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1746, 11, 12, vol. 1-2
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23.90 Mo
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663
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Texte
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
NOVEM.BRE.
UT SPARCA
LIGIT
UT
1746 .
Mon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVE LIER
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la deſcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI.
AveeApprobation & Privilège du Roi,
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
335253
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
1905
à
A VIS.
ADRESSE générale du Mercure eft
LAM. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien, Nons
prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui souhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus prompsement
, n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-defus
indiquée ; on ſe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOL S
VLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
ORIGO pupurei liquoris qui in Collegio
Ludovici Magni Convictoribus bibendus
propinatur , & qui vulgo dicitur Abundantia.
M
Ollia pampineis redimitus tempora
fertis ,
Ore rubens, tumidufque genas , gemmafque
micantes
Naribus oftentans patulis , ardentia volvens
Lumina, fronte minax , montano ventre rotundus,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.s
Purpureoque gerens ridentia pocula vino ,
Devius incerto Bacchus pede, frondea pindi
Culmina luftrabat , fæftivoque aera cantu
Ebrius implebat ; refonant clamoribus antra ,
Moefta repercuffis refpondet cantibus echo .
Audiit infolito mifceri murmure pindum
Phoebus , & arrectis hæfit ftupefacta fororum
Auribus , intremuitque cohors , exterrita fugit.
Sed mox attonitas accedere clamor ad aures
Defiit , & vanum mufæ ſenſere timorem,
Turmatim redeunt phobo præeunte , lyeum
Gramine fopitum afpiciunt : quæ que arripit arma
Arma repercuffim dorfum tunfura jacentis.
Bacchum circumeunt , geminato verbere , fomno
Excutitur , fruftra fuccurrit Flaccus amico ,
Bacchus hic eft , inquit , præfenti numine vates
Afflat , & hoc gaudet facundia doctæ magiſtro ;
Foecundi calices quem no n fecere diſertum !
rrita verba volant , repetito tunditur ictu
Bacchus , & ex alto pronâ cervice volutus
Truditur in præceps , Agan ippidos unda ruentem
Excipit , ille cadit , frangitque cadendo lagenam
Purpureum fundit concuffa lagena liquorem ,
Tranfit & in rofeos mutabilis unda colores .
Hæc dabitur potanda , inquit Timbræus , alumnis ,
Phoebus , alumnorum decepta caterva colore ,
Cafta ios latices loeto fub pectore ducet .
Hæc eft , ô pueri , pleno quæ copia cornu
Funditur , Ambrofium deinceps ne emnite necta
NOVEMBRE 1746. S
IMITATION DE LA PIECE LATINE
Sur cette
montagne
cherie
Ur
Qu'habite le plus beau des Dieux ,
Le vieux Bacchus plein d'ambroifie ,
L'air hardi , le feu dans les yeux ,
Riant , danfant comme un fatyre ,
Dans le fort d'un vineux délire ,
De lierre , de feftons , de pampre couronné ,
La trogne en luminée & le nés boutonné ,
Armé d'une large bouteille
Où brilloit le jus de la treille ,
Marcheit d'un pas précipité ;
Promenant fa rotondité
Il mêloit le chant à la danfe ;
Les hoquets marquoient la cadence ;
Jamais fur le facré vallon
On n'entendit tel carillon.
Phebus eft étonné , les Mufes hors d'haleine
Se cachent en tremblant fous les eaux d'Hypo❤
crêne ;
( Un rien au beau fexe fait peur ,
Un rien lui redonne du coeur :)
Bientôt reconnoiffant que leur crainte eft panique
,
Elles courent au lieu d'où partoit la Muſique ;
Appollon les conduit ; le galant efcadron
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Trouva Bacchus dormant fur un lit de gazon .
Quel raviffant plaifir ! la folâtre jeuneffe
S'apprête à le tirer de fa profonde yvreffe ;
L'une faifit un jet d'ofier ,
L'autre une branche de laurier ;
Puis toutes entourans fa bacchique excellence ,
A grands coups redoublés l'étrillent d'impor
tance.
Horace envain prend fon parti ;
C'eft Bacchus , il eſt mon ami ,
Dit-il , fa divine Ambroisie
Produit la plus belle harmonie ;
Maître de la profe & " des vers
Il préfide aux plus doux concerts ;
Tout Poëte lui doit les accords de ſa Lyre ;
Qui n'eft pas éloquent quand Bacchus nous infpire
?
Ainfi parla Flaccus ; on n'en fit aucun cas :
Bacchus bien étrillé , roulant du haut en bas ,
Tomba dans l'Aganippe , & caffa fa bouteille :
Le vin teignit les eaux d'une couleur vermeille ;
Voilà , dit alors Apollon ,
Le nectar qu'on boira fur le mont Hélicon.
Jeunes éleves de Thalie
En bûvant de cette liqueur
Penfez que c'eft de l'ambroifie ;
Elle en a du moins la couleur.
NOVEMBRE 1746.
SUITE & conclufion de la traduction du
Conte Arabe.
Smenor fe croyoit au comble du bon-
I heur & par là il étoit plus près de l'abime
où il devoit tomber , car les méchans ont
un periode de bonne fortune , qui à meſure
qu'elle arrive à fon comble, doit leur annoncer
auffi de plus près la mifére & le chatitiment
du à leurs forfaits , mais il ne fongeoit
point à tout cela , il s'en retournoit
chés lui dans fon char volant , très content
du fuccès de ſes méchancetés quand il entendit
au- deffous de lui un grand éclat de
rire , il regarde & voit la Fée chagrine qui
lui dit avec un air joyeux qu'elle n'avoit
pas ordinairement , bonjour mon compere
Ifmenor , je vous fouhaite d'être auffi content
que je fuis contente ; je fuis affûrément
fort aife de votre fatisfaction , répondit le
Magicien , mais dites m'en je vous prie le
fujet , c'eft peu de chofe mon compere ,
répliqua la Fée , en riant toujours , mais je
fuis perfuadée que vous en rirez d'auffi bon
coeur que moi , je viens de la mer ou j'ai
trouvé une des Fées qui l'habitent ; elle
dormoit fans fonger à rien , entourée de tou
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE
te la Cour qui s'eft mife à fuir dès que je
fuis arrivée en difant fuyons , fuyons, voila
la Fée chagrine . Ainfi je fuis restée ſeule
avec Argentine & je l'ai enchantée de façon
qu'elle dormira je crois long- tems , car celui
qui doit la délivrer , ne fera peut être jamais
au monde & s'il y eft jamais il fe noyera
plutôt mille fois que de defenchanter Argentine.
En difant cela elle dit adieu à fon
compere Ifmenor , & s'éloigna de lui en
riant à gorge déployée. Mais elle fe trompoit
dans fes projets , car pendant que les
fuivantes d'Argentine l'avoient laiffée ſeule
avec leur maitreffe , elles étoient allées trouver
la grand- mere d'Argentine qui étoit la
Reine des Fées de la mer & à qui elles communiquerent
leur frayeur au fujet de l'arrivée
de la Fée chagrine . Sur le champ la Reine
partit & alla trouver fa petite fille , elle
la vit dormante & après avoir fait d'inutiles
efforts pour l'éveiller elle comprit qu'elle
dormoit d'un fommeil furnaturel , elle
voulut la defenchanter , mais ce fut envain ,
elle s'y feroit caffée la tête pendant cent ans,
car elle étoir fort opiniâtre , quand une
jeune Fée de fa Cour qui ne pouvoit pas
fe tenir long tems en place apperçut en allant
& venant un écriteau fur la porte du
Palais , où étoient ces paroles en lettres de
feu , Argentine dormira jufqu'à ce que le
"
NOVEMBRE 1746 .
Perroquet bleu la réveille. Sur le champ
la Reine des Fées de la mer envoya de
tous côtés fur terre pour chercher des perroquets
bleus , & l'on fit auffi une colonie
de Fées qu'on mit en fentinelle dans les airs ,
c'eſt à dire qu'on diftribua à chacune une
certaine quantité d'air à garder pour arrêter
tous les perroquets volans & les amener
dans le Palais de la mer ; voila donc tout
'Univers rempli de Fées en embuscade pour
prendre un perroquet , tout cet arrangement
fut fait en moins de deux minutes , car
les Fées font extrêmement diligentes . Pendant
ce tems - là Ifmenor voloit chés lui , &
Grifdelin , devenu perroquet bleu , voloit à
tire d'aîles pour s'en éloigner , il vola tant
qu'il trouva la mer , comme il avoit de grandes
affaires dans la tête, il n'y prit point garde
& continua fon chemin comme fi de rien
n'étoit , enfin il avoit déja fait plus de cent
lieues en mer lorfqu'il fut tiré de fa rêverie
par une voix claire & agréable qu'il entendit
au- deffus de lui & qui difoit diftinctement
ces paroles , ma foeur , je crois que
je fuis bienheureuſe & fi je ne me trompe
j'ai cequ'il nous faut ; venez voir , enfuite il
diftingua une autre voix qui répondoit , oui ,
ma foeur ,ce doit être lui , ne perdons point
de tems , auffi -tôt le Prince perroquet fentit
comme deux mains qui le pouffoient ex
Av
io MERCURE DE FRANCE
bas , il vouloit s'échapper car il craignoit de
fe noyer , non pas qu'il eût peur de mourir ,
mais une lueur d'eſpoir qui n'abandonne jamais
les hommes lui faifoit imaginer qu'il
retrouveroit peut - être Charmante , & cette
idée feule l'attachoit à la vie. Les Fées qui
le conduifoient , car c'étoit deux fentinelles
Aériennes de la Fée de la mer, s'apperçurent
qu'il faifoit fes efforts pour leur échapper , &
elles lui dirent : Perroquet mon mignon ,
laiffez - vous faire & n'ayez pas peur , nous
ne vous voulons point de mal . Alors il fe percha
de lui- même fur une des mains qui
le conduifoient , & fe laiffa mener fort tranquillement.
Les Fées furpriſes fe dirent l'une
à l'autre , vrayement voilà un joli animal : il
femble qu'il nous ait entendu . Sur cela Grifdelin
fe mit à battre des aîles , comme pour
leur faire comprendre qu'elles ne ſe trompoient
pas , ce qui étonna & divertit beaucoup
les Fées. Elles le menerent très - doucement
de la moyenne région où elles l'avoient
trouvé jufqu'à la mer de peur de l'étouffer
mais dès qu'elles furent à fleur- d'eau , elles fe
porterent au fond en moins d'un clin d'oeil ,
& fans qu'il fut feulement mouillé. Il fut bien
étonné quand il fe trouva dans un Palais le
plus fingulier du monde , & fi différent de
tous ceux qu'il avoit vus jufqu'alors , qu'il fue
obligé de convenir , que rien n'eft impoffible
NOVEMBRË · 1746 . II
que
à la puiffance des Fées . En effet , rien n'étoit
plus merveilleux que ce Palais . Après avoir
traverfé plufieurs falons , où les pierres précieuſes
étoient prodiguées avec la plus grande
magnificence , & difpofées avec le goût
le plus délicat , le Prince paffa par une grande
piece quarrée , encore plus finguliere &
plus curieuſe , c'étoit des peintures faites
par art de féérie & douées de la faculté de varier
à tout moment. Cette chambre étoit
pour ainfi dire le tableau de l'Univers , on y
voyoit toutes les terres , toutes les mers &
tous les Empires du monde,mais de plus , tous
les événemens importans s'y peignoient , les
derniers effaçoient les autres , de forte
cette Peinture étoit toujours l'hiſtoire momentanée
de toute la nature , ce qui formoit
le fpectacle du monde le plus intéreffant & le
plus diverfifié. L'hiftoire de Grifdelin & de fa
métamorphofe y étoit bien écrite auffi
comme on peut croire , mais on étoit alors
fi occupé dans l'Empire de la mer , de l'avanture
d'Argentine , que perfonne n'y prit
garde. Le Prince auroit bien voulu s'arrêter
dans cette chambre , mais on le preffoit d'aller
effayer fi c'étoit à lui que la jeune Fée devoit
être obligée de fa délivrance. Il n'eût
donc que le tems de jetter un coup d'oeil fur
les peintures , mais comme il fçavoit parfaitement
la Géographie , il eut bien tôt trouvé
Bvj
12 MERCURE DEFRANCE.
le Royaume de fa chére Charmante . Quel
chagrin pour lui , quand il vit tous les fujets
de fa maîtreffe pétrifiés ! Il s'attendoit triſtement
à la trouver dans le même état , mais il
fut bien plus affligé quand il ne la vir poinɛ
du tout ; il la chercha de tous fes yeux , mais
inutilement. Alors ilfe mit à pleurer , parce
qu'il penfa que le Magicien l'avoit tuée , &
qu'il ne la reverroit jamais. Enfuite il jetta les
yeux fur la Cour d'Ifmenor & le vit dans fon
cabinet qui rioit tout feul , c'étoit du plaifir
d'avoir vu réuffir fes méchancetés. Il voulut
voir auffi la Princeffe Riquette , & il la vit
qui fe caffoit la tête contre les murailles , de
rage d'avoir été trompée , & d'avoir perdu
fon amant , Comme le Prince avoit le
coeur fort bon , le défeſpoir de Riquette le
fit encore pleurer , & les Fées qui le condui
foient , l'ayant remarqué , fe difoient , qu'à
donc notre beau Perroquet pour s'affliger
tant ? Il y en eut une qui dit : fans doute
qu'il aura vû dans le tableau de l'Univers
quelque Perruche de fes amies à qui il fera
arrivé accident. Grifdelin l'entendit bien ,
mais comme il étoit fort occupé , il ne daigna
pas y répondre. Le Prince continua
donc fon chemin , & fit bien . La premiere
porte qui fe préſenta à lui , fut celle du
cabinet où étoit la Fée enchantée , & audeffus
de laquelle étoit l'écriteau que ChaNOVEMBRE
. 1746. 13
grine y avoit laiffé , & qui avoit donné
lieu à la quefte des Perroquets . Grifdelin le
lut , & fentit bien d'abord qu'il y étoit défigné.
Enfuite il en lut encore un autre qui
étoit au- deffous du premier , & que les Fées
toutes Fées qu'elles étoient , n'avoient point
apperçû , parce qu'il ne pouvoit l'être que
de celui qui devoit défenchanter Argentine.
Il contenoit ces mots. Le Perroquet.
bleu réveillera Argentine , en lui otant avec
fon bec , une petite pierre qu'elle a fur chaque
oeil : auſſi- tôt Griſdelin entra avec confiance
, & alla droit au lit de la Fée , où il fe
nit en devoir de la réveiller : chacun le regardoit
faire , & l'efpoir étoit peint fur tous
es vilages. Le Prince Perroquet apperçut
d'abordles petites pierres , & les enleva
legerement , fans faire mal à la Princeffe ,
quale leva auffi- tôt fur fon féant , en demandant
à manger. Mais tout le monde s'occupoit
à baiſer le Perroquet , pour le remercier
, & Argentine cria trois fois qu'elle
mouroit de faim avant qu'on l'entendit ; elle
alloit fe facher , & elle avoit bien raifon , car
depuis plus de huit jours elle n'avoit pas mangé,
& elle n'entendoit rien à tout ce qui paroifloit
occuper fi fort toute la Cour , car
elle ne fçavoit pas qu'elle eut été enchantée,
& elle croyoit n'avoir pas plus dormi qu'à
fon ordinaire, Heureufement qu'on l'enten
14 M ERCURE DE FRANCE.
*
dit à la fin , & elle fut fervie dans l'inſtant
car outre que les Fées font tout ce qu'elles
veulent en un clin d'oeil , c'eſt que dans l'Empire
de la mer , comme on n'y a point de
feu , on n'y mange que des coquillages . Ainfi
le fouper de la Fée fut bien-tôt prêt , & eile
fe mit à manger avec grand appétit. Grifdelin
fut fort étonné de voir la table de la Fée
couverte d'un million de différens coquillages
qu'il ne connoiffoit pas. Il voulut voir
s'ils étoient auffi bons qu'ils avoient la mine
appétiffante , & il alla fe percher fur l'épaule
d'Argentine , qui fut bien étonnée , car elle
ne fçavoit rien de tout ce qui étoit arrivé ,
mais on la mit bientôt au fait , en lui contant
l'hiſtoire de fa létargie & de fa guérifon
, auffi - tôt elle baifa mille fors le Perroquet
; il reçût & lui rendit fes carelles avec
un empreffement refpectueux qui plût beaucoup
à la jeune Fée , aufli le fit - elle fou
per avec elle ; il fe mit à table , & mangea
de tous les coquillages qu'il trouva fort bons,
ce qu'il fit avec tant de propreté & d'agrément
, que la Fée ne put s'empêcher de dire,
je vous avouerai que voilà un animal charmant
; c'eft bien dommage qu'il ne puiffe
pas parler. Grifdelin qui l'entendit, fit figne
avec fa patte qu'on lui donnât de quoi écrire.
Auffi - tôt on lui apporta un morceau de
glace avec un diamant taillé en pointe , car
NOVEMBRE 1746. 15
dans l'Empire de la mer , on ne connoiffoit
pas l'ufage de l'encre ni du papier , & la façon
dont on y fuppléoit , avoit cela de bon ,
que jamais l'écriture ne s'effaçoit. Le Prince
Perroquet,dès qu'il eut le diamant & le morceau
de glace , comprit la façon dont il falloit
s'en fervir , & comme il faifoit très-aifément
des Vers , il traça dans l'inftant le
train fuivant qu'il préfenta à la jeune Fée .
Grifdelin ne peut que fe taire ,
Quand il voudroit parler pour vous ,
Mais fon malheur lui paroît doux ,
Puifqu'il vous étoit néceffaire.
qua-
La Fée lut ce quatrain & en fut charmée ,
alors elle commença à fe douter que Grifdelin
n'étoit pas un oifeau ordinaire. Elle le
careffa beaucoup , & lui dit : gentil oifeau ,
je ne fçaurois trop vous remercier des obligations
que je vous ai , ni des galenteries
que vous me dites , mais j'ai encore une grace
à vous demander : votre efprit & vos manieres
me font foupçonner que vous êtes tout
autre que ce que vous paroiffez , car je n'ai
jamais oui dire que les Perroquets fuffent
auffi galants & auffi fpirituels que vous. Je
ne puis donc m'empêcher de croire qu'il y
a quelque chofe de fort fingulier dans votre
avanture , & je vous prie de me l'apprendre.
Alors Grifdelin redemanda le diamant & le
16 MERCURE DE FRANCE.
morceau de glace qu'il préfenta à la jeuneFée
après avoir écrit deffus toute ſon hiſtoire & fes
malheurs , ce qui ne fut pas fans verfer quelques
larmes. La Fée s'attendriffoit auffi , &
pleuroit les difgraces du pauvre Prince.
Quand la Reine , fa grand'mere arriva , on
l'étoit allé chercher dès que fa petite fille
avoit été réveillée , elles s'embrafferent toutes
deux avec des marques de la joye la plus
fincére , & la Reine des Fées ne manqua pas
de faire auffi mille carefles au beau Perroquet.
Alors Argentine lui conta toute l'hiſtoire
de Grifdelin qui la furprit beaucoup
& elle lui dit en finiffant , ma chere maman ,
il faut que nous rendions fervice à ce Prince
à qui nous avons tant d'obligation . Ainfi
comme vous êtes beaucoup plus fçavante
que moi , je vous prie de voir ce que nous
pouvons faire de mieux pour lui . Alors la
Reine après avoir employé tout fon art de
ferie , connut le deftin du Prince , & lui dit :
"
charmant Perroquet , il faut que vous alliez
à la Forêt des Merveilles , où eft le Château
d'Or , vous y ferez bien reçû , & vous m'y
trouverez fi vous avez befoin de moi. Mais
comme il y a bien loin d'ici & de grands rifques
à courir , voici une écaille de Triton , fur
laquelle vous n'avez qu'à vous pofer ; elle
vous y conduira dans un inftant. Le Prince
fe pofa deffus avec des marques de la plus fenNOVEMBRE
1746. 17
ible reconnoiffance : chacun lui fit mille careffes
aufquelles il répondit très bien , & il
partit, ou plûtôt il arriva à la Forêt des Merveilles
, car il ne fût qu'un clin d'oeil en chemin.
Il apperçut d'abord le Château d'Or ,
& ily vola. Il fut bien étonné en y entrant de
n'y voir point d'hommes , mais feulement
quelques vieilles femmes , & une prodigieufe
quantité de Perroquets tous d'une rare beauté
mais cependant qui n'approchoit pas de celle
deGrifdelin.Dès que les vieilles l'aperçurent,
elles en furent éblouies , & fe dirent , fi nous
pouvions l'attrapper , nous ferions un grand
plaifir à notre Man reffe . Faifons donc tous
nos efforts pour le prendre , & nous obtiendrons
peut être notre liberté. Grifdelin fut
furpris de ce difcours & fe laiffa prendre trèsaifément
, ce qui étonna les vieilles qui s'étoient
attendues à courir au moins un partie
du jour avant que de l'attraper. Elles le menerent
auffi vite qu'elles purent à Grenadine ,
c'étoit le nom de leur Maîtreffe. Dès qu'elles
arriverent elles dirent en riant au Prince Perroquet
, allons bel oiſeau bleu , faites la révérence
à la Princeffe , qui doit faire votre bonheur
, auffi- tôt Grifdelin fe profterna humblement
, & alla becqueter d'un air tendre
& foumis les pieds de la jeune Grenadine
qui le prit entre fes bras , & lui fit
mille careffes , en diſant aux vieilles qui l'avoient
amenée , allez, je vous fuis bien obli8
MERCURE DE FRANCE.
>
gée , vous m'avez donné le plus joli animal
du monde & je ne doute pas que je n'obtienne
votre liberté. Auffi-tôt elle alla trouver le
Roi fon époux , pour lui montrer fon nouveau
Perroquet , & lui demander la grace de
celles qui le leur avoient apporté. Ce Roi
étoit un vieux Magicien fort habile , mais
fort laid , qui en voyageant dans le monde ,
étoit devenu amoureux de la jeune Grenadine.
Elle qui étoit fille d'un Roi d'Afie trèspuiffant
, il l'avoit demandée en mariage .
mais comme il étoit fort vieux & fort vilain ,
il déplût beaucoup à la Princeffe , qui le refufa
, & le Roi fon pere qui l'aimoit à la folie
, refufa auffi le plus honnêtement qu'il
pût le vieux Magicien , celui- ci fit femblant
dans le moment de fe payer de fes raifons,
mais outré de ce refus dans le fonds du coeur,
il réfalut de fe fatisfaire à quelque prix que
ce fut , pour cela il enleva Grenadine , &
l'amena dans la Forêt des Merveilles , où il
bâtit fur le champ un Château d'Or pour s'y
loger avec elle , & il le conftruifit de façon
qu'aucun homme ne pouvoit y entrer il
choifit la Forêt des Merveilles pour fon habitation
, parce qu'elle étoit pleine de curiofités,
qu'il jugea pouvoir amufer fa Maîtreffe,
mais cela ne diminuoit guéres l'ennui qu'elle
avoit d'être ainfi féqueftrée dans une folitude.
Elle y avoit quelqu'intérêt. Quelque
NOVEMBRE 1946.
tems avant l'arrivée du Magicien à la Cour
de fon pere , il y étoit venu un jeune Prince
qui lui avoit beaucoup plu , & qu'elle étoit
même fur le point d'époufer quand elle fut
enlevée. Cette avanture la chagrinoit beaucoup
, cependant elle prit fon parti , ne jugeant
pas à propos d'augmenter ſes malheurs
par fa faute. Elle époufa le vieux Magicien ,
& fit comme tant d'autres qui fe marient
contre leur inclination. Elle attendit du
tems , & des circonftances une meilleure
fortune. Le vieux forcier , pour amufer fa
jeune femme , lui permit d'avoir des Perroquets
qu'elle aimoit beaucoup , il en fit cher
cher par-tout , & des vieilles pour la fervir.
Dès qu'il apperçût le Perroquet bleu , il en
fit compliment à Grenadine , & accorda fur
le champ la liberté aux vieilles qui l'avoient
pris , car elles ne fervoient qu'à condition
qu'on accorderoit la liberté de s'en aller à
celles qui trouveroient & ameneroient à
Grenadine des Perroquets nouveaux , & auffi
beaux que les plus rares de ceux qu'elle
avoit , mais il falloit auffi que huit jours après
leur départ , elles envoyaffent d'autres vieilles
à leur place pour fervir la Princeffe . Parlà
le vieux Magicien trouvoit moyen d'amufer
tous les jours nouvellement ſa Princeffe
, & il avoit la fatisfaction de changer
ſouvent de domeftiques : ce que les maris
20 MERCURE DE FRANCE.
jaloux aiment beaucoup. Voilà donc les
deux vieilles parties à leur grand plaifir , &
la jeune Grenadine fort contente de fon
Perroquet bleu , il devint bien-tôt fon favori
. Elle l'aimoit à la folie , & étoit feulement
étonnée de ce que malgré l'efprit qu'il
marquoit dans toutes fes façons , elle n'avoit
jamais pû lui apprendre à parler , tandis que
fes autres Perroquets qui avoient bien moins
d'efprit que lui , ne ceffoient de babiller , &
difoient les plus plaifantes chofes du monde.
Grenadine ne ceffoit de dire à Grifdeline ,
Perroquet mon mignon , pourquoi ne parlez
-vous pas ? Je fuis fûre que vous diriez
des chofes charmantes . A tout cela le Prince
ne difoit jamais rien . Ce n'eft pas qu'il n'eut
bien pû plier fa langue à articuler quelques
mots comme les autres , mais fon efprit no
fe feroit pas accommodé de ce langage borné
, & il aimoit mieux ne point par er du
tout , que de ne pas parler à fa fantaiſie.
Un jour que Grenadine étoit feule dans fa
chambre , Grifdelia qui étoit refté dans le
cabinet , trouva l'écritoire de la Princeffe
ouverte , & écrivit promptement ſur une
feuille de papier les Vers ſuivans :
NOVEMBRE 1748. ΙΣ
Belle Princeffe , pour vous plaire ,
J'aurois bien recours au caquet ,
Mais je crois qu'il vaut mieux fe taire ,
Que de parler en Perroquet,
Enfuite il mit la feuille de papier dans fon
bec , & quand Grenadine rentra dans fon
cabinet , il la lui préfenta. Elle lut le quarain
, & fut aufli ravie que furpriſe . Elle
baifa mille fois fon Perroquet , & courut porer
fes Vers à fon mari , qui parut prendre
beaucoup de part à la joye qu'elle reffenoit
d'avoir un animal fi fpirituel , mais il
l'en faifoit que femblant , & dès que fa femne
fut partie , comme il avoit foupçonné
que le Perroquet n'étoit rien moins que ce
qu'il paroiffoit , n'ayant jamais oui dire que
es Perroquets fçuffent écrire & faire des
Vers , il fit fes conjurations , & découvrit
par la force de fon art , que le Perroquet
étoit un Prince fort aimable , alors la jaloue
s'empara de fon coeur , & le troubla au
point qu'il dédaigna de voir la fuite de l'hif
toire de Grifdelin , & réfolut fur le champ de
etuer. Mais comme il n'yavoit point de la faue
de fa femme , & qu'il ne vouloit pas lui paroître
odieux, il chercha les moyens de s'en
défaire , fans qu'il parut y avoir part. Pour
cela il alla fur le champ trouver fa femme ,
# 2 MERCURE DE FRANCE
& lui dit qu'il venoit d'apprendre que fon
Perroquet bleu étoit un grand Prince fort
aimable & plein d'efprit , qu'il ne doutoit
pas que fa compagnie ne lui fut agréable ,
& qu'il alloit lui rendre fa forme naturelle,
Allons dans la Forêt des Merveilles , ajoutat'il
, en parlant à ſa femme , & là je le ferai
paroître à vos yeux tel qu'il eft réellement.
Je ne fçaurois dire qui fut le plus aife dans
ce moment du Magicien , de la Princeffe ou
du Perroquet ; le premier alloit fe voir vengé;
Grenadine alloit avoir une compagnie charmante
, & Grifdelin alloit redevenir lui- même,
car il n'avoit pas perdu une des paroles
du Magicien , qui monta auffi -tôt dans fon
char avec le Princeffe fa femme , le Perroquet
fur fa main. Ils arriverent bien tôt à un
endroit fort agréable de la Forêt , où il y
avoit trois arbres affez près l'un de l'autre &
à une égale diſtance, qui formoient avec leurs
branches touffues un triangle d'ombrages,
toujours frais.Ce fut-là l'endroit que le Magicien
choifit pour exécuter le projet de vengeance
qu'il avoit médité. D'abord il dit à
fa femme , ne vous effrayez point de ce qui
arrivera , & ne craignez rien pour votre Perroquet
; quoique je paroiffe vouloir lui faire
du mal , c'eft pour fon bien , & fans cela le
charme de fa métamorphofe ne fçauroit être
défait. Il faut qu'il fe tienne à terre, & il eft né
NOVEMBRE 1748. 1748. 2
on des trois arbres que vous voyez
Fée , pour qu'il reprenne fa premiere
forme. Il ne croyoit pas fi bien dire ,
& vouloit feulement tuer le Perroquet, après
quoi il comptoit s'excufer auprès de fa femme
en difant qu'il avoit manqué fon opération .
Alors le Perroquet qui entendit parler de
téte écrasée , ſe ſouvint de la prédiction d'lfmenor
, & comme il y penfoit , il éntendit
une voix claire fans voir perfonne , qui lui
difoit tout bas : Grifdelin , faites ce qu'on
vous dira , & ne craignez rien. Je veille pour
vous ; cette affûrance lui fit grand plaiſir ,
car il reconuut la voix d'Argentine , & il ne
douta plus de revoir bien tot Charmante ,
& de fe retrouver lui-même , mais la jeune
Princeffe fit de grandes difficultés . Elle ne
vouloit point du tout laiffer écrafer la tête à
fon Perroquet. Eh bien , dit le méchant
Magicien , fans paroître ému , vous ne voulez
donc pas rendre à ce Prince ſa forme aimable.
Retournons -nous- en , puifque vous
aimez mieux le voir fous fa figure de Perroquet
, que fous celle d'un homme bien fait
& agréable . Auffi-tôt le Perroquet bleu fe
mit à battre des aîles , comme pour demander
qu'on lui laiffât écrafer la tête , & il alla
fe mettre de lui - même au milieu des trois
arbres , pour n'être manqué par aucun , alors
Grenadine fe rendit , & tourna feulement la
24 MERCURE DE FRANCE.

tête , pour ne pas voir écrafer celle de fon
•Perroquet , car cette idée lui faifoit toujours
de la peine. Le vieux forcier rioit en luimême
de la duperie du Perroquet , & de fa
femme , & fans perdre de tems ordonna à
haute voix aux trois arbres de tomber fur le
Perroquet. Auffi- tôt ils fe déracinent , &
tombent tous trois avec un bruit effroyable.
Mais Argentine veilloit en effet pour le falut
du Prince , & d'une main inviſible donnoit à
la chute des trois arbres des directions bien
contraires aux noires intentions du Magicien.
L'un alla tomber bien loin de-là , &
ne toucha perfonne ; le fecond tomba directement
fur le Magicien , & le tua tout roide
, & le dernier qui étoit la Princeſſe char..
mante , rafa doucement la tête du Perroquet,
& à l'inftant tous deux reprirent leur forme
naturelle . Argentine parut auffi -tôt & les
porta tous deux en un clin d'oeil dans fon
Palais de la mer. Pour Grenadine elle fe
tranſporta dans le Palais du Roi fon pere , où
l'arrivée de la jeune Princeffe furprit & enchanta
également & le Roi fon pere & le
Prince fon amant. On n'eſpéroit plus de la
revoir, Des fêtes brillantes célébrerent fon
retour , & elle époufa peu de jours après le
Prince dont elle étoit aimée . Argentine vola
inviſiblement chés Ifmenor , elle le trouva
endormi , & fans perdre de tems elle lui
jetta
NOVEMBRE 1746. 25
jetta au nés une liqueur empoifonnée qui
l'étouffa en un inftant . La Reine des Cygnes
reprit auffi -tôt fa premiere forme , parce
que le charme de fa pétrification étoit attaché
à la vie d'Iſmenor. Comme Riquette fa
fille étoit morte de douleur , elle n'eut aucune
part au dénouement de cette avanture.
Les habitans de la ville des Cygnes reprirent
auffi leur premiere forme , en mêmetems
que leur Reine , & après que le mariage
de Grifdelin & de charmante eut été
célébré dans le Palais de la Fée de la mer ,
ils furent tranfportés dans la ville des Cygnes
, où tout étoit remis dans fa forme ordinaire.
Rabot qui avoit repris fa figure naturelle
, demanda à entrer dans leur maiſon.
Je ne fçaurois dire toutes les fêtes qui fe
firent à cette occafion . Griſdelin & Charmante
raviffoient tout le monde & fe raviffoient
eux-mêmes. Ils firent ainfi pendant
des fiécles entiers leur propre bonheus & la
joye de leurs parens.
26 MERCURE DE FRANCE
1
冬菜蒸牛鱔
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR.
Tandis que je goûtois un aimable repos ,
A l'amour interdit je tenois ce propos :
Je me ris de tes feux , je mépriſe tes armes.
Ce Dieu fut irrité.
Après mille efforts vains contre ma liberté
De la jeune Philis il emprunta les charmes ,
Par eux le tendre amour triompha de mon coeur
Jej ferois bien fâché d'avoir été vainqueur
2
LE PAPILLON.
L'heureux papillon vole au tour de la chandelle ;
L'inprudent de trop près veut careffer fa belle ;
Dans fes embraffemens il rencontre la mort :
Cher, ami vous devez m'entendre ,
Ne prenez que la fleur d'un engagement tendre
Si vous ne voulez pas avoir le même ſort.
NOVEMBRE 1746.
27
QUATRAIN.
Avos charmes , Philis , je réve nuit & jour .
Fiere raiſon me dit que fais tu , témeraire ?
Mais tendre amour me dit : vous ne fçauriez mieux
re.
Taifez-vous ma raiſon , laiffez parler l'amour.
*****************
LETTRE aux Auteurs du Mercure à l'occa
fion de la datte extraordinaire d'une Sentence
du Châtelet de Paris de l'an 1342.
Left affés ordinaire dans les converſations
Ide badiner fur ce proverbe Solo propuncto
caruit Martinus afello. On en rapporte
differentes origines qu'il eft inutile que je
répete , puifque votre Journal en fait mention
; c'eſt au Mercure de Novembre 1742
page 2419 & fuivantes.
Ce qui ma remis â la mémoire une des
explications qu'on en donne , eſt une Sentence
contradictoire du Châtelet de Paris de
l'an 1342 qu'on répand depuis peu imprimée
en cette préfente année. Le fujet no
fait de rien pour ce que je veux dire je me
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
contente de vous marquer qu'elle eſt donnée
pour maintenir & garder le Comte de Dammartin
dans la poffeffion & faifine de la Juſtice
& Seigneurie Haute , Moyenne & Baffe de la
Grange deftains & fes dépendances , à l'encontre
du Procureur du Roi audit Chatelet &
des Religieux de l'Abbaye de Châlis de l'Ordre
de Citeaux,Diocèfe de Senlis. On la dit dattée
du Samedy après ima Domini l'an 1342 ,
C'eft à cette datte que j'en veux venir.
Qu'est- ce que cet ima Domini ? Peut- on dire
que c'eft une faute d'impreffion ? Je ne le
crois pas . Cette expreffion eft répetéeen trois
endroits du cahier imprimé. Eft- ce donc une
faute de la copie collationnée ? Je n'oſe le
dire , puifque la collation a été faite par un
Secretaire du Roi . C'eft donc une faute dans
Foriginal , fi on ne peut pas déterminer ce
que c'eft que le jour qu'on appelloit ima Domini.
Plûtôt que de décider que c'eft une
faute dans l'original de cette Sentence , je
vous prie , Monfieur , de demander le fentiment
du public fur cette myfterieuſe & finguliere
datte , Peut- être qu'il fe trouvera quel
qu'un qui verfé dans les anciens Calendriers
nous apprendra qu'il y avoit un jour appellé
ima Domini , par oppofition à Afcenfio Domini.
11 fembleroit que ce devroit être le Samedy
veille de Pâques fi deux railons ne s'j
1
s'y
NOVEMBRE 1946. 29

oppofoient; la premiere en ce que ce jour
là il n'y a jamais de plaidoirie an Châtelet
de Paris ; la feconde en ce que cet ima Dos
mini doit être un autre jour de la femaine
que le Samedy, puifque c'eſt un Samedy
d'après ce jour- là que la Sentence a été donnée.
Or vous ſçavez que jamais on n'a datté
du Samedy d'après un autre Samedy,
Lors donc qu'on dattoit anciennement une
Sentence ou accord , &c . c'étoit d'un jour
ouvrier d'après un tel ou tel Dimanche ou
d'après la fête d'un tel mystére ou d'un tel
Saint.
n
ןכ
1
Après ce principe qui eft fort connu de
ceux qui manient les anciennes chartres , fi
on s'obſtine à foutenir qu'ily a dans la Sentence
, ce fut fait & prononcée enjugement
» l'an & famedi après ima Domini deffufdits »
rélativement à la page 13 où on lit , » que le
jour de la définitive du procès fu conti
» nuez juſques au famedi après ima Domini
» l'an de grace mil trois cent quarente - deus;
fi , dis-je , on prétend qu'ima Domini eſt la
bonne leçon de la Sentence , il me paroît
qu'il faut répondre à ceux qui feront de ce
fentiment que la Sentence eft fauffe , parce
qu'elle a pour datte un jour controuvé, &
qui n'a jamais exifté.
Ce que j'avance ici , Monfieur , paroîtra
peut-être témeraire à ceux qui ont l'expe
B iij
30 MERGURE DE FRANCE.
dition ou groffe de cette Senteuce en bonne
forme , & je me doute que s'ils me connoiffoient
ils viendroient me l'apporter pour
me convaincre de leur exactitude , & confondre
mes foupçons , mais fans leur donner
cette peine -là , voici la folution de l'énigine.
Il ne s'agit que d'un point folo pro
puncto caruit Martinus afello .
On ne ponctuoit point autrefois les i. Le
copiſte qui aura voulu rendre cette Sentence
plus lifible aura mis les points où il a crû
qu'il y avoit des i , & juftement dans le mot
qui précéde Domini , il a mis le point où il
ne le falloit pas . Il y avoit quatre jambages
de cette forte avant la lettre à , IIII, ce qui
faifoit a ; ce copifte s'eft imaginé que c'étoit
le premier jambage qui étoit un i , tandis
que c'eft le quatrième jambage , & que
les trois premiers forment une m. Il faut
donc lire felon moi le famedi après mia Domini.
& par-là la datte de la Sentence commencera
à avoir quelque validité. Quiconque eft
verfé dans les abregés des anciens fçait que
mia s'écrivoit pour mifericordia. La Sentence
a donc été donnée le famedi après mifericordia
Domini ; fecond éclaircillement
pour ôter tout foupçon contre fa validité.
Enfin il fuffit d'être un peu verfé dans la liturgie
Romaine pour fçavoir que mifericordia
Domini éroit le nom qu'on donnoit anNOVEMBRE
1746. 31
ciennement au fecond Dimanche d'après
Pâques ; parce que l'Introite de la Mefle
commence ce jour-là par ces deux mots
dans les Miffels n'ont changés , de même
qu'on dit encore Quasimodo par la même
raifon pour défigner le premier Dimanche
d'après Pâques.
Voilà , Mrs. ce que j'avois à dire fur
cette ridicule datte ima Domini. Si ce que j'ai
écrit au commencement de cette Lettre à pû
faire peur aux éditeurs ou publicateurs de
la Sentence en queftion , ce que je marque
à la fin doit les raffürer entierement.
Jefuis , &c.
BOUQUET à Mlle. G ***.
EN vain l'amour de Flore & de Zéphire
Avoit paré nos champs des plus aimables fleurs 3
Le fier Aquilon ya détruire
Ces fruits de leurs tendres ardeurs.
Plus beaux que les tréfors dont Flore fe couronne ,
Vos yeux ne craignent point le caprice des tems ;
Pour eux belle G .... les hyvers ou l'automne
Seront un éternel printems.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
ECLAIRCISSEMENT du P. M.
Texte , fur la véritable fituation du lien
de Bretigni , fi renommé par le Traité de
Paix qui y fut fait en 1360 entre le Roi
de France Jean II & Edouard Roi d'Angleterre
111 du nom , pour fervir de mémoire
à l'Histoirs.
LE l'on co
E peu d'étendue que l'on peut donner à
une Differtation dans le Mercure , ne
m'ayant pas permis d'éclaircir au long dans
celui de Novembre 1744 , la fituation de
Bretigni , oùle fit en 1360 ce fameux Traité
de paix entre les François & les Anglois,
J'ai cru que je devois pour l'utilité des Ecrivains
, obligés d'en parler ſouvent, mais qui
le font fi differemment , leur communiquer
ce que j'en ai pû découvrir ; d'autant mieux
que le fentiment des Géographes , qui font
profeffion de marquer la fituation des lieux ,
pourroit dans la fuite prévaloir fur celui des
Hiftoriens qui n'en parlent que par occafion.
Les premiers difent que ce Traité de paix,
pour la délivrance du Roi Jean , prifonnier
de guerre du Roi Edouard , depuis la bataille
de Poitiers du 19 Septembre 1356 , fe
fit à Bretigni , Village près de Châtres. Les
NOVEMBRE 1746. 33
23
»
"
autres à Bretigni près de Chartres en Beauce.
Bretigni , Village de France , dit M. Corneille
, Géographe , édition de 1708 , renommé
par le Traité de paix qu'on y conclut
entre la France & l'Angleterre en
1360 , que les Latins appellent Bretiniaca,
» il eft dans l'Ifle de France , au - deffous de
» Montlheri , une lieue plus bas que Châtres
, à cinq lieues de Paris.
»
Le traducteur de M. Beaudrand , autre
Géographe , renchérit fur ce qu'en dit Corneille
, & foutient que n'y ayant point en
France d'autre Bretigni que celui d'auprès de
Châtres , il faut abfolument qu'il foit le lieu
de ce traité de paix.

Le P. Daniel , Hiftoire de France › tom.
III. p. 702. édit. de 1722 , rapporte ce
que dit ce traducteur & le combat. " Les
Députés , dit ce Pere , s'affemblerent à Bretigni
ou la paix fut conclue le 8 Mai 1360
» le traducteur de la Géographie du fieur
» Beaudrand remarque qu'il n'y a point de
Bretigni auprès de Chartres , mais que ce
Village eft auprès de Châtres , & qu'ainfi
», s'eft auprès de Châtres , & non pas de
Chartres que ce fameux Traité fut conclu.
» Mais avant que d'avancer un tel paradoxe ,
»il a uroit dû mieux examiner les chofes , &.
il auroit trouvé qu'il y a auprès de Chartres
un Hameau nommé Bretigni , & c'eſt34
MERCURE DE FRANCE.
22 là où ce Traité a été fait. Un mémorial de
la Chambre des Comptes de Paris, marque
expreffement Bretigni les Chartres.
Après cette découverte du P. Daniel , on
eut dit que fans héfiter fon fentiment devoit
être fuivi, mais M. de la Martiniere nouveau
Géographe , édition de 1730 , poftérieure
à celle du P. Daniel , malgré la citation du
mémorial , s'eft déclaré du ſentiment des
Géographes fes Confréres. » Bretigni , ditil
, Village de France , dans l'Ifle de Fran-
,, ce , fur la riviere d'Orgé , au- deffous de
» Montlheri , à une lieue plus bas que Châtres.
Il eſt à remarquer que la plupart des
Auteurs fe font trompés au fujet de ce Village.
Comme il eft à une lieue de Châtres,
lieu qu'ils ne connoiffent pas , ils ont dit
qu'il étoit mis pour Chartres , quoi qu'aux
environs de cette Ville , il n'y ait aucun lieu
nommé Bretigni. Celui ci eft à einq lieues
de Paris , en allant à Eftampes.
29

L'éditeur de l'ouvrage de M. de la Martiniere
, impriméà Dijon en 1739 , & débité
à Paris , le dit de même mot à mot ; comme
ce fentiment , évidemment faux , pourroit.
avec le tems prévaloir , & jetter les Ecrivains
dans l'erreur , ou du moins dans une incertitude
génante ; je vais pour leur utilité.
éclaircir ces deux faits , fçavoir , s'il y a en
France deux Bretignis , & dans lequel des
deux ce Traité a été fait.
NOVEMBRE 1746. ཉ་
Pour ce qui eft du premier fait , il eft conftant
qu'il y a un Village nommé Bretigni près
de Châtres , & il n'eft pas moins certain, qu'il
y a un Hameau du même nom à une lieue de
Chartres en Beauce ; j'en parle fçavamment,
y ayant paffé , & afin d'autorifer ce que j'avance
, je m'avifai en 1744 , d'en écrire à
Chartres , à un Religieux de mes amis , lequel
me répondit.
33
39
Mon R. P. il y a fur le chemin de Sours un
Hameau qui eft appellé Bretigni , diftant de
Chartres d'une lieue & demie , il eft de la
»Paroiffe de Sours , on y voit les débris d'un
» vieux Château où la paix de Bretigni a été
» faite ; c'eſt M. de Montigni qui en eft le Sei-
» gneur. Voilà tout ce que j'ai pu découvrir
fur ce fujet. Je fuis , &c. à Chartres ce 26
» Août 1744. F. des Vignes.
22
Bretigni , près de Chartres reconnu , il me
refte à prouver qu'il eft le lieu du Traité de la
paix de 13.60.
Froiffart , chap. 211. tom. I. de fa Chro
nique , Willani , liv. IX. chap. 98 , Auteurs
contemporains le difent. Dans le Recueil des
Piéces anciennes , imprimées à Rouen en
1700 , par les foins de Dom Martenne , Bénédecin
, il y a 17 actes qui le confirment.
Fait à Bretigni près Chartres.
20
20 Il étoit alors , dit André Duchefne , Hiftoire
d'Angleterre , pag. 684 , un Village
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
21
prochain de Chartres , nommé Bretigni
ou Edouard IIIcondefcendit à un Traité de
paix , & fut dreffé le huitiéme jour de Mai ;
»Antoine de la Salle repréſente une forme
de Lettres - Patentes faites à Bretigni , mais
» il ne s'en trouve nulle part de plus amples
20
que celles- ci , dreffées au nom du Prince de
» Galles , collationnées par un Tréforier de
» Chartres , nommé Rouillé , qui fpécifient
» particulierement tout le Pays fufdit. La
so rançon accordée pour la délivrance du
Roi Jean , & les Seigneurs nommés pour
ôtages , jufqu'à l'entier payement d'icelle .
31
"
ƉƆ
LETTRES-PATENTE S.
S Edouard , aîné fils au noble Roi d'Angleterre
, Seigneur d'Irlande , Prince de
Galles , &c. A tous ceux qui ces Préfentes
Lettres verront ; SALUT. Nous vous faifons
fçavoir que tous les débats , difcords ,
quelconques m'eus & demenés entre notre
très-redouté Seigneur & Pere le Roi d'Angleterre
d'une part, & nos Coufins le Roi
& fon fils aîné , Régent du Royaume de
France d'autre part , pour bien de paix , eft
accordé le octiefme jour de May , l'an de
grace mil trois cens foixante , à Bretigni de
lêsChartres , en la maniere qui fuit , &c.
' י כ כ
20
Pour mieux déterminer ce Bretigni , dont
il eft queſtion , il ne faut que fuivre la marche
de l'Armée des Anglois , telle que Dupleux
l'a décrit.
NOVEMBRE 1746. 37
دم
Sur ces entre-faites , dit-il , Aubi , Abbé
de Chigni & Simon de Langres , Général des
Jacobins , ( il fut élû en 1352. Le P. Daniel ·
d'après Andre Duchefne , appelle Aubi André
de la Roche ; mais tous ceux qui en parlent
comme Cardinal , felon les Lettres du Pape Innocent
VI. écrivent Androinus de Rocca, An-:
droin de la Roque , &c . ) » Ces deux Légats
» d'Innocent VI. étant venus vers Edouard
»pour propofer certains articles de paix , du
» confentement du Dauphin Régent , entre-
>>rent en conférence avec le Confeil de l'Anglois
, au Bourg de Long-Jumeau . Mais ils
, le trouverent fi roide & fi rude , qu'ils fe re-
» tirerent fans rien faire. Edouard n'efpérant
» point pouvoir forcer Paris , prit le chemin
23
รว
"
"
38
39
*
de la Beauce. L'Abbé de Chigni , & Simon
» de Langres , défirans renouer le Traité de
» paix , retournerent vers l'Anglois . Il lui fur-
» vint un accident étrange devant Charttes ,'
qui le fit relâcher de fes demandes , pour
»venir à une paix raiſonnable ; c'eſt qu'audeffus
de fon Armée, en tems ferein , fe leva
» foudainement un horrible orage . Ce tinta-
»mare fut accompagné d'une gréle fi prodi-
» gieufe , qu'elle affommoit les chevaux , &
» les hommes. Dequoi Edouard fut ſi étonné
qu'il s'humilia devant Dieu, & jettant la vûe
» vers l'Eglife de Notre- Dame de Chartres ,
» fit you d'entendre à un bon accord, L'An-
33
১১
38 MERCURE DE FRANCE.
29
35
glois s'étant ainfi diſpoſé à la paix , les Députés
s'affemblerent au Bourg de Bretigni ,
à une lieue de Chartres , &c.
Le dernier continuateur de la Chronique
de Nangis , jufques en 1368 , qui écrivoit à
Paris en 1360. Factum audivi Parifius
" dit-il , en parlant de l'incendie d'une Eglife ,
» rapporte pour ainfi dire , comme témoin ,
la marche des Anglois , fuivis des Députés
vers la Beauce.» Accefferunt Ambatiatores
Domini Regentis apud urbem Carnotenfem ,
quibus partibus Rex Anglia cumfuis, Patriam
invadebat , pace inter partesjurata, plurimi de
nobilibus Anglia , nudis pedibus , ufque ad Ec-.
clefiam B. M. Carnotenfis , ex devotione gaudiofa
peregre procefferunt. Ambatiatores autem
Francorum , five pacis tractatores ,ftatim Parifius
redierunt.
Je pourrois autorifer mon fentiment par
des actes de la Tour de Londres que le fieur
Rymer a compilés , mais je crois que ce que
je viens de dire fuffit pour fixer les Ecrivains
à l'avenir , à Bretigni , près de Chartres en
Beauce.
NOVEMBRE 1746. 39
蒸糕
EPITRE à M. de la Soriniere .
Aimable Imable favori du Dieu de l'Helicon ,
Quand tu cueilles des fleurs fur le double vallon ,
Ton exemple m'arrache à ma chere pareffe ,
Ta mufe me rappelle aux rives du Permeffe ;
Déja d'un doux repos je goutois le plaifir ,
Mais je vais par mes vers amuſer mon loiſir .
Ne crois pas cependant que ma verve indifcrete,
Prétende follement entonner la trompette.
Qu'un Voltaire le front paré de cent lauriers ,
Faffe dans Fontenoy triomphe» nos gueriers ,
De leurs valeureux faits qu'il retrace l'hiftoire ;
Qu'il confacre leurs noms au temple de mémoire.
Le vainqueur des Anglois en tous lieux redouté ,
Le Germain abbatu , le Belge épouvanté ,
Fourniffent à fes chants une vaſte matiere .
Envain pour l'imiter dans fa noble carriere
Cent rivaux ont tracé tant de faits inouis ,
L'Homere des Bourbons peut feul chanter Louis.
Les timides accens de ma naiſſante veine ,
Se bornent à chanter l'adorable Climene :
Climene dont long - tems je bravai les attraits ,
Lorfque fuyant l'amour je riois de fes traits ,
63
40
MERCURE DE FRANCE.
Mais de tes tendres fons la touchante harmonie ,
Lesvers que galamment tu fais pour , Uranie ,
De beaux yeux qu'avec art nous peignent tes
écrits ,
D'une naiffante ardeur me font fentir le prix :
Je me rends à l'amour , je ne fuis plus volage
Je connois le bonheur d'un amant qui s'engage
Et du je ne fçais quoi le charme féducteur
Vient porter juſqu'à moi ce trait toujours vainqueur ,
Qui m'enflamme pour toi , que tes vers ont fait
naître ,
Qu'on ne peut expliquer , qu'on ne sçauroit con
noître ;
Foible encor mon efprit veut envain m'arrêter
Je t'aime , je t'admire & voudrois t'imiter.
Par M.TD.V. A. A. P. D. D.
LE TRIOMPHE DE L'AMOUR ,
parle même.
ME promenant un jour à l'ombre d'un bocage ,
Je croyois fans témoins dans ces aimables lieux ,
Faire dire aux échos , faits à mon badinage ,
Que jamais de l'Amour les traits victorieux ,
Ne pourroient de mon coeur vaincre la réfiftance :
Que les plus beaux objets qui foient dans l'Univers
NOVEMBRE 1746.-
Entreprenant envain fur mon indifference ,
Jamais le mot d'amour n'entreroit dans mes vers.
Je vis l'amour couché fur un tendre feuillage ,
Et m'apperçus bientôt de ma témerité :
Son arc & fon carquois étoient à fon côté ,
De fes aîles Zéphire agitoit le plumage.
Un feu nouveau pour moi s'alluma dans mon coeur
Je voulus fuir ce Dieu feul auteur de mes peines ,
Je le voulus en vain : ce fuperbe vainqueur ,
Déja ſe préparoit à me donner des chaînes .
Témeraire mortel , me dit-il , en couroux ,
Tu voudrois échapper à ma jufte colere ,
Je ſuis maître des Dieux , je fais trembler la terre
Et toi feul ici bas croirois braver mes coups ?
Non non & de mes traits connois mieux la puif
fance ,
De l'amour outragé redoute le pouvoir ,
Ce trait va triompher de ton indifference ,
Pour foumettre les coeurs je n'ai que le vouloir .
Il dit , & dans l'inftant une fleche perfide ,
Fend l'air & dans mon coeur vient verfer fon poi
fon
Ce Dieu riant du coup de fa main homicide ,
M'envoye aux pieds d'Iris chercher ma guériſon.
42 MERCURE DE FRANCE.
DECLARATION D'AMOUR
par le même,
JA 'Avois toujours penſé, mon aimable Climéne ,
De ne pouvoir fouffrir ni l'amour , nifa chaîne .
Je croyois que du coeur les fentimens badins ,
S rioient des faveurs & & bravoient les dedains ,
Mais je vous ai trop vu pour le penſer encore;
Je fens un feu fecret qui brule & me dévore ,
Je ſuis rêveur , diftrait , & ne fçait pas pourquoi
Depuis près de deux mois je ne fuis plus à moi ;
Suis-je éloigné de vous ? je fens que je foupire ,
Mais le feu de vos yeux augmente mon martire ,
Mon trouble , & mon tourment renaiffent chaque
jour ,
Et ma foible raiſon ne connoît que l'amour,
Ce Dieu veut fe vanger , déja de fon haleine
Je reffens le poifon couler de veine en veine ,
Pour foumettre mon coeur il falloit vos attraits ,
Il a pris dans vos yeux le plus fûr de ſes traits ;
Mortellement bleffé , je ne fuis plus le même ,
Et ce n'eft qu'en tremblant que je dis, je vous aime .
VERS SUR UN BAISER par le même.
Pour un baifer furpris tu te mets en colere ,
Je ſuis un indiſcret , je ſuis témeraire :
Quoi ! parce que je veux te prouver mon ardeur ;
Je ne dis rien, Iris , quand tu ravis mon coeur.
NOVEMBRE 1746. 43
963636363636: 169696969696
REPONSE de M. SAVERIEN à la Lettre
de M. de GENSSANE fur la Marine , inferée
dans le Mercure de Juillet de cette
année.
[Left flateur pour un Ecrivain , dont le
Itravail a pour objet le bien public , d'appendre
qu'on fait affés d'attention à ce qu'il
écrit , jufqu'à lui propofer des doutes & des
difficultés. Un avis ou même une critique ,
bien loin de faire tort à un ouvrage , ne fert
fouvent qu'à le mieux faire connoître. On
ne reprend point fans avoir lu , fans avoir
médité , fans avoir approfondi , & un Auteur
doit s'eftimer heureux s'il a fourni matiere
à des réflexions , dont il réfulte prefque
toujours quelque utilité.
C'eft avec ces fentimens , Monfiour , que
je reçois vos obfervations , fur ma Théorie
de la manoeuvre des Vaiffeaux , qui font le
fujet de votre Lettre : ce que vous y avez
principalement en vûe eft : 1º. De fournir
un moïen plus certain , pour orienter les
Voiles que celui que je propofe. 2 ° . De rectifier
mon Barozaneme. 3 ° De prouver que
le principe de M. Bouguer fur la matiere des
44 MERCURE DE FRANCE.
Vaiffeaux eft folide , & que celui que je fou
tient n'eft pas admiffible.
Les Marins , qui connoiffent véritablement
l'effet du vent fur les voiles , fçavent
combien il eſt important de les orienter de
façon que la vergue falle avec la quille l'angle
qu'on fouhaite. Deftitués de tous moïens ,
ils n'étoient point en état de faire cette opération
avec quelque jufteffe : j'ai voulu leur
rendre en quelque forte fervice , en les tirans
d'embarras , & je leur ai offert deux efpeces
de machines.
La premiere confifte en une ficelle fufpendue
à la vergue , qu'il eft queſtion d'orienter
, & chargée d'un plomb ; la feconde en
une perche affés longue. Tout cela eft bien
fimple cependant après avois mis aux pieds
des Mâts des cercles gradués dont chaque
Mât doit occuper le centre , on n'a qu'à
amener la vergue jufqu'à ce que la ficelle
réponde au dégré qu'on amarqué , ou qu'elle
foit arrêtée par la perche pofée fur ce dégré ,
fi c'eft de la perche dont on veuille fe fervir ;
& elle fera avec la quille l'angle défiré .
Vous objectez à cela , Monfieur , que le
balancement du Navire ne permettra pas au
plomb de s'arrêter : donc ( c'eft votre conclufion
) ce moyen eft défectueux . Il eſt certain
, que fi la ficelle étoit livrée à elle-même,
elle fuivroit le mouvement du Tangage
NOVEMBRE
1746. 45
& du Roulis. Qui eft - ce qui en doute ? Au
fi n'ai-je jamais prétendu qu'on l'y abandonnât,
mais qu'on la tint toujours paralelement
au Mât , pendant qu'on fait venir la
vergue au point où le plomb doit répondre.
Je ne charge la ficelle qu'afin de la tendre ,
pour éviter cette peine à celui qui la conduit,
L'ufage de la perche n'eft , felon vous ,
ni plus commode , ni plus exact que celui de
la ficelle. C'eſt toujours au balancement du
Navire que vous en voulez ; & vous croiez
férieufement , qu'il eft impoffible de tenir
cette perche ou ce long baton , pendant le
Roulis perpendiculaire au cercle qui eft au
pied du Mât. Que trouvez - vous donc -là ,
Monfieur , de & difficile ? Il n'y a pas plus
de difficulté , ce femble , å tenir cette perche
fans qu'elle balance , qu'il y en a à ſetenir
droit fur le pont du Vaiffeau fans tomber.
Qu'un Manceuvrier refufe maintenant de
bien orienter fes voiles ; qu'il périffe pour ne
l'avoir pas fait ; qu'un Corfaire en ait fait fa
proie , quoique fon Vaiffeau fut plus péfant
de voiles , on eft en droit de le blâmer avant
que de le plaindre En effet , veut-il qu'une
vergue faffe avec la quille tel ou tel bange ?
fur le champ & fans façon , le premier long
baton qui fe préfente lui fert à orienter fes
voiles. Une ficelle ou une corde , une pierres
46 MERCURE DE FRANCE.
un cailloux , du fer , ne peuvent lui manquer
& il ne lui en faut pas davantage pour faire
fon opération. Qu'on feroit ennemi de foimême
de ne pas jouir de fi grands avanta-
*ges à fi peu de frais !
Dans mon ouvrage j'ai toujours eû en
vûe la facilité , la commodité , l'aifance , parce
que je fçais que tout ce qui a l'air un peu
compofé , rebute un Marin ( je parle du
commun des Marins ) prévenu d'ailleurs en
faveur d'une routine , fouvent protégée par
l'amour propre au lieu que des connoiffan
ces , qui n'exigent de fa part aucune contention
, bien loin de le dégouter , l'engagent ,
dans le tems même qu'il y penfe le moins,
à les rendre utiles.
$5
En donnant congé à ma perche , à ma ficelle
, à mon plomb , vous leur fubftituez un
miroir que vous arrêtez, ainfi que la perche
au figne du cercle déterminé,& qui réfléchif
fant l'image de la vergue indique qu'il faut
l'arrêter à cet endroit. Selon vous , Monfieur
, on orientera ainfi les vergues avec
plus de certitude. Cela peut être : les Marins
en jugeront ; c'eft à l'experience à dé
cider.
Le fecond article de votre Lettre regarde
mon Barozaneme , machine que j'ai inventée
pour péfer le vent , c'eſt -à - dire,
* pour réduire l'effort du vent en poids. Vous
NOVEMBRE 1746. 47
voulez le perfectionner en mettant un globe
au lieu d'une planchette , qui reçoive dans la
machine les impreffions du vent. Cette idée
paroit bonne , fauf la fantaifie des Marins.
Votre derniere obfervation eft plus éten
duë que les autres & je la trouve encore
moins fondée. Vous prétendez adopter le
principe de M. Bouguer fur la mâture des
Vaiffeaux , & je crois , que vous n'avez pas
bien ,faifi cette queftion .. Comme le mot
de Tangage fignifie balancement dans le
fens de la longueur du Navire ) & que ce
balancement peut provenir de differentes
cauſes , il n'eſt pas furprenant que vous ayés
confondu quelquefoisune forte de Tangage
avec un autre. Voyons combien on doit ciftinguer
d'efpeces de Tangages : j'en trouve
trois. 19. Celui qui provient de l'effort du
vent fur lesvoiles . 20.Celui qu'une puiflance
procure au Navire , lors même qu'il eſt à
l'ancre , en le faifant pancher , & en le livrant
après à lui même. 30. Celui où le
Vaiffeau eft en proye aux vagues d'une mer
agitée , qui le font balancer , tantôt à Tribord
, tantôt à Rabord , felon qu'elle font
impreflion fur le Navire .
Lorfque M. Bouguer dit , que le centre
de gravité eft le point d'appui du Mât dans
le cas du Tangage , il n'entend parler que
premier ; & il ne s'agit ici que de celui- là.
du
48 MERCURE DE FRANCE.
t
J'ai avançé dans mon traité de la maroeuvre
que ce principe étoit faux , que ce centro
(ou ce point d'appui ) étoit un centre fpontané
de rotation , c'est- à- dire , que l'hypomoclion
du Mât, dans le tems du Tangage ,
étoit libre ; & qu'il varioit felon les diffe
rentes circonftances . J'en ai renvoyé la preu
ve à l'article de Monfieur Bernoulli intitulé:
De centra Spontaneo rotationis .Tom.IV,
de fes Oeuvres.
Afin de bien diftinguer le premier Tangage
du fecond, lifez pour ce dernier le no. XL ,
Pag. 286 du même volume de M. Bernoulli,
dont le titre eft tel : de corporum aque infidentium
ofcillationibus , & de invenienda
longitudine penduli ofcillationibus illis ifochroni.
Je ne parle pas du troifiéme Tangage
parce qu'il eft évident , que le Vaiffeau étant
en proïe à deux puiffances , ( les Houles )
le centre du mouvement fera au point où
les directions de ces deux puiflances fe couperont.
Vous refufez, Monfieur , l'application que
je fais de la théorie du centre fpontané , à
l'hypomoclion du Mât dans le cas du Tangage
; & cela pour deux raifons. Dabord
vous rejettez le centre de fufpenfion , & puis
le centre de rotation . Vous pouviés faire
une dépenfe moins confidérable , & vous
n'aviés qu'à ne pas admettre le centre de rotation
NOVEMBRE 1746. 49
tition pour point d'appui.Les réflexions que
ous faites fur le centre de fufpenfion font
de refte , car il eft démontré que le centre
de rotation eft le même que le centre d'ofcillation
. Voyez l'art . 20 du grand Bernoulli,
Iome IV . P. 269 .
1
Vousn'êtes pas le premier qui ayés publié
que la théorie de M. Bernoulli n'avoit pas
lic dans le cas du Tangage. On a voulu
ale le prouver. Il falloit pour éluder ma difaculté
, ou fe recrier fur l'application , ou
s'en prendre à M. Bernoulli. On n'a eu garde
d'attaquer M. Bernoulli. On fçavoit à
on avoit affaire . Il ne reftoit qu'à crier
fort contre l'application ; on l'a fait.
Si la prudence a prefcrit cette conduite ,
la verité ne l'aprouvera jamais , car il eſt
avli faux de dire que la Théorie du centre
pontané de rotation n'a pas lieu dans le
Tangage , que d'avancer que cette Théorie
eft fauffe.
Dans cet article , où ce centre de rotation
eſt établi , il s'agit de détermier l'hypomoclion
d'un levier , à un endroit duquel
eft appliquée une puiffance qui tend à faire
tourner un fyftême de plufieurs corps ; &
dans le cas du Tangage de déterminer le
point d'appui d'un Mât fur lequel le vent
agit pour faire incliner un Vaiffeau. Quelle
difference trouve t -on là ? Que ce foit un
*
C
30 MERCURE DE FRANCE.
fyftême qui doive tourner ou un Navire ,
cela ne revient-il- pas au même ? M. Bernoulli
démontre que le centre de gravité du
fyftême ne peut pas être le point d'appui du
levier ; que ce point eft fixe tandis que les
autres parties du fiftême font en mouvement :
& moi je dis que le centre de gravité du vaiffeau
n'eft point l'hypomoclion du Mât dans
le cas du Tangage. Ce raifonnement eft
tout fimple. Ma conféquence eft jufte , naturelle
& de droit.
M. Bouguer , qui a répondu à mon objection
* a compris qu'elle étoit très fondée,
fi le Vaiffeau tanguoit. Ce fçavant Académicien
fe retranche fur l'équilibre qu'il y a
entre l'impulfion du vent fur les voiles , la
réfiftance de l'eau fur la Prouë , la pouffe
verticale de l'eau. Eh mon Dieu ! Queft- ce
que cela prouve ? Pofons pour un moment
que cet équilibre éxifte à certains égards .
croit-on de bonne foi éviter par-là les balancemens
du Navire ? Je le dis d'avance :
( & je l'aurois déja démontré par un écrit
public , fi je ne me fulle pas engagé à
s'atisfaire quelques curieux fur les
Vaiffeaux des Anciens , dont je fais imprimer
actuellement une petite hiftoire ) il eſt
impoffible d'une impoflibilité phifique de les
éviter , & fi l'on penfe que dans le tems du
Tangage du Navire fon centre de gravité
* Traitédu NavireP P. 315.
,
NOVEMBRE 1746. 51
eft toujours le point d'appui du Mât , je ſerai
en droit de conclure que le centre d'oſcillation
d'un fyftême de plufieurs corps eft
dans leur commun centre de gravité : ce qui
eft très faux . à moins que la longueur du
pendule ne fut infinie .
Cette conféquence a fans doute effrayé
M. Bouguer. En effet elle eft terrible . Cet
illuftre Géométre l'a compris ; & il a bien
vû qu'il falloit foutenir que le Vaiffeau ne
tanguoit point. Quelle reffource ! Vous ,
Monfieur , vous faites incliner , tourner , balancer
le Navire & le centre de gravité eft
toujours le point d'appui. Vous ne vous accondez
pas avec le fçavant, dont vous adoptez
les principes.
J'ai dit que le point d'appui du Mât eft dans
le concours des directions du balancement
du Navire. Vous croyez que je les place fur
la Proue & fur la Poupe . Ce n'eft pas là mon
fentiment. Lorfque j'ai parlé' de la Prouë
je ne l'ai fait que pour fixer l'efprit du Lecteur
, afin de rendre mon explication plus
fenfible. Il me paroît qu'on voit bien que
je fais une fuppofition , lorfque je dis :
d'ailleurs file Vaisseau est pouffe , &c . J'aurois
pu prendre, fi j'avois voulu , tout autre point
dans le Navire, Celui-là eft le premier qui
s'eft offert à mon efprit. Le point de concours
des directions du balancement eſt très-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
difficile à déterminer . Il faudroit connoître
pour cela le point où fe concentre la force
mouvante .
Après cet éclairciffement vous comprenez
fans doute , Monfieur , que le procès que
vous intentez aux faillies des Proues ne me
regarde point ici ; vous attaqués M. Bouguer ;
puifque felon lui , plus la faillie de la Proue,
fera grande , plus le point vélique fera élevé ,
& plus le Vaiffeau portera de voiles . Votre
critique ne s'adreffe donc plus à moi : Ce
n'eft donc point à moi à y répondre.
Telles font les réflexons que' votre Lettre
m'a fournie je fouhaite qu'elles vous fatisfaffent
, & comme les difcufions particulieres
ne doivent point être préfentées au public , fi
elles ne l'intereffe , il eft auffi à déficer que
ce détail puiffe contribuer en quelque chofe
à la perfection de la Marine , ainfi que votre
deffiein , deflein noble & louable, eft d'y
concourrir.
Quelques perfonnes ou mal inftruites , ou
mal intentionées ont répandu dans plufieurs
compagnies , que je manquois de venération
pour M. Bouguer , en combattant fes principes.
On l'a publié en quelque forte ou dumoins
on l'a fait connoître. Enverité il y a
bien & de la méchanceté & de l'injuftice
dans ce reproche. Il n'appartient qu'à des
NOVEMBRE 1746 53
génies groffiers de ne pas eftimer avec diftinction
les grands Homines ; de leur manquer
des égards même dans leur méprife ,
& de leur refufer une forte de refpect ; j'ai
déja mis au jour celui que le mérite de M.
Bouguer m'a infpiré : je me fais gloire de le
renouveller ici , comme je ferai toujours
charmé , par rapport à vous , Monfieur , de
trouver l'occafion de rendre publics les fentimens
de la plus parfaite eftime avec laquelle
j'ai l'honneur d'être , &c.
SONETTO.
Del Segnor Gio : Battiſta Marini.
APre l'Uomo infelice , allor che nafce
In queſta vita di miſerie piena ,
Pria ch'al fol, gli ochi al pianto , e nato a pena
Và prigionier frà le tenaci fafce .
Fanciullo poi , che non più latte il pafce ,
Sotto rigida Sforza i giorni mena ;
Indi in età più ferma , è più ſerena ,
Trà fortuna , ed amor more , e rinaſce .
Quante pofcia foftien trifto e menduo
Fatiche e morti ; infin , che curvo e laffo
Appoggia a debil legno il fianco antico !
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Chiude al fin le fue Spoglie Angufto Saffo .
Ratto cofi , che fofpirando io dico ,
Da la culla a la tomba è un breve paffo .
Voilà , Meffieurs , un Sonnet que l'on voit
aifément que Rouffeau a imité dans ces
baux vers qui commencent ainfi :
Que l'homme eft bien durant fa vie
Un parfait miroir de douleurs ! &c.
Mais il a fini ces Stances par un trait qu'il
a trouvé dans fon génie un peu trop hardi
& non pas dans fon original , qui contre
fon ordinaire n'a rien outré dans ce Sonnet ;
c'eft pour faire voir cette difference que j'ai
tâché d'imiter ce Sonnet. Je fens que je fuis
auffi loin de fa beauté que de celle des Stances
de Rouſſeau , mais s'il n'y avoit que des
Rouffeaux ou des Voltaires qui écriviffent ,
notre amour propre fouffriroit trop : le lecteurs
feroit réduit à toujours admirer , & les
Poëtes auffi foibles que moi creveroient
peut-être de chagrin & de jaloufie.
NOVEMBRE 1746. '
IMITATION à Monfieur l'Abbé
Antonini.
STANCES IRREGULIERES.
Q
Ue l'homme ouvre en naiffant une trifte carriere
!
Dans des langes d'abord comme chargé de fers ,
Ses yeux femblent plutôt ouverts
Par les pleurs que par la lumiere.
Dès fa tendre jeuneſſe un trop fâcheux Pedant
De fouets , de leçons fans ceffe l'importune ;
11 fe voit le jouet , fi tôt qu'il eft plus grand ,
De l'amour & de la fortune.
Homme fait , d'autre foins ; dettes de tout côté ;
Des procès , une femme augmentent ſa triſteſſe :
Bien-tôt ſur un bâton il ſoutient ſa vielleſſe ;
Un fils attend fa mort avec avidité.
Sous l'âge & fous les maux à la fin il fuccombe ;
Il meurt : il eft caché fous une étroite tombe.
Helas ! que le chemin eft court qui du berçeau
Conduit les mortels au tombeau !
Laiglon à St. Omer.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
A MADAME ***
Depuis que je vis fous vos loix
Jugez du tourment qui m'accable :
Vous captivez & mon coeur & ma voix ,
Et je vous aime trop pour vous paroître aimable.
Hélas ! faut-il qu'une injufte colere
Soit de mes foins le feul retour Ripaal val ensa
Iris , pourquoi voulez vous faire
La haine fille de l'amour ?
O
A LA MESME.
Vous dites qu'il n'eft point d'amans
Dont les tendres engagemens
Soient fuivis d'ardeurs éternelles.
Je vous confeille , Iris , de murmurer contre eux :
Vraiment , c'eſt bien à faire aux belles
Qui ne font que des malheureux
A fe plaindre des Infidéles ?
NOVEMBRE 1746. 57
CHANSON imitée d'Horace.
Pou Our les coeurs délicats
Les plaifirs achetés ont feuls de vrais appas
Lorſque par un baiſer Climene ,
Je cherche à foulager ma peine
Deffendez vous affés pour ne pas me l'offrir ,
Mais trop peu pour m'oter l'efpoir de le ravir.
EPITRE à Madame , ***
Lorfque d'auprès de vous je ſouffre qu'on m'arrache,
Ne me foupçonnez pas de n'aimer qu'à demi :
Hélas ! C'eft que l'amant fe cache
Pour ne laiffer voir que l'ami.
Victime d'un trop long filence ;
Mais flaté par l'eſpoir d'un doux & vif retour ,
Je ne veux rien devoir à la reconnoiffance ;
De tout ce que je puis demander à l'amour .
Il eft vrai , je le fçais , quoique tendre & fidéle
Mon coeur n'eft pas pour vous un offrande affés
belle ;
C v
38 MERCURE DE FRANCE
Mais fufpendez votre courroux :
Songez que fi ce coeur vous aime
En le rempliffant de vous même
Vous le rendez digne de vous.
Puiffent vos fentimens être à mes voeux propices ,
Ou je renonce à vivre fous vos loix.
D .. C'est trop d'avoir à fouffrir à la fois
De mon amour & de vos injuſtices.
Si ma Mufe s'obftine à chanter vos attraits
N'en faites point un crime à mon foible genie :
Quelques efforts qu'il prenne , il ne fera jamais
Grand tort à votre modeftie.
DISCOURS fur l'Emulation.
a de fi puiſſans défirs
la
Lgloire , que n'étant né que pour elle , il
n'agit auffi que pour l'acquérir & , elle ne fe
montre fi belle & fi charmante à les yeux ,
que pour le porter à toutes fortes d'actions
vertueufes,
C'eft elle qui le rend ingénieux , vigilant ,
infatigable , qui lui fait aimer le travail &
furmonter le péril ; le bien qu'il voit faire aux
autres l'inftruit & l'anime en même tems
à les imiter.
Les hommes ont une pente naturelle à s'iNOVEMBRE
1746 59
miter les uns les autres , & cette inclination
paroît en eux dès le berceau ; elle n'aît avant
la raiſon , & fouvent elle fait dans la focieté
civile ce que la raiſon ne peut faire.
Les bonnes actions ont toujours beaucoup
d'admirateurs , mais il n'y a que ceux qui
ont une noble Emulation qui foient entrainés
à les imiter . Avec elle on fait avec joye
ce qu'on apperçoit de vertueux dans les autres
; on fe les propofe pour faire naître en
foi l'envie de les égaler , & l'on peut dire que
l'efprit de l'homme eft capable de toutes chofes
, quand il fe pique d'Emulation.
Mais ceux qui ont l'ame noble ne fe propoſent
pas feulement les exemples de leur
fiécle à imiter , ils portent leur vue fur tout
ce qu'il y a de plus parfait dans l'antiquité ,
car on ne doit pas s'arrêter aux ruiffeaux ,
quand on peut puiſer dans la fource ; en tout
Pays , en tout tems on a toujours vû quelques
uns à qui les autres ont voulu reffembler
, mais fouvent les copies infidelles ont
plus approché de leurs défauts que de leurs
perfections. On ne peut être trop délicat dans
le choix des originaux, les copies dégenerent
toujours, il eft facile de faire plus mal que ceux
qui font mal , mais fouvent fort difficile de
faire mieuxque ceux qui font bien , il faut toujours
tacher d'imiter les plus parfaits ; élévons
nous toujours au lieu de ramper , ce
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
n'eft qu'en afpirant aux chofes les plus hautes
qu'on fe rend immortel .
Ne nous contentons pas de nous attirer de
vains applaudiffemens qui s'élevent & tombent
le même jour.
Le cours de la vie eft trop limité pour
renfermer en nos coeurs le défir de la véritable
gloire , clle eft trop étendue & porte
nos espérances jufques fur l'avenir le plus reculé
.
Les génies extrordinaires font comme
des Aigles , ils prennent toujours le deſſus ,
plus on s'éleve devant eux , plus ils veulent
s'élever , rien ne les pique plus vivement que
l'Emulation , & l'ardeur qu'elle leur infpire
pour la vraie gloire & la vertu ne leur
donne pas un moment de repos.
C'eft peu pour eux d'égaler les autres , ils
veulent les furpaffer , & ce qui attire quelquefois
l'admiration des efprits plus limités
ne paroît rien à leurs yeux.
Quoique l'Emulation foit un vice quand
elle dégenere en envie , elle peut fouvent fervir
d'un puiffant aiguillon pour nous pouffer
à la vertu. L'honneur eft l'héritage le plus
précieux qu'un pere puiffe laiffer à fon enfant
, & celui-ci n'en eft pas bon oeconome
, s'il ne l'augmente par une légitime
Emulation ; la frugalité qui par-tout ailleurs.
paffle pour vertu , fe change en vice dans
NOVEMBRE 1746 61
cette occafion , ce n'eft pas affés de conferver
cet héritage , il faut travailler pour l'accroître
; les familles Romaines gardoient
comme une chofe facrée ce qui fervoit à
illuftrer la mémoire de leurs ancêtres , leurs
Palais étoient ornés des familles de ces grands
Hommes , c'étoient les illuftres monumens
de leurs vertus ; le Senat de Rome fit élever
la ftatue de Caton dans le lieu où fe rendoit
la Juſtice , afin que le fouvenir de fa
grande probité fut aux autres Magiftrats la
regle de leur conduite & le modéle de
leur jugemens. A la vérité il y a des hommes
admirables , de ces efprits du premier
rang , de ces intelligences fuprêmes qui ont
quelque chofe de divin , on ne peut guéres
les tirer en exemples , il faut fe contenter
de les admirer & de les regarder comme
l'ornement de leur fiécle , & l'exemple des
fuivans , génies inimitables par leur profonde
fcience chacun dans leur état & encore
l'innocence & plus dignes d'admiration par
l'intégrité de leurs moeurs.
Quelque Emulation qui nous anime , il
faut faire un grand difcernement dans l'imitation
, & prendre d'un chacun ce qu'il y
a de bon fans s'arrêter à aucun particulier ,
il ne faut pas que l'admiration que nous
avons pour les plus parfaits nous ôte l'efpérance
& le courage de pouvoir faire ce qu'ils
62 MERCURE DE FRANCE.
ont fait , au contraire cette Emulation doit
nous exciter fans ceffe à laiffer quelque
chofe de nous qui puiffe fervir de modéle à
la poftérité ; la Nature n'eft pas épuifée , c
voit encore parmi nous de ces grands hommes
qui , femblables aux Abeilles qui expriment
le fuc des fleurs dont- elles compofent
leur miel , raffemblent dans leur elprit
comme dans une Ruche , ce qu'il y a de
plus délicat en toute forte de profeſſions.
C'est l'avantage que les Romains eurent autrefois
fur les Grecs , pourquoi ne l'aurions
nous pas fur les Grecs & fur les Romains ?
cette belle Emulation efl digne de nous pour
fervir d'exemple à toutes les Nations.
Par exemple en fait de la grandeur de
courage , c'est peu d'une valeur commune
aux François qui combatent fous le plus
grand Prince du monde : ils bravent les plus
grands périls pour mériter l'eftime de leur
Souverain & ne peuvent jamais paffer pour
témeraires devant un Prince fi lage & fi courageux
; peut-on fe propofer quelque modéle
de prudence , & de valeur qu'il n'ait furpaffé
par des actions qui ferviront d'exemples
héroïques aux fiécles futurs ?
De quelle Emulation ne feront ils pas
touchés en apprenant la Conquête de toute
une grande Province , faite en moins de tems.
qu'il n'en falloit autrefois pour celle d'une
NOVEMBRE 1746. 6 ;
Ville , & le gain d'une fanglante bataille où
il a paru en perfonne , comme Soldat &
comme Capitaine , Protecteur de la foi publique
, fidéle dans fes promeffes , conſtant
dans fes prudentes réfolutions & inébranlable
à la vue des plus grands dangers.
Il eft certain que dans les plus fublimes
profeffions , comme celles des Armes & de
l'Eloquence , on doit changer de méthode
felon les tems & les circonftances , fans cela
Pefprit & le coeur de l'homme ne peuvent
rien produire de grand , à la vérité il y a des
régles qu'on ne peut trop réligieufement obfervé
, des régles dont la parfaite intelligence
& l'application judicieufe donnent à ceux
qui les fuivent dans leur état , de l'agrément
de la force , de la majeſté & de la vigueur.
Ily a auffi des exemples qu'on ne doit pas
perdre de vue, mais il fautles regarder comme
les Peintres en prenant de l'un la juſteſſe du
trait , de l'autre la beauté des couleurs , car
ne fuivre qu'un feul homme , c'eft fe rendre
trop esclave , il faut en quelque maniere raffembler
en foi toutes les belles qualités des
grands hommes de notre état , honorer leur
mémoire, respecter leur mérite, admirer leurs
belles actions , & fe les rendre en quelque
façon propres , c'eft là le vrai caractére de
la noble & légitime Emulation .
Derhins Doyen des Avocats de Beffiene en
Forêt.
J
64 MERCURE DE FRANCE.
DERNIER S adieux à mon chat dévoré
par un animal farouche.
A Dieu , Raton , c'en eft fait , la lumière
N'éclairera plus tes beaux yeux.
Déja tu vois la fin de ta carriere
Et rien ne peut t'arrêter dans ces lieux .
Quel monftre jaloux de ta gloire
A terminé de fi beaux jours ?
Quoi ! tes charmes n'ont pû toucher ſon ame noire ?
Ah ! périffe à jamais l'odieuſe mémoire
De ce tigre affamé , périllent fes amours ,
Qu'un autre , s'il fe peut , encor plus fanguinaire ,
L'immole à mon jufte couroux .
Mais vains regrets ! efpoir imaginaire !
Raton n'eft plus ; Grands Dieux y penfez -vous ,
Raton a fuccombé , l'infame jalouke
L'a moiffonné dans fon printems.
O vous que cette phrénefie
A tyrannifé de tous tems .
Apprenez que ce n'eft qu'à des efprits vulgaires
Et petris d'un limon groffier ,
Aux coeurs nés bas & mercenaires
Que ce vice eft familier ,
Mais les ames génereuſes
Partout ou la vertu luit
NOVEMBRE 1746.
65
Suivent fans être envieufes
Le charme qui les féduit .
Raton eut , mérité le fceptre & la Couronne
Dans l'Empire des Chats.
Puffe-je voir un jour l'Occifeur en perfonne ,
Rongé , mangé , déchiré par les rats !
Par J. T. D. Médecin.
QUESTIO N.
XXXX
N demande lequel eft le meilleur d'avoir
une connoiffance médiocre de toutes
chofes , ou bien de poffeder une Science
ou un Art au plus haut dégré & d'ignorer
toutes les autres.
味雞味] ]:] 味: 豬豬鮮
A Madame de C .... en lui envoyant des
des découpures qu'elles m'avoit demandées.
Recevez ,
aimable
Thémire ,
Ce petit nombre de Chinois ;
Ils ont quitté leur vafte empire
Pour aller vivre fous vos loix.
Si vous leurs faites bonne mine ,
Leur fort ne peut être plus doux.
Que vois-je ? Vous les aimez tous.
Ah ! que nc fuis -je de la Chine !
2
Par M, de S. Germain exilé an
Mont S. Michel.
66 MERCURE DE FRANCE.
2525
ODE TIRE' DU PSEAUME CXVIII.
Confiance en Dieu dans le tems de l'affliction :
défirs finceres du jufte de lui être toujours
fidéle.
BRife, Grand Dieu , dans ta colere
Les ennemis de tes Autels ;
Mais du haut de ton fanctuaire
Prends pitié des humbles mortels.
Déja la mort épouvantable
Préfente fa nuit redoutable
A tous mes fens glacés d'effroy ;
Regarde moi d'un oeil propice :
Sauve mes jours du précipice ;
Et je fuivrai ta fainte loi.
Dans l'adverfité qui m'accable
Je vois mes maux s'accumuler ;
Sans ta promeffe irrévocable
Rien ne pourroit me confoler.
Grand Dieu , l'impofture & l'envie
Sur les plus beaux jours de ma vie
Ont foufflé leur cruel poiſon ;
Suprême appui de l'innocence ,
J'implore aujourd'hui ta puifance
NOVEMBRE 1746. 67
.
Contre leur lâche trahifon .
Qui peut enviſager fans crainte
Le fort terrible du Pécheur ?
Sur fon front la mort eſt empreinte ,
Ses yeux font voilés par l'ereur.
C'eſt devant ton trône adorable ,
Que ta juftice rédoutable
Fait tomber le bandeau fatal ;
Tu dis un mot , & la victime
Difparoît , & du ſein du crime
Defcend dansle gouffre infernal.
Au milieu de mon eſclavage
Où tout m'infpiroit de l'horreur ,
Mes levres te rendoient hommage ,
Même au plus fort de ma douleur.
Dès qu'à la fin de fa carriere ,
L'Aftre qui repand la lumiere ,
Ceffoit de briller fur nos bords
;
Vers toifon unique reffource
Mon coeur voloit comme à fa fource
Pour te chanter dansfes tranfports.
Dieu d'Ifraël, ton indulgence ,
Quand nous défirons d'être à toi
Fournit à tous fon affiftance
Dans la pratique de ta loi.
Aux premiers rayons de ta grace
68 MERCURE DE FRANCE.
Le crime fuit , & dans fa place
Ta main nous forme un nouveau coeur :
C'eft toi qui des voutes celeftes
As brifé les liens funeftes ,
Qui s'oppofoient à mon bonheur.
Loin des routes de la Juftice ,
Dans des fentiers pernicieux ,
Les méchans par leur artifice
Vouloient m'entrainer avec eux :
Tel qu'un Rocher inébranlable ,
Offre fa tête formidable
Aux vains efforts des vents fougueux ,
Ainfi mon ame toujours prête
A réfifterà la tempête .
Repouffa leurs traits dangereux .
Superbes tyrans de la tèrre ,
Vous dont l'orgueil ne connoît pas
- Celui qui lance le tonnere ,
Craignez laforce de fon bras :
Ouvrez les yeux , & fous la cendre
Reconnoiffez un Pere tendre
Qui préviendra tous vos ſouhaits ;
Grand Dieu ! vois l'ardeur qui m'enflâme ;
Imprime à jamais dans mon ame
Le fouvenir de tes bienfaits.
!
NOVEMBRE 1746. 69
spel3l6e3 364
LETTRE à de M. *** . à M. ***.
Rit
EflechiffantMr.à mon ordinairefur l'économie
nationale , je me fuis rappelé une
converfation que nous eûmes dernierement
fur ce fujet ; converfation dans laquelle entre
autres écarts , nous vinmes à parler des
changemensd'habitation fi fréquents dans les
Villes. Je les foutins dommageables au public ;
en ce qu'ils détournent les particuliers de
leurs occupations & de leur commerce ; &
qu'ils font toujours perdre , brifer ou égarer
quelques piéces de meubles. Vous foutintes
au contraire qu'ils étoient utiles , par la raifon
que les pertes qui s'enfuivent de-la pour
les uns font profitables aux autres , & que ces
meubles brifés par exemple , perdus ou égarés
mettent dans la néceffité d'en avoir d'auttes
, ce qui entretient la circulation , occupe
& fait gagner les Ouvriers & les Marchands.
Mais en fuivant ce raifonnement , j'ai fen
ti
que la plupart des pertes & des calamités
étoient de vrais biens politiques ; la guerre
qu'on regarde comme un fleau n'eft plus un
mal ieur pour l'Etat , puifqu'elle occupe &
fait vivre bien du monde. Elle coute beaucoup
au public , tant mieux , elle enrichit
70 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs particuliers ; un mal épidemique
aflige toute une Contrée , tant mieux , cela
occupe & fait gagner tous les fuppôts de la
Médecine &c. Un incendiaire brule nos maifons
, tant mieux , c'eft une occafion d'employer
du monde pour les rétablir . Un homme
a un Procès ruineux qui ne finit point
le mal entendu de nos Loix & de notre
Jurifprudence , tant mieux , cela occupe &
engraiffe les Procureurs , les Avocats , &c.
Un homme riche a un fils diffipateur & débauché
, tant mieux , ce jeune libertin fait
le profit de bien des gens par fes diffipations
& par les débauches. Je ferai la même
application fur les accidens les plus funeſtes,
Que repondrez -vous à cette retorſion ?
par
Pour moi je crois plus que jamais que toute
perte eft nuifible à la Societé ; & je penfe
que l'enrichiffement d'une Nation eft de
même nature que celui d'une famille . Comment
devient on riche pour l'ordinaire ? Par
le travail & par l'economie ; travail qui enfaste
de nouveaux biens ; économie qui
fçait les conferver & les employer à propos,
Ce n'eft pas affés pour enrichir un peuple de
lui procurer de l'occupation . La guerre , les
procès , les maladies , les jeux & les feftins
occupent auffi réellement que les travaux
de l'Agriculture, du Commerce & des Fabriques
, mais de ces occupations les unes font
NOVEMBRE 1746.
ructueuſes , & produifent de nouveaux
biens , les autres font fteriles ou même deftructives
. Pourquoi le négoce eft- il une fource
d'opulence ? E ce par la fimple proprie
té de commerce d'échange ou de communication
? Point du tout, mais , c'eft qu'outre les
diftributions & l'économie qu'il fuppofe néceffairement
, il fuppofe encore davantage
les productions du Labourage & des Manufactures
; fans quoi il cefferoit d'être enrichiffant
: qualité du refte qui ne lui vient
point de ce qu'il occupe & fait vivre bien des
gens . Combien en effet d'autres opérations
qui font vivre leur monde & qui ne font point
enrichiffantes pour la Société ? C'eſt en un
mot qu'elles occupent les fujets , fans qu'il
en réfulte aucun fruit réel & phyfique. Telles
font , comme on l'a dit les opérations de
1 guerre & de la procédure , & telles font
celles des amufemens & des plaifirs. Opérations
qui nous occupent , nous agitent ou
nous ainufent ; mais qui n'augmentent jamais
l'opulence Nationale .
Cette difference d'opinions ne m'empê
chera pas d'être bien fincerement Monfieur
&c,
72 MERCURE DE FRANCE.
TKIIK:VKIIHD
IMITATION d'une Ode d'Horace .
Donec gratus eram tibi, Lib. 11 Od. XII .
DAPHNI S.
T Ant que je te parus aimable ,
Et que je jouis feul de tes embraffemens
Aufort des Rois les plus puiffans
Ce paisible bonheur me fembla préférable.
CHLOE'.
Tant que content de mon ardeur
Daphnis fut fidéle & fincere
Et que je l'emportai fur la jeune Glycere ,
Du nom de fa Chloé je fis tout mon bonheur :
Et d'un nom plus fameux , la trompeuſe chimere
Ne féduifit jamais mon coeur .
DAPHNI S.
Il eſt vrai , la jeune Glycere
A rangé mon coeur fous fa loi ;
Elle a tout ce qu'il faut pour plaire ,
Et ma vie à l'inſtant cefferoit d'être à moi ,
Si pour fauver la fienne elle étoit néceffaire.
CHLOE'.
D'un mutuel amour les plus tendres liens
Avec Mirtyle m'ont unie 2
Er
NOVEMBRE 1746. 75
Et je perdrois deux fois la vie ,
Si mes jours immolés garantiffoient les fiens.
DAPHNI S.
Dans la chaine qui me fut chere ,
Si l'amour de nouveau me tenoit engagé ,
Si j'allois oublier Glycere ,
Pourrois-je encor en toi retrouver ma Chloé.
CHLOF
Qnoique tu fois plus inconftant que l'onde ;
Et que Mirtyle ait pour moi mille appas ,
Reviens , & je préfere à tous les biens du monde
Celui de vivre , & mourir dans tes bras.
Campan. O. D. L. R.
MEMOIRE où l'on examine la date
d'une Charte de Carloman par M.
Polluche d'Orleans.
Ddans le VIIe, vol. de fon Spicilege , pa-
Om Luc Dachery a fait imprimer
ge 148 des Lettres du Roi Carloman , données
en faveur du Chapitre de l'Eglife d'Or
leans , auquel çe Prince confirme les anciens
privileges fur la répréfentation que
i avoient fait les Chanoines, qu'ils en avoient
D
74 MERCURE DE FRANCE.
perdu les titres dans l'incendie de la Ville
d'Orleans par les Normands. Ces lettres
telles qu'on nous les répréfente font foufcrites
du Notaire Norberft faifant les fonctions de
Vulfard Chancelier & datées de Melnacum
dans le Comté de Vimeu le II. des ides
d'Août la Ve. année du regne de Carloman
indiction premiére. Ce qui revient au 2 Août
883. Nortbertus ad vicem Vulfardi recognovit
, Datum III. idus Angufti anno V. regnante
Karlomanno gloriofiffimo rege , indictione
prima , apud Melnacum villam in Vim
nau comitatu. Mais comment faire quadrer
cette date avec celle d'une autre Charte du
même Prince , dont Ducheſne nous a donné
la foufcription dans fon Hiftoire des Chanceliers
page 92 , & qu'il cite du Tréfor de
l'Abbaye de Beaulieu , vû que dans cette
derniere qui eft de l'an 882 le même Notaire
Nortbert y déclare qu'alors le Chancelier
Vulfard éroit mort ? Nortbertus Notarius
poft obitum magiftri Vulfardi juffione regis
fcripfi. Dat. XVIII. Kal.julii anno IV. regnante
Karlomanno gloriofiffimo rege , indictione
XV. Il n'y a pas de milieu , l'une ou l'autre
de ces Chartes eft fautive , ou plûtôt
Dom Luc Dachery ou Duchefne fe font
trompés. Mais auquel attribuer la faute ? Au
premier ; l'occafion que j'ai eut de voir &
d'examiner dans le Tréfor de l'Eglife d'Or
NOVEMBRE 1746. 75
leans , l'original des Lettres données par ce
Pere , ne permet pas d'en douter , & c'eſt
une faute que les copiftes lui ont fait faire.
Au lieu du nom de Vulfard qu'ils ont lû dans
la fouſcription , on y lit celui de Gauzlin ,
qui après avoir été Chancelier fous Charles
le Chauve & Louis le Begue , continua à
l'être fous Carloman , comme le P. Labbe
l'avoit foupçonné , Tome II . de fes mêlanges
pag. 116. Ainfi par ce feul endroit la
Charte que nous examinons ne peut être
que du commencement du regne de Carloman
, ou tout au plus avant le mois de
Mai de fa troifiéme année 881 , puiſqu'on
voit par de fecondes Lettres de ce Prince
données en faveur de l'Eglife d'Orleans , que
dans ce mois Vulfard étoit déja Chancelier.
Noirbertus Notarius ad vicem Vulfardi recognovit
Datum apud villampetramfictam anno
III.regnis Karlomanni glor . regis in menfe maio
indictione XIIII.Envain voudroit - on oppofer
la date de Dom Luc Dachery . Anno V. regn.
Karlem indict. I. puifque fes notes Chronologiques
font purement conjecturales &
qu'elles ne paroiffent en aucune maniere fur
l'original , ou l'année du regne & l'indiction
font abfolument effacées ; en voici une copie
figurée. Datum III. id Aug..... regnante
Karlomaunogloriofiffimo rege ...... apud Melnacum
villam & Pimnau comitatu. Mais d'où
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
a -t-on tiré à remplir ces vuides ? ce n'a pû
être du Cartulaire de l'Eglife d'Orleans . Les
Lettres y font tranfcrites à la vérité , mais il
y manque comme à beaucoup d'autres & la
date & la foufcription que le copiſte ne s'eft
pas donné la peine d'écrire. Il eſt vrai qu'un
tranfcrit de ces Lettres qu'on trouve dans la
même layette où elle font confervées , porte
l'une & l'autre telles que D. Luc Dachery
les a réprefentées . Mais cette piece qui
apparemment eft celle qu'on a communiquée
à ce Pere eft trop moderne & trop défectueufe
d'ailleurs , pour pouvoir je ne dis
pas balancer , mais donner la moindre atreinte
aux réflexions que je viens de faire.
La date de la Charte de Carloman ainfi
rétablie. Je continue à en examiner quelques
autres particularités. La premiere qui s'offre
aux yeux de prime abord , c'eft le fceau en
pafte qui y eft appliqué . On y voit la tête de
Carloman ceinte d'une couronne de laurier
& ces mots écrits en legende : KARLOMANNUS
DI GRACIA REX. On
feait affés que les fceaux de ce Prince font
très rares , le P. Mabillon qui s'eft étudié à
faire graver dans fa diplomatique ceux de
nos Rois , n'en donne aucun de Carloman ,
car on ne peut pas dire que la tête d'un jeune
homme qui paroît fans légende dans un cashet
appliqué à une Charte de la planche
NOVEMBRE 1746. 77
XXIII. foit celle de ce Prince. La beauté du
deffein , & l'air de tête de cette figure d'un
goût tout autre que celui du Xe. fiécle , en
marque affés la difference , fur-tout fi on la
compare avec le fceau avec lequel elle n'a
aucune reffemblance. C'eſt bien plûtôt l'empreinte
d'une pierre antique qui fervoit à
Carloman d'anneau ou de cachet particulier
tel à peu-près qu'un petit cachet avec une
tête de Bacchus fur une Charte de Pepin ,
planche XXIII . ou avec la tête de Serapis
fur des Lettres de Charlemagne planche
XXIIII .
La feconde chofe à confidérer , c'eſt qu'il
eft marqué expreffement dans ces Lettres
que l'Eglife Cathedrale d'Orleans avoit eu
le même fort que toutes les autres qui avoient
péri dans le feu que lesNormands avoient mis
à la Ville lorfqu'ils y revinrent en 865. Verum
etiam ipfius matris Eclefia bafilica a fupradictis
regni perfecutoribus concremata .
Quoique Adrevalde Moine de Fleury ait
affûré le contraire dans fon livre des Miracles
de S. Benoît chapitre 33 ; en diſant que
cette Eglife avoit été garentie du feu par les
foins de quelques perfonnes zélées : matre
duntaxat Ecclefia que in honore S. Crucis
facrata erat , ftudio bonorum hominum remanente.
Si nos Hiftoriens d'Orleans ont
adopté le fentiment d'Adrevalde , .eux qui
..
1
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
auroient connoiffance des lettres de Carloman
, c'eft qu'ils aimoient le merveilleux.
VERS à Madame de **
J'Adreffois au Ciel mille voeux
Pour célébrer la fête d'Egerie ,
Je lui fouhaitois de mon mieux
Tous les tréfors de la Férie ,
Quand un enfant aîlé s'eft offert à mes yeux ;
Ceffez , dit - il , des voeux dont l'Olympe s'offenſe
:
Sur le pouvoir des Dieux croyez -vous enehérir ?
Eh ! de quels dons voulez-vous enrichir
Le chef- d'oeuvre de leur puiffance ?
Difant ces mots il m'a donné
Des guirlandes de fleurs nouvelles
Dont lui-même étoit couronné .
Auffi-tôt déployant fes aîles
Il s'eft élevé dans les airs ,
Et foudain j'ai vû l'univers
S'embrafer de mille étincelles .
A cet éclat j'ai reconnu l'enfant ,
Et je l'allois nommer en l'adorant ,
Mais auffi tôt devinant ma penſée ,
Il a fouri du haut de l'empyrée ,
NOVEMBRE 79 1746.
Et m'a crié d'un fon de voix charmant ,
Allez préfenter ma guirlande
Au doux objet que vous ofez aimer ,
Mais fi vous voulez voir accepter votre offrande ,
Gardez-vous bien de me nommer.

VERS à Madame de **
C Hargé de fleurs ainfi qu'un bourriquer
Amour s'en vint le jour de votre fête :
Il avoit mis dans fa petite tête
Que devant tous pafferoit fon bouquet ;
Mais bien penaut refta le freluquet ,
De voir néant au bas de fa Requête ,
Et dit tout haut , en trouffant fon paquet ,
Par la morbleu , je ne fuis qu'une bête ;
Ce chien d'Hymen m'a donné le torquet.
ASSEMBLEE publique de la Societé
Royale des Sciences , tenue dans lagrande
Sale de l'Hôtel- de- Ville de Montpellier ,
le 2 Décembre 1745.
Onfieur Serane , Directeur , qui pré-
Μ
Midoit àcette Affemblée en l'abfen-
> ce de M. le Comte de Saint -Florentin
Miniftre & Sécretaire d'Etat, & Préſident de
la Société Royale pour cette année , fit l'ou-
Diij
So MERCURE DE FRANCE.
Iverture de la Séance par un Difcours dans
dequel il loua les Académiciens de leur attention
à perfectionner les Sciences , & en
particulier l'Aftronomie. Il ne manqua pas
de parler de l'Obfervatoire , cet Ouvrage
chéri , qui après avoir été long- tems l'objet
des défirs de la Société , eft aujourd'hui prefque
achevé. C'eft- là que les Aftronomes de
la Compagnie fe propofent de répondre aux
invitations qui leur ont été faites par l'Académie
Royale des Sciences , de travailler à
un grand nombre d'Obfervations , que la
beauté du climat les met en état de faire
à Montpellier, plus facilement que par- tout
ailleurs.
M. Serane annonça les Eloges qui devoient
être lûs dans cette Affemblée. Il fit
remarquer qu'après la mort de M. de Plantade
, la place de Sécretaire perpétuel étant
encore vacante , la Compagnie chargea M.
de Carney , un de fes Affociés , de faire les
Eloges de Meffieurs de Clapiès & de Sénès.
M. de Ratte ayant été nommé Sécretaire
perpétuel en 1743 , la Société ne changea
rien à cette premiere difpofition , mais les
occupations de M. de Carney ne lui permi-.
rent pas de faire les deux Eloges ; il fit feulement
l'Eloge de M de Sénès , & M. de
Ratte fit celui de M. de Clapiès . Ces Elogés
furent lûs dans l'Affemblée . La Compagnie
NOVEMBRE. 1746.
81
ne pouvoit tarder plus long- tems a s'acquitter
du tribut qu'elle devoit à la Mémoire dé
deux Académiciens fi diftingués par leurs
rares talens.
3
Après que M. le Directeur eut ceffé de
parler , M. de Ratte Sécretaire perpétuel lut
I'Eloge de M. de Clapiès . M. de Carney lut
enfuite l'Eloge de M. de Sénès.
M. de Serane Directeur fit enfuite la lecture
d'un Mémoire fur quelques Squinancies
d'une nature particuliere , après laquelle M.
Bon Confeiller d'Etat , Premier Préfident
Honoraire en la Cour des Comptes , Aides
& Finances de Montpellier , lut un Mémoire
dons nous donnons l'Extrait.
EXTRAIT du Mémoire de M. Bon fur
la chaleur directe du Soleil , comparée avec
celle qu'on éprouve à l'ombre pendant l'Eté.
A Phyfique fe perfectionne tous les
Ljours , depuis qu'on s'est fait une Loi
d'en bannir les Hypothéfes , & de n'admettre
que ce qui eft fondé fur l'expérience . Les
Philofophes ne cherchent plus à deviner la
Nature, ils tâchent feulement de la bien voir,
D iiij
82 MERCURE DE FRANCE.
perfuadés que l'examen des effets eft la feule
voy e par laquelle ils parviendront peut être
à la détermination des caufes.
Avouons cependant que l'Art de faire des
expériences , porté jufqu'à un certain dégré ,
n'eft nullement commun ; tout le monde ne
fçait pas voir. Les expériences délicates demandent
toujours des attentions génantes ,
& on ne fçauroit croire jufqu'à quel point ces
attentions doivent être quelquefois multipliées.
la
On peut faire plus aifément certaines obfervations
, mais en revanche , celles - ci demandent
plus d'affiduité . Telles font les obfervations
Météorologiques fur le Thermométre
, le Barométre , la quantité d'eau de
pluye , la direction & la force des vents ,
déclinaifon de l'aiguille aimantée , &c. Il n'eft
pas permis de douter du prix & de l'utilité de
ces obfervations ; il n'en faut pas chercher
d'autre preuve que l'empreffement de toutes
les Académies des Sciences de l'Europe à les
recueillir. *
M. Bon , fi connu par les découvertes importantes
qu'il a faites dans la Phyſique &
dans l'Hiftoire naturelle , n'a pas crû devoir
* La Socité Royale de Londres adreſſe en 1724 une
Lettre circulaire à tous les Sçavans de l'Europe , pour
les engager à faire les obfervations Météorologiques
le plus affidement qu'il leur fervit poſible,
?
NOVEMBRE 1746. 83
négliger les obfervations Météorologiques
Il commença à Montpellier en 1702 celles
du froid & du chaud avec l'ancien Thermométre
de Florence , dont il avoit apperçû
toutes les imperfections , & auquel il fubftitua
en 1705 un Thermométre beaucoup
plus exact , celui de M. Amontons , mais depuis
l'année 1737 il a toujours fait uſage du
Thermométre de M. de Réaumur , Inftrument
de la derniere précifion , comme tous
ceux qui ont été inventés ou perfectionnés
par cet Académicien , » aux découvertes du
quel ( dit M. Bon ) on ne peut rien ajouter
que les juftes éloges que cet illuftre
" Sçavant a mérités fi fouvent du public ,
30
Nous fommes obligés d'avertir avec M.
Bon que malgré tout fon zéle pour faire af
fidûment les obfervations Météorologiques ,
les fonctions importantes de fa Charge l'obligerent
fouvent de les interrompre ; il étoit
jufte que Thémis eut la préférence . Aujourd'hui
que cet illuftre Magiftrat jouit d'un repos
qui lui étoit dû par tant de titres , les
Sciences ont repris tous les droits qu'elles
avoient déja fur lui ; leur étude fait fa principale
& fa plus douce occupation , & il ne
fe contente plus de leur confacrer , comme
auparavant , ces momens indéterminés que
l'on trouve toujours pour cultiver ce que l'on
aime.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Le feul titre du Mémoire de M. Bon annonce
qu'il n'a prefque point parlé des obfervations
journalieres du Thermométre &
du Barométre , pareilles à celles qu'on imprime
tous les ans dans l'Hiftoire de l'Acádémie
Royale des Sciences de Paris . Il fe
propofe de publier dans un autre tems toútes
les obfervations de cette efpéce qu'il a
faites à Montpellier , & il s'eft contenté de
communiquer à l'Affemblée le réſultat de
fes obfervations fur la chaleur directe du Søleil
, comparée à celle qu'on éprouve à l'ombre
pendant l'Eté , c'eſt- à- dire , fur le dégré
de chaleur que marque un Thermométre
expofé directement aux rayons du Soleil
dans un beau jour d'Eté , comparé au dégré
que marque un pareil Thermométre expofé
à l'ombre , à l'air libre , & tourné vers le
Nord.
Ces obfervations font extrêmement curieuſes
; il paroît même que M. Bon a été le
feul jufqu'à préfent qui ait penſé à obſerver
la chaleur directe du Soleil , ainfi cet illuftre
Académicien aura la gloire d'avoir ou
vert une nouvelle carriére dans laquelle les
Phyficiens ne manqueront pas de s'exercer.
De toutes les expériences qu'il a faites
depuis plufieurs années avec le Thermoméwe
de M. de Reaumur , M. Bon a conclu.
NOVEMBRE 1746. 85
1º. Qu'à Montpellier pendant l'Eté la chaleur
du Soleil fait monter ordinairement la
liqueur du Thermométre de M. de Réaumur
à une hauteur double de celle qu'un pareil
Thermométre marque à l'ombre , en comptant
du point de la congélation , c'est- à- dire
, que fi un Thermométre à l'ombre & à
l'air libre marque 15 , 20 , 30 dégrés audeffus
de la congélation , il en marquera 30 ,
40 , 60 , ou à très- peu de choſe près , lorſqu'il
fera expofé au Soleil depuis midi jufqu'à
trois heures.
2 °. Que la liqueur du Thermométre expofée
au Soleil parvient vers les deux heures
après-midi à fa plus grande hauteur dans
la journée ; qu'alors elle refte fixe au même
point une demie-heure pour le moins , &
fouvent trois quarts- d'heure , qu'enfuite elle
defcend petit- à- petit.
3 ° . Que dans les trois quarts- d'heure ou
environ qui précédent immédiatement l'inf
tant où la chaleur directe du Soleil parvient
à fon plus haut dégré , la liqueur parcourt
un grand nombre de dégrés du Thermométre
; que quand elle defcend enfuite c'eft ordinairement
d'un dégré de quart - d'heure en
quart- d'heure , jufqu'à ce qu'elle arrive au
dégré marqué à l'ombre.
Les obfervations que M. Bon avoit faites
ily a quarante années avec le Thermome
$6 MERCURE DE FRANCE.
tre de M. Amontons s'accordent parfaitement
bien avec ces réfultats. Il n'y a qu'à réduire
les dégrés de M. Amontons à ceux de
M. de Réaumur.
Il est très -rare que pendant l'Eté la chaleur
du Soleil déterminée par le Thermométre
de M. de Réaumur foit plus grande
que le double de la chaleur qu'on éprouve
à l'ombre , & c'est ce qu'on n'a vû à Montpellier
que dans des Etés exceffivement
chauds. Par exemple , le 30 Juillet 1705 ,
le Thermométre de M. Amontons marquoit
à l'ombre 58 pouces 4 lignes & demie
, ce qui revient à 31 dégrés de M. de
Réaumur , & au Soleil 73 pouces , ou 80
dégrés de M. de Réaumur , terme de l'eau
bouillante. On voit que so eft plus que
le double de 31 mais , comme nous venons
de le dire , ces cas font extrêmement
rares , & doivent étre regardés tout au plus
comme de legeres exceptions à la régle gé
nérale.

