevalier de la Jarretiere lors de l'inftitution
de cet Ordre en 1349; que la feconde dont eft
l'Expofant , s'établit en Irlande en 1170 ou 117F
lorfque les Anglois entreprirent de fubjuguer cette
Ifle , & n'a ceflé d'y paroître dans tous les tems
avec la même diftinction , foit dans les emplois civils
ou militaires, foit dans l'état Ecclefiafique, que
Guillaume Wale I. du nom feizieme ayeul de
Expofant fut Pauteur de cette tranfmigration ;
qu'il paffa en Irlande avec le fameux Comte de
Pembrocae Richard furnommé Strongbow , étant
déja Chevalier armé & par conféquent élevé au
plus haut grade qu'il y eût alors dans la profeffion
militaire ; que pour la part qu'il eut à la ré→›
duction de l'Ifle , il y obtint plufieurs terres con
fidérables avec la charge de Maréchal de la plus
grande partie du pays conquis , charge alors unique
& dans laquelle il eut pour fucceffeur for fils
Jean Wale I. du nom ; que le même Jean Wale
qui fut la tige de quatre nouvelles branches , &
après lui quatre de fes defcendans directs dans la
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
i
ligne aînée furent auth fucceflivement honorés du í
grade de Chevalier , tandis que les aînés de la
Maiſon en Angleterre jouiffant des droits que don
noit alors la naiffance , entroient dans les Parlemens
& poffedoient en cette qualité le titre de
Lords ou de Pairs du Royaume ; que le dernier deces
quatre defcendans de Jean Wale I. du nom :
fervit même de plus très-utilement fa patrie dans ,
L'Echiquier d'Irlande l'une des principales Cours
de ce Royaume & où fe portent toutes les affaires
concernant les finances ; que deux autres furent
encore fucceffivement Vicomtes du Comté de
Carlow pour les Rois d'Angleterre Edouard III
& Richard II . en 1359 , 1375 & 1378 comme un
Humfroi de Bohun , Comte d'Effex & de Hereford
l'étoit du Comté de Kent en Angleterre pour
le Roi Henri III . en 1220 , & comme un collaté-,
ral de la Maifon nommé Simon Wale le fut dus
même Comté de Carlow en 1389 ; que l'Irlande
avoit déja vû alors trois Prélats de la famille fur les
féges de. Kildare , d'Ardefert , de Limerick & de :
Meath ; que le troifiéme nommé Etienne Wale :
poffeda même tout à la fois la charge de Grand-
Tréforier du Royaume, qui eft la feconde charge
de la Couronne , & fut en 1736 Gouverneur Gé
néral de la Province de Munfter ou de Mommo-.
nie ; qu'ily en eur encore deux en 1475 & 1554
fur les fiéges de Kildare & de Clonmacnoife
comme il y avoit en 1545 un collatéral de la branche
d'Angleterre qui y étoit Grand- Administrateur :
de l'Hôpital de Saint -Jean de Coventry ; que
sharge de Vicomte ayant été remplacée par celle
de Haut- Shérif en Angleterre & en Irlande , le
trifayeul de Pexpofant y fut élevé en 1640 ;
qu'Edouard Wale fon bilayeul en avoir été ainfi re
veru dès 1631 & fut en 1646 non-feulement dépo
kaire d'un fubade levé pour l'entretien des trou
la.
NOVEMBRE. 157
⠀ 1747
pes catholiques armées pour la défenfe de leur Res .
ligion & de leur Roi , mais Gouverneur militaire!
Général de la province de Leinster ou de Lagenie
1649,immédiatement après le parricide commis en
en la perfonne de Charles I ; que la branche dont :
ils étoient fortis , étoit alors fubdivifée en trois rameaux
, qui pofledoient le fond de plus de deux
cent mille livres de rente ; que dépouillée fous›
Cromwel & rétablie fous Charles II , elle ne jouit
de fa fplendeur que jufqu'à la derniere révolution ; :
que les aînés comme les cadets s'étant tous figna
lés à l'envi par leur attachement pour leur Prince ,
la ruine entiere de leur Maiſon en Irlande fut let
prix de cette fidélité ; que ce fut_cet événementi
qui détermina Olivier Wale à paffer d'Irlande en
France avec deux freres qu'il avoit & qui dès le
commencement de la guerre y avoient été faits >
avec lui Capitaines de Dragons , comme un de
leurs coufins nommé Patrice Wale avoit été fait
Gouverneur militaire du Comté de Carlow
qu'attachés à leur Roi par les liens de la Religion
& du devoir , le pays où ce Prince avoit fixé fa retraite
devint leur patrie & qu'ils y furent tous trois
tués au fervice , fçavoir l'un en 1702 à l'affaire de ›
Crémone , où les Irlandois firent les mêmes prodi
ges de valeur qu'ils ont fait en 1745 à Fontenoy ,
le fecond au fiége de Barcelone en 1706 & le troifiéme
au fiége de Lérida en 1707 ; que le nom de
Wale avoit même déja parû en France avant cette
époque & avec une grande diftinction ; que les premieres
troupes krlandoifes qu'on y aitvûës furent un
Régiment de trois mille hommes qu'avoient armé
àleurs propres frais & amené en 1632 quatre freres
d'une branche cadette fortie de Jean Wale I du
nom ; qu'ils furent également tués tous quatre dans
les armées du feu Roi notre très honoré Seigneur
& Bifayeul, étant l'un Colonel, Maréchal de Camp?
1
158 MERCURE DE FRANCE.
2b
artier
den
e des
2SCO
erte
Som
227
ace
Барстел
acell
, de
taet
& Général Major , le fecond Colonel & auffi Général
Major , & les deux autres Colonels ; qu'après
eux leur Régiment eur pour Chefle Roi Jacques IF
alors Duc d'Yorck , & qu'en 1656 le feu Roi s'en
réferva lui- même le commandement en le mettant -
fous le nom de Régiment Royal d'Infanterie Irlandoife
; que trois coufins de l'expofant , petits-fils
de Patrice Wale , Gouverneur militaire du Comté
de Carlow pour Jacques II , marchent encore aujourd'hui
fur les mêmes traces ; que l'aîné nommé
Patrice Wale comme fon ayeul , ayant quitté l'Irlande
au mois de Janvier de l'année derniere pour
fe rendre en Ecoffe auprès du Prince Charles-
Edouard, qui le fit Capitaine dans le Régiment de
fes Gardes à pied, vint en France après la bataille
de Culloden , & y eft entré à notre ſervice , ainfi
que fes deux cadets venus depuis , qu'un autre nom
rné Jean Wale qui a paffé en Espagne & y a été
fait Colonel d'un Régiment de Dragons François
Maréchal de Camp , Infpecteur Général de Dragons
& Commandeur de l'Ordre de S. Jacques de
Calatrava , a été & eft encore employé utilement
en Provence pour le fervice des deux Couronnes ;
qu'enfin cette Maiſon a l'avantage de ne compter
que des alliances du premier ordre en France com
me en Angleterre & en Irlande ; que depuis la fei
ziéme ayeule paternelle de l'expofant on trouve
me fuite de meres forties des Maifons de Bohun ,
de Talbot , de Fitz- Gérald Kildare , des Courcy-
Kingfale , de Bermingham-Athenry , d'O-Neil, de
Bourke , de Plunket Dunfany , de Lacy , de Sars
feld-Lutan, de Barnwall , & c. Maifons dont quelques-
unes comme celles de Bohus , de Talbot , de
Lacy & de Bourke ont poffedé en fouveraineté des
provinces entieres en Angleterre & en Irlande, ou
ont contracté des alliances immédiates avec leurs
Rois comme avec ceux d'Ecoffe & les Princes Lou
ran
,il
def
tdans
ToesE
dela
cemi
Consac
NOVEMBRE. 1747. 159
verains de Galles ; qu'une autre qui eft celle d'O
Neil, a eu en propre le Royaume d'Ultonie en Ir-
Lande & a porté la couronne de toute l'Ifle qu'elle
a même prétendue lui être héréditaire ; que les autres
ont été prefque toutes décorées de la Pairie
dans l'un ou dans l'autre Royaume ; que le collatéral
de la branche d'Angleterre qui fut Chevalier de
la Jarretiere en 1349 , étoit fils d'une Lucie de Pinxeny
, dont le pere étoit en ligne maternelle du
nombre des héritiers de la couronne d'Ecoffe ; que
d'autres collatéraux ont contracté des alliances en
Angleterre ou en France avec les Maifons de Seymour-
Sommerfet , d'Ogletorp , de Cooke , de Lito!
fi -Suzarre , de Sérocourt-Romain , & c. que le
pere de l'expofant avoit été lui- même marié en
Provence dans la Maifon de Réquifton l'une des
plus anciennes de la province & directement alliées
à celles de Graffe , de Villeneuve , de Caftelanne
, de Blacas , d'Agoût & de Sabran ; que l'expofant
a encore une four mariée dans la Maifon
de Guiran ; que pour ce qui le regarde perfonnellement,
il a toujours foutenu comme il le devoit le
luftre de fon origine ; que Sous Lieutenant au Ré
giment de Berwick prefque en naiffant & élevé
Page de feue notre chere tante la Ducheffe de
Berry , il fut fait au mois de Juillet 1719 Lieute
nant dans le Régiment de la Vieille - Marine , avec
lequel il acheva la campagne de Catalogne; qu'en
1720 il eut une Enfeigne dans le Régiment des
Gardes Françoiſes , & qu'y ayant été fait fucceffivement
Sous- Lieutenant en 1723 & Lieutenant en
1731 , il a fervi en cette derniere qualité juſqu'à la
fin de la campagne de Philifbourg , tems auquel fa
mauvaiſe fanté le mit dans la néceffité de donner
la démiffion de fon emploi ; après quoi nous fui
avons accordé le Gouvernement de nos ville & château
de Ham. Yû en ñotre Confeil d'Etat la Re160
MERCURE DE FRANCE..
quête de l'expofant & les Piéces juftificatives d'i
celle , nous avons par Arrêt de notredit Confeil du
12 de ce mois ftatué fur les fins & conclufions de
de ladite Requéte inferée audit Arrêt , & ordonné
que pour l'exécution d'icelui , toutes Lettres né
ceffaires feroient expédiées , lefquelles ledit fieur
expofant nous a très- humblement fait ſupplier de
fui accorder. A ces caufes , de l'avis de notre Confeil
qui a vu led .Arrêt du12dece mois dont extrait
eft cy-attaché fous le contrefcel de notre Chane
cellerie , nous avons conformément à icelui reconnu
, & par.ces préfentes fignées de notre main
reconnoiffons ledit fieur Balthazar - François Wale
pour noble de nom & d'armes , & le maintenons.
dans la poffeffion de fa noblefle d'ancienne extraction.
Voulons & ordonnons qu'il foit regardé com
me tel tant en jugement que dehors , & qu'en conféquence
il jouiffe par lui , fa poftérité née & à
naître en légitime mariage des mêmes honneurs
priviléges , prééminences , prérogatives , franchifes
& exemptions dont jouiflent les Nobles & Gentilshommes
de notre Royaume , tant qu'ils vivront
noblement & ne feront acte dérogeant à nobleffe ,
qu'à cet effet il fera infcrit au Catalogue des Nobles,
conformément aux Reglemens & Arrêts des
22 Mats 1666 & 26 Février 1697. Si vous mandons
que ces préfentes vous ayez à faire registrer ,
& de leur contenu jouir & ufer ledit fieur expopofant
& fa poftérité pleinement & paisiblement ,
ceflant & failant ceffer tous troubles & empêche
mens , & nonobftant toutes chofes à ce contraires
Cartel eft notre plaifir. Donné à Verſailles le 12
Mai l'an de grace 1747 & de notre Regne le 32.
Signé LOUIS. Par le Roi , PHELYPEAUX. Et
fcelle du grand Sceau en cire jaune.
)
ཀྱི་
ь
Registrées , oui le Procureur Général du Roi , pour
josir par l Impetrant , fes enfans , postérité & defcenNOVEMBRE
. 1747. 16A
dans nés & anaitre en légitime mariage , de leur effet
contenu, étre exécutées felon leur forme & teneur
fuivant l'Arrêt de ce jour. A Paris en Parle
lement le 6 Juillet 1747. Signé ISABEAU.
Regiftrées en la Chambre des Comptes , &c.
Registrées enla Cour des Aides, &c.
..
LETTRE écrite par M. Deshayes Direc
teur de la Manufacture Royale des mouchoirs
à Saumur à Meffieurs de M..
Chirurgiens d'Angers , au fujet de la me
thode de traiter les maladies de l'uréthre
par M. Daran Chirurgien ordinaire du
Roi , fervant par quartier. De Paris le
15 Octobre 1747.
J'ai
' Ai eu l'honneur , Meffieurs , de vous écrire
une lettre du 10 Juillet dernier par laquelle je
vous faifois parr de ina guérifon , mais j'ai voulu
attendre qu'elle fat parfaite pour vous en raconter
mieux les merveilles. La part que vous avez pris
àmon trifte état , me fait efperer que vous vou
drez bien me permettre de l'expofer encore à vos
yeux , & que vous apprendrez avec plaifir que de
mes maux paffés il ne m'en refte que le fouvenir ,
jouiffant à tous égards de la fanté la plus parfaite ,
c'cft ce que je ne fçaurois me laffer d'admirer
quand je confidére les accidens de ma maladie.
Vous fçavez que l'année derniere au tems dè
Noël , je fus attaqué d'une difficulté d'uriner caus
fée par un embarras qui m'incommodoit depuis
deux ou trois ans , mais qui jufques- là avoit été
fupportable , lorfque le moment vint que vou
lant uriner & ne le pouvant point , je fis des ef
forts fi grands , qu'ils me cauferent un gonflement.
confidérable à la racine du fcrotum où étoit l'obſ
162 MERCURE DE FRANCE.
tacle. Les efforts firent épancher de l'urine dans
cette groffeur ou gonflement , auquel il ſe fit une
ouverture qui dans la fuite eft devenue fiftule.
Ne fçachant dans tous ces malheurs à qui m'adreffer
, votre réputation , & le bien que le Frere
Côme Chirurgien des Feuillans de Paris , notre
ami , m'avoit dit de vous , m'engagerenr à vous
prier de venir me fecourir . Vous eûtes la bonté
de le faire avec tout le zéle & l'intelligence poffible
, & je dois vous rendre cette juftice , que votre
génie inventif vous fit épuifer en ma faveur toutes
les reffources ordinaires de l'art. Mais malgré
tous les fois que vous me rendîtes pendant un
mois , il fallut laiffer ſubſiſter la fiftule & l'embarras
du canal , avec une groffeur & une dureté
dans tout le trajet du fcrotum ; ce mal affreux ne
cédant à rien ; voyant que vous étiez rebuté &
que mon mal empiroit , puifque j'étois obligé
d'uriner jufqu'à foixante fois par nuit goute à
goute & avec des douleurs inconcevables, l'urine
paffant par la fiftule , je vous propofai d'avoir une
Confultation de Paris & vous y confentîtes avec
plaifir. Nous confultâmes le célèbre M. Morand ,
qui après avoir bien examiné votre expofé ne
donna d'autres confeils que d'avoir recours à M.
Daran , dont les miracles en ce genre faifoient
beaucoup de bruit. L'impoffibilité de me tenir ni
affis ni levé m'ôta tout d'un coup l'espoir de
cette reflource , furtout étant queſtion de me
tranfporter à foixante lieuës , & n'étant pas affés
riche pour ofer propofer à M. Daran un voyage
que la grande foule des malades qu'il a à Paris
n'auroit pû lui permettre. Alors je me déterminat
d'écrire tout cela de concert avec vous à notre ami
le Frere Côme , qui me fit réponſe qu'il étoit de
même avis que M. Morand , & qu'il ne falloit pas
m'allarmer fur les difficultés da transport. Dès ca
NOVEMBRE. 1747. 163
moment je réfolus le voyage & je l'ai exécuté au
mois de Mai fuivant. Je me fis apporter fur un lie
par la riviere de Loire jufqu'à Orleans , & d'Or
Teans à Paris , il fallut conftruire de même un lit
fur les brancats d'une litiere , m'ayant même été
impoffible de faire ufage de cette voiture , j'arrivai
à Paris avec des peines qu'on ne peut exprimer.
J'envoyai prier le Frere Côme de me faire une vifire
, ce qu'il fit avec plaifir , il me confola de fon
mieux en ranimant mes efperances. Nous fimes
prier M. Daran de me venir voir ; dès qu'il fut ar
rivé, il me fonda avec fa bougie ou fonde, comme
l'appelle ce Chirurgien , laquelle s'arrêta avant
la fiftule qui étoit à la racine du ſcrotum. Mon
état étoit alors bien plus déplorable que celui dans
lequel vous m'aviez vû , car outre la fiſtule & la
dureté que vous me connoiffiez , il s'étoit formé
autour de la tumeur deux abfcès & deux autres
fiftules , dont l'une fe terminoit en cul de poule
au bas du fcrotum. M. Daran après fon examen
m'affûra décifivement qu'il ne guéritoit , mais
qu'il falloit prendre un logement chés lui , afin
qu'il put me voir auffi fouvent qu'il le jugeroit
néceffaire. Il commença à me traiter le 10 Juin
en m'introduifant une bougie qui n'entroit d'a
bord que de trois doigts , & qui chaque jour avançoit
un peu plus . Au bout de quatre jours j'ai
uriné avec plus de facilité. Le cinquiéme on
m'ouvrit la tumeur en cul de poule , ce qui me foulagea
beaucoup. On appliqua enfuite un cataplafme
maturatif fur la tumeur fkirreufe , elle
fut ouverte & rendit un verre plein de pus , ce
qui me procura un calme dont je n'avois pas joui
depuis plus de trois mois. M. Daran fit lui- même
ces deux opérations avec une dexterité admirable
. Il continua en même tems l'ufage de fes
fondes , dont je fupportois fans aucune douleur
164 MERCURE DE FRANCE.
"
l'introduction & le féjour , elles procurerent une
fuppuration extrêmement abondante , & au quinziéme
jour elles pénétrerent jufques dans la veffie
; peu à peu les fiftules fe guérirent , un refte de
dureté qui étoit dans le canal fe fondit , & les
urines coulerent très-librement , enforte qu'au
bout d'un mois je me promenois au Palais Royal ,
& depuis ce tems j'ai vaqué à mes affaires.
护
&
Il faut vous dire que M.Daran avant que de trail
ter fes malades, leur fait faire un expofé de leur mas
ladie & de tous les remédes qu'ils ont faits , il fait
enfuite conftater ce même état par la vifite d'un
habile Médecin & d'un fameux Chirurgien , qui
revifitent le même malade quand il eft guéri &
conftatent la guérifon . Ce fut le célébre M. de
Juffieu Profeffeur de Botanique au Jardin Royal ,
& M. Jallet habile Chirurgien de Paris qui me
vifiterent , & qui ont donné leurs certificats de
ma parfaite guérifon au bout de trois mois , mais
dont je goûtois les avantages depuis deux . Plu
fieurs autres Médecins & Chirurgiens en ont été
témoins & peuvent l'attefter de même. Le Frere
Côme a affifté exactement aux- panfemens ,
me dit que de pareilles guérifons étoient inconnues
avant M. Daran , cependant quoique je
fufle bien mal , j'ai eu la fatisfaction de lui en voir
guérir des plus malades que moi , & furtout un
qui avoit cinq fiftules au perinée à la racine du
Lcrotum & à qui les bougies ne pouvoient
entrer que deux travers de doigt. Je me propofe
de rendre cette lettre publique afin que les malheureux
comme moi , & à qui le nom ni la répu
tation de M. Daran ne feroient pas encore parvenus
, fçachent qu'il y a un homme dans le
monde qui les peut tirer de ce trifte état , dans
lequel la mort eft préférable à une vie fi douloureufe
& horrible qu'on ne peut fe fupporter fois
•
NOVEMBRE. 1747- IGS
même ni les autres. Je puis dire avoir éprouvé
l'un & l'autre quelle reconnoiffance ne dois- je
pas à mon liberateur ?
:
J'ai l'honneur d'être avec une parfaite eſtime &
E Sieur le Bas Graveur du Cabinet du Roi , &
Lefeu Académie Royale de Peinture , Sculpture
& Gravure , continue toujours d'exciter &
de fatisfaire la curiofité des connoiffeurs par de
nouveaux ouvrages qui ne fçauroient manquer de
lui attirer de nouvelles louanges. Il a mis depuis
quelque tems au jour neuf eſtampes .
•
La premiere n° . 44. large d'environ un pied ,
onze pouces , quatre lignes , fur un pied fix pouces
& demi de hauteur , eft d'après le précieux
tableau de Teniers du Cabinet de Sa Majefté , où
ce Peintre a repréſenté les Oeuvres de miféricorde.
Le ciel de ce tableau eft fort clair , & les nuas
ges en font excellemment touchés . Sur le devant
eft un groupe compofé de beaucoup de figures ,
formant ce que les habiles ont appellé la grape de
raifin , & qui eft dans le goût qui a été fuivi par
les Peintres de la premiere claffe , tels que le
Titien , le Guide & autres , qui ont cherché à offrir
à la vue un tout agréable , tant par fon union
que par fon intelligence .
On voit fur la premiere ligne une jolie nourrice
tenant un poupon fur fes genoux ; un page lui
verfe du vin dans un gobelet , après en avoir verfé
à un enfant qui eft près d'elle , & qui en buvant
fait voirune grande impatience d'étancher fa foif
Derriere ces figures eft une table fur laquelle font
plufieurs pains , qu'un vieillard vénérable & dif166
MERCURE DE FRANCE.
tingué par ſes vêtémens , diſtribue à une foule de
pauvres de l'un & de l'autre féxe & de tout âge ,
parmi lesquels fe trouve un homme chargé d'an
nées , dont la tête fur tout eft admirable.
Sur le même plan & à la droite de celui qui regarde
cette eftampe , eft une vieille Dame refpectable
qui fecondée d'une perfonne , fous les traits
de laquelle Teniers s'eft repréfenté , fournit des
habillemens à un homme dont le corps eft à demi
nud , & à d'autres infortunes.
Sur le fecond plan paroît à la gauche du fpectateur
un perfonnage plein d'hofpitalité , & qui
convie deux pélerins à venir fe rafraîchir & fe délaffer
dans fa maifon..
'Plus loin on apperçoit un Seigneur au pied
d'une tour antique , lequel délivre des prifonniers.
A côté de cette même tour , de grandes fenêtres
ouvertes permettent de voir dans fon lit un malade
affifté par un homme charitable , & un Médecin
qui confidére ſon urine .
Vers l'horifon du tableau , terminé par une
Eglife champêtre & environnée de plufieurs arbres
groupés , des Religieux & quelques autres perfonnes
, donnent à un mort les honneurs de la fé.
pulture .
Ce tableau eft d'un fini & d'une beauté qui font
juger que le Peintre a voulu s'y furpaffer , & qu'il
fembloit prévoir que cet ouvrage feroit quelque
jour un des ornemens du Cabinet d'un des plus
grands Monarques de la terre .
Quoiqu'il y ait plus de cent vingt ans qu'il a été
peint , il a la même fraîcheur & le même éclat
qu'il avoit lorfqu'il fortit de deffus le chevalet.
Les curieux feront d'autant plus fatisfaits de l'excellente
eftampe qu'en a gravée le Sieur le Bas ,
que par une glorieufe émulation il s'eft efforce de
rendre l'effet de fon burin égal à celui du pinceau
NOVEMBRE. 1747.
1747. 167
de Teniers , & de faire que ce morceau fût digne
des fuffrages du Roi auquel il a pris la liberté de le
dédier & préfenter , & qui ,a bien voulu lui donner
des témoignages de fa fatisfaction & de fon agré
ment .
La feconde eftampe n° . 45. eft un lendemain
de noces Flamandes , d'après un tableau du Cabinet
de M. le Marquis d'Argenfon Brigadier des ar
mées du Roi. Il fuffit de dire que ce tableau eft
de la main de David Teniers , pour en faire connoître
le bon goût & le prix.
La troifieme n . 46. repréfente des Pêcheurs
d'après le même Teniers, Ce morceau tiré du Cabinet
de M. le Marquis de Vence , eft un des plus
remarquables de ce Peintre,qui y a imité la maniere
de Rubens , & qui la peint avec un tel artifice que
le blanc fe détache très- fenfiblement de deffus le
blanc même. Au refte la nature y eft excellem- .
ment répréfentée.
La quatrième n°. 47. eft une fixiéme vûë de Flan
dres. Teniers y a reprefenté des fumeurs & bû→
veurs , & y a donné la vue d'un payfage admi
rable .
C
La cinquiéme n°. 48. d'après le même Auteur
eft intitulée la Boudiniere , parce qu'une femme
y.fait du boudin . On yivait les joyeufes funérailles
d'un porc. Sur le devant des enfans peints
avec une extrême naïveté , s'y amufent à fouffler
dans une veffie , & dans le fond des hommes s'y
rejoüiffent à table & devant un feu, Cette eftampe
eft de la grandeur de celles de la Ferme & de la
baffe- cour.
La fixiéme nº . 49. de la grandeur de l'eftampe
du Fluteur , repréfente un fumeur & fon camarade.
Teniers y a gardé fa naïveté ordinaire .
#60 MERCURE DE FRANCE.
La feptiéme n°. so. d'après le même Peintre
eft un retour de Guinguette , & eft le pendant de
l'eftampe nommée Guinguette. Plufieurs perfonnes
y font encore à table , mais plufieurs autres
regagnent leur. logis , après s'être bien conditionnées
.
La huitiéme no. 51. auffi d'après Teniers , eft
en ovale & renferme un vieillard qui le pot à la
main carreffe une femme affés aimable qui tient
un verre. Une vicille ridée qui paroît l'épouse du
vieil amoureux , regarde à la dérobée par une fenêtre
avec des yeux étincelans & jaloux.
La neuviéme eft.un paysage d'après Ruifdall.
'Au pied d'une agréable colline couverte d'arbriffeaux
& de verdure , & fur laquelle un moulin eft
élevé , ferpente une riviere , où il paroît un nauronnier
avec fa barque. Un joli lointain y termine
P'horifon. 1.
Le Sieur le Bas qui a déja mis en lumiere un
volume contenant iso de fes eftampes , & qui fe
vend 160 liv . eſpére en donner un fecond , dont les
neuf eftampes décrites ci - deffus feront partie.
Pour avoir ces eftampes bien conditionnées &
des premieres épreuves , il faut s'adreffer chés
l'Auteur à Paris , au bas de la rue de la Harpe
ou chés M. Defcamps à Rouen , vis- à- vis Saint
Amand.
Le 8 Novembre le Roi donna au Lord Louis
Drummond fils du Duc de Melfort , le Régiment
Royal Ecoflois , vacant par la mort du Duc de
Perth ſon coufin.
NOUVELLES
NOVEMBRE . 1747. 169
NOUVELLES ETRANGERES ,
SUÈDE.
ON mandede Warfovie que le Sultan Calga
que
le
frere du Kan de Crimée , & qui s'eft réfugié
il y a quelque tems en Pologne , avoit crû pouvoir
aller avec fûreté rejoindre ce Kan , mais
divers avis qu'il avoit reçûs en chemin fur fa route
l'avoient déterminé à revenir fur fes pas & que
Kan de Crimée l'ayant fait demander à la Répu
blique de Pologne , le Sénat étoit fort embarraffé
fur le parti qu'il prendroit dans cette conjonctu
re. Selon les nouvelles de Pétersbourg il paroît
une Déclaration par laquelle l'Impératrice de
Ruffie abolit les franchiſes dont jufqu'à préfent les
Miniftres étrangers avoient joui dans fes Etats . Les
lettres de Conftantinople marquent que le Grand
Vifir a été dépofé & envoyé à Rhodes en exil. If
a pour fucceffeur Abdula Pacha , Gouverneur de
Natolie, Ces lettres confirment la nouvelle de la
révolution arrivée en Perfe & annoncent que les
Perfans ont placé fur le Trône un parent du célebre
Meriweis.
On apprend par les lettres de Pétersbourg du 7
Oftobre que le Baron de Breitlach , Ambaffadeur
de la Reine de Hongrie , le Lord Hindford , qui
réfide en la même qualité de la part du Roi de la
Grande Bretagne , & M. de Zwart , Réfident de
la République des Provinces Unies , ont eu le prcmier
du mois dernier à Lappola une longue conférence
au fujet des nouvelles propofitions faites à
l'Impératrice pour l'engager à fournir à ſa Majesté
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Britannique & aux Etats Généraux un Corps de
de trente mille hommes. On affûre que ces deux
Puiffances offrent de payer pour cet effet à ſa Majefté
Impériale un fubfide de cinq millions de flo- .
rins de Hollande par an. Si cette négociation peut
fe conclure , les troupes que l'Impératrice enverra
au fecours des Alliés , s'affembleront dans les environs
de Rīga , où elles s'embarqueront pour être
tranfportées à Lubeck La Déclaration par laquelle
fa Majefté Impériale a aboli les franchiſes dont les
Miniftres étrangers ont joui juſqu'à préſent dans
fes Etats , porte qu'à commencer du premier Janvier
de l'année prochaine les Ambaffadeurs & Miniftres
étrangers feront obligés , non -feulement
de laiffer vifiter à la Doüanne toutes les marchandifes
& denrées qu'ils feront venir , mais encore
de payer les droits auxquels elles font fujettes ;
que de plus ils déclareront la jufte valeur de ces
denrées & de ces marchandifes , s'ils ne veulent
s'expofer à les voir retenues , en cas qu'on juge
qu'ils les ayent mifes au- deffous de leur prix ; que
quoique ce Reglement regarde tous les Ambaffadeurs
& Miniftres étrangers , fa Majeſté Impériale
par des confidérations particulieres veut bien cependant
n'y point comprendre le Baron de Breitlach
& le Lord. Hindford ; qu'au refte elle les excepte
feulement pour le tems qu'ils réfideront dans
cette Cour en qualité d'Ambaffadeurs , fans que
cela puiffe tirer à conféquence s'ils changent de
titre , ni en faveur de leurs fucceffeurs , quand
même ceux-ci viendroient à Peterſbourg avec le
même caractere .
Les lettres de Dantzick du 14 Octobre portent
que fuivant les avis reçûs de Curlande & de Livo
nie , les troupes Ruffiennes qui font fur les fron .
theres , continuent d'être tranquilles dans les diffe
NOVEMBRE.
1747. 171
rens quartiers où elles ont été diftribuées . Il paroît
qu'il n'y a encore rien de décidé au fujet du
Traité de fubfide propofé à l'Impératrice de Ruffie
-par le Roi de la Grande Bretagne & par les Etats
Généraux des Provinces-Unies , & le bruit qui a
couru que cette Princeffe avoit demandé le paffage
par la Pologne pour trente mille hommes , eft
deftitué de tout fondement. Les dernieres nouvel-
Jes de Stockholm confirment qu'il a été établi une
-Commiffion pour examiner la conduite de quatre
Sénateurs , accufés d'avoir entretenu des intelligences
illicites ; que deux de ces Sénateurs , fous
prétexte de maladie , n'ont point comparu devant
les Commiffaires , & que les deux autres ont déclaré
qu'ils ne pouvoient & ne devoient rendre
compte de leurs difcours & de leurs actions qu'à
la Diette affemblée . Ces mêmes lettres marquent
que M M- de Lantinghaufen & de Zander , Lieutenans
Généraux des armées du Roi de Suéde
- commanderont en Finlande fous les ordres du Baron
de Rofen , & qu'ils font partis pour ſe rendre
dans cette Province.
>
On mande de Conftantinople qu'un Corps confidérable
de Janniffaires s'eft mis en marche vers
les frontieres de Perfe , & que la Porte a envoyé à
Erzerum une grande quantité de munitions de
guerre , afin d'être prête à tout événement , fi le
Schach Nadir a été effectivement privé du Trône
& de la vie , & fi fon fucceffeur ne ratifie pas le
Traité conclu par ce Prince avec la Hautefle .
On mande de Stockholm du 15 du mois paffé
que l'affaire des quatre Sénateurs dont la Diette a
jugé qu'il convenoit d'examiner la conduite , attire
toute l'attention du public . Ces Sénateurs
font le Baron d'Ackerhielm,Grand Maréchal de la
--Cour , le Baron de Wrangel & les Comtes de Poffe
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
& de Cronstedt. Les deux premiers , qui avoient
d'abord prétendu ne devoir rendre compte de leurs
actions qu'aux Etats affemblés , ont confenti de répondre
aux Commiffaires nommés pour les juger.
En conféquence . ils comparurent le 7 devant ce
Tribunal , dont le Préfident leur remit les chefs
de l'accufation intentée contre eux , en leur annonçant
qu'on ne leur donnoit que le terme de
huit jours pour travailler à leur juftification. Les
Comtes de Pofle & de Cronstedt font effectivement
indifpofés , ainfi qu'ils l'ont mandé au Committé
fecret , & ils ont promis de comparoître auffi-
tôt que leur fanté le leur permettroit . Le vaiffeau
la Princeffe Louife Ulrique , appartenant à la
Compagnie des Indes établie dans ce Royaume
eft arrivé le 6 à Gottembourg. Il revient de la
Chine , d'où il eft parti le 22 du mois de Février ,
& fa charge confifte en fix cent trente mille cinq
cent livres de thé , feize mille deux cent quatrevingt-
quinze livres de nacre de perle , foixante &
quinze lingots d'or , une grande quantité de porcelaine
& d'étoffes de foye.
Le Roi a difpofé de plufieurs emplois qui vacquoient
dans le Civil & dans le Militaire , & fa
Majefté a nommé M. Konigstedt Adjudant Général
du Baron de Rofen , Gouverneur de Finlande.
>
Les lettres de Pétersbourg marquent que le
Lord Hindford , Ambaffadeur du Roi de la Grande
Bretagne , & M. Zwart , Réfident de la Répu
blique des Provinces Unies , ont de fréquentes
conférences avec le Comte de Beftuchef , au fujet
des trente mille hommes que ces deux Puiffances
demandent que la Ruflie leur fourniffe.
Les nouvelles de Pétersbourg portent qu'on a
appris par les dernieres lettres d'Archangel que le
Prince de Brunſwick Beveren , veuf de la Princeſ
NOVEMBRE . 1747. 173
fe Régente de Ruffie , avoit été dangereufement
malade , mais qu'il commençoit à fe mieux porter.
Ce Prince a renouvellé fes inftances pour obtenir
la permiffion de retourner en Allemagne , & depuis
quelque tems on a lieu de croire que l'impératrice
lui accordera fa demande . Il vient d'arriver
de Conftantinople un courier par lequel M. de
de Nepluef , Réſident de fa Majefté Inpériale à la
Porte , confirme la nouvelle de la mort de Thamas
Kouli Kam , & de la révolution dont cet événement
a été fuivi . Le Baron de Breitlach , Ambaffadeur
de la Reine de Hongrie , reçut le 13 du
mois dernier de Vienne quelques dépêches , qu'il
alla fur le champ communiquet au Comte de Beftuchef.
Certaines difficultés ont retardé jufqu'à
préfent la conclufion du Traité de fubfide propofé
à l'Impératrice par le Roi de la Grande Bretagne
& par les Etats Généraux des Provinces Unies , &
felon les apparences cette Princefle ne prendra aucune
réfolution à ce fujet , avant le retour d'un
courier que le Lord Hindford a fait partir pour
Londres . On affûre que fi ce Traité fe conclud
les trente mille hommes qui feront fournis par fa
Majefté Impériale , feront tirés des troupes qui
font dans les Provinces intérieures de la Ruffie &
non de celles qui depuis long- tems ont leurs quar
tiers dans la Livonie & fur les frontieres de la Cur
lande , où elles demeureront en conféquence des
engagemens pris antérieurement par cette Cour
avec la Reine de Hongrie & avec fa Majefté Britannique.
Le Gouvernement a envoyé ordre à
tous les Commandans des Villes des Provinces cedées
au Czar Pierre I. par la Suéde , que les Régimens
qui y font en garnifon fuffent complets
avant le premier du mois de Févier de l'année prochaine.
Il y a fur les chantiers deux nouveaux
H iij
174 MERCURE DEFRANCE.
*
vaiffeaux qui feront achevés inceffamment & qui
feront chacun de foixante & fix canons. Un des
couriers de la Pofte des lettres , en arrivant à Péterfbourg
le 12 , déclara que fa malle lui avoit été
enlevée fur fa route par des perfonnes maſquées
Cet incident cauſe beaucoup d'inquiétude à plufieurs
Miniftres étrangers qui attendoient par ce
courier des lettres de leurs Cours.
Suivant les avis reçûs de Stockholm les Etats du
Royaume de Suéde ont abandonné à fa Majefté
Suédoife la difpofition de diverfes charges . Les
mêmes avis portent que l'Ordre de la Nobleffe &
les Députés des villes ont infifté fortement dans la
Diette pour qu'aucun particulier ne pût faire de
l'eau de vie dans le Royaume fans la permiffion du
Gouvernement & fans payer un droit , maïs que le
Clergé & l'Ordre des Païfans refufoient de confentir
à cette innovation . Ces avis ajoûtent qu'il fe
préfentoit une Compagnie qui demandoit de jouir
exclufivement de la permiffion dont il s'agit , &
qui pour l'obtenir offroit de donner tous les ans
une fomme confidérable.
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne jour fixé pour l'ouverqtuureeldee9ld'auffmemobilésepadfefsé
Etats de la Baffe - Autriche , la Reine fe rendit à
cette affemblée avec les cérémonies accoûtumées , &
qu'après que faMajefté fe fut placée fur fon Trône,
Le Comte de Zeylern Chancelier de cette Province
, annonça de la part de la Reine aux Députés
des Etats , que fa Majefté étoit vivement touchée
de la néceffité où elle fe trouvoit de leur demander
fi fouvent des fecours , que la durée de
la guerre exigeoit indifpenfablement . Il ajouta
NOVEMBRE. 1747. 175
qu'elle étoit entierement convaincue que le zéle
qu'ils montroient pour fon fervice & pour le bien
public furpaffoit leurs forces ; mais que c'étoit
uniquement fur leurs difpofitions à cet égard ,
qn'on pouvoit fonder l'efperance de parvenir enfin
à une paix glorieufe & durable ; que la ferme réfiftance
, oppofée aux ennemis en Italie & dans les
Pays-Bas , & l'augmentation des forces des Alliés
pouvoient faire augurer favorablement de l'ave
nir ; que plus on fa foit des veux pour la paix ,
plus on devoit travailler à fe mettre en état de
continuer la guerre ; qu'en agiffant d'une façon
contraire , on manqueroit le but qu'on fe propofoit
, & qu'on frayeroit à la France & à l'Eſpagne
le chemin à de nouvelles conquêtes ; que la prudence
reconnue des Etats ne permettoit pas à la
Reine de douter qu'ils ne péfaflent ces réfléxions
avec toute l'attention poffible , & qu'après avoir
mûrement examiné les propofitions qui leur feroient
faites , ils ne priffent les réfolutions les plus
propres à prouver leur affection pour fa Majefté
Le Comte Frederic de Harrach qui fait par
rim les fonctions de Maréchal de la Baffe - Autriche
, répondit au nom des Etats que la plupart de
leurs reffources étoient épuifées par les fréquens
fubfides qu'ils avoient fournis à la Reine , mais
qu'ils reconnoiffoient qu'ils avoient reffenti les
premiers l'avantage de tous les efforts qu'ils
avoient faits , puifque ces efforts leur procuroient
la douceur de vivre toujours fous le gouvernement
de ſa Majefté , & la fatisfaction de voir leurs
anciennes conftitutions & leurs priviléges folidement
établis ; que leur propre interêt , joint au
contentement que la Reine vouloit bien témoigner
de leur zéle & de leur fidélité , fuffifoit pour
les inviter à offrir avec empreffement tout ce que
inte-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
leur fàcheufe fituation leur permettoit encore de
donner. La Reine leur a fait demander neuf cent
cinquante mille florins pour le fubfide ordinaire
de cette année , cent cinquante mille pour fubvenir
aux dépenfes des quartiers d'hyver , huit cent
hommes de Cavalerie avec leurs chevaux , & le
nombre accoûtumé de foldats de recrues pour
l'Infanterie. Il fe tint le 11 un Confeil d'Etat , &
le même jour ſa Majeſté après avoir vifité les nouvelles
Cazernes conftruites fur les remparts de
cette Ville , alla à Hetzendorff rendre vifite à
l'Imperatrice Premiere Douairiere. On attend inceffamment
un Miniftre de la part de l'Electeur
de Mayence & un autre de la part de l'Electeur de
Baviere , lefquels recevront l'inveftiture des Fiefs
que ces Electeurs tiennent de l'Empire. Les Etats
du Royaume de Hongrie doivent s'affembler ces
jours- ci à Prefbourg , afin de déliberer fur les
moyens de faire éclater leur reconnoiffance à l'occafion
des nouveaux priviléges que fa Majefté leur
a accordés .
On mande de Vienne du 23 Octobre qu'on a
euvoyé ordre au Régiment de Vieux Wolfenbutel
qui a fes quartiers dans le Royaume de Boheme
, de marcher en Italie où l'on doit envoyer"
plufieurs autres Régimens & d'où l'on retirera une
partie de la Cavalerie pour la faire paffer dans les
Pays - Bas. Le Nonce du Pape a eu depuis peu
diverfes conférences avec le Miniftre du Roi de
Pruffe touchant l'Evêché de Breſlau , dont ſa Majefté
Pruffienne a difpofé en faveur du Prince de
Schaffgotfch. Un grand nombre de perfonnes de
diftinction follicitent pour que la peine de prifon
perpétuelle prononcée contre le Baron de Tien : K
fcit changée en un exil dans les terres.
On apprend par les lettres de Berlin du 24 du
NOVEMBRE . 1747. 177
mois paffé que l'Hôtel des Invalides que le Roi a
ordonné de conftruire vis- à-vis de la porte d'Ora
nienbourg eft prefque entierement achevé. Ce
magnifique édifice eft compofé d'un corps avancé
& de deux aîles , terminées chacune par une
Chapelle , dont l'une fervira aux Catholiques &
l'autre aux Proteftans, Au-deffus de la principale
porte on lit cette Infcription : Lafo & Invicte
Militi.
Les nouvelles de Duffeldorp du 31 portent
qu'on a expédié les ordres pour que toutes les
troupes de l'Electeur fuflent complettes avant la
fia de cette année . Suivant les avis reçus de
Francfort M. Onflow Burrish Miniftre du Roi
de la Grande Bretagne doit fe rendre à Ulm
afin de joindre les efforts à ceux du Comte de
Cobenzel Miniftre du Grand Duc de Tofcane ,
pour faire confentir le Cercle de Suabe à l'affocia
tion des Cercles antérieurs. On a fçu par les
mêmes avis que le 26 les deux bataillons ,
fournis par le Prince de Heffe Darmſtadt aux
Etats Généraux des Provinces-Unies , s'étoient
embarqués à bord des bâtimens qui doivent les
tranfporter en Hollande . Les nouvelles de Ratifbonne
portent que le Prince de Furftemberg
principal Commiffaire du Grand Duc de Tofcane
à la Diette de l'Empire , a donné fa démiſſion , &
qu'on croit qu'il aura le Prince de la Tour Taxis
pour fucceffeur. On mande de Hanover que le
Comte de Raab Miniftre du Grand Duc de Tofcane
auprès du Cercle de la Baffe Saxe , confére
fouvent avec les Seigneurs Régens de l'Electorat.
Le Marquis du Chatelet de Grandfeille Chevalier
de l'Ordre de Saint Hubert , Grand Veneur du
Margrave de Brandebourg Culmbach & l'un de
fes Confeillers Privés , eft mort à Bareith le 14
dans la trente & uniéme année de fon âge.
HY
178 MERCURE DE FRANCE .
On mande de Vienne qu'on a publié diverfes
Ordonnances pour lever de nouvelles impofitions
dans les Pays héréditaires . Il paroît , au fujet des
recrues qui fe font dans les villes de l'Empire pour
les troupes de fa Majefté , un Réglement par lequel
il eft enjoint aux Officiers de n'y faire aucunes
levées de foldats fans en avoir demandé préalablement
la permiffion aux Magiftrats , & de n'y
enrôler perfonne de force
Le bruit court que fi la Charge de Grand- Maître
de la Maifon de l'Archiduc eft donnée au Feldt-
Maréchal Comte de Bathiany , le Prince de
Lobckowitz ira prendre le commandement des
troupes de fa Majefté dans les Pays-Bas.
Les lettres de Berlin du 31 du mois paffé portent
que par un Edit qui a été publié depuis peu ,
il eft dit que le Roi ayant été informé que les
Etrangers établis dans fes Etats , & ceux qui defireroient
de s'y établir , craignoient d'être expofés
à la néceffité de porter les armes contre leur vo-
Jonté , fa Majefté veut à ce fujet calmer leurs inquiétudes
, que de nouveau elle les déclare , de
quelque condition qu'ils foient , exempts à perpétuité
eux & les leurs , de la milice & de tout enrô-
Jemens par force ; que fa Majesté les affranchit de
plus pendant deux ans , de toute capitation , taxe
perfonnelle , & charge de Bourgeoifie ; que pour
les indemnifer des autres impofitions qu'ils feront
obligés de payer , on dreffera un état des denrées
qu'ils pourront confommer dans leurs maifons
eú égard au nombre de perfonnes dont leur famille
fera compofée ; qu'on calculera la fomme
à laquelle doivent monter les droits pris fur ces
denrées , & qu'au commencement de chacune des
deux années , pendant lefquelles ils doivent jouir
d'une pleine franchiſe , la caiffe des Fermes leur
>
3
NOVEMBRE . 1747. 172
avancera en argent cette fomme dans les lieux
où ils auront fixé leur domicile , que ceux qui vivront
noblement feront difpenfés de logemens de
gens de guerre , & que s'ils font de quelque diftinction
,fa Majefté promet d'avoir foin d'eux & de
leurs enfans , & de les employer , de quelque Religion
qu'ils foient , dans des poftes convenables à
leur naiffance & à leurs talens.
la
On apprend par les nouvelles de Cologne que
Bourgeoifie s'étant affemblée le 3 de ce mois extraordinairement
pour déliberer furla demande que
la Reine de Hongrie a faite de mettre huit mille
hommes de fes troupes dans cette ville pendant
Phyver, a réfolu de repréfenter à la Cour de Vienne
qu'on ne pouvoit fe conformer à fes defirs fans
violer la neutralité obfervée par l'Empire dans la
guerre préfente. Les deux bataillons que le Land--
grave de Heffe Darmstadt fournit aux Etats Géné
raux des Provinces Unies , pafferent le premier de
ce mois près de cette Ville en allant aux quartiers
qui leur ont été affignés . On mande de Francfort
que les habillemens des Régimens que le Prince
de Naffau fait lever dans fes Etats d'Allemagne
font déia prêts , & qu'on doit inceffamment les
envoyer à Dieft & à Hadamar où ces Régimens
s'affembleront . Les mêmes lettres marquent que
l'on continue avec autant de fuccès que de diligence
les levées des foldats pour ces Régimens ,
dont le Prince de Naflau a déja nommé la plupart
des Officiers.
ESPAGNE.
Na reçu avis que le Marquis del Puerto ,
Ambaffadeur du Roi auprès de la République
des Provinces - Unies , a remis le
4 aux Etats
H vj
1 So MERCURE DE FRANCE.
Généraux un Mémoire qui porte que le s du mois
d'Avril dernier ce Miniftre leur a fait des plaintes
de la part de fa Majefté , touchant un projet formé
à Batavia pour attaquer la côte méridionale de
la nouvelle Efpagne ; qu'en faifant ces plaintes il
a requis qu'un pareil mépris des Traités fut puni
dans la perfonne du Gouverneur Hollandois de
cette Ifle , lequel non-feulement a eu connoiffance
de ce projet , mais encore l'a favorifé ; que le
Marquis del Puerto a infiſté en même tems fur le
châtiment des autres fujets de la République , qui
ont eu part à une démarche fi contraire à la bonne
intelligence des deux Puiffances ; que maintenant
il informe les Etats Généraux que par des lettres
arrivées de la nouvelle Efpagne & des Philippines,
le Roi a appris qu'on a effayé d'exécuter Pentreprife
méditée ; que des vaiffeaux ont paru fur la
côte des établiffemens Efpaguols ; qu'ils y ont
débarqué des troupes , & que les Espagnols en
cette occafion ont fait feize prifonniers tous Hol-
Jandois ; que le Roi enjoint très- expreffement à
fon Ambaſſadeur de mettre devant les yeux des
Etats Généraux toute la griéveté d'un attentat fi
conftaté , & de réiterer de la maniere la plus po
fitive la demande de la punition la plus prompte
& la plus fevére , tant du Gouverneur de Batavia
que de tous ceux qui comme lui font entrés dans
le complot , & fe font unis avec les ennemis de
l'Espagne pour inquiéter les fajets de fa Majefté ;
que le même Ambaffadeur a ordre de ne point
ceffer fes inftances jufqu'à ce qu'il ait obtenu
une réponſe formeile & une réparation fatisfaifante
, ce que le Roi fe promet de l'amitié que
fa Majefté mérite de la République des Provinces-
Unies.
NOVEMBRE . 1747. 181
L
GRANDE - BRETAGNE .
E 12 du mois paffé le Roi figna une procla
mation pour faire affembler le Parlement le
21 du mois fuivant . Sa Majefté a fait une nombreufe
Promotion d'Officiers Généraux dans
les troupes de la Grande Bretagne , ainfi que dans
celles de l'Electorat de Hannover . Il a été réfolu
d'augmenter de huit mille hommes les troupes
Angloifes qui font dans les Pays Bas. On parle
de renforcer confidérablement les autres troupes
dont l'armée des Alliées eft compofée , & d'y
ajouter plufieurs nouveaux Corps de troupes auxiliaires.
Les quartiers d'hyver pour les troupes en
Ecoffe font réglés. Un détachement de Dragons
a reçu ordre de fe rendre à Stamford dans le
Comté de Lincoln pour donner la chaffe aux contrebandiers
dont cette Province eft remplie . Suivant
les derniers avis reçus d'Ecoffe la flotte d'lflande
eft arrivée aux Ifles Orcades , & les vaiffeaux
de guerre l'Expérience & le Mercure font allés audevant
de celle qu'on attend de la Baye de Hudfon.
Plufieurs bâtimens Anglois ont été enlevés
par les Corfaires de Dunkerque & de Port Louis.
Les nouvelles d'Amérique confirment que vingt
Corfaires tant François qu'Efpagnols croifent entre
la Caroline Meridionale & le Sandy- Hoeck
& que deux y ont fait un grand nombre de prifes .
Les habitans de l'Ile de la Barbade ont fait tra
vailler à Londres à un magnifique vafe d'argent
orné de bas reliefs , dont ils fe propofent de faire
préfent à l'Amiral Warren en reconaoiffance des
fervices qu'il a rendus aux Colonies Angloifes
pendant qu'il a commandé une eſcadre en Amérique.
>
On mande de Londres du 20 Octobre qu'en
182 MERCURE DE FRANCE
doit expédier inceffamment les ordres pour for
mer plufieurs nouveaux Régimens d'Infanterie ,
dans lefquels on donnera de l'emploi à la plûpart
des Officiers qui ont fervi dans les Régimens que
divers Seigneurs avoient levés pendant les troubles
d'Ecoffe. Quelques-uns des Corps qui ont le
plus fouffert dans la derniere campagne revien
dront en Angleterre. Le Miniftere eft occupé à
l'examen de divers projets pour fubvenir aux dépenfes
de l'année prochaine & pour foutenir le
crédit public. Dans l'un de ces projets on propofe
d'impofer une taxe depuis cinq jufqu'à vingt ſchelins
par an fur les enfeignes des boutiques , &
d'obliger chaque Marchand, qui n'en a point, d'en
prendre une pour laquelle il payera à proportion
du loyer de la maifon qu'il occupe. Les Commif
faires de l'Amirauté font équiper plufieurs bâtimens
deſtinés à porter des vivres à l'efcadre que
l'Amiral Bing commande dans la Méditerranée.
On affûre que deux vaiffeaux de guerre Anglois
ont fait échouer à quelques lieues de Porto Rico
un navire Efpagnol richement chargé . Quelques
troupes du Roilefquelles avoient été envoyées dans
les montagnes d'Ecoffe pour y réparer les che
mins , ont été attaquées par un parti de montagnards
qui les a obligées de fe retirer . Le Gouvernement
a ordonné à plufieurs Meffagers d'Etat
d'aller arrêter à Lincoln diverfes perfonnes
fufpectes. Le Comte de Middleſex å obtenu la
charge de Premier Ecuyer du Prince de Galles.
Les actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à quatre-vingt- dix-neuf ; celles de la Banque
à cent vingt-cinq un quart , celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent cinquante - neuf
& demi , & les annuités à quatre- vingt feize , trois
huitiémes.
NOVEMBRE. 1747. 18
On mande de Londres du 27 Octobre que
Fefcadre dont le commandement a été donné à
1- Amiral Boscawen , eft actuellement affemblée à
Spithéad. Elle compofera conjointement avec les
Vaiffeaux de guerre qui font déja dans les mers des
Indes , une des plus fortes armées navales qu'on y
ait encore vûës . On fit partir le 2-3 de Wolwich
plufieurs chariots chargés de toutes fortes d'inftrumens
de guerre deftinés à être embarqués fur cette
efcadre. Les Commiffaires de l'Amirauté font
équiper le vaiffeau de guerre le Port Mahon , qui
doit aller croifer fur les côtes de l'Acadie. Une
flotte marchande de cent quinze navires , venant
de l'Amérique fous l'efcorte des vaiffeaux de
guerre le Lyon & le Suffolck eft attendue dans les
Ports d'Angleterre. Le Roi s'eft rendu à Londres
de Kenfington le 10 de ce mois , & l'on comptoit
que le Duc de Cumberland ne tarderoit pas à revenir
des Pays Bas.
L'Archevêque de Cantorbery Primat d'Angleterre
, eft mort en cette Ville le 21 de ce mois âgé
de foixante-fept ans.
Les actions de la Compagnie de la mer du Sud
font) à cent fept , un quart ; celles de la Banque à
cent vingt-fix , un quart ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent cinquante-neuf &
demi , & les annuités à quatre-vingt- dix - neuf ,
fept huitiémes.
Les Commiflaires de l'Amirauté ont ordonné
qu'une efcadre allât à la rencontre d'une flotte
qu'on attend de la mer Baltique. Ils font équiper
avec toute la diligence poffible plufieurs vaiffeaux
de
guerre , qui iront croifer le long des côtes pour
les mettre à l'abri de toute infulte de la part des
ennemis. On travaille auffi avec beaucoup de vivacité
à radouber tous les bâtimens en état de fer184
MERCURE DE FRANCE.
vir , & le nombre des ouvriers employés dans les
chantiers de Deptford , de Chatham & de Wol
wich , a été confidérablement augmenté. Une
flotte marchande compofée de cent dix navires
& qui étoit partie de l'ifle de Saint Chriftophe le
6 du mois de Septembre dernier , ayant été furprife
le 15 du même mois à cent cinquante lieuës
des Illes Bermudes par une violente tempête , a
été entierement difperfée. Il n'en eft arrivé que
trente-cinq bâtimens dans les Ports d'Angleterre ,
la plupart des autres ayant péri & quelques- uns
ayant été pris par des Corfaires François . Le vaiffeau
de guerre le Lyme , qui avec le vaiffeau le
Suffolck fervoit d'efcorte à cette flotte , s'eſt brifé
contre un écueil & l'on eft fort inquiet du Suffolck
qui a été démâté & a une voie d'eau . Deux bâtimens
que le Gouvernement avoit envoyés à la
Baye de Hudfon pour découvrir de ce côté un
paffage vers les Indes Orientales , font revenus
fans avoir réuffi dans leur entrepriſe . On a fait
partir pour Harwich les équipages qui doivent
amener à Londres le Duc de Cuinberland à fon
retour de l'armée. Les Evêques de Londres & de
Saliſbury s'étant excufés d'accepter l'Achevêché
de Cantorbery à caufe de leur grand âge , on croit.
que cet Archevêché fera donné à l'Archevêque
d'Yorck & que l'Archevêché d'Yorck eſt deſtiné
à l'Evêque de Bangor . Selon les lettres de Dublin.
le Comte de Harrington y a fait le 14 du mois
dernier l'ouverture du Parlement du Royaume
d'Irlande.
PROVINCES - UNIES.
Es lettres de la Haye du 18 Septembre por ,
Ltent que le Comte de Sand
2
NOVEMBRE .
-
1747 185
Plénipotentiaire du Roi de la Grande Bretagne
auprès des Etats Généraux , ayant écrit au Marquis
de Payfieulx Miniftre & Secretaire d'Etat du
Roi Très Chrétien , que fa Majefté Britannique
agréoit le choix d'Aix- la Chapelle pour y reprendre
les conférences de paix , & qu'elle étoit déja
informée d'avance que fes Alliés non- feulement
n'y feroient aucune oppofition , mais étoient difpolés
à y envoyer leurs Miniftres pour traiter de
leurs interêts refpectifs , le Marquis de Puyfieulx
a répondu au Comte de Sandwich que Sa Majefté
Très -Chrétienne défirant toujours avec la même
fincérité tout ce qui peut tendre au rétabliffement
du repos public , avoit appris avec ſatisfaction
que le Roi de la Grande Bretagne fut dans l'intention
de reprendre les conférences dans la ville cideffus
indiquée ; que comme le Roi de France
étoit inftruit que cette ville conviendroit auffi au
Roi Catholique & aux Puiffances Alliées des deux
Couronnes , le Miniftre de Sa Majesté Très Chrétienne
& ceux de fes Alliés s'y rendroient pour s'y
trouver en même tems que le Miniftre d'Angleterre
& ceux des Cours Alliées de cette Puiffance.
Le Marquis de Puyficulx a demandé en même tems
au Comte de Sanwich de lui adreffer des Paffeports
de fa Majesté Britannique , de la Reine de
Hongrie & des Etats Généraux , tant pour le Miniftre
Plénipotentiaire du Roi Très - Chrétien aux
conférences que pour ceux d'Efpagne , de Génes
& de Modéne , & il a offert des Palleports de Sa
Majefté Très- Chrétienne pour les Miniftres de la
Grande Bretagne & pour ceux de fes Alliés . Le
Marquis de Puyfieulx a repréſenté auffi qu'afin
d'éviter toute difcuffion & tout retardement dans
l'expédition réciproque des couriers , il faudroit
préalablement que le Roi d'Angleterre , la Reine
186 MERCURE DE FRANCE.
de Hongrie & les Etats Généraux , convinffent
avec le Roi de France & avec fes Alliés , que la
communication fera entierement libre pour tous
les Exprès que les Plénipotentiaires refpectifs
voudront envoyer à leurs Cours. Le 18 Octobre le
Prince Stathouder revint du camp d'Oudenbosch.
Les Magiftrats de Fleffingue & de Weere ont propofé
dans l'affemblée des Etats de Zélande de déclarer
le Stathouderat héréditaire dans la Maiſon
de ce Prince , même en faveur de la ligne feminine.
Le Mémoire préfenté pour le même fujet
par le Corps de la Nobleffe de la Province de Hollande
& de Weftfrife , porte que les Nobles ayant
murement examiné la Conftitution de la Régence
des Provinces -Unies , ils jugent que la Républi
que ne peut abſolument fubfifter ſans un Chef ;
que dans le tems qu'elle a été privée de cet appui ,
elle a été menacée de fa ruine totale , & qu'elle
ne s'eft jamais tirée de ce danger qu'en fe choififfant
un Stathouder ; que d'ailleurs il paroît qu'el
le eft parvenue fous la conduite des Princes de la
Maifon de Naffau à un tel degré de grandeur ,
que non-feulement elle a été recherchée de fes
Voifins , mais qu'elle s'eft rendue par tout rédouble
, qu'on a déja éprouvé les heureux effets de la
réfolution prife depuis peu de renouveller le Stat
houderat ; que tous les Hollandois bien intentionnés
doivent être faifis d'effroi àl'aspect des malheurs
aufquels la République feroit expofée fi le
Prince de Naffau venoit à manquer , fur tout ce
Prince n'ayant point de defcendant mâle , & fa
poftérité ne confiftant que dans une jeune Prin
ceffe ;;
qu'il eft abfolument néceffaire de prévenir,
autant qu'il eft poffible , les fuites que pourroit
avoir un évenement fi fâcheux ; que l'unique
moyen d'y réuffir eft d'établir dans la famille de
NOVEMBRE. 1747. 187
du conce
Prince , & en faveur de fes defcendans des deuz
fexes la dignité de Stathouder , en prenant les précautions
qu'on jugera les plus convenables pour
le bien de la République ; qu'en conféquence les
Nobles penfent qu'il convient de régler qu'en cas
de mort du Prince de Naffau , le Stathouderat &
les Charges de Capitaine & d'Amiral Général
foient dévolue à fes defcendans mâles, fi pour lors
il en exiſte, & à leur défaut à fes defcendans dans
la ligne feminine , bien entendu néanmoins que
lefdites Charges & dignités ne pourront être poffé
dées ni exercées par aucun defdits héritiers mâles
ou femelles , qui feroit revêtu de la dignité Royale
ou Electorale ; que de plus la Princeffe à qui le
Stathouderat paffera , ne fe mariera que
fentement & avec l'approbation des Etats de Hol
Jande & de Weftfrife , & qu'avec un Prince de la
Religion Réformée , lequel ne foit ni Roi ni Electeur
; qu'elle prendra le titre de Gouvernante , &
qu'elle aura la faculté d'établir un Repréſentant
pour avoir féance dans le Confeil d'Etat , & pour
exercer les fonctiont de Capitaine & d'Amiral Gé
néral de la Province , mais que cette Princeffe fera
obligée de ne choifir pour Repréfentant qu'un Prin
ce qui ne foit non plus ni Roi ni Electeur, qui profeffe
la Religion Reformée , & qui foit agréable
aux Etats de la Province ; que files defcendans
mâles ou femelles , lorſqu'ils fuccéderont au Stathouderat
font encore mineurs , la Princeffe leur
mere exercera cette dignité comme tutrice & fous
le titre de Gouvernante , avec le mêine pouvoir
d'établir un Repréfentant fous les reftrictions ftipulées
; qu'au défaut de Princeffe mere pendant
la minorité , les Etats de Hollande & de Weftfrife
pourvoiront à tout ce qui regardera la tutelle & le
choix d'un Repréſentant dans la forme preferite
88 MERCURE DE FRANCE.
que les Nobles défirent que cette affaire foit propofée
à l'affemblée des Etats Géneraux des Provinces-
Unies , & que ladite affemblée établiffe pareillement
& avec toutes les précautions & conditions
ci -deffus énoncées la fucceffion du Stathouderat
& des Charges de Capitaine Amiral Général
en faveur des defcendans mâles & femelles
de la Maifon de Naffau. Les Députés des Etats de
Hollande & de Weftfrife reprirent le fleurs délibérations.
A l'exemple de cette Province , celle
d'Utrecht a confenti à la levée du cinquantiéme
denier . Dans la Province de Zélande la ville de
Middelbourg a donné auffi fon confentement à
cette impofition , & l'on ne doute pas que les autres
villes de la Province n'en faffent de même.
Le Comte de Golowkin Ambaffadeur Extraordi
naire & Plénipotentaire de l'Imperatrice de Ruffie ,
eu , ainfi que M. d'Ammon Miniftre du Roi de
Pruffe une conférence avec quelques Députés
de l'affemblée des Etats Généraux . On continue
d'affûrer que le Roi de la Grande Bretagne & la
République renouvellent leurs inftances auprès
de l'Imperatrice de Ruffie , pour l'engager à fournir
aux deux Puiffances moyennant un fubfide
un Corps de troupes auxiliaires de trente mille
hommes.
à
On mande du 25 que les troupes dont l'armée
des Alliés eft compofée , commençent à fe féparer.
Plufieurs Régimens Anglois feront mis en garuifon
dans Bois - le - Duc , & l'on diftribuera le refte
des troupes de cette Nation à Bréda & dans les
Places voisines. Les Hanoveriens prendront des
quartiers dans l'Over- Iffel & dans le Païs de Gueldres.
Il n'eft pas encore décidé où les troupes reglées
de la Reine de Hongrie pafferont l'hyver, A
l'égard des troupes irrégulieres , el.cs feront polNOVEMBRE
. 1747. 15
tées fur les frontiéres de la Baronie de Breda & de
la Mairie de Bois- le- Duc. On laiffera un détachement
confidérable à Oudenbofch pour la garde
des Ligues qu'on y a conftruites . Le 22 Octobre
le Duc de Cumberland arriva de l'armée . - Le
Prince Stathouder alla fur le champ lui rendre
viſite , & le conduifit à la Maiſon du Bois , où ils
dînerent avec la Princeffe de Naffau . On compte
que le Duc de Cumberland partira le 27 pour retourner
en Angleterre. Le Feldt- Maréchal Comte
de Bathiany eft arrivé auffi à la Haye & l'on y attend
le Prince Frederic de Heffe.
•
On a reçû avis de Berlin que le Général Keyth
étoit entré au ſervice du Roi de Pruffe , qui l'avoit
déclaré Feldt -Maréchal.
Suivant les nouvelles de la Haye du 2 de ce
mois , M. Chiquet chargé des affaires du Roi de
France a remis depuis peu aux Etats Généraux un
nouveau Mémoire de l'Abbé de la Ville , Miniftre
de Sa Majefté Très- Chrétienne auprès de cette
République. Il eft dit dans ce Mémoire que le
Roi de France a appris avec une extrême ſurpriſe
que le Vice - Amiral Schriver s'eft emparé du navire
François le Franc Maffon venant des Ifles
Françoiles de l'Amérique , & qui portoit à Bordeaux
du fucre , du caffé & d'auties marchandifes
; que la prife de ce bâtiment paroît confirmer
le bruit qui s'eft répandu que l'efcadre commandée
par ce Vice-Amiral n'avoit établi fa croifiere dans
le Golfe de Bifcaye que pour courre fur les vaiffeaux
François , que cependant Sa Majesté Trés-
Chrétienne veut bien encore fufpendre fon jugement
à cet égard , mais qu'elle demande formellement
la reftitution actuelle & immédiate du
navire le Franc Maffon , & le dédommagement dû
aux particuliers qui y font intéreffés , & qu'elle fa
190 MERCURE DE FRANCE.
réſerve de demander auffi la fatisfaction qui fera
convenable , lorfque les Etats Généraux lui auront
donné une explication précile des prétextes fur
lefquels leur Vice Amiral a pú fe porter attaquer
un bâtiment François , chargé de marchandiſes
du crû des Colonies Françoifes , & parti d'une de
ces Colonies pour venir directement dans un Port
de France ; que le Roi de France a toujours eu
une attention particuliere à empêcher que les circonftances
de la guerre préfente n'apportaffent
aucun obftacle à la navigation des Sujets des Provinces-
Unies , malgré les violences commiles par
les Anglois , & malgré l'indifference que les Etats
Généraux ont fait paroître fur un objet fi intéreffant
pour les François & même pour les Sujets
de la République , que Sa Majefté Très- Chrétienne
n'a point ceffé d'accorder la protection la
plus efficace aux vaiffeaux Hollandois qui ne fe
font point écartés des régles établies , & que ces
vaiffeaux ont toujours trouvé la même liberté &
la même fûreté pour leur commerce , foit dans
les Ports de France , foit à la mer de la part des
vaiffeaux de guerre & des Corfaires François ;
que quoique les Etats Généraux paroiffent s'être
conduits par des principes & par des vûes tout-àfait
contraires , le Roi de France ne fçauroit fe
perfuader qu'ils ayent autorifé l'entrepriſe du
Vice-Amiral Schriver , mais que cet évenement a
été précédé de circonftances que Sa Majefté Très-
Chrétienne ne peut plus diffimuler , & qui femblent
annoncer de la part de la République un
changement total pat rapport au commerce des
deux nations ; que dès le mois de Juillet les Etats
Généraux rendirent une Ordonnance pour défendre
de faire fortir des Provinces Unies , non-feu-
⚫lement les marchandifes réputées de contrebande
NOVEMBRE. 1747. 191
›
relativement aux Paiffances qui font en guerre ,
mais encore une infinité d'autres marchandifes
qui fout libres dans les vaiffeaux neutres ; que le
difpofitif de cette Ordonnance faifoit affés connoître
l'objet de la prohibition qu'il contenoit ,
& que les Etats Généraux , comme s'ils avoient
voulu ne point laiffer d'équivoque à ce sujet , ont
fait publier au commencement du mois de Septembre
un fecond Placard , par lequel , en mettant
quelques legéres modifications à des articles
de peu de conféquence de la premiere Ordonnan
ce , ils donnent aux autres articles l'extenſion la
plus rigoureuſe , & en font une application expreffe
& pofitive contre la France ; que les chofes
ont été portées encore plus loin fur cette matiere.
que plufieurs vaiffeaux Hollandois avoient été
chargés pour le compte de quelques Négocians-
François , de diverfes marchandifes qu'ils devoient
tranſporter de la Méditerranée & de la mer
Baltique dans des Ports de France ; qu'au lieu
de fuivre cette deſtination , les Capitaines de ces
navires , contre la foi publique , ont porté ces
marchandiſes en Hollande , où elles ont été débarquées
& retenuës ; que Sa Majesté Très - Chrétienne
ne peut refufer aux plaintes , tant des Négocians
François que des Etrangers , & même des
Hollandois qui font établis dans fon Royaume ,
de demander aux Etats Généraux que leurs Ordonnances
des mois de Juillet & de Septembre
foient revoquées ; qu'il foir expédié des ordres
prompts & efficaces pour que les Capitaines des
bâtimens dont on vient de parler , & tous ceux
qui pourroient fe trouver dans le même cas , fuivent
leur destination avec leurs chargemens pour
les Ports de France , & pour qu'ils foient tenus
de dédommager les intéreffés aux chargemens de
292 MERCURE DE FRANCE .
toutes les pertes que le retardement leur aura oca
cafionnées ; que de plus la République faffe punir
ces Capitaines , eû égard à leur infidélité , & au
préjudice qui en réfulte pour la confiance du Pavillon
Hollandois ; que ce n'eft que par une exacte
& jufte égalité que le commerce peut fe foutenir
entre deux nations ; que fi les Ordonnances .
defquelles le Roi de France eft obligé de demander
la révocation fubfiftoient , & fi les entreprifes
dont il fe plaint demeuroient impunies , il ne feroit
plus queftion de cette égalité , & que les Négocians
des Provinces Unies l'ont eux- mêmes
fenti ; que Sa Majefté Très - Chrétienne ne doute
point que les Etats Généraux ne foient frappés des
mêmes motifs & des mêmes objets , & qu'elle
s'attend que le parti qu'ils prendront la confirmera
dans les difpofitions où elle a été jufqu'à préfent
de favorifer le commerce des Sujets de la République
dans fon Royaume , & de protéger leur
navigation, lorfqu'ils ne s'écarteront point des loix
prefcrites par les Traités & par les Ordonnances.
Le Prince de Naffau a été proclamé Stathouder
héréditaire de Zélande par les Etats de cette Province,
Les Magiftrats de la ville de Campen l'ont
déclaré auffi Stathouder héréditaire de la Province
d'Over-Yffel , & les Villes de Doefbourg & de
Groll dans le Comté de Zutphen lui ont accordé
le même titre pour la Province de Gueldres . Il
s'eft tenu à la Maifon du Bois chés ce Prince plufieurs
Confeils , aufquels le Duc de Cumberland
a affifté , ainfi que
le Feldt-Maréchal Comte de
Bathiany , & dans lefquels on a réglé la réparti
tion des quartiers d'hyver pour les troupes des
Alliés . Elle fe fera de forte que les frontieres de
la République foient fuffifamment couvertes par
les garnisons confidérables qu'on mettra dins les
Places
NOVEMBRE. 1747. 193
Places fortes , & par la Cavalerie qu'on diftribuera
dans les bourgs & villages du plat pays , ce
qui formera une chaîne de communication depuis
Bois-le- Duc & Bréda jufqu'à Liége . Le Duc
de Cumberland fe propofe de faire un voyage . à
Ondenbofch avant que de s'embarquer pour retourner
à Londres . M. Adriani chargé des affaires
du Grand Duc de Ruffie , comme Duc de
Holftein , ayant reçu de ce Prince fes Lettres de
Rappel en a donné part aux Etats Généraux . Ils
ont envoyé ordre à M. Zwart leur Réfident à
Pétersbourg , de prendre le titre de leur Envoyé
Extraordinaire auprès de l'Imperatrice de Ruffie .
On affûre que M. Onno Zwier Van Haren , Député
de la Province de Frife au Confeil d'Etat
doit aller négocier en Suiffe un Corps de troupes
pour le fervice de la République , & que le Comite
de Wartenfleben fe rendra dans diverfes Cours
d'Allemagne , afin d'y exécuter une pareille commiſſion
. Le bruit court auffi qu'il a été réſolu de
mettre en mer au Printems prochain une nombreuſe
efcadre. Les Etats Généraux ont accepté
l'offre qui leur a été faite par le Prince de Saxe
Hildburlghaufen de lever un nouveau Régiment.
>
Le Comte de Hordt Capitaine d'une des Compagnies
Franches du Corps commandé par M.
Cornabé , a obtenu du Prince Stathouder un Brevet
de Colonel .
On mande de la Haye que le 8 de ce mois le Duc
de Cumberland accompagné du Feldt-Maréchal
Comte de Bathiany, partit pour aller à Bréda d'où
il fe rendra à Oudenbosch.On croit que ce Prince
reviendra à la Haye avant que de retourner à
Londres . Les Etats de la Province d'Over- Iffel
ont déclaré le Prince de Naffau Stathouder héréditaire.
Les villes de Hadderwick , de Wagenin-
I
194
MERCURE DE FRANCE,
gen & de Hattum dans la Province de Gueldres ;
ont établi auffi l'hérédité du Stathouderat. Le
les Députés de la ville de Rotterdam annoncerent
à l'affemblée des Etats de Hollande & de Weft
frife que leur ville avoit pris la même réſolution ,
Ils donnerent en même tems avis à cette aflemblée
que ladite ville avoit reglé qu'à l'avenir elle
vendroit les charges & les emplois qui dépendent
d'elle , afin d'en employer le produit aux befoins
communs de la République , & que fi les autres
villes de la Province ne jugeoient pas à propos de
fuivre cet exemple , ce produit ferviroit à diminuer
, autant qu'il feroit poffible , le nombre des
dertes de la ville de Rotterdam.
ITALI E,
DE CONIle 5 Octobre.
N conféquence de la réfolution prife dans un
E confeil de guerre qui fe tint le 28 du mois
dernier ,leRoi de Sardaigne a transferé ici fon Quar
tier . Les troupes Allemandes & Piémontoifes qui
étoient dans la vallée de Sture, en font décampées à
caufe de l'abondance des neiges . On a laiffé cependant
quelques poftes en avant , un entre autres
Peilaporco , & un à Sambucq fous les ordres du
Comte de la Trinité . Le Comte de Browne a fait
rapprocher de Borgo San Dalmazzo les troupes
qu'il commande. On affûre que ces troupes retourneront
dans peu en Lombardie pour y prendre
des quartiers d'hyver. Celles à la tête defquelles
eft fa Majefté font cantonnées à Limon , à
Rubillante , au Vernant & à Roccavione . Quelques-
unes doivent aller renforcer celles commandées
par le Baron de Leutrum .
NOVEMBRE. 1747. 195
Du Camp du Baron de Leutrum à Dolce
Aqua le 6 Octobre,
ILy eut le 29 du mois violent que toutes les tentedserdneiseOrfufnicoieurrsa&ganlefsi
barraques des foldats furent emportées par le vent,
A la faveur de ce défordre cent cinquante hommes
de la garnifon du Château de Vinţimille firent
une fortie pour furprendre nos Corps degarde
, mais l'Officier qui commandoit le déra
chement ennemi , ayant été bleffé dans une des
premieres décharges de moufqueterie le détachement
rentra dans le Château , après nous avoir
tué quelques foldats . Le mauvais tems empêche
abfolument le Baron de Leutrum de former aucune
entrepriſe , & ce Général juſqu'à préfent eft
obligé de le borner à faire continuer les travaux
des retranchemens commencés. Selon le rapport
des déferteurs l'Infant Don Philippe a diftribué
fon Infanterie de la maniere fuivante , trois ba
taillons à Monaco , deux à la Turbie , un à Notre-
Dame de Laghette , quatorze à Eze , huit fur la
droite du Drapt , neufà la gauche du Château de
ce nom , cinq à Sainte Catherine , douze à la Trinité
, un pareil nombre à Caftelnovo , cinq à
Tourette , huit à l'Abbaye de Saint Pons , fix à
Levenzo , & quatre pour la garde des ponts fur le
Var. Les ennemis ont attaqué au Moulinet une
garde avancée , dont i's ont fait le Commandant
& quelques foldats prifonniers.
Mij
196 MERCURE DE FRANCE.
De Génes le 7 Octobre.
E2 de ce mois le Duc de Richelieu qui étoit
Larrivé ici quelques jours auparavant , cut for
audience publique du Doge. Six Députés de la
République étant allés prendre ce Duc dans l'Hô
tel qu'il occupe , il fe rendit avec eux au Palais
étant fuivi de plus de quatre cent Officiers François
, Efpagnols & Génois. Il trouva à Saint Cir
toute la Nobleffe qui l'attendoit & qui le conduifit
à l'audience . On chanta le 4 avec beaucoup de
folemnité le Te Deum dans l'Eglife Métropolitaine
de cette ville , en action de graces des fuccès qu'il
a plû à Dieu d'accorder pendant le cours de cette
année aux armes de Sa Majefté Très- Chrétienne .
A quatre heures après- midi le Maître des Cérémonies
avertit le Duc de Richelieu que le Doge
l'attendoit pour affifter avec lui à cette cérémonie,
Auffi -tôt ce Duc accompagné de deux Nobles
prit le chemin du Palais & il alla avec le Doge à
I'Eglife Métropolitaine . Ils s'y placerent , le Doge
à la droite de l'Autel dans fon Siége accoûtumé ,
& le Duc de Richelieu de l'autre côté fur un Priè-
Dieu couvert d'un tapis . Après le Te Deum & la
Benediction du Saint Sacrement , ce Seigneur reconduifit
le Doge au Palais jufqu'à la Salle où le
Doge l'avoit reçu. Enfuite le Duc de Richelieu fe
retira , & les principaux Officiers de la République
le fuivirent jufqu'au pied de l'efcalier . Toutes
les troupes furent fous les armes pendant le
Te Deum , & l'on fit trois falves de l'artillerie des
remparts. Le foir routes les maifons de la ville
furent illuminées . Avant-hier le Comte de Lannion
marcha avec trois cent hommes du côté de Seftri
du Levant , mais on ne fçait pas encore quelle eft
NOVEMBRE .. 1747. 197
l'expédition dont il eft chargé. Un détachement
des troupes Efpagnoles s'eft porté en même tems
à Arenzano. Le Marquis de Bitly fe difpofe à
retourner à l'armée commandée. par P'Infant Don
Philippe.
DE TURIN le S Octobre.
à
Na appris que le Corps combiné de troupes
Françoifes , Efpagnoles & Génoifes , qui
s'eft approché de Tortone , s'eft avancé le
25 du
mois dernier à Borgo Novo , & qu'ayant contraint
la plupart des habitans de le faivre , il a
marché à Ottone où le Coinmandant de ces troupes
avoit envoyé d'avance fes ordres pour leur
préparer des logemens , que le lendemain ces
mêmes troupes s'étoient rendues à Torriglia ;
qu'elles y avoient été renforcées de fix cent foldats
& d'un grand nombre de paylans armés
que le 27 elles avoient pouffé jufqu'à Brola ,
deux milles de diſtance de Varzio , & qu'elles
s'étoient emparées le 28 de Bobbio . Elles s'y
font arrêtées pour percevoir les contributions.
Auffi -tôt que le Gouverneur de Tortone a reçu
ces nouvelles il en a donné part au Général Na
dafti , qui a fait marcher les deux bataillons du
Régiment de Marfchall par Seravalle & le Val de
Ratti , pour obliger les ennemis de fe retirer . On
a fait avancer du Milanez deux détachemens d'Infanterie
du côté de Bardi & de Campione , & un
détachement de Huffards vers Brone & la Stra
della ,
Hii
198 MERCURE DE FRANCE,
L
De Tortone le 14 Octobre.
E Corps de troupes Françoiles , Efpagnoles
& Génoifes , qui s'étoit avancé dans les envi
rons de cette Place , s'eft partagé après s'être em
paré de Bobbio en plufieurs détachemens , dont
P'un a exigé de Montalto & des villages voifins
de fortes contributions fous peine d'exécution
militaire. Un autre a fait payer dix-huit mille
livres par la Communauté de Varzio , quatorze
mille par celle de Zavatella , & fix mille par celle
de Godiafco. Tous les beftiaux des Diftricts de
Brono & de Stradella ont été enlevés par un troifiéme
détachement , qui s'étant porté enfuite à
Caftel Gioanni , a pillé les équipages de trois
Compagnies du Régiment de Dragons de Piémont.
Ces courfes ont duré jufqu'au 4 de ce mois
que le Marquis de Malefpina ayant fait prendre
les armes à trois mille payfans , à la tête defquels
s'eft mis le Régiment de Trips , les ennemis ont
abandonné Bobbio & Varzio , & fe font retirés de
Pautre côté du Pont de Gavaffo. Ils avoient laiffé
dans le Château de Zavatarello cent quarantehuit
hommes , qui le 8 de ce mois fe font rendus
prifonniers de guerre. On eft convenu par la capitulation
que les Officiers conferveroient leurs
armes , & pourroient aller où bon leur fembleroit
fous des Pafleports du Comte de Nadafti auquel
on écriroit pour cet effet ; qu'on leur laifferoit
leurs chevaux , leurs mulets & leurs équipages
après que la vifite en auroit été faite ; qu'aucun
foldat ne feroit privé de fon argent ni des autres
effets qui lui appartiendroient ; que les déferteurs
feroient rendus & qu'ils auroient leur amniftie
pourvû qu'ils n'euffent rien emporté lors de leur
NOVEMBRE. 1747. 199
défertion ; qu'on ne répéteroit rien des contribus
tions levées en nature dans le pays , & qui auroient
été confommées par la garnifon , qu'il fe-
-1oit donné aux foldats malades tout ce dont ils
auroient befoin ; qu'on fourniroit aux Officiers
les chevaux & les voitures néceffaires pour
le tranſport de leurs équipages ; que l'efcorte
pour la conduite des prifonniers feroit compofée
de troupes réglées en nombre fuffifant ; que pour
ce qui regarde le bétail , les mulets & les autres
effers , qui fe trouveroient dans le Château , appartenans
à des particuliers , la reconnoiffance en
feroit faite par les principaux Otages , afin d'éviter
la licence à laquelle le peuple pourroit fe porter
; que les troupes qui ont fait le fiége ne pren→
droient poffeffion du Château qu'après l'exécu
tion entiere de cette capitulation , que lorsqu'on
auroit fatisfait à tous les articles les portes feroient
remiſes à ces troupes ; que la garnifon ne dépoferoit
les armes que dans la feconde enceinte , &
qu'elle feroit conduite à Gavi.Un détachement ennemi
de quatre - vingt- huit hommes qui s'étoit
enfermé dans le Château de Nebbiano , a capitulé
aux mêmes conditions que la garnifon de Zavatarello.
Sur la nouvelle qu'un Corps de troupes
de la Reine de Hongrie marchoit à San Stephano ,
quelques Compagnies Françoifes qui y avoient
pris pofte , fe font déterminées à la retraite . On
a fait trente-huit prifonniers à Sainte Marguérite
& trente- cinq à Pregola.
DE GENES le 18 Octobre.
Es trois
que
Ide con Froits,ut les nouveaux ouvrages qu'il
le Gouvernement a ordonné
fait ajouter aux fortifications de cetre ville font
1 iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
fort avancés. Par ces travaux elle n'aura prefque
rien à craindre de la part des ennemis , & pour en
former la circonvallation , ils auroient befoin.
d'une armée de plus de cent cinquante mille hom
mes. Nous avons d'ailleurs des munitions pour
fix mois , & l'on en attend encore de divers endroits
une grande quantité de toute espéce . On
a fait venir de Calabre beaucoup de bombes qui
étoient la feule chofe dont on manquât. Le Duc
de Richelieu a vifité les environs de la Place &
tous les poftes avancés , & après avoir fait avancer
il y a quelques jours un détachement avec du
canon du côté de Maggione , il vient de fe mettre
en marche à la tête d'un Corps confidérable
de troupes. On croit qu'il a deffein d'attaquer le
Château de Campofredo . Un bataillon du Régiment
de Brie eft arrivé de France à Caprata . M.
de Monteil à qui le Chevalier de Belloy avoit
remis le commandement des troupes avec lefquelles
il a fait une courſe dans le Parméſan , eſt revenu
en cette Ville .
I
DE GENES le 28 Octobre.
Left difficile d'exprimer la joie qu'a caufé à
Génes la nouvelle des avantages remportés le
18 & le 20 du mois dernier fur les troupes de la
Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne par
l'armée que commande l'Infant Don Philippe.
Le is le Duc de Richelieu , après avoir dîné chés
le Prince Doria avec les principaux Officiers François
& Efpagnols , partit vers les trois heures
après-midi pour Campomorone où un Corps de
troupes l'avoit déja devancé. Toutes les troupes
auxiliaires fe mirent le même jour en marche fur
trois colonnes , dont l'une fe porta vers Campos
{
NOVEMBRE. ·`1747. 201
morone , la feconde à Notre-Dame de la Garde ,
& la troifiéme à Voltri. La premiere avoit avec
elle quatre piéces de canon de trente -fix livres de
bille , plufieurs piéces de canon de campagne &
deux mortiers. Ces troupes étoient accompa
gnées de quatre mille Travailleurs , commandés
pour applanir les chemins & pour y traîner Partillerie
, dans les endroits où l'on ne pourroit fe
fervir de chevaux & de mulets . Des obftacles infurmontables
ayant rendu impoffible l'exécution
de l'entrepriſe pour laquelle on avoit fait ces difpofitions
, le Duc de Richelieu s'eft contenté de
chaffer les ennemis de quelques poftes où on a fait
plufieurs prifonniers , & après avoir parcouru
toutes les hauteurs de Voltri & reconnu Campofredo
, Roffiglione & Voltagio , il eft revenu à
Génes le 23. On travaille avec empreffement à
armer trois galéres dont on ignore la deſtination .
Le bruit court qu'on enverra le Comte de Lannion
à la Spécie avec quatre bataillons detroupes
Françoifes , pour s'oppofer aux tentatives que les
ennemis pourroient faire de ce côté. Le Roi de
Sardaigne ayant fait fignifier aux Officiers Génois
qui ont été faits prifonniers dans Sayone , & qui
avoient été relâchés fur leur parole , de s'embarquer
fur un feloucon qui eft venu leur apporter
cet ordre , & de fe rendre à Mondovi , le peuple
s'eft inis en dévoir de les empêcher de quitter
cette ville , mais ces Officiers ayant repréſenté
qu'ils ne pouvoient fe difpenfer avec honneur de
fuivre les intentions du Roi de Sardaigne , ils ont
obtenu la permiffion de s'y conformer , & on leur
a même avancé trois mois de leur paye .
Un Gentilhomme Lucquois eft arrivé à Génes
avec caractére d'Envoyé de fa République.
I v
202 MERCURE DE FRANCE:
PRIX propafés par l'Académie Royale
des Sciences , Infcriptions & Belles - Lettres
de Toulouse , pour les années 1748 ,
1749 1750.
L
یئ
A ville de Touloufe célébre par les prix
qu'on y diftribue depuis long-tems à l'Eloquence
, à la Poëfie & aux Arts , voulant contribuer
auffi au progrès des Sciences & des Belles
Lettres , a fous le bon plaifir du Roi , fondé un
prix de la valeur de soo liv. pour être diftribué
tous les ans par l'Académie Royale des Sciences ,
Infcriptions & Belles Lettres de cette ville.
Ce prix eft une Médaille d'or , qui porte d'un
côté les Armes de la Ville & de l'autre la déviſe de
l'Académie.
Cette Médaille fera donnée à celui qui au jugement
de la Compagnie aura le mieux traité le
fujer qu'elle aura propofé.
Le fujet doit être alternativement Phyfico-
Mathématique , Médico- Phyfique & de Litterature
: on reviendra ainfi tous les trois ans au même
genre , jufqu'à ce qu'on ait affecté un prix particulier
aux Belles Lettres.
Le fujet propofé l'année derniere pour le prix
de 1748 eft d'affigner la nature & la caufe de la
rage , &quel's en peuvent être les préfervatifs & les
remédes.
