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1747, 05, 06, vol. 1-2
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Texte
MERCURE
DE FRANCE .
DEDIE AU ROI.
DÉDIÉ
MA I.
1747-
1747-
G
LIGITUT
SPARGAT
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la defcente du Pont - Neuf.
Chés JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS , Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Ro
HE NEW YORK
PUBLIC IBRARY
335255
AVIS.
TILDEN' FOUNDRES SE générale duMercure eft
M. DE CLEVES D'Arnicourt
1908
rue du Champ- Fleuri, dans la Maiſon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes , au premier
étagefur le derriere , entre un Perruquier un
Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- inflamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci -deffus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettre ſur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ- Fleuri , pour rendre
à M. dela Bruere,
PRIX XXX. SOLS:
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
MA I.
1747.
PIECES FUGITIVES ,
en Vers en Profe.
SEANCE PUBLIQUE
L
de la Société Littéraire d'Arras.
E Samedi 11 Mars la Société
Littéraire d'Arras tint fa Séance
publique. M. d'Atrecourt , Directeur,
& M. de Canchy , Chancelier
, y prononcerent des Difcours fur le
choix qu'on a fait d'eux
pour remplir ces
deux Charges & fur les occupations de la
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
Compagnie. Le Directeur qui fuccede dan
cette place à M. Palifot de Warluzel, Premier
Préfident du Confeil Provincial d'Ar
tois , profita de la circonftance pour fair
l'éloge de M. Palifot d'Incourt fon pere
auffi Premier Préfident, mort dans le cours
de l'année derniere .
M. Cauwet répondit aux deux premier
Officiers de la Societé , en l'abſence de M
Harduin , Secretaire perpétuel .
Enfuite M. le Comte de Gomiecour
Maréchal de Camp au fervice d'Espagne ,
Commandeur de la Commanderie de la
Zarça , Ordre d'Alcantara , & M. Bayart
Avocat , nouvellement reçûs parmi les Affociés
, firent leurs remercimens auxquels
le Directeur répondit,
Ces Difcours furent fuivis d'un Mémoi
de M. Cauwet , pour fervir à l'Hiftoire de
la Province d'Artois depuis l'année 1180
qu'elle a été démembrée de la Flandre par
Philippe d'Alface qui la donna à Ifabelle
de Hainaut , fa niece , en faveur du mariage
de cette Princeffe avec le Roi Philippe-
Augufte , jufqu'au tems de Robert , fils de
Louis VIII , regardé par la plupart des Hiftoriens
comme le premier Comte d'Artois.
M. Maffon termina la Séance par la lec
ture d'une Ode fur le Mariage de Monſei-
وت
MAI 1747 :
gneur le Dauphin , dont nous allons rapporter
quelques ftrophes.
Le Ciel impénetrable & jufte
Vient à la race des Bourbons
D'unir par un lien augufte
L'antique race des Saxons.
O que cette illuſtre alliance
Doit affermir notre Puiffance !
Quel ordre de fiécles heureux !
De ce jour qui nous vient d'éclore
Nous contemplons l'aimable aurore
Les fruits feront pour nos neveux,
Voici comment l'Auteur peint les con
quêtes de notre augufte Monarque.
Quand Louis parmi les tempêtes ,
Bravant mille morts toujours prêtes ,
Affronte les fureurs de Mars ,
C'eft un Tirus jufte , intrépide ,
Qui prenant la bonté pour guide ,
Cherche la paix dans les hazards,
Je détefte un Héros barbare ,
Toujours armé contre mon fein
Qui trouve une gloire bizare
Afoudroyer le genre humain.
A j
6 MERCURE DE FRANCE.
Un Roi qui ne s'arme qu'en fage ,
Moins pour répandre le carnage
Que pour procurer le repos ;
Qui dans l'orgueil du diadême ,
2.
Veut être vainqueur de foi - même
"
Et qui l'eft , voilà mon Héros.
و ا
Quelle eft la gloire d'un Monarque ?
C'eſt d'être aimé de fes Sujets ,
Ce n'eft qu'à cette illuftre
marque
Qu'on reconnoît les Rois parfaits ,
Cet amour pur, inaltérable ,
Eft un rempart inébranlable,
Un Roi qu'on aime eft défendu ;
Sous une gardé auffi fidelle
Jamais un Trône ne chancelle ,
Et tout effort eft confondu.
Tremblez , Nations orgueilleufes ,
Jaloufes de notre bonheur ,
Plus vous ferez impérieuſes ,
Plus le François fera vainqueur.
Votre dépit fait nos conquêtes ;
Toujours vous verrez fur vos têtes
S'élever le plus grand des Rois ;
Quand la félicité publique **
MA 1. 1747.
Et d'un Prince l'objet unique ,
Il eft fait pour donner des loix.
Le Poëte revient enfuite par une tranfition
naturelle au Mariage augufte qui fair
le fujet de fon Ode , & la finit par cette
ftrophe.
?
De cette alliance féconde
Que de Héros & que d'exploits !
Je vois des vainqueurs pour le monde ,
Et des modéles pour les Rois .
Goûte tes hautes deſtinées ,
France , le nombre des années
Ne fait qu'accroître ta grandeur ;
Regne jufques aux derniers âges ,
Tes triomphes font les préſages
De ton immortelle fplendeur.
REQUESTE A. M. L' . de S.
P Rélat , le foufigné Pafteur .
Qui reclame votre juſtice ,
Vous repréſente avec douleur
Que fur un mémoire impofteur
Qu'a fçû produire la malice ',
A iiij
S. MERCURE DE FRANCE.
Tous les Officiers du Bureau ,
Sans charge d'un tribut nouveau ,
Ne croyant pas faire injuſtice ,
De l'avis de votre Grandeur
Ont furtaxé fon Bénéfice ,
Qui , mis à fa jufte valeur ,*
Ne doit porter à la rigueur ,
Pour les impôts de chaque année
Que la fomme de vingt écus
Et la moitié d'une guinée ;
Et quatre livres par- deffus
Pour intérêts , frais & falaire
Qu'il faut payer au Commiffaire:
Ajoûte encor le Suppliant ,
Très- éconôme en fon ménage ,
Que privé du plaifir charmant
De poffeder riche héritage ;
N'ayant de l'Eglife en partage
Qu'un revenu peu fuffifant
Pour faire honneur au Miniftere ,
Il fait tous les jours maigre chere ,
Ne peut s'habiller proprement ,
Ni réparer fon Presbitere
Qui va tomber inceffamment.
Ces raiſons étant légitimes ,
Seigneur, plaiſe à votre bonté,
MAI. 1747 .
'Au lieu d'augmenter fes décimes ,
De lui faire la charité.
Par M. Cottereau , Curé de Donnemarie.
PORTRAIT de M. de Fontenelle, Doyen
de l'Académie Françoife , par feuë
Mad, la M. de L....
Es perfonnes ignorées font trop peu
d'honneur à celles dont elles parlent ,
pour ofer mettre au grand jour ce que je
penfe de M. de Fontenelle , mais je ne puis
me refufer en fecret le plaifir de le peindre
ici tel qu'il me paroît .
Sa phyfionomie annonce d'abord fon efprit
; un air du monde répandu dans toute
fa perfonne le rend aimable dans toutes
fes actions ; les agrémens de l'efprit en excluent
fouvent les parties effentielles , unique
en fon genre il raffemble tout ce qui
fait aimer & refpecter la probité , la droi
ture , l'équité compofent fon caractére ; un
imagination vive , brillante , tours fins &
délicats , expreffions nouvelles & toujours
heureufes , en font Fornement ; le coeur
pur , les procedés nets , la conduite uniforme
, & par tout des principes , exigeant
peu , juftifiant tout , faififfant toujours le
A v
To MERCURE DE FRANCE.
que
bon , abandonnant fi fort le mauvais
l'on pourroit douter s'il l'a apperçû ; difficile
à acquérir, mais plus difficile à perdre ;
exact en amitié , l'honnête homme n'eft
négligé nulle part ; propre aux commerces
les plus délicats , quoique les délices
des Sçavans ; modefte dans fes difcours ,
fimple dans fes actions ; la fupériorité de
fon mérite fe montre , mais il ne la fait
jamais fentir de pareilles difpofitions
perfuadent aifément le calme de fon ame ,
auffi la poffede-t'il fi fort en paix que
toute la malignité de l'envie n'a point
encore eu le pouvoir de l'ébranler . Enfin
l'on pourroit dire de lui ce qui a été déja
dit d'un Illuftre : Qu'il fait honneur à
l'homme , & que fi fes vertus ne le rendent
immortel , elles le rendent au moins trèsdigne
de l'être.
A M. R.... Auteur de l'Epitre du 18
Septembre 1746 , inférée dans le Mercure
D
de Mars 1747 .
'Un aimable délire
Je reffens les tranſports ,
Quand j'entends les accords
De ta divine lyre ,
ΜΑΙ. 1747. EL
Et le Dieu qui t'infpire
'Anime mes chanfons.
Pour mêler aux doux fons
Que ta légere main en tire ;
Admets à tes concerts
Ma voix encor naiffante
Elle fera charmante
En répetant tes airs.
I..
7
G …….. d'Angers.
QUATRAIN.
Sexe Charmant , vous partagez la gloire
Du Dieu qui captive nos coeurs ;
Sur nous ce Dieu n'auroit pas la victoire ,
S'il n'employoit vos traits vainqueurs,
LA MORT ,
O DE.
Par M. des-Forges Maillard , Aſſocia
de l'Académie des Belles - Lettres
de la Rochelle.
T Enebreufe Reine du monde ;
O MORT , dont le vol furieux
Enveloppant la terre & l'onde ,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE,
Epouvante l'homme en tous lieux ,
Implacable & fourde ennemie,
Ton foufle de la foible vie
Ufe fans ceffe le flambeau ;
Et foit qu'il fuye ou qu'il s'arrête ,
Ta faux fanglante eft toujours prête
A le plonger dans le tombeau.
Cependant il femble à toute heure ;
Par nos défirs impatiens ,
Que pour nous dans cette demeure
Le tems s'avance à pas trop lents.
La faifon que le Ciel fait naître
N'eft point celle où l'on voudroit être ;
Par fes ennuis l'homme eft vaincu ,
Et la chimere qui l'enyvre
Lui cache qu'il a moins à vivre
-De chaque inftant qu'il a vécu.
Si raifonnables & modeftes ;
Nous fçavions jouir des faveurs
Dont les influences céleftes
Répandent fur nous les douceurs ;
Nous verrions contens & tranquilles ,
La fuite & les retours utiles
MAL 1747.
Des doux printems , des froids hyvers , ·
Et partout une clarté pure
Nous offriroit dans la Nature
Le Créateur de l'univers .
炒菜
Mais d'un eſpoir qui le dévore
En proye aux frivoles appas ,
L'homme cherche ce qu'il ignore ,
Et n'aime que ce qu'il n'a pas
On ne fent le prix des journées
Que quand à leur terme amenées
Elles font prêtes à finir.
Alors de toute la fortune
On voudroit en acheter une ,
Et rien ne la peut obtenir.
On enviſage avec envie
Le trifte fort de Job fouffrant ,
On voudroit conferver fa vie ,
Fût-on toujours pauvre & mourans,
La foifde l'or & de la gloire
Ne s'offre plus à la mémoire
Que comme un effroyable écueil ;
Et l'avenir vient s'y 'dépeindre ´
Sous des traits cent fois plus à craindre
Que la pouffiere du cercueil
14 MERCURE DE FRANCE.
Les vains Oracles du Portique ,
Preffés des maux les plus cuifans
Au gré d'une vertu ftoïque ,
Paroiffoient maîtrifer leurs fens
Mais quand leurs étranges maximes
S'appuyoient des dehors fublimes
D'une arrogante fermeté ,
En fecret leur ame troublée ,
Souffroit fous le maſque accablée ;
Et démentoit leur vanité.
**
Ah! files yeux avoient pâ lire
Dans l'ame de ces fiers Romains ,
Qui de la mort dans leur délire
S'ouvroient eux-mêmes les chemins
On eût vû fous diverfe face
L'effroi lutter contre l'audace ,
Vaincus tour- à - tour & vainqueurs
Jufqu'à- ce qu'un honneur frivole
Vînt aux rayons de fon idole
Eblouir leurs crédules coeurs
Le Héros que la gloire excite |
Qu'eft-il enfin dans fes accès ,
Qu'un fang que le courroux agite ,
MAI.
15
1747.
Ou qu'anime un premier fuccès ?
Il croit que cueilli par Bellonne ,
Le vert laurier qui l'environne
Ecarte la foudre & les feux.
A peine un trait mortel le frappe,
Auffi-tôt l'homme qui s'échappe , *
Diffipe le Héros fameux.
Ce bras , dira-t'il , ce viſage ,
Devant qui trembloit l'univers ,
Demain fera donc le partage
De la pourriture & des vers ?
Ce corps qu'une foule fufpecte
Sert à l'envi , flate & refpecte , ? !
Sera bien-tôt abandonné ,
* Mad. Deshoulieres , Rouffeau & la Motte , ont
employé la même penſée , & je ne doute pas que ,
comme moi , iis n'ayent eu en vue ces deux Vers
de Lucréce , infiniment au- deflus de toutes nos
Imitations ,
At vera voces tùm demumpectore ab imo
Eliciuntur, & eripitur perfona , manet res.
Les Latins n'ont jamais fait , felon moi , deux
autres Vers auffi beaux pour le fens & auffi juftes
pour l'expreffion . La noble & majestueuse lenteur
de leur cadence eft frappante. F'era , imo , eliciuntur
, perfona , manet res , il n'y a pas dans ces deux
Vers un feul mot qui ne ferve au tableau.
NG MERCURE DE FRANCE
Et mes conquêtes célebrées ,
Vont être pour moi refferrées
Dans un fépulchre infortuné ?
Et
**
Mais en quels lieux ira cette ame
que je fens mieux que jamais ?
Eft-ce dans un torrent de flâme ,
Ou dans le féjour de la paix ?
Si les flateurs loüoient mes crimes ,
Que de titres illégitimes-
Leur adreffe avoit revêtus
Grand Dieu , ta fûre intelligence
Pefe-t'elle dans leur balance
Et les forfaits & les vertus ?
Le feul Chrétien docile & ferme
Se fait un rempart de fa foi ,
Et regardant fon dernier terme ,
Eft exempt d'audace & d'effroi.
Il fe prépare à ce voyage ,
'Armé d'un modefte courage
Dont la grace aide fa raifon ,
Et ne voit dans la mort prochaine
Qu'un fecours , qui briſant ſa chaîne,
Sappe les murs de fa prifon.
MAI..
17 1747.
Alors different d'Epicure ,
Il eft conftant & réfolu ,
'Autant qu'à l'infirme nature
Le permet fon maître abſolu ,
Et comme il fut dans fa carriere ,
2
Tel qu'il fe montre à la barriere
Fidéle au Dieu de vérité ,
Sa Loi qu'il n'a point tranfgreffée
Confole & ftate fa penſée
D'une heureaſe immortalité
**
Dieu , que chercha le vain fyftême
Des Philofophes pointilleux ,
Jaloux de fe montrer lui -même
Fuyoir les regards orgueilleux.
Comme il eft la vérité pure ,
Le droit chemin , la clarté fûre
L'immenfe & folide grandeur ,
Leurs vertus n'étant qu'arrogance ;
Sa haute & terrible puiffance
Les aveugla de fa fplendeur.
18 MERCURE DE FRANCE .
LA GIR OFFLEE,
A Mad, la D. D'.
MADRIGAL.
Pour foutenis l'éclat de mes vives couleurs
Il me faudroit un trône . Adorable Ducheffe ,
Place -moi fur ton front qui ravit tous les coeurs,
Sur ce front où font peints l'efprit & la ſageſſe ,
Ma gloire & ma beauté fubfifteront fans ceffe
Je ferai la Reine des fleurs.
Par M. Cottereau de Beaune , Etudiant
au Collège de Tours.
MAI 19 1747
207 208 PORPOTPOP FOR 205-20728P 20P 201 ROT POT POR
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Infcriptions & Belles
Lettres.
LE
E Mardi 11 du mois paffé l'Académie
des Infcriptions & Belles Lettres
secommença fes féances par une affemblée
publique.
M. Terfier nouvellement admis dans
l'Académie , lut un Mémoire fur la conquête
del'Egypte par Selim. 1. Empereur des Tures.
Les Hiftoriens d'Occident ont fait des
fantes confidérables fur ce point intéref
fant de l'Hiftoire ; le défaut de connoiffance
des langues Orientales les a empêchés
de profiter des ouvrages des Ecrivains
nationaux & contemporains , de- là
une infinité d'erreurs dans les faits , dans
les noms , & l'ignorance d'une grande
quantité de détails. Cependant la con-
Boiffance de l'Hiftoire d'Orient ne peut
nous être indifferente ; tous les évèremens
des croifades ne peuvent être bien
éclaircis fi on n'a recours aux Hiftoriens.
Orientaux ; on ne peut nier que l'étude
de cette partie de notre Hiftoire ne foit
auffi curieufe &auffi intéreffante qu'aucune
o MERCURE DEFRANCE.
autre , ni difconvenir par conféquent de la
néceffité de l'approfondir . Qui peut mieux
fournir cette carrière que M. Terfier qui
poffede dans un haut degré les Langues
Orientales ?
Ahmed Benzenil Hiftorien Arabe dont
l'ouvrage manufcrit eft confervé dans la.
Bibliothèque du Roi , a fourni à M. T.
les principaux matériaux de fon Mémoire ,
où il releve les erreurs de tous les Ecrivains
qui ont traité ce point d'Hiftoire ,-
& apprend beaucoup de faits qu'ils avoient
ignoré. Ahmed eft un Hiftorien contem
porain , il étoit né à la grande Rouhallé ,
ville de la baffe Egypte , ainfi fon fuffrage
doit être d'un grand poids.
L'Egypte après avoir formé un Royaume
floriffant , devint la plus riche Province
de l'Empire Romain . Omar III.
Calife l'enleva aux Empereurs d'Orient
en l'année 641 qui eft la 19° de l'Hegire.
Depuis ce tems differens évenemens placerent
plufieurs Dynafties fur ce Trône
fujet à de fréquentes révolutions. Enfin
les Mammelus, Corps de Milice , compofé
d'efclaves Circaffiens , inftitué par Saled
Nugiumeddin , éleverent l'un d'entr'eux
für le Thrône l'an 1387.
Gauri 28 Sultan de cette Dynaftie regnoit
en Egypte lorfque Selim y porta
fes
armes.
MA İ 1747.
Selim regnoit depuis peu de tems par
l'abdication forcée de Bajazet fon pere
qu'il avoit contraint de fe retirer à Demotica
. Un des freres du nouvel Empe
reur , nommé Derkoud , & par nos Hilto
riens Corcur , avoit paffé en Egypte pour
fe fouftraire à la cruauté de fon frere ;
Selim le redemanda au Sultan d'Egypte
qui refufa de le rendre.
Les Ottomans avoient reçu d'autres
fujets de plaintes de la part des Mammelus
dans la guerre qu'ils avoient faite
à Ifmaël Roi de Perfe ; il n'en falloit pas
rant pour porter la guerre à un Prince
d'une valeur feroce , d'une ambition
vaste ,
Chef d'un peuple guerrier ? &
d'une Milice indocile, qu'il falloir éblouir
par de grands projets , & dont il falloit
exciter l'admiration , pour ne pas encourir
le mépris & la revolte .
Si l'Egypte offroit à l'avidité d'un Conquerant
un pays abondant & fertile , la
Milice intrépide qui défendoit cette riche
proye étoit bien capable de rallentir
fes defirs. Dès que Gauri fut informé des
projets de l'Empereur des Turcs, il raffembla
fes troupes & alla à fa rencontre juſqu'auprès
d'Alep où les deux armées fe
rencontrerent le 6 Septembre 1sis .
La valeur , la férocité , la difcipline
22 MERCURE DE FRANCE.
étoient égales des deux côtés , mais l'artillerie
des Ottomans étoit beaucoup
mieux fervie que celle des Mammelus.
L'épouvante qu'elle infpiroit rendoit encore
cet avantage plus confidérable. Gauri
réduit à fuir , ayant perdu la bataille par
la trahifon de deux des fiens , fut tué dans
fa déroute par les propres fujers.
Cependant les Mammelus fe rallierent
fous Alep ; un nouveau Sultan fut élu ,
il fe nommoit Toman Bey ; ce Prince
étoit dans la 44 année de fon age ; fes
vertus lui avoient acquis l'eftime & l'amour
des peuples , fon intrépidité lui
affiroit la confiance du foldat,
pas
Selim quoique vainqueur , comprit
qu'un Empire vafte & puiffant défendu
par une Milice intrépide & par un Chef
intelligent & courageux , pourroit aifément
le relever ; que quand il feroit maî
tre du Caire , cette place ne le rendant
maître des côtes de la mer , il pouvoir
Le trouver enfermé au milieu du pays ennemi
, ainfi il réfolut d'offrir la paix au
nouveau Sultan , à condition qu'il con
fentiroit à faire faire la priere & à faire
battre la monnoye en fon nom , mais uŋ
Emir indigné de ces propofitions qui af
fervilloient l'Egypte , ccupa la tête aux
Envoyés de Selim , & fir de vifs.re-
"
Μ Α Ι. 1747.
23
proches au Sultan de ce qu'il daignoit les
écouter..
Le fort de la guerre ne répondit pas aux
efperances des Mammelus ; Toman Bey
trompé par de faux avis , fut battu par
Selim dont l'artillerie toujours victorieufe
déconcertoit la valeur des Mamme-
-lus.
Cette bataille rendit Selim maître du
Caire , il y fit publier qu'il recevroit pendant
trois jours tous les Mammelus qui
viendroient fe foumettre à lui , mais qu'après
ce délai ceux des habitans qui leur
donneroient azile feroient pendus à la
porte de leurs maifons.
Cependant Toman Bey avoit raffemblé
les débris de fon armée ; il remonta
vers le Said , & effaya envain d'engager
à le fuivre les habitans de Havarey ; la
crainte de la moufqueterie & du canon
des Turcs , armes encore nouvelles pour
ces peuples , fit plus d'impreffion fur les
efprits que les promeffes du Sultan qui
s'engageoit à les exempter de tout tribut
pendant trois ans. Tonian Bey commençoit
à éprouver que les infortunes s'accumulent
fur la tête des malheureux, Les
revers qui diminuoient fon Empire , af
foibliffoient l'autorité qui lui reftoit. Les
fujets qui demeuroient fidéles fe croyoient
24 MERCURE DEFRANCE
en droit d'obéir mal àun Prince malheureux
, d'autres ofoient le trahir . Un jour
étant à Athfiel , canton de l'Egypte du
milieu , il apperçut dans le canal plufieurs
bâtimens , & jugea avec raiſon qu'ils por-
-toient des troupes queSelim envoyoit.contre
lui ; fa furpriſe fut extrême lorfqu'il
vit qu'elles étoient commandées par Ĝia-
Jnam Elfeifi. Cet Emir voyant le mauvais
état des affaires des Mammelus étoit paffé
du côté de Selim , il l'avoit inftruit des
projets du Sultan fon Souverain , & par
un excès d'audace qui a peu d'exemples ,
il s'étoit offert de commander le détachement
qui devoit le pourfuivre. Mais il
trouva dans cette entrepriſe le châtiment
de fon crime ; le corps qu'il commandoit
fut défait & il fut tué dans l'action,
Ce fuccès fut fuivi de quelques autres,
Schad Bey qui commandoit une diviſion
des Mammelus , s'empara des bâteaux que
Selim avoit fur le Nil , & ce Prince
voyant fes ennemis prêts à fe relever leur
envoya offrir une feconde fois la paix .
Mustapha chargé de cette négociation
ne fut pas mieux traité que les premiers
envoyés.
Schad Bey enorgueilli de fes fuccès
fit couper la tête à Muftapha & à fa fuite,
& l'Empereur Ture en fit autant par
repréfailles
M A I. 25 1747.
repréfailles à tous les Emirs qu'il tenoit
prifonniers au Caire , & auxquels il avoit
promis de les rétablir dans leurs dignités
quand la guerre feroit finie.
La fortune recommençoit à favorifer
Toman Bey. Il fut joint à Defchom par
Seid Hay Chef des Arabes , indépendant
de la Tribu d'Haram ; ils étoient indignés
contre les Turcs qui avoient vendu comme
efclaves & à très vil prix ceux d'entr'eux
qui étoient tombés entre leurs
mains .
Malgré les conquêtes de Selim il reftoit
de grandes reffources au Sultan d'Egypte
, & il falloit que le Monarque Ottoman
eut une grande opinion des forces
de fon ennemi , puifque malgré le traitement
cruel qu'on avoit fait à ceux qu'il
avoit déja envoyés , il députa encore pour
offrir la paix . Il chargea de cette com .
miffion un Emir nommé Kafchadem qui
avoit été long- tems du corps des Mammelus
, mais ceux- ci ne voulurent pas traiter
avec un perfide qui avoit trahi fa nation
, ils le renvoyerent chargé d'injures,
& ne voulurent pas l'écouter. Cette opiniâtreté
des Mammelus a rejetter toutes
les propofitions venoit des fuccès qu'ils
avoient chaque jour contre les Turcs
dans des rencontres particulieres . Schad
B
16 MERCURE DE FRANCE.
Bey étoit le Héros de ce parti chancelant ;
par tout il battoir les Ottomans , & il les
chargeoit avec tant de vivacité , dit l'Auteur
Arabe , que les coups de fabre & de
maffe d'armes rendojent un fon femblable
à celui que font les marteaux en tombant
fur l'enclume , ou à la marche des
chevaux fur un terrain ' pierreux. Après
avoir défait les Ottomans dans plufieurs
petits combats il fe rendit à Werdan , lieu
fitué fur le bras occidental du Nil . Toman
Bey le reçut avec des marques éclatantes
de fatisfaction ; il fut réfolu dans un Confeil
qu'on tâcheroit d'engager dans le
parti des Mammelus la Tribu des Arabes ,
nommée Gazeli , mais les Arabes rejetterent
la propofition , & Toman Bey
ayant conduit fon armée dans une plaine
à l'occident du Nil dans le diftrict de
Gife , y fut de nouveau mis en déroute par
l'artillerie de Selim.
Cette action décifive enlevoit aux Mammelus
le fruit de tous ces petits avantages
qui les avoient enorgueillis.Pouffésjufqu'au
Nil & n'ofant reparoître devant l'ennemi
ils prirent la réfolution de chercher un azilė
chés Huffein Bein Murhemmi & fon coufin
Seferfcheik de la Tribu de Muharabes .
Huffein étoit redevable de la liberté à
Toman Bey , mais la reconnoiffance n'eft

MAI. 1747. 27
!
pas capable d'arrêter un homme capable
de perfidie. Huffein livra le Sultan à fes
ennemis. Toman Bey conduit dans un
vallon qu'on lui avoit dit être un azile
inexpugnable , racontoit à quelques Emirs
qui l'avoient fuivi , un fonge qu'il croyoit
lui préfager la fin de fon regne ; il par
loit encore lorfqu'il fut entouré par des
cavaliers ennemis qui avoient écarté à
coups de fabre les Mammelus de fa garde.
Abandonné de fes troupes il fut pris
fans réſiſtance , on lui lia les mains fut
la poitrine , l'ufage n'étant pas , dit Ahmed,
de les lier derriere le dos à ceux qui font
conftitués en dignité , & on le mit fur un
mulet.
Ce malheureux Prince fut conduit en
cet état devant fon vainqueur qui le fit
affeoir & lui rappella tout ce qu'il avoit
fait contre lui. Le Sultan ne voulant pas
irriter un ennemi tout- puiffant , répondit
avec modération qu'il n'avoit pas dépendu
de lui de rétablir la paix entre les deux
Empires , mais que le Confeil de la nation
s'y étoit toujours oppofé . Etrange
fituation qui l'obligeoit à fe juftifier lorfqu'il
n'étoit que trop puni. Pendant cette
converfation on annonça à Selim la prifedu
vaillant Schad Bey . Ce brave Officier ,
avoit été trahi par un de fes anciens amis
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
chés lequel il s'étoit retiré. Plus irrité
qu'abbatu par fon malheur , il ne démentit
point devant l'Empereur Ottoman la
fierté feroce qui jufqu'alors avoit fait
fon caractére , & l'orgueil qui éclatoit
dans fes réponſes irrita ce Monarque à
tel point qu'il le fit tuer au fortir de fa
tente..
Pour Toman Bey il paffa une partie de
la nuit dans une grande agitation , mais
enfin le fommeil l'accabla , il fit un rêve
femblable au précédent , s'éveilla plein
d'effroi , lût un peu de l'Alcoran & fe
rendormit. Le matin des Chiaoux lui
dirent de les fuivre & le menerent à la
tente de Selim , où ils trouverent l'Aga
des Janiffaires qui leur ordonna de la part
de l'Empereur d'aller le pendre au Caire
à la porte de Zaonile. On y trouva une
corde préparée ; il fut pendu fur le champ,
& fon corps y refta trois jours.
Telle fut la fin malheureufe de ce Prince
digne d'un meilleur fort. Selim qui
l'ayoit traité en ennemi implacable , reprit
après la mort les fentimens d'un vainqueur
généreux, dont l'appareil ne coutoit
plus rien à fa vengeance. Il fit enterrer
en Souverain celui qu'il avoit fait exécuter
comme un criminel . De pompeux obféques
furent faits à cet infortuné Sultan dans
MAI. 1747 . 29
la Chapelle de Gauri fon prédeceffeur.
L'Empereur envoya pour cette cérémonie
des étoffes précieufes de Moful & fit des
aumônes confidérables. Ce Prince quoique
naturellement cruel , touché du mérite
de fon ennemi, eut, dit- on , beaucoup
de peine à ordonner fa mort. Son deffein
étoit même de l'emmener à Conftantinople
& de lui donner une des premieres
Charges de fa Cour , mais ceux qui l'avoient
trahi craignirent qu'il ne gagnât
la confiance de l'Empereur & ne revînt
en état de fe venger , & ils employerent
pour le faire périr des artifices qui ne leur
réuffirent que trop bien. M. T. place la
mort de Toman Bey & la fin de l'Empire
des Mammelus au 24 Avril 1516 ; il étoit
âgé de 44 ans. Ainfi cette expédition ne
dura que dix mois ,
dix mois , le premier le premier rendezvous
donné aux troupes de Gauri , & fon
départ du Caire étant du 9 Juin .
M. d'Egli lût enfuite un Mémoire fur
les adoptions par les armes.
Les Loix Romaines permettoient aux Citoyens
d'adopter des enfans nés dans d'antres
familles, ces enfans acqueroient par- là
les mêmes droits d'hérédité fur les biens
du pere adoptif , que s'il eut été leur pere
naturel , celui-ci acqueroit à fon tour tous
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
les droits de l'autorité paternelle , & la
Loi lui donnoit ce que la nature lui avoit
refufé.
Mais on connut depuis d'autres adoptions
purement honorifiques , dont l'objet
principal étoit d'établir entre deux Princes
une union femblable à celle qui doit être
entre les peres & les enfans , fans leur
donner cependant aucun droit à la fucceffion.
M. d'Egli s'eft propofé dans ce Mémoire
de parler principalement de celle
qui fe faifoit par les armes , en donnant
les armes à celui qu'on adoptoit , & ce
n'eft que par occafion qu'il traite de quel
ques autres adoptions honorifiques , qui
étoient en ufage dans les VI . VII . & VIII .
fiécles .
Il paroît que l'adoption militaire a pris
naiffance chés quelques peuples du Nord ,
ou parmi quelques- uns des Germains , ce
qui eft à peu près la même chofe , les uns
& les autres ayant une même origine .
Ces peuples rapportoient tout à la guerre ,
ils ne quittoient jamais leurs armes , c'étoit
dans une affemblée publique que l'un des
Chefs de la nation , le pere ou quelque
parent , armoit pour la premiere fois l'enfant
arrivé à l'âge de la puberté ; c'étoit
cette cérémonie dit Tacite , qui en
faifoit un Citoyen , & elle tenoit lieu de
,
MAI. 31 1747 .
l'acte par lequel les Romains prenoient
au même âge la robe virile.
Cette cérémonie a les caracteres d'une
adoption militaire , par laquelle les Germains
étoient reconnus enfans de la République.
Mais on y voit cette difference ,
qu'ici c'eft une permiffion de porter les
armes , au lieu que l'adoption militaire
étoit une récompenfe pour les avoir portées
avec gloire.
C'eft dans l'Hiftoire des Goths & des
Lombards qui s'établirent fucceffivement
en Italie , qu'il eft plus fouvent fait mention
de cette adoption militaire dont l'ufage
pût paffer par eux à la Cour des Empereurs
Romains.
Procope eft le premier Hiftorien qui
en ait parlé. Cebades Roi de Perfe voulant
placer fur le Trône Chofroës le plus
jeune de fes trois fils , ſongea à lui procurer
l'appui de l'Empereur d'Orient Juf
tin qui étoit monté fur le Trône l'an
518 de J. C. Il propofa à ce Prince contre
lequel il étoit en guerre , d'adopter
Chofroës , & Juftin auroit faifi avec joie
cette occafion de terminer une guerre fâcheufe
, fi on ne lui eut fait obferver que
l'adoption juridique des Romains donneroit
à Chofroës des droits fur l'Empire ;
on propofa au Perfan de l'adopter par
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
les armes à la maniere des Barbares , ce
que Chofroës refufa avec mépris , & la
guerre continua.
Les adoptions militaires fe faifoient paɛ
la tradition des armes , en donnant ou
envoyant à celui qu'on adoptoit differentes
fortes d'armes ou d'inftrumens de
guerre , & quelquefois en le revêtant ou
le faifant revêtir par des Ambaffadeurs
d'une armure complette , car ces adop--
tions n'étoient en ufage que chés les Souverains
, elles étoient ordinairement accompagnées
de préfens plus ou moins
confidérables , fuivant les circonstances ou
les perfonnes.
Elle donnoit les noms de pere & de fils
comme l'adoption Romaine , & l'on fe
faifoit un honneur de prendre ces noms
dans les fufcriptions des lettres & dans les
Actes publics.
Telle étoit l'idée que l'on avoit chés les
Goths & les Lombards de cette adoption
qu'elle étoit regardée comme le premier
dégré d'honneur de la Milice . Leurs Rois
n'admettoient point leurs fils à leurs tables
qu'ils n'euffent été adoptés par quelque
Prince étranger , & ceux-ci alloient chercher
cet honneur jufques chés des Princes
ennemis.
Alboin , fils d'Audoin Roi des LomM.
A I. 33 1747 .
bards , s'étant fignalé dans une bataille
contre les Gepides, où il tua Turiſmonde,
le fils de leur Roi , & les mit en déroute ,
les Lombards charmés de fa valeur , fupplierent
leur Roi d'admettre fon fils au
banquet Royal . Mais Audoin allegua la
Loi & fut inébranlable. Alboin , fur ce refus
partit fuivi feulement de quarante
jeunes gens , fe rendit à la Cour du Roi
des Gepides & lui expofa le fujet de fon
voyage qui étoit de devenir fon fils adoptifpar
la tradition des armes . Cette démarche
étrange ne furprit point Turifende ,
c'eft le nom du Roi des Gepides , il reçut
avec bonté le Prince Lombard , & le fir
affeoir à table à fa droite dans la même
place qu'avoit coûtume d'occuper Turif
monde. Mais pendant le feftin fe rappellant
la mort de fon fils & voyant fa place
occupée par fon meurtrier , il pouffa de
profonds foupirs , & il ne put s'empêcher
de dire que cette place lui étoit chere , &
qu'il y voyoit avec peine celui qui l'occupoit.
Un autre fils du Roi , animé par le difcours
de fon pere , dit quelques injures
aux Lombards , qui répondirent par d'autres
injures, &la querelle s'échauffant, chacun
portoit déja la main à fes armes , lorfque
le Roi fe leva promptement de table
Бу
34 MERCURE DE FRANCE.
& arrêm les Gepides en menaçant de châtimeat
celui qui porteroit le premier coup,
parce que , dit ce Prince , celui qui maffacre
fon ennemi chés foi ne remporte pas
une victoire agréable à Dieu . On acheva
donc le repas avec tranquilliré , & le Roi
ayant pris des armes qui avoient appartenu
à Turifmonde , il les donna à Alboin qu'il
renvoya fain & fauf. Ce fut cet Alboin qui
fonda le Royaume des Lombards en Italie .
On ne s'arrêtoit point dans ces adoptions
à la proportion de l'âge entre le pere
& le fils . Théodoric , Roi des Goths , fut
adopté de cette maniere par l'Empereur
Juftinien , quoiqu'ils fuffent à peu près du
même âge.
On ne voit en aucun endroit de l'Hiftoire
que les femmes adoptaffent par les
armes , mais il ne feroit pas étonnant que
cette coûtume leur eût été commune avec
les Princes , puifque l'on a vû dans les fiecles
poftérieurs des Princeffes faire des
Chevaliers en leur donnant des armes; il y
a d'ailleurs plus d'un exemple d'adoptions
d'honneur faites par des femmes .
M. D. ne croit point que l'ufage des
adoptions par les armes ait fubfifté chés les
Lombards depuis la deftruction de leur Monarchié
par Charlemagne , mais il en trouve
encore des traces depuis ce tems chés les
Empereurs d'Orient.
MA I.
35 1747.
Godefroi , Duc de la Baffe Lorraine ,
conduifant en 1096 à la Terre Sainte une
armée de Croisés, fut arrêté long - tems aux
portes de Conftantinople par les artifices
& les hoftilités de l'Empereur Alexis Comnene
, mais celui - ci pour faire ceffer les
dégâts que l'armée latine caufoit dans fon
pays , confentit enfin à un accommodement
avec Godefroi , & lui envoya en ôtagefon
fils Jean Porphyrogenete.
Godefroi s'étant rendu au Palais des
Blacquernes fur cette affurance , l'Empereur
le reçut avec beaucoup d'amitié , &
lui dit que pour récompenfer fes grandes
qualités & l'attacher à fes intérêts , il vouloit
l'adopter pour fon fils. Auffi - tôt il le
fit revêtir des habits Impériaux & l'adopta
avec toute la folemnité & fuivant la coû
tume du pays. Il ouvrit enfuite fes tréfors ,
& non content de faire à Godefroi & à fa
fuite de riches préfens en or , en pierreries ,
en tapis & en vafes précieux , il leur fit
donner toutes les femaines depuis l'Epiphanie
jufqu'à l'Afcenfion autant de monnoye
d'argent que deux hommes forts & robuftes
en pouvoient porter , & dix boiffeaux de
monnoye de cuivre.
M. D. croit avec raifon qu'il ne pouvoir
s'agir en cette occafion que de l'adoption
militaire . La valeur de Godefroi , l'uſage
1
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
des Empereurs d'Orient d'adopter ainſi les
Princes étrangers , les circonftances de
l'entrepriſe de la Croiſade , tout annonce
une cérémonie guerriere. D'ailleurs la forme
de cette adoption où Godefroi fut revêtu
des habits Impériaux , n'indique- t'elle
pas une adoption militaire , fi l'on entend
par ces vêtemens ceux que les Empereurs
portoient à la guerre ? Il eft d'autant
plus vrai-femblable qu'il s'agiffoit de ces
derniers, qu'il y avoit alors une autre forte
d'adoption d'honneur par les vêtemens.
Le Prince d'Edeffe adoptant de cette maniere
Baudouin , frere du même Godefroi ,
le fit entrer nud fous fa chemife & le ferra
fortement entre fes bras , pour fignifier
qu'il le tenoit comme forti de lui , & la
femme du Prince , ajoûte l'Hiftorien que
cite M. D. en fit autant, idem & mulier poftmodum
fecit , mais ceci mérite une explication.
zene ,
On la trouve dans le récit d'une pareille
adoption rapportée par Pachymere.
Cet Hiftorien dit que Marie Cantacufemme
de Conftantin Teche , Roi
des Bulgares , voulant affûrer le Trône à
fon fils Michel après la mort de Conftantin
, qui étoit prêt à mourir , & craignant
d'être traversée par Sphendiflas ou Wendiflas,
Defpote de Bulgarie , dont les droits
MA I. 37 1747.
à la Couronne étoient affés bien fondés ,
engagea le Defpote à venir à fa Cour . Le
crédule Wendiflas défera aux inftances de
Marie , qui lui offrit de l'adopter. Quoique
déja fort âgé il ne dédaigna pas cette adoption
ridicule qui alloit le rendre le fils d'une
femme fort jeune, & le frere puîné d'un
Prince encore à la mamelle . Cette cérémonie
fe fit publiquement dans l'Eglife.Après
que le Prêtre eut récité les prieres folemnelles
& ufitées en pareilles occafions , &
dont on trouve encore les formules dans
l'Eucologe des Grecs , Marie prenant les
deux côtés de fon manteau royal ou de fa
robe , en enveloppa fon fils Michel &
Wendiflas placés à côté l'un de l'autre &
les embraffa , & peu de tems après elle fit
affaffiner ce Prince qu'elle venoit d'adopter.
Ceci fe paffa en 1277 fous l'Empire
de Michel Paleologue.
M. Degli fe fait deux queftions qu'il eft
fort difficile de décider , l'Hiftoire ne four--
niffant point à cet égard de preuve pofitive
; la premiere eft de fçavoir fi quelquesuns
de nos Rois des premieres Races ont
été adoptés par les armes par quelqu'autre
Prince. La feconde , s'ils ont fait ufage de
cette adoption & s'ils ont eux-mêmes
adopté des Princes de leur fang ou des
étrangers.
38 MERCURE DE FRANCE .
Differens monumens hiftoriques conftatent
que nos Rois ont été adoptés par des
Princes étrangers , mais parmi tous les Hiſtoriens
qui parlent de ces adoptions , aucun
ne s'explique fur leur nature.
M. D. croit trouver une preuve de l'adoption
militaire de Théodebert par Juſtinien
, dans une Médaille du premier , où
l'on voit au revers tous les caractéres qui
fe trouvent fur celles de Juftinien , fes
conjectures fur cette Médaille font ingénieufes
& fubtiles , mais cette difcuffion
nous meneroit trop loin.
A l'égard des adoptions faites par nos
Rois , les Hiftoriens parlent diftinctement
de deux fortes d'adoptions dont ils firent
ufage, l'une par la barbe , l'autre par les cheveux.
L'adoption par la barbe fe faifoit en
touchant la barbe de celui qu'on adoptoit,
ou en en coupant l'extrêmité.
Clovis & Alaric après s'être fait une
guerre longue & cruelle , nommerent de
part & d'autre des Ambaſſadeurs pour trai
ter de la paix , & il fut convenu par le
Traité qu'Alaric toucheroit la barbe de
Clovis & deviendroit par- là fon parein our
fon pere adoptif. Cet accommodement
n'eut point lieu , parce que les Goths vinrent
armés à la conférence , & Clovis continua
la guerre. Ceci fe paffa avant la bataille
de Vouillé .
MAI.
39
1747.
Aimoin fournit une autre exemple de
cette maniere d'adopter par la barbe.
Grégoire , Patrice de Rome , voulant ,
dit-il , attirer Taton & Cacon , fils du Duc
de Forli & frere de Grimoal , Roi des
Lombards , dans le piége qu'il leur dreffſoit,
les invita àfe rendre à Opitergium , aujourd'hui
Obrezzo , dans la Marche Trevifane
, fous le ferment qu'il fit qu'il y adop
teroit Tatonfuivant l'uſage des Anciens. Les
deux Princes s'étant rendus à Opitergium
avec peu de fuite , Gregoire fit auffi-tôt
fermer les portes de la Ville , & envoya
une troupe de fatellites , qui malgré la vigoureufe
défenfe des deux freres & de
leurs gens, les maffacra & leur coupa la
la tête. Gregoire fe fit apporter celle de
Taton & lui coupa l'extrêmité de la barbe,
afin de remplir fon ferment. Il en étoit
de même de l'adoption par les cheveux. On
lit dans PaulWarnefride que Charles -Martel
envoya Pepin fon fils aîné à Luitprand ,
Roi des Lombards , afin qu'il lui tondît
les cheveux felon la coûtume , & que Luitprand
par cette cérémonie devînt fon pere
adoptif & lerenvoya en France comblé de
riches préfens.
Il réfulte principalement de ce Mémoire
, 1 ° . que les adoptions par les armes
doivent leur origine aux Goths ou aux
40 MERCURE DE FRANCE.
Lombards , que l'uſage en a ceffé en Italie
à la deftruction de leur Monarchie , mais
qu'il paroît avoir duré en Orient jufqu'au
tems où commencerent les Ordres de Chevalerie
; 2 ° . quoiqu'il n'y a rien de certain
fur la nature des adoptions dont les Princes
étrangers fe font fervi en adoptant nos
Rois , & qu'on ne peut de- même être affûré
fi nos Rois ont adopté de l'adoption par
les armes.
@ 3: གུ ❁
FABLE.
BACCHUS ET CUPIDON.
Uvre les yeux & refléchis un peu ,
Foible mortel , fur ton fort miférable ;
Tes tyrans même en vont faire l'aveu
Dans le récit naïf de cette Fable .
Bacchus un jour prit doſe de gayeté
Dans les flacons de fa cave divine ,
Tant qu'il étoit bien & dûëment lefté ;
A donc il marche , ou plutôt il clopine
En dégoifant maint & maint chant joyeux ;
L'Amour foudain fe préfente à fes yeux ,
Seul & rêvant , marchant à l'avanture ;
Bacchus fe met à rire outre mefure ;
MAI. 1747.
Eh ! quelle eft donc , dit Cupidon furpris ,
De tant de ris la cauſe originale ?
Bacchus veut- il de l'enfant de Cypris
Narguer la force aux Dieux même fatale a
Ignore-t'il ? . Ne te inets en émoi ....
Reprit Bacchus , je ris de l'ignorance
Qui fait plier les mortels fous la loi
D'un jeune enfant aveugle comme toi ,
Et qui leur fait adorer la puiffance
D'un miférable yvrogne comme moi .
EPITAPHE
D'UN YVROGNE
CI gît un enfant de Silene ;
Qui foutint tant qu'il pût l'honneur du cabaret;
Il bûr toute la vie , & jamais fans ſujet ;
Avingt ans il bûvoit pour oublier Climene ,
A trente , par oifiveté ,
A quarante , il noyoit la fombre inquiétude ,
Ce fut à cinquante ans une vieille habitude
Qui devint à foixante une néceffité.
SZAL
42 MERCURE DE FRANCE.
洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗落
REFLEXIONS MORALES.
A Divinité peut fe comparer à un cer-
Lde dont le centre eft partout , & la
circonférence nulle part.
La Loi divine doit être notre unique
objet , c'eſt notre ſeule fin , & tous nos pas
doivent tendre vers le Seigneur.
La raifon prouve contre l'incrédule , & -
l'incrédule prouve pour la Religion .
Si nous voulons fçavoir ce qu'on dit de
nous en notre abſence , il n'y a qu'à faire
refléxion fur ce qu'on dit des autres devant
nous.
La fageffe de Dieu , & la folie des hommes
, gouvernent l'univers.
Rien n'eft plus capable de nous humilier
qu'un retour fur nous-mêmes.
Il ne faut jamais abandonner le foin de
fa réputation , c'eft un inftrument de grand
ufage pour réüffir à tout ce qu'on entreprend.
MAI.
43 1747.
Le vrai honnête homme eft celui qui ne
fe pique de rien .
Les richeffes viennent plus de l'ordre
que de la recette , elles font plus difficiles
à conferver qu'à acquérir.
Pour avoir de la fanté il faut que le corps
s'agite & que l'efprit fe repofe.
Bien ſouvent on fait par hazard les plus
heureufes fottifes du monde.
Le perfonnage d'un homme qui a été
amant & qui ne veut plus être qu'ami , eſt
tres - difficile.
S'il y avoitune jufte police dans le monde
, les femmes ne fortiroient que trois
fois de leurs maifons , pour être baptifées ,
pour être mariées & pour être enterrées.
Plus on eft honnête homme , plus on a
de peine à foupçonner les autres de ne l'être
pas.
La nature fait le mérite , & la fortune
le met en oeuvre.
La néceffité eft la derniere & la plus /
forte de toutes les armes.
44 MERCURE
DE FRANCE.
peu
C'eft d'être connu de tout le monde
, fi l'on meurt fans fe connoître.
Les plus grandes inimitiés font d'ordidinaire
entre les plus proches
Ce n'eft pas une petite affaire de parler
& de n'avoir rien à dire,
On juge du mérite des hommes par l'utilité
de leurs actions .
Il faut regarder nos maux paffés comme
des biens préfens , & aller au- devant de
ceux qui nous menacent pour les détourner
par notre prudence.
Le moyen le plus fûr de fe faire conf
tamment aimer , eft d'être véritablement
eftimable.
La connoiffance de foi - même eft un
acheminement à la vertu , comme l'ignorance
de foi - même eft un entraînement à
tous les vices.
Il faut avoir plus d'attention à former le
jugement des jeunes gens dans le tems de
leur éducation qu'à charger leur memoire ,
parce que la fcience n'eft qu'une fotiſe fi
le bon fens ne la guide.
MA I.
1747. 45
La plus grande partie des maux de la
vieilleffe vient ordinairement du mauvais
ufage qu'on a fait de fa jeuneffe,
Nous oublions plutôt les bienfaits que
les injures , parce que la reconnoiffance fe
fait à nos dépens , & la vengeance aux
dépens d'autrui .
Dans les premieres paffions les femmes
aiment l'amant , dans les autres elles aiment
l'amour.
Le fouverain bonheur confifte à poffeder
ce qu'on aime , & à aimer ce
polfede.
que
l'on
L'hypocrifie montre fouvent plus de fcru
pules que la vertu même .
Plus on laiffe de bien à fes héritiers &
moins on eft regretté d'eux,
On connoît le jugement d'un homme
au choix de fes amis.
Le plus für fecret de conferver fes amis
eft de ne jamais leur prêter ni rien emprunter
d'eux.
La tranquillité de l'efprit eft le fouverain
bien de la vie.
46 MERCURE DE FRANCE.
C'eft juger de la ftatuë par le talon , que
de juger des affaires du monde par les évenemens.
Les opérations de l'ame font des abîmes
qu'il eft impoffible de pénétrer.
Les maux comme les biens nous viennent
fouvent fucceffion.
par
Les hommes deviendroient aisément vertueux's'ils
donnoient autant de foin à l'ètre
qu'ils en prennent pour le paroître.
Les femmes galantes portent leur vanité
à aimer mieux qu'on dife du mal d'elles
que de n'en point parler,
Les femmes raifonnables font fi rares ;
que c'eft la chofe du monde la plus extraordinaire
quand une agit raiſonnablement.
Les biens de la fortune fe perdent ,
mais les richeſſes de l'efprit demeurent.
Le plus honnête déguiſement de l'inte
rêt , eft de ne paroître intéreffé que pour
les autres.
Le monde eft un jeu d'échêts où l'on
ne perd que faute de jugement.
MAI. 47 1747 .
Le comble de la félicité eft d'être heureux
& innocent tout enſemble.
La fortune de tous les tems a décidé plus
fouvent que le mérite de l'élevation des
hommes fur la terre,
Le bonheur dans le mariage eft de nature
fi abftraite qu'aucun Metaphyficien
ne l'a encore pû concevoir , mais on voit
diftinctement le Phyficien fe perdre tous
les jours à l'oeuvre,
La vie de l'homme eft un combat continuel
contre l'homme même ,
L'argent eft un bon ferviteur , mais un
méchant maître.
Rien n'eft plus utile à l'homme qu'une
méchante femme , par la raison que quand
on eftparvenu à la fouffrir , on ne trouve
plus rien de difficile à foutenir dans la vie ,
La Cour eft comme l'Arche de Noë ;
il y a toutes fortes d'animaux bons &
mauvais , des fots & des fages , les bons y
font rares , & les méchans fort difficiles à
connoître , parce qu'ils ont parfaitement
l'art de fe déguifer.

48 MERCURE DEFRANCE.
Il y a plus de dangers à craindre auprès
des femmes , que de fruit à en efperer.
Comme le corps eft mort fans l'efprit ,
la foi eft morte fans les oeuvres.
Nous nous perdons dans la recherche
des fecrets de Dieu ; les plus curieux font
les plus ignorans.
Il eft moins difficile à une femme de
refuſer toujours avec la même févérité ,
que d'accorder toujours avec de nouveaux
agrémens.
La malice , l'amour & la contradiction
font les alimens naturels des femmes.
L'homme du tout à foi , vit plus heu
reux qu'un Roi,
On n'eft point vertueux fans fruit,
Les Rois ont beau fe conferver le droit
de faire des nobles , ils n'en donnent que
le titre , c'eft à celui qui le porte à le juftifier
, s'il veut que la voix publique l'approuve
.
Il faut aller au coeur par l'efprit , &
perfuader la piété par la raison.
L'amour
MA I. 1747.
49
L'amour ne profita jamais à perfonne ;
c'eſt beaucoup s'il ne nuit pas.
CACACACACE VECACACARA
ODE
Sur la vie champêtre.
Dreuxdes plus riantes
campagnes
Vous êtes ici ,je vous vois ,
Oui ,vos immortelles compagnes
Accourent au fon de ma voix ;
Satyres fortez de vos hêtres ,
Ici de vos plaifirs champêtres
J'annonce les divins appas ;
Dans votre retraite charmante
Je goûte un repos qui m'enchante ;
Que mon coeur ne connoiſſoit pas.
Loin de moi , villes inquiétes ,
Séjour ennemi du repos ;
Au prix de nos fimples retraites
Vos palais font de vrais cachots ;
Vous n'offrez aux regards avides
Que des biens fades , infipides ,
Des biens par le luxe apprêtés ;
C
so MERCURE DE FRANCE.
Souvent les embarras , la crainte ,
Le fafte , le rang , la contrainte ,
Font difparoître vos beautés.
++
Toi feule , aimable folitude ,
Toi feule , peux combler mes voeux ;
Par toi libre d'inquiétude ,
Je paffe ici des jours heureux ;
Sans foins ,fans chagrins , fans affaires
Mon coeur par des defirs contraires
N'eft pas fans ceffe combattu ;
Loin du bruit , ignoré du monde ,
Je vis dans une paix profonde
Entre les bras de la vertu .
*XXX
Heureux qui fçait de la nature
Goûter les charmantes faveurs !
Pour lui les bords d'une onde
Sont émaillés de mille fleurs ;
Pour lui dans la plaine fleurie
La pourpre
purc
des Grands fi chérie
Semble à l'or mêler fon éclat ;
Tout le charme , tout le contente ;
Là , chaqu'arbre , ici chaque plante , |
Flate le goût & l'odorat.
XXX
;
MAI.
ST
1747.
Tels autrefois tant de grands hommes ,
Dont le nom fit trembler les Rois ,
Moins avides que nous ne fommes ,
Vivoient dans les champs , dans les bois § :
Ainfi méprisant la fortune ,
Sortoient d'une ville importune
Tant d'infatigables Romains ,
Et l'éclat d'un fafte inutile
Les flatoit moins qu'un champ fertile
Cultivé de leurs propres mains.
Rome & fes Palais magnifiques
N'étoient pour eux qu'une prifon ;
Ils regrettoient fous leurs portiques
La fraicheur d'un fimple gazon ;
L'or & l'argent , riches matieres ,
Jamais pour ces ames altieres
N'eurent que de foibles appas ;
Leur courage fevere & mâle
Choififfoit d'une ardeur égale
L'agriculture & les combats.
*3*+
Ah! s'il refte encor fur la terre
Une ombre de félicité ,
Il eft dans un lieu folitaire,
Mortels, ce bonheur fi vantés
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là que vivant pour foi - même,
A méditer l'Etre fuprême
On fçait borner tous fes defirs.
Lieu charmant où la deftinée
Chaque faifon , chaque journée ,'
Nous offrent d'innocens plaifirs.
Derhins Doyen des Avocats de S. Etien
we en Forest,
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie des Sciences du Mercredi
12 Avril.
M
R le Marquis de Courtivron lût
un Mémoire fur la néceffité de perfectionner
la métallurgie des forges pour
diminuer la confommation des bois , où
il donna quelques moyens très-fimples
d'employer les mines de fer en roches de
Bourgogne , auffi utilement que les mines
en terre de la même Province.
Le Mémoire dont on vient de voir le
titre peut être divifé en trois parties , la
premiere eft prefque entierement politique.
Elle eft compofée de réfléxions générales
fur les inconvéniens & la nécefMA
I. 1747 .
53
fité de la fabrication des fers dans le
Royaume ; la feconde partie contient une
defcription des deux differentes & principales
efpéces de mines de fer de la Province
de Bourgogne , celle de la préparation
générale des mines pour la fufion ,
avec une comparaifon du produit de ces
deux efpéces de mines , auquel on joint
les moyens & procédés qui peuvent être
mis en ufage pour rapprocher le produit
des mines qui font traitées le moins utilement
, de celui des mines que l'on traite
avec avantage ; dans la troifiéme partie
on trouve l'expofition d'un grand nombre
d'expériences faites , commencées & projettées
fur les mines de fer , & les chofes
qui font relatives à l'art des forges ; c'eſt
dans l'ordre de la courte expofition qui
vient d'être faite de la matiere de ce
Mémoire que nous allons en rendre
compte .
La France , contrée fi abondante & fi riche
, qui a du fuperflu a bien des égards ,
eft peut-être menacée de manquer un jour
de bois ; F'objet fi intéreffant de la confervation
des bois & des forêts a été longtems
négligé , & c'eft dans le fein de
l'Académie des Sciences que de judicieufes
obfervations fur leur dégradation ont
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
donné lieu à des expériences utiles *
qui favorisées de l'autorité du Miniſtére ,
font efperer au public d'en recueillir un
jour le fruit , en confidérant la confervation
des bois fous le point de vue de la
diminution de leur confommation . M. de
Courtivron fe jette dans des réfléxions
fur l'art des forges qui en confomme une
fi grande quantité.
Le nombre des forges eft peut-être
trop grand en France , dit l'Auteur , & if
femble que l'on s'en foit apperçu, puifque
quelques Ordonnances , telles entr'autres
que celles du 9 Août 1723 , défendent
les nouvelles conftructions & les augmen
tations de feu dans les forges , à peine
d'une amende confidérable & de la confifcation
de toutes les chofes qui feroient
à leur ufage , à moins de Lettres Patentes
bien & dûement vérifiées ; fi par la manutention
des Arrêts anciens & la publication
de nouvelles Ordonnances , la fabrication
des fers étoit diminuée , on
pourroit en tirer d'étrangers. Quelque
grande que foit la quantitédes fers fabri-
* M. de Reaumur Intendant & Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , Mémoires de
l'Académie.
M. de Buffons Intendant du Jardin du Roiz
Mémoires de l'Académie. Et M. du Hamel Infpecteur
Général de la Marine. M. de l'Académie.
MA I.
35. 1747.
qués dans le Royaume , il en arrive à
Marſeille qui s'y donnent à un prix bas ,
que les proprietaires des fourneaux &
les Maîtres de forges de Bourgogne &
de Champagne fe font crûs en droit,
dans ces dernieres années de faire au
Confeil des repréſentations fur ce fujet.
Ne pourroit- on pas penfer que l'Etat continuant
à tirer ce métal de l'étranger
quoiqu'avec la puiffance de le fabriquer ,
l'acheteroit alors par une oeconomie bien.
entendue qui porteroit entierement fur
la confervation des bois du Royaume ?
L'Auteur après cette expofition fe détermine
pour le fentiment contraire , par cette
réfléxion fi fimple , que les fers étran
gers qui fe rendent dans nos Ports prouvent
que nous n'en avons pas trop , &
que la fabrication des nôtres eft néceſfaire
, puifque c'eft un objet de commerce,
auquel nos forges fourniffent , & que
forges d'un Etat doivent fe mefurer par
le nombre de reffources qui fatisfont à
propre confommation , & à celle des
pays extérieurs ; enfin , dit l'Auteur , puifque
l'art des forges eft néceffaire , c'eſt du
côté de fa perfection en général , & en
particulier fur les moyens de diminuer
la partie de bois que cet art confomme
qu'il faut tourner notre attention & nos
fa
les
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE .
recherches , mais fr l'Etat , continue- t'il ,
doit reffentir l'effet d'une moindre confommation
de bois dans l'ufage ordinaire
des forges , Paris y a un interêt direct
dont la fenfation peut être prompte , duquel
enfin il ne fera point inutile de toucher
ici quelque chofe. Depuis un certain
nombre d'années la capitale s'étant accrue
peut être au -delà des bornes que la commodité
de ceux qui l'habitent pouvoit
preferire , & le luxe & la profufion y
ayant augmenté dans un rapport plus ſenfible
encore que le nombre de fes habitans
* la capitale. , dis -je , a épuifé les
bois qui l'avoifinent , & il a fallu recourir
au coeur du Royaume pour fon approvifionnement
; la commodité du flotage
a jetté dans le fond de la Bourgogne les
Marchands chargés d'y pourvoir , là ils
ont acheté depuis peu d'années des bois
qui jufqu'alors avoient été refervés à l'ufage
des forges , c'eft en rendant ces bois
indifferens aux forges dans cette partie
du Royaume , voifine des fourees de la
Seine ; que les Marchands auront encore
ces bois à meilleur marché & qu'ils pourront
les donner de même , le flotage per--
Par ces mots de luxe & de profufion l'Auteur a
fans doute en vûë les poèles récemment allumésfur
des efcaliers dans quelques maifons.
M A I.
1747. 37
1
mettant d'en faire le tranfport à peu de
frais. Des confidérations fi importantes ,
ajoute M. le Marquis de Courtivron
fur le grand avantage de diminuer la
confommation des bois , & celle de la loi
que tout Citoyen doit s'impofer de fe
rendre utile à la focieté,, loi qu'impofe
encore plus particulièrement l'Académie
à ceux qui la compofent , ne m'ont pas
permis d'héfiter à en chercher les moyens ,
& les circonftances où je me fuis trouvé
d'avoir des forges fous mes yeux & à ma
propre difpofition n'ont pû me laiffer indécis
fur le choix que je devois faire , & c.
L'Auteur annonce qu'il n'entre aujourd'hui
dans aucun détail & qu'il les réſerve
pour un ouvrage déja avancé , mais qui
a befoin & de tems & d'expériences encore
répétées , & qu'il fe contente de
donner aujourd'hui quelques épreuves
dont le fuccès lui a prouvé la fûreté Ce font
ces épreuves & quelques détails d'expériences
qui rempliffent la feconde partie
du Mémoire.
Cette partie intéreffante de l'Histoire
naturelle du Royaume , qui a pour objet
les mines , a toujours été & eft encore
abfolument négligée ; l'Auteur qui embraffe
dans un ouvrage particulier tour
ce qui regarde les nincs de la Province
C v
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
de Bourgogne , l'une des grandes de la
France , & peut- être celle où l'on fabrique
le plus de fer , laiffe entrevoir qu'il
pourra un jour étendre cet ouvrage à
d'autres Provinces . Il évite de parler
de ce qui concerne le choix & l'exploitation
des mines ainfi que de leur converfion
en fonte , & de la converfion des
fontes en fer il prend le fer dans fon
premier état, & nous allons rapporter tout
au long le morceau que l'on va lire pour
donner une idée un peu jufte de nos mines
, & de la façon dont elles fe forment
ce qu'il ne feroit guere poffible de faire
par un extrait.
Il me fuffira , dit M. de C. de confidérer
le fer dans fon premier état , dans celui
de mine , & lorfque déguifé il refufe de
fe manifefter par les épreuves qui l'indiquent
fi fûrement lorfque le feu a commencé
à lui donner , ou lui a donné toutà-
fait fes qualités particulieres ; les mines
fur lefquelles j'ai fait des expériences ſe
réduifent à deux fortes qui font communes
dans la Province de Bourgogne &
dans la plupart des Provinces de France ;
ces mines ne font point en filon , elles
font du nombre de celles que les métallurgiftes
appellent mines mineralifées , qui
font formées par le tranfport d'une maΜΑΙ
19
1747.
par
tiere métallique , diffoute & chariée
les eaux qui les dépofent enfuite dans
differens lieux qui font plus ou moins
fufceptibles de garder ces impreignations
métalliques , & cela à raifon des differentes
terres & glaifes fur lefquelles cou
lent les eaux qui traînent avec elles cette
matiere métallique ; de ces deux fortes de
mines , les unes font appellées mines en
terre , elles font en grains de groffeur &
de figure variée qui font mêlés à la terre
où on les trouve ; le fer y eft dans un état
de crocus ou de chaux métallique ; c'eft
en certains lieux à la fuperficie du fol que
l'on prend ces fortes de mines; ailleurs on
eft obligé de creufer ; l'autre efpéce de
mine fe tire à des profondeurs fujertes
à quelques variations ; on perce la terre
perpendiculairement de plufieurs puits
qui communiquent entr'eux au moyen de
galeries qui ne font point artificiellement
foutenues par des bois ; quelques
piliers laiffés au hazard fervent d'apuis
à ces fortes de voutes ; à cinq , fix & fept
pieds de profondeur, à compter de la furface
du fol où on fait les puits , la roche
commence à être femée de grains & caffée
dans toute forte de fens , elle laiffe
voir dans fon intérieur des grains de
mines ronds & affés brillans , qui ne diffe
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
rent en nulle forte des grains de mine en
terre , lorfqu'ils font féparés de l'enveloppe
pierreufe qui les tenoit comme enchaffés.
En creufant davantage on trouve
la roche femée de plus en plus de grains
de mine , & elle eft toujours meilleure .
Plus on approche de la pierre blanche du
fond qui eft liffe & d'une nature de caillou
, fans être mêlée d'aucun grain , cette
pierre blanche du fond dont on vient de
parler , fait pour retenir la matiere métallique,
ces mines étant formées par tranf
port , ce que fait la glaife dans les lieux
où l'on tire les mines en terre ; la glaife
& cette pierre blanche du fond des mines
fe trouve également impénétrable à l'eau
qui charie la matiere métallique ; c'eſt
dans la terre que porte la glaife des premieres
que l'eau dépofe cette matiere ,
comme c'eft dans la roche qui fe trouve
fur la pierre blanche des fecondes que
l'eau la dépofe auffi , foit que la roche
mêlée de mine ait été pétrifiée depuis
l'admiffion des parties métalliques , foit
que la roche même ait été perméable à
l'eau qui avoit diffous cette matiere.
*
Nous apprenons enfuite dans le Mémoire
que les mines en roches font extraites
de la terre par quartier plus ou
moins gros, à la volonté de l'ouvrier , mais
M A. I. 61 1747..
par
> que
avant que l'on jette ces mines au fourneau
elles font paffées fous un bocquart ,
forte de machine muë l'eau au moyen
d'une roue enarbrée & dont les pilons
armés de fonte à leur extrêmité écrafent
la roche en parties fort divifées , & c'eſt
dans cet état que l'on ufe la mine en roche
qui eft jettée aux fourneaux avec une
terre nommée herbue au lieu les
mines en terre fe mêlent avec une pierre
concaffée , nommée caſtine ; le fourneau eft
rempli & de charbon & de matiere alternativement
, c'eft alors , dit l'Auteur , que
le feu après avoir vitrifié les parties terreftres
& hétérogénes , donne une forme
abfolument métallique à la matiere la plus
péfante , & opére la réduction par le
contact immédiat des charbons & la communication
de leur phlogistique , mais
dans le cas ou on ufe des mines en terre
ou des mines en roche , c'eft avec un produit
bien different ; ces dernieres , c'est - àdire
les mines en roche , rendent à peu
près un tiers de moins de fonte en employant
pour la fufion des unes & des
autres une même quantité de charbon ;
nous avons pû voir plus haut dans le Mémoire
que les mines en roche paffoient
fous un bocquart ; ceux qui ont les premiers
employé cette machine n'ont eu
62 MERCURE DE FRANCE.
pour objet que de faire recevoir à la mine
l'action du feu plus efficacement , de multiplier
les furfaces , mais il étoit aiſé de
s'appercevoir que les roches froiffées par
les coups redoublés des pilons ne s'atténuoient
qu'aux dépens des grains dont
elles font femées ; ces grains tendres par
rapport à la roche font écrafés & fuient
avec le courant de l'eau , & les roches
froiffées en partie reftent dans les lavoirs
avec les grains que n'ont point rencontrés
les pilons ; les liqueurs les plus acides ,
les eaux fortes ne mordent pas le fer dans
fon état de mine , elles attaquent tout ce
qui lui eft étranger. M. de Courtivron
par des expériences qu'il avoit faites avec
ces natieres depuis long - tems , jugea de
la partie de roche qui reftoit mêlée à la
mine de fer en roche , & qui la rendoit fi
differente pour le produit des mines en
terre ; nous ne fuivrons point l'Auteur
dans tous les détails , nous nous contenterons
de remarquer que les grands agens
de la nature , le feu , l'eau , l'air , la gêlée
& les differentes circonftances des faifons ;
doivent être regardés entre les mains du
Phyficien , comme des, inftrumens dont
il peut faire ufage , ainfi que l'artifan
fe fert des outils du métier auquel il
s'exerce l'un de ces agens parut proΜΑΙ
1747. 63
pre à M. de Courtivron à opérer ce qu'il
le propofoit d'exécuter , qui étoit d'ufer
les mines en roche fans les bocquer ; il
avoit remarqué que dans les lieux où l'on
ufe les mines en roche , les pierres y font
prefque toutes d'une mauvaise qualité ,
propre à être attaquée par la gelée & les
alternatives des faifons ; il fongea à mettre
cette obfervation fi fimple à profit & à
s'affûrer fi la roche à mine feroit altérée
par
la gelée comme les pierres communes , ou
bien fi elle y réfifteroit ; dans l'un ou l'autre
cas ces recherches pouvoient devenir
utiles;fi la roche à mine fe trouvoit inalté
rable il falloit l'employer dans les conftructions
, fur tout dans celles qui alternativement
imbibées d'eau & expofées à l'air
font incontinent dégradées , vû la mauvaife
qualité des pierres dont on fe fert .
En Alface quelques villages font entierement
bâtis de pierres de mine , inaltérables
par l'expofition à l'air,fil'on ne fait précéder
quelques autres préparations ; fi au
contraire la mine en roche fe réduifoit
la gelée, comme la plupart des autres pierres
, on pouvoit attendre pour la façon
d'employer ces mines plus utilement un
heureux fuccès ; il ne falloit donc plus que
fonger à faire recevoir à ces mines dans les
par
+
64 MERCURE DE FRANCE.
circonftances les plus avantageufes l'action
de l'air & des faifons . Etendre ces mines
les divifer , expofer toutes leurs furfaces à
la gelée qui devoit les frapper , étoient de.
tous les moyens ceux qui s'offroient le plus
naturellement , & ce furent auffi ceux qui
furent mis en ufage , il falloit ; que les préparations
qui tendoient à la perfection des
procedés en grand fuffent:peu couteufes, &
aucune ne l'étoit moins que cette expofition
à l'air long - tems continuée ; après
quelques hyvers M. de C. trouva les mines
en roches réduites par la gelée , de façon
que ces mines paffées fur des claies inclinées
, & lavées enfuite donnerent une
mine qui promettoit & qui rendit beaucoup
; les épreuves faites avec cette mine
allerent toujours à environ plus d'un cinquiéme
au-deffus de ce que donnoient les
mêmes mines paffées au bocquart . M.de C.
remarque que toutes les mines en roches.ne
font ni auffi- bien , ni auffi promptement attaquées
par la gelée les unes que les autres;
celles qui contiennent des coquillages pétrifiés
, reconnues par les ouvriers pour fe
défendre à l'action du bocquart , fe défendent
auffi davantage à l'action de la gelée;
les ouvriers difent que ces mines ont du
clou , c'est ainsi qu'ils appellent le coquilΜΑΙ.
1747.
65
lage pétrifié , qui en effet eft d'une qualité.
beaucoup plus dure que la roche à mine
fimple ; des expériences fur le choix des
mines, fur leur poids , fur leur diminution .
au feu , fur les inconvéniens du bocquage
pour les rivieres , & des obfervations particulieres
d'hiftoire naturelle fur le poillon
auquel l'effet du bocquage des mineseft contraire
, le méchanifme de quelques opérations
& leurs raifons , foit pour la fufion
des mines , foit pour leur réduction , font
réfervés pourun autre Mémoire; celui dont
nous rendons compte n'étoit pas fufceptible
de contenir toutes ces obfervations qui
font deftinées aux affemblées ordinaires de
l'Académie. Nous paffons ici tout ce qui
eft particulier , pour nous renfermer dans
les bornes d'un extrait & ne donner que
les réſultats généraux de cette feconde partie
, qui eft terminée par les confidérations
fuivantes. M. le Marquis de Courtivron y
expofe que l'on doit s'attendre que l'avance
d'argent néceffaire à de plus grands ap-.
prêts de mines , & que les frais que cette
avance occafionneroit dans le commerce.
des Maîtres de forges, retardera fans dou-.
te l'ufage que l'on pourroit faire de fes obfervations
, cependant ajoûte-t'il , fi l'on
confidéroit en France par la fuite les mines
66 MERCURE DE FRANCE.
avec plus d'attention , &que l'on y fit uſage
de l'exemple qui nous eft donné dans quelques
pays étrangers , tel entr'autre que la
Suéde , où un Collége de Métallurgie fagement
établi décide de tout ce qui fe rapporte
à la matiere métallique, & ôte au particulier
la liberté de traiter fes mines peu
utilement , quand même il négligeroit affés
fon intérêt pour le vouloir , on pourroit
efperer de voir mettre à profit & ces ob--
fervations & .quantité d'autres fort utiles
que l'on fe propofe d'y ajoûter ; c'eſt
dans les cas de confommations inutiles :
d'une matiere néceffaire que le particulier.
ne peut perdre fans que la perte ne rejailliffe
entierement fur l'Etat.
Nous voici arrivés à la troifiéme partie
du Mémoire , & nous allons en tracer l'idée
fuccinctement.
Les fers different beaucoup entre eux ;
ces maffes qui paroiffent homogênes à quiconque
ne les voit qu'extérieurement , offrent
à la vue fimple des differences qui,
frappent , fi l'on examine les fractures ; de
ces fers les uns font aigres & caffants , d'autres
doux , d'autres enfin ont des qualités
moyennes qui dépendent de leur premiere
compofition ; un illuftre Chymifte étranger
( M. Stal ) rapporte dans l'un de fes OuMAI.
1747. 67
-
vrages qu'en Allemagneun homme par le
mêlange de plufieurs mines , qui fonduës
feules ou alternativement les unes avec les
autres donnoient un fer de mauvaiſe quali
té , étoit venu à bout par des combinaiſons
prifes de fept ou neuf mines differentes
d'en retirer un fer excellent ; ces épreuves
qui en France n'ont été tentées par perfonne,
ont parû à M. de C. devoir mériter de
l'être ; on fent bien , dit- il , que ces épreu
ves ne peuvent être faites que par les inines
d'un perit canton , mais en rendant publiques
les proportions qui auront le
mieux réiiffi , & comparant enfuite par la docimafie
, toute imparfaite qu'elle eft pour
l'effai des mines de fer , les mines des autres
Provinces du Royaume , l'on viendra peutêtre
à bout de corriger la mauvaiſe qualité
de quelques- uns de nos fers, & d'améliorer
encore celle de nos fers les plus eftimés ; il
paroît que l'Auteur a tenté & doit tenter
encore beaucoup d'expériences qui lui ont
parû devoir être utiles ou curieufes, & qui
pouvoient le mettre en état de décider
plufieurs queftions fur nos mines , telle eft
celle qu'il annonce par la préparation de
mines épuifées qui feront voûtées & foutenues
, afin qu'elles fe trouvent à l'abri de
l'éboulement des terres & de quelques au
68 MERCURE DE FRANCE.
tres accidens qui empêcheroient d'examiner
par intervalle les differences arrivées au
fond & au parois ; fi des differences , ajoûte-
t'il , auſſi inſenfibles que la reproduction
d'une matiere métallique ne peuvent -
lefaire appercevoir avant un grandnombre
d'années , la pofition de ces mines fera déterminée
par rapport aux points cardinaux ,
& celle de l'illuë qui y fera ménagée par
rapport à des objets prefque inaltérables ,
des montagnes ifolées & bien terminées
des rochers ou des objets fixes fi remarquables
qu'ils ne pourront être méconnus.
Dans les Journaux on trouvera décrit
l'état actuel & celui que donneront des
obfervations poftérieures. Ce qui fe rapporte
à ce fujet , ajoûte l'Auteur , offre un
vafte champ à l'expérience & au raiſonnement;
les differens genres de matieres auxquels
la mine peut être jointe pour la fufion
, la conftruction de fourneaux la plus
avantageufe , l'invention des moyens fimplifiés
pour la fabrication du fer , certaines
manieres de difpofer le feu des forges , de
façon qu'il confomme le moins de charbon
qu'il eft poffible , l'oeconomie des eaux,
la façon d'employer le bois pour en tirer le
meilleur charbon qu'il fe puiffe , matiere
abfolument neuve , toutes ces chofes , dit
M A I.
69 1747.
l'Auteur , font des branches qui tiennent
directement à l'art des forges , fur lefquelles
j'efpere fatisfaire ma curiofité & être en
état d'en rendre compte ; j'épuiferai cette
matiere , fi une matiere peut être épuisée ,
car plus on examine de près les chofes &
plus on fe convainc de l'impoffibilité d'y
tout voir , mais n'importe , quand même,
ajoûte M. de Courtivron , nos obfervations
tendroient à un but qu'il ne leur feroit
pas permis d'atteindre , on devroit au
moins nous fçavoir gré des tentatives , lorf
qu'elles ont pour objet l'utilité du public ;
y rendre nos expériences relatives doit
être auffi le plus fûr moyen de les anno
blir.
Le Mémoire de M. de Buffon a pour ti
tre : Invention de Miroirs ardens pour brûler
à de grandes diftances. L'Auteur rapporte
l'Hiftoire des Miroirs avec lefquels Archimedes
brûla les vaiffeaux des Romains au
Siége de Syracufe , & après avoir.dit que
Defcartes & les Phyficiens modernes l'avoient
traitée de fabuleufe ; il expofe les
raiſons qu'il a eu de n'êtrepas de cet avis;
& les moyens dont il s'eft fervi pour s'affurer
que la chofe étoit poffible , & ceux
dont il a fait ufage pour les exécuter. Ces
70 MERCURE DE FRANCE.
1
moyens dépendent d'une théorie d'Optique
toute nouvelle & fort délicate que
nous ne pouvons pas faire entrer dans cet
Extrait , nous nous bornerons aux réſultats
que tout le monde peut entendre . Ce Miroir
ardent eft compofé de plufieurs petites
glaces planes & quarrées de fix pouces
fur huit pouces ; chacune de ces glaces peut
fe mouvoir indépendemment de toutes les
autres par le moyen de plufieurs viffes , &
on fait coincider au même point toutes les
images que ces glaces refléchiffent ; elles
font montées fur une machine qui peut fe
mouvoir & tourner en tout fens ," & par
cette méchanique on met le feu en tirant
feulement un rideau à toutes les matieres
qu'on expofe au foyer , qui eft comme une
colomne de lumiere très-vive d'environ
un pied de diamètre & qui porte la flâme ,
en un inftant on allume le bois jufqu'à
deux cent pieds de diftance , le plomb fe
fond à cent cinquante pieds , l'étain a plus
de cent , l'argent à 40 ou so , l'or encore
à une plus grande diftance , & les meilleurs
Miroirs que l'on connût ne faifoient
ces effets qu'à dix ou douze pieds tout au
plus. D'ailleurs la portée de ce nouveau
Miroir varie à volonté , au lieu que dans
les Miroirs ordinaires on ne pouvoit brû·
MA I. 1747 :
71
ler qu'à une même diftance & toujours
très -petite ; il brûle auffi en haut , en bas
& horisontalement , & il feroit très -aifé
de mettre le feu dans des voiles de vaiffeaux
à trois cent pieds avec le Miroir.
L'Auteur finir par prouver qu'Archimedes
en eft le premier inventeur , & il explique
les paffages des Hiftoriens qui en ont parlé
, mais qu'il n'étoit pas poffible d'entendre
avant que d'avoir retrouvé cette invention
qui s'étoit perdue comme beaucoup
d'autres découvertes de l'Antiquité ,
parce qu'on a , dit- il , préferé la facilité
de les nier à la difficulté de les rechercher,
7
72 MERCURE DE FRANCE .
Quod
AURO I.
Uodfuit in votis olim tibi Roma , tenet nunc
Gallia , Trajano melior , felicior ipfo
Imperat Augufto Lodoix , quid plura ? Secundos
Trajani Auguftique dies , Rex optime , ducas.
de Nouzieres.
LE
E grand nombre de Traductions differentes
qui ont été faites des Poëfies
d'Horace prouve combien l'on a jugé que
cette entrepriſe pourroit être utile au public,
& plufieurs de ces mêmesTraductions pourroient
fervir de preuve de la difficulté d'y
réüffir . Horace eft en effet un des Poëtes
les plus difficiles à traduire , il s'exprime
toujours avec une préciſion & une force
qu'il eft difficile de rendre en traduiſant.
Le plus fouvent ( qu'on nous permette
une façon peu exacte de nous exprimer ,
mais qui pourra nous faire entendre ) le
plus fouvent les tours lui font propres
encore plus qu'ils ne le font à fa Langue ,
ce qui augmente beaucoup la difficulté de
la
MAI. 1747..
73
à l'Aula
Traduction , car un tour propre au génie
d'une Langue peut-être fuppléé par un
équivalent que fournira la Langue duTraducteur
, mais fi ce tour eft propre
teur qui a écrit , il faut alors que le Traducteur
cherche en lui -même des reffources
qu'il n'eft pas fûr d'y trouver.
Un homme qui joint à un grand difcernement
un goût für &un efprit auffi délicat
qu'éclairé , s'eft occupé depuis plufieurs
années à une Traduction d'Horace. Il feroit
à fouhaiter qu'il voulût laiffer voir le
jour à fon ouvrage. Voici la Traduction
du Poëme Séculaire qui nous eft tombée
entre les mains.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
SCORE DCDCC DCREE EDGE COCOBE
& Virginum Chorus.
CARMEN SECULARE
Puerorum
P Habe , fylvarumque potens Diana ,
Lucidum Coeli decus , ô colendi
Semper, & culti , date quæ precamur
Tempore facro :
Que Sibyllini monuere verfus ,
Virgines lectas puerofque caftos ,
Dîs , quibus feptem placuere colles
Dicere carmen.
Puerorum Chorus ,
Alme Sol , curru nitido diem qui
Promis & celas , aliufque & idem
Nafceris ; pofcis nihil urbe Româ
Vifere majus.
Virginum Chorus.
Ritè maturos aperire partus
Lenis Ilithyia , tuere matres :
Sive tu Lucina probas vocari ,
M A I.
75
1747-
POEME SECULAIRE.
Choeurs de Vierges & de jeunes Romains,
A
Les deux Chours.
Stres , dont l'éclat embellit les Cieux,
ô Phébus ! ô Diane Souveraine des
forêts ! Divinités toujours adorées , toujours
dignes de l'être , exaucez nos voeux
dans ces jours folemnels , dans ces jours
où la Sybille ordonne que des Choeurs de
Vierges choifies & de jeunes Romains
chantent les Dieux Tutelaires des fept
Collines.
Choeur de jeunes Romains.
Ame de la Nature , Soleil dont le char
lumineux ouvre la carriere du jour & la
termine, toi qui toujours immuable, renais
chaque jour different à nos yeux , puiffe- tu
dans l'Univers ne rien voir de plus grand
que Rome !
Choeur des Vierges.
Bienfaifante Ilythie, toi qui rends moins
amers les fruits de l'hymen dans leur maturité
, fous quelque nom que l'on t'in-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Seu Genetyllis .
Diva , produças fobolem , Patrumque
Profperes decreta fuper jugandis
Foeminis , prolifque novæ feraci
Lege marita.
Puerorum & Virginum Chorus.
Certus undenos decies per annos
Orbis & cantus , rèferatque ludos ,
Ter die claro , totiefque gratâ
Nocte frequentes.
Vofque veraces ceciniffe Parca ,
Quod femel dictum ftabilis per ævum
Terminus fervet , bona jam peractis
Jungite fata.
Fertilis frugum pecorifque tellus
Spiceâ donet Cererem coronâ :
Nutriant foetus & aquæ falubres ,
Et Jovis auræ,
Puerorum Chorus:
Condito mitis placidufque tefo
Supplices audi Pueros , Apollo :
Virginum Chorus.
Siderum Regina bicornis audi ,
Luna , Puellas.
M-A I. 1747. 77
voque , ou de Génétille ( 1 ) ou de Lucine,
que les meres trouvent toujours en toi un
fecours affûré ; fais profpérer les décrets de
nos peres , qui nous impofent le joug conjugal
; ( 2 ) qu'ils foient pour cet Empire
une fource féconde de nombreuſes lignées !
Les deux Chours.
(3 ) Que de fiécle en fiécle pendant trois
jours & trois nuits fe renouvellent & ces
chants & ces jeux ! Parques qui rendez de
furs Oracles , que la (4) durée de cet Empire
confirme vos promeffes ; ne ceffez d'a-.
joûter d'heureux deftins à ceux que déja
vous nous avez accordés . Que la terre toujours
abondante en fruits couronne Cérès
de fes épics dorés ; qu'elle foit couverte de
troupeaux ; qu'elle n'offre à leurs tendres
nourriffons que dès eaux falutaires ; qu'ils
n'y refpirent qu'un air toujours pur !
Choeur dejeunes Romains.
Apollon ferre tes fléches meurtrieres ,
daigne écouter les humbles prieres de la
jeuneffe .
Choeur de Vierges.
Reine des Aftrés , dont le croiffant donne
un nouveau jour à la terre , entends la
voix des Vierges qui t'invoquent.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Puerorum & Virginum Chorus.
Roma fi veftrum eft opus , Iliæque .
Littus Etrufcum tenuere turmæ ,
Juffa pars mutare Lares , & urbem
Sofpite curfu :
Cui per ardentem fine fraude Trojam
Caftus Æneas Patriæ fuperftes
Liberum munivit iter , daturus
Plura relictis :
Dî probos mores docili juventa ,
Dî fenectuti placidæ quietem ,
Romulæ genti date remque , prolemque
Et decus omne.
Quique vos bobus veneratur albis ,
Clarus Anchife Venerifque fanguis ,
Imperet bellante prior , jacentem
Lenis in hoftem .
Jam mari terrâque manus potentes
Medus , Albanafque timet fecures :
Jam Scythæ refponfa petunt , fuperbi
Nuper , & Indi :
Jam fides , & pax , & honor , pudorque
Prifcus , & neglecta redire virtus
Audet , apparetque beata pleno
Copia cornú.
MA I.
19 1747.
Les deux Chours.
Puiffantes Divinités , fi Rome eſt votre
ouvrage , fi le refte des Troyens , forcés
d'abandonner fes Dieux , vint fous vos
heureux aufpices occuper les rives de l'Etrurie
; fi le pieux Enée , ſurvivant au malheur
d'Ilion , leur ouvrit un paffage à travers
la flâme , & que ( 5 ) fidéle à fa promeffe
il leur ait affûré un Empire plus floriffant
que le leur ; donnez à la jeuneffe docile la
pureté des moeurs ; donnez à la fage vieilleffe
un doux repos ; donnez aux enfans
de Romulus une nombreufe poftérité, prodiguez
pour eux les honneurs & les richeffes.
Comblez les voeux du digne rejetton
d'Anchiſe & de Vénus , qui fur vos autels
immole de blanches victimes; que toujours
triomphant de nos ennemis , il foit dans
leur défaite encore plus grand par fa clé
mence ! Déja nos armes redoutées fur la
terre & fur l'onde font trembler le Mede ;
déja le Scythe & l'orgueilleux Indien nous
demandent des Loix ; déja reparoiffent la
fidélité , la paix , l'honneur , la candeur de
nos peres , & la vertu fi long- tems négligée
; l'abondance verfe fur nous fes tréfors
à pleines mains.
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
Puerorum Chorus.
Augur , & fulgente decorus arcû
Phoebus , acceptufque novem Camoenis ,
Qui falutari levat arte feffos
Corporis artus ;
Si Palatinas videt æquus arces ,
Remque Romanam , Latiumque felix ,
Alterum in luftrum , meliufque femper
Prorogat ævum.
Virginum
Chorus.
Quæque Aventinum tenet , Algidumque ,
Quindecim Diana preces virorum
Curat : & votis Puerorum amicas
Applicat aures.
Faerorum & Virginum Chorus.
Hæc Jovem fentire , Deofque cunctos ,
Spem bonam , certamque domum reporto ,
Doctus , & Phoebi chorus , & Diana
Dicere laudes.
MA I. 81
1747 .
Choeur de jeunes Romains.
Dieu des Augures , chéri des Mufes ,
Dieu renommé par ton arc brillant , par
cet art falutaire qui rend aux corps infirmes
leur premiere vigueur (5) tu jettes un
regard favorable fur les roches Palatines ,
tu fais durer à jamais la gloire de cet Empire
; que chaque fiecle ajoûte un nouvel
éclat à fa grandeur !
Choeur de Vierges.
Et toi Déeffe révérée fur l'Algide & fur
l'Aventin , ô Diane , tu prêtes une oreille
attentive anx Prêtres des Sybilles , aux
voeux de cette jeuneffe.
Les deux Chours.
Mais déja Jupiter , déja tous les Dieux
nous entendent ; nos voix réunies pour
chanter les louanges de Diane & d'Apollon
, ont pénetre jufqu'aux Cieux ; nos
voeux font exaucés , les Dieux même m'en
affûrent.
REMARQUES .
( 1 ) Je crois , comme Bentley & le P. Sanadon
, qu'on doit écrire Genetyllis , v. 16,
& non pas Genitalis , auquel les Interprétes
donnent differens fens , tels par exem-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
ple , que Jean Bond , feu mavis , dit-il , vocari
Luna ad gignendum valens , nam veluti
Solis calor animat ,fic humor Luna nutrit &
gignit , propriété qu'il me femble qu'on n'a
jamais donnée à la Lune. Il y a tout lieu
de croire , ainfi que le dit le P. Sanadon
que Genitalis n'eft qu'une corruption ou
plutôt une mauvaiſe glofe de Genetyllis ,
dont Frédéric Morel s'eft fervi dans la traduction
Grecque qu'il a faite de ce Poëme.
Il n'eft pas poffible , ajoûte le P. Sanadon
, de produire aucun Auteur qui ait
employé le nom de Genitalis dans le fens
qu'on lui donne ici , comme Bentley l'a
montré .
(2 ) Le P. Tarteron donne comme une
chofe affûrée , ce qui n'eft qu'un ſouhait
dans Horace ; elle ( cette Loi ) ne peut manquer
, dit-il , de peupler l'Empire. Il est obligé
de-même par le fens qu'il a donné à certus
ut undenos qui fuit , d'ajoûter au Texte
Béniffez-là pour pouvoir dire , afin que ces
jeux & ces Hymnes revenant régulierement de
fiècle en fiècle , les Romains en foule & fans
nombre les cèlebrent trois jours & trois nuits
auffi agréablement que nous. Ce n'eft pas- là
le fens du Latin où l'ut eft encore employé
comme un fouhait.
(3 ) D'Acier & le P. Sanadon ont démontré
qu'il falloit lire , v. 21 , Certus unM
A 1.
83 1747.
'denos & non pas certus ut denos , parce que
les fiécles étoient de 110 ans.
(4) Je penſe de même qu'on doit écrire
ainfi ce paffage ,
Quodfemel dictum ftabilis per avum
Terminus fervet ,
Et non pas ,
.
Quodfemel dictum eft , ftabilifque rerum
Terminus fervat ,
Bentley fait voir l'abſurdité du dernier ,
qui ne fait point de fens , dictum eft , &
fervet , in Syntaxeos legem peccant , dit- il
avec raifon . Cuningam l'écrit de cette façon
, mais elle ne vaut pas mieux ',
Quodfemel dictum ,ftabilifque rerum
Terminus fervet ,
(5) Je crois qu'Horace a plutôt eu en
vûë de faire par ces mots fine fraude , en ,
parlant d'Enée , une oppofition au caractére
de perfidie que Virgile donne aux
Grecs , timeo Danaos & dona ferentes , que
d'imaginer , comme ont fait les Interprétes
, de lui donner le fens de fine noxa
fans en recevoir aucun dommage ; Liberum
iter l'explique clairement , comme le remarque
fort bien M. de Rozel Baumont ,
Hift . Crit. de la Rep . des Lettres , T. XIX ,
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
p. 142 , qui donne à fine fraude le même
fens que moi , l'attribuant à la tromperie .
dont uférent les Grecs pour furprendre
Troye .
(6) J'ai adopté ici la correction de Bentley
d'apres les MSS. & les anciennes
Editions de prorogat , v . 68 , curat , V. 71 ,
& applicat , v. 72 , au lieu de proroget , cisret
& applicet. Elle me paroît d'autant plus
fenfée , qu'Horace avoit déja dit , v. 33 .
Et
Condito mitis placidüfque telo
Supplices audi pueros , Apollo ;
Siderum Regina bicornis audi ,
Luna , puellas.
que ceci n'en feroit qu'une repetition ,
Quindecim Diana preces virorum
Curet, & votis puerorum amicas
Applicet aures.
Il est donc bien plus vraisemblable
qu'Horace , comme le dit Bentley ', quafi
prafenti numine afflatus , narrat fua vota ab
Diis exaudiri.
Je n'adopterai pas de même fes corrections
inutiles de docilis , v . 45 , & de fenectutis,
v. 46 , au lieu de docili & de fene&luti,
ni de quæque , v. 49 , & impetret , V. 51 ,
que fuit Cuningam au lieu de quique &
MA I. 1747.
imperet , (le P. Sanadon ponctue avec raifon
le paffage de cette maniere ,
Quique vos bobus veneratur albis
Clarus Anchifa Venerifquefanguis ,
Imperet bellante prior , )
ni ces autres corrections de Bentley , manum
potentem , v. 53 , ou manus potentis de
Guningam au lieu de manus potentes , ni
d'honos , v. 57. que fuivent Cuningam &
& le P. Sanadon , au lieu d'honor , ni celle
ci de ce fçavant Jéfuite ,
Remque prolem
Que decus omne.
au lieu de
Remque prolemque
Et decus omne. v. 47 & 48 .
ni ces autres de Cuningam, placidam quietem
, v. 46 , au lieu de placida quietem , &
Phoebo , v. 75 , au lieu de Phoebi,
86 MERCURE DE FRANCE.
宗宗宗宗: 宗宗宗宗宗宗宗慈
D
DAME TE.
EGLOGUE.
Amete épris de l'aimable Sylvie
Traînoit une mourante vie ;
Ce n'étoit que foupirs, à toute heure, en tout liey.
Son troupeau l'occupoit fort peu :
Ille laiffoit errer à l'avanture.
Ce cher troupeau devenoit la pâture
Des loups cruels qui profitent toujours
Du tems oùles bergers rêvent à leurs amours.
Un jour fur un coteau champêtre ,
Affis nonchalamment à l'ombre d'un ormeau ,
Il laiffoit à fon chien le foin de fon troupeau.
Je l'obfervai long- tems ne voulant point paroître,
Quand le charmant berger , l'honneur de ce hameau
,
Portant au loin fa vuë & fans rien voir peut- être ,
Tant il rêvoit profondément ,
S'écria : juftes Dieux ! par quel enchantement
Suis- je réduit à ne me plus connoître !
A traîner en tous lieux la trifteffe & l'ennui !
Je ne me trompe point ; c'est l'amour , oùi , c'eſt
lui
Qui fait cette métamorphofe.
MA I.
$7 1747.
Jadis dans l'aimable faiſon ,
Où Zéphir volage & fripon
Careffe mainte fleur par fa tendreffe éclofe ;
Je voltigeois comme le papillon
Des champs aux bois , de l'arbuste à la roſe .
Tout me charmoit . Tout gliffe aujourd'hui fur
mes fens.
Quelquefois mes tendres accens
Attiroient près de moi nas timides bergeres ,
Qui mêloient leurs voix à mes chants ,
Et formoient des danſes legeres.
Nos jeux ne finiffoient qu'avec la fin du jour.
Nos bois étoient pour moi le plus riant féjour ,
Et je n'y vois plus rien qui m'attache à la vie.
Comment me plairoient-ils ? Je n'y vois plus Syl
vie.
J'aimois , hélas ! fans connoître l'amour.
J'éprouve enfin les tourmens de l'abſence.
Depuis un mois ma vive impatience
Me fait envain parcourir tous les lieux
Que me rendoit chers fa préſence.
Qu'ils font changés ! que je crains l'inconftance
D'un objet par qui tout s'embellit à mes yeux !
Unfilence profond favorifoit Damete.
Les Zéphirs n'agitoient qu'à peine les rameaux.
Les Nymphes l'entouroient. Tout dans cette
retraite
88 MERCURE DE FRANCE.
Sembloit prendre part à fes maux ,
Et refpecter les fons de fa Mufette.
Les échos d'alentour d'une tremblante voix
N'ofoient répéter à nos bois
L'aveu de fa flâme difcrete .
L'Amour en eût pitié , vint effuyer fes pleurs.
Damete entend du bruit , tourne auffi -tôt la tête ;
Et reconnoît l'objet de fes tendres ardeurs.
Elle s'enfuit d'un pas timíde ,
Mais un berger des plus conftans
Fait , quand c'eft l'Amour qui le guide
Bien du chemin dans de tems.
peu
Il l'atteignit : Amour n'en fit que rire.
Pour moi , crainte d'offrir un importun fecours ,
Bien loin de troubler leurs difcours ,
Je ramenai mon troupeau fans mot dire .
Boyer.
A Lyon 1747.
MA I. 89 1747.
KALAPAPAYAKA
YOGARAEDIALA
LETTRE de M. Jaume écrite de la campagne
à M. A *** . en lui envoyant l'Ode
Suivante .
Lluftre amant des neuf Soeurs immor
telles ,
IL
Noble héritier du Dieu de l'enjoûment ,
Difciple des Chaulieux , des Greffets , des Cha-
´pelles ,
Ami fidéle , ami charmant ;
Docile aux doux plaifirs , pars , reviens fur leurs
aîles
Dans ces lieux dont tu fis autrefois l'ornement.
Crois moi , de ces douces retraites
Vien goûter les plaiſirs divers ;
Ici de pampres toujours verds
Bacchus couronnera nos tếtes ;
Là couchés fur un lit de fleurs ,
Ou fous un chêne affis à l'ombre ,
Nous jouirons de cent plaiſirs flateurs
Dans le fond d'un boccage fombre.
Si fur nos coeurs l'amour porte fes coups ,
Charmés de nos nouvelles chaînes ,
Mille jeunes oifeaux amoureux comme nous ,
Entretenant nos feux par leurs chants les plus
doux ,
Feront des plaifirs de nos peines.
90 MERCURE DE FRANCE .
Oferai-je de ces beaux lieux
T'ébaucher la riante image è
Heureux mesvers , s'ils avoient l'avantage
De plaire un moment à tes yeux!
LES AGREMENS DE C ***..
O D
D
Elicieufe folitude ,
E.
Où loin de toute inquiétude
Je paffe d'agréables jours ;
Lieux chéris , campagne riante ,
De ma félicité charmante
Vous allez régler l'heureux cours
***
Que j'aime ces vaſtes prairies ,
Ces côteaux , ces rives fleuries ,
Sûrs aziles de mon repos.
C'eſt-là que la nature aimable
M'offre un enchantement durable ;
Et des plaifirs toujours nouveaux.
***
Tantôt du jour l'avant- couriere
Ouvrant ma tranquille paupiere ,
M'offre l'azur & les rubis;
Tantôt pár fa clarté féconde
MA I. 1747.
Phébus fortant du fein de l'onde
Occupe mes regards furpris.
Que de gracieuſes images
Me préfentent ces beaux rivages ,
Que les Dieux même ont habités !
Je vois aux bords d'une onde pure
Climéne qui fur fa coëffure
Confulte les flots argentés.
Les froideurs de l'indifference
L'infidélité , l'inconftance
Ne régnent point dans ce féjour.
L'on n'y connoît point l'impofture ;
Tout céde aux loix de la nature,
Tout y fuit les loix de l'Amour.
Loin d'ici ce mortel avide
Qu'une vaine ambition guide
Auprès des Palais éclatans :
C'eft dans nos paisibles contrées ,
Mieux que fous des voutes dorées ;
Que régnent les plaiſirs conftans.
Au fafte , au trouble de la ville,
Mon coeur fatisfait & tranquille
1
92 MERCURE DE FRANCE.
Préferera toujours ces bords ;
Et quand la Parque rigoureufe
Viendra trancher ma vie heureuſe ,
J'irai fans crainte chés les morts.
EPIGRAMME traduite du Latin
de Sangenerius.
QuUoi ! Marc , tu crains que la douleur
Ne faffe tourner ta cervelle .
Crois-moi , defire avec ardeur
Ce deftin qui te caufe une frayeur mortelle ;
Quelqu'il foit , bénis l'inftrument
D'un changement fi favorable ,
Car ta cervelle alors par ce renversement
Deviendroit bientôt raiſonnable .
Les mots des Enigmes du Mercure
d'Avril font Mortier , Ecu & Fiacre.
MAI,
93
1747.
淡淡洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
ENIGMES ET LOGOGRYPHE.
J E fuis d'un grand uſage à la Cour , à la Ville
Je taris quelquefois une fource de pleurs ,
Je reçois dans mon fein une humeur inutile .
Lecteur , je fers furtout chés les Prédicateurs,"
CE
AUTRE.
Ce qui compoſe ma nature
Crenfot,
Se trouve maintes fois confondu dans l'ordure:
J'affûre au Citoyen les biens de fes ayeux ,
De fes plus grands fecrets je fuis dépofitaire ;
Je me montre au Palais pour juger une affaire .
Dans cet inftant , Lecteur , je parois fous tes yeux.
J
par le même.
AUTRE,
E fuis un de ces traits qui forment la beauté ,
Ne me prêtant pas moins à l'art qu'à la nature ;
Je dis plus , fans te faire injure ,
Lecteur , jamais fans moi tu n'aurois exifté.
Tu ne fçaurois fans moi concerter d'entrepriſe ;
Quels que foient tes deffeins , je fuis toujours à toi.
94 MERCURE DE FRANCE .
N'en témoigne point de ſurpriſe ,
Car, Lecteur, tout commence & tout finit par moi.
Par M. de Lanevere , ancien Mousquetaire
du Roi, à Dax,
AUTRE,
Comment Omment définir ma ſtructure ?
Elle eft an Enigme parfait.
Toujours on couvre ma figure ,
C'est pour cela que je fuis fait.
Jefuis tout à la fois rond , étroit , profond , large ;
Et par le jeu de mes reflorts
Je retrécis , j'étends un corps ;
Je diminue ou j'allonge fa marge,
Et je céde aux moindre efforts ,
.
Quoique je femble aux yeux une péfante charges
Percé de tous côtés je renferme des fleurs ,
Mais ainfi que dans un parterre
Toutes n'ont pas le même caractére
Pour le goût & pour les couleurs ;
Nous tous auffi n'avons pas l'avantage
De contenir toujours des roſes & des lys ;
Moi , je l'aurai ; la belle Iris
Doit m'employer à fon uſage ;
Je n'en dirai pas davantage ;
Edipe tendre , tu fouris ;
M A I.
1747. 95
Tu me devines , je le gage ;
En révélant mon appanage ,
Je le fens bien , je me trahis,
LOGOGRYP HE.
Aton efprit , Lecteur profond & fage ,
Quel voile pourra me cacher ?
Ta fçais que je fuis grec , & par un long ufage
Sur dix pieds tu me vois marcher.
Combinons. J'offre un mot qui marque l'abon
dance ;
Un métal précieux l'idole des humains ;
Un fleuve d'Italie , un autre de la France ,
Un troifiéme de Corfe. Un cap des Africains;
Un oifeau qui jadis fauva le Capitole,
Un grain fort abondant , la fête affreufe & folle
Qu'en l'honneur de Bacchus célébroient les Ro
mains.
L'inviſible canal par où tout corps reſpire,
Le vêtement des animaux.
Une belle chimére où tout guerrier afpire.
Un des fept péchés capitaux.
Une ingénieuſe Machine
Qui mefure les jours dans des termes égaux.
Un uftencile de cuifine ,
96 MERCURE DE FRANCE .
Un Auteur de Florence un peu licencieux.
Un peuple malheureux dont parle l'Ecriture .
Un bourg de la Thuringe , une antique meſure ;
Une ville d'Elide , un monftre furieux
Dont on fait aux enfans une horrible peinture ,
Un lieu pour la folie , un fruit délicieux ,
Une choſe terrible , & qu'un grand coeur mépriſe.
Un terme de Coûtume, un grand Saint de l'Eglife,
Un nom jadis plus grand que celui d'Empereur ,
Un Palais des Princes d'Orange ,
Un Royaume voifin du Gange ;
Ce qui fait l'ordre & le bonheur ;
Un défert de la Tartarie ;
L'inftrument fayori du Dieu de l'harmonie ,
Si je ne craignois pas , Lecteur , de 'r'ennuyer ,
Je ne finirois pas ma longue anatomie ,
Mais tu me tiens déja , tu m'as vû tout entier.
NOUVELLES
MAI. 1747. · 97
JEREBERE3E3E3E**
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
Sfai fur l'éducation de la Nobleffe ,
Edaxvolumes in- 12 , Paris 1747 ,
deux
chés Durand,
L'éducation des enfans cft un des objets
les plus importans & les plus négligés.
Nous avons déja plufieurs livres fur cette
matiere & nous n'en fçaurions trop avoir.
Ileft bien vrai qu'envain efpereroit- on de
reformer entierement les hommes fur cet
article , ils font fourds dès qu'on leur
parle du bien public , & les abus font plus
forts que la raifon , mais un bon livre
qui eft lû par tout le monde éclaire au
moins quelques gens qui en profitent ,
& ce fuccès fi flateur pour un bon Citoyen
le dédommage bien de fes travaux.
Ce nouveau traité dont nous rendons
compte eft l'ouvrage d'un bon Citoyen ,
d'un efprit éclairé & d'un Ecrivain élégant
, rien n'eft plus judicieux que ce que
dit l'Auteur fur le choix d'un Gouverneur.
On devroit lui marquer beaucoup d'égards
quand ce ne feroit que pour accoût-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
tumer fon éleve à avoir du refpect pour
fes leçons , ce qui eft impoffible s'il n'en
a pas pour la perfonne qui les donne. Ce
choix qu'on devroit regarder comme trèsimportant
le fait fouvent au hazard , une
foible recommandation en décide , & plus
fouvent encore des raifons d'economie
que nous perdons de vûë dès qu'il s'agit
de fatisfaire notre vanité ou nos plaifirs.
Un abus auffi confidérable réfulte de la
retraite précipitée de ces mêmes Gouver
neurs. On marie un enfant à 16 ou 17
ans, & on lui ôte fon Mentor dans le tems
où livré à tous les dangers du monde il va
en avoir le plus de beſoin , & dans un âge
où l'efprit commençant à s'ouvrir , l'éleve
eft le plus à portée d'entendre les confeils
d'un maître fage & d'en profiter. J'ai
Souvent vu , dit l'Auteur , dans les pays
étrangers des Gouverneurs à des enfans audeffus
de vingt ans. Il ne faut pas croire que
la Nation Françoise par quelque influence
heureufe foit plus fage ; il me femble au contraire
que cette vivacité , & s'il faut le dire ,
cette legereté qui lui eft fi ordinaire, a plus be-
Join qu'une autre de ce qui peut la modérer
la fixer.
>
C'eft avec raifon que l'Auteur recommande
l'étude des Langues fi négligée
Μ Α Ι. 1747. 199
parmi nous. On enferme les enfans dans
un Collége où ils perdent cinq ou fix ans
à des études inutiles qui ne leur appren
nent rien qu'à hair le travail , qu'on leur
a rendu odieux par la façon mauffade dont
leur tâche leur eft impofée. Tous les
Etrangers & furtout les Allemands , font
apprendre plufieurs Langues à leurs enfans ;
un grand avantage réfulte de cette pratique
, nous le voyons tous les jours . Par
quel aveuglement négligeons- nous de faire.
ce que nous voyons être utile à nos voifins
?
Les inconvéniens de l'éducation générale
ont été cent fois démontrés , & cent fois
on a répondu qu'elle fervoit à débarraffer
les parens de leurs enfans dans un tems où
ils ne fçauroient qu'en faire. Etrange façon
de raifonner , qui eft pourtant la façon
générale!
Le chapitre qui traite de l'Hiftoire eft
non-feulement rempli de réfléxions fages:
& de préceptes judicieux , mais le tableau
que l'Auteur préfente des differens Empires
qui ont fucceffivement occupé la fcéne
du monde , eft également inftructif &
amufantil indique auffi les differentes
fources où l'on peut puifer la connoiffance
de l'Hiftoire tant ancienne que moderne ,
& montre à la fois une grande lecture &
300
Eij
ico MERCURE DE FRANCE.
un difcernement fort fûr.
On le tromperoit beaucoup fi l'on ne
regardoit l'étude de l'Hiftoire que comme
un fimple amuſement , qui n'auroit d'autre
utilité que d'orner l'efprit de connoiffances
curieufes ou agréables. Le . Guerrier , le
Négociateur , le Magiftrat y peuvent &
yidoivent même puifer des inftructions
d'autant plus utiles qu'elles naiffent de
leurs propres réfléxions , & qu'il n'eft rien
que l'on fçache mieux que ce qu'on s'eft
appris foi-même. Ce n'eft rien apprendre
que de charger fimplement fa mémoire
de noms & de dattes qui s'oublient auffi
aifément qu'on les apprend , on peut ſçaż
voir très exactement la lifte des Rois d'une
Nation , la date de leurs exploits , &c. &
ignorer leur Hiftoire. Pour la bien étudier,
il faut faire , proportion gardée , les mêmes
opérations que celui qui veut l'écrire
s'il fe contentoit de détailler les évene
mens ce ne feroit qu'un Gazetier , il doit
démêler les refforts qui ont operé les révolutions
, & connoître les relations qu'ont
eu entr'elles les differentes parties du gouvernement
, & l'influence que les vices ou
les avantages de chacune d'elles ont eu fur .
le corps politique en général , ou fur quelque
partie particuliere. On fçait bien,
qu'une étude de cette efpéce n'eft pas à la
M.A I. 1747. 101
portée des enfans , mais en leur apprenant
les faits on en retire cette utilité , que
lorfqu'ils font en état de réfléchir ils ont
une matiere abondante d'objets de réfléxions
, furtout fi un maître fage & éclairé
difpofe leurs études de telle forte , que
leur faifant faire les réfléxions propres à
leur âge , il les accoûtume à exercer leur
efprit, & à approfondir davantage, à mefure
que leur jugement fe forme .
Les bornes de ce Journal ne nous ont
pas permis de nous étendre davantage fur:
cet ouvrage , qui renferme une grande
quantité de vûës faines , de préceptes fages
expofés avec clarté & exprimés avec élégance.
Il feroir à fouhaiter que l'on vit
fouvent des livres de cette forte , mais
malheureufement l'efprit de bagatelle & de
frivolité eft l'efprit dominant de la Nation .
THEATRE ANGLOIS cinquième
volume , 1747. On trouvera dans ce volume
une Traduction exacte de la Venife
Lauvée Angloife , qui a fervi de modéle à
la Tragédie que M. de la Place a donnée
cet hyver. On verra les beautés dont il a
profité , celles qu'il a ajoutées , les fautes
qu'il a corrigées.
La Belle Pénitente a un mérite nouveau
pout ce Théâtre Anglois , c'eft d'avoir
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
obfervé la régle des vingt- quatre heures
& celle de l'unité ; un mérite plus réel
eft l'interêt vif qui y regne. Ce n'eft pas
qu'il n'y ait de grands reproches à faire .
à l'Auteur fur les caractéres de fa piéce
ils font dans la nature , dira-t'on , foible
réponſe , car tout y eft . Mais en Poëfie
ainsi qu'en Peinture il y a un choix à faire
dans les objets qu'on préfente aux fpectateurs.
Califte fille d'un noble Génois deftinée
à Alfamont , eft féduite par Lothario qui
la deshonore & la méprife. Le jour même
de fon mariage elle écrit à fon mari une
lettre que trouve Horatio ami de fon
mari . Celui - ci voulant ramener Caliſte
à la vertu qu'elle a oubliée , prodigue envain
fes confeils & fes reproches , Caliſte
fe jette fur la lettre lorfqu'il la lui montre ,
& détruit la preuve de fon crime , elle fe
plaint à fon mari qui furvient , & jure de
n'entrer jamais dans le lit nuptial , s'il në
renonce à l'amitié d'Horatio , qui eft for
beau-frere , le foible Alfamont fe brouille
avec fon plus intime ami pour plaire
à une époufe coupable , & après avoir
trouvé celle- ci avec Lothario qu'il tue , il
eft encore prêt à la reprendre. Il n'y a rien
là qui ne foit dans la nature , mais peutêtre
auroit- il fallu des adouciffemens.
1
MAI. 1747.
103
,
Nous fouffrons au Théatre de plus grands
criminels , lorfqu'ils font , pour ainfi dire ,
facrifiés à l'indignation publique , &
Pinterêt ne tombant en aucune façon
fur eux
la haine qu'ils excitent redouble
l'attendriffement qu'infpirent les
autres perfonnages . Mais ici l'interêt doit
être operé par Califte & par Alfamont
il ne faut ni les rendre odieux ni les avilir.
D'ailleurs les caractéres foibles tels que celui
d'Alfamont réuffiffent fort rarement
au Théatre. Ils nous affectent défagréablement
, en nous donnant une mauvaiſe
idée de notre efpéce , les grands crimes
quifuppofent un grand courage en impofent
par-là à notre imagination , d'ailleurs
ces grands criminels font peu analogues
au commun des hommes par leurs vices &
par leurs talens , un homme foible eft plus
près de nous , nous lui reffemblons par
tant d'autres côtés que fon aviliffement
nous humilie.
Mais fi l'on peut faire quelques reproches
fur ces caractéres, il faut prodiguer de
justes éloges aux fcénes pathétiques qui
en résultent. Califte , même fur notre
Théatre , pourroit être auffi intéreffante
que Phédre , fi fes remords étoient traités
avec autant d'art. Une fille bien née dont
un corrupteur méprifable a féduit la jeu
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
"
neffe , qui fe voit lâchement infultée par
celui à qui elle a tout facrifié , qui fçait
que fes defordres , s'ils font connus , vont
empoifonner les derniers jours d'un pere
refpectable qu'elle aime & dont elle eft
adorée , qui fent toute l'injuftice qu'elle
fait à fon mari , qui voyant en des mains
étrangeres la conviction de fon crime , fe
trouve réduite par les circonstances à un
éclat tel que celui qui broüille Alfamont
avec fon meilleur ami , toutes ces chofes
forment dans la piéce Angloife les tableaux
les plus frappans dont les couleurs
bien employées foutiendroient , ofons le
dire , tout leur éclat fur la fcéne Françoi
fe , furtout files remords de Califte étoient
exprimés avec plus de force dans le cours
de la piéce ; nous difons dans le cours de
la piéce , car il nous a femblé qu'au cinquiéme
acte il n'y avoit rien à defirer.
Que la fcéne eft belle entre Califte &
Sciolto fon pere , lorfque celui- ci lui donnant
un poignard pour qu'elle fe frappe ,
lui arrête le bras & reprend toute la tendreffe
paternelle , au moment qu'il exerce
toute la févérité d'un Juge irrité ! Le fpectacle
qui ouvre ce cinquième acte ne doit- il
pas faire la plus forte impreffion ?
Califte eft dans un appartement tendu
de noir ; d'un côté eft le corps de LothaMA
I.1747. 195
Ho étendu fur une biere , d'un autre côté .
une table , fur laquelle eft une tête de
mort avec quelques offemens & un livre.
Caliſte eft endormie fur un lit. Elle fe reveille
au bruit d'une Mufique lugubre &
effrayante , elle s'écrie :
Oh que ces fons lugubres , cette pompe
d'horreur font bien propres à nourrir
la trifteffe dans mon ame ! que ce lieu
convient bien à mon état ! Livrons-nous
à la méditation jufqu'à que mon efprit
s'égare dans la profondeur des penfées les ·
plus accablantes. La foible lueur de cette
lampe me prépare déja à perdre bientôt la
famiere... Ce livre m'a fûrement été laiffé
à quelque deffein ... C'eft fans doute
pour mon inftruction ... Elle lit... Il enfeigne
à faire un bon ufage de fes chagrins
, à fe repentir de fes fautes & à faire
pénitence.... Les remords que je porte
dans mon coeur font bien plus puiffans
que toutes les méthodes qu'on peut nous
enfeigner... Pourquoi ce crane & ces
offemens en parade tout cela peut-il
m'effrayer.... Elle regarde le corps de Lothario.
C'eft cet objet qui eft terrible à
confidérer .... Eft- ce là cet aimable , ce
fier & trop perfide Lothario ? Hélas ! cher
amant, ces yeux où brilloient tant de feux,
font fermés pour jamais. Ce fang qui fer-
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
*
voit à animer cette figure charmante eft
glacé dans tes veines . Quelle pâleur affreufe
! O vous phantômes , formes phantaftiques
de la nuit , prenez vos figures
les plus effrayantes , & tentez , fi vous l'ofez,
de vous comparer à cet objet d'horreur.
Si nos Juges délicats qui croyent que le
bon air eft d'être révolté ou mécontent
de tout , trouvent ces images trop fortes
pour eux , nous n'avons rien à leur répondre
, finon que fi c'eft là ce qu'on appelle
le goût , on doit tenir pour fort malheu
reux des gens qui font fi difficiles.
⚫rement utile
Nous annonçâmes fimplement le mois
paffé le Journal hiftorique de la Campagne
du Roi de 1746 , ouvrage d'un Militaire
dont l'habileté & la bravoure font
avantageufement diftinguées. Nous avons
lû depuis avec plaifir cer ouvrage intéreffant
pour tous les François , & particuliepour
les gens de guerre qui
peuvent y étudier avec fruit les grands
principes de leur art. Il feroit à fouhaiter
que nous euffions ainfi décrites par un Militaire
intelligent , & capable lui -même
des plus grandes opérations de fon métier,
les campagnes de nos plus grands Généraux.
Si les Militaires trouvent d'utiles
leçons de tactique dans la lecture de PoMAI.
1747 107 .
Lybe , dans une étude réfléchie des Commentaires
de Céfar , combien plus utile leur
feroitun détailcirconftancié desCampagnes
glorieufes du grand Condé & de M. de
Turenne , qui étoient auffi grands Généraux
que Célar, & qui ayant combattu dans
les mêmes lieux , avec les mêmes troupes
& les mêmes armes que nous , ont laiffé
des exemples dont l'application eft plus
fimple ? Mais ne regrettons point ce détail
circonftancié de leurs Campagnes,leur ame
anime notre illuftre Général , & ces grands
hommes revivent en lui. Ce Journal écrit
avec clarté , avec précision & avec l'élégance
convenable à un ouvrage de ce
genre , fera un jour un monument précieux
pour l'Hiftoire , il feroit à defirer
qu'il fut accompagné des campagnes qui
ont précédé.
INTRODUCTION à la Syntaxe Latine,
pour apprendre aifément à compofer en
Latin , &c. par Jean Clarke , Principal du
Collège de la Ville de Hull dans le Comté
d'York. Traduction faite fur la fixième édition
Angloife. Paris , 1747 , 2 vol. in- 12.
chés Michel-Etienne David.
La Méthode enſeignée dans cet Ouvrage
a déja eu beaucoup de fuccès en Angleterre
, & il eft à préfumer qu'elle en aura au
tant parmi nous E vj
10S MERCURE DEFRANCE.
L'Auteur fait un chapitre de chaque regle
de la Syntaxe , en fuivant l'ordre de
ces regles tel qu'il eft dans les Grammaires
les plus généralement reçûës en Angleterre
, & après avoir rapporté la regle en peu
de mots , il donne fur cette regle differentes
phrafes , & ces mots font tellement variés
que dans chaque chapitre il fe trouve
des noms & des verbes des differentes
conjugaifons , ce qui fert à affermir l'écolier
dans cette partie de la Grammaire.
Pour épargner aux enfans la peine & le
tems à chercher les mots dans un Dictionnaire
, on leur met ici les mots latins à côté
du françois , mais feulement au nominatif, fi
c'eſt un nom , ou à la premiere perfonne de
l'indicatif, fi c'eft un verbe , c'eft à l'écolier
à mettre enfuite ce nom au cas ou ce verbe
au tems & à la perfonne , & au nombre
que le fens de la phrafe demande , & afin
qu'il fçache comment il faut ou décliner
ou conjuguer les mots latins qu'on lui met
fous les yeux , chaque mot a un numéro
qui marque de quelle déclinaifon ou de
quelle conjugaifon il eft. Cette méthode
paroît fimple & facile , en épargnant aux
enfans l'embarras de chercher les mots ,
leur attention demeure entiere pour appliquer
les regles de la Syntaxe. C'eſt un
avantage qu'on ne fçauroit rechercher avec
..MA I. 1747 . 109
trop de foin dans toutes les méthodes
pour enfeigner les enfans , dont l'efprit
ayant encore peu de tenuë , eſt naturellement
diftrait & volage , & a peine à lier les
objets qui fuivent à ceux qui ont précedé.
DISCOURS de S. Grégoire de Nazianze
fur l'excellence du Sacerdoce & les
devoirs des Pafteurs , avec des remarques
critiques fur le Texte du S. Docteur & les
fentimens des autres Saints Peres fur le
même point. Päris 1747 , 2 vol . in- 12
chés Lottin , Buttard & Brunet.
S. Grégoire de Nazianze , recommandable
par fon éminente fainteté , par fa
profonde érudition , par fa vive éloquence
, eft une des plus brillantes lumieres de
l'Eglife , ainfi on ne peut refufer d'applaudir
au zéle de celui qui l'a traduit. Le mérite
de l'exécution doit être reglé fur la difficulté
de l'entrepriſe , fur les talens qu'elle
exigeoit , fûrement il en falloit beaucoup
& le Traducteur les pofféde . Ecoutons-
le lui -même nous dire dans fa Préface
quelles font les qualités requifes dans un
Traducteur .
» Il faudroit , dit- il , que le Traducteur
» fut un génie folide , noble , capable de
produire & d'enfanter de fon propre
» fond , & que fon ame cût quelque chofe
39
>
tro MERCURE DE FRANCE .
de la trempe & du caractère de l'ame
» de celui qu'il entreprend de traduire . «
Rien n'eft plus judicieux que cette réfléxion
du modefte Traducteur. Il faudroit
même pour faire une Traduction égale
à l'original avoir plus d'efprit que l'Auteur
même que l'on traduit , parce qu'il
y a une difficulté de plus à vaincre . Tel
homme auroit pû penfer ce que dit un
Auteur Grec ou Latin qui fouvent n'aura
pas l'art de le traduire avec énergie , la
raifon en eft fimple , nous fommes échauffés
fur nos idées , nous fommes froids fur
"celles des autres. D'ailleurs il y a peu
d'hommes d'efprit qui ne penfent plus de
chofes qu'ils n'en expriment , & comme
on n'entend pourtant que ce qui eft exprimé
, il fuit de -là qu'un Traducteur part
d'une moindre quantité d'idées que fon Auteur
original & par conféquent à talent
égal. , ( ce qui n'eft pas encore arrivé &
n'arrivera peut- être jamais ) il lui eft encore
fort inférieur.
, ENTRETIENS fur les Cométes , ouvrage
pofthume de M. D. R. Nous parlerons
le mois prochain de ce livre . On y
lit pour Epigraphe ces deux vers de la
Fontaine.
MA I. IFE 1747.
Et fi de t'agréer je n'emporte le prix ,
J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris
RECUEIL des Piéces en profe & en
vers lûës dans les Affemblées publiques de
l'Académie Royale des Belles Lettres de
la Rochelle , dedié à S. A. M. le Prince de
Conty protecteur de ladite Académie.
Paris 1747 , in- 12 . chés Thibouft. Nous
en parlerons le mois prochain.
OBSERVATIONS HISTORIQUES
fur la Nation Gauloife' , fur fon origine ,
fa valeur , fes exploits , fa puiffance : avec
l'établiffement des Galates en Afie ; leur
origine , leurs moeurs , leur Religion &
leur Gouvernement. Volume in- 12 de 164
pages fans l'avant- propos & la table des
matieres : dédié à Madame la Marquife du
Châtelet . Se vend chés Giffart fils à Paris
ruë S. Jacques 1746 .
La Dédicace de cet ouvrage faite à Madame
la Marquise du Châtelet , forme un
préjugé bien honorable à cet ouvrage qui
paroît fous fes aufpices ; il faut rendre
juftice au travail & à la peine que l'Auteur
a pris d'affembler tant de traits tirés
des Hiftoires Grecques & Romaines , pour
repréfenter en un coup d'oeil le vafte Empire
des Gaules , Empire qui s'étendoit
712 MERCURE DE FRANCE.
?
non-feulement fur les peuples conmus fous
les noms de Gaumerites , Celtes , Gaulois
& Galates , mais encore fur des Colonies
qui s'étoient répandues dans diverfes parties
de l'Europe , comme en Angleterre ,
en Espagne , en Italie , en Allemagne &
en Afie. Les noms de plufieurs de ces
Provinces rappellent encore aujourd'hui
leur ancienne origine & font voir quelle
a été l'étendue & la puiffance des Gaulois.
Par tout l'Auteur paroît difpofé en faveur
de cette Nation belliqueufe , & à jufte
titre , vû les exploits qu'il en rapporte.
Il repréfente Brennus un de fes Rois ,
maître de Rome & de prefque toute l'Italie.
Il faut voir en cet endroit les con
tradictions où font tombés Tite-Live &
Juftin , qai détreifent malgré eux-la fubite
arrivée de Camille devant Rome pour
la délivrer des mains de Brennus ; ce dénouëment
eft très - curieux & très intéreffant.
L'Auteur joint à cela une efpéce de
paralléle de Brennus avec Alexandre Roi
de Macédoine , après quoi il fait un détail
des armes défenfives & offenfives des Gaulois
& de l'éducation de leur jeuneſſe , enfuite
il fait voir la fauffe politique des Romains
à s'élever en tout contre le droit
des gens , & comment ils ont profité des divifions
qu'ils ont fçû femer parmi les GauMAI.
1747 . 1.13
lois , puifqu'ils s'en font rendus maîtres &
qu'ils les ont réunis à leur Empire .
Il finit cette partie en montrant les prétentions
que les Gaulois de la Germanie
ont toujours eu fur la Couronne des
Gaules , & comment ils y font rentrés par
droit de reverfion pendant l'affoibliffement
des Romains.
La feconde partie fur les Galates ne
mérite pas moins d'attention ; notre Auteur
ne s'arrête point à prouver qu'ils defcendent
des Gaulois de l'Europe , cela eft
trop averé de tous les Hiftoriens , il s'attache
feulement à marquer l'époque de
leur migration qui remonte à des tems
bien antérieurs au regne de Tarquin I.
cinquième Roi de Rome. On ne doit
point nommer dans un extrait quantité de
Provinces qu'ils ont occupées , il faut les
lire dans l'ouvrage même , comme tout ce
qui y eft dit de leurs moeurs , leurs Coû
tumes , leur Langue & de leur Religion .
114 MERCURE DE FRANCE.
EAIARDIALAIDIDIDIAKAKAKA
VERS envoyés par M. le Président de
Buffey à M. de Buffon , fur fa célébre
invention d'un miroir ardent , brûlant à
plus de deux cent pieds.
Tu
Buffon , il n'eft rien qui ne céde
A tes efforts ingénieux.
Quoi ! des miracles d'Archimède *
ne fais que les jeux d'un loisir curieux ?
La Nature pour toi n'oſe avoir de myſtére ;
Jufqu'au fond de fon fein tu portes le flambeau
De les rares trésors fage dépofitaire ** ,
Ta docte main arrache le bandeau ,
Qui cachoit fes fecrets aux regards du vulgaire.
A l'envi tout Paris accourt pour t'admirer ,
Ce qu'il eft de fçavans du Couchant à l'Aurore
Déja s'empreffe à célébrer
* Archimede fameux Mathématicien , inventa un
miroir ardent avec lequel il brûla les vaiſſeaux des
Romains au fiege de Syracuse , ce que tous les Sçavans,
Descartes même avoient toujours regardé
comme une fable ,
** M. de Buffon eft Intendant du Jardin du Roi ,
où il a raffemblé tout ce que la Nature a produit de
plus précieux , tant en plantes qu'en curiofités de
PHiftoire naturelle.
ΜΑ Ι .
115 1747:
Un nom que l'Angleterre & que la Pruffe ho
nore. *
Un grand Roi , ** favori de Mars & des Neut
Soeurs
T'applaudit , & le mêle à tes aduirateurs ,
Et de fon augufte ſuffrage ***
daigne en ta faveur faire fixer le gage :
De ma tendre amitié reçois auffi l'hommage
Plus modefte encor que fçavant ,
Je connois ta délicatelle ,
Mais je crains peu que mon encens te bleffe ,
Puifque mon coeur en eft garant.
Ode
N mande de Bordeaux que le fieur Herice
cette Ville , Architecte de feu M. le
Prince de Carignan demeurant à préfent à Paris
à l'Hôtel de Soiffons , a conftruit une machine approuvée
de Meffieurs de l'Académie des Sciences
de cette ville pour recurer les Ports de mer &rivie
res , laquelle a les propriétés fuivantes , elle enleve
plus de trente pieds cubes dans fept à huit
minutes par le moyen d'une pefle faite en façon
d'ancre . On peut auffi creufer & pêcher dans la
mer à dix ou douze braffes de profondeur ; cette
machine eft toute fimple n'étant composée que
* Il eft membre des Sociétés Royales de Londres
& d'Edimbourg , & de l'Académie de Berlin.
Le Roi de Pruffe.
*** Ce Prince afait écrire à M. de Buffon pour le
feliciter furfa découverte.
116 MERCURE DE FRANCE .
de treuils & cabeftans .. Elle eft portative en tous
lieux, fe pouvant monter & démonter facilement.
Si ceux qui pêchent les perles , corails & autres
chofes dans la mer , s'en fervoient , ils n'auroient
pas befoin d'expoler des plongeurs à périr mifétablement
, comme il arrive daus ces fortès de pêr
ches. On le peut voir dans Trevoux touchant les
perles , & l'opération d'une journée faite par
cette machine produiroit plus que ne fçauroient
faire trente plongeurs dans quinze jours . Le même
Auteur en a encore fait pour les Spectacles
dont les décorations tournent fur des pivots ,deux
hommes les font aller toutes enfemble ; une autre
pour rompre les glaces des rivieres & canaux
par un balancier qui tourne à pivôt à droite & à
gauche , qu'un feul homme manoeuvre ; enfin une
pour battre des pilotis avec deux roues armées de
barres de fer en avant- bec. Ces differentes piéces
fe voyent chés lui , il fait avec fa compagnie telles
entreprifes que l'on défire.
Le fieur Briart qui demeure dans la cour &
rue Abbatiale de Saint Germain des Prez à Paris ;
continue de compofer une effence d'ognifiori ou
de toutes fleurs, d'une odeur agréable ; on en met
quelques goûtes dans l'eau dont on fe lave après
avoir été rafé , elle rend l'eau laiteufe ; les Dames
s'en fervent pour fe décraffer , elle rend la peau
douce & unie , & ne nuit point au teint ; on la
yend 24 fols l'once .
Il continue avec fuccès à faire la véritable effence
de favon à la Bergamotte & autres odeurs dont on
Te fert pour la barbe au lieu de favonettes douces.
Les Dames s'en fervent pour fe laver le vifage &
les mains , on la vend huit fols l'once . Il avertit
que les bouteilles font toujours cachetées , &
103, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
,
PUBL
TILDEN
MAI.
117
1747.
qu'autour du cachet on y lit fon nom & fa demeure
; on voit auffi une petite bouteille em
preinte dans le milieu du cachet où il y a le nom
de la liqueur comme à l'ognifiori. Les plus petites
bouteilles font d'environ cinq onces.
Il fait auffi de très bons cuirs à repaffer le
rafoirs avec lesquels on peut fe paffer de pierre
àéguifer , il les vend.depuis 40 fols jufqu'à 60
fols à un feul côté , & depuis 4 liv . juſqu'à 8. liv,
à deux côtés differens ; il donne la maniere de s'en
fervir.
RECIT DE BASSE
CHer ami , dis moi fans façon ,
Et je vais te payer chopine ,
Pourquoi je n'aime point Suzon ,
Et pourquoi j'aime Mathurine.
Aga , tiens, mon pauvre garçon ,
'Autant que je ne l'imaginé
En voici la raiſon ,
C'estque l'une eft ta femme
Et l'autre eft ta voifine,
J
MUSETTE,
'Ai touché le coeur de Lifette ;
On n'entendra plus mes foupirs ,
Et l'amour en fecret m'offre tous les plaiſirs,
118 MERCURE DE FRANCE.
Taifez- vous , ma Mulette ,
Mais ma félicité ne peut être parfaite ,
Si mon rival ignore mon bonheur.
Pour exciter fa jaloufe fureur ,
Refonnez , ma Mulette.

SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique a re-
L'is fur forTheatre le mardi 9 Mai
l'Europe Galante , Ballet repréfenté pour la
premiere fois le 24 Octobre 1697 , il a
été repris fix ans après en 1703 , & enfuite
en 1715 , en. 1724 & en 1736 ; fes
fuccès ont toujours été brillans , foutenus
& mérités . Cet Opera raffemble une varieté
infinie dans le fpectacle , de la fineſſe
& de l'efprit le plus délicat dans les
paroles , & des graces naïves & caractérisées
dans la Mufique . Le Poëme
de ce charmant Ballet eft le premier
& peut-être le meilleur ouvrage lyrique
de M. Oudart de la Motte . La Mufique
eft digne du même éloge . Elle eft de la
compofition de M. Campra , genie heufacile
& fecond , & dont le nom
fera à jamais célébré par les amateurs de la
Mufique.
reux ,
MA I. $ 747. 717
Ce feroit infulter la gloire de M. de
la Motte & la mémoire du public , que
de donner un extrait du Ballet de l'Europe
Galante. Prefque tous fes traits ingénieux
font devenus proverbes , & font fçûs des
perfonnes qui fréquentent le moins les
Théatres , & qui font le moins adonnées à
la lecture des piéces dramatiques. Nous
nous bornerons à publier les juftes louan
ges que méritent tous ceux qui ont contribué
à remettre fur le Théatre un Opera fi
digne d'amufer les connoiffeurs les plus
épineux & les moins indulgens. Les Ballets
font variés , deffinés & très-gracieux ;
les décorations font afforties , frappantes,
& forment des tableaux toujours differens
& toujours agréables . Les habits ont le
même mérite ; les rôles font diſtribués
& remplis avec goût & difcernement .Tous
les acteurs qui les exécutent répondent
parfaitement au choix judicieux qu'on en
a fait.
Le public leur doit à tous des panégy-
' riques. Nous lui laiffons le foin de les
faire , il s'en acquittera mieux que nous ,
& ils feront plus flateurs pour les intéreffés.
Nous ne pouvons pourtant nous abftenir
de parler de Mlle. Mets qui dans l'unique
monologue de Doris dans l'acte de la
France a fait briller fon feu & fes graces
naturelles,
120 MERCURE DE FRANCE.
Le Concert fpirituel du Château des
Thuilleries, exécuté le jeudi 1 1 Mai jour de
la Fête folemnelle de l'Afcenfion , a donné
le Quemadmodum , Motet à grand choeur
de M. de la Lande , où Mrs. Benoît & Poirier
chanterent avec applaudiffement . Enfuite
M. Blavet joua un concerto avec fa
délicateffe d'exécution ordinaire, Après
on chanta Exaltabo te Domine , Motet à
grand choeur de M. de la Lande, Mlle Chevalier
s'y diftingua dans le recit Suavis
Dominus. M. Mondonville joua un concerto
accompagné de l'aimable voix de
Mlle Fel , heureux & brillant mêlange
de fymphonie & de chant , qui fut approuvé
des connoiffeurs & qui charma
toutes les oreilles , tant les habiles que les
ignorantes. Le Concert fut terminé par
Magnus Dominus Motet à grand choeur de
M. Mondonville qui foutient toujours
fa premiere réputation,
Le famedi 15 Avril les Comédiens
François ont donné fur leur Théatre la
premiere repréſentation du Méchant , Comédie
en cinq actes , en vers de M. Gref
fet , Auteur connu par la fineffe de fes
penſées & la délicateffe naturelle de fon
tile. On ne peut donner à cet ouvrage
d'éloge que le public ne lui ait déja donné
luiM
A I. 1747. 121
lui-même.Envain lui en rappelleroit- on ici
les beautés , il ne les a pas oubliées ; cette
piéce brillante a été interrompue le Samedi
13 Mai après un fuccès toujours
égal ; on la réſerve pour un tems plus favorable
, quoique l'expérience nous ait
prouvé plus d'une fois que toutes les faifons
font bonnes pour les bons ouvrages .
Nous ne donnerons un extrait du Mechant
que lorfque M. Greffer jugera à propos de
le livrer à l'avide curiofité des lecteurs.
*********ès és és és és és és és és és asses
NOUVELLES ETRANGERES ,
CONSTANTINOPLE.
Elon les lettres de Conftantinople les divers
incidens qui ont troublé la bonne intelligence
entre les fujets de l'Imperatrice & ceux du Kan
de Crimée ont été l'une des principales raifons
- qui ont déterminé le Grand Seigneur à mander
ce Kan à la Porte. Ces lettres ajoutent qu'il étoit
furvenu entre la Hautefle & le Roi de Perfe quelques
difficultés au fujet de la ville de Mefched
fituée dans le Chorafan , & où eft le tombeau
d'Ali , gendre & quatriéme fucceffeur de Mahomet.
Le Roi de Perfe non content d'avoir obtenu
par le dernier Traité de paix conclu à Bagdad ,
qu'il réfidât dans la Mofquée où est ce tombeau
un Iman de la Secte Perfane , cdemande que
de Mefched lui foit cedée par le Grand Seigneur ,
F
la ville
122 MERCURE DE FRANCE.
mais la Hauteffe ne veut point confentir à cette
propofition. On a appris par des lettres de Perfe
les particularités fuivantes. Le Roi de Perfe ayant
convoqué à Teran une affemblée des Seigneurs
de fon Royaume, en a fait mourir plufieurs fous
prétexte que par les concuffions qu'ils avoient
exercées , ils avoient porté une partie de fes
fujets à fe révolter. Les rebelles du Gurgiftan
ont défait les troupes qu'il avoit fait marcher
contre eux . Il s'eft mis à la tête d'une nouvelle
armée , pour aller lui- même réduire cette Province
, & le Prince fon fils commande une autre
armée deftinée à foumettre les habitans du
Royaume de Candahar.
L'équipage d'un navire qui revient de Conftantinople
a rapporté que le Comte de Bonneval
y eft mort le 22 du mois de Mars dernier dans
la foixante & quinziéine année de fon âge . La charge
de Topigi Bachi qu'il poffédoit a été donnée à
fon fils naturel , connu fous le nom de Soliman
Aga.
O
SUEDE.
N mande de Stockholm du 5 du mois dernier
qu'on n'a pu encore terminer les differends
furvenus entre la Suéde & la Ruffie par rapport
au réglement des limites des Etats des deux
Puiffances, Les dépêches des couriers que le Gouvernement
envoye fréquemmentauComte de Barc
Miniftre Plénipotentiaire du Roi à Petersbourg, ont
principalement cette affaire pour objet , & cette
Cour ne néglige rien , pour que s'il arrive une
rupture on n'ait point à la lui reprocher. En même
tems qu'elle employe tous les efforts pour
faire réuffir la négociation , elle prend les inefures
MAL
1747.
123
neceffaires afin de fe
précautionner contre les entrepriſes
que
pourroit former la Ruffie , & elle
continue de faire défiler des troupes vers la Finlande.
Elle fait
travailler auffi avec toute la diligence
poffible dans le Port de
Carelſcroon à l'ar→
mement d'une Efcadre
compofée de douze vaiffeaux
de guerre & de quatre fregates . Cette Efcadre
devoit être
entierement équipée avant la fin
de ce mois & elle ira croifer dans la mer
Baltique.
Le
Maréchal de la Diette a porté le 25 du mois
dernier au Prince Guftave le don gratuit de cent
mille écus accordé par les Etats du
Royaume à ce
Prince dont ils font les parains.
On a reçu avis de Stockholm
troupes Suédoifes qui s'affemble en Finlande deque
le corps des
voit être augmenté jufqu'à trente mille hommes ,
& que pour fubvenir aux dépenses
extraordinaires
qu'exigent les
circonstances préfentes , les Etats
du Royaume de Suéde avoient mis des droits con
fidérables fur toutes les
marchandifes qui viennent
des Pays Etrangers. Les
déliberations de la
Diette générale de ce Royaume ont été interrompues
pendant quelques jours . Depuis qu'elle a
repris les féances , plufieurs Députés ont demandé
qu'on fixât le jour auquel elle ſe
ſépareroit , mais
ils n'ont pû encore obtenir qu'on prît une réfolution
à ce fujet. Les
Commiffaires chargés d'examiner
les papiers du Médecin . Blackwall continuent
leurs
recherches avec beaucoup d'exactitude
& l'on garde toujours un profond fecret fur
les
découvertes qui ont été faites ,
le contenu de diverfes lettres écrites des Pays
ainfi que fur
Etrangers à ce Médecin ,
lefquelles ont été interceptées
depuis la détention. Les nouvelles de
Petersbourg portent que le Knees Repnin en étoit
parti pour aller prendre le
commandement des

Fij
124 MERCURE
DE FRANCE
.
the
troupes dont l'Imperatrice de Ruffie l'a nommé
Général ; que la charge de Grand - Maître de la
Maifon du Grand Duc de Ruffie vacante par la
démiſſion de ce Knees , avoit été donnée au Comte
de Tfchologskoff , & que le Comte Ufchakow ,
Sénateur , Chevalier de l'Ordre de Saint André ,
& Général d'artillerie dans les troupes Ruffiennes
eft mort le 31 du mois de Mars .
I I
On mande de Stockholm
les que quatre Ordres
du Royaume s'affemblerent extraordinairement
le 11 du mois paffé à la requifition du
Comte de Teffin , & que ce Seigneur s'étant rendu
fur le midi à la Salle de la Diette fut reçu à la porte
par deux Députés de chaque Ordre. Lorfqu'il
entra tous les Députés fe leverent , & le Baron
Ungern de Sternberg Maréchal de la Diette
alla au-devant de lui jufqu'à la balustrade. Le
Comte de Teffin , après avoir falué le Maréchal
& les Députés ,en donnant à chaque Ordre la qualification
fous laquelle on a coûtume de le défigner
, remit aux premiers Députés de la Nobleffe
du Clergé , des Villes & des Payfans , un Mémoire
contenant fes repréſentations
fur l'affaire
qui le regarde. Ayant enfuite pris place dans le
fauteuil qu'on lui avoit préparé à côté du Maréchal
, il dit qu'il avoit cru de fon devoir d'infor
mer les Etats que le Roi lui avoit accordé la permiffion
de fe démettre de fes emplois. Il ajouta
que c'étoit à la fageffe des quatre Ordres à lui
donner un Succeffeur , capable de remplir avec
zéle & avec fuccès un miniftére que les conjonctures
préfentes rendoient également dangereux &
difficile ; qu'il fouhaitoit à la perfonne par laquelle
il feroit remplacé plus de bonheur qu'il
n'en avoit eu ; que fans doute elle pourroit être
plus heureuſe que lui , mais qu'il le flatoit que
MAI. 1747. 125
fi elle le furpaffoit par les talens , elle ne le furpafferoit
pas du moins par l'attachement à la Patrie
& par le dévouement au bien public ; que
dans tous les tems il avoit eu ces deux objets pour
régle de fes difcours & de les actions ; qu'il femi
bloit qu'une telle conduite auroit dû impofer
filence à l'envie & à la calomnie , & que cepen
dant le contraire étoit arrivé ; qu'on s'étoit fervi
des infinuations les plus malignes & des plus fauffes
imputations pour le rendre fufpect ; qu'on
avoit attribué des motifs criminels à fes démarches
les plus innocentes ; que fes ennemis
avoient ofé même l'attaquer par d'infâmes libelles
; qu'enfin la perfécution avoit éclatté de tou
tes les manières jufqu'à intéreffer la tranquillité de
l'Etat , & à troubler la bonne harmonie avec les
Puiffances voifines de la Suéde ; que tous les Députés
dont l'affemblée étoit compofée , étoient
trop remplis des fentimens du véritable honneur ,
pour ne pas regarder la réputation comme un
bien infiniment plus précieux que la vie ; qu'il fup
plioit donc les Etats d'entrer dans l'examen le
plus rigoureux de fa conduite pour rechercher fi
elle avoit été repréhenfible , & qu'en même tems
il attendoit de leur équité que s'ils le trouvoient
fans reproche , ils lui accorderoient une juftification
auffi éclatante que l'offenfe avoit été publi
que. Le Maréchal de la Diette répondit que le
Comte de Teffin ne devoit pas douter de la justice
que les Etats lui avoient toujours rendue ; que la
fenfibilité de ce Seigneur au fujet des calomnies
répandues contre lui étoit très -légitime , & que la
fatisfaction qu'il demandoit lui étoit due. Les
quatre Ordres ayant enfuite déliberé fur le difcours
du Comte de Teffin , déciderent qu'on chargeroit
le Comitté fecret de l'examen que ce Seigneur
témoignoit défirer.
Fiij.
126 MERCURE DE FRANCE..
ON
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne qu'il paroît un Edit
par lequel la Reine déclare qu'afin de fe
dédommager des pertes qu'elle a Touffertes
la révolution de Génes , elle faifit tous les biensque
les Génois pofledent dans fes Pays héréditaires
Le Roi d'Efpagne ayant envoyé un Commiffaire
pour demander que les Efpagnols qui font
prifonniers dans les Etats de fa Majeſté , fuffent
diftribués dans des lieux où ils puffent profiter
plus aifément des fecours que la Cour de Madrid
leur deftine , la Reine a confenti qu'ils fuffént
transferés du Royaume de Hongrie dans la Principauté
de Stirie .
Il eft réglé que la Princeffe de Saxe deſtinée à
P'Electeur de Baviere partira au commencement
du mois de Juillet prochain pour fe rendre à Munich
. L'échange de cette Princeffe avec la Princeffe
de Baviere qui doit époufer le Prince Electo
xal de Saxe , fe fera fur la frontiere du Haut-
Palatinat. Suivant les avis reçus de Berlin le-
Prince d'Anhalt Deffau , Chevalier de l'Ordre de
l'Aigle Noir , Feldt Maréchal de l'Empire , Feldt-
Maréchal Général des armées du Roi de Prufle ,
Gouverneur de Magdebourg & de Cuftrin , &
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de trois Bataillons
, eft mort à Deffau d'une attaque d'apopléxie
le 9 Avril , il étoit âgé de foixante & onze
ans , dix mois & un jour , étant né le 8 Juillet
1676. Ce Prince qui étoit regardé comme un des .
plus habiles Généraux de l'Europe , eft univerfellement
regretté. Le Comte de Flemming Général
d'Artillerie du Grand Duché de Lithuanie ,
le Baron de Borck & le Comte de Poſadowsky ,
MAI. 1747. 127
"
le
Lieutenans Feldt- Maréchaux de fa Majefté Pruffienne
, font morts auffi , le premier à Berlin , le
fecond à Breslau & le troiGéme à Vrietzen . Le
Roi de Prufſe a accordé le Gouvernement de
Magdebourg au Prince d'Anhalt Deffau actuel
lement regnant ; celui de Cuftrin au Comte de
Rothenbourg , Lieutenant Feldt- Maréchal ;
Régiment d'Infanterie du feu Prince d'Anhalt
Deffau au Prince Leopold d'Anhalt , & le Régiment
de Dragons dont le Comte de Pofadowsky
étoit Colonel, au Baron de Katte. Sa Majefté Prulfienne
a difpofé d'une place de Chambellan en
faveur de M. Algarotti , Confeiller de guerre
du Roi de Pologne Electeur de Saxe :

On mande de Francfort du 18 Avril qu'il a été
réfolu de faire camper pendant cet été les troupes
du Cercle du Haut - Rhin , lefquelles font reparties
dans differens quartiers fur le bord de ce
fleuve. Les Etats du Cercle de Suabe doivent
examiner dans leur prochaine affemblée quels
principes il convient d'adopter pour affairer la
tranquillité du Cercle , de quelle maniere fes
troupes feront employées afin de parvenir à ce
but , comment on réglera la diftribution de ces
troupes , quelle fomme fera accordée par le Cercle
à cette occafion , quelles gratifications on
donnera aux Généraux & aux Officiers de l'Etat-
Major , fi le Régiment du Prince Louis de Wirtemberg
fera confervé jufquà la conclufion d'un
accommodement entre les Puiffances Belligerentes
, de quels moyens on fe fervira pour extirper
les vagabonds qui troublent la tranquillité publique
, & quelle conduite il eft à propos de tenir
pour obvier à divers incidens que les circonftances
préfentes pourroient faire naître . On mande
de Stuttgard que la Cour de Vienne avoit renou
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
vellé fes inftances auprès du Duc de Wirtemberg
& de quelques autres Princes du Cercle de Suabe ,
pour que ce Cercle fe prêtât à l'affociation qu'elle
avoit propofée. Les avis reçus de Duffeldorp.
portent que l'Electeur Palatin en étoit parti le 14
Avril pour Cologne . Suivant les nouvelles de
Bareithi la Princeffe , future épouſe du Duc de
Wirtemberg, eft attaquée de la petite verole , mais
l'éruption s'eft faite auffi heureufement qu'on pou,
voit le fouhaiter.
On mande de la même ville du 25 qu'il devoit
paffer bientôt dans les environs de Francfort cinq
mille hommes , que la Reine de Hongrie envoye
à l'armée commandée dans les Pays Bas par le
Duc de Cumberland , & que cette Princefle a demandé
à l'Electeur de Cologne le paffage pourun
corps de dix- huit mille. Le bruit fe répand
généralement que le Cercle de Franconie &
ceux du Haut & du Bas Rhin doivent donner or❤
dre à leurs troupes d'aller cantonner fur le bord
du Rhin. Les Etats du Cercle de Suabe qui font .
actuellement affemblés ne fe font pas encore
expliqués fur la réfolution qu'ils prendront à
l'égard de l'affociation propofée par la Cour de
Vienne. On a appris que la troifiéme divifion
du corps de Lycaniens qui va joindre l'armée des
Alliés dans les Pays- Bas , a traversé le Duchéde
Juliers. Selon les lettres de Duffeldorp l'Electeur
Palatin accompagné du Prince & de la
Princeffe de Deux Ponts eft, allé pafler quelques
jours à Sohlingen , & il a projetté de faire vers
le is de ce mois un voyage à Aix la Chapelle. Les
mêmes lettres aflârent qu'il ne veut point confentir
que la Commiffion , établie par le Confeil Aulique
pour terminer les difficultés furvenues à
P'occafion de la Principauté de Zwingenberg ,
M A I. 1747. 129
prenne connoiffance de cette affaire . On écrit de
Ratisbonne que le Corps Evangelique a réfolu
de prier le Grand Duc de Tofcane de nommer des
Commiffaires pour examiner les fujets que les
Proteftans de l'Empire prétendent avoir de fe
plaindre, & les remédes qu'il convient d'y apporter.
Les avis reçus de Coppenhague confirment
que le Comte de Dehn Envoyé Extraordinaire du
Roi de Dannemarck à la Cour de Madrid , doit
aller réfider à la Haye en qualité de Miniftre Piénipotentiaire
de ce Prince auprès de la République
des Provinces Unies .
On mande de Berlin du 24 Avril que les bruits
qui ont couru que le Roi de Pruffe fe propofoit de
former un camp fur la frontiere , ne paroiffent point
avoir de fondement , & que jufqu'à préfent toutes
les troupes demeurent tranquilles dans leurs quartiers.
If eft vrai qu'elles fe tiennent toujours prêtes
à marcher , parce qu'en tems de paix comme
pendant la guerre , fa Majefté veut pouvoir les
faire affembler dès qu'elle le jugera à propos . Le
Roi a fait faire la revue de tous les Régimens qui
font en cette ville & dans les environs , ainfi
que des troupes qui font à Magdebourg & à
Stettin,.
ESPAGNE..
du II Avril
ONmande de Madrid dxtraordinaire quole
cafion des dépêches d'un courier arrivé de Breda..
Sa Majefté fe propofe de renforcer de dix mille
hommes les troupes qui font fous les ordres de
Infant Don Philippe, & l'on doit fans aucun délai
faire à ce Prince les remifes néceffaires pour
fournir les moyens de concourir à l'exécution du
lui
F.v
130 MERCURE DE FRANCE.
Bot
nouveau plan concerté par rapport à l'Italie. On
a fait embarquer à Barcelonne deux mille hommes
, deftinés pour fecourir les Génois . Les Né--
gocians de Cadix ont reçu avis par un bâtiment
qui revient des Ifles Canaries que le vaiffeau le
Hector , parti de Lima le 13 du mois d'Août de
l'année derniere , avoit relâché à l'Ifle de Teneriffe.
Ils ont appris en même tems que la charge de ce
bâtiment étoit très -confidérable , & qu'il rappor
toit feize cènt quarante- deux mille neuf cent qua
rante piaftres en argent monnoyé , cent foixante
& dix - fept mille cinq cent vingt en pistoles d'Efgagne
, fix mille neuf cent trente ſex en or travaillé
, deux mille cinq cent quarante- cinq marcs d'argent
, huit cent dix- fept quintaux de cuivre , ſept :
mille deux cent quatorze caiffes de cacao , cent
quatre-vingt-fept boëtes de baume du Pérou ,
onze cent livres de quinquina & trois cent de laine
de Vigogne Lorfqu'il eft arrivé à l'Ile de Tene +
riffe , fon équipage étoit tellement affoibli par les
maladies , qu'il n'y reftoit plus que trente perfonnes
en état de manoeuvrer.
L'Evêque de Rennes , Ambaffadeur du Roi de
France , a été malade d'une fievre maligne ; il eft
depuis plufieurs jours hors de danger , & fa fanter
fera bien-tôt entierement rétablie .
ITALI E...
N mande de Venife que parmi les Géné
raux propofés pour commander en chef les
troupes de cette République à la place du feu Com.
te de Schullembourg , le Sénat a choifi le Feldt
Maréchal Comte de Seckendorf , Gouverneur de
Philifbourg . Les lettres de Rome marquent que le
Cardinal Coloune & le Marquis Patrizzi étoient
MAI. 1747. 131
allés faire réparer les chemins fur la route de Civitavecchia
& préparer les logemens pour le Pape,
qui avoit réfolu de s'y rendre le 26 Avril. On a été
informé par les mêmes lettres que le Duc de Bracciano
devoit époufer la Ducheffe Corfini ,& que leur
contrat de mariage avoit été figné en préfence de
plufieurs Cardinaux & d'un grand nombre de perfonnes
de diftinction .
Le 4 les nouveaux Confervateurs du Peuple
Romain ont pris poffeffion de leur dignité Le Duc
Salviati , la Ducheffe d'Atri & le Marquis Caprara,
font depuis quelque tems à Rome.
Les lettres de Génes marquent que le Comte de
Schullembourg ayant perdu l'efpérance de pénetrer
par la vallée de Polfevera , s'étoit déterminé à
fe porter du côté de Bifagno avec toute l'armée
qui eft fous fes ordres ; qu'après avoir reçû tous
Les renforts qu'il attendoit , & par lefquels fon armée
eft augmentée juſqu'à vingt- cinq mille hommes
, il avoit executé fon deffein ; que le 12 du
nrois dernier il avoit attaqué differens poftes dont
il s'étoit emparé malgré l'extrême valeur avec laquelle
ils avoient été défendus par les Génois , &
que ceux- ci avoient été même obligés d'abandonner
la montagne des Deux Freres , mais que le 14
les Génois , fecondés des troupes auxiliaires de
France & d'Espagne , avoient repris ce pofte & un
autre plus avancé , que les Allemands avoient fair
en cette occafion une perte confidérable , & que
le Comte de Schullembourg ayant été renversé de
deffus fon cheval , s'étoit rompu la cuiffe. La
montagne des Deux Freres étant un pofte trèsimportant
, parce qu'elle commande une partie du
fauxbourg de Bifagno , les Génois doivent y avoir
établi une batterie & conftruit des retranchemens.
On mande de Génes du 15 du mois dernier
F vj
13.2 MERCURE DE FRANCE.
que le Partifan Barbaroffa ayant attiré dans une
embulcade un nombreux détachement des Allema
ds , qui avoit occupé une hauteur voifine de
Campo , l'a difperfé & s'eft emparé du pofte où ce
détachement s'étoit établi. Dans cette action qui
s'eft palée le 8 du mois paffé les ennemis ont
perdu plus de quarante hommes , fans y comprendre
les bleffés , les prifonniers & les déferteurs . Le
11 deux heures avant le jour toute l'armée com
mandée par le Comte de Schullembourg fe mit enmarche
fur trois colonnes , pour fe porter du côté.-
de Bifagno. La premiere colonne , qui s'avança.
vers Langafco , voulut emporter ce pofte d'affaut,
mais n'ayant pú y réüffir , elle le tourna & continua
fa route. La feconde fuivit la côte de San Cipriano
, & arriva le 12 près de Marigallo . La troi-,
féme trouva le moyen de pénetrer jufqu'à la mon..
tagne du Diamant , fituée vis - à - vis de celle des
Deux Freres . Les Allemands , pendant toute cette
marche qui dura quarante- deux heures , furent
obligés de combattre prefque continuellement ,
les Génois ne cédant nulle part le terrain qu'après
avoir fait une longue réfiftance , & s'étant toujours
repliés en bon ordre de pofte en pofte. Le
12 à onze heures du foir le Comte de Schullembourg
, afin de laiffer repofer les troupes qui font
fous les ordres , fit ha'te & ceffa les attaques. Son
deffein paroiffant être de couper la communication
à quelques - uns des poftes avancés qui ref
toient aux Génois , ceux - ci prirent le parti d'abans
donner ces poftes , & même ils ſe retirerent de la
montagne des Deux Freres , mais fur les repréfentations
des Commandans des troupes Françoifes &
Efpagnoles , lefq els firent fentir de quelle impor
tance il étoit d'empêcher les ennemis de s'établir .
fur , cette montagne , on en a repris poffeffion , &
Μ Α΄ Ι. 1333 1747.
Fon y a conftruit des retranchemens & élevé des
batteries , avec lesquelles on efpere de chaffer les
Allemands de la montagne du Diamant. Une autre
batterie , compofée de mortiers , & placée à
Pioggia , eft deffinée pour le même effet . Le 14 a
les difpofitions ayant été faites pour une attaque
générale , les troupes Génoifes , fecondées des .
tronpes auxiliaires de France & d'Espagne , &.
renforcées d'un grand nombre de Pailans ar--
més qui étoient accourus de divers endroits ,
fortirent de la ville en ordre de bataille &
après un combat très - vif, contre les Croates , enleverent
un des principaux postes du Comte de..
Schullembourg.
>
a
Suivant les dernieres lettres de Génes le Com--
te de Schullembourg envoya le 15 du mois der
nier par M. de Blonquet , Colonel , & fon Aide de
Camp Général , un Ecrit adreflé à la ville , lequel:
portoit que l'armée de la Reine de Hongrie s'étant
avancée dans les environs de certe Place , &
devant être fuivie d'une nombreufe artillerie qui
arriveroit dans peu de jours , on vouloit bien avant.
d'en venir aux dernieres rigueurs de la guerre ,.
rappeller aux habitans combien Sa Majesté Hongroife
a donné des preuves de fa grande clémence,
&combien peuvent fe flater de l'éprouver en toute
rencontre ceux qui fe repentant de leur erreur
fe foumettront à leur devoir ; que même dans l'occafion
préfente la Reine de Hongrie étoit prête à
marquer de nouveau les difpofitions à cet égard ,
& qu'elle défiroit beaucoup plus de pouvoir oublier
fon jufte reffentiment , que de le faire éclar
ter par la ruine du Païs & d'une des plus belles &
des plus fóriflantes villes d'Italie ; qu'ainfi l'on
faifoit fçavoir aux habitans qu'il étoit encore tenis
de recourir à l'inépuisable bonté de Sa Majefte
134 MERCURE DE FRANCE.
Hongroife , qui toute remplie de fentimens chré
tiens , pardonneroit les offenfes qu'elle a reçûës ,
oublieroit tous les outrages & conferveroit la ville
& le Pais ; qu'au contraire fi les Génois perfiftoient
dans leur obftination jufqu'à l'extrémité , & s'ils
attendoient l'arrivée de l'artillerie deftinée à les
attaquer , ils ne pouvoient plus s'attendre qu'à
voir défoler les campagnes , brûler les maiſons de
plaifance , les citoyens périr & la Capitale même ·
fübir enfin le jufte châtiment qu'augmenteroit
fa perfévérance dans fon délit . La réponſe des
Génois a été que les mefures aufquelles la Répu--
blique a été obligée de recourir dans la guerre
présente n'ont eu d'autre but que celui de conférver
fes juftes droits & fes poffeffions , fans qu'elle
fe foit jamais départie des égards par lefquels ellea
voulu marquer fon attention pour toutes les
Puiffances Belligerentes ; que tout le monde fçait
de quelle façon les troupes de la Reine de Hongrie
arriverent à Génes dans le mois de Septembre
de l'année derniere , comment les armes de cette
Princeffe y ont été reçûës , & la déférence totale
qu'on a eu pour elle en cette occafion ; qu'on n'eft:
pas moins inftruit des motifs invincibles qui ont
forcé la Nation d'employer les derniers & uniques
moyens pour le mettre à l'abri d'une deftruction ,
d'autant plus contraire à la gloire & à l'équité de
Sa Majesté Hongroife , que les Génois l'avoient
moins méritée ; qu'actuellement la Ville de Génes
tous ceux qui y ont pris les armes , ne font que
fe fervir , & avec regret , du droit de défenſe , droit
que la nature a rendu commun à tous les hommes
; que dans ces circonftances la République ,
fe formant une haute idée de la juftice de la Reine
de Hongrie , eft fermement perfuadée que la conduite
paffée des Génois , & la façon dont ils ſe
MA I.
135
+
1747.
comportent préfentement , ne pourront pas être
Pobjet du reffentiment de cette Princeffe ; que l'u
ne & l'autre tendent uniquement à la conferva
tion de cette précieu e liberté pour laquelle les fujets
de la République ne peuvent fe diſpenſer de
facrifier, s'il le faut, leurs biens & leurs vies , qu'au
furplus ils mettent leur confiance dans l'affiftance
du Dieu des armées , qui regle feul le fort des
Etats..
EXTRAIT d'une lettre de Génes
du 29 Avril
E Colonel Blonquer , Adjudant Général du
ce mois avec deux autres Officiers au premier de
nos postes avancés , & ayant demandé à parler à
quelqu'un de marque , on envoya un Noble Génois
avec un Officier François & un Député du
Peuple , pour conférer avec lui. I leur remit un
Ecrit,par lequel le Comte de Schullembourg exhortoit
cette ville à recourir à l'extrême clémence dont
La Reine de Hongrie leur avoit donné tant de preuves.
Cet Ecrit , dans lequel on menace les habitans
du traitement le plus rigoureux , s'ils ne prennent
pas le parti de fe foumettre , ayant été communiqué
au Quartier Général , le Peuple déclara una
nimement qu'il s'expoferoit aux plus affreux dangers
plutôt que de le fier à une Capitulation. Le
Petit Confeil s'aflembla le 17 pour délibérer ſur là
réponſe qu'on feroit au Comte de Schullembourg ,
& le lendemain elle fut reglée. Elle eſt également
modérée & ferme , & l'on y annonce au Comte
de Schullembourg que les habitans de cette ville
font dans la réfolution de facrifier leurs biens &
leurs vies pour la liberté de la République . On a
136 MERCURE DE FRANCE
établi fur la montagne des Deux Freres une battes
rie de dix canons & de deux mortiers . Trois mille
Païfans de la vallée de Polfevera ont chaffé lesAlle
mands des poftes de Saint Ciprien & de Bolfanetto.
La nouvelle en ayant été apportée ici , on a
fait fortir de cette ville un détachement de troupes
réglées , qui a ' repris poffeffion de la montagne
de Notre-Dame de la Garde . Dans la vallée de
Bifagno on a recouvré les poftes de Pino. & de
Moraffana. Un Corps de Païlans de la riviere de
Levant , foutenu des troupes Françoifes & Efpagnoles
, s'eft emparé.de trois autres poftes voifins
des montagnes de Creto & du Diamant. Il paroît
que les ennemis fe difpofent à abandonner cette
derniere montagne où ils s'étoient fortifiés , mais
l'abondance des pluyes rendra leur retraite difficile
par la grande quantité de torrens dangereux qu'il
leur faudra pafler.
GRANDE - BRETAGNE.
E9du mois paffé la Chambre des Communes
fit la premiere lecture du Bill , pour employer
un million de livres fterlings du fond d'amortiffement
aux dépenfes de l'année courante. Le 13 , les
Commiffaires , chargés de donner leurs avis fur le
Bill pour naturalifer les Proteftans étrangers , firent
leur rapport . Il s'éleva à ce fujet de longs débats
dans la Chambre , & il fut décidé à la pluralité de
foixante & dix- huit voix contre cinquante , qu'on
renverroit à un autre tems l'examen de cette affaire ; »
On doit équiper une nouvelle Efcadre pour la Méditerranée
, & les Commiffaites de l'Amirauté ont
donné ordre qu'on arinât pour cet effet tous les
vaifleaux de guerre en état de fervir.
Le Bill pour empêcher que les Partiſans de la
MAI. 1747 137 .
Maifon de Stuard , qui ont été condamnés à être.
tranfportés dans les Colonies , ne reviennent dans
la Grande Bretagne , ou ne fe retirent dans des
Païs de domination étrangere , a été renvoyé par
les Seigneurs à une plus ample délibération, Ils
ont paffé celui en faveur des perfonnes dont les
Titres ont été enlevés ou détruits pendant les derniers
troubles , & celui qui ordonne de conftruire
un pont fur la Tamife entre Walton & Sheppelton.
Le 18 du mois paffé la Chambre des Communes
lût pour la premiere fois le Bill qui abolit les Juftices
particulieres du Royaume d'Ecoffe , & qui:
les réunit à la Couronne . Sur la propofition d'en
faire une feconde lecture , il s'éleva plufieurs débats
, mais l'affirmative l'emporta à la pluralité d●
quatre - vingt - dix - huit voix contre foixante &
quinze. Dans la féance du 19 la Chambre ap
prouva la réfolution de faire payer cinq livres fter
lings les permiffions qui feront accordées aux Di
tiilateurs pour vendre en détail des liqueurs for
tes. Les délibérations fur les moyens de lever le
fubfide ont recommencé le 24. L'Eſcadre dont le
Roi donné le commandement à l'Amiral Anfon,
a mis à la voile . Elle eft compofée de fept vaif
feaux de guerre du troifiéme de dix du quarang;
triéme ; de deux du cinquiéme ; de fix du fixième ,
& de deux brulots , & il y a à bord de ces vaiffeaux
quelques troupes de débarquement , dont onignore
la deftination . Suivant le rapport de l'équipage
du navire l'Effex , arrivé depuis peu des Indes
Orientales à Limerick en Irlande , il y a eu
dans les environs de Negapatan une action trèsvive
entre cinq vaiffeaux de guerre de Sa Majefté
& neuf vaiffeaux de la Compagnie des Indes , établie
en France , lefquels font fous les ordres de M ..
de la Bourdonnais. On n'eft.jpas encore. inftruit.
38 MERCURE DE FRANCE.-
des circonftances de cette action , & l'on ſçait ſeur
lement que l'Efcadre Angloife a été obligée de relâcher
à Madraff , pour réparer le dommage qu'elle
a fouffert dans le combat . Le même équipage
a confirmé la nouvelle de la mort du Chef d'Eſcadre
Barnett. Le Pacquetbot l'Aigle, qui revenoit
de la Jamaïque , & fur lequel il y avoit trente
mille livres sterlings en .efpeces , & huit navires
que la tempête a féparés du Convoi parti dernie-
Fement d'Oporto , ont été pris par les François .
Le Duc de Queensbury , le Comte de Marc
& le Comte d'Egletourne , ont préfenté au
Parlement une Requête,laquelle porte que fi le Bill
pour l'abolition des Juftices héréditaires d'Ecofle
acquiert force de loi , la plupart des principaux
Seigneurs Ecoffois perdront une de leurs plus belles
prérogatives , & que par-là on violera mani
feftement le droit facré & commun de tous les fajets
libres de la Grande-Bretagne , puifqu'aucun
d'entr'eux ne peut fans des caufes légitimes être
privé d'unbien qui lui appartient; qu'il n'eft pas extraordinaire
que des perfonnes qui poffedant des
Juftices héréditaires ont tenu le peuple dans l'efclavage
, & ont employé leur autorité , pour contraindre
leurs vaffaux de prendre les armes contre
le Gouvernement , foient regardés par ce même
Gouvernement comme des criminels , mais que
la punition ne doit pas s'étendre où il n'y a point
de faute ; que les Seigneurs qui adreffent leurs
repréſentations aux deux Chambres , n'ont jamais
abufé de leurs priviléges , & qu'ils fe font toujours
exactement conformés aux loix établies ; que
ces priviléges leur ont été confirmés folemnellement
, ainfi qu'aux autres Seigneurs Ecoffois , par
les Rois Charles II & Guillaume III , & par le
Traité d'Union entre l'Angleterre & l'Ecofle , l'up
MAI. 139 1747.
des Traités les plus célebres qui ayent été conclus
entre des Nations libres & indépendantes ; que les
Requérans demandent de pouvoir faire expofer
par leurs avocats les inconvéniens d'un Bill , également
préjudiciable à leur honneur & à leurs intérêts
, & que la confidération de leur rang , le
foin de leur réputation , leur zéle pour la Patrie ,
leur prefcrivent de faire tous leurs efforts pour
qu'un tel Bill foit rejetté. Le 24 du mois dernier
le Bill en faveur des débiteurs qui ne peuvent payer
leurs dettes , le fut par la Chambre des Communes
à la pluralité de foixante & trois voix contre quarante
fept. Cette Chambre fit le 27 divers chan--
gemens au Bill , par lequel il eft pourvû à l'entretien
des Matelots invalides. Il y a de l'apparence
que le Parlement ne fe féparera point avant le 15.
du mois prochain. Le Gouvernement a réfolu de
former un camp dans l'Ifle deWight , & quelques
troupes y font déja arrivées . Le premier de ce
mois la Compagnie des Indes Orintales reçût la
fâcheufe nouvelle que les François s'étoient empa
rés du Fort de Saint Georges & de la Ville de Madraff
, & fur cet avis les Commiffaires de l'Ami--
rauté ont ordonné que plufieurs vaiffeaux de guer
re miffent inceffamment à la voile pour aller ren--
forcer l'Efcadre que commande le Capitaine Peyton.
Suivant les lettres de Plymouth l'Amiral
Anfon , après avoir été joint à la hauteur de ce
Port par les vaiffeaux qu'on y avoit équipés,a continué
fa route vers l'embouchure de laManche.Son
Eſcadre eft actuellement compofée des vaifleaux:
le Prince Georges , du fecond rang ; lé Monmouth ,
le Prince Frederic , le Devonshire , le Hamptoncourt ,
le Namur , le Kent , le Yarmout & l'Edimbourg du:
troifiéme ; le Portland, le Chefter, la Princeffe Louifes
140 MERCURE DE FRANCE .
le Windfor , l'Aigle , le Glocefter , le Nottingham ,
le Lyon , le Sali bury , le Centurion , la Prife de
Portland , le Faulkland & le Penbroke , du quatriéme
; le Hector & l'Embuscade , du cinquième ; la
Sirene , le Vautour , la Vipere , le Faucon , le Shoreham
& l'Inverness , du fixiéme ; de la galiotte à
bombes la Terreur , & des brulots le Vulcain & le
Pluton.
PROVINCES - UNIES .
E 21 Avril les Etats Généraux furent affem-
Lblés pendant fort long tents, özils firent expé
dier des ordres aux Colleges de l'Amirauté d'envoyer
fur les côtes de la Zelande tous les vaiffeaux
de guerre & toutes les fregates en état de fervir ,
afin de s'oppofer aux defcentes que les François
pourroient tenter de faire dans cette Province.
Ilfe tint le 23 un Confeil d'Etat extraordinaire
après lequel on manda au Prince de Waldec
de faire avancer un détachement de cinq mille
hommes d'Infanterie & de mille. Dragons du côté
de la Flandre Hollandoife , d'où l'on a reçu avis
que la garnifon du Fort de l'Eclufe laquelle a
capitulé le 22 , avoit été faite prifonniere de
guerre , & que le 24 elle étoit fortie de ce Fort
pour être conduite à Bruges. Le 22 le Duc de
Cumberland fit la revue des troupes Angloifes &
de celles de Hanover & de Hefle , qui font à la
folde de la Grande Bretagne. Ce Prince ſe mit
enfuite en marche avec toutes ces troupes vers
Alphen où il établit fon quartier général. Les
troupes Hollandoifes ayant quitté le même jour
leurs quartiers de cantonnement , allerent camper
dans les environs de Cham & de Strybeeck. Cel
M A I. 1747-
147
les de la Reine de Hongrie commencerent le lendemain
à ſe mettre auffi en mouvement , & le 25
toute l'armée des Alliés s'eft trouvée raffemblée
dans le camp de Baël-Hertog . L'aîle droite compofée
des troupes de fa Majefté Hongroife eft
appuyée à Poppel , où eft le quartier du Feldt-
Maréchal Comte de Bathiany. Les Anglois , les
Hanoveriens & les Heffois forment l'aile gauche ,
laquelle s'étend jufqu'à Hoogstraten. Au centre
de l'armée lequel eft placé devant le village de
Baël ,font les troupes de la République . On a renforcé
confidérablement les garnifons de Berg-op-
Zoom , de Hulft & d'Axel. Les quartiers Maîtres
• Généraux font allés reconnoître les bords de la
Schynder , & le Duc de Cumberland a chargé
un Colonel de vifiter quelques- uns des poftes
fitués fur la droite de l'Efcaut. Le dernier Corps
de troupes arrivé d'Angleterre à Willemstadt ,
confifte en trois bataillons. M. Gillés , Grand Penfionnaire
de Hollande, fe rendit le 20 à Tilbourg ,
où il eut un long entretien avec le Duc de Cumberland
, & le 23 il revint de Breda à la Haye.
Il fut faivi le lendemain du Comte de Sandwych ,
Miniftre Plenipotentiaire du Roi de la Grande
Bretagne. On attendoit le même jour de Breda le
Comte de Chavannes Miniftre du Roi de Sardaigne
, mais le Comte de Harrach , Miniftre de la
Reine de Hongrie , ne devoit revenir que dans
quelques jours , parce qu'il étoit allé à l'armée des
Alliés .
La ville de Ter Veere a été la premiere de la
Province de Zelande à proclamer le Prince de
Naffau pour Stathouder , & ce fut le 25 du mois
dernier qu'elle prit cette réfolution. Cet exemple
fut fuivi le même jour par les villes de Fleffingue
142 MERCURE DE FRANCE.
& de Middelbourg , le lendemain par celles de
Ter Goes & de Ziriczée , le 29 par celle de Rotterdam
, & le 30 par celles de Leyde , de Delft
& de Schiedam. Dès le 27 , lorfqu'on avoit appris
à la Haye ce qui s'étoit paffé dans les principales
villes de Zelande , le peuple avoit fait
éclater une joie extraordinaire . Le 29 , auffi tốt
qu'il fut inftruit de la proclamation faite à Rotterdam
, il courut tumultueufement au Palais des
Etats de Hollande & de Weftfrife pour demander
qu'ils fe conformaffent aux voeux du public,
Les Députés des Etats qui étoient alors affemblés
ayant jugé qu'il étoit néceffaire de fatisfaire la
multitude, lui envoyent le Comte de Bentinck avec
ordre de l'affûrer qu'on ne négligeroit aucune des
mefures que le bien public pouvoit requerir. Le
Baron de Waffenaër de Doveren fe rendit en même
tems à l'Hôtel -de- Ville où les Bourguemeftres
étoient occupés à déliberer fur les moyens
de prévenir les fuites de l'émeute , & où il eut
beaucoup de peine à arriver à caufe de la foule
dont étoient remplies toutes les rues qui y conduifent.
Après avoir eu une conférence avec les
Magiftrats , il fe préfenta fur le grand Perron de
PHotel & il harangua le peuple , lui promettant
que dans deux ou trois jours au plus tard les
États donneroient des preuves de leur attention
à fes repréfentations. Quoique ces affûrances &
celles du Comte de Bentinck paruffent calmer les
efprits , on crut devoir y joindre quelques démonftrations
d'éclat , & l'on arbora , tant à l'Hôtel-
de- Ville qu'au Palais des Etats , l'étendart du
Prince de Naffau. Sur le champ à la rumeur &
aux menaces fuccederent des acclamations d'applaudiffement.
Il y eut le foir des rejouiffances
MAI. 1747. 143 .
générales , & plufieuss habitans firent tirer des
feux d'artifice. Le premier de ce mois les Députés
, qui affiftent de la part de la ville de Haarlem
à l'affemblée des Etats de Hollande & de Weftfrife
, firent arborer devant leur maiſon l'étendart
du Stathouder , & annoncerent au peuple que le
Confeil de leur ville avoit reconnu le Prince de
Naffau en cette qualité. On reçut avis le 2 que
la même démarche avoit été faite par les Magiftrats
des Villes de Dorr , de la Brille , de Gorcum,
d'Alcmar & de Gouda. Le même jour le Corps de
la Nobleffe de Hollande déclara qu'il foufcriveit
à la réfolution prife par le plus grand nombre des
villes de la Province . Le 3 , afin d'éviter la confufion
on ferma toutes les avenues du Palais par des
barrieres où l'on pofa des gardes , & vers les neuf
heures du matin les Députés des Etats de Hollande
& de Weftfrife marchant à pied deux à deux , s'y
rendirent avec le Grand Penfionnaire . A onze
heures ayant fait ouvrir les fenêtres du Palais , ils
s'y montrerent , & après que le Baron de Waffenaër
de Doveren eut fait une nouvelle harangue
au peuple , M. Buys , Secretaire des Etats , proclama
en leur nom le Prince de Naffau Stathouder
, Capitaine Général & Amiral de Hollande
& de Weftfrife. Enfuite on arbora dans tous les
principaus endroits de cette ville l'étendart de ce
Prince au bruit des fanfares & de plufieurs acclamations
réïtérées. La inême cérémonie ſe fit
le 2 à Amfterdam dont les Bourguemeftres ons
envoyé ordre aux Députés qui repréfentent la
ville dans l'affemblée des Etats de Hollande &
de Weftfrife , d'en informer cette affemblée. Cette
cérémonie fe fit auffi le 3 dans la ville d'Utrecht
, les trois Ordres de la Province dont elle
144 MERCURE DEFRANCE .
eft la Capitale , ayant de même élû le Prince de
Naffau pour Stathouder , & ayant fait placer fon
étendart au deffus de la porte de leur Palais devant
celle de l'Hôtel- de- Ville & au haut de la
Tour de l'Eglife du Dôme. Toutes les cloches
de la ville ont fonné à cette occafion , & les habitans
ont fait élever plufieurs Arcs de Triomphe..
Les étudians de l'Univerfité fe font diftingués par
les marques qu'ils ont données de leur zéle pour
le Prince de Naffau , & voulant lui prouver.combien
l'Univerfité eſt flatée d'avoir eu l'honneur de
le compter parmi les éleves , ils le propofent de
donner à ce Prince une fête magnifique lorsqu'il
ira à Utrecht recevoir le ferment de fidélité des
habitans. L'élection du Stathouder a été célébrée
de même dans les villes d'Amersfoort , de Wyckte-
Duurfteede ,de Montfort, de Rheenen , de Zwol &
de Dewenter.Le 4 au matin le Grand Penfionnaire
& le Baron Vander Duyn Seigneur. de s'Gravemour
, font partis pour aller porter de la part des
Etats de Hollande & de Weftfrife au Prince de
Naflau le Diplôme de fon élection .
Les Etats Généraux déférerent le 4 de ce mois
au Prince de Naffau le titre de Stathouder , d'Amiral
& de Capitaine Général des Provinces Unies,
& ils ont choifi les Comtes de Randwyck & de
Bentinck , le Baron d'Uttenhoven , M, Guillaume
Van Haren , le Baron de Nyenhuis , M. Taminga
de Maefbergen & M. Fagel , pour lui en porter le
diplôme. Ils ont nominé le Baron de Burmania ,
Lieutenant Général d'Infanterie , & lui ont accordé
la place de Quartier Maître Général des troupes
Hollandoifes , vacante par la mort du Baron
de Ginckel, Le 4 ils réfolurent de demander au
Roi de la Grande- Bretagne les fecours ftipulés par
les
MA I. 1747 .
145
les Traités , & ils ont envoyé des ordres en conféquence
aux Miniftres qui résident de leur part *
Londres. Le Confeil d'Etat a chargé M M. de
Vrye-Temming , & Godin , de faire ajoûter aux
fortifications de Maeftrich les ouvrages qu'ils jugeront
néceffaires . Il a paflé à la Haye un courier
par lequel on a appris que le Prince & la Princeffe
de Naffau étoient arrivés le 11 fur le midi à Amfterdam.
Les le Prince de Naffau fut proclame
Stathouder dans les Villes de Deventer , de Campen
&. de Zwol , & il le fut le 9 par l'affemblée
des Etats de la Province d'Over- Yffel.
Les Députés , chargés d'annoncer de la pare
de la Province de Zelande au Prince de Naflau
qu'il avoit été élû Stathouder de cette Province ,
étant arrivés à Leuwarde les de ce mois , ce Prince
, auffi tôt qu'il en fut informé , alla leur rendre
vifite. Lorfqu'il fut retourné à fon Palais , les Dé.
putés s'y rendirent dans fes caroffes , & ils trouve
rent la Garde fous les arines , tambour battant &
enfeignes déployées. Après l'audience ils furent
reconduits avec les mêmes cérémonies à l'Hôtel
qui avoit été préparé pour leur logement , & où ils
ont été traités par les Officiers du Prince pendant
leur féjour en cette Ville. Ils eurent le lendemain
audience de la Princeffe de Naffau & de la Princeffe
Douairiere , & ils dînerent enfuite chés la
premiere de ces Princeffes, Le foir ils prirent congé
du Prince , & le 7 au matin ils partirent pour
retourner à Middelbourg. Le Prince & la Prin
ceffe de Naffau font partis le 10 pour ſe rendre à
la Haye .
On mande de Breda du 9 de ce mois que
l'armée des Alliés s'étant mife le premier en
marche pour s'approcher d'Anvers , le Duc de
G
146 MERCURE DE FRANCE.
Cumberland a établi fon Quartier Général au
Château de Westmalen , qui n'en est éloigné que
de quatre lieues. La droite de l'armée eft appuyée
à Reyen & la gauche s'étend vers la petite Nethe
au-deffus de Liere, On a marqué en avant un nou.
´veau camp , où l'on croyoit que l'armée fe rendroit
le 8 , mais elle n'eft point encore décampée.
Selon les apparences elle gardera la même pofition
jufqu'à ce que les troupes Françoifes fortent des
cantonnemens qu'elles occupent le long de la
Dyle . Celles de la Reine de Hongrie ont fait avan
cer plufieurs Corps fur la Gete , & le Feldt-Maré,
chal Comte de Bathiany a détaché le Prince de
Brunſwick Wolfenbutel avec douze Bataillons &
huit Efcadrons pour aller prendre pofte à Schil
den , où le Général Trips avoit auparavant fon
quartier, qu'il a transferé à Broëchem. La grande
quantité de fafcines & de gabions qu'on prépare ,
donne lieu de conjecturer que les Généraux deş
Alliés penfent à former le fiége de quelque Place
importante.
MAI
147 1747 .
OPERATIONS DE L'ARME'E DU ROI.
L
Du 14 Mai.
E Roi a appris la capitulation du Fort
de Philippine par le Comte de Saint
Herem , que le Maréchal Comre de Saxe a
dépéché pour en informer Sa Majesté.
+
Le Comte de Peloüer , Capitaine dans
le Régiment de Dragons du Roi , eft
arrivé avec la nouvelle de la prife du
Fort de Santberge , dans lequel on a fait
quatre- vingt-trois prifonniers. Cette priſe
a été précédée de deux attaques très- vives,
l'ane la nuit du 3 au 4 , l'autre la nuit du
sau 6. Dans l'une & dans l'autre les troupes
fe font comportées avec une extrême
valeur , & les ennemis ont perdu confidé◄
rablement .
Les Drapeaux de la garniſon du Fort de
l'Eclufe & de celle du Sas de Gand ont été
apportés à Sa Majefté par le Chevalier
d'Hallot Major du Régiment de Normandie.
S au
La Place d'armes de l'avant chemin couvert
du Fort de Santberge ayant été attaquée
pour la feconde fois la uuit du
6 de ce mois , a été emportée l'épée à la
main , & l'on y a établi le logement , fans
que troupes ennemies qui
les
étoient
cam-
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
pées à portée & qui fe font préſentées
pour la reprendre , ayent pû y réüffir. Dans
cette attaque laquelle a duré depuis neuf
heures du foir juſqu'à deux heures après
minuit , les affiégeans ont eu 1 5o hommes
tant tués que bleffés . Les ennemis avoüent
y en avoir perdu fix cent . Vers les trois heu
res du matin le feu ayant pris à des traînées
de poudre , & s'étant communiqué à
des barils remplis de la même matiere ,
113 hommes en ont été brûlés , mais la plûpart
reviendront de leurs bleffures . Pour
remédier au défordre que cet accident
avoit mis dans les troupes , le Marquis
de la Tour Dupin fe jetta avec le premier
Bataillon de fon Régiment dans le milieu
des flâmes , & par cette action hardie & judicieufe
, il prévint toute entreprise de la
part de l'ennemi. Depuis le 6 jufqu'au 9 ,
on travailla à couronner le Chemin Cou
vert & à établir le Pont fur le foflé dr. Fort
de Santberge. La defcente commençoit à
être praticable , lorſque le 9 à fix heures du
foir le Commandant arbora le Drapeau ..
blanc. Sur le champ on prit poffeffion du
Fort , où il y avoit quatre- vingt-trois hommes
, lefquels ont été faits prifonniers ainsi
que le Lieutenant Colonel qui les commandoit,
Dès que les troupes ennemies ,
destinées à proteger le Fort de SantberMA
I. 1747. I 49
·
ge , & qui étoient compofées de fept Bataillons
dont trois étoient Anglois , virent
que les François s'étoient rendus maîtres de
ce Fort , elles s'avancerent en bataille fur
deux colonnes , mais ce mouvement n'avoit
pour objet que de mafquer leur retraite,
qu'elles ont faite précipitamment , partie
für Stopeldik , partie du côté du Polder
Sainte Anne. Le Marquis de Contades s'étant
douté de leur deflein , fit fortir des
détachemens , qui ayant trouvé une partie
du camp des ennemis encore tenduë ,
en ont enlevé quatre cent tentes . Les ennemis
avoient laiffé auffi dans ce camp
ving pieces de canon & deux mortiers ,
dont on s'eft emparé. Cette même nuit la
tranchée fut ouverte devant Hulft du côté
de S. Jean de Steene par les troupes aux ordres
du Comte de Montmorin . Elles s'en
parerent d'abord d'un premier retranchement
, derriere lequel elles prirent dix
foldats. Le 10 le Marquis de Contades
envoya M. de Saint Sauveur avec cent cinquante
hommes du Régiment de la Morliere
, foûtenus de quatre Compagnies de
Grenadiers , pour reconnoître les débouchés
. Ce détachement en rencontra un des
ennemis , qu'il mit en fuite , & il fe faifit
d'une piece de canon de vingt- quatre livres
de balle , qu'ils conduifoient à Hulſt.
G iij
so MERCURE DE FRANCE.
Le reste du Régiment de la Morlière márcha
en même tems à Stopeldik , où étoient
plus de deux cent cinquante hommes d'Infanterie
des troupes Hollandoifes & cent
cinquante Dragons de celles de la Reine
de Hongrie , lefquels n'avoient pû s'embarquer
à caufe de la baffe marée. Après
une légere réfiftance ces troupes mirent
bas les armes & fe rendirent prifonnieres
de guerre. Le même jour une Compagnie
de Grenadiers fe préfenta devant le Fort
de Raerpe , que l'Officier qui y commandoit
rendit après avoir été fommé ; on y a
fait trente-deux prifonniers. Le rile
Duc de Broglie a marché avec deux mil
le hommes d'Infanterie & le Régiment de
la Morliere , pour achever l'inveftiffement
de Hulft , & fur la fommation qu'il a faite
à M.de la Roque , Gouverneur de la Place,
celui-ci a confenti de la rendre avec les
Forts qui en dépendent. On eft convenu
par la Capitulation que le 12 les troupes
du Roi prendroient poffeffion de trois portes
; que le 15 M. de la Roque , fes Adjudans
& quatre cent hommes armés , fans
Drapeaux & fans Etendarts , fortiroient de
la Ville , pour fe retirer en Zelande avec
3 canons de 3 livres de balle , & des munitions
pour tirer 12 coups par piece , & que
le refte de la Garnifon , confiftant en 97
MAI. 1747.
151
Officiers & 1681 foldats , refteroit prifonnier.
Les lettres de Flandres marquent que le
14 de ce mois l'armée commandée par le
Maréchal Comte de Saxe étoit encore dans
fes cantonnemens . Ce Général alla le 11
à Hulft , & après avoir vifité les travaux ,
il retourna à Bruxelles . Il a envoyé ordre
à trois Bataillons des Places de la troifiéme
ligne , de fe rendre dans la premiere de
ces deux Villes pour en compofer la Garhifon
. Le Marquis de Contades y commandera
, ainfi que dans le païs voifin , où
il aura à fes ordres deux Régimens de Dragons
pour la garde des côtes. Une grande
partie des troupes qui ont fait le fiége de
Hulft , a marché pour attaquer Axel. Il y
a actuellement vingt-huit Bataillons dans
Anvers ou à portée de s'y jetter. Le Comte
de Lowendalh , qui y commande , a travaillé
avec tant de diligence à réparer & à
augmenter les fortifications de cette Place ,
qu'elle eft en état de faire une longue défenfe.
On a raffemblé dans le Port du Sas
de Gand deux cent bâtimens , fur lefquels
on peut embarquer vingt mille hommes
dont on a formé huit divifions , & le commandement
de cette Flotte a été donné à
M. de Lage , Chef d'Eſcadre . Le Maréchal
Duc de Noailles eft arrivé le 12 à Bru
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
xelles , qù les équipages du Roi font de
puis le 10.
D'Anvers le 2 Mai.
'Armée des Alliés s'étant approchée
>
Saxe refferre aujourd'hui les cantonnemens
des troupes qu'il commande , & il
fe met en état de les raffembler en trèspeu
de tems fur la Dyle. Ce Général cft
allé ce matin à Malines , d'où il retournera
ce foir à Bruxelles .. La nuit du 30 du
mois dernier au premier de ce mois , la
Garnifon du Sas de Gand , compofée d'un
Bataillon du Régiment de Gadelier & de
deux Compagnies du Régiment de Braw ,
fe rendit prifonniere de guerre , les affiégeans
s'étant emparés du chemin couvert
& n'ayant eu que vingt hommes de tués à
cette attaque. Quelques jours auparavant
un détachement des troupes qui font aux
ordres du Comte de Lowendalh , avoit
emporté l'épée à la main le Fort Saint Antoine
, où on avoit fait trente prifonniers .
Deux autres détachemens des mêmes troupes
ayant invefti le 17 le Fort de Philippine
, l'un du côté de la mer , en occupant
une traverſe fur la grande Digue , l'autre
du côté de la terre , en fe poftant derMA
I. 1747.
153
riere une feconde Digue nommée Pofthoorn
, le Comte de Lowendalh fit offrir
le 25 à la Garnifon des conditions honorables
, fi elle vouloit fe rendre . Sur le refus
que le Commandant a fait d'écouter
ces propofitions , le Comte de Lowendalh
doit faire ouvrir cette nuit la tranchée
devant ce Fort. Le Marquis de Contades
eft occupé à fe rendre maître des Forts des
environs de Hulft , & à établir fes communications
pour attaquer cette Place dans
les formes. Il s'eft emparé du pofte de Kikut
& y a fait dix - huit prifonniers.
De Bruxelles le 7 Mai.
Après la Capitulation du Sas de Gand
le Comte de Lowendalh a marché avec
huit Bataillons à Anvers , que les ennemis
femblent menacer , & il a laiffé au Comte
de Montmorin la conduite du fiége du Fort
de Philippine. Dès que ce fort fera priš ,
les troupes employées à cette expedition ,
iront joindre le Marquis de Contades qui
eft devant le Fort de Santberge , ayant un
Corps détaché entre Lieftkenhoëck & le
Moulin de Doël , afin d'affûrer fes derrieres.
M. de Vaux devoit tâcher de tourner
Hulft & de prêter la main à ce Lieutenant
Général. Plufieurs difficultés infurmontables
ont fait renoncer à ce projet . Le 3 de
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
ce mois le Marquis de Contades fit attaquer
une Redoute en avant de Santberge
par fix Compagnies de Grenadiers. Ils s'en
emparerent d'abord , & même ils prirent
le Commandant , mais leur ardeur les
ayant portés à fuivre pendant plus d'un
quart de lieuë quatre- vingt fuyards , ils
tomberent vis- à-vis d'un camp de trois Bataillons
ennemis , qui ayant pris les armes,
les repoufferent & reprirent la Redoute.
Quatre Piquets que le Marquis de Conta-
- des fit fortir de la tranchée , faciliterent la
retraite de ces Grenadiers , dont quarante
ont été tués ou bleffés. L'armée commandée
par le Maréchal Comte de Saxe eſt
toujours dans les mêmes cantonnemens , & .
elle peut dans quatre
quatre heures être affemblée
fur la Dyle , fur laquelle on a jetté plufieurs
ponts. La Maiſon du Roi & la Gendarmerie
s'étant rapprochées , cantonnent
l'une à Alloft , l'autre à Halle. Les Cantabres
ont été envoyés à Ruppelmonde
avec ordre de proteger la communication
de l'Escaut & celle d'Anvers . On s'eft muni
d'une grande quantité de Bacs , propres à
former au befoin des ponts volans. Les
Régimens de Cavalerie , qui étoient dans
Anvers , font allés dans les environs de la
Tefte de Flandres . La Compagnie de Fifcher
, arrivée depuis peu des Trois EvêMAI.
1747.
155
>
chés , doit fe rendre au Petit Villebrock
afin de veiller à la navigation de la Ruppel.
Le Maréchal Comte de Saxe a vifité dernierement
le Pont de Walem , & il a renforcé
de trois Bataillons la Garnifon de
Malines , pour mettre l'Officier Général
qui y commande en état de proteger ce
pont. Les ennemis , qui font toûjours dans
les Bruyeres de Brets , paroiffent être indécis
dans leurs projets . Leurs déſerteurs
dont il vient ici un grand nombre , affùrent
qu'ils manquent d'eau & de fubfiftances.
Un de nos Partis , quoique feulement
de quarante- cinq hommes , a attaqué ces
jours-ci un détachement de cent Huffards ,
foutenu de cent cinquante Pandoures , &
après avoir tué beaucoup d'ennemis , il a
ramené treize chevaux. Les prifonniers
faits dans les differentes Places qu'on a attaquées
, montent à près de
quatre mille
hommes. Dans le moment on reçoit avis
de la reddition du Fort de Philippine ,
dont le Commandant a capitulé la nuit du
5 au 6. La Garnifon , compofée de cinq
cent quatre-vingt hommes , eft prifonniere
guerre. On a trouvé dans ce Fort vingtfept
pieces de canon de fonte.
de
Du 16 Mai.
M. le Maréchal , pour être prêt à tout évé-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
nement de fe raffembler plutôt fur la Dyle,
a envoyé ordre à chaque Major d'y aller
reconnoître le terrain de fon Camp , ainfi
que l'itinéraire qui doit y conduire chaque
Corps de fes cantonnemens actuels , au
moyen de quoi au premier coup de baguette
chacun fe trouvera à fon pofte. M. le
Maréchal ne veut cependant pas mettre fes
troupes fous la toile qu'il ne voye l'ennemi
tout-à fait fur les bords de la Nethe.
La Garnifon d'Hulft a dû en fortir aujourd'hui
, on y prend 1700 hommes prifonniers
de guerre , fix Drapeaux & so
pieces de canon de fonte.
On travaille actuellement aux moyens
d'entrer dans l'Ifle que forment les Canaux
qui aboutiffent à Axel ; on y voit de loin
quelques Bataillons campés , ce qui , joint
aux difficultés , pourroit retarder cette befogne
, fi la prife du Fort de Lemberg ne
nous donnoit lieu de nous attendre que
nous en viendrons bien- tôt à bout ; on a
établi provifionnellement en de - çà dans le
Polder de Belayen une batterie de canon
pour ruiner les défenfes qui protegent les
approches qu'on prétend praticables à marée
baffe .
M. le Maréchal de Noailles eſt allé hier
vifiter Anvers, il doit aller enfuite à Hutel,
d'où il reviendra avec M. de Contades à
M. A L
1747x57
Dendermonde , où doivent fe trouver le
Maréchal Comte de Saxe & M. de Lage' ,
pour concerter les opérations ultérieures
qui doivent achever la conquête de la
Flandre Hollandoife.
Nous avons jetté il y a quelques jours un
pont fur la Dyle , un peu au- deffus de fon
embouchure dans la Nethe , pour faciliter
à l'Infanterie qui eft à Battel & à Effent les
moyens de fecourir plus promptement le
pont de Walem.
Les ennemis ont attaqué cette nuit le
pont de Walem , mais ils y ont été repouffés
avec perte ; un de nos partis , compofé
de 200 hommes , a rencontré près de Duf
fel un gros corps de Croates qui l'a attaqué.
Nonobftant fa fupériorité l'ennemi a été
battu & s'eft retiré , nous y avons perdu 6
hommes & entre autres M. de Merick , Officier
qui s'étoit diftingué dans cette eſpece
de guerre.
Du 17 Mai.
Nous apprenons dans le moment la reddition
de la Ville d'Axel ; * la Garnifon de
cette Place fort avec les honneurs de la
guerre , 4 pieces de canon de 4 livres de
balle ; elle doit être embarquée pour la
Zelande le 19 ; les troupes qui étoient can:-
* M. le Comte de Broglio a apporté la nouvelle au
Roi le 18,
158 MERCURE DE FRANCE.
pées à portée de cette Place , ont la liberté
de s'embarquer pareillement du 19 au 20.
Du 20 Mai.
Les troupes qui ont fervi à la conquête
'de la Flandre Hollandoife , ont été mises en
cantonnement dans le pays de Waes.
M. le Maréchal a donné ordre de réparer
le pofte de Terre- Neuve , & d'établir
une batterie à Bervties : ces précautions
jointes aux troupes qu'on laiffe de
ce côté-là , nous y mettront à l'abri de toute
entrepriſe & même de toute defcente
de la part des ennemis.
Le Régiment de la Morliere a dû entrer
ce matin dans Anvers , les Régimens
de Cavalerie de Berry & de Cuiraffiers
qui étoient cantonnés à portée , ont ordre
de venir à la rive droite de l'Escaut à Saint
Amand & Bafferode .
Les ennemis font toujours dans la même
pofition , les uns difent qu'ils en veulent
à Anvers , d'autres qu'ils vont marcher
fur Herenftal , comme nous ſommes
préparés à tout nous attendons tranquillement
dans nos cantonnemens qu'il leur
plaife de fe décider.
M. le Maréchal a monté à cheval ce
matin & a été à l'allée verte près la porte
de Lacken , faire la revûe du Régiment
MA 1:
159: 1747%
Royal Allemand , il vient d'envoyer
ordre au Régiment d'Auvergne d'entrer
dans Anvers , ce Régiment fera remplacé
à Doel par celui de Bettens.
De Genes le 3 Mai.
Le premier , le Duc de Boufflers , Lieutenant
Général des armées du Roi de Fran
ce , & à qui Sa Majefté Très- Chrétienne
a donné le commandement des troupes
qu'elle deftine au fecours de la République
, arriva ici d'Antibes. Il fe rendit le
même jour au Sénat, qu'il affûra de la difpo
fition dans laquelle le Roi de France eft de
faire les plus grands efforts pour conferver
aux Génois leur liberté. Un détachement
de l'armée ennemie , laquelle diminue
tous les jours par les maladies , par le défaut
de fubfiftances & par la déſertion s'avança
il y a quelques jours jufqu'à Cornigliano
. Le lendemain après avoir effuyé
quelques volées de canon il fe retira , &
ayant été pourſuivi par les Païfans , il eut
vingt hommes tués ou bleffés. Les Canoniers
, dans le deffein de ménager le Palais
de M. Cataneau où ce détachement
s'étoit pofté , n'ayant pas fait un feu fort
vif d'artillerie , le Peuple en a témoi160
MERCURE DE FRANCE.
gné du mécontentement. On affûre que
quatre cent chariots chargés de bombes ,
de boulets & d'autres munitions de
guerre
qui venoient de Mantoüe & de Plaifance à
l'armée ennemie ,font demeurés embourbés
dans la Pancarana . Il y a apparence que les
Allemands ne réiiffiront pas mieux à faire
avancer leur artillerie par les
montagnes.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 20 du mois dernier le Roi & la
Reine entendirent dans la Chapelle
du Château la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté
par la Mufique pour l'Anniverfaire de
Madame la Dauphine , Ayeule du Roi .
Le 23 le Comte de Loos Miniftre du
Cabinet du Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , & fon Ambaffadeur Extraordinaire
en cette Cour , eut fa premiere audience
publique du Roi , étant accompagné par
le Prince de Pons & condait par le Marquis
de Verneuil Introducteur des Ambaffadeurs
, qui étoient allés le prendre en
fon Hôtel à Paris dans les caroffes de
leurs Majeftés. Cet Ambafladeur trouva
MAI. 865
1747.
à fon arrivée dans l'avant-cour du Chateau
les Compagnies des Gardes Françoi-
Les & Suiffes fous les armes , les tambours
appellans ; dans la cour les Gardes de la
Porte & ceux de la Prévôté de l'Hôtel , à2
leurs poftes ordinaires , & fur l'efcalier les
Cent Suiffes , la hallebarde à la main.
Il fut reçu au bas de l'efcalier par le Marquis
de Dreux Grand Maître , & par M.
Defgranges Maître des Cérémonies , & à
la porte en dedans de la Sale des Gardes
par le Duc de Bethune Capitaine des
Gardes du Corps , qui étoient en haye
& fous les armes. Après l'audience du
Roi il fut conduit avec les mêmes céré
monies à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame la Dauphine
par le Prince de Pons & par le Mar
quis de Verneuil , & à celles de Madame
& de Mefdames de France par cet Introducteur.
Ayant été traité par les Officiers
du Roi il fut reconduit à Paris par le même
Introducteur dans les caroffes de leurs
Majeftés.
L'Abbé d'Harcourt ayant donné fa démiflion
de la Dignité de Doyen de l'Eglife
Métropolitaine de Paris , l'Abbé de
Saint Exupery , Chantre de cette Eglife
a été élu par le Chapitre pour remplir
cette Dignité.
162 MERCURE DE FRANCE.
Le 20 du mois dernier le Comte de
Loos Ambaffadeur du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , auprès du Roi , donna
à l'occafion du mariage de Madame la
Dauphine une fête très magnifique , à la
quelle furent invités les Ambaffadeurs &
Miniftres Etrangers , les Miniftres d'Etat
& un grand nomre d'autres perfonnes
de diftinction .
Le Roi a fixé au 18 de ce mois le fervice
folemnel que S. M. a ordonné pour
la Reine de Pologne , Ducheffe de Lorraine
& de Bar. Mefdames de France &
la Princeffe de Conty ont été les Princelles
du deuil dans cette cérémonie.
L'agrément de la charge de Préfident
du Parlement , vacante par la démiffion du
Préfident Portail , a été accordé par S. M.
à M. Turgot Maitre des Requêtes.
Le 11 de ce mois Fête de l'Afcenfion
le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par
la Mufique , & l'après- midi leurs Majeſtés
affifterent aux Vêpres .
Le même jour , le Prince d'Ardore , Am
baffadeur du Roi des deux Siciles auprès
du Roi , donna à l'occafion du mariage de
Madame la Dauphine une très-belle fête ,
à laquelle ont été invités les Ambaffadeurs
MAI. 1747. 163
& Miniftres Etrangers , les Miniftres d'E
tat , & un grand nombre d'autres perfonnes
de diftinction .
Le 13 de ce mois le Roi a reçû par M.
de Saint Sauveur , Aide Maréchal Général
des Logis de l'armée de Flandres , la nouvelle
des avantages remportés par les troupes
de Sa Majefté devant Hulft , & le 14 le
fils du Marquis de Contades a apporté les
articles de la Capitulation accordée à M.
de la Roque , Gouverneur de cette Place .
Sa Majesté a nommé M. de Saint Sauyeur
Brigadier.
Le Service folemnel pour le repos de
l'ame de la Reine de Pologne Ducheffe de
Lorraine & de Bar , fut célebré le 18 de ce
mois dans l'Eglife Métropolitaine de cette
Ville. Lorfque Mefdames , filles du Roi ,
& la Princeffe de Conty , Princeffes du
Deüil , eurent pris leurs places , ainfi que
Monfeigneur le Dauphin , le Duc de Chartres
& le Prince de Conty , qui devoient
les conduire à l'Offrande , l'Archevêque de
Paris commença la Meffe . A l'Offertoire ,
& après que les cierges d'offrande eurent
été préfentés à Madame Henriette par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies
; à Madame Adelaïde par M. de
Gifeux , Maître des Cérémonies , en furvivance
de M. Defgranges, & à la Princeffe
164 MERCURE DE FRANCE.
de Conty par M. de Bourlamacq , Aide des
Cérémonies , les Princeffes allerent à l'Offrande.
Madame Henriette y fut menée
par Monfeigneur le Dauphin , la queuë de
la Mante de cette Princeffe étant portée
par le Comte de Saffenage , par le Marquis
de Saint Herem & par le Chevalier de
Montaigu . Le Duc de Chartres mena Madame
Adelaide , dont la queuë de la Mante
fut portée par le Comte de Champagne ,
par le Marquis de Saulx de Tavannes &
par le Marquis d'Oyle Brancas. La Princeffe
de Conty fut conduite par le Prince
de Conty , & la queue de la Mante de cette
Princeffe fut portée par le Marquis de Fontanges
& par le Chevalier de Fontaine .
Après cette cérémonie l'Evêque de Troyes
prononça l'Oraifon Funebre , & la Meffe
étant finie , l'Archevêque de Paris fit les
Abfoutes avec les cérémonies ordinaires .
Plufieurs Archevêques & Evêques , le Parlement
, la Chambre des Comptes , la Cour
des Aides , l'Univerfité & le Corps de Vitle
, qui avoient été invités de la part du
Roi , affifterent à ce Service , pour lequel
on avoit élevé un magnifique Catafalque.
Le Dimanche 21 , jour de la Pentecôte,
le Roi tint Chapitre de l'Ordre du Saint
Efprit dans fon Cabinet & nomma Prélats
Commandeurs de cet Ordre M. l'ArchevêΜΑΙ.
165 1747.
que de Paris , M. l'Archevêque de Rouen ,
Grand Aumônier de la Reine , & M. l'Abbé
d'Harcourt. Après le Chapitre Sa Majefté
, accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin , du Duc de Chartres , du Prin
ce de Conty , du Prince de Dombes &
du Comte d'Eu , des Cardinaux de Rohan
& de Tencin , & des Chevaliers & Of
ficiers de l'Ordre , ſe rendit à la Chapelle
& y entendit la grande Meffe , qui fur célebrée
par l'Archevêque de Tours , Pré .
lat Commandeur de l'Ordre , & qui fuc
chantée par la Mufique, L'après midi leurs
Majeftés entendirent le Sermon de l'Ab .
bé Bardonet , Chapelain du Roi , & enſui
te les Vêpres chantées par la Mufique,
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a accordé l'Archevêché d'Alby
à l'Abbé de la Rochefoucault , Vicaire
Général de l'Archevêché de Bourges.
L'Abbaye de Saint Faron , Ordre de
Saint Benoît , Diocéfe de Meaux , à l'Abbé
de Lorraine .
Les Lieutenans Généraux , employés
dans l'armée dont le Roi a donné le commandement
au Maréchal Duc de Belle- Ifle,
166 MERCURE DEFRANCE.
font le Chevalier de Belle - lle , le Marquis
d'Argouges , M. de la Ravoye , le Marquis
de Chazeron , le Marquis de Rieux , le
Duc de Boufflers , le Marquis de Villemeur,
le Marquis de Saint Jal, le Marquis de Maulevrier
, le Comte de Trêmes & le Comte
de Mortagne .
Les Maréchaux de Camp que Sa Majeſté
a nommés pour fervir dans la même armée,
font M. de Mauroy, le Comte de Beuvron ,
le Marquis de Biffy , M. de Larnage , M.
Bernage de Chaumont , le Marquis de
Choifeul Beaupré , le Comte de Levy , le
Marquis de Fremeur , le Marquis de Morangies
, le Comte de Coffé , M. le Gendre,
le Marquis de Cruffol des Salles , le Duc
de Fleury , M. de Chevert , le Marquis de
la Chétardie , le Marquis du Poulpry , le
Marquis d'Eftrehans , le Comte de Mailly
d'Hauçour , le Comte d'Andelau , le Com--
te de Grammont Fallon , M. de la Motte
d'Hugues , M. de Mauriac , M. d'Arnault,
M. Bailly , Commandant l'Artillerie , le
Chevalier d'Aultanne , le Chevalier Chauvelin
, le Marquis de Crillon , & M. de
Razaud , Commandant les Ingénieurs.
Le Comte de Mortagne fera les fonctions
de Maréchal Général des Logis de
cette armée ; M, de la Tour celles de Ma
jot Général de l'Infanterie , & le Comte de
MAI. 1747** 167
Fouquet , celles de Maréchal Général des
Logis de la Cavalerie .
PRIERE au Dieu Mercure , par Mile
Marcelle de la Florenciere l'aînée,
N'oubliez pas , Seigneus Mercure
De nous apporter chaque mois
De ces écrits dont la lecture
Inftruit , & nous charme à la fois,
J'entends ces vers où la nature
Se conciliant avec l'art ,
$ Nous retrace comme en peinture
Et la Soriniere & Maillard.
RECIT de ce qui s'eſt paſſé à la poſition de
la premiere pierre du bâtiment de l'Abbaya
de Panthemont le 26 Avril 1747.
L
E caroffe de fon Eminence le M.Cardi
nal de Rohan entra par la porte du
champ de M. Peturo & arrêta au pied
des fondations ; la Communauté en habit
de choeur , Madame l'Abbeffe à la tête
le reçut. en proceffion avec la Croix , les
chandeliers & l'eau bénite au fon des cla
1S MERCURE DE FRANCE.
thes , des tymbales, hautbois, qui cefferent
pour laiffer chanter le Pfeaume 126 Niſi
Dominus , lequel étant chanté fon Eminence
dit In fide Jefus Chrifti , comme il
eft marqué au Rituel de la bénédiction
d'une premiere pierre d'Eglife , après on
récita le Pleaume so Miferere , pendant
lequel fon Eminence fit le tour des fondemens
, les afpergea d'eau bénite , & poſa
fur un endroit de la pierre qui avoit été
préparé une plaque de cuivre où étoient
gravées ces paroles.
REG. LUD. X V.
Ma. CATH . DE BETHISY DE
MEZIERES ABBA FUNDAMENTIS
EXCITAVIT , LAPIDEM POSUIT
SERENMUS. PRINC. ARM . GASTO DE
ROHAN , S. R. E. CARD . EPISC .
ARGENTIN . DIE XX V I. A PR , A N..
DOM. M. DCC . XLVII,
Une plaque de plomb recouvrit celle
de cuivre , toute cette operation ſe fir
avec des outils d'argent qui furent préfentés
à S. E. par Madame l'Abbeffe , il la
contraignit en lui prenant la main avec
tette politeffe qui le diftingue , & qui lui
eft fi naturelle , de la placer conjointement
avec lui. Après cette cérémonie fon Eminence
MA I.
169
1747.
mence alla fe repofer dans un fauteuil
placé fous une tente qu'on avoit fait dreffer
dans le chantier , pour lors une jeune
Penfionnaire , âgée de ſept ans , lui recita
ces vers .
Cet azile de l'innocence
Dont vous êtes le protecteur ,
Eft rempli de reconnoiffance
Pour fon aimable bienfaiteur ;
Nous trouvons dans votre Eminence
Encor un fecond Fondateur .
Quand votre main poſe la pierre ,
Sur laquelle l'on bâtira ,
C'eft une faveur finguliere ,
Que fur l'airain l'on gravera ,
Mais qu'amour d'une autre maniere
Dans tous les coeurs imprimera.
Quelle maiſon peut être affiſe
Sur un plus digne fondement
La pierre que nous avons priſe
Pour affûrer ce bâtiment ,
Eft la colomne de l'Eglife ,
Qui fait fon plus bel ornement.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Son Eminence fut reconduite à fon ca.
roffe dans le même ordre qu'on avoit
gardé
à fa reception.
Le Marquis de la Faye Colonel du Régiment
de Royal Comtois , vient de vendre
fa charge de Secretaire du Cabinet
de S, M. à M. de Chenonfeau fils de M. du
Pain Fermier Général , & le Roi a accordé
à M. le Marquis de la Faye les mêmes entrées
qu'il avoit ci-devant par les prérogatives
de fa charge.
RELATION de la Fête donnée par M.
le Marquis de Lanmary , Ambassadeur
de France à la Cour de Suéde , pour le
Mariage de Monfeigneur le Dauphin.
R. l'Ambaffadeur voulant donner
Mdes preuves publiques de fa joie à
l'occafion de cet heureux évenement
avoit fait conftruire vis-à-vis de fon Hôtek
un édifice repréfentant le Temple de
l'Hymen , fur un avant-corps d'une archi
tectiture à boffages avec congélations ,
dans le milieu duquel étoient placées dans
un enfoncement deux figures qui repréfentoient
la Seine & l'Elbe avec leurs attributs.
Aux deux côtés de cet enfoncement
étoient deux confoles de bronze
MA I.
1747. 171
doré , qui foutenoient la corniche , & dans
le milieu immédiatement au- deſſus des
deux fleuves , un cartouche foutenu de
deux Dauphins qui devoient jetter le vin
au peuple , avec cette infcription : Invitis
juncti fpatiis coeunt.
La balustrade qui couronnoit cet avantcorps
étoit entremêlée de piédeftaux , fur
lefquels étoient des Sphinxs accompagnés
de toute efpéce d'ornemens rehauffés d'or.
Plus haut s'offroit à la vûë un perron qui
conduifoit au Temple , à l'entrée duquel
paroiffoit le génie de la France qui venoit
recevoir la Princeffe qui étoit conduite
par la vertu. Ce Temple étoit de marbre ,
de figure octogone , foutenu de colonnes de
lapis , & de leurs pilaftres dans lefquels on
voyoit des niches où étoient placées des
ftatues de bronze , dont l'une repréfentoit
la Prudence & l'autre la Juſtice . Le
portique étoit porté par des colonnes
ioniques , au- deffus defquelles étoit un
cartel où on lifoit ces mots : Dies qui dat
nova nomina faftis . La figure de l'Hymen
paroiffoit dans l'enfoncement du Temple
fur un autel richement orné , tenant d'une
main un flambeau & de l'autre deux cou .
ronnes de fleurs .
Au-deffus des colonnes étoient pofés
far une plinte quatre boucliers en forme
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
..
de cartels , fur deux defquels étoient les
Armes de M.le Dauphin & de la Princeffe
Dans les deux autres étoient leurs chiffres.
Ces boucliers étoient foutenus par des
Dauphins entortillés de fleurs. Le comble
ou calotte qui couronnoit ce Temple
étoit enrichi par des côtes appuyées fur
une bande de même largeur , qui s'élevoit
jufqu'au fommet entre les côtes qui répondoient
au corps maffif ; & aux colonnes
de deffous on avoit placé des trophées &
des guirlandes pour remplir les intervalles.
La calotte finiffoit par un cordon , le
tout fervant d'empatement à la lanterne
qui terminoit l'amortiffement de ce Temple.
La lanterne ou campanelle étoit ornée
de colonnes de bronze doré , dans lefquelles
on appercevoit des ouvertures cintrées
par le haut, Enfin il s'élevoit fur le tout
une groffe boule de bronze où étoient en
relief les Armes de France qui terminoient
l'édifice de la hauteur de foixante pieds.
Le tout fut parfaitement illuminé auffibien
que l'Hôtel de M. l'Ambaffadeur ,
dont toute la longueur des deux côtés de
la ruë étoit garnie de pots à feu .
Le jour ayant été fixé au Avril pour
le commencement des fêtes , elles furent
T
MAI. 1747. 173
annoncées à fept heures du matin par trois
décharges de canon que M. l'Ambaffadeur
avoit fait placer dans fon jardin . Ce même
jour il donna un fplendide dîner aux
Sénateurs & aux Sénatrices , auffi-bien
qu'à plufieurs autres perfonnes de diftinc
tion .
Le lendemain M. l'Ambaffadeur convia
à dîner les Miniftres Etrangers.
Le troifiéme jour du même mois ,
le Prince de Suéde & la Princeffe accompagnés
des Dames & Seigneurs de leur
Cour , voulurent bien honorer la fête de
feur préfence. Ils fe rendirent chés fon
Excellence fur les fept heures du foir. Ils
y furent reçus au bruit de l'artillerie &
des fanfares dont les inftrumens avoient
été placés fur les galeries de l'édifice . Le
fouper fut fervi fur les huit heures avec
autant de profufion que de délicateffe . Les
fantés du jour y furent célébrées , comme
aux deux dîners précédens au bruit du ca
non & des fanfares.
Après le fouper L. A. R. fe placerent
aux fenêtres pour voir l'illumination . Dès
qu'elles y parurent on fit couler le vin
deftiné pour le peuple.
Enfuire elles entrerent dans la fale du
bal , où s'étoient rendues plus de deux cent
perfonnes de la premiere diftinction .
H.iij.
174 MERCURE DE FRANCE.
Madame la Princeffe ouvrit le bal avec M.
l'Ambaffadeur & continua avec les Sénateurs
& Miniftres Etrangers. Sur les trois
heures L. A. R. fe retirerent & furent reconduites
à leur caroffe au bruit du canon
& des fanfares. Le bal continua jufqu'à
fix heures du matin. Les rafraichiffemens
y furent fervis avec profufion. Il finit par
un reveillon , & la fête fut terminée par
une triple décharge de l'artillerie .
L'édifice que M. de Lanmary a fait
conftruire a été deffiné & conduit par
M. Taraval premier Peintre du Roi de
Suéde , qui a auffi deffiné & exécuté les
magnifiques fêtes que M. l'Ambaffadeur á
données à l'occafion de l'arrivée du Prince
Succeffeur , de celle de Madame la Princeffe
, & du premier mariage de Monſeigneur
le Dauphin . L'ordre & le goût
qui y regnoient ont été généralement ap
plaudis.
!
MA I. 179 1747.
EXTRAIT d'une Lettre de M. Trecourt,
Chirurgien- Major & faifant lesfonctions
de Médecin dans l'Hôpital militaire de
Rocroy au fujet de l'effence balfamique ,
ftomachique & antivermineuse de M. de
Pasturel , en date du 28 Avril 1747 .
J'Ai
Ai fait ufage , Monfieur , de votre
effence : voici en quoi elle m'a réuffi ,
particulierement
dans une attaque d'apo→
pléxie d'humeurs ; après avoir fait vomir
mon malade qui étoit dans un affoupiffe
ment léthargique , malgré l'effet du vomi
tif , je lui donnai une forte prife de votre
effence dans de l'eau de mente , c'eft la
vérité que deux heures après il fut en état
de retourner
à fon ouvrage ; notez qu'il
étoit âgé de 72 ans , & il n'a pas eu depuis
dix mois la moindre incommodité
, &c.
Une femme qui à fa fuite d'une longue
maladie avoit des langueurs & foibleffes
extraordinaires
en a été guérie par quel
ques prifes , & c.
Je m'en fuis encore très-bien trouvé
dans des péripneumonies malignes , accompagnées
de cours de ventre opiniâtre
& de corruptions énormes & contagieufes
, &c. Sans doute que votre effence a
la propriété de rapprocher les parties divifées
du fang & des autres liqueurs , de
Hij
176 MERCURE DEFRANCE
leur donner la confiftance qui leur convient
, de leur procurer un libre effor aux
fluides & les garantir de putrefaction ,
*
& c.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Signé Trecourt.
On voit par cette lettre combien cette
effence eft utile dans les maladies caufées.
par la malignité des humeurs ; elle ne
l'eft pas moins dans les fiévres , furtout
malignes & putrides , & dans les diffenteries
qui font très-communes dans la
faifon où nous allons entrer , & pour réparer
les forces que l'on perd par la tranfpiration
& les fatigues , furtout dans les
grandes chaleurs : fa qualité vulneraire a
déterminé plufieurs. Officiers à en emporter
à l'armée , étant fouveraine pour toutes
fortes de bleffures foit de fer ou de feu.
M. de Paſturel demeure toujours ruë des
Gravilliers chés M. de Clermont près
la rue des Vertus : les bouteilles font de
trois prix differens ; il y en a de 6 liv. de
12 liv. de 24 liv. ceux qui fouhaiteront
quelques éclairciffemens pourront écrire
à l'Auteur , il les prie d'affranchir les let
tres .
Il vient de paroître chés le fieur le Rouge
MAI. 177 1747 .
Géographe du Roi , rue des grands Auguftins
au coin de la rue S. André , une
nouvelle Carte de l'Etat de Génes en deux
grandes feuilles , dreffée fur les meilleures
Cartes du pays & corrigée en differens
endroits par , d'habiles gens du lieu même.
Plus un plan de la ville de Génes avec
quelques environs.