Ce qui n'eft pas ordinaire pendant l'Eté
arrive communément dans le Printems &
dans l'Automne , car dans ces deux faifons
la chaleur directe du Soleil eft exprimée
Cette obfervation de M. Bon , qui eft affûrément
des plus fingulieres , eft imprimée dans l'hiftoire de
l'Académie Royale des Sciences de l'année 1705 , pag.
13 des Mémoires.-
NOVEMBRE 1746. 87
par un nombre de dégrés triple au moins
de celui que le Thermométre marque à
l'ombre. Dans l'Hyver la chaleur du Soleil
eft beaucoup plus grande par rapport à celle
qu'on éprouve à l'ombre , & les variations
dans la température de l'air font alors fi fréquentes
qu'il feroit prefque in posible de les
réduire à des régles certaines.
La Séance fut terminée par un Mémoire
que lut M. de Ratte , Sécretaire perpétuel ,
dans lequel il effaya de donner l'explication
phyfique de l'accroiffement fubit de la tige
de l'Aloës vulgaire après un certain nom-
'bre d'années , Nous donnons auffi l'extrait
de ce Mémoire.
88 MERCURE DE FRANCE.
EXTRAIT du Mémoire de M. de Ratte
fur l'accroiffement fubit de la tige de l'Aloës
vulgaire , après un certain nombre
a'années .
E Botanistes diftinguent differentes ef-
Lpéces d'Aloes . Celle dont il eft ici queftion
eft l'Aloës vulgaire , Aloë vulgaris vera..
Peu de gens ignorent que la tige de cette
plante ne ſe développe qu'au bout d'un certain
nombre d'années ; qu'après ce terme
elle croit avec une extrême rapidité , & s'é
leve jufqu'à une hauteur confidérable. C'eſt
ce qu'on éprouve journellement dans la Catalogne
& les Pyrenées , où l'Aloë vulgaris
vera croît en abondance dans les campagnes
fans culture & fans foin , mais dans les
Pays où cette plante eft beaucoup plus rare
& a befoin d'être cultivée , ce fait de
l'accroiffement de fa tige n'a été connu qu'imparfaitement
, & a été mêlé avec beaucoup
de faux. Avant 1737 on n'avoit qu'un feul
exemple d'un Aloës qui eût crû aux environs
de Montpellier , & cet exemple unique
n'avoit pas détruit les préjugés du vulgaire .
Le nombre de cent années paroiffoit plus
NOVEMBRE. 1746. 89
mystérieux que celui de 15 ou 20 ans ; on
jugea qu'un fiécle entier étoit néceffaire pour
le développement de la tige de cette plante.
On crut auffi que quand la tige commençoit
à pouffer , ce n'étoit pas fans effort , & que
cet effort produifoit un bruit pareil à celui
d'un coup de tonnerre. On prétendoit que
quelques Payfans avoient entendu ce bruit ,
mais le public eft revenu de ces fauffes idées ,
depuis les expériences qu'on a faites ces dernieres
années fur plufieurs Aloës qui ont crû
autour de Montpellier en differens tems .
Tous ces Aloës n'avoient guéres plus de 20
ans , & ils ont pouflé dans l'efpace d'environ
un mois & demi des tiges de plus de
quatre toiles de hauteur. Il eft effentiel d'obferver
qu'on n'a entendu aucune eſpéce de
bruit.
Il est donc conftant que la tige de l'Aloës
commence à paroître dans notre climat
au bout de 15 , 20 ou 25 années plus ou
moins , felon la differente nature des terrains ,
& qu'elle s'éleve jufqu'à fa plus grande hauteur
, qui eft d'environ quatre ou cinq toifes
, dans l'efpace de quinze jours , un mois ,
un mois & demi. Voilà le fait tel qu'il eft ,
mais il faut convenir qu'envifagé de la forte ,
il ne laiffe pas d'être frappant en lui- même
, & digne de toute l'attention d'un Philofophe
& d'un Naturalifte. En effet pour90
MERCURE DE FRANCE.
+
quoi l'Aloës ne pouffe- t'il fa tige qu'au bout
de 20 ans ? Ce tems eft très - confidérable
& on n'obferve rien de pareil dans les autres
plantes. Voyons comment M. de Ratte tâcha
d'expliquer cette fingularité .
Il fit d'abord obferver que la tige de l'Aloës
ne paroît qu'après l'entier développement
des feuilles , d'où il conclut que les fucs
qui auroient été néceffaires pour la formation
de la tige avoient été employés à former
& à nourrir les feuilles . Ine refte donc
plus qu'à examiner pourquoi les feuilles tirent
à elles toute la féve. C'eft l'état de la
queſtion , envisagée dans fon vrai point de
vue.
Il remarqua en fecond lieu que fi les petites
fibres qui fervent à la formation des feuilles
de l'Aloës ne partoient pas immédiatement
de la bulbe , de la racine de la plante ,
fi elles n'étoient qu'une extenfion & une
continuation des fibres de la tige , ce feroit
en vain qu'on chercheroit à expliquer le
Phénoméne dont il s'agit , car alors la production
des feuilles feroit attachée à l'accroiffement
de la tige comme à une condition
' néceffaire & fans cet accroiffement les
feuilles ne fe développeroient jamais ; c'eſt
du moins ce qui a paru fort naturel à notre
Académicien .

Cela pofé , voici les caufes aufquelles M.
NOVEMBRE 1746 . 91
de Ratte attribue l'effet en queſtion : elles
peuvent le réduire à quatre principales.
La premiere eft la conformation des f
bres de la tige : en effet on ne fçauroit douter
que les petites fibres de la tige de l'Aloës
ne foient plus dures & plus compactes
à proportion que celles qui font dans l'intérieur
des feuilles , d'où il eft aifé de conclure
que ces dernieres fibres doivent
moins réfifter au mouvement de la féve que
les premieres ; la féve s'échappera donc par
les côtés vers lefquels elle trouve moins de
réfiſtance , & au lieu de fuivre la direction
verticale de la tige , elle coulera dans les
tuyaux latéraux , & fera employée à la formation
& à l'entretien des feuilles.
La feconde cauſe eſt le grand nombre
de tuyaux qui font contenus dans l'intérieur
des feuilles , & la troifiéme eft la flexibilité
de ces mêmes tuyaux , qui les rend propres
à être facilement diftendus , car il s'enfuit
évidemment de - là que la diftribution
de la féve dans l'intérieur des feuilles fera
très-confidérable .
Voici encore une autre caufe qui augmente
le volume des feuilles de l'Aloës , & en
même - tems la quantité de fuc néceffaire
pour leur nutrition . Perfonne n'ignore qu'un
fluide pouffé par un canal étroit dans une
veffie fait un grand effort pour la dilater ,
92 MERCURE DE FRANCE.
jufqu'à élever un poids confidérable qu'on
auroit appliqué fur la veffie ; c'eft ce qui eft
conftant par l'expérience. Il n'eft pas moins
certain que fi plufieurs fibres creufes font
difpofées de maniere qu'elles foient toutes
attachées à un point fixe , à peu pres comme
on conçoit les fibres longitudinales des
muſcles dans le corps humain , un fluide qui
aura communication avec elles par une petite
ouverture , s'il eft pouflé avec une certaine
force , les dilatera confidérablement ,
fur-tout fi elles cédent aisément aux impreffions
de ce fluide. Appliquons ceci à l'Aloës.
Les feuilles de cette plante font armées
d'épines placées de diſtance en diſtance
fur leurs bords Si on examine avec foin
ces mêmes feuilles , en verra prefque fenfiblement
que les épines qui leur font fortement
attachées font comme les points fixes
aufquels vont aboutir les divers canaux par
où coule le fuc nourricier. La conféquence
qui réfulte de cette remarque , c'eſt que la
féve doit dilater ces canaux , & augmenter
par-là le volume des feuilles , mais pour cet
effet il faut qu'elle s'y porte en grande abondance.
On voit à préfent les raifons pour lefquelles
les feuilles de l'Aloës tirent à elles la plus
grande partie de la féve . Ces raifons ne doivent
pas être féparées ; elles fe fortifient par
NOVEMBRE 1746. 93
leur union & leur dépendance mutuelle , &
elles fuppofent toutes que l'Aloës foit telle-..
ment conformé que les fibres de fes feuilles
partent immédiatement de fa bulbe. M.
de Ratte penfe que cette conformation eft
abfolument néceffaire pourque la production
des feuilles de l'Aloës foit indépendante de
l'accroiffement de fa tige .
On doit auffi avoir égard à la quantité de
fuc employée à la formation de la racine ,
quantité perdue pour la tige de l'Aloës.
Pour mettre toutes ces raifons dans un plus
grand jour , & faire concevoir en mêmetems
comment une fi grande quantité de
fuc s'éleve dans les feuilies , M. de Ratte remarqua
que dans la plupart des végétaux les
feuilles tirent beaucoup plus de féve à
portion que la tige . C'eft ce que M. Halés
a prouvé par un grand nombre d'expériences,
dont on peut voir le détail dans la ftatique
des végétaux .
pro-
L'Académicien fit obferver auffi que fi
les feuilles de l'Aloës tirent à elles une grande
quantité de fuc , elles en tranfpirent une
grande quantité . Il faut avoir égard à cette
tranfpiration. Les fucs qui s'évaporent feront
remplacés par de nouveaux fucs , qui s'éle-
*
*
Voyez fur la tranfpiration des Plantes , le premie
Chapitre de la Statique des Végétaux.
94 MERCURE DE FRANCE .
vant jufqu'à l'extrémité des feuilles , ne pour
ront pas être employés à la formation de la
tige.
Il eft vrai que ces feuilles fe féchent enfin
, mais à ces feuilles defféchées il en fuccéde
de nouvelles qui fe détachent d'une
espéce de cône formé par toutes les feuilles
-roulées les unes autour des autres ; ces nouvelles
feuilles tirent à elles les fucs deftinés
à l'entretien des premieres ; elles font de.
même remplacées par d'autres , & ainfi de
fuite la tige ne fe montre point encore
elle ne commencera à paroître qu'après l'entier
développement des feuilles.
:
Mais ce développement , quand fera- t'il
achevé ? Ce ne fera qu'au bout de 15 , 20
ou 25 années , car on doit remarquer que
les feuilles de l'Aloës étant fort grandes &
épaiffes , n'ont pû être amenées tout- d'uncoup
à leur perfection ; les mois entiers
font néceffaires pour cet ouvrage , comme
l'expérience nous le démontre , & parce que
les feuilles ne peuvent pas toutes croître à
la fois , ce ne fera qu'après bien des mois.
ramaffés , c'eſt- à- dire après un nombre affés
confidérable d'années qu'elles feront entierement
développées ; alors la féve ne trouvant
plus fur fon paffage de voyes obliques
qui la détournent de la direction verticale
de la tige , agira dans cette derniere direcNOVEMBRE
1746.
95
tion , & fe ramaffant en grande quantité ,
forcera la réfiftance que les fibres de la tige
lui oppofent par leur dureté .
Il n'eft pas furprenant que la tige s'éleve
alors dans l'efpace d'un mois ou même de
quinze jours jufqu'à quatre ou cinq toifes de
hauteur tous les fucs qui auroient été cmployés
ailleurs fe réuniffent pour fa formation
, & comme ils font en grande abondance
, la tige qui réfulte de tous ces fucs doit
être auffi fort grande ; il n'y a rien là que de
naturel..
M. de Ratte s'objecta que les autres eſpéces
d'Aloës , de même que l'Opuntia ou
Figuier d'Inde , ont leurs feuilles conformées
intérieurement à peu près de la mê-.
me maniere que l'Aloë vulgaris vera , &
que cependant leurs feuilles ne fe développent
qu'avec la tige , & à mesure que la tige
pouffe.
Pour fauver cette diverfité d'effets M. de
Ratte eut recours à une certaine difference
de conformations ; il dit que dans les autres
efpéces d'Aloes & dans le Figuier d'Inde
, les fibres des feuilles ne font qu'une extenfion
& une continuation des fibres de la
tige , au lieu que dans l'Aloës vulguaire elles
partent immédiatement de la bulbe , com
me on l'a déja obſervé.
96 MERCURE DE FRANCE.
7
Voilà à peu près tout ce qu'il y a de remarquable
dans l'accroiffement de la tige
de l'Aloës : l'explication qu'on en a donnée
paroîtra peut- être affés naturelle , fi l'on fait
reflexion que ce qui fait le fujet de notre admiration
dans cette Plante arrive dans d'autre
végétaux , fans que nous en foyons frappés.
Ne voyons-nous pas , par exemple , la
tige du bled fort baffe pendant un tems confidérable
? Ne s'éleve- t'elle pas enfuite avec
une extrême rapidité quand les feuilles ont
été développées ? A la vérité tout cela fe
fait dans l'efpace de fept à huit mois , mais
auffi l'on ne prétend pas prouver que les
deux effets foient parfaitement conformes ;
c'eft affés qu'il y ait entr'eux une analogie
bien marquée , & que la difference ne foit
que du plus au moins.
NOUVELLES
NOVEMBRE
1746. 97
& & &&& I f & I st ste st
NOUVELLES traduites de l'Italien
de Lodovico Domenichi,
M
Aître Marc de Lodi ayant donné à
lire un Sonnet qu'il avoit fait à un Seigneur
, ce dernier en lifant le fecond ou le
troifiéme vers, lui dit, Ah ! Maître Marc , ce
vers a une fyllable de manque ! Maître Marc
repondit auffi-tôt. Né vous troublez pas ,
Monfeigneur , en lifant le reſte vous trouverez
quelque vers qui aura une fyllable de
trop , cela ira l'un pour l'autre.
Un Docteur fameux prêchoit à Milan avec
un grand concours d'Auditeurs , & reprenoit
vivement toutes les mauvaiſes moeurs & les
mauvaiſes habitudes des habitans. Il étoit
fouvent vifité par un Marchand de la Ville.
qui le prioit avec inftance de fe déchainer
fans aucun égard & de mettre en abomination
le peché d'ufure qui étoit alors très
commun. Le Docteur s'étant informé de quel
caractére étoit le Marchand qui le vifitoit fi
fouvent pour lui faire cette priere , apprit
que c'étoit le plus grand ufurier de toute la
cité . Quoi ! lui dit un jour le Docteur , vous
me preffez de détourner les autres d'un vice
E
MERCURE DE FRANCE
dont il faut vous corriger vous même ! Que
ne vous convertiffés vous le premier ? Oh
lui repondit le Marchand , je voudrois que
perfonne ne fut ufurier , moi exepté , parce
que j'aurois alors tous les emprunteurs &
que je ferois mieux mes affaires.
Un Grec & un Latin faifoient voyage enfemble;
étant venus fur le foir à raiſonner s'il
devoit faire ce jour là clair de Lune , le Grec
difoit que la Lune étoit finie . Le Latin faifoit
fon compte avec les doigs & avec l'épacte ,
& difoit que cela n'étoit pas vrai , parce que
fuivant l'ordre de l'épacte , elle devoit paroître
le jour fuivant . Le Gree softinoit dans
fon opinion , comme un homme qui n'avoit
pas de meilleures raifons à dire . Pendant
qu'ils étoient dans cette difpute , la nuit devint
plus obfcure & le Grec levant les yeux
vit la Lune & la montra à fon camarade ,
qui lui dit tout fimplement , fi elle paroit ,
elle ne devoit pas paroître , & elle a mal fait
parce qu'elle n'a pas obfervé l'ordre de l'épacte.
Queftione come è in Proverbio de Land Caprina
Dans une guerre qu'eurent les Siennois
avec les Florentins, les premiers furent avertis
qu'ils y avoit chés eux plufieurs Efpions
NOVEMBRE 1746. 99
qui raportoient aux Florentins tout ce qu'ils
faifoient. Les Siennois ayant affemblé le
confeil pour mettre ordre à cette guerre ,
Bindon Tondi fe leva de fa place & dit ,
Meffeigneurs , il me paroît qu'il n'y a aucune
précaution à prendre & que les efpions
peuvent en faire à leur gré , parce que nous
changeons fi fouvent d'avis qu'ils ne feront
pas à moitié chemin que nous aurons conclu
toute autre chofe que ce qu'ils fçauront
de nos deffeins.
Thomaſon étant à la place du Change
à Rome & voyant venir un homme que
l'on connoiffoit pour diffipateur , habillé de
velours & tout échauffé , dit à un autre , regardes
un tel comme il eft tout en nage ,
l'autre lui répondit, comment ne fueroit il
pas ? il porte plus d'un arpent de terre fur
fes épaules. Il avoit en effet vendu une vigne
pour s'habiller.
Un homme d'Urbain grondoit fon fils qui
ne s'embaraffant guéres de fes difcours confideroit
certaines fourmis qui entroient dans
un trou, & fon pere lui difant , à quoi penfes
tu à l'inftant ? Nas tu pas de honte ? Le fils
lui répondit , Ah ! Mon pere , s'il en étoit
entré encore une il y en auroit eu juftement
cinquante,
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Cola & Pecorino jouoient enſemble à
Venife . Pecorino s'entendoit à filer la carte
& Cola à dérober l'argent, & autant l'un gagnoit
en trichant autant faifoit l'autre en dérobant.
Le jeu fini chacun d'eux fe déſeſperoit,
Pecorino difoit, le Ciel peut- il faire que
je n'aye rien gagné , & j'ai donné à mon camarade
des deux , des trois & des quatre
comme j'ai voulu ! d'un autre côté Cola
difoit , quelle diable de maifon eft celle- ci ?
Je lui ai volé plus de cinquante écus & je
ne me trouve pas de gain un maudit quatrain
,
Un homme demandant à fon ami pourquoi
il s'étoit levé fi tard ce jour là , & s'il
n'avoit pas de honte d'être fi pareffeux , l'ami
lui demanda ce qu'il avoit fait depuis
qu'il s'étoit levé de fi bonne heure , & le
premier lui racontant qu'il avoit fait quelques
chofes très-frivoles ; ce que je révois
pendant ce tems-là ( lui dit l'autre ) valoit
tout autant que ce que vous faifiés .
NOVEMBRE 1746. 101
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , & C.
Nous avons annoncé dans le précedent Mercure
un Dictionaire abregé de Peinture &
d'Architecture en deux volumes in- 12 , à
Paris Quay des Auguftins ches Nion fils, à
POccafion , & ches Barois à la Ville de
Nevers 1746 .
D
Epuis plufieurs années on voit paroître
un grand nombre de Dictio naires , il
s'en trouve fur toutes fortes de Sciences &
d'Arts. On en voit d'Hiftoriques de Geographiques
; on en trouve de Medecine , de
Jurifprudence , &c. On pourroit faire un
Dictionaire des noms de tous les Dictionaires
qui exiftent.
Ces livres très utiles , fur tout , pour ceux
qui ne font pas à portée d'avoir de nom .
breufes Bibliothéques ne demandent que du
tems . Un homme ſtudieux n'a qu'à lire avec
la plume à la main & écrire tout ce qu'il
aura lû de remarquable fur des feuilles volantes
en les rangeant par ordre alphabétique
, il trouvera un Dictionaire tout fait,
E iij
102 MERCUREDE FRANCE.
mais ce Dictionaire fera plus ou moins
etendu felon qu'il aura plus ou moins fait
de remarqués.
On dit communément qu'il n'y a jamais
en de mauvais Dictionaire. Cela ne doit s'entendre
qu'à l'égard du plus ou moins d'éten
due qu'ils peuvent avoir. Dans le moins
abondant on trouve toujours beaucoup d'inftructions,
mais cette maxime n'eft pas entiereraent
vraie , il s'en peut trouver qui trompent
leurs Lecteurs & qui contiennent " des
hiftoires ou des pofitions de lieux ou d'autres
pofitions fautives ; alors malheureux celui
qui s'en eft rapporté à ſon Dictionaire .
On pouroit confeiller à ceux qui veulent
parvenir à un haut dégré de fcience , de faire
eux mêmes un recueil de tout ce qu'ils liroient
; outre que cela arrange beaucoup
mieux dans la mémoire ce que l'on a appris,
on ne court pas de rifque de le perdre jamais.
Mais pour mettre au jour un Livre de cette
efpece il faut être plus qu'un demi fçavant
fur les matieres que l'on veut traiter &
dont on fait , pour ainfi - dire , le Catalogue.
Un homme fçachant quelque chofe fe plaignoit
que dans un femblable ouvrage qu'il
avoit acheté il trouvoit bien tout ce qu'il
fçavoit , & dont confequemment il n'avoit
point affaire , mais qu'il ne trouNOVEMBRE
1746. 103
y
voit rien de ce qu'il ignoroit & qu'il alloit
chercher. Cela prouvoit que l'Auteur n'étoit
gueres plus fçavant que le lecteur.
Le Livre dont nous parlons paroît fait avec
une grande connoiffance des deux Arts differens
dont il traite, mais ce ne feroit pas af
fés s'il n'enfeignoit que les termes de l'Art ,
il contient l'histoire en abregé des grands Peintres
& des Architectes célébres , & une defcriptionfuccinte
des plus beaux ouvrages de Peinture
, d'Architecture & de Sculpture ,foit antiques
, foit modernes, en forte que ce livre eft
intereffant pour tout le monde.
"3
23
Parmi les hiftoires fingulieres qui font
rapportées dans ce livre il s'en trouve une
qui montre combien les premieres idées ont
de force ; c'eft celle de Henri Gaud. » Etant
né à Utrecht d'une famille illuftre il s'appliqua
de lui-même au deffein avec tant
d'ardeur qu'il n'y avoit point de jeune
Peintre qui le furpaffat. Etant allé à Rome
» où il fit liaifon avec le Peintre Adam
Elyzieme , il lui acheta tous les tableaux ,
& de retour dans fa patrie il grava d'après
» lui 7 morceaux qui font admirés des connoiffeurs
pour leur finguliere beauté ; fes
talens lui attirerent les affections d'une
fille qui le voulant époufer lui donna en
» 1624 un philtre , qui au lieu de le rendre
amoureux lui fit perdre l'efprit , en-
"
n
99
20
22
104 MERCURE DE FRANCE
»
»forte qu'il étoit entierement hebété quand
on lui parloit d'autre chofe que de la Pein-
» ture , de laquelle il raifona toujours de
» très - bons fens juſqu'à la mort.
On pourroit cependant reprocher à l'Auteur
quelques obmiffions. Il a paffé fous filence
le nom du Frere Luc Récolet , qui a
fait plufieurs ouvrages de Peinture admirés
de tout le monde , & entr'autres un Baptême
de Saint Jean dans le Défert qui eft encore
dans le Convent des Récolets d'Orleans
& dont ils ont refufé une fomme extrêmement
confidérable .
L'Auteur a auffi omis l'hiftoire d'un des
plus fameux Peintres, connû fous le nom du
Maréchal Ferant. Cet homme étant d'une
naiffance obfcure & exerçant le métier de
Maréchal , devint éperduement amoureux
de la fille du fameux Rubens. Ayant été
refufé avec dédain par le pere de fa maitreffe
, l'amour excita fon courage , il apprit
fécrettement à deffiner & fit un voyage de
quelques années.A Rome : à fon retour il entra
chés Rubens qui étoit alors abfent de
fon attelier , & peignit une mouche fur un
tableau qui étoit commencé & qui étoit fur
le chevalet, après quoi il fortit . Rubens voulant
continuer fon travail le lendemain fut
trompé par la mouche que le Maréchal avoit
peinte fur fon tableau , & voulut d'abord
NOVEMBRE 1746: FOS
la chaffer avec la main , mais ayant vù que
cette mouche n'étoit rien moins que naturelle
, il l'admira & demanda qui étoit entré
chés lui. Le Maréchal ſe préſenta le jour
même & obtint le prix qu'il avoit ambitioné.
Nous avions auffi annoncé dans le Mercure
du mois d'Août dernier la vie de Properce
, Chevalier Romain , & la traduction
en profe & en vers de ce qu'il y a de plus intereffant
dans fes Poëfies , avec des Remarques
, & l'Hiftoire des principaux évenemens
de fon fiécle qui ont rapport à fes ouvrages,
par M. Gillet de Moyvre , Paris 1746 in- 1 z
chés André Cailleau ruë faint Jacques . Cet
ouvrage eft divifé en huit livres .
Sextus Aurelius Properce de l'Ordre des
Chevaliers étoit de Mevanie ; ſes Parens le
firent élever à Rome & eurent le plaifir
de le voir dès fa plus tendre jeuneffe fe diftinguer
par fon efprit. Il étoit contemporain .
de Virgile , d'Horace & d'Ovide , M. de M. a
tiré tous les faits de fon hiftoire des propres
écrits de Properce , dans lefquels on peut
dire qu'il s'étoit peint parfaitement ; il y a
joint quelques Epilodes allés intereffans pour
n'êtte pas obmis qu'il a tirés de Virgile &
d'Horace.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Les principaux Epiſodes font le meurtre
de Jules -Céfar & les troubles du Triumvirat
, l'expédition d'Augufte en Sicile contre
Sextus Pompée , le mariage d'Octavie , foeur
d'Augufte , avec Antoine qui la quitte pour
Cleopatre , l'Hiftoire de cette Reine d'Egypte
, avec le Portrait de Marc-Antoine ; enfin
la Bataille d'Actium & la mort tragique
d'Antoine & de Cleopatre.
A l'égard de Properce , qui n'avoit pas
laiffé de fuivre Auguſte dans fes guerres , le
fond de fon Hiftoire eft l'amour qu'il eut
toujours pour la fille d'Hoftius ( qui brilloit
dans le même tems que Salufte ) & qu'il nomme
Cinthie dans tous fes ouvrages. M. de
M. la dépeint » avec des yeux noirs & pleins
» de feu , les cheveux blonds , la taille haute
. & la démarche noble , ayant la voix douce
& ne parlant pas avec moins de grace
» que d'efprit.
و د
Properce aima cette charmante perfonne
dès qu'il vint à la connoître , mais foit par
infenfibilité ou par caprice , il en fut d'abord
rebuté. Il fe plaignoit dans fes Elégies
des rigueurs dont il étoit accablé , cependant
dans la fuite elle fe laiffa toucher
par fes qualités & par fa conftance , mais
l'amour qui les uniſſoit étoit fans ceffe troublé
par les orages de la jaloufie. L'occafion
la plus vive où Properce fut agité de cette
NOVEMBRE 1746. 107
paffion fut lorfque revenant de Mevanie
lieu de fa naiffance , il trouva Cinthie à table
avec Statilius Taurus , commandant
alors en Illirie les troupes d'Augufte . Cinthie
pour augmenter encore le trouble de
fon amant ne parut poinc furpriſe de fon arrivée.
Statilius Taurus qui devoit partir dans
peu de jours pour l'Illirie , invita Cinthie de
faire ce voyage ; elle feignit d'y confentir ,
& vanta les préfens que Statilius venoit de
lui faire. Lorfque ce rival fut forti , Properce
accabla fa maîtreffe des plus cruels reproches
, & la quitta fans qu'elle put l'appaifer.
Arrêté par fa fierté naturelle , il paffa quelque
- tems fans retourner chez Cinthie`, &
lui écrivit deux lettres extrêmement vives .
mais enfin ne pouvant réſiſter à l'amour , il
lui envoya des lettres pleines de tendreffe .
Tu verferas fans doute quelques larmes ( lui
dit-il dans une de fes lettres ) lorfque je t'aurai
quittée : Mais non je perdrai plûtôt le jour
que d'avoir de la tendresse pour une autre , tu
me regretteras lorfque je ne ferai plus . Tu ramafferas
mes os blanchis par la flâme , & tu
diras voilà donc ce qui me refte de Properce.
Hélas ! j'étois affurée de ta conftance , Properce
, tu ne vivois que pour moi feule.
Il ajoutoit dans la même Lettre :
Tu me hais ; je mourrai . Mais envain , ma Cinthie ,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE,
Tu voudras rappeller ton amant à la vie ;
Tu parleras envain à mes mânes muets ,
Ma cendre à tes foupius ne répondra jamais .
Cinthie étant tombée malade , Properce
qui n'avoit point encore obtenu grace , n'eut
d'autre foin que celui de la délivrer d'une
fituation fi trifte. Il alla la voir , & la préfence
d'un amant fi fidéle contribua à Lâter
la guérifon de Cinthie. Après que ces amans
furent réunis , Cinthie n'étoit pas moins agitée
que Properce par les tranfports de la
jaloufie.
"
M. de M. raconte que » Properce péné-
» tré de dépit de fe voir méprifé , étoit allé
un jour près du Capitole fouper avec deux
» belles femmes , dont l'une fe nommoit
» Teia. Tandis qu'il étoient à table , égayés
» par le bon vin , la bonne chere & la mufique
, Cinthie entra , & fans leur donner
» le tems de fe reconnoître , elle renverfa la
» table. Ses domeftiques avoient ordre d'éteindre
les bougies. Properce fut ſi ſaiſi
qu'il laiffa tomber le verre qu'il commen-
" çoit à boire , & qu'il prit le parti de ſe re-
» tirer. Teïa & fon amie s'enfuirent auffi au
30
39
ככ
ן כ
travers des coups dont elles emporterent
» les marques. Properce n'en fut pas lui .
» même exempt. Cinthie demeurée maî .
» treffe du champ de bataille , fit allumer
NOVEMBRE 1746. 109


» des flambeaux pour voir à fon aiſe tout le
défordre qu'elle avoit fait. Contente d'a
» voir mis en déroute fes ennemies , elle re-
» vint chez elle.
29
23 Ligdamus , le fidéle affranchi de Pro-
» porce , qui dans l'obſcurité de la nuit , &
» dans le trouble qui avoit accompagné
» une action fi brufque & fi vive , n'avoit
» pas fuivi fon Maître , fe fauva comme il
» put , & s'en retournant feul au milieu de
la nuit , il fut dépouillé par des voleurs-
ב כ
23
59
Cependant la paix fe fit à la fin , mais
» elle ne fut conclue qu'à des conditions
dont les principales furent que Properce
ne fe trouveroit plus aux fpectacles ni aux
promenades , & qu'il chafferoit Ligdamus
dès ce jour. Ligdamus obtint néanmoins
grace.
"
בכ
"3
fa
Cinthie étant appaifée confentit à épouſer
Properce , mais ce mariage fut differé par
divers événemens , jufqu'après la bataille
d'Actium. Cet heureux époux vante fes plaifirs
, mais la guerre s'étant déclarée contre
les Arméniens & les Parthes , Properce quitte
malgré lui fa chére Cinthie pour y fuivre
Augufte. La Paix étant conclue , Cinthie
comblée de joye de revoir fon mari , porta
fes armes au Temple du Dieu Mars , & fit
graver au - deffous des Vers que l'Auteur a
traduits de cette forte :
10 MERCURE DE FRANCE.
Puifque mon chafte époux du milieu des hazards
Revient me confacrer le refte de fa vie :
Puifqu'il refpire encor , recevez , puiffant Mars ,
Le préfent que vous fait fa fidelle Cinthie .
Ces deux époux continuerent de vivre
dans une parfaite union jufqu'à la mort
dont on ignore le tems . On ne fçait pas par
conféquent lequel des deux a furvécu.
On trouve dans ce Livre un portrait dẹ
tous les caprices, & on peut le dire, de toutes
les folies de l'amour.
LES EAUX MINERALES DE POUGUES ;
Extrait des Auteurs qui ont traité de ces
eaux. Par M. D. L. R*** . Médecin ordinaire
du Roi, 1746. A Nevers chez le Fevre , Imprimeur
du Roi , & fe trouve à Paris chez
la veuve Ganean rue faint Jacques.
Ce Livre , que l'on peut appeller une fimple
Brochure , traite 1º . de la naturé & des
propriétés des Eaux de Pougues, 2 ° . De la
maniere dont on en doit faire ufage. 3 ° . Du
régime que l'on doit obferver lorfqu'on les
prend. 4°. Du tranfport que l'on peut faire
de ces Eaux. Enfin , il contient quelques régles
pour conferver fa fanté.
Traduction des Modéles de Latinité , tirés
des meilleurs Ecrivains , fuivant la deuxième
NOVEMBRE 1746. 11
édition. Premier Recueil de Profe in- 12 . de
300 pages petit Romain , 24 fols broché. A
Paris chez les Frercs Guerin , & Louis-
François de la Tour , rue faint Jacques ,
vis - à - vis les Mathurins , à faint Thomas
d'Aquin.
C'eft , fuivant l'Auteur , une fimple interprétation
du texte du premier Recueil des
Extraits de Profe , intitulé Latini Sermonis
Exemplaria è fcriptoribus probatiffimis , &c.
qui fe vend à Paris chez les mêmes Libraires .
Sur le rep.oche qu'on lui a fait d'avoir mis
trop peu de remarques pour faciliter l'intelligence
du texte fans le fecours des Maîtres
, il a pris le parti de traduire tout d'un
bout à l'autre . Des Maîtres particuliers des
Univerfités , plufieurs Colléges célébres du
Royaume commencent à faire ufage de ces
Recueils , qui ont été goûtés dès la premiere
édition. Le premier Recueil de celle - ci contient
un abregé de l'Hiftoire Sacrée de Sulpice
Sevére , plufieurs traits agréables de fes
Opufcules , un tableau en racourci de l'Hiftoire
Romaine d'Eutrope , quelques Vies
d'Aurelius Victor , de Cornelius Nepos , &
des morceaux de Juftin. La gradation paroît
bien entendue jufques là pour commencer à
traduire. Tout y eft agréable, non-feulement
pour le fond , mais auffi du côté du langage ,
puifque c'est toujours le texte pur des bons
112 MERCURE DE FRANCE.
:
Auteurs mais pour mieux connoître l'utilité
de cet Ouvrage , il faut lite la Préface fur
les Extraits Latins. La traduction que nous
en annonçons aujourd'hui eft utile , nonfeulement
pour aider les jeunes Maîtres , &
ceux qui veulent effayer de traduire feuls ,
mais elle l'eft encore pour ceux , qui fans
étude voudroient prendre quelque teinture
de l'Hiftoire ancienne telle qu'elle eft dans
les originaux . L'abregé de Sulpice Severe
paroît fur tout bien propre à donner agréa
blement aux enfans une premiere connoiffance
de l'Hiftoire fondamentale de la Religion.
L'Auteur promet la traduction de
chaque partie de les Extraits à mesure qu'il
les fera paroître.
OBSERVATIONS fur l'origine & laformation
des Pierres figurées , & fur celles qui,
tant extérieurement qu'intérieurement ont une
figure réguliere & déterminée , avec figures.
Par M. Barrere , Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de la Société
Royale des Sciences de Montpellier ,
Profeffeur en Médecine dans l'Univerfité
de Perpignan , Médecin de l'Hôpital Militaire
de la même Ville , ci- devant Médecin
Botaniste du Roi dans l'Ifle de Cayenne . A
Paris , rue de la Vieille - Bouclerie , chez
d'Houry pere, & Laurent d'Houry fils 1746.
NOVEMBRE 1746. 113
HISTOIRE GENERALE des Voyages ;
ou nouvelle collection de toutes les Relations
des Voyages par Mer & par Terre qui
ont été publiées jufqu'à préfent dans les differentes
Langues des Nations connues , contenant
ce qu'il y a de plus remarquable , de
plus utile & de mieux avéré dans les Pays où
les Voyageurs ont pénétré , avec les moeurs
des Habitans , la Religion , les ufages , Arts,
Sciences , Commerce , Manufactures , & c .
Pour former un fyftême complet d'Hiftoire
& de Géographie moderne , qui repréſente ,
l'état actuel de toute les Nations , Enrichi
de Cartes Géographiques & de figures . A
Paris chez Didot Libraire , Quay des Auguf
tins à la Bible d'Or 1746.
Le nom feul de l'Auteur fait l'éloge de ce
Livre. Il eft de M. l'Abbé Prevoft , connu
par plufieurs ouvrages excellens.
Il y a déja eu deux éditions in -4° . des
Voyages que nous annonçons au Public ,
dont il ne reste plus beaucoup d'exemplaires
. L'édition dont nous parlons eſt in- 12 ,
& elle eft ornée des mêmes Cartes & des
mêmes figures que l'in 4 ° . Les Cartes font
de la même grandeur , & on les a pliées ;
on a mis les figures en petit , mais elles ne
font pas moins bien exécutées que celles en
grand.
114 MERCURE DE FRANCE.
Le premier volume in-4 ° . forme quatre
tomes in- 12 , dont nous donnerons un Ex
trait dans l'un des deux Mercures du mois de
Décembre prochain.
CALENDRIER PERPETUEL ET UNIVERSEL ,
dédié à M. le Comte de Saint-Florentin
Miniftre & Sécrétaire d'Etar. 1747 .
M. l'Abbé Nollet de l'Académie Royale
des Sciences , à qui le Roi a donné un logement
aux Galeries du Louvres , vient de
mettre au jour un Effai fur l'Electricité des
Corps. Ce Livre dont nous donnerons l'Extrait
inceffamment , fe vend à Paris chez les
Freres Guerin , rue faint Jacques , vis - à -vis
les Mathurins à faint Thomas d'Aquin .
Le fieur le Rouge a fait graver un Plan
exact de la Bataille de Raucoux ; il a auffi
toutes les Cartes du Théatre de la guerre
en Flandre. Il demeure rue des Grands Auguftins
vis-à-vis le Pannier-Fleuri, On trouve
chez lui tous fes Ouvrages.
NOVEMBRE 1746. 115
P:PRITLI:IILIPILI
NOUVELLES ESTAMPES.
I
L paroît une nouvelle Eftampe gravée par
J. Moyreau , Graveur du Roi , ſous le n.
53. d'après P. Wouvermens , repréſentant
le Travail du Maréchal , dédiée à M. Crozat
de Tugny , Préfident au Parlement.
ETUDES prifes dans le bas peuple , ou
les Cris de Paris , cinquiéme fuite , à Paris
chez Feffard Graveur , rue de la Harpe , visà
- vis la rue Serpente , dont voici les titres
.
Caffé , caffé ; mes beaux lacets ; de la
belle fayence ; à raccommoder les vieux
fceaux , les vieux foufflets ; pommes cuites
au four ; la mort aux rats ; cotterets ; ramonez
la cheminée du haut- en-bas ; balais ;
Marchand de lanternes ; cureur de puits ;
peaux de lapins.
On trouve chez le même Graveur , tous
tes fortes d'autres Eſtampes .
116 MERCURE DE FRANCE
Le fieur Houdemart marcband Droguifte ruë de
la Vieille Monnoye à Paris , poffeffeur de tous les
fecrets de feu M, Gamard fon oncle qui étoit Médecin
de feu M. le Régent , & depuis de M. le
Duc d'Orléans , à la Maifon duquel il a eu l'honneur
d'être attaché juſqu'à ſon décès , continue
de diftribuer à la fatisfaction du public une Eau
qu'il nomme l'Eau des Graces . Quoiqu'il fut bien
certain des yertus de cet Eau il ne l'a voulu rendre
publique qu'après des experiences réiterées :
les heureux fuccès qu'elle a eû à la Cour , à Paris
& dans les Provinces l'ayant convaincu de fon efficacité
, il croiroit faire tort au public s'il ne lui
faifoit connoître les excellentes propriétés de cette
Eau , afin de lui procurer par là le moyen de
s'en fervir.
Vertus de l'Ean des Graces.
Elle blanchit , décraffe & adoucit la peau , en
ôte les rides & lui donne toute la fraîcheur de la
jeuneffe ; elle guerit les dartes vives & farineufes ,
les boutons , taches & tannes de la peau ; elle fait
revivre les couleurs en rétabliffant parfaitement la
carnation elle ne caufe aucune démangeaifon
à la peau ; on peut s'en fervir plufieurs fois dans
le jour fans craindre qu'elle en enleve l'épiderme ,
ce qu'on ne peut attendre des autres Eaux & des
Pomades de differentes compofitions qui paroiffant
blanchir la peau pour l'inftant en bouchent les
les pores , la plombent , empêchent la tranfpiration
, & par-là caufent des antiperistazes dangereux
, à caufe des blancs de Cérufe , chaux d'Etain
& Talc qui entrent dans la compofition de ces
TORK
MERARY
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
ID
N
PUDUC
H
11
NOVEMBRE 1746. 117
Pomades , lefquelles font couler des férofités fur
les dents , les font tomber , & caufent des rides à
la peau qu'elles rendent farineufe par le Mercure
dont ces métaux font remplis , aulieu que
l'Eau des Graces a beaucoup plus de vertu , fuivant
les experiences de tous ceux qui s'en font
fervis & dont la plûpart en ont donné leurs atteftations.
On donne la maniere de fe fervir de cet
Eau en délivrant la bouteille : le prix eft de
fix livres.
AIRS du nouvel Opera de Scylla & Glaucus.
QUand je ne vous vois pas je languis , je fou
pire ;
Je goûte auprés de vous' mille plaiſirs parfaits ,
Et quoique vos beaux yeux cauſent tout mon martyre
,
J'oublie en les voyant tous les maux qu'ils m'one
faits.
Reviens ingrat , mais cher amant
Et reprends de fi douces chaînes ;
# 18 MERCURE DE FRANCE.
Reviens dans un féjour charmant
Où pour nos tendres coeurs l'amour exempt de
peines
Devoit par les plaifirs marquer chaque moment.
Reviens , &c.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure d'Octobre font les 24 lettres de
l'alphabet , chimere , minuit , complaisance &
chatean. On trouve dans l'Enigme en Logogryphe
nuit , & dans le Logogryphe can ,
vache, chat & tache.
ENIG ME
MA figure eft ronde ou quarrée ,
Souvent des plus jolis clinquans
Ma fuperficie eft parée ;
Je fuis peu de chofe au dedans,
Sur moi font rangés en bataille
Des efcadrons de fine taille,
Armés de bouts pointus , piquans.
Chacun d'eux me perce le ventre
NOVEMBRE 1746.
119
Où jufques à la tête il entre
Pour en fortir dans le beſoin ,
Meuble commode de toilette ,
Le fexe pour qui je fuis faite
A me bien garnir met fon foin.
Ce que chaque foir je recéle ,
Iris me l'ôte le matin.
Voilà , lecteur , tout mon deftin ;
Devine comment je m'appelle.
AUTRE
Isfu du fang des Dieux
Et né dans le filence ,
Je regne en tous tems , en tous lieux
Et je range fous ma puiflance
Tout ce qui fe meut fous les Cieux.
Vainqueur fans bruit & fans armes
Petits & grands , jeunes & vieux ,
Sous mes loix goûtent mille charmes
Par fois je viens à pas comptés :
En peu de tems ceux que j'affiége ,
Sont agréablement domptés.
Dans letemple que l'on m'érige
Quand on vient ſe réfugier ,

Maux , chagrin , malheurs , rien n'afflige ;
Je fufpens tout , ou le fais oublier ;
tF
120 MERCURE DE FRANCE
Enfin par
un nouveau prodige
Qui va te dévoiler le cas ,
Avec des yeux , lecteur , on ne voit pas.
Sum res
ENIGMA.
um res miya : voco vivos plangoque peremptos ;
Ignea fulmine diffipo tela Jovis.
dedede de de de de de f
LOGOGRYPHE.
Sur fept pied bien comptés je marche grave◄ Ur
ment. +
A n'en prendre qu'une partie •
Et fans faire aucun changement ,
J'offre d'abord un ornement
Connu dans une Sacriftie :
Un pied dehors , je fers aux femmes feulement ;
Mais encor un retranchement ,
Sous moi plus d'un vaiſſeau ſe briſe.
Deux d'otés au commencement
Me font devenir inftrument
Utile à l'oifeleur pour faire bonne priſe :
Réduit
NOVEMBRE 1746. 128
Réduit à quatre , alors fans moi Belife
N'auroit pas un teint fi charmant.
En trois enfin je fuis un élement ;
Un vrai remede à l'indigence ;
Une ville au bout de la France
Illuftre par un Parlement.
Mais à combiner autrement ,
Certains oifeaux me portent fur la tête ,
Ou bien je fuis petite bête ,
Et j'incommode grandement .
SAPLEXAEX EXCES SAPAES.
AUTRE.
J'Ai 'Ai deux corps differens, fervans au même
ufage ;
L'un demeure au logis , l'autre fouvent voyage ;
Je fuis un meuble de maifon :
Venons à la combinaiſon.
Quand on eft fur ma queuë , on défire ma tête
Alors de la toucher on fe fait une fête ;
Mon milieu feul préfente un vêtement
Qui fuit un trifte évenement .
Par mes fept derniers pieds en certains tems je
Et
couvre ,
par mes cinq derniers je me ferme ou je m'ouvre.
Raffemblez tous mes pieds , je fuis charge à la
Cour;
J'ai tout dit cher lecteur , c'eft à préſent ton tour,
F
#22 MERCURE DE FRANCE,
SPECTACLE S.
'Académie Royale de Mufique a continué
les repréſentations de Scylla &
Glaucus dont nous avons donné l'extrait
dans le Mercure précédent. On donnera
encore cet Opera les Jeudis,
On y a joint pendant quelques repréſentations
une Pantomime nouvelle d'une Jardiniere
& d'un Jardinier : la jardiniere étoit
Mademoiſelle Dallemand & le jardinier M.
Pito , tous deux ont fait admirer une lé
gereté & une force étonnante accompagnées.
de toutes les graces.
La même Académie de Mufique a remis
au Théâtre le Mardi 15 du préfent mois
Perfée, Tragédie, Le Poême ( qui eft entre
les mains de tout le monde ) eft de M
Quinaut & la mufique de M. de Lulli.

Cette piece avoit été exécutée dans fa
naiffance d'abord à Paris le 17 avril 1682
& enfuite à Verfailles au mois de Juin de
la même année , & elle avoit été remife au
Théâtre le 9 Février 1703 , le 20 Novembre
1710 , le 8 Noyembre 1722 , &
le 4 Février 1737 .
je
On l'a remife pour cet hyver avec l'apNOVEMBRE
. 1746. 123
pareil le plus pompeux. M. Peronet defſinateur
des Ballets du Roi & de l'Académie
Royale de Mufique a ſignalé fon génie
& fon goût dans les ornemensdes rôles
& des Fêtes , & il y a cinq décorations
nouvelles du deffein de M. Boucher , connu
par un grand nombre d'ouvrages excellens .
Le fujet du Prologue eft l'union de la
vertu & de la fortuue fous le regne de Louis
XIV .
Les rôles de la Tragédie font parfaitement
remplis. C'eft M. le Page qui exécute
celui de Cephée Roi d'Ethyopic & pere
d'Andromede Mlle . Romainville celui
de Caffiope Reine , époufe de Cephée ,
Mademoiselle Chevalier celui de Merope
foeur de Caffiope & Mlle . Fel celui d'andromede.
Le rôle de Phinée , frere de
Cephée & à qui Andromede a été promiſe
eſt exécuté par M. de Chaffé & celui de
Perfée par M. Jeliotte . M. Poirier chante
le rôle de Mercure qui brille dans l'Ace
des Gergones , & plufieurs airs dans les
divertiffemens.
ACTE PREMIER,
Cet Acte contient l'expofition du fujet.
Dans la premiere fcéne Cephée explique
à la Reine & à Mérope la crainte qu'il a
Fij
124 MERCURE DE FRANCE
des fureurs de Medufe que Junon offenſée
de l'orgueil de la Reine employe à fa
vengeance. Je crains dit- il.
Je crains que Junon ne refuſe
D'appaiſer fa hamne pour nous :
4
Je crains malgré nos voeux que l'affreuffe Medufe
Ne revienne fervir fon funefte courroux .
L'Ethyopie en vain à mes loix eft foumiſe ;
Quelle efperance m'eft permife ,
Si le ciel contre nous veut toujours être armé ?
Que me fert toute ma puiffance ?
Contre ce monftre affreux mon peuple eft fans dé
fence ;
Qui le voit eft foudain en rocher transformé,
Et fi Junon que votre orgueil offence
N'arrête la vengence' ,
Je ferai bien-tôt Roi d'un peuple inanimé.
La Reine expofe qu'elle a fait préparer
des jeux en l'honneur de Junon pour flechir
fa colere .
Ces jeux font precedés par quelques
fcénes dans lefquelles Meropeexplique qu'el
aime Perfée , & dans leſquelles Phinée marque
à Andromede tous les mouvemens de
jaloufie dont il eft tranfporté.
Avant que la fête commence Caffiope
accompagnée de plufieurs quadrilles de
jeunes perfonnes choifies pour les jeux
adreffe ces voeux à Junon,
1

NOVEMBRE 1746. 125
O Junon , puiffante Déeffe
Qu'on ne peut affés réverer ,
J'affemble en votre nom cette aimable jeuneſſe
Que le flambeau d'Hymen doit bien-tôt éclaire,
Chacun ya montrer fon adreffe
Pour célébrer les jeux que j'ai fait préparer ;
Ne gardez pas pour nous une haine implacable ;
Si l'orgueil me rendit coupable ,
Je reconnois mon crime & veut le réparer
Voyés d'un regard favorable
Les jeux qu'en votre honneur nous alloxs célebrer.
Vient enfuite le beau choeur.
Laiffez calmer votre colere
O Junon . exaucez nos voeux ;
Si nous pouvions vous plaire
Que nous ferions heureux !
La fête eft interrompue par les peuples
qui fuyent à l'approche de Medufe.
ACTE I I.
Cephée déclare à Phinée & à la Reine le
deffein qu'il a formé de donner Andromede
a Perfeé fils de Jupiter , pour engager le
maitre des Dieux à le protéger. Phinée fait
des reproches à Cephée de la crédulité, fur
la naiffance divine de Perfée , & lui dit.
Et croyez vous auffi la fable qu'il raconte !
Croyez vous qu'un Dieu fouverain
Fiij
126 MERCURE DEFRANCE.
Qui fur tout l'univers pré fide ,
Se laiffa par l'amour changer en or liquide
Four entrer en fecret dans une tour d'airain ?
Cephée fui répond par une déclaration
qui frappe tout le monde , & commence
Pinterêt que l'on prend à Perfée.
Votre incrédulité n'aura donc plus d'excufe
Mon frere ; fa valeur va vous ouvrir les yeux ;
Reconnoiffez le fils du plus puiffant desDieux .
Il offre de couper la tête de Meduſe.
Ce difcours fait dire à la Reine, à faf oeur
& à Phinée lui- même avec admiration
La tête de Medufe ! O Cieux !
Après les allarmes de Merope qui voit
que Perfée qu'elle aime ne peut plus s'unir
à elle , vient la belle fcéne des adieux
d'Andromede & dePerfée qui va partir pour
combattre Medufe ; on ne peut donner un
extrait de cette feéne dont laplupart des
beautés confiftent dans la maniere dont elle
eft rendue.
Ce fécond Acte eft terminé par l'arrivée de
Mercure qui a engagé , par ordre de Jupiter
toute la nature a donner du fecours
à Perfée.
Les Cyclopes donnent à Perfée de la part
de Vulcain une épée & des talonnieres.
NOVEMBRE 1746. 127
ļ
ailées , femblables à celles de Mercure ; des
Nymphes guerrieres lui préfentent le bouclier
de Pallas & les Divinités infernales lui
apportent le cafque de Pluton , qui doit
répandre au tour de lui l'obfcurité.
ACTE III.
Cette Acte fe paſſe dans l'antre des Gorgones.
C'est dans cet épifode que M. de
Lulli a employe toutes les beautés de la
mufique.
Il y a une nouveauté charmante dans la
repréſentation que nous annonçons au public.
Dans les précédentes le rôle de
Meduſe ainfi que ceux de fes deux foeurs
étoit rempli par un homme , aulieu qu'aujourd'hui
il eft exécuté par Mademoifefle
Metz. Sa jeuneffe & fes agrémens avec l'habillement
terrible & la coeffure compoféé
de ferpens qui conviennent à Medufe , font
un effet admirable. Le contrafte qui fe
trouve entre les paroles qu'elle chante &
la réalité , enchante tout le monde . Elle
dt.
J'ai perdu la beauté qui me rendit fi vaine ;
Je n'ai plus ces cheveux fi beaux
Dont autrefois le Dieu des Eaux
Sentit lier fon coeur d'une fi douce chaîne.
Fi
128 MERCURE DE FRANCE.
Pallas , la barbare Pallas
Fut jaloufe de mes appas,
Et me rendit affreufe autant que j'étois belle ,
Mais l'excès étonnant de la difformité
Dont me punit fa cruauté
Fera connoître en dépit d'elle
Quel fut l'excès de ma beauté .
Je ne puis trop montrer fa vengeance cruelle
Ma tête eft fiere encor d'avoir pour ornement
Des ferpens dont le fiflement
Excite une frayeur mortelle.
Je porte l'épouvante & la mort en tous lieux ;
Tout fe change en rocher à mon aſpect horrible
Les traits que Jupiter lan ce du haut des Cieux
N'ont rien de fi terrible
Qu'un regard de mes yeux.
Les plus grands Dieux du ciel , de la terre & de
l'onde
fe
Du foin de fe venger ſe repoſent ſur moi :
Si je perds la douceur d'être l'amour du monde
J'ai le plaifir nouveau d'en devenir l'effroi.
On voit que ce rôle eft difficile a remplir
par d'autres que par une Actrice auffi
aimable que Mademoiſelle Metz , & qué
l'on pourroit dire à quelques unes que par
malheur pour elles elles difent vrai quand
elles fe vantent d'être un peu horribles.
Après la belle fcéne de Mercure avec les
Gorgones ce Dieu les force de ceder au
C
NOVEMBRE 1746. 129
femmeil par la vertu de fon caducée :
Perfée approche fans porter les yeux fur
Medufe & lui coupe la tête ; Chrifaor ,
Pcgaze , & pluficurs autres monftres feforment
de fon fang. Perfée s'envole avec la
tête de Medufe & Mercure entraîne fes
deux foeurs aux enfers.
ACTE I V.
Les Ethyopiens courent au devant de Perfée
pour rendre hommage a fa valeur.
>
Phinée & Merope fe plaignent de la rigueur
du deftin qui les fépare fans eſpoir
l'un d'Andromede l'autre de Perfée . Pendant
leurs regrets la mer s'irrite & les flots qui
s'elevent couvrent le rivage. On vient annoncer
que Junon eft implacable , qu'Andromede
doit être livrée a un monftre de
la mer qui doit la dévorer. C'eft là où Phinée
exprime la fureur de fa jaloufie par ces
vers.
Eft-ce à moi que la mort l'arrache ?
C'eſt à Perſée à s'affliger .
L'amour meurt dans mon coeur , la rage lui fuecede
:
J'aime mieux voir un monftre affreux
Devorer l'ingrate Andromede
Que la voir dans les bras de mon rival heureux.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE
Les Tritons attachent Andromede à un
rocher , & le monftre paroît , mais Perſée
vient au milieu des airs , combat le monftre ,
en eft vainqueur & delivre la Princeffe . Les
fujets de Cephée fe raffemblent pour celebrer
le rriomphe de Perfée , les matelots fe
joignent a eux , ce qui forme nne fête extremement
gaye.
ACTE V.
Après que Phinée & Merope ont encore
deploré leurs malheurs , ce premier éxpliquele
deffein qu'il a conçu d'attaquerPerſée,
il fort dans ce deffein.
Les Prêtres de l'hymen accompagnés de-
Cephée , de Caffiope , de Perfée & d'Andromede
viennent pour unir ces deux
amans. Pendant la fête Merope vient annoncer
à Perfée qu'il eft temps qu'il fonge:
a fe deffendre & qu'il eft entouré d'ennemis.
En effet Phinée paroît accompagné de
guerriers : Perfée après avoir combattu
quelque tems avec avantage , veut épargner
le fang de ceux qui combattent pour lui ;
il leur ordonne de fermer les yeux & découvre
la tête de Medufe qui eft fur fon
bouclier. Ses ennemis font foudain transformés
en rochers. Cephée avoit annoncé pendant
le combat que Merope avoit péri par
NOVEMBRE 1746. 131
Fatteinte d'une flêche que l'on avoit voulu
lancer fur Perfée.
Venus defcend dans la gloire & enleve
aux Cieux avec elle Cephée , Caffiope ,
Perfée & Andromede.
L'Opera finit par une chacone dans laquelle
M. Dupré fe fait admirer plus que
jamais , ainfi que Mile Camargo.
Le Jeudi 20 Octobre les Comédiens François
ont donné la premiere répréſentation de
Julie ou l'heureuse épreuve , Comédie en un
acte en profe de M. de Sainte Foy connu
la fineffe de fes idees & la délicateffe de
par
fon ftyle ; on ne peut mieux le louer qu'en
citant fes ouvrages . L'Oracle , les Graces ,
le Sylphe & les autres Piéces de fa compofition
, font l'éloge de fon efprit & de fa plume.
Julie répond parfaitement à ce qu'on attendoit
de lui. Son fujet eft fimple & cependant
pittorefque , il n'eft point chargé d'ornemens
étrangers .
Julie jeune perfonne a été élevée par un
Tuteur habile & prudent , il connoît les
deux amans de fa pupile , l'un pour un pe
tit maître fat , l'autre pour un garçon ſenſé.
Julie eft prévenue en faveur de Damis ( c'eft
Jepetit maître ) indigne de fa tendreffe ; elle
a de la répugnance pour Valere qui mérite
fon eftime & fon inclination . Cette injufte
préférence ne fe trouve que trop fouvent
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
chés le beau fexe , & la fatuité l'emporte
quelquefois fur la raifon .
و
Geronte voulant convaincre fa niéce Julie
de l'injuftice de fa prévention , lui dit .
Je vous donne mes confeils , mais je n'uferaijamais
d'autorité,ma tendreffefe réduit à vous demander
une derniere marque de complaisance ,
je vous laiffe après maîtreſſe abfolue de votre
destinée , c'est une épreuve de l'amour de vos
amans . Il me vient une idée
tu fçais la
reffemblancefinguliere qui eft entre ta foeur
toi , c'est par le parti qu'elle a pris de fe retirer
dans un Convent de Province, que tu te trouves
aujourd'hui héritiere de tous mes biens qui lui
étoient fubftitués comme à l'ainée ... Feignons
que prête à renoncer au monde , elle a faitfes
réflexions , que la vocation s'est évanouie ,
qu'hier au foir , elle est arrivée inopinément
chés moi , que ce matin de désespoir de te voir
enlever par fox retour tout le bien que tu attendois
, tu es partiefans dire adieu à perfonne ,
& que tu t'es jettée dans un Convent ,
t'habillant fimplement en ne mettant point de
rouge , tu joueras facilement le rôle de tafoeur.
en
Le ftratageme propofé par Geronte eſt
enfin agrée par Julie , & éxécuté avec fuccès
, les deux Rivaux lui parlent fucceffive
ment , croyant parler à fa foeur la Penfionnai-
* du Convent , l'exacte modeftie de fon
ajustement & fa voix trainante les trompent ,
NOVEMBRE 1746. 133
C
ils ne reconnoiffent point leur maîtreffe &
lui devoilent leurs coeurs. Valere eft un amant
tendre , délicat , généreux , vivement touché
de la fauffe retraite de Julie. Damis eft
un fat occupé de lui - même & de la fortune ,
prêt à épouser l'héritiere nouvelle de Geronte
& a brifer une chaîne que Julie croyoit
éternelle.l'amante prévenue eft déſabuſée par
cette heureuse épreuve & fe donne à l'héroïque
Valere , quí mettant le comble à fa générofite
, vient terminer la piéce par un dénouement
noble , en propofant de rappeller Julie
du Convent ou on la fuppofoit retirée, &
de l'époufer fans dot ,fa mere extrêmement
riche , venant de lui en accorder la permiffion
, déterminée par fa douleur & fa confta.
ce.
Tous les rôles ont été parfaitement rempli.
Mlle . Gautier à mis dans celui de Penfionnaire
de Convent toute la naîveté qu'il
exigeoit , & a tendu très finement les penfées
fines de M. de Sainte Foy qui s'eft montré
toujours lui-même dans cette petite Comédie.
134 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES
ET CONCERTS DE LA COUR.
E Samedi 22 Décembre les Comédiens
Italiens jouerent à laCour Coraline protectrice
de l'innocence.
Le Mardi 25 les Comédiens François
jouerent le nouveau Monde.
Le Mercredi 26 , le Lundi 7 Novembre
& Mecredi 9 on exécuta en Concert chés la
Reine l'Opera de Perfée .
Mlles . Mathieu , Lalande , Defchamp
Selle & Godonnefche en ont chanté les rôles
, ainfi que Mrs. le Page , Benoit , Poirier ,
Dubourg , Richer & Tavernier.
Le Jeudi 27 Octobre les Comédiens François
répréfenterent la Tragédie de Scevole ,
& la Comédie du Préjugé vainçu.
Le Samedi 29 les Comédiens Italiens
jouerent Scapin & Arlequin voleurs.
Le Jeudi 3 les Comédiens François , jouerent
la Mere Coquette, & pour petite piéce
les Comédiens Italiens jouerent les Joutes
d'Arlequin & de Scapin .
Le Samedi s les Comédiens Italiens jouerent
le Prince de Salerne , fuivi d'un ballet
pantomime.
NOVEMBRE 1746. 13.5
'
Le Mardi 8 les Comédiens François jouerent
le Complaifant & Crifpin Medecin.
Le Jeudi ro les Comédiens François répréfenterent
la Tragédie de Mithridate & Zéneide
pour petite Piéce .
Le Samedi 12 les Comédiens Italiens jouerent
Arlequin Voleur , Archer & Juge .
Le Lundi 14 on exécuta en Concert chés
la Reine le Prologue & le premier, acte du
balet des Sens.
Le Mardi 15 les Comédiens François
jouerent l'Inconnu avec fes agrémens.
Le Mecredi 16 on exécuta en Concert
chés la Reine le 2e. & 3e. acte du balet des
Sens.
Le Jeudi 17 les Comédiens François répréfenterent
la Tragédie de Venceflas & la
Comédie du Sicilien .
Le Samedi 19 les Comédiens Italiens jouerent
la Comédie du Prince de Salerne avec
fes agrémens queS.M. a rédemandée. La Cour
a été fi contente de cette piéce que le Roi a
voulu qu'elle terminât fes Spectacles , les
machines & les décorations imaginées par M.
Veroneſe ont été fort approuvées. La pantomime
de la gracieufe & gentille Camille ne
pouvoit manquer de plaire dans un fejour
habité par les Graces.
136 MERCURE DE FRANCE,
20000* *100****
JOURNAL DE LA COUR ,
DE PARIS & c.
L
E zo du mois dernier pendant la Meffe
du Roi , l'Evêque de Bazas prêta ferment
de fidélité entre les mains de Sa M.
La Reine accompagnée des Dames de fa
Cour , alla le 25 faire fa priere à la Chapelle
de N. D. de Bon Secours,& S. M. s'étant
rendue enfuite à l'Hôpital de la Sainte Fa
mille y entendit le Salut.
Le 26 les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi , étant préſentés par
le Prince Charles de Lorraine , Gouverneur
de la Province en furvivance du Duc d'Elboeuf,
& par le Comte d'Argenſon , Minif
tre & Secrétaire d'Etat. Ils fureut conduits à
cette audience par M. Defgranges Maître
des Cérémonies. La députation étoit compofée
, pour le Clergé de l'Abbé Liot d'Eglegatte
Vicaire Général de l'Evêché de S.
Omer , qui porta la parole ; du Comte de
Louvignies Député de la Nobleffe , & de M.
de la Senne Député pour le Tiers Etat,
Le 29 pendant la Meffe du Roi l'Archevêque
de Paris prêta ferment de fidélité enNOVEMBRE
1746. 137ずの
tre les mains de S. M. & l'Evêque de Chartres
le prêta le 28 .
La Reine communia le 31 dans la Chapelle
de la Cour Ovale par les mains de l'Evêque
de Chartres fon Premier Aumônier.
Le premier de ce mois jour de la Fête de
tous les Saints , le Roi & la Reine accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de
Mefdames de France entendirent dans la
Chapelle du Château la grande Meffe , célebrée
pontificalement par l'Evêque de
Bazas & chantée par laMufique L'après midi
la Reine affifta à laprédication du P. Imbert
Théatin , & enfuite aux Vêpres auxquelles
le même Prélat officia. S. M. atlifta auffi aux
Vêpres des Morts.
T
PROMOTIONS,
E Roi vient de nommer Maréchaux de
France , le Marquis de Balincourt le
Marquis de la Fare & le Duc de Harcourt.
M. le Marquis de Balincourt , Claude
Guillaume Teftu , Marquis de Balincourt ,
près Pontoife , Baron du Bouloir au Mayne
& Lieutenant Général des Armées du Roi .
Gouverneur des Ville & Citadelle de Strafbourg
eft né le 18 Mars 1680 , Lieutenant
dans le Régiment du Roi , il fut fait Colo38
MERCURE DE FRANCE
nel du Régiment d'Artois en 1703 Brigadier
d'Infanterie le 29 Mars 1710 ,
Maréchal de Camp le premier Février 1719
& enfin Lieutenant Général le premier Août
734. Il eut le Gouvernement de Mont-Dauphin
en Dauphiné le Janvier 1739 , puis
celui des Ville & Citadelle de Strasbourg
par la mort du Maréchal de Broglie en
Janvier 1746 ; il eſt marié depuis le Janvier
1715 , avec Dame Marguerite - Guillemette
Alleman de Montmartin d'une des plus
anciennes & des plus nobles Maifons du
Dauphiné , & de laquelle il n'a point d'enfans
; il eft fils de Henri Teftu , Marquis de
Balincourt , Baron du Bouloir , Capitaine
de la Varenne du Louvre, mort le 2 Septembre
1710 , & de Dame Claude- Marguerite
de Seve fa premiere femme morte en Mars
1680 , feu M. de Balincourt le pere avoit
épousé en fecondes nôces le 26 Janvier 1682
Dame Marie - Théreſe - Suſanne de Mafparault
de Chennevieres , & il en a laiffé outre
Bernard & Jean - Baptiſte Teſtu de Balincourt,
reçus Chevaliers de Malthe en1713
& Jean - Dominique , Prêtre , Chanoine de
Sainte Croix de la Bretonnerie , François
Teftu de Balincourt Seigneur de Hedouwille
de Wf dit le Comte de Balincourt , né le
13 Octobre 1687 , fucceffivement Capi-
SIL
NOVEMBRE 1746. 139
taine dans le Régiment d'Artois, puis Exempt
des Gardes du Corps avec commiffion de
Metre de Camp & enfuite Enfeigne de la
même Compagnie Ecoffoife depuis le Décembre
1738 , Maréchal de Camp du z
Mai 1744 , marié depuis le Janvier 1715
avec Dame Rofalie de Couret ou Cueuret
Dame de Nele dans le Vexin François
duquel mariage il a deux fils , dont l'aîné
âgé de 18 ans eft Moufquetaire de la premiére
Compagnie , & 5 filles dont laînée
eft mariée depuis 1745 avec N. Wicquet
Baron d'Ordre , Enfeigne des Gardes du
Corps & Brigadier d'Armée. Les armes de
Teftu de Balincourt font d'or à trois Lions
leopardés de fable , ou paffans l'un au deffus
de l'autre , lampaffés & armés de gueules ,
celui du milieu contourné , cette Généalogie
fera déduite avec toute fes branches dans
le fuplément à l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne . Article des Maréchaux
de France auquel on travaille actuellement.
M. le Marquis de la Fare , Philippe-Charles
de la Fare , Marquis de la Fare , Comte de
Laugere & Chevalier des Ordres du Roi &
de la Toifon d'or , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majefté , & au Gouvernement
de Bretagne , Chevalier d'honneur de feue
440 MERCURE DEFRANCE.
!
Madame la Dauphine Infante d'Espagne ,
il est né en 1685 , étant Lieutenant dans le
Régiment du Roi , il eut le Régiment de
-Gatinois au mois d'Avril 1704 , il fut faitCapi- ,
taine des Gardes du Corps de Philippe petit
fils de France , Duc d'Orleans depuis Re- t
gent , au lieu de fon pere le Mai 1712 fut
nommé Brigadier d'Infanterie le premier
Janvier 1716 , eut le Régiment de Nor- r
mandie au mois d'Octobre fuivant , fut fait -
Lieutenant Général au Gouvernement de it
Languedoc dans le département & l'éten- e
due du Pays de Vivarais , du Velay & du
Diocèſe d'Uzés par Lettres du 8 Septem- lu
bre 1718 & auffi Gouverneur des Ville & t-
Château d'Alais & Pays des Sevennes , fut
nommé Maréchal de Camp le 10 Août t
1720 , & Chevalier de l'Ordre de la Toi- :
fon d'or le 21 Janvier 1722 , fut fait Commandant
en chef en Languedoc en 1724 ,
fut reçu Chevalier des Ordres du Roi le 13 ,
Mai 1731 , & Lieutenant Général de fes 3
Armées le premier Août 1734 , fut nommé es
Lieutenant Général au Gouvernement de é
Bretagne en 1740 & Chevalier d'honneur le
de feue Madame la Dauphine ( Marie - Thé- r
reſe Infante d'Eſpagne ) le Février 1745 , éil
eft veuf depuis le 7 Mars 1730 , de Dame ,
Françoile Paparel qu'il avoit épousée le e
NOVEMBRE 1746. 141
Août 1713 , & en a Françoife Melanie de
la Fare , mariée le 13 Août 1735 avec Claude
Louis Bouthillier de Chavigny , Comte de
Ponts fur Seine , Colonel du Régiment de
Cambrefis & depuis Brigadier d'Armée.
- M. le Maréchal de la Fare eft fils de Charles-
Augufte de la Fare , Marquis de la Fare ,
Comte de Laugere , Baron de Balazue , Capitaine
des Gardes du Corps de M. Philippe
Duc d'Orleans , & de M. le Duc d'Orleans
fon fils Regent du Royaume , mort le 3 Juin
1712 & de Dame Louife-Jeanne de Lux
de Ventelet , morte le 28 Décembre 1691
Voyez pour la Généalogie de la Maifon de
la Fare ; l'une des premiéres de la Province
de Languedoc , par fon ancienneté , par fes
lliances & par fes fervices militaires , & dont
les armes font d'azur à trois flambeaux d'or
ou fares allumés de gueules & pofés en
pal , le fecond volume de l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , fol. 133
en attendent celle qui fera rapportée beaucoup
plus ample dans le fuplément de ladite.
Hiftoire ci-deffus annoncé.
M. le Duc de Harcourt. François de Har
court , Duc de Harcourt ; Pair de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant.
Général des Armées de Sa Majefté , Capitaine
d'une Compagnie de fes Gardes du
Corps & Gouverneur Général de la Ville ,

*
142 MERCURE DE FRANCE,
Château & Principauté de Sedan. Il est né le
4 Novembre 1689 &c.il fit fa premiere campagne
en 1905 dans la premiere Compagnie
des Moufquetaires , & eut la même année
la permiffion de lever un Régiment de Cavalerie
dont il fut fait Meftre de Camp par
commiffion du 23 Novembre , il eut le Régiment
de Leffart en 110 & enfuite le Régiment
Dauphin auffi Cavalerie en 1712 ,
il fut fait au mois de Novembre 1715 Capitaine
d'une Compagnie des Gardes du Corps
de Sa Majefté fur la démiffion du Maréchal
Duc de Harcourt fon pere , & il en prêta
ferment le 26 Juin 1718 , il fut nommé
Brigadier le premier Octobre fuivant , fucceda
le même mois au Maréchal fon pere en
la charge de Lieutenant général au Ġouvernement
de la Franche Comté , il prit ſcéan,
ce au Parlement en qualité de Pair de France
le 19 Janvier 1719. fut fait Maréchal
de Camp le 27 Avril fut reçu Che-
1727,
valier des Ordres du Roi le 16 Mai 1728 ,
nommé Lieutenant Général de fes Armées
le premier Août 1734 , & il obtint au mois
de Janvier 1739 , le Gouvernement Général
de la Ville , Château & Principauté de Sedan
fur la démiffion du Maréchal de Coigay.
I eft marié depuis le 31 Mai 1717
avec Marie- Magdeleine le Tellier de Barbefieux
& ilen a 10.Louis- François de Harcourt
NOVEMBRE 1746. 143
Marquis de Harcourt né le 4 Octobre 1728,
20. Françoiſe- Claire de Harcourt née le 12
Mai 1718 , Marquife de Hautefort , 30. Angelique
Adelaide de Harcourt née le 20
Août 1719, Princeffe de Croy & 4° .Gabriel
le-Lidie de Harcourt née le 21 Décembre
1722 Comteffe de Guerchy.
·
M.le Maréchal Duc de Harcourt eft fils de
Henri de Harcourt Duc de Harcourt , Pair
& Maréchal de France , Chevalier des
Ordres du Roi , Capitaine d'une Compagnie
de fes Gardes du Corps , Lieutenant
Général au Gouvernement de Normandie ,
& de la Province de Franche- Comté , Gouverneur
du vieux Palais de Rouen & de la
Ville de Tournay , Ambaffadeur Extraordinaire
en Eſpagne & Confeiller au Confeil
de Regence , mort le 19 Octobre 1718
& de Dame Maric-Anne- Claude Brulart de
Genlis qu'il avoit épousée le 31 Janvier 1687
& qui eft aujourd'hui vivante . Voyez la Généalogie
de cette illuftre Maifon qui a été
donnée au public en 1662 , par Gilles André
de la Roque , en quatre volumes in fol . avec
les preuve , & l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne vol . s fol. 124.
S. M. a donné le Gouvernement du Fort
de l'Eclufe à M. de Valfons Aide -Major Général
de l'Infanterie de l'Armée du Roi en
Flandres , lequel a été dépêché par le Maré144
MERCURE DE FRANCE
"
chal Comte de Saxe pour apporter à S. M. le
détail de la victoire remportée par les troupes
à Kaucoux .
Le Roi a accordé l'agrément du Régiment
d'Infanterie dont le Marquis de Crillon
fait Maréchal de Camp étoit Colonel , au
Marquis de la TourDupin de la Charce Capitaine
dans le Régiment deCavalerie d'Anjou .
On apprit le 26 du mois dernier que les
Anglois qui avoient fait une defcente dans la
Prefqu'Ifle de Quiberon s'étoient rembar-)
qués le 22 , & que le lendemain leur eſcadre
avoit mis à la voile.
Le Maréchal Comte de Saxe en conféquence
des ordres qu'il a reçus du Roi , aféparé
l'Armée qu'il avoit fous fes ordres . Les
troupes qui doivent refter dans les Pays - Bas.
fe font rendues à Louvain d'où elles ont été
envoyées en garnifon dans differentes places
de ces Provinces.
Le 16 les Régimens des Gardes Françoi- .
fes & Suiffes fe mirent en marche pour revenir
à Paris.
La Maiſon du Roi & la Gendarmerie partirent
le 17 & elles furent fuivies le 19 & le
20 par les autres troupes lefquelles après.
avoir campé quelques jours fous Namur
ont pris la route des differens quartiers qui
leur font deſtinés.
M. le Chevalier du Gard à qui le Roi a
accordé
>
NOVEMBRE 1746. 145
accordé la penſion & le titre d'Ecuyer de Sa
Majeſté , tient actuellement l'Académie qu'avoit
feu M. fon frere , rue de l'Univerfité
Faubourg S. Germain.
@ སྒྱུ ད :
BENEFICES DONNE'S.
E Roi a nommé à l'Evêché de Digne ,
LEAbbé deJarente , Vicane Generalde
l'Evêque de Marſeille.
,
S. M, a donné l'Abbaye de Barbeaux ;
Ordre de Cifteaux , Diocéfe de Sens à l'Abbé
de Raftignac ci- devant Agent du Clergé.
Celle de Beauport , Ordre de Prémontré
, Diocéfe de S. Brieux , à l'Abbé de Fumal.
Celle de S. Serge d'Angers , Ordre de S.
Benoît à l'Abbé d'Herouville , Chanoine de
l'Eglife Métropolitaine de cette Ville.

Celle de Villeneuve , Ordre de Ciſteaux ,
Diocéfe de Nantes , à l'Abbé de Laubriere
Vicaire Général de ce Diocéfe .
Celle de S. Martin d'Auxerre , Ordre de
Premontré , à l'Abbé de Pombriam.
1 Le Prieuré du Mont aux Malades , Ordre
و
de S. Auguftim , Diocéfe de Rouen , à l'Abbé
d'Andlau Aumônier du Roi.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE DU ROI ,
A Meffieurs les Vicaires Généraux,
M
ESSIEURS , une victoire fignalée
que mes Troupes ont remportée dans
les Pays- Bas vient de terminer glorieuſement
cette Campagne . Mon Coufin le Maréchal
Comte de Saxe uniquement conduit par
des vûes fages & utiles à l'Etat , & perfuadé
que le gain d'une Bataille n'eft véritablement
éclatant que quand elle eft néceffaire
n'avoit eu d'autre objet depuis que j'ai été
obligé de quitter mon Armée , que d'achever
de me rendre maître de tout ce qui ref
toit de poffeffions à la Reine de Hongrie
dans les Pays- Bas : le même principe l'a déterminé
à affùrer la folidité de fes conquê
tes , en forçant l'obftination de mes ennemis
qui cherchoient à fe maintenir en deçà
de la Meufe . Dans cette vue mondit Cou
fin a paffé le Jar le dix de ce mois , les a attaqués
le onze , les a forcés dans les differens
poftes où ils s'étoient retranchés , & après
un combat dans lequel mes Troupes ont
donné les preuves les plus diftinguées de
leur courage , a féparé leur Armée , & en a
NOVEMBRE 1746. 147
rejetté une partie au - delà de la Meufe , &
f'autre fous les murs de Maeftreick . Toutes
les circonstances qui caractériſent une grande
victoire fe trouvent réunies dans celle ci ,
le champ de Bataille abandonné par les ennemis
, un grand nombre de morts & de pri
fonniers , & la perte de la plus grande partie
de leur Artillerie & de plufieurs Drapeaux
& Etendarts : une fuite d'avantages fi éclatans
m'eft un gage précieux de la protection
que Dieu accorde à la droiture & à la pureté
de mes fentimens. Comme les difpofitions
de mon coeur ne dépendent point des
événemens , les fuccès les plus brillans ne
me feront jamais fortir des bornes de l'équi
té & de la modération qui ont toujours été
la regle de ma conduite , mais fi les ennemis
du repos de l'Europe m'obligent de
continuer la guerre , j'ai lieu d'efpérer que
le Dieu des Armées continuera de bénir la
réſolution où je fuis de faire les plus grands
efforts pour foutenir la dignité de ma Cou-
Lonne , & pour procurer enfin à mes Sujets
par une paix glorieufe une tranquillité que
je préfere à toutes les conquêtes . Ceft dans
cette difpofition de rendre à Dieu de folemmelles
actions de graces & d'implorer en
même tems fon fecours , que je vous fais
cette Lettre pour vous dire que mon intention
eft que vous faffiez chanter le Te Deum
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
dans l'Eglife Métropolitaine de ma bonne
Ville de Paris , & autres de votre Diocéfe ,
avec les folemnités requifes & accoûtumées ,
au jour & à l'heure que le Grand-Maître ou
le Maître des Cérémonies vous dira de ma
part. Sur
Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait
Meffieurs , en fa fainte garde. Ecrit à Fontainebleau
le 19 Octobre 1746. Signé, LOUIS.
Et plus bas , PHELYPEAUX.
Et au des eft écrit : A Meffieurs les Grands.
Vicaires de l'Eglife Métropolitaine de notre
bonne Ville de Paris .
MANDEMENT de Meffieurs les Vicaires
Généraux du Chapitre , & Archidiacres de
l'Eglife de Paris , Adminiftrateurs de l'Archevêché
le fiege vacant ; qui ordonne que
le Te Deum fera chanté dans toutes le
Eglifes du Diocéfe , en actions de graces
la Victoire remportée à Rocoux par
l'Armée du Roi , commandée par M. le
Maréchal Comte DE SAX E ,
N
de
Ous Vicaires Généraux & Archidiacres
, Adminiſtrateurs de l'Archevêché
de Paris , le Siége vacant : Aux Archiprêtres
de fainte Marie-Magdelaine & de faint
Severin , & aux Doyens ruraux du Diocèfe
, SALUT.
NOVEMBRE 1746. 149
Dieu a protegé nos armes dans les Pays-
Bas au-delà de nos espérances.
Nous penfions que rien ne nanquoit à la
gloire d'une Campagne , qui après la prife
de cinq Places importantes étoit terminée
par le Siége de Namur , & achevoit la conquête
de la Flandre ,
(a ). Cependant le Ciel nous deſtinoit
de nouveaux triomphes , & tandis que nous
n'étions occupés qu'à rendre des actions.de
graces & à former des voeux pour la Paix , il
nous préparoit une victoire.
Les Troupes du Roj ont marché à l'ennemi
avec la valeur & la confiance qu'infpire
an Général , fage dans fes projets , heu .
reux dans fes entreprifes , plus attentif à
ménager le fang des Soldats qu'à s'acquerir
de la gloire . L'armée des Alliés a été forcée
dan's les retranchemens , & a laiffé fur le
champ de bataille toutes les marques de ſa
défaite .
( b ) Epargnons à la Religion le détail
des pertes de nos ennemis ; elle eft trop tendre
& trop compatiflante pour arrêter les
regards fur des objets auffi funeftes , & fi
( a ) Non definam eis benefacere. Jeremia 32. v .
40.
( b ) .. Commota funt quippe vifcera ejus , 3. Reg
3. v. 26.
156 MERCURE DE FRANCE.

elle applaudit à la gloire des vainqueurs ,
elle n'en eft pas moins touchée du malheur
des vaincus.
( a ) Pénétrés de fentimens fi conformes
à l'Evangile de paix que Jefus Chrift nous a
annoncé, redoublons nos voeux pour obtenir
du Ciel une Paix folide , & faiſons tous
nos efforts pour la mériter : nous travaillerons
à notre bonheur , & nous entrerons dans
les vues de notre victorieux Monarque . It
ne cueilleroit qu'à regret des lauriers qu'une
guerre obſtinée lui feroit encore moiffonner.
(b ). Son Régne , confacré à la paix , a
été tranquile dans fon cours , jufqu'à ce que
la néceffité des événemens ait fait éclater le
bruit de fes armes & de fes fuccès.
C'eſt ainfi que la Providence , dans le
gouvernement du monde , ( c ) fe cache ſous
les apparences du repos , pour nous dérober
une partie de fa gloire , & fe découvre
tout à - coup par des révolutions & des prodiges
qui la décelent.
Mais ce Roi pacifique fe plaît davantage
à étre l'image de la Providence fur la terre
(a ) Evangelii pacis . Ephef. 6. v. 15 .
( b ). Sit pax & veritas in diebus meis. 4. Reg .
20. v . 9.
(c . Pofuit tenebras latibulum fuum. Pf. 17 v. 12 .
Intonuit de coelo Dominus , & Altiffimus dedit
vocem fuam. Ibid. v . 14.
NOVEMBRE 1746.
par la bonté , que par l'éclat de fa puiſſance ;
il voudroit la fuivre dans fes bienfaits , partager
avec elle l'attention qu'elle donne à tous
nos befoins, & ne plus s'occuper que du bonheur
de fes Sujets.
(a ) . Béniffons le Tout- puiffant d'avoir
gravé dans le coeur du Roi des fentimens fi
dignes d'un Souverain , & demandons - lui
avec ardeur qu'ils honorent long-tems le
Trône de la France.
( b ). Ces bénédictions & cette priére d'un
peuple fidéle & reconnoiffant ne rendront
que plus agréables au Seigneur les cantiques
de louanges dont nous allons faire retentir
fes Temples.
A ces caufes , &c.
( a ) Fieri obfecrationes ...gratiam actiones pro
Regibus. 1. Tim . c . 2. v. 1 .
(b ). Hoc enim bonum eft & acceptum coram .
Salvatore noftro Deo. Ibid. v. z .
& iiij
252 MERCURE DE FRANC
SAPSAPSAPSAPSAPSAP SAPSAPAESEX
MANDEMENT de fon Eminence M.
le Cardinal de Tencin, Archevêque & Com
te de Lyon , qui ordonne que le TE DEUM
fera chanté danstoutes les Eglifes de fon Diocèfe
, en actions de graces de la victoire remportée
par l'Armée du Roi dans les Pays-
Bas.
PIERR
[ ERRE DE GUERIN DE TENCIN ,
&c.
A tous Abbés , Doyens,Chapitres, Prieurs ,
Curés , Vicaires & autres Eccléfiaftiques ,
Séculiers & Réguliers , & à tous les Fidéles
de notre Diocèle : SALUT & Bénédiction
en notre Seigneur.
Cette Providence qui décide à fon gré de
tous les événemens , Mes Très- chers Freres ,
ne ſe montre jamais plus clairement que dans
le fort des Batailles , (a) toujours fi incertain ,
de l'aveu même des plus grands Capitaines
malgré la valeur des troupes , & la capacité
des Généraux . Que notre reconnoiffance envers
ie Seigneur en foit donc plus vive & plus
tendre . Cette Campagne finit comme la pré-
( a ). Prout ipfi placet , dat dignis victoriam . 2 .
Mack. c . 15 v. 21 .
NOVEMBRE 1746. 153
cédente avoit commencé. Une victoire acheve
de la rendre auffi brillante qu'elle étoit
déja folidement glorieufe par le nombre &
l'importance des conquêtes , mais fur tout
par la fageffe qui les avoit fi habilement
préparées . Ce regne n'a donc plus rien à
envier au précédent du côté de la gloire militaire.
( b ) Puiffe- t'il le furpaffer par la gloire
pacifique !
A CES CAUSES &c.
Le 26 du mois dernier on chanta le Te
Deum dans l'Eglife Métropolitaine en actions
de graces de la Victoire remportée fur les
troupes des Alliés , par l'Armée que commande
le Maréchal Comte de Saxe . L'Abbé
d'Harcourt Doyen du Chapitre officia à ce
Te Deum auquel affifterent le Parlement , la
Chambre des Comptes , la Cour des Aides
& le Corps de Ville , qui y avoient été invités
de la part du Roi par le Marquis de
Dreux , Grand Maître des Cérémonies.
( a ). Poffederunt ( Romani ) omnem locum confilio
fuo & patientia . 1. Mach. c . 8. v. 3.
(b ). Ne dicas , quid putas caufa eft quod priora
tempora meliora fuere quam nunc funt ? ftulta enim
eft hujufce modi interrogatio. Eccl . c. 7. v . 11 .
GY
154
MERCURE DE FRANCE.-
NOUVELLES ETRANGERES
TUR QUI E.
Lde Grand qui
E Grand Seigneur a difpofé du Gouvernemen
a été dépofé le 9 Septembre dernier. On attribue la
difgrace de ce Premier Miniftre au projet qu'il
paroiffoit avoir de fuivre dans les affaires politi
ques de la Cour Ottomane un ſyſtême contraire
à celui du feu Keiflar Aga . L'élévation du nouveau
Grand Vifir eft fort agréable aux Janniffaires , dans
le Corps defquels il a commencé à fervir en qualité
de fimple foldat. A la conclufion de la derniere
paix entre l'Empereur Charles VI & fa Haureffe
, il fut chargé par la Porte de travailler avec
les Miniftres Plénipotentiaires de la Cour de Vienneà
régier les limites des Etats des deux Puiffances
, & la maniere dont il s'acquitta de cette
commiffion lui a mérité l'eftime & la confiance du
Grand Seigneur.CeMiniftre a déja été complimenté
fur fa nouvelle dignité par l'Ambaffadeur de la République
de Venife , & par lesMiniftres de Ruffie ,
d'Angleterre ,de Suéde & de Hollande . Le Comte
de Caftellane , Ambaſſadeur du Roi de France , n'a
pas encore eu audience du Grand Vifir , parce que
quelques Domeftiques de cet Ambaffadeur ont
été attaqués de la pefte. Les mêmes avis ajoutent
qu'on avoit appris de Bagdad que depuis longems
Thamas Kouli Kan n'avoit formé aucune eneprife
, ce qui donnoit lieu de croire qu'il n'éNOVEMBRE
155 1746.
toit pas éloigné de conclure un accommodement
avec la Porte , & en effet plufieurs lettres marquent
depuis qu'il a été figné le 24 du mois d'Août
dernier un Traité entre le Grand Seigneur & Thamas
Kouli Kan .
ALLEMAGNE.
M. Serbelloni , Nonce du Pape , eut le 8 Octobre
fa premiere audience de la Reine de Hongrie
, & le onze il fut admis à celle du Grand
Duc de Tofcane . Le dix 1 Evêque d'Olmutz qui
avoit prêté ferment la veille entre les mains de
la Reine en qualité d'un de fes Confeillers d'Etat
actuels , reçut le lendemain des mains de fa
Majefté l'inveftiture de fon Evêché .
La fête de fainte Thérefe , dont la Reine porte
le nom , fut célébrée le 15 Octobre en la maniere
accoûtumée , & fa Majesté après avoir reçû les
complimens des Seigneurs & Dames de fa Cour ,
dîna avec le Grand Duc de Toſcane chez l'Impératrice
Elifabeth .
Le Miniftre du Roi de la Grande-Bretagne &
celui des Etats Généraux des Provinces - Unies
ont eu plufieurs conférences avec ceux de la Reine .
Le Miniftre du Roi de Pologne , Electeur de Saxe
en a eu une avec le Comte d'Uhlefeld , Grand
Chancelier , à qui il communiqua quelques depêches
qu'il avoit reçûes de Warfovie par un courier
extraordinaire .
Le Comte Ferdinand de Harrach , pendant l'abfence
duquel le Comte Frederic fon frere exercera
les fonctions de Grand Maréchal d'Autriche ,
partit le 12 Octobre pour la Haye , & le 13 le
Comte de Bernes que la Reine a nommé fon Miniftre
Plénipotentiaire auprès duRoi de Pruffe, prit
a route de Berlin.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Sa Majesté à difpofé de la charge de Grand
Sénéchal de Moravie en faveur du Comte de Kaunitz
, ci - devant Gouverneur par interim des Pays-
· Bas .
Le Comte de Petrach a été fait Colonel Lieutenant
de la Compagnie des Archers de la Garde
de la Reine.
Les deux Régimens de Vetres & de Giulay ſe ſont
mis en marche vers l'Italie , où la Reine fe propofe
d'envoyer encore un nouveau Corps de troupes.
POLOGNE .
Le Marquis des Iffars , Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Très- Chrétienne auprès du
Roi & de la République , fe difpofa le 5 du mois
dernier à faire fon entrée publique. Il voit fouvent
les plus confidérables d'entre les Sénateurs ,
& il a de fréquentes conférences avec quelques
Miniftres . Les lettres de Petersbourg marquent
que l'Impératrice de Ruffie a créé Comtes Meffieurs
Pierre & Alexandre de Schumanow , dont l'un eft
Lieutenant Feldt-Maréchal , l'autre Chevalier de
l'Ordre de faint Alexandre NewsKy & de celui de
fainte Anne , Lieutenant des Gardes du Corps &
Adjudant Général .
L'ouverture de la Diette générale s'étant faite
le 3 du mois d'Octobre on procéda à l'Election
du Maréchal de cette Affemblée , & les fuffrages
fe réunirent en faveur du Prince Lubomirsky ,
Starofte de Cafimir , & Premier Député de la Nobleffe
du Palatinat de Rava ,
On célébra le 5 l'anniverfaire de l'avénement du
Roi à la Couronne , & fa Majefté reçut à cette
occafion les complimens des Miniftres Etrangers ,
des Sénateurs , des Grands Officiers de la Cou
NOVEMBRE 1746. 157
ronne , & de la principale Nobleffe . Leurs Majeftés
dînerent en public avec les Princeffes , &
les fantés furent bues au bruit de plufieurs fanfares
& des falves réitérées de l'artillerie . Le Prince
Czartorinsky donna le 12 à la Reine une fête , à
laquelle les Miniftres Etrangers & tous les Seigneurs
de la Cour ont été invités.
Il paroît une Déclaration faite de la part du Roi
de Pruffe à la République , & qui porte que ce
Prince n'a négligé aucune occafion de donner des
preuves de fon affection pour la Nation Polonoi--
fe , & que fon empreffement à cet égard doit
avoir pleinement détruit les bruits calomnieux ,
répandus par les perfonnes qui ont intérêt de rendre
fes intentions fufpectes ; que depuis qu'il eft
fur le Trône , il n'a eu d'autre objet que d'affermir
l'union entre les deux Puiffances , & qu'il a
compté d'y travailler efficacement par le dernier
Traité qu'il a conclu avec fa Majesté ; qu'il eft
donc furprenant qu'il fe trouve encore des efprits
affez prévenus pour foupçonner la droiture de fes
fentimens ; que quoiqu'il pût fe difpenfer de diffiper
des préjugés fi mal fondés , il veut bien faire
de nouveaux efforts pour y réuffir , en renouvellant
à la République les affûrances de la difpofition
, dans laquelle il eft & fera toujours de contribuer
, en tout ce qui dépendra de lui , à la tranquillité
, au bonheur & à la gloire de la Pologne ,
& qu'il eft fort éloigné de fe prêter à aucune démarche
qui puie être préjudiciable à ce Royaume.
Cette Déclaration à produit parmi la Noblefſe
un auffi bon effet que le Roi de Pruffe pouvoit
l'attendre .
Le Roi a nommé l'Abbé de Peplinlesky à l'Evêché
de Culm . La dignité de Palatin de Smo-
Jensko a été conférée au Comte de Sapieha , & fa
# 58 MERCURE DE FRANCE.
Majefté a difpofé de celles de Caftellans d'Ofwe
cim & de Woynitz en faveur de Meffieurs Kret-
Kousky & Sierakowsky. La charge de Vice-
Chancelier a été donnée à M. Wodrichy , Offi
cial de Cracovie , & celle de Général de l'artil
lerie au Prince Lubomirsky , Porte Enſeigne de
la Couronne.
On mande de Petersbourg que dix - huit des Régimens
Ruffiens qui s'étoient rendus pendant l'Eté
dans la Livonie , avoient ordre d'aller prendre des
quartiers d'hyver dans l'Efthonie. Selon les mê
mes avis les vaiffeaux de guerre qui étoient allés
de Cronstadt à Revel , ne font pas encore de retour
dans le premier de ces deux Ports.
Depuis l'ouverture de la Diette il y a eu plu
fieurs débats très-longs & très-vifs dans la Chambre
des Députés des Palatinats , avant qu'elle ait
pris la réfolution de fe joindre au Sénat . Les diffi
cultés furvenues au fujer des Elections de plufieurs
Députés ayant été terminées le 7 Octobre , i
s'éleva le jour fuivant une autre difpute excitée par
Tes plaintes que fit le Député du Diftrict de Rawa ,
de ce que les principales charges ' du Royaume
étoient poffédées par des Etrangers . Cette difpute
fut portée d'autant plus loin , que ce Député déclara
que fi l'on ne rémédioit pas à ce grief , il
proteftoit d'avance contre toutes les délibérations
de la Diette. Un grand nombre de Députés ap
puya les repréſentations du Député de Rawa , &
demanda qu'on fit une Députation au Roi , pour
prier fa Majefté de ne difpofer à l'avenir d'aucune
charge qu'en faveur des Gentilshommes Polonois ,
mais l'entremife de divers Sénateurs fit ceffer ces
divifions , & le Député de Rawa confentit de ne
plus empêcher la Diette de travailler aux affai
Les pour lesquelles elle eft aſſemblée. On enga
NOVEMBRE 1.599 1746 .
gea auffi les Députés du Palatinat de Cracovie
à fe défifter de leur proteftation contre la prefféance
accordée cette année à ceux du Palatinat de
Pofnanie , & la jonction de la Chambre des Dé◄
putés des Palatinats avec le Sénat s'étant faite le
14 Octobre au matin , le Roi fe rendit le même
jour au Sénat où les principaux Députés eurent
F'honneur de baifer la main à fa Majefté . Le Roi
y eft retourné le 15 , & après la lecture des Paita
Conventa fa Majeſté a fait remettre à l'Aſſemblée
les propofitions fur lefquelles les Etats du Royaume
doivent délibérer ..
La charge de Grand Chancelier de la Couronne
a été donnée au Comte de Malakousky , Vice-
Chancelier.
Il paroît un Mémoire imprimé que le Comte:
de Bruhl a envoyé aux Miniftres Etrangers par
ordre du Roi , & dans lequel il eft dit que des
perfonnes mal - intentionnées ayant répandu le
bruit qu'il commençoit à régner quelque méfintelligence
entre fa Majefté & l'Impératrice de
Ruffie , le Roi jugeoit à propos de détruire des infinuations
auffi fauffes que malignes ; que les deux
Puiffances étoient particulierement occupées du
foin d'affermir de plus en plus leur union , & que
ni l'une ni l'autre n'avoit penſé à faire la moindre
démarche qui pût être contraire aux engage
mens réciproques qu'elles avoient contractés..
SU E D E.
Le 26 Septembre un Hérault d'armes précédé
d'un Tymbalier & de douze Trompettes annonça:
dans les principales Places de Stockholm , avec
les formalités accoûtumées , la Convocation desi
Etats Généraux du Royaume , & un ordre. dui
160 MERCURE DE FRANCE.
Roi à la Nobleffe de procéder inceffamment à l'Election
d'un Maréchal de la Diette . Cette Election
devoit fe faire le 3 Novembre : les deux Sénateurs
qui paroiffent y avoir le plus de part , font le
Comte de Teffin & le Baron d'Ungern Sternberg ,
& l'on croyoit que le dernier auroit la pluralité des
fuffrages. L'Ordre des Payfans élut le 4 Octobre
M. Olof Ackaufen pour fon Orateur . Le Roi a
accordé un Brevet de Vice - Amiral à M. de Wagenfeld
Chef d'Efcadre , & elle a nommé le Baroa
de Cronftierna Major Général de Cavalerie .
En conféquence de la publication par laquelle
le Roi fit fçavoir le 6 du mois d'Octobre à la
Diette qu'il donneroit le lendemain audience aux
quatre Ordres du Royaume , pour leur communiquer
les propofitions fur lefquelles ils devoient délibérer
, les Sénateurs fe rendirent le 7 vers les
huit heures du matin au Palais . Ils y furent fuivis
quelque-tems après par la Nobleffe , qui avoit à
fa tête le Maréchal de la Diette . Après que le
Clergé , les Députés des Villes & l'Ordre des Pay .
fans y furent arrivés , les Etats s'allemblerent dans
la Sale préparée pour cet effet , & le Prince Royal
prit fa place au côté droit du Trône . Le Roi revêtu
de fes habits Royaux vint enfuite , & ayant
paffé au milieu des Députés des quatre Ordres qui
étoient rangés des deux côtés de la Sale , il monta
fur fon Trône , près duquel étoient fes Miniftres
& les Grands Officiers de la Couronne . Le Comte
de Teffin harangua fa Ma efté au nom des Etats.
Lorfqu'il eut ceifé de parler , M. Bonefauſchiold
Sécrétaire d'Etat lut les propofitions du Roi , & le
Maréchal de la Diette s'étant approché du Trône
avec les Orateurs des quatre Ordres , affûra fa
Majefté qu'ils n'avoient rien plus à coeur que de
la convaincre de leur zéle & de leur dévouement
NOVEMBRE 1746. 161
pour fa perfonne & pour celle du Prince Royal.
Cette cérémonie étant finie le Roi & le Prince
Royal dînerent avec les Sénateurs , le Maréchal
de la Diette & l'Orateur du Clergé. On fervit
pour les principaux Députés du Clergé & de l'Ordre
de la Nobleffe une autre table , dont le Maréchal
de la Cour fit les honneurs. Le 8 Octobre
on élut les cinquante Députés dont le Committé
fecret doit être compofé , & l'on dreffa le 14 la
formule du ferment qu'ils doivent prêter . L'Ordre
de la Nobleffe ayant l'honneur d'être Farein
du Prince Guftave , a réfolu de lui faire un préfent
confidérable , & il a fait inviter les autres
Ordres à fuivre fon exemple.
PRUSS E.
"
Un courier dépêché au Roi par le Comte de Podewils
, fon Miniftre à Vienne a apporté la réponſe
de la Reine de Hongrie aux inftances faites
de la part de fa Majefté pour l'exécution de l'article
IX du Traité de Drefde . Il eft dit dans cette
réponſe que la Reine de Hongrie , auffi attentive
à affermir le repos & la fûreté de l'Empire , qu'à
remplir fes engagemens , n'avoit pas attendu la
premiere réquifition que le Roi lui a faite , pour
difpofer les Etats de l'Empire à garantir à fa Majefté
la poffeffion de la Siléfie ; qu'elle s'eft portée
à cette démarche avec d'autant plus d'empreffement
que l'exécution de l'article IX du Traité
de Dreſde a un rapport abfolument néceffaire &
immédiat avec les arrangemens qui réſultent de
la garantie de la Pragmatique- Sanction , arrangemens
que cette Princeffe a reclamés dans toutes
les occafions , & qui ont été l'objet & la baſe de
de tous les efforts qu'elle a faits pour le maintien
162 MERCURE DE FRANCE.
de fes droits ; que l'article IX du Traité de Dref
de , confidéré fuivant fon expreffion la plus litté
tale , établit une garantie réciproque des Etats
que les deux Parties Contractantés poffédent daris
l'Empire , qu'à l'égard de fa Majefté cette garantie
embraffe non-ſeulement la Siléfie , mais tous
les Etats qui appartiennent à ce Prince en Allemagne
; qu'ainfi elle doit avoir la même étendue
pour ce qui concerne les Pays Héréditaires de la
Reine de Hongrie , & que l'Empire , en garantiffant
généralement tous les Etats du Roi , doit
naturellement en ufer de la même maniere envers
cette Princeffé , en renouvellant & confirmant
dans toute fon étendue les engagemens contractés
par la garantie que la Diette de Ratisbonne a
donnée de la Pragmatique- Sanction le 11 Janvier
1732 ; que la Reine de Hongrie défire extrêmement
le maintien de la bonne intelligence entre
les deux Cours , & qu'elle ne doute pas que le Roi
ne contribue avec elle au nouvel arrangement
qu'elle propofe , & qui les intereffe également
l'un & l'autre.
Cette réponſe de la Reine de Hongrie à la demande
qui lui a été faite par le Roi au fujet de la
Siléfie , n'ayant point paru fatisfaifante , fa Majefté
a envoyé ordre au Comte de Podewils , fon Miniftre
à Vienne , de préfenter à cette Princeffe
un nouveau Mémoire . Il y eft dit que le Roi s'apperçoit
qu'on a à Vienne des idées fort différentes
des fiennes , touchant la maniere d'obtenir d'e
I'Empire la garantie dont il s'agit ; que d'un côté
le Roi a reçu avec plaifir l'affûrance que la Reine
de Hongrie lui a fait donner de l'inébranlable
réfolution où elle eft de remplir fes engagemen's
avec fidélité , mais que de l'autre il ne peut voir
fans peine qu'elle veuille faire dépendre la garan
NOVEMBRE. 1746. 163
tie demandée d'un objet qui lui eft auffi étranger
que le renouvellement de la Pragmatique Sanction
, & qu'on faffe aller de pair deux chofes qui
n'ont aucun rapport l'une avec l'autre ; que par
l'article VIH du Traité de Drefde la Reine de
Hongrie a garanti à ſa Majefté tous les Etats fans
exception , & que réciproquement le Roi lui a
garanti les Pays qu'elle pofféde en Allemagne ;
qu'ainfi il n'eft pas tenu de donner une plus grande
étendue à fes engagemens ; qu'on eft convenu par
l'article IX du même Traité , que le Roi de la
Grande- Bretagne , indépendamment de fa garantie
particuliere , s'employeroit à faire garantir ce
Traité par les Etats Généraux des Provinces- Unies;
que de plus fa Majefté Britannique , conjointement
avec la Reine de Hongrie , s'eft engagée à faire
comprendre ledit Traité dans le futur Traité de
paix générale ; qu'à la vérité on a ajouté dans le
même article , que les poffeffions de la Reine de
Hongrie feroient auffi garanties , & qu'il paroît
que le fondement de la prétention de cette Princeffe
porte
fur ces derniers mots ; que cependant
on ne peut , fans forcer leur fens littéral , les alléguer
en faveur du renouvellement de la Pragmatique-
Sanction ; que l'Empire n'a point pris de
part à la guerre ; qu'il eft parconféquent difpenfé
d'en prendre aux négociations entamées pour la
terminer; que le Roi ne comprend pas dans que! -
le vûe la Cour de Vienne rappelle à cette occafion
le contenu des articles préliminaires de Fueffen;
que fi on avoit prétendu que fa Majesté fuc
engagée à la garantie de la Pragmatique- Sanction ,
il auroit fallu que cèt
engagement eut été exprimé
dans les termes les plus clairs , & qu'elle s'y fût
obligée elle-même auffi formellement qu'elle a fait
par rapport aux autres conditions du Traité de
164 MERCURE DE FRANCE.
Drefde ; qu'elle croit avoir fatisfait pleinement au
premier article de ce Traité ; qu'elle eft prête d'accomplir
pour les autres articles tout ce qu'on a
droit d'exiger d'elle , mais qu'elle n'a jamais compté
rien promettre qui pût tendre à fon propre préjudice
; qu'au refte fa qualité de Membre de l'Empire
, & lesdevoirs que cette qualité lui impoſent ,
lui font une loi de prévenir tout ce qui peut troubler
le repos du Corps Germanique ; qu'elle a fait
connoitre fes difpofitions à cet égard , foit avant
la négociation de Drefde , foit pendant que cette
négociation fe traitoit , foit après qu'elle a été terminée
; que le Roi ne voit donc aucune raifon de
s'écarter des principes qu'il a adoptés d'un commun
accord avec la Reine de Hongrie ; qu'il en
voit encore moins d'entraîner l'Empire dans des
méfures offenfives , dont les conféquences font
très dangereufes ; que le Grand Duc de Tofcane
lui-même a paru voulu éviter avec foin ces inconvéniens
, & que dans tous les Décrets adreffés à
la Diette de Ratisbonne , il affûre avoir pour objet
de n'offenfer aucune Puiffance ; que le Roi efpére
que de même qu'il regardera comme facrée
l'obligation de deffendre les Etats poffédés actuellement
en Allemagne par la Reine de Hongrie ,
cette Princeffe remplira avec la même attention
celles dont l'exécution la regarde , & qu'elle ne
les fera point dépendre de conditions qu'on ne peut
accepter ; que fa Majefté ne doute pas non plus ,
qu'en conféquence le Grand Duc de Tofcane n'invite
inceffamment la Diette de Ratisbonne à
prendre une réfolution conforme aux prétentions
de cette Cour & aux engagemens de celle de
Vienne , & qu'il n'évite de confondre un affaire
avec d'autres dont il ne peut être queſtion .
NOVEMBRE 1746. 165
Le Roi a accordé une terre confidérable dans .
le Duché de Cléves à M. de Hautcharmoy , Major
Général & Commandant de Brieg,
DANNE MARC K.
On a fait le 4 du mois d'Octobre à Coppenhague
avec une très- grande folemnité les obféques du feu
Roi , dont le corps a été tranſporté le même jour à
Rotfchild , le convoi étant accompagné par fa Majesté.
Le le Roi alla à Hirſcholm rendre vifite à
la Reine Douairiere , qui continue d'être plongée
dans une profonde douleur , & qui n'a pû encore
fe déterminer à revenir à Coppenhague.
M. Coyemans , Miniftre Plénipotentiaire de la
République des Provinces- Unies , eut le lendemain
fa premiere audience publique du Roi , qui
admit auffi à fon audience M. Hopken , Miniftre
du Roi de Suéde , & M. Reiche , Réſident du Roj
de la Grande -Bretagne , comme Electeur de Hanover.
Le même jour le Roi donna les marques
de l'Ordre de Danneskiold au Baron de Juel &
à M Vander Lhée . Sa Ma eſté vit le 9 lancer à
l'eau un vaiffeau de guerre nouvellement conf
truit , & elle partit enfuite pour Jagersbourg.
Le Navire le Copenhague , que la Compagnie
des Indes Orientales attendoit de la Chine , eft
revenu , & l'équipage a affuré que le Navire la
Reine de Dannemarck arriveroit auffi inceflamment
On prétend qu'il y a fur ces deux bâtimens cinq
mille fix cent piéces d'étoffes de foye des Indes
cent cinquante fervices de table de porcelaine ,
onze cent mille livres de thé , & fix cent mille
de fucre.
166 MERCURE DE FRANCE.
9
GENES.
Il paroît à Génes un écrit dont l'objet eft de
juftifier la conduite de cette République , & les
principales raifons employées dans cet écrit , font
que les inftances de la République , pour faire changer
l'article inféré dans le Traité de Worms au
fujet du Marquifat de Final , n'ayant produit aucun
effet , la République n'a eu d'autre reffource
que d'accepter le fecours qui lui a été offert par
le Roi de France & par fa Majefté Catholique
que pour fe procurer l'affiftance de ces deux Puiffances
elle a été obligée de joindre un Corps de
fes troupes comme auxiliaire à l'armée combinée
qui eft fous les ordres de l'Infant Don Philippe ;
quejufqu'à ce moment elle avoit obſervé une exate
neutralité , foit par le paffage qu'elle accorda
fur fes terres aux troupes de la Reine de Hongrie
& à celles du Roi de Sardaigne , ainfi qu'elle l'avoit
accordé aux François & aux Efpagnols , foit
en confentant au fequeftre de l'artillerie & des
munitions que les derniers avoient fait tranſporter
dans ce Port , & qui furent miſes en dépôt à San
Bonifacio dans l'Ile de Corfe ; que depuis qu'elle
s'est déterminée à fe mettre fous la protection de
la France & de l'Eſpagne , elle n'a jamais commis
aucun acte d'hoftilité contre la Reine de Hongrie
, & qu'elle n'a agi contre le Roi de Sardaigne
, qu'après que des détachemens des troupes
de l'une & l'autre Puiffance ont enlevé les bleds
des habitans de Novi , & ont ceffé de traiter en
Pays neutre le territoire fitué entre Novi & les
Défilés des montagnes de la Bochetta . Malgré les
repréfentations que le Gouvernement a faites fur
l'impuiffance où il étoit de fournir le fecond payeNOVEMBRE
1746. 167
ment des contributions exigées par la Reine de
Hongrie , il a fallu qu'il y fatisfit.
Le Marquis de Botta , Général des troupes de
la Reine de Hongrie , fit ordonner le huit Octobre
au Maître des Fours publics de tenir prêtes vingtquatre
mille rations de pain qu'on croit être defti
nées pour le détachement qui doit aller renforcer
l'armée du Roi de Sardaigne. Une Compagnie de
Grenadiers fe rendit le même jour par ordre de ce
Général chez le Directeur de la Pofte d'Eſpagne
pour chercher s'il n'y avoit point d'argent caché
dans fa maifon . Le même Général a déclaré au
Gouvernement que les troupes de la Reine de
Hongrie prendroient des quartiers-d'hyver dans
cet Etat , & qu'il faudroit leur fournir les fubfiftances
dont elles aurojent befoin . On craint que
le bois pour le chauffage étant devenu extrêmement
rare , les foldats ne coupent les oliviers , ce
qui acheveroit de ruiner le Pays. Outre les contributions
exhorbitantes que le Marquis de Botta a
demandées à la République , les Officiers des troupes
qu'il commande en exigent des Communautés
de tous les lieux où ils paffent . Ces Officiers
s'étant plaints de ce que leurs foldats ne pouvoient
s'écarter fur la côte fans courir rifque de la vie , lẹ
Gouvernement a voulu faire défarmer les Payfans,
mais ils ont refufé de remettre leurs armes aux
Commiffaires prépofés pour les recevoir. La Banque
de Saint Georges , qui a été fermée pendant
quelque-tems , doit avoir recommencé le 11 Octobre
à payer les billets dont la valeur n'excéde
pas la fomme de cinq cent livres . On continuẹ
de travailler nuit & jour à frapper de nouvelles
efpéces , & la difette de la matiere oblige de pren
dre l'argenterie des Eglifes .
La Citadelle de Sayone n'avoit pas encore ca168
MERCURE DE FRANCE.
pitulé le 9 Octobre , & l'on avoit trouvé le moyen
d'y faire entrer un renfort de troupes & cinq cent
facs de farine.
Le Gouvernement ayant déclaré au Marquis de
Botta que la République étoit abfolument dans
l'impuiffance de payer le refte des contributions
exigées par la Reine de Hongrie , ce Général en
a marqué beaucoup de nécontentement , & il
menace cette Ville d'exécution militaire. Dans la
crainte qu'il n'en vienne à cette extrêmité , les
principales perfonnes de la Nobleffe le font déterminées
à démeubler leurs Palais , & à faire
tranfporter dans diverfes Maifons Religieufes leurs
effets les plus précieux .
Le ro Octobre le Marquis de Botta tint un Confeil
de guerre , dans lequel il fut réfolu de faire
marcher trente Bataillons de l'armée de la Reine
de Hongrie , pour renforcer les troupes du Roi de
Sardaigne On apprend du Comté de Nice que les
Piémontois ayant attaqué la Turbie . avoient été
repouffés avec une perte confidérable , & que le
Comte Gorani a été tué en cette occafion , mais
qu'enfuite les François & les Eſpagnols ont abandonné
ce Pofte , ainfi que le Château de Manton
& la Ville de Vintimille , dans le Château de laquelle
ils ont laiffé environ trois cent hommes , qui
n'avoient pas encore demandé le 15 à capituler.
Sur les repréſentations faites à la Reine de Hongrie
, cette Princeſſe à conſenti que les quittances
des femmes qu'elle emprunta il y a quelques an
nées de la République , entraffent en compte dans
les contributions exigées , mais elle perfifte à refufer
de recevoir en payement les fonds que les
Génois ont placés en Allemagne .
On a reçu avis que le Roi de Sardaigne a dé→
poffédé de leurs emplois tous les Juges & les Podeftats
NOVEMBRE 1740. 169
deftats qui avoient été établis par la République
le long de la côte , & qu'il les avoit remplacés par
des Piémontois. Il a enlevé toute l'artillerie qui
étoit dans la Ville de Savone , dont la Citadelle
continue de fe deffendre. Les Navires Génois
chargés de bled , d'huile & d'autres denrées que
les Anglois ont arrêtés dans ce Port , & qu'ils ont
envoyés à Vado , ont été conduits à Livourne par
un vaiffeau de guerre Anglois qui eft revenu enfuite
croifer à la hauteur de cette Ville. M. Chriftiani
Chancelier du Milanez eft arrivé à Génes pour
exécuter une commiffion de la Reine de Hongrie,
& le choix que cette Princeffe a fait de lui , eft
d'autant plus agréable à la République , qu'il eft
né dans ce Pays , & qu'il a été admis en 1743 dans
le Corps de la Noblelle.
Le payement des billets de la Banque de Saint
Georges a été de nouvean fufpendu , jufqu'à ce
qu'on ait fabriqué affez de nouvelles espèces , pour
faire face aux demandes des particuliers.
ESPAGNE.
Don Henri Enriquez , Nonce du Pape , fit le 6
Octobre fon entrée publique à Madrid . Ce Miniftre
, en arrivant au Palais , trouva dans les cours
les Compagnies des Gardes Efpagnoles & Walonnes
fous les armes , & fur l'efcalier les Hallebardiers
de la Garde. Il fut reçû en dedans de la Salo
des Gardes par le Capitaine des Gardes du Corps ,
qui étoit de fervice. Après l'audience du Roi , il
fut conduit à celle de la Reine par le Marquis de
Coria & par le Comte de Villafranca. Le lendemain
il eut audience de la Reine Douairiere ; de
I'Infant Cardinal ; de Madame épouſe de
l'Infant Don Philippe , & de l'Infante Marie-An-
H
170 MERCURE DE FRANCE,
toinette. Le 2 Octobre les Députés de la Ville
de Toléde eurent l'honneur de complimenter le
Roi fur fon avénement au Trône . La Députation
ctoit compofée du Marquis de Valencina , Grand
Infeigne du Royaume de Toléde , de Don Rodrigue
de Zepeda y Caftro , de Don Joachim de
la Madriz & de Don Juan Antoine Valera de Buftos.
Quoique le Roi ait paru fouhaiter que fon en
trée publique ne caufât à cette Ville aucune dépenfe
extraordinaire , le Corps de Ville a deman
de la permiffion de donner en cette occafion des
marques de fon zéle , & il a fait élever plufieurs
magnifiques Arcs de Triomphe & autres décorations
dans la Place du Palais , dans celle d'Angel ,
dans la grande rue , dans celles d'Alcala , de fainte
Marie , d'Atocha , de faint Jerôme & de las Carretas
, à la Porte d'Alcala & à celle de Guadalaxara.
Le to Octobre jour fixé pour la cérémonie , leurs
Majeftés partirent à quatre heures après- midi du
Palais du Buen Retiro , & la marche fe fit dans l'ordre
fuivant.
La Compagnie des Hallebadiers de la Garde ,
un Efcadron de chacune des trois Compagnies des
Gardes du Corps , chaque Efcadron étant précédé
d'un Tymbalier & de trois Trompettes , & le Duc
d'Atri , Lieutenant Général & Sergent Major des
Gardes du Corps , marchant à la tête des trois Eſcadrons
; le Tymbalier & les Trompettes des Ecuries
du Roi ; quatre caroffes remplis par les Majordômes
de ſemaine de fa Majefté ; 8 autres caroffes
qui l'étoient par les Gentilshommes de la Chambre
; le Tymbalier , les Trompettes & les Hautbois
de la Chambre ; quarante chevaux de felle.
avec des caparaçons i hement brodés , conduits
NOVEMBRE 1746. 171
chacun par un palefrenier ; un caroffe dans lequel
étoient le Duc de Santiftevan , Grand Ecuyer ; le
Duc de la Mirandole , Majordôme Mayor ; le Marquis
de Saint Jean , Sommelier du Corps; le Comte
de Bournonville , Capitaine de la Compagnie Flamande
des Gardes du Corps , lequel est en quartier
, & le Comte de Rivadavia , Premier Ecuyer ;
les Cadets des trois Compagnies des Gardes du
Corps ; les Valets de pied de la Reine ; ceux du
Roi ; les Pages & les Ecuyers de la Reine à cheval
; le carofle de parade , orné de très belles
peintures , & dont l'impériale , ainfi que le de.
dans , étoit couverte de velours bleu , relevé d'uneriche
brocherie d'or. Dix Ecuyers du Roi , à cheval
précédoient le caroffe dans lequel étoient
leurs Majeftés . Les Pages du Roi marchoient aux
portieres , & le caroffe étoit environné de plufieurs
Officiers & d'un détachement des Gardes du
Corps. Il étoit fuivi du caroffe du corps de la
Reine ; d'un ſecond caroffe occupé par la Comteffe
de Lemos , Cameriere Mayor de cette Princeffe
; de trois berlines destinées pour les Dames
du Palais ; du caroffe des Filles d'Honneur ; de
deux autres caroffes que rempliffoient les Major.
dômes de ſemaine & les Vifiteurs de la Maiſon
de la Reine , & d'un dernier caroffe dans lequel
étoient le Marquis de Montalegre , fon Majordôme
Mayor ; le Marquis de los Balvafes , fon
Grand Ecuyer , & le Comte de Valdeparaifo , fon
Premier Ecuyer . La marche étoit fermée par deux
Bataillons du Régiment des Gardes Espagnoles ,
dont les autres Bataillons étoient en haye & fous
les armes dans les rues par lefquelles le Roi paffa .
Leurs Majeftés étant entrées par la porte 'Al
cala , fuivirent la rue de ce nom , la grande rue ,
celle de Sainte Marie , & elles allerent defcen-
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
dre à l'Eglife de Notre- Dame de l'Almudena , la
premiere des Eglifes Paroiffiales de cette Ville.
Le Roi fut reçû à la porte par le Clergé , à la
tête duquel étoit l'Archevêque de Lariffe , chargé
du gouvernement de ce Diocèfe. Ce Prélat après
avoir préfenté de l'Eau-bénite à fa Majeftéj, ta
conduifit dans le Choeur où elle affitta au Te Deum
qui fut chanté par fa Mufique au bruit de plufieurs
falves d'artillerie . Etant enfuite remontée en caroffe
avec la Reine , elle continua fa marche par
la rue d'Atocha , la Place d'Angel , la rue de las
Carretas & celle de Saint Jerôme , & elle fortit
par la porte de Guadalaxara , pour retourner au
Palais du Buen Retiro. On avoit placé en plufieurs
endroits divers Orcheftres compofés chacun de
cinquante Inftrumens , & le Roi trouva par-tout fur
fon paffage une foule innombrable de peuple qui
s'empreffoit par fes acclamations réitérées d'exprimer
les voeux qu'il faifoit pour fa Majefté &
pour la profpérité de fon régne. Les cinquantedeux
Communautés des arts & métiers de cette
Ville firent le lendemain une maſcarade de dixfept
cent mafques , dont fept cent foixante étoient
à cheval , & très- bien montés. Cette maſcaradę ,
accompagnée d'un Char de Triomphe ; repréfentant
le Mont - Parnaffe , fuivit au Palais du Buen
Retiro le Corps de Ville , qui ayant à la tête Don
Julien de Hermofilla , Corregidor de cette Ville ,
alla complimenter le Roi. Elle défila en préfence
de leurs Majeftés , qui du principal balcon de ce
Palais la virent paffer , la Compagnie des Hallebardiers
de la Garde & celles des Gardes Efpagnoles
& Walonnes étant fous les armes . La nuit
du 11 au 12 du mois d'Octobre on tira dans la
Place du Palais du Buen Retire un feu d'artifice ,
dont la beauté répondit à l'éclat de la circonftans
NOVEMBRE 1746. 173
ce, pour laquelle il avoit été préparé. Les Arcs
de Triomphe , ainfi que les autres Décorations
conftruites par ordre du Corps de Ville , furent
illuminés avec autant de goût que de magnificence
, & leurs Majeftés allerent avec l'Infant
Cardinal & les Infantes voir ces illuminations.
Le 13 jour destiné à la fête des Taureaux , il n'y
eut point de Cour le matin. Leurs Majeftés fortirent
du Retiro à deux heures après-midi pour
fe rendre à la grande Place ; il y avoit quatre Cavaliers
qui devoient combattre à cheval , & qui
étoient Gentilshommes , ils avoient chacun un Parein
qui étoient le Duc d'Offone , le Duc d'Arcos ,
le Duc de Medina Sidonia , & le Marquis de Solera
, fils du Duc de San Eftevan , ils entrerent
dans la Place , dont ils firent le tour en caroffe
chacun ayant avec foi ſon cavallero en plaça ; c'eſt
ainfi qu'on les appelle , le Parein dans le fond du
caroffe , & le cavallero à la portiere qui falua tour
le monde en paffant fous chaque balcon . Cette
premiere entrée des cavalleros en placa & de leurs
Pareins , fut à peine finie que leurs Majeftés entrerent.
On procéda d'abord à l'arroſement de la
Place , ce qui fe fit au moyen d'un grand nombre
de tombereaux deftinés pour cela qui étoient
faits en forme de Dauphins , dont la tête étoit
tournée au derriere du tombereau , & qui jettoient
de l'eau par la bouche. Il y avoit deux mules at→
telées à chaque tombereau : elles étoient conduites
par des hommes habillés en Fleuves & en Neptunes
, chacun ayant fon trident avec de grandes
barbes de mouffe verte ; les Mallebardiers firent
enfuite ſortir tout le peuple qui étoit au milieu
de 'a Place , & ne ceffoit de crier Viva. Il ne refta
pius que ceux qui étoient placés dans les am -
phitéatres qu'on avoit dreffés autour de la Place ,
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
excepté fous les balcons de l'Hôtel de Ville out
étoient leurs Majeftés , la famille Royale & la
Cour. La Compagnie des Hallebardiers fe pofta
felon la coûtume dans la Place même en haye fous
le balcon du Roi ; fi quelque taureau vient à eux ,
iis préfentent leurs hallebardes , & s'en deffendent
, & s'ils tuent le taureau , il eft à eux , mais
ils n'en tuerent pas ce jour- là . Le Roi étoit dans
le balcon principal avec la Reine qui étoit à fa
droite , politeffe que le Roi lui fait feulement ,
lorfqu'ils affiftent enſemble à une fête de taureaux.
Le Duc de San Eftevan , qui comme Grand
Ecuyer du Roi préfidoit à la fête , & y donnoit
les ordres qu'il recevoit du Roi , étoit dans le même
balcon que fa Majefté fur le devant , pour être
à portée de donner les ordres à quatre Alguafilsqui
étoient fous le balcon pour faire fortir le tau➡
reau avertir celui qui devoit le combattre , &c.
ils portoient tous ces differens ordres en courant
à toutes jambes , & fe fauvant par ce moyen lorfque
le taureau approchoit d'eux. Les Infants &
Infantes étoient dans les balcons qui étoient à côté
de celui de leurs Majeftés , & du côté de la
Reine . Enfuite les Dames de la Reine & le Senoras
d'honor ; dès qu'il n'y eut plus d'embarras
dans la Place , les cavalleros fortirent l'un après
l'autre accompagnés chacun de cent hommes à
pied vétus differemment & de diverfes couleurs.Les
premiers en espéce d'Eduques , d'autres en Anda- `
luces & d'autres avec des habillemens extraordi- .
naires, C'eft la Ville qui paye ces quatre cent
hommes & qui les habille , les Pareins fourniffent
leurs cavalleros de chevaux & de grandes plumes
de differentes couleurs , pour en garnir leurs cha➡
peaux leurs femmes , c'est - à - dire , celles des
Pareins fourniffent ces cavalleros de rubans ; ils
NOVEMBRE 1746. 173
17 ་
font habillés à l'Eſpagnolle en manteau court &
golille : Chacun d'eux marchoit à la tête de fa troupe
, & un peu devant , ayant deux hommes à
pied de chaque côté de leur cheval , lefquels on
appelle chalos , qui ne doivent point les abandonner
, & embraffer les arçons pour les tenir
fermes. Ces cavalleros allerent droit au balcon de
leurs Majeftés qu'ils faluerent trois fois profondé
ment , de-là fous ceux des Infant & Infantes qu'ils
faluerent auffi une fois feulement , & enfuite les
Dames de la Reine qui leur rendent le falut ; mais
Al faut pour cela que le Parein les foit venû prier
chez elles d'affifter à la fête , & y ait conduit fon
cavallero , fans quoi , felon l'étiquette , les Dames
ne lui rendroient point fa révérence . Après ce's
cérémonies le cortège des cavalleros ſe retira , &
ils demeurerent dans la place avec leurs chulos' ,
& ceux qui devoient combattre les taureaux à
pied & les tuer à coups d'épées , car on tue
tous ceux qui fortent . On donna alors le fignal
pour faire fortir le premier , & la fête commença.
Il y eut quinze taureaux de tués , il en reftoit en
core dix , mais comme il n'y avoit plus de jour ,
il fallut finir ; il y eut deux chevaux de tués &deux
ou trois de bleffés , mais point d'hommes , deux des
cavalleros furent pourtant culbutés avec leurs mor
tures , mais ils en furent quittes pour quelques meurtriffures
Après cela la Place fut illuminée comme
elle l'avoit été les jours précédens.
?
Le Roi a nominé le Duc d'Alburquerque & fe
Marquis de Montalegte Chevaliers de l'Ordre
de la Toifon d'Or , & le 9 fa Majefté ; fic
la cérémonie de les revêtir des marques de cet
Ordre. Le Comte de Seyve , Lieutenant Général,
& Don Jofeph de Sobremonté , premier Lieutenant
du Régiment des Gardes Espagnoles , out
Hinj
176 MERCURE DE FRANCE.
obtenu , le premier la Commanderie d'Ares dans
l'Ordre de Montefa , & le fecond celle d'Avelino
dans l'Ordre de faint Jacques .
Sa Majesté a accordé le Régiment d'Infanterie.
des Afturies à Don Joſeph Carabée de Grimaldi ,
Colonel Réformé ; celui de Cavalerie de la Reine
à Don Leon de Cabriada , Lieutenant Colonel de
ce Régiment ; celui d'Eftramadoure à Don Nicolas
Bucarelli y Urfoa , Capitaine d'une des Brigades
des Carabiniers ; celui de Montefa à Don
Juan de Brotetal , qui en étoit Lieutenant Colonel
; le Régiment de Dragons de Merida à Don
Melchior de Figueroa de Blanes , Lieutenant Colonel
de celui de Dragons d'Edimbourg ; un Brevet
de Colonel & le Gouvernement du Fort Pio
de Barcelone à Don Antoine de Briciani , Lieutenant
dans le Régiment des Gardes Espagnoles.
Le onze du même mois les Députés de la Biſcaye
Efpagnole , accompagnés de plufieurs Grands &
autres perfonnes de diftinction , qui poffédent des
terres dans cette Province , eurent l'honneur de
complimenter le Roi-fur fon avénement au Trône.
La députation étoit compofée du Marquis d'Olias
y Mortara , du Marquis de Legarda & du Comte
de Cancelada , & le premier porta la parole. Don
Manuel de Puerta y Perofio & Don Bafile de Villarrafo
y Anaya , Députés de l'Univerfité de Grenade
, s'acquitterent le jour fuivant du même devoir
, étant préfentés par le Duc de Montellano .
Les Gentilshommes Penfionnaires du Collége des
Nobles , ayant à leur tête le Pere Févre , Соп-
feffeur du Roi , & le Pere Antoine Efpinofa , Recteur
du Collége , furent auffi admis le 16 Octobre
à l'audience de fa Majefté , que Don Faufte de
Corral , l'un de ces jeunes Gentilshommes complimenta
en leur nom.
NOVEMBRE 1746. 177
Suivant les lettres écrites de Lisbonne , on a reçû
avis de Caldas , où le Roi de Portugal eft depuis
quelque- tems , que fa Majefté Portugaife y prenoit
pour la troifiéme fois les bains. Ces lettres
ajoutent que le Duc de Soto- Mayor , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roi auprès du Roi de Portugal,
étoit arrivé à Lisbonne , & que fa Majefté Portugaife
avoit envoyé au - devant de lui à quelque
diftance de la Ville , Don François da Silva Telo
de Vagos , Confeiller de fon Conſeil Privé , qui
l'avoit conduit au Palais des Ducs d'Aveiro , que
le Roi de Portugal a fait meubler pour cet Ambaffadeur
. Le Duc de Soto - Mayor ayant donné
part de fon arrivée aux Miniftres Etrangers , a été
complimenté de leur part , ainfi que de celle des
Ministres d'Etat & de la principale Nobleffe .
L'anniverfaire de la naiffance du Roi de Portugal
fut célébrée le 22 du mois d'Octobre en la
maniere accoûtumée , & leurs Majeftés admirent
à cette occafion les Grands à leur baifer la main.
Le 18 Octobre la Reine alla vifiter le Monaftére
des Carmélites , & en retournant au Palais , elle
trouva toutes les rues par lefquelles elle paffa illuminées
. Il est arrivé un courier dépêché au Roi
par le Duc de Huefcar , pour informer fa Majef
té que le 11 Octobre l'armée Françoiſe , com
mandée par le Maréchal Comte de Saxe avoit
remportée à Raucoux près de Liege une victoire
fur les troupes des Alliés. On a appris par d'autres
lettres du même Ambaffadeur que le Corps
de troupes Angloifes qui avoit fait une defcente
fur les côtes de Bretagne dans les environs de la
Ville de l'Orient , s'étoit rembarqué fans avoir
pû caufer aucun dommage à la Place ni au Port ,
& après avoir perdu cinq cent hommes , quatre
canons & un mortier. Lë Te Deum a été chanté
9
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
"
à Madrid en action de graces de ces heureufes
nouvelles , & il y a eu des réjouiffances publiques
pendant trois jours . Sa Majefté a accordé au Bailly
de Frias Haro Ambaffadeur de la Religion de
Malthe les mêmes honneurs dont jouiffent les Ambaffadeurs
des têtes Couronnées . Elle a nommé
Miniftre de Cape & d'Epée du Confeil des Finances
Don Sébastien Fernand de Helices , Miniftre
de la Chambre des Comptes , & Sécretaire de
l'Infant Cardinal , & elle a difpofé d'un Titre de
Caftille en faveur des Religieux du Prieuré de Ste
Marie de Sar , pour les aider à rebâtir leur maifon.
Le 22 du même mois le Roi donna audience
au Marquis de Campo Sagrado & au Vicomte de
las Quintanas , Députés de la Principauté des Afturies
, lefquels eurent l'honneur de le complimenter
fur fon avénement au Trône , & qui furent
préfentés à fa Majefté par le Comte de Maceda.
Les Députés de l'Univerfité de Salamanque ayant
à leur tête, le Docteur Don Juan Prieto qui porta
la parole , s'acquitterent le lendemain du même
devoir , ainfi que les Députés de l'Univerfité de
Valladolid avoient fait le 12. Le Comte de Grajal
, Marquis d'Alcanizes Grand d'Efpagne , mourut
à Valladolid le 18 âgé de foixante & treize
ans Don Pedre Rofales de Medrano , Confeiller
du Confeil des Ordres , & ci- devant Miniftre de
la Chancellerie de Valladolid , eft mort le 13 dans
La cinquantiéme - neuviéme année de fon âge .
GRAND E-BRETAGN E.
Il arriva à Londres le 12 Octobre un'courier qui
apporta des dêpêches du Comte de Sandwych
Miniftre Plénipotentiaire du Roi aux conférences
de Breda...
NOVEMBRE 1746.
119
M. Guaftaldi chargé des affaires de la République
deGénes à la Cour deLondres , a écrit au Duc
de Newcaſtle , Sécretaire d'Etat , que cette Rěpublique
imploroit la protection de fa Majefté auprès
de la Reine de Hongrie ; que ce n'étoit point
par un efprit d'ambition ni par l'effet d'un pur
caprice que cette République avoit accepté les
offres qui lui avoient été faites par la France &
par l'Efpagne ; que toutes les Puiffances de l'Europe
étoient inftruites du danger auquel fa liberté
& fon commerce avoient été expofés ; que ce
n'avoit été que pour des objets fi intereffans , &
´après avoir vû l'inutilité de fes repréſentations à
la Cour de Vienne , qu'elle s'étoit déterminée à
fournir un Corps de troupes auxiliaires à leurs
Majeftés Très - Chrétienne & Catholique ; que
l'exemple de plufieurs autres Etats l'autorifoit à
croire qu'une pareille démarche n'étoit point incompatible
avec la neutralité , qui dans tous les
tems a été une des maximes fondamentales de
-fon Gouvernement ; que les Etats Généraux des
Provinces-Unies ont bien voulu envoyer ordre à
leurs Miniftres de s'employer en faveur de la République
, & qu'elle efpére que le Roi confentira
de joindre fes bons offices aux leurs , pour engager
la Reine de Hongrie à modérer les prétentions.
L'équipage d'un vaiffeau dépêché par l'Amiral
Leftock a rapporté que les troupe's commandées
par le Général Sinclair , lefquelles avoient fait
une defcente fur les côtes de Bretagne , avoient
été obligées de fe rembarquer le 9 Octobre , fans
avoir pû exécuter l'entrepriſe projettée contre la
Ville de l'Orient. On fçu par le même équipage
que l'Amiral Leftock n'avoit point repris la
Toute de l'Angleterre , & qu'il y avoit apparence
Hvi
180 MERCURE DE FRANCE.
·
qu'il méditoit quelque nouveau projet .
Les Vaiffeaux de guerre le Hamptoncourt , le Namur
& le Prince Frederic , feront inceffamment voile
de Plymouth avec un nouveau renfort de troupes
, qu'on prétend devoir aller joindre cet Amiral.
On équipe à Spithead le Vaiffeau de guerre le
Colchester , dont les Commiffaires de l'Amirauté
ont donné le commandement au Capitaine Obrian .
Le huit on fit à Wolwich l'épreuve de plufieurs
canons & mortiers en préſence du Duc de Montagu
, Grand Maître de l'artillerie .
Un Armateur de Saint Malo a pris le navire le
Duc d'Orleans , qui revenoit de Gibraltar.
Les François le font emparés de dix autres bâtimens
, dont trois ont été rançonnés .
Le jugement de l'Amiral Mathews lui fut prononcé
le 21 , & l'on a commencé le 15 à inftruire
le procès du Major Général Oglethorpe .
La place de Gentilhomme de la Chambre du
Roi , vacante par la démiſſion de M Robert Hewer
, a été donnée à M. Ambroife Rhodes.
Le Roi tint le 26 Octobre un Confeil , après
lequel fa Majefté envoya ordre aux Magiftrats
d'Yorck & de Carlile , de faire exécuter dans
chacune de ces deux Villes dix des Partiſans de
la Maiſon de Stuard , qui y ont été condamnés à
mort. Le même jour le Roi reçûr les complimens
des Miniftres Etrangers , des Miniftres d'Etat &
de la principale Nobleffe , à l'occafion de l'anniverfaire
de fon Couronnement
Le Comte de Czernicheff . Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , eut le 16-fa
premiere audience du Prince de Galles , dont le
Prince de Scherbatow prit congé le même jour .
On compte que le Duc de Cumberland partira
NOVEMBRE 1746. 1746. 181
.
inceffamment pour aller chercher à Bath la Princeffe
de Heffe qui eft attendue à Londres le 9.
M. Macdonald , Officier dans le Régiment de Ma-
-rine de Churchill , eft arrivé des côtes de France ,
d'où il a été dépêché par l'Amiral Leftock , pour
rendre compte au Roi des raifons qui ont déterminé
le Général Sinclair à renoncer à fon entreprife
contre la Ville de l'Orient .
Un détachement des trois Régimens des Gardes
à pied & le Régiment de Fufiliers de la Province
de Galles s'étant embarqués à Plymouth à bord
de plufieurs bâtimens de tranfport ces navires
mirent le 21 à la voile fous l'eſcorte de quelques
vaiffeaux de guerre pour aller joindre l'Eſcadre
que commande l'Amiral Leftock .
Les vaiffeaux de guerre le Namur , le Prince
Frederic & le Hamptoncourt ont relâché dans le
-même Port , afin de réparer les dommages que
leur a caufés la derniere tempête.
Il est entré dans le Port de Spithead une frégate
, dont l'équipage a rapporté qu'une galere
de l'Ifle de la Providence y avoit conduit le vaiffeau
de Regiftre Eſpagnol la Notre- Dame de Lumiere
de deux cent tonneaux , fur lequel il y avoit
quatre cent caiffes de vif argent & plufieurs balles
d'autres marchandifes . Il eft arrivé un courier
chargé de dépêches de M. Benjamin Keene , Mi
niftre Plénipotentiaire de ſa Majeſté auprès du Roi
de Portugal.
Le Général Folliot a été fait Gouverneur de
Gibraltar , à la place du Général Hargrave , &
M. François Charlton a obtenu la- charge de Re
ceveur Général de la Ferme de la Pofte.
Le tems pendant lequel le Chevalier Richard
Hoare devoit exercer les fonctions de Lord Maire
de cette Ville étant expiré , le Commun Confeil
182 MERCURE DE FRANCE
lui a envoyé ane Députation pour le remercier de
fa prudente administration.
On tira le 20 le canon du Parc & de la Tour
& il y eut des illuminations dans les rues en rejouiffance
de ce que la tranquillité paroît être entierement
rétablie en Ecoffe.
Il doit paroître une Proclamation par laquelle le
Roi ordonnera au Parlement de s'affembler le 29
du mois prochain.
Le Confeil de guerre chargé d'examiner les accufations
intentées contre M. Oglethorpe , Major
Général , a achevé d'inftruire le procès de cet Officier
dont le jugement fera prononcé inceffamment.
Y
Le Comte de Hatley que le Capitaine d'un vai
feau de guerre du Roi a arrêté fur la côte de Hollande
, ayant été conduit à Londres & renfermé
dans la Tour , le Comte de Flemming , Ambaffadeur
du Roi de Pologne Electeur de Saxe , la
reclamé une feconde fois , & plufieurs autres Miniftres
Etrangers ont joint leurs inftances à celles
de cet Ambaffadeur , pour faire remette en liberté
ce Colonel qui eft au fervice de la République
de Pologne , mais jufqu'à préfent toutes leurs
démarches ont éte inutiles . Les parens du Comte
de Hatley efpérent que les Etats Généraux des
Provinces Unies s'interefferont en fa faveur , &
qu'ils représenteront à fa Majefté qu'on a violé
le droit des gens , en fe faififfant d'un Etranger.
dans une de leurs rades fans leur permiffion .
4
Les Actions de la Compagnie des Indes Orien
tales n'ont point de prix fixe ; celles de la Mer du
Sud font à cent deux , trois quarts ; celles de la
Banque à cent trente- quatre & demi , & les Annuitez
à cent quatre , trois huitiémes.
}
NOVEMBRE 1746. •
183:
PROVINCES - UNIES.
On apprit à la Haye le 11 Octobre dernier qu'il
s'étoit paffé la veille entre l'armée que commande
le Maréchal Comte de Saxe & celle des Alliés
une action très - fanglante , dans laquelle la premiere
a remporté un avantage conſidérable , &
les Etats Généraux en reçurent le 17 par un courier
du Prince de Waldeck une Relatiou circonf
tanciée , qui contient les particularités fuivantes.
Plufieurs difpofitions faites par le Maréchal
Comte de Saxe avoient donné lieu de croire qu'il
ne penfoit point à engager une bataille , lorfque
le onze à la pointe du jour l'armée Françoife s'avança
à la hauteur du Village de Lontain . Le projet
des ennemis n'étant plus douteux , le Prince
Charles de Lorraine fit mettre l'armée en bataille
fur trois lignes , les troupes de la Reine de Hongrie
formant l'aîle droite , celles de la Grande- ,
Bretagne occupant le centre , & celles de la République
étant à l'aîle gauche avec les troupes de
Baviere & de Heffe . L'extrêmité de cette derniere
aîle étoit appuyée au Fauxbourg de Sainte
Valburge , qui dépend de la Ville de Liége , &
dans lequel on avoit pofté un Corps confidérable.
pour le deffendre . Le front de l'armée étoit couvert
par les Villages de Raucoux , de Liers & de
Varoux qu'on avoit fortifiés , & où ily avoit beaucoup
de troupes. A midi l'artillerie placée à l'aîle
droite de l'armée ennemie commença à tirer , &
elle fit un feu fi vif , que plufieurs de nos batte- .
ries furent démontées . Cinq Brigades d'Infanterie
de cette armée attaquerent fur les deux heures
le Fauxbourg de Sainte Valburge , & s'en empa
rerent , ainsi que du Village d'Ance qui en eft voi
184 MERCURE DE FRANCE.
fin. Les troupes qui gardoient les Villages de
Raucoux & de Varoux ne purent non plus refifter
à l'impétuofité de huit autres Brigades d'Infanterie
Françoife . Ces Villages ayant été forcés
par les ennemis la bayonnette au bout du fufil
les troupes Hollandoifes étant chargées de fr. nt
& en flanc par les ennemis , & le Prince Charles
de Lorraine n'ayant pû faire paffer de troupes de
l'aîle droite à la gauche , parce qu'il craignoit ,
s'il affoibliffoit la premiere , que le Maréchal Comte
de Saxe n'en profitât pour lui couper la communication
avec Maëftricht , on fût dans la néceffité
de penser à la retraite . Il étoit difficile
qu'elle ne fe fit avec beaucoup de précipitation
& de défordre , & l'on a été obligé d'abandonner
la plus grande partie de l'artillerie . On n'a
point encore de lifte exacte des morts & des bleffés
, mais l'on fait monter à deux mille hommes
la perte des feuls Hollandois. Leurs principaux
Officiers tués font M. de Veldtman , Major Général
; M. Vander- Duyn , Capitaine Lieutenant
des Gardes à cheval ; le Comte d'Aumale & M.
Kayne , Colonels . On compte parmi les bleffés le
Comte de la Lippe & M. de Smiffaart Lieutenans
Généraux ; Meffieurs de Glinftra & Van
Wrybergen , Brigadiers. Le Baron de Swiewel ,
Major Général au fervice de l'Electeur de Baviere
, eft du nombre de ces derniers ., Les Régimens
de Waldeek de Dort & de Saxe Gotha des
troupes de la République , ont le plus fouffert.
Ceux de Moedel & de Boefelager , des troupes
de Hanover , & les Régimens Heffois de Donop
& de Manbach font prefque entierement détruits .
Pendant la nuit qui a fuivi la bataille , l'armée
des Alliés , que la Cavalerie ennemie n'a pu pourfuivre
long tems à cauſe des divers ravins dont
'
"
NOVEMBRE 1746. 185
les chemins font coupés , fe retira fous Maëftricht ,
& le 12 elle repaffa la Meufe fous le Canon de
cette Place. Cette armée eft restée campée le
long de ce fleuve , & le Prince Charles -de Lorraine
a établi fon quartier général à Severen .
On a reçu avis de Hellevoet- Sluys , que le Comte
de Hatley , Anglois , & Colonel de Dragons
dans les troupes de la République de Pologne ,
lequel a été détenu prifonnier à Londres pendant
un an , comme ſuſpect au Gouvernement d'Angleterre
, ayant été mis en liberté fur les inftances du
Comte de Flemming , Ambaffadeur du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , & ayant paffé en Hollange
, il a été arrêté fur la côte contre le Droit
des Gens , par le Capitaine d'un vaiffeau de guerre
du Roi de la Grande- Bretagne . Le Général de
Debroffe l'a reclamé , & M. Trevor en ayant écrít
au Capitaine , celui ci a répondu qu'il avoit envoyé
les papiers du Comte de Hatley au Lord Harrington
, & qu'ainfi il ne pouvoit relâcher ce prifonnier
fans un ordre de fa Majefté Britannique.
Par les arrangemens pris pour les quartiers d'hyver
qui doivent être diftribués aux troupes des
Alliés , elles feront réparties le long de la Meufe ,
celles d'Angleterre dans la Baronie de Breda , celles
de Hanover dans le Pays de Cuyk , & les Heſfoifes
dans la Gueldre.
Le bruit court que huit Bataillons de celles de
la Reine de Hongrie feront mis en garnifon dans
Maëftricht , & que le refte des troupes de cette
Princeffe fe rendra dans les Duchés de Limbourg
& de Luxembourg. Le Régiment des Gardes à
cheval de la République viendra à la Haye paffer
l'hyver.
On a expédié des ordres pour rendre inceffamment
complets les onze Régimens d'Infanterie &
186 MERCURE DE FRANCE.