L'Académie propofe pour le fujet du prix de
1749 de fixer le tems où les Sciences les Arts ont
commencé à être cultivés chés les Volfces : & de
marquer les changemens qu'ils occafionnerent dans les
moeurs , les coûtumes & la Religion de ces peuples.
NOVEMBRE. 1747. 203
Quoique dans le nombre des ouvrages qui ont
été remis pour le prix de cette année , plufieurs
ayent mérité les éloges de l'Académie , les fautes
effentielles qu'elle y a remarquées l'ont déterminée
à réferver le prix . Elle le joindra à celui de
1750 , pour lequel elle propofe encore de donner
la caufe phyfique de l'applatiſſement de la terre , tel
qu'il a été déterminé par les opérations faites au Cercle
Polaire , en France & fous l'Equateur.
Ceux qui ont déja remis des ouvrages fur ce
fujet , pourront les préfenter de nouveau , après
y avoir fait les changemens qu'ils jugeront con-
Venables .
Comme quelques Auteurs dans les ouvrages
qu'ils ont préfentés , n'ont cherché l'explication
que d'un applatiffement indéterminé de la terre ,
fans même avoir égard aux variations de la péfanteur
, obfervées à differentes latitudes , l'Académie
croit devoir avertir qu'elle demande une
caufe qui en s'accordant avec ces variations ,
explique le degré d'applatiffement déterminé par
les mefures.
Les fçavans font invités à travailler pour ces
prix , & même les affociés étrangers de l'Acadé
mie ; elle n'exclud que fes autres membres.
Ceux qui compoferont pour les prix font priés
d'écrire en François ou en Latin , & de remettre
une copie de leurs ouvrages qui foit bien liſible ,
fur tout quand il y aura des calculs algébriques.
Les Auteurs écriront au bas de leurs ouvrages
uhe Sentence ou Dévife , mais ils n'y mettront
point leur nom . Ils font exhortés cependant à y
attacher un billet féparé & cacheté , qui contienne
la même ſentence avec leur nom , leurs qualités
& leur adrefle : l'Académie exige même qu'ils
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
prennent cette précaution lorfqu'ils adrefferont
Jeurs écrits au Secretaire , ce billet ne fera point
ouvert fi la piéce n'a remporté le prix .
Ceux qui travailleront pour les prix pourront
adreffer leurs ouvrages à M. l'Abbé de Sapte Secretaire
perpétuel de l'Académie , ou les lui faire
remettre par quelque perfonne domiciliée à Touloufe.
Dans ce dernier cas il en donnera fon Récepiffé
fur lequel fera écrite la fentence de l'ouvrage
avec fon numero felon l'ordre dans lequel
il aura été reçu.
Les paquets adreffés au Secretaire doivent être
affranchis de port.
Les ouvrages pour les prix de 1748 & 1749
doivent être remis avant le premier Mars.
Et avant le premier Février pour Pannée
1750.
L'Académie proclamera dans fon affemblée publique
du 25 Août de chaque année la piéce
qu'elle aura couronnée .
S: l'ouvrage qui aura remporté le prix a été envoyé
an Secretaire en droiture , le Tréforier de
l'Acdémie ne délivrera ce prix qu'à l'Auteur même
qui fe fera connoître , ou au porteur d'une
procuration de fa part.
S'il y a un Récépiffé du Secretaire le prix fera.
délivré à celui qui le remettra.
L'Académie qui ne prefcrit aucun fyftême,
déclare auffi qu'elle n'entend point adopter
les principes des ouvrages qu'elle couronnera.
NOVEMBRE. 1747. 205
KERERERERERERA*淡淡
MARIAGE ET MORTS.
E7 Novembre François- Louis de Saligna
Marquis de la Mothe Fenelon , Brigadier des
armées du Roi & Colonel da Régiment d'Infan
terie de la Fere , né le 7 Novembre 17.2 , fils de
feu Gabriel de Salignac Marquis de Fenelon ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Géné
ral des armées de Sa Majefté , Confeiller d'Etat
d'épée & Gouverneur du Quefnoy , ci -devant
Ambaffadeur Ordinaire . en Hollande , & Ambaſ
fadeur Extraordinaire & Plénipotentiaire au Congrès
de Soiffons , mort le 2 Novembre 1746 de
la bleffure qu'il avoit reçue le même jour à la
bataille de Raucoux , & de Dame Louife -Françoiſe
le Peletier de Villeneuve , a été marié avec Damoiſelle
Marie-Charlotte de Malon de Bercy née
le 18 Mai 1729 , fille de Louis Claude de Malon
de Bercy , ci-devant Lieutenant au Régiment des .
Gardes Françoifes & Chevalier de l'Ordre Mili
taire de Saint Louis , & de feue Dame Henriette .
Victoire Colard morte le 21 Mai 1729. Voyez
pour la Genealogie de la Maifon de Salignac , ce
qui en a été dit dans le Mercure du mois de Novembre
1746 , fol . 202. à l'occafion de la mort
de feu M. de Fenelon ; pour celle de la famille de
Malon , il fuffit de dire ici qu'elle eft marquée
entre les premieres de la Robe par fon ancienneté,
par les Charges & par fes alliances.
Le 28 Septembre Philippe-Louis de Sintzen
dorff, Cardinal Prêtre du titre de fainte Marie fur
la Minerve , Evêque de Breflau , Prince de Neifs
& de Gottкau , mourut à Breflau âgé de quarante
266 MERCURE DE FRANCE;
huit ans , deux mois & quatorze jours , étant né le
14 Juillet 1699 ; l'Evêché de Raab lui avoit été
donné en 1726 , celui de Breflau en 1732 , & le
Pape Benoît XIII . l'avoit créé Cardinal le 26
Novembre 1727. Il étoit fils de Philippe-Louis
Comte de Sintzendorff , Chambellan , Confeiller
d'Etat , Chancelier de l'Empereur & Confeiller
de la Cour Aulique , Ambaſſadeur en France en
1709 & en Angleterre , & enfuite Ambaffadeur
Plénipotentiaire , à la Haye & en 1728 au Congrès
de Soiffons , mort le 8 Février 1742 , & de
Rofine- Catherine - Ifabelle Comteffe de Waldftein
; il avoit pour frere Jean- Guillaume Comte
de Sintzendorff né le 10 Novembre 1697 , Marquis
de Caravaggio du chef de fa premiere femme
Blanche Sforce Visconti , mariée le 20 Octobre
1716 , & morte l'an 1717 , & lui remarié le 27
Janvier 1724 avec Jofephe Princeffe d'Eggenberg
&c. Voyez la Genealogie de cette Maifon dans
les Tables Genealogiques d'Hubners v. 2. fol. 623.
& les Souverains du monde , vol. 3. fol . 303 .
Le.... Octobre Meffire Alexandre de Johanne
de Saumery Evêque de Rieux depuis 1728 , Abbé
de Celles au Diocéfe de Poitiers mourut
dans fon Diocéfe âgé de foixante - fept ans environ
; il étoit fils de Jacques- François de Johanne
de la Carre Marquis de Saumery , Gouverneur &
Capitaine du Château Royal de Chambort , Gou
verneur & Grand Bailli de Blois , fous Gouverneur
des Ducs de Bourgogne , d'Anjou & de Berry ,
& enfin de la Perfonne du Roi Louis XV. &
de Dame Marguerite- Charlotte de Montlezun de
Befmaux .
Le 14 Luc- René du Chastelet , Marquis dus
Chaftelet & de Granfeille , Chevalier de l'Ordre de
Saint Hubert , Grand Veneur du Margrave de
NOVEMBRE. 1747 207
Brandebourg Culmbach , & Pun de fes Confeillers
·Privés , mourut à Bareith en Franconie dans la 3r
année de fon âge étant né le 18 Octobre 1716. Il
étoit fils de René- François du Chafteler Marquis
du Chaftelet & de Granfeille , Baron de Cirey en
Vôges,Chambellan , Cotonel des Gardes de S.Á.R.
François de Lorraine Grand Duc de Tofcane , & de
Dame Marie de Fleming d'Ardach , & fortoit de
Pilluftre Maifon du Chaftelet , dont l'Hiftoire
Genealogique a été donnée au public par Dom'
Calmet Abbé de Senones,imprimée in-fol . à Nancy
en 1741. Voyez à la page 101,
Le 23 Armand de Bethune , Duc de Bethune
Charoft Pair de France , Chevalier des Ordres du
Roi , Lieutenant Général des armées de Sa Ma
jefté , Lieutenant pour le Roi dans les Provinces
de Picardie & du Boulonnois , Chef du Confeil
Royal des Finances , Capitaine d'une des quatre
Compagnies des Gardes du Corps , Gouverneur
des Ville & Citadelle de Calais & du Fort de
Niculay , mourut à Paris dans la 85 année de fon
age étant né le 25 Mars 1668. Il avoit eu l'honneur
d'être nommé Gouverneur de la Perfonne
du Roi Louis XV. le 13 Août 1922 , & il avoir
exercé cette Charge jufqu'à la majorité de Sa Majefté
; il étoit fils de Louis- Armand de Bethune
Duc de Bethune Charoft , Pair de France , Che
valier des Ordres du Roi , Lieutenant Général air
Gouvernement de Picardie , Boulonnois & Pays
reconquis , Gouverneur particulier de la ville de
Calais & Capitaine des Gardes du Corps du Roi,
mort le premier Avril 1717 , & de Dame Marie
Fouquet morte le 14 Avril 1716 , grande- tante
du Maréchal Duc de Belle Iffe ; il avoit épousé le
23 Octobre 1680 Louife - Marie- Thérefe de Melua
d'Efpinoy , fa coufine germaine inorte le 31 Os
108 MERCURE DE FRANCE.
tobre 1683 , & en avoit eu Louis- Jofeph de
Bethune Marquis de Charoft , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie & Brigadier d'armée , tué à
la bataille de Malplaquet le 4 Septembre 1709 ;
fans laiffer de fils de Marie Bruflart de la Borde
qu'il avoit épousée le 17 Décembre 1704, & remariée
depuis en 1732 avec M. le Duc de Luynes
&c. & Paul François de Bethune né le 9 Août
1682 , Duc de Bethune Charoft , Pair de France
& Chevalier des Ordres du Roi du 16 Mai 1728 ,
Lieutenant Général des armées de Sa Majefté ,
de 1719 , Lieutenant Général des Provinces de
Picardie , Boulonnois & Places de Haynaut , &
Gouverneur des Ville & Citadelle de Calais ,
Fort de Nieulay &c. ci-devant Capitaine d'une
Compagnie des Gardes du Corps du Roi , lequel
du mariage qu'il contracta , le 13 Août 1709 avec
Dame Jule- Chriftine- Regine - George d'Antraigues
morte le 24 Août 1737 , outre les Dames
Comtefle de la Vauguyon , & Marquife de Teffé
fes filles , a eu pour fils François-Jofeph de Bethune
Duc d'Ancenis , 'Pair de France , né le 7
Janvier 1719 , Capitaine en furvivance de fon pere
d'une Compagnie des Gardes du Corps du Roi ,
Meftre- de-Camp d'un Régiment de Cavalerie ,
mort le 26 Octobre 1739 , laiffant de fon ma→
riage avec Dame Marthe Elifabeth de Roye de
Roucy de la Rochefoucaut , niéce de M. le Cardinal
de la Rochefoucaut Archevêque de Bourges ,
un fils unique nommé Armand-Jofeph de Bethune
Marquis de Charoft , né le premier Juiller
1738. Voyez pour la Genealogie de la Maifon
de Bethune, l'une des plus grandes du Royaume,
l'Hiftoire qui en a été donnée au public en 1636
par le célébre André du Chefne , & l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne vol . 4. fol 210,
&c.
NOVEMBRE. 1747. 209
Le 26 mourut en fon Château de Verneuil
près Meulan Louis- Pierre de Roncé Seigneur &
Marquis de Vernouillet par Lettres d'érection de
1723 , fous la dénonciation du Marquifat de
Roncé Vernouillet , Lieutenant des Maréchaux
de France dans les Prévôtés de Saint Germain
Préfidial de Mantes , Bailliage de Meulan & dans
les deux Vexins , Chevalier de l'Ordre Militaire
de Saint Louis , & ci- devant Capitaine dans le
Régiment de Maulevrier ; il étoit âgé de 79 ans
étant né le 20 Février 1670 ; il avoit épousé le
27 Mars 1719 Dame Anne- Charlotte de Salabery,
foeur de M. de Salabery Préfident de la Chambre
des Comptes , de M. l'Abbé de Salabery Conſeiller
au Parlement , Abbé de l'Abbaye Royale de
Coulombs , fille de feu M. de Salabery Préfident de
la Chambre des Comptes , & niéce de M. de Salabery
de Benneville , aujourd'hui Lieutenant Gé
néral des armées havales du Roi & Grand Croix
de l'Ordre de Saint Louis , & de ce mariage il
laiffe deux fils , l'un Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de la Rochefoucaut , & l'autre Albert-
Marie de Roncé rèçu Chevalier de minorité
de l'Ordre de Malte en 1732 , & Capitaine dans
Le même Régiment que fon frere , il étoit fils de
Louis de Roncé Seigneur de Vernouillet , Capitaine
de la Venerie du Chevreuil pour le plaifir
du Roi , puis Préfident à Mortier au Parlement de
Rouen en 1678 , mort en 1713 , & de Dame Françoife
Bretel d'Eftalleville , famille qui a donné des
Chevaliers de Malte en 1597 & 1634 , petit - fils
de Jean -Jacques Roncé Seigneur de Vernouiller
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi &
Capitaine de la Venerie du Chevreuil , & de
Dame Françoife des Prez , & arriere petit- fils de
Jean- Jacques Roncé Seigneur de la Fontaine ,
210 MERCURE DE FRANCE.
Président de la Chambre des Comptes de Nor
mandie en 1619 , & de Marguerite Alleaume
Dame de Vernouillet fa veuve en 1620 ; de cette
branche des Marquis de Vernouillet , & de celle
des Seigneurs de Frefquiennes leurs aînés , font
fortis plufieurs Chevaliers de l'Ordre de Malte
dès l'an 1616 & 1631 , de même qu'il en eſt ſorti
de la famille de Bretel ès années 1597 , 1634 &
1668 ; les armes de Roncé font d'azur à un chevron
d'or accompagné en chef de deux molettes
de même , & en pente d'un renard paffant d'or.
Le 29 Dame Marie- Sophie Honorate Colbert de
Seignelay, femme de Charles- François - Fréderic de
Montmorency-Luxembourg , Duc de Luxembourg,
Pair & premier Baron Chrétien de France , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général des
armées de Sa Majefté , Gouverneur & Lieutenant
Général pour le Roi de la Province de Normandie,
avec lequel elle avoit été mariée le 9 Janvier 1724
mourut à Paris dans la 36 année de fon âge , étant
née le 20 Septembre 1711 & laiffant pour enfans
Anne François de Montmorency- Luxembourg, né
le 9 Décembre 1735 , & Anne-Maurice de Montmorency
, mariée le 26 Février 1745 avec Anne-
Louis de Montmorency , aujourd'hui Prince de
Robec. Elle étoit fille unique de Marie - Jean-
Baptifte Colbert , Marquis de Seignelay , Maître
de la Garderobe du Roi , Meftre de Camp
du Régiment de Champagne & Brigadier des armées
de Sa Majefté , mort à l'âge de 29 ans le 26
Février 1712 , & de Dame Marie- Louife-Maurice
de Furftemberg, mariés le 10 Janvier 1710, petitefille
de Jean-Baptifte Colbert , Marquis de Seigne-
Jay de Châteauneuf-fur Cher , & de Lonvé , Comte
de Creuilly & Miniftre & Secretaire d'Etat ayant
Je Département de la Marine , Commandeur &
NOVEMBRE. 1747. 211
Grand Tréforier des Ordres du Roi , mort à 39
ans le 3 Novembre 1690 , & de Dame Catherine-
Thérefe de Matignon,mariée le 6 Septembre 1679,
remariée depuis à Charles de Lorraine , Comte de
Marfan , Sire de Pont , morte le 6 Décembre 1699,
& arriere petite fille de Jean- Baptifte Colbert ,
Marquis de Seignelay , Miniftre & Secretaire d'E
tat , Commandeur & Grand Tréforier des Ordres
du Roi , Contrôleur Géneral des Finances , mort
le 6 Septembre 1683 , âgé de 64 ans, en réputation
d'un des plus grands Miniftres de la France , & de
Dame Marie Charron de Menars , mariée en 1648 ,
& morte le 7 Avril 1687. Madame la Marquife de
Seignelay , mere de feuë Madame de Luxembourg,
eft fille d'Antoine Egon de Furftemberg , Prince &
Landgrave de Furftemberg & de l'Empire , & de
Dame Marie de Ligny , & niéce de Guillaume
Egon de Furftemberg , Cardinal Evêque de Straf
bourg , mort le 10 Avril 1704. Voyez la Genea
gie de Colbert dans le Dictionnaire Hiftorique ,
vol. 2 , fol . 930. Hiftoire des Grands Officiers de
la Couronne , vol. 9. fől. 231 , & celle de la
Maiſon de Furftemberg , l'une des premieres d'Allemagne
, dans les Tables Généalogiques d'Huby
ners.
J
APPROBATION.
Ai lu par ordre de Monfeigneur le Chance
lier le Mercure de France du mois de Novem
bre. A Paris le premier Décembre 1747.
BONAMY,
TABLE .
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profes
3
La Bataille de Lawfelt & le Siége de Bergopfoom,
Ode 20
28 Lettre écrite d'Aumale à M. de la Bruere ,
Epitre de M. l'Abbé B *** à M. **** de Charente
,
Réponse à cette Epitre
44
45
Séance de l'Académie des Sciences de Dijon , 47
Programme de la même Académie pour le prix de
Médecine de 1748 ,
Ode au Menfonge
53
54
Séance de l'Académie des Sciences , Belles Lettres
& Arts de Rouen ,
57
Le bel efprit allié avec l'ignorance , Allégorie , 63
Difcours par M. Ailhaud , fils , Légifte à Aix , 65
Elégie ,.
Lettre fur les revenans ,
Priere à Bacchus ,
76
79
88
Quatriéme Lettre fur la formation du Tonnerre
,
89
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
d'Octobre ,
Enigmes & Logogryphe ,
96
ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . Le
Comédien , ୨୨
Obfervations fur la cure de la goute & du rhumatilme
,
Le Siége de Bergopfoom , Poëme ,
.100
102
Nouvelle Edition des oeuvres de M. Dufrefny, 104
Differtation fur la fiévre miliaire maligne , ibid.
Sponfalia Plantarum , &c.
Mufaum Adolphe Fridericianum , &c.
IOS
ibish
Promotion de Maréchaux de France ,
148
Lettres Patentes portant reconnoiffance de la nobleffe
de nom & d'Armes de M. Wale , 154
Lettre fur la méthode de traiter les maladies de
Purethre par M. Daran ,
Eftampes du fieur Lebas ›
161
165
Le Régiment Royal Ecoffois donné par le Roi au
Lord Drummond ,
Nouvelles Etrangeres , Suede ,
Allemagne ,
Eſpagne ,
Grande Bretagne ,
Provinces Unies ?
168
169
174
179
181
184
194
Italie ,
Prix propofés par l'Académie Royale des Sciences
, Infcriptions & Belles - Lettres de Touloufe
pour les années 1748 , 1749 & 1750 ,
Mariage & Morts ,
202
205
L'Ouvrage de M. Remond , intitulé le Comédien;
que nous avons annoncé dans ce volume , a paru
vers le milieu du mois . Nous avons vu avec plai
fir qu'il a répondu aux efpérances que nous avions
données. Tout le monde s'eft accordé pour rendre
juftice à la fineffe des refléxions & à l'élé
gance du ftyle.
La Chanfon notée doit regarder la page 123
De l'Imprimerie de J. BULLOS .
Poefies du P. Fabretti ,
Méthode pour apprendre la Géométrie
ibid
ibid.
Le libertinage combattu par le témoignage des
Auteurs profanes , 106
Abregé de l'Hiftoire de France par M. Boffuet
,
Elémens de Phyfique ,
Bibliotheca Medica , &c.
ibid.
107
109
110 Education Chrétienne ,
Quatriéme volume de l'Hiftoire des Hommes ILluftres
de S. Dominique ,
Prolégoménes fur l'Ecriture Sajnte ,
111
112
Troifiéme tome du Traité des Teftamens, & c, 114
Defcription abregée du Cabinet de M. le Chevalier
Baillou ,
Obfervations fur les Plantes ,
Almanachs de Cabinet ,
Defcription d'une efquifle de M. de Lobel ,
Carte de l'Amérique Septentrionale ,
Livre de principes d'Orfèvrerie ,
Toutes fortes de Chocolats ,
116
118
119
ibid
121
ibid
122
ibid.
123
ibid.
Remede pour guérir la goute & les rhumatifmes
,
Chanfon notée ,
Spectacles ,
Divertiffement héroïque fur la prise de Bergopfoom
. 126
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 133
Combat naval ,
Bénéfices donnés par le Roi ,
134
139
Lieutenans Généraux qui ferviront pendant l'hyver
dans les Pays Bas fous les ordres de M. le
Maréchal de Saxe , ibid.
Maréchaux de Camp employés dans les mêmes
Pays Bas ,
Combat naval ,
Rondeau à M, Raux , Emailleur ,
140
141
145
MERCURE
DE
FRANCE ,
1 1
DÉDIÉ
AU
ROI.
DECEMBRE .
1747 .
PREMIER
VOLUM E.
„
GIT
UT
PARGA
Chés
Papiller
S
A
PARIS ,
La Veuve
PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais .
JACQUES
BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
ANDRE'
CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André .
M. DCC .
XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi .
A VIS.
L
' ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très - inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci -deſſus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere,
PRIX XXX . SOLS .
Y.LS
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
DECEMBRE
. 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
EPITRE A LOUISE.
S
Alut à vous, ma chere & douce amie
Telle vous puis nommer fans infamie
,
Difoit Marot , rimear de fon métier ,
A fa Luna Diane de Poitier ,
Voire à Margot Princeffe de Navarre ;
Le bonhommeau de ces licences-là
En poëfie oncques ne fut avare ;
Même il ofoit encor , par- ci par- là ,
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
.*
Naïvement déployant fa tendreſſe ,
Les appeller mon coeur & ma maîtreſſe.
Or tant revére un fi gentil rimeur
Et l'aime tant que ne ferois d'humeur ,
Pour bienfeance ou tel autre prétexte
De le gâter en alterant fon texte.
Sur ce direz : petit rimeur hideux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux ;
Pas ne me vont fi douceṛeux vocables ,
Et ne me font du tout point applicables ;
Garde-toi donc de jamais ufer d'eux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux
Quant eft de vous , égalez en mérite ,
Comme en beauté la Reine Marguerite ,
Quant eft de moi , fi je n'ai le talent
De cettui Chantre & Poëte excellent ,
'Au moins de lui fuis -je image petite ,
Et par endroits je me diş reffemblant.
Etoit -il pas , fi bien je me remembre ,
Enfon vivant , ce difeur fans façon ,
Du Roi François humble valet- de -chambre ,
Et de fa foeur Madame d'Alençon ,
Etes-vous pas
de moi la fouveraine
Et fuis-je pas votre ſervant petit ,
Qui de fervir fa dame fuzeraine
Et Chevaliere
a fi grand appetit ?
Marot étoit joli faifeur de metres ,
Moi je les aime & j'en apprends par coeur;
"
DECEMBRE. 1747.
Marot vivoit fous un preux belliqueur
Aimé des fiens , & protecteur des Lettres ,
Et moi je vis fous un Prince vainqueur ,
Qui de fon peuple a fubjugué le coeur ,
Et de l'Europe un jour fera l'arbitre.
Marot étoit tendre & reconnoiffant ;
Le coeur aufli fut mon premier pupitre ;
A fon Monarque il fit gentille épitre ,
Et comme moi Poëte adoleſcent ,
Félicita fon Roi convalefcent ;
Même il ofa , fans doute à meilleur titre ,
Lui demander argent ou penfion ,
Ce fis-je auffi dans cette occafion ,
Non pas pourtant à même intention ,
Mais par un trait de cerveau plein de nitre,
Qui trouve & fuit fantafque invention .
Marot l'obtint , & c'eft fur ce chapitre
Qu'il me convient dire d'un ton piteux :
Pauvre rimeur, Marot & toi font deux.
Voyons encor en quoi je lui reffemble :
Marot aimoit Dame de grand renom ,
En qui brilloient mille vertus enfemble ,
En aimai - je une auffi , que vous en ſemble ?
Si je dis oui , pourrez -vous dire non ?
Ah ! pour fi peu n'allez me contredire ;
Mon pauvre coeur hélas , fçait trop qu'en dire ;
Sentant le trait dont Cupidon le point ;
Ou fi votre ame eft tellement mauvaiſe ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'avec mon dire elle ne corde point ,
Oyez ceci ; je vais vous dire un point
Que vous pouvez contredire à votre aiſe.
Le bon Marot , quoique loyal amant,
En les amours n'eût point contentement ,
Ains il en eût toujours peine & fouffrance ,
Or donc pourriez y mettre difference ,
Difant à moi pauvret & fouffreteux ,
Prens bon courage & fois en affûrance ,
Or ne fois plus fi timide & honteux ;
Amour ne rit aux gens fans eſpérance ,
Mais fortune aide aux amans hazardeux ;
Gentil rimeur , Marot & toi font deux.
Pourtant ici quand j'oſe en avant mertre
Propos d'amour & d'eſpoir trop hautain ,
Il n'eft befoin que preniez à la lettre
Ce dont au fond je fuis très-peu certain.
Je ne fçais trop au vrai fi je vous aime ,
Suis là- deffus d'une ignorance extrême ,
Es loix d'amour n'étant grand bâchelier ,
Mais feulement jeune & tendre écolier ;
Pourriez pourtant m'aider dans mon problême
J'ignore hélas ! ce que mon coeur reffent ,
Bien eft-il vrai que je vous trouve belle ,
Qu'abfent de vous fuis trifte & languiffant ,
Mais je ne fçais comment cela s'appelle.
Eft - ce l'effet d'amour , ce Dieu puiffant
Si le croyez , j'y fuis acquiefcant ,
DECEMBRE
.
7 1747.
Si là-deffus votre coeur fe rebelle ,
Vous me verrez de mon ton rabaiſſant ,
Voir je dirai que je fuis haïffant.
Huit jours ya que fuis à la campagne ,
•
Et que me fuis départi d'avec vous
Huit jours y a que fouci m'accompagne
,
Et qu'ici rien ne me femble plus doux.
Tant ſeulement
je bâtis en Eſpagne
Châteaux
d'amour , bofquets & rendez- vous.
Puis quand la puit qui des amans prend cure ,
Couvert nous a de fa grand' robe obſcure ,
Souci commence
alors à déloger ,
S'en vient Morphée apportant votre image ,
Pour un petit mes tourmens alléger ;
Le lendemain fitôt que je m'éveille ,
Et que je vois que Madame Aurora
Par fa venue éclairci le jour a
Me revoilà penfant comme la veille ;
Or vais-je alors toujours en fupputant
Et la femaine , & le jour , & l'inftant ,
Où je verrai ma tant douce merveille ;
C'eſt en comptant ainfi dans mon cerveau ,
Et feuilletant mon almanach nouveau ,
Que j'avifai la glorieuſe fête
Du bon Louis , ce preux & devot Roi ;
C'eſt le patron , ce me dis- je en ma tête ,
De celle-là qui me tient fous la loi ;
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
C'eft dans deux jours ; point n'ai d'offrande prête
Ah ! fi Louiſe étoit en ce lieu - ci ,
Lui donnerois un bouquet defouci ,
Souci marquant celui que j'ai pour elle ;
Ou bien pour mieux orner ma paftourelle
Je lui ferois préfent d'un bel oeillet
Clair- panaché , teint vif & vermeillet ,
Valet d'amour , & portant ſa livrée ,
Ou de jafmins un frais petit cueillet ,
Marquant du coeur la candeur épurée ,
Et détachant d'un petit caffolet
De fins foupirs une foule odorée ;
D'en être auffi fe tiendroit honorée
L'humble pensée en habit violet ,
D'un beau velours , & la juppe dorée ,
Veftement riche & fi pourtant fimplet ;
Plus fierement d'une marche affûrée
Viendroit Grenade avec fon air guerrier ,
Qui pour mieux plaire & fe rendre illuftrée ,
Affûreroit croître fur un laurier.
En outre plus auroit ma Louifette
Un plein pannier d'une franche noisette,
Et puis lapêche à l'air luxurieux ,
Très-dure au coeur , au-dehors pateline ,
Portant fur elle un manteau gracieux ,
Blanc & fanguin , plaqué fous mouffeline :
Auroit auffi du raifin noir hâtif,
DECEMBRE. 1747. 9
Un peu furet , comme fon coeur retif.
J'ajouterois encor , fe fafchât- elle ,
Pour la parer quelques petits atours ,
Bel affiquet , piquante bagatelle ,
Rubans touffus , d'amour plaifante échelle ,
Qui du château va gagner les deux tours ,
Ou de fin lin une claire mentelle
Falbalaffée & pliffée en dentelle ,
Mule écourtée en les juttes contours
Qui galamment un petit pied décore ,
Et devant foi va pouffant les amours ,
Que jambe & juppe en trottant font éclorre ,
Ou bien de paille un reluifant chapeau :
Métail des champs moins faux que l'oripeau ,
Deffus c'eft or , en dedans ce font rofes ,
Sous fon arcade il tient cent beautés claufes ,
Et va gardant que Phébus fur la peau
Pat trop d'amour ne faffe du bobo .
Mais vain defir ! On n'eft pas toujours maître
Comme l'on veut de choifir fon bien être.
Sechez bouquets ; fuivez votre deftin .
Péchés & fruits , devenez chicotin ;
Votre beauté ine devient inutile ,
Bouquets , vivez l'efpace d'un matin ,
Puis périffez , devenez berbe vile ,
Sechez bouquets , Louiſe eſt à la ville .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Me voilà donc à tourner & virer
Dedans mon coeur plein de deuil & fouffrance ,
Comment pourrois cettui cas réparer ;
Lors mon efprit courant à toute outrance ,
Divers fujets fe plaifoit de fleurer ;
Si vins -je alors à vous accomparer
'A ce qu'avons de plus aimable en Francé ,
Qu'avons- nous donc , ce me dis je à part mois
De plus exquis › Louis notre bon Roi .
Ah ! le voilà , c'eft lui par préference.
Pourtant j'y mets certaine difference ,
Refpect eft là qui dit , homme hazardeux ,
Tout beau , Louis & Louife font deux ;
Je le fçais bien ; quoique faifeur de time ,
Je vous connois Beau Monfieur du respect ;
Suis vers mon Prince & tendre & circonfpect ;
Le ton du coeur eft unique , unanime ,
Mais le parler diverſement l'exprime ;
J'aime eft le ton dont il s'agit ici ,
J'aime eft un mot qui comprend tout en ſomme ,
Un mot tout d'or ; en effet quel eft l'homme
Qui me voulut contredire en ceci ,
J'aime le Roi , j'aime Louife auffi ?
Qu'il eut d'efprit , n'eft il pas vrai ma chere 2
Ce beau Précheur qui le premier en chaire
Trois ans y a dans ce tems a nommé
DECEMBRE 11
1747 .
Notre bon Roi Louis le Bien-aimé ?
Ce terme- là vraiment étoit idoine
A fon fujet ; vous noterez pourtant
Que moi n'étant Clerc , ni Prêtre , ni Moine ,
Je crois qu'alors j'en eus dit tout autant .
Ce beau nom là vaut bien celui de Sire ;
Or à ma Life il va comme de cire
Dans ce petit Royaume d'amitiés ,
Ce peu d'amis qu'elle a fçu bien élire ,
Et que l'efprit & le coeur ont liés .
Amis elle a tant elle eft amiable ,
Et complaifante & douce & fociable )
Voir chés fon fexe , & c'eft un très -grand point ;
Car comme on fçait femmes ne s'aiment point .
A donc ferez aujourd'hui proclamée
Par moi chetif, Louife bien aimée ;
Ce joli nom fera votre bouquet ;
Il part du coeur & vaut mieux que muguet ,
Et n'eft befoin que foyez bien aimante ,
Quoique pourtant cela ne gâtât rien ;
Il me fuffit que vous foyez charmante
Toujours dirai que je vous aime bien ,
Mais comme amie & non plus comme amante.
Autant dirai-je encor un coup du Roi ,
Et je crois bien que l'aimez comme moi.
C'est bien raifon qu'ici je le louange ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Comme je fais de vous mon très bel ange .
On ne peut trop , nous dit Jean la Fontaine ,
C'est mon patron , à lui je fuis dévor
Autant & plus encor qu'à mon Marot ,
On ne peut trop trouver belles & bonnes
Et louanger trois fortes de perfonnes ;
Sçavoir les Dieux , fa Maîtreffe & fon Roi.
Ce beau conteur avoit raifon , je croi.
Par M. B** de M***.
SUR le lieu de Cymgiacum d'une Lettre
du Roi Philippes le Bel.
A connoiffance des lieux où ont été
données les anciennes Chartes eft néque
ceffaire pour l'hiftoire , par le jour qu'elle
répand fur celle des Provinces particulieres.
Pour s'en convaincre il ne faut
jetter les yeux fur le traité des Palais de
nos Rois , imprimé dans la Diplomatique
du Pere Mabillon . Mais ces lieux , du moins
quelques- uns , font quelquefois fi peu confidérables
par eux-mêmes , que c'eft fouventun
pur effet du hazard quand on vient
à les démêler ; fans remonter à des tems
DECEMBRE. 1747.
1J
plus éloignés , je m'arrête au commencemert
du XIV. fiécle pour en donner un
exemple.
>
Monfieur de Lauriere a fait imprimer
dans le premier volume des Ordonnances
* des Rois de la troifreme race deux
Chartes du Roi Philippes le Bel fur le fait
des monnoyes , toutes les deux du mois
d'Août 1313 , & données au même lieu ,
exprimé dans la premiére qui eft latine par
le mot Cymgiaci & rendu par Chingy dans
le françois de la feconde ; comme rien dans
ces Chartes ne donne de lumiere fur le
lieu de leur datte , le fçavant Compilateur
ne nous en a rien dit , & véritablement il
lui eut été affés difficile de le défigner.
>
Je fupplerai à fon défaut , en difant que
c'eft Chaingi , Paroiffe du vignoble d'Orleans
à 2 lieues de cette Ville , fur la drorte
du chemin qui conduit à Meung fur
Loire. Et afin qu'on ne croye pas que ce
foit ici une fimple conjecture , j'appuyerai
ce que j'avance d'une autre Charte du même
Philippes le Bel de l'an 1500 , dattée
pareillement de Chaingy : Apud Chaingiacum
, par laquelle ce Prince donne à l'Abbaye
de Voifins , qui n'en eft qu'à demi
lieuë , le dixième du pain & du vin de fa
table , lorfqu'il féjourneroit audit Chain-
* P. 527 & $ 30.
+
#4 MERCURE DE FRANCE.
gy , à Meung , Montpipeau , Bucy Saint
Liphard & S. Ay qui font tous lieux voifins
les uns des autres & dans les environs
d'Orleans. Donavimus perpetuò decimam
panis & vini , quos in villis & locis de Sancto
Agylo , de Montpipeau , de Buciaco Sancti
Liphardi , de Magduno & de Chaingiaco &*
eorum quolibet expendemus.
*
Ce lieu de Chaingy eft ancien , & fon
premier nom latin étoit Cambiacum , &
celui de fon territoire , Ager Cambiacenfis.
C'eft ainfi qu'ils font nommés l'un & l'autre
dans la Charte de fondation de l'Abbaye
de Mixy , connue plus communement
fous le nom de S. Mefmin dans le
Diocèse d'Orleans , par laquelle le Roi
Clovis I. vers l'an 498 donne à S. Eufpice
qui en fut le premier Abbé , les terres de
Chaingy & de Ligny. Encore aujourd'hui
les Abbés de S. Mefmin font Seigneurs de
Chaingy , où ils levent plufieurs droits Seigneuriaux
, & nomment à la Cure , par
le don que leur fit de ce droit Manaffés de
Garlande Evêque d'Orleans . Il eft impoffible
au refte de défigner préciſement où
pouvoient loger nos Rois ; quelque peu
magnifiques que fuffent autrefois leurs
Palais , fur-tout dans les lieux où il ne venoient
que pour la chaffe , tels que ceux
* Tréfor de l'Abb. de Voifins
DECEMBRE. 1747. 15
que je viens de nommer , qui font près de
la forêt d'Orleans nous ne voyons à
Chaingy aucunes ruines qui puiffent nous
en faire conjecturer la fituation .
On peut dire la même choſe à l'égard de
Bucy S. Liphard diftant de Chaingy d'u
ne lieuë , & qui n'a rien de confidérable
que d'avoir été le berceau de l'Abbaye de
Voifins qui y fut fondée environ l'an 1208.
L'aridité du terroir obligea les Religieufes
d'en fortir en 1217 , & elles vinrent
s'établir ou elles font aujourd'hui.
Je remets à une autrefois à dire quelque
choſe ſur l'Abbaye de Voifins , fur Meung
& fur Montpipeau, qui méritent beaucoup
plus d'attention , & je paffe en attendant
à quelques remarques fur S. Ay.
L'Eglife qui porte aujourd'hui le nom
de S. Ay & qui le donne au Bourg qui l'accompagne
, fut dans fes commencemens
dediée à la Sainte Vierge , mais S. Ay ,
S. Agilus , que les Legendes difent avoir
été Vicomte d'Orleans , & qui vivoit vers
le milieu du VI fiécle fous le Roi Childe
bert , ayant été enterré dans cette Eglife
qui étoit de fa Seigneurie , & qu'il avoit
donnée à l'Abbaye de S. Mefmin , l'Eglife
prit dans la fuite le nom du Saint , & devint
une des dépendances de S. Mefmin.
16 MERCURE DE FRANCE.
Les Abbés préfentent encore aujourd'hui
à la Cure par la donation que leur en
ont faite Thiery & Odolric Evêques d'Orleans.
Droit qui leur a été confirmé en
1158 par Manaffés de Garlande. Les Evêques
d'Orleans , Cofeigneurs de S. Ay ,
avoient dans ce lieu un Château où ils alloient
paffer la belle faifon , & nous trouvons
plufieurs de leurs lettres dattées de
cette mailon , in domo noftra de S. Agilo.
Cette maifon fut ruinée aux troubles de la
Religion & n'ayant pû être rétablie depuis
, feu M. Fleuriau , dernier Evêque
l'aliéna il y a environ trente- cinq ans . C'est
dans cette maifon , connue aujourd'hui
fous le nom du Moulin , que logeoient
nos Rois , lorfqu'ils venoient à S. Ay , ainfi
qu'il paroît par un compte de regale de
l'Evêché d'Orleans de l'an 1320 , où il est
employé en dépenfe 10 fols parifis pour nétoyer
la maison de S. Ay quand le Roi y vins.
Philippes le Bel y fit quelque féjour au
mois de Juillet 1300 , fuivant une Charte
de l'Abbaye de Baugency , à qui ce Prince
donne quelques biens. Act. apud Sanct.
Agilum.
Qu'il me foit permis à l'occafion du
Bourg de S. Ay d'éclaircir ici un endroit
de Rabelais que M. le Duchat fon ComDECEMBRE
. 1747.. I
mentateur n'a pas entendu . Il est tiré du
prologue du IV . livre de fon Pantagruel ,
où cet Ecrivain enjoué parle du petit Zaché
duquel les Mufaphis de S. Ayl près Orleans
fe vantent avoir le corps & reliques , &
le nomment S. Silvain. Le Commentateur à
cru que par les Mufaphis de S. Ayl , il falloit
entendre les Moines de l'Abbaye de S.
Aignan , le mot d'Ayl ayant été fubftitué à
celui d'Oignon qui reffemble fort à Aignan.
En quoi il fe trompe ; il eft vrai que Rabelais
employe des allufions auffi tirées que
celle- là , mais ici il eft évident que c'eft de
l'Eglife de S. Ay dont il a voulu parler.
Čet Auteur connoiffoit parfaitement
Orleans & fes environs , comme il paroît
par une infinité d'endroits de fon livre , &
la tradition ancienne du Pays veut qu'il ait
demeuré même quelque tems à S. Ay , où
il venoit avec quelques Seigneurs qui y
avoient du bien. On montre encore au bas
du côtean où l'Eglife eft fituée & fur le bord
de la Loire , une fontaine appellée la fontaine
de Rabelais avec une table de pierre ;
aujourd'hui renverfée , fur laquelle on affûre
que Rabelais venoit quelquefois travailler
au frais , à quoi on doit ajouter que
Saint Silvain , que quelques légendes apocriphes
confondent avec Zachée dont il eft
parlé dans l'Evangile , que Saint Silvain ,
18 MERCURE DE FRANCE.
dis-je , eft honoré dans l'Eglife de S. Ay ,
& qu'il en eft le fecond Patron .
D. Polluche , de la Société Litteraire d'Or
léans.
CACACACÒCRDƏYƏ✔✔ACERD
LES AVANTAGES DE LA POESIE ,
O DE.
DEfcends, Dieu de Délos, de la double coline's
Seconde mes défirs ; d'une flâme divine
Pénetre , échauffe mes efprits.
Je vais dans les tranfports d'un aimable délire ,
Célebrer en ce jour ton immortel empire ,
Et toi feul en connois le prix.
Où fuis-je Quel éclat me tranſporte & m'en
chante ?
Des trésors de Phébus la pompe raviffante
Vient fe dévoiler à mes yeux .
Que ne peuvent les chants d'une Muſe timide
Franchir le fein des airs d'un vol fûr & rapide ,
Et frapper l'oreille des Dieux ?
Loin d'ici , Philofophe au coeur attrabilaire
Yous attaquez le vice avec un ton févere ,
DECEMBRE. 1747. 15
Et l'efprit en eft révolté ;
La douceur a bien plus de pouvoir que la force ;
que des plaifirs la délicate amorce Il faut
Nous ramene à la vérité.
Cieux ! quel fpectacle s'offre à mon ame ravie
Par les ris & les jeux la folâtre Thalie
Des mortels réforme les moeurs.
Rien n'échappe à ſes traits ; médiſance , caprice ,
Mifantropie , orgueil , trahifon , avarice ,
Tout vice étale fes horreurs.
De l'éternelle nuit la fiere Melpomene
Fait fortir les Héros , les produit fur la ſcéne ;
Que vois-je ? Quel éclat pompeux ?
Juftement attendri , le fpectateur foupire ;
Pour réunir en lui les vertus qu'il admire
Il fait mille efforts généreux .
炒肉
Quoi ! des chagrins mortels dont le feu me confume
,
Ont inondé mon coeur,d'un torrent d'amertume !
Qui mettra fin à mes foupirs ?
Le chantre de Henri , l'Horace de la France ,
De mes foucis rongeurs calme la violence ,
Et fait renaître les plaifirs
10 MERCURE DE FRANCE.
En vain portant au loin le flambeau de la guerre ,
Un peuple de héros glaça d'effroi la terre ,
Son
Et fit paftout fubir ſes loix ;
nom eût avec lui traversé l'onde noire ,
Si la main des neuf Soeurs au Temple de mémoire.
N'avoit confacré les exploits.
*****
Mais ce n'eft pas affés ; Rome , fi la vaillance
Du prudent Fabius , du vainqueur de Numance ,
Te donne une vive ſplendeur ,
Les chants mélodieux du Cygne de Mantouë ,
D'Horace les accens , qu'Apollon même avouë ,
Scellent ta fuprême grandeur.
***
Grand Roi , qu'on voit toujours fur l'alle de la
gloire
vôler la foudre en main , de victoire en victoire,
Et cueillir des lauriers fanglans ;
Sans Phébus ta clémence & ta valeur fupréme ,
Qui rehauffent ton nom mieux que le Diadême,
Vaincroient-elles la nuit des tems ?
7
Non , mais ce Dieu puiffant par qui les fiërs AIcides
Ont toujours de la mort bravé les traits perfides ,
DECEMBRE. 1747- 21
T'affûre l'immortalité .
Par les chants d'Arroüet, dont il guide l'audace,
Tes exploits célebrés iront de race en race
Eronner la poftérité .
Par M. Vidal , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de Villefranche en Beaujolois .
VERS mis en musique & chantés chés
M. Noyel de Belle - Roche , Secretaire de
l'Académie de Villefranche , & un des
membres de l'Académie des beaux Arts de
Lyon , le jour de fa Fête .
C Elébrons Elébrons en ce jour la Fête
D'un mortel favori des Dieux :
De mille fleurs parons la tête ;
Faifons de nos concerts retentir ces beaux lieux.
A célébrer ce jour tout fe plaît , tout s'empreffe ;
Les Nymphes , les Silvains de ces rians côtaux ,
Guidés par les tranſports d'une vive allégreffe,,
D'un pied leger , aux fons des chalumeaux ,
Foulent le verd gazon ,
à l'ombre des ormeaux,
Ce mortel eft chéri de la ſage, Déeffe :
De fes dons éclatans Apollon l'a doté.
22 MERCURE DE FRANCE.
Son efprit joint à la folidité
Une extrême délicateffe.
Soleil , pour feconder nos innocens defirs ,
Sufpens ton cours , prolonge nos plaiſirs.
Ah ! loin d'ici , fâcheufe prévoyance ;
Va porter ailleurs tes dégoûts ;
Ne viens pas nous ravir d'avance
De nos coeurs enchantés les plaifirs les plus doux,
Par le même.
*
LETTRE à M. D .... Avocat au Parlement
de Paris , au fujet des Vies des
Hommes Illuftres de France.
MR , Puifque vous avez bien voulu
vous charger du foin de former ma
Bibliothéque , & qu'en effet vous êtes à la
fource , il faut que vous effuyez de bonne
grace des importunités qui ne finiront pas
fi- tôt.
Les deux volumes de Coligny , la derniere
acquifition que vous m'avez faite ,
n'ont pas eu le fort de ces livres qu'on n'achete
que pour faire nombre , ou pour
DECEMBRE 1747. 23
completter des fuites qu'on ne lit guéres
davantage. Ils ont paffé par privilege avant
plufieurs de leurs aînés , & je les ai lus.
Quand le projet de ces vies , qui eft excellent,
feroit moins eftimable qu'il l'eft en
lui- même , les feuls progrès de l'ouvrage ,
qui felon moi fe perfectionne de plus en
plus dans les mains du Continuateur, fuffiroient
pour piquer vivement mon goût.
Mais ne fçaurai-je donc jamais à qui
nous les devons ces nouvelles vies ? Car
fi les premieres écrites avec beaucoup d'élégance
, ont commencé la réputation de
l'ouvrage , celles- ci la foutiennent parfaitement
& l'imitateur de Plutarque a
trouvé un fucceffeur tel qu'il feroit à fouhaiter
que l'hiftorien Grec en eût un.
›
M. Dauvigny qui a porté cette fuite juſqu'au
douziéme volume , a d'abord féduit
par une plume ailée , fleurie , abondante.
Le nouvel Ecrivain qui a commencé au
treiziéme volume ,
fimple , plus nerveux
auffi plus de maturité.
auffi
pur ,
>
mais plus
plus auftere , a
L'homme d'efprit fe montre par - tout ,
& peut-être un peu trop dans les premiéres
vies : l'Auteur des dernieres fe cache
dans fon ouvrage , ou ne montré que
l'homme de bon fens , l'Ecrivain judicieux
& folide.
24 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce qui eft d'un plus grand prix
pour moi , c'est cet efprit de critique & de
difcuffion , qui ne l'abandonne jamais . Ce
n'eft plus un fimple compilateur , occupé à
peindre agréablement les grands hommes
qu'il introduit fur la fcéne ; c'est un véritable
Hiftorien qui peint tout des couleurs
propres à chaque objet, qui fouille , qui va
jufqu'aux fources , & qui par une faine
critique répand un grand jour fur les
points les plus intéreffans de notre hiſtoire.
Nous avions , je crois , deux vies du
célebre Amiral , mais que celle-ci eft fupérieure
à toute forte d'égards , & fur-tout
qu'elle eft curieufe par les détails ! Cet art
fingulier des détails eft encore une des
parties de l'Auteur ; partie plus rare qu'on
ne s'imagine , & pour laquelle il faut bien
du goût , quand on ne veut ni rébuter par
les minuties , ni ennuyer par la fechereffe.
Mais pour donner une jufte idée de notre
Hiftorien , il faudroit copier la plupart des
notes qu'il difpenfe fi fagement , par exem
ple , de tous ceux qui ont parlé de la prife
dn Connétable de Montmorency à la bataille
de Dreux , aucun n'a dit exactement
quel fut celui qui le fit prifonnier : Caſtelnau
dit que ce fut un gentil - homme François
M. de Thou en donne l'honneur à
Robert Stuart de Vezines , & il eſt ſuivi
par
·
DECEMBRE. 1747. 25
L
par l'Auteur des mémoires de Coligny ;
Le P. Daniel affûre , je ne fçais fur quelle
autorité , que le Connétable fe rendit au
fieur de Buffy , mais le nouvel Hiſtorien
produit deux pièces qui prouvent invinci
blement que ce fut à Volpert Von - Dersz. La
premiere eft un acte par lequel l'Amiral de
Coligny s'engage de donner un à compte
fur la fomme promife par le Connétable
pour fa rançon , & la teneur en eft rappor
tée dans la note. La feconde eft une lettre
que ce même Volpert Von- Dersz écrivit au
Connétable , un mois après l'obligation
de Coligny.Ces deux piéces qui fe trouvent
dans les mémoires de Condé , tom. 4. ont
échapé à tous nos Hiftoriens.
François de Lorraine , Duc de Guife ,
ayant été affaffiné par Poltrot , la Maiſon
de Guife vint en corps trouver le Roi
pour lui demander juftice de cet affaffinat ;
Meffieurs de Thou & Mezerai , & après
eux le P. Daniel , font paffer cette lugubre
fcéne à Paris , mais on voit par differens
actes rapprochés par notre Hiftoriep ,
qu'elle fe palla à Meulan , où étoit la
Cour ; le point de fait eft bien difcuté
& porté jufqu'à la démonſtration .
>
Le P. Daniel s'eft encore trompé dans
le récit du voyage de Charles IX . à
Troyes , & notre Historien le releve avec
1 Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
beaucoup de fagacité fur la plupart des cir
conftances.
Enfin vous trouverez dans ces deux volumes
, de Thou , Mezerai , Daniel & nos
meilleurs Hiftoriens , relevés avec exactitude
, faits approfondis & bien débrouillés
dattes rétablies, époques fûres, anecdotes curieufes
, le tout puifé dans d'excellentes
fources ; voilà le caractére de cet ouvrage.
Eh ! Que faut- il de plus pour juftifier l'em
preffement que j'ai d'en voir la fuite ??
Je ne fçais fi nous aurons bien-tôt quel
que chofe , en tout cas je me repofe fur
vous , perfuadé que je ne ferai pas fervi des
derniers. J'ai l'honneur d'être , & c.
Le Prieur d'Ar....
Le 15 Octobre 1747.
1
CHRONIQUE de la naiſſance de Mlle
de B**. à elle-même..
P Allas pour vous fignala fa tendreffe
Au même inftant que vous vîtes le jour,
Dans votre coeur elle mit la ſageffe ,
Et les vertus qui compoſent ſa Cour,
Dès-lors
pour vous la Mufe Polymnie
DECEMBRE 1747.
27
Sçut prodiguer fes plus rares talens
Et par
les fons d'une douce harmonie
Fit votre oreille à fes divins accens.
Bien- tôt après la Mufe de la danfe
Par mille pas , tous formés avec choix
Vous fit fentir de l'exacte cadence
Et la jufteffe & les févéres loix .
Les jeux décens qui vôloient fur vos traces,
Auffi légers que l'alle des Zéphirs ,
Sans être vâs , vous donnerent les graces
Qui de la danfe augmentent les plaifirs
Charmé de voir un fi bel affemblage ,
Le tendre Amour voulut mettre du fien;
Sans moi , dit- il , la Mufique n'eft rien ;
» Elle ne plaît qu'autant qu'elle m'exprime ;
» Sans mon fecours que deviennent les pas ,
que font-ils fi je ne les anime ?
Mais vainement vanta-t'il ſes appas.
D'un fier regard la Déeffe févére,
Sans l'écouter le bannit de ces lieux.
as Et
Sans ton fecours elle aura l'art de plaire ;
Tout eft a fé , dit-elle , à deux beaux yeux.
L'Amour piqué la traite d'inhumaine.
Ah! quei exil fut pour lui plus cruel !
Tout Dieu qu'il eft , il mourroit de fa peine,
S'il n'efperoit quelque jour fon rappel.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
? A vous former , B * * à yous inftruire
Chacun alors fit voir la même ardeur ,
Et ces trois foeurs qu'un même zele inſpire ,
Entre elles trois difputoient cet honneur :
Quand tout-à- coup fur un brillant nuage
La Vérité ſe fit voir à leurs yeux.
» Quel foin ici, dit-elle , vous partage ?
. Pour élever des jours fi précieux ,
» Sa grand-maman des Dieux à le fuffrage ;
Je la choifis de par ces mêmes Dieux.
La Vérité lui remet l'entreprise ,
>>
On obéit , on approuve le choix ,
Et votre enfance à fes foins eft commife
D'un même accord & d'une même voix ;
Sa main vous guide & ſa voix vous éclaire ;
Vous l'imitez , vous marchez ſur ſes pas ;
'Ah ! dans l'éleve on reconnoît fa mere ;
En vous voyant on ne s'y méprend pas,
Mais quel progrès ? Et de votre carriere
Qu'avec fuccès vous rempliffez le cours !
En vous déja brille fon caractére ,
Et qui vous voit voudroit vous voir toujours ¿
Sur votre front la vertu fans nuage
Etale aux yeux les plus beaux ornemens ,
Et la raifon chés vous devançant l'âge,
Fait avant l'âge éclore vos talens.
1
DECEMBRE. 1747 . 29
Du plus fubtil , du plus plaifant langage
Vous connoiffez les termes & le choix.
Ils femblent faits , B ** , à votre uſage ;
Quand vous voulez vous leur donnez des loix ;
Si vous parlez , une aimable ſaillie
Au même inftant vient à votre fecours ;
Si vous contez , l'hiftoire eft embellie
Par les beautés & les fleurs du difcours.
Ces qualités en vous toutes égales ,
L'une de l'autre empruntent des attraits ,
Et chaque jour ces aimables rivales
Font à l'envi briller de nouveaux traits.
Or jugez donc quelle peine cft la nôtre
Pour décider fur de fi beaux talens ;
Nous les voyons , & toujours en fufpens
Nous ignorons qui l'emporte fur l'autre.
A M. d'Ardéne fur fon Recueil
de nouvelles Fables.
P Hilofophe charmant , dont l'auſtere ſageffe ,
Pieine d'aménité
Fait revivre l'urbanité
•
De l'Italie & de la Grece ;
Toi dont l'heureux pinceau
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Du plus petit objet fait un parfait tableau ,
Sans s'écarter de la nature.
(
Et dont . le génie accompli
Fait fous l'appas de la figure
Adorer les vertus dont ton coeur eft rempli ;
Que j'aime à m'égarer dans les vertes allées
De ce riant jardin
Que tu cultives de ta main !
Là mille & mille fleurs artiftement mêlées ,
La jonquille , l'oeillet , la rofe , le jafmin ,
La renoncule , l'anémone ,
La lavande même & le thin ,
Les ifs , les buis , enfin
Tout ce qui m'environne ,
Les couleurs que je vois , les odeurs que je fens ,
Tout me parle & me donne
Mille préceptes raviffans.
Des oifeaux innocens
Les tendres chanfonnettes ,
Le doux bêlement des troupeaux ,
La verdure des prés , le murmure des eaux ,
Tant de créatures muettes ;
Les arbres , les rochers , les vallons , les côteaux
De tes miraculeux pipeaux
Font fortir des leçons parfaites.
Ainfi dans tes Ecrits , comme
dans un miroir
L'homme voit la nature
Lui fourire avec grace , & de chaque devoir
DECEMBRE. 1747.
3 %
Lui tracer la peinture.
Pourfuis donc ; tu peux hardiment
Aller fur les bords d'Hypocrène
'Partager amplement
Les célébres lauriers qu'y cueille la Fontaine.
新洗洗洗洗洗洗洗洗洗:洗洗洗洗洗洗
EXTRAIT de la Relation d'un Voyage
en Champagne , ou Defcription d'une Ardoifiere
fituée proche la Meuse.
B5
E viens , Monfieur , à l'Ardoifiere dont
Jje vous aipromisune defcription plus
circonftanciée . Entre Charleville & Rocroi
eft une vafte forêt appellée. bois de
Fremi , qui étoit jadis l'entrée des Ardennes.
Il a été concédé environ 10 arpens
de ce bois pour l'ouverture de l'Ardoifiere
dite de S. Barnabé , que poffede aujourd'hui
M. Delcourt , Tréforier de France ,
hors un huitiéme duquel font propriétaires
les Religieux du Mont-Dieu ; ( a ) cette
carriere eft à un quart de lieuë de Deville ,
Paroiffe du Diocèfe de Reims , fituée fur
la rive gauche de la Meuſe . Je vais ouvrir
le fein de la terre , & vous tramfporter dans
(4 ) Grande & belle Chartreuse à deux lieues de
Sedan. V. Defcrip . de la Fr. par M. Pig. de la Fore
ce , dern. Ed.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
un pays tenebreux : pour m'énoncer clairement
, j'aurai , comme vous voyez , à lutter
contre une matiere enfevelie dans les
ombres de la nuit . S'il m'étoit permis d'invoquer
une Divinité , j'adrelferois à la
clarté ce que dit Virgile aux Dieux des Enfers
?
. Sit numine veftro
Pandere res alta terrâ & caligine merſäs.
L'Ardoifiere ou maffe d'Ardoifes eft
une tranche d'environ 1 3 pieds d'épaiffeur,
qui defcendant du Nord vers le Midi
coupe obliquement l'horizon , & y fait un
angle d'environ 45 dégrés. Elle s'étend
indéfiniment du Levant au Couchant , &
fi nous fuppofons qu'en s'avançant vers le
Pôle Méridional , cette tranche va juſqu'à
l'autre Hémisphere , elle préfentera à votre
imagination une espece de gâteau rond &
plat , qui fepare obliquement le Globe terreftre
en deux parties , & que les ouvriers
nomment Terne. ( a ) J'ai dit que ce gâteau
avoit environ 13 pieds d'épaiffeur , parce
qu'on rencontre quelquefois des éminen .
ces , mais ces inégalités étant paffageres ,
*
(a) De terra nata ou terra nova , apparemment
parce qu'ils fe feront imaginés que ce Foffile eft
poftérieur à l'ouvrage du premier des fix jours,
DECEMBRE. 1747 33
on peut les confiderer comme de petites
boffes , répanduës çà & là fur une furface
plane.Vous fçaurez encore 1 °. qu'il y a de
très-belles Ardoifieres qui n'ont guéres que
10 pieds d'épaiffeur.Telle eft celle de Saint
Louis , de l'autre côté de la Meufe : 2º . II
y a auffi dans le voifinage d'autres Ardoifieres
, dont le plan moins incliné approche
plus de la perpendiculaire. Telle
eft , M. la carriere ou le Terne , dont il falloit
avant toutes chofes vous faire connoître
la poſition.
le
Mais ouvre- t'on une Ardoifiere au hazard
? Non fans doute. Il faut qu'elle s'annonce
par des fignes , je veux dire , par de
petites pierres d'ardoife , dont on effayeroit
vainement de nettoyer le terrein.
Alors on cherche à s'affûrer fi la nature
n'auroit point tendu un piége , car quelquefois
les apparences font trompeuſes ,
& le fruit des recherches eft de fe convaincre
qu'il n'y a rien à efperer , & que
Terne eft fi défectueux , qu'il ne dédom
mageroit point des frais , mais quel que
doive être le fuccès , le plus court moyen
de découvrir fi les fignes font vrais ou
trompeurs , c'eft de percer la coline , horizontalement
du Nord au Midi . Vû la
pofition
du Terne , telle que je l'ai décrite ,
s'il y a une Ardoifiere , on la rencontrera
B v
34 MERCURE DE FRANCE .
bien -tôt & infailliblement. If n'eft plus
queftion alors que de l'exploiter.
Vous vous fouvenez , Monfieur. , que le
Terne entier eft une tranche de 13 pieds
d'épaiffeur. Figurez - vous cette tranche coupée
par plufieurs lignes paralleles du Nord
au Midi , & par d'autres lignes tranfverfales
du Levant au Couchant , qui coupent
les premieres à angles droits . Ces differentes
lignes, en fe croifant , forment une
infinité de petits carreaux . Ce font les differentes
portions que l'on exploitera fucceffivement
; ces carreaux ont néceffairement
13 pieds d'épaiffeur ; on leur donne
36 pieds de long & environ 18 de large .
Les ouvriers appellent Longrin (a) , chaque
carreau qu'ils entreprennent d'exploiter
& Forage ( b ) l'exploitation du premier
carreau de chaque fonciere. Le Forage
on premiere ouverture étant achevée , ils
s'étendent à droite & à gauche fur la même
ligne , & pour ainfi dire au même
étage. Il eft évident que le Forage eft comme
le veftibule commun de ces galeries
fouterraines , qui vont s'ouvrir vers l'Orient
& l'Occident ; ce ne fera pas , comme
vous jugez bien , Monfieur , le travail
1
?
(4) C'est qu'il réfulte de leur travail un vuide
qui augmente la longueur des galeries.
(b ) De Forare , percer.
DECEMBRE. 1747. 35
d'un jour ni d'une année. Il y a dequoi occuper
plufieurs vies de Mathufalem. Voici
en quoi confifte ce travail interieur. La
pierre eft composée de plufieurs lits d'Ardoifes
, appliqués & couchés les uns fur
les autres pour lever ces differens lits ,
l'ouvrier armé d'un pic , fait à une certaine
longueur , par exemple à 2 pieds , une incifion
qui coupe le fil de la pierre ; fans
cette entaille , la pierre qui fuivròit ſon
fil ne pourroit être feparée par aucune
force humaine. On pratique enfuite une
ouverture fuffifante pour y inferer le coin
& quelques coups bien aflenés détacheront
cette pierre de la malfe , comme fi l'on
fendoit un morceau de bois. Afin de la
tranfporter hors de la carriere , l'ouvrier la
partage en deux ou trois , confultant fes
forces & fa commodité , car il la portera
lui-même fur fon dos , n'ayant d'appui
que les deux mains qui le foutiendront.
La vûe de cet ouvrier courbé fous le poids
d'une pierre qui l'accable & montant avec
peine par un chemin efcarpé & difficile ,
ne vous rappelleroit- elle point le fupplice
de Sifyphe? Ces habitans fouterrains , fans
autre fecours , pour diffiper l'obscurité qui
les environne , que la foible lueur d'une
chandelle qui leur fert de foleil & d'horloge
, continuellement occupés à déchirer
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
les entrailles de la terre , ne vous paroif
fent-ils. pas , dans le fens phyfique , de
vrais enfans de ténébres ? Trop heureux
encore , s'il ne fe creufent point un tombeau
, en exploitant un Longrin ! Ce qui
arrive quelquefois , encore que l'on prenne
les plus fages précautions. En effet ,
fans parler des décombres dont on remplit
les chambrées ou galeries , à meſure
qu'un Longrin eft achevé , afin que le toit
même ( qu'ils nomment Ciel ) ait un appui
folide & capable de calmer les inquiétudes
, on laiffe au haut du Forage & de
chaque Longrin une portion du Terne ,
large de 6 pieds , qui fert de pilier continu
ou de muraille , & qui foutient le
Ciel. On la rend même plus large , & l'on
y ajoûte des étais de bois , pour peu que
le
Cielparoiffe fufpect & dangereux . Ce que
j'ai dit du premier Forage , vous l'appli
quez fans doute , fans doute , Monfieur, aux deuxième
troifiéme , &c. en un mot , à tous les étages
fuivans , qui s'ouvrent & s'exploitent
de la même maniere , car on ne ſe borne
pas à un feul ; on les multiplie proportionément
au nombre des ouvriers qu'on
veut employer , & même les Ardoifes des
deux premiers Forages font d'ordinaire fi
défectueufes , que l'Ordonnance de la ville
de Paris de 1672 défend d'y en apporter
DECEMBRE, 1747. 37
qui ne foyent tirées du troifiéme & fuivans
J'omets bien des détails , Monfieur ,
afin de vous tirer plutôt de la carriere.
Des cabanes placées proche l'Ardoifiere
fervent de laboratoire aux ouvriers d'enhaut.
C'eft-là qu'en fe fervant de cizeaux
plats dont la lame eft au moins d'un pied
de long, & qu'ils frappent avec de petits
maillets de bois , ils féparent aisément
la pierre lorfqu'elle eft encore tendre
c'est-à-dire , au fortir de la carriere , &
ils la coupent en feuilles plus ou moins
déliées. La pierre ainfi fendue , l'ouvrier la
taille fur un billot avec un grand couteau
en forme de petite hache , & il en élevé
autour de lui diverfes piles qui ont differens
noms , felon la difference de leur
épaiffeur , longueur & largeur. Tout ce
travail du déhors s'exécute comme celui
des perrieres d'Anjou ; les Faifeaux ( a )
ou déchets de pierres ne font pas inutiles.
Ces morceaux brifés & trop petits pour
prendre la forme prefcrite , fervent à cou
vrir la cabane du pauvre & du payfan.
Je ne vous dirai qu'un mot fur la qualité
des Ardoifes ; les meilleures font fans
(a ) A faciendo , parce qu'ils font , pour ainfi
dire , tout faits & qu'ils ne coûtent pas beaucoup
de peine à façonner.
38 MERCURE DE FRANCE.
contredit celles qui fe durciflent avec le
tems , & qui bravent les injures de l'air.
Telles font celles de S. Barnabé & de S.
Louis. D'autres s'amolliffent & même fe
pourriffent fur le toit, ce qui a fait dire que
ces Ardoifes n'étoient pas bien cuites , mais fi
elles valent moins pour la couverture , en
recompenfe leur furface extrêmement polie
les rend bien propres aux ouvrages
d'ornement , tels que les carreaux , les tables
, & c. & comme elles ne fe durciffent
jamais parfaitement , le burin y entre avec
plus de facilité , & les caracteres y ont un
air de propreté & d'élégance dont les Ardoifes
plus dures ne font guéres fufceptibles
, parce qu'elles s'écaillent fous la main
du Graveur. C'eft en ce fens qu'il faut entendre
ce que l'Auteur du Dict, du Com.
a dit d'une maniere vague & peu correcte .
Les Ardoifes de Mezieres font plus tendres
que celles d'Anjou , & s'écaillent. Ce qu'ajoute
ce fçavant Auteur eft plus exact.
On a ouvert des Ardoifieres à quelques
lieues de Charleville dont la pierre n'eft
pas moins belle , ni de moindre fervice que
celle d'Anjou , quoiqu'elle ne foit pas tout
à-fait fi bleue ou fi noire. Une feconde marque
à laquelle on difcerne la qualité des
Ardoifes , c'eft que les plus fines ont un
DECEMBRE. 1747. 39
fon gracieux & argentin; 3 . on préfere les
ardoifes plates aux ardoifes cofines ou convexes
, tant parce que celles- ci ne font
propres qu'à couvrir les dômes des Eglifes
que parce qu'elles font d'un tranfport bien
plus cafuel. Enfin , Monfieur , les Ardoifes
de la carriere dont je viens de vous rendre
compte , ont de petits grains fur leur furface
, ce qui leur procure le double avantage
de la folidité & de la beauté ; de la
folidité , en ce que ces grains font une efpece
d'avant-garde qui peut défendre le
corps de l'Ardoife , & rompre du moins
en partie les efforts d'une grêle violente
de la beauté, en ce que ces grains exposés au
Soleil brillent.comme de petits diamans. Je
ferois bien tenté de croire que cet agrément
fe trouvoit dans les premieres Ardoifes
dont on s'eft fervi , & qu'il n'a point peu
contribué à faire donner le nom à cette
pierre ,, parce que frappée des rayons du
Soleil , elle lance de deffus le toit comme
des traits de flâme . Ardefiam vocamus , credo,
ab ardendo , quòd è tectis ad folis radios veluti
flammasjaculetur. Pardonnez - moi ce trait
d'érudition ; il s'eft trouvé fous ma main ?
en ouvrant le Gloff. de Duc.
Il fe fait un grand commerce de ces Ardoifes
en Picardie & en Flandres. On en
48 MERCURE DE FRANCE
envoye auffi à Paris & à Rouen , les
par
tivieres d'Ayne & d'Oife , en les voiturant
par terre jufqu'à Pont-à -Vere ou à Soiſſons.
Je fuis , &c.
L. A. A. P.
A Paris le
3
Mai
1747.
ODE.
A Madame ....
qui m'avoit engage
Q
à faire des vers fur elle.
U'un autre aille apprendre à la terre
Quels furent ces audacieux
Qui jadis , malgré le tonnerre ,
Voulurent enchaîner les Dieux.
Qu'il nous vante le fils d'Alcméne ,
Ou du nourriffon de Siléné
Qu'il chante les fameux exploits ;
A vous chanter , belle Climene ,
Je confacre aujourd'hui ma voix.
炒菜
Illuftres filles de mémoire,,
Et meres des doctes chanfons ,
Si vous prenez foin de la gloire
DECEMBRE . 1747.
De vos plus tendres nourriffons
Pour un jeune éleve d'Horace ,
Mufes , des fources du Parnaffe
Abandonnez les heureux bords ;
Venez de må naiffante audace
Soutenir les foibles efforts.
**
Eh quoi ! Seriez-vous infenfibles .
Aux humbles accens de ma voix ?
Ah ! Déeffes trop inflexibles ,
Je ne reconnois plus vos loix ;
Ne me vantez plus l'Hyppocréne ;
Les yeux de l'aimable Climene ,
Théatre des tendres amours "
Scauront bien échauffer ma veine
Sans tous vos fuperbes fecours.
***
1 .
Que fens-je ? Quelle ardeur fubite
'Se rend maîtreffe de mon coeuranda
D'od naît le trouble qui m'agite
Je cede à fa douce fureur..
Oui c'eft Climene qui m'infpire ;
Amis , qu'on n'apporte la lyre
Que le doux Chantre de Téos , *
* Anacréon
C
, t
42 MERCURE DE FRANCE:
Dans l'excès d'ua tendre délire ,
Confacroit aux Dieux de Paphos .
XX
Quel Peintre , dans la noble envie
D'égaler ton docte pinceau ,
Forma l'entrepriſe hardie
D'achever ce fanieux tableau ,
Ou jadis , d'une main fidelle ,
Tu fçûs , inimitable Apelle ,
Crayonner les artraits divers ,
Dont brille à nos yeux l'immortelle
Qu'enfanta l'écume des mers ?
211 •
Mais quand fon audace fçavante
L'auroit enfin exécuté ,
En chantant l'objet que je chante ,
N'ai-je pas encor plus tenté ?"
La gloire n'en eft pas égale ;
f
Quelques charmes que nous étale
La mere des ris & des jeux , 4
Sa noble & charmante rivale ch
En offre encor plus à nos yeux,
225 5
Dès que tu brillas fur les ondes ;
Je le fais , Reine de Paphos ,
2
DECEMBRE. 1747.
41
Du fein de leurs grottes profondes
Volant , à l'envi , fur les flots ,
Les Néréides t'entourerent ,
Et leurs yeux jaloux fe troublerent
En voyant tes naiſſans appas ,
Mais les Dieux te favoriferent
Puifque Climene n'étoit pas.
•
*3*+
Otoi , qu'un fort digne d'envie
A rendu l'arbitre des Cieux ,
Mortel qui jadis en Phrygie ,
Par l'ordre du maître des Dieux ,
Jugeas la fameuse querelle
Qui de la difcorde cruelle
Signala les triftes fureurs ;
Que ne put alors cette belle
T'étaler fes attraits vainqueurs !
T
Tes yeux, à fon afpect , auroient vé les Driades,
Du fein de leurs forêts , admirer les appas,
Et du fommet d'Ida les jeunes Oréades
Précipiter leurs pas.
Le Scamandre, du fond de fon palais humide,
Acousantfur fes bords de rofeaux couronnés , L
44 MERCURE DE FRANCE.
Eût alors fufpendu la courfe trop rapide
De fes fots étonnés.
On eût vû les plaifirs & les graces riantes
Voltiger autour d'elle avec les ris , les jeux ,
Et leurs mains à l'envi , des fleurs les plus brillantes
Embellir fes cheveux .
L'Amour même , l'Amour l'eût priſe pour fa
mere ,
Mais au timide éclat d'une noble pudeur
Ne reconnoiffant plus la Reine de Cythére ,
Il eût vû fon erreur .
***
Au milieu des buiffons , dans l'ombre du filence ,
Pour elle cût foupiré le Satire amoureux,
Eole auroit des vents enchaîné l'’infolence
Dans leurs antres affreux .
Paifibles Rois des airs, vainqueurs de leur furie
On eût vû dans ces lieux folâtrer les Zéphirs ,
Et l'on n'eût entendu dans les bois de Phrygie
Que leurs tendres foupirs.
Les chênes qui jadis trouverent des oreilles
DECEMBRE. 1747. 45
Pour écouter d'un luth les fons harmonieux ,
Alons pour contempler tant d'auguftes merveilles
Aurojent trouvé des yeux.
Oii pour la brillante Climene
Tous les habitans de ces bois
'Auroient de ton ame incertaine
Déterminé le jufte choix ;
Ils auroient , témoins de fa gloire ,
A l'envi chanté ſa victoire ,
'Ainfi que la honte des Cieux ,
Mais , Berger , fans même les croire ,
Il ne t'eût fallu que des yeux.
Envain de la grandeur ſuprême
Jupon re vantant les plaiſirs ,
Eut d'un fuperbe diadême
Flaté l'orgueil de tes défrs.
Envain la Déelle d'Athéne
T'eut promis la gloire inhumaine
De vaincre au milieu des hazards ;
Sans même t'offrir une Hélene ,
Climene eût fixé tes regards.
**
Ainfi de la troupe immortelle
46 MERCURE DE FRANCE.
Dédaignant les riches bienfaits ,
Au vrai feul ta bouche fidelle
-Eût fait triompher ſes attraits ;
Ta main juftement libérale
Eût à cette aimable rivale ,
Pour prix de fes charmes vainqueurs ;
Accordé la pomme fatale
Dont le Ciel briguoit les honneurs
+3
Toi , Vénus , qui vis la victoire ,
Puifque Climéne n'étoit pas ,
De l'éclat d'une jufte gloire
Couvrir tes céleftes appas ,
Il est vrai , ta beauté brillante
Obfcurcit la plus éclatante
De toute l'immortelle Cour ,
Mais fur toi l'objet que je chante ,
Déeffe , l'emporte à fon tour,
Ainfi pendant la nuit obfcure
Tous les autres flambeaux des Cieux
Cédent à la clarté plus pure
Dont Diane brille à nos yeux ,
Mais dès que la naiffante Aurore
Des rayons qu'elle fait éclore
DECEMBRE. 1747. 47
.
Couvre les aftres de la nuit ,
De fes feux l'Olimpe fe dore ,
Et Diane s'évanoüit,
**
Mais au milieu de ma carriere ,
"
D'où me vient ce fatal effroi ?
Quelle foudroyante lumiere
Vois - je briller autour de moi ?
Je me trouble ; mon coeur s'étonne
J'apperçois le fils de Latone.
Pourquoi ces regards menaçans ?
Ah ! mon audace m'abandonne
Au bruit de ces triftes accens,
A Où tend donc , jeune téméraire
» Cette ardeur dont tu fuis les loix ,
» Et juſqu'où ton audace alțiere
» Ofe-t'elle porter la voix .
ב כ
A
Quoi ! d'une mortelle Déeffe ,
» Pour remplir ta folle promeffe ,
» Tu prétends chanter les appas ,
» Tandis que le Dieu du Permeffe
Peut être ne l'oferoit pas ?
95
-
***
Arrête , & de ton entrepriſe
» Reconnois la fublimité ;
48 MERCURE DE FRANCE .
» Du fol orgueil qui te maîtrife
Réprime la témérité ;
Ou fuivant l'ardeur qui t'égare
» Par un fort funefte & bizare
» Elevé trop haut dans les airs ,
» Crains de tomber , nouvel Icare ,
» Dans le vafte gouffre des mers,
+3x+
Pour vous plaire , aimable Climéne
Que n'allois - je pas affronter ?..
Ainfi j'ofois tenter fans peine
Ce qu'un Dieu n'eût ofé tenter ,
Mais glaçant mon ardeur trop prompte
Ce Dieu dont l'efprit me furmonte ,
Epargne fans doute aujourd'hui.
'A fon éleve de la honte ,
A vous , Climéne , de l'ennui,
Par M. L. B. N, de Paris,
DECEMBRE. 1747. 49
MEMOIRE fur les Couronnes Militaires
des Romains.
Q
Uand on fonge à quel point l'interêt
eft le mobile des actions du commun
des hommes , on a droit d'être étonné
que l'amour de la gloire ait autánt de
pouvoir fur eux. Lame la plus baffe n'y
eft pas infenfible . Dès qu'il s'agit de la
gloire , elle femble alors fe reffouvenir de
fa premiere dignité : il eft vrai que ces
occafions font plus rares , mais elles font
plus décifives . L'interêt , qui devient plus
que jamais le dieu de la terre , fait faire
plus de chofes aux hommes , mais la gloire
leur en fait faire de plus difficiles . Dans
toutes les occafions l'interêt tire des ames
vulgaires à peu près ce qu'elles peuvent ,
mais fi la gloire les frappe dans d'heureux
momens , elle les éleve au- deffus d'ellesmêmes.
C'eſt par ces raifons que les Légiflateurs
les plus fages ont propofé pour
les efforts les plus héroïques , furtout à la
guerre' , des récompenfes de pur honneur ,
ne croyant pas que des actions qui honorent
l'humanité puiffent être ni produites
ni payées par un fentiment qui la dégrade.
D'ailleurs le dévouement de la vie
les de que gens guerre
I. Vol.
font à leur pays
C
50 MERCURE DE FRANCE.
n'eft pas une chofe qu'on puiffe apprécier à
prix d'argent. Celui qui vendroit fon fang
par interêt , feroit trop payé , celui qui
le donne par zéle & par amour pour
la gloire , ne peut l'être affés. La gloire
feule eft d'un prix analogue à la dignité
de l'ame qui fe facrifie pour elle.
Je n'ai pas deffein de parler ici de tous
les prix honorifiques qui chés les differens
peuples de l'univers ont excité l'émulation
des Citoyens. Cette difcuffion me
meneroit trop avant , & je veux feulement
expofer en peu de mots quelles étoient
les differentes couronnes militaires que
Jes Romains diftribuoient,
J'en trouve fix dans les anciens Auteurs .
La couronne triomphale , l'ovale , fi l'on
peut rendre par ce mot l'ovalis latin , qui
fignifie la couronne de l'ovation , l'obfidio
nale ou des fiéges , la civique , la murale
celle des camps , caftrenfis , & enfin la na
vale.
La couronne triomphale appartenoit
aux Généraux qui obtenoient les honneurs
du triomphe ; cette couronne qui d'abord
fut de laurier,devint d'or dans la fuite des
tems ; bientôt ce qui avoit été un hommage
devint un tribut ; les villes étoient
contraintes de donner des couronnes d'or
au Général ou à l'Empereur qui triomDECEMBRE.
1747.
phoit ; on les payoit de leur victoire au
fieu qu'on les en récompenfoit auparavant.
Certe efpéce d'impôt s'appelloit
Aurum coronarium.
La couronne ovale étoit de myrthe ; on
fçait affés quelle étoit la difference de
T'ovation & du triomphe. Une guerre ou
qui n'étoit pas tout-à- fait terminée , ou
qui étoit trop peu importante contre des
ennemis ou trop aifés à vaincre , ou trop
peu recommandables , telle
telle que la
guerre contre les Pirates ou contre les Elclaves,
ne procuroit que l'ovation au Général
vainqueur. En formant cette couronne
de myrthes,arbre confacré àVenus, on avoit
prétendu , dit uunn AAuutteeuurr ** ,, faire allufion
à la facilité de la victoire.
Craffus après deux victoires qui terminerent
la guerre des fugitifs ou des Efclaves
, ne mérita que l'ovation. Il avoit cependant
gagné deux batailles , l'une contre
Granicus qui étoit refté fur le champ de
bataille avec trente- cinq mille morts , l'autre
contre Spartacus qui y avoit auffi été
tué avec quarante mille de fes foldats , mais
on ne crut pas qu'il fut de la dignité du
peuple Romain d'accorder le triomphe
pour des ennemis fi ignobles , dont la défaite
fembloit un châtiment plutôt qu'une
Aulugelle.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
victoire . Ce fentiment avoit d'autant
plus de partifans qu'on s'efforçoit par- là
d'oublier qu'ils avoient donné de l'inquiétude
aux Romains pendant quelque tems ,
& l'on publioit qu'ils n'étoient point redoutables
, avec d'autant plus de foin,
qu'on rougiffoit de les avoir craints. La
vanité de Craffus ne fuivoit pas le même
fyftême que celle des Romains. Il refufa
la couronne de myrthe , & fes intrigues
& fon crédit lui procurerent la couronne
de laurier qui lui fut décernée par un Senatus
Confulte , quoiqu'elle n'appartînt
qu'aux triomphateurs.
La couronne obfidionale fe donnoit au
Général qui avoit fait lever un fiége . Les
habitans de la ville délivrée offroient à
leur liberateur ce témoignage d'une jufte
reconnoiffance ; la couronne étoit d'épics ,
graminea , & on avoit foin que les épics
qui la compofoient euffent été recueillis
dans l'enceinte même de la ville délivrée .
Q. Fabius Maximus mérita cette couronne
dans la feconde guerre punique ; le Sénat
& le peuple Romain la lui décernerent
unanimement. Les faits qui la lui firent
obtenir font trop connus pour nous y arrêter
; perfonne n'ignore en quel état
étoient alors les affaires des Romains , &
que fans la fage lenteur de Fabius, Annibal
$
D'ÉCEMBRE. 1747. 5.3
eût bientôt été aux portes de Rome. C'eft
ce Fabius qui fut appellé Cunctator.
La couronne civique étoit la récompenfe
de celui qui avoit fauvé la vie à un Ci
toyen , récompenſe flateufe où tout foldat
pouvoit afpirer. L'efpoir de ce prix rendoit
tous les Romains les gardes refpectifs
les uns des autres. Le Citoyen fauvé devenoit
un témom toujours fubfiftang de la
valeur de fon liberateur ; il s'eft tronvé
fouvent des Romains qui avoient mérité
un grand nombre de ces couronnes '; ils
les confervoient comme des monumens
de leur gloire ; ils les montroient au peuple
dans les occafions importantes , com
me un gage des droits qu'ils avoient far
la reconnoiffance de leur Patrie. Lorfque
Manlius Capitolinus fut accufé devant le
Peuple , on vit pour la premiere fois , die
*
.
* Quod ad eam diem nunquam ufu veniffet ;
ut in tanto difcrimine ne proximi quidem veftem
mutarent... Homines prope quadringentos pro
duxiffe dicitur , quibus fine foenore expenfas pecunias
tuliffet , quorum bona venire , quos duci addictos
, prohibuiffet . Ad hæc decora quoque belli
non commemoraffe tantum , fed protuliffe etiam
confpicienda fpolia hoftium cæforum ad triginta ,,
dona Imperatorum ad quadraginta , in quibus infignes
duas murales coronas , civicas octo , ad hoc
férvatos ex hoftibus cives produxiffe . T.L. L. 6.
73.2 C..
Cii
54 MERCURE
DE FRANCE
.
Tite-Live , les proches d'un accufé fe difpen
Jer de le fuivre & de prendre les habits de
deuil...... Mais il parut fuivi de près
de quatre cent hommes dont il avoit payé les
dettes fans interêt , & que cette liberalité
avoit préfervé de l'esclavage ou de la douleur
de voir vendre leurs biens . Il ne fe contenta
pas de rappeller toutes les marques d'honneur.
qu'il avoit méritées à la guerre , il les expo
Sa aux regards du peuple s trente dépouilles
d'ennemis tués par fes mains , quarante prix
militaires qu'il avoit reçus de fes Généraux ,
parmi lesquels on voyoit deux couronnes mu-
• rales & buit civiques , il fit paroître en
même tems les Citoyens qu'il avoitfauvés.
La couronne civique étoit de feuilles de
chêne , & on vouloit , dit-on , fe rappeller
par-là la mémoire de la premiere nourriture
des hommes , qui étoit du gland .
Maffurius Sabinus a écrit que cette
couronne n'étoit méritée que lorfque
celui qui fauvoit la vie à un Romain ,
tuoit en même tems un ennemi & ne
perdoit point fon pofte , & il nie
que dans
tout autre cas on cût droit d'y prétendre.
Mais la queftion ayant été agitée fr un
homme qui après avoir fauvé un Citoyen
tué deux ennemis , avoit été forcé de
céder le terrain à l'ennemi , méritoit la
couronne civique , Tibére la lui décerna ,
DECEMBRE. 1747. 55
jugeant qu'il y avoit encore un plus grand
mérite à fauver un Citoyen dans un mauvais
pofte où il étoit déja affés difficile
de fe défendre foi-même , & qu'il étoit'impoffible
de garder même en combattant
avec courage. L. Gellius qni avoit été
Cenfeur ouvrit dans le Sénat l'avis de décerner
à Ciceron la couronne civique
lorfque ce Conful eut découvert & étouffé
la confpiration de Catilina .
La couronne murale étoit deſtinée à
celui qui étoit monté le premier fur la
muraille & étoit entré dans la ville affiégée.
Les fleurons avoient la forme de creneaux
de murs.
La couronne des camps , caftrenfis , étoit
કે peu près la même chofe ; le Général en
gratifioit celui qui étoit entré le premier
dans les retranchemens ennemis .
Ces deux couronnes , ainfi que la navale
dont il nous refte à parler , étoient d'or.
Ces récompenfes ne devoient être données
que dans des occafions importantes , lorf
qu'une ville avoit été prife ou lorsqu'on
avoit pillé le camp des ennemis ; mais
l'ambition particuliere des Généraux &
l'envie de fe faire des créatures , les engagea
quelquefois à les donner fans difcernement
& avec peu de retenue . Fulvius
Nobilior donnoit des couronnes à fes fol
,
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
dats pour avoir travaillé avec foin à perfectionner
leurs lignes , ou pour avoir
foui un puits avec grand courage ; c'étoit
un abus dont les meilleurs ufages font toujours
fufceptibles. Cette imprudente liberalité
de Fulvius lai fut reprochée avecforce
par M. Caton .
Celui qui dans un combat naval fautoit
armé le premier dans le vaiffeau ennemi
méritoit la couronne navale dont les fleu--
rons étoient en formes de roftres de na--
vires.
PARAPHRASE de l'Oraifon
Dominicale : Pater nofter...
Toi , qui formas d'un rien la foible créature,
Dieu Puiffant , qui régis & la terre & les Cieux ;
Qu'on chante tes bienfaits ; que route la nature
Béniffe ton nom glorieux .
Parle ; qu'à l'univers ta voix fe falfe entendre .
Et les êtres foumis à ta Divinité ,
Viendront avec reſpect fe ranger & ſe rendre
A ta fuprême volonté.
Nos. vergers font fans fruits, la terre.eft languif
fantee ';.
DECEMBRE. 1747. 57
Sur nos ftériles champs étends ton bras facré ;
Et fais nous dans ton fein contre la faim preſſante
Trouver un fecours affûré.
Nous n'abandonnons point nos coeurs à la vent
geance ;
Nous pardonnons à ceux qui nous ont offenfés ::
Seigneur , nous attendons auffi de ta clémence:
Que nos crimes foient effacés.
L'homme eft foible en fa foi: viens ; que ta mai
propice
Ecarte loin de lui le démon féducteur :
Retire nous enfin de l'affreux précipice
Afin
Où nous a fait tomber l'erreur
qu'ayant vêcu dans l'innocence pure ,.
Que finiffant nos jours dans le fein des vertus ,
Nous goûtions dans le Ciel la félicité fûre
Que tu promets à tes Elus..
Cw
Pic..
18 MERCURE DE FRANCE.
RENTRE'E publique de l'Académie Royale
des Sciences be 19 Novembre 1747.
R. l'Abbé Nollet lût un Mémoire
MR.
qui a pour titre : Des effets de la
vertn électrique fur les corps organifes.