Plus une nouvelle Carte de la Zelande ,
en une feuille fur le fameux de Wit ,
d'Amfterdam.
Plus les plans de Breda , Bofledno ,
Bergopzom , Lillo, Maeftrecht & Middelbourg.
On trouve auffi chés l'Auteur une trèsbelle
Carte de la Hollande & de la Seigneurie
d'Utrecht , en vingt feuilles , impreffion
d'Amfterdam.
Il paroît une Hiftoire métallique des
trois campagnes du Roi 1744 , 1745 &.
1746. Les médailles font fort bien
gravées.
On pit au bas de chaque page l'explication
. Nous donnerons le mois prochain
une idée plus détaillée de cet ouvrage
, dont l'Auteur ( M. de Gofmont )
mérite les fuffrages & la reconnoiffance
du public ; il fe vend 12 liv. en blanc &
1 liv. relié.
H.v
178 MERCURE DE FRANCE.
M. de la Bourdonnaye qui étoit parti
de l'Ifle de. Bourbon le 29 du mois de
Mars de l'année derniere , mouilla le 4
du mois fuivant à Madagaſcar où il avoit
indiqué le rendez - vous des vaiffeaux qui
devoient paffer aux Indes fous fes ordres..
Ces vaiffeaux étoient l'Achille de foixante:
canons , le Bourbon de trente- fix , le Neptune
, le Phoenix & le Lys , de trente- qua
tre ; le Saint-Louis de trente , PInfulaire
& la Renommée de vingt-huit , & le Duc
d'Orleans de vingt- fix . Ayant été affailli
te lendemain par une tempête violente
qui dura plufieurs jours , il ne put gagner
la Baye d'Antongil qu'après avoir beau
coup fouffert , & même après avoir eu
quelques vaiffeaux démâtés. La difficulté
de réparer tant de dommages l'y retint
jufqu'au 21 Mai . En arrivant à la côte de
Coromandel , il eut le 7 Juillet à la pointe
du jour connoiffance de fix vaiſſeaux
de guerre Anglois , dont un étoit de foi
xante & quatre canons , un de cinquantequatre
, deux de cinquante , un de quarante
& un de vingt . Quoique le Capit
raine Peyton devenu Commandant de
bette Efcadre ennemie par la mort du
Chevalier Barnett eût l'avantage du vent
it ne fe détermina à attaquer que l'aprèsmidi.
L'action commença à quatre heutes
"
MAI. 1747. 179
& demie , & ne finit qu'à la nuit après
un feu également vif de part & d'autre.
Dans l'efpérance que le combat recommenceroit
le lendemain , M. de la Bourdonnaye
tint pendant toute la nuit fon
Eſcadre à la Cape , mais les Anglois qui
avoient toujours le vent s'étant contentés
de refter en préfence , & ayant fait enfuite
fauffe route , il prit le parti de fe
rendre à Pondichery où il arriva le 9.
Pendant qu'il y faifoit rafraichir fes équipages
, il apprit que l'Efcadre Angloife
étoit allée fe radoubler dans un Port de
FIle de Ceylan. Il remit à la voile pour
l'aller combattre , & le 17 Août ayant découvert
cette Efcadre à Negapatan , il lui
donna la chaffe jufqu'à la nuit fans pouvoir
atteindre les ennemis . Le lendemain
il les obligea de couper leurs cables ayant
penfé les furprendre à l'ancre , mais le
vent ayant changé il ne fut plus poffible
d'engager un fecond combat. Enfin les
Anglois le 19 prirent le parti de s'éloigner
de la côte , & M. de la Bourdonnaye
jugeant qu'il pourſuivroit inutilement des
vaiffeaux qui avoient fur les fiens l'avantage
de la marche , retourna à Pondichery
le 21. Obligé d'y demeurer quelque tems
pour rétablir fa fanté , il envoya fon Efcadre
croifer fur Madraff d'où elle ramena
H.vj:
180 MERCURE DE FRANCE.
9
deux prifes. Ayant repris le 13 Septembre
le commandement , il fit defcendre le 14
une partie de fes troupes près de Coublon ,
fitué environ à cinq lieues de Madraſſ™,
& le 15 il débarqua avec le refte entre.
cette place & Saint Thomé. Depuis le
15 jufqu'au 17 il établit plufieurs batteries
de canons & de mortiers , lefquelles
ainfi que l'artillerie de fes vaiffeaux furent
fi bien fervies que le 21 le Gouverneur
demanda à capituler. La ville fe rendit le
même jour à difcrétion , fur la promeffe
que M. de la Bourdonnaye fit de convenir
du rançonnement , & des conditions
aufquellés , elle feroit exempte du pillage.
Quelques jours aprèsM.de laBourdonnaye
ayant traité de ces articles avec M. Morfe
Gouverneur , il für ftipulé qu'il feroit
payé à la Compagnie des Indes établie
en France , une fomme de onze cent mille
pagodes d'or , & qu'on remettroit là vafeur
de cinq cent mille autres tant en marchandifes
qu'en munitions de guerre &
de bouche & autres effets. Quelques difficultés
étant furvenuës pour la fûreté des
payemens , & pour la renife des effets
que la faifon empêchoit de faire tranfporter
à Pondichery , M. de la Bourdonnaye
fe trouvant d'ailleurs preffé de fe retirer
de la côte , qù ſon Eſcadre avoit déja.
M A. I. 1.747. 181
effuyé un coup de vent qui avoit fait péric
le vaiffeau le Duc d'Orleans & trois embarquations
de l'Inde , il fut dans la neceffité
de lever l'ancre le 23 Octobre . Les
troupes qui étoient entrées dans la place ,
Y font restées aux , ordres de M. Defpremenil
, que. M. Dupleix Commandant
Général des établiffemens que les Fran--
çois ont aux Indes , avoit envoyé à Ma--
draff chargé de fes pouvoirs , & qu'il a
établi pour y commander , & pour faire:
exécuter, en prenant les fûrétés fuffifantes,
ce dont on eft convenu par rapport au rançonnement.
La Compagnie des Indes at
reçu ces nouvelles par la fregate la Favorite
dépêchée de l'Ile de France le 8 Jan--
vier , & arrivée à la Corogne le 21 dús
mois dernier..
"
De Bruxelles le 28 Mai .
M. le Maréchal Comte de Saxe eft alle
le 23 vifiter les travaux d'Anvers , il y a
ordonné quelques nouvelles réparations &
eft revenu le 24 à Bruxelles. Les escortes
pour aller au- devant du Roi font parties &
S. M. fera ici lé 3 1 .
Sur la nouvelle que les ennemis ont fait :
un mouvenient par là gauche & fe font:
gortés fur la groffe Nethe , le Maréchal
Conite de Saxe a donné ordre à toute l'In182
MERCURE DE FRANCE.
fanterie d'aller occuper le camp qu'elle a
reconnu le 16. La Cavalerie a ordre auffi de
fe tenir prête à marcher , mais M. le Maréchal
ne veut pas la fortir de fes cantonnemens
que quand le befoin le requerera .
M. le Maréchal Comte de Saxe eft parti
à 4 heures du matin pour aller à Malines ,
qui doit être protegée par un gros Corps
d'Infanterie aux ordres de Milord Clare.
M. de Saint Germain a marché la nuit du
13 au 14 avec differens détachemensle long
du Demer fur Hallens ; fon projet étoit de
furprendre les troupes que les ennemis
y avoient mis ;fon deffein n'ayant pu avoir
lieu le jour que nos troupes avoient eu or
dre de marcher & enfuite contre ordre , ce
délai de vingt- quatre heures fir que l'ennemi
en fut inftruit & eut le tems de fe retirer,,
on y a pourtant fait chemin faifant , plufieurs
prifonniers & enlevé nombre de che
vaux & d'équipages.
PRISES DE VAISSEAUX
1
Es lettres de Bayonne marquent que
le Capitaine Garabon commandant
le corfaire le Témeraire de ce Port , a conduit
au paffage le navire la Marie de Boſton .
On a fçu par les mêmes lettres que le
corfaire le Dauphin , de Boulogne , s'eft
emparé des navires le Nancy de Briſtol ,,
MA I. 1747. 183
chargé d'armes , de munitions de guerre
& de differentes marchandifes , & le Bath
Gally de deux cent tonneaux.
Le bâtiment le Greneger de Dublin , a
été pris par le corfaire la Marquife de
Tourny de Bordeaux , que commande le
Capitaine Greflier , & il a été mené à la
La Rochelle.
Suivant les avis reçus de Saint Malo le
Capitaine Blondelas qui monte le corfaire:
les deux Couronnes , s'eft rendu maître dus
corfaire le Blandfort , de vingt- huit canons
& de cent cinquante hommes d'équipage.
Il a fait auffi une autre prife de
deux cent tonneaux nommée le Comte de
Grandville , & dont la cargaifon confiftoit
principalement en tabac & en goudron .
Le navire le Saint Louis de Bayonne ,
& le corfaire le Comte de Noailles de Saint
Jean de Luz , qui avoient été enlevés
par le corfaire le Blandfort , ont été repris
par le corfaire l'Aimable Grenot de Gran
ville.
On a
appris que le navire le Neptune
de la Martinique , chargé de fucre & decaffé
, & la barque la Marie - Françoife de
Camaret , l'avoient été par les corfaires
La Jalonfie & le Grippe - tout de Boulogne .
On mande de Breft que le Capitaine
la Houffaye qui monte le corfaire Aima
18+ MERCURE DE FRANCE
ble Grenot de Granville , a fait conduits
dans ce premier Port le navire le Prince
Guillaume , de Holl , chargé de vin.
Le corfaire la Marie Magdeleine , de
Saint Malo , commandé par le Capitaine
Defchenays- Trehouart , s'eft rendu maître.
du navire le Dartemouth.
La fregate le Maréchal de Saxe , Capi+
taine Fautrel , a mené à Dieppe le corfaire
Anglois le Chaffeur!
·
Suivant les avis- reçus de Calais les
Capitaines Berthe & Lamy commandans
les corfaires le Romieu & le Louis XV. ont
tiré de divers bâtimens ennemis trentequatre
mille fix cent livres de rançon .
Les navires Agnès & Betty , le Borny
& Sara &.le Chriftian , dont les cargaifons
confiftoient en vin & en bled , ont été pris
par le corfaire la Jalousie qui a rançonné
trois autres bâtimens .
On a appris que les corfaires le Duc de
Rambouillet de Boulogne , le Hardi Mendiant
de Calais , & le Turpin de Dun
kerque , avoient fait payer quatre- vingtfept
mille huit cent livres de rançon aux
navires le Jud & Anne , de Lynn ' , l'Eli-
Zabeth & le Jean Marguerite , de Londres ,
l'Héureufe Anne & le Samuel Jean de Hull,
le Morpur , de Scarbourg , la Marie Jeanne,
d'Aberden , le Succès & .la Marguerite ;
+
ΜΑΙ
185
L
1747.
Marie de Dondy, & le Thomas de Yar
mouth.
#
Le corfaire la Gorgone monté par le Capitaine
Coock , s'eft emparé des navires
le Profperant & le Succès de Sunderland ,
La Branche d'Olivier & la Marguerite de
Dombar. Le premier & le troifiéme fe
font rachetés pour vingt-deux mille neuf
cent livres..
TRADUCTION du Traité de paix
conclu vers la fin de l'année 1746 , entre
Sultan Mahmoud Empereur des Turcs »
& Schach Nadir Roi de Perfe...
A
U nom de Dieu très- miféricordieux .
Graces foient renduës à cet Erre
fuprême , & louanges à fon facré Prophéte
, à fa fainte famille & à fes illuftres
compagnons.
Les lettres qui ont été ci - devant adref
fées à la Porte de Félicité de la part de ſa
Majefté Perfanne , ont fait voir que par
l'affiſtance divine , & par le concours des
Grands du Royaume de Perfe affemblés
dans la grande plaine fituée dans le Mougan
, les jeunes & les vieux avoient d'une
Voix unanime. & . fans aucune reſtriction ,
186 MERCURE DE FRANCE,
choifi pour l'ornement du Trône de leur
Capitale le très - haut & très-généreux
Prince , auffi brillant que la Lune , auffi
éclatant que le Soleil , le gage précieux
du monde & de la Religion , le centre de
la beauté du Muſulmanifme & des Muful
mans , le Monarque dont les troupes égalent
le nombre des étoiles , celui qui eft
aujourd'hui affis fur le Trône de Cofroës
& de Dgem ; * le Schah Nadir dont Dieu
perpetue la gloire & la profperité.
Sa Majefté Perfanne à l'exemple de fes
glorieux ancêtres , attachée au ** Hanéfi
me des vrais Mufulmans , & ne pouvant
fouffrir la conduite blamable de cette
nation , refufoit déja d'accepter la Couronne
, lorfque ces peuples s'emprefferent
à lui donner des preuves de leur aveugle
foumiffion à fes ordres , en abandonnant
les mauvais principes qui jufqu'alors
avoient fervi de fondemens à leurs déré
glemens.
Les fentimens de Religion & de générofité
profondement gravés dans le coeur
de fa Majefté Perfanne , fui infpirerent
bientôt un véritable defir de mettre fin
* Noms de deux anciens fameux Rois de
Perfe.
** L'une des quatre Sectes Orthodoxes la plus
fuivie parmi les Turcs.
M.A 1, - 1747. 187
à tout ce qui pouvoit contribuer depuis
fi long-tems à fomenter le feu de l'inimitié
& à aiguifer les traits de la vengeance
entre la Turquie & la Perfe.
Il envisagea comme un fervice infigne
& important à fes Etats. , à la fublime
Porte & à tous les Muſulmans , de faire revivre
parmi eux l'ancienne union qui avoit
fait un tems leur bonheur.. :
Il écrivit dans ce deffein d'auguftes
lettres au très - vertueux Empereur des
Ottomans ,, pour remettre entre les mains
de fa Hauteffe la gloire de couronner
F'oeuvre glorieufe & mémorable qui faifoit
Le plus cher objet de fes voeux.
De cinq articles qui compofoient les
propofitions de fa Majefté Perfanne , l'on
applanit les difficultés fur trois & on les
accepta comme étant de pure politique &
dépendants abfolument du bon plaifir
de la Hauteffe , mais la rigueur des loix
n'ayant été trouvée fufceptible d'aucun
tempérament pour les deux autres articles,
Fon écrivit , & l'on repréfenta plufieurs
fois à fa Majefté Perfanne qu'on en appelloit
à fa difcrétion & à fon équité .
Les décrets éternels s'oppofoient encore
à l'exécution d'un projet dont le
fuccès étoit depuis fi long- tems defiré ,
& une fermeté mal-entendue fomentoit.
SS MERCURE DE FRANCE.
encore l'animofité des parties , lorfque ſa
Majefté Perfanne envoya dernierement:
à la fublime Porte des lettres , par lefquel
les elle témoignoit que fes voeux n'ayant
pour but ni poffeffions , ni biens , ni inimitié
, ni guerre , il avoit fous fes auguftes
aufpices ramené & réuni dans la voie
droite des vrais Mufulmans tous les habitans
de la Perfe , pour procurer au peuple
du Prophéte le repos & la tranquillité
en faifant fuccéder à une guerre odieufe
les avantages d'une heureufe paix.
Ces lettres contenoient à la vérité
quelques propofitions nouvelles concernant
les limites , mais comme elles étoient
conçues en forme d'infinuations & dans
les termes les plus menagés , & que fa
Majefté Perfanne bien loin d'appuyer fur
fa demande , en remettoit entièrement le
refus ou l'acceptation à l'équitable choix
de fa Majefté Khalifale * celle- ci fen--
fible à cette façon de traiter amicale fe
détermina à entrer en négociations pacifiques.
>
Sa Majesté Impériale ** , l'ombre de
Les Empereurs Turcs ayant aboli la dignité de
Khalife après la conquête d'Egypte , ſe ſont attribués
refervés le titre de Khilafet Penach ou l'azile du
Khalifat.
**Autre titre des Empereurs Turcs.
MAI. 1747. 189
Dieu , écrivit en conféquence une lettre
impériale pour
' faire part à ſa Majeſté
Perfanne que par le réſultat d'un grand
Confeil tenu à la fublime Porte de Félicité
il avoit été réfolu de vérifier & de
fouffigner en tout point entre les deux
Puiffances le proverbe de Prateriit quod
præteriit. Qu'à l'égard de fa nouvelle
demande , ayant été regardée comme contraire
aux Loix & aux Canons , il conve- ,
noit pour la bonne union des parties que
fa Majefté Perfanne voulût bien s'en défifter
, pour donner fon augufte & heureux
confentement à un traité entierement dépoüillé
de tout point fufceptible de tache
& de déshonneur pour la Majeſté des
hauts contractans , propofant pour baze
de ce traité celui qui avoit été arrêté &
conclu pour les confins & limites fous le
regne de l'Empereur Sultan Murad Khan
quatrième , qui jouit en l'autre monde du
printems du Paradis ; qu'au refte fa Majefté
Perfanne devoit être affûrée qu'à
cette condition rien ne pourroit déformais
ébranler les fondemens & les arcboutans
de l'amitié & de l'union réciproque , tant
qu'il auroit en main les renes de la Félicité,
& qu'il auroit le pied dans le brillant
étrier de la fortune , & non-feulement
fous fon glorieux regne , mais encore
1
190 MERCURE DE FRANCE.
fous celui de fes defcendans & de fes fucceffeurs.
Sa Majefté Impériale , l'ombre de Dieu
me députa à cet effet en qualité d'Envoyé ,
me chargeant d'une agréable lettre Impériale
qui accordoit au très-puiffant , trèsclément
& très- magnifique Ahmed Pacha
Gouverneur de Bagdad & Baffora , & Seraskier
de ce département , le pouvoir
fpécial pour entamer & terminer les operations
de cette négociation dans la forme
ci-deffus , & je fus pareillement honoré
pour moi d'une lettre dans le même ſens .
Ahmed Pacha me donna pour adjoint
fon Divan Effendi le très -éclairé Vely
Effendi avec lequel je me rendis en Perfe.
Auffi- tôt que nous fumes heureufement
arrivés au Camp Royal de ſa Majeſté Perfanne
entre Tharan & Cafbin , `j'eus
l'honneur de lui préfenter la lettre Impériale
de l'augufte azile du Khalyfat , en lui
repréfentant avec tout le refpect dû à fa
Majefté tout ce qui m'avoit été recommandé
& ordonné , & ſa Majeſté ayant
témoigné le penchant & le defir fincere
qu'elle avoit de terminer & de conclure
ce traité felon les intentions & les infpirations
de fa Hauteffe , elle nomma quelques
perfonnes de fa Cour ,, pour conférer
avec nous fur l'oeuvre pieufe de cette
MAI. 1747. 191
pacification dont nous parvînmes à la conclufion
dans une feule conférence , en étatabliffant
une baze , une condition , trois
articles & un appendix , qui font tout le
contenu de ce traité ; & fur le compte
qu'on en rendît à fa Majefté Perfanne
elle permit d'en dreffer & d'en figner l'acte
de part & d'autre.
:
>
On verra ci-après la teneur de la baze
de la condition , des trois articles & de
l'appendix de ce traité depuis fi longtems
defiré pour l'union & la tranquillité
du peuple du Prophéte , & conclu en conféquence
du pouvoir fpécial dont j'ai été
muni & honoré dans la forme ci -deffus
par l'Empereur, l'azile du Mufulmanifme ,
le Monarque miroir de la juftice , le Prin
ce des Princes , l'ombre de Dieu , le poffeffeur
des troupes qui égalent le nombre
des étoiles , le dépofitaire du Khalifat ,
le ferviteur des deux facrées & nobles *
Villes , le Maître des deux Terres & des
deux Mers , le Sultan fils du Sultan , le
très-puiffant , très redoutable , très magnanime
& très-généreux Empereur Sultan
Mahmoud le Conquérant , fils du Sultan
Moustafa le Conquérant , doht Dieu illuftre
le regne & prolonge les jours.
* Mecque & Medine.
192 MERCURE DE FRANCE.
Baze du Traité.
On obfervera de part & d'autre fans
altération , changement ni diminution les
confins & limites qui ont jufqu'à préſent
été obfervées & qui ont été reglées dans la
derniere paix prife aujourd'hui pour modéle
& conclue autrefois fous le regne
glorieux du très-puiffant Empereur Sultan
Murad Kan IV , qui joüit dans l'autre
monde du printems du Paradis.
Condition.
En accordant & en obſervant envers les
deux Parties dans la forme convenable tout
ce qui eft dû à leur honneur & à leur gloire ,
f'on évitera foigneufement tout ce qui peut
être réciproquement fufceptible de diftinction
de Religion & de deshonneur.
Article premier..
Quand les Pelerins de Perfe iront à
la Mecque par la voye de Bagdad & de
Damas , les Gouverneurs , les Juges &
Emirhaggs * qui fe trouveront fur ces routes
, donneront toute leur attention pour
protéger & foutenir en toute occafion ces
* Princes de la Caravane , c'eft le titre de ceux qui
font chargés par la Porte de conduire la Caravane de
la Mecque.
fortes
MA I.
193 1747.
fortes de Pellerins , & pour les faire arriver
fains & faufs.
Article fecond.
Pour manifefter au public la bonne intelligence
& l'union des deux Cours , la
fublime Porte enverra une perfonne pour
réfider à la Cour de Perfe , & celle - ci pareillement
en enverra une pour réfider à la
Porte de Félicité , & ces chargés d'affaires
feront deffrayés & raiſonnablement entretenus
comme les hôtes des Cours. où ils réfideront
, & feront changés tous les trois
ans .
Article troifiéme.
On élargira de part & d'autre les prifonniers
refpectifs ; on ne pourra les vendre
ni les acheter, & on ne s'oppofera point
à leur départ dans les endroits où ils ne
voudront pas refter , quand ils demanderont
à fe répatrier.

Appendix.
Comme les confins & limites font
reglés felon la teneur ci -deffus, conformément
au Traité conclu fous le regne du
Sultan Murad IV , les Gouverneurs des
Confins réciproques obferveront avec
exactitude tout ce qui fe pratiquoit ancien-
I
194 MERCURE DE FRANCE.
nement , & fe donneront bien de garde de
contrevenir en rien à la condition de ce
Traité dans les affaires qui pourront furvenir
concernant les Confins .
Puifque par un effet de la grace divine,
les habitans de la Perfe ont entierement
renoncé aux maximes illicites innovées
fous les Sophis , qu'ils font rentrés dans le
giron du Mufulmanifme , en acceptant les
anciens Dogmes des Sunnites ou vrais Mufulmans
, & qu'ils chantent les louanges
& les éloges des Khalifes * Rachidins &
des autres illuftres Compagnons fur qui
foit la bénédiction de Dieu , les Pellerins
qui iront dans la fuite à la Mecque, à Médine
& dans tous les Etats Mufulmans feront
traités avec tous les égards poffibles ,
comme tous les autres Mafulmans , & l'on
fe donnera bien garde de les inquieter &
de les molefter & d'exiger d'eux la moindre
chofe fous le nom de Derirmé,
- * Ou de la droite ligne, Ce font les quatre premiers
fucceffeurs de Mahomet , Aboarbakz , Omar , Orman
Aly. Ce dernier fut caufe du fchifme des Schiites
quir gard rent comme illéritime l'élection de fes trois
Prédéceffeurs qui l'ont toujours regardé comme le
premier fucceffeur de Mahomet. Les Turcs chantent
dans leurs Mofquées les louanges de ces quatre premiers
fucceffeurs, les Perfans au contraire ne faifoient
mention de ces trois premiers que par des impré
cations qui paroiffent aujourd'hui avoir étéfupprimées .
MAI.
་ ༡༨ 1747.
Quand les Marchands des deux Nations
auront payé felon l'exigence des lieux,, la
-Doüanne des marchandifes qu'ils apporte-
*Tont dans les Etats refpectifs on ne pourra
les molefter par aucune autre exaction .
Lorfqu'il viendra de Perfe à la Mecque
& à Médine & aux tombeaux fitués à Bagdad
des Pellerins , qui attirés par la feule
dévotion de pellerinage , n'auront point
avec eux de marchandifes , les Juges & autres
Officiers ne pourront exiger d'eux aucun
droit ni les inquieter en aucune façon
fans raifon légitime.
Si après la date du préfent Traité quelqu'un
des fujets & des Rayas des deux
Cours venoit à fe réfugier dans les
Etats refpectifs , il ne fera accordé aucune
protection à de pareils fugitifs , ils feront
au contraire rendus aux chargés d'affaires
réciproques fur la demande qu'ils en feront.
Tant que l'on obfervera exactement de
part & d'autre les articles ci- deffus , on ne
négligera rien pour perpétuer cette heureufe
paix , même fous le regne des deſcendans
& des fucceffeurs des hauts Contractans
, fans autre borne que la volonté de
l'Etre fuprême.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE .
Conclufion.
La Paix étant enfin concluë dans la forme
ci - deffus par l'affiftance du Très-haut ,
il a été auffi arrêté que vers le premier
jour de la nouvelle année de l'Egire 1160 *
les deux Cours s'enverront des Ambaffadeurs
Extraordinaires du même rang , avec
la ratification du Traité, & le très- puiffant
& très-magnifique Haffan-Aly-Kan , l'un
des plus illuftres Khans ** de la Perſe, nous
ayant remis en vertu de fes plein-pouvoirs
l'Ecrit fcellé portant le confentement de
Sa Majefté Perfanne à la Baſe , à la condition
, aux trois articles & à l'appendix cideffus
, nous l'avons reçû & accepté , vû
qu'il eft conforme à nos inftructions , &
avons pareillement préfenté & remis en
échange à Sa Majefté Perfanne le préſent
Ecrit , figné & fcellé par le fufdit trèspuiffant
& très- clément Ahmed Pacha , &
par moi en vertu de nos pouvoirs.
Fait le 19 de la Lune de Chabon , l'an
de l'Egire 1159 , ou vers le commencement
de Janvier 1746.
* 11 Janvier 1747.
** Le titre de Khan chés les Perfans revient à celui
de Pacha chés les Turcsa
MA I. 197: 1747.
DISCOURS prononcé à M. le Maréchal
Duc de Belle- Ifle , par M. Bellon , fuge
Royal de la Ville de Brignolle , étant à la
tête du Corps de ladite Ville le 11 Mars
1747 .
Monfeigneur , ce peuple qui accourt
pour vous rendre fes hommages &.
qui vient vous exprimer fes fentimens par
la voix de fes Magiftrats , peut- il être trop
fenfible à l'honneur de recevoir dans fes
murs un Héros dont le nom fera éternellement
gravé dans le fouvenir de tous ceux
qui ont à coeur la gloire & la profpérité
des Fleurs- de -Lys ?
Une Puiffance ennemie de la France , de
concert avec fes Alliés , avoit projetté
d'envahir cette Province , fon armée y
avoit déja pénetré & la Flotte Angloife
étoit fur nos côtes pour favorifer fes deffeins
, lorfque nous étions pour ainfi - dire
fans défenſe .
Une conjoncture fi critique demandoitun
Général qui joignît à la valeur l'expérience
pour prévoir tout , une vigilance
infatigable pour pourvoir à tout , un génie
fécond pour trouver des reffources dans:
une difette prefque générale de tout .
Par les difpofitions les plus fages & les.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
mefuras le plus habilement concertées ,
vous avez fçu , Monfeigneur , avec peu de
foldats arrêter le progrès des ennemis &
mettre à couvert les villes les plus importantes
de la Provence. Au moment que
vous avez été en état de paroître à la tête
de vos bataillons , tous leurs vaftes projets
fe font diffipés ; au feul bruit de votre
marche vers eux , ils ont pris le parti de
repafler le Var , & cette armée ennemie fi
formidable n'a pù trouver fon falut que
dans la fuite.
Quelle joye , Monfeigneur , n'ont pas
répandu dans toute la Province des fuccès
fi décififs pour la tranquillité & fon bonheur
, fi glorieux pour vous , fi importans
pour l'Etat !
A ces acclamations générales qui reten
tiffent de toutes parts la ville de Brignol
le mêle celles que peut infpirer une gratitude
fans bornes.
Nous nous rappellons , Monfeigneur , le
trifte fort que nous allions fubir, nous nous
repréfentons toutes les miferes qui en auroient
été les fuites. Ce n'eft que par une
attention particuliere de votre part que
nous avons échappé à tant d'oppreffions
qui nous menaçoient , vous avez fe-
Condé cette fidelité inviolable que nous
MA 1. 1747. 199
avons toujours eu pour nos auguftes Souverains.
Les Magiftrats & le peuple vous rendront
d'immortelles actions de graces , notre
poftérité publiera à jamais un bienfait
fi fignalé
Mais , Monfeigneur , quel comble de
fatisfaction pour nous qu'après nous avoir
fauvés par un fecours prompt & prefqu'inopiné
, vous veniez repofer vos lauriers
dans le fein de cette ville !
Puiffe ce choix qui nous flate au- deffus
de toute idée être pour nous un préfage
certain de votre protection , & puiffionsnous
après vous avoir vû délaffer des fatigues
d'une rude & pénible campagne ,
vous voir jouir pendant longues années
des fruits de vos héroïques vertus !
2.
Ce font - là , Monfeigneur , les voeux
ardens & fincéres que le Juge Royal
les Confuls & les habitans de la ville
de Brignolle ont l'honneur de vous préfenrer.
Heureux , Monfeigneur , fi vous daignez
les agréer & recevoir avec bonté les marques
de notre zéle , qui en toute occafion
fera auffi plein de refpect & de vénération
pour votre illuftre perfonne , qu'animé de
la plus vive reconnoiffance !
I j
200 MERCURE DE FRANCE .
Le 20 de ce mois veille de la Fête de la
Pentecôte , la Reine accompagnée de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Mefdames de France ,
entendit dans la Chapelle du Château les
premieres Vêpres qui furent chantées par
la Mufique .
Le Roi a reçu par le Comte de Broglie
qui arriva ici le 19 au matin , la nouvelle
de la prife d'Axel .
Sa Majesté a nommé à l'Evêché de Sar
lat l'Abbé de Montefquiou Vicaire Général
de l'Evêché de Limoges , & elle a accordé
l'Abbaye d'Anchin Ordre de Saint
Benoît , Diocéfe d'Arras , au Prince Benoît-
Philippe de Modene ; celle d'Aifnay
même Ordre , Dioceſe de Lyon , au Car
dinal de la Rochefoucault ; celle de Con
ches même Ordre , Diocefe d'Evreux , à
l'Evêque d'Evreux , & l'Abbaye Reguliere
de Grimberghe Ordre de Prémontré , Diocefe
de Malines , à Don Cafens Religieux
de la même Abbaye.
Le Marquis de Gontaut Maréchal de
Camp a obtenu le Gouvernement de Landau
, vacant par la démiffion du Maréchal
de Biron fon pere.
Le Régiment de Dragons de Bauffremont
dont le Chevalier de Liftenois s'eft
démis , a été donné au Marquis de Bauf .
M A I. ´1747. 201
fremont fon frere , Maréchal de Camp ,
qui avoit été déja Meftre- de-Camp de ce
Régiment.
Le Roi a difpofé en faveur de M. de
Marville , Maître des Requêtes & Lieutenant
Général de Police , de la place de
Confeiller d'Etat Ordinaire , vacante par
la mort de M. Meliand.
M. Berrier Intendant de la Généralité
de Poitiers a été nommé Lieutenant Général
de Police de Paris .
>
Le 29 de ce mois vers les cinq heures
du matin , le Roi partit pour aller fe mettre
à la tête de l'armée qui a été affemblée
dans les Païs - Bas fous les ordres du Maréchal
Comte de Saxe . Sa Majesté eft arrivée
le même jour fur le midi à Compiegne
d'où elle s'eft rendue le lendemain à Mons.
Il arriva le 29 à cinq heures du foir dans la
premiere de ces deux Villes un courier dépêché
au Roi par le Maréchal Comte de
Saxe , pour informer Sa Majefté que les
ennemis avoient abandonné les environs
d'Anvers & qu'ils étoient venus camper
entre les deux Nethes. Le Roi a appris
par le même courier que fur la nouvelle
de ce mouvement le Maréchal Comte de
Saxe avoit donné ordre à toute l'Infanterie
de fe porter fur la Dyle , mais que
là Cao
valerie étoit restée dans fes cantonnemens .
I v
201 MERCURE DE FRANCE
து
MARIAGES ET MORTS.
Es Mars Pierre- Célar de Saint Georges Chemte
?
Legers de la Garde du Roi , fut marié en l'Eglife
de S. Euftache à Paris avec Dlle Anne- Perrette-
Marguerite Efther Rivié.
Le 10 Avril ont été mariés en la Paroiffe
de Saint Nicolas - des Champs Jean- Armand
Barbin Comte de Broyes , Baron d'Autry , fils de
M. Claude- Antoine Barbin de Broyes , Seigneur
de Dampierre & de Dame Françoife Boileau , &
Dile Louife de Mafcrany , fille de M. Louis de
Mafcrany , Seigneur Comte de Châteauchinon ,
Hermé , Villers , Servolle & autres lieux , Maître
des Requêtes Honoraire , & de Dame Marie Picot
de Cloriviere .
La Maifon de Barbin eft très ancienne , elle
vient d'un Barbin Maître des Requêtes fous le
Roi Jean en 1269 , dont le fils fut Procureur Général
du Parlement ; le petit-fils du Procureur
Général Chriftophe Barbin a été Gouverneur de
Melun vers l'an 1530 , il a laiffé
Dreux Barbin Commandant d'un bataillon de
la Marine , & Claude Sur- Intendant de la Maiſon
de la Reine .
Mathias Barbin fils de Dreux , Baron de Broyes,
a été Gentilhomme de la Chambre , Confeiller
d'Etat d'épée & Gouverneur de Corbie , & a eu
pour fils
Henri Baron de Broyes , Commandant d'un
Bataillon de Picardie ; celui- ci a laiffé plufieurs
enfans , fçavoir le Comte de Broyes qui n'a que
Q
7
MAT
203 1747.
deux filles , le Chevalier de Broyes mort fans
postérité , une fille mariée au Marquis d'Angluse ,
& Claude- Antoine de Broyes Seigneur de Dampierre
, & d'Autry pere de Jean- Armand dont
nous rapportons le mariage.
La Maifon de Mafcrany eft originaire du pays
des Grifons , & l'une des principales nobleffes du
pays. V. l'Hiftoire de l'Europe imprimée en
1640 , page 632 , tome premier , fur la ville de
Chavenne par Davity.
Les marques d'honneur & de diftinction que
cette Maifon a reçu des Empereurs , des Papes &
des autres Princes d'Italie , auffi- bien que les
Châteaux , les Maufolées & les Eglifes qu'ils
avoient bâtis & qui fubfiftoient encore dans le feiziéme
fiècle , fuivant les atteftations que cette
Maiſon en a des Gouverneurs & des Préfidens des
trois ligues grifes , malgré les guerres qui on
ravagé le pays , en conftatent l'ancienneté.
Dans le livre intitulé Amphiteatro Romano ,
qui traite de la nobleffe du Milanois , imprimé il y
à plus de cent cinquante ans page 103 , il paroît
qu'an Manfredo d'Alberigo Barbiano Gouver
neur de Chavenne avoit épousé dans le quator
ziéme fiécle Colette Mafcrany qui lui avoit apporté
dix Châteaux en mariage ,
Par donation faite en 1540 de differentes Terres
par les nobles Seigneurs Antoine & Paul Mafcrany
, pour l'augmentation d'un Chapelain dans
l'Eglife de Burgonovo , il paroît que cette Eglife
avoit été fondée par leurs ancêtres.
Paul un des donateurs avoit épousé Cornelle
Firin d'une des principales nobieffes du pays ;
il a laiffé de fon mariage Paul II . & Barthelemi
Mafcrany , Barthelemi a été tué en Italie au fervice
de l'Empereur , & a laiffé plufieurs enfans qui font
reftés dans le pays des Grifons.
-1 vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paul II . fils aîné de Paul I. eft venú s'établir en
France vers l'an 1580. Il y a fait plufieurs acquifitions
& entre autres les Terres de Thune & de
la Verriere dans le Lyonnois , il s'eft marié en
1597 & a laiffé Aléxandre , Paul III . & Barthe-
Lemi.
Ce Paul II . de crainte que fes enfans n'euffent
envie de retourner dans leur patrie , a par fon teftament
legué aux enfans de Barthelemi fon frere
tous les biens dont il joüiffoit au pays des Grifons,
&,fpécialement les droits de peage , de pontanage
& autres droits honorifiques qu'il y avoit , réfer
vant feulement la nomination du Chapelain dans
l'Eglife de Burgonovo fondée par fes ancêtres.
Paul III. du nom , Seigneur de la Verriere a eu
neuf enfans , Barthelemi fon fils aîné Maître des
Requêtes , eft le feul qui s'eft marié & il n'a laiffé
qu'une fille qui a épousé M. le Duc de Gêvres .
Barthelemi Secrétaire des commandemens de
M. Gafton d'Orleans a eu quatre garçons qui font
morts fans poftérité , l'aîné eft mort Confeiller
de Grand'Chambre , un autre qui avoit été reçu.
Chevalier de Malthe en 1640 , eft mort à Nice
en revenant de Malthe où il avoit ténu auberge
pour être Grand Prieur.
Alexandre, Seigneur de Thunes & autres lieux,
Paîné des enfans de Paul II . a été nommé en 1640
Prévôt des Marchands de Lyon , & après les deux
années de Prévôté il a été fait en 1642 Confeiller.
d'Etat avec la penfion de 200 liv.
De douze enfans qu'il a eu iln'y en a eu que
deux qui fe foient mariés , fçavoir Jean-Baptifte
& François ; Jean - Baptifte , Seigneur de Thunes ,:
' a laiffé qu'une fille mariée à M. le Nain Avocat
Général , dont font´iffus M. le Nain Intendant du .
Languedoc & Madame la Marquile de Blarte,
ΜΑΙ .. 1747 . 20
François , Marquis de Paroy , Seigneur d'Hermé ,.
Servolle , Villers & autres lieux , a épousé Cathe
rine de Vaffan & a eu deux enfans , fçavoir Char
lotte-Françoife de Mafctany qui a épousé M. le
Marquis de la Rocheaimon dont le fils aîné a un
Régiment de fon nom , deux autres ont été reçus
Chanoines & Gomtes de Mâcon & deux autres
Chevaliers de Malthe , & Louis de Mafcrany pere
de la Dlle Mafcrany dont nous rapportons le
mariage.
:
Le mercredi 12 Avril fur la Paroiffe de Saint
Médard de Dijon Louis-Dominique-François de
Saint Belin Comte de Vaudremont , Capitaine de
Cavalerie an Régiment de Fouquet , fils de Fran
çois de Saint Belin Marquis de Vaudremont
ancien Meftre de- Camp de Gavalerie , Chevalier
de l'Ordre Militaire de Saint Louis , & d'Antoi
nette de Prudhomme de Fontenoy, épouſa Dlle
Antoinette-Pauline de la Magdelaine de Ragny ,
fille de François Marie de la Magdelaine Comte
de Ragny , Baron de Marcilly & de Couches
Seigneur d'Epiry, Saint Emilien , &c. & de Marie-
Anne de Lorial de Digoine.
La Maifon de la Magdelaine eftune des plus
illuftres de cette Province , elle a donné fous
Charles IX. Henri III . Henri IV . & Louis XIII .
des premiers Gentilshommes de la Chambre , &
deux Chevaliers du Saint Efprit aux promotions
de Henri IV . & de Louis XIII . ainfi qu'on le peut
voir dans l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne par le Pere Anfelme.
La Maifon de Saint Belin eft aufli regardée
dans les Provinces de Bourgogne & de Champagne
, comme une des meilleures qui y foient , elle
eft divifée en une grande quantité de branches .
Ges deux Maifous font alliées à tout ce qu'il ya
de grand dans la Province.
To6 MERCURE DE FRANCE.
Le 22 Mars le Comte de Bonneval mourut
à Conftantinople dans la 75e année de fon âge ;
la charge de Topigybachi qu'il poffédoit a été
donnée à ſon fils naturel connu fous le nom Soli
man Aga.
"

Le 10 Avril D. Henriette- Catherine de la Ferté
Saint Nectaire femme de M. François de
Bullion Marquis de Longchefne , mourut dans
la 85e année de fon âge.
3
Le 1s Mre Armand- Pierre de la Croix de
Caftries , Archevêque d'Alby , Commandeur de
FOrdre du Saint Efprit & Abbé des Abbayes de
S. Chaffre & de S. Valmagne , mourut dans fon
Diocéfe âgé de 88 ans.
"
Le même jour D. Antoinette de Brion , veuve de
M. Charles Amelot Premier Préfident de la troifiéine
Chambre des Enquêtes , mourut à Paris
dans la 75 année de fon age.
4 Le 23 Henri
Ofwald
de la Tour
d'Auvergne
Cardinal
Prêtre
du titre
de S. Califte
, Comman
mandeur
de l'Ordre
du Saint
Efɔrit
, Abbé
, Supérieur
& Adminiftrateur
Général
de l'Abbaye
& de tout
l'Ordre
de Cluny
, Chanoine
& Grand
Prévôt
de l'Eglife
Cathédrale
de Strasbourg
, Abbé
des
Abbayes
d'Anchin
, d'Aifnay
, de Conches
,
de Redon
& de la Valaffe
, mourut
à Paris
âgé
de 76 ans ; il avoit
été Archevêque
de Vienne
&
Premier
Aumônier
du Roi.
Le 25 François Gigot de la Peyronnie Premier
Chirurgien & Médecin Confultant du Roi , affocié
libre de l'Académie Royale des Sciences
& Préſident de l'Académie de Chirurgie , mourat
à Versailles.
Le 29 Joachim - Louis de Montaigu Marquis de
Bonzols , Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Lieutenant Général de la Province d'Auvergne ,
M A I 1747 107
Commandant pour Sa Majefté dans les Ville ,
Château & Gouvernement de Sedan , & dans la
ville de Montmedy , mourut à Paris dans la 345
année de fon âge.
Le 12 de ce mois De Françoife - Marguerite
Brunet de Rancy , veuve de Pierre- Arnaud de la
Briffe , Confeiller d'Etat Ordinaire & Intendant
de Juftice de la Province de Bourgogne , mourut
à Paris âgée de 66 ans.
Le 17 Antoine- François. Meliand Confeiller
d'Etat Ordinaire , & ci- devant Intendant de Lille „
mourut à Paris dans la 78 ° année de fon âge.
ARRESTS NOTABLES.
O la levée d'une Compa
RDONNANCE du Roi , du premien
Février 1747 , pour
gnie de Chaffeurs à pied.
AUTRE du même jour , pour la levée d'une
Compagnie de Chaffeurs à pied.
AUTRE du 28 , pour la levée d'un Régiment
d'Infanterie Ecoffoife.
AUTRE du premier Mars , portant création
de la Compagnie des Volontaires de Lancize.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , & Let
tres Patentes fur icelui , données à Versailles le 7
Mars , portant reglement pour la pefée qui doit
tre faite en préſence des Commis aux exercices de
zo MERCURE DE FRANCE
la Ferme du droit domanial de la marque des Fers,»
les déclarations que les Maîtres de forge ou leurs
prépofés font tenus de faire auxdits Commis , les
vérifications & enregiſtremens des fontes en gueufes
, fontes marchandes , jets , piéces défectueufes
& fontes de bocage , qui fe coulent & fabriquent
dans les fourneaux du Royaume. Regiſtréès en la
Cour des Aides.

ORDONNANCE du Roi, du 10 Mars ,
pour proroger jufqu'au mois d'Avril prochain le
complet des Bataillons dont Sa Majesté a ordonné
la levée .
ARREST contradictoire de la Cour des Aides
, du même jour , qui, juge qu'il ne peut être
établi de fourniffeurs Minotiers ou vendeurs de Sel
dans les dépôts , que du confentement du Fermier ;
ordonne que celuipar lui nommé pour le dépôt de
Latillé, en exercera toutes les fonctions au lieu &
place de celui choifi par les Officiers du dépôt de
Châtellerault , & ce nonobftant deux Sentences
defdits Officièrs , par lefquelles ils avoient ordonné
que celui nommé par le Fermier feroit
auffi reçu , mais par augmentation du nombre
ordinaire..
ORDONNANCES de M. de Mårville
Lieutenant Général de Police , Commiffaire du
Confeil , des 14 Juin 1746 & 10 Mars 1747 , qui,
ordonnent l'exécution de l'Arrêt du Confeil du 29
Mars 1746 & autres reglemens concernant les
marchés de Sceaux & de Poifly :
Déclarent bonne & valable la faife des vingt
quatre Veaux, faite fur les nommés Thomas Baires
MAI. 1747. 209
Marchand Boucher à Paris , Ambroise Payfan
Marchand forain de beftiaux , & François Dourdan
& fa femme , voiturier conducteur de beftiaux
à la requête d'Huel Fermier des droits defdits
marchés :
Les condamnent folidairement & par corps ,
payer audit Huel trente & une livre quatre f. pour
les droits du fol pour livre, & fix cent vingt- quatre
livres pour la valeur defdits Veaux ; de laquelle
fomme par grace & fans tirer à conféquence , les
trois quarts feront rendus auxdités parties .
Condamnent en outre ledit Thomas Barré
payer au Fermier la fomme de cent quatre- vingtdeux
livres- dix-huit fols neuf deniers pour le fol
pour livre de cent- foixante neuf Veaux qu'il a fait
entrer à Paris depuis Pâques 1746 juſqu'au 6 Mai
fuivant , fans en avoir acquitté le droit.
Font défenfes audit Barré & à tous autres Bouchers
d'acheter leurs beftiaux ailleurs que dans les
marchés ,.&. de les faire entrer fans acquitter les
droits.
Et audit Payfan & autres Marchands forains de
les vendre aux Marchands Bouchers ailleurs que
dans les marchés.
Font auffi défenſes audit Dourdan & à tous voi.
turiers de les conduire dans les maiſons , écuries
& boucheries des Marchands Bouchers , fans être
munis de l'acquit defdits droits , à peine de cinq
cent livres d'amende.
Et pour la contravention commife par lefdits
Barré, Payfan & Dourdan, les condamnent chacun
en cinq cent livres d'amende , laquelle par grace
& fans tirer à conféquence , a été inodéiée à cent
livres pour chacun , & aux dépens , & aux frais
d'impreffion. &, d'affiche defdites Ordonnances
Aro MERCURE DE FRANCE.
dans les marchés de Sceaux & de Poiffy & par
tout où befoin feroit.
ARREST du Confeil d'Etat du . Roi ; du 16
Mars ,qui difpenfe les Gardes- Jurés des Marchands
Drapiers Merciers & les Jurés des Sergiers fabriquans
de la Ville de Reims , actuellement en exer-
Cice & ceux qui leur fuccéderont à l'avenir dans
les fonctions de Gardes & Jurés defdites Commu→
nautés , de faire graver la premiere lettre de leur
nom & leur furnom en entier fur les coins ou mar
ques dont ils fe ferviront pour appliquer les plombs
fur les étoffes de leurs manufactures , à condition
que la date de l'année de leur exercice fera gravée
fur lefdits coins ou marques , fuivant ce qui eft
prefcrit par l'article II de l'Arrêt du 9 Février 1734.
& à la charge par lefdits Gardes & Jurés d'être folidairement
garans des plombs qu'ils auront appliqués.
J
DECLARATION du Roi , donnée à Ver
failles le 19 , qui ordonne que les femmes de con
dition taillables , féparées de leur mari , feront ta
xées perfonnellement aux Rôles des Tailles des
Paroiffes de leur demeure , pour raifon des biens
dont elles jouront dans lefdites Paroiffes.
· ORDONNANCE du Roi , du 20 , pors
tant augmentation dans la Compagnie d'Arquebufiers
d'Aygoin.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 4
Avril , qui ordonne que les Cartes deftinées pour
l'étranger , à l'exception de celles enlevées avant
le 10 Mars dernier , demeureront affujetties au
MAI. ZIT
1747:
H
payement du droit ordonné être perçu für les
Cartes.
ORDONNANCE du Roi , du 15 , pour
augmenter de vingt- cinq Apprentifs furnumérai
res la Compagnie de Mineurs de Turmel , & de
vingt celle d'Ouvriers de Guille, fervant à l'armée
de Provence.
AUTRE du 20 , concernant les deux Batail
lons de Fufiliers de Montagne.
AUTRE du 22 , concernant le Corps des Vo
lontaires de Gantés.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 23 ,
qui , fans s'arrêter à l'Arrêt du Parlement du 10
Mars dernier , ordonne que fur les faifies dont eft
question , il fera procedé en la Cour des Mon
noye comme avant ledit Arrêt du Parlement , fair
défenfes de proceder ailleurs , & ordonne que les
Edits , Déclarations & Arrêts du Confeil concer
nant les ouvriers ravaillans en or & en argent qui
fe tirent dans des lieux privilegiés , feront exécutés
felon leur forme & teneur , enjoint aux Officiers
de ladite Cour des Monnoyes de tenir la main à
leur exécution.
AUTRE du 25 , qui preferit ce qui doit être
obfervé pour prévenir les fraudes des Maîtres
Cartiers dans la perception des droits fur les
Cartes.
AUTRE du 29 , qui nomme de nouveaux
212 MERCURE DE FRANCE.
Receveurs pour faire la recette de l'impofition an
nuelle des Boües & Lanternes .
ORDONNANCE du Roi , du 30 , pour le
remplacement des Officiers prifonniers de guerres
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du premier
Mai , concernant les Gardes - Scels établis dans
les. Ghancelleries Préfidiales.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe ,
Séance publique de la Societé Littéraire d'Arras
,
Requête à M. l', de 5 * * *
Portrait de M.de Fontenelle ,
Vers à M. R ***
La Mort , Ode ,
La Giroflée , Madrigal ,
3
7
9.
IO
I I
18.
Séance publique de l'Académie des Infcriptions &
Belles- Lettres ,
Bachus & Cupidon , Fable ,
Epitaphe d'un yvrogne ,
Refléxions morales ,
19
4.0+
4L
42
49
Ode fur la vie champêtre ,
Séance publique de l'Académie des Sciences , 2
Vers latins au Roi ,
Traduction du Poëme féculaire ,
Damete , Eglogue ,
Lettre en Vers ,
Les agrémens de C *** , Óde ,
721
74
86
89
90
1
Epigramme traduite du latin de Sangenerius , 92
Mots des Enigmes du Mercure d'Avril ,
Enigmes & Logogryphe ,
ibid.
93
Nouvelles Litteraires & des Beaux -Arts . Effai fur
l'éducation de la Nobleſſe ,
Théatre Anglois , cinquième volume ,
97
ΙΟΙ
Journal historique de la Campagne du Roi de
1746 ,
Introduction à la Syntaxe latine ,
Difcours de S. Grégoire de Nazianze
Entretiens fur les Cométes
>
Recueil de Piéces en profe & en vers
106
107
109
110
III
ibid
114
Obfervations hiftoriques fur la Nation Gauloiſe ,
Vers à M. de Buffon,
Machine pour recufer les Ports de mer & rivieres

Effence d'Ognifiori ,
Chanfons notées ,
Spectacles ,
>
Concerts Spirituels ,
11'5
116
117
119
120
Le Méchant , nouvelle Comédie Françoife , ibid.
Nouvelles Etrangeres , Conftantinople ,
Suéde ,
Allemagne ,
Efpagne ,
Italie ,
Extrait de Lettre de Génes ,
Grande Bretagne ,
Provinces-Unies ,
Opérations de l'armée du Roi ,
Journal de la Cour , de Paris , &c.
Bénéfices donnés par le Roi ,
121
122
126
129
130
135
136
140
147
160
165
Lieutenans Généraux & Maréchaux de Camp
de l'armée fous les ordres du Maréchal de
Belle-Ifle , ibid.
Priere au Dieu Mercure , 167
Récit de ce qui s'eft paffé à la pofition de la premiere
pierre de l'Abbaye de Panthemont , ilit.
Relation de la Fête donnée par le Marquis de
Lanmary pour le mariage de Monfeigneur le
Dauphin ,
Extrait de lettre fur l'Effence Balfamique ,
Nouveaux Plans ,
170
175
176
Hiftoire Métallique des Campagnes du Roi ; 177
Prife de la Ville de Madraff ,
Prifes de Vaiffeaux ,
178
182
Traduction du Traité de Paix entre le Grand Seigneur
& le Roi de Perſe ,
185
Difcours prononcé au Maréchal de Belle-Ifle, 197
Bénéfices donnés par le Roi ,
Départ du Roi ,
Mariage & Morts ,
Arrêts notables ,
Les Chamfons notées doivent regarder la page
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
200
201
202
207
11%
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
AV
JUI N.
1747.
PREMIER VOLUM E.
LIGIT
UT
SPARG
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty,
à la defcente du Pont- Neuf.
Chés JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi
AVIS.
L'ADRESSE
"ADRESSE générale duMercure eft
rue du Champ- Fleuri, dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes , au premier
étagefur le derriere, entre un Perruquier & un
Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- inflamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces on des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , &plus promp
tement, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; onfe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes àM.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ-Fleuri , pour ren,
dre à M. de la Bruere,
PRIX XXX. SOLS
MERCURE
DE
FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
JUIN 1747.
PIECES
FUGITIVES ,
<
en Vers & en Profe.
DISSERTATION
L
Sur PElectricité.
A vertu électrique eft une proprieté
dans les corps d'attirer &
de repouffer
alternativement les
molécules légeres qu'on leur pré.
fente . Les anciens Philofophes la croyoient
particuliere à l'ambre qui attire la paille.
Du mot Electrum , dont ils appelloient
cette fubftance bitumineufe , eft venu le
le nom d'électricité , mais enfin on a re-
A ij
MERCURE
DE FRANCE. 1
connu que cette proprieté n'étoit pas une
prérogative de l'ambre feul, L'expérience ,
ce grand Maître , nous a appris qu'il n'eſt
point de matiere qui en foit dépourvûe ,
hors la flâme qu'on n'a pû encore rendre
électrique.
En effet les corps qui paroiffent le moins
difpofés à cette vertu la reçoivent lorfqu'on
les approche de ceux qui l'ont par
eux-mêmes , pourvû que dans ces derniers
on l'ait développée avec des frottemens
ou par des vibrations. Ainfi une corde fufpendue
par deux filets de foye fecs , devient
électrique lorfqu'on lui préfente un
tube de verre dont les frictions ont fait
émaner des parcelles extrêmement déliées ,
en quoi confifte tout le myftere de l'élec
tricité.
Les frottemens & la communication en
donnent deux efpeces, l'une inhérente aux
corps , l'autre qui leur eft étrangere ; tous
ceux qui n'ont pas la premiere font fufceptibles
de la feconde ; celle- ci eft fimple &
n'a point de divifion ; celle -là eft de deux
fortes ; vitrée , telle que dans le verre , les
diamans , le criftal & les aurres corps diaphanes
; réfineuse , comme dans le fouffre ,
Fambre , la cire d'Efpagne , les gommes
& plufieurs corps gras.
M, Dufay imagina les deux efpeces d'éJU
IN . 1747. 5
lectricité pour fatisfaire à l'expérience fuivante
. Un Globe de criftal , récemment
frotté , repouffe une feuille d'or électrifée
par un tube de verre ; un bâton de fouffre
n'exerce fur elle en pareil cas aucune répulfion
.
D'autres obfervations ont porté M. L.
Nollet à n'admettre qu'une feule force
électrique , mais on peut accorder ces
deux Académiciens , en difant qu'il n'eſt
qu'une feule électricité , qui agit plus dans
les corps tranfparens que dans les réfines.
Il paroît prefqu'impoffible d'expliquer
les phénomenes qui concernent l'électricitě
, fans admettre une atmoſphere qui environne
les corps électriques ; mais comme
on doit aller pas à pas dans une matiere ,
où les raifons les meilleures font fouvent
celles qui s'éloignent le moins de la vraifemblance
, je vais écarter les fuppofitions ,
& je n'avancerai rien que je n'établiſſe par
quelque fait.
Je démontre donc l'existence de cette
atmoſphere par les obfervations fuivantes
:
.1°. On fent une odeur de phofphore
auprès des corps qu'on électrife ; les animaux
qui ont beaucoup de lames offeufes ,
rels que
les chiens, font tellement révoltés
de ce goût défagréable , qu'ils ne veulent
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
pas fouffrir qu'on leur donne la vertu élec
trique.
2º. On entend un bruit aigre , des fons
clairs & aigus , quand on excite un tube de
verre par des frictions fortes & vives . Le
tube ainfi agité fait voir des aigrettes de
feu , lance des étincelles & darde des
rayons enflammés dans un endroit obfcur
.
3°. Les corps électrifés font à une certaine
diſtance une impreffion fenfible fur
la peau . Plus on approche le vifage d'un
tube de verre nouvellement frotte , plus
l'action eft fenfible , plus la piqûre eft
vive .
Cette derniere expérience fans le fecours
des précédentes prouve deux chofes. La
premiere , qu'il eft une matiére répandue
& qui fe meut autour des corps électriques.
La feconde , que ces parcelles font
d'autant plus épaiffes , plus denfes , moins
fubtiles,qu'elles font plus voifines du corps
qu'elles environnent.
Quel eft le principe de ces émanations ?
d'où naiffent- elles ? quelle caufe les con
ferve ? C'est ce qu'il faut établir avant que
d'entrer dans l'examen détaillé des effets de
la vertu électrique.
La nature eft une , invariable . Elle fuit
les mêmes loix dans les petites chofes que
JUIN. 1747 .
dans les grandes , ou pour parler plus jufte,
rien n'eft petit à fes yeux. Mere commune
de tous les êtres , elle partage entr'eux également
fon affection & fes foins . L'homme
, les animaux , la matiére brute , trouvent
dans leurs organes & leurs principes
d'équilibre , ce qui doit entretenir leur
fubfiftance , & les garantir de la deftruction
ou du dérangement de leurs parties . Faifons
T'application de cette maxime.
Tous les fluides étant compofés de parcelles
tendues , les unes contre les autres
qui tâchent de fe vaincre & de fe débander,
ceux qui font renfermés dans les parois des
corps , s'efforcent de fe dilater & d'en
fortir.
On fçait que la preffion élastique des
liquides forme la péfanteur des maffes
qu'ils environnent , & fur lefquelles ils
exercent une action continuelle . Cette
gravité croît en raifon inverfe du quarré
des diſtances : donc fi la caufe répond à
l'effet , la force des ballons du fluide augmente
en même rapport : donc les plus
petits font plus élastiques ( eu égard à leurs
maffes ) que ceux compris fous un plus
grand volume. Ainfi ils font plus d'efforts
pour ſe raréfier que ceux qui les furpaffent
en maſſe.
Dèflors les frottemens fur les parois d'un
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
tube de verre trouvent les plus petits ballons
fitués dans les pores difpofés à rompre
l'équilibre ; le mouvement & les frictions
augmentent leur force & fecondent leur
-endance. Ils fe dilatent & forment auprès
tu corps qu'ils entourent l'atmoſphere
dont nous avons parlé.
dM . le Cat convient de cette méchanique ,
mais il veut que les parties les plus fubtiles
foient au centre du tourbillon , & les plus
groffieres à la circonférence . Cet arrangement
eft la bafe de fon ingénieux fyftême
fur l'électricité.
Une telle difpofition eft- elle conforme
aux loix de la nature ? L'imagination de
M. le Cat ne femble pas s'accorder avec la
maniere dont fe font placées les differentes
couches du fluide où nagent la terre & les
corps céleftes. L'air le plus groffier touche
nos maifons ; il eft d'autant plus fubtil qu'il
s'éloigne davantage de notre planette. Les
ballons les plus déliés , les plus minces , doivent
felon les principes d'hydroftatique
prendre le deffus , s'élever & forcer ceux
qui font plus denfes & plus étendus à ramper
fous eux. Ce fluide que nous refpirons
eft au-deffous de l'Ether , & de cet air fub
til qui a 18 lieuës fur nos têtes ne s'oppofe
point au paffage de la lumiere & ne rompt
pas les rayons du foleil , par conféquent la
JUIN 1747. ฐ
matiere, épaiffe échapée des corps électriques
doit fe ranger à la circonférence du
tourbillon & non au centre.
Mais quelle eft cette matiere qui forme
l'électricité ? Quelques Auteurs célébres ,
entr'autres M. l'Abbé Nollet , ont cru que
c'étoit celle du feu & de la lumiere. Plufieurs
reffemblances femblent appuyer leur
conjecture. 1. Les corps les plus compacts
s'électrifent plus facilement que ceux qui
font moins denfes . Ainfi la chaleur naît
d'autant plus vite dans les matieres d'une
même espéce qu'elles ont leurs pores plus
étroits. 2 °. La lumiere fe tranfmet dans un
inftant ; il en eft de même de l'électricité.
3. Les fluides , qui ne s'échauffent point
par le choc ne peuvent s'électrifer par cette
voye. La communication opére en eux ce
que le frottement n'auroit pû faire , de
même qu'à l'approche du feu on voit s'échauffer
l'eau qui feroit encore froide après
un nombre infini de frictions.
De cette analogie de propriétés doit- on
conclure que le feu , la lumiere & l'électricité
proviennent d'une même caufe , &
foient le fruit du mouvement d'une même
matiere ? Il paroît que non .
Les corps les plus inflammables font
moins électriques que les autres . La bougie
, les réfines , le fuif, s'électrifent plus
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
difficilement que le verre ; ils contien
nent néanmoins plus de parties ignées que
ce corps diaphane . Ils doivent donc recevoir
la vertu électrique avec plus de
promptitude & plus de force. Or l'expérience
démontre le contraire.
M. L. N. croit qu'une même matiere
produit le feu & nous le fait appercevoir.
Cependant il me femble que les fenfations
du tact & de la vûë font trop différentes
pour les attribuer à un même principe . Le
feu met en mouvement les ballons de lumiere
qui frappent notre rétine , mais penfera-
t- on que l'effet & la caufe foient identiques
?
Il est donc plus vraisemblable que la
matiere électrique eft differente de toutes
les autres ; qu'elle eft plus fubtile
que celle
du feu ; que ce n'eft qu'après une violente
dilatation qu'elle parvient à égaler en
maffe les ballons de lumiere ; qu'alors elle
eft trop éloignée de fon état naturel
refter plus long-tems avec cette modification
; elle crève , l'électricité difparoît.
L'expérience fuivante démontre la probabilité
de cette conjecture.
pour
On met un vafe plein d'eau fous le réci
pient de la machine pneumatique . On fait
plufieurs fuccions : Qu'arrive- t-il ? Il fe
détache des particules de la matiere conteJUIN.
11 1747.
nue dans les interftices de l'eau. Ces parcelles
fe raréfient , s'étendent , forment
une bulle , & occupent un efpace 1000 fois
plus grand que celui qu'elles rempliffoient
dans les pores du fluide.
Les parties aqueufes laiffent entr'elles
plufieurs vacuoles pleins de ballons déliés ,
qui originairement font en équilibre avec
Pair ; cet air exerce fur eux une action
qui les empêche de fe débander. Lorſqu'on
le pompe , fon reffort diminuë prefqu'entiérement
, l'équilibre eft rompu , les petits
ballons fe dilatent , ils paroiffent fous un
plus grand volume. Quelques Carthéfiens
ont cru que c'étoit de l'air que l'eau retenoit
dans fes pores , mais M. Hales a très-judicieufement
remarqué que cette matiere a
un germe ignée , puifqu'elle s'enflâme facilement.
D'ailleurs on mouille avec de l'eau
la peau qui couvre le récipient de la machine
pneumatique , afin de fermer paffage
à l'air , preuve certaine qu'elle ne contient
pas le fluide dans fes pores.
Les frottemens augmentent l'action de la
matiere éthérée , que les parois du corps
électrique renferment. Sa viteffe accélérée
la porte hors de fes cellules ; elle s'échape
, écarte le fluide groffier : animée d'un
feu actif, elle réfifte aux tentatives de l'air .
Maîtreffe abfolue des lignes qu'elle a for-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
cées , elle s'y retranche & envoye au centre
fes parcelles les moins fubtiles , comme
plus difficiles à mouvoir que les autres .
L'électricité n'a lieu qu'autant qu'il y a
de circulation dans l'atmoſphere électrique.
Ainfi les vapeurs humides qui adhé
rent aux pores du verre ou de la cire ,
empêchent l'élancement de ces petits ballons
& détruiſent l'électricité . Ainfi un
tube plein d'air comprimé demeurera fans
vertu après beaucoup de violentes frictions
, parce que le fluide s'oppofe alors
au cours de l'atmoſphere. Telle eft la raifon
pour laquelle ce phénomene ne réuffic
que dans un tems fec & fous un ciel ferain.
S'il a peu de fuccès en été , c'eft parce que
l'air que la chaleur dilate , ne s'oppofe pas
affés à l'expanfion de la matiere fubtile .
Son reffort trop débandé ne lui permet pas
d'avoir la même force que lorfqu'elle eft
plus refferée.
La réfiftance trop vive dans l'air détruit
entiérement l'électricité , & une divifion
trop facile de ce fluide diminue beaucoup
cette vertu.
Le cristal , les pierres précieufes , le verre
, doivent être plus électriques que les
gommes , les réfines , les métaux , &c. Les
fels qui compofent les premiers fe détachent
plus facilement que les parties grafJUIN
1747
les , & entrelaffées des feconds fur lefquels
les fecouffes de nos vorticules ont moins de
prife. L'atmoſphere vitrée fe charge de
parcelles falines qu'elle enleve au corps.
dont elle émane . Ĉe fardeau empêche que
l'air ne la pénétre & ne la diffipe. Auffi
eft-elle plus électrique que celle qui envi
Fonne les corps réfineux.
Après avoir donné une idée générale de
la formation de l'électricité , il me reste à
examiner quelques fingularités particulieres
de ce phénomene.
Le plus bizarre & le plus célébre eft
T'attraction & la répulfion . On préſente un
tube électrique à une feuille d'or ; celle - ci
s'en approche & fe retire , elle avance ,
recule & fuit le tube qu'on promene dans
l'air.
La matiere fubtile enveloppe cette feiiille
, voltige autour d'elle & compofe un
petit tourbillon. La réfraction de la lumiere
qui paffe auprès des corps métalliques , la
rofée qui ne les moüille point , une aiguille
qui pofée horizontalement furnage
au fluide où on la place ; tous ces faits démontrent
que les métaux ont une atmofphere
qui leur eft propre. Avec le fecours
des particules que le tube envoye , elle fe
trouve affés forte pour fufpendre la feuilles
tel le fluide où nous vivons foutient
14 MERCURE DE FRANCE.
1
notre planette. De même que le tourbillon
du foleil plus rapide que celui de la terre
l'a obligée de tourner autour de cet Aftre ,
ainfi les émanations du tube plus actives
que le tourbillon où nage la feuille , l'entraîne
& la précipite au centre de la grande
atmoſphere: de la vient l'attraction.
Tout corps tend à un centre ; étant preffe
par le fluide qui l'environne , il accéfere fa
vîteffe ; l'or a donc accéleré la fienne. Cet
accroiffement de force le porte plus avant
que le milieu du grand tourbillon . Il retourne
fur fes pas ; il cherche le point de la
couche oùfon petit vorticule fera en équi
libre avec la grande atmoſphere. Il le trou
ve , & s'y arrête. Le tube repouffe la feuille
après l'avoir attirée .
Cette accélération n'eft point particuliere
à ce phénomene . Le fon des cloches
excite des trémouffemens dans l'air , fouleve
la nuée qui renferme la foudre dans fes
flancs. L'orage pefant retombe avec préci
pitation , fa chute l'entraîne plus près du
clocher qu'il n'étoit d'abord.Il s'entrouvre ,
il créve , ou il remonte .
Ainfi les ofcillations du mercure qui
defcend le long du tube de Toricelli , ne
proviennent que de fa vîteffe accélerée &
de la réfiftance de l'air.
L'atmoſphere de la feüille qui , à une
JUIN. 1747.
certaine diſtance , ne peut vaincre celle du
tube , empêche que l'or ne s'attache au
verre. Mais une molécule de fouffre , doüée
d'une électricité réfineufe , fe précipite fur
le cristal & y adhére , parce qu'elle fe dépouille
de fon atmoſphere , qui trop foible
fe diffout dans la vitrée. Celle de l'or n'eft
pas fujette à cette diffolution , parce que
outre les corpufcules qu'elle reçoit des
émanations du tube , elle en a ( comme
nous l'avons déja dit ì qui lui font particu-
-lieres.