"
celui de Cavalerie qui ont deffendu Tournay &
Dendermonde , & dont l'engagement de ne point
fervir contre la France expire le premier du mots
de Janvier prochain .
Le courier qui avoit été arrêté le 7 par un Parti ,
fans commiffion , de l'Armée des Alliés , a été renvoyé
par le Prince Charles de Lorraine avec fes
dépêches au Marquis de Puyfieulx , leſquelles n'ont
point été ouvertes.
Le Feldt-Maréchal de Bathiani a écrit en même-
tems , que fi l'on découvroit les auteurs de
cette violence , ils feroient punis avec toute la
févérité qu'ils méritoient , & il a fait remettre
au Marquis de Puyfieulx des paffeports pour la fûreté
des couriers que ce Miniftre dépêchera dans
la fuite à fa Cour.
~ PAYS - BAS.
Les troupes qui doivent demeurer en garniſon
dans Bruxelles , commencerent à y entrer le 25
-du mois d'Octobre dernier. Elles font compofées
des quatre Bataillons du Régiment de Normandie ,
des trois Bataillons du Régiment de Montmorin ,
› du Régiment Suiffe de Bettens d'un Bataillon
-de Royal Artillerie , & des Régimens de Cavalerie
de Royal Allemand & de Royal Rouffillon .
Des quatre Bataillons de Milices qui ont paffé l'été
à la Haye , deux font allés à Namur , & l'on a
envoyé les autres à Charleroy & à Vilvorden , où
le Régiment de Beaufobre s'eft auffi rendu par ordre
du Maréchal Comte de Saxe . Le Régiment
d'Uhlans reftera pendant l'hyver à Courtray , &
la Garnifon d'Oftende a été renforcée des Bataillons
de Grenadiers Royaux . Le Maréchal Comte
de Saxe a posté des troupes à Tervuren , à Wek
NOVEMBRE. 1746. 187
* fenbeck & dans divers autres endroits , tués en
tre cette Ville & celle de Louvain , afin de s'op- .
pofer aux courfes des Huffards de la Reine de
Hongrie. Ce Général a fait conduire à Douay'
toute l'artillerie qui a été enlevée aux Alliés dans
la bataille de Raucoux , & il a ordonné de tenir
prête toute celle qui eft dans Namur . On a tranfporté
à Mons une grande quantité de vivres & de
munitions de guerre.
Les lettres de Liége marquent que le Prince
Charles de Lorraine paroiffant perfifter dans la réfolution
de faire prendre des quartiers dans cet
Evêché à une partie des troupes de la Reine de
Hongrie , le Cardinal Prince & Evêque de Liége
a fait publier une Ordonnance , par laquelle il déclare
qu'il protefte contre une entrepriſe de cette
nature qu'il deffend à tous fes Officiers , ainfi
qu'à tous Bourguemeftres & à toutes Communautés
de fa domination de recevoir aucunes troupes
étrangères ; qu'il enjoint à tous les. Magiftrats des
Villes de l'Evêché d'en tenir les portes exactement
fermées , & en cas de violence d'en faire dref
ferfur le champ des Procès-verbaux qu'ils envoyeront
à fon Confeil Privé.
"
EXTRAIT d'une Lettre de Conftantinopte
du 15 Juillet 1746.
ILy
Ly a eu quelques changemens parmi les Minif
tres de la Porte. Le Kyaia du Grand Viſir a été
fait Pacha à trois queuës , & a eu le Gouverne
ment d'Aydiin . L'Intendant de l'Arfénal a été
fait Kyaia , & on a mis à fa place le Tefderdar
ou Tréforier de l'Empire. Celui- ci a été relevé
par le premier Commis des Finances. Voici à ce
188 MFR CURE DE FRANCE.
*
fujet une anédocte. Le Grand Seigneur qui fit
réparer l'année paffée les magafins de l'Afénal qui
avoient été brûlés , fort fatisfait de ce nouvel édi
fice , plus folide que le précédent , a trouvé convenable
de faire un autre aîle de magaſin qui figurera
avec celle-ci. Le Teffena Emini ou Intendant
de l'Arfénal qui en fit faire le Devis par d'habiles
Entrepreneurs trouva fur leur rapport que
cette dépense iroit à 500 bourſes , & comme
les ordres du Grand Seigneur étoient preffans
il fut voir le Tefderdar ou Tréforier de l'Empire
pour lui demander cette fomme , ou des à compte
pour commencer l'ouvrage . Le Tréforier fort
fcandalité de cette propofition , dit au Teffena
Emini , qu'il le trouvoit bien nouveau dans les
chofes de ce monde , que depuis tant d'années qu'il
étoit Intendant de l'Arfénal , il avoit eu bien peu
d'efprit , s'il n'avoit épargné de quoi faire cette
galanterie au Grand Seigneur , de lui bâtir à fes
dépens un édifice que Sa Hauteffe paroiffoit avoir
tant à coeur. L'Intendant de l'Arfénal , peu touché
de cette exhortation , lui dit que fa Charge
étoit de diriger l'ouvrage , & celle de lui , Tréforier
, d'en fournir les fonds , & que lorsqu'ils
feroient comptés , il poferoit la premiere pierre .
Cependant, le Grand Seigneur , a voulu fçavoir
pourquoi l'ouvrage n'avançoit point. Le Grand
Vifir répondit qu'il en avoit donné l'ordre ,
manda l'Intendant , lequel dit qu'il avoit donné
le Plan & les Devis , mais que le Tréforier refufoit
les fonds , & le Tréforier dit de fon côté
que l'Intendant en avoit de refte , & que c'étoit à
lui à faire cette dépenſe . Le Grand Vifir , la chofe
bien compriſe , les a mis d'accord , & ayant fait
Un Bourfe vant 1500 livres.
&
NOVEMBRE 1745. 189
venir le Tefdedar de l'Empire , de Grand Tréforier
, lui a - t'il dit , le Grand Seigneur vous fait
Intendant de l'Arfénal , & comme vous avez trèséquitablement
foutenu que c'étoit à l'Intendant
de l'Arfénal à faire la dépenfe de l'édifice dont il
s'agit , c'est vous aujourd'hui M. l'Intendant , qui
aurez la bonté de la faire , & Sa Hauteffe met
l'Intendant à votre place , perfuadée que vous ne
ferez pas fi impoli ni fi mal avifé que de lui demander
de l'argent pour une dépense qui vous ·
regarde , ainsi que vous l'avez très-fagement décidé
.
NAISSANCE , MARIAGE
E T MORTS.
F
' Rançoiſe de Bethune Chreft, époufe du Comte de
la Vauguyon , Menin de Monfeigneur le Dauphin
, Maréchal des Camps & Armées du Roi , ac- |
tuellement employé à l'Armée de Sa Majesté en
Flandre , accoucha le 30 Juillet d'un fils qui fut
baptifé le même jour , & tenu fur les Fonts par
M. le Duc de Bethune , Pair de France , Chef du
Confeil Royal , fon grand-pere maternel , & Ma❤
dame la Ducheffe d'Ancenis fa tante maternelle !
Le Comte de la Vanguyori , dont la Maiſon eſt
originaire de Bretagne , porte le nom de Quelen ,
l'un des plus nobles & des plus anciens de cette
Province , il a prouvé par la poffeffion conftante
des mêmes terres , par titres originaux , contrats
de mariage , teftamens & partages nobles , felon
290 MERCURE DE FRANCE.
.
T'affife au Comte Geoffroy , qui n'avoit lieu que
pour les neuf Barons de Bretagne , & les plus nobles
d'après eux , une filiation de cinq cent ans ,
& qu'il eft forti des anciens Seigneurs de la Chatellenie
de Quelen en Haute- Bretagne , Juvenieurs
des premiers Comtes de Porhouet , puifnés des
Comtes de Rennes , & de même nom que les Sires
de Quelen en Baffe -Bretagne , qui font remonter
leur afcendance jufqu'à Commore Sire de Quelen
, marié en 1110 à Aliette de Leon , & qualifié
-coufin de Conan fecond Duc de Bretagne : la Maifon
de Quelen eft dite dans une Sentence de Ploermel
de l'an 1502 , grande & antique , d'ancienne
Chevalerie , alliée & iffue des hauts & grands Barons
du Pays & Duché de Bretagne . Il eft prouvé
par un Necrologue des Cordeliers de Quimper
qu'Yvon Sire de Quelen mort en 1476 , fut le quinziéme
de fes ayeuls & prédéceffeurs Sires de Quelen
, enterré dans leur Eglife , qui tous avoient été
faits Chevaliers en la Terre - Sainte , dans un acte
de l'an 1480. Hervé de Quelen y eft dit : Nobilis
nobiliffimus ex nobili ſt pite Militum , Baronum Clariffimorum
virorum procreatus. Et le Voyer de la
Ville de Carhaix doit de toute ancienneté un hommage
au Sire de Quelen , fous le devoir d'un dîner
pour lui & vingt- quatre Chevaliers de fa fuite ,
& le conduire avec torches allumées .
Le Comte de la Vauguyon a l'honneur d'appartenir
à prefque toutes les Maiſons Souveraines de
l'Europe , & de très près à ce qu'il y a de plus
élevé à la Cour : avant le quinziéme fiécle , il étoit
entré dans fa Maiſon paternelle trois Princeffes du
Sang Royal & Ducal de Bretagne ; l'une fille du
Souverain de Leon ; l'autre Catherine de Quintin
fille de Geoffroy , dit le beau Comte de Quintin
frere de Henri Comte de Penthievre , Duc dẹ
>
NOVEMBRE 1746. 297
Bretagne , tous deux fils d'Alain Comte ou Duc
de Bretagne & de Penthievre , & d'Alix fille d'Alphonfe
Roi d'Arragon , & de Sanche de Caftille ,
& la troifiéme fille du Vicomte de Coezmen- François
Quelen , Seigneur du Broutay , époufa Jeanne
de Stuer ou Stuart , fille de Thomas , Grand Maî
tre de l'Artillerie de Louis XII . & d'Ifabeau d'Ayaucourt
, Princeffe du Sang des Ducs & anciens
Rois de Bretagne , & iffue par les femmes de la
Maiſon Royale de France. Le feu Comte de la
Vauguyon , pere de celui d'aujourd'hui , fe trouva
par fa mere , unique héritier des illuftres Maifons
de la Vauguyon & de Stuart Saint Megrin , du fameux
Poton de Xaintrailles , Grand Ecuyer , premier
Maréchal de France , & des Princes de Bourbon
Carency , Princes du Sang par Ifabeau de
Bourbon , Princeffe du Sang , & de Carency , Dame
de la Vauguyon , fa Bifayeule directe , & pour
mémorial de cet honneur fingulier , il prit le titre
ainfi que fes ancêtres de Prince de Carency , le
fit porter à l'aîné de fes enfans , du confentement
du feu Roi , & y fut maintenu par permiffion expreffe
de feu M. le Duc d'Orleans Régent , qui
après avoir examiné en plein Confeil les raifons
fur lefquels ce titre étoit fondé , & oui le Rapport
qu'en fit M. le Garde des Sceaux d'Armenonvi
fe pour lors Sécrétaire d'Etat , Son Alteffe Roya
le lui ordonna d'écrire au Comte de la Vauguyon
qu'elle avoit trouvé le titre de Principauté établi
dans fa Maifon , très-bien fondé ; qu'il pouvoit fe
qualifier Price de Carency , & faire porter ce nom
l'aîné de fes enfans , ainfi que l'avoient toujours
fait fes ancêtres.
Enfin la mere du Comte de la Vauguyon , fille
Ju Comte de Bourbon Buffet , portoit le nom &
Les armes de Bourbon , & étoit arriere petite- fille
19: MERCURE DE FRANCE.
& héritiere de Louife Borgia , fille unique du fameux
Céfar de Borgia , Duc de Valentinois , Sou
verain de la Romagne , & de Charlotte d'Albret
foeur de Jean , Roi de Navarre , & grande tante
d'Henri IV. Roi de France,
Les Sires de Quelen & les Seigneurs de Quelen
du Broutay , ancêtres paternels du Comte de la
Vanguyon , ont poffedé les plus grands emplois
de la Cour , des Armées & du Confeil des Ducs
de Bretagne leurs Souverains , qui les traitoient
de coufin , tels que ceux de Grand Chambellan ,
héréditaires de Bretagne , & de Grand Maître dé
l'Artillerie , & c. Depuis la réunion de la Bretagne
à la Couronne , François de Quelen , Seigneur du
Broutay , fut honoré de l'Ordre de Saint Michel ,
lors encore dans toute fa fplendeur , & la plus
éminente diftinction de plus la haute nobleffe ; & il
eft dit dans un Arrêt du Parlement de Paris , Chevalier
de l'Ordre , & qualifié , s'il y en avoit en
Bretagne. Grégoire de Quelen , Vicomte du Brou
tay , bifayeul du Comte de la Vauguyon , fut nommé
à l'Ordre du Saint- Eſprit par Henri IV. Le feu
Comte du Broutay , grand pere du Comte de la
Vauguyon , fut Colonel du Régiment de Navarre
à 18 ans , dans la fuite Capitaine des Chevaux-
Legers de la Garde de la Reine-Mere , Lieutenant
Général des Armées , commandant plufieurs fois
en Chef , & fut tué à 38 ans au fiége de Tournay
aux yeux du feu Roi , qui le regretta comme un
des meilleurs Officiers qu'il eut , & le Marquis de
Saint Megrin fon grand oncle paternel , Géné
ral des Armées , Viceroi de Catalogne , Capitaine
des Chevaux-Legers de la Garde du Roi , fut auff
tué à la bataille du Fauxbourg Saint Antoine .
*ux
yeux du même Prince , & après de tels fervices
il fut inhumé avec pompe à Saint Denis ,
>
dans
NOVEMBRE 1746 .
7193
dans le tombeau de la Maiſon Royale par dre
exprès du feu Roi , après un Service folemnel que
Sa Majesté lui fit faire à fes dépens.
Le 22 René Mans de Froullay , Sire de Frou!lay ,
Comte de Teffe , Marquis de Lavardin , Baron d'Ambrieres
, de Châteauneuf & d'Aunay , Grand d'Efpagne
de la premiere Claffe , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant Général dés Armées de
Sa Majefté , & au Gouvernement des Provinces
du Maine , Perche & Comté de Laval , ci-devant
Premier & Grand Ecuyer de la Reine , mourut au
Mans âgé de 65 ans , étant né le 11 Novembre
1681 ; il étoit fils de René de Froullay , Sire de
Froullay , Comte.de Teffé , Marquis de Lavardin,
& Grand d'Espagne de la premiere Claffe , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres du Roi
& de l'Ordre de la Toifon d'Or , Lieutenant Général
au Gouvernement des Provinces du Maine ,
Perche & Comté de Laval , & avant Colonel Général
des Dragons , Général des Galeres de
France , & Premier Grand Ecuyer de la Dauphine
mere de Louis XV , mort le 30 Mai 1725 , & de
Damoiſelle Marie- Françoiſe Auber , Baronne d'Aunay
près de Caën , morte le 30 Mars 1709 ;il avoit
époufé le 13 Avril 1706 Marie Elifabeth-Claude-
Petronille Bouchu Dame de Leffart , morte le
9 Décembre 1733 , fille de Jean -Etienne Bouchu,
Marquis de Leffart , Confeiller d'Etat ordinaire ,
& de Damoifelle Rouillé de Meflay , duquel mariage
il avoit eu , 1 ° . René - Marie de Froullay qui
fuit : 2 °. Elifabeth- René de Froullay Teffé , Chevalier
de Saint Jean de Jérufalem , Lieutenant de
Vaiffeaux du Roi , né le 17 Août 1711 , mort le 21
Mai 1734. 3. René-François de Froullay Teffé ,
Chevalier non- Profès de l'Ordre de Saint Jean
I
194 MERCURE DE FRANCE
?
de Jérusalem , Seigneur de Pluviers , &c. Colonel
du Régiment de la Reine Infanterie , après fon
frere mort le Juillet 1746 des bleffures qu'il
3
avoit reçûes le même jour à la Bataille de Plaifance
, & 4. Anne- Angélique- Renée de Froullay
Teffé , mariée le 4 Avril 1738 avec Gilles- Henry-
Louis-Clair de Chavagnac , Marquis de Chavagnac,&
e. depuis Capitaine des Vaiffeaux du Roi.
René-Marie de Froullay , né le Décembre
>
"

1707 , Sice de Froullay , Marquis de Teffé & de
Lavardin , & c. Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe Premier & Grand Ecuyer de la Reine .
fur la démiffion de fon pere le Septembre 1735 -
Colonel du Régiment de la Reine Infanterie en
1734, & avant Colonel d'un Régiment d'Infan
rie de fon nom fait Brigadier d'Armée le premier
Janvier 1740 , mort de fes bleffures à Prague
le 23 Août 1742 , laiffant de Damoiſelle Ma
rie-Charlotte de Bethune Charoft qu'il avoit épou
fée le 26 Octobre 1735 , fille de Paul- Francone
Duc de Bethune Charoft , Pair de France
&c. & de Dame Julie Chriftine - Regine - Gorge
d'Antraigues , 1. Anonime de Froullay , Comte de
Teffé , Marquis de Lavardin , Grand d'Espagne de
la premiere Claffe , Lieutenant Général au Gouvernement
des Provinces du Maine , Perche &
Comté de Laval , Premier & Grand Ecuyer de la
Reine , âgé de 10 ans , 20. Armand -Elifabeth de
Froullay , Comte de Froullay , aujourd'hui âgé de
8 ans & 7 mois, Voyez la Généalogie de la Mai,
fon de Froullay dans l'Hiftoire des Grands Onciers
de la Couronne vol . fol. 668 , le Dic 7 .
tionnaire de Morery , édition de 1732. vol.
750. & le Supplément , vol . 1. fol. 496.
,
3. £
Le 24 Dame Marie- Marguerite du Temple , veu
NOVFMBRE 1746. 195
ve depuis le vingt-neuf Août 1736 de Barthelemi-
Nicolas Huault , Chevalier , Seigneur de Bernay
en Brie , de Richebourg & d'Arcy , & c . ci-devant
Confeiller au Parlement de Paris , où il avoit été
reçu le 9 Juillet 1717 , & avec lequel elle avoit
été mariée le 15 Septembre 1732 , mourut à Paris
âgée de 40 ans ou environ , n'ayant eu de fon
mariage que deux filles, Marie-Catherine Huault
de Bernay , née le 9 Mai 1728 , morte depuis
fans être mariée , & Anne Huault , née le 11 Janvier
1732 , actuellement dans la Communauté des
Filles Damoifelles de Saint Cyr , où elle a été reçûe
il y a quelques années , après avoir fait fes
preuves de Nobleffe devant le fieur d'Hozier. Par
la mort du frere de cette Demoiſelle , l'ancienne
famille de Huault , connue à Paris vers la fin du
quinziéme fiécle , où elle s'eft alliée avec les premieres
familles de la Robe , & continuée fous les
noms des Seigneurs de Vaires , de Bernay & de
Montmagny , fe trouve entieremens éteinte , à
l'exception de la fille que laiffe la défunte , &
dont les armes font d'or à une faffe d'azur chargée
de trois molettes d'or , & accompagnée de
trois bouquets de cocquerelles de gueules poés
deux en chef & un en pointe. On peut voir la
Généalogie de cette famille fort bien détaillée
dans le Dictionnaire de Morery , éditions de 1725
& 1732.
Le vingt - cinq Charles - Louis - Alexandre de
Beaufort , Chevalier , Marquis de Beauffort & de
Mondicourt , c . Fils de feu Charles- Antoine de
Beauffort , Chevalier , Marquis de Beauffort & de
Mondicourt , & c . Capitaine de Dragons , & de Dame
Clotilde- Radegonde de Cupere fut marié dans
La Chapelle du Château de Moulle en Artois avec
I ij
196 MERCURE DE FRANCE
Damoiſelle Florence- Louife-Jofephe de Beauffort
de Croix fa coufine au quatriéme dégré , fille de
Chriftophe-Louis de Beauffort , Chevalier , Comte
de Beauffort & de Croix , Vicomte de Houlle &
de Beaulieu , Baron de Grincourt , Seigneur de
Moulle , &c. & de feue Dame Marie-Anne-Fran
çoiſe Jofephe de Croix de Malanoy.
Le Marquis de Beauffort qui donne lieu à cet
article eft aujourd'hui chef de la maiſon de Beauf
fort une des plus grandes & illuftres de la Province
d'Artois où elle eft connue dès le douziéme fiécle.
La Terre de Beauffort d'où elle tire fon nom eft
fituée près d'Avefnes -le - Comte en la Province
d'Artois , & eft tombée en 1582 dans la Maiſon
de Croy par le mariage d'Anne de Beauffort héritiere
de la branche aînée de cette Maiſon avec
Philippes de Croy , Comte de Solre & Chevalier
de la Toifon d'or.
Jofeph-Marie de Gonzague , Duc de Guastalla , eft
mort à Guaftalla dans le Mantouan le 15 Août dernier
, dans la cinquante -fixième année de fon âge
étant né le 20 Avril 1690.Il avoit fuccédé en 1729
au Duc Antoine Ferdinand fon frere , & avoit
époufé le 28 Avril 1731 Marie - Eléonore , fille
de Leopold, Duc de Holftein Wieffenbourg , & de
Marie Elizabeth , Princeffe de Lichtenſtein . Par la
mort de ce Prince arrivée fans enfans , la branche
des Ducs de Guaftalla fe trouve éteinte , & l'illuftre
Maiſon de Gonzague réduite à deux branches ;
fçavoir celle de Vefcovato & celle de Caftiglione ,
fubdivifées chacune en deux rameaux, deforte que
les Fiefs mafculins que poffédoit le Duc de Guaftalla
, font légitimement dévolus avec tous les
droits à la fucceffion du Duché de Mantoue au Prince
Sigifmond de Gonzague , fon légitime héritier,
comme fon plus proche Agnat , en vertu des dipNOVEMBRE
1746. 197
Tômes d'inveftiture du Mantouan accordés par
l'Empereur Sigifmond le 22 Septembre 1433 , qni
établit pour la fucceffion à cet Etat une fabftitution
graduelle & perpétuelle de mâle en mâle & de
branche en branche , en gardant l'ordre de primogéniture
, & de la proximité de la ligne , comme
il s'obferve en Allemagne pour les Electorats.
"
Le 16 Septembre Louis- Joachim de Montaign ,
Vicomte de Beaune Marquis de Bouzels , Che
valier des Ordres du Roi , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majefté, & de la Baffe - Auvergne ,
dans laquelle il commandoit pour le Roi , & Gouverneur
de Brouage , mourut dans fon Château de
Plauzac en Auvergne dans la quatre-vingt- qua➡
triéme année de fon âge , étant né le 22 Décem- *
bre 1662. Il fut fait Enfeigne des Gendarmes Dauphins
en 1682 , Meftre deCamp du Régiment Royal
Piémont Cavalerie en 1690 , fut fait Brigadier d'Armée
en 1702 , Maréchal de Camp en 1704 , Lieutenant
Général des Armées du Roi le 19 Juin
1708 ; il fut pourvû le 4 Mars 1719de la charge de
Lieutenant Général au Gouvernement du Bas Pays
d'Auvergne, & Pays de Coumbrailles ; fut reçu Chevalier
de l'Ordre du Saint- Eſprit le 3 Juin 1724.
& pourvû du Gouvernement des Pays , Ville &
Citadelle de Brouage en 1732.
Il étoit fils d'Antoine Henri de Montaigu de
Fromigeures , Chevalier , Seigneur & Marquis de
Bouzols au Diocèſe du Puy , & de Dame Anne-
Gabrielle de Beaufort de Montboiffier Canillac ; il
avoir été marié , 1 ° . le 13 Mai 1696 avec Damoifelle
Marie- Françoife Colbert de Croiffy , morte
Ie 28 Septembre 1724. 2 °. Le 4 Décembre 1726
avec Damuifelle Marie -Charlotte de Montmoreney
Foffeux , & il ne laiffe point d'enfans de ces deux
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
mariages; il avoit pour frere puîné Jofeph de Mon
taigu , Comte de Bouzols , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie de fon nom , & Brigadier
d'Armées en 1710 , lequel de fon mariage avec
Damoiſelle Jeanne - Henriette d'Aureille de Co-
Jombines a laiffé Joachim- Louis de Montaigu ,
Marquis de Bouzols , Lieutenant- Général au Gou
vernement de la Baffe-Auvergne & Pays de Combrailles
, Maréchal de Camp du premier Mai 1745,
ci- devant Colonel du Régiment de la Ferre
rié depuis le 11 Mars 1732 avec Damoiſelle Laure-
Anne de Fitz - James , Dame du Palais de la
Reine , fille du feu Maréchal Duc de Berwick , &
de laquelle il a Joachim-Charles Laure de Montaigu
Bouzols , né le 18 Août 1734 , & Anne-Joachim
de Montaigu de Beaune né le 16 Août 1737.
• mac
La Maifon de Montaigu ou de Montagu , ainfi
que le nom fe trouve diverfement écrit dans les titres
, eft connue dans le Vivarais depuis l'an 1276,
avec des qualifiations de Chevaliers , ayant les premiers
dégrés , de même que par la poffeffion des
Terres confidérables , par des alliances diftinguées.
& des fervices militaires fur chaque dégrés , comme
on le peut voir par les preuves de Nobleffe
faites l'an 1724 par feu M. le Vicomte de Beaune
lors de fa réception dans l'Ordre du Saint -Efprit ,
&c.
Le même jour Dame Grace- Angelique- Françoife
d'Arazola d'Ognate veuve de Marc-Antoine Bofc du
Bouchet mourut à Paris dans la foixante & dixiéme
année de fon âge , étant née au mois de Décembre
1676 ; elle étoit fille de Jean Arazola
d'Ognare Seigneur de Gaumont & d'Ifabelle de
Cordes. Elle voit époufé en premiere noces au mois
de Mai1696 ArmandNompart de Caumont la Force.
NOVEMBRE
4
199 1746.
Marquis de Montpouilan" , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roi d'Angleterre Guillaume III ,
Lieutenant Général des armées des Etats Généraux
& Gouverneur d'Arnheim , en fecondes noces
le premier Juin 1702 Marc-Antoine Bofc du Bouchet
fils de Meffire Laurent Bofc Confeiller au
Parlement de Toulouſe , & de Dame Elifabeth de
Marc de la Calmette , d'une très - ancienne nobleffe
originaire d'Italie établie en Provence depuis
plufieurs fiécles , mort le 18 Avril 1734. M.
Bofe avoit d'abord été reçu Procureur Généra
aux Requêtes de l'Hôtel de 16 Juin 1695 , puil
Maitre des Requêtes le 16 Septembre 1696 , Sur-
Intendant de la Maifon de Madame la Dauphine .
mere du Roi à la création de la Maiſon , charge
qu'illa poffedée jufqu'à la mort de cette Pinceffe
; it fut uomme à l'Intendance de Limoges au
mois de Mars 1710 , & obtint des Lettres de Maître
des Requêtes honoraire le 23 Décembre 1711 .
Il avoit deux foeurs mariées qui font encore
vivantes , l'une a M. le Marquis du Quefne , fils dé
M. du Quéfne Lieutenant Général des Armées
Navales de Sa Majefté , l'autre à M. de Vernaffal
Marquis de Chalver.
La maifon d'Arazola d'Ognate dont étoit iffue
Madame Bofc du Bouchet eft d'une très-ancienne
nobleffe d'Efpagne établie .en Flandres depuis
FArchiduc Albert à la fuite duquel un de fes ayeux
y paffa . Ils y font toujours entrés depuis dans tous
les grands Chapitres.
Cette maifon porte les Armes en plein de la
Province de Bifcaye qui font d'argent à un Arbre
de finople , deux loups de fable paffans l'un
fur l'autre .
* Lafaçon d'écrire Espagnole eft de Ofiare,
I iiij
1200, MERCURE DE FRANCE
Ladevife ou le cri de la Maifon d'Arozala d'Og
nate eft : Ara foli Deo.
Mdme. du Bouchet laiffe deux filles de fon mariage
avec M. Bofc du Bouchec , l'ainée mariée le
2 Mars 137 , l'autre fille avec M. de Ferriole
d'Argental , Confeiller d'honneur au Parlement.
& Bri-
Le 29 Charles - François d'Estaing , Marquis
d'Eding & de Saillans , Vicomte de Ravel , Lieutenant
Général des Armées du Roi depuis le 8
Octobre 1734 , mourut à Plombieres âgé de 63
ans ; il étoit fils de Gafpard d'Estaing , Marquis
de Saillans & du Terrail en Auvergne , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie
gadier des Armées du Roi , & de Philberte de
la Tour Saint Vidal ; il avoit épousé , 1. le
Mars 1721 , étant alors Colonel du Régiment de
Saillans Infanterie , & Brigadier d'Armée , Dame
Charlotte-Marguerite-Catherine du Bellay, morte
depuis fans enfans 2º le 22 Août 1722 Dlle Marie-
Henriette Colbert de Maulévrier , morte le 23 Dé
cembre 1737 , fille de François- Edouard Colbert,
Marquis de Maulévrier , Colonel du Régiment de
Navarre & Brigadier des Armées du Roi , & de
Dame Marthe-Henriette de Froullay Teffé , fille
du Maréchal deTeffé duquel mariage eft forti Jean-
Baptifte -Charles d'Eftaing , Comte d'Estaing , fils
unique , marié à l'âge de feize ans le 14 Avril dernier
avec Damoiſelle Marie-Sophie de Rouffelet
de Chateaurenaut , petite-fille du Maréchal de ce
nom comme on le peut voir dans le Mercure
de ce mois fol. 200. La Maiſon d'Estaing eft de
Rouergue , une des quatre Baronies de cette
Province , & elle eft une des grandes Maiſons du
NOVEMBRE 201
1746.
"
Royaume par
fon ancienneté , par fes alliances &
par les fervices que ceux qui en font fortis ont
rendus dans tous les tems aux Rois & à la Couronne
. Ses armes font d'azur à trois Fleurs- de-
Lys d'or , pofées deux & une & un chef auffi
d'or , qui font une conceffion faite à Pierre d'Eftaing
pour un fervice fignalé par lui rendu au Roi.
Philippe Augufte à la Bataille de Bouvines l'an
1214 , depuis lequel tems lui & fes defcendans
ont toujours porté ces armes en réduifant les
Fleurs-de-Lys au nombre de trois , de même qu'elles
ont été réduites dans les armes de nos Rois .
Voyez pour la Généalogie de cette Maifon le
Dictionaire Hiſtorique de Morery , vol . II. fol .
485 , & une Généalogie qui en a été dreffée par
le Sr Charles d'Hozier, Généalogifte de la M a fon
du Roi, & imprimée en 1679 , & c.

Le même jour François de Briqueville , Conte de
la Luzerne & Montfreville , Chevalier des Ordres
du Roi , & Vice-Amiral . du Ponent , mourut à
Paris âgé de 83 ans , étant né le 20 Janvier 1662 .
Il étoit Capitaine de Vaiffeaux dès l'an 1699 , il
fut fait Chef d'Efcadre en 1715 , Lieutenant Général
le premier Mars 1727 , Commandeur de
l'Ordre de Saint Louis le premier Mars 1728 ,
fut reçu Chevalier des Ordres du Roi le 17 Mai
1749 , &nommé Vice - Amiral de France le Mai
1731. Il étoit fils de Gabriel de Briqueville , Seigneur
& Marquis de la Luzerne & de Montfreville
, Maréchal des Camps & Armées du Roi ,
Lieutenant pour Sa Majefté en Baffe- Normandie ,
Chevalier de fon Ordre , Gouverneur du Mont-
Saint- Michel , & avant Gouverneur de la Perfonne
de Louis légitimé de France , Comte de Vermandois
, mort le Juillet 1684 , & de Dame
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Marguerite de Bonvouft morte le 18 Septembre
1724. Il étoit veuf depuis plufieurs années de Dame
N..... Poyer de Drumare qu'il avoit épousée
en 1700 , & il en laiffe pour fils unique N...
de Briqueville , Marquis de la Luzerne , Enfeigne
des Gardes du Corps , fait Maréchal de
Camp le premier Mai 1745 , & qui n'eft pas marié
.
"
La Maison de Briqueville eft d'une ancienne
Chevalerie de Normandie où elle eft connue
dès l'an 1200 par fes alliances & fes emplois
militaires ; l'Hiftoire de cette Province & les
Regiftres de la Chambre des Comptes , nous apprennent
que ceux de ce nom étoient Bannerets
dès le Régne de Philippe Augufte . Leurs armes
font palle d'or & de gueules de fix pieces . Voyez
pour cette Généalogie le Dictionnaire Hiftoirique
de Morery , édition de 1732 , vol . II fol. 337-
THiftoire de la Maiſon d'Harcourt , par M. de la
Roque , &c.
Le onze de ce mois Gabriel de Salignac , Mar--
quis de Fenelon , Chevalier des Ordres du Roi depuis
le 2 Février 1740 , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majesté depuis le premier Mars
1738 , Confeiller d'Etat d'Epée du... Septembre
1738 , & Gouverneur du Quefnoy du... Avril
1735 , ci-devant Ambaffadeur Ordinaire en Hollande
, nommé au mois de Mai 1724 , & Ambaffadeur
Extraordinaire & Plénipotentiaire au Con
grès de Soiffons , nommé le 31 Août 1727 , moufut
à l'âge de 58 ans ou environ de la bleffure
qu'il avoit reçûe le même jour à la bataille de
Raucoux ; laiffant plufieurs enfans du mariage qu'il
avoit contracté le ... Décembre 172r , avec Dame
Louife-Françoife le Peletier , fille de Louis le
NOVEMBRE 1746. 203
?
9
Peletier , Seigneur de Villeneuve-le- Roi , Premier
Préſident du Parlement , & de Dame Charlotte-
Henriette le Mairat , fa feconde femme. II
étoit fils de François de Salignac , Comte de Fénelon
& de Dame Elifabeth de Saint-Aulaire ;
il étoit petit - neveu de François de Salignac de
la Mothe Fénelon Archevêque Duc de Cambray
, fi connu par fes Ouvrages , mort le 7 Jan
vier 1715 ; il étoit arriere - petit-neveu d'Antoine
de Salignac , Marquis de Maignac , Lieutenant
Général au Gouvernement de la Haute & Baffe .
Marche , nommé à l'Ordre du Saint- Esprit , &
mort en 1683 , & itàvoit pour cinquiéme Ayeul
Armand de Salignac , Seigneur de Fénelon , Chefier
de l'Ordre du Roi , & Gentilhomme Ordinaire
de fa Chambre , lequel mourut en 1579 , &
avoit pour frere puîné Bertrand de Salignac , Seigneur
de la Mothe Fénelon fait Chevalier de
Ordre du Saint- Efprit à la Promotion du 31
Décembre 1579 , Conſeiller d'Etat , Capitaine de
cinquante hommes d'Armes des Ordonnances du
Roi , Ambaffadeur en Angleterre , puis en Efpagne
, mort le 13 Août 1599. La Maiſon de Salignac
, dont le nom fe trouve écrit dans les anciens
titres Salagnac , Salanhac , & Salignac , eſt
connue avant l'an 1000 dans le Périgord , où eft
fituée la Terre de Salanhac à deux lieues de Sarfat
, par fes alliances & par les grands hommes
qui en font fortis ; les Marquis de Fénelon en font
les aînés , & leurs armes font d'or à trois bandes
de finople.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
ARRESTS NOTABLES.
RREST contradictoire de la Cour des Aydes
du 22 Juillet , qui confirme avec amende &
dépens une Sentence du Grenier à Sel de Langres
du 10 Janvier précédent , par laquelle le nommé
Jean Jacquemard a été condamné par corps à payer
une fomme de 80 livres à laquelle il s'étoit
obligé envers le Fermier pour raifon d'un accommodement,
à l'occafion d'une faifie domiciliaire de
faux fel faite chés Claude Lagaffe laboureur de la
paroiffe de Bourbonne , quoiqu'il n'y eût point eu
de jugement rendufur ladite faifie , fauf audit Jac
quemard fon recours contre ledit Lagaffe .
ORDONNANCE du Roi du premier Septembre
,, pour régler le nombre des Officiers de fes
Troupes de Cavalerie & de Dragons , qui auront
congé par Semeftre . Sa Majefté voulant régler le
nombre d'Officiers de fes troupes de Cavalerie &
de Dragons , qui pourront s'abfenter de leurs
charges pendant l'hyver prochain , pour aller vaquer
à leurs affaires particulieres , & travailler en
même -tems au rétabliffement de leurs compagnies ,
à ordonné & ordonne .
ARTICLE I. Que dans les quinze derniers jours
du préfent mois de Septembre les Officiers de
chaque régiment de Cavalerie & de Dragons
s'affembleront , lorfque le Général de l'armée ou
le Commandant de fes troupes le preferira , chés
La Commandant ou Meftre-de-camp du régiment ;

NOVEMBRE 1746. 205
& s'ils fe trouvent dans une place , chés le Commiffaire
des guerres , fuivant les ordres qu'ils en
recevront des GouverneursGénéraux ou Commandans
des provinces , ou des Gouverneurs ou Commandans
des places , pour convenir du nombre des
Capitaines qui , pendant les mois d'Octobre , Novembre
, Décembre , Janvier , Février & Mars
prochains , pourront s'abfenter par femeftre , Sa
Majefté fe réſervant de donner des congés aux Capitaines
réformés de Cavallerie & de Dragons,
qu'Elle a rappellez à la fuite de fes régimens , ainfi
qu'aux Lieutenans & Cornettes de Cavalerie &
de Dragons , s'il eft befoin , de même qu'aux
Souslieutenans qui font dans les régimens des Colonels
généraux de la Cavalerie & des Dragons ,
& dans celui du Meftre-de- campGénéral des Dragons.

II. Sa Majefté entend que les Officiers des régimens
de l'armée d'Italie , qui tireront le femef
tre en conformité de ce qui eft prefcrit par la préfente
Ordonnance , ne puiffent s'abfenter qu'après
en avoir reçu la permiffion du Général.
III. Veut Sa Majefté que les Lieutenans - Colonels
, ou Capitaines qui , en leur abfence , commandetont
les régimens , chargent les Lieutenans
& Cornettes , tant en pied que réformés , qui
refteront aux compagnies de Cavalerie & de Dragons
dont les Capitaines feront abfens par congé
ou femeftre , de veiller à tout ce qui concerne le
détail des compagnies ; foit pour l'habillement ,
T'armement & l'équipage des Cavaliers ou Dragons
, foit pour la nourriture & panfement de leur
chevaux ; qu'ils prennent connoiffance de la qualité
des fourages , & fi la ration d'avoine leur eft
régulierement donnée en entier, ainfi qu'il eft prefcrit
par les Ordonnances des 16 Octobre 1676
166 MERCURE DE FRANCE.
25 septembre 1680 & 22 Juin 1688 ; qu'ils faffent
connoître aux Marêchaux-des - Logis , Cavaliers &
Dragons , les peines, portées par lefdites Ordonnances
contre ceux qui y contreviendront , pour
du tout rendre compte au Commandant du régiment,
qui en informera le Secretaire d'Etat & des
Commandemens de Sa Majefté , ayant le département
de la guerre , & envera fes ordres pour
l'éxécution defdites Ordonnances : Enjoint Sa Majefté
aux Commiffaires des guerres , de les lire &
publier tous les ans à leur revûe en entrant en garnifon
ou en quartier d'hyver, à la tête des troupes
de Cavalerie & de Dragons dont ils ont la police ,
afin qu'aucun n'en prétende caufe d'ignorance.
IV. L'intention de Sa Majefté eft que dans les
régimens de Cavalerie de quatre efcadrons huit
Capitaines puiffent s'abfenter par femeftre , & s'il
fe trouve un Capitaine qui foit Brigadier . fept Capitaine
feulement profitent du femeftre. A l'égard
du régiment de Filftzjames de quatre efcadrons
formant douze compagnies , cinq Capitaines s'abfenteront
par femeftre . “
V. Que dans les régimens de Royal-Allemand
& de Rofen , qui fe trouvent portez de feize comcompagnies
à dix-huit , faifant fix efcadrons , neuf
Capitaines puiffent s'abfenter par femeftre : à l'égard
des brigades du régiment Royal - des - Carabiniers
, compofées de deux efcadrons chacune ,
le femeitre n'aura lieu que pour trois Capitaines..
VI . Dans les régimens de Dragons fept Capi .
taines en pied pourront s'abfenter , & fix Capitaines
y demeureront pendant l'hyver.
VII. Quant aux régimens de Huffards qui net
font que de douze compagnes chacun , cinq Capitaines
feulement profiteront du femeftre , & deux
dans le régiment de Ferary qui n'eft que de fix
Compagnies.
NOVEMBRE 1746. 207
"
VIII. Si quelques régimens fe trouvoient en marche
avant la réception de la préſente Ordonnan →
Єe fans avoir pu tirer leur femeftre , l'intention
de Sa Majesté eft que les Officiers le different juf
qu'à ce qu'il fe trouve dans l'une des villes ou lieux
de leur paffage un Commiffaire des guerres pour
dreffer & figner les procès- verbaux de leur femef
conformément à ce qui eft porté par la préfente
Ordonnance.
tre ,
IX. Sa Majesté trouve bon , pour donner aux
Officiers une plus grande facilité de vaquer à leurði
affaires , qu'ils puiflent s'accommoder entr'euxaprès
que le femeftre aura été réglé , de maniere
qu'un Officier à qui il fera échû , non-feulement
puiffe le céder en entier à un autre de même grade,
mais le partager : Entend fa Majesté que ceux
qui l'auront partagé , ne s'abfentent que l'un après
l'autre , enforte que l'Officier qui fera demeuré
pendant l'abſence de celui avec lequel il aura parragé
le femeftre , ne puiffe en partir qu'après le re-¹
tour de l'autre.
X. Sa Majesté déclarant qu'au moyen de cette
permiffion , Elle n'accorderá plus aucun congé , f
se n'eft pour des cas imprévûs & indifpenfables.
XL. Sa Majesté permet aux Officiers qui auront
été nommez pour aller en femeftre , de partir defdits
régimens après qu'ils auront figné le procèsverbal
de leur nomination , pourvû néanmoins>
qu'il refte au moins le nombre de Capitaines pre
erit par la préfente Ordonnance , fon intention
étant que s'il s'en trouvoit quelques-uns d'abfens
par congé ou autremenr , les moins anciens de ceux
auxquels le femeftre feroit échû, ne puiffent en partir
qu'après leur retour , afin qu'il y ait toujours à
chaque régiment un nombre d'Officiers fuffifant
pour faire le fervice : déclarant Sa Majefté qu'elle208
MERCURE DE FRANCE.
fçaura gré à ceux qui étant de femeftre , préfereront
de demeurer à leur troupe.
XII. L'intention de Sa Majesté eft , que les Of
ficiers actuellement abfens , de quelque maniere
que ce foit , ou qui ont eu congé ou femeftre l'hyver
précédent , ne puiffent être compris dans le
femeftre , & que s'il arrive qu'aucun des Officiers
parte pour aller en ſemeſtre avant la fignature
du procès- verbal , il en foit exclus , & qu'un autre
foit mis en fa place , fans neantmoins pouvoir s'abfenter
qu'après le retour de celui que Sa Majefté
aura fait rejoindre fa troupe , à peine d'être privé
de fa charge.
"
XIII. Les Officiers de femeftre fe trouvant de
retour à leur troupe à la revûe du mois d'Avril
prochain , & qui y pafferont préfens , toucheront
leurs appointemens pour le tems qu'ils auront été
abfens , & ceux qui ne fe feront abfentés que pend
dant la premiere partie du femeftre , par accommodement
avec d'autres , feront payés. de leurs
appointemens à leur arrivée , en rapportant au
Tréforier un certificat du Commiffaire , qui juftifie
leur retour à leur troupe.
XIV. L'intention de Sa Majesté eft que ceux
qui n'auront pas rejoint leur compagnie , & paffés
préfens à la revûe du mois d'Avril , foit qu'ils
ayent eu le femeftre en entier ou pour une partie ,
foient mis en priſon pour autant de jours qu'ils l'au
ront outrepaffé , & privés de leurs appointemen's
pendant tout le tems de leur abfence.
XV. A l'égard des Officiers de femeftre qui
n'auroient pû rejoindre leur troupe à la garniſon
ou au quartier , parce qu'elle auroit eu ordre d'en
partir avant l'expiration du femeftre , Sa Majefté
veut bien en ce cas les relever des peines portées
par les Ordonnances , & les faire jouir des ap
NOVEMBRE 1746. 209
1
pointemens de leur femuftre , y compris les jours.
pendant lefquels ils auront été en marche pour la
rejoindre , pourvû qu'ils fe trouvent préfens à la
premiere revûe qui fera faite du régiment , foit
pendant fa route foit à fon arrivée au nouveau
quartier , paffé lequel tems ils feront privés de
leurs appointemens , & affujesis aux peines portées
par l'Ordonnance.
"
XVI.SaMajefté défirant être informée des Officiers
qui auront été nommés pour aller en femestre ,
Elle ordonne aux Commiffaires des guerres d'en
dreffer des procez -verbaux , dans lesquels ils feront
mention des Officiers qui profiteront du femeftre
échû à d'autres , & du tems dans lequel ils feront
convenus de revenir , y faiſant mention des Officiers
qui feront obligés de refter a leurs charges
pendant l'hyver , lefquels procez-verbaux feront
fignez de tous les Officiers qui auront le femeftre
en entier ou en partie , & par les Meftres- de - camp ,
Chefs ou Commandans des corps . auffi -bien que
par les Commendans des places où le femeftre fera
tiré en préſence des Directeur & Inspecteurs gés'ils
fe trouvent fur les lieux. neraux ,
XVII. Les Meftres- de- camp , Chefs ou Commandans
des corps , & les Commiffaires des guerres
feront tenus de certifier toutes les fignatures
veritables à peine d'en répondre en leur nom : l'intention
de Sa Majefté étant que s'il arrive qu'un
Officier ait été compris fur l'état des femeftres ,
fans y avoir été préfent & avoir figné lui -même au
procès-verbal , non-feulement il foit privé de tous
fes appointemens pendant ledit femeftre , mais
Elle entend de plus que les appointemens des
Commandans des corps , ou defdits Commiffaires
qui l'auront fouffert , foient auffi retenus pendant
ledit tems, & que l'Officier qui auroit figné pour
210 MERCURE DE FRANCE.
au
l'abfent, foit caffé & privé de fa charge . Ordonne
auffi Sa Majefté aux dits Commiffaires des guerres
d'envoyer fur le champ le double defdits procezverbaux
figné pareillement des Officiers auxquels
le femeftre fera échû en tout où partie ,
Secretaire d'Etat ayant le département de la guer
re , & d'en délivrer des copies aux Gouverneurs &
Commandans des places où les troupes feront en
garnifon , & aux Intendans dans le département
defquels ils fe trouveront , dans lesquels procezverbaux
lefdits Commiffaires des guerres auront
foin de marquer le lieu où chaque Officier ſe propofera
d'aller demeurer pendant le tems de fon
femeftre.
XVIII . A t'égard des Officiers- majors dés régimens
de Cavalerie & de Dragons , Sa Majesté
fe réferve de faire donner les ordres aux Meftresde-
camp des régimens fur ce qu'ils auront à faire
pendant l'hyver : Elle entend que les Meftres-decamp
qui ont levé des Compagnies de Cavalerie ,
& les Capitaines de Dragons qui ont des commif
fions de Meftre-de- camp , tirent le femeftre comme
les autres Capitaines.
XIX. Sa Majefté trouve bon que les Lieutenanscolonels
& les majors , tant de Cavalerie que de
Dragons , conviennent enfemble de celui des deux
qui devra s'abfenter pour tout ou en partie du fèmeftre
, & ils feront compris dans lefdits proceźverbaux
, pour le temps qu'ils devront être abfens.
3
16
en con-
XX. Les deux Lieurenans - colonels & les deux
majors du régiment Royal- Allemand
viendront pareillement entr'eux fuivant leur grade .
XXI . Les Aydes-majors de Cavalerie & de Dragons
n'étant pas compris dans le femeftre , il fera
accordé des congés à ceux qui feront dans la ne→
NOVEMBRE 1746 2ff
ceffité de s'abſenter , & pendant le tems feule ♦
ment que les majors feront préfens.
XXII. Sa Majesté veut bien que les Comman→
dans des provinces & des places continuent d'ac
corder des permiffions de s'abfenter entre deux
revûes aux Capitaines & autres Officiers des régimens
qui y feront en garnifon ou en quartier
l'hyver pour quinze jours feulement , à conditon
de revenir à l'expiration , en l'informant du
lieu où ils fe propofent d'aller , & à un Capitaine
de chaque régiment à la fois feulement , de maniere
qu'un autre Capitaine du même régiment
n'en puiffe partir qu'après le retour de celui qui
s'en fera abfenté qu'il en foit ufé de même pour
les autres Officiers des compagnies , & que tout
Officier qui outrepaffera le tems qui lui fera preferit
, telle raiſon ou excufe qu'il en donne , foit
mis en priſon , fans qu'on le puiffe metrre en li
berté que par un ordre de Sa Majefté ; laquelle
veut que lorsque les Commiffaires feront leurs re→
vûes , ils fe conforment exactement à ce qui est
porté par l'Ordonnance du premier Août 1714 &
qu'ils marquent l'endroit où chaque Officier à dû
fe rendre.
XXIII . Ordonne Sa Majefté aux Commiflaires
des guerres qui feront tirer le femeftre dans les régimens
de Cavalerie , Huffards & Dragons , d'accompagner
les procès - verbaux qu'ils doivent en
envoyer au Secrétaire d'Etat ayant le département
de la guerre , d'un état où il fera marqué le nombre
d'hommes & de chevaux qu'il faudra remettre
à chaque compagnie , lequel état fera figné d'eux
& des majors defdits régimens , auxquel Sa Majefté
ordonne , conformément à ce qui leur eft
prefcrit par l'article XXXIX de l'Ordonnance du
13 Juillet 1727 portant rétabliſſement des étapes ,
112 MERGURE DE FRANCE.
d'envoyer au commencemeut de l'hyver les mémoires
des routes dont chaque Capitaine aura befoin
, foit pour les recrues d'hommes , ou les che
vaux de remonte , défignant bien précisément
dans lefdits mémoires la compagnie pour laquelle
chaque route fera deſtinée , & le premier lieu
d'étape où elle devra commencer , qui fera toujours
, autant qu'il fe pourra , une Ville ou un chef
lieu d'élection , & d'avertir les Capitaines ou autres
Officiers qui feront chargés de faire des reerues
ou des remontes , que lefdites routes feront
adreffées aux Intendans des provinces ou géné
ralités ,, pour être remiſes & remplies par les Subdélégués
des villes ou lieux les plus à portée de
ceux où fe feront les recrues & remontes , que les
Officiers feront tenus de leur faire voir : déclarant
Sa Majefté qu'il ne fera expédiée aucune route ,fous
quelque prétexte que ce foit , foit pour les recrues
ou pour les remontes , que fur les mémoires fignés
& envoyés par les majors ou autres Officiers chargés
du détail defdits régimens , & ce dans le courant
du mois de Janvier au plus tard . Entend Sa
Majefté que les routes fur lefquelles lefdites recrues
ou remontes auront joint les Corps auxquels
elles feront deftinées , foient remifes à meſure
par les Officiers majors aux Commiffaires des guer
res , qui feront tenus , lors de leurs revûes , de
vérifier le nombre defdites recrues ou remontes
qui auront joint , dont ils enveront avec lefdites
routes , un état au Sécretaire d'Etat ayant le
département de la guerre.
Mandant Sa Majesté à M. le Comte d'Evreux
Colonel général de fa Cavalerie , au fieur Marquis
de Clermont-TonnerreMeftre -de- camp général de
ladite Cavalerie , au fieur Comte de Coigny Co-
Jonel général de fes Dragons , & au fieur Duc de
NOVEMBRE 1746. 1746. 213
Chevreuſe Meftre- de-Camp général deſdits Dragons
, de tenir la main à l'execution de la préfente.
Mande & ordonne Sa Majefté aux Généraux
commandans fes armées , aux Gouverneurs & fes
Lieutenans Généraux en fes provinces & armées ,
aux Officiers Généraux ayans commandement fur
fes troupes , aux Gouverneurs ou Commandans de
fes villes & places , aux Intendans en fefdites
province & armées , aux Directeur & Inspecteurs
Géneraux de fa Cavalerie , aux Commiffaires des
guerres , & à tous autres fes Officiers qu'il appartiendra
, de tenir la main à l'exécution de la préfente.
Fait à Verfailles le premier Septembre mil
fept cent quarante-fix. Signé LOUIS. Et pins bas
M. P. de Voyer d'Argenſon.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 8 , qui
homme des Commiffaires pour juger les contra
ventions à l'Arrêt du Confeil du 29 Mai 1736 ,
portant réglement pour le commerce des Caffés
provenant des Ifles & Colonies Françoifes de l'Anérique.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi du 10 , qui
permet de tirer indifferemment des provinces du
Royaume les matieres propres à la fabrication
du papier.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi du même
jour concernant l'entrée des Harengs faurès &
Morues féches venant de Hollande,
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
Porigepurpurei liquorisqui daciterabundant.n
Traduction de cette piéce Latine .
3
Suite & conclufion de la traduction du Conte Arabe.
Le Triomphe de l'Amour,
Le Papillon.
Quatrain.
7
26
ibid.
27
ibid.
31
Lettre fur une date extraordinaire d'une Sentence
du Châtelet .
Eclairciffement fur la fituation du lieu de Breti-
Bouquet à Mlle G *** .
gni .
Epitre à M. de la Soriniere.
Le Triomphe de l'Amour.
1
Déclaration d'amour.
Vers fur un baifer.
32
39
40
42
ibid.
Réponse de M. Saverien à la Lettre de M, de Gen ffane
fur la Marine,
Sonnet Italien.
Imitation de ce Sonnet.
43
53
55
Vers à Madame *** .
$6 Chanfon imitée d'Horace, 57
Epitre à Madame ***.
ibid ,
Difcours fur l'émulation. 58
Derniers adieux à un chat.
Question. 65
Vers Madame de C***. ibid.
C
Ode tirée du Pleaume 118.
66
Lettre de M. à M*** .
69
Imitation d'une Ode d'Horace .
72
Mémoire fur la date d'une Charte de Carloman. 73
Vers à Madame de ** .
Autres à Madame de ***.
78
79
Affemblée publique de la Société Royale des Scien
ces de Montpellier , Extrait. ibid.
Extrait d'un Mémoire fur la chaleur du Soleil . 81
Extrait d'un autre Mémoire fur l'accroiffement ſubit
de la tige de l'Aloës vulgaire.
Nouvelles traduites de l'Italien
88.
97
Nouvelles Littéraires des Beaux Arts. Extrait du
Dictionnaire de Peinture & d'Architéture . 1OI
Extrait de la vie de Properce.
105
Les Eaux minérales de Pougues . 119
Obfervations fur les pierres figurées, II2
Hiftoire générale des Voyages. 113
Calendrier Perpétuel .
114
Effai fur l'Electricité des corps . ibid.
Plan de la Bataille de Raucoux, ibid.
Eftampes nouvelles . 115
Eau des graces,
116
Airs notés .
Mots des Enigmes & du Logogryphe d'Octobre.
117
118
Enigmes & Logogryphes.
ibid
Spectacles.
122;
Extrait de Perfée , Tragédie. 123
Spectacles & Concerts de la Cour . 134
Journal de la Cour , de Paris , &c. 139
Promotions.
137
Bénéfices donnés.
145
Lettre du Roi aux Vicaires Généraux . 146
Mandement en conféquence. 148
Autre du Cardinal de Tencin .
152
Te Deum chanté à Notre- Dame .
154
Nouvelles Etrangères , Turquie. 155
Allemagne.
Pologne, 156
Suede.
159
Pruffe .
161
Dannemarck.
Genes.
166
Efpagne. -169
Grande Bretagne. 178
Provinces-Unies . 183
Pays- Bas. 186
Extrait d'une Lettre de Conftantinople.
Naiffance , Mariage & Morts.
187
189
Arrêts notables.
Les Airs notés doivent regarder la page
204
117
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI
DECEMBRE . 1746.
PREMIER VOLUMĖ.
GIT
UT
"
SPARGATS
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVE LIER
rue S. Jacques.
Chez La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont -Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVI .
AvecApprobation & Privilége da Rei.
AVIS,
L'AM. DE CLEVES D'ARNICQURT
'ADRESSE générale du Mercure eſt
rue du Champ-Fleuri dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inftamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , & plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ -Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX . SOLS
www
VLS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
L'AMOUR CONSTANT.
D
CANȚATE.
Ans des lieux fortunés , ou le fidéle
Amour
Fait reffentir fon aimable puiffance
Mille Bergers celebrent tour à tour
Les charmes de la conftance.
Trop heureux fous les foix de la perfévérance ,
A ij
4
MERCURE DE FRANCE
Le tems qui détruit tout n'affoiblit point leurs
feux ;
Les doux fruits de leur eſpérance
Augmentent leurs défirs en les rendant heureux ,
1
Mais parmi ces fêtes brillantes
ſe Un Berger téméraire ofe le prefenter ,
Et fa voix par ces mots entreprend de vanter
Le prix des chaînes inconftantes
Où le volage amour a trop fçû l'arrêter ,
Un même objet n'a point enſemble
Tous les differens attraits ;
La feule inconftance raffemble
Ce qui peut combler nos fouhaits.
L'attrait que n'a point une belle ,
Une autre l'offre à nos voeux
Mais à quelque beauté nouvelle
Qu'elle ne ferme point nos yeux,
Un même objet & c.
?
L'amour eft irrité de ces chants indiſcrets.
Montrons , dit - il , à cet amant volage
Une vive & fidelle image
Des maux que l'inconftance affûre à fes fujets.
Auffitôt à la voix de ce Dieu dont l'empire
S'étend fur tout ce qui refpire ,
Qui porte fon pouvoir jufqu'aux bords ténébreux ,
DECEMBRE 5 1746.
La Terre tremble , l'Enfer s'ouvre ,
Le Tartare effrayé découvre
Ses rivages affreux .
Entre les fieres Euménides
Ardentes à venger mille forfaits divers ,
Les malheureufes Danaïdes
Par leur fupplice étonnent les Enfers.
Le cruel tourment qui les preffe
Ne fçauroit trouver de ſecours ;
Leurs foibles mains verſent fans ceffe
Des flots qui s'écoulent toujours ;
Leurs vains efforts ni leur adreſſe
Ne peuvent arrêter leur cours.
Nuit & jour l'infernale rive
Rêpond à leur gémiſſement ,
Mais leur voix touchante & plaintive
Ne fçauroit fixer un moment
L'onde legere & fugitive
Qui leur échappe- inceffamment.
Le cruel tourment & c.
C'eft ainfi , dit l'Amour , que la folle inconftanee
A remplir vos défirs travaille vainement :
On ne connoît un bien charmant
Que par fa douce jouiſſance ,
6 MERCURE DE FRANCE.
Mais dès qu'on commence à goûter
Le fort heureux , le bien fuprême
D'être aimé de l'objet qu'on aime,
La cruelle qu'elle eft vous force à le quitter.
C'eff envain qu'un volage eſpere
Que l'Amour comble fes défirs :
Pour lui les plus charmans plaifirs
Coulent comme une onde legere.
La beauté qu'il ne connoît pas
Eft celle qu'il cherche fans ceffe ;
Dès qu'il eft für de fa tendreffe
Elle n'a plus pour lui d'appas.
C'eft envain & c.
MERVEILLEUX ET CHARMANTE.
CONT E.
Dans le tems que les Fées le mêloient
des affaires des hommes il y avoit
à la Chine un Roi que les charmes de fa
perfonne , les graces de fon efprit , l'élévation
de fon ame & l'étendue de fes lumieres
avoient fait nommer Merveilleux : il
DECEMBRE 1746. 9
étoit rare dans ce tems- là , comme dans le
notre , de voir tant de qualitês éminentes
raffemblées dans un feul fujet.
Merveilleux n'avoit que quinze ans lorf
qu'il perdit fes parens , il monta fur le trône
, & la fageffe de fon gouvernement ne
trompa point les efpérances de fes ſujets , ils
étoient heureux & ne défiroient autre choſe
que de voir regner long-tems un Prince fi
aimable & de voir naître de lui des enfans
qui lui reffemblaffent. Merveilleux n'étoit
point encore marié, & tous les Princes voifins
jaloux d'une alliance fi défirable à tous égards,
avoient envoyé pour Ambaſſadeurs à la Cour
de Merveilleux leurs plus adroits Négociateurs.
Il feroit difficile de décrire le manége ,
l'adreffe, la politique qu'ils mirent tous en ufa
ge pour attendre à leur bût; il arriva alors ce
qui arrive , fur- tout dans les grandes affaires ,
on fe donna beaucoup de peine & de tourment
pour une chofe qu'un fimple hazard décida.
Merveilleux réuniffoit trop de vertus &
'de grandes qualités pour n'avoir pas le coeur
fenfible ; fans avoir encore de goût décidé
pour aucune femme , il portoit dans fon
ame un germe de paffion qui cherchoit à ſe
dévoloper : au milieu des plaifirs d'une
Cour charmante il fentoit qu'il lui manquoit
quelque chofe , & foupiroit après un
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
bonheur plus pur & plus vif, dont il avoit le
fentiment , plûtôt que l'idée.
Un jour que Merveilleux chaffoit dans
une vafte Forêt qui touchoit à fa Capitale ,
il s'égara , perdit la chaffe , & vit arriver la
nuit , fans fçavoir quel chemin il devoit
prendre , il fuivit au hazard la premiére
route qu'il rencontra , fûr qu'elle le conduiroit
à quelque habitation où il pouroit
demander fon chemin. Il y avoit environ
une heure qu'il marchoit , lorfqu'il entendit
des cris perçans ; il jetta les yeux du
côté d'où le bruit fembloit partir , & vit
qu'u'une petite cabane qui étoit à vingt pas
dans le bois retentifloit de ces cris lamentables
, il y alla fans balancer , mais quelle fut
fa furprife lorfqu'il vit un vieux Mandarin
qui paffoit pour l'homme le plus reglé de
fon Royaume , tout couvert du fang qui
ruiffeloit des égratignures qu'il venoit de
recevoir , & occupé à panfer ces ridicules
playes , tandis qu'un Payfan qui avoit l'air
d'un bucheron affommoit à coups de bâtons
une creature plus belle que l'imagination
ne peut fe la repréſenter : malheureuſe diſoit
le Bucheron indigné , il te convient bien de
refuſer l'honneur que Monfeigneur veut te
faire; une vieille femme qui paroiffoit la mere
aidoitMonſeigneur à fe panfer, & l'exhortoit à
ne fe pas décourager en lui difant que fa
DECEMBRE 1746.
fille n'étoit encore qu'un enfant & qu'on lui
feroit entendre raiſon . Le défordre des habits
de la jeune perfonne , les diſcours du
pere & de la mere inftruifirent aflés Merveilleux
de la violence que l'on vouloit fai–
re à la jeune fille , mais il n'en pût douter
lorfqu'elle s'écria en le voyant , Ah ! Seigneur
fauvés moi , fauvés mon honneur. Le Roi
je ta à ces mots un regard terrible fur le
Mandarin , que fa confufion feule auroit décelé
pour coupable ; déja Merveilleux levoit
fen cimeterre pour punir cet infame , mais
les pleurs de la jeune perfonne que le Bucheron
frappoit toujours , le déterminerent
a voler vers elle , d'un revers il abattit la tête
du malheureux qui la frappoit , le Mandarin
vouloit fuir , mais le Roi s'élança fur
lai & du tranchant de fon fabre l'arrêta pour
jamais à la porte de la cabane ; il alloit
faire le même traitement à la vieille , mais
la jeune perfonne embraffa fes genoux , c'eſt
ma mere , lui dit elle , n'ajoutés point à mes
douleurs le chagrin de la voir périr , elle
prononçoit ces paroles d'un ton auquel il
étoit difficile de rien refuſer ; elle vivrà puifque
vous le voulés , dit le Roi , mais pour
prix de fa grace , apprenés mmooii par quelle
finguliere aventure un pareil miracle de
beauté fe trouve dans une Forêt fauvage , la
jeune fille rougit à ces paroles flateuſes , elle
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
baiſſa les yeux & fut un moment fans parler
, enfin elle apprit au Prince qu'elle étoit
fille de cette malheureufe vieille & du bucheron
auquel il avoit donné la mort , que
fon pere & fa mere étant pauvres avoient
réfolu de faire fervir les charmes de leur .
fille à leur fortune , que le Mandarin qui l'avoit
vue au temple étoit devenu amoureux
d'elle , & avoit eu bientôt fait fon marché
avec le pere & la mere auxquels il avoit
donné une groffe fomme d'argent , leur en
promettant encore davantage ; ma mere ,
continua t'elle , m'apprit cette nouvelle avec
les tranfports de la joye la plus vive & m'exagera
la douceur de la vie que j'allois me.
ner. Quelque foumiffion que j'eufle toujours
eu pour elle , je ne pûs m'empêcher de fentir
la honte & l'infamie du défordre dans
lequel elle vouloit me plonger , & je ne
repondis que par des pleurs ; mon pere qui
arriva alors me chargea d'injures & de coups;
ma mere plus douce & plus humaine effayoit
de me perfuader par ies carefles , on m'apporta
de la part de mon amant prétendu
des étoffes , des diamans , des bijoux ; ma
mere me paroît malgré moi de ces riches
habillemens , & fe recrioit fur l'air de beauté
qu'ils me donnoient , mais je me diſois
à moi même que fi ces habits me rendoienplus
belle aux yeux des autres , le vice me
DECEMBRE 1746. Ι
rendroit bien plus laide à mes yeux ; ce qui
me faifoit le plus de peine étoit leur pauvreté
qu'ils me reprochoient fans ceffe , que
je pouvois faire finir. Depuis quelques jours
ils m'ont amené un homme qui a effayé de
me prouver que je pouvois , que je devois
même me prêter à ce qu'on exigeoit de moi ,
il me dit que le plus grand des vices étoit la
pauvreté , que je tenois à des préjugés d'enfans
, profcrits depuis long tems à la Cour ,
qui a enfin donné le ton à la Ville , mais
j'ai entendu dire tant de fois le contraire ,
je le fens fi bien , que les autorités qu'il m'a
alleguées & queje n'ai pas comprifes,ne m'ont
point ébranlée, enfin voyant qu'il n'étoit pas
facile de me perfuader , ils ont refolu d'employer
la force. J'ai vû ce foir entrer le
Mandarin dans notre cabane , & mon pere
m'a dit d'un ton terrible que fi je ne contentois
Monfeigneur il me tueroit , je me
fuis jettée à fes pieds & l'ai prié d'avoir pitié
de moi , mais leur parti étoit pris ; après
que le Mandarin a eſſayé quelques careffes
que j'ai repouffées , mon pere & ma mere
m'ont faifie , j'ai trouvé dans ce moment
des forces & un courage que je n'attendors
pas , vous avez vû en quel état étoit l'infame
qui vouloit me deshonorer , mais je crois
que tôt ou tard j'aurois été la victime de
ce complot , fi le Ciel ne vous eut envoyé
A vi
I 2 MERCURE DE FRANCE.
à mon fecours ; vous'étes mon libérateur ,
c'eft à vous que je dois l'honneur qui m'eft
plus cher que la vie , & je fens que ma reconnoiffance
ne finira jamais. Pendant que
la jeune perfonne parloit , Merveilleux les
yeux fixés fur elle , éprouvoit tour à tour
mille fentimens , il s'attendrifloit fur fon fort ,
& admiroit fa vertu , mais la fin du recit lui
avoit caufé les plus vives allarmes , il avoit
pâli , en apprenant l'attentat du Mandarin ,
& lorfqu'il apprit que fon entrepriſe avoit
été fans fuccès , il fe fentit auffi foulagé
qu'un homme qu'on délivre d'un fardeau
confidérable. Quel péril vous avez couru
difoit- il ? j'en tremble encore ; quoi ! tant de
charmes ont penfé être la proye d'un…….…
pendant qu'il difoit ces mots , il prenoit
fans fçavoir pourquoi les mains de la jeune
perfonne qui le laiffoit faire fans s'en appercevoir
, elle rencontra les yeux du Prince &
baiffa auffi tôt les fiens en rougiffant & retirant
fes mains. Merveilleux rougit auffi
& commença à la regarder avec moins d'affûrance
, il ne croyoit pas l'aimer , mais il
craignoit qu'elle ne le crût & qu'elle n'en fut
allarmée , il fe paffoit dans l'ame de ces deux
perfonnes mille mouvemens confus . Enfin
Merveilleux apprit à la jeune fille , qu'il
étoit le Roi de la Chine , & qu'il vouloit la
mener à fa Cour , où il lui feroit un fort
DECEMBRE 1746. 13
digne d'elle ; elle foupira en apprenant que
fon Liberatenr étoit un grand Roi , & Merveilleux
à qui fes moindres geftes n'étoient
plus indifferens , lui prodiguoit pour la raffürer
, les proteftations du refpect le plus
fincere , quand fa fuite qui le cherchoit
arriva.
Il raconta fur le champ cette aventure
aux courtisans qui n'en crurent rien & s'imaginerent
que c'étoit une galanterie du
Roi. La jeune fille fut conduite à la Cour
& la mere refta dans la cabane . Le Prince
confia la petite perfonne à fa tante , Princeffe
de la vertu la plus haute , mais auſſi
la plus affichée ; on la nomma Charmante ;
cette avanture fit un grand bruit à la Cour
où l'on s'occupe des plus petits événemens ;
les prudes triomphoient & faifoient fur la
vertu de Charmante les commentaires les
plus aigres & les plus défobligeans pour les
autres femmes les femmes galantes forgeoient
fur cette Hiftoire mille contes plus
ridicules les uns que les autres dont le dénouement
étoit toujours que le Roi étoit
amoureux de Charmante ; les Courtilans
les croyoient ou du moins les repetoient ,
le Roi alloit chés fa tante beaucoup plus
affiduement qu'il n'y avoit jamais été, & donnoit
par là plus de crédit à toutes ces idées.
Il y avoit déja quelque tems que Char14
MERRCUE DE FRANCE.
mante demeuroit auprès de la Princeffe ,
lorfque l'Intendant de fa Maifon , homme
très riche , la demanda en mariage ; la Princefle
la lui promit fans héfiter , & en parla
le foir au Roi comme d'une affaire faite.
Merveilleux pâlit en apprenant cette nouvelle
& fe récria que Charmante n'étoit
point faite pour un pareil homme , il fut
aifé de lui repondre que fi le mariage étoit
inégal , c'étoit plûtôt du côté de Charmante
: cette réflexion fut un trait de lumiere
qni éclaira le Prince fur l'état de fon coeur ,
il connut avec douleur combien il s'étoit engagé
, il effaya envain de fe vaincre , il ne
tira d'autre fruit de fes combats que de connoître
que fon amour étoit infurmontable
il n'y avoit cependant pas moyen dépouſer
la fille d'un Bucheron ; une autre penfée le
tourmentoit encore ; comment fe perfuader
qu'il fera véritablement aimé de Charmante?
eft- ce une chofe que les Rois puiffent fçavoir?
cependant une occafion bien finguliere
ne lui laiffa rien à défirer à cet égard.
Charmante paroiffoit depuis quelques
jours fi trifte & fi réveufe que le Prince inquiet
fur tout ce qui la regardoit , lui en demanda
la caufe avec empreffement , elle ne
voulut parler qu'après avoir tiré parole du
Roi , qu'il lui accorderoit ce qu'elle lui demanderoit
, raffùrée par cette promeffe elle
s'expliqua ainii.
DECEMBRE 1746. IS
Nous ne fommes pas toujours maîtres de
ños fentimens , ils naiffent malgré nous ,
fouvent à notre infcû ; il n'y a que peu de
jours que je connois au jufte l'état de mon
coeur & du votre , vous m'aimez , Prince ,
quoique vous ne me l'ayés pas dit , je ne
puis en douter , il n'y a pas long tems que
je fçais moi-même que je vous aime , je me
fuis apperçue avec effroi de votre amour &
du mien. Voilà le ſujet de ma triſteſſe , je n'ai
fur cela qu'un feul parti à prendre , c'eft de
m'éloigner de vous & d'aller pleurer dans la
folitude une paffion malheureufe, c'eft la grace
que je vous demande , vous avez juré de me
Faccorder, vous n'êtes plus maître de me réfufer.
Le Roi tomba à fes pieds qu'il arrofa
de fes larmes ; vous m'aimez , lui dit- il , &
vous voulez me quitter ? vous prononcez
l'arrêt de ma mort en m'apprenant mon bonheur.
Charmant pleuroit auffi bien que fon
amant , mais elle demeuroit inflexible & vouloit
toujours s'éloigner ; le Prince épuiſa vainement
ce que l'amour le plus tendre peut .
fuggerer d'infinuations ; fi vous m'aimez lui
difoit Charmante , vous devez m'exhorter
vous même à prendre le parti que je prens ;
Finiffons une fcene trop trifte , n'ajoutez pas
à l'horreur de ma fituation le regret de voir
vos pleurs , croyez moi , vos efforts font inu
tiles , vous m'attendriffez] fans me féduire
16 MERCURE DE FRANCE.
Non vous ne partirez pas, dit le Prince en élevant
la voix , votre vertu eft digne du trône
& vous y monterés avec moi ; venés , venés
annoncer aux peuples leur bonheur & le
mien. Charmante n'héfita pas à repondre , je
n'aijamais , dit - elle, été affligéede la baffeffe de
ma naiffance, que depuis que je vous aime , &
mon bonheur le plus doux feroit de me voir
votre épouſe , mais ne croyés pas que ce défir
quelque ardent qu'il foit , puiffe m'aveugler
fur mes devoirs , & que je puiffe oublier &
ce
>
que je vous dois & ce que je me dois à
moi- meme , nous ne fommes pas faits pour
être unis , nous ne le pouvons jamais être
& fi l'amour vous fafcine les yeux pour un
moment , je ne dois pas profiter de votre
aveuglement. Je vous donne , Prince , la
plus grande marque d'amour que vous puiffiés
recevoir , & fi vous l'eftimés autant qu'elle
me coute , vous ne la comparerés à rien ;
pendant que Charmante parloit , le Prince
ob ervoit un filence ftupide & paroiffoit
comme un homme frappé de la foudre : fon
ame étonnée , accablée de ce qu'il fentoit
& qu'il entendoit , fembloit avoir perdu tout
fentiment . Il refta dans cette fituation longtems
après que fa maîtreffe eut parlé ; il
n'étoit pas encore revenu à lui - même
quand la Princeffe fa tante entra . Je viens , dit
elle , vous apprendre une grande nouvelle