M. l'Abbé Nollet a déja publié fur
l'électricité un livre qui a obtenu les
fuffrages des Sçavans . Differens Mémoires
fur ce fujet qu'il a lûs à l'Académie
ont mérité les mêmes applaudiffemens .
Des recherches exactes , des expériences
ingénieufement combinées lui ont fait
ajouter de nouvelles découvertes aux miracles
déja connus de l'électricité . Dans ce
Mémoire M. L. N. n'eft pas feulement un
Phyficien habile & éclairé qui fuit la naure
avec attention , c'eſt un bon Citoyen
qui veut ne fe pas borner à fatisfaire fa
curiofité , & qui cherche à rendre fes lumieres
utiles. C'est ce que l'extrait du
Mémoire même va mieux prouver que
tout ce que nous pourrions dire.
L'électricité toujours admirable & toujours
nouvelle , par le grand nombre de
merveilles qu'elle ne ceffe de nous offrir
trouve aujourd'hui non-feulement des
fpcctatenes attentifs dans tous les états &
dans toutes les conditions ; elle y trouve
auff de zélés manipulateurs qui prennent
DECEMBRE . 1747. 59
plaifir à répéter eux-mêmes ce qu'on leur
a fait voir , & qui effayent de toutes les
manieres pour fe procurer des nouveautés
; il n'eft guéres poffible que d'un fi
grand nombre d'effais , il ne naiffe de tems
en tems quelque découverte curieufe ou
utile , on peut dire que jufques ici nous,
n'en avons encore vû que de la premiere
afpéce , & l'on commence à regretter que
des phénoménes qui femblent tenir intimement
à toute la nature, ne puiffent pas
tourner à notre profit.
M. l'Abbé Nollet touché de cette impatience
, qu'il ne défapprouve qu'autant
qu'elle attiroit d'injuftes reproches aux
Phyficiens ou du mépris à l'objet de leurs
recherches , s'eft propofé de tirer quelque
avantage d'un fait déja connu depuis 2 ou
3 ans , mais qui devient en quelque façon
tout nouveau, parce qu'il eft réduit à la jul .
te valeur & qu'on en développe les caufes.
Quand on électrife une fontaine artificielle
ou tout autre vaiffeau qui fe vuide
par un petit canal , on voit le petit jet ſe
divifer en plufieurs branches , & l'eau s'élancer
plus loin que de coûtume ; tour
fpectateur de cet effet fe trouve difpofé à
croire que l'écoulement eft accéléré , &
on l'a rellement crû qu'on s'eft accordé à
Le dire d'une maniere générale & fans au-
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
cune modification . Mais M. L. N. ne vou
lant pas s'en tenir à ces premieres apparences
, & cherchant à fçavoir jufqu'où ce
phénomene pourroit avoir lieu , fit faire
des vaiffeaux de differentes capacités , &:
terminés par des tuyaux plus ou moins larges
, depuis trois lignes de diamètre juf
qu'à la petiteffe de celles qu'on nomme capillaires
& par lefquelles les liqueurs ne
paffen: communément que goûte à goûte ;
puis à l'aide d'une bonne pendule mefurant
exactement & le tems & la quantité
de liqueur qui étoit fortie du vailleau , il
compara tous ces écoulemens électrifést
avec ceux de la même efpéce qui ne l'avoient
pas été , & il apprit
1.Qu'un vaiffeau dont l'eau fort par
un tuyau qui n'a pas moins qu'une ligne de
diamérre , ne fe vuide fenfiblement ni plus
ni moins vite quand il eft électrifé , que
lorfqu'il ne l'eft
pas.
2°. Que l'électricité donne une accéleration
réelle & fenfible à l'écoulement qui
fe fait par un tuyau capillaire , ou qui en:
approche beaucoup .
3 : Que quand le canal par où l'eau s'écoule
eft à peine capillaire , il s'en faut bier
que l'accélération foit auffi grande qu'elle le
paroît au premier coup d'oeil.
4. Enfin que la vertu électrique accés
DECEMBRE. 1747.
lere confidérablement les écoulemens qui
ne ſe feroient fans elle que goûte à goûte
& que cet effet eft d'autant plus confidérable
que le canal de ces écoulemens eft .
plus étroit.
Voilà le fait conftaté par les réfultats.
d'un grand nombre d'expériences délicates
, dont nous fommes obligés de fuppri
mer le détail.
Quant aux explications , il faut
pour
les entendre fe rappeller une propofition
fondamentale que M. L. N. avança il y
près de trois ans * , comme une conjecture
que l'expérience commençoit à rendre
plaufible , & que l'expérience plus approfondie
a très- amplement confirmée depuis .
Sçavoir , que cet état des corps qu'on
nomme électricité , confifte dans l'effluence &
Paffluence fimultanées d'un fluide fubtil ,
auquel ou donne le nom vague de matiere
électrique, en attendant qu'on fçache préci
fement quelle eft fa vraie nature , c'eſt-àdire,
que quand un corps eft actuellement:
électrique , il devient comme hériffé dé
routes parts des rayons de cette matierequi
s'élance du dedans au- dehors &
qu'en même tems ces émanations font
,
* Conjectures fur les caufes de l'électricité .
Mémoire lû à l'affemblée publique de l'Académia:
des Sciences, Avril 1745 .
62 MERCURE DE FRANCE.
remplacées par des jets d'une matiere femblable
, qui viennent des environs fe précipiter
fur le corps électrique , & cette
derniere matiere vient non-feulement de,
l'air environnant , mais même des autres.
corps fluides ou folides qui font dans le
voifinage jufqu'à une certaine distance.
Cela pofé , il eft aifé de dire pourquoi
l'écoulement qui fe fait naturellement
goûte à goûte par un tube capillaire , devient
continu & s'accélere fenfiblement
quand on électrife ; c'eft que la matiere
électrique qui enfile ce petit canal & qui
tend à fortir avec une grande vîteffe ,
ajoute au mouvement retardé de la liqueur
deux fluides fe trouvent dans la
même route avec la même direction ; l'un
va lentement , l'autre coule fort vîte ; cefui-
ci entraîne le premier & , précipite fa
marche.
Mais cet effet devient infenfible quand
l'eau qui s'écoule pent former un jet d'une
certaine groffeur , & fuivre avec liberté,
fon propre mouvement. Car alors l'impulfion
de la matiere électrique eft d'autant
moindre que le fluide fur lequel elle agit ,
lui échape davantage par un écoulement
plus libre, & fon action déja moins efficace
par cette raifon , doit encore avoir un effet
moins fenfible , parce qu'elle fe partage à
une maffe beaucoup plus grande .
1
DECEMBRE. 1747. 13
.
"
"
Après une difcuffion méthodique du
fait de fes modifications & de ſes cauſes ,
l'Auteur fonge àtirer parti des connoiffan
ces qu'il a mifes en ordre & qu'il a fixées.
Voyant , dit-il , à n'en pas douter , que
» l'électricité entraîne , pour ainfi dire , les
liquides qui font obligés de paffer par
» des canaux forts étroits , je commençai à
» croire que cette vertu employée d'une
» certaine maniere pourroit avoir quelque
» effet fur la féve des végétaux , ou don-
» ner aux fluides qui entrent dans l'éco
» nomie animale quelques mouveniens
qui leur feraient avantageux ou nuifi-
» bles.... Je me repréfentois les pores
» dont eft criblée la pean d'un animal ,com
me les extrêmités d'une infinité de
» tuyaux capillaires ; & la matiere de la
tranfpiration, comme un fluide qui tend
» à s'écouler , & dont la fortie pourroit
» être aidée ou forcée par l'effluence de la
» matiere électrique , &c. « Les expér
riences dont nous allons mettre les réfulrats
fous les yeux du lecteur , ne font donc
pas de celles que l'on commence au hazard
& que l'on fuit fans s'embarraffer de fça,
voir où elles pourront conduire ; ce font
des vues que la réflexion a fait naître , &
fur lefquelles on cherche à l'éclairer avec
méthode. L'Auteur fuit fon objet aves
64 MERCURE DE FRANCE.
attention fans négliger les circonftances
étrangeres qui méritent d'être recueillies ;-
il s'épargne des peines & des dépenfes fuperflues
, en même tems qu'il ne ménage
rien fur celles qui font néceffaires ; il profite
du travail des autres , & leur rend juftice
en leur faifant honneur de ce qui leur
appartient , mais voulant tout voir par fuimême
, il ne s'en laiffe impofer par aucune
"
autorité .
M. L. N. ayant fait plufieurs expériences
fur des portions de terre nouvellement
enfemencées , il lui a paru & il nous le paroît
auffi par ffeess rrééffuullttaattss que l'électricité
a aidé le développement des germes , &
que
accéleré la végétation & l'accroiffement
des jeunes plantes, cependant comme la faifon
étoit déja trop avancée lorfqu'on a crû
voir ces phénomenes , on n'a pas pû leur
procurer le degré de certitude qu'on vou
droit qu'ils euffent , & l'on ne s'eft déterminé
à les publier que pour engager un
plus grand nombre de perfonnes à les véri .
fier lorfque le tems le permettra . Nous
croyons entrer dans les vêtes de l'Auteur
en rapportant ici un de fes procédés , afia
qu'on l'imite ou qu'on enchériffe deffus.
On prend deux jattes femblables , on
les remplit de la même terre , & l'on y
féme des graines de la même espéce & ent
DECEMBRE. 1747. 65
égales quantités ; celles dont on s'eft ſervi
étoient la graine de moutarde , celle de
fcabieufe , celle de laitue , la nielle des
bleds , &c. on cultive ces deux portions
de terre enfemencées avec les mêmes foins,
on les arrofe également , on les expofe aux
rayons du foleil autant de tems l'une que
Fautre ; on les tient dans le même lieu &'
dans la même température , mais on en
électrife une & toujours la même pendant
quatre ou cinq heures de fuite , tous les
jours ou de deux jours Fun , jufqu'à ce
que les graines étant levées de part &
d'autre , on puiffe remarquer les differences
qui fe trouvent entre les deux végeta
tions .
-
L'objet qui paroît avoir le plus occupé
M.L. N. & qu'il pouvoit fuivre plus loin
dans l'efpace de tems qu'il avoit à donner
à ces épreuves , c'eſt l'électriſation des
animaux ; auffi nous offre- t'il fur cet arti
cle des connoiffances plus approfondies ,
& plus folidement établies que ce qu'il
nous apprend au fujet des plantes , d'un
corps qu'on électrife tel qu'il foit , il fort
continuellenrent une infinité de petits jets
de cette matiere qu'on nomme électrique.
Cela eft prouvé de toutes les manieres . II
eft prouvé auffi que ces effluences ou émai
nations qui à la longue cauferoient un
66 MERCURE DE FRANCE.
épuifement , font continuellement rempla
cées par un fluide ſemblable qui eft préſent
par tout , dans tout , & qui vient de tou
tes parts au corps électrifé ; fi le renouvellement
continuel de matiere électrique ne
prend ni n'ajoute rien à la matiere propre
du corps électrifé , il eft évident que
celui-ci ne fouffrira aucun changement
par rapport à fon poids. Mais il n'en fera
pas de même fi la mariere effluente , par
exemple , emporte avec elle quelques parties
du corps d'où elle émane , & c'est ce
qu'il femble qui doit arriver à un corps
vivant , à la furface duquel aboutiffent une
infinité de vaiffeaux excrétoires , pleins
d'un liquide dont la nature cherche à fe
purger , car cela reffemble affés à un vafe
rempli d'une liqueur qui tend à fortir
des petits canaux capillaires , & dont on
fçait que l'écoulement peut être accéleré
par la vertu électrique.
par
Voilà ce que le raifonnement indique ,
voyons maintenant ce que dira l'expérience.
On électrife pendant quatre ou cinq
heures de fuite un chat , un pigeon , un
petit oifeau , & c. tous ces animaux de
viennent plus legers . Mais ils le feroient de
venus fans être électrifés , car tout animal
tranfpire, & l'on fçait que la tranfpiraDECEMBRE.
1747. 67
tion la plus infenfible au bout de quatre
ou cinq heures diminue le poids d'un
corps animé. Auffi n'a-t'on pas manqué
de garder dans le même lieu & avec les
précautions convenables , des animaux de
mêmes efpéces que l'on a pefés comme les
autres devant & après l'expérience , &
l'on n'a compté à l'égard de ceux qui
avoient été électrifés ,> l'excès de leur
que
legereté fur celle des autres.
On pourroit encore attribuer ces diffe-
Fences au tempérament , car tous les individus
de la même efpéce ne tranſpirent
pas également , mais M. L. N. a prévenu
cette objection , en répetant plufieurs fois
fes expériences fur la même paire d'animaux
, & en électrifant alternativement
T'un ou l'autre des deux , il a trouvé conf
tamment qu'un chat de moyenne grandeur
& âgé de quatre mois qu'on électrife pen
dant cinq heures , perd affés communément
de fon poids vingt grains plus qu'il
ne perd dans un pareil efpace de tems par
une tranſpiration naturelle.
Il a obfervé auffi que cet effet de l'électricité
eft d'autant plus grand que l'animal
eft plus petit , proportions gardées &
toutes chofes égales d'ailleurs ; qu'une
électrifation par exemple , qui fait perdre
à un pinçon ou à un moineau la cinquante68
MERCURE DE FRANCE..
feptième partie de fon poids , n'ôte à un
gros pigeon que la cent quarantiéme partie
du fien tout au plus.
On imagine bien que M. L. N. n'at
point fait les expériences fur des quadrupédes
& fur des oiſeaux , pour en refter là ;
tout ce qui pouvoit en réfulter ne devoit
être que curieux ; il cherchoit quelque
chofe de plus. Ces épreuves préliminaires
n'étoient , pour ainfi dire , qu'un prélude
prudemment employé pour apprendre fi
Ton pouvoit fans danger appliquer let
corps humain à des effais de cette espéce ,
ou fi les effets qu'on en devoit attendre
valoient la peine qu'on s'y livrât & qu'on
en fit les frais. Il fut donc inftruit de ce
qu'il vouloit fçavoir ; il lui parut plus que
probable que ce qui arrivoit à un chat ou
a un pigeon arriveroit de même dans une
certaine proportion à toute perfonne qui
feroit électrifée comme ces animaux pendant
quatre ou cinq heures de fuite , &
comme ceux- ci n'avoient marqué aucune
inquiétude , aucune impatience pendant
tout le tems de cette épreuve , & qu'ils
n'en avoient pas reffenti la plus legere incommodité
depuis , on étoit autorisé à
croire qu'un homme ou une femme n'en
fouffriroit pas davantage.
Dans cette confiance qui ne l'a point
DECEMBRE. 1747 . 69
trompé , M. L. N. commença à électrifer
du monde , & il ne lui en coûta que cinq
ou fix opérations pour fçavoir avec certitude
qu'une électrifation de cinq heures :
augmente de plufieurs onces la tranfpiration
infenfible , & que cela fe fait fans
-que le fujet électrifé reffente aucun mouvement
interne , ni la moindre chaleur extraordinaire.
Pour fçavoir au jufte la valeur de cet
effet , il faudroit que la perfonne qu'on
électrife fût vêtue de façon à laifler croire
que ce qui tranfpire de fon
corps ne demeure
point dans fes habits , ou pefer tous
fes vêtemens devant & après l'expérience ;
cette précaution , & bien d'autres encore,
que l'Auteur prefcrit dans fon Mémoire
rendront peut- être cette expérience délicate
, & affés difficile à fuivre autant de
tems qu'il le faudroit pour acquerir des
connoiffances bien précifes , mais le point
principal eft que l'on fçache en général
que la vertu électrique eft un moyen fûr
pour augmenter notablement la tranfpiration
infenfible . On fent de refte de quelle
conféquence peut être cette découverte ,
quand on fçait que notre fanté dépend en
grande partie de cette évacuation , qui
va jufqu'à plufieurs livres par jour , & par
laquelle la nature fe débarraffe perpétuelle70
MERCURE DE FRANCE.
ment des ſubſtances furabondantes , qui
ne manquent point de déranger l'économie
animale quand leur cours n'eſt point
affés libre.
Mais ce nouveau moyen d'augmenter à
fon gré la tranſpiration infenfible , tout
certain qu'il puiffe être , comment s'accommodera-
t'il à nos befoins , s'il faut
électrifer des malades , s'il faut les fufpendre
avec des cordons de foye ou les tenir
ifolés fur des gâteaux de réfine ? Cet appareil
fera-t'il pratiquable pour une perfonne
qui fouffre , comme il l'eft pour
quelqu'un qui joüit d'une parfaite ſanté ,
& qui ne pense qu'à fatisfaire fa curio
fité ?
En fuppofant toujours ( ce qu'on ne
fçait pas encore , mais qui mérite bien
qu'on l'effaie ) que l'électricité puiffe être
en certain cas un reméde falutaire , l'appareil
qu'elle exige pourroit aifément fe
réduire à des pratiques extrémement fimples
& conmodes , mais quand il reſteroit
tel qu'il eft, il feroit encore moins pénible
que les frictions violentes ou la plûpart
des remédes dont on a coûtume de faire
ufage pour provoquer la tranſpiration &
défobftruer les pores de la peau.
Au refte les expériences de M. L. N. ne
Le bornent pas à ce que nous en avons dit ,
DECEMBRE. 1747. 74
elles vont juſqu'à nous apprendre qu'il ne
fera pas même befoin d'électrifer les gens
à qui l'on voudroit faire éprouver les effets
de la vertu électrique : c'est un paradoxe
qui ne peut s'entendre , que quand
nous aurons rendu compte de la partie de
fon Mémoire qui paroît la plus curieufe
la plus inftructive & la plus fufceptible
d'application .
>
Quiconque ne connoîtra l'électricité
que par la matiere effluente , par cette matiere
que l'on fent prefque toujours &
que l'on voit affés fouvent fortir du corps
électrifé , n'imaginera jamais qu'un animał
placé auprès de ce corps doive y perdre
autant de fon poids que s'il étoit électrifé
lui-même. Mais M. L. N. ne douta point
que cela ne dût être à caufe de la matiere
affluente , qui fait felon lui une partie effentielle
de la vertu électrique. Il prévit
que cette matiere en fortant des corps qui
avoifinent celui qu'on électrife , feroit à
leur égard ce que la matiere effluente fait
à l'égard de celui- ci ; qu'elle emporteroit
de leurs pores tout ce qui fe trouveroit en
prife à fes impulfions & affés libre pour y
obéir. L'expérience vérifia ce qu'il avoit
prévû ; tous les corps organifés qui demeurerent
pendant quatre ou cinq heures
auprès d'une efpéce de cage de tole qu'on
72 MERCURE DE FRANCE.
électrifoit continuellement s'évaporerent ,
tranfpirerent & perdirent de leur poids
plus que d'autres des mêmes efpéces qu'on
avoit gardés à l'écart dans la même chambre
, & pour le moins tout autant que s'ils
avoient été électrifés eux-mêmes ; des femences
appliquées à la même épreuve germerent
plus vite en terre , & reçûrent un
accroiffement plus prompt qu'elles n'auroient
fait par une végétation naturelle.
Si l'art du Médecin & celui du Botaniſte
peuvent tourner ces expériences à leur
profit & à celui de la focieté , on n'auta
donc point à reprocher au Phyficien que
fa découverte n'a fourni qu'un moyen
trop difficile à mettre en ufage , car on
fçait que l'électricité fe tranfmet où l'on
veut par des cordes , par des chaînes , par
des tuyaux , & c. & puifque la préfence
d'un corps électrifé fuffit , les plantes d'une
ferre rangées fur des gradins , les arbres
d'un efpalier , des malades fans fortir de
leur lit , de leur fauteuil , fans le fentir ,
fans le fçavoir , recevront les fecours de
la vertu électrique , fi elle eft capable d'en
donner.
Obfervons encore avec l'Auteur du Mémoire
, que quand la matiere électrique
en s'élançant du dedans au- dehors du
corps augmente la tranfpiration , cet effet
doit
DECEMBRE. 1747. 73
doit être relatif à la maniere dont fe font
ces émanations , c'eft- à- dire , que fi la matiere
électrique qui fert de véhicule , eſt
déterminée à fortir par toute la furface de
ce corps , la tranfpiration doit être généralement
augmentée , & c'est ce qui arrive
fans doute à celui qu'on électrife ſur un
gâteau de réfine , mais un corps qui ne
fournit de cette matiere que par quelque
endroit particulier de fa furface , tel que
doit être affûrement celui l'on place
auprès d'un corps électrifé , ne doit éprou
ver une tranfpiration forcée que dans cette
partie d'où le fluide électrique eft déterminé
à fortir.
que
Ce raifonnement qui paroît bien fondé
fe trouve encore appuyé par des expériences
qui font comme autant d'images fenfibles
de ces effets qu'il n'eft guéres poffible
de vérifier dans un fujet vivant. Si
l'on plonge dans la fphére d'activité d'un
corps électrique un vafe rempli de liqueur
qui s'écoule goûte à goûte par plufieurs
petits tuyaux placés à differens endroits
de fa circonférence , le voisinage du corps
électrifé ne manquera pas de rendre les
petits écoulemens continus , mais ceuxlà
feulement le deviendront qui feront le
plus prochainement & le plus directement
expofés à la vertu électrique . Une groffe
1. Vol.
D
74 MERCURE
DE FRANCE
.
éponge uniformément
humectée
d'eau ſe
feche plus vite par l'endroit qui fe préfente
au corps électrifé.
» Il est donc prefque indubitable , dit
» l'Auteur , qu'on pourra de même déter-
» miner la matiere électrique à fortir d'un
» bras , d'une jambe , d'un côté de la tête,
» &c. plutôt que des autres membres du
» même corps , & puifque ce fluide en
»fortant ainfi avec précipitation
des corps
» animés , entraîne ( comme l'expérience
» le fait voir ) une partie des ſubſtances.
qui fe trouvent dans les vaiffeaux excré-
» toires , il y a lieu de fe flater qu'on pour-
» roit en certains cas ménager ce moyen
» affés heureuſement
, pour défobftruer
» ces mêmes vaiffeaux ou pour les purger,
» de ce qu'ils contiendroient
de vicieux. «
"
35
Ajoutons
encore d'après M. L. N. une
réflexion
qui peut augmenter
nos efpéran- ces fur le fuccès de ce nouveau
reméde.
Il paroît conftamment
par les épreuves qui ont été faites fur differens
animaux ,
moins
pas augque
la tranfpiration
n'eſt
mentée dans ceux que l'on place auprès
d'un corps électrifé , qu'elle ne l'eft dans
ceux mêmes qu'on électrife . L'expérience
auffi que ce qui tranfpire
de ceuxprouve
ci fe fait jour par toutes les parties de leur
corps , & que dans ceux-là , au contraire,
DECEMBRE. 1747. 75
tout ce qui s'en exhale en vertu de l'électricité
, ne vient que de l'endroit le plus expofé
au corps électrique ; il fuit naturellement
de ces deux faits que la tranfpiration
d'un feul membre qu'on approche d'un
corps électrifé fe fait avec plus de vîreſſe ,
plus de force , que celle qui eft caufée
par
l'électrifation immédiate de tout l'animal ,
puifque dans le premier cas il fort autant
d'une feule partie que toutes les autres
enfemble ont coûtume de fournir dans le
fecond , le tems étant égal de part & d'au
tre. Et de cette conféquence il en naît
une autre , c'est que la tranfpiration électriquement
forcée , fi jamais elle peut être
employée comme un reméde , fera juftement
plus efficace dans les occafions où il
fera befoin d'en faire ufage pour quelque
endroit particulier du corps , à l'exclufion
des autres parties.
Le Mémoire finit par une invitation
adreffée aux gens de l'Art , & furtout à
ceux que leur place & un certain loiſir met
à portée d'eflayer fur des malades cette
nouvelle maniere de provoquer la tranfpiration
; on y joint quelques avis pour pré.
venir les mauvais effets d'une curiofité
aveugle. & précipitée , & les dernieres
lignes prouvent que M. L. N. ne s'en fait
pas trop accroire fur fes propres découver
D ij
76 MERCURE DE FRANCE .
>>
tes , & qu'il ne compte point fur leur utilité
au premier moment qu'il leur en voit ,
les apparences . » Pour ce qui concerne les
plantes , dit-il , on peut être moins circonfpect
, tout le monde peut s'en mêler
fans courir de grands rifques , & cela
» me fait efperer qu'en peu de tems nous
fçaurons ce qu'il y a à gagner en électri-
» fant les végétaux . Je ne pense pas que
» cela puiffe aller jufqu'à multiplier les
» forêts & groffir les moiffons , mais audeffous
de ces grands objets il en eft
» d'autres qui ne font point indignes de la
Phyfique , ni d'une curiofité raifonna-
» ble. «
לכ
Ce Mémoire fut écouté avec beaucoup
de fatisfaction par la nombreufe affemblée
qui affiftoit à cette féance publique ; il eſt
écrit avec beaucoup d'ordre & de clarté ,
d'un ftyle naturel & facile , ce qui eſt
fans doute le plus grand mérite que puiffe
avoir un ouvrage de Phyfique , j'entends
quant au ftyle. Nous avons déja rendu
juſtice aux vûës d'utilité qui y font conte
ues , & à la nouveauté des expériences
& des découvertes faites par M. L. N.
M. Clairaut lût enfuite un Mémoire fur
le Systême du monde dans les principes de la
gravitation universelle,
Perfonne n'ignore quelle révolution a
DECEMBRE. 1747. 77
faite dans la Phyfique le fameux Livre des
Principes Mathématiques de la Philofophie
Naurelle. M. Newton , remontant des
faits aux cauſes , a répandu la lumiere des
Mathématiques fur une fcience qui avoit
été jufqu'alors dans les ténébres des conjectures
& des hypothéfes.
Il est vrai que s'expliquant fouvent trop
peu ,furtout dans les endroits difficiles ,
il femble qu'il ait craint de dire trop haut
fon fecret , & de mettre dans l'ufage commun
les vérités qu'il avoit découvertes ,
comme s'il eut été le Mentor de quelque
éleve de qui il auroit craint les mêmes
plaintes qu'Alexandre faifoit à Ariftote
lorfque ce Prince reprochoit au Philofophe
d'avoir publié fes ouvrages , & fait
partager à tout le monde des connoiffances
qu'il eût été jaloux de pofféder feul.
Cette affectation de M. Newton eft
d'autant plus fenfible , qu'après s'être
énoncé à la façon des oracles pour expofer
les endroits les plus difficiles de fes
principes , il paroît enfuite fe livrer avec
complaifance à des détails & des vérités de
calcul , fur lefquels les lecteurs ne fe feroient
aucun fcrupule de s'en rapporter
lui .
Il a refulté delà que fon Livre, très- difficile
àentendre, ne peut être bien compris
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
que par
des gens auffi verfés que lui dans
la plus fublime Geométrie , & qu'il exige
d'eux un travail très- opiniâtre ; qu'ainfi il
y a très peu de gens en Europe à portée
de le lire & de l'entendre , delà ceux qui
ont faifi une partie de fes découvertes , &
qui ont trouvé ce qu'ils comprenoient
d'accord avec les phenoménes, fe font peu
fouciés d'approfondir le refte de l'ouvrage
, & l'ont adopté fans examen.
D'autres, rebutés par la difficulté , n'ont
point voulu quitter des erreurs qui leur
étoient familieres pour des vérités trop
difficiles à comprendre , & cherchant à attaquer
le nouveau fyftême par la métaphyfique
, dont on croit toujours être affés
pourvû , ils ont fait contre l'attraction des
objections qui feroient peut-être folides ,
fi M. Newton ne les eût refutées d'avance,
en avertiffant plufieurs fois qu'il n'employe
le mot d'attraction qu'en attendant que
l'on en trouve la caufe.
Nous ne fuivrons pas M. Clairaut dans
F'expofition qu'il fait du fyftême de M.
Newton. Il en développe les principes
de la maniere la plus favorable pour leur
illuftre Auteur. Jufqu'à préfent la beauté
de ce fyftême avoit tellement frappé , que
féduit par l'accord de fes principales parties
avec les phénoménes , on s'en étois
"
DECEMBR È . 1747. 79
rapporté à l'Auteur fur ce qu'on n'entendoit
pas . Cependant quelque degré de
confiance que l'on ait dû avoir pour ce
grand homme , la confiance, qui ne donne
que des probabilités, peut- elle fuffire à des
Mathématiciens , qui par le moyen du calcul
ont , pour ainfi dire , la vérité à leurs
ordres ? M. Clairaut après avoir examiné
long- tems la théorie de M. Newton , fans
en tirer la conviction qu'il attendoit , s'eft
déterminé à ne plus rien emprunter de lui ;
il a cherché directement la déterminarion
des mouvemens céleftes d'après la feule
fuppofition de l'attraction mutuelle.
Il falloit pour y parvenir commencer
par ce problême. Trois corps étant donnés
avec leurs pofitions , leurs maffes & leurs vi
teffes trouver les courbes qu'ils doivent déerire
par leur attraction fuppofée proportionnelle
aux maffes & en raiſon inverſe du
quarré de la diftance.
>
Bien des Géometres avoient fenti que
ce n'étoit qu'en déterminant ces courbes ,
que
que l'on pouvoit arriver à quelque chofe
de fatisfaifant fur le fyftême du monde ,
mais perfonne ne les avoit trouvées. M.
d'Alemberg , dont le nom , ainfi que celui
'de M. Clairaut , eft déja répandu dans
toute l'Europe fçavante , travailloit en
même tems que lui à ce problême , & M.
Dilj
80 MERCURE DE FRANCE.
Newton avoit deux rivaux dignes de lui.
L'un & l'autre ont remis leurs folutions à
l'Académie le même jour.
M. Clairaut a tiré de la fienne tous les
fecours qu'elle offroit , pour juger nonfeulement
des propofitions du troifiéme
Livre de M. Newton , fi difficiles à entendre
, mais même de la réalité de tout le
fyftême.
De toutes les inégalités qui affectent le
mouvement de la Lune , la plus effentielle
à examiner & celle que M. N. a traitée
le plus obfcurement , eft le mouvement
de l'apogée . C'eft de ce point qu'on part
pour employer celle des corrections du
mouvement de la Lune , qu'on appelle
équation du centre. Cette équation peut aller
jufqu'à fix ou fept degrés , qu'il faut
tantôt ajouter , & tantôt retrancher , fuivant
la poſition où la Lune eft par rapport
à l'apogée. Or comme le lieu de l'apogée
de la Lune , loin de répondre au même
point du ciel ,fait une révolution en moins
de neuf ans , il faut donc, pour ajouter foi
à la théorie de M. N. prouver qu'elle
conduit à une telle révolution.
Si cette théorie ne donnoit point de
mouvement à l'apogée , ou qu'elle lui en
donnât un affés éloigné du réel , pour ne
pouvoir pas en jetter les differences fur les
DECEMBRE . 1747-
erreurs des obfervations , elle feroit dèslors
condamnée fans appel , puifqu'on fe
trouveroit plus éloigné du vrai , qu'on ne
l'étoit du tems des premiers Aftronomes
qui fuppofoient que la Lune fe mouvoit
uniformément dans un cercle autour de
la terre ; car dans cette fuppofition on ne
pouvoit jamais fe tromper que de fix ou
Tept degrés pour la détermination d'un lieu
de la Lune , au lieu qu'en fixant mal la
révolution de l'apogée , on ajoutera fouvent
au lieu moyen une équation de fix
ou fept degrés , tandis qu'il la faudroit retrancher
, ce qui produira une erreur de
treize ou quatorze degrés.
M. C. fentant combien il étoit important
de déterminer le mouvement de l'apogée
, a cherché à le faire par la folution
du problême général dont nous avons
parlé.
Cette operation étoit plus difficile que
la folution même du problême , parce
qu'en déterminant l'orbite d'une planette,
on peut négliger fans fcrupule de petites
quantités qui ne fçauroient faire d'erreur
confidérable pour une révolution , mais
qui peuvent devenir d'une conféquence
infinie dans un auffi grand nombre de révolutions
qu'il en faut pour connoître le
mouvement de l'apogée .
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Après un calcul exact & fcrupuleux ,
M. C. n'a pas été mediocrement furpris
lorfqu'il a trouvé que la théorie de M.
N. rendoit le mouvement de l'apogée au
moins deux fois plus lent que celui qu'il
a par les obfervations , c'eſt-à-dire , que
période de l'apogée , telle qu'elle fuivroit
de l'attraction proportionnelle au quarré
des diftances , feroit d'environ dix -huit ans,
au lieu de nenf dont elle eft réellement.
la
M. C. nous avoue qu'il fut d'abord
tenté d'abandonner l'attraction , & fans
doute ceux qui avoient de la peine à l'admettre
, foit raifon , foit prévention , ſoit
humeur contre le fafte avec lequel on l'avoit
étalée , & la hauteur avec laquelle on
avoit infulté à l'ancien fyftême , feront de
cette découverte le fujet d'un grand triomphe
, mais il ajoute que faifant réfléxion
à la quantité des phénoménes avec lefquels
elle s'accorde , il lui parut plus difficile
de la rejetter que de l'admettre.
Il l'a donc admife , mais c'eft en fubftituant
une autre loi à celle, fuivant laquelle
M.Newton prétendoit que l'attraction agiffoit
. Cette fameufe loi du quarré des
diftances , qui s'accordoit avec les mouvemens
des planettes principales étant démentie
par la Lune ,fuivant M. C. il en
propofe une autre qui và également à tous
DECEMBRE. 1747 . 83
les phénoménes céleftes , & qui convient
même à ceux qui fe paffent fous nos yeux ,
tels que la rondeur des goûtes des fluides ,
l'afcenfion & la dépreffion des liqueurs
dans les tuyaux capillaires , l'incurvation
des rayons de lumiere , &c. Il feroit trop
difficile d'expliquer ici en quoi confifte
cette nouvelle loi. Il faudroit l'analife
pour la faire entendre , il fuffira de dire
que cette loi eft telle qu'à des diftances
confidérables , comme celles des planettes
principales , elle differera très- peu de la
Joi du quarré des diſtances , au lieu qu'à
de petites diftances , comme celle de la
Lune à la terre & de la furface de la terre
au centre , cette loi nouvelle differera trèsfenfiblement
de la loi établie par M.
N.
La folution du problème général dont
nous avons parlé , n'a pas conduit ſeulement
M. C. à la détermination de l'orbite
de la Lune , elle lui a donné celle de Saturne
plus difficile à déterminer .
M. N. avoit bien remarqué que cette
planette étant affés voifine de Jupiter , devoit
éprouver fon attraction affés fenfi
blement , pour que fa marche en fut alterée
, mais il n'avoit point enfeigné les
moyens de connoître la quantité de l'altération.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
par
Le peu d'accord des méfures du pèndule
avec les déterminations de l'arc du
méridien faites M. C. lors de fon voyage
en Laponie pour déterminer la figure
de la terre , ces obfervations confirmées
par celles que Meffieurs Bouguer & de la.
Condamine avoient faites fous l'Equateur ,
avoient déja donné à M. C. quelques doutes
fur l'attraction , mais jufqu'à ce qu'il
eût trouvé cette théorie victorieufe &
appuyée fur le fondement inébranlable du
calcul , fes doutes avoient été trop foiblespour
détruire le préjugé qui militoit pour
M. N.
Au reste M. C. ne prétend pas donner
une loi d'attraction qui ne puiffe fouffrir
aucune correction , mais on peut avancer
hardiment que les changemens que pourra
fouffrir cette loi nouvelle , ne feront jamais
de la nature de celui qu'il fait à la loi
de M. N. & dans l'état actuel des chofes
il nous importeroit peu de les connoître.
Si c'étoit par la perfection que les obfervations
auroient acquifes depuis M.
N. qu'eût été reconnue l'erreur de ſa loi ,
M. C. pourroit craindre d'être à fon tour
contredit un jour par de nouvelles obfervations
, mais ici c'eft le flambeau feul de
la Géométrie qui lui a ouvert les yeux , c'eft
DECEMBRE. 1747.
par
un calcul rigoureux qui lui a fait voir que
la fuppofition du Géométre Anglois conduifoit
à un réfultat totalement oppofé à
ce qu'on fçait depuis les tems les plus reculés.
Ainfi on ne peut apprehender des
obfervations qu'on fera
la fuite que
des changemens auffi peu effentiels par
rapport au fond de la loi , que le font à
l'égard des élemens aftronomiques déterminés
dans le fiécle paffé , les corrections
qui ont fuivi des obfervations recentes ,
quelques minutes ou même quelques fecondes
fur la pofition des points principaux.
Si c'eft une affés grande gloire pour un
Geométre que d'entendre M. N. quel
triomphe ne doit- ce pas être que de le corriger
? Cet évenement peut avoir des fuites
plus confidérables , & c'eft peut-être
ici l'éclair qui annonce un grand orage .
Cette découverte met aujourd'hui le nom
de M. C. à côté de celui de M. N. pourquoin'efpererions
- nous pas que perfectionnant
fes fublimes travaux il arrivera un
jour au-deffus ? Cette théorie de la Lune
fecondée des obfervations des habiles Af
tronomes , peut conduire un jour à la découverte
des longitudes , laquelle donnera
à fon Auteur des droits fur la reconnoiffance
de tous les pays & de tous les hom
86 MERCURE DE FRANCE.
mes. Ce premier fuccès de M. C. fes ta
lens fublimes & reconnus depuis longtems
pour la Géométrie , ne lai donnentils
pas les plus flateufes efperances de parvenir
à ce but , s'il eft poffible d'y arriver
jamais ?
Finiffons par une réflexion. Il eft dans
l'ordre des chofes poffibles que nous
voyions de nos jours brifer une idole qu'on
a encenfée jufqu'ici avec un fanatifme
affecté. Les meilleurs Géométres de l'Europe,
fans contredit , font en France ; leurs
talens & leur application donnent lieu
d'augurer les plus brillans fuccès. Mais
alors feroit-il raifonnable d'infulter aux
vaincus& d'outrager la mémoire d'un grand
homme , qui en fe trompant a donné les
moyens de faire voir qu'il s'étoit trompé ?
C'est ce que quelques partifans de l'attraction
ont fait à l'égard de Defcartes ,
lequel malgré les erreurs , mérite & obtiendra
dans tous les tems l'eftime & le
refpect des véritables fçavans. Si le regne
de M. N. alloit finir , comme celui de
fon prédéceffeur , exhortons d'avance les
difciples des nouveaux maîtres à ne point
imiter le mauvais exemple qui a été donné
jufqu'ici . Un Monarque vaincu & dans
les fers mérite encore les refpects de fes
ennemis . Defcartes s'eft trouvé dans ce
DECEMBRE. 87
1747.
cas vis-à-vis de M. N. & celui- ci peut
s'y trouver un jour & peut-être inceffamment;
le fort des fyftêmes eft auffi peu
ftable que celui des armes , avec cette
difference qu'un Général d'armée qui a été
battu , peut le lendemain remporter la victoire
, mais qu'il eft rare qu'un fyftême détruit
reprenne le deffus.
LE TRIOMPHE DE L'ANE ,
Fable nouvelle.
D
Ans une plaine , aux pieds des montagnes
d'Afe
,
Un lion honoroit de fa protection
Quatre autres animaux utiles pour
fa vie ;
Chacun auprès de lui , faifoit fa fonction ;
L'induftrieux caftor s'annexa pour partage
Le foin de lui bâtir un fuperbe palais ,
Où ce Monarque , au moins à l'abri de l'orage ,
Aum heu de fa Cour puiffe regner en paix .
De ce louvre nouveau la formidable porte
'Fut confiée au noble & fougueux léopard ,
Qui feul fervant au Prince & de garde & d'ef
corte ,
Bravoit notre architecte & mépriſoit fon Art.
Ennemi de la guerre , enfant de la molleffe ,
Le finge effrontément tranchoit du bel efprit ,
88 MERCURE DE FRANCE.
Et jouoit tellement fon rôle avec adreſſe ,
Qu'aucun près du lion n'avoit tant crédit ,
Tandis que fous le faix d'une charge pefante ,
Effuyant la fatigue & la chaleur du jour ,
L'âne feul apportoit une herbe nourriffante ,
Que le lion fans lui partageoit à la Cour.
Nos joyeux Courtifans , fiers de leur induſtrie ,
Du zélé pourvoyeur méprifoient les talens ,
Tant & fi bien , qu'un jour piqué de jaloufie ,
Il fe promit auffi de rire à leurs dépens.
Tout refpiroit alors la joie & l'abondance ,
Quand l'âne décampant dès la pointe du jour ,
Fit connoître.bientôt , par quatre jours d'abſence ;
A quel point fon fervice étoit utile en Cour.
Le lendemain tout manque ; un fecond jour fe
paffe ,
Point de nouvelle , alors réduits au défeſpoir ,
Sur le peu qui reftoit , le lion fait main baffe ,
Et laiffe aux Courtiſans le foin de ſe pourvoir.
Tous fort embarraflés , car faute de culture ,
La terre en cet endroit n'enfantoit plus de grain ,
Abbattus , confternés , dénués de pâture ,
Maîgres , foibles , défaits , prêts à mourir de faim ,
Nos altiers Courtifans , loin de ce vil confrere ,
Sentirent vivement dans cette extrêmité ,
A quel point fon emploi leur étoit néceffaire ,
Lorfque pour mettre fin à leur calamité ,
Par fa bruyante voix l'âne fe fit entendre ,
C
DECEMBRE. 1747 . 89
1
Auffi tôt chacun d'eux , s'animent à ce bruit ,
Tous volent au devant , & de l'air le plus tendre
Soudain vers le palais l'âne en pompe eft conduit.
Le lion le careffe , & d'un ton de clémence ,
Soyez le bien venu , dit-il , en l'embraffant ,
Vous , par qui nous voyons renaître l'abondance :
A ma Cour déformais , vivez fplendidement ,
Et pour montrer combien j'eftime votre office ,
A commencer par vous , je veux qu'à l'avenir
Que qui l'exercera , fur le champ s'annobliffe ,
Et qu'aux plus hauts emplois il puiffe parvenir.
Nos humbles Courtifans inftruits par l'indigence ,
Contre un fi jufte arrêt , loin d'ofer murmurer ,
Vêcurent avec l'âne en bonne intelligence ,
Sans que depuis l'orgueil ait pû les féparer.
C'eftainfi que pour mieux cimenter l'harmonie,
A l'emploi qui fouvent nous paroît le plus bas,
Du Souverain des Dieux la ſageſſe infinie
Semble avoir attaché le bonheur des Etats.
Par M. Cheret Négociant , rue de la Harpe
au coin de la rue Poupée à Paris.
90 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. Dordelu du Fays à
Madame la Marquife D ** , où il la rend
juge des raifons qu'il apporte pour la défenfe
de fes Obfervations historiques fur la
nation Gauloife , contre les Réflexions Critiques
de M. l'Abbé A***.
J
E ne puis differer , Madame , à vous
apprendre qu'à mon retour de la campagne
je trouvai une critique lancée contre
mes Obfervations fur la nation Gauloife.
Elles paroiffent fous votre nom , &
vous en faites trop de cas pour ne point.
me flater que vous voudrez bien être
juge de quelques raifons que j'ai l'honneur
de vous préfenter pour la défenfe de cet
ouvrage.
L'Auteur le déchaîne par tout contre
moi , & il m'accufe d'injuftice à l'égard de
Tite-Live au fujet de Brennus ; il ignore
fans doute que je ne fuis que le rapporteur
des piéces contre cet Hiftorien , & que
j'ai feulement fuivi la fentence qu'on a
fouvent portée en certains points contre
lui.
Je nie pofitivement la victoire de Camille
, & à jufte titre ; les autorités dont je
me fuis déja fervi ne font que trop fuffiDECEMBRE.
1747. 91
fantes pour en convaincre , & elles me paroiffent
trop foiblement combatues , pour
qu'il foit néceffaire de vous les rappeller
ici fous un nouvel aſpect .
Je ne vais qu'examiner où Tite-Live
peut avoir puifé ce qu'il dit dans fon cinquiéme
livre fur la défaite de Brennus par
Camille.
Il est postérieur d'environ quatre cent
ans au regne de ce Roi des Gaules , ainf
il ne peut fçavoir ce qui s'eft paffé dans le
tems que par la tradition ou par les Hiftoriens
qui l'ont précédé . Or ces deux
moyens font directement oppofés à ce qu'il
dit , par conféquent la victoire de Camille
fur Brennus n'eft qu'une fuppofition de fa
part.
La tradition ne lui eft nullement favorable
, puifque Suetone rapporte dans la
vie de Tibére qu'il étoit conftant parmi les
Romains que Camille ne pût jamais ôter
aux Gaulois les mille pefans d'or , mais
que depuis Drufus , étant Préteur des Gaules,
les rapporta à Rome.
Les Hiftoriens qui ont écrit avant Tite-
Live font conformes à cette tradition ;
Polybe qu'il a fuivi prefque en tout , l'avoue
pofitivement dans fon fecond livre ,
lorfqu'il dit que les Gaulois , Boïens &
Infubriens qui habitoient l'Italie , étant
92 MERCURE DE FRANCE.
en guerre avec les Romains demanderent
du fecours aux Geffates , & que pour les y
engager ils leur repréfenterent les exploits
de leurs ancêtres , qui après la victoire
qu'ils avoient remportée dans une pareille
entreprise s'étoient rendus maîtres de Rome
, d'où étant fortis fept mois après par
un effet de générofité , ils étoient revenus
dans leur patrie chargés de lauriers & des
dépouilles de leurs ennemis.
Ce fait eft avoué de prefque tous les
Auteurs qui ont fuccedé à Tite- Live . Ces
Auteurs font Trogue Pompée , Suetone ,
Orofe , Frontin , Ruald & Palmere .
Je cite ces deux derniers qui lui font
de beaucoup poftérieurs , parce qu'ils fe
font particulierement appliqués à démafla
flaterie de Tite- Live fur la victoire
de Camille fur Brennus.
quer
Ruald fait voir dans fes Commentaires
fur Plutarque que cet Ecrivain étoit trop
verfé dans l'Hiftoire , pour avoir crû que
Brennus avoit été défait par Camille , &
qu'il n'a fuivi Tite-Live dans la vie de ce
Sénateur, que pour s'en faire gloire auprès
des Romains.
Palmere va plus loin . Il dit que Tite-
Live ne quitte Polybe que lorsque l'interêt
ou la paffion lui fait abandonner lé
parti de la vérité , & que l'élégance & la
DECEMBRE. 1747. 93
beauté de fon ftyle étoient le voile trompeur
de fon impofture. Il cite même les
Auteurs qui découvrent la baffeffe de fa
flaterie pour les Romains & de fes reffentimens
contre les Gaulois.
Bien plus , il fe fert de Tite- Live même
pour le confondre par un trait d'Hiftoire
tiré de Polybe qu'il a imprudemment
inferé dans fon dixiéme livre , où il fait
dire aux Samnites que les Gaulois
avoient tenu les Romains fous leur joug
dont l'or feul avoit pû les délivrer . En
cela ils ne difoient que la vérité , remarque
l'Hiftorien,fans fe fouvenir qu'il avoit
dit ailleurs en parlant de Camille , lorfqu'il
le fait venir contre Brennus , que les
Dieux n'avoient jamais permis qu'il fût
reproché aux Romains d'avoir été rachetés.
" C'eft ainfi que cet Auteur fe confond
avec lui-même dans fa flaterie , & que les
Gaulois font vengés de la haine qu'il leur
portoit.
Brennus ne fut donc pas défait , comme
le difent Plutarque & Polyen , deux
faux témoins de Tite- Live ( dit Palmere . )
Il n'eft pas même fait mention de ce Sénateur
dans les Hiftoriens que je leur oppofe
, au contraire fi on les croit , [ comme
mon adverfaire auroit pû le remarquer
94 MERCURE DE FRANCE.
dans les douziéme & treiziéme pages ]
Brennus fortit triomphanr non-feulement
de Rome & de l'Italie , mais encore de la
Gréce & de la Macédoine.
Si tant de glorieux exploits attribués à
ce feul Roi des Gaules font un paradoxe
à mon Critique , qu'il s'approche de tout
ce que les Hiftoriens nous fourniſſent à
ce fujet , & il verra diffiper les ténébres qui
lui cachent la vérité.
Qu'il fuive Juftin dans fes contradictions,
il s'affûrera que le Brennus qu'il prétend
être resté aux portes de Rome , n'a
point borné fes conquêtes dans l'Italie.
Cet abbréviateur de Trogue Pompée au
vingt-quatriéme livre de fon Hiftoire ,
fait entrer dans la Grèce fous le regne de
Prolomée , frere d'Arfinoë , deux armées
de Gaulois, commandées par deux Princes,
qu'il nomme , l'un Brennus & l'autre Belgius
. Ces malheureux Princes perdirent
entierement leurs troupes , & leur vie au
fiége du Temple de Delphes,
Et dans fon trente-deuxième livre il raconte
qu'un Brennus ayant formé l'attaque
du Temple de Delphes , n'eût pas tout
le fuccès qu'il avoit defiré , qu'au contraire
il y laiffa la vie , & que Les troupes
faifies de frayeur fe retirerent dans l'Afie
& dans la Thrace , d'où elles revinrent
DECEMBRE. 1747. 95
dans les Gaules . Une colonie s'établit au
confluent du Danube & de la Save . Les
Tectofages emporterent avec eux les richeffes
de ce Temple , mais ils furent
obligés de les jetter dans un lac près de
Toulouſe , pour le garantir des maux qui
pourfuivoient par tout les raviffeurs de cer
or facré.
Quel parti faut- il prendre , Madame
dans deux rapports fi oppofés ?
Ou Brennus dont parle Juftin dans fon
vingt quatriéme livre , s'empara du Tem
ple de Delphes , & fon armée ne fut point
entierement défaite , ou ce n'eft pas le
Brennus que les Tectofages avoient fuivi ;
pour moi j'adopte le dernier fentiment ,
& je foutiens qu'ils fuivirent le Brennus
qui fe rendit maître de Rome la même année
, qu'Artaxerces donna la paix à toute
la Gréce.
Je me fonde fur le vingt-huitiéme livre
du même Juſtin , où il dir que les Gaulois
s'étoient rendns maîtres de toute l'Italie
& de la Grèce , pendant la confternation
où ils avoient jetté les Romains , en détruifant
leur ville par le fer & le feu.
Les autorités de Paufanias & d'Appien
d'Alexandrie achevent de me convaincre
.
Paufanias obferve que le Général Gau
96 MERCURE DE FRANCE .
lois qui échoua au Temple de Delphes ,
defcendoit des Celtes établis en Pannonic
fous Sigovele , & que celui qui prit Rome
étoit Sénonois .
Appien diftingue les peuples des deux
expéditions que les Gaulois ont faite en
Afie , fçavoir les Cimbres & les Antariens
dans la premiere , & dans la feconde les
Scordifes defcendus des Gaulois de la Pannonie
, ainfi je ne vois plus de doute fur la
difference des deux Brennus , & il eſt évident
que les Gaulois qui firent la premiere
expédition en Afie avoient à leur tête le
même Brennus qui prit Rome , & que
Brennus & Belgius qui défirent Prolomée ,
frere d'Arfinoë , furent Chefs de la feconde.
Ce qui eft difficile à démêler c'eft la
maniere confufe avec laquelle Tite - Livo
décrit la tranfmigration des Gaulois en
Afie ; il parle d'un Brennus & de deux
Princes qui pafferent dans cette partie du
monde à la tête de vingt mille combattans
; ils remirent fur le trône de Bithynie
Nicoméde malgré les efforts de fon frere
Tiboë ; il ne leur refta que dix mille hommes
qui fe multiplierent de telle forte &
devinrent fi redoutables , qu'ils rendirent
tributaire une partie de l'Afie ; ils fe partagerent
en trois peuples , fçavoir les
Toliftoboges ,
DECEMBRE . 1747.- 97
Toliftoboges , les Trocmes , & les Tectofages.
Qui peut croire que dix mille hommes ,
trifte refte d'une armée fi nombreuſe , ſe
foient emparés des plus belles régions de
l'Orient , & qu'ils ayent foumis le refte à
leur domination ?
Tite Live voile en effet la vérité
dans cet endroit , mais on n'eſt pas dupe
de fa tromperie , lorfqu'il eft à la
fuite des Hiftoriens que je viens de citer.
On découvre facilement qu'il confond
fous le nom feul d'un Brennus les conquêtes
de deux , & qu'il auroit dû diftinguer
le premier qui conduifit les Tectofages ,
en Afie , d'avec le fecond qui fecourut
Nicoméde.
Voilà , Madame , tout mon fyftême ; il
eft à préfent aifé de répondre aux objections
que l'on me fait. La principale eſt
de differencier les deux Brennus , en ce
que l'un eftappellé Regulus, & l'autre Dux,
& de dire que le Regulus a été défait
auprès de Rome , & que le Dux a vêcu
deux cent ans après la victoire de Camille.
L'objection eft nulle & la preuve en eft
fauffe , parce que le titre de Regulus que
Tite-Live donne au Brennus de fon cinquiéme
livre, eft placé là fort mal à
I Vol.
E
propos,
8 MERCURE DE FRANCE.
puifque ce Roi des Gaules étoit à la tête de
trois cent mille hommes .
Pour le Brennus du troifiéme livre , il
n'eft appellé que Dux , encore avec plus
d'injuftice , puifqu'il avoit au moins autant
d'autorité dans l'armée qu'il conduïſoit ,
que Leonoric & Luthaire, qui font appellés
Regulus ; par conféquent il peut être le
même Brennus , & quand il ne le feroit
pas, j'en ai toujours admis deux .
Le Dux , dit mon Critique , vivoit du
tems de Nicoméde II. d'Attale II. &
d'Antipater Général d'Antiochus le Grand,
Cela eft faux , & voici comment. Nicoméde
Fondateur du Royaume de Bithynie
eft le feul du nom qui reçût du fecours
des Gaulois contre fon frere Ziboé , par
conféquent le regne de Brennus ne fe
rapporte point à celui de Nicoméde II.
Antipater Général d'Antiochus le Grand
n'eft pas celui qui vivoit du tems de Brennus
, mais un Antipater qui fuccéda à Meleagre
Roi de Macédoine , dans le tems
que Ptolomée Ceraune ,frere d'Arfinoé, fut
tué, deux cent quatre- vingt ans avant Jefus,
Chrift. Je me borne là , Madame , crainte
de tomber dans des inepties peu capables
de vous être préfentées , il fuffit que l'on
n'en veuille qu'à la victoire de Camille
fur Brennus que je prétends nier , & que
DECEMBRE. 1747 .
99
je croye y avoir fuffifamment répondu.
C'est à votre juftice & à votre érudition
d'en décider ; pour moi je ne defire d'autre
gloire que de vous affûrer du refpec
très-profond avec lequel j'ai l'honneur
d'être , &c.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Novembre font l'écran
, lejaloux , le tonneau & la fièvre. On
trouve dans le Logogryphe , fi , fiere,feu
& féve.
ENIGM E.
Uoique du fexe feminin
Je fuis fecrette au dernier point.
A garder un dépôt je fuis inviolable ;
Je ne m'enfuirois pas quand il viendroit un diable,
Dans mon pofte toujours reftant en faction ,
Je chaffe un curieux avec confufion.
Sous mon aufpice on peut en confiance entiere
Dépofer fon tréfor mieux que chés un Notaire ;
J'ai ma garde dont rien n'eft jamais bien venu
S'il ne porte fur lui le fignal convenu.
Eij
100 MERCURE
DE FRANCE.
Moi cependant , qui tous voleurs affronte ,
Un roflignol maudit quelquefois me furmonte,
AUTRE.
E fuis fans nul fecours , quoique près des mortels
, JE
Moi de qui la bonté mérite des autels.
Certain peuple jadis par un fol eſclavage
A mes productions rendoit un vain hommage ;
Mais jamais en mon nom, il n'a brûlé d'encens.
Chacun me foule aux pieds en prenant mes préfens.
Le mortel infolent à mon viſage crache ,
Mais je fouffre ces maux & jamais ne m'en fâche.
En quelque lieu qu'on foit , par tout je fais dų
bien .
Bacchus,le Dieu Bacchus ,fans moi ne feroit rien ;
Je fuis vieille, grand'-mere, & nul n'aura monâge ;
Que de gens au Palais entraîne mon partage !
Je fuis tiche & jamais les tréfors d'un grand Roi
Ne pourront égaler ce que je tiens en moi .
J'ai bien plus de pays que les plus grands Monarques;
Que celui qui pourra me connoiffe à ces marques;
On abeau me charger , je n'en peſe pas plus ;
Je renferme dedans ce qui vivoit deffus ;
J'exifte en Italie , en France , en Angleterre ,
En Turquie , en Eſpagne & par toute la terre,
DECEMBRE. 1747. 107
J
AUTRE.
E n'étois pas connu dans l'âge d'innocence ;
C'est au crime , lecteur , que je dois la naiſſance ;
Jadis chés le Romain j'étois long & traînant ;
Je fuis chés le François un corps très -inconftants fuis- chés
J. F. C. de Semur en Auxois
AUTRE.
N peut me regarder comme être néceffaire
Selon la fable j'eus un enfant téméraire' ;
C'estmoi qui fais briller les plus vives couleurs":"
Sous nies pas on voit naître & les fruits & les
fleurs.
Par le même.
D
LOGO GRYP HE.
Es plus riches Palais on me fait l'ornement
J'imite la nature , elle eft mon truchement ;
2 , 3 , 5 , joignez 4 , on m'arracha la vie ;
Par un frere jaloux elle me fut ravie .
1 , 2 , 3 , 4, & s , fans ceffe autour de moi
Je vois ceux que Bacchus tient rangés fous fa loi
5, 6 , & 7 , je fuis un élement terrible ;
&
Je deviens pour plufieurs un monument horrible
3,2,1,5,6,7 , l'effort des matelots
M'ouvre un libre chemin dans le milieu des eaux
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
3 , 2 , 4 , avec 5 , mon atteinte mortelle
Couvre fouvent les yeux d'une nuit éternelle ;
3 , 2 , 4,je fuis un fpectacle enchanteur ;
.
Je corromps très- fouvent & l'efprit & le coeur ;
2,4,3 , & 5 " une ville Latine ;
Au fils d'un grand Héros je dois mon origine.
Par le même.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
O
Nimprime à Vienne en Autriche une
belle & fuperbe édition de tous les
ouvrages d'Hyppocrate , qui doit intéreſſer
ceux qui étudient la Médecine , & de
laquelle on a déja publié le premier volume.
Jufqu'à préfent dans toutes les éditions
des oeuvres de ce Prince de la Médecine , le
texte étoit défiguré & obfcurci par quanti
té de fautes. La même raifon faifoit que
les verfions étoient fouvent differentes entr'elles
, fautives , obfcures , & infuffifantes .
M. Etienne Make qui donne aujourd'hui
cette nouvelle édition a fenti que l'obfcurité
qui fe trouve dans plufieurs paffages
d'Hyppocrate , venoit plutôt du vice du
DECEMBRE. 1747. 103
texte que du ftyle de ce célebre Médecin
& il a cherché avec foin les moyens de re
medier à cet inconvenient. Il a heureu
fement trouvé dans la Bibliotheque de la
Reine de Hongrie plufieurs manufcrits
grecs des oeuvres d'Hyppocrate , & deux
exemplaires imprimés , dont l'un a appartenu
à Giovanni Sambuco , & l'autre à
Giano Cornaro . L'un & l'autre ont chargé
les marges de leur exemplaire de variantes
& de reftitutions ; aidé de ces fecours
M. Make a corrigé & reftitué plufieurs
paffages qui jufqu'à préfent avoient été dé
figurés , & dont quelques - uns étoient inin
telligibles. Il a en même tems perfectionné
la verfion latine , en faveur de ceux qui
n'entendent pas le grec , ou qui ne l'entendent
qu'imparfaitement , ce qui compofe
le plus grand nombre : on y trouve auffi
un petit traité des mefures des anciens
chofe néceffaire pour bien entendre les
dofes que preferit Hyppocrate. On verra
à la fin l'expofition des mots d'Hyppocrate
faite par Galien , le lexicon d'Herofien ,
les phraſes d'Herodote , & enfin l'index
de Pierre Dupin. Ce premier volume eſt
orné du portrait du docte éditeur , lequel
eft accompagné de vers élégans & flatteurs
compofés en Hebreu & en Grec , encens
analogue au genre de fon travail . La Mé-
>
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE
decine eft la feule des fciences qui appar
tiennent à la Phyfique , dans laquelle
nous foyons furpaffés par les anciens. L'Anatomie
, l'Hiftoire naturelle , la Botanique
, l'Aftronomie , la Géometrie ont fait
les progrès les plus brillans , mais au contraire
Hyppocrate & Galien n'ont été ni
furpaffés , ni égalés par aucuns de leurs
fucceffeurs , & ils font encore les oracles
de la Médecine , ce qui non feulement
prouve la fuperiorité de leur génie , mais
pourroit encore faire préfumer que la Nature
a mis desbornes fort étroites aux connoiffances
qu'on peut acquérir en cette
partie , puifque depuis deux mille ans qu'-
Hyppocrate a écrit , elle a été cultivée par
des gens du plus grand mérite , dont le
peu de fuccès ne peut pas raifonnablement
être attribué à l'infuffifance de leurs talens.
·
On a imprimé à Nanci une Hiftoire du
Pontificat d'Eugene III. dédiée à M. de
Montmorin Evêque de Langres. Quoique
ce fouverain Pontife n'ait fiegé que 8
ans,la fupériorité de fes talens , & l'importance
des chofes, qui fe font paffées dans ce
court efpace de tems , rendent ce point
d'hiftoire intéreffant. Quand il monta fur
la chaire de S. Pierre , Rome depuis plu
fieurs années étoit déchirée par des factions
puiffantes. Arnauld de Breffe étoit à la tête
DECEMBRE. 1747. 105
d'un parti de rebelles , qui prétendoient
fouftraire Rome à l'autorité du Pape , &
faire de cette Capitale de l'Italie une République
fouveraine & indépendante. Lu
cius yfut tué dans une émeute populaire ,
en voulant l'appaifer le 1 Fevrier 1145 :
dans des circonftances fi critiques les Cardinaux
ne crurent pas devoir attendre le dé
lai prefcrit par l'ufage , de peur de donner
à la fédition le tems de prendre de nouvelles
forces. Ils entrerent au Conclave le
lendemain de la mort du Pape , & le danger
public réuniffant les efprits , on élut
unanimement Bernard de Pife , Abbé de S.
Anaftafe, qui prit le nom d'Eugene III . Le
nouveau Pape ne trouva pas les efprits pluss
difpofés à l'obéiffance qu'ils lui devoient.
Lalédition recommença , & il fut obligé
de fortir de Rome avec les Cardinaux &
les Prélats , & d'aller faire à Farfa la cé--
remonie de fon couronnement , tandis que
les rebelles pilloient Rome , l'Eglife même
de S. Pierre, & mettoient à feu & à fang
les Palais des Cardinaux.
Tel étoit le trifte état des affaires , cir
conftances funeftes & difficiles dans lef
quelles la prudence la plus éclairée , &
l'habileté la plus confommée étoient né
deffaires,& pouvoient même ne pas fuffire,,
mais ce détail nous meneroit trop loin. On
I w
106 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette hiftoire un détail circonf
tancié du Concile de Paris , auquel le
Pape préfida ; il s'agiffoit de condamner les
erreurs de Gilbert , Evêque de Poitiers ;.
on jugea dans le même Concile un Heretique
qui méritoit plutôt le nom de fou ,
que de fectaire , cet homme étoit Breton
& s'appelloit Eon- de-l'Etoile ; faiſant allufion
de fon nom avec ces paroles qu'il
avoit entendu chanter dans l'Eglife
per eum quijudicaturus eft vivos & mortuos ,
il prétendoit qu'il devoit juger les vivanst
& les morts , & lorfque le Pape l'interrogeant
lui deinanda qui il étoit. Je fuis ,
repondit- il , celui qui doit juger les vivans &
les morts ; les Peres du Concile déciderent
que cet homme méritoit plutôt d'être enfermé
comme fou qu'anathematifé comme
herefiarque ; mais ce qui doit furpren
dre , c'eft que cet infenfé eût des Sectateurs
, & que les fous fes difciples firent
affés de bruit pour qu'on fut obligé de les
reprimer férieufement , & d'en faire brûler
quelques -uns.
Le Docteur Ferdinando Coldari Florentin
, fait imprimer à Venife la Gnefe , traduite
en vers Italiens . Cet ouvrage eft divifé
en deux parties , dont il n'y a que la
premiere qui paroiffe encore.
Jo . ZACHARIA Platneri Dotloris &
DECEMBRE . 1747.-
107
mentorum's
Profefforis Med. Lipf. inftitutiones Chirurgie
rationalis tum Medica tum manualis , in
ufum difcentium , variis non nullorum ferraaneis
iconibus illuftrata.
Venetiis 1747 in-4°. p.623.
APHORISMI , de cognofcendis &
curandis morbis uberrimis, commentariis atque
animadverfionibus illuftratis , &c. Scriptore
Jo. Francifco Scardona , Rhodigino Philofopho
, & Medico Doctore , in- 4° . tom. 3. à
Padoue 1746 , chés Jean Manfré.
On vient d'imprimer à Verone quinze let
tres duMarquisMaffei,dont le nom eft connu
en France comme en Italie. Ces lettres
qui ont été écrites à differens Sçavans de
Lous les pays , contiennent des remarquesfur
divers objets de Phyfique & d'Hiftoire
paturelle, & fur-tout la défenfe du fyftême
de M.Maffei fur la formation de la foudre .
Ce Seavant prétend que le Tonnere va
toujours en s'élevant de bas en haut , &
qu'il le forme près de la terre. Dans la neus
vieme lettre addreffée à Jean Marinoni
célébre Aftronome demeurant à Vienne ,
M. Maffei repond à ceux qui l'avoient accufé
d'avoir avancé fans fondement
que
Fracaftor avoit connu l'ufage des Telefcopes
avant Galilée ; on trouve la preuve de
ce fait littéraire , qui a fon importance , à
la page 132 d'un ouvrage de Fracaftor , im-
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
primé en 1574 à Giunti & Venezia , &
qui a pour titre Degli omocentrici.
a
•
Le public auroit droit de fe plaindre de
nous , fi nous gardions le filence fur le
livre intitulé le Comedien , que nous avons
annoncé dans le dernier Mercure . Il eftétonnant
que perfonne n'eut encore fongé
à nous donner un ouvrage fur ce fujet
notre nation a pouffé l'Art Dramatique à
un point de perfection où aucun autre
peuple n'eft arrivé , & le goût que nous
avons pour les Spectacles affuroit l'Auteur
de fon fuccès. Il eft vrai que ce projet fouf
froit aufli des difficultés ; que pour repan
dre quelque lumiere fur la théorie d'un
art de goût , il falloit foumettre au raifónnement
& à Fanalyfe des vérités qui ſem
blent n'être que du reffort du fentiment ;
il falloit en concilier plufieurs qui paroiffent
fe contredire, diftinguer des nuances
très legeres & très- délicates. D'ailleurs
on rifque toujours lorfque l'on ouvre une
earriere nouvelle. M. R. a triomphé de
toutes les difficultés , il a démêlé par une
Métaphyfique très - fine les differens principes
de l'art du Comédien , quels font les
talens qui lui font néceffaires , & jufqu'à
quel point il doit poffeder , ou peut fe
paffer de chacunde ees talens . C'eſt-là l'objes
de la premiere partie ; il traite dans la
DECEMBRE. 1747. 109
feconde des moyens que l'art peut fournie
au Comédien
de perfectionner
les talens
que la Nature lui a donnés.
De toutes les qualités que donne la
Nature , la plus néceffaire à un Acteur ,
celle que l'art , ni tous les autres talens - naturels
ne peuvent fuppléer , & qui peut
feule fuppléer les autres , fi elle eft dans
un dégré éminent , c'eft le fentiment. Ca
qu'Horace a dit aux Poëtes , fi vis me flere
dolendum eft , M. R. le dit avec autant de
raifon au Comédien ; l'illufion , l'intérêt
le plaifir , tout eft perdu avec un Acteur
qui joue froidement , & fon infenfibilité
paffe dans notre ame. C'étoit fans doute
une des pins grandes parties du célébre Baron
, le Rofcius de la France. On fçait à
quel point cet excellent Acteur fe transformoit
dans le rôle qu'il jouoit ; on l'a fouvent
entendu en entrant für le Théatre,ou
après avoir récité ce qu'il avoit àdire , continuer
à dire tout bas les mêmes chofes
que le perfonnage qu'il repréfentoit étoit
fuppofé penfer. M. R. fait une réflexion
bien ingénieufe fur la facilité qu'a notre
ame à recevoir les impreffions de la trifteffe
d'autrui ; il fuffit de voir une perfonne fincerement
& juftement affligée pour s'attrifter
avec elle ; la vie des autres paffions
n'eft pas auffi contagieufe , nous voyons
#10 MERCURE DE FRANCE .
fans être fort émûs un homme fe livrer à
la plus violente colere ; nous reftons Lerieux
à la vûë d'un homme transporté de
la joye la plus vive , mais les pleurs ont
toujours le droit de nous toucher. Nés
pour la peine & pour les fouffrances , nous
lifons douloureufement notre deſtination
dans le fort des malheureux , & les infor→
tunes des autres font un miroir dans le
quel nous contemplons avec amertume les
miferes attachées à notre condition .
la On peut ajouter que par le lien que
Nature a mis entre tous les hommes , tout
malheureux femble , reclamer notre fes
cours , c'est à nous que s'adreffent fes pleurs
il femble nous dire, plaignez- moi , vengeze
moi,fecourez-moi , & la Nature lui repond
au fond de notre coeur , ainfi il nous rend
acteurs indifpenfables de la trifte fcéne
dont il eft la victime , mais quand un hom
me eft tranfporté de colere ou de joye , ik
n'a pas besoin de nous , ce n'eft pas à nous
qu'il s'adreffe , & nous le laiffons parce
qu'il ne nous cherche pas. M. R. eft fi per
fuadé de la néceffité du fentiment dans le
Comédien , qu'il veut qu'un Acteur ne fe
deftine point aux rôles de Héros , s'il n'a
Fame élevée , à ceux d'amans , s'il n'a le
coeur tendre , & il rappelle à ce fujet le fue
cès fingulier qu'un hazard de cette efpece
DECEMBRE. 1747. IFF
+
fit avoir à la Pfyché de Moliere. Il exige
auffi que le Comédien ait de l'efprit , & il
ne peut en avoir trop pour bien démêler
les fineffes de fon art. Nous ne pouvons
entrer dans le détail de toutes les qualités
que M. R. défire dans le Comédien , mais
nous ne finirons pas fans rapporter un prineipe
bien démêlé au fujet de la Comédie ; il
a dit aux Tragiques pleurez , fi vous voulez,
queje pleure , il dit au contraire aux Comiques
ne riez jamais ,fi vous voulez que je rie.
Il paroît un écrit intéreffant & curieux
fur le phénoméne à la mode . Il a pour titre
Obfervations fur l'Electricité , ou l'on tâche
d'expliquer fon méchaniſme & ſes effets fur
l'economie animale , avec des remarquesfur
fon ufage. Par M. Louis , Maître és - Arts ,
ancien Chirurgien Major des troupes du
Roi , affocié à l'Académie Royale de Chirurgie
, & Chirurgien de l'Hôpital Géné
ral de Paris à la Salpétriere.
Cet ouvrage eft dédié à l'Académie des
Sciences. L'Auteur divife toute fa matiere
en quatre fections . Il établit d'abord toutes
les notions qui font néceffaires fur l'objet
qu'il fe propofe d'examiner , & paffe enfuite
aux obfervations , où on lira le
pa
rallele des effets de l'Electricité avec ceux
du Tonnere , & fes conjectures fur leur
méchanifine. Il fe vend chés Laguette LiBIZ
MERCURE DE FRANCE.
braire , rue S. Jacques à la Croix d'or
LA THEORIE, & la pratique du
Jardinage , où l'on traite à fond des beaux
Jardins appellés communement Jardins de
plaifance & de propreté , avec les pratiques
de Géometrie néceffaires pour trouver
fur le terrain toutes fortes de figures , &
un traité d'Hydraulique convenable aux
Jardins , par M.... de l'Académie Royale
des Sciences de Montpellier , quatrième
édition ,revûë , corrigée & augmentée confidérablement
, & enrichie de nouvelles
planches , à Paris , chés Pierre-Jean -Mar
riette , rue S. Jacques aux Colonnes d'Her
cule , 1.747 in-4°.
INSTRUCTION pour les Novices
ouvrage qui peut être également utile aux
perfonnes féculieres , par le Pere Pacifique
de Tannay , Exprovincial des Capucins ,
à Poitiers chés Felix Faulcon , Imprimeur
de M. l'Evêque ,, Place Notre-Dame la
Grande , 1747 , & fe trouve à Paris , chés
G. Martin , Libraire , rue S. Jacques.
Il paroîtra dans le courant du mois prochain
chés Heriffant fils , Libraire rue neuve
Notre-Dame , un Calendrier Hiftorique
Chronologique , par Meffire A. M. Lefevre
Prêtre , Bachelier en Théologie. Ce livre
contient l'origine & l'établiſſement des
Paroiffes , Abbayes , Monafteres , Prieu
DECEMBRE. 1747. 113
rés , Communautés , Chapelles , Oratoires
& Hôpitaux de ce Diocèfe , fous le titre
du Saint de chaque jour. It contient auffi
les Conciles qui ont été tenus à Paris , les
Héréfies qui y ont été condamnées , les
événemens dignes de remarque , les hom
mes illuftres de ce Diocèfe , qui fe font
diftingués , foit par leur piété , foit par
leur fcience. De plus ce Calendrier contient
fous le titre de Prélature Parifienne ,
-un Catalogue non-feulement des Evêques
-& Archevêques de Paris , mais auffi des
Doyens de cette Cathédrale , des Abbés ,
Abbeffes , Superieurs Généraux d'Ordres
, Congrégations & Seminaires de ce
Diocèle , avec des remarques hiftoriques.
L'Auteur qui n'a cû d'autre vûë
que d'être
utile à l'Eglife de Paris , en faifant connoître
fes différens établiffemens , & de
fatisfaire la curiofité du public,pric inftam
ment Meffieurs les Curés , Abbés , Abbeffes
, Superieurs Généraux & particu
liers d'Ordres , Congrégations , &c. de ce
Diocèfe de lai communiquer les remar
ques & les piéces néceffaires pour la correction
, l'augmentation & la perfection
de fon ouvrage
. <
L'ORINOQUE illuftré & défendu
Hiftoire naturelle , civile & géographique
, &c. feconde édition , revûë & aug
114 MERCURE DE FRANCE.
mentée par l'Auteur , le P. Gumilla de la
Compagnie de Jefus , à Madrid 1745 ,
deux volumes in-4° . L'ouvrage eft en
Espagnol.
LES HOMELIES de S.Gregoire Pape
fur Ezechiel , à Paris , chés Ph . N.
Lottin & J. H.Butard, Imprimeur-Libraires,
rue S. Jacques à la Vérité; Jean Defaint &
Charles Saillant , Libraires , rue S. Jean de
Beauvais vis-à - vis le College , & la veuve
Robinot , Quai des Auguftins 1747 , in- 1 2 .
PHILOSOPHIE en vers de M. Benoît
Stay de Raguſe , à Venife , 1744 , vol.
in-8° . de 331 pages ; les vers font latins.
TRAITE' de la vérité de la Religion
Chrétienne , &c. Section VII. contenant
preuve de la divinité de l'Evangile, tirée
des miracles qui en ont accompagné la publication,
premiere partie , à Généve chés
Goffe & Compagnie , in- 8 °.
Ja
PRECIS de l'Hiftoire Sacrée par demandes
& par reponfes , avec une métho
de artificielle propre aux jeunes gens pour
fixer dans leur mémoire les principaux
faits de cette hiftoire , à Paris ches Savoye
rue S. Jacques au deffus de la Fontaine S.
Severin , à l'Espérance , volume in- 12.
1747.
MEMOIRES pour fervit à l'hiftoire
du Comté de Bourgogne , contenant l'idée
DECEMBRE. 1747. 115
générale de la nobleffe , le nobiliaire de
ée Comté , l'hiftoire des révolutions arrivées
en cette Province jufqu'à préfent ,
& c . par M. Dunod de Charnage , & c . in-4°.
avec figures , à Paris , chés la veuve Ganean
, Libraire rue S. Jacques , aux Armes
de Dombes.
PIECES qui ont remporté le prix de l'Académie
Royale des Sciences en 1741 fur
la meilleure conftruction du Cabeftan
felon la fondation faite par feu M.Rouillé
de Meflay , ancien Confeiller au Parlement
, volume in-4° . de 296 pages , à Paris
, chés G. Martin , J. B. Coignard & les
freres Guerin , Libraires rue S. Jacques
1745.
HISTOIRE GENERALE des voyages
depuis le commencement du XVe. fiécle
, &c. tome troifieme , livre huitieme ,
à Paris , chés Didot , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Bible d'or , 1747 .
REFLEXIONS fur la caufe générale des
vents , Piéce qui a remporté le prix propofé
par l'Académie Royale des Sciences
de Berlin , volume in-40 . de 332 pages ,
à Paris , chés David l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques , à la Plume d'or.
CONFERENCE
de toutes les queftions
traitées par M. de Ferron , Confeiller
du Roi au Parlement de Guyenne , dans
#16 MER-CURE DE FRANCE.
fon Commentaire fur la Coûtume de Bor→
deaux , par ordre alphabétique , avec le
Commentaire de M. Bernard Automne ,
Avocat audit Parlement , fur la même
Coûtume , par feu M. Pierre Dupin , Avocat
audit Parlement de Bordeaux , à Bordeaux
, chés J. B. Lacornée , Imprimeur de.
la Cour de Parlement & de l'Hôtel de
Ville , rue Saint James vis-à-vis la rue
de Gourgue , 1746 , in-4 .
DICTIONNAIRE univerfel de Méde
cine , de Chirurgie , de Chymie , de Botanique
, d'Anatomie , de Pharmacie
d'Hiftoire naturelle , &c. à Paris , chés
Briaffon , David & Durand , Libraires , ruë
· S. Jacques .
AMUSEMENT de la raiſon , volume in ‑ 1 z
de 254 pages , non compris l'Avertiffement
& la table , à Paris , chés Durand
rue S. Jacques & Piffot fils , Quai des Au
guſtins, 1747.
On vient d'imprimer chés Lottin &
Butard , un Traitéfur la maniere de lire les
Auteurs avec utilité , où l'on développe les
quatre opérations qu'il faut faire en lifant ,
Goncevoir réduire , développer & juger
premier vol. in- 12.
,
L'ouvrage eft divifé en quatre parties
le premier volume qui fe débite actuelle
ment, contient les trois premieres opérations.
DECEMBRE. 1747. 117
(
1
5
Après un difcours préliminaire fur l'exé
cution du deffein du livre & fur fon utilité,
on traitela premiere partie : concevoir ce que
nouslifons. On examine ce que c'eft , on développe
les moyens généraux de faire cette
operation , & l'on préfente des exemples
pour en faire l'application . Suit l'examen
s'il y a des moyens particuliers de concevoir
les faits & les raifonnemens , on expoſe
les moyens avec des exemples agréables
& intéreffans , on touche un peu les
avantages qu'il y a de concevoir parfaitement
, & l'on obferve à cette occafion ,
en quoi la mémoire des chofes l'emporte
fur la mémoire des mots. On finit l'exercice
de cette premiere opération fur une
differtation de Tite-Live , & fur un chapitre
de l'abregé de l'Hiftoire & de la Morale
de l'ancien Teſtament.
,,on
La feconde partie ; réduire ce que nous
lifons , eft traitée à peu- près de la même
maniere: ce que c'eft que réduire , effai fur
plufieurs exemples , & pour agir avec fûreté
, on développe les moyens généraux
de réduire. Comme tout Auteur ou expoſe
ou raifonne , on détaille avec des
exemples les moyens particuliers de rédui
re les expofitions & les raifonnemens.
On paffe aux défauts à éviter en réduifant
ux occafions où il faut réduire , aux ayan18
MERCURE DE FRANCE.
tages que l'on fe procure par- là , conception
vive & aifée , ordre , jufteffe , précifion
, énergie : l'opération de réduire fe
termine par un double exercice fur un petit
difcours de l'utilité de l'étude Mathématique
, & fur une lettre où il eſt traité
de la délicateffe de l'enjouement.
On vient à la troifiéme partie ; dévolopper
ce que nous lifons : ce que c'est que développer
, on propofe des exemples qui
juftifient la notion que l'on a donnée : fuivent
les moyens généraux de développer ,
avec l'exercice de cette opération fur des
fujets intéreffans . Et pour en découvrir les
refforts , on obferve qu'il doit Y avoir
dans tous les ouvrages trois ordres , l'ordre
général , l'ordre des parties principales
& l'ordre des penfées . On reprend les trois
ordres , avec des exemples qui attachent.
On s'arrête fingulierement à l'ordre des
penſées & l'on en diftingue les differens arrangemens
: le premier , lorfque les penfées
fe foutiennent mutuellement ; le fecond
, lorfqu'elles fuivent le progrès de la
chofe que l'on dépeint ; le troifiéme , lorfqu'elles
font diftribuées fuivant leur rapport
entr'elles , & eu égard au fujer que
l'on traite : chaque arrangement eft éclairpar
des exemples fenfibles & intéreffans.
Cette opération fe termine , comme les
ci
DECEMBRE . 1747. 119
deux autres par un double exercice fur deux
fujets.
Le fecond volume fuivra de près : il
contiendra l'opération de juger , avec de
nouvelles obfervations fur l'opération de
dévolopper.
D'Houry pere , Imprimeur Libraire
Paris , rue de la vieille Bouclerie , vent
d'imprimer un livre qui a pour titre , Bi
bliotheque choifie de Médecine , tirée des ouvrages
périodiques , tant François qu'Etrangers
.
..Nous donnerons dans le prochain Mercure
le plan qu'à fuivi l'Auteur de cet ou
vrage.
ESTAMPE NOUVELLE.
E Sieur Tardieu fils , Graveur ordinaire du Roi,
LE
ouvrage , où il a exprimé par la délicateſſe & la
varieté de fon travail toutes les beautés du tableau
qu'il avoit à imiter .
Ce tableau du Cabinet de M. le Comte de
Vence , peint par David Teniers eft un des plus
précieux & des plus terminés de cet excellent Pein
tre Flamand. Son objet principal eft une demie.
figure qui repréfente un Docteur Alchymifte , étudiant
dans un livre les profondeurs de fon Art ;
fon application eft fpécialement marquée par le
caractère de la tête qui eft admirable.
120 MERCURE DE FRANCE.
Devant lui fur la table font pofées des bouteilles
qui contiennent fes diftillations , un globe célefte
pour étudier les fignes du Zodiaque & les
mouvemens des aftres , un fable pour méfurer le
tems des opérations , & une tête de mort , qui
femble indiquer que le but du travail de ce Sçavant
eft d'éloigner la mort , en trouvant dans fon
Art des moyens de prolonger la vie des hommes.
Dans le fond font trois difciples occupés , l'un
à broyer des matieres , les autres à admirer les
changemens des couleurs.
L'eftampe a pour titre le Docteur Alchymifte , &
fe vend à Paris chés l'Auteur ruë Saint Jacques,
près celle des Noyers .
La veuve de Simon Bailly renouvelle au public
fes affûrances qu'elle continuë de fabriquer
les véritables favonnettes legeres de pure crême de
favon , dont elle feule a le fecret. Comme plufieurs
fe mêlent de les contrefaire & les marquent
comme elle pour n'être point trompé il faut
s'adreffer chés elle rue Pavée Saint Sauveur , au
bout de celle du petit Lyon , à l'Image Saint
Nicolas , à une porte cochere , prefque vis -à vis
la rue Françoife , quartier de la Comédie Itas
lienne.
AIR
DECEMBRE. 1747. 121
D
AIR TENDRE.
Es oiſeaux amoureux l'agréable ramage ;
Echo par les plus doux accens ;
Le murmure des eaux ; ces jardins , ce bocage ,'
Tout infpire en ces lieux de tendres fentimens.
Envain jufqu'à ce jour j'évitai de me rendre ;
Le cruel amour eft vainqueur ;
De mille traits je fens percer mon coeur ;
Le vôtre , belle 'Iris , pourroit- il s'en défendre
CHANSON BACHIQUE.
N vient de m'annoncer que mon vin eſt au
bas , ON
Mais il vaudroit autant m'annoncer le trépas ;.
Philofophe à face livide ,
Qui foutiens qu'il n'eft point de vuide ,
Viens , viens , defcends dans mon caveau
Et fonde mon pauvre tonneau.
I. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE:
CACDCACACACIACOVA VITAVA
LE
SPECTACLES.
E Concert Spirituel exécuté au Château
des Tuilleries le vendredi 8 Décembre
, jour de la Fête de l'Immaculée
Conception , commença par Exaltabo te ,
Moret à grand choeur de M. de la Lande.
Quemadmodum , petit Motet de M. Mouret
, & un Concerto joué par M. Blavet ,
précéderent une Cantate intitulée la
Prife de Bergopfoom , de la compofition de
M. de Bury Maître de Mufique de la
Chambre du Roi , qui fignala le zéle des
Auteurs & des auditeurs. M. Pagin Symphoniſte
habile exécuta une fonate à violon
feul , de fa compofition , qui fut applaudie
, & le Concert finit par Magnus
Dominus , Motet à grand choeur de M.
Mondonville.
L'Académie Royale de Mufique contitinue
les vendredis & les dimanches les
repréſentations d'Atis , Tragédie de l'immortel
Lulli , qui attire toujours de nouveaux
applaudiffemens à l'ouvrage & aux
Acteurs .
Les mardis & les jeudis ſont donnés au
Ballet de l'Europe Galante , qui dans fon
genre eft une piéce digne des plus grands
DECEMBRE. 1747. 123
loges. La premiere repréfentation de la
remife de ce charmant Ballet a été donnée
le jeudi 16 Novembre.
La Comédie Françoife a remis fur fon
Théatre le Méchant , & la reprise de cette
fpirituelle piéce a eu le brillant fuccès qui
avoit fignalé fon début ; elle eft imprimée
& l'extrait en fera dans le fecond volume
de ce mois.
Le même Théatre a auffi redonné
Guftave Vafa , Tragédie de M. Piron , fſii
connu par le feu & la fineffe de fes productions
.
Mlle Lani jeune & aimable danfeuſe arrivée
de Pruffe , a auffi paru avec diftinctiou
fur la Scéne Françoife , de même qu'un
Acteur nouveau, nommé M. Ribou , qui a
obtenu les fuffrages du parterre éclairé &
des connoiffeurs du plus haut rang dans le
Comte d'Effex , Electre , l'Edipe moderne
& Guſtave Vafa. On a remarqué fon intelligence
& la jufteffe de fon jeu.
la
Le Théatre Italien a ouvert au retour
de Fontainebleau par deux Comédies ,
dont le fuccès étoit affûré par les premiers
applaudiemens qu'elles ont reçus ,
Coquette fixée & les Tableaux . dont les repréfentations
n'ont été interrompues que
par l'indifpofition de Mlle Camille , qui
en fait un des principaux ornemens par fes
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
danfes pittoresques & fon jeu naturel &
fin.
Le 19 Novembre a été remarqué par
le Guilloché, feu d'artifice , qui a fort fatisfait
les fpectateurs.
Le 6 Décembre on a repréſenté devant
Madame la Dauphine fur le Théatre de la
Cour Arlequin & Scaramouche voleurs .
DISSERTATION Medico- Phyfique
Sur l'air dans le corps humain , & les effets
de l'effence balfamique , ftomachique &
anti- verminenfe de M. de Pafturel , par
M. D...
JE
E cróis devoir , Meffieurs , pour l'in
terêt du public vous faire part de quelques
obfervations que j'ai faites fur les
vertus & propriétés de l'effence , & c. dont
vous avez fouvent parlé dans vos Mercures
; mais je pense qu'avant d'entrer en
matiere il convient d'expliquer la nature
de l'air & de quelle maniere il agit fur
nous.
Quoique le fluide dans lequel nous vivons
foit d'une nature trop délicate pour
être fenfible à notre vûë , fes effets fur le
corps humain font fi intereffans qu'ils méritent
une attention particuliere,
་
DECEMBRE . 1747. 1·2 ·5
L'air eft élastique ; cette élasticité eſt
abfolument néceffaire au corps , à la fanté ,
à l'embonpoint & à fon accroiffement.