La molécule fuit le mouvement du tourbillon
qui l'entraîne , & non celui du corps
électrique qui n'exerce aucune action
fur elle. Ainfi un globe de criftal tournant
fur fon axe , ne fait point varier la
feuille , quoiqu'il lui préfente fucceffivement
differens points. Mais fi le globe
avance à droite ou à gauche d'un pied ,
la feuille le fuit & fait autant de chemin.
L'atmosphere électrique lui fert alors de
véhicule .
Une tranfpiration légere du doigt qui
n'eft pas affés forte pour brifer le grand
tourbillon , fuffit pour rompre celui de la
molécule ; elle s'approche alors de la main.
Une nouvelle atmoſphere formée autour
de la feüille , l'attire derechef vers le tube ,
& l'en éloigne enfuite.
16 MERCURE DE FRANCE.
1
Tant que les atmoſpheres peuvent fe
dilater , elles fe repouffent , de- là fi on préfente
à une plume légere un tuyau électrique
, les filets de la plume fe féparent
forme de rayons de cercle , parce qu'ayant
acquis de l'électricité , leurs atmoſpheres
agiffent les unes contre les autres.
Si au contraire le petit tourbillon n'a
pas la liberté de s'étendre , les répulfions
ceffent & l'attraction domine. Ainfi une
feuille d'or couchée immédiatement fur le
tube ne s'en éloigne pas. La grande atmof
phere empêche la formation de la petite.
La même chofe arrive fi le tube n'eft pas
affés frotté pour conftruire un petit tourbillon
à la molécule , ou fi le corps électrique
n'a pas affés de vertu de fon naturel ,
comme un bâton de cire d'Espagne qui ne
repouffe jamais la paille & le duvet après
les avoir attirés.
La petite atmoſphere a donc une grande
part dans ce phénomene. Si on offre un
corps électrique à un autre qui l'eft natyrellement
, les deux tourbillons fe compriment
, leur effort réciproque empêche la
communication de l'électricité ; fi au contraire
on approche un tube de verre d'une
corde de chanvre , qui d'elle-même n'eft
point électrique , la communication a lieu.
Ainfi un globe de criftal préfenté à un vafe
JUIN. 1747. 17
:
plein d'eau , fait boüillonner la liqueur .
qui s'éleve & quelquefois fe porte vers le
globe électrique : fi au lieu du vafe on fait
jouer une petite fontaine , en forte qu'elle
forme un jet d'un tiers de ligne de diamêtre
, l'électricité dérange le jet qui tombe
en rofée , fi le criftal s'en approche à une
petite diſtance ; fi on l'éloigne un peu , on
remarque toujours une tendance de l'eau
vers le globe. Tout ceci dépend de la façon
dont l'électricité fe communique . Développons
le myftere.
On fufpend par deux fils de foye bien
fecs une corde de chanvre longue de 1200
& quelques pieds. On lie à une de fes extrêmités
un tube de bois , ( qui n'eft pas
électrique ) à l'autre un de verre. Le dernier
après quelques frictions communique
au bois la vertu malgré la diftance qui
les fépare.
Si la corde étoit imbue d'efprit de vin
& qu'on en approchât une chandelle allumée
, perfonne ne feroit étonné de voir le
feu gagner d'un bout à l'autre du chanvre ;
la flame glifferoit le long de la corde fans
qu'on en fût furpris. Or la même chofe
arrive dans le cas particulier qui ne differe
prefque de l'autre , que par l'admiration
qu'il nous caufe..
Les parcelles de matiere déliée , répan
18 MERCURE DE FRANCE.
dues le long de la corde , fe compriment
mutuellement. Les ballons de l'atmoſphere
électrique les preffent & leur communiquent
de leur vîteffe & de leur force , mais
les parties huileufes de l'efprit de vin extrêmement
dilatées, parviennent à la grandeur
des vorticules qui compofent la lumiere
, au lieu que le débandement de nos
ballons eft moins actif , & d'ailleurs étant
plus fubtils que ceux de la liqueur , une
pareille raréfaction ne peut pas tellement
groffir leurs volumes , qu'ils égalent en
diamêtre les globules de la lumiere .
Les fils de foye étant électriques ont
une petite atmoſphere qui empêche les
émanations du tube de fe diffiper , & de fe
perdre fur les corps où ils aboutiffent : fi
on les mouille , la circulation de la matiere
qui fort de leurs parois & qui les environ
ne, eft éteinte. Ils ne réfiftent point à la
diffipation de l'atmoſphere vitrée ; elle fuit
alors diverfes routes & quitte le chanvre .
Il eſt donc une matiere fubtile qui n'abandonne
point la corde , à moins qu'on n'y
merte obftacle , ce qui arrive lorsqu'on
l'arrofe avec de l'eau. Il paroît alors un
effet contraire à celui des fils de foye , qui
néanmoins provient de la même caufe .
Ceux-ci moüillés entraînent la diffipation
de l'électricité , parce qu'ils n'ont
JUIN
19 1747.
point de tourbillon qui réfifte . Celle - là fair
gliffer d'autant plus facilement la fuféé de
matiere électrique , qu'elle ne lui oppoſe
point des ballons qui retardent fa rapi
dité.
>
Ainfi pour communiquer l'électricité
aux hommes ou aux animaux on les
place fur des pains de réfine , dont les atmofpheres
empêchent que les émanations
du corps électrique ne viennent à fe diffi
per , & à fe répandre indifferemment dans
tous les points du lieu où fe fait l'opération
.
Plus le cours de la matiere eſt étendu &
fort , plus l'impreffion qu'il fait fur la peaut
eft fenfible. Une barre de fer électrique
fait une piqûre affés vive fur celui qui
s'en approche , & qui , à pareille proximité
, ne s'apperçoit prefque point de l'acrion
d'un globe de criftal . Dans le premier
cas les émanations viennent de toute la
longueur du corps électrique fondre fur
la peau , qui dans le fecond ne les reçoit
que de quelques points de la boule.
La matiere déliée qui produit l'électricité
étant répandue dans la vague de l'air ,
on ne peut pas douter que cet élément ne
foit électrique. M. Defaguillers l'a établi
par l'explication qu'il donne de cette expérience
d'Hauxfbée.
16 MERGURE DE FRANCE.
On pompe l'air d'un globe de verre
creux , on le fait tourner fur fon axe , on
le frotte avec la main tandis qu'il fe meut.
Il s'élance au- dedans une lumiere ; il n'en
paroît point au-dehors : on accorde un libre
paffage à l'air ; il rentre , la lumiere intérieure
diminue : on ne la voit plus qu'au
tour du globe , & accompagnée d'attrac
tion. L'air qui réfifte au-dehors arrête les
émanations électriques , & en pénétrant
dans la fphere , fa venue rapide les oblige
d'en fortir. Les petits ballons électriques
fujets aux loix générales du mouvement
portent toujours où il y a moins de réfiftance.
fe
. On doit convenir avec M. Defaguillers
de l'électricité de Fair , mais je ne crois pas
que ce foit à cette caufe qu'il faille attribuer
(comme fait ce Phyficien ) l'élévation
des vapeurs . 1 °. En montant elles doivent
éteindre cette vertu , l'eau eft l'antagoniste
de la force électrique. 2° . Il s'éleve plus de
parties aqueufes dans un tems chaud que
pendant la gelée : or l'électricité fait une
regle toute contraire. Au mois de Janvier,
lorfque l'atmoſphere eft chargée de nitre ,
le tube attire plus fortement la feuille d'or
qu'il ne fait durant les chaleurs exceſſives
du mois d'Août. On peut même croire que
le nitre étant électrique par lui - même.
JUIN.
2F
$
1747.
ajoute beaucoup à l'électricité de l'air.
C'est donc dans une matiere plus fubtile
que le feu , que confifte la vertu qu'ont les
corps de s'attirer, Dèflors il paroît que les
pores des métaux étant extrêmement petits ,
ils renferment plus de ballons fubtils que
toutes les autres maffes terreftres , dont les
parois font plus larges , puifqu'elles peſent
moins que l'or , l'argent , & c.
Cependant les métaux ne deviennent pas
électriques à l'aide des frictions, Quelle
feroit la caufe d'une pareille bizarrerie ?
L'or , l'argent , le plomb , & c. ne contiennent
dans leurs pores que des ballons
ignées , électriques & lumineux. Ils n'admettent
point d'air : plufieurs expériences
très-connues le démontrent, Les globules
électriques y dominent ; ils y font en telle
abondance , que la friction la plus violente
ne peut aflés augmenter leur vîteffe pour
les obliger d'en fortir . D'ailleurs , leurs logettes
font fi petites , qu'ils y font trèsferrés
& n'en peuvent être chaffés qu'avec
peine.
S'ils s'électrifent par la communication ,
c'eft que les parcelles homogênes qui fe
joignent à leur matiere déliée , ont plus de
prife fur elle que les frottemens. Ceux- ci
ne font que la preffer en ébranlant un peu
22 MERCURE DE FRANCE.
les parois. Ceux- là au contraire s'infinuent
dans fes retranchemens & l'en chatfent.
Mais dira-t-on , le feu qui pénétre l'or
& l'argent , devroit opérer fur ces métaux
la même chofe que les émanations du verre
frotté. Cependant il ne les électrife pas.
Rep. Son action trop violente diffipe entiérement
l'atmosphere métallique ; par
venu au ſein de l'or entré dans fes parois ,
il preffe avec force les ballons qu'ils renferment,
Ceux-ci fe difperfent ; leur féparation
empêche l'électricité. D'ailleurs le
feu qui les dilate augmente leur volume &
change leur contexture naturelle. Agrandis
, ils deviennent plus foibles & font la
proye des vorticules extérieurs , qui profitent
de leur défaite & leur enlevent diver-
Les couches qu'ils font tourner avec eux
autour de leur centre,
Une agitation trop forte détruit la vertu
électrique , mais il faut du mouvement
pour l'exciter. Si l'atmoſphere des métaux
n'a point cette vertu , c'eft en partie parce
qu'elle eft en équilibre . Nulle action ne
dérange l'harmonie mutuelle des globules
qui la compofent,
Le tourbillon électrique naît d'un équilibre
rompu , foit par les frottemens , foit
par la communication. La matiere contiJUIN.
1747. 23
nuellement dilatée , rentre & fort par les
pores , elle s'engorge , elle s'échappe, Sa
circulation opere l'électricité ,
La matiere émanée du tube de verre ,
entraîne avec elle plufieurs parcelles de
feu , d'où provient en partie la lumiere
qu'elle répand, Les corpufcules choqués les
uns contre les autres s'enflâment . Ainfi
dans un tems fec , lorfqu'on paffe la main
fur le poil de plufieurs animaux , il en for
une lumiere caufée par des ballons de feu
que les parties animales tranfpirent avec
elles , & que les frottemens ont dévelop
pécs.
EGLO G V E
Licidas , Thémire,
Licidas,
LE jour ne nous Init point encore ,
Et la belle Thémire erre dans ces vallons !
Eft-ce le foin de vos moutons
Qui vous fait devancer l'aurore ;
Ou le berger qui vous adore
Devoit-il , conduit par l'amour ,
Vous prévenir dans ce charmant féjour a
24 MERCURE DE FRANCE.
Votre filence doit fuffire ;
Il n'apprend que trop à mon coeur
Qu'il n'eft plus de fierté , qu'on connoît un vain.
queur ,
Que Licidas brûle en vain pour Thémire,
Thémire,
Berger , je n'ai rien à vous dire ,
Et je laiffe un champ libre à d'injustes foupçons
Ce feroit bien vousapprêter à rire
Que d'expofer à vos yeux les raifons
Qui m'ont avant le jour fait prendre ma houlette,
Je rêvois qu'un berger qui fans ceffe repete
Qu'il veut m'aimer jufqu'au dernier foupir ,
Chercheit à plaire à Timarette ;
Ces bords de fes fermens me femploient retentir,
Ne prenant point alors le tems de refléchir
S
Qu'un fonge eft une image feinte
Qui ne doit faire naître en nous
Ni l'efpérance ni la crainte ,
A parcourir ces lieux je me fuis vû contrainte
J'y cherchois un perfide, & n'y trouve que vous.
Licidas.
Que j'augure bien d'un tel fonge !
Dans les bras de Morphée il me fembloit auffi
Que Damis trop heureux vous devançoit ici ;
Que
OJUI N.
25
1747 .
Que de trouble en mon coeur portoit un vain
monfonge !
Eveillétout-à- coup , je vôle en ces beaux lieux ,
Et j'y parois feul à vos yeux ;
Ah ! qu'à l'amour j'ai de graces à rendre !
Thémire.
Ce début , Licidas , nous meneroit trop loin
M'en croirez- vous ? difpenfez-vous du foin
De me tenir un langage fi tendre ,
Et pourquoi me parler d'amour ,
Quand je n'aime point à l'entendre ?
Licidas.
Mon amour s'accroît chaque jour ;
Bien loin d'y répondre , Thémire
S'obftine à m'envier le plaifir de le dire.
Je le dirai du moins aux antres des forêts
A mes tourmens Echo fenfible
Ne repetera plus dans ce féjour paiſible
Que mes foupirs & mes regrets.
Thémire.
Licidas , des bergers c'eftle ton ordinaire
Dès qu'ils veulent nous attendrir
Chaque berger pour ſa bergere
Eft prêt à fe laiffer mourir.
Vainement on me tient ce diſcours peur fincere.
1. Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
J'ai confulté d'hier l'onde paiſible & claire;
Je connois mes foibles appas ,
Et nos bergers n'en mourrons pas.
Licidas.
Faut-il qu'à rire toûjours prête ,
Vous ne payiez que de chanfons
Le plus fincere aveu d'une flâmé parfaite ?
Vos plus tendres difcours ne font que des leçons ,
Votre réponſe une défaite .
Thémire.
Berger , pourquoi vous allarmer a
Je l'ai dit & je le répete ,
Mon coeur eft peu fait pour aimér.
Licidas.
Thémire , entrons dans ce bocage ;
Du jour naiffant j'apperçois les rayons ;
L'Aurore a de fes pleurs enrichi les gazons;
Ne m'enviez pas l'avantage
D'orner de la plus belle fleur
Votre houlette . Hélas ! cette faveur
Au berger qu'on aime fi chere ,
Pour un berger qu'on n'aime guere ,
Dont on eftime peu les foins ,
Eft une faveur bien légere,
JUI N. 27 -1747.
Thémire.
Ah ! j'apperçois trop de témoins!
Sur le penchant de la colline
Je vois de nos bergers une troupe badine ;
A pas précipités ils s'avancent à nous.
Bien qu'en ces lieux le hazard nous raſſemble ,
Seule à l'écart me trouvant près de vous . *...
Ah ! Licidas , j'en tremble!
Séparons- nous ; que vous en femble ?
Ils me reprochoient l'autre jour
Que je n'étois plus fans amour,
Qu'on voyoit nos troupeaux paître toûjours enfemble.
Licidas.
Ah ! fi de votre amour j'obtiens enfin l'aveu ,
Mon coeur trop fatisfait ne forme plus de voeu¿
Thémire.
Je ne fçais , près de vous certain charme m'arrête ,
Mais aujourd'hui peut- être , & peut- être en ce lieu ,
Vous en direz autant à Timarette.
Séparons-nous . Adieu , berger , adieu.
A Lyon , 1747.
BOYER.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
SUITE de la Séance publique de l'Académie
des Sciences.
M
R Rouel lût un Mémoire far l'inflammation
de l'huile de thérébentine
par l'acide nitreux pur , fuivant le
procedé de Borrichius , & fur l'inflammation
de plufieurs huiles effentielles , & par
expreffion avec le même acide & conjointement
avec l'acide vitriolique.
Une expérience chymique propofée par
le célébre Borrichius , tentée infructueufement
juſqu'à nos jours par les plus habiles
Artiftes , pendant que fa poffibilité étoit
conteſtée par d'autres , fait l'objet des recherches
de l'Académicien dont le Mémoire
vient d'être annoncé . En fuivant la
divifion que l'Auteur a préferée pour fon
Ouvrage , nous rendrons compte en premier
lieu des moyens qu'il a employés pour
enflâmer l'huile de thérébentine avec l'acide
nitreux pur.
En fecond lieu nous parlerons des
moyens qu'il expoſe , pour enflâmer quelhuiles
l'acide nipar
expreffion par
treux feul & même par le concours de l'acide
vitriolique. Enfin & en troifiéme lieu
ques
JUIN. 1747 . 29
par
nous expoferons fes raifons de l'impoffibilité
de l'inflâmation de quelques huiles
expreffion avec l'acide nitreux feul , &
nous yjoindrons un mot fur les moyens
qu'il donne d'enflâmer ces huiles par l'acide
nitreux & l'acide vitriolique , à la faveur
d'un Manuel particulier. On voit
par cette courte analyfe que l'Académicien
a paffé de beaucoup les bornes de la queftion
qu'avoit formée Borrichius , non-feu-
Lement il rend raifon de tout ce que celuiei
a fait , ce qui probablement auroit été
bien difficile à Borrichius lui -même ; mais
il rend encore raifon de ce que l'on ne
peut faire dans des cas coincidens à la queftion
principale. C'eft ainfi que les Géomêtres
fe plaifent quelquefois à compliquer
l'état d'un problême & à le rendre plus
difficile , pour montrer mieux leur adreffe
à le réfoudre.
Avant que d'entrer en matiere fur l'Ouvrage
dont nous allons parler , nous jugeons
à propos pour la fatisfaction de ceux
qui lifent notre Journal , de dire un mot
fuccinctement fur l'hiftorique de la queftion
propofée par Borrichius , & de l'état
des chofes jufqu'au Mémoire dont nous
parlons ; ces petites anecdoctes littéraires
ne peuvent que plaire à un public , qui
plus que jamais veux être inftruit.
B iij
30 MERCURE DEFRANCE..
Borrichius dans les Journaux de Coppenhague
annonça en 1671 fon expérience
fur l'inflâmation de l'huile de thérébentine
par l'acide nitreux ou eau forte ; dèflors les
Phyficiens s'exercerent fans fuccès à la répéter.
Tournefort , de l'Académie Royale des.
Sciences , en faifant des expériences fur les
huiles , enflâma une huile péfante celle de
gérofie .
Rouviere , jeune Chymifte de Paris , en-
Alâma à peu près dans le même tems une
huile fætide tirée à la cornuë ; c'étoit celle
de gayac, & il fit l'expérience dans un cours
de Chymie fait au Jardin des Apoticaires.
Les tranfactions philofophiques nous apprennent
que l'on enflâma en Angleterre
une huile animale tirée à la cornue .
Dipelius , Chymiſte Allemand , enflâma
T'huile de thérébentine par le concours de
l'acide vitriolique & de l'acide nitreux ..
Offman , dont le nom eft fi connu en
Médecine , varia les expériences fur l'in
Alâmation , les étendit à plufieurs huiles ,
mais il n'enflâma jamais l'huile de thérébentine
par l'acide nitreux pur.
Enfin M. Geoffroy , de l'Académie des
Sciences , aujourd'hui vivant , fit des expériences
fur les huiles effentielles , légeres,
& d'Europe ; il en enflâma plufieurs , avec
JUIN. 1747. 31
l'acide nitreux & le vitriolique dans certaines
proportions, ainfi que l'on peut le voir
dans les Mémoires de l'Académie , mais la
queftion principale étoit encore non réfolue
; jufqu'aujourd'hui l'huile de thérébentine
n'avoit point été enflâmée par l'a
cide nitreux feul , c'eft ce qui vient d'être
enfin exécuté par M. Rouel & dont nous
allons rendre compte.
Borrichius demande que l'on employe
quatre onces d'huile de thérébentine , fix
onces d'acide nitreux ou d'eau forre , que
l'on mêle à l'huile de thérébentine fraîchement
diftillée la proportion d'acide fitreux
indiquée , que l'on agite le tout dans un
vaiffeau ample , qu'il foit enfuite couvert ,
& qu'après une demie heure on le découvre
; c'eft alors , dit Borrichius , que les
matieres mêlées produifent effervefcence
accompagnée de fumée , & fuivie de flâme ,
qui, ainfi que la matiere , furmonte le vaiffeau
& fe répand : une circonftance qu'ajoute
Borrichius , c'eft que l'expérience fe
tente à la chaleur du foleil de midi en été.
Nous pafferons les détails des précautions
pfifes par M. Rouel , pour détermi
ner l'état de concentration des acides qu'il
employoit pour réitérer l'expérience de
Borrichius , cela ne peut être l'objet d'un
extrait qui ne doit donner qu'en gros l'idée
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
1
de ce qui a été fait , nous nous contenterons
de remarquer avec lui que l'état different
de concentration de l'acide nitreux
apporte de grandes differences dans fon
action fur les huiles : de combien d'opérations
la Chymie ne feroit- elle pas enrichie
aujourd'hui , fi les Sçavans qui l'ont cultivée
avoient ainſi établi le dégré & la force
des matieres qu'ils ont mifes en ufage , &
qu'ils n'euffent pas voulu , par une gloire
mal entendue , cacher la marche de leurs
procédés , ainfi que l'ordre des idées qui les
ont conduit fucceffivement jufqu'à la dé-
Couverte ?
Parmi les premieres tentatives , dit M..
Rouel , que je fis il y a plufieurs années ,
je revins à enflâmer une fois l'huile de thé
rébentine avec l'acide nitreux , à peine fumant
au bout d'un quart d'heure du mê-
Jange, & fur le champ je réuffis à produire
ja flâme avec un acide nitreux très- concentré
, je repétai un grand nombre de fois la
même expérience avec des dofes variées.
des deux matieres, & je réuffis de nouveau
produire la flâme avec un efprit acide
nitreux très - fumant , mais avec une cir
conftance nouvelle ; ils s'enflâmerent en les
agitant avec une baguette lorfqu'ils étoient
dans la plus violente effervefcence; je ſaiſis.
cette circonstance , ajoute- t-il , la croyant
JUIN. 1747. 33
tout le myftere du phénomene. Cependant
Vayant repétée plus de vingt fois enfuite ,
fans avoir jamais pû exciter la flâme , j'abandonnai
tout le travail. Après un an
dit l'Auteur, ayant repris le travail , je vins
à bout d'exciter cette flâme , foit en agitant
, foit même fans agiter le mêlange
d'huile de thérébentine & d'acide nitreux
très concentré, & la nouvelle apparition de
la flâme me fournit de nouvelles lumieres ;
j'apperçus que ces mêlanges donnoient
toujours un champignon , un eſpèce de
charbon raréfié , tel qu'en donne l'huile de
gayac enflâmée par l'acide nitreux , & je
me rappellai que l'inflâmation étoit arrivée
dans la premiere expérience , lorfque
j'avois enfoncé ce charbon . On fent bien
que dèflors M. Ronel ne dût avoir en vûë
que de développer les ufages du charbon
& du tour de main imperceptible à luimême
jufqu'alors , qui lui fourniffoit de
⚫tems à autre & comme par hazard l'inflâmation
de fon mêlange d'huile de thérébentine
& d'acide nitreux : mais quel dût
être le chagrin du Phyficien, quand en réitérant
pendant le cours de deux années plus
de trente fois les épreuves , il ne put venir
à bout de rien enflâmer , même en enfonçant
le charbon & agitant les matieres ,
pendant que fans y toucher il eut trois.
&
L
Bv
34 MERCURE DE FRANCE..
inflâmations à differentes fois ? Il faut
dans les recherches , de quelque eſpéce
qu'e
qu'elles foient , cette forte de courage &
d'affiduité opiniâtre qui fait furmonter les.
obftacles & furtout les dégoûts des opérations
inutiles, qui ne font pas les moindres
de tous . M. Rouel , fans défefpérer du fuccès
, réitera les expériences , à deffein de
faifir dans les premieres apparitions fortuires
de la flame quelque nouvelle circonf .
tance qui dévoilât à fes yeux les raifons:
de cette apparition : une expérience
feche ne fatisfaifoit point un efprit accoûttumé
aux théories , il lui falloit outre des
faits les raifons qui les amenent , il vouloit
examiner furtout quel étoit l'état du mêlange
des liqueurs oléagineufes & acides
au fond du vaiffeau, il fe convainquit alors.
que l'acide nitreux étoit au fond dès que
Thuile furnâgeoit dèflors l'inflâmation
du nitre par les charbons que
Stahal a pro
pofés , frappa M. Rouel , qui lui - même.
s'étonne que l'idée ne s'en fut pas préfentée
plutôt à lui , ce fut par une application
particuliere de cette théorie de Stahal ,
qu'il imagina d'appliquer au champignon
charbonneux , qui étoit l'ouvrage de l'ef
fervefcence , un peu d'acide nitreux, dèflors:
le fuccès fervit toujours fon génie , le myf
sere fut entiérement dévoilé àl'Artiste , &
;
JUIN. 1747.
3'5
il n'a prefque plus manqué d'enflâmer le
mêlange toutes les fois qu'il a voulu repéter
l'expérience , & avec les trois differens
acides dont il a déterminé le taux:
L'Auteur fimplifie les conditions de
Fexpérience ; que le plus foible des acides
qu'il détermine foit appliqué à une huile
de thérébentine récente ou ancienne , dans.
un vailléau large & evafé dans le fond , le
thermomêtre de M. de Réaumur au-deffous
du terme de la glace , l'expérience réuffira
toujours. Que l'on verfe alors que le cham
pignon charbonneux paroît dans l'effervef-.
cence du mêlange un peu d'acide nitreux ,
& il eft rare qu'à une premiere ou feconde
fois que l'on jette l'acide nitreux fur le
charbon un peu plus élevé , on ne réuffiffe:
pas.
Les raifons des regles que donne M..
Rouel pour l'inflâmation fe préfentent , fi
Fon demande d'augmenter la furface du
mêlange en fe fervant de vaiffeau évafé ,
c'eft pour qu'il ne furmonte pas les vaiffeaux
& que le charbon ait le tems de fe
former ; fi l'expérience de Borrichius réuffiffoit
rarement , c'eſt que pour que le
champignon charbonneux foit enflâmé par
l'acide nitreux , il faut qu'il foit dans un
état de fechereffe : or l'huile humectant le
charbon , le hazard feul faifoit réuffir l'é
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
preuve , & il n'y avoit que le fortuit d'un
grand nombre d'expériences
, qui puffent
ramener foit à M. Rouel , foit à Borrichius
lui-même , les circonstances
de l'inflâma¬
tion.
La fin de cette premiere partie eft employée
au détail d'expériences de l'Auteur.
fur d'autres huiles effentielles ; nous ne
le fuivrons pas plus loin & nous paffons
la feconde partie , où nous apprenons
que les huiles de lin , de noix , d'oeillet &
de chenevi par expreffion , ont été enflâmées
par l'acide nitreux feul & par le concours
de l'acide vitriolique ; mais ç'a toujours
été l'acide nitreux le plus concentré
qui a excité le plus puiffamment les vapeurs
blanches dans le mêlange , & la promp
te formation du charbon, fur lequel l'efprit
de nitre étant jetté , il s'eft excité incontinent
de la flâme ; le détail des expériences
de cette feconde partie que nous paffons
fous filence , confirme admirablement l'explication
des phénomenes de l'inflâmation ,
des. mêlanges d'huile & d'efprits acides
nitreux , rapportés dans la premiere ; ce
font de nouvelles preuves ajoutées à des
preuves déja très - convaincantes , mais,
dont nous nous interdifons de parler plus;
au long , pour nous renfermer dans les bor .
nes d'un extrait , & dans le deffein de nous,
JUIN.
37 1747.
étendre fur la troifiéme partie , qui outre
l'expofition des expériences . fur l'inflâmation
de plufieurs huiles par expreffion ,
contient des points brillans de théorie qui
font plus de notre reffort , que l'expofition
des expériences qui ont fervi à l'Auteur
pour les fonder..
Cette troifiéme partie parle d'abord des
expériences fur l'inflâmation des huiles par
expreffion d'olive , de féve & de navette ,
qui ne s'enflâmant point par le mêlange de
l'acide nitreux feul , fé font enflâmées en y
joignant l'acide vitriolique. Au moyen d'un
Manuel particulier , M. Rouel tenta d'abord
l'inflamation des huiles dont nous
venons de parler , avec l'acide nitreux le
plus concentré de ceux dont il a déterminé
le poids les premiers phénomenes des
mêlanges ne lui annoncerent point la formation
de la matiere charbonneufe à laquelle
l'apparition de la flâme eſt toujours
dûë , ainfi que nous l'avons obfervé , &
comme auffi cette matiere charboneufe ne
fe forma point , il n'y cut auffi point d'in
Bâmation ; l'Académicien varia envain les
proportions de l'acide nitreux le plus concentré
, il ne réuffit jamais à former le charbon
& à exciter la flâme ; il eut recours
enfin à l'acide vitriolique , il en mêla de
très-concentré à fon acide nitreux , le plus
S MERCURE DE FRANCE.
fort de ceux qu'il a déterminés par les expériences
, & cela à poids égal avec l'huile
d'olive ; ces mêlanges ont été une minute:
fans action apparente , ils ont enfuite paffé
à l'effervescence en fe gonflant , ils ont répandus
des vapeurs nitreufes rouges trèsépaiffes,
mêlées de quelque fumée blanche,
qui devint plus confidérable quand le
mouvement fe rallentit : alors il n'y eut
prefque plus de vapeurs nitreufes , & om
fentit une odeur forte d'acide fulphureux ,
volatil ; la matiere s'afaiffa , elle fut noire,
comme charbonneufe , fans liaifon néanmoins
& fans confiftance ; cette matiere
fe partage aifément entre les doigts , & on
l'avoit mouillée d'un peu d'huile épaiffie
& d'un refte d'acide vitriolique;cette efpéce
de charbon eft telle que celui qui résulte du
mêlange de l'huile de thérébentine par l'a
eide vitriolique concentré , il n'a ni l'état
de fechereffe & de raréfaction que nous
avons remarqué dans celui qui résulte de
la combinaiſon des huiles , foit effentielles,
foit par expreffion , qui s'enflâment avec
l'acide nitreux feul ou le concours de l'aci
de vitriolique , ce charbon n'eft donc nullement
dans l'état propre à procurer l'in-
Alâmation ; il ne faut perdre aucune des
circonftances qui viennent d'être rappor
tées ,nous verrons l'ufage que l'Auteur en .
JUTN 1747..
fçait faire , & il fera bon de fe les rappeller
ainfi que celles qui vont fuivre. M. Rouel
ayant doublé la proportion d'acide nitreux
en expérimentant l'huile de navette ,
s'apperçut d'un mouvement plus.vif ; la
moindre circonftance faifie frappe &
éclaire ceux qui fçavent voir : en exami
nant le charbon il rouva plus fec & il
s'apperçut auffi que pendant la vive action.
des fubftances , l'acide nitreux ſe diffipoit:
en vapeurs , & que l'acide vitriolique ref
toit feul; ces obfervations fervirent de
fondement à de nouvelles tentatives ; la
diffipation trop prompte de Racide nitreux
devant être , fuivant ce qui a été rapporté ,
un obftacle à l'inflâmation des huiles , ou
pour mieux dire , à la formation du char
bon raréfié , il ſe préfentoit naturellement
de ne mêler que fucceffivement l'acide ni
treux au mêlange compofé d'huile d'acide.
vitriolique & d'une portion d'acide nitreux
, réfervant le refte pour l'ajouter lors:
de la plus violente effervefcence : non-feu .
lement alors l'acide nitreux ne devoit pas
fe diffiper fi promptement , mais il devoit
auffi agir avec bien de l'avantage fur les
huiles , déja dans une violente effervefcence
; tout ce qu'avoit penfé l'Académicien
arriva , le charbon raréfié fut l'ouvrage de
Happlication partielle de l'acide nitreux ,
40 MERCURE DEFRANCE.
& il ne fallut plus que jetter fur ce charbon.
un peu d'acide nitreux pour produire l'in- '
Alâmation. Donnons une courte defeription
de la façon dont l'huile d'olive fut enflâ+
mée , ce fera un exemple applicable à l'in
flâmation des autres huiles pareilles..
Si à une huile d'olive au poids d'une
demie, once on mêle l'acide nitreux concentré
& nouvellement fait , & de l'acide
vitriolique mêlés d'abord enfemble , au
poids chacun auffi d'une demie once , ces
matieres font un inftant fans agir ; peu
après le mouvement s'excite , l'efferveſcement
eft violente ; e'eft alors qu'ayant dans
une fiole une demie once d'efprit de nitre
concentré , il faut en jetter environ le
tiers fur les matieres , l'effervescence eſt
dèflors accélerée , les vapeurs deviennent
confidérables& blanches; que l'on jette pour
lors le fecond tiers d'acide nitreux , la rapidité
de l'effervefcence étonne le fpectateur
, les vapeurs redoublent , leur blancheur
augmente , le charbon raréfié paroît
dans cet inftant ; le dernier tiers de l'acide
nitreux de la bouteille jetté fur le champi
gnon charbonneux excite la flâme & tout
paroît embrafé. Faifons à préfent d'après
l'Auteur ufage des differentes circonftances
des expériences rapportées pour déveloper
la théorie des inflamations des huiles:
JUIN. 1747. 4F
par les efprits acides nitreux & vitrioliques
; formons quelques queftions auxquelles
nous répondsons par l'expérience
en phyfique : c'eft cet oracle qu'il faut confulter.
Nous avons vu plus haut le moyen
d'ôter le hazard des expériences pour l'inflâmation
des huiles, en appliquant au charbon
raréfié directement l'acide nitreux ;
nous avons vû qu'à l'exception d'un petit
nombre de cas , où l'efprit acide nitreux
concentré fe diffipe très- vîte , cet acide le
plus concentré eft celui qui agit le plus .
puiffamment pour l'inflâmation des huiles .
Demandons à préfent quel eft le moyen
d'enflâmer les huiles en fe fervant d'un ef
prit acide peu concentré. C'eft de lui joindre
un acide vitriolique , qui foit fort:
concentré , qui agiffant par une attraction
puiffante & particuliere qu'il exerce fur le
phlegme , concentre dans le moment l'acidé
nitreux & le met en état d'agir fur les
huiles , pour la formation du charbon raré.
fié, qui eft propre à être enflâmé par l'acide
nitreux ; de tous les acides le nitreux eft
le feul qui s'enflame par le contact des .
charbons , c'est ce qui fait que jamais l'acide
vitriolique même le plus concentré employé
feul , n'a pû enflâmer aucune huile ,
quoiqu'il fe foit formé un charbon dans le
mêlange ; , cette obfervation doit faire juges
42 MERCURE DE FRANCE .
de l'ufage de l'acide vitriolique dans l'expérience
, & fi l'on y joint la connoiffance
que nous avons de l'avidité avec laquelle
Facide vitriolique tire l'eau d'un grand
nombre de corps & même de l'atmosphere
qui l'environne, fi l'on fe rappelle que l'acide
vitriolique mêlé avec l'eau s'y unit avec
une telle rapidité , que les frottemens fi
multanés & prompts de ces deux fubſtances
mettent enjeu incontinent la matiere de
feu qui les pénétroit , de forte que le mêlange
de ces fluides peut élever le thermomêtre
jufqu'à 80 dégrés , on ne pourra fe
difpenfer de convenir de l'ufage qui eft
attribué dans les expériences à l'acide vitriolique
qui produit les mêmes effets avec
Pacide nitreux , & qui les produit d'autant
plus efficacement , que cet efprit acide nitreux
eft plus phlegmatique ; qu'on fe rappelle
encore que l'acide nitreux a dans fa
mixtion le principe inflamable , principe
qui n'exifte nullement dans celle de l'acide
vitriolique , l'on fera pleinement convaincu
de la certitude des ufages attribués
à l'acide vitriolique dans les opérations
dont nous rendons compre. Paffons à une
autre queftion .. D'où vient que Rouviere
enflâma l'efprit de vin & le camphire avec
Facide vitriolique *
C'est que Rouviere employa conjointe
JUIN.
43
1747.
ment avec l'huile glaciale de vitriol ou avec
F'efprit de vitriol concentré la poudre à
canon , qui , comme tout le monde fçait ,
tient un nitre non dénaturé , mêlé avec du
fouphre & une matiere charbonneufe.Pour
rendre raifon des ingénieufes expériences
de Rouviere , nous ne faifons qu'appliquer
la théorie de Stahal pour l'infâmation du
nitre , & les obfervations de M. Rouel fur
l'ufage de l'acide vitriolique,
Formons une derniere queftion . Comment
les huiles s'enflâment- elles ? Et quelle:
idée peut-on prendre de l'ufage du champignon
charbonneux dans les expériences
fur l'inflâmation des huiles ?
Le nitre ne s'enflâme aucunement avec
Les huiles expofées au feu , elles brûlent
fans l'enflâmer , mais après leur confomption
, le charbon qui refte allume le nitre ;
ce n'eſt pas l'huile qui enflâme le nitre ,
mais le charbon qui eft le réfultat de l'huile
brûlée : tout cela s'applique directement au
mêlange d'huile & d'efprit de nitre , l'acide
prend feu par fon contact avec le champignon
charbonneux , & c'eſt le charbon &
F'acide embrafés qui enflâment fubitement
les huiles ; qu'on regarde le champignon
charbonneux comme une mêche très-fufceptible
d'embraſement , & d'autant plus
qu'elle eft violemment échauffée : mêche
44 MERCURE DE FRANCE.
fubtile , qui a le double uſage de s'enflâmer
par le contact de l'acide -nitreux , & d'enflâmer
enfuite rapidement l'huile avec lequel
il eft.
3
SONNE T.
AM. B. P. V. d. C. d. R. fur fon Châtean
&fon. Parc de la C*** , près de Verſailles,
B✩✩✩ , que j'aime les bois ***
De ta folitude fecrette !
Que je préfere ta retraite
Au féjour pompeux de nos Rois !
.***
Ici l'on n'entend point la voix
De l'ambition indifcrette ;
Sous tes berceaux on ne regrette.
Ni la fortune ni fes droits..
***
L'amourfeal' y tient fon empire
Ee tendre Roffignol foupire
Dans tes fycomores caché.
JUIN
1747. 45
Ates échos j'ofe le dire ;
A Verſailles l'efprit admire ,
Le coeur à la C ** eſt touché.
AM. Titon du Tillet , pour le remercier da
préfent de fon Parnaffe François.
Grand merei mille & mille fois
De votre Parnaffe François ,
Du Tillet , c'eſt par votre Livre
Que le nom de plus d'un Auteur
Ne ceffera jamais de vivre.
Vous êtes le vrai fondateur
De notre Temple de Mémoire ; ·
Et des Couronnes de la gloire
Vous êtes le difpenfateur.
Les Mufes du fiécle d'Augufte
Offroient un encens fin & jufte
A Mécénas leur Protecteur ;
Jamais ftérile admirateur ,
Il ne laiffoit à la fortune
La charge pour elle importune
D'adoucir la calamité
Du mérite perfécuté .
Mais fi pour les biens de la vie
Ce Romain fut tant exalté ,
46 MERCURE DE FRANCE.
De quels honneurs fera fuivie
La noble libéralité
Qui dans vos Ecrits favorables .
Répand fur les talens aimables.
Les dons de l'immortalité.
6263 2003.Bake f
LETTRE à un jeune homme qui entre
dans le monde.
> E vous offenfez point , Monfieur
de la liberté que je prends de vous
donner des confeils : une perfonne qui a
droit de nous commander , à qui vous êtes
attaché par les noeuds d'une tendreffe réciproque
, & pour qui j'ai une eftime & un
refpect fans bornes , Madame votre mere ,
en un mot , eft celle qui me l'ordonne. Ý
a- t- il quelque chofe au monde que je pûſſe
lui refufer?
Vous ferez furpris qu'elle ait fait un pareil
choix ; moi m'ériger en pédagogue !
moi donner des confeils ! en vérité il me
fiéroit mieux d'en demander & de les fuivre.
Je l'avoue à ma honte . Cependant
ceux qui connoiffent le mieux la vertu , ne
font pas toujours ceux qui en pratiquent le
mieux les préceptes ; l'ufage que j'ai du
monde , les malheurs que j'ai effuyés , les
JUIN. 1747.
47
égaremens dans lefquels je fuis tombé ,
m'ont du moins appris à connoître les
écueils , & j'ofe , me flater qu'en fuivant
mes confeils , vous ne vous égarerez jamais
de la voye qui conduit au bonheur : je në
vous dirai rien qui ne foit propre à faire
naître dans votre coeur le goût de la vertu ,
qui ne vous inftruiſe de fes charmes , &
qui ne vous infpire l'horreur & le mépris
du vice. Enfin ce que j'aurai l'honneur de
vous écrire fera autant une fatyre de mą
conduite , qu'un plan de celle que vous
devez tenir,
Vous allez entrer dans le monde , &
vous êtes affez heureux pour y entrer avec
les femences d'une bonne éducation. Rappellez-
vous toujours ces premiers inftans
de votre jeuneffe , où l'on a tâché d'inculquer
dans votre coeur les principes de la
yertu. Ne vous faites point une gloire
d'oublier le bien que vous fçavez , & d'ap
prendre le mal que vous ne fçavez pas.
De la façon dont vous débuterez dans le
monde dépendra votre réputation pour
le refte de vos jours. Les premiers jugemens
que les hommes porteront de vous feront
difficiles à detruire , s'ils ne font point à
votre avantage.
Telle eft l'injuftice du fiécle ; vainement
par une bonne conduite vous tâcho
48 MERCURE DE FRANCE.
riez de faire oublier vos premiers égaremens
, il reftera toujours dans l'idée de la
plupart des hommes un levain , que votre
vertu pourra diffiper pour un tems & jamais
détruire .
Ne paroiffez point honteux en public ;
la timidité donne un certain air embarraffé
qui approche de la bêtife ; triomphez de la
timidité naturelle par une réfléxion judicicufe
; fongez que vous êtes devant des
perfonnes , qui en fçavent.peut-être moins
que vous , & qui ont sûrement les mêmes
foibleffes.
que votre
Il ne faut pas cependant outrer cette réfléxion
; craignez au contraire
hardieffe ne dégénere en infolence ; ne
vous érigez point en tyran des compagnies,
écoutez beaucoup , parlez peu , & s'il fe
peut toujours à propos ; foyez complaifant,
fans être flateur ; poli , fans être fade ;
ayez furtout des égards infinis pour les
femmes. Comme c'eft avec elles que Wous
pafferez votre jeuneffe , & que c'eft d'elles
que dépendra votre réputation , attachezvous
à leur plaire.
Comme l'amour eft une paffion qui n'écoute
point la raiſon , elle eft peu fufceptible
de confeil. Il n'en eft pas de même
de l'amitié , plus tranquille , ce n'eft que
par la réfléxion qu'elle s'infinue dans un
coeur
2
JUIN . 1747 .
49
coeur , & comme elle dépend de notre volonté,
nous avons toujours à nous reprocher
lorfque nous faifons un mauvais
choix .
Fuyez avec un foin extrême les mauvai-
Les compagnies , avec lesquelles vous rifquez
votre vertu & votre réputation ;
écueil fatal des jeunes gens , elles font les
caufes de toutes nos fottifes. Il faut avoir
des amis ; le commerce de l'amitié eft la
plus grande douceur de la vie , mais il faut
les choifir fages & vertueux , fi l'on veut
l'être long- tems foi- même. Les défauts de
nos amis aifément deviennent les nôtres
plus difficilement leurs vertus , mais elles
font toujours quelques impreffions fur nos
coeurs.
>
Tout homme décrié ne doit jamais être
votre ami , quand même il le feroit injuſtement
; fon commerce à coup sûr feroit
tort à votre réputation , & vous ne devez
rien avoir de plus cher au monde.
à
Tout débauché de profeffion ne mérite
pas le titre d'ami , & ne cherche pas même
a en avoir , il ne veut que des compagnons
de fes plaifirs , avec lefquels il puiffe fe
livrer en toute liberté à fes paffions. Otezle
de la table où il vient de vous faire mille
proteftations d'amitié & de fervice , vous
verrez qu'il n'eft bon à rien.
1. Vol. C
so MERCURE DE FRANCE.
Aimez à faire plaifir : être utile aux hommes
, c'eft approcher de la Divinité. Secourez
vos amis de vos conſeils , de votre crédit
, de votre bourfe , n'attendez pas qu'ils
viennent vous en prier ; les prévenir dans
leurs befoins , c'eſt les obliger doublement ;
que ce ne foit point dans le deffein d'exiger
d'eux de la reconnoiffance ; il ne faut
jamais oublier un bienfait qu'on a reçû ,
mais il ne faut jamais fe reffouvenir de celui
qu'on a fait.
·
Sçachez diftinguer les vrais d'avec les
faux amis , & ne vous flatez pas que tous.
ceux qui vous accableront d'amitié foient
véritablement vos amis . Non , Monfieur ,
ils ne font
pas fi communs dans ce fiècle ,
Les grands faifeurs de proteftations , les
embraffeurs fatiguans , les complimenteurs
éternels ne font rien moins que des amis.
Mettez à l'épreuve ces gens , qui fans ceſſe
offrent de vous rendre fervice , vous verrez
combien peu vous devez compter ſur
eux.
La profpérité nous procure des amis ;
l'adverfité les éprouve , & nous en aſſure ;
regardez comme de feconds vous- mêmes ,
ceux qui ne vous abandonneront point &
feront gloire de fe dire de vos amis , lorf
que tout le monde vous auta tourné le dos :
ne les abandonnez pas à votre tour , la
1
JUIN. 1747.
reconnoiffance eſt la premiere de toutes les
vertus.
Si vos amis ont des défauts , reprenezles
dans le tête à tête & avec douceur.
En public étendez - vous fur leur loüanges
, & prenez toujours leur parti.
Regardez l'ingratitude comme le comble
de tous les vices ; ayez - en une fi grande
horreur , qu'elle ne puiffe jamais s'infinuer
dans votre coeur. Tout le monde déclame
contre l'ingratitude , & rien n'eft plus commun
que les ingrats ; vous direz toutes les
injures à un homme quand vous l'appellerez
de ce nom. Il faut avoir de l'indulgence
pour fes amis ; les hommes ne font point
parfaits. Il faut avoir de la juftice pour
tout le monde ; notre intérêt même l'exige.
Mais il faut furtout fe rendre juftice à foimême.
Comment , homme dur , ofez vous
demander ce que vous êtes prêt à refufer ,
& ofez - vous refufer ce que vous êtes prêt
à demander ? Comment , homme aveuglé
par vos paffions , ofez vous reprocher à un
autre ce qu'on peut vous reprocher à vousmême?
Comment , juge inique , pouvezvous
condamner un homme pour un crime
dont vous vous fouillez tous les jours ?
Comment enfin , vous , qui n'avez jamais
fçû faire plaifir à perfonne , ofez-vous exiger
qu'on vous en faffe ? Pénétrons dans le
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
fur
fond de notre ame , ouvrons les yeux
nos propres défauts , & agiffons avec les
autres comme nous défirons qu'on en agiſſe
avec nous- mêmes.
Les hommes font affés heureux pour que
le vin ne foit plus à la mode ; un yvrogne
de profeffion eft univerfellement méprifé,
Ainfi il feroit fuperflu de vous donner des
confeils contre les excès de la table , vous
connoîtrez aisément l'horreur que ce vice
infpire à tous les honnêtes gens , & l'exemple
feul vous préfervera de ce défaut , à
moins que vous n'y ayez un penchant infurmontable,
Détachez- vous de la paffion du jeu , fi
yous avez le .malheur de l'aimer trop ardemment
; un joueur n'eſt ni à lui , ni à ſes
amis. Il ne voit , il ne penſe , il ne réfléchit
qu'au jeu partout ailleurs il eft inquiet ,
il ne vit pas. Mettez- lui les cartes à la main,
il femble renaître ; la joye éclate fur fon
viſage , mais elle ne fera pas de longue dutée
, un coupe-gorge & fa carte pendant
quelque tems en l'air , le vont replonger
dans fa premiere mélancholie & déranger
fa bourfe & fa fanté.
Pour un joueur qui s'enrichit , il y en a cent
qui diffipent leur fortune. Pouvez- vous
vous flater d'être l'heureux , qui profiterez
des dépouilles de tous vos concurrens ?
JUIN. 1747.
53
Le jeu , c'est-à- dire , le gros jeu , eſt pernicieux
& a fouvent de fâcheufes fuites.
Né d'une mere qui aimoit le jeu , j'avois ,
pour ainfi dire , fucé cette inclination avec
le lait ; un gain confidérable que je fis dans
-un âge où l'on ignore la valeur de l'argent
redoubla ma paffion , & il y avoit
grande apparence que je ferois joueur de
profeffion ; c'eft cependant le plaifir auquel
je fuis le moins fenfible , le gros jeu
me fait faire du mauvais fang , parce que
je ne fuis pas en état d'y perdre beaucoup ;
le petit jeu m'eft infipide , & ne m'amufe
qu'autant que je joue avec des perfonnes.
qui me plaifent.
Il eft cependant effentiel à un jeune
homme qui entre dans le monde de fçavoir
jouer ; le jeu eft la principale occupation
de toutes nos compagnies. La plupart
des femmes ne reffemblent point à celles
qui vivoient avec Voiture , & ne font
point capables de converfations fuivies ; il
faut donc quelque chofe pour les amuſer
& le jeu eft leur vrai balot. Quelque jeu
que vous joüiez , & avec qui que ce foit
que vous joüiez , que ce foit toujours avec
des façons nobles & en homme de condition.
Jamais de conteftations pour quelques
jettons jamais : de fenfibilités marquées
pour la perte : jamais de railleries
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
dans la profpérité : jamais de colere & d'invectives
contre ceux qui font heureux :
jamais de repétitions qui affomment : jamais
enfin d'humeur qui dénote un attachement
bas & fordide pour l'argent .'
Que les fpectacles faffent une partie de
vos amuſemens , il eft certain qu'on y peut
beaucoup profiter ; c'eft un plaifir innocent
qui coûte peu & qui infpire des fentimens.
Aimez les plaifirs , Monfieur , j'y confens
, mais ne les aimez point jufqu'à l'excès
, & n'en foyez jamais l'efclave. Il faut
fçavoir quitter & reprendre , fans s'en appercevoir,
les affaires & les plaifirs. J'ignore
à quoi l'on vous deftine , mais quel que foit
l'état que l'on vous choififfe , avant que de
l'embraffer , confultez votre coeur ; voyez
fi cet état est conforme à votre inclination ,
tâchez de vous en rendre digne , & quand
vous l'aurez embraffé , rempliffez - en les
devoirs , fi vous voulez être eſtimé.
Dans le fervice , comme dans la robe ,
il est beau d'être fçavant , ainfi ne rougiffez
jamais des talens que vous aurez acquis par
l'étude. Mais auffi que votre fcience ne
vous donne point un air de hauteur ; n'affectez
point de faire parade de vos connoiffances
algébriques devant des femmes
qui n'y comprennent rien, & furtout ne
JUIN. 1747.
eure
7530
attach
artiel
Type
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-be,
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par
ne
'af-
Onnes
ne
prenez jamais le ton décifif. Il y a des cho-
Tes qu'il n'eft pas permis d'ignorer ; l'hiftoire
Sainte , l'hiftoire Profane , l'hiftoire
Grecque & Romaine , l'hiftoire de fon
Pays , les regles de la Poëfie , le nom &
quelques paffages des meilleurs Auteurs &
des Poëtes les plus fameux , & principalement
ce qui eft néceffaire à l'état qu'on a
choifi .
1
Il feroit inutile de vous confeiller d'aimer
la lecture ; c'eſt un goût que nous apportons
en naiffant , dont vous feriez bien
malheureux d'être privé. Il y a tant de momens
dans la vie auxquels on eft à charge
à foi-même , & qu'on ne peut mieux employer
: non-feulement la lecture inftruit
& orne l'efprit ; elle diffipe encore les chagrins
; elle occupe agréablement , & elle
feule mérite le titre de plaifir utile.
Je ne vous parlerai point de la colere ,
de l'envie , ni de ces autres paffions qui ne
doivent jamais avoir aucun empire fur le
coeur d'un honnête homme , & dont par la
nobleſſe de vos fentimens vous ferez sûrement
garanti. Mais permettez-moi de vous
dire un mot fur l'inégalité d'humeur & fur
la prévention. Le premier de ces défauts
rend fouvent l'homme le plus aimable
d'un commerce fâcheux & difficile . Faites
tous vos efforts pour vous délivrer de cette
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
maladie ; que tous les jours fe levent purs
& ferains pour vous ; ne faites point dépendre
votre joye ou votre trifteffe des
plus petits événemens , ou du moins fongez
que ceux qui vivent avec vous , que
vos amis n'en font point refponfables &
ne font point obligés d'effuyer vos injuftes
caprices.
Vous ne ferez fans doute pas de ces perfonnes
à qui un habit fuperbe, un équipage
brillant & une foule de valets en impofent
: jufte appréciateur du mérite , vous
fçaurez écarter ce qui eft étranger à l'homme
, pour pénétrer dans fon coeur , & vous
ne ferez pas dépendre votre eftime des
richeffes ou des dignités . Je le crois & ce
n'eft point encore affés : ne vous aveuglez ,
ni en mal , ni en bien , fur le mérite de chacun.
Jugez par vous-même , & fans vous
laiffer prévenir par les difcours de vos amis
ou par le bruit public , lorſqu'il s'agira d'eftimer
ou de hair quelqu'un , ne vous en
rapportez qu'à vos propres lumieres .
Etudiez le ton de la bonne compagnie.
& fuivez-le : c'eft un talent qu'il vous fera
difficile d'acquérir ailleurs. qu'à Paris ;
quelque efprit qu'on ait en Province , les
manieres s'y reffentent toujours de l'éloi
gnement de la Cour , qui eft le centre du
bon goût.
JUIN. 57 1747.
Tâchez de vous former un caractere
doux & complaifant , qui vous acquiere
l'amitié de tout le monde & qui faffe votre
felicité , car n'en doutez pas , le véritable
bonheur gît plutôt dans notre façon de
penfer que dans tous les biens & les dignités
du monde. `
Fuyez avec un foin extrême la médiſance
& la mauvaiſe plaifanterie ; peut-être que
quelques louanges déplacées qu'on vous
aura donné injuftement pour quelques
froides railleries que vous aurez faites
vous infpireront ce déteftable goût ; ne .
vous laiffez pas féduire . Un médifant eſt un
homme à craindre , univerfellement haï :
on s'amufe de fes bons mots , mais on dé-`
tefte fon caractere .
Depuis quelque tems les fales équivoques
ont un grand cours dans le monde :
on ne peut rien dire de trop fort aux femmes
, elles femblent accoûtumées à ne plus
rougir de rien. Je ne fçais fi ce goût durera
long-tems , mais quelle que foit fa
vogue , ne vous laiffez point aller au torrent
; non-feulement ces difcours ineptes
choquent la bienséance & la modeftie , ils
font mêmes contraires à la politeffe & au
refpect que l'on fe doit à foi-même.
...Je vous ai permis d'aimer les plaifirs , ce
n'eft pas être un conducteur farouche.
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Mais ne vous laiffez point gouverner par
la volupté , fi vous voulez être long- tems
honnête homme. Que les charmes de cette
volupté ne vous faffent jamais oublier les
bienféances & les devoirs ; ne rompez
point en vifiere à ceux qui dérangent vos
parties ; ne montrez jamais un vifage ennuyé
dans les compagnies qui vous déplaifent
, & écoutez avec complaifance les difcours
de chacun , quelques fatiguans qu'ils
puiffent être. Un homme toujours livré à
fes plaifirs eft véritablement à plaindre , il
ne vit que pour lui feul & ne peut fe flater
d'avoir des amis . Inutile à la fociété , &
fouvent à charge à lui- même , il rend fa vie
malheureuſe à force de vouloir la rendre
agréable.
Evitez toutes les paffions qui ne fervent
qu'à nous tourmenter ; je ne crois pas que
vous foyez fufceptible d'avarice. Peut-on
être attaché à des biens périffables ; & que
l'on doit fi- tôt quitter ? Cette frenéfie eft
rarement le défaut de la jeuneffe , les feuls
vieillards en font efclaves ; attachés aux
biens de la terre avec d'autant plus d'ardeur
, qu'ils font fur le point d'en être
feparés , ils fe refufent le néceffaire pour
amaffer des richeffes inutiles à eux-mêmes ,
& qui ne ferviront qu'à contenter le luxe
de leurs héritiers.ro 97 : .. :
JUIN.
59
1747.
Les hommes méneroient une vie heureufe
, s'ils pouvoient oublier ces deux mots ,
le mien & le tien.
Que l'attachement à l'argent ne vous
rende point l'efprit dur , & qu'une perte
légere ne foit pas capable de vous affliger.
Supportez avec patience les événemens de
la vie , les réfléxions que vous ferez fur
vos malheurs ne les diminueront pas , &
augmenteront votre chagrin.
Loin de rappeller le fouvenir d'une chofe
qui nous attriſte , il faut chercher à l'éloi
gner.
Craignez auffi la prodigalité , & ne faites
jamais de dépenfes exceffives qui puiffent
déranger votre fortune. Rien n'égale l'excès
de mifere & de mépris dans lequel
tombe un homme qui s'eft ruiné par
fa
faute; loin de le plaindre & de le foulager,
chacun le blâme & l'abandonne.
Je vous ai déja confeillé la douceur ;
c'eſt la vertu la plus néceffaire , c'eſt - elle
qui rend la vie agréable aux autres & à
nous- mêmes ; un homme qui fans ceffe eft
de mauvaiſe humeur , qui ne déride jamais
fon vifage , eft un homme qu'on évite &
chez qui femme , enfans , domeftiques ,
tout eft malheureux. Par votre douceur
yous vous concilierez le coeur de tout le
monde ; peut-on ne pas aimer quelqu'un ,
C vi
60 MERCURE DE FRANCE .
qui n'ouvre la bouche que pour dire des
chofes obligeantes ?
que-
Ne foyez jamais vetilleux ni pointilleur,
il n'y a que les faux braves qui foient
relleurs. Il eft du mauvais efprit de prendre
la mouche fur rien , & d'interprêter toujours
les chofes du mauvais côté .
Déteſtez la vanité , & quelque fujet que
vous ayez de vous glorifier , ne tirez jamais
avantage que de votre politeffe & de votre
vertu. L'orgueil eft le plus indigne de tous
les vices , & rend l'homme auffi méprifable
haïffable.
que
Ne faites jamais fentir à ceux qui dépendent
de vous la fupériorité que vous avez
fur eux ; ils font affés malheureux d'être nés
dans une condition abjecte ; loin de leur
montrer du mépris , tâchez par vos bonnes
manieres de les confoler de la mifere de
leur état : il eſt plus dur à un homme d'être
méprifé que d'être haï.
Je ne crois pas que votre deffein foit de
refter dans un éternel célibat ; quand vous
ferez fur le point de vous engager fous les
loix de l'Hymen , prenez l'efprit de ce nouvel
état , fongez qu'il exige de vous des
devoirs que l'honnête homme eft obligé de
remplir.
Dans le choix que vous ferez cherchez
moins la fortune que l'honneur . Confultez
JUIN. 1747. бг
plutôt votre inclination que celle de vos
parens ; prenez une perfonne dont la figu
re & le caractere vous plaifent , & de laquelle
vous puiffiez efpérer un attachement
réciproque. Quand vous ferez joints par
l'Hymenée , ayez pour elle les égards que
Vous auriez par un autre vous même ; évitez
de lui caufer le moindre chagrin.
Supportez les défauts avec patience ;
pliez-vous à fon humeur ; excufez les foibleffes
; vivez enfin de façon que vous
puiffiez vous rendre heureux l'un & l'autre
.
Employez tous vos foins à l'éducation
de vos enfans ; imitez Me votre Mere , qui
n'a rien épargné pour vous mettre en état
de devenir honnête homme.
Songez que le meilleur héritage que
vous puiffiez leur laiffer eft une bonne
éducation ; reprenez- les dans leurs erreurs ,
mais en pere, jamais en maître , c'eft-à-dire,
´n'en venez point à ces châtimens odieux ,
qui rebutent les enfans loin de les corriles
abrutiffent loin de les inftruire.
Infpirez- leur de bonne heure le goût de la
vertu , montrez-leur le plaifir qu'il y a de
vivre en homme de bien ; la crainte , les remords
& les dangers , qui font inféparables
des méchans , & furtout prêchez - les d'éxemple.
ger ,
62 MERCURE DE FRANCE.
Enfin fouvenez-vous toujours , Monfieur
, que vous êtes homme , que vous
n'êtes né que pour mourir ; que votre mort
eft certaine , mais que le moment en eft
incertain. Ainfi vivez comme fi chaque
inftant de votre vie , en devoit être le dernier
; que l'éternité foit toujours préfente
à votre efprit , qu'elle foit le but de toutes
vos actions. Songez que Dieu , cet Etre
fuprême qui vous a comblé de fes faveurs ,
exige de la reconnoiffance, & que la moindre
que vous deviez à fes bienfaits , eft
d'être foumis à fa loi. Mais il eft fuperflu
de vous donner des confeils fur la pieté ;
l'exemple de Madame votre Mere vous
inftruira mieux que tout ce que je pourrois
vous dire. Je me fuis acquitté de la commiffion
dont elle m'avoit honnoré ; j'ai été
laconique autant qu'il m'a été poffible ,
heureux fi je ne vous ai point ennuyé ! Si
je vous ai invité à fuivre la vertu , c'eſt
parce que je fuis perfuadé qu'elle feule
peut nous rendre heureux , & qui doit
plus vous fouhaiter ce bonheur où tendent
les voeux de tous les hommes , que l'ami le
plus tendre que vous puiffiez jamais acquérir
?
A Dijon , ce .... 1747.
Par M. E. D. L. C. Conſeiller au Parle
ment.
JUIN. 1747. 63
SONNE T.
S Ans être adulateur , il faut chercher à plaire
Sans faire le bigot , agir en vrai Chrétien ;
Avoir pour tout le monde un accueil débonnaire;
Conferver en tous lieux un honnête maintien.
炒茶
Au plaifir de parler , préferer de fe taire ;
Forcé , jamais de foi , d'autrui toujours en bien ;
Rendre fervice à tous fans eſpoir de falaire ;
Le bonheur d'obliger porte avec lui le fien.
+3+
Avec difcernement il faut dans la jeuneffe
D'un ami vertueux s'acquérir la tendreffe ;
Du dangereux amour éviter le pouvoir.
Etre fidéle à Dieu , fidéle à fa patrie ,
Et pour braver enfin ce qui peut émouvoir ,
Regarder d'un même oeil & la mort & la vie.
4 MERCURE DE FRANCE.
COCACOCƏCƏCDCPCACAVIVICA.
IMITATION
De l'Epigramme Latine de Buchanan .
Impubes nupfi valido , &c .
A vingt ans j'époufai Clarice ,
Elle riche & moi n'ayant rien ;
Elle étoit vieille , mais fon bien
Des ans reparoît l'injustice.
Epris d'une plus belle ardeur ,
J'époule à foixante ans la charmante Themire.
Mais à cet âge , hélas ! ma mourante vigueur
Ne peut répondre au beau feu qui m'inſpire ;
Pourquoi , quand j'étois vigoureux ,
N'a tu pas joint mon fort au fort de cette belle
Ou pourquoi , maintenant que je vis avec elle
Ne me donne tu pas, Amour mes premiers
feux ?,
>
JUIN . 1747 . 65
MADRIGA L.
LeCiel en vous donnant la vie, E
Ne daigna point , belle Silvie ,
Vous n'avez
pas
Vous faire naître en un rang glorieux ;
befoin de ce foible avantages
Votre nobleffe eft dans vos yeux.
Etre jeune , charmante & fage ,
C'est être du vrai fang des Dieux.
AUTRE.
Quand je ferai fur le retour ,
Je ne demande plus , Amour ,
Qu'une marque de ta tendreffe ;
Je te rends le ton de charmer ,
Ce talent précieux eft fait pour la jeuneſſe ,
Mais pour me confoler des maux de la vieilleffe ,
Laifle moi le plaifir d'aimer.
AUTR E.
Fortune , Ortune , inconftante Déeſſe ;
Je n'ai jamais encenfé tes autels
Et j'ai toujours mépriſé la foibleffe
66 MERCURE DE FRANCE.
De ces imbécilles mortels ,
Qui te fuivent fans ceffe avec idolâtrie ,
Je connois à la fin qu'une fois dans la vie
On eft à tes bienfaits forcé de recourir :
L'objet pour qui mon coeur foupire ,
La jeune , l'aimable Themire ,
Eft pauvre , daigne l'enrichir .
JE
AUTRE.
E ne m'en défens point , j'ai reffenti pour vous
Ce que l'amour inſpire de plus doux ,
Et ce n'est qu'à regret , trop aimable Clarice ,
Que j'ai brifé de fi beaux noeuds.
Mais vous n'ignorez pas que ce Maître des Dieux,
Malgré nous , felon fon caprice ,
Eteint & rallume nos feux.
Si je vis fous un autre empire ,
Pour me juftifier je ne veux que vos yeux ;
Clasice , mon excuſe eft dans ceux de Themire
CE
1747.
67
JUIN.
ire ,
OUTYOU
3
ice ,
Dieur
ire
433333 **EDIAKAVARAGAKAIA
PLAINTE de Rominagrobis , à M. le
Moine , Docteur en Médecine , fur la
S
guerifon de M. R ....
Çavant Difciple d'Hyppocrate ,
Falloit- il donner du fecours
Au Poëte , qui tous les jours
A nos dépens s'épanouit la rate ?
Si l'on en croit fes beaux difcours
Je fais en vain la chatemite ;
Je ſuis un fourbe , un hypocrite ,
Propre à jouer de mauvais tours .
Il faut voir comme il fe déchaîne
Contre les Chats . Non , depuis la Fontaine
Aucun ne m'a tant maltraité.
Il mord auffi le Singe , mon confrere ,
Et lui donne gratis un méchant caractére ;
Il voit tout du mauvais côté.
Maître Renard , le Loup , Margot la Pie
Doivent, ainfi que moi , fe plaindre du Cenfeur,
Qui les raille & qui les décrie.
Sans votre art , Monfieur le Docteur ,
De la Parque il étoit la proye ;
Pour les Animaux quelle joye
?
8 MERCURE DE FRANCE,
D'être délivrés d'un fleau ,
Tel que ce nouveau Fabulifte !
Du Styx une autre fois laiffez - le paffer l'eau ;
Et d'Atropos n'effacez point la lifte ,
Ou fans faute nous irons tous ,
Chartreux , Chats d'Eſpagne , Matous
Pendant la nuit chés vous faire tapage ,
Caffer la porcelaine & manger le fromage.
MADRIGAL.
Sur le départ d'Iris pour fa maison de Campagne.
Vous partez , jeune Iris , vous quittez ce
rivage ,
Vous allez fur les bords , où vos divins appas
Ont reçu mon premier hommage ,
Mon amour y fuivra vos pas.
Après une abfence cruelle ,
Quel eft le deftin qui m'attend ?
Vous me retrouverez conftant , ::
Hélas ! reviendrez-vous fidelle ?
JUIN.
69
1747.
e ,
e.
AC
Ca
AUTR E.
Bouquet à M. de M ***
Amon , c'est aujourd'hui ta fête ;
Pour t'offrir un Bouquet ma Mule eft- elle prête
Non , il eft moins aifé de bien rimer
Que de te bien aimer,
Eh ! que pourroit tracer l'amitié la plus forte
Que l'on ne t'ait déja plus de cent fois écrit ?
Avec un ami de ta forte
Le coeur s'ufe moins que l'efprit,
*****************
ittez c
pas
LETTRE écrite à M. D. L. Br. de
Quimper-Corentin.
il
E me garderai bien , Monfieur , de
Eronenger explication,puupofce
dans votre Mercure au fujet du mot Fragon
; je me fouviens que ce mot m'arrêta
Y a plus de vingt ans , lorfque je le trouvai
dans Joinville que je lifois pour la
premiere fois je me fouviens auffi que je
foupçonnai que c'étoit une faute dans le
texte, reffource commode & trop ordinaire
à ceux qui n'entendent pas le fens & la
langue des Auteurs qu'ils étudient : ce n'eſt
70 MERCURE DE FRANCE.
qu'après bien des lectures , & bien des
comparaifons de plufieurs paffages d'Ecrivains
differens , que l'on revient de cette
erreur où nous jette notre précipitation ,
& l'envie d'imputer toujours aux autres les
fautes que notre ignorance nous fait commettre.
En attendant que je fois affés inftruit
de ce qui peut nous éclairer fur la fignification
du motfragon , je vous envoye quel
ques paffages de nos anciens Auteurs où il
fe trouve employé ; on pourra les joindre
à d'autres que vos Sçavans correfpondans
ne manqueront pas de vous fournir , &
peut être qu'à la fin ils donneront l'explication
de ce mot qui a tant embarraſſé les
Bollandiſtes , ce feroit un bien petit point
en comparaifon des autres difficultés fans
nombre qui fe rencontrent dans l'étude de
notre ancienne Langue & dans la lecture
de nos vieux Auteurs François ; il feroit
voir du moins que les François qui ont fi
heureufement cultivé les Antiquités de la
Gréce & de Rome , n'ont point encore
négligé celles de leur Nation , comme les
fçavans Jéfuites femblent nous ne le reprocher.
Voici les paffages en queftion :
Errent mainte journée , & tant que Lancelot
cheur jus de fon cheval , & ung homme
le dépouilloit nu , & quand il avoit
E 71
JUIN. 1747.
Ect.
сет
joc .
Com
oli
s
int
Ens
de
re
bit
-S
1
defpoüillé , il lui reftoit une robbe qui
eftoir plaine de fragon , & fi montoit fur
un afne. Lancelot du Lac , Edit . Goth. de
Paris , chez Jehan Petit, Vol. 3. £ 94. recto
colomne I.
Lors cria mercy & incontinent le reveftit
noftre Seigneur ; mais fcez - tu de
quoy , de patience & de humilité , ce fut
la robbe qu'il luy donna , qui eftoit aſpre
comme fragons, C'eft la haire qui eft afpre ;
après le monta fur un afne , c'est la befte
d'humilité. Id. Ibid . Vol. 3. f. 95. verfo
col. 2 .
Joignez à ces deux citations ces Vers de
l'Amant rendu Cordelier , Edition de
1731 , à la fuite des Arrêts d'Amour
pag. 5.64.
De- là fu mené en Chapitre
Habillé très-fauvagement
D'une fraconne à façon de miftre;
Fraconne femble être une Couronne d'épines
, & peut venir de fragon épine ,
chardon , ou autre chofe picquante qui entroit
dans le tiffu des cilices.
72 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL.
A Mour , tu fçais enfin mériter la victoire ,
Ton pouvoir n'a jamais ſi bien ſervi ta gloire ;
Le plus tendre des coeurs en eft le plus heureux.
Qu'il eft doux d'éprouver tes coups & tes allarmes,
Lorfque tu fais porter tes armes
Par les plaifirs & par les jeux,
AUTRE.
A Celimene qui demandoit des Vers fur une
extravagance qu'elle prétendoit avoir faite.
V Ous voulez que fans complaifance
Je rime votre extravagance ,
Pour moi , je ne la connois pas
Mais ordonnez - moi que je chante
Celle que caufent vos appas ,
L'affaire eft moins embaraffante.
DIS
JUIN.
73 1747.
"
REFLEXIONS
Pdes
Sur le bonheur de la vie.
Lus je refléchis fur la façon de vivre
des hommes & moins je la comprends:
Quoi ! font-ce là , me dis-je quelquefois à
moi-même, ces Etres, objets de la tendreſſe
de leur Créateur ? Sont- ce là ces Rois de la
nature ? Est-ce pour eux que le Seigneur a
fait tant de merveilles ? En vain je m'y abî
merois ; environné de mille objets qui
m'en devroient donner les preuves les
plus frappantes , je ne le fçais prefque plus
que parce que la foi me l'enfeigne ; le myftere
en devient tous les jours plus impénétrable
; quelle dépravation !
Qu'étions- nous avant que de naître ? Où
étions-nous ? Quelle néceffité y avoit- il que
nous fuffions un jour ? Dieu cependant nous
a tirés de rien pour nous donner tour; quelle
reconnoiffance n'exige pas de nous une
telle libéralité? Et nous ne rougiffons point
d'être ingrats? Tout nous rappelle au Créareur,&
nous profanons tout par le mauvais
ufage que nous en faifons ? Quel comble
d'ingratitude !
1. Vol. D
1
74 MERCURE DE FRANCE.
Le Ciel , la terre & toute la nature chan
tent fes louanges ; les oifeaux dans les campagnes
, les lions au fond de leurs antres
font plus reconnoiffans que nous , ils ne
paffent point les bornes que Dieu leur a
preferites , ils font dans l'ordre , & l'homme
feul n'y eft pas ; refléxions humiliantes,
mais malheureufement que trop vraies !
Si je jette les yeux fur ces heureux mortels
à qui la fortune femble prodiguer fes
plus rares faveurs , qu'eft- ce que j'y decouvre
? Ils amaffent tréfors fur tréſors , ils
coulent leur vie dans les plaifirs ; tour leur
réüffit , tout les flate ; leur coeur nâge dans
un océan de délices , ils en font enyvrés ;
mais non , je me trompe , plus avides de
ce qui leur manque , que contens de ce
qu'ils poffedent , ils font tour-à-tour le
jouet de l'ambition & de l'avarice , inquiets
au milieu de leurs plaifirs , ils en
fentent peu les douceurs , pauvres dans le
fein de l'abondance , ils défirent toujours
quelque chofe ; quelle beatitude !
,
Grand Dieu ! que les hommes font aveugles
! Ils veulent être heureux ( & c'est un
fentiment gravé dans tous les coeurs ) mais
où la cherchent - ils cette vraie béatitude
? Ils n'en connoiffent point d'autre
que celle qui frappe leurs fens appélan
JUIN. 1747 .
75
tis , ils en faififfent l'ombre , la réalité
leur échappe.
2
Honneur du monde , vain fantôme , que
tu fais de cruelles bleffures dans tous les
coeurs ! Quels troubles , quels combats n'y
excites-tu pas tous les jours ! Perfonne n'eft
content de fon état , l'homme veut s'élever
& entreprend tout pour y parvenir ; ah!
s'il refléchiffoit quelque peu fur ce qu'il lui
en coûte pour un peu d'encens & de fumée
, qu'il mépriferoit bien ce qu'il envie
dans les autres ; qu'il fe rappelle les indignités
qu'il effuye & les baffeffes qu'il fait
Le plus fouvent pour arriver à fon but , qué
de détours , que de diffimulation , que de
moyens indignes d'un honnête homme
n'eft- il pas obligé de tenter? Qu'il confidére
ceux qui font déja parvenus au rang auquel
il afpire, qu'il les étudie & il découvrira en
eux un coeur auffi vuide & plus ambitieux
qu'auparavant ; admirable leçon pour qui
voudroit y refléchir!
Prodigues effrenés , avares impitoyables,
que vous êtes éloignés de cette paix du
coeur que vous recherchez avec tant d'avidité
! Les premiers à force de perdre & de
donner , s'étourdiffent fans pouvoir ſe ſatisfaire
, les autres dévorés par le plus indigne
& le plus bas de tous les vices , fouf-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
frent le plus pénible efclavage , fans ceffe
occupés d'un bien dont ils ne jouiront jamais
, ils s'y abforbent ; leur raifon , leurs
fens & toutes les puiffances de leur ame
ne reçoivent d'autre impreffion que de leur
paffion favorite , leurs biens font leur divinité
, la crainte de les perdre , l'envie de
les augmenter les déchirent tour-à-tour ,
ils ne font jamais contens , & comment le
fetoient-ils ? Ils s'en interdiſent tous les
moyens.
Fortune , honneurs , biens , dignités ,
vous éblouiffez notre raiſon , vous flatez
notre coeur , mais vous ne le rempliffez
pas ; les hommes eftiment heureux ceux
qui vous poffedent ; ah ! s'ils pouvoient lire
au fond de leur ame , bien loin d'envier
leur bonheur , ils plaindroient leur triſte
fituation,
Heureux , oui , mille fois heureux l'homme
, qui content d'une honnête médiocrité
fçait fe dégager de toutes ces folles penſées
d'ambition , de vanité & de richelles qui
s'obtinent à le tourmenter ! Maître de fon
coeur , il le ramene à ce noble emploi auquel
il fut deftiné , il le remplit des idées
de fa véritable grandeur , il retrace en lui
l'image de fon Créateur prefque effacée
par le concours tumultueux defes paffions,
JUIN.
77 1747.
il s'entretient avec lui de fa nobleffe & de
fon immortalité ; Roi de la Nature , il lui
en rappelle toutes les prérogatives ; magnifique
orgueil & le feul qui lui foit permis
! Sa railon éclairée par fa foi le conduit
à fon Créateur , les bienfaits dont il
l'a comblé le pénetrent de reconnoiffance ,
l'amour fuccéde à ce premier mouvement ,
l'humilité , la confiance & les autres vertus
l'accompagnent ; convaincu que les momens
de fa vie font tous comptés , il les
remplit avec exactitude , il travaille , mais
queles motifs qui l'y engagent font bien
differens de ceux des gens du monde ! Il
n'y envifage que fon devoir , l'intérêt ne
guide aucune de fes démarches , fon tems
Ini paroît trop précieux pour l'avilir par
de telles proftitutions , quelle nobleffe
dans le fentiment , mais auffi quelle tranquillité
dans l'efprit & dans le coeur !
L. V. R.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
DEDEDE:Atpur©e
SUR LE BONHEUR ,
Par M. l'Abbé Porquet.
LE grand tableau du monde offre un double côtés
Quelcontrafte odieux en ternit la beauté ?
Quoi ! tandis qu'élevés au- deffus de nos têtes,
Quelques mortels heureux à l'abri des tempêtes ,
Nagent dans les plaifits , brillent dans les grandeurs
,
Le refte des humains dans l'opprobre & les pleurs ,
Infortuné témoin d'un bonheur qui le bleſſe ,
Semble ne refpirer que pour fouffrir ſa ceffe
Les mépris de la terre & la haine des Dieux !
D'un aveugle pouvoir caprice injurieux !
Sans doute la nature , en mere tendre & fage ,
Devoit à fes enfans un plus jufte partage.
Ainfi malgré moi -même, un fentiment trompeur
Ofe accufer le Ciel d'injuftice ou d'erreur ,
Mais quand du préjugé démêlant l'imposture ,
L'efprit approfondit le fens de la nature ,
Surpris du nouveau jour dont il eſt éclairé ,
Il reconnoît l'orgueil qui l'avoit égaré.
Superbes demi- Dieux , idoles de la Terre ,
Qui tenez dans vos mains le fceptre & le tonnerre >
JUIN. 1747.
79
R₁
cort
es ,.
ras
eurs,
eut
O Rois , de votre fort je ne fuis point jaloux ;
S'il eft le plus brillant , il n'eft pas le plus doux.
Vous qui libres du joug de ces grandeurs pénibles ;
Chéris du Ciel qui veille à vos deftins paifibles ,
Goûtez dans l'innocence & dans l'obſcurité
Les trésors du repos & de la pauvreté ,
Qu'unfort tel que le vôtre à mes yeux a de charmes
!
Vous vivez fans remords, vous mourez fans allarmes
.
Que ce riche traîné dans un char faftueux ,
Et fier d'un bien acquis par les crimes heureux ,
Oubliant aujourd'hui fa premiere baffeffe
Regarde avec mépris l'indigente fageffe ;
L'éclat qui le féduit ne m'a jamais tenté ;
-Je me ris de fon luxe & de fa vanité ,
Et loin de ces faux biens dont le charme l'entraîne ,
Ce qu'il y cherche en vain , je le trouve fans peine ;
De fa prospérité je déreſte les foins ;
Qui n'a point de défirs eft exempt de befoins.
Pour Damis , dites- vous , la Parque moins févere
File exprès de beaux jours qu'aucun trouble n'altere;
Le trifte Dieu du Nord , entouré de frimâts ,
Vient-il par fa préſence affliger nos climats ?
De plus aimables Dieux une troupe folâtre ,
Au jeu , dans les concerts , à la table , au théatre;
Se chargent tour- à - tour d'amuſer ſon loifir .
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
L'hyver fuit . Dans nos champs l'agréable Zéphis
Déja conduit l'Amour à la fuite de Flore ,
Et Céphale allarmé des pâleurs de l'Aurore ,
Pai de plus tendres foins vient ranimér fes feux ;
Le Printems fait éclore & les fleurs & les jeux.
Sous un Ciel toujours pur , loin du bruit de la Ville,
Le fortuné Damis trouve un riant azile ;
La chaîne de fes jours eft celle des plaifirs .
Oui, ce portrait de loin peut charmer vos défirs ,
Mais hélas ! croyez - vous dans votre erreur extrême
Qu'il frappe ainfi Damis , qu'il lui femble le même
Mettez-vous à ſa place & voyez par Les yeux ;
Sous des voiles charmans que d'objets ennuyeux !
Le bonheur n'eft donc point cette folle chimere ,
Cette ombre des vrais biens que pourſuit le vul
gaire ?
A fes profanes voeux fe dérobant toujours ,
Il regne avec la paix loin du faſte des Cours.
Le féjour de cet Etre objet des voeux du monde ,
Eft un lieu défendu par une mer profonde ;
Dirigeons prudemment nos fragiles vaiſleaux ;
Malgré l'effort des vents & les périls des eaux ,
Nous pouvons aborder cette Inle défitée ;
La vertu veille au port & nous promet l'entrée.
Vous cherchez le bonheur ,foyez donc vertueux ;
La vertu , je le fçais , dans des tems orageux ,
JUIN. 81 1747 .
A l'épreuve des maux fouvent livre le fage ,
Mais pour les foutenir ce tranquille courage
Cette noble fierté qui triomphe du fort ,
Des coups de la fortune & même de la mort ,
L'héroïsme en un mot , c'est elle qui le donne .
Mes amis m'ont trahi , l'univers m'abandonne ;
Dans les mains des méchans tous mes biens fone
paffés ,
Mais ma vertu me refte , ô Deftin , c'eft affés.
Le fage ainfi furmonte une infortune extrême ,
Il trouve tous les biens fans fortir de lui -même ;
Plus fort que les malheurs dont il eft combattu ,
Rien n'ébranle fon ame où regne la vertik
Tel Zenon toûjours ferme au fort de fes dif
graces ,
De Néarque en fureur conjuroit les menaces ,
Et vainqueur du tyran & de l'adverſité ,
Même dans fa priſon trouvoit fa liberté.
* C'est un autreque celui qui fut Chef de la Secte
des Stoïciens . Celui - ci étoit d'Elide , contrée du Peloponefe
. Il eft célébre par la fermeté avec laquelle il
foutint les tourmens que Néarque lui fit fouffrir pour
en tirer l'aveu du détail & des complices d'une confpiration
formée contre fa perfonne dans laquelle ce
Philofophe étoit entré.
D Y
82 MERCURE DE FRANCE.
A Mad. de *** , en lui envoyant la piéce
précédente qu'elle avoit demandée à l'Auteur
dans la premiere vifite qu'il eut l'honde
luifaire.
$
S Ans doute , Iris , dans cet ouvrage
Votre goût délicat & fage
Remarquera plus d'un défaut ;
J'euffe mieux réüffi peut-être ,
Si du bonheur de vous connoître
J'avois pû profiter plutôt.
Pour rendre la vertu plus belle
Et lui foumettre tous les coeurs ,
Je n'aurois cû qu'à peindre celle
Dont vous m'offrez les traits vainqueurs,
La montrer des graces parée ,
Des Ris , des Amours entourée ,
Telle enfin qu'elle brille en vous ;
Iris , fous des charmes fi doux'
Qui ne l'auroit point adorée
JUIN. 1747.
$3
LES BEAUTE'S DE LA CAMPAGNE
A Mademoiselle ...
D Epuis peu, chere Iris , arrivé dans ces lieux ,
Lieux dignes de mes vers , féjour chéri des Dieux ,
Sur un gazon naiffant j'exerce ici ma muſe ;
J'emprunte le hautbois du Pafteur qu'Arethufe
Du trop bouillant Alphée évitant les tranfports
Vit fur fes bords fleuris , par de tendres accords ,
Du fiécle paftoral chanter les loix aufteres ,
Les amours des bergers , les graces des bergeres.
Oui , le charme fateur de ces champêtres fons
Fait ceder ma pareffe à de tendres chanſons.
De la timide Eglogue imitant le langage ,
Du coup d'oeil enchanteur qu'offre ce païfage
Ma verve va tracer le fidéle portrait.
Ne crois pas cependant qu'un ſéduiſant attrait
Des beautés que produit la nature fertile ,
Me faffe dédaigner les charmes de la ville ;
D'un doux tranſport envain je me fens enflâmer ,
Loin de toi , chere Iris , je ne puis les aimer ,
Mais je ferois heureux s'il te prenoit envie
D'y goûter avec moi les douceurs de la vie.
Séjour cher à mon coeur , agréable vallon ,
D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
Pour qui le Dieu des vers eût quitté l'Hélicon,
Gracieufe retraite , aimable folitude ,
Tu fçais de mes ennuis calmer l'inquiétude .
Je te vois chaque année avec un doux plaifir
Je n'éprouve en ces lieux ni crainte ni defir ;
Au pied de vos côteaux , dans un terrein fertile ,
Une maifon fournit un agréable azile ;
Dans les productions l'art ailleurs fomptueux ,
S'y joint à la nature & n'a rien de pompeux .
Rares palais dont l'art fait toute la parure ,
Nos hameaux n'offrent point de fuperbe ſtructure,
Mais j'y vis fans remors , exempt de paſſion ,
Et leur féjour fuffit à mon ambition .
Auprès de la maiſon , d'une égale ſurface
S'élevent deux jardins en forme de terraffe ;
La Flore & le Zéphir font naître mille fleurs ;
J'admire chaque jour leurs diverfes couleurs ,
Et foit que dans nos champs du jour l'avant- cow-
Soit
riere
Aux chevaux du Soleil vienne ouvrir la barriere ,
que fortant de l'onde en fon rapide cours ,
Le blond Phébus commence ou finiffe nos jours ,
Sous un ombrage frais qu'arrofent deux fontaines
,
Je brave du Midi les brulantes haleines ;
A l'abri du caprice & des rigueurs du tems ,
Regne dans ce féjour un éternel printems ;
JUIN.
1747 .
Des fougueux vents du Nord la piquante froidure
Ne fçauroit de ces lieux altérer la verdure ;
La neige & les frimats ne s'y font point ſentir ;
A l'envi deux côteaux , pour nous en garantir ,
L'un à l'autre oppófé , s'élevent dans la nuë.
Sur l'un de ces côteaux je promene ma vûë ,
Là des arbres touffus , des chênes toûjours verds ,
S'élevent fierement & bravent les hyvers ;
Ici quelques cantons plus déferts , plus fauvages ;
Fourniffent aux troupeaux d'excellens pâturages ;
Une herbe faine & fraîche y nourrit nos mou
tons ;
Là du tendre berger on entend les chanfons ,
Avec fon chalumeau, couché fur la fougere ,
De fes feux il inftruit la timide bergere ;
Sa Philis d'une main veut cacher fa rougeur ,
Mais les chants du berger font foupirer fon coeur.
Sur cet autre le Dieu qui triompha de l'Inde ,
Ce Dieu toujours ami de Cithere & du Pinde ,
A l'abri des frimats & des noirs Aquilons ,
Enrichit nos hameaux de fes précieux dons ;
Ce côteau cultivé par une main habile ,
De ftérile & champêtre eft devenu fertile ,
Le rocher y produit un fruit délicieux.
Une aimable liqueur , un nectar précieux ,
Coule fur nos preffoirs , & par fon abondance
Du foigneux vigneron feconde l'efpérance.
86 MERCURE DE FRANCE.
Tous les Dieux à l'envi , les Nayades , Cérès , ?
Embelliffent nos prés & dorent nos guérets ;
Leurs bienfaits de ces champs forment la bigarure,
Mais d'un bofquet charmant je te dois la peinture.
Ce champêtre bofquet eft près de nos hameaux ,
Des faules , des peupliers , retraite des oifeaux ,
Confufément épars fourniffent un ombrage ;
J'y viens du roffignol écouter le ramage ,
C'eft-là que j'entretiens mon amoureuſe ardeur ,
Je rends ce lieu témoin des fecrets de mon coeur ,
Je l'inftruis de mes feux , & confie au filence
Les peines, les chagrins, les tourmens de l'abſence.
Un ruiffeau coule auprès , fes jailliffantes eaux
Arrofent à mes pieds de tendres arbriſſeaux ,
Et fuivant de fon lit l'inégale ftructure ,
Ses flots font dans leur cours un gracieux mur
mure.
Ton image me fuit dans cet endroit charmant , '
Endroit fouvent témoin des peines d'un amant ;
Qu'il eft doux de rêver dans ce lieu folitaire ,
Mais qu'il feroit plus doux d'y mener fa bergere !
Au fortir du bofquet , le long de ce ruiſſeau ,
Des arbres arrangés en forme de berceau ,
Prêtans à la nature une pente facile ,
Contre les feux du jour fourniffent un azile .
Je m'égare fouvent dans ces charmans détours ,
J'y vois de cent beautés un aimable concours ;
JUIN. 1747. 87
Τ
Je fuis de près l'Aurore, & dans mes promenades ,
Ici de ce ruiffeau les diverfes calcades
Là des lits de gazon qu'on ne doit qu'au hazard ,
Ailleurs cent nappes d'eau , moins un effet de l'art
Que des varietés qu'enfante la nature ,
Préfentent à mes yeux leur bizarre structure.
Je m'avance ; bien- tôt un féjour gracieux
Difparoît & fait place à de champêtres lieux.
De rochers entaffés le ruftique affemblage ,
Quelques flots écumans dans cet endroit ſauvage ,
Frappent d'abord mes fens d'une fecrette horreur ;
Mon Iris , loin de toi quelle eft chere à mon coeur !
Quelques arbres touffus prêtent à ce lieu fombre
Par cent rameaux épars le fecours de leur ombre.
Sous leur branchage épais le Soleil à mes yeux
Vient porter rarement ſon flambeau radieux ,
Mais cette obfcurité me flate & m'intéreſſe ;
Mon coeur avec plaifir s'y livre à fa tendreffe.
Un ruiffeau bouillonnant , par un charme enchan
teur
Porte de veine en veine une aimable langueur ;
Nonchalamment couché fur fes rives fleuries ,
J'entretiens fans témoins mes douces rêveries ,
Je m'y plais chaque jour , j'y fuis en liberté ,
Et ne goûte que là de pure volupté.
Je tourne ailleurs mes pas , je defcends dans la
plaine ;
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
De nouvelles beautés vont exciter ma veine ;
Je ne fuis plus borné par des objets touchants ;
Un coup d'oeil plus frappant va s'offrir dans ces
champs.
Le ruiffeau dans fon lit devenu plus'tranquile ,
Vient y finir fon cours d'une pente
facile ;
De fes paifibles eaux le limon précieux
Par cent canaux divers fe répand dans ces lieux ;
La nature par tout prodigue ſes largeſſes ,
Et le fleuve voifin augmente ſes richeſſes ;
Pour porter jufqu'aux mers les vins de nos côteaux
Le Rhône nous fournit le fecours de fes eaux
Et ce fleuve étonné ne voit qu'en ce rivage.
Des beautés de la terre un fi rare aſſemblage.
Cependant ces beautés dont mes fens font épris ,
Je les quitte fans peine & vais rejoindre Iris .
Teiffonnier , de Valence, Avocat an Parlement
de Dauphiné.
J.U IN.
1747. 89
EPITRE
Sur l'Opinion.
P Armitant de mortels que le fouverain Etre
Doua des facultés de fentir , de connoître ,
Damon , chacun conçoit & juge à fa façon
Et penſe voir tout feul des yeux de la raiſon.
De fon voile facré couvrant nos injuftices ,
Nous ofons fous fes traits faire adorer nos vices ,
Et fur fon front augufte imprimer la rougeur,
L'homme de fes forfaits lui- même eft le vengeur ;
De fes propres clartés fon ame eft enyvrée ;
Il prétend parcourir d'une marche affûrée
Le fentier ténébreux des noires paffions.
Dans l'horreur d'une nuit féconde en viſions ;
A la fombre lueur d'une foible étincelle ,
A chaque pas qu'il fait , il héfite , il chancelle ;
La mort fous mille afpects le trouble & le con
fond ;
Il tombe enfévèli dans l'abîme profond.
Il rappelle trop tard la raiſon fugitive ;
L'affreux Nocher l'attend fur l'infernale rive.
De nos opinions le folide ou le faux
90 MERCURE DE FRANCE .
Regle de notre vie & les biens & les maux ;
Le bien c'eft la vertu , le malheur eft le vice ;
Leur choix nous fait un fort rigoureux ou propice ,
Mais l'homme toujours fourd à la voix du bonheur
,
Plus fidéle à fes fens , en favoure l'erreur.
La volupté tranquille au fein de la pareffe
Aux exploits éclatans préfére la molleffe.
Groffiffant ſes tréfors par de fordides foins,
L'Avare s'étudie à tromper les beſoins ,
Miniftre malheureux d'un héritier prodigue
Que le choix incertain des dépenſes fatigue.
L'un gémit éloigné du tumulte des Cours ,
Et cet autre languit d'y confumer fes jours.
Chacun de fon penchant fe fait le bien fuprême ;
L'opinion des maux eft plus que le mal même .
Eh ! qu'importe au bonheur , dira cet infenfé ,
Que le vrai dans nos coeurs foit toujours encenfé
De vos fages je plains la pénible folie ,
Qui fait la volupté de la mélancolie ;
Que l'on m'appelle fou , vicieux , j'y conſens ;
Mon mal fait mes plaifirs , ma raiſon fuit mes
fens.
.i
Laiffons-le à fes erreurs ; le charme du menfonge
Eft un fommeil leger & paffe comme un fonge.
Tel que l'on voit au grédes vents impétueux
JUIN.
91 1747.
Se courber le fommet des chênes orgueilleux ,
Telle de nos efprits la fléxible nature
Obéit & fuccombe au gré de l'impofture ;
Monftre qu'en leur fureur ont vomi les enfers
Pour nous faire la guerre & nous donner des
fers ,
Au-devant de fon char le captieux Sophifme
Va portant le tifon de l'affreux pyrrhoniſme ;
La licence effrénée invite les mortels
A lui dreffer par tout de coupables autels.
Sous le mafque des ris on voit l'effein des vices
Verfer le noir poiſon de leurs fauffes délices ;
Les remords , les ennuis , fatellites affreux ,
Suivent le char couvert d'un voile ténébreux.
Leurs fanguinaires mains de ferpens font armées,
Et leur bouche vomit de mortelles fumées.
Cette fille du Styx par cent charmes divers
Du venin des erreurs infecte l'univers ;
Son regard éblouit ; fa voix enchantereffe
En flatant les humains les plonge dans l'yvreffe.
L'horreur fuit de bien près la douceur du poifon :
Dans un jufte milieu découvrant la raiſon ,
Surpris du nouveau jour , de fes clartés fublimes ,
L'homme voit malgré lui la honte de ſes crimes ;
Il veut fe fuir par tout, & fe trouvant toujours
Les foucis dévorans vont affiéger les jours.
91 MERCURE DE FRANCE .
La feule vérité , cette fille immortelle ,
Nous trace du bonheur la peinture fidelle ;
Telle eft de fon miroir la divine fplendeur
Qu'on y voit les vertus & les vices du coeur.
Le coupable eft puni d'y trouver ſon image ;
Les Cieux y font ouverts pour les regards du ſage .
Şans remords , fans dégoûts , connus par leurs
attraits ,
Les plaifirs & les jeux habitent fon Palais.
L'innocence & la paix , fes compagnes naïves ,
Inspirent des ardeurs auffi pures que vives.
C'eſt- là que la vertu comblant tous ſes ſouhaits ,
L'homme apprend du bonheur les importans fe-
Grets.
Le Ciel nous créa tous voyageurs fur la terre ;
Rois , bergers , nous courons dans la même cars
riere ;
Nous payons à la mort un ſemblable tribut ,
Mais des fentiers divers nous conduisent au but
L'atteindre fans regret & fans inquiétude ,
C'eft la tâche du fage & fa béatitude ;
Il fuit de la raiſon l'irrévocable loi ;
Il réprime fes fens , & leur commande en Roi ,
Sevére pour lui feul , vertueux fans rudeffe ,
Et l'ami des humains , la folâtre jeuneffe
Le verra partager ſes innocens plaifirs.
JUIN.
23 1747.
Toujours riche en vertus ,
& fobre en fes defirs
Ni l'éclat des tréfors , ni l'affreuſe indigence,
N'alterent de fon coeur la paifible innocence,
L'inutile loifir , la folle ambition ,
Excitent fes mépris & fa compaſſion ;
Se connoître lui-même eſt toute ſa ſcience
Et l'austére raifon tient fa jufte balance.
Profitant des vertus & des vices d'autrui ,
Cet univers ne femble être fait que pour lui,
Idoles de l'erreur , héros dont la victoire
T
Grava les noms fameux au temple de Mémoire ,
Par la feule vertu placés à votre rang ,
Dépoüillez devant lui votre éclat impoſant,
Un Roi , l'amour du peuple & l'honneur de la
terre ,
Un Roi, grand dans la paix, s'arme de fon tonnere
Pour vaincre & pardonner à l'exemple des Dieux,
Tel eft le vrai héros , tel un jour nos neveux
Apprendront en lifant les faſtes de notre âge ;
Que le plus cher des Rois fut auffi le plus fage.
Ses dignes Succeffeurs toujours victorieux
Apprendront par fon regne à faire des heureux,
Les maîtres d'ici -bas que l'univers encenfe
A l'égal de fes Dieux dont ils ont la puiffance ,
Deviennent nos égaur dèflors qu'ils ne font plus ;
Leur nom , s'il regne encor , regne par les vertus.
94 MERCURE DE FRANCE.
Leur exemple eft pour tous un commun héritage ,
Plus folide cent fois que cceux dont le partage
Allume le flambeau de nos diffenfions.
C'est ainsi que le fage en fes opinions
Se fait des vérités une longue habitude ,
Et la félicité couronne fon étude .
L'illufion finit ; on a vêcu long- tems ,
Et l'on donne aux regrets le dernier des inftans.
V. D. F.
Nantes le 17 Avril 1747.
宗宗宗宗: 宋宗宗:宗宗宗宗慈
FABLE.
E Ole & le Soleil eurent un differend ;
Chacun d'eux prétendoit avoir le premier rang ,
Lorſque le Dieu des vents tout bouffi de colére
Adreffe ce difcours au Dieu qui nous éclaire.
» Quelles divinités auffi minces que toi
Oferoient bien , dit- il , fe comparer à moi ?
» On refpire mon air aux quatre coins du monde ;
Mon empire s'étend fur la terre & fur l'onde ,
» Mais ce n'eft . encor rien , mon fouffle corrompt
tout ;
» Il n'eſt rien ici bas dont je ne vienne à bout.
JUIN.
95 .
1747 .
Je difpofe des vents , j'excite les orages ,
» Et la mer où je regae eft celebre en nauffrages.
Veux- tu fçavoir encor , petit Dieu , qui de nous
» Sçait porter aux mortels les plus funeftes coups
Ces vaiffeaux que tu vois faire gémir Neptune
Ne te femblént - ils pas conduits par la fortune ?
» Les vois-tu par mon fouffle élevés dans les airs
» Et périr en tombant dans les flots entr'ouverts à
Je vois dans les jardins de Pomone & de Flore
» Des fruits que ta chaleur prend foin de faire
» éclore ;
Ces fruits , fi je voulois , dans l'inftant defféchés
Languiroient triftement fur la terre couchés.
Peut-être ces difcours paffent- ils pour frivoles
»Comme je ne veux point te payer en paroles ,
Pour rendre tes efprits contens & fatisfaits ,
Je veux pour te confondre , en venir aux effets
»Vois-tu ce cavalier au milieu de la plaine ?
Eh bien ! veux-tu gager que fans beaucoup de
peine ,
כ כ
Je vais du premier bond arracher fon manteau
» Si tu veux , nous verrons qui le vaincra plutôt. «
Le Soleil le veut bien , & rit de fa folie.
Eole fur le champ des antres d'Eolie
Dorne ordre de fortir au plus fier des enfans
Que le Nord redoutable ait porté dans fes flancs.
Il voit mon cavalier & fond avec furie ,
OF
96 MERCURE DE FRANCE.
Mais plus l'homme tient bon , plus fa rege eft
aigrie ;
Il gronde , il fe déchaîne , il fe tourmente envain
Bref, tous les grands efforts fe réduisent à rien.
Phébus de fes regards diffipe le nuage ,
Il échauffe tant l'air que l'homme eft tout en
nage ;.
Son manteau l'embarraffe ; il l'ôte au même
inftant ,
Il n'y fut toutefois contraint que doucement .
Voici ce que pourroit renfermer ma fentence ;
douceur , & rien par violence.
On a tout par
ALLEGRAIN , de Montfort Lamauri.
င်းခြင်းခြင်း ခြင်း၊ မြင်းခြင်းခြင်းခြင်းခြင်းခြင်းခြင်း မြင်းပိုင်းခြင်း ၊
VERS à Mlle ***.
Pour vous féchir , trop aimable Thémire j
Il me faudroit les fons intéreffans
Du divin Maitre de la lyre ,
Dont les accords attendriffans
Peuvent toucher par un charme fuprême
Les rochers même ;
Mais non ... votre rigueur
Eft invincible ;
Ne fçais-je pas que votre coeur
Eft mille fois plus infenfible ?
J.J. S .... Etudiant en Médecine.
Les
JU.IN. 97 747.

Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Mai font mouchoir , papier
, la lettre T, panier & Logogriphe , dans
lequel on trouve Gogo , or , Po , Loire , Golo,
riviere de Corfe , Lope , Cap d'Afrique ,
oie , orge , Orgie , pore , poil , gloire , ire ,
horloge , gril , Poge , gog , dans l'écriture
Lohr , en Thuringe , Log , mefure des an
ciens , Pile, ville d'Elide, ogre , loge , poire,
péril , Logre , terme de Coûtume , Lo ( S. )
Roi , Loo , gor , Loi , Lop , Defert de Tar
tarie & Lire.
JB
ENIGME.
E vais partout ; l'on ne m'a jamais vù ;
Lecteur , admire ma nature.
Bien que je fois un ſimple individu ,
L'on me dit quelquefois double ; c'est une injure
On me poffede encor lorſque l'on n'a perdu ;
Je fuis grand & petit , foible , fort , plat , aigu ,
( Je ne dis en cela rien que de vrai , j'en jure )
Obſcur & clair , fin , groffier >
Mauvais & bon , pefant , leger ,
Bas , fublime , profond , fuperficiel , rare ,
Cependant bien commun ; du genre mafculin ;
1. Vol.
da
E
98 MERCURE DE FRANCE.
En vérité l'on peut m'appeller féminin .
Devine moi , Lecteur ; fans bouger je m'égare.
J. J. S. Etudiant en Médecine.
AUTRE.
J'Ai vú , Lecteur , & je le vois encore
Certain endroit femé de fleurs
De toute efpece & de toutes couleurs ,
Qu'une main fage a fait éclore ,
L'arrangement & la variété
En forment toute la beauté.
Des curieux d'une ardeur fans feconde
Les font venir des quatre coins du monde.
L'été , l'hyver , l'automne , le printems,
Sont la même choſe pour elles ;
Toujours également nouvelles ,
Elles ne craignent rien des tems ,
Et les belles font toujours belles.
Quel est donc cet endroit charmant
Ou je trouvai tant d'agrément
Ce n'étoit jardin ni parterre ;
Cela t'étonne , mais qu'y faire ?
Si tu me vois , tu me tiens fûrement.
D.G. à Châlons-fur-Marne,
JUIN.
99
1747.
ENIGME -
LOGOGRYPHIQUE.
Tous lesjours on m'appelle Saint
Dieu , minéral , livre , Planette ;
Partout on me lit , on m'achette ,
On me confidere , on me peint,
Ces Vers font pour toi de l'Arabe ,
Tout gît pourtant dans un feul
Sans changer la moindre fyllabe ,
Si tu me lis …….. mais j'en dis trop .
Q
mot;
Par le même.
AUTRE.
Uel eft celui que le tombeau
Renvoya jadis fur la terre ,
Et que les enfans de la terre
Vouloient renvoyer au tombeau

Par le même.
Too MERCURE DE FRANCE.
ESIDESTACATAGAPAGAGAGAGA
EPITRE
A Mademoiselle de la Florenciere l'aînée ,
en réponse à fes Vers inférés dans le Mer
cure de Mai dernier , par M. des Forges
Maillard , Affocié de l'Académie des Bel
les-Lettres de la Rochelle,
L
'Aurore en nos jardins ,Florenciere obligeante
Ne fait point éclore de fleur ,
Dont la délicieuſe odeur
Ne cede au doux parfum dont ta Mufe m'enchante
Mais j'éprouve fur tout un vrai contentement ,
Quand ta main féconde & légere
Joint dans fes jolis vers Maillard & Soriniere ,
Qu'une amitié folide unit étroitement.
Soriniere dévoit précéder poliment ,
Mais la rime m'engage à ce dérangement.
Peut-être , agréable Uranie ,
Ne t'a-t'on pas conté qu'un effain de jaloux
M'imputoit follement une maligne envie
Des éloges qu'on donne à fon noble génie ,
Et vouloit femer entre nous
Le poifon de la zizanie ?
Qu'a produit cependant leur habile induſtrie
JUIN. 101 1747 .
Par un fuccès contraire encor mieux affermis ,
D'amis que nous étions , nous fommes très - amis ,
Et nous rions en paix de leur trifte furie.
En effet Soriniere eft un homme excellent ,
Bel efprit, plein d'honneur , ami tendre & prudent,
Que j'aimerai toute ma vie.
Ainfi puiffe l'Amour , çe petit Dieu vainqueur ,
Tromper , s'il entre dans ton coeur ,
Des pâles envieux la fubtile malice !
Mais veux.tu que du mien je te tråce un efquiffe
Tuvas, fans m'avoir vû , me connoître aujourd'hui
Auffi fimple que la Fontaine ,
Et moins ingénieux que lui ,
Je fuis en liberté le penchant qui me mene,
Et ne fçais qu'applaudir au mérite d'autrui.
Peu fouffrant toutefois , quand un brutal me gêne,
Qu'un faquin revêtu dont l'ame eſt toûjours vaine ,
Me méprife , trop fier de fon brillant étui ,
Ou qu'un noir détracteur par les diſcours m'a nui,
Ma bile en ce moment s'allume avec ma veine ;
Je petillé d'écrire , & je fens qu'Apollonpour
les cas preffans , armé d'un éguillon.
M'a pour
Mais avant d'achever cette Epitre & l'hommage ,
Florenciére , que je te dois ,
Je vais te régaler d'un galant badinage ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
Que cherchant à fixer mes erreurs & mon choir ,
Je fis à la fleur de mon âge.
J'en voulois à quelqu'un de qui l'oeil dangereux
Troubloit de mes deffeins le concert amoureux.
Sans fes rapports cruels ma Chloé jeune & fage ,
Senfible à ma conftance eût couronné mes feux.
Je fis donc ces couplets , que dans leur doux ramage
Tâcherent d'imiter les oifeaux du bocage ;
Ils ,font fur cet air fi touchant ,
Les bergers de notre Village , &c. *-
Daigne les embellir des graces de ton chant..
Berger, qui ne fçus jamais plaire ‚
Pourquoi troubles- tu nos plaiſirs, ?
LeTems fuitfur l'aile légere
Des Zéphirs ,
Et nous invite à fatisfawre
Nos défirs.
Unjaloux qui veut tout connoître,
Eft toûjours occupé d'autrui ;
Du bonheur qu'il voit il fent naître
Son ennui ;.
Et croit en vain que tout doit être.
Fait pour lui.
* Sur l'Air , les Bergers de notre Village valens:
bientous ceux de la Cour , &c.
JUI N. 1747. 103
Ainfi dans ma douleur extrême ,
Je me vengeai de lui par ce trait décoché ;
Nimphe charmante, adieu , je t'eftime & je t'aime ,
Pardon , mais le mot eſt lâché.
Bretagne , au Criofic , ce 24 Juin 1747.
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX- ARTS , &c.
PNEU
NEUMATICO-PATHOLOGIA, feu
tractatus de flatulentis corporis humani
affectibus. Auctore Francifco de Paula
Combalufier , & c. Parifiis , in- 12 . 1747
apud Joannem deBure.
Cet ouvrage a obtenu les fuffrages de
tous ceux qui font en état d'en juger , &
nous annonce un grand Médecin . Il eft dédié
à M. l'Abbé de Bernis Chanoine &
Comte de Brioude , de l'Académie , dont
les talens , les moeurs douces & aimables ,
& la politeffe ont réuni les fuffrages de
tous les juftes appréciateurs du vrai mérite.
RECHERCHES fur la Langue Latine ,
principalement par rapport au verbe & à
E iiij.
304 MERCURE DE FRANCE.
la maniere de bien traduire . Paris 1747 ,
2 vol . in- 12 , chés Valeyre & Nic. F. le
Clerc.
Le titre de ce livre annonce affés fon
objet & l'utilité dont il peut être. L'Auteur
employe une des parties de fan livre
à montrer qu'il n'y a point d'expreffions .
tout-à- fait fynonimes entr'elles dans la
Langue latine , c'eft ce que M. l'Abbé Girard
a établi il y a plufieurs années pour la
Langue Françoife dans un ouvrage généralement
eftimé , & ce fyftême doit être
admis également pour le Latin , pourvû
que ce foit avec quelques modifications.
Car pour qu'il foit vrai que les mots qui
femblent les plus fynonimes ont une figuification
differente , & qu'en quelques
cas on parleroit improprement en mettant
l'un pour l'autre , peut-être feroit- ce
pouffer trop loin cette opinion , que d'en
conclure qu'il n'y ait aucune occafion où
il foit indifferent de mettre l'un ou l'autre.
Or cela étant , & même le nombre de ces
derniers cas étant le plus grand , il y a des
fynonimes , fi l'on entend par cette expreffion
, non des mots qui fignifient
exactement la même chofe , mais des
mots qui en beaucoup de cas peuvent être
employés indifferemment , on conviendra
aifément que cela doit être , fi l'on con
JUIN
1747. · 105
fidére que les idées des hommes fe variant
à l'infini , & le nombre des mots étant
limité , & même la plupart de ces mots
n'exprimant dans leur origine que des
actions ou des chofes matérielles , & ayant
acquis depuis une fignification détournée
& métaphorique pour exprimer les fentimens
& les penfées , on ne s'exprime
fouvent que par des à peu près , que par
conféquent il y a bien des cas où plufieurs
mots font fynonimes, quoiqu'ils ayent quelque
difference entr'eux , parce que ne faifant
qu'approcher de l'idée ils peuvent
quoique differens en approcher à un égal
degré.
L'Auteur de cet ouvrage a fur les traductions
des opinions rigoureufes qui trouveront
plus d'un contradicteur ; il voudroit
qu'un traducteur s'aftreignit à rendre
exactement tous les tours , toutes les
métaphoresde fon original; c'eftun préjugé,
felon lui , de croire que le genie de notre
Langue s'y refuſe , & il n'attribuë cette
opinion qu'à l'incapacité & à la pareffe
des traducteurs ; on avoit crû jufqu'à préfent
que traduire un Auteur mot à mot ,
ainfi que le veut l'Auteur , & c'eft la même
chofe , on avoit crû , dis-je , que c'étoit la
façon la plus fure de le défigurer. Certainement
quand l'Auteur a avancé cet
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
étrange paradoxe , il n'a pas fait affés d'attention
& à la diverfité du genie des Langues
, & aux caufes qui forment les differens
caractéres de ce génie .
Beaucoup de tours , beaucoup de façons:
par les métaphoriques , n'ont par euxmêmes
aucune analogie,du moins connue ;
femblables , aux façons de parler proverbiales
dont quelques uns peut-être ont été
tirés , ils ont d'abord paffé en ufage à la
faveur de la relation qui les avoit fait
naître , & depuis , leur origine étant oubliée
, la tradition qui fait l'autorité dans
les Langues les a confervés , le génie des
Langues ne dépend pas de cette caufe feule,.
car les moeurs d'une nation , les matieres:
qui ont été traitées les premieres , le tour
d'efprit des premiers hommes qui ont
écrit dans une Langue , y influent auffi
beaucoup , or toutes ces chofes étant differentes
chés toutes les nations , il eft clair
qu'en beaucoup d'occafions le traducteur
qui voudra rendre tour pour tour , & métaphore
pour métaphore , courra rifque de
faire de grandes bévues , car en traduifant
telle métaphore qui étoit excellente.
chés les Romains , foit parce qu'elle étoit
confacrée , foit parce qu'elle avoit rapport:
ou à un ufage connu ou à un proverbe ,
cette même métaphore paroîtra inintelliJUIN.
1747. 107
gible ou ridicule à une autre nation. On
peut dire aux traducteurs l'esprit vivifie ,
la lettre tue. L'Auteur en fournit lui même
une preuve en traduifant ce vers d'Hora
ce. Cur ego , fi nequeo , ignoroque , Poëta
falutor ? Pourquoi , traduit - il , fi je ne fuis
pas capable d'une contention d'efprit fuffifante,
pourquoi veux-je êtrefalué ainsi qu'un bon Poc
te ? Ce falutor qui eft élegant dans Horace
ne fait-il pas ici un fort mauvais effet quand
on le rend en François par pourquoi veux→
je être falué ; fi l'on eût traduit , pourquoi
prends-je le nom de Poëte ? on eût vraiſemblablement
rendu mieux & plus exacte--
ment la penſée d'Horace , je dis exactement
, car la vraie fidélité d'une traduction
confifte à conferver autant qu'il eft:
poffible les graces & l'élegance de l'original
. Ne feroit ce pas s'exprimer plus rai--
fonnablement que d'impofer à un traduc
teur la loi de fuivre pas à pas fon original ,
d'être fimple lorfqu'il l'eft , métaphorique
lorfqu'il fe fert de cette figure , de s'élever
, de s'abaiffer à mesure qu'il s'abaifle
ou s'éleve ? Mais de chercher dans fa Lan--
gue des tours qui puiffent rendre for idée ;,
fans s'attacher à rendre mot à mot un tour
ou une métaphore , qui dans une autre
Langue ne peut plus quelquefois être entendu
, en un mot un traducteur doit fe
7
Evj1
108 MERCURE DE FRANCE.
*
dire à lui-même , fi l'Auteur que je tra
duis avoit écrit dans ma Langue , comment
auroit-il rendu fon idée ? C'eſt fans doute
ce que penfoit Ciceron dont le fuffrage
n'eft pas auffi favorable au nouveau fyftême
que l'Auteur fe l'imagine. Ciceron dit
dans le paffage cité qu'il a traduit en Orateur
plutôt qu'en traducteur , non ut interpres
, fed ut orator , deux difcours
d'Efchine & de Demofthene , qu'il a
confervé les pensées & les formes fous lefquelles
elles font préfentées , formes qui
font pour ainfi dire leur figure , mais qu'il
s'eft bien gardé de les rendre mot à mot ,
qu'il s'eft contenté de faire paffer dans fa
traduction la force & l'efprit de l'original ,
plus occupé de rendre aux lecteurs le
même poids de chofes , que le même nombre
de mots ; il nous femble que tout
homme qui voudra péfer fans prévention
les paroles de Ciceron , trouvera qu'il n'eft

* Converti enim ex Atticis duorum eloquentiffimorum
nobiliffimas orationes inter fe contrarias Æfchinis
Demofthenifque , nec converti ut interpres , fed ut
orator , fententiis iifdem , & earum formis tanquam
figuris verbis ad noftram confuetudinem aptis , in
quibus non verbum pro verbo neceffe habui reddere
fed genus omnium verborum vimque fervavi ; non
enim ea me annumerare lectori putavi opportere , ſed
tanquam appendere. Cic. de opt. gen . Oratorum .
n. 14.
>
JUI N. 1747. 100
point fi favorable au fentiment que nous
combattons.
Au reste quoiqu'en cette partie nous
ayons pris la liberté de combattre l'opinion
de l'Auteur , nous n'en fommes pas
moins difpofés à rendre juſtice à fes lumieres
, à la clarté de fa méthode & à fes
connoiffances étendues . Ce livre peut être
utile aux jeunes gens , il paroît que l'utilité
publique a été l'objet principal de l'Auteur,.
& il doit être content du fuccès de fes
foins. Sa rigidité même fur les loix de la
traduction n'annonce qu'un plus grand
defir de la perfection , & plus d'attention
& de foin pour y conduire fes difciples .
DICTIONNAIRE Géographique por
tatif , traduit de l'Anglois de Laurent
Echard , par M. Vofgieu Chanoine de
Vaucouleurs. Paris 1747 , Paris 1747 , in- 8 ° . chés
Didot.
Le nom de l'Auteur Anglois déja connu
avantageuſement en France par fon Hiftoire
Romaine forme un préjugé bien
favorable pour ce nouvel ouvrage qui a
été traduit fur la treizième édition faite à
Londres. La commodité de fa forme a
fans doute contribué à en faire enlever un
fi grand nombre d'exemplaires ; il eſt intitulé
en Anglois , l'Interprête des nouvelles
ro MERCURE DE FRANCE .
des lifeurs de Gazettes , & on y trouve
tout ce qu'il eft poffible de defirer dans un
livre qui eft portatif, & tout ce qui eft
neceffaire pour entendre les livres , foir
Hiftoires , foit Voyages que l'on a fous les
yeux. Quelque petit que foit l'efpace , on
a trouvé moyen d'y raffembler les noms
François & Latins de tous les lieux , &
même de quelques- uns oubliés par la
Martiniere , les qualités de la ville dont
on rapporte le nom , c'eſt à dire fi elle eſt
belle , grande , forte , riche , &c. en quel
Pays , Royaume ou Province , auprès de
quelle riviere ou montagne elle ett fituée ,
elle eft Capitale , Epifcopale , Duché ou
Comté , de quel Prince.elle eft fujette , fi
elle eft fameufe par quelque Concile , traité
ou bataille , quel art & quels ouvrages la.
diftinguent , quels grands hommes elle a
produits , enfin fa pofition aux quatre
points du monde , fa latitude , ſa longitude
, & c. Le traducteur a fait des changemens
confidérables
, tant pour ajouter
que pour corriger quelques erreurs . On
conçoit aifément que la plus grande partie
de ces changemens regardent la France.
Il s'eft fervi des meilleurs guides pour
rectifier les fautes de fon original , & il nous
préfente cet ouvrage dans un état de perfection
, où il n'eft point en Angleterre ,
JUIN.. 1747%
malgré fon grand fuccès ; on peut le regarder
comme un extrait fait avec foin de
tout ce que nous avons de meilleur fur la
Géographie , tant en livres qu'en cartes..
Tout le monde n'eft pas à portée d'acheter
le Dictionnaire de la Martiniere , &
d'ailleurs ce grand nombre de volumes eft.
difficile à déplacer ; ce nouveau Dictionnaire
plus commode par fa forme , puifque:
ce n'est qu'un in-8 ° . de forme ordinaire ,
peut le porter par tout . Dans le nombre des
articles que nous avons parcouru , nous:
n'en avons trouvé aucun où l'Auteur ne
donnât toutes les connoiffances topogra
defirer fur les lieux.
phiques que l'on
L'on peut
dont il parle.
LES Entretiens für les Coméres dont:
hous annonçâmes le titre le mois paffé ,.
ne font point la production d'un Phyficíen
attaché au fyftême moderne. Perfonne
n'ignore que prefque tous les Aftronomes
Groyent aujourd'hui que les Cométes font
des Planettes tournantes autour d'un autrê
Soleil que le nôtre , lefquelles décrivent
autour de cet Aftre une éllypfe immenſe
dont une portion paffe dans notre monde
& approche de notre Soleil . Ce fyftême.
que M. de M. expofa dans fa lettre fur la
Cométe de 1743 , trouve ici un contras
112 MERCURE DE FRANCE.
que
dicteur qui l'attaque avec toutes les forces
d'une imagination vive. Les interlocu
teurs introduits fur la fcéne font une femme
& un homme qui l'inftruit , & lui expofe
le fyftême des tourbillons. L'Auteur
a eu foin de répandre fur ces matieres férieufes
un enjouement qui lui eft propie ;
felon lui les Cométes font formées de
parties du troifiéme élement de Descartes ,
qui s'accrochent & s'affemblent par hazard ,
En un mot , dit-il , les Cométes font à
peu près dans le tourbillon du Soleil ce
les nuages
font dans le tourbillon de
la Terre. Nous ne le fuivrons pas dans tous
les raifonnemens qu'il déduit fur cette
matiere avec le badinage qui caractériſe fon
ftyle , c'eft furtout dans la defcription des
accidens qué peuvent caufer les Cométes.
que fon enjouement & fa legereté brillens
davantage ; c'eſt dans le livre même qu'il
faut voir comment , fi la Cométe rencontroit
la Terre ou la Lune , il y auroit un
beau combat. La Lune feroit vraisemblablement
victorieuse , & lui feroit laiffer fur le
champ de bataille une bonne partie de fa chevelure...
Nous verrions la Cométe s'en retourner
, je crois , bien honteuse d'avoir ainſi
perdu à la bataille on fa barbe ou fa quenë…….
Il pourroit arriver auffi que la Cométe remportas
l'avantage.... Alors nous verrions la
JUIN. 1747. 11 }
pauvre Lune voler en éclats, comme une bombe
qui crêve en l'air. Il y a beaucoup d'endroits
écrits avec cette élegance , & même qui font
fortfupérieurs à celui- ci ; leur longueur nous
a empêchés de leur donner la préférence..
L'Auteur ne croit pas tout-à-fait comme
l'Abbé de Molieres , que les montagnes
de la Terre font autant de Cométes qui s'y
font attachées , mais il eft très- perfuadé que
les montagnes les plus hautes ont été des Comé
tes, & que les autres leur doivent leur origine.
Quoiqué cette opinion ne foit pas adoptée
par tous les habiles Aftronomes , nous
nous garderons bien de difputer férieuſement
avec l'Auteur. L'univers eft livré
aux fyftêmes des hommes , tout le monde
eft maître de dire fon avis , & la vraie
conftruction du monde eft une énigme fi
impénétrable , que ceux qui paroiffent le
mieux raifonner ont un bien foible avantage
fur ceux dont ils détruifent les opinions.
Sans adopter les fentimens de l'Auteur ,
nous avons lû fon livre avec plaiſir ; il a
voulu égayer la matiere & divertir fes lecteurs
, tous ceux qui liront fon livre dans
l'efprit convenable trouveront qu'il y a
parfaitement réuffi .
LE PETIT DICTIONNAIRE DU TEMS
pour l'intelligence des nouvelles de la
# 14 MERCURE DE FRANCE.
guerre , &c. vol. in - 12 . feconde édition ,
dédiée à S. A. S. M. le Prince de Condé,
Par M. l'Amiral. A Paris , chés Ph . N.
Lottin & J. H. Butard , Imprimeurs Librai
res rue S.Jacques proche S.Yves a la Vérité.
La premiere édition de ce livre renfermoir
la defcription des contrées , villes
& places fortes qui font depuis quelques
années le théâtre de la guerrre , avec un
recueil des principaux termes de la fortification
, de la guerre , de la Marine & de
la Géographie. Cette édition a été épuisée
en fort peu de tems.
L'Auteur vient d'en donner une nouvelle
qui eft beaucoup plus ample. Le
recueil des termes de la fortification de la
Marine , & c. eft augmenté, de plus d'un
tiers , & il eft accompagné de deux planches
en taille douce , dont l'une repréſente
une place munie des differens ouvrages
qu'on employe à la fortification des villes,
& l'autre un vaiffeau avec ſes mats , voiles,
manoeuvres , pavillons , & c.
Dans deux petits articles qui font à la
fuite de ce recueil l'Auteur traite des
dignités militaires & de celles de la Marine.
Il y indique les principales fonctions
de ceux qui y font élevés .
Le Dictionnaire topographique qui eſt
l'objet principal du livre eft auffi confide
JUIN. 1747.
rablement augmenté. On y a inferé toutes
tes Provinces & les Villes qui font expo-
-fées aux guerres que les François peuvent
avoir avec leurs voifins , & tous les lieux
qui viennent d'être illuftrés par quelques
actions de la guerre préfente , comme Fontenoy
, Raucoux , Culloden , Molwitz ,
&c.
Mais ce qui rend cette édition beaucoup
plus intéreffante
que la premiere
,
c'eft qu'on trouve à l'article particulier
de
chaque ville un abregé chronologique
des
differentes
révolutions
qui y font arrivées
depuis plus d'un fiécle , les fiéges qu'elle a foutenus
, les blocus & bombardemens
qu'elle a foufferts , & les actions qui fe font données fous fes murailles
.
>.
"Ce livre eft comme le Théâtre des
Guerres de la France. H renferme d'ail-
» leurs les expéditions des guerres de Louis
XIV , celles de la guerre de 1733 en
» Italie & en Allemagne , celles de la
guerre préfente dans les Ifles Britanni-
» ques, dans les Pays- Bas , dans la Savoye,
» dans le Piémont
, dans la Lombardie
&
dans les differentes
parties de l'Allema-
» gne ; c'est-à-dire qu'il renferme
ce qu'il
» y á de plus intéreffant
dans notre Hif
» toire , & l'on pourroit
prefque
l'intitu
mler : Le Théatre
Hiftoriographique
des
# 16 MERCURE DE FRANCE,
Guerres de Louis le Grand & de Louis le
»Bien- aimé.
PRIX proposés par l'Académie Royale
d'Angers pour l'année 1748.
Académie Royale d'Angers propofe pour pri
maux ne deviennent- ils électriques que par communication
? Pourquoi ne le deviennent- ils pas par les
moyens dont on fe fert pour rendre les autres corps
électriques ? Et pour prix d'éloquence ou de poësie,
Le progrès des beaux arts fous le Regne de Louis XV.
On laiffe la liberté de traiter ce dernier fujet en
profe ou en vers. Les deux prix font deux médail
les d'or de la valeur de 200 liv . chacune , données
par Meffieurs les Académiciens . L'Académie proclamera
les deux pièces qui auront remporté le
prix le Mardi 11 Juin 1748.
Toutes perfonnes pourront afpirer aux prix , on
n'excepte que les membres de l'Académie. Les
differtations de Phyfique pourront être en François
ou en Latin , les piéces d'éloquence ou de
vers feront en François & n'excéderont pas une
demie heure de lecture ou environ ; on ne recevra
aucune differtation ni aucune piéce après le dernier
jour de Mars. Les Auteurs mettront à leurs
ouvrages une fentence ou devife & y joindront
un billet féparé & cacheté , où feront avec cette
même devife leur nom , leur qualité , & leur
adreffe . On n'ouvrira que le billet de ceux dont
l'Académie couronnera les ouvrages.
Les paquets feront affranchis de port & adreffés à
M.Menon Docteur en Théologie, Secretaire perpétuel
de l'Académie, au Collège de Bueil à Angers;
JUIN
I 1747.
Le Sr de Breffon donne avis au public qu'il fais
vend differens ouvrages en caracteres & lettres
imitant ceux d'impreffion , en deffeins , lettres
financieres & à traits de plume , chiffres , notes de
plein chant , vignettes en bordure pour le papier
a lettres , figures d'animaux , écutions , accompa
gnemens & fupports d'armoirie , vignettes en rofettes,
en culs -de-lampe & autres pour l'ornement
des livres d'Eglife , bouquets courans & détachés
noms en chiffres & autrement , le tout découpé à
jour fur plaques de cuivre .
Ces ouvrages font entre autres utiles pour des
livres d'Eglife , aux Marchands , dans les Bureaux
pour faire des étiquettes , des titres de regiftres &
autres , & pour écrire mieux qu'avec la plume,
Ces mêmes ouvrages font curieux & amuſans,
puifqu'avec plufieurs vignettes on deffine &
exécute facilement differens ornemens en plufieurs
couleurs , ce qui fe fait après avoir pofé fa plaque.
fur le papier , en paffant deffus une broffe humec
tée de noir ou de couleur.
Le Sr de Breffon qui demeure à Paris ruë des
vieilles Etuves S. Martin près la rue Beaubourg
chés le fieur Lemort , Marchand Tabletier au petit
More , donnera aux perfonnes qui lui écriront tous les
éclairciffemens convenables , en y joignant des impreffions
de fes ouvrages.
Le fieur Muller , Graveur d'armoiries fur pier
res fines , & qui a eu l'honneur de faire un Cachet
au Roi , dans le tems que Sa Majeſté étoit à
Strasbourg, eft venu s'établir à Paris , par le confeil
& fuivant les défirs de plufieurs perfonnes de dif- .
tinction qui aiment & protegent les Arts. Il loge
rue des Cordeliers , près la Comédie Françoife , à
P'Hôtel de Médoc.
118 MERCURE DE FRANCE.
372 56 505 60% 50% 50647 : 3%
RECIT DE BASSE
P Rêt à defcendre au féjour ténébreux ,
Je veux fur un tonneau terminer ma carriere ,
Et braver ſeul dans ce réduit affreux
Du Dieu des morts la fureur meurtriere.
Le verre en main , je vais affronter du Deftin
La rigueur aveugle & barbare ,
Et porter , s'il fe peut , jufqu'au fond du Ténare
Le charme de l'yvreffe & les vapeurs du vin.
:
SPECTACLES.
L'AcadémieRoyale de Mufique a inter- rompu le Concert Spirituel des Tuilleries
pendant l'été.
Elle continue fur fon Théâtre du Palais-
Royal les repréſentations très-applaudies
du ballet de l'Europe Galante dont elle a
retranché l'acte Eſpagnol le vendredi 2
Juin. Mlle Romainville a quelquefois
doublé Mlle Chevalier dans l'entrée
Turque & a mérité les fuffrages du public,
$3.
THEN
PUBLIC
L ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
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242
din
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cond
La
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plaide
Juges
Ell
premie
Free
P
blica
prifont
LeA
JUIN.
119
1747.
L'aimable & jeune Doris enchante toujours
les fpectateurs par la vérité , le fen
& la grace de fon action .
Le menuet & la forlane danfés par
M. Dupré font toujours le même plaifir ;
M. Levoir & Mlle Lionois fe fignalent
par leur légéreté.
Mlle Camargo , Mlle Dallemand &
Mlle le Breton , fe diftinguent à leur ordinaire.
Enfin tous les Acteurs rempliffent parfaitement
leurs rôles & contribuent à la
réuffite très-méritée de ce charmant ouvrage.
La Comédie Françoiſe a donné le mercredi
17 Mai la premiere repréſentation,
de Vanda Reine de Pologne , Tragédie qui a
été applaudie . On en parlera dans le ſecond
volume du mois de Juin .
La Comédie Italienne a repréſenté le
famedi 20 Mai l'Avocat fans étude , piéce
Italienne en un acte. Ce pauvre Avocat n'a
plaidé qu'une fois & n'a pas féduit fes
Juges.
Elle a donné le vendredi 26 Mai · la
premiere repréſentation de La prifon defirée
, piéce Italienne en trois actes . Le public
a eu bien de l'indifference pour les
prifonniers , & ne les a pas trop vifités .
Le lundi 29 Mai il a paru pour la pre
120 MERCURE DE FRANCE.
miere fois fur le même Théatre trois petites
piéces , d'un acte chacune , précédées d'un
Prologue très- nouveau , très -ingénieux &
très-amuſant dont Terpficore a fait la plus
grande dépenfe ; il eft exécuté par l'excel-
Lent Arlequin & par l'aimable Camille ;
Scapin y paroît dans le début.
La danfe annonce & exprime le carac
tere des trois petites piéces ; toutes les
graces d'Arlequin & de la gentille danfeufe
font répandues dans un détail varié
& pittorefque..
L'affiche de la feconde repréſentation a
donné des titres aux trois petites pièces ,
Le double déguisement , Zeloide & Arlequin
auferrail..
L'idée du Prologue qui appartient à
l'Auteur des pièces , eft neuve , ingénieuſe
& fort bien exécutée. Scapin commence
par plaifanter Arlequin fur le deffein qu'il
a de compofer un Prologue avec Camille.
Je fuisfür , lui répond Arlequin , qu'on n'en
critiquera pas une feule parole..... Non
une feule parole..... Parce qu'il n'y en aura
point...... L'orquestre joue differens airs
danfés avec expreffion par l'aimable Camille
, enfuite Arlequin s'adreffant à l'affemblée
dit , Meffieurs , voilà mon Prologue
fait, Ces trois airs differens font préciſemens
Le tableau du spectacle que nous allons vous
donner ;
JUIN. 1747. 121
donner ; d'abord une petite Comédie..
Comique.... mais d'un Comique.... là…..
retenu.... mesuré..... enfuite une petite Tragédie
où l'Auteur a tâché de mêler l'atten .
driffant....& le terrible .... Il faudra què
nos Acteurs mettent les poings fur les hanches,
qu'ils jettent les bras.... qu'ils s'écrient ...
ah ! mon pere..... ah ! mon fils ..... enfin la
troifiéme piéce fera dans le goût de l'ancien
Theatre Italien .... vous y verrez de l'Arlequin.....
du Scapin.
L'Auteur remplit fes promeffes avec
exactitude & avec efprit.
L'intrigue du double déguiſement eft
bien imaginée & bien rendue.
Dans la premiere fcéne Rofalie dé
guifée en cavalier explique ainfi à Eraſte
prefque tout le fujet de la pièce. Oui , mon
cher Erafte , Damis au mépris de la foi qu'il
m'a donnée fe prépare à en époufer une autre ;
vous connoiffez ma . mere , vous fçavez que
toute fa tendreffe étoit pour ma soeur ; on
m'avoit mife au Couvent , on ne venoit m'y
voir que pour me preffer de m'y renfermer .
pour toujours.... J'avois une amie à qui je
confiois mes peines .... Elle crut me fervir...
Damis étoit fon parent , elle lui parla de
moi..... Il a l'efprit flateur , infinuant , &
d'ailleurs étoit- il difficile defeduire un coeur
fimple ?...Enfin devois-je penser que Damis
1. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
qui paroiffoit fi touché de ma fituation , feroit
un jour affés barbare pour la rendre encore
plus cruelle ?
On voitbien qu'on n'a pas exprimé tous
les traits que prefente le portrait intéreſfant
du malheur de Rofalie. Elle eft entenduë
par Nerine domestique de Damis ,
qui dit : La plaifante avanture ! Il y a dans
cette maifon une fille déguifée en garçon & un
garçon déguifé en fille.
La fille déguifée en garçon garçon eft Rofalic
abandonnée par le volage Damis , tuteur
amoureux d'Angelique fa pupille retirée
depuis peu du Convent. Le garçon
déguifé en fille eft Pamphile , qui introduit
par Nerine femme de chambre d'Angelique
, cherche l'occafion de fe déclarer
à cette jeune perfonne. Le rôle d'Angelique
eft rempli par la charmante Coraline
avec des tons , des regards & des geftes
qui tous font des graces.
Il y a une fcéne où Erafte voulant ramener
Damis à Rofalie , lui reproche fa
légéreté avec un feu & une vehemence
dignes de la probité la plús rigide ; les
fentimens qui y font détaillés par Erafte
méritent l'approbation des coeurs juftes &
vertueux .
Le dénouement remet le calme dans
toutes les ames. Pamphile fe découvre
JUIN. 1747-
123
& obtient Angelique du même tuteur qui
vouloit la contraindre de l'époufer. L'infidéle
Daniis fe répent & rend juftice aux
charmes & à la conftance de Rofalie , &
la piéce finit par ce double mariage. On
connoît la délicateffe du ftyle & des penfées
de l'Auteur ; on le reconnoît par
tout.
La feconde piéce intitulée Zeloïde eft
une véritable Tragédie. Il paroît que le
deffein de l'Auteur a été de mettre en un
acte une action qui auroit pû fervir de
matiere à fept ; la fituation principale eft
neuve , & peut-être la plus patéthique qui
ait encore été mife fur la fcéne ; c'eſt un
fils qui pour fauver les jours de fon pere
fe trouve dans la .néceflité de donner la
mort à une perfonne qu'il aime tendrement.
Cette petite Tragédie eft écrite en
profe , & il eft plus difficile qu'on ne
penfe de foûtenir en profe le ſtyle auquel
nos oreilles font accoûtumées dans la
Tragédie. Ce ne font pas là les uniques
obftacles qui fe font préfentés dans l'exécution
de ce projet nouveau . Outre le
d'étenduë qu'on trouve dans un acte
pour détailler tout ce qui forme l'interêt
des fituations les plus touchantes , elles
veulent être amenées par une gradation
qui demande de l'efpace , & dévelopées
peu
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
quelquefois avec des répétitions qui ne
s'accommodent pas de la brièveté d'un
feul acte ; de plus cet acte tragique perd
encore infiniment quand il eft placé entre
deux comiques ; l'auditeur accoûtumé à
rire ,fe trouve bien moins difpofé à répandre
des larmes.
Arimant Général Indien , qui a épousé
Zeloïde fon efclave , raconte à Phanes fon
confident que le hazard lui a fait rencontrer
dans un bois Orofmin auffi Général
Indien en rendez- vous avec fa femme ;
leur trouble a décelé leur fecrette ardeur
& fait naître fa jufte fureur contre un perfide
ami. En revenant au camp il a fait
arrêter Metrobate , vieillard , pere inconnu
d'Orolmin qui venoit de tuer un de fes
efclaves ; cet efclave immolé par Metrobate
lui avoit enlevé fes enfans il y avoit
vingt ans , fon fils & fa fille. La fille après
divers évenemens de fa captivité eft époufée
par Arimant. Le fils de même après
les infortunes de l'esclavage devient Général
des Indiens , & caufe la jaloufie d'Arimant
qui le croit amoureux de fa femme .
Séduit par ces fentimens jaloux il fe bat
contre fon prétendu rival , qui le défarme
& lui donne la vie , & enfin le reconnoft
pour fon beau-frere,
Les reconnoiffances de cette petite TraJUIN.
125
1747.
.
gédie font pathétiques & frappent fans le
fecours de la verfifiation .
L'interêt eft neuf & fingulier , & c'eſt
dommage qu'il n'ait pas les dimenſions
ordinaires du Poëme Dramatique.
La troifiéme piéce intitulée Arlequin
au ferrail , compofée dans le goût badin
de l'ancien Théatre Italien , ne laiffe
que d'être femée de penfées délicates qui
décélent l'Auteur de l'Oracle & des Graces.
pas
Angelique Maîtreffe d'Octave eft enlevée
par un Corfaire Mufulman de la fecte
d'Ali , qui la renferme dans fon ferrail .
Octave fuivi d'Arlequin fon valet s'y introduit
à titre de Derviche favorifé du
Ciei ; il gagne la confiance du crédule
Corfaire , & par un ftratagême infpiré par
l'amour & conduit par l'adreffe , il ſe fait
rendre le cher objet de fa tendrelle . Il y a
dans cette pièce un rôle de muet très- plaifant
exécuté parfaitement par Scapin.
Le divertiffement qui termine ces trois
petites piéces a plû infiniment au public.
Le mardi 13 Juin on a donné pour la
premiere fois Le mauvais mari , Comédie
Italienne,
Fij
126 MERCURE DE FRANCE.
茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶茶
NOUVELLES ETRANGERES ,
O
RUSSIE.
N mande de Petersbourg que M. Zwart
Réfident des Etats Généraux des Provinces-
Unies , communiqua le 25 du mois dernier au
Comte de Beftuchef Grand Chancelier de Ruflie
quelques dépêches qu'il avoit reçues de la Haye
par un courier extraordinaire . Le 27 du même
mois le Comte de Finckenftein Minitère Plénipo
tentiaire du Roi de Prufle arriva à Petersbourg.
Le Knées Dolgoroucky , ci - devant Confeiller
du Confeil de Commerce , a été rappellé de fon
exil. Les Officiers Allemands de la Maiſon du
Grand Duc n'ayant pas eu aflés d'attention aux
avis qui leur ont été donnés fur la conduite qu'ils.
devoient tenir , l'Impératrice de Ruffie leur à fait
ordonner de fortir de fes Etats .
Le Comte de Finckenftein , qui s'eft rendu à
Petersbourg pour y réfider en qualité de Miniftre
Plénipotentiaire du Roi de Pruffe , n'a point en
core eu à caufe des fêtes , fa premiere audience
publique. Celle que le Comte de Barck Miniftre
du Roi de Suéde a demandée à l'impératrice eft
differée par la même raifon . Sa Majefté Impériale
a fait remettre à cé dernier Miniftre & à celui du
Roi de Dannemarck un Mémoire qui porte
qu'on a appris de France, que le Corfaire le Frapped'abord
de Boulogne devoit en faire voile pour
courir fur les vaiffeaux Anglois dans la mer Baltique
; qu'il importe également à la Suéde & au 5
JUIN. 1747. 127
Dannemarca que la navigation dans cette mer
ne foit point troublée , & qu'ainfi l'Impératrice
efpére que ces deux Puiflances concoureront avec
elle à prendre des mefures pour donner la chaffe
au Corfaire dont il s'agit, Le Comte de Beſtuchef
Grand Chancelier a informé M. d'Allion Miniftre
du Roi Très-Chrétien de la difpofition dans
laquelle fa Majefté Impériale eft à ce fujer La
riviere de Neva étant à préfent dégagée des gla
ces , on ne doute pas que les vaiffeaux de guerre
qu'on équipe à Cronftadt , ne fe mettent bientôt
en mer. On arme auffi un grand nombre de galéres
qui font prêtes avant la fin de ce mois . Les
trente inille hommes que l'Impératrice s'eft engagée
de fournir au Roi de la Grande Bretagne ,
s'affemblent en Livonie fur les frontieres de la
Curlande . Il paroît une Ordonnance felon laquelle
les Etrangers , non - feulement ne feront plus reçus
en Ruffie fans être munis de paffeports , mais encore
feront obligés de s'arrêter fur la frontiere ,
jufqu'à ce que le Gouvernement ait décidéfi on
leur permettra de pénétrer plus avant dans les
Etats de fa Majefté Impériale .
SUEDE.
A fanté du Prince Guftave qui a été indifpofé
Leftentierement tablic, quoique l'ordre des
payfans ait fait depuis peu de nouvelles inftances
pour la féparation de la Diette , on ne croit pas
qu'elle termine fes féinces avant le mois prochain.
Le Committé fecret travaille avec toute la diligence
poffible à régler les diverfes affaires dont.
les Etats du Royaume lui ont renvoyé la décision .
Dans une de fes dernieres affemblées il a approuvé
la réſolution de conclure une alliance dé-
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
fenfive avec la Pruffe . Il paroît un Edit par lequel
le Roi révoque la défenfe d'introduite dans ce
Royaume certaines marchand:fes des Pays Etrangers
, & rétablir les droits mis anciennement fur
ces marchandifes. On a fait fubir ces jours- ci
plufieurs nouveaux interrogatoires aux prifonniers
d'Etat , qui ont êté arrêtés en même tems que le
Médecin Black wall.
Le 14 du mois paffé le Roi fe rendit à Ulrichfdahl
d'où fa Majefté revint le lendemain à Stoc-
Kolm . Le Roi a pris le deuil pour la mort de la
Reine de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de
Bar. Les Etats du Royaume ont déliberé fur les
moyens de favorifer les progrès du commerce &
de l'agriculture. Ils ont nommé des Commiffaires
pour régler avec le Miniftre du Roi de Pruffe
les articles du Traité d'alliance qu'on a réfolu de
conclure avec ce Prince. En conféquence d'un
décret de la Diette on a arrêté quelques Députés
de l'Ordre des payfans , accufés d'avoir eu part
aux intrigues du Médecin Blackwall , & l'on a
établi une Commiffion pour les examiner. M. de
Rudenfchiold ayant été pourvû de la Charge de
Secretaire d'Etat du Département des affaires
étrangeres , eft attendu inceffamment de Berfin où
il rélidoit en qualité de Miniftre du Roi , & le
College de la Chancellerie doit propofer trois
fujets à fa Majefté , afin qu'elle en choififfe un
pour lui confier le foin des affaires de cette Cour
auprès du Roi de Pruffe . On affûre que la Charge
de Président de ce Collége fera donnée au Baron
de Palmftierna , & que le Comte d'Eckeblad en
fera fait Vice- Préfident à la place du Comte de
Teffin.
Suivant les nouvelles de Stokholm les Commiffaires
nommés par la Diette générale du
JUIN. 1747. 129
Royaume de Suéde , pour régler avec M. de Rhod
Miniftre Plénipotentiaire de fa Majefté Pruffienne
les articles du Traité d'alliance défenſive entre
la Suéde & la Pruffe , font le Comte de Teffin ,
le Baron d'Ehrenpreis , le Baron de Cedercreutz ,
le Comte de Piper , le Baron de Nolcken Chancelier
de la Cour & M. de Stutelheim Confeiller
de la Chancellerie. Ces avis ajoutent que le Roi
de Suéde a accordé au Baron de Rofen le Gouvernement
de la Finlande . On a appris de Warfovie
que le Comte des Alleurs , Ambaffadeur du
Roi de France auprès du Grand Seigneur , y étoit
arrivé le 16 du mois dernier avec la Comtefle fon
époufe , & qu'il partit le 25 pour continuer fa
route vers Conftantinople. Les dernieres lettres
de Peterſbourg contiennent les particularités fuivantes.
Une indifpofition du Comte de Finckenftein
eft caufe que ce Miniftre n'a pû encore avoir ſa
premiere audience de l'Imperatrice de Ruffie .
M. Zwart Réfident des Etats Généraux des Provinces-
Unies fe rendit le 15 chés le Comte de
Beftuchef Grand Chancelier , pour le prier d'informer
cette Princeffe que le Prince de Naflau
avoit été élevé à la dignité de Stathouder de la
République de Hollande . L'Imperatrice de Ruffie
a nommé M. Puccin pour réfider à Coppenhaguc
en qualité de fon Miniftre Plénipotentiaire. Elle a
donné un Régiment d'Infanterie au Comte de
Czernichew , Gentilhomme de la Chambre de la
Grande Ducheffe de Ruffie.
ALLEMAGNE.
ONcommença le premier du mois paffé dans
toutes les Eglifes de Vienne les Prieres de
Quarante Heures , pour demander à Dieu que
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
la Reine accouchât heureufement. Le 30 du mois
dernier S. M. revint du Château de Schombrun',
& l'on comptoit qu'elle demeureroit à Vienne
jufqu'à la fin de fa grofleffe , mais le 3 au foir elle
prit fubitement la réfolution de retourner à ce
Château. Le Grand Duc de Tofcane prit ce jourlà
le divertiffement de la chaffe dans les environs
de Zwechat , & le lendemain il alla avec le Prince
& la Princeffe de Lorraine joindre la Reine. Le £
à dix heures du matin on apprit que la Majesté
avoit mis au monde un Prince , & qu'elle fe portoit
auffi-bien qu'on put le défirer . Cette nouvel'e
fut annoncée au peuple par une falve générale de
Partillerie des remparts , & l'on fit partir fur le
champ plufieurs couriers pour en donner avis à
diverfes Cours. Le Prince dont la Reine eft accou
chée , fut baptifé le même jour en préſence du
Grand Duc de Tofcane par M. Serbelloni , Nonce
du Pape. Il fut tenu fur les Fonts au nom de
FImpératrice de Ruffie par le Prince Charles de
Lorraine , & il a été nommé Pierre-Léopold- Jofeph-
Jean- Antoine-Joachim- Pie- Gothard. Les Miniftres
de fa Majefté fe font affemblés plufieurs fois
chés le Feldt- Maréchal Comte de Konigleg ,
pour déliberer fur le Mémoire préfenté depuis
peu au College des Princes de l'Empire par
le Duc Charles- Léopold de Meckelbourg , ainf
que fur les moyens de terminer les differends furvenus
entre les Ducs de Saxe Gotha & de Saxe
Meynungen , & fur l'affaire qui concerne l'élec
tion du fujet , auquel on conférera la dignité de
Feldt- Maréchal Général de l'Empire , vacante par
la mort du Prince d'Anhalt Deffau. On a envoyé
au Prince de Furftemberg , principal Commiflaire
du Grand Duc de Tofcane à la Diette de Ratif
bonne , des inftructions en conféquence de ce
JUIN. 1747.. 131

qui a été réfolu dans ces Confeils . Le bruit court
fur la nouvelle de l'entrée des
que
du Roi
troupes
de France dans la Flandre Hollandoife , la Reine
s'eft déterminée à envoyer un nouveau Corps de
troupes dans les Pays- Bas. Les dépêches du dernier
courier arrivé de Conftantinople paroiffent /
' avoir un peu calmé les inquiétudes que les mouvemens
de divers Corps des troupes Ottomanes
avoient données au Gouvernement.
On mande de Berlin que l'Académie Royale
des Sciences dans l'affemblée qu'elle tint le 4 du
mois dernier , élût pour Académiciens M. de
Moncrif Lecteur de la Reine de France , & l'un
des Quarante de l'Académie Françoiſe , & M. Algarotti
, Chambellan & Confeiller de Guerre du
Roi de Fologne Electeur de Saxe. On a reçu
avis que le ΙΟ le Comte des Alleurs Ambaffadeur
du Roi Très- Chrétien auprès du Grand-
Seigneur avoit paffé à Breslau en allant à
Conftantinople. Le 3 il y eût à Havelberg un
incendie , par lequel foixante & fept maifons ont
été réduites en cendres. Il s'eft tenu à Konigfberg
un Confeil de guerre , & l'on y a condamné
par contumace un Livonien nommé Geor
ges Fromhold Von Effen qui étoit Capitaine dans
le Régiment d'Urlaub , & qui a déferté avec l'argent
qu'on lui avoit confié pour recrûter ſon Régiment.
Suivant les avis reçus de Pologne le
Pere Pofzakousky Jefuite de Wilda , connu par
plufieurs ouvrages de Théologie & de Morale ,
a entrepris de refuter un écrit qui a paru en Hollande
l'année derniere , & qui a pour titre , La
Découverte de la Vérité , le Monde détrempé à
P'égard de la Philofophie de la Religion.
On mande de Ratisbonne du IS Mai que fur
les inftances du Miniftre qui y réfide de la part de
F vj
132 MERCURE DEFRANCE.
l'Electeur Palatin , la Diette a conſenti d'examiner
l'affaire concernant la Principauté de Zwingenberg.
On croit que le Prince de Furftemberg
qui eft parti pour les terres reviendra inceflam
ment, afin de donner part à la Diette de la naiſſance
du Prince dont la Reine de Hongrie eft accouchée
depuis peu . L'ouverture de l'affemblée des Etats
du Cercle de Suabe s'eft faite à Ulm avec les formalités
accoûtumées , & ils font occupés à deliberer
fur Paffociation propofée des Cercles Antérieurs.
Le Comte de Cobentzel qui y aflifte
en qualité de Commiffaire du Grand Duc de Tofcane
, fait tous les efforts pour engager ce Cercle
à prendre à ce fujet la même réfolution que les
Cercles de Franconie , du Haut & du Bas Rhin.
On écrit de Francfort que les troupes du Cercle
du Haut Rhin fortiront bientôt de leurs quartiers.
Les lettres de Manheim marquent que le départ
de l'Electeur Palatin pour Aix - la - Chapelle étoit
fixé au 25 du mois dernier , & que ce Prince avant
que de s'y rendre ira à Bruhl voir l'Electeur de Cologne.
Selon les nouvelles de Cologne les Bâteliers
Hollandois y firent le 11 de grandes rejouiffances
à l'occafion de la nomination du Prince de Naffau
à la dignité de Stathouder des Provinces- Unies.
On apprend de Drefde que le 7 leurs Majeftés
Polonoifes y font revenues de Leypfick , & qu'on
travaille aux préparatifs pour le départ de la Princeffe
deftinée à l'Electeur de Baviere . Les avis
reçus de Stockholm portent que M. Rumph Miniftre
des Etats Généraux des Provinces Unies
a repréſenté au Roi de Suéde que la France ayant
attaqué la Flandre Hollandoife , les Etats Genéraux
efperoient que la Suéde leur accorderoit les
fecours ftipulés par les Traités qui fubfiftent entre
les deux Puiffances . On a fçu par les mêmes letJUIN.
1747... 133
tres que le Médecin Blackwall avoit été appliqué
trois fois à la question , mais qu'on n'avoit pû
tirer encore de lui l'aveu de fes intrigues contre
le Gouvernement. Selon les lettres de Petersbourg
I'Impératrice de Ruffie affifta le 21 du mois dernier
à l'affemblée du Sénat. Ces avis confirment
que M.de Jeffen chargé des affaires du Roide Dannemarck
auprès de l'Impératrice de Ruffie fe rendra
à Berlin en qualité de Miniftre de ſa Majeſté
Danoife. On a conduit à Petersbourg quelques
Japonois , dont une tempête a fait échouer
le bâtiment fur la côte de la Province de Kamfchatke
.
?
On apprend par les lettres de Vienne du 13
Mai que le 11 le Grand Duc de Tofcane tint un
Confeil d'Etat , auquel le Miniftre du Roi de la
Grande Bretagne & celui de l'Impératrice de
Ruffie affifterent , & après lequel on dépêcha des
couriers à Londres & à Petersbourg. Ce Prince
a reçu le 13 les complimens des Miniftres Etrangers
des Miniftres d'Etat & de la principale
Nobleffe à l'occafion de l'anniverfaire de la
naiſſance de la Reine , qui eft entrée dans la
trente & uniéme année de fon âge. On a célébré
à Schombrun & à Vienne pendant trois jours
la naiffance du Prince dont la Majefté eft acco
chée. Le Général Wentworth que le Roi de la
Grande Bretagne a nommé fon Commiffaire , pour
concerter avec les Généraux de la Reine & avec
ceux du Roi de Sardaigne les opérations qu'il conviendra
d'exécuter en Italie pour les intérêts des
trois Puiffances, arriva à Vienne de Londres le 6, &
il a eu plufieurs conférences avec les Miniftres de
cetteCour . Il a été figné le 4 à Turin une nouvelle
convention , tendante à accélerer l'attaque de la
ville de Génes. Par un Conclufum du Conſeil Au134
MERCURE DE FRANCE.
lique , fa Majefté eft maintenue dans la poffeffion
qu'elle a prife du Duché de Guaftalla & des Fiefs
qui en dépendent. Quatre Compagnies du Régiment
de Cuiraffiers de Cordoue qui font partie de
Ja garnison de à Vienne , ont reçu ordre de fe
rendre en Tranfilvanie , & l'on fait venir le Régiment
de Bernes .
Les lettres de Berlin du 26 Mai portent que l'on
vient d'apprendre que les Etats du Royaume de
Suéde , en conféquence de l'approbation donnée
par le Comitté fecret à la réſolution de conclure
une alliance défenfive avec la Pruffe , avoient
confenti à la fignature du Traité. Le 19 le Roi fit
à Potsdam la revue du Régiment de fes Gardes,,
de celui d'Infanterie du Prince Henri & du Bataillon
de Grenadiers de Retzow . Les nouvelles
qu'on reçoit de Hollande donnent lieu à de fréquens
Confeils. La République des ProvincesÚnies
a chargé de fes affaires auprès de la Majeſté
M. Horft , qui étoit à Berlin Secretaire de Legation
de cette République fous le feu Baron de Gincxel.
Il eft arrivé de Vienne un courier qui à apporté
au Comte de Bernes , Miniftre Plénipotentiaire de
la Reine de Hongrie , l'ordre de donner part au
Roj de la naiffance du Prince dont elle eft accou
chée le 5. Sa Majefté a nommé Meffieurs de
Katt & de Schorlemmer Majors Généraux . Le
Comte d'Ahtlone neveu du feu Baron de Ginсkel ,
a renvoyé au Roi les marques de l'Ordre de l'Ai
gle Noir dont ce Général étoit revêtu . Frederic-
Jules de Schwerin Major Général d'Infanterie ,
Commandant des ville & citadelle de Neiff , &
Colonel d'un Régiment , mourut à Neiff le 11
âgé de quarante huit ans . On mande de Drefte
que le Roi de Pologne Electeur de Saxe , a、acquitté
le refte de la fomme qu'il s'étoit engagé par
JUI N. 1747.
135
Te Traité de Drefde de payer à S. M. Pr . Les
mêmes lettres marquent que la célébration du
mariage du Prince Electoral de Saxe étoit fixée
au 15 de ce mois. Ces lettres ajoutent qu'on a reçu
avis de Warfovie que le Prince Jofeph - Alexandre
de Jablonousky avoit traduit en Polonois
P'ouvrage compofé par feu M. Rollin fur l'Hiftoire
Ancienne , & qu'on imprimoit actuellement
à Lublin cette Traduction. Le Comte Sapieha
Grand Chancelier de Lithuanie , fait mettre auffi
fous preffe dans la même ville un Recueil des Hazangues
des principaux Orateurs de Pologne.
On apprend de Hambourg du 22 Mai que le
Roi de Dannemarcă a déclaré qu'il ne feroit délivré
des paffeports pour naviger dans la Médi
terranée qu'aux négocians nés ou établis en Dannemarca
, & il leur eft défendu de vendre ou de
prêter à qui ce foit , & fous quelque prétexte que
ce puiffe être , ceux qui leur auront été accordés
On a appris de Petersbourg que la convention ,
par laquelle l'Impératrice de Ruffie doit fournir
à la Grande Bretagne trente mille hommes de
troupes auxiliaires moyennant un fubfide de trois
cent mille livres fterlings , avoit été fignée par les
Miniftres de cette Princeffe & par le Lord Hindford
, Ambaffadeur de fa Majefté Britannique.
Les mêmes avis portent que le Comte de Tíchogloxow
a été fait Grand Maréchal de la Cour du
Grand Duc de Ruffie à la place du Knées Repnin.
On mande d'Ulm , que le mois dernier M.
de la Nouë , Ministre du Roi de France , préfenta
aux Etats du Cercle de Suabe un Mémoi
re dans lequel il leur renouvelle les affûrances
de la difpofition où Sa Majesté Très- Chrétienne
eft de conferver une bonne intelligence