DECEMBRE 1746. I
qui intéreffe Charmante. Au nom de Charmante
le Prince revint comme d'un fonge ,
la Princeſſe lui apprit que la vieille femme
qu'il avoit cru la mere de Charmante étoit
morte , qu'elle avoit déclaré en mourant que
Charmante n'étoit point fa fille , qu'elle l'avoit
trouvée dans un bois , dans un berceau
dont la richeffe faifoit connoître qu'elle appartenoit
à des parens confidérables , qu'un
anneau qu'elle avoit au doigt confirmoit
ces préfomptions , & ſembloit deſtiné à faire
connoître un jour les auteurs de fa naiſſance.
On n'avoit point fait attention à cet anneau ,
qui n'étoit que d'argent , mais fur lequel
étoient gravés quelques caractéres . Merveilleux
le demanda avec empreffement , il examina
long-tems les caracteres fans pouvoir
y rien comprendre , mais il n'en conclut pas
moins que Charmante étoit fille d'un grand
Prince. Il redoubla ſes inftances ; il eft bien
difficile de réſiſter à ce qu'on aime , & il eft
bien rare de réfifter aux Rois . Charmante
vaincue par les inftances de fon amant , dé
terminée par ce dernier événement , motif
peu important , mais exageré par l'amour le
plus tendre , fe détermina enfin à épouſer le
Roi.
Les apprêts de ce mariage furent ordonnés
à l'inftant , & le jour pris pour la folemnité
; ce jour arriva enfin & parut à Mer18
MERCURE DE FRANCE.
veilleux le plus beau de fa vie . Le peuple
partageoit la joye de fon Roi , les rues
étoient jonchées de fleurs , les murs des maifons
ornés de tapis fuperbes , de tous côtés
les parfums les plus exquis repandoient une
odeur délicieufe , le Prince tenant Charmante
par la main fortit de fon Palais pour la
conduire au Temple , toute fa Cour fuperbement
parée faifoit le cortége des nouveaux
époux,cent jeunes enfans habillés en amours,
& auffi beaux qu'on les fuppofe , chantoient
devant eux les hymnes de l'hymen , les attraits
de Charmante , & le bonheur de fon
amant , tout préfentoit dans la Ville l'image
de la volupté, il fembloit que l'on y refpiràt
un air plus pur. L'amour & la joye écla
toient dans les yeux du Prince , une douce
férénité regnoit fur le vifage de Charmante ,
elle baiffoit fes regards modeftes , craignant
d'y laiffer paroître trop de tendreffe , & cet
aimable embarras la rendoit plus belle encore
.
Les nouveaux époux arriverent au Tem,
ple , ils fe profternerent aux pieds des Auiels
, & jamais les Dieux n'avoient reçû de
voeux plus finceres ; le Grand Sacrificateur
leur fit prononcer le ferment de s'aimer
toujours ; déja le Temple rétentiffoit du fon
des inftrumens , mêlés aux acclamations du
peuple , lorfque tout- à-coup on entendit un
DECEMBRE 1746. 19
bruit femblable à celui du tonnerre , une
nuit épaiffe fucceda à la lumiere , la voute
du Temple s'entrouvrit , on vit fix Dragons
aîlés qui jettoient des flâmes & trainoient un
char d'argent , on voyoit dans ce char un
Magicien d'une taille gigantefque & d'une
phyfionomie terrible , le char defcendit jufqu'à
terre , & le Magicien s'adreffant au Roi,
Prince audacieux , lui dit- il , qui veux époufer
l'objet de mon indignation , connois quelle
eft ma puiffance , à ces mots il étendit fa
baguette , & les deux amans fe fentirent tranfportés
à fes côtés , le char s'éleva auffi tôt
& alla s'abaiffer avec la rapidité d'un éclair
à mille lieues delà fur le bord de la mer.
Scachés dit le Magicien , que je fuis le Génie
Chevrefeuille , tant que ma puiffance
fubfiftera , Charmante ne peut être heureufe
, & vous , malheureux époux. qui partagés
fon fort , partagés auffi les effets de mavengeance
. Les deux amans furent tranfportés
à ces mots , chacun dans un petit bâteau d'argent
qui étoit fur le rivage , & à peine y
avoient ils mis le pied , que les deux bâteaux
s'éloignerent l'un de l'autre à toutes voiles, &
tirerent, l'un vers l'Orient & l'autre vers l'Occident
, tandis que les Dragons de Chevrefeuille
le remenerent chés lui .
La fuite dans le prochain Mercure.
20 MERCURE DE FRANCE.
水蒸
LA PUISSANCE DE L'ART.
O D E.
C'Eft ton éloge que je trace
Art puiffant , daigne m'inſpirer ;
Dans le beau deffein que j'embraffe ,
Sans toi je pourrois m'égarer.
M'élevant fur mes propres aîles ,
Je veux par des routes nouvelles
T'éternifer dans mes accords ;
Senfible à ma premiere attente , ( a )
Fais qu'aujourd'hui ma lyre enfante
Des fons dignes de mes tranfports .
Qu'apperçois-je ! quel beau mélange !
N'habitons nous plus les déferts ?
Merveille ! changement étrange !
Les Graces parent l'univers .
Les plaines deviennent fertiles :
Déja fous des fardeaux utiles
Se courbent les humbles rameaux .
Art , je reconnois ta puiffance ;
C'eft toi qui contrains l'abondance
De fe livrer à nos travaux .
( a ) L'Auteur à l'âge de 17 ans avoit concouru pour
les Prix del'Académie des Jeux Floraux.
DECE MBRE 21
1746.
Que par fa flâme dévorante
Phoebus attrifte les climats
Que la nature languiffante
1
Céde à la rigueur des frimats ,
Nous craignons peu leurs vains outrages :
L'Art fçait réparer les ravages
De la glace & de tous lesfeux ,
Et malgré la nature avare
Il fait fortir d'un lieu barbare ( a )
Les plantes de differens lieux .
Enfans de l'humaine ſcience ,
Paroiffez ouvrages vantés ;
Faites revivre l'éloquence
De ceux qui vous ont enfantés ;
A la faveur des caractéres ( b )
Déja fur des feuilles legéres
L'Art nous a tranfmis ces écrits :
Sources de beautés fugitives ,
Cet Art ne vous retient captives
enrichir nos efprits.
Que pour
Ne craignez pas , héros célébres ,
Artifans de faits inouis ,
Que vos noms au fein des ténébres
Soient à jamais enfevelis.
}
"
( a ) Le terroir des Landes feroit très- infructueux fans
le fecours des amandemens qui le rend très-fertile,
(b, L'Imprimerie inventée en 1405.
22 MERCURE
DE FRANCE
,
Par le fecours de l'Art utile ,
Le marbre , la toile docile ,
Vous repréfentent à nos yeux :
Sur l'argent , fur l'or , fur le cuivre ,
L'empreinte vous fera revivre
De l'immortalité des Dieux .
Quelle eft cette heure fe machine , ( a )
Qui regle & meſure le tems ?
Art merveilleux , ta main divine
Y refferre tous les inftans . ( b )
Le rouage marche , il entraîne
Le balancier qui ſe promene,
D'un pas hardi , mais compaffé.
Prodige en ce petit eſpace
J'entends fonner l'heure qui paffe , (c )
Pour m'avertir du tems paffé,
Mais poutfuivons ; quelles merveilles ,
Art divin, viens tu m'étaler ?
Mille fons frappént mes oreilles ,"
Je fens mon ame fe troubler ,
A ton gré la fombre triiteffe ,
La terreur , la vive allegreЛle
M'enchantent fous ces trois rapports ;
(a ) Les horloges , les pendals , les montres,
(b) Les pendules à fecondes .
( c) L.s montres à répetition .
DECEMBRE 1746 , 23
Et fur ce clavier que j'embraffe , ( 4 )
Je fais parler deffus & baſſe ;
Ta main conduit tous les accords .
Quelle image affreufe & fanglante
Frappe mes timides regards ?
Par tout fe répand l'épouvante ;
La mort vôle de toutes parts .
Sous l'effort de coups invincibles
Tombent les murs inacceffibles ,
Quel ravage affreux ! quel enfer !
On diroit que l'Art témeraire
A fait l'homme dépofitaire
De la foudre de Jupiter.
De Berthold la fubtile poudre ( b )
Elance au loin le plomb fatal ;
Nul fort à couvert de la foudre
Que l'Art renferme en ce métal . ( c ) .
Les boulets , le fracas des bombes ,
Entrouvrent des milliers de tombes
Sous les pas même des Céfars .
De ce creux ( d ) dont l'effroi s'empare ,
Je voisfondre dans le Tartare
Les Guerriers & les boulevards,
( a ) Le clavecin , l'orgue.
( b ) Bertholdfurnomme le Noir , Cordelier Allemand,
inventa lapoudre en 1300,
(c ) Le canon,
(d ) Les mines .
20 MERCURE DE FRANCE.
C'eft peu ; l'Art force la Nature
De fe dévoiler à nos yeux,
Il nous découvre la ftructure
Des plantes , de l'homme & des Cieux, (a )
Tributaires de fa puiffance
La Peëfie & l'Eloquence
Lui doivent leurs effets vainqueurs ,
Et par un charme inexplicable ,
II fçaît encor nous rendre aimable
Le voile qui couvre ces fleurs ,
Par M. D*** Curé de Noneres en Marfan.
( a ) La branique , l'anatomie, l'aftronomie .
REPONSE à la Lettre d'un Anonyme inferée
dans le premier vol. du Mercure de
Juin 1746 , au sujet d'une action héroique
de charité de Jean Hennuyer Evêque &
Comte de Lifieux en faveur des Huguenots
de fon Diocèfe.
V
Ous commencez , M. votre Lettre par
une découverte , que pour votre interêt
& celui de M. l'Abbé le Beuf, vous
auriés dû paffer fous filence ; vous apprenez
au public que le manufcrit de feu M. de
la Roque l'aîné décédé à Paris le 28 NoDECEMBRE
1746. 25
vembre 1745 , fur fon Traité du Voyage
de Normandie , ayant été confié à cet Abbě,
il vous l'a communiqué. Vous me permites ,
dites vous , de voir ce qu'il difoit de Jean Hennuyer
, & par là il vous a facilité le moyen
d'y répondre avant que l'ouvrage paroiffe.
Agréez que je vous dife que fa complaifance
a eu une fuite fâcheufe , dont le Clergé féculier
& régulier ne lui fçaura pas bon gré ;
clle a réveillé vos idées par rapport à une
action héroique d'Hennuyer rapportée par
M. de la Roque , & a fait que fondé fur une
pure prévention vous avez composé une
lettre qui tend à vous efforcer d'effacer le
plus beau trait de la vie de ce Prélat , & à
lui enlever , au grand regret des fidéles , le
plus brillant fleuron de fa couronne , en
niant qu'il ait fauvé la vie aux Huguenots de
fon Diocèle à la journée de S. Barthelemi.
- Prévenu contre le P. Mallet Dominicain
que vous fuppofez fans le moindre fondement
être l'Auteur de ce que Claude Hemeré
natif& Chanoine de S. Quentin en rapporte,
vous profcrivez le tout comme inventé
après l'avoir reconnu comme certain dans
le Mercure d'Octobre 1742 p.2162 , & facrifiant
à votre idée l'intêrêt & l'honneur qui
reviennent à toute l'Eglife, principalement au
Diocèle de Lifieux , d'une action ſi édifiante
, vous vous êtes porté juſqu'à cette extrê-
B
26 MERCURE DE FRANCE
mité que de dire , de même que la fauffe
mere de l'enfant vivant devant le trône de
Salomon , Mallet l'a écrit & cela fuffit , ce
n'eft qu'une fable dont perfonne n'a lieu de
fe glorifier , nec mihi nec tibi fit.
Au bout de 73 ans , dites - vous d'un air un
peu cavalier , il vint un P. Mallet apprendre
fans nommer les Auteurs , que l'Evêque Hennuyer
s'eft fignalé enfauvant du massacre de la
S. Barthelemi fes brebis égarées . M. relifez
Mallet, & vous trouverez qu'il cite à la marge
Hemeré , & fon ouvrage AUGUSTA , &c,
Vous ajoûtez que ceux de Lisieux ne citent
que Mallet fans nulle autre trace dans leurs
archives, & p. 216 du Mercure d'Octobre
1742 vous avez mis que M. l'Abbé Prevôt
apparemment un de Mrs vos parens vous
répondit qu'ayant fondé les Regiftres du
Chapitre de Lifieux ils ne parloient d'Hennuyer
qu'après Mrs. de Ste. Marthe & Mallet.
Ce dernier par vous même n'eſt donc
pas le feul qui foit cité dans les Regiftres,
Eft- il permis de tronquer ainfi les manuf
critsi leurs noms y font écrits c'est pour
autorifer une tradition déja , felon vous , généralement
reçûe à Lisieux qu'on ne sçauroit
trop respecter.
Maintenant fi je vous fais voir qu'Heneré
éft l'Auteur de la narration du fait de Lifieux
, n'avourez vous pas que vous ave
DECEMBRE 1746.
2 སྙ
tort de l'attribuer à Mallet en vous récriant
contre lui d'une maniere peu honnête ?
Ma preuve eft fans replique . Hemeré
bien plus âgé que Mallet a donné cette narration
de la charité de notre Prélat en 1643.
deux ans avant Mallet , qui le cite à la marge
entre & pour les deux fujets Guiencourt
& Hennuyer, qu'Hemeré , comme vous allez
voir renferme dans un feul article , celui-ci
ne cite perfonne , il eft conftant que celui
qni eft cité eft l'Auteur , & celui qui le cite
le copiſte.
fer
Vous répondez à cela dans le Journal de
Trévoux Avril 1744. Mallet pouvoit avoir
communiqué fon manufcrit à Hemeré, trifte
défaite ! pouvez vous bien feulement, penſer
que ce vénérable Chanoine & célébre Auteur
ait voulu s'avilir juſques- là que de pafpour
un plagiaire en donnant au public,
en fon nom , deux ans avant Mallet , dans
Paris , l'école des Belles - Lettres , tout un
article de l'ouvrage de ce Pere ? Et moi je
vous demande quand , en quelle année , quel
jour , en quelle occafion lui a-t'il communiqué
fon manufcrit ? Qui vous l'a dit ? Où l'avez
vous trouvé ? Quelle liaifon fi étroite.
peut ily avoir eu entre un Religieux Breton
, Licencié feulement en 1624 , & um
Chanoine Picard , Docteur de Paris depuis
1614 ? Concluez donc qu'étant dans l'im
Bij
28 MERCURE DE FRANCE,
poffibilité de me répondre , ma preuve étant
pofitive , & votre fuppofition vaine , vous
ne vous aviferez plus à l'avenir de dire que
Mallet eft l'Auteur d'un fait dont vous venez
d'être convaincu qu'il n'eft que le copiſte.
Vous même découvrez les fources d'où
Hemeré peut avoir puifé les propres termes
de ce qu'il en rapporte , en difant dans votre
lettre adreffée aux RR. PP. Auteurs des
Mémoires de Trévoux Avril, 1744 , Hemeré
fut fait en 1637 Bibliothécaire de Sorbonne ,
il garda cette placefix ans , après lefquels il
fut prié de prendre la notice des manufcrits
du feu Cardinal de Richelieu ; deux époques
de fa vie qui donnent une grande idée de
fon mérite & lieu de croire que s'il fçavoit
le fait de Lifieux par la tradition &
par fa converfation avec ceux de ce tems là ,
peut avoir. trouvé les propres termes de
ce qu'il en dit parmi un fi grand nombre de
manufcrits qu'il a eus en main.
il
Hemeré reconnu l'Auteur de la narration,
vous n'avez qu'à la bien examiner , & vous
ferez également perfuadé qu'elle eft véritable
; le titre de fon ouvrage eft Auguſta
Viro-manduorum vindicata, liv. 1 1. pag.347,
c'eſt la Ville de Saint Quentin en Picardie.
In aulâ claruere viri pietate doctrinâque
confpicui J. Hennuyerius &fo . Guiencurtius.
Hennuyerius factus eft Epifcopus Lexovienfis
DECEMBRE . 1746. 29
an 1559fedemcùm ille regeret &c. (verſion du
Latin ) Hennuyer étant Evêque de Lifieux
dès 1559 , le Gouverneur de la Ville reçût
un ordre du Roi Charles IX . de faire mainbaffe
fur tous les Calviniftes qui y étoient
de même qu'on vit dans celle de Paris la
capitale du Royaume couler le fang des perfonnes
de cette fecte. L'Officier ayant communiqué
fon ordre au Prélat . je ne fçaurois
me réfoudre à fouffrir , dit -il , que mes
brebis quoi qu'égarées & que j'efpere de ramener
foient ainfi égorgées ; le Gouverneur
reprefentant que l'ordre de la Cour étoit
fi preffant qu'il y iroit de fa tête , s'il manquoit
de l'exécuter ; je réponds pour vous ,
lui répliqua le Prélat , & lui donna une
obligation écrite de fa main , par laquelle il
confirmoit fa promeffe , & le public informé
d'un fi héroïque acte de charité l'admira,
& les hérétiques qui étoient à Lifieux , touchés
fenfiblement de la charité de leur Evêà
leur conferyer la vie , rentrerent peu
dans le fein de l'Eglife , fi bien qu'il
n'en refta plus aucun veftige ; ce Prélat mourut
en 1578; plufieurs de fes parens du même
nom & des premiers de la Ville y ont
été diftingués pendant long tems par leur
pieté & par leurs grands biens .
que
à
peu
Tel eft le témoignage d'Hemeré , contemporain
& compatriote de plufieurs pa-
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
rens du Prélat. Une rélation fi bien détaillée
où le trouvent toutes les circonstances du
fait , ne peut avoir été que copiée par Heeré
ou lui avoir été rapportée , & ce feroit
contre toutes les lumieres de la raifon de
fuppofer qu'il l'ait inventée.
Ce fut, M. , l'Edit dont vous parlez du 17
Janvier 1561 , par lequel il étoit deffendu
d'inquiéter perfonne pour fait de Religion
qui fit que potré Prélat douta fi ce dernier fi
oppofé inoui & tragique ne feroit pas fubrepnice,
& ce doute le faiſant pencher du côté de
la clemence , il crut que cette inclination ne
donneroit aucune atteinte à fa foumiffion
aux ordres d'un Prince qui l'eftimoit ; obligé
par fa charge de Premier Aumônier du
Roi de fréquenter la Cour , il n'ignoroit
pas quel étoit le bon coeur de Sa Majesté ,
& les intrigues du parti fanguinaire , & il
conclut de même que M. Claude de Savoïe
Comte de Tende , Gouverneur de Provence
, que cet Edit vendit plûtôt des ennemis
du repos public que du Roi , lequel
bien loin de le blâmer , diffimulant fon reffentiment
contre les conjurés , lui en fçauroit
bon gré.
Le raifonnement de Claude de Savoie &
d'Hennuyer étoit jufte , car le Roi étoit fi
oppofé à cet Edit violent que M. de Thou
inftruit par fon pere , favori du Roi a
DECEMBRE 1746. 31

"
jo
,, écrit tome II . pag. 8 + 2 , hift . fui temp. Re
demum patrata Regem , cùm aliter non poffet ,
» id quafi fuâ fponte ac juffu fuo factum probaffe
aut probare fimulaffe , le Roi fit femblant
d'approuver des meurtres qu'il déteftoit,
certe in Delphinatu & Provinciâ res aliter
adminiftrata funt , ajoûte . t'il page
826 , nam Claudius Sabaudus Tenda Comes
, cùm ei allata effent eâ de re littera , ille
• ingenuè refpondit non fe exiftimare id Regem
velle , fed quofdam erga publicam tranquil
litatem malè affectos illius nomen ementiri ,
quando ante paucos dies longè diverfa ab his
acceperit, malle ergòfe prioribus ut Regisfide
& clementia magis dignis parere .
20
20
$9
DO
Au refte Si M. de Thou ne parle pas de
notre Prélat , il n'a pas non plus mis que
Jacques de Matignon Lieutenant de Roi en
Baffe Normandie fauva du maſſacre S. Lo &
Alençon , & vous ne laiffez pas de nous donner
ce fait pour certain, pag.64, fans même citer
d'Auteur ; convenez que chaque Ecrivain a
rapporté fur ce fujet ce dont ilavoit connoiffance
, comme l'a fait Hemeré compatriote
des parens d'Hennuyer Bibliothécaire de
Sorbonne qui avoit eu en main les manuf
crits du Cardinal de Richelieu , & qu'un
feul ne fçauroit avoir été informé de tous les
faits.
Mrs. Jean & Antoine de la Roque freres,
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
38
ja
afin d'être folidement informés de ce fait,écrivirent
, le premier à Lifieux , & le fecond à
S. Quentin. Voici la réponſe faite à l'aîné .
Mémoire de Lisieux du 30 Septembre 1742 .
» M. pour répondre à la queftion propofée
, il eft vrai que Jean Hennuyer s'oppofa
au maffacre de la S. Barthelemi ; le
fait rapporté par Dom Baunier eft auffi
vrai ; les habitans de cette ville n'ont ja-
» mais pû fouffrir aucun Religionaire par-
... il eft de tradition conftante
que les Calviniftes touchés de la tenadreffe
de leur Paſteur rentrerent preſque
» tous dans le bercail par l'abjuration qu'ils
firent, peu de tems après le maffacre de la
3
33
»
2
20
*
mi eux
S. Barthelemi,
Réponse faite à M. Antoine de la Roque Chevalier
de l'Ordre de S. Louis.
33
» Je fatisfais) un peu trop tard à votre
lettre pour ne pas vous rien mander que
» de pofitif. On ne fait aucun doute ici que
,, M. Hemeré ne doive être regardé comme
très- veridique dans le fait de Jean "
» Hennuyer Evêque de Lifieux en 1572 ,
dont il peut avoir eu une connoiffance
» entiere , par les contemporains communs
» de cet Evêque & de cet Auteur ; la rai-
29
DECEMBRE 1746. 33
30
30
30
-3
93
fon en eft évidente : Hemeré a fait imprimer
fon Augufta & c. en1643 , il est décédé
peu de tems après âgé d'environ 75
» ans , il eft fenfible qu'il avoit vêcu avec des
perfonnes qui avoient connu parfaitement
ce Jean Hennuyer , & avoient eu une connoiffance
entiere du fait de 1572. On
trouve un Hennuyer Echevin , ou Juré
de cette ville . Voilà M. ce que j'ai pû découvrir
fur cela après en avoir conféré
avec mes amis , & ce qu'il y a de mieux ;
j'ai l'honneur d'être , &c. de Renveshue
Préfident à S. Quentin, ce 30 Mars 1734-
Mais , M. pourquoi aller chercher d'autre
témoignage que le vôtre pour conftater cette
action de charité ? il ne vous doit pas être
fufpect ; j'avoue , avez vous dit dans le Mereure
d'Oct . 1742 qu'il eft furprenant qu'u
trait fiEpifcopal & fi digne des premiers fiécles
ait échapé aux écrivains du tems & aux
modernes de quelque réputation.Hemeré ,
M. né avant le décès du Prélat & Doc-
» teur de Paris en 1614 , peut être dit de ce
tems-là & moderne puifqu'il a écrit em
1643. Cependant, ajoûtez vous, c'eft une
»tradition fi généralement reçue à Liſieux
qu'on ne fçauroit trop la refpecter , d'ailleurs
le zêle appoftolique dont étoit a
nimé le Saint Evêque avoit déja paru .
Eft-ce - vous,M, qui êtes l'Auteur de ce que
Bw
8
00
20
20
34 MERCURE DE FRANCE.
je viens de dire , ou quelqu'autre qui l'â inferé
furtivement dans votre piéce ? que voulez-
vous qu'on penfe de votre variation ,
Vous voyant aujourd'hui d'un fentiment oppofé
? vous répondez que lefilence des Ecrivains
du tems & des modernes de quelque réputation
vous y engagent. N'aviés vous pas
alors la même raifon ? En avez- vous trouvé
depuis un feul qui dife le contraire , ou quelque
tradition , du nombre des familles éteintes
? du lieu ou leurs corps furent enterrés ?
tout nous prêche que le calme régna dans
Lifieux ; montrez- nous quelque débris
du naufrage pour nous prouver qu'on y effuya
la tempête : vous demandez un Auteur
moderne , de réputation. Le P. Echard Dominicain
decédé en 1724 duquel vous avez
dit pag. 2 165 du Mercure d'Octobre 1742.
Cet homme fiéclairé , fi refpectable qui avoit
pris pour devife la verité , qui lui confacra
fes veilles , foutient le fait de Lifieux ; pouvez
vous vous refufer à fon témoignage & à
celui du P. Alexandre ? Le Clergé enfauva
plufieurs dit le Continuateur de M. Fleury
Hift. Eccl. & il rapporte le même fait .
Les motifs de reconnoiffance envers les
illuftres Maiſons de B. & G. que vous nous
donnez , p.74, comme capables de corrompre
Hennuyer & de les lui faire préférer à la vie
& au falut de fes brebis , ſont ſi odieux qu'ils
DECEMBRE 1746, 35
20
33
รา
> vous font tort. . Quand même, dites-vous
quelqu'un des Evêques, fe feroit diſtingué
par des démarches déclat , il n'y a nulle
apparence que l'Evêque de Lifieux eût été
» du nombre. On fçait que le Duc de Guiſe
- étoit l'ame du complot; que le Cardinal de
» Lorraine fon oncle avoit protegé dans
tous les tems Hennuyer , il l'avoit fait
» nommer Confeffeur & Premier Aumônier
» du Roi , &c. Enfin c'étoit par fa médiation
qu'il avoit été nommé Evêque de Lodéve
où il n'alla pas , puis Evêque & Comte de
» Lifieux. Voilà donc un homme qui dans
la fituation où il étoit , avoit des engage.
» mens perfonnels & qui de plus étoient
conformes à fes fentimens. Eft-il poffible
que d'un fi bon Paſteur vous en faffiés un
» mercenaire , qui devoit craindre , felon
vous, de rompre en visiere à fon neven &
de déplaire au Cardinal . de L. duquel
il avoit été le Docteur , & un Fanatique
, en ajoutant le moins qu'on peut préfumer
du difcoursfanatique d'Hangart fon neveu
dans le tems du maſſacre , c'est qu'il étoit
conforme à lafaçon de penfer defon oncle. Peu
s'en faut que vous ne l'accufiés d'avoir confpiré
contre la vie de ceux qu'il a fi charitablement
préfervés de la mort. Quoi de plus
injurieux à un Evêque & de moins vraifemblable
pour Hennuyer !
30
50
20
30
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
לכ
» Vous voilà réduit à chercher des alibi
» & à demander du fecours en adreſſant ces
» mots, p. 78 à M. l'Abbé le Boeuf, c'eſt à
≫ vous , M. qui avez la sagacité néceffaire
> gour déterrer les Anecdoctes , à trouver
», fi Hennuyer n'étoit point alors abfent de
Lifieux, je fuis fur le déclin , je vous établis
» mon fubftitut pour cette découverte ; an
» tre fimplicité , cet alibi bien prouvé fapperoit
jufqu'aux fondemens le trophéé érigé
par le P. Mallet .
23
20
Serez-vous, M. convaincu pour une bonne
fois , après ce que j'ai dit , que vous êtes
dans l'erreur & que Mallet n'eft que le copifte
de la narration rapportée par votre
confrere Hemeré Chanoine de S. Quentin,
comme vous à qui j'ai eu l'honneur de parler
quelquefois au fujet de vos difputes,
l'êtes dans une Egliſe de Paris , après avoir
rempli dignement les premieres chaires des
Eglifes de cette capitale ? Vous ajoutez, pag.
60. qu'il ne vous fied pas de parler du bon
accueil que fit le public à votre écrit de 1742.
ce fut fans doute , M. à la lecture des trois
mépriſes dans vos citations , dont vous ne
Vous êtes pas juftifié , & de l'anachroniſme
des Bulles d'Hennuyer données par Pie IV.
avant l'Election de ce Pape , faute que vous
avez reconnue & réparée. Mais il vous fied
bien moins , étant Eccléfiaftique , de regarDECEM
BRE 1746. 37.

der comme un triomphe de pouvoir dépouiller
un Evêque , & en même tems le
Clergé fi refpectable de Lifieux , après une
tradition conftante, de la gloire que notre
Prélat s'eft acquife. On tient , M. à S. Quentin
& à Lifieux ce fait certain. Une nûe d'Ecrivains
, parmi lesquels fe trouve le P. Fontana
& que vous exprimez par le terme
de foule , en ont été convaincus .Vous avouez
même que malgré vos fréquentes & importunes
follicitations , vous avez trouvé le fçavantfeu
M. de la Roque l'ainé.que vous continuez
de poursuivre après la mort , inflexible
dans fon fentiment ; fera-t-il dit que
Vous feul vous y oppoferez dans votre
déclin, époque à remarquer , fans le moindre
fondement,après que moins âgé vous y avez
applaudi ?
Pour ce qui eft de la profeffion de Dominicain
du Prélat , ce n'eſt ni à vous ni à
moi d'en décider ; vos écrits & ceux de votre
adverfaire font entre les mains du public
pour en juger. Je fuis , M. avec reſpect votre
très-humble ferviteur , &c. A Paris ce 20
Septembre,
1
38 MERCURE DE FRANCE.
烧烧烧烧烧烧烧烧烧油油油糕
A MAD AME ***
Pourroit-elle douter de ma fincére ardeur?
Mes Vers plus d'une fois ont célébré fa gloire :
Hélas ! je fuis dans fa mémoire
Et ne fuis jamais dans fon coeur.
Pour pouvoir lui conter l'excès de mon martyre
A peine obtiens-je d'elle un inftant d'entretien ,
Et lors qu'en ma faveur fon coeur ne lui dit rien
* Mon efprit a toujours,quelque chofe à lui dire.
Ainfi d'un feu naiffant trop funefte victime
Pour ... je foupire & la nuit & le jour :
Grands Dieux ! que la fimple eſtime
Confole mal de l'amour !
7
• Allufion à differentes petites piéces faites pour cette
Dame.
DECEMBRE 1746. 39.
EPIGRAMME pour la même qui avoit

fait beaucoup de complimens à l'Auteur au
fujet des Vers qu'il a compofés àfa louange.
MEs Vers ont chanté ſes attraits
Elle exagere leur mérité ,
Ses éloges me font fufpects :
Envers moi l'inhumaine adroitement s'acquitte
Par un ingénieux détour ,
Mais de m'aimer je ne la tiens pas quitte;
Je ferai parler mon amour :
Sans ceffe il fe plaindra de fon indifference ,
Lui vantera mes feux , l'excès de ma conftance,
Jufqu'à ce qu'un tendre retour
M'oblige à garder le filence .
MADRIGAL à la même.
DE vos attraits qui pourroit ſe défendre?
Quand vous voulez affujettir un coeur
Vous l'engagez avec un air fi tendre
Que le vaincu croit être le vainqueur.
40 MERCURE DE FRANCE,
*£3**£3**£3÷÷E34 E3
PETITE ODE ANACREONTIQUE
au fujet de plufieurs éloges qui ont été adresfes
à l'Auteur au fujet du Madrigal précédent.
J'Etois las de chanter envain
Le beauté qui m'infpire ;
Apollon arrêta ma main
Prête à briſer ma lyre :
Eneor que cet objet vainqueur ,
Dit-il , te foit rebelle ,
Ne laiffe pas en fa faveur
De ſignaler ton zéle .
Ta Mufe pour tes derniers Vers ,
Fruits de fa résistance ,
Reçoit cent éloges divers ;
Voila ta récompenſe :
Placé par les mains des neuf foeurs
Au temple de mémoire ,
Ceffe d'accufer des rigueurs
Qui fervent à ta gloire,
DECEMBRE 1746. 41
SEANCE publique de l'Académie Royale
de Chirurgie , à laquelle préfida M. Puzos
Directeur , en l'absence de M. de la Peyronnie
, Premier Chirurgien & Medecin
Confultant du Roi , le 7 Juin 1746 .
Onfieur Hevin Sécrétaire pour les Cor-
Mrefpondances fit en l'abſence de M.
Quefnay Sécrétaire l'ouverture de la Séance
: il lât un précis fur les Remédes fuppuratifs
qui étoient le fujet du Prix propofé
pour cette année , & il déclara que le Mémoire
qui avoit paru entrer le plus dans les
vûes de l'Académie , & à qui elle avoit crû
devoir adjuger le Prix, étoit le Mémoire Latin
, nº . premier , qui avoit pour Deviſe :
Involuta veritas in alto latet. Ce Mémoire
eft de M. Jean Grashuis , Docteur en Médecine
à Amfterdam , & Affocié de l'Académie
Impériale de Léopolde , dite des Curieux
de la Nature : l'Académie lui a auffi
accordé des Lettres d'Affocié Etranger.
Elle a trouvé que des autres ouvrages qui
ont mérité d'être admis au concours , le
Mémoire Latin n °. feptiéme , a le plus approché
de celui qui a remporté le Prix . L'Auteur
de ce Mémoire eft M. Chrétien Eſchen42
MERCURE DE FRANCE.
bach , Docteur en Médecine à Rostock
Ville de la mer Baltique dans la Poméranie ,
près celle de Hamburg.
M. Hevin annonça la mort de M. Collin
de la Croix , Ancien Chirurgien Major des
Dragons d'Orleans , Chirurgien Major de
l'Hôpital Royal & Militaire de Phalfbourg ,
& Médecin du même Hôpital , Aſſocié Correfpondant
de l'Académie de Chirurgie , arrivée
depuis la Séance publique de l'année
derniere.
· L'Académie a nommé Affocié Correfpondant
M. Louis , Maître ês Arts , Ancien
Chirurgien Aide- Major des Camps &
Armées du Roi , Ancien Chirurgien Major
du Régiment du Commiffaire Général de la
Cavalerie , & gagnant Maîtrife en Chirurgie
à l'Hôpital Général de Paris en la Maifon
de la Salpêtriere. M. Louis avoit eu en 1744
un Acceffit au Prix des Remédes émolliens ,
& il remporta en 1745 le Prix des Remédes
anodins.
Le premier Mémoire qui a été lû eft de
M. Belloq . Son objet eft d'examiner les principaux
moyens qui ont été employés pour
arrêter le fang de l'artére intercoftale ouverte,
& de propofer un inftrument nouveau qui
en renferme les avantages , fans être fujet aux
inconvéniens que l'on y a obfervés.
כ כ »L'accidentlepluseffrayant&leplusà
»craindre , dit M. Belloq , eft l'effufion du
DECEMBRE
1746. 43
90
20
fang ; il conduit néceffairement à la mort ,
» fi l'on n'y remédie promptement, Toute
hémorragie ceffe d'être dangereuſe fi on
vient à bout de l'arrêter affés à tems , maist
outre la force qu'il faut oppofer vîte au fang ,
il est bien important de n'être pas troublé
pendant que le vaiffeau tend à fe confolider :
fouvent au moindre mouvement du corps le
fang donne de nouveau ; il faut à diverfes
repriſes fe dépêcher de donner du fecours ,
& chaque fois le bleſſé eſt plus foible. D'ail
leurs les diverfes manieres de fe rendre maître
du fang , ne font pas également fûres ou
exemptes d'accidens ; il eft donc effentiel de
faire un choix ou de trouver mieux que ce
qui a été pratiqué , & M. Belloq paroît avoir
réuffi .
Il y a une reffource puiffante dans les cas
où il eft de la derniere néceffité de fermer
le paflage au fang qui fe perd par une artére
confidérable ; c'eft la ligature . Elle eſt dûe
aux recherches & à l'expérience d'un illuftre
Premier Chirurgien , Ambroife Paré ( vers
1560 ) qui à l'aide des Lettres , réuniſſoit la
fcience de la Médecine à ton génie pour la
Chirurgie.Belle & difficile Profeffion dont il
a deffendu avec fincérité la vraie étendue , &
l'indifpenfable liberté pour l'interêt de la vie
des hommes ; après tantd'autres raports, par- là
fpécialement, il a été le la Peyronnie de fon
44 MERCURE DE FRANCE.
fiécle. Cette grande découverte de la ligature
appliquée aux amputations & beaucoup
d'autres fi conftanteslui attirerent néanmoins
tout un corps d'adverſaires-nés , dont il s'eft
vû vainqueur , & dont il l'eft plus glorieuſement
par le tems. Voici donc comme s'exprime
M. Belloq à l'égard de la ligature.
4
כ כ

93
On employe la ligature pour arrêter
» le fang dans tous les cas où il eft poffible
» de la mettre en ufage ; cette poffibilité dépend
pour l'ordinaire de la pofition du
» vaiffeau ouvert , car s'il eft placé entre les
» Os, le Chirurgien nnee ppeeuutt qquuee très-diffici-
» lement la pratiquer. » Auffi cette voye ( la
ligature ) ne s'étoit point préfentée pour l'artére
intercoftale ; fa fituation derriere une
côte au-dedans de la poitrine en avoit été
fans doute la caufe ; on ne trouvoit pas cette
artére faififfable faute d'expédient, mais l'art
de la lier , & par-là de s'affûrer de la vie des
bleffés , étoit reſervé à nos jours où les perfections
de la Chirurgie fe font comme accumulées
tout- à- coup. M. Belloq ne manque
pas de parler avec éloge de l'entrepriſe
& de fon Auteur. » Feu M. Gerard qui a
été l'un des nôtres , fi diftingué par une
heureuſe dextérité , eft le premier qui a
imaginé de paffer une éguille courbe dans
»la poitrine , pour faire autour de la côte une
ligature , qui conjointement avec un bour-
20
93
DECEMBRE 45 1746 .
93» donet affujetti en dedans , arrêtât le fang
» de l'artére intercoftale ouverte , &c. Ce
qui fait le procédé d'une opération hardie
dont il feroit trop long de donner le détail ,
d'ailleurs affés connu.
Cette nouvelle méthode a donné lieu à
differens changemens. D'abord M. Goulard
très-habile Chirurgien de Montpellier a imaginé
une nouvelle aiguille courbe , canellée
fur fa courbure, ayant à une petite diſtance
de fa pointe un trou , & à l'autre extrémité
un manche : cette jéguille ne change rien au
fond de l'opération ; elle en rend feulement
l'exécution plus aiſée .
ככ
Enfuite un Chirurgien étranger émule de
la Chirurgie Françoife communiqua à l'Académie
de Chirurgie un inftrument qui arrête
le fang de l'artére intercoftale ouverte
fans faire de ligature. Ce moyen dans fa
» fimplicité , dit M. Belloq , femble remplir
» toutes les intentions du Chirurgien . » La
matiere de cet inftrument eft d'acier , faifant
reffort ; fa grandeur eft proportionnée au
lieu où on l'applique ; fa figure eft triangulaire
; l'angle fupérieur , qui eft le plus aigu ,
eft replié de maniere que le repli forme un
appui qui comprime l'endroit du vaiffeau
ouvert cet inftrument eft tenu en fituation
par une bande autour du corps , paffée par
46 MERCURE DE FRANCE.
deux fentes pratiquées entre les deux angles
inférieurs.
M. Belloq qui a fenti le mérite de ces diverſes
tentatives en a examiné les effets felon,
les loix de la pratique , & il en po te un modefte
jugement , ou plutôt il laiffe décider
les autres . » On voit affés , dit-il , par la multiplicité
de ces moyens que les Chirurgiens
s'appliquent à tout ce qui tend à la perfection
de leur Art .
+9
55
99
»
ל כ »Animé du même zéle j'ai réfléchi aux in-
» convéniens fâcheux de l'ufage des éguilles
pour lier l'artére intercoftale , foit qu'on
»le faffe avec l'éguille courbe ordinaire , ou
» avec celle de M. Goulard ; ces éguilles en
» faifant à la pleure une ou plufieurs playes ,
» peuvent cauſer à cette membrane une inflammation
dangereufe.
*
» Cette membrane irritée par le paffage
douloureux du fil qui doit affujettir le
,, bourdonet fur le vaiffeau ouvert , peut
» s'enflammer & produire de facheux acci-
» dens . De plus , que doit- on efpérer d'une
» ligature , qui pendant plufieurs jours ferre
» durement fur la côte une membrane délicate
& extremêment fenfible ?
» Le danger de ces inconvéniens déter-
»mine à donner la préférence à l'inftrument
qui exclut les éguilles , mais lui-même n'eft
»pas exempt de défauts
23
DECEMBRE 1746. 47
20
50 Le premier de ces défauts eft l'inſuffi
fance de la compreffion fur le vaiffeau ouvert
, ce qui n'eft pas étonnant , puifqu'il
n'a pour point d'appui qu'une bande qui
» le tient fimplement appliqué fur les côtes,
» Le deuxième défaut que je remarque à cet
inftrument , c'eft qu'il bouche la playe ,
dont l'ouverture eft abfolument néceffaire ,
tant pour vuider le fang fluide qui feroit
épanché dans la poitrine , qu'afin de por-
» ter dans cette capacité des injections con-
» venables pour délayer un fang qui pourroit
» être grumelé , & dont la dureté feroit obftacle
à fon expulfion.
10
Après l'expofe exact des motifs d'inquiétude
fur ce qui a été pratiqué , M. Belloq
propofe ce qu'il croit y avoir à réformer.
Tous les moyens connus qu'il a bien pefés
lui ont fourni l'idée de ce qui étoit à conferver
ou à rejetter , & il en a réfulté un nouvel
inftrument fort ingénieux dont il faut lui
laiffer faire la defcription .
39
Ayant fait attention, dit- il , à tous ces in-
» conveniens ci-deffus marqués, j'ai imaginé
un inftrument qui réunit tous les avantages
dcs méthodes dont ont s'eft fervi jufqu'à
préfent pour arrêter le fang de l'artére intercoftale
.
Cet inftrument eft compofé de plufieurs
piéces : celle qui fert d'appui aux autres a
48 MERCURE DE FRANCE.
"
و د
39
» dans fa propofition ordinaire deux pouces
» 4 lignes de longueur , 3 lignes d'épaiffeur
& cinq de largeur.La partie antérieure
de cet appui eft terminée par une petite
plaque triangulaire & à demeure , deſtinée
à être appliquée fur l'intérieur de la côte
, où le vaiffeau fe trouve ouvert : elle eft
» foutenue dans cette pofition par une pla-
» que de même figure,que l'on affujettit contre
l'extérieur de la côte par le moyen d'u-
» ne vis rivée ; cette plaque extérieure a une
» couliffe dans fa partie inférieure , qui lui
≫ donne la liberté d'être pouflée ou ramenée
» pour graduer la compreffion.
30
25
» La vis rivée dans le milieu de cette pla-
,, que , & qui la fait marcher , paffe par le
» taraud d'un appui qui eft rivé fur l'extrêmité
poftérieure du fupport principal : le
fupport principal eft brifé par unecharniere
» dont l'ufage eft de renverfer la plaque an-
» térieure pour l'introduire facilement dans
», la poitrine. La côte ſe trouvant ainfi exactement
embraffée par les deux plaques , la
>compreffion peut fe continuer au dégré
20 que l'on veut à l'aide de la vis .

29
29
vions
Mais , continue M. Belloq , fi nous n'aque
l'avantage de comprimer la cô-
»te , la compreffion effentielle , qui eft celle
» du vaiffeau ouvert, feroit infuffifante , comme
celle du petit inftrument , dont nous
» avons parlé,
» Pour
DECEMBRE 1746 49
93
Pour ne pas tomber dans un pareil défaut
, j'ai ajouté une petite bafcule qui fe
trouve en partie cachée dans une couliffe ,
Do que renferme l'épaiffeur de la partie anté-
» rieure du fupport de deffous. Cette bafcu-
» le agit par le moyen d'une vis à tête plate,
כ
qui paffe par le taraud d'une piéce cou-
» dée , & foudée à l'exterieur de l'angle ſupérieur
de la plaque mouvante ; la vis eft
rivée dans le centre fupérieur d'une couliffe
; cette couliffe donne paffage à la vis qui
dirige le mouvement de la piéce triangulaire
deftinée à comprimer fur l'extérieur
„ de la côte ; du centre inférieur de cette
33

a couliffe part une pointe mouffe
, qui ap-
» puyant
fur l'extrêmité
de la bafcule par le » moyen de la vis , l'abbaiffe
autant qu'il faut » pour appuyer
fur le vaiffeau
ouvert.
35 Le premier avantage de cet inftrument¸
» c'eft d'arrêter le fang fans faire playe.
כ כ
" Le fecond eft de faciliter l'ufage des injections
& l'iffue du fang épanché , en laiffant
l'ouverture de la playe affés libre .
» Un troifiéme avantage de cet inftrument ,
» c'eft d'empêcher que les éclats d'une côte
faits par un coup d'épée ne puiſſent piquer
le poulmon.
Tant de combinaifons délicates pour
parvenir à une conftruction fimple & extrêmement
favorable , font le fruit de beaucoup
C
50 MERCURE
DE
FRANCE
.
de fçavoir , & le public doit fentir la préfé
rence des inftrumen bien perfectionnés pour
les cas difficiles , à cauſe de leur plus grande
fûreté.
2
20
כ כ
L'extrait de ce Mémoire rappelle natu
rellement une réflexion qui a été faite ; elle
répondra tout-à-fait à la candeur connue de
M. Belloq . Ce n'eft pas , ( dit un Auteur
fenfé ) après avoir propofé un nouvel inftrument
, qu'il faille dédaigner ces moyens
» comme à la main que l'on difpofe avec fagacité
fur le champ , qui ne fentent rien
que les machines , dont ils font fouvent
les fubftituts heureux ; ces moyens
d'une fubite invention des modéles dans
» leur maniere , méritent au contraire d'être
cultivés & tranfmis par tradition ; ils font
» de tous les momens , mais l'attribut particulier
d'un trop petit nombre de Chirur-
» giens. »
≫ moins
2
ל כ
On n'eft pas , en effet , toujours à portée
de faire commodément la Chirurgie , & on
peut auffi ne pas avoir tous les inftrumens :
c'eft être alors le plus habile d'imaginer ou
de profiter d'un expédient qui remplace en
quelque forte un inftrument. On fçait , ily a
du tems , que par une voye auffi douce , &
fans embarras , M. Quefnay , l'un de ces hommes
rares , fupérieurs aux talens en Médecine
, fauva la vie dans l'Hôpital de Mantes à
un Soldat qui perdoit lon lang par l'artére inDECEMBRE
1746. ST
: tercoftale il tenta auffitôt de fe fervir
d'un jetton d'yvoire , diminué fuffifamment ,
enveloppé d'un linge , & percé en deux endroits
pour le paffage d'un ruban fort étroit ;
il l'introduifit dans la poitrine , comme il convenoit
; emplit enfuite l'efpece de fac que
faifoient le linge & le jetton avec de la charpie
, & le ruban enfuite bien tiré , il ſcût le
fixer & l'attacher en dehors : par là il y eut
une compreffion intérieure fuffifante , fuivie
du plus prompt fuccès.
M. Levret lût après un Mémoire fur une
nouvelle méthode de faire l'extraction de la
tête de l'enfant féparée du corps , & reſtée
dans la matrice, Il rapporte dans ce Mémoire
les differentes caufes qui peuvent , foit du
côté de la mere , foit de la part de l'enfant ,
donner lieu à cet accident , qu'il regarde
néanmoins comme rare , & qui encore eft le
plus fouvent le produit de l'impéritie , malgré
les caufes peu favorables qui peuvent y
donner occafion ; l'Auteur détaille enfuite les
differens moyens que les Praticiens, tant anciens
que modernes, ont donnés pour y remédier
; il en fait connoître le peu d'avantage
& les grands inconvéniens : les reflexions
qu'il a faites fur ces differens moyens ,
l'ont conduit à la conftruction d'un inftrument
qui a tous les avantages poffibles dans
le cas dont il s'agit. Ce font trois lames ob-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tufesd'acier poli ,pofées les unes fur les autres;
elles ont fix lignes de largeur fur un pied de
long , & font courbées fuivant des lignes
avantageufes pour leur introduction & pour
le volume qu'elles doivent contenir en les
mettant en ufage ; ces trois piéces font jointes
enfemble à une de leurs extrémités par
un axe commun , & attachées par l'autre à
un manche, autour duquel elles peuvent tourner
jufqu'à un certain dégré , par le moyen
des viroles fur lefquelles elles font fixées ,
afin de s'éloigner à des diſtances égales entre
elles pour entourer la tête qu'on auroit à
faifir , & qu'on n'aye plus qu'à l'extraire en
tirant tout doucement à foi , & en donnant
des petits tours de poignet , combinés fuivant
la réſiſtance des parties.
Cet Auteur a expliqué fa méthode pour
faire cette opération , & l'a appuyée partout
de folides réflexions fur la ftructure des
parties.
Pour en faire la démonſtration à l'Académie
, M. Levret fit faire une matrice méchanique
, elle contenoit un oeuf d'Autruche
du volume d'une très - groffe tête d'enfant
qui naît à terme, pour en éviter l'afpećt.
Cette démonſtration , précédée de ce que
l'Auteur venoit de dire , a dû réunir les fuffrages
de toute l'Affemblée par le coup- d'oeil
avantageux qu'elle préfente; & depuis les ha
biles & fçavans Démonftrateurs qui font dans
DECEMBRE 1746. 53
1'Amphithéatre des Ecoles de Chirurgie le
Cours des accouchemens , ont prié M. Levret
de leur prêter & l'inftrument & la matrice
artificielle ,pour en faire part au grand nom →
bre d'Eléves qui affiftent à ces leçons , &
qui y viennenr puifer les connoiffances néceffaires
pour être utiles à leur Patrie.
M. Levret fait les remarques fuivantes fur
les avantages de fa méthode.
1°. Que cet inftrument n'étant ni piquant
ni tranchant , peut être introduit fans aucun
danger.
2 °. Qu'il n'ajoute aucun volume à celui de
la tête qu'il a faifi , parce qu'en s'affaiſſant deffus
il s'y enchaffe , pour ainfi dire.
3 °. Qu'en enveloppant très-aifément un
oeuf d'Autruche , dont le volume furpaffe
celui d'une des plus groffes têtes d'enfant qui
naît , il ne fera pas poffible de la manquer.
4°. Que fi la tête n'eſt pas d'un gros volume
, elle n'en fera pas moins exactement faifie
& extraite par l'inftrument , à caufe de la
flexibilité des lames.
5° . Que fon manuel n'eft point difficile
ni douloureux .
6°. Qu'étant d'une forme oblongue il
procure la dilatation néceffaire par des dégrés
fucceffifs & prefque infenfibles.
7°.Que fi les parties réfiftent au volume de
la tête , cet inftrument tend à l'afſaiſſer , & à
C iij
14 MERCURE DE FRANCE.
lui donner une forme avantageufe pour
extraite plus aifément.
être
8°. Enfin avec cette méthode on peut opérer
promptement & füûrement. Conditions
judicieufement recommandées dans toutes
les opérations de Chirurgie.
M.Levret ajoute à toutes ces remarques que
l'idée méchanique fur laquelle cet inftrument
eft conftruit , eft applicable à plufieurs
autres opérations ; ( c'eſt à quoi il fe propofe
de faire travailler inceffamment ) & que l'inftrument
lui - même peut fervir dans certains
accouchemens laborieux , fans être précifément
dans le cas pour lequel il a été principalement
conftruit. En effet M. Levret
depuis peu en vient de faire l'épreuve dans un
travail des plus difficiles ; un enfant mort ,
dont il a faifi la tête avec cet inftrument , a été
tiré en préſence de M. Sarreau de l'Académie
de Chirurgie , avec une promptitude qui a
furpris.
M. Bruyere fit la lecture d'une obfervation
fur la cure d'une tumeur au genouil , dont
on lui cachoit avec beaucoup d'obftination
la caufe qu'il fçût découvrir.Le fujet de cette
obfervation , eft une Dame de 36 ans qui
fut attaquée un mois après fes couches d'une
douleur très- vive au genouil droit , que
plufieurs perfonnes lui affûrerent venir d'un
lait répandu. Elle prit en conféquence beaucoup
de remédes de toutes mains fans fucDECEMBRE
1746. 55
cès : elle fe confia, enfin à un Médecin qui
avec des fomentations émollientes fur la partie
, & deux grains d'opium pris intérieurement
, de deux jours l'un, ne parvint pas, quoi
qu'il fe le propofat, à appaifer les douleurs ,
qui au contraire devinrent fi violentes , malgré
l'ufage des calmans , que la malade ne
pût fupporter fur fon mal l'application d'une
fimple compreffe. Il y avoit trois mois qu'elle
étoit dans cet état , lorfque M. Bruyero fut
appellé ; il examina la maladie , & trouva la
partie affectée d'un tiers plus groffe que dans
l'état naturel ; il remarqua en même tems
que l'excès du volume venoit du gonflement
des parties offeuſes : ( les condiles du fémur
& la partie fupérieure du tibia. ) Il s'informa
de toutes les circonftances qui avoient précé
dé cette maladie , & il apprit que la douleur
avoit commencé dans le tems que les
lochies couloient encore , que vingt-quatre
heures après il étoit furvenu une fuppreffion
totale de cette évacuation , & que depuis
quatre mois la malade n'avoit point été réglée
: cette inftruction décida M. Bruyere ,
& il jugea que la premiere indication confiftoit
à rétablir le cours des menftrues , ce
qui fe fit à fouhait au bout de huit jours
par l'adminiftration des moyens convenables.
Il dougea pendant cet intervale la
partie avec une fomentation émolliente ; la

Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE.
douleur diminua un peu , & tout le fruit qui
en réſulta ,fut de pouvoir appliquer des cataplafmes
fur la partie ; ces topiques furent
continués pendant trois ſemaines , fans autre
fuccès que cette légére diminution de la
douleur.
M. Bruyere le méfia alors d'un vice particulier
; il queſtionna la malade , & lui demanda
fi elle n'avoit point eû quelque maladie
antérieure ; il lui dit qu'il foupçonnoit
une cauſe particuliere : enfin , obligé de s'expliquer
, il nomma plufieurs virus, & le vénérien
en forme d'exemple , mais ces détours
furent inutiles ; la queftion fut entendue, &
l'importance de la folution bien démontrée ,
fans pouvoir tirer le moindre aveu.M. Bruyere
cut alors recours à un moyen dont M. Levret
avoit parlé à l'Académie , au fujet de la
coagulation du lait , & de l'épaiffiffement de
la lymphe : cet Auteur expofe dans un Mémoire
les vertus d'un médicament qui convient
dans ces fortes de cas , pourvû , dit-il ,
que l'humeur arrêtée ne foit pas tombée en
fonte putride , ou que l'épaiffiffement ne dépende
point d'un virus vénérien , car dans le
premier cas , le médicament accélére la putréfaction
, & dans le dernier il augmente
les accidens , ce que M. Bruyere a reconnu
depuis par plufieurs obfervations .
Il convenoit donc de faire ufage , de ce
DECEMBRE 1746. 57
reméde , pour guérir la maladie , fi elle étoit
laiteufe ou lymphatique , ou la caractériſer
fi elle étoit vénérienne : c'eft aufli le parti
que prit M. Bruyere ; il en dougea la partie
pendant quinze jours. La douleur & la tumeur
augmenterent au genouil ; de nouvelles
douleurs fe firent fentir dans l'articulation
du pied , & la jambe devint démateufe
; M.Bruyere ceffa alors l'ufage de ce médicament
: » Je ne crus cependant pas , dit- il ,
» avoir une certitude phyfique de l'exiſtence
du virus vénérien , à l'exemple de M.Levret
qui ne décide ne pas fur quelques faits ,
méritent , felon lui , d'être confirmés par
» un plus grand nombre dans différentes
» circonftances.
20
22
» qui
l'admi-
M. Bruyere penfa néanmoins
que
niftration du fpécifique anti -vénérien pourroit
être utile , mais comme la méthode or
dinaire lui étoit interdite , entre plufieurs
autres moyens acceffoires , quoique moins
fûrs , & fouvent inefficaces , il fe détermina
en faveur des fumigations : dès la troifiéme
adminiſtrée , ſelon l'art , fur la partie malade,
il s'apperçût que le génouil, dont il avoit
eû foin de prendre la meſure , étoit un peu
diminué , & que la jambe , qui auparavant
avoit toujours été plus qu'à demi fléchie ,
s'étendoit un peu plus. Ces premiers fuccès ,
quoique petits , donnerent quelque eſpé-
C
58 MERCURE DE FRANCE.
rance: les fumigations furent continuées ; elles
procurerent une falivation très- médiocre,
mais beaucoup d'évacuation par les felles ,
les fueurs & les urines ; la tumeur & la douleur
diminuerent de jour en jour, & enfin la maa
de parut parfaitement rétablie au bout de
12 mois au moyen de vingt fumigations ; des
purgatifs, & de l'ufage du lait. Elle jouit depuis
dix ans d'une bonne fanté , & a eu un
enfant depuis qui fe porte pareillement bien.
On ne peut pas douter, dit l'Auteur, après
ce qui a été dit , que cette maladie ne fut vénérienne
, & quoique la fumigation ne doive
pas être regardée comme un moyen abſolument
fûr pour la guériſon de cette maladie,
on peut cependant l'employer avec fuccès
dans certains cas , comme on vient de le voir:
la réſerve mal placée de cette Dame penfa
néanmoins lui coûter la vie.
Il eſt des cas tout oppofés , où les malades
confeffent beaucoup fans qu'il y ait des
apparences fuffifantes. Ces cas équivoques
font embarraffans ; le même moyen peut être
elfayé pour en découvrir la vraie cauſe.
M. Bruyere rapporte à ce fujet une obfervation
qui confirme ce qu'il avance .
» M. Louis , à qui j'avois fait , dit-il , le
récit de l'obſervation précédente , trouva
» quelqu'un qui reffentoit de violentes douleurs
dans tous les membres , & qui avoit
DECEMBRE 1746. 59
» été traité méthodiquement par un 33
fçavant
»Médecin , comme d'une affection rhuma-
» tifante , mais fans aucun fuccès : le malade
en accufoit un principe vénérien ; cette
fimple dépofition ne fût pas capable de
» décider M. Louis : ne trouvant aucun figne
» démonftratif , il repréſenta au malade
» qu'il avoit pû échapper avec un peu de
bonheur des périls aufquels il s'étoit expofé
: il lui propofa l'ufage intérieur du
» médicament de M. Levret : les douleurs
augmenterent pendant les quatre premiers
jours ; elles diminuerent un peu le cinquiéme
& le fixieme , & il fortit une gran-
» de quantité de puftules , qui par leur fi-
30
35
83
tuation & leur nature manifefterent la
» caufe , qui fut combattue enfuite fuivant
» les régles de l'art ,
33
Ze refte de ce qui concerne la Séance publique
fera inféré dans le Mercure fuivant.
C¸vj
60 MERCURE DE FRANCE.
HYMNE à BACCHUS , par M.
de l'Ab.
B Acchus , je vouë à ta gloire
Le refte de mes jours :
Bannis de ma mémoire
L'objet de mes amours :
Après un long martyre
Enfin j'ai brisé mes noeuds ;
Ce n'est que fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux .
Sous la plus aimable chaine
Uncoeur eft-il conftant ?
Lui-même de fa peine'
N'eft il pas l'inftrument ?
La crainte le déchire J
Les foins , les foupçons affreux ;
Bacchus , c'eft fous ton empire.
Qu'on eft vraiment heureux.
L'amant veut comme un fauvage
Jouir feul de fon bien ,
Mais un bûveur partage
Avec plaisir le fien :
L'amant rêve & foupire
DECEMBRE 1746. 6.1
Et le bûveur éft joyeux :
Bacchus , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux.
D'une infenfible Lucrece
Pour fléchir les rigueurs
Combien faut-il d'adreffe
Et de fermens trompeurs ?
Bacchus , dès qu'on defire ,
S'empreffe à remplir nos voeux :
Ce n'est que fous fon empire
Qu'on eft vraiment heureux .
Lorſqu'une ingrate maîtreffe
Nous prefére un rival,
Au tourment qui nous preffe
Quel fuplice eft égal ?
Bacchus jamais n'inſpire
Des tranſports ſi furieux :
Ce n'est que fous fon empire
Qu'on eft vraiment heureux.
L'amant aimé doit fe taire
Et ne rien reveler :
L'amour veut du myſtére ;
Bacchus nous fait parler :"
A table on peut tout dire ;
Le vin rend ingénieux
62 MERCURE DE FRANCE.
1
Bacchus , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux .
Si quelquefois dans l'yvreffe
Notre raifon s'endort ,
Cet inftant de foibleffe
Se repare d'abord ,
Mais l'amoureux delire
Eft plus long , plus dangereux ;
Bacchus , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux.
蒸蒸
NOUVELLES traduites de l'Italien de
Lodovico Domenichi.
Pirrinicolo
Gafcon étoit entré dans
une Hôtellerie , & la table étant apprê–
tée il avoit devant lui dans un plat un caneton
gras bien affaiſonné & bien cuit.
Dans cet inftant entra dans la fale un EL
pagnol qui ayant jetté les yeux fur le caneton
, lui dit , Seigneur vous pourrez bien recevoir
à table un ami avec vous ? Alors
Pirrinicolo lui demanda comment il avoit
nom. Celui - ci répondit hardiment & bravement
, je m'appelle Alopantio Aufimarchide
Hiberne Atorchide. Pirrinicolo réya
un moment comme étant étonné. Un fi
DECEMBRE 1746 . 63
petit oifeau pour quatre Barons Efpagnols ?
A Dieu ne plaife . Celui- ci fuffira pour Pirrinicolo
tout feul , parce qu'aux petits perfonnages
conviennent les petites choſes.
Un homme extrêmement borné & qui
fe connoiffoit lui-même pour n'avoir pas
d'efprit , voyageoit un jour à cheval avec un
de les amis , & avoit en croupe fon fils âgé
de 12 à 13 ans. Etant dans un chemin difficile
, il recommanda à fon fils de fe bien
tenir. Lejeune homme qui fe trouvoit mal
à fon aife , lui dit mon père , n'eft- il pas vrai
que quand vous ferez mort j'irai fur la felle ?
Ah ! malheureux que je fuis ! dit le pere
à
fon ami , mon fils fera auffi bête que moi .
· Meffire Marc écrivit un jour une lettre à
un de fes amis qui étoit à Ferrare , & ne
trouvant perfonne pour la lui envoyer , il lui
vint en idée de la porter lui- même , & étant
arrivé à Ferrare & ayant donné la lettre à
fon ami , il partit fur le champ fans lui dire
autre chofe , & s'en revint à Trévige où il
demeuroit.
él pade de Mantouë ayant peur qu'un
ennemi qu'il avoit ne l'infultât , fut plus d'un
an à garder la maiſon . Enfin étant forti un
foir il reçut de lui plufieurs coups de bâton,
64 MERCURE DE FRANCE.
Ah ! dit- il , Dieu foit loué de ce que je fuis
quitte de cette maudite affaire.
Gafpard étant devant le Podeftat qui lui
paroifloit avoir peu de refpect pour lui , lui
dit, Monfieur le Podeftat , ne me traitez pas
de cette maniere , je fuis Docteur. Le Po
deftat lui répondit à l'inftant , en quoi avez
vous été reçû ? Gafpard lui repliqua , je ne
m'en fouviens pas , mais j'ai mes lettres à la
maifon & je vous les montrerai quand vous
voudrez,
Les Imans d'une Moſquée étant fort déreglés
dans leurs meurs & faifant parler de
leurs mauvaiſes habitudes dans toute la Ville
de Conftantinople , le Mufti chargea
le Cadi de les affembler & de leur faire
peur afin de les corriger. Le Cadi les manda
& les fit venir dans une grande falle.
Après cela il mit à l'envers une fcbe fourée ,
& fe cachant le vifage avec les mains il couroit
après eux en criant Hou Hou , comme
lorfque l'on fait peur aux petits enfans ; les
Imans couroient auffi çà & là en riant ,
après quoi il les congedia . Quelques jours
après le Mufti dit au Cadi que ces gens
faifoient pis que jamais & qu'il eut à leur
faire peur tout de bon. Le Cadi les manda
ane feconde fois, Il en vint deux fois autant
DECEMBRE 1745 . 69
que la premiere , dans l'idée de voir encore
quelque bouffonnerie. Le Cadi après les
avoir fait enfermer dans la falle & les faifant
prendre l'un après l'autre , leur fit donner à
chacun deux tours de corde paffée dans une
poulie en maniere d'eftrapade , & enfuite
les renvoya . Le Mufti ayant appris cela envoya
chercher le Cadi , & le reprit très -fort
d'avoir traité les Imans de cette maniere
contre le refpect que l'on devoit à leur Ordre.
Par Mahomet , dit le Juge , je ne fçavois
que ces deux moyens là defaire peur
aux gens , fi vous en aviés un autre vous
m'auriés fait plaifir de me l'enſeigner.
Marcello de Scopette ayant été confulter
fur fa maladie Maître Cochetto de Trevi
, le Medecin lui donna une recette écrite
fur un papier & lui dit de prendre cela
en trois fois. Le bon Marcello ayant partagé
le papier en trois morceaux en avala
un chaque matin & fut guéri
Cochinno extrêmement pauvre demeuroit
dans une petite maiſon où il n'y avoit
rien du tout , & par conféquent il ne s'embarraffoit
pas trop d'en fermer la porte. Une
nuit entra un voleur & dans la chambre
même où étoit Cochinno , il alloit grattant
avec les mains pour voir s'il ne trouveroit
66 MERCURE DE FRANCE.
rien à dérober Le voleur ayant touché
Cochinno , refta quelque tems à écouter.
Cochinno lui dit , va , va , cherche toujours
fans t'inquiéter. Je voudrois bien voir que
tu rencontraffes ici quelque chofe à tatons ,
tandis que je n'y puis rien trouver en plein
jour.
ELOGE DE L'AMOUR , fur l'air
de l'Hymne à Bacchus.
Toi qui fûr de ta victoite
Sourmets jufques aux Dieux ,
Amour , qui fais la gloire
De la terre & des Cieux ;
Après un long martyre
Toujours objet de nos voeux ,
Ce n'eft que fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux .
Sous la plus pefante chaine
Un coeur a beau gémir :
Lui même de fa peine
Il fe fait un plaifir :
D'une belle un fourire
Chaffe les foupçons affreux :
Amour , c'eſt fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux .
DECEMBRE 1746 .
67
"
L'amant délicat & fage
Jouit feul de fon bien
-Lorſqu'un bûveur partage
Et prodigue le fien :
Un amoureux délire
Eft un fort digne des Dieux :
Amour , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux .
L'amant aimé doit fe taire
Et ne rien reveler :
Quand on s'arme d'un verre
On ne peut rien celer :
On s'expofe à tout dire ;
Le vin rend audacieux :
Amour , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux.
Lorfqu'un excès de tendreffe
Endort notre raiſon "
L'on en chérit l'yvreffe,
L'on hait fa guériſon :
Bacchus ne peut produire
Qu'un fouvenir odieux ;
Amour , c'eft fous ton empire
Qu'on eft vraiment heureux,
68 MERCURE DE FRANCE.
SEANCE PUBLIQUE
DE L'ACADEMIE DES SCIENCES .
L'Académie des Sciences rentra felon la coûtume
le Samedi 12 Novembre.
M
Onfieur Duhamel lût un Mémoire qui
a pour titre : Recherches fur la réunion
des playes des arbres , fur la façon dont la
greffes'unit au fujet fur lequel on l'applique
fur la réunion des playes des animaux , &
quelques exemples de greffes pratiquées fur les
animaux.
Les amateurs d'Agriculture n'ignorent pas
que M. Duhamel à qui l'Hiftoire naturelle
eft redevable de plufieurs découvertes utiles
& curieufes , a déja choifi plufieurs fois
la greffe pour l'objet de fes recherches . On
trouve dans le volume de l'Académie de
1728 un Mémoire , dans lequel il prouve
que la greffe ne change point les efpeces de
fruits. Dans le volume de 1730 il établit
que les greffes ne peuvent réuffir , quand elles
n'ont pas un certain dégré d'analogie
avec les arbres fur lefquels on les applique .
Enfin dans le volume de 1731 il propoſe,
pour avoir plûtôt du fruit , d'appliquer les
DECEMBRE
1746 69
greffes fur des arbres qui n'ayent pas avec
elles une analogie bien parfaite..
L'union de la greffe avec l'arbre greffé eft
actuellement le feul objet des recherches de
M. D. , comment deux arbres très- differens
du moins en apparence , tels que le Prunier
& le Pêcher , n'en font-ils , pour ainfi dire
qu'un après avoir été greffés l'un fur l'autre ?
C'est la queftion qu'il fe propofe d'examiner.
Si l'on confidére la pofition de certains
pieds de Guy fur les branches des arbres , fi
' on fait attention que ces plantes paralites
fe nourriffent de la féve des arbres qui les
portent , on inclinera à penfer qu'il y a
quelque reffemblance entre les greffes & les
plantes parafites. Mais
par l'examen que M.
D. a fait du Guy en 1739 il a reconnu que
cette plante jette des racines dans l'écorce
des arbres pour en tirer fa nourriture , comme
les autres plantes en jettent en terre ,
par les diffection qu'il a faite de la greffe
du Pêcher fur Prunier , il a vû à l'aide de la
differente couleur de ces deux bois , que
l'union de la greffe avec le fujet étoit bien
plus intime que celle des plantes parafites ,
puifqu'il y a une union immédiate de fibres
à fibres, & rien qui reffemble à des racines ,
&
La diffection de quantité d'arbres que
M. D. avoit rompus & enfuite remiş dans
70 MERCURE DE FRANCE
leur premiere fituation pour les laifler fe
rétablir , lui ayant fait connoître que la
partie ligneufe des arbres, quand elle est bien
endurcie , ne fe réunit pas , & que la réparation
des arbres rompus fe fait par les
écorces , comme la réunion des os des animaux
par le periofte , il crut devoir porter
toute fon attention fur la regénération des
écorces. Dans cette intention il enleva des
morceaux d'écorces à pluheurs arbres , & le
bois découvert d'écorce étant refté exposé
à l'air, il remarqua qu'il fortoit d'entre le liber
& le bois un bourrelet d'écorce, qui après
plufieurs années fermoit enfin la playe fans
que le bois découvert d'écorce y contribuât
en aucune façon. Nous fupprimons quantité
d'obfervations fingulieres & utiles que M. D.
a faites à cet occafion , mais il foupçonna
que le tiffu cellulaire ou le paranchiſme qui
eft interpofé entre les fibres longitudinales
de l'aubier découvert d'écorce, feroit capable
de fe dilater , & de concourir à la guériſon
de la playe fi on empêchoit fon defféchement.
Cette réflexion le détermina à enlever
des anneaux d'écorce de trois à quatre pouces
de largeur tout au tour de la tige de
plufieurs jeunes arbres , & de couvrir les endroits
où l'on avoit emporté l'écorce , avec
des tuyaux de verre qui étoient exactement
DECEMBRE 1746. 78
joints à la tige avec de la veffie mouillée &
du maftic .
Ces tuyaux empêchoient le contact de
l'air & la trop grande tranfpiration des
playes , & M. D. eût la fatisfaction de voir
tranfuder d'entre l'écorce & le bois , & de
plufieurs endroits de la playe , une matiere
prefque transparente qui enfuite devint
gisâtre , puis verdâtre , & enfin l'intérieur
fe convertit en bois , qui étoit recouvert d'é
corce prefque comme le refte de la tige.
M. D. a enlevé l'écorce à de grands arbres
depuis les racines jufqu'aux branches,
& en employant des moyens équivalents à
ceux qu'on vient de rapporter , ils ne font
pas morts & ont beaucoup donné de fruit,
-
Nous fupprimons le détail de plufieurs
expériences , qui tendent à prouver que la
fubftance tranfparente , dont on vient de
parler, n'eft pas une matiere gélatineufe non
organifée , mais un tiffu cellulaire ou véficulaire
, très rempli de feve & très- dilaté ;
voilà un moyen de beaucoup accélérer la
guérison des playes des arbres , & il convient
de remarquer avec l'Auteur que c'eſt
en employant les mêmes moyens qui conviennent
pour la guérifon des playes des
animaux. Effectivement pour guérir les
playes récentes des animaux il ne faut que
les défendre du contact de l'air , arrêter la
72 MERCURE DE FRANCE
trop grande déperdition de fubftance , &
prendre garde à ne rien déranger à ce que
la Nature opere pour la formation de la cicatrice;
les tuyaux de verre que M. D. a
employés ont rempli toutes ces vûes à l'égard
de fes arbres.
Cette réflexion a engagé M. D , à eſſayer
ce que produiroient fur les playes des arbres
les differens emplâtres qu'on a coûtume
d'appliquer fur les playes des animaux .
Le détail de toutes les expériences qu'il a
faites à ce fujet , feroit trop long pour cet
Extrait , ainfi nous nous contenterons d'avertir
quil y en a qui ont beaucoup accéleré
la guérifon des playes , pendant que
d'autres l'ont non-feulement fufpendu , mais
même ont porté un dommage confidérable
aux arbres fur lefquels on les avoit appliqués.
Les recherches de M. D. fur la guérifon
des playes des arbres ayant pour objet de
connoître comment la greffe s'unit au fujet,
il décrit toutes les façons de greffer , & il
rapporte ce que la diffection de quantité de
greffes lui a fait appercevoir. Nous ne pouvons
pas le fuivre dans ces détails , mais comme
il a toujours remarqué qu'il y avoit à
Pendroit où fe fait l'union de la greffe , un
amas de fubſtance herbacée pareille à celle
qu'il a'apperçue fur les playes des arbres ,
DECEMBRE 73 1746.
il en conclut que l'union de la greffe ſe fait
au moyen d'un tiffu ĉellulaire très - dilaté ,
qui d'abord femble être gélatineux , qui enfuite
devient herbacé , & prend enfin fa
confiftance de bois,
-La formation des cicatrices à l'égard des
animaux , a fait naître une queſtion qui partage
les Anatomiftes. Les uns penfent que
les vaiffeaux qui forment les cicatrices , s'abouchent
& deviennent après la guériſon
des playes , des vaiffeaux continus comme
dans l'état naturel ; d'autres ayant remarqué
que la liqueur des injections ne fe diftribue
point dans les cicatrices , & ayant
peine à concevoir comment le pouvoit operer
çet abouchement de vaiffeaux , ont prétendu
qu'il n'y avoit dans les parties molles
réunies par les cicatrices qu'un engrainement
de vaiffeaux , à peu près femblable à
celui des futures du crane ; fi , dit M. D. l'analogie
des vegétaux avec les animaux avoit
ici plus de poids , la queftion qui partage
les Anatomiftes feroit décidée en faveur de
ceux qui foutiennent l'abouchement des
vaiffeaux , puifque certainement la greffe
tire fa nourriture de l'arbre auquel elle s'eft
unie , mais comme il n'eft pas aifé de prouver
que la texture des chairs eft la même
que celle des écorces , il faudroit pour décider
la queſtion parvenir à pratiquer la
D
4 MERCURE DE FRANCE.
greffe fur les animaux, M. D. a ofé l'entreprendre
, & le fucces de quelques- une$
de ces tentatives le met en état de décider
pleinement la queftion . Voici comme s'explique
M. D,
39
37
Pour fçavoir à quoi m'en tenir fur l'abouchement
des vaiffeaux dans les cicatrices
, & fur la poffibilité des greffes animales
, j'ai coupé entierement la jambe
d'un poulet , & je me fuis propofé de la
» réunir ; l'entrepriſe étoit hardie , elle m'a
cependant réuffi ; le détail de cette experience
fera évanouir tout le merveilleux
de cette grande opération , mais ce qu'il
» y a d'inftructif fubfiftera , l'abouchement
» des vailleaux & la poffibilité des greffes
» animales fera inconteftablement établie ;
d'ailleurs cette experience a été accom
pagnée de circonftances particulieres .
20
33
"
33
"
5
23
ככ
Dans l'expérience que je vais rappor-
» ter je me fuis propofé d'exécuter fur les
animaux les greffes par approche qui continuent
à tirer de la nourriture de leur
propre tronc , pendant quelles forment .
» une nouvelle union avec le fujet qui leur
» eft étranger.
ככ
35
33 Plufieurs poulets étant definés à fouffrir
la grande operation dont j'ai parlé ,
» je commençai par leur faire rompre l'os
,, de la jambe vers la partie moyenne , la
"
DECEMBRE
1746. 75
» réduction en fut faite , & on laiffa le cal
fe former ; quand l'os fut bien réuni , on
32
53

ככ
כ כ
coupa les chairs vis -à- vis le calus feule-
» ment, dans le tiers de la circonference de
» la jambe , mais jufques fur l'os qu'on grattoit
même un peu avec le biftouri. Cette
playe étant guérie , on coupa un autre tiers
de chairs, entamant un peu fur la premie-
» re cicatrice , & allant comme la premiere
fois jufqu'à l'os , fans épargner nivaiffeaux
fanguins , ni tendons , ni nerfs.
23
ב כ
39
30
» Enfin quand ces deux playes furent
fermées , on acheva de couper le refte des
» chairs toujours jufqu'à Fos , & en enta-
» mant un peu fur les deux premieres ci-
39 catrices. »
Nous fupprimons le détail des accidens
qui font arrivés à la plupart de ces poulets ,
mais un fut conduit à une guérifon fi parfaite
, que M. D. a été obligé de le tuer pour
injecter & diffequer fa jambe.
En injectant l'artére au haut de la cuiffe,
l'injection fe diftribua jufqu'au bas de la
jambe ; en injectant la veine au bas de la
jambe , l'injection pafla jufqu'au haut de la
cuiffe , l'une & l'autre injection s'étant diftribuées
à merveille dans les chairs.
M. D. avoue qu'il ne peut décider fi les
gros vaifleaux que l'injection rempliffoit,
étoient des vaiffeaux capillaires dilatés ou les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE
gros vaiffeaux qui s'étoient réunis , mais
voilà l'abouchement des vaiffeaux qui étoit
contefté par plufieurs bons Anatomiſtes , inconteftablement
établi par cette greffe animale
.
La diffection de cette jambe a fait appercevoir
à M. D. plufieurs chofes fingulieres,
que nous fommes obligés de fupprimer
pour ne point trop allonger cet Extrait ,
mais nous ne pouvons pas nous difpenfer
de dire quelque chofe d'un autre exemple
de greffe animale qui eft pratiqué très-fréquemment
dans les baffes cours , & qui
devient extrêmement fingulier, étant executé
& examiné par un bon Obfervateur &
avec des yeux anatomiques. Voici le fait ,
On coupe la crête à un jeune coq , & dans
une duplicature qu'on trouve à la bafe de la
crête on place un petit morceau de l'argot
d'un coq qui n'eft alors pas plus gros qu'un
grain de chenevi . Cet argot fe greffe fur la
tête du coq , & s'y unit aflés intimement
pour y croître & y former une corne, quelquefois
de plus de trois pouces de longueur,
Voilà une vraie greffe animale . Mais par la
diſſection M. Duhamel a découvert qu'il fe
forme quelquefois à l'infertion de ces cornes
fur la tête des coqs des éminences &
des cavités articulaires , des bar des ligamenteyfes
, un ligament capfulaire , en un mot
DECEMBRE 1746. 77
une vraie articulation dans un endroit où
naturellement il ne devroit point y en avoit,
& où on n'apperçoit aucun veftige des orgines
qu'on vient de nommer , ni fous la
crête des coqs , ni aux environs de leurs argots
, comme le dit M. Duhamel .
La Nature fçait fubvenir à fes befoins par
le développement de nouveaux organes ;
c'eft un fait bien fingulier , mais qui fe trouvera
confirmé par beaucoup d'obfervations
fur les monftres fi cette idée fe préſente à
ceux qui en feront la diffection..
Quand on diffeque attentivement les greffes
, on remarque auffi que fuivant des cireonftances
particulieres les fibres de la greffe
& celles du fujer prennent differentes in-
Alexions pour fe mieux ajufter les unes aux
autres , ainfi il paroît que dans les végétaux
, comme dans les animaux, il fe fait de
petits changements dans leur organiſation,
qui fuppléent du moins en partie à des défauts
de conformation.
Nous terminerons cet Extrait par ces ré
flexions
générales
, n'étant
pas poffible
d'y
inferer
les détails
anatomiques
, tant de la
crête
dans fon état naturel
, que des argots inferés
fur la tête des coqs , qui méritent d'être
lûs dans le Mémoire
,
Diij
78 MERCURE DE FRANCE
EXTES¿EXTEXTESJESIES
EXTRAIT du Mémoire de M. Maraldi.
M
onfieur Maraldi lut enfuite les obfervations
d'une Comete qui a paru au
mois d'Août de cette année , & qu'on continuë
de voir ; elle a été apperçue pour la
premiere fois le 13 Août à Lauſanne par
M. de Chezeaux , déja connu par plufieurs
Ouvrages & obfervations Aftronomiques, qui
en donna avis à M. Caffini. Cette Comete
est fort petite & d'une lumiere fort foible ;
vûë avec des Lunettes de 7 & de 16 pieds
de longueur , elle n'a paru en France pendant
le mois de Septembre & d'Octobre , que
comme un nuage blanchâtre , mal terminé ,
qui occupoit 6 ou 7 minutes de degré , &
dans lequel on ne diftinguoit aucune partie
plus claire l'une que l'autre ; au commencement
de Novembre elle a paru un peu plus
brillante , & un peu mieux terminée , mais
-on n'y a jamais apperçu de queuë , ce qui
a donné lieu à quelques réflexions de M.
Maraldi , car M. de Chezeaux lui en a vû
une longue de 24 minutes environ , & large
de 12 minutes par le bas, c'eſt -à- dire du côté
de la tête , dans laquelle il a découvert auffi
un petit noyau dès le commencement de fon
apparition .
DECEMBRE 1746. 79
4
#
,
Sur les obfervations que M. Maraldi a
faites pendant le mois de Septembre & d'Oc ·
tobre , il a calculé la théorie de cette Comete
cherché les circonftances particulieres
de fon mouvement , & il a trouvé fa
plus petite diftance au Soleil , ou la diſtance
du foyer au fommet de la parabole, que cette
Comete parcourt par un mouvement retrograde
de 22580 parties , dont la diſtance
moyenne de la terre au Soleil eft de 1oooo ,
l'inclination du plande fon orbite au plan de
l'écliptique de 78 degrés ; l'interfection de
ces 2 plans , ou le noeud defcendant au 27e.
degré du Verfeau , par où la Comete a paflé
le 19 Octobre ; enfin le lieu du perihelie
au ge. degré du Capricorne , où la Comete
arrivera vers le commencement de Mars de
l'année prochaine ; elle ne fera plus viſible
alors à Paris , parce que fa déclinaifon meridionale
fera devenue plus grande que la
hauteur de l'équateur , par cette même raifon
elle ne ſe lévera plus fur notre horifon
dès le commencement de Février , mais les
Pays Méridionaux pourront la voir encore
pendant long-tems ; ceux furtout dont la hauteur
du pole auftral excedera 15 ou 20 degrés
la verront au commencement de Juin
en oppofition avec le Soleil pendant toute
la nuit , car elle paffera à minuit au Meridien
dans la partie inférieure de fon cercle , & ne
"
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE..
ſe couchera pas , fa diſtance au pole étant
de 13 degrés ou environ .
Cette Comete qui le 13 Août , premier
jour de fon apparition, étoit éloignée du Soleil
de 31600 parties dont la diftance moyenne
de la terre au Soleil eft de 10000 , ne
l'eft aujourd'hui 12 Novembre que de 2 5740
mais fa diftance à la terre eft de 26650 des
mêmes parties , aulieu que le 13 Août elle
n'étoit que de 22250 .
De trente - quatre Cometes qui ont été
calculées par differents Aftronomes, il n'y en
a que quatre dont la diftance perihelie foit
plus grande que la diftance de la terre au
Soleil , celle- ci eft la cinquième , cependant
M. Maraldi ne pense pas que le nombre des
Cometes , qui dans leur perihelie font plus
proches du Soleil que la terre , foit réellement
plus grand , que le nombre de celles
qui en font plus éloignées , il paroît plûtôt
porté à croire que le nombre de celles - ei
pourroit - être plus grand , & attribue leur
rareté à l'affoibliffement de leur lumiere &
à la diminution de leur diametre apparent ,
qui résulte de leur grand éloignement , &
il apporte l'exemple de la Comete de 1743 ,
qui eft la plus remarquable de toutes celles
qui ont été obfervées depuis 1680. Lorfquelle
étoit à la même diftance du Soleil que
la terre , elle ne paroiffoit que comme une
DECEMBRE 1746. 81
une étoile de la deuxième grandeur , elle
auroit dû à une diſtance pareille à celle de
la Comete de cette année, paroître neuf- fois
moins claire & neuf-fois moins grande , &
elle auroit été peut-être imperceptible.
M. le Monnier lut enfuite un Mémoire
fur l'Electricité ; nous avons effayé de donner
au public une idée des differens Phénonomenes
de l'Electricité dans le Mercure de
Février dernier , ainfi nous nous diſpenſerons
de mettre ici des réflexions préliminaires,
pour mettre les lecteurs au fait.
On connoit en général deux manieres
d'exciter la vertu électrique dans les differens
corps , fçavoir en les frottant pendant
quelque tems , après les avoir bien féchés ,
& il n'y a que certains corps qui puiffent ac
quérir de l'électricité de cette maniere , c'eſt
pourquoi on les appelle Corps électriques par
eux- mêmes. L'autre méthode confifte a approcher
un de ces corps nouvellement frotté
de celui qui n'a pas la vertu par lui-même
, & qu'on veut électrifer ; dans l'inftant
il devient électrique par communication ,
Le Phénomene de la communication fait
l'objet du Mémoire de M. L. il fe propofe
d'examiner ces trois Queftions . Que fautil
pour communiquer de la vertu électrique
à un corps qui n'en a pas ? Comment
D v
82 MERCURE DE FRANCE
1
la matiere de l'Electricité fe repand- elle dans
toutes les parties du corps à qui on la communique
? Enfin dans quelle proportion la
quantité de matiere électrique fe diftribuët-
elle ?
Quant à la premiere queftiont Mrs Gray
& duFay avoient établi deux conditions ab
folument néceffaires, fçavoir l'approche d'un
corps actuellement électrique , l'autre que le
corps qu'on veut électriſer fut porté ſur des
corps électriques par eux- mêmes. M. L. M.
prétend que cette feconde condition n'eſt
pas effentielle , & fait voir que non- feulement
quelques corps peuvent recevoir de l'électricité
, même lorfqu'ils font pofés fur des
corps qui ne font pas électriques , mais encore
qu'ily a de ces corps qui ne reçoivent
pas d'électricité, à moins qu'ils ne foient pofés
fur des corps de cette nature , C. A. D. ſur
ceux qui ne peuvent jamais acquérir d'électricité
par le frottement. M. L. cite pour
preuve de la premiere exception la fameufe
expérience de M. Mufchenbroek , dans laquelle
la bouteille pleine d'eau s'électrife
par communication , même tandis qu'on la
tient dans la main. L'expérience d'une chaîne
de 200 perfonnes qui ont les pieds par
terre,& qui reçoivent chacune un grand coup
dans les deux bras ,lorfque le dernier de la
chaîne touche au fil de la bouteille pleine
DECEMBRE 1746. 83
d'eau que le premier tient dans fa main , eft
encore une autre exception à la regle de
Mrs Dufay & Gray. M. L. a encore fait paffer
l'électricité au travers d'un fil de fer
d'une lieuë de long , qui traînoit dans de
l'herbe mouillée dans une terre labourable
fur une charmille , & qui étoit éntortillé autour
de plufieurs arbres : il a auffi électrifé
l'eau des baffins du Jardin du Roi & de celui
des Thuilleries dont le furface eft d'un arpent
exactement . Enfin M. L. s'eft affuré par des
expériences qu'il a faites exprès, que tous les
corps qu'il électrife avec la bouteille, ne partagent
pas le moindrement l'électricité qu'ils
ont recue avec les corps qui les fupportent,
parce que ces corps font partie d'une courbe
quelconque qu'on imagine aller d'un point
pris à volonté dans le fil de fer exterieur de
la bouteille , à un autre point pris auffi à
volonté dans la partie de la bouteille qui eft
-au- deffous de la furface de l'eau.
Cette bouteille pleine d'eau qui reçoit fi
abondamment l'électricité lorfquelle eft
portée dans la main , n'en reçoit pas du tout
lorfqu'on la préfente au globe ,tandis qu'elle
eft portée fur un guéridon de verre bien fec ;
mais fi -tôt qu'on la touche feulement du bout
du doigt,elle en reçoit beaucoup , ce qui eft
abfolument contraire à la regle établie : enfin
M. L. M. fait voir que cette même bou
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
teille qui a acquis de l'électricité tandis qu'elle
étoit portée dans la main, la perd auffi - tôt
qu'elle eft fur un guéridon de verre , ou ſuſpendue
à de la foye : elle ne la perd pas entierement
, mais elle refte comme afſoupie &
ne fe revivifie que lorsqu'on lui touche avec
quelque corps non électrique .
La feconde queftion regarde la propaga 、
tion de l'électricité . M. L. fait voir que la
matiere électrique parcourt un efpace de
950 toiſes en un inftant infenfible , qu'il n'a
pas feulement pû appercevoir un quart de
feconde entre l'inftant de la communication,
& celui où l'électricité frappo t un Obſervateur
placé à cette diſtance , & qui tenoit le
fil de fer dont il détermine la viteffe de l'électricité
trente fois plus grande que celle du
fon. Il s'eft affûré par des méthodes très convainquantes
que la matiere électrique parcourt
réellement un double fil de fer de cette
longueur, & qu'elle le parcourt fucceffivement.
Les differentes expériences qu'il rapporte
à ce ſujet font tout a fait fingulieres ; il
avoue ingenuëment que le petit fyftême qu'il
s'étoit fait pour expliquer cette prodigieufe
viteffe de la propagation de l'électricité, a été
renversé par une expérience fort fimple
& très - curieufe ; il avoit imaginé que la
matiere étoit élancée avec tant de viteffe
dans le fil de fer par l'explofion de l'éDECEMBRE
1746. 85
tincelle,qui fe fait en approchant la bouteil
le du fil de fer , mais ayant mis un fil de fer
de 1314 pieds fur des fils de foye , il a vû
que la matiere électrique revenoit fur les pas
avec autant de vitelle qu'elle étoit paffée , &
qu'elle revenoit au contraire vers l'endroit
où fe fait cette exploſion .
Les expériences que M. L. a faites pour
déterminer dans quelle proportion la quan
tité de matiere électrique fe diftribue dans
les corps , ne font pas moins curieufes. Iléta
blit d'abord que cette quantité n'eſt pas com
me les maffes, comme quelques uns le prétendent
, puifqu'une balle de plomb de 3 pouces
de diametre ne reçoit pas plus d'électricité
qu'une lame de plomb mince d'une furface
égale à celle de la balle , quoique celleci
peſe quarante fois moins que la balle ; il
remarque que plus un corps à de furface , plus
il reçoit d'électricité , mais un Phénomene
bien fingulier, c'eft que les furfaces égales ne
reçoivent pas également l'électricité , cellelà
en reçoit davantage qui a le plus d'étendue
en longueur , enforte qu'une laniere
étroite de plomb reçoit vingt fois plus d'électricité
qu'une lame vingt fois plus large ,
mais auffi vingt fois moins longue.
86 MERCURE DE FRANCE.
*** ***
PARAPHRASE DU PSEAUME LXXXII.
Deus quis fimilis erit tibi ? &c.
RorOdIedess Rois , Dieu des Dieux, éternelle puiffance
,
C'est trop diffimuler , c'eft trop dans le filence
Tenir ton immortelle voix .
C'eft trop fermer l'oreille ; écoute les tempêtes
Qu'excitent contre-toi les orgueilleufes têtes
Que tu confondis tant de fois .
Entends l'Iduméen , entends l'Amalécite ,
Le defcendant d'Agar , l'infolent Moabite ,
Qui réuniffent leurs fureurs .
Léve toi , viens & vois leur troupe ſacrilége ,
Qui croit dans ton repos trouver le privilége
De perdre tes adorateurs.
De Solyme , ont- ils dit , détruiſons la mémoire ;
Que la postérité cherche envain dans l'Hiftoire
Des traces du nom d'Ifraël ;
Jufqu'en fon Sanctuaire étendons le ravage
Dépouillons fes enfans , formons notre héritage
Du domaine de l'Eternel .
Déconcerte , Grand Dieu, leur criminelle audace ;
DECEMBRE 87
1746.
Que la confufion annonce fur leur face
L'impuiffance de leurs projets ;
Sous leurs pas forcenés ouvre le précipice ,
Où ta main avec eux à jamais engloutiffe
Le fouvenir de leurs forfaits .
Defcends du haut des Cieux , & diffipe leur bri
gue
Ainfi que l'on te vit anéantir la ligue ,
De Zeb , Zébée & Salmana ,
Ou lorfque le Ciffon de fang groffit fes ondes ,
Et qu'Endor s'engraiffa des cadavres immondes
De Jabin & de Sifara.
Comme les Aquilons ravagent les campagnes ,
Comme un feu dévorant embrafe les montagnes ,
Réduit en cendres les forêts ;
Qu'ainfi de ton courroux fur eux fonde l'orage ;
Confonds.tes ennemis , & que leur vain courage
Se change en impuiffans regrets.
C'est alors qu'on verra leur troupe confonduë
Demander d'une voix interdite , éperduë ,
Qui diffipe ainfi leur complôt ;
Qu'ils fachent que celui qui tonne fur leurs têtes ,
Eft le maître abfolu du calme & des tempêtes ,
Et que fon nom eft le Très-Haut .
88 MERCURE DE FRANCE.
*********** ****
SEANCE Publique de l'Académie des
Belles - Lettres.
L'ecades int fonaffemblée publique pour
'Académie des Infcriptions & Bellesla
rentrée de la Saint Martin le 15 Novem
bre.
La Séance commença par l'annonce du
fujet propofé pour le Prix qui doit être diftribué
à Pâques 1748 ; on diftribua le
programę fuivant,
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres defirant que les Auteurs qui compofent pour
le Prix , ayent tout le tems d'approfondir les matieres
, & de travailler les fujets qu'elle leur don
ne à traiter , a réfolu de les publier beaucoup plûtôt
, & elle annonce dès-à-préfent que le fujet
qu'elle a arrêté pour le concours au Prix qu'elle dif
tribuera à Pâques 1748 , confifte à examiner & à
déterminer , Quelles é´oie it les differentes acceptions
des titres de ΑΣΥΛΟΣ & ΙΕΡΑΑΣΥΛΟΣ , 713
plufieurs villes prennent fur les Médailles ? Le droit
d'Afyle devait - il toujours fon orig ne à la Religion ,
fen étendue étoit - elle par - tout la mê ne ? A qui étoit
confié le foin de le wiintenir ? Quels font les Afyles
qui ont fubfifté fous la domination des Romains & quand
ils été abolis ? ont-
Le Prix fera toujours une Médaille d'Or , de la
valeur de quatre cènt livres .
DECEMBRE 1746. 89
Toutes perfonnes , de quelque pays & condition
qu'elles foient , excepté celles qui compofent ladite
Académie , feront admiſes à concourir pour ce
Prix , & leurs ouvrages pourront être écrits en François
ou en Latin, à leur choix . Ilfaudra feulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront fimplement une Deviſe
à leurs ouvrages , mais pour fe faire connoître
ils y joindront , dans un papier cacheté , & écrit
de leur propre main , leurs nom ,
demeure & qualités
, & ce papier ne fera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix.
Les Piéces , affranchies de tous ports , feront
remifes entre les mains du Secrétaire de l'Académie
, avant le premier de Décembre 1747.
Le Secrétaire lut enfuite les éloges de M.
l'Abbé Souchai , affocié , & de M. l'Abbé
Montgault , affocié véteran , morts l'un &
l'autre fur la fin de l'été.
M. de Sainte Palaye lut enfuite un Mémoire
concernant l'utilité de l'ancienne Chevalerie
: l'objet de M. de S. P. n'eft pas de
demêler l'origine obfcure de la Chevalerie ,
de la fuivre dans fes progrès , d'expliquer les
diverfes formes qu'elle a reçûes , mais il fe
propofe de confidérer l'ancienne Chevalerie
Militaire comme un établifement politique
confacré au bien & à la gloire des Nations
qui l'ont mife en vigueur ; ce fera l'objet de
90 MERCUREDE FRANCE.
plufieurs Mémoires , & c'eſt le réſultat d'un
travail long & opiniâtre , & d'une lecture immenfe,
dont on doit fçavoir d'autant plus de
gré au Sçavant Académicien , qu'il n'acable
point le lecteur de l'étalage faftueux de fon
érudition , & fe contente de donner les réfultats
de fes recherches , fans fe mettre en
peine de faire connoître ce qu'elles lui ont
couté , ce qui ne peut-être bien fenti que par
- les gens un peu verfés dans la connoiffance de
ces antiquités. Mais c'eft à nous de réveler
au public le fecret de l'Auteur , afin que tout
le monde foit à portée de lui rendre la juftice
qui lui eft duë .
On verra dans les differens Mémoires que
M. de S. P. a compofés à ce fujet, 10. Fé--
ducation qui préparoit les jeunes gens à la
Chevalerie , 20. les exercices des Tournois
qui en faifoient des hommes propres à la
guerre . 30. l'ufage qu'on faifoit dans les Armées
de la valeur , de l'adreffe , & de l'expérience
des Chevaliers: enfin les récompenfes
promifes à ceux qui fe diftingueroient dans
les combats , & les peines dont ils étoient
menacés s'ils manquoient à leur devoir. Tel
eft l'objet des recherches du fçavant Académicien
, objet interreflant pour tout le mon
de, & auffi utile que curieux , puifqu'en nous
retraçant la mémoire des vertusde nos peres,
il peut nous fournir des motifs d'émulation ,
DECEMBRE 1746. 91

dont il faut malheureuſement avouer que notre
fiécle a grand befoin.
C'eft de la premiere partie, c'eft- à - dire de
l'éducation qui préparoit les jeunes gens à la
Chevalerie que traite le Mémoire dont nous
rendons compte . A l'âge de 7 ans , dès que
les enfans fortoient des mains des femmes une
éducation plus mâle, &plus robufte les préparoit
de bonne heure aux travaux de la guerre
dontlaprofeffionétoitla même que celle de
laChevalerie , Siles fecours paternels leur manquoient
, les Cours des Seigneurs particuliers
leur offroient des écoles toujours ouvertes ,
où ils étoient élevés au métier des armes , &
oà la générofité de leurs maîtres fuppleont
abondamment à leurs befoins.
La Nobleffe ne croyoit point s'avilir en
s'attachant à quelque illuftre Chevalier , c'étoit
rendre ſervice pour fervice , & l'Auteur
remarque ingénieufement que c'eut été úne
délicateffe peu judicieufe de refaſer de rendreà
celuiquivouloit bientenir lieu de pere,les .
mê mes fervices qu'un fils rendroit à fon pere .
Les premieres places qu'occupoient les
jeunes gens en fortant de l'enfance , étoient
celles de Pages, Varlets ou Damoiseaux , noms
qui étoient quelquefois communs aux
Ecuyers. Les Pages s'appelloient encore
Nourris, c'eft à- dire éleves, par rapport à ceux
ui leur avoient donné la nourriture & l'ècation,
92 MERCURE DE FRANCE.
Les premieres leçons qu'ils recevoient ,
regardoient l'amour de Dieu & des Dames ,
c'est-à- dire, la Religion & la galanterie; qu'on
nous permette de ne pas féparer ici deux objets
fi éloignés qu'alors on mêloit fouvent
enfemble. Si l'on en croit la chronique de
Saintré , c'étoient ordinairement les Dames
qui enfeignoient à ces jeunes éleves le catéchifme
& l'art d'aimer. Mais autant la dévotion
qu'on leur infpiroit étoit accompagnée
de puerilités & de fuperftitions , autant l'amour
des Dames qu'on leur recommandoit ,
étoit- il rempli de rafinemens extraordinai .
res & de fanatifme, Il femble qu'on ne pouvoit
dans ces fiécles ignorans & grofliers
préfenter aux hommes la Religion fous une
forme affés matérielle pour la mettre à leur
portée , & en même temps on ne pouvoit
donner de l'amour une idée affés pure & affés
métaphyfique pourcontrebalancer les défordres
& les excès auxquels fe feroit portée
une Nation qui confervoit par-tout le caractére
impétueux qu'elle portoit à la guerre .
Le jeune éleve faifoit de bonne heure choix
d'une belle & vertueufe Dame, qui devenoit
l'objet auquel il rapportoit toutes fes actions .
Du refte , les jeux de cette jeuneffe étoient
une imitation de tous les exercices de la guerre
, & le défir de paffer au fervice d'un Seigneur
de dignité plus éminente , ou de s'éDECEMBRE
1746, 93
lever au grade d'Ecuyer, entretenoit l'émulation
fi neceffaire dans tous les âges & dans
tous les états .
L'ufage métaphorique que l'on a fait de ce
terme d'Ecuyerpourra fervir à en donner une
idée ; il a été tranfporté dans l'agriculture
pour exprimer le rejetton qui pouffe au pied
d'un fep de vigne , & ce rejetton , dit élégament
M. de S. P. eut été réciproquement un
emblême parfaitement jufte, pour figurer cette
nouvelle race qui s'élevoit d'une tige plus
précieufe , qui devoit l'égaler un jour , &
qui étoit d'eftinée à reproduire & à multiplier
fon efpece.
Il paroît qu'il y avoit differentes claffes d'Ecuyers.
L'Ecuyer du corps , l'Ecuyer d'échanfonnerie
,l'Ecuyer de panneterie, l'Ecuyer de
la chambre , ou chambellan , l'Ecuyer d'écurie
&c.Il feroit difficile de dire quel rang ils
tenoient entr'eux , ce qu'il y a de plus fur c'eft
que d'un dégré on montoit à l'autre , & que
dans les maitons moins opulentes un feul
Ecuyer réuniffoit differentes fonctions.
Ce fervice approchant les Ecuyers de la
perfonne de leurs Maîtres leur donnoit de
grands fecours pour fe former à la politeffe ,
aux graces de la perfonne , en un mot à regler
leur extérieur . M. de S.P. remarque que
Toffice d'Ecuyer tranchant étoit quelqueiois
occupé dans la maifon des Souverains par
95 MERCURE DE FRANCE.
leurs propres enfans. Le jeune Comte deFoix
tranchoit à la table du Comte de Foix fon
pere : c'étoient aufli les Ecuyers qui avoient
foin de préparer la table , de donner à laver,
d'apporter les mêts de chaque fervice , de veiller
à la panneterie & à l'Echanfonnerie , en
un mot àtout ce qui étoit néceffaire . Ils enlevoient
les tables lorfque le repas étoit fini , ils
difpofoient tout pour les bals & les autres
amufemens auxquels ils prenoient part euxmêmes
avec les Demoifelles de la fuite des
Dames de haut état ; puis ils fervoient le clairé
, le vin cuit ; l'hipocras, & les autres rafraichiffemens
ufités alors après le repas, & qu'on
prenoit encore en fe mettant au lit , c'eſt ce
qu'on appelloit le vin du coucher.
Froilart qui a mieux réuffi qu'aucun de nos
Hiftoriens à peindre les moeurs de fon fiécle ,
nous a donné un tablean naïf & fidele de la
Cour du Comte de Foix qu'il avoit fréquentée.
Après avoir fait la defcription des repas
de ce Seigneur. * Briévement tout confidéré &
avife,dit-il, avant queje vinffe à sa Courtj'avois
eté en moult de Cours de Rois , de Ducs , de
Princes, de Comtes , & de hautes Dames , mais
je ne fus oncques en nulle qui mieux me plût¸
ne vis aucuns quifufſentfur le fait d'armes plus
réjouis que celui Comte de Foix étoit , on veoit en
t
#
L. 3. ch. 8.
a )
NOVEMBRE 1746. 95
la falle , en la chambre , en la court , Cheva
liers & Efcuyers d'honneur aller& marcher
& les oyoit on parler d'armes & d'amour , tout
bonneur étoit là - dedans trouvé. Toute nouvelle

de quelque pays ne de quelque Royaume
que ce fut , la- dedans on y apprenoit , car de
tous pays pour la vaillance du Seigneur , elles y
venoient.
De ce fervice on paffoit à celui de l'écurie ,
des Ecuyers habiles dreffoient les chevaux
à tous les ufages de la guerre , & ils avoient
fous eux d'autres Ecuyers plus jeunes qu'ils
inftruifoient , d'autres étoient chargés du
foin des armes , & tous ces differens fervices
étoient mélés de fervice militaire , tel qu'il
eft à peu- près dans les places de guerre.
Un Ecuyer alloit à minuit faire fa ronde dans
toutes les chambres & les cours du Château
.
Ils portoient les differentes piéces de l'armure
du Chevalier , fi l'on en excepte la
cuiraffe , le haubergeon , ou plaftron , qu'il
devoit quitter encore moins que le foidat
Grec & Romain ne devoit quitter fon bouclier;
lorfque le Chevalier étoit feulement
en route , fes chevaux de bataille étoient
menés par des Ecuyers , pourlui il ne montoit
qu'un Cheval d'une allure aifée & commode
, rouffin , courtaut , cheval amblant ,
ou d'amble , courfier , palefroi , hacquenée ,
96 MERCURE DE FRANCE .
car les jumens étoient une monture dérogeante
affectée aux roturiers , & aux Chevaliers
dégradés, M. de S. P. remarque avec
beaucoup dejufteffe que fans doute elles furent
refervées pour la culture des terres , &
pour multiplier leur efpecé ; c'étoit dans cette
vuë qu'on avoit imprimé une tache aux
Nobles qui voudroient s'en fervir , politique
bien fage pour affujettir des François à
l'obfervation d'un reglement, & femblable à
celle d'un de nos Rois qui voulant fupprimer
le luxe permit les dorures aux femmes de
mauvaiſe vie.
Les chevaux de bataille étoient d'une taille
plus élevée que les autres , les Ecuyers qui
les menoient , ainfi que nous venons de dire ,
les tenoient à leur droite , ce qui les fit appeller
deftriers , nom que les Italiens ont
confervé: ils les donnoient à leurs maîtres lorfque
l'ennemi paroiffoit , ou que l'occafion
de combattre fembloit prochaine ; c'étoit ce
qu'on appelloit monterfur fes grands chevaux,
expreffion qui cft reftée dans notre langage
aufli bien que celle de haut à la main , venue
de la continence fiere avec la quelle
l'Ecuyer portoit le heaume de fon Maître ,
élevé fur le pommeau de la felle . L'Ecuyer
en aidant fon Maître apprenoit lui - même à
s'armer un jour avec toutes les précautions
néceffaires pour la fûreté de fa perfonne.
C'étoit
*
DECEMBRE 1746. 97
C'étoit un art qui demandoit beaucoup d'a.
dreffe & d'habitude , & le fuccès des combats,
& la vie des Chevaliers dépendoient ſouvent
de l'attention qu'ils avoient eue à s'armer.
Les mêmes qui étoient chargés du Heaume
de la Lance , & de l'Epée , les gardoient auffi
lorfque le Chevalier s'en defaififfoit pour entrer
dans uneEglife ou dans un autre lieu ref
pectable . Ne pourroit t-on pas croire que cet
ufage d'ôter fon heaume a donné la premiere
origine à l'uſage de fe découvrir dans les
lieux , & pour les perfonnes à qui on doit de
la confidération .
M. de S. P.ne s'arrête point à difcuter
cette conjecture , & nous l'imiterons, mais on
nous permettra de remarquer en paffant, que
fi l'on veut examiner l'origine de plufieurs
de nos ufages, & de grand nombre de façons
de parler proverbiales ou métaphoriques
on trouvera qu'elle vient ou des exercices
de la guerre, ou des tournois , ou de la chaffe,
ou des jeux de la courſe , qui étoient les occupations
favorites de nos peres:
>
M. de S. P. nous apprend enfuite la place
& les fonctions de l'Ecuyer , lorfque les
Chevaliers en venoient aux mains : chaque
Ecuyer rangé derriere fon maître à qu'il avoit
remis l'épée , demeuroit en quelque façon
fpectateur oifif du combat , & cet ufage pouvoit
aifément s'accommoder à la façon dont
F
8 , MERCURE DE FRANCE,
les troupes de Cavalerie fe rangoient en ba
taille fur une ligne , fuivie de celle des Ecuyers,
l'une & l'autre étant rangée en haye, ſe-
Ion la maniere de parler ufitée alors , car à
peine commençoit- on dans le fiécle des Ca
pitaines la Noue & Montluc à combattre en
efcadron. Pendant ce tems- là l'Ecuyer fpectateur
oifif en un fens ne l'étoit point dans un
autre , & ce fpectacle utile à la confervation
du Maître, ne l'étoit pas moins à l'inſtruction
de l'Ecuyer. Dans le choc terrible de deux
hayes de Chevaliers qui fondoient les uns fur
les autres les lances baiffées , dont les uns bleffés
ou renverfés fe relevoient, faififfoient leurs
épées , leurs haches , leurs maffes , ou ce
qu'on appelloit leurs plombées , & dont les
autres cherchoient à profiter de leur avantage
, chaque Ecuyer étoit attentif à tous les
mouvemens de fon Maître , pour lui donner
en cas d'accident de nouvelles armes , parer
les coups qu'on lui portoit, le relever, & lui
donner un cheval frais , tandis que l'Ecuyer
de celui qui avoit le deffus l'aidoit à profiter
de fon avantage, & à remporter une victoire
complette, fans fortir cependant des bornes
étroites de la défenfive. C'étoit aux Ecuyers
les Chevaliers confioient les prifonniers
dans la chaleur du combat,
que
C'étoit par ces differens exercices qu'on
formoit les jeunes gens au métier de la guerDECEMBRE
1746.
୨୭
guerre. Les premiers tems de la jeuneffe
étoient employés à des jeux pénibles ,
où le corps acqueroit la foupleffe , l'agilité
& la vigueur néceffaires dans les combats.
Des courfes de bagues , de chevaux
& de lance les difpofoient aux tournois qui
les exerçoient au défaut de la guerre. Il feroit
à fouhaiter qu'on ramenât parmi nous
une partie de ces ufages fi propres à rendre
les hommes robuftes & capables de fupporter
de grandes fatigues .
L'homme le plus fort du Royaume fuccomberoit
aujourd'hui fous le poids d'une
armure avec laquelle un Chevalier ordinaire
combattoit & faifoit toutes les évolutions
néceffaires dans un combat. M. de
S. P. cite un paffage curieux de l'Hiftorien
de la vie de Boucicaut ; nous l'avons été
chercher dans le livre, & nous croyons faire
plaifir à nos lecteurs de l'inférer ici. Maintenant
, dit l'Hiftorien en parlant du jeu .
ne Boucicaut , il s'effayoit à faillir fur
un courfier tout armé , puis autrefois couroit
& alloit longuement à pied, pour s'accoûtumer
à avoir longue baleine , & fouffrir longuement
travail ; autrefoisferiffoit d'une coignée
ou d'un mail grand piéce & grandement , pour
bien fe durre au harnois , & endurcir fes mains
& fes bras à longuement ferir ... il faifoit le
Soubrefaut armé de toutes pieces , fors le baffi-
E ij
100 MERCURE DE FRANCE,
ner, en dansant le faifoit armé d'une cotte
d'acier .. failloit fans mettre le pied à l'étrier
fur un courfier,armé de toutes pieces; à un
grand homme monté fur un grand cheval ,
failloit de derriere à chevauchon fur les épaules,
en prenant ledit homme par la manche à
une mainfans autre avantage ; en mettant une
main fur l'arçon de la felle d'un grand courfier
, & l'autre emprés les oreilles , le prenoit
par les crins en pleine terre , & failloit entre
fes bras de l'autre part du courfier ....fi
deux parois de plâtrefuſſent à une braſſe l'un
près de l'autre , qui fuffent de la hauteur d'une
Tour , à force de bras & de jambes fans autre
aide montoit tout au plus haut , fans cheoir au
monter ne au dévaler. Il montoit au revers
d'une grande échelle dreffée contre un mur
tout au plus bautfans toucher des pieds , mais
feulement fautant des deux mains enſemble
d'échelon en échelon , armé d'une cotte d'acier,
ôtée la cotte à une main fans plus montoit
à plufieurs échelons.
Ne feroit-on pas tenté en lifant ce recit ,
de croire que les hommes de ces tems
étoient d'une autre nature que ceux de ce
fiécle :celui qui afpiroit à la Chevalerie étoit
obligé d'unir la force & l'adreffe aux talens
d'un excellent homme de cheval. L'éducation
étant ainfi générale & néceffaire, le titre
d'Ecuyer par lequel il falloit néceffairement
DECEMBRË 1746. for
paffer n'étoit dédaigné par perfonne . Auffi
voyons nous dans plufieurs lettres de Charles
VIII. de la Reine Anne de Bretagne ,
épouſe de ce Prince , & de M. & Mad. de
Beaujeu que le Dauphin alors vivant eft appellé
feulementM. l'Ecuyer. (* )
L'attention que l'on avoit à l'éducation
faifoit que les peres fe défioient dela tendresfe
paternelle, un pere mettoit fon fils en qua .
lité d'Ecuyer dans la maifon d'un autre Che
valier, afin de le former, & de lui faire acquérir
Chevalerie ; on les appelloit auffi pourfuivans
d'armes ,parce qu'ils fuivoient leurs Maîtres
à la guerre ; en tems de paix ils alloient
faire desvoyages ou desmeffages dans lesPays
éloignés pour connoître les moeurs étrangeres.
Admis après avoir paffé par differens dégrés
à être gens d'armes , ils faifoient encore
pendant huit ou dix ans l'apprentiffage de la
Chevalerie , avant que de la recevoir.
La veille des Tournois étoit folemnifée
par des efpeces de joûtes, appellées plus particulierement
Efcremies ou Efcrimes , dans lefquelles
les Ecuyers s'effayoient les uns contre
les autres avec des armes plus legeres que
celles des Chevaliers , plus faciles à rompre,
& moins dangereufes pour ceux qu'elles bleffoient
, car il n'étoit point permis à un Ecu-
(*) V. les M. de Beth. à la Bibl . du Roi.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE
yer de porter les armes de Chevalier. Ces
Efcrimes étoient le prélude du fpectacle que
les Chevaliers devoient donner le lendemain .
Ceux d'entre les Ecuyers qui s'étoient le plus
diftingués dans ces premiers Tournois , &
qui en avoient remporté le prix, acquéroient
quelquefois le droit de figurer dans les feconds
parmi l'ordre illuftre des Chevaliers ,
en obtenant eux-mêmes la Chevalerie , car
c'étoit un des dégrés entre beaucoup d'autres,
par lefquels les Ecuyers montoient à ce
temple d'honneur , pour parler le langage figuré
de ce tems là .
C'étoit le prix le plus infigne que l'on pût
propofer dans les occafions importantes &
périlleuses ; elle fe donnoit quelquefois
d'avance comme un caractére qui redoubloit
le courage , & imprimoit des fentimens élevés
au- deflus de l'humanité , & il eft vrai de
dire que quoique l'intérêt paroiffe & foit
le mobile de la plus grande partie des hommes
, l'attrait de la gloire & les recompenfes
purement honorifiques ,font bien plus capables
d'exciter ces mêmes hommes à des
actions héroiques , & de redoubler leur courage
ordinaire .C'eft ce que l'expérience a prouvé
dans tous les fiécles & chés tous les Peuples.
Ce Mémoire de M. de S. P. fut écouté
avec beaucoup de plaifir par l'Aſſemblée ,
& fait attendre avec impatience la fuite de
DECEMBRE 1746. 103
ces Differtations intéreffantes & curieufes
où l'Auteur a fait difparoître l'immenfe amas
d'érudition qui fait la bafe de fon difcours,
pour ne laiffer voir que la méthode , la
clarté , l'élégance d'un écrivain qui fçait
approfondir fa matiere fans s'appefantir ,
& trouve le moyen de plaire & d'intéreffer
dans un fujet qui ne fembloit deftiné
qu'à inftruire.
O DE Anacreontique.
PEUT-ON vous voir fans vous aimer
Difoit Tircis à Silvarette
Vos beaux yeux fçavent tout charmer ;
J'en crois l'épreuve que j'ai faite .
Envain voudrois-je déguifer ;
Votre victoire eft trop complette ;
Ouï , vous avez fçu m'embraſer ;
Je vous confeffe ma défaite ;
Que mon fort feroit envié ,
Si vous daigniez , belle brunette ,
Répondre à ma tendre amitié !
Mon ame feroit fatisfaite .
1
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Vous raviſſez ma liberté ,
Ce n'eft pas que je la regrette ;
On doit hommage à la beauté ,
Et je veux acquitter la dette.
Chacun aime la nouveauté ;
On eft jaloux d'une conquête ;
La belle oublia fa fierté ,
Et repondit à la requête .
Deux mots conclurent le traité
Qu'on ratifia tête à tête ;
L'amour qui l'avoit cimenté ,
Vint fe mettre auffi de la fête ,
* 3* & *£ 3 * 3+ 8 * 3 * 3 * 33*