La diffolution & corruption du corps.
n'eft caufée que par le manque de cette
élafticité ; l'air eft continuellement abforbé
dans le corps , celui que nous refpirons
attiré par les particules fulphureufes du
fang , paffe en partie avec les efprits qu'il
contient , à travers les cloifons des poulmons
pour fe joindre & fe mêler avec lui ;
le mêlange ne fe fait qu'après que les. par
ties d'air on: perdu leur élasticité ; la chaleur
de la poitrine dilatant l'air , cette
élafticité eft détruite dans les véhicules du
poulinon où il fe trouve chargé des vápeurs
, delà s'enfuit la néceffité indifpenfable
d'un air frais , pur , délié , toujours:
nouveau à chaque infpiration.
Mais fi au lieu d'un air frais on refpire
un air épais , humide , groffier , chargé de
vapeurs qui abforbent & détruifent fon
élafticité, l'air ne paffe plus librement , les
parties délicates des véhicules du poulmon
Contractées par cette mauvaife qualité de
l'air , s'applatiffent , s'affaiffent , & par cet
affaiffement le mouvement du fang dans les
poulmons étant arrêté tout d'un coup ,
mort s'enfuit dans l'inftant.
la
Delà les attaques d'apoplexie , de léthar-
Firj
126 MERCURE DE FRANCE.
gie , les évanouiffemens dangereux &
mortels , les morts fubites qui nous caufent
autant de frayeur que de furpriſe ;
on ne peut nier que l'effence balfamique
de M. de Pafturel ne foit un des plus parfaits
spécifiques contre les accidens funeftes
à l'humanité ; voici les expériences
que j'ai faites qui ont toutes répondues aux
qualités neceffaires & indifpenfables , que
doit avoir un remède pour prévenir les
triftes accidens & en guérir les fuites..
Un homme de trente-huit ans s'étant
enfermé dans une petite chambre pour
y travailler , avoit pour fe garantir du
froid allumé du feu dans un fourneau ; au
bout de quelques heures il fe trouva faifi
d'un étourdiffement fi violent & d'une
fuffocation fi forte , qu'à peine eût- il le
tems de fortir de la chambre pour demander
du fecours , qu'il tomba fans mouvement
& fans connoiffance dans la chambreoù
j'étois ; on lui fit prendre une forte
dofe d'effence balfamique que je me trouvai
heureuſement fur moi , on lui en fit
refpirer, ce qui le fit revenir fur le champ,
& il parla , ne fe plaignant que d'un grand
mal de tête , il fe coucha , prit une nouvelle
dofe d'effence , il s'endormit , & le
lendemain fe trouva en parfaite fanté.
On fçait combien les vapeurs acides &
DECEMBRE. 1747. 127.
fulphureufes du charbon font fatales , même
mortelles ; les vapeurs détruifant l'élafticité
de l'air , caufent les accidens dont
j'ai parlé ; cet évenement me fit naître l'idée
de faire quelque effai , qui m'aflûrâc
& me convainquît de la bonté & de l'efficacité
de ce reméde à cet égard ; j'allumai
du charbon dans une chambre bien cloſe ,
j'y reftai environ trois heures ayant une
éponge imbibée de cette effence que je tenois
fous mon nés & que j'avois foin de
changer à mesure qu'elle féchoit , de façon
qu'à chaque afpiration je ne refpirois
que l'air qui étoit contenu dans l'éponget
ou qui paffoit à travers , je ne me fentis
pas plus incommodé que fi les fenêtres
euffent été ouvertes , quoiqu'il y eût quel
ques petits fumerons.
Je tentai quelques jours après, mais differemment,
la même chofe; au lieu de refter
dans la chambre j'y laiffai évaporer de
L'effence balfamique , & dans le même
tems que le charbon brûloit , afin que les
vapeurs arfénicales du charbon & celles
de l'effence fe mêlaffent en même tems avec
l'air , j'entrai au bout d'une heure dans la
chambre , & j'y reftai deux heures , remettant
du charbon à brûler & de l'effence à
évaporer , je n'apperçus en entrant aucune
mauvaiſe odeur de charbon , ni pendant.
E iiij.
128 MERCURE DE FRANCE.
tout le tems que je reftai dans la chambre
je ne fus nullement incommodé , ce qui
me confirmant la bonté de cette effence ,
me fit conclure qu'elle donne à l'air l'élafticité
que les. vapeurs du charbon lui font
perdre , foit en abſorbant le mauvais air
foit qu'il s'en reproduiſe un nouveau plus
fain & d'une odeur agréable.
que
Tous ces faits font affés connoître
l'effence balfamique eft un fpécifique
pour fe préferver des accidens dont j'ai
parlé , qu'elle eft utile à ceux qui ont la
poitrine foible , que fon ufage eft important
dans les vaiffeaux où il n'eft point
étonnant que l'air s'altére , & caufe par
fon infection plufieurs maladies mortelles ,
ce qui arrive fouvent dans l'entrepont
des vaiffeaux où la refpiration & tranfpiration
des matelots caufent le fcorbut &
autres maladies très- dangereufes ; on eft
expoſé aux , mêmes rifques dans les prifons
& dans les hôpitaux où grand nombre de
perfonnes fe trouvent fouvent refferrées
dans un très-petit efpace , n'étant point
douteux que ce reméde ne foit fouverain
contre les infections peftilentielles & les
maladies épidémiques , & contre toutes
celles qui peuvent être caufées par un air
mal fain & contagieux, ce reméde étant incorruptible.
DECEMBRE. 1747. 1,29
Les expériences faites fous les yeux des
plus habiles Médecins du Royaume & les
atteftations des gens célébres dans l'Art
fur les cures qu'ils ont faites eux- mêmes
dans differentes maladies , comme les
obſtructions , indigeftions , apopléxies
fiévres malignes & putrides , les perip
neumonies & pour diffiper toute patrefaction
, & rendre aux folides leurs vertus
élastiques , & furtout dans les dyffenteries
, maladies qui réfiftent aux remédes
ordinaires , toutes ces expériences &_ atteſtations
font une conviction de la bonté
d'un auffi précieux reméde , puifque jufqu'à
préfènt on n'en avoit point trouvé
pour prévenir & fe préferver des morts
fubites & des accidens dont j'ai parlé dans
cette differtation , d'ailleurs ce reméde e
un excellent vulneraire qui produit des
effets furprenans dans les brûlures : j'ofe
me flater
que le public me fçaura bon gré:
de ces éclairciffemens , qui ayant rapport
l'humanité tendent à conferver & pròlonger
nos jours. J'ai l'honneur d'être , &c..
M. de Pafturel avoit fait annoncer & afficher?
qu'il avoit établi un Bureau de diftribution à Paris :
pourla vente de fon effence balfamique ; ſtoma--
chique & anti vermineufe , nrais fur les repréfen
tations qui lui ont été faites qu'on n'auroit pas la t
même confiance dans fon reméde dès qu'il étaire
E vv
130 MERCURE DE FRANCE.
forti de fes mains , il s'eft déterminé à le faire
vendre chés lui comme par le paffé , il demeure
à préfent rue des Blancs-Manteaux , la feconde
porte cochere à droite en entrant par la rue Sainte-
Avoye ; les bouteilles font toujours de trois prix
differens , fçavoir de fix livres , douze livres &
vingt- quatre livres ; on y trouvera auffi la differta
tion fur le reméde , qui eft dédiée au premier Mé
decin du Roi.Ceux qui auront befoin du reméde ou
de quelque éclairciffement peuvent écrire à l'Au--
teur ; il prie qu'on ait ſoin d'affranchir le port.
EPITRE
à M. Candide Oculifte.
R Eçois ces vers , ô cher Candide ,
Toi qui pour conferver le plus beau de nos fens
De la nature de l'acide
Sçais réparer les accidens .
Quand tu furmontes cet obftacle ,
Eft-ce ton arteft- ce un miracle
Tu me rends l'ufage des yeux ;
2
Je vois que ce foit l'un ou l'autre ;,
Tout don excellent , dit l'Apôtre ,.
Eft un don defcendu des Cieux ,
De Dien , Pere de la lumiere ,..
De tous nos biens fource premieres
Mais de ce don du Ciel , qui me rend la clarté,
DECEMBRE . 1747. 131
Cher ami , je te crois le feul dépofitaire ;
Je ne trouve qu'obfcurité
Ailleurs où je veux qu'on m'éclaire
Oui je crois que ton art dans cette obfcure nuit
Eft pour la diffiper le feul aftre qui luit .
M. Leroi Definateur & Graveur a
deffiné & gravé le portrait de M. Candide
fameux Oculifte , & le lui a offert en reconnoiffance
du récouvrement de fa vûë
avec ces vers au bas ::
Si de Candide ici vous contemplez l'image ,
Scachez que de ma vûë il eft reftaurateur ,
Et fi de mon burin je fais encor ufage ,
Après Dieu , c'eft de lui que je tiens ce bonheurs
E vingt - cinquiéme Août Fête de
ett
S. Louis l'Académie des Belles Lettres
de Marfeille tint fon affemblée publique
ordinaire .
M. Bertrand Directeur ouvrit la féance
par un difcours qui roula fur les avantages
de la Paix , relatif au fujet que l'Académie
avoit donné , qui étoit les Voeux de l'Eus
rope pour la Paix. Il déclara enfuire que
le prix avoit été refervé , & que par conféquent
l'Académie en auroit deux à dif
I.
EVL
132 MERCURE DE FRANCE.
tribuer l'année prochaine , un à un dif
cours en profe , l'autre à une pièce de poëfie
, & publia les deux fujets donnés qu'on
trouvera énoncés dans le programme fuivant.
Ce difcours fût fuivi de celui qui a été
envoyé pour tribut par cette Académie à
PAcadémie Françoife dont elle eft la Fille
adoptive , fur ce fujet : Qu'il y a dans la
vie une diftribution de biens & de maux qui
eft utile à lafociété. L'Auteur de ce difcours
eft M. Cary.
M. Dulard lût un fragment d'un chant,
d'un poëme de fa compofition , fur la
grandeur de Dieu dans les merveilles de la
nature.
M. de la Vifcléde Secretaire perpétuel ,
lût l'éloge de M. Gravier Académicien
vétéran , mort dans le cours de l'année
& termina la féance par une Ode fur l'ens
vie.
L'Académie des Belles Lettres de Marſeille
ayant cette année refervé le prix , en aura deux à
diftribuer l'année prochaine. Elle avertit donc le
public que le vingt- cinquiéme Août , Fête de Saint-
Louis de l'année 1748 , elle adjugera un de ces
prix à un difcours en profe d'un quart d'heure ,,
ou tout au plus d'une demi- heure , de lecture dont
he fujet fera : Qu on a plus befoin dans la vie de rai
fon que d'esprit.
En l'autre de ces prix à une Ode , ou àun Poë--
DECEMB´RE. 1747: 13
me à rimes plattes de cent vers au plus , & de qua
tre-vingt au moins , dont le fujet fera : L'Air.
Ce prix fera une médaille d'or de la valeur de
trois cent livres , portänt d'un côté le bufte de
M. le Maréchal Duc de Villars Fondateur & Protecteur
de l'Académie , & fur le revers ces mots :
Premium Academia Maffilienfis , entourés d'une
Couronne de laurier.
On adreffera les ouvrages comme de coûtume y
à M. de Chalamont de la Vifcléde Secretaire perpétuel
de l'Académie des Belles Lettres de Marfeille
, rue de l'Evêché à Marſeille . On affranchira :
lés paquets à la poste , fans quoi ils ne feront point
retirés. Ils ne feront reçus que juſqu'au premier
Mai inclufivement.
Les Auteurs de mettront point leurs noms au
bas de leurs ouvrages , mais une Sentence tirée de
l'Ecriture Sainte , des Peres de l'Eglife ou des
Auteurs Profanes. Ils marqueront à M. le Secretaire
une adreffe à laquelle il enverra fon récé
piffé,
S'ils fouhaitent que leurs noms foient imprimés .
à la tête de leurs ouvrages , ils doivent les envoyer
avec leurs titres à une perfonne domiciliée à Marfeille
qui les remettra à M. le Secretaire le 25 Juil
let , non plutôt ni plûtard ..
On les prie de prendre les mesures néceffaires
pour n'être point connus avant la décision de l'Académie
, de ne point figner les lettres qu'ils pour
ront écrire à M.le Secretaire, de ne point lui préfen
ter eux-mêmes leurs ouvrages, en feignant de n'en
être pas les Auteurs , ni fe faire connoître à lui ,
ou à quelque autre Académicien ; & on les avertit
que s'ils font connus par leur faute leurs ouvrages
feront exclus du concours , auffi bien que tous
ceux en faveur defquels on aura follicité , & tous ,
$34 MERCURE DE FRANCE ..
:
ceux qui contiendront: quelque chofe de trop
libre.
L'Auteur qui aura remporté le prix viendra le
recevoir dans la fale de l'Académie le 25 Août
jour de la féance publique deftinée à l'adjuger , s'il
eft à Marſeille , & s'il eft abfent il enverra à une
perfonne domiciliée en cette ville le récépiffé de
M. le Secretaire , moyennant lequel le prix fera
remis à cette perfonne.
Il vient de paroître une eftampe de treize pou
ces de large fur feize pouces de haut , c'eft le portrait
en pied de M. Quefnay Médecin de M. le
Duc de Villeroi , gravé par M. Will , de la gran
deur du tableau peint par M. Chevalier éleve de
M. Raoux. Ce morceau de gravure eft peut être
un des plus hardis pour la beauté du burin & des
mieux entendus pour l'intelligence & l'accord ,
qn'on ait vus depuis long-tems. Il a été gravé par
l'ordre & aux dépens de M. le Duc de Villeroi
qui a fait préfent de la planche à M. Quefnay.
Piéces de Clavecin avec accompagnement de
Violon , Hautbois , Violoncelle ou Viole ; di
vifées en fix fuites , dont les deux dernieres font
pour le Clavecin feul , dédiées à M. le Duc de
Luynes , Pair de France , par M. Marchand ordinaire
de la Mufique de la Chapelle & Chambre du
Roi , & Organifte ordinaire de la Chapelle de Sa
Majefté. OEuvre premiere. Prix 9 liv.
CATALOGUE RAISON NE' des Bijoux ,
Porcelaines , Bronzes , Lacqs , Luftres de criftal
de roche & de porcelaine , Pendules de goût &
autres meubles curieux ou compofés , Tableaux
Defleins , Eftampes , Coquilles & autres effets de
DECEMBRE. 1747: 135
curiofité , provenant de la fucceffion de M. Angran
Vicomte de Fonfpertuis.
Cette vente fe fera feulement pour la partie des
bijoux dans les premiers jours du mois de Décembre
1747 , & les autres, effets curieux ne feront
vendus que le premier Lundi de Carême 4 Mars -
1748 & jours fuivans , par E. F. Gerfaint. A Paris
chés Pierre Prault , Quai de Gêvres , & Jacques
Barrois , Quai des Auguftins 1747.
Ce Catalogue , ainfi que ceux qu'à déja donnés ›
au public M. Gerfaint , eft non - feulement fort
bien fait , quant à l'ordre & à la diftribution des
matieres , mais il contient encore plufieurs remarques
curieufes fur les Peintres dont les ouvrages
font cités , & fur les differens objets dont il eft
queftion. M. Gerfaint eft un des curieux les plas
connoiffeurs & les plus inftruits .
絲絲粉絲洗洗
PARODIE du Sonnet inferé dans le
Mercure de Septembre 1747 , F. 73 ..
SONNET
.
R
Evenez maraifon ; mon devoir vous apa
pelle.
Je prétends par honneur défendre la beauté ,
Qui fçut par les attraits ravir ma liberté ,
Et je veux la venger d'une offenfe cruelle.
Mufe , fecourez-moi ; venez parler pour elle..
Il faut dans ce fonnet flater la vanité ,
136 MERCURE DE FRANCE:
Et punir lé cenfeur de ma captivité ,
Qui dit que mon amante eft ingrate , infidelle .
Qu'il en dife du mal , mon coeur n'en croira rien
Je fais dans fes appas confifter tout mon bien.
Et fouffre avec plaisir le feu qui me dévore .
Oui , Colombe à mes yeux eft un divin objet ,
Que j'aime infiniment & que j'adore encore ;
Si jamais je la perds , j'en mourai de regret.
Par M. Cottereau de Beaune étudiant an
Collége de Tours.
PROGETTO dAffociazione per la
Stampa d'un' infigne raccolta d' Antichità.
A.
Goftino Carattoni , Stampatore del Semina
è per intraprendere fenza dilazione la ftampa del .
nuovo Mufco dell' Accademia Veronefe , nek .
quale tra Infcrizioni , e baffi Rilevi fi contano
646 pezzi. Verranno appreffo nell' iſteſſo libro il
Mufco dell' Univerfità di Torino , e l'Imperiale ,
ch' è alla Biblioteca di Vienna , con l' ifteffa nobiltà
, e con l' iftefs' ordine publicati .
Seguirà una raccolta di moltiffime Infcrizioni,
Greche fcelte , e non più publicate , e di molte
maggior numero di Latine , fcelte parimente fra
molaffime altre. Più della metà di quefte l'Editore
, ch'è a baſtanza noto , non le ha preſe da :
DECEMBRE. 1747. 137
fchede , nè ricevute per lettere , ma le ha vedute
egli fteffo , ed esaminare le pietre originali in varj
paefi d'Europa. Per indubitati rifcontri fi è poi
afficurato di tutte quelle che fono ſtate traſcritte
in Africa , e in Afia.
Si aggingnerà la raccolta , e la fpiegazione delle
Abbreviature Latine , e Greche , quali fi truovano
ne' marmi antichi , con che poffa ognuno leggere
non folamente quefte , ma tutte l'altre antiche
Infcrizioni. Non c'è cofa in oggi più neceffaria ,
rimanendo fenza quefto ogni ftudio d'antichità
all' ofcuro , e pochiffimo fervendo le fatiche in
altri tempi finora fatte .
Baffi rilevi eruditi , e anticaglie figurate fccltiffime
oltre alle Veronefi fi daranno di varie parti ,
talchè fe ne vedranno nel libro ben ducento pezzi,
fenza alcun riſparmio di fpefa diſegnati , e intagliati
in rame eccellentemente. Le Tavole che fon
già fatte poffono darne baftante pruova. Tutta
quefta raccolta farà ftampata in un folo tome in
foglio.
La groffa fpefa sforza a procurar qualche ajuto
per via d' Affociazione . Il prezzo del libro farà
di Zecchini quattro , ma agli Affociati non cofterà
che Zecchini due , l' uno de ' quali fi pagherà
fubito , l'altro fi pagherà al ricever del libro. Saranno
regiſtrati con onore i nomi di chi affocian
dofravrà dato mano all' imprefa.
Prault, le fils , Marchand Libraire , au bout du
Pont- Neuf , Quai de Conti , donnera inceffamment
une Edition exacte , revûë & corrigée des
OEuvres de Théatre de M. de Sainte Foy , en deux
volumes, Les Lecteurs curieux de l'efprit fin &
délicat , du ftyle léger & naturel , ne manqueront
pas fairement d'acheter ce Recueil. Le public
138 MERCURE DE FRANCE.
1
en connoît le mérite , & les repréfentations de ces
in génieufes Comédies font caution du fuccès de
leur impreffion .
EPITRE
AM.Néricault Deftouches , del'Académic
Françoife. Par M. Tanevot.
TOi , que Plaute & Terence ont vû fous leur
baniere ,
Qui fçus dans tes Ecrits reffufciter Moliere ,
Et qui peux de Thalie oubliant les accens ,
Du moins à Calliope adreffer ton encens ;
Pourquoi dans ta retraite enchaîner ta Minerve
'A te taire obftiné , nous priver de ta verve ?
J'approuve toutes-fois ton filence profond .
Dans ce fiécle guerrier , en prodiges fécond ,
On fe flate un peu trop de pouvoir , doctes Fées ,
Vous ravir quelques fleurs dignes de nos trophées
Oui , fans doute , au récit des étonnans exploits
Du plus grand, du plus jufte & du meilleur des
Rois ,
On court , cher Néricault , rempli d'un beau
délire
Prendre pour les chanter la trompette ou la lyre
DECEMBRE. 1747 139
Dans fon premier tranſport l'efprit n'hésite pas ;
Enchanté du vainqueur il croit fuivre ſes pas;
H prend fon vol , éleve , il eſt dans l'Empirée ,
Mais la raifon encor ne s'étoit
pas montrée .
L'horifon s'éclaircit , elle brille , & foudain
La trompette ou la lyre échappe de la main.
Son flambeau me défend des amorces du zéle.
Alors l'efprit au coeur eft fagement rebelle ;
El reconnoît , ami , qu'un fi noble projet .
De fes foibles efforts ne peut être l'objet .
Autant que par fes faits , par la haute fageffe ,.
LOUIS eft au-deffus des guerriers de la Gréce ,.
Autant doit l'emporter fur le Chantre d'Argos
Un Auteur qui prétend célébrer ce Héros.
Que les tems font changés ! A peine cent bas
tailles ,
Et dix ans de travaux forcerent les murailles
J
Que défendoit . Hector , & contre Menelas ,
Et contre tant de Rois , avoués de Pallas.
Des Dieux mêmes , des Dieux la puiſſance ime
mortelle
Sans Achille n'eût pû décider la querelle ,
Et toutes-fois alors ,,en traçant un rempart ,
Les Vaubans n'avoient point manifefté leur Art..
On ignoroit , ami , fes puiffantes barrieres ,
Et les foudres lancés par la main des Vallieres,
140 MERCURE DE FRANCE.
Aujourdui défendus par cent bouches de feux ,
Les Forts multipliés font des Volcans affreux.
Aujourd'hui dans fon camp une innombrable ar
mée
Sçait fe couvrir encor d'une rive enflammée ;
Il faut , il faut braver ces brulans baſtions ,
Dans leurs retranchemens vaincre ces Légions
Lawffelt & Bergopfom , fèrtilès en obftacles ,
Aux fiécles à venir apprendront ces miracles ,
Et la rapidité de nos fuccès fameux ,
Qui paroîtront un jour moins vrais que mer
veilleux.
Des peuples répandus autrefois fur lá terre
La plupart ignoroient le grand art de la guertej -
De foibles Souverains & de vaftes Etats ,
Des camps pleins de fujets & vuides de foldats ,
Succomboient aisément fous une autre Puiffance ,
Qui moins confidérable , avoit plus de vaillance.
De- là ces Conquérans , ces-Héros fi vantés ,
Du préjugé peut- être un peu trop refpectés.
De- là ces grands exploits , ces conquêtes rapides
Lauriers prêts à cueillir fur des peuples ftupides ,
Sur des Rois indolens , dans le luxe amollis
Par leur oifiveté juftement avilis:
Qu'est- ce que Darius placé près d'Alexandre
DECEMBRE. 1747. 141
Des Grecs jufqu'aux Perfans combien faut - il deſcendre
?
Et fi chés les Gaulois , chés nos braves Ayeux ,
Les Romains ont trouvé des rivaux dignes d'eux ;
Combien leur ont offert une victoire aiſée
L'audacieux Philippe & l'imprudent Perſée ?
O que notre âge abonde en diſciples de Mars !
Toutes les Nations affrontent les hazards ;
Toutes dans les combats éprifes de la gloire ,
Ne cedent qu'en mourant l'honneur de la victoire,
Et celles que l'envie ofe armer contre nous ,
Ne peuvent déformais tomber que fous nos coups,
Deftin toujours flateur , honorable défaite ,
Qui conferve aux vaincus une eftime parfaite !
Tels par leurs ennemis noblement abbatus ,
Vivent dans la mémoire & Patrocle & Porus.
Jadis des Conquérans le barbare génie
A l'ufurpation joignoit la tyrannie.
Ardens à concevoir d'ambitieux deffeins ,
Fleaux de l'Univers , moins guerriers qu'aſſaſſins ,
Livrés en furieux au tumulte des armes ,
Ils ne fe repaiffoient que de fang & de larmes.
Funeste ambition , rien ne peut t'affouvir !
Du Midi jufqu'au Nord tu veux tout affervir ,
142 MERCURE DEFRANCE;
Et quand les Nations à la fin font détruites ,
Tu te plains que le monde ait reçû des limites
Et vous , fameux
captifs, qui ne dûtes vos fers
Qu'à ces mortels
jaloux d'enchaîner
l'Univers
Hélas ! Vous avez vû dans cette frénéfie
Les Romains
fuccéder
au vainqueur
de l'Afie ;
Méconnoître
cet Art , difficile
à former ,
De combattre
, de vaincre
& de fe faire aimer !
C'eſt celui de mon Roi guidé par la clémence
,
Attribut
précieux
de la Toute- Puiſſance
.
Bellone , qui cent fois couronna fa valeur,
Trouve toujours la paix maîtreffe de fon coeur.
Ses fatigues , fes foins , fes dangers font pour elle ;
La gloire au champ de Mars , malgré lui , le rappelle.
La modération , fille de la bonté ,
Captive fon Héros dans la profperité.
Elle attendrit fon ame , & l'oblige à fe plaindre ;
Qu'à redoubler fes coups on veuille le contraindre .
A s'appaifer ainfi les Dieux font toujours prêts ;
Qui fçait fe repentir , révoque leurs décrets .
Puiffions- nous , Néricault , puiſſions- nous voir
éclore
Ce jour dont tant d'exploits femblent être l'aurore
Ce jour où l'on verra nos fuperbes guerriers
DECEMBRE.
1747. 143
Au Temple du loifir confacrer leurs lauriers ,
Jouird'un doux repos, acquis par leurs conquêtes,
Et le front ceint de fleurs , préfider à nos Fêtes !
On y célébrera , dans un tranfport égal ,
Ces Héros immortels , Maurice , Lowendalh ,
Et de nos autres Chefs le courage intrépide .
Alors , peut-être alors , ma mufe moins timide ;
Dans le fein des plaifirs , des enfans de la Paix ,
Chantera de LOUIS les auguftes bienfaits .
Digne préfent du Ciel ! Olive floriffante !
Hâtez -vous de germer dans fa main triomphante
Faites fructifier les glorieux travaux ,
Et fur tout l'Univers étendez vos rameaux !
LETTRE de M. de L, à M. de la Bruere.
R , ayant lû dans votre Mercure de
M Septembre dernier que l'on avoit
appris à parler à des fourds & muets , j'ai
fait reflexion qu'il feroit encore plus aifé
de leur enfeigner à connoître les paroles
des autres auffi diftinctement & aufli vîte
que s'ils les entendoient ; c'eft en obfervant
les differens mouvemens des levres
de ceux qui parlent , car on va voir que
des perfonnes fourdes y ont réüffi de cette
F
€ 44 MERCURE DE FRANCE.
maniere d'elles-mêmes & par le feul uſage.
Quand je demeurois à Amiens je connoiffois
la Demoifelle du Roty , qui étant
devenue entierement fourde , converfoit
avec la fervante ; en regardant la bouche
elle diftinguoit les paroles & y répondoit
d'abord. Comme cette perfonne infirme
depuis long - tems avoit peu de liaiſon
dans le monde , on ne lui parloit que rarement
, & alors elle fe contentoit de regarder
les levres de fa fervante , qui repetoit
ce que les perfonnes lui difoient , &
auffi- tôt elle leur répondoit.J'ai vû tout cela
bien des fois , & grand nombre degens
qui font connus à Amiens peuvent témoigner
d'avoir vû la même chofe.
De plus dans les Mémoires de Trévoux,
* Septembre 1701 , voici ce qui eft écrit
dans l'article de la page 90 d'une autre.
perfonne fourde de la même Ville. » Il y
"
a à Amiens une Marchande qui eſt de-
» venuë abfolument fourde & qui com-
» prend tout ce qu'on lui dit en attachant
» les yeux fur la bouche de celui qui lui par-
» le , on s'entretient auffi facilement avec
elle que fi elle avoit l'oüie excellente , &
» même plus facilement en un fens , car
»on n'eft pas obligé de lui parler haut, &
» elle comprend ce que vous lui dites lorfque
vous ne vous entendez pas vous-
» même.
TILDE TIONS.
www.
1
C
TIONS.
DECEMBRE . 1747. 145
même. Quand on lui parle en quelque
»'autre Langue qu'en François , elle le
» remarque/dans le moment , & dit je ne
fcais point cette Langue ; le fait eft cer-.
» tain dans toutes ces circonftances , & on
» ne le raconte ici qu'après en avoir été
» témoin .
'Il fera encore d'autant plus aifé au Maî
tre qui a enfeigné le fourd & muet à pparler
, de lui apprendre à connoître les paroles
des autres à la vûë de leur bouche ,
qu'il a déja fallu qu'il ait pouffé très-loin
la recherche du détail des mouvemens des
levres , pour la prononciation de chaque
voyelle , fyllabe, & enfin de chaque mor ,
puifque c'eft déja par une de ces connoiffances
qu'il a enfeigné à fon Ecolier à parler
, comme il le dit dans le Mercure.
Comme vous vous appliquez , Monfieur,
à faire de votre Mercure un recueil de ce
qu'il y a d'intéreffant au pubiic , je vous
adreffe ces refléxions , afin que vous ayez
la bonté de les y faire mettre , fi vous le
jugez à propos. J'ai l'honneur d'être , &c.
A Paris le 12 Décembre 1747.
Ꮐ
1. Vol.
146 MERCURE DE FRANCE .
S
LETTRE V.
Sur les effets du Tonnerre.
' Il eft difficile , Madame , d'expliquer
la formation de la foudre , il l'eft encore
plus d'affigner des cauſes vraiſemblables
à tous fes effets ; voilà néanmoins ce
que je me propofe aujourd'hui , afin de
remplir entierement l'obligation que vous
m'avez preferite.
Il n'eft pas furprenant de voir le feu du
Ciel mettre en poudre ce qu'il rencontre.
Quelquefois plus propice ,
Il effraye en frappant l'homme , fans le bleffer;
Il effleure les corps qu'il n'ofe renverfer ;
Des Aquilons fougueux en fuivant l'inconftance ,
Il vole à droite , à gauche , il retourne , il s'élance
Sur cent arbres chenus , qui jadis arbriſſeaux ,
Dans la nue aujourd'hui vont cacher leurs ra
meaux.
Il craint que fa fureur ne porte que fur l'herbe ,
Il s'attache à frapper quelque cime fuperbe ; (a)
Il eft prefque toujours annoncé par l'éclair ;
"(a) Altaqueplerumque petit loca , plurimaque plus;
Mentibus in fummis veftigia cernimus ignis .
Luc. de re nat. lib. 6. v . 420.
-I
DECEMBRE. 1747 .
147.
Un feu bleuâtre part , il tombe dans la mer ;
Les flots font divifés , l'onde alors mugiſſante ,
Se fépare effrayée & de rage écumante.
Elle approche , fe retire , enfin elle ſe
calme , mais fi non loin de là il eſt quelque
bouffolle , l'aiguille s'en dérange, elle
erre fans regle. ( a )
Le fouffre aux environs répandu tranſporté,
Paffe par la trachée avec l'air infecté.
Les animaux déja refpirent avec peine ;
Plufieurs font fuffoqués , 6) la maffe hétérogené
De bithame , de nitre & de fels entaffés ,
Que la foudre dans l'air en partant a laiſſés ;
S'agite au gré des vents , & toujours orageuſe
Porte & rapporte au loin une odeur fulphureufe.
Les Cieux par les éclairs quelquefois fillonnés ,
Annoncent aux mortels de ces feux étonnés ,
Que d'horribles carreaux vont par diverfes routes,
De l'Olympe ébranlé faire tomber les voutes.
L'allégreffe bien- tôt fuccéde à la terreur ;
(a) On dit alors que l'aiguille devient folle. V. à
ce fujer un Mémoire inferé dans le 33 vol. des
Obferv. fur les Ecrits Modernes.
(b) Pline fait une difference entre l'homme &
les autres animaux , qui ne paroît pas fondée . Vivum
animal hominem non femper extinguit , catera
illico : hunc videlicet natura tribuente honorem , cum
10t bellua viribus praftent. Hift . Nat. liv . 2. ch . 56 .
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
On ne voit pas du foudre éclater la fureur;
Le Ciel entrecoupé par cent flâmes légères ,
Attire les regards d'innocentes Bergeres ;
Quelquefois fans éclairs Polympe ténébreux
Voit mugir dansles airs vingt tonnerres affreux ;
alls tendent à la terre , & leur rage allumée ,
Malgré leurs vains efforts , fe diffipe en fumée ;
Mais quels foudres nouveaux ! Les éclats de l'airain
Font prendre à Jupiter un vifage ferain ;
Le nuage chaffé par l'époux d'Orithie ,
Nous laiffe voir le Dieu qui brûla pour Clitie
Le canon , ce fleau des plus fiers boulevarts ,
Ecrafant l'ennemi fous les propres remparts ,
Souvent par fes éclats ne fait qu'ouvrir la nuë
Qui lance la vapeur dans les flancs retenuë.
De même le tremouffement qu'excitent
les cloches dans l'air , attire quelquefois la
foudre loin de l'écarter ; 24 Eglifes où l'on
fonnoit & qui furent foudroyées en quelheures
dans la Baffe Bretagne, en font
ques
un trifte exemple. ( a)
A chaque coup de tonnerre la pluie
redouble , ce qui a donné lieu à un bon
mot de Socrate , qui peut trouver ici fa
place. Xantippe, femme de ce Philofophe,
(a) Cela arriva le 15 Avril 1718. V. l'Hift . de
Acad. Royale des Sc. de 1719 .
DECEMBRE . 1747. 1.49
l'avoit accablé de reproches, & ne fçachant
plus que lui dire , elle lui verfa fur la tête
un pot rempli d'ordures. Socrate la regarda
tranquillement & s'écria , je fçavoi bien
qu'après le Tonnerre la pluye devoit venir.
Paffez moi cette digreffion ; je rentre dans
mon fujet.
Quelquefois la foudre fe fait jour par
des iffuës fi petites qu'elles échappent aux
yeux les plus perçans ; ( a ) elle tombe ra
rement en hyver.
L'hyver doit-il bien- tôt ramener les frimats ?
Pomone fait au loin de nos triftes climats ,
Et Vertumné effrayé des terres labourées ,
S'éloigne en la fuivant de nos froides foirées ;
On ne voit pas les Cieux par de cruels efforts
Foudroyer les vaiffeaux tranquiles dans les ports.
Rarement il tonne. La foudre eft plus
fréquente en Eté , fur- tout fi l'air échauffé
(a ) Selon une lettre écrite à M. d'Argenville , la
foudre tomba fur une Eglife des Religieux Bénédictins
, perça les murailles , paffa à travers des
piliers de 4 pieds d'épaiffeur & n'y laiffa que des
trous de 2 lignes de diametre. On trouva la porte dui
Tabernacle ouverte , le taffetas dont l'intérieur de
la porte étoit revêtu , décolé ; quelques Religieux
fe fentirent frappés comme d'un coup de maffuc
au bruit du tonnerre. Voyez le Mercure de Septembre
1743 , pag. 267.4%
Giij,
150 MERCURE DE FRANCE.
commence à attirer de bonne heure les ex
halaifons.
Si dès le grand matin Céphale voit éclore
Les rayons diligens d'une brillante Aurore ,
Le tonnerre formé d'un amas vaporeux
Excite dans les airs des tremblemens affreux.
Souvent il prend la forme de longs
traits , qui tombés fur la terze touchent
encore le Ciel.
La Colonne n'eft plus ; les ondes enfâmées
S'élancent à grands flots des voûtes allumées ;
Cette mer fe diffipe & cent feux tournoyans
Roulent avec fureur leurs brafiers ondoyans.
Pour fçavoir combien le tonnerre eft
éloigné de nous , il faut confulter less
mouvemens de l'artere. Chaque battement
du pouls entre l'éclair & le bruit
donne 1000 pas pour la diftante de la
foudre. La flame écarte les airs ; mon
pouls a battu trois fois, le tonnerre gronde
je conclus qu'il eft a 3000 pas.
La meilleure précaution qu'on puiffe
prendre contre la foudre , c'eft de fe retirer
dans une chambre , d'en fermer exactement
les fenetres & les d'ébranportes
,
ler l'air par le fon des cloches , fi le nuage
eft encore éloigné de l'endroit où on fonDECEMBRE.
1747. 151
ne, mais c'eft une fuperftition de croire
avec Augufte qu'on peut éviter le tonnerre
en fe couvrant le corps de peau de veau
marin. ( a ) de même
En vain offririez-vous , comme autrefois Tibere,
Un front ceint de laurier pour vaincre ſa colere,
Par les ondes fortant des lieux prefque glacés,
Ses redoutables traits ſont plutôt émouffés.
Un amas répandu de vapeurs fulminantes
Corrompt des animaux les entrailles fanglantes
Le tonnerre gâte les viandes , fait tourner
le lait & quelquefois diffipe le vin dans
les tonneaux fans laiffer aucun veftige de fa
chûte.
Quel fpectacle imprévu ! Dans ces antres profonds,
Ou jamais on ne vit de fuperbes platfonds ,
Où le luxe eftprofcrit , où le Dieu de la treille
Bait couler à grands flots le jus de la bouteille,
La foudre pour braver les Tyrfes redoutés ,
( a ) Journal des Sçavans 1679. Pline faic
auffi mention de ces précautions inutiles. Qua non
feriuntur fulmine. Ex his qua terra gignuntur lauri
fruticem non ferit .... aut Tabernacula pellibus` belluarum
quas vitulos marinos appellant , &c.
Marfile Frein a crû que le Corail préſervoit de la
foudre. Fortunio Liceti a effayé d'en affigner las
saifon , mais le P. le Brun a démontré qu'ils
erroient l'un & l'autre.
G iiij
15 MERCURE DE FRANCE
Les
pampres ,
Penetre dans la grotte & fans être apperçue ,
Allarme des bûveurs la cohorte éperduë ; *
les feftons de ces lieux enchantés. 1
Un tonneau vuide &fain témoigne qu'en ces lieux-
La foudre a diffipé le vrai nectar des Dieux. ( a›);
Du jus évaporé dans ce revers funefte
La Ménade en fureur court ramaffer le refte ;
On boit , on fe défend ; des charbons allumés.
Amortiffent l'effet des foudres confumés.
M. Boal en a fait l'expérience ; le char
bon de terre brule l'exhalaifon qui diffipe
le vin , mais il n'empêche pas que l'air:
ébranlé ne fécoue les caves & par conféquent
les tonneaux , ce qui fait remonter
la lie & aigrit la liqueur.
Le tonnerre liquéfie l'or , confume les
fourneaux , fans laiffer aucune trace fur les
lames qu'ils renferment ; il tue ceux qu'ib
n'a pas frappés , & n'ôte pas la vie à des
perfonnes qui ont reffenti fes coups ( a )...
Dans des foureaux entiers on a vû des épées
(a) Curat item ut vafis integris vina repente diffigiant.
Luc. lib. 6. v. 230. V. Pline , Hift . Nat . liv.:
2. ch. 53. Senec . Queft. nat. liv . 3. ch. 31 .
( b ) Schott. part . 2. liv . 11. Le Pere Regnaule
dans fa Phyfique, liv. 4. Ent. 4. affûre avoir
vir une perfonne à qui le tonnerre avoit coulé en
tre la chemife & la peau, fans lui faire aucun mal.
DECEMBRE . 1747. 153
Par les exhalaifons , la vapeur diffipées ; ( a )
Cet homme femble encor dans les bras du fommeil
Attendre mollement l'heure de fon reveil.
Dieux ! On l'appelle en vain ,& fon front eſt ſans vie;;
Deja de les poulmons la fubftance eft flétrie. (b )),
Tels font , Madame les effets du ton--
nerre ; en voici les caufes. Les Montagnes
font plus fouvent frappées de la foudre
que les plaines , parce que quelquefois le
feu s'élance obliquement par rapport à
celle- ci...
Il écarte les airs , menaçant nos cités ;:
ડે
Ses efforts par les monts font fouvent arrêtés- ;;
Du tonnerre bruiant leurs hauteurs renconrrées ,
Sauvent de rudes coups à nos humbles contrées ;;
Quelquefois le nuage aux fommets attaché ; ·
(a) Muret In notis ad c. 31. quaft . nat : Sen. lib, 22 .
dit, Mihi hoc contigit ... Ut . fulmen în palatium de→
cidens ad mea ufque cubicula pervenerit. Iba gladis i
qui ad lectum unius ex famulis meis pendebat mucros -
nem ipfum ita liquefecit , ut in globulum converterist
vagina prorfus illasă.
Diffolvit porro facile as aurumque repente conferre
facit . Luc. lib.6. v. 339. Aurum& as ¿o argentum i
liquatur intus . Pline...
(4) Cette fâcheufe expérience a été vérifiée dans s
un jeune homme frappé de la foudre & ouvert part
M. Duverney . Hift, de l'Acad. 1693 .
Pline dit à ce fujet , vulnerafulminatorumfrigi
diora reliquo corpore funt .
Gy
154 MERCURE DE FRANCE
Par un vent furieux tout à coup arraché ,
Fait jaillir à grands flots une gerbe enflammée ,
Qui tombe fur les monts , mais bientôt en fumée
Se perdroit dans les airs, fi le corps en courroux,
Obftiné , s'efforçoit de venir jufqu'à nous..
Il fe confumeroit en chemin faifant.
Quand il tonne les ballons fe dilatent
ils chaffent une partie de la vapeur ; la
pluie redouble:
Le tonnerre eft mieux entendu le long
des vallées que dans un pays plat , parce
que le fon frappe nombre de corps mols
& revient fouvent fur lui-même.
L'éclair eft ordinairement l'avant cottreur
du tonnerre il le précede & paroît
prefque auffi -tôt que le ballon dilaté crevela
lumiere fait en un tems égal 600000
fois plus de chemin que le fon qui parcourt
1 So toifes environ dans une feconde
( a ) ; c'est-à-dire 1000 pas à chaque
battement du pouls , ainfi toute pulfation
de l'artere depuis que l'éclair a brillé jufqu'à
ce qu'on entende gronder la foudre ,
répond à une diſtance de 1000 pas entre le
tonnerre & nous , de même fouvent on
m'entend le coup de fufil que lorfque le
Chaffeur a ramaffé fa proye.
Quelquefois, il tonne fans qu'on voye
Féclair.
(a )M Hughens dans fon Traité de la Lumiere:
DECEMBRE. 1747 ISS
La vapeur qui fermente , ébranle les nuages ,
Et forme dans leur fein de ténébreux orages ;
De fels d'éxhalaifons , d'où naiffent les éclats,
L'éclair ne peut percer les énormes amas ;
Leur affreufe noirceur dérobe à notre vûë
Mille traits enflammés qui ferpentent la nuë
Le brouillard où la foudre fe prépare eft
fouvent au -deffous d'un autre qui nous
empêche d'appercevoir les flâmes dont le
premier eft entrecoupé ; fouvent auffi on
voit briller l'éclair fans qu'on entende
gronder le tonnerre , foit que les ballons
peu refferrés n'excitent dans les airs que
de petits trémouffemens , foit que le bruit
affoibli en chemin ne puiffe parvenir à
nous , à caufe de la diftance dn nuage ora
geux.
Quand nos triffes climats font couverts de glaçons
La foudre dans les airs n'exciteplus fes fons ;
Des rayons du Soleil la chaleur moins active
Tâche envain d'enlever l'exhalaifon rétive..
Elle réfifte & refte fur la terre , alors
tout eft paifible ; la vapeur errante ne peut
être affés comprimée , ni en affés grande
quantité pour allumer la foudre ; il faut
quelque caufe qui faffe voler dans l'air des
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE
fouffres & des fels , comme par exemple
une mine que l'on creufe ( a .).
L'exhalaifon forcée de tomber' prend la
forme d'un trait , d'une gerbe , d'un dard ,
felon que l'air en lui réſiſtant la divife.
C'eft un globe embrafé de minces pelottons .
Qui renferment en eux des foudres avortons ,
Que la chaleur , les vents empêchent de paroître ,
Tel qu'on voit un charbon fe reproduire & croî
tre ,*.
Sétendre , s'agrandir , lorſqu'ardent , allúmé ,
Il fend , traverse l'air qu'il a prefqu'enflâmé ;
Par Péther divifé la foudre harcelée ,
Saifit , furprend foudain la rétine ébranléex
L'impreffion que fait l'objet imprevu
excite un mouvement dans les fibres der
cette membrane ;, l'agitation plus vive
qu'à l'ordinaire dure quelque tems & nous
fait appercevoir l'objet où il n'eft plus
mais oùil a été
La foudre ferpente dans fa chûte , lorſ--
que le centre de gravité , eft hors du centrs
de figure. Elle fait la route que l'air luis
marque ou la détourne en jettant quelque ;
corps de côté ; le feu eft léger ; l'impreffion
(a) Cela doit avoir lieu auprès de Paris , puifque
continuic llement on tire des pierres des carrieres ;
qui font aux environs de cette ville,
DECEMBRE. 1747.
157
de l'air quelque petite qu'elle foit , fuffit:
pour lui faire changer de chemin.
Les
exhalaifons que répand le
tonnerre
interrompent le cours de la matiere quil
occafionne la direction de l'aiguille aimantée.
Voilà pourquoi elle devient foller
quand il tombe auprès d'elle..
La foudre eft attirée fur les clochers ,
le nuage eft
immédiatement au deffus de:
l'endroit oùon fonne ; le fon ébranle l'air.
voifin; il le chaffe ; l'air s'éleve & fait mon--
ter la nuë qui renferme l'orage ; la force
élastique du brouillard (-plein de ballons
prêts à fe dilater ) le précipite ; l'air preffé
à fon tour plie , céde & ouvre paffage au
tonnerre ; fi la nuée eft loin des cloches
les
trémouffemens de l'air l'écartent &
l'envoyent en d'autres endroits .
3
Un corps obéit autant qu'il lui eft poffible,
aux forces qui le pouffent , parce que
dans lui-même il n'a aucun principe de réfiftance
. S'arrête- t'il ? Les forces font con+
traires ,
diametralement oppofées & égales ;
autrement il fuit une diagonalé qui partici
pe des lignes felon lefquelles il itoit , fi
chaque puiffance agiffoit fur-lui féparé
ment. Ainfile vent qui concourt avec la
premiére caufe du mouvement de la fou
dfe, doit changer fa détermination , d'autant
plus que la flâme extrêmement légere no
58 MERCURE DE FRANCE .
demande pas une agitation violente pour
être muë..
Les fels répandus par le tonnerre , femblables
à des petits coins , agiffent fur les
parois des corps, les ébranlent , les élargiffent
, les féparent . Alors tout fe réduit en
poudre, par la raifon que le feu calcine les
pierres. Ainfi je pense qu'on doit expliquer
comment quelques tours dont parle
Pline furent entiérement détruites en Italie
; la vapeur en brula plufieurs endroits ;
les pierres foutenues par celles qui étoient
pulverifées tomberent ( a ).
Voilà pourquoi plufieurs perfonnes
frappées de la foudre font réduites en
pouliere dès qu'on les touche , quoiqu'on
n'apperçut auparavant dans elles aucune
marque de contufion ( b ). L'exhalaifon
entre dans leurs pores , s'infinue par les
ouvertures naturelles,diffipe le fang , con
fume les humeurs qui animent la machine
& en lient les parties .
(a ) Je n'ai point vu d'Auteurs , à l'exception de
Pline , qui faffe mention d'édifices confumés par
la foudre ; je ne crois pas même qu'il y ait d'exemples
bien conftatés de ces fortes d'accidens ; la
fame eft trop légére & trop rapide.
(b) J'ai oui parler d'ane fille, qui fous un arbre
fut frappée du tonnerre ; elle ne paroiffoit point
Bleffée , mais dès qu'on la toucha, elle fut réduite
en poudre
"
DECEMBRE. 1747. 159
Les fels répandus par le tonnerre infec
tent l'air d'une odeur de fouffre ; ils paffent
par la trachée , ils defcendent aux poulmons
, ils les rongent & furchargent les
parcelles aeriennes qui y font contenuës ;
celles- ci moins élastiques n'aident plus la
refpiration ; les lobbes s'affaiffent & l'ani
mal meurt.
Souvent l'air débandé attaque & diffi
pe l'exhalaifon, qui étant ufée, perd fa force
elle gliffe fur les corps qu'elle rencontre ,
femblable à l'efprit de vin qu'on met fur
le feu & qui fe répand en vapeur dans une
chambre que
que je fuppofe fermée ; fi quelqu'un
entre avec une chandelle allumée
cette vapeur s'enflâme , c'eſt un éclair auffi
étendu que le lieu où il brille , mais déja
confumé, il ne bleffe point les organes
des fpectateurs , telle eft quelquefois la
foudre.
L'Emailleur avec un trait de feu diffout
Fe verre ; doit on donc être furpris que la
flâme du tonnerre , plus rapide que celle
dont fe fert l'ouvrier , liquéfie l'or & l'argent
? Elle entre dans leurs parois qu'elle
élargit ; elle oblige les parties du métail à
tourner fur differens centres ; il devient
fluide , fouvent il difparoît ; fes molécules:
défunies font emportées par l'exhalaifon .
Les fels ont-ils leur libre iffue dans les
corps qu'ils pénetrent
160 MERCURE DE FRANCE.
Ils entrent fans efforts; ces corps reftent entiers ; (a)
Ainfi dans les foureaux dont les pores groffiets .
Laiffent à la vapeur un facile paffage ,
La foudre rarement a cauſé de ravage.
Il n'en eft pas de même des épées dont
les parois plus ferrés réfiftent davantage ;
telle l'eau régale qui n'opere rien ſur largent
, diffout l'or . Ce métail plus dur que
L'autre , a fes pores plus étroits ; ils oppofent
une réfiftance plus confidérable à l'action
des fets qui rédoublent leurs efforts
pour les féparer , & qui enfin les écartent.
De même qu'au contraire l'eau forte défu
nit les parties de l'argent fans pouvoir s'infinuer
dans celles de l'or , de même, dis -je,
la vapeur confume la bourfe fans agir fus
P
(a ) On voit dans les Mem. de l'Acad. 1713 , p .
308 , qu'tin mêlange de vinaigre , de chaulx , de
fel , de fouffre & de nitre , donne une compofition
qui pénétre l'argent fans le diffoudre ni l'altérér.
Quelquefois le tonnerre en frappant deux
corps inanimés , les incrufte l'un dans l'autre . Une
Dame de confidération m'a dit connoître une per
fonne qui a une porcelaine dans laquelle le ton
nerre a fait entrer du fil de leton :
Un fait plus connu & digne d'être remarqué
c'eft ce qui arriva en 1741 fur le S. Efprit , vaif
feau François , le tonnerre tomba dans la Sainté
Barbe fans mettre le feu aux poudres ; ayant percé
` jufqu'à la fonte des boulets , il en liquefia plufieurs
avec des poulies &en fit un métail qui ne reffemble.
à aucun autre.
DECEMBRE . 1747 16K
Te métail qu'elle contient ; elle n'y trouve.
aucunpaffage , ou il n'eft pas
fuffifant pour
donner lieu à une diffolution .
Les fels pénétrans dans les tonneaux fermentent
avec le vin ; ils peuvent amener
par les pores du bois les globules de la li
queur qu'il ont détachés les uns des autres ;:
quelquefois auffi après avoir rongé les tonneaux
, ils condenſent la premiere ſurface
du vin , ce qui l'empêche de couler ; les
Limonadiers fant de la glace avec de l'eau
& du fel. Pourquoi donc le nitre femé par
le tonnerre ne coaguleroit-il pas une cou- r
che du liquide contenu dans le bois diffipé
De toutes ces explications il réſulte
qu'on peut imiter la foudre par des com
pofitions de bitume , de falpetre , d'eau ,
d'acides , d'alkalis . Telle eft la poudre ful
minante. La Chymie en fournit beaucoup,
d'autres qu'ilferoit trop long de rapporter
ici..
Gold face LÆG LIRI SES G G G free
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
E- 2 de ce mois le Roi arriva à Ver
failles de Choify , où Sa Majefté s'é
toit rendue de Fontainebleau le 19 du .
mois dernier..
162 MERCURE DE FRANCE.
4
Le 3 premier Dimanche de l'Avent le
Roi & la Reine entendirent dans la Cha
pelle du Château la Meffe chantée par la
Mufique .
L'après-midi le Roi accompagné de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Mefdames de France affifta
à la prédication du Pere Griffet de la Compagnie
de Jefus.
- Le
4
le Prince d'Ardore Ambaffadeur
du Roi des Deux Siciles reçut en vertu
des pouvoirs qui lui avoient été envoyés
par Sa Majefté Sicilienne le Duc de Vil-
Jars Brancas Chevalier de l'Ordre de Saint
Janvier.
Le Fête de la Conception de la Sain
te Vierge le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meffe
chantée par la Mufique. L'après-midi la
Reine , accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdames de France , affifta à la prédication
du Pere Griffet de la Compagnie de
Jefus , & enfuite aux Vêpres,
Le 10 fecond Dimanche de l'Avent
leurs Majeftés entendirent la Meffe dans la
même Chapelle , & l'après- midi la Reine ,
accompagnée comme le jour de la Fête
de la Conception , affiſta au Sermon du
Pere Griffet.
•
DECEMBRE
. 1747 167
La Reine communia le 7 par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier.
Le 3 de ce mois les Maréchaux de Laval
Montmorency , de Clermont Tonnerre
de la Mothe Houdancourt & de Lowendalh
, prêterent ferment de fidélité entre
les mains du Roi.
Le Cardinal de Soubize , accompagné
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, fut introduit le 12 par le Chevalier
de Sainctot , Introducteur des Ambaffadeurs
à l'audience de la Reine , à laquelle
il prefenta l'Abbé Onorati , Camerier
d'honneur du Pape , qui remit à Sa Majeſté
un Bref de Sa Sainteté. Pendant l'audience
on apporta un tabouret , & le Cardinal
de Soubize s'affit . Il fut conduit enfuite
avec les mêmes cérémonies aux audiences
de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & de
Mefdames de France.
Le 10 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont pris le deuil pour
la mort de la Ducheffe Doüairiere de
Brunſwick Wolfenbuttel , grande tante de
Madame la Dauphine.
Le Maréchal Duc de Belle-Ifle étant
arrivé de Nice le 7 de ce mois , alla le
même jour à Verſailles rendre fes reſpects
au Roi , qui le reçut très -favorablement.
164 MERCURE DE FRANCE .
De Bruxelles le 28 Novembre.
T
Outes les troupes font tranquilles
dans leurs quartiers , & moyennant
les précautions qu'on aprifes on n'eft plus
inquiété dans le Marquifat d'Anvers par
les courfes des Huffards ennemis . Selon les
nouvelles de Gand, on y conftruit ainfi que
dans quelques autres villes un grand nombre
de barques , dont on ignore encore la
deftination. Le bruit court qu'il doit paroître
un Edit, par lequel il fera enjoint à toutes
les perfonnes qui poffédent des terres
dans le Brabant & dans les Provinces Voifines,
& qui font au fervice de la Reine de
Hongrie ou des Puiffances fes Alliées , de
revenir dans un certain tems , fous peine
de confifcation de leurs biens. Celles qui
ont acheté des Charges fous le précédent
Gouvernement & qui les ont confervées ,
feront obligées de les racheter.
2
On a reçû avis que les Etats Généraux
des Provinces-Unies avoient nommé le
Comte de Bentinck de Rhoon , le Baron
de Waffenaer de Carwyck & M. Haffelaar ,
leurs Miniftres Plénipotentiaires aux conférences
d'Aix- la- Chapelle.
De Bruxelles le 3 Décembre.
Le bruit qui a couru que le Gouver
nement avoit deffein de faire rachet
DECEMBRE. 1747 .
165
!
ter les Charges acquifes par les titulaires
pendant que ces Provinces étoient fous la
domination de la Reine de Hongrie , eft
deftitué de tout fondement .
Les Doyens des Corps de Métiers ont
donné leur confentement à la levée de
l'impofition établie fur les quatre principales
efpéces de denrées . Il eft arrivé de
Lille une fomme confidérable pour le
payement des troupes du Roi. Les levées
pour les Régimens Etrangers de nouvelle
création fe continuent dans ce pays avec
tout le fuccès poffible , & il vient tous les
jours des recrues pour completter les
Corps qui font en garnifon à Bruxelles &
dans les villes voifines . Plufieurs de ces
Corps pafferent le 20 en revûë devant divers
Commiffaires des guerres.
A
On attend le Maréchal de Lowendall
dans le courant de ce mois. Le Marquis
du Chayla Lieutenant Général , & le
Chevalier de Courten , qui s'étoient rendus
en cette ville pour avoir quelques
conférences avec M. le Maréchal Comte
de Saxe , font retournés le premier à Gand
& le fecond à Anvers. Sur l'avis que les
Alliés fe fortifient à Herentals , M. le Maréchal
Comte de Saxe a pris la réfolution
de renforcer les troupes qui occupent le
pofte de Licre.
*
!
66 MERCURE DE FRANCE.
M洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
NOUVELLES ETRANGERES.
SUEDE.
Uivant les avis reçus de Warfovie , le Roi de
Pologne Electeur de Saxe ne s'y rendra point
cet hyver , & les bruits qui courent au ſujet de
l'affemblée d'une Diette extraordinaire , n'ont
aucun fondement. Ces avis confirment que la Po-
Jogne jouit de la plus parfaite tranquillité par les
foins que prend la Majefté Polonoife d'en éloigner
tout ce qui en pourroit troubler le repos , &
d'obferver une exacte neutralité dans la guerre
qui agite l'Europe. Quoique l'on continue de
parler beaucoup de la prochaine marche de trente
mille Ruffiens que le Roi de la Grande Bretagne
& la République des Provinces- Unies fe propofent
de prendre à leur fervice , & quoique diverfes
lettres particulieres affûrent que ces troupes pourroient
traverfer la Pologne , il eft certain qu'on
n'a reçû aucunes lettres requifitoriales pour leur
paffage , & qu'il n'y a point d'ordre de former
des magafins pour leur fubfiftance . Les nouvelles
de Pétersbourg portent que l'Imperatrice de Ruffie
a nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire à la
Cour de Vienne le Comte de Beftuchef Grand
Maréchal de la Cour , lequel réfidoit à Drefde en
qualité de fon Envoyé. Elle a chargé en même
tems le Comte de Beftuchef, fils du Grand Chancelier
de Ruffie , d'aller complimenter de fa part
la Reine de Hongrie & le Grand Duc de Toſcane,
far la naiffance de l'Archiduc Pierre dont elle a
été maraine.
DECEMBRE.
1747. 167
Sa Majefté Impériale a reçû par un fecond courier
du Prince Gallitzin ſon Ambaffadeur en Perfe
la confirmation de la mort deThamas Kouli Kam.
Cet ufurpateur s'étant attiré par fes cruautés la
haine générale des Perfans , la plupart des Seigneurs
de fa Cour ont confpiré contre lui . Son
propre neveu s'eft mis à la tête des conjurés , &
après l'avoir affaffiné & s'être emparé de fes tréfors
, il s'eft fait élire Roi de Perfe. L'autorité de
ce nouveau Souverain eft encore mal affermie ,
& plufieurs concurrens ont formé des partis pour
lui difputer le Trône. Dans les premiers troubles
excités par la révolution on a pillé les Comptoirs
que la nation Angloife & la Ruffienne ont dans le
Ghilan. L'Impératrice de Ruffie a tenu à ce ſujet
plufieurs Confeils , pour déliberer fur la conduite
qu'il convient d'obferver en cette occafion.
On mande de Pétersbourg que l'Imperatrice
tint le 24 Octobre un Conſeil d'Etat pour déliberer
fur quelques dépêches apportées de Stockholm
par un courier extraordinaire , & que le lende
main s'étant renduë au Sénat avec les cérémonies
accoûtumées , elle donna fon approbation à plufieurs
nouveaux Réglemens concernant l'admi
niftration de la Juſtice . On affûre que cette Princeffe
ne fera point à Mofcou le voyage qu'elle
avoit projetté. Depuis quelque tems on a rendu
public le Traité qui a été conclu dans le mois de
Juin dernier entre fa Majefté Impériale & le Roi
de la Grande Bretagne. Il a été ftipulé par ce
Traité que pour contribuer la paix à l'Europe , &
pour procurer l'avantage & la fûreté des Alliés
des deux Puiffances , l'Impératrice tiendroit fur
les frontieres de la Livonie , limitrophes avec le
Lithuanie , un Corps de trente mille hommes ,
prêts à marcher à la premiere requifition & en tel
168 MERCURE DE FRANCE.
1
•
endroit que la néceffité pourroit le requerir
qu'en même tems elle auroit toujours fur les côtes
de la Livonie quarante galéres équipées , afin
qu'on pût les employer lorfque les circonftances
l'exigeroient ; que S. M. Britannique de fon côté
payeroit à Pimpératrice un fubfide de cent mille
livres fterlings pour cette année ; que s'il plaifoit
au Roi de la Grande Bretagne de continuer le
même Traité pour l'année prochaine , il en feroit
informer fa Majefté Impériale dans le cours du
mois d'Oct, afin que le Gouvernement pût faire
fes difpofitions en conféquence. Les ratifications
de ce Traité furent échangées le 8 du mois d'Août
dernier. On attend à Pétersbourg inceffamment
le courier dont les dépêches décideront de la
conclufion du nouveau Traité de fubfide , propoſé
à l'Impératrice par le Roi de la Grande Bretagne
& par les Etats Généraux des Provinces- Unies.
- Le Baron de Breitlach Ambaſſadeur de la Reine
de Hongrie a fait partir un exprès pour Vienne
⚫ avec le réfultat de diverfes conférences qu'il a eues
avec lest Miniftres de fa Majefté Impériale.
-Comme les chemins font prefque impratiquables ,
-le jeune Comte de Beftuchefque l'Impératrice a
nommé pour aller complimenter de fa part fa
Majefté Hongroife & le Grand Duc de Toſcane
fur la naiffance de l'Archiduc Pierre , a différé fon
départ juſqu'à ce qu'il foit tombé affés de neige
pour voyager en traineau. Le Comte de Barck
ci devant Miniftre du Roi de Suéde auprès de la
Majefté Impériale fe prépare de retourner à
Stockholm d'où il eft arrivé depuis peu un courier
chargé de lettres du Marquis de Laninarie pour
M. d'Allion Miniftre du Roi de France en cette
Cour.La répartition des quartiers d'hyver pour les
troupes , particulierement pour celles qui font en
Livonia
DECEMBRE . 1747 . 159 .
Livonie ayant été faite il y a quelque tems , il eft
wenu de cette Province deux Régimens d'Infan
terie qui jufqu'au mois d'Avril feront partie de la
garnifon de Pétersbourg.
à
Le Baron de Breisach donna le 26 un repas
l'occafion de la Fête de Sainte Thérefe , dont la
Reine de Hongrie porte le nom .
On apprend par les nouvelles de Coppenhague
que le 8 du mois paffé M. de Kettenbourg Chancelier
du Duché de Hoftein , & qui, eft venu à
Coppenhague pour complimenter leurs Majeftés,
de la du Grand Duc de Ruffie fur leur avenepart
ment au Trône , eut une audience particuliere du
Roi , & qu'enfuite il fut conduit à celle de la
Reine. Le Roi partit le même jour pour Roſenbourg
, où il fe propofe de demeurer quelque tems
afin d'y prendre le divertiffement de la chaffe. Sa
Majefté a difpofé d'une place de Confeiller du
Confeil de Commerce en faveur de M. Jean
Georges de Hoift . Meffieurs de Kats & de Klengenberg
ont obtenu des emplois de Commiffaires
de la Chambre des Rentes. La place de Major
du Régiment de Fionie a été donnée à M. de
Stramboë Capitaine dans le même Régiment.
Le Baron de Pleffen Chambellan du Roi , & qui
a brevet de Colonel , a épousé la Demoiſelle de
Rosencrantz .
On apprend de Stockholm que le Marquis de
Lanmarie Ambaffadeur de Sa Majefté Très - Chré
tienne , a reçu depuis peu de fa Cour un courier
dont il a communiqué les dépêches aux Miniftres
de fa Majefté Suédoife. Les mêmes lettres marquent
que le Roi de la Grande Bretagne a nommé
un nouveau Min ftre pour remplacer M. de Guydickens.
Suivant les mêmes avis on continue de
jouir d'une parfaite tranquillité en Finlande. Le
I.Vol H
170 MERCURE DE FRANCE.
Baron de Rofen Gouverneur Général de cette
Province , eft occupé à faire réparer les fortifications
de diverfes places , & à en remplir les magafins
de tout ce qui eft néceffaire.
Il n'y a encore rien de decidé fur le tems de la
féparation de la Diette du Royaume .
On mande de Coppenhague que le Roi de
Dannemarck , ayant réfolu de rendre les divertif
femens plus fréquens à fa Cour qu'ils ne l'étoient
fous le regne précédent , a réglé que la Reine
tiendroit appartement tous les mardis & les vendredis
, & que les autres jours il y auroit Opéra ,
Comédie & Bal alternativement . Suivant les mêmes
nouvelles il s'eft tenu une aſſemblée génerale
des intéreffés dans la Compagnie de Commerce
établie par fa Majefté Danoiſe , & dont le fond eft
actuellement de fept cent mille écus.
Les avis reçûs de Francfort portent que le
Prince de Deux Ponts qui étoit allé à Arollen
pour rendre vifite au Prince & à la Princeffe de
Waldeck étoit retourné à fa réfidence , & que
le Prince de la Tour Taxis Principal Commiflaire
du Grand Duc de Tofcane auprès de la Diette
de Ratisbonne étoit parti pour fe rendre à Vienne.
Des lettres de divers endroits affûrent que depuis
l'arrivée d'un courier dépêché de Londres au
Lord Hindford , l'Impératrice de Ruffie paroiffoit
déterminée à conclure le nouveau Traité de
fubfide qui lui a été proposé par le Roi de la
Grande Bretagne & par la République des Provincs-
Unies.
DECEMBRE . 1747. 171
ALLEMAGNE.
•
N'écritde Prague du 7 Novembre que l'onverture
des Etats du Royaume de Boheme
s'eft faite le 27 Octobre , & que les Commiffaires
de la Reine ont remis les demandes de fa
Majesté à cette affemblée . La Reine exige que
ces Etats lui fourniflent deux millions de florins
pour les dépenfes de la guerre , cent mille florins
pour divers autres befoins , vingt mille pour l'entretien
des fortifications des Places , douze mille
hommes de recrues , & trois mille deux cent chevaux
pour la remonte de la Cavalerie & des Dragons.
Le bruit court que le Comte de Kaunitz
Ritberg ci- devant Gouverneur par interim des
Pays- Bas , & le Comte de Cobenzel Miniftre du
Grand Duc de Tofcane auprès du Cercle de Franconie
, feront nommés Miniftres Plénipotentiaires
de fa Majefté au Congrès d'Aix la Chapelle. On
croit que le Comte de Schullembourg , qui a été
employé en qualité de Général des troupes de la
Reine dans la Lombardie , commandera l'année
prochaine un camp volant fur la Mofelle . Le
Comte d'Hagenbach a reçû ordre d'aller vifiter
les fortifications de Kehl & de Philifbourg. Il a
été réfolu de faire marcher partie aux Pays Bas ,
partie en Italie , les nouveaux Régimens qu'on a
levés en Elclavonie , & il a été ordonné aux Offi
ciers de ces Corps d'aller les joindre fans délai .
On a appris de Milan que le Général Wentworth
y éroit attendu dans peu , ainfi qu'un Général du
Roi de Sardaigne , & qu'ils devoient y conferer
avec le Comte de Harrach & le Comte de Browne
fur les mefures à prendre pour inquiéter les
ennemis. pendant Phyver , & pour procurer la
fûreté des Duchés de Parme & de Plaifance.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Selon les nouvelles de Conftantinople le Grand
Seigneur a envoyé à Rhodes le Prince Perfan qui
fe dit fils du Schach Huffein , & la Hauteile paroît
être dans la réfolution de ne point fe mêler
des affaires de Perfe,
Les lettres de Vienne du 14 Novembre portent
que la Fête de Saint Charles Borromée dont l'Archiduc,
fecond fils de la Reine ,porte le nom , a été
célébrée avec beaucoup de magnificence , & que
fa Majefté a reçû à cette occafion les complimens
des Miniftres Etrangers , des Miniftres d'Etat &
de la principale Nobleffe. Les du mois dernier
la Reine vint de Schombrunn en cette ville , &
entendit dans l'Eglife Métropolitaine la grande
Meffe célébrée pontificalement par le Cardinal
de Kollonitz . Il fe tint le 7 en préfence de fa Majefté
une longue conférence au fujet de diverfes
affaires importantes qui regardent le Corps Germanique
.
Le Baron de Franck enftein , chargé de pleins
pouvoirs de l'Evêque de Bamberg , reçût le s des
mains du Grand Duc de Tofcane au nom de cet
Evêque l'Inveftiture des Fiefs qu'il tient de l'Empire
. Le 7 le Prince Charles de Lorraine fe rendit
au Château de Diernholtz .
La Reine a donné ordre au Comte de Kaunitz
Ritberg de fe difpofer à partir pour affifter en qualité
de fon premier Miniftre Plénipotentiaire aux
conférences d'Aix - la - Chapelle . Le Comte de
Trautfon Miniftre de fa Majefté auprès du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , eft fur fon départ pour
Dreide .
Le Comte de Schombourg Capitaine des Trabans
de l'Impératrice Premiere Douairiere , a été
déclaré Vice- Maréchal de la Cour du Grand Duc
de Tofcane.
DECEMBRE . 1747. 17 :
La Reine fe rendit le 14 du mois dernier avec
le Grand Duc de Tofcane à Clofter Neubourg
d'où fa Majefté revint le lendemain à Vienne . Il
arriva le 13 des Pays- Bas un courier dont les dể-
pêches qu'on croit regarder les futures conférences
d'Aix- la- Chapelle , ont donné lieu à la tenue
- d'un Confeil extraordinaire . On eft occupé à chercher
les moyens de fatisfaire le Roi de Pologne
Electeur de Saxe fur les indemnités qu'il demande
pour les dommages caufés à fon Electorat par les
troupes de la Reine , & l'on croit que pour terminer
cette affaire à l'amiable , fa Majesté cédera à
ce Prince plufieurs Fiefs qui dépendent du Royaume
de Boheme. Selon les apparences les trois
nouveaux Feldt- Maréchaux que la Reine doit déclarer
, font les Comtes de Browne , de Nadafti &
Leopold de Daun.On conjecture que le Comte de
Schullembourg fera élevé à la même dignité . Le
Général Pallavicini ci - devant Miniftre Plénipotentiaire
de la Reine dans le Gouvernement du Milanez
, a été choifi pour commander les troupes en
Italie. La place de Commiffaire Général des mines
dans les pays héréditaires a été donnée à M. Weffeinhutter.
On a appris de Hermanftadt que le Feldt -Maréchal
Conte de Traun , Gouverneur de Tranfilva-
´nie , y avoit fait fon entrée publique avec beaude
magnificence au bruit des falves réiterées
de l'artillerie de la Place & de la moufqueterie de
Ja garnison .
coup
*
Les nouvelles de Stockholm annonçent que le
Prince Gustave a été fort incommodé pendant
quelques jours , & qu'on avoit d'abord craint qu'il
ne fut attaqué de la petite vérole , mais que fon
indifpofition n'a point eu de fuite , & qu'il fe porte
à préfent auffi-bien qu'on puiffe le fouhaiter ,
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
Ces avis ajoutent que le 3 les quatre Ordres du
Royaume de Suéde le font affemblés pour délibé
rer fur la propofition d'accorder à une Compagnie
le privilége exclufif de fabriquer de l'eau-de- vie ;
que le Clergé & l'Ordre des Payfans s'y font de
nouveau oppofés , mais qu'après de longs débats
on eft convenu de renvoyer la décifion de cette
affaire au Committé fecret . On travaille avec beaucoup
d'affiduité à des arrangemens pour améliorer
les finances , & l'on compte qu'on augmentera
les revenus de l'Etat de plus de cinq millions de
florins .
Selon les lettres de Pétersbourg P'Impératrice
de Ruffie qui a été pendant quelques jours à
Czarska-Zelo en eft revenue le 3 .
On a été informé par des lettres de Perfe que
les troubles qui s'y étoient élevés à l'occafion de
la mort de Thamas Kouli Kam étoient entierement
appaifés ; que le nouveau Roi avoit été reconnu
par toutes les Provinces ; qu'il donnoit des
marques d'un caractére généreux & pacifique ,
que par fes grandes largeffes il avoit également
gagné l'affection de la Nobleffe & du peuple.
IB
ESPAGNE.
&
vaiffeau le Glorieux commandé par Don
>
vion pour le Ferol , rencontra le 17 du mois d'Octobre
à la hauteur du Cap Saint Vincent une efcadre
Angloife, dont deux frégates, l'une de quarante
canons , l'autre de trente fe détacherent
pour l'attaquer . Il les combattit pendant plufieurs
heures , & il s'en feroit emparé fi elles n'avoient
pris le parti de fe réfugier fous le canon des Forts.
de Saint Vincent & de Sagre appartenans au Roi
DECEMBRE. 1747. 175
de Portugal. Le lendemain Don Pedre de la Cerda
découvrit le vaiſſeau le Darmouth de foixante
canons , qui avec les deux mêmes frégates fe difpofoit
à engager avec lui une nouvelle action .
Ces bâtimens l'eurent bientôt joint. De part &
-d'autre l'artillerie fut fervie avec une extrême vivacité
, & non-feulement le vaiffeau le Glorieux
maltraita fort les frégates ennemies dans leurs
manoeuvres , mais le feu prit aux poudres du
Darmouth & ce vaiffeau fauta en l'air. Les frégates
fe retirerent après avoir tâché de prendre à
bord l'équipage de ce bâtiment dont elles ne pûrent
fauver qu'un Lieutenant , & dix-fept matelots .
Don Pedre de la Cerda ayant employé la nuit
fuivante à réparer le dommage caufé à fon vaiffeau
, continuoit le 19 fa route , lorsqu'il fut attaqué
une troifiéme fois par ces frégates fecondées
du vaiffeau le Ruffels de quatre vingt douze canons .
Les deux combats précédens avoient confommé
la plus grande partie des munitions de guerre du
vailleau le Glorieux . Cependant il fe défendit depuis
fix heures du matin jufqu'à près de midi ,
& le vaiffeau ieRuffels ayant reçû plufieurs coups
de canon à fleur d'eau , le Commandant de ce
bâtiment étoit fur le point de faire paffer fon
équipage fur les deux frégates & de prendre la
fuite , mais la poudre & les boulets ayant manqué
totalement au Glorieux ,' Don Pedre de la Cerda
fut réduit à la néceffité de ſe rendre , dans le tems
qu'il étoit prêt à fe fignaler par un fuccès encore
plus éclatant que ceux qui lui ont acquis fi juftement
une fi grande réputation .
.
Les lettres de Lisbonne marquent que Don
Paul Melo de Machado Pereira de Sampayo
Gentilhomme de la Maifon du Roi de Portugal ,
a épousé Dona Grace Pereira de Caftro.
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Portugal que le 19 Octobre
il y avoit paru une Aurore Boréale qui a furpaflé
en lumiere toutes celles obfervées précédemment
dans le même Royaume , & qu'elle avoit été
fuivie d'un violent ouragan . Selon les mêmes letties
on a cluyé quelques jours auparavant à Bascelos
& dans les environs la tempête la plus fuicule.
Elle fut accompagnée de grêle , dont les
grains étoient de telle groffeur qu'ils ont détruit
prefque toutes les couvertures des maiſons & tué
un grand nombre d'animaux dans la campagne.
Le vent a déraciné la plupart des arbres & le tonnerre
est tombé en plufieurs endroits , particulierement
fur l'Eglife du Monaftére de Travanca &
fur celle des Chanoines de S. Jean l'Evangeliſte ,
lefquelles ont été confidérablement endommagées.
Ces avis ajoutent que Don Bonaventure Malheiro
de Reimam Marinho a époufé Dona Marguerite
Louife Pereira Ferraz Sarmento de Souto
Major , & que la Comteffe de Saint Vincent eft
accouchée d'un fils . On a été informé par les mêmes
avis que Don Fernand de Magalhaens Menezes
Gentilhomme de la Maifon de fa Majefté
Portugaile , & ci - devant Meftre - de- Camp d'un
Régiment de Cavalerie , eft mort en fon Château
d'Alvelos le du mois dernier âgé de foixante &
neuf ans. Son corps a été inhumé avec beaucoup
de pompe à Amarade dans l'Eglife des Religieufes
de Sainte Claire , où eft la fépulture de fa Maifon ,
- l'une des plus iluftres du Royaume.
؟
On apprend par les lettres de Madrid que le 19
du mois dernier Fête de Sainte Elizabeth dont la
Reine Douairiere porte le nom , leurs Majeftés
reçûrent , ainfi que certe Princeffe , les compli
mens des Miniftres Etrangers , des Miniftres d'EDECEMBRE.
1747. 177
tat & des Grands . On célébra le 17l'Anniverſaire
de la naiffance de l'Infante Marie - Antoinette-Ferdinande
, qui eft entrée dans la dix - huitiéme année
de fon age.
Le Roi a difpofé d'un Canonicat de l'Eglife
Métropolitaine de Grenade en faveur de Don Jo
feph- Manuel de Roxas Chanoine de l'Eglife Ca
thédrale de Cadix .
Don Juan de Lacy , Qualificateur du Saint Of
fice , & Grand Chapelain de l'Hôpital Royal de
Saint Antoine , baptifa le 17 un Juif dans l'Eglife
de Saint Louis.
Les lettres d'Andaloufie marquent que le 28
du mois d'Octobre l'Armateur Barthelemi de
Torres a pris dans les environs du Cap Eſpartel le
Pacquetbot Anglois le Henri chargé de fucre , de
caffé , de cacao , de bois de campêche & d'autres
marchandiſes , lequel alloit de la nouvelle Yorca
à Livourne . Selon les avis reçûs de Galice un navire
de la même nation , nommé la Marie- Anne ,
à bord duquel il y avoit deux cent quatre- vingt
dix-huit facs de bled & foixante- deux barriques
de viande falée , a été conduit au Port de Vigo
par l'Armateur François Tafore !, qui s'en étoit
emparé le 10 Novembre à la vie des Illes Berlingues.
Don Thomas Antoine de Gufman y Spinola
Chevalier de l'Ordre de Saint Jacques , Grand
Chapelain de l'Eglife du Monaftére Roval des
Carmelites , Confeiller de la Chambre de Caftille
& du Confeil des Ordres , Subdélegué du Confeil
de la Croifade , Auditeur de la Chancellerie de
Valladolid , & qui venoit d'être nommé à l'Evêché
de Malaga , mourut en cette ville le 12 âgé de cin
quante deux ans .
Hr
178 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE - BRETAGNE.
E7 du mois paſſé au foir on reçut la nouvelle
de l'arrivée des navires le Sandych- & le
Schaftsbury , qui appartiennent à la Compagnie
des Indes Orientales , & qui reviennent de la
Chine. Ces bâtimens ont été feparés du navire le
Tavifloch à la hauteur du Cap de Bonne Efperance.
Quelque tems après , pendant qu'ils faifoient
voile pour l'Ile de Saint Paul , ils ont été avertis
qu'il s'y trouvoit plufieurs vaiffeaux François ,
commandés par M. de la Bourdonnais. Le Gouverneur
& les habitans de l'Ile firent en mêmetems
fçavoir aux Commandans du Sandwych &
du Schaffisbury, qu'ils prenoient pour des vaiffeaux
de guerre , que fi les François ou les Anglois tiroient
un feul coup de canon les uns contre les
autres dans la Plage , le Fort feroit feu fur les Aggreffeurs.
Cette Déclaration , jointe à l'affûrance
qu'on leur donna qu'un bâtiment , qu'ils jugerent
être le Tavistoch , avoit paffé cinq jours auparavant
dans ces Parages , les détermina à continuer leur
route. Des lettres particulieres marquent que M.
de la Bourdonnais à croifé pendant fort long tems
dans les mêmes Parages , & qu'ayant effuyé une
violente tempête , il a été forcé de jetter une partie
de fes canons à la mer , & de fe retirer dans un
Port des établiffemens des Portugais . Les Commiffaires
de l'Amirauté ont envoyé ordre au Chef
d'efcadre Chambers , qui eft à Plymouth avec for
efcadre , d'aller joindre celle avec laquelle le Chef
d'efcadre Moyfting eft dans la mer de Biſcaye..Ils
ont ordonné auffi d'équiper avec toute la diligence
poffible plufieurs vaiffeaux , deftinés à mettre
les côtes d'Ecoffe à l'abri de toute entrepriſe de la
*part des ennemis . La chaloupe de guerre le Haa
DECEMBRE. 1747. 179
veng doit porter quelques inftructions aù Gouverneur
de Gibraltar , d'où l'on mande qu'il y étoit
arrivé du Levant une flotte fous l'efcorte de deux
vaiffeaux de guerre . Les Negocians de Londres
ont réfolu de préfenter une Adreffe aux Commiffaires
de l'Amirauté , pour les remercier de la protection
éclatante qu'ils accordent au commerce de
la Nation , & pour les prier de continuer de le favorifer
avec la même ardeur. On affûre que la
Chambre des Communes dans la prochaine Seffion
du Parlement portera un Bill , pour établir
dans toutes les villes d'Angleterre un Tribunal
qui fera chargé d'examiner la conduite des perfonnes
fufpectes de n'être pas attachées au Gouvernement.
Le bruit court que les perfonnes ,
qui ont plus d'un domeftique de livrée , feront
obligées de payer une certaine taxe pour chacun
de ces domeftiques. On parle auffi d'impofer une
taxe fur tous les chevaux de felle.
Suivant la Relation qu'on a publiée du combat
qui s'eft donné le 25 Octobre entre l'escadre du
Roi commandée par le Vice- Amiral Hawke , &
celle de France aux ordres de M. de l'Eſtanduere ,
il y a eu fur le vaiffeau le Devonshire quatorze hommes
tués & cinquante- deux bleffés , fur le Kent an
tué & dix bleffés , fur l'Aigle feize tués & quarante
trois bleffés , fur la Defiance onze tués & quarante-
deux bleffés , fur le Portland fept tués &
doute bleffés , fur l'Edimbourg fix tués & dix-neuf
bleffés , fur le Nottingham treize tués & vingtcinq
bleffés , fur le Glocefter fix tués & quinze blef
fés , fur le Windfor huit tués & cinquante- neuf
bleffés , fur le Lyon vingt tués & foixante - dix- neuf
bleffés , fur le Monmouth dix-huit tués & foixantedix
bleffés , fur la Princeffe Louife douze tués &
foixante- deux bleffés . Ces vaiffeaux , à l'exception
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
de quelques -uns que le Vice- Amiral Hawke a
conduits à Spithéad , ont été fort maltraités dans
leurs agrez & dans leurs mâtures , & ils font rentiés
dans le Port de Plymouth , afin d'être reparés.
Le Roi a fait préfent de cinq cent guinées au
Capitaine Moore qui a apporté la nouvelle du
combat , & le commandement du vaiffeau le Kent
a été donné à cet Officier. Il a été ordonné de tenir
à Portſmouth un Confeil de guerre , pour examiner
la conduite du Capitaine Fox , qui commandoit
ce vaiffeau dans l'action , & contre lequel
le Vice- Amiral Hawke a porté des plaintes trèsgraves
. Le 1 du mois dernier le Contre- Amiral
Boscawen fit voile de Spithéad avec son efcadre.
& les navires de la Compagnie des Indes , aufquels
cette efcadre doit fervir d'eſcorte , mais il a
été obligé par les vents contraires de relâcher à la
Rade de Sainte Helene. Ce Contre- Amiral a obtenu
un Brévet de Major Général , & il commande
en chef les troupes de terre embarquées à bord
de fes vaiffeaux . On équipe à Portsmouth un vaiffeau
de quatre vingt canons , trois de foixante &
quatorze , deux de foixante , trois de cinquante ,
un pareil nombre de quarante , avec plufieurs fregates
, brulots & chaloupes de guerre . Le bruit
court que cette efcadre , qui fera fous les ordres
du Contre- Amiral Chambers , eft deftinée à aller
à la rencontre des quatre vaiffeaux François ,
commandés par M. de la Bourdonnais . Le Gouvernement
fait armer dans le même Port une autre
efcadre , qui fera compofée de feize vaiffeaux de
guerre , & dont le Vice- Amiral Warren aura le
commandement. On croit qu'elle fera employée
à tâcher d'intercepter une fotte Françoife , qui eft
attendue en Europe au commencement de l'année
prochaine. La Grande Bretagne a actuellement en
DECEMBRE. 1747 181
1
commiffion deux vaiffeaux de guerre de cent canons
, quatrede quatre- vingt- dix , dix de quatrevingt
, vingt & un de foixante & dix , vingt - huit
de foixante ; trente - deux de cinquante , quatrevingt
dix -fept de quarante , vingt chaloupes de
guerre , douze brulots & trente galiottes à bombes
.Le vaiffeau de guerre le Centurion arriva le 12
à Spithéad avec les navires le Walpool , le Pelham
& l'Augufte , appartenans à la Compagnie des Indes
Orientales . Ce vaiffeau , ayant rencontré le
30 du mois d'Octobre quelques navires feparés
de la flotte Françoiſe dont le Vice - Ainiral Hawke
a attaqué l'escorte , en prit trois ce jour là , &
quatre le lendemain . On eftime trente- cinq mille
livres fterlings les chargemens de ces bâtimens ,
qui font le Royal Philippe , de deux cent foixante
tonneaux ; le Saint Domingue & la Sainte Anne ,
de deux cent cinquante , l'Hercule , de deux cent
· quarante ; la Marguerite , de deux cent ; le Charyon
, de cent foixante & la Mutine , de cent
tente. Les Directeurs de la Compagnie des Indes
Orientales ont auffi appris que leurs navires
Le Londres & le Sommerfet , qui avoient relâché à
Limerick en Irlande , s'étoient rendus le 6 Novembre
à Portfmouth fous le convoi du vaifleam
de guerre le Chefterfield , & que le Tavistoch ,
dont ces bâtimens avoient été feparés à la hauteur
du Cap de Bonne Efperance , étoit arrivé à Lime ,
.rick.
L'ouverture du Parlement demeure toûjours
fixée au 21 & l'on affûre que les Seigneurs , qui
voudront s'abfenter pendant le cours de la feffion
, ne pourront , fans prêter le ferment preferit
par les anciennes Loix du Royaume nommer
d'autres Pairs pour donner leurs voix à leur place .
182 MERCURE DE FRANCE.
On celebra le 16 avec les formalités accountmées
l'Anniverfaire de la découverte de la confpiration
des Poudres.
·
Le Prince de Bade Dourlach , le jeune Prince
de Lobcowitz , le Lord Chancelier , les Ducs de
New caftle , de Dorfet , de Richmond & de Grafton
, les Lords Gower & Anfon , M. Henry Pelham
, les Grands Juges , le Procureur General &
le Solliciteur General , affifterent le 9 au repas qui
fe donna à l'occaſion de l'inſtallation du nouveau
Lord Máire.
La fanté du Comte de Cheſterfield étant rétablie ,
ce Sécrétaire d'Etat a recommencé à travailler
avec quelques Miniftres Etrangers .
On a reçû avis d'Edimbourg que M. Archibald
Stuard , ci-devant Lord Prévot de cette Capitale
de l'Ecoffe , s'eft pleinement juftifié des accufations
portées contre lui.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
n'ont point de prix fixe ; celles de la Banque font à
cent vingt & un ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent foixante & un , & les Annuités
à quatre vingt quatorze , fept huitiémes
Le nouveau Parlement s'étant affemblé le 21 du
mois paffé , la Chambre des Communes a continué
M. Arthur Onflow dans les fonctions d'Orareur.
Le 23 le Roi fe rendit à fa Chambre des
Pairs avec les cérémonies accoûtumées , & fa Majefté
ayant mandé la Chambre des Communes , fit
le difcours fuivant. Mylords & Meffieurs , le défir
de connoître de la maniere la plus préciſe les véritables
Sentimens de mon peuple fur la fituation préfente des
affaires , étant le principal motif qui m'a engagé à
vous convoquer , j'ai voulu vous aſſembler auffi- têt
que votre commodité & le bien public ont pu leperDECEMBRE.
183 1747.
mettre. C'est par l'avis de mon Parlement quejefuis
entré en guerre avec l'Espagne , afin de proteger &
d'affûrer le commerce de mes fujets. C'est auffi par fon
avis en conféquence de mes engagemens que j'ai
foutenu les intérêts de la Reine de Hongrie , & de la
fucceffion de la Maifon d'Autriche . La France , en
haine de cette conduite , nonfeulement m'a déclaré la i
guerre,mais a fomenté & favorifé la rébellion dans la
Grande-Bretagne. J'ai reçû de mon Parlement les fes
cours les plus efficaces, il m'a aidé avec le plus grand
zéle. Quoique nos fuccès dans les Païs Bas n'ayent pas
répondu à notre attente , on doit convenir néanmoins a
l'honneur de la Nation , qu'on ne sçauroit lui imputer
aucune des difgraces qu'on va effuyées . Les avantages
fignalés qu'il a plu au Tout- Puiffant de nous accorder
fur mer , ont fait fentir à l'ennemi le poids de
nos forces navales. La perte qu'il a faite doit lui être
fenfible , & la Nation en a tiré un profit réel & folide.