136 MERCURE DE FRANCE.
avec l'Empire en général , & avec ce Cercle ene
particulier. Il ajoûte dans ce Mémoire que le Roi
de France a donné le témoignage le plus authentique
de fes intentions pacifiques par la Déclaration
remiſe de fa part à l'Electeur de Mayence le 28 du
mois d'Octobre dernier , & communiquée au Directoire
du Cercle de Suabe le 17 du mois de Dé
cembre ; que Sa Majesté Très - Chrétienne ne défire
rien avec plus d'ardeur que de voir ce Cercle
jouir de tous les avantages de la paix ; que la Reine
de Hongrie ayant affemblé fur le Necker un
Corps d'armée qui paroiffoit menacer les frontieres
de l'Alface , le Roi de France , pour marquer
à ce Cercle toute fa confiance , n'a point voulu
faire avancer aucunes troupes vers le Rhin , &
qu'il a même envoyé des ordres aux Gouverneurs
& Commandans de fes Places , pour que les ſujets
du Cercle puffent continuer librement leur commerce
; que Sa Majesté Très Chrétienne ne doute
pas que malgré les infinuations de la Cour de Vienne
ce Cercle ne s'affermiffe de plus en plus dans la
réfolution de demeurer fidéle à la neutralité ; que
les principes qui ont porté ce Cercle à cette réfolu
tion continuent de fubfifter & qu'ils ont même
acquis une nouvelle force par l'empreffement que
le Roi de France , fans avoir égard au fuccès de
fes armes , a témoigné de rendre la tranquillité à
l'Europe.
On apprend par les lettres de Francfort du 27
Mai qu'il a été reglé que les troupes des Cercles
du Haut & bas Rhin ne fe rendroient au camp qui
leur a été marqué , qu'après qu'on auroit été inftruit
du réfuttat des délibérations du Cercle de Suabe.
Les lettres de Vienne marquent qu'il y avoit
un Cartel de conclu entre le Roi de France & la
Reine de Hongrie pour l'échange des prifonniers
JUI N. 137 1747.
&
que faits par les troupes des deux Puiffances ,
deux mille François qui font en Hongrie , devoient
être conduits à Kehl fous l'eſcorte d'un Détachement
du Régiment d'Infanterie de Marulli , & y
être remis à un Commiffaire de Sa Majefté Très-
Chrétienne . On écrit de Duffeldorp que l'Electeur
Palatin y étoit de retour de Bruhl depuis le
20 de Mai. Il a exempté de la Milice tous ceux
de fes fujets qui font employés aux manufactures
ou qui travaillent à la culture des terres. Les lettres
de Cologne marquent que le 13 M. de Landfbergen
, Réfident des Etats Généraux des Provin
ces-Unies , eut de l'Electeur de Cologne une audience
, dans laquelle il donna part à ce Prince de
Ja nomination du Prince de Naflau à la dignité de
Stathouder ; que l'Electeur de Cologne affûra M.
de Landſbergen de l'intérêt vif qu'il prenoir à tout
ce qui pouvoit concerner la République de Hollande
, & qu'il pria ce Résident de rendre compte
de fes fentiniens aux Etats Généraux , Selon les
avis reçûs de Liege , le Cardinal Prince Evêque
de Liege fe propofe de donner la Bénédiction Nuptiale
à l'Electeur de Baviere , & il fe rendra pour
cet effet à Munich. On apprend de Caffel que le
Corps de troupes Helloifes qui entre au fervice
des Etats Généraux des Provinces Unies ,fera compolé
des Régimens d'Infanterie du Landgrave &
du Prince Georges , de celui de Baumbach , &
d'un Régiment de Dragons. Les nouvelles de
Dietz confirment qu'il eft arrivé dans les differentes
Principautés poffedées en Allemagne par le
Prince de Naflau des ordres d'y lever un Corps de
troupes qu'il joindra à celles de Hollande . On a
reçu de Detmoldt la nouvelle de la mort du Cointe
Chreftien de la Lippe. .
On mande de Dreide du 28 Mai que l'affaire
138 MERCURE DE FRANCE.
concernant l'indemnité demandée par cette Cour
à celle de Vienne , pour les dommages caufés dans
cet Electorat par les troupes de la Reine de Hongrie
, fera inceffamment terminée . Les articles du
Contrat de mariage de la Princeffe , feconde fille
du Roi de Pologne Electeur de Saxe , ont dû être
fignés le 13 de ce mois. Le 20 , le Prince Electoral å
dû partir pour aller au- devant de la Princeffe de Baviere
, qui lui eft deftinée pour épouſe . La cérémonie
de leur mariage a été fixée au 21 , & les fêtes
ordonnées à cette occafion devoient durer feize
jours . Le Chevalier Williams , nouveau Miniſtre
du Roi de la Grande Bretagne , arriva le 23 du
mois paffé à Drefde , le 24 il eut une longue conférence
avec le Comte de Bruhl , Premier Miniftre
' du Roi.
GRANDE - BRETAGNE .
N mande de Londres du 19 Mai , que M M,
Hop & le Baron de Boetzelaar , Miniftres
Plénipotentiaires de la République des Provinces.
Unies , ayant notifié au Roi que cette République
avoit conferé le Titre de Stathouder au Prince de
Naffau , le Prince de Galles eft allé complimenter
far cet évenement Sa Majefté , qui a reçû auffi les
complimens des Miniftres étrangers & des Seigneurs
de la Cour . Le 9 Mai les Seigneurs approuverent
les changemens faits au Bill , pour empêcher
les Partifans de la Maifon de Stuard , condamnés
à être tranfportés dans les Colonies , de fe
réfugier dans les Païs de domination étrangere . La
Chambre des Communes fit le 11 la premiere ledture
du Bill , qui change la forme dans laquelle
les Seigneurs Ecoffois jouiffent de leurs terres , &
qui oblige leurs Vaffaux à leur payer certaines
redevances annuelles, Les Avocats du Duc de
JUIN. 1747-
F39
Queensbury & des Comtes de Marcx & d'Englethourne
plaiderent le lendemain devant cette
Chambre contre le Bill dont l'objet eſt d'abolir
les Jurifdictions héreditaires en Ecoffe . Le 17 la
Chambre lût pour la premiere fois le Bill par lequel
il eft permis aux perfonnes accufées de haute
trabifon d'employer des Avocats pour leur défen
fe . Cette Chambre examina le 18de nouveau le
Bill concernant les Jurifdictions d'Ecoffe , & le 19
elle a paffé celui en faveur des Proteftans étran
gers établis dans les Colonies Angloifes . Les déli
Bérations fur le fubfide & für les moyens de le lever
ont été renvoyées au 24 Mai . Le Roi a nom
mé M. Salomon Dayrolles fon Réfident à la Haye.
Sa Majefté a donné au Général Hufque le commandementdu
Corps de troupes de la Grande Bre
tagne qui eft en Zelande . Le dernier Bataillon du
fecond Régiment des Gardes à pied a ordre de
paffer dans les Païs-Bas , ainfi que le Régiment de
Montagnards du Comte de Loudon , & le fecond
Bataillon du Régiment Royal Ecoflois . Les trou
pes qui doivent s'aflembler dans l'Ile de Whigt
pour s'y embarquer & qu'on croit deftinées à renter
quelque defcente fur les côtes de France , for
meront un Corps de fept mille hommes . La Com
pagnie des Indes Orientales a reçu par la Patache
d'Avis le Trial , arrivée le 11 de Bengale , une Re
lation détaillée des circonstances qui ont précedé
& fuivi la perte du Fort de Saint Georges& de la
Ville de Madraff . Le Comte de Morethon eft re
venu de France avec la Comteffe fon épouſe , &
le 18 il rendit fes reſpects au Roi , qui l'a reçû
très-favorablement . Le 16 les Commiffaires du
Tribunal de la Montagne de Sainte Marguerite
s'affemblerent pour examiner quelques prifonniers
d'Etat . Le Chevalier Jacques Kinloch & les deux
140 MERCURE DE FRANCE.

freres , qui avoient été condamnés à mort par ces
Commiffaires , font fortis de prifon & ont été miş
fous la garde d'un Meffager d'Etat. Les Actions
de la Compagnie de la mer du Sud n'ont point de
prix fixe : celles de la Banque font à cent vingtcinq
, trois quarts ; elles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent cinquante- quatre , & les Annuités
à quatre-vingt dix - neuf.
Les lettres de Londres, portent que les Seigneursont
lû le 26 Mai pour la premiere fois le Bill concer
nant l'abolition des Jurifdictions Héreditaires en
Ecoffe , & qu'ils ont ordonné d'en faire une feconde
lecture. Ce Bill a efluyé de grandes contradictions
dans la Chambre des Communes,mais enfin il
y a paffé à la pluralité de 137 voix contre cinquante
trois. Le 27 le Roi alla dîner à Richmond , pour
fe rendre enfuite à Kenfington & y paffer l'été. Sa
Majefté , dans fa réponse à la lettre par laquelle les
Etats Généraux des Provinces - Unies lui ont demandé
les lecours ftipulés par les Traités , les a
affûrés qu'elle n'avoit rien plus à coeur que de
remplir fes engagemens avec leur République.
Afin de commencer d'y fatisfaire , le Roi doit ren.
forcer de huit vaiffeaux de guerre l'Eſcadre deftinée
à veiller à la fûreté de la côte de Zelande . Le
Gouvernement a pris à fon fervice un nombre
confidérable de vaiſſeaux , dont chacun fera armé
de vingt canons de neuf livres de bale , & qui
feront employés à proteger la navigation fur les
côtes de la Grande Bretagne . Le fecond Bataillon
du fecond Régiment des Gardes à pied & un détachement
du troifiéme Régiment , le tout faifant
onze cent hommes en y comprenant les Officiers ,
font allés s'embarquer pour paffer dans les Païs
Bas.
JUIN. 1747. 147
PROVINCES - UNIES.
ONmande de la Hayedu 18 du mois pafféque
le Prince de Naſſau s'y étant rendu le 12 de
ce mois , les Députés des Etats de Hollande & de
Weftfriſe allerent le lendemain au matin le conplimenter
fur fon heureufe arrivée . Il les reçût au
base Pefcalier & les reconduifit avec les mêmes
cérémonies, Quelque tems après les Etats Généraux
lui envoyerent une Députation pour s'acquitter
du même devoir. Ce Prince fut complimenté
le même jour par le Confeil d'Etat , par la Chambre
des Comptes , par les Députés de la Hollande
Méridionale & par les differens Tribunaux . Le 15,
-jour fixé pour fon Inſtallation en qualité de Stathouder
, d'Amiral & de Capitaine Général des
Provinces Unies , toutes les troupes d'Infanterie
& de Cavalerie , qui compofent la Garnison de cette
Ville , ſe rangerent en haye fous les armes dans
les rues qui conduifent de l'Hôtel de Naffau au
Palais. Vers les neuf heures du matin M. Vander
Duyn , Seigneur de s'Gravemoër , Député de la
Nobleffe à l'affemblée des Etats de Hollande & de
Weftfrife ; M. Gillés , Grand Penfionnaire , & Mrs
Gevaerts, Van-den- Boek , Geelwinx & Vryburg,
nommés par cette affemblée pour aller prendre le
Prince de Naffau , fe rendirent en grand cortège à
P'Hôtel de ce Prince , étant précedés des Meffagers
d'Etat. Le feul carofle de M. Vander Duyn
étoit à fix chevaux & les caroffes des autres Dépu
tés n'étoient attelés que de quatre, Le Prince de
Naffau , après avoir donné audience à ces Députés,
monta dans le caroffe de M. Vander Duyn , qui
fuivi des caroffes des autres Députés , le conduifit
~ au Palais. Ce Prince y prêta ferment & prit pol142
MERCURE DE FRANCE.
feffion de la Dignité de Stathouder avec les formalités
qu'on a coûtume d'obferver en pareille occafion
. Accompagné des mêmes Députés qui étoient
allés le prendre en fon Hôtel , il alla enfuite à la
Cour de Juftice de Hollande , de Zelande & de
Frife , où il fut pareillement inftallé . Le Grand
Penfionnaire ayant prononcé à cette occafion un
difcours , auquel le Préſident de la Cour de Juftice
répondit, le Prince retourna à l'affemblée de Etats
de Hollande & de Weftfrife , d'où on le mena à la
Salle d'Audience. Il s'y plaça dans un fauteuil , &
il jugea une cauſe qui fut plaidée par les Avocats
Van Hees , Schopman & de Ville. A trois heures
après midi les Comtes de Randwyck & de Bintink
allerent de la part des Etats Généraux le prendre
en fon Hôtel pour le conduire à leur affemblée.
Lorfque le Prince y eut prêté ferment , il fut introduit
au Confeil d'Etat & y prit la place de Préfident,
Il y eut le foir des illuminations & des réjouflances
dans toute la Ville. Le 16 , le Prince de
Naffau retourna au Conſeil d'Etat , & de- là à l'affemblée
des Etats de Hollande & de Weftfrife ,
dans laquelle il fut déclaré Membre Aggregé du
Corps de la Nobleffe de la premiere de ces deux
Provinces. Le même jour il donna audience aux
Députés des Provinces d'Utrecht & d'Over-Yffel.
·Les Députés des Etats de Hollande & de Weftfrife
allerent le 17 lui fouhaiter un heureux voyage , &
le foir il partit pour la Zelande avec la Princeffe
fon épouſe , qui avant fon départ a reçû ainſi que
lui les complimens des differens Colleges & de
tous les Tribunaux . On confirme que la Grande
Bretagne s'eft engagée de payer à l'impératrice de
Ruffie un fubfide de trois cent mille livres sterlings,
à condition que cette Princeffe fournira àla Reine
de Hongrie & à fes Alliés un Corps auxiliaire de
JUIN. 1747.
143
trente mille hommes . Il eft arrivé en Zelande un
nouveau fecours de troupes de Sa Majesté Britannique
, laquelle a ordonné à ceux de les vaiffeaux
de guerre deftinés à fervir d'escorte aux navires
marchands de fes fujets , de prendre fous leur convoi
tous les bâtimens Hollandois dans les occafions
où ces derniers en auront beſoin . M. de la Broue ,
Capitaine dans le Régiment de Heux clom , arriva
le 14 au foir avec la fâcheufe nouvelle que le II
la Ville de Hulft avoir été obligée de capituler.
Les lettres de Breda du 16 Mai portent que le
du même mois le Duc de Cumberland alla reconnoître
la pofition des troupes Françoifes , qui .
faifoient le fiége deHulft , & qu'il ordonna aux trois
Régimens de la Lippe , de Hirtzel & de Sturker ,
de tenter de fe jetter dans cette Place. Sur l'avis
qu'on reçût le lendemain que le Fort de Santberge
s'étoit rendu , ce Prince envoya un contr'ordre à
ces Régimens. L'armée des Alliés s'étant portée
en avant , eft allée occuper le camp de Grewenwe
fel . Sa droite eft appuyée à Braxfchaten & elle s'étend
par la gauche jufqu'à Sandhoven, M. Smif
faart , Lieutenant Général des troupes de la République,
a été nommé pour commander douze mille
hommes qu'on fe propofe d'envoyer en Zelande ,
& dont la plus grande partie eft déja arrivée à
Berg- op- Zoom. On joindra à ce Corps quelques
Bataillons Anglois , qui feront aux ordres de M.
Douglas , Brigadier Général. Le Gouvernement
fait préparer avec toute la diligence poffible les
batteaux néceffaires pour le tranfport de ces troupes.
Le Prince Louis de Brunſwick Wolfenbutel
continuë d'être campé à Schilden avec douze Bataillons
& hui Efcadrons.
On a reçû avis par un courier arrivé de Breda à
la fin du mois paffé que MM.du Theil & de Maça
144 MERCURE DE FRANCE.
nas , Miniftres Plenipotentiaires des Rois de France
& d'Espagne , avoient déclaré au Comte de
Waffenaer que la proximité des armées rendant
la Ville de Breda un lieu peu propre aux conférences
pour la paix , leurs Majeftés Très- Chrétienne
& Catholique défiroient qu'on choisît un endroit
plus libre ; qu'elles propofoient de continuer
ces conférences à Aix la Chapelle , à Cologne , à
Treves , à Duffeldorp ou à Worms ; qu'on pourroit
affembler un Congrès général dans celle de ces
Villes pour laquelle la Reine de Hongrie & fes
Alliés fe détermineroient , & que dans ce cas les
Cours de Verſailles & de Madrid confentiroient
qu'on y admît les Miniftres de toutes les Puiffances
qui auroient quelques intérêts à difcuter . Le
même courier a rapporté que M M. du Theil & de
Macanas avoient demandé au Conite de Waffenaër
de leur procurer des Pafleports pour ſe retirer .
Il a été réfolu d'augmenter de trente mille
hommes les troupes de la République . On a publié
à Middelbourg un ordre des Etats de Zelande
d'attaquer tous les vaiffeaux venant des Ports
ou des côtes de France. Cet ordre a été communiqué
à M. Mitchell , Commandant l'Eſcadre envoyée
par le Roi de la Grande Bretagne , pour
concourir à la défenſe de cette Province , où il y a
actuellement un nombreux Corps de troupes avec
une artillerie confidérable . M. de Smiſſaar , Lieutenant
Général qui commande dans l'Ile de Sud
Beveland , a établi fon quartier à Baarland. Il a
fous les ordres M M. de Bronchorft , Hufke & de
Zoute , Majors Généraux , & les Brigadiers Evertfen
& Douglas. On affûre que le Stathouder nom .
mera le Comte Maurice de Naffau fon premier
-Lieutenant en Zelande. Les Etats Généraux ont
dépêché un courier à M. Van- Hoey , leur Ambaffadeur
JUI N.
145
1747.
fadeur à la Cour de France , pour lui ordonner de
fe rendre à la Haye le plutôt qu'il lui feroit poffible.
Comme ils ne lui ont point envoyé de lettres
de rappel & qu'ils lui ont mandé de conferver fa
inaifon & fes Domeftiques , on préfume qu'il retournera
à Paris auffi-tôt que fa préfence ne fera
plus néceffaire en Hollande .
ITALIE.
EXTRAIT d'une lettre de Génes
du
3 Mai.
Ur l'avis qu'on eut la femaine derniere que
S Tr les ennemis avoient été chaffés de Voltri & de
Seftri , on tint un Confeil de guerre dans lequel
il fut réfolu de les aller attaquer dans leur camp.
Toutes les difpofitions ayant été faites le 6 de
ce mois au foir pour cette entrepriſe , le Capitaine
Barbaroffa cut ordre de fe rendre par mer à
Voltri & de tomber de ce côté fur les Allemands.
tandis qu'on feroit de deux autres côtés une fortie
de dix mille hommes , tant François & Espagnols
que Génois , de la conduite de laquelle le Duc de
Boufflers s'étoit chargé . Ce projet ne pût avoir
fon exécution , parce que la grande agitation de
la ner ne permit pas au Capitaine Barbaroffa de
débarquer , & qu'il tomba pendant toute la nuit
une fi forte pluye , qu'il n'auroit pas été poffible
aux troupes de faire ufage de leurs armes
ennemis ayant été informés qu'ils devoient être
attaqués s'étoient retranchés , & avoient chargé
leurs canons à cartouches . Avant que d'abandonner
Voltri & Seftri ils en ont ravagé tous les environs ,
& ils n'ont pas épargné le mag ifique Château de
I. Vol. G
Les
146 MERCURE DE FRANCE.
Pegli qui appartient au Prince Doria, Ils en ont enlevé
tout ce qu'ils ont pû emporter, & ils ont dégra
dé les tableaux , brifé les glaces , mis en piéces les
tables de marbre & les vafes des jardins. Le 8 le
Capitaine Barbaroffa à la tête de huit cent payfans
marcha à ce Château , où les Allemands avoient
la flé deux piquets qu'il fit prifonniers . Il furprit
le 10 dans un endroit voifin un autre détachement
de quarante -deux hommes & il le tailla
en pièces. Le même jour il fut chargé par quel
ques troupes ennemies , contre lesquelles il fe
battit pendant plus de huit heures & qu'il mit
enfin en déroute . Dans cette occafion il y a eu
un grand nombre de Croates de tués & de bleffés
. Cinq vaiffeaux de guerre Anglois continuent
de croifer le long de la côte entre Savone &
Seftri , & l'on conjecture qu'ils ont débarqué
quelque artillerie pour l'armée de la Reine de
Hongrie .
Du 20.
Nattvallois à pont de coni-
N travailloit à perfectionner quelques regliano
pour couvrir le fauxbourg de Saint Pierre
d'Arena , lorfque le 14 de ce mois les ennemis
formerent le deffein d'empêcher qu'on n'achevât
cet ouvrage. Pour cet effet ils firent avancer à la
Plage en face du pont un vaiffeau de guerre Anglois
, qui depuis le matin jufqu'au foir ne ceffa
point de canonner ces retranchemens , mais qui
par fon éloignement ne pût caufer aucun dom
mage confidérable. On lui tira du pofte de Belvedere
& du Fanal plufieurs volées de canon & ce
fut auffi fans fuccès . Un chabec dont il étoit accompagné
s'étant approché davantage , reçut dans
JUIN. 1747. 147
>
fa proue un boulet qui l'obligea de fe rétirer précipitamment.
Pendant que ces bâtimens tâchoient
de troubler le travail par leur artillerie les
Croates attaquerent les retranchemens . Ils furent
repouflés avec une valeur extraordinaire , & on
les pourfuivit jufqu'à Coronato . La nuit fuivante
on établit dans un jardin à l'extrêmité du fauxbourg
de Saint Pierre d'Arena une batterie de
fix piéces de canon maſquée par une muraille.
Huit cent Piémontois ayant joint les Allemands
du côté de Voltri , le Partifan Barbaroffa a jugé
à propos d'abandonner ce pofte. On ne fçait pas
encore préciſement la pofition actuelle de ce
Partiſan , mais on préfume qu'il aura occupé le
Château de Maggion fitué fur la hauteur , & d'où
l'on efpére que par la grande connoiffance qu'il
a du pays, il pourra facilement fe dégager . Depuis
fa retraite de Voltri les ennemis y ont commis des
défordres inexprimables & leurs Officiers y ont
permis le pillage pendant quatre heures. Le 1s
au matin il parut à la vie de ce Port quarante
petits bâtimens , venans de Monaco avec des
troupes à bord. Plufieurs vaiffeaux de guerre
Anglois s'étant préfentés auffi- tôt pour les intercepter
, on fit fortir trois galéres & une galiote.
Elles donnerent la chaffe aux chaloupes des vaiffeaux
ennemis , & tout le convoi entra heureuſement
dans le Port fans qu'on en ait perdu aucun
navire. Ce convoi à débarqué un nouveau renfort
de mille hommes , tant François qu'Espagnols &
Suiffes au fervice d'Efpagne. On lança à la mer la
femaine derniere une galiore nouvellement con .
ftruite dont l'équipage fera de cent vingt hommes.
Il s'eft fait depuis quelques jours plufieurs exécutions
fecrettes dans la Tour , où l'on a conduit ces
jours- ci deux Religieux Carmes qui la nuit du 6
Gij
14S MERCURE DE FRANCE.
au 7 avertirent les ennemis par des fulées qu'on le
préparoit à les attaquer. Prefque tous les jours
le Duc de Boufflers tient un Confeil de
guerre ,
auquel il affifte regulierement trois des principaux
Nobles de cette République ..
Par les lettres de Génes du 23 du mois dernier.
on a appris que les troupes de la Reine de Hongrie
commandées par le Comte de Schullenbourg,
ayant occupé divers poftes entre cette Place &
Polfevera , le Duc de Boufflers les avoit fait attaquer
le 21 par un Corps des troupes Françoiſes ,
Eſpagnoles & Génoifes ; qu'après un combat trèsvif
les ennemis avoient été délogés de tous ces
poftes avec perte d'environ quinze cent hommes ,
& que du côté des troupes d'Efpagne , de France
& de Génes il n'y avoit eu que deux cent tués ou
bleffés .
Du
27.
Les Allemands ayant été joints par quatre mille
Piémontois , attaquerent la nuit du 20 au 2r de
ce mois la côte de Rivarola qui s'étend le longde
la riviere de Polfevera , depuis la montagne
des Deux Freres jufqu'à celle de Belvedere.
Toute cette côte eft couverte de maiſons qu'on
avoit fait occuper par des milices , parce que la
diftance qui eft entre elles , & le peu de protection
qu'elles peuvent tirer de cette ville , avoient empêché
d'y hazarder des troupes réglées. On avoit
mis feulement cent cinquante foldats Génois dans
le Convent de la Miféricorde , fitué à peu près au
centre de la côte , & qui par la force de fes murailles
, par fon affiette & par l'avantage qu'il a
de dominer toutes les maifons dont il eft envi
ronné , pouvoit être regardé comme le point de :
ralliement de toute cette partie. A trois heures du´
JUIN. 1747 . 149
matin les ennemis , après avoir tiré quelques volées
de canon à cartouches , déboucherent tant de
front que fur la droite de la côte par plufieurs
troupes de cinquante hommes . Nos milices intimidées
abandonnerent les maifons de droite & de
gauche du Convent de la Miféricorde , & les cent
cinquante foldats qui gardoient ce Convent , craignant
d'être enveloppés fe réplierent à la montagne
de Belvedere . Maître de toute la côte de
Rivarola , le Comte de Schullembourg pouvoit
tenter une entrepriſe d'un côté fur cette montagne
& de l'autre fur celle des Deux Freres , deux
des poftes les plus importans de notre défenſe extérieure
. S'il avoit introduit des troupes dans l'intérieur
du cercle formé par cette derniere montague
, & par les redoutes conftruites entre ce
pofte & celui de l'Eperon , il auroit coupé la communication
avec cette ville aux détachemens employés
à la défenſe de cette montagne & de ces
redoutes. Le Duc de Boufflers qui fentit l'importance
de prévenir cette manoeuvre , réſolut de
chaffer les ennemis d'une partie de la côte de
Rivarola , & de rendre à la montagne des Deux
Freres & à celle de Belvedere une enveloppe , à la
faveur de laquelle on pût achever de perfectionner
leur défenſe . Il deftina à l'exécution de ce
projet mille hommes des troupes auxiliaires de
France & trois cent de celles d'Espagne , qu'il fit
marcher fur quatre colonnes qui embraffoient la
totalité de fon attaque , & qui étoient à portée de
fe réunir & de fe favorifer . Celle de la gauche ,
compofée de cinq cent hommes aux ordres du
Chevalier Chauvelin Maréchal de Camp , eut ordre
de prendre en fortant par le Belvedere , le
chemin qui conduit de ce pofte à la Chartreuse ,
& après avoir délogé les ennemis des maisons bâ-
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
>
ties le long de la riviere de Polfevera , d'attaquet
de front le village de Rivarola qui eft entre la
Chartreufe & le Convent de la Miféricorde . Les
deux colonnes du centre chacune de deux cent
kommes , commandées Pune par M. Stockart
Lieutenant Colonel du Régiment Royal Baviere ,
Pautre par M. de Reding Lieutenant Colonel d'un
Régiment Suiffe au fervice de fa Majesté Catholi
que devoient longer à la vûë l'une de l'autre
Parrête d'une colline qui aboutit au village de
Rivarola , fe, porter fur le flanc de ce village &
feconder l'attaque de la colonne de la gauche. Le
Comte de Lannion Brigadier à la tête de la co-
Jonne de la droite , étoit chargé d'attaquer les retranchemens
des ennemis au bas du plateau de
la montagne des Deux Freres , & de s'arrêter au
point d'où il découvriroit le Convent de la Miſéricorde
, le village de Rivarola & les trois autres co-
Jonnes , afin d'être en état de combiner avec elles
fes opérations ultérieures . Outre les treize cent
hommes de troupes réglées , mille pay fans devoient
fuivre par le chemin de la Chartreuſe la
colonne de la gauche , afin d'occuper tous les
poftes dont elle fe feroit emparée. En même tems
que ces milices fe raffembloient on fit avancer fur
les remparts de cette ville un nombre confidérable
de bourgeois armés. Toutes les difpofitions étant
faites les quatre colonnes commencerent fur les
cinq heures du foir à fe mettre en mouvement
au fignal convenu de vingt coups de canon tirés
d'une tenaille. Le Comte de Lannion força fucceffivement
deux redoutes , marcha à une troifiéme
dont il chaffa les ennemis la bayonnette au
bout du fufil , & fit prendre la fuite à tous les détachemens
qu'ils avoient fur leur gauche dans les
maifons du vallon de Begay. S'étant apperçu
JUI N. 1747. 151
qu'après s'être ralliés & avoir reçu des renforts ,
ils fe déployoient par leur droite & cherchoient
à le déborder , il prit fagement le parti de la retraite
qu'il ne fit cependant qu'après avoir tenu
ferme encore pendant une demie heure , malgré
le feu confidérable qu'il eut à effuyer, & en s'arrêtant
dans tous les endroits fufceptibles de défenſe.
Il arriva au pied de la montagne des Deux Freres,
où il fe maintine jufqu'à la nuit. Celle des deux
colonnes du centre à la tête de laquelle étoit M. de
Reding , rencontra fur la route une grande maifon
dans laquelle il y avoit beaucoup de troupes,
Pendant que cet Officier fe préparoit à inveftir
cette maiſon il reçut un coup de fufil dans le côté ,
- & les deux cent hommes dont il avoit le commandement
ne purent faire autre choſe que garder
leur pofition. M. Stockart avec la colonne
qu'il conduifoit s'avança fans aucune oppofition
de la part des ennemis.jufqu'à la hauteur de Montoio
qui domine la droite du village de Rivarola.
Au débouché d'un chemin qui tourne la hauteur
& qui rentre dans le village , il fe trouva à la
portée du piftolet d'un Corps de quatre cent
Piémontois , qui étoient fortis du Convent de la
Miféricorde pour prendre en flanc la colonne de
la gauche. Il les chargea brufquement , leur fit
quarante prifonniers , les fuivit jufqu'au pied de
la colline fur laquelle eft le Convent , fe rendit
maître du Palais de Pallavicini qui eft à la tête du
village , & reforma fa troupe que l'ardeur de la
pourfuite avoit dérangée. La colonne de la gau
che fut celle qui eut le plus d'obſtacles à furmonter.
Le Chevalier Chauvelin qui la commandoit ,
détacha deux Compagnies de Grenadiers pour
Occuper le Convent de la Chartreufe , & il or
donna à M. de la Faye Colonel du Régiment
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
Royal Comtois , de marcher avec cent cinquante
hommes aux maifons qui bordent la riviere de
Polfevera. Les deux Compagnies de Grenadiers
exécuterent l'ordre qu'elles avoient reçu , & M. de
la Faye ne trouva aucun ennemi dans les premieres
maifons de la rue par laquelle il dirigea fa
marche , mais lorsqu'il fut arrivé à un carrefour
où cette rue fe divife en trois branches , il fut arrêté
par un foffe large de deux toiſes. Au moment
qu'il fe difpofoit à le franchir , les troupes
poftées dans les maifons voifines firent feu fur lui ,
& il fut bleffé mortellement. Dès que le Chevalier
Chauvelin en fut informé , il fe porta à l'avantgarde
du détachement de M. de la Faye . Ayant
raffé le foflé il fit enfoncer la porte d'un jardin ,
par laquelle une Compagnie de Grenadiers , qu'il
retira de la Chartreufe , entra pour reconnoître fi
à l'extrêmité de ce jardin on ne pourroit pas prendre
à revers les maifons d'où partoit le feu qu'effuyoient
nos troupes. Cependant une colonne des
en nemis paffoit la Polfevera & fe diſpoſoit à attaquer
par le flanc gauche la colonne du Chevalier
Chauvelin , tandis que ce Maréchal de Camp découvrit
fur fon flanc droit un détachement qui défiloit
par un chemin étroit . Heureuſement la vivacité
du feu des troupes , par lesquelles le Chevalier
Chauvelin fit charger celles qui avoient
paffé la riviere , les contraignit de la repafler , &
fes chofes changerent bientôt de face par la prévoyance
& l'activité du Duc du Boufflers , qui
s'étant rendu à l'Eperon pour diriger les attaques ,
voyoit delà tous les mouvemens des . ennemis.
Ce Lieutenant Général fit déboucher par la porte
de Granarolo le Chevalier de Belloy d'un côté
& M. de Monteils de l'autre , avec tout ce qu'on
put raffembler de bourgeois & de payfans armés
JUIINN. 1747. 153
M. de Monteils s'étant avancé à l'extrêmité d'une
pointe qui defcend en pente au vallon de la Turbella
, les troupes ennemies qui étoient fur la hauteur
de Montoio l'abandonnerent. Auffi - tôt le
Chevalier Chauvelin , fes deux flancs étant libres ,
donna ordre à deux Compagnies de Grenadiers
& à cent fufliers de marcher par la gauche du
village , & de tâcher de gagner la tête du chemin
de la Polfevera, Avant que de tenter la même diverfion
par la droite , il envoya un piquet Génois
reconnoître le terrain . M. Franco Grimaldi Adjudant
Général de la République voulut conduire
ce piquet & tomba dans une troupe de Piémontois
, qui le fit prifonnier avec quelques fol
dats . La marche des deux Compagn es de Grenadiers
& des cent Fusiliers réuffit ainfi qu'on l'avoir
efperé. Ils attaquerent les maiſons dont le feu incommodoit
nos troupes & ils en délogerent les
ennemis. Le Chevalier Chauvelin ayant fait alors
border la Polfevera par des milices pour empêcher
les ennemis de la paffer une feconde fois ,
s'avança avec ce qui lui reftoit de troupes pour
donner la main à celles qui avoient pénérré dans
le village . N'en ayant pas un affés grand nombre
pour entreprendre de forcer le Convent de la
Miféricorde , d'ailleurs ne s'étant propofé cet objet
qu'autant qu'il y eût trouvé des facilites & qu'i
eût pû être fecondé par les colonnes de la droite ,
i ne fongea qu'à prendre pofte , & il plaça fes
troupes dans une ligne de maifons parallélés à la
hauteur fur laquelle le Convent eft fitué. Comme
il n'y avoit plus qu'une demie heure de jour , le
Duc de Boufflers , content d'avoir recouvré le
village de Rivarola & plufieurs autres poftes importans
, fit ceffer les attaques. Elles avoient duré
plus de quatre heures , le feu n'ayant pas difcon-
GY
154 MERCURE DE FRANCE .
rinué prefque un inftant de part & d'autre. Du
côté des troupes qui défendent la ville , il n'y a eu
que quatre-vingt - dix hommes de tués & deux
cent de bleffés . Le Chevalier Chauvelin eft du
nombre des ſeconds , & il a eu un cheval tué fous
lui & fes habits percés de plufieurs coups . Ce
Maréchal de Camp & le Comte de Lannion fe
font conduits avec toute la prudence & la capacité
qu'on avoit lieu d'attendre d'Officiers de
leur mérite. M. Stockart s'eft extrêmement diftingué
, on doit auffi beaucoup d'éloges à Meffeurs
d'Ancillon & Terrazoni Capitaines de Grenadiers
, & en général les Officiers & les foldats
ont donné des marques de la plus grande valeur .
Il vient d'aborder le long de la côte orientale de
cet Etat depuis la Specie jufqu'à Portofino un
grand nombre de petits bâtimens fur lefquels il y
a trois mille hommes de troupes Françoiſes &
Espagnoles.
ESPAGNE.
Uivant les nouvelles de Madrid , on y a reçu la
Strifte nouvelle que la Ville de Lima , Capitale
du Royaume du Pérou , avoit été totalement déruite
par un tremblement de terre , arrivé la nuit
dit 28 au 29 du mois d'Octobre de l'année derniere.
De toute cette grande Ville , où l'on compte
environ quatre-vingt mille habitans , il n'eſt reſté
que vingt maifons entieres. Toutes les autres ont
été ou ruinées ou fort endommagées . Il a péri
mille quarante perfonnes dans ce défaftre. La Ville
de Callao , qui eft à deux lieues de Lima , a été
fubmergée par la mer. Treize de dix fept vaiffeaux
qui étoient dans le Poft ont été engloutis
par les flots , & les quatre autres ont été jettés an
loin dans les terres.
JUIN. 1747.
155
OPERATIONS DE L'ARME'E DU ROI.
L
De Mons le 31 Mai.
per-
E Roi partit le 30 à quatre heures &
demi du matin de Compiègne & arriva
à Mons fur les fix heures du foir , &
après avoir reçu les complimens des
fonnes les plus confidérables de la Pro .
vince qui s'étoient renduës ici , a foupé en
public. Ce matin Sa Majefté a reçu les complimens
des Etats & du Confeil Supérieur.
Elle a entendu la Meffe & le Te Deum dans
l'Eglife des Dames Chanoineffes qui lui
ont enfuite été préfentées. Sa Majesté
monta après en caroffe pour fe rendre à
Bruxelles. Les ennemis ont fait un fourage
général ; un de leurs partis qui avoit
marché ce jour-là en avant a été attaqué
par un des nôtres , qui leur a tué nombre
d'hommes & de chevaux .
L
De Bruxelles le premierFuin.
E Roi eft arrivé hier ici à cinq heures,
& s'eft enfermé tout de fuite avec les
Maréchaux de Noailles & de Saxe , &
M. d'Argenfon.
Le Roi a affifté ce matin à la Proceffion
du Saint Sacrement , les rues étant bordées
par les deux Régimens des Gardes Fran
çoifes & Suiffes.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Le 2.
A l'iffuë de la Meffe le Roi a tenu Confeil
de guerre. Mrs. de Berenger Lieutenant
Général & de Polignac Brigadier font revenus
ce matin du camp des ennemis , où
ils avoient été conduits par un parti d'Huffarts
qui les avoient faits prifonniers ces
jours derniers près de Sombreff en retournant
d'ici à Namur.
Une partie de notre Cavalerie fait aujourd'hui
un mouvement pour prendre de
nouveaux cantonnemens , qui fans étendre
ni changer l'extérieur de notre pofition
met nos troupes plus à portée de ſe raf
fembler.
Deux bataillons des Gardes Françoifes
& Suiffes ont ordre de camper , les premiers
à Staal , Vekel , Veetermall & Bottendall
; & les feconds à Tervure , Auderghem
& Rougecloître , dans les bois de
Soignies & environs..
Le
3
Le Roia monté hier au foir à cheval &
a vifité les entours de la ville .
M. le Maréchal Comte de Saxe eft retourné
ce matin à Malines.
Sa Majefté a été efcortée depuis Mons
jufqu'à Braine-le- Comte par le Régiment
JUI N.. 1747. IST
par
de Cavalerie de Royal Piémont , & depuis
Braine-le - Comte jufqu'à Bruxelles
La Gendarmerie ; on avoit auffi pour cou
vrir fa marche difpofé fur la droite de la
chauffée vers la forêt de Soignies differens
détachemens d'Infanterie , & l'on avoit
doublé tous les poftes de la communication
de Louvain à Namur ; Meffieurs les
Maréchaux de Noailles & deSaxe ont
été au- devant du Roi jufqu'à une demie
lieuë de Bruxelles ; il n'eft pas encore décidé
quand le Roi viendra
occuper le
Château d'Efteen qui a été marqué pour
fon Quartier.
;
Il y a eu quelques changemens dans la
difpofition des troupes qui campent fur la
Dyle , relativement à leur rang & à l'ordre
de bataille ; on a en même tems fortifié
la ligne d'Infanterie des fix bataillons de
Grenadiers Royaux qui étoient encore fuc
la haute Dyle ; on fait que la gauche
du camp appuye à la Baffe- Dyle au-deffous
de Malines , & que notre droite va
aboutir vis-à-vis Rouffelaer ; on fçait
auffi que l'entre-deux de la droite du
camp & de Louvain eft gardé par les Dragons
d'Harcourt , qui cantonnent dans les
maifons le long de la Dyle , & que Malines
eft protegée par feize bataillons d'Infanterie
& par le Régiment de Dragons du
158 MERCURE DE FRANCE.
Colonel Général , non compris la garni
fon de cette place ; trois Régimens d'Huffarts
ont été hier camper fur la hauteur de
Louvain,
M. le Comte de Clermont a marché le
premier de ce mois avec une partie de fes
troupes , pour aller ce jour- là à Marbaix
d'où il eft arrivé hier à Vavre où il doit
camperjufqu'à nouvel ordre ; il a laiffé dans
Namur la brigade de Royal Suédois , &
le Régiment des Dragons d'Orleans , dont
un efcadron doit entrer dans Charleroi,
On a rapproché la Gendarmerie & le
Régiment de Royal- Piémont de Bruxelles
, & l'on a pouffé dans de nouveaux
cantonnemens plus près de Malines quelques
Régimens de Cavalerie qui étoient
reftés entre la Dendre & la Senne.
Les Corps de Meffieurs de Lowendal &
de Contades font toujours dans leur même
pofition à Anvers & dans le pays de
Vacs ; le premier de ces Corps eft de vingtcinq
Bataillons de Campagne & de deux
Régimens de Dragons ; Meffieurs de Chevreufe
, d'Herouville , de Blet & de Sceaux
en font les Maréchaux de Camp.
Corps de M. de Contades eft de huit bataillons
& de dix efcadrons , Meffieurs
de Relingues & de Lage pour Maréchaux
de Camp.
Le
JUIN 1747.
159
Les mouvemens que ces deux Corps
détachés ont fait ces jours-ci , n'ont eu
d'autre objet que de fe mettre en régle
pour la formation des brigades.
Nous avons fans ceffe des partis en
campagne pour veiller fur les mouvemens
des ennemis qui font toujours dans leur
même pofition entre les deux Néthes ,
& qui ont deux Corps de troupes legéres
en avant de la groffe Néthe , dont l'un couvrant
Lierr & l'autre les ponts qu'ils ont
du côté de Diteghem ; ils en ont à ce qu'on
affûre , un troifiéme au -deffus d'Heiffemberg.
Ce matin un détachement de Graffins a
rencontré près de Serick un détachement
d'Huffarts dont il a tué & bleffé pluſieurs.
Le 4.
M. le Maréchal Comte de Saxe eft re
venu ce matin de Malines , & Sa Majefté
après la Meffe a tenu Confeil de
guerre.
Après le falut le Roi a été chés M. le
Maréchal Comte de Saxe voir une maifon
de bois d'une forme particuliere , trèscommode
pour camper , fe tranfportant fur
un feul chariot.
# 60 MERCURE DE FRANCE.
Le 5 .
Le Roi a nommé Brigadiers d'Infanterie
Meffieurs de Bezons Colonel de Beaujollois
, & de Langeron Colonel de Condé.
Le G.
Le Roi a monté à cheval ce matin &
après la Meffe Sa Majefté a tenu Confeil
de guerre .
Sa Majefté a donné à M. de Coffe
Maréchal de Camp le Cordon- Rouge ,
vacant par la mort de M. de Puynormand.
Le 7.
Le Roi a tenu ce matin Confeil d'Etat .
M. de Vanhoë eft arrivé ici hier au foir.
Il a pris ce matin congé de Sa Majeſté , &
eft parti enfuite pour fe rendre à la Haye.
Le 8..
Le Roi a monté à cheval ce matin , &
au retour de la promenade a tenu Confeil
guerre .
de
Après midi Sa Majefté a affifté à la
- Proceffion du S. Sacrement autour de l'Eglife
Collégiale de Sainte Gudulde ..
Le Roi a donné le Régiment Royal-
Comtois vacant par la mort de M. de la
Faye à M. le Marquis de Roquepine , &
JUIN. 1747. 161
e Régiment ci- devant fixé à quarante
mille livres eft réduit à trente mille .
>
Sa Majesté a donné le Régiment de
Nivernois qu'avoit M. de Roquepine
& dont elle a éteint le prix, à M. de Monteils
Lieutenant - Colonel reformé de Dragons
paffé à Génes avec M. de Boufflers
.
M. le Comte de Langeron eft parti ce
matin pour retourner à l'armée de Provence.
Le 9.
Les deux armées font toujours dans la
même pofition , à l'exception de feize Régimens
de Cavalerie & de Dragons de
notre armée qui ont fait un mouvement
pour être plus à portée du camp qu'ils doivent
occuper.
M. le Comte de Clermont eft venu ce
matin de fon camp de Vavre faire fa
Cour à Sa Majefté , & lui rendre compte
du Corps de troupes qu'il commande.
Le 10.
Le Roi qui a tenu ce matin Confeil de
guerre a été après -midi fe après-midi ſe promener à
cheval .
Il part demain matin un détachement
aux ordres de M. le Comte d'Eftrées , quò
162 MERCURE DE FRANCE.
s'affemblera à Louvain avec Meffieurs
d'Armentieres , de Faudoas & le Duc de
Broglie , qui doivent fervir à ce Corps , il
fera compofé de quatre bataillons de Grenadiers
Royaux , des brigades de Royal
& d'Anjou Cavalerie , de quatre Régimens
de Huffarts & des Régimens de Graffin &
de la Morliere.
Du Quartier général de Malines
le même jour.
Un détachement de nos Volontaires à
pied ayant rencontré le 6 du côté de Sainte
Catherine Vavre un parti d'Huffars &
de Pandoures les a attaqué , & leur a fait
plufieurs prifonniers. Un autre de nos
partis a ramené auffi avant- hier au matin
quelques Huffarts montés : il vient encore
d'en arriver dans le moment une prife de
huit.
Toute la Cavalerie a changé hier de
pofition , & a pris de nouveaux cantonnemens
qui la rapprochent de l'Infanterie.
On a commencé avant-hier à creufer
un canal du moulin de Rouffelaer au ruiffeau
de Tildonk pour faire un nouveau
lit à la Dyle. C'est l'Infanterie qui eft
employée à cet ouvrage donc l'objet eft de
racourcir cette ligne de défenſe & de multiplier
les difficultés des approches.
JUIN. 1747. 163
Les volontaires de Saxe & ceux de Bretagne
qui étoient encore en arriere doivent
arriver du 12 au 15 dans les environs
d'ici.
Sa Majesté est toujours dans Bruxelles ;
elle ne changera vraisemblablement de
quartier qu'au premier mouvement qui
ne tardera pas.
Bruxelles le 11 Juin.
M. l'Evêque de Namur a prêté ce matin
pendant la Meffe ferment de fidélité entre
les mains du Roi . Sa Majeſté a enfuite
tenu Confeil d'Etat & reçu des Chevaliers
de Saint Louis .
Le détachement aux ordres de M. le
Comte d'Estrées a paffé ce foir la Dyle
pour camper au - delà de Louvain.
M. de Bathiany ayant propofé une
conférence pour convenir de l'échange
des prifonniers François & Autrichiens ,
M. le Marquis de Brezé Lieutenant Général
a été envoyé à Duffel pour conférer
avec M. de Tornaco nommé à cet effet
de la part du Général Autrichien , & on
eft demeuré d'accord que pendant le tems
de la conférence qui ne doit durer que
vingt- quatre heures , il y aura ceflation
d'hoftilité entre la Dyle & la Néthe.
164 MERCURE DE FRANCE.
Le 12.
Le Roi a monté ce matin à cheval. Sa
Majefté a reçu après la Meffe des Chevaliers
de Saint Louis , & a enfuite tenu
Confeil de
guerre .
Le détachement aux ordres de M. le
Comte d'Eftrées eft parti ce matin de Perck
au-deffous de Louvain , pour aller camper
fur les hauteurs de Tirlemont.
Celui que commande M. le Comte de
Clermont eft parti ce matin de Vavre
pour aller prendre un camp dans la plaine
de Meldert , pour fervir d'appui à M. le
Comte d'Estrées .
Le 13.
Le détachement de M. le Comte
d'Eftrées eft parti de Perck
fa
pour camper
droite vers la Géthe , & fa gauche à Sainte
Marguerite Hautem.
Celui de M. le Comte de Clermont a
fa droite appuyée à Sainte Catherine Hautem
, fa gauche l'eſt à Meldert , Château où
ce Prince eft logé ; ce camp eft très - bon &
abondant en fourages ; il eft à une lieuë de
Tirlemont.
JUIN. 1747- 165
Le 14.
Le Roi a fait après - midi la revûë
de la brigade de Royal Allemand , compofée
des fix efcadrons de ce Régiment &
des quatre de Naffau.
M. de Maulevrier Lieutenant-Général
eft arrivé ce matin de Provence , & a rendu
compte au Roi du paffage du Var & de
l'occupation du Comté de Nice.
Les ennemis ont caffé tous les ponts fur
la baffe Géthe entre Hallem & Leifter.
Dans les efcarmouches qu'il y eut hier
entre les détachemens du Corps de M. let
Comte d'Eftrées & les ennemis , nous
avons eu trois hommes bleffés . Les ennemis
huit ou dix , cinq morts , trois chevaux
pris & trois hommes prifonniers &
bleffés.
La Maiſon du Roi campe demain fous
Bruxelles en avant de la porte de Louvain.
Le
IS.
Le Marquis de Bezons Brigadier , Colonel
du Régiment de Beaujollois , a apporté
cette nuit la nouvelle de la prife de
Montalban dont la garnifon a été faite
prifonniere de guerre.
M. de Brezé a figné hier avec M. de
Tornaco une convention pour l'échange
166 MERCURE DE FRANCE.
général des prifonniers François & Autrichiens.
Les Officiers renvoyés fur leur
parole font déclarés libres dès - à - préſent.
Le 16.
M. de Saint Germain Maréchal de
Camp a paffé aujourd'hui la Dyle avec
les brigades d'Infanterie de Royal ,
d'Eu & de Rohan , & une brigade d'Artillerie.
Ces brigades font relevées dans le
camp qu'elles occupoient par celles des
Irlandois & de Bergeret , & ces deux dernieres
le feront par douze bataillons venant
d'Anvers.
Un Régiment de Dragons & deux de
Grenadiers Royaux doivent camper aujourd'hui
entre l'Abbaye du Parc & la
chauffée de Tirlemont , & quatre brigades
de Cavalerie entre l'Abbaye de Ulierbeek
& la même chauffée aux ordres de M. le
Comte de Clermont Tonnerre.
M. le Comte d'Eftrées va camper aujourd'hui
entre les deux Géthes fur le chemin
de Saint Tron , & M. le Comte de
Clermont vient le occuper camp de
Lynter.
Le
17.
Un détachement de Pandoures & de
JUIN. 1747. 167
Huffarts vinrent hier pour attaquer un
poſte de Dragons au-delà du pont du fauxbourg
en avant de Malines . Ils furent repouffés
avec perte.
Le 18.
M. de S. Germain parti le 16 de Rotzelaer
avec un corps de troupes, a longé le
Demer , & eft arrivé le 17 à Halem. Dans
plufieurs efcarmouches il n'a eu qu'un
homme tué & deux ou trois bleffés.
M. le Comte de Clermont eft campé
entre les deux Géthes , fa droite à Hiclem
, fa gauche appuyée à la groffe Géthe
& le Quartier général à Veffer. Il a une
brigade d'Infanterie à Leaweville à une
demie lieuë de fon camp , & garde Tirlemont
qui eft derriere lui .
M. le Comte d'Estrées eft à S. Tron.
M. de Salieres avec deux Brigades d'Infanterie
eft parti à la pointe du jour pour
aller longer le Demer vers Arſchot .
Du Quartier général de Malines
le même jour,
M. le Comte d'Eftrées qui s'étoit porté
à l'Abbaye du Parck de l'autre côté de
Louvain , a marché le 12 fur Tirlemont &
y a campé fa droite à la groffe Géthe
ayant devant lui l'Abbaye d'Oplinter , il
168 MERCURE DE FRANCE.
n'a rencontré que quelques Huffarts qui à
fon approche le font retirés.
M. le Comte de Clermont a paffé la
Dyle ce même jour 12 , & s'eft porté fur
Meldert où il a campé & appuyé fa droite
à Sainte Catherine d'Houten , il a en arrivant
dans ce Camp- ci fait travailler tout
de fuite à des communications , pour protéger
dans le befoin M. le Comte d'Eftrées.
Le 15 au matin douze bataillons aux
ordres de M. de Saulx font venus occuper
le baffin de Malines , où étoient ci - devant
feize autres bataillons qui ont été camper
en ligne.
Dans l'intervalle de ce changement les
ennemis croyant que nous avions abandonné
ce terrain , fe font préfentés au pont
des pas de Brugge où ils ont été repouffés
avec perte ; un détachement du Colonel
Général Dragons qui étoit de garde en
avant du pont s'y eft diftingué.
Le 16 au matin M. de S. Germain
Maréchal de Camp a paffé la Dyle au pont
de Rouffelaer avec les brigades de Royal,
d'Eu & de Rohan , & une brigade d'Artillerie
, il a chemin faifant chaffé les ennemis
des poftes d'Arfchot & de Zichem ,
& a été occuper Hallem qu'il a abandonné.
M. de Wolfenbuttel qui étoit campé à
l'Abbaye de Verborde , s'eft préſenté fur
le
JUIN. 1747. 169
Le Demer pour foutenir le pofte de Diert
que M. de S. Germain s'eft contenté de
mafquer , fes ordres le portant ailleurs ;
l'armée ennemie a cependant pris les armes
& s'eft allongée le long de la Nethe
vers Gheel , dans l'idée que nous allions
paffer la Dyle & le Demer , mais fur la
nouvelle que notre détachement avoit
fimplement longé la rive gauche du Demer
, cette armée eft rentrée dans fon
camp .
M. le Comte de Clermont qui a été
renforcé le 14 du Régiment de Beaufremont
Dragons , a marché le 16 au matin
fur Optinter , d'où il s'eft pofté hier ſur
Leaw , que M. le Comte d'Eftrées a quitté
pour lors pour marcher à S. Tron .
M. le Comte de Clermont a pouffé
le 16 au matin un détachement de deux
mille hommes fur Halem , pour favorifer
l'expédition de M. de S. Germain ; ce détachement
devoit rejoindre S. A. S. dès
que M. de S. Germain auroit pris pofte à
Halem.
Cent vingt-deux Efcadrons de Cavalerie
ont paffe la Dyle le 16 au matin pour
aller camper le même jour en avant de
Louvain.
Quatre Bataillons de Grenadiers Royaux
& le Régiment d'Harcourt Dragons l'ont
I. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
précédée & campent fur fes flancs ; le reſte
de la Cavalerie tant Carabiniers que Dragons
, à l'exception de la Maifon du Roi
qui campe en avant de Bruxelles , fe font
rapprochés de Malines & campent fur la
Dyle à droite & à gauche de cette ville ;
les Volontaires Bretons font arrivés hier
au matin à Eſten & à Hayendonck fur la
baffe Dyle.
Le refte des Volontaires de Saxe eft
du 14 à portée d'Ecy à Elweit , Semps &
Verd .
Les deux Brigades d'Infanterie de Picardie
& d'Orleans ont marché ce matin fur
Arfchot aux ordres de Meffieurs de Salieres
& d'Anzely.
Les deux parties d'Artillerie , qui étoient
parquées ci-devant à Haeht & Wakefelle,
ont paffé enfin ce matin la Dyle à Louvain
pour aller parquer en avant , elles
ont été fuivies des Brigades d'Infanterie
de Montmorin & de la Cour-au- Chantre ,
conduites Mellieurs de Courten & de
Montmorin Maréchaux de Camp.
par
De Bruxelles le 19 .
M. de Goas Colonel de Bourbonnois &
apporté ce matin la nouvelle de la priſe du
Château de Villefranche.
M. de S. Germain s'eft emparé hier
JUIN 1747 . 171
du bourg de Herck fur la droite d'Ha
lem .
Un détachement du Corps de M. le
Comte d'Eftrées compofé de Huffards &
de Grenadiers Royaux , s'eft , emparé
d'Haffelt..
Le 20.
Hier M. de Barre Capitaine au Régi
ment de Diesback , commandant un détachement
de cent vingt volontaires , a été
attaqué à l'Abbaye de Rozendal près le
pont de Walem par fix à fept cent Pandoures
& quatre cent Huffards . M. Dupleffis
Capitaine dans Piémont , commandant
une autre troupe de volontaires ,
l'ayant joint , ils foutinrent pendant une
heure l'effort des Pandoures qu ils repousferent
jufqu'à trois fois la bayonnette au
bout du fufil , & M. de S. Maurice Capitaine
au Régiment de Touraine étant
furvenu avec un détachement pendant le
fort du combat , les prit en flanc , & malgré
la fuperiorité du nombre , les ennemis
furent obligés de prendre la fuite avec
perte de trois cent hommes dont quatrevingt
rettés fur le champ de bataille , le
Commandant des Pandoures tué . M. de
Barre y a été tué , un Lieutenant de
Lowendal bleffé , & nous avons eû envi-

Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
ron trente volontaires tués ou bleffés
cette action.
M. le Comte d'Eftrées marche aujourd'hui
de S. Tron à Tongres & M. le Comte
de Clermont à S. Tron.
Du Camp du Parc le 23 Juin,
Le Roi eft arrivé hier à une heure à
l'Abbaye du Parck , après avoir traverſé
Louvain dont les clefs lui furent préſentées
par une Demoiſelle de qualité du pays,
comme c'est l'ufage. Cette Demoiſelle fe
nomme Mademoifelle de Duras.
Le Corps de M. le Comte d'Eftrées eft
campé à Eydenbilfen à deux petites lieuës
de Maeftrick. Une de nos patroüilles a été
jufqu'aux portes de cette ville & ya
trois prifonniers,
fait
Celui de M, le Comte de Clermont eſt
depuis hier campé près Tongres.
Le Roi a nommé Brigadier d'Infanterie
M. de Goas Colonel de Bourbonnois,
JUIN. 173 1747.
OPERATIONS DE L'ARME'E DE PROVENCE.
U
De Marseille le 12 Mai.
Ne partie des troupes qui font dans
cette Province , eft fortie de fes
cantonnemens pour s'avancer vers le Var ,
& il y a actuellement fur le bord de cette
-riviere vingt bataillons prêts à la paffer .
Toutes les difpofitions pour cette expédition
font faites , & l'on a raffemblé les
bois & les autres matériaux néceffaires
pour la conftruction des ponts. Les troupes
Espagnoles aufquelles on avoit diftribué
des quartiers dans le Languedoc , ont
ordre de fe mettre inceffamment en matche.
On croit que M. le Maréchal de
Belle- Ifle avant que de fe rendre à l'armée
ira à Montpellier pour conferer avec l'Infant
Don Philippe . Divers obftacles ont
fait differer jufqu'à préfent l'attaque des
Ifles de Sainte Marguerite , mais on efpere
d'apprendre bientôt qu'elle aura été entrepriſe
avec fuccès.
JA Cannes le 26 Mai.
R le Maréchal de Belle-Ifle en par-
Mrant pour aller à la Cour avoit
pour
laiflé le commandement de l'armée à M.
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
le Chevalier de Belle - Ifle fon frere , le
quel a donné toute fon attention pour le
rétabliſſement des troupes & les approvifionnemens
pour l'ouverture de la campagne
; comme les Illes de Sainte Marguerite
étoient un obftacle pour tous les convois
, M. le Chevalier de Belle- Iſle après
avoir affûré toute la côte maritime. par des
poftes & batteries, a tourné tous fes foins à
fe rendre maître des Ifles ; la difficulté paroiffoit
infurmontable , car outre une garnifon
fuffifante pour défendre avec vigueur
le Fort Sainte Marguerite & la Tour Saint
Honorat , il y a toujours eû neuf ou dix
vaiffeaux Anglois qui côtoyoient les Ifles ,
& plufieurs chebecs , barques & felouques
arrivées qui en rendoient l'abord impoffi
ble . M. le Chevalier de Belle- Ifle ne s'eft
point rebuté par ces obftacles , il a fait préparer
à Toulon deux demi galéres, un nombre
de chaloupes car caffieres & plufieurs felouques
, il a fait venir de Marſeille quatre
de nos galéres , le tout a été affemblé
avec un grand nombre de petites barques
fous la protection des batteries établies à
cet effet au Golfe-Jean , à celui de Cannes
& de la Napoule ; il a fait raflembler toute
l'artillerie , canons , mortiers & munitions
néceffaires qui ont été embarqués de même
que toutes les faſcines , fauftiffons
JUIN.
179 1747.
gabions & piquets , attendu qu'il n'y a
prefque point de terre dans l'ifle Sainte
Marguerite. Tous ces dépôts ont été
faits à Cannes où il a fait venir le nombre
de tout ce qu'il a jugé néceffaire fous le
commandement de M. de Chevert chargé
en chef de l'expédition , de M. du Barail
Brigadier , & de Meffieurs de Beſon &
de Langeron Colonels. M. de Bompart
Capitaine de vaiffeau , Officier d'un mérite
diftingué , a eû le commandement de
toute notre petite flotille . M. le Cheválier
de Pille Chef d'Efcadre , commandoit
les quatre galéres. Les chofes dans cet
état , M. le Chevalier de Belle - Ifle qui
s'étoit venu établir en perfonne à Cannes ,
a employé tout le tems qu'il a fallu attendre
cette occafion favorable , à exercer de
concert avec M. de Bompart tous les
Officiers & toutes les troupes à répéter
leurs manoeuvres , pour qu'elles puffent
les exécuter avec plus d'ordre & de diligence
lorfqu'il faudroit. Il falloit pour
pouvoir réuffir qu'un coup de vent obligeât
l'Amiral Bing de s'éloigner , & que
ce coup de vent fut fuivi d'un calme qui
le tint éloigné douze heures. Le coup
de vent eſt enfin arrivé le 24 , le calme
l'ayant fuivi le 25 , le fignal fut donné à
fept heures du matin pour faire embar-
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
}
quer & partir toutes les troupes. La
colonne de la gauche aux ordres de M.
de Chevert , fut précédée par deux galéres,
un chebecq deux felouques & fix chaloupes
armées.

Celle de la droite partit à la même
heure de Cannes précédée de deux galéres
deux chaloupes carcaffieres , deux
félouques & quatre chaloupes armées ,
cette colonne fut fuivie par le convoi
compofé d'artillerie , munitions de guerre
& de bouche , &c: La colonne de la gauche
arriva la premiere à la pointe de l'Et
de l'Ile Sainte Marguerite , après avoir
fait un détachement à la pointe de l'Est de
l'Ile Saint Honorat . Le canon des galéres
qui les précéda tira avec beaucoup de
fuccès fur tous les poftes que les ennemis
avoient établis pour border les Ifles , mais
ils ne les abandonnerent que lorfqu'ils virent
nos troupes mettre pied à terre , &
s'enfuirent dans le fort.
Pendant que cela fe paffoit à l'Eft , la
colonne de la droite arriva à la pointe de
l'Oueft , des Ifles Sainte Marguerite &
Saint Honorat protegée également par
fçu des galéres ; le débarquement fut auſſi
fort heureux .
le
Il n'y avoit rien de plus preffé que de
débarquer de l'artillerie aux deux extrê
JUI N.
177 1747 .
mités de ces Iles pour pouvoir éloigner
les vaiffeaux Anglois lorfqu'ils reviendroient
; ce travail fut fuivi avec une telle
activité qu'en trois heures de tems il y eût
quatre piéces de 24 & un mortier en batterie
à l'Eft , deux piéces de 24 & un mortier
à l'Oueft..
à ›
Les batteries faites & les épaulemens
pour mettre les troupes couvert les
troupes occuperent tous les poftes de l'lfle
qui pouvoient empêcher l'ennemi de tenter
aucune attaque fous la protection de
leurs vaiffeaux ; & fe mirent à couvert de
leur feu.
Pendant que cela fe paffoit , celles qui
étoient deftinées pour pétarder la Tour
de Saint Honorat , s'en approcherent menant
du canon.de campagne , tandis que
les quatre galéres battoient la Tour par le
dehors. Le Commandant ne fit pas une
grande réſiſtance & fe rendit prifonnier
avec fa garnifon de foixante hommes.
Devenus maîtres de toute l'Ile Saint
Honorat , tout le convoi entra dans le
Trioul qui eft le canal qui fépare les deux
Ifles , & vint débarquer près le grand jardin
qui eft au centre où fut fait le dépôt .
Les deux chaloupes cafcaffieres y furent
placées pour bombarder le fort par ce
côté- là , tandis que la batterie de la Croi-
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
fette le foudroyoit par le côté de la Terre-
Ferme , cela n'empêcha pas la garnifon de
faire un feu d'artillerie prodigieux , &
d'autant plus dangereux qu'il y a peu d'endroits
dans l'lfle où l'on ne foit vû ou
pongé de la place.
M. de Chevert fit fommer le Commandant
pour avoir un prétexte de reconnoître
de plus près la place , & fur le rapport
qui en fut fait à M. le Chevalier de Belleifle
, il détermina l'emplacement des batteries
qui furent placées à cent quatrevingt
toifes du corps de la place , & le travail
fut pouffé avec tant d'activité , tout ce
qui étoit néceffaire ayant été porté , que
le lendemain à la pointe du jour une batterie
de quatre piéces de 24 fut en état
de jouer de même qu'une de deux piéces
à ricochet , à fix heures du matin le Commandant
fut de nouveau fommé , mais
comme il venoit d'appercevoir fix vaiffeaux
Anglois , il dit qu'il rendroit réponfe
à cinq heures du foir ; le feu continua
de part & d'autre.
A midi huit vaiffeaux Anglois arriverent
à la pointe de l'Eft dans le même endroit
où les galéres s'étoient placées la
veille pour leurs canonades , mais dès
qu'ils eurent effuyé une ou deux décharges
de nos batteries , ils revirerent de bord
JUIN. 1747. 179
& s'éloignerent , & demeurerent en panne
le reste du jour ; ils furent fpectateurs
de la capitulation que le Commandant
envoya propofer à cinq heures , par laquelle
il s'eft rendu prifonnier de guerre
avec fa garnifan compofée de quatre cent
cinquante hommes ; toute cette entreprife
ne nous a coûté que cinq hommes de tués
& quatre de bleffés , les ennemis en ont
perdu trente.
Toutes les troupes arrivent de toutes
parts fur plufieurs colonnes & il fe forme
trois camps fur le Var , il y arrive auffi
beaucoup d'artillerie , ce qui fait juger
que M. le Maréchal qui eft arrivé ici le 23
ne tardera pas à en entreprendre le paffage.
Les ennemis ont encore dix-fept bataillons
Piémontois & vingt Autrichiens
dans le Comté de Nice , on ne croit cependant
pas qu'ils ofent défendre le Var
de vive force. Nous avons auffi beaucoup
de troupes en mouvement de Barcelonette ;
toutes celles du Dauphiné marchent auffi
pour camper à Guillethe & à Briançon
& il arrive quantité de groffe artillerie à
Mont-Dauphin. Toute notre Cavalerie
s'affemble le long du Rhône auprès de
Valence , où l'on a formé des magazins de
fourages confidérables , ainfi felon toute
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
apparence nous ferons bientôt en état d'eu
mander des nouvelles.
M. le Maréchal en a reçu de Génes du
23 ; M. le Duc de Boufflers lui confirme
que le 21 les ennemis étant venus occuper
differens poftes entre la Polfevera & Ġénes
, il avoit jugé à propos de faire un acte
de vigueur , & les avoit fait attaquer fur
le champ par deux mille hommes de nos
troupes , qui après un combat très vif les
avoient délogés de leurs poftes , que nous
leur avons tué ou noyé douze ou quinze
cent hommes , & que de notre côté nous
n'avons perdu que deux cent tués ou bleffés.
Au Camp de Nice le 3 fuin.
On a vû dans le précédent bulletin les
difficultés qu'il y avoit eû à furmonter
pour
our reprendre les Ifles Sainte Marguerite,
le paffage du Var n'ayant pût le faire dans
les mois d'hyyer ou du printems par le
défaut de fourage ; on eft parvenu à l'époque
de la fonte des neiges qui rend
cette riviere prefque impratiquable jufques
à la fin de Juillet , & réduit les guez
à un petit nombre tous également néceffaires
& connus , qu'il eft fort facile à
un ennemi de s'y oppofer, Il y avoit dans
1
JUIN. 1747. 181
propre
le Comté de Nice dix -fept bataillons .Pié-
- montois & dix bataillons Autrichiens
nombre fuffifant pour faire acheter cherement
pareille entreprife , mais il y a lieu
de croire que le Roi de Sardaigne n'a pas
voulu compromettre une partie auffi confidérable
de les troupes ; quoiqu'il en foit,
notre Général connoiffant Fimportance
dont il eft de fauver Génes , foit en y fai
fant paffer des troupes par mer , foit par
une diverfion capable d'obliger le Roi de
Sardaigne de retirer les troupes qu'il a
devant cette place pour courir à fa
défenfe , n'a pas perdu un moment après
la prife des Ifles Sainte Marguerite à
faire toutes les difpofitions pour le paffage
du Var , c'eft ce qui a été exécuté ce matin
à la pointe du jour , fur cinq colonnes
compofant quarante - quatre bataillons
François & deux Efpagnols , deux efcadrons
d'Huffards , deux de Dragons d'Aubigné
& un de Dragons de la Reine d'Elpagne
; ces cinq colonnes étoient conduites
par Meffieurs le Chevalier de Belle Ifle
& le Marquis de la Ravoye , le Marquis de
Biffy & le Comte de Mailly d'Haucourt ;
au moyen des précautions prifes de raffembler
un très- grand nombre de gayeurs
il n'y a pas eu un feul homme de eû noyé ,
quoiqu'en beaucoup d'endroits il y eut de
182 MERCURE DE FRANCE.
l'eau jufqu'au ventre d'une exceffive rapi
dité ; les poftes des ennemis qui bordoient
le Var n'ont fait aucune réfiftance , & le
font retirés après avoir fait quelques décharges
de distance en diftance , le pays
étant extrêmement propre à de pareilles
retraites. M. le Comte de Leutrum Lieutenant
Général du Roi de Sardaigne commandoit
dans le Comté de Nice , n'ayant
eû que le tems de fe lever , & de fortir à
la hâte de cette ville avec les cinq bataillons
qui y étoient en garnifon , les Huffards
de Serrary qui étoient de la diviſion
de M. de Biffy ont fait une foixantaine
de prifonniers , il y en a eu à peu près autant
de tués ; la principale partie de l'armée
a paffé la moitié du Var fur le pont
dont on fe rendit maître le deux Février
qui traverfe le grand bras du Var , ce qui
a beaucoup diligenté le paffage qui n'a
duré en total que quatre heures. M. le
Maréchal avoit fait fortir les galéres d'Antibes
pour venir mafquer le port de Villefranche
, & intercepter les bâtimens qui
feroient obligés d'en fortir , ayant trouvé
le moyen de faire porter un mortier de
fept pouces fur un mulet , que M. de Biffy
a établi en batterie fur la hauteur , & qui
a commencé à jetter des bombes à deux
heures après- midi , ce qui a en effet obligé
JUIN. 1747: 183
*
Tur le champ tous les bâtimens qui étoient
dans le port d'en fortir , mais le vent qui
s'étoit élevé avoit obligé nos galéres de
rentrer dans Antibes. Il paroît que les ennemis
ne nous veulent rien difputer
ayant abandonné des poftes excellens dans
la crainte d'être tournés , & felon toute
apparence ils ne tiendront fort qu'à Vintimille.
Nous allons cependant diligenter
les fiéges de Villefranche & de Montalban
; une partie de la groffe artillerie paffera
dès demain le Var fur le pont qui fera
fait dans vingt-quatre heures par les précautions
prifes dès le lendemain que les
ennemis eurent repaffé le Var , de faire
préparer tous les bois , fers & autres chofes
néceffaires à cette conftruction , le refte
qui a fervi à l'expédition des Ifles a été
rembarqué tout de fuite jufques aux gabions
, fauffiffons, fafcines & piquets , en
forte que l'on fera en état de pouvoir ouvrir
la tranchée devant Montalban dans
deux ou trois jours au plus tard .
Le
5-
On ouvrit hier la tranchée devant le
fort de Montalban , l'artillerie étant arrivée
affés-tôt pour travailler dès la nuit
aux batteries , on y a fait une telle diligence
qu'on a tiré des bombes dès deux
184 MERCURE DE FRANCE.
heures après minuit , & le canon'a Battu
en brêche à la pointe du jour. M. le Maréchal
a fait marcher plufieurs brigades
avec de gros détachemens en avant pour
profiter du défordre où notre premiere
marche a mis les ennemis ; nous fommes
maîtres de la Turbie , de Laceran & des
hauteurs de l'Efcaren , & à proprement
parler, du Comté de Nice . M. de Leutrum
qui a été furpris n'a pû raffembler fes troupes
comme il l'avoit projetté , les unes fe
font jettées vers le Col- de-Tende & les
autres fur Vintimille , où l'on croit qu'ils
veulent tenir ferme , on y travaille depuis
plus d'un mois nuit & jour.
Le 7.
Notre artillerie a tiré avec tant d'effet
qu'à fix heures du foir le Commandant du
fort de Montalban a arboré le drapeau
blanc , & s'eft rendu prifonnier de guerre
les à fept heures du foir , ainfi ce fiége
n'a pas tout-à- fait duré vingt- quatre heu
res. M. le Chevalier de Belle- ifle qui en
avoit la direction a employé fur le champ
la nuit à faire les batteries contre Villefranche
, & le 6 à la pointe du jour il y aeû
deux mortiers & quatre piéces de canon
qui ont tiré fur la Citadelle , & ce
matin nous avons quatre mortiers qui
JUIN. 1747. 185
tirent & cinq piéces de vingt- quatre qui
battent en brêche.
L'Infant eft arrivé aujourd'hui à l'armée
, ce Prince eft fuivi de la premiere
divifion des troupes Efpagnoles qui feront
toutes en deçà du Var le 12 de ce mois.
Le II.
Malgré le feu de notre artillerie qui a
commencé à battre en brêche le Château
de Villefranche dès le premier jour 6 ,
les foffés creufés dans le roc d'environ
trente pieds de profondeur & dix
toifes de large ont préfenté un comblement
fort difficile , & le glacis qui n'eſt
qu'un rocher raboteux fans terre rendant
l'accès fort difficile , d'autant plus que les
montagnes dont Villefranche eft entouré
font impratiquables pour le canon , tout
cela a obligé à courir à des expédiens
fort difficiles pour parvenir à fe loger fur
le chemin couvert , c'est ce qui a néanmoins
été exécuté la nuit du iq au 11 &
a déterminé le Gouverneur , M. de Roffy
Lieutenant . Général Piémontois qui s'eft
acquis beaucoup de réputation par la défenfe
de Paravelle , à arborer le drapeau
blanc ce matin à midi ; la garnifon a été
faite prifonniere de guerre.
On n'attend plus que l'arrivée des
186 MERCURE DE FRANCE.
dernieres divifions Efpagnoles pour marcher
fur Vintimille , où M. de Leutrum
raffemble les vingt-fept bataillons qui ont
été deftinés pour la garde du Var & du
Comté de Nice ; nos Généraux paroiffent
réfolus àfe rendre maîtres de ce pofte , quelque
bon qu'il puiffe être,pour enfuite faire
le fiége de ce Château ; nous ne tarderons
pas à connoître fi les ennemis veulent y
tenir ferme tout de bon.
JUIN. 1747. 387
CICƏCƏCƏ✔acacacacacacaca
FRANCE.
1
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE
E premier Juin, Fête du S. Sacrement,
la Reine accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin & de Madame Henriette
, s'eft renduë vers les neuf heures & demie
du matin à la Paroiffe du Château , &
elle a affifté à la proceffion , qui felon l'ufage
eft venue à la Chapelle . Sa Majefté a
reconduit enfuite la Proceffion à la Paroiffe
où elle a entendu la grande Meffe..
Le 8 , jour de l'Octave de la Fête du
S. Sacrement , la Reine accompagnée de
Monſeigneur le Dauphin , de Madame la
Dauphine & de Mefdames de France , fe
rendit à l'Eglife de la Paroiffe du Château
de Verfailles , & Sa Majesté , après avoir
affifté à la Proceffion , entendit la grande
Meffe . Pendant l'Octave la Reine , Monfeigneur
le Dauphin, Madame la Dauphine
& Mefdames de France , ont affifté tous les
jours au Salut.
On commença les dans l'Eglife Métropolitaine
deParis les prieres publiques pour
demander à Dieu la confervation de la perfonne
facrée du Roi & la profpérité de
Les armes.
SS MERCURE DE FRANCE.
Le même jour le Corps de Ville entendit
dans l'Eglife du Saint Eſprit une Meſſe
folemnelle , qu'il y a fait célebrer , afin
d'obtenir de la Bonté Divine ces deux
graces
fi importantes pour tous les François.
Jufqu'au retour de Sa Majefté on dira
tous les jours à midi dans cette Eglife par
ordre du Bureau de la Ville une Meſſe à la
même intention .
M. de Chenonceaux a obtenu l'agrément
de la Charge de Secretaire du Cabinet du
Roi , vacante par la démiffion de M. de
la Faye .
Le Roi a accordé à M. Poulletier , Confeiller
d'Etat , une place de Confeiller d'Etat
Ordinaire.
M. de la Martiniere a été nommé Premier
Chirurgien de Sa Majesté.
Le Roi a ajoûté au nombre des Dames
de Mefdames de France , la Ducheffe
Douairiere de Brancas , la Marquife de la
Riviere , ci - devant Dame du Palais de la
Reine Douairiere d'Efpagne , & la Comteffe
de Civerac .
Mad. la Ducheffe Doüairiere de Brancas,
D. Louife-Diane-Françoife de Clermont
Gallerande , eft veuve depuis le 24 Janvier
1739 de Louis de Brancas , Duc de
Villars , Pair de France , Marquis d'Oife
& de Maubec , qu'elle époufa le 24 Février
JUI N. 1747. 189
173S , étant veuve de Georges- Jacques de
Clermont , fon coufin , Marquis de Saint
Aignan , Colonel du Régiment d'Auvergne
, Infpecteur d'Infanterie & Brigadier
des armées du Roi , mort le 6 Juin 1734
des bleffures qu'il avoit reçûës à Colorno.
Elle eft fille unique de Pierre- Gafpard de
Clermont , Marquis de Clermont Gallerande
, Seigneur de Loudon Merud , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant Général
de fes armées , & de D. Gabrielle-
Françoife d'O. Feu M. le Duc de Brancas
avoit épousé en premieres nôces D. Marie
de Brancas , fa coufine germaine , morte le
27 Août 1731 , & il en a eu Louis-Antoi
ne de Brancas , Duc de Villars , Pair de
France , Chevalier des Ordres du Roi , marié
depuis le 17 Décembre 1709 avec D.
Marie- Angélique Fremin de Moras , aujourd'hui
Dame d'honneur de Madame la
Dauphine , duquel mariage eft né Louis de
Brancas , Duc de Villars , Pair de France ,
appellé le Duc deLauraguais, marié avec D.
Diane- Adelaïde de Mailly- Nefle , aujourd'hui
Dame d'Atours de Madame la Dar
phine. Voyez la Généalogie de la Maiſon
de Clermont , de laquelle eft Chef M. le
Marquis de Clermont Gallerande, & qui a
pour puîné le Marquis de Renel Clermont
d'Amboiſe , auffi Lieutenant Général des
190 MERCURE DE FRANCE.
armées du Roi , dans le Dictionnaire Hiftorique
de Morery , vol. 2. page 206.
Mad. la Marquife de la Riviere , D.
Julie-Louife-Celeſte de la Riviere , mariće
depuis le 6 Juin 1735 avec Jofeph-Philip .
pes -Thibaut - Hiacinthe de la Riviere ,
Comte de Corlay , dit le Marquis de la
Riviere , fon coulin , fils de feu Charles-
François de la Riviere , Marquis de la Riviere,
Chefdu nom & des armes de fa Maifon
, Capitaine Général & Colonel de la
Nobleffe de l'Evêché de S. Brieuc , & de
D. Marie-Anne-Françoiſe Gouyon de Matignon
, héritiere de la Branche de Beaucorps.
Mad. la Marquife de la Riviere étoit
ci-devant Dame du Palais de feuë la Reine
Doüairiere d'Eſpagne.Elle eft fille deCharles-
Yves-Thibaut de la Riviere , Comte de
la Riviere, de Ploeuc & de Mur , Marquis
de Paulmy , Sous-Lieutenant de la feconde
Compagnie des Moufquetaires , Lieutenant
Général des armées du Roi du premier
Mai 1745 , Commandeur de l'Ordre
Militaire de S. Louis depuis 1743 , Gouverneur
des Ville & Evêché de S. Brieuc ,
& de D. Marie-Julie de Barberin de Reignac
, ci-devant auffi Dame du Palais de la
Reine Douairiere d'Efpagne. La Maiſon
de la Riviere eft originaire de Bretagne ,
où elle a toujours tenu un rang confidéraJUI
N. 1747. 191
ble entre les plus anciennes ; elle eſt marquée
avec diftinction dans les Hiſtoires de
cette Province, & l'Abbréviateur de d'Argentré
, ainfi que la production de cette
Maifon , lors de la derniere réformation ,
en tire l'origine des anciens Comtes de
¿ Cornouaille , dont étoient iffus les Comtes
de Mur, & Chriftophe de Mur Juvegneur
de cette Maifon ayant époufé vers l'an
1243 Louife de la Riviere , héritiere de fa
Maiſon , ſa poſtérité en prit le nom & les
armes.
Mad. la Comteffe de Civerac , D... de
Pardaillan de Gondrin , mariée depuis peu
avec N..... de Durfort , Comte de . Civerac
en Bazadois , eft foeur de Louis de
Pardaillan de Gondrin , Duc d'Antin ,
Pair de France , Colonel du Régiment de
Gondrin, Gouverneur de la Province d'Orléanois
, & elle eft fille de Louis de Pardaillan
de Gondrin , Duc d'Antin , Pair de
France , Maréchal des camps & armées
du Roi , Gouverneur & Lieutenant Général
pour le Roi des Ville & Duché d'Orleans
, Pays Orléanois & Chartrain , Gouverneur
des Ville & Château d'Amboife ,
mort le 9 Décembre 1744 , & de D. Fran .
çoiſe Gillonne. de Montmorency- Luxembourg
, Dame du Palais de la Reine . M. le
Comte de Civerac eft fils d'Aymery de
192 MERCURE DE FRANCE.
Durfort, Marquis de Civerac, Sénéchal du
Bazadois , & de D. Gabrielle de Sainte
Maure , foeur de M. le Comte de Sainte
Maure , & fa branche eft cadette de celle
des Ducs de Duras & de Lorges , de la
Maifon de Durfort , l'une des plus grandes
de la Guyenne , dont on peut voir la
Généalogie dans le volume s de l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , fol,
720 , de même que celle de Pardaillan ,
même volume , fol. 174.
BENEFICES DONNE'S.
Lake, Ordre de Citeaux , Diocèle de
E Roi a accordé l'Abbaye de la Va
Rouen , à l'Abbé Fumée , Prieur de Sainte
Radegonde ; celle de Redon , Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Vannes , à l'Abbé
Defnos , Vicaire Général de l'Evêché de
S. Brieux ; celle de Perray - neuf , Ordre de
Prémontré , Diocèfe d'Angers , à l'Abbé
de Saint Julien , Vicaire Général de l'Evêché
de Carcaffonne, & celle de la Roë, Ordre
de S. Auguftin , même Diocèſe, à l'Abbé
de Lancry de Pronleroy..
LETTRE
JUI N. 1747. 193
LETTRE du Roi à M. l'Archevêque
Mo
de Paris.
ON COUSIN , j'ai pris la réfolion
de me rendre en Brabant ,
pour y commander en perfonne l'armée
que j'y ai fait affembler , & je vous fais
cette Lettre pour vous dire que je fouhaite
que vous ordonniez des Prieres publiques
pour l'heureux fuccès de mon voyage &
pour attirer la bénédiction du Ciel fur mes
juftes entrepriſes. Les marques que je reçois
en toute occafion de votre affection
pour mon fervice m'affûrent que vous
vous conformerez avec plaifir à mes intentions.
Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait
mon Coufin , en la fainte & digne garde.
Ecrit à Versailles le 28 Mai 1747. Signé ,
LOUIS ;
Et plus bas , PHELY PEAUX,
Et au dos eft écrit : A mon Coufin l'Ar
chevêque de Paris , Duc de Saint Cloud ,
Pair de France.
1. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
MANDEMENT de M. l'Archevêque
de Paris , qui ordonne des Prieres publiques
pour demander à Dieu la profperité
des Armes du Roi,
HRISTOPHE DE BEAUMONT,
par la Miféricorde Divine & par la
grace du Saint Siege Apoftolique , Archevêque
de Paris , Duc de S. Cloud , Pair de
France , & c. Aux Archiprêtres de Sainte
Marie-Magdeleine & de S. Severin , & aux
Doyens ruraux de notre Diocèfe ; Salut &
Bénédiction .
Nous avions efperé que les rapides conquêtes
du Roi engageroient enfin les Alliés
à accepter la paix qu'il leur a tant de
fois offerte. Dieu dont les deffeins font
toûjours adorables , a permis qu'une injufte
jaloufie contre la France ait prévalu dans
leurs Confeils fur leurs véritables intérêts,
& qu'elle y ait fait prendre la réfolution
de continuer une guerre , dont les plus
puiffans motifs devoient leur faire défirer
la fin .
C'eft cette obftination qui oblige aujourd'hui
Sa Majesté de fe rendre à la tête de
fes armées , dans la réfolution de fuivre fes
ennemis partout où ils fe retireront & de
pénétrer même dans ces Provinces où ils
avoient crû pouvoir impunément faire
JUIN. 1747.
195
quer
celles
leurs préparatifs , pour venir enfuite attaque
nous avons récemment
conquifes. Infpirée par la fageffe , Elle at
voulu prévenir leur deffein & épargner à
Les nouveaux fujets l'horreur de ces fcénes
fanglantes, aufquelles leur païs n'a que trop
fouvent fervi de théatre.
En une conjoncture fi intéreffante quelle
doit être l'occupation des Miniftres facrés
& de tous ceux à qui il eft permis ,
malgré les troubles dont l'Europe eft agitée
, de goûter dans le fein du Royaume la
même tranquillité dont joüiffoit le Peuple.
de Dieu , lorfque fous le regne paifible &
floriffant de Salomon , * dans Juda & Ifraël
chacun habitoit fans aucune crainte à l'ombre
de fa vigne & de fon figuier ? La reconnoiffance
envers un Souverain , à qui ils font
redevables d'un fi grand avantage , ne les
oblige-t'elle pas à offrir chaque jour ** des
voeux , des fupplications & des prieres pour
la confervation de fa perfonne facrée &
pour l'heureux fuccès de fes glorieux deffeins
?
" Habitabatque Juda & Ifrael abfque ullo timore ;
unufquifquefub vite fua , & fubficu fua ... cunctis
diebus Salomonis . III . Reg. 4. Y. 25 .
**
nes ...
Obfecro fieri obfecrationes , orationes , poftulatio-
· pro Regibus. I. Tim. 2. V. 1. 2.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
guerre ,
Acquittons-nous d'un fi jufte devoir en
demandant à Dieu qu'il fauve le Roi de
tous les périls aufquels il ya s'expofer ,
qu'il combatte avec lui & pour lui , & que
de nouvelles victoires il le mette en
par
état d'obliger les Puiffances qui veulent la
à feconder les vies pacifiques qui
lui ont infpiré jufqu'à préfent tous fes projets
, & qui ont dirigé le choix des moyens
dont il fe fert pour y réüffir. Nous ne l'invoquerons
point en vain , fi nous recourons
à lui avec humilité & avec confiance
, & fi nous fondons l'efpérance de
vaincre & de triompher dans cette campagne
, moins fur nos prévoyances & nos
précautions, que fur la protection & l'affiftance
du Dieu des Armées ; * car les yeux
du Seigneur font ouverts fur toute la terre, &
ils infpirent la force & le courage à ceux qui
fe confient en lui d'un coeur parfait.
Quel fujet de confolation pour nous
que telle foit la difpofition conftante de
notre augufte Monarque ! C'eft du Toutpuiffant
qu'il efpere & attend le fuccès de
fes armes. Ses profpérités paffées ne l'aveuglent
point ; elles ne lui font pas ou-
Oculi enim Domini comtemplantur univerfam
serram , & prabent fortitudinem his , qui corde perfecto
credunt in eum. II. Paral. 16. $.7.8.9 .
JUIN.
197 1747.
blier qu'à Dieu feul appartient de donner
la victoire , & qu'il * lui eft auffi facile de
Secourir ceux qu'il protege avec un petit
nombre qu'avec une grande multitude de com
battans. Perfuadé de ces vérités , il veut
que nous joignions nos prieres aux fiennes,
afin que par des voeux multipliés il obtienne
plus fûrement le fecours du Ciel .
A CES CAUSES , & pour nous conformer
aux ordres de Sa Majefté , après en
avoir conferé avec nos vénérables Freres
les Doyen , Chanoines & Chapitre de notre
Eglife Métropolitaine , Nous ordonnons.:
1 °. Qu'auffi-tôt après la réception de
notre préfent Mandement & jufqu'à la fin
de la Campagne on dira à toutes les Meffes
la Collecte qui eft intitulée dans le Milfel ,
Pro Rege & ejus Exercitu.
2°. Que Lundi cinquième jour du mois
de Juin & les deux jours fuivans , on fera
dans notre Eglife Métropolitaine les Prieres
de quarante- heures avec expofition du
très-faint Sacrement ; qu'en chacun desdits
jours lefdites Prieres commençeront le matin
par une Meffe folemnelle que nous cé-
Jebrerons pontificalement le jour que l'on
en fera l'ouverture , & qu'elles finiront le
* Domine non apud te ulla diftantia , utrùm ie
paucis auxilieris , an in pluribus. II. Paral. 14. V. 11 .
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
foir par un Salut , dans lequel on chantera
Ofalutaris Hoftia , avec le Verfet Panem de
coelo , &c. & l'Oraifon Deus , qui nobis , & c.
le Trait Domine , non fecundùm , &c , le Verfet
Oftende nobis , Domine , &c . & les Oraifons
Exaudi , & c . Ineffabilem , &c . Deus ,
qui culpâ , &c. l'Antienne , Sub tuum praſidium
, &c. le Verlet Ora pro nobis , &c. &
l'Oraifon Protege , Domine , famulos tuosfubfidiis
Pacis , &c. la Priere pour le Roi , Domin:
falvum fac Regem , & c . avec le Verfet
Fiat manus tua , &c. & l'Oraifon Quafumus,
omnipotens Deus, &c. la Priere pour la Paix,
Da pacem, &c le Verfet Fiat pax , &c. &
J'Oraifon Deus, à quo fancta defideria , recta
confilia , &c. Que les mêmes Prieres de
quarante-heures feront faites pendant trois
jours dans toutes les autres Eglifes de la
Ville & du Diocèfe , fuivant l'ordre qui
fera marqué à la fuite de notre préfent
Mandemenr.
3°. Que jufqu'au retour de Sa Majefté ,
on dira à genoux dans notre Eglife Métropolitaine
& dans toutes les autres Eglifes
du Diocèfe , tous les Dimanches & toutes
les Fêtes fêtées , entre Vêpres & Complies
le Pf. Miferere mei , Deus , qui fera chanté
lentement & d'un ton grave , & fuivi des
trois Oraifons de la Pénitence , Exaudi ,
&c. Ineffabilem , &c . Deus , qui culpâ offen
JUIN. 1747. 199
deris , &c. Qu'enfuite on chantera debout
lés Antiennes Sub tuum præfidium , &c. Domine
,falvum fac Regem , &c. Da pacem ,
Domine , &c. avec les Verfets & les Oraifons
ordinaires.
Nous exhortons les Fidéles non-feulement
d'affifter aux Prieres publiques que
nous avons ordonnées , mais de prier encore
en particulier pour le Roi , pour la
Reine , pour Monfeigneur le Dauphin' ,
pour Madame la Dauphine & pour toute
La Famille Royale , afin que Dieu verfe
fur elle fes plus abondantes bénédictions.
SI VOUS MANDONS , & c.
la
MANDEMENT de S. E. M. le
Cardinal de Tencin , Archevêque & Comte
de Lyon , qui ordonne des Prieres publiques.
à l'occafion du départ du Roi pour fon