EPITRE à Damis.
POURQUOI OURQUOI du plus riche appanage
Defirer d'être poffeffeur ?
Pourquoi d'une vaine clameur
S'élever contre le partage
Que fait la Fortune volage
Des biens , des rangs , de la grandeur ?
Pourquoi lui rendre un vil hommage ,
Et l'encenfer avec ardeur ,
Pour être admis à fa faveur ?
Victime d'un vil eſclavage ,
Au plus tumultueux orage ,
DECEMBRE
105 . 1746.
L'ambitieux ouvre fon coeur ,
Mais l'indifferent en partage
A dans un fort tranquile & fage
Moins de défirs , plus de bonheur ;
De ce judicieux fyftême ,
Toi , qui connois la vérité ,
Toi qui fçais que le bien ſuprême
D'une douce tranquillité
Ne git point dans la vanité ,
Et qu'en s'affranchiſſant ſoi même
Des défirs d'une erreur extrême ,
Dans une fage liberté
L'on goûte la félicité ,
Cher ami , dont la vertu pure
File les jours toujours ſerains ,
Voici la fidelle peinture
Des biens que cherchent les humains.
De leurs ridicules chiméres ,
De leurs grandeurs imaginaires
Ma Mufe d'un hardi pinceau
Va te crayoner le tableau.
Du fein d'une mer orageufe
Par mille naufrages fameuſe ,
Sur un rocher , fatal écueil ,
S'éleve un pompeux édifice ,
Temple que conftruifit l'Orgueil ,,
Dont la prêtreffe eft l'Avarice ;
Une aveugle Divinité
Sur un thrône d'or y préfide ;
Ey
106 MERCURE DE FRANCE.
Des vices la troupe perfide
Heurle fans ceffe à ſon côté ;
Des traits d'une fauffe lumiere
Elle éblouit la terre entiere ;
Son culte par-tout respecté ,
Pour offrandes n'a que les crimes ,
Et du fang de mille victimes.
Son fanctuaire eft infecté ..
Des Sirenes enchantereffes ,
Au pied de ces fanglans autels
Attirent les foibles mortels ;
Leurs vains appas font les richeſſes :-
Les biens trompeurs & paffagers ,
Sur les aîles des vents légers
Portés au gré de ſes caprices ,
Fixent les voeux de l'Univers ,
Et fous l'amorce des délices ,
Lui donnent mille maux divers .
Jamais fur ce trifte rivage
Le Ciel ne parut ſans nuage :
Autour des dangereux rochers ;
Dont toute l'Ifle eſt entourée ,
On voit les imprudens nochers
Lutter envain contre Borée ,
Et portant leurs cris jufqu'aux Cieux ,
D'injuftice accufer les Dieux :
Tantôt contre un écueil brifée
Leur nef eft le jouet des flots ,
Tantôt par la foudre écrasée ,
?
DECEMBRE 1746. 107
Elle s'abîme au fond des eaux ;
Souvent d'une courſe rapide
Velans fur la plaine liquide ,
Favorifés par les Zéphirs,
Ils abordent enfin dans l'Ifle ,
Seul objet de tous leurs foupirs ;
Mais à peine de cet azile
Les détours leur font- ils connus ,
A peine au Temple de Plutus
Ont ils préſenté leur offrande ,,
A peine au gré de leur demande
De mille biens font-ils comblés ,
Que leurs yeux confus & troublés.
Dans cette déité frivole ,
Dont la faveur fit leurs défirs ,
Découvrent une vaine idole ,
Qui ne donné que faux plaifirs .
Errans dans ce trifte D'édale,
Ils cherchent envain le repos ;
Leur ame inquiette & vénale
Se livre à des défirs nouveaux ,
Tel dans la demeure infernale
L'Antiquité nous peint Tantale
Brulant de foif au fein des eaux.
A cette peinture fidelle
J'entends déja maint faux efprit
S'élever contre cet écrit ,
Ofer le traiter de libelle ,
Dont le fiel & les traits mordans ,
108 MERCURE DE FRANCE.
Nés d'une noire frénéfie ,
Dans des accès de jaloufie ,
"
Frappent les riches , & les grands ,
Connoiffez le fond de mon ame ,
Vous , dont les murmures confus ,
Armés de menfonge , & de blâme ,
S'épuifent en cris fuperflus ;
Si des biens que le hazard donne ,
Je méprife l'appas trompeur ,
Si les titres de la grandeur ,
Et la pompe qui l'environne ,
N'ont jamais pû toucher mon coeur ,
Si de la raison qui m'éclaire
Je fuis le flambean falutaire ,
Si de ces douces loix épris ,
De toute ambitieuſe envie ,
Je fauve les jours de ma vie ,
Irois-je par d'injuftes cris
De la plus volage Déeffe
Attaquer les enfans chéris ,
Et dans une ftoïque yvreffe
Regarder d'un égal mépris
La Fortune & fes favoris.
Non, la faine Philofophie
Infpire d'autres fentimens ,
Et loin des vains égaremens
Du préjugé , qui déifie
Un Créfus qui dans ſes thréſors
DECEMBRE 1746 . 109
;
Croit pofféder le vrai mérite ,
Et traîne toujours à fa fuite
L'ennui , les foucis , les remords ,
Elle fçait refpecter tout homme
Dont la vertu fait les attraits ,
Soit qu'il habite fous le chaume
Ou fous les lambris d'un Palais ;
Avec juftice elle révére ,
Celui de qui le caractére
De candeur & de probité
Fait honneur à l'humanité ,.
Qui dans la plus haute forune ,
Par une vertu peu commune ,
D'orgueil fenyvrant point fon coeur,
Voit un néant dans la richeffe ,
Un fantôme dans la grandeur ,
Et le vrai bien dans la ſageſſe ;
Elle fe rit de ce mortel
Qui dans le fein de l'opulence ,,
Se plaint que le deſtin cruel
Le laiffe encor dans l'indigence ,
Dont l'ame avide nuit & jour.
Par des défirs eft agitée ,
Et qui femblable à Prométhée ,,
Eft la victime d'un vautour :
Loin d'une fplendeur inutile ,
Elle goute une paix tranquille ,.
Et voit , malgré l'éclat pompeux
110 MERCURE DE FRANCE.
Des biens , des titres faftueux
3
Dont les Grands font infatiables ,
Que pour un qui fçait être heureux
Il en eft cent de miférables ;
Elle fait les foucis fâcheux ,
Ces monftres qui les tyranniſent ,
Et du doux repos qu'ils méprifent
Elle fait l'objet de ſes voeux ;
Aux charmes d'une douce étude ,
Elle confacre fes loiſirs ;
Une cruelle inquiétude ,
N'en trouble jamais les plaifirs ;
Pour elle dans fon cours rapide
Le tems fe couronne de fleurs ;
L'amour du vrai lui fert de guide ,
Dans le commerce des neuf Soeurs ,
Des fiécles fameux dans l'Hiftoire
Elle lui trace les tableaux ,
I
Et lui montre de fes Héros
La véritable ou fauffe gloire
L'ambition des Conquérans ,
La rage aveugle des Tyrans ,
Le regne des Rois équitables ,
Leurs Loix , leurs vertus mémorables ,
Leurs exploits , leurs faits éclatants,
Ces titres de juftes , de fages ',
Qui refpectés dans tous les âges
Les fauvent des fureurs du tems,
DECEMBRE
FLD
1746.
De fes feux brillans Uranie
Echauffe , & guide fon génie ;.
Plus rapide que les éclairs ,
Elle l'éleve dans les airs ,
Lui montre ces globes immenfes ,
Leurs mouvemens & leurs diftances
Dans le centre l'aftre du jour
Qui les éclaire tour à tour ,
Et
par
des
torrens
de lumiére
Lancés
fur
des mondes
divers
Donne
la vie à la matiére
,,
Les
jours
, les ans
à l'Univers
.
Par
fon
art divin
, Melpomene
La ravit
, fait
couler
fes pleurs
,
Thalie
à fes
leçons
l'entraîne
L'égaye
, & corrige
fes moeurs
,
De la plus
fublime
harmonie
Et Calliope
, & Polymnie
,
Lui
font
entendre
les doux
fons
;
A leur
voix
brillante
. & fonore
,
Euterpe
, Erato
, Terpficere
,
Mêlent
de légeres
chanſons
.
Ainfi
dans
l'heureuſe
innocence
Dans
la paix
& dans
le filence
,
Ses jours
, filés
par
les plaifirs
,
Coulent
fans
crainte
, fans
défirs
;
Contente
elle
paffe
la vie.
Dans
une
pure
volupté
5 .
BEZ MERCURE DE FRANCE..
Jamais l'erreur & la folie
N'en troublent la tranquillité ;
Jamais fon coeur n'eft agité ;
Rien ne l'abbat , rien ne l'altere ;
Un deftin heureux , ou contraire
N'en bannit pas l'égalité ;
Son feul aftre eft la vérité ;
La fageffe , fa fouveraine ,
Le vice , l'objet de fa haine ,
Et la vertu , ſa Deité.
Toi qu'aucun préjugé n'enchaîne ,
Qui vis content de tes deftins ,
Toi, qui fçais t'affranchir , fans peine ,
Des triftes erreurs des humains ,
De Minerve charmant Eléve ,
Cher Damis , dont l'ame s'éléve
Au-deffus des illufions ,
Et du cahos des paffions ,
Si des biens que cherche un coeur fage
J'ai tracé , par des traits divers ,
L'unique , & folide avantage ,
C'est toi que j'ai peint dans ces vers ,
C'eft ton ame , ton caractére ,
Dont tu m'as fait dépofitaire ,
Dans ces délicieux momens ,
Où l'amitié tendre & fincere
Faifoit parler les fentiments ;
Bientôt pour nous ils vont renaître ,
DECEMBRE 1746. 113
Ces moments voués au plaifir ;
Bientôt tu me verras paroître ,
Au gré de mon plus cher défir.
Dès que le volage Zépir
Avec fon amante éplorée
S'enfuira loin de ces climats ,
Et que l'impétueux Borée
Dans cette agréable contrée
Viendra répandre les frimats ,
De retour encor à la Ville ,
Cher ami tu me reyerras ,
Voler à ton charmant azyle ;
Mon coeur y guidera mes pas ;
J'irai dans ce féjour paisible
T'arracher au travail pénible
Auquel le deftin t'a ſoumis ,
Et te dérober , pour les Mufes ,
Malgré tes frivoles excuſes ,
Des momens trop chers à Thémis ;
Là goutant une paix profonde ,
Loin du trifte fracas du monde ,
Des feins , des ennuis , des foucis ,
Je te verrai toujours fincére ,
A la fageffe qui fçait plaire
Unir l'enjoument , & les ris
Là dans fa brillante carriére
Le Dieu qui porte la lumiére ,
Sur fon Char d'or & de rubis ,
114 MERCURE
DE FRANCE
.
Par fa clarté toujours nouvelle
Embellira ces douz inftans ,
Et malgré la faifon cruelle ;
Y fera regner le Printems .
d'Aix ce 15 Octobre 1745 .
NOUVELLES LITTERAIRES
ET DES BEAUX ARTS , & c.
ISTOIRE du Théatre François depuis
fon origine jufqu'à préfent , avec la vie
des plus célebres Poëtes dramatiques, un catalogue
exact de leurs piéces & des notes hiftoriques
& critiques , Paris 1746 in- 12 t . 8.
chés le Mercier rue S. Jacques, & de Saint,
rue S. Jean de Beauvais,
Ce huitiéme volume commence par
l'extrait du Pedant joué,Comédie d'an genre
fingulier , & qui porte l'empreinte de l'imagination
déreglée de fon Auteur ( Cyrano
de Bergerac)dans cette piéce, où tout eft
original , fe trouvent des fcenes fort comiques
, dont Moliere a depuis fait un ufage
DECEMBRE 1746. FIG
que nous
heureux , que perfonne n'ignore , dans les
fourberies de Scapin . On voit bien
voulons parler de la fcene de la Galere , &
de celle où la maîtreffe du jeune homme
qui a attrapé par cette fubtilité l'argent de
fon pere , conte à ce vieillard fans le connoître
, la fcene dans laquelle il a joué un
rôle fi ridicule. Moliere ne rougiffoir point
de ce plagiat & difoit qu'il prenoit fon
bien où il le trouvoit. Un tel difcours convenoit
bien dans la bouche de cet homme
inimitable , qui fans le fecours de perfonne
avoit trouvé beaucoup mieux & crée ,
pour ainfi dire, la Comédie, il pouvoit regarder
tous les bons fonds de ſcene comme lui
appartenans , & fe dire ce que le Chevalier
de Cailly dit dans une de fes Epigrammes fur
l'Antiquité.
Que ne venoit- elle après moi ,
Et je l'aurois dit avant elle .
Mais cet exemple illuftre ne juftifieroit
pas des Auteurs d'une claffe inférieure , qui
chercheroient àétayerleur imagination chancelante
du fecours d'auturi , & mettroient
à contribution des ouvrages ignorés , où il
fe trouve ſouvent des chofes neuves & eftimables.
Alors on crieroit avec raiſon au plagiat
, & on dépouilleroit le Geai revêtu des
plumes du Paon.
116 MERCURE DE FRANCE.
Cette Comédie du Pedant joué eſt la
preme e piece que l'on ait hazardé en
profe depuis que Hardi & fes contempo
rains on établi un fpectacle régulier à Paris.
Dans le volume dont nous parlons , lequel
commence en 1654 & finit en 1660 ,
on voit le nom de la Fontaine , au fujet
de la Comédie de l'Eunuque , cet écrivain
inimitable dans fes contes &dansfes fables n'a
plus été le même dès qu'il a voulu travailler
pour la fcene . On peut alors le confondre fans
injuftice avec la foule des plus mauvais Auteurs
; il n'arrive point , du moins on nel'a
point vû encore que la Nature ait donné tous
les talens à un même homme , & fouvent
plus un écrivain eft doué de génie pour un
certain genre, plus il eft inhabile à traiter les
autres , un homme qui avec beaucoup d'efprit
n'aura de talent décidé pour aucune
partie, fe trouvera plutôt propre à tout ſans
être bon à rien , & aura des fuccès dans tous
les genres fans avoir de réputation dans
aucun .
Mrs. P. ont raffemblé ici tout ce
qu'on a dit de plus curieux fur la perfonne de
la Fontaine & fur fes ouvrages , & en ont
compofé une vie qu'il eft agréable de trouver
ici. Sa perfonne étoit, comme fes ouvrages
, fimple & naïve, né avec un eſprit juſte &
un coeur droit,il ne déshonora pointſes talens
DECEMBRE. 1746. 117
par fes moeurs ; il acquit fans intrigue la réputation
la plus brillante, & il en jouit fans
orgueil ; ce n'eft pas ici le lieu de nous éten
dre fur les détails de la vie de ce grand
homme ; les lecteurs peuvent recourir au
livre de Mrs. P.
Parmi les Auteurs qui figurent dans ce
volume nous avons été fatigués de l'inépui
fable fécondité de l'Abbé de Boifrobert , ce
favori du Cardinal de Richelieu trouva fouvent
que le public étoit plus difficile que
fon maître ; né fans talent pour le Théatre ,
mais aidé des Comédies Efpagnoles dans
lefquelles il prénoit les intrigues de fes piéces
, il s'échauffoit ainfi de l'enthoufiafme
d'autrui , & rimant malgré Minerve , fans génie
& fans fuccès , il trouvoit dans ce fonds
étranger de quoi entretenir fa fterile abone
dance , & dans fon amour propre de quoi
le confoler des dédains du public. Il n'étoit
pas le feul qui eût recours aux Eſpagnols ;
comme tout eft foumis aux caprices de la
mode , la mode étoit alors d'aller chercher
dans les Comédies Eſpagnoles les fujets que
l'on vouloit mettre au Théatre . Thomas
Corneille a pris d'eux les fujets de la plûpart
de fes Comédies , & chacun allant glaner
dans ce fonds commun, il n'eft pas étonnant
que ce même Corneille , l'Abbé de
Boifrobert & Scarron ayent traité tous trois

118 MRCURE DE FRANCE.
en mêmetems le fujet que le premier a donné
au Théatre fous le nom des Illuftres Ennemis.
( a ) Cette rencontre excita une querelle
affés vive entre Scarron & l'Abbé de
Boifrobert ; le premier fe vengea par des
Epigrammes fanglantes: le public fpectateur
indifférent de cette querelle , ne le fut point
des deux piéces & n'alla qu'à celle de Corneille,
qui eft beaucoup plus raifonnablement
traitée que celle de fes concurrens.
C'eft dans ce volume que l'on voit Timocrate
, cette fameufe Tragedie , dont le
fuccès ne peut être comparé à celui d'aucune
autre piéce. Perfonne n'ignore que les Co
médiens las de jouer toujours la même piéce,
& craignans d'oublier leurs autres rôles ,
firent au public leurs repréfentations , & le
fupplierent de leur permettre de retirer cette
piéce , permiffion qu'il ne donne que
trop fouvent à des gens qui ne la demandent
pas. Cette même piéce eft aujourd'hui oubliée,
on ne la joue plus. C'eft que Thomas
Corneille qui poffédoit dans un haut
degré l'art d'arranger le canevas d'un Drame,
d'y préparer des coups de Théatre frappans
, & de tenir toujours le Spectateur en
( a ) La Comédie de l'Abbé de Boifrobert parut
fous le nom des Généreux Ennemis, & celle de Scarron
fous le titre de l'Ecolier de Salamanque,
DECEMBRE 1746. 119
fufpens , ne poffédoit pas de même l'art
de faire dialoguer fes Acteurs ; non feulement
fa verfification eft ſouvent foible, plus
chargée de paroles que de penfées , ce qui
feul feroit un grand défaut , car la Poëfie
de ftyle eft effentielle au Théatre , mais il
ne s'attache guéres à peindre les caractéres
ni les fituations . Exceptons pourtant de ce
jugement Elizabeth, & Ariane ; dans les autres
il excite plutôt la curiofité que l'attendriflement
des Spectateurs & occupe
l'efprit plus qu'il ne remue le coeur , ce qui
eft pourtant le premier & le principal but
que doit fe propofer un Auteur Dramatique,
I
>
Ces défauts qui ont empêché fes piéces , fi
fi l'on en excepte quelques-unes ,de paffer à
la pofterité , ne l'ont pas empêché d'avoir
les plus brillans fuccès ; il les méritoit par
l'art extrême avec lequel fes piéces font
conduites. Timocrate , Darius , Stilicon ,
Camma, les Illuftres Ennemis, n'auroient befoin
que d'être écrites d'un autre ftyle pour
être au rang des plus dignes ornemens de
la fcéne françoife , & c'eft fous ce point de
vue fans doute que les confideroit le grand
Corneille , lorfqu'il faifoit à fon cadet l'honneur
d'en être jaloux , & de le lui avouer ;
en effet Racine n'étant pas encor venu , &
le grand Corneille ne travaillant plus , fon
120 MERCURE DE FRANCE.
frere étoit à la tête desAuteurs dramatiques ,
& les la ffoit bien loin derriere lui dans la
carriere.
On verra dans ce volume une vie de cet
Ecrivain , que fes fuccès brillans & merités ,
fes travaux innombrables dans plufieurs
genres differens qui prouvoient l'étendue
de fes connoiffances , doivent placer parmi
les grands Hommes de ce tems , dans un
rang honorable , digne du frere du grand
Corneille ; & de l'oncle de l'illuftre M. de
Fontenelle.
Ce fut en 1659 que le grand Corneille
après fix ans d'interruption recommença
à la priere de M. Fouquet
fes travaux dramatiques , & donna fon
Oedipe. On ne peut affez s'étonner ni trop
regretter que ce grand homme, qui s'étoit
nourri toute la vie de la lecture des Tragédies
de Sophocle, qui les fçavoit par coeur, &
les admiroit autant quelles méritent d'être
admirées , ait négligé de faire ufage de ces
fcénes fi intéreffantes que tous les fçavans
admirent dans l'Oedipe de Sophocle , &
que M. de V... a fi heureufement imitées
dans le fien. M. Corneille fe crut obligé de
faire dans le fujet d'Oedipe des changemens
qui l'empêcherent de pouvoir fuivre
Sophocle ; le fuccès de cet ouvrage répondit
d'abord à la réputation de fon illuftre
Auteur ,
DECEMBRE 1746. 421
Auteur , mais depuis il ne s'eſt
pas auffi bien
foutenu au Théatre que les chefs- d'oeuvres
de ce maître de la fcene françoife.
Nous dirons encore un mot d'une Comédie
en vers de huit fyllables de Montfleury,
intitulée le mariage de rien. ( * )
Le Docteur ne veut point marier fa fille
Iſabelle fous prétexte que tous les hommes
font remplis de défauts ; il fe préſente
fucceffivement un Poëte , un Peintre , un
Capitaine , un Aftrologue & un Médecin ;
le Docteur les refuſe tous , & fait la critique
de chacun d'eux. Enfin paroît Lifandre
amant d'Ifabelle'; celui- ci embaraffe le
Docteur en lui difant qu'il n'eſt rien.
Et n'étant rien , fans injuftice
On ne peut m'imputer de vice ;
Le Docteur convient avec peine qu'on
ne peut rien dire fur rien , & Lifandre pourfuit,
Je vous dis de moi plus de bien
Que je ne pourrois vous en dire ,
Si j'étois maître d'un empire ,
En vous difant mes faits divers ,
Puifque l'Auteur de l'univers
De rien produifit chaque chofe ,
( *) Elle fut jouée en 1660.
F
122 MERCURE DE FRANCE,
Ainfi quoique l'on fe propoſe ,
On ne peut dire que du bien
D'un homme qui dit qu'il n'eſt rien.
Cette plaifanterie a depuis été répétée
plus d'une fois , c'eft ce qui nous a engagés
à en faire mention ici. On voit dans ce volume
les commencemens de Moliere , mais
comme nous aurons affés à parler de ce ref-
Laurateur de la Comédie à l'occafion des
volumes fuivans nous remettrons à une
autre fois à rendre compte de fes premiers
fuccès.

Ce volume n'eft ni moins curieux ni moins
eftimable que les précedens ; on y voit plufieurs
extraits faits avec beaucoup d'art &
de foin. MM . P. ont raffemblé tout ce
qu'il étoit poffible de fçavoir fur les Auteurs
& fur les Comédiens dont il eft queftion
dans leur Livre. Ce fera un grand
agrément de trouver ici raflemblés des matériaux
épars dans plufieurs endroits . Nous
voyons avec plaifir que le public eft de cet
avis & donne aux travaux de MM. P. les
éloges qu'ils méritent .
ALMANACH Généalogique, Chro
nologique &Hiftorique , contenant la fucceffion
des principaux Souverains du monde,
tant anciens que modernes ; celle des
DECEMBRE 1746. 123
Princes , Ducs & Pairs de France avec les
charges dont ils font revêtus ; les noms &
familles de toutes les Princeffes & Ducheffes
vivantes ; les Doges de Venife, & de Génes,
les Grands Maîtres de Malthe ; les Conciles
Généraux & Ecuméniques ; les Batailles &
les Traités de paix mémorables depuis 1600
jufqu'à préfent , à Paris chés Ballard , fils
Imprimeur Libraire, ruë faint Jean de Beauvais
, à Sainte Cécile , & chés Laguette , ruë
S. Jacques à la Fontaine d'or. On en trouvera
de toutes fortes de - reliûres .
TRAITE de la perfection & confection
des Papiers Terriers généraux du Roi ,
des appanages des Princes , Seigneurs patrimoniaux,
Engagiftes Domaniaux , Seigneurs
Eccléfiaftiques , gens de main - morte & autres
particuliers , qui ont des Terres titrées
ou de fimples Fiefs fans Juftice dans toute
l'étendue du Royaume.
On y donne des principes généraux &
particuliers qui déterminent la néceffité
abfolue & indispenfable de cet Ouvrage
& qui prouvent en même tems l'utilité & les
avantages que cette opération apporte, nonfeulement
au Domaine de Sa Majefté , mais
encore à celui des Princes , des Seigneurs ,
& au Public.
Le tout enrichi de plufieurs Sommaires
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
inftructifs fur l'inftitution des Fiefs , & du
Franc - aleu , & analitiques fur les differen
tes manieres de poffeder , des fentimens ordinaires
fur la féodalité , des maximes & ufages
pour la confection des Terriers , d'un
ordre méthodique pour la diftribution de
cet Ouvrage , & la procédure qui doit l'accompagner,
avec un recueil des anciens Edit
Déclarations du Roi , Lettres Patentes , Arrêts
& Reglemens du Confeil & des Cours
fuperieures du Royaume, rendus au fujet
defdits Terrriers.
Par Me. Bellami , ancien Avocat Fiſcal
au Bailliage & Marquifat Pairie d'Herbault
à Paris , au Palais , chés Paulus du Mefnil ,
Imprimeur Libraire , Grande Sale au Pilier
des Confultations , au Lion d'or , & chés
de Nully , Libraire Grand'- Sale , à l'Ecu de
France & à la Palme prés la Cour des Ai,
des 1746 , vol. in quarto 8 liv. relié.
RECUEIL de Jurifprudence Civile du
Pays de Droit écrit & Coûtumier par ordre
Alphabétique. Nouvelle édition corrigée
& confidérablement augmentée par Me.
Guy du Rouffeaud de la Combe , Avocat au
Parlement , à Paris , au Palais , chés de
Nally , Libraire , Grand'- Sale , à l'Ecu de
France & à la Palme , volume inquarto 10
liv. relié .
DECEMBRE 1746. 125
RESOLUTIONS des plus importantes
queſtions de laCoûtume & duBarreau ,
& de plufieurs cas de confcience , touchant
les droits & devoirs réciproques des Seigneurs
& des Vaffaux , des Patrons & des
Curés , & fur d'autres matiéres , tant pour le
for extérieur que pour le for intérieur par
Meffire Roger- André de la Paluelle , Licentié
en Théologie& en Droit , &c . 3e . Edition
revûë , corrigée & augmentée. Volume inoctavo
imprimé à Rouen chés le Boucher ,
& le vendà Paris chés de Nully , Libraire ,
grande - Sale du Palais , à l'Ecu de France
& à la Palme , 1746.
HISTOIRE générale des Voyages , &c.
4 vol. in 12. feconde édition .
Nous avons annoncé le mois paffé cet Ouvrage
dont le Public a enlevé le premier v,
in-4° . avec tant d'empreffement que peu de
mois après les Libraires ont fait une édition
in- 12 qui oft déja auffi prefque épuifée ; de
façon que cette Hiftoire , où l'on voit la découverte
des Indes qui ont enrichi les Nations
commercantes, fera pour lesLibraires un nouveau
monde, qui les enrichira fans leur faire
effuyer les fatigues & les dangers que les navigateurs
dont il eft ici queſtion ont eu à furmonter.
C'eft aux Anglois que l'on oft re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE,
7
devable de l'idée de cette entrepriſe utile ,
& il auroit été bien difficile de confier le
foin de la traduction à un écrivain plus capable
de remplir les efpérances du Public ,
que M. l'Abbé Prevoft dont le ftyle élégant
& facile eft fi propre à embellir toutes les
matiéres qu'il traite.
Le commerce a été pendant long- temps
entre les mains des Génois & des Vénitiens
qui enfin étoient devenus fort fupérieurs aux
premiers; le reftede l'Europe mettant la gloire
& la Nobleffe dans les armes , méprifoit
les arts & le commerce qu'elle regardoitcomme
roturiers , & nos peres achetant fort
cherement les denrées que les Venitiens leur
raportoient du Levant , leur payoient, pour
ainfi- dire, le tribut deleur orgueil imprudent.
Si quelqu'un pouvoit douter de l'importance
du commerce , on pourroit lui dire regardezles
effets qu'il a produits ; les quatre
plus confidérables puiffances d'Europe fe liguerent
contre Venife qui refifta à cet orage
par les reffources puiffantes que le commerce
lui fourniffoit alors.
Quand les marchandifes que les Vénitiens
tiroient des Indes faifoient un fi long circuit
pour arriver par terre , par la navigation
de la Mer-Rouge , par celle du Nil, des Indes
à Alexandrie où ils les alloient chercher
, combien de Villes floriffantes fubfifDECEMBRE
1746. 127
toient par ce commerce ; la plupart ne font
plus depuis qu'il a ceffé , & que la décou
verte du Cap de bonne efpérance a rendu
inutiles tous les entrepôts qui nous
tranſmettoient ces denrées , lefquelles revenoient
alors à un prix dix fois plus haut
que celui d'aujourd'hui.
C'eſt à l'invention de la Bouffole que l'on.
eft redevable de ces découvertes , qui ont
enrichi l'Europe, on n'ofoit auparavant voyager
que le long des côtes ; les Pilotes à l'approche
d'un gros tems fe retiroient dans le
Port le plus prochain , la conftruction & la
pilotage ne faifoient que de fort foibles progrès
dans un tems où on en fçavoit affés pour
ce qu'on entreprenoit, & où uneplus grande
perfection dans ces deux arts n'eut mené à
rien.
Ce fut Chriftophe Colomb qui le premier
eut le courage de s'eloigner de la terre
, & de s'élancer dans l'immensité de l'Océan
avec une aiguille aimantée pour guide ,
Le Prince Henri troifiéme Fils deJean I.Roi
de Portugal, fentit l'importance des découvertes
que l'on pouvoit faire, & ce ſoin devint
fon objet favori. Nous n'avons pas le tems
de parler de tous les progrès fucceffifs queles
Navigateurs firent fous les aufpices. Ceft la
découverte du Cap de bonne efpérance qui
ouvrit la route aux Indes Orientales par
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
l'Océan . Barthelemi Diaz le trouva le premier,
mais il y fut accueilli par une tempête
fi furieufe qu'il n'ofa le doubler , & lui donna
le nom de Promontoire des tempêtes, en 1486,
Jean II. qui regnoit alors changea un nom
qui pouvoit être regardé comme de mauvais
augure , & l'appella Cap de bonne eſpérance.
Vafco de Gama le doubla en 1487 , &
après diverſes avantures il arriva à Calecụt
fur la côte de Malabar.
Le Souverain de ce Royaume étoit le
plus puiffant de la côte. Les Portugais furent
d'abord bien reçûs , mais les Maures qui
étoient en poffeffion de faire feuls ce commerce
, jaloux de voir ces nouveaux venus
s'établir fur leurs ruines fufciterent bien des
embarras aux Portugais. Cependant Gama
après plufieurs difcuffions obtint par fa fermeté
un traité qui fubfifta peu. Dans ce
tems de paix le Samorin , c'eſt le titre du
Roi de Calecut écrivit cette lettre au Roi
de Portugal . Vafco de Gama Gentilhomme de
ta maison eft venu dans mon Pays. Son arrivée
m'afait plaifir. Mon Pays eft rempli de
Canelle, de Girofle , de Poivre de pierres
&
précieufes ; ce queje fouhaite d'avoir , c'eft de
Por , de l'argent , du corail & de l'écarlate.
Les fucceffeurs de Gama , & Gama luimême
dans un fecond voyage qu'il fit aux
DECEMBRE 1476 .129
Indes , eurent de fréquens démêlés avec ce
Samorin, dont ils ravagerent plufieurs fois la
Ville. Les combats que les Portugais rendirent
contre les Maures dont ils attaquoient
les Vaiffeaux fur la mer, & contre les Souverains
des Indes qui leur refufoient l'entrée
de leurs Etats , font remplis de prodiges de
valeur dont on ne peut donner une plus jufte
idée , qu'en les comparant aux faits d'armes
celebres de nos Flibuftiers . On ne peat
affés s'étonner de voir une poignée de Portugais
mettre en fuite plufieurs milliers d'Indiens
qui , fi l'on en croit les Auteurs de
ces relations , avoient une quantité prodigieufe
d'artillerie , mal fervie à la vérité , mais
toujours redoutable par le nombre & l'énormité
des piéces. Ofera-t - on repeter que dans
la Ville de Malaca qu'Albuquerque emporta
en 1511 , il y avoit huit mille piéces
de canon & qu'on y en prit 3000 , c'eft en
fe préparant à l'attaque de cette Ville , qu'il
vit fur un Vaiffeau qu'il prit , un Indien
percé de plufieurs coups mortels fans que
le fang fortit de fes bleffures ; on lui ôta un
bracelet d'os qu'il portoit & le fang commença
à couler. Les Indiens raconterent que c'étoit
l'os d'un animal qui fe trouvoit dans l'Ifle
de Java,
que
L'Hiſtorien Faria , écrivain Portugais ,dit
les trois principaux Capitaines auxquels.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
le Portugal dut fön établiffement dans les
Indes Orientales, furent Edouard Pacheco
Françoisd'Almeyde &Alphonfed'Albuquerque
, trois Héros dont les fucceffeurs, dit le
même Hiftorien, ne fe piquerent pas de les
imiter , ce qui tourna" dans la fuite au grand
défavantage du Portugal ; nous verrons cependant
dans la fuite les Portugais faire des
actions auffi courageufes qu'ils en firent fous
ces trois Capitaines , & nous les verrons
commandés par quelques Chefs qui ne font
pas inférieurs àceux - ci ,Albuquerque attaqua
deux fois Goa , deux fois Ormuz , deux fois
Malaca , il en triompha glorieufement & le
Portugal en refta maître , perfonne n'ignoreque
Goa eft aujourdhui le principal établiffement
, & la Capitale des poffeffions des Portugais
dans l'Inde. La premiere fois qu'Albu
querque s'en renditmaître, fa victoire lui couta
peu de peine , les habitans vinrent volontairement
ſe rendre,à condition qu'on leur affüreroit
la vie & la liberté. Cette foumiffion impré
vuëvenoit non feulement de la terreur qui lesavoit
faifis , mais encore plus de la prédiction
d'un de leurs devins, qui leur avcit annoncé
l'arrivée d'une Flotte étrangere , à laquelle ils
feroient obligés de céder. Ce n'eft pas là le
feul trait de fuperftition aveugle que les
Lecteurs trouveront dans cette Hiftoire,
Alameyde arrivant à Quilloa , falua de quelDECEMBRE
1746 131
ques coups de canon fans recevoir de réponfe
, & pour le venger de cet affront , il prit la
Ville , & détrôna le Roi. La feule railon qui
avoit empêché ce malheureux Prince d'envoyer
au devant d'Almeyde étoit la rencontre
d'un chat noir qui avoit traverſé le
chemin de ceux qu'il avoit chargés de cet
ordre .
Les Hiftoriens Portugais avouent euxmêmes
que leurs compatriotes ternirent fouvent
l'éclat de leurs grandes actions par des
excès de cruauté ; la perfidie qu'ils éprouvoient
fi fouvent de la part de leurs ennemis
étoit bier capable d'exciter leur colere qui
eft toujours un mauvais confeiller , en combattant
contre des barbares ils devinrent bar.
bares eux-mêmes , mais c'eſt là une juſtifi -
cation bien foible. Le tableau des barbaries
qui fe font comifes dans cette partie du monde
eft afligeant pour l'humanité , loin d'arrê
ter nosyeux fur ces triftes objets, nous aimons
mieux entretenu , nos Lecteurs d'un trait arrivé
à lapriſe de Doya, lequel eft plus analogue
au caractére de cette Nation généreuſe.
- Dans la confufion du carnage , Georges
Silveira découvrant un Maure de fort bonne
mine, qui fe deroboit par un fentier avec
une femme d'une béauté extraordinaire
courut vers eux pour les arrêter . Le Maure ne
"
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
parut point allarmé pour lui même , mais
après avoir tourné le vifage pour ſe défendre
, il fit figne à fa compagne de fuir
tandis qu'il alloit combatre ; elle s'obſtina à
demeurer près de lui , en l'affûrant qu'elleaimoit
mieux mourir, ou demeurer prifonniere
, que de s'échaper fans lui . Silveira touché
de ce fpectacle leur laiffa la liberté de
ſe retirer, en diſant à ceux qui les fuivoient ,
à Dieu ne plaife que mon épée coupe des liens
fi tendres. La Ville fut pillée & brûlée enfuite
avec tant de précipitation qu'il périt
quelques Portugais dans les flâmes.
ELEMENS d'Algebre de M. Clairaut
de l'Académie Royale des Sciences. Le
nom de M. Clairaut eft fi illuftre parmi les
Sçavans que fon nom étant à la tête d'un
Ouvrage en fait par cela feul un grand éloge;
dès l'âge de 16 ans M. Clairaut avoit déja
un nom connu dans toute l'Europe Litteraire
, & qu'on plaçoit au rang de ceux des
plus célebres Mathématiciens , il a marché
depuis de fuccès en fuccès , & on doit lui
fçavoir d'autant plus de gré de ce travail qu'il .
l'entreprend aujourd'hui pour faciliter l'étude
de la fcience dans laquelle il excelle . Ce
feroit aux grands Maîtres de toutes les fcien→
ces & de tous les arts qu'il devroit apparteair
de les enfeigner , mais fouvent ils dédaiDECEMBRE
1746. 133
que
gnent ces travaux , plus touchés des fuccès
leurs talens leur procurent que del'avantage
moins brillant d'être utile. On craint quelquefois
de dire fon fecret , & de le faire des
rivaux , mais les gens vraiment fuperieurs
fuffifent à tout. M. Clairaut fans fe détourner
de fa carriere , fans interrompre les travaux
Académiques , & fes fublimes recherches,
trouve encore du tems pour nous donner
ces élemens ; il fait fervir dans cet ouvrage
la fuperiorité de fes connoiffances à
faciliter aux commençans l'étude de l'Algébre
il y fuit une méthode dont la
fûreté lui a été prouvée par le grand fuccès
de fes élemens de Géométrie ; c'eſt en tenant
la route que les premiers Inventeurs ont
pû fuivre qu'il rend les commençans
inventeurs
eux-mêmes , & qu'il les conduit jufqu'aux
vérités de l'Algébre les plus embarraffées
; toute vérité naît dans ces élemens
d'un problême réfolu . Aucune n'eft préfentée
fous la forme de Theoreme ; c'eſt là un
principe dont l'Auteur ne s'écarte point .
>
La premiere partie de l'ouvrage traite
des Equations du premier dégré à une ou
plufieurs inconnues , & de toutes les préparations
qu'il faut leur donner ; nous avertiffons
qu'il y a des chofes abfolument neuves
fur l'invention du plus grand com134
MERCURE DE FRANCE.
commun diviſeur des quantités Algébriques
.
La feconde partie a pour objet toutes
les Equations du ſecond dégré , on y fait
l'application des regles à plufieurs problêmes
interellans , elle eft terminée par un
problême qui demande que l'on employe
pour fa folution plufieurs Equations du fecond
dégré , l'Auteur après avoir donné la
méthode ordinaire fait fentir l'avantage qu'a
fur elle la méthode de M. Newton applicable
à tous les dégrés , qui fait difparoître
fucceffivement les dimenfions d'une
mefure inconnue .
Dans la troifiéme partie on trouve ce
qui regarde les Equations de tous les dégrés
en général ; l'Auteur y donne la regle
de Defcartes pour trouver les racines cominenfurables
qui font dans une équation.
quelconque , mais comme cette méthode
engage dans de prodigieux calculs il explique
celle de Newton, & il la démontre avant
que d'élever par une fuite de plufieurs exemples
les commençans à des problemes affés
compofés ; il y a des cas où l'Auteur indique
des méthodes particulieres , plus
courtes que la générale ; ce font là de ces
adrefles de calcul que l'on n'atrappe guéres
qu'après l'avoir beaucoup manié , & que
les₁
commençans auront d'abord fous les yeux.
DECEMBRE 1746 135
La quatrième partie traite des Equations
à deux termes de tous les dégrés , ou bien
Forfque ces Equations ayant trois termes
font réductibles par la transformation à
la méthode des Equations du deuxième dégré
; c'eft dans cette partie que l'Auteur
après avoir parlé du nombre des racines ,
tant vraies qu'imaginaires de ces Equations ,
traite de toutes les réductions & opérations
que l'on peut faire fur les radicaux , & il
démontre enfuite la méthode dúe à M, Newton
, par laquelle on connoît fi une quantité
en partie radicale , & en partie commenfurable
, eft une puiffance quelconque ;
comme ce n'eft qu'aux quantités numériques
qu'eft applicable la méthode que M
Newton a donnée pour les racines dont les
expofans paffent le fecond dégré, M. Clairaut
démontre ce qu'il faut faire lorfque l'on
a des quantités litterales , il démontre auffi
que cette méthode de Newton eft fautives
dans un cas qui a échappé à M. s'Gravefande
Commentateur de l'Arithmétique univerfelle
, c'eft lorfque la racine d'une quantité
peut contenir des fractions, quoique cette
quantité n'en contienne point, telle eft par
exemple , la quantiré 2 +5, dont la racine
cube eſts & il donne ce qu'il faut
- faire dans ces cas ; la démonftration de cette
méthode fuppofant celle du Binome , if
136 MERCURE DE FRANCE.
en donne une fort fimple & fort nouvelle.
Entre beaucoup de chofes que contient
la cinquième partie fur la folution des
Equations du troifiéme & du quatriéme dégrés,
qui ont tous leurs termes, & dont nous
ne parlerons pas , nous nous contenterons de
remarquer que M. Clairaut montre quelles
font les Equations du troifiéme dégré , qui
fe trouvent dans le fameux cas que l'on appelle
irréductible ; la méthode qu'il donne
d'avoir la racine de ces Equations par approximation
paroîtra aux connoiffeurs fort nouvelle
& infiniment fimple ; une premiere
opération lui donne la racine à un milliéme
près , la feconde opération la lui donne
à un millionieme près , & ainfi de fuite ,
Nous ne fuivrons pas plus loin l'Auteur , il
nous fuffit d'avoir donné un léger crayon
de cet ouvrage , qui en même tems qu'il
peut être infiniment utile par fa clarté aux
commençans qui fe deftinent à des états où
le calcul eft néceffaire , ne laiffe pas de contenir
des chofes fort inftructives pour ceux
mêmes qui ont déja une forte teinture d'Algébre
& de calcul .
La veuve de Simon Bailly renouvelle au public
fes affûrances qu'elle continue de fabriquer
les veritables Savonettes legeres de pure crême de Savon
, dont elle feule a le fecret ; comme plufieurs
fe mêlent de les contrefaire , & les marquent
DECEMBRE 1746: 137
comme elle ; pour n'être point trompé il faut s'adreffer
chés elle rue Pavée S. Sauveur, au bout de
celle du Petit Lion à l'image S. Nicolas , une,
Porte-cochere prefque vis-à-vis la rue Françoiſe ,
quartier de la Comédie Italienne .
Les perfonnes de Province qui n'ont point de
connoiffance à Paris , ou qui en ayant ne voudront
point les charger de leurs affaires ;
font avertis qu'ils peuvent s'adreffer pour toutes
les affaires qu'ils auront à Paris , au fieur Delagrange,
demeurant rue des Foffés près la grande
Pofte, au-deffus d'unMenuifier vis -à- vis un Cabaretier
; la diligence qui fera apportée dans leurs affaires
, jointe à l'exactitude les fatisfera de l'en
avoir chargé. On affranchira les ports de lettres
ESTAMPE NOUVELLE.
Il paroît une Eftampe repréſentant le
Portrait de DON PHILIPPE INFANT D'ESPAGNE
, peint par Louis René de Vialy , éleve
de l'illuftre M. Rigaud , gravée par
J. Balechon de la Ville d'Arles , dédiée à la
Reine. Cette Eftampe eft approuvée des
connoiffeurs. Elle fe vend chés Gautret &
Joullain, Quai de la Mégifferie à la Ville de
Rome ; on y trouve auffi toutes fortes d'Ef
tampes anciennes & modernes,
138 MERCURE DEFRANCE.
Les mots des Enigmes & des Logogryphes
de Novembre font la pelotte à épingles,
le fommeil , campana , chapeau & porte- mantean
. On trouve dans le premier Logogryphe
chape , cape , cap , apeau , pean , eau , écu
Pau , hupe & puce. On trouve dans le fecond
eau , port , mante , manteau- &: porte.
CHAN SO N.
ENvain je fais, mille fermens
Que je fens un plaifir extrême
Lorfque Tircis me dit qu'il m'aime ,
L'indifcret foûtient que je mens .
Dans la vive ardeur qu'il m'infpire ,
Helas ! que ne ferois- je pas ?
Mais le devoir me dit tout bas ,
C'est faire trop que de le dire.
VERS à Madame du B .. , . fur fon Poëme
qui a remporté le prix de Poefie à l'Académie
de Rouen.
Celui qui porte un nom que des Princes , des
1 Rois ,
Par de nobles travaux ont illuftré cent fois,
"
C
WORK
ARY
X AND
NEW
YORK UBLIC
LIBRARY
.
"NCE
AND
MINDEN
TRUNCATIONS
DECEMBRE 1746. 139
P ... , qui n'étant ni Héros ni Monarque ,
Peut comme eux toutefois s'affranchir de la Par
que ,
Si le goût , la vertu , l'efprit , la probité ,
Ont des droits pour paffer à la poſtérité ,
P ... , dis- je , épris d'une plume immortelle
M'a fait lire les vers d'une Sapho nouvelle.
Dieux ! quelle ardeur ſubite a paſſé dans mon fein !
C'est la fage Pallas qui traça ce deffein.
Quels fublimes accords ! que de feu ! de génie !
Tous les dons d'Apollon , tout ce qu'il me dénie,
Dans ce Poëme heureux brille de toutes parts :
C'eft le fublime effor des talens & des arts ,
C'eft le plus beau laurier dont jamais la Patrie
Ait couronné le front des fçavans de Neuftrie .
La Déeffe aux cent voix juſques aux fombres bords
En porte la nouvelle à ces paifibles morts ;
Ils s'éveillent au bruit quefait la Renommée .
Votre cendre là haut , dit-elle , eft ranimée ,
Vous refpirez encor , vous charmez tous les yeux ,
Grace aux magiques traits d'un crayon précieux;
Les voici ; jugez -en ; joignez votre fuffrage
A ceux que vos neveux donnent à cet ouvrage.
Elle dit on les voit fous des ombrages verds
Accourir triomphans au recit de ces vers ,
Les entendre à l'envi , les chanter für leur Lyre ,
Celebrer les talens qui fçûrent les produire ,
Et pleins d'un doux tranſport dans leur ame excité
,
1
140 MERCURE DE FRANCE.
Sentir croître leur gloire & leur felicité .
Mais n'apperçois-je pas dans ces mêmes retraites
Des ombres à l'écart un peu moins fatisfaites ?
Deshoulieres , la Sufe , & l'antique Sapho ,
Ont entendu ces vers que répete l'écho. ·
D'où vient que de leurs voix fa voix n'eſt point
fuivie ?
Le fexe eft plus que nous fufceptible d'envie.
O vous qu'un digne prix avoué d'Apollon ,
Fait briller comme un Aftre au fommet d'Helicon ,
Vous des neuf doctes Soeurs la plus parfaite image ,
Du fein de votre gloire agréez mon hommage.
Si jamais mon encens ne s'adreffa qu'aux Dieux
Vous pouvez aujourd'hui le partager comme eux ,
>
CAdedis ,
ENIGME.
Meffieurs les Poëtes ,
Vos Mufes pour moi font muettes.
Cependant fans entrer dans nul tranſport jaloux
Je ne crois pas être indigne de vous .
J'ai quelques foeurs qu'on met en Poëfie ,
Et vous me laiffez là fans faire attention ,
Que des vers les plus beaux quand vous m'avez
bannie >
Vous ne pouvez chanter nulle grande action ;
Qu'à la fociété je fuis fi néceffaire ,
DECEMBRE 1746. 141
Que l'on ne peut fans moi contracter d'amitié :
Que je brille à la Cour , non parmi le vulgaire
Dont les foucis , les foins ou la mifére
Ne m'ont jamais fait entrer en pitié.
Il n'est pourtant fans moi point de reconnoiffance ,
De grace ni de récompenfe ,
Point de fincérité , de confolation ,
De candeur ni d'affection,
A ces éloges vrais qu'en ces vers je me donne ,
Ne conviendrez vous pas , Lecteur ,
De l'injuftice d'un Auteur ,
Qui feul dans un coin m'abandonne ?
· Par M. Bruyere , Notaire & Directeur du
Bureau des Poftes aux Lettres , à Tartas
en Gafcogne,
FR FR I
LOGOGRY PHE ,
MA nature eft
univerfelle ,
Et dans tous les objets que l'on voit fous les cieux,
il eft certain , Lecteur , je parois à tes yeux
Indifferemment belle ou laide.
Regarde maintenant ce que mon tout produit ;
De fix le cinq ôté , tu trouveras un fruît;
42 MERCURE DE FRANCE.
Remis dans mon entier , clairement je m'explique
Mes deux derniers font voir un to n de la mufique.
Et mes deux premiers font un terme de dédain;
Si ces deux mêmes tu combines : s ;
Peut-être me vois tu dans ton vaſte jardin ;
C'en eft affés je crois pour que tu me devines.
Par Mlle. Balieu de Tonneins.
AUTRE.
JE fuis d'un certain corps l'inftrument principal ,
Souvent je fais du bien & quelquefois du mal ,
Mainte & mainte beautés me mettent en ufage
Pour conferver long- tems l'éclat de leur viſage :
Sur huit pieds bien comptés je marche dou
cement,
Defquels , mon cher lecteur , faifant l'anatomę
Tu trouveras facilement
Du corps humain une utile partie :
Un habitant de Canarie
Un horrible tourment :
D'une pauvre nobleffe un tranfparent ouvrage ;
Ce qui prefque toujours nous annonce un orage
Un péché capital :
Un malin animal ;
DECEMBRE . 1746 . 143
D'Amerique un eſclave :
La charmante liqueur
Que l'on met dans la cave ,
Combine encore un peu ; tu trouveras ,
lecteur,
De cet aimable jus l'origine & la fource.
Ne te repofe pas au milieu de ta coufe ,
Raffemble de nouveau mes membres difperfés ,
Que par toi dans l'inftant ils foient tous renversés ,
Pour prix de ton travail je t'offre en récom
penſe
Feuille médécinale : une utile femence ;
De Mufique une note ; un fameux Chancelier ;
Un oifeau de paffage
D'un fort vilain ramage :
Ce qui fait travailler un mauvais écolier .
A qui n'a point d'habit je lui donne une étoffe ,
Dontfe couvrit jadis un fameux Philofophe .
Ce n'eft le tout ; je préfente un poiffon ,
Dont le plus fin des Grecs craignit la trahiſon.
Des Normands une Ville
En procès très- fertile :
D'une femme adultére un malheureux époux :
Ce qui mal à propos fâche un mari jaloux :
Ce qu'à l'homme en naiffant la nourrice préfente ;
Enfin lenom d'une adroite fuivante.
1
144 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
Les avec fuc
'Académie Royale de Mufique continue
repréſentations de Perſee avec un
cès foutenu.
L'aimable Gorgone y brille toujours , &
l'on ne trouve pas que la perte de fes beaux
cheveux ait affoibli lepouvoir de fes charmes.
Le Mercredi 7 Décembre on a repréſenté
pour la capitation des Acteurs un ambigu lyrique
qui a attiré une foule curieufelde fpectateursOn
a débuté par le Prologue des amours
des Dieux. Les paroles font de M. Fuzelier
l'un des Auteurs du Mercure, & la Mufique
de M.Mouret, Pour premier acte on a don -
né la Provençale ; les paroles font de M. de
la Fond , la Mufique de M. Mouret. Pour
deuziéme acte Amphion tiré du Ballet du
Triomphe de l'Harmonie , les paroles font
de l'ingenieux Auteur de Didon Tragé die
toujours applaudie , la Mufique de M. Grenet
Directeur de l'Opéra & du Concert de
la Ville de Lyon . Pour troifiéme Acte Zélindor
piéce de Férie d'un acte, qui a mérité
les fuffrages unanimes de la Cour aux dernieres
DECEMBRE 1746. 145
nieres fêtes qui l'ont occupée . Les paroles
font de M. Moncrif, Lecteur de la Reine ,
de l'Académie Françoife , la Mufique de
Mrs. Rebel & Francoeur , Surintendans de la
Mufique du Roi & Infpecteurs de l'Académie
Royale de Mufique .
L'Opera continue de donner pour fes repréfentations
des Jeudis d'hyver leBallet des
Amours des Dieux.
Le Mercredi 14 on a redonné encore
pour la capitation des Acteurs les mêmes
actes repréſentés le Mercredi précédent . Mle.
Fel y a joint une Cantate de la compofition
de M. Mouret ; on n'a pas manqué d'applaudir
à l'ordinaire les graces & la légéreté de
fa voix .
Le Concert Spirituel du Louvre a donné
Ie Jeudi 3 Décembre l'Exaltabo te Domine
de M. de Lalande . M. Blavet a enfuite joué
un Concerto. On a exécuté Quare fremuerunt
gentes de M. de Lalande, qui a été fuivi
d'un Concerto de M. Aubert , joué par
M. de Mondonville. La compofition étoit digne
de l'exécution . On a fini par le Jubi-
Late de M. de Mondonville, On voit bien que
les auditeurs font fortis contens.
La Comédie Françoiſe a donné pour la
G
146 MERCURE DE FRANCE,
premiere fois le Jeudi 5 Décembre une Tragédie
nouvelle intitulée Venife fauvée ; elle
eft de M. de la Place à qui nous devons la
traduction des belles piéces du Théatre
Anglois . l'Auteur auffi modefte qu'habile
a fait afficher fon ouvrage comme une
Tragédie purement Angloiſe , mais les lecreurs
capables de confulter l'original verront
bien que la copie ne lui doit pas toutes
les beautés , & qu'un pareil traducteur
peut être regardé comme un génie ; nous
donnerons l'extrait de Venife fauvée dans
le fecond volume de Décembre . Nous nous
contenterons de dire ici que M. de la Place
a trouvé le fecret de faire triompher l'amour
conjugal dans ce fiécle coquet , & dans la
bonne Ville de Paris , où l'on n'eft pas ordinairement
fort tendre pour les époux infortunés.
La premiere repréſentation de Veniſe fauvée
a été précédée par un difcours très - bien débité
par M. Rofeli Acteur François, Le voici ,
DECEMBRE 1746. 147
薬米糕
DISCOURS pour la Tragédie de Venife
fauvée.
E Théatre François affervi à des régles
LE
fur les bienféances , eft fans doute le feul
Théatre de l'Europe où l'on voit revivre
le vrai goût d'Athênes & de Rome. Conquerans
auffi dans ce genre , nous avons vuvû
nos Auteurs célebres , quoiqu'affés riches de
leur fonds , ajouter à l'éclat de notre ſcéne
les richeffes dramatiques des autres Nations,
& fe les rendre propres en les embelliſſant.
Le Théatre des Anglois feul , peut- être
trop peu connu en France jufqu'aujourd'hui ,
eft échapé aux recherches de ces grands
hommes . Nous avons crû , Meffieurs , qu'u
ne idée de leur Tragédie , dépouillée des
licences qui fouvent la dégradent , & ramenée,
autant qu'il eft poffible , aux loix de
la vraisemblance , pourroit en piquant votre
curiofité , nous offrir un moyen de vous
prouver le zéle qui nous anime , & notre
attention à diverfifier vos amuſemens . Nous
ne fentons pas moins , ainfi que le traducteur
de cet ouvrage , tout ce que cette entrepriſe
a de hazardeux pour peu que l'on
Gij
48 MERCURE DE FRANCE.
perde de vue l'extrême difficulté de refer
rer la liberté Angloife dans des bornes affés
étroites pour ne point bleffer la juſte délicateffe
du goût françois , fi l'on oublie enfin
que l'Auteur n'a pu fans dénaturer le genre
du tragique Anglois , l'affujettir abſolument
aux régles que notre Théatre exige.
Daignez , Meflieurs , écouter un foible
effai , qui fans tirer à conféquence par rapport
au vrai goût de la Tragédie Françoife ,
peut en fe perfectionnant par dégrés , vous
procurer un genre d'amufement de plus, & à
hous la fatisfaction de vous donner plus fouvent
de nouveaux plaifirs .
La Tragédie a reçu les plus grands applaudiffemens.
- Les Comédiens Italiens continuent les
nombreufes repréfentations du Prince de
Salerne ; ce fuccès éclatant fait l'éloge des
lazzis comiques des Acteurs , de l'invention
& de l'éxécution du Spectacle , plaifirs dûs
au génie& aux foins de M. Veronefe pere de
la charmante Coraline & de l'aimable Camille
, qu'on eft charmé de voir dans le Balfet
fous trois habits différens,
16
DECEMBRE 1746. 149
JOURNAL DE LA COUR ,
L
DE PARIS , & c ...
E 26 du mois dernier leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France arriverent à Verfailles.
Le Roi a déclaré que le mariage de Monfeigneur
le Dauphin avec la Princeffe Marie-
Jofephe , troisième fille du Roi de Pologne
Electeur de Saxe , étoit conclu.
Le 27 le Comte de Loos Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Pologne Electeur de Saxe,
eut une audience particuliere de Sa Majefté,
à l'occafion du mariage de Monfeigneur le
Dauphin avec la Princeffe fille du Roi fon
Maître. Il fut conduit à cette audience , ainfi
qu'à celles qu'il eût pour le même fujet, de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de
Madame, & de Mefdames de France , par le
Chevalier de Sainctot Introducteur des Am→
baffadeurs ..
Le 29 les Ambaffadeurs & les Miniftres
Etrangers qui font à Verſailles, eurent l'honneur
de complimenter le Roi fur le mariage
de Monfeigneur le Dauphin. Ils firent
auffi leurs complimens fur le même fujet à
G -iij
150 MERCURE DE FRANCE.
la Reine , à Monſeigneur le Dauphin , à Madame
& à Mefdames de France . Le Nonce
du Pape porta la pàrole au nom des Ambaffadeurs
& des Miniftres étrangers , lefquels
furent préfentés par le même Introducteur.
le 4 de ce mois fecond Dimanche de
l'Avent , le Roi & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château la Meffe chantée
par la Mufique . L'après midi la Reine accompagnée
de Monfeigneur le Dauphin &
de Meldames de France , affifta à la prédication
du Pere Imbert Théatin.
Le 8 fête de la Conception de la Sainte
Vierge , le Roi & la Reine entendirent la
Meffe dans la même Chapelle , & l'après
midi leurs Majeftés affifterent au Sermon
du même Prédicateur & enfuite aux Vêpres.
Le même jour la Reine communia par
les mains de l'Archevêque de Rouen fon
Grand Aumônier.
Le 6 M. Durini Archevêque de Rhodes,
Nonce ordinaire du Pape, eut une audience
particuliere du Roi dans laquelle il remit
un Bref à Sa Majesté. Il fut conduit à cette
audience par le Chevalier de Sainctot Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le Duc de Richelieu que le Roi a nommé
fon Ambaſſadeur Extraordinaire auprès
NOVEMBRE 1746. IST
du Roi de Pologne Electeur de Saxe , pour
faire la demande de la Princefle Marie -Jofephe
fa troifiéme fille pour Monfeigneur le
Dauphin , a pris congé de S. M. & il ett
parti pour ſe rendre à Drefde.
Le Roi a accordé le Gouvernement de
1a Ville & de la Citadelle de Valenciennes ,
vacant par la mort du Maréchal de Montmorency
, au Prince de Tingry fon fils Maréchal
des Camps & Armées de S. M.
PRISES DE VAISSEAU X.
E Navire la Demoiselle, de Corck, chargé
de fucre a été pris par le Corfaire la
Marquife de Tourny, du Havre ,que commarde
le Capitaine le Terrier , & il a été conduit
à Breft. Le même Corfaire s'eſt emparé
du Vaiffeau le Benjamin , de Londres ,
dont la charge eft compofée de fucre & de
Taffia , & qui eft arrivé à Benaudet.
Le Capitaine Dupré Hugon qui monte le
Corfaire la Revanche , a amené à Granville
le Corfaire Anglois le Poftillon armé de huit
canons & de dix pierriers , & il s'eſt rendu
maître d'un Navire de 300 tonneaux de
la même Nation .
Giij
152 MERCURE DE FRANCE.
On mande de Nantes que le Corfaire le
Tavignon de faint Malo , à enlevé le Bâtiment
la Reine de Hongrie , qui portoit du
fel à Boston .
Les Vaiffeaux l'Etranger de Bristol , de 200
tonneaux , & le Thevvorty , de Liverpool , à
bord defquels il y avoit une grande quantité
d'huile & de vin de Malaga , ont été
conduits à Morlaix par le Corfaire le Cerf,
de faint Malo .
Le Corſaire le Fortuné de Honfleur , commandé
par le Capitaine Gilles , y a envoyé
le Navire Anglois l'Union , chargé de vin ,
d'eau de vie & d'autres marchandifes.-
Il est entré dans le Port du Havre deux
Bâtimens nommés le Samuel & le Jean Marie
, qui ont été pris par le Corfaire l'Alexandre
, de Calais .
Les Lettres d'Oftende marquent qu'il y
eft arrivé un Navire Ecoffois avec un chargement
de vin & d'eau de vie . Cette priſe
a été faite par le Capitaine Cheyné commandant
le Corfaire le Comte de Maurepas
de Dunkerque , qui a rançonné deux autres
Bâtimens ennemis pour 550 livres sterlings .
Le Capitaine Duval qui commande le
Corfaire le Charron , auffi de Dunkerque ,
en a exigé 540 pour la rançon des Navires
l'Isabelle , de Leith , la Providence , de Kingfot
, la Jeanne Barbe , de Harwick , & la
Bonne Espérance de Londres .
DECEMBRE 1746. [ 153
On a appris de la Rochelle. que le Corfaire
le Conquerant , de Granville, monté par
le Capitaine Thomas Hugon, avoit repris
fur un Corfaire Anglois le Navire la Jeanne
Marie , de Bayonne.
Le Vaiffeau le Lion armé en courfe dans
ce dernier Port, a relâché au paffage avec un
Bâtiment ennemi de 14 canons. Le Capitaine
du Fourcq a fait auffi conduire au
paffage le Navire le Jean Thomas , de Liverpool
, & il a tiré d'un autre Bâtiment
une rançon de 10800 livres.
Le Navire le Terreneuve , de Jerſey , a été
conduit à faint Malo par le Capitaine Brifelaine
Collin , commandant le Corfaire le
Loup de ce Port. Le même Corfaire a en- -
voyé à Breft le Navire la Marthe
Londres , qui portoit diverſes marchandifes
à la Jamaïque.
J
de
Les Capitaines de Ferne & Defvre , qui
montent les Corfaires l'Aimable , de Raye ,
& le Charron, de Boulogne , font entrésdans
le premier de ces Ports avec une patache
du Roi de la Grande Bretagne , nommée
le Duc de Cornouailles , & avec le Bâtiment
Anglois l'Elifabeth. Le premier de
ces Capitaines a rançonné un autre Navire,
& le fecond a mené à Cherbourg le, Navire
le Couronnement .
Le Corfaire le Tigre, de faint Malo.com-
GT
154 MERCURE DE FRANCE .
mandé par le Capitaine Emeric , s'eft emparé
du Navire la Marie de 130 tonneaux .
On apprend de Granville que le Capitaine
Dupré Hugon qui commande le Corfaire
la Revanche de ce Port, y a conduit le
Navire le Poftillon , & qu'il s'eft auffi rendu
maître de deux autres Bâtimens , l'un
de 300 tonneaux , armé de douze canons,
l'autre de 130 tonneaux , chargé de tabac,
Le Capitaine Bachelier commandant le
Corlaire l'Etendart , de Calais , eft arrivé au
Havre avec un Navire ennemi.
Le Bâtiment Anglois l'Industrie, dont s'eft
emparé le Corfaire le Harang Couronné , eft
entré dans le Port de Dunkerque.
Deux Bâtimens de la même Nation ont
été rançonnés par le Corfaire le Hardi
Mendiant, de Calais.
Les Corfaires le Louis XV. de ce Port, &
le Hazard , de St. Valery , montés par les
Capitaines Lamy & Faillant , ont amené à
Dunkerque le Navire le Jean & Guillaume.
Suivant les avis reçûs de Breft il y ett
arrivé un Navire appellé le Paquetbot de la
Barbade , qui a été pris par le Corſaire le
Comte de Lovvendalh , que commande le Capitaine
le Fevre , dit Juin.
Le Capitaine le Terrier commandant le
Corfaire la Marquife de Tourny , du Havre,
a enlevé les bâtimens le Fanni de Liverpool,
DECEMBRE 1746. 155
& le Charleton. Ces deux prifes ont relâché
, l'une au Port-Louis , l'autre à St. Sebaftien.
On mande de Bayonne que les Capitaines
la Borde & Saboulin , qui montent
les Corfaires le Léopard & le Lion , y ont conduit
les Navires ennemis l'Ane Noir & le
Landanhoppe , dont le premier eft chargé
de fucre . Les bâtimens la Charmante Nanfy
& le Duc de Cumberland , dont le chargement
confifte aufli en fucie , & qui ont été
pris par le Corfaire le Lion , font entrés dans
le Port du Paffage .
Le Corfaire la junon , que commande le
Capitaine Vigoureux , s'eft rendu maître des
Navires l'Esperance , chargé de taffia : le
Cheval Marin , chargé de fucre , de fel &
de cotton ; le Lion , chargé de tabac & de
fer, & le St. Georges , chargé de tabac. Le
Navire la Catherine a été rançonné pour
500 livres sterlings par le même Corfaire .
I.es Navires le Rifingfun , chargé de fucre
& les Trois Freres , fur lequel il y a diverfes
marchandifes , ont été envoyés à Ribadeo
par le Corfaire le Temeraire que monte le
Capitaine Garalong .
Le Capitaine Souhaignet qui monte le
Corfaire le Bafque , a pris les Navires la Galere
Marie , de Londres , & le Walpool
de Tompsham.
G vj
56 MERCURE DE FRANCE .
Deux Navires Anglois chargés de facre,
ont été enlevés par le Corfaire la Victoire ,
de Bayonne , que commande le Capitaine du
Creabon .
Le Corfaire la Bafquoife monté par le Capitaine
Samfon du Fourcq , s'eft emparé des
Navires le Baumont , de Dumbar , & le Frere,
de la Barbade , & la cargaiſon de ce dernier
bâtiment eft compofée de fucre.
L'Almanach & Calendrier Journalier ,
Perpétuel & Univerfel , que nous avons annoncé
dans le Mercure de Novembre page
114 , fe vend à Paris chés Pierre Debats
au Palais dans la grand Sale , au feptiéme
pilier vis - à - vis la Cour des Aydes à Saint
François.
DECEMBRE 1746. 157
de de de de diccferte spededcdcdcdcde
SA
NOUVELLES ETRANGERES.
RUSSIE.
Lre du Roi de Pologne Electeur de Saxe , a
E Comte de Fitzdhum , Envoyé Extraordinai--
reçu un courier deWarfovie , avec des lettres fur le
.contenu defquelles il a été en conférence avec les
Miniftres de l'Impératrice. Il leur a annoncé que la
Diette générale du Royaume de Pologne ayant
réfolu de prendre en confidération l'affaire du
Duché de Curlande , Sa Majesté Polonoiſe eſperoit
que l'Imperatrice voudroit bien concourir aux
mefures , qui feroient prifes pour mettre les chofes
fur un pied ftable dans ce Duché . Sur le rapport
que le Comte de Beftuchef , Grand Chancelier
, a fait de cette conférence à Sa Majesté
Imperiale , elle a fait affûrer le Comte de Fitzdhum
que prenant beaucoup d'intérêt à ce qui regardoit
les habitans de la Curlande , elle défiroit qu'on
put affûrer leur tranquillité , & que dès qu'elle feroit
inftruite des moyens que la Diette de Pologne
jugeroit les plus propres pour parvenir à cet
but elle ne manqueroit pas de donner à fes Miniftres
les inftructions convenables. Le Comte Erneft
Biron est toujours à Jaroflow , en attendant
qu'on fçache fi les arrangemens qui feront concertés
par rapport au Duché dont il avoit été élu Souverain
, produiront quelque changement dans fa
ftuation. L'Impératrice a renvoyé à M. de Nepluef,
fon Réfident à Conftantinople le courier
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle en avoit reçu , & elle lui mande par ce
courier de rendre à M, de Penckler , Miniftre
de la Reine de Hongrie à la Porte , dans
l'affaire qui retarde l'audience de ce Ministre , tous
les bons offices que M. de Penckler pourra
exiger. Le Comte Rofamowsky, Grand Veneur
doit époufer la fille du Comte de Nariskin , &
l'Impératrice fera la dépenſe de leurs nôces , qui
feront célébrées avec beaucoup de magnificence.
On a reçu avis qu'il n'y avoit encore que des articles
préliminaires d'accommodement fignés entre
le Grand Seigneur & Thamas Kouli Kan , &
que Sa Hauteffe ne vouloit conclure un Traité définitif
de paix , qu'après qu'elle auroit obtenu toutes
les fûretés qu'elle demande pour l'exécution
de ce Traité .
Les lettres de Petersbourg portent que l'Impératrice
de Ruffie a ordonné de faire quelques changemens
dans la diftribution des quartiers d'hyver
affignés aux troupes qui ont été affemblées l'Eté
dernier en Livonie , & que plufieurs Régimens de
ces Troupes doivent revenir dans les Provinces de
l'intérieur de la Ruffie.
SUED E.
On a fçu par des lettres de Sftockholm , que les
Etats du Royaume de Suéde avoient été fort divifés
au fujet de l'affaire des trois Senateurs privés
de leurs dignités en 1738 ; que le Commité
fecret avoit prétendu que cette affaire devoit être
renvoyée à fa décifion , & qu'un grand nombre
de Deputés s'y étant oppofé , le Maréchal de la
Diette avoit fait long- temps des efforts inutiles
pour rétablir le calme dans l'affemblée , mais qu'enfin
on étoit convenu dans la féance du 28 du mois
DECEMBRE 1746. 159
d'Oct . dernier que le Committé fecret feroit requis
de communiquer à la Chambre de la Nobleffe les
raifons qui ont obligé deprononcer une peine fi grave
contre les Senateurs dont il s'agit . Ces lettres
ajoutent que l'admiffion de l'Ordre des Païfans
dans le Committé fecret continuoit de rencontrer
de grandes difficultés . M. de Wyck Lieutenant Colonel
, a ordre du Roi de Suéde de conduire de
l'artillerie en Finlande , pour garnir les poftes que
l'Impératrice de Ruffie a remis à la Suede par le
dernier Reglement de Limites, dontfont convenuës
les deux Puiffances.
Les lettres de Stockholm marquent que les trois
autres Ordres du Royaume de Suéde avoient envoyé
une Deputation à l'Ordre des Païfans , pour
lui repréfenter que le Committé fecret s'étant réfervé
la connoiffance particuliere des affaires qui
faifoient l'objet de fes délibérations , on efpéroit
que l'Ordre des Païfans ne continueroit pas d'infifter
pour être admis dans ceCommitté ; qu'au refte
les Païfans pouvoient être affûrés qu'on n'y prendroit
aucune réfolution qui fût contraire à leurs
priviléges , & qu'on auroit la plus grande attention
à leur en conferver la poffeffion . Les Païfans
ont paru fatisfaits des difpofitions que leur marquent
la Nobleffe , le Clergé & les Députés des
Villes .
le 10 on examina dans la Diette générale du
Royaume de Suéde les moyens d'augmenter les
revenus de l'Etat , fans trop charger le peuple.
On propofa dans la même Séance d'autorifer le
Roi & le Sénat à conclure de nouvelles alliances
& à renouveller les anciennes avec les Puiffances
Etrangeres , felon ce que Sa Majesté & cette Affemblée
jugeroient le plus convenable aux intérêts
de la Couronne , & là Diette doit délibérer in60
MERCURE DE FRANCE.
>
ceffamment fur ce dernier article . La Nobleſſe a
envoyé une Députation aux trois autres Ordres
pour leur répréfenter la néceffité dont il eft d'engager
le Committé fecret à leur communiquer
les raifons pour lesquelles plufieurs Senateurs ont
été privés de leurs dignités en 1738. Après plufieurs
débats fur la propofition de la Nobleffe , le
Clergé eft convenu de fe joindre à elle , & de
demander que le Committé fecret rendît publiques
les accufations fur lefquelles les Seigneurs
dont il s'agit ont été condamnés . Il y a lieu de
conjecturer que les Députés des Villes & l'Ordre
des Payfans prendront la même réfolution . Quoique
ce dernier Ordre eut paru être fatisfait des
allûrances qu'il a reçues des trois autres Ordres fur
l'attention qu'on auroit à la confervation de
fes priviléges , il a protefté contre le refus qu'on
lui a fait de l'admettre dans le Committé fecret.
En attendant que les quatre Ordres puiffent s'affembler
en Corps , on travaille avec beaucoup de
diligence dans les Chambres refpectives à termiper
les affaires qui restent à régler , & l'on efpere
que cette Diette durera beaucoup moins que
Les deux précédentes.
POLOGNE .
On mande de Warfovie que le Maréchal de la
Diette ayant informé la Chambre des Députés des
Palatinats que le Marquis des Iffars , Amba adeur
du Roi de France , lui avoit remis une lettre écrite
à la Diette par Sa Majesté Très- Chrétienne , la
Chambre demanda d'en entendre la lecture . Tous
les Députés pararen extrêmement fenfibles aux
affûrances que le Roi de France donne dans cete
lettre de fon amitié pour la République , &
DECEMBRE 1746. 167
I'on chargea le Maréchal de la Diette de concerter
avec le Senat & avec les Miniftres du Rof
la reponfe que la Diette feroit à Sa Majefté Très
Chrétienne. Les Députés des Palatinats , ont examiné
les moyens d'abréger les procédures
d'en diminuer les frais ; de rendre les marchés des
principales Villes plus fréquentés par les négocians
étrangers ; d'empêcher les fujets de la République
de vendre leurs beftiaux ailleurs que
dans le Royaume , & de faire exécuter rigoureufement
l'ordonnance par laquelle le Roi Sigifmond
en 1556 a deffendu la fortie des chevaux de
Pologne . M. Strutinsky , Député du Palatinat de
Bracklaw , ayant voulu donner fon avis , un Député
de Lithuanie prétendit être autorifé à lui impofer
filence , en produifant une condamnation pour
dettes contre ce Député. M. Strutinsky après
avoir montré la fauffeté de cette allégation , demanda
une fatisfaction éclatante , & il déclara qu'il
fufpendroit l'activité de la Chambre , s'il n'obtenoit
pas ce qu'il défiroit . Sa demande étant appuyée
par plufieurs Députés , qui propoferent de
s'a treffer au Maréchal de la Diette fuivant l'ufage
pratiqué en pareil cas , le Gentilhomme Lithua
nien , dans la crainte que cette affaire n'eut pour
lui des fuités fâcheufes , prit le parti de fe retirer
fecrettement de la Chambre. On continua enfuite
l'examen des projets fur lefquels elle avoit commencé
à déliberer ,& l'on en lut un pour faire une
repartition plus exacte des impofitions , & pour
employer à l'augmentation des troupes de la Cou
ronne une partie des revenus qu'elles produifent.
Il fut décidé dans la même Séance qu'on feroit
inceffamment l'ouverture des Seffions Provincia
les . Le Grand Chancelier de la Couronne a repréfenté
à la Diette la nécéffité de reftraindre à de
162 MERCURE DE FRANCE.
certaines bornes le droit que chaque Député a d'ar.
rêter lui feul les délibérations de la Diette. Après
avoir affûré l'affemblée qu'il étoit fort éloigné de
vouloir gêner la liberté des fuffrages , & attaquer
les prérogatives des Députés , il a expofé avec
beaucoupd'éloquence les inconvéniens qu'il y avoit
à laiffer fubfifter dans toute fon étendue une loi ,
à la faveur de laquelle une perfonne mal-intentionnée
pouvoit rendre inutile une affemblée générale
des Etats du Royaume .
Auffi- tôt après l'arrivée d'un courier que le Marquis
des Iffars reçut le 8 Oc. de Fontainebleau , cet
Ambaffadeur fe rendit chés le Comte de Bruhl , Miniftre
du Cabinet , pour lui annoncerl'ordre qu'il ve
noit de recevoir de propoſer le mariage de Monfeigneur
le Dauphin avec la Princeffe Marie Jofephe
, troifiéme fille de leurs Majeftés . Le Comte
de Bruhl en ayant informé le Roi , le Marquis
des Iffars fut conduit à l'audience de fa Majefté , &
il l'affûra du défir que le Roi de France avoit de
voir cette Princeffe époufer Monſeigneur le Dauphin.
Le même Ambaffadeur eut enfuite audience
de la Reine & de la Princeffe , & leurs Majeftés
ont été complimentées le 9 Octob . fur cet événement
par les Miniftres Etrangers , les Sénateurs ,
les Grands Officiers de la Couronne & les autres
perfonnes de diftinction .
Le 28 Oct , lesDéputés des Palatinats continuerent
l'examen des moyens de remédier aux abus , qui fe
font introduits dans l'adminiſtration de la juftice.Le
Maréchal de la Dietteayant déclaré qu'il avoit dref
fé un projet tendant à cette fin , il s'éleva de
grands debats dans l'affemblée , & plufieurs perfonnes
s'oppoferent à la lecture de ce projet , mais
le plus grand nombre des Députés voulut être
inftruit des réglements que le Baron d'Ungern
.
DECEMBRE 1746 . 1746. 163
Sternberg avoit réfolu de propofer. On reprit auffi
le même jour la délibération fur ce qui regar- .
de la fortie des chevaux de la Pologne. Il n'y eut
pas moins de conteftations à ce sujet , & ce ne fut
qu'après avoir long-tems difputé , qu'il fut décidé
qu'on permettroit feulement la fortie des chevaux
qui auroient été achetés par des Etrangers dans les
Foires de quelques-unes des principales Villes du
Royaume. Les Seffions Provinciales ont duré trois
jours , & pendant qu'elles fe font tenuës , la Cham
bre des Députés de la Grande Pologne a envoyé
une Députation aux Députés de la petite Pologne
pour leur faire fçavoir qu'elle avoit donné fon confentement
à l'augmentation des troupes de la Couronne
, ainfi qu'à l'établiffement des nouvelles
impofitions , qu'il étoit à propos de lever , fi l'on
vouloit s'engager dans cette dépenfe . Elle a invité
en même tems ces Députés à fuivre ſon exemple
, & à contribuer de leur part à des arrangements
, qui ne pouvoient être qu'avantageux à
la République. La démarche de cette Chambre n'a
pas eu le fuccès qu'on en attendoit , & les Députés
de la Petite Pologne n'ont pris aucune réfolution
fur la propofition dont il s'agiffoit. Plufieurs
ont perfifté à foûtenir qu'il étoit inutile
d'augmenter les troupes , & parmi ceux qui étoient
d'avis contraire , les uns ont refufé de confentir
qu'on levât de nouvelles impofitions , les autres
n'ont pu s'accorder fur le choix de celles qu'on
dévoit établir. Ils ont rejetté fur-tout preſque unanimement
le projet d'exiger des droits plus confidérables
fur les boiffons. Sa Majefté , ayant fait
attention aux plaintes que la Diette lui a portées
touchant les dommages caufés dans quelques Provinces
par les troupes legeres , a promis d'envoyer
des Commiffaires pour prendre à ce fujet les informations
néceffaires .
1
164 MERCURE DE FRANCE .
Les lettres de Warfovie marquent que la Diette
du Royaume de Pologne n'avoit pas eu un meil
leur fuccès que celles des années dernieres , &
que cette affemblée s'étoit féparée , fans que les
Députés euffent pu s'accorder fur la nature des
nouvelles impofitions qu'on devoit établir .
ALLEMAGNE.
"
On mande de Berlin qu'il y eft arrivé un courier
de Londres chargé de remettre au Roi de Pruffe
l'acte par lequel le Roi de la Grande Bretagne garantit
à Sa Majesté la poffeffion du Duché de Siléfie
& du Comté de Glatz. Cet acte porte que par les
articles préliminaires fignés à Breflau le 11 Juin
1742 , entre Sa Majefte & la Reine de Hongrie ,
cette Princeffe ayant cédé a perpétuité au Roi ces
deux Provinces , & cette ceffion ayant été
confirmée par le Traité de paix , conclu dans la
même Ville le 28 du mois fuivant Sa Majesté
Britannique s'étoit rendue garante de l'éxécution
de ce Traité, mais que peu de tems après il étoit
furvenu entre cette Cour & celle de Vienne une
nouvelle mefintelligence , qui avoit été fuivie d'une
rupture ouverte ; que pour faciliter le rétabliſſement
de la paix entre les deux Puiffances , le Roi
de la Grande- Bretagne par une convention du 26
Août de l'année derniere s'étoit engagé de renouveller
fa garantie en faveur du Roi , & que les
differends de Sa Majefté & de la Reine de Hongrie
ayant été terminés par le Traité de Drefde ,
le Roi a demandé que Sa M. Britan . s'acquittât de
fa promeffe ; que le Roi de la Grande - Bretagne
défirant de donner au Roi des marques de fon
amitié, ne veut pas differer d'avantage de fatisfaire
aux inftances de Sa Majesté , & qu'il s'oblige de
DECEMBRE 1746. 165
maniere la plus folemnelle lui & fes fucceffeurs ,
d'employer tout fon pouvoir , pour que le Roi ,
les Princes qui monteront après lui fur le Trô-
1e , ne foient jamais troublés dans la poffeffion
des Pays cedés à Sa Majesté par la Reine de Honrie
. Le Roi de la Grande - Bretagne promet par
e même acte de faire en forte que les Etats Gééraux
des Provinces Unies garantiffent auffi au
toi le Duché de Siléfie & le Comté de Glatz .
L'ouverture de l'affemblée des Etats de la Baffe
Autriche fe fit le 7 Novembre à Vienne , & la
Reine après avoir entendu la Meffe du Saint Efprit
, célébrée par le Prieur du Convent de Clof
ter Neubourg , s'étant rendue dans la Sale des
Etats , où elle prit place fur fon trône , le Comte
de Seylern témoigna aux Députés que Sa Majesté
malgré les avantages remportés par fes troupes en
Italie , ne pouvoit fe flater de conclure une paix
honorable , qu'en redoublant fes efforts pour foûtenir
la guerre avec fuccès . Il entra enfuite dans
le détail des differents fecours dont la Reine avoit
befoin , & il dit en finiffant , que les Etats étoient
fuffisamment perfuadés du chagrin que Sa Majefté
reffentoit de ne pouvoir encore procurer à fes
fujets les foulagements qu'ils avoient droit d'efpérer
après avoir tant fouffert , mais qu'ils devoient'
fentir que dans la conjoncture préfente tous menagements
feroient deplacés , & tourneroient au
defavantage de la patrie ; qu'ainfi la Reine ſe promettoit
de leur zéle , qu'ils peferoient avec toute
l'attention poffible l'importance des demandes
qu'elle leur faifoit , & qu'ils n'hesiteroient pas de
lui donner de nouvelles preuves de leur foumiffion
& de leur fidélité . Lorfque le Comte de Seylern
eut ceffé de parler , la Reine prononça elle
même un difcours très - pathétique fur les pertes
166 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle avoit faites , & le Comte Frederic de Harrach
, qui en l'abfence du Comte Ferdinand fon
frere exercedes fonctions de Maréchal de la Baffe
Autriche , répondit au nom des Etats qu'ils fou
haiteroient de pouvoir faire tout ce que leur infpiroit
leur devouement pour le ſervice de Sa Majefté
; qu'ils ne rappelleroient point à cette Princeffe
la trifte peinture de l'épuiſement dans lequel
étoient fes Pays Héréditaires , & de la difette
caufée par la longue féchereffe qui a regné
pendant l'été dernier ; qu'ils fe contentoient de
fupplier refpectueufement la Reine de profiter
des premieres occafions favorables qui fe préfenteroient
, pour diminuer les taxes impofées à la.
Province ; qu'ils comptoient d'autant plus fur cette
grace que par la conduite invariable qu'ils
avoient tenuë , ils avoient merité que Sa Majefté
ne doutât point de leur empreffement à tout facrifier
pour la défenſe de ſes intérêts. Le 8 les
Etats délibererent fur les propofitions de la Reine ,
& ils réfolurent de lui accorder pour l'année prochaine
un fubfide de neuf cent mille florins , &
quatre mille fix cent hommes de recruës. Les
Etats de Hongrie out donné ordre de rendre inceffamment
complettes les troupes qu'ils entretiennent
pour le fervice de la Reine , & qui confiftent
en neuf Regiments d'Infanterie de trois mille
hommes chacun , & treize de Cavalerie ,
chacun de mille hommes. Le Prince de Saxe Hilburfghaufen
fe difpofe à retourner en Croacie ,
pour faire marcher en Italie trois des Bataillons,
qui ont été levés depuis peu dans la Lycanie . On
parle d'envoyer des troupes en Bohême , ce qui
donne lieu de préfumer que Sa Majefté a quelque
inquiétude de ce côté-là. Malgré l'ordre envoyé
de Viennedeforcer par exécution militaire la Répu
DECEMBRE 1746. 167
blique de Génes à payer le refte des contributions
qui lui ont été demandées , on commence à
croire que les inftances faites par diverfes Puif
fances en faveur de cette République , détermi
neront la Reine à lui accorder une diminution fur
ces contributions . Le Comte de Kaunitz s'eft excufé
d'accepter la charge de Sénéchal de Moravie
, & l'on croit qu'elle fera donnée au Comte de
Dietrichftein .
On public a Vienne que l'Impératrice de Ruffie
a renouvellé à la Reine la promeffe de faire marcher
un Corps de troupes Ruffiennes au fecours
de fa Majefté , fi fes Etats Héréditaires d'Allemagne
étoient attaqués. La Reine fait travailler avec
diligence à réparer les fortifications de Brinn &
d'Olmutz . Suivant les nouvelles d'Infpruck , le
Regiment de Cuiraffiers de Cordoue , celui de
Dragons de Darmſtadt & celui de Huffards de
reftetitz , y ont paffé en allant en Italie .
Selon les nouvelles de Munich l'Electeur de
Baviere a réfolu de faire une reforme dans fa
Cavalerie , & d'en réduire les Compagnies à trente
hommes , dont quinze feront à pied . Le Baron
d'Aylva , Miniftre Plénipotentiaire de la Republique
des Provinces Unies , a démandé à ce Prince
qu'on arrêtât en Baviere tous les déferteurs
du Corps de troupes Bavaroifes , qui eft à la folde
des Etats Généraux , Le bruit court que le Roi de
Pologne Electeur de Saxe , doit envoyer aux Comtes
de Tettenbach & de Sintzheim les marques de
l'Ordre de l'Aigle Blanc.
Les troupes que le Cercle de Franconie avoit
fait affembler près de Neckers-Ulm , fe font feparées
, & celles du Haut Rhin fe préparent à
fuivre cet exemple. On vient d'apprendre que le
Prince Jean Louis d'Anhalt Zerbit , pere de la
168 MERCURE DE FRANCE.
Grande Ducheffe de Ruffie , étoit mort dans le
Château où il faifoit fa réfidence .
Les nouvelles de Munich affûrent que par le Traité
conclu le 21 du mois de Juillet dernier entre la
Reine de Hongrie & l'Electeur de Baviere , il a
P. étépulé qu'en confidération de l'engagement
ris par cet Electeur de permettre à un Corps
de fes troupes de paffer à la folde des Etats Généraux
des Provinces Unies , la Reine de Hongrie
lui remettroit trois cent mille florins de la
fomme quelle lui a prêtée , & que pour le payement
des cent mille florins reftans , elle recevroit
pendant quatre années confécutives vingtcinq
mille florins par an fur le fubfide accordé
à ce Prince par la Grande Bretagne ; que la
Reine de Hongrie fe défifteroit de toutes les
prétentions qu'elle pouvoit faire valoir au fujet des
contributions qui n'avoient pas été acquittées par
les fujets de l'Electeur , & que ce Prince de fon
côté renonceroit aux indemnités qu'il avoit demandées
pour les dommages caufés dans fes Etats ;
qu'il concoureroit à l'exécution des réfolutions qui
feroient prifes pour la fûreté de l'Allemagne , &
qu'il fourniroit fon contingent de troupes , s'il y
avoit un conclufum général de l'Empire qui l'ordonnât.
Selon les lettres de Berlin , le Comte de
Bernes , Miniftre Plénipotentiaire de la Reine de
Hongrie , n'aura audience du Roi de Pruffe , qu'après
que ce Prince fera de retour de Potfdam
.
On a été informé par celles de Coppenhague que
le Roi de Dannemarck a aboli la Chambre des
Finances, qui avoit été établie il y a quelques an
nées à Slefwick,
DECEMBRE 1746. 169
ITALIE .
>
On mande de Génes du 5 Nov. qu'on n'a aucune
nouvelle particuliere de la côte Occidentale de cet
Etat, & l'on fçait feulement qu'il défile de ce côté
beaucoup de troupes de la Reine de Hongrie.
Le mauvais tems qu'il a fait , & le débordement
des rivieres , caufé par les pluyes continuelles
, doit retarder confidérablement leur mar,
che. La Reine de Hongrie a fait propofer au Gouvernement
une alliance offenfive & défenſive
s'engageant de garantir à la République moyennant
cette condition la poffeffion de tous fes Etats,
mais le Gouvernement à répondu qu'une telle démarche
, indépendamment de ce qu'elle étoit trop
dangereufe pour la République à caufe du voifinage
de la France , ne pouvoit s'accorder avec l'intérêt
que cette Ville a de conferver fon commerce
avec l'Espagne , & qu'ainfi l'on ne pouvoit fe
conformer aux défirs de la Cour de Vienne , fans
s'expofer à de nouveaux malheurs . Cette réponfe
a extrêmement mécontenté la Reine de Hongrie
, qui a envoyé des ordres précis au Marquis
de Botta de preffer le payement du reste des
contributions qu'elle a exigées de ce Pays , & ce
Général ayant menacé , fi l'on différoit ce payement
, de faire entrer dans Génes dix Bataillons ,
on s'eft déterminé à lui donner un nouvel à compte
de deux cent mille Genuines.
Il s'étoit élevé quelques differends entre le Petit
& le Grand Confeil , & l'on craignoit que cette
divifion n'eût des fuites , mais la tranquillité paroît
être rétablie , depuis que le Gouvernement a
fait arrêter deux des Nobles , dont le Grand
Confeil eft compofé. On a publié un Décret.
L.L.C
H
82
170 MERCURE DE FRANCE .
par lequel il eft ordonné à tous les Nobles du
Petit Confeil , de revenir à Génes , ceuxqui font
fur les terres de la Réqublique dans 8 jours, & ceux
qui en font fortis , dans quinze , fous peine d'ètre
rélégués pour dix ans dans l'Etat Eccléfiaftique.
Le bruit court que les inftances faites auprès
de la Reine de Hongrie par le Pape , le Roi de la
Grande Bretagne & les Etats Généraux des Provinces
Unies , en faveur de cette République , ont
engagé cette Princeffe à lui remettre fix cent mille
Genuines fur les contributions qu'elle en avoit exigées.
On affûre auffi , que la Reine de Hongrie s'eft
défiftée de la prétention qu'elle avoit formée touchant
la ceffion de Gabelles , & qu'elle a révoqué
l'ordre envoyé au Marquis de Botta de faire
entrer dans cette Ville une partie des troupes qu'il
commande. Au refte la Cour de Vienne perſiſte
dans la réfolution de faire paffer l'hyver à ces
troupes dans les Etats de la République , & pour
fournir non-feulement à la fubfiftance de ces mêmes
troupes , mais encore à leur payement , elle
demande aux Communautés des deux Rivieres
des fommes exorbitantes. On a lieu d'apprehender
que la République ne foit expofée encore à
de plus grandes vexations , fi les troupes , qui fous
les ordres du Comte de Brown font allées joindre
le Roi de Sardaigne dans le Comté de Nice ,
font obligées de revenir dans ce Pays . Selon
les avis qu'on reçoit de ce Comté , elles y fouffrent
beaucoup par la difette des vivres , & elles
diminuent tous les jours par la défertion .
Plufieurs Bâtiments ont fai voile de ce Porc
fous l'efcorte de deux Vaiffeaux de guerre An
glois , pour leur porter des munitions de bouche
& de guerre & quarante pieces de canon de
campagne , à l'exception de quatre Navires Hol
landois & Suédois , le Marquis de Botta a fait a
DECEMBRE 1746. 171
rêter tous ceux qui étoient dans ce Port , & il les
deftine au même uſage . Il eſt arrivéà Génes un Officier
que le Comte de Brown a dépêché à ce Général
pour l'informer que la Citadelle de Villefranche avoit
capitulé On a trouvé le moyen d'introduire
encore depuis peu des provifions & quelques trou-.
pes dans le Château de Savone dont le Roi de
Sardaigne fe diſpoſe à entreprendre le fiége dans
les formes , ce Prince faifant amaffer une grande
quantité de fafcines & de facs à terre par les trou
pes qui bloquent cette Fortereffe . Le Pape a accordé
un Jubilé , qui durera quinze jours , pour
implorer l'affiftance du Ciel dans les malheurs dont
les Sujets de la République font accablés . Le Comte
Chriftiani , Chancelier du Milanez , est retouré
à Milan , après avoir établi à Génes par ordre de
la Reine de Hongrie , à l'exemple des Cours de
France & d'Efpagne , un Bureau de la Pofte , o
toutes les lettres , qui viendront de Lombardie
feront diftribuées fans paffer par celui qui dépend
du Gouvernement .
Il n'y a encore rien de décidé au fujet du différend
furvenu entre la Reine de Hongrie & le Roi
de Sardaigne , tant pour le partage des contribu
tions exigées des Génois , que pour l'exécution
de l'article du Traité de Worms concernant la
ceffion de Plaifance , mais cette Princeffe a promis
de travailler inceffamment à prendre un arrangement
définitif fur ces deux articles. En attendant
, la Citadelle de Plaiſance est toujours occupée
par des troupes Allemandes , qui y gardent
l'artillerie & les magafins qu'on a trouvés dans
la Ville lorfqu'elle s'eft rendue. L'Officier qui
commande dans cette Citadellc pour la Reine
de Hongrie , ayant voulu faire conduire
à Mantoue une partie des munitions de guerre,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
1

renfermées dans ces magafins , le Commandant
de la Garnifon Piedmontoife , qui eft
dans la Ville , s'y eft oppofé , & il lui a déclaré
que le Roi de Sardaigne ne confentiroit point qu'on
tranfportât ailleurs aucun des effets pris fur les Efpagnols
, avant que la Reine de Hongrie l'eût fatisfait
fur fes prétentions. Sur le peu d'égard que
le Commandant de la Citadelle témoigna pour
cette déclaration , celui de la Ville fe prépara à
empêcher qu'on ne fit fortir des munitions de la
Citadelle , & pour cet effet il renforça les gardes
des Portes par lefquelles elles auroient pu paffer.
Sa réfiftance a déterminé les Allemands à ne
plus différer la vente des magafins enlevés aux
troupes Efpagnoles , & l'argent qu'elle a produit
a été mis en dépôt , juſqu'à la déciſion des
articles qui font en conteftation entre la Cour de
Vienne & celle de Turin .
On mande de Nice le Roi les troupes que que
de Sardaigne doit fournir à la Reine de Hongrie
pour agir conjointement avec celles du Comte
de Brown,font compofées des Regiments de Montferrat
, de Saluces , de la Marine , de Bourgsdorff,
des Fufiliers , de Schulembourg , de Huttinger , de
Kalhermatten , de Bade , de Montfort , de Salis >
de Chablais , de Turin , d'Aoft , de Cafal & dè
Nice ,, d'un Bataillon du Régiment des Gardes
Piédmontoifes , & d'un du Régiment de Savoye ,
& ce Corps forme dix -huit Bataillons . Le Général
Leutrum s'étant excufé d'en accepter le com
mandement , le Roi de Sardaigne l'a donné aù
Marquis de Baibian , qui a défendu Valence lorf
que cette Place a été affiégée par les Efpagnols .
La précaution qu'ils ont prife de tirer de ce Comté
tous les grains & les fourages , avant que de l'abandonner
, eft caufe que les troupes n'y fubfi
DECEMBRE 1946. 1 ཧ །
"
tent qu'avec beaucoup de peine , & elles font
obligées de faire venir de Génes par mer toutes
les munitions de bouche Jufqu'à préfent il n'y
a eu que quelques détachements de l'armée com
binée de la Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne
, qui ayent tenté de paffer le Var , & au
cun n'a pu fe maintenir de l'autre côté de cette
riviere ,
La Citadelle de Villefranche a été obligée de
fe rendre , & l'on eft couvenu par la Capitu
lation que la Garniſon feroit conduite en France
, & qu'elle ne pourroit fervir pendant dix - huit
mois contre la Reine de Hongrie ni contre fes
Alliés . On a reçu avis que l'Officier Général , qui
commande dans Tortone pour le Roi d'Espagne ,
avoit demandé auffi à capituler , mais qu'il exigeoit
pour la Garniſon tous les honneurs militai
res. Le Comte de Mante , Général des troupes
Piédmontoifes qui ont formé le blocus de cette
Place , n'ayant point ofé prendre fur lui d'accorder
des conditions fi avantageufes , a dépêché um
courier au Roi de Sardaigne , pour fçavoir fes intentions
à ce fujet. Il eft entré dans ce Port de
Villefranche plufieurs Bâtiments , qui y ont apporté
de Génes des munitions de guerre & de
bouche pour l'armée combinée de la Reine de
Hongrie & du Roi de Sardaigne . Cette armée
avoit un extrême befoin de ce fecours , & elle
commençoit à manquer abfolument de vivres , un
convoi de fix cent mulets qu'on y attendoit ,
n'ayant pu paffer les défilés à caufe de la grande
quantité de neige qui eft tombée depuis quel
que temps dans les montagnes . On apprend de
Provence que les Bataillons Efpagnols qui
devoient fe rendre dans la Savoye , ont reçu ordre
de Sa Majesté Catholique de retourner join
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
dre les troupes Françoifes commandées par le
Maréchal Duc de Belle- Ifle . Selon les mêmes nouvelles
il est arrivé à cette derniere armée plus de
huit mille hommes de recruës , tant François qu'Efpagnols
, & lorfqu'elle aura reçu tous les renforts
qui viennent de Flandres & de Franche- Comté ,
les feules troupes Françoifes feront compofées
de foixante dix- huit Bataillons & de cinquante
Efcadrons. Outre les troupes réglées, il y a quinze
mille hommes de milices , employés à la garde
des côtes , & la Ville de Marſeille a levé avec la
permiffion du Roi Très- Chretien deux Regiments
qu'elle entretient à fes dépens . Celle d'Aix n'a
pas donné des preuves moins éclatantes de fon
zéle , deux Régiments ayant été mis fur pieds l'un
-par le Parlement , & l'autre par la Bourgeoisie
de cette Capitale de la Province . Afin de prévenir
la deftruction des oliviers & des muriers , qui
font la principale richeſſe du Pays , le Chevalier
de Belle- Ifle , qui en attendant l'arrivée du Maréchal
fon frere , avoit pris le commandement des
troupes Françoifes après le départ du Maréchal de
Maillebois , a fait publier une défenſe à tout foldat
fous peine de la vie de caufer le moindre dommage
à ces arbres . Les Etats de Provence par reconnoiffance
fe font engagés à faire conduire à
l'armée tout le bois dont elle auroit befoin , &
à le lui fournir gratuitement . L'Infant Don Philippe
s'est rendu d'Antibes à Aix avec le Duc de
Modéne.
On mande de Naples qu'on travaille toujours avec
beaucoup de diligence à augmenter & à réparer les
fortifications des Places , ainfi qu'à établir des magafins
, pour être en état de faire affembler une armée
fur la frontiere de l'Abruzze Ulterieure . Toutes les
roupes qui ont reçu ordre de s'y rendre ,y feront arDECEMBRE
1746. 175
rivées avant la fin de l'année , cette armée indépendamnient
des garniſons des Villes fortifiées fera de
30 mille hommes . Les levées de foldats , pour recruter
les Regiments qui font revenus de Lombardie
, fe font avec tout le fuccés défiré , & en
conféquence des ordres donnés par le Gouvernement
chaque Province doit fournir dans un terme
prefcrit un certain nombre de chevaux pour la
remonte de la Cavalerie . Le Duc de la Viefville ,
qui a commandé en Lombardie les troupes Napolitaines
, en eft revenu , & il a été reçu trèsfavorablement
de Sa Majefté. Le bruit court
qu'elle nommera Capitaine Général M. de Leone,
qui s'eft infiniment diflingué dans toutes les occafions
où il a été employé.
GRANDE - BRETAGNE.
On mande de Londres que fur les plaintes faites
par les Etats Généraux des Provinces Unies
touchant diverfes vexations commiſes par les vailfeaux
du Roi & par les Armateurs contre plufieurs
navires Hollandois , les Commiffaires de l'Amirauté
ont envoyé depuis peu de nouveaux ordres
à l'Amiral Medley de faire obferver avec la plus
fcrupuleufe exactitude les Traités qui fubfiftent.
entre le Roi & les Etats Généraux , relativement
au commerce & à la navigation des fujets refpectifs
des deux Puiffances . Ils ont écrit en même
tems aux Officiers de l'Amirauté de Port - Mahon
d'en informer M. Defaguliers , Conful de la
Nation Hollandoife , & de veiller conjointemert
avec l'Amiral Medley à empêcher que les Negocians
de cette Nation n'ayent aucun fujet de fe
plaindre. Les mêmes Commiffaires ont ordonné de
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
reftituer le Vaiffeau le Temple de Salomon , qui avoit
été arrêté & conduit à Gibraltar .

Divers fymptômes ayant donné lieu de craindre
que le Roi , s'il ne prenoit des précautions
ne fût attaqué de la fiftule , Sa Majefté fur les répréfentations
de fes Médecins & de fes Chirurgiens
s'eft determinée à fouffrir une opération ,
dont les fuites ont été auffi heureufes qu'on pouvoit
le défirer . Le Roi , ayant reparu en public
le 17 du mois paffé pour la premiere fois depuis
fa maladie , reçut les compliments des Miniftres
Etrangers & de la principale Nobleffe fur fa convalefcence
, & Sa Majesté revint le 22 à Londres.
Le Duc de Cumberland s'eft rendu à Wolwich
pour voir l'epreuve de quelques canons de nouvelle
invention. Sa Majeſté lui a fait préfent de
T'Hôtel de Buckingham , qu'elle a acheté vingtmille
livres fterlings. Les infirmitez ' du Comte
de Harrington l'ayant obligé de fe démettre
de fa charge de Sécretaire d'Etat , le Roi
lui a accordé une penfion de quatre mille livres
fterlings , & a difpofé de cette charge en faveur
du Comte de Cheſterfield , auquel le Comte de Harington
fuccede dans la Viceroyauté d'Irlande.
L'Amiral Leftock , de l'Efcadre duquel on n'avoit
point de nouvelles depuis qu'il avoit abandonné les
côtes de Bretagne , rentra le 5 dans le Port de
Spithead avec fept Vaiffeaux de guerre. Le refte
des Vaiffeaux de fon Efcadre & la plupart des Bâtiments
de tranfport qu'il eſcortoit , ont été difperfez
par la tempête : plufieurs ont relâché dans
divers Ports d'Irlande , mais on eft encore trèsinquiet
de quelques-uns. Selon le rapport fait aux
Commiffaires de l'Amirauté par l'Amiral Leftock,
l'expédition , dont le Général Sainclair avoit été
DE CE MBRE 1746. 177
chargé , n'a pu réuffir , parce que la maladie s'étant
mife parmi les troupes de débarquement , on
n'en avoit pu faire defcendre à terre que la moitié ,
& que ce nombre n'avoit point fuffi pour attaquer
dans les formes la Ville de l'Orient . On parle d'établir
un Confeil de guerre pour examiner la conduite
de ces deux Officiers , & il paroît qu'en particulier
on eft fort mécontent de ce que le premier
n'ayant point affigné une certaine hauteur
pour point de réunion aux Bâtimens de fa Flotte
, plufieurs qui ont été feparez par des coups
de vent, ont été obligez de revenir en Angleterre.
Les Détachements des Regiments des Gardes à
pied , le Régiment de Fufiliers de Galles , qu'on
avoit fait embarquer , font de retour. Il y a apparence
que les autres troupes de débarquement, qui
étoient à bord des Navires de cette Flotte arrivez
en Irlande , prendront des quartiers d'hyver dans
les environs de Corck & de Kengfale. Les Com--
miffaires de l'Amirauté ont envoyé ordre à l'Amiral
Anfon , qui eftoit rentré le neuf Novem
bre à Plymouth avec fon Eſcadre , de remettre à
la voile avec dix Vaiffeaux de Ligne , & l'on
compte qu'il a dû exécuter cet ordre. On prétend
qu'il va attendre à la hauteur des Ifles Canaries
une Flotte Eſpagnole , qu'on fçait être
partie de la Havane fous l'efcorte de fept Vaiffeaux
de fa Majefté Catholique . On a reçu la fâcheuſe
nouvelle , que le Chevalier de Conflans , Capitai
ne de Vaiffeaux au fervice de Sa Majefté Trés-
Chreftienne , avoit attaqué avec les Vaiffeaux de
guerre le Terrible & le Neptune la Flotte de la
Barbade , & qu'il s'eftoit emparé d'un des Vaiffeaux
de guerre qui efcortoient cette Flotte. Les Na
vires marchands , dont elle eftoit compofée , ayant
efté difperfez pendant le combat , il n'en eft arrive
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
jufqu'à prefent que cinq à Plymouth , cinq à Spithead
, & deux à Douvres . Le Vaiffeau le Nottingham
a conduit à Plymouth le Vaiffeau de guerre
François le Mars , lequel a fait une longue reſiſtance
, malgré le mauvais état dans lequel il eftoit ,
la moitié de l'equipage eftant obligée de pomper
.continuellement l'eau que faifoit ce Vaiffeau.
Dans la derniere affemblée des Commiffaires de
l'Amirauté , il a été réfolu de rappeller l'Amiral
Thownfend , & de donner à l'Amiral Beng le
commandement de l'Efcadre qui eft dans la Méditerranée
. L'Amiral Matthews , que le Confeil de
guerre tenu à Deptford a déclaré incapable de fervir
le Roy , fe propofe d'appeller de ce Jugement
au Parlement . Le Maréchal Wade , & les Lieutenans
Généraux Cadogan . Folliot , Lenox , Guiſe
& d'Aubigny , nommés Commiffaires pour inf
truire le procès du Chevalier Cope , Lieutenant
Général , du fieur Fowke Brigadier , & du Colonel
Peregrine Lafcelles , ont jugé que la conduite
de ces Officiers étoit irréprochable . On affure
que le Parlement portera un Bill contre les
Officiers & les Soldats , qui ferviront dans les troupes
des Puiffances étrangeres fans la permiffion du
Gouvernement . Le Chancelier de l'Echiquier , le
Duc de Dorſet , l'Orateur de la Chambre des Communes
, & les Grands Juges , s'affemblerent le 14
à Weſtminſter , pour élire les Gentilshommes parmi
lefquels le Roy doit choisir les Scheriffs de
chaque Comté. Le 8 , le fieur Guillaume Benn ,
nouveau Lord Maire , prêta ferment en certe qualité
à la Maifon de Ville . Le fieur Fitzgerald , Capitaine
dans les troupes du Roy d'Eſpagne , & qui
avoit été pris il y a quelques mois à bord d'un Navire
chargé d'armes & de munitions pour les Partifans
de la Maifon de Stuard , s'eft fauvé de la pri
fon où il étoit détenu .
DECEMBRE 1746 179
Le 15du mois paffé le Comte de Chefterfield prêta
ferment à Witehal devant le Conſeil Privé , pour la
charge deSécrétaire d'Etat . Onaffûre qu'il pourroit y
avoir encore dans peu quelques autres changemens
dans le miniftére , & que le Duc de Malborough
s'eft excufé d'accepter la Viceroyauté d'Irlande.
Il y a beaucoup d'agitation dans Londres
au fujet de l'élection des Députés qui doivent
affifter de fa part à la Chambre des Communes , &
il paroît que celles des Députés de quelques autres
Villes ne fe feront pas avec plus de tranquillité. On
ne doute point que le Parlement dans fa prochaine
affemblée ne révoque l'Acte par lequel la loi de
l'Habeas Corpus a été fufpendue. Il doit auffiporter
un Bill , pour punir de mort les perfonnes qui fe
battront en duel. Le 20 l'Amiral Anfon fit voile
de Plymouth avec l'Efcadre qu'il commande , &
l'on continue de publier qu'il va croifer à la hauteur
des Ifles de Canaries , pour tâcher de s'emparer
des Gallions qni font attendus de la Havanne .
Suivant les avis reçus de Spithead , on y équipe avec
toute la diligence poffible une nouvelle Efcadre, &
les Vaiffeaux de guerre la Princeffe & l'Edimbourg
en font partis le 17 fous les ordres du Chef d'Efcadre
Coates , pour ſe rendre à Plymouth. Les Vaiffeaux
de guerre l'Torc , le.Superbe , le Saphir & le
Rubis , de l'Efcadre que commandoit l'Amiral l'EStock
, font arrivés à Corck en Irlande, avec vingtcinq
des Bâtiments de tranfport , qui avoient fuivi
cette Efcadre fur les côtes de Bretagne . On a appris
que le Vaiffeau le Wolvvich , qui conjointement
avec le Vaiffeau le Severn , pris depuis peu par les
François , a eſcorté le Convoi de la Barbade ,
relâché dans un autre Port du même Royaume, ainfi
que plufieurs Navires de ce conyoi.
a
180 MERCURE DE FRANCE.
Les Actions de la Compagnie de la Mer du Sud
font à cent deux , celles de la Banque à cent
vingt -neuf trois -quarts ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent quatre- vingt , & les
Annuités à cent un .
LA HA Y E.
On mande de la Haye que le Prince de Naffau
a écrit aux Etats Géneraux pour les informer
que le 17 du mois paffé , la Princeffe fon époufe
étoit accouchée d'une Princeffe , & il a été réfolu
de complimenter ce Prince à ce fujet . Le 18 ,
il fe tint une conférence à Breda entre les Miniftres
Plénipotentiaires qui y font affemblés , & on fit partir
des Couriers pour Paris & pour Londres. Le
Comte de Sandwich, qui y eft en cette qualité de la
part du Roi de la Grande Bretagne , fe rendit le 22
à la Haye , pour annoncer aux Etats que fa Majesté
Britannique lui avoit envoyé ordre de prendre
le caractére de fon Miniftre Plénipotentiaire
auprès de cette République. On affure que le Roi
de la Grande Bretagne rappelle à fa Cour le Sr
Trevor pour l'employer dans quelque charge im--
portante . Le même jour, le Baron de Reifchach , Envoyé
Extraordinaire de la Reine de Hongrie , communiqua
au Président de l'Affemblée des Etats Gé--
neraux quelques dépêches qu'il avoit reçues de:
Vienne par un courier extraordinaire.
Le Comte de Sandwich remit le 24 au Comte de
Bintinck , Préſident de l'Affemblée des Etats Gé--
néraux , les Lettres de Créance , par lefquelles le
Roi de la Grande Bretagne l'a nommé fon Minitre
Plénipotentiaire auprès de la République . Le
Comte Ferdinand de Harrach eut une longue conférence
avec le même Préfident , à qui il commu
DECEMBRE 1746.
niqua quelques dépêches qu'il avoit reçues de Vien
ne. Le Baron de Reifchach , Envoyé Extraordinaire
de la Reine de Hongrie , a depêché un courier à M.
de Wafner , Miniftre Plénipotentiaire de cette ,
Princeffe auprès du Roi de la Grande Bretagne..
On écrit de Leuwarde que la Princeffe , dont la
Princelle de Naffau eft accouchée depuis peu , a
été baptifée le 27 , & qu'elle a été nommée
Anne Marie.
NAISSANCES , MARIAGES
L
ET MORT'S.
E 16 Novembre a été baptifé à S. Roch
Hyacinthe-Huges -Timoleon de Coffe , né &
ondoyé le 8 précédent , fils de René- Hugues de
Coffe , Comte de Briffac , Seigneur de Richebourg,
Maréchal de Camp , Gouverneur de Salces , & de
De. Marie- Anne Hocquart de Montfermeil , mariés
le 10 Février 174. Voyez la Généalogie de
la Maifon de Coffé dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 4 , fol. 320 .
Le 24 a été baptifé en la Paroiffe de S. Roch
Henri - Georges de Chaftelus , né & ondoyé le 15
Octobre dernier , fils premier ne de Céfar- François
de Chaftelus , Cointe de Chaſtelus , Vicomte
d'Avalom , Baron de Quarré , Seigneur de Marigny
, Colonel du Régiment d'Auvergne , Gouverneur
des Ville & Château de Sene , premier Chanoine
héréditaire de l'Eglife Cathédrale de S Etienne
d'Auxerre , & de De. Elifabeth- Rebert du ,
2.
182 MERCURE DE FRANCE ,
Thil. M. le Comte de Chastelus eft fils de feu
M. le Comte de Chaſtelus , Lieutenant Général
des armées du Roi , & de De . d'Agueffeau , fille
de M. le Chancelier. Voyez la Généalogie de la
Maifon de Chaftelus dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne , vol . 7. fol . 1 .
´Le 17 Novembre Charles-Yves le Vicomte Comte
du Rumain, Marquis de Coetanfao , Comte de Penhoet
, Seigneur Châtelain de Coetcodû , & c. Brigadier
des armées du Roi du 1 Mai 1745 , Meftre
de Camp d'un Régiment de Cavalerie de fon nom
du 15 Mars 1740 ; Gouverneur de la Ville de
Morlaix,& du Pays circonvoisin , veuf de De.Reine-
Marie-Marguerite Butault de Marzan , foeur de
Mad . la Comteffe de Lorge , qu'il avoit époufé le
20 Mai 1739 , fut marié avec De. Conftance-Simonne-
Flore-Gabrielle Rouault Gamacher , fille de
Jean- Joachim Rouault , Marquis de Gamaches &
de Pomponne , Seigneur & Gouverneur pour le
Roi des Ville & Comté de S.Valery- fur - Somme ,
& du Pays & Roc de Cayeu , Maréchal de Camp ,
& de feue De. Catherine-Conftance-Emilie Arnauld
, Marquife de Pomponne.
M. le Comte de Rumain eft fils d'Yves- Charles
le Vicomte , Comte de Rumain , Seigneur Châtelain
de Coetcodû & de feue De.Julienne de Querhoent
de Coetantfaô , morte le 22 Décembre 1734.
Le nom de le Vicomte eft diftingué en Bretagne
y a plus de 400 ans , & c'eft depuis ce tems
que les Seigneurs de Rumain , dans l'Evêché de
S. Brieux , font en poffeffion de cette Terre. Leurs
armes font d'azur à un croiffant d'argent.
il
Pour Mad. la Comteffe de Rumain , il fuffit de
dire ici qu'elle a pour bifayeul Nicolas-Joachim
DECEMBRE 1746. 183
Rouault , Marquis de Gamaches , Lieutenant Général
des Armées du Roi , fait Chevalier de l'Ordre
du S. Efprit à la promotion du 31 Décembre
1661 ; & pour VII . ayeul , Joachim Rouault , Seigneur
de Gamaches , & de Boiſmenart , lequel
fut honoré de la dignité de Maréchal de France
le 3 Août 1461 , en confidération des grands fervices
par lui rendus aux Rois & à l'Etat. Voyez la
Généalogie de cette Maifon dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne , vol . VII . fol .
95 & 97.
La nuit du Lundi au Mardi 13 de ce mois a
été fait à S. André des Arcs , le mariage de Mre .
Cardin François - Xavier le Bret de Flacourt , Avo
cat Général au Grand Confeil depuis 1741 , né
le 1 Décembre 1719 , fils de feu Mre. Cardin le
Bret de Flacourt , Comte de Selles , Seigneur de
Pantin , Premier Préfident au Parlement de Provence
, Commandant pour le Roi , & Intendant
de Juftice de cette Généralité & du Commerce
du Levant , & Confeiller d'Etat , mort la nuit du
13 au 14 Octobre 1734 , & de De . Marguerite-
Henriette de la Briffe , morte le 17 Mars 1724 ,
avec De. Anne- Louife Charlotte - Felix le Pelletier
de la Houffaye, fille de M. le Pelletier Seigneur de
la Houffaye & de Signy , Confeiller d'Etat , & Intendant
des Finances , & de De . Charlotte-Marie
Lallemant de Levignen .
"
M. le Bret eft frere puîné de M. le Comte de
Selles , Officier de Gendarmerie & de De.
Marie - Genevieve - Rofalie le Bret , femme de
Mre Jean Baptifte- Paulin d'Agueffeau de Freſne,
Comte de Compan-la - Ville , Confeiler d'Etat.
Feu M. le Bret étoit fils de Pierre Cardin le Bret,
Seigneur de Flacourt , auffi Premier Préſident du
1
184 MERCURE DE FRANCE.
"
Parlement de Provence , Commandant pour le
Roi & Intendant de Juftice de cette Province
mort le 25 Février 1710 , & de De . Marie -Françoife
Vedeau de Grammont , petit- fils de Julien
le Bret , Seigneur de Flacourt , Confeiller au Parlement
, mort Confeiller d'Etat en 1688 ; & de De.
Marie Sublet , & arriere petit - fils de Cardin le
Bret , Seigneur de Flacourt , Avocat Général au
Parlement en 1604 , & Confeiller d'Etat , mort
Doyen du Confeil le 25 Janvier 1655 , & de De .
Marguerite le Pelletier. Mad. le Bret qui donne
Lieu à cet article , eft petite-fille de Felix le Pelletier
, Chevalier , Seigneur de la Houffaye , Contrô
leur Général des Finances , Chancelier, Garde des
Sceaux de feu M. le Régent , Prevôt , Maître des
Cérémonies , & Commandeur des Ordres du Roi,
reçu le 25 Mai 1721 fur fes preuves de nobleſſe ,
mort le 20 Septembre 1723 , & de De . Marie-
Magdeleine du Bois de Guedreville , morte le 1
Août 1746. Les Généalogies des Familles de le
Bret & de le Pelletier de la Houffaye , feront rapportées
dans la nouvelle Hiftoire des Maîtres des
Requêtes ci-devant annoncée.
Le 28 Septembre dernier mourut Louis -Henri
de Baudean , Chevalier da Parabere , Lieutenant des
Vaiffeaux du Roi , & Major Général de l'Eſcadre
de M. le Duc d'Anville ; il étoit né le 15 Mars
1715 , & fils puîné de Céfar de Baudean , Marquis
de Parabere , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , mort le 13 Février 1716 , & de De..
Marie - Magdelaine de la Vieuville , qu'il avoit
époufé le 8 Juin 1711 ; il avoit pour frere aîné
N. ... de Baudean , Marquis de Parabere , né
Te 14 Mars 1714 , ci devant Capitaine dans le
Régiment Royal de Carabiniers , & Chevalier de
DECEMBRE 1746 185 18
l'Ordre de S. Louis , non marié ; & De. Gabrielle-
Anne de Baudean , née en 1716 , mariée le 18
Juillet 1735 avec Fréderic- Rodolphe de Rottembourg
, Comte de Rottembourg, Mestre de Camp,
& il avoit pour biſayeul Henri de Baudean , Comte
de Parabere , Marquis de la Motte - Sainte - Heraye ,
Confeiller d'Etat , Capitaine de 100 hommes d'armes
des Ordonnancesdu Roi , Gouverneur du Haut & Bas
Poitou , fait Chev . de l'Ordre du S. Efprit à la pro➡
motion du 14 Mai 1633 , mort le 11 Janvier 1653 ,
& pour trifayeul Jean de Baudean , Seigneur de
Parabere, Baron de la Motte Sainte-Heraye , Lieutenant
Général au Gouvernement de Poitou , &
Gouverneur de la Ville de Niort , lequel en confidération
de fes fervices fut fait Maréchal de
France le 14 Septembre ( 6 : 2 , & nommé à l'Ordre
du S. Efprit , mais non reçu à cauſe de ſa
mort arrivée en 1632. La Maifon de Baudean eft
une des plus anciennes du Comté de Bigorre , où
eft fitué le Château de Baudean , qui lui a donné
fon nom. Voyez le vol . IX. des Grands Officiers
de la Couronne , fol . 78.