Cela a parú évidemment dans les opérations de
ma flotte pendant le cours de cette année . Elles ont relevé
l'honneur du Pavillon Britannique , & la Marine
de la France , ainfi que fon commerce , a éprouvé
un échec conſidérable . Le Gouvernement des Provinees
Unies a de nouveau repris une confiftance , qui
ne peut manquer defortifier confidérablement la caufe
commune. Elle cimentera & affermira l'amitié qui
fubfifte entre la Grande Bretagne & la République ,&
elle unira à jamais nos intérêts réciproques . On a déja
vú en Hollande un grand effet de cet heureux changement
par la vigoureuse Declaration que les Etats
Généraux ont faite à la France , & par les ordres
qu'ils ont donnés de commettre par tout des hoftilités
contre Sa Majesté Très - Chrétienne & contre fes fujets.
Il m'a étéfait dernierement des ouvertures de la
part de la France pour la Pacification générale , &
184 MERCURE DE FRANCE.
quoique quelques- unes des conditions proposées foyent
de nature à ne pouvoir étre acceptées , j'ai cependant
de concert avec mes Alliés , facilité les moyens de
parvenir à un accommodement sûr & honorable , qui
fait l'unique objet de mes fouhaits . Conformément à
cette vue , j'ai confenti à la tenue d'un Congrès a
Aix la Chapelle , où les Miniftres respectifs doivent fe
rendre inceffamment. Je me flate que toutes les Puiffances
intérelées y apporteront des difpofitions fembla
bles aux miennes , afin d'effectuer ce grand ouvrage à
des conditions juftes &fati:faifan es . Vous conviendrez
fans doute avec moi que dans ces circonftances il
eft important de veiller d'être attentif à chaque
évenement , & qu'il n'y a lieu d'espérer une paix
avantageuse que lorsqu'on est prét à continuer laguerre
avec vigueur. Je me repose donc fur votre affiftan
ce, & je compte que vous me mettrez en état de m'oppofer
aux efforts de mes ennemis , en cas que leur obftination
le refus qu'ils pourroient faire de donner les
mains au rétabliffement de la tranquillitégénérale ,
rendiffent inévitable la durée des hoftilités . Pour cet
efet je concerte actuellement avec mes Alliés , dont
j'ai réfolu de défendre conftamment les intérêts , les
méfures néceffaires pour les féconder. Ainfi tenons- nous
prets , fuppofé que les négociations n'ayent pas l'effet
défiré, à faire voir à nos ennemis combien ils fe trompent
s'ils s'imaginent que la Grande Bretagne & fes
Alliés veuillent fe foumettre à recevoir la loi de quelque
Puiffance que ce foit , & montrons à tout l'Ūnivers
que nous ne nous la ferons détourner par aucune
difficulté ni par aucun péril de la refolution dans la
quelle nous fommes de maintenir la liberté publique
notre propre indépendance , qui font nos intérêts les
plus effentiels.
par Meffieurs de la Chambre des Communes ,
ee queje viens de dire , on decouvre de quelle néceffité
DECEMBRE.
1747. 185
il eft de fournir des fubfides proportionnés aux circonftances.
Jeferai remettre devant vous les Etats poar
- le fervice de l'année prochaine. Il ne me paroit pas
douteux que vous ne m'accordiez des fecours tels que
les exigent notre sûreté la fituation critique des
affaires. Vous pouvez útre perfuadés qu'ilsferont uniquement
employés aux fins pour lesquelles ilsferontdon
nés, & fipar quelque évenement il arrive qu'on puiffe
en épargner une partie ,je vous en ferai rendre compte.
Mylords & Meffieurs , fi l'on juge qu'il convienne
· de prendre quelques arrangemens ulterieurs , afin de
rendre plus efficaces es fages loix établies en dernier
Lieu pour la confervation de l'établiſſement préfent , je
me confie en votre affection pour ma Perfonne & pour
votre Patris , & j'espere que vous vous appliquerezfé
ricufement & promptement à perfectionner un ouvrage
fi falutaire. J'ajoûterai feûlement que jamais il
ne s'eft préfenté de conjonctures qui ayent requis de
votre part plus d'unanimité , de diligence & de fermeté
pour procurer la gloire les avantages de la
Grande Bretagne.
Les deux Chambres réfolurent le même jour
de préfenter une Adreffe au Roi . Celle des Seigneurs
porte » que les vûes nobles , & fi conformes
au bien de la Nation , qui ont déterminé fa
Majefté à entrer dans la préfente guerre , font
» connues de toute l'Europe ; que la Nation a été
» d'autant plus animée à les feconder , que les en-
ود
ככ
nemis ont entrepris non- feulement de détruire
» la liberté générale , mais encore de troubler le
» Gouvernement préfent de la Grande Bretagne ,
lequel feul fait tout le bonheur du Peuple , & en
eft le plus folide fondement , que les événemens
» de la guerre font toujours incertains , mais que
dans le tems que les Seigneurs voyent avec un
و د
186 MERCURE DE FRANCE.
&
fenfible chagrin les malheurs furvenus dans les
Pays-Bas , ils reconnoiffent la bonté & la juf-
» tice de fa Majefté , en ce qu'elle met l'honneur
» de la Nation à couvert de toute imputation
» qu'on pourroit lui faire à cet égard ; que c'eft
» avec la joye la plus fincere qu'ils felicitent le
so Roi fur les fuccès éclatans , dont il a plu à Dieu
» de benir fes armes fur mer ; que rien ne peut
être plus fenfible aux ennemis que la perte qu'ils
» ont faite à cette occafion , & que rien ne sçauroit
plus contribuer à la gloire & au bien réel de la
Grande Bretagne , dont la navigation & les for-
» ces navales augmentent à mesure que celles de
ככ
-
la France diminuent ; que la Chambre des Pairs
» éprouve en même- tems la plus grande fatisfac-
» tion au fujet des évenemens arrivés dans la Hol
> lande en faveur d'un Prince lié à fa Majefté par
» les noeuds les plus étroits , d'un Prince deſcendu
d'une illuftre Maifon , dans laquelle l'ardeur à
» défendre la liberté publique eft héréditaire , &
» qui a donné des Liberateurs à l'Angleterre ainfi
» qu'aux Provinces Unies ; qu'on doit le promettre
de cet heureux changement la plus étroite union
ל כ
entre le Roi & les Etats Généraux , & une aug .
» mentation de forces pour fuivre les méfures qui
conviendront le plus aux intérêts des deux Puiffances
; que la Déclaration , faite dernierement
à la Cour de France par la République , & les
> ordres donnés en confequence , en font des
preuves évidentes ; que les égards paternels de
" la Majefté pour fon peuple ne peuvent paroître
avec plus d'éclat que dans le défir qu'elle témoigne
de procurer , conjointement avec fes Alliés
la paix à des conditions juftes & honorables ;
qu'en rendant au Roi de très-humbles actions
အ
DECEMBRE . 1747. 187
3
de graces de fes difpofitions à effectuer un ou
vrage fi falutaire , & a affûrer le bien & le repos
de les Sujets , les Seigneurs prient fa Majefté de
ne point douter qu'ils ne foient convaincus par
P'expérience du paffé que l'unique moyen de
" parvenir à la paix eft de fe préparer à foutenir
22
ל כ
vivement la guerre ; qu'ainfi ils ne peuvent avoir
" affés de réconnoiffance pour les foins que le Roi
"prend , afin d'être prêt à tout événement ; qu'ils
အ
23
demandent du fond de leur coeur la permiffion
≫ de donner à fa Majefté les plus fortes affûrances
" de leur fidélité inviolable & de leur affection
pour fa Perfonne Sacrée , ainfi que pour fa Famille
& pour fon Gouvernement ; que tous les
fujets du Roi font difpofés à le mettre en état de
continuer vivement la guerre , en cas que l'opi
niâtreté de fes ennemis l'y contraigne ; qu'aucune
difficulté ni aucun peril ne fera capable de
diminuer le zéle & la fermeté de la Nation , &
qu'elle facrifiera tout pour défendre l'honneur
de la Couronne , fon indépendance , fes intérêts
& ceux de fes Alliés ; que la Chambre ne manquera
pas de déliberer férieufement fur les méfures
qu'il fera à propos de prendre ulterieure
» ment , afin de mieux affermir la préfente Conftitution
du Gouvernement , comme auffi afin
d'éteindre l'efprit de rebellion , & de policer les
parties de la Grande Bretagne , dans lefquelles
le défaut de connoiffances & le peu de foumif
fion aux Loix ont donné occafion de féduire le
peuple , & de lui faire oublier la fidélité qu'il
,, doit à fon Souverain ; que l'affermiflement du
» Trône de fa Majefté , la gloire & la prospérité
de fes Royaumes , la tranquillité de la Patrie ,
font les chofes que les Pairs de la Grande Breta-
*gne ont le plus à coeur , & qu'ils travaillerons
ל כ
"
33
35
30
188 MERCURE DE FRANCE.
35
» avec toute l'ardeur & toute la diligence poffible ,
pour obtenir les fins défirables que le Roi leur
" a fi fagement & fi gracieufement recommandées.
Sa Majefté repondit à cetre Adreffe.
رد
Rien ne peut me donner plus de fatisfaction qu'une
Adreffe qui contient de fifortes marques de votre zéle
de votre affection. Je vous en remercie , je ne
doute point queles juftes difpofitions que vous y avez
fi unanimeme at exprimées , ne produisent un bon effet
chés nos amis . , auffi bien que chés nos ennemis , & ne
me meitent à portée de prendre les méfures qui conviendront
le plus aux intérêts de mes Royaume au
foutien de mes Alliés , foit pour faire la paix , foit pour
continuer la guerre.
Afin de fubvenir aux dépenfes extraordinaires de
l'Etat , il a été réfolu de lever fix millions neuf
cent trente mille livres fterlings en annuités à quatre
pour cent d'intérêt , & le Gouvernement accordera
la remife d'un dixième aux perfonnes qui
foufcriront.
Le Duc de Cumberland revint le 23 Novembre
des Pays - Bas.
Le 15 l'Amiral Bofcawen remit à la voile de
la Rade de Sainte Helene , mais les vents contraires
l'ont obligé de relâcher une feconde fois ,
& il mouille actuellement à Torbay avec fon efcadre.
On affûre que le Contre- Amiral Forbes ,
fils du Lord Granard , commandera une efcadre
dans la Mediterranée. Les Commiffaires de l'A ·
mirauté ont donné ordre à M. Moyting d'aller
croifer dans la Manche avec huit vaiffeaux de Ligne
& quelques.fregates. Ces Commiaires ont
été informés que le vaiffeau de guerre le Hampshire
s'eft rendu maître de la fregate Françoife le Caftor ,
de vingt - huit canons . Elle faifoit partie de l'efcadre
de M. de l'Eftanduere, & après avoir accompaDECEMBR
E. ' 1747 . 189
né jufqu'à certaine hauteur la flotte Marchande
laquelle cette efcadre fervoit d'eſcorte , elle retournoit
à Brest .
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent ; celles de la Banque à cent vingt- un ,
trois huitiemés ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent foixante , trois quarts,& les annuités
à quatre-vingt quatorze , trois huitiémes.
PROVINCES - UNIES.
L Declarations , Rail Grone exé remifes de la
A réponſe des Etats Généraux aux dernieres
part du Roi de France , porte que réduits à la néceffité
d'employer les moyens que Dieu & la Nature
leur ont mis en main pour la confervation de
leur liberté & de leur Religion , ils font dans la
ferme réfolution de rifquer leurs biens , leurs vies
& abfolument tout jufqu'à la derniere extrémité ,
pour leur légitime détenfe ; qu'ils agiront reci
proquement de la même maniere que Sa Majefté
Très -Chrétienne en agira à leur égard ; qu'ils s'ef
forceront de détruire , autant qu'il leur fera poffible
, toutes les reffources qui pourroient mettre
lá France en état de continuer avec des forces fuperieures
les entrepriſes contre la République ;
qu'au refte ils ne font pas plus dans l'intention de
rompre avec le Roi Très - Chrétien , qu'il ne l'eft
de rompre avec eux ; que leur unique objet eft de
protéger leurs fujets contre l'oppreflion , & qu'ils
feront toujours difpofés , comme ils l'ont été juf
qu'à préfent , à travailler au retabliffement de la
tranquillité publique & de la paix générale , dês
qu'il y aura apparence de la conclure à des condi--
tions juftes & raiſonnables .
Les Etats de Hollande & de Weftfrife s'étant
190 MERCURE DE FRANCE.
déterminés à declarer le Stathouderat héréditaire
dans la Maifon de Naffau Dieft , même en faveur
de la ligne féminine , ils firent le 22 du mois dernier
après- midi au Prince de Naſſau une Députation
folemnelle , pour l'en informer. Cette Députation
étoit compofée de vingt Membres des Etats,
& M, Gilles , Confeiller Penfionnaire de Hollande
, porta la parole. Il eſt dit dans le Déliberé redigé
par cette affemblée à l'occafion de l'hérédité
du Stathouderat , qu'après la mort du Prince de
Naffau cette dignité paffera à fes defcendans mâles
, s'il en laifle de nés en légitime mariage ; que
s'il lui vient un fils , qui meure avant lui , & qui
ne laiffe qu'une fille , & s'il ne refte point d'héri
tiers mâles au Prince de Naffau , le Stathouderat
fera dévolu à la petite fille de ce Prince , & après
la mort de cette Princeffe à fes defcendans måles ;
qu'au defaut de la ligne mafculine la Princeffe
Caroline , fille du Prince de Naſſau , lui fuccedera;
qu'en cas que ce Prince ait d'autres Princefles , &
que la Princeffe Caroline meure fans pofterité
mâle , l'aînée des Princeffes fes foeurs obtiendra le
Stathouderat , & ainfi de fatite , les Princeffes aînées
& leurs héritiers mâles devant toûjours être
preferés aux cadettes & à leurs defcendans ; qu'il
eft fous- entendu que le Stathouderat ne pourra
être poffedé par aucun des defcendans de la Maiſon
de Naffau , foit mâles , foit femelles , qui foit revêtu
de la dignité Royale ou Electorale ; que les
defcendans de cette Maiſon , qui feront Stathouders
, profefferont la Religion Reformée ; que
pendant leur minorité ils feront élevés dans ces
Provinces ; que la fucceffion de cette dignité en
faveur de la pofterité mâle des defcendans femelles
du Prince de Naffau n'aura lieu que dans la fuppo .
Lition que les Princefles auront épousé du confenDECEMBRE
. 1747. 191.
"1
>
tement & avec l'approbation des Etats de Hollande
& de Weftfrife un Prince de la Religion Reformée
, & qui ne foit ni Roi ni Electeur ; que
lorfqu'une Princefle parviendra au Stathouderat ,
elle exercera par elle-même cette dignité fous le
titre de Gouvernante , & en cette qualité elle aura
féance dans les .Colléges refpectifs , ainſi qu'au
Confeil d'Etat , que comme elle fera en mêmetems
Capitaine & Amiral Général des Provinces-
Unies , elle aura la facuité pendant la guerre de
propofer un Général expérimenté , pour commander
les troupes , pourvû qu'il foit de la Religion
Reformée , qu'il ne foit point Roi ni Electeur ,
que d'ailleurs il foit agréable aux Etats de Hollande
& de Weftfrife , qu'il prête ferment de fidélité
& qu'il fuive les ordres qui lui feront donnés par
les Etats Généraux de l'avis de la Gouvernante &
du Confeil d'Etat ; que s'il arrive que les Princes
ou Princeffes , qui fuccederont , foyent mineurs ,
la Princeffe leur mere exercera le Stathouderat"
comme Tutrice & fous le titre de Gouvernante
aux conditions qui viennent d'être énoncées
moyennant qu'elle refte veuve pendant ladite minorité
, & qu'elle faffe fa réfidence dans ces Provinces
; enfin que fi pendant la fufdite minorité il
n'y avoit point de Princeffe mere , ou fi fon admi.
niftration venoit à ceffer , les Etats de Hollande &
de Weftfriſe pourvoiroient en ce cas à la Tutelle'
des mineurs , de la maniere qui conviendroit le
plus à l'avantage de la République.
Le 17 le Duc de Cumberland, accompagné du
Général Ligonier , revint du voyage qu'il étoit
allé faire à Bréda & à Oudenbosch. Il eſt parti le
19 pour le rendre à Hellevoet Sluys , & pour s'y
embarquer à bord d'un des Yachts qui doivent le
transporter en Angleterre , & le 22 il a mis à la
192 MERCURE DE FRANCE
voile. Le Prince Stathouder a chargé le Chevalier
Lambert de les affaires à la Cour de France , & il
l'a nommé Commiflaire Général des troupes Hollandoifes
, qui ont été faites prifonnieres par celles
du Roi Très - Chrétien .
"
La place de Grand Major de Heufden , vacante
par la démiffion du Lieutenant Général Kinſchot ,
a été accordée au Colonel Condé. Le Comte de
Neffelrodt & M. de Coligny ont obtenu la per
miffion de lever , le premier un Régiment de
Dragons , le fecond un Régiment de Huffards. On
doit former auffi une Compagnie de deux cent
Cadets , dont M Buhiman , Capitaine dans le
Régiment de Cromstrom aura le commande.
ment. Il a été reglé dans l'affemblée des Etats de
Hollande & de Weltfrife qu'à l'avenir on ne dif
poferoit d'aucune charge ou emploi qu'en faveur
de perfonnes qui feroient en état de les exercer
elles-mêmes ; qu'on ne donneroit à qui que ce foit
aucune penfion ni retribution fur lefdites charges
& lefdits emplois , & que toutes les perfonnes ,
qui en feroient revêtues , feroient obligées de prêter
au préalable le ferment requis . Ces mêmes Etats
ont ordonné qu'on leur fournit un état exact de
tous les emplois qui font à la nomination des Bourguemeftres
& autres Magiftrats des villes , &
qu'on fpecifiât dans cet état ce que ces emplois
rapportent , tant à l'égard des appointements fixes
que pour ce qui concerne les autres émolumens
qui y font attachés , & qu'on joignît une notte des
penfions & des rétributions dont lesdits emplois
font chargés.
Les Etats Généraux ont envoyé à leurs Miniftres
dans les Couts Etrangeres des inftructions rélatives
à leur reponfe aux dernieres Déclarations du
Roi de France. Les Députés des Etats de Hollande
DECEMBRE. 1747. 193.
de & de Weftfrife continuent leurs féances & ils
difpoferont inceffamment des emplois vacans.
Le Marquis del Puerto , Ambafladeur du Roi
d'Espagne , le Comte de Golowkin , Ambaffadeur
Extraordinaire de l'Imperatrice de Ruffie , le Baron
de Reifchach, Envoyé de la Reine d'Hongrie;
le Conte de Sandwych , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de la Grande Bretagne , & le Comte de
Chavanne , Miniftre du Roi de Sardaigne , ont
conferé les deux premiers , chacun en particulier,
avec leComteCharles de Bentinck, Préſident de l'af-
Temblée des Etats Généraux & les trois autres enfemble
avec quelques Députés de la même aſſemblée.
Le Prince de Solberg s'eft rendu à la Haye pour
complimenter le Prince & la Princeffe de Naffau
fur le reglement fait par rapport à l'hérédité du
Stathoudérat.
Le Major Général Lewe a été déclaré Lieutenant
Général des armées de la République . Les
Etats Généraux ont donnéau Baron d'Olme la
permiffion
de lever un Régiment pour leur fervice , &
le Prince Stathouder a difpofé de l'emploi de Major
du Régiment de Deutz en faveur de M. Mathieu
de Zonneman . On fe propofe d'augmenter
d'un quatrième bataillon le Régiment Suiffe de
Hirtzel .
Le Feldt-Maréchal Comte Maurice de Naffau
doit aller avec M. Taddinga , Quartier Maître
Général , vifiter les principales Places de la Zélande.
Il a été reglé que M. Van Haren , Député des
Etats Généraux à l'armée , pafferoit l'hyver à Bréda
, afin de veiller à la fûreté des frontieres de la
République.
Ón aflûre que le Duc de Cumberland reviendra
en Hollande avant la fin du mois prochain.
I. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
L
ITALIE.
Es nouvelles de Rome portent que par un Edit
qui vient d'être publié , il eft défendu ſous peine
de la vie à toutes perfonnes de quelque qualité
& condition qu'elles foient , d'enrôler des foldats
pour le fervice des Puiffances étrangeres dans tou
te l'étendue de l'Etat Eccléfiaftique. Il eft enjoint
par le même Edit à tout déferteur fous peine de
cinq ans de Galeres , de ne pas s'arrêter plus de
trois jours dans cette Capitale , & plus de huit fut
les terres de la domination du Pape. La récolte
des grains ayant été peu abondante dans la plus
grande partie de l'Italie , & les Marchands ayant
voulu profiter de cette circonftance , pour vendre
fort cher ceux qu'ils avoient dans leurs greniers , le
Pape a fixé le prix du bled & de l'avoine . Le Car
dinal d'Yorck eft venu à Rome pour voir la Chapelle
qu'il fait conftruire près fon appartement &
it eft retourné enſuite à Albano. On attend inceffainment
en cette ville le Cardinal Landi & le Car
dinal Delfini , Patriarche d'Aquilée , qui doit y établir
fa réfidence & occuper le Palais Pamfili.
Suivant les derniers avis reçûs de Ferrare le Cardina!
Paulucci , ci -devant Nonce de Sa Sainteté auprès
de la Reine de Hongrie , lequel a eu une attaque
d'apoplexie , eft entierement hors de danger.
On mande du Royaume de Naples , que la difette
commençant à s'y faire fentir , le Roi des
deux Siciles avoit ordonné à l'Elu du Peuple de
prendre une note exacte des grains qui fe trouvoient
dans les magafins publics , & que ce Prince
en avoit défendu la fortie fous des peines très- rigoureufes.
Les mêmes avis portent que les troupes
Napolitaines , qui pendant tout l'été avoient
DECEMBRE. 1747. 195
été cantonnées fur la frontiere., étoient entrées
dans leurs quartiers d'hyver. Ces avis ajoûtent que
la ville de Naples avoit donné plufieurs fêtes magnifiques
à l'occafion de la naiffance du Duc de
Calabre.
DE GENES lė 4 Novembre.
Es trois Galeres de la République partirent le
28 du mois dernier pour la Spécie avec deux
barques , à bord defquelles il y avoit mille hom
mes de troupes Françoiles & Efpagnoles. Peu
d'heures après le vent changea & ces bâtimens furent
obligés de rentrer dans le Port , mais le lendemain
ils fe remirent en mer & ils terminerent heureuſement
leur navigation , malgré la préſence dé
quatre vaiffeaux de guerre Anglois qui croisent à
la hauteur de Portofino . Un Officier des troupes
de la Reine de Hongrie arriva le même jour au
foir en cette ville. Il eut une longue conférence
avec le Duc de Richelieu , & après avoir foupé
chés ce Général , il retourna accompagné de deux
Officiers François & d'un Officier Génois , à Saint-
Pierre d'Arena dans le même caroffe qu'on avoit
envoyé au- devant de lui ,il coucha dans ce bourg, &
àla pointe du jour il reprit la route du camp du Général
Nadafti. L'objet du voyage de cet Officier
étoit l'échange des prifonniers François qui font
en Lombardie , mais on n'a pû rien ſtipuler à cet
égard , le Duc de Richelieu prétendant que ces
prifonniers doivent être conduits ici , & le Général
Nadafti ne voulant les remettre qu'au Maréchal
Duc de Belle- Ifle , fous prétexte qu'il ne convient
pas de les envoyer dans une ville que la Reine
de Hongrie continue de regarder comme bloquée,
Sur l'avis que quelques Piquets des troupes de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
cette Princeffe avoient commencé à paroître da
côté de la montagne de Cento Croci , on fit marcher
le 30 à Recco, cinq cent hommes , qui ont
paflé de- là à Seftri di Levante. L'Envoyé de la
République de Lucques confere fouvent avec M.
Matelin Francone , que le Sénat a nommé pour
traiter, avec lui . Ce Gouvernement- ci demande
aux Lucquois une certaine quantité de boeufs , de
moutons & de bois , avec une fomnie confidérable
pour indemnité des brigandages qu'ils ont fouffert
que les Corfaires Anglois commiffent contre les
Génois dans les Parages dépendans de la ville de
Lucques.Toute la vigilance de ces Corfaires & des
vaiffeaux de guerre de leur Nation n'empêche pas
qu'il n'arrive continuellement ici un grand nombre
de bâtimens chargés de toutes fortes de vivres.
La mine de bled fe vend cependant toujours
quarante- fix francs , le Gouvernement defirant
que les denrées le foutiennent à un haut prix , afin
que les Etrangers ayent plus d'empreffement à en
apporter. On a condamné aux Galeres pour vingt
ans le nommé Labbo , l'un des principaux habitans
de la valée de Biſagno , convaincu d'avoir été
d'intelligence avec les Allemands lorfqu'ils fe font.
avancés pour faire le fiége de cette Place.
a
BE TURIN le 7 Novembre.
4
Elon les lettresde Savone le GénéralNadafti
établi le Novembre fon quartier à Novi ,
où le Régiment d'Hagenbach paffa les en allant
prendre des quartiers d'hyver dans la Lombardie.
Ces lettres confirment que moyennant les précautions
qui ont été prises pour arrêter les courfes
des Païfans Génois , ces derniers depuis quelque
tems n'ont formé aucune entreprife.
DECEMBRE . 1747. 197
•
Il vient de fe répandre un bruit que le Duc de
Richelieu avoit attaqué deux fois le Corps commandé
par le Comte de Soro , & l'avoit entierement
défait.
On a reçû avis de Livourne qu'il y avoit dans
ce Port pus de cent bâtimens tant nationaux
qu'étrangers , qui n'attendoient qu'un vent favorable
pour en fortir ; que leur charge confiftoit
principalement en vivres de toute efpece , & qu'on
croyoit la plus grande partie de ces provifions deftinées
pour Génes . Les mêmes lettres annoncent
que deux navires portant Pavillon du Grand Duc
de Tofcane ont mis à la voile pour Conftantinople
, & qu'ils ont à bord cent Efclaves Turcs
ce Prince envoye au Grand Seigneur avec plufieurs
préfens confidérables .
DE BREGL10 le 8 Novembre.
que
Quelquesmouvemens faits par un détachetroupes
commandées
par
l'Infant
Don
Philippe
ont obligé
le Prince
de Carignan
d'abandonner
le pofte
de Brois
& de fe retirer
à
Breglio
avec le Corps
qui eft fous fes ordres
. Ce
Prince
ayant été informé
que les ennemis
continuoient
de s'avancer
vers lui , n'a pas ciû devoir
les attendre
, & après
avoir
laiffé
en cette
ville
plufieurs
Compaguies
de Volontaires
, il s'eſt replié
vers Dolceacqua
. Dès que les ennemis
en ort
eu avis , ils ont détaché
fix Compagnies
de Grénadiers
& une Compagnie
Franche
pour furprendre
la garnifon
, mais elle a fait une défenſe
fi vigoureufe
qu'ils
ont renoncé
au deffein
de ſe rendre
maîtres
de la ville. Ils continuent
de faire
des
courfes
dans les environs
, & un de leurs Corps
qui alloit joindre
leur grande
armée
, a reçû ordre
I iij
19S MERCURE DE FRANCE.
en chemin de marcher à Sofpello , où il a été renforcé
de quatre nouveaux bataillons . Un autre
Corps de leurs troupes a pris pofte fur les hauteurs
le long de la Bevera . Ces jours derniers un détachement
de Miquelets , foutenu de quelques Compagnies
de Grenadiers , fortit de. Vintimille , &
attaqua un pofte avancé des Allemands entre la
Roya & le Torrent de Nervia. Après un feu extrêmement
vif de part & d'autre , les ennemis furent
repouflés , & la perte fut confidérable des deux
parts , y ayant eu de chaque côté près de cent cine
quante hommes tués ou bleffés . Pour contenir la
garnifon de Vintimille , on a occupé un Convent
Situé entre cette Place & Dolceacqua , d'où les
Volontaires efcarmouchent fréquemment avec les
Miquelets. Les Déferteurs ayant rapporté que les
ennemis projettoient de tenter une defcente entre
San- Remo & Bordigherra , le Baron de Leutrum
a envoyé plufieurs Compagnies de Grénadiers
pour s'oppofer à cette entreprife. Toutes les troupes
qui étoient à Olivetta , à Penna , à Airoles &
dans les autres poftes entre la Roya & la Bevera ,
font revenues joindre ce Général , & l'armée qu'il
commande eft actuellement retranchée , appuyant
fa gauche à la mer & fa droite au Bois d'Abeglio.
DE GENES le 11 Novembre.
D
Ans une petite action qui s'eſt paffée le 7 de
ce mois du côté d'Arenzano , on a fait prifonniers
quarante - fix Piémontois , parmi lesquels
étoient quelques Officiers. Ils furent renvoyés le
même jour à Savone , afin d'y être échangés avec
quelques -uns des Génois qui font à Mondovi . Les
ennemis , indépendamment
des prifonniers
qu'on
leur a faits en cette rencontre , y ont perdu vingt
DECEMBRE . 1747. 199
cinq hommes. On fit embarqner le 6 pour Chiavari
deux Compagnies des troupes de la Républi
que. Le foin qu'on prend de garnir tous les endroits
par où les Allemands pourroient pénétrer le
long de la côte Orientale , donne lieu de préfumer
qu'on appréhende quelque furpriſe de leur
part. Il paroît que la principale attention du Gouvernement
a pour objet Sarzane & lá Spécie , &
l'on travaille avec toute la diligence poffible à
mettre le Golfe en état de n'avoir rien à craindre
des Anglois , tandis que par terre on prend les
mefures convenables pour s'opposer aux entreprifes
des troupes de la Reine de Hongrie , qui reviennent
en Lombardie paffer l'hyver.
On ne fait point encore de quelle maniere fe
terinineront les differends furvenes entre cette République
& celle de Lucques. L'Envoyé de cette
derniere ayant allégué pour la juftifier , qu'avec
quatre piéces de canon qui compofent toute l'ar
tillerie de Viareggio , elle ne peut faire la loi aux
Corfaires Anglois , on a offert d'y envoyer douze
piéces de batterie .
Le Duc de Richelieu a chargé M. Berteller
Conful de la Nation Françoiſe à Livourne , de fe
rendre à Lucques afin de traiter de cette affaire.
Ce Lieutenant Général a fait fréter plufieurs pinques
de differens Ports des deux rivieres , & ces
bâtimens font deftinés à aller chercher à Villefranche
un nouveau renfort de troupes Françoises &
Eſpagnoles.
DE GENES le 17.
O
N conftruit un nouveau Fort à Sainte Thecle
près des Camaldules , pour rendre plus
difficiles les approches de la montagne fur la-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
quelle le Convent de ces Religieux eft bâti. Les
galéres de la République , après avoir tranſporté
à la Spécie les troupes que le Duc de Richelieu y
a envoyées , font allées à Livourne . d'où elles ont
conduit à Génes vingt & une barques chargées
d'une grande quantité de vivres. Elles le font emparées
d'un bâtiment fur lequel il y avoit une cargai
fon confidérable de bled & plufieurs Officiers au
fervice du Roi de Sardaigne. On a découvert à
Toriglia trois piéces de canon , un mortier &
quelque autre artillerie qui y avoient été enterrées.
Par les nouvelles qu'on reçoit de la riviere
de Ponent , il paroît qu'il ne fera pas facile à l'Infant
Don Philippe de former aucune entrepriſe
jufqu'au printems prochain . Le Roi de Sardaigne
a fait rompre tous les chemins le long de la côte ,
& conftruire par tout de forts retranchemens.
Le 14 le Duc de Richelieu alla vifiter la galiote
le Saint Louis & le Ponton armé , qui le faluerent
de plufieurs décharges d'artillerie. M. de Guymont
Envoyé Extraordinaire du Roi de France
prés de cette République , a obtenu de Sa Majesté
Très- Chrétienne la permiffion de faire un voya
ge à Paris . Il doit s'embarquer fur une galiotte
Génoife , & le Commandant de l'efcadre Angloife
lui a envoyé un paffeport . On mande de Verone
que depuis le premier de ce mois jufqu'au il y
étoit paffé fept cent Varadins qui retournoient
dans le Royaume de Hongrie.
DECEMBRE. 1747. 201
NAISSANCES ET MORTS.
E 12 Novembre eft né , & le 13 a été ondoyé
LE12 et né , & 2 été
>
Bretagne Dominique de Rohan Chabot , Duc de
Rohan , Pair de France , Duc du Lude & de Roquelaure
, Comte de Porrohet & d'Aftarac , Marquis
de Blain , & c. Brigadier des arinées du Roi , &
de Dame Charlotte-Rofalie de Chatillon , mariés
le 19 Décembre 1735. Voyez la Généalogie de l'il-
Juftre Maiſon deChabot dans l'Hiſtoire des grands
Officiers de la Couronne . V. 4 . fol. 516.
Le 18 naiffance & le 19 batême d'Anne - Magdeleine-
Françoife-Auguftine de Roffet de Fleury ,
fille d'André . Hercule de Roffet , Duc de Fleury ,
Pair de France , Premier Gentilhomme de la
Chambre du Roi , Maréchal des camps & armées
de Sa Majefté , Gouverneur & Lieutenant
Général des Duchés de Lorraine & de Barrois ,
Gouverneur particulier des Ville & Citadelle de
Nancy , & de Dame Anne - Magdeleine-Françoiſe
de Monceaux d'Auxy , mariés le 6 Juin 1736 ,
le parain M. l'Evêque de Chartres oncle de l'eng
fant , représenté par M. Jean André-Hercule de
Roffet de Fleury , Commandeur de Poeton aufh
fon oncle , la maraine D. Anne- Marie-Magdeleine
de Monceaux d'Auxy veuve de M. Ange Leon
Antoine de Maulde Chevalier Marquis de la
Buiffere , grande tante , repréſentée par D. Marie-
Magdeleine de la Grange Trianon veuve du Marquis
d'Auxy , ayeule maternelle de l'enfant.
Voyez la Généalogie de la Maifon de Roffet dans
la feconde partie du Regiftre premier de l'Armo
rial général de M. d'Hozier,
1 y
202 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 naiffance & le 19 batême d'Olivier-
Victor de Montvallat , fils de Nicolas- Hyacinthe
de Montvallat Comte d'Antragues , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevau- Legers
d'Anjou & Brigadier d'arinée , & de Dame Louife-
Olive- Felicité - Bernard de Coubert , mariés le 26
Septembre 1739 , fille de M. Bernard Maître des
Requêtes , Sur-Intendant de la Maifon de la Reine
& Grand'-Croix , & Prevôt de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis ; la terre de Montvallat
fituée près la ville de Chaudes- Aigues dans la
Haute- Auvergne a donné le nom à cette Maiſon
l'une des plus confidérables de la Province par fon
ancienneté, fes alliances & fes fervices militaires.
Le 28 Octobre Meffire Dominique - Laurent
de Berton Crillon Evêque de Glandeves , facré le 20
Janvier 1722 , mourut dans fon Diocéfe dans un
age fort avancé , il étoit fils de Philippes -Marie
de Berton , Marquis de Crillon au Comtat Venaiffin
, & de Dame Françoiſe Saporte de Châteauneuf
, & il avoit pour freres aînés Jean Louis-
Alexandre de Berton Crillon Archevêque de Narbonne
depuis 1739 , nommé l'un des Prélats
Commandeurs de l'Ordre du Saint Efprit le premie
Janvier 1742 , & François - Felix de Berton
créé Duc de Crillon par Bulles du Pape Benoît
XIII. du 27 Septembre 1725 , marié en 1714
avec Dame Marie- Thereſe Fabri de Moncault ,
duquel mariage eft iffu Louis de Berton Marquis
de Crillon , Maréchal de camp du 2 Octobre
1746 , lequel a des enfans de fon mariage avec
Dame Marie-Françoife-Elizabeth Couvay. Fen
M. de Glandeves avoit pour trifayeul Thomas
de Balbis de Berton , Seigneur de Crillon , Chevalier
de l'Ordre du Roi , frere de Louis de Balbis
•
DECEMBRE. 1747. 203
de Berton Seigneur , de Crillon , Meftre- de- Camp
du Régiment des Gardes Françoifes , Confeiller
d'Etat , reçu Chevalier des Ordres du Roi le 31
Décembre 1585 , l'un des plus renommés Capitaines
de fon teins ; la Maifon de Balbis Berton
eft également diftinguée par fon ancienneté , par
fes alliances , par fes honneurs & les fervices militaires
; fes armes font d'or à cinq cotrices d'azur.
Voyez- en la Généalogie dans l'Hiftoire de la
Nobleffe du Comtat Venaiffin par M. Pithon-
Curt. Vol. 1. f. 142.
Le 31 Dame Marie-Nicole de Paris de la Broffe ,
veuve depuis le 27 Octobre 1723 de M. Pierre
de Berulle Premier Préfident du Parlement de
Grenoble , avec lequel elle avoit été mariée le 15
Novembre 1683 , mourut à Paris dans la quarre
vingt-dix-feptiéme de fon âge , ayant eu de fon
mariage Pierre-Nicolas de Berulle , auffi Premier
Préfident du Parlement de Grenoble , mort le 14
Mai 1730 , laiffant de Dame Marie- Renée du
Pleffis aujourd'hui fa veuve Amable-Pierre-
Thomas de Berulle Confeiller au Parlement depuis
le 22 Décembre 1744. Madame de Berulle
étoit fille d'Anne de Paris Confeiller au Parlement
& de Nicole du Val . Voyez la Généalogie de
Berulle l'une des premieres de la Robe dans les
Mémoires de Caftelnau par le Laboureur ; celle
de Paris eft auffi diftinguée dans la Magiftrature.
>
>
Le 2 Novembre Dame Catherine - Charlotte
Croifet veuve depuis le 31 Janvier 1713_de
M. Guillaume Briçonnet Marquis de Rofay ,
Comte d'Auteuil &c. Préſident de la troifiéme des
Enquêtes du Parlement avec lequel elle avoit
été mariée le 17 Janvier 1697 , mourut à Paris
âgée de foixante douze ans , laiffant François-
Guillaume Briçonnet Comte d'Auteuil , Préſident
204 MERCURE DE FRANCE.
1
"
de la troifiéme des Enquêtes du Parlement du 7
Janvier 1727 , marié 19. avec Dame Matie - Cecile
Moufle de Champigny morte fans enfans le 15
Mai 1728 2º. avec Dame Elizabeth Lambert
d'Herbigny, & Alexandre- Jacques Briçonnet Maitre
des Requêtes , nommé à l'Intendance de
- Montauban , mort fans enfans le 12 Mai 1712 , de
fon mariage avec Dame Marie-Magdeleine Thibert
des Martrais , remariée la même année à M.
le Marquis de Harcourt Beuvron.
·
Feu Madame Briçonnet étoit fille de Louis-
Alexandre Croiſet Marquis d'Eftiau , Préfident de
la cinquiéme des Enquêtes du Parlement , & de
Dame Catherine Roffignol . Voyez la Généalogie
de la famille de Briçonnet l'une des plus anciennes
& des plus illuftrées de la Robe dans l'Hiſtoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol . 6. fol.
427.
Le 3 Dame Marie-Dorothée Hollande de Konigsmarck
, veuve depuis le 29 Août 1743 de René-
Alexis le Sénéchal Comte de Carcado , Marquis
de Pontecroix , Baron de Molac , Lieutenant Général
des armées du Roi , Gouverneur des Ville
& Château de Quimper , mourut à Paris âgée de
foixante ans & fans enfans ; fon corps à été tranfporté
de Saint Sulpice fa Paroiffe en l'Eglife des
petits Auguftins lieu de la fépulture de Meffieurs
de Molac ; mais feu M. le Comte de Carcado fon
mari , de Dame Jeanne Magon fa premiere fem
me morte le 17 Juillet 1724 , avoit eu René - Aléxis
le Sénéchal Marquis de Molac , Colonel du
Régiment de Berry Infanterie , tué à Prague à la
fortie du 22 Août 1742 , & N... le Sénéchal Marquis
de Molac après fon frere . La Maiſon de le
Sénéchal divifée en deux branches , celle des
Marquis de Carcado & celle des Marquis deMoDECEMBRE
. 1747. 205
Jac , eft une des plus anciennes de Bretagne & des
mieux alliées. Voyez cette Généalogie détaillée
dans la feconde partie du fecond Registre de l'Armorial
général.
Le ... Thérefe de l'Efendar , veuve de Charles de
Roncherolles , Marquis de Roncherolles , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie & d'un de Cavalerie ,
& Gouverneur de Landrecies , avec lequel elle
avoit été mariée le ...... Décembre 1699 ,
mourut à Paris , ayant eu de fon mariage un fils
unique nommé Charles Michel - François - Anne-
Thomas Sibille de Roncherolles , Marquis de
Roncherolles , mort en 1728 , laiffant de Dame
Angélique - Marguerite de Jaffaud , fa femme , remariée
au Marquis de Canillac , Dame Anne - Marguerite-
Thérefe de Roncherolles , fille unique , ma.
riée le 21 Janvier 1744 avec M. René -Nicolas-
Charles- Auguftin de Maupeou , Préfident à Mortier
au Parlement , fils de M. le Premier Préfident.
Mad. de Roncherolles étoit fille de Louis de l'Eftandar
, Seigneur de Bully , & de Dame Charlotte-
Lucrece Tardieu de Malliffy, & fortoit d'une Maifon
diftinguée par fon ancienneté , par fes alliances
& fes fervices ; pour la Généalogie de la Maiſon
de Roncherolles , c'eft l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de la Province de Normandie.
Le 7 mourut à Paris Charles- Adrien de Noailles
,Prince de Poix, Chevalier né de l'Ordre de Malthe
, âgé de 7 mois & 7 jours , étant né le premier
Avril 1747 , & fut porté le 8 au foir en l'Eglife de
S. Sulpice , fa Paroiffe , de- là tranſporté à Notre-
Dame pour y être inhumé dans la Chapelle fepulture
de la Maifon de Noailles ; il étoit fils de Philippes
de Noailles , Comte de Noailles , Grand
206 MERCURE DE FRANCE.
d'Efpagne de la premiere Claffe , Prince de Poix ,
Marquis d'Arpajon , & c. Chevalier de la Toifon
d'Or , Grand - Croix de l'Ordre de Malthe , Maréchal
des camps & armées du Roi , & de Dame
Anne-Claude d'Arpajon , Grand- Croix de l'Ordre
de Malthe , mariés le 27 Novembre 1741,
Le 9 Philibert Orry , Seigneur de la Chapelle-
Godefroy , Miniftre d'Etat , Confeiller d'Etat or
dinaire , Commandeur & Grand-Tréforier des Or.
dres du Roi , ci- devant Contrôleur Général des
Finances , & Directeur Général des Bâtimens de
Sa Majefté , Arts & Manufactures de France, mourut
en fon Château de la Chapelle, près Nogent-fur-
Seine , âgé d'environ 59 ans ; étant né le 22 Janvier
1689 , & fans avoir été marié . Il étoit fils de
Jean Orry , Seigneur de Vignory , de la Chapelle
Godefroy , de Fulvy , &c. Préfident à Mortier au
Parlement de Metz & Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , mort le 30 Septembre 1719 , & de Dame
Marie-Jeanne Ermonin , il avoit pour foeur
née de ce mariage Dame Jeanne Orry , femme de
Louis Benigne Bertier , Seigneur de Sauvigny ,
Préfident de la cinquième des Enquêtes , morte le
... Septembre 1739 , mere de M. Bertier de Sauvigny
, à préfent Intendant de Paris , & il avoit
pour frere & foeur nés du fecond mariage de fon
pere avec Dame Catherine - Louife Corceffin , 1º,
Jean -Henri-Louis Orry , Seigneur de Fulvy né le
22 Janvier 1703 , ci devant Maître des Requêtes
& à préfent Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, lequel a des enfans de Dame Henriette-
Louife- Helene de la Pierre de Bouzies , ſa femme,
d'une ancienne Nobleffe de Flandres, & 2°. Louife
Elizabet Orry, mariée depuis le 16 Mai 1724 avec
Antoine-Martin Chaumont , Seigneur de la GalaiDECEMBRE
. 207 1747.
fiere , alors Maître des Requêtes & aujourd'hui
Chancelier & Garde des Sceaux du Roi de Pologne
Duc de Lotraine , dont il y a des enfans.
Le 11 Dame Marthe - Magdeleine Foullé de
Prunevaux , veuve de François- Alexandre de Gallard
de Bearn , Comte de Braffac , Colonel du Régiment
d'Angoumois , qu'elle avoit épousé le 15
Décembre 1691 , mourut à Paris âgée de 85 ans,
Elle étoit Dame d'honneur de Madame la Ducheffe
du Maine , & elle avoit eu de fon mariage
entre autres enfans Guillaume - Alexandre de
Gallard de Bearn , Comte de Braffac , ci -devant
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , lequel du
mariage qu'il contracta le 26 Juillet 1714 ave .
Dame Lucie-Françoiſe de Coftentin de Tourville ,
fille du Maréchal de ce nom, a eu Anne- Hilarion de
Gallard de Bearn , Comte de Braffac , ancien Lieutenant
des vaiffeaux du Roi , lequel a des enfans
de Dame Olimpe de Caumont la Force,fon épouse ,
fille de M. le Duc de la Force. Voyez pour la Généalogie
de la Maifon de Gallard , l'une des plus
anciennes & des plus illuftiées de la Province de
Quercy , le vol . 9 des Grands Officiers , fol . 166 ,
& le Dictionnaire Hiftorique de Morery , Edition
de 173.5 , vol . 3. fol . 773 .
Pour Madame la Comteffe de Braffac , qui donne
lieu à cet article , elle étoit fille d'Etienne Foul-
1é , Marquis de .Prunevaux & de Martangis , Mai
tre des Requêtes de l'Hôtel du Roi , & de Dame
Magdeleine de Lefpinay , & fortoit d'une famille
très- diftinguée dans la Robe.
Nous venons de perdre un de nos plus fpirituels
Ecrivains , c'eft M. le Sage ; il eft mort le 17 Novembre
chés un de fes fils en Picardie , où il achevoir
paisiblement fa carriere déja avancée , ayant
168 MERCURE DE FRANCE.
80 ans . M. le Sage eft l'Auteur très eftimé de bien
desOuvrages légerement écrits & affaifonnés du fel
le plus délicat , la plus fine ironie y eft femée avec
profufion . La premiere édition de fon- Diable boiteux
a eu un fuccès prodigieux & produit bien
d'infipides & foibles copiftes ,, efcorte ordinaire .
des livres renommés dont le titre eft féduifant ; fon
agréable Roman de Gilblas en quatre volumes fera
immortel . Nous devons encore à fon élégante
plume Eftevanille , le Bachelier de Salamanque &
les Avantures de Beauchefne. M. le Sage eft le
pere de l'Opéra Comique , dont M. Fuzelier eft le
parain. Ce Théatre Comique , plus fujet aux révolutions
que les Républiques les plus orageufes ,
leur doit fon établiffement & fa premiere réputation
. M. le Sage en a recueilli les Piéces , fecondé
par M. d'Orneval fon ami , & les a confervées
pour l'amufement des fujets favoris de Momus . H
n'eft point d'Auteur qui ait un ftyle plus fin & cependant
plus naturel. Il a toujours été exempt des
inflammations néologiques , quoique cette maladie
foit prefque devente épidémique dans ce fiécle
frivole où le Parnaffe a auffifes Ponpons & fes Pan
tins. Le Théatre François & le Public ont obligation
à M. le Sage de deux bounes Comédies , Tur.
caret Crifpin Rival defon Maitre.
DECEMBRE . 1747. 20g
1
ARRESTS NOTABLES.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du &
, portant révocation du privilége
accordé pour la culture du Riz en France .
Le Roi s'étant fait repréſenter en fon Confeil
l'Arrêt rendu en icelui le 6 Décembre 1740
fur la requête de Noël Chavillot , Bourgeois de
Paris , & les Lettres Patentes expédiées fur ledit
Arrêt le premier Janvier 1741 , par lefquels Arrêt
& Lettres Patentes Sa Majefté auroit accordé
audit Chavillot & compagnie le privilége exclufif
pendant l'espace de douze années , à commencer
au mois de Mars lors prochain , d'enſemencer &
cultiver du Riz dans toute l'étendue du Royaume,
à condition entre autres par ledit Chavillot &
compagnie , de ne faire lefdites femences & culture
que dans les terres qui feroient à la diſtance
de deux lieues au moins des villes nurées , & d'enfemencer
pendant l'année 1741 au moins cinq
cent arpens de terre , deux mille arpens pendant
l'année 1742 , trois mille pendant l'année 1743 ,
cinq mille pendant l'année 1744 , & la même
quantité de cinq mille arpens au moins pendant
les autres années dudit privilége ; ce qu'ils feroient
tenus de juftifier par des certificats des fieurs Intendans
des Provinces où ils feroient lesdites femences
, qu'ils remettroient au premier Janvier
de chaque année au fieur Contrôleur Général des
Finances , &c . Le Roi étant en fon Confeil , a révoqué
& révoque le privilége pour la culture des
Riz , accordé audit Noel Chavillot & compagnie
par ledit Arrêt du 6 Décembre 1740 , &c.
110 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE du 6 , concernant l'Ordre du Saint-
Efprit de Montpellier.
Le Roi s'étant fait représenter l'Edit du mois de
Mars 1693 , par lequel le feu Roi auroit déſuni
de l'Ordre de Notre-Dame du Mont- Carmet &
de Saint Lazare , les biens de l'Ordre du Saint-
Efprit de Montpellier qui y avoient été unis par
Edit du mois de Décembre 1672 , l'Arrêt rendu
en fon Confeil le 10 Mai 1700 , par lequel il auroit
été déclaré entr'autres chofes , que ledit Ordre
du Saint Efprit étoit purement régulier &
hofpitalier , l'Arrêt du Confeil du 4 Janvier 1908,
portant que celui du 10 Mai précédent ferqit exécuté
felon fa forme & teneur , & en conféquence
que l'hofpitalité feroit rétablie & obfervée dans
la Commanderie générale grande Maîtriſe reguliere
de l'Ordre du Saint Efprit de Montpellier par
le Commandeur Général , Grand-Maître régulier
qui y feroit inceffamment établi , &c. Le Roi étant
en fon Confeil, a ordonné & ordonne ce qui fuit.
ART. I. Les Commandeurs & Religieux de
toutes les Maifons de l'Ordre du Saint Efprit de
Montpellier qui font établies dans le Royaume ,
feront tenus dans deux mois après la fignification
qui leur aura été faite du préfent Arrêt , de repré
fenter pardevant les Sieurs Intendans & Commiffaires
départis dans les Provinces,chacun dans fon
département , les titres de leur établiffement ou
fondation , & ceux qui concernent les biens &
revenus dont ils jouiffent ou ont droit de jouir ,
avec les comptes deſdits revenus , tant en recetté
que dépenfe , rendus pour les vingt dernieres
années , comme auffi l'état actuel defdites Mai
fons & lieux hofpitaliers , fi aucuns y a ,
du nombre
des Religieux qui y font leur demeure, de
selui des pauvres qui y font reçus , & de la qualité.
›
DECEMBRE . 1747. 211
deftits pauvres , enfemble de la maniere dons
l'hospitalité y eft exercée , de laquelle repréſentation
lefd. Sieurs Intendans drefferont leurs procès
verbaux , en y faifant les obfervations qu'ils jugeront
néceffaires.
II. Faute par lefdits Religieux d'avoir fatisfait
aux difpofitions de l'article précédent , & fur le
compte qui en fera rendu à Sa Majefté par lefdits
Sieurs Intendans , ils feront déclarés déchûs de la
poffeffion des biens dont ils jouiffent , & les revenus
en feront appliqués par Sa Majefté à tels Ho .
pitaux ou établiffemens de charité qu'elle jugera à
propos , après avoir pris fur ce fujet l'avis , tant
defdits Sieurs Intendans que des Archevêques ou
Evêques des lieux où les Commanderies dont lef
dits biens dépendent , font établies.
III. Les procès verbaux qui auront été dreffés
fuivant l'article premier , par lefdits Sieurs Inten
dans & Commiflaires départis feront communiqués
à chacun des Sieurs Archevêques & Evêques
de leur département , dans le Diocèſe defquels il
fe trouvera des Maifons ou Commanderies dudit
Ordre , fans préjudice auxdits Sieurs Archevêques
ou Evêques de prendre auffi par eux-mêmes les
inftructions qu'ils jugeront néceffaires au ſujet
defaites Maifons , &c.
AUTRE du 7 , qui commet les Officiers de
l'Amirauté de France au Siége général de la Table
de Marbre du Palaïs à Paris , au lieu & place des
Sieurs Commiffaires de fon Confeil , nommés par
Arrêts des 21 Avril & 26 Octobre 1739 , pour continuer
la vérification des titres des droits maritimes
, ordonnée
par lefdits Arrêts & par ceux des
27 Mai & 5 Décembre
1740.
Et qui preſcrit la forme en laquelle il fera pro212
MERCURE DE FRANCE.
cédé à la vérification de tous les droits énoncés
auxdits Arrêts .
AUTRE du 17 , qui permet pendant une
année l'entrée dans le Royaume des Beurres venans
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande , & ce
en payant les droits qui font dûs .
& en
Sa Majefté s'étant fait repréfenter l'Ordonnance
qu'elle a rendue le 21 Août 1731 , pour régler
l'étendue du canton de Chaffe réſervé à titre de
fes plaifirs dans une partie des dépendances du
Gouvernement de Brouage , ainfi que celle du 6
Octobre 1732 , portant distraction de ladite réferve
des Fiefs dépendans de l'Abbaye de Saintes ,
& relevans en partie de la Comté de Marennes ;
& defirant Sa Majefté prévenir les difficultés qui
naiffent journellement à l'occafion de cette Ordonnance
, entre les Officiers de l'Etat Major- de
Jadite Ville & les Seigneurs des Terres comprifes
dans la réferve portée par icelle , & nommément
l'acquereur dudit Comté de Marennes
cette qualité Seigneur Suzerain des Fiefs dépendans
de l'Abbaye de Saintes , exceptés de ladite
réferve par la fufdite Ordonnance du 6 Octobre
1732. Sa Majesté a ordonné & ordonne que
dorénavant le canton réfervé à titre de fes plaifirs
, ferá & demeurera fixé à une lieue autour de
ladite ville de Brouage , tant du côté du Nord ,
du Sud & de l'Ouest , que de celui de l'Eft ,
que fous quelque prétexte que ce foit lefdits Offi
ciers de l'Etat Major , ou autres puiffent l'éten
dre au- delà. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions
& défenfes à toutes perfonnes de quelque
qualité qu'elles foient , de chaffer dans l'étendue
de ladite réferve , fans permiffion par écrit du
fans 1
1
DECEM B R E. 1747. 213
Gouverneur ou Commandant pour Sa Majefté à
Brouage , à l'exception toutefois des Seigneurs
qui poffédent dans ladite étendue d'une lieue des
Garennes titrées , ou Fiefs clos , aufquels Sa Majefté
veut bien continuer à permettre de chaffer
fur lefdites , Garennes & Fiefs , accompagnés d'un
valet ou d'un garde feulement , lefquels ne pour
ront y chaffer que conjointement avec ledits
Seigneurs , dérogeant au furplus Sa Majefté à fon
Ordonnance dudit jour 21 Août 1731 en ce qui
peut être contraire à la préfente. Mande & ordonne
Sa Majefté au Gouverneur & fon Lieute
nant Général au pays d'Aunis , au Gouverneur
particulier de la ville de Brouage & ceux qui y
commanderont en fon abfence , de tenir la main
à l'exécution de la préfente , laquelle fera lûë
publiée & affichée par tout où il appartiendra , à
ce qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
Fait à Verſailles le 12 Mai 1747. Signé , LOUIS :
Et plus bas , M. DE VOYER D'ARGENSON .
OUVERTURE du Collège Royal.
L
Es Profeffeurs du Collége Royal de
France , fondé à Paris fondé à Paris par le Roi
Frar çois I. le Pere & le Reftaurateur des
Lettres , reprirent leurs exercices le 20
Novembre. Voici les noms des Sçavans
qui rempliffent aujourd'hui les Chaires de
ce fameux Collége , fous l'infpection de
M. l'Abbé Vátry , de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres , Profeffeur
Royal en Langue Grecque.
214 MERCURE DE FRANCE.
Pour la Langue Hebraique.
Mrs. Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque.
Mrs. Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs. Lemonnier & de l'Ifle.
Pour la Philofophie.
Mrs. Terraffon & de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine .
Mrs. Piat & de la Bleterie.
Pour la Médecine.
Mrs. Aftruc , Ferrein , Poiffonnier & Bouvart.
Pour la Langue Arabe.
Mrs. Petis de la Croix & Otter.
Pour le Droit Canon.
Mrs. Lemerre & de l'Averdy.
Pour la Langue Syriaque.
Mr. Jault.
Le Sieur Briart qui demeure cour &
ruë Abbatiale de Saint Germain-des- Prez ,
a une fuite de Mercures à vendre bien
complette , à commencer l'année 1720
jufques & compris le mois de Novembre
1747 , qui font vingt huit années; il en fera
une compoſition raiſonnable .
APPROBATION.
1
T
' Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chance-
Her le premier volume du Mercure de France
du mois de Décembre. A Paris le 30 Décembre
1747.
BONAMY.
TABLE.
PIECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Epitre à Louiſe ,
Diflertation fur le lieu de Cymgiacum ,
Les avantages de la Poëfie ,
Vers mis en mufique ,
3
12
18
28.
Lettre au fujet des vies des Hommes Illuftres de
France , 22
Chronique de la naiffance de Mlle de B *** à
elle-même ,
Vers à M. d'Ardéne , &c.
26
29
Extrait de la relation d'un voyage en Champagne
au fujet d'une Ardoifiere ,
Ode à Mad, ** *
32
40
Mémoire fur les Couronnes militaires des Romains
•
Paraphrafe,de l'Oraifon Dominicale ,
49
16
Rentrée publique de l'Académie Royale des Sciences
,
Le triomphe de l'âne , Fable nouvelle ,
58
87
90
Lettre de M. Dordelu à Mad . la Marquife
de ****
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
de Novembre ,
Enigmes & Logogryphe ,
99
ibid.
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c. 102
Eftampe nouvelle , 119
Savonnettes légeres de crême de Savon ,
Chanfons notées ,
Spectacles ,
pure
Diflertation fur l'Effence Balfamique , & c.
Epitre à M. Candide Oculifte ,
120
I2I
122
124
130
Séance de l'Académie des Belles-Lettres de Marfeille
& Programme pour 1748 ,
Eftampe nouvelle ,
Piéces de Clavecin
Catalogue raifonné de Bijoux , & c.
131
134
ibid.
ibid.
Parodie d'un Sonnet inferé dans le Mercure de
Septembre ,
135
Projetto d'Affociazione , & c. 136
Edition des OEuvres de Théatre de M. de Sainte
Foy ,
137
Epitre à M. Néricault Deftouches par M. Tanevot
,
Lettre de M. de L. à M. de la Bruere ,
138
143
Cinquiéme Lettre fur le Tonnerre , 146
France , nouvelles de la Cour , de Paris , & c. 161
Nouvelles Etrangeres , Suede ,
166
Allemagne,
171
Eſpagne ,
174
Grande Bretagne,
Provinces Unies ,
Italie ?
De Génes ,
De Turin ,
De Breglio ,
178
189
194
195
196
197
De Génes ,
Naiffances & Morts ,
Arrêts notables ,
Ouverture du Collège Royal ,
198
201
209
213
Les Chanfons notées doivent regarder lapage
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
121
1
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
DECEMBRE . . 1747.
SECOND VOLUM E.
LIGIT
UT
"
A
SPARCATS
Chés
Papillen
S
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers .
ANDRE' CAILLEAU , rue Saint
Jacques , à S. André.
M. DCC . XLVII
Avec Approbation & Privilege du Roi.
A VIS.
'ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT,
ruë des Mauvais Garçons , fauxbourg Saint
Germain , à l'Hôtel de Mâcon. Nous prions
très- inftamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages .
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue des Mauvais Garçons , pour
rendre à M. de la Bruere.
FAIX XXX. SOLS .
MERCURE
DE FRANCE ,
1
DÉDIÉ AU ROI. E
DECEMBRE . 1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
O D E.
Sur les devoirs de l'homme envers Dieu.
S
Ortez cahos , paroiffez terre ,
Naiffez Elémens , Cieux & mers ;
Dieu parle au néant qui t'enferre ,
Echappe- toi , vafte univers.
Je vois éclore la nature ;
Quelle brillante architecture !
Quel en eft le fublime Auteur ?
Aij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
$
Les nuits l'une à l'autre enchaînées ,
Les jours , les faifons , les années ,
Tout nous annonce un Créateur.
En vain pour pallier fon crime ;
Un monftre au coeur paîtri de fard ;
Méconnoît
le Dieu qui l'anime ,
Et feint d'adorer le hazard .
Je vois la fureur de l'athée
S'évanouir
déconcertée
;
Il pâlit , tremble & craint la mort.
Ce n'est plus ce fuperbe impie ;
L'effroi rend fa rage afſoupie ;
Qu'il eft foible cet efprit fort !
****
L'orgueil dont ma raiſon ſe pare
Fuit devant la Divinité ;
Je J'entrevois, & je m'égare
Dans fon augufte immenſité.
L'oeil fe fatigue & nous abuſe ,
Si fa vifion - trop confuſe
Des Cieux lui peint tous les déhors.
Tel dans Dieu fe perd mon génie ,
Quand de fa grandeur infinie
Il veut pénétrer les rapports.
DECEMBRE. 1747 .
La mer orageufe , écumante ,
Agite fes rapides flots ;
L'onde s'éleve bouillonnante ,
Et brife les frêles vaiffeaux .
J'ignore quel frein dans l'orage
Des vagues reprime la rage ;
Sur les bords périt leur fureur.
Tout m'eft caché dans la nature ,
Et j'ofe , foible créature ,
· D'un Dieu fonder la profondeur !
+3**
Au Confeil de la Providence ,
Vil mortel , aurois-je affifté ?
Qui fuis -je ? Quelle eft mon effence a
Que peut mon efprit limité ?
Raifon qui devrois me conduire ,
Quoi ! ne fers- tu qu'à me féduire ?
Toujours dans l'erreur me plonger !
Quel défir orgueilleux me joue ?
L'homme que tu formas de boue ,
Seigneur , voudroit - il te juger ?
***
Le devoir , infaillible maître ,
Veut que mon coeur & mon encens
Soient pour celui qui m'a fait naître ,
Que je rompe le joug des fens.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Sortons d'un honteux esclavage ,
Faifons de nous un noble ufage ;
Que l'homme foit à fon Auteur
Mais le devoir en vain nous touche ;
Sa voix dure nous effarouche ,
Et perd fes droits fur notre coeur.
**
Caché fous une forme aimable
Soutenu de nos paſſions ,
Le vice , orateur agréable ,
Eft l'ame de nos actions .
L'orgueil , le luxe , l'avarice ,
Le noir démon de l'artifice >
Sont les idoles des humains ;
Mortel , connois top appanage ,
Et ceffe d'avilir l'ouvrage
Qu'ont formé de fi nobles mains.
On refpecte la créature ,
Le Créateur eft cublié ;
D'an frivole bien l'impoſture
Fait courber l'homme humilié ;
Il ferme l'oeil à la lumiere ;
Dans le héant , dans la pouffiere ,
Il cherche un bonheur menfonger.
DECEMBRE . 1747. 7
Grand Dieu , tu connois la mifere
De ces Rois , l'effroi de la terre
Et fiers d'un trône paffager.
•
De tes decrets impénétrables ;
Ces Rois de carnage fumans ,
Ces Héros qu'on nomme indomptables ,
Sont les dociles inftrumens ;
Toi feul es au -deffus des Ages
Du tems tu braves les outrages
Tu vois tout naître & tout périr ;
Dieu puiffant , mon pere & mon maître ,
Ma raifon doit te reconnoître ,
Mon coeur foumis doit te fervir .
7. Lacoste , fils.
A Dijon le 25 Octobre 1747 .
A i
S MERCURE DE FRANCE.
momo monumun
LETTRE CRITIQUE
Sur la Chymie Hydraulique .
Eft modus in rebus , funt certi denique fines
Quos ultrà citràque nequit confiftere rectum .
J
Horat...
E vous ai promis , Monfieur , il eft vrai
des obfervations fur la nouvelle Chymie
Hydraulique , mais vous êtes trop raifonnable
pour exiger de moi qu'elles ayent
pour objet ce détail ennuyeux , d'expériences
répétées , qui font le capital de l'ouvrage;
comme elles n'ont pas été faites fous
mes yeux , le jugement que j'en porterois
ne pourroit être que témeraire , & vous ne
voudriez pas me faire un devoir de la téme
rité ; mais fi à cet égard je n'ai rien à vous
dire , permettez -moi de fatisfaire à mon
engagement , en élevant ma voix contre le
fond erroné de cette nouvelle doctrine.
L'Auteur de la Chymie Hydraulique eft
outré; il n'a pas fçu garder un fage milieu
entre deux extrémités également vicieuſes ;
il s'eft jetté à corps perdu dans l'eau pour
fe fauver des feux infenfés du peuple Chymifte
, femblable à un Capitaine qui aimeDECEMBRE
. 1747.9
roit mieux fe précipiter follement dans un
fleuve que d'effuyer avec peu de perte le
feu de l'ennemi .
Puifque le fage Auteur de la Nature a
voulu que le feu fut un inftrument fi néceffaire
pour préparer les plantes qu'il a
deftinées à notre nourriture , pourquor
auroit-il fait cet élément fi contraire à la
préparation de celles qu'il a créées pour
nous guérir ? La nourriture nous intéreffet'elle
plus que la guérifon , pour avoir environné
celle- ci des difficultés fans nombre
, qui font inféparables de ce grand appareil
de machines imaginées par le nouveau
Chymifte ? Non certes : il n'en va pas
ainfi , & les guérifons operées tantôt avec
des décoctions bien faites de plantes convenables
à la maladie , tantôt avec des
bouillons faits avec les chairs d'animaux ,
& quelquefois avec des minéraux incorporés
par le feu dans des remedes topiques ,
ces guérifons , dis- je , ainfi operées , démontrent
invinciblement que le végétal ,
l'animal & le minéral peuvent être traités
avec le feu , que notre Auteur redoute
tant , fans qu'ils perdent pour cela les vertus
dont ils font doués .
C.
Rendons-nous juftice ; quand il devroit
en couter un peu à notre amour propre ,
nous manquons tous lesjours de guérir les
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
maux les plus légers , nous devons bien
moins l'attribuer à la maniere de préparer
les remedes , qu'à notre peu de connoiffance
de la vertu fpecifique des Mixtes . Naturaliftes
vains & fuperficiels que nous fommes
, nous étalons avec fafte tout l'exterieur
des corps naturels , nous les divifons
en genres & en efpeces avec une méthode
admirable , mais où eft parmi nous le nouveau
Salomon qui connoiffe , à ne pas s'y
tromper , les vertus que Dieu y a renfermées
pour produire infailliblement tel ou
tel effet ? Semblables aux Alchymiftes
ignorans , nous nous flatons fauffement
de travailler fur la véritable matiere , &
devenant injuftes par le mauvais fuccès ,
comme eux nous accufons le feu qui eſt innocent
des fautes que nous devrions rejet
ter fur notre ignorance.
Je tombe d'accord avec notre Auteur
des égaremens des Chymiftes vulgaires ,
j'en conviens avec lui , j'avoue ingenuement
que leurs fels alkali , enfans du feu ,
ne font guéres propres qu'à faire du favon
, que leurs diffolvans font ou corrofifs
ou trop fpiritueux , que leurs eaux diftillées
n'ont pas grande vertu , que leurs huiles
n'offrent au goût qu'une acreté infupportable
,
, que leurs poudres ne font que des
cendres inanimées des corps qu'ils ont déDECEMBRE
11
1747.
truits , que toutes ces belles cryftalliſations
de leurs fels amufent fans utilité , & qu'enfin
leurs prétendus remedes , ornés de noms
pompeux , font fouvent auffi mortels , que
la plupart de ceux deGalien font inefficaces .
Je reconnois de bonne-foi tous ces défordres
, & que c'eſt à la mauvaiſe adminiftration
du feu qu'il faut attribuer principalement
tant de taches qui défigurent la Chymie
, mais avec tout cela , cet abus que
tant de mauvais artiſtes font du feu , peutil
jamais être une raifon légitime de l'éteindre
déformais à force d'eau froide
dans tous les laboratoires ? Ne devrionsnous
pas auffi nous interdire l'ufage fi commode
des inftrumens tranchans , fous prétexte
qu'ils font beaucoup de mal dans les
mains des enfans , des furieux & des gens
mal-adroits ? Quoi ! pour délivrer les corps
naturels du fupplice du feu que des Chymiftes
leur font fouffrir , faudra - t- il fans
aucun milieu les tourmenter continuellement
d'une façon contraire , jufqu'à ce
que l'eau où s'exerce le nouveau tourment
, devienne fi furchargée des craffes
du Mixte , qu'il ne foit plus poffible de la
purifier ? Non certes , & il n'y a perfonne
qui ne fente le ridicule d'une telle manipulation
; elle eft cependant propofée par
notre Auteur comme une grande décou-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
verte , il en eft infatué , & il ne tient
pas
à lui que nous ne voyons tous les laboratoires
le métamorphofer en moulins à eau.
,
Si notre Chymifte vouloit un peu confulter
la raifon fur l'art du feu , il fe recon
cilieroit fans doute avec cet élement , il
reconnoîtroit qu'il doit- être l'Agent d'un
Artifte éclairé puifqu'il eft celui de la
Nature , il le regarderoit comme un inf
trument tranchant à la vérité , mais qui.
cependant ne peut produire que de bons
effers , s'il eft conduit pas une main fage &
adroite , il apprendroit à le graduer diverfement
fuivant l'exigence des fujets , & le
bur que l'Artifte fe propofe ; il convien-.
droit que l'eau eft fufceptible de divers dégrès
de chaleur très- compatibles avec la
vertu des Mixtes, ainſi au lieu , par exemple
, de faire paffer les fleurs & les feuilles
qui font des corps fi tendres & fi pénétrables
par une trituration ridicule & puérile ,
il pourroit après les avoir écrafées ou pilées
, dégager fans peine leurs principes
effentiels avec peu d'alteration , ou de diffipation
, en les faiſant paffer doucement
dans l'eau au moyen d'une infufion chaude
; quand il feroit queftion de chairs d'animaux
il pafferoit jufqu'à l'ébullition , il
feroit bouillir de même plus ou moins fort ,
plus ou moins long- tems , les graines , les
DECEMBRE.
1747. **
bois , les écorces & les racines , après qu'il
les auroit préparés par une trituration féche
; enfin il termineroit tout cela par
d'autres opérations qui acheveroient de le
mettre en poffeffion de l'effence de ces
Mixtes.. Voilà en abregé les avis falutaires.
que la raifon ne manqueroit pas de don
ner à cet Artifte , fi le préjugé pouvoit lui
permettre de fe confeiller à elle..
C'est s'abufer groffierement que de
prendre pour principe effentiel de l'or &
de l'argent le fel qu'en tire la trituration
Hydraulique ce produit n'eft qu'un pur.
jeu , une féduction innocente de la Nature ,
c'eft un déguifement trompeur du métal
lui-même encore reductible en lingot ,
quoiqu'il paroiffe aux yeux fous une for
me faline . Il faut bien un autre diffolvant
que l'eau commune pour réduire ces métaux
en leurs principes effentiels , & l'on
voit bien qu'il n'eft guéres connu du Chymifte
aquatique : qu'il fe défabufe ; ni les
premieres filtrations par les toiles , ni les
fecondes. par les étoffes de laine , ni le re
pos des colatures pendant la nuit , ni enfin
les dépôts qui fe font fur les afliettes expofées
à la vapeur du bain- marie , & ens
fuite furvuidées ne font capables d'épurer
une eau bourbeufe que le mouvement violent
& continuel de la trituration a fouillée
2
14 MERCURE DE FRANCE.
des impuretés du Mixte ; auffi les produits
de cette nouvelle Chymie font-t'ils chargés
de terre , comme l'affûrent Meffieurs
Groffe & Geoffroy qui les ont examinés
avec attention , de forte que fuivant le fentiment
de ce dernier, qui eft auffi le mien ,
les prétendus fels effentiels de la nouvelle
méthode ne font à le bien prendre que
des extraits moins imparfaits que ceux des
Apoticaires ; il n'est donc pas étonnant
qu'ils agiffent avec quelque efficacité
mais il y auroit lien de s'étonner fi le public
éclairé adoptoit fans examen une innovation
plus faftueuſe qu'utile , & fujette
à un attirail embarraffant de machines qui
demandent bien de la dépenfe , & beaucoup
d'emplacement pour ne produire que
des remedes imparfaits.
Parturient montes, nascetur ridiculus mus .
Tandis que la Chymie ordinaire eft capable
de faire bien mieux , pourvû qu'elle
fe conduife avec plus de jugement qu'elle
ne fait tant fur le regime du feu , & le
choix des opérations les plus convenables
aux fujets , que fur la maniere de les diriger.
•
Agréez s'il vous plaît , Monfieur , les
efforts queje viens de faire pour fauver
la Chymie des eaux , & la remettre dans
?
DECEMBRE. 1747.
fon élement naturel , hors duquel elle ne
fçauroit fubfifter ; continuez de cultiver
cet art précieux qui tient dans fa main la
clef de tous les tréfors de la Nature , & regardez
le Novateur comme vous regarde
riez un homme qui ne voudroit plus fe
nourrir que d'alimens préparés avec de
l'eau froide , parce que fon Cuifinier auroit
coûtume de ne lui fervir à table que
des viandes brûlées. Au refte fi vous
trouvez mes raiſons bonnes , & qu'on s'avife
cependant de les contredire , permettez
que je vous cede la plume , car pour
ce qui eft de moi , quand une fois j'ai défendu
la vérité , & que je rencontre des contradicteurs
, ils me mertent fi fort en mauvaife
humeur , que n'étant plus capable d'écrire,
je me trouve réduit à ne les combattre
que par le filence ; à votre égard je ne
me tairai jamais , & je publierai fans ceffe
que j'ai l'honneur d'être avec toute l'eftime
poffible , Monfieur , votre , &c.
16 MERCURE DE FRANCE.
LE BOUQUET ,
CANT ATILLE.
P Laifirs ,Amours ,
Brillante Cour de Cythere ,y
C'est la fête de ma Bergere ;
Chantez , célebrez ce grand jour,
Zéphirs , par votre badinage
Egayez ce féjour ;
Roffignols , par votre ramage
Chantez , célebrez ce grand jour.
Ainfi Damon chantoit la Reine de fon ame
Dans un jardin où nille fleurs
Charmoient les yeux par leurs couleurs
Il cherchoit un bouquet pour gage de la flâne,
Dans ce bouquet que l'immortelle
Soit la premiere fleur ,
Et le fymbole fidéle
De ma conftante ardeur "
De mon ardeur éternelle ,
DECEMBRE. 1747.
Que la rofe par fa beauté
De fes attraits foit l'image ;
Que le lys par la pureté
A fes vertus rende hommage .
ENVOI
A Mile Brig.... T....
Sur l'air ....
L'Amour & l'amitié , Brig.
Que le plus tendre zéle excite ,
Pour te chanter dans ce concert
Entre eux ont partagé les rôles ;
L'amitié fe chargea de l'air ,
Et l'amour fournit les paroles.
1
MADRIGAL.
I Ris , fi de votre beauté ,
Quoique toujours inexorable ,
Du plus tendre amour tranſporté
Chacun dans le fond de fon coeur
Porte le trait inévitable ,
Jugez avec moins de rigueur
Combien vous feriez adorable.
t . A.Chartres le 7 Octobre 1747 1
18 MERCURE DE FRANCE.
A
鋼洗洗洗洗洗洗洗洗選選洗洗洗洗洗灘
REFLEXIONS.
Par Mile **
Df'efprit , c'eft une ingratitude , s'en
Ans une femme rougir d'avoir de
glorifier eft le ridicule d'une précieuſe ;
c'eſt à la modeftie à regler fon ufage.
Il eſt une Philofophie qui doit nous
faire méprifer le monde, il en eft une autre
qui doit nous le rendre refpectable.
Il Y a des coeurs fi gâtés qu'ils ne peu
vent plus ni honorer , ni offenfer la vertu ;
rechercher leur eftime , ou exiger d'eux
des reparations , c'eft les craindre ou illuftrer
leurs impudences.
Il y en a qui ont acquis le droit de faire
ou de dire impunément des fottifes ; il
ne faut point leur contefter ce privilege :
la jouiffance de ce droit eft la punition de
leur infolence.
C'eft au coeur à nous dire de qui nous
defcendons ; c'eſt à nos actions & à nos
fentimens à l'apprendre aux autres ; toute
DECEMBRE. 1747. 19
autre façon de le reveler eſt ſouvent un
langage qui deshonore la nobleſſe..
Pourquoi dans notre fexe ces mauvaifes
plaifanteries , ces réflexions indécentes
contre celles qui aiment à s'orner l'efprit
& le coeur de connoiffances utiles & agréa
bles ? Eft ce jaloufie ? C'eft plus encore ; en
effer on en voir qui n'ont pas honte de fe
glorifier de lire ces brochures hardies &
licentieufes , & qui ofent hautement trai
ter de folle celle qui lira la traduction
d'Homere par Madame Dacier .Quel nom
à mon tour leur donner? Il en faut plus
d'un pour les bien définir .
Il eſt une inviolable pudeur qui commande
aux plus audacieux ; l'air & le maintien
en impofent au plus téméraire.
La modeftie dans les vrais éloges ne peut
jamais être parfaite ; en ne voulant pas les
fouffrir on fent bien qu'on nous les doit.
Quand nos amis font affociés à notre
gloire , la modeftie ne nous eft plus permife.
Il faut dans les éloges que nous don
nons à nos amis , les rendre reconnoiffans,
20 MERCURE DE FRANCE.
fans flater leur vanité , plutôt que de les
rendre glorieux fans mériter leur reconnoiffance.
La fidélité & la conftance avec un ami
parfait font moins des vertus que des plaifirs
incomparables.
Louer avec excès un bienfaiteur que
nos louanges irritent , c'eft unir en quelque
forte l'ingratitude avec la reconnoif
fance.
Quand on fent que fon coeur eft bon ?
on doit le mettre à prix & ne le laiſſer
acheter que par le mérite & les fentimens.
Un envieux , en critiquant l'ouvrage d'un
autre , nous rend prefque toujours fon
goût auffi mépriſable que
fon coeur.
Quand on veut prendre un parti où la
fenfibilité du coeur eft intéreffée , il faut
affembler le confeil de la raifon & renvoyer
à fon tribunal les déliberations du
coeur.
Pour la perfection de la pudeur il ne fufft
point d'être irréprochable , il faut ensore
méprifer ceux qui l'outragent.
DECEMBRE . 1747 .
Souvent dans les éloges on emprunte
le langage des Mufes pour fe mettre à cou
vert des reproches de la vérité,
Le talent de faire une louange fine &
délicate , flate ſouvent plus que le fujet
qui l'infpire.
La modeftie fait des vols à l'efprit , mais
coeur le dédommage de fes pertes.
Il eft des fons de voix fi gracieux , qu'ils
méritent bien que toute l'attention ne
tombe pas fur les paroles,
Quand on n'écrit point comme on le
veût , le tems devient un tyran qui compte
les lignes.
La vanité eft furtout le vice des petits
génies ; elle me femble cependant chés eux
plus pardonnable que
dans les bons ; ils ne
fe connoiffent pas.
曩
Les grandes ames font vertueufes par
goût ; elles ne méritent point d'éloges fur
l'exercice de leurs vertus ; font- elles moins
refpectables ?
Une femme d'efprit dans la Province
eft comme la Chouette de la pipée ; tou20
MERCURE DE FRANCE.
fans flater leur vanité , plutôt que de les
rendre glorieux fans mériter leur reconnoiffance.
La fidélité & la conftance avec un ami
parfait font moins des vertus que des plaifirs
incomparables .
Louer avec excès un bienfaiteur que
nos louanges irritent , c'eft unir en quelque
forte l'ingratitude avec la reconnoif
fance.
Quand on fent que fon coeur eft bon ;
on doit le mettre à prix & ne le laiffer
acheter que par le mérite & les fentimens.
Un envieux , en critiquant l'ouvrage d'un
autre , nous rend prefque toujours fon
goût auffi méprifable que fon coeur.
Quand on veut prendre un parti où la
fenfibilité du coeur eft intéreffée , il faut
affembler le confeil de la raifon & renvoyer
à fon tribunal les déliberations du
coeur.
Pour la perfection de la pudeur il ne fuft
point d'être irréprochable , il faut ensore
méprifer ceux qui l'outragent .
DECEMBRE. 1747. 2
Souvent dans les éloges on emprunte
le langage des Mufes pour fe mettre à cou
vert des reproches de la vérité,
Le talent de faire une louange fine &
délicate , flate fouvent plus que le fujet
qui l'inſpire.
La modeftie fait des vols à l'efprit , mais
„ e coeur le dédommage de ſes pertes.
Il eft des fons de voix fi gracieux , qu'ils
méritent bien que toute l'attention ne
tombe pas fur les paroles ,
Quand on n'écrit point comme on le
veut , le tems devient un tyran qui compte
les lignes.
La vanité eft furtout le vice des petits
génies ; elle me femble cependant chés eux
plus pardonnable que
dans les bons ; ils ne
le connoiffent pas.
Les grandes ames font vertueufes par
goût ; elles ne méritent point d'éloges fur
l'exercice de leurs vertus ; font- elles moins
refpectables ?
Une femme d'efprit dans la Province
eft comme la Chouette de la pipée ; tou22
MERCURE DE FRANCE.,
tes les Mézanges tombent deffus ; chacune
s'empreffe de lui donner fon coup de bec.
Ce ne font point les éloges qui font les
grands hommes & les bons Auteurs , ce
font leurs actions & leurs ouvrages,
L'ABSENCE DE CLIMENE
SONNET.
Soucis , peines, chagrins d'un coeur trop amoureux
,
Malgré tous mes efforts je vous retrouve encore ;
Depuis que je n'ai vu vû la beauté que j'adore ,
Par mille traits cuifans vous défolez mes feux;
Errant & fans témoins je parcours tous ces lieux ,
J'y devance fouvent le lever de l'aurore ,
Et pour cacher ici l'ardeur qui me dévore ,
Des bergers du hameau j'abandonne les jeux.
Dans ces bois écartés , témoins de mon martyre ;
Eloigné des mortels , en fecret je foupire ;
Leur fombre obfcurité convient à ma douleur.
Apprenez en ce jour le fecret de ma peine ,
Echo , qui connoiffez les troubles de mon coeur ,
Je fuis depuis un mois féparé de Climene.
DECEMBRE. 1747 .
23
VERS de M. Jaume à Mlle M. B **
J E voudrois bien vous dépeindre ma flâme ,
Aimable objet , dont les charmes puiflans
Sans ceffe excitent dans mon ame
Des défirs purs , des foins conftans ,
Mais pour vous exprimer mon trouble & mon
martyre ,
Envain j'emprunterois le langage des Dieux ,
Jamais je ne fçaurois décrire
Les fentimens de mon coeur amoureux.
Quand on brûle d'ailleurs de véritables feux ,
On ne dit mot & l'on foupire.
Soyez fenfible au mal que m'ont fait vos beaux
yeux ;
N'allez pas condamner le zéle qui m'anime ;
Flatez d'un doux eſpoir mon ardeur légitime ;
Toujours de vos appas mon coeur fera jaloux ;
Vous ne verrez jamais expirer ma tendreffe ;
Trop fatisfait de n'efperer qu'en vous ,
Souffrez que de mon fort je vous faffe maîtreffe.
14 MERCURE DE FRANCE,
REFLEXIONS
Sur la connoiffance de foi- même.
Nofce te ipfum. Belle leçon que Νl'on donne volontiers & que l'on
n'obferve guéres Tout le monde en
avoue la vérité , on la prêche à fes ennemis
, à fes amis , on plaint ceux qui ne la
pratiquent pas , & qui eft-ce qui fe connoît
? Qui eft-ce qui cherche à fe connoître
?:
Il faut en convenir auffi , la connoiffan →
ce de foi - même eft bien agréable à confeil.
ler , mais elle n'eff ni amufante dans la re
cherche , ni flateufe dans la poffeffion .
Lorfque couché dans un fauteuil Dorimon
vante à Euristhene la vertu de ſes ancêtres
, la richeffe de fes meubles , la magnificence
de fon Château , fes amples revenus,
qui font tout fon mérite , & qu'il lui
recommande la douceur , la foupleffe , l'oeconomie
, qu'il eft doux à Eurifthene de
vanter la connoiffance de foi - même ? Con
noiffez -vous , Dorimon ; ces ayeux refpectables
, ces piéces de métal que vous avez
reçues d'eux en grand nombre , ce n'eſt
pas vous ; cette troupe
de gens qui vous
louent
1
DECEMBRE. 1747. 25
louent & ce Cuifinier habile qui les infpire
, ce n'eft pas vous. Au milieu de tout
cela eft une maffe de chair qui fe remuë ,
qui s'agite, fans fçavoir pourquoi , ni comment.
Vous voilà,Dorimon ; écartez toutes
ces chofes étrangeres qui vous environnent
, que vous gouvernez ou qui vous
gouvernent par un pur hazard , confiderez
cette maffe de chair toute feule qui eft vous,
& comparez.
Lorfqu'en mordant fes levres , en frottant
fes mains , en adouciffant fa voix ,
Frontin rit de ceux qui ont des tics & des
manieres affectées , qui n'eſt pas tenté de
lui dire, Nofce teipfum?
Dans ces occafions & dans tant d'autres ,
ce précepte eft une belle chofe , mais lorfqu'on
fel'applique à foi même, il perd tous
les agrémens ; c'eft une fource d'ennuis ,
de dégoûts , de découragemens.
Avoir perpétuellement un oeil cenſeur
attaché fur foi , un juge fevere à qui rien
n'échappe ; combattre fans relâche un ennemi
violent , fubtil , infatigable , qui
tire avantage des coups les plus terribles
qu'on lui porte , un ennemi qu'on ne fçauroit
vaincre & avec qui on ne peut faire
ni paix ni tréve. Quelle occupation !
La plupart de ce qu'on appelle vulgairement
plaifirs de l'ame , plaifirs délicats »
II. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE,
fondés fur l'orgueil , fur la vanité , la connoiffance
de nous-mêmes nous les interdit ;
elle nous arrache les uns , elle trouble les
autres par la honte qu'ils nous cauſent.
Vous difculpez avec chaleur un homme
qui n'eft pas de vos amis ; vous palliez fa
faute ; vous avez une antipathie fecrette
pour celui qui l'accufe ; on vous loue de
votre amour pour la vérité ; la louange ne
vous flate point , le motif qu'on vous
fuppofe vous reproche celui qui vous a
fait agir.
Vous avez fait un acte de modération ,
de clémence ; le hazard , l'humeur où vous
vous trouviez dans ce moment y ont plus
contribué que la raifon ; quelqu'un vous
voyoit à qui vous vouliez plaire , & c . c'en
étoit le moyen.Si la rigueur, la vengeance,
vous dites - vous à vous-même , cuffent été
du goût de mon protecteur , de ma maîtreffe
, qu'euffe-je fait ?
Vous ne jouez point , mais il faudroit
calculer , combiner ; vous n'avez pas l'efprit
propre à ce genre de travail ; il faudroit
paroître ignorer , apprendre & avoir
l'affront d'apprendre difficilement.
Vous ne cherchez ni les emplois , ni les
dignités , ni les compagnies brillantes
mais il faudroit fe donner des mouvemens
& des foins , fupplier , flater , effuyer des
DECEMBRE . 1747. 27
+
rebuts , des hauteurs , ménager des domeftiques
, careffer des confidens , leur faire
des largeffes , & vous êtes fier , avare , indolent.
Vous ne perdez votre tems , ni
avec les femmes , ni à la chaffe , mais vous
êtes brufque & impatient , eſclave de¯vos
petites commodités.