Armée.
IERRE DE GUERIN DE TENCIN
, &c.
Il s'ouvre une nouvelle Campagne ,
*
mes très chers Freres. Malgré tant de conquêtes
fur nos ennemis & leurs vains efforts
* Vallafti eum , ac domum ejus , univerfamque
fubftantiam per circuitum ... & poffeffio ejus crevit
in terra. Job. c. I. V. 10.
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
*
pour en faire fur nous à leur tour, la guerre
toujours plus allumée rappelle David à la
tête des braves de Juda , ** & renouvelle
nos allarmes pour les jours précieux. Qu'elles
ne nous rendent pourtant point injuftes
, & qu'elles ne nous empêchent point
d'applaudir à la généreufe réfolurion de Sa
Majefté. Un Souverain n'eſt pas moins le
premier Général de fes armées , que le premier
Juge de fes Peuples ; fon Camp eft fa
plus belle réfidence . Le feul effet de nos
tendres craintes doit donc être de redoubler
la ferveur de nos voeux pour la confervation
de notre augufte Monarque &
pour la Paix qui le rendra tout entier aux
autres fonctions de la Royauté. Si elles
font moins brillantes , elles font plus dignes
encore d'un grand Roi , d'un Roi
Très -Chrétien , d'un Héros , Les conquêtes
& les victoires ne font que les Héros vulgaires.
Mais renoncer à conquérir & à
vaincre par amour pour fes fujets & pour
fes ennemis mêmes , leur donner la paix &
n'employer enfuite fa puiffance qu'à en
faire goûter les fruits aux uns & à empêcher
les autres de la troubler , c'eft fortic
*
Expectavimus pacem .
Jerem . c. 14. V. 19.
** Expectavimus pacem ..
& ecce turbatio
& ecce formidos
Jerem. c. 8. v. 15 .
JUIN ΤΟΥ 1747.
de l'ordre des hommes héroïques , * s'affûrer
à la fois l'admiration & l'amour , &
être ainfi fur lá terre la plus parfaite image
de la Divinité .
A CES CAUSES , & c.
Le dix- huit Mai a été célebré à Paris
dans la Cathédrale le Service & la pompe
funebre de très- haute & très-puiffante Princeffe
Catherine .... Reine de Pologne ,
Grande Ducheffe de Lithuanie , Ducheffe
de Lorraine & de Bar , Epoufe de très - haut
& très-puiffant Prince Staniflas ... Roi de
Pologne , Grand Duc de Lithuanie , Duc
de Lorraine & de Bar.
Pour folemnifer le Service , on avoit
conſtruit & préparé dans la grande nef de
Notre-Dame une enceinte confidérable formant
un Choeur , un Sanctuaire & un Jubé,
décorés d'un Ordre d'Architecture partant
du rez-de-chauffée qui foutenoit une corniche
fur laquelle étoit élevé un fecond
ordre ; au lieu d'arcades entre les corps &
pilaftres , étoient des plafonds droits fous
corniche, où l'on avoit mis & ajuſté des rideaux
noirs femés de larmes & bordés
d'hermine ces rideaux étoient retrouffés
avec noeuds & glands , pour découvrir les
* In manfuetudine opera tua perfice , & fuper ho÷
minum gloriam diligeris, Eccl . c. 3. v. 19.
I V
202 MERCURE DE FRANCE.
amphithéatres qui avoient été pratiqués
pour les Compagnies invitées.
Les corps & arriere- corps de l'Architecture
de cet Edifice , ainfi que partie des
membres de la corniche , tant au premier
Ordre qu'au fecond , étoient de marbre
bleu turquin , dont quelques parties &
quelques membres étoient dorés .
Les pilaftres faifant faillie , étoient cou
verts dans toute leur étendue & fuperficie
de velours noir chargé de larmes d'argent ;
les frifes du grand Ordre de même , ce qui
rendoit , avec les richeffes des parties acceffoires
, le fond général de cette décoration
des plus caractérisé pour le fujet.
Les bazes & chapiteaux étoient dorés ,
ainfi que de grandes torcheres en relief ,
placées au bas de ces pilaftres , qui portoient
beaucoup de lumieres ; ces torcheres
en forme de confole avec feftons de cyprès,
têtes de mort , le tout faifant de grands
morceaux tranchant fur le fond de velours
noir..
Entre les bas de ces pilaftres & de leur
arriere- corps étoient les appais en marbre
de goût antique , au milieu defquels on
avoit mis des Cartels en bronze , cóntenant
divers attributs, & allégories relatifs aux
Vertus .
A la corniche on avoit placé des
JUIN.- 1747... 203
aigles en relief dans les intervales des
pilaftres en adoption , les aîles déployées ,
Lervant à fupporter les armes de la Princeffe
, placées fur la corniche & tenant
de leur ferres de façon fufpendue des médaillons
mis à l'alternative ; dans les uns
étoient des chiffres , dans les autres des
bas-reliefs camayeux de forme ovale , renfermant
des figures de proportion prefque
naturelles, défignant plufieurs vertus, comme
la Religion , la Priere , la Méditation ,
la Conftance & autres , qui n'ont ceffé
d'accompagner les précieux jours de cette
illuftre Princeffe .
Le fecond Ordre faifant le couronnement
à toutes ces décorations , étoit furmonté
d'une corniche ceintrée & arcadée ,
venant fe repofer avec chapiteaux fur les
pilaftres , laquelle corniche fervoit nonfeulement
pour la décoration , mais à porter
le troifiéme lez de velours , qui étoit
placé dans la diftribution de cet Edifice ,
ainfi que deux autres qui marquoient le
degré du cérémonial . Sur cette corniche à
l'à -plomb des- pilaftres étoient des Cartels
renfermant des quartiers de blafon , ainfi
que les lez de velours , lefquels étoient égalément
chargés de differentes piéces que
compofe le blafon , mêlés de larmes.
Au bas & deffus ces lez de velours on
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
avoit mis des draperies d'hermine , formant
des feftons retrouffés fur des têtes de
mort aux endroits des pilaftres qui régnoient
dans l'intérieur de ce lieu , tant
fur les côtés qu'au Jubé , venant s'arrêter à
l'Autel , ou l'on avoit formé un Sanctuaire'
avec degrés , appuis & balustrades.
L'Autel étoit compofé de groupes de
colomnes ifolées avec corniches & fronton;
les colomnes , les frifes , le grand fond du
milieu , les paneaux des piédeftaux , le cof
fre d'Autel , les gradins & le contretable
étoient de marbre port'or , pofés & ipcruftés
fur des corps de marbre blanc veiné
au-deffus du contretable fur le fond de
marbre port'or , entre les colomnes , il y
avoit un Chrift ifolé , de proportion de fix
pieds en marbre blanc , fur une Croix de
bronze , furmontée d'une gloire de même,
placée deffous le fronton .
Aux deux côtés de l'Autel étoient pratiquées
des niches , dans lefquelles il y avoit
des Anges en marbre blanc de proportion
de fix pieds , accompagnés de nuées , en attitude
d'adorateurs .
Chaque colomne avoir pour ornement
trois bandeaux de bronze , donnant naiffance
à des branches qui portoient nombre
de lumieres & devénoient relatifs à la
quantité immenfe placée dans toute l'étenJUIN
1747 205
due de cette décoration , foit par les differens
rangs ou par les groupes & girando
les diftribuées & mifes avec fymétrie fuivant
l'ordonnance de l'Architecture. Audeffus
du fronton de l'Autel , à hauteur du
fecond Ordre , étoit un Dais de velours
noir avec broderies , franges & ornemens
argent ; dans les milieux des pantes , du
fond & de la queue , l'on avoit brodé les
Armes de la Princeffe . Ce Dais étoit furmonté
de vafes portant bouquets de plumes
blanches & noires avec aigrettes.
Au bas du Choeur , à pen de distance de
Fentrée , on avoit élevé un fuperbe Catafalque
, compofé d'une Eftrade à fix degrés
, fervant de baze à huit colomnes grou
pées deux à deux , lesquelles étoient d'Ordre
Ionique en marbre vert antique, chapireaux
& baſes dorés; fur ces colomnes étois
pratiqué en forme de torfe , de diſtance en
diſtance , un lez de velours noir femé de
larmes argent ; ce velours étoit bordé haur
& bas de feftons de cyprès argent, qui donnoient
naiffance à une grande quantité de
Lumieres ; ces feftons fe découpoient fur le
marbre & fur le velours , & par cet arran
gement donnoient à ces colomnes une véritable
idée du torfe , y ayant autant de
plein que de vuide par rapport aux diftri
butions du marbre & du velours.
106 MERCURE DE FRANCE.
Au bas & entre les colomnes accouplées
fur les piedeftaux , étoient des Aigles ifolés
en bronze , groupés avec des Ecuffons ,
lefquels contenoient chacun differens blafons,
fçavoir les Armes de Pologne, de Lithuanie
, de Lorraine & de Bar.
Ces huit colomnes étoient furmontées
d'une corniche , compofée & arcadée fur
res quatre faces , dont le deffous formoit
pleine voûte d'araîte , ce qui procuroit
beaucoup de légereté par les repercés qu'occafionnoit
le plan de ces colomnes.
Au- deffus de cette corniche & d'une gorge
formant amortiffement , s'élevoit une
très-grande pyramide de marbre vert antique
, auffi repercée , ce qui pouvoit donner
à cet Edifice environ quarante- cinq pieds
pour hauteur générale depuis le rez- dechauffée
. Cette pyramide étoit furmontée
d'une figure de ronde-boffe en bronze doré
, repréfentant la mort ailée , tenant d'une
main une faux & de l'autre retrouffant
une grande draperie ou drap mortuaire qui
couvroit partie de la pyramide . Cette figure
par fon attitude & fon action fouveraine
donnoit à connoître quel eft le terme & le
fort des humains.
Au milieu de cette pyramide étoient des
Cartels de bronze , renfermant des chiffres
avec couronnes Royales & feftons de cyJUI
N.- 1747. 207
près , fupportés par des têtes de mort ; au
bas de la pyramide fur les quatre faces des
corniches cintrées , il y avoit des groupes
d'enfans en marbre blanc , affis , fe tenant
par les mains ; appuyés l'un fur l'autre &
ayant des flambeaux renverfés , exprimant
par leurs attitudes. la douleur & l'accar
blement.
A l'à - plomb des groupes des colomnes
fur le couronnement élevé fur des focles ,
étoient des cyprèsen pied avec branches en
or , produifant des maffes de lumières extrêmement
riches , qui fe relioient avec
celles qui étoient répandues fur les pans
de
la pyramide & celles qui bordoient la corniche
, faifant un tout enfemble confidérable
, jointes à celles qui étoient placées depuis
le bas de l'Edifice jufqu'au fommet.
Sur ce Catafalque étoit élevé un pavillon
avec pentes , rideaux à fond noir
femés de fleurs de lys , de larmes , d'armoiries
brodées & d'hermine , enrichis de
feftons de cyprès , de Cartels avec têtes
de mort , de vafes & bouquets de plumes.
Ce morceau couvroit le corps . de
l'Edifice & les rideaux étoient retrouffés
proche la décoration.
Au bas du Catafalque fur les degrés de
T'eftrade aux côtés de l'entrée faifant face
à la porte
étoit un groupe ifolé en mar268
MERCURE DE FRANCE.
bre blanc , repréfentant un Autel funébre
tel que les anciens Romains les conftruifoient
pour les mânes des Grands & de
leurs parens ; la mort vient l'embrapour
fer de fon flambeau ; le Genie de la Pologne
& celui de la Lorraine défignés par
deux enfans , femblent par leurs attitudes
& leur empreffement vouloir s'y oppoſer ,
mais la mort impérieufe leur montre le
fable renverfé qu'elle tient dans fa main
comme l'arrêt irrévocable des volontés da
Ciel.
"
Au côté & en face de l'Autel fur les
mêmes degrés le groupe repréfentoit une
Reine appuyée fur la figure de la terre , à
qui elle rend d'une main avec refignation
la Couronne de Souveraine qu'elle en
avoit reçuë , pendant qu'elle tourne fon
corps & fes yeux du côté d'un Ange qui
Tai préfente la Couronne de gloire , en lui
montrant le Ciel que fes vertus lui ont
mérité.
Sur les flancs du Catafalque étoient repréfentées
les vertus Chrétiennes qui ont
fans ceffe accompagné la Princeffe ; figures
en bronze antique : fur l'eftrade dans le
milieu de ces groupes , & des huit colonnes
étoit un tombeau de porphire élevé ſur
des confoles de bronze couvert du poële ,
du manteau & de la Couronne Royale
avec crêpes.
JUIN.
209 1747:
s &c
es
Cette pompe funébre ordonnée
par M.
le Duc de Gèvres Pair de France , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi en
exercice , a été conduite par M. de Bonneval
Intendant & Contrôleur Général de
l'argenterie , menus plaifirs & affaires de la
Chambre de Sa Majefté , & exécutée par
Les Freres Slodtz Sculpteurs du Roi.
Entre
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30
tre
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ure
as le
do
fat
Sële,
NAISSANCE
✔ morts.
MARIAGE
E 29 Mai fut baptifé dans l'Eglife paroiffiale
de Saint Sulpice Jean- Baptifte Suzanne
Albertas né le 24 à deux heures du matin , fils
premier de Jean - Baptifte d'Albertas Marquis de
Bouc , Baron de Daufin & Saint Maime , Seigneur
de Ners , Pecauris , Gemenos , Confonoves &
autres lieux , Confeiller du Roi en tous fes Confeils
, & Premier Préfident en la Cour fouveraine
des Comptes , Aydes & Finances de Provence
& de Dame Marguerite de Montullé ; il fut tenu
fur les Fonts par Jean- Baptifte - François de Montullé
Confeiller au Parlement , repréfentant Jean-
Baptifte de Montullé Chevalier Seigneur de Louvigné
, Montaurin , Boifgarnier , Villavrant &
autres lieux , Confeiller du Roi en fa Cour de
Parlement de Paris & Grand'- Chambre d'icelle
& par Dame Marie Charlotte de Montullé femme
de Hyacinte- François Georges Comte de Moneles
Enfeigne de Gendarmerie , repréfentang
2
210 MERCURE DEFRANCE.
Dame Suzanne de Seguiran , veuve de Pierre
d'Aymard Seigneur de Pierrerue , Confeiller du
Roi en fa Cour de Parlement de Provence.
grande tante de Jean-Baptifte d'Albertas Premier
Préfident , fils d'Henri-Raynaud d'Albertas reçu
Premier Préfident en la même Cour le 13 Février
1708 , & de Dame Louiſe de Couet de Marignan ;
petit fils de Marc-Antoine d'Albertas Seigneur de
Daufin , mort Capitaine des Vaiffeaux du Roi ,
& de Dame Magdelaine de Seguiran fille , petitefille
& arriere petite- fille de Reynaud , d'Henri
& d'Antoine de Seguiran , qui depuis le 28 Novembre
1623 avoient occupé fucceffivement la
même Charge de Premier Préfident : il a pour
bifayeul Antoine d'Albertas Seigneur de Sint
Maime , mari de Dame Marguerite de Vento des
Pennes , & pour trifayeul Antoine - Nicolas d'Albertas
Seigneur de Gemenos qui après avoir
fervi long-tems fe retira en Provence où il époufa
Dame Marguerite de Riquety Mirabeau. La famille
d'Albertas originaire d'Italie où ils occupoient
les premiers emplois ainfi que l'a remarqué
Noftradamus , & Jean Baptifte l'Hermite dit
Triftan , dans fon éloge genealogique & hiftori
que de ce pays , vint s'établir dans la ville d'Apt
en Provence en 1360 , ils y firent bâtir une fort
belle maifon où leurs armes font encore . Elles
font de gueules au loup rampant d'or .
En parlant du mariage de Pierre - Célar de Saint
Georges Comte de Verac , Cornette des Chevau-
Legers de la Garde du Roi avec Dame Anne-
Perrette -Marguerite Efther Rivié , on a oublié
de dire qu'il avoit pour frere aîné François Olivier
de Saint Georges Marquis de Couhé Verac ,'
Lieutenant Général au Gouvernement de la Pro-'
vince de Poitou , veuf depuis le 16 Juillet 1745
JUIN. 1747. ZI
de Damé Marie- Adelaide de Riencourt d'Orival ,
& pour foeur Dame Elizabeth-Marguerite de
Saint Georges , femme de Louis - Antoine de la
Roche- Fontenilles , Marquis de Rambures , Maréchal
de Camp , frere de M. l'Evêque de Meaux ;
qu'il étoit fils de Céfar de Saint Georges Marquis
de Couhé- Verac , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes Armées & au Gouvernement
de Poitou , mort le 11 Février 1741 , &
de Dame Catherine- Marguerite Pieger , & petitfils
d'Olivier de Saint Georges Marquis de Couhé-
Verac , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
& aufli Lieutenant Général & Commandant de
la Province de Poitou , reçu Chevalier des Ordres
du Roi le premier Janvier 1689 , mort en 1704 ,
& de Dame Marguerite le Cocq. La Maifon de
Saint Georges originaire de la Marche-Limoufine
& tranfplantée depuis en Poitou eft marquée par
fon ancienneté , par fes alliances & par fes fervices
militaires ; Mad. la Comteffe de Verac eft
fille unique d'Etienne Rivié Baron de Chars ,
de Reffons & Seigneur de Marine & de Riquebourg
, Chevalier , Grand-Maître des Eaux &
Forêts de l'Ile de France & du Soiffonnois , &.
de Dame Françoiſe- Anne- Agathe-Marguerite de
la Riviere , fortie de la Maifon de la Riviere , l'une
des plus anciennes de la Province de Bretagne ;
il ne refte qu'un frere à M. de Verac connu fous
le nom de M. Riquebourg qui eft actuellement à
l'Académie de M. de Vandeuil.
>
Le... Mai Jean - Baptifte Leriget de la Faye ,
Colonel du Régiment Royal Comtois & ci -devant
Secretaire du Cabinet du Roi , mourut à
Génes des bleffures qu'il avoit reçues dans une
action paffée le 21 de ce mois entre les troupes
qui défendoient la ville de Génes & celles que
212 MERCURE DE FRANCE.
commandoit le Comte de Schullembourg pour la
Reine de Hongrie ; il étoit fils de Jean-Elie
Leriget de la Faye Capitaine dans le Régiment
des Gardes Françoifes mort le 20 Avril 1718 ,
& de Dame Marie le Gras du Luart morte en
1724 ; il étoit neveu de Jean- François Leriget de
Ia Faye Gentilhomme ordinaire de la Chambre
du Roi , puis Secretaire du Cabinet de Sa Majeſté,
l'un des quarante de l'Académie Françoiſe , mort
le 11 Juillet 1731 , auquel il avoit fuccedé en la
Charge de Secretaire du Cabinet du Roi , & il
étoit petit-fils de Pierre Leriget de la Faye , Secresaire
du Roi , & Receveur Général des Finances
de Dauphiné , mort en 1701 , & de Dame Anne
Herault.
Le 19 Pierre-Jean Burette Docteur Regent de
la Faculté de Médecine en l'Univerfité de Paris
& l'ancien des Docteurs de ladite Faculté , Doyen
des Confeillers Lecteurs & Profeffeurs du Roi au
Collége Royal de France , Penfionnaire de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles- Lettres ,
prépofé à la recherche des livres de Médecine pour
la Bibliothéque du Roi & Cenfeur Royal , mourut
à Paris âgé de quatre-vingt-un ans & fix mois.
Le 29 Jean- Baptifte des Nos Chevalier , Seigneur
& Comte de la Feuillée , mourut à Paris
âgé d'environ foixante ans ; il étoit d'une ancien,
ne noblefle originaire de Bretagne , marquée par
fes alliances & par plufieurs fervices militaires
dans la Marine , notamment pour la branche des
Seigneurs de Champmelain au Maine ; fes armes
font d'argent à un tion defable couronné , lampaſſé &
armés de gueules.
Le même jour Dame Antoinette - Magdeleine
Trudaine , femine de Jean- Louis- Hubert le Ver
Marquis de Caux , Colonel du Régiment de LosJUIN.
1747 . 21
taîne , avec lequel elle avoit été mariéc le ....
Mai 1743 , mourut en fon Château d'Oëffy près
d'Amiens âgée de vingt-huit ans . Elle étoit reftée
fille unique de Robert Trudaine de Roberval Seigneur
d'Oeffy , Capitaine de la Compagnie des
Gendarmes de Bretagne & Infpecteur de la Gendarmerie
, Brigadier d'Armée & Commandeur de
POrdre Militaire de Saint Louis , mort le 10 Oc
tobre 1730 , & de Dame Marie - Louife-Elizabeth
Hennequin de Charmont , remariée depuis le 1
Février 1735 avec Joſeph- Joachim -Thomas dè
Cohorn Seigneur de la Paleun , Gouverneur de
Bourbon & de la Principauté d'Orange , & avang
Capitaine des Gardes de M. le Comte de Charolois.
Madame de Caux étoit nièce de Mre, Fran
çois - Firmin Trudaine Evêque de Senlis depuis le
as Novembre 1714. Voyez pour la Génealogie
de la famille de Trudaine, les familles du nobiliaire
de Picardie , imprimé par ordre de M. Bignon
Intendant de Juſtice en Picardie .
Le 7 Juin Danie Louile le Gendre femme de
Jean- Baptiste Durey de Vieucourt , Seigneur de
Mefnieres & de Borneville , ancien Préſident ho
noraire au Grand Confeil , avec lequel elle avoit
été mariée le premier Mars 1701 , mourut à Paris
& fut portée le lendemain de l'Eglife de S. Roch fa
Paroiffe en celle des Peres de la Mercy , lieu de
la fépulture de la famille de Meffieurs Durey.
Elle a eu de fon mariage Marie- Louife- Adelaide
Durey de Borneville , mariée le 21 Février 1726-
avec Etienne- Claude d'Aligre Seigneur de la
Riviere & de Boiflandry , Préfident à Mortier au
Parlement de Paris , morte le 30 Avril 1740 laif
fant des enfans ; & Jean-Baptifte-François Durey
Seigneur de Meinieres , Préfident de la feconde
Chambre des Requêtes du Palais depuis le 4 Mai
14 MERCURE DE FRANCE.
1731 , veuf depuis le 26 Février 1741 de Dame
Marie- Louife Pouyvet de la Bliniere de laquelle il
a un fils unique.
Feuë Mad. la Préfidente Durey étoit foeur de
feues Mefdames Crozat , Bofc & Doublet , & elle
étoit fille de François le Gendre Fermier Général
& de Marguerite le Roux.
Le 11 Louis - Auguftin Angran Vicomte de Fontpertuis
, Seigneur de Lailly , ci-devant Bailli &
Capitaine des Chaffes du Duché d'Orleans , Comté
de Baugenci & pays de Sologne pour M. le
Duc d'Orleans Régent , mourut à Paris dans la
foixa te & dix feptième année defon âge , laiffant
de Dame Rofe - Magdeleine de Châteauvieux fa
femme Louis Angran de Fontpertuis , il étoit fils
unique de Jacques Angran Seigneur & Vicomte
de Fontpertuis , Confeiller au Parlement de Metz
mort le 22 Mars 1674, & de D. Angelique Crefpin,
du Vivier , & petit - fils d'Euverte Angran Vicomte
de Fontpertuis dont il obtint l'érection en 1650 ,
Secretaire du Roi du Collége Ancien reçu le 28
Juillet 1634 , & Greffier en chef des Requêtes de
l'Hôtel , mort le 18 Août 1661 , & de Catherine
Faignier more le 6 Janvier 1656.
D
Le 15 Mre Etienne - Marie Chatelain Chanoine
de l'Eglife de Paris depuis le 30 Octobre 1702 ,
mourut à Paris âgé d'environ foixante - huit ans
il avoit fuccedé au Canonicat & étoit neveu de
Mre Claude Chaftelain , mort le 20 Mars 1712
& inhumé dans l'Eglife de Notre - Dame , fi connu
par fes écrits fur les Liturgies , les Rits & les Cérémonies
de l'Eglife , & il étoit petit - fils de Claude
Chatelain Seigneur de la Salle & du Colombier
, Secretaire du Confeil , & de Dame Marie
Polaillon ; fa famille étoit originaire du Beaujollois.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
P Diferation für Electricité ,
Eglogue ,
3
23
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Sciences ,
Sonnet ,
Vers à M. Titon du Tillet ,
28
44
45
Lettre à un jeune homme qui entre dans le
monde ,
Sonnet ,
46
63
64 Imitation de l'Epigramme latine de Buchanan ,
Impubes , &c.
Madrigaux ,
Plainte de Rominagrobis à M. le Moine , Médecin
, & c.
Madrigal ,
'Autre ,
67
68
69
Lettre de Quimper corentin à M.de la Bruere, i bid.
Madrigaux ,
Réfléxions fur le bonheur de la vie ,
Vers fur le bonheur ,
Autres à Mad . de * * * *
Les beautés de la Campagne , à Mlle * * *
Epitre fur l'opinion ,
Fable ,
Vers à Mlle **
72
7.5
78
82
83
89
94
96
Mots des Enigmes & du Logogryphe de Mai , 97
Enigmes ,
ibid.
Epitre à Mlle de la Florenciere l'aînée , 100
Nouvelles Littéraires , des Beaux Arts , & c .
Prix propofés pour 1748. par l'Académie d'Angers
,
103
116
Caractéres & Lettres , imitant l'impreffion , 117
Gravûre d'Armoiries,
Air noté ,
Spectacles , l'Europe Galante ,.
ibid
118
ibid.
Vanda , Reine de Pologne , nouvelle Tragédie
Françoife ,
119
La prifon défirée , nouvelle piéce Italienne , ibid.
Le double Déguisement , Zéloïde & Arlequin au Serrail
, nouvelles pièces ,
Nouvelles Etrangeres , Ruffie , &c.
Opérations de l'armée du Roi ,
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris,
120
126
155
193
Mandement en conféquence ,
194
Autre du Cardinal de Tencin , 199
Catafalque de la Reine de Pologne , 201
Naiflance , Mariage & Morts , 2.09
La Chanson notée doit regarder la page r18
L'Adreffe du Mercure eft à M. de Cleves
d'Arnicourt , demeurant rue des Mauvais
Garçons , fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel
de Mâcon.
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AV ROI,
JU. IN. 1747.
SECOND VOLUM E.
LIGIT
UTE
SPARG
illen
S
A PARIS ,
*
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
Chés JEAN DE NULLY , au Palais.
BARROIS JACQUES
• Quai
des Auguſtins , à la ville de Nevers.
M. DCC. XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS..
ADRESSE générate du Mercure eft
LAM. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue du Champ -Fleuri ,dans la Maiſon de M,
Lourdet Correcteur des Comptes , au premier
étagefur le derriere , entre un Perruquier & un
Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages.
-Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
Leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere.
PRIK XXX. SOLS,
JF
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROI.
JUIN. 1747.
PIECES FUGITIVES,
en Vers & en Profe.
SUITE de lafeance publique de l'Acadé
mie des Belles- Lettres.
Ous nos lecteurs ont vû aveč
Tbeaucoup de plaifir il y a fix
mois l'extrait du premier Mé
moire fur la Chevalerie que lût
M. de Sainte-Palaye à la rentrée publique
de la Saint Martin de 1746. Tous les
bons Juges fe font réunis pour rendre juf
tice à la méthode , à la clarté , à l'efprit
philofophique , qui brillent dans ce pré-
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
mier Mémoire où eft répandue une vaſte
& rare érudition .
Après avoir expofé dans la premiere
partie dont nous avons rendu compte
quelle étoit l'éducation des Ecuyers ,
& de quelle façon ils parvenoient à la
Chevalerie , M. de Sainte- Palaye traite
dans ce Mémoire de la Chevalerie même
de la maniere dont on la conféroit & des
devoirs qu'elle impofoit.
On ne peut guéres faire remonter fon
origine au-delà du onzième fiécle , c'eſt
dans les Fiefs même qu'il faut en chercher
la fource, La politique des Souverains &
des hauts Barons imagina ce moyen de
fortifier les liens de la féodalité , en ajoutant
à la cérémonie de l'hommage celle de
donner des armes aux jeunes vaffaux dans
Les premieres expéditions ou ils devoient
les conduire ,
>
Les plus anciens panégyristes de la Chevalerie
parlent des engagemens qu'elle
exigeoit , non-feulement comme de ceux
d'un Ordre Religieux & même du Sacerdoce
, ils en élevent encore la dignité jufqu'à
la Prélature. Les cérémonies inftituées
pour la création d'un Chevalier
étoient mêlées de beaucoup de pratiques
religieufes.
Des jeûnes auftéres , des nuits paffées
JUIN. 1747..
en priere avec un Prêtre & des parains
dans les Eglifes ou dans des Chapelles ,
les Sacremens de la pénitence & de l'Euchariftie
reçus avec dévotion , des bains
qui figuroient la pureté néceffaire dans
l'état de Chevalerie , des habits blancs pris
à l'imitation des Neophytes , un aveu fincere
de toutes les fautes de ſa vie , une
attention férieufe à des fermons qui expliquoient
les principaux articles de la
foi , les péchés qu'on devoit fuir , les
vertus cardinales & autres qu'il falloit
pratiquer ; tous ces actes pieux étoient
les préliminaires de la cérémonie par laquelle
le novice alloit être ceint folemnellement
de l'épée de Chevalier. Après
avoir rempli tous ces devoirs , il alloit dans
une Eglife , & s'avançant vers l'Autel
avec cette épée paffée en écharpe dans fon
col, il la préfentoit au Prêtre célébrant, afin
qu'il la bénit ainfi qu'on bénit encore les
drapeaux des Régimens: Le Prêtre la re
mettoit enfuite au col du novice , qui
dans cet état & dans un habillement trèsfimple
venoit fe mettre à genoux ayant
les mains jointes , aux pieds de celui ou
dé celle qui devoit l'armer , car les Dames
ont quelquefois conferé la Chevalerie.
Tout cela fe paffoit dans une Eglife ou
dans une Chapelle , fouvent auffi dans la
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
fale d'un Palais ou d'un Château. $ Le Seigneur
à qui le novice préfentoit l'épée ,
lui demandoit à quel deffein il défiroit
d'entrer dans l'Ordre , & après que celuici
avoit répondu & juré que fes voeux ne
tendoient qu'au maintien & à l'honneur
de la Religion & de la Chevalerie , il étoit
revêtu par un ou par plufieurs Chevaliers ,
quelquefois par des Dames ou des Demoifelles
, de toutes les marques de la Chevalerie.
On lui donnoit fucceffivement fes
éperons en commençant par la gauche ,
fon haubert ou fa cotte de mailles , fa cuiraffe
, fes braffards & fes gantelets , puis
on lui ceignoit l'épée . Quand il avoit été
ainfi adoubé , fuivant l'ancien terme , il
reftoit encore à genoux avec une contenance
modefte , & le Seigneur qui lus
conferoit l'Ordre fe levoit de fon fiége &
lui donnoit l'accolade ou l'accolée . C'étoit
ordinairement trois coups du plat de
fon épée nue , fur l'épaule ou fur le col
du nouveau Chevalier , & quelquefois
un coup de la paume de la main , pour
l'avertir par ce figne de toutes les peines
auxquelles il devoit fe préparer , & qu'il
devoit fupporter avec patience & fermeté,
s'il vouloit remplir dignement l'état de
Chevalier. Il la recevoit enfin par ces
mots ou autres à peu près femblables , pro
JU IN. 1747.
noncés dans le tems même de l'accolade ,
au nom de Dieu , de Saint Michel & de
Saint Georges, je te fais Chevalier. Il ne lui
manquoit plus que le heaume ou cafque
l'écu ou bouclier , & la lance qui lui étoit
remife auffi-tôt.
: On lui amenoit après un cheval qu'il
montoit , ſouvent fans s'aider de l'étrier ,
& il faifoit quelques voltes dans la place
voiſine , faiſant brandir fa lance & Alamboyer
fon épée peu après il paroiffoit
dans une place publique & fe montroir
au peuple , pour lui faire connoître celui
qui étoit destiné à être fon défenfeur &
fon Juge , car lorfque le Chevalier poffédoit
des terres en fief , l'adminiftration de
Ja Juftice étoit unie à la Chevalerie.
Indépendamment du maintien & de
la défenſe de la Religion , de fes Miniftres
& de fes Temples , à laquelle s'étoit engagé
le nouveau Chevalier , les autres loix
de la Chevalerie renfermées dans le ferment
de fa reception auroient pû être
adoptées par les Législateurs les plus fages .
La morale la plus épurée avoit dicté ces
loix. Les veuves , les orphelins , tous les
opprimés avoient droit de réclamer la pro :
tection du Chevalier . C'étoit un engage
ment facré auquel il ne pouvoit manquer
fans fe déshonorer. Les Dames avoient un
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
privilége plus particulier , tant parce qu'e
tant hors d'état de défendre leurs biens
& leur honneur attaqué il étoit juste
que les Loix pourvûffent à leur défenfe ,
que parce que leurs charmes mêlant un
fecret plaifir aux fervices qu'on leur rendoit
, cette obligation du devoir avoit
l'attrait d'un fentiment plus tendre que
la générofité. Un des points capitaux de
l'inftitution des Chevaliers étoit de ne
point médire des Dames , & de ne point
fouffrir qu'on ofât en médire devant eux ;
la juftice dans les Sentences qu'ils rendoient
leur étoit auffi recommandée que
la valeur à la guerre , & ces vertus devoient
être ornées de la douceur , de la
modeftie , de l'humanité, & d'une politeffe
que le mot de courtoifie exprimoit parfaitement.
Le même ferment dont nous
avons déja parlé obligeoit les Chevaliers
au retour de leurs expéditions de rendre
un compte fidéle de toutes leurs avantures
heureufes ou malheureufes , & ces récits
étoient infcrits dans les relations des Hérauts
d'armes.
Les loix qui ordonnoient aux Chevaliers
.de porter un grand refpect aux Dames ,
étoient moins l'effet d'un préjugé aveugle
pour ce fexe en général , qu'an jafte hommage
pour les vertus qui doivent former
JUIN. 1747.
9
fon caractére . Si quelques Dames par une
conduite peu réguliere donnoient matiere
à une cenfure légitime , elles devoient
craindre que ces Chevaliers , fidéles champions
de leurs vertus , ne fuffent des critiques
rigoureux de leurs vices. Le Chevalier
de la Tour , dans une inftruction qu'il
adreffa à fes filles vers l'an 1371 , fait mention
d'un Chevalier de fon tems , qui paffant
devant des Châteaux habités par des
Dames , nota d'infamie dans des termes
qu'on n'ole rapporter , la demeure de celles
qui ne méritoient point de recevoir les
loyaux Chevaliers pourfuivans l'honneur
& la vertu . Il donnoit auffi de juftes éloges
à celles qui s'étoient rendues dignes de
l'eftime publique. Le même Chevalier qui
veilloit avec tant de févérité à la police
générale , ayant apperçu dans une affemblée
un jeune homme de condition qui
avoit l'air d'un Jongleur ou d'un Ménêtrier ,
à en juger par la façon ridicule & indécente
dont il étoit vêtu , l'obligea de fortir
pour aller. prendre des habits plus convenables
, tant étoit grande dans ces premiers
tems l'autorité que donnoit le titre de
Chevalier.
Les occafions les plus communes & les
plus fréquentes dans lefquelles on faifoit
des promotions de Chevaliers , fans parler
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
de celles que la guerre,fourniffoit , étoient
·les grandes fêtes de l'Eglife , fur tout celles
de la Pentecôte , les publications de
-paix ou de tréve , les naiffances ou baptêmes
des Princes de Maiſon Souveraine , les
jours où ces Princes recevoient eux - mêmes
la Chevalerie ou l'inveftiture de quelque
grand Fief ou Apanage , leurs fiançailles ,
leurs mariages ou leurs entrevûes avec des
Princes étrangers. On ne pouvoit célébrer
d'une façon plus convenable les Actes les
plus importans des Princes , Chefs naturels
de la Chevalerie , & l'on ne pouvoit.choifir
de circonftances plus propres à donner
du luftre à la réception des nouveaux Che-
* valiers.
La valeur des Chevaliers ne reftoit pas
oifive pendant la paix . Des tournois leur
offroient l'image des combats & les préparoient
à la guerre. Ces tournois fuivoient
prefque toujours les promotions; on les annonçoit
dans les Provinces dans les termes
les plus faftueux ; on s'y préparoit de tous
côtés par des tournois particuliers , & le
prix propofé dans ces tournois folemnels
où l'élite des Cours de l'Europe fe trouvoit ,
enflammoit tous les guerriers d'une noble
émulation .
Sans s'arrêter à décrire tout le détail des
tournois , M. D. S. P. fe borne à confidéJUIN.
1747.

rer le moment où les Chevaliers entroient
dans la lice , & celui où le vainqueur recevoit
le prix.
Le bruit des fanfares annonçoit l'arrivée
des Chevaliers ; ils paroiffoient fuivis de
leurs Ecuyers , tous à cheval & fuperbement
armés . Des Dames & des Demoifelles
amenoient quelquefois fur les rangs
ces fiers efclaves avec des chaînes qu'elles
leur ôtoient au moment qu'ils étoient entrés
dans la lice. Ce titre d'efclave ou de
-ferviteur des Dames étoit regardé comme
un titre d'honneur , digne prix du courage
& des exploits , & il étoit en même- tems
une fource d'émulation . Servans d'amour ,
dit un Poëte ,
Servans d'amour , regardez doucement
Aux échaffauts Anges de Paradis ,
Lors jouſterez fort & joyeuſement ,
Et vous ferez honorés & chéris.
Le tournois fini on diftribuoit les prix
à ceux qui s'étoient diftingués , fuivant
leurs differens genres de force ou d'adreffe,
foit pour avoir brifé le plus grand nombre
de lances , foit pour avoir tenu plus longtems
de pied ferme fans lever la vifiere ,
foit pour n'avoir pû être défarçonné , &c .
Les cris de victoire retentiffoient auffi-
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
tôt de toutes parts , le vainqueur fuivi
de tout le peuple étoit conduit dans le
Palais , où les Dames le défarmoient pour
le revêtir d'habits précieux , & il étoit affis
dans le feftin à la place la plus éminente.
Les exploits des principaux acteurs
du tournois , les proueffes des anciens
Chevaliers faifoient le fujet des converfations
, la matiere des chanfons , des lays ,
& des autres poëfies que les meneftriers
chantoient accompagnés par les inftrumens.
Les jeux que l'on voyoit dans les appartemens
offroient d'utiles exercices à l'ef
prit . On auroit vû des Dames jouer aux
échecs avec les Chevaliers .
Si l'on eût écouté leurs entretiens , on
les auroit entendues échauffer le courage de
leurs refpectueux ferviteurs par les éloges
des Chevaliers qui s'étoient diftingués
dans les joutes , on les auroit vûës leur
propofer de nouveaux prix à acquerir ,
non-feulement dans les tournois , mais
encore dans les combats plus férieux , un
pofte à enlever , des prifonniers à faire ,
une efcalade ou tel autre exploit militaire.
Les chanfons de geftes & les autres
poëmes compofés pour célébrer les TourJUIN.
1747 .
13
nois portoient dans toutes les Cours les
noms de ceux qui s'étoient diftingués ,
& l'émulation fe répandoit par cette utile
circulation. Tel étoit l'objet de ceux qui
compofoient ces poëmes , comme il avoit
été avant celui des Romains , qui écrivoient
l'Hiftoire . Les préambules de tous
les ouvrages de ce tems foit en profe ſoit
en vers annonçent ce motif louable bien
digne d'annoblir la plume des Ecrivains ;
le même efprit regnoit dans tous les ordres
de l'Etat , & tous les fentimens cédoient
à l'amour de la gloire.
Nous avons un poëme d'Alain Chartier
, où il fait parler quatre Dames dont
les amans ont éprouvé chacun un fort
different à la bataille d'Azincourt. L'un
d'eux a été tué , un autre a été fair prifonnier
, le troifiéme ne s'eft point retrouvé ,
& le quatriéme ne doit fon falut qu'à une
fuite honteufe. La Dame qui aime ce dernier
eft repréſentée comme étant incomparablement
plus à plaindre que fes compagnes
, d'avoir placé fon affection dans
un lâche Chevalier. Selon la loi d'amours
dit-elle , je l'euffe mieux aimé mort que vif.
Le Poëte ne choquoit point la vraiſemblance
lorfqu'il prêtoit aux Dames des
fentimens qui fe trouvoient dans tous les
coeurs.
14 MERCURE DE FRANCE.
Si la Chevalerie ne fubfifta pas toujours
dans cet état de perfection où la
peint M. de S. P. fi dès fes premiers fiécles
on fe plaignit de fon relâchement , il
n'en eft pas moins vrai que même dans ces
tems où l'on fe plaignoit , cet efprit im
primé par les loix primitives de la Chevalerie
étoit une fource de grandes vertus ,
peut-être eft - ce à elle que nous devons
cet amour de la gloire qui fait encore le
caractére des François feul débris qui
leur refte de l'héritage brillant des vertus
de leurs
peres.

Ce Mémoire de M. de S. P. fut écouté
avec le même plaifir que l'avoit été fon
premier Mémoire fur ce fujet , & il fait défirer
la fuite qui aura encore trois parties.
Quel gré ne doit-on pas fçavoir à ce fçavant
Académicien de débrouiller ainfi les
parties les plus intéreffantes de l'Hiftoire
de nos moeurs & de nos ufages ? Dans combien
de fources obfcures & détournées
n'a-t'il pas fallu puifer les matériaux immenfes
de cet ouvrage M. de S. P. a
eu à foüiller une mine très-vafte où il faut
tirer beaucoup de litarge & de terre pour
avoir fort peu d'or en comparaifon du
travail. Il feroit à fouhaiter que M. de S.
P. ne fit qu'un feul ouvrage des differens
Mémoires qu'il a compofés fur cette maJUIN.
1747 .
If
riere , nous aurions une Hiftoire de la
Chevalerie écrite d'un ftyle élégant & facile
, ouvrage qui exciteroit agréablement
la curiofité , & qui , à l'exemple de ces
poëmes de geftes dont nous parlions toutà-
l'heure , pourroit encore avoir un objet
plus noble , & exciter utilement l'ému
Îation des François , en leur préfentant un
tableau fidéle des vertus des anciens Chevaliers
; cette partie du fuccès feroit peutêtre
la moins brillante , mais la plus flateu-
:fe pour l'Auteur.
M. l'Abbé Belley ' lût enfuite des obſervations
fur les médailles des Grand- Prêtres,
Princes d'Olba en Cilicie.
Dans la plus haute antiquité les Rois
& les Princes étoient les premiers Miniftres
de la Religion , la même perfonne
d'une main portoit le fceptre , & de l'autre
elle offroit des facrifices à l'Etre fuprême.
Cet ufage établi dans les premiers
tems chés prefque toutes les nations ſubfiftoit
encore fous la domination Romaine
dans plufieurs Provinces de l'Afie ; on
fçait , dit M. L. B. que les Pontifes de
Zéla & des deux Comanes joüiffoient d'une
efpéce de fouveraineté dans le Pont &
dans la Cappadoce. Le Grand-Prêtre de
Jupiter Abrettenien avoit le titre & l'antorité
de Prince dans la Myfie. Les Ponti16
MERCURE DE FRANCE.
fes d'Olba , Princes d'un canton de la Cilicie
, faifoient battre monnoye , ils exerçoient
dans l'étendue de leurs Etats tous
les droits de fouveraineté .
On voit encore dans quelques cabinets
un petit nombre de médailles ou d'anciennes
monnoyes , que les Princes d'Olba
firent frapper ; elles font extrêmement rares
, jufqu'à préfent on n'en connoît que
cing , chacune avec des differences du
côté de la tête ou du côté du revers , trois
du Prince Polémon & deux du Prince
Ajax ; les legendes de toutes ces médailles
font grecques.
Avant que d'entrer dans l'explication
de ces monumens , M. L. B. rapporte un
-long paffage de Strabon , par lequel on
voit que l'Hiftoire des Princes d'Olba remonte
jufqu'aux tems de la guerre de
Troye , que le Sacerdoce & la Principauté
étoient héréditaires dans une même famille
, que les Etats de ces Princes furent démembrés
, que la Maifon . Sacerdotale fut
même totalement dépouillée , qu'elle fut
enfuite rétablie dans fes poffeffions , &
qu'elle étoit encore floriffante fous l'Empire
de Tibére.
Le détail de l'Hiftoire de ces Princes eft
peu connu , mais les médailles donnent le
tems précis du rétabliffement de cette
JUIN.. 1747. 17
la
Dynaftie , le nom de deux Princes qui vi
voient au tems du fecond Triumvirat &
fous l'Empire d'Augufte , l'étendue de
leurs Etats ; elles nous apprennent que
ville d'Olba leur capitale , étoit une ville
fainte ou facrée , titre alors fort honorable
auquel étoient attachées plufieurs immunités.
L'explication de ces monumens eft utile
pour l'Histoire & pour l'ancienne Géographie.
M. Muffon dans la vie du Rheteur
Ariftide a décrit trois médailles des Princes
d'Olba , mais il n'a pas connu les deux
autres médailles qui font confervées en
France . La plus précieuſe eft celle du cabinet
de M. Pellerin , pour fa belle confervation
& à caufe de l'époque de l'année
onziéme qui eft marquée au revers . M. L.
B. donne l'empreinte de cette médaille
qui a été deffinée & gravée par une main
habile , & il divife fon Mémoire en trois
parties ; il examine premierement les médailles
du Prince Polemon , enfuite celles
d'Ajax,qui a vêcu fous le Regne d'Augufte ;
le Mémoire eft terminé par une Hiſtoire
abregée des pays & des villes qui compofoient
les Etats de ces Princes. Les bornes
d'an extrait ne nous permettent pas
d'entrer
dans ces détails .
Le Prince Polémon prend le nom de
18 MERCURE DE FRANCE.
Marc- Antoine Polémon ; * fouvent des Rois
& des Princes amis ou dépendans de l'Empire
Romain ont affecté par reconnoif
fance ou par flaterie de prendre le titre
d'ami des Romains , IAOPOMAIOΣ. Hérodes
ayant été établi Roi de Chalcide par
l'Empereur Claude , ajouta à fes titres
celui d'ami de Claude , ΦIΙAΛOΟKΚAΛAΑTΥAΔIΙOΟNΣ..
D'autres Princes ont pris quelquefois le
nom même des Empereurs ; Rhefcuporis
Roi d'une partie de Thrace , eft nommé
fur une de fes monnoyes Tibére Rhefcupo
ris un Abgare Roi d'Edeffe prend de
même le nom de l'Empereur Septime Sevére.
Ce fut auffi par reconnoiffance que Polé
mon prit le nom de Marc- Antoine. M.
L. B. prouve par J'Hiftoire du tems & par
deux époques marquées fur ces médailles
que le Triumvir rétablit Polémon dans
la poffeffion de la Principauté d'Olba dont
la famille facerdotale avoit été dépouillée.
Ce Prince a le titre de Grand- Prêtre ,
APXIEPENE. La ville d'Olba, fuivant Strabon
, renfermoit dans fon enceinte un
Temple de Jupiter qui fut bâti par Ajax
fils de Teucer ; le foudre & d'autres types
qu'on voit au revers des médailles de ces
Méd, du cab. de M. Pellerin,
JUIN 1.9 1747.
Princes , fe rapportent manifeftement au
culte du Dieu dont ils étoient les premiers
Miniftres.
3
La fainteté du Temple rendit la ville
refpectable aux peuples voifins , elle fut
décorée du titre de Sacrée , IEPAZ. On
fçait que plufieurs villes de l'Orient onr
pris fur leurs monnoyes ce titre honorable..
On doit ajouter la ville d'Olba à la lifte
que M. Vaillant en a donnée.
Les médailles nous apprennent quelle
étoit l'étendue des Etats de Polémon. Il
éroit Pontife , Prince des Kennati , d'Olba
& du canton de Lalaffis , * M. L. B. prouve
que les peuples Kennati dont aucun
Géographe ancien n'a parlé , habitoient
la Kétide qui , fuivant Ptolemée , faifoit
partie de la Trachiotide. Ce canton de
Cilicie s'étendoit depuis la côte de la mer
Mediterranée jufqu'au fommet du mont
Taurus ; il eft arrofé par les eaux du fleuve
Calycadnus & de plufieurs ruiffeaux qui
fertilifent fes vallons ; fes côteaux , au rapport
d'Ammien Marcellin , étoient plantés
de vignes & d'arbres fruitiers. La ville
d'Olba fituée dans la montagne au-deffus
des villes de Soli & d'Anchialè , étoit la
capitale de la Kétide . Le canton de La-
Méd. du cab. de M. Pellering
20 MERCURE DE FRANCE.
laffi le étoit fitué au couchant de la Kétide ,
il faifoit partie du pays des Ifaures & avoit
pris fon nom de la ville de Lalafis , mais
au tems de Ptolemée la ville de Ninica
étoit la capitale. M. L. B. corrige le texte
du Géographe par les médailles , il fait
voir que la pofition de ces deux cantons
de la Cilicie eft dérangée fur les Cartes
de l'édition de Bertius .
Au refte le Prince Polémon refta conftamment
attaché au parti de Marc - Antoine
juſqu'à la bataille d'Actium ; on voit
par l'époque marquée fur la médaille du
cabinet de M. Pellerin , que cette médaille
a été frappée l'an 723 de Rome , l'année
même de cette bataille , qui rendit Céfar-
Octavien le maître de l'Empire Romain .
Après la défaite de Marc-Antoine &
de Cléopatre , plufieurs Princes qui
avoient fuivi leur parti furent punis févérement
; M. L. B. penfe qu'Augufte pardonna
au Prince d'Olba , que les circonftances
des tems & la reconnoiffance qu'il
devoit à Antoine rendoient excufable ,
du moins il eft certain que la Maiſon facerdotale
fut maintenue par Augufte dans
la poffeffion de la Principauté . C'eſt un
fait conftaté par deux médailles du Prince
Ajax , on voit d'un côté la tête d'Augufte
avec la legende ΚΑΙΣΑΡΟΣ ΣΕΒΑΣΤΟΥ ,
J.U IN.
21 1747.
de l'autre on lit le nom d'Ajax Pontife ,
Prince des Kennati de Lalaffide.
Cette Maiſon poffédoit encore les mêmes
Etats fous le Regne de Tibére , il eft
probable que le culte de Jupiter & que
l'autorité des Pontifes fubfifterent à Olba
jufqu'à l'établiffement du Chriftianifme.
Les deux cantons qui compofoient l'E
tat du Prince d'Olba , furent compris dans
la Cilicie fous le haut Empire , mais au
quatriéme fiécle de l'Ere Chrétienne ils
firent partie de l'Ifaurie. Cette Province
avoit pour Métropole la ville de Seleucie
fur le Calycadnus & étoit compofée de
vingt-trois villes , du nombre defquelles
fut la ville d'Olba , fuivant toutes les noti
ces. Cette ville étoit alors le fiége d'un
Evêque ; nous lifons dans les Actes des
Conciles plufieurs foufcriptions de fes
Evêques. Eufebe aflifta au premier Concile
de Conftantinople de l'an 381. Bafile
Evêque de Seleucie foufcrivit aux Actes
du Concile de Conftantinople de l'an
448 au nom de Diapherontius d'Olba
& Théodore affifta au Concile Général
qui fut convoqué à Conftantinople l'an
68 contre les Monothelites, Le pays de
Lalaffide fut auffi compris dans l'Ifaurie,
mais nous ne voyons point au nombre des
villes de cette Province ni Lalafis , ni la
22 MERCURE DE FRANCE
wille de Ninica que Ptolemée donne
la capitale du canton de Lalaffide.

pour
Depuis l'Empire d'Heraclius l'ordre
des Provinces de l'Afie Mineure fut changé
pour le gouvernement politique , elles
furent divilées en pays ou diftricts nommes
Θέματα ; on établit dans chaque dif
trict fous le commandement d'un Officier
Général un corps de troupes qui étoit
deftiné à la défenfe & à la fûreté des Provinces.
Les cantons de Kétide & de Lalaffide
firent partie du Théme ou diftrict
de Seleucie. La Province d'Ifaurie étoit
foumife pour le fpirituel au Patriarche
d'Antioche , mais les Sarrafins s'étant emparés
au commencement du huitiéme fiécle
de la Cilice , de la Syrie & d'Antio
che même , l'Empereur Leon II. foumit
à la jurifdiction du Patriarche de Conftantinople
l'Ifaurie qui avoit réfifté aux armes
des infidéles . Cette Province reſta ſous
la domination des Empereurs Grecs jufqu'à
l'invafion des Turcs Selgiukides , qui
à la fin du onzième fiécle fe répandirent
dans l'Afie Mineure , & y établirent la
Dynaftie connue fous le nom de Sultans
de Cogni , ces Princes furent obligés au
quinzième fiécle de céder aux armies victorieufes
des Ottomans , ainfi l'Ifaurie &
les Provinces voifines pafferent fous la

JUIN. 1747 .
23
domination des Turcs qui les poffédent
aujourd'hui ,
Le canton de la Cilicie dans lequel
Olba étoit fituée , eft nommé par les
Turcs Jtch-il c'est-à-dire le pays inté
rieur , parce qu'il eft renfermé entre la
mer & les montagnes ; la plûpart de fes
habitans font des Turcs groffiers ou des
Turckmans , qui refpectent peu l'autorité
des Pachas & des autres Gouverneurs
Turcs. On trouve dans les montagnards les
moeurs des anciens Ifaures. , l'amour de
l'indépendance & du brigandage. Quoique
ce pays foit fitué dans le continent de
l'Afie-Mineure , il dépend du Gouvernement
ou Pafchalik de l'Ile de Chypre.
La ville de Seleucie que les Tures appellent
Selefkè , eft encore confidérable &
bien peuplée ; le Bey ou Gouverneur par
ticulier du pays d'Jtch-il y fait la réfi
dence.
Pour l'intelligence de ce Mémoire , M.
L. B. a fait deffiner une carte de la partie
Occidentale de la Cilicie , qui fera gravée
& inferée dans les Mémoires de l'Acadé
mic,
24 MERCURE DE FRANCE.
RACOMMODEMENT
Q
De l'Amour & d'Apollon. *
Ui ne fçait pas la fameuse querelle
Qu'avec P'Amour eut jadis Apollon ?
Qui n'auroit crú cette guerre immortelle ?
On la vû naître à la mort de Python
Lorfqu'ennyvré de fa nouvelle gloire
Phébus chantant lui- même fa victoire ,
Ola d'Amour méprifer les exploits ,
Et crût fans rifque infulter fon carquois,
Depuis ce tems maintes Daphné cruelles
Du Dieu des vers ont bravé les appas ,
Et quelquefois il a perdu fes pas
Et fes foupirs , en courant après elles :
Il a manqué des coeurs , tout blond qu'il eft ;
Car à coup für toujours beauté ne plaît :
Ainfi le veutle jufte Dieu d'Erice ,
Pour des blondins humilier l'orgueil ,
Et les fauver du ridicule écueil
Qui fit périr leur confrere Narciffe.
Cette piéce fut composés en 1720, lors de la recepa
tion de M. le Duc de à l'Academie.
Ox
SJJUUIINN..
25
1747.
Or donc Phébus que la mort d'un ferpent
Rendit ſi vain , aujourd'hui ſe repent
De fa fierté , las d'une longue guerre ,
Il reconnoît que l'enfant de Paphos
A du crédit aux forges de Lemnos
Plus qu'aucun Dieu . Le maître du tonnerre
Très fouvent même attend pour être armé
Qu'Amour le foit : louable préférence !
Par Jupiter le monde eft allarmé ;
On craint les coups que fa colere lance ;
Par ceux d'Amour l'univers eft charmé.
Gardons - nous bien d'éviter ſa vengeance ,
Lorſqu'il punit , cela vaut récompenſe.
Ce Dieu fi bon , quoique toujours vainqueur,
Au Dieu du Pinde une trêve propoſe ,
Tout le premier ; on ignore la cauſe
De la pitié qui défarme fon coeur ,
Mais Apollon qui d'Amour ſe défle¸
( Crainte qu'en lui le paſſé juſtifie ) .
Croit déja voir la prompte infraction
De cette paix qu'il prend pour artifice ;
Elle lui femble une tranſaction
De bas Normand mak avec la Juſtice ,
Contrat enfin fujet à caution .
Eh bien , lui dit Amour , connois mon ame ,
Veux-tu Pfiché
II. Vol.
pour gage
de ma foi ?
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Bon , dit Phébus , tu te mocques de moi ,
Me propofer pour ôtage ta femme !
Tu t'en voudrois défaire , je le voi :'
Tens , Cupidon , fi c'eft fans raillerie
Que tu prétends affoupir nos débats ,
Propofe-moi tel gage , je te prie ,
Qu'en le perdant tu n'en plaifantes pas ;
Oui , livre-moi , puifqu'il faut te le dire ,
Quelque foûtien de ton puiſſant empire ,
Quelqu'ornement de ta brillante Cour....
Soit , tu verras , interrompit l'Amour ,
Que cette paix n'eſt point un badinage ;
Ne doute plus de ma fincérité ,

En te donnant * * *
pour ôtage ,
Te puis je mieux garantir le traité
Non , répondit Phébus comblé de joie ,
Tu ne peux mieux diffiper mes foupçons ,
Signons la paix , & qu'à l'inftant je voic
Ton favori parmi mes nourriffons.
Quand *** viendra fur le Parnaffe ,
Comme à Paphos il tiendra bien fa place ,
De fon efprit je connois l'agrément ,
Si dès ce jour avec nous il habite
Sur l'hélicon , les graces fûrement
Qu'Auteurs nouveaux y menent rarement
Aux doctes Seurs repdront dewain viſite.
(
JUIN.
27 1747.
A ce difcours s'envole Cupidon
Vers Amatonte , & termine l'affaire
Très-brusquement fans confulter fa mere ;
On en dévine aifément la raiſon .
Ja *** des rives de Cythere
Eft tranfporté dans la Cour d'Apollon ;
En arrivant dans le facré Vallon *
Il n'avoit point la figure étrangere :
Autour de lui le Sénat d'Hélicon
Se récrioit , tel Recipiendaire
Nous convient fort ; il porte un digne Nom ;
Un Nom fameux qu'au Parnaffe on révere ,
• Et fûrement ce Nom fi reſpecté ·
N'y fera pas par lui décrédité.
*
Reception de M. le Duc de *** à l'Académie
Françoifes
SZL
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS
Qui a concouru pour le prix de l'Académie
de Soiffons ,fur la question proposée : Un
Auteur doit-il toujours fe conformer
au goût du fiécle dans lequel il écrit ?
pour l'année 1747.
L'Efprit- humain eft fi borné qu'il n'ac quiert que par degrés des connoiffances
juftes & folides , puifées dans la nature
& fondées fur le bon goût . S'il cherche
le vrai , il fe trompe bien des fois fur
la route qu'il doit tenir. Ce n'eft que par
de longues peines , un travail affidu , une
étude bien dirigée qu'il découvre le beau,
& qu'en le pratiquant il arrive à cette pers
fection dont il eft capable, Heureux encore
s'il fçavoit s'y fixer !
C'eſt ainfi que les Beaux Arts ont été
long- tems au berceau : leurs progrès fi
tardifs fembloient nous menacer d'une
éternelle enfance , mais le Ciel à nos efforts
meſure ſes bienfaits. Le Regne d'Augufte
ne fut fi fertile en merveilles que
parce qu'il étoit celui des Beaux Arts. La
fuperbe Rome fe vit peuplée d'hommes
illuftres qu'ils ont immortalifés. Quel
JUI N. 29 1747 .
bonheur pour nous , fi pendant les fiécles
qui fe font écoulés depuis ils fe
fuffent confervés dans la même fplendeur !
La fucceffion des avantages que nous en
retirons en eût été plus riche , & notre
poffeffion aujourd'hui feroit plus affùrée.
Mais combien de maux ne caufent pas le
luxe & les guerres ! C'eſt peu que la pareffe
ait fait tomber le cifeau des mains
du fçavant artiſte , c'eft peu que le pinceau
d'Appelles ait paffé dans les doigts
de l'ignorance , les Belles- Lettres encore
devoient participer à cette trifte décadence.
Plus le Soleil eſt élevé , plus il touche
à fon penchant.
A peine en effet l'efprit de l'homme
a-t'il faifi l'objet de fes recherches , que
le moindre écart le lui fait perdre de vûë.
Il le cherche où il n'eft plus ; c'eft un point
indivifible qu'il ne fçauroit plus retrouver.
Il femble que le bon goût habite fur
une montagne dont le fommet d'une part
eft prodigieufement efcarpé , & de l'autre
la pente eft fi douce qu'elle ne devient
fenfible qu'à une diftance d'où on ne peut
plus remonter .
Cependant notre efprit ne peut fe tenir
tranquile , il faut qu'il s'approche ou qu'il
s'éloigne de fon but. L'amour de la nouveauté
l'empêche de jouir de fes décou-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
vertes. On le voit courir à des beautés
fauffes ou fuperficielles aux dépens des véritables
qu'il laifle après lui . Il prend fi
facilement le change qu'il ne reconnoît
pas même fon erreur. Qu'en arrive-t’il
La corruption fe répand de tous côtés , fur
les idées , dans le langage : la République
des Lettres eft inondée d'ouvrages fans
goût , de mauvais écrits qu'elle condamne
envain , le public les approuve , & n'en
reçoit point d'autres. Il faut renoncer à
lui plaire , ou fuivre le torrent qui ravage
l'empire des Belles -Lettres .
Qu'il eft malheureux pour un bon Auteur
de naître dans ces tems d'infortune
& de décadence où l'illufion s'empare de
tous les efprits ! Ne fera-t- il point ufage
des talens qu'il a reçus de la nature ? ou
s'il écrit , comment doit- il le faire ? Le
charme qui l'environne ne féduit point
fon imagination ; il difcerne encore dans
l'obscurité les traces du bon goût d'avec
les fentiers détournés où l'entraîne celui
de fon fiécle : auquel des deux fe conformera-
t'il ? Doit- il écrire à la honte ou à la
fatisfaction de fes contemporains ? En un
mot préferera-t'il de s'enterrer avec fes
écrits en jouiffant du plaifir de faire les
délices de fon tems , ou de fe frayer un
chemin à l'immortalité en renonçant
JUIN. 1747. 31
au contentement de plaire pendant fa
vie ?
Attraits bien féduifans de part & d'autre
! Sacrifices des deux côtés ! On comprend
déja que je panche vers une opinion
agréable à l'amour-propre. Il est trop
puiffant fur le coeur de l'homme pour ne
pas m'arracher quelques complaifances en
faveur d'un Auteur que ce fentiment touche
encore de plus près. Qu'il lui accorde
donc quelque choſe , qu'il écrive pour
lui-même en s'accommodant au goût de
fon fiècle , s'il ne travaille que pour amufer
& pour plaire , fi fes ouvrages enfans
de fon loifir n'ont aucune utilité directe &
marquée .
Mais s'il fe propofe d'inftruire , fi la
raifon domine en fes écrits , fi fon objet
eft de conféquence , un Auteur ne doit
jamais s'écarter des vrais principes de fon
art : qu'il régle fes idées & fes expreffions
fur le bon goût ; c'eft lui uniquement qu'il
doit confulter. Qu'il immole alors fes interêts
particuliers au bien général.
J'applique , comme on voit , la propofition
à des tems où le goût de la litterature
peut être repréhenfible. Je n'ai jamais
penfé que le contraire pût faire une queftion.
Il n'eft pas douteux que le bon ne
foit toujours préferable lorfqu'il eft fans
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE.
inconvénient. Voyons feulement ſi je
puis établir fur des raifons légitimes la
diftinction que je fais , & que je crois
quelquefois néceffaire,
Ce feroit une queftion peut- être difficile
à décider, furtout à en juger par la
conduite du plus grand nombre , de fçavoir
fi les hommes ont plus de befoin de
s'inftruire que de s'amufer . D'un côté s'ils
naiffent dans le fein de l'ignorance , ils vivent
dans les peines , les foins & les inquiétudes
la mifére de leur condition
peut égaler l'aveuglement de leur efprit.
Il ne faut pas moins les diftraire de leurs
infortunes , calmer leurs ennuis , diffiper
leurs chagrins , que détruire leurs erreurs ,
corriger leurs abus & vaincre leurs préjugés.
Comme le bien & le mal femblent
entrer dans la compofition de leur être , le
plaifir & la peine , le travail & le repos
paroiffent néceffaires à leur exiſtence. Ces
befoins font donc fi étroitement liés qu'on
exige même de l'agrément dans l'inftruction
. Un Auteur qui fe propofe d'être
utile , doit auffi s'attacher à plaire , & il
ne fçauroit plaire à juste titre s'il ne fe
rend utile en même tems . Omne tulit punctum
qui mifcuit utile dulci.
Il eft pourtant vrai qu'il ne peut remplir
également ces deux conditions. Il eſt
JUI N.. 1747. 33
des matieres plus ou moins fufceptibles
de l'une ou de l'autre de ces qualités . La
difference des talens , la diverfité des ſujets
qu'on traite varient cet heureux afforțiment.
Dans un certain ouvrage il s'agit
principalement d'éclairer l'efprit , d'étendre
fes connoiffances ; l'envie de lui plaire
ne doit être qu'acceffoire , elle eft fubordonnée
au premier objet. Dans un autre
au contraire un Auteur de bonne foi ne
cherche qu'à divertir , il prend le coeur
de l'homme pour but , il le frappe par fon
endroit fenfible ; s'il l'inftruit ce n'eft que
par occafion ; fes portraits vivans , fes tableaux
d'après nature accompliffent à cet
égard fon devoir , fans qu'il paroiffe s'en
occuper.
Or c'eft dans ce dernier cas feulement
qu'un Auteur me paroît devoir fe conformer
au goût du fiécle dans lequel il
écrit. Le goût le plus nouveau condamne
toujours le plus ancien , parce que les
derniers venus font cenfés avoir toutes les
lumieres du paffé , & leur efprit particulier
, ce n'eft pas affés pour juftifier leur
goût ; mais cela ne peut-il pas nous porter
à croire que ce qu'on appelle bon goût
eft quelquefois arbitraire ou équivoque ,
du moins fur certains fujets de littérature ?
11 varie avec l'opinion des hommes , mais
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
il produit le même effet , il gagne leur
confiance , il leur fait autant de plaifir :
eft-il alors bien aifé de décider fi ce goût
le plus généralement reçu eft bon ou mauvais
? On voit de tems en tems des Auteurs
originaux qui ont leur goût particulier
& leur ftyle propre. Quoiqu'ils ne fuivent
pas exactement la route qui leur eft
tracée par les grands modéles , ils n'en fout
pas moins illuftres , & la République des
Lettres fe fait peut-être plus d'honneur
de les avouer. Cela fait voir , ce me femble
, que le goût peut quelquefois varier
fans être condamnable ; il ne s'agit que de
bien traiter ces changemens.
Voilà d'abord pourquoi un Ecrivain
peut fe conformer au goût qui domine de
fon tems , fi les matieres qu'il traite ne
font pas d'une fi grande importance , qu'il
doive avant que de les mettre au jout
difcuter les raifons pour ou contre qui
approuvent ou condamnent ce qui n'eft
peut-être que d'opinion , ou fondé fur
des loix arbitraires. On demande de lui
qu'il fe rende intereffant , qu'il fe faffe
lire , il ne promet que de divertir , il ne
veut que peindre agréablement des objets
heureufement imaginés , en un mot il ne
cherche qu'à plaire , il atteint à fon but ,
il templit fes engagemens envers le public,
JUIN. 1747- 135
il plaît au plus grand nombre ; on doit être
content de lui .
Suppofé même que le bon goût dége
nére manifeftement , qu'on altére fenfiblement
les vraies beautés du ftyle , qu'on
s'apperçoive de la perte que fait la penfée
par trop de recherches dans l'expreffion :
que rifque un Auteur de l'efpéce que je
dis en cédant au goût de fes contemporains
, pourvû que du côté de l'agrément
il répare la faute qu'on lui fuppofe ? S'il
ne rend pas de bons fervices aux Belles-
Lettres il ne fçauroit leur caufer un grand
dommage. Quel bien ou quel mal peut
leur faire un conte , un roman une piéce
de vers purement poëtique ou telles autres
productions femblables , fruits d'une
brillante & agréable, imagination ? Leur
empire eft trop bien établi pour qu'il
puiffe être ébranlé de fi foibles armes ,
leur gloire trop éclatante pour qu'un nuage
qu'elles peuvent diffiper foit capable
de la ternir.
par
>
Enfin quand il en naîtroit quelques
petits inconvéniens , font- ils comparables
au regret d'avoir perdu fes peines & fes
veilles , à la douleur de fe voir privé d'u
ne réputation qu'on recherchoit avec tant
d'ardeur , au dépit , en un mot , de ne retirer
aucun profit de fes travaux , pas même
B vi
36 MERCURE DE FRANCE.
.
pour
de quoi payer fon amour-propre ? Or c'eft
à quoi doit s'attendre un Auteur qui ne
confulte pas le goût de fon'tems ; on le
néglige , ou plutôt on ne le connoît pas ;
puifqu'il n'eft pas affés utile pour fe faire
rechercher , qu'au moins il ne m'infpire
pas du dégoût s'il veut que je le life
mon plaifir . Qu'il n'écrive pas , il fera
micnx fans doute , & c'eft le parti que je
lui confeille. Un homme d'efprit ne devroit
pas fe borner à des ouvrages de fimple
amufement , furtout lorfqu'il fe voit
obligé de donner dans une espéce de travers
ou de courir les rifques d'ennuyer.
Mais s'il n'a du talent que pour cette forte
de travail , fi croyant cette occupation
permife il ne peut réfifter à l'inclination
trop forte qu'il fe fent d'écrire , qu'il fe
prête donc à la malheureuſe exigence des
zens , qu'il ait de la complaifance pour les
lecteurs. Ses écrits feront lûs ou du moins
pafferont dans les mains de tout le monde
; il fera aimé & recherché comme un
homme utile à la focieté. Sa réputation ne
durera qu'an tems , il eft vrai , mais il en
joüira ; fa gloire fera paffagere , mais la
nature de fes ouvrages me paroît encore
affés bien recompenfée. Que faut - il
davantage Le public lui fçaura gré
de ce qu'il aura fait pour lui-même ; fes
JUIN.
37 1747.
oeuvres auront cours , & il fera content du
public.
Je ne prétends pas cependant que cette
complaifance que je demande pour un
lecteur , aille jufqu'à flater fes criminels
penchans & faire rougir les bonnes moeurs,
parce qu'il n'en connoît plus. L'homme a
dans lui- même un fond de malice affés
inépuisable , fans qu'il foit befoin de la
nourrir par des écrits pernicieux . Funefte
poifon qu'il n'appartient qu'aux monftres
de vomir , poifon fouvent d'autant plus
dangereux qu'il le paroît moins ; l'oreille
eft menagée , tour le venin paffe au coeur.
Non non , il ne s'agit point ici d'une vile
condefcendence ou plutôt d'un libertinage
dans l'efprit , que la politique , la morale
& la Religion profcrivent. Je ne m'éleverois
point avec affés de force contre un fi
méprifable abus des talens . La voix de tes
refpectables autorités fe fera mieux entendre
que la mienne à ceux qui les reconnoiffent
pour leurs légitimes Souveraines.
Je ne fais ici ufage de mon zéle que pour
le bien de la République des Lettres.
Cependant j'ai peut-être paru jufqu'ici
montrer plus d'indulgence pour ce qu'elle
doit tolerer avec peine & par néceffité ,
que d'attachement pour fes vrais interêts.
Il eft tems que je me déclare entierement
38 MERCURE DE FRANCE.
pour elle , que je leve l'étendart de fa
gloire.
C'eft en vous propofant pour modéles ,
préſens de la nature efprits nés pour le
bonheur de la terre , vous dont les lumieres
ont percé les ténébres les plus épaif
fes & pafferont aux fiécles les plus reculés,
c'eft en ajoutant fur votre exemple les
raifons que je me prépare d'apporter , pour
retenir un Auteur judicieux dans les feules
régles que lui preferit le bon goût. Pourrai-
je bien lui faire comprendre que fi fon
principal objet eft l'avantage & l'inftruction
des hommes , il doit les conduire par
des fentiers fürs & lumineux où la corruption
n'ait jamais paffé ? Je voudrois le
convaincre qu'en s'en écartant , il fe fait
tort à lui & à fes ouvrages , aux Belles-
Lettres , en un mot qu'il égare ceux qu'il
veut éclairer .
On a beaucoup effayé de définir le goût ,
j'y renonce , parce qu'il fe fent mieux
qu'il ne s'exprime , furtout en matiere d'efprit.
Comment fixer l'idée d'une qualité
qui varie à l'infini & que tout homme doit
avoir dans une efpéce differente ? Je dirai
feulement que le bon goût eft enfant de
la nature & brille de fes principaux attri
buts. Il porte le caractére de la vérité :
on le reconnoît à fa mere qu'il dépeint
JUIN. 1747.
39
toujours fous des traits aimables & reffemblans.
Le mauvais goût réclame la même
origine , mais c'eft un impofteur ; il doit
F'être à l'ignorance , il répand les ténébres,
ou ne laiffe entrevoir qu'une fauffe lueur
qui nous trompe & nous égare.
Ne doit-on pas s'étonner après cela
qu'on fe méprenne fi groffiérement fur
ces deux objets ? Se peut-il qu'un Auteur
ne s'attache pas à celui qui peut feul relever
fon mérite ? S'il n'a pas affés de lumiere
pour diftinguer le bon d'avec le mauvais ,
il eft digne de pitié & non de reproches .
Mais connoiffant le bon goût , s'il a la foibleffe
de fe prêter au mauvais parce qu'il
eft en regne , que puis- je penfer de ſon
difcernement? Qui m'affûrera qu'il eft juſte
& fain quand fes écrits prouvent le contraire
? Comment perfuader aux étrangers ,
aux fiécles à venir qu'il n'a failli que par
complaifance ? On ne fera pas dans le cas ,
me direz-vous , fon nom n'ira pas au- delà
des mers , il périra avec lui & ne paroîtra
jamais au temple de Mémoire. Trifte
deftinée pour un homme qui a du fçavoir
& des talens ! Il eft maître de fa réputation
, il a fon fort entre fes mains , & il ne
fçait point en profiter. Il fe fait donc tort
à lui-même par la mauvaife idée qu'il
donne de fon efprit & de fon jugement.
40 MERCURE DE FRANCE.
De plus il en fait un confidérable à fes ouvrages.
Ce n'eft point affés pour faire un beau
portrait de représenter une belle perfonne,
l'Art doit prêter à la nature de certains
agrémens dont la beauté même ne peut fe
paffer. Il eft vrai qu'elle fe contente des
plus legers , mais un Peintre qui les néglige
péche autant que celui qui veut trop embellir
fes tableaux . Les fujets qu'il traite
font par eux-mêmes beaux , intereffans ,
mais il permet trop à fon imagination ;
la richeffe l'emporte fur l'ordonnance , le
feu de fes épiſodes amortit celui de l'action
principale une vérité mal renduë ne
frappe plus.
C'eft ainfi que fouvent tout le mérite
d'un ouvrage excellent en lui-même fe
perd par la négligence d'un Auteur ou par
fa trop grande application à faire briller
fon efprit. La matiere fort des mains de
celui- ci encore toute brute , elle n'eſt revêtue
d'aucun embelliffement. Celui - là au
contraire femble ignorer que les graces
mêmes ont leurs places marquées & qu'elles
ne plaifent pas toujours. Parce que les
fleurs naiffent fans peine fous fa main , il
en répand partout , on ne voit dans leur
diftribution ni choix ni difcernement.L'Art
fe montre trop. Ici la penfée eft efclave de
JUI N. 1747. •
l'expreffion , ailleurs l'idée ne fe conçoit
pas & le ftyle n'eft pas plus intelligible ;
on ne parle que par métaphores ; l'antithefe
domine partout.
De quelle utilité bien conftante peut être
alors un ouvrage rempli de ces défauts
Quel fruit peut- il produire ? Le germe eft
bon , mais il eft femé dans des épines qui
le fuffoquent ; c'eft un flambeau qui vous
laiffe à quatre pas dans l'obfcurité par l'épaiffeur
de la fumée qu'il exhale . Ĉet ouvrage
eût été digne de paffer à la postérité
par le mérite qu'il a foncierement , mais le
goût dépravé de l'Auteur en a borné le
cours à quelques années.
Nous voici enfin au point de vue le plus
intéreſſant , ſi nous fentons de quel prix il .
eft de cultiver les Belles-Lettres. C'eft peu
qu'un Auteur faffe tort à fa réputation & à
fa mémoire , que fes productions foient
écrites ſur le ſable , lorfqu'il auroit pû les
graver fur l'airain ; il ne s'agit plus de
fi foibles malheurs , fon exemple va tout
perdre , c'eft la ruine entiere de la Répu
blique des Lettres que je confidere , c'eft
elle- même qui fe voit menacée du revers
le plus affreux. Je frémis déja de fa défolation,
ceft un état où la fédition porte fes fureurs
. La licence d'abord allume quelques
feux fecrets , bien - tôt le flambeau de la co41
MERCURE DE FRANCE.

lere y brille de tous côtés , l'audace monte
fur le trône , le mépris des loix eſt à ſa
fuite , tout y tombe dans le défordre & la
confufion . De même le mauvais goût une
fois autorifé prend des forces , gagne parfout,
renverfe avec le tems les barrieres que
lui oppofent encore les neuf Soeurs ; la corruption
le proclame maître de leur empire,
l'erreur le couronne , la pareffe eft fon foutien
,les Filles de Mémoire fe retirent éplorées
, c'en eſt fait , il n'eft plus de Belles-
Lettres , l'ignorance a pris leur place.
Mais s'il n'eft plus de Belles Lettres, que
deviendront les Arts fi utiles à nos befoins
& même à nos plaifirs ? Que deviendront
les Sciences qui font nos guides fidelles
· dans la recherche de la vérité ? Nous retomberons
donc dans la groffiereté des
premiers fiécles: Les charmes de la Litté
rature adouciffent les moeurs , font aimer
la vertu , rendent communiquables les
qualités les plus eftimables de la focieté ;
il faudra donc renoncer à de fi doux avantages
s'il n'eft plus de Belles-Lettres ? Elles
influent fur le caractére & fur le devoit
des peuples ; en ceffant de les cultiver ,
nos loix trouveront moins d'obéillance
parmi les hommes , les Empires même en
deviendront plus fujets aux révolutions.
Tels font en partie les défordres où nous
JUIN.
1747. 4$
expofe un Auteur qui livre fa plume au
mauvais goût , & plus il a de talens , plus
fon exemple eft dangereux. Les Mufes
font complaifantes , elles prennent facile
ment le ton qu'on leur donne , furtour
lorfqu'il paroît venir des perfonnes qu'elies
chérillent. Un génie fupérieur ravit , comme
malgré nous, notre admiration , oferoiton
la lui difputer ? Mais c'eſt un efprit créa
teur qui fe réſerve à lui feul le commerce
des beautés qu'il fait naître ; il a fon ftyle ,
fon langage particulier , il n'eft permis à
perfonne de le fçavoir parler ; c'eft tomber
dans un piége que de le prendre pour mo
déle , on donne fûrement à gauche , mais
comment réfifter à la tentation? On ne croit
pas pouvoir mieux faire que d'imiter ce
qui plaît .
Il'eft donc contraire à l'avantage des
Belles- Lettres d'être même un bon original
, lorfqu'on a lieu de craindre de faire
de mauvaiſes copies. A plus forte raiſon
de quelle funefte conféquence n'eft- il pas
d'autorifer un mauvais goût connu pour
el , de l'entretenir ouvertement & de le
perpétuer par fon exemple ? C'eft ébranler
l'empire des Belles- Lettres jufques dans fes
fondemens , c'eſt le renverfer en un mot
& s'enterter fous fes propres ruines.
Qui douteroit après cela qu'un pareil
44 MERCURE DE FRANCE.
Auteur ne faffe plus de tort qu'il n'eft utile
au public ? Il lui préfente des richeſſes
pleines d'appas , mais elles font empoifonnées.
S'il le fait participant de fes recherches
, s'il lui communique quelques lumieres
, c'eſt un ſervice payé bien cherement,
puifqu'il ne fçauroit en profiter fans fe cor
rompre le goût , fans fe mettre en danger
de perdre tout-à- fait celui des Belles-
Lettres.
L'Eloquence a pris fa fource dans Athénes
; Rome s'eft vu la maîtreffe des Beaux-
Arts ; toute la terre fçavante a reçû de ces
deux célebres Villes les plus belles leçons.
Si le mauvais goût a pû prévaloir fur tant
d'efprit , ne ferons nous pas effrayés d'un
fi terrible exemple ? Qui nous garantira de
pareils malheurs , à moins que nous ne
profitions du paffé ? Il me paroîtroit plus
néceffaire de prévoir & de chercher à prévenir
ce qui peut nous arriver faute de
précaution , que de difputer fur la prééminence
des tems . Que les modernes fe vantent
de l'obtenir , ils n'en feront pas moins
redevables aux anciens . Soyons plus attentifs
à conferver & à mettre à profit les tréfors
qu'ils nous ont laiffés , qu'ambitieux
à les accroître ; en les prenant pour guides
on ne fçauroit fe tromper.
Je voudrois.. mais que veux-je ici .. déJUIN.
45.
1747 .
clamer contre mon fiécle ? Il n'eftpas encore
tems, j'efpere ; c'eft être de mauvais augure .
Pourquoi appliquer à nos jours ce que je
confidere comme une propofition généra
le s'il s'éleve dans tous les tems de ces efprits
hardis & infectés dont il faut fe garan
tir , nous fommes affés forts de nos bons
Auteurs pour réprimer leur audace , & affés
fains pour détourner le mauvais air . Manquerions
nous de courage & de fermeté ?
Mon but eft d'en infpirer lorfqu'il fera befoin
d'en avoir. Amateur des Belles-Lettres
& du bon goût , combien ne voudroisje
pas en faire naître l'amour dans tous les
coeurs & les éternifer par mes confeils ? Si
mes efforts nefont pas affés puiffans , je ne
crois pas du moins donner la moindre atteinte
à leur confervation & à leur progrès
en difant qu'un Auteur peut fe conformer
quelquefois au goût de fon tems, quoique
mauvais , puifque fi j'autorife ce relâchement
dans des ouvrages qui ne font faits
que pour plaire , j'en limite bien le reffort
& que je le condamne hautement & fans
réferve lorfqu'il eft queftion par le choix de
la matiere , par le prix de fon travail , par
l'utilité qu'on fe propoſe , de mériter proprement
le nom d'Auteur. A quoi ferviroit
d'être plus févere ? La raison pourroit
dicter le contraire de mon opinion , qu'en
"
46 MERCURE DE FRANCE.
matiere de plaifir il a fouvent la préféren
c . L'efprit peut combattre mon fentiment,
mais je fuis für que le coeur eft pour moi.
Ayons de l'indulgence pour ce qui nous
amufe , & réſervons toute notre rigueur
pour des ouvrages auxquels nous devons
de l'eftime & de l'application.
C'eft -là que le bon goût doit abfolument
regner; j'en ai fait voir d'affés fortes raifons
pour me croire diſpenſé de répondre à la
difficulté que que
l'on
peut
tirer
du peu
de lecteurs
que trouve un Ecrivain qui s'éloigne
du goût de fon fiècle. Il ne trouve que des
ingrats qui ne fentent pas le prix de fes fervices
& de fes bienfaits , je l'avoue , mais
les gens de bon goût le liront , c'eſt affés
pour la récompenfe . Toute for ambition
doit être de fe rendre utile à la République
des Lettres , de lui former des fujets dignes
d'elle & qui lui faffent honneur . S'il
ne s'attire pas de fon vivant toute l'eftime
& la réputation qu'il mérite , fes Ecrits ſont
un précieux dépôt qu'il tranfmet à la pofterité.
Les ombres qui les couvrent , laiffent
toujours quelque paffage aux rayons de lumiere
qu'ils répandent. G'en eft affés pour
éclairer les fiécles futurs. On ouvre enfin
les yeux, les ténebres fe diffipent , la nature
fe dévoile , la terre s'embellit & reçoit fon
premier laftre des hommes nouveaux que
JUIN. 1747.
47.
ap-
L'étude a formés. Les Dieux autrefois
prirent aux mortels les Sciences & les
Beaux-Arts , aujourd'hui ils doivent ce fervice
aux leçons qu'ils trouvent dans les
bons livres. Un Auteur qui a bien écrit
eft un nouvel Apollon , un Mercure qui
les inftruit , il doit être mis au rang des Di
vinités .
Que les Mufes elles mêmes le placent
dans les Cieux , puifqu'il eft leur gloire &
leur appui. Puiffent-elles auffi accorder
leur fuffrage à leur caufe que je plaide , appuyer
mon ſentiment & m être favorables
dans la carriere où j'ofe entrer . Déja je les
vois * tenir leur docte aflemblée , confronter
ce coup d'ellai avec l'éloquence affûrée
de mes concurrens , juger entre nous moins
par le zéle qui nous anime que par les ta,
Jens qui le font paroître , défigner enfin
cet heureux vainqueur , qui recevra fa
couronne des mains de la Vertu
* L'Académie de Soifons. i
J
48 MERCURE DE FRANCE.
MADRIGAL
AMour , je croyois que tes armes
Ne me cauferoient plus d'allarmes ;
J'avois juré fincérement
De ne plus aimer de ma vie....
Hélas ! quand j'ai fait ce ferment ,
Je ne connoiffois pas Silvie.
.
AUTRE
En attendant une Dame qui avoit promis de
revenir bien-tôt.
A Mour,quand veux -tu donc répondre à mon
eſpoir ,
Et de la jeune Iris me rendre la préfence ?
Loin d'un aimable objet qu'on voudroit toujours
voir ,
Le moment le plus court eft une longue abſence.
AUTRE ,
> A Mad. L. C ** D. M *** , en lui envoyant
les deux Madrigaux précédens ,
dont elle avoit redemandé une copie à
l'Auteur.
EN relifant mes vers, fouvenez - vous , C✶ ✶
Que d'adorables yeux fans en être requis ,
Leus
JUIN. 49 1747 .
Leur ont donné le jour , leur mere eft ma tendreffe;'
C'est par ce titre feul qu'ils me femblent exquis ,
Du refte , ce n'eft pas lyrique quinteffence ;
Semblables à certains Marquis ,
Ils n'ont de bon que la naiffance.
MERERERERERERERN
MEMOIRE fur la maladie des Bêtes à
cornes.Ce Difcours aétéprononcé à Châlons.
'Anatomie doit ici être notre bouffole ,
L'c'eft
c'eft pourquoi je commencerai par la
démonftration des parties de ces animaux ,
où réfide ordinairement l'effet principal de
la maladie , ou du moins chés qui elle joue
Les plus fâcheux rôles,
Ces animaux , de même que tous les ruminans
de cette efpece , n'ont pas pour un
eftomach , mais ils en ont quatre bien diftincts
, ce qui fera , fi vous voulez , un eſtomach
quadruple ; le premier fe nomme
vulgairement la panfe , le fecond le chaperon
ou boner , le troifiéme , le pfeautier
ou livret , le quatrième , la caillette.
Les Auteurs font partagés fur la rumination
, les uns prétendent que ces animaux
remâchent leurs alimens , les autres , que
non , mais qu'il s'y fait feulement une trituration
continuée d'un eftomach dans un
11. Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE .
autre ; quoi qu'il en foit cet organe mer
veilleux paroît affûrément deſtiné à la trituration
.
Le premier eftomach ou la panfe, eft or
né dans toute fa capacité intérieure de
pointes molles & mouffes qui la rendent
comme pluchée, il y a de plus deux grandes
valvules , une fupérieure & l'autre infé
rieure , qui s'avancent verticalement & un
peu obliquement jufques vers le milieu de
la capacité , la fupérieure plus que l'inférieure
, & foutenues toutes les deux enfemble
par une cloifon mitoyenne ; ces valvules
ou membranes doüées d'un reffort ou
mouvement mufculaire , battent , agitent
& rapprochent par leur mouvement les alimens
vers l'orifice fupérieur ; alors ceux
qui fe trouvent digérés juſqu'à un certain
point , foit qu'ils ayent été remâchés ou
non, & qui fe trouvent foutenus fur la premiere
membrane , fe préfentent à la valvule
qui communique avec le fecond eftomach
ou chaperon ; cette valvule qui eſt
élaftique , ne laiffe qu'une petite ouverture
ovale qui admet feulement ce qu'il y a de
mieux digeré , & le plus groffier retombe
dans la grande capacité du premier , pour
y éprouver une nouvelle trituration & un
nouvel affinage.
Ce qui eft paffé dans le fecond eftomach
JUIN. 1747.
SI
trouve là dequoi y être affiné de nouveau,
cat cette feconde poche eft remplie intérieurement
d'un très - grand nombre de cellules
pentagones & exagones , à peu près
pareilles aux alvéoles d'une ruche à miel ;
les bords fupérieurs de ces cellules font
garnis de dents comme une fcie,avec quantité
de fillons , & chaque côté en eft auffi
garni d'à peu près femblables , le fond de
chaque cellule eft parfemé de pointes
mouffes , comme dans le fond de la panfe,
ce font autant d'inftrumens deſtinés à
procurer
par un mouvement méchanique un
affinage très-grand dans les alimens.
Enfuite vient un autre valvule qui laiffe
une ouverture bien moins grande que la
précédente , pour communiquer avec le
troifiéme eftomach ou pfeautier , cette poche
le trouve garnie de cent valvules , vulgairement
dites feuillets , tant grands ,
moyens , que petits , elle a une figure un
peu plus qu'hémifphere ,fes feüillets y font
placés prefque horisontalement , attachés
vers la partie convexe , & flottans vers la
concave , qui eft l'endroit qui répond à la
valvule du quatriéme eftomach" ou caillette
; chaque feuillet eft garni en tous fens de
mammelons plus ou moins pointus, qui fervent
derechef à un nouvel affinage , mais
l'application de ces feüillets les uns fur les
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
autres & qui fe preffent mutuellement par
une force mufculaire y fait l'office d'un
preffoir pour en exprimer le plus fluide &
le mieux digeré, qui paffe enfin dans le qua
triéme eftomach ou caillette par une ouverture
un peu plus grande que celle du
troifiéme eftomach ; cette quatriéme poche
a la forme d'une cornemufe , elle à dans
fa longueur quelques valvules mufculeufes
& longitudinales affés amples , mais liffes
& polies , qui fervent encore fans doute
à un dernier affinage ; elle s'ouvre dans le
premier inteftin par le moyen d'une valvule
annulaire ou bourlet élastique, qui ferme
ee paffage en le fronçant comme une bourfe
; la matiere qui fe trouve dans cette derniere
poche eft comme une bouillie bien
digérée & parfaitement homogéne : il faut
obferver que dans tous ces differens eftomachs
, outré une infinité de glandes, chaque
mammelon fe trouve comme criblé
d'un millier d'embouchures ou orifices de
tuyaux capillaires , par où il fort continuellement
une rofée fpiritueufe , vive ; pénetante
& digeftive.
Je paffe actuellement à l'hiftoire de la
maladie .
En 1514 la maladie dont nos troupeaux
font attaqués regnoit dans tous le païs
des Vénitiens & y faifoit beaucoup de ra
JUIN.
53. 1747.
vage. En 1599 elle recommença avec tant
de violence , qu'il y eut un Arrêt rendu
par lequel on défendoit à toutes perfonnes
de vendre boeuf, vache ou veau , fromage
nouveau , beure & lait * Sub capitali pæna ,
fous peine de la vie , enfin vers 1711 elle
y reprit de nouveau , & le Padoiian en fut
auffi attaqué , on cut beau faire & prendre
toutes les précautions imaginables , toutes
les campagnes furent dévallées , leur foin
principal fut d'établir des prieres publiques.
Cette maladie qui regna, en ces trois
differens tems étoit abfolument la même ,
& celle dont nous fommes affligés aujourd'hui
, en eft une fatale filiation , elle
avoit abfolument les mêmes fymptômes
que celle d'aujourd'hui , avec cette difference
qu'elle en avoit encore de plus fâcheux
; cette maladie fe communique rarement
aux autres animaux avec lefquels
il y a toujours un certain rapport & une
certaine analogie , à plus forte raifon fe
doit-elle moins communiquer aux hommes
avec lefquels il ne s'y trouve ni l'un ni
l'autre .
Si nous avions donc lieu d'appréhender
que cette contagion n'influât fur nous par
quelque autre genre de maladie , ce `ne
* Voyez Ramazini.
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
pourroit être ou qu'en mangeant de la
viande des bêtes malades ou par les exhalaifons
dont la grande quantité de bêtes
mortes auroit infecté l'air fi on n'y eut obvić.
Je paffe préfentement à la caufe & *
à la nature de la maladie .
Nous n'avons que trop de raifons pour
croire que cette maladie eft contagieufe
& épidemique
ces fortes de maladies
viennent toujours ou du vice de l'air , ou
d'alimens corrompus
, ou bien de l'émanation
des parties malignes qui paffent
par la tranfpiration
d'un corps malade
dans un autre qui eft fain ; ni l'air , ni les
pâturages
ne paroiffent
point devoir être
regardés comme caufe , puifque beaucoup
d'autres animaux ufans également de l'un
& de l'autre feroient auffi attaqués , ou de
la même maladie ou de quelque autre ,
felon la diverfe difpofition des fucs de
chaque efpece d'animal .
La maladie qui arriva en 1711 dans le
pays de Venife & le Padoian , y fut portée
par un bouf qui s'étoit échapé & qui
venoit de la Dalmatie , Province voifine , *
il fut arrêté par un pâtre & conduit dans
une étable avec d'autres boeufs , il y mourut
peu de jours après , enfuite tous ceux
* Voyez Ramazini.
JUIN. 1747 .
3.5.
avec lefquels il avoit été eurent le même
fort , & ainfi fucceffivement cela gagna
& infecta tout le
pays .
Il paroît que la maladie qui enleve tous
nos troupeaux part d'une même cauſe , &
il s'eft même débité dans le commencement
que des Marchands de boeufs en
avoient amenés du côté de l'Allemagne
qui avoient apporté avec eux cette contagion.
Il importe peu de fçavoir comment le
premier boeuf a été attaqué , il nous fuffit
feulement d'être inftruits que dans les bêtes
de toutes efpeces , auffi - bien que dans les
hommes . par differens degrés d'alteration
ou de corruption dans les humeurs , il én
peut être produites des parties venimeufes
: v. g. le chien & autres animaux deviennent
enragés d'eux-mêmes & fans
que cette contagion leur ait été communiquée
par d'autres , il fuffit auffi de fçavoir
que ce venin fe communique plus particulierement
aux corps qui ont de l'analogie
avec ceux où il a été produit & engendré.
Il y a eu differens fentimens fur la caufe
de cette maladie, les uns ont penfé qu'elle
pouvoit provenir de ce que les beftiaux
ayant eu difette de fourage & pâturage
pendant 1740 & 41 , & qu'en ayant en-
C
56 MERCURE DE FRANCE.
fuite trouvé fatis fuperque , elles en avoient
mangé de même , & s'étoient ainfi remplies
d'une trop grande quantité de fucs ,
de la plethore , difficulté dans la circulation
du fang & autres humeurs , inflammation
& fes fuites .
D'autres , qu'elle provenoit de la trop
grande féchereffe , & que les beftiaux
ayant peu bû cela avoit épaifli toutes les
liqueurs.
Mais en admettant ces caufes la maladie
ne fera pas contagieufe , nous voyons cependant
le contraire.
J'avois penfé avec d'autres que peutêtre
il y avoit eu des infectes répandus fur
les pâturages dans tous les pays où les
bêtes deviennent malades , & qu'ainfi
celles qui en auroient mangé beaucoup
mourroient , que celles qui n'en avoient
pas mangé feroient malades feulement & ne
mourroient pas , & que celles qui n'en auroient
point du tout mange feroient tou
jours faines il y a encore plufieurs autres
fentimens qu'il feroit trop long de rapporter.
On doit donc regarder cette maladie
comme une fiévre inflammatoire éruptible ,
contagieufe & épidemique ; elle eft éruptible
en ce qu'elle eft occafionnée par des
parties étrangeres & malignes , que la
JUI N. 1747. 57
nature tâche continuellement de porter
au-dehors par le moyen de la tranſpiration
& des éruptions qu'elle fait vers la
peau , c'eft ce qui la peut faire comparer
à la petite verole : elle eft contagieufe en
ce qu'elle fe communique d'un animal à
l'autre elle est épidemique parce qu'elle
regne dans beaucoup de pays.
Les fymptômes & effets que j'ai reconnus
en fuivant très- exactement un affés bon
nombre de ces bêtes malades , & l'examen
que j'ai fait de ces animaux après leur mort,
vont confirmer ce que j'avance .
Auffi- tôt qu'elles commençent d'être
attaquées , elles ne mangent point, perdent
leur lait , ont difficulté de refpirer , & font
comme pouẞlives ; leurs cornes deviennent
brûlantes & leur coeur a un battement
troublé & comme convulfif , leurs oreilles
font baiffées , leurs yeux lourds & larmoyans.
Dans la violence du mal elles
rendent beaucoup de fumée halitueufe
par les narines ; deux ou trois jours après
un dévoyement confidérable leur furvient,
quelqu'unes même rendent du fang ; le
ventre devient tendu , leurs flancs bartent
& elles fouffrent beaucoup , ce qu'elles
manifeftent par des mugiffemens , non
pas toutes cependant ; d'autres font inquiettes
, cherchent à fe fauver , & tom-
Cv
58 MERCURE DE FRANCE:
"
bent mortes en courant , d'autres plus larr
guiffantes reftent couchées & meurent ;
environ un jour ou deux avant qu'elles
périffent leurs cornes & leurs oreilles deviennent
froides , j'en ai cependant vû
deux ou trois qui ont été gueries avec ce
fymptôme ; au refte il y en a beaucoup
qui ne paffent pas par tous ces degrés ,
qui durent fept à huit jours , car j'en ai vû
périr en vingt- quatre heures ; prefque toutes
celles qui font pleines avortent dans
la force de la maladie , ou leurs veaux meurent
dans leurs corps , ce qu'il eft aifé de
reconnoître par l'état de corruption du
veau après l'ouverture de la bête morte.
Il y en a eu quelqu'unes qui rendoient
par les narines des lambeaux de chair comme
pourrie , ce qui n'étoit que des morceaux
de la membrane pituitaire ou du
palais ; de toutes celles à qui arrivoit cet
accident il n'en échapoit point.
Celles qui échapent à la maladie , tous
les accidens ci-deffus paffés , commencent
à manger un peu , elles fe frottent le
corps
par tout où elles peuvent , parce qu'il s'y
éleve des croutes de tous côtés qui leur
caufent de grandes démangeaifans , &
tout le poil tombe ; j'ai remarqué que les
plus maigres étoient celles qui échapoient
le plutôt , & que les plus graffes étoient
JUIN. 1747.
5.9.
les premieres attaquées & le plutôt péries
.
Dans plus de quarante que j'ai fait ouvrir
, j'ai toujours remarqué conftamment
des fignes d'une inflammation gangréneufe
dans tous les inteftins , qui en les ouvrant
fe trouvoient contenir une humeur fanieufe
, noirâtre , hicoreufe & de mauvaife
odeur ; leurs membranes internes
s'en alloient par lambeaux.
Le pfeautier fe trouvoit dur comme
une pierre , rempli entre les feüllets d'une
matiere qui fe mettoit en poudre fous les
doigts , & étoit comme du foin pulverifé
groffierement , elle étoit extrêmement adhérente
par quelques endroits à ces mêmes
feuillets ; tous les petits mammelons
dont chaque feuillet eft garni de part &
d'autre , étoient d'un rouge noir ainſi que
tout le refte .
Le foye , la rate & le poulmon n'étoient
pas ordinairement alterés , & quand ils`
l'étoient cela paroiffoit ne rien avoir
de commun avec la maladie courante ,
car dans les bêtes très-faines que l'on tue
aux boucheries * , nous avons trouvé très-
* Le Confeil de Ville avoit ordonné que chaque
bête à corne feroit vifitée en entrant à la Ville par
deux Commiffaires Experts , & menées dans une écurie
commune , où alors fi elle ne mangeoit pas elle étoi
C vj
60 MERCURE DEFRANCE.
fouvent le foye & le poulmon gâtés &
pleins d'abfcès , remplis de pierres & graviers
, qui probablement en détruifant les
vaiffeaux qui les environnoient avoient
occafionnés ces abfcès , alors nous nous
contentons de faire jetter feulement ces
parties malades ; j'ai trouvé affés fouvent
dans les bêtes mortes de la maladie courante
, la bile de la véficule du fiel d'un
vert noir & très-épaiffe
mais aufi
avons-nous vû très-fouvent dans les boucheries
qu'il y avoit beaucoup de boeufs
& vaches qui quoique très - fains , avoient
cette bile de la véhicule de même nature
& qualité ; je crois que cette bile cyftique
ne fe trouve ainfi que dans les bêtes trèsâgées,
ayant toujours obfervé que dans les
jeunes bêtes elle étoit d'un jaune très- clair ,
quelquefois même diaphane.
,
J'ai auffi obfervé que la noirceur extérieure
des feuillets du pfeautier n'étoit
point une fuite de la maladie , ou qu'elle ne
devoit point lui être imputée , car il s'y trou
menée dans une autre ; ceiles qui étoient reconnuës
faines étoient conduites à la boucherie où on les tuoit
en préfence d'un Confeiller de Ville , & d'un Médecin
qui examinoit les entrailles & particulierement le
pleautier , fi il la jugeoit faine on la marquoit fur les
quatre quartiers d'un fer rouge portant les armes de
la Ville , fi elle étoitfoupçonnée on la faifoit enterrer.
JUIN. 1747. 61
ve une très-grande quantité de bêtes bien
faines à tous égards qui les ont fort noirs ;
je pense que cette noirceur eft auffi un
effet de la vetufté de l'animal , & non pas
de la nature des alimens , comme le
perfent
les bouchers , qui difent que cela fe
trouve chés toutes les bêtes qui ont mangé
des pains d'huile , c'est- à- dire des mares
d'huile , &c. ou comme d'autres qui affûìrent
que cette noirceur fe trouve chés
toutes les bêtes noires ou feulement tâchées
de noir , apparemment par le même
jeu de nature qui a fait les tâches extérieures
, mais je puis affurer avoir remaɛqué
que plufieurs qui n'avoient aucune
tâche noire fur la peau , avoient cependant
les feuillets du pfeautier noirs .
Toutes ces marques évidentes d'inflammation
gangréneufe dans les inteftins &
le pfeautier , conftatent fuffisamment que
la maladie eft inflammatoire ; le fang qu'on
leur tire eft extrêmement fec & à peine y
paroît- il une goûte d'eau au bout de quarante
heures ; au refte la condition féche
du fang doit être ordinaire à ces animaux,
comme étant fort robuftes , de même que
nous voyons que plus les hommes font
forts & vigoureux plus leur fang eft fec ,
& vice verfa : je n'ai point remarqué d'indice
d'inflammation dans la panfe , mais
62 MERCURE DE FRANCE.
bien une très- grande quantité d'alimens
tant folides que fluides , qui tenant toujours
cette partie comme dans un bain
tiéde , l'avoient fans doute garantie de
l'inflammation . Je n'ai jamais rien trouvé
que de naturel dans la tête .
lo
Comme cette maladie paroît être dans
genre des dépuratoires ou éruptibles ,
c'est-à- dire qui doit fe guérir par un tranfport
que la nature veut faire vers la peau
des parties malignes qui la caufent , il y a
tout lieu de penfer & de croire que ce qui
eft la cauſe principale de tous ces fâcheux accidens
& de la mort , vient de la trop grande
épaiffeur & denfité de la peau ou cuir de ces
animaux , qui ne permettant pas à l'humeur
de fe porter au- dehors & ne lui livrant
aucun accès , eft obligée de retourner
vers les parties internes , & y excite
une inflammation fi grande que la gangréne
& la mort fuivent de près ; j'ai remarqué
en effet que les jeunes bêtes réchapoient
affés aifément , & prefque fans foin , fans
doute parce que la peau tendre , délicate
& fine formoit peu ou point de réſiſtance
à l'humeur qui fe portoit vers elle , alors
il s'y élevoit des croutes plus promptement
que chés les vieilles qui guériffoient
de cette maladie . Nous voyons tous les
jours que la petite vérole qui eft une maJUIN.
1747- 63
ladie éruptible & dépuratoire , tue ceux
qui par leur âge ou autrement ont la peau
trop ferrée pour livrer un paffage libre à
l'humeur la nature tâche de
que
dehors.
porter
au-
Venons préfentement aux remédes.
Si nous envifageons cette maladie fimplement
comme inflammatoire , il eft hors
de doute qu'il faut avoir recours aux feuls
rafraichiffans mais fi d'un autre côté
nous reconnoiffons que cette inflammation
n'eft pas caufée par un fimple engorgement
de vaiffeaux , mais bien par des parties
acres & malignes que la nature doit
& fait des efforts continuels pour porter
au-dehors , il faut alors changer de batterie
& la cure devient très- compliquée .
En effet toutes celles qui ont été traitées
par les feuls rafraichiffans font mortes
; j'avois cru d'abord avec bien d'autres
qu'il n'y avoit point d'autre parti à prendre
, mais n'en voyant pas échaper une
fcule j'ai été obligé de prendre une autre
route ; d'un autre côté celles que l'on a
voulu traiter par les feules remédes chauds
font mortes auffi & même plus promptement
; quel parti donc prendre ?
Il faut dans cette maladie , de même
que dans toutes celles qui nous arrivent ,
éxaminer attentivement ce qui fe paſſe
"
64 MERCURE DE FRANCE.
dans toutes les fonctions de l'animal
quelles font celles qui peuvent être lezées,
de quelle maniere & à quel point elles
le font , d'ailleurs fuivre pas à pas la nature
pour fçavoir quelles font fes vûës &
fes intentions , afin d'y entrer & de pouvoir
les fuivre , car medicus eft natura minifter.
Reprenons un peu notre maladie &
fuivons- la pas à pas.
Nous convenons que cette maladie eft
contagieufe , or la contagion emporte tou
jours avec elle un caractére de malignité :
cette malignité qui trouble le bon ordre ,
l'intelligence , cet accord & harmonie
parfaite dont l'animal jouit en fanté , eft
occafionnée par des particules âcres qui
fe font infinuées dans le corps de l'animal .
Dieu n'a point encore permis que nous
trouvaffions d'antidotes fpecifiques pour
dompter ces parties étrangeres qui roulent
avec les humeurs , mais il nous a feulement
indiqué des moyens naturels pour
chaffer & pouffer hors du corps cet ennemi
mortel ; s'il étoit poffible par quelque
moyen que ce puiffe être d'enchaîner ces
parties , de les faire changer de nature & de
les rendre homogenes avec les nôtres , ce
feroit fans doute le parti le plus court & le
plus fûr ; mais non , il faut lui faire quitter
JUIN. 1747. 65
le champ de bataille ; la nature à laquelle
cet ennemi a déclaré une guerre fi ouverte
& fi fanglante , combat à la vérité
vigoureuſement , mais ou par un défaut
de troupes auxiliaires , ou parce qu'elles
font mal commandées , elle fuccombe ,
elle périt.
Le moyen le plus ordinaire que la nature
employe pour ſe débarrafler de ces
parties étrangeres & malignes , eft de les
pouffer vers la peau , afin par-là de les
éloigner toujours des parties intérieures ,
telles que la poitrine , l'eſtomach , les inteftins
, &c. parties dont elle a un befoin
continuel pour l'entretien de la vie ; mais
il fe trouve malheureufement ici un obftacle
invincible , la peau ou le cuir du boeuf
fe trouve fi épaiffe, fi denfe & fi compacte ,
que l'humeur infectée des parties âcres &
malignes ne peut s'y faire jour ; alors elle
retourne vers les parties intérieures qui
étant fines & délicates font obligées d'effuyer
tout l'affaut , & il s'y excite alors
une inflammation fi grande que la gangréne
& la mort fuivent de près : pour fatisfaire
à tous ces points de vûë , il faut d'abord
donner à la peau beaucoup de molleffe
, la relâcher & en ouvrir les pores ,
enfuite aider la nature à porter l'humeur
au-dehors , où alors ne trouvant plus tant
68 MERCURE DE FRANCE.
"
de réfiftance elle pourra prendre fa rou
te , mais il faut auffi d'un autre côté travailler
à ménager un peu les parties intérieures
lorfqu'elles font déja atteintes d'inflammation
.
Ainfi auffi -tôt qu'on s'apperçoit qu'une
bête ne mange plus avec tant d'appetit il
faut lui retirer toute nourriture folide , &
ne lui donner que de la farine telle qu'elle
foit , délayée dans de l'eau tiéde , & cela
trois ou quatre fois par jour , ce n'eſt que
pour la rafraichir & humecter un peu , ne
pouvant abfolument lui fervir de nourri
ture , puifque le pfeautier par où il faut
que la nourriture paffe & fe digére avant
que l'animal puiffe en tirer quelque profit
, eft totalement bouché , j'ai toujours
remarqué que toutes les bêtes qui mouroient
après huit jours de maladie & qui
n'avoient point mangé pendant ce tems ,
avoient la panfe remplie de plus de cinquante
livres d'alimens , qui étoient tous
ceux qu'elles avoient pris , tant avant la
maladie , que le peu qu'on leur avoit entonné.
Il faut auffi fur le champ l'étriller , d'abord
legerement , & petit à petit appuyer
l'étrille davantage , & continuer ainfi en
augmentant pendant une bonne demieheure
; à mesure qu'on l'étrille il faut
JUIN. 1747. 67
arrofer ou éponger l'endroit avec de l'eau
bien chaude , enfuite bien effuyer d'abord
avec du foin , enfuite avec une ferpilliere
ou torchon , afin qu'elle foit bien féche ,
l'envelopper enfuite d'une couverture ou
autre chofe , la faire coucher fur de la
paille propre & non mouillée ; fi on n'avoit
rien pour la couvrir il faudroit répandre
fur fon corps de la paille ou du
foin pour
la tenir un peu chaudement , il
faut réiterer le même jour cette cérémonie
une feconde fois au moins , & continuer
ainfi tous les jours jufqu'à ce que la bête
foit bien guérie.
Ce feul reméde méchanique a de trèsgrandes
proprietés , il augmente la fluidité
du fang , dont les vaiſſeaux cutamés
font comme engoüés , il ouvre les pores
de la peau , non-feulement en enlevant
les ordures & la craffe qui les bouchoient,
mais encore en donnant de la molleffe &
foupleffe à la peau , il rend les mailies qui
en compofent le réſeau plus écartées , les
tuyaux cutamés fufceptibles d'un plus
grand diamétre , & livre par tous ces
moyens aux parties malignes & corrompues
un paffage fort libre , ou du moins
beaucoup plus qu'il n'étoit.
Ce feul reméde étant appliqué fur des
bêtes qui n'ont encore donné aucun fymp→
68 MERCURE DE FRANCE.
tôme de maladie , quoiqu'elles en portent
peut-être déja en elles le principe & le
germe , peut fuffire pour les garantir , mais
pour celles qui portent déja dans leurs entrailles
des marques funeftes de la préſence
du mal , il faut encore avoir d'autres confidérations
.
La faignée faite d'abord une ou plufieurs
fois felon les forces de l'animal ne
peut avoir que d'heureufes fuites ; elle cft
non- feulement néceffaire pour détendre
& foulager un peu les parties intérieures ,
qui font peut-être déja enflammées ou du
moins dans une difpofition inflammatoire ,
mais encore elle donnera plus de jeu &
d'aifance à la circulation en défempliffant
les vaiffeaux , au moyen de quoi toutes
les humeurs fe porteront plus aifément
vers leur destination , où la nature fçaura
alors féparer celles qui lui font hétérogenes
& nuifibles ; je dis qu'il faut faigner
tout d'abord , car fi on attend que le mal
ait fait des progrès , non- feulement elle
fera inutile , mais nuifible , de même que
tous les autres remédes , car il faut pour .
que la nature en tire du profit , qu'elle
n'ait pas été auparavant accablée , & pour
ainfi dire anéantie par le mal.
Or comme dès le premier inftant que la
bête paroît malade , la nature a déja perdu
JUI N. 1747. 69
pour
de fes forces , il faut lorfque l'on a préparé
les voies par les moyens indiqués cideffus
, lui fournir quelques fecours
l'aider à porter les parties malignes vers
la peau , c'est à quoi on fatisfera pleinement
par de certains cordiaux qui ne
foient point incendiaires ou trop vio
lens.
Ces remédes étant donnés par la gueule
ne peuvent pas avoir grand effet , 10. parce
qu'en tombant dans la panfe ils la trouvent
remplie d'environ cinquante livres
d'alimens tant liquides que folides , qui
affoibliffent & énervent prodigieufement
I leur proprieté ; 2° . ne pouvant fe diftri
buer à tous les inteftins parce que le pfeautier
eft entierement bouché , ils ne peuvent
avoir d'action que fur les membranest
de la panfe ; donc l'effet fera petit , c'eſt
peut-être là la raison pour laquelle on a fi
peu réuffi jufqu'à préfent.
On ne rifquera donc rien d'en donner
qui foient un peu vifs & en une dofe un
peu forte , mais je penfe qu'en les donnant
en lavement ils feront plus efficaces ,
non - feulement parce qu'ils pourront fe
communiquer à une plus grande étendue ,
puifqu'ils parcourent tous les gros
teftins , mais encore en ce que n'y trou
vant pas une trop grande abondance d'hu
in70
MERCURE DE FRANCE.
meurs qui les affoibliffent , ils pourront
agir avec plus d'énergie & d'efficacité .
La méchanique que ces fortes de remédes
obfervent dans leur opération eft
double , 1 °, ils entretiennent & augmentent
l'élasticité des fibres , leur reffort , &
leurs vibrations fi neceffaires pour accélerer
la circulation dans les endroits où elle
languit , 2° . en agiffant fur les humeurs
même ils leur donnent toute la fluidité
néceſſaire , & les mettent en état d'enfiler
des routes d'une petiteffe inconcevable , &
de pouvoir par -là être portées jufqu'aux
endroits les plus éloignés , même jufques.
vers la peau , qui eft le lieu que la nature
femble avoir choisi par prédilection pour
y dépofer tout ce qui lui eft nuifible ;
mais comme les inteftins font ou peuvent
être dans une eſpèce d'inflammation , il faudra
qu'il y entre quelque chofe de calmant
pour contrebalancer un peu l'activité du
reméde ; il faut cependant fe raffurer un
peufur cette crainte, car l'inflammation ne
réfide guéres que dans les petits inteftins ,
avec lefquels les gros inteftins qui reçoivent
les lavemens n'ont aucune communication
, l'entrée leur en étant fermée par
une valvule prefque invincible & qui fait
l'office de foupape , de façon que ce
qui eft dans les petits peut defcendre dans
JUI N.
1747 .
7t
tes gros , fans que ceux-ci ayent le même
droit.
,
le
. Nous aurons beau chercher dans la matiere
médicale nous n'y trouverons rien
qui rempliffe mieux toutes ces vûës que
bon orvietan , ou encore mieux la thériaque
fine préparés avec foin & fidélité ;
c'eft un compofé ou affemblage des spécifiques
les plus éprouvés , & recomman
dables pour toutes les maladies malignes
& contagieufes ; l'approbation des Auteurs
les plus refpectables , jointe à l'expérience
journaliere que nous en avons , nous en
font de fûrs garans ; il faut toutefois qu'el
le foit adminiftrée par quelqu'un d'éclairé
& qui fçache diftinguer les cas où elle peut
ou ne peut pas convenir , car un reméde
auffi divin devient tous les jours un véritable
poifon entre les mains de ceux qui
en font une felle à tous chevaux : cette
compofition contient un calmant univerfel
qui fatisfera à merveille à l'indication
que préfente l'inflammation.
Il faudroit donc donner tous les jours
à la bête malade une once de thériaque
fine , appellée grande thériaque d'Andromaque
, fçavoir une demie once le matin
à jeun,boüillie un inftant dans une chopine
de vin rouge ou blanc avec une once de
crocus metallorum , & lui faire avaler le
72 MERCURE DE FRANCE.
tout ; l'autre demie once lui donner en
lavement vers les trois ou quatre heures
après midi , boüillie un inftant dans une
pinte d'eau & y délayer une cuillerée de
farine ; enfuite de l'une & de l'autre prife
il faudra tenir la bête chaudement , &
faire enforte qu'elle ne rende pas fitôt fon
lavement de thériaque , plus elle le gar
dera , plus fon effet fera grand ; il faudra
avant que de lui donner la thériaque du matin
, lui donner un lavement avec de l'eau
chaude dans laquelle on délayera une
cuillerée de farine fans thériaque ; il faudra
réitérer ces remédes deux , trois ou
quatre jours de fuite , à commencer le lendemain
de la premiere ou feconde faignée ,
car lorfque les forces de la bête malade le
permettent , il vaudra beaucoup mieux
faire les deux premieres. faignées en un
jour & tirer au moins une pinte de fang
chaque fois.
On peut indépendamment de ces remédes
faire un ou deux fetons à chaque
animal , lardés d'un morceau de racine
d'hellebore noir, même quelques fcarifications
fur le dos , fourtout s'il s'y formoit
des boffes ou tumeurs , je n'en ai cependant
vû à pas une bête , mais quand même
il s'y en trouveroit , il eft certain que cela
feroit toujours la même maladie , quoique
quelques- uns
J ÜI N. 73
1747.
quelques-uns ayent penfé differemment ;
la variété des fymptômes ne conftituera
jamais des maladies differentes , car une
même maladie peut fe manifefter fous dix
ou douze fymptômes differens .
Lorfque les bêtes qui échaperont ſeront
guéries douze ou quinze jours après
& que leur appetit fera en partie revenu ,
il faudra leur donner tous les jours une
once de crocus metellorum en poudre
mêlé avec du fon un peu mouillé , &
ainfi deux , trois ou quatre jours de fuire
cela achevera de pouffer au- dehors des
reftes de miafmes & leur redonnera beaucoup
d'appetit.
Voilà une méthode de traiter cette maladie
contagieufe qui eft fondée fur la
raifon & des principes , fur l'anatomie des
parties de l'animal & l'expérience ; elle
doit donc être traitée & conduite par les
remédes chauds & humectans , mêlés de
quelques rafraichiffans & délayans , chacun
placé dans fon tems felon les indications.
Quant aux précautions qu'il convient
de prendre , il faut auffi- tôt qu'une bête
menace d'être malade , la féparer des autres
, enfumer l'écurie avec de l'eau bouillante
, dans laquelle on jettera un petit
morceau de camphre,ou bien y faire brûler
II. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE,
du geniévre , un peu de vieux cuir , &c.
mais le meilleur préfervatif fera l'étrille ,
ainfi que je l'ai annoncé ci - devant ; de
plus avoir grand foin de bien monder &
tenir l'écurie propre , & lorfqu'on voudra
mettre des bêtes faines dans un endroit
où il y en aura eu de mortes , il faudra
bien échauder la mangeoire & le ratelier
avec de l'eau de chaux , & pour plus grande
fûreté les brûler , blanchir d'une couche
de chaux vive les parois ou en racler la
fuperficie.
ment ,
Pour ce qui nous regarde perfonnelleil
n'eft pas douteux que notre fanté
cut pû être expofée , fans les précautions
que T'on a prifes & que l'on pourra encore
prendre ; on a pourvû fuffifamment à ce
que l'on ne mangeât point de viandes de
bêtes mortes ou malades , à ce que l'air ne
foit point infecté par de mauvaiſes exha
laifons ; il faudroit de plus au printems
faire remplir de terre les endroits où ces
bêtes auroient été enterrées & qui fe feroient
affaiffés , ce qui arrivera fûrement
à mesure qu'elles pourriront , & faire ſemer
fur ces endroits telle forte de graine
que l'on voudra , parce que à mesure que
l'herbe croîtra , les racines en pénétrant
la terre en boucheront les iffuës les plus
petites , & empêcheront par- là les parties
JUI N. 1747. 75
même les plus fubtiles de s'échapér ; l'herbe
qui y viendra pourra fûrement être
regardée comme non fufpecte , quoiqu'elle
croiffe fur un lieu bien infecté.
Ubi enim de morbo contagiofo agitur , nun«
quam fatis cavemus dum cavemus.
Navier. D. M. A. R. S. C.
A Chaalons -fur- Marne le 20 Novembre
$746.
MADRIGAL.
Impromptufait enpréfence de Mad. L. C.de
M***. qui en badinant taxoit
l'Auteur de folie.
N
E vous étonnez pas , Julie ;
Si près de vous l'efprit s'oublie
Tous les écarts font de faifon
Où regnent les jeux & les graces
Trop d'amours volent fur vos traces
Pour y rencontrer la raiſon.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE,
AUTRE.
A Mad. L * F ** qui eft accouchée d'une
fille lorfqu'elle fouhaitoit un garçon,
B Elle L * F ** , d'où vient que de Lucine
Le nouveau préfent vous chagrine ?
Pourquoi vous livrer dans ce jour
A la trifteffe la plus vive ?
Eft-ce un fi grand malheur lorſqu'une Grace arrive
Où l'on attendoit un Amour ?
WACACAVACA❤avavavacavaKA
LA
A plupart des jeunes gens qui come
mencent à s'appliquer à la Géométrie
fe propofent pour premier effai la Quadrature
du cercle , problême auquel ont renoncé
les plus grands Géométres , &
qu'on peut dire réfolu depuis que fon
impoffibilité a été démontrée par M.
Newton. Les limites dans lesquelles eft
renfermée cette démonftration demanderoient
un détail qui m'écarteroit de mon
objet. Quand l'impoffibilité abfoluë n'en
feroit pas démontrée rigoureufement , il
feroit toujours vrai & très-évident qu'il
n'y a pas de plus fûr moyen de perdre fa
peine que d'entreprendre de chercher la
JUI N. 77 1747.
quadrature du cercle . La plupart de ceux
qui font des tentatives à ce fujet ne font
pas même au fait de la queftion , & l'Académie
des Sciences eft continuellement
fatiguée des Mémoires que lui préfentent
ces prétendus démonftrateurs . Ces Mémoires
font ordinairement fi embroüillés
& fi pleins de paralogifmes , que c'eft une
pénible corvée pour les Commiffaires de
les examiner , rien n'étant fi rare que de
pouvoir convaincre , même par des démonſtrations
, un homme prévenu & entêté.
Il paroît depuis quelque tems un
livre imprimé qui porte le titre de Démonftration
de la Quadrature du cercle , & c.
par M. Tondu Notaire Royal , &c. Comme
les Cenfeurs Royaux ne font chargés
de veiller qu'à ce qui peut intéreffer la
Religion , les moeurs & l'Etat , le livre eft
muni d'une Approbation . Ceux qui croiront
y trouver ce qu'annonce le titre ,
c'eft-à- dire la plupart de ceux qui commençent
à étudier la Géométrie , imagineront
qu'on a une grande obligation à M.
Tondu d'avoir réfolu un problême qui a
été l'écueil de tous ceux qui l'ont précédé .
Ce qui peut encore confirmer ce jugement
, c'eft celui que porte
Journal périodique qui eft entre les mains
de tout le monde ( Journ . de Verdun Mars
de ce livre un
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
1747.) Ils y trouveront un magnifique
éloge de la prétendue découverte de M.
Tondu , laquelle , dit- on , fait honneur
à la nation & à notre fiécle.
J'ai crû devoir pour l'interêt de la vérité
donner ici un extrait du certificat qui
a été donné à M. Tondu par l'Académie
des Sciences , lorſqu'il lui fit part de fa
Quadrature plufieurs mois avant l'impreffion
de fon livre. M. Tondu prétend 1º.
que l'aire du cercle n'eft pas égale à beaucoup
près au produit de la circonférence par la
moitié du rayon , ( vérité démontrée & évidente
à tous ceux qui ont les premieres
notions de la Géométrie. ) 2 ° . Que le rapport
du diamètre à la circonférence est précifément
comme 7 à 22 , au lieu que perfonne
n'ignore qu'Archimède a démontré que
ce rapport eft moindre que 7 à 22. C'eſt
Sur ces principes & d'autres auffi faux que
font appuyées les prétendues démonftrations de
Auteur , &c. En voilà affés pour fervir
de correctif aux éloges du Journal déja
cité , & pour prouver que quand il feroit
vrai , comme M. Tondu & quelques gens
mal inftruits fe l'imaginent , qu'il y a une
récompenfe propofée pour la découverte
de la Quadrature du cercle , M. Tondu
n'auroit aucun titre pour y prétendre.
JUIN. 1747. 79
EPITRE
De M. de la Soriniere à Clarice.
Bien le fçavois qu'étiez gentille ,
Amour m'en avoit averti ,
Mais il vous faudroit jeune drille
Pour époux ou pour favori :
• Car cil qui porte barbe grife
Au doux myftére eft peu de mife ,
Et n'y doit être initié :
Il eft fort bon pour l'amitié ;
Mais pour l'amour , c'eft autre chofe.
'Age trop mûr régente & gloſe ,
Il allarme les jeux badins ,
Tandis que folâtres blondins ,
Montés fur tons de bagatelles ,
Les raffemblent près de leurs belles
Et goûtent les plus doux deftins.
Avoir neuf luftres quand Clarice
N'en a que trois , quel déſeſpoir !
Sortez du ténébreux manoir ,
Femme , qui par un art propice
* Médéee
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE
Sur votre pere clopinant
Fires miracle fi charmant ;
Comme Afon qu'on me rajeuniffe .
Mais prévenons un piteux cas ,
Et , s'il vous plaît , point de marmiter
Car je craindrois que ma chair cuite
Comme celle du bon Pélias ,
Par quelqu'avanture maudite ,
Ne reftât au fond du matras ,
Sans que morceau n'en reffufcite ,
Ce qui feroit grand embarras.
Pour tenter donc la réufſite ;
Je crois que trop mieux conviendroit
Sans me mettre en la léchefrite ,
Que l'on me rajeunît à froid.
MADRIGAL.
Par le même , à Mefdemoiſelles de la T**.
J Eunes tendrons , qui fixez votre Cour
Dans ces beaux lieux , où fur vos traces
Les jeux , les ris folâtrent tour à tour ,
Une de plus , vous feriez les trois graces;
Une de moins , on diroit : 'c'eft l'Amour..
JUIN. 8t 1747.
VEKERERERERERERE
J
Lettre de M. Ga. Ap. de Dammartin.
E ne puis trop approuver , Monfieur ;
la retenue avec laquelle l'Auteur de la
lettre fur le mot Fragon parle de la fignication
qu'il peut avoir. Tout autre que
lui auroit peut- être affirmé ce qu'il ne
fait que propofer comme un doute. On
ne fçauroit être plus près qu'il étoit de la
folution de votre problême , mais il ne
touchoit point encore au but : le hazard
m'y a fait arriver , & c'eft ainfi que les
ignorans découvrent fouvent ce que les
fçavans chercheroient envain après bien
des efforts.
Je n'ai aucune connoiffance de nos anciens
Gloffaires ni Latins ni François ,
mais par ma profeffion je me trouve fouvent
engagé à feuilleter le Dictionnaire
de Lemery. En voulant m'inftruire d'un
point de Pharmacie qu'il m'importoit
beaucoup de fçavoir & que je cherchois
avec empreffement , j'ai trouvé ce que je
ne cherchois point & ce qui m'eft fort
inutile : je vous le communique pour en
faire votre profit & celui de vos lecteurs ;
comme je voudrois que tous ceux qui
s'appliquent à differens genres d'étude fe
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
communiquaffent mutuellement tout ce
qu'ils trouvent à l'uſage les uns des autres ;
peut-être qu'un jour quelque Antiquaire
m'apprendroit des chofes que je ne trouverois
pas chés nos Droguiftes . En attendant
je dirai fans interêt à l'Auteur de la lettre
que vous avez rapportée , qu'il auroit
pû trouver l'explication du mot en queſtion
dans le Dictionnaire de Lemery &
dans le Traité des Plantes ufuelles de Chomel.
"
Ce mot ne doit pas être renvoyé au
XI . fiécle , où il étoit en ufage ; il n'a
point ceffé d'être employé depuis. Fragon
eft un arbriffeau appellé en latin Ruſeus ,
on Brufcus , ou Myrtus Silveftris. Les François
le connoiffent fous les noms de Petit-
Houx , Houffon , Fragon , Houx - Frelon
Bouis on Buis piquant . Nos Payfans de Baffe-
Normandie l'appellent Fraijon . Cet arbriffeau
qui croît ordinairement à la hauteur
d'un pied & demi ou deux pieds , a des
rameaux minces , longs & fouples , les
feuilles petites & de la figure de celles du
Myrthe , ou d'un fer de pique , armées de
pointes dures & aigues. Les Chapeliers en
font des balais pour arrofer les laines qu'ils
travaillent. On en met auffi au bout de longues
gaules , pour ôter les toiles d'araignées
dans les Eglifes.
JUIN. 83' $ 747.
La B. Ifabelle qui ne trouvoit pas les
verges ordinaires fuffifantes pour mortifier
fa chair , employoit le Fragon , dont les
coups n'avoient pas befoin d'être beaucoup
multipliés , pour enfanglanter entiérement
fa
peau .
Si les Jéfuites d'Anvers lifent le Mercure
, ils pourront inftruire le P. Stilting ,
qui répand un foupçon d'ignorance fur les
François , dont le moindre Botaniſte auroit
pû l'éclairer.
, de
Me fera- t'il permis , Monfieur
m'écarter de ma profeffion pour
profeffion pour faire une
excurfion legére dans le vafte pays des
étymologies ?
L'étude que j'ai faite de la Botanique
dans le Dauphiné , m'a fait remarquer que
les chemins y font prefque tous bordés
d'arbres differens de ceux que nous avons
ici ce font la plupart des buis & des
houx. Les premiers m'ont donné tout
d'un coup l'étymologie de buiffon , &
delà j'ai conjecturé que le mot haye devoit
s'être formé de la même façon : j'ai donc
penfé que le mot houx , d'où l'on a fans:
doute fait houffine , avoit pû produire le
mot houaye & houffaye , comme chênaye,
aulnaye , cerifaye , & c. & que d'houaye
on aura formé par adouciffement le mot
de haye n'abuferai-je point trop de la
:
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
permiffion que je vous ai demandée , fr
je conjecture que la haire peut auffi avoir
eu une même origine ? Fragon , comme
nous le voyons par les paffages employés
dans la lettre fur ce mot Fragen , fe difoit
d'une chemiſe garnie de feuilles de houx
pour mortifier la chair des perfonnes
pieufes , ainfi le mot de houx fubftitué à
Fragon ne pourroit- il pas avoir produit
celui de haire ? Je laiffe à vos Antiquaires
le foin de vous prouver que le houx & le
buis ont été autrefois communs dans les
parties de la France où s'eft formée notre
Langue. Il feroit encore bien à fouhaiter
que le fçavant Auteur de la lettre qui a
tant vû de nos anciens ouvrages François ,
pût nous montrer quelque Ecrivain qui fe
fut fervi du mot houaye pour haye , je
m'applaudirois d'autant plus du fuccès de
ma conjecture que l'objet en eft plus
étranger à mes études. Rien ne flate davantage
notre vanité que de réuffir dans
les chofes qui ne font point de notre
fphére .
L'élevarion , l'harmonie qui regnent dans
les Odes fuivantes , nous ont fait croire
que le public les liroit avec plaifir. L'Auteur
a parfaitement foûtenu la majefté de
fon fujet.
JUIN 【747
Ó DE S
SUR LA RELIGION
ODE PREMIERE.
La Religion fous la Loi de Nature.
Soleil , fors de la nuit profonde ,
Eclaire , anime l'univers ,
Mer vafte , environne le monde
Terre , produis des fruits divers ;
Fleuves rapides , ou tranquiles ,
Coulez , allez rendre fertiles
Les champs alterés de vos flots
Ainfi la parole éternelle
Ouvre au tems fa route nouvelle ,
Et développe le chaos.
****
Dieu donne un maître à la Nature ;
'Adam , chef- d'oeuvre de fes mains ,
Son image vivante & pure ,
De toi naîtront tous les humains.
Des vertus ton ame eft le temple ;
$6 MERCURE DEFRANCE.
L'univers que ton oeil contemple ,
Eft moins admirable que toi :
Fais à l'auteur de ta naiffance
Un hommage de ta puiſſance ,
Et tout eft foumis à ta loi.
Commence avec l'Etre fuprême
Tes entretiens délicieux ;
Occupé de lui , de toi- même ,
Dans Eden tu trouves les Cieux.
De ton coeur monarque paifible ,
Qu'attends-tu de plus ? Né fenfible;
Un objet manque à ton ardeur :
La main prodigue de merveilles
Fait éclore , quand tu fommeilles ;
La compagne de ton bonheur.
Quel fort eft plus doux que le vôtre ?
Quels vifs & rapides momens !
Vos coeurs s'épanchent l'un dans l'autre
Par de tendres raviffemens .
Vous portez un joug ſalutaire ,
Qui conferve , & jamais n'altere
Les douceurs dont vous jouiffez :
Couple heureux , puiffiez -vous fans ceffe
JUIN. 1747- 87
Suivre cette loi qui vous laiffe
Libres quand vous obéiſſez !
***
Efprit habitant des ténébres
Dù t'a précipité l'erreur ,
Tuvois de tes antres funébres
Le fpectacle de leur bonheur,
De ton origine céleste
Le vain & déplorable refte
Contre eux allume ton courroux :
Moins grands que toi par leur effence ,
Et plus grands par leur innocence ,
Quels objets pour tes yeux jaloux !
Ce n'eft point à la force ouverte
A fapper leur félicité.
Que de reffources pour leur perte
Naiffent de ta dextérité !
Organe d'une haine obfcure ,
Ta bouche éloquente & parjure
Les flate pour les accabler
Le fuccès répond à ta rage ;
De leur défaite affreux préſage
Eve t'écoute fans trembler.
*
$ 8 MERCURE DE FRANCE
Terrible effet du charme même
Dont Adam goûtoit le pouvoir !
Eve parle à l'époux qu'elle aime ,
Et le féduit fans le ſçavoir .
Indignes de l'arbre de vie ,
L'oeil curieux , la main impie ,
Saififfent le fruit de la mort .
Trifte héritiere de leur crime
Toute leur race eft la victime ,
Qu'enveloppe le même fort.
炒菜
Le poifon que la fource enferme
Se déborde par cent canaux ;
De nos jours la mort eft le terme ,
La vie eft un tiffu de maux.
De la lumiere inépuisable
Une étincelle favorable
Nous devoit toujours éclairer
Maintenant une clarté fombre ,
Douteufe entre le jour & l'ombre ,
Ne luit que pour nous égarer.⚫
Crédule auteur de nos miféres
Tu connois trop tard ton erreur,
Où font tes biens imaginaires
JUI N. 1747.
Ta nudité te fait horreur .
Où fuis-tu ? Quel abri te refte ?
Par tout la vengeance céleste
De fes fléaux va te couvrir :
Les élemens s'arment pour elle ;
La terre à tes fueurs rébelle
Refufera de te nourrir,
*XXX
Enfant de la loi naturelle
Gémis d'en être déferteur ;
Ta postérité criminelle
Idolâtre le féducteur.
Le Très-Haut dans les Sacrifices
Voit du fang abject des Géniffes .
Ses Autels à peine fumans ,
Tandis qu'aux Dieux , qu'on lui préfére ,
Sans en frémir , le bras d'un pere
Va facrifier fes enfans.
Dieu dit : J'ai confondu la ligue
D'Anges moins facriléges qu'eux ;
Des abîmes rompons la digue ;
Ouvrons tous les torrens des Cieux ;
Tout ce qui refpire eft immonde ;
Que tout périffe , que le monde
o MERCURE DE FRANCE.
S'anéantifle au fond des mers .
Dieu s'eft vengé ; mais ſa juſtice
Arrache aux flots l'Arche propice
Il en fort un autre univers.
***
Le crime renaît fur la terre
Oppreffeur des fils d'Iſraël ,
Pharaon leur livre la guerre ,
Mais ils ont pour eux l'Eternel.
Ils marchent ; les ondes rapides
S'élevent en deux murs fluides ,
Remparts pour eux feuls affermis
Des eaux la maffe fufpenduë
Retombe , & fubmerge à leur vie
Leurs téméraires ennemis .'
Q
ODE SECONDE.
La Religion fous la Loi écrite,
Uel affreux orage s'apprête !
L'ombre ne céde qu'aux éclairs ;
La terre frémit ; la tempête
Ebranle la voûte des airs :
Ce mont , que la flâme environne
S'allume , étincelle , bouillonne
Le voilà prêt à s'écrouler,
JUIN.
91 1747.
Une inexorable puiffance
Arma les eaux pour fa vengeance ;
Les feux vont-ils la fignaler
Mais une voix fe fait entendre
Du haut de ce terrible lieu :
Que manque- t'il pour vous apprendre
Que je peux tout , que je fuis Dieu ?
Avec amour ſervez vos peres ;
Que de vos moeurs cenfeurs févéres ,
Tous vos defirs foient épurés :
Laiffez aux monftres le carnage ;
Sauvez de tout profane uſage *
Les jours qui me font confacrés ,
***
Toi qu'épargnent ces feux rapides ,
Mortel , dont j'éprouvai la foi ,
Parle à ce peuple que tu guides ;
Defcends , qu'il reçoive ma Loi .
Sur ces Tables je l'ai gravée ,
Je veux qu'elle foit obſervée
Et fans réſerve , & fans détour :
Hébreu , par ton obéiffance
Va juftifier l'alliance
Qu'avec toi je fcelle en ce jour
2 MERCURE DE FRANCE.
Le decret divin s'exécute ;
Idoles qu'enfanta l'erreur ,
Vous tombez, & par votre chute
Ifraël reprend fa fplendeur.
La reconnoiffance & le zéle
Elevent d'une main fidelle
Un Tabernacle à l'Eternel ;
Et fur un Autel légitime
Je vois immoler la victime
Que confume le feu du Ciel,