"
Le même jour mourut Jean - Baptifte - Louis-
Frederic de Roye de la Rochefouroud, Duc d'Anville
, Lieutenant Général des Galeres de France ,
Charge dans laquelle il avoit été reçu en furvi
vance de fon pere le 7 Decembre . Il étoit
né le 17 Aoûr 1709 , & avoit été marié le : 8 Mai
1732 avec De . Louife- Elifabeth de la Rochefou
caud , fille aînée d'Alexandre de la Rochefoucaud ,
Duc de la Rochefoucaud & de la Rocheguyon ,
Pair de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Grand Maître de fa Garderobe , & de De . Elifabeth-
Marie-Louife Nicole de Bermond de Cay-
Jus,d'Amboife d'Aubijoux ; & ce fut lors de ce ma
186 MERCURE DE FRANCE
rie -
riage que le Roi lui accorda un Brevet de Duc. It
laifle pour enfans N..... de la Rochefoucaud
Prince de Marcillac , âgé de quatre ans ; N ....
de la Rochefoucaud , âgée de fept ans , & N....
de la Rochefoucaud d'Aubijoux , âgée de 15 mois
en 1746. Il étoit fils de Louis de Roye de la Rochefoucaud
de Roucy , Marquis de Roye , Lieute
tenant Général des Galeres de France , & de De.
Marthe du Caffe. Il étoit neveu de Charles de Roye,
Comte de Blanzac , qui a eu pour fils de De . Ma-
Henriette d'Aloigny de Rochefort , Louis-
François-Armand de Roye de la Rochefoucaud , à
préfent Duc d'Eftiffac , de François de Roye de
la Rochefoucaud , Comte de Roucy , pere de M.
l'Archevêque de Bourges , Prélat Commandeur des
Ordres du Roi , & ayeul des Ducheffes d'Ancenis
& de Biron . Il étoit auffi neveu de De . Eleonore-
Chriſtine de Roye & de la Rochefoucaud , mad
riée le 8 Février 1697 avec Jerôme Phelypeaux ,
Comte de Pontchartrain , Sécrétaire d'Etat, Commandeur
des Ordres du Roi , morte le 13 Janvier
1708 , dont elle a été la premiere femme.
& mere de M. le Comte de Maurepas , aujourd'hui
Miniftre & Sécretaire d'Etat , & le dixiéme de fon
nom , & de M. le Marquis de Pontcharttain , Lieutenant
Général des armées du Roi. Voyez la Généalogie
de l'illuftre Maifon de la Rochefoucaud dans
l'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
vol . 4. fol. 434 .
2
Jacques-Louis - Georges de Clermont d'Amboife ,
Marquis de Raynel , Colonel du Régiment de Bretagne
Infanterie , mourut le 18 Octobre à Tongres
dans l'Evêché de Liége , âgé d'environ 20
ans , & ne laiffant qu'une fille du mariage qu'il avoit
contracté le 2 Mars 1745 avec De . Marie - HenDECEMBRE
1746. 187
nances ,
riette Racine du Jonquoy , fille de Jean- Baptifte
Racine du Jonquoy , Receveur Général des Fi-
& de De Marie- Marthe - Françoife Lemonnier.
Il avoit un frere qui étoit pourvû de la
Domerie d'Aubrac , & auquel le Roi vient de donner
fon Régiment. Il étoit fils aîné de Jean-Baptifte-
Louis de Clermont d'Amboife, dit à préfent le Marquis
de Clermont d'Amboife , & ci - devant le
Marquis de Reynel & de Montglos , Comte de
Chivery, Baron de Rupt , Prince de Delin , &
Lieutenant Général des Armées du Roi , Gouver
neur & grand Bailli de Provins , Ligutenant Général
pour le Roi du Blaifois , Vendomois & Dunois
, & de feue De . Henriette Fitz - James de
Berwick , Dame du Palais de la Reine. Voyez la
Généalogie de cette Maifon , également diftinguée
par fon ancienneté , par fes alliances , & fes
fervices militaires , dans le Dictionnaire Hiftoique
de Morery , édition derniere , & dans les Mémoires
de Caftelnau par le Laboureur.
François de Galiiffet,, Chevalier de l'Ordre de
de Saint Louis , ci -devant Lieutenant de Roi de la
Ville de Montreal , & Gouverneur des trois Rivieres
en Canada , mourut à Avignon le premier
Novembre âgé de 83 ans.
La famille de Galliffet tire fon origine du Dau
phiné , où elle tenoit déja fuivant les Généalogiftes
de cette Province un rang confidérable parmila
Nobleffe dans le quinziéme fiécle , elle s'eft
divifée en bien des branches. François de Galliffet
dont nous annonçons la mort , étoit le chef
de celle qui réfide dans le Comtat d'Avignon ,
laiffe un fils qui eft Chevalier de faint Louis , &
Capitaine au Régiment des Gardes - Françoifes .
Louis de Galliffet , Seigneur de Marcilly fur Seine ,
de Villers aux Corneilles , de Lavaux en Chamil
188 MERCURE DE FRANCE .
pagne , de Derci en icardie , Baron de Preuilly,
( premiere Baronnie de Touraine , ) eft le chef de
la branche qui réfidé à Paris, Alexandre Fhilippe
, dit le Comte de Galliffet, & Seig, de Grançay
, Chevalier de l'Ordre de faint Louis , Meftre
de Camp du Régiment de la Reine Cavalerie , eft
le chefd'une branche établie à la Rochelle , il a
pour frere MreLouis Gabriel de Galliffet , Prêtre ,
nommé par le Roi en 1742 à l'Abbaye de faint Chéron
lès Chartres , Docteur de Sorbonne en 1743 .
& la même année grand Vicaire de M. l'Archevêque
d'Aix . Simon Alexandre Jean de Galiffet
, Seigneur du Tolonet , & Préfident au Parlement
de Provence , fils de Nicolas de Galliffet
, chefd'Efcadre des Armées Navales dont nous
annonçames la mort l'année derniére , eft le chef
de la branche de Provence , il a pour frére M.
Louis de Galliffet , Capitaine de Cavalerie au Régiment
de la Reine. Il y a auffi une branche en
Savoye. Mrs de Galliffet ont dans leur famille
un Confeiller d'Etat au commencement du Siécle
paffé , 4 Préfidens au Parlement de Provence ,
des Chevaliers de Malthe , plufieurs gouverneurs
de places , & un nombre confiderable d'Officiers
fur Terre & fur Mer.
? Le 14 Novembre Mre Nicolas Guillaume
deBautru, de Vaulrun, Comte de SerrantBaron du Pleffis
Maffe de Ségré , Docteur de la Maifon & Société
de Sorbonne reçû le 28 Mars 1714 , Abbé
de Cormery , O. S. B. Diocéfe de Tours , depuis
1687. & de faint Georges fur Loire , O. S.
A. Diocéfe d'Angers , depuis 1732. ancien Lecteur
de la Chambre & du Cabinet du Roi , mourut
à Paris , âgé de 84 ans . Il étoit fils de Nicolas
Beautra Marquis de Vaubrun , Lieutenant Général
DECEMBRE 1746. 189
des Armées du Roj , Gouverneur de Philippeville ,
& des Ville , Cour & Château de Pont - de- Cé ,
tué en Allemagne le 11 Juillet 1675 , en réputa
tion d'un des plus ' brayes hommes de fon tems , &
d'un grand mérite,& de Marguerite Bautru Serrant.
M. l'Abbé de Vaubrun étoit frére de Magdeleine
Diane de Bautru Vaubrun premiere Douairiere
Ducheffe d'Eftrées ,veuve de François Annibal d'Eftrées
, Duc d'Eftrées , Pair de France , & cette Dame,
& la Marquife de Melun fa niéce, à la mode de
Bretagne , font les feules qui reftent de cette famille
de Bautru , qui avoit produit plufieurs perfonnes
marquées par leurs fervices Militaires , &
par leurs alliances avec les Maifons de Rohan,
Montauban , Caumont-Lauzun , Rambures , d'Argouges
, Gontaux-Biron , Aydie Riberac , d'Ef
trées , Melun , &c.
1
Le 23. Chriftian Louis de Montmorency- LuxemborergPrince
de Tingry, Souverain de Luxem . Marquis
de Breval , Comte de Beaumont , Baron dẹ
Lantabat, d'Oftabat & Aaxe, Vicomte de Pledran ,
Seigneur de Dollot , de la Ville - Heliot , du Tertre-
jouan , Maréchal de France , Chevalier des
Ordies du Roi , gouverneur des Ville & Citadelle
de Valenciennes , & auffi Gouverneur & grand
Bailly des Villes de Mantes & de Meulan , & cidevant
Lieutenant général au gouvernement de
Flandres & de Hainault , appellé le Maréchal de
Montmorenci , mourut à Paris âgé de 70 ans 9 mois
& 4 jours , étant né le 9 Février 1676. & le 26
du même mois de Novembre , fon corps fut tranf
porté de l'Eglife de faint Sulpice fa Parroiffe , en
celle de Beaumont en Gatinois , lieu de fa fépul
ture. Les grands fervices qu'il avoit rendus au
Roi & à l'Etat depuis l'an 1692. qu'il avoit commencé
à fervir fous le nom de Chevalier de Luxem
290 MERCURE DE FRANCE.
bourg , puis fous celui de Prince de Tingry , tant
en Flandre qu'en Italie , en qualité de Colonel du
Régiment de Provence en 1693. de celui de Piedmont
en 1-00 de Brigadier d'Armée en 1702 .
Maréchal de Camp en 1704. Lieutenant Général
en 1708. lui avoient mérité la Licenance
générale au Gouvernement de Flandres & de Hainault
, la même année , le gouvernement des Ville
& Citadelle de Valanciennes en 1711. & celui
des Villes de Mantes & de Meulan en 1729. Il
fut fait Chevalier des Ordres le 2 Février 1731 .
& enfin Maréchal de France le 14 Juin 1734.
pour lequel Office il prêta ferment entre les
mains du Roi le 26 Janvier 1735 & prit alors le
titre de Maréchal de Montmorency , il fe trouvoit
le dixiéme de cette illuftre Maifon honoré
de cette dignité ; il étoit frére puîné de M. le Duc
de Luxembourg , Pere de M. le Duc de Luxembourg
, aujourd'hui Lieutenant général des Armées
du Roi , & de feu M. le Duc de Châtillon , Pere
de M. le Duc de Bouteville auffi Lieutenant général
, & ayeul de M. le Duc d'Olonne Brigadier
d'Armée , il étoit fils de François Henry de Montmorency
, Duc de Piney Luxembourg Pair &
Maréchal de France , Gouverneur de la Province
de Normandie , Capitaine des Gardes du Corps de
Sa Majefté , & Chevalier de fes Ordres , mort le 4
Janvier 1695. & deD.Magdeleine-Charlotte - Bonne
Thérefe de Clermont Tallard- Luxembourg ,
cheffe de Piney Luxembourg, Princeffe de Tingry,
morte le 21 Août 1701. Il avoit été marié le 7
Décembre 171. avec D. Louife Magdelaine de
Harlay Comteffe de Beaumont , &c. fille unique
d'Achilles de Harlay Comte de Beaumont , Confeiller
d'Etat ordinaire , & de D. Louiſe de Renée
de Louet de Coetjenval & de ce mariage font
fortis Charles François Chriftian de Montmorency
DuDEBFM
BRE 1746. 191
Luxembourg , Comte de Luxe , puis Prince
de Tingry, né le 30 Novembre 1713.à préfent Maréchal
des Camps & Armées du Roy , depuis le z
Mai 1744. Lieutenant général pour le Roy au
Gouvernement de Flandres & de Hainault , & auf
fi Gouverneur des Ville & Citadelle de Valenciennes
depuis la mort du Maréchal fon pere , veuf depuis
le 9 Septembre 1-41 . de D.Anne Sabine Olivier
Sgr. de Sénozan , avec laquelle il avoit été márié
le 4 Octobre 730. fille de François Olivier de
Şénozan , de Rôny & de Magny, Chevalier de l'Or
dre du Roi , & de Dame Anne- Magdeleine de
Grolée de Vireville , & de laquelle il a une fille unique
nomméePauline- Annede Montmorency Luxembourg,
àgée de 13 ans; Jofeph-Maurice -Annibal de
Montmorency Luxembourg , né le 15 Novembre
1717dit le Chevalier, puis le Comte deMontmoren
cy , Colonel du Régiment de Monfeigneur le Dauphin
, infanterie , Brigadier d'Armée du 2 Mai 1744.
& marié depuis le 12 Juin 1741. avec Dame Françoife
Thérefe le Péletier , fille de Louis le Péletier
Seigneur de Rofambo , alors premier Préfident
du Parlement de Paris , & de Dame Thérefe
Hennequin d'Esquevilly. 3 Eléonore - Marie de
Montmorency-Luxembourg , née le 9 Mars 175.
mariée avec Louis - Léon - Potier Comte de Trême ,
& Lieutenant Général des Armées du Roi ,
duquel elle n'a qu'un fils '; & 4 Marie- Louife Cu
negonde de Montmorency - Luxembourg , née le
30 Septembre 1716. mariée le 6 Janvier 1736.
avec Louis - Ferdinand Jofeph de Croy, Duc d'Havreh
& de Croy , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Prince du faint Empire & Maréchal de
camp , dont elle a des enfans . Voyez l'Histoire
généalogique de cette Maiſon , dreffée par le célébre
André du Chêne , & l'Hiftoire des grands Of
ficiers de la Couronne , vol , 3 ...

192 MERCURE DE FRANCE.
Le 20. Dame Renée Magdeleine de Rambouillet,
Dame de la Sabliere , de Lalen de la Jarie , veuve depuis
le 21 Juillet 1721. de Charles de Trudaine,
Chevalier Seigneur de Montigny & de Champigny,
Confeiller d'Etat ordinaire , ci- devant Prevôt des
Marchands de la Ville de Paris , & avant Maître
des Requêtes , Intendant de juſtice à Lyon , puis
en Bourgogne , avec lequel elle avoit été mariée
le 4 Février 1701. mourut à Paris dans la 70e année
de fon âge , elle étoit fille de Nicolas de Rambouillet,
Seigneur de la Sabliere , du Pleffis , de l'Aleu
de Cheufe & de la Jarie , & de Dame Magdeleine
Henri de Cheuffe , petite fille d'Antoine de Rambouillet
, Seigneur de la Sabliere , & du Pleffis ,
Ecuyer Confeiller Sécretaire du Roi , & de Dame
Margueritte Heffein , & arriére petite fille de Nicolas
de Rambouillet , Confeiller Sécretaire du
Roi, & de Dame Anne Gangnot. Elle avoit eu
de fon mariage Daniel-Charles-Trudaine , Chevalier
Seigneur de Montigny & de Champigny, Cons
feiller d'Etat , Intendant des Finances , & cidevant
Maître des Requêtes & Intendant de Juſti
ce en Auvergne , yeuf depuis le 21 Mars 1734.de
D.Marie-Marguerite- Chauvin , de laquelle il a
deux fils, 2 Fréderic Charles- Trudaine de Laufiére
, Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
légers d'Orleans , mort à 29 ans le 15 Décembre
1731. 3. Elifabeth -Marguerite- Trudaine,
mariée le 5 Janvier 1723. avec Anne - Céfar
François de Paris , Marquis de Ponceaux , Préfident
de la Chambre des Comptes de Paris. , morte
Je 4 Juin 1729.. & 4 Agnès Magdeleine Trudaine
, mariée le 15 Août 1731 , avec Jean - Hector du
Fay , Marquis de la Tour-Maubourg , & a préfent
Lieutenant Général des Armées du Roi . Voyez
pour la Généalogie de la Famille de Trudaine en
attendant celle qui fera amplement déduite, dans
la
DECEMBRE 1746. 193
par
la nouvelle Hiftoire des Maîtres des Requêtes , ce
qui en eft rapporté dans le mobilier de Picardie,
le fieur de Rouffeville - Villers Procureur du
Roi , de la recherche de la Nobleffe de cette Province
, fous les ordres de M. Bignon , Intendant
de Justice à Amiens ès années 1668. 1669 &
1701 .
M.M MMMM.
ARRESTS NOTABLES .
Rdonnance du Roi du premier Septembre pour
Orégler le nombre des Officiers de fes Troupes
d'Infanterie Françoiſe , qui auront congé pár Semeftre.
Sa Majesté voulant régler le nombre des
Officiers de fes troupes d'Infanterie Françoiſe , qui
pourront s'abfenter de leurs charges pendant l'hyver
prochain , pour aller vaquer à leurs affaires
particulieres , & travailler en même tems au rétabliffement
de leur compagnies , a ordonné & ordonne
, & c .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 11 , qui
ordonne que les Fabriquans de la ville de Reims
feront tenus de tiffer a la tête & à la queue des
Marocs & Croisés qu'ils fabriqueront en blanc , les
mots de premiere , feconde & troifiéme qualité , fous
peine de confifcation & de cent livrés d'amende.
EDIT du Roi , donné à Verfailles au mois de
Juillet 1746, regiftré en Parlement le 11 Octobre
1746. Portant création de feize Places ou Charges
héréditaires de Barbiers-Perruquiers , Baigneurs-
Etuvistes de la Ville & Fauxbourgs deParis .
I
194 MERCURE DE FRANCE.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 24 , con
cernant les Polices d'affurance paffées avant la déclaration
de la préfente guerre.
"
Sur ce qui a été repréſenté au Roi étant en
fon Confeil , au fujet des conteftations furvenues
entre les Armateurs & les Affureurs de
quelques Ports du Royaume, & notamment de ceux
de Bordeaux & la Rochelle , par rapport à l'aplication
& à l'éxécution de la claufe de l'augmentation
de prime en cas de guerre , ftipulée dans les polices
d'affurance paffées entr'eux pour les vaiffeaux
deftinés pour les Illes Françoifes de l'Amérique
& fortis defdits Ports avant la déclaration de la
guerre contre l'Angleterre : Sa Majesté auroit par
Arrêt du 23 Juin 1745 , & pour les motifs y contenus
, évoqué à Elle & à fon Confeil lefdites
conteftations & icelles renvoyées devant les
fieurs Intendans & Commiffaires départis dans les
Provinces Maritimes du Royaume , à l'effet par
eux ou leurs Subdélégués d'entendre les parties
contradictoirement , & de dreffer des Procès ver◄
baux de leurs dires & réquifitions , pour , iceux
vûs & rapportés au Confeil avec l'avis defdits fieurs
Intendans , être par Sa Majefté ftatué ainſi qu'il
appartiendra , avec défenſes aux Parties de fe
pourvoir , ni faire aucunes pourfuites ailleurs que
devant lefdits fieurs Intendans , à peine de nullité
, caffation de Procédures , mille livres d'amende
, & de tous dépens , dommages & intérêts . Sa
Majefté auroit été depuis informée qu'il ne s'eft
élevé des procès fur cette matiére , qu'entre un
certain nombre d'affureurs & d'armateurs de Bọr--
deaux , les autres de la même Ville , ainfi que
tous ceux des autres Ports , s'étant conciliés amiablement
& fans procédures , fur l'application &
l'éxécution de ladite clauſe . Par le compte que Sa
Majefté fe feroit fait rendre , conformément &
DECEMBRE - 1746 . 195
en éxécution de l'Arrêt dudit jour 23 Juin 1745 .
Elle auroit reconnu que l'objet des conteftations
d'entre lefdits armateurs & affureurs de Bordeaux ,
eft de fçavoir fi la claufe de l'augmentation de
prime d'affurance , ftipulée dans le cas de guerre
ou d'hoftilités commifes pendant le cours du voyage
des navires aſſurés , eft applicable aux navires
partis des Ports du Royaume pour les colonies de
l'Amérique avant la déclaration de guerre contre
l'Angleterre , & arrivés aux lieux de leur destination
avant que ladite déclaration de la guerre y
fut connue , les affureurs éxigeant l'augmentation
de prime pour lefdits Navires , & les armateurs
prétendant au contraire qu'elle n'eft point dûe :
Sa Majesté étant informée d'ailleurs que la déclaration
de la guerre n'a été connue aux colonies de
l'Amérique , que dans le commencement du mois
de Juin 1744 , mais qu'il y a eu néanmoins des
hoftilités commifes de la part des Anglois contre
des navires François avant la fin du mois de
Mai précédent , & voulant donner en cette occafion
une nouvelle marque de la protection
qu'Elle accorde au commerce de tous fes Sujets ,
& expliquer fes intentions par un réglement, qui ,
en fixant les cas auxquels doit être appliquée ladite
clauſe relativement à ce qui s'eft paffé en Amé¬
rique à l'occafion de ladite déclaration de guerre
mettre fin auxdites conteftations , & empêche
qu'il ne s'en éléve de femblables. Vû ledit Arrêt ,
les piéces refpectivement produites en conféquence
devant le fieur Aubert de Tourny , Intendant
à Bordeaux , par lefdits armateurs & affureurs
, enſemble l'avis dudit fieur de Tourny &
celui du fieur de Barentin Intendant à la Rochelle
: Oui le rapport , & tout confidéré , LE ROI
ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné & -
I ij
196 MERCURE DE RANCE.
ordonne , veut & entend que l'augmentat on de
prime en cas de guerre , ftipulée dans les polices
d'affurance paffées avant la déclaration de guerre
contre l'Angleterre , pour des vaiffeaux deftinés
pour les colonies Françoifes de l'Amérique , ne
puiffe être exigée que pour les navires qui étant
partis des Ports de France avant la déclaration
de guerre , ne font arrivés aux lieux de leur
deftination dans lefdites colonies , qu'après le 10
Mai 1744 , & que ceux qui s'y feront rendus jufqu'audit
jour inclufivement , ne puiffent être affujettis
au payement de ladite augmentation de pri
me. Veut Sa Majefté que le préfent Arrêt foit
éxécuté fans avoir égard à tous autres Arrêts &
Jugemens à ce contraires qui pourroient avoir été
rendus , & lefquels demeureront nuls & comme
non avenus . N'entend néanmoins Sa Majefté donner
audit préfent Arrêt aucun effet rétroactif à l'égard
de ce qui fe trouvera , lors de fa publication ,
avoir été confommé amiablement & fans procès entre
les armateurs & affureurs pour raifon des ftipulations
de ladite augmentation de prime , voulant
au contraire qu'ils ne puiffent reclamer de part
ni d'autre contre les arrangemens qui auront été
ainfi faits entr'eux. Et fera le préfent Arrêt lû ,
publié & affiché par tout où beſoin ſera , & exécuté
nonobftant oppofition ou autres empêchemens
quelconques, pour lefquels ne fera différé, & dont,
fi aucuns interviennent , Sa Majesté s'en est réſervé
la connoiffance à Elle & à fon Confeil, Fait au
Confeil d'état du Roi . Sa Majefté y étant , tenu à
Verfailles le 24 Septembre 1746. Signé , Phelypeaux
.
AUTRE du premier Octobre 1746 pour la rec
tification d'erreurs de noms , d'état des perfonnes ,
& de conditionsdes conftitutions dans plufieurs
DECEMBRE 1746. 197
parties de Rentes purement viagéres , & de Tontine
, créées par Edits des mois de Janvier & Février
1743 , pour les Loteries Royales établies par
lefdits Edits.
AUTRE du même jour pour la rectification
de différentes erreurs dans les Claffes &
leurs fubdivifions des deux Tontines créées par
Edits des mois de Janvier & Février 1743 , en faveur
des billets perdans des Loteries Royales
établies par lefdits Edits .
ORDONNANCE du Roi du premier Décembre
pour augmenter le Régiment de la
Morliére de trois cent Fufiliers & de deux cent
Dragons.
AUTRE du 3 pour augmenter d'un bataillon
le Régiment de la Marine.
AUTRE du 8 pour augmenter d'un bataillon
le régiment de Champagne,
EDIT du Roi du même mois , portant création
de cinq cent mille livres de rentes héréditaires
au denier vingt fur la Ferme générale des
Poftes .
AUTRE qui ordonne la levée pendant dix
années des deux fols pour livre en fus du Dixiéme
, à compter du premier Janvier 1747 , & porte
création de douze cent mille livres de rentes héréditaites
au denier vingt.
198 MERCURE DE FRANCE.
Nous finirons ce volume par une Epitre
que nous a adreffée en forme d'étrennes
poëtiques M. Des - Forges Maillard, affocié
de l'Académie de la Rochelle , fi, avantageufement
connu par fes talens & fes vers
aimables , & qui fous le nom de Mlle. Malcrais
de la Vigne a fi long- tems enlevé les applaudiffemens
du public , & les hommages des
premiers de nos beaux efprits. Au refte nous
n'aurions jamais ofé imprimer une Epitre qui
donne à notre Journal des éloges fi flateurs ,
fi nous n'étions perfuadés que ces louanges
font dûes fur tout à la forme du Livre & aux
productions de ceux qui ont la complaifance
de l'embellir , bien plus qu'aux efforts
que nous faifons pour le rendre digne du
public , & pour répondre à la confiance dont
on nous a honorés , en nous chargeant de
cet emploi. Ainfi ce compliment de M. Des-
Forges Maillard eft moins adreffé à nous ,
qu'à tous ceux qui figurent dans ce Journal ;
puiffe-t'il exciter encore plus l'émulation, &
engager les Poëtes & les Littérateurs à nous.
enrichir du fruit de leurs veilles !
DECEMBRE 1746. 191
EPITRE A MERCURE
Pour le premier jour de l'année 1747
Par Monfieur DesForges Maillard , affocié
de l'Académie des Belles- Lettres de la Rochelle.
Bretagne au Croific , ce zo Décembre 17461
AVous , Seigneur Mercure , à vous,
Bon jour , beau Meſſager à la verge dorée ,
Bon jour , le plus fubtil des céleftes filoux ,
Bonjour , fin difcoureur au langage fi doux ,
Dont la politeffe admirée

Engagea les humains à fortir de leurs trous
Où feuls au fond des bois ils vivoient en hiboux.
Eh bien , courier aîlé , qui tout d'une haleinée ,
Laiffant d'aftres nombreux la voute illuminée ,
Volez jufqu'aux manoirs où Cerbére en courroux
Epouvante des morts la troupe infortunée .
Quelle nouvelle apprendrons nous
En ce commencement d'année ?
Minos , Rhadamante , Facus .
Font-ils toujours horrible mine
Aux Manes là bas defcendus ?
200 MERCURE DE FRANCE,
Du tyran des enfers comment va la cuiſine ?
Cet époux mifantrope , au teint de ramoneur
Vit-il bien avec Proferpine ?
Quelque Pirithons à l'efprit fuborneur
A-t-il encor voulu fur fa tête divine
Planter la commune racine?
Et là haut dans les Cieux que
fait- on ? que dit-on ?
Votre papa Jupin & Madame Junon
Font-ils à la fin bon ménage ?
Car quand il tonne dans ces lieux ,
Le peuple fuperftitieux ,
Qui s'effraye au premier nuage ,
S'imagine que ce font eux
Qui font en chamaillant ce terrible tapage.
Et Mars , ce garçon vigoureux ,
En dépit du Dieu qui clopine ,
Cajole-t-il toujours Cyprine ?
A propos , dans les champs plantés des mains des
Dieux ,
La douce récolte d'Automne
L'an dernier a t'elle été bonne ?
A t'on bien vendangé du nectar dans les Cieux ?
Pour nous , qu'en ces triftes contrées ,
Ade cruels revers le fort a condamnés ,
Tous nos côteaux ont été ruinés.
Des eaux toujours immodérées
Ont en tombant des airs fait couler nos raifins
Et de nos vignerons chagrins
DECEMBRE 201
1746.
Les troupes pâles , égarées ,
Dans leur paniers n'ont ramaffé
Que des grapes au loin , rarement parfemées ,
Courtes , claires & mal formées .
C'eft ainfi qu'ils ont vû leur foin récompenfé.
A ce fatal malheur plus d'un peuple eft fenfible ,
Mais fur tout les pauvres Bretons ,
A qui le Ciel donna des gofiers fi profonds ,
Dont la foif eft inextinguible ,
Ces bonnes gens frappés de ce défaftre horrible ,
Ne trouvent à leurs maux aucun foulagement ;
Ah ! ceffe , difent-ils , au fort de leur tourment ,
Ceffe , brillant foleil , de luire fur nos côtes ;
Il n'eft pour nous plus d'eſpoir de guérir
Et fi le Ciel fâché nous veut rendre hidropotes ,
Il nous vaudroit autant mourir.
Cependant dites moi , noble progeniture
De l'aimable fille d'Atlas ,
Le Soleil & Bachus , Dieux à bonne aventure ,
Cachés en quelque coin prenoient- ils leurs ébats ?
Le premier de Climéne étoit- il dans les bras ?
Et le gros fils à rouge trogne ,
N'avoit-il point auffi quelque tendre embarras ?
Car par quel accident , & pour quelle befogne ,
Du foin de nos côteaux n'ont-ils fait aucun cas ?
Mais , galand Meffager , ma muſe y penſe-t- elle
Dedemander que des divins Etats
202 MERCURE DE FRANCE
&
Vous me contiez mainte nouvelle ,
Comme fi je ne fçavois pas
Que depuis fort long- tems tout entier à la France ,
Vous exercez ici votre célefte emploi ?
Ah ! fouverain de l'éloquence
Que pour faire ici réfidence
Vousprenez un bon tems ! nous vivons fous un Roj
Qui dès fa tendre adolefcence ,
Joignit à mille autres vertus
Le fage amour de la fcience :
Er, fi ce n'étoit pas termes trop rebattus ,
Je dirois qu'il raffemble Alexandre & Titus .
Car n'eft ce point affés qu'ingénu , véritable ,
Charmé de fes faits inouis ,
Sans aller m'enfoncer dans l'hiftoire & la fabi
Je dife fimplement & fans fard , que Loüis
A. Louis feul eft comparable ?
Mais , divin Meffager des Dieux ,
Inventeur de la Lyre , apprenez-nous l'ufage
De fes accords mélodieux ,
Et comme on adoucit l'inftrument gracieux
Qui du Gardien d'lo , fous un épais feuillage ,
Par fes tons raviffans endormit tous les
Que les Arts de votre préſence
yeux ,
Reffentent les puiffans attraits !
Mais vous combłez notre eſpérance ;
DECEMBRE 203 1746.
Oui , nous reconnoiffons vos traits .
Avec combien de diligence
Des lieux toujours brûlans , & des lieux toujours
froids ,
Vous nous apportez des nouvelles
Intéreffantes & fidelles !
Dans tous les bouts du monde on croit être à la
fois.
De Paris à Quimper rien n'échappe aux François
Au vrai feul vous prêtez le fecours de vos aîles .
Combien dans vos extraits on voit d'ordre & de
choix !
Que de bon fens & de jufteffe!
Quel vernis de délicateffe !
Vous nous développez les tems & les endroits
Les plus embrouillés dans l'Hiftoire ,
Et dans quelques feuillets utilement remplis
De gros volumes font compris ,
Dont fans s'embarraffer vainement la mémoire ,
On peut facilement retenir le précis .
La Médecine & la Philofophie ,
La prévoyante Aftrologie ,
Ces Arts audacieux , qui cherchent les replis
Qu'entrelaffe en fon fein la Nature infinie ,
Y viennent fous nos yeux étaler leurs fecrets ,
Et Thémis , des méchans capitale ennemie
Y dépofe fes faints Arrêts.
Enfin pour délaffer l'efprit qui s'étudie
204 MERCURE DE FRANCE,
A des Traités fçavans & férieux ,
Melpomene y paroît , fur fes pas vient Thalie ,
Au ris feint & malicieux .
La Mufe qui préfide à la noble harmonie ,
Animant fes aimables Soeurs ,
De fon pathétique génie
Y répand auffi les douceurs.
Ainfi par un talent , qu'en tous lieux on admire ,
Mercure , en nous plaiſant , vous fçavez nous inſ
truire ;
Ainfi vous réchauffez l'ardeur des nourriffons
Que les neuf doctes Soeurs fur le Parnaffe élevent .
Pour avoir votre aveu , tous nos Cignes achevent
De polir avec foin leurs diverſes chanſons ,
Que les Nymphes de Seine à leurs voix atten
tives ,
Font redire aux Echos de leurs charmantes rives.
Tous les Arts cultivés font un pareil progrès.
Si vous continuez vos agréables peines ,
Dont on voit chaque jour s'étendre le fuccès
De toutes nos Cités vous ferez des Athénes .
APOSTILLE.
Fils de Maya , recevrez-vous les Vers
Qu'un des fuivans d'Apollon vous envoye
Jà long-tems eft , qu'au bout de l'Univers
Il vit tapi , dont n'a beaucoup de joye.
T
t
DECEMBRE 205 1746 .
C'est bien raifon , a-t'il dit , qu'une fois
Il fçache au moins vous donner vos Etrennes ,
Puifqu'attentif à foulager le poids
De fes ennuis , gentiment tous les mois ,
Jufqu'au Croific vous lui donnez les fiennes .
TABLE.
i
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
PIECE PL'Amour conftant , Cantate,
Merveilleux & Charmante , Conte,
La puiffance de l'Art , Ode.
3
20
Réponse à la Lettre d'un Anonyme au fujet d'une
action héroïque de charité de Jean Hennuyer ,
&c.
Vers à Mde . de ..
Epigramme pour la même & Madrigal.
Ode
Anacréontique.
24
38.
39
40
Séance publique de l'Académie de Chirurgie , Extrait.
Hymne à Bacchus.
41
60
Nouvelles traduites de l'Italien de Lodovico Domenichi.
62
Eloge de l'Amour. 66
Séance publique de l'Académie des Sciences , Extrait.
68
Extrait du Mémoire de M. Maraldi fur une Comete.
78
Extrait de celui de M. Lemonnier fur l'électrici
té. 81
Paraphrafe du Pfeaume 82 . 86
Séance publique de l'Académie des Belles- Lettres
& Programme pour 1748. 88
Mémoire de M. de Ste. Palaye fur l'ancienne Chevalerie
, Extrait
Ode
Anacréontique.
Epitre à Damis.
89
103
104
Nouvelles Litteraires des Beaux Arts , &c . 8mè .
vol. de l'Hiftoire du Théatre François , Extrait
114 1
122
Almanach généalogique, chronologique & hiftorique
, &c.
Traité de la perfection & confection des papiers
terriers , & c . 123
Recueil de Jurifprudence civile , & c. 124
Réfolutions de queftions importantes . 125
Hiftoire générale des voyages , Extrait , ibid.
Elémens d'Algébre , Extrait. 132
Savonettes de pure crême de Savon, 136
Eftampe nouvelle ,
Mots des Enigmes & des Logogryphes de No
137
vembre.
Chanfon notée .
Vers à Madame du B*** . & c .
138
ibid.
ilid.
Enigmes & Logogryphes . 140
Spectacles , Opera. 144
Concert Spirituel. 145
Venife fauvée , piéce nouvelle repréfentée à la Comédie
Françoife.
146
Difcours prononcé pour cette Tragédie. 147
Comédie Italienne. 148
Journal de la Cour , de Paris . Déclaration du Mariage
de Monfeigneur le Dauphin.
Prifes de Vaiffeaux .
Nouvelles Etrangères , Ruffie.
Suéde.
Pologne.
Allemagne.
Italie.
La Haye.
Grande Bretagne.
Arrêts Notables.
Naiffances , Mariages & Mor ts.
Epitre à Mercure , & c.
La Chanfon notée doit regarder la pag.
149
151
157
158
160
164
169
175
180
181
193
199
138

MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROL
DECEMBRE II. VOL
AGIT
UT
SPARGE
Spiller
S
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
rue S. Jacques .
Chez La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. D C C. XLVI.
Avec Approbation & Privilège du Rois
A VIS.
"
L'AMDECLEVES
D'ARNICOURT, 'ADRESSE
générale du Mercure eft
rue du Champ- Fleuri , dans la Maiſon de M.
Lourdet , Correcteur des Comptes , au premier
étage fur le derrière , entre un Perruquier &
un Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien.
Nous prions très- inflamment ceux qui nous
adrefferont des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le déplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroitre leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers, qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiére main , & plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-def
fus indiquée ; on fe conformera très- exactement
à leurs intentions,
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à
M. de Cleves d' Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ- Fleuri , pour
rendre à M. de la Bruere.
PRIX XXX. SOLS:
."
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
EPITRE à M. ***
HER ami , que la deftinée
Place au milieu des grands Feftins
Et qui ne finis la journée
Qu'en entamant les meilleurs vins
Permets qu'ici je te dépeigne
Un repas modefte & frugal
Dont j'ai pris part , fans que je craigne
11. Vol. Aij
MERCURE DE FRANCE:
Qu'il me faffe le moindre mal
Pour le refte du Carnaval.
F
Le Couvert mis dans l'antichambre
On nous conduit dans ce féjour.
Je croyois qu'au mois de Décembre
On laiffat- le vent dans la cour ,
Mais je m'apperçois que le traître
De notre aiſe un peu trop jaloux ,
Se gliffe par porre & fenêtre
Pour le réchauffer près de nous,
Quatre femelles , peu jolies ,
Avec cinq hommes raffemblés ,
Après quelques cérémonies
Enfin nous formes attables.
On a déployé les ferviettes ,
Et d'abord un grand godiveau
Plein d'un quarteron d'allouettes ,
Avec fon frere fricandeau
Accompagnent un alloyau ;
Ce qui de fon vivant fut vache ,
Après fa mort paffa pour boeuf,
Que le maître du logis hache
En nous vantant fon couteau neuf
Tout le mange en bûvant rafade
Paroit alors une falade
¿
DECEMBRE 1746.
Ayant d'un côté deux perdrix ,
Que fans avoir jamais mirées
Un homme adroit avoit tirées
Des environs de Saint Denis ;
De l'autre un grand poltron de liévie/
Qui n'avoit jamais vu le feu ,
Mais mort fûrement depuis peu
De la colique ou de la fiévre.
Du repas nous touchons au centre,“
Mais tu peux bien augurer , qu'entre
L'affemblage de pareils mets
Ne brille pas grand entremets.
Une crême en lait abondante ,
Pieds de cochon poudrés de pain ,
Bignets brûlés par la fervante ,
Faifoient le milieu du feftin.
C'eft alors que le propos grave
Eût pu difparoître un moment
Si quelque bouteille de Grave ».
Eût fourni du raiſonnement :
Mais vin de Grave ou vin d'Eſpagne
Ne vinrent pas même au deffert ,
Un Officier qui le Roi fert
Dans fon Régiment de Champagne
Auroit bien bu dans ce moment
MERCURE DE FRANCE
Du vin du nom du Régiment ;
L'Officier étoit là préfent ,
Mais le bon vin étoit abſent.
Tout fe paffe fans bruit , ni noiſe ,
Puis vers une heure fort bourgeoife ,
Sçavoir onze heures & le quart ,
Chacun eft dans fon lit à part,
Pour moi qui t'écris ces folies
Peut-être auffi peu jolies
Que les femmes de ce repas ,
Tu le vois bien , je n'y fuis pas..
Tu me diras pourtant , tu rêves ,.
Je baille en lifant tout ceci ;·
Tant mieux mon cher , j'ai réuffi ,
Défoles-toi , jures , endêves.
(a) Puis-je caufer jamais des ennuis aſſésgrands
Augré du noir fouci qui de mon coeur s'empare?:
C'eft des ennuyeux que j'apprens
A devenir barbare.
(a ) Perfée Acte 111. Scene II,
DECEMBRE 1746 .
SUITE & conclufion de l'Hiftoire de Mer
veilleux de Charmante,
CH
HARMANTE. & Merveilleux voguoient
fur une mer orageufe dans un leger efquif
fans cordages & fans avirons , emportés
par unvent impétueux qui paroiffoit à tout
moment prêt à renverfer leurs frêles barques,
& ils fongeoient feulement que ce vent fu
nefte les féparoit. Chacun d'eux , unique
ment occupé du péril de ce qu'il aimoit ,
oublioit le danger qu'il couroit lui - même.
Charmante avant ce temps auroit frémi en
voguant fur le plus petit canal , & à peine
alors faifoit - elle attention aux vagues immenfes
qui menaçoient d'engloutir fon pefit
bâteau. L'ame la plus foible , quand elle
eft fenfible , a des reffources infinies qui lui
font inconnues à elle - même , & que l'occafion
feule manifefte. Un coup de vent fit:
enfin échouer le bâteau de Charmante. La
Princeffe prit terre fans accident,mais comme
fon p étoit ce qui l'occupoit le moins
fes allarmes ne finirent pas lorfqu'elle fe vit
en fûreté. La tempête continuoit toujours ,,
& Charmante refta fur le rivage , confidé--
rant avec une inquiétude attentive les on
+
A iiij
MERCURE DE FRANCE.
des irritées ; elle fe repréfentoit le bâteau
'd'argent qui portoit fon amant , élevé fur
le fommet des vagues terribles qu'elle avoit
devant les yeux , & bientôt précipité avec
la vague qui s'abaiffoit . Elle trembloit ,
elle fe raffuroit à mefure que l'agitation de
la mer lui fembloit plus ou moins violente
; elle étoit depuis plufieurs heures dans
cette cruelle perplexité , lorfqu'elle vit un
vaiffeau affés confidérable battu par la tempête
, s'abîmer tout- à- coup dans les eaux.
A ce trifte fpectacle elle ne douta plus du
malheur de Merveilleux. L'accident qui l'avoit
fait échouer lui parut un hazard unique
qu'il n'étoit pas raifonnable de fuppofer
, & la deftinée du vaiffeau abîmé lui parut
le fort néceffaire de tout ce qui voguoit
fur ces mers. On craint plus ailément
qu'on n'efpére , peut - être parce que l'efpérance
n'embraffe jamais qu'un objet , celui
que le coeur défire , au lieu que la crainte
s'occupant des moyens qui peuvent écar
ter du but défiré , faifit autant d'objets que
l'imagination en peut embraffer , & s'ouvre
une carrière infinie. Charmante, fur ce qu'el
le imaginoit de la mort de fon Amant , vouloit
le fuivre & fe précipiter dans les ondes
, mais une Tourterelle blanche vint fe
pofer devant elle , & lui dit : pourquoi vous
livrer au défefpoir , belle Princeffe ? Raffü
DECEMBRE 1746. ༡
› réz-vous ; Merveilleux vit encore , & vous
le reverrez un jour. La Tourterelle parloit
d'un ton fi doux ; le fon de fa voix étoit
fi tendre & fi infinuant , qu'il pénétra lo
coeur de Charmante , & y fit naître ce calme
délicieux qu'on éprouve quand on fe
voit délivré des grandes douleurs ; charmant
oifeau , dit la Princeffe , ce que vous me
promettez me paroîtroit incroyable fi tout
autre que vous me l'annonçoit ; je ne fçais
par quel charme vous me perfuadez : mettez
le comble: à ce que je vous dois ; achevez
de m'éclaircir fur le fort de mon amant &
fur le mien ; nos maux font- ils prêts à finir ?
Envain me faites vous efpérer que le Cieb
nous rejoindra quelque jour ; s'il tarde trop
à faire ce miracle , fa bonté fera inutiles
je ne puis vivre fans l'amant que j'aime
& je fens que je mourrai bientôt fi je ne le
retrouve. Qu'il m'eft douloureux , répon
dit la Tourterelle,, de ne pouvoir remplir
YOS défirs ! Le bien qu'on fait aux coeurs fenfibles
, eft celui qui flate le plus car ce
font ceux qui le fentent le plus vivement. Je
ne puis faire qu'une chofe pour vous , j'irai
trouver votre amant , je lui dirai de vos
nouvelles , & je vous rapporterai des fien
nes . Charmante étoit fi tranfportée qu'elle
ne trouvoit point d'expreffions affés for--
tes pour fa reconnoiffance ; elle auroit bien-
"
19
AY
10 MERCURE DE FRANCE..
voulu écrire à Merveilleux ; elle avoit , à ce
qu'il lui fembloit , tant de chofes fi effentielles
à lui dire , tant de confeils importans
à lui donner fur les précautions qu'il
devoit obferver pour fe garantir de tous .
les dangers , mais par malheur , elle n'avoit
ni plume ni papier , & l'oiſeau ne pouvoit lui
en faire trouver ; venez à notre Ville , dit la:
Tourterelle , j'y prendrai mon compagnon,.
fans lequel il me feroit trop dur de m'é--
loigner ; vous nous direz tout ce que vous .
voulez faire fçavoir à votre amant , & com--
me je prévois que cela fera bien tendre ,.
nous n'en n'oublierons pas un mot ; la Prin--
ceffe fuivit la Tourterelle , & lui conta en
chemin fes avantures , ou plutôt lui parla
de l'amour extrême que Merveilleux lui .
avoit infpiré ,, du mérite extraordinaire de :
ce Prince , du plaifir qu'elle avoit d'en être :
aimée. Ce que je vois par votre récit , belle :
Princeffe , dit la Tourterelle , c'eft que vous
étes aimée autant que vous méritez de l'être ,,
& que vous n'aimez pas moins. A chaque
moment que je vous écoute , l'intérêt que
je prends à votre fituation, devient plus vif;
j'aime comme vous , & je voudrois que touss
les coeurs tendres fuffent auffi heureux que
moi ; la Princeffe & la Tourterelle apper-.
çurent alors la Ville des Tourterelles on:
y voyoit au lieu de maifons des feuilléess
DECEMBRE 1746. I'I

de Myrthes couronnés de rofe qui fervoient
d'habitations à chaque petit ménage de cette
République ; la Tourterelle mena la Princeffe
à une feuillée plus grande que les au--
tres ; ce fera là , dit- elle , votre habitation
pendant que j'irai trouver votre amant ; je
vais chercher mon compagnon & nous vien--
drons enfemble prendre vos ordres . L'oifeau
partit , & Charmante confidérant
fa nouvelle demeure , détacha l'écorce d'un
Myrthe & avec une éguille à tête effaya :
d'y tracer quelques caractéres ; l'éguille
gravoit fur cette écorce avec autant de fa--
cilité que la plume court fur le papier , &
Charmante eut le plaifir d'écrire à fon
amant une très - longue lettre qui lui pa--
rut cent fois trop courte. Les deux Tour--
terelles arriverent lorfque la Princeſſe finif
foit d'écrire , ou plutôt lorfqu'elle étoit à
la fin de fon écorce ; ils fe becquetoient
amoureuſement , & ce fpectacle fit foupi--
rer Charmante ; elle les retint encore longtemps
, & les chargea de dire à Merveilleux
mille chofes qui toutes revenoient à la mê--
me ; vous ne pourrez jamais , difoit - elle ,
lui exprimer à quel point je l'aime ; il eft
impoffible que vous foyez auffi tendres que
moi. A ce difcours les deux oifeaux fe regardoient
tendrement , & fembloient ſe dire
en fouriant que la Princeffe les connoiffoit
Avji
12 MERCURE DE FRANCE:
bien mal ; enfin ils s'envôlerent quoique
Charmante , qui croyoit avoir encore quel
que chofe à leur dire , leur criât de s'arrêter.
2
Le voyage des Tourterelles ne , fut pas
long ; elles apporterent bientôt la réponſe
de Merveilleux . Ce Prince fe plaignoit tendrement
dans fa lettre de ce que Charman
te avoit négligé de l'inftruire du détail de
fa fituation & de fes avantures ; en effet
la Princeffe avoit rempli fa lettre de fentimens
tendres & paffionnés, de l'expreffion
vive & naturelle de fes inquiétudes fur le
fort de fon amant , & avoit négligé de l'inftruire
de l'état où elle fe trouvoit , & de :
tout ce qui lui étoit arrivé. Par un effet femblable
du même fentiment , le Prince qui
fe plaignoit de cette négligence tomboit
auffi dans le même défaut , & fa lettre n'ap;
prenoit rien de lui-même , finon qu'il pen
foit toujours à Charmante & qu'il l'adoroit,
c'étoit tout ce qui réfultoit de fa lettre qui
étoit pourtant fort longue : les Tourterel
les fuppléérent à l'oubli du Prince ; elles .
avoient appris fon hiftoire des habitans du
pays où il étoit , car pour lui. il n'avoit répondu
à leurs queftions qu'en les interro
geant fur le fujet de Charmante. Des Bergers
habitoient ce rivage , ils avoient vû le
bâteau d'argent échouer à peu près de la .
même façon que celui de Charmante, Mer
DECEMBRE 1746.
A.
veilleux étoit fi beau ; fon air étoit fi ma→
jeftueux , qu'ils l'avoient élû pour leur Roij
celui qui les gouvernoit étant mort , peu
de jours avant l'arrivée du Prince . Merveilleux
paffoit dans ce féjour , où la nature
avoit prodigué tous fes tréfors , des jours
auffi tranquilles qu'il pouvoit en trouver
fans voir Charmante il penfoit toujours à
elle , il gravoit fon nom fur tous les arbres ;
tous les moutons de la contrée étoient
marqués du chiffre de Charmante & du
fien entrelaffés. Les Bergers & les Bergeres
mêloient toujours fon nom dans leurs chan
fons , les meres fouhaitoient à leurs filles
d'être belles comme Charmante : enfin dans
ce petit coin du monde tout parloit de
Charmante , & fon amant fi malheureuſement
féparé d'elle avoit au moins la confolation
de voir que tout lui rappelloit le
fouvenir de ce qu'il aimoit. Tel fut le ré→
cit que les oifeaux firent à la Princeffe ; el→
le les renvoya avec une nouvelle lettre
ils revinrent auffi promptement que la pre→
miére fois ; les meffages ne finiffoient pas
& Charmante auroit voulu , s'il eut été poffible
, envoyer toute la colonie des Tourterelles
chargée de lettres à fon amant. Ik
y avoit déja quelque temps que cela duroit ,
lorfqu'un jour les petits couriers de Ghar
mante ne revinrent point à l'heure accoû
14 MERCURE DE FRANCE .
tumée ; la nuit arriva & redoubla l'inquié
tude de la Princeffe qui étoit déja exceffive
; plufieurs jours fe pafferent fans qu'el
le eut de leurs nouvelles ; elle n'auroit pas attendu
fi long - temps à aller elle -même cher
cher Merveilleux , mais ils habitoient dans
une Ifle , & ne trouvant aucun bâteau fur le
rivage, Charmante n'avoit jamais pû en fortir.
Il feroit difficile d'exprimer fa défolation
lorfqu'elle eut vû écouler un mois entier fans ›
avoir des nouvelles de fes Tourterelles ; lesidées
les plus funeftes s'emparerent de fon efprit
; elle ne douta point que Chévrefeuille
n'eût enfin attenté à la vie de fon amant,
L'Ifle des Tourterelles retentiffoit de fes gémiffemens.
Charmante avoit crû être au come
ble du malheur quand elle avoit été fépa--
rée de ce qu'elle aimoit , & dans les circonftances
affreufes où elle fe trouvoit ,.
elle auroit regardé cette premiére fituation
comme le dernier période du bonheur. En--
fin après un mois d'abfence les Tourterelles
arriverent ; Charmante vôla vers elles rem--
plie d'impatience , d'efpoir & de crainte ,.
mais voyant qu'elles avoient l'air affligé ,.
elle ne douta plus de fon malheur ; nous >
avons fait de vaines recherches , dirent- t- el--
les , Princeffe infortunée ; nous n'avons pû
trouver votre époux à ces mots funeſtes
Charmante tomba évanouie ; les Tourte
DECEMBRE 1746. 15%
relles fecourables firent de vains efforts pour
la fecourir ; cette amante infortunée ne
donna pendant plufieurs heures aucun figne
de vie . Les Tourterelles commençoient
à defefperer de fes jours , lorfqu'elles virent
un bâteau dont les voiles étoient bleues
aborder au rivage ; à peine l'eut- il touché
qu'une lumiére brillante éclata fur la pou--
pe , & fut comme le fignal du réveil de la :
Princeffe ; elle ouvrit les yeux , & apperce--
vant le vaiffeau , elle s'élança dedans avec
précipitation ; elle trouva au pied du mât
une lance , un cimeterre & une armure d'or ;;
cette inſcription étoit à côté des armes .
Si l'amour donne les plus grands biens , on
ne peut les acheter trop cher ; s'il expofe à der
grands périls , il n'en eft point qu'il ne faffe
furmonter: voyage , cherche , combats , triom--
phe.
Non , s'écria la Princeffe ; non rien nec
pourra m'épouvanter ; elle fe revêtit des
armes , dit adieu à fes cheres Tourterel--
les , & frappant le rivage avec la lance , elle :
fit éloigner le bâteau qui voguant avec ra--
pidité aborda au bout de deux jours à
un rivage fort éloigné.
Seule , dans un lieu défert , armée , mais
n'ayant pour le défendre qu'une main foi--
ble & fans expérience , Charmante auroitr
été en proie à la terreur la plus forte ,,
18 MERCURE DE FRANCE.

fi l'Oracle qu'elle avoit lû fur les armes
le défefpoir d'avoir tout perdu , & l'impof
fibilité de devenir plus malheureuſe ne
F'avoient raffurée . Abforbée dans fa douleur,
occupée de fes regrets , elle ne voyoit rien ,
n'entendoit rien : trifte folitude , défert af
freux , difoit-elle , feroit- ce ici que je pourrais
rencontrer ce que j'aime ? Plût au Ciel
que nous fùffions, condamnés à paffer nos
jours dans cette retraite fauvage ! Nous fe
rions trop heureux ..
.

Elle avoit déja marché quelques jours
occupée de fes triftes penfées , & n'avoit
rencontré aucune avanture ; la confiance
qu'elle avoit eue en l'Oracle commençoit
à fe changer en defefpoir ; il ne faut rien
pour donner de l'efpérance aux amans
mais l'impatience la détruit bientôt & change
un doux efpoir en de plus cruelles allarmes.
Tel étoit l'état de Charmante , lorf
qu'au milieu d'une fombre forêt où elle
étoit entrée , elle apperçut un Château ; une
femme en pleurs en fortit , & accourant vers
la Princeffe qu'à fes armes elle prit pour
un Chevalier , généreux Chevalier , lui
dit - elle , daignez vous arrêter un moment
pour fecourir la Princeffe la plus belle &
la plus infortunée qui foit dans l'Univers
Charmante fe laiffa conduire au Châteaupar
cette femme ; elle traverfa toute ar
DECEMBRE 1746. 17
mée plufieurs chambres tendues de noir ,
& arriva enfin à celle où on lui difoit que
fe tenoit la Reine : elle vit en effet une
femme affés jolie qui paroiffoit attenués
par la douleur ; elle étoit auprès d'une
urne de marbre noir haute d'environ fix
pieds , & ne ceffoit de l'arrofer de fes larmes.
Chevalier invincible , dit la Reine en
embraffant les genoux de Charmante , qui
la releva auflitôt , ferez- vous infenfible
aux pleurs d'une infortunée qu'un barbare
à livrée aux plus cruels malheurs ? Cette
urne que vous voyez , dit - elle , contient
tout mon bien ; mon amant y
eft enchanté
, & quel amant . ! C'eft le Prince le
plus aimable , le plus accompli qui foit fur la
terre ; il avoit vaincu mes armées , il étoit
maître de mes Etats , il me les avoit ren
dus , & j'allois, pour prix de tant de bienfaits
lui abandonner ma perfonne & l'époufer
, lorsqu'un enchanteur cruel indigné
de ce que je lui préférois un rival , l'a renfermé
dans cette urne magique. Mais que
vois- je , s'écria la Reine ? En effet le marbre
de l'urne qui étoit noir étoit devenu
tout- à- coup du blanc le plus éclatant. Que
vois -je ? Cet événement eft le figne que,
c'eft à vous qu'eft réfervé le dénouement
de cette avanture. Puiffe le Ciel feconder
Notre valeur ! Alors elle inftruifit le faux
18 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier qu'il n'avoit qu'à appuyer la poin
te de fon cimeterre contre l'urne , & qu'il
en fortiroit les monftres qu'il falloit com
battre , que la fin de l'enchantement dépendoit
de la victoire . Charmante crut avoir
rencontré une occafion favorable de mourir
; elle tira fon cimeterre ; à peine en eutelle
appuyé la pointe contre l'urne , qu'il
en fortit douze dragons volans qui s'élancerent
fur elle . La Princeffe ceffa de fou
haiter la mort dès qu'elle la vit arriver avec
ce terrible cortége , & defefperant de fo
défendre avec les armes , elle fe fouvint
du talifman qu'elle portoit dans fon anneau
, & le jetta à tout hazard au milieu
des dragons ; à l'inftant ces redoutables ennemis
tournerent leur rage les uns contre
les autres , & tomberent morts au pied de
la Princeffe. L'urne fe brifa & laiffa voir
l'amant de la Reine infortunée , mais à
peine Charmante l'eut- elle vû , qu'elle tomba
fans connoiffance ; c'étoit Merveilleux
lui- même qu'elle venoit de defenchanter.
Il voloit au fecours de fa Princeffe quand
il vit paroître le Géant qui l'avoit fi fort
maltraité ; l'enchantement détruit avoit réduit
à rien le pouvoir magique, de ce monftre
, mais il étoit encore redoutable par
l'énormité de fa taille & par l'excès de fa
force ; il accouroit pour le venger ; Mer
DECEMBRE 1746. 19
veilleux étoit fans armes ; il faifit le cimeterre
de Charmante , vôla vers le Géant , &
après un combat d'un quart- d'heure le coupa
en deux d'un coup d'eftramaçon qu'il
lui donna dans les reins. Charmante alors
étoit revenue de fon évanouiffement par
les fecours de la Reine , mais dès qu'elle
ouvrit les yeux elle la repouffa avec horreur
: laiffez moi mourir ,. lui-dit- elle ; eft
ce à vous de me fecourir ? Merveilleux ar
riva dans ce moment & ne fçavoit que penfer
des difcours de la Princeffe & de l'air
irrité dont elle le recevoit. Ce ne fut qu'après
bien des explications qu'il comprit que
Reine avoit fait une tracafferie dont il ne
pouvoit fe douter ; il eut peu de peine à
fe juftifier ; la vérité étoit que cette Reine:
ambitieuſe avoit voulu s'emparer des Etats
des Bergers ; Merveilleux l'avoit vaincue:
& l'avoit prife elle-même dans fa Capitale ,
mais en Héros il lui avoit rendu la liberté
& fon Royaume. La Reine , moitié par
vanité , moitié par goût pour le Prince ,
avoit attribué à l'amour qu'elle s'imaginoit
lui avoir infpiré , ce qui n'étoit l'effet que
de la générofité de Merveilleux. Ce Prin
ce naturellement poli l'avoit traitée avec:
d'autant plus de déférence , qu'étant vainqueur
& maître , on le pouvoit plus aifé
ment foupçonner d'en manquer , & toutes
20 MERCURE DE FRANCE.
pas
fes façons avoient confirmé la Reine dans fon
idée ; elle avoit formé le projet de l'épou
fer , mais ne lui en avoit point parlé . Sur
ces entrefaites le Géant Chévrefeuille qui
étoit amoureux de cette Reine , étoiť accouru
pour prévenir ſes deffeins , & il avoit
enchanté le Prince ainſi qu'on l'a'vû. On
a tant de penchant à pardonner à ce qu'on
aime , que Merveilleux fe feroit juftifiéį
même fans avoir raiſon. Charmante foupi
roit , verſoit des larmes , & ne trouvoit
une parole à dire fon amant , elle qui lorf
qu'elle étoit éloignée de lui & lui écrivoit
eroyoit toujours avoir oublié mille chofes
effentielles ; leur réconciliation fut l'arrêt
de mort de la Reine . Cette Princeffe ac
cablée de honte & du dépit de connoître
fon erreur , fe frappa d'un poignard & expira
dans le moment. Les deux amans virent
alors un char lumineux qui defcendoit,
par la voute du falon où ils étoient . Ce char
portoit un vieillard refpectable qui cou
rut les bras ouverts vers Charmante. Ma
fille , lui dit - il , enfin nos maux font finis
nous allons tous être heureux . La Princeffe
fans connoître le vieillard , fans comprendre
pourquoi il l'appelloit fa fille, partageoit fes
tranfports , & par un penchant inconnu elle
avoit volé dans fes bras dès qu'il étoit accouru
vers elle. Après avoir fatisfait les pre
DECEMBRE 1746. 20
niers mouvemens de fa tendreffe , le vieillard
apprit au Prince & à fa fille , qu'il avoit époufé
autrefois une Princeffe aimable dont Chévrefeuille
étoit auffi amoureux ; que ce magicien
outré de fureur d'avoir vu fon rival préféré
, avoit juré de s'en venger ; qu'en effet
il avoit enlevé au berceau Charmante qui
étoit le premier fruit de cet hymen ; qu'il
l'avoit expòfée & qu'il l'auroit beaucoup
plus maltraitée fans un talifman qu'on lui
avoit mis au doigt en naiffant , & qui garantiffoit
fon honneur & fa vie de tous les
périls & de tous les enchantemens ; que le
vieillard trop foible pour détruire les opérations
magiques de Chévrefeuille , avoit
langui depuis ce temps dans la douleur la
plus vive ; qu'il n'avoit pû donner aucun
fecours à fa fille , finon lorfque Chévrefeuille
ayant enchanté le Prince , il s'étoit trouvé
en pouvoir de faire en oppofition l'enchantement
des armes d'or ; qu'il avoit gémi
cent fois de ce qu'il ne lui étoit pas permis
de paroître & de guider fa fille , mais que
fa préfence eut rompu l'enchantement.
Après tant d'allarmes , continua-t- il , enfin
le fort le plus tranquille & le plus doux
nous eft préparé : venez ma fille , venez
Prince aimable & généreux , venez dans
mon Palais , vous y trouverez une tendre
mere qui augmentera votre bonheur en le
MERCURE DE FRANCE.
>
partageant ; au milieu des tranſports de fa
joie Charmante " n'oublia pas fes cheres
Tourterelles ; fon pere lui dit que c'étoient
des Princes que Chévrefeuille avoit ainfi
métamorphofés pour s'emparer de leurs
Etats ; que peu jaloux de leurs maîtreffes ,
il les leur avoit laiffées dans leurs métamor
phofes , mais que depuis la mort , ils avoient
repris leur forme , & qu'ils étoient tous
dans fon Palais . Charmante & Merveilleux
monterent dans le char du génie , &
furent tranfportés dans fon Palais où la mere
de Charmante verfa bien des larmes de
joie en revoyant la Princeffe & fon époux,
L'un & l'autre y refterent deux mois , plus
occupés de leur amour que des fêtes fuperbes
& galantes que leurs parens leur don
noient chaque jour. Au bout de ce tems
Merveilleux leur fit entendre que des devoirs
indifpenfables le rappelloient dans fes
Etats ; les parens de Charmante étoient
trop fenfés pour ne pas déférer aux défirs
du Prince , mais pour accorder tous les
fentimens & ne pas quitter leur fille , ils
voulurent fuivre le Prince : les Amans
Tourterelles retournerent chacun dans leurs
Etats. La joie fut inexprimable lorfque le
Prince reparut dans les fiens ; aimé d'une
épouſe adorable , faifant les délices de fes
parens & le bonheur de fes fujets , il vịt
DECEMBRE 1746. 23
on amour augmenter chaque jour & redoubler
celui de Charmante , & ils furent
les plus heureux comme les plus tendres
dės amans .
REMERCIEMENT de M. du R.....
J.... à Madame de M... R... qui
lui avait envoyé du Thé.
DEE votre Thé merveilleux & divin
J'ai fait l'épreuve ce matin.
Pour le Monarque de la Chine,
Pour un gozier de Mandarin ,
Je ne crois pas qu'on en deſtine
Qui foit plus exquis & plus fin.
C'eſt un parfum qui vous enchante,
Et dont la vapeur bienfaisante
Ebranlant fans effort les fibres du cerveau ,
Donne à Pame un reffort nouveau,
Eclaircit la raifon , épure fa lumiére ,
Et ranime le jeu de la machine entiere.
Oui , contre mille maux cette douce liqueur
Eft un excellent fpécifique ;
Le fang circule-t-il avec trop de lenteur a
Elle hâte auffitôt fa courfe léthargique .
24 MERCURE DE FRANCE
Et lui rend fa fluidité :
L'Eftomach fent-il l'acreté
D'un épais levain qui l'accable
Et dont le poids inſupportable
Rallentit fon activité ?
Sans les foins de Bouillac & de la Faculté
De ce reméde fecourable
L'infaillible propriété
Chaffe le poifon déteſté .
A préfent , grace à ma jeuneſſe
Je ne fuis point réduit à la néceſſité
D'employer fa vertu pour hâter la pareffe
D'un fang tardif & fans vivacité ,
Mais fi votre nectar guérit la vanité
Qu'inſpirent juſtement cent bontés précieuſes
Cent attentions généreuſes
Dont on n'a jamais mérité
De recevoir le moindre gage ,
Eft-il un homme qui de Thé
Doive plus que moi faire uſage
A Lutece le 2 Nov. 1746.
EPIGRAMME
DECEMBRE 1746.
25
VERS
Pour le premier jour de l'an
VOOUUSS,, refpectable auteur à qui je dois la vie ;
Vous , mon efpoir , ma mere , & ma meilleure
amie ,
D'une muſe novice agréez les effais ,
S'ils ont vôtre fuffrage , ils ont un plein fuccès ...
Ma raiſon oubliant fon extrême foibleſſe
S'efforce à vous marquer jufqu'où va la tendreffe,
D'un fils à tout moment l'objet de vos bontés ,
Et de vos foins divers qu'il a peu mérités .
Mon ftyle informe encor façonné par l'ufage
Deviendra plus nerveux , mais ni le tems ni l'âge
A mes vifs fentimens ne fçauroient prêter rien ,
Quoique je parle mal , déja je penſe bien..
Affervi vainement aux loix de la coûtume , ⚫
Chacun en vains fouhaits aujourd'hui ſe conſume
Et de faux complimens l'on charge le courier :
Pour moi , ce que ma main trace fur le papier
Je le porte gravé dans le fond de mon ame :
Mon coeur brûle pour vous de la plus pure
flamme ;
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Ves jours feront rians , vos jours feront nombreux
Ou l'Arbitre du Ciel dédaignera mes voeux ,
Le Chevalier Petit
MEMOIRE fur les Compagnies des
Indes établies en France.
C
EST le principe le plus certain & le
plus connu en l'art de régner , qu'un
Etat n'eft jamais fi floriffant que quand il
a un grand commerce , non feulement dans
fon interieur , mais encore avec les Pays
étrangers , car plus le commerce eſt étendu
, plus on a le fecret de fe rendre préfent
& familier l'ufage des chofes les plus
éloignées , & qui fouvent nous font les plus
utiles .
Cet efprit de communication avec les
étrangers , & le defir des richeſſes fi naturel
à l'homme , l'engagent dans les entrepri
Les les plus difficiles , & lui fait hazarder les
exécutions les plus périlleufes pour acquérir
des tréfors , & fe rendre digne des dons
du nouveau monde.
C'eft pour le coeur humain une efpece
de gloire & d'émulation qui le rend ingénieux
, vigilant , infatigable , qui lui fait
aimer le travail & furmonter le péril..
DECEMBRE 1746. 27
De tous les commerces il n'en eft point
qui foit plus capable de rendre un Etat
riche & fuperbe que celui de la Mer ; elle
eft le lien de la focieté des hommes , & la
ligne de communication qui les attache fi
utilement les uns aux autres .
Elle nous fournit abondamment bien des
chofes les plus néceffaires , même les plus
fuperflues , & fans elle nous ne connoitrions
jamais bien ce que c'eft qu'un certain état
brillant.
Rien ne contribue mieux à la grandeur
& au bonheur d'un Etat , que les richeffes
& les commodités que nous produifent les
élemens .
Un Souverain ne fe diftingue jamais par
un plus bel endroit , que quand il s'applique
au négoce maritime pour tirer des parties
du monde les plus éloignées ce qui
peut contribuer à l'ornement de fon pays
& au bonheur de fes fujets : une telle attention
remplit dignement ce qu'il y a de plus
beau & de plus grand dans la politique.
Cette occupation fi loüable tire l'homme
de l'oifiveté ; elle lui rend le travail
familier , & le comble en même tems de
biens & d'honneurs , mais de toutes les differentes
efpeces de commerce maritime ,
il n'en eft point de plus avantageux que
celui qui fe fait dans les Indes.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt de ces pays devenus fi féconds par
les influences prochaines du foleil qu'on
rapporte ce qu'il y a de plus beau , & de
plus précieux parmi les hommes , & ce
qui contribue le plus foit à la douceur
de la vie , foit à la pompe & à la magnificence
.
,
Nous fommes à préfent fi accoûtu
més à l'ufage des chofes ineftimables que
les Indes nous fourniffent , que ce qui
n'étoit autrefois qu'une fimple bienféance ,
s'eft changé en néceffité , de maniére que
nous ne fçaurions plus nous en paffer , &
il feroit bien honteux à la nation françoife
( celle fans doute qui eft la plus
eftimée dans le monde ) d'emprunter des
étrangers ce qu'elle peut acquerir par ellemême.
On a prétendu autrefois par une fauffe
idée que le commerce de la mer ne convenoit
pas aux François ; incapables ( difoit-
on ) de chercher un profit où l'on com
mence prefque toujours par des pertes ,
auquel on ne parvient que par un travail
affidû , & par une perfévérance à l'épreuve
de tous les malheurs.
Mais une heureuſe expérience a fair
cefler cette ancienne & mauvaiſe prévention.
La premiére découverte des Indes Orien
DECEMBRE 1746. 29.
tales eft attribuée aux Portugais ; leurs Rois
même fe font fait gloire de fe dire les auteurs
de cette invention , car leur hiſtoire
nous apprend qu'en l'année 1420 Henri
Duc de Viſco , fils du Roi Don Jean I ,
étant perfuadé , par la grande connoiffance
qu'il avoit de l'aftronomie , qu'il devoit
y avoir plufieurs Ifles dans l'Océan où l'on
pourroit pénétrer , fit partir quelques vaiffeaux
pour s'en éclaircir , & qu'en effet ils
découvrirent d'abord l'Ifle de Madere , ce
qui fut fuivi de plufieurs autres découvertes
en faiſant voile le long des côtes d'Afrique.
La parfaite exécution d'un fi beau deffein
fut interrompue par les guerres qui
furvinrent en Portugal fous les regnes d'Edouard
I. & d'Alphonfe , mais Jean II ,
fucceffeur d'Alphonfe reprit le projet , &
envoya en 1487 Barthelemi Dias , pour
courir toute la côte d'Afrique , & ce fut lui
qui le premier doubla le Cap de Bonne
Efpérance.
La mort de Jean II étant furvenue
Emanuel qui lui fucceda confomma ce grand
ouvrage ; il fit partir de Liſbonne au mois
de Juillet 1497 quatre vaiffeaux fous la
conduite de Vafco de Gama , lequel arriva
heureuſement devant Calécut au mois de
Mai fuivant , & après deux années de tra-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
jet , il vint lui-même apporter les nouvel
les de fon heureuſe navigation , & jetter les
fondemens des grandes efpérances que l'on
devoit en concevoir.
L'année fuivante le même Roi Emanuel
y renvoya 14 vaiffeaux conduits par Don
Pedro Álvarez , & ne difcontinua pas de
faire équiper des flottes pour s'établir &
fe fortifier dans un Pays fi rempli de richefſes.
Il arriva qu'en même tems que le Roi de
Caftille s'emparoit de toutes les terres nouvellement
découvertes en Occident , les Por
tugais faifoient la même chofe du côté de
l'Orient , ce qui donna lieu au Pape Alexandre
VI. d'imaginer le fameux partage par
lequel en tirant une ligne chimérique d'un
Pôle à l'autre , & la faifant paffer par les
Açores , il adjugeoit au Roi de Caftille ce
qui étoit à l'Occident de cette ligne , & à
celui de Portugal ce qui étoit à l'Orient.
C'eft à ces hardies & heureuſes entreprifes
que les Portugais font redevables de cette
opulence qui les met de pair avec les plus
grands Potentats de l'Europe pour les richeffes
, quoique le Portugal foit renfermé
dans un terrein ftérile & peu étendu
.
C'eft de cette même navigation que les
Hollandois ( qui s'étoient d'abord défendus
DECEMBRE 1746. 31
contre les Efpagnols avec des forces fi inégales
) ont tiré des avantages qui les rendent
riches & puiffans.
La Compagnie des Indes Orientales qu'ils
ont parmi eux eft le principal foutien de
leur République , & la caufe la plus fenfible
de fa grandeur & de fa puiffance .
f
Cependant ( qui auroit pu le croire ? ) que
l'union de quelques Marchands qui s'aviſerent
de voyager aux Indes en 1505 , & qui
ne formerent leur grande Compagnie que
fix ou fept ans après , eût été capable d'élever
cette République au degré d'opulence
& de grandeur où nous voyons qu'elleeft
parvenue
.
On fçait les profits immenfes que les intéreffés
ont faits , & que déduction faite de
toutes leurs dépenfes , on fit en 1661 un
état général des biens de la Compagnie ,
& un inventaire tant de l'argent comptant
que des marchandiſes & autres effets , dont
la valeur fe trouva monter à des fommes fi
confidérables , que depuis ç'a été un fond
inépuifable de richeffes : en un mot une
fortune fi élevée eu de fi petits commencemens
, qu'elle pafferoit pour fabuleufe fi
nous n'étions convaincus par l'expérience ,
que depuis ces temps heureux pour la Hollande
, elle a été le Pays le plus abondant
en argent & en marchandifes précieufes.
Biiij
32 MERCURE DE FRANCE .
Les Anglois s'aviferent du même deffein
prefque en même temps ; ils formérent auffi
une Compagnie pour percer dans les Indes
Orientales en l'année 1600 , qu'elle y fit
aller quatre vaiffeaux avec un tel fuccès ,
qu'en peu de temps on compta plus de 200
voiles qu'elle y avoit envoyées , & qui ne
revenoient jamais fans être richement chargées
; le Roi d'Angleterre la protégea puiffamment
, & il envoya Guillaume Hocius
en qualité d'Ambaſſadeur vers le grand Mogol
, pour la faire jouir dans fes Etats de
la liberté du commerce malgré les obftacles
que les Portugais & les Hollandois tâchoient
d'y apporter ; il envoya auffi aux Rois de
Perfe & du Japon des Ambaffadeurs qui
obtinrent pour cette Compagnie de grands
priviléges dont les avantages fubfiftent en
core aujourd'hui .
Les Danois ont auffi voulu prendre part
à ces voyages célébres , & quoique leur
commerce dans les Indes ne foit pas fort
étendu, ils n'ont pas laiffé d'y établir quelques
habitations , dont ils ont retiré de
grands profits.
Enfin le fameux Guftave Adolphe , Roi
de Suéde , crut avec raifon qu'il étoit de
fa grandeur & du bonheur de fes peuples
qu'ils vifitaffent auffi les Indes Orientales.
Il établit à cet effet une Compagnie par
DECEMBRE 1746 . 33
fes Lettres patentes du 4 Juin 1626 , mais
fa mort précipitée ne lui ayant pas permis
de voir ce beau deffein exécuté , il l'a été
dans la fuite avec plus de fuccès par les
foins de fes fucceffeurs.
Il auroit manqué quelque chofe à la gloire
de LOUIS LE GRAND & au bonheur de la
France , fi fous un fi beau régne on n'eût
pas fait le femblable établiffement d'une
Compagnie qui fît commerce dans les Indes
Orientales , ce qui a été exécuté heureufement
, & en 1719, fous le régne de Louis
XV. s'eft fait le nouvel établiffement de la
fameufe Compagnie des Indes Occidenta
-les , ce qui ne forme à préfent que la même
Compagnie.
Notre Nation avoit déja acquis beaucoup
de gloire dans la découverte de plufieurs
Ifles étrangeres , & on peut dire qu'en cela
elle avoit plus qu'égalé fes voifins , mais celle
qui a été faite depuis quelques années dans
les Indes Occidentales , les Colonies qu'on
y envoye , les travaux qu'on y fait & les
marchandifes qu'on en tire nous font égaler
& même furpaffer les entrepriſes des autres
Nations , & nous en reffentons de fort
heureux effets.
DE RHINS , Doyen des Avocats de S.
Etienne en Foreſt.
Bv
34
MERCURE
DE
FRANCE
XXXXXXXXXXXXXXXX
PLAINT E.
PLEVREZ , mes yeux , pleurez & fondez vous en
eau.
Soupirs , ennuis , je vous livre mon ames
L'inflexible Atropos vient de metre au tombeau
Le charmant objet de ma flamme.
Qui pourra deformais murmurer d'un tel fort !
Philis n'eſt plus ..... Philis a paffé le cotite ,
Et fes chaftes appas & fon rare merite
N'ont pû la garantir des horreurs de la mort,
O parque ! ô fatale puiſſance !
Pourquoi me ravir en un jour
La moitié de moi même avec tout mon amour
Tu devois de nos feux reverer l'innocence .....!
Quelle fource pour moi d'eternelles douleurs
Helas ! depuis cette perte infinie ,-
Deplorant toujours mes malheurs ,
Je prolonge à regret ma languiffante vie.
Hâte toi , deftin trop cruel ,
D'en detruire le cours ; après ce coup funefte
Tu ne me laiffes plus pour tout ce qui me reſte
Qu'un degout étermel.
L .... Arband Etudiant en Medecine à Aix.
DECEMBRE 1746.
35
L'HERMITE DU MONT D'OR
NOUVELLE.
A M. Vague de Marfeille , par L. R. P
Boudet C. R. D. S. A.
AMI , dont l'efprit , les talens à
AMI,
La Religion , la ſageſſe,"
La douceur & la politeffe
Mériteront dans tous les tems.
L'eftime des honnêtes gens ;
Toi , qui fur le ton pathétique
Nous récitas le trait comique
De ce Curé demi Normand
Dont la matoiſe politique
Sçut éluder fi plaifamment
La loi d'un exil tyrannique
Et préſerver ſa barbe antique
Des horreurs du défrichement.
Pour le prix de ce Conte aimable
Qu'Apollon lui méme a dicté ,
B vj
36 MERCURE DE FRANCE
Reçois l'hiftoire véritable
D'un autre Barbon vénérable ,
Chés qui l'humble docilité
Triomphant des rufes du Diable ,
Au fil d'un tranchant redouté
Soumit fon menton refpectable .
Si l'adreffe de mon pinceau
Pouvoit ici fixer la grace
Que j'admire dans ton tableau
Mon original tout nouveau
Obtiendroit bientôt une place
Dans les replis de ton cerveau.
Mais je renonce à cette gloire ,
Le pendant n'eft point affés beau
Ton Curé , für de la victoire ,
Ne doit occuper ta mémoire
Qu'avec quelque brillant morceau
De la Fontaine ou de Boileau.
Après cet ample préambule ,
Dont le lecteur peut fe laffer ,
Je pafferois pour ridicule.
Și je tardois à commencer.
Près de cette fameufe ville ,
Où le Rhône majestueux
DECEMBRE 1746.
37
Aux eaux de la Saône tranquille
Mêle fes flots impétueux ;
Sur l'appui d'un côteau fertile
S'éleve un mont audacieux ,
D'où les Titans auroient fans doute
S'ils l'avoient trouvé fur leur route ,
Tenté l'efcalade des Cieux,
Du fommet de cette montagne
L'oeil agréablement ſurpris ,
De la plus riante campagne
Embraffe le vafte,pourpris ,
Et s'égarant dans les bruyeres
Les prés , les bois & les rivieres
Qui couvrent maint & maint vallon
Parcourt des Provinces entieres
Avant que de voir l'horifon..
Quand Lyon de l'Aigle Romaine
: Obfervoit les Loix & les Us ,
Ce beau canton fut le domaine A
Du Gouverneur Licinius ,
Qui lui donna fon nom en as.
Là , cet avare Capitaine
Dans une grotte fouterraine
Renferma plus d'un million ,
Qu'il fut extorquer de Lyon.
4
38 MERCURE DE FRANCE .
Augufte , inftruit de l'aventure ,
En fit la confifcation,
Mais peut-être que l'on murmure
De ma longue digreffion.
On a grand tort , je vous le jure ,
Et jamais explication
Ne mérita moins la cenfure ,
Puifque l'hiftoire nous affûre
Que la montagne en queſtion
A changé d'appellation ,
Depuis cette belle capture
La découverte du tréfor
L'ayant fait nommer le Mont d'or
Aujourd'hui ce terrein rapporte
Des richeffes d'une autre forte :
On en tire d'excellent vin ,
Et de la pierre d'un beau grain.
C'eft en ce lieu qu'un faint Hermite
Autrefois fixa fon féjour.
Ce n'étoit point un hypocrite ,
Tel que l'on en voit chaque jour
Qui portent un coeur de vautour
Sous des dehors de chattemitte ,
Et qui fçavans dans l'art de cour
Dupent les manans d'alentour
DECEMBRE 1746. 39
Et ne font bouillir leur marmite
Qu'à l'aide de quelque bon tour.
Il s'appelloit le Frere Claude :
Humble & modefte en fon maintien
Jamais il n'alloit en maraude,
Jamais il ne demandoit rien.
Et fa main exempte de fraude ,,
Attendoit que les gens de bien
Vifitaffent fon hermitage ,
Pour exercer leur charité.
Comme il étoit dans le bel âge ,
Et qu'il avoit de la fanté ,
Après avoir prié , chanté ,
Et repété fouvent l'hommage
Qu'on doit à la Divinité ,
Il s'occupoit dans la carriere
A tirer , ou tailler la pierre .
Sur le produit de ſes travaux ,
Content d'un mince néceffaire
Il foulageoit encor les maux
Des pauvres de fon voisinage.
Il s'étoit fait un logement
Petit , étroit , de bas étage ,
Dénué de tout ornement.
C'est là qu'il dormoit fur la dure
4 MERCURE DE FRANCE ,
Trois à quatre heures feulement ,
N'accordant rien à la nature
Au- delà du délaffement
Qu'elle demande abfolument.
Une Chapelle affés jolie ,
Sous le vocable de Marie
Etoit proche de fon réduit.
De fes mains il avoit conftruit
Les murailles de l'édifice ;
Il y paffoit fouvent la nuit ,
Pour fe rendre le Ciel propice.
Sa vertu fit bientôt du bruit ;
Chacun veut le voir & l'entendre
Il parloit peu , mais avec fruit
Et paroiffoit très- bien inftruit
Des Myfteres , qu'un amour tendre
Ne manquera jamais d'apprendre
A l'Ecole de Jeſus- Chriſt.
>
On le comparoit aux Pacômes ,
Aux Pauls , Antoines , ou Jérômes,
Et l'on étoit à fon aſpect
Pénétré d'un profond reſpect.
Une barbe noire & frifée
Comme la laine d'un mouton
En deux boulingrins divifée
DECEMBRE 1746.
Ombrageoit fon large menton ,
Et dûement fymmétriſée
Augmentoit l'admiration
Qu'infpiroit fa dévotion ,
Tel étoit notre Solitaire ,
Lorfque certain Miffionnaire
Trouvant de l'affectation
Dans le foin que prenoit le Frere
De fa barbe triangulaire ,
Par ces propos pleins d'onction
Un jour lui rompit en vifiere,
En vérité , lui dit ce Pere
Vous me faites compaffion.
C'eſt donc par le ſentier auftere
De la mortification
Que vous voulez courre grand' erre
Tout droit à la perdition ?
Quoi ! Vous jeunez toute l'année
Vous priez toute la journée ,
Vous travaillez comme un forçat
Vous vivez dans le célibat ,
Vous fuyez toutes les délices
Que le mondain goûte ici bass
Et vous cédez aux artifices
41 MERCURE DE FRANCE
D'un ennnemi , qui fous vos pàs
A creufé d'affreux précipices ,
Que vos yeux n'apperçoivent pas
Par le plus grand de tous les vices
Le Démon de la vanité
Sçait infecter les facrifices ,
Qu'à la divine Majeſté
Offre une aveugle piété .
Frere , vous m'entendez fans doute ;
Vous devez , quoiqu'il vous en coûte
Retrancher l'ornement fatal
Par qui le ferpent infernal
Veut vous écarter de la route
Qui méne à la céleſte voûte.
Il n'eft Poëte fi difert ,
Il n'eft Orateur tant expert ,
Qui peignît dignement la honte
Dont l'Hermite alors fut couvert :
A ce difcours , qui le démonte ,
Confus , tremblant , décoloré ,
Frere Claude n'a rien à dire ,
Mais il s'incline , & fe retire , .
Le coeur de foucis dévoré.
Bientôt la nuit étend fes voiles,
Et la lumière des étoiles
DECEMBRE 1746 43
Succéde aux rayons du foleil.
On juge bien que le fommeil
Ne put de fon ame inquiette
Calmer les violens tranfports.
Pour me remettre en mon affiette ,
Et chaffer ma peine ſecrette ,
Je fais , dit -il , de vains efforts.
C'eſt toi , c'eſt toi , barbe chérie
Qui caufes mes cuifans remords.
Mais fi ma confcience crie ,
Ses cris feront- ils les plus forts ....
Après t'avoir fi bien nourrie ,
On veut que je te facrifie ...
J'aime mieux fouffrir mille morts ,
Que de deshonorer ma vie
Par une femblable infanie ...
Ce Prêtre qui fait l'entendu ,
Eft de ces gens trop rigoriftes :
Le monde entier feroit perdu ,
S'il fuivoit leurs maximes triftes .
Quel est mon crime prétendu
Pourront-ils , ces durs Cafuiftes ,
Me prouver qu'il foit défendu
Par le droit , ou par la nature ,
Par les Saints, ou par l'Ecriture
44 MERCURE DE FRANCE,
De porter un menton barbu.
Mais pourquoi me mettre en colere
Et former d'indignes foupçons
Contre ce faint Miffionnaire ?
Je ferois bien mieux de me taire ,
Et profiter de fes leçons .
Porter barbe eft choſe arbitraire ,
Et de foi n'eft pas un péché.
Mais fi mon coeur , trop attaché
A ce meuble peu nécefaire ,
D'an fol orgueil eft entiché ,
Eft-il befoin de commentaire ,
Pour voir que Satan s'eſt niché
Dans la barbe qui m'a fçu plaire
Et qu'il en doit être arraché ? ..
La remontrance de ce Pere
Eſt un avis qui vient d'enhaut ;
Obéiffons , puifqu'il le faut.
Nous lifons dans l'Hiftoire fainte
Que fans former la moindre plainte ,
Le vieil Abraham fut jadis
Prêt d'immoler fon propre fils ..
Banniffons une vaine crainte ,
Et malgré la cruelle atteinte
Dont je fens mon coeur déchiré ,
DECEMBRE 1746. 41
Coupons cette barbe perfide ,
Qui nourrit l'orgueil homicide
Dont mon eſprit eſt enyvré,
Il dit , & d'un bras intrepide
Saififfant les fatals cifeaux >
Il détruifit avec courage
De fon menton à triple étage
Le taillis & les baliveaux.
Après cet exploit héroïque

Le calme rera dans fon coeur.
Le lendemain de la critique
Il effuya le ris mocqueur.
Mais lorsqu'on eut appris la caufe
De fa prompte métamorphofe ,
Loin qu'on ofât le cenfurer ,
On fut contraint de l'admirer.
L'hiftoire de ce bon Hermite
Prouve une double vérité ;
Qu'à vaincre un grain de vanité
La victoire n'eft pas petite ,
Et qu'un rien ternit le mérite
De l'éminente fainteté,
A Saint Antoine en Dauphiné , le 18
Octobre 1746,
46 MERCURE DE FRANCE.
Jbdbdbdb5bdbdbdbdbdbdb
NOTICE D'UN MANUSCRIT
M
r . Antonio Cocchi , célébre Litterateur
de Florence , avec qui nous entretenons
une correfpondance litteraire , vient
de nous faire part d'un manufcrit qu'il a
découvert , & qui peut intéreffer l'Hiſtoire
de France . Ce manufcrit eft écrit d'écriture
Gothique , & paroît être & eft en effet d'environ
1300.
Le Livre eft compofé de quatorze Tablettes
de bois enduites de cire , & les caractéres
ont été tracés fur la cire avec un
ftile. Il y a 26 des pages qui font remplies.
Au haut de la premiere on lit ce titre :
Tabule q. incepunt Ven' poft S. Marcu CCCI.
duravi'ent ufq. Dmine F. 5. Apl. Sym. &
Jude CCCI.
On voit par ce titre que le Livre qui eft
un regiſtre , a commencé le Vendredi depuis
S. Marc de l'an 1301 , & a continué jufqu'à
la S. Simon S. Jude de la même année .
On voit à chaque page le nom des jours
dans une petite colonne , & à chaque jour
6 lignes qui commencent chacune par ces
mots : Pan, Vinu , Coq. Cer. Av. Cam, pour
indiquer qu'elles font faites pour marquer
DÉCEMBRE 1746. 47
la dépenfe du pain , du vin , de la cuifine
de la cave , de l'avoine & de la chambre ,
& en effet la fomme de cette dépenſe eſt
marquée au bout de chacune de ces lignes,
par livres , fols & deniers , & à chaque fomme
on voit une de ces abbréviations , Ra .
Val. M. Va. Gr. trois defquelles veulent
dire , Regina , Valeti , Miltes , ou Minifterium
, la Reine , les valets , les Chevaliers
ou le cortége ; nous n'entendons pas les
deux autres. On voit quelquefois Rex &
Regina , & à chaques 20 ou 25 jours , il y
a une récapitulation totale de la dépenfe,
On voit par là que ce Livre eft le Regiftre
de la dépenſe d'un Roi qui fait un voya
ge , & le temps dans lequel il fe paffe eft le
même que celui ou Philippe le Bel alla en
Flandre , & les lieux d'où il eft parti & où
il est allé, fe rapportent fort bien à ceux qui
font marqués dans ce Regiftre . On ne peut
douter que ce ne foit un Regiſtre de la dé
penfe de ce Prince pendant fon voyage.
Le Pere Mabillon avoit déja parlé p. 192.
de fon Muſeum Italicum , de ce manufcrit ,
qu'il avoit vû en Italie , mais il n'en avoit
donné qu'une idée très- fuperficielle, n'ayant
pas apparemment eu le tems de le bien examiner.
On peut tirer cependant de ce manuf .
crit quelque profit pour l'Hiftoire Ci48
MERCURE DE FRANCE.
vile , Généalogique ou Géographique de
France : il faudroit tranfcrire ici tout le manufcrit
pour mettre les lecteurs à portée
d'en tirer toutes les inductions poffibles ,
mais fi notre ſoin à cet égard pouvoit faire
plaifir à quelques- uns , il déplairoit au plus
grand nombre , qui n'aimant que les lectures
agréables , ou l'érudition facile , n'aiment
point à s'enfoncer dans ces recherches
toujours ténébreuſes , fouvent inutiles ,
que l'on peut appeller les brouffailles de
l'antiquité.
&
Nous remarquerons feulement que dans
le Regiſtre de la dépenfe , l'eau roſe tient
une place tous les jours , & les melons auffi ;
c'eft qu'alors on mangeoit des melons par ré
gime , ils étoient ordonnés comme digeftifs
par les Médecins , qui depuis les ont condamnés
comme indigeftes ; étrange effet de
la viciffitude des chofes humaines : l'eau rofe
depuis releguée aux darioles du Pont- neuf,
étoit alors un cordial très -précieux , ce qui
prouve que le Médecin malgré lui n'avoit
pas tant de tort qu'on croit.
Au refte pour donner une idée plus di
ftincte de ce manuſcrit , nous allons tranfcrire
un article qui eft la récapitulation de
la dépenfe des Chevaliers. Cet article , qui
peut intéreffer l'Hiftoire Généalogique, fera
celui dont on tirera le plus d'utilité , quand
quelque
DECEMBRE 1746. 49
quelque érudit aura enrichi le public de
l'impreffion de ce manufcrit . On en jugera
par l'effai que l'on va voir.
MILITE S.
Amfredus STRABO pro XXXVII , diebus ufq.
'Mercur. ante Afcenfionem qua recepit vII . l .
VIII. f. habuit fuper burellum. Henr. de S.
AUDENO &C. YTERIUS de MOLLICURIAho
tris de HERCERUZ . Petrus DE S. CRUCE, Joh.
de GONESSIA, Gobertus de HOLLEVILLE, Euf
tachius de FLAVARCOUR , Jo. de IGNARNIACo
, Henr. de CHAMPIGNIACO , Elyas FLA
/ MENC , ufque Ven. poft S. Barn. qua obiit habuit
formontus riber exequtor ejus teftament.
D. Steph. de COMPENDIO pro xv dieb. LXf.
Petrus de HEDOUVILLA , Guill, de MOTA ,
Petrus de VALLIBUS, Jo . de MANSIGNIACO ,
Robertus de HoCQUEREL , Reginaldus de Ro-.
BORETO , Philippus de CASTELLAR , Reginaldus
de MONTE , Jo . FORCHIÚ , Joan. de
BUCIACO , Guill , de ROBORETO , Ďom. DE
INSULA pro LXIX diebus per partes in Curia
& XI diebus in Parlamento xix l. vi f
habuit ad computum fuum. Anſellus de MOLLA
habuit vianctus de Chadon , Jo. de INSULA ,
Dominus de Ton, habuit galterotus bure. Baldoynus
de AMBROCHICOURT , Joa. de S.
MARTINO , Petrus de REBERCOURT , Jo.
de YSEMBOURG novus, Jo, de VILLAPETRO-
11. Vol. C
50 MERCURE DE FRANCE.
SA , Jo. LIBACLES , Gaufrid. de MAHOMET
Guill, de FLAVARET , Jo . de CANNAS , Ernandus
BAREZ , pro xxxv diebus ante viam
Flandria , Guill , de RUPE , Petrus de LAU-`
DUNO , Petrus de BLENESCO in curia & in
Parlamento Parif. habuit per cedulam cum
11 pall. Egidius de ROBORETO , Guill. de
FOUIZ. Picardus de SALIC. Joan. FOYNON
de veteri. Habuit Rex Robertus fuper burellum
, Henr. de ERCHIAC , habuit Elias Vaffalli
ejus Clericus per cedulam . Petrus de FLAAILLIACO
, Guido de COURCEL , Matheus de
Kabien , Petrus HOMBLES , Robertus de VETERI
PONTE , Jo . de SASIACO , Galth. de
MUTRIACO , habuit Huetus Barberius Valetus
eleemofinarii Regine . Phil, de MANIGNIAco
, Caftellanus BELVACI habuit mag. Guill.
de RINO , Bernardus de FARNECHON , ufq.
ad diem obitus fui habuit Briguardus fupra bur.
Robert de HoCOURT, Alanus de MANSIGNIACO,
Jo.deMANSIGNIACO , Simon de TRAGNELLO,
Henr. LEVERNER . Petrus LIBACLES Dom .
de CASTELLIONE pro XIII dieb , dat. Rob. Barberio
x l. VIII . f. habuit id .. Rob. fuper
burell. Symon de HEMERIACO Marefcallus
campanie , Hugo de CONFLUENT. pro
XXXIII dieb. ufq. ad vad. per partes x111 l.
IIII f. habuit huetus ejus nepos fup, bur. Petr.
de HEILLIACO , Guill. BELLE , à Vigilia
Apoftolorum Sym. & Jud, ccc . &c. Dominus,
DECEMBRE 1746.
de GIONVILLA , Senefcallus campanie pro
xxv diebus per partes xx l. habuit Galterius de
baerna ejusfcutarius per Jo . Britonem. Odardus
de MALEDUNIO , Raymundus BRUNI.
Dom. AE' MONTES , Gaufr. de Monte Cyar-
DI . Almaricus de NARBONA , Guido de CROMENIO,
Baldoinus de HERNACHUGHEN, Guill.
de FLAVARETA , Jo. de BRABANCIA , Philippus
de VIANA , Symon, de CHANDEN , Henricus
de MOTA , Odardus POSTEL , Symon de
TA'GNELLO pro CCCLXV diebus pro toto anno
LXXIII 1. habuit per cedulam , cedulam , Hugo de FERTATE
BERNARDI, Nicolaus de BORSEO RONCINI
, Jo. de VERSILL , Gaufridus de BANIC .
Guill, de VILTAR , Guill. LE BONIC , Guido
"de GENVILLA , Rob. de RUPE . Rad. de JANNARO
, Gobertus de HELLEVILLA , Jo . de
VORSE , Jo. PORRE , Jo . de BECOVILLE , Guill
de CENTORGNOUVILLE habuit Robinus de
CAUDREVILLE fup. bur. Guill. LONGA SPADA
, Jo. de DONAPETRA , Nicolaus de Bos-
CO RUFINI , Jo . de LANDOMES , Jo. de Lu-
SARCH . Habuit Petrus Fafon draperius de
SILV. Jo. de ROQUEROL. Red. de SANCTIS
habuit David de fancto Samfone , Gaufredus
de MONTRART , Baldoinus de NOICLE .
Summa totalis militum v1 . xx l. c. f. com.
puti nempe feptimi qui habitus fuit apud vis
genas VIII Octobris de xxv diebus.
Cij
MERCURE DE FRANCE.
1
BOUQUET d'un Enfant à Madame
L** R*** fa bonne maman , qu'il appelle .
Ménone.
DANS ma pauvre petite tête
Je formois projets fur projets ,
Et je voulois pour votre Fête
Vous offrir ou vers ou bouquets ;
Point n'ai d'argent , & Dame Flore
Vend les dons qu'elle fait éclore.
Faire des vers , autre embarras,
Inutilement je m'eſcrime ;
J'allois venir fans fleurs ni rime ,
Quand pour me tirer de ce pas
Un petit Dieu , qu'Amour on nomme
M'aborde & me dit : tiens , Fanfan ;
Préſente de ma part la
pomme
Qu'autrefois remporta maman ;
Le Berger amoureux d'Enone
A ma mere en donna les gands ,
Mais il n'avoit pas vû Ménone ,
Et c'est un don que je lui rends
DECEMBRE 1746. 53
KMKMKMAMEKKKKKKKKKKA
LETTRE du R. P. N. Prieur de Coulombs
aux Auteurs du Mercure de France.
M
Effieurs , en lifant l'endroit de votre
Mercure du mois d'Août dernier , où
vous dites p. 77 que les Quatrains pour les
douze mois de l'année , qui vous ont été
envoyés par M. Fauquette de Lille , ont
été tirés d'un Livre de velin , fans aucune
date , je me fuis fouvenu qu'il y en a un ici
dans le même goût . Il eft vrai que les Quatrains
en queftion ne s'y trouvent point
quoiqu'il y ait un Calendrier à la tête de ce
livre , mais il y a des traits qui ne le rendent
peut-être pas moins curieux que l'autre.
En voici quelques- uns , du mérite defquels
vous jugerez , s'il vous plaît. D'abord
j'aurai l'honneur de vous dire que ce livre
eft du plus beau vélin . Chaque feuillet au
nombre de 92 eft enrichi de chaque côté
dans le pourtour de vignettes , ornemens &
figures d'une très - grande fineffe. Il y a 22
repréſentations de Myftéres de la grandeur
de la page , c'eſt- à- dire d'environ &
pouces , dans le goût des plus belles tailledouces.
Au bas de la premiere page , qui
eft remplie par une repréfentation ou ima
Ç iij
54 MERCURE DE FRANCE.
ge d'un fujet prophane , à ce que je crois ,
il n'y a point de date non plus qu'au livre
de velin de Lille , mais feulement ces mots :
Heures à l'ufaige de Romme tout au long
fans riens requerir. Avec les figures de la
vie de l'homme ; & la deftruction de Hierufalem.
Tout pour le mieulx.
On voit dans la feconde page une figure
en fquelette , & autour le nom des differentes
Planettes & des principales parties du
corps de l'homme qu'elles gouvernent. A
fes pieds eſt une efpéce de berger un genout
en terre , regardant de côté la Lune , qui y
eft auffi avec quelques étoiles. Et aux quatre
coins font en petit quatre figures repréfentant
le Sanguin , le Colérique , le Mélancolique
& le Flegmatique , avec leurs fymboles
, & des notes qui marquent le tems où la
Lune paffant dans certains Signes du Zodiaque
, il fait bon les faigner, On lit au baş
de la page.
Le follatique Mapellon
Le quart de la Lune ay mengie
Checun tient de moi peu ou non
J'ai grande généalogie .
DECEMBRE 1746. 55
Après la table qui eſt à la fin du livre ,
on lit ce qui fuit :
Jefus foit en ma tefte & mon entendement.
Jefus foit en mes yeulx & mon regardement.
Jefus foit en ma bouche & en mon parlement.
Jefus foit en mon cueur & en mon penſement .
Jefus foit en ma vie & mon trefpaffement.
Amen,
Qui du tout fon cueur met en Dieu .
Il a fon cueur & fi a Dieu.
Et qui le met en autre lieu .
Il pert fon cueur & fi per Dieu.
Tout pour le mieulx.
Enfin , Mrs, au bas de la derniere page ,
où ſe trouve la même image ou repréſentation
qu'à la premiere , il y a
Les préfentes heures à l'ufaige de Romme
tout au long fans rien requerir. Ont eſte
achevees a Paris le huitiefine jour de Mars .
lan mil cinq cens & neuf. Par Gillet Hardouyn
Imprimeur demourant au bout du pont au change
l'enfeige de la Rofe au deffoubz de la belle image.
Si vous croyez , Mrs, que ces fragmens
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE .
méritent d'être inférés dans votre Mercure
principalement à caufe de la date , qui ne ſe
trouve point au livre de M. Fauquette , ją
vous prie de le faire. Je fuis , &c.
Ent' Abbaye de Coulombs près Maintenon
le 22 Octobre 1746.
VERS à Madlle
Il me faut rompre le filence
Affés long-tems ma patience
De ma jufte indignation
A retenu la violence ,
Et des reproches la licence
Doit , fans plus de rémiſſion ,
Montrer & mettre en évidence
Votre peu de reconnoiffance.
Je ne ferai pas mention
Des vertus qu'en vous on encenſe ,
Non plus que de l'affection
Qu'une trop foible réſiſtance
Ne put chaffer dans fa naiffance ,
Quoiqu'elle fût par fon effence:
Capable d'altération ,
DECEMBRE 1746. 57
Et par très-jufte conféquence ,
Bien moins , quand par mon imprudence
Elle eut atteint perfection.
Car cette révolution
Que fit en moi votre préſence ,
Eft , malgré cette indifference
Que vous affectez fans prudence
En tout tems toute occafion ,
Venue à votre connoiffance.
Vous n'êtes pas dans l'ignorance
Qu'avez fait pancher la balance
Non du côté de la raiſon ,
Mais de la folie , & je penſe
Que j'eus mieux fait en conſcience
D'aller chercher condition ,
Que de brûler fans efperance.
Mais il me faut changer de ton ,
Et vous dire un peu fans façon ,
Et fans nulle reſtriction ,
Tout ce que mon impatience,
Peut-être ma présomption ,
Exigent par précaution ,
Que je vous dife en confidence
Voici ce qui me met en tranſe ,
Et cauſe mon affliction
CY
18 MERCURE DE FRANCE.
Cette Philis , qui d'un Caton
Confondroit toute l'éloquence ,
Philis , que pas un homme en France ,
Mais pas un , fans exception ,
Ne verroit fans émotion :
Philis , qui fans diftinction
Met tous les coeurs fous fa puiffance a
Et qu'une maligne influence
M'a je crois pour ma pénitence
Fait voir en cette région :
Philis , que j'aime à toute outrance
Que j'aime à l'adoration ,
En qui j'ai mis ma confiance ;
Philis enfin pour récompenſe
A pour un rival qui m'offenſe ,
Et dont j'ai quelque notion ,
Une certaine complaiſance ,
Une certaine attention ,
Certaine prédilection
Qui fait certaine impreſſion ,
Et qui me porte à la vengeance
Avec précipitation.
Si c'eft diffimulation
Pour éprouver mon inconftance ,
C'eſt un foin dont je vous diſpenſe
DECEMBRE 1746. 59
Connoiffant mon extravagance ,
Et ma folle obftination ,
Vous pouvez être en affûrance
Que fiforte eft ma paffion ,
Qu'elle ne peut par défiance
Recevoir d'augmentation.
Amand.
ZXkod ko koX + X+ XXXX fex fot
EP ITR E.
NON , plus long-tems enfin je ne puis me
contraindre ,
Je ne puis plus me taire , & je fuis las de feindre.
Votre extrême folie allume mon courroux ;
Je n'y puis réfifter , & foit dit entre nous ,
L'amour que vous avez conçu pour votre belle
Vous a terriblement dérangé la cervelle.
Oh oui , riez bien fort , vous en avez fujet.
Mais pourroit-on fçavoir quel eft ce bel objet ,
Quel eft ce beau lutin qui tourmente votre ame ?
Répondez-moi de grace ; une fi belle flâme
Eft fans doute caufée ... Eh ! ne raillez pas tant
Ecoutez , je vous veux faire voir à l'inftant
Que la jeune beauté à qui je rends les armes
Pofléde tant d'appas , eft fi pleine de charmest
G vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Que..... Bon , voilà-t-il pas notre héros d'amour
Finiffez , je vous prie , un fi fade diſcours.
Songez qu'il eft honteux à tout homme un peu
fage ,
Et qui de la raiſon veut ſuivre en tout l'uſage
De fe livrer fans crainte & fans réflexions
Au torrent effrené de folles paffions .
Réprimez au plutôt cette ardeur amoureuſe ;
Faites plus , étouffez d'une ame généreuſe
Ces fentimens que fuit votre trop foible coeur,
Ceffez enfin , ceffez de fervir un vainqueur
Qui fur vous exerçant toute la tyrannie
Voit la tranquillité de votre ame bannie
Avec des yeux contens , & qui difent tout bas
>> Vous êtes amoureux , & je ne la fuis pas ;
» Enragez , quant à moi j'aurai toujours la gloire
» D'avoir fçû vous lier à mon char de victoire ,
Voilà , j'en fuis certain , ce que dit la beauté
Dont , malgré la raiſon , vous étes enchanté.
Car enfin pensez-vous être fait d'un modele
D'une taille à fléchir une jeune cruelle ?
Avez-vous les yeux vifs , égrillards & malins ?
Sçavez -vous à propos lancer quelques traits fins
Avez-vous la main belle , & la jambe bien faite ➜
Avez-vous en efprit de celui qu'on fouhaite
DECEMBRE 1746.
64
Un efprit à la mode , enjoué , pétulant ,
Délicat , agréable , & de plus amufant ,
Dont tout le mérite eft de dire une Epigramme
De conter des douceurs à la premiere femme
De lâcher un bon mot que l'on donne pour fien
De toujours folâtrer , & parlant dire rien ?
Avez-vous , dites moi , ces qualités aimables
Hélas ! non , je l'avoue . Eh ! de par tous les dia
bles ,
Pourquoi , s'il eft ainfi , vous aviſer d'aimer ,
Puifque vous n'avez pas ce qu'il faut pour char
mer ?
Sans doute vous direz que votre coeur trop ter
dre
Fut après mille eforts obligé de fe rendre ,
Que vous avez long-tems , mais en vain combattu
Mais ne fçavez-vous pas que la feule vertu
Doit avoir fur nos coeurs un pouvoir defpotique;
Qu'elle eft notre bouffole , & notre guide unique ;
Qu'elle doit nous conduire , & que d'un feul mo
ment
Nous ne devons agir fans fon confentement
Que l'on fe pare à tort du beau titre de fage ,
Si d'ailleurs la vertu n'eft de notre appanage ;
Qu'elle devroit par tout accompagner nos pas
2 MERCURE DE FRANCE .
Qu'enfin aux gens fenfés elle offre mille appas
Et de plus la raifon ne peut-elle fuffire
Pour vaincre abfolument , pour chaffer & détruire
Des fentimens honteux que vous pourriez dompter ?
Si votre indigne coeur vouloit leur refifter ,
Peut-être mon diſcours vous chagrine & vous lafſe,
J'ai fait ce que j'ai du , je vous quitte la place.
Par le même.
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
M
Effieurs , on a vû avec plaifir les ré
ponfes qui ont été faites à la queftion
propofée dans votre Recueil fur l'origine
du Proverbe par lequel on dit les Anes ou
les Armes de Bourges , &c ... On ne feroit
pas moins curieux de fçavoir pourquoi on
dit auffi les Anes de Mirebeau , petite Ville
dans le Haut Poitou . Le Proverbe & la
queftion font à peu près les mêmes , mais
l'explication en fera fans doute differente.
Quelques-uns prétendent que ce dicton tire
fa fource de la quantité prodigieufe des
plus beaux Anes de la France , dont ce Pays
abonde ; d'autres veulent que ce foit d'une
famille de Mirebeau , aflés étendue , qui
portoit le nom d'Ane ou Anne , & qui y
a occupé avec dignité plufieurs Charges
confidérables dans la Robe, Le mérite de
DECEMBRE 1746. 63
Cette famille a pû donner occafion à ce
Proverbe , pour relever par là celui de la
Ville . Quoiqu'il en foit , cela ne peut venir
de la ftupidité des habitans parmi lefquels
on a compté & l'on compte encore aujourd'hui
quelques génies heureux qui feroient
honneur aux plus célebres Villes du Royaume.
Le peuple même y eft affés fin & fpirituel
pour n'avoir pas donné lieu à ce Proverbe.
Il fe trouvera peut- être quelque
zêlé naturel du Pays qui entreprendra de
débrouiller cette queftion. On le prie de
croire que ce n'eft point par malignité qu'on
la propoſe , étant très éloigné de déplaire
à perfonne. On vous prie auffi , Meffieurs ,
de vouloir bien accorder une place à cette
lettre dans votre Journal , fi vous jugez
qu'elle en mérite la peine. J'ai l'honneur
d'être , &c.
CORNESSE.
A Thouars le 25 Septembre 1746.
ODE à un Efprit inquiet de l'avenir,
POURfléchir en ces lieux la parque dévorante
Un Autel en ton nom d'offrandes eft chargé :
J'entends l'agneau pouffer une voix expirante
Par le Prêtre égorgé.
34 MERCURE DE FRANCE,
A quoi bon tant de foins , d'encens & de prieres ?
Veux-tu que Lachéfis ajoute à fes fufeaux ?
Peux-tu donc efpérer que fes mains meurtrières
Te ferment les tombeaux ?
Le fil de notre vie en tout temps ſe dévide
Sous les yeux du deftin qu'on ne fçauroit tromper
Déja je vois s'ouvrir le ciſeau parricide ,
Tout prêt à le couper.
Rien , rien ne nous fouftrait à cette Loi commune,
Amis , parens , fujets , ni crédit ni thréfors :
On ne reconnoît plus les loix de la fortune
Dans l'empire des morts.
Reveille toi , mets fin à des voeux imbéciles ,
Et laiffe en paix des Dieux qui ne peuvent t'ouir
Les momens d'aujourd'hui font les momens utiles ,
Tu vis , penſe à jouir.
Baillet de S. Julien.
$3633*****3*3 *****
EPI GRAMME Pour Mademoiſelle
Quelle eft , Amour , cette gente Déeffe
Qui tient fixés tous nos regards furpris ?
Quel vif éclat , quelle délicateffe
Je vois briller en fes yeux attendris !
Ah ! j'en fuis für ; c'eſt ta mere Cypris ,
DECEMBRE 1746 :
61
Non , car Cypris n'a pas tant de jeuneffe ;
C'est donc , Amour , c'eft Pfyché ta maîtreſſe,
Non , ma Pſyché n'a pas tant de beauté.
Qui donc eft- elle ? Ah ! qui ? C'eft la ſageſſe.
Elle ! Ah ! Meffieurs , qui s'en feroit douté è
Par le même.
***** sasas
SUITE de la féance publique de l'Académie
Royale de Chirurgie.
A Près M. Bruyere il y eut une Differ
tation de M. Martin : il y traite de
plufieurs perfections auffi induftrieufes que
néceffaires qu'il a ajoutées , principalement
aux Bandages ou Brayers que l'on applique
à l'occafion des differentes hernies du bas
ventre , vulgairement appellées Defcentes.
Les Bandages , efpéces de Machines en
Chirurgie , n'exigent pas un foin fi borné
ni fi vulgaire que l'on pourroit fe l'imaginer.
Tout y eft digne de l'attention des
habiles Chirurgiens. On les voit auffi trèsfréquemment
faire exécuter des Bandages
fur les plans qu'ils en donnent , non feule
ment pour les defcentes , mais dans bien
d'autres cas de maladies , comme pour ar
rêter le fang , contenir & empêcher le progrès
de tumeurs , foutenir & réformer des
66 MERCURE DE FRANCE
membres foibles & viciés , &c. C'eſt ainfi
qu'à l'aide de leurs lumieres & de leur expérience
il s'en fait de nouveaux , qui
deviennent plus commodes & plus fùrs.
Cette branche de l'Art , comme toutes
les autres , tient à beaucoup de connoif
fances Anatomiques & Chirurgicales fort
délicates , & éloignées feulement en apparence
: la Chirurgie ne fouffre pas au fond de
partage dans fon exercice ; elle demande ,
pour un vrai fuccès , l'enſemble de toutes
les théories & pratiques particulieres qui
s'éclairent par un commerce de rapports tou
jours à faire.
M. Martin , qui eft dans le cas à jufte titre
de fe mêler de toute la Chirurgie , vient à
fon tour donner des preuves de fes folides
réflexions à l'égard des Bandages qui demandent
plus que des yeux & des mains
pour y réuffir. Il examine par ordre ces
Inftrumens que l'on oppofe aux diverfes
Hernies , & fait voir que tels qu'ils font ils
'ont encore des défauts affés marqués.
» De tous les Bandages , dit M. Martin ,
dont on s'eft fervi jufqu'à préfent , c'eſt
fans contredit celui de l'aine qui ſemble
le plus approcher de la perfection qu'il
peut recevoir , néanmoins la pratique m'a
fait remarquer que quelque bien fait &
appliqué qu'il foit , il ne retient pas fûreDECEMBRE
1746. 67
ment les espéces de Hernies appellées
coulantes ou complettes. «<
Un défaut affés grand des Bandages or
dinaires , eft de ne pas comprimer également
dans toutes les attitudes , & les dife
rens mouvemens aufquels on eft exposé ,
parce que la demi- ceinture d'acier peut
n'avoir pas affés de reffort ou en perdre ;
c'eft à quoi il eft fort poffible de remédier
en rendant la pelotte même élastique , comme
l'a fait M. Martin : par là le Bandage
devient un double reffort , l'un fixé fur
l'autre ayant une force mutuelle . Voici comme
s'exprime à ce fujet l'Auteur de la Differtation
. Dans les Hernies complettes
les parties reffortent aifément à la moindre
occafion , foit parce que l'ouverture
du mufcle oblique externe eft très dila
tée , foit parce que l'Epiploon qui complique
d'ordinaire la defcente , en favorife
l'iffuë à caufe de fon on &tuofité : il arrive
dans ce cas que le Bandage ne faiſant pas
une compreffion toûjours égale par rapport
aux divers mouvemens du corps ou
» à fa fituation , qui en écartent plus ou
> moins la pelotte , les parties gliffent faci-
>>
""
lement par deffous & tombent dans le
» fcrotum . On fçait auffi que lorfque l'on eft
couché fur le dos , les vifcéres ſe portent
vers la poitrine & fur les côtés ; le ventro
68 MERCURE DE FRANCE;