Vous ne manquez ni de paffions ni de
volonté de les fatisfaire , mais l'orgueil &
la pareffe , vos deux vices dominans , l'emportent
fur tous les autres;vos belles qualités
ne font que des défauts combinés avantageufement
, auxquels vous avez le talent
de donner un tour heureux. Talent foible
& méprifable , indigne d'une ame noble &
droite.
Vous connoiffez tout cela ; vous ne
vous estimez donc pas plus que les ambitieux
, les joueurs , les coquets , les emportés
? Vous ne les méprifez pas ? Que
vous êtes à plaindre! Que vous êtes dupe !
Que de momens de fatisfaction & de joye
perdus pour vous !
Sophie vous fourit gracieufement ; elle
vous parle avec un air de bienveillance ;
un noble enjoument regne dans fes entretiens
; elle paroît s'ouvrir , s'épancher avec
vous : Cloris vous fait des clins d'oeil ; elle
folâtre fans retenue , ou tient.une gravité
affectée en votre préfence ; elle vous aga-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ce, Sophie auroit- elle pour vous de l'eftime
& de l'affection ? Sophie qu'un efprit
jufte , une vertu ferme , éleve bien plus
que fa naiffance , qui eft grande & belle
Cloris auroit- elle pour vous de l'amour ?
Douce idée ! Aimable conjecture ! Non ,
Sophie vous fait bon accueil par humanité
, Cloris fait des mines par habitude .
Ainfi la connoiffance de nous - mêmes
nous tire de l'illufion , nous ôte le bandeau
de l'amour propre , & qu'est - ce que nos
vertus , nos bonnes qualités , l'eftime des
hommes , pefées dans la balance de la vérité
? Semblables aux piéces informes qui
compofent uneperfpective dont le point de
vite fait une ville fuperbe , une campagne
riante , tout ce qui nous flate , qui nous
occupe , n'auroit pas dequoi nous foutenir
contre l'abbatement & l'ennui de la vie , ſi
nous le yoyions tel qu'il eft.
Quel eft donc l'état d'un homme qui
s'examine , qui s'épie fans ceffe , qui enhardit
la fatyre par fon filence , & les confeils
par fes remercimens , qui fent tous fes
défauts , qui en fçait le dégré & la force ,
qui effuye tous les mépris, fans en condanner
les auteurs , parce qu'il en pénetre les
caufes & qu'il les trouve juftes ?
Emile le traite plus froidement , ne lụi
donne plus tant demarques de diftinction
DECEMBRE . 1747. 29
& de faveur ? Quel caprice ! Quelle bizarrérie
diroit l'homme aveugle fur foimême
; a t'il peur qu'un homme de mon
état ne devienne familier avec lui ? Vauxje
moins que je ne valois ? L'homme qui
fe connoit penfe tout autrement. Le bon
naturel d'Emile l'avoit prévenu en ma faveur
; je l'ai détrompé ; il m'eftime moins
parce qu'il me connoit mieux ; il me rend
juftice maintenant , & il me faifoit grace ;
peut - être lui ai - je manqué en quelque
chofe.
Il n'ofe aborder les grands ni leur rendre
des vifites ; à quel titre le fouffrira - t'on ?
Quelle raifon auroit- on de le voir avec
plaifir ? Mille gens plus folides , plus amufans
ne peuvent- ils pas employer leurs
momens de loifir ? Il y va rarement , il y
refte peu.
Un railleur le compare aux Turennes ,
aux Molieres , parce qu'il s'eft bien tiré
d'un détachement ou qu'il a fait une Comédie
d'un acte ; il ne donne pas abfolument
dans le piége , cependant il n'en eft
pas offenfé , & il fe trouve mieux avec
l'Auteur de la comparaifon qu'avec celui
qui le loue modérément & fincerement.
Effet de l'amour propre , toujours dupe de
qui veut le flater & lui préfenter une
amorce,
B iij
30 MERCURE DE FRANCE
Qu'il eft humiliant de fentir des mouvemens
de joye à l'approche d'un riche qui
nous falue , & nous embraffe en public ; un
embarras , un dépit fecret contre les carreffes
d'un pauvre , quoique l'un foit un
fat & l'autre un homme de mérite ; de fe
ctoire plus confidérable , d'être content
hardi plus qu'à l'ordinaire , parce qu'on a
un équipage , un habillement du dernier
goût de fe mettre en fureur contre un domeftique
qui caffe une Porcelaine ; de voir
avec quelque fatisfaction frapper un chien ,
un valet ( bien des gens s'intéreffent davantage
au chien ) femence de cruauté à
laquelle il ne manque que l'occafion !
;
Qu'est- ce donc enfin qu'un homme qui
fe connoit lui- même , qui s'étudie ?
C'est la République Romaine fous Marius
& Sylla ; d'une part eft l'image de la
liberté,de la gloire & les travaux ; de l'autre
la fervitude & le repos ; partagée entre
ces deux efpérances , elle ne s'abandonne
ni à l'un ni à l'autre , & tous deux la tyrannifent
, la déchirent ; vainqueurs tour
à tour ils oppriment les membres de la
République qui ont foutenu le parti contraire
, le corps en eft la victime ; il net
jouit ni du repos ni de la liberté ; ce n'eſt
ni une République , ni une Monarchie
tranquille ; c'eft un cahos.
DECEMBRË. 31 1747.
Tel eft l'homme qui fe connoit ; indécis
entre le fentiment , l'amour propre & la
raifon ; trop foibles l'un & l'autre pour fe
vaincre , l'un le porte à des excès , le trahit
, le fait rougir ; il s'en défie ; l'autre
eft lente dans les opérations , auftere ; elle
le gêne & le tourmente ; tout l'afflige ,
tout l'humilie jufqu'à fes plaifirs , & fes
vertus mêmes ne le fatisfont pas . Quel
avantage retire- t'il donc de cette connoiffance
fi recommandée ?
Il reconnoît que par lui -même il ne peut
fe rendre heureux , que toutes les chofes
qui l'environnent n'en font pas capables ,
que les plaifirs qu'elles lui procurent ne
pêchent ni par le dégré , ni par la quantité ,
mais par leur qualité & leur effence ; dégoûté
de toutes ces chofes & de lui-même ,
il leve les yeux vers un être plus grand ,
plus parfait , dont il trouve une image au
dedans de foi ; plus il l'examine , plus il
fent pour cet être , d'admiration , de refpect
, d'amour c'eſt cet être qui l'a fait ;
il lui a donné une foif infatiable de bonheur
; il peut la remplir ; toutes les chofes
qu'il a mifes à la portée de l'homme , n'y
font pas propres ; lui feul eft donc la fource
où doit puifer cette ame fi infinie dans
fes défirs , & tout le refte n'eft donné que
pour l'éprouver ; adorer , fervir cet être
:
B iiij
32
MERCURE DE FRANCE.
Suprême , faire bon ufage de fes dons ,
n'en ufer que modérement , fans attache
employer tous les talens , fes forces , fa
vie , tout à rendre heureux fes femblables ,
tel eft le prix du bonheur fouverain .
Condition infiniment jufte , mais difficile !
Comment dompter tant de paflions impérieufes
, méprifer tant de plaifirs qui l'attirent
? Il y a travaillé long- tems. Vains efforts
! Il s'en reconnoît incapable.
Il leve encore les yeux vers le même
être qui peut lui donner un contrepoids
qui le releve & le foutienne contre le malheureux
penchant qui l'entraîne vers le
mal ; il le lui demande , pénétré du fentiment
de fon infuffifance & de fa mifere .
S'il le demande fincérement , ardemment ,
il l'obtiendra. Petite & accipietis.
ODE IMITE'E D'HORACE.
P Hébus de fes chers noutriſſons
Ne monte pas toujours la lyre ;
C'eft à fon gré qu'il leur infpire
Des airs touchans , d'aimables fons
Pour arriver au port tranquile
DECEMBRE. 1747.
33
D'une ftable félicité ,
L'heureufe médiocrité
Nous trace une route facile.
***
Porté fur fon léger vaiffeau
Evite un célebre nauffrage ,
Ainfi qu'une infidelle plage
Qui nous cache un écueil nouveau.
Son azile eft impénétrable
Aux dégoûts de la pauvreté ;
Au fafte de la Royauté
Son indigence eſt préférable.
炒菜
Nous voyons la foudre fouvent
Frapper les monts au fein des nuës ;
Des tours fous leur poids abbatuës ;
Des chênes brifés par le vent.
Eprouve t'on un fort extrême ?
L'efpoir en tempere Phorreur ;
La crainte furvit au bonheur ,
Futon au fein du bonheur même.
By
34 MERCURE DE FRANCE.
Tout reprend la forme au printems ;
L'hyver dépare en vain Cibelle.
Après la tempête cruelle
Que le calme offre d'agrémens !
**
Du Nautonnier un vent contraire
Nous découvre l'habileté ;
Son intrépide fermeté
D'Eole brave la colere .
S'il voit fon navire un inftant
Porté fur la plaine liquide ,
Par un mouvement. trop rapide ,
Sans voile , il vogue au gré du vent .
BOYER.
A Lyon le 15
Juillet
1747.
DECEMBRE. 1747. 35
LETTRE écrite à M. Bertera , Auteur
d'une nouvelle Grammaire Italienne.
>
Ette lettre, Monfieur aura pour premier
objet de vous feliciter au nom
d'une fociété d'amis dont les Langues Italienne
& Angloife font les délices, & dont
je ne fuis ici que l'interprete , fur la Grammaire
lumineufe & méthodique dont vous
avez enrichi notre pays. Ce préfent nous
a été auffi cher que s'il n'eût été fait qu'à
nous,& je puis dire à la louange de l'Auteur
que nous y avons trouvé tous les éclairciffemens
que nous défirions fur les points qui
nous arrêtoient . Eh ! quel n'étoit pas le
nombre de ces points obfcurs & embarraffans
? A chaque pas nous trouvions des
obftacles nouveaux , nous étions dans les
ténebres. Le jour nous eft enfin donné › &
c'eft à vous , Monfieur , que nous le devons.
Je n'étois d'abord chargé de vous
écrire que pour vous en faire des remercimens
, que vous devez regarder comme
très-fincéres , puifqu'ils vous viennent de
la part d'étrangers inconnus qui ne
font touchés que du mérite , & fur qui la
prévention ne peut rien. Mais puiſque
j'ai ofé interrompre vos occupations ,
,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
pardonnez moi encore la liberté que je
prends de m'expliquer plus au long avec
Vous
Siles François ne marquent pas pour les
Idiomes que parlent les peuples qui les environnent
tout l'empreffement qu'ils devroient
avoir , ne doit- on pas s'en prendre
plus encore à nos voisins qu'à nous- mêmes ?
Nous faire connoître leurs Langues , nous
donner la clef des difficultés , & nous les
rendre faciles autant que nous les trouvons
belles , énergiques & fécondes ,
n'eft-ce pas là leur ouvrage ? A qui fommes-
nous en droit de demander des préceptes
qui nous en expofent les principes ,
qui nous en détaillent les regles , qui nous
en développent le génie , fi ce n'eft à ceux
qui les parlent naturellement & qui doiyent
en avoir la connoiffance la plus étendue
, quand ils en ont fait l'objet de leurs
études Or pour me borner aux feules
Langues qui peuvent tenter le goût des
François , l'Italien avoit - il une Grammaire
à notre ufage avant la naiffance de la
votre ? Et l'Anglois n'eft-il pas encore à
cet égard dans une indigence honteufe ?
Un autre fecours , non moins néceffaire à
ceux qui font contraints d'étudier les Lan- '
gues dans leurs propres foyers & loin des
maîtres qui les guideroient , c'eft une lifte
1
DECEMBRE. 1747. 37
raifonnée des Auteurs auxquels il faut paffer
fucceffivement & à proportion des dif
ficultés qu'ils préfentent & des progrès
qu'on fait. C'est ce que Meffieurs de P. R.
ont en partie exécuté à la tête de leurs inéthodes
Greque & Latine , mais ce fecours
plus néceffaire encore dans les Langues vivantes
qui ne font point encore fixées ,
manque entierement aux commençans
qui s'appliquent à l'Italien & à l'Anglois.
Tous ceux qui étudient avec ordre , & les
jeunes gens fur-tout , qui n'ont pas affes de
littérature pour connoître avec préciſion
les Auteurs étrangers & leur mérite particulier
, fouhaitent un catalogue de cette
efpece , dans lequel on difpoferoit les ou
vrages , eu égard à leurs difficultés grammaticales
, & où l'on marqueroit les bonnes
éditions , & les excellens commentaires
. M. Mater Flint , célébre maître d'Anglois
, qui éclaire la capitale & qui inftruit
auffi les Provinces , a déja eu la bonté de
répondre avec la plus grande politeffe &
le plus grand détail à l'un des membres de
notre fociété , qui lui avoit fait fur l'Anglois
les mêmes queftions que j'ai la hardieffe
de vous faire ici fur l'Italien , j'attends
de vous , Monfieur, les mêmes égards
& les mêmes éclairciffemens ; mettez vos
leçons à quel prix vous voudrez ; jamais
38 MERCURE DE FRANCE.
nous ne croirons payer affés cher les inf
tructions que vous daignerez nous donner.
Trop heureufe notre fociété , fi vous
pouviez recevoir d'elle des preuves de fon
eftime & de fa gratitude ! Trop heureux
moi- même en particulier , fi vous voulez
bien me permettre de vous témoigner
plus d'une fois le reſpect avec lequel je
fuis , & c !
CANIVAVICA VACAVAYA Lavava
A M. P **.
Dites nous , cher P ** , ſeriez -vous amphibie ;
Tenant de l'homme & du poiffon ?
Ou feriez-vous quelque Triton
Qui de voir notre lac auroit la fantaifie ›
A vous voir nâger fans bateaux ,
Avec une grace infinie ,
Et l'onde en écumant fe brifer fur le dos
Que vous offrez à ſa furie ,
On vous prend pour le Dieu des eaux ,
Qui vient contempler ces côteaux ,
D'où ferpentant dans la prairie ,
Roulent mille petits ruiſſeaux.
La Nymphe à travers les rofeaux
Se plaît à voir votre induſtrie •
}
*
DECEMBRE. 39- 1747.
Er gronde le Zéphir quand d'une aîle hardie
11 ofe foulever les flots.
Contentez l'innocente envie ,
`Qui des Grecs , des Romains foulageoit les tra
vaux ,
Mais quittez , croyez - moi , la funeſte manie
De vouloir faire le Héros ,
Peut-être aux dépens de la vie.
On diroit que le lac étoit votre berceau ;
Que les Nymphes des eaux foignerent votre en
fance ;
Faffe le Ciel , prenant votre défenſe ,
Q'il ne foit pas votre tombeau.
Fandroit-il de vos jours éteindre le flambeau ,
Quand la vie à peine commence !
Se noyer eft un trifte fort ;
Même en verfant des pleurs , on critique ou l'on
glofe ;
Les trépaffés ont toujours tort ;
Quand notre ame a pris ſon effor
Il n'eft plus de métamorphofe ;
En transformant Glaucus elle fit fon effort,
Mon cher ami , c'eft peu de choſe
Qu'un bon nâgeur lorsqu'il eft mort.
* Glaucus s'étant jetté dans la mer , fut dit- on ,
transformé en Triton & mis au rang des Diens
Marins.
40 MERCURE DE FRANCE.
Quand Leandre à Héro , pour conter fon mar
tyre ,
Malgré tous les périls fend les flots écumeux ,
Bien tôt du fort le plus affreux
Cette triste amante foupire ,
1
Et la mer éteignit les feux
Qu'Amour allume en fon empire ;
Elle rompit les plus doux noeuds.
Confiant fa douleur aux forêts les plus fombres ,
Héro demande en vain au cruel Roi des ombres
Le tendre objet de tous les voeux.
Tollot. A Genève le 24 Août
1747.
EPITRE A M. D. P.
M Algré nous le volage Amour
S'enfuit & s'enfuit fans retour ;
Pour remplir la place qu'il laiffe ,
Ayons recours à la ſageffe ;
Elle n'a pas les traits fi vifs & fi charmans ;
* Leandre , jeune homme de la ville d'Abydos en
Afie , étant devenu amoureux d'Héro , qui demeuroit
de l'autre côté de l'Hellefpont , traverſoit fouvent de
nuit le Détroit à la nâge pour aller voir sa mutreffe ,
mais sétant expojé un foir à la violence des flots , il
fe noya malheureusementDECEMBRE.
1747. 41
Mais elle a bien fes agrémens.
La douce paix & l'aimable innocence
Accompagnent partout fes pas ;
Un efprit éclairé préfere fes appas
A des plaifirs trompeurs qui n'ont que l'ap
parence.
Cher D ** ne refuſe pas
De lui donner ta confiance.
Faifons divorce avec nos fens ,
Puifque la raifon nous l'ordonne ;
Quand la force nous abandonne ,
On fait des efforts impuiffans.
Oui, quand la pâte mort, qui n'épargne perfonne,
Du monde qui nous environne
Efface les traits féduifans ;
Quand l'éternité nous étonne
Én vain l'on regrette le tems ,
Et le repentir empoisonne
Nos derniers & triftes inftans.
'Avec rapidité je vois couler mes ans ,
Et l'on eft bien près de l'automne
Lorsqu'on a paffé fon printems.
Quand fur le déclin de l'âge
Le vice nous femble hideux
On voudroit bien être fage ,
>
Mais , hélas ! fi l'homme eft vieux ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Qu'un fi dur apprentiflage
Doit lui paroître ennuyeux !
Pour entreprendre l'ouvrage ,
Et devenir vertueux ,
Qu'il lui faudroit de courage !
Les fens trop impérieux
Nous tiennent dans l'esclavage,
Et nous préfentent l'image
De mille objets dangereux
Dont on ne peut faire ufage.
Quand le plaifir s'offre aux yeux ;
Notre coeur lui rend homniage ,
On en parle le langage ,
Lorſqu'on ne peut faire mieux ,
Et notre efprit fe partage
Entre la terre & les Cieux .
Cher ami , toi qui vois encore
La vieilleffe dans le lointain
Qui de tes heureux jours ne comptes qu'une
aurore ;
Tu crois qu'ils n'auront point de fin
Mais ne t'abuſes point ; ils auront le deſtin
De la frêle beauté pour qui ton coeur ſoupire ,
Et qui dure à peine un matin.
Ainfi le papillon , qu'un tendre amour inſpire,
Vôle de la roſe au jaſmin
DECEMBRE. 1747. 43
A chaque fleur d'un air badin
Le volage dit fon martyre ;
De Flore il parcouroit l'empire ,
Mais il meurt dès le lendemain.
Par le même
MEMOIRE où l'on examine fi l'Eglife
d'Orléans a eu trois Evêques du nom de
Manaffes , ou fi l'on n'en doit compter que
deux
D
Ans la demande que vous me faites
Monfieur , fi l'Eglife d'Orleans a eu
trois Evêques du nom de Manaffés , ou
fi l'on n'en doit compter que deux , toute
la difficulté tombe fur un Manaffés que
les partifans du premier fentiment font
fiéger fur la fin du Xe . fiécle, & auquel ils
donnent le nom de Manaffés premier
pour le diftinguer de Manaffés de Garlande
& de Manaffés de Signelay , qui fiégerent
dans les XII . & XIII . fiécles , &
qu'ils appellent II & III de ce nom. Pour
vous repondre , je vais examiner les preuves
fur lesquelles ils fe fondent , les com
battre & donner de nouvelles forces à l'o
pinion contraire.
44 MERCURE DE FRANCE.
La feule autorité qu'on ait pour établir
l'exiſtence de ce prétendu Manaffés eft tirée
d'une lettre Synodale de Sevin Archevêque
de Sens , foufcrite de la plupart des
Evêques fes fuffragans & de quelques
autres , parmi lefquels fe trouve un Manaffés
, Evêque d'Orléans . Ego Manaſſes
Aurelianenfis Epifcopus.
Charles de la Sauffaye eft le premier qui
dans fes Annales de l'Eglife d'Orléans a
mis en jeu cette lettre de Sevin. Il la cite
d'un original , ex inftrumento authentico de
Saint Pierre le Vif de Sens , & la date du
mois de Mars de la cinquième année du
regne de Hugues Capet , qui tombe fur
l'an 992 , tandis que la Chronique de cette
Abbaye , écrite par Clarius au XIII fiécle,
où cette lettre fe trouve rapportée ,fuivant
l'édition qu'en a donnée le P. Ruinard
, tom. II de fon Spicilége , lui donne
pour date l'année 980 .
Cette duplicité de dates pour une lettre
écrite dans une affemblée d'Evêques dont
le nom doit être connu , m'ayant donné
quelques foupçons fur fon authenticité , je
pris le parti il y a quelques mois de faire
écrire à Sens pour fçavoir fi les actes cités
par de la Sauffaye étoient differens de la
Chronique de Clarius. Alors je ne portois
pas mes vûës plus loin. Voici en fubftance
DECEMBRE . 1747. 45
ce qu'on a eu la bonté de répondre à ce
fujer.
Il y à dans l'Abbaye de S. Pierre le Vif
de Sens deux manufcrits de la chronique
de Clarius , fçavoir celui de Clarius même,
& une copie de cet ouvrage tranfcrit prefque
mot à mot en 1256 par un Religieux
qui s'y nomme lui - même Gaufridus Hyron.
Dans l'un & l'autre de ces manufcrits
à la fin du livre & hors du corps de la
chronique , on trouve parmi plufieurs autres
piéces détachées une copie de la lettre
de Sevin en queftion , où les dates de la
Sauffaye & de D. Ruinard fe trouvent réünies
; la premiere eft à la tête de cet acte &
le commence : Anno ab Incarnatione
Chrifti DCCCC LXXX. indictione INI.
L'autre date fe trouve àla fin de l'acte après
les foufcriptions , en cette forte : Data anne
V. Regnante Hugone rege mense martio. Ce
que D. Ruinard a paffé fous filence par une
liberté qu'il s'eft donnée de tranfpofer ,
d'ajoûter & de retrancher en plufieurs endroits
de cette chronique,
L'Abbaye de S. Pierre le Vif poffede
encore deux autres chroniques , où il eſt
parlé de la lettre de Seyin . La chronique
de Gaufridus à Colone & une autre plus
ancienne , dont ce premier a prefque tiré
tout fon ouvrage & qu'il a mife dans un
46 MERCURE DE FRANCE.
autre ordre. Leurs Auteurs ne rapportent
point cette lettre dont ils fe contentent
de faire mention en peu de mots , ainf
qu'a fait Clarius lui-même dans le corps de
fon ouvrage , où il dit que la donation
qu'elle contient fut faite des avis de fest
co Evêques & du confentement du Pape :
De confilio Co- Epifcoporum confentientePapa
Johanne XVI ; & cela fous l'an 988 , ce
qui forme une nouvelle date & par conféquent
un nouvel embarras.
Il eſt aifé de voir par cet expofé que la
lettre de Sevin n'eft rien moins qu'authentique
, & que ceux qui l'ont employée pour
foutenir le prétendu Manaffés I. ne l'ont
fait que parce qu'ils la croyoient tirée du
texte même de Clarius & qu'ils n'en connoiffoient
pas les défauts . Mais il y a plus;
quelque vicieufe que foit dans fa forme la
lettre de Sevin , fon témoignage pourroit
peut-être encore en impofer , fi nous n'avions
d'ailleurs dequoi le combattre, & faire
voir que du moins pour ce
pour ce qui regarde
les foufcriptions , il eft infoutenable , &
qu'on n'en fçauroit rien conclure , ce qui
fuffit à notre fujet.
1°. Le titre d'Archevêque donné à Eudes
, Evêque de Chartres , Odo arnuenfis
Archiepifcopus , eft une négligence qui
peut en quelque maniere excufer celles
DECEMBRE. 1747. 47
qu'on peut foupçonner dans les autres parties
, car ne peut-on pas dire fur ce fondement
avec l'Auteur d'une notice de nos
Evêques , imprimée à la tête des Statuts
Synodaux du Diocèfe, que celui qui a tranf
crit la lettre de Sevin , après avoir fait
mention de Milon , Evêque de Troyes, qui
l'a foufcrite, Milo Trecorum Epifcopus
plein de l'idée de Manaffés fon fucceffeur
fous lequel il vivoit , peut-être a fubftitué
le nom de ce dernier à celui d'Arnoul Evêd'Orléans
? que
?
2º. On lit dans ces mêmes foufcriptions
le nom de Rainold , Evêque de Paris , Rainoldus
Parifienfis Epifcopus . Mais cet Evêque
n'ayant commencé à fiéger qu'en 992,
ou tout au plus fur la fin de 991 , fon.
nom exclud du moins deux des trois
dates qu'on donne à l'acte qui les renfer
me. Le commencement de fon Epifcopat
eft marqué dans une Charte qu'on a de lui
& qu'a donnée le P. du Bois dans fon Hiftoire
de l'Eglife de Paris , tom. 1. p. 606 ,
datée du dernier Mars de la cinquiéme
année de Hugues Capet , qu'il compte la
premiere de fon adminiſtration ; Act. par.
pridie Cal. Aprilis anno V. regnante Hugone
fereniffimo rege, Epifcopatus noftri anno prime.
* Et non Trecarum , comme dans le Spicilége de
Dom Luc Dachery.
48 MERCURE DE FRANCE,
3 ° . Quelque date qu'on veuille donner
à la lettre de Sevin , elle ne fçauroit quadrer
avec les années de l'adminiftration
d'Arnoul , Evêque d'Orléans , puifque cet
Evêque a fiégé depuis environ l'an 970
jufqu'au commencement du onzième fiécle
, comme en font foi les titres que nous
avons & dont il fuffit de citer ceux qui
couvrent les trois dates de 980 , 988 &
992. Suivant un Titre de l'Eglife d'Orleans,
Arnoul obtint en 977 de Hugues,
Archevêque de Bourges , l'exemption de
l'Eglife de Maré en Berry , dépendante du
Chapitre d'Orléans , à la nomination duquel
elle eft encore aujourd'hui . Et nous
voyons qu'en 1003 le Roi Robert à la
priere du même Arnoul , donna au Chapitre
de S. Pierre le Puellier ** les Eglifes de
S. Paul & de S , Michel dans les fauxbourgs
d'Orléans .
*
Je fçais bien que pour éluder la force
de cette preuve , on a fuppofé qu'il y avoit
eu deux Arnouls , dont le premier , neveu
d'Ermenthée , a fiégé , dit-on , jufqu'en
979 , *** auquel on fait fuccéder Manaffés
jufqu'en 987 , qu'on place le com-
* Tréfor de Sainte Croix d'Orléans .
** Tréfor de S. Pierre le Puellier.
*** Mabillon , an . B. t. lil . F. 623. Gall
Chrift . t. VIII . p . 1428 .
mencement
1
1
DECEMBRE . 1747. 49
*
mencement de l'Epifcopat du fecond Arnould
; mais examinons les raifons qui ont
fait naître cette diftinction . La premiere
a pour fondement cette même lettre de
Sevin qui eft en question, & c'est là ce qu'on
appelle dans l'école une pétition de principe.
Il falloit avant que de tirer des conféquences
de ce titre , en établir l'authentiticité
, & c'est ce qu'on n'a pas fait. La fe
conde raiſon eft tirée de deux actes , l'un
de l'Eglife d'Orléans , l'autre de l'Abbaye
de S. Mefmin . Par le premier Hugues
Capet qui n'étoit encore que Comte d'Or
léans , rend à Arnoul , qui en étoit Evêque
, l'Abbaye de S. Jean près des murs.
Cette piéce eft de l'an 975 , comptée pour
ła douzième de l'Epifcopat d'Arnoul , tandis
dans le fecond titre , ** la troifiéme
année d'Arnoul fe trouve jointe à l'an
994, ce qui établit deux Evêques diftincts .
Mais n'eft-il pas plus naturel de dire que
la premiere de ces dates fe prend de la défignation
d'Arnoul à l'Evêché , & la feconde
du tems qu'il fuccéda à fon oncle Ermenthée
? Les Coadjutoreries étoient ordinaires
dans ces tems là , comme on le peut
voir par Odolric , Ifambert & Haderic ,
Evêques d'Orléans.
1
que
Tréfor de Sainte Croix.
** Tréfor de S. Mefmin.
11. Vol. C
So MERCURE DE FRANCE.
Enfin 4°. fi on admet le Manaffés des
foufcriprions de la lettre de Sevin , Ma
naffés de Garlande & Manaffés de Signe.
lai fes fucceffeurs dans les XII & XIIIfiécles
, ont dû être nommés II & III de
ce nom , ce qui n'eft pas , au contraire dans
tous les titres où ils font diſtingués par
cette qualification , ils font appellés Mamaffés
I & Manaffés II du nom ; en voici
les preuves. Les arbitres nommés pour ter
miner le differend qui étoit entre Gaillaa
me de Bucy , Evêque d'Orléans & le Chapitre
de Meung , ftatuent par leur Sentence
de la veille de S. Martin 1251 ,
qu'un droit de cens qu'avoient autrefois
les Evêques fur les terres du Chapitre leur
avoit été cédé par l'Evêque Manaflés , &
que les lettres de cet Evêque, qu'ils appellent
premier du nom , auroient leur exécution
: Dicimus quod obferventur littera Epifcopis
Manaffe primi. Or les lettres de cet
abandon font de l'an 1157 , & par conféquent
de Manaffés de Garlande.On trou
ve de plus dans l'ancien Martyrologe de
l'Eglife d'Orléans au 28 Octobre qu'il y
avoir ce jour-là diftribution, de cent fols
pour l'anniverfaire de l'Evêque Manaffés
premier : Ob. Manaffes primus Aurel. Epifcopus
, laquelle fomme étoit due par le Cuduë
* Cartul. de Meung.
DECEMBRE.
1747. st
*
&
ré de S. Pierre Enfentellée de la ville ,
l'on voit pareillement par tous les comptes
du Chapitre , où il eft parlé de cette redevance
, qu'il la devoit pour l'anniverfaire
de Manaffés de Garlande. Enfin un ancien
manufcrit de la Cour- Dieu marque à
l'occafion de la Dédicace de l'Eglife de cette
Abbaye en 1216 que la cérémonie s'en
fit par Manaffés II. du nom : ** A viro venerabili
Manaffe II. Aurel. Epifcopo , ce
qui ne peut convenir qu'à Manaffés de
Signelai, qui commença ce fiége en 1207,
& qui auroit dû être appellé Manaffés III ,
fi le fentiment que nous combattons &
qu'ont fuivi les nouveaux Auteurs du Gallia
Chriftiana pouvoit avoir lieu .
D. Polluche , de la Societé Litteraire
d'Orléans.
Tréfor de Sainte Croix.
** Tréfor de la Cour- Dieu..
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
+
TRADUCTION de l'Hymne de
M. Coffin , pour le jour des Rois :
Huc vos ô miferi ! &c .
Vous dont les erreurs font les uniques
guides ,
D'êtres muets & fourds adorateurs ftupides ,
Infortunés , ouvrez les yeux ;
Voyez dans ce jour favorable
Ouvrir pour vous la Cité véritable ,
Brillant féjour du Dieu des Dieux.
***
Les Mages les premiers vous ouvrent la carriere
Du falut que le Ciel offre à la terre entiere ;
Les oracles font accomplis;
Un peuple long - tems- infidelle
Voit à la fin la lumiere immortelle
Dont les Juftes font réjouis.
Le Juif & le Gentil qu'un divorce implacable ,
( Ainfi qu'un bouclier , un mur impénétrable , )
Tenoit triftement ſéparés ,
Ne font plus qu'un corps invincible ,
Brûlant d'amour , plein dú zéle terrible
Du Dieu dont ils ſont enyvrés.
7
DECEMBRE.
1747. 53
O confeils , ô fecrets du Monarque fuprême !
Cet Hébreu qui reçut de fa tendreffe extrême
Les premieres expreffions ,
A diffipé fon héritage ,
Et de- là naît la gloire , l'avantage
Et le falut des Nations.
Je vois de l'Olivier les branches naturelles ,
Adultéres rameaux , ftériles , infidelles ,
Tomber de leur tige fans fruit ;
Déja le tronc qui fut leur pere ,
Autour de foi n'a que branche étrangere,
Qu'il s'étonne d'avoir produit.
Chrétien, qui que tu fois, enté fur la racinė ,
Frens garde que ta foi ne ſerve à ta ruine ,
Si tu n'as que ftériles voeux ;
Et toi , Grand Dieu, mets fous tes aîles
Le tronc orné de fes branches nouvelles ,
Et rends la vie aux rameaux vieux.
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur une Médaille
de petit bronze de l'Empereur Gratien ,
par M. Beauvais,
L
A plupart des Auteurs qui ont écrit
fur les Médailles fingulieres de l'Em- .
pire Romain ont avancé leur fentiment fur
la Médaille de petit bronze de l'Empereur
Gratien , dont voici la defcription .
On voit d'un côté de la Médaille la tête
de ce Prince , ornée du diadême , tournée
de la gauche à la droite , avec la légende
Dominus nofter GRATIANVS AVGG. AVG.
De l'autre côté on voit l'Empereur debout
& armé , tourné également de la gauche à
la droite, tenant de la main droite le Labarum
( ou l'Etendart ) dans lequel eft le monogramme
de J. C. il a la main gauche appuyée
fur un bouclier , avec la légende
GLORIA NOVI SAECVLI . Il y a dans l'éxergue
de celle de mon cabinet , T. CON.
On en connoît d'autres avec differentes
lettres , foit dans le champ du revers , foit
dans l'exergue , comme on peut le voir
dans les huit Médailles differentes avec le
même revers , que le P. Banduri a inferées
dans fon Recueil.
DECEMBRE . 1747. 15
Le Pere Hardouin eft le premier qui expliqua
dans une Differtation Françoife , qui
parut dans les Mémoires de Trévoux en
1701 , & enfuite en Latin parmi les autres
Duvrages , la légende du côté de la tête par
GRATIANVS Avguftus Gener Aveufti , il
foutient enfuite que la légende du revers
défignoit le commencement du fecond fié
cle où l'on avoit eu le bonheur d'avoir des
Empereurs Chrétiens , & que Gratien repréfenté
fur cette Médaille , regnoit en
l'an 401.
Le Pere Jobert , fon confrere , adopta
cette explication dans fon livre de la feience
des Médailles, où dans un article exprès
fur le regne de Gratien , il parle ainfi ; »> On
» doit rendre juftice fur l'explication du
»
» revers GLORIA NOVI SAECVLI , parce
qu'ayant fait voir qu'on ne peut au tems
» de Gratien trouver aucune raifon de di-
» re qu'on commence un nouveau fiécle
» par rapport à aucune autre époque , on
» ne fçauroit trouver rien de plus raifon-
» nable que de dire que c'eft le commencement
du fecond fiécle auquel on a en
» le bonheur d'avoir des Princes Chrétiens
» à qui l'on pût frapper des Médailles avec
"le nom de Jefus-Chrift , puifque l'an
» CCCCI Gratien , Prince Chrétien re-
» gnoit.
Cij
56 MERCURE DE FRANCE.
Le célebre Léibnitz réfuta l'explication
du P. Hardouin par un écrit qui a été inferé
dans les Electa rei nummaria , dans le
quel il foutient que Gloria novi faculi ne
fignifioit pas néceffairement la premiere
année d'un nouveau frécle ; il cite pour appuyer
ce fentiment les exemples des Médailles
d'Herennius Etrufcus , de Trebonien
Galle & de Volufien , où on lit SAECVLVM
NOVVM, quoique le fiécle ne fe foit pas renouvellé
pendant le regne de ces Princes
Il ajoûte , poteft gloria novi faculi effe nova
& melior facies rerum , ex infigni aliquo
eventu , vel parta , vel fperata. A l'égard de
la légende D. N. GRATIANVS AVGG.
AVG. M. Leibnitz l'explique heureuſement
par Gratianus Auguftorum Auguftus ,
qui marque la fupériorité de Gratien fur
fes deux Collegues Valentinien le jeune
& Théodofe ; mais ce Sçavant qui ne fai
foit pas fa principale étude de la fcience
des Médailles & qui s'étoit livré à des
idées beaucoup plus profondes , paroît
avoir , fuivant mon fentiment , rencontré
jufte, fans en être perfuadé lui -même, puif
qu'il propofe cette explication en des ter
mes qui font juger qu'il n'en étoit pas
tisfait.
"
fa
-Deux Antiquairès anonymes ont voulu
DECEMBRE . 1747. 57
expliquer ces titres , l'un par Augufti Germanus
Auguftus , & l'autre par Augufto Genitus
Auguftus. Il ne paroît pas que leurs
fentimens ayent été fuivis. Enfin M. Spanheim
s'eft déclaré pour l'explication du P.
Hardouin Augufti Gener Auguftus , & après
avoir rejetté tout ce que cet Antiquaire
avoit dit fur un nouveau Gratien gendre
de l'Empereur Honorius , il foutient que
cette légende devoit s'entendre de Gratien
fils de Valentinien , qui étant Augufte par
fa naiffance , devint gendre d'un autre Augufte
par fon mariage avec Conftantia ,
fille de Conftance II. & de Fauftine.
1
Voila les differentes explications qu'on
a données à la Médaille de Gratien, fur la
quelle je crois être en droit de dire mon
fentiment . Celui du P. Hardouin ne me
paroît pas foutenable , quand il prétend
que Gratien a fouffert qu'on aye crû l'honorer
en lui donnant fur fes Médailles le
titre de gendre d'un Augufte , comme fi il
n'avoit pas été par lui-même au-deffus de
ce titre. Il étoit fils de l'Empereur Valen- ,
tinien , neveu de Valens , également En
pereur & Augufte , frere aîné de Valentinien
fecond , qui avoit les mêmes titres ,
& il les avoit donnés de fa pleine auto
CY
S MERCURE DE FRANCE.
ité à Théodofe , qui en foutint après lui
la dignité avec tant d'éclat.
D'ailleurs il faut pour donner à ces mots
une interprétation naturelle , faire attention
à l'arrangement des lettres qui les
compofent, & leur pofition eft très- capable
de donner du poids à leur explication . J'ai
poffedé deux de ces Médailles , dont une
m'eft restée ; j'ai remarqué que les quatre
premieres lettres font de fuite fans aucune
féparation , il y a un point après qui les
féparedes trois qui fuivent & qui forment
le mor AvG. & je dis en conféquence que
pour peu qu'on foit au fait de la fabrication
des Médailles Romaines & qu'on en
ait manié , on eft perfuadé que les lettres
initiales font féparées des autres par des
points ; ainfi pour que les lettres dont il eft
queftion fignifiaffent Auguftus Gener Augufti
, il faudroit que le fecond G du premier
mot fût féparé par deux points , ce
qui fe trouveroit fûrement fur des Médailles
gravées avec autant de jufteffe que celles
de Gratien , fi on avoit en le deffein d'y
mettre Augustus Gener Augufti ; mais les
quatre lettres AvGG . étant liées enſemble
& enfuite féparées par un point des trois
autres Ave. on doit les expliquer par Auguftorum
Auguftus ; cette explication me
DECEMBRE.
1747. 59
paroît d'autant plus jufte qu'elle n'a rien
que de naturel & qu'elle fuit l'arrangement
des lettres qui la forment.
Il n'y a d'ailleurs rien d'extraordinaire ,
( vû le tems où ce monument à été fabriqué
) de voir ce titre fur les Médailles de
Gratien. Ce Prince avoit un jeune frere
Augufte , dont il étoit en quelque façon
le tuteur , il venoit de donner le même
titre à Théodofe & on devoit le regarder
avec raiſon comme le chef des trois Auguftes
qui regnoient alors. Ce fentiment
eft d'autant mieux fondé que nous connoiffons
beaucoup de titres à peu près femblables
fur les Médailles des prédéceffeurs
de Gratien, Conftantin eft appellé fur
quelques- unes de ces Médailles Filius Auguftorum,
& fur d'autres , Pater Auguftorum.
Maximin Daza , qui n'étoit pas né fils d'un
Augufte , a auffi fur les fiennes le titre de
Filius Auguftorum .
**
Ces exemples & l'explication toute hmple
des lettres de la Médaille de Gratien
font des preuves certaines que cet Empereur
porte fur cette Médaille le titre d'Augufte
des Auguftes .
Je palle à l'examen de l'infcription du
revers de cette Médaille , qui me paroîr
avoir un rapport effentiel avec celle du
côté de la tête . La légende GLORIA NOVI
\
C vj
Go MERCURE DE FRANCE.
1
SAECVLI ne doit point fe rapporter à l'e
poque du commencement du fecond * fiécle
, qui eft le tems où les PP . Hardouin
& Jober , difent qu'on a eu le bonheur
d'avoir des Princes Chrétiens . Ce n'eft
point affûrément des Empereurs Romains
dont ces Auteurs entendent parler , puif
que le trône des Céfars étoit occupé au
commencement du fecond fiécle par Tra
jan , & que Philippe ** premier Empereur
Chrétien n'a commencé à regner que l'an
de J. C. 244. Cette explication eft auffi
forcée que la plupart de celles que le P.
Hardouin a imaginées pour entendre les
lettres numérales qu'on voit fur les Médailles
du fiécle de Conftantin. Ce Pere ,
& le Pere Jobert qui a fuivi fon fentiment
dans le fyftême dont il eft ici queftion ,
avoient apparemment écrit de mémoire, ***
* L'Auteur attribuë au P. Hardouin un fentiment
qu'il n'a point eu . Ce Pere a entendu par le
fecond fiécle celui qui a commencé à l'an 400 de
J. C. comme par le premier fiécle il a entendu ce- /
Jui qui commence à l'an 300 , tems auquel le
grand Conftantin le premier Empereur Chrétien
monta fur le trône des Céfars en 306.
** Il n'eft pas certain que l'Empereur Philippe
ait été Chrétien .
*** Quand le P. Hardouin a dit que le Gratien
de la Médaille dont il s'agit vivoit en 401 , il n'a
pas prétendu que ce fut Gratien fils de Valentinien
I. mais un autre Gratien qu'il a fuppofé gendre
de l'Empereur Honorius .
DECEMBRE. 1747. 61
quand ils ont avancé que Gratien repréfenté
fur notre Médaille , regnoit l'an 401
de l'Ere Chrétienne . It eft conftant que ce
Prince fut tué par le Comte Andragaſte on
par les ordres , près de Lyon le 25 Août
383 dans la vingt- cinquième année de fon
âge , après avoir regné depuis la mort de
Valentinien fon pere , 7 ans , 9 mois 12
jours , & 16 années depuis qu'il avoit été
déclaré Augufte.
rien
,
Le fentiment de M. Leibnitz eft plus na
turel quand il dit que Gloria novi faculi ne
fignifie pas néceffairement la premiere année
d'un nouveau fiécle , mais je dois faire
remarquer que les Médailles d'argent , au
revers defquelles on lit SAFCVLVM NOVVм
, dont il appuye fon fentiment , ne
peuvent prouver dans cette occafion.
On voit à la vérité la légende faculum novum
, qui eft toujours avec un Temple
aux revers des Médailles d'Herennia Etruf
cilla , ( & non point d'Herennius Etrufcus¸
fon fils , ) d'Hoftillien , de Trebonien Galle
& de fon fils Volufien , mais les coins de
ees revers faculum novum avoient été gravés
peu
d'années auparavant pour les Médailles
de l'Empereur Philippe , à qui ils
appartiennent , lorfque ce Prince fit célé
brer à Romeles Jeux féculaires l'an mille de
la fondation de cette Ville & la 247 an
62 MERCURE DE FRANCE.
née de J. C. Ces revers ont apparamment
été appliqués par une de ces erreurs de
Monéttaire , dont nous connoiffons une infinité
d'exemples dans te tems dont il s'agit
, aux Médailles des trois Princes dont
je viens de parler , qui regnerent & périrent
dans l'efpace de fix années après Philippe.
L'infcription Gloria novi faculi doit être,
fuivant mon fentiment , prife à la lettre &
doit fe rapporter naturellement au type
de la Médaille, à l'entour de laquelle on la
lit, & ce type repréfente l'Empereur Gra
tien même , armé tel que je l'ai d'abord
décrit. C'eft une de ces acclamations qu'on
faifoit au commencement de prefque tous
les regnes , principalement quand les Prin
ces promettoient par leurs belles qualités
un empire heureux , & jamais on n'eur
lieu d'en efperer un plus fortuné que fous
Gratien , qui dans un âge peu avancé pof
fédoit toutes les vertus civiles & militaires
qui caractérisent les grands hommes.
Il y a une infinité d'exemples de pareilles
acclamations fur les Médailles des Em
pereurs , & l'adulation avoit depuis longtems
accoûtumé les Romains à les prodi
guer à ceux qui en étoient les moins dignes.
Telles font entre autres les Médail
les de Macrin , frappées dans le tems de
DECEMBRE. 1747. 63
fon avénement à l'Empire , fur lefquelles
On lit Felicitas temporum , fur celles d'Elagabale
Spes perpetua , fur celles de Philippe
Spes felicitatis orbis , fur celles de Trajan
Dece Felicitas feculi , de Trebonien Galle
Felicitas publica , de Gallien , Genius populi
Romani, & fur un Médaillon de bronze
du tyran Magnance , de mon cabiner ,
je cite , parce que le revers n'en eft pas
connu , Gloria Romanorum.
que
Ces exemples qui font fans nombre ,
prouvent que la légende Gloria novi faculi,
qui répond au titre faftueux Auguftorum
Auguftus , qui eft fur la même Médaille
doit être rapportée à l'Empereur Gratien ,
dont le regne heureux étoit confideré dans
le tems que ce monument a été fabriqué ,
comme la gloire d'un fiécle tout nouveau ,
& il ne faut pas chercher d'autres motifs
pour expliquer cette Médaille que ceux
que je viens de marquer.
34 MERCURE DE FRANCE.
O DE AU ROI ,
Sur la Prife de Bergopfoom.
C Hafte Hafte Nymphe de Pharmonic ,
Qui par les plus doctes accords
De la Grece & de l'Aufonie
Ennobles les fameux tranſports ;
Prête-moi la lyre d'Horace ,
Ce feu qu'il puifoit au Parnaffe ,
Et ces tons vainqueurs du trépas
Dont la rare & noble cadence ;
Et la fublime véhémence
Charmoient Augufte & Mécenas.
***
Le noble fujet qui m'anime
Fourroit occuper Apollon ,
Et veut que je monte à la cime
Des forêts du facré vallon .
De ces demeures fleuriffantes
Ouvre- moi les routes brillantes ;
Je chante un Roi digne d'Henri ;
Un Roi toujours grand , toujours juſte,
Un Héros plus fage qu'Auguſte ,
De Mars rival & favori
DECEMBRE.
1747.
Quel champ à mes fougues lyriques &
Je vois des fieres Légions
Couvrir les campagnes Belgiques
De leurs valeureux bataillons.
Sur un char guidé par la gloire
Devant eux marche la victoire
Qui leur prépare fes lauriers ,
Et fous le Héros intrépide
Qui les anime & qui les guide ,
Chaque foldat vaut cent guerriers
11
Moins fortes & moins redoutables
Marchoient les Phalanges d'Argos
Sous les Enfeignes formidables
D'un brillant concours de Héros ,
Lorfque fur les rives du Xante
Semant l'horreur & l'épouvante ,
Pour le frere d'Agamemnon ,
Malgré plus de cent Chefs illuftres ;
Elles employerent deux luftres
A forcer les murs d'Ilion.
?.
Allez , foûtiens de la Patrie ,
Généreux Chefs , braves foldats
Jamais votre valeur flétrie ¹--
66 MERCURE DE FRANCE.
N'a fçû plier dans les combats.
Suivez l'honneur qui vous appelle ;
Sa main d'une palme immortelle
Va récompenfer vos travaux :
LOUIS vous ouvre la carriere ;
Sous les yeux la fortune altiere
N'ofe abandonner vos drapeaux ,
Mais quelle digue infurmontable
Vient s'opposer à vos fuccès !
Quel fort , quel rempart formidable
Suſpend vos rapides progrès !
Le défeſpoir yvre de rage ,
L'orgueil avide de carnage ,
Gardent ces murs audacieux ,
Et la vengeance téméraire
Semble du bruit de fon tonnerre
Menacer la terre & les Cieux.
Deux fois l'audace ambitieufe
Des plus fameufes Légions
De cette Ville impérieufe
Voulut forcer les baſtions
Mais leur fang baignant le rivage ,
Y grava l'immortel outrage
DECEMBRE . 1747.
De leur projet déconcerté
Et la plus honteufe retraite
De leur mémorable défaite
Sauva le refte épouvanté.
Ces murs que la mort environne
N'étonnent point votre valeur ;
Des traits enflammés de Bellonne
Vos lauriers bravent la fureur
Toujours fuivis de la victoire ,
L'éclat de votre antique gloire
Vous garantit l'évenement ;
Rien n'eft pour vous inacceffible ,
Et plus l'obftacle eft invincible
Plus votre courage eft bouillant.
"
Déja nos foudres effrayantes ,
Etincelant de toutes parts ,
Répondent aux flammes bruyantes
Qui tonnent fur ces boulevarts;
Lowendahl preffe la conquête ,
Et dans le fort de la tempête
Veillant à l'ordre des combats
Nouveau rempart de la Patrie
Toujours prodigue de fa vie ,
Ménage le fang des foldats
MERCURE DE FRANCE.
Semblable à l'Aigle impétueuſe ,
Qui fendant l'efpace des airs ,
Conduit fa troupe généreuse
Parmi les vents & les éclairs ;
Ses combattans fiers , intrépides ,
Suivent les exemples rapides
De fon courage redouté ,
Mais dans l'audace qu'il imprime ;
Son coeur tranquille , & magnanime
Veille encor à leur fûreté.
Quel bruit , quel horrible tonnerre
Se fait entendre fous ces murs !
Quel feu part du fein de la terre
Et roule fes torrens obfcurs !
Le fombre tyran du Tartare
Ouvre- t'il le gouffre barbate
De l'affreux féjour du trépas ,
Et fous ces ruines brûlantes
Au fond de fes grottes fumantes
Veut-il engloutir nos foldats
Tandis que la terre entr'ouverte
Vômit la flâme fur ces bords ,
Neptune attentif à leur perte
DECEMBRE.
1747 .
Arrête & borne leurs efforts.
Voguant fur ces ondes propices
Toujours de nouvelles milices
Rendent les travaux incertains,
Ainfi fous le glaive d'Alcide
Renaiffoit cet Hydre homicide
Dont fon bras vengea les humains,
***
; Mais c'en eft fait ; l'orage ceffe
LOUIS , ces guerriers font rendus ;
Sous tes loix leur humble foibleffe
Range leurs drapeaux confondus,
Sage Miniftre de la foudre ,
Lovendalh a réduit en poudre
Les murs & le peuple infenfé.
Quel ennemi fut invincible ,
Quel rempart fut inacceffible
Quand ton grand coeur à prononcé !
Grand Roi , cette gloire immorgelle
Et digne prix de tes trayaux
Confond l'injuftice cruelle
De tes implacables rivaux.
?
En vain leur fuperbe impuiffance
S'arme de haine & de vengeance ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Leur fureur tombe fous tes coups ;
Elle n'est plus qu'un vain murmure ;
Le Ciel ami de la droiture
Seconde ton jufte courroux.
Malgré le fuccès de tes armes ;
Je fçais que ton coeur généreux
Déplore en fecret les allarmes
De tes ennemis malheureux .
Les vertus d'un Roi pacifique
Sont plus à ton ame ftoique
Que l'éclat des titres guerriers ,
Et quand tu frappes ta victime ,
Ton ame tendre & magnanime
Te fait pleurer fur tes lauriers,
J. D. Verardy, Maître ès Arts.
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie
des Infcriptions & Belles- Lettres.
L'Académie des Infcriptions & Belles- Lettres recommença les exercices le
Mardi 14 Décembre par une féance publique
.
Après que M. Freret , Secretaire perpéDECEMBRE,
1747 . 71
tuel eut fait les Eloges de Mrs de Valois
& Burette , Académiciens Penfionnaires
- décedés pendant le cours de cette année ,
on lût un Mémoire de M. le Duc de
Nivernois fur la fouveraineté & l'indépendance
de nos premiers Rois,
L'objet de ce Mémoire eft d'examiner fi
il eft apparent , comme l'ont avancé quek
ques Ecrivains modernes , que nos premiers
Rois n'ayent joûi dans les Gaules
que d'une autorité précaire , & qu'ils
ayent été vaffaux de l'Empire Romain,
Ce fentiment que combat M. L. D. D. N.
a d'abord été avancé par Trevorius , Jurif
confulte François & Hiftoriographe de
Louis XIII , lequel fait entendre que les
Francs ne commencerent à être véritablement
fouverains dans les Gaules qu'après
l'Acte ou Traité paffé entre l'Empereur
Juftinien & notre Roi Théodebert . Menfo
Altingius avoit fuivi la même opinion
dans fon livre intitulé , Notitia Germania
inferioris , mais jufques- là ce fentiment
avancé fans preuve par Trevorius & foutenu
par Altingius de raifons aifées à réfuter
, avoit acquis un médiocre crédit , &
ce paradoxe fyftématique feroit refté
dans l'oubli fi M. l'Abbé du Bos n'avoit
entrepris de le faire revivre. On fait que
l'objet de M. l'Abbé du Bos dans fon Hif
2 MERCURE DE FRANCE.
toire critique de la Monarchie Françoiſe , eft
de prouver que nos Rois ont fuccedé aux
mêmes droits que les Empereurs exerçoient
dans les Gaules. L'opinion que combat
M. L. D. D. N. entroit néceffairement dans
le plan de ce fyftême .
L'opinion oppofée paroît à M. L. D. D.
N. non-feulement plus vraie , mais même
plus honorable à la Couronne de France
& aux Princes qui l'ont portée. En effet fi
l'on confidere que la puiffance des Céfars ,
fondée fur une ufurpation violente , n'avoit
pour origine que le bouleversement
de toutes les loix , peut- on l'établir comme
la baze du pouvoir refpectable de nos Rois?
Il s'en faut bien qu'ils ayent regné à de tels
titres ; ils en ont exercé de plus dignes d'eux,
de plus légitimes & de plus furs . Ils ont
regné fur les Francs , leurs premiers & naturels
fujets par les loix des Francs , la loi
Salique & la loi Ripuaire ; ils ont gouverné
les differens peuples dont la force des
atmes ou l'adreffe des négociations les ont
rendus maitres felon les loix & les coûtumes
que ces peuples avoient toujours fuivies
; ils n'ont rien innové dans les loix de
leur propre pays , ils n'ont rien changé aux
coûtumes des Nations qu'ils ont conquifes
, auffi cet Empire , fondé fur la justice,
a été dès le commencement foûtenu
par
l'amour
DECEMBRE. 1747. 73
P'amour de leurs fujets , titre vraiment
refpectable & folide , duquel les derniers
fucceffeurs de Clodion & de Clovis tirent
leur véritable majesté.
Comme on ne peut gueres pouffer les
recherches folides fur nos antiquités plus
haut que le regne de Clovis , c'eft par ce
Prince que M. L. D. D. N. commence l'examen
, de la puiffance Françoiſe à l'égard
de la puiffance Romaine .
M. l'Abbé du Bos fait à ce fujet une diftinction
affés finguliere ; il dit qu'à la vérité
Clovis étoit Roi des Saliens , mais
qu'il ne commandoit aux Gaulois qu'au
nom de l'Empereur dont il exerçoit fur
eux l'autorité , de là il faut conclure en
bonne Logique , ou que ce Prince n'a dû
& n'a pu exécuter que des entrepriſes
agréables à l'Empereur , ou que s'il en a
formé d'autres , il les a exécutées avec le
feul fecours de la Tribu des Francs , fur laquelle
il regnoit , ou que s'il y a employé
les forces de la Gaule , ç'a été une prévarication
dont l'Empire a dû fe plaindre ,
mais loin que les chofes fe foient paffées
d'une de ces trois manieres , le tableau fidéle
de la vie politique de Clovis établit
précisément les trois points contradictoires
à ceux là.
Sa premiere expédition , celle qui com-
I-I. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
.
mença à rendre fa puiffance formidable
dans les Gaules , fut celle qu'il fit contre
les Romains , où il battit Syagrius leur
Général , & le força de fe réfugier chés
Alaric . Clovis le redemande au Roi des
Wifigots , qui n'ofe le refufer ; il le fait
mourir & fe défait par fa mort du feul Of
ficier Romain qu'il pût craindre dans les
Gaules , fans que ce Général Romain foit
ni vengé ni même reclamé par l'Empereur .
Après ce premier fuccès plufieurs Cités
qui reconnoiffoient encore la fuprématie
qu
de l'Empereur , fe donnent à Clovis &
paffent volontairement fous fa domination
. Ce fut le faint Evêque de Rheims
Remi qui fut l'entremetteur de cette négociation.
Que feroit ce Traité fi Clovis
eût été dépendant des Romains ? Ce n'auroit
été ni une affaire , ni une négociation,
ni un évenement , fi Clovis reconnoiffoit
l'Empereur pour fuzerain , ainfi que ces
Cités ; que gagnoient-elles à fe donner à
-lui ? Il fur cet article une autre remarque
importante à faire.
y a
Deux manufcrits de Grégoire de Tours,
que les Sçavans regardent comme inconteftablement
écrits peu après la mort de
l'Auteur , placent la bataille de Vouglé à
la 15 année du regne de Clovis ; or
nous fçavons certainement qu'elle fe donDECEMBRE.
1747. 75
na en 507 , par conféquent la 26 année .
depuis l'avénement de Clovis à la Cou
ronne des Francs , qu'avoit portée fon pere.
M. L.D. B. trouve très- bien la raifon de
cette difference , en difantque dans le Diocèfe
de Beauvais & dans celui d'Amiens ,
où ces copies ont été faites , on ne comptoit
encore alors que la i se année du regne
de Clovis en 507 , parce qu'on ne comptoit
la premiere qu'en 492 ou 13 , lorfque
ces Cités s'étoient rangées fous fa dominal'accord
dont nous venons de
tion , par,
parler.
Mais cela même prouve invinciblement
l'indépendance de Clovis . L'ufage conftant
dans l'Empire depuis Augufte étoit de compter
les années par le regne des Empereurs; fi
lorfque ces Cités ont abandonné cet ufage
, elles ont commencé à compter les années
d'un autre Prince , ne s'enfuit- il pas
évidemment qu'elles ont crû alors avoir
changé de maître , & qu'elles n'ont plus
regardé comme tel que celui dont elles
comptoient les années ? N'eſt-il pas inconteſtable
que i l'Empereur eût toûjours été
Souverain des Gaules , fi Clovis n'eût été
que fon vaffal , ce changement dans la façon
de compter les années n'auroit eu aucune
raifon Voici de nouvelles preuves.
Nous voyons manifeftement par le dé-
- Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
nombrement des troupes que Clovis mena
contre les Allemands , que les Gaulois
le fervoient de leurs perfonnes , qu'ils faifoient
même la partie la plus confidérable
de fes forces , puifque nous fçavons que
les Safens ne montoient qu'à environ S
ou 6000 hommes ; nous trouvons qu'il tiroit
de ces mêmes Gaulois differentes impofitions
, comme péages , capitations , redevances
, & c. Ils étoient donc affujettis
au fervice pécuniaire & militaire . Toutes
les entreprifes qu'il exécutoit, par leur
moyen tendoient à l'affoibliffement de
l'Empire , ce n'étoit donc point en vertu
d'une autorité émanée de la puiffance Romaine
qu'il leur ccommandoit , d'autant
plus que jamais les Romains ne fe plaignirent
qu'on s'armât contre eux d'une puiffance
qui en ce cas eût été la leur même .
La guerre que fit Clovis à Gondebaud
Roi de Bourgogne , qui étoit Patrice , &
qui avoit , felon M. L. D. B. les plus intimes
liaiſons avec les Romains , ne choquoit-
elle pas directement la majefté & les
intérêts de l'Empire , & devoit - il fouffrir
qu'on fe fervit de fa propre puiffance pour
accabler fon Allié ? L'examen de la conduite
de Clovis & des Princes fes voifins
dans la guerre qu'il déclara aux Wifigots
en 507 , va donner un nouveau jour à ce
raiſonnement .
DECEMBRE. 1747. 77
rant ,
par
la
Alaric , fucceffeur d'Auric , établi dans
les Aquitaines & la Narbonnoife
conceffion de l'Empire , y tenoit la place
des Empereurs , felon M. l'Abbé du Bos ; il
étoit allié de Théodoric , lequel , encore
fuivant le même Auteur , étoit le repréfenle
fubftitut de l'Empereur en Italie,
C'eft cette puiffance , qui de tous côtés eſt
la repréfentation de la puiffance Romaine ,
que Clovis fe détermine à attaquer & qu'il
efpere de détrruire. Il y a plus , ce projet
contre les amis , contre les Lieutenans de
l'Empire , ne pouvoit s'exécuter que pat
les armes de l'Empire , par le fecours de
ces Gaulois auxquels Clovis ne commandoit
, dit-on , qu'au nom & fous l'autori
té de l'Empereur . Sans doute une politique
adroite , des intrigues bien ménagées
pouvoient faire illufion aux peuples & leur
perfuader que c'étoit pour l'intérêt de
l'Empire qu'on les armoit contre les Officiers
& les amis des Romains , mais on ne
voit rien de tout cela dans le procedé de
Clovis, qui cependant étoit trop habile pour
en avoir un autre , fi celui-là eût pû lui être
néceffaire ou utile . Il ne fe fert que du motif
de la Religion, Je *fouffre , dit-il , im-
= patiemment que ces Arriens tiennent une partie
* Valde molefte fero quod hi Arriani partem teneant
Galliarum .
D'iij
78 MERCURE DE FRANCE.
des Gaules ; c'eſt ſon ſeul déplaifir qu'il propofe
aux Gaulois-Romains pour motif de
la guerre qu'il veut leur faire entreprendre.
Prenons garde que cet intérêt de la Religion
Catholique , qui eft ici le motif de
f'entrepriſe de Clovis , étoit fort different
de ceux d'Anaftafe , qui n'étoit pas Orthodoxe
.
la
Théodoric qui étoit parent d'Alaric , &
que l'intérêt national lioit encore avec
lui, fit ce qu'il pût pour empêcher la ruptu
re entre Alaric & Clovis . Il écrivit à celuici
des lettres preffantes & adroites , remplies
de fagefle & de dignité ; il y fait envifager
à ce Prince tous les inconveniens de
guerre où il eft prêt de s'engager , il ne
lui diffimule pas que lui-même prendra parti
contre l'aggreffeur , mais parmi les differens
motifs de crainte & d'inquiétude
qu'il groffit habilement à fes yeux ,
ne fait entrer pour rien la confidération
de l'Empereur Anaftale. Et peut- on croire
qu'il y eut manqué , fi le Prince à qui il
il
s'adreffoit eut été en aucune maniere dépendant
de cet Empereur ? On dira peutêtre
, & le Pere Daniel le laiffe entendre ,
que Clovis avoit pris fes mefures d'avance
du côté d'Anaftafe , & fait un traité avec
lui , mais il ne reste aucun veftige , aucune
indication de ce fait ; or dans le cas du
DECEMBRE. 1747. 72
filence des Hiftoriens , s'il cft permis de
fe livrer aux conjectures , il ne faut prêter
aux hommes que la conduite qu'ils ont dû
tenir felon leurs intérêts , & quoique philofophiquement
parlant , ce ne foit pas une
bonne maniere de juger de la conduite des
hommes , fans cela dans les cas de l'efpece
dont il s'agit , on fe livreroit arbitrairement
aux opinions les moins vraiſemblables.
Or il est très- für que l'Empereur. ne
devoit ni fouhaiter ni fouffrir , s'il eût pû
l'empêcher , que le Roi des Francs & celui
des Wifigots fe détruififfent réciproquement
; la ruine de l'un des deux ne pouvant
tourner à fon profit. , lui devenoit nuisible
en accroiffant la puiffance d'un Prince que
l'Empire devoit regarder comme un ennemi
naturel. Théodoric de fon côté n'oublia
rien pour former contre Clovis la plus
puiffante ligue. Il écrivit aux Rois des Herules,
des Varnes, des Turingiens une lettre
extrêmement forte , dans laquelle il
peint Clovis comme un ambitieux , qui
veut renverfer tous les trônes dont il eft
environné ; or fi l'Empereur eût été le Souverain
commun de ces Princes , Théodoric
auroit-il pû , fans manquer à la bienféance,
fe difpenfer de l'inftruire d'une affaire
qui mettoit tout l'Occident en mouvement
, & dans laquelle fon authorité au-
Diiij
30 MERCURE DE FRANCE.
roit dû influer beaucoup , s'il en avoit eu?
Après avoir prouvé par ces raifonnemens
l'indépendance de Clovis , M. L. D. D. N.
paffe à la réfutation des moyens employés
par M. L. D. B. pour foutenir l'opinion
contraire.
Une des preuves qu'il apporte pour fonder
la dépendance de tous les Rois barba
res qui avoient faits des établiſſemens fur
les terres de l'Empire , eft que lorſqu'Euric
eut ufurpé le trône des Wifigoths par le
meurtre de Théodoric II , fon frere , ce
Prince envoya auffi - tôt des Ambåffadeurs
à l'Empereur Léon .
Voici les paroles dont fe fert Idace, qui
a rapporté ccee ffaaiitt.. EEuurriicc envoya des Ambaffadeurs
à Remifund , Roi des Sueves , qui
les ayant renvoyés fans délai , le même Roi
envoya auffi des Ambassadeurs aux Romains ,
aux Vandales & aux Goths. Si l'on tiroit
quelque induction de ce récit d'Idace , il
faudroit dire qu'Euric étoit dépendant du
Roi des Sueves , puifqu'il envoye un Ambaffadeur
chés lui avant que d'en envoyer
chés l'Empereur , mais ce n'étoit point un
acte d'hommage envers ces Princes , c'étoit
fimplement une part qu'il leur donnoit de
fon avénement à la Couronne . Ce raifonnement
de M. L. D.B. a d'autant plus de
droit d'étonner, qu'il eft obligé en plufieurs
DECEMBRE 1747. 81
endroits de convenir que le Roi des Wifigoths
, qu'il cite ici comme un exemple de
la dépendance des Rois barbares , étoit
pleinement indépendant, ce qu'on voit en
effet très clairement dans la Chronique d'I
fidore , dans l'Hiftoire de Jornandes & dans
plufieurs lettres de Sidonius Apollinaris.'
Mais le grand argument , le plus fouvent
repeté par M. L. D. B. c'eft celui des charges
Romaines , dont il fe plaît fouvent à
revêtir gratuitement nos premiers Rois ,
& c'eft fur-tout à l'occafion du Confulat de
Clovis , qu'il s'en fert avec le plus de force.
Ce fut felon lui l'événement qui contribua
le plus à l'établiffement de la Monarchie
Françoife , & fi on l'en croit , beaucoup
de Cités qui n'avoient donné des
quartiers aux Francs , qu'à condition
qu'ils ne fe mêleroient en rien du gouvernement,
devintent foumifes à l'autorité de
Clovis , dès qu'il eut pris poffeffion de la
dignité Confulaire.
On veut bien accorder que Clovis a porté
les ornemens . Confulaires , puifque
Gregoire de Tours l'a dit , quoique Fredeguaire
n'en dife rien , que le Cardinal
Baronius le nie formellement ; & qu'on
ne trouve le nom de Clovis dans aucun
'des faftes Confulaires , mais au moins cè
filence des faftes prouvera que Clovis n'eat
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
point un véritable Confulat , qu'il ne devint
point un Officier de la République
mais qu'il fe conforma à l'ufage où étoient
avant lui tous les Rois barbares , d'accepter
les ornemens Confulaires & Imperiaux
qui pouvoient leur être de quelque utilité
dans le fait , mais dont ils n'avoient dans
Ie droit aucun befoin,
Les Royaumes établis par les barbares
fur les débris de l'Empire contenoient
beaucoup de Citoyens Romains , accoûtumés
à refpecter les Magiftratures Romaines
& les marques exterieures de ces Magiftratures
; ce devoit être un fpectacle agréable
pour eux de voir leurs nouveaux Maîtres
exercer une puiffance nouvelle avec la forme
ancienne , & en fe pliant ainfi aux coûttumes
de ces peuples , ils prenoient le
meilleur chemin de changer en foumiffion
volontaire une obéiffance forcée . C'eſt
ainfi qu'Alexandre prit l'habit des Perfes
après les avoir vaincus. Charles V s'habilloit
en Flandre comme les Flamands , il
parloit leur langue , & fi Philippe II fon
fils , dit Grotius , eut tenu la même couduite
, il n'auroit pas perdu les Pays - Bas.
Les peuples concluent volontiers de cette
conformité exterieure dans des bagatelles ,
que les Princes qui veulent bien s'y affajettir
, refpecteront en proportion leurs loix
DECEMBRE. 1747. 83
& leurs privileges ; telle fut l'opinion que
Clovis voulut donner de lui aux Romains
de fes Etats, lorfqu'il prit l'habillement Romain.;
opinion de laquelle devoit réſulter
un plus grand , un plus fidéle attachement,
& par conféquent un avantage dans le
fait. Mais fi l'on veut que Clovis devenu
Conful , eut acquis par- là un droit de jurifdiction
qu'il n'avoit pas auparavant , ce
feroit là un avantage dans le droit , & ce
fyftême n'eft pas difficile à refuter .
Clovis ne fut revêtu de ce Confulat
qu'en 5 10, un an feulement avant fa mort,
29 ans depuis fon avenement à la couronne,
& vingt ans depuis l'expédition contre
Syagrius , c'eft à dire contre les Romains
prefque toutes fes années font marquées
ou par des victoires fignalées , ou par des
négociations importantes , qui étendoient
également fa domination . Nous fçavons
qu'il n'a pû fe paffer un feul moment , ni
des fubfides , ni des armes de fes nouveaux
fujers , puifqu'il étoit entré dans les Gaules
avec un corps des ou 6000 Saliens au plus.
Recueillir des fubfides , lever des troupes ,
les mener à la guerre , ne font- ce pas les
actes qui conftituënt la fouveraineté Clovis
n'étoit pas Conful quand il a fait toutes ces
chofes; quel nouveau droit pouvoit lui don
ner fon Confulat? Que Clovis ait laille fut
D vi
$4 MERCURE DE FRANCE.
vre aux Romains les loix Romaines , c'eſt la
fuite d'une politique fage qui ne vouloit
pas bouleverfer la conftitution de fes nouveaux
Etats , c'eſt le plan qu'ont fuivi tous
les Conquerans raifonnables .
La lettre de S. Remi à Clovis ne fournit
pas à M. L. D. B. un argument plus folide
pour établir que ce Prince fut maître de
la milice Romaine ; l'adminiſtration des
affaires , la conduite de la guerre dont S.
Remi parle à Clovis ; ne fignifient naturellement
que la premiere Campagne de
Clovis contre Syagrius. Il faudroit détourner
étrangement le fens des paroles pour y
trouver la charge militaire, que M.L. D.B.
crée pour Clovis , & il n'eft pas permis
lorfqu'une phrafe très- claire indique un
fait très-connu , d'en détourner le fens
pour en faire l'unique preuve d'un fait
Tyftematique , abfolument ignoré . D'ail
leurs dans tout le cours de la lettre de S.
Remi , il ne lui dit que des chofes qui lui
conviennent comme Roi , & non comme
Officier de la Milice Romaine ; ce font
des avis fur la maniere de gouverner un
Etat , de choifir des Confeillers fidéles &
experimentés , &c.
Une lettre du Saint Evêque de Vienne
Avitus contient encore un témoignage authentique
de l'indépendance de Clovis.
DECEMBRE , 1747.183
Que l'Orient , dit le Saint Evêque , que l'a
Grece s'applaudiffe d'être gouvernée par un
Monarque qui connoît notre fainte Loi , mais
qu'elle ne croye pas être la feule à qui la Providence
ait accordé cette faveur infigne ; qu'elle
fçache que le reste de l'Univers n'est plus
dans les ténébres ; qu'elle apprenne que l'Occi
dent voit briller aujourd'hui dans un Roi ,
qu'il refpectoit déja à d'autres titres , la fplen
deur lumineuse de la Religion Chrétienne.
Ces paroles pourroient- elles s'adreffer
à un Prince regardé comme un Tétrarque
dépendant du Prince auquel on le compare
?
Voici quelque chofe de plus fort.
Un certain Laurentius , Romain , ' étant
prifonnier de Gondebaud , Roi de Bourgogne,
avoit obtenu fa liberté en envoyant
fon fils pour ôtage. Anaftafe défiroit qu'on
rendît ce fils à fon pere , & pour l'obtenir,
il pria Clovis d'interpofer fon crédit auprès
de Gondebaud. Cette conduite de
Î'Empereur Grec ne montre t'elle pas qu'il
ne regardoit pas Clovis comme fon vallal
puifqu'alors c'étoit la même chofe que s'il
eût demandé la grace lui-même ? La maniere
dont Avitus exprime cette demande
faite à Clovis par Gondebaud eft digne de
remarque , Principali oraculo juberetis , ditil
, & il ajoute , en parlant du Roi des
86 MERCURE DE FRANCE.
Bourguignons , Mon Seigneur , qui eft à la
vérité Roi de fa Nation , mais qui eft en même
tems votre vaffal , car il n'y a rien en quoi il
ne vous doivefervice.
Voila une prééminence & une fuzerai
neté bien établie & qui ne peut pas s'ac
corder avec l'opinion de ceux qui font
Clovis dépendant des Romains.
M. L. D. D. N. promet un ſecond Mémoire
, auquel il travaille , dans lequel il
prouvera que les enfans de Clovis ont
confervé & foutenu la fouveraineté indépendante
à tous égards qu'ils tenoient de
lui , & que la ceffion de Juftinien , de laquelle
on veut dériver le fus regnandi de
nos Rois , n'eſt rien moins que ce qu'on a
prétendu qu'elle foit , n'ayant conferé ni
apporté à nos Rois aucun droit de fouveraineté
& d'indépendance dont ils ne fuf- .
fent déja en poffeffion .
PRIX LITTERAIRE
Fondé dans l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres.
'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres défirant que les Auteurs qui compofent
pour le prix , ayent tout le tems d'approfondir
les matières & de travailer les fujets qu'elle
DECEMBRE. 1747. $7
Jeur donne à traiter , a réfolu de les publier beaucoup
plûtôt , & elle annonce dès- à- préfent que le
fujet qu'elle a arrêté pour le concours au prix
qu'elle diftribuera à Pâques 1749 , confifte à examiner
& à déterminer quel a été l'état des Sciences
en France pendant le regne de Louis XI.
Le prix fera toûjours une Médaille d'or de la
valeur de quatre cent livres.
Toutes perfonnes de quelque pays & condition
qu'elles foient , excepté celles qui compoſent ladite
Académie , feront admifes à concourir pour
ce prix , & leurs ouvrages pourront être écrits en
François ou Latin , à leur choix. Il faudra feulement
les borner à une heure de lecture au plus.
Les Auteurs mettront fimplement une Devife a
leurs ouvrages , mais pour fe faire connoître , ils
y joindront dans un papier cacheté & écrit de leur
propre main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du prix.
Les Piéces , affranchies de tous ports , feront
remiſes entre les mains du Sécrétaire de l'Acadé
mie avant le premier Décembre 1748.
SS MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗說說說說說說說
STANCES
Sur le rétablissement de la fanté du R. Pere
!
*
Geoffroy , Profeffeur de Rhétorique au Collége
de Louis le Grand, par M de Chazet,
fon Difciple.
LE plaiar enchanteur & la douleur cruelle
Furent de tout tems ici bas
La nourriture naturelle
Des coeurs tendres & délicats .
Mais ces deux fentimens , Alcandre , en toutes
chofes
Sont ou plus foibles ou plus forts ,
Et notre anie, felon les cauſes ,
Marque fon trouble ou fes tranſports.
Quel trouble plus cruel , & quel tranſport plus
tendre
Que ceux qu'alternativement
M'ont fait éprouver , cher Alcandre ,
Tes maux & ton ſoulagement !
Sur les flots orageux de la liquide plaine
Les Autans & les Aquilons
DECEMBRE,
ل و
1747.
Par leur impétueuſe haleine
Agitent moins les Alcyons ,
Et le charmant retour de la brillante Flore
Réjouit moins tous les matins
Sur les collines qu'elle dore ,
Les Fauvettes & les Serins.
Je voudrois bien pouvoir, Alcandre, en ta préſence
Imiter leur aimable chant •
Mais le refpect & le filence
Expriment mieux un fentiment.
PARAPHRASE
Da Pleaume , In exitu Ifraël de Egypto, &c.
Guidés par le fecours de la main immortelle ,
De Jacob les heureux enfans ,
Des liens d'un peuple infidéle
Sortent à la fin triomphans.
Ils volent fans tarder aux plaines défirables
Que le culte de l'Eternel
Doit rendre à jamais adorables
A tout defcendant d'Ifraël.
90 MERCURE DE FRANCE.
De peur de retarder leur glorieuſe courſe ,
Pleine de reſpect à l'inftant ,
La mer s'enfuit , & vers fafource
Le Jourdain remonte tremblant.
L'Idumée en triomphe & fes monts treffailliffent ;
On voit les côteaux fortunés ,
Pareils aux agneaux qui bondiffent
Devant celles dont ils font nés.
Qui te fait fuir ainfi , Jourdain , de tes campagnes,
Toi , mer , abandonner tes bords
Et vous côteaux , & vous montagnes ,
D'où yous viennent ces doux tranſports ?
Le Seigneur a parú ; fon regard redoutable
Porte l'effroi jufqu'aux Enfers ,
Et fa préfence favorable
Donne la joye à l'Univers.
C'eft le Dieu de Jacob,dont le fouffle terrible
Seche les mers & les étangs ;
Qui parle , & d'un roc infenfible
Soudain fait fortir des torrens .
Opére , Dieu puiffant , opére ces prodiges 3 .
Moins pour fignaler ta bonté ,
DECEMBRE. 1747. 91
Que pour diffiper les preftiges
De l'aveugle incrédulité.
Pour déployer ta gloire & montrer nos foibleffes ,
Et faire lire à l'oeil humain
La vérité de tes promeffes
Dans les miracles de ta main .
Ainfi quand déſormais plongés dans leur délire ,
Les méchans de fiel abreuvés ,
Oferont encore nous dire ,
Quel eft le Dieu que vous fervez ?
Nous dirons, c'eft le Dieu du Ciel & de la terre,
Qui fur les hommes qu'il a faits ,
Lance d'une main le tonnerre
De l'autre verſe les bienfaits.
Jadis avec tranfport le monde à fa parole
Sortit de la nuit du néane ;
Tout ce qui marche , rampe & vole ,
Fut l'ouvrage d'un ſeul inftant.
Qu'ils périffent ces Dieux qu'encenſe l'idolâtre
Dieux fans force , Dieux impofteurs ,
D'or , d'airain , de marbre ou de plâtre ,
Créés par leurs adorateurs!
2 MERCURE DE FRANCE.
On diroit à les voir , qu'ils vont tout mettre en
poudre ,
Que leurs feux vont tout embraſer ,
Mais leur main ne fent point la foudre
Qu'ils nous paroiffent maîtriſer. I
La voix eft étrangere à leur bouche groffiere ,
Le bruit à leur entendement ;
Leur oeil ignore la lumiere ,
Leurs pieds enfin le mouvement.
Fuiffent , puiffent , Grand Dieu , les artifans coup
pables
De ces fimulacres honteux
Leur devenir en tout femblables
Avec quiconque croit en eux !
Ifraël , Aaron & ceux dont l'efpérance ,
Se repofe fur ta bonté ,
Jamais , jamais fons ta puiffance
Ne craindront de fatalité. ,
Fa main, en fe jouant, fait pour eux des miracles,
"
Et tout le pouvoir des enfers 4
Mettroit d'inutiles obftacles
Au doigt du Dieu de l'univers.
DECEMBRE. 1747. 93
Les aftres, Dieu Puiffant ; te fervent de couronne,
Les Cieux forment ton vêtement ,
La terré eft le pied de ton trône ,
Dont le fiége eft le firmament.
Du haut de ce féjour ton regard favorable
Chaque jour s'éleve fur moi ;
Comment pourrois- je , miférable ,
Ne point lever le mien vers toi ?
Ne pas bénir fans fin la puiffance immortelle ,
Qui vient de porter Abraham
Du fein de l'Égypte infidelle
Dans les plaines de Canaan ?
Non , non , pour celébrer un fecours fi propice ,
Ma voix , Seigneur , n'attendra pas,
Que le décret de ta juſtice
Ouvre la tombe ſous mes pas.
>
Dès cet heureux inftant imitateur des Anges ,
Et partageant leur doux plaifir
Je veux entonner tes louanges
jufques à mon dernier ſoupir ,
94 MERCURE DE FRANCE.
Jufqu'au jour , où brûlant d'achever ſa carriere
Mon ame doit brifer enfin
.
Les noeuds de la vile matiere ,
Pour fe replonger dans ton fein:
200 205 206 205 204 205 205: OF 205 205 205 205 205
REPONSE à la queſtion inferée dans le
Mercure de Septembre 1747 page 37 ,
propofée par M. de la Cofte Avocat à
Dijon.
Quelle espèce d'air l'eau contient dans
Ses parties.
L'
'Air comme l'eau , le feu comme la
terre ont même origine , & malgré
leur apparente contrariété, ils font intimement
unis.
L'air contient du feu , de la terre & de
l'eau ;
L'eau contient de l'air , de la terre & du
feu ;
Le feu, de l'eau, de l'air & de la terre ;
Enfin la terre , de l'eau, du feu & de l'air,
Tel eft le compofé de chaque élément.
Par l'analyſe on peut en avoir la preuve ,
& les réduire en trois principes actifs , &
l'élaboration en unité , & le caputmortuum
ou la terre qui refte , deftituée
de toute vertu , étant expofée à l'air , attire
par
DECEMBRE. 1747. 95
àfoi , comme un aimant , les mêmes principes
dont on l'a privée & qui la rendent
fertile. Tout le monde fçait que les foeces
du falpêtre miſes au rebut , réprennent ce
que l'ébullition & les lotions leur ont enlevé.
La Philofophie a des preuves plus
élégantes de ces regenerations.
Or il n'y a pas de differentes eaux ni
de differens airs proprement dits ; le mêlange
feul des corps étrangers en altére
plus ou moins la pureté refpective.
Le globe terreftre tranfpire, & fa transpiration
eft un compofé de parties volatiles
, homogênes & hétérogênes , humides
& féches.
Les vents font produits par cette transpiration
qui forme l'atmoſphere ; les vapeurs
infiniment divifées par la chaleur ,
fe réuniffant au froid de la moyenne région,
conſtituent les nuages , lefquels compriment
l'air & le refoulent , fi l'on peut
ainfi s'exprimer ; ceux de l'Ouest qui dans
nos contrées amenent des pluyes orageufes
élevées de l'Océan, font impregnées de
fel ; ceux du Nord le font de nitre , &
ceux du Sud de particules ignées ; l'air eft
donc un receptacle commun. Ainfi les
eaux qui tombent en pluyes , comme celles
des mers , des fleuves , des fources .
& c..font toutes de même nature ; elles
96 MERCURE DE FRANCE.
contiennent uniformément du feu , de la
terre & de l'air.
L'eau de puits eft remplie de beaucoup
de fel , & ce fel contient du fouffre , du
mercure & de la terre . Tous les êtres ont
une femblable compofition .
>
•
LOGOGRYPHE…
SÉpt membres , je fuis un ferpent ,
Qui donne aux mortels l'épouvante ,
Dans un fens different
Vous trouvez un herbe odorante.
2 , 4 avec 5 , & tout le refte ôté ,
Acte commun daus la focieté ;
5 avec 2 , fans aucun art magique
Forme une note de mufique ,
1 , 2 & 3 , j'offre dans le moment
Chofe propre à tout vêtement ,
3,2 & 7 , jefuis un élement liquide ,
Mais avec 1 , 2 , 7 , l'on me paffe fans guide ,
1 , 2 & 5 j'aſſemble un grand concours
Souvent la nuit , fort peu le jour ,
5 , 6 & 2 , j'ai place en la Genéſe ,
Devine , Lecteur , à ton aiſe.
AUTRE
DECEMBRE . 1747 .
97
AUTRE.
DE ma main la brillante Flore
Reçoit mille & mille ornemens ;
De mes bienfaits on voit éclore
Sa parure & fes agrémens.
Ces quatre vers pour me connoître
Seroient ma foi , bien fuffifans ,
Pourtant à detailler mon être
Sacrifions quelques momens.
On trouve en moi ce qui peut -être¿
Mon cher Damon , vous fervit ce matin
Ce
que fous vos pas on voit naître ,
Aimable & tendre de……………`
Un élement , un vêtement champêtre ,
J'y vois encore ce qui fait
Que je mets fin à mon caquet.
LOGOGRYPHUS,
ECorio noftrum placeat fi fingere corpus ,
Ni vincire velis , nullum tibi præbeat ufum.
Si ferro conftem , clavos adhibere neceffe eft.
Lignea , non egeo vinclis . Nunc disjice membra ;
Tolle pedes , ego fum per quem videt omnia tellus
.
Nunc caput extremumque pedem cum pectore
jungas ,
*II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Non quifquam fine me cænarum exerceat artem.
Corque pedumque prior collo fint prævia ; fidus
Ethereum , terrifque animal exardet in iras.
Unum deme caput ; tangit mea cura, Minervam .
Primum abfcinde pedem ; fubitò tibi fola videbor ,
Cui fuit ante Comes. Collumque caputque fuperfint
,
Rodere me poteris. Capiti fi cauda præibit ,
Jam vilis pretii , pluris non affe valebo .
le C. D. S.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
A
RT DE LA GUERRE par régles
& par principes , ouvrage de M. le
Maréchal de Puyfegur , mis au jour par
M. le Marquis de Puyfegur fon fils , Brigadier
des armées du Roi , in-fol, orné de
vignettes , fleurons & culs - de -lampes , &
de plus de quarante planches ; fera en
vente au mois de Janvier 1748 , chés
Jombert.
Nul Art n'eft plus étendu , plus difficile ,
plus dépendant d'une quantité de principes
, dont l'application ne peut fouvent
fe faire que par conjectures ; nul métier
DECEMBRE: 1747. 99
où les fautes foient d'une plus grande importance.
, où il foit plus mal-aifé de n'en
point faire , que le grand Art de la guerre ;
ces réfléxions que tout le monde a faites
donneroient lieu de croire que ceux que
leur état ou leur goût deftine à exercer
cette noble profeſſion , cherchent par une
étude conftante à acquerir les talens & les
lumieres néceffaires pour y réuffit , fi l'expérience
ne prouvoit pas tous les jours le
contraire .
Voici un ouvrage que le nom de fon
illuftre Auteur doit rendre infiniment recommandable
, & qui doit à fon tour
ajouter un nouvel éclat à la mémoire de
M. le Maréchal de Payfegur. La théorie
qu'il donne ici eft le fruit d'une expérience
de foixante années ; c'eft un Militaire
vertueux , zélé & inftruit , qui après avoir
blanchi fous le poids des armes , fe trouvant
enfin élevé au premier grade de la
milice Françoife , s'eft crû obligé de profiter
du poids que cette haute dignité apporteroit
à fes écrits, pour faire revenir les
gens de guerre de leurs préjugés , & leur
prouver la néceffité où l'on eft d'apprendre.
la théorie de leur Art. C'eft ainfi que le
Maréchal de Vauban , cet homme auffi re- .
commandable par fes vertus & par fon
zéle pour le bien public , qu'il l'étoit par
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
fes talens fupérieurs , a établi les élemens
de la guerre des fiéges , c'eft-à- dire , de l'attaque
& de la défenfe des places , fur des
principes évidens & certains , & que donnant
ainfi fon fecret à tous ceux qui voudroient
l'apprendre & qui pourroient s'en
fervir , il a trouvé . moyen de perpétuer &
d'étendre après la mort les fervices qu'il
avoit rendus à fa patrie.
Après avoir établi avec quelque grada.
tion les principes néceffaires pour les mou- .
vemens d'une armée , donné des régles
fûres pour en faciliter la marche , & expliqué
en quoi confifte la force des ordres
de bataille , M. le Maréchal fait l'application
de ces maximes à une guerre fuppofée
aux environs de Paris. Pour cet effet ,
ayant fait faire un mouvement à l'armée
dans un camp fuppofé entre Saint Denis
& Bondi , il la fait paffer au travers de la
ville de Paris , pour faire voir les mesures
& les précautions qu'il y auroit à prendre
en pareil cas , il en ordonne la marche
pour continuer fa route vers Lonjumeau
&c. Il explique en même tems les differens
partis que l'on pourroit prendre , fuivant
ceux que l'ennemi prendroit , & entre
dans tous les détails néceffaires à connoître
pour la fubfiftance générale des armées.