Une colonne radieuſe
Perce les voiles de la nuit ;
Une clarté mystérieuse
Vole fur l'Arche & la conduit .
Avec ton Dieu , peuple intrépide ,
Dans le défert le plus aride
L'abondance naît à ta voix ;
Les rochers fe fondent en fource ;
Le Soleil arrête fa courſe ,
Soumis au cours de tes exploits.
炒肉
'Au fort d'une éternelle guerre
Tes jours font-ils affujettis ?
Contre toi du fein de la terre
JUIN.
1747 . 93
De nouveaux monftres font fortis.
Leur fouffle impur renverſe , tuë
Regarde ; il s'éleve à ta vûë
Un falutaire monument,
Soudain la mort fuit déſarmée ,
Et la Nation allarmée
Semble renaître en un moment,
Spectateurs de tant de miracles ,
Pour vous feuls ils font opérés ;
Demandez- vous d'autres oracles
Par qui vos coeurs foient éclairés
Rebelles un jour , Dieu vous frappe
A vos mains la victoire échappe ,
Votre foi fait votre deftin :
L'Arche , captive en apparence ,
Demain fçaura de fa puiffance
Epouvanter le Philiſtin .
Dans le camp da Madianite ,
Gédéon , vainqueur fans effort ,
Répand une terreur fubite ,
Miniftre & fignal de la mort.
Mais à ceux que Sion fidelle
Plongeoit dans la nuit éternelle ;
94 MERCURE DE FRANCE.
Sion coupable offre un tribut ,
Et l'infidelle Samarie ,
Traînant fes fers dans l'Affyrie ,
Des efclaves eft le rebut.
Un feul Jufte au vengeur fuprême
Peut ravir des peuples pervers .
Grand Dieu , tu l'as juré toi-même ;
Où le trouver dans l'Univers
Non c'eft du Ciel qu'il faut l'attendre. :
Eh ! n'as-tu pas daigné l'apprendre
Au premier pere des humains ?
Il paroîtra , mais dans quel âge ?
Nous l'ignorons ; notre esclavage
Ne le rompra que par les mains.
ODE TROISIEME.
La Religion fous la Loi de Grace.
NE coulez plus , fang des victimes ;
Dieux , dans vos temples taiſez -vous :
Fermez-vous , éternels abîmes ;
Les enfans d'Adam font abfous.
Un monde naiffant fe déploye ;
La terre treffaille de joye ;
Elle enfante fon Créateur :
JUI N.
95
1747.
L'Enfer blafphême , mais il tremble ;
Les Bergers & les Rois enſemble
Adorent le Libérateur,
***
Le menfonge par fes prestiges
Ne féduira plus les mortels ;
. La vérité fur des prodiges
Fonde d'immuables autels,
Au fourd étonné de l'entendre
Le muet fe hâte d'apprendre
Qu'un paralitique les fuit ,
Et l'aveugle , ouvrant la paupiere ,
Voit fe ranimer la pouffiere
D'un mort que les vers ont détruit,
Ces preuves font- elles muettes ?
Les doutes font- ils éclaircis ?
Ecoutez la voix des Prophétes ,
Hébreux , vos ceurs font endurcis.
La fureur vous prête fes armes,
Sion qui tarira tes larmes à
Le Soleil refufe le jour.
Sous le poids du crime accablée
La Nature entiere eft troublée ;
Les morts repeuplent ce fejour.
3 .
5 MERCURE DE FRANCE,
Que n'allume-t'il le tonnerre
Le Jufte defcendu des Cieux ?
Son fang fertilife la terre ,
Il porte un germe précieux.
Une lumiere éblouiffante
Frappe le foldat , l'épouvante :
Le CHRIST eft donc reffufcité.
Qui , cette pierre qui le couvre
Se fouleve , le tombeau s'ouvre
Aux yeux de l'incrédulité .
Toi qui doutois de fa victoire .
Foible témoin , leve les yeux ,
Wois le CHRIST réparant fa gloire ,
Monter jufqu'au plus haut des Cieux.
Quels tranfports faififfent vos ames !
Sur vos têtes des traits de fâmes ,
Apôtres , viennent s'attacher ,
Et vous foutiennent dans l'attente
De la route dure & fanglante ,
Ou la Foi vous fera marcher.
***
Les Héros Chrétiens , fans murmure ,
Des maux fupportent la rigueur ;
Ils ont fubjugué la nature
Dans le plus fort de la douleur ;
ILS
JUI N.
97.
1747.
Ils ne vont pas pour leur défenfe
Soufler les feux de la vengeance
Dans les palais de leurs tyrans :
Plus fatisfaits dans leurs fupplices ,
Que ne le font dans les délices
Ces voluptueux conquérans.
***
L'intérêt à l'erreur s'allie ;
Par tout leur fang eft répandu ;
Mais le glaive les multiplie ;
L'efprit de vie eſt deſcendu,
Le CHRIST la prédit ; les obftacles
Cédent à l'effort des miracles ;
L'Univers écoute leur voix .
O promeffes , dont l'affûrance
Remplit de force & d'espérance
Ceux qui triomphent par la Croix [
Quoi ! Marc-Aurele , fans combattre ,
Les Sarmates font renverfés !
De tous côtés prêts à t'abattre ,
Quelle main les a terraffés ?
D'où vient que ce double nuage
Par de fécondes eaux foulage.
La foif de tes foldats mourans
11. Vol.
2
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Et fur l'ennemi , qu'il confume ,
Et de falpêtre & de bitume
Verfe d'impétueux torrens
*****
Eft-ce ton Jupiter qui tonne
Sur ces barbares nations ?
Eft-ce Vulcain , Mars ou Bellone ,
Qui font vaincre tes légions ?
Ces Dieux de métal & de plâtre ,
Que forma ta main idolâtre ,
Peuvent-ils être ton foutien ?
Non c'est le Dieu dont la puiſſance :
Péle les Rois dans fa balance ;
C'est le Dieu de l'humble Chrétien,
Rome , tes enfans intrépides
Ont dompté la terre & les mers ,
Ils ont à tes Aigles rapides
Fait mefurer tout l'Univers,
C'est un torrent que rien n'arrête j
Le monde entier eft ta conquête,
!
Quelle pompe quel appareil !
Ce vafte pouvoir qu'on admire
Prépare à l'Eglife un Empire
Par tout où brille le Soleil.
JUIN.
99 1747.
En vain on prétendra détruire
Ce que le Seigneur a produit ,
En vain on voudra reproduire
Ce que fa vengeance a détruit;
Sur une pierre inébranlable
De fon Eglife invariable
Il a pofé les fondemens :
De la Jérufalem fuperbe
Le Temple reftera fous l'herbe
Jufqu'à la fin des Elémens.
Mortels , du Dieu qui me pénetre
Je feus l'effort impérieux ;
Je me hâte de vous tranſmettre
Tout ce qu'il dévoile à mes yeux.
Du haut des airs je vois defcendre
L'Ange qui réveille la cendre
Du vil efclave & du Héros :
Plus puiffante que le tonnerre ,
Sa voix précipite la terre
Dans les abîmes du cahos .
***
Sous la puiffance qui l'accable
Le monde entier fuit devant inoi ;
Dans ce défordre épouvantable
Tu rekes feule fans effroi ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE,
RELIGION , & fur tes aîles
Enlevant tes enfans fidéles
Des Volcans fous eux entr'ouverts
Dans les bras du Pere célefte
Tu portes ce précieux refte
Du naufrage de l'Univers ,
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , &c.
SSA1 fur les Principes de la Phys
E
sique.
Nous avons annoncé ce Livre dès l'année
paffée , & nous nous étions promis
d'en rendre compte à nos lecteurs ; differentes
circonftances nous ont empêché
jufqu'à ce jour de remplir cet engagement .
La Nature offre aux travaux des Phyſiciens
un champ auffi vafte que l'Univers ;
campagne immenſe , mais hériffée d'épines
& que n'ont pu encore défricher tant d'ouvriers
infatigables qui depuis 3000 ans y
travaillent dans de profondes ténebres.
Combien de fyftêmes ont été enfantés &
auffi-tôt renversés par d'autres , qui n'ont
eu à leur tour qu'un moment pour s'applaudir
de leur triomphe ! Ces fréquens
JUIN. 1747. 101
revers devroient au moins apprendre à nos
Phyficiens modernes à ne pas tant compter
fur les fuccès préfens , & à ne pas infulter
avec orgueil aux Philofophes dont le regne
eft paffe. Depuis quelques années que la
Philofophie de Newton a fait fortume parmi
nous , fes modernes difciples fe font
fait un point d'honneur de rabaiffer Defcartes
, tous en ont parlé avec mépris , &
plufieurs d'une façon indécente , ce qui eft
fort mal. Que Defcartes fe foit trompé ,
c'eft le fort de la foibleffe humaine; en eft- il
moins vrai qu'il a apporté le flambeau de la
raifon dont les hommes s'efforçoient d'i-.
gnorer l'ufage ? Doit- on conclure que celui
qui a découvert qu'il s'eft trompé , & qui
pour le découvrir s'eft fervi des lumieres
qu'il avoit fournies lui -même , doit - on
conclure que cet homme foit plus grand
que lui ? Après cette petite digreffion revenons
au livre annoncé ; fans nous engager
à entrer dans le détail de toutes les opinions
de l'Auteur , nous allons tâcher de
donner une legere idée de fon ouvrage ,
en expofant fes fentimens fur le mouvement
actuel de la matiere & fur la force
centrifuge ,fentimens dont au refte nous ne
fommes nullement garants. Trop peu inf
truits pour être tentés de prendre un parti.
dans ces difputes , nous fçavons feulement
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
que malgré tous les fecours que peuvent
fournir l'expérience & les calculs , un bon
efprit ne peut jamais former que des doutes
& des conjectures fur ces matieres , qu'environne
une impenetrable obfcurité .
L'Auteur examine le mouvement actuel
de la matiere, compofé de deux mouvemens
oppofés , d'action & de réaction , dont l'un
femble l'effet de l'autre , & dont la force
centrifuge pourroit , dit-il , bien être la
caufe , parce que le principe de ces deux
mouvemens eft au centre & qu'ils fuivent
la loi des quarrés des diftances. Les forces
centrales naturelles pouffent les corps vers
le centre en raifon directe de leur maffe , &
les éloignent du centre en raifon renverfée
de leur maffe ; les forces centrales arti
ficielles font le contraire. Il réfulte , fuivant
notre Auteur , de l'existence des forces
centrales , qu'il eft impoffible que le
mouvement des Aftres ait la rapidité que
leur donne le calcul des derniers Aftronômes
, & qu'il faut néceffairement que le
mouvement de la Terre , tant fur fon axe
qu'autour du Soleil , foit extrêmement
lent .
Pour faire comprendre la lenteur du mouvement
des Aftres à ceux qui pourroient
en être embarraffés , l'Auteur ajoûte qu'on
n'a qu'à fe figurer deux aiguilles de mon
JUIN. 1747. 103
tre , dont l'une eft plus longue que l'autre.
La plus longue décrira une plus grande circonférence
dans tel rapport donné qu'on
voudra , double , triple , &c. cependant
toutes les deux acheveront leur tour dans
12 heures , de forte que fi l'on mettoit la
plus petite fur la grande , on verroit qu'el
les ne vont pas plus vîte l'une
que l'autre.
Si l'on prolongeoit en idée l'aiguille des
minutes , de façon qu'elle fût auffi longue
qu'un diamètre de l'orbe terreftre , il ſe
trouveroit que cette aiguille décriroit dans
une heure une circonférence de 200 millions
de lieües , cependant elle n'iroit pas
plus vite que l'aiguille des minutes d'une
montre ordinaire. L'aiguille des fecondes
ainfi prolongée décriroit la même circonférence
en une minute , &c. En un mot dans
la plus petite partie de tems une aiguille
peut décrire la plus grande circonférence
poffible. Pour appliquer ceci au mouvement
annuel de la Terre, il faut confidérer
que fi l'orbe qu'elle parcourt en un an a
200 millions de lieuës , le diamètre de la
Terre qui eft de 3000 lieües , eft une partie
confidérable de l'efpace parcouru Donc
divifant l'orbe par le diamétre, la Terre ne
doit parcourir toutes les 24 heures qu'un
peu plus de 182 de fes diamétres ; fon
mouvement eft donc très-lent & ne déran
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE .
ge en rien l'ordre des forces centrales confidérées
en général dans cette premiere
Section.
L'Auteur examine enfuite la force centrifuge
en particulier . Il particulier. prouve par les expériences
des Académiciens de Paris , de
Londres , de Florence , & par celles de
Boerhaave que plus les particules de matiere
font petites , plus elles ont de force centrifuge
& d'élafticité . La lumiere du So
leil fuit auffi les loix de la force centrifuge.
Elle s'élance du centre àla circonférence ;fes
rayons font divergens & fa force diminue
à raifon exacte des quarrés de la diftance
au centre , comme Mrs Celfius & Bouguer
l'ont démontré . Son élafticité fe prouve
l'admirable facilité de la reflexion. Il
en eft de- même des odeurs , dont les par
ties font d'une incroyable petiteffe , trèsélaftiques
& très- divergentes. Les fons
pareillement fe diffipent dans un air rare ,
le refléchiffent avec une jufteffe quelquefois
égale à celle de la lumiere , acquierent
par la compreffion & par la réunion dans
certains foyers , une force terrible ; de - là
vient le bruit du tonnerre & tous les bruits
qui épouvantent. C'eft encore par la compreffion
que tous les corps tranfpirent ,
jufques aux corps les plus durs , comme
le fer & l'aiman , la glace & la neige
par
JUIN. 1747.
IOS
même dans les tems les plus froids.
L'Auteur eftime encore que c'eft àla force
centrifuge qu'il faut rapporter tant les
mouvemens quafi fpontanés des corps inanimés
, c'est-à- dire ceux qui femblent s'exciter
d'eux - mêmes , que les mouvemens
fpontanés des animaux . Il y réduit méthodi
quement tous les mouvemens quafi fpontanés
des corps inanimés à fix claffes ou efpeces
principales 1. la fermentation , 2º . la
putréfaction , 3 ° . la diffolution proprement
dite ; 4°. les exploſions , efferveffences , &
conflagrations de tout genre. 5 ° . les phofphores
brulans ou lumineux ; 6° . les attractions
& répulfions , telles qu'on les voit
dans l'électricité , le magnétifme , & c.
Il regne dans cet Ouvrage * beaucoup
de travail , d'agrément & de choix , une
grande connoiffance de la Phyfique expérimentale
, une théorie ingénieufe , en
particulier nouvelle fur la lenteur du mouvement
de la Terre & fur quelques autres
points qu'on peut néanmoins combattre
par de fortes difficultés .
RECUEIL de piéces en profe & en
vers lûës dans les affemblées publiques de
l'Académie Royale des Belles - Lettres de
* Dont on n'a imprimé qu'un très petit nombre
d'exemplaires.
1
E v
106 MERCURE DEFRANCE
la Rochelle. Paris , 1747 , chés Thibouft.
Ce Recueil contient les prémices des
travaux de l'Académie de la Rochelle ,,
dont M. le Prince de Conti eft Protecteur.
Plufieurs noms célebres ornent fa lifte , qui
eft imprimée à la tête de ce volume .
On y voit une relation abregée du Siége
de la Rochelle en 1573 , dont la narration
eft écrite avec clarté . M M. Jaillot & Arcere
, de l'Oratoire , qui en font les Auteurs
, ont entrepris l'hiftoire de la Ville
de la Rochelle . La relation de ce fiége n'en
eft qu'un effai . Le fecond fiége que cette
Ville foutint fous le Regne de Louis XIII ,
offrira un tableau encore plus intéreffant.
Celui dont il s'agit ici dura fix mois & finit
par une capitulation . Cette entrepriſe
coûta au Roi des fommes confidérables &
vingt-deux mille hommes y périrent . Les
Rochelois , animés par leurs Miniftres , y
firent paroître à quel point un fanatifme
opiniâtre & aveugle peut porter le courage
des hommes. Les femmes même combatroient
fur la breche . La Nouë qui commandoit
cette multitude effrenée,& qui voyant
la difficulté de réfifter long- tems aux forces
du Roi , défiroit fincérement la paix ; la
Nouë n'avoit pas peu d'embarras , expolé
au zéle infolent des Miniftres , aux caprices
d'une populace furieufe qui ne fentoit
JUIN. 1747.
107
pas fa foibleffe , & qui croyoit que fonger
à la paix c'étoit la trahir.
Un jour entr'autres que la Noue avoit
opiné dans le Confeil de la Ville , & que
fuivant les paroles même du Miniftre , il
avoit raisonné en très- expérimenté Capitaine
en grand homme d'Etat fur la néceffité
de recourir à la paix , le Miniftre la
Place fe répandit en invectives contre ce
Capitaine , il le pourſuivit juſques dans ſa
maiſon , lui donnant les noms de traître ,
de perfide , de lâche déferteur de fon parti ,
& fe livrant à toute fa pétulence brutale
il ofa lui donner un foufflet ; la Noue trop
au-deffus d'un pareil adverfaire , pour pouvoir
en recevoir une infulte , ne daigna
pas l'honorer d'un mouvement de colere
il arrêta les Gentilshommes de fa fuite, qui
moins tranquilles que leur Chef, vouloient
le tuer fur la Place , & il ordonna qu'on le
menât à ſa femme & qu'on lui recommandât
de faire garder à vûë fon mari qui étoit
devenu fou .
On voit dans ce Recueil plufieurs Odes
de M. Arcere & de M.de Boulogne. Comme
nous avons déja rendu compte il y a
quelque tems d'un volume de poëfies de M.
de Boulogne , nous ne parlerons ici que de
celles de M.Arcere, qui a eu l'honneur d'ètre
couronné par plufieurs Académies de
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
Province , telles que celles de Toulouſe , de
Marſeille & de Pau ; pour donner une idée
de fon talent , nous allons rapporter l'Ode
fur la Providence , qui a été couronnée en
1741 par l'Académie de Marſeille.
Q
Uel fpectacle étonnant ! de ta bonté féconde,
Grand Dieu , les trésors font ouverts ;
De la nuit du cahos tu fais ſortir le Monde ;
Ta voix enfante l'Univers.
La Terre offre à mes yeux fes richeffles naiffantes,
Et l'empire des eaux , les vagues écumantes.
Des Cieux j'admire la ſplendeur ;
Les feux étincelans de la célefte voûte
Me retracent déja dans leur immenſe route
Une image de ta grandeur.
Cette fcéne à mes yeux va bientôt diſparoître ;
L'abîme s'ouvre devant moi ;
L'Univers fe diffout : ô toi qui l'as fait naître ,
Il ne durer
peut que par
toi !
Je le vois chancelant par fa propre foibleſſe ;
Si ton bras tout-puiffant ne le foûtient fans ceffe
Il périt à chaque moment :
Viens ; oppoſe à fa perte un falutaire obſtacle ,
Et pour le conferver , prolonge le miracle
Que ta main fit en le formant.
JUIN. 1747. 109
Un ordre merveilleux regne dans la Nature :
Non , d'infenfibles élémens
N'entretiendront jamais ce bel ordre qui dure
Depuis la naiffance des tems.
La matiere fe meut , & je vois ce Prothée
Prendre, quitter , reprendre une forme empruntée,
Qui produit tant d'effets divers ;
De ces combinaifons je recherche les cauſes ,
Et mon efprit retrouve en ces métamorphofes
Le Dieu qui forma l'Univers.
L'ombre fuit , & déja la rive Orientale
De l'Aurore a reçû les pleurs.
La lumiere naiffante à mes regards étale
L'éclat des plus vives couleurs ;
J'adore , en la voyant , la fageffe immortelle
Qui par ce don brillant rend la terre fi belle ;
A fa fuite marche le bruit ;
Elle vient du fommeil bannir la douce yvreffe ;
Tout s'anime : bientôt de leur active adreffe
Les Mortels goûteront le fruit.
୧୦
'Ah ! c'eft toi que j'admire en ta marche rapide ,
Globe ardent , Globe lumineux ;
Tu fends les airs ; dis moi quelle eft la main qui
guide
110 MERCURE DE FRANCE:
Le cours de tes utiles feux
Quel compas a tracé ta conftante carriere ?
Tu voles , tu répands une vive lumiere ,
Gage des céleftes faveurs.
D'un verd , aini des yeux , la Terre fe couronne
Les trésors de l'Eté , les préfens de l'Automne ,
Du Printems remplacent les fleurs.
&
Mais quelle affreufe nuit partout répand ſes om
bres !
Les vents frémiffent dans les airs ;
Le tonnerre fe forme , & des nuages fombres
Sortent les foudres , les éclairs .
Tout va périr , grand Dieu ! Qu'ai-je dit , téme⇒
raire ?
Tu vas faire couler une onde falutaire ;
Du fein de ces noirs tourbillons
Mille & mille ruiffeaux s'épanchent à ma vûë ,
Et fortant avec bruit des prifons de la nuë ,
Ils enrichiffent nos fillons.
RA
Drguilleux Océan , toi dont l'onde fi fiere
Frappe la rive en frémiffant ,
'Arrête , un peu de fable eft l'unique barriere
Que t'oppofe le Tout- Puiffant.
Déja loin de nos bords une mobile maffe,
JUIN 1747.
Jouer des Aquilons , fend l'humide furface ,
Et parcourt cent divers climats ;
Vafte mer , vents fougueux, fervez la Providence g
Par vous aux Nations fa fageffe diſpenſe
Les richeffes qu'elles n'ont pas
Tout change autour de moi ; le Théatre du Mondə
Offre des plaifirs , des douleurs.
J'apperçois chaque jour une fcéne féconde
En brillans fuccès , en malheurs .
Eft-ce un Deftin aveugle, au le pouvoir des Aftres
Qui regle le bonheur , qui regle les déſaſtres ,
Et fait naître ces changemens ?
De ces effets divers la caufe m'eft connuë ;
Un Dieu préfide à tout ; c'eft fon doigt qui remu
Les refforts des évenemens.
I tire l'indigent du fein de la pouffiere ,
De l'innocent il rompt les fers ;
Sa fageffe humilie une ame trop altiere ,
Et la livre à d'affreux revers :
Arbitre des Etats , qu'il enleve ou qu'il donne ,
A tous les Souverains , quand il renverfe un trônej
Il fait des leçons de terreur ,
Et quand il veut punir des Nations perfides ,
12 MERCURE DE FRANCE:
Il arme les humains : leurs glaives homicides
Sont l'inftrument de fa fureur .
#3
Du bien de tes enfans , aimable & tendre Pere ,
Tu fais le plus doux de tes foins ;
Tu confultes , Seigneur , touché de leur mifere,
Et ton amour & leurs befoins .
Un ennemi cruel contre moi fe déchaîne ;
Que peuvent les tranfports d'une impuiffante
haîne ?
Contre lui tu combats pour moi ;
"Accablé de mes maux , ta bonté me délivre ;
'Auteur de l'Univers , c'eft toi qui me fais vivre
Je ne dois vivre quepour toi.
LES VIES des Hommes illuftres de la
France depuis le commencement de la
Monarchie jufqu'à préfent. Tomes XIV.
& XV. Paris 1747 , chés le Gras.
Nous rendrons compte inceffamment
de ces deux volumes qui contiennent la
vie de l'Amiral de Coligny. Nous pouvons
dire d'avance qu'ils répondent fort
bien à la réputation des premiers volumes
de cet ouvrage dont ils font la continuation.
PANEGYRIQUES des Saints par
JUIN. 1747. 113
M. Ballet Curé de Gif. Paris 1747 , chés
vol. in - 12 .
Prault pere , 3
LES TOMES . fecond & troifiéme de
l'Hiftoire générale des voyages in- 4° , &
les cinquième , fixiéme , feptiéme & huitiéme
de l'édition in- 12. font en vente
chés Didot. Le public continue à faire le
même accueil à cet ouvrage. Nous en par◄
lerons inceffamment.
DISSERTATION fur l'éducation par
M. B. D. M. brochure qui fe vend chés
la veuve David. Nous en rendrons compte
dans le prochain Mercure.
LA NOTICE des Manufcrits de la
Bibliothéque de l'Eglife Metropolitaine
de Rouen , par M. l'Abbé Saas , revûë &
corrigée par un Benedictin , fe vend à
Rouen chés J. N. Befogne Libraire .
Il paroît une Hiftoire du Stathouderat
depuis fon origine jufqu'à préfent , la
quelle eft écrite avec élegance , avec feu
& avec précifion. Il eft à fouhaiter que
l'Auteur confacre fes talens au genre hiſtorique
dans lequel il paroît fort propre '
réuffir. Comme ce livre n'eft qu'un abre
gé très-fommaire d'un grand nombre de
# 14 MERCURE DE FRANCE.
faits , il eft peu ſuſceptible d'un extraiť.
Nous allons en citer un morceau pour
donner une idée du ftyle de l'Auteur ;
voici le portrait qu'il fait de Frederic
Henri , troifiéme Stadhouder. Il avoit l'ef
prit plus droit que vif , le fentiment plus
tendre que baut , l'humeur plus tranquille que
remuante , le coeur plus moderé qu'ambitieux.
Maurice avoit fait l'inimaginable pour donner
L'effor à cette ame , il n'y avoit réuſſi qu'im◄
parfaitement. Les vices & les vertus ne font
que peu de progrès où il est néceſſaire qu'on
Les infpire. Ce n'est pas que Frederic- Henri
n'eût adopté les idées de fon frere , mais relativement
àfon naturel. Il n'avoit qu'unepaſ
fion, peut-être qquu''uunn ttaalleenntt , c'étoit celui
de la guerre. Les exemples de valeur qu'il
avoit reçus de fes ancêtres , il les tranfmit
à fes defcendans . Rival affes long- tems de
Maurice il fut enfin fon fucceffeur , & fit
douter aux ennemis de la République s'ils
n'avoient pas perdu à la mort de ce grand
Capitaine.
Il paroît depuis peu un ouvrage qui a
pour titre Traité de la fabrique des
Manoeuvres pour les vaiffeaux , ou l' Art de la
Corderie perfectionné par M. du Hamel du
Monceau de l'Académie Royale des Sciences,
de la Societé Royale de Londres , Infpecteur
JUIN.
11 1747.
de la Marine dans tous les Ports & Havres
de France. Paris , Imprimerie Royale ; &ſe
vend chés Durand Libraire , au Griphon rue
S. Jacques , vis-à - vis les Mathurins , in-4°.
avec desfigures.
La Corderie eft un art fi néceffaire à
la navigation , qu'on ne fçauroit fçavoir
trop de gré à un Auteur qui employe fes
talens à le perfectionner ; c'est ce que fait
M. du Hamel dans cet ouvrage. La dif
pofition fimple & judicieufe de la matiere,
la façon claire & préciſe avec laquelle elle
eft traitée , la folidité des raiſonnemens
l'exactitude des expériences , font des
chofes que l'on verra beaucoup mieux
dans le livre même que dans un fimple
extrait. Les découvertes curieufes & inté
reffantes dont l'Auteur a déja enrichi les
Recueils de l'Académie des Sciences doivent
faire rechercher avec empreffement
celles que nous annonçons aujourd'hui
fur un fujet auffi intéreffant que l'eft celui
de la Corderie. Cet ouvrage eft accompagné
d'un grand nombre de vignettes
& de figures faites avec beaucoup de délicateffe
& de goût , mais fur tout avec une
exactitude infinie ; elles font abſolument
néceffaires pour faciliter l'intelligence de
beaucoup de chofes qu'on auroit peine à fe
repréfenter exactement fans leur fecours :
176 MERCURE DE FRANCE .
un Auteur qui n'a en vûe que l'utilité
publique , ne recherche point tous ces
vains ornemens qui ne font qu'augmenter
le prix d'un livre fans le rendre plus inf
tructif.
On a dû expliquer les Enigmes du Mercure
de Juin premier volume , la premiere
par l'efprit , la feconde par le Mercure de
France , la troifiéme Enigme Logogryphique
par Mercure ( S. ) le Dieu Mercure
& la Planette de Mercure , & la
triéme par le Lazare.
qua-
J
ENIGM E.
E fuis de l'Éternel la figure & l'emblême ;
Mortel , que ferois-tu fans mon pouvoir ſuprême
Rien. Le monde fans moi n'auroit plus de foutien ;
Je fuis utile à tout & ne fuis propre à rien .
1. B. F. B. H. D. V.
AUTRE.
Toi , qui portes fi haut Barème «
Je veux te montrer aujourd'hui
B
JUIN. II*
1747.
Qu'il ne fçait pas faire fon thême ,
Et que je compte mieux que lui.
Deux fois trois , d'un feul point , je vais t'en faire
douze :
Ami , me dis-tu ? tu te blouze ,
Et tu te blouzes de beaucoup.
ch ! bien mettons- en fix , dans la même hypo
thèſe ,
Je te dis que cela fait feize ,
Mais je me trompe pour le coup ,
Bar fi je compte bien , j'en fais 22 à l'aile
Il s'agit de trouver le noeud :
La chofe n'eft pas difficile ,
Et j'en trouverois plus de mille ;
Car par ma foi ce n'eft qu'un jeu,
Par Mile, D, G. à Châlons-fur- Marne,
AUTRE,
Toute petite qu'eft ma graine ;
Combien n'ai-je pas d'ennemis ?
L'un fans nulle pitié m'entraîne ,
L'autre contre moi ſe déchaîne ,
Et contr'eux je n'ai rien commis.
Si par hazard je me roidis ,
Hélas ! ma réſiſtance eft vaine ;
Ils me font courir le pays ,
Et malgré moi je me promene.
18 MERCURE DE FRANCE
M
Toi , qui que tu fois , qui me lis ,
Si jamais tu vois la fontaine ,
Tu dois connoître qui je fuis.
Par la même,
LOGOGRYP HE,
On tout peut rafraîchir dans la chaude
failon .
Mon bufte , comme il eft , mes pieds , par anas
gramme ,
Donneront au lecteur , tous les deux , une femme
Mon chef eft une ville , & ma queue un oignon.
Par la même,
張洗洗洗洗洗洗洗洗求求求求求求求光
L
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique continue
avec un fuccès égal quoiqu'avec
differens Acteurs , les amufantes repréfentations
du Ballet de l'Europe galante.
Elle a produit des Acteurs nouveaux
qui ont obtenu avec juftice les fuffrages
conftans & redoublés des fpectateurs équitables
& connoiffeurs .
M. Chetteville a débuté par Regnez ,
belle Thetis , Cantarille de la compofition
du célébre Campra. Nous ne pouvons
JUIN. 1747 .
Ig
jamais louer cette Actrice autant qu'elle
l'eft par le public, qui court l'entendre tous
les jours avec un empreffement & des. ap
plaudiffemens foûtenus,
M. Favier ,Haute- contre brillante , a pare
tagé avec M. Chetteville les attentions &
les louanges des fpectateurs. Il a joué un
rôle dans l'acte Eſpagnol & a mérité une
approbation univerfelle .
Nous ferions obligés de répéter les mêmes
phraſes en faifant mention de M. Armand
, Baffe-taille pleine & fonore , qui a
auffi chanté dans l'acte Efpagnol La nuit
ramine en vain , &c. On l'avoit entendu
& applaudi dans la Tragédie de Perfee,
lorfqu'il y chantoit dans le fecond acte
Ce cafque vous est préfenté , &c .
?
La Comédie Italienne a auffi occupé fort
agréablement fes fectateurs dans Les amans
ignorans, jolie piéce d'Autreau , tirée du Roman
de Daphnis & Chloé, la foeur cadette de
Mlle Aftrodi a joué parfaitement bien un
rôle de petite fille , & ce n'eft pas la feule
cadette qui ait brillé fur ce Théâtre-là,
Celle de l'aimable Coraliné , la gentille
Camille ,a été extrêmement applaudie dans
Le mauvais mari & dans Les deux foeurs
rivales dont nous parlerons dans le Mercure
fuivant.
On a remis Samfon qui a foûtenu fon
120 MERCURE DE FRANCE.
ancienne réputation . M. Ricoboni a rem
pli ce rôle-là avec une force & une vivacité
inimitables.
Les divertiffemens de toutes ces Comé
dies ont été femés de Ballets , où le genie
pittorefque de M. Deshaye s'eft diftingué
& de chanfons où le goût délicat de M,
Rochard s'eft fignalé à l'ordinaire.
Les Comédiens François ont remis au
Théâtre la Tragédie de Scevole de Duryer.
Il y a dans cette piéce plufieurs belles
chofes , des vers forts , mais quelquefois
l'Auteur paffe le but. Ce vers par exemple ,
Nous combattrons d'un bras , & nous vivrons de
l'autre,
A une enflure defordonnée & non une
vraie grandeur.
La Comédie Françoiſe a donné le
Lundi 3 Juillet la premiere repréſentation
d'Ameftris Tragédie qui a réuſſi. Nous en
parlerons.
L'Opera comique Pantomine refferré
dans des bornes très-étroites a donné à la
Foire Saint Laurent Ninna. La Mufique
de M. Corrette eft fort gracieuſe , & les
danfes compofées par M. le voir , fi connu
par la fineffe & la legerité de fes pas ,
ont été approuvées,
L'affiche du Spectacle n'annonce pas
fans
JUIN. 1747. 121
fans fondement la mignone Mlle Chevrier,
M. Malterre & M. Augustin.
-Nous avons promis de rendre un compte
plus détaillé de la Tragédie de Vanda , que
M. Linant a retirée après cinq repréfentations
pour la redonner cet hyver . Nous
allons remplir nos engagemens.
Premiflas Palatin de Sandomir prétendit
à la Couronne de Pologne qu'obtint
le pere de Vanda , fon compétiteur. Dans
le tems qu'il briguoit la Couronne , le
Roi de Dannemarck dont il aimoit la fille
la lui avoit promife , mais à condition
qu'il feroit Roi , & Premiflas ayant
échoué , le Roi retira fa parole , mais ce
Palatin s'étant fait aimer d'Ulrie , & s'étant
déja uni avec elle par un hymen fecret
, il l'enleve , & la conduit en Hongrie
où il va offrir fes fervices à Tabor ,
lequel faifoit la guerre contre la Pologne
alors gouvernée par Vanda fille du Roi ,
compétiteur de Premiflas . Cependant lorfque
Tabor s'apprêtoit à combattre les Pofonois
, la beauté de la Reine féduit tous
les coeurs , les Hongrois tombent à fes
genoux , & Tabor méprifé par Vanda dont
il étoit amoureux , fe frappe & expire à ſes
pieds ; Vanda triomphe , les Chefs des
Hongrois font les ôtages de la paix , &
Premiflas eft du nombre. Cet effet de la
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
beauté de Vanda eft célébre dans l'Hif
toire .
C'est ici que commence l'action théa
trale qui a encore été précédée par d'autres
évenemens. Frederic Roi de Dannemarck
, frere d'Ulrie , époufe de Premiflas ,
a été détrôné par Fuld , il a fauvé fes jours
en fuyant , & en déguifant fon nom & fa
naiffance fous le nom de Volomir , qui ſe,
donne pour un guerrier né à Prague , il
a trouvé moyen par les tréfors & par fes
fervices de fe faire en Pologne un établiffement
affés brillant pour être en état
de prétendre à la Couronne , ainfi qu'on- le
verra bientôt, Il étoit dans le camp de
Vanda , & lorfque les deux armées fe font
réunies , Volomir rencontrant Ulrie , la
foeur , l'époufe de Premiflas vole dans les
bras de fon frere , ce dernier qui furvient
croit que fa femme le trahit en faveur
d'un amant , il veut les immoler , mais la
fuite les dérobe tous deux à fa fureur ;
on apprend ces évenemens par une fcéne
entre Ulric & Volomir, lefquels commencent
la Tragédie. Ce dernier demande à
Vanda un azile pour Ulrie & l'obtient ,
mais ne voulant pas prononcer qu'il eft
fon frere , la façon obfcure dont il s'explique
fur les noeuds qui les uniffent , fait
croire à Vanda qu'il eft ſon époux. Vanda
>.
JUIN.
123
1747.
moins fenfible à l'éclat de fon triomphe
qu'à l'amour qu'elle fent pour Premiflas ,
n'eft occupée que des inquiétudes que cer
amour lui caufe , elle n'ignore pas que
Premiflas eft marié , mais elle eſt inftruite
du funefte accident qui le fépare de fon
époufe , & elle lui dit :
Telle eft de mes Etats la plus antique loi.
On peut rompre un hymen que l'amour défavoue .
Que le refte du monde ou nous blâme ou nous
loue ,
Nous ufons de ces droits , mais fans en abuſer ,
Nous refpectons un noeud que nous pouvons bri
fer ;
Un coeur libre aifément confent à fe contraindre ;
Pour bannir le divorce , il fuffit de le craindre ,
Et l'on reffent long- tems par un heureux retour
Les douceurs de l'hymen & les feux de l'amour.
Premiflas eft bien éloigné de répondre.
aux fentimens que la Reine a pour lui.
Défefperé , jaloux , furieux de l'infidélité
d'Ulrie , mais enflâmé d'amour il brûle
du defir de la revoir , & l'on voit bien
qu'un feul de fes regards fuffira pour la
juftifier. On fent qu'avec de tels fenti--
mens fon embarras ne doit pas être médiocre
, lorfque Vanda qui eft preffée par les
Polonois de fe marier pour leur donner
Fij
124 MERCURE DE FRANCE,
un Roi , après avoir fait entendre à Premiflas
qu'elle aime & que c'eft lui qu'elle
a deffein de choifir , lui remet à lui- même
le foin de couronner le Souverain que
demandent les Polonois. On ne fera
peutêtre
pas fâché de voir avec quelle adreſſe
l'Auteur tire fon héros d'une fituation f
délicate.
'A vous le défigner fouffrez que je differe ,
Madame ; l'embarras qui me force à me taire
Naît de l'étonnement qui frappe mes efprits ,
Charmés de vos vertus , plus encore que furpris ,
Mais malgré tout l'éclat dont ma Reine m'étonne ,
Il faut parler enfin puifque fa voix l'ordonne ,
Et lui donner pour prix de ſa rare bonté
Un confeil génereux par la gloire dicté.
Maîtreffe de l'Etat , vous vous donnez un maître;
En devez -vous avoir ? fçachez mieux vous con
noître ;
;
Votre ame eft fage , grande , incapable d'effroi ;
C'est l'ame d'un Héros , Madame , foyez Roi.
La Pologne en veut un , non une Souveraine ;
Ses Arrêts devant vous vont ſe taire fans peine ';
Mieux que nous la nature a voulu vous traiter ,
Elle vous excepta , la loi doit l'imiter ,
Et quoique contre vous fon caprice publie ,
Parlez , daignez paroître , à l'inftant on l'oublie ;
JUI N. 1747 . 125
Vous avez un attrait plus puiffant que les droits ,
Et qui change les coeurs ,peut bien changer les loix .
Ces beaux vers ont été généralement
applaudis. Le confeil de Premiflas , tont
flateur qu'il eft en un fens , fatisfait peu la
Reine , elle apprend dans le même inftant
que Volomir par fes brigues eft prêt à faire
déclarer le Sénat en fa faveur , & elle charge
Premiflas de s'oppofer aux projets de
cet ambitieux . Elle ne voit que trop qu'elle
n'eft point aimée , & fe livre à tous les regrets
que fa trifte fituation peut lui infpirer.
A l'auteur de fes feux les avoir fait connoître ,
Quand on n'eft point aimée , ôte l'efpoir de l'être ;
Nos voeux font importuns , s'ils ne font acceptés ,
Et fans prudence offerts font toujours rejettés .
Il faut donc qu'en fecret nos ames en gémiffent ;
Dès qu'ils ne touchent point nos pleurs nous aviliffent
,
Et par l'effet d'un mal auffi cruel que prompt ,
Le plus grand des malheurs eft encor un affront.
Pendant que Vanda , Premiflas , Volomir,
font dans une vive agitation , dont les
caufes font differentes , Ulrie n'eft pas
moins troublée , elle défire avec ardeur de
revoir fon époux & de fe juftifier à fes yeux,
mais fon frere lui défend de réveler un fe-
@
F iij
126 MERCURE DE FRANCE
cret d'autant plus dangereux qu'il fçait
qu'on a vû à Dantzic des Danois qui le
cherchent , & qu'il juge être des affaffins
envoyés par fon ennemi. Ulric qui a appris
que Premiflas prétend à la main de la
Reine , croit qu'il ne fe porte à ce deffein
que par la perfuafion où il eft qu'il a été
trahi le premier. Il paroît enfin , elle vole
vers lui, &il n'a pas la force de lui témoigner
la colere dont elle feroit digne , fi elle étoit
auffi coupable qu'il la croit. Ulrie affùre
qu'elle peut d'un mot détruire tous les foupçons
& prouver fon innocence, mais avant
que de donner cet éclairciffément défiré ,
elle veut fçavoir s'il eft vrai que Premiflas
époufe la Reine. A peine a- t'il achevé de
défabuſer Ulrie , à peine celle- ci a- t'elle
ouvert la bouche pour l'inftruire du fecret
qu'il attend , un Garde arrive & l'arrête
de la part de la Reine , on ne lui
met pas de parler feule à Premiflas , & elle
ne peut rifquer le fecret & la vie de fon
frere devant les Gardes ; ce contretems eft
d'autant plus affreux qu'il a renouvellé les
foupçons de Premiflas , car le Garde en arrêtant
Ulrie ne leur cache point
Que cette infortunée
A fçû de Volomir les crimes importans ,
Et qu'il eft avec elle uni depuis long- tems.
perJUI
N. 1747. 127
Cette fituation eft ménagée avec beaucoup
d'art , & Premiflas qui fçait enfin que
Volomir eft fon rival , l'attaque à la porte
du Sénat ; cet attentat mérite la mort , mais
Vanda lui offre encore le trône ; peu fenfible
à ſes offres & à fes propres dangers ,
celui-ci n'eft inquiet que d'éclaircir mieux
pourquoi la Reine a fait arrêter Ulrie , elle
paroît , & la Reine qui croit qu'Ulrie eft
l'époufe de Volomir , eft bien - tôt défabufée
par Premiflas . Elle veut du moins le
convaincre du crime de l'infidelle , & voici
l'artifice qu'elle employe pour la confondre.
Citons les vers mêmes de la Tragédie .
Vous la plaignez encor , incertain de fon crime
Mais brûlant d'en punir le complice odieux .
Eh bien ! fon châtiment va nous venger tous deux ;
Que malgré le Sénat qui le voudroit pour maître ,
Sans égard pour les lieux qui recélent le traître ,
On cherche Volomir & qu'il foit immolé ;
Gardes obéiffez .
Ulrie d'une voix entre coupée.
Madame.
Vanda.
Elle a tremblé
Seigneur , vous l'avez vû.
Finj
128 MERCURE DE FRANCE.
coup
Nous n'avons pas befoin d'avertir qu'un
de théatre de cette nature ne fait tout
fon effet qu'à la repréfentation , où le fpecracle
& la vivacité de l'action donnent à
l'illufion un fecours qui lui eft néceffaire .
Les fpectateurs ont été vivement émus
dans le moment où Vanda s'écrie , elle a
tremble ; la confufion d'Ulrie , la furpriſe
& la fureur de Premillas , formoient un
tableau très- frappant , & l'artifice qui eft
dans l'acte précédent & dans celui - ci , eſt
l'ouvrage d'une main habile & d'un Auteur
qui connoît les fecrets de fon Art .
Cependant Premiflas plus irrité que jamais
contre Ulrie & contre Volomir , l'attaque
, mais fans fuccès . Émporté par fon
courage , il fe trouve éloigné des liens , il
eft obligé de fe retirer dans un fort où il ſe
défend feul contre une troupe d'ennemis .
Vanda pour le fauver , propofe de rendre
Ulrie à Volomir qui la redemande , mais
Premiflas n'écoutant que fa jaloufie & fa
rage , ordonne à fon confident d'aller immoler
Ulrie. Lorfque celui - ci fe prépare
à exécuter cet ordre funefte , Volomir arrive
& arrête fon bras prêt à frapper. Volomir
, dont les deftins font changés par la
mort de Fuld , & qui fuit à fon tour devant
les amis de Premiflas , veut engager
fa four à fuir avec lui par un chemin fer
JUIN. 1747. 129
cret qu'il connoît , & à le fuivre en Dannemarck.
Pendant qu'il fait de vains ef
forts pour l'y déterminer , Premiflas arrive
& Vanda avec lui ; auffi - tôt que le premier
apperçoit fon ennemi , il court vers lui
pour le frapper, mais Ulrie fe jettant au- devant
d'eux , s'écrie , en s'adreffant à Vanda :
Sauvez de leurs fureurs mon époux & mon frere.
Ces mots éclairciffent toutes les obfcurités
qui caufoient l'embarras des perfonnages.
Premiflas tombe aux pieds de fa chere
Ulric , & Vanda qui perd toute efpérance,
termine la piéce par ces beaux vers.
Je ne m'attendois pas que dans cette journée ,
Aux plus affreux tourmens je ferois condamnée ,
Ni que le même inftant qui comble ton bonheur ,
De mon fort malheureux auroit comblé l'horreur,
Je reviens du Sénat , où malgré ta victoire
On vouloit t'immoler dans les bras de la gloire.
J'ai fait parler pour toi tes vertus , tes exploits ,
Et devant mon pouvoir j'ai fait taire les loix.
Ton crime eft effacé , pour jamais on l'oublie ,
Mais ce n'eft pas affés d'avoir fauvé ta vie ;
J'ai contraint le Sénat à t'accorder fon choix ;
Il n'a rien fait encor fi je n'y joius ma voix ,
Et feule de l'Etat je fuis encor maîtreffe
FY
130 MERCURE DE FRANCE
D'élire un Souverain, cependant tout me preffe.
Je ne puis avec toi partager mon pouvoir ,
Et de tout autre choix naîtroit mon déſeſpoir.
En détruifant des noeuds dont le bonheur m'ac
cable ,
Que ne puis-je adoucir mon deſtin déplorable ?
Mais je fens que mon coeur qui n'a pû t'obtenir ,
Quoique défefperé, n'eſt pas né pour punir.
S'il fuivit les tranfports de fa flâme cruelle ,
Il a crû ton épouſe à tes voeux infidelle ;
Je cede en étouffant des regrets fuperflus ;
Ulrie a ton amour , l'Empire a tes vertus.
Je te perds...mes fureurs ont terni ma mémoire ,
J'en gémis .... mais ma mort va me rendre ma
gloire.
'Arrêtez .
Elle fe frappe.
Premiflas.
Vanda.
Que ferois-je en proye à mon ardeur ,
Du trône fans ta main & du jour fans ton coeur ?
Je meurs , &c.
Cette Tragédie a obtenu de juftes applaudiffemens
, & fait honneur au talent
de M. Linant , connu par d'autres ouvrages
, & qui a été couronné deux fois par
l'Académie.
JUIN 1747. 131
ESTAMPES NOUVELLES.
ES AMUSEMENS DE LA VIE CHA M-
1FPETRE , Eftampe dédiée à Mad, la Comteffe de
Tellin , Sénatrice de Suéde , par le Sr Jean Simeon
Chardin , Peintre du Roi & Confeiller en fon Académie
, gravée d'après le Tableau original peint
par ledit Sr Chardin.Ce Tableau eft dans la galerie
de Drotningholm & fert de pendant à un autre
repréfentant une Dame vérifiant des livres de dépenfes
domeftiques . Ce premier Tableau a mérité
les fuffrages du public dans la derniere expofition
au Salon du Louvre . Cette Eftampe qui eft parfaitement
bien gravée , fe vend chés L. Surugue, Graveur
du Roi , rue des Noyers.
Il eft fâcheux que differens Tableaux de M.
Chardin , tels que la Fontaine , la Blanchiffeufe &
La Toilette du matin , paffent dans les pays étrangers
& foient perdus pour nous.
Le fieur Moyreau , Graveur du Roi , vient de
mettre au jour une nouvelle Eftampe de Wauvremens
, intitulée la Diligence Hollandoife. C'eft le
N°.ss de fa Suite . Il demeure toujours à Paris à la
vieille Pofte, dans la rue S.Jacques , vis-à - vis la ruë
du Plâtre.
Le fieur J. P. le Bas , Graveur du Cabinet du
Roi , & dont le burin eſt d'un mérite trop connu
par quantité d'ouvrages , pour qu'il foit befoin
d'en faire ici l'éloge , a mis depuis peu au jour
quelques Eftampes , que nous annonçons avec
plaifir & dont nous donnons une légere defcription
.
La premiere repréfente une tentation de Saint
Antoine , d'après le fameux Teniers . On y voit ce
F vj
432 MERCURE DE FRANCE.
Saint fur une terraffe , en méditation devant um
Chrift , & affailli par plufieurs diables d'une figure
très- grotesque & très - finguliere, Les uns jouent
de divers inftrumens de mufique , & un autre fous
l'apparence d'une belle Dame richement vêtue &
dont un diablotin porte la queuë de la robe , préfente
au pieux Hermite un verte de liqueur. Le
tableau fur lequel cette Eftampe a été gravée , eft
de l'inventaire de feue Mad, la Comteffe de Verruë
, & eft préfentement au cabinet de M. le Duc
de Valentinois , Pair de France . Elle eft haute de
1 pouces 2 quarts , fur 18 pouces de largeur.
La deuxième , qui eft autli d'après Teniers , repréfente
un jeune homme affis à une table &joüant
de la flûte. Une femme y chante fur un papier de
mufique , & un Cuifinier apporte des gâteaux . Elle
eft haute de 8 pouces 3 quarts & large de fix &
demi.
La troifiéme eft un Laboratoire garni d'un
grand nombre de fourneaux , d'alambics , de cornuës
, de matras , de creufets , &c. Un vieux Chymifte
y fouffle avec beaucoup d'attention pour fai
re fondre quelque matiere , & plufieurs Eleves y
pilent des drogues. Le tableau eft un des plus beaux
de Teniers. L'Eftampe qui eft dédiée à M. Jacques-
Jean Comte de Waffenaer , Seigneur d'Obdam
, Chevalier du S. Empire Romain , eft haute
de 13 pouces 3 quarts , & large de 18 pouces un
quart.
Les quatriéme & cinquiéme font d'après le même
Peintre , de la hauteur de 9 pouces , & de la largeur
de fix & demi , & font les deux pendans .
L'une repréfente un Marchand de porcs , & eft
dédiée à M. Blondel d'Azincourt , Capitaine Aide-
Major au Régiment de Normandie & Chevalier
de l'Ordre de S. Louis,
JUIN.. 1747. 133
L'autre représente une Laitiere & des Villageois
dans un très - agréable païfage . Celle- ci eft dédiée
à M. Charles Renard Berck , Secretaire des Commandemens
du Roi de Suéde à la Cour de France .
La fixième , haute de 18 pouces & denti , large de
25 & gravée d'après Teniers , offre aux yeux
un Port de mer , où fe trouvent beaucoup d'ha
bitans & d'Etrangers qui commercent enfemble
, & quantité de Matelots dans des chaloupes
chargées de marchandifes qu'ils vont porter à bord
des vaiffeaux qui font repréfentés à la voile . Plufieurs
Pêcheurs fur le devant fe difpofent à aller à
la pêche dans une chaloupe qui vient les embarquer.
L'effet de cette Eftampe fatisfait les plus
grands connoiffeurs . Le tableau qui vient de l'in
ventaire de feue Mad, la Comteffe de Verruë , eft
actuellement placé dans le beau cabinet de M.
Lempereur , dont le goût eft des plus parfaits . Cette
Eftampe eft dédiée à M. le Comte de Maurepas,
Miniftre & Secretaire d'Etat.

Dans la feptiéme David Teniers s'eft repréfenté
lui-même faifant un Concert avec fa famille fur
une terraffe où il y a des rafraîchiffemens. Une fort
belle vue de Flandre forme le lointain , & le
tout offre un fujet très- agréable . Cette Eftampe,
haute de 13 pouces 3 quarts , & large de 18 un
quart , eft dédiée à M. le Duc de la Valliere , Pair
de France , Gouverneur & grand Sénéchal de la
Province de Bourbonnois.
La huitiéme eft le Négociant , lequel eft repréfenté
dans fon cabinet ou bureau . Un Hollandois
lui préfente une lettre de change , qui eft expliquée
par un Interpréte . Un domeftique fort de ce mêine
endroit avec un fac d'argent. Ce fujet eft peint
par. M. Defcamps , Membre de l'Académie des
Sciences , Belles- Lettres & Arts de la Ville de
134 MERCURE DE FRANCE.
Rouen , & l'Eftampe eft haute de 12 pouces un
quart & large de ro.
La neuvième , qui a pour titre le fouhait de la
bonne année au grand Papa , eft de la grandeur de
celle du Négociant Le fieur Canot qui a peint le
tableau , y a repréſenté un bon vieillard , qui avec
un air de tendreffe donne des étrennes à fes petits
enfans , qui lui font amenés par leur mere .Ce mor
ceau eft touchant & d'un goût très piquant.
Les dixe & onzième font deux vûës de Charenton ,
d'après M. Boucher. Tout ce que le rivage d'une
riviere & un lieu très champêtre peuvent offrir d'amufant
, y eft repréſenté. Ces deux morceaux font
de la hauteur de 11 pouces 3 quarts & de la largeur
de 13 un quart . L'un eft dédié à M. Defcamps
, & l'autre à M. du Portail , Garde des plans
& tableaux du Roi , & de l'Académie de Peinture ,
Sculpture , & c.
Toutes ces Eftampes & un très-grand nombre
d'autres du même Auteur , qui en donnera bientôt
une defcription générale , fe trouvent chés lui
à Paris, rue de la Harpe , dans la porte cochere
vis-à- vis la rue Percée.
On y trouve auffi une très- belle Eftampe , gravée
d'après David Teniers , par M. Tho . Major ,
& qui a pour titre le Chirurgien de Campagne . On
y voit dans la falle d'une vieille mafure ce Chirurgien
panfer un païfan d'une bleffure au pied ; une
vieille femme regarde avec pitié cette opération ,
& un jeune apprentif fait chauffer une emplâtre
fur du charbon allumé dans un vaiffeau pole fur
une table avec plufieurs boëtes d'onguent. Dans
cette chambre très-mal meublée on apperçoit par
terre des vafes d'argile & des inftrumens de Chirurgie
, un baffin à barbe fur un banc , des bouteilles
fur des planches , un finge fur le haut d'une féJUIN.
1747. 135
paration de boiferie , un hibou perché fur un bour
de bois , un monftre marin fufpendu au plancher ,
enfin tout ce qui peut donner une idée convenable
du Maître de cette habitation . Cette Eftampe eft de
la même grandeur & fait le pendant du Chymifte.
Elle eft dédiée à M. le Marquis d'Argenfon , Mi
niftre d'Etat.
Ces mêmes Eftampes fe vendent encore à Rouen,,
chés M. Defcamps , vis- à- vis S. Amant.
A Francfort , fur le Mein , chés Mrs Cramer &
Philibert , à la Roſe d'or.
A Berlin , chés E. de Bordeaux.
A Geneve , chés Cramer.
A Leipfic , chés P. Mortier & Vyfwerff.
A Vienne en Autriche , chés Arkſtée & Merkut
A Hambourg , chés Briffaut.
A Drefde , chés Walther.
A Londres , chés M. Renier , rue Newport , près
de Long-acre.
Outre qu'on trouve à Paris & chés les Marchands
étrangers ci deffus marqués l'OEuvre du
feur le Bas en détail , c'est - à - dire , en Eftampes
féparées , on l'y peut trouver relié en veau trèsproprement
, ou fimplement broché , & contenant
150 Estampes ou environ , imprimées fur le papier
grand- Aigle & des premieres Epreuves.
L'Auteur croit devoir encore avertir qu'ayant
déja fait & devant faire dans la fuite plufieurs autres
Estampes nouvelles pour un fecond OEuvre ,
on pourra les acheter féparément & indépendamment
du premier OEuvre qui fe vend relié ou
broché .
Les Pieces de Viole de M. Forqueray le pere ,
mifes en piéces deClavecin par M.Forqueray le fils ,
Ordinaire de la Mufique de la Chambre du Roi,dé156
MERCURE DE FRANCE.
diées à Madame la Dauphine , & gravées par M. Me
Clair , Livre I. Prix en blanc 15 livres , fe vendent
chés l'Auteur , ruë de la Croix des petits Champs ,
vis-à- vis la rue Coquilliere ; chés la veuve Boivin ,
rue S.Honoré, à la Regle d'or , & chés M.le Clerc,
zuë du Roulle , à la Croix d'or. On vend aux mêmes
endroits un Recueil de piéces de Viole de la
même compofition , dédiées à Madame Henriette.
Livre premier. Prix en blanc 12 livres . Le mérite
de ces Auteurs & de leurs Ouvrages eft fi généralement
connu , qu'on ne peut pas fe flater d'en
inftruire perfonne. Il y a long-tems que leur
éloge eft fait par les connoifleurs & repeté par le
pub.ic.
M. le Fevre , Organifte de l'Eglife Royale de
S. Louis en l'Ifle , vient de publier une Cantatille à
voix feule & avec fymphonie , intitulée l'Absence ;
les paroles font de M. Heurtaux. La mufique en
eft agréable & d'une mélodie douce . Elie fe vend
chés l'Auteur au coin de la rue des deux Boules
, chés Mad . Boivin & chés M. le Clerc. Prix
36 fols.
Cet Auteur s'eft déja acquis de la réputation
par celles qu'il a précédemment miles au jour ; les
fuffrages du public femblent l'encourager à faire
de mieux en mieux , & on préfume que les connoiffeurs
ne feront pas moins contens de ce nouvel
Ouvrage qu'ils ont parú l'être des précédens.
THEATRE DE LA GUERRE PRESENTI,
ou Carte nouvelle du Brabant Autrichien & Hollandois
avec partie de la Hollande , Gueldres &
Comté de Zutphen , fur un grand point en vingtquatre
feuilles dreflées & exécutées avec foin far
les Cartes levées dans les pays dont il s'agit &
JUI N. 1747. 137
qui font eftimées les meilleures , fingulierement
fur celles de Medeinan, Vifchere , Fricx, Homann ,
& fur la grande Carte générale d'Hollande de
Covens & Mortier , & autres Mémoires particu-
Hers ; fe vend à Paris chés d'Heulland , ruë &
près l'Hôtel Serpente chés M. Martin Officier du
Roi.
Chacune des vingt-quatre feuilles contient fept
lieuës de hauteur fur dix de largeur on y voit les
Villes , Fortereffes , Châteaux , Villages , Hameaux
, Chapelles , Rivieres , Ruiffeaux , Bois ,
Marais & tout le plus grand détail .
On peut donner à cet ouvrage trois formes
differentes . 1 ° . On peut des vingt- quatre feuilles
ne faire qu'une feule Carte en les collant enfemble
: cette forme peut être utile aux perfonnes qui
ont befoin de voir tout le pays d'un ſeul coup
d'oeil.
2º. On peut en les faiſant relier en faire un
petit Atlas portatif qui n'aura pas un demi doigt
d'épaiffeur dans cette difpofition on a eu en vûë
P'utilité des Officiers qui pourront le porter en poche
fans en recevoir aucune incommodité.
:
3.Enfin on peut lui donner la forme d'un Atlas
ordinaire en mettant ces feuilles quatre par quatre.
On a mis en tête une Carte générale divifée
en 24 carreaux numerotés des mêmes chiffres qui
fe trouvent fur les Cartes particulieres , pour faire
connoire qu'elles fe peuvent raffembler & ce
qu'elles contiennent toutes enfemble.
M. Caffini de Thury a fait differentes additions
à fes Cartes tant générales que particulieres ; on y
trouvera . 1º.la defcription de tous les pays conquis
dans la Flandre ; 2 ° . la defcription d'une parallèle138
MERCURE DE FRANCE.
à la méridienne de Paris éloignée de 120000 toifes,
vers l'occident de celle de l'Obfervatoire , ces
deux derniers ouvrages rempliffent entierement le
deflein que l'on s'étoit d'abord propofé de former
le chaffis de la Carte du Royaume , en diviſant la
France par des perpendiculaires & des paralléles
à la méridienne , éloignée de 60000 toifes les unes
des autres qui formaflent des efpéces de quarrés ,
de forte que fi l'on travaille dans la fuite à remplir
tous les vuides compris dans les quarrés , ces
ouvrages ne feront plus ajoutés aux premieres
Cartes dont l'échelle eft trop petite pour que tous
les villages puiffent y être placés fans confufion .
Ces Cartes fe vendent toujours chés M. Buache
Géographe de l'Académie Royale des Sciences ,
qua de l'Horloge à Paris.
Ceux qui ont déja acheté les premieres Cartes
de M. de Thury ne payeront que 4 liv. 10 f. pour
la nouvelle en feuille , & 1 liv. 10 f. pour la géné
tale, en rapportant les premieres.
I
PRIX propofe par l'Académie Royale des
Sciences pour l'année 1749.
F
Eu M. Rouillé de Meflay ancien Confeiller
au Parlement de Paris ayant conçu le noble
deffein de contribuer au progrès des Sciences & à
P'utilité que le public en pouvoit retirer , a legué
à l'Académie Royale des Sciences un fonds pour
deux Prix , qui feront diftribués à ceux qui, au jugement
de cette Compagnie , auront le mieux
réuffi fur deux differentes fortes de fujets qu'il a
indiqués dans fon teftament & dont il a donné des
exemples.
JUIN. 139 1747.
Les fujets du premier Prix regardent le fyftême
général du monde , & l'Aftronomie phyfique .
Ce Prix devroit être de 2000 liv , aux termes du
teftament , & fe diftribuer tous les ans , mais la
diminution des rentes a obligé de ne le donner que
tous les deux ans , afin de le rendre plus confidérable
, & il fera de 2500 liv .
Les fujets du fecond Prix regardent la Naviga
tion & le Commerce .
Il ne fe donnera que tous les deux ans , & fera
de 2000 liv.
L'Académie avoit crû en 1745 devoir remet
tre le Prix , & propofer pour 1747 avec un Prix
double , le même fujet qui étoit la meilleure maniere
de trouver I heure en mer par obfervation , foit
dans le jour ,foit dans les crépuscules , & fur tout la
nuit quand on ne voit pas l'horizon.
Parmi les piéces qui ont été envoyées à l'Aca
démie , il s'en eft trouve denx entre lefquelles
n'ayant pû établir aucune raifon de préférence ,
elle s'eft déterminée à les couronner toutes deux
en égale part , ces deux piéces felon l'ordre de leur
numero ou de leur reception , font
N°. 2 de 1745 avec l'addition envoyée depuis ,
elle a pour devile : Et quandoque oliter fuit oppor
tuna locutus . L'Auteur eft M. Daniel Bernouilli.
Et n° . 2. de 1747 qui a pour
devife : Arbor nom
uno fternitur
itu , dont
l'Auteur
ne s'eft point fait
connoître
.
L'Académie propofe pour fujet du Prix de
-1749 , La meilleure maniere de déterminer , lorfqu'on
eft en mer, ies Courans , leur force & leur di-
#ection.
Les Sçavans de toutes les Nations font invités
à travailler fur ce fujet , & même les Aflociés
Etrangers de l'Académie. Elle s'eft fait la loi d'ex
140 MERCURE DE FRANCE.
slure les Académiciens régnicoles de prétendre aux
Prix.
Ceux qui compoferont font invités à écrire
en François ou en Latin , mais fans aucune obligation.
Ils pourront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , & l'Académie fera traduire leurs ou
vrages.
On les prie que leurs écrits foient fort lifibles ,
fur- tout quand il y aura des calculs d'Algébre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs ouvrages,
mais feulement une Sentence ou Devife. Ils pour-
Font , s'ils veulent , attacher à leur écrit un billet
féparé & cacheté par eux , où feront avec cette
même Sentence , leur nom , leurs qualités & leur
adreffe , & ce billet ne fera ouvert par l'Académie
qu'en cas que la piéce ait remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix adreſſerɔnt
leurs ouvrages à Paris au Sécretaire perpétuel de
l'Académie , ou les lui feront remettre entre los
mains. Dans ce fecond cas le Secrétaire en donnera
en même tems à celui qui les lui aura remis
fon récépiffé , où fera marquée la Sentence de
Pouvrage & fon numero , felon l'ordre ou le tems
dans lequel il aura été reçu .
Les ouvrages ne feront reçus que jufqu'au premier
Septembre 1748 exclufivement..
L'Académie à fon affemblée publique d'aprês
Pâques 1749 proclamera la piéce qui aura ce
Prix .
S'il y a un récépiffé du Secrétaire pour la piéce
qui aura remporté le Prix , le Tréforier de l'Académie
délivrera la fomme du Prix à celui qui lai
rapportera ce récépiffé . Il n'y aura à cela nulle
autre formalité.
S'il n'y a pas de récépiffé du Secrétaire , le Tréforier
ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur même qui
JUIN.
14# 1747.
fe fera connoître , ou au porteur d'une procuration
de fa part,
2
NOTIFICAZIONE.
F Sfendo già terminato l'Intaglio de' Rami della
:
nuova Pianta di Roma delineata efattiffima
mente con le fue miſure dall ' Architetto e Geo
metra Gio Batista Nolli Comafco , la quale in
brieve fi darâ in luce ; fi è ftimato pubblicarne con
le Stampe la prefente notizia , affinchè gli Studiofi
poffano efferne appieno informati.
E ' incifa detta Pianta in fogli 12 di Carta Im
periale la di cui mifura è di Palmi Romani tre e
mezzo di lunghezza , e di Palmi due e un quarto
di larghezza fenza i quattro fogli degl' Indici ,
che ftaranno ai due lati di effa , che fanno in tutto
fogli 16. In effa fi vedono le Piante efatte dell '
Ifole , Palazzi , Chiefe , Conventi , e Monafterj
Piazze , Strade , ed altri Luoghi pubblici fatte
con fomma diftinzione , ed eſattezza , Vi ſono
anche intagliate quelle Antichità , che ancor'oggi
rimangono in piedi , ei acciocchè fi poflano
diftinguere dalle fabbriche moderne , queste rimangono
più fcure , onde a prima viſta fi poffano
riconofcere. Vi fono di più delineati i Colli ; e
punteggiati i confini de' Rioni fecondo l'ultima
divifione fatta per ordine di N. S. PAPA
BENEDETTO XIV . In fomma non si è
lafciata cofa benchè piccola , che non vi fi trovi
incifa ; effendovi ftati aggiunti anche i Contorni ,
della Città , e Ville al di fuori delle mura , dove lo
fpazio della Carta l' ha permeffo .
Quefta ftella Pianta poi ridotta in piccolo fi è
142 MERCURE DE FRANCE.
intagliata anche in un foglio di Carta Imperiale ,
e contiene Roma con le fue Mura.
E perchè non è stato agevole il potere in quella
far conofcere le fabbriche antiche , fi è creduto ,
che folle per effere cofa molto utile , e ancora di
fommo gradimento a ' Letterati il riftampare una
terza Pianta.
Questa è quella già nel 1551 data in luce da
Leonardo Buffalini divenuta rariffima , la quale fa
vedere quai foffe Roma in quei tempi , e quanti
maggiori avanzi d' Edifizj antichui allora fi vedeffero
, e fi è ridotta ad un foglio di carta Imperiale
, ficchè in tutto fono fogli 18 .
In folo Indice de' nomi fi è confiderato effere
troppo ſcarfo ne potere appagare la curiofità
degli Uomini , che delle antiche non meno , che
delle moderne hanno vaghezza ; onde ſi è aggiunto
un L bro , in cui ſi dà brieve contezza
delle cofe contenute in detta Pianta con tutte
quelle notizie più pellegrine , che è ſtato poffibile
di ritrovare .
La Pianta grande è arricchita di varie Figure
rappresentanti Roma antica , e moderna ; quella
con avanzi di vecchie fabbriche , quetta con i
moderni più belli Edifizi
La Piccola è adornata con le vedute delle nuove
Facciate di S. Maria Maggiore , e di S. Croce
in Gerufalemme , della Fontana di Trevi , del
nuovo Palazzo della Confulta , del Caftel S. Angelo
; della Chiefa e Portici di S. Pietro , della
Fontana di Piazza Navona & c,
L'Intaglio si delle due Piante , che dell' ultima
del Buffalini è d'eccellenti Profeffori . L'Efecuzione
è fatta con tutto il buon gusto ; e la diligenza
, ed accuratezza delle miſure , e dell' intaglio
è tale , che fupera di molto tutte le altre
Piante , che finora fono ufcite al pubblico .
JUI N. 1747.
143
Gli Efferi , che fi voranno affociare per fare
acquisto di dette tre Piante , e del Libro , che fi
promettono in brieve , potranno indirizzarfi ,
rimettere il danaro in quefto Banco dell ' Illuftrif
fimo Signor Marchefe Girolamo Belloni , dal
quale riceveranno un Biglietto di ricevuta perficurezza
de' loro Corrispondenti.
Il prezzo farà di Scudi fei Moneta Romana ;
mentre per quelli , che non faranno affociati , il
prezzo farà affai maggiore ; Si avverte però , che
il tempo in cui fi receveranno i nomi degli
Afforiati fi riftringe fin' al feguente meſe di
Ottobre del corrente Anno ; dopo di cui più non fi
riceveranno .
Roma quefto diprimo Marzo 17478
L'Italien eft fi généralement fçu que nous ne
croyons pas néceffaire de traduire cet avis , lequel
d'ailleurs feroit de fort peu d'utilité pour ceux qui
n'entendent pas l'Italien . Il nous fuffira de dire
qu'il s'agit d'un plan de Rome très- détaillé & trèsbien
exécuté que l'on annonce au public & dont
les foufcriptions feront ouvertes jufqu'à la fin
d'Octobre. Le prix eft de fix écus monnoye Ro
maine.
AVIS aux Soufcripteurs pour la fuite
de l'effai d'anatomie.
CE
Et ouvrage. qui l'année derniere fut proposé
au public par voie de foufcriptions ayant été
interrompu par un contre- tems qu'on ne pouvoit
prévoir , va être repris & fuivi fans diſcontinuation
par les ordres & fous la protection particuliere de
M. le Chancelier.
144 MERCURE DE FRANCE .
Ceux qui ont foufcrit pour la premiere partie
de cette fuite , & qui n'ont pas encore reçu les
trois planches qui y répondent , avec les tables
qui leur fervent d'explication , les recevront dès
qu'ils fe préfenteront , en foufcrivant pour la fe-
Conde partie , qui confiftera en quatre autres planches
avec leurs tables , qui leur feront délivrées
dans le cours des mois d'Août , Septembre , Octobre
& Novembre prochains ; en foufcrivant
pour la troifiéme & derniere partie qui confiftera
en cinq nouvelles planches accompagnées de même
de leurs tables , & qui feront délivrées aux
Soufcripteurs dans le cours des mois de Janvier &
Février 1748 , au plus tard .
Ces douze nouvelles planches jointes aux huit du
premier effai précédemment délivrées au public , forment
un corps de Myologie complet.
Il n'y a d'ailleurs rien de changé au prix des
Soufcriptions, Chaque payement eft toujours fixé
à la fomme de douze livres , ce qui fait pour les
trois trente-fix livres feulement , au lieu de cinquante-
quatre livres que payeront ceux qui n'auront
pas foufcrit.
On avertit auffi que ceux qui n'auront pas
foufcrit dans le tems marqué ci- deffus ne feront
plus reçus à le faire , & qu'on délivrera les foufcriptions,
Chés M. Gautier Graveur du Roi Privilégié ,
ruë de l'Arbre fec , au coin de la rue des Prêtres
Saint Germain l'Auxerrois ; chés M. Duverney
Démonftrateur Royal , rue Saint Victor près le
Jardin du Roi , &
Chés Quillau pere , Imprimeur-Libraire de l'Univerfité
, ruë Galande , près la place Maubert , à
l'Annonciation.
COPIE
JUIN. 1747.
14$
COPIE de la lettre écrite par M. Chycoineau
Premier Medecin du Roi à M. Bertrand
Doyen des Medecins de Marseille .
De Verfailles le 11 Avril. 1747.
'Obligation dans laquelle nous fommes , Mon-
L'atur, de nous affurer , autant qu'il nous eft
poffible , de l'efficacité des méthodes ou des remédes
nouvellement découverts , & réputés spécifiques
pour la guérifon de certaines maladies ,
m'engage à m'adreffer à vous , comme à un Maî
tre de la profeffion , des plus diftingués par fes
lumieres & par fon expérience , & en même tems
des mieux inftruits de ce qui concerne la méthode
de M. Daran Maî re Chirurgien pour le traitement
des ulcéres fiftuleux , des carnofités & aultres
maux de l'urethre . Les grands fuccès qu'il a
déja eû dans ce pays depuis fon arrivée , ne nous
laient aucun lieu de douter que la méthode &
les remédes qu'il employe dans ces fortes de cas ,
ne foient des plus utiles & des plus efficaces . Le
nombre des cures des perfonnes de toutes fortes
de condition , qui réuffiffent pour ainfi dire fous nos
yeux , & qui font atteftées tant par ceux qui les
ont heureufement éprouvées que par des témoins
éclairés & dignes de foi qui les ont ſuivies , ne nous
permet pas , dis- je , de les revoquer en doute
mais comme notre conviction particuliere ne fuffit
pas pour établir une perfuafion générale , & néanmoins
réceffaire , pour que, tous ceux qui font
attaqués des maladies ci- deffus mentionnées profitent
des foins & des lumieres de M. Daran ,
étant d'ailleurs inforn és que quelques membres
de la profeffion , pouflés par des motifs de leur
intérêt particulier , & furtout par celui d'une baffe
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE .
jaloufie , font tous leurs efforts pour le décréditer
en répandant dans le public que les guériſons qu'il
a déja operées ne font point permanentes , ou
pour me fervir des termes de l'art , radicales , de
maniere qu'on ne fçauroit répondre que ces particuliers
prétendus guéris ne recidivent , ou ne
foient à la veille de retomber dans le même état,
J'ai cru qu'il étoit de notre intérêt & de celui du
public , de faire rendre à M. Daran la juſtice qui
lui eft due , par une perfonne de la profeffion dont
la probité & la capacité ſont généralement reconnuês
, qualités qu'on ne fçauroit , Monfieur ,
vous refufer ) & devoir vous prier de nous mar
quer files malades qu'il a traités à Marſeille fous
vos yeux & qui vous font parfaitement connus ,
font encore dans le bon état où il les a laiffés
comme parfaitement guéris , ou s'ils ont eu le
malheur de recidiver. Je profite avec plaifir de
cette occafion pour vous renouveller le témoignage
des fentimens d'eftime & d'attachement
avec lefquels j'ai toujours eu l'honneur d'être
Monfieur votre très- humble & très-obéiſſant
ferviteur. Signé , CHYCOINEA U,

REPONSE de M. Bertrand à M. Chycoineau.
A Marseille le 22 Mai 1747.
T
E m'acquitte , Monfieur , de la commiffion
dont vous m'avez honoré , avec d'autant plus
de plaifir qu'elle me procure l'avantage d'entrer
dans les vues que vous avez de favorifer les progrès
de la Médecine , & de conftater l'efficace
d'une méthode de traiter les maladies de l'urethre
, que l'on peut regarder comme nouvelle &
fpécifique , mais ayant que de vous en rendre
JUIN 1747 . 147
par
compte , permettez , Monfieur , que je vous falle
mes excufes fur le retardement de ma réponſe.
Pour me conformer à vos intentions j'ai crû devoir
prendre ces informations moi- même , & dans
une grande ville on ne rencontre pas toujours les
perfonnes à qui l'on a à parler. J'ai d'abord tâché
de découvrir les malades que M. Daran avoit
traités en cette ville. J'en ai vu le plus grand
nombre , & m'étant informé de leur état ils m'ont
tous affûré qu'ils font parfaitement guéris ; qué
depuis qu'ils ont été traités ils ont toujours uriné
librement , & qu'ils n'ont plus été fujets à ces
fâcheufes fuppreffions d'urine qui plus d'une fois
les avoient réduits à la derniere extrémité . A
Pégard de ceux que je foupçonnois de pouvoir ſe
faire une peine de fe déclarer à moi , je m'en fuis
informé l'entremise de leur Médecin ordinaire
, à qui ileft à préfumer qu'ils ne doivent rien
cacher ou par quelque ami digne de foi . Ils
m'ont tous affûré que ces malades font parfaitement
guéris , c'eft-à- dire que le cours des urines
eft libre & qu'ils n'ont plus été dans la crainte
de les voir fupprimées. Parmi ces malades il en
eft un qui datera guérifon de plus loin que les
autres , & qui après avoir épuifé tous les remédes
que les plus habiles Médecins & Chirurgiens pouvoient
lui avoir fuggerés , prit le parti d'aller
joindre M. Daran à Naples où il réfidoit alors ;
il en revint parfaitement guéri . Une guérifon qui
fe foutient depuis tant d'années , femble nous
promettre que celles qu'il a faites ici ne feront
pas moins conftantes. Quelques -uns de ces malades
qui enfuite des fuppreflions d'urine avoient
des fiftules au périné , ont été entierement guéris
& de la fiftule & de la maladie de l'urethre. J'ai
vû moi- même M. Daran travailler fous mes yeux

. Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
avec fuccès fur d'autres maladies Chirurgicales,
Flaté , Monfieur , par la confiance dont vous
m'honorez , je m'eftimerois heureux fi je pouvois
la mériter par quelque endroit , & encore plus ,
parce qu'elle me fournit l'occafion de vous renouveller
les affûrances du profond reſpect avec lequel
j'ai l'honneur d'être , &c.
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
>
E 13 de ce mois Monfeigneur le Dau
Lphia Madame la Dauphine & Mefdames
de France , allerent de Verſailles au
Mont Valerien entendre le Salut dans l'Eglife
des Prêtres qui en forment la Communauté
. Ce Prince & ces Princeffes firent
leurs ftations à toutes les Chapelles conftruites
fur la montagne.
>
Le 27 Madame la Dauphine açcompagnée
de fes Dames & de fes principaux
Officiers
vint à Paris pour entendre
la Meffe dans l'Eglife Métropo
litaine. Elle fut faluée à fon arrivée & en
partant de cette ville par le canon de la
Baftille , par celui de l'Hôtel Royal des
Invalides & par celui de la ville. Certe
Princeffe trouva à l'entrée du quai qui
regne le long du jardin du Palais des
JUIN. 1747 149
Thuilleries , le Corps de Ville lequel lui
rendit fes refpects , étant préfenté par le
Duc de Gêvres Gouverneur de Paris , &
M. de Bernage Prévôt des Marchands ,
portant la parole . Madame la Dauphine
étant arrivée ſur le midi à l'Eglife Métropolitaine
où les Gardes Françoiſes &
Suiffes étoient fous les armes , l'Archevêque
de Paris revêtu de fes Habits Pontificaux
& à la tête des Chanoines , reçut
cette Princeffe à la porte de l'Eglife ; il
la complimenta & il la conduifit dans le
Choeur. Après que Madame la Dauphine
y eut fait fa priere , elle alla à la Chapelle
de la Vierge , & elle y entendit la Meffe
qui fut dite par fon Aumônier en Quartier.
En fortant de l'Eglife elle fut reconduite
avec les cérémonies obfervées à fon
arrivée. Cette Princeffe fe rendit enfuite
à l'Eglife de l'Abbaye de Sainte Geneviève ,
où elle fut reçue & complimentée par
l'Abbé à la tête des Chanoines Réguliers
de cette Abbaye . Le même jour Madame
la Dauphine dîna au Palais des Thuilleries,
& l'après- midi elle fe promena dans le
jardin de ce Palais , lequel , ainfi que toures
les rues parlefquelles elle paffa , étoit
rempli d'une affluence extraordinaire'
d'habitans de cette ville , empreffés de
donner des marques de la joye que
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
leur caufoit la préfence de cette Princeffe
.
Le Roi a nommé le Comte de Goas
Brigadier d'Infanterie .
L'Archevêque d'Alby -fut facré le 29
dans la Chapelle du Seminaire de Saint
Sulpice par l'Evêque de Mende , affiſté
de l'Evêque de Rhodès & de l'Evêque de
Chartres.
On vient d'être informé des circonftances
fuivantes , concernant le combat qui
s'eft paffé le 14 de ce mois près du Cap
Finiftere entre les vaiffeaux commandés
par le Marquis de la Jonquiere , Chef
d'Efcadre des Armées Navales du Roi ,
& l'efcadre Angloife aux ordres de l'Amiral
Anfon. Le Marquis de la Jonquiere
ayant découvert dès le matin plufieurs
voiles , & ayant reconnu que c'étoient
des vaiffeaux ennemis , fit fignal aux navires
Marchands de la flotte qui étoit fous
fon eſcorte , de paffer à fa poupe pour
fe
mettre au large , pendant que les vaiffeaux
de guerre arrêteroient l'efcadre Angloife ..
Cette manoeuvre fut exécutée lentement
par les navires Marchands. L'efcadre Angloife
avançant toujours , le Marquis de
la Jonquiere prit le parti de donner ordre
à la flotte de forcer de voile avec la fregate
l'Emeraude qu'il détacha pour diJUI
N. 1747. 151
riger la route , & voyant que le combat
étoit inévitable , il fit des difpofitions
pour le foutenir auffi long-tems qu'il feroit
poffible contre des forces fi fupérieures
, && pour donner le tems à la flotte de
fe fauver. Dans cette vûë , & pour n'être
pas environné dès le premier moment par
Pescadre ennemie forte de
l'efcadre ennemie forte de feize vaiffeaux
de ligne & de plufieurs fregates , il forma
une ligne de neuf bâtimens , fçavoir les
vaiffeaux de guerre llee SSeerriieeuuxx ,, de foixante
& quatre canons qu'il montoit ; l'Invincible
de foixante & quatorze , le Diamant de
cinquante- fix & le Jafon de cinquante ; la
fregate la Gloire de quarante-fix ; le Rubis
armé feulement en flûte avec fa feconde
batterie de vingt- quatre canons , & les
trois navires de la Compagnie des Indes ,
Apollon, le Philibert & la Thetis , de trente
canons chacun , & il fit tenir laligne par
l'ordre de retraite. Les ennemis qui eurent
bientôt reconnu la foibleffe des vaiffeaux
François fe mirent en état de les attaquer.
D'abord l'Amiral Anfon détacha fes meilleurs
voiliers afin d'interrompre leur marche.
Les navires l'Apollon & la Thetis
furent les premiers atteints , mais tout de
fuite dégagés par le vaiffeau l'Invincible.
Ce vaiffeau fut alors attaqué lui -même ,
ainfi que le Serieux , la Gloire & les autres
Giiij
152 MERCURE DE FRANCE.
vaiffeaux . Le combat devint général , &
chacun des vaiffeaux François fe trouva
expoté au feu de plufieurs vaiffeaux Anglois.
Ce fut principalement contre le
Serieux que les ennemis réunirent leurs
plus grands efforts . Il eut à faire à trois ,
quatre & cinq de leurs vaiffeaux à la fois ,
& quoiqu'il fe trouvât accablé par le
nombre & par la fupériorité des forces de
ces vaiffeaux , ce ne fut qu'après trois heures
de la réfiftance la plus vive qu'il amena
, ayant perdu fa mâture , fes agrez &
la plus grande partie de fon équipage , &
fe trouvant en un fi mauvais état qu'ayant
été mis fur le côté par un élan , il ne fut
plus poffible de le manoeuvrer , & que
P'eau étant entrée par les fabords , plufieurs
Canoniers de la premiere batterie fe noyerent
dans l'entrepont. La fregate la Gloire
dont le Commandant , qui étoit M. de
Saliez Lieutenant de vaiffeau , avoit été
tué , amena auffi en même tems , étant totalement
défemparée , & ayant perdu la
moitié de fon équipage. Le vaiffeau l'Invincible
commandé par M. de Saint Georges
Capitaine de la Compagnie des Indes ,
foutint encore le combat pendant une
heure contre plufieurs vaiffeaux , du nombre
defquels étoient le Prince Georges de
quatre-vingt- dix canons , monté par l'AJUIN.
1747. 153
miral Anfon , & le Devonshire de quatrevingt
,, que commandoit le Contre-Amiral
Warren , & il ne fe rendit qu'après que
fon grand mât eût été coupé à fix pieds audeffus
du gaillard , & ayant fix pieds d'eau
dans fa calle. Le Jafon & le Rubis aux ordres
de Meffieurs Beccard & Macarti ,
furent pris tout de fuite également défemparés
, ainfi que les navires l'Apollon , le
Philibert & la Thetis. M. Hocquart Capitaine
de vaiffeau commandant le Diamant ,
fe rendit le dernier à huit heures du foir,
ayant été entierement rafé , & étant dans
un fi mauvais état que les Amiraux Anglois
mirent en délibération de l'abandonner.
Le Marquis de la Jonquiere a été
dangereufement bleffé à la fin du combat
par une balle de fufil qui lui a traversé
le col . Outre M. Saliez on compte parmi
les Officiers tués M. de la Clocheterie
Lieutenant de vaiffeau fur le Serieux ; M.
de Belmont , Officier d'Infanterie fur le
même vaiffeau ; M. Magnan Lieutenant
de fregate , & M. Eurry de la Perelle Of.
ficier d'Infanterie fur le Rubis ; & parmi
les Officiers bleffés M. de la Galernerie
Enfeigne de vaiffeau , & Meffieurs Daillebout
& Shonherr Officiers d'Infanterie.
tous trois fur le Serieux; M. de la Vignebuiffon
qui a eu la cuiffe fracaffée fur in-
Gy
154 MERCURE DE FRANCE
vincible, & le Chevalier de Graffe Enfeigne
de vaiffeau fur la fregate la Gloire. Il y a
eu fur les vaiffeaux de guerre environ
huit cent hommes tués ou bleffés . On
ignore la perte
des ennemis , mais elle ne
peut être que fort confidérable par le feu
continuel de canon & de moufqueterie
que les vaiffeaux François ont fait durant
le combat , & par le mauvais état où les
vaiffeaux de l'efcadre Angloife fe font
trouvés. A l'égard de la flotte marchande
que le Marquis de la Jonquiere avoit miſe
fous l'escorte particuliere de la fregate
l'Emeraude , la longue défenfe des vaiffeaux
de guerre lui a donné le tems de
continuer fa route , & les vaiffeaux que
l'Amiral Anfon avoit envoyés à la pourfuite
après le combat n'en ont enlevé que
deux petits bâtimens , dont l'un a été répris
par un corfaire François.
On a appris par des lettres de S. Jean
de Luz du 25 Mai qu'un parti de Cana→
diens qui avoit pénétré l'année derniere
jufqu'à l'Acadie , ayant pris des mesures
pour y paffer l'hyver , l'Officier qui le
commande fut informé au mois de Janvier
dernier , que les Anglois avoient deftiné
un Corps de troupes pour venir l'attaquer
dans les quartiers. Sur cet avis il détacha
JUIN 1747.155
deux cent cinquante François avec cinquante
Sauvages , pour aller au- devant
de ce Corps & pour le combattre. Ce détachement
commandé par M. Coulon de
Villiers Capitaine dans les troupes de
Canada , marcha dix - huit jours à travers
les neiges & les bois , & quoique ce Ca
pitaine apprît que les ennemis étoient au
nombre de cinq cent quarante renfermés
dans vingt-quatre maifons , il ne balança
pas
à marcher contre eux . Il diftribua fon
détachement de façon à pouvoir attaquer
dix de ces maifons à la fois . L'action fe
paffa le 11 Février au matin , & les Canadiens
s'y porterent avec tant d'impetuo
fité , qu'en moins de trois quarts- d'heure
tout ce qui fe trouva dans ces dix maifons
fut tué ou fait prifonnier . Pendant cette
expédition ce qui reftoit d'ennemis fe
rallia dans une grande habitation où ils
avoient placé deux piéces de canon de ſix
livres de balle & quatre pierriers.Les Canadiens
les y fuivirent , & après une attaqué
qui dura jufqu'à onze heures du matin
les ennemis demanderent à capituler ,
quoiqu'ils fuffent encore au nombre de
trois cent cinquante . Cela leur fut accordé
à condition entr'autres articles , de ne
point porter les armes pendant fix mois
dans l'étendue de pays qui leur fut indi
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
:
quée. Le nombre de leurs morts a été de
cent quarante , parmi lefquels fe trouvent
le Colonel Noble Commandant du détachement
, un de fes freres & trois autres
Officiers. Ils ont eu une trentaine de
bleffés on leur a fait fept Officiers &
quarante-fix foldats prifonniers , & on
leur a pris leur artillerie avec quatre Drapeaux
. On leur a pareillement enlevé
deux bâtimens qui avoient fervi au tranſport
de leur bagage. Les Canadiens ont
eu quatorze hommes de bleffés & fept de
tués , dont deux Sauvages. Du nombre
des premiers eft M. Coulon de Villiers
qui a eu le bras percé d'un coup de fufil.
On a reçu ce détail par un bâtiment arrivé
le 19.
EXTRAIT de quelques Lettres de Salt
en Barbarie des mois de Décembre
M
1746 Janvier 1747.
Uley Abdala avoit fait merveille
dans fes progrès depuis fa derniere
proclamation jufqu'au commencement de
l'été paffé , qu'il fut obligé de décamper
de Boulaovan pour aller en diligence avec
fon armée à Bouferan , afin de mettre ordre
à des révolutions arrivées parmi les
Loudeas qui avoient rappellé Muley
JUIN. 1747. 157
Muftady à Fez le nouveau , ce qui fut
d'abord calmé par l'arrivée imprévûë du
Roi audit Bouferan , mais pendant qu'il y
féjourna il prétendit ôter aux Brebers leurs
armes & leurs chevaux , ce que les principaux
d'entr'eux tâcherent d'éviter
moyennant quelques fommes d'argent.
Les petits Brebers fur la nouvelle des prétentions
d'Abdala , couperent les chemins
de façon qu'on s'aigrit de part & d'autre ,
& tous les Brebers prirent les armes. Les
Négres mangeoient leurs bleds , & les
autres s'étant mis en devoir de les en empêcher
& ayant réfolu de les détruire afin
de vivre en repos de ce côté- là , ils les attaquerent
audit Bouferan où ils s'étoient
affemblés avec le Roi , il refta beaucoup
de monde de part & d'autre fur le champ
de bataille , mais plus du côté des Brebers
quoiqu'ils fuflent fupérieurs aux Négres..
Cependant, cette action n'ayant pas été fi
complette que les précédentes , & le Roi
Abdala s'étant retiré à Mequinex , tous
les Brebers & autres Arabes en général qui
ne peuvent jamais être tranquiles la firent
paffer pour une totale déroute , ce qui
caufa une révolution des plus grandes ,
chacun voulant fuivre l'exemple, defdits
Brebers pour le défaire des Négres . Fez
le vieux ne vouloit pas non plus recon158
MERCURE DEFRANCE.
noître Abdala , & Tanger & Larache en
ont fait de même , de forte que nous nous
fommes vûs ici une feconde fois enfermés,
& même les chemins ne font pas encore
libres. Cette révolution feroit indubitablement
arrivée du côté du Sud , fi Cid
Mahomet fecond fils d'Abdala qui gouverne
ces Provinces , n'avoir taché de les
contenir dans le devoir , les unes par la
force & les autres par la douceur & les
préfens. Muftady voulant profiter de ce
changement fut prier l'Atteby de lui donner
de fes gens afin de fe faire reconnoître
& proclamer par les Brebers Aitimors , ce
qu'il lui accorda , mais ceux-ci ne voulurent
pas le reconnoître , attaquerent fes
troupes & le firent prifonnier ayant été
bleffé dans la mêlée. Il trouva cependant
moyen de fe fauver quelques jours après ,
& fe rendit à Salé le vieux , où il entrale
24 Octobre avec cent cinquante chevaux
des Baneaffens & Saltins qui étoient fortis
à fa rencontre. Dans cette ville on lui fit
un parafol , une lance & quelques habits ,
& enfuite il prit la route de Mequinez &
s'approcha des Brebers qui ne voulurent
pas le reconnoître , les principaux d'entr'eux
étant déja en traité avec Muley
Abdala qui étoit arrivé depuis quelques
jours avec une partie des Négres à Fez le
JUIN. 159 1747.
nouveau , pour
tacher de reduire ceux de
Fez le vieux. Ce qui détermina Muftady
d'aller avec les Baneaffens qui le fuivoient
vers les Gars , Sfianis , & Benimeles qui
avoient pris les armes contre Abdala. I
en fut bien reçu , & ayant appris que la
caravane de la Mecque étoit arrivée à
Tefa , ils réfolurent de l'enlever. , ayant
Muley Muftady à leur tête , & fçachant
qu'elle conduifoit de l'argent appartenant
à Muley Abdala . L'ayant rencontrée &
fait demander cet argent au fils du Fermier
Chef de ladite caravane , celui- ci repréfenta
à Muley Muftady qu'il venoit d'apprendre
que Fez vouloit le proclamer ,
mais que s'il prétendoit enlever l'argent
d'Abdala , cette action pourroit alterer les
bonnes intentions que fes compatriotes
avoient à fon égard , qu'il le prioit au
contraire de vouloir bien l'efcorter jufqu'à
Fez , ce qui engageroit encore davantage
les Feffiens à le proclamer. Muftady s'étant
rendu à ces raifons conduifit luimême
la caravane jufqu'aux portes de Fez ,
mais dès qu'elle y fut entrée on lui dit
qu'il falloit commencer
par chaffer fon
frere des environs , qu'il n'avoit qu'une
partie de fes Négres , des Ludeias & quelques
autres dont le total étoit beaucoup
inférieur à fes troupes. Toutes ces raifons
160 MERCURE DE FRANCE.
des Feffiens ayant déterminé Muftady à
donner bataille le 12 Décembre , il eut le
malheur d'y être battu à fon ordinaire &
le bonheur de fe fauver. Cette victoire a
obligé les Feffiens à proclamer de nouveau
Muley Abdala & à lui demander pardon.
Ces gens-ci font après la célébration de
leur grande Pâque du mouton , après quoi
l'on efpere qu'Abdala fe remettra en campagne
pour faire rentrer tout le reſte de
ces peuples dans le devoir . Voilà toutes
les nouvelles de ce pays,
JUIN. 1747. 161
NOUVELLES ETRANGERES.
SUEDE.
N mande de Coppenhague que M., Coye
ON
vinces- Unies eut le 30 du mois dernier une au
dience particuliere du Roi , dans laquelle il informa
Sa Majefté que le Prince de Naflau avoit été
élû Stathouder de cette République. La Ville de
Hambourg n'ayant pas jugé à propos que les Députés
qu'elle a envoyés pour complimenter le Roi
fur fon avenement au Trône demeuraffent à Cop
penhague jufqu'à la cérémonie du Couronnement
de Sa Majefté , ces Députés ont pris congé le 29
du Roi & de la Famille Royale Le 3 Juin le Prin
ce Royal mourut en cette Ville âgé d'environ
deux ans. Les lettres de Stockholm marquent que
le 25 le Prince Succeffeur à la Couronne de Suede,
accompagné de plufieurs Députés des Etats du
Royaume , étoit allé vifiter les fortifications d'Ordilip
& de Waxsholm. Ces lettres ajoûtent que la
Princefle époufe de ce Prince avoit pris fous fa
protection l'établiffement fait par la feuë - Reine
pour l'entretien de treizeDemoifelles des Familles
Suédoifes les plus diftinguées. Les jeunes Penfionnaires
, reçues depuis peu dans cette Communauté,
font les Demoiselles de Cederhiel , de Bengelftierna
, de Kurk , de Falckenberg , d'Hamilton , de
Deuwall , de Gyllembourg , de Schutte , de Munnerheim
, de Leuwenhaupt & de Ruderfchiold.
Le Comte de Teffin , Grand Maréchal de la Cour ,
les a préfentées à la Princefle Royale de Suede,
162 MERCURE DE FRANCE.
qui a ordonné qu'elles portaffent attachée à un
ruban blanc , bordé de bleu , une croix émaillée ,
au milieu de laquelle eft le nom de la feue Reine ,
furmonté d'une Couronne. On a été informé par
les mêmes lettres que le Médecin Blackwall , après
avoir confeffé les crimes dont il avoit été accufé ,
a été déclaré coupable de haute trahifon . Deux
frégates Angloifes , l'une de vingt canons , l'autre
de feize , & qu'on dit avoir ordre de croiſer dans
la mer du Nord, font arrivées à la Rade d'Elfbourg.
Selon les avis reçûs de Petersbourg l'Impératrice
de Ruffie en partit le 20 du mois dernier pour
Czarska-Zelo , & elle ne donnera audience qu'après
fon retour au Comte de Finckeſtein, Miniftre
Plénipotentiaire du Roi de Pruffe . Elle a rendu au
Général Bismarck tous les biens dont il avoit été
>
privé pendant fa difgrace , & ce Général fe difpofe
à aller inceffamment prendre le commandeinent
des troupes en Ukraine. Le FeldtMaréchal Keyth
a obtenu la permiffion de fe démettre de fes emplois
, & l'on conjecture qu'il a deffein de paſſer
au fervice d'une autre Puiffance .
Les lettres de Stockoln du 6 portent que depuis
quelque tems le Roi eft à Carlberg , où Sa
Majefté a réfolu de paffer une partie de la belle
faifon. Le Marquis de Lanmary , Abaffadeur du
Roi de France en cette Cour , a remis aux Minif
tres du Roi un Mémoire , qu'on dit avoir pour
objet le renouvellement du Traité de fubfide entre
les deux Puiffances . Il s'eft tenu plufieurs conférences
à ce fujer , & l'on doit demander fur cette
affaire l'avis du Committé fecret de la Diette , ainfi
qu'on a fait à l'égard du Traité d'Alliance défenfive
, qui vient d'être conclu avec le Roi de
Pruffe . On affûre que le Marquis de Lanmary ,
auffi-tôt que la négociation dont il s'agit ſera terJUI
N. 1747. 16%
minée , fera un voyage à Parmée de Sa Majefté
Très Chrétienne . Les Etats du Royaume continuënt
leurs féanccs , & il paroît qu'ils font occupés
de délibérations fort importantes . Le 28 du mois
dernier le Clergé & l'Ordre des païfans envoyerent
des Députations à la Chambre de la Nobleffe pour
demander de nouveau la féparation de la Diette.
Le Roi a accordé au Baron Eric d'Oxenftiern
Confeiller de guerre , les honneurs de Gouverneur
de Province , & à M. Guftave Ruuth une place de
Confeiller de la Chambre de Révifion des Finan
ces. On écrit de Péterfbourg , que l'Impératrice
de Ruffie y eft revenue de Czarska- Zelo le 26 du
mois dernier , & que le Comte de Barck , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , & le Comte de
Finckeftein , Miniftre Plénipotentiaire de Sa Majefté
Pruffienne ,ont eu audience de cette Princeffe,
l'un le 27 & l'autre le 28. Les mêmes lettres marquent
que le Baron de Kettler étoit arrivé de Vien
ne pour lui donner part de la naiffance du Prince
dont la Reine de Hongrie eft accouchée . Ces let
tres ajoûtent que le Grand Vifir avoit fait affûrer
le Comte de Beftuchef que fa Hauteffe défaprouvoit
extrêmement les défordres commis par les
Tartares de Nogay fur les terres de Ruffie ; qu'elle
avoit ordonné au Kan de Crimée de punir les Murfes
qui avoient permis ces excès , & qu'elle appor
teroit toute fon attention pour que la bonne intelligence
entre les deux Puiffances ne fût troublée
par aucun incident de quelque nature que ce pût
être. Il a dû partir le 30 de Pétersbourg un courier
pour porter à Conftantinople la Ratification
du Traité qui y a été figné dernierementpar M.de
Nepluef. L'Impératrice de Ruffie a réfolu de faire
ajoûter plufieurs embelliffemens au Château de
Pétershoff , & l'on croit qu'afin d'être à portée d'
1
164 MERCURE DE FRANCE.
voir travailler , elle ſe rendra à Monpl fir : Elle â
rétabli M. de Tettau dans le grade de Major Général
, & elle a difpofé de deux Régimens en faveur
du Premier Gentilhomme de la Chambre &
d'un Chambellaß du Grand Duc de Ruffie .
ALLEMAGNE.
1
1
Napprendde Vienne que le 2 de ce mois il fe
tint en préſence du Grand Duc de Tolcane
un Confeil d'Etat, dans lequel on délibéra fur quelques
dépêches apportées de Prague par un courier
extraordinaire. Il eft arrivé un autre courier , dépêché
à la Reine par le Comte de Schullembourg ,
pour informer Sa Majefté que les troupes qui bloquent
la Ville de Génes , s'étoient emparées du
Pofte de Notre - Dame de la Miféricorde . La Reine
a donné à l'Archiduc le Régiment de Dragons
qu'avoit le Comte Gundel d'Althan , & au Prince
Charles de Lorraine le Régiment qui portoit cidevant
le nom de François de Lorraine . Sa Ma
jefté a nommé les Officiers de l'Etat Major des
troupes qu'elle a réfolu d'entretenir dans le Royau
me de Hongrie . Les Etats de la Baffe Autriche
ont accordé à cette Princeffe un fubfide extraordinaire
de deux cent mille florins . Le 30 du mois
dernier le Cardinal Evêque d'Olmutz arriva à
Vienne pour y paffer quelque tems. On y attend
un Miniftre qui doit venir recevoir des mains du
Grand Duc de Tofcane au nom de l'Evêque de
Wurtzbourg l'Inveftiture des Fiefs que cet Evêque
tient de l'Empire. Le feu d'artifice que le Prince
Charles de Lorraine a fait préparer pour célebrer
la naiffance du Prince dont la Reine eft accouchée
depuis peu , a dû être tiré le z au foir . On á ap
pris par des lettres de Conftantinople les nouvelles
JUIN. 1747. 165
fuivantes . Le Traité de paix conclu en 1741 entre
la Turquie & la Perle a été renouvellé , Sa
Hauteffe a dépofé le Prince Giovanni Scarlati
Moro Cordato , Hofpodar de Moldavie , & elle a
établi l'ancien Hofpodar , qui depuis long- tems
étoit en exil. Le Grand Vifir a affûré de nouveau
M. Penciler que la Porte perfiftoit dans la réfolution
de vivre en bonne intelligence avec Sa
Majefté.
On mande de Drefde du 6 Juin que les articles
des Contrats de mariage, d'une part entre le Prince
Electoral & la Princeffe Marie- Antoinette de Bayiere
, de l'autre entre l'Electeur de Baviere & la
Princeffe feconde fille de leurs Majeftés , lefquels
ne devoient être fignés que le 13 de ce mois , l'ont
été le 2. Le Baron de Wefel , Miniftre de l'Electeur
de Baviere , & que ce Prince a nommé Grand
Maître de la Maifon de la future Electrice prendra
le caractére d'Ambaffadeur lorsqu'il fera la
demande folemnelle de cette Princeffe , & l'on alfûre
qu'il fera fait Chevalier de 1 Ordre de l'Aigle
blanc. On prétend que le Comte Eftei hafi , Minif
tre de la Reine de Hongrie , aura auſſi la qualité
d'Ambaffadeur pendant les fêtes des nôces du Prince
Electoral , à l'occaſion deſquelles on a ordonné
à plufieurs Régimens de venir cantonner dans les
environs de Drefde . Parmi ces fêtes il y aura une
courfe de bague , exécutée par quatre Quadrilles
de Dames , dont la premiere fera conduite par la
Princefle de Baviere , la feconde par la Princeffe ,
feconde fille de leurs Majeftés , la troifiéme par la
Ducheffe Douairiere de Curlande , & la quatriéme
par la Comteffe de Moczinska. La charge de
Maréchal de la Cour a été conferée au Baron Gal
lus Maximilien de Racknitz , & le Chambellan
Adam Mieczinsky a obtenu celle de Premier,
Ecuyer du Prince Electoral.
166 MERCURE DE FRANCE.
On apprend de Ratifbonne du 9 que l'Electeur
de Mayence n'ayant point fait porter à la Dictatu
re un Mémoire qui lui avoit été remis de la part
du Roi de France , M. de la Noue , Miniftre de Sa
Majefté Très- Chrétienne auprès de la Diette ,
écrit tant à ce fujet que pour détruire diverfes infinuations
de la Cour de Vienne , une lettre circulaire
aux Miniftres dont cette affemblée eft compofée.
Il eft dit dans cette lettre que les bruits répandus
par les ennemis de la France à l'occafion
de l'entrée des troupes Françoifes dans les Etats
de la République des Provinces-Unies , & la défiance
qu'on s'efforce d'infpirer au Corps Germanique,
comme fi la tranquillité de l'Allemagne étoit en
danger , ne permettent pas à M de la Noue de gar
der le filence lorfqu'il eft fi facile de diffiper d'injuftes
imputations ; que toute l'Europe eft inftruite
de la modération du Roi Très- Chrétien & du defir
que ce Prince a montré d'avancer l'ouvrage de
la pacification générale ; que perfonne n'ignore
qu'au milieu de fes plus grands fuccès & dans des
circonftances où il pouvoit tout efpérer de la fupériorité
de fes forces , il a fufpendu le progrès de fes
armes , & qu'il a préferé les voyes de conciliation
à toute entrepriſe capable d'affermir les conquêtes
& de lui en procurer de nouvelles ; qu'ami d'une
République qui eft redevable à la France de fon
établiffement & de fa confervation , il avoit eu pour
objet non- feulement de la préſerver des malheurs
de la guerre, mais encore de la faire participer à la
gloire du rétabliffement de la paix ; que le Mé
moire adreffé par Sa Majesté Très- Chrétienne aux
Etats Généraux prouve avec évidence que même
actuellement elle ne veut point ſe prévaloir de ſes
avantages pour diminuer leurs poffeffions ni leur
puiflance , & qu'elle fe propofe feulement d'obliJUIN.
1747 . 167
fes ennemis de mettre fin à une guerre dont
ger
les fuites ne peuvent être que funeftes à toute
l'Europe & particulierement à la Conftitution du
Gouvernement de la Hollande , ainfi qu'à fon
commerce qui en fait la principale force ; qu'en
vain une opiniâtre partialité s'efforce de jetter des
nuages fur une conduite fi manifeftement irrépro
chable ; que les Princes de l'Empire ne s'en laiſ
feront point impofer ; que fans ceffe guidés par l'a ,
mour de la Patrie & par la juftice , ils ne perdrone
rien de leur confiance aux affûrances fi fouvent
réitérées de Sa Majesté Très- Chrétienne ; que fi au
préjudice des droits du Corps Germanique l'Electeur
de Mayence ne fermoit point la voye de la
Dictature aux écrits émanés de la Cour de France ,
Sa Majefté Très- Chrétienne renouvelleroit encore
aujourd'hui à l'Empire par ce canal les proteſtations
de la difpofition où elle eft de conferver avec
P'Allemagne la neutralité & le bon voisinage ; que
le Roi de France , garant des Traités de Weftpha,
lie , n'a rien de plus à coeur que d'en perpétuer l'exécution
, & que Sa Majefté Très - Chrétienne s'attachera
conftamment à donner à la Nation Germanique
les marques les plus éclatantes de fon
amitié & de fon empreffement à contribuer à fon
repos & à fon bonheur.
1
On apprend par les lettres de Vienne du 10 Juin
que M. Gioannelli, en vertu de la commiffion dont
il a été chargé par le Comte d'Arcos, reçût le s de
ce mois des mains du Grand Duc de Tofcane au
nom de ce Comte l'Inveftiture du Comté d'Arcos
& des Fiefs qui en dépendent. Le 11 le Grand Duc
fit dans l'Eglife des Auguftins Déchauffés la cérémonie
de donner la Barrette à l'Evêque Prince
d'Olmutz , créé Cardinal dans la derniere Promotion
faite par Sa Sainteté. La Reine partit le 1.5
168 MERCURE DE FRANCE.
avec le Grand Duc pour Meyerfdorff , où Sa Ma
jefté le propoſe de demeurer jufqu'au mois prochain.
Il eft arrivé , tant d'Italie que d'Angleterre
& des Païs Bas , divers couriers , dont les dépêches
ont donné lieu à plufieurs Confeils. Les réfolutions
qui y ont été prises font tenuës extrêmement
fecrettes. On a envoyé un grand nombre de foldats
de recrues & de chevaux de remonte à l'armée
qui eft fous les ordres du Comte de Schullembourg,
Par un Decret qui paroît au fujet des fommes que
les Génois ont dans la Banque de Vienne , la Reine
déclare qu'elle confifque tous ces fonds , pour
fe dédommager des dépentes aufquelles la révolu
tion de Génes l'a engagée , & pour accorder des
indemnités aux Officiers de fes trouses employés
contre les Génois. Sa Majefté confent cependant
que ceux de fes fujets dont les proprietaires de ces
fonds font débiteurs & à qui en conféquence ils
ont fait des remifes fur la Banque , foyent payés de
ces remiſes , en repréſentant d'ici à trois mois les
titres de leurs créances aux Commiflaires nommés
pour les examiner. Suivant le calcul qui a été fair ,
la Banque doit aux Génois en capitaux & en intérêts
quatorze cent vingt mille trois cent foixante
& huit florins.
On tira le 4 à Schombrun le magnifique fea
d'artifice que le Prince Charles de Lorraine avoit
fait préparer.
Le 10 de ce mois le Baron de Wefel , que l'Electeur
de Baviere a nommé fon Ambaffadeur Extraordinaire
pour faire la demande de la Princeffe,
feconde fille du Roi-de Pologne Electeur de Saxe ,
eut une audience publ que de ce Prince , dans la
quelle il s'acquitta de cette commiffion. Il dɔnna
le même jour dans un des jardins de Sa Majesté
une fête , dont l'eclat répondit dignement à la circonftance
JUIN. 1747. 169
Conftance pour laquelle elle avoit été ordonnée .
Tous les parterres & toutes les allées du jardin
étoient illuminés , ainsi que l'Arc de Triomphe
par lequel on y entroit , & au- deffus duquel on
voyoit l'Amour & l'Hymen avec cette infcription ,
Concordes Hymen & Amor tadas in unum confundunt.
Les pilaftres des deux côtés de la principale
arcade étoient furmontés d'un' Aigle & d'un Lion ,
qui portoient pour devife , Uterque natus ad imperium.
A l'extrémité du jardin vis- à - vis de la grande
allée , on avoit placé une pyramide ornée de tableaux
tranfparens, & éclairée d'une grande quantité
de lumieres . Sur la bafe étoit un Lion en repos
, contre lequel un Amour décochoit un trait ,
tandis qu'un autre Amour le careffoit d'une main
tenant de l'autre un papier où on lifoit ces mots ,
Ab ipfo ducit opes animumque ferro. Deux Amours
vers le milieu de la pyramide formoient un double
lacs , fur lequel ces mots étoient écrits , Fortius ex
Cemino nexu.
>
re
>
On mande de Berlin du 17 que le Roi accompagné
du Comte de Rottenbourg Lieutenant Général
des Majors Généraux Lentulus & de
Borcke , du Baron de Buddenbroeck & du Comte
Georges de Finckenftein , Adjudans Généraux ,
partit le 11 de ce mois pour le Duché de Magdebourg.
Sa Majefte coucha à Brandebourg & le lendeman
, après avoir fait la revûë du Régiment de
Fufiliers du Lieutenant Général Munchau , elle
fe rendit à Magdebourg où les Princes Henri &
Ferdinand , & le Prince Ferdinand de Brunſwick
font allés la joindre. Le 13 douze bataillons & .
vingt efcadrons qui étoient affemblés dans les environs
de Magdebourg , firent l'exercice devant
le Roi & défilerent enfuite en préſence de la Majefté.
Ce Prince a fait les jours fuivans la revûë
II. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
.
particuliere de chacun des divers Régimens dont
eft compofé ce Corps de troupes , Le Baron de
Spaarfeld Capitaine des Gardes du Corps du Roi
de Suéde eft arrivé à Berlin de Stockholm pour
exécuter une commiffion dont on ignore le fujet,
On a fçu par ce Seigneur que les Etats du Royaume
de Suéde , ayant procédé à l'examen de la
conduite du Comte de Teffin , l'avoient trouvé
entierement irréprochable , & qu'ils devoient
donner un acte public pour témoigner leur indignation
contre les perfonnes qui ont ofé le calomnier.
Les nouvelles de Francfort du 19 portent qu'on
vient d'apprendre que les Etats du Cercle de Suabe
, malgré les infinuations de la Cour de Vienne
s'étoient déterminés à perfifter dans une exacte
neutralité . La derniere divifion du nouveau Corps
de Croates , deftiné à renforcer les troupes de la
Reine de Hongrie dans les Pays- Bas, a paffé le 14
de ce mois près de Francfort en allant à l'armée
des Alliés. Les levées de foldats qu'on fait en
Franconie pour cette Princeffe fe continuent avec
fuccès , & l'on fera partir le 20 pour la Hollande .
quinze cent hommes de recruës . Suivant les avis
reçus de Ratisbonne , les Colléges de la Diette de
l'Empire délibereront inceffamment fur le choiz
du fujet , qu'ils nommeront pour remplir la charge
de Feldt-Maréchal Proteftant des Armées de
P'Empire vacante par la mort du Prince d'Anhalt
Deflau. Cette charge eft vivement follicitée par le
Prince Maximilien de Heffe Caffel , & l'on croit
`` qu'il aura la pluralité des fuffrages. Les lettres de
Bonn marquent que l'Electeur de Cologne étoit
allé à Aix la Chapelle & qu'il fe rendroit delà à
Manheim. On écrit du Duché de Deux Ponts que
plus de dix- huit cent familles de ce Duché ont
JUIN. 1747 . 171
accepté les établiffemens que le Roi de Pruffe leur
a offerts dans les Etats. Selon les nouvelles de
Stockholm la Diette du Royaume ne fe féparera
qu'après la condamnation des complices du Médecin
Blackwall .
ESPAGNE.
Eurs Majeftés accompagnées de Madame
>
le 29 du mois dernier du Château d'Aranjuez au
Palais du Buen Retiro . On célébra le lendemain
la Fête de Saint Ferdinand dont le Roi porte le
nom , & fa Majefté reçut les complimens des
Miniftres Etrangers & des Grands . Le même
jour le Marquis de Valdecarzana fe couvrit devant
le Roi en qualité de Grand d'Espagne fous
le titre de Comte de las Amaynelas. Don Louis
de Cordoue Comte de Teba , Doyen de l'Eglife
Métropolitaine de Toléde à obtenu l'Abbaye
d'Antequera vacante par la mort du Cardinal
Acquaviva, Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie
de la Reine au Marquis de Moya Lieutenant
dans les Gardes Eſpagnoles ; celui d'Arragon
à Don Thomas Ximenes , Lieutenant Colonel
de celui de Guadalaxara ; celui de Navarre
à Don Michel Ugalde , Lieutenant Colonel de
telui d'Afrique ; celui de Grénade à Don François
Offorio , Lieutenant Colonel de celui de Caſtille ;
celui d'Ultonie à M. de Bariogue qui en étoit
Lieutenant Colonel ; celui d'Irlande à M. de
Oconor ; le Régiment de Cavalerie de Seville à
Don Antoine Bucareli , Colonel réformé à la fuite
de celui de Calatrava ; celui de Dragons de Holfande
à Don Manuel Amat , Sous Lieutenant dé
la Compagnie des Grenadiers à Cheval ; celui de
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Frife à Don Manuel Azlor , Exempt de la même
Compagnie ; celui de Numance a Don Manuel
Valenciano , Lieutenant Colonel de ce Régiment
; celui d'Edimbourg à Don Juan Panigo ,
Lieutenant Colonel de celui de Merida ; des Brevets
de Colonels à Don Jean - Baptifte Ferrer
Lieutenant Colonel du Régiment de Lombardie
à Don Gregoire Ibanez , Capitaine d'une Brigade
des Carabiniers ; à Don Chriftophe d'Olave Com
mandant du fecond Bataillon du Régiment de
Toléde, & à Don Juan de Vela Carafco Comman◄
dant du fecond Bataillon du Régiment de Savoye .
Le 20 de ce mois les Religieux de l'Ordre de la
Merci tinrent à Pampelune un Chapitre général ,
dans lequel ils élurent pour Général de leur Ordre
le Pere Diegue de Rivera.
L'Intendant de Marine de la Principauté des
'Afturies a mandé à fa Majesté que le Corfaire la
notre Dame de Begona avoit pris vers le cinquante
& uniéme degré de Latitude Septentrionale un
navire Anglois de deux cent tonneaux , chargé de
tabac & de bois de Gayac , lequel eft arrivé le
12 du mois dernier au Port de Rivadefella .
Le Marquis de Valdecanas Chevalier de l'Ordre
de Saint Jacques , Commandeur de la Comman
derie de Vivoras dans celui de Calatrava , Lieute
nant Général des armées du Roi & Inſpecteur de
' Infanterie Espagnole & Italienne , eft mort à
Barcelonne âgé de quarante- fix ans,
L
GRANDE BRETAGNE.
pour
Es lettres de Londres du 9 portent que les Seigneurs
pafferent le s
de ce mois le Bill
naturalifer un certain nombre d'Etrangers de la
Religion Protestante, Ils acheverent le lendemain
JUIN. 1747. 173
J'examen du Bill qui abolit les Jurifdictions héréditaires
dans le Royaume d'Ecoffe , & le & ils
Jurent pour la premiere fois le Bill , par lequel le
Parlement accorde au Roi un million fur le fond
d'Amortiffement , & autoriſe fa Majefté à lever
cinq cent mille livres fterlings par voye de Lotterie
. Les la Chambre des Communes fit quelques
changemens à ce dernier Bill : elle ſe forma enfuite
en grand Committé pour déliberer fur les
moyens de lever le fubfide , & elle réfolut de
continuer pour fept ans les priviléges qu'ont obtenus
les Entrepreneurs des Manufactures de foye
de la Grande Bretagne. Dans la féance fuivante
la Chambre approuva cette réfolution , en ordonnant
qu'il fût inferé dans le Bill qui feroit porté
à ce fujet , une claufe pour affûrer à l'avenir le
payement des droits aufquels font fujets les Apprentifs
defdites Manufactures. Cette Chambre
a fait le 9 la premiere lecture d'un Bill pour permettre
aux Commiffaires de la taxe des maifons
de prendre des Affeffeurs. L'argent qu'on a trouvé
à bord des vaiffeaux François dont l'Amiral
Anfon s'eft emparé , & qui faifoient partie d'une
Efcadre que cet Amiral a attaquée à la hauteur du
Cap Finifterre , a été conduit à Londres , & déposé
à la Banque. On avoit confidérablement exagere
le dommage caufé aux François par le defavantage
qu'ils ont eu dans ce combat naval , & l'on
eft à préfent inftruit que leur perte , са y comprenant
les vaifleaux qui ont été pris , ne monte
pas à plus de cinq cent mille livres fterlings . Le
Lord Falmouth a été fait Commandant de la Compagnie
des Hallebardiers de la Garde à la place
du feu Lord Torrington , & le Roi a difpofé en
faveur du Comte de Crawford du Régiment de
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Dragons Ecoffois du feu Maréchal Comte de
Stairs. On affûre que fa Majefté deſtine au Lora
Tyrawley le Gouvernement de l'Ifle Minorque
vacant par la mort de ce Maréchal , & qu'elle
doit créer le Vicomte Coxe , le Général Campbell,
le Chevalier Guillaume Young , l'Amiral Anfon
le Chevalier Lyddel , & Meffieurs Richard Grenville
& Guillaume Conolly , Pairs de la Grande
Bretagne.
: Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent deux , celles de la Banque à cent vingtfix
& demi ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent cinquante & un , & les Annuités
à quatre vingt- dix - neuf , un quart .
Les Seigneurs examinerent le 12 les changemens
faits au Bill pour abolir les Jurifdictions héréditaires
d'Ecoffe , & ils y infererent une claufe
portant que non -feulement les Magiſtrats , mais
encore les autres Officiers de ces Jurifdictions
Leroient obligés de prêter ferment au Roi . Ils ordonnerent
qu'on feroit le 13 la troifiéme lecture
de ce Bill , & que tous les Pairs feroient fommés
de s'y trouver. Le 8 de ce mois la Chambre des
Communes préfenta une adreffe à fa Majeſté pour
la fupplier de confentir qu'on érigeât dans l'Eglife
Collégiale de Saint Pierre un Maufolée au
Capitaine Jacques Cornewal , qui commandoit
le vaiffeau de guerre le Marlborough dans le combat
naval donné près de Toulon en 1743 , &
qui y fut tué après s'y être extrêmement diftingué.
Le cette Chambre paffa le Bill qui declare
appartenans au Roi les biens de plufieurs
perfonnes condamnées pour avoir pris les armes
en faveur de la Maifon de Stuard . Le Gouvernement
de Gallouay dans le Royaume d'Irlande a
JUIN.
175
1747.
¿té donné par Sa Majefté à M. Eyres Il a été
réfolu de former douze nouvelles Compagnies Indépendantes
.
Par les dernieres nouvelles de Naples on a reçu
la Reine des deux Siciles ávis que étoit accouchée
d'un Prince.
L
PROVINCES - UNIES.
És Etats Généraux ont accordé à M. d'Iddingha
la Charge de Grand Bailly de Fauquemont
, laquelle vaquoit par la mort du Baron
de Bentinck. Le départ du Prince Stathouder
pour Utrecht a été differé juſqu'à la fin de ce mois.
Ce Prince donna audience le 11 aux Députés du
Synode de l'Eglife Françoife , & le lendemain a
ceux de la Compagnie des Indes Orientales. Le
10 le Lieutenant Général Smiffaart , en faveur
duquel il a difpofé du Gouvernement de Bois-le-
Duc , prêta ferment par Procureur devant l'affemblée
des Etats Généraux. On mande de l'armée
des Alliés que le Prince de Wolfenbuttel
s'étoit rapproché de l'aîle droite avec le Corps
qu'il commande ; que le Général Trips avoit occupé
le camp qu'avoit quitté ce Prince , & que
-le Général Barionay s'étoit avancé à Tungerlo.
Il paroît à la Haye des copies d'un Acte Jurifdique
donné par les Bourguemeftres & Echevins
des villes d'Axel & de Terneuſe , & figné par
M. Willen Cunes leur Greffier. Ces Magiftrats
certifient dans cet Acte que les troupes Françoifes
qui font dans ces villes & dans les territoires
dépendans , obfervent la plus exacte difcipline ;
que le Gouvernement defdites villes & de la campagne
, ainfi que la liberté de l'exercice de la Religion
fur laquelle aucun habitant n'a été troublé ,
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
&
que
fubfiftent dans le même état que lorsqu'elles
étoient fous la domination des Etats Généraux ,
le Roi Très- Chrétien en preffant ces Ma
giftrats de rappeller les habitans de leurs villes
\ & de leurs territoires , leur a permis de donner
à ceux qui voudront y retourner les affûrances les
plus fortes qu'il ne leur feroit caufé aucun préju
dice.
DE GENES le 3 Jain.
Larriva le 28 & le 29 du mois dernier dans le
fauxbourg de Bifagno deux mille trois cent
hommes de troupes qui étoient débarquées le 26
le long de la côte. Les Anglois voyant qu'ils
n'avoient pû traverfer la navigation de ces troupes
, ont mis tout en ufage pour les inquiéter dans
leur marche , tirant grand nombre de coups de
Canon partout où ils découvroient du monde fur
le rivage , ce qui n'a produit d'autre effet que
d'endommager quelques maifons. Trois piéces
de canon qu'on avoit fait conduire à Nervi pendant
la nuit du 27 au 28 fous la direction d'un
Officier François d'artillerie , ont été fervies fi
à propos , qu'un vaiffeau ennemi ayant reçu fept
boulets dans fon bord a été obligé d'abandonner
fon ancre , & de fe faire rentorquer au large par
des chaloupes. Le 29 il parut fur cette hauteur
environ foixante petits bâtimens venans de Monaco
chargés d'un nouveau renfort de troupes.
Auffi tôt l'efcadre Angloife rompit fon cordon
& mit à la voile dans le deffein de les intercepter ,
mais ce convoi qui avoit le vent favorable , &
au- devant duquel on détacha quatre galéres de la
République entra heureufement dans le Port de
Poito Fino , fans qu'il s'en foit perdu ni égaré
JUIN. 177 1747.
aucun navire. Il a transporté huit cent Grenadiers
qui débarquerent le 30 au pied du Fanal , & aufquels
on a affigné des logemens dans le fauxbourg
de Saint Pierre d'Arena . Malgré les fecours que la
République reçoit journellement , les Allemands
ne paroiffent pas encore renoncer à l'attaque de
cette ville , & ils perfiftent à fe fortifier fur toutes
les hauteurs de la vallée de Polfevera . On prétend
qu'ils ont été joints encore ces jours-ci par un
Corps confidérable de Piémontois , & qu'actuelle,
iment l'armée commandée par le Comte de Schullenbourg
eft de près de vingt-deux mille hommes,
mais quand elle feroit beaucoup plus nombreuſe
on ne croit point avoir lieu de l'appréhender. Un
détachement de huit cent hommes marcha le 30
vers la Scoferra par ordre du Duc de Boufflers
afin de foutenir les milices qui occupent ce pofte,
& qui fe défendant avec une extrême valeur ont
repouffé trois fois les ennemis . Ce Lieutenant
Général fit partir le même jour la galiotte le Saint
Louis & un feloucon de Lipari pour une des places
de l'Etat degli Prefidii.
DE GENES le 10.
Es ennemis n'ont fait cette femaine aucun
>
retrancher fur les hauteurs de Polfevera , particulierement
à Torazza . Leurs déferteurs dont il
arrive ici tous les jours un fort grand nombre ,
rapportent que le Roi de la Grande Bretagne a
envoyé ordre à l'Amiral Medley de bombarder
cette ville , tandis que le Comte de Schullenbourg
Pattaquera par terre . Le Duc de Boufflers fait travailler
à des retranchemens depuis Notre - Dame
du Mont jufqu'à Quarto , fur l'avis qu'on a eu
que les ennemis avoient deffein de s'approcher
H v
178 MERCURE DE FRANCE.
de la iner , pour favorifer le débarquement de
l'artillerie que les Anglois devoient leur apporter.
On a renforcé jufqu'à deux mille hommes les
troupes deftinées à foutenir celles qui gardent le
pofte de la Scoffera , & il y a le long de la côte
Orientale plus de dix mille payfans armés , tous fi
remplis de zéle pour la défenſe de la Patrie , qu'ils
ont menacé de brûler les maifons de tous ceux qui
dans l'occafion refuferont de fe joindre à eux.
Quelques gondoles de Caprara font arrivées à
Portofino ayant à bord environ deux cent Efpagnols
, & elles ont remis auffi - tôt à la voile pour
Calvi où il y a un bataillon des troupes Françoiſes
qu'elles tranfporteront ici . Le s de ce mois il
rut à la vue de ce port plufieurs vaiffeaux de guerre
& fregates des Anglois , & l'on conjecture que
ce font les bâtimens qui ont été employés à traver
fer la defcente dans les Ifles de Sainte Marguerite
& de Saint Honorat. On a fçu que le vaiffeau ennemi
qui s'étant approché de Nervi a reçu fept
coups de canon dans fon bord , avoit été fort endommagé
. Il a perdu neuf hommes & deux ancres,
& le Lieutenant a eu un bras emporté.
DE GENES le 17.
pa-
Notre artillerie détruifit le 11 de ce mois plufieurs
retranchemens des ennemis du côté de Coronato.
Le 12 le Comte de Schullenbourg fit trois
fauffes attaques à Cornigliato , au Belvedere & à la
Montagne des Deux Freres , & par -tout les Allemands
furent repouffés avec une perte confidérable.
On apprit le même jour que le Comte de Lannion
qui commandoit à la Scoffera , s'étoit emparé
du Château de Toriglia , fitué en avant de ce
pofte. Les ennemis ont eu en cette occafion cent
cinquante foldats tués ou bleffés , & on leur a fait
quarante- deux priſonniers , du nombre defquels
JUIN. 1747- 179

font quatre Officiers. Huit mille hommes de l'armée
de la Reine de Hongrie & trois mille Païfans
des Fiefs qui relevent de cette Princeffe , du Roi
de Sardaigne & du Grand Duc de Toſcane , s'avancerent
le 13 fur trois colonnes & fondirent fur
divers de nos retranchemens. Ils y trouverent une
vigoureufe réfiftance & le feu dura pendant plus de
cinq heures avec une extrême vivacité de part &
d'autre. Le Duc de Boufflers envoya un Bataillon
de renfort aux endroits attaqués , s'y porta lui-même
, & donna ſes ordres fi à propos , que les ennemis
furent plufieurs fois prêts à fe retirer , mais
comme il étoit difficile de garder tous les che-
´mins , les troupes de fa Majefté Hongroife gagnerent
celui de la montagne des Camaldules
d'où elles pénetrerent jufqu'à S. Martin d'Albaro
malgré le feu continuel qu'elles eurent à effuyer
& qui leur a coûté deux mille hommes entre tués
& bleffés. Du côté de la République on n'a perdu
que très-peu de monde , & il n'y a point eu d'Of
ficiers de marque de bleflés , fi ce n'eft M. de Tau
bin , Commandant des troupes d'Efpagne , lequel
a eu une jambe caffée d'un coup de fufil . On
a confervé tous les retranchemens que le Duc
de Boufflers a fait conftruire à Notre- Dame del
Monte. Les ennemis les ont attaqués à trois differantes
repriſes , & c'eft- là qu'il ont fait leur plus
grande perte. Le Duc de Boufflers , qui paffa toute
la nuit fuivante fur le rempart de la Porte Romaine
, a pris les mesures convenables pour que les
ennemis ne puffent tirer aucun avantage du pofte
dont ils fe font rendus maîtres . Depuis le 14 au
matin on a coupé tous les chemins qui conduifoient
de ce pofte à cette Ville , & l'on a travaillé
à plufieurs nouveaux ouvrages , afin de défendre
lės approches de la Place. Le 15 il arriva à Por
H vj
180 MERCURE DE FRANCE .
tofino un Bataillon du Régiment Royal Baviere &
quelques autres troupes du Roi de France , le tout
compofant neuf cent hommes. Le Comte de Lannion
s'eft retiré de la Scoffera à Recco avec les
trois mille hommes qu'il a fous les ordres. On
compte qu'il le portera à Nervi , & qu'eu fe joignant
aux troupes nouvellement débarquées à
Portofino , il fera en état d'attaquer en queue le
Corps des ennemis qui occupe Saint Martin d'Albaro
, tandis que le Duc de Boufflers attaquera ce
Corps de front . Les enneinis font continuellement
harcelés dans ce pofte , & il n'y a point
d'apparence qu'ils puiflent réuflir dans le projet
qu'ils ont d'établis une communication avec l'EScadre
Angloife , qui forme toujours un cordon à
la vue de ce Port entre Voltri & Portofino . On a
ordonné des prieres publiques dans les principales
Eglifes de cette Ville pour implorer l'affiſtance du
Ciel , non contre les entrepriſes des ennemis qu'on
n'a point lieu de redouter , cette Ville étant à l'abri
de toute infulte , mais contre les fleaux qui
font les fuites ordinaires d'un long blocus. Il s'eft
réfugié ici un nombre fi prodigieux de pauvres
familles des environs , que les Hôpitaux ne peuvent
prefque plus contenir les malades , dont il
meurt jufqu'à vingt- cinq & trente par jour . Heureufement
ils ne manquent d'aucune des chofes
néceffaires , & on jouit à peu près de la même
abondance que fi on étoit dans la plus parfaite
tranquillité .
On mande de Genes du 24 Juin que deux Frégates
& une Polaque des Anglois s'approcherent le
18 de ce mois de la Plage d'Albaro , & que le feu
d'une batterie que l'on a établie au- delà du
Lazaret , ne put les empêcher de débarquer plufeurs
canons & quelques mortiers . Aufſi- tôt on
JUIN. 1747. 181
renforça confidérablement la garde des retranchemens
de Notre - Dame del Monte , pofte très- inportant.
Les ennemis les ont attaqués plufieurs
fois inutilement & ils ont été obligés de ſe retirer
derriere les Camaldules . Depuis on les a
harcelés par de continuelles efcarmouches , afin
de ne pas leur laiffer le tems de dreffer une batterie
à la faveur des palais du voifinage . Comme
il n'eft point douteux que l'objet du Comte de
Schullenbourg ne foit de faire tous fes efforts
pour avoir au moins la gloire de jetter avant fa retraite
quelques bombes dans cette Place , le Duc
de Boufflers prend toutes les mesures convenables
pour s'opposer à ce deffein. Ce Lieutenant Général
a fait travailler à l'établiſſement de plufieurs nouvelles
batteries & à la conftruction de divers ouvrages.
Afin d'incommoder davantage les Alleinands
& même les Anglois qui les favorisent , on
a armé par fon ordre un gros Ponton , qu'on
fera avancer dans les endroits où l'artillerie ne
pourra porter. Ce Ponton , fur lequel on a mis
deux pieces de canon de trente - fix livres de balle
& deux mortiers , eft prêt depuis le 20 à fortir , &
il fera remorqué dehors par les Galeres , mais le
vent d'Eft Sud Eft ayant toujours regné, cela n'a pú
s'exécuter. Les ennemis au nombre de feize mille
hommes fe raffemblent vers la partie Orientale de
cette Ville , & on conjecture qu'ils méditent de ce
côté quelque grande attaque. Le Comte de Lannion,
avant que de partir de Recco,y a laiflé quatre
cent hommes qui fe font fortifiés dans le Château ,
& il a fait avancer à Nervi quelques troupes reglées
& plufieurs Compagnies de Milices , avec
ordre d'y faire des retranchemens pour préferver
du pillage la côte voifine . Les quatre Galeres de
la République qui étoient allées à Livourne & à
182 MERCURE DE FRANCE.
Portofino , arriverent la nuit du 18 au 19 dans ce
Port avec les gondoles de Caprara qu'elles remorquoient
& qui débarquerent le matin au pied du
Fanal huit cent hommes du Régiment Royal Baviere
& quatre cent des troupes avec lesquelles le
Comte de Lannion s'eft retiré de la Scoffera . En
paflant elles effuyerent plus de trente coups de
canon des vaiffeaux de guerre Anglois , fans recevoir
aucun dommage. On reçut de Nice le 18
deux couriers , l'un dont les dépêches marquoient
que le l'Infant Don Philippe en étoit maître ,
l'autre par lequel le Maréchal Duc de Belle- Ifle
mandoit au Duc de Boufflers que la Citadelle de
Villefranche avoit capitulé , & que la Garniſon
avoit avoit été faite prifonniere de guerre.
SUITE DES OPERATIONS DE L'ARME'S DU ROK
Du Camp du Parck du 25 Juin 1747.
Sur la nouvelle que les ennemis avoient
fait
un mouvement par leur gauche , M. le
Maréchal de Saxe a fait avancer fur Tirlemont
un gros corps d'Infanterie & de Cavalerie
aux ordres de M. de Clermont-Tonnerre
. Il a mandé en même tems à M. de S.
Germain de quitter le camp de Leaw , &
de s'avancer à S. Tron.
Ce matin , informé que les ennemis étoient
campés , leur droite à Tongerloo &
la gauche à Geelvry , M. le Maréchal a
fait venir ici du camp de Malines quatre
Brigades d'Infanterie , les Carabiniers &
des Dragons.
JUIN. 1747. 183
Du mêmejour.
Un de nos Partis ayant été attaqué dans
l'Abbaye de Rofendael par un gros corps.
de Croates , s'eft fait jour l'épée à la main
avec beaucoup de perte de la part des ennemis
, la nôtre a été de quarante hommes
tant tués que bleffés , un autre de nos Partis
avoit accouru au bruit des coups de fufil
fur la fin de l'attaque , mais à fon
approche les ennemis fe font retirés . Let
corps de M. le Comte d'Eftrées qui étois
à S. Tron , s'eft porté le 20 à Tonguelberg
, & a occupé en même tems la Commanderie
, il a ce même jour avancé un
détachement du côté d'Haffelt qui a fait
repaffer le Demer aux Compagnies Franches
& Partis d'Huffards , qui étoient en
deçà . Le 21 au matin M. le Duc de Broglie
a marché à Bilfen , où il n'a point
trouvé d'ennemis. Le corps de M. le
Comte de Clermont qui étoit allé le 20
à S. Tron , s'eſt avancé le z 2 à Tongres .
M. le Comte d'Eftrées & lui doivent s'être
raffemblés le 24 à Eighenbilfen , où M.
d'Eftrées avoit marché le 22 ; ils font chargés
d'examiner cette pofition , & de fe replier
fur Tongres jufqu'à nouvel ordre.
(
En même tems que M. le Comte dè
Clermont a marché fur S. Tron , M. de
184 MERCURE DE FRANCE.
S.Germain cft parti d'Hallem pour camper
entre Tirlemont & l'Eau ; il y a été renforcé
de deax brigades de Cavalerie pour
proteger M. de S. Germain pendant fon
féjour à Hallem , & mafquer les débouchés
d'Arfchot & de Zichem , M. de Salieres
avoit marché le 18 à Villaer , d'où
il a été fe joindre au corps campé en avant
de Louvain , lequel avoit été renforcé le
19 d'un autre corps d'Infanterie. Le 22
il eft parti de Louvain un convoi de pain
pour les corps avancés ; ce convoi a été
attaqué , mais fon efcorte , commandée par
Milord Tirconel , a repouffé les ennemis.
Le Roi eft parti de Bruxelles le 22 pour
venir loger à l'Abbaye du Parc ; Sa Majefté
,
, qui a été précedée de la Brigade des
Gardes , a marché à la tête de fa Maifon' ;
il y avoit auffi pour plus grande précaution
des partis d'Infanterie dans la forêt
de Soignies , avec un Régiment de Dragons
& un d'Huffards , entre cette forêt
& la chauffée.
quar- M. le Maréchal a anffi changé fon
tier le 22 , & l'a porté à Louvain ; les troupes
campées en avant de Louvain ont fait
le 24 un fourage général aux ordres de M.
le Duc de Briffac fur la droite de la chauf
fée de Tirlemont , la droite à Bierbeck
la gauche à la hauteur du Village de Pel-
>
JUIN. 1747: 189
Temberg ; on n'y a point vû d'ennemis ,
fi ce n'eft quelques Huffards qui fe font
tenus hors de la portée du fufil ; il s'en
étoit préfenté la veille une troupe foutenue
de Pandoures fur la chauffée de Tirlemont
, à deffein d'attaquer le détachement
qui avoit été reconnoître le fourage
, mais le tout s'eft retiré après quelquee
coups de fufil.
La Compagnie de Fitcher a pris pofte
hier au matin au Château de Bouterfem
entre Louvain & Tirlemont.
Sur l'avis que l'armée des ennemis eft
en marche par fa gauche , M. le Maréchal
a pouffé un corps corps de troupes de ce campcià
Tirlemont , aux ordres de M. de Clermont-
Tonnerre ; il a en même tems donné
ordre à M. de S. Germain de fe
porter
fur S. Tron , & il a renforcé le camp de
Louvain, des Carabiniers , des Dragons du
Colonel general , & de quatre Brigades
d'Infanterie de Champagne , de Piémont ,
du Roi & de Touraine.
Les Pontons font partis hier au matin
pour aller au corps de M. de Clermont-
Tonnerre en entrepôt ; toute l'Infanterie ,
à la referve du corps de M. de Lowendal ,
qui doit refter entre Louvain & Malines ,
a ordre d'arriver demain ici .
Les ennemis ont couché hier à Ton
186 MERCURE DE FRANCE,
gerlo , & fe font portés aujourd'hui fur le
Demer à Dieft , leur Cavalerie longe la
plaine , & leur Infanterie le Demer.
Les Volontaires du Régiment de Saxe
Cavalerie , les Bretons Volontaires & le
Régiment de Beaufobre ont paffé hier au
matin la Dille , & fe font portés fur l'arrieregarde
des ennemis .
Le Régiment des Cantabres arrive ce
foir dans les environs d'ici.
Du 26.
Le Roi eft monté à cheval ce matin à
fix heures , il s'eft porté fur la hauteur des
Pénitens , d'où il a obfervé tout le Païs ,
enfuite Sa Majefté a vifité les camps de fa
Maiſon , ainfi que ceux de Cavalerie &
d'Infanterie qui font en avant de Louvain.
Sa Majesté eft rentrée chés elle à 11 heu
res.
M. de Senectere eft parti ce matin du
camp de Louvain avec zo bataillons &
16efcadrons , & une divifion d'artillerie ;
il va camper fa droite à Tirlemont .
Le corps aux ordres de M. de Clermont-
Tonnerre eft campé, fa droite à la Petite-
Gethe vers S. Tron , & fa gauche vers
Tirlemont.
Celui de M. S. Germain a fa droite vers
Borchloën , & fa gauche à S. Tron , ceux
JUIN. 1747. 187
de M. le Comte de Clermont & de M.
d'Eftrées ont leur droite à Beton près de
Tongres , & leur gauche à Borchloën .
Le corps de troupes campé en avant de
Louvain a été renforcé aujourd'hui de plufieurs
brigades d'Infanterie , qui étoient
campées entre Malines & Louvain .
L'armée des ennemis ayant fait encore
hier une marche , eft campée fur deux lignes
, dont la premiere a fa droite à Dieft ,
& fa gauche vers Beringhem , & la feconde
fa gauche à Dieft, & fa droite vers la Nette
en avant de Verbode .
Du 27.
Le Roi a reçu ce matin des Chevaliers
de S. Louis ; Sa Majefté n'eft point fortie
aujourd'hui .
Le corps de M. d'Eftrées eft campé fur
deux lignes , fon quartier general à Bedoé
en avant de la chauffée de S. Tron , Tron , fa gauche
à une lieue de Borchloën ; les Graffins
en avant fur la chauffée de Tongres à Haffelt
au village de Obrepenne , les La Morliere
à celui de Sanclen .
Les autres corps détachés de l'armée
n'ont fait aucun mouvement .
L'armée ennemie occupe fon même
camp; le quartier general du Duc de Cumberland
eft à Meldart entre Diefte & Be188
MERCURE DE FRANCE.
ringhem , celui de M. de Bathiany près de
Diefte, & celui de M. de Waldex du côté
d'Everbode , M. Baroniay eft dans les environs
d'Haffelt à Courange , & M. de
Wolfenbutel eft à portée de lui . Les équipages
& le canon de l'armée ennemie
ne font arrivés qu'hier dans leur camp.
Du 28 .
Hier M. de Vence , Brigadier d'Infanterie
, Colonel de Royal Corfe , s'eft emparé
de Liers , & M. de Beaufobre d'Herentals
où il a fait 70 prifonniers , & pris
quelques chariots .
que
celle des en-
L'armée du Roi , ainſi
nemis , eft dans la même pofition.
Du 19.
Le Roi a monté ce matin à cheval . Sa
Majefté a paffé en revûë le Régiment des
Cantabres.
L'armée du Roi à fait aujourd'hui un
fourage général entre la chauffée de Louvain
à Tirlemont & le ruiffeau de Lubec.
L'efcorte étoit commandée par M. le
Prince de Soubize Maréchal de Camp .
' Ce fourage a été fort tranquille & trèsabondant.
Un détachement de deux cent hommes
d'Infanterie & de cinquante chevaux des
JUIN. 1747. 139
Graffins a attaqué un corps de quatre cent
Lycaniens & Huffards qu'il a battus &
chaffés jufques dans Haffelt , il y en a
eu beaucoup de tués & plufieurs prifon
niers .
leur
Les ennemis qui ont marché par
gauche avoient hier un corps confidérable
à Diepenbeck .
Leur armée étoit campée fur les bruyeres
à une lieuë de Haffelt , ayant un corps en
avant fur Haffelt. Aujourd'hui ils ont
pouffé un corps de dix à douze mille home
mes vers Munsterbilfen , qui doit être ce
lui qui étoit à Diepenbeck.
Le Roi part demain avec fon armée
camper à Tirlemont .
pour
aller
De Tirlemont le 30,
Le Roi eft parti ce matin du Camp du
Parc à huit heures avec l'armée .
Sur l'avis que Sa Majesté a reçu en che
min que M. le Maréchal Comte de Saxe
qui eft parti hier au foir de Louvain pour
joindre M. le Comte de Clermont à Ton
gres , avoit envoyé ordre aux Corps détachés
aux ordres de Meffieurs de Clermont
Tonnerre & de Sennecterre de le venir
joindre , elle n'a fait qu'une halte à Tirlemont
où elle devoit coucher , & elle
tira ce foir à fix heures pour fe porter avec
l'armée à S. Tron.
par190
MERCURE DE FRANCE .
Du Camp de Nice.
Elon les lettres de Camp du Nice les
foffés de la Citadelle de Villefranche
creufés dans le roc , & qui larges de dix
toifes ont trente pieds de profondeur ,
ont préfenté un comblement fort difficile .
On n'a pû non plus faire les approches
qu'avec beaucoup de peine , le glacis n'étant
qu'un rocher raboteux & fans terre.
Ces obftacles , d'autant plus grands que
les montagnes dont Villefranche eft environnée
, font inacceſſibles au canon , ont
obligé d'avoir recours à divers expédiens
extraordinaires , mais ils n'ont pû empêcher
qu'on ne parvint la nuit du to au 11
à fe loger dans le chemin couvert . M. de
Roffi Lieutenant Général des troupes Piémontoifes
lequel commandoit dans la place
capitula le 11 à midi , & la garniſon a été
faite prifonniere de guerre. Dans le tems
du départ du courier par lequel on a reçu
cette nouvelle l'Infant Don Philippe
n'attendoit plus que l'arrivée des dernieres
divifions des troupes Efpagnoles pour
marcher fur Vintimille où le Comte de
Leutrum a raffemblé les vingt-fept bataillons
, qui lui ont été donnés pour la dé
fenfe du Comté de Nice.

JUI N. 1747 . 191
Les lettres de Marfeille confirment
qu'on y a reçu avis de divers endroits
que les troupes de la Reine de Hongrie
commandées par le Comte de Schullenbourg
s'étoient enfin retirées des environs
de la ville de Génes , & qu'elles
dirigoient leur marche du côté de Sa
yonne ,
RELATION de la victoire remportée à
Lawffelt par le Roifur l'Armée des
Alliés le 2 Juillet.
L
E Roi en marchant avec fon armée
au camp du Parck avoit ordonné
que le Corps commandé par le Comte de
Clermont , Prince du Sang , fe portât à
Tongres , & que la referve aux ordres du
Comte d'Eftrées laquelle étoit jointe à
ce Corps , s'avançât jufqu'aux fources du
Demer. Les avis que les ennemis eurent
de cette marche les déterminerent à quit
ter leur pofition entre les deux Néthes.
Ils vinrent camper à Dieft , leur centre à
cette ville , leur droite s'étendant vers la
Nethe & leur gauche vers Beringhen. En
conféquence de leur mouvement le Comte
de Saint Germain eut ordre de fe
rendre avec douze bataillons , deux bri192
MERCURE DE FRANCE.
gades de Cavalerie & un Régiment de
Dragons entre Saint Tron & Borchloën ;
le Marquis de Clermont Tonnerre avec
deux Régimens de Grenadiers Royaux &
quatre brigades de Cavalerie entre Tirlemont
& Saint Tron , & le Marquis de
Senneterre , avec quatre brigades d'Infanterie
& deux de Cavalerie à Tirlemont.
La marche de ces differens Corps ayant
obligé les ennemis de s'approcher de Haffelt
, le Roi dès qu'il en fut informés prie
la réfolution de fe porter fur Tongres avec
toute fon armée , afin de foutenir le Corps
du Comte de Clermont , en cas que le
Duc de Cumberland eût pour objet d'at
taquer ce Prince. Le 29 du mois dernier
les ordres furent donnés aux Corp
tachés de marcher à Tongres , & le
chal Comte de Saxe alla le mêm
y joindre le Comte de Clermont. Le refte
de l'armée commandée par le Comte d'1,
battit la générale à dix heures du foir &
prit la route de Tirlemont , où ce Prince
reçut ordre du Maréchal Comte de Saxe
de s'avancer auffi à Tongres.
Sa Majesté partit le 30 au matin du
camp du Parck pour fe rendre à Tirlemont
avec la Referve que commande
le Prince de Dombes , & qui étoit compofée
JUI N. 1747. 193
pofée des troupes de la Maifon du Roi ,
de la Gendarmerie & des Carabiniers,
Sur les avis que le Roi reçut en chemin
du Maréchal de Saxe , Sa Majefté fe remit
en marche de Tirlemont à fept heures
du foir , & pour donner le tems à l'artillerie
de paffer la groffe Gethe , elle
s'arrêta à Otfmaël , où les troupes qai l'accompagnoient
pafferent la nuit au Bivouac.
Le Roi étant arrivé à Tongres le premier
de ce mois à midi , & y ayant appris
que le Maréchal Comte de Saxe s'étoit porté
en avant avec une partie de l'armée
dans l'intention d'attaquer un Corps confidérable
de l'armée des Alliés , lequel paroiffoit
fur les hauteurs depuis la grande
Commanderie jufqu'au village de Rofmaël
, Sa Majefté alla ſur le champ joindre
Général. Elle reconnut avec lui la pofition
de l'armée des ennemis qui avoient
eu le tems de faire avancer toutes leurs
troupes; elle approuva les difpofitions.commencées
le Maréchal Comte de Saxe ;
par
elle fit venir le refte de l'armée , laiffant
à Tongres fous les ordres du Comte de
Saint Germain douze bataillons avec cinquante
piéces de canon , & elle demeura
jufqu'à neuf heures du foir à concerter
ce
II. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
avec le Maréchal les mefures pour l'attaque
qu'elle vouloit faire le lendemain. $
Pendant toute la journée il y eut des
efcarmouches très- vives entre nos troupes
légeres & celles des Alliés. Ils tenterent
le foir de s'emparer du village de Remft ,
qui étoit en avant de notre premiere ligne,
& que le Comte de Clermont avoit fait
occuper. Après avoir canonné ce poſte
pendant plus d'une heure fans fuccès , ils
renoncerent à leur entreprife , & le . Roi
voyant qu'il n'y avoit rien à craindre pour
le village , alla paffer la nuit dans une
mauvaife maifon de celui de Herteren.
Le 2 à la pointe du jour Sa Majesté
monta à cheval , & s'étant rendue fur le
champ de bataille , elle ordonna les dernieres
difpofitions pour le combat. L'Infanterie
fut placée fur les hauteurs d'Elderen
, la gauche bordant les plateaux ,
la droite s'étendant jufqu'au village de
Remft . La Cavalerie fe rangea en bataille
fur deux lignes dans la plaine en avant
de l'Infanterie & au-deffous du village
d'Elderen , à la hauteur duquel elle appuyoit
fa gauche , faifant face au village
de Vlitingen & à la grande Commanderie
où étoit le Quartier du Feldt- Maréchal
Comte de Bathiany. La droite tiroit ver
JUIN. 1747. 195
1
}
le village de Montenaken , dans lequel
le Comte de Clermont avoit pofté une
brigade d'Infanterie. On mit en réſerve la
Maifon du Roi Infanterie & Cavalerie ,
la Gendarmerie & les Carabiniers › ce
Corps ayant fa gauche à Elderen .
L'armée des Alliés dont la droite étoit
à la grande Commanderie , & la gauche
du côté de Maeftricht occupoit les villa
ges de Groos Pawe , de Rofmaër , de
Lawffelt & de Vilte. Sa Majefté chargea
le Comte d'Estrées d'attaquer ce dernier
village. Le Comte de Clermont , Prince
du Sang , fut chargé d'attaquer celui de
Lawffelt , qui étoit en avant du centre de
la premiere ligne des ennemis , & il eut
ordre de faire avancer fa Cavalerie commandée
par le Comte de Segur , entre fon
Infanterie & les troupes du Comte d'Eſtrées.
Les Alliés portant leurs principales
forces fur leur gauche , le Roi renforça
de quelques brigades d'Infanterie & de
Cavalerie le Corps du Comte de Clermont
, lequel fe mit en mouvement pour
exécuter l'attaque que Sa Majesté lui avoit
confiée , pendant que le Comte d'Estrées
qui avoit marché avec fa Referve fur le
village de Vilre fe porta fur ce pofte ,
dont il étoit effentiel de s'emparer pour
déborder la gauche de l'ennemi .
I ij
196 MERCURE DEFRANCE.
L'action commença à dix heures du
matin par l'attaque du village de Lawffelt
que défendoient les troupes Angloifles ,
Hanoveriennes Heffoifes & quer ues
Régimens Hollandois . Il étoit garni de
plufieurs piéces de canon , dont quelques
unes placées au- dehors prenoient par le
flanc gauche l'Infanterie du Comte de
Clermont . Malgré le feu de cette artillerie
les brigades de Monaco , de Segur ,,
de Bourbon & de la Fere , parvinrent au
pied des retranchemens de ce village.
Celle de Monaco que commandoit le
Marquis de Lautrec Lieutenant Général ,
& celle de la Fere aux ordres du Marquis
de Laigle Maréchal de Canip , attaquerent
le centre. Le Comte de Berrenger Lieutenant
Général , & le Marquis de Froulay
Maréchal de Camp , attaquerent la gauche
avec la brigade de Segur . La brigade de
Bourbon , commandée par le Marquis de
Beaupreau Maréchal de Camp , refta en
referve pour foutenir deux batteries , chacune
de dix piéces de canon , qui battoient
la droite & la gauche du village,
Nos troupes , par la vigueur avec la
quelle elles combattirent , forcerent les
ennemis d'abandonner ce pofte dès la
premiere attaque , mais comme ils le foutenoient
en colonne ils en lafferent nos
JUIN. 1747. 197
1
10
*
brigades , qui fe retirerent dans le plus
grand ordre fous le feu de l'artillerie &
de la moufqueterie . La brigade de Bour
bon s'étant jointe aux trois autres elles
firent une feconde attaque. Elle eut auffi
peu de fuccès que la premiere , & l'on ne
put fe maintenir dans le village où les
ennemis faifoient filer continuellement
de nouvelles troupes , tirées de la ligne
d'Infanterie qu'ils avoient derriere en
bataille.
Le Maréchal de Saxe qui s'étoit porté
à cette attaque , ayant reconnu par luimême
la force du pofte , fit marcher le
Comte de Montbarey Maréchal de Camp
à la tête des brigades de Bettens & de
Monin , lefquelles avec les quatre cideffus
nommées attaquerent pour la troifiéme
fois. Ces troupes furent encore repouffées
, mais en confervant cependant
quelque partie du village. Alors le Maréchal
, après avoir fait avancer une batterie
de gros canon , fit foutenir ces fix brigades
par celles de Royal Vaiffeaux & des
Irlandois fous les ordres du Comte de
Thomond Lieutenant Général , & du
Comte de Fitz - James , du Comte de
Rooth & du Duc d'Havré Maréchaux de
Camp , à la tête defquelles fe mit le
Comte de Clermont. Ces dernieres bri-
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
gades & les fix autres formerent une nou
velle attaque , & fe rendirent maîtreffes
de la plus grande partie du village.
Les ennemis à qui il importoit de le
garder , changerent auffi-tôt leurs difpofitions.
Toute la gauche de leur Infanterie
marcha en colonne pour nous forcer
d'abandonner ce pofte. Sur ce mouvement
le Maréchal de Saxe envoya ordre
aux brigades du Roi , de la Tour Dupin
& d'Orleans , commandées par le Marquis
de Sallieres Lieutenant- Général , &
par le Comte de Lorges & le Marquis de
Guerchy Maréchaux de Camp , de fe porter
fur le flanc droit de cette colonne , &
elles la chargerent avec tant de valeur
qu'elle fut culbutée , & le village entierement
emporté. La Cavalerie qui étoit en
bataille derriere ces trois brigades s'avança
en même tems & chargea auffi , nonfeulement
cette Colonne , mais encore un
Corps de Cavalerie qui s'avançoit pour
foutenir l'Infanterie.
Dès que les ennemis virent le village
fur le point d'être pris ils effayerende
faire une diverfion , en attaquant la Ca--
valerie aux ordres du Comte de Segur &
celle du Corps du Comte d'Eftrées . Le
Maréchal Comte de Saxe s'étant porté
ce côté avec le Comte de Clermon
JUIN. 199 1747 .
venir les Carabiniers. Ils acheverent de
mettre en déroute la Cavalerie Angloiſe ,
déja ébranlée par les premieres charges.
Bientôt le défordre gagna le refte de l'aîle
gauche de l'armée des Alliés. Cette aîle
qui étoit fur deux lignes de Cavalerie &
d'Infanterie à la hauteur du village de
Westerwezel , prit la fuite , & elle fut
pourfuivie jufqu'à Maeftricht par la Cavalerie
du Corps du Comte d'Eftrées , lequel
avoit chaffé les ennemis du village de
Vilre fuivant l'ordre qu'il avoit reçu de Sa
-Majesté .
Lorfque l'action fut finie à la gauche ,
le Roi fit avec le Maréchal Comte de Saxe
3
de nouvelles difpofitions pour attaquer les
troupes de la Reine de Hongrie , commandées
par le Feldt - Maréchal Comte de
Bathiani , & qui étoient demeurées tranquilles
fpectatrices du combat , leur droite
à la grande Commanderie & leur gauche
au village de Rofmaër. Le Corps du
Comte de Clermont , celui du Comte
d'Eftrées , & celui du Marquis de Clermont
Tonnerre, conformement aux ordres
du Roi , déboucherent par la droite entre
les villages de Lawffelt & de Monpertin
, tandis que le refte de l'Infanterie
marcha en bataille & de front aux ennemis
entre le village de Rofmaër &
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
celui de Groos Spave ; mais le Feldt -Ma
réchal Comte de Bathiany , précedé des
troupes de la République des Provinces-
Unies , avoit commencé fa retraite auffitôt
après la prife du village de Lawffelt ,
& il marcha avec tant de diligence qu'il
fut en peu de tems hors de portée d'être
attaqué. Le Roi qui s'étoit avancé en
perfonne à la tête des troupes , détacha le
Marquis de Clermont Tonnerre & le
Marquis de Clermont Gallerande pour
fuivre cette aîle droite des ennemis laquelle
on fit plufieurs prifonniers. Sa Majefté
alla coucher le foir à la Comranderie
où elle a établi fon Quartier .
L'attaque du village de Lawffelt laquelle
a duré plus de deux heures , eft une
des vives actions d'Infanterie qu'on ait
encore vû. Les troupes du Roi y ont
donné des marques d'une valeur incroya
ble , & leur exactitude à obferver la difcipline
eft digne des plus grands éloges.
Par tout les brigades de Royal , des Cravates
, de Berry , d'Anjou , de, Royal
Rouffillon & les Carabiniers , ont enfoncé
les efcadrons des ennemis , dont on eftime
la perte à plus de dix mille homines. On
a fait un grand nombre de prifon iets
parmi lefquels font le Général Ligonier ,
le Lord Seuton , le Major Général d
"
1
JUIN. 201 1747.
Heffois , & divers autres Officiers de diftinction.
Plus de vingt piéces de canon
ont été prifes aux ennemis , & on leur a
enlevé plufieurs drapeaux , étendarts &
paires de tymballes.
Dans l'armée du Roi il y a eu environ
cinq mille hommes tués ou bleffés . Le
Comte de Baviere Lieutenant Général,
& le Marquis d'Autichamp Colonel Lieutenant
du Régiment d'Enghien ont été
tués. Les principaux Officiers bleffés font
le Marquis de Lautrec & le Comte de
Berrenger , Lieutenans Généraux ; le Marquis
de Crequy , le Marquis de Froulay
& le Marquis de Guerchy , Maréchaux de
de Camp ; le Marquis de Bonnac , Colonel
du Régiment de fon nom ; le Comte
d'Aubeterre Colonel du Régiment
Royal Vaiffeaux ; le Comte de Balleroi ,
Colonel Lieutenant du Régiment d'Orleans
; le Marquis de Fenelon , Colonel
du Régiment de la Fere ; le Marquis de
Segur , Colonel du Régiment de fon
nom ; le Marquis de Rochambault , Colonel
du Régiment de la Marche ; le
Chevalier de Dreux , Colonel du Régiment
Royal la Marine ; le Comte de la
Tour Dupin , Colonel Lieutenant du
Régiment de Bourbon ; le Marquis de
"ellefond , Colonel du Régiment de for
* I
202 MERCURE DE FRANCE .
nom , & le Marquis de Cernay , Meſtre
de Camp du Régiment des Cravattes.
386 506 307 308 306 307 30-506 506 600 526 506 52 606
MORT S..
E 19 Avril Leopold Prince d'Anhalt Deffau,
Chevalier de l'Ordre de l'Aigle noir , Feldt
Maréchal de l'Empire , Feldt Maréchal Général des
Armées du Roi de Pruffe , Gouverneur de Magdebourg
& de Cuftrin , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie de trois Bataillons , mourut à Deffau
dans le Cercle de la Haute Saxe d'une attaque
d'apoplexie , il étoit âgé de 71 ans , 10 mois & un
jour , étant né le 8 Juillet 1676. Ce Prince qui
étoit regardé comme un des plus habiles Généraux
de l'Europe , eft univerfellement regretté , il étoit
fils de Jean- Georges Prince d'Anhalt Deffau , Gé
néral Feldt Maréchal de l'armée de l'Electeur de
Brandebourg , mort le 17 Août 1693 , & de Hen
riette- Catherine de Naflau Orange , morte le
Novembre 1708. Il avoit épousé en 1698 Anne
Louife Foefan , née le 22 Mars 1677 , fille d'u
Bourgeois de Deffau , & l'Empereur lui donna l
29 Décembre 1701 la qualité de Princeffe & à fe
enfans celle de Princes de l'Empire , & de ce ma
riage eft né entre autres Leopold- Maximilien Prin
ce d'Anhalt Deffau , né le 25 Septembre 1700
Chevalier de l'Aigle noir , Lieutenant Général de
armées du Roi de Pruffe , & Colonel d'un Régi
ment d'Infanterie , auquel ce Prince vient d'ac
corder le Gouvernement de Magdebourg , & il
marié depuis le 15 Mai 1737 avec Gifele - A
d'Anhalt Cothen. Voyez pour la Généalo
JUIN. 1747. 203

¹a Maison d'Anhalt , l'une des plus grandes de l'Allemagne
, les Tables Généalogiques d'Hubnert ,
les Souverains du Monde , vol . 2. fol . 244 ; le Dictionnaire
Hiftorique de Morery & le Notitia Imperii
, par M. Imhoff , & c.
Le 29 Mai Françoiſe - Marie de Lefcalopier , veuve
depuis 1718 de René François de S. Remy ,
Chevalier, Seigneur de la Motte Fouque , au Mans ,
de Magny- le - Defert , de S. Patrice & d'Orgeres ,
dit le Marquis de S. Remy , mourut à Paris dans
la 73 année de ſon âge , n'ayant eu de fon mariage
que Marie- Therefe- Gafparde de S. Remy , née le
10 Juin 1708 , morte le 26 Février 1719. Elle étoit
fille de Gafpard de Lefcalopier , Confeiller au Parlement
, reçû le 29 Juillet 1667 , mort étant de la
Grand'Chambre le 21 Décembre 1708 , & de Dame
Françoife-Geneviève Collin de Liancourt; elle étoit
four de Céfar- Charles de Lefcalopier , Seigneur de
Nourard , Confeiller d'Etat ordinaire , ci-devant
Maître des Requêtes & Intendant de Juftice en
Champagne , lequel de fon mariage avec feuë Dame
Anne-Geneviève- Therefe Charrier a pour enfans
Gafpard Céfar - Charles de Lefcalopier , Maitre
des Requêtes & Intendant de Juftice à Montauban
depuis 1740 , & Charles-Armand de Lefcalopier
, auffi Maître des Requêtes. La famille de
de Lefcalopier eft une des plus confidérables de la
Robe , dont elle a poffedé les premieres Charges ,
par fes alliances ; pour le nom de de S. Remy il
eft marqué en Normandie par l'ancienneté de fa
nobleffe par fes alliances & les fervices.
&
Le 20 Juin Louis- Marie-Leopold de Lorraine ,
Prince de Guife , Brigadier des armées du Roi du
premier Mai 1745 , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de fon nom , mourut à l'armée d'Italie ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
dans la 27 année de fon âge , étant né le 17 Décembre
1720 & fans être marié , il étoit fils unique
d'Anne-Marie- Jofeph de Lorraine , Comite &
Prince de Guife fur Mofelle , Comte d'Harcourt
de Montlaur & de S. Remeze , Marquis de Maubec
, mort le 27 Avril 1739 , & de Dame Marie-
Louife-Chrétienne de Caftille de Montjeu , morte
le 11 Janvier 1736. Il avoit pour foeurs ainées
Françoife- Henriette-Louife de Lorraine, mariée le
21 Mars 1725 avec Emanuel-Théodofe de la Tour
d'Auvergne , Duc de Bouillon , Pair & Grand
Chambellan de France , dont elle étoit la quatriéme
femme , morte le 31 Mars 1737 , laiffant une
feule fille , nommé Marie- Sophie de la Tour , mariée
le 4 Avril 1745 avec M. le Prince de Beauvaui ;
& Marie-Elizabeth-Sophie de Lorraine , mariée le
7 Ávril.1734 avec M. le Duc de Richelieu , morte
le 2 Août 1740 dans la 30 année de fon âge , laiffant
un fils Duc de Fronfac & une fille Mlle de Richelieu.
Par la mort de M. le Prince de Guife eft
éteinte la feconde Branche de la Maifon de Lotraine
, établie en France , étant cadette de celle des
Ducs d'Elbeuf & aînée de celle de Liflebonne ou
de Commercy , d'Armagnac ou de Brione , de Marfan
ou des Princes de Pons. Voyez pour cette Gé
néalogie les differens Auteurs qui ont écrit des
Maifons Souveraines.
Jofeph Marie Duc de Boufflers , Pair de France
, Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Général
des armées de Sa Majefté , Gouverneur de
Flandres , de Hainault & des Ville & Citadelle
de Lille , Grand Baillif & Gouverneur héréditaire
de Beauvais & du Beauvoifis , & Commandant
des troupes que le Roi a envoyées au
fecours des Génois , eft mort à Génes le 2 Juille
âgé de 42. ars.
1
2.
JUIN. 1747. 20.5
Nous ne pûmes en annonçant les morts du
mois de Mai les détailler avec l'étendue & l'exactitude
que nous donnons ordinairement à ces articles
, nous allons y fuppléer .
A M. le Comte de Bonneval , mort à Conftantinople
le 22 Mars de cette année , comme il eſt
dit dans le dernier Mercure , ajoûtez qu'il le nommoit
Claude-Alexandre de Bonneval , connu d'abord
fous le nom de Chevalier & enfuite de Comte
de Bonneval , qu'il paffa de la marine , étant
Enfeigne de vaiffeau, au fervice de terre , fut fous-
Lieutenant dans le Régiment des Gardes Françoiſes
en 1698 , fut fait enfuite Colonel du Régiment de
Lafont Infanterie le 22 Juin 1701 , & fervit à la tête
de ce Régiment en Italie jufqu'en 1706, paffa depuis
au fervice de l'Empereur, qui le fit d'abord Général
de Bataille , & depuis lui donna un Régiment d'Infanterie
compofé de 2300 hommes , le déclara
Confeiller de fon Confeil Aulique de guerre & le
fit Maréchal de Camp général de fes armées , Général
d'Artillerie ; il paffa depuis à la Cour du
Grand Seigneur qui lui donna entr'autres charges
celle de Topigy- Bachi , qu'il poffedoit à fa
mort & qui a été donnée à ſon fils naturel , connu
fous le nom de Soliman. Aga. Etant venu faire un
voyage en France il avoit été marié le 7 Mai 1717
avec Dame Judith- Charlotte de Gontaut Biron , fille
d'Armand- Charles de Gontaut , depuis Duc de Biron
, Pair & Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , & de Dame Marie-Antonine de
Bautru- Nogent ; elle mourut fans avoir eu d'enfans
le 20 Avril 1741. Le Comte de Bonneval étoit fils
puîné de Jean-François de Bonneval , Seigneur de
Bonneval en Limofin , dit le Marquis de Bonneval
, mort le 19 Juin 1682 , & de Dame Claude
de Monceaux , morte le 4 Septembre 1714. Il
206 MERCURE DE FRANCE.
avoit pour frere aîné Céfar Phoebus de Bonneval ,
Marquis de Bonneval , Meftre de Camp Lieutenant
du Régiment Royal des Cuiraffiers par commiffion
du 17 Février 1697 , Brigadier d'armée par
Lettres du 4 Février 1704 & Chevalier de l'Ordre
militaire de S. Louis , lequel du mariage qu'il contracta
le 9 Mars 1700 avec Dame Marie- Angé
lique d'Hautefort Surville a pour fils unique Céfar
Phoebus François de Bonneval , Comte de Bonneval
, né le 24 Novembre 1703 , Colonel du Régiment
de Poitou Infanterie , par commiffion du 19
Février 1723 , Brigadier d'armée du premier Janvier
1740 , marié le 4 Décembre 1724 avec Dame
Marie de Beynac , & pour fille Dame Marie- Marthe-
Françoife de Bonneval , mariée le 28 Avril
1720 avec Louis de Talaru , Marquis de Chalmazel
, Brigadier des armées du Roi , & depuis Pre-
'mier Maître d'Hôtel de la Reine , dont elle a plufeurs
enfans . Voyez la Généalogie de la Maifon
de Bonneval , l'une des premieres du Limofin par
fon ancienneté , par fes alliances & par les fervices
militaires , dans le Dictionnaire hiftorique de Morery
, vol. 1 du Supplément , fol. 155.
A Dame Henriette- Catherine de S. Nectaire de
la Ferté , époufe de François de Bullion , Marquis
de Longchefne , de laquelle la mort eft rapportée
dans le dernier Mercure , ajoutez qu'elle étoit née
le ... Mars 1662 , & qu'elle étoit fille de Henri de
S. Nectaire Duc de la Ferté , Pair & Maréchal de
France , Chevalier des Ordres du Roi, Gouverneur
des Ville , Citadelle & Evêché de Metz , Pays
Meffin , Evêché de Verdun , mort le 27 Septembre
1681 , & de Dame Magdeleine d'Angennes
de la Loupe , morte le 16 Mars 1714 , âgée
de 85 ans. Elle étoit foeur de Henri - François de
S. Nectaire , Duc de la Ferté , Pair de France ,
JUIN. 1747. 207
Lieutenant Général des armées du Roi , mort le
premier Août 1703 fans laiffer d'enfans mâles de
fon mariage avec Dame Marie Gabrielle Angélique
de la Motte Houdançourt , foeur de feuë Madame
la Ducheffe de Ventadour.
Madame de Longchefne n'avoit eu de fon mariage
que deux fils, l'aîné Marquis de Longchefne,
Capitaine dans le Régiment de Piémont , tué à
Paris le 4 Décembre 1711 fans être marié , Henri
de Bullion Longchefne, péri fur mer ; M. de Longchefne
vit encore , il eft fils de Claude de Bullion,
Marquis de Longchefne & d'Attilly , mort le 14
Janvier 1678 , & de Dame Perrette Meufnier ,
morte le ... Décembre 1706 , & petit- fils de Claude
de Bullion , Seigneur de Brunelles , Sur- Intendant
des Finances , Miniftre d'Etat , Commandeur
& Garde des Sceaux des Ordres du Roi , & de
Dame Angélique Faure de Berlife . Voyez la Gé
néalogie de la Maifon de S. Nectaire dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol. 4.
fol. 887 , & pour celle de Bullion , le volume
la même Hiftoire & le Dictionnaire Hiftorique
de Morery, & c.
و
de
A Mre Armand de la Croix de Caftries Archevêque
d'Alby , dont la mort eft rapportée dans le
dernier Mercure, ajoutez qu'il fut fucceffivement
Grand Archidiacre de l'Eglife de Narbonne , reçû
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris le 19
Mai 1695 , nommé Aumônier ordinaire de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , Marie Adelaide de
Savoye , depuis Dauphine , au mois de Décembre
1697;Abbé Commandataire de Valmagne la même
année , de celle de S.Pierre de Moneftier S Chaffre
en 1702 , fait Premier Aumônier de Marie-Louife-
Elifabeth d'Orléans , Ducheffe de Berry en 1711 ,
qu'il refufa en 1716 FEvêché de Troye , qui lui
208 MERCURE DE FRANCE.
fut offert , fut nommé le 29 Janvier 1717 à PAr
chevêché de Tours & fut facré le 29 Octobre 1719,
fut transferé peu de jours après à l'Archevêché
d'Alby , pour lequel il prêta ferment de fidélité au
Roi le 24 Octobre 1722 , il affifta le lendemain au
Sacre de Sa Majefté , ayant été du nombre des Prélats
qui furent invités , il fut propofé le 2 Février
1733 pour être Prélat Commandeur de l'Ordre du
S. Efprit , & il reçût la Croix & le Cordon le 24
Mai fuivant. Il étoit fils de René- Gafpard de la
Croix , Marquis de Caftries , Lieutenant Général
des armées du Roi , Lieutenant Général de Languedoc
, Chevalier des Ordres , Gouverneur de
Sommieres & de Montpellier , mort le 22 Août
1674 ,& de Dame Elizabeth de Bonzi, feur du Cardinal
de ce nom , morte le 13 Novembre 1708. I
avoit pour frere aîné Jofeph-François de la Croix ,
Marquis de Caftries , Lieutenant de Roi en Lan
guedoc , Gouverneur & Sénéchal de Montpellier ,
Maréchal de Camp , Chevalier d'honneur de Madame
la Ducheffe d'Orléans , Chevalier des Ordres
du Roi , reçû le 3 Juin 1724 , mort le 24 Juin
1728 , laiffant de Dame Marie- Françoise de Lévi
Charlus , fa feconde femme , qu'il avoit épousée
le 22 Janvier 1722 ,morte le ... Décembre 1728,
François -Armand de la Croix, Marquis de Caftries ,
né le 18 Octobre 1725 , Gouverneur & Sénéchal de
Montpellier,Lieutenant de Roi en Languedoc , mort
le 27 Janvier 1743 à l'âge de 18 ans, & fans enfans
de De Marie- Louife-Angélique de Talaru de Chal
mazel , aujourd'hui fa veuve , 2 ° . Charles- Eugene-
Gabriel de la Croix , Marquis de Caftries , né le
25 Février 1727,Gouverneur des Ville & Citadelle
de Montpellier & Lieutenant de Roi au Gouvernement
de la Province de Languedoc , marié depuis
le 19 Décembre 1743 avec Dame Gabrielle
1
JUIN. 209 1747-
-
Ifabeau- Thérefe de Roffet , de Rocozel , née le 22
Octobre 1728 , derniere fille de M. le Duc de
Fleury , Chevalierdes Ordres , & petite niece de
feu M. le Cardinal de Fleury , 3 ° . Louis Auguftin
de la Croix de Caftries , né le s Octobre 1728,
Teçu Chevalier de Malthe de minorité le 3 Juin
1731. Voyez la Généalogie de cette Maifon
dans le Dictionnaire Hiftorique de Morery , vol.
3. fol . 112.
A Dame Antoinette de Brion , veuve de Charles
Amelot , Premier Préfident de la troifiéme Chambre
des Enquêtes du Parlement , de laquelle la
mort eft rapportée dans le dernier Mercure , ajoûtez
qu'elle eft morte le 16 , que M. Amelot , for
mari , étoit Marquis de Mauregard & de Combronde
, Baron de Salvert , Seigneur du Mefnil
Amelot , qu'elle étoit veuve & fans enfans
depuis le Novembre 1726 , & qu'elle l'avoit
épousé le 27 Octobre 11692 , qu'elle étoit née le
20 Décembre 1671 , & qu'elle étoit fille de Jeans
de Brion , Marquis de Combronde , Baron de Salvert,
Confeiller au Parlement de Paris, mort le ..
Août 1684 , & d'Anne-Marie de la Barde , morte
le dernier Février 1700,& petite fille de Geraud de
de Brion , Secretaire du Roi , &c. Elle avoit eu
pour freres Antoine de Brion de la Barde , Marquis
de Combronde & de Marolles , Baron de Salvert ,
reçû Confeiller au Parlement en 1685 , mort en
1708 fans être marié , & Noel- François de Brion
Marquis de Combronde en Auvergne & de Marolles
en Gâtinois, & Baron de Salvert par la mort
de fon frere , premierement Chanoine de l'Eglife
de Paris & Prieur de la Dorade , puis Chevalier
Commandeur des Ordres de N. D. de Montcarmel
& de S Lazare , reçu le 13 Novembre 1713 , mort
le 22 Décembre 1736, laiffant deux fils de fon may
210 MERCURE DE FRANCE.
riage avec Dame Marie- Agnès de Pomereu, & c.
A M. le Cardinal d'Auvergne ( Henri Ofwald
de la Tour d'Auvergne ) mors le 23 Avril dernier
, ajoutez qu'il étoit né à Bergopzom dans le
Brabant Hollandois les Novembre 1671 du mariage
de Frederic -Maurice de la Tour d'Auvergne
Colonel Général de la Cavalerie de France ,
Sénéchal & Gouverneur du Haut & Bas Limofin ,
& Lieutenant Général des armées du Roi , mort
le 23 Novembre 1707 , & de Henriette -Françoife
de Hohen-Zollern Marquife de Bergopzom morte
le 17 Octobre 1698 , il fut dès l'âge de 7 ans
Chanoine Domiciliaire de Strasbourg , puis Chahoine
Capitulaire à l'âge de 21 ans & 9 mois ,
il fut élu en 1697 Grand Prévôt du même Chapitre
, nommé Archevêque de Tours en 1720 ,
puis de Vienne en 1721 , il traita de la Charge
de Premier Aumônier du Roi en 1732 , fut nommé
Prélat Commandeur de l'Ordre du Saint Ef-
&
prit le 2 Février 1733 & reçu le 24 Mai fuivant.
Il avoit pour frere aîné Emmanuel- Maurice de la
Tour , dit le Baillif d'Auvergne, Chevalier Grand
Croix de POrdre de Malthe , né le 3 Décembre
1670 , lequel céda fes droits d'aîneffe à ſon cadet ,
& mourut à Bergopzom le... Mars 1702 , pour
puiné François-Egon de la Tour d'Auvergne Marquis
de Bergopzom , dit le Prince d'Auvergne , né
Te 15 Décembre 1675 & mort le 26 Juillet 1710 ,
étant alors Lieutenant Général au fervice des Etats
de Hollande , & laiflant de Marie-Anne de Croy
de Ligere d'Aremberg Princeffe d'Arfchot , qu'il
avoit époufée le 20 Novembre 1707 , Marie-
Anne -Henriette de la Tour d'Auvergne Marquife
de Bergopzom , fille unique , née le 24
Octobre 1708 , mariée le 15 Février 1722 avec
Jean - Chriftian de Baviere Prince Palatin de
JUIN. 1747.
211
Sultzbach mort le 20 Juillet 1733 , & elle dès
le 28 Juillet 1728 , laiffant Charles - Philippes-
Theodore de Baviere né le 11 Décembre 1724 ,
Prince de Saltzbach , & aujourd'hui Electeur
Palatin depuis le 31 Décembre 1742. Voyez pour
la Maifon de la Tour d'Auvergne l'Hiftoire qui
en a été donnée par les fieurs Juftel & Baluze , &
PHiftoire des Grands Officiers de la Couronne
vol . fol. 544.
A M. le Marquis de Bouzols ( Joachim- Louis de
Montaigu ) dont la mort eft annoncée dans le
dernier Mercure , ajoutez qu'il étoit fils de Jofeph.
de Montaigu Comte de Bouzols , Maréchal de
Camp & Infpecteur Général de la Cavalerie &
des Dragons , & de Dame Jeanne -Henriette
'd'Aureille de Colombines ; il avoit été marié le
11 Mars 1732 avec Dame Laure- Anne de Fitsjames
depuis Dame du Palais de la Reine , & fille
du feu Maréchal Duc de Berwick & de Dame
Anne Bulzeley, & il laiffe de ce mariage Joachim-
Charles Laure de Montaigu , Marquis de Bouzols,
né le 18 Août 1734 , & Anne -Joachim de Montaigu
Vicomte de Beaune, né le 16 Août 1737. Feu
M. le Marquis de Bouzols étoit neveu de feu
Louis-Joachim de Montaigu Vicomte de Beaune ,
Marquis de Bouzols , Chevalier des Ordres du Roi,
Lieutenant Général de fes armées , & Lieutenant
Général du Gouvernement de la Baffe Auvergne
& dont la mort eft rapportée dans le Mercure de
Novembre de l'an 1746 fol. 197 .
A Dame Françoife-Marguerite Brunet de Rancy,
veuve depuis le 7 Avril 1740 de Pierre- Arnaud
de la Briffe Confeiller d'Etat Ordinaire & Intendant
de Juſtice en Bourgogne , de laquelle la mort
eft rapportée dans le dernier Mercure , ajoutez
qu'elle avoit été mariée le 13 Février 1703 ;elle étoit
212 MERCURE DE FRANCE.
fille de Paul- Etienne Brunet Seigneur de Rancy;
Secretaire du Roi , & l'un des Fermiers Généraux
de Sa Majefté , & de Génevieve Colbert ,
& elle laifle pour enfans , entr'autres ,Louis - Arnaud
de la Briffe de la Ferriere Maître des Requêtes
depuis 1734 , & Intendant de Juftice de la Géné
ralité de Caën depuis 1740 , qui a des enfans de
fon mariage avec Dame Magdeleine Thoynard ,
Arnaud Gilles de la Briffe de Charny , dit le Chevalier
, Lieutenant au Régiment des Gardes Françoifes
, & Chevalier de l'Ordre de Saint Louis ,
tué au combat d'Ettingen le 27 Juin 1743 étant
nommé Capitaine , Henri- François de la Briffe
Abbé de N. D. d'Obazine depuis 1731 , Marguerite
Géneviève de la Briffe mariée le 13 Décembre
1728 avec Charles de Choifeul Marquis
d'Efguilly , & Marie- Victoire de la Briffe mariée
en 1732 avec Claude- François Roux Deagent de
Pontherieu , Comte de Morges & d'Allieres ,
Chevalier d'honneur au Parlement de Grenoble ,
&c.
A M. Antoine-François de Meliand Confeiller
d'Etat Ordinaire dont nous avons rapporté la mort
dans le dernier Mercure , ajoutez qu'il étoit né le
10 Mai 1670. Il fut reçu Confeiller au Parlement
le 3 Décembre 1692 , puis Maître des Requêtes
le 6 Février 1698 , fut envoyé en Espagne en qua.
lité d'Intendant des troupes auxiliaires de France ,
d'où étant de retour il fut envoyé Intendant de
Juftice à Lyon , puis à Lille , fut fait Confeiller
d'Etat femeftre en 1721 depuis ordinaire ; il étoit
fils de Nicolas Meliand, Confeiller au Parlement ,
mort étant de la Grand'Chambre le 13 Févr. 1696 ,
& de Dame Marie Petit de Paffy ; il avoit été
marié le 11 Juillet 1697 avec Dame Marie le Bret
de Flacourt , duquel mariage il avoit eu MarieJUIN.
1747. 213
Magdeleine Françoiſe de Meliand née le 22 Janv.
1704 , mariée le 24 Novembre 1718 avec René-
Louis de Voyer Marquis d'Argenſon , ( frere aîné
de M. le Comte d'Argenſon Miniftre & Secretaire
d'Etat de la guerre ) alors Maître des Requêtes ,
depuis Confeiller d'Etat Ordinaire & Grand
Croix , Chancelier & Garde des Sceaux de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , ci - devant Miniftre &
Secretaire d'Etat des Affaires Etrangeres ; feu M.
deMeliand étoit fils de Nicolas de Meliand Préfident
des Enquêtes du Parlement de Paris , & de Dame
Marie Petau , il étoit petit-neveu de Blaiſe de Me-
Hand Procureur Général au même Parlement reçu
le 20 Novembre 1641 .
ARRESTS NOTABLES.
A
RREST du Conſeil d'Etat du Roi & Let
tres Patentes fur icelui . Données à Verſailles
le 14 Mars. Regiftrées en la Cour des Aides le s
Mai , qui-autorifent les Employés des Fermes à arrêter
& écrouer les Contrebandiers qui auront été
decrétés ou qui fe feront évadés des prifons.
AUTRE & Lettres Patentes fur icelui , données
à Versailles le 28 Mars . Regiſtrées en Parlement
, portant reglement pour les Baracans qui ſe
fabriquent à Abbeville.
DECLARATION du Roi , donnée à Ver
failles le 7 Avril , Regiftrée en la Chambre des
Comptes , renduë en taveur des Officiers des Elections
& Gabelles du Royaume , pour la modéra
214 MERCURE DE FRANCE.
tion de la finance qu'ils devoient payer en conféquence
de l'Edit du mois de Février 1745.
ORDONNANCE du Roi , du 30, portant
reglement pour le payement des troupes de Sa
Majefté pendant la campagne.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , du 9
Mai ,qui ordonne que dans le reffort des Cours où
la Déclaration du 23 Mars 1672 n'a pas été enregiſ
trée , les Offices de Notaires , Procureurs & Huiffiers
, dont l'établiſſement fera jugé néceflaire ,
continueront à être vendus au profit de Sa Majefté.
P
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Suite de la Séance publique de l'Académie
des Belles Lettres , 3
Raccommodement de l'Amour & d'Apollon , 24
Difcours qui a concouru pour le Prix de l'Acadé
mie de Soiffons ,
Madrigaux ,
Mémoire fur la maladie des beftiaux ,
Madrigal ,
Autre ,
23
48
49
75
76
ibid.
79
So
Refléxions fur la démonftration fur la quadrature
du Cercle ,
Epitre de M. dela Soriniere ,
Madrigal par le même ,
Lettre fur le mot Fragon ,
Odes fur la Religion ,
81
85
Nouvelles Littéraires , des Beaux Arts , &c. Effai
fur les principes de la Phyfique ,
Recueil de piéces en profe , &c.
Ode fur la Providence ,
100
10f
108
Quinziéme & feiziéme tomes des vies des hommes
illuftres ,
Panégyriques des Saints ,
112
ibid.
Second & troifiéme tomes in- 4°. de l'hiftoire des
evoyages, & cinquième, fixiéme, feptiéme & huitiéme
de l'Edition du même ouvrage in- 12, 113
Differtation fur l'éducation ibid.
La notice des Manufcrits de la Bibliothèque de
J'Eglife Métropolitaine de Rouen ,
Hiftoire du Stathouderat ,
ibid.
ibid.
Traité de la Fabrique de la manoeure des vaiffeaux,
115
Mots des Enigmes de Juin , premier volume , 116
Enigmes & Logogryphe
Spectacles ,
ibid.
ibid.
Ameftris , nouvelle Tragédie repréfentée à la Co.
médie Françoife ,
Vanda , autre nouvelle Tragédie , Extrait ,
Eftampes nouvelles ,
Piéces de viole de M. Forqueray ,
L'abfence , nouvelle Cantatille ,
Nouvelles Cartes
pour 1749.
120
121
131
135
136
ibid.
Prix propofés par l'Académie Royale des Sciences
Plan de Rome propofé par ſouſcription ,
Suite de l'Effai d'Anatomie ,
138
141
143
Copie de lettre écrite par M, Chycoineau à M.
Bertrand , Doyen des Médecins de Marſeille ,
145
Réponse de M. Bertrand à cette lettre ,
Journal de la Cour , de Paris , &c.
146
148
Combat naval , 150
Combat de Canadiens contre les Anglois ,
154
Extrait de quelques lettres de Salé ,
Nouvelles Etrangeres , Suéde ,
Allemagne ,
Espagne
Grande Bretagne ,
Provinces Unies ,
Génes ·
Suite des Opérations de l'armée du Roi ,
Du Camp de Nice ,
134
Relation de la victoire remportée à Lawfelt
Roi fur l'armée des Alliés le 2 Juillet ,
Morts ,
Arrêts notables ,
156
161
164
171
172
375
176
182
190
parle
191
202
213
L'Adreffe du Mercure eft à M. de Cleves
d'Arnicourt , demeurant rue des Mauvais
Garçons, fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel
de Mâcon.
I
<
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le