eft pour ainfi dire étalé & applati , & par
» cette raifon la pelotte du Bandage fe trou
» vant éloignée du point où avant elle fai-
» foit compreffion , laiffe la liberté aux par-
» ties de fortir lorfqu'il furvient de la toux ,
» de l'éternuëment , ou même en faiſant
effort ſur le baſfin . « Il eſt aifé de juger
fi avec de pareilles circonstances on ſçauroit
prendre trop de précautions.
39
» Pour remédier à cet inconvénient , ajou-
», te M. Martin , j'ai imaginé un Bandage
» dont la pelotte renferme deux platines ,
» l'une eft continue au demi cercle d'acier ,
», & l'autre placée en dedans tient fupérieurement
à la précédente par une charniére
» qui en fait le point fixe , pendant que la
partie inférieure refte béante & mobile
» au moyen d'un reffort mis entre les deux
plaques qui tend toujours à rapprocher
» celle du dedans vers le ventre , dans le
tems que la premiere pourroit s'en éloigner
avec le demi cercle d'acier par quel
» que mouvement particulier du corps ou
quelque changement de fituation. Ainfi
» cette feconde platine qui eft continuelle-
» ment pouffée vers l'anneau , fait une com-
> preffion d'autant plus avantageuſe qu'elle
» eft déterminée de bas en haut , & deme-
» re toujours égale dans quelque attitude
que fe trouve le corps , même quand le
DECEMBRE 1746. 69
Bandage ne feroit que médiocrement
ferré.
M. Martin paffe enfuite à une autre eſpete
de Hernie bien commune encore , & ce
qu'il propofe à ce fujet ne paroîtra pas indifferent.
La Hernie de l'Ombilic eft de
celles qui donnent le plus de peine à retenir;
le plus ou moins de plénitude ou de vacuité
du ventre y apporte un obſtacle & fait
que le Bandage eft tantôt trop , & quelquefois
pas affés ferré. Celui dont alors on
fe fert fait boffe dans fon milieu , & le ventre
fur lequel on l'applique repréfente une
figure denii-fphérique ; cela fait deux corps
ronds , dont l'un , comme on fçait , roule aifément
fur l'autre , enforte que dans les dif
ferens mouvemens aufquels on eft exposé ,
le Bandage monte ou deſcend. La pelotte
pour lors au-deffus ou au- deffous de l'Ombilic
fatigue la perfonne incommodée , & la
Hernie fort très - aifément ne trouvant rien
qui s'oppose à ſon iſſuë : on va voir comme
s'y prend M. Martin , pour éluder cet embarraffant
état ; l'idée méchanique qu'il a fait
exécuter eft heureuſement imaginée . C'eſt
un Bandage dont la plaque concave eft fenêtrée
pour y engager un peu de l'épaiffeur
de la pelotte en forme de boule , & fermée
d'un petit volet cambré retenu par un
crochet.
70 MERCURE DE FRANCE.
» Ce Bandage , dit M. Martin , dont la
pelotte qui remplit l'enfoncement de
» l'Ombilic , refte fixe dans cette cavité ,
malgré le déplacement que peut fouffrir
» la plaque , en hauffant & baiſſant ou
» d'autre maniére felon les diverfes pofi-
» tions du corps , comme ce Bandage a fa
» plaque un peu enfoncée , il arrive que
plus il monte ou defcend , plus la preffion
» qu'il fait fur la pelotte eft forte , & par
» Conféquent la Hernie demeure plus fure-
➜ment retenue. « Il donne enfuite le ma→
nuel ou la maniére circonſtanciée de po
fer ce Bandage.
Pour placer méthodiquement ce Ban
dage , ajoute-t-il , il eft néceffaire d'ouvrir
» la petite fenêtre , la mettre de façon que
la Hernie fe préfente à travers , paffer la
» ceinture autour du corps & l'arrêter au
moyen d'une boucle enfuite on réduit
→ la Hernie , on tient un ou deux doigts
» dans l'enfoncement qu'elle laiffe , pendant
» que l'autre main fait gliffer la pelotte fur
» les doigts qui retiennent la defcente ,
» à mefure que l'on les retire , le volet de
tr
&
fenêtre doit fe fermer fur la pelotte qui
» prend leur place . « De là il eft tout à fait
aifé de juger , & l'expérience en a été faite ,
que le Bandage peut fe porter vers des
points oppofés, fans qu'il arrive à la pelotte
de fe déranger de fon emplacement.
DECEMBRE 1746.71
L'objet de la Differtation de M. Martin
ne fe borne pas à chercher des fecours contre
les defcentes de la circonférence du bas
ventre ; on voit amplement qu'il a porté
plus loin , à l'égard des Bandages , fes vûës
utiles pour d'autres infirmités . Sur la fiftule
au Perinée par où l'urine s'écoule , au lieu
d'une compreffion à l'aide d'une vis , auffi
dure que gênante pour s'affeoir , même
avec un boulet , il lui deftine un fimple
reffort poftérieurement placé , qui porte
une pelotte que l'on peut écarter felon fes
befoins en fléchiffant les cuiffes & qui reprend
en la replaçant une fituation immuable
malgré les mouvemens ordinaires : d'ailleurs
il n'y a prefque plus à craindre , comme
auparavant , d'augmenter la dureté de la
fiftule ou d'y attirer une inflammation quelquefois
fuivie de pourriture.
Ce même Bandage à reffort , avec quel
ques legers changemens , devient un fecours
für contre la chute de l'inteftin rectum par
l'anus ; empêche les fuites à charge de l'in
continence d'urine qui arrive aux enfans ,
aux vieillards , &c . Il peut même être d'une
grande reffource lorfque le vagin fujet à
tomber n'eft pas , par quelque caufe particuliére
, dans le cas d'être retenu à l'aide du
Peffaire : la pelotte longuette & recourbée
s'applique exactement fur l'extérieur de la
2 MERCURE DE FRANCE.
partie , y fait une compreffion douce & fuf
fifante pour retenir le vagin , ce qui n'empêche
pas la perfonne incommodée de
porter fes cuiffes à droite & à gauche fans
que le Bandage ceffe de preffer & de s'oppofer
à la fortie de la Hernie vaginale .
La curiofité de l'Affemblée dut être fatis
faite en voyant la compofition & les mouvemens
de tous ces Bandages , que M. Mar
tin démontra enfuite fur une efpéce de Fan,
tôme.
Après la démonftration des bandages , M.
'Louis lut un Mémoire fur la taille des Femmes;
c'eft un parallele des differentes méthodes
qu'on à propofées ou mifes en ufage
en leur faveur ; l'Auteur en expofe les avantages
& les inconvéniens , foit qu'il les ait
reconnus dans la pratique , foit qu'il les ait
obfervés par les épreuves réitérées qu'il a
fait fur des cadavres feminins en examinant
avec la plus fcrupuleufe attention tout ce
qui fe paffe dans chaque maniére de tailler ;
il eft dans le cas de pouvoir faire ces fortes
de vérifications par la pluralité des fujets
dont il peut difpofer à l'Hôpital de la Salpetriére.
L'extraction de la pierre de la veſſie ſe
fait aux femmes par dilatation ou par incifion
. M. Louis en examinant les méthodes
qu'on attribuë à la dilatation , pofe d'a
bord
DECEMBRE 1746. 73
bord pour principe que le canal de l'urethre
étant aponécrotique , ne peut que fort peu
prêter , & que ce qu'on nomme dilatation
n'eft autre chofe qu'un déchirement ; il fait
connoître les inconvéniens du petit appareil
, & de la méthode par laquelle on confeille
de mettre dans l'urethre des tentes faites
de racines de Gentiane ou d'éponge préparée
, & il expofe enfuite ceux qui lui
paroiffent réfulter du grand appareil : comme
c'eft à cette opération que la plûpart
des Chirurgiens fe font fixés , nous allons
rapporter ce qu'en dit l'Auteur du Mémoire:
» Pour pratiquer cette opération ( le grand
›› appareil ) on place la malade de même que
les hommes , un aide écarte les lévres &
» les nymphes ; l'Opérateur introduit en-
» fuite ; au moyen d'une fonde canelée le
» conducteur mâle dans la veffie , puis un
», conducteur femelle , & à l'aide de ces deux
-inftrumens on y paffe les tenettes ; on charge
la pierre & l'on en fait l'extraction .
""
» Pour juger du mérite de cette métho-
,, de , continue M. Louis , il faut obferver
» ce qui fe paffe dans les différens tems de
l'opération. Les conducteurs fe placent
,, affés commodément , mais l'introduction
» des tenettes n'eft pas à beaucoup près fi
facile ; c'eſt un coin que l'on pouffe , &
» qui ne peut paffer qu'aux dépens du cas
11. Vol.
"
D
?
74 MERCURE DE FRANCE.
» nal de l'urethre dont le déchirement eft
» fort douloureux : en forçant ainfi tout le
» trajet on meurtrit le col de la veffie , & il
a faut avoir grand foin de retenir les croix
» des conducteurs avec la main gauche , de
» les tirer même un peu à foi , pendant que
» par une action contraire on pouffe les te-
» nettes avec la main droite ; faute de cette
précaution on pourroit par l'effort de
l'impulfion , percer le fond de la veffie
› avec l'extrémité des conducteurs . Lorſque
» les tenettes font introduites & qu'on a
chargé la pierre le plus avantageufement
qu'il eft poffible , il faut en venir à l'ex-
, traction qui ne fe fait qu'avec beaucoup
,, de défordre & de difficulté , car en tirant
» du dedans au dehors , on étend forcé
21
21
ment le corps de la veffie à la circonféren
» ce de fon orifice , on meurtrit & déchire
» le col de cet organe , & l'on en détache
,, entiérement le canal de l'urethre , ce qui
» eft la fuite d'un effort confidérable , par-
» ce que les parties forment , en fe
rappro-
» chant , un obſtacle commun très difficile à
,, furmonter. Le délabrement que cette opé
›› ration occafionne eft plus ou moins grand
felon le volume des pierres , il ne laiffe
» pas que d'être de conféquence dans le cas
des petites je l'ai remarqué dans toutes
les épreuves que j'ai faites avec attention
07
י
DECEMBRE 1746. 75
pour m'affûrer de l'effet de cette méthode
dans les differentes circonstances. «<
M. Louis ajoute que », c'eſt à ces exten-
.fions forcées & à ces déchiremens inévita
>> bles que l'on doit attribuer les inconti-
> nences d'urine que tous les praticiens
conviennent être fréquemment la fuite
de cette opération ; maladie facheufe dont
il n'eft pas poffible d'efpérer le moindre
foulagement , lorfque la pierre eft groffe ,
» & qu'en conféquence le délabrement a
» été confidérable , en fuppofant même ,
» comme le dit M. le Dran , que la malade
ne périffe pas de l'inflammation , ce que
plufieurs perfonnes préféreroient, s'il étoit
permis , à une guérifon qui leur laiffe une
infirmité aufli défagréable que l'eſt une
», incontinence d'urine, «<
Les opérations qui fe font par incifion
ouvrent un paffage plus libre aux pierres
l'Auteur divife ces opérations en celles qui fe
pratiquent au corps de la veffie fans toucher
au col ni à l'urethre , & en celles qui intereffent
l'urethre & le col de la veffie fans toucher
àfon corps. De la premiére efpéce font
l'appareil lateral , la taille vaginale & le
haut appareil : la méthode de M. le Dran
& celle de l'Auteur font de la feconde.
L'appareil lateral n'a été pratiqué fur les
femmes que par frere Jacques , & il opé
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
roit à peu près comme fur les hommes;
malgré la difference qu'il y a dans la confor
mation des organes ; cette méthode à été
parfaitement réfutée par M. Mery , & M.
Louis en rapporte fommairement les raifons
, qui font trop fenfibles pour n'être pas
adoptées de tout le monde. Mais M. Mery
s'apperçut en réfutant l'opération de Frere
Jacques , & en la comparant au grand appa
reil , qu'il manquoit quelque chofe à cette
derniére méthode ; il propofa à ce ſujet une
maniére de tailler les femmes qu'il crut
d'abord plus parfaite , qu'il n'ofa néanmoins
pratiquer fur le vivant , c'eft la taille par le
vagin qu'on pourroit appeller le bas appareil.
Pour faire cette opération , il faut introduire
dans la veffie une fonde canelée
femblable à celle dont on ſe ſert pour les
hommes , & ouvrir par le vagin fur cette
canelure : M. Mery trouvoit beaucoup de
facilité à tirer les pierres par cette voie , mais
il craignoit la fiftule & en conféquence l'écoulement
involontaire des urines. Si M.
Mery avoit pratiqué cette opération fur le
vivant , il n'en auroit été , felon M. Louis
que le rénovateur , car Fabricius Hildames
la mit en ufage près de cent ans avant les
réflexions de M. Mery. Celui - ci ne la propofa
qu'en 1697 ,& celui - là guérit en 1598
une femme dont la pierre avoit caufé par
DECEMBRE 1746. 77
fes afpérités & par fon poids un ulcére dans
le fond de la veffie , qui pénétroit dans le
vagin. Fabricius Hildames , dilata fufhfam-.
ment l'ulcére , & tira une pierre du volume
d'un oeuf de poule. Ce méme praticien fit à
Fribourg en Suiffe en 1608 une pareille opération
dans un cas à peu près femblable , & il
guérit parfaitement la malade : malgré le fuc-.
cès de ces deux opérations Fabricius Hildamesfe
décidapour le grand appareil, & il cherche
à s'excufer de la conduite qu'il a tenu
dans ces deux cas , en difant qu'il a ſuivi la
route que la Nature lui a montrée , mais
» pouvoit- il , dit M. Louis , fuivre un meil-
» leur guide ? Les inégalités de la pierre
> ayant ufé le fond de la veffie & la portion
du vagin qui lui répond , il étoit na-
» turel de faire l'extraction de la pierre par
» cet endroit , parce que l'incifion qu'il a fal-.
» lu faire fur l'ulcére , étoit en même temps,
» un moyen de le cicatrifer parfaitement : «
le grand appareil n'offre en effet aucune
reffource de ce côté. M. Louis eft étonné
que la taille vaginale n'ait pas eu d'apologiftes
pendant que la taille au haut appareil
a été regardée comme une reffource pour
les femmes dans le cas d'une groffe pierre ,.
» car quand cette derniére méthode que
» nous examinerons à l'inftant , dit l'Aupourroit
entrer en concurrence
* teur
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
2
> avec les autres maniéres de tailler les fem-
» mes , je lui préférerois la taille vaginale
» par rapport aux parties que l'on incife
,, dans l'une & dans l'autre , & parce que.
» l'on peut par celle- ci nettoyer facilement.
» une veffie malade , & tirer des fables &
graviers qui peuvent refter après l'extra-
» ction d'une pierre principale , ce qui n'eft
» point facile dans le haut appareil. «
99
""
On examine enfuite la taille au haut appareil
qui fe pratique au - deffus des os pubis
en ouvrant la veffie dans fa partie antérieure
après avoir incifé les tegumens & la
ligne blanche : cette méthode a beaucoup
d'inconveniens , même pour les hommes ,
& M. Louis dit qu'elle eft impraticable aux
femmes ; entre plufieurs raifons qu'il allégue
contre cette méthode la principale eit
qu'il n'eft pas poffible de diftendre la veffie
des femmes par l'injection qui regorge à
mefure que l'on pouffe le pifton de la feringue
, & qu'ainfi le péritoine fie peut pas être
mis hors des atteintes du biftouri : l'Auteur
appuie tout ce qu'il avance contre cette
méthode par la raifon , l'expérience , l'obfervation
, l'autorité d'habiles praticiens &
de Sociétés fçavantes : toutes ces preuves.
réunies doivent faire regarder ce point comme
décidé.
તે
La méthode de M. le Dran rapportée :
DECEMBRE 1746. 19
dans fon Traité d'opérations n'intereffe
pas le corps de la veffie , mais fon col & l'urethre
que l'on incife au moyen d'une fonde
canelée inclinée du côté gauche . M. Louis
renvoye à ce fujet à un excellent ouvrage
de M. le Dran , intitulé parallele des diffe
rentes méthodes de tailler ( les hommes ))
à l'article des inconvéniens de la taille de M.
Chefelden , parce que c'eft la même métho
de d'opérer , quoique fur un fexe different ,
car il faut dans l'une & dans l'autre opération
qu'un aide tienne la fonde , & ce font
les mêmes parties qui font intereffées. M.
Louis qui a fait des épreuves de la méthode
de M. le Dran trouve qu'elle donne beaucoup
de facilité à l'introduction des tenet
tes , mais qu'on ne tire pas la pierre fans
effort , parce que le paflage n'eft point proportionné
au corps qui doit fortir , ce qui
occafionne des déchiremens , bien differens
néanmoins de ceux qui font la fuite du
grand appareil , mais qui ne laiffent pas
d'être fuivis de fuppurations auxquelles ce
grand praticien ( M. le Dran ) a remédié
par des panfemens méthodiques , comme
on peut le voir par les obfervations qu'il
rapporte à ce fujet. M. Louis qui a examiné
d'où pouvoient venir les défordres , pour
chercher les moyens de les éviter s'exprime
ainfi ..... Je me fuis apperçu que l'ou
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE.
verture intérieure étoit dans cette mé-
> thode plus étendue que l'extérieure , &
» qu'ainfi toutes les parties , à travers defquelles
la pierre doit paffer , fe raffem-
» blant pendant l'extraction , formoient une
» réſiſtance commune qu'il falloit vaincre
›› en froiſſant , meurtriffant , & déchirant ,
» comme dans le grand appareil . " Il eft
facile de s'appercevoir de ces difficultés dans
la taille des hommes lorfque l'incifion des
tégumens n'eft pas affés grande , quoi qu'elle
le foit beaucoup plus que l'ouverture intérieure.
Si au contraire on a eu foin de donner
beaucoup d'étendue à la coupe externe,
la pierre paffe toujours d'un endroit étroit
dans un plus large ; ,, alors , dit l'Auteur , la
réfiftance des fibres n'eft point commune ,
» & leur rupture eft fucceffive ce qui eft
beaucoup plus avantageux.
"
M. Louis parle enfuite du projet de fa
méthode par laquelle il fait deux fections
latérales , & en même temps il fit faire une
fonde fendue des deux côtés dans laquelle
il étoit aifé de pofer des lithotomes proportionnés
aux differens volumes des pier
res , & à l'écartement des os à raifon de l'âge,
de la grandeur & de la conformation des
differens fujets après plufieurs tentatives
de cette nouvelle opération , pour en affûrer
& déterminer la méthode , M, Louis Y
DECEMBRE 1746. 8I
trouva des avantages effentiels ; 1º . de
pouvoir tirer de groffes pierres fort facilement
, l'urethre & le bourrelet mufculeux
de l'orifice de la veffie étant coupés latéralement
des deux côtés ; » & j'ouvre , dit
» l'Auteur , par cette double incifion une
» voye d'autant plus libre à la fortie des
» pierres , que l'ouverture eſt toujours plus
» grande à l'extérieur que dans le fond ,
» parce que l'inftrument tranchant qui en-
» tre horifontalement fait fon effet en pouf-
» fant vers l'intérieur les parties externes qui
» font les premiéres divifées , de façon qu'en.
,, retirant du dedans au dehors les tenettes
chargées de la pierre , elles paffent fuccef-
» fivement par une voye plus large. « Un
fecond avantage effentiel qui réfulte de la
méthode de l'Auteur , eft de pouvoir mettre
les malades à l'abri de l'incontinence.
d'urine , parce que les parties étant divifées
par un inftrument bien tranchant elles fe
réuniffent très - facilement .
"
Lorfqu'après un grand nombre d'épreuves
l'Auteur fut certain de l'effet qu'il s'étoit
propofé , il fit faire un inftrument qui
rend fon opération plus promte , plus fùre
& plus facile à pratiquer. Cet inftrument eft
un lithotome caché dans une chappe dont
L'extrémité forme un bec ouvert latéralement
, & qui fait l'office de la fonde fendue
DY
82 MERCURE DE FRANCE..
dont on vient de parler . Il y a une crêter
fur cette chappe pour la conduite des tenettes
, enforte que ce feul inftrument réunit
les avantages de la fonde , du lithotome
& du gorgeret. M. Louis en a fait la démonftration
, & a dit qu'il avoit été conftruit par
le fieur Lequint Orfèvre , dont l'on connoît
les talens pour l'exécution des inftrumens de
Chirurgie. L'Auteur décrit enfin le manuel
de fon opération . Pour la pratiquer il faut
faire tenir la malade les cuiffes & les jambes
fléchies & qu'un aide écarte les nymphes
; on introduit alors le bec de l'inftru--
ment jufques dans la veffie , dans une direc--
tion un peu oblique , en forte que l'extré--
mité de la fonde regarde le fond de cet
organe on pouffe le lithotome qui fait:
invariablement d'un feul coup les deux fections
latérales ; on le retire dans la chappe :
où un petit reffort le fixe , & on introduit :
lés tenettes fur la crête , pour faifir & tirer la
pierre . Cette opération eft faite fi promp
» tement , dit l'Auteur , & l'on eft telle .
» ment fûr des parties qu'on coupe qu'il ne
» me paroît pas néceffaire de mettre la ma-
1
lade fur une table , comme dans toutes
» les autres méthodes , & de l'y contenir
>> avec des liens . C'eft un avantage dont l'on
» fentira tout le prix , lorfqu'on voudra bien
2 faire attention aux accidens funeftes que
..
DECEMBRE 1746 . 83
la frayeur peut occafionner à l'aspect de
» ces differens moyens & defquels les fem-
» mes doivent être plus fufceptibles .
M. Louis avoit foumis fa méthode au ju
gement des perfonnes les plus verfées dans
l'opération de la taille . MM. de la Peyronie
, Hevin , Foubert , &c. en ont vû les effais
& y ont trouvé tous les avantages qu'on
vient de détailler : il fe préfenta une occafion
de faire cette opération le 27 Avril
dernier : M. Louis y invita MM. Foubert ,
Soumain , Baffuel & Levret , membres de
l'Académie , & il tira en leur prefence une
pierre du volume d'un très gros oeuf de
poule, qui au fentiment de ces MM. n'au--
roit pu fortir par une autre méthode qu'en
caufant beaucoup de défordres.
La Séance fut terminée par une Differ--
tation Anatomico- Phyfique de M. Baffuel
fur un cas des plus finguliers dont il avoit
donné un précis , nombre d'années auparavant
dans une Société compofée de gens
habiles en tout genre. Son deffein eft de
faire voir qu'une liqueur filtrée felon les
loix du méchanifme naturel par des glandes
, a pû prendre en grande partie des
routes détournées & fort étrangeres.
M. Baffuel eut occafion de remarquer
que la femme d'un Orfévre , convalefcente
d'une légere maladie , avoit en mangeant
Divj
84 MERCURE DE FRANCE.
les deux joues couvertes d'humidité. La
trace de cette efpece de rofée occupoit de
chaque côté , principalement l'efpace qui
eft depuis la moitié du devant de l'oreille
, julques proche l'angle de la machoire ,
& fe continuoit vers le menton . Cette lieur
étoit falée , & fi acre qu'elle échauffoit
& rougiffoit la peau.
Par les queftions que fit M. Baffuel , il
apprit que l'on avoit appliqué pendant
longtems , & depuis la plus tendre jeuneffe
de la perfonne , des vefficatoires à l'occafion.
de maux d'yeux rebelles : les vefficatoires
étoient de ces racines mordicantes affés
connues. Sans fuivre tout le détail où il
entre concernant les particularités relatives
à cette forte de phénomene dont il s'agit ,
il fuffira de rapporter les motifs principaux
qui l'ont déterminé à croire que c'eft de la
falive qui s'échappe des joues pendant la
maftication ; ainfi ce fera une fueur falivale.
,, J'ai donc confideré , dit M. Baffuel
» 1 °..que les glandes parotides font voifines
des endroits mouillés ; 2 ° . que:
» l'action des médicamens extrêmement
"
>>acres que l'on a appliqués s'eſt paſſée
proche ces glandes falivaires pendant long .
» tems ; 3. l'époque de l'apparition de
» cette finguliere iffue , qui eft du tems envi-
» ron ou l'on a ceffé l'ufage de ces topiDECEMBRE
1746.
85
»
&
ques or auffitot j'ai foupçonné que ces
nglandes font les véritables fources de ce
qui s'extravafe. De plus le dégorgement
qui n'occupe qu'une partie de la furfacedes
joues qui a toujours été la même ,
» fixé comme il l'eft au feul tems du man-
" ger, au commencement du quel la bouche
» éprouve de la fechereffe , m'a paru écar-
» ter l'obfcurité, & avec les trois circonftan-
» ces précedentes conftater en quelque ma--
» niere mon opinion .
M. Baffuel appuie fon fentiment de l'ef
fet indifpenfable des vefficatoires furtout
auffi mal employés , & de la longue durée
de leur application , à quoi il ajoute d'aprèsune
anatomie des mieux connues l'explica--
tion affés delicate de la deftruction arrivée
dans la texture des parties , principalement.
les plus exterieures , tombées pour ainfi dire
en fouffrance par cet écoulement à charge.
Il avoue dans un endroit de la differtation
que fa maniere de rendre raiſon de ce fait
ne plut pas à un Medecin d'une haute
reputation , feu M. Chirac , qui lui nia abfolument
la poffibilité du paffage de la falive
fous cette nouvelle forme ; » ce quis
» m'auroit ébranlé , dit-il , fi cela eut été
» aifé après une combinaiſon exacte de cir--
conftances fcrupuleuſement meditées . «
M. Chirac fubftituoit à la place de la falive
99.

86 MERCURE DE FRANCE.
une pure fueur , la fimple ferofité du fang
forcément pouffé au-dehors par un mouvement
convulfif des nerfs de la face , ce qui
ne fatisfaifoit pas aux objections : d'ailleurs
là confequence pour la falive rendue ſi viſi–
ble étoit affés généralement approuvée de
ceux à qui il appartenoit de décider.
Mais une nouvelle preuve qui paroit victorieuſe
eft venue depuis fort à propos ;
elle a été procurée par une bleffure au vifa--
ge d'un piqueur : l'Auteur de la differtation
s'en fert comme d'une autorité & en
parle ainfi pour fon fujet avec la confiance
qu'elle lui a dû infpirer. » Si néanmoins les
"" raifons que j'ai apportées en faveur de la
» falive avoient encore laiffé quelque pri-
» fe au doute pour moi , & encore plus
» pour les autres , rien n'étoit plus propre
» à en écarter l'idée qu'un fait pofterieur
qui ne peut guéres être furpaffé ni être
» plus favorable dans le cas actuel . « Cette
obfervation probatoire eft une iffue abon- >
dante de falive par les pores de la joue d'un
côté , pour y avoir avec un inftrument
comprimé l'embouchure d'une fiftule , d'où
la falive s'écouloit en quantité pendant les
repas cette fiftule étoit la fuite d'une plaïe
qui en fe cicatrifant avoit fermé la route
du conduit falivaire par le dedans de la
bouche..
""
:
DECEMBRE 1746. 87
Le curieux Phyfique ne remplit pas feul
le plan de la differtation ; elle finit par montrer
de quelle utilité doit être la confideration
de cet évenement dans la pratique de
l'une & de l'autre profeffion , la Medecine :
externe & l'interne. M. Baffuel indique
1º. les précautions qui font à prendre con--
tre cet incident défagréable : 2 ° . il propofe
les cas où il feroit poffible dy apporter
du changement , en rétabliffant la pente naturelle
de la falive au dedans de la bouche.
Ceci meritera particuliérement d'être lu
dans la differtation par ceux que ces
matieres intereffent par état .
:
EPITRE
AM. d'A... de S. F ... Confeiller au Parle
ment de Paris furta naiſſance de fa Fille ,
par M. DES-FORGES MAILLARD ,
affocié de l'Académie Royale des Belles-
Lettres de la Rochelle.
COUSIN, OUSIN, dont la vertu fçait faire
D'un beau pere un ayeul , un oncle d'un beaufrere
Ami , reçois mon compliment
Sur les fruits de ton mariage..
88 MERCURE DE FRANCE.
Par le flambeau d'Hymen ç'eût été grand dommage
Que tendre & jeune Epoufe , en qui tout eft char--
mant ,
Elprit , maintien , difcours , corfage ,
Ne laiffat point de fon lignage.
Mais croirai-je ce qu'on m'a dit?
On m'a raconté que ta fille.
Eft fi refaite , fi gentille ,
Et marque déja tant d'eſprit ,
Que fes cris font de la mufique ,
Et que dans fon berceau dégoifant fon jargon j' ,
Elle paroît begayer la raifon
D'un goût joliment laconique.
Déja dans fes beaux yeux modeftes & mutins
Que de traits de fubtile flame !
Quelle foule de dons va couler dans fon ame !
Et que pour être inftruite elle eft en bonnes mains
Ta mere en qui la joye aujourd'hui fait revivre
Les rofes & les lis de fon jeune printems , ~
Fidelle à fes devoirs qu'elle aima toujours fuivre ,
Prendra foin de fes premiers ans.
Ouvriroit- il encor les yeux à la lumiere ,
Ce rare Perroquet , que mes Vers ont chanté ,
DECEMBRE 1746.. 89
Quand je paffai chés toi les beaux jours d'un Eté
Au Château de la Maillardiere ? *
Ta mere fe faifoit un plaifir fingulier
·D'élever cet oiſeau , qui ſous ſa main fçavante
Fit de fi grands progrès , qu'un Bachelier de Nante
N'eût été près de lui qu'un petit écolieṛ..
Or s'il eft vrai qu'en fon école
Un oiſeau , qui ne peut d'ordinaire imiter
Que quelques fons tronqués de l'humaine parole ,
Y fçût à tel point profiter ,
Que fera-ce donc de ta fille ,
Qui l'efprit éclairé des rayons les plus purs ,
Et portant fes regards fur toute fa famille ,
N'y verra que talens , mérite , exemples fürs
Je difois l'an dernier , dans mon humeur chagrine,
S. F ...... n'aura- t-il point de poftérité ?
Sa femme & lui pourtant font de fort bonne mine ;.
Quelqu'un me répondit , tai- toi , pauvre hébété ; .
Qu'il ait de moins une coufine ,
*
Maison & Terre Seigneuriale , fort belle &fort bien peignée
, appartenante à M. d'A .... pere du Confeiller , fituée.
à une lieue & demie de Nantes , où l'Auteur fon neveu à la
mode de Bretagne fit la piéce fuivante fur un Perroquet..
go MERCURE DE FRANCE
La fiévre quelque jour à fon hérédité
Peut t'appeller en compagnie
De maints collatéraux d'appetit affilé.
Vade retrò , mauvais genie ,
Répondis-je en courroux à cet enforcelé ,
Je donnerois mon patrimoine ,
Quoique fimple , fans fard , & me laiffant leurer ,
Le Ciel ne m'ait point fait fort aprè & fort idoine,
Quelque mince qu'il foit , à le récupérer ;,
Qui je le donnerois ( prude & chafte Lucine ,
Ecoute , ô Matrône divine ,
Un parent , un ami qui te vient implorer >
Pourvû que par tes foins dans la prochaine année
L'aimable S.. F ……. pût ſe régénérer.
Enfin l'affaire eft terminée ,
Dont grammerci foit dit à la haute bonté,
Qui rend à mes défirs les effets fi conformes ,
Te voilà pere dans les formes ,.
Et fans qu'il m'en ait rien coûté ,
Qué quelques voeux formés avec fincérité.
Je me flate du moins que le pouvoir céléſte ,
Satisfait de mon coeur , m'exemptera du reſte ,
Et fe contentera d'un cierge préſenté.
Adieu , très-cher coufin ; que toujours favorable
Il ajoûte en neuf mois à la fille un garçon ,
DECEMBRE 1746.
Qui puiffe tel que toi , noble , honnête , équitable ,
Etre l'appui de ta maiſon !
Puiffe s'éternifant ta vertu prolifique ,
Tromper nunc in facula ,
Mille ans & bien loin par de-là,
Des vains collatéraux l'attente chimérique !
Réjoui- toi , promene , étudie ; au furplus
Ut tu fortunam , dit Horace , *
Sic nos te , Celfe , feremus.
Les Dieux pour des fecrets qui nous font inconnus
Aux uns rendent juftice , aux autres ils font grace.
Refpectons-les partout ; bon foir , & fouviens- toi
D'avoir dans tous les tems le même coeur pour
moi.
*Hor. Liv. 1.Epift.
92 MERCURE DE FRANCE.
AUTRE EPITRE
faite en 1740 .
A M. Greffet , fur le Perroquet de Madame
d'A..... par le même Anteur.
DISCIPLE ingénieux du tendre Anacréon ,
O vous , dont les pinceaux fidéles
Raffemblent avec choix les graces naturelles
De Chapelle , Chaulieu , la Fare , Pavillon .
Doux chantre de Vertvert , j'habite près de Nantes
Une aimable campagne , & dont il eft trop long
De peindre dans mes vers les beautés differentes.
C'est là que de fes dons Flore étale l'éclat ,
Dont l'Amante d'Atys fe pare & ſe couronne ,
Tandis que s'ebattant avec un vin mufcat ,.
Bacchus garde du froid la vigne qui bourgeonne ,
C'est là que Vertumne & Pomone
Réjouiffent les yeux , le goût & l'odorat ,
Pendant que dans les bois la fauvette fredonne,.
* Nota. L' Auteur fit cette pièce au Château de la Maillardiere.
Elle étoit demeurée depuis confondue & oubliée dans fon :
porte -feuille , & n'a pas même été envoyée à M. Greſſet.. C'eſt
autant qu'on s'en souvient , en 1740 , que cette Epitre; a été
composée.
DECEMBRE 1746 .
93
C'est là qu'en s'amusant d'un ſpectacle nouveau
On voit plonger & reparoître lot
Entre les flots d'une belle eau ,
Qui circule autour du Château ,
Le froid poiffon , qu'on peut pêcher de la fenêtre ,
Quand la chaleur défend de fe mettre en bâteau,
Pour épargner la modeftie
Du maître de cette maiſon,
Qui par amour pour fa Patrie ,
Voulut bien de fa barque accepter le timon
Mes vers n'en diront rien , malgré la jufte envie
Que j'ai de lé louer fur le plus noble ten ,
Ainfi fa moitié chérie ;
que
Obfervez feulement que celle - ci marię
La beauté, la vertu , l'efprit & la raiſon,
Je me borne au panégyrique
Du gentil Perroquet , Pouvrage de ſes foins ,
Et vous nous avouerez , je m'en flate du moins ,
Que dans fon cours de rhétorique
Votre difcoureur mirifique ,
Quoique connu depuis Paris
Jufqu'aux climats de l'Amérique ,
Ne fut jamais fi bien appris.
Le riant plumage du vôtre
MERCURE DE FRANCE,
Le fit nommer Ververt ; le notre
Peut à cauſe du fien être appellé Grisgris.
S. F..... c'e le nom du fils de cette Dame ,
S F .... dit l'oifeau mignon ,
Qui s'interroge & fe répond ,
Sans manquer d'un feul mot fa d'un feul mot fa game ,
Venez-vous de Paris ? Oui ma mere. Monfils ,
Avez-vous vû le Roi ? Vraiment j'ai vû Louis.
Eft-il beau ? Comment beau ? C'est le Dieu de Cithére
Et Mars , quand il eft en colére.
Ne croyez pas , Greffet , que j'en impofe ici ,
Le fait eft vrai , foi de Poëte ,
Et Poëte d'honneur. Eh bien après ceci ,
Des éloquens oiſeaux éloquent interprête
Que direz -vous de celui-ci ?
>
Un Perroquet qui parle , & d'un Etre qui penſa
Témoignant toute la raifon ,
Dans fes difcours naïfs s'accorde avec la France ,
N'eft-il pas fans comparaiſon ?
Le Perroquet d'Ovide , & cet autre dont Rome,
Parce qu'il dit bonjour , Céfar ,
Hautement encor fe renomme ,
Ne font près du Nantois dignes d'aucun égard.
DECEMBRE 1746. 95
Le vôtre vint en cette ville ,
Et dans le voyage qu'il fit ,
Oublia fes leçons , & prit-un mauvais ſtyle ,
N'importe à quel propos, jurant comme un profcrit,
Pourquoi ? c'est qu'il avoit , quoiqu'il parût habile,
Plus de mémoire que d'efprit.
Grisgris qui comprend ce qu'il dit ,
Ne changera point de langage
En quelque lieu qu'il foit conduit,
Sa maîtreffe , dès fon jeune âge
A fçu trop bien l'inftruire & lui faire goûter
Des leçons que fans ceffe elle aime à répéter.
Mais tai paffe le ftyx , rare & vafte génie.
Célébre Descartes , viens voir
Un Perroquet dont le fçavoir
Renverſe ta Philofophie.
SEANCE publique de l'Académie de la
LE27
Rochelle.
Avril dernier l'Académie tint
fa Séance publique à la maniére accoûtumée.
M. Bourgeois Directeur ouvrit la
Séance par quelques, détails qui regardoient
particuliérement l'Académie , & auxquels
;
96 MERCURE DE FRANCE .
le public parut néanmoins s'intéreffer . Tels
furent entr'autres les fentimens que l'Orateur
fit paroître fur la perte que l'Académie
venoit de faire d'un de fes affociés , &
fur l'acquifition d'un autre ; » Nous avons
», eu le malheur , dit M. Bourgeois , de per-
,, dre un affocié auffi eftimable par les.ta-
» lens de l'efprit que par les fentimens du
» coeur. Objet des regrets de tous ceux qui
» l'ont connu , fa mémoire leur fera tou-
» jours chere , parce que la vertu laiſſe des
» traces encore plus profondes que l'ami-
,, tié. Né à Angoulême d'une famille noble
& diftinguée , M. de Boifragon y poffédoit
l'une des Dignités du Préfidial ,
» Charge difficile dans les circonftances où
» il l'a exercée , mais qui lui a donné lieu
», de faire briller les qualités du véritable
Magiftrat. Il avoit fçû profiter d'une ex-
» cellente éducation , & tandis que fon efprit
s'ornoit des plus belles connoiflan-
» ces , la Religion dévelopoit en lui le
""
""
"
"
germe des plus pures vertus. Quoiqu'à
», la fleur de l'âge , tems où les paffions ar-
» rachent prefque toujours l'homme à fes
», devoirs , M. de Boifragon fe faifoit ai-
» mer des gens de bien par une piété ſolide ,
& refpecter des autres par des moeurs
douces & fociables . Doué d'un génie vif
» & facile , il s'étoit tourné du côté de la
Poëfie
""
DECEMBRE 1746
97
»›
poëfie qu'il cultivoit avec fuccès , mais fa
mufe ne s'eft jamais exercée que fur des
fujets pieux. Quelques- uns des Pleaumes
» traduits ou imités , font fincérement regretter
qu'il n'ait pas travaillé fur un plus
grand nombre. Pénétré de ces vérités éter-
» nelles qui éclatent dans le Prophête Roi ,
wil en rendoit le fens avec une expreſſion
vraiment digne de la majefté de l'original.
Sa traduction du Cantique de Moyfe , fur
le paffage de la mer Rouge , eft un morceau
excellent , au jugement des connoiffeurs.
,, Ces piéces feront imprimées dans le receuil
que l'Académie fera paroître inceſ
>> famment. ">
"
"
15 ch a
" Cette perte a été réparée par l'acqui-
,, fition d'un nouvel affocié , dont le nom
» eft fameux dans la République des Let-
» tres . M. des -Forges Maillard n'a rien per-
» du à fe faire connoître : le public éclai-
», ré lui a prodigué les mêmes éloges qu'il
» donnoit à Mademoiſelle Malcrais de la
Vigne, célébrée par de grands Poëtes.Perfonne
n'ignore aujourd'hui que notre nou-
», veau Confrére s'étoit caché fous ce nom .
» Un recueil de poëfies diverfes portera
» à la postérité la mémoire de cette inno-
» cente & ingénieufe fuperchérie , car les
» hommes veulent être trompés . Leur ad-
>>'miration , qu'on a fouvent tant de pei-
II, Vol E
""
98 MERCURE DE FRANCE
» ne à obtenir , vient quelquefois ſe pré-
» fenter d'elle-même aux objets placés dans
» un certain point de vue. Je voudrois qu'il
» me fut permis , Mts , de vous lire une Ôde
» que M. des - Forges Maillard nous a adref-
,, fée , mais elle roule fur un fujet qui
‹ɔ mé l'interdit ; l'un de nos principaux Sta-
» tuts eft de fupprimer tout ce qui à l'air
» de compliment ou d'éloge , nous nous
" faifons un devoir de l'obferver avec une
» fcrupuleuſe exactitude . J'en extrairai feu-
» lement trois ftrophes , dans lesquelles le
» Poëte exprime fes fentimens , qui font
» auffi les nôtres , pour l'augufte Protecteur
» de cette Académie .
» Conty , le Grand Conty nous aime & nous
›› protége ;
Sous fes lauriers féconds, notre ſort eſt divin..
» Conſerve nous, ô Ciel ! un fi cher privilége ,
» Et que ce Marcellus rempliffe fon deftin !
» Le Soleil brilla moins que fa premiére aurore ;
" Mars le reçût des mains de la docte Pallas.
» C'eſt l'émule des Dieux ; le foldat qui l'adore ,
» Sçait qu'il vole à la gloire , en courant fur fes pas.
>>Sur le pinde à l'envi cueillons les fleurs nouvelles,
Dont la main des neuf foeurs fait choix pour les
parer :
DECEMBRE 1746. 99.
Formons en pour Conty des guirlandes fi belles,
Que nos derniers neveux les puiffent admire .
M. Bourgeois lût enfuite un mémoire fur
l'origine des Poitevins , & fur la poſition de
Auguftoritum & du Limonum de Ptolemée.
» Chercher l'origine des peuples , dit- il
c'eft s'embarquer fur une mer immenfe
de difficultés ; c'eft en quelque forte ten-
» ter l'impoffible , comme ne l'éprouvent
» que trop fouvent ceux qui fe livrent à ce
» genre de travail . Toutes les nations fem-
» blent s'être entendues pour en impoſer
90
à la postérité fur leur véritable origine .
» Il eſt peu d'anciennes Villes qui n'en four-
», niffent des exemples ; en cela plus judi-
" cieux que nos peres , nous voudrions ra-
» mener les chofes à une jufte valeur , dans
» un fiécle où l'efprit eft accoûtumé à dif-
,, cerner le vrai d'avec le faux , & à ne fe
» point repaître de chiméres , mais obligés
de fuivre des guides qui s'égarent , nous
» Lommes continuellement en danger d'er-
,, rer avec eux , & l'unique reffource qui
,, nous refte eft de les abandonner à leurs
opinions après en avoir démontré l'abfurdité
, &c.
"
"
"
"
L'Auteur fuit ce plan dans la premiére
partie de fa differtation . Il y paffe en revue
les diverfes opinions fur l'origine des
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
peuples du Poitou , les apprécie ce qu'elles
valent , & fe détermine par le fentiment
d'Ifidore de Séville , qui femble dire qu'ils
étoient Indigénes.
M. Bourgeois réfute fans replique l'opinion
qui les fait defcendre des Agathyrfes ,
nation de Scythie , & ne combat pas moins
folidement les autres contes débités au fujet
de ces peuples. Mais le plus curieux
de fon Ouvrage eft , fans contredit , la
feconde partie , dans laquelle il difcute un
un point important de la Géographie ancienne.

» Il s'agit d'examiner , dit-il , fi Auguftoritum
& Limonum , font deux differentes
» villes , où fi les deux mots ne défignent
» que la même ville , Poitiers.
""
""
"» Ptolemée , l'un des plus anciens Géographes
, les rapporte tous deux comme
,, des noms de villes diftinctes , mais tou-
» jours placées dans l'étendue du pays appellé
Pictones. Or cela auroit du retenir
», les Sçavans , qui ont imaginé qu'un de ces
" noms fignifioit Limoges, une autre raiſon
» qui auroit encore dû les arrêter , c'est que
,, le même Géographe nomme Ratiaftum ,
» comme la ville Capitale des Limoufins ; il
,, a fallu faire de ce Ratiaftum , Angoulê-
,, me Capitale des peuples appellés Ana,
gnutes , par Pline le naturalifte , & AgnoDÉCEMBRE
1746. ΙΟΙ
' tes , par Artémidore dans Etienne de By-
» zance , afin de pouvoir appliquer à Limoges
l'Auguftoritum de Ptolemée . Mais
> comment n'a- t-on point fenti l'inconvé-
>> nient de cette opération ? Car premiére-
» ment c'eft aller contre le texte de Pto-
» lemée Géographe des plus eftimés , qui
» dit pofitivement. que les villes des Poitevins
, Pictones , font Auguftoritum & Limonum
: fecondement l'erreur eft d'au-
» tant plus fenfible , que l'on n'a point pris
» garde que ce Géographe mettant d'abord
Auguftoritum , en fait par-là la Capitale
des peuplesPictones . Cette remarque a été
faite parHadrien de Vallois , dans la notice
» des Gaules : ( not . Gall . pag. 448. ) Voici
»,fes termes ; Capita igitur Pictonum duo
» Augufteritum & Limonum : fed Auguftori-
» tum ut primo loco memoratur à Ptolemeo
" ita primas tenet , acac femper tenuit ; com-
» ment n'a-t- on point fait la même atten-
» tion ? On s'eft laiffé tromper par l'itiné-
» taire d'Antonin , qu'il ne s'agiroit que de
» concilier avec le texte de Ptolémée ; ce
» qui ne feroit
"
peut
être
pas
fi difficile
qu'on
le penfe
: nous
y viendrons
toutà-
l'heure
.
L'Auteur avoit dit auparavant que la
même chofe avoit été obfervée par Auteffere
dans l'excellent ouvrage que nous
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
avons de lui fur l'Aquitaine . M. Bourgeois
fait voir qu'il n'y a rien de dérangé dans ce
que marque Ptolémée fur les Poitevins :
rien , felon lui , de plus clair , de plus aifé
à entendre , de plus conforme à la poſition
actuelle où l'on voit les mêmes lieux.
""
» Cet ancien Géographe , continue M.
» Bourgeois , après avoir parlé de la Gau-
» le Méridionale , vient à la partie Septen-
» trionale de l'Aquitaine : il en commence
», la deſcription par les Poitevins , quorum
» Civitates , dit- il , Auguftoritum , Limonum ;
,, voilà affùrément deux villes. Il nomme
», enfuite les Saintongeois , les Gafcons , &
ceux de Dax proche les Pirénées. Puis
,, revenant fur fes pas , il fait mention des
» Limouſins en ces termes : in Mediterranea
» autem regione Pictonibus fubjacent Lemo-
» vici , & civitas Raftiaftum. Qui ne com-
"" prend que Raftiaftum eft là , la ville Ca-
» pitale des Limouſins ? La méthode de l'Au-
» teur en convainc. Sa coûtume eft en effet
» de nommer les peuples & les principales
» villes qu'ils habitent ..... ç'a donc été
» mal à propos qu'on a pris Ratiaftum pour
» la ville d'Angoulême ; après quoi par une
petition, de principe on s'eft crû auto-
» rifé à conclure qu'il falloit qu'Auguftori-
» tum fut la Ville des Limoufins. L'efpéce
d'analogie qu'il y a entre Limonum &LiDECEMBRE
1746. 103
י ד
moges , auroit dû faire préférer ce nom
» plutôt que l'autre : quelques-uns l'ont mê
>> me fait , fans avoir été fuivis , parce qu'on
», s'eft apperçû que les deux routes de l'iti-
» néraire d'Antonin y répugnoient , paffant
» la premiére par Limonum , & la feconde
" par Auguftoritum.
"
" Ces deux routes , l'une de Bordeaux à
» Autun, & l'autre de Bordeaux à Argenton
» ont à la vérité quelque chofe d'embar-
», raffant , & femblent au premier coup d'oeil
» contrarier le.texte de Ptolemée. Si nous
» les concilions , & que nous puiffions mon-
» trer qu'on a abufé de l'itinéraire , tout
rentre dans l'ordre , les contradictions
difparoiffent , &c.
"
"
M. Bourgeois fait une remarque qui paroît
jufte ; c'eft que fuivant le Géographe
qu'il cite , s'il eft vrai qu'Auguftoritum &
Limonum font deux villes differentes & dependantes
des Poitevins , comme il eſt évident
, puifqu'il feroit impofible de prouver
le contraire , il faut donc par une conféquence
toute naturelle , que la premiére
foit la Capitale , & par conféquent Poitiers.
Le Géographe les diftingue viſiblement
» & pour pouvoir en donner une aux Poi-
» tevins & l'autre aux Limouſins , il fau-
» droit être en état de prouver que ceux-
» ci faifoient corps avec les peuples du Poi-
"
E iij
104 MERCURE DE FRANCE.
par
» tou , ce qui feroit de toute impoffibilité ,
» & contredit même la diftinction que
» l'on voit par-tout de ces deux peuples ,
» qui n'ont jamais été confondus, Quand
» ils n'en auroient formé qu'un feul , fur
>>
quoi pourroit-on juger qu' Auguftoritum
» étoit la ville des Limoulins ? Elle tient
» la premiére place dans le Géographe , d'où
» il s'enfuit qu'elle auroit eu le pas fur cel-
» le des Poitevins : chofe inconcevable , eu
» égard à la difference effentielle qu'il y
» auroit entre ces peuples. Ces difficultés
» cefferont en convenant que la Capitale
des Poitevins avoit nom Auguftoritum ,
» & que Limonum étoit une autre ville du
,, même peuple .
r
Le Differtateur examine l'itinéraire d'Antonin
, & foutient qu'il n'y eft point oppofé
il va même jufqu'à en affoiblir le témoignage
, quand il feroit contre lui. La
table ou carte de Peutinger lui fert en ce
cas à le corriger , quoiqu'il ne faffe guéres
plus de fond fur cette fameuſe carte
qu'il croit auffi peu correcte . Cependant , il
s'y arrête , en remarquant que les mêmes
noms y font quelquefois répétés. Tel eſt
Mediolano , qui fe lit jufqu'à trois fois , fans
aucun autre mot qui les differencie. Le premier
eft évidemment Mediolanum Sanctonum
, Saintes ; le ſecond , placé entre Ar
DECEMBRE 1746. 105
gantomago & aquis Neri , eft inconnu , com-,
me le troifiéme qui fe lit au deffus d'Aquis
Segete. Ne peut-il pas être arrivé de
même qu'il y ait eu plus d'un Auguftoritum
? La carte de Peutinger en fournit en-.
core la preuve. On voit au- deffous de Rarauna
, qui eft Rom en Poitou , & à côté
de Beturiges , le mot barbare d'Aufrito :
qui n'entrevoit que c'eft là une corruption
ou une abbréviation d'Auguftorito ? Seroitce
une conjecture fi mal fondée d'indiquer
ce lieu pour l'Auguftoritum de l'itinéraire
? La route y conduit précisément &
fans le moindre détour , &c.
"
""
}
,, Convaincu , dit M. Bourgeois , que la
» table Théodofienne , ou de Peutinger eft
défectueufe , ne fuis - je pas en droit d'imaginer
que l'Auguftoritum des Poitevins y
,, a été oublié comme tant d'autres , & qu'au
lieu des deux villes qu'ils ont dans Pto-
» lemée , on ne leur en a donné qu'une par
», erreur ? Voilà toujours mon guide , je ne
,, l'abandonnerai certainement pas , pour
» une autorité auffi douteufe . Il ne faut
même que jetter les yeux fur cette par-
» tie de la carte , où on lit Lemum pour
» Limonum , afin de fe convaincre qu'il y
» manque quelque chofe : on eft en effet.
» étonné du vuide immenfe qui fe rencon--
» tre en cet endroit , mais c'eft ce qu'on ne
"
*
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit guéres faire fentir que la carte
» à la main. « L'Auteur ajoute à cela
une réflexion felon lui importante : » II
» paroît , dit-il , abfurde , qu'une voye Ro-
» maine pour aller de Bordeaux à Argen-
» ton , & à Autun , ait été paffer à Poitiers
» tandis qu'il devroit y avoir un chemin
beaucoup plus court.
monum .....
M. Bourgeois l'indique de la forte , daprès
la route marquéé dans l'itineraire
d'Antonin : Mediolanum Santonum , Saintes,
Aunedonnacum , Aunay; Rauranum, Rom; Li-
Fines les confins du Poitou
avec le Berry ; Argontomagum , Argenton.
En plaçant , dit- il Limonum fur une ligne
droite & égale à Rom qui le précéde , & à
Argenton qui eft le point de l'arrivée , on
évite l'inconvénient de la route par Poitiers.
Je compte même avoir découvert ;
" ajoute-t- il , le lieu où a dû être le Limo-
» num en queſtion , & peut être l'a t'on en-
» core fous les yeux , fans y faire l'attention
» qu'il mérite :
""
""
Montmorillon , petite Ville qui a tou-
», jours été du haut Poitou , eft fituée fur
» la Gardempe , riviere qui vient de la Marche
, & fe jette dans la Creuſe autre rivié-
» re qui traverſe le Berry & paffe à Argen-
» ton. Que l'on prenne la premiére de nos
», cartes modernes , & qu'on y confidére
DECEMBRE 1746. 107

la pofition de Montmorillon & d'Argenton
, on fe convaincra fans peine de la ju
» fteffe de mon obfervation , &c.
» Ce qui achève d'appuyer ma conjecture
,, & de la rendre démonftrative , c'eft que
Montmorillon eft une ville ancienne ,
ainfi que le témoignent des veftiges pré-
,, cieux. Tels font entr'autres monumens
», dûs aux Romains , les débris d'un Temple
» que l'on croit avoir été confacré à Jupiter ,
» & qui fe voient dans l'Eglife des RR. PP.
» Auguftins.
» Les commentaires de Céfar n'offrent
» rien qui contrediſe ce ſentiment. Il y eft
» parlé d'un fiége de Limonum ..... Hirtius,
à qui on fçait qu'appartient le 8 ° . Livre
», des commentaires qu'il a continués , dit
expreffément que l'Oppidum Limonum
» étoit fur les confins du Poitou , in fines
» Pictonum . Or cela répand un nouveau jour
fur l'opinion que j'ai mbraffée.
""
M. Bourgeois termina la lecture de cette
Differtation qui eft beaucoup plus étendue,
par une eſpèce d'excufe de l'avoir deſtinée
à être lûe en public . Tout le monde n'entre
pas dans les vûes de ces fortes d'ouvrages ,
& ne fent pas toujours quelle utilité il en
revient à l'Hiftoire.
Je crois vous devoir fauver , Meffieurs ,
», dit l'Auteur en finiffant , l'ennui d'un plus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE
""
long détail ; une pareille matiére , quoi
» que utile pour l'Hiftoire a quelque chofe
,, de fi fec & de fi rebutant , qu'elle eft capable
de fatiguer l'attention de quicon-
» que n'a point encore un goût décidé pour
», les difcuffions géographiques : Je renvoye
» ceux qui pourroient s'y plaire , & qui fe-
», roient peut-être bien aifes de péfer toutes
,, les autres preuves fur lesquelles je me fonde
, au tems ou je donnerai ce mémoire
accompagné des cartes néceffaires pour
» fon intelligence, "
""
'
Cette Differtation fut fuivie d'un Dialogue
des morts, intitulé Démocrite & Héraclite
, que lut le Pere Senémaud de la Compagnie
de Jefus , affocié à l'Académie.
Comme il n'eft pas poffible de juger fur un
extrait du mérite de ces fortes d'ouvrages
, on donne ici le Dialogue en entier.
DIALOGUE DES MORTS.
DEMOCRITE. HERACLITE.
Pour
HERACLIT E.
Our peu que j'euffe été fur le ton railleur
, j'aurois ri très -férieufement de
voir un grave Philofophe rire , comme les
enfans , pour la moindre chofe.
DECEMBRE 1746. 10
DEMOCRITE
:
Je le penfe vû votre tempérament ,
vous auriés ri très-férieufement fi vous euf .
fiés ri , mais vous n'aviés garde. Et moi fi
j'avois eu comme vous les larmes à commandement
, j'aurois pleuré fur un homme
qui mettoit fa. Philofophie à s'affliger , & à
fe rendre malheureux par ces dons mêmes
de la fageffe que les Dieux n'accordent aux
mortels que pour pour les rendre heureux.
HERACLIT E.
Qui vous a dit que j'ai vécu malheureux ?
DEMOCRIT E.
Perfonne : il n'y avoit que vos larmes qui
le faifoient croire ; pleuriés vous fans dou
leur ?
HERACLIT E.
J'étois véritablement affligé de voir les
maux dont la race humaine eft affiégée : la
briéveté de la vie , traverſée par tant de miféres
inévitables & multipliées par les hom
mes même , qui fe livrent à des paffions dont
l'effet ordinaire eft de porter le trouble
dans l'ame , & d'empoifonner toutes les
> douceurs de la fociété .....
110 MERCURE DE FRANCE.
DEMOCRITE.
C'est très -bien penfé l'esclavage des
paffions eft ce qu'il y a dans l'homme de
plus ridicule , ou, fi vous voulez, de plus déplorable
; ces paffions font à peu près comme
vos réflexions fombres. Elles raviffent à
l'homme cette joie innocente dont il pourroit
jouir ; pour goûter de vrais plaifirs , il
faut que l'efprit foit dans une affiette tranquille
, & il ne peut s'y maintenir qu'autant
qu'il fçait calmer les flots de fes paffions
.
HERACLIT E. ERA CLI
Ce font des principes admis par tous les
Sages. Si les hommes ufoient de ces connoiffances
pour régler leur conduite , mais non ;
ils font malheureux , parce qu'ils veulent
l'être.
DEMOCRITE.
Héraclite fçût fe démêler de la foule , il
eût fur tous les humains un avantage ......
HERACLIT E.
Celui que donne l'étude de la ſageſſe ....
DEMOCRIT E.
Ce n'eft pas ce que je veux dire . J'entends.
DECEMBRE 1746.
que vous vous etes rendu plus malheureux
que tous , & d'une manière qui vous fut
propre. Le commun des hommes fuivant le
penchant de leurs defirs , cherchent des
plaifirs où ils ne trouvent que des peines ;
voilà leur erreur , & la fource de leurs miféres.
Mais vous par un rafinement de fageffe,
vous vous rendites malheureux de gayeté
du coeur , nón en fuivant vos paffions , mais
en confidérant celles des autres ; vous de
viés comme moi vous en amuſer & rire.
HERACLITE.
Je pourrois vous dire que je trouvois de
la douceur dans mes larmes } n'en trouvet-
on pas dans la repréfentation d'un événe
ment tragique ?
DEMOCRIT E.
On le dit mais dans ma Philofophie je
n'ai pû enviſager les hommes que comme
des Acteurs comiques , & vous fçavez qu'à
la Comédie on ne pleure pas.
HERACLIT E.
Quoi ! des freres qui s'entretuent ! des
peuples entiers qui courent à la mort ! ambition
, intérêts , jaloufie , la vertu rebutée ,
levice en honneur ! tel étoit le monde ; tels
étoient les événements que la fçéne repréfentoit
, & vous trouviés là de quoi rire ?
112 MERCURE DE FRANCE.
DEMOCRITE.
Affûrément : je ne regardois ces événemens
que dans les refforts qui les conduifent
, & j'y trouvois tant de ridicule que je
ne comprenois pas qu'un homme fage put
s'en occuper que pour en rire. Le fiége de
Troye , & fes opérations décrites avec tant
d'emphaſe, quand j'en confidérois les motifs.
frivoles , m'ont fait rire jufqu'aux larmes .
HERACLITE.
C'eft être bien peu fenfible aux maux du
humain ! fe faire un amuſement de ce genre
qui afflige des peuples entiers !
DEMOCRIT E.
Que faire ? La Philofophie détache beau
coup , & les hommes , quand on les connoit,
infpirent plus de mépris que de compaffion .
Dans leurs paroles tout eft vertu , raifon
bonne foi , dans leurs actions rien de fem →
blable : ils fe haiffent & fe careffent en même
tems : ils n'aiment qu'eux-mêmes & ne ſçavent
pas. s'aimer : des efpérances folles leur
raviffent le prefent , leur inconftance perpétuelle
les écarte fans ceffe de leur route , ils
n'achévent rien , ils ne parviennent à rien.
DECEMBRE 1746. 11,3
HERACLIT E.
.
C'eſt une maladie , cher Démocrite ; on
les doit plaindre.
DEMOCRITE.
Mais cette maladie eft accompagnée de
fymptômes fi plaifans qu'il eft difficile de
n'en pas rire . Malgré tout votre férieux , ne
rites vous jamais des extravagances d'un
fou ?
HERACLITE,
Ah ! un pareil ſpectacle n'avoit rien pour
moi que d'affligeant. Je n'y voyois que l'aviliſſement
de l'humanité , & la populace
qui en faifoit fon jouet , excitoit en moi
une indignation que je témoignois par de
nouvelles larmes.
DEMOCRIT E.
Vous étiés bien bon ; la folie des uns
doit faire le divertiffement des autres ; pour
moi j'en profitai , & ma Philofophie avoit
fûrement quelque chofe de plus amuſant
que la votre ; dites moi , ne vous repentites
yous pas des engagemens que vous aviés pris
avec le public ?
114 MERCURE DE FRANCE,
HERACLITE.
Quels engagemens >
DEMOCRITE.
Ceux d'un pleureur de profeffion : encore
eft- il des momens ou l'on voudroit pouvoir
avec bienséance fe dérider ; un deuil fi long
eft trop à charge , & je pense que fi Vous
aviés à recommencer vous aimeriés à prendre
de mes principes , ce feroit un joli fpe-
&tacle de voir le fombre Héraclite devenu
rieur.
HERACLITE.
On a vû des changemens auffi furpre
nants , car à le bien prendre ce ne fut que
dans la maniére d'agir que nous étions oppo
fés. L'un & l'autre nous condamnions la
conduite infenfée des hommes , mais vous ,
vous n'examiniés que leurs extravagances ;
moi je confidérois leurs égaremens & je
plaignois leurs miféres.
DEMOCRITE.
Il eft vrai qu'ils font à plaindre , mais
ne l'étiés vous pas vous même , & vos pleurs/
ridicules
? .....
DECEMBRE 1746. 115 .
HERACLITES.
Oh ! fi je me relache fur vos avis , il faudra
bien me paffer mes pleurs.
DEMOCRIT E.
Point du tout ; quand un objet a plu
heurs faces , c'eft fous la plus favorable qu'il
faut l'envifager. Si j'euffe regardé les hommes
dans un certain point de vûë il y auroit
eu en effet dequoi m'affliger , mais ce n'étoit
pas là mon compte ; je voulois me réjouir
de tout ; c'étoit ma Philofophie , & je trou
vois dans ces mêmes hommes pris fous un
autre jour , tout ce qu'il falloit pour entre
tenir mon humeur enjouée .
HERACLITE.
Notre Philofophie étoit trop refferrée dans
vous même , & vôtre mépris infultant pour
tout le genre humain ne peut être le fruit
de la fageffe : fe faire un divertiffement de
voir tous les hommes s'éloigner de la vertu ,
c'eſt montrer ur la vertu trop d'indifference,
& vos plaifanteries fur le vice n'étoient
pas ce qu'il falloit pour le faire abhorrer.
DEMOCRITE.
Je n'en fçais rien. Je ne me propofai
point l'ouvrage chimérique de réformer le
116 MERCURE DE FRANCE.
monde. Je fentois trop l'impuiffance de
notre Philofophie , mais fi j'avois formé un
pareil deffein , je crois que j'aurois mieux
réuffi en relevant les bêtifes des hommes ,
par un ris méprifant , que vous en épuifant
vos yeux par tant de larmes ; croyez moi ,
le ton chagrin des lamentations eft moins
efficace pour corriger que le fel piquant de
la fatyre : on fouffre d'être appellé vicieux,
on ne fouffre pas d'être traduit en ridicule.
Ridiculum acri
Fortiùs & melius magnas plerumque fecat res ,
Horace.
M. Jaillot de l'Oratoire lût enfuite une
Relation abregée du fiége de la Rochelle
en 1572 , & M. Arcére auffi de l'Oratoire
affocié à l'Académie termina la Séance par
la lecture d'une Ode fur le paffage des Alpes
en 1744 ; ces deux piéces feront imprimées
dans le recueil que l'Académie va don
mer inceffamment au public,
DECEMBRE 1746 117
ODE TIRE'E DU PSEAUME CXVIII,
Confiance en Dieu dans le tems de l'affliction :
defirs fincéres du Jufte de lui être
toujours fidéle.
BRISE , Grand Dieu , dans ta colére
Les ennemis de tes Autels ,
Mais dit de ton Sanctuaire
Prens pitié des humbles mortels.
Déja la mort épouventable
Préfente fa nuit redoutable
A tous més fens glacés d'effroi.
Regarde moi d'un oeil propice !
Sauve mes jours du précipice !
Et je fuivrai ta fainte Loi.
Dans l'adverfité qui m'accable ,
Je vois mes maux s'accumuler ;
Sans ta promeffe irrevocable
Rien ne pourroi me confoler.
Grand Dieu , l'impoſture & l'envie
Sur les plus beaux jours de ma vie
L
118 MERCURE DE FRANCE
Ontfoufflé leur cruel poifon ;
Suprême appui de l'nnocence ,
J'inplore aujourd'hui ta puiſſance
Contre leur lâche trahiſon.
Qui peut envifager fans crainte
Le fort terrible du pécheur ?
Sur fon front la mort eſt empreinte
Ses yeux font voilar Perreur.
C'eſt devant ton Trône adorable
Que ta juſtice inexorable
Fait tomber le fatal bandeau ;
Tu dis un mot , & ta Victime
Difparole , & du ſein du crime
Defcend dans l'éternel tombeau
****
Au milieu de mon esclavage ,
Où tout m'infpiroit de l'horreur ;
Mes lévres te rendoient hommage
Même au plus fort de ma douleur
Dès qu'à la fin de fa carriére
L'Aftre qui repand la lumiére
DECEMBRE 1746. 119
Ceffoit de briller fur nos bords ,
Vers toi , fon unique reffource ,
Mon coeur vôloit comme à fa fource
Pour te chanter dans fes tranfports
Dieu d'Ifraël , ton indulgence ,
Quand nous défirons dêtre à toi,
Fournit à tous ſon aſſiſtance
Dans la pratiqué de ta Loi.
Aux premiers rayons de ta grace
Le crime fuit , & dans fa place
Ta main nous forme un nouveau coeu
C'est toi qui des voutes célestes
As brifé les liens funeftes ,
Qui s'oppofoient à mon bonkeur;
Loin des routes de la juftice ;
Dans des fentiers pernicieux ,
Les mechans par leur artifice ,
Vouloient m'entraîner avec eux ş
Tel qu'un rocher inébranlable
Offre fa tête formidable
120 MERCURE DE FRANCE .
Aux vains efforts des vents fougueux
Ainfi mon ame toujours prête
A refifter à la tempête ,
Repouffa leurs traits dangereux..
Superbes tyrans de la terre ,
Vous dont l'orgueil ne connoît pas
Celui qui lance le tonnerre ,
Craignez la force de fon bras ;
.. Ouvrez les yeux , & fous la cendre
Reconnoiflez un pere tendre ,
Qui préviendra tous vos fouhaits ;
Grand Dieu , vois l'ardeur qui m'enflame
Imprime à jamais dans mon ame
Le fouvenir de tes bienfaits.
NOUVELLES
DECEMBRE 1746. T21
NOUVELLES LITTERAIRES,
DES BEAUX ARTS , &c.
VIE de Mecenas avec des notes hiftoriques
& critiques par M. Richer , Paris , in-
12. 1746. chés Chaubert.
LA prétention favorite des Poëtes eft
de difpenfer l'immortalité aux grands
hommes ; ce privilége pourroit fouffrir bien
des reftrictions. En effet Alexandre n'eft
pas moins célebre qu'Achille ; c'eft l'Hiftoire
des grandes actions & non les éloges des
Poëtes qui immortalife les Héros , cependant
voici un homme dont le nom eft papaké
avec honneur à la poftérité , & qui doit la
plus grande partie de fa réputation aux
Poëtes qui l'ont chanté . La vie tranquille de
Mecenas fon peu d'ambition ne lui font
pas jouer un grand rolle dans l'Hiſtoire , &
l'on connoîtroit peu le Favori d'Augufte
fans le Protecteur de Virgile & d'Horace.
Meibonius , fçavant Allemand , avoit déja
donné une vie de Mecenas en latin , mais
on conçoit aisément qu'un Compilateur
érudit , occupé d'accumuler des citations ,
& de reftituer des paffages , a fait un ouvrage
plus utile qu'agréable ; en effet Meibo-
Tome II. F
I22 MERCURE DE FRANCE.
nius a ramaffé tout ce qu'il avoit lû dans fa
vie fur Mecenas , & c'eft d'un amas informe
de citations grecques & latines qu'il a eſſayé
de former le tableau des moeurs d'un homme
qui avoit pouffé au plus haut point l'urbanité
Romaine. M. Richer a profité du travail
du docte Allemand comme d'une collec
tion utile , où il trouvoit les matériaux raffemblés
, & il a fuivi un plan plus convenable.
Ainfil'ouvrage de Meibonius peut être
regardé comme une vafte carriere où étoient
difperfés fans ordre des marbres informes
qu'un habile Architecte en a tirés pour en
former un Palais.
Le nom de ce Favori d'Augufte eft de
venu l'appellation diftinctive des Protecteurs
des Lettres ; aimé du Maître des Romains
, placé dans des tems de troubles où
les talens ont plus que jamais occafion de fe
développer , où l'on fe trouve fouvent agité
du mouvement des autres , & où l'ambition
entre dans les ames les plus tranquilles , Mecene
n'aſpira jamais aux honneurs ; content
de la confiance d'Augufte , que ce défintereffement
affermiffoit peut-être , il voulut
refter dans l'ordre des Chevaliers où il étoit
né : quoiqu'il fe foit trouvé à plufieurs actions
, la foibleffe de fa conftitution peut
feule faire douter qu'il eût jamais été un
grand homme de guerre , mais la maniere
DECEMBRE 1746. 123
dont il exerça deux fois la Préfecture de
Rome , dont il fut chargé en l'abſence d'Augufte
, les confeils fages qu'il lui donna , &
la docilité avec laquelle ce Maître de Rome.
les écoutoit , prouvent fuffifamment que
Mecene avoit un eſprit fage , éclairé , profond
, & qu'il poffedoit tous les talens du
Gouvernement . Nous fouhaiterions que
M. Richer nous eût fait fentir avec quelle
adreffe Mecene fçut toujours fe foutenir en
concurrence avec Agrippa , dont le mérite
étoit bien plus brillant & plus fait pour frapper
les Romains. Mecene fouvent mis en
parallele avec lui , lorfqu'on parloit des
deux amis d'Augufte , n'étoit point effacé
par cet éclat , parce que renonçant à toutes
prétentions fur le genre de mérite d'Agrippa
, il avoit eu l'adreffe de fe frayer une autre
route , & de briller par des côtés qui
n'avoient rien de commun avec lui. Ainfi ne
paroiffant attaché qu'à la perfonne d'Augufte
, occupé d'une Philofophie tranquille,
de l'amour des Lettres , il fembloit avoir
renoncé à la réputation brillante d'Agrippa ,
plutôt que n'avoir pû y atteindre. Peut - être
eut-il la premiere place dans la confiance
d'Augufte qui ne put fe défendre de concevoir
quelques ombrages des fervices trop
éclatans d'Agrippa.
M. Richer n'a pas oublié le fameux trait
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
qui montre avec quelle liberté Mecene s'é
toit acquis le droit de parler à Augufte : ce
Prince affis fur fon Tribunal dans la Place
publique , fe laiffant aller à fon penchant
fanguinaire , étoit prêt à condamner à mort
plufieurs accufés. Mecene ne pouvant l'aborder
à caufe de la foule , lui envoya fes.
tablettes où étoient ces mots : Leve- toi ,
Bourreau. Perfonne n'ignore que ce fût Mecene
qui engagea Augufte à garder l'Empire.
M. Richer n'eft point du tout difpofé
à déférer aux raifons que l'Abbé de Saint-
Réal donne de la difference des deux avis
d'Agrippa & de Mecene: fans entrer dans une
difcuffion qui meneroit trop loin , ne pourroit-
on pas dire qu'Agrippa crut avec la franchife
d'un Soldat qu'Augufte parloit fincerement,
& lui dit fon avis , qui bon ou mauvais
devoit être celui de tous les Romains , au
lieu que Mecene plus verfé dans la connoiffance
des hommes , & d'Augufte en particulier
, vit du premier coup d'oeil le vrai but
de cette délibération , & répondit ce qu'il
voyoit que l'Empereur vouloit qu'on lui répondit.
Ainfi fans aller chercher les raiſons
de cette difference d'avis , dans les motifs
d'interêt que l'un & l'autre pouvoient avoir
de defirer ou de craindre la révolution , ne
pourroit-il pas ffuuffffiirree ddee ddiirree qu'Agrippa
dans cette occafion fe conduifit avec la franDECEMBRE
1746. 125
chife d'un Soldat peu fait aux intrigues
de la Cour , & Mecene avec la foupleffe
d'un Courtifan confommé dans l'étude des
hommes.
Les Poëtes que Mecene protegea , occupés
de célébrer leur reconnoiffance , & plus
affectés de ce qui les touchoit perſonnellement
que de tout autre objet , fe font
plus attachés à nous le peindre comme ami
& Protecteur des Mufes , que comme Courtifan
adroit , politique , fubtil , homme
d'Etat éclairé , talens que Mecene poffedoit
dans un dégré éminent , ainfi que le prouve
toute fa conduite.
A l'exemple des plus illuftres Romains ,
il donnoit à l'étude des Lettres le tems que
lui laiffoient des occupations plus férieuſes.
Sa maifon étoit le rendez-vous des plus célébres
Litterateurs. La peinture que fait
Horace de cette fociété eft bien capable
de faire defirer d'en voir une femblable. Un
importun prie Horace de l'introduire chés
Mecene ; je vous y fervirai , lui dit- il , à
fupplanter vos concurrens , & à devenir le
premier dans fa faveur , mais Horace répond
:
Non ifto vivimus illic
Quo tu rere modo ; domus hâc nec purior ulla eft ,
magis his aliena malis, Nil mi officit unquam ,
F iij
126 MERCURE
DE FRANCE
.
Ditior hie , aut eft quia doctior , eft locus uni
Cuiquefuus. Lib. 1. Sat. 9.
M. Richer remarque & loue avec raifon
l'attention que Mecene apportoit dans le
choix de fes amis . L'efprit fans moeurs & fans
fentimens nefuffifoit point ; peu ébloui de l'éclat
des richesses & des grands noms , il leur préféroit
les talens , le fçavoir , la probité. S'il y a
encore dans ce fiecle quelques gens vertueux
qui penfent ainfi , on peut dire d'eux que
Apparent rari nantes in gurgite vafto.
Cet Epicurien tranquille , ce Philofophe
fuperieur à l'ambition , ne le fut pas affés
pour méprifer les galanteries de fa femme.
L'amour d'Augufte pour Terentia fut fupporté
par Mecene avec plus d'impatience
qu'on n'auroit pû en attendre d'unCourtiſan ,
& l'humeur que ce commerce lui donna , refroidit
quelquefois l'étroite amitié du Prince
& du Favori. Tacite nous apprend que fur
la fin de fa vie Mecene n'avoit plus le mêmecredit
, & quoique M. Richer traite de conjecture
trop fubtile ce fait que Tacite étoit
à portée d'avoir appris , la feule inconftance
des chofes humaines ne fuffit- elle pas pour
nous porter à le croire ?
Mecene fuivit la Secte d'Epicure qui s'accommodoit
mieux avec les moeurs douces
DECEMBRE 1746. 127
& fon penchant pour le plaifir , que l'âpre
férocité des Stoïciens . Actif & vigilant
quand les affaires l'exigeoient , prudent dans
les confeils , fertile en reffources , joignant à
ces talens folides un efprit infinuant, un foin
continuel de plaire , qui en eft le fecret prefqu'affûré
, il joignit au mérite d'un Miniftre
éclairé tout l'art d'un Courtifan . Généreux ,
empreffé à rendre fervice , il mérita d'avoir
des amis dans une place ou un autre n'auroit
eu que des créatures ; il aima les femmes &
toutes les voluptés avec excès , c'étoit une
fuite de la morale d'Epicure , dont il faifoit
profeffion . Seneque lui en a fait de graves
reproches, auffi bien que de fon attachement
fi connu pour la vie : c'eft la confolation
des hommes ordinaires de voir que dans le
portrait des grands hommes il y a fi fouvent
des ombres au tableau , & de grands vices
mêlés aux grandes vertus .
LA GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE , où l'on
donne une idée abrégée des quatre Parties
du Monde & des differens lieux qu'elles renferment
, par Jean Hubner Licentié en
Droit , à Hambourg , & traduite de l'Allemand
en fix volumes in- 12 . 1746. Bafle ,
& ſe vend à Paris , chés lå Veuve Valleyre .
Le célebre Jean Hubner Auteur de cet
Ouvrage vient de mourir à Hambourg. II
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE.
"
,
avoit profeffé la Géographie pendant plus
de trente ans à Leipfick & à Hambourg
avec la plus grande réputation ; on a vû fou
vent à fes leçons plus de deux cent écoliers ,
& il tient un rang confidérable parmi les
Sçavans d'Allemagne . Il a publié dans ſa
Langue des tables généalogiques en quatre
volumes in -folio , dont la moitié contient
le Nobiliaire complet de l'Empire
c'en eft fans doute la partie la plus exacte . Il
a paru il y a onze ans une traduction françoife
de fa Géographie univerfelle , faite fur
la cinquième édition de l'original imprimé
chez Jofué Ottens Libraire à Amſteṛdam , en
deux Volumes in- 8 ". mais cette nouvelle
traduction l'emporte de beaucoup fur la
premiere à toutes fortes d'égards. À l'égard
de l'ouvrage même de M. Hubner , les éditions
multipliées qui s'en font faites , font
des preuves du mérite & de l'utilité de ce
Livre , la méthode de l'Auteur eſt claire &
facile , & l'ordre avec lequel il diftribue les
matieres eft tel que celui qui veut s'inftruise
range aiſément dans fa mémoire les chofes
qu'il a lûës, & les retient fans peine. M. Hubner
a auffi le mérite de l'exactitude , du
moins quant aux pofitions Géographiques
qui font la partie effentielle du Livre.
Les Cartes dreffées par le Docteur Hotman
fur les principes de M. Hubner fe
DECEMBRE 1745. 129
trouveront auffi chés le même Libraire qui
vend le Livre.
1 .
EDUCATION DES ENFANS , traduction
Angloiſe de M. Loke par M. Cofte ,Membre
de la Société Royale de Londres , huitiéme
édition revûë & corrigée in- 12. 2 vol.
1746. Paris , chés David le jeune .
Les talens de M. Cofte font avantageufement
connus par plufieurs Traductions eftimées
de bons Livres Anglois . Celui dont
nous annonçons la traduction a déja ob
tenu tant de fuffrages qu'il eft prefque inutile
de le louer. Quelque connu que foit ce
Livre , nous en parlerons le mois prochain ,
dans la perfuafion où nous fommes que travaillant
pour des Lecteurs éclairés , nous ne
pouvons les entretenir trop fouvent de ma--
tieres utiles , & de principes vertueux .
HISTOIRE GENERALE
DES VOYAGES , &c. Tome II.
Ous n'avons encore rendu compte au
Npublic que du premier volume de
Hiftoire générale des Voyages , & nous
manquerions à ce que nous devons à nos
Lecteurs , fi nous négligions de les entreteair
fommairement de plufieurs chofes intéreffantes
qui font dans les volumes fuivans.
E v
130 MERCURE DE FRANCE .
Les fuccès des Portugais les avoient ens
orgueillis ; la découverte qu'ils firent de la
Chine en 1517 enfla encore leurs efpérances
; en 1521. Simon d'Andrada eut permiffion
de faire voile à Canton avec cinq
vaiffeaux , mais il s'y conduifit avec tant d'infolence
& de tyrannie , que le bruit de fes
excès étant venu aux oreilles de l'Empereur
de la Chine , Thomas Perez qui étoit à la
Cour de ce Prince pour regler les interêts
du Commerce entre les deux Nations , fut
arrêté avec toute fa fuite & condamné à la
mort ; les violences & les cruautés qu'ils
avoient commifes avoient tellement animé
contr'eux les peuples de l'Inde , que les
habitans de Chakario fur la côte de Bengale
jurerent de facrifier à leurs Idoles le
plus beau Portugais qui tomberoit entre
leurs mains , ce qu'ils exécuterent fur un
nommé Gonzale Vaz de Melo .
Les Lecteurs François croiront - ils ce que
Faria raconte fans aucune marque de doute ,
qu'il fe trouva à Bengale un more , lequel ,
fuivant des informations authentiques , étoit
âgé de trois cent ans ? Il avoit deux fils , l'un
de quatre-vingt- dix ans , l'autre de douze.
Ses cheveux & fes dents s'étoient renouvellés
cinq ou fix fois , & on ne lui auroit pas
donné plus de foixante ans.
Les conjectures de D, Jean de Caftro fur
DECEMBRE 1746. 131
l'origine du nom de Mer Rouge donné au
Golfe Arabique , ont un air plus vraifemblable.
Les Anciens ont cru que cette Mer
avoit ainfi été nommée du Roi Erythros , dont
le nom fignifie rouge en Grec ; les Arabes
n'ont aucune connoiffance de ce nom , & le
Golfe n'eft connu parmi eux que fous la dénomination
de Mer de la Mecque ; l'eau en
quelques endroits paroît rouge , & en d'autres
verte & blanche . Caftro donne une explication
plauſible de ce phénomène : depuis
Suaquen jufqu'à Koffir , c'eſt- à -dire pendant
l'efpace de cent trente -fix lieuës , la
Mer eft remplie de bancs & de rocs de
Corail , on leur donne ce nom parce que leur
forme & leur couleur les rend fi ſemblables
au Corail qu'on s'y trompe aifément . Ils
croiffent comme des arbres , & leurs branches
prennent la forme de celles du Corail.
On en diftingue deux fortes , l'une blanche ,
l'autre fort rouge . Ils font couverts en plufieurs
endroits d'une efpece de gomme ou de
gluë verte, & dans d'autres lieux d'un orangé
foncé . Or l'eau de cette Mer étant plus
claire qu'aucune eau du monde, de forte qu'à
vingt braffes de profondeur l'oeil pénétre
jufqu'au fond , il arrive qu'elle paroît prendre
la couleur des chofes qu'elle couvre
Lorfque les rocs font comme enduits de
gluë verte la Mer paroît plus verte que les
F V
132 MERCURE DE FRANCE.
rocs même ; quand le fond eft de fable , l'eat
eft blanche , & lorfque les rocs font de Corail
dans le fens qu'on a donné à ce terme ,
& que la gluë qui les environne eft rouge ,
l'eau paroît rouge ; & comme les rocs de
cette couleur font plus fréquens que les
blancs & les verts , Don Jean a conclu avec
affés de raifon qu'ils ont dû faire donner au
Golfe Arabique le nom de Mer Range.
La partie la plus intéreffante de ce fecond
volume eft la Relation des deux Siéges du
Fort de Diu , Siéges mémorables où les Portugais
montrerent combien la valeur & la
conftance peuvent rendre des hommes fupérieurs
à d'autres hommes . Diu appartenoit
au Roi de Cambaye , & ils y avoient bâti un
Fort avec la permiffion de ce Prince , qui
depuis le brouilla avec eux , & envoya folliciter
le fecours de l'Empereur des Turcs.
L'éclat qu'il avoit donné à fon Ambaſſade
fit ouvrir les yeux au Sultan fur les richeſſes
de l'Inde , & lui infpira le defir de s'emparer
d'un fi beau Pays ; il s'imagina qu'avec les
forces Ottomanes qui depuis le régne de
Mahomet I I. avoient conquis tant d'Etats .
il chafferoit facilement les Portugais & s'éta
bliroit fur leurs ruines . Solyman Bacha d'Egypte
fut chargé de l'entrepriſe , & tandis
que le Roi de Cambaye marchoit aux Portugais
avec une armée de dix mille hommes
DECEMBRE 1746 133
1
>
de pied & de cinq mille chevaux , que Koja
Zeffar fon Miniftre s'avançoit de fon côté
avec quatre mille hommes d'Infanterie &
trois mille chevaux , Solyman arriva devant
Diu avec une flotte de foixante - dix grands
bâtimens qui avoit à bord fept mille foldats
Turcs & Mammelus , fans compter dans ce
nombre les matelots & les efclaves. Les
Portugais étoient environ fix cent dans leur
petit Fort , où ils fe voyoient affiégés par
une armée nombreuſe , compofée non de
Nations mal difciplinées & mal armées , mais
bien pourvûë d'artillerie & de toutes fortes
de munitions , & où l'on voyoit ces mêmes
Turcs qui avoient renverfé tant de Thrônes
dans l'Afie & qui venoient récemment
de fubjuguer l'Egypte. Le Bacha débarqua
cent trente piéces de canon , dont neuf
étoient d'une fi prodigieufe groffeur qu'elles
portoient quatre-vingt- dix livres de balle.
Le Lecteur n'attend pas que nous lui faffions
le détail de toutes les actions générales &
particulieres de ce Siége ; nous citerons
l'avanture finguliere de Fernand Pentendo ;
ayant quitté les murs pour fe faire panfer,
tandis qu'on lui mettoit le premier appareil ,
il' entendit le bruit d'une nouvelle attaque ,
il s'échapa des mains du Chirurgien pour
retourner au combat , où il reçut une nouvelle
bleffure ; la même chofe lui arriva une
34 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme fois , enfin l'ennemi s'étant retiré
il vint fe faire panfer à la fois de fes trois
bleffures . Les Portugais étoient dans une
fituation où il falloit vaincre ou mourir , il
n'y avoit point de capitulation à attendre de
Solyman prêt à tout promettre, mais für de
ne rien tenir , & qui avoit fait mourir cruellement
140 Portugais qui s'étoient rendus
dans un ouvrage avancé, fur la foi d'une capitulation
. Aufli le défefpoir fuppléoit à
leurs forces épuifées par les bleffures , la
fatigue continuelle & le défaut de nourriture
; un foldat qui manquoit de balles fe
fervit de fes dents pour charger fon mouſ、
quet. Jean Rodriguez prit un baril de poudre
entre fes bras en criant à fes compagnons
: Gare , je porte ma mort & celle d'autrui.
Il fe jetta au milieu des ennemis avec
une méche allumée fi jufte , que le baril
crevant auffi- tôt fit fauter en l'air plus de
cent Turcs. Rodriguez ne périt point :
enfin après deux mois d'affauts inutiles ,
Solyman fut obligé de lever le Siége dans la
la crainte d'une flotte qu'armoit le Vicero
des Indes à Goa. Le Siége avoit duré deux
mois , & il avoit perdu plufieurs vaiffeaux ,
& trois mille Turcs , fans compter les pertes
des Indiens qui montoient au double.
A l'égard des affiégés rien n'étoit plus
terrible que leur état; après la derniere atta
DECEMBRE 1746. 735

que où les Turcs & les Indiens furent repouffés
, il ne reftoit que quarante hommes
en état de fe fervir de leurs armes , & en
comptant les bleffés ils n'étoient pas plus
de deux cent. La poudre & les balles leur
manquoient , les lances & les épées étoient
la plupart brifées en pieces , les murs ouverts
de tous côtés ; malgré ce déplorable
état Silveira ignorant que les ennemis alloient
le retirer , fe préparoit à la défenſe
il difpofa fes quarante hommes für les murs ,
les bleffés s'y firent tranfporter pour en impofer
par l'apparence , les femmes même
qui donnerent dans ce Siége plufieurs preuves
de courage fe revêtirent d'armes , & vinrent
comme les foldats paffer la nuit fur
les ouvrages. Telle fut la fin du premier
Siége de Diu qui augmenta beaucoup la
réputation des Portugais dans les Indes , &
qui mérite d'immortalifer à jamais Silveira
qui le foutint. Ceci arriva en 1538.
En 1545 le Roi de Cambaye mit fur
pied une armée plus forte que la premiere
pour affiéger encore ce Fort où les Portugais
étoient beaucoup plus foibles . Mafcarenhas
qui y commandoit n'avoit que deux
cent douze hommes pour toute garde , il
en mit trente à chacun des quatre baftions ,
vingt à la porte , en prit cinquante pour ſe
porter avec lui à tous les lieux où il feroit né136
MERCURE DE FRANCE.
ceffaire , & difpofa le refte à d'autres poftes
Malgré fa foibleffe Mafcarenhas fuppléant
au nombre par fa vigilance & par le courage
inépuifable de fes foldats , fe foutint huit
mois , ne recevant que de très - foibles fecours
& donna le tems au Viceroi Don
Jean de Caftro de venir à fon fecours avee
ane flotte puiffante.
>
Attaqués fans relâche par une multitude
de Mores aguerris , & voyant toujours des
troupes fraîches fucceder aux bataillons
qu'ils avoient repouffés , les Portugais défendirent
leurs foibles murs contre une ar
mée nombreufe & une artillerie confidérable.
Croira -t'on que cinq d'entr'eux fou
tinrent l'effort de treize mille Mores qui
montoient à un baftion , & donnerent le
tems à Mafcarenhas de s'avancer avec fa.
petite eſcorte qui leur parut un fecours con
fidérable , & chaffa les Mores ? Les femmes
animées par la néceffité & par les exemples
d'intrépidité qu'elles avoient fous les yeux ,
s'armoient & combattoient avec courage .
La Relation de ce Siége nous a confervé
avec raiſon le fouvenir d'une action de Diegue
de Anaya Contino. Mafcarenhas fentoit
le befoin d'être mieux informé de ce qui fe
paffoit dans le camp ennemi. Sur le défir
qu'il en marqua , Contino fe couvrit la tête
d'un cafque , & fans autres armes qu'une
DECEMBRE 1746 137
Epée & une lance , il fe laiffa gliffer pendant
la nuit le long de la muraille , & découvrant
deux Mores qui s'avançoient vers lui , il en
tua un d'un coup de lance , prit l'autre entre
fes bras , & courut avec cette charge jufqu'à
la porte du Château que fa voix fit
ouvrir , & l'on fut fort furpris de lui voir
jetter fon prifonnier au milieu de ceux qui
étoient venus le recevoir , en difant , tenez ,
voilà de quoi fatisfaire la curiofité du Commandant.
Ce n'eft pas tout : Coutino s'étoit
fervi d'un cafque d'emprunt , & il l'avoit
perdu dans la chaleur de la courfe ; il n'hé
Lita pas dès qu'il s'apperçut de fa perte , &
fe laiffant gliffer une feconde fois le long du
mur , il alla chercher le cafque , le trouva , &
le rapporta fans accident .
Enfin Don Jean de Caftro arriva après
huit mois avec une flotte de quatre-vingtdix
voiles qui fignala fa route par plufieurs
expéditions fur la côte. Le Roi de Cambaye
avoit reçu depuis peu de jours un renfort
de troupes , mais après avoir vû une
poignée de foldats réfifter pendant huit
mois à tous fes efforts , on ne fera pas furpris
qu'à l'arrivée du Viceroi , Capitaine
d'une grande réputation , on ait formé le
projet d'aller avec deux mille cinq cent hom
mes forcer la nombreuſe armée des enneanis
dans fes retranchemens bordés d'artil
138 MERCURE DE FRANCE.
lerie. L'attaque fut fuivie avec une bravoure
extrême , mais ce ne fut pas fans peine que
l'on força les ennemis qui fe rallierent plufieurs
fois & revinrent à la charge avec plus
de furie. Caftro étoit préfent par- tout &
animoit fes foldats par fes exhortations &
par fon exemple. Un Religieux Portugais
nommé Antoine Del Cazal étoit à la tête
des rangs un Crucifix dans une main & la
lance dans l'autre. Il arriva que dans le plus
fort de l'action , le Crucifix de Del Cazal
eut le bras caffé d'une balle ou d'une pierre.
Ce brave Religieux demanda vengeance du
facrilége aux Portugais qui combattoient
près de lui, & ce fpectacle les fit tomber avec
tant de furie fur les Mores , qu'ils les poufferent
jufqu'aux portes de la Ville . On y entra
avec les fuyards , la Ville fut livrée au pillage
, & on prit tant dans la ville que dans
le camp quarante piéces de canon d'une
groffeur extraordinaire , & plus de deux
cent de differentes grandeurs . Cette victoire
coûta cent trente hommes aux Portugais , &
la perte des ennemis monta à cinq mille ,
parmi lesquels on comptoit leurs principaux
Officiers.
Après cette expédition Caftro ayant
befoin d'une fomme confidérable pour l'entretien
de fa flotte , voulut l'emprunter de
la ville de Goa , & envoya aux habitans fes
DECEMBRE 1746. 139
mouftaches pour caution . La ville les lui
renvoya fur le champ avec la fomme demandée.
Lorfqu'il revint dans cette ville ,
la réception qu'on lui fit ne peut être comparée
qu'aux anciens triomphes des Romains
, on le couronna de Laurier , les Dames
de la ville jettoient des fleurs & des parfums
fur le Vainqueur , & fix cent Prifonniers
chargés de chaînes , à la tête defquels
étoit leur Général captif , fermoient le cortege
brillant du Triomphateur ; la Cour de
Portugal donna auffi à Caftro des récompenfes
dignes de ſes exploits ; mais il mourut
au moment qu'on le combloit de ces
honneurs ; quelques éloges que méritent
fes talens militaires , fon défintereffement
eft encore plus fingulier. Il jura en mourant
qu'il n'avoit jamais employé à fon uſage
l'argent du Roi , ni celui d'autrui , & qu'il
ne s'étoit jamais mêlé du commerce dans la
vûe d'acquerir du bien , & on le crut aifé
ment lorfqu'après fa mort on trouva dans
fes coffres trois reaux pour toutes richefſes .
AVIS au fujet du troisième volume du Dic
tionnaire de Medecine , traduit de l'Anglois
, qui s'imprime à Paris .
Les Soufcripteurs du DICTIONNAIRE
DE MEDECINE ayant paru défirer qu'on
leur en livrât le troifiéme volume auffi-tôt
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'il feroit imprimé , fans attendre le qua
triéme , les Libraires Briaffon , David l'aîné
Durand , avertiffent qu'ils fourniront ledit
troifiéme volume le premier Janvier
1747. en leur demeure rue Saint Jacques à
Paris.
On trouvera auffi chés Briaffon , l'un des
Libraires ci- deffus , rue Saint Jacques à la
Science , auffi au premier Janvier 1747.
Une nouvelle édition des OEuvres de Dufrefny
, mieux imprimée que la précédente ,
& augmentée , en 4 vol . in- 12. avec les
airs gravés.
Les Tomes 4 , 5 , 6 du Commentaire de
M. de la Mettrie , fur les Inftitutions de Medecine
de M. Hermann Boerhaave .
Le Traité des Fiévres traduit du Latin de
M. Fred. Hoffmann , premier Medecin du
Roi de Pruffe , &c. par M. Eidouz , fuivi
de plufieurs Differtations fur la même matiere
, traduites du Latin du même Auteur ,
par M. Bruhyer Medecin , pour fervir de
fuite à la Medecine raifonnée , in- 12 . 3 vol.
>
Les Libraires Guill. Defprez & Pierre
Cavelier , ayant préfenté il y a deux ans au
public un projet de Soufcription de cinq
cent exemplaires pour la Bible de M. de
Sacy en 32 Vol. in- 8 ° . & plufieurs perfonnes
fe plaignant de n'avoir pas eu connoiffance
de ce projet & de n'en avoir pû profi
DECEMBRE 1746 . 141
ter , donneront encore cent exemplaires au
prix de la Soufcription qui eft de quatrevingt-
dix livres en feuilles ; cette condition
n'aura lieu que jufqu'à la fin d'Avril , & ce
terme expiré , la Bible fera vendue fon prix
ordinaire qui eft de cent cinquante livres .
Les mêmes Libraires viennent de réimprimer
une petite Brochure in 8 ° . intitulée,
Nouvelle dijpofition de l'Ecriture Sainte mife.
dans un ordre perpetuel,pour la lire toute entiere
chaque année commodément & avecfruit , àla-,
quelle on a ajouté une Table desfemaines errantes
avec les Fêtes Mobiles qui commence en
l'année 1745 , & nefinit qu'en 1776. Cette
Brochure fe vend to fols.
Ils viennent auffi d'imprimer deux volu
mes in- 12 . l'un intitulé , Inftructions Hif
toriques , Dogmatiques & Morales en faveur
des Laboureurs & autres habitans de la Campagne
, où ils apprendront tout ce qu'il faut
qu'ils fçachent , qu'ils croyent , qu'ils prati
quent , & qu'ils évitent pour être fauves. Ce
Livre fe vend 2 liv. 10 f. relié .
L'autre eft intitulé : La Science du Salut ,
ou principesfolides fur les devoirs les plus importans
de la Religion , tirés des Effais de Morale
de M. Nicole , même prix que le pré
cédent.
PIECES diverfes avec quelques lettres
742 MERCURE DE FRANCE.
de Morale & d'amufemens , à Paris chés
Briaffon , 1746 , in- 11 .
AVIS aufujet de l' Hiftoire des Voyages.
Pour répondre d'avance à l'Avertiſſement
de la Gazette de Berne du . . & du ..
Novembre , il fuffit de rappeller que l'ouvrage
Anglois n'eft point une Hiftoire des
voyages & n'en a point le titre . C'eft feulement
une fuite d'extraits des Relations de
voyages fans aucune liaifon mutuelle. Il yyaa
donc peu de bonne foi dans un Avertiffement
où l'on prétend que les François y ont
changé quelque chofe , de faire entendre
que c'eft pour le défigurer , lorfqu'au contraire
ils ont tâché de l'enrichir en l'élevant
à la qualité d'Hiftoire.
En un mot s'ils ont fait quelques fuppreffrons
dans les extraits , c'eſt par le même
droit que les Anglois ont exercé fur les originaux.
Elles regardent , ou des détails inutiles
, ou des répétitions fatigantes , ou quelques
notes , les unes fuperfluës , les autres
indécentes. 2 °. S'ils ont fait quelques additions
, elles confiftent dans les tranfitions
hiftoriques , qui manquent à l'Anglois , ou
dans quelques faits tirés des Voyageurs
mêmes , & omis dans les extraits , comme
d'autres Y étoient trop allongés. 3. S'ils
Sécartent quelquefois du fens Anglois , c'eſt
DECEMBRE 1746. 143.
qu'ils en ont de juftes raiſons. 4 ° . A l'égard
des cartes & des figures , ceux qui fçavent ...
l'état de la gravure en France & en Hollande
, n'ont pas befoin de préſervatif contre
les infinuations de l'Avertiffement. Les effais
Hollandois qu'on a fait paffer en France y
ont mal réuffi , fur- tout le portrait du traducteur
, qui ne conferve pas un feul trait
de reffemblance.
Au refte la vérité de ces quatre articles
fera prouvée dans l'Avertiffement du Tome
III , car on ne s'attribuë pas comme le fieur
Dehondt le droit d'être cru fur fa parole.
On promet même , fi fon édition à quelque
chofe d'utile , d'en profiter pour la per
fection de l'ouvrage.
On donne avis au public que l'on travaille
actuellement à une nouvelle édition de l'Etat
de la France ; ainfi on prie tous ceux qui s'y
trouvent intéreffés , foit par leur naiffance
, ou par leurs charges ou emplois , de
vouloir bien relire ce qui les regarde dans
la derniere édition de 1735 , & de faire part
de ce qu'ils y trouveront à propos de changer,
ajouter ou diminuer, afin que l'on puiffe
rendre cet ouvrage le moins défectueux
qu'il fe pourra; on aura la bonté d'adreffer
les lettres franches de port aux fieurs David
pere , Libraire , Quai des Auguftins , ou
Ganeau , Libraire , rue Saint Jacques vis-à-
Saint Yves,
vis
£ 44
MERCURE DE FRANCE .
LETTRE PREMIERE à Madame D ..:
fur fes inquiétudes au ſujet de la mort de fon
époux , & fur l'envie qu'elle a que fon ombre
lui apparoiffe , pour l'inftruire de l'autre
wie , à Paris , chés Claude Heriſſant fils ,
à la Croix d'Or & aux trois Vertus 1746 ,
Brochure de 55 pages.
REFLEXIONS fur la caufe générale
des vents in-4° . par M. Dalemberg des
Académies des Sciences de Paris & de Berlin,
ouvrage qui a remporté le Prix propofé
l'Académie de Berlin pour 1746. par
LETTRES fur les Anglois & les François
, par Muralt , nouvelle édition in- 12 ,
Ces deux derniers ouvrages fe vendent à
Paris chés David fils , Libraire rue Saint
Jacques.
ESSAI fur l'Electricité des corps parM . l'Abbé
Nollet , de l'Académie Royale des Sciences
& de la Société Royale de Londres , avec
figures , vol. in- 12 , à Paris , chés Hyppolite-
Louis Guerin , Libraire rue Saint Jac
ques , 1747.
L'ORAISON FUNEBRE de Madame
la Dauphine , prononcée à Nancy par le
Pere Cuny Jéfuite , avec la defcription de la
Pompe Funebre in -4 ° . chés le même Libraire
L'ANNE'S
DECEMBRE 1746. 145
L'ANNE'E DU CHRETIEN , contenant
des Inftructions fur les Myſtéres & les
Fêtes , l'explication des Epîtres & Evangiles
avec l'abrégé de la Vie d'un Saint pour chaque
jour de l'année par le R. P. Henri Griffet
de la Compagnie de Jefus , dix- huit Volu
mes in- 12 . à Paris chés J. B. Coignard ,
rue Saint Jacques à la Bible d'or , & H. L.
Guerin , méme rue , 1747.
Ce dernier Libraire vient de réimprimer
te Traité de l'Amour de Dieu de Saint François
de Sales , mis en un meilleur François
par le Pere Fellon de la Compagnie de
Jefus en quatre Volumes in- 12 . La premiere
édition de ce Livre a été débitée rapidement
.
On trouve chés le même Libraire les Entretiens
de l'Ame avec Dieu , tirés des Méditations
& Soliloques de Saint Auguftin par
M. l'Abbé Clement , Prédicateur du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar. Volume
in- 8 °.
LES OEUVRES de Regnier , deux Volumes
in- 1 2. petite forme , à Londres , & fe
trouvent à Paris chés David fils , rue Saint
Jacques , & chés la veuve Ganeau , même
rue , aux Armes de Dombes , 1746.
CATALOGUE des Livres de feu M.
l'Abbé Souchay Chanoine de Rhodez , de
Vol. II. G
146 MERCURE DE FRANCE .
l'Académie des Belles Lettres , & Profeffeur
Royal d'Eloquence , à Paris chez G. Martin
Libraire , rue Saint Jacques à l'Etoile ,
1747.
apapapapapapaparacapar
OUVERTURE du Collège Royal.
23
Es Profeffeurs du Collége Royal de
LFrance ,fondé à Parispurge par le Roi François
I. le Pere & le Reftaurateur des Lettres
reprirent leurs exercices le Novembre.
Voici les noms des Sçavans qui rempliffent
aujourd'hui les Chaires de ce fameux Collége
fous l'Infpection de M. l'Abbé Vatry ,
de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles Lettres , Profeffeur Royal en Langue
Grecque.
Pour la Langue Hébraique.
MM. Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque.
MM. Vatry & Capperonnier.
Pour les Mathématiques.
MM. Lemonnier & de Montcarville.
Pour la Philofophie.
MM. Terraffon & de Gua de Malves:
3
DECEMBRE
1746. 147
Pour l'Eloquence Latine .
MM. Piat & N

Pour la Medecine.
MM. Burette , Aftruc, Ferrein & Poiffon
nier.
Pour la Langue Arabe.
MM. Petis de la Croix & Otter.
Pour le Droit Canon .
MM . Lemerre & Delaverdy,
Pour la Langue Syriaque.
M. Jault.
XXXXXXXXXXXXXXXX
LE
E Sieur Janvier , Eleve de M. Nolin , donne
avis au Public qu'il a dreſſé une Carte du Gouvernement
Militaire de l'Ile de France qu'il a faic
graver avec foin ; elle ſe vend chés le fieur Nolin ,
Géographe , rue S. Jacques , à l'Enfeigne de la
Place des Victoires , à Paris.
PLANS & Décorations intérieures de la Galerie
de l'Hôtel de Villars, fis rue de Grenelle Fauxbourg
Saint Germain à Paris , bâtie en 1732 & 1733 fuc
les Plans & deffeins du fieur Leroux Architecte
gravés par Jacques - François Blondel , en neuf
Planches fur le papier de Grand Jefus , fe vendent
à Paris chés le fieur Bolleret , Maître Maffon , ruz
Gij
148 MERCURE DE FRANCE .
Montmartre , près S. Jofeph chés le fieur Pitou , Limonalier,
& chés le fieur Blondel , Profeffeur d'Architecture
, rue des Cordeliers, Leprix eft de deux
livres dix fols.
Le Sieur Rouffelot Cleriffeau , Marchand Gantier,
True Tirechape , débite avec privilége & permiflion
du Roi l'Eau de Beauté , qui a la propriété d'ôter les
boutons , rougeurs & rouffeurs , de tenir le teint
frais & uni , de conferver la blancheur de la peau ,
de garantir & empêcher d'être marqué de la petite
vérole ; & l'Eau de Perfe , qui a la propriété de
teindre les cheveux roux & blancs en noir , fans
qu'ils fe déteignent jamais.
DESCRIPTION du Service folemnel
fait par le Corps de la Nation Françoiſe
établi à Cadix , pour le feu Roi d'Espagne
Philippe V. dans l'Eglife des Peres de S.
François où eft la Chapelle Nationale de
S: Louis , les 18 & 19 Octobre 1746.
Lblis à Cadix , ayant délibéré de faire un
E Corps des Négocians François éta-
Service folemnel avec une Oraifon Funé→
bre , au feu Roi d'Eſpagne Philippe V, de
glorieufe Mémoire , afin de donner des témoignages
publics de leur refpect pour la
mémoire de ce grand Prince , & de leur reconnoiffance
de la protection que S. M. C.
avoit toujours daigné leur accorder , il ont
DECEMBRE 1746. 149
prié M. le Conful & Mrs. les Députés , de
vouloir bien fe charger de l'exécution . Ces
Ms ayant accepté la commiflion , ont fait
décorer l'Eglife du Convent de S. François ,
où la Nation a fa Chapelle , d'une façon
convenable à cette cérémonie.
Cette Eglife étoit entiérement tendue de
noir depuis la corniche , autour de laquelle
régnoit un cordon de lumiére , & on avoit
difpofé à diftance égale , à 15 pieds de hauteur
, de grandes Armes d'Efpagne entourées
des coliers du S. Efprit & de la Toifon
relevées en or , & des tableaux en camayeu ,
le tout avec des inſcriptions à la gloire du
Roi Philippe V.
La coupole fous laquelle on avoit placé
le Catafalque , eft féparée de la voute par
un arc furbaiffé de 18 pieds de haut , fur 28
de large ; cet arc étoit tendu jufqu'à la voute
& orné dans le milieu d'une grande infcription
de onze pieds de haut en lettres proportionnées
, enfermée dans un riche cartouche
furmonté d'une tête de mort couronnée
de lauriers d'or & foutenue par des
aîles de chauvefouris. Aux deux côtés un
peu plus bas étoient des Armes de fix piedsde
haut avec leurs infcriptions. Le bas de
l'arc étoit décoré de draperies noires galonnées
d'or , relevées en feftons attachés
avec des cordons d'or garnis de leurs glands ,
G iij
T50
MERCURE DE FRANCE .
formans une espéce de pavillon fur la prin
cipale face du Catafalque au pied de laquelle
on avoit placé l'Autel fuivant l'ufage du
pays.
Inſcription qui étoit au milieu de l'arc.
Philippo quinto
Hifpaniarum & Indiarum
Regi potentiffimo ,
Pio , Jufto , Forti ,
Omni denique virtutum genère
Spectatiffimo ,
Gallorum Natio
•Monumentum hoc
Obfervantia , amoris &defider
Lugens pofuit,
Au bas de l'Arme à droite:
Utraque fortuna major
Au bas de l'Arme à gauche.
Juftitia & Confilio potens
De chaque côté de l'Eglife il y avoit
quatre grandes Armes & trois tableaux avec
les infcriptions fuivantes.
A droite vis-à- vis de l'Autel une Arme
avec cet infcription :
Anime, clementia & munificentiâ magnus
DECEMBRE 1746.
151
Un tableau repréfentant. la Religion qui
conduit le Roi dans toutes fes démarches
avec cette infcription :
Omnibus Religionem antepofuit.
ne Arme avec cette infcription :
Legiones inftauravit ad tutelam Imperii,
Un tableau où l'Eſpagne à genoux préſente
au Roi la Couronne vacante par la mort
de Louis I , & le fupplie de la reprendre
pour le bonheur de fes fujets , & cette infcription
au pied :
Sceptrum quod pietate abdicaverat
Amore fuorum invitus refumit.
Une Arme avec cette infcription :
Templa vetuftate collapfa refici curavit..
Un tableau repréfentant une maffue entortillée
de deux ferpens , au bas des globes
, des inftrumens de Mathématique , des
plans de fortifications & autres hyérogliphes
relatifs aux Arts & aux Sciences, & cette
inſcription :
Artium cultor protector.
Une derniere Arme avec cette infcription
Edificia Regia fumptuosè conftruxit,
G iiij
152 MERCURE DE FRANCE.
A gauche vis-à- vis l'Autel , une Arme
avec cette infcription :
Coronam jure fibi debitam virtute vindicavit.
Un tableau où le Roi victorieux fur le
Champ de bataille , après avoir défait fes
ennemis , pardonne aux Rebelles qui implorent
fa clémence , avec cette infcription :
Hofte triumphato parcit Rebellibus
Optimus Princeps.
Une Arme avec cette infcription :
Difciplinam militarem reftituit.
Un tableau où le Roi fur fon Trône donne
des récompenfes à fes Officiers , dont
l'un à genoux reçoit la Toifon , à côté du
Trône une table fur laquelle il y avoit des
Coliers de la Toifon & des Ordres d'Efpagne
, des bâtons de Commandement ,
&c. avec cette infcription :
Militum focius & remunerator.
Une Arme avec cette infcription :
Familiis virorum qui pro Patriâ ceciderunt
Auxilia fuppeditavit.
Un tableau repréfentant le fiége d'Oran :
Oranum capit ad propagationem fidei
DECEMB. RE 1746. 153
Et utilitatem gentis.
Une Arme avec cette infcription :
Res maritimas providentiffimè compofuit.
Le bas de l'Eglife eft terminé dans fa largeur
par une tribune qui fert de Choeur aux
Moines , & forme un cintre qu'on avoit
auffi tendu & décoré de trois grandes Armes
dont celle du milieu un peu plus haute
que les autres , repréfentoit les Armes
de feue Madame la Dauphine Infante d'Efpagne
, dont la perte a ſuivi de fi près celle
du Roifon pere. Cet ecuffon avoit ces deux
Vers pour inſcription :
Heu!favâ cum falce Patrem Natamque fecat mors !
Amba quanta trahunt merito fufpiria gentes!
DESCRIPTION DU CATAFALQUE.
Sur une baſe en marbre noir de 2 1 pieds
en quarré & de 5 pieds de haut , dont les
moulures étoient dorées , & qu'on avoit ornée
d'Armes & de cartouches en reliefs avec
les attributs de la mort , s'élevoient huit
colonnes ioniques de marbre blanc hautes
de 17 pieds & demi , y compris les bafes
& les chapiteaux de bronze doré , & les
piédeſtaux de marbre noir enbordurés de
blanc. Ces colonnes portoient un corps
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
d'Architecture de forme octogone . L'architrave
étoit de marbre noir , la frife & la
corniche de marbre blanc , décorées de feftons
noirs attachés avec des rubans d'or &
garnis de franges . Ce corps étoit terminé
par un dôme furmonté de deux globes qui
avoient au- deffus une couronne d'or , le
tout ayant depuis le fol jufqu'au haut de
la couronne , 37 pieds & demi de hauteur ,
le plafond de la coupole du chevet de l'Eglife
n'ayant pas permis qu'on lui en donnât
davantage. Sur le pourtour de cette bafo
de marbre noir régnoit une balustrade de
marbre blanc haute de deux pieds & demi ,
qui portoit des bobêches ornées de feuillages
dorés , defquelles fortoient 84 grands
flambeaux de cire blanche de 8 & 4 livres ,
& fur trois gradins de marbre noir ſemés
de fleurs de Lys , de tours & de lions d'or
pofés autour du dôme étoient rangés 120
flambeaux de deux livres difpofés de façon
qu'ils laiffoient voir à découvert les
globes & la couronne. En dedans de la ba
luftrade étoient placées aux quatre coins
quatre ftatues de marbre blanc de fix pieds,
repréſentans en pleurs la Religion , la Ju
ftice , la Valeur & la Prudence , chacune
fur un piédeſtal.
Le ciel du Catafalque étoit noir avec des
Armes brodées au milieu ; lerefte du fond
DECEMBRE 1746. ISS
toit femé de tours , de lions , de fleurs ;
de Lys d'or, & terminé
par des pentes ornées
de galons .
Sous ce ciel on avoit élevé une eftrade
de 3 degrés fort hauts , garnis de noir , relevés
de fleurs de Lys , de tours & de lions
d'or , & la face principale étoit ornée d'un
trophée furmonté d'une tête de mort couronnée
de laurier d'or ; ces degrés étoient
garnis de 120 chandeliers d'argent. Au-deffus
de cette eftrade étoit placée la repré- ,
ſentation couverte d'un poële de velours
noir avec une croix de toile d'or, quatre Ar- ,
mes brodées aux côtes & de gros glands d'or
aux quatre coins. La couronne & le fceptre :
étoient pofés fur deux couffins de velours
noir , galonnés d'or & garnis de leurs
glands.
L'Eglife avoit quatre rangs de bancs à dos
des deux côtés ; ils s'étendoient depuis
l'Autel jufqu'au bas de la nef , qui étoit
fermée par quatre autres rangs , le tout
couvert de noir , ainfi que le parquet où
fe placerent les principales Dames de la.
Ville.
L'Eglife Cathédrale & le corps de Ville ,
devant lefquels la Nation n'a pas cru devoir
faire fon ſervice , ayant fixé le leur au
Jeudi & Vendredi fix & fept Octobre , les
François avoient déterminé leur cérémonie
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
pour les Mercredi douze & Jeudi treize ,
mais la proclamation du Roi Ferdinand devant
fe faire au Port Sainte Marie le 12 ,
& les Fêtes qui fe donnoient à ce ſujet durer
jufqu'au 17 , on ne crut pas convenable
qu'il y eut en même tems dans ces deux
Villes fi voifines deux cérémonies fi differentes
; enforte que le fervice des François
fut fixé de concert avec M. l'Evêque &
M. le Gouverneur de Cadix au Mardi 18 ,
& Mercredi 19 Octobre.
&
Le 18 à midi la Cathédrale commença
à fonner , ainfi que toutes les Paroiffes &
Convents de Cadix ; le vaiffeau du Roi
le S. Michel tira 21 coups de canon ,
ayant traversé ſes vergues & mis fa flamine
& fon pavillon à mi-maft , ainfi que tous
les autres Bâtimens François , il continua
de tirer de quart d'heure en quart d'heure
jufqu'au lendemain à midi , qu'il fit une
autre décharge de 21 coups de canon ,
enforte que pendant 24 heures le bruit
du canon & le fon de toutes les cloches fe
font fait entendre alternativement. A cinq
heures du foir les Vigiles furent chantées
par la Mufique de la Cathédrale accompagnée
de plufieurs autres voix & d'une
nombreuſe fymphonie.
Le 19 dès cinq heures du matin les Communautés
de la Ville vinrent chanter leurs -
DECEMBRE 1746. 157″
Vigiles & célébrer leur fervice aux Autels
des Chapelles des bas côtés de l'Eglife de
S. François , & le Clergé de toutes les Pa ..
roiffes à la Chapelle de Lorette , qui eſt
une Eglife féparée dans la cour du Convent
.
A9 heures du matin tous ces Offices
étant finis , M. l'Evêque , M. le Gouverneur
& tous les autres Chefs du pays , tant
Eccléfiaftiques que Militaires & Civils , s'étant
rendus à S. François , la grande Meſſe
fut chantée par la même Mufique , & l' ()-
raifon Funébre prononcée par le R. P. Jean >
del Pino , qui paffe pour un des meilleurs
Prédicateurs de l'Ordre , & qu'on avoit fait
venir exprès de Séville. Il termina fon difcours
par les nouveaux regrets que caufoit
aux deux Nations la perte qu'elles venoient
de faire en la perfonne de Madame
la Dauphine , après quoi il s'étendit fur les
motifs de confolation qu'elles avoient lieu ,
de trouver dans les grandes efpérances que
donnoient les vertus du nouveau Roi Ferdinand
,
Mrs. l'Evêque , le Lieutenant Général
Ladron , de Guevara , Gouverneur de la
Place , de Vicaria autre Lieutenant Général
, le Commandeur de Liano , Chef d'Efcadre
, Commandant la Marine , avec tous
les Officiers du Corps , de Salas , Maréchal
7
1
18 MERCURE DE FRANCE .
de Camp & Directeur Général des Forti
fications de la Province , le Commandant
de l'Artillerie , tous les Colonels avec leurs
Officiers , de Varas , Camariſte du Conſeil
des Indes , les Dignités & le Chapitre de
la Cathédrale , les Prieurs des Maiſons Religieufes
, le Corps de Ville , les Oidores de
la Contractation , les autres Chefs du pays,
tant Eccléfiaftiques que Militaires & Civils
, les perfonnes titrées & autres de quelque
confidération , qu'on avoit invitées au
nombre de plus de 500 , ont affifté à ces
cérémonies , ainfi que toute la Nation .
Il y a eu de plus un concours extraordinaire
de peuple répandu dans le bas de
l'Eglife , qu'on avoit féparé par une forte
barriere à hauteur d'appui , dans les Chapelles
collatérales & dans la cour , qui étoit
couverte d'une voile , les portes de l'Eglife®
ayant été laiffées ouvertes pour la fatisfaétion
du peuple.
La décoration du Catafalque & celle de
I'Eglife ont paru avoir l'approbation géné
rale , ainfi que le bon ordre qui a régné
pendant la cérémonie , par les précautions
qu'on avoit prifes de placer , tant dans l'Eglife
que dans la cour , trente Grenadiers
du Régiment de Naples , que le Colonel
Marquis de Pignatelli avoit mis aux ordres
du Conful , & le tout a fait beaucoup .
DECEMBRE 1746.
'd'honneur au zéle de la Nation &. de fes
Chefs.
On a dû expliquer l'Enigme & les Lo
gogryphes du premier Volume de Decem
bre par la lettre C , Figure & Seringue . On
trouve dans le premier Logogryphe figue,
re, fi, lf. Dans le fecond reins , ferin
gefne , vere , nuée, ire , finge , négre , vin
vigne , fené , ris , fi , Seguier , grue , verges ,
ferge ,firene , vire , Vrie , rien , fein & Nerie
ENIGME
Par M. Desforges Maillard , Affocié de
L'Académie des Belles Lettres de la Rochelle,
A
MI, je vais partir & m'éloigner de toi
Accablé de chagrins, je m'évite moi-même;
Je ne fçais où je fuis , je me cache d'effroi ;
Ecoute mes malheurs , plains mon fort , & conçoi
Combien fa rigueur eft extrême.
On me chaffe , & pour fuir on m'a défendu même
De monterfur mon palefroi.
Dans la France honoré du droit de bourgeoifie
160 MERCURE DE FRANCE.
Faidois , digne affeffeur , à publier fa loi
Jufqu'à ce que par
ce que par fantaifie ,
De fubtils novateurs une troupe
choifie ,
Affurant qu'il falloit que je fuffe fans foi ,
S'efforça de concert de me priver d'emploi ;
Quoiqu'exempt jufqu'alors duifon de l'envie ,`
F'euffe toujours fervi Garde du Corps du Roi ,
On-m'arracha de l'Abbaie
Où j'étois impatronifé.
ap.
Que de durs traitemens ! je fus martiriſé ;
On me rendit aveugle , & je perdis l'ouïe.
Cela fondé fur quoi ? fur une rêverie ;
Pavois eu , difoit-on , commerce avec Lais ,
Et j'étois né dans fon Païs,
Quelques fains Docteurs s'infcrivirent
Contre l'affreux projet de mon banniſſement
Et par bonnes raifons devant tous établirent
Quebien qu'on convint franchement
Que je fuffe anciennement
Venu d'ailleurs dans le Royaume ,
Ce défaut étoit réparé
Par mon long domicile étant régéneré ;
?
Qu'on pouvoit dans le Code en trouver l'axiome,
En effet pouvoit-on nier la vérité
Des Lettres que j'avois de naturalité a
DECEMBRE 1746. 161
Des hardis Novateurs la cohorte ennemie
Leur répondit avec furie ,
Tolle , prefto , tolle , puifqu'on ne peut enfin
Le fupporter en Italie ,
Tolle , fans aller au fcrutin .
Le résultat pourtant de leur ergoterie
Fut de me voir banni tout enfemble & fouffert ,
Mais pourvu qu'il me plût d'aller fans compagnie.
Un Jefuite fçavant, Traducteur qui fe perd
Dans fon fiftême fur Horace,
Avec fes partifans voulut
Qu'enfuite au lieu d'un Subftitut
Doublement acrêté qu'on mettoit en ma place ,
On en mit par tout deux dont chacun eût été
De fon panache noir fimplement furmonté.
Bifarre invention d'un bel efprit qui s'aime ,
Qui rend un objet louche en croyant l'embellir !
Tel eft l'effort de l'Art qui revient fur lui- même,
De gâter quelquefois à force de polir .
Orgueil qu'enfante la ſcience !
Erreur que produit la licence !
Pourquoi multiplier de fon autorité
Les êtres fans néceffité ,
Et faire vainement une double dépenfe
Mais de ma trifte expulfion,
162 MERCURE DE FRANCE:
Ou fi l'on veut , raréfication ,
On raconte tout bas une caufe fecrette ;
Je m'offrois trop fouvent aux regards des jaloux →
J'allarmois les Maris , j'excitois leur courroux,
.J'étois une horrible Comète ,
Qui rappelloit en eux la crainte & le foupçon
Fant que livré dans l'ame à leur rage inquiete
Ils m'appelloient tête de limaçon .
Un Sage toutefois , dont Samos fe renomme
Et dont chacun connoît le fçavoir étendu ,
Dans fes écrits fameux a jadís prétendu
Quejefçavois montrer à l'homme
A faire un jufte choix , en fuivant d'un côté
L'étroit fentier de la fageffe ,
Laiffant à gauche , avec viteffe ,
Le chemin de la volupté.
Jerends les bras au Ciel, pourdemander vengeance
De l'injure & du tort que me fait dans la France
La captieufe nouveauté.
Louis , le Grand Louis , avec plus d'équité
Apprécia mon vieux ufage ,
En difant à d'Ozier qui vint lui préſenter
La Dédicace d'un Ouvrage ,
Rendez à votre Roi ce qu'on lui veut ôter.
DECEMBRE 1746. 163
LOGOGRYPHE
TRois Lettres compofent mon nomr ?
T Accordez fur mon compte Horace & le Gafcon ,
Objet d'horreur pour l'un , pour l'autre j'ai des
charmes.
Tournez-moi fans deffus deffous,
Les beaux yeux de ma foeur m'ont fait verfer des
larmes,
Et je n'en devins pas plus chere à mon Epoux,
Faites marcher ma queue en avant , ma nature
Me rend exempt de la tonfure
Mais non de la fraternité.
Si ma queue & mon coeur changent entr'eux de
place ,
Chés un grand peuple reſpecté ,
Et chés fés voifins déteſté ,
L'un me fait trop d'injure , & l'autre trop de grace,
Coupez ma queue ; ah ! j'ai pensé crier ,
Et vous dire mon nom . Lecteur fans me la
rendre ,
Retournez-moi ; vous feriez-vous prier
S'il vous arrivoit de m'entendre
164 MERCURE DE FRANCE:
Prononcer d'un ton un peu tendre
Par une Allemande aux yeux doux ?
Otez-mon coeur , jefuis Arabe ,
Mais ne fortons pas de chés nous ;.
1
A plus d'un mot François je prête une ſyllabe
Celebre chés les faifeurs d'or.
:
Renverfez -la je chante ou je deviens femelle
Je nefuis pas lui , je fuis elle ,
Otez mon chef, il refte encor.
аника
ertivas ne
LIST OM
DECEMBRE 1746. 16 $
N kot kX ÷ kikiki
SPECTACLES.
'Académie Royale de Mufique repréſente tou-
L'Ajours avec un faccès égal la Tragédie de Perfée ,
qui occupe agréablement les auditeurs par un décail
intereffant & par un fpectacle varié . On eſt toujours
charmé quand on revoit l'aimable Medufe ,
& fes ferpens font accompagnés de tant de charmes
que fa tête infpire plus de plaifir que
d'effroi .
-On continue les Jeudis le Ballet des Amours des
Dieux , & plus on l'entend , plus on regrette fon
charmant Compofiteur qui ne doit pas la réputation
à des chants hétéroclites & à des diffonances
bizarrement placées ; la nature conduifoit les ouwrages
& l'art les embelliffoit feulement. Il ne les
barbouilloir jamais. On est toujours très - fatisfait
de revoir l'aimable petite Puvignée dans l'acte de
Coronis , & Apollon y remue les coeurs comme
dans la Tragédie la plus touchante .
Le Lundi 26 Decembre on a donné pour la Capitation
le charmant Zelindor & la Provençale , avec
le Prologue & l'acte du Bal des amufantes Fêtes de
Thalie.
Le Concert du Château des Thuilleries a débuté le
Dimanche 25 Decembre par Cantate Domino canticum
novum , Motet à grand choeur de M. de la
Lande ; Mile Romainville en a chanté le premier
récit , & Mlle Chevalier a chanté le grand récit .
Viderunt. Ce Motet a été couronné par le Gloria
Patri du Dixit du même Auteur , chanté par M. Poirier.
Ces morceaux & leur parfaite exécution ont
été également applaudis.
La fymphonie excellente de ce beau Concert a
donné une fuite de Noëls , airs anciens qui plaifen
166 MERCURE DE FRANCE.
Toujours aux ceilles fenfibles aux agrémens fimples
de la nature , & qui ne font point efclaves du
préjugé dominant. La mode contrarie quelquefois
la verité , mais elle ne la proferit jamais . On en
pourroit citer plus d'un exemple dans plus d'un
genre . On pourra fe dégoûter du charivari des So
nates , on aimera toujours les jolis Vaudevilles & les
gracieufes Brunettes.
Un ouvrage fingulier & inattendu a furpris &
charmé l'Auditoire ; c'est l'Ode à la Fortune de
M. Rouleau , miſe en Mufique par M. Royer Auteur
du galant Opera de Zaide , & qui a l'honneur
d'enfeigner la Mufiqué aux Enfans de France. C'eft
M. Benoît Penfionnaire du Roi qui a chanté cette
Ode avec le goût qu'on lui connoît.
Enfuite le celebre M. de Mondonville a joué feul &
a terminé le Concert par le Dominus regnavit , Motet
à grand Choeur , toujours écouté avec la même
attention & le même applaudiffement. Mlle Fel &
M. l'Abbé Malines ont auffi chanté ; on ſe doute
bien qu'ils ont plû.
CONCERTS DE LA COUR.
Le Lundi 28 Novembre on chanta chés la Reine
le cinquiéme Acte du Ballet des Sens de M. Mouret,
dont les paroles font de M. Roy Chevalier de Saint
Michel. Les rolles ont été diftribués à Miles Mathieu
, Fel , Defchamps & Lener , & à Mrs Benoît
& Poirier.
Le Mardi 29 les Comédiens François ont joué
l'Ecole des Femmes & l'Avocat Patelin : l'aimable &
jeune Melanie nouvelle Actrice remplit parfaitement
le rolle d'Agnès .
Le Jeudi premier Decembre les mêmes Comé
diens ont repréfenté Britannicus & les Précieuſes
Ridicules.
DECEMBRE 1746. 167
a
Le Samedi 3 Decembre le Concert de la Reine
été occupé par la Tragédie de . Scanderberg. Les pa™
roles font de M. de la Motte ; la Mufique de Mrs Rebel
& Francoeur Sur- Intendans de la Mufique du
Roi , & Infpecteurs de l'Académie Royale de Mufique.
Les rolles ont été donnés à Miles Mathieu ,
Fel , Romainville , Lalande & Godonefche , & à
Mrs Jeliore , Poirier , Benoît & la Garde.
Le Mardi les Comédiens François jouerent la Sur
prife de l'Amour de M. de Marivaux de l'Académie
Françoife , & les Fourberies de Scapin.
Le Mercredi 7 les Italiens donnerent la Dame
invifible , fuivie d'un joli Ballet .
Le Lundi 12 & le Samedi 17 Decembre on exécuta
le Ballet des Amours des Dieux , que l'Opera
repréfente les Jeudis . Les paroles font de M. Fuzelier
l'un des Auteurs du Mercure de France , & la
Mufique de M. Mouret. Les rolles furent chantés
par Miles Chevalier & Fel , & par Mrs. Jeliote ,
Benoît & le Page.
Le Mardi 13 les François jouerent l'Ecole des
Maris , & le Medecim malgré lai , Comedies du Plaute
& du Terence moderne , & le Mardi 14 les Italiens
jeuerent Arlequin cru Prince , fuivi d'un Ballet.
Le Lundi 19 le Concert de la Reine fut rempli
par le Sylphe ; les paroles font de M. Moncrif,
Lecteur de la Reine , & l'un des Quarante de l'Académie
Françoife , la Mufique des Auteurs de
Scanderberg. On y a entendu avec plaifir Mlles
Chevalier & Fel & Mrs Jeliote & la Garde.
Le Mardi 20 les François jouerent Heraclius &
Colin-Maillard.
Les mêmes Comédiens continuent à Paris les
nombreufes repréſentations de Venife fauvée , &
l'ont donné à Verſailles , où la Cour en a jugé
comme la Ville. Nous attendons l'impreſſion pour
en donner un extrait.
168 MERCURE DE FRANCE ,
J
La Comédie Italienne donne toujours le Prince
de Salerne la conftance de ce fuccès prouve l'agré
ment du fpectacle bien imaginé & bien exécuté ,
& le merite du Ballet Pittorefque . Ce goût ingenieux
n'ira- t’il jamais plus loin ?
XXXX hot xxX + X + koXXXXXXX
JOURNAL DE LA COUR
DE PARIS , &c.
E onze de ce mois troifiéme Dimanche de
Chapelle du Château la Meile chantée par la Mufique
. L'après midi la Reine accompagnée de Madame
Adélaide affifta à la Prédication du Pere
Imbert Théatin.
Le Roi a choifi pour former la Maiſon de Mada
me la Dauphine les mêmes perfonnes qui l'avoient
été pour remplir les charges de celle de feue Madame
la Dauphine , & les Dames nommées pour
accompagner cette Princeffe ont été confervées
dans leurs places .
L'ancien Evêque de Mirepoix , Premier Aumônier
de Madame la Dauphine , ayant fupplié le
Roi de lui permettre de le démettre de cette Charge,
S. M. ena difpofé en faveur de l Evêque de Bayeux.
L'efcadre du Roi que commandoit le Duc d'Enville
eft rentrée dans les Ports de ce Royaume. Elle
avoit été féparée plufieurs fois par divers coups de
Tent, & il y a encore quelques- uns des bâtimens
de tranfport dont on attend le retour.
Le 18 de ce mois quatriéme Dimanche de l'Avent
le Roi & la keine entendirent dans la Chapelle du
Châtea
DECEMBRE 1746. 169
uG- Château de Versailles la effe chantée par la
que , & l'après midi le Roi accompagné de eldasde
France affiita à la Prédication du Pere Imbert
, Théatin .
mes,
SERVICE DE MADAME LA DAUPHINE.
Le 24 du mois dernier on célébra dans l'Eglife
Metropolitaine de cette - Ville un Service folemnel
pour le repos de l'ame de Madame la Dauphine.
On avoit élevé au milieu du Choeur un Catafalque
, lequel étoit éclairé par un grand nombre de
lumieres , ainfi que l'Eglife , dans laquelle on avoit
formé une Décoration funebre & magnifique.
Lorfque Meldames , Filles du Roi , & la Ducheffe
de Chartres , Princelles du deuil ; le Duc de
Chartres , le Comte de Clermont & le Comte de
la Marche , qui devoient conduire les Princeffes
à l'Offrande , eurent pris leurs places , l'Archevêque
de Paris celebra pontificalement la Meffe . A
l'Offertoire , & après les révérences faites par le
Marquis de Dreux , Grand Maistre des Ceremonies
, & par M. de Giffeux , Maître des Ceremonies
en furvivance de M. Delgranges , les Princelles
allerent à l'Offrande. Madame y fut menée par le
Duc de Chartres , la queue de fa Mante étant
portée par le Marquis de Meuze Choifeul , par le
Marquis de Montmorin & par le Comte de Jonfac.
Madame Adelaide y fut menée par le Comte de Clermont
, & la queue de fa Mante fut portée par le
Marquis de Clermont d'Amboife , par le Comte de
la Marck & par le Comte de Beuvron. La Duchelle
de Chartres fut conduite par le Comte de la Marche ,
la queue de fa Mante étant portée par le Marquis de
Montauban & par le Chevalier de Pons. Après cette
seremonie , l'Evêque du Puy prononça , l'Oraiſon
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Funebre , & la Meffe étant finie , l'Archevêque de
Paris fit les Abfoutes avec les ceremonies ordinaires
Plufieurs Archevêques & Evêques , le Parlement ,
la Chambre des Comptes , la Cour des Aydes ,
l'Univerfité & le Corps de Ville , qui avoient été
invités de la part du Roi à ce Service , y affifterent ,
ainfi que la Maifon de feue Madame la Dauphine ,
& fes Dames.
Deſcription du Catafalque.
On avoit pratiqué dans la Nef de l'Egliſe une
enceinte en forme de choeur à commencer depuis
la Croisée de l'Egliſe juſqu'au bas , en reſervant feulement
une portion de ce lieu pour avant- choeur ,
cet interieur étoit diftribué en plufieurs Arcades de
chaque côté , dans lesquelles on avoit formé des
Galeries pour placer les perfonnes invités , tout ce
qui décoroit l'édifice de ce grand lieu étoit com→
pofé d'une architecture male regnant par - tour
également , toutes ces parties étoient exécutées de
differens marbres , dorures , armoiries , candelabre
hermines , lez de velours , & tous autres ornemen
convenables à cette ceremonie.
>
Au fond du choeur étoit conftruit un Aut :!
auffi remarquable par la nobleſſe & la fimplicité dé
fa compofition que par le goût de fon exécution ;
les colonnes étoient portor avec bazes & chapiteaux
dorés , l'architecture de marbre blanc ,
les panneaux de vert d'Egypte ; on voyoit au milie
une grande gloire en relief& dorée , accompagnée
de groupes de Cherubins , & de nuées répandues
le haut de cet Autel étoit terminé par un riche dais
de velours noir avec armoiries & compartimens de
muere & galons d'argent .
Le Catafalque qui étoit placé au bas du choeur
certaine diſtance de l'entrée formoit une élévation
DECEMBRE 1746. 171
dans tout fon enſemble d'environ quarante pieds de
haut , élevé fur une efirade à cinq degrés , l'idée
generale de ce morceau pouvoit représenter un
caveau taillé & pratiqué dans le marbre do t
l'exterieur étoit extrêmement orné d'architecrure
avec enroulleinens , corps , arriere-coips ,
confolles , ainfi que dans l'interieur , le tout enrichi
de bronze & dorures , & ouvert par
quatre endroits en forme d'arcades par lefquelles
l'on découvroit dans ce même interieur un
groupe ifolé de marbre blanc composé de deux
figures de fix pieds de hauteur repréſentant la
France & l'Espagne , fe tenans par la main & exprimans
par leurs attitudes la mutuelle douleur de
la perte de la Princefle, elles étoient appuyées fur
une grande urne fepulcrale d'sgathe ; au bas de la
figure de la France étoit un genie tenant l'écuffon
des Armes de ce Royaume, au côté oppofé on voyoit
le lion qui fait les armes de l'Espagne.
Sur les quatre angles étoient de grandes piramides
triangulaires de marbre bleu turquin élevé fur des
piédeltaux. Aux bazes de ces piramides l'on avoit
placé des lampes fepulcrales en bronze antique qui
portoient beaucoup de lumieres , vers leur milieu
fur les faces des groupes d'enfans tenans des écuffons
où étoient des attributs defignans diffrentes
vertus , fur les côtés les chiffres de la Princeffe avec
des couronnes , ces piramides étoient terminées
par
des vafes portans nombre de lumieres , au haut
de l'édifice fur les faces l'on avoit placé en ronde
boffe quatre figures d'hommes drapées en marbre
blanc tenans des fallots à l'antique , entre ces figures
s'élevoit un Socle qui portoit le Tombeau fur lequel
étoit la repréſentation , le poèle de la couronne , le
manteau royal , le tout furmonté d'un grand pavillon
fufpendu & retrouffé avec des noeuds , des cordons
& des glands. Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Aux faces fur les dégrés de l'eftrade étoient des
figures de fix pieds de proportion en bronze antique
repréfentans des vertus.
-Tout ce lieu étoit richement décoré par la diftribution
des lumieres placées avec ſymerrie & avec
abondance ce qui a produit un coup d'oeil trèsmagnifique.
Cette pompe funebre a été ordonnée par M. le
Due d'Aumont Pair de France Premier Gentilhomme
de la Chambre , conduite par M. de Cindré Intendant
& Controlleur General des menus plaifirs
& affaires de la Chambre de fa Majefté, executée par
les Geurs Slodtz Sculpteurs du Roi.
SERVICE DU ROI D'ESPAGNE.
On fit le 15 de ce mois dans l'Eglife Metropolitaine
de cette Ville un Service folemnel pour le
repos de l'ame de Philippe V , Roi d'Eſpagne . Monfeigneur
le Dauphin , le Duc de Chartres & le
Comte de Clermont , Princes du deuit , ayans pris
leurs places , l'Archevêque de Paris celebra pontificalement
la Meffe. A l'Offertoire , & après les reverences
faites par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Ceremonies , & par M. Defgranges ,
Maître des Ceremonies , Monfeigneur le Dauphin
alla à l'Offrande avec le Duc de Chartres & le Comte
de Clermont. La queue du manteau de Monſeigneur
le Dauphin fut portée par le Duc d'Aumont ,
le Duc de Gefvres & le Duc de Fleury , Premiers
Gentils-hommes de la Chambre du Roi ; celle du
manteau du Duc de Chartres par le Comte de la
Chaux Montauban & par le Chevalier de Pons , &
celle du manteau du Comte de Clermont par le
Marquis de Polignac & parle Chevalier de Monlezun
. Après cette ceremonie , l'Evêque de Sifteron
DECEMBRE 1746. 173
prononça l'Oraifon funebre, & la Meffe étant finie ,
' Archevêque de Paris fit les Abfoutes avec les ceremonies
ordinaires . Plufieurs Archevêques & Evêques
affifterent à ce Service , ainfi que le Parlement
la Chambre des Comptes , la Cour des Aydes , l'Univerfité
& le Corps de Ville , qui y avoient été invités
de la part du Roi . Ce Service a été celebré avec le
plus grand appareil , & l'on avoit élevé dans l'Eglife
un Catafalque extrêmement magnifique , dont
voici la defcription :
L'entrée de la nef pour aller au choeur étoit décorée
par un portique d'ordre dorique avec des co .
lomnes , piédeftaux & corniches , le tout en relief
& furmonté d'une figure en marbre blanc de
ronde boffe reprefentant le tems avec la faulx , aux
pieds duquel étoient répandus des fceptres , des
couronnes, des thiares , des cafqucs , des houletres ,
& autres inftrumens defignans toutes fortes d'états ;
fur la corniche & au bas des colomnes il y avoit de
grands trophées d'armes à la Romaine en bronze
doré , entre les colomnes fur des cartouches adaptés
aux piédeftaux étoient de fortes urnes à l'antique
& fumantes , les architectures de cette entrée étoient
en marbre blanc veiné , en brêche verte & autres ,
les côtés de cette nef étoient ornés de trois lez de
velours , grandes & petites armoiries , chiffres, & de
plufieurs groupes de lumieres .
En entrant dans le choeur le prefentoit le Catafalque
, formant une rotonde d'architecture ruftique
en marbre bleu turquin,élevé fur plan ovale &
fur une eftrade à fix degrés , l'interieur de cette
rotonde formoit une chambre ardente decorée de
rideaux & d'étoffes fond noir avec une broderie en
or & en argent fenée de larmes . dans le milieu
étoit élevé fur des confolles le tombeau & la hecti-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE
que couverts du poële & du manteau royal ; au pied
de ce tombeau étoient couchés & abatus des lions
fur les côtés de grands trophées d'armes compofés
de cuiraffes , cafques & autres attributs.
Au haut des faces de la rotonde partant de l'interieur
& en retrouffant les rideaux fortoient des rénommées
en bronze , dont l'attitude ſembloit
exprimer qu'elles alloient annoncer aux quatre parties
du monde la perte du grand Prince dont on
celebroit la pompe funebre , fur la corniche de la rotonde
s'élevoient quatre confolles de marbre ornées
debronze , qui fe reuniffoient pour former un membre
d'architecture qui portoit un globe couronné ,
lequel fervoit d'amortiffement à ce grand édifice ;
fur les enroullemens de cette corniche aux quatre
faces étoient des groupes d'enfans en marbreblanc
nans des medaillons qui renfermoient les chiffres
du Roi.
Aux angles de l'eftrade partant de deflus les piédeftaux
& s'élevant le long des corps de la rotonde
jufqu'à hauteur de corniche , étoient des ciprès en
arbres de bronze doré , produifans nombre de lumieres
; on voyoit aux pieds de ces ciprès des
vertus en marbre blanc , ces figures. ifolées de fix
pieds de proportion repréfentoient la valeur , la
juftice , la prudence & la vertu .
Tout cet édifice étoit exécuté de differens marbres
mêlés de dorure & de bronze antique , enrichis
d'un très- grand nombre de lumieres diftribuées
avec art , ce morceau pouvoit avoir environ quarante-
cinq pieds de haut fur une bafe proportionnée ,
& on a trouvé qu'il étoit d'un goût nouveau en ce
genre.
La décoration du choeur a été des plus magnifiques
, les pilaftres du grand ordre étoient en mar-
-bre portor avec bazes & chapiteaux dorés , au bas
DECEMBRE 1746. 175
de chacun de ces pilaftres étoit un trophée de
guerre en relief & doré , compofé de plufieurs attributs
, comme cuiraffes , corcelets , cafques , boucliers
, maffues , arcs & autres inftrumens tant à la
Romaine qu'à l'Indienne , tous ces trophées étoient
de differentes compofitions , il y en avoit aux pans
coupés de l'Autel & aux parties circulaires du Jubé
de plus forts & de plus caracterisés.
>
Dans les milieux des pilaftres il y avoit de grands
cartouches en relief doré portans des groupes de lumieres
; au haut & fur l'entablement du grand Ordre
à l'aplomb des pilaftres on voyoit de grands
cartels très.enrichis , où étoient défignés les differens
Royaumes & Provinces qui font fous le
pouvoir & la domination de la Monarchie Efpagnole,
avec tous les attributs convenables. Dans les
milieux des arcades que formoient les archivoltes
on avoit placé à l'alternative les armes d'Eſpagne
& les chiffres du Prince au - deffous , au niveau du
premier filet de lumiere au lieu de balustrade fervant
d'appui aux amphitéâtres étoient des porti .
ques dorés, au milieu defquels l'on avoit formé des
groupes de genies reprefentans des vertus , comme
la paix , la clemence , la force , &c. de forte que
les milieux de chaque arcade étoient caracteriſés par
ces nouveaux objets relatifs au Monarque.
On avoit placé dans toute cette decoration trois lez
de velours chargés d'armes , fleurs de lys , de tours
de larmes , & le premier étoit à hauteur de onze à
12 pieds , le fecond.fervoit à faire la frife du grand
Ordre , le troifiéme & le plus élevé fervoit a couronner
l'Attique & étoit relatif à la compofition
generale , & produifoit un nouvel ornement en fuivant
toutes les differentes formes des pilaftres & du
orps de l'Attique.
L'Autel étoit extrêmement riche & exécuté en
H
176 MERCURE DE FRANCE.
differens marbres , les colomnes en vert campan
crnées de dorures , foit en trophées , foit en autres
ornemens. Le tout étoit éclairé d'une trés-grande
quantité de lumieres. Cette decoration a furpaffé de
beaucoup toutes celles que l'on a exécutées precedemment
en de femblables occafions, & a formé un
grand & magnifique fpectacle .
Cette pompe funebre a été ordonnée ainsi que la
Premiere par M. le Duc d'Aumont Pair de France ,
& Premier Gentilhomme de la Chambre , conduite
par M.de Cindré, Intendant & Controlleur General
des monus plaifirs & affaires de la Chambre de Sa
Majefté , & exécutée par les fieurs Slodtz Sculpteurs
du Roi.
********************
LE
PRISES DE VAISSEAUX.
E vaiffeau l'Aimable appartenant à la Compagnie
des Indes s'eft emparé à la côte du Brefil
du Corfaire Anglois le Duc de Bedfort de 22 canons
& de 215 hommes d'équipage .
On mande de Saint Malo que les Capitaines Giraudais
l'aîné & Defchefnais Trehouard Commandans
les Corfaires la Biche & la Marie Magdeleine de
ce Port avoientpris les navires le Renard & le Hume,
de Londres , dont le dernier de 260 tonneaux étoit
chargé de tabac ; la Brigide , de Dublin, de 250 tonneaux
, fur lequel il y avoit du fucre & de la guildive
, & l'Union, de Bedfort , qui a été rançonné
pour 180 livres ſterlings .
Le Corfaire le Facquencourt monté par le Capitaine
Lamer a repris fur le Corfaire Anglois le Cumberland
un navire de Noirmoutier dont la cargaison
confiftoit en bled.
Suivant les avis reçus de Bayonne le Capitaine
DECEMBRE 1745. 177
Coutis qui commande le Corfaire la Thétis de ce
Port y a fait conduire le navire le Goodwin ,
de
Liverpool à bord duquel on a trouvé une grande
quantité de tabac.
On écrit d'Aix du 6 de ce mois que les ennemis
, que la difficulté de fubfifter avoit determinés
à s'éloigner du Var , ayans reçu par Villefranche
les convois qu'ils attendoient de Gênes , fe font
rapprochés de cette riviére , & qu'ils la pafférent la
nuit du 29 au 39 du mois dernier. Ils fe font avancés
jufqu'à la ville de Grace , & moyennant la contribution
qu'elle a confenti de payer , ils n'y ont
caulé aucun dommage , mais ils ont brûlé le bourg
de Saint Laurent , le village de Cagne & un autre
village. On affûre que le Général Browne , qucommande
cette armée , a fait publier , à la réquifition
des differentes Communautés qui ont offert
de fournir tous les bois dont elle auroit befoin , un
Ban portant défenſe à tout foldat , fous peine de
la vie , de couper aucun olivier . L'armée de Sa Majesté
eft campée actuellement près de Tournon
mais on comproit qu'elle marcheroit le 7 du côté
de Draguignan Le Maréchal Duc de Belle- Ifle a
reçu le 12 de ce mois la premiére divifion des nouveaux
renforts qui doivent le joindre . Il eſt arrivé
d'Afrique à Marſeille trente mille facs de grains
pour la fubfiftance des troupes qui font fous les
ordres de ce Général . Les nouvelles de Nice portent
que le Roi de Sardaigne avoit été attaqué de
la petite vérole , mais que l'éruption s'étoit fane
auf heureufement qu'on pouvoit le defirer , &
que ce Prince étoit regardé comme hors de dan
ger.
Les lettres du 12 portoient que l'Infant D.Philippe
eft arrivé à Aix d'Arles avec quelques Officiers
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
Généraux des troupes Efpagnoles , & que l'on y attendoit
le lendemain le Maréchal Duc de Belle - Ifle ,
qui y devoit venir , ainfi que le Marquis de la Mina ,
pour affifter à un Confeil de guerre. Les troupes
Efpagnoles marchent avec diligence , & ſans ſéjourner
, pour joindre l'armée Françoile. La ville
de Vence ayant été taxée par les ennemis à foixante
mille livres de contribution , l'Evêque par une générofité
vraiment digne d'un grand Prélat , s'eft
chargé de payer cette fomme pour les habitans .
כ
3
.
Les lettres du Camp du Luc du 12 portent que
les ennemis ayant fait toutes leurs difpofitions pour
entrer en Provence , fe mirent en mouvement le
30 du mois dernier fur fix colonnes , pour le porter
en- deçà du Var. Celle de la droite , composée
-de dix huit Bataillons Piedmontois , paffa la riviére
au deffus de la Bronne , & trois autres , formées
par l'Infanterie des troupes de la Reine de Hongrie
, pafferent au deffus & au deffous de l'ancien
pont , & le long de la mer. La derniére de ces trois
colonnes étoit flanquée de deux colonnes de Cavalerie
, qui portoit en croupe une partie des troupes
irrégulieres , & la flotte Angloife , poftée en travers
dans l'embouchure du Var , favorifa le débarquement
d'un Corps de Huffards & de Croates .
L'armée du Roi , commandée par le Maréchal Duc
de Belle Ife , laquelle s'étoit retirée à Graffe le 14
du mois dernier , avoit laiffé trois détachemens fur
les bords du Var , & trois Brigades à Villeneuve ,
fous les ordres du Marquis de Mirepoix , difpolées
par échelons pour foutenir ces détachemens . Les
plus grands efforts des ennemis fe tournerent conire
le Pofte de Saint Laurent , occupé par le Matquis
de Langeron , qui eut à foûtenir le feu d'une
batterie de ouze piéces de canon de vingt-quatre
DECEMBRE 1746. 179
livres de balle , & de toute l'artillerie des vaiſſeaux
Anglois. Le Marquis de Langeron n'abandonna ce
Pofte qu'à l'extrémité , & après avoir été fommé
plufieurs fois de fe rendre , & quoiqu'étant pourfuivi
vivement par les ennemis , dont il amena
treize prifonniers , il fe retira en bon ordre , à la
faveur d'un ravin qu'il avoit reconnu . Il trouva à
Cagnes M. de Pereuze , qui y commandoit des Grenadiers
& des Piquets des Brigades de Poitou & de
la Reine , & y ayant tenu ferme pendant plus d'une
heure , ils fe replierent enſemble fur Villeneuve ,
où le Marquis de Mirepoix les attendoit avec ces
deux Brigades. Ce Lieutenant Général leur fit repaffer
la riviére du Loup , & d'une hauteur il obferva
les mouvemens des ennemis jufqu'au foir ,
que ceux ci ayant occupé Cagne , il marcha à Chateauneuf.
S'étant porté le lendemain à la Napoule ,
il y fut joint par la Brigade d'Anjou & par le Régiment
de Dragons de la Reine. Pendant que le
Marquis de Langeron avoit défendu le Pofte de S.
Laurent , M. de Don- Germain de deffus les hauteurs
du Château de la Gaude avoit contenu julqu'à
dix heures du matin la colonne droite des ennemis
, qui avoit paffé le Var à la pointe du jour .
Il s'étoit retiré enfuite fur Saint Jannet , avoit repaffé
la Cagne , & étoit venu , ainfi que M.
Bertelet qui commandoit les Poftes de la Baronne,
rejoindre à Vence le Marquis de Cruffol , qui y étoit
avec la Brigade de la Roche- Aymon . Tous les Poftes
ayant été repliés , l'armée du Roi marcha le
premier de ce mois de Graffe à Tournon , & les
ennemis camperent fur la h uteur du Pilon , endeçà
de Saint Laurent , pour ſe donner le tems de
conftruire leurs ponts . Le lendemain , après avoir
paflé la Cagne , ils firent avancer des Huffards &
des Croates en deçà du Loup. Ils vinrent le 3 cam
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
per au Biot fous Antibes , où , quoique la marche
fut très-courte , ils ne purent à cauſe du mauvais
tems arriver que fort avant dans la nuit , & ils
envoyerent à Graffe dix huit Bataillons . Le 4 plufieurs
détachemens de leur armée commencerent
le blocus de la Ville d'Antibes. Le Corps de troupes
de Sa Majefté , lequel est aux ordres du Marquis
de Mirepoix ; & qui tient la droite de l'armée
du Roi , fe retira le 7 lur Fréjus , & en même tems
l'armée marcha à Saint Pons , fans être inquiétée
par les ennemis , qui ne purent paffer la Ciagne.
Le 8 le Marquis de Mirepoix fit une feconde marche
à Vidauban , laiffant un détachement au Muy ,
& l'armée fe porta à Lorgues derriere l'Argens , tènant
Draguignan à la gauche de cette riviére avec
une tête avancée au delà du Col de Calus . Les troupes
du Roi s'étant repofées le 9 , le Maréchal Duc
de Belle Ifle fe rapprocha te 10 du Corps du Marquis
de Mirepoix , & il fit camper l'armée au Carmet
& au Luc , confervant toujours les mêmes Poftes
en avant. M. de Puifignieux , après avoir relevé
tous les Poftes de la montagne & du haut
Var , s'eft retiré à Caſtelane & à la Pallu , où il couvre
la gauche de l'armée & les défilés le long du Verdon.
Les Eſpagnols fe font avancés à Saint Maximin
, & une tête de leurs troupes a dû arriver le
12 à Brignole.
DECEMBRE 1746. 18t
Jbdbdbdbdbdb Jb Jb Jb Jbst
NOUVELLES ETRANGERES.
TUR QUI E.
Es lettres de Conftantinople marquent que
Les négociations d'accommodement entre le
Grand Seigneur & Thamas Koufi - Kan étoient
prefque entiérement terminées ; que Sa Hauteffe
reconnoiffoit ce Souverain pour légitime Roi de
Perfe , & qu'elle promettoit de ne fournir aucun
fecours contre lui ; que Thamas Koul -Kan s'engageoit
de fon côté à ne former à l'avenir aucune
entreprife , ni à entrer dans aucune alliance préju
diciable aux intérêts de la Porte ; que les limites
des Etats des deux Puiffances demeureroient fur
le même pied qu'elles avoient été réglées pen lant
que la Perfe étoit gouvernée par le Sultan Efchreff ,
& queles Perfans auroient la liberté d'aller en pélerinage
à la Mecque.
POLOGNE.
Nous avons dit dans le dernier Journal que mal
gré les apparences qui fembloient promettre unheureux
fuccès à la Diette générale , cette aſſemblée
s'étoit féparée fans avoir pris aucune résolution . On
mande que le 14 du mois paffé , jour auquel fe tint
la derniere féance , le Roi demeura au Sénat jufqu'à
cing heures du foir , dans l'eſpérance que la Chambre
des Députés des Palatinats pourroit ſe joindre
au Sénat , & qu'il ne retourna au Palais , qu'après
qu'il eut été informé que le Maréchal de la
Diette ayant propofé de lire quelques nouveaux
projets par lefquels il fe fatoit de concilier les elprits
, le plus grand nombre des Députés avoit re182
MERCURE DE FRANCE
fufé de confentir à cette lecture ; que lorfque la nuit
s'étoit approchée , les principaux d'entr'eux s'étoient
levés , alléguans que fuivant leurs conftitutions la
derniére féance devoit finir avant le coucher du Soleil
; que les autres avoient fuivi bientôt cet exemple
, & que le Maréchal de la Diette n'avoit pu les
empêcher de fe retirer. Ce Maréchal , en pronon:
çant le difcours pour la féparation de l'Aflemblée ,
plaignit la Pologne d'être ainfi privée , par les di
vifions d'une partie de la Nobleſſe , des avantages
dont ce Royaume pourroit jouir , & il dit que les
perfonnes qui étoient caufe de ces diffenfions , mériteroient
d'en porter les premiéres la peine. Le
départ du Roi pour Drefde a été fixé au 12 de ce
mois , & il y a lieu de croire qu'il ne fe tiendra
point de Senatus Confilium , ni de Diettes particu
Jiéres des Palatinats , Sa Majesté a accordé la charge
de Grand Tréforier de Lithuanie au Comte de Flemming
, qui payera quatre cent mille florins à fon
prédéceffeur. On a reçu avis de Petersbourg que
I'Impératrice de Ruffie avoit réfolu de fe rendre à
Riga , auffi-tôt qu'on pourroit voyager en traineaux.
Le 10 Novembre cette Princeffe fit l'honneur
au Comte de Rofamowfxy fon graud Veneur,
de fouper chés lui , & ce repas fut fuivi d'un bal
que le grand Duc de Ruffie ouvrit avec la Comteffe
de Rofamowky.
SUEDE.
On a appris par les lettres de Stockolm du 29
du mois dernier les nouvelles fuivantes. Le 26 les
quatre Ordres du Royaume de Suéde s'étant af
femblés en corps , les Députés nommés pour examiner
les Mémoires particuliers , firent leur rapport
, & on lut un projet fur les moyens de perce
voir les impofitions avec plus de facilité & d'une
DECEMBRE 1746.- 183
maniere moins onéreufe au peuple. Les Payfans
dans la même féance renouvellerent leurs inftan
ees , pour que les Sénateurs privés de leurs digni
tés en 1738 , y fuffent rétablis . Quelques jours auparavant
le même Ordre avoit fait fignifier aux
trois autres qu'il ne pouvoit regarder comme valides
les raifons alléguées pour ne point admettre
fes Députés dans le Commité fecret ; que les conjonctures
préfentes étoient de la même importance
que celles des tems précédens , puifqu'il s'agiloit
de prendre des arrangemens propres à maintenis
la tranquillité dans le Royaume , & à prévenir ce
qui pourroit la troubler , qu'ainfi il perfiftoit dans
fa prétention , & qu'il la croyoit entiérement conforme
aux régles de lá prudence & de l'équité. Cette
déclaration embarraſſe les autres Ordres , qui paroiffent
déterminés à ne point accorder aux Payfans
la prérogative que ceux-ci exigent. Le Committé
fecret a tenu déja plufieurs Séances , aufquelles le
-Comte de Teffin , Sénateur & Vice- Préfident de la
Chancellerie , a affifté régulièrement , & dans lequel
on a pris diverfes réfolutions importantes ,
dont les Députés de ce Committé ont rendu
compte au Roi. Les Coléges de la Diette ont
fair une Députation à Sa Majeſté , ainſi qu'au
-Prince & à la Princeffe Royale , pour leur annoncer
que les Etats faifoient préfent de cent mille
écus au Prince Guſtave. M. Jacob Leven de Pleffen
, Confeiller privé & Grand Maréchal de la
Maiſon du Prince Royal , ayant obtenu des Lettres
de Naturaliſation , il a pris féance à la Diette dans
le Collège de la Nobleffe . Le 26 du mois dernier
Te Baron de Korff , Ambaffadeur de l'Impérartice
de Ruffie , remit une lettre de cette Princeffe au
Prince Royal . Les fix Gentilshommes qu'elle a nomnés
pour demeurer auprès de cet Ambaſſadeur ém
184 MERCURE DE FRANCE.
qualité de Gentilshommes d'Ambaffade , font ar
rivés de Petersbourg à Stockolm. Le Baron de Roth
y eft auffi arrivé , pour y réfider avec caractère d'Envoyé
du Roi de Pruffe à la place du Comte de Finckenftein.
Un navire chargé de bled pour cette
ville a fait naufrage depuis peu à quelque di
ftance du Port. Suivant les avis reçus de Petersbourg
on n'y a encore aucunes nouvelles des ga
leres par es derniérement de Cronstadt . L'Impé
ratrice de Rue vient de renouveller l'ordre de ne
point accorder de congé aux Officiers de les troupes
, & elle a mandé au Général Keyth , qui fe difpofoit
à fe rendre à Revel , de ne point partir de
Riga.
ALLE MAGNE.
M. de la Noue , Miniftre du Roi auprès de la
Diette de l'Empire , a fait remettre à tous les Miniftres
, dont cette affemblée eft compofée , un Mémoire
dans lequel il eft dit que c'eſt dans les tems
les plus malheureux d'une guerre générale que
les fentimens réciproques des Princes voifins le
manifeſtent davantage que c'eft auffi dans ces
tems que. l'affection du Roi de France pour les
Princes & Etats de l'Empire s'eft fair principalement
connoître ; que Sa Majefté Très- Chrétienne
a vû avec plaifir le Corps Germanique embraffer
en 1743 le parti de la neutralité , & qu'elle lui a
donné de fréquentes affûrances de la difpofition
dans laquelle elle étoit de prévenir tout ce qui pourroit
y être contraire ; que M. de la Noue a eu
ordre de renouveller au commencement de cette
année les mêmes proteftations , mais que les ennemis
de la France n'ont pas ceflé d'employer des
moyons de toute efpéce , foit en promettant , foit
DECEMBRE 1746. 185
en menaçant & même en ufant de diverſes véxations,
pour engager plufieurs Etats de l'Empi-.
re à offenfer un Monarque , qui fe fait gloire de
vivre avec eux comme leur Allié & comme le garant
de leurs droits les plus précieux ; que la fageffe
de ceux qui gouvernent ces Etats , les a préfervés
de ces piéges , & qu'ils ont perfifté dans
leur louable refolution de demeurer neutres , que
quelques uns même des principaux Souverains
d'Allemagne ont fait à ce fujet des déclarations
expreffes , tant aux Diettes particuliéres des Cercles
qu'à la Diette générale , & que fi d'autres ont mis
leurs troupes en mouvement, on a pu croire qu'ils
s'armoient plutôt contre les violences à craindre ,
au dedans , que par l'apprehenfion d'une Puiffan
ce dont toutes les démarches les invitoient à la
paix & à l'amitié ; que le Roi Très- Chrétien vient
d'envoyer de nouveaux ordres à M. de la Nouë
d'affûrer de la maniére la plus folemnelle l'Em-:
pire en général & les Cercles Antérieurs en parriculier
, que fa Majefté n'a point changé de fentimens
à l'égard du Corps Germanique , qu'elle
défire de pouvoir toujours conferver avec lui une
bonne intelligence , & de le laiffer jouir des douceurs
de la paix , dont il n'a pas tenu à elle que
toute l'Europe ne jouit depuis long- tems ; qu'elle
compte que les Princes & Etats de l'Empire empêcheront
de leur côté les troupes de la Reine de
Hongrie de le prévaloir de la neutralité du territoire
des Cercles , pour former de nouvelles entrepriſes
contre les frontiéres de la France , voifines
du Rhin , & qu'afin de mieux affûrer la tranquillité
de l'Allemagne , elle confent de comprendre
dans la neutralité l'Autriche Antérieure & le
Brifgan ; qu'elle s'attend auffi que la Diette s'expliquera
fur les motifs qui ont déterminé quel186
MERCURE DE FRANCE.
ques Princes & Etats du Corps Germanique à
vouloir affembler une armée de l'Empire , fous
prétexte de pourvoir à la fûreté commune , qui
n'étoit attaquée ni menacée,
Les avis reçus de Berlin portent que M. d'Ammon
, Miniftre du Roi de Pruffe auprès des Erats
Généraux , avoit obtenu une place de Chambellan de
ce Prince.
On mande de Bonn , que l'Electeur de Cologne
avoit reçu Chevalier de l'Ordre Teutonique le,
fils du Comte de Wurmbrand .
On mande de Vienne du 2 de ce mois que
le Gouvernement fait marcher fucceffivement beaucoup
de troupes pour renforcer celles du Comte de
Browne. Il eft arrivé de Londres & de la Haye deux
couriers , des dépêches defquels la Reine de Hon.
grie aparu fort fatisfaite. L'ouverture de l'aſſemblée
des Etats du Royaume de Bohême ſe fit à la fin du,
mois dernier avec les cérémonies ordinaires , &
fa Majefté leur a demandé , outre les deux millions
de florins qu'ils ont coûtume de payer , un fubfide
extraordinaire de fept cent mille florins fix
cent mille pour les troupes de la Reine qui font
en quartier dans ce Royaume , & vingt mille pour
la réparation des fortifications de quelques Places.
Ils feront obligés auffi de fournir un certain nom
bre de foldats de recrues & douze cent chevaux
de remonte , & on les chargera du payement des
appointemens des Officiers des Tribunaux .
ز
On mande de Duffeldorp du io de ce mois que
la Princeffe de deux Ponts parut public le 2 de
ce mois pour la premiére fois depuis fes couches,
Trois cent hommes ont été détachés de la garnifon
de cette ville , fous les ordres d'un Lieutenant
Colonel , pour aller à Opladen , afin de prévenir
les défordres que les troupes étrangeres pourroient
DECEMBRE 1746. $187
commettre. Le Prince Georges de Heffe Darmftade
a été nommé Major Général par le Cercle du
haut Rhin. Selon les nouvelles de Ratifbonne , la
Cour de Vienne , à la follicitation du Roi de la
Grande - Bretagne , a pris enfin la réſolution de
procurer au Roi de Pruffe la garantie du Corps
Germanique pour le Duché de Siléfie & pour le
Comté de Glatz , & le Grand Duc de Toſcane
doit envoyer à la Diette de l'Empire un decret de
commiffion à ce sujet.
Les lettres de Hanover marquent qu'on y attend
des Pays- Bas les Régimens de Maydel & de Boëfelager
, qui ayant été prefque entiérement détruits à la
Bataille de Raucoux , ne font pas en état de faire
la prochaine campagne.
On mande de Drefde que le Roi & la Reine de
Pologne Electeur & Electrice de Saxe y feront de retour
de Warfovie le 17 .
ESPAGNE.
Suivant les avis reçus de Galice , l'Armateur Don
Barthelemy de Mendivil a pris à cent cinquante
lieues du Cap Lezard après un long combat le vaif
feauAnglois le Bedford , de vingt canons , commandé
par le Capitaine Richard Draper . Ce bâtiment ,
qui étoit chargé de quatre cent foixante & cing
sonnes de fucre , de cent foixante facs de gingembre
; & de plufieurs barriques d'eau de vie , a été
conduit au Port de la Corogne. Dona Emanuelle
de Solar Martel Grimaldi , époufe du Marquis de
Pennafuente , mourut à Madrid le 20 Novembre
âgée de foixante & fix ans. Don Raymond
Fernand de Velafco y Pimentel , Marquis de
Frefno , eft mort le 8 dans la vingtième année de
fon âge. On écrit de Lisbonne que le Duc de
188 MERCURE DE FRANCE.
1
·
Soro Mayor , Ambaffadeur du Roi auprès du Roi
de Portugal , avoit de fréquentes conférences avec
le Cardinal de Motta & avec les autres Miniftres
de fa Majefté Portugaife. Il eſt arrivé dans la rade
de Liſbonne un vaiffeau de guerre du Roi de Portugal
, qui revient de Rio de Janeiro , & qui a rapporté
une fomme confidérable en cruzades . Le
vaiffeau de guerre Hollandois le Maarffen , commandé
par le Capitaine Bolt , eft entré dans la
même rade , d'où il devoit remettre inceffamment
à la voile pour la Méditerannée.
GENES.
L'efpérance qué le Gouvernement avoit d'obte
tenir une diminution d'un tiers fur les contributions
exigées par la Cour de Vienne , a été trompée,
& la Reine de Hongrie perfiftant à vouloir que la République
paye trois millions de Genuines , le Gouvernement
, qui ne peut autrement fatisfaire cette
Princeffe , a réfolu d'employer à cet ufage les
efpeces qu'on avoit frappées à la monnoye pour
acquitter les billers de la Banque de Saint Geotges.
Indépendamment de la néceffité de faire remettre
à Vienne des fommes fi confidérables , on
eft obligé de fournir cent mille livres par mois pour
les cinq mille hommes de troupes Allemandes ,
qui font reftés dans ce pays , & la plus grande partie
des fufiftances néceffaires pour l'armée qui s'eft .
avancée vers la Provence fous les ordres du Comte
de Browne. Le 26 du mois dernier le Marquis
de Botta s'empara à main armée du Fort de Saint
Benigne , fitué fur une hauteur près de cette ville
à côté du Fanal , & il y a mis une nombreuſe garnifon.
Paroiffant craindre quelque entreprise de la
part du peuple , il a renforcé confidérablement les
DECEMBRE 1746. 185
Corps de Garde qu'il a pofés aux portes de cette
ville , & il a obligé la République d'envoyer fes
principaux Officiers lui prêter ferment de n'agir
ni directement ni indirectement contre les inté
rers de la Reine de Hongrie. La ville & la citadelle
de Tortone , après avoir foûtenu un blocus
de plus de trois mois , a capitulé. La garnifon
réduite à moins de trois mille hommes
en eft fortie avec les honneurs de la guerre ,
à condition de ne point fervir d'un an contre
la Reine de Hongrie ni contre les Alliés de
cette Princelle . Les troupes Piémontoiles , qui
ont formé le fiége de la Citadelle de Savone , fe
préparent à l'attaquer avec cinquante piéces de
canon & vingt - quatre mortiers. Deux barques
ont encore depuis peu trouvé le moyen d'introduire
des foldats & des canoniers avec des vivres
& des munitions de guerre dans certe Fortereffe.
,
On mande de Marfeille qu'il y étoit arrivé un
navire , par lequel on avoit reçu de Génes les
nouvelles fuivantes . Pendant que les Allemands
étoient occupés à tranſporter de l'artillerie qu'ils
avoient enlevée des remparts de la ville de Gênes ,
& qu'on croit que le Marquis de Botta devoit envoyer
à l'armée du Général Browne , l'affût d'un
mortier , qu'un de leurs détachemens conduifoit,
fe brifa dans une rue étroite , & plufieurs habitans
fe préfenterent auffitôt pour aider à remedier à cer
accident. Le travail n'allant pas auffi vite que le
defiroit l'Officier qui y préfidoit , cer Officer frappa
un Génois de fa canne . Celui - ci , indigné
d'un traitement fi dur , cria aux armes , & une grande
multitude s'étant d'abord aflemblée, elle enveloppa
& maffacra la plupart des foldats dont le détachement
étoit compofé . Quelque effort que fit le Gouvernement
pour la contenir, elle courut à l'Arfenal,
190 MERCURE DE FRANCE.
en força les portes , s'y pourvût d'armes & de munitions
, & fit main baile fur les Allemands , dont environ
quinze cent ont été tués ou faits priſonniers.
On ne fçait pas fi le Marquis de Botta elt du nombre
des premiers , ou s'il apris la fuite. Dès que les habitans
de la campagne ont été informés de ce qui ſe
paffoit dans la ville , plufieurs ont pris aufi les
armes , & ont tué ou pris prifonniers tous les Allemands
qu'ils ont rencontrés. Le bruit court qu'un
Corps de Payfans Génois , de fon propre mouvement
eft allé s'emparer du défilé de la Bochetta ,
pour fermer l'entrée de l'Etat de Génes aux troupes
de la Reine de Hongrie , qui viennent d'Allema
gne.
>
GRANDE - BRETAGNE.
Le 29 du mois dernier le Roi fe rendit à la
Chambre des Pairs , avec les cérémonies accoûtumées
, & Sa Majeſté ayant mandé la Chambre des
Communes , fit l'ouverture du Parlement par le
difcours fuivant.
MYLORDS ET MESSIEURS ,
» Pendant que vous avez été féparés , j'ai employé
tous mes foins à affûrer la tranquillité dans
> l'intérieur de mes Etats , en éteignant les reſtes de
la révolte, J'ai tout lieu d'attendre de votre zèle
que par la prudence de vos délibérations vous fup.
›› plérez à ce que je n'ai pu encore faire , & les mê-
> fures que vous avez déja priſes dans votre féance
» précédente , fondent folidement mes efpérances.
» Depuis l'année derniere les affaires au dehors ont'
» changé confidérablement de face . Quoique la
»France ait continué de faire quelques progrès dans
les Pays-Bas , les Provinces- Unies , dont les inDECEMBRE
1746. 191
térêts font liés fi étroitement avec les nôtres ;
> ont été préfervées du danger dont elles étoient
> menacées au commencement de la campagne ,
>> & il y reste encore une nombreuſe armée pour
>> leur défenſe. Il a plû au Tout- Puiffant de be-
> nir par des fuccès fignalés en Italie les armes
» de la Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne ,
mes Alliés. Nos ennemis ont abandonné les
conquêtes qu'ils y avoient faites , & leurs trou-
» pes ont été prefque entiérement diffipées . On
eft actuellement occupé à faire en France une
» irruption , qui en augmentant les embarras de
ɔɔ
, כ
و د
ce Royaume , procurera une puiffante diver-
>>fion en faveur des Pays-Bas. Je vous ai ſouvent
» déclaré qu'une paix folide & honorable a tou
›› jours été l'unique but que je me fuis propofé.
» Dans la vue de prouver combien je fuis vérita-
» blement difpofé à donner les mains à la paci-
» fication générale , j'ai confenti à la tenue des
>> conférences de Breda. J'ai voulu effayer par- là
fi nos ennemis étoient dans le deffein de ſe prê
›› ter à des conditions , qui pûſſent s'accorder avec
» l'honneur de ma Couronne , les intérêts de mes
>>fujets , & les engagemens que j'ai contractés avce.
» mes Alliés. Mais tandis qu'on traite de la paix ,
> la faine politique demande que nous nous pré-
›› parions à continuer la guerre. Ainfi je travaille
⚫ à concerter avec mes Alliés les mélores qu'il
» convient de prendre pour la prochaine campa
gne , fuppofé que l'opiniâtreté de nos ennemis
» la rende néceflaire. Je fouhaite que ces arran
» gemens foient reglés le plûtôt qu'il fera poffi
» ble ; que nos préparatifs foient prompts ; que
» l'armée confederée des Pays- Bas puiffe être au-
» gmentée de bonne heure , & que les opérations
du côté de l'Italie foient poullées avec efficas
192 MERCURE DE FRANCE.
>> cité. De mon côté je ne négligerai rien pour
employer mes forces maritimes de la maniére
» la plus avantageufe à la défenfe de mes Royau-
» mes & à l'augmentation du commerce de mes
» fujets , & la plus nuifiole à mes ennemis.
ود
Meffieurs de la Chambre des Communes.
» J'ai donné ordre qu'on remit devant vous les
états de dépenfes pour l'année prochaine , & je
>> ne doute point que vous ne m'accordiez les fubfides
nécellaires pour votre propre fûreté & pour
» l'accompliffement des mélures qu'il conviendra
» de prendre dans cette importante conjoncture,
» C'eſt avec chagrin que je me trouve obligé de
>>vous informer que par des incidens inévitables
& par une fuite de la guerre , les fonds , que
vous m'avez accordez pour le foutien de mon
» Gouvernement , n'ont pas produit depuis queli
ques années les fommes defquelles le Parlement
» avoit prétendu me fecourir. J'attends de l'affe-
» ction dont vous m'avez donné tant de preuves,
» que vous touvérez quelque moyen de ſuppléer
» à ces non- valeurs .
MYLORDS ET MESSIEUUS.
» Rien n'eft fi précieux ni fi effentiel pour moi
» que votre affiftance. Je me repoſe entiérement
» fur cet appui , & je fuis perfuadé que vous ferez
» éclater votre zéle , votre unanimité & votre diligence
dans l'expédition des affaires .
Le 30 , les Seigneurs préfenterent au Roi
leur adrefle qui porte qu'ils font extrêmement
réconnoiffans des efforts employés par
fa Majefté pour faire ceffer les troubles dans fes
» Royaumes
DECEMBRE 1746. 193
ככ
و د
32
>> Royaumes , & que fa Majefté peut compter fur
l'ardeur avec laquelle ils la feconderont pour
» prévenir dans la 1uite de pareils maux , & pour
» mieux affûrer le repos de la Grande-Bretagne ; '
» que les grands fuccès des armes de la Reine de
Hongrie & du Roi de Sardaigne , & l'irruption ,
qu'on projette de faire dans la France , & dont
>> il pourra réfulter des avantages confidérables pour
› pour le bien de la cauſe commune , leur cau nt
» une vive fatisfaction ; qu'on ne peut être plus
» fenfible qu'ils le font aux tendres égards que le
» Roi témoigne pour fon peuple , en montrant
» des difpofitions fincéres pour procurer la paci-
» fication générale moyennant des conditions fûres
» & honorables ; qu'ils pensent au refte , comme
» fa Majefté , que la prudence exige qu'on le pré-
›› pare de bonne heure pour une nouvelle cam-
" pagne , en cas qu'il n'y ait pas de moyen de
» l'éviter ; qu'ils remercient le Roi des foins qu'il
» prend de regler d'avance avec fes Alliés tout
» ce qu'il convient de faire à cet égard
ود
ainfi
>
que de la réfolution dans laquelle il eft de faire
»' de fes armées navales l'ufage le plus efficace &
» le plus avantageux ; qu'ils fupplient fa Majeſté
» d'être fermement perfuadée qu'ils concoureront
» avec empreffement à la réuffite de fes projets
» & qu'ils regardent la converſation du Gouver
>> nement du Roi & de la fucceffion dans la Mai-
>>fon Royale comme le fondement le plus folide
æ du bonheur de ces Royaumes, « Le Roi repondit
à l'adreffe des Seigneurs.
MY LORDS ,
» Je vous fuis obligé des affûrances que vous
me donnez de votre fidélité & de votre a
11. Vol.
affection .
I
*
194 MERCURE DE FRANCE .
>> Les juftes fentimens que vous marquez fur la
>> fituation préſente des affaires , & les promeffes
» que vous me faites de me feconder , ainfi que
» mes Alliés , foit pour obtenir une paix ftable ,
» foit pour continuer la guerre avec fuccès , me
» font extrêmement agréables. Je ferai toujours
ufage de votre confiance pour l'intérêt de mon
» peuple.
››
La Chambre des Communes ne préfenta que le 18
Novembre fon adreffe au Roi , & elle a affûré S. M.
après lui avoir marquéla même reconnoiffance & la
même fatisfaction que la Chambre des Pairs fur
le rétabliffement de la tranquillité en E- offe &
fur les avantages remportés en Italie par les troupes
de la Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne
, qu'elle accorderoit , le plus prompte-
» ment qu'il feroit poffible , des fubfides con-
>> venables qui conjointement avec les efforts
>> des Alliés de la Grande - Bretagne , pûffent met-
>> tre le Roi en état de continuer la guerre avec
» fuccès , tant par terre que par mer , ou d'ob-
>>tenir une paix compatible avec l'honneur defa
» Couronne , & de remplir tous les engagemens
*
qu'il a contractés avec fes Alliés. « Par la même
adreffe la Chambre des Communes a promis
de pourvoir aux non -valeurs des fonds qui ont
été deſtinés pour les dépen fes de l'Etat , & de procéder
dans cette affaire , auffi bien
dans tou
que
tes les autres fur lefquelles elles doit déliberer ,
avec une unanimité & une diligence , qui ma
nifeſteront à tout l'Univers fon attachement pour
la perfonne & pour le Gouvernement de la Majefté
. Le Roi a repondu à l'adreffe de la Chambre,
DECEMBRE 1746 195
MESSIEUR
» Je vous remercie du zéle que vous faites pa
" roître. Il n'eft point douteux que votre ferme
» té n'ait tout l'effet defiré. Soyez affûrés que les
» fecours , que vous jugerez à propos de me fournir
, ne feront employés que pour l'avantage
» de la Nation .
Le jour de l'ouverture du Parlement, les Seigneurs
Jurent trois fois de fuite , & pafferent le Bill , pour
fufpendre encore pendant quelque tems l'exécution
de la loi , Habeas Corpus . Le premier de ce
mois le même Bill fut approuvé par la Chambre
des Communes à la pluralité de cent quarante-
deux voix contre trente-quatre , & l'après - midî
le Roi , étant retourné à la Chambre des Pairs ,
donna ſon conſentement à ce Bill. La Chambre des *
Communes a réfolu unanimement d'accorder un
fubfide à fa Majefté. On parle de porter un Bill pour
impoſer une taxe aux perſonnes qui ont des caroffes.
Les de ce mois la Chambre des Communes approuva
ce qui avoit été décidé le 2 par rapport au
fubfide. Le Contrôleur de la Maiſon du Roi , remit
le lendemain à cette Chambre les divers Etats &
Comptes qu'elle avoit demandés , & dans la même
féance elle ordonna de porter un Bill , pour naturalifer
tous les Etrangers de la Religion Proteftante ,
établis dans la Grande- Bretagne. On inferera dans
ce Bill une claufe , par laquelle ces Etrangers , quoique
jouiffant des autres droits de citoyens , feront
exclus de certaines charges & de l'entrée au Par
lement ; ic 7 un Etat de la dépenfe des Gardes
& Garnifons de la Grande - Bretagne , & des trou--
pes qui doivent être employées dans les Païs-Bas ,
I ij
496 MERCURE DE FRANCE.
fur préfenté à la Chambre par le Sécrétaire de la
Guerre. La Chambre interrogea enfuite quelques
perfonnes qu'elle avoit fait amener à la Barre , au
Injet d'un article ſcandaleux de l'Ecrit periodique ,
intitulé le Dayli Avertißer. S'étant aflemblée le 9
en grand Commité , elle a déliberé fur le fubfide
& elle a réfolu d'accorder au Roi quarante mille
matelots & cinquante-deux livres fterlings pour
chacun,en comprenant dans cette fomme les dépenfes
de l'artillerie de laMarine. Il a été proposé d'augmenter
le nombre des matelots jufqu'à cinquante
mille , mais cette propofition a été rejettée. On alfûre
que le Parlement , pour faire bon les non-valeurs
de la Lifte Civile , & pour acquitter les dépenfes
extraordinaires qu'ont caufées divers évenemens
imprévus , autorifera le Roi à emprunter cette année
trois millons de livres sterlings . Le bruit court
auffi que les perfonnes , aufquelles l'Etat ne doit
que cent livres sterlings , feront remboursées d'ici
à l'année 1748 ; que celles , à qui il eft dû depuis cent
livres fterlings juſqu'à trois cent , ne le feront qu'en
trois payemens égaux dans le cours de trois ans , &
que celles , qui ont de plus fortes créances , recevront
des annuités à quatre pour cent. Les Lords
Cathcart , Ancram & Barry , ont été faits Gentilshommes
de la Chambre du Duc de Cumberland . Les
trois Bataillons des Gardes à pied , les douze Régiments
d'Infanterie & les trois de Dragons , deftinés
à paffer dans les Païs Bas pour renforcer l'armée
des Alliés , ont reçu de nouveaux ordres de fe tenir
prêts à s'embarquer. Il a été réfolu d'augmenter le
nombre des troupes qui font dans les Illes de Jerſey
& de Guernſey , & l'on doit faire pour cet effet deux
détachements des Régimens de Murray & de
Lafcelles.
DECEMBRE 1746.
197
L'anniverſaire de la naiffance de la Princeſſe de
Galles , qui eft entrée dans la vingt- huitième année
de fon âge , fut célébré le dernier Novembre en
fa maniere accoutumée . Le Duc de Cumberland
alla rendre vifite à cette Princeffe , qui fut complimentée
par la plupart des perfonnes de diftinction ,
& le foir il y eut un balau Palais de S. James. La
Princeffe de Heffe partit le 26 , pour aller s'embarquer
à Harwich fur le Yacht qui doit la transporter
en Hollande. Sa Majesté ayant difpofé de la Viceroyauté
d'Irlande en faveur du Comte de Harrington,
M. Edouard Wefton , Sécrétaire de ce Seigneur,
a été nommé Confeiller Privé du même Royaume.
Il arriva le ir de eemoisde Vienne un courier, dont
M.de Wafner,Miniftre Plénipotentiaire de la Reine
de Hongrie , a communiqué les dépêches au Comte
de Chesterfield , Sécrétaire d'Etat , & qu'on croit
regarder les mesures que cette Princeffe propofe au
Roi de prendre pour la campagne prochaine . On
affûre que l'armée des Alliés dans les Pays - Bas doit
être augmentée jufqu'à cent quarante mille hommes
; qu'on y enverra dans peu un renfort des troupes
de Sa Majefté , lequel fera compofé de trois Bataillons
des Régimens des Gardes à pied , de douze
Régiments d'Infanterie , & de trois de Dragons ,
& que ce renfort fera encore fuivi d'autres troupes.
On a appris que le Capitaine Bofcaven commandant
le Vaiffeau de guerre le Namur , s'étoit emparé
d'un navire François qui revenoit d'Amérique en
Europe. L'équipage de ce navire a rapporté que l'efcadre
, qui étoit fous les ordres du Duc d'Anville, étant
arrivée le 27 du mois de Septembre dernier à la
rade de Chihoctou fur la côte de l'Acadie , le Duc
d'Anvilley étoit mort le même jour. Cet équipage
a ajouté que quatre vaiffeaux de Ligne , une fregate
unbrulot de cette efcadre , ainfi que quelques bâ-
+
I iij.
190 MERCURE DE FRANCE.
timens de tranfport dont elle étoit accompagnée ,
& fut lefquels il y a des troupes de débarquement ,
en avoient été féparés par la tempête. La nouvelle
de l'arrivée du vaiffeau de guerre le Wolwich dans
un des Ports d'Irlande ne s'eft pas confirmée. Le
Corlaire l'Aigle a arrêté le Vaiffeau Danois la Providence
, parti de Frederichshall avec des munitions
de guerre qu'on fuppofe avoir été deftinées pour un
pays ennemi. Les François fe font rendus maîtres
de cinq bâtimenls Anglois . Les lettres d'Edimbourg
marquent que les Montagnards d'Ecoffe continuoient
de faire frequemment des courfes dans le
plat pays , & qu'ils avoient ravagé les terres de plufieurs
des Gentilshommes attachés au parti duRoi.
On a été informé par les mêmes lettres qu'il regnoit
beaucoup de maladies parmi les troupes qui
étoient dans ce Royaume , & qu'il étoit mort plus
de deux cent foldats du Régiment de Houghton.
La mortalité caufe auffi de grands ravages parmi
les beftiaux dans le Comté de Lincoln , & l'on s'eftfaifi
à Warwich de quatre perfonnes accufées d'a
voir répandu dans les prés une drogue venimeule.
Les Commiffaires de l'Amirauté ont reçu avis de
Lifbonne que le vaiffeau de guerre le Wolwich,
qui conjointement avec le Severn a efcorté la flotte
de la Barbade , avoit relaché dans ce Port , ainfi
que les vaiffeaux la Defiance & ' Amazone , qui ont
été feparés de l'efcadre de l'Amiral Anfon par une
tempête. Le vaiffeau le Blandfort a conduit au même
Port une prife Espagnole , qui alloit de Cadix a
Bilbao , & un Corfaire François de dix canons &
de cent cinq hommes d'équipage . Un autre Corfaire
de Nantes , un de Bayonne , & un troifiéme
d'un Port de Flandres , ont été pris , le premier par
le vaiffeau Aigle , le fecond par le vaiffeau le
Windfor , & le dernier par la fregate la Surprife. Le
DECEMBRE 1746. 199
Corfaire le Warren s'eft emparé d'un navire de la
même nation , chargé de munitions de guerre pour
laMartinique. Les entienis de leur côté le font rendus
maîtres de fix ou fept navires Anglois. Sur les
depofitions de plufieurs remoins qui ont confirmé
que M. Charles Ratcliffe , connu en France
fous le nom de Comte de Derwenwater , étoit le
même qui avoit été condamné à mort en 1715
pour avoir porté les armes en faveur de la maifon
de Stuard , la Cour du Banc du Roi a ordonné que
ce prifonnier fût execuré le 19 du mois dernier. Le
Chevalier Jean Wedderburn , le Colonel Hamilton'
& Mrs. Alexandre Leigh , François Facqharfon
Jacques Lindley , Jacques Bradshaw , AndréWood
& Thomas Watſon , l'ont été le 9 fur la Commmune
de Kenfington . Les Actions de la Compagnie
des Indes Orientales n'ont point de prix
fixe ; celles de la mer du Sud font à cent un , cing
huitiémes ; celles de la Banque à cent vingt- cinq
& demi , & les Annuités à quatre-vingt-dix- neuf ,
in huitieme.
PROVINCES UNIE S.
On mande de la Haye que le Duc de Cumberland
étant debarqué le 13 de ce mois après midi à
Hellevoet- Sluis , & s'étant rendu à la Haye le
même jour au foir , ce Prince fit auffi- tôt donner
part de fon arrivée aux Etats Generaux , qui envoyerent
le lendemain le Baron d'Urenhoven , Prefident
de leur affemblée , le complimenter. On affûre
que ce Prince n'y demeurera que jufqu'à la fin
de ce mois , & qu'ilretournera enfuite en Angleterre
, d'où il reviendra au Printems pour prendre
le commandemeut de l'armée des Alliés. La Reine
de Hongrie a promis au Roi de la Grande Bretagne
200 MERCURE DE FRANCE.
& à la Republique , d'avoir l'année prochaine à
Cette armée foixante mille hommes , & d'en mettre
dix mille dans Luxembourg pour la garde de
? cette place . Le 10 M. d'Ammon , Chambellan
du Roi de Pruffe , & fon Miniftre auprès de la
Republique , eut des Etats Generaux une audience ,
dans laquelle il leur remit fes lettres de creance.
M. Chiquer , chargé des affaires du Roi auprès des
Etats Generaux des Provinces Unies , leur a donné
part de la conclufion du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin avec la Princeffe Marie-Jofephe de
Saxe. Le Baron de Reifchach , Envoyé de la Reine
de Hongrie & le Comte de Sandwych , Miniftre
Plenipotentiaire de fa Majefté Britannique , ont eu ,
ainfi que les Princes de Waldeck & de Birckenfeldt ,
plufieurs conferences avec le Prefident & quelques
Deputés de cette affemblée . Le Confeil d'État doit
fe rendre inceffamment à la même affemblée , pour
lui prefenter l'état de guerre de l'année prochaine.
Les Frats Generaux doivent nommer un Ambaſſadeur
, pour aller refider de leur part auprès du Roi
d'Efpagne. M. Pierre Graafland , Confeiller de la
Cour de Hollande , a été nommé Intendant Géneral
du territoire de Deiftland , à la place du
feu Confeiller Fagel. Le Comté Maurice de
Naflau Ouwerkerkeft revenu d'Angleterre , oùil
a paffé quelque tems pour le retabliffement de fa
fanté. On doit tranfporter à Anvers , pour y être
inhumé , le corps du Comte Jean-Jofeph de Harrach
, qui eft mort à la Haye le 8 , & qui étoit neveu
du Comte Ferdinand de Harrach.
*
DECEMBRE 1746. 201
!
KAKA KNKX÷KA÷ KXKXKNKX
A
ARRETS
NOTABLES,
RREST du Confeil d'Etat du Roi du 15 Aoûr,
qui permet aux fieur & Dame Mercier de
continuer de tenir un Bic fur la riviére de Morinau
lieu de Condé , & de percevoir pour le fervice
du paffage les droits y énoncés.
Lettres Patentes fur Arrêt , données à Verfailles
les 30 Août & 24 Septembre , concernant les nouveaux
gages attribués aux Officiers des Bureaux
des Finances par Edit du mois de Décembré 1743.
2
Autre du 25 Septembre , qui commet les fieurs
Meny & Marchal au lieu & place des fieurs Marchal
pere & fils , pour remplir les fonctions des
Offices d'Economes - Séqueftrès .
Autre du 4 Octobre , qui ordonne que celui du
7 Août 1725 , rendu pour les Fayences des Manufactures
de Nevers , fera exécuté pour les Fayences
des autres Manufactures établies dans l'intérieur des
cinq groffes Fermes.
Autre du ri , portant réglement pour la répa-
Fation de la route de Champagne par Meaux , à
l'effet d'en convertir les cailloutis en pavés de grès.
Ordonnance du Roi du ' 20' , pour augmenter
d'un Bataillon le Régiment d'Infanterie de Nice.
Autre du 21 , pour augmenter d'un Bataillon celui
d'Auvergne .
Autre du Bureau des Finances de la Généralité
de Paris , du même jour , qui défend de conftruire
aucunes Echoppes fur les rues , places & voies ри
fiques, fans en avoir obtenu la permiffion , &c.
Autre du Roi du 22 , pour augmenter d'un ba
saillonte Régiment de Bourbonnois ,
202 MERCURE DE FRANCE
Autre du 23 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Bonnac,
Autre du 24 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Laval.
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Rouergue.
Autre du 25 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Rohan- Rochefort.
"
Autre du même jour , pour augmenter d'un Ba
taillon celui de Royal Rouffillon .
Autre du 26 , portant Réglement fut les Décomptes
de l'Infanterie , du premier Novembre 1746
au dernier Avril 1747 .
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bataillon
le Rég ment de Beauvoifis.
Autre du 27 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Vermandois.
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Royal la-Marine.
Arrêt du Confoil d'Etat du Roi du 28 , qui révoque
la permiffion accordée par celui du 2 Avril
1737 aux Négocians de Marſeille , d'introduire pour
la confommation du Royaume des Caffés des Ifles
Françoifes de l'Amérique.
Autre du même jour , portant reglement fur les
décomptes de la Cavalerie Françoife & étrangere &
des Dragons , du premier Novembre 1746 au dernier
Avril 1747.
Ordonnance du Roi du même jour , pour augmenter
d'un Bataillon le Régiment de Haynault .
Autre du 29 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de la Fère.
Autre du 30 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Monaco.
Autre du même jour , portant création d'un Régiment
de Troupes légéres , tant à pied qu'àcheval
, fous le nom de Bretons-Volontaires.
DECEMBRE 1746. 203
Autre du 31 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Mailly.
Autre du premier Novembre , portant fixation
des avances qui doivent être payées aux Officiers-
Mariniers , Matelots & autres gens de mer engagés
pour fervir fur les navires armés pour la courfe
dans les differens Ports de la Province de Bretagne,
& dans celui de Grandville.
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bataillon
le Régiment de Bearn .
Autre du 4 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Trainel.
Autre du 6 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Lorraine.
7
Autre du 7 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Royal- Comtois.
Autre du 8 , pour augmenter d'un Batailloncelui
de Talaru .
Autre du 11 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Boulonois.
Autre du 12 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Royal-Suédois .
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Berry.
Autre du 13 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Languedoc.
Autre du 14 pour augmenter d'un Bataillon
celui de Picardie.
Arrêt du Confeil d'Etat du Rol du 15 , portant
que les conducteurs des vins entrant & roulant dans
l'étendue de la Douane de Lyon , qui prétendront
jouir de l'exemption des droits de ladite Douane ,
fous prétexce qu'ils feroient deftinés pour Lyon ou
pour Paris , feront tenus de faire , au lieu de l'enlevement
ou au Bureau le plus prochain , leur déclaration
, & d'y prendre acquit à caution pour
204 MERCURE DE FRANCE.
Lyon , contenant la deſtination & le nombre des
futailles , & la quantité de barraux ou ânécs ; lequèk
acquit ils feront tenus de représenter aux premiers
Bureaux d'Entrée de ladite Douane , pour y être
ife.
Ordonnance du Roi du même jour , pour porter
à cent hommes la Compagnie de Ferrand de l'Hotel
Royal des Invalides , qui elt en garnifon au
Fort de l'Eclufe. 17 :
Autre du même jour , pour augmenter d'un Bitaillon
le Régiment de la Tour du Pin , ci-devant
Crillon.
Autre du 16 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Navarre.
Autre du 17 , pour augmenter d'un Bataillon
celui de Piedmont.
Autre du 18 , pour augmenter d'un Bataillon celui
de Normandie.
Autre du 22 , pour le remplacement des foldats
qui manquent au complet des Bataillons de Milice .
** Edit du Roi , donné à Verſailles au mois de Décembre
, ,
portant création de Rentes au denier
ving , dont les principaux feront rembourfables
en dix années , & qui ordonné pour payement des
arrérages & le rembourfement des capitaux de ces
Rentes , la levée pendant le même tems des deux
Tols pour livre en fus du Dixiême , à compter du
premier Janvier 1747.
Lovis par la grace de Dieu , & c.
1 Art. I. Le Dixiême que Nous avons ordonné
tre annuellement levé par notre Déclaration du
29 Août 1741 , continuera de l'être pour ceffer
d'être perçu auffi-tôt après la publication de la Paix.
II. Voulons qu'à l'avenir &pendant dix années
Tonfécutives qui commenceront au premier Jancier
de Fannée prochaine 1747 , & qui finiront au
5
205
DECEMBRE 1746.
dernier Décembre de l'année 1756 , tous ceux qui
par notre dite Déclaration font füjets au payement
du Dixième , foient tenus de Nous payer en fus
les deux fols pour livre des fommes pour lesquelles
ils ont été ou feront compris dans les Rôles du
Dixième , & ce , entre les mains , de la même maniére
, & dans les mêmes termes qu'ils font tenus
de Nous payer le Dixiéme.
· HK Ceux aufquels il a été par Nous accordé des
abonnemens pour ladire impofition du Dixiéme ,
payeront les deux fols pour livre en fus des fom
mes auxquelles Nous avons fixé lefdits abonne
mens , à compter dudit jour premier Jánvier 1747
& pendant lesdites dix années,
IV. L'impofition du Dixiéme venant à celler , les
deux fols pour livre de ladite impofition continue
ront d'être levés fur tous nos Sujets aflujetis au
Dixiéme par notredite Déclaration , & ce jufqu'au
dit jour dernier Décembre de l'année 1756 inclu³
fivement feulement , par les mêmes voyes & dâns ›
les mêmes termes du payement du Dixitme.
V. Ceux qui conformément à notre dite Décla
ration du 29 Août 1741 font en droit de retenir le
Dixiéme fur les arrérages des Rentes , Penſions & in
térêts qu'ils peuvent devoir , retiendront auſſi à leur
profit , relativement aux articles vi & vit de notredite
Déclaration , les deux fols pour livre en
fus , pendant les dix années que cette impofition
doit durer.
VI. Et de la même autorité que deffus , Nous
avons créé & aliéné , créons & aliénons douze cent
mille livres actuelles & effectives de Rentes héréditaires
au Denier vingt , à les avoir & prendre par
privilége & préférence , fur les deniers provenans
de l'impofition des deux fols pour livre du Dixie
266 MERCURE DE28 FRANCE
4
me ordonnée par notre préfent Edit , laquelle Nous
avons fpécialement aff ctée , obligée & hypotéquée
tant au payement defdites Rentes , qu'au renibourfement
des capitaux d'icelles.
VII . Les conftitutions particuliéres defdites Renres
ne pourront être moindres de cinquante livres
de jouillance annuelle au capital de mille livres , &
feront faites par les Commiffaires de notre Confeil
qui feront par Nous nommés à cet effet , à ceux
qui en auront fourni la valeur en deniers com→
ptans , ès mains du Garde de notre Tréfor Royal en
exercice.
Par le IX . art. lesdites Rentes feront exemptes de
toure rerenue de Dixiéme & des deux fois pour liv. -
en fus , & ne pourront être retranchées ni réduites
pour quelque caufe & fous quelque prétexte que ce
puiffe être.
Par le XIV , les capitaux defdires Rentes feront
remboursés en deniers comprans dans le cours de
dix années, à compter du premier Janvier de l'année
1748 , à raiſon de la fomme de 180000 liv. pour
la premiere année , de pareille fomme de cent
80000 liv. pour chacune des neuf années faivantes
, & par augmentation de la fomme à laquelle
fe trouveront monter les arrérages des capitaux qui
auront été remboursés dans le cours de chacune
defdites neuf années.
1 Autre Edit donné à Verſailles au même mois , portant
création de cinq cent mille livres de Rentes
héréditaires au Denier vingt fur la Ferme générale
des Poftes.
Louis par la grace de Dieu , &c.
Par le fecond Art. les conftitutions particuliéres
defdites Rentes ne pourront être moindres de cinquante
livres de jouiffance annuelle au capital de
mille livres.
DECEMBRE 1746. 207
Par le IV Art. lefdites Rentes feront exemptes
de toute retenue du Dixiéme ainsi que le font celles
créées par les Edits de Novembre 1735 , & de Juin
1742 , & ne pourront être retranches ni réduites
pour quelque caufe & fous quelque prétexte que
ce puiffe être,
Par le VI les arrérages defdites Rentes comnienceront
d'avoir cours du premier jour du quartier
dans lequel les capitaux en auront été fournis en-
-tre les mains dudit Garde de notre Tréfor Royal . -
Par le IX . Les capitaux defdites Rentes feront
-remboursées en deniers comptans dans le cours de
quinze années , à compter du premier Janvier de
l'année 1747 , à raiſon de la ſomme de cinq cent
-millé livres pour la première année, de pareille fomme
de cinq cent mille livres pour chacune des quatorze
années fuivantes , & par augmentation de
la fomme à laquelle le trouveront monter les afrérages
des capitaux qui auront été remboursés ›
dans le cours de chacune defdites 'quatorze annêes.
*
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi du 11 du même
mois , qui accorde pend nt un an l'exemption des
Droits d'octrois de la riviére de Saône , fur tous
les bleds , farines & légumes qui pafferont fur ladite
riviére pour être conduits en Provence , en
obfervant les formalités y prefcrites.
T
208 MERCURE DE FRANCE .
NAISSANCES , MARIAGE ET MORTS
E 23 Octobre est né & a été bâtifé Michel Palamede
de Forbin , fils de Jofeph de Forbin ,
Marquis de Janfon , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de Bretagne , & de Dame Magdeleine-
Louife . Aubery de Vatan. Voyez la Généalogie de
la Maifon de Forbin dans l'Hiftoire des Grands Officiers
de la Couronne , Vol. 8 fol. 294.
Le 31 a été baptifée à Saint Roch Anne-
Jacqueline- Louife de Chastenet de Puyfegur , née le
jour précédent , fille de Jacques- François- Maxime
de Chaftenet Marquis de Puyfegur , Comte de
Cheffy &c. Colonel du Régiment de Vexin Infante-
Tie du 15 Avril 1738 , & Brigadier d'Armée du premier
Mai 1745 , & de Dame Marie Marguerite
Mallon, mariés le 26 Juin 1742. M. le Marquis de
Puyfegur eft fils de feu M. le Marquis de Puylegur ,
Maréchal de France & Chevalier des Ordres du Roi ,
& de feue Dame Jeanne Henriette Auguſtine de
Fourcy , Dame de Chefly , morte le 17 Septembre
1737 , & petir fis de Jacques de Chaftener Seigneur
de Puyfegur, Colonel du Régimentde Piedmont &
Lieutenant Général des Armées des Rois Louis XIII
& Louis XIV , mort le 4 Septembre 1682. Cette
Généalogie fera rapportée dans le Supplément à
Hiftoire des grands Officiers de la Couronne
article des Maréchaux de France , auquel on iravaille.
Le 3 Décembre fut baptifé dans l'Eglife Royale
DECEMBRE 1746. 200
Paroiffiale de la Sainte Chapelle du Palais à Pa-
Tis René Ange -Auguftin de Maupeou , né le même
jour à 6 heures du foir , fils premier de René- Nicolas-
Charles-Auguftin de Meaupeou , Grand Préfident
au Parlement , & de Dame Anne- Marguerite
Therefe de Roncherolles , mariés le z1 Janvier
1744 , & il fut ténu fur les Fonts par René Charles
de Maupeou fon Ayeul paternel , Premier Préfident
du Parlement , & par D. Marguerite-Angelique de
Jaffaud Marquile de Canillac , fon Ayeule maternelle.
M. le Président de Maupeou eft fils de René-
Charles de Maupeou , Marquis de Morangles , Seigneur
de Bruyeres , Premier Préfident du Parlement
depuis le 12 Novembre 1743 , & de D. Anne-Vitoire
de Lamoignon Courfon . Il eft petit fils de
René de Maupéou , mort Préſident de la premiere
Chambre des Enquêtes le 8 Février 1710 , & de D.
-Genevieve Charlotte le Noir : il a pour Bifayeul
René de Maupeou Vicomte de Bruyeres fur Oife
Président de la premiere Chambre des Enquêtes ,
Confeiller d'Etat , mort le 22 Mai 1694 , & pour
Bifayeule D. Marie Doujat , morte le premier Février
1698. Son Trifayeul René de Maupeou , Seigneur
de Bruyeres , Préſident de la Cour des Aides
de Paris . reçu le 10 Janvier 1608 , & mort le 29
Janvier 1648 , fut marié le 19 Novembre 1608
avec D. Marguerite de Creil. Cette famille eft matquée
depuis 20 ans par la poffeffion des premieres
places de la Robe & de l'Eglife , & par le nombre
d'Officiers Généraux qui en font fortis & qui fe
font tous diftingués par leurs fervices militaires ,
& par les alliances , comme celles de Mailly , Coffe ,
Rohan-Chabot , Bethune- Charoft, d'Hautefort, Fouquet
Belle-Ifle , Lamoignon , Phelypeaux & Roncherolles
, &c. Pour Madame la Préfente de
Maupcou , elle eft fille de Charles -Michel- François

110 MERCURE DE FRANCE.
Anne- Thomas Sibille de Roncherolles , Marquis
dudit lieu , mort le 21 Janvier 1728 , & de D. An
gélique Marguerite de Jaffaud , remariée depuis
le 14 Mars 1730 avec Pierre de Montboiffier Beaufort
Canillac , Vicomte de la Roche , dit le Marquis
de Canillac , de la Maifon de Montboiffier ,
l'une des plus grandes de la Province d'Auvergne ,
& celle de Roncherolles eft une des premieres & des
plus illuftres de Normandie où eft htuée la Terre
de Roncherolles qui lui a donné le nom ; il s'en'
trouve des Titres depuis plus de 700 ans dans le
Cartulaire de l'Abbaye du Prieuré des deux Amans ,
près le Pont Saint Pare , dont les Seigneurs de
Roncherolles font reconnus depuis ce tems pour
Fondateurs & Bienfaicteurs : elle s'eft divifée en*
plufieurs branches. Celles des Marquis de Pont S.
Pierre , premiers Barons de Normandie , Conſeillers
nés au Parlement de Rouen ; des Seigneurs de Mai--
neville , & des Seigneurs & Marquis de Roncherolles,
qui eft celle de Madame de Maupeou , & elle s'eft´
alliée avec les Maifons de Châtillon fur Marne , de´
Vieuxpont , de Halluyn , de Muy , d'Efpinay Saint
Luc , le Veneur de Tillieres , Leftendart Bully , de
Mailly , &c.
Les Armes de Maupeou font d'argent à un Porc-
Epic de fable , & celles dé Roncherolles à deux faces '
de gueules.
Le 13 fut baptifé à S. Sulpice Antoine -Céfar
de la Roche Fontenilles , né le jour précédent . fils
de Louis Antoine de la Roche Fontenilles , Marquis
de Rambures & de Fontenilles , Maréchal
des Camps & Armées du Roi depuis le 15 Mars
1740 , & de Dame Elifabebth Marguerite de Saint
Georges de Verac mariés le 12 Mai 1735. M. le
Marquis de Rambures eft frere de Meffire Antoine-
René de la Roche Fontenilles , Evêque de Meaux
DECEMBRE 1746. 211
4
depuis 1737 , & ils font fils de François de la Roche
Montluc - Cazillac , Marquis de Fontenilles ,
Comte de Courtenay , Sire de Rambures , Baron
de Cefac , mort en 1728 , & de D. Marie-Therefe
de Mefmes fa veuve , foeur de feu M. de Mefmes ,
mort Premier Préfident du Parlement de Paris.
Madame de Rambures eft fiile de M. le Marquis
de Verac , Chevalier des Ordres du Roi , Lieurenant
Général de fes Armées , & au Gouvernement
de Poitou. La Maiſon de la Roche Fontenilles de
laquelle M. le Marquis de Genfac , Lieutenant
‹ Général des Armées du Roi , eft puîné , ſe trovve
marquée entre les premieres de Guyenne par fon
ancienneté, fes grandes alliances & les fervices militaires.
Ses Armes font d'azur à trois Rocs d'Echiquier
d'or polés 2 & 1
, que M. de Rambures met
fur un écartelé au 1 de Rambures , au 2 de Cazillac
, au 3 d'Amboife- Aubijoux , & au 4 de
Montluc.
Le 17 eft né Claude Gedeon -Jofeph du Metz , fils
de Claude Gédeon Denis du Metz , Comte de Rofnay
, Confeiller au Parlement de Paris en la premiere
Chambre des Enquêtes depuis le 7 Août
1742 , & de D. Génevieve Pouyvet de la Bliniere ,
mariés le 7 Février de cette année. Voyez la
Généalogie de la Famille de Barbier du Metz ,
dans le Nobiliaire imprimé de Champagne , dreſſé
par les ordres de M. de Caumartin , Intendant de
cette Province par le feu fieur d'Ozier. -
"
Le 28 Decembre a été fait le Mariage de
Henri Edouard Colbert Marquis de Mau evrier ,
Meftre de Camp de Cavalerie Sous Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Anglois
avec Damoiſelle Anne - Eſperance Chauvelin
-
212 MERCURE DE FRANCE.
fille de Germain - Louis Chauvelin , Miniftre
d'Etat Commandeur des Ordres du Roi , ci- de →
vant Garde des Sceaux de France & de Dame Anne
Cahouet de Beauvais, M. le Marquis de Maulevrier
eft fils aîné de Louis - René Édouard Colbert
Marquis de Maulevrier &c , Lieutenant General des
Armées du Roi , ci - devant au Gouvernement d'Anjou
& du Saumurois , & de Dame Marie- Catherine-
Euphrofie d'Estaing , petit- fils de François Edouard'
Colbert Marquis de Mauleyrier , Colonel du Régiment
de Navarre & Brigadier des Armées du Roi ,
mort le z Avril 1706 , & de Dame Marthe- Henriette
de Froullay Teflé , aujourd'hui fa veuve , fille
de feu M. le Marechal de Teffé , & arriere petit- fils
d'Edouard Colbert Comte de мaulevrier , Chevalier
des Ordres du Roi , Lieutenant General de ſes Armées
, Gouverneur des ville & citadelle de Tournay
, frere puîné de м. Colbert , & de Dameмarie-
Magdelaine Bautru de Serrant.
>
gneur de Saint Leu Maître ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , mourut dans la
49° année de fon age. Il étoit fils de Jean Dufort ,
auffi Maître des Comptes , & de Dile, Eliſabeth Poyvés
; il avoit époulé le 24 Février 1729 D. Agnès-
Françoife Soullet , fille de Nicolat Soullet , Confeiller
au Parlement , & de D. Laurence- Françoise
de Montarly , & de ce mariage il laiffe Jean- Nicolas
Dufort , Seigneur de Saint Leu.
Le 22 du même mois a é é célébré dans la Chapelle
du Château de Blancmefuil le mariage de
Charles du Trouffet d'Hericourt d'Obfonville , Licutenant
au Régiment des Gardes Françoifes , Chevalier
de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
DECEMBRE 1746. 233
fils de défunt Benigne du Trouffet d'Héricourt ,
Chevalier , Seigneur du Boulay , Poligny , Obfonville
& autres lieux , Confeiller du Roi en
fes Confeils , Maître ordinaire en fa Chambre des
Comptes , & de défunte Dame Marie- Marguerite
Bouzitat de Courcelles , avec Demoiſelle Angélique
Jeanne Camus Deftouches , fille de défunt
Michel Camus Deftouches , Chevalier , Brigadier
des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis , Contrôleur Général de
l'Artillerie , & de Dame Jeanne Mirey fa veuve.
La Bénédiction Nuptiale fut donnée par M. l'Evê
que de Troyes , coufin germain de la Demoifelle
La famille du Trouffet eft originaire du Cambrefis
, elle y étoit établie en 1529 , y poffédoit des
Terres & y jouiffoit de tous les honneurs & préro
gatives accordées à la Nobleſſe ; une grande partie
de cette famille a fuivi le parti des armes , & plufieurs
ont été tués au fervice du Roi.
?. Le 28 Dame Louiſe Piécourt , femme de
Louis Henri Berthelot , Seigneur de Saint Laurent,
Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi ,
& Préfident à mortier au Parlement de Mets ,
mourut à Paris âgée de so ans. Elle étoit fille de
Noel Piécourt , Ecuyer , Député de la Ville de Dun.
kerque au Confeil du Commerce , & de Louife
Porquet de Belledalle. Elle avoit eu de ce mariage
Louis -Erienne Berthelot , reçu Confeiller au Parlement
le 19 Juillet 1740 , mort à l'âge de 21 ans
le 14 Avril 1742 fans être marié , & deux filles ,
dont l'aînée eft âgée de 18 ans . La Généalogie
de Berthelot fera déduite dans l'Hiſtoire des Maîtres
des Requétes.
214 MERCURE DE FRANCE.
SUITE
Des Nouvelles de Provence.
Le Maréchal Duc de Belle- Ifle ayant gardé depuis
le 8 jufqu'au 17 de ce mois fa pofition derriere la
riviere d'Argentz , ce General avoit laillé plufieurs
Detachemens de l'autre côté de cette riviere. Le
Detachement du centre, compofé de onze cent
hommes , étoit à Draguignan fous les ordres du
Marquis de Cruffol , qui avoit fur le col de Clavieres
un Pofte avancé de cent cinquante hommes , commandés
par M. de Palmarole. La Cavalerie campoir
au Muy , avec des détachemens par échelons jufqu'à
Frejus & à Lefterel , & M. de Puifigneux étoit pofté
fur le Verdon entre Moutier & Caftelane. Un détachement
de cent cinquante hommes des ennemis
s'étant avancé le 11 , pour faire contribuer cette derniere
ville, fut mis en faite par M. d'Anfrenet, Capitaine
dans le Regiment de Lyonnois. Le 14 le
corps que commande le General Novati , & qui eſt
compofé de 18 bataillons , d'un Régiment de Cavalerie
, d'un de Huffards , & de 2000 Efcavons, marcha
vers Draguignan , & M. de Palmarole ayant été
attaqué lelendemain à la pointe du jour , il fe replia
fur Saint Pons , où étoit le Comte de Choifeul . Les
ennemis traverferent en colomne la plaine de Saint
Pons , ayant fur leurs flancs leurs troupes legeres , &
le Marquis de Croffol , qui s'étoit avancé pour foutenit
le Comte de Choiseul, fe retira aveclui à Draguignan
, & de- là à Lorgues , que le Chevalier de
Groflier occupoit , avec huit compagnies de Grenadiers.
Pendant cette retraite qui fut conduite par le
Marquis de Cruffol avec toute la fageffe & toute l'habileté
poffible , les troupes firent ferme à tous les défilés
, & eurent des efcarmouches continuelles &
vives à foutenir avec les ennemis , qui y perdirent
DECEMBRE 1746. 215.
beaucoup plus de monde que les François. Le 16 le
Marquis de Cruffol,repaffa l'Argentz , rompit les
ponts de Lorgues & de Carces , & rejoignit l'armée
au Luc. Les troupes du Roi s'étant miles le 17 en
marche pour le porter à Gonfaron , le corps qui eft
aux ordres du Marquis de Mirepoix , vint occuper
le camp du Luc , laillant fon arriere- garde au Cannet.
Le 18 l'armée ferendit au Puget , le Marquis de
Mirepoix à la Carnoule , & l'arriere- garde du corps
de ce Lieutenant General à Gonfaron .
ne ,
Les lettres de Provence du 30 marquent que l'armée
du Roi êtoit toûjours dans la même pofition au
camp du Puget , ainfi que la referve du Marquis
de Mirepoix à Carnoule & à Gonfaron . Les ennemis
, dont le gros de l'armée étoit à Cannet
, ont pouffé en avant de la Ciagne trois Corps
de troupes , dont l'un a marché à Draguignan
fous les ordres de M. Magloire , le fecond a été
conduit for le Verdon par le Marquis d'Ormea
& le troifiéme , commandé par le Comte Andals'eft
avancé vers Frejus . Un Détachement du
premier de ces Corps s'étant porté fur l'Argentz
vers Carces , le Maréchal Duc de Belle- Ifle y envoya
M. de Larnage , Maréchal de Camp ,
avec vingt Compagnies de Grenadiers , qui fecondés
de huit Eſcadrons que le Marquis de Mirepoix
fit marcher en même tems empêcherent
les Allemands de paſſer l'Argentz. M. de
Garffin >
qui commandoit un Détachement du
Bataillon de Saint Tropez dans le village du Can--
net , fut attaqué le 26 de ce mois à la pointe
du jour , & par fa vigoureufe défenſe il donna
le tems aux troupes des poftes voisins , de lui
fournir du fecours. Quelques Piquers & deur
Compagnies de Grenadiers , aux ordres de M.
de Marfeillas , Lieutenant Colonel du Régiment
216 MERCURE DE FRANCE.
2
des Vivarez , étant arrivés à propos, pour foûte
nir le polte du Cannet , ils mirent les ennemis
en fuire , & les obligerent d'abandonner un Pont.
M. d'Anfrenet , Capitaine dans le Régiment de
Lyonnois , & qui occupe le Moutiers avec une
Compagnie de volontaires , y a auffi foûtenu une
attaque , dont les ennemis fe font retirés avec
perte. Le 16 , le fieur Audry , Commandant des
Iles de Sainte Marguerite , en a remis le Fort
aux Anglois par capitulation . Une Galiotte à
bombes de l'Efcadre du Roi de la Grande-Bretagne
a bombardé la ville d'Antibes pendant toute
la journée du 19.
On a appris par Geneve , que la ville de Genes &
fon territoire étoient entierement délivrés des tronpes
de la Reine de Hongrie ; & que le petit nombre
' Allemands,qui avoient pû le fauver, s'étoit réfugié
à.Gavi fous les ordres du Marquis de Botta. Ce Ge
neral le propofe de raffembler les troupes qui font
dans le Milanez & dans le Mantouan , & de tenter
une nouvelle invaſion dans l'état de Genes , mais on
prétend qu'il lui fera difficile d'eéécuter fon deffein ,
vu la multitude de Genois qui font armés pour défendre
l'entrée du Païs , & vu les précautions qu'ils
ont prifes pour garder le défilé de la Bochetta. Sui
vant les mêmes avis , le bruit court que la Citadelle
de Savone a capitulé le 15 de ce mois , mais on n'a
point encore de confirmation de cette nouvelle , &·
l'on fçait feulement que des villes voisines on n'entend
plus tirer le canon .
* Quelques avis reçus d'Italie confiament que le 15
de ce mois les Genois , qui ont pris les armes pour
chaffer de leur pais les troupes de la Reine de Hongrie
, étoient maîtres de toute la riviere du Levant.
Pranit
DECEMBRE
1748,
217
Prault pere
Imprimeur Libraire à Paris
, Qual de Gevres , débite un Livre intitulé
la
Conquête des Pays- Bas par le Roi
dans la
Campagne de 1745 , avec la prife
de
Bruxelles en 1746 , par Z *** Chevau-
Leger de l'une des
Compagnies d'Or
donnances de la
Gendarmerie ;
imprimé à
La
Haye 1747•,
; '
; )
[3
Oth sim
mub supens
UA
rasigiga
eb 9
M.16q snick
of yoq 51tica STA
1ollado el sb All ob sup lang pond? ९
I
11. Vol.
811.200 [5
K
TABLE.
IECES FUGITIVES en vers & en profe. Epitre
à M. ***
PIECES Pag. 3
Suite & conclufion de l'Hiftoire de Merveilleux &
de Charmante. 7
Remerciement de M. du R...J ...à Mlle de M...
.R... qui lui avoit envoyé du Thé.
Vers pour le premier jour de l'an.
23
25
Mémoire fur les Compagnies des Indes établies en
France.
Plainte en yers.
L'Hermite du Mont d'or , nouvelle.
Notice d'un Manufcrit .
Bouquet d'un enfant à Madame ſa mere,
Lettre aux Auteurs du Mercure,
Vers à Mlle ***
Epitre.
Autre lettre aux Auteurs du Mercure.
Ode à un elprit inquiet de l'avenir
Epigramme pour Mlle ***
26
34
35
46
52
53
56
59
62
63
64
Suite de la féance publique de l'Académie de Chirurgie
, Extraits.
Epitre par M. des Forges Maillard.
Autre Epitre par le même.
65
87
92
Séance publique de l'Académie de la Rochelle , Extrait.
95
Nouvelles Littéraires des beaux Arts. Vie de Mecenas
, Extrait.
La Géographie univerfelle .
Education des Enfans.
121
127
129
Hiſtoire générale des Voyages Tome II . Extrait.
Ibid.
STAL
Avis au fujet du troifiéme vol, du Dictionnaire de
Medecine.
Nouvelle Edition des oeuvres de du Frefny.
13,9
140
Les Tomes IV . V. & VI. du Commentaire de M.
de la Mettrie .
Le Traité des Fiévres.
Bible de Sacy.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Nouvelle difpofitión de l'Ecriture Sainte : Inftrutions
Hiftoriques , &c. & la Science du falut.
141
Picces diverfes & quelques lettres de Morale & d'amuſemens.
"
9742
Avis at fujet de l'Hiftoire des Voyages. - Ibid .
Nouvelle Edition de l'Etat de la France .
Lettre à une Dame , & c.
143
144
Réflexions fur la caufe générale des Vents. Ibid.
Lettres fur les Anglois & François . Ibid.
Fai fur l'électricité des Corps. Ibid.
Oraifon funébre de Madame la Dauphine. Ibid.
L'année du Chrétien. 145
Le Traité de l'amour de Dieu . Ibid.
Les entretiens de l'ame avec Diep. Ibid.
Euvres de Regnier. Ibid.
Ouverture du Collège Royal. 1.46
Catalogue des Livres de M. l'Abbé Souchay. Ibid.
Carte du Gouvernement militaire de l'Ile de France
.
Plans de la Galerie de l'Hôtel de Villars .
Eau de beauté & Eau de Perfe.
147
Ibid.
148
Defcription du Service fait à Cadix pour le Roi
d'Efpagne.
Ibid.
Mors de l'Enigme & des Logogryphes du premier
vol. de Decembre.
Enigme & Logogryphe.
Spectacles.
Concerts & Spectacles de la Cour.
159
Ibid.
165-
166
Prifes de
Vaiffeaux.
Service du Roi
d'Espagne.
Journal de la Come, de Paris , &c.
Service de
Madame la
Dauphine,
Defcription du
Catafalque.
16
169
170
37:
Nouvelle de
Provence 271
Pologne,
Nouvelles
Etrangeres ,
Turquie.. 179
181
Suéde.
Ibid.
Allemagne,
182
Eſpagne.
184
187
Génes.
Grande-
Bretagne.
188
Arrêts
Notables
Provinces -
Unies.
Nailfances ,
Mariages &
Morts.
Suite des
nouvelles de
Provence.
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Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le