Une partie de cet ouvrage avoit été
DECEMBRE . 101
1747.
compofée pour M. le Duc de Bourgogne ,
pere du Roi , une autre pour l'ufage même
de Sa Majefté. Le fyftême d'une guerre
offenfive & défenfive fuppofée dans le
pays entre la Seine & la Loire , fervit de
baze aux leçons que l'illuftre Auteur donna
à M.le Marquis de Puyfegur fon fils , lequel
s'eft fait extrêmement diftinguer par fes
talens , fon application & fon courage.
La beauté du papier & de l'impreffion .
répondront à l'excellence de l'ouvrage ; les
vignettes & les fleurons ont été deffinés
par le célébre Cochin.
L'ARITHMETIQUE & la Géométrie
de l'Officier, contenant les élémens de
ces deux Sciences , appliqués aux differens
befoins de l'homme de guerre , avet un
traité de la caftramétation , ou de la mefure
& de la formation des camps. Par
M: le Blond Profeffeur de Mathématique
des Pages de la grande Ecurie du Roi.
3. vol. in- 8 °. accompagnés de cinquante
planches.
L'objet de l'Auteur de cet ouvrage eft
de faciliter aux militaires l'étude de la
Géométrie , & comme l'algèbre a quelque
chofe d'effrayant qui rebute quelquefois
les commençans , il démontre fans fon
fecours l'Arithmétique &. la Géométrie ;
pour rendre cette Géométrie plus complet-
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE
te , on donne auffi un traité fort étenda
de la Trigonométrie rectiligne , de même
que des Tables & de l'invention des logarithmes
avec un abregé du nivellement.
Quoique ces parties de la Géométrie
foient particulierement & indifpenfablement
néceffaires à ceux qui , deſtinés au
génie , doivent pofféder la fcience des fortifications
, il n'en eft pas moins vrai qu'il
feroit peu féant , qu'un militaire ignorât
une partie fi effentielle de fon métier.
Tout Officier devroit être Ingénieur . Sans
quoi il faudra dans un fiége , ou qu'il foit
réduit à voir par les yeux d'autrui , ce qui
eft un fort grand inconvénient , ou qu'il
s'expofe à faire de lourdes fautes , ce qui
eft encore pis.
Dans le traité de la caftramétation
l'Auteur explique en quoi confifte l'ordre
de bataille & la pratique du tracé du camp,
fuivant les proportions qu'on y obſerve
communément , & enfin la difpofition des
differentes gardes qu'on établit ordinairement
pour la fûreté d'un camp.
On a détaché ce traité de la caftramétation
des deux premiers volumes , pour la
commodité de ceux qui voudront l'avoir
1éparément .
M. le Blond eft déja connu par plufieurs
ouvrages de ce genre eftimés & utiles .
DECEMBRE . 1747. 103
*
On trouve chés le même Libraire un
petit ouvrage de M. de Puyfegur , pere du
Maréchal de Puyfegur , qui a pour titre :
Mémoires hiftoriques & militaires de M. Jacques
de Chaftenet , Chevalier Seigneur de
Puyfegur , Colonel du Régiment de Piémont
& Lieutenant Général des armées du Roi ,
avec des inftructions militaires 2. vol.
in- 12 .
Comme ce livre étoit devenu extrêmement
rare & fort cher , & que le nouvel
'ouvrage de M. le Maréchal de Puyfegur
fur l'Art de la guerre a reveillé l'empreffement
du public pour celui- ci , on a crû
faire plaifir aux curieux en leur procurant
encore une nouvelle édition de ces Mémoires.
EXPOSITION & démonftration publiques
de la Thériaque d'Andromaque
& de la Thériaque célefte. Par Jacques
Liége Apoticaire du Roi .
La Thériaque appellée d'Andromaque
du nom du Médecin de Neron , qui l'inventa,
en changeant quelque chofe au mithridate
, cette compofition célébre qui
devoit fon origine au Roi du Pont : la
Thériaque après avoir eu un grand éciat
chés les Romains , n'a pas eu le même
éclat dans la décadence de leur Empire.
Cependant depuis d'habiles Artiſtes l'ont
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
•
relevé chés differentes nations on fçait
le foin & l'appareil avec lefquels on la
compofe à Venife , où elle eft revêtue du
fceau de la République & de l'autorité des
• Magiftrats.
Les Apoticaires de Paris en ont fait plufieurs
préparations que les Magiftrats ont
honorées de leur préfence , auffi -bien que
la Faculté de Médecine .
Il eft encore une autre efpéce de Thériaque
dont M. Liége ajoute ici la difpenfation
, & c'est la premiere fois qu'on en
a fait des démonftrations publiques ; c'eft
la Thériaque céleste , connue auffi fous le
nom de Thériaque de Strasbourg. Elle ne
mérite pas moins d'éloges que celle d'Andromaque.
La Maiſon de Wirtemberg a
été long-tems en poffeffion de la recette
de. cette compofition , elle ne confioit le
foin de la préparer qu'à fes feuls Médécins
& Apoticaires. Elle eft enfin devenue publique.
Ce nouveau reméde eft moins
chargé d'ingrédiens que la Thériaque
d'Andromaque. L'opium , les viperes , le
caftoreum , le fafran , les gommes & les
baumės font les principaux ingrédiens de
toutes les deux . Les bois , les écorces , les
fruits & les racines aromatiques y entrent
auffi , quoique fous une forme differente.
On n'a tiré de quelques-unes de ces fim
DECEMBRÉ . 1747. 105
ples que les parties les plus réfineuſes & les
plus balfamiques. On a fupprimé de quelques
autres les parties ligneafes , groffieres
& terreftres , pour n'en extraire que les
parties les plus effentielles . Enfin l'on réunit
dans la Thériaque céleste fous un petit
volume la vertu de tous les ingrédiens de
l'ancienne. Cette nouvelle ne demande
pas moins de connoiffances , d'attention &
de précaution de la part de l'Artifte , nonfeulement
dans le choix des drogues , mais
encore dans les differentes opérations de
Chymie qui y font multipliées , foit pour
les differentes , extractions des réfines &
des huiles effentielles , aufquelles il faut
conferver , autant qu'il eft poffible , l'odeur
, le goût & toute la qualité du mixte
dont on les tire , foit pour la préparation
du bezoard mineral, du cinabre naturel &
des fels volatils , foit enfin par l'union . &
le mêlange de tant de differentes parties
dont il doit réfulter un tout parfait .
Cette démonftration fait honneur à
M. Liége qui eft très- verfé dans fon Art ,
& fe diftingue dans fa profeffion .
Nous avons annoncé le mois paffé un
livre ilé : Effai fur l'étude des Belles
Lettres , lequel fe vend chés Ganneau. On
a déja plufieurs fois effayé de donner au
public des méthodes pour former l'efprit ,
E v
1OG MERCURE DE FRANCE.
le goût , la raifon , mais la plupart de ces
effais ont eu jufqu'à préfent peu de fuccès.
On ne fupplée point ce que la nature n'a
pas donné. Ce n'eft pas que les talens , le
goût , l'efprit naturel , ne puiffent acquerir
des degrès de perfection par les foins
d'un habile maître , mais il eft rare que ce
maître puiffe être un livre dans lequel
donne une méthode vague & générale
qui faite pour tout le monde ne convient
par cela même à perfonne. L'Auteur de
cet ouvrage confeille bien les livres qu'il
croit qu'on doit lire , & même quelle vûe
d'utilité on doit avoir en les liſant , mais
peut- il donner le goût qui rendra fenfibles
aux beaux endroits des chefs- d'oeuvres de .
on
l'antiquité qu'il propofe de lire ? Ce n'eſt
point par des principes généraux que l'on
peut fe former le goût ; s'il eft vrai qu'en
quelque forte cela foit poffible , ce ne peut
être l'ouvrage que d'une attention réfféchie
fur les fentimens qu'on éprouve , &
de plufieurs combinaifons très - délicates
qu'on ne peut apprendre que de fa propre
expérience , & fur lefquelles on ne peut
donner que des régles auffi vagues qu'inutiles.
Ces réfléxions générales n'empêchent
pas cependant qu'on ne puiffe faire un
livre agréable fur cette matiere . On lira
DECEMBRE. 1747. г07
toujours avec plaifir l'ouvrage d'un homme
inftruit qui nous fera pafler fucceffivement
fous les yeux les differens chefs- d'oeuvres
de la Litterature , qui fçaura judicieufement
afligner à chacun & fon caractére &
fon prix . Ces difcuffions litteraires peuvent
avoir par elles-mêmes beaucoup d'utilité
& d'agrément ; elles exigent dans
celui qui les entreprend beaucoup de lecture
& de goût. Ainfi notre premiere réfléxion
ne doit porter aucune atteinte
au prix de l'ouvrage dont il eft queftion
, ni former aucun, préjugé contre.
L'Auteur n'a pas prétendu donner du goût
à ceux qui n'en ont point , mais en en fuppofant
dans ceux qui liront fon ouvrage ,
il a crû avec raifon fortifier ce goût en indiquant
les livres propres à le former , &
ces livres , comme les quatre volumes de
M. Rollin ' fur les Belles Lettres , peuvent
être d'excellens maîtres. Il en eft de même
de plufieurs autres livres fur les differentes
claffes de la Litterature.
Nous croyons cependant que tout le monde
n'adoptera pas quelques-unes de fes décifions.
Il auroit par exemple pû être mieux
inftruit lorfqu'il a dit que le Théatre Anglois
n'avoit pas réufli à Paris , & que cela
faifoit l'éloge de nos mours. A l'égard du
fait
une nombreuse édition qui a été
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
venduë rapidement , le même empreffement
continué pour les volumes qui ont
fuivi & pour ceux qu'on attend , détruifent
affés l'allégation injurieufe de l'Auteur
, & fi nous penfions tous comme il
paroît penfer au fujer de Sakefpear dont
il parle avec trop peu de ménagement
il y a tout lieu de douter que ce fut là
le fujet de notre éloge. :
>
Plufieurs perfonnes ne fe croiront pas
auffi obligées de déferer toujours à fes avis
fur certains livres qu'il confeille de lire ,
& l'on trouverafans doutefingulier , qu'après
avoir exhorté à étudier les régles du
Poëme épique dans l'ouvrage du Pere le
Boffu , il convienne lui-même quelques
lignes après que l'opinion de cet Auteur
eft une pure chimére . Ce font fes termes.
Nous rendons d'ailleurs juftice aux talens
de l'Auteur , dont nous avons lû l'ouvrage
avec plaifir ; & nous ne pouvons qu'ap
plaudir aux fentimens de Religion dont
il paroît pénétré , mais nous ne croyons
pas qu'il ait été en droit d'en prendre occafion
de détourner les François de l'étude
de la Langue Angloife. L'Auteur eft trop
inftruit pour ignorer, qu'outre les livres de
Philofophie & de Théologie polémique ,
l'Angleterre a produit d'excellens ouvrages
fur les Sciences & les Arts , & fur la
.
DECEMBRE. 1747. 10g
Litterature facrée & prophane , qui méri-
-tent feuls qu'on apprenne l'Anglois pour
· les lire , en attendant que nous en ayons
des traductions.
LE PANEGYRIQUE de Saint Louis
prononcé devant l'Académie le 25 Août
dernier , a été imprimé chés Coignard Imprimeur
de l'Académie .
M. l'Abbé Joffet Auteur de ce Panégyrique
a une réputation fi bien établie , que
nos éloges n'ajouteroient rien à fa gloire.
Ses fuccès fouvent répétés ont fait connoître
avantageuſement fon éloquence & fon
zéle. Nous ne pouvons entrer dans le détail
des beautés que renferme ce difcours
& nous nous contenterons d'en annoncer
la divifion . Le Chriftianifme de S. Louis ;
c'eft la matiere da premier point ; l'héroïfme
de S. Louis , c'eft le fujet du fecond.
>
M. Peffelier deja connu par plufieurs
ouvrages , va publier un Recueil de Fables
qu'on trouvera chés Prault pere & fils.
EXPOSITION abregée des
des preuves
hiftoriques de la Religion Chrétienne ,
pour lui fervir d'Apologie contre les Sophifmes
de l'irreligion , & c.par M. Beanzée.
A Paris ; chés de la Guette , Libraire , “ruë
-Saint Jacques , à la Croix d'or , 1747 ›
in- 12.
110 MERCURE DE FRANCE.
TRAITE' des Feux d'Artifice pout le
Spectacle , nouvelle édition , toute changée
& confidérablement augmentée , avec
beaucoup de figures & avec leur explication
, par M. F*** , D. D. F. D B. à Paris,
chés C. Ant. Jombert , Libraire , Quai des
Auguftins , 1747 , in- 8°. On trouve dans
cette nouvelle édition une Préface qui en
fait voir l'occafion , un Difcours préliminaire
qui roule fur l'origine & l'histoire
des feux de joie , & une Table contenant
l'explication des termes propres aux Feux
d'Artifice , rangés par ordre alphabétique.
SARCOLOGIE , ou Traité des Parties
Molles , premiere partie de la Myologie
, ou defcription de tous les muſcles
du corps humain , par François- Michel
Didier Maître ès Arts & Chirurgien ,
1748 , in- 12.
>
COURS de Mathématiques contenant
toutes les parties de cette fcience , mifes
à la portée des commençans , par M. Chrétien
Wolff, Profeffeur de Mathématiques
& de Philofophie dans l'Univerfité de
Hall, traduit en François & augmenté par
Dom.... de la Congrégation de S. Maur ,
à Paris , chés Jombert , 1747 , in- 8°.
PRINCIPES du Droit Naturel , par
M. J. Burlamaqui , Confeiller d'Etat &
DECEMBRE. · 1747. IFF
ci - devant Profeffeur en Droit Naturel &
Civil , à Geneve , chés Barillot & fils , Imprimeurs
Libraires , 1747 , in 4° .
TRAITE' de la vérité de la Religion
Chrétienne , feptiéme Section , par
M. Vernet , à Généve chés Henri- Albert
Goffe & Compagnie, 1747 , in-8° .
L'ARITHMETIQUE par les Fractions
, contenant des inftructions pour met
tre en pratique par des queſtions intéreſfantes
les régles générales de cette fcience,
foit pour négocier en France , foit pour
négocier dans les Pays Etrangers , tant en
Changes qu'en Marchandifes , & qui enfeigne
à réfoudre les Problêmes les plus
curieux,& les plus difficiles , fans le fecours
de l'Algébre , par M. Chaloffe , 1747 , in-
12. A Paris chés Claude Hériffant , fils ,
ruë neuve Notre Dame.
•
ESSAIS & obfervations de Médécine
de la Société d'Edimbourg , ouvrage tra→
duit de l'Anglois par M. Demours , Médecin
de Paris. Tome V I. & VII. à Paris
chés les Freres Guerin , rue Saint Jacques ,
1747 , in- 12 .
ON travaille à Londres à une nouvelle
- édition Grecque & Latine d'Ifocrate , avec
des remarques ; elle eft actuellement fous
la preffe.
LE LIVRE de Théophrafte de Lagi112
MERCURE DE FRANCE.
dibus , traduit en Anglois avec le Grec à
côté , dont le texte Grec a été revû avec
beaucoup de foin , fe débite à Londres ..
LE VI. TOM E. de la nouvelle édition
de l'Hiftoire . Univerfelle d'une Société de
Gens de Lettres , fe trouve dans la même
Ville.
EUVRES d'Etienne Pavillon , de l'A- :
cadémie Françoiſe , à Amfterdam , chés Zacharie
Chatellain , Libraire . Nouvelle édition
en deux tomes, petit in- 1 2. differente
de celles qui ont paru en 1715 & en 1720 .
On y a fait quelques changemens , en ôtant ·
L'Avertiffement & en y.fubftituant un autre
de 88 pages .
Jo . GOTTLFE B. Heineccii . Elementa
Juris Civilis. Ed. nov, emendata , & indici
bus neceffariis aucta à Amfterdam , chés
François l'Honoré & fils , Imprimeurs-Libraires
, 1747 , in - 8 ° .
3
MEMOIRES fur le rang & la préféance
des Souverains de l'Europe , & de
leurs Miniftres repréfentans , fuivant leurs
differens caractéres , par M. Rouffet , in-4°:
chés les mêmes Libraires.
SERMONS fur divers textes de l'Ecriture
Sainte par Jean Brutel de la Riviere,
Pafteur de l'Eglife Walonne d'Amfterdam ,
chés Zacharie Chatellain , Libraire de la .
même Ville , : 1746 , in- 8 ° .
DECEMBRE . 1747. 413
*
LE VIII Tome de l'Hiftoire Univerfelle
d'une Société de Gens de Lettres ,
traduit de l'Anglois , à Amfterdam , chés
J. Weftein , 1747 , in-4° :
On trouve chés le même Libraire le
troifiéme Tome de l'Hiftoire de la derniere
guerre de Bohéme , 1747 , in - 12 .
AUR . COR N. Celfi de Medicina libri
octo cum notis integris Joannis Cafarii , Roberti
Conftantini , Jofephi Scaligeri , Ifaci Cafauboni
, Joannis Baptifta Morgagni , ac locis
parallelis , cura & ftudio Th . 7. ab Almenoveen
, Med. Doct. & Profefforis . Accedunt
7. Rhodii vita A. C. Celfi , varia lec-
- tiones ex tribus antiquis editionibus , itemque
loci aliquot Hippocratis & Celfi ab Henrico
Stephano concinnati. Lugduni Batavorum ,
apud 7o. Arn. Langerak , 1746 , in 8°.
DELLA Medicina di Aur. Corn . Celfo
lib. otto portati nella Lingua Italiana fecundo
l'efemplare Latino dato al publico da. Teod.
ab Almenoveen....... fatica dell' Abbate
· Chiarida Pifa. Tom.I. In Venezia , appreffo
Dominico Occhi , 1747 , in- 12.
CORPUS illuftrium Poetarum Lufitanorum
, qui Latinefcripferunt , nunc primùm
in lucem editum ab Antonio Dos Reys , Congregationis
Oratorii Philippi Nerii Lifbonienfis
Prefbytero , Regio Hiftorico Latino Portugallia
, Regia Academia Cenfore , Joanni
114 MERCURE DE FRANCE.
V. Lufitanorum Regi confecratum , nonnullifque
Poetarum vitis auctum , ab Emmanuele
Monteiro ejufdem Congregationis Prefbytero,
Regiaque Academia Socio. Lifbonæ , Typis
Regalibus Sylvianis , Regiæque Academia.
Deux volumes in- 4° , 1745 .
JOANNIS Chriftophori de Jordan . S.
R. M. Hungaria & Bohemia Confiliarii Bohemici
Aulici de originibus Slavicis . Tomi II.
Vindobone , Typis Joannis-Jacobi Jahn ,
*745 , in-fol.
RATIO Ordinationis verborum , prifcis
Romanis feculo aureo ufitata , quoad fieri potuit,
expofita ab Auguftino Gabriele Gehlio
Gymnafii Stad . Rectore ad Genium Latinum,
c . Hamburgi , apud Chrift. Wilh. Brandt.
1746 , in-4°.
JOANNIS Jacobi Sorber J. V. D. Commentatio
de Comitiis veterum Germanorum antiquis
, ex Hiftoria , Mon nentis , Diplomatibus
, fcriptoribus fide dignis eruta , qua
conventuum qualitas & forma tum ante Caroli
M. avum , tum fub illius & priorum fuccefforumregimine
demonftratur. Jenæ , ex Of
ficina Ritteriana , 1745 ', in-4° .
CHRISTIANI . Guilhelmi Francifci
Walchii antiquitates Pallii Philofophici veterum
Chriftianorum. Jenæ , fumptu Joannis .
Friderici Ritteri , 1746 , in- 8°.
MISCELLANEA Groningana . Tomus
DECEMBRE . 1747. IIS
IV, Groninga , apud Hujonem Spadaw ,
1744 , 1745 , in- 8°.
CONATUS Chronologicus ad Catalogum
Epifcoporum , Archiepifcoporum , Cancellariorum
, Archi- Cancellariorum & Electorum
Colonia Claudia Augufta Agrippinenfium ,
auctore Michaele Moerkens Carthufia
Agrippinenfis Prefbytero , Coloniæ Ubiorum ,
Jumptibus Joannis Wilhelmi Krakamp , &
baredum Chriftiani Simonis , 1745, in- 4°.
>
HENRICI Benzelii Acad. Lund. Procancellarii
& Scania Blekingia Epifcopi Syntagma
Differtationum , in Academia Lundenfi
habitarum , quibus varia Theologia , Antiquitatum
, & Hiftoria capita illuftrantur ,
cum præfatione Jo . Erh . Kappii P.P. Francòfurti
, fumptibus Gabrielis Chrift. Rothii ,
1745. 2 vol. in-4 ° . Ce même Ouvrage
fe trouve auffi à Leipfik; Coppenhague & en
Dannemarck.
ACTA Martyrum qui in Perfide paffi
funt & Alta Martyrum Occidentium , à Ro
chés Niolus Brondi , Libraire dans la
Place du Paſquin , à l'Enfeigne de S. Jean
de Dieu.
me ,
DELLA Via Appia riconosciuta , è def
critta da Roma à Brindife lib. IV, di Fran
cefco Maria Pratilli all' ill. e* Eccel. Sig..
Conte D. Egidio Gaetano dell' Aquila d'Arogona
di Duchi di Laurenzano , &c. in
Napoli , 1745 ,in-fol.
116 MERCURE DE FRANCE .
DISSETAZIONE di Paoolo Maria
Gacian diTeatinofopra una ftatuetta diMercurio
del Gabineto di S.Ecc . Il Sig.Marchefe de
l'Ofpital Ambafciatore di fua Majeftá Chriftianiffima
, alla corte di Napoli , in Napoli
1747 , in -4°. Cette Differtation eft dédiée
à M. l'ancien Evêque de Mirepoix.
ORAZIONI Sagre di Frate Filice Maria
da Napoli Capucino intitolate à S. Ecc.
M. Ludovico Gualterio Arcivescovo de Mira,
&c . in Napoli , 1747 , in- 8 ° .
JOANNIS LAM 11 memorabilia Ita-
Lorum eruditione præftantium , quibus vertens
faculumgloriatur. Tom . 11. pars prima, Florentiæ
, 1747 , in - 8 ° .
PRIVILEGIA Protonotariorum Apoftalicorum
tam de numero participantium Nun
cupatorum Roma exiftentium , feu honorariorum
, ubique terrarum degentium , cum primeva
eorumdem inftitutione , ipfis non tantum ,
fed Epifcopis , eorumque Vicariis , omnibuſque
Juridictionem Ecclefiafticam exercentibus
, fcita apprime neceffaria , à 7o . Baptifta
Sacchetto Prefbytero Florentino , & J. V. D.
collecta , Florentiæ , 1747 , in- 8° . C'eſt
une feconde édition plus correcte & plus
belle
que la premiere .
RECENSIO notabilium Conductionum
in Jure Cæfareo , Philofophia , Medicina
aliifque Bonis Artibusque renovato Pifano
>
DECEMBRE 1747 .
117
Gymnafio cave reperiuntur , Florentiæ
1747 , VI tomus in- So.
VITA di Michel Angelo Buonarroții
Pittore , Scultore , Architetto e Gentiluomo
Fiorentino , publicata mentre vivera dal fuo
Scolare Afcanio Condivi , fecunda Edizione
cocretta ed acrefciuta di varie annotatzioni
col ritratto del medefimo , ed altre figure in
rame , in Firenza in Firenza , 1746 , vol in-fol . de
160 pages.
LETTRE d'un Hollandois à un de
fes amis , prifonnier de guerre en France ,
à la Haye , chez Neaulme fe trouve à Paris
chés Cailleau Libraire. , ruë S. Jacques
à S. André .
CALENDRIER genéral de la Flandre
& du Brabant , & des Conquêtes du
Roi , contenant l'Etat Militaire , Civil &
Eccléfiaftique de ces Provinces , la defcription
des villes & endroits remarquables
les Bureaux des Traites & Domaine , par
M. Pankoube , Libraire à Lille , chés l'Auteur
, & à Paris , chés Savoye ,
chés Savoye , Libraire ,
ruë S. Jacques , à l'Espérance .
ESSAIS fur les paffions & fur leur
caractére. Deux volumes in- 12 , 5 liv. brochés
à Paris , chés Cloufier , Libraire ,
rue S. Jacques.
APPOLLON MENTOR ou le Telemaque
moderne. Deux volumes in So,
118 MERCURE DE FRANCE.
ornés de figures , vignettes & culs de lampes
en taille douce , 4 : liv . broché , chés pesmême
.
le même.
LES TOMES VIII & IX des OEuvres
de Théatre de M. de Boiffi , in- 80 . liv .
brochés , chés le même.
OBSERVATIONS
S
curieuſes &
nouvelles fur les prédictions des Crifes
par le poulx , traduites de l'Anglois de
M. Nielh , par M. de la Virotte , Docteur
de la Faculté de Medecine de Montpellier
, in- 12 . deux liv . relié , chés le même.
DICTIONNAIRE des matieres bénéficiales
par M. de la Combe fur les manuf
criss de M. Fuet , in-fol. deux volames , à
Paris , chés Guerin , Monchet , Huart &
Moreau , fils , Ganeau , Jofeph Saugrain, du
Mefnil & de Nully , Libraires.
LES EPITRES ET EVANGILES
avec les Oraifons , Secrettes & Poftcommunions
qui fe difent à la Sainte Meffe
pendant toute l'année , par Meffire de Bonneval
, Prêtre , nouvelle édition , à l'ufage
de Rome & du nouveau Bréviaire de Paris,
deux volumes in- 12 , 5 liv : à Paris , chés
G. Desprez & P. G. Cavelier , fils , ruë S ..
Jacques , à S. Profper & aux trois Vers .
L'HISTOIRE générale d'Allemagne
a commencé le 18 Décembre à fe diftribuer
chés C. J. B. Deleſpine & J. T. HériſDECEMBRE
. 1747. 119
fant , Libraires , rue S. Jacques. Cette
Hiftoire qui ne devoit former que dix VOlumesin-
4°. en a onze bien complets.
LE MEILLEUR LIVRE ou les meilleures
Etrennes que l'on puiffe donner & recevoir
. Nouvelle édition augmentée de plufieurs
chofes utiles & néceffaires à tout le
monde , à Paris , chés Pierre Prault , Quai
de Gêvres , au Paradis & à la Croix blanche.
LA GUERRE , Cantate à voix feule
& fymphonie , par feu M. Campra , gravée
par Mlle Eftien. A Paris , chés Mad . Boivin ,
Marchande , ruë S. Honoré , à la Regle
d'or , & M. le Clerc , Marchand rue du
Roule , à la Croix d'or.
LE SOUPÇON AMOUREUX , Cantatille
mife en mufique par M. Martin ,
Ordinaire de l'Académie Royale de Mufique
, gravée par la même. Prix une livre
10 fols. A Paris , chés les mêmes.
LE SUISSE AMOUREUX , Canta-
' tille à voix feule & fymphonie , par M.
Martin , gravée par la même. Prix 6 livres
, chés les mêmes , Mlle Caftagnery ,
rue des Prouvaires , & chés l'Auteur , ruë
S. Honoré , près les Quinze-vingt ; à la
Croix blanche.
AMUSEMENS PASTORAL'S . Suiteen
Trio ,> pour les violons , flutes , hau
120 MERCURE DE FRANCE.
•
bois & autres inftrumens , par M. *** .
Euvre premier , dédiés à Mad. *** › gravés
par J. Renou , prix en blanc 2 Hvres
S fols les trois parties féparées , à Paris ,
chés Cuiffard , Libraire , rue neuve Notre-
Dame , au bon Paſteur , chés lequel on les
vend pour la Province ; M. Boivin , ruë
S. Honoré , à la Regle d'or ; M. le Clerc ,
ruë du Roule , à la Croix d'or , & M. Soret
, ruë de la vieille Bouclerie , chés un
Chandelier.
ESTAMPES NOUVELLES.
Michel Odieuvre qui a publié avec beaucoup
de fuccès les fuites des Rois de France
& les Portraits des Grands Honimes dont il eft
parlé dans les Mémoires de Philippe de Comines
&. de Sully , auffi-bien que ceux de l'Hiftoire de
Louis XIV , vient de publier la fuite des Empereurs
d'Allemagne , pour joindre avec l'Hiftoire
de l'Empire qui va paroître en onze volumes inquarte,
Cette derniere fuite ,qui n'eft pas. moins
bien exécutée , pi mofhs néceffaire que les autres
eft tirée , fur les monumens les plus certains qui
nous reftent de ces Princes .
Il demeure ruë d'Anjou , près la rue Dauphine ,
en entrant la feconde porte cochere à gauche .
Il vient de mettre en vente les Portraits de
LOUIS DAUPHIN , nẻ à Versailles le 4
Septembre 1729 , peint par la Tour , & gravé par
Bafan.
MAURICE DE SAXE , Duc de Curlande &
>
de
DECEMBRE. 1747. T2E
Le Senigaille , Maréchal de France , peint par H.
Rigaud , & gravé par Sornique .
CHARLES - ALEXANDRE DE LORRAI
E , né le 12 Décembre 1712 , gravé par Pinſſio .
CLAUDE DE LA TREMOÏLLE , Duc de
Thouars, mort à Thouars le 25 Octobre 1604 , âgé
de 38 ans , peint par A. P. & gravé par Bafan.
JACQUES BONGARS , né à Orléans , mort
à Paris le 29 Juillet 1612 , âgé de 58 ans , deffiné
par J. Robert , & gravé par R. Gaillard.
GUY CRESCENT FAGON , Premier Médecin
du Roi , né à Paris le 11 Mai 1638 , mort le
11 Mars 1718 , peint par H. Rigaud , & gravé par
Ficquet.
PLANCHES ANATOMIQUES.
La foufcription des Planches Anatomiques eft
finie , & le fieur Gautier ne reçoit plus de Soufcripteurs
; ceux qui n'ont . point foufcrit payeront
l'ouvrage un tiers de plus , c'eft-à - dire 90 livres les
cinq dernieres planches , auxquelles le fieur Gautier
travaille , qui completteront la Myologie ;
elles contiennent toutes les extrêmités fupérieures
& inférieures de grandeur naturelle ; les tableaux
qu'il en a faits d'après la Diffection de M. Duverney
, font extrêmement bien deffinés & d'un
grand détail. Comme l'étude de ces parties eft indifpenfable
aux Chirurgiens d'armée , à cauſe des
fractures & bleffures, qui pour l'ordinaire arrivent
dans les bras cu dans les jambes , qui font les endroits
les plus expofés & les moins mortels, & que
l'on traite communément dans les Hôpitaux , plufieurs
perfonnes ont confeillé au fieur Gautier de
féparer cette partie du refte du corps de l'ouvrage
de la façon qu'il l'annonce maintenant au public ,
fçavoir , que ceux qui ont foufcrit les auront com
me on leur a promis , mais que les Chirurgiens où
II. Vol F
122 MERCURE DE FRANCE.
Ftudians qui défirerout les avoir féparément,pour
ront foufcrire pour cette partie actuellement , en
donnant quinze livres avant la fin de l'ouvrage ,
mais s'ils attendent jufqu'au dernier Mai , tems
auquel elles feront diftribuées , ils les payeront
vingt & une livres . Le fieur Gautier demeure ruë
des Prêtres au coin de la ruë de l'Arbre ſec. ..
ཀྱིད 9: 0: ཡུ D
SPECTACLES.
ল
' Académie Royale de Muſique repré-
L fente toujours la Tragédie d'Atirles
Vendredis & les Dimanches. Le fuccès ne
s'eft pas encore démenti .
Le charmant Ballet de l'Europe Galante ,
qui obtient d'équitables applaudiffemens
les Mardis & les Jeudis , en a eu de nouveaux
le Mardi 19 Décembre , quand Mlle
Gondrée a chanté le rôle de la baffe- taille
dans l'Entrée Espagnole ; malgré la loüable
timidité que lui infpiroit le public ,
elle s'eft parfaitement acquitée de ce fingu
lier emploi , & les fuffrages nombreux fe
font déclarés par des battemens de mains
fréquens & redoublés.
Le Concert Spirituel , exécuté au Château
des Thuilleries a commencé le Dimanche
24 Décembre veille de Noël , par
Bonum eft , Motet à grand choeur de M.
Mondonville,une fuite de Noëls très bien
DECEMBRE. 1747.. 123.
exécutée , a précedé Confitebor , Motet à
grand choeur de M. de Lalande , & un
Concerto de M. Tartini joué avec fuccès
par M. Pagin , a précedé Venite Exultemus
de M. Mondonville. M. Jeliotte a chanté
& entendu les applaudiffemens qu'il a
coûtume d'entendre par-tout où il chante.
Le lendemain Lundi jour de Noël une
brillante fuite de Noëls a encore été exécutée
après Quare fremuerunt Gentes , Motet
à grand choeur de M. de -Lalande ; Cantate,
Domino , Motet à grand choeur du même
célebre Auteur a précedé le Concerto de
M. Pagin , & le Concert a fini par Dominus
Regnavit de M. Mondonville. Le tout a été
fort applaudi , ainfi que M. Jeliotte qui a
encore chanté.
Le début de M. Ribou à la Comédie
Françoife a continué avec le même fuccès.
Il a joué le rôle d'Orefte dans Electre ; celui
du Comte d'Effex , celui d'Edipe & celui
de Guftave ; les fuffrages ne fe font point
démentis . Mlle Lani jeune danſeuſe a
paru
avec diftinction dans differentes pièces.
On a remis fur le Théatre Italien trois
piéces d'un acte , Arlequin au Serail , le double
Deguisement & les Veuves Rivales . Nous
en avons parlé dans nos précédens Mercu
res ; repeter le nom de leur Auteur , c'eft
repeter leur éloge ; elles font de M. de
Sainte Foi. Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi 4 Decembre on exécuta en
Concert chés la Reine le 4 & 5 actes de
l'Opéra de Tancrede.
Le Mardis les Comédiens François
jouerent la furpriſe de l'Amour & le Medeein
malgré lui.
Le Mercredi 6 les Comédiens Italiens
joüerent Arlequin Voleur.
Le Jeudi 7 les Comédiens François répréfenterent
la Tragédie de Mérope &
Impromptu de Campagne.
Le Samedi 9 on exécuta chés la Reine
le Prologue & le premier acte du bållet
des Fêtes Grecques & Romaines.
. Le Lundi 11 on exécuta le 2 & 3 actes
du même Ballet . Mlles . Mathieu , Sel &
Godonnefche , y chanterent les rôles ,
ainfi que Meffieurs Benoît & Poirier.
Le Mardi 12 les Comédiens François
répréfenterent le Joueur & l'Eté des Coquettes.
Le. Mercredi 13 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin voleur & le Diable boireux
.
Le Jeudi 14 les Comédiens François répréfenterent
le Comte d'Effex & la Sérenade
; M. Ribou Acteur nouveau joua le
rôle du Comte d'Effex.
Le Samedi 16 on exécuta en Concert
chés la Reine le Prologue & l'acte de la JaDECEMBRE.
1747. 125
Loufie du Ballet des Caracteres de l'Amour ,
de M. Blamont Sur - Intendant de la Mufique
de la Chambre du Roi . Miles Mathieu
, Sel & Godonnefche chanterent les
rôles du Prologue , Mlle Chevalier &
Mrs. le Page & le Clerc chanterent ceux
de l'acte. Après le Concert Mlle Metz ,
niéce de feu Mlle Antier chanta devant
la Reine le Monologue de l'acte du Sylphe
où elle fut fort applaudie.
par
Le Lundi 18 on exécuta en Concert
chés la Reine l'acte de l'Amour volage du
Ballet des Caractéres del'Amour , & une
Cantate de M. Dupuis , qui fut chantée
Mlle Sel ; après le Concert , Mlle Guédon
de Prefle , fille ( de M. Guédon de la Mufique
de la Chambre & Chapelle du Roi )
qui le préfente à la Mufique , débuta paɛ
une fcéne & un monologue de l'Opera de
Thetis Pelée , où elle fut fort applaudie.
Le Mardi 19 les Comédiens François
jouerent l'Ecole des Meres & les Précieufes
ridicules.
Le Mercredi 20 les Comédiens Italiens
jouerent Arlequin enfant ,ſtatue & perroquet.
Nous avons déja rendu compte des applaudiffemens
foutenus que la Comédie
du Méchant a reçus à la repriſe . Ce lecond
fuccès eft d'autant plus flateur pour
M. Greffet , que ces reprifes font la pierre
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
de touche du mérite d'une piéce ; il eſt
arrivé quelquefois que tel ouvrage qui auroit
eu le plus brillant fuccès s'il eut été
joué fans interruption , a langui parce
qu'on avoit interrompu les repréſentations.
Le public refroidi fur fa premiére impreffion
, examine alors avec une attention
plus raffife , & caffe ſouvent l'arrêt favorable
prononcé dans la chaleur du premier
enthoufiafme. C'eft cette révifion qui met
fenle le fceau à la reputation des excellens
ouvrages , au nombre defquels on peut
affûrer fans témérité que fera toujours
comptée la Comédie dont nous allons entretenir
nos lecteurs .
> Cleon , c'eft le nom du Méchant , eft un
homme fans principes & fans moeurs , occupé
des fuccès de fon efprit qu'il trouve
dans les travers des autres ; incapable ,
faute de fentiment , de goûter des plaifirs
qui appartiennent à fon coeur , il cherche
à s'en former dans le mal qu'il fait. L'envie
de briller , qu'il faut bien diftinguer
du défir de plaire , le projet toujours
foutenu.de nuire nul fentiment , nul
honneur , beaucoup de prétentions , tel eft
le caractére de Cleon , que fuivant le
grand art du Poëte Comique , M. G.
peint autant par fes difcours que par fes
actions. Il eft amoureux , c'eſt- à- dire , at-
,
DECEMBRE. 127 1747 .
..
taché pour le moment à Florife , femme ,
qui eft un compofé de foibleffes , de caprices
& de folie , & qui n'ayant point de
caractére a toujours pris celui de fes amans
Cleon qui eft fon oracle donne auffi le
ton à Geronte , frere de Florife , honnête
Gentil-homme retiré à fa campagne , qui a
des moeurs fimples , un coeur fenfible , un
caractére facile , qui le rendent le complaifant
de fa foeur & la dupe de Cleon .
Le frere & la foeur qui avoient jufques
là vêcu dans la plus grande union , ne font
pas trop bien enfemble , graces an manége
de Cleon , qui a trouvé l'art de maintenir
fon crédit auprès de tous les deux , en
les divifant. L'objet de la difcorde eft le
mariage de Chloé , fille de Florife , que
Geronte, de qui doit venir tout le bien , a
promis à Valere. Florile pouffée par Cleon
veut détourner ce mariage que défire Geronte.
Dès que ce dernier lui en parle , les
vapeurs lui prennent , & il n'a pas la force
de la contredire dès qu'il croit la voir malade.
C'est ce qui réfulte du premier acte ,
où l'Auteur expofe auffi que Valere &
Chloé qui ont été élevés enfemble , s'aimoient
beaucoup dans leur enfance , mais
Chloé craint & a raifon de craindre que
fon jeune amant jetté dans le grand monde
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
n'en ait pris les travers & ceux de fon âge,
& ne l'ait oubliée .
Si l'on veut fçavoir quel eft l'objet de
Cleon dans toute cette tracafferie , luimême
nous l'apprend au fecond acte dans
un entretien qu'il a avec Frontin fon valet
; il efpere, s'il rompt le mariage, ou que
Geronte affurera fon bien à Florile fa foeur,
auquel cas il fe refoudroit à l'époufer , ou
qu'il aura affés de crèdit fur Geronte pour
l'engager à lui donner Chloé , mais tous
ces projets fur le fuccès defquels il compte
peu , le flatent beaucoup moins que le plaifir
de brouiller toute cette maiſon : pour
y parvenit il a fait écrire par fon valet
Fronein quatre pages d'horreurs à la mere
d'Arifte fur Geronte & fa famille , . & le
même a écrità Geronte une lettre qui n'eft
pas plus flateufe pour Valere. Ces lettres
doivent arriver anonimement de Paris.
Cleon dans cette fcéne peint lui -même fon
caractére, lorfqu'il répond à fon valet , qui
lui repréfente qu'il fe fait detefter par
.tout.
Cela m'eft fort égal ; on me craint , on m'eftime ,
C'est tout ce que je veux , & je tiens pour maximė
Que la plate amitié dont on fait tant de cas ,
Ne vaut pas les plaifirs des gens qu'on n'aime pas.
DECEMBRE . 1747. 129
Etre cité , mêlé dans toutes les querelles ,
Les plaintes , les rapports , les hiftoires nouvelles ,
Etre craint à la fois & défiré partout ,
Voilà ma deftinée & mon unique goût.
Cependant en apprenant que Frontin
eft amoureux de Lifette fuivante de Florife
, Cleon commence à avoir quelque inquiétude
fur la confiance qu'il a eue en
lui . Il prend le parti de l'envoyer à Paris
pour quelque commiffion , afin que , fi
l'on découvroit que les lettres font de fon
écriture , il puiffe dire que c'étoit un coquin
qu'il avoit renvoyé . On verra que
cet artifice eft extrémement adroit , &
que M. G. en fait ufage en maître de
l'art .
Si les bornes de cet extrait nous le
permettoient
, nous tranfcririons l'excellente
fcéne qui fuit entre Cleon & Florife.Celuici
pour pouffer les chofes au dernier point,
propofe à Florife de plaider fon frere
fur les partages qui n'ont pas été bien reglés
, fûre que celui- ci cédera pour avoir la
paix , ou même de confulter pour le faire
interdire. Quoique Florife , qui au fond
aime fon frere , n'approuve aucun de ces
expediens, ils font propofés avec tant d'art,
& le crédit de Cleon fur elle cft fi grand ,
qu'elle n'en voit point toute la noirceur ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
même en la fentant affés pour s'y réfuſer.
Elle lui permet de dire à fon frere , comme
en confidence, qu'il a découvert qu'elle eſt
réfoluë à le plaider , & lui , pouffant la
chofe plus loin , écrit à fon Procureur au
fujet de l'interdiction , & Frontin eſt chargé
dede porter le paquet , c'eft dans cette
fcéne qu'eft une defcription de Paris , telle
que Moliere l'eut faite lui - même , s'il
avoit vêcu de nos jours , c'eft Cleon qui
parle.
Paris , il m'ennuye à la mort ,
Et je ne vous fais pas un fort grand facrifice ,
En m'éloignant d'un monde à qui je rends juftice.
Tout ce qu'on eft forcé d'y voir & d'endurer
Paffe bien l'agrément qu'on y peut rencontrer.
Trouver à chaque pas des gens infupportables ,
Des flateurs , des valets , des plaifans déteſtables ,
Des jeunes gens d'un ton , d'une ſtupidité ....
Des femmes d'un caprice & d'une fauſſeté . . .
Des prétendus efprits fouffrir la fuffiſance ,
Et la groffe gayeté de l'épaiffe opulence ,
Tant de petits talens.où je n'ai pas de foi ,
Des réputations , on ne fçait pas pourquoi ,
Des protegés fi bas , des protecteurs fi bêtes ; ...
Des ouvrages vantés qui n'ont ni pieds ni têtes ;
Faire des foupers fins où l'on périt d'ennui ;
Veiller par air , enfin ſe tuer pour autrui ,
DECEMBRE. 1747 # 31
9:
Franchement des plaifirs , des biens de cette forte
Nefont pas , quand j'y penfe, une chaîne bien forte,
Et pour vous parler vrai ; je trouve plus fenfé
Un homme fans projets dans fa terre fixé ,
Qui n'eft ni complaifant ni valet de perfonne ,
Que tous ces gens brillans qu'on mange & qu'on
friponne ,
Qui pour vivre à Paris avec l'air d'être heureux ,
Aufond n'y font pas moins ennuyés qu'ennuyeux.
Nous ne quittetons pas cette fcéne fans
parler du deffein que Cleon communique
à Florife d'écrire fes mémoires , & d'y
celebrer un nombre de femmes & d'homnies.
Si bien que de fix mois ils n'ofent fe montrer ;
Ce n'eft pas fur leurs moeurs que je veux que l'on
caufe ,
Un vice , un deshonneur , font affés peu de chofe,
Tout cela dans le monde eft oublié bien - tôt ,
Un ridicule reſte , & c'eft ce qu'il leur faur ;"
Qu'en dites - vous ? Cela peut faire un bruit d
diable ,
Une brochure unique , un ouvrage admirable ,
Bien ſcandaleux , bien bon ; le ſtyle n'y fait rien ,
Pourvu qu'il foit méchant, il fera toujours bien.
La converfation eft interrompue par
Frontin , & bien-tôt après on voit arriver
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Valere , qui a voulu voir Cleon en ſecret
avant que de paroître dans la maifon de
Geronte. Ce Valere eft un jeune homme
bien né , mais qui a pris par imitation tous
les travers des jeunes gens de fon âge . On
ne doit pas s'étonner qu'avec ces difpofitions
il fe foit attaché à Cleon , & l'ait pris
pour fon modéle & pour fon confeil ; c'eft
par les avis qu'il croit que ce feroit un ridicule
à -lui de fe marier , & c'eft pour lui
demander confeil fur les moyens de rompre
fon mariage , fans déplaire à fa mere , qu'il
a voulu le voir incognito avant que d'arriver
, Cleon lui confeille de fe conduire
de façon que l'oncle le détefte , & pour lui
en faciliter les moyens , il fait le portrait
de Geronte ; nous ne pouvons réfiſter à la
tentation de le rapporter ici.
Or notre 'oncle eft un fot qui croit avoir reçû
Toute fa part d'efprit en bon fens prétendu ;
De tout ufage antique amateur idolâtre ,
De toute nouveauté frondeur opiniâtre ,
Homme d'un autre fiécle , & ne fuivant en tout
Pour ton , qu'un vieux honneur , pour loi , que le
vieux goût ;
Cerveau des plus bornés , qui tenant pour maxime
Qu'un Seigneur de Paroiffe eft un être fublime ,
Vous entretient fans cefle avec ftupidité
De fon banc , de fes foins & de fa dignité.
DECEMBRE. 1747. 133
On n'imagine pas combien il ſe reſpecte ,
Yvre de fon château dont il est l'Architecte ,
De tout ce qu'il a fair fottement entêté ,
Poffedé du démon de la proprieté ,
Il reglera pour vous fon penchant ou ſa haine
Sur l'air dont vous prendrez tout fon petit do
maine ;
D'abord en arrivant il faut vous préparer
A le fuivre partout , tout voir , tout admirer ,
fon potager , fon bois , fon avenue ,
Son
parc ,
Il ne vous fera pas grace d'une laituë.
Valere foutient très- bien ce qu'il a promis.
à Clean , dans l'entrevue qu'il a avec
Geronte au troifiéme acte ; avant que de
voir ce dernier , il rencontre Arifte , ami
commun de Geronte & de fa mere , dont
le caractere fenfé & vertueux annoncé dès
le premier acte fait un parfait contrafte avec
celui de Cleon. Arifte qui s'intéreffe au
bonheur de Valere & de Chloé , & qui
a des foupçons fur la trahifon de Cleon ,
effaye envain de faire revenir Valere de la
prévention favorable ou il eft pour ce faux
ami. Quand Geronte arrive , il eft fort
étonné d'entendre ce jeune homme , qu'it
aimoit naturellement , tenir les difcours du
plus grand fat fçait- on ict , dit-il , les
dernieres nouvelles?
134 MERCURE DE FRANCE.
Julie a pris Damon , non qu'elle l'aime fort ,
Mais il avoit Phryné qu'elle hait à la mort.
Lifidor à la fin a quitté Doralife ;
Elle eft bien , mais ma foi , d'une horrible bêtife
Deja depuis long-tems cela devoit finir ,
Et le pauvre garçon n'y pouvoit plus tenir.
Il pourfuit far ce ton , & l'oncle déja
bien revenu de l'amitié qu'il avoit pour
lui , par tant d'impertinences , acheve de
perdre toute retenue , lorfque celui- ci pour
l'achever lui dit du mal de fa maiſon .
Cleon pendant toute cette fcéne encourage
Valere , & envenime l'efprit de Geronte
par des mots ménagés avec art. Enfin quand
Valere eft retiré arrive la lettre anonime ,
où celui- ci eft peint des plus noires couleurs.
Geronte préparé à tout croire par ce
qu'il vient d'entendre , prend le parti de
le renvoyer abfolument.
Cependant Valere n'eft pas bien für luimême
du parti qu'il veut prendre ; il s'eft
fenti attendri par les premieres amitiés
qu'il a reçues de Geronte ; la beauté de
Chloé de laquelle il avoit parlé fi légerement
, en difant.
Elle avoit de beaux
vince.
yeux pour des yeux de Pro
Cette beauté a repris fes droits naturels
fur fon coeur , & il en eſt bien mieux dif
DECEMBRE. 1747 135 ·
1747..
pofé à écouter les confeils que lui donne
Arifte au quatriéme acte ; fi l'on vouloir
choifir les beaux endroits de cette fcéne
il faudroit la rapporter toute entiere , nous
nous bornerons à ce trait feul , parce qu'il
peut s'ifoler plus facilement. C'eft Arifte
qui parle
De fi honteux fuccès ont-ils de quoi vous plaire ?
Du rôle de plaifant connoiffez la mifere ;
à bons mots ,
De ces hommes charmans , qui n'étoient que des
fots ;
J'ai rencontré fouvent de ces gens
Malgré tous les efforts de leur petite envie ,
Une froide Epigramme , une bouffonnerie .
A ce qui vaut mieux qu'eux n'o tera jamais rien ;
Et malgré leurs efforts le bien eft toujours bien .
Valere corrigé par Arifte , n'en eft pas
plus heureux ; il n'eft pas fi aifé de faire revenir
Geronte , & d'autant moins qu'à l'aide
de la lettre anonime , Cleon lui a mis
dans l'efprit des foupçons fur la droiture
d'Arifte même au fujet de ce mariage . Heureuſement
il y a des moyens préparés pour
démafquer le traître , nous avons négligé
d'en rendre compte , parce que ces détails
cuffent rendu l'extrait auffi long que la
piéce & que nous voulions nous attacher à
fuivre la peinture des caractérés. Liſette a
fait refter Frontin & l'a caché dans le Châ
teau ; Arifte qui foupçonne que les deux
136 MERCURE DE FRANCE.
perqualettres
écrites à Geronte & à la mere de
Valere font l'ouvrage de Cleon & écrites
par fon valet , engage Lifette à avoir de
l'écriture de Frontin pour vérifier le fair
& Lifette pour détromper Florife , lui
fuade de fe cacher & d'écouter une converfation
qu'elle a avec Cleon à la fin du
triéme acte . Celui-ci qui veut engager Lifette
à le fervir auprès de Chloé , lui parle
avec confiance fur la mere & lui en fait un
portrait tel , que Florile ne peut l'écouter
long - tems. Cette converfation & la verification
des lettres écrites par Frontin lui
font connoître toute la perfidie de Cleon ,
mais elle veut l'éloigner fans éclat ; il fait
auprès d'elle les inftances les plus tendres
pour obtenir fa grace , il tombe à fes genoux,
& lorfqu'il voit que c'eſt fans fuccès,
il fe releve en éclatant de rire .
Ma foi , dit- il , fi vous voulez
Que je vous parle auffi très - vrai , vous me
comblez.
Cette fituation eft vraiment comique ,
& tout à fait neuve . Le plus difficile eft de
défabufer Geronte , auprès duquel Cleon
a pris adroitement fes précautions , lui faifant
entendre que Valere pourroit bien
s'être fervi de la main de Frontin pour
écrire les lettres anonimes. Auffi n'eft-il
DECEMBRE. 1747. $ 39
nullement embarraffé lorſqu'on verifie devant
Geronte & lui , que les lettres font
écrites de la main de Frontin ; il dit fechement
qu'il l'á renvoyé le matin . On a vû
que cet artifice eft préparé dès le fecond
acte , & Geronte croit ne rien apprendre
que ce que Cleon lui a déja dit , mais lé
paquet que Cleon avoit donné à Frontin
pour porter à Paris ne laiffe plus aucune
incertitude. Florife s'en faifit lorfque Lifette
veut le donner à Cleon ; Geronte y
voit le projet qu'il formoit de le faire interdire
, il chaffe Cleon avec ignominie, &
confent au mariage de Valere & de Chloé.
En prodiguant les plus grands éloges à
cet ouvrage , nous ne dirions rien que le
public n'ait déja dit , & nous n'apprendrions
rien à perfonne ; les caracteres de
Cleon & d'Arifte , de Geronte & de Florife
font de la plus grande vérité. Ala force
de ces caracteres M.G. a joint une peinture
fidelle des moeurs de ce fiécle , ce qui doit
être auffi l'objet de la Comédie , & en rend
les reffources inépuifables , les ufages &
par conféquent les ridicules variant à chaque
génération , & peut-être plus fouvent.
Les hommes font toujours les mêmes quant
au fond , mais l'extérieur varie dans tous
les âges. Un Auteur qui veut plaire ent
même-tems à fon fiécle & à la postérité ,
>
138 MERCURE DE FRANCE.
doit étudier & peindre le fond de la Nature
tel qu'il eft chés tous les hommes &
dans tous les fiécles , & l'extérieur diftinctif
du tems où il travaille , c'eft l'union de
ces deux chofes qui rend l'ouvrage immortel.
Ainfi nous admirons encore les
Précieufes ridicules de Moliere , les Femmes
fçavantes & tant d'autres de fes pièces,
& la vérité de l'imitation nous frappe ,
quoique nous n'ayons plus devant les yeux
les modéles fur lefquels le Poëte a travail
lé cette conftance dans les fuccès d'ouvrages
qui ont d'abord été appréciés par la
comparaison que l'on faifoit de l'imitation
avec les modéles , ne peut venir que de ce
que le Poëte a non-feulement peint l'extérieur
propre à ces modéles , mais qu'il a
faifi les endroits par où cet extérieur tenoit
, s'il eft permis de parler ainfi , au
fond de caractére qui eft le même dans
tous les tems. C'eft ce qu'a fait M. G. Les
peintures qu'il a faites des moeurs de ce
fiécle paroîtront vraies dans tous les âges ,
même lorfqu'on aura abfolument changé
de façon de vivre. Au refte ce n'eft pas la
peine de dire que cette pièce eft admirablement
écrite , on s'y attend affés fur le
nom de l'Auteur, & M.G.eft fi accoûtumé à
cet éloge qu'il ne doit pas en être flaté s
plufieurs vers de la piéce font déja paffés en
proverbes
DECEMBRE. 1747. 139
NOUVELLES ETRANGERES
SUEDE.
ON mande de Stockholm du 21 Novembre
que les Commiffaires chargés d'inftruire le
procès des quatre Sénateurs accufés , travaillent
avec beaucoup d'affiduité à l'examen des papiers
de ces Seigneurs. La Diette fe propoſe de faire
publier un détail circonftancié des affaires qui ont
fait l'objet de fes déliberations , & une expofition
des motifs des réfolutions qu'elle a prifes . Cette
affemblée a approuvé un plan pour l'établiſſement
d'une nouvelle Compagnie de Commerce qui négociera
dans les ports de la dominatiou Ottomane
, & qui commencera dans le mois d'Avril
de l'année prochaine à faire partir des navires
chargés de marchandifes du crû de ce Royaume
pour diverfes échelles du Levant. Des Corfaires
Anglois ayant enlevé depuis quelque tems plufieurs
bâtimens Suédois , fous prétexte qu'ils
avoient à bord des marchandifes de contrebande
Le Roi en a fait porter des plaintes à M. de Guydickens
Miniftre du Roi de la Grande Bretagne. Une
violente tempête qu'on a effuyée le is a fair
échouer un grand nombre de navires fur la côte ,
& le vaiffeau que la Compagnie des Indes a fait
conftruire cette année a été confidérablement endommagé.
M. Antoine- André de Stiernmans Sécretaire
des Archives , & M. Olivier d'Egmont,
qui a été pendant, vingt fix ans Conful de la Nation
Suédoile à Bordeaux , ont été nommés , le
premier Confeiller de la Chancellerie , & le fe
140 MERCURE DE FRANCE.
cond Confeiller du Confeil de Commerce . Sa
Majefté a difpofé de la charge de Juge Territorial
de la Jurifdiction de Tiuft dans le Gouvernement
de Colmar , en faveur du Baron de Cederhielm ,
& de celle d'Avocat Fifcal au Confeil Royal de
P'Amirauté en faveur de M. Etienne Adelcrants.
Elle a accordé des Brevets de Colonels aux Barons
de Kraflau & d'Anxarftierna.
On mande de Warfovie que les Heydamanis
ont recommencé à faire des courfes en Pologne ,
& qu'ils y commettentbeaucoup de défordre , particuliere
ment dans la Podolie.
Les lettres de Pétersbourg marquent que l'Imperatrice
de Ruffie a envoyé les marques de l'Or
dre de Sainte Catherine à la Princeffe épouse da
Prince Electoral de Saxe , & celles de l'Ordre de
Saint André au Prince Czartorinski Palatin de
Ruffie. On a fçu par les mêmes lettres qu'un coufier
arrivé de Conftantinople le premier Novembre
, y a été renvoyé avec des dépêches importantes.
Ces lettres ajoutent que le Comte de Barck
Envoyé Extraordinaire du Roi de Suéde auprès de
l'Imperatrice de Ruffie , fe prépare à partir de Péterfbourgpour
revenir en Suéde .
On mande de Pétersbourg , du 21 Novembre
que l'Imperatrice tint le 14 de ce mois un Confeil
d'Etat , à l'occafion de quelques dépêches qu'elle
avoit reçûes du Prince de Gallitzin fon Ambaffadeur
en Perfe. Le 16 cette Princeffe foupa chés la
Grande Ducheffe de Ruffie qui donna le 18 un
magnifique bal 11 vint le 14 de Vienne un courier
chargé de dépêches pour le Baron de Breit-
Iach Ambaffadeur de la Reine de Hongrie , lequel
alla far le champ les communiquer au Grand
Chancelier. Le courier qu'on attendoit depuis
long- tems de Hollande eft enfin arrivé. Il a apDECEMBRE
. 1747. 14
porté au Lord Hindford Ambaffadeur du Roi de
la Grande Bretagne , & à M. Zwart Envoyé Extraordinaire
des Etats Généraux des Provinces-
Unies les pleins pouvoirs pour figner le traité de
fubfide , moyennant lequel fa Majeſté Imperiale
devra fournir à ces deux Puiffances un Corps de
trente-cinq mille hommes. La même lettre por
te que les Miniftres s'affembleroient le 21 ou le
lendemain avec ceux de l'Imperatrice pour ter
miner cette affaire ; on expédiera enfuite les or
dres pour la marche de ces troupes qu'on affûre
devoir prendre leur route par la Lithuanie , par
la Pologne & par la partie de la Haute Silefie qui
eft reftée fous la domination de la Reine de Hongrie.
Les Venitiens fe propofant d'établir un commerce
direct avec la Ruffie , il eft entré dans le
port de Cronstadt un vaiffeau de trente fix canons
& de cent hommes d'équipage , qui a apporté de
Vénife plufieurs marchandiles. La grande diftance
des deux Nations , fait douter que ce commerce
puiffe procurer quelque avantage anx Sujets de la
République de Vénile. Il fait à Pétersbourg un
froid des plus rigoureux , & depuis long- tems on
n'en avoit éprouvé un pareil dans cette faifon .
Le jeune Comte de Beftuchef que ſa Majefté
Imperiale à nommé pour aller complimenter fa
Majefté Hongroite & le Grand Duc de Tofcane
fur la naiflance du dernier Archiduc , eft fur fon
départ pour Vienne.
Les nôces de Mademoiſelle Henrichow furent
célébrées le 15 à la Cour . Elle a obtenu une place
de Dame du Palais , & fa Majeſté Imperiale lui a
fait des préfens confidérables.
Le Comte de Leftocq doit avoir épouſé le 22
Mademoiſelle de Mengden , & l'on comptoit que
le mariage du jeune Comte de Romanzow & de
142 MERCURE DE FRANCE.
8
la fille du Prince de Gallitzin fe feroit le 24 du
même mois.
Les lettres de Stockholm portent que les divers
Committés des Etats du Royaume continuent
leurs déliberations avec affiduité , & que l'on
perfifte à croire que la Diette pourra fe féparer
dans le courant du mois prochain. Elle doit faire
publier un Réglement pour réprimer le luxe. Le
Prince Royal & la Princeffe fon épouſe qui s'étoient
rendus le 23 Novembre à Ulrichſdal , en
font revenus le 27. Conformement aux ordres du
Roi les Etudians de l'Univerfité d'Upfal ont prêté
le 17 ferment de fidélité au Prince Royal , & lui
ont rendu hommage en qualité de Prince Hérédi
taire & Succeffeur à la Couronne , M. Roſen Recteur
prononça à cette occafion un difcours , & il
y eut le foir dans la ville de grandes rejouiffances.
L'Univerfité de Lund s'eft acquittée du même devoir
que celle d'Upfal . Le Roi a difpofé de la
charge de Vice- Préfident du Parlement d'Abo en
faveur du Baron Etienne - Charles de Bielx , & de
deux places d'Affeffeurs du même Tribunal en faveur
de Meffieurs Rappe & d'Adlermarck. La
charge de Juge Territorial des Juriſdictions de
Selbo , de Daga , d'Aker & de Wefter Rekarn dans
la Sudermanie , a été donnée à M. Bilberg. M.
Péterfon a obtenu la place de Tréſorier de l'Univerfité
de Lund. Sa Majesté a nommé M Guillaume
Carplan Colonel . du Régiment de la Bothnie
Orientale , & M. Werner Detloff de Schwerin
Major du Régiment des Gardes à pied , & elle a
accordé une Compagnie dans le Régiment d'Artillerie
à M. Stalhammer.
Il a été décidé qu'on ne donneroit point de
privilége exclufif pour faire de l'eau - de -vie , &
chacun aura la permiffion d'en fabriquer en payant
DECEMBRE. 1747. 143
&
fix écus par an , fi l'on demeure dans une ville ,
trois feulement fi l'on habite à la campagne .
Outre cela le Gouvernement
levera une impofition
fur chaque tonneau de cette boiffon & l'on
compte que cet arrangement
produira beaucoup
plus que la Ferme qu'on avoit propofé d'éta
blir.
>
Le Négociant Springer qui a été arrêté au mois
de Février dernier comme criminel d'Etat , devoit
êrre jugé le 28 , mais il trouva le 27 le moyen de
s'évader de fa prifon . On a été informé le lendemain
qu'il s'étoit refugié chés M. de Guydickens
Envoyé du Roi de la Grande Bretagne. Sur
le refus que ce Miniftre a fait de le remettre au
Gouvernement , on a pofté une garde de cinquante
hommes devant la maiſon de cet Envoyé ,
& l'on en a fait occuper toutes les avenues par
trois cent cinquante autres. M. de Guydickens
s'eft déterminé à livrer le prifonnier , qui a été
réconduit en prifon fous une nombreuſe eſcorte.
Les Magiftrats de la Police ont défendu de faire
porter des flambeaux par les domeftiques pendant
la nuit dans les rues de cette ville .
On apprend de Coppenhague que M. Titley
Envoyé du Roi de la Grande Bretagne , a eu plufeurs
conférences avec les Miniftres du Roi de
Dannemarck , & qu'elles ont eu pour objet la propofition
faite depuis long- tems par fa Majefté Britannique
de prendre à fon fervice un Corps de
troupes Danoifes , mais qu'il paroît que le Roi de
Dannemarck perfifte dans la réfolution de ne point
accepter cette propofition , & d'obferver une parfaite
neutralité dans la guerre qui agite l'Europe.
La nouvelle Compagnie de Commerce établie à
Coppenhague tint le 9 de ce mois une affemblée
dans laquelle il a été réſolu de faire partir pour la
144 MERCURE DE FRANCE.
Méditerranée plufieurs navires , qui feront efcortés
par quelques vaiffeaux de guerre de fa Majefté
Danoife. Les lettres de Pétersbourg marquent que
dans une conférence que le Lord Hindford Ambaffadeur
du Roi de la Grande Bretagne , & M.
Zwart Envoyé Extraordina re & Plénipotentiaire
des Etats Généraux des Provinces Unies , eurent
le 22 du mois dernier avec le Comte de Beftuchef
Grand Chancelier de Ruffie , il avoit été réglé
que les trente-cinq mille Ruffiens , qui doivent
paffer au fervice de fa Majefté Britannique & de
la République de Hollande , commenceroient le
15 de ce mois à fortir de leurs quartiers pour mar
cher vers les frontieres de Lithuanie , & que l'Imperatrice
de Ruffie devoit envoyer inceffamment
des Lettres Réquifitoriales au Roi & à la Républi
que de Pologne , afin de demander le paffage pour
ces troupes. Ces lettres ajoutent que le 21 du
mois dernier les nôces de la fille du Prince de
Galitzin avoient été célébrées avec beaucoup de
magnificence.
>
Suivant les avis reçus de Vienne le Baron dé
Pollentz Maréchal de la Cour du Duc de Brunfwick
Wolfenbuttel eur audience de la Reine
de Hongrie , à laquelle il donna part de la mort
de la Ducheffe Douairiere de Brunfwick Wolfenbuttel
.
les La Reine de Hongrie a donné ordre que
Régimens d'Infanterie de François de Lorraine ,
de Wolfenbuttel & de Collowrath , fe tinffent
prêts à marcher en Italie .
Les nouvelles de Drefde portent que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe veut que même en tems
de paix , il y ait toujours fur pied dans fon Electorat
quarante mille hommes de troupes , en y coinprenant
les milices.
On
DECEMBRE. 1747. 145
On mande de Bonn que les Députés des Etats
de l'Electorat de Cologne fe font féparés , après
avoir réglé tout ce qui concerne les logemens &
les fubfiftances des troupes , pour lesquelles la
Reine de Hongrie a exigé des quartiers dans cet
Electorat,
ALLEMAGNE.
pormort
Es nouvelles de Vienne du 28 Novembre
L
tent qu'il arriva le 18 de , ce mois un courier
par lequel la Reine reçut la nouvelle de la
de la Ducheffe Douairiere de Brunſwick Wolfenbuttel
, & le 23 fa Majefté prit le deuil à cette
occafion . Le Comte de Haugwitz & M. Jordan
doivent fe rendre en Boheme pour régler les impofitions
que payeront les habitans de ce Royaume.
On a réfolu d'augmenter de douze Régimens
les troupes qui font dans les Pays-Bas , & de faire
marcher en Italie toutes celles dont on pourra
fe paffer dans les Etats héréditaires. Le Régiment
de Collowrath & celui du Vieux Wolfenbuttel
ont déja reçû ordre de prendre la route du Mila-
La Reine a établi une Commiflion pour
juger un differend furvenu entre quelques - uns
des Magiftrats de Temefwar. On mande de Conftantinople
que le 23 Octobre le Comte des Alleurs
Ambaffadeur du Roi de France auprès du
Grand Seigneur , eut fa premiere audience publique
du Grand Vifir , & que le lendemain il fut
admis à celle de fa Hauteffe. Suivant les mêmes
avis , quoique la Porte paroiffe ne prendre aucune
part à la révolution de Perfe , elle fait affembler
une nombreuſe armée dans les environs de Bagdad.
nez .
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Suivant les nouvelles de Vienne il fe tint le 30
du mois dernier en préfence de la Reine un Confeil
extraordinaire , auquel affifterent le Comte
d'Uhlefeldt , Grand Chancelier de la Cour , & le
Baron de Bartenftein Secretaire d'Etat ayant le
Département des Affaires Etrangeres , & dans lequel
le Comte de Kaunitz Ritfberg Miniftre Plénipotentiaire
de fa Majefté au Congrès d'Aix- la-
Chapelle a reçû fes inftructions . A l'iffuë d'un
autre Confeil qui s'eft tenu le 2 de ce mois , on a
fait patir plufieurs couriers pour diverfes Cours ,
Le courier que le Gouvernement avoit dépêché
à Londres en eft revenu . On attend dans peu lé
Comte de Befuchef , qui étoit Miniftre de l'Imperatrice
de Ruffie auprès du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , & qui vient réfider à Vienne
en la même qualité à la place de M. Lanczinsky.
Le bruit court qu'il eft chargé de régler avec les
Miniftres de fa Majesté les étapes pour les trentecinq
mille hommes de troupes Ruffiennes , qui
doivent traverser les Pays héréditaires pour fe
rendre aux Pays Bas , & l'on dit que la Reine enverra
inceffamment des Commiffaires en Hongrie,
en Moravie & en Boheme , afin de prendre provifionnellement
des mefures pour la fubfiftance de
ces troupes . La Reine a permis aux Etats des Pays
héréditaires de payer en argent ia moitié des trente
mille hommes de recrues & des huit mille che-'
vaux de remonte qu'ils font obligés de fournir ."
Ils donneront cent florins pour un Cavalier , foi-'
xante & cinq pour un fantaffin & quatre- vingt-fix
par cheval. Sa Majefté les a autorifés à faire enlever
de force tous les vagabonds , les mendians
& les gens fans aveu . Les fubfides que les Etats
des Pays héréditaires ont accordés ne fuffifant pas
aux dépenfes qu'exige l'entretien des armées ,on
9
DECEMBRE. 147 1747.
croit que la Reine demandera au Clergé
gratuit de deux millions de florins.
un don
Le Comte de Podewils Miniftre du Roi de
Pruffe a fouvent des conférences avec M. Serbel
loni Nonce du Pape. On prétend que le Roi de
Pruffe demande au Saint Siége l'approbation de
l'élection du Comte de Schaffgotfch en qualité
d'Evêque de Breſlau.
3
On écrit de Drefde que depuis le 23 du mois
dernier la Cour eft revenue de Hubertfbourg , &
que l'on a renoué les conférences avec les Miniftres
Etrangers , dont la plupart font chargés de
commiffions importantes , rélatives à la fituation
préfente des affaires de l'Europe . Le 27 M. de
Marteville chargé des affaires de la République
des Provinces-Unies , remit au Comte de Bruhĺ
Premier Miniftre une copie de la Réponse des
Etats Généraux aux dernieres Déclarations de Sa
Majefté Très Chrétienne , & le Comte de Bruhl
en ayant rendu compte au Roi , déclara le lende
main à M. de Marteville que fa Majeſté étoit fort
touchée des circonstances critiques dans lefquelles
fe trouvoient les Etats Généraux., & qu'elle fe feroit
un plaifir de contribuer , autant qu'il lui feroit
poffible , à leur procurer les moyens de fe concilier
avec la France . Le Comte de Gerfdorff doit
aller remplacer le Baron de Looff Envoyé Extraor
dinaire du Roi auprès de la Reine de Hongrie.Il a
été réfolu de fortifier la ville de Leipfick , & les
milices feront employées à ces travaux. Les Officiers
Saxons qui pendant la derniere campagne
ont fervi aux Pays- Bas en qualité de Volontaires
dans l'armée Françoiſe , font revenus dans cet
Electorat . Quoiqu'on annonce comme prochaine
la marche des troupes Ruffiennes , qui doivent
paſſer à la folde du Roi de la Grande Bretagne &
Gij
145 MERCURE DE FRANCE.
des Etats Généraux des Provinces -Unies , on n'a
point encore de nouvelles qu'il ait été fait de réquifition
pour leur paffage par la Pologne.
On a reçû avis que le Duc Charles Leopold de
Meckelbourg Schwerin étoit mort à Domitz le
28 du mois dernier. Ce Prince qui étant né le 26
Novembre 1679 , étoit âgé de foixante- huit ans
& deux jours , avoit époufé Catherine de Ruffie
fille du Czar Pierre I. & il en avoit eu une Princeffe
mariée au Prince Antoine Ulrich de Brunfwick
Beveren , laquelle a été Régente de Ruſſie ,
& qui eft morte il y a deux ans dans le Château
où l'Imperatrice de Ruffie l'avoit releguée. En
1679 il s'étoit élevé de grandes conteſtations entre
le Duc Charles Leopold de Meckelbourg &
la Nobleffe de fes Etats. Prétendant être lezé dans
fes droits par les décrets que l'Empereur Charles
VI. a donnés à cette occafion , il n'a jamais voulu
s'y foumettre , & il a reclamé conftamment l'autorité
des Conftitutions du Corps Germanique ,
& les prérogatives attachées aux anciennes Maifons
de l'Empire. La plupart des écrits qui ont
parû fur cette affaire , ont été rédigés par le Duc
Charles Léopold ou fous les yeux de ce Prince ,
qui étoit extrêmenrent verfé dans la Jurifprudence
d'Allemagne. Les griefs allégués contre lui
l'ayant fait priver du Gouvernement de ſes Etats ,
& le Duc Chrétien Louis fon frere ayant été
chargé de les adminiftrer , les chofes étoient demeurées
jufqu'à préfent dans cette fituation. Par
la mort du Duc Charles Léopold , le Duc Chrétien
Louis eft devenu Souverain du Duché de
Meckelbourg.
DECEMBRE . 1747. 149
O
ESPAGNE.
Napprend par les lettres de Madrid que le 25
du mois paffé , leurs Majeftés revinrent du
Château de l'Efcurial au Palais du Buen Retiro
avec Madame , époufe de l'Infant Don Philippe ,
& avec l'Infante Elizabeth Marie Louife . On
célébra le 24 l'Anniverfaire de la naiffance de la
Reine des Deux Siciles , qui eft entrée dans la
vingt- quatrième année de fon âge. Le Roi a don
né l'Abbaye de Saint Juft , dignité de l'Eglife
Cathédrale d'Aftorga , à Don Nicolas de Silva ,
Grand Chapelain du Monaftére Royal de l'incarnation
, & l'Abbaye de Ste Marthe de Tara à Don'
André de Bustamante Chapelain d'honneur de fa
Majefté , & Curé de l'Eglife Paroiffiale du Palais .
Don Antoine de Pina Adminiftrateur Général des
Fermes du Royaume de Galice , a été nommé Miniftre
honoraire de la Chambre des Comptes , Il
fut chanté le 26 fuivant l'ufage dans le Collége
Impérial une Meffe folemnelle de Requiem pous
le repos des ames des Officiers & des foldats morts
pendant cette année au fervice de la Couronne ;
le Sermon fut prononcé par le Pere Manuel Munoz
de la Compagnie de Jefus , & tous les Grands
affifterent à cette cérémonie , dont le Comte de
Siruela fit les honneurs au nom de fa Majesté .
L'Intendant de Marine de Santander a donné
avis au Roi que le 17 l'Armateur Don François
Graciet y étoit arrivé avec la corvette Angloife
l'Expédition chargée de deux mille deux cent
quintaux de morue , laquelle retournoit de Terreneuve
en Angleterre , & dont cet Armateur s'eft
emparé entre le quarante- huitiéme & le quaranteneuvième
degré de Latitude Septentrionale.
Gijj
150 MERCURE DE FRANCE.
On a appris de Lisbonne que Dona Marie Anne
Anaclete Guiomar de Carvalho Fonfeca épouse
de Don Antoine de Lancaftre , étoit accouchée
d'une fille , & que Dona Marie de Figueroa Adminiftratrice
des Commanderies de Sainte Marie
de Bragance , de Saint Barthelemi de Rabal , de
Notre-Dame de Deilam , de Saint Laurent de
Petiqueira , & de Saint Jean de Rio d'Onor dans
l'Ordre de Chrift , & veuve de Don Sebaſtien de
Veiga Cabral Metre-de- Camp Général des armées
du Roi de Portugal , & Gouverneur des
Armes de la Province de Tras- los- Montes , étoit
morte depuis peu à Bragance âgée de quatre ving
quatre ans.
L
GRANDE BRETAGNE.
Es nouvelles de Londres du premier Décembre
portent que M. de Ringwich , Miniftre du
Roi de Suede eut le 29 du mois dernier fon audience
de congé du Roi , étant préſenté par le
Comte de Cheſterfield , Secretaire d'Etat , & con
duit par le Chevalier Clément Cotterel , Maître
des Cérémonies. Le 30 du même mois l'Anniverfaire
de la naiffance de la Princeffe de Galles , qui
eft entrée dans la 29 année de fon âge , fut célebré
en la maniere accoûtumée , & cette Princeffe reçut
les complimens de la principale Nobleffe. La
Chambre des Communes préfenta le 29 au Roi
fon Adreffe de remerciment, laquelle porte , que
» c'eft avec la plas fenfible joye que la Chambre
félicite fa Majefté fur les importans fuccès dont
ila plû au Tout- Puiffant de benir les armes du
" Roi fur mer ; que de rels avantages , non -feule-
"ment relevent au plus haut degré l'honneur de
la Nation Britannique , mais encore affermiflent
DECEMBRE . 1747. 151
دو
» de plus en plus le Gouvernement de ſa Majefté ,
& affûrent la profpérité du commerce de fes
Royaumes ; que la Chambre demande au Roi la
» permiſſion de lut témoigner la part qu'elle prend
» à l'heureux changement arrivé dans la Régence
» des Provinces Unies , & qui intéreffe un Prince
» fi étroitement allié à fa Majefté ; qu'on ne doit
point douter qu'il n'en réfulte un redoublement
» d'union entre la Grande Bretagne & la Hollan-
» de , d'autant plus que la fermeté de la Déclaration
faite dernierement à la Cour de France par
» les Etats Généraux , donne lieu d'efperer que ,
foit qu'on faffe la paix , ſoit que l'on continuë
» la guerre , ils concoureront avec zéle à toutes
les mefures qu'il conviendroit de prendre pour
les intérêts & pour la fûreté des deux Paiffan-
» ces ; que la Chambre reffent la plus parfaite reconnoiffance
de la bonté qu'a eu le Roi d'affûrer
fon Parlement , que non-feulement fa Majeſté a
» écouté les ouvertures qui lui ont été faites
50
pour
la pacification générale , mais encore qu'elle eft
difpofée à faire tous les efforts pour mettre une
prompte fin à la guerre , qui quoique jufte &
néceffaire , eft fort onéreuse à la Nation & ok-.
» cafionne de très- grandes dépenfes ; que fi coutre
l'attente & les fouhaits de la Grande Bretagne
, les ennemis infiftent fur des conditions injuftes
& non acceptables , & par là rendent inévitable
la continuation de la guerre , la Cham-
» bre ne négligera rien pour feconder fa Majefté ;
qu'afin de convaincre les ennemis des réfolutions
» du Parlement à cet égard , elle accordera au
» Roi des fubfides qui puiffent le mettre en état
de maintenir la Dignité de la Couronne ; que la
» Chambre prie en même- tems le Roi d'être perfuadé
qu'elle contribuera de tout fon pouvoir à
35
و د
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
33
rendre plus efficaces les loix déja établies pour
prévenir tout ce qui pourroit donner atteinte à
la Conftitution préfente du Gouvernement .
Le Roi a répondu à cette adreffe , Je vous remercie
de l'affection que vous témoignez pour ma Perſonne
, & de l'affrance que vous me donnez que vous
mefournirez tous les fecours néceſſaires pour foutenir
la guerre avec vigueur , s'il n'y a pas d'efperance de
conclure une paix folide & honorable. Le premier de
ce mois la Chambre a réfolu d'une voix unanime
d'accorder un fubfide à fa Majesté . Le Vicomte
de Gage ayant mis en queftion fi les Seigneurs
avoient droit de fe mêler des affaires concernant
les Elections des Membres de la Chambre des
Communes , il s'eft elevé à ce ſujet de grands débats.
On affûre que le Parlement demandera communication
des conditions aufquelles le Roi de
France confent d'accepter la paix . Le 2 le Duc de
Cumberland a du vifiter le vaiffeau de guerre le
Culloden , de foixante & quatorze canons , qui
vient d'être conftruit à Gravefend. Le 24 du mois
dernier le Contre - Amiral Rofcawen paffa à la hau..
teur de Falmouth avee fon efcadre & les navires
Marchands aufquels elle fert d'eſcorte , & le
vent ayant tourné au Sud Eft , on ne doute point
que cette flote-ne foit fortie de la Manche. Depuis
le départ de l'efcadre commandée par M. de Moyl
ting , on a été informé qu'elle va à la rencontre
de M. de la Bourdonnais , qui revient , des Indes
Orientales avec le butin qu'il a fait à Madraff & au
Fort de Saint Georges . L'Amiral Warren doit faire
voile inceffamment avec onze vaiffeaux de guerre
, & il arborera fon pavillon à bord de l'Invinci
ble. Avant que de s'embarquer il devoit préfider
au Confeil de guerre le S de ce mois pour juger le
Capitaine Fox , ci - devant Commandant le vaiffeau
DECEMBRE . 1747 .
153
le Kent. Tous les Officiers de l'efcadre du Contre-
Amiral Hawke ont ordre d'affifter à ce Confeil.
On dit que le nombre des matelots de la flotte du
Roi fera augmenté jufqu'à quarante cinq mille.
Vingt bâtimens de tranfport arriverent le 25 du
mois dernier de Fleffingue à Gravefend. Ils avoient
à bord cinq Régimens d'Infanterie , qui ont été
nis en quartiers dans les Comtés de Kent & d'Effex.
Plufieurs Officiers des troupes Angloifes , qui
font reftées en Hollande , font revenus pour faire
recrue. On a appris que les Etats Généraux des
Provinces Unies avoient recommandé très expreffément
aux Magiftrats des lieux dans lesquels ces
troupes ont été réparties , de leur faire fournir des
vivres à un prix raifonnable , & qu'ils étoient convenus
avec le Général Hufque que la farine & la
viande , deſtinées pour leur fubfiftance , feroient
affranchies de tout impôt. Le Gouvernement fait
préparer à Woolwich un train d'artillerie , qui doit
être tranfporté en Hollande . Les lettres de Whitby
dans la Province d'Yorck marquent qu'on
avoit augmenté confidérablement les fortifications
de cette Place , & qu'on avoit élevé plufieurs batteries
pour défendre l'entrée du Port. Il y a des
ordres expédiés pour renforcer la garnifon de
Sheerneff & celle du Fort de Tilbury . Les fouf
criptions pour les fix millions fterlings d'Annuités
qu'on le propofe de créer , font entierement remplies
. On prétend que le payement des intérêts de
ces Annuités fera affigné fur un nouveau droit
qu'on établira fur quelques boiffons. Le Roi a :
nommé le Contre -Amiral Hawkе Chevalier de
l'Ordre du Bain , & fa Majefté doit faire préfent
à cet Officier d'uneCroix de cet Ordre , enrichie de
diamans. Selon les apparences le Duc de Cumber.
land retournera à la Haye à la fin de ce mois .
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
fout à quatre-vingt-dix-neuf, trois quarts ; celles de
la Banque à cent vingt & un ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent foixante & deux,
& les Annuités à quatre-vingt-quinze.
Le 4 la Chambre des Communes réfolut d'accorder
au Roi quarante mille matelots pour le fervice
de l'année prochaine , fur le pied de quatre
livres fterlings par mois pour chaque homme , en
y comprenant les Officiers & les dépenses de l'artillerie
de la Marine. Cette Chambre a préfenté
uneAdreffe à fa Majefté pour la fupplier de lui faire
remettre les Etats des dépenfes pour les forces de
terre & de mer.
Les vents contraires ont obligé le Chef d'Ef
cade Moyfting à relâcher une feconde fois à Plymouth
, & l'on craint que le Contre-Amiral Bofcawen
ne foit dans la néceffité de prendre le même
parti. Suivant les nouvelles d'Irlande le vaiffeau
de guerre le Scarborough y arriva de la nouvelle
Yorck le 27 du mois dernier , ayant à bord plus
de cent mille livres fterlings. L'époufe & les enfans
de l'Amiral Warren font revenus d'Amérique
fur ce bâtiment . Les Directeurs de la Compagnie
des Indes Orientales ont reçû avis que les navires
le Lapwing & le Montfort , qui viennent de Bengale
& en dernier lieu de Lisbonne, étoient arrivés
le 25 du mois dernier à Spithéad fous le convoi
du vaiffeau de guerre le Redford. On a été informé
par les équipages de ces bâtimens qu'à leur dé--
part du Cap de Bonne Efpérance ils y avoient laiffé
les navires le Salisbury , le Marlborough & la
Britannia , qui devoient remettre inceffamment à
la voile pour fe rendre en Europe . Les mêmes
équipages ont rapporté que le Gouverneur du Fort
de Saint David étoit mort depuis quelque tems , &
DECEMBRE ISS 1747.
que le Chef d'Efcadre Griffin étoit à la Rade de ce
fort avec neuf vaiffeaux de guerre , fans avoir pu
encore former aucune entreprife contre Pondichery.
Pendant que le navire le Montfort étoit à la
hauteur de Saint Paul de Longo fur la côte d'Afrique
, il a eu pendant cinq heures la chaffe de
M. de la Bourdonnais , qui y étoit avec un vaiffeau
de guerre de foixante canons , un de cinquantequatre,
un de quarante , & deux de vingt , & il s'eft
échappé à la faveur d'un brouillard .
Le 13 l'Archevêque de Cantorbery , après
avoir prêtéferment avec les formalités accoûtumées
, prit féance dans la Chambre des Pairs.
Les Seigneurs reçurent le même jour diverfes Réquêtes
d'appel. Le 6 de ce mois la Chambre des
Communes réfolut de continuer les droits fur les
boiffons fortes depuis le 23 Juin 1748 jusqu'à pareil
jour de l'année fuivante. Elle fit le 8 la premiere
lecture du Bill à ce fujet , & enfuite elle ac-
Corda au Roi deux cent huit mille huit cent fept
livres fteilings pour les dépenfes ordinaires de la
Marine pendant l'année prochaine , y compris la)
demi paye des Officiers ; dix mille pour l'entretien
de l'Hôpital de Greenwich , une pareille"
fomme pour l'Hôpital de Gofport ; quatre - vingtonze
mille quatre cent quatre- vingt - feize pour le
Fret des batimens de tranfport ; quatre cent trenteneufmille
trente-fept pour leur approvifionnement
; un million de livres fterlings pour acquitter
une partie des dettes de la Marine ; cent fix mille
vingt & une livre fterlings pour remplacer dans le
fond d'ainortiffement les fommes qu'on en a tirés
; vingt-neuf mille fept cent foixante & cinq
pour les non- valeurs des nouveaux droits établis
fur les vins ; trois cenr quarante - deux mille foixante
& quatre pour la dépenfe du Bureau de l'ar-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
tillerie employée au fervice de terre , & cent cinquante-
neufmille pour les autres dépenses extraor
dinaires de ce Bureau , aufquelles le Parlement
n'avoit point pourvu . Ces réfolutions furent approuvées
le 11 , & la Chambre , s'étant affeinblée
en grand Committé , regla que le nombre des
troupes pour le fervice de terre de l'année 1748
feroit de quarante- neuf mille neufcent trente - neuf
hommes , en y comprenant dix - huit cent quinze
Invalides , & qu'on affigneroit douze cent foixante-
fept mille trois cent foixante- treize livres fterlings
pour l'entretien de ces troupes , & trentecinq
mille pour les garnifons de Gibraltar , de
Port-Mahon & des Colonies , ainfi que pour les
munitions d'Annapolis Royale , de Plaifance , de
Ruatan , du Cap Breton & de la nouvelle Georgie .
Dans la mêine féance il fut décidé que l'on contimueroit
les onze mille cinq cent cinquante hommes
de troupes de Marine , & qu'on employeroit
cent quatre- vingt - feize mille quatre- vingt- neuf
livres sterlings pour leur entretien . Le lendemain
la Chambre ordonna qu'il feroit remis devant elle
un Etat des grains , qui ont été tranfportés hors
de la Grande Bretagne depuis le 29 Septembre
1744 jufqu'à pareil jour de cette année . Il fut pié.
fenté à la Chambre de la part des débiteurs infolvables
, renfermés dans les differentes prifons du
Royaume , une Requête par laquelle ils expofent
leur extrême mifère , & demandent du foulagement.
La Chambre entendit le 11 plufieurs ré
moins au fujet de l'Election des deux Membres
du Parlement pour la ville & pour le Port de Milburn
, & elle prononça que Meffieurs Thomas
Madlycot & Charles Churchill avoient été élus
felon les loix . Elle délibera enfuite en grand Committé
fur les fubfides qu'elle doit encore accorder
DECEMBRE . 1747. 157
au Roi , & après avoir fait quelque progrès dans
cette affaire , elle la renvova à un plus ample exa
men. Le Lord Delawar a obtenu le Gouvernement
du Fort de Tilbury , qu'avoit le feu Lieutenant
Général Williamfon. Les quatre Régimens
d'Infanterie , qui é: oient vacans , ont été donnés
par le Roi aux Comtes de Panmure & d'Ancram
& à Meffieurs Bockland & Lieghton . La tempête
du 12 de ce mois a caufé de très-grands dommages.
fur les côtes de ce Royaume. Les vaifleaux de
guerre le Sterling Castle , le Bedfort & le Chatham,
qui ont efcorté de Spithéad à Douvres les navires
de la Compagnie des Indes Orientales le Montfort
& le Lapwing, ont couru rifque de périr . On a
reçu avis que le navire la Nymphe , une des riches
prifes faites par le Corfaire la Famille Royale , a
fait naufrage dans les environs de Suffex , & il ne
s'eft fauve perfonne de l'équipage . Le navire le
Polanen , appartenant à la Compagnie des Indes
Orientales établie en Hollande , a été auffi en fort
grand danger , mais le Corfaire le Duc de Cumberland
l'ayant heureufement rencontré , l'a aidé,
à gagner le Port de Melfort. L'efcadre comman
dée par l'Amiral Bofcawen , & la flotte qui eft .
fous fon convoi , ont été difperfées par la même
tempête à cinquante lieues du Cap Lezard , & l'on
n'eft point informé fi elles ont continué leur route
. Le vaiffeau de guerre le Hampshire a conduit
le 8 à Plymouth le Corfaire François l'Heureux ,
de feize canons & de cent feize hommes d'équi
page . Les ennemis de leur côté ont fait plufieurs
. prifes , entre lefquelles on compte le navire le
Dauphin , qui rapportoit de la Jamaïque une charge
trés confidérable . Le Confeil de guerre , étatabli
pour examiner la conduite du Capitaine Fox ,
tint le 6 fa premiere féance , & ce Capitaine , ayant
15S MERCURE DE FRANCE.
comparu devant fes Juges , repréfenta qu'on ne
pouvoit lui reprocher de s'être mal acquitté de
fon devoir dans le combat entre le Vice- Amiral
Hawke & M de l'Eftanduere , puifque dans cette
action il s'étoit rendu maître de deux vaiffeaux de
guerre ennemis. Les dernieres lettres d'Amerique
marquent que le 4 du mois d'Octobre dernier il y
avoit eu aux Ifles fous le Vent un violent ouragan
, dont la Colonie de Kitts & plufieurs autres
avoient été noyées , & qu'un grand nombre de
navires avoient été briſés fur les côtes . On affûre
que le Roi fe propoſe , fi la paix ne fe fait pas cet
hyver , de fe mettre l'année prochaine à la tête de
P'armée des Alliés dans les Pays- Bas , & que le
Prince Stathouder de la République des Provinces-
Unies & le Duc de Cumberland commanderont
fous les ordres de Sa Majefté. Le Régiment de
Drumlaring , que les Etats Généraux font lever en
Ecoffe , eft prefque complet , & il doit inceffamment
s'embarquer à Leith pour paffer en Hollande.
Le Gouvernement a ordonné de remettre en
liberté Meffieurs Thorold , Abernethy , Perfon
Cummins & Fitzgerald , qui étoient dans les prifons
de la Ville de Lancaftre pour avoir favorifé
les intérêts de la Maiſon de Stuard .
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent un ; celles de la Banque à cent vingt
celles de la Compagnie des Indes Orientales à
centfoixante & un, & les Annuités à quatre- vingtquatorze
, cinq huitiém es.
DECEMBRE. 1747 .
159
PROVINCES - UNIES.
S dernier les Etats de la Province de Middel-
Uivant les avis reçus de la Haye le 30 du mois
bourg prirent la réſolution de déclarer le Stathou .
dérat héréditaire dans la Maifon de Naffau Dieft
même en faveur de la ligne feminine. Il a été remis
aux Etats Généraux par le Comte de Sand
wych un Mémoire de la part du Roi de la Grande
Bretagne. Ce Miniftre a eu une conférence avec
quelques Députés de cette affemblée , ainfi que le
Général de Debroffe Envoyé Extraordinaire du -
Roi de Pologne Electeur de Saxe , & M. d'Ammon
Miniftre du Roi de Pruffe . Le Feldt - Maréchal
Comte de Naflau commandera pendant l'hyver
en Zelande. La charge de Grand Foreftier de
la Province d'Utrecht vacante par la mort du
Comte d'Athlone a été accordée par le Prince
Stathouder au Comte Henri de Naffau la Lecq .
M. Steeffens a été fait Colonel Commandant du
Régiment d'Artillerie du Lieutenant Général Glabeek
, & le Comte Maurice de Naffau Lieutenant
Colonel du Régiment de Maleprade a obtenu un
Brevet de Colonel . Le Prince Stathouder a difpofé
de la Lieutenance Colonelle du nouveau Régiment
du Baron d'Imhoff en faveur de M. Herié
de Vaillant. Ce Prince a conferé à M. Corneille
Ten-Hove la charge de Greffier des Fiefs de la
Province de Hollande. On doit ajouter quatre
nouvelles Compagnies au Corps d'artillerie ."
"
Frederic Guillaume de Rheede , Comte d'Ahlone
, Seigneur d'Elft , de Middagten , d'Amerongue
& de Guinckel , mourut à Arnhem le 24
du mois dernier dans la trente-huitième année de
fon âge.
160 MERCURE DE FRANCE.
On écrit de la Haye du 16 qu'il y eſt arrivé
des Députés de la Province d'Overiffel , pour préfenter
au Prince de Naffau le Diplôme , par lequel
cette Province a déclaré le Stathoudérat héréditaire
Les Députés de la Province de Hollande
& de Weftfrife fe font féparés le même jour. Le
Comte de Bentinck Seigneur de Rhoon & de Pendregt
, le Baron de Waffenaër Seigneur de Catwyck
, & M. Halfelaar Confeiller & Echevin de
la ville d'Amfterdam , lefquels ont été nommés,
Miniftres Plénipotentiaires de la République au
Congrès d'Aix -la- Chapelle , ont eu une conférence .
avec le Baron de Pieck , Seigneur de Brackel &
de Zoelen , Préſident de l'affemblée des Etats Généraux.
Le Comte de Sandwych Miniftre Plénipotentiaire
du Roi de la Grande Bretagne ; M.
d'Ammon Miniftre du Roi de Pruffe , & le Baron
de Sporken Miniftre de fa Majefté Britannique ,
comme Electeur de Hanover , ont auffi conferé
avec quelques Deputés de la même affemblée.
Les Etats Généraux ont envoyé aux Colléges de
l'Amirauté un ordre de ne rien négliger pour protéger
le commerce des Sujets de l'Etat. En confé- :
quence on dit que le Vice, Amiral Schryver fera
inceffamment voile avec fix vaiffeaux de guerre ..
Toutes les troupes de la République , ainfi que
celles de la Grande Bretagne & de Hanover , doivent
être complettes avant le mois d'Avril ´Celles
de la Reine de Hongrie feront renforcées confidérablement
, & l'on fe flate du ſuccès des négociations
entamées pour engager quelques Princes ,
d'Allemagne à fournir des troupes , mais il court
un bruit que le Corps Helvétique ne confentira:
point de donner aux Etats Généraux les douze
mille hommes qu'ils lui ont demandés. Le Prince
Stathouder portera le deuil pendant fix femaines,
DECEMBRE. 1747. 161
pour la Ducheffe Doüairiere de Brunswick Wol
fenbuttel. Ce Prince a accordé un Brevet de Lieutenant
Colonel au Chevalier de Vial . Depuis
quelque tems le Prince Frederic de Heffe & le Gé.
néral Cromftrom font en cette ville. On y attendoit
le 25 le Feldt Maréchal Comte de Bathiany
& l'on perfifte à publier que le Duc de Cumberland
s'y rendra au commencement du mois prochain
. Le Comte de Flemming Miniftre du Roi
de Pologne Electeur de Saxe , auprès du Roi de
la Grande Bretagne eft arrivé de Drefde , & il fe
difpofe à retourner à Londres pour y reprendre
les fonctions de fon miniftére . Il y eut le 12 une
tempête des plus violentes , qui commença à trois
heures après midi , & qui dura juſqu'à onze heures
du foir. Elle a caufé de très- grands dommages
dans les Provinces de Hollande & d'Utrecht , furtout
à Amſterdam & dans les environs , & les lettres
de Texel marquent que plufieurs vaiffeaux
ont échoué fur les côtes. Le Comte de Colyar
Feldt Maréchal des armées de la République
Colonel d'un Régiment Ecoffois fur la Réparti
tion de la Province de Hollande , & ci- devant
Gouverneur de Namur , mourut à Maeftricht le
s âgé de quatre- vingt neuf ans . Chrétien Albert
Comte de Rechteren , Seigneur de Bourgueuningen
, Meinbre de l'Ordre de la Nobleffe de la
Province d'Over-Iffel , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie au fervice des Etats Généraux & Chambellan
du Grand Duc de Tofcane ; eft mort à
Zwol ley dans la trente feptiéme année de fon âge.
M. Coehoorn Lieutenant Colonel du Régiment
de la Riviere , & Commandant de Willeinftadt ,
eft mort en cette derniere ville.
...Les nouvelles d'Amfterdam du 22 portent
qu'on doit publier trois nouveaux Décrets des
161 MERCURE DE FRANCE.
·
Etats Généraux. Le premier porte que toutes perfonnes
de quelque condition qu'elles foient , qui
introduiront dans les terres de la domination de
la République des vins , des eaux -de- vie , & autres
denrées ou marchandifes du crû ou des fabriques
du Royaume de France , encoureront la
confifcation de ces denrées & de ces marchandi.
fes , & payeront une amende du quadruple de la -
valeur defdits effets ; que les vaiffeaux , barques ,
chariots , charettes & chevaux qui auront ſervi au
tranfport , feront confifqués , & que les maîtres
de navires & les voituriers aufquels ils appartiendront
, feront condamnés à cent florins d'amende
pour chaque piéce de vin ou d'eau-de vie , ain
que pour chaque ballot de marchandifes du poids
de cinq cent livres ; que fi les maîtres de navires ,
bateliers ou autres voituriers , n'ont pas affés de
biens pour pouvoir payer cette amende , ils fefont
punis de prifon ; que quand même ils pour
foient prouver que les denrées & les marchandi
Les prohibées ont été embarquées ou chargées à
leur infçu , ils n'en feront pas moins fujets à l'amende
, fauf à avoir leur recours contre ceux
qui auront fait le chargement à leur infçû ; que
les maîtres de navires & les voituriers qui auront
pris à bord de leurs vaiffeaux ou barques , ou fur
leurs voitures de terre , quelques barils , tonneaux ,
ballots ou caiffes , feront tenus d'en faire dans
les lieux où ils arriveront une déclaration exacte ,
fous peine de confifcation & de punition corporelle
; que les mêmes peines feront portées con
tre ceux qui introduiront en ce pays lefdites matchandifes
& denrées dans de doubles futailles on
de quelque autre maniere frauduleufe ; qu'aucun
bâtelier venant par mer où par des rivieres , ni
aucun voiturier ne pourra rien débarquer ni déDECEMBRE.
1747. 163
charger de nuit & à des heures indues , fous peine
d'une amende de fix cent florins & de confifcation
des vaiffeaux , chariots & chevaux , & qu'ils ne
feront point exemptés de l'amende , même en déclarant
fous ferment que la contravention s'eft
faite à leur infçu , à moins qu'ils ne donnent des
preuves évidentes qu'ils n'en ont point eu connoiffance
, auquel cas ils feront obligés de dénoncer
le coupable ; que les habitans des frontieres
des Etats de la République ayant fouvent introduit
dans les villes frontieres plufieurs marchandi-
Les de France cachées fous du bois , du foin ou de
la paille , les Etats Généraux , afin de prévenir cet
abus , déclarent qu'ils feront punir corporellement
ceux qui employeront de pareilles fraudes , & que
les contrevenans feront outre cela ſujets aux autres
peines énoncées ci- deffus ; qu'il eft enjoint aux
Chefs des Corps des bâteliers & autres voituriers
d'avertir des intentions de la République tous ceux
de leurs Communautés , & dès qu'ils s'appercevront
que quelqu'un aura enfraint le Réglement ,
d'en informer les Officiers refpectifs ainfi que
les
Magiftrats des villes ; que par le préfent Décret
les Coiléges de l'Amirauté font autorisés à faire
croifer des vaiffeaux Gardes Côtes dans tous les
endroits convenables pour empêcher la contrebande
; qu'on ordonne à l'Avocat Fifcal & au
Commis Général de chaque Collège de même
qu'aux Commis particuliers , de veiller attentivement
à Pobfervation dudit Décret , & d'arrêter
fans aucune diftinction toute marchandiſe ou
denrée prohibée , fous peine d'être privés de leurs
emplois , & d'encourir les punitions ftatuées contre
les marchands & voituriers qui fe trouveront en
contravention ; qu'on infligera même des peines
plus graves aux Commis particuliers qui, feront )
164 MERCURE DE FRANCE.
Convaincus d'avoir part , de quelque maniere que
ce foit , à l'introduction de ces inarchandiſes ou
denrées , & d'avoir reçu pour cet effet quelque
gratification ou préfent ; que pour engager à découvrir
les fraudes on accordera aux dénonciateurs
les deux tiers des amendes , & l'autre tiers
à l'Officier qui aura fait la faifie ; qu'en cas que les
dénonciateurs ayent été complices de la contravention
, ils feront exempts de l'amende qu'ils
auroient encouruë , pourvû néanmoins qu'ils ayent
fait leur déclaration avant que l'Officier fe foit
tranfporté fur les vaiffeaux ou aux endroits dans
lefquels on aura conduit ou caché les effets dénoncés
; que les perfonnes prépolées pour faifir les
marchandifes de contrebande , ne pouiront à cet
égard faire aucun accord avec les Parties intéreſfees
, mais qu'elles feront tenues de porter l'affaire
devant les juges aufquels la connoiffance en appartient
, & que fi elles ne fe conforment pas à ce
Réglement , elles feront privées fur le champ de
leurs charges , & condamnées aux mêmes anien-"
des que les contrebandiers qu'elles auront favorifés
; que les Etats Généraux veulent que tous les
effets de contrebande qui feront confifqués , foient
détruits ou brûlés en préfence du Juge qui aura
déclaré la faifie valable , qu'aucun Tribunal ou
Jage , fous quelque prétexte que ce foit , ne pourra
s'éloigner du véritable fens des differens atticles
du préfent Décret , ni en changer en aucune
maniere les difpofitions , bien loin de pouvoir s'attribuer
le droit de juger fur l'équité de ce qui y eft
établi , ou de l'interprêter & de le commenter.
Il est défendu par le fecond Décret à tous Sujets
de la République de permettre qu'on employe
leurs barques ou bâteaux pour tranſporter des
effets , denrées on marchandifes pour le compte
DECEMBRE . 1747. 165
des François ou appartenans au Roi de France ,
fous peine de confifcation & d'une amende de
cent forins , laquelle amende ne pourra néanmoins
excéder le triple de la valeur du fret , & que cette
amende fera payée par les propriétaires des barques
ou bâteaux , pour chaque fois que lesdits
bâtimens auront été employés aufdits tranfporrs ,
foit que ces bâtimens ayent été furpris en contra◄
vention , foit qu'on puiffe dans la fuite convaincre
les propriétaires d'avoir prêté leurs vaiffeaux pour
la contrebande ; que les maîtres de navires , Capitaines
ou Pilotes , qui après avoir été informés
de la teneur du Décret , permettront qu'on embarque
à bord de leurs vaiffeaux quelques effets
appartenans au Roi de France ou à fes fujets ,
payeront une amende de mille florins pour la pre
miere fois , une de trois mille pour la feconde , &
feront punis corporellement en cas d'une troifiéme
récidive. Le troifiéme Décret contient une défenſe
de faire à l'avenir aucune affûrance , foit en tout
ou en partie , fur aucuns va fleaux , effets ou marchandifes
, appartenans aux fujets de Sa Majefté
Très-Chrétienne, ni d'inviter qui que ce puifle être,
foit par commiffion ou autrement , à faire de pareilles
aflûrançes , fous peine de nullité de toute
convention qui fe conclura à cet égard après la
publication du préfent Décret , & en même tems
fous peine d'une amende du triple de la valeur de
ce qui aura été affûré , ou de ce qu'on aura propofé
d'affûrer , également payable par ceux qui
auront fait ou demandé des affûrances , ou qui
auront paffé quelque contrat qui y fera rélatif. ´II
eſt ajouté à la fin de ce Décret que fi l'une des
Parties contractantes venoit à dénoncer celle avec
laquelle elle auroit contracté , de maniere que celleci
puiffe être convaincuë , la premiere fera en ce
cas exemptée de l'amende.
166 MERCURE DE FRANCE.
Suivant les avis reçus de Nimegue la Bourgeoi
fie y a préſenté aux Magiftrats une Requête , par
laquelle elle a demandé non-feulement que l'hérédité
du Stathoudétat fut établie fans aucune reftriction
en faveur des defcendans mâles & femelles
du Prince de Naffau , mais encore qu'on remîr
à ce Prince la difpofition de tout ce qui concernera
la Régence de la ville , ainfi que des changemens
qu'il jugera à propos d'y faire. Les Magiftrats
ayant délibéré fur cette Requête , ont pris
d'une voix unanime une réfolution en conformité;
& l'on eft convenu d'envoyer une députation
à la Haye pour en informer le Prince de Naffau.
La ville de Thyel a pris une pareille téſolution .
Le Prince de Naffau a établi un Confeil de
guerre compofé du Lieutenant Général Kinſchot
qui en fera le Préfident , du Comte de Naffau
Beverwerth , de Meffieurs Stuart , Falaiſeau , de
Biron , de Biddelberck , du Comte de Rechteren ,
& de Meffieurs Graham & Vander Duffen. Les
Députés que la ville de Nimégue a envoyés à la
Haye pour donner part à ce Prince de la réfolu
tion qu'elle a prife au fujet de l'hérédité du Stathoudérat
ont été admis à ſon audience. Les Colléges
de l'Amirauté diftribuent des Lettres de Marque
aux Armateurs qui demandent de faire la
courfe contre les vaiffeaux François , & divers
Corfaires fe difpofent à fe mettre en mer. Le
Vice-Amiral Schryver eft prêt à faire voile avec
l'efcadre qui eft fous fes ordres. On a appris par
les lettres de Zelande que les vaiffeaux de guerre
Hollandois & Anglois , qui font fur les côtes de
cette Province , ont été fort maltraités par leurs
agrés par la tempête du 12 de ce mois , mais
qu'aucun n'a fait naufrage. Le Yacht des Etats de
la Province , fur lequel le Baron de Borſelen s'éDECEMBRE.
1747 . 167
roit embarqué avec quelques autres Députés , afin
d'apporter au Prince de Naflau l'acte par lequel
la Province a déclaré le Stathoudérat héréditaire ,
a échoué dans les environs de Zirickzée . Toutes
les perfonnes qui étoient à bord ont eu le bonheur
de fe fauver. Il n'en a pas été de même du Yacht
de la Compagnie des Indes Orientales qui s'eft
brifé contre la côte , & dont prefque tout l'équi
= page a péri. On efpére de remettre à flot le premier
de ces deux bâtimens . Il eft arrivé deux
vaiffeaux de la Compagnie des Indes Orientales ,
le premier pour le compte de la Chambre d'Amfterdam
, le fecond appartient à la Chambre de
Zélande, Ces navires qui font partis de Batavia
au mois d'Avril dernier , font chargés de vingtquatre
mille fix cent foixante - dix -fept piéces de
toile de coton , de cent vingt mille cent trente - fix
livres de poivre brun ; de deux cent foixante-cinq
mille foixante & feize de Tutenague ; de vingt
mille huit cent cinquante-trois de gingembre ;
de douze cent de benjoin ; de quatre mille de
5 gómme lac de Siam ; de mille d'alun blanc de la
Chine de deux mille d'anis à queue ; de huit
cent d'indigo de Java ; de cent de Reaal Lapis
béfoar ; de huit cent mille deux cent trente-deux
de caffe ; de vingt -deux mille quarante -fept de fil
de coton de Suratte , & de plufieurs livres d'ambre
gris . Les huit mille hommes deſtinés à la garde
de l'ile de Ter Goez ont été partagés en plufieurs
Corps , & poftés le long des côtes pour les garantir
de toute entrepriſe de la part des ennemis. Les
Etats Géneraux ont accordé à M. Théodore Marie
de Lilliers la permiffion de lever un Régiment au
fervice de la République , & le bruit court qu'on
ne recevra que des Gentilshommes pour Officiers
dans ce Régiment. Dans l'une des dernieres con
;
168 MERCURE DE FRANCE.
•
férences que M. d'Ammon a eues avec le Comte
de Bentinck Préfident de l'affemblée des Etats
Généraux , ce Miniftre a demandé que les Etats
Généraux donnaffent des ordres pour que les vailfeaux
des Sujets de la Majeſté Pruffienne pe ful
fent inquiétés d'aucune maniere fons prétexte de
wifite ou fous tout autre , de quelque nature qu'il
puifle être, par les Sujets de la République , & pour
que les vaiffeaux puiffent naviger librement
moyennant la fimple exhibition des Paſſeports &
connoillemens que les loix de la navigation autorifent
les Capitaines de vaiffeaux & les Armateurs
à fe faire montrer.
Le 19 de ce mois le Comte de Sandwych , Miniftre
Plénipotentiaire du Roi de la Grande Bretagne
, remit au même Préfident un Mémoire de la
part de fa Majefté Britannique . Quelques jours
auparavant M. Preys , Envoyé Exraordinaire da
Roi de Suéde , eut une conférence avec le Comte
de Bentinck . Les Députés des Etats de Hollande &
de Weftfrife ont repris le 20 leurs délibérations . Le
Confeil d'Etat préfentera inceffamment à l'affemblée
des Etats Généraux l'état de la guerre pour
l'année 1748.
ON
ITALIE.
N apprend par les nouvelles de Naples que
toutes les fêtes que la Ville a données à l'occafion
de la naiffance du Duc de Calabre , ont été
d'une extrême magnificence , & qu'elles fe font
paffées avec le plus grand ordre. Les Galeres du
Roi font revenues des Ports de l'Etat degli prefidii ,
d'où elles ont ramené les Régimens qui y étoient
en garniſon & qui ont été relevés par d'autres troupes.
Un convoi de trente bâtimens a mis dernierement
DECEMBRE, 1747. 169
ment à la voile , pour porter à Génes des vivres de
differentes efpeces . Il y eut les de Novembre une
Violente tempête, accompagnée d'une fi forte pluye
qu'un grand nombre d'animaux ont été noyés
dans la campagne . Le tonnerre eft tombé fur plufieurs
édifices,& y a caufé des dommages très-confidérables
. On attend inceffamment le Duc de
Medina Coeli , Ambafladéur Extraordinaire de fa
Majefté Catholique . Le Cardinal Cofcia eft dan
gereufement malade en cette ville , & les lettres de
Rome marquent que le Cardinal Alberoni eft auf
dans un état qui fait craindre pour les jours.
S
DE TURIN le 25 Novembre.
Uivant les nouvelles de l'armée combinée de
France & d'Efpagne les troupes de cette armée
, qui étoient campées dans les environs de
Vintimille & le long de la Roya ,' fe font mifes en
marche vers Nice , & l'on compte-qu'il ne reftera
dans le Comté de ce nom que trente bataillons , la
plupart Efpagnols , prefque toutes les troupes Françoifes
devant aller prendre des cantonnemens dans
la Provence entre le Var & l'Argens . Celles du
Roi de Sardaigne fe difpofent aufli à entrer bientôt
dans leurs quartiers d'hyver. S. M. Sard . avoit
ordonné d'établir quelques batteries fur le rivage
de la mer près de Vintimille en-deça de la Bevera ,
afin d'empêcher les ennemis de tenter aucun débarquentent
de ce côté , mais le Château de Vintimille
a fait un feu fi vif fur les travailleurs , qu'on
n'a pû exécuter ce projet . M M. Furno , Quaglia,
& Ravichio, Officiers d'Artillerie au fervice du Roi,
ont été bleffés en cette occafion. Le premier ba
taillon du Régiment de Piedmont & le fecond du
Régiment de Saluces fout allés à Savonne , & l'on
II. Vok H
170 MERCURE DE FRANCE.
31
a envoyé à Final le premier bataillon du Regi
ment des Fufiliers . Le Général Wentworth eft
tombé malade depuis fon retour de Milan.
DE CHAMBERY le 22 Novembre.
Nà reçû avis que P'Infant Don Philippe ,
accompagné du Duc de Modéne , du Maréchal
Duc de Belle Ife & du Marquis de la Mina ,
étoit retourné le 13 Novembre à Nice ; que ce
Prince en devoit partir quelques jours après pour
Montpellier,& que leMaréchal Duc de Belle-ifle &
le Marquis de la Mina fe difpofoient à fe rendre ,
le premier à Paris & fe fecond à Madrid, Pendant
l'abſence du Maréchal Duc de Belle-lle , le Marquis
de Mirepoix commandera les troupes Franoiles
en Provence & dans le Comté de Nice.
Avant que l'armée le sfoit léparée , l'Infant Don
Philippe a jugé à propos de chaffer les ennemis,
d'un pofte qu'ils occupoient fous Bera. Comme ils
ne nous y ont pas attendus , cette entrepriſe a
réuffi fans qu'il en ait coûté un feul homine . On a
Jaiffé vingt bataillons Eſpagnols à portée de fecourir
Vintimille , cette Place étoit attaquée. Les
bruits qui avoient couru que plufieurs des
Régimens qui font en Savoye devoient le porter
en Provence , ne fe font pas confirmés. Il vient au
contraire dans ce Duché , outre la Cavalerie Ef
pagnole , fix nouveaux bataillons des troupes de
Gette Nation.
DECEMBRE. 1747. 171
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &.c.
E´S de ce mois , Fête de la Conception
de la Sainte Vierge , le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle du
Château la Meffe chantée par la Mufique.
L'après-midi la Reine accompagnée de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine , & de Mefdames de France ,
affifta à la Prédication du Pere Griffet , de
da Compagnie de Jefus , & enfuite aux
Vêpres.
Le 10 fecond Dimanche de l'Avent ,
leurs Majeftés entendirent la Meffe dans
la même Chapelle , &.l'après-midi la Reine
, accompagnée comme le jour de la Fête
de la Conception , affiſta au Sermon da
Pere Griffet.
La Reine.communia le 7 par les mains
de l'Archevêque de Rouen , fon Grand
Aumônier.
Le 3 les Maréchaux de Laval Montmo
rency , de Clermont Tonnere , de la Mo-
-the Houdancourt & de Lowendalh , prê
terent ferment de fidélité entre les mains
du Roi.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Le Cardinal de Soubize , accompagné
du Grand Maître & du Maître des Cérémonies
, fut conduit le 12 par le Chevalier
de Sainctor , Introducteur des Ambaffadeurs
à l'audience de la Reine , à laquelle
il préfenta l'Abbé Onorati , Camerier
d'honneur du Pape , qui remit à Sa Majeſté
un bref de Sa Sainteté. Pendant l'audience
on apporta un tabouret , & le Cardinal
de Soubize s'affit. Il fut conduit enfuite
avec les mêmes cérémonies aux au
diences de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame la Dauphine , de Madame & de
Mefdames de France .
Le 10 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont pris le deuil pour la
mort de la Ducheffe Douairiere de Brunfwick
Wolfenbuttel , grande Tante de Madame
la Dauphine.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle , étant
arrivé de Nice le 7 de ce mois , alla le même
jour à Verſailles rendre fes refpects au
Roi qui le reçut très- favorablement.
Le 17troifieme Dimanche de l'Avent
le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meſſe chantée par
la Mufique.
Leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France affifterent
DECEMBRE. 1747. 173
L'après-midi à la Prédication du Pere Griffet
de la Compagnie de Jefus. *
M. de Machault Contrôleur Général
des Finances prêta le 3 ferment de fidélité
entre les mains du Roi pour la charge de
grand Tréforier des Ordres de S. M.
Le Roi a donné à l'Archevêque de Sens
la place de Confeiller d'Etat ordinaire ,
vacante par la mort de l'Abbé de Ravannes.
Le 19 le Maréchal Comte de Saxe arriva
de Bruxelles , & il alla le 21 rendre fes refpects
au Roi dont il a été reçû très- favorablement.
Le 24 de ce mois quatriéme Dimanche
de l'Avent le Roi & la Reine entendirent :
dans la Chapelle du Château la Meffo
chantée par la Mufique.
Leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France affifterent
l'après-midi aux premiéres Vêpres de la
Fête de la Nativité de Notre - Seigneur ,
auxquelles l'Evêque de Dijon officia.
- Le 25 jour de la Fête leurs Majeftés ayant
entendu trois Meffes à minuit après avoir
affifté aux Matines , le Roi entendit le
matin la grande Meffe , célébrée pontificalement
par l'Evêque de Dijon & chantée
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
par la Mufique . La Reine entendit la mê
me Meffe dans la Tribune.
L'après-midi le Roi affifta à la Prédication
du Pere Griffet de la Compagnie de
Jefus & enfuite aux Vêpres auxquelles le
même Prélat officia .
Le 20 Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine ont quitté le deuil qu'ils
avoient pris le 10 pour la mort de la Du
cheffe Douairiere de Brunſwick Wolfenbuttel.
BENEFICES DONNE'S.
É Roi a nommé à l'Evêché de Glan
déve l'Abbé de Caftellane , Vicaira
Général de l'Archevêché d'Auch.
".
S. M. a accordé, l'Abbaye des Vertus
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Châ
Jons fur Marne à l'Abbé de Faraman , Vir
caire Général de l'Archevêché de Paris.
Celle de S. Sever , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Coutances à l'Abbé Danneville.
de Chifrevaft , Vicaire Général de l'Evêché
de Coutances .
Celle de Reclus , Ordre de Cifteaux ,
Diocèfe de Troyes à l'Abbé Barrin de la
Galiffoniere , Vicaire Général de l'Evêché
de Troyess
DECEMBRE . y
$75. 1747 .
"
Celle de Saubalade , même Ordre , Dio
cèfe de Lefcars à l'Abbé Damou , Vicaire
Général de l'Evêché de Lefcars.
L'Abbaye Reguliere de Maroilles , Ordre
de S. Benoît , Diocèfe de Cambrai à
Dom Meſtiviers , Religieux & Prieur de
cette Abbaye.
Celle de S. Aufone , même Ordre , Dio
cèfe d'Angoulême à Madame d'Eſcars de la
Renaudie.
De Bruxelles , le 10 Décembre,
Cdesaxe vit faire l'épreuve de quelques
Es jours derniers le Maréchal Conte
piéces de canon & de quelques mortiers de
nouvelle invention . On attend ici de Paris
le Maréchal de Lowendalh dans le courant
de cette femaine . Le Comte d'Eftrées & le
Marquis de Salieres , Lieutenans Géné
raux , fe font rendus en cette Ville , pour
conferer avec le Maréchal Comte de Saxe.-
Un convoi confidérable , qu'on a envoyé
à Bergopfoom , y eft arrivé fans aucun ob
ftacle. Quelques Régimens ont marché
pour renforcer les troupes qui font dans le
Pays de Waës. L'échange des prifonniers
Hellois ayant été reglé , on en a conduit he
centfous une escorte au premier poſte que
H
176 MERCURE DE FRANCE.
les Alliés ont fur la frontiere du Marquifat
d'Anvers. Selon les avis reçûs de Liége
dix-fept Bataillons & quinze Efcadrons
des troupes de la Reine de Hongrie y ont
pris des quartiers. Ces avis ajoûtent que
les Huffards , qui étoient dans les Fauxbourgs
, ont été diftribués à Blaret , à
Grainville & à Warenes. Le Feldt- Maréchal
Comte de Bathiany elt allé à Maeftricht,
afin d'achever de regler ce qui concerne
la répartition des troupes de fa Ma
jefté Hongroife.
De la Rochelle le 10 .
Il eſt arrivé ici de la Martinique un navire
Marchand , nommé le Marin , qui a
foutenu à la vûë de l'Ifle- Dieu un combat
contre un Corfaire Anglois , de cent cinquante
hommes d'équipage. Auffi -tôt que
le Capitaine Huardon , qui commande ce
navire , eut découvert le bâtiment ennemi
, il cargua fes baffes voiles , & il mit
en travers pour l'attendre . Le Corfaire s'étant
avancé à la demi portée du canon , on
lui lâcha une bordée . Il s'approcha jufqu'à
la portée du piftolet , pour empêcher par
le feu continuel de fes fauconneaux & de fa
moufqueterie de charger le canon , mais
quoique le Capitaine Huardon n'eut que
DECEMBRE. 1747- 177
>
quarante hommes en état de combattre &
de manativrer , le refte de fon équipage.
étant malade du fcorbut , les ennemis ne
pûrent foûtenir la vivacité de fon feu , &
ils pafferent par l'arriere de fon vaiffeau ,
dans le deffein d'en venir à l'abordage . M.
Huardon fit fur le champ arriver pour leur
préfenter le bas bord , & s'étant mis en
devoir de braffer lui-même le Perroquet
il reçût dans l'épaule droite un coup de fufil
, qui le traverfa de part en part . Dans le
même tems une bordée de canon ayant
fort maltraité le Corfaire dans fes mancu.
vres , il fut obligé de s'éloigner . Une
heure & demie après il revint , fe fervant
de fes avirons , parce qu'on étoit pour lors
en calme. Il attaqua de nouveau le navire
le Marin , & ce fecond combat dura près
de deux heures , mais l'équipage du bâtiment
François s'eft défendu avec tant de
valeur que le vaiffeau ennemi a été obligé
de fe retirer après avoir fait une perte confidérable
.
De Bruxelles , le 14.
Le Comte d'Eftrées & les autres Offi
ciers Généraux , qui étoient venus ici pour
affifter à des conferences , font retournés
dans leurs Départemens . Les Régimens de
Lowendalh & de Frife doivent être aug-
Hy
178 MERCURE DE FRANCE..
mentés chacun d'un Bataillon , On travaille
avec toute la diligence poffible à réparer
les fortifications de diverfes places fituées .
fur la Meufe & fur l'Efcaut. Le Maréchal
Comte de Saxe a ordonné de couper dans :
la Forêt de Soignies une grande quantité
d'arbres , dont on fe fervira pour faire des .
affuts. Ce Général fait établir à Namur des
magafins de toute forte de munitions. Le
Marquis de los Rios , fils du Feldt -Maréchal
de ce nom , a reçû avis que le Prince :
Stathouder des Provinces-Unies l'a nomme
Colonel d'un nouveau Régiment que
doivent lever les Etats Généraux. Il a paſfé
ici un courier allant à la Haye avec
des dépêches du Duc de Huefcar , Ambaſfadeur
du Roi d'Eſpagne auprès du Roi.On
á appris qu'un parti des troupes de la Reine
de Hongrie , s'étant avancé il y a quelques
jours vers l'Abbaye de Maloné, il avoit
été furpris par un détachement de la Gar-.
nifon de Namur , lequel a fait en cette.ocsafion
trente- cinq prifonniers..
De Bruxelles , le 24%..
Le Maréchal Comte de Saxe , après
avoir eu plufieurs conférences avec le Maréchal
de Lowendalh qui eft revenu ici de
Paris le 14 de ce mois , partir le 17 au ma- .
tin pour le rendre à la Cour. Certe Ville an
DECEMBRE . 1747. 179
•
*
fourni fept cent mille florins pour fa part
du fubfide extraordinaire de deux millions
que
le Roi a demandés aux Etats de Brabant
, & qu'on leve par forme de Capitation
. Le 11 M. Seigneur , Commiffaire
des Guerres , fit la revue des troupes quii
font ici en garnifon , & dont tous les Ré--
gimens font prefque complets. Un Régi
ment Irlandois marcha le 15 d'Anvers
pour aller renforcer la garnifón de Ber
gopfoom, où l'on a envoyé en même- terns
un convoi confidérable de toute forte de
munitions. On a fait affembler dans cetrez
derniere ville un grand nombre de che
vaux d'artillerie, Treize bâteaux Hollan--
dois , qui avoient été arrêtés à Anvers ,,
ont été relâchés , à condition dé s'en re--
tourner à vuide. Quelques paffagers venus :
de Maeſtrich ont rapporté que les Alliés fe
difpofoient à envoyer à Bréda un corps
nombreux de troupes avec un train confi
dérable d'artillerie. Le 12 le Marquiss
d'Herzelles qui a été Sur -Intendant des s
Finances du Brabant fous le précédent
Gouvernement , arriva de Liége . Le Come
te de Maldeghem , Lieutenant Feldt- Ma
réchal au fervice de la Reine de Hongrie ,,
eft mort en cette Ville le 15 âgé de qua
tre-vingt quatorze ans.»»
Hvj j
180 MERCURE DE FRANCE.
PROMOTION d'Officiers Généraux
& de Brigadiers.
M
Lieutenans Généraux.
Effieurs le Marquis de Rochelin ,
Gouverneur du Port Louis; le Comte
de Tavannes , Commandant en Bourgogne;
Thomé, Darros, Marquis de Lanmary,
Ambaffadeur du Roi en Suede ; Marquis
de Fimarcon ; Comte du Roure , Gouverneur
du Fort Louis , & Sous-Lieutenant de
la premiere Compagnie des Moufquetaires
de la Garde de Sa Majefté ; Comte de
Mauroy ; Comte de Graville , Infpecteur
Général de la Cavalerie ; Duc. de Briffac ;
Comte de Beuvron ; Marquis de Monconfeil
, Infpecteur Général de l'Infanterie ;
Marquis de Souvré ; Marquis de Biffy
Commiffaire Général de la Cavalerie ; Duc
deChevreuſe , Meftre de Camp Général des
Dragons; Marquis de la Cofte Meffeliere,
Cornette de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde du Roi ; Marquis du
Châtelet ; Comte de Courten , Colonel
d'un Régiment Suiffe ; de Larnage ; Marquis
de Rubempré ; Comte d'Harcourt ;
Duc d'Aumont ; Duc d'Ayen ; Prince de
Soubize , Capitaine Lieutenant de la ComDECEMBRE.
1747. 181.
pagnie des Gendarmes de la Garde de Sa
Majefté ; Duc de Chaulnes , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevau-
Legers de la Garde du Roi ; Razeaud , Ingénieur
Prince de Naffau Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie Allemande
; Comte d'Aumale , Ingénieur .
Maréchaux de Camp.
Meffieurs de Tilly , Miniftre du Roi au
près de l'Electeur Palatin ; Marquis de
Thiboutot , Lieutenant d'Artillerie ; dé
Torcy, Colonel Réformé d'Infanterie ; de
Saint Clair, Aide Major d'une Compagnie
des Gardes du Corps ; de Warneville , Enfeigne
d'une Compagnie des Gardes du
Corps ; Comte d'Apremont , Commandant
un Bataillon du Régiment des Gardes
Françoifes ; de Landreville , Enfeigné d'une
Compagnie des Gardes da Corps ;
d'Affty Lieutenant Colonel du Régiment
des Gardes Suiffes ; Bailly de Grille ,
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à cheval ; Marquis de Valence
, Colonel du Régiment d'Infanterie
de Bearn ; de Staal , Capitaine au Régiment
des Gardes Suiffes ; Chevalier du
Chatelet , Sous- Lieutenant de la Compapagnie
des Gendarmes de Berry ; Comte
>
182 MERCURE DE FRANCE.
de Vauban, Sous- Lieutenant de la Compa
gnie des Chevau - Légers de la Reine ;
Marquis de Dromefnil , Capitaine- Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes
Dauphins ; Marquis d'Hauffonville , Colonel
du Régiment d'Infanterie Royal
Rouffillon ; Marquis d'Havrincourt , Mef
tre de Camp du Régiment des Cuiraffiers ;
Marquis de la Saone , Commandant un
Bataillon du Régiment des Gardes Françoifes
; Marquis de la Chaiſe , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Gendar
mes de Berry de la Salle , Maréchal des
Logis & Aide-Major de la fécondeCompa
gnie des Moufquetaires de laGarde du Roi,
Marquis de Poyanne , Meftre de Camp du
Régiment de Cavalerie de Bretagne ; Mar
quis de Lignieres , Capitaine Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Anglois 5
Comte de Tyrconel , Capitaine dans le
Régiment Irlandois de Fitz-James ; Marquis
de Barbanfon , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie ; du Pleffis , En
feigne d'une Compagnies des Gardes du
Corps ; Marquis de Perreufe , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Blaifois;Marquis
de Berville, Colonel du Régiment d'Infan
terie de Rouergue ; Baron d'Ordre, Enfeigne
d'une Compagnie des Gardes du Corps ;
Marquis d'Efcorailles , Sous Lieutenant
..
DECEMBRE. 1747 1833
de la Compagnie des Chevau- Legers de la
Garde du Roi ; de la Serre , Lieutenant
Colonel du Régiment d'Infanterie du Roi;
de Montmort , Lieutenant d'une Compagnie
des Gardes du Corps ; du Pleffis , Ca---
pitaine dans le Régiment Meftre de Camp
Général Dragons; Marquis du Terrail, Meftre
de Camp du Régiment de Dragons de la
Reine;Marquis deCrenay ,Meftre de Camp
Lieutenant du Régiment de Cavalerie de
Penthiévre ; Marquis de Caftellane , Ma- -
jor de la Gendarmerie ; Marquis de Rannes
, Meftre de Camp du Régiment de
Dragons de Languedoc ; Vicomte d'Aubeterre
, Colonel du Régiment d'Infanterie :
de Provence ; Marquis de Cruffol , Colonel
du Régiment d'Infanterie de l'Ifle de
France ; Comte de Montmorency , Colonel
du Régiment Dauphin , Infanterie ;;
Duc d'Agenois , Colonel du Régiment
d'Infanterie de Brie ; Comte de Guiry ,
Meftre de Camp Lieutenant d'une Brigade
du Régiment Royal des Carabiniers ;
Chevalier Balthazar , Lieutenant Colonel >
du Régiment Suiffe de Vigier ; Marquis
du Barail , Colonel du Régiment d'Infanterie
du Vivarais ; Chevalier Dailly , Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Rouf
fillon , Cavalerie ; de Sainte Segraux
Lieutenant Colonel du Régiment d'Infan
184 MERCURE DE FRANCE.
fanterie d'Artois ; de Vareix , Comman
dant un Bataillon du Régiment Royal
Artillerie ; de Tanus , Lieutenant Colonel
du Régiment de Champagne ; de Fontenay
, Commandant un Bataillon du Ré.
giment Royal Artillerie ; de Puinbecque ,
Commandant un Bataillon du Régiment
Royal Artillerie ; de Sabrevois , Lieutenant
d'Artillerie ; de Turmel , Capitaine
d'une Compagnie de Mineurs ; Pelletier
Lieutenant d'Artillerie ; Chevalier Pelletier,
Lieutenant d'Artillerie ; Chevalier de
Fontenay , Lieutenant d'Artillerie'; Dupas,
Lieutenant d'Artillerie ; Artus , Ingénieur;
Doyré , Ingénieur ; Comte de Vogué ,
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment
Dauphin Dragons ; Marquis de Beaucaire,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
; Marquis de Ruffey , Colonel du
Régiment d'Infanterie de Boulonnois.
Brigadiers d'Infanterie.
" Mefieurs de Mortaigne Colonel
Commandant un Bataillon de Milice ;
Marquis de Joyeuſe , Colonel du Régi,
ment de Ponthieu ; Marquis Monti , Colonel
du Régiment Royal Italien ; d'Er ,
lach , Capitaine au Régiment des Gardes
Suiffes ; Marquis de Polignac , Colonel
DECEMBRE. 1747.
189
d'un Régiment de la Milice de Lorraine ;
Zelger , Lieutenant au Régiment des Gardes
Suiffes ; Pestalozzi , Premier Aide-
Major de ce Régiment ; Marquis de Traif
nel , Colonel d'un Régiment ; Gayon ,
Colonel Réformé ; de Saint Aubin , Capitaine
d'une Compagnie de Grenadiers
du Régiment des Gardes Françoifes ; de
Vifé , Capitaine au Régiment des Gardes
Françoifes ; de Voifenon , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes ; Comte
de Chaftelux , Colonel du Régiment
d'Auvergne ; de Bruflart , Lieutenant Colonel
du Régiment de Picardie avec rang
de Colonel '; de Malides , Capitaine au
Régiment des Gardes Françoifes ; Comte
de Montchevreuil , Capitaine au Régi-
- ment des Gardes Françoifes ; Marquis de
· la Chaftre , Colonel du Régiment de Cambraifis
; de Brocq , Capitaine au Régiment
des Gardes Françoifes ; d'Eftavaye , Capitaine
au Regiment des Gardes Suiffes ;
Prince de Robecq , Colonel du Régiment
de Limofin , Deguerty , Lieutenant Colonel
du Régiment Itlandois de Lally avec
de Colonel ; Chevalier de Belac, Colonel
du Régiment Royal Cantabres; Marquis
de Lemps , Colonel Commandant du
Régiment de Bretagne; de Clairac, Riverfon
, Pinfun , Thierry , de Bourcet , de
rang
186 MERCURE DE FRANCE.
Pefne & Filley , Ingenieurs ; d'Haudrecy ,
Lieutenant Colonel du Régiment de Condé
; Rouffel de Pré , Lieutenant Colonel
du Régiment de Cuftine ; de Choumouroux
, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Auvergne , Befnard , Lieutenant Colonel
du Régiment de Rohan ; de Gantés ,
Lieutenant Colonel Commandant un
Corps de Volontaires ; Guille , Capitaine
d'une Compagnie d'Ouvriers ; Chevalier
de Pluviers ; Lieutenant d'Artillerie , Regnauldot
, Lieutenant d'Attillerie ; Anfard
de Moay , Lieutenant d'Artillerie ; d'Invilliers
, Lieutenant d'Artillerie..
Brigadiers de Cavalerie.
-Meffieurs Foucault , Maréchal des Logis
de la feconde Compagnie des Moufquetai-
-res de la Garde du Roi de Franclieu, Maréchal
des Logis de la premiere Compagnie ;
de Sefmaifons , Exempt d'une des Compagnie
des Gardes du Corps ; de Vareilles ,
Exempt d'une desCompagnie desGardes du
Corps, Chevalier deChampignelles, Exempt
d'une desCompagnies desGardes duCorps;
de Coffé, Maréchal des Logis de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi ;
Vaucreffon de, Cormainville , Capitaine
- dans le Régiment du Meftre de Camp Général,
& Maréchal des Logis de la Cava-
1
DECEMBRE. 1747. 187
lerie ; Duc de Beauvilliers , Meftre de
Camp d'un Régiment ; Comte de Bacqueville
, Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes d'Orleans ; Comte de Se--
gur de Cabanac , Guidon de la Compagnie.
des Gendarmes de la Garde de Sa Majefté ;
Marquis de Soyecourt , Meftre de Camp
du Régiment Dauphin Etranger ; Marquis
'de Saluces , Meftre de Camp d'un Régiment
; Marquis de Montauban , Meſtre
de Camp Réformé à la fuite du Régiment
d'Orleans ; Marquis de la Rochefoucault
Langeac, Meftre de Camp d'un Régiment;
de Gallifet , Meftre de Camp du Régiment
de la Reine ; Marquis d'Ecquevilly , Meftre
de Camp du Régiment Royal ; de Ve
zannes , Maréchal des Logis & Aide-Major
de la Compagnie des Chevau- Legers
de la Garde du Roi ; Comte de Martel ,,
Aide-Major de la Gendarmerie ; Marquis
de Folleville , Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de Bretagne ; Marquis de
Efperoux , Capitaine Lieutenant de la
Compagnie des Gendarmes de Flandres ;
Comte de Vienne , Meftre de Camp du :
Régiment de Clermont ; Marquis de Be--
thune , Guidon de la Compagnie des Gen
darmes Ecoffois ; Vicomte de Talleyrand
'Meftre de Camp d'un Régiment ; Marquis
de Valbelle , Guidon 3 de la Compagnie des
.4
188 MERCURE DE FRANCE.
Gendarmes de la Garde de Sa Majeſté ; de
la Viefville , Meftre de Camp d'un Régiment
; Comte de Biffy , Cornette de la feconde
Compagnie des Moufquetaires ; Baron
de Wangen Guidon de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du Roi ;
Comte de Verac , Cornette de la Compagnie
des Chevau Legers de la Garde de
Sa Majefté ; Pollerelsky , Meftre de Camp
d'un Régiment de Huffards ; Marquis de
Montecler , Premier Cornette de la Compagnie
des Chevau-Legers d'Anjou ; Com.
te de Baffompierre , Premier Cornette de
la Compagnie des Chevau- Legers de la
Reine ; Chevalier de Grammont , Meſtre
de Camp d'un Régiment ; Duc de Bifache ,
Meftre de Camp du Régiment d'Egmont ;
Chevalier de Redmond , Capitaine au
Régiment du Rumin avec rang de Meftre
de Camp ; Marquis de Caftries , Meftre
de Camp du Régiment du Roi ; Marquis
Defpiés , Capitaine au Régiment de .
Cruffol avec rang de Mestre de Camp ; de
Maifons , Lieutenant Colonel de la Brigade
de Crequy du Régiment Royal Cara
biniers avec rang de Mestre de Camp ; de
Pujol , Lieutenant Colonel de la Brigade
de Montmorency du Régiment Royal Carabiniers
avec rang de Meftre de Camp ;
de Leftang , Lieutenant Colonel du RégiDECEMBRE.
1747. 189
ment de Saint Simon ; Captan , Lieutenant
Colonel du Régiment de Condé ; de'
Signy , Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans ; Dollieres , Lieutenant Colonel
du Régiment du Colonel Général ; de
Cowarruwias , fecond Lieutenant Colonel
du Régiment Royal Allemand ; dų
Plouy , Lieutenant Colonel du Régiment
de Bretagne Guitton , Lieutenant Colo,
nel du Régiment d'Egmont..
*
Brigadiers de Dragons,
M M. le Comte de Caftellane, Capitaine
auRégiment d'Orleans avec rang de Mestre
de Camp ; Comte de Lillebonne , Meftre
de Camp du Régiment d'Harcourt ; Fontés
, Lieutenant Colonel du Régiment
d'Orleans ; de la Deveze , Lieutenant Colonel
du Régiment de Septimanie ; de
Marmier , Lieutenant Colonel du Régiiment
de Bauffremont,
190 MERCURE DE FRANCE.
NAISSANCE , MARIAGES
Morts.
E 10 Décembre a été baptifé dans l'Eglife de
L5.10 more.LouisHilaire de Bouchet de
Sourches , néle 9 , fils de Louis- Hilaire de Boufchet
, Comte de Sourches , Chevalier de l'Ordre
militaire de S. Louis , Capitaine de Dragons dans
le Régiment de Languedoc , & de D. Louiſe-
Françoife le Vayer , mariés le 18 Janvier 1747.
Le Parain a été Louis-François de Boufchet , Comfe
de Sourches , Lieutenant Général des armées
du Roi , Chevalier des Ordres de S. Louis & de
S. Lazare , grand pere paternel de l'enfant ; la Maraine
D. Anne- Louiſe du Pin , veuve depuis le 8
Septembre 1740de Jean-Jacques le Vayer , Maître
des Requêtes , & Préſident au Grand Confeil ,
fa grande mere maternelle. M. le Comte de Sourches
eft fils de Louis -François de Bouschet Comte
de Sourches,Seigneur de la Ronce &c. Lieutenant
Général des armées du Roi du 20 Fevrier 1734,
& de D. Hilaire Urfule de Thierſault , mariés le
23 Octobre 1715. Son Ayeul Louis -François de
Boufchet , Marquis de Sourches , Comte de Mont
Soreau , & c, devenu aîné par la mort de Dominique
de Bouschet fon frere élevé enfant d'honneur
du feu Roi , mort le 24 Novembre 1743 , fut
pourvû de la charge de Prevôt de l'Hôtel du
Roi , & Grande Prevôté de France , & Conſeiller
d'Etat en 1677 après la mort de Jean de Boufcher
DECEMBRE . 1747. 194
fon pere , Marquis de Sourcher , Comte de Mont
foreau , Prevôt de l'Hôtel du Roi & Grande Prevôté
de France , fait Chevalier des Ordres du Roi
à la promotion du 31 Décembre 1661 , mort le
Février 1677 ; ilétoit fils d'Honorat de Boufcher
Baron de Sourches , Chevalier de l'Ordre du Roi
Gentilhomine ordinaire de fa Chambre , & de D.
Catherine Hurault de Vibraye , & petit fils de
François de Boufchet , Seigneur Châtelain de
Sourches , Chevalier de l'Ordre du Roi , Gentilhomme
ordinaire de faChambre & Capitaine d'u
ne Compagnie de cinquante Lances fournies des
Ordonnances du Roi , charge dont il fut pourv
au lieu de feu M. le Prince de Dombes , par Com
miffion du 29 Janvier 1583 , & de D. Sidoine du
Pleffis Liancour , mariés le 6 Avril 1556.
La Maiſon de Boufchet Sourches , l'une des
premieres de la Province du Maine par fon ancienneté
, par fes alliances & par fes fervices mili
faires , eft aujourd'hui partagée en deux branches.
Louis de Boufchet , Marquis de Sourches , Comte
de Montforeau , &c. Confeiller d'Etat , Prevôt
de l'Hôtel du Roi , & Grande Prevôté de France ,
Maréchal des camps & armées de fa Majefté , eft
chefde la branche aînée , il a épousé , 1º. le 7
Février 1730 D. Marie Charlotte-Antoinine de
Gonttau Biron , morte le 6 Juillet 1740 , fille de
M. le Maréchal Duc de Biron , & de D. Marie
Antoinette de Beautru-Nogent , de laquelle ila
eu plufieurs enfans , & il s'eft remariée le 17 Août
1741 avec D. Marguerite Deſmarets , fille de M.
le Maréchal de Maillebois , & de D. Marie- Emmanuelle
d'Alegre , dont il a deux garçons & une
fille.
Louis-François de Boufchet , Comte de Sour92
MERCURE DE FRANCE.
" ches Lieutenant Général des armées du Roi ,
chef de la branche cadette eft onele de M. le Marquis
de Sourches , dont le Comte de Sourches qui
donne lieu à cet article , eft coufin germain ; l'un
& l'autre ont pour oncles Jean- Louis de Boufchet
de Sourches , Evêque de Dol depuis l'an 1715 , &
Louis- Vincent de Boufchet de Sourches , dit le
Chevalier de Sourches , Chevalier profès de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Commandeur de
Laon , Brigadier des armées du Roi du 1 Fevrier
1719.75
Les armes de cette Maiſon font d'argent à deux
faffes de fable. Voyez l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne v . 9. fol. 197 & pour la gé
néalogie de la famille de le Vayer , le Mercure du
mois d'Avril 1746..
Le 27 Novembre a été fait à S. Euſtache le mariage
d'Amable- Gafpard de Thiange, Chevalier Vi
comte de Thiange , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de ſou nom , Chambellan du Roi de Pologne
; fils de Claude de Thiange dit le Comte de
Thiange , Seigneur de Bord , de Pelchin , de Chaveroche
, &c. & de Dame Louife -Henriette de S.
Simon de Courtomer , mariés le 23 Juillet 1722 ,
avec Dile Marie- Anne - Jeanne Bernard de Balinvillier,
fille de Charles Bernard , Ecuyer, Seigneur
de Balinvillier , Confeiller Sécrétaire du Roi , &
de D. Marie-Magdeleine Labbé. M. de Thiange
eft neveu de M. Amable de Thiange , Chevalier
de Malte , Grand Croix & Commandeur des Commanderies
de la Salle & de Ville Franche , &c . &
fort d'une Maiſon diftinguée par fon ancienneté
fes alliances ; dont les armes font d'argent à
trois trefles de gueules pofés 2 & un. &
par
Le
DECEMBRE . 193 1747 .
Le 12 Décembre a été fait à S. Euftache le mariage
de Marc- Antoine de Cuftine , Marquis de
Cufline , Brigadier des armées du Roi du Mai
1745 , Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom , Lieutenant de Roi en Lorraine , fils de Chriftophe
de Cuftine , Marquis de Cuftine , Seigneur
des Etangs , de Pontigny & grand Bailly de Nancy
, Confeiller d'Etat des Ducs Leopold & François
de Lorraine , Colonel du Régiment de leur
Garde , Gouverneur pour leur ſervice des Ville &
Citadelle de Nancy & de feue D. Antoinette de
Nottencourt , avec Catherine - Charlotte- Louife de
1a Vieuville S. Chamont , née le Avril 1725 .
fille de Charles-Louis- Jofeph de la Vieuville ,
Comte de Vienne , Marquis de S. Chamond , premier
Baron de Lyonnois & de Champagne ; Baron
de Confolant & de Miofang , premier Baron de
Savoye , Chevalier de l'Ordre de S. Louis , Colonel
d'un Régiment de Dragons du 11 Janvier1705,
Brigadier des armées du Roi du 1 Fevrier 1719
& de D. Genevieve Gruyn , mariés le 1 Fevrier
1724 , petite fille de Charles- Emanuel de la Vieuville
, Comte de Vienne & de Confolant , Meftre
de Camp du Régiment du Roi Cavalerie , mort le
17 Janvier 1720 , & de D. Marie- Anne Mitte de
Chevrieres , Marquiſe de S. Chamond , mariée le
30 Novembre 1684 , & morte le 22 Novembre
1714 , fille & héritiere de Henri Mitte de Chevrieres
, Marquis de S. Chamond & de Charlotte
Suzanne de Gramont. Voyez la généalogie de la
Maifon de la Vieuville , illuftre par fon ancienneté
, par les titres d'honneur & par fes alliances , & c.
dans l'hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
vol . 8 fol . 758 ; la Maifon de Cuftine eft marquée
en Lorraine par fon ancienneté , par fes alliances
& par les premieres charges militaires dont elle a
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
été honorée à la Cour des Ducs de I orraine .
Le 19 Novembre Philippes-François de Grimoard
, Seigneur de Villars , Commandeur de l'Or
dre de S. Louis , ancien Capitaine du Régiment
des Gardes Françoifes , & Gouverneur de Bar-fur-
Aube, mourut à Paris agé de plus de 80 ans. Cette
Nobleffe eft connue dans le Perigord & le Poitou
& marquée par des fervices militaires .
Le 26 Don François-Marie Pic de Borghese , d'Eft,
Duc de la Mirandole & de Concorde , Grand d'Eſpagne
de la premiere Clafle, Chevalier de l'Ordre de
la Toifon d'Or, & de celui de S. Janvier Majordome
Major de la Maifon du Roi d'Efpagne , mourut
à Madrid âgé de 59 ans , étant né le 30 Septembre
1688 ; il étoit fils de François Pic , Duc
de la Mirandole & de Concordia , mort le 19
Avril 1689 , & d'Anne Camille Borghefa de Sulmona
; il étoit veuf depuis le 15 Septembre 1723
de Marie- Therefe Spinola , avec laquelle il avoit
été marié le 14 Juin 1715 , & dont il avoit eu
quelques enfans ; voyez la généalogie de la Maifon
de Pic Ducs de la Mirandole en Italie , dans
les Souverains du monde , vol . 4 fol . 174 , les tables
généalogiques d'Hubners , le Dictionnaire hiftorique
de Morery , & c.
Le 6 Décembre Louis-Etienne de Chabenat, Seigneur
de Bonneuil de la Malmaison , Confeiller au
Parlement depuis le s Août 1716 , mourut à Paris
âgé de cinquante- trois ans , laiffant de fon mariage
avec feue Dame Marie- Magdeleine Boucher
morte le 8 Mars 1742 , André- Charles - Louis de
Chabenat de Bonneuil reçu Confeiller au Parlement
le 21 Août 1744 , N.... de Chabenat Officier
aux Gardes , & N.... de Chabenat non encore
pourvû.
Il étoit fils de Michel de Chabenat, Seigneur de
DECEMBRE . ' 1747. 195:
Bonneuil , Introducteur des Ambaffadeurs , & de
Dame Catherine- Charlotte le Febvre de la Malmaifon
, & petit-fils d'Etienne de Chabenat , Seigneur
de Bonneüil -fur - Marne , Vicomte de Savigny
, Baron de Nouan , auffi Confeiller du Roi
en fes Confeils & Introducteur des Ambaffadeurs ,
mort le 24 Avril 1680 , & de Danie Magdeleine
Petit de Paffy. Voyez la Généalogie de la famille
de Chabenat dans l'Histoire de Berry , par la Taumaffiere
fol. 1044.
Le même jour Dame Angelique le Blond femme
de Denis Rouillé des Filletieres , Seigneur de
Chaftres en Brie , les Boulets , &c. mourut à Paris
âgé de..... Meffieurs Rouillé de Filletieres & de
Beauvoir font de même famille que Meffieurs
Rouillé de Fontaines , de Roiffy , de Marly &
d'Orfeuil , dont il y a eu plufieurs Maîtres des Re+
quêtes & Confeillers au Parlement , & c.
Le 9 Dame Anne - Jeanne Auzanet veuve en
premieres nôces de M. François Galliot Gallard
Seigneur de Courance,de Dannemois, de Poinville,
& c. Guidon des Gendarmes Flamands , mort le 23
Avril 1695 , & en dernieres de M. Gilbert Guilmin
, Comte de Montgeorges , Maréchal des
camps & armées du Roi, Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , & ci- devant Capitaine au
Régiment des Gardes Françoiſes , mort le 13 Décembre
1735 & avec lequel elle avoit été mariée
le... Janvier 1710 , mourut à Paris âgée de quatre-
vingt ans , fans laiffer d'enfans de ce dernier
mariage , mais ayant eu de fon premier Dame
Anne-Marguerite- Catherine Gallard de Courance
, aujourd'hui veuve depuis le... Octobre 1720 ,
de Nicolas Potier Seigneur de Novion , Con
feiller au Parlement , avec lequel elle fut mariée
le 11 Décembre 1708 , & mere d'André Potier ,
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur de Novion , aujourd'hui Préſident à
Mortier au Parlement depuis le 28 Mai 1732 .
Madame de Montgeorges qui donne lieu à cet
article étoit fille de BarthelemiAuzanet Confeiller
au Grand Confeil en 1670 , mort le 27 Octobre
1671 , & de Dame Anne de Creil morte le 27 Février
1699.
Le 10 André Guillaume Darlus Secretaire du
Roi , & l'un des Fermiers Généraux de Sa Majeſté,
mourut à Paris laiffant de fon mariage avec feue
Dame Françoiſe Geneviève Gaudicher deux filles ,
Geneviève - Charlotte Darlus , mariée le ... Mars
1735 avec M. Louis-Lazare Thiroux Seigneur de
d'Arconville , Confeiller au Parlement , & N....
Darlus mariée le ..... avec M. Angran , alors
auffi Confeiller au Parlement , & à préfent Procureur
Général au Grand Confeil.
Le 13 Mathieu Pinfonneau Conſeiller du Roi
en fes Confeils , Maître ordinaire en fa Chambre
des Comptes de Paris, reçu le 20 Juin 1704 , ancien
Tréforier de l'Ordre Royal & militaire de Saint,
Louis , mourut âgé d'environ quatre - vingt- douze
ans. Il étoit fils de Julien Pinfonneau Ecuyer
Confeiller Secretaire du Roi , & de Dame Françoife
de Hauterive . Il avoit été marié le 12 Novembre
1691 avec Dame Petronille Triboulleau ,
morte le... Janvier 1736 , & il en avoit eu Dame
Petronille- Françoiſe Pinſonneau , mariée le 12
Avril 1714 avec Julien - Louis Bidé Seigneur de la
Grandville , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roi , & Intendant de Lille en Flandres ,
& à préfent Confeiller d'Etat & Chancelier de
M. le Duc d'Orleans , dont il y a plufieurs enfans
.
Le même jour Meffire Michel Gabriel Petit
de Ravannes Abbé de Montiersen Argonne depuis
DECEMBRE. 1747. 197..
>
1720 , Confeiller d'Etat ordinaire depuis 1722 ,
ci - devant Grand Vicaire de M. le Cardinal de
Rohan Evêque de Strasbourg , mourut à Paris
dans la foixante douzième année de fon âge , étant
né le 2 Février 1677. Il étoit fils de Michel Petit
Seigneur de Ravannes & de Villeneuve fous
Dammartin , Tréforier de France à Paris , & Maître
d'Hôtel ordinaire de Monfieur Frere du Roi ,
mort le 2 Mars 1699 , & de Dame Marguerite du
Faultray mariée le 11 Janvier 1671 , & morte le
3 Décembre 1702 , & petit - fils de François Petit
Seigneur de Paffy , de Ravannes , de Villeneuve
& d'Eftigny, Ecuyer Confeiller Secretaire du Roi,
reçu le 3 Juillet 1636 , Maître d'Hôtel ordinaire
du Roi , mort le 17 Janvier 1664 , & de Dame
Magdeleine de Louvencourt , morte le 8 Octobre
1675. Feu M. l'Abbé de Ravannes avoit pour
foeur Anne - Marguerite Petit femme de M. Paulin
Prondre Préſident de la Chambre des Comptes ,
morte veuve le 19 Février 1736 , mere de plu-
' fieurs enfans , & il avoit pour frere aîné Jean- Baptifte
Petit Seigneur de Villeneuve , Lieutenant au
Régiment des Gardes Françoifes , mort le 4 Janlaiffant
de Dame Anne - Pierrette de
Mollart du Pleffis qu'il avoit épousée le 23 Août
1703 , François- Jean-Baptifte Petit de Villeneuve
fils unique , Confeiller au Parlement , reçu le 18
Janvier 1730 , mort fans être marié le s Septembre
1731.
vier 1735
Le 18 Dame Louife- Henriette Goujon femme
d'Alphonfe Jubert Marquis de Bouville , Maréchal
des camps & armées du Roi , & Chevalier de
l'Ordre de Saint Louis , avec lequel elle avoit été
mariée les Février 1713 , mourut à Paris âgée
d'environ cinquante-quatre ans. Elle étoit fille de
Jean Goujon Seigneur & Baron de Châteauneuf,
I iij
198 MERCURE DE FRANCE
.
Confeiller du Roi en fes Confeils , ancien Secretaire
ordinaire de fon Confeil d'Etat , Direction &
Finances , mort en 1730 , & de Dame Claude-
Henriette Donneau de Vizé , morte le 29 Août
1737. Elle étoit foeur de M. Jean Profper Goujon
Seigneur de Gafville & de Coutes , Baron de
Châteauneuf , Maître des Requêtes honoraire de
P'Hôtel du Roi , ci- devant Intendant de Juftice
de la Généralité de Rouen.
Le 19 Gabriel- François de Kermoyfan , Chevalier
des Ordres de Saint Louis & de Saint Lazare ,
Gouverneur de Redon en Bretagne , mourut à
Paris âgé de foixante-douze ans. Le nom de
Kermoylan en Bretagne eft marqué par fon ancienneté
, par fes alliances & par des fervices militaires.
Ses armes font de gueules à 7 coquilles
d'argent.
"
DECEMBRE . 1747. 199
Pécapitulation générale des Baptêmes , Mariages
Mortuaires & Enfans Trouvés de la Ville & Fauxbourgs
de Paris , & de toutes les Maifons Religieufes
d'Hommes de Filles pendant l'année 1746. ·
MOIS. BAPTESMES. MARIAGES MORTS . ENF.TROUV .
Hom. Fem. Garç.Filles .
Garç. Fill.
Janv . 833765 445 777733 128 138
Févr. 805 853 718 781 753 155 125
Mars 874 819 104 1029
888 142 134"
Avril . 778 816 240 942 816 154 161
Mai 807 807 342 917 864 155 158
Juin 704 655
343 723 713 144 115
Juil. 750 703 309
696 603 136 123
Aqût. 787797 341 635 630 145 127
Sept. 751 750 396
679 605 ris 136 O. 869 786 359
708 641 147 159
Nov. 765613 478
732 647 127 128
Dec. 640610 66 701 612129
Total 9363.8984. 4146.
B
9320.8505 . 1677. 1605
Dans toutes les maifons Religieufes d'hommes
morts pendant l'année
Dans toutes les Maifons Religieufes de Filles
mortes pendant l'année
Religionnaires morts & enterrés dans des Chantiers
, hommes
Femmes
Etrangers Religionnaires morts & enterrés
• à Paris , hommes
Femmes
Total général , Baptêmes ,
Mariages,
Hommes morts
Femmes mortes ,
Enfans Trouvés ,
75
108.
18
18347
4146
9418
8633
3282
rüij
200 MERCURE DE FRANCE.
Partant le nombre des Baptêmes de l'année
1746 excede celui des Morts de 296 .
Il y a eu en 1745 , Baptêmes ,
Mariages ,
Morts ,
Enfans Trouvés ,
Le nombre des Baptêmes de l'année 1746
eft diminué de celui de 1745 de
Celui des Mariages eft augmenté de
Celui des Morts eft augmenté de
18840
4135
17322
3234
493
II
729
Celui des Enfans Trouvés eft augmenté de 48
SPAPAPAGAYO PARA SA Pavil
ARRESTS NOTABLES .
ECLARATION DU ROI , donnée
DECLARATIONS1746 ,concernant la
Jurifdiction de la ville d'Ath.
AUTRE , donnée à Anvers le 7 Juin pour
Fadminiftration de la Juftice dans les Pays nouvellement
foumis à l'obéiffance de Sa Majefté , &
qui ont fait partie du reffort du Confeil de Malinės.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , &
Lettres Patentes fur icelui , regiſtrées au Parlement
de Flandres du 12 Août , qui ordonne le tranſport
aux Greffes du Parlement de Flandres de tous les
papiers , titres , regiftres & procédures qui font au
Greffe du Confeil fouverain de Malines & qui
peuvent concerner les Sujets du Roi , enſemble le
tranfport des deniers confignés ès mains de ceux
qui étoient ci- devant dépofitaires ou receveursdes
confignations de ce Tribunal.
DECEMBRE. 1747. 201
A AUTRE du 25 , qui ordonne par provifion ,
qu'après que les Officiers du Confeil fupérieur cidevant
établi à Mons auront prêté ferment , ils
continueront d'exercer leurs fonctions ainfi & de la
même maniere qu'ils les exerçoient avant la conquête
de la ville de Mons & du pays de Haynaut ,
& c.
DECLARATION du Roi , donnée à
Fontainebleau le 2 Novembre , qui rend au Confeil
fupérieur de Mons le Reffort & la Jurifdiction
qu'il avoit ci-devant fur la ville & châtellenie
d'Ath.
AUTRE du même jour , qui confirme le
Confeil provincial de Namur & les Tribunaux de
fon Reffort dans l'exercice de leurs Jurifdictions ,
& ordonne que les appels dudit Confeil feront
jugés au Parlement de Flandres .
AUTRE , donnée à Verſailles le 30 ,
réglement pour le Parlement de Navarre.
portant
AUTRE , donnée à Versailles le 18 Mars
11747 , au fujet de l'exécution des Sentences qui
feront rendues en matiere criminelle par les Offciers
de Juftice des pays foumis à la domination.
de Sa Majefté depuis le commencement de la préfente
guerre.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 16
Septembre , portant,modération des droits fur les
fardines venant de Bretagne dans la Province du
Maine.
AUTRE & Lettres Patentes fur icelui , regiftrées
en la Cour des Aides du 27 , pour autorifer
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
1
1
e Fermier à prendre les marchandifes qui acquit:
ent les droits de fortie , à l'eftimation fur le pied
de la déclaration , enes payant un fixiéme en fus
de l'eftimation.
AUTRE & Lettres Patentes fur icelui , regiftrées
en la Cour des Aides du même jour , pour
empêcher le verfement du fel de privilége , dont
jouiffent les habitans de plufieurs paroifles de
Bourgogne & Champagne.
ORDONNANCE du Roi du 20 Octobre,
pour la levée d'un Régiment d'Infanterie Ecoffoife
fous le nom d'Albanie.
ORDONNANCE du Roi du 30 , portant
augmentation dans le Régiment des Bretons-
Volontaires.
ORDONNANCE du Roi du 31 , pour
continuer de proroger pendant un an la ſuſpenſion
des Congés d'ancienneté dans les troupes .
ORDONNANCE du Roi du 4 Novem
bre , portant réglement pour les décomptes de la
Cavalerie Françoife , des Huffards & des Dragons ,
du premier Novembre 1747 au dernier Avril
2748%
ARREST du Confeil d'Etar du Roi du 7 ,
qui ordonne l'exécution de celui du 17 Septembre
1743 , qui permet le libre tranfport des grains
d'une Province du Royaume dans une autre , &
preferit les formalités à obferver par les Négocians
ou autres qui auront fait des marchés , enharremens
ou conventions pour raifon defdits
grains.
DECEMBRE. 1747. 203
Le Roi s'étant fait repréfenter en fon Confeil
l'Arrêt rendu en icelui le 17 Septembre 1743 , par
lequel Sa Majefté pour faciliter le commerce des
grains , en auroit permis le libre tranfport d'une
Province du Royaume dans une autre , fans prefcrire
aucune formalité ; & étant inftruite qu'en
abufant des difpofitions dudit Arrêt , quelques
particuliers par les marchés & enharremens confi
dérables qu'ils ont faits fur les grains dans les Pro
vinces les plus abondantes , & les plus en état de
fecourir celles qui ont été moins favorisées par la
récolte , cherchoient à fe rendre les maîtres du
commerce & du prix des grains , en occafionnant
une rareté qu'ils foûtiendroient à leur gré , s'il
n'étoit pris des mefures pour détruire cette efpéce
de monopole , & prévenir les inconvéniens qui en
réfulteroient infailliblement ; à quoi défirant pour
voir. Our le rapport ' du Sieur de Machault Con
feiller ordinaire au Confeil Royal , Contrôleur
Général des Finances , LE ROI ETANT EN SON
CONSEIL , a ordonné & ordonne que ledit Arrêt
du Confeil du 17 Septembre fera exécuté , -&&
néanmoins que tous négocians , marchands ,
trepreneurs , commiffionnaires ou particuliers qui
ont fait des marchés , enharremens ou conventions
pour raifon de grains dans les Provinces du» !
Royaume , defquels la livraiſon ou l'enlevement
n'ont point encore été faits , feront tenus auffi- tôc
la publication du préſent Arrêt , & avant de faire
aucun enlevement ou tranfport , de repréſenter "
aux Sieurs Intendans Commiffaires départis dans
les Provinces ou leurs Subdélégués , lefdits marchés
, enharremens ou conventions , & de juftifier
des ordres ou commiffions en vertu defquels ils les
ont paffés , & des 'deftinations qu'ils entendent leur
donner, Veur Sa Majefté que dans le cas ou lef
ena
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE.
dits Sieurs Intendans auront reconnu la validité &
l'utilité defdits marchés , enharremens ou conventions
, ils en ordonnent l'exécution , & pourvoyent
à ce que l'enlevement & la traite defdits grains
fe faffent fans retardement pour être conduits aux
lieux de leur deſtination , & qu'à l'égard des marchés
, enharremens ou conventions qui n'auront
point été dans la quinzaine de la publication du
préfent Arrêt repréſentés & approuvés par lefdits
Sieurs Intendans ou ceux par eux prépofés , ainfi
que ceux faits fans ordres ou commiffions valables
, demeurent nuls & fans effet , & que les arrhes
foient perdues pour ceux qui les auront données.
Fait Sa Majefté très- expreffes inhibitions &
défenfes , fous peine de telle amende qui fera .
arbitrée par lefdits Sieurs Intendans , tant aux
vendeurs qu'aux acheteurs ou enharreurs , de donner
aucune exécution à leurs traités , fans que
préalablement lefdits traités foient revêtus de l'approbation
& autoriſation defdits Sieurs Intendans
auxquels Sa Majefté enjoint de tenir la main à
l'exécution du préfent Arrêt , qui fera lû , publié
& affiché par tout où befoin fera , à ce que perfonne
n'en ignore.
du
ORDONNANCE du Roi du 14 , portant
réglement fur la diftribution du fel & du tabac
aux troupes dans les trois lieues de l'Artois ,
Cambrefis & du Haynaut François , limitrophes à
la Picardie , au Soiffonnois & à la Thiérache.
AUTRE du 25 , portant création d'un Régiment
d'Infanterie Allemande , fous le titre de
Royal Pologne.
AUTRE du même jour , portant augmentaDECEMBRE.
.205 1747.
tion dans le Régiment d'Infanterie Allemande de
Lowendal.
ORDONNANCE de M. le Lieutenant
Général de Police du 27 , portant que les Bouchers
de la ville & fauxbourgs de Paris feront
tenus de faire leur déclaration dans huitaine au
Bureau de Jean Baptifte Befuchet Fermier du
droit du fol pour livre fur les beftiaux dans les
marchés de Sceaux & Poiffy , des marchandifes
qu'ils ont dans leurs bouveries ou bergeries ; & de
rapporter & remettre les laiffez - paffer qui leur
ont été délivrés pour les faire entrer à Paris , pour
ler en être délivré de nouveaux du nombre des
beftiaux qu'ils auront dans lefdites bouveries &
bergeries ; & faute d'y fatisfaire , les laiffez - paffer
qui leur ont été délivrés demeureront nuls '; défenfes
aux Bouchers de s'en fervir & aux Commis
des barrieres d'y avoir aucun égard.
AUTRE du Bureau des Finances de la Géné
ralité de Paris du 12 Décembre , qui défend de
jetter par les fenêtres de maifons aucuns gravois ,
moëllons , tuiles , briques ou bois . à peine de
demeurer garans des accidens & de trois cent
livres d'amende ; faire aucun arrachement dans le
pavé pour y ouvrir tranchées , enfoncer des pieux,
établir des échaffauts , pofer aucunes étaies ; faire
aucun ravalement ou réparations aux faces des
maiſons fur ruës fans permiffion , à peine de cent
livres d'amende ; & ordonne que les éviers qui
excédent le niveau du pavé feront recouverts dans
un mois , à peine de cinquante livres d'amende.
.2
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 18 ,
qui ordonne la perception pendant dix années ,
206 MERCURE DE FRANCE .
·à compter du premier Janvier 1748 , des quatre
fóls pour livre , outre & par- deffus la portée des
taxes de la Capitation , au lieu des deux fols pour
Livre qui fe payent en exécution de l'Arrêt du Confeil
du 3 Mars 1705.
KAYA KA SASARAKA IDIDIDIDYA
EPITRE
AM. Titon du Tillet , Anteur du Parnaffe
François , Affecié des Académies Royales
des Belles-Lettres de Toulouse, Bordeaux,
la Rochelle & Marfeille , par M. des
Forges Maillard , de l'Académie des Belles-
Lettres de la Rochelle , pour le premier.
jour de l'année 1748.
MEs
K
Es vers te doivent un falut ,
Chaque fois que l'an recommence
Et mon coeur te doit un tribut
D'eftime & de reconnoiffance.
Si mes vers manquent d'élégance ;
Pour fournir à de nouveaux tours,
Mon coeur éleve des amours ,
Qui dans le tien puife fans ceffe
La gratitude & la tendreffe ,
Sans peine y fournira toujours,
DECEMBRE. 1747. 207
၊၊ ဦး ဦး ဦး
AUTRE EPITRE
AM. Titon du Tillet , par Madame des
Forges Maillard , pour le premier jour »
de l'année 1748..
Enfin , Titon , Lucine infifſte ,
Et malgré huit luftres fournis ,
L'amour dans fes faveurs perfifte ;
La fille vient après les fils .
Sur ces rejettons fi fuivis
Des Forges raifonne & s'atrifte ;
Si Cypris , dit- il , fur fa lifte
Me met au nombre des Rolans ,
L'hymen me condamne aux dépens.
Puis comment veut - il qu'on ſubſiſte è
Pour nous , Titon , moins prévoyans ,
Cher Titon , célébre Annaliſte
Du Pinde & de fes habitans ,
Digne du nom de Triſmegiſte
Par le coeur , l'efprit , les talens ,
Anacréon vainqueur des ans ,
Plus guai qu'un jeune Académifte ,
Délice des aimables gens ,
Prions , Ami , qu'encor long- tems
La charmante Hébé nous affiſte.
268 MERCURE DE FRANCE:
AUTRE E PIT RE
A M. Titon , par la même , & pour
le même jour.
T Iton , mon mari moralife ; *
Moi qui fonge moins creux que lui ,
J'évite en penfant à ma guiſe ,
Tout ce qui cauſe de l'ennui .
Les plaifirs vont bien à tout âge ,
Et lorfque reglant les défirs
On fçait en tirer avantage ,
L'âge ne nuit point aux plaifirs.
Le froid Janus ouvre l'année
Par les glaçons & les frimats ;
Dans fon inclémence obftinée
Tâchons de trouver des appas.
Que nous font les fleurs printannieres ?
Eft- il des momens plus heureux ,
Que ceux que l'on paffe aux lumieres ,
Parmi les fêtes & les jeux ?
* L'Epitre de M. des Forges , dont on veut parler
icin'a point été imprimée.
4
DECEMBRE. 1747 . 109
Le printems n'eft pas fans froidure ,
L'Eté brûle , en Automne il pleut ,
L'hyver auprès d'un feu qui dure ,
On ſe fait la ſaiſon qu'on veut.
Horace dans fes vers funébres
Nous jette couverts de Cyprès
Dans des Royaumes de tenebres ,
Où la nuit ne finit jamais.
D'où fçavoit-il qu'il y fit fombre ?
D'ailleurs y devant tous aller ,
Le plaifir d'être en fi grand nombre ,
Dût fervir à l'en confoler.
Ami , plus cher qué tous les autres
Rare exemple de probité ,
Le Ciel ne feroit pas des nôtres ,
S'il ne prolongeoit ta ſanté.
Sur ton magnifique Parnaffe ,
Où monte le talent vainqueur ,
Je ne brigue point une place ,
Mais j'en veux une dans ton coeur,
210 MERCURE DE FRANCE.
**********
PAROLES à mettre en musique par
Madame des Forges Maillard..
1
Liqueur bachique ; Amour , Folie ,
Tourmens , ou plaiſirs d'une vie ,
Qui , comme un fonge vain , naît & s'évanouit ;
Liqueur Bachique ; Amour , Folie ,
Trop de vous nous aveugle , un peu nous rejoüit ,
Et fans vous la fageffe ennuie.
LE Retour aux plaifirs.
ODE.
Dans cette paisible retraite ,
Dégagé du tumulte & loin de l'embarras ,
Je croyois vous trouver , tranquillité parfaité ;
Qu'à la ville on ne connoît pas.
**
Occupé de mes rêveries ,
Jerrois parmi les bois & le long des ruiffeaux ,
Diftrait je parcourois les plus vertes prairies ,
J'écoutois le chant des oifeaux.
DECEMBRE. 1747. 211
Vains projets d'une ame enchantée !
Un fouvenir trop cher me fuivoit dans ces lieux .
Des campagnes en fleur la beauté fi vantée
Amufoit à peine mes yeux.
Le loifir de la folitude ,
Source d'illuſion & pere de l'erreur
Offricà mon efprit les charmes de l'étude ,
J'y crus trouver quelque douceur..
******
Capable d'un travail pénible ,
L'Hiftoire fut l'objet de mes empreffemens:
La fombre antiquité me parut acceffible ,.
Je voulus dévoiler les tems.
Quel dégoût ! nulle certitude.
Par la prévention & l'infidélité ~
Les tems font confondus , la vérité s'élude ;
Et chaque fait eft conteſté.
*3X4
Chef des fectes philofophiques ,
Qui promettez d'orner les coeurs & les efprits ; ›
J'ai tenté de goûter vos leçons méthodiques ,
Mais qu'ai-je vu dans vos écrits
112 MERCURE DE FRANCE
Des paradoxes , des fyftêmes
Ouvrent une barriere à qui veut difputer ,
Pour moi cherchant le vrai , ne trouvant que problêmes
,
Je n'ai pû qu'apprendre à douter .
*3*
C'en eft fait , je reprends mes chaînes ;
Venez douces erreurs ; foule des paffions ;
Je m'abandonne à vous: Adieu bois & fontaines ;"
Fuyez triftes réfléxions .
++
'Aux amuſemens de Cythere
Joignons le doux lien de la fociété ;
Quelques amis choifis , un peu de bonne chere ,
Formeront ma félicité.
Ainfi d'une main menagéré
Semant fur mes propos le fel & l'enjoûment ,
Je faifirai le tems qui d'une aîle legére……
S'envole fi rapidement.
D. L. C. A. Vauréas.
}
DECEMBRE. 1747.
213
MARIAGE.
Le 2. Décembre a été fait à S. Sulpice le Mariage
de Louis-Marie Guy d'Aumont , Duc de
Mazarin , né le 5 Août 1732 , fils de Louis- Marie-
Auguftin d'Aumont de Rochebaron , Pair de France
, Duc d'Aumont, Chevalier des Ordres du Roi,
Premier Gentilhomme de fa Chambre , & Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majefté , & de
Dame Félix Victoire de Durfort Duras , mariée le
23 Avril 1727 , étant alors veuve de Jacques Duc
de Fitzjames ; avec Dlle Loüife Jeanne de Durfort
de Duras , la coufine germaine , Ducheffe de
Mazarin , née le premier Septembre 1735 , fille
unique d'Emanuel- Félicité de Durfort , Duc de
Duras , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
& de Dame Charlotte - Antoinette de Mazarin ,
morte le 6 Septembre 1735 , fille unique de Guy
Paul- Jules de la Porte de Ruzé , Duc de Mazarin,
de la Meilleraye & de Mayenne , Pair de France ,
mortle 30 Janvier 1738 , & de Dame Louife - Françoife
de Rohan aujourd'hui fa veuve , fille de
M. le Prince de Rohan.
Madame la Ducheffe de Mazarin eft petite- fille
de Louis de Durfort , Duc de Duras' , Maréchal de
France du 11 Février 1741 , Chevalier des Ordres
du Roi , &c. & de Dame Angélique- Victoire de
Bournonville mariée le 5 Janvier 1700 .
Voyez les Généalogies des Maiſons d'Aumont
& de Durfort dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 4. fol . 870. & vol . 5 .
fol . 720.
214 MERCURE DE FRANCE.
Le Public eft averti de Madame la Générale de
la Motte , qui logeoit autrefois à l'Hôtel de Longueville
, demeure actuellement ruë de Richelieu ,
la troifiéme porte cochere après l'arcade de la
Bibliothéque du Roi , vis-à - vis les Ecuries de Son
Alteffe Royale ; elle y débite fes Gouttes avec
tout le fuccès imaginable dans toutes les maladies,
atteftées de tous les Médecins de Paris pour le
plus für & le plus prompt remede pour les extirradicalement.
per
APPROBATION.
Ai lû par ordre de Monfeigneur le Chancelier
le fecond volume du Mercure de France.
du mois de Décembre. A Paris le huit Janvier
1748.
BONAMY .
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Dieu ,
Lettre critique fur la Chymie hydraulique ,
Le Bouquet , Cantatille ,
3
8
16
Madrigal ,
17
Reflexions
par Mlle *** 18
L'abfence de Climene , Sonnet , 22
Vers de M. Jaume à Mlle M. B. ** * 23'
Refléxions fur la connoiffance de foi-même ,
Ode imitée d'Horace ,
24
32
Lettre fur une nouvelle Grammaire Italienne , 35
Vers à M. B ***
Epitre à M. D. P * * .*
Mémoire fur les Evêques d'Orléans ,
38
40
43
Traduction de l'Hymne de M. Coffin pour le
jour des Rois : Huc vos â miferi ! &c. 5.2
Differtation fur une Médaille de l'Empereur Gratien
, 54
64
Ode au Roi fur la prife de Bergopfoom ,
Séance publique de l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres , 70
Prix littéraire des Infcriptions & Belles- Lettres ,
Stances ,
86
88
Paraphrafe du Pleaume , In exitu Ifrael de Egypto
, &c.
89
94
96
Réponse à une queſtion inférée dans le Mercure
de Septembre ,
Logogryphes ,
Nouvelles Litteraires , des Beaux Arts , & c . 98
Estampes nouvelles ,
Planches
Anatomiques ,
120
121
Spectacles , 112
Nouvelles Etrangeres , Suede , 139
Allemagne ,
145
Efpagne , 149
Grande
Bretagne ,
150
Provinces Unies ,
159
Italie ,
168
De Turin , 169
De Chamberry , 170
France , nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 171
Bénéfices donnés par le Roi ,
De Bruxelles ,
De la Rochelle ,
174
175
176
1
De Bruxelles , 177
Promotion d'Officiers Généraux ,
Naiffance , Mariages & Morts ,
180
190
Récapitulation des Baptêmes , Mariages , Mortuaires
& Enfans trouvés , &c. pendant l'année
1746 ,
Arrêts notables ,
Epitres à M. Titon du Tillet ,
Le retour aux plaiſirs ,
199
200
206
210
Mariage de M. le Duc de Mazarin avec Mlle de
Duras ,
Gouttes du Général de la Motte ,
213
214
